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Full text of "Traité de l'impuissance et de la stérilité v. 1-2"

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' ES»!! ^fflfiglliMi: PtlNJi 






UNE MEWCAL UBMii* 
STANFORD UNIVESSin 

MEOICAl eaitEiî 

SIANfO». CALIF. M» 



t I . 







TRAITÉ 



DE 



» . .♦ 



^IMPUISSANCE 



IT DE 



LÀ STÉRILITÉ 



CHEZ L'HOMME ET CHEZ LA FEMME. 



1. 



l/wtour el réditeur de c«t ouvrifc se rvuenrenl le droit de le Iradsire oa de le idrt trt- 
d«ire mi loatet laiif^iv*. IL« pounulTrofil m vertu des loi», ddcrett el traitdi InteniilieMUi, 
louift rontiffacon* ou loulm tndurtioiu failet an méprU de leur» droite. 

Le ddpdl léiral de cet ouvrage a éii fait ■ Paris le 13 août 1855, el tontes l» fDrmiUtds 
présentes par lee traité* sont remplies daas les divers Élela avec lesqueb U France a conclu 
des conventions littéraireit. 



OUVRAGES DE M. FÉLIX ROUBAUD, 

CHBZ LES MÉMBS LIMAIEIS. 



AMUVAXBM llil»XOA& ST WHAMMAQMOTiqWÊ US IiA 
VAAVOB, 8* année, 18S6. Un fort TOlame in-1). 4 fr. 

I.ei lepi premières annéei, eniemble 24 fr* 

MIÊfTOtmM ST ftTATISTIQUS HX VAOÂJ^ÉMMM IMWà' 
Mfâli» US MÈDMOiMMf depuis s« fondation Jusqa'en septembre 
I8&2, in-8. 75 €. 



■OVITAUZ au point de Tue de leur origine et de leur utilité, det 
eoaditions hygiéniques qu'ils doïTent présenter, et de leur administration. 
Paris, 18&3, in-l9. S f r. 



i»«ii*. — Impiintrrii* «1.- !.. «UaTintT, rne Mignon, i. 



TRAITÉ 




DE 



L'IMPUISSANCE 



ET DE 



LA^ STÉRILITÉ 

CHEZ L'HOMME ET CHEZ LA FEMME, 

• • • 

L*BXPOSinON DBS MOYENS RECOMllANDâS POim Y REMÂDIER. 



fAM 



lie DMtom» VEI^IX K#IJBAIJB. 



TOME PREMIER. 




PARIS, 

CHEZ J.-B. BAILLIÈRE, 

LIBBAIBE DE L'ACADÊMIE IMPÉRIALE DE MÉDEGIIIE» 

rae Hwtofranie, i9. 

LONDRES, H. BAIUiÂRB, ? NEW-YORK, H. BAlLUteE, 
fl«9. RcftaUSlTMl. 6 <90, Broadway. 

MAMUO, CmZ BAlLLY-BAILUàliB, CAtLB DIL PIUTIOFI, ii. 

1855 

l/MrtMir H rédHMT w réitnmA k droit 4« «ndudiofl. 









• • " 
• • • • 









L'oubli dans lequel est restée jusqu'à nos jours l'histoire 
pathologique de la fonction génératrice, est une conséquence 
logique de ce principe immuable de notre science que la noso- 
logie est fille de l'anatomie et de la physiologie. 

Tant, en effet, que l'anatomie et la physiologie de l'appareil 
génital ont été couverts d'ombres et de ténèbres, la pathologie 
de ce même appareil, ballottée dans les contradictions de mille 
systèmes, s'est lassée de poursuivre un fanlôme insaisissable et 
en a abandonné la recherche aux vicissitudes du hasard et aux 
hardiesses de l'empirisme le plus grossier. Celui-ci ne s'est fait 
faute ni de théories extravagantes, ni d'explications incroyables, 
ni de médications impossibles ; aussi quand on ose sonder ce 
dédale d'absurdités où l'infamie se glisse souvent, on conçoit lu 
réprobation dont les esprits honnêtes et sérieux frappaient jadis 
cette partie du domaine médical. 

Aujourd'hui cette réprobation n'a plus de raison d'être. 

Sans prétendre que toutes les obscurités ont été dissipées dans 
l'histoire de la génération, on doit reconnaître que les travaux 
des anatomistes et des physiologistes du xvin* siècle, et plus 
encore ceux des modernes, ont suffisamment élucidé le pro* 
blême pour en rendre légitimes les déductions pathologiques. 

C*est cette œuvre que j'ai entreprise et que j'offre aujourd'hui 
au public. 

Bien qu'aucun des lecteurs auxquels s'adresse ce livre n'ignore 
les progrès accoiliplis dans cette branche de nos connaissances, 
j'ai cru devoir, sacrifiant aux lois de la logique, faire précéder 
l'histoire pathologique de la génération de l'exposition des prin- 
cipes anatomiques et physiologiques d'où cette histoire elle- 
même découle. Ce rapprochement offre en outre l'avantage de 
constater sans fatigue combien peu j'ai donné accès aux vaines 
théories et à ces écarts de l'imagination dont avaient si étrange- 
ment abusé nos ancêtres. — A ce double titre, on me pardon- 



VI 

nera, je Tespère, les développements que j'ai donnés à la phy- 
siologie de l'espèce. 

Ces développements , d'ailleurs, n'ont en rien diminué le 
cadre que je m'étais tracé et auquel, depuis plus de dix ans, je 
travaille (1). C'est à la lueur dos principes qu'ils renferment que 
j'ai constamment poursuivi mes recherclies et mené mes médi- 
tations. Aussi je crois avoir accompli une œuvre utile en essayant 
de faire rentrer dans le sanctuaire de la science, par les grandes 
portes de l'anatomie et de la physiologie, tout un groupe de 
maladies que les vendeurs du temple et les illuminés en avaient 
fait sortir. 

Sans doute cette entreprise, conduite par un esprit plus ha- 
bile et signée d'un nom plus autorisé que les miens, eût ren- 
contré des obstacles tout à la fois moins nombreux et moins 
variés que ceux dont mon insuffisance a eu n triompher, et 
l'oBUvro eût été meilleure ; mais j'ai suppléé aux qualités qui 
me manquaient par un travail dont l'ardeur n'a été égalée que 
par la pureté des intentions qui m'animaient, à ce point que, 
quel que soit le sort réservé à cet ouvrage, jt' reste avec la con- 
science de n'avoir laissé dans l'ombre aucune partie de l'histoire 
physiologique et pathologique de la fonction génératrice, et en 
même temps de n'avoir jamais enfreint les lois de la morale et 
de la chuteté, car la science a sa pudeur. — Aussi, dirai-je en 
terminant : si quelqu'un cherche dans cet ouvrage autre chose 
que de la science, s'il compte y trouver, non une intention, 
mais seuleaiênt un mot de luxure, qu'il n'aille pas plus loin; il 
serait complètement déçu dans ses espérances. 

\y Félix ROUBAUD, 

■fèdactnv en ckcf de la Ptmmce métUcat». 

* 

Ao*t 1855. 



(1) Déjà en 1847, il y a SQjourd^hQi huit ans, |e pablîais dam la Gazelta 
det h&pUaux^ doot ]'étaif alors un des rédacteuri, un travail atsf x étendu 
sur rimpoiiMnce au point de vue de la médecine légale. 



TRAITÉ 



DE L'IMPUISSANCE 



ET 



DE LA STÉRILITÉ. 



PHYSIOLOGIE DE L'ESPÈCE. 

Dans l'acte (le la reprodudion de l'espèce humaine Jesdeux 
sexes jouent un râle également important, dont le caractère 
mal apprécié a donné naissance à divers systèmes ou théories 
que j 'exposerai tout à l'heure. Ce râle, que remplissent 
des organes propres à la fonction génératrice, s'exécute 
dans des conditions physiologiques qu'il est important de 
ronnaitrc, et au milieu de circonstances diverses qu*il est 
non moins intéressant de passer en revue, car les unes et 
les autres ont une action marquée, non-seulement sur 
l'énergie de la fonction reproductive, mais encore sur les 
maladies qui font le sujet de ce livre. 

Ces maladies ont été confondues par beaucoup d'auteurs. 
T^s uns, ne voyantque le but final, que le résultat à atteindre, 
donnent indistinctement le nom d'impuissance ou de sté- 
rilité aux états morbides, quels qu'ils soient, qui empé' 
chenl la reproduction de l'espèce: pour eux, ces deux mots 
sont synonjmes et désignent exactement le même genre 
d'affections. Les autres, considérant que, dans l'acte de la 
génération, le rôle do la femme est en quelque sorte passif. 



2 PHYSIOLOGIB RB l'espÈCB. 

tandis que «lui de l'homme rsl entièrement sons l'empire 
de II volonté, appellent impUMunt l'homme qui ne peut 
procrésr, qu«llo que soit la cause èe cette inipossibilité, et 
nomment sti.'rilc In Tcmme qui se trouve dans le même cas. 

Je ne puis me ranger n aucune de ces dcui opinion!). 
La dernière repose sur une distinction grammaticale, inad- 
missible dans la science; car, sous peine de tomber dans 
une logomachie inextricable, les mfimcs états pathologiques 
réclament ta m^mc dénomination. 

L'autre opinion semble, au premier abord, plus sérieuse, 
par cela mâroe qu'elle parait plus scientifique ; mai* en por- 
courantleradre nosologiquc de l'appareil générateur,on ne 
larde pas A su convoincre qu'une plus grande eiactitude 
doit être apportée dans la désignation des divers étals qui 
le remplissent. Qu'on me permette de citer on ou dcui 
exemples h l'appui de cette assertion. Les faits d'occlusion 
incomplète du vagin permettant la fécondation, et non l'in- 
tromission de la verge, ne sont pas rares dans l'histoire de 
la chirurgie : Riolan, entre autres auteurs, raconte l'hi.'!- 
loirc d'une femme qui, accusant son mari d'impuissance, 
fut,i la visite des experts, reconnue enceinte, quoique pré- 
sentant une occlusion vaginale qui ne permettait pas le 
coït. Quel nom donner h cet état pathologique ? D'après les 
auteurs dont je combats l'opinion, tes mots impuissance et 
stérilité seraient impropres, puisque te but final est atteint, 
et pourtant ta copulation, cette partie importante de la 
fonction génératrice, ne peut avoir lieu. — D'autre part, 
voici deux hommes. Ctiex l'un, l'érection de ta verge est 
impossible, n'importe par quel motif; impossible, par con- 
séquent, est le coït, et, par conséquent encore, dans ta 
majoritt'^ ilf-s cas, impossible est, de sa part, toute action 
fécondante; diez l'autre, l'érection de la verge est pleine 



PHY8I0L0GIK DE l'eSPÈCK. A 

et entière, le coït s'accomplit normalement, mais l'action 
fécondante, par une cause quelconque, ne s'exerce pas: 
est-il raisonnable de placer ces deux hommes sous la même 
rubrique nosologique? Pour un même trait dans la physio- 
nomie, quelle dissemblance dans les autres, quel éloigne- 
ment dans les caractères ! ! ! D'un côté , la fonction gé- 
nératrice tout entière abolie, annihilée, détruite; avec 
elle, dépérissement et souvent atrophie des organes géni- 
taux ; avec elle, troubles profonds dans les facultés morales, 
depuis le simple sentiment de honte jusqu'à la monomanie 
du suicide, et qui ne sont pas sans exercer une action délé- 
tère sur les principales fonctions de l'organisme. De l'autre 
càté, abolition incomplète de la faculté génératrice, que 
n'accompagnent presque jamais des désordres dans les fonc- 
tions organiques et dans les facultés morales. L'acte copu- 
lateur, dont on ne tient aucun compte, creuse entre ces 
deux hommes un abîme sans fond. Non, leurs états patho> 
logiques ne sont pas les mômes; les symptômes qui les révè- 
lent et les accidents qui les suivent, en font des entités dis- 
tinctes, dont chacune réclame, dans le langage nosologique, 
une dénomination spéciale. 

Cette dénomination ne doit avoir rien d'arbitraire ; elle 
doit désigner un état exactement limité, parfaitement défini, 
dont je vais essayer de tracer le cadre. 

La fonction de la reproduction se compose, dans les deux 
sexes, de deux actes tellement distincts, que pour l'exercice 
de i'un, ia volonté est forcée d'intervenir, et que cette 
volonté reste entièrement étrangère è l'accomplissement de 
Tautre. La première est une fonction animale ou de relation, 
la seconde est une fonction organique ou interne, comme 
aurait dit Bichat. Après le rapprochement de l'homme et de 
la femme, pour l'exécution duquel la volonté a dû agir. 



& niYSIOLOGIB DK L*E8Pft€e. 

toul, dans Tnclc reproducteur, se passe à notre insu, et la 
génération se fait en dehors de notre conscience. 

Cette intervention de la volonté, sans parler du senti- 
ment voluptueux qui accompagne le coït, ne sulTit-elle pas 
pour diiïérenrier deux actes d'une même fonction, il est 
vrai, et ne rend-elle pas légitime la ligne de démarcation 
è établir entre les états pathologiques qui mettent obstacle 
a l'accomplissement ou de Tune ou de l'autre? Je l'ai tou- 
jours pensé ainsi, et j'estime que le mot impuissance doit 
être donné à tout état morbide qui, chez l'homme ou chez 
la femme, s'oppose i l'union physiologique des deux sexes, 
c'est-iVdire au coït, et le mot stérilité être réservé i tout 
état morbide qui, chez l'un ou chez l'autre sexe, empêche 
la reproduction de l'espèce. 

Il Y a donc, d'après ces considérations que je crois très 
légitimes : 

Une impuissance de l'homme ; 

Une impuissance de la femme ; 

Une stérilité de l'homme ; 

Une stérilité de la femme. 

Kn d'autres termes, les affections qui font le sujet de cet 
ouvrage se peuvent partager en deux groupes : le premier 
renferme les troubles de l'acte copulateur chez l'homme et 
chez la femme; le second présente les conditions morbides 
qui, dans les deu]( sexes, empêchent l'acte fécondateur. 

dette distinction n'est point arbitraire; elle a pour base 
la physiologie de la fonction génitale, et va me servir, dans 
les considérations générales que je vais présenter sur Tap- 
pareil reproducteur, a mieux établir ce qui est du domaine 
de rimpuissaïKC et ce qui appai tient h la stérilité. 



COPULAIIOM. ACTIS COPULATEUR CHEZ l'uoMIIE. 5 

CHAPITRE PREMIER. 

COPULATION. 
S I. — Acte copalaiear ehes rhnmin 

Il est incontestable que la sécrétion spermatiquc, c'est- 
à-dire l'acte lesticulaire, a une action notable, non-seule- 
ment sur les changements que subit la verge dans ses 
dimensions, mais encore sur l'énergie de l'acte copulateur 
lui-même. L'exemple des castrats avant la puberté, dont 
les organes génitaux sont arrêtés dans leur développement, 
et dont les désirs vénériens et la \igueur virile sont à peu 
près nuls, ne permet aucun doute à cet égard. 

Il serait donc logique de placer ici l'étude physiologique 
de la liqueur séminale; mais si l'on Fuit allenlion que c'est 
à ce liquide qu'appartient toute la puissance fécondante de 
l'homme, on comprendra que je réserve son histoire pour 
le paragraphe assigné h l'acte Fécondateur lui-même, et 
que je me concentre ici dans la seule étude des conditions 
de la copulation, en admettant comme normale la fonction 
testiculaire. 

Ces conditions sont au nombre de quatre, et si parfaite- 
ment distinctes entre elles, malgré leur union intime, par 
leur ordre de succession et par leurs manifestations, que 
l'absence de l'une n'entraîne pas fatalement la suspension 
des autres. Pour l'accomplissement de l'acte physiologique, 
elles se manifestent dans l'ordre suivant : 1^ désirs véné- 
riens; 2^ érection de la verge; 3® expulsion d'un liquide 
spécial; b? eu6n, plaisir au moment de cette évacuation. 

Ces circonstances ne sont pas toutes exclusivement 
affectées au coït; il en est une surtout, l'éjaculation sper- 



6 CtlfULAl'IUK. 

nislii|ut',' ifiii t:st tellement esseiitjt-lic à lu récoiidntioii, f]uc 
je renvoie son histoire physiologique à la jtartic consacrée ii 
l'exameiKte l'acte reproducteur |iroj)rcment dit. 

Je n'ai donc dans ce paragraphe qu'à m'occuper du» 
désirs vénériens, ile l'érection de la verge et du plaisir. 

Les désirs fénériensont Aea mobiles nombreux et variés : 
ils ne sont pas toujours, comme on pourrait le croire, sous 
l'empire de In volonté, car l'instinct qui les éveille chez les 
animaux à l'époque du rut, les excite également chez 
l'homme ; cependant, l'inslioct n'a une action bien sensible 
que dans les premières oiinécï de la puberté, ou pendant 
une longue continence, ou au milieu dt> la vie calme et 
retirée des champs. 

Plus tard, lorsque l'Age, l'habitude ou la sotisfeclion des 
besoins les plus pressants o[it calmé les premières ardeurs 
de l'instinct, les désirs vénériens ne répondent plus qu'à la 
voix des sensations ou de l'imagination. 

Tous tes sens ont la puissance de les éveiller. Ceux de la 
vue, du toucher et de l'ouïe ont une action si directe, qu'on 
pourrait les appeler les sens de l'amour. L'odorat jouit 
aussi d'une influence décisive, et lu nature a placé dans 
les organes génitaux de tous les animaux une odeur sui 
(jeiieris i[ui surexciti: leur sensualité; certains parfums 
possèdent le même privilège, et la galanterie sait hcu< 
reusement les mettre à profit. Le goût lui-même, moins 
favorisé que tes autres sens, éveille parfois aussi l'appétit 
vénérien : un de mes amis ne jiuuvait jamais manger de la 
crème fouettée sans avoir immédiatement quelque idée 
voluptueuse. 

Cependant, malgré la réalité incontestable du pouvoir 
des sensotions sur lo dévi;lojij»cment des désirs vénériens, il 
faut reconnaître que, dans la majorité des cas, cette puis- 



ACTE COPULATEUR CHEZ l'iIOMMB. 7 

sauce est insuRisante, et qu'il lui faut le secours de l'élément 
moral. 

Chez les animaux, c'est i*instinct qui seconde les sensa- 
tions ; chez l'homme, être de raison, c'est la volonté. 

La volonté exerce sur le sens génital un empire presque 
absolu: l'histoire d'Ulysse se bouchant les oreilles pour ne 
|)as se laisser séduire par le chant des sirènes, est une fable 
poétique en contradiction avec la nature, surtout en ayant 
égard h l'Age et à l'expérience du roi d'Ithaque. Ne voyons- 
nous pas tous les jours l'homme, aussi bien que la femme, 
résister aux séductions les plus provocantes et sortir victo- 
rieux d'une lutte où les deux adversaires étaient les sens et 
l'imagination ? 

Sans doute, si l'on ne se prémunit pas contre la tentation, 
les excitations extérieures entraîneront la volonté, car le 
silence de celle-ci équivaut à son consentement. 

Bien plus, la volonté, par sa seule puissance et sans le 
secours d'aucune sensation, peut évoquer les désirs véné- 
riens. C'est alors qu'elle éveille l'imagination, par qui le 
passé se ranime et l'avenir se fait réalité; grâce à (;lle, 
l'heure présente se peuple de formes indicibles que le regard 
caresse, que les lèvres embrassent et que les mains sai- 
sissent; fantômes gracieux dont l'existence tout à la fois 
idéale et réelle plonge l'Ame et les sens dans l'extase volup- 
tueuse de l'amour le plus complet. Les poètes, les roman- 
ciers, les artistes, tous ceux enfin chez qui l'imagination 
occupe une large place, jouissent de la réputation méritée 
d'être fort enclins à l'amour; mais ce n'est point A dire 
qu'ils soient les plus aptes A accomplir l'acte, car nous ver- 
rons ailleurs l'influence fAcheuseque les travaux de l'intelli- 
gence exercent sur l'énergie virile. Mais tel est l'empire 
de l'imagination que, par sa seule force, en dehors de 



H t:OI*ULATIU?i. 

l'instiiict et de tonte sensation, clic peut non-seulement 
|>ro(luire l'érélhismc vénérien, mais encore déterminer l'éjn- 
culotion spemiatique, oinsi qu'il arrivait i un de mes cama- 
rades d'études toutes les fois qu'il peosait isa maltresse. 

Quel qu'ait ét^ le promoteur des désirs vénériens., ceux- 
ci, une Tois éveillés, réagissent sur l'appareil génital, «t 
pendant que, sous leur influence, la sécrétion spermatiqae 
augmente d'énergie , la verge subit une métamorphose 
presque complète, duns loquelte son volume est accru et H 
direction entièrement changée. 

Celle mélamorpbose est ce qu'on appelle l'érection, dont 
je lais essayer d'expliquer le mécanisme. 

li'eismcu auquel je vais me livrer n'a pas un intérêt 
{luromentscientiliipie; il est, Àmesyeut, d'une telle impor- 
tance pratique que, seul, il nous rendra compte de certoins 
ciis d'inipui$snnrc dont (es couses, méconnues jusqu'à 
aujourd'liui, ont été uovécs duiis ce vague médical dont 
l'ignorance entoure IcsToiit-lionsdu système nerveux. Telle 
impuissance snrtcnnnt à la suite d'excès vénériens ou de 
masturbation, telle autre rr.ip|jant un liommc dont l'égc 
n'a pas encore marqué l'heure de la retraite, ctc , etc., ne 
trouveront souvent d'autres cipliratlons que dans l'altéra- 
tion des organes servant i l'érection, sans qu'il soit besoin 
de recourir ti l'influx nerveux dont, en dehors de certaines 
maladies de lu moelle épinièrc, il est quelquefois îmjiossible 
d'expliquer la diniinulion. 

Si la science est encore, sous ce rapport, dans les langes, 
il en faut nccuser, d'une part, l'onbli dans lequel est tenue 
celle partie de la médecine, et d'autre part l'incerlilude 
qui, jusque diins ces derniers temps, faute de délails anato- 
miqucs suni^anls, a régné sur le mécanisme de l'érection. 
A l'époque où les esprits animaux étaient considérés 



ACTK COFLLATKOR CHEZ l'uOMMK. 9 

comme les moteurs de la machine humaine, on pensait que 
ces asprits remplissaient la verge, et que les muscles du 
périnée soutenaient celle-ci et la redressaient comme un 
bAton retenu par des cordes. Vésale consacra cette opinion 
en donnant i ses muscles le nom de ereclares penis^ que 
W inslow changea contre celui A* ischio- caverneux ^ qu'ils 
portent encore aujourd'hui. R. de Graaf s'éleva contre 
cette explication qui, malgré ses efforts, continua à être 
acceptée parla majorité des anatomisles. 

Et cependant, ce savant était sur la voie delà vérité ; le 
premier il soutint et démontra expérimentalement que 
l'érection résulte de lo présence du sang accumulé dans la 
verge. Ayant lié le pénis d'un chien ù sa racine au moment 
du coït, il trouva ce corps rempli de sang et le vit revenir à 
sa flaccidité ordinaire lorsque le liquide en eut été expulsé. 
De plus, ayant injecté de l'eau par les veines honteuses 
dans la verge d'un cadavre, il obtint une distension et une 
érection plus énergiques encore que sur le vivant. Il près-* 
sentit aussi que lu turgescence des corps caverneux pouvait 
tenir à un défaut d'équilibre entre la sortie et l'arrivée du 
liquide sanguin, et il se demanda quels étaient les obstacles 
qui s'opposaient à l'écoulement du sang veineux. Les 
muscles ischiocaverneux, dont il avait nié le rdie comme 
suspenseurs, furent, a ses yeux, les moteurs de cet obstacle. 
Cependant, les rapports anntomiques ne lui rendant pas 
suffisamment compte de cette action , de Graaf avoue que 
l'action de ces muscles est indirecte. 

Hunter, et la majorité des anatoroistes du xviii* siècle, 
adoptèrent cette opinion, qui est même encore partagée par 
quelques physiologistes de nos jours; mais alors, comme 
aujourd'hui, on ne s'accordait pas sur l'obstacle qui s'oppo- 
sait à la sortie du sang veineux. 




1(1 COflLATlUN. 

Mcn-iur [irtiteiidiiit en lioii\ci' ruvjtlirutioii dans les 
ilisjiositioiis !inatoini(|ueï liei teines Ue la verge, qui, oelon 
lui, iù rciideiil tuutes aii\ ïiiiu& <I^ SaiiUuiiii, leM(]ut:l!< ainuii, 
un allant rejoiiiilrc K's teiiies h)|jugaMriqucï, furœeiit des 
)ilcxus iiumbrcui.surloulaut fuics latérales de laftrostatc, 
il \\ac là ces sinus se trou^fitt compriinés pi'iiittiiit la i;on- 
Irai'ltuii des mysLU-s pelvieus. Cetlt- ctpliratioti est iiiud- 
miisible. comme le fuit juilicieusementreinarquerM.Uebrou; 
lar s*il en était ain»i, des personnes afTectées de rétention 
d'urines ou d'li\pcrtrophie de la proslati-, devraient être 
luurnicntèes par des éietliuus rontiouelles, ce qui n'a point 
ciiiore Otê noté parmi les s;n)ptl)me^ du ces maladien. 

M. Debrou, qui se range du côté de Vésale, en ce <|ui 

resarJe l'aitiou dts muscler ischio-raverneut, adresse aut 

partisaits de la stase du sang ilaiii la ver^e une objection 

^éner^le qui a beaucoup perdu de son importance depuis lu 

l'ublKJi'.ion iieslrjiaa\deM.Kobell, mais qui mérite cr- 

pcnJ.int de (router place iri : « Je reconnaîtrai, dit-il, que 

lou$ lt!$ auteurs qui adoptent l'une des nuances Je cettu 

divtriDo a<licetteDt implicitement, sinon rormellcment, que 

l'obMidc à li sortie du sang veineui n'est que partiel et 

ii..î-:7;:;t. car autrt-'ment, la gangrène du pénis serait la 

»ui:; .Votiiah:* ii"une slase indéfinie do sang. Mois même 

.vft .vt;e rë«Me. qui est de toute nécessité, il y a des 

.• ffi.a;:» qe: *m'1 inoonciliables a»ec la Ihéoric ; celle-ci, 

;.« \îmf : Aufoinmencemenl de l'éreclion, il est pos- 

'.r -p 'oiî '■-■ siris artériel apporté ne s'échappe point 

^- «* «««s ; mtii si l'éreclion persiale et dure longtemps, 

» ^^koures-ainci qu'on l'a i« dans certains co» de Mty- 

iMt t"*'" qu'»"'""' •''■' ■''■''? "*•"'* ^"''' *"" •'"''■e, 

,ri^c rf «J»*:^'"^ '"^ surti.-nt point- Or, si «ulant de 

i^ «• «'"^ •'"'* 1'^™*''**" (""oloHjl^e. comment 



ACTE COFULATKL'K CllEZ l'hoMME. 11 

admettre qu'il n'eu est pas ainsi dans la turgescence ordi- 
naire ?» Quand j'exposerai tout ù l'heure la théorie qui 
ressort des recherches anatomiques et expérimentales de 
M. Kobelt, on comprendra combien cette objection perd de 
sa valeur, car on verra qu'il y a des contractions alternatives 
analogues à la diastole et à la systole du cœur, contractions 
qui n'empêchent pas la circulation veineuse. 

J. Millier (l)a voulu faire jouer un râle important aux ca- 
pillaires artériels, répandus dans les corps caverneux, en les 
présentant comme constitués par de petits renflements con- 
tournés on forme de diverticules clos, et qu'il appelle artères 
hélicines; maison est loin d'être d'accord sur l'existence 
et les rapports de ces dilatations artérielles, et l'on recule 
devant une théorie fondée sur des bases que conleslcnt des 
hommes tels que Valentin, Kraiise et lluschkc. 

M. Bérard, professeur de physiologie à la Faculté de 
Paris, se fondant sur des dispositions anatomiques notées 
par Millier, Valentin, liunter et Stanley, a émis, dans ses 
leçons orales, une opinion d'après laquelle il existerait, 
dans les parois des vacuoles, des hbres contractiles sur les- 
quelles reposerait le mécanisme de l'érection. 

ËnGn, et pour en iinir, Chaussier et M. Adelon rap- 
portent la turgescence de la verge à une propriété sut 
generis dont est doué le tissu érectile, et qu'ils appellent 
érectiliié. Cette manière de se tirer d'embarras est renou- 
velée des anciens, qui, pour expliquer la génération, 
admettaient une faculté génératrice inhérente a la matrice. 

Dans ces derniers temps, un professeur d'anatomie à 
l'université de Fribourg, M. le docteur Kobelt (2), s'ap- 

(1) Encyclop. Wurterbuch der mediz. Wissenschaften : Erbctile 
iiKWEBE.'^ Manuel de physiologie. Paris, 4 851, t. I, p. 181. 

(2) De l'appareil du sens génital des deux sexes au point de vue ana- 



1:2 t:OFtLAllUN. 

puyaiit sur des données anatomiques toutes nouvelles, a 
émis sur le sujet qui m'occupe une théorie ingénieuse et à 
laquelle je n'hésite pas à donner la préférence, parce qu'elle 
m'a rendu compte de plusieurs faits pathologiques et thé- 
rapeutiques dont il m'était impossible de pénétrer le 
acns. 

Mais avant d'exp.oser le mécanisme développé par le 
professeur de Fribourg, il est indispensable d'aborder les 
considérations anatomiques sur lesquelles il repose. 

« Partout où nous devons percevoir des sensations 
claires, nettes, bien tranchées, dit M. Kobelt, avec un 
caractère spécial, comme le sont celles que donnent les 
organes des isens, on rencontre, en tète de l'appareil, un 
organe principal abondannnent pourvu de nerfs, véritable 
foyer auquel aboutissent les diverses parties qui concourent 
a ce but. Ce centre particulier, dont l'excitabilité est mise 
en jeu [nr les impressions extérieures ou intérieures, a 
sous ses ordres, comme auxiliaires, d'autres organes moins 
imporlanis. » 

Dans l'appareil du sens génital chez l'homme, le centre 
autour duquel viennent aboutir toutes les actions est le 
gland, et les organes auxiliaires sont : le corps spongieux 
de l'urètre, le bulbe et le muscle bulbo-ca\crneux. Quant 
aux corps caverneux de la ver<;e, ils sont déchus, et avec 
juste raison, de leurs anciennes prérogatives et ne rein* 
plissent plus que le rôle de support et celui d'excitant pour 
l'autre sexe. 

Voici d'ailleurs, aussi succinctement que possible, les 
données anatomiques qui militent en fa\eur de cette ma- 
nière de voir. 

tomitiHt' vt phyaioloijique, par lo doclear Kobelt, iraduil de l'allemand 
par le docteur H. Kaaia. Strasbourg, 1851, 1 vol. grand în-8. 



ACTE COPULATEOR €HfcZ l'iIOMME. 13 

Gland. — Tout le monde connaît la forme du gland ^ 
que Ton a comparé à celle d'un cane tronqué coupé 
obliquement ù sa base, cl dont un lacis veineux, excessive- 
ment riche en nombreuses anastomoses, constitue le paren- 
chyme; les dernières ramifications de ces anastomoses, 
d'une extrême ténuité, aboutissent à In surface, et quel- 
quefois même sur la couronne de Torgane, et simulent des 
espèces de houppes veineuses qui sont l'épanouissement et 
la continuation la plus fine des veines plus considérables du 
corps spongieux de l'urètre. 

Quant aux connexions des ramuscules veineux du gland 
avec les veines voisines, M. Kobelt les décrit de la manière 
suivante : 

<t l"* Les rameaux antérieurs et les branches de la veine 
dorsale de la verge tirent leurs racines les plus ténues des 
ramifications les plus délicates de ce réseau veineux, et sur- 
tout du bord postérieur de la couronne du gland, de sorte 
qu'ici comme dans le foie, les dernières terminaisons d'une 
«cinc s'abouchent avec les premières racines d'une autre 
veine. 

» S"" Si sur une préparation injectée on sépare le gland 
de l'extrémité conique du corps caverneux de la verge, on 
met h nu un réseau de veines assez considérables qui pro- 
viennent de la surface iuterne infundibuliforme du paren- 
chyme du gland. De ce réseau naissent les veines qui 
reparaissent sous le bord postérieur du gland comme des 
rameaux plus considérables de la veine dorsale. Dans l'érec- 
tion res\eincs doivent éprouver, pendant leur trajet, une 
compression entre le gland à l'état rigide et l'extrémité 
antérieure du corps caverneux de la verge ; mais lorsque 
le membre viril commence à se relâcher, elles rendent le 
retour du sang, hors du gland, beaucoup plus libre et plus 



ih COPULATION. 

facile que s'il avait lieu par les minuscules très ténus de la 
veine dorsale, que nous avons mentionnés d'abord. 

» â"" Du réseau veineux lui-même, situé entre le gland 
et le corps de la verge, partent encore d'autres veines qui 
pénètrent dans l'intérieur du corps caverneux ; elles éta- 
blissent ainsi une communication entre le gland et l'extré- 
mité antérieure des corps caverneux du pénis, disposition 
qui paraît avoir échappé à la plupart des anatomistes, bien 
que Bichat Tnit déjà signalée (1). n 

Les artères du gland viennent principalement des artères 
dorsales de la verge; elles ont cependant des communica- 
tions avec les artères bulbo-urélrales et même avec les 
artères profondes du pénis, mais toutes communiquent avec 
les reines du gland, ainsi qu^Hausmann s'en est assuré sur 
une verge de cbien injectée au mercure. On trouve encore 
quelquefois aussi des artères hélicines; mais comme le 
système artériel ne joue pas le principal rôle dans le phé- 
nomène qui m'occupe, je ne m'étendrai pas davantage sur 
cet appareil, ainsi que sur les vaisseaux lymphatiques pour 
l'étude desquels nous renvoyons aux travaux de Mascagni, 
de Fohmann et de Panizza. 

H n'en saurait être de même de l'appareil neneux; le 
gland jouit d'une sensibilité si exquise que, même sans le 
secours de l'anatomie, on prévoit que cet organe doit être 
richement doté de nerfs scnsitifs. Cependant, jusqu'b 
IVl. Kobelt, on connaissait fort peu la distribution et la dis- 
position de ces nerfs dans le gland lui-même, et Ton accep- 
tait comme* article de foi cette hypothèse émise par Millier : 

{{) L'extrémité qui termine le corps caverneux est arrondie, assez 
étroitement unie à la base du gland, qu'elle supporte, et percée d'ouver- 
tures pour les communications vascolaires. (Bichat, Anatom. df script., 
t. V, p. 2M.^ 



ACTE COPi;ff.ATBDR CHEZ l/lIOMMR. 15 

« La mojeurc partie de lo masse des nerfs dorsanx de la 
Terge pénètre dans le gland, h l'endroit de la couronne et 
en traverae rîntérieur avec ses rameaux. Ces ramiGcations 
se dirigent vers la surface du gland et paraissent principa- 
lement destinées à cette surface douée d'une sensibilité si 
exquise (i). » 

M. Kobelt s'est emparé du problème et a apporté à sa 
solution des données toutes nouvelles quMI est impossible 
d'analyser t « Il résulte do mes recherches, dit-il, que ces 
ramuscoles nerveux étant arrivés sur le bord du gland, une 
partie d'entre eux y pénètre directement et fournit des 
rameaux distincU^, tandis que l'autre partie glisse sous ce 
bord, le traverse sans s'y arrêter, pénètre dans la concavité 
du gland et s'y dirige en rayons rayonnant dans tontes les 
directions. Ils se réunissent de nouveau dans le parenchyme 
de Torgane, en réseaux tellement entrelacés, qu'on sernit 
tenté de les considérer comme des plexus ganglionnaires. 
Cependant, je ne suis jamais parvenu à y rencontrer les 
cellules ganglionnaires. lisse dirigent ensuite vers la surface 
du gland, s'épanouissent de nouveau en ramuscules isolés, 
et forment, en se développant dans la peau de cette partie, 
des. arcades considérables et des plexus de plus en plus 
ténus à mesure que l'on avance vers la superficie du gland, 
jusqn'h ce qu'enfin les dernières ramifications nerveuses 
échappent à l'œil de l'observateur; aussi n'al-je jamais pu 
reconnaître avec certitude les courbures terminales de ces 
anses nerveuses. D'autres de ces nerfs se dirigent, en con- 
vergeant, vers la surfacede la muqueuse urétrale, et traver- 
sent le gland pour se ramifier sur cette muqueuse, comme 

(1 ) Ceber die organ^nehen Serven der erectilen mànnlichen GescMechtê" 
Organe deê Menschenund der SdugelMere. Berlin, 4 830, p. 40. 



16 COPLLATION. 

ils le font dons la peau extérieure de cet organe. En ce 
point j*ai vu les nerfs du gland s'anastomoser avec d'autre» 
nerfs qui proviennent, sous forme de petits rameaui, de 
l'intérieur des corps spongieux del'urèlrc, et qui se divisent, 
a leur entrée dans le gland, comme les veines de cette partie, 
en filaments très déliés. » 

Il est incontestable, ainsi que Valentin (1) Ta montré, 
que quelques nerfs organiques se rendent dans le gland ; 
mais ils ont si peu d'importance, que leur examen serait ici 
une superfluité, et que leur action s'efface, pour ainsi dire, 
devant le rôle principal que jouent les nerfs sensitifs dont je 
viens de parler. 

En résumé, le gland est surtout remarquable par le dé? ^ 
loppement de son appareil veineux et de son appareil ner- 
veux ; je dirai tout à l'heure combien cette double richesse 
correspond aux fonctions que l'organe est appelé à remplir. 
Pour le moment, il me reste n faire l'anatomie des organes 
auxiliaires, qui sont, d'après Tordre où je vais les étudier; 
1* le corps spongieux de l'urètre ; 2^ le bulbe ; 3^ le muscle 
bulbo-cavcrncux. 

Corps spongieux de l'urètbe. — Situé immédiatement 
autour de la muqueuse du canal de l'urètre, à laquelle il 
constitue une espèce de gaine as^ez épaisse, se dirigeant, 
selon la longueur de ce conduit, de|)uis le bulbe jusqu'au 
gland, le corps spongieux de l'urètre forme un véritable 
reie mirabile venoaum , dont les expansions vascuiaires 
rampent en droite ligne et en avant, en conservant un 
calibre h peu près égal dans leur gaine fibreuse commune. 

Cet organe sert évidemment d'intermédiaire entre le 
bulbe et le gland. 

(4) ValenliD, Névrologik, Encyclopédie analomiquc , Induit par 
A.-J.-L. Jounlan. ParU. I8i3, vol. IV. p. 660. 



ACTE COPULATBUR CHEZ l'uOMME. 17 

Selon M. Kobclt, le parenchyme veineux du corps spon- 
gieui de l'urètre communique avec les veines voisines de la 
manière suivante : 

A 1" Immédiatement derrière le gland, dit-il, dans le 
sillon des corps caverneux qui loge la portion spongieuse, 
on voit naître, de la partie latérale du corps spongieux de 
Turètre, par des veines très déliées, les premiers rameaux 
delà veine dorsale ; ils se rendent, en entourant la convexité 
latérale de la verge» sur le dos de Torgane^pour s'engager 
dans la partie antérieure de la veine dorsale. 

» S"" Lorsque sur une pièce convenablement injectée, on 
détache avec soin le corps spongieux de l'urètre, de la 
gouttière que forment les deux corps caverneux, on tombe 
sur un réseau veineux si(ué entre les gatnes fibreuses de 
ces trois corps siHmgieuœ^ réseau qui n'a pas été décrit 
jusqu'ici. Les veines assez fortes qui entrent dans sa com- 
position proviennent, par deux rangées presque symé- 
triques, des troncs de la face dorsale du corps spongieux de 
Turèlre. Ce réseau lui-même fournit un autre ordre de 
rameaux veineux d'un certain calibre, qui émergent du sil- 
lon des corps caverneux, pour se diriger de là en haut, vers 
la veine dorsale, en passant sur la surface latérale du corps 
de la verge. Les rameaux postérieurs de ces veines latérales 
ne versent plus leur sang dans la veine dorsale ; mais se 
rendent, après avoir reçu les veines scrotales, sur les côtés 
de la base du pénis, dans un réseau veineux très riche, à 
peine remarqué jusqu'ici ; ce réseau se déploie sur les côtés 
de la racine de la verge, et communique librement, d'une 
part, avec les veines inguinales cutanées, et de l'autre, avec 
la veine obturatrice et le plexus pudendalis. 

» S'' Les troncs, qui naissent de la face dorsale du corps 
spongieux de l'urètre, pénètrent en même temps dans les 



18 COPI-LATION. 

ror|:s cavorneut, en partie par l'intermédiairo du réseau 
leineux ri-dessus indiqué, en partie immédiatement au 
mojen d'une double rangée d'ouvertures qui longent les 
bords de cette gouttière. Ces vaisseaux établissent ainsi une 
communication veineuse entre le corps spongieui et les 
corps caverneux. Cette disposition a été généralement 
niée. Panizza^ cependant, rapporte (i) qu'il a observé une 
rangée de communications entre les deux corps spongieux, 
après avoir détaché, sur dos pièces injectées, le corps spon- 
gieux de l'urMre des corps caverneux delà verge. Bichat, 
aussi, connaissait cette communication vasculaire (2) 

» /r Enfin, los petits troncs qui émergent sur les côtés du 
corps spongieux de Turètre, reçoivent encore plusieurs 
veines cutanées qui naissent du frein^ du prépuce et de l'en- 
veloppe cutanée externe de la surface antérieure et infé- 
rieure de la verge. » 

Aucune artère spéciale n'est dévolue au corps spon- 
gieux de l'urètre; mais le sang artériel lui arrive par les 
artères bulbo-urétrales qui viennent du bulbe, et dont les 
rameaux ont des communications assez libres avec ceux des 
artères dorsales et profondes de la verge. 

L'a|»pareil nerveux du corps spongieux de Turètre est 
inférieur sous tous les rapports à celui que nous avons vu 
au gland. Selon Millier et Valentin, contre lesquels M. Ko- 
belt n'élève aucune sérieuse objection, les nerfs de cette 
partie appartiennent surtout au système nerveux de la vie 
végétative, ce qui viendrait à l'appui de l'opinion du pro- 
fesseur de Fribourg, qui veut que le corps spongieux du 

(1) Osservuzioni tuilroiH}-zootoiniCihfi^iohgichi\ p. 10 el H. 

(2) L'ni uu corps caverneux par des vaisseaux qui 8e voient très 
bien, quand on sépare TurèUe do la gouUière dans laquelle il est revu, 
(Bichat, Anaîomif (le^criplite, I. V.) 



ACTE COPULATEUR CHEZ l'hOMIHE. 19 

canal de l'urètre constitue au fond un système de conduits 
vasculaircs, composé de nombreux sinus ?eineux contenus 
dans une enveloppe tendineuse, inexpansible, appareil dont 
je dirai tout à l'heure la destination. 

Bulbe. — Le parenchyme du bulbe est érectile, c'est-^ 
à-dire composé d'un lacis veineux comme celui des deux 
organes précédents ; il se continue en avant avec le corps 
spongieux de l'urètre, et se termine en arrière par deux 
renflements latéraux hémisphériques, séparés l'un de l'autre 
par une dépression longitudinale située sur la ligne médiane 
inférieure. 

Outre ces deux renflements latéraux, il existe entre eux 
en arrière et en haut, une troisième éminence moins large 
que les autres et donnant passage h la portion membra^ 
neuse de l'urètre, aux vaisseaux et aux nerfs du bulbe et 
aux deux conduits excréteurs des glandes de Cowper, qui 
sont couchées immédiatement en arrière, au milieu d'une 
roa5se veineuse. 

Une enveloppe fibreuse contient partout le bulbe; mais 
elle devient plus mince vers le sommet des deux hémi- 
sphères, pour leur permettre de former une saillie plus 
considérable lorsqu'ils se remplissent de sang. 

Le parenchyme du bulbe envoie en arrière et en haut un 
prolongement tubiforme qui se continue h travers la portion 
prostatique jusque dans le col vésical, lance des ramifica- 
tions rayonnantes dans les parois antérieure et inférieure 
de la vessie, et disparait insensiblement entre les membranes 
vésicales, en s'abouchnnt avec les veines vésicales exté- 
rieures. Ce prolongement vasculaire se déploie très riche- 
ment sur le verunwntanum^ et donne h ette éminence 
toutes les propriétés d'une crête érectile. Par suite de ce 
faîl, c'est-è-dire par la présence du tissu érectile dans le 



20 COPULATION. 

capvt gallinaginis^ in vessie est nrmée d'un obturateur qiii^ 
pendant l'érection, empêche le sperme de tomber dons le 
réservoir urinaire, et rend très difficile l'expulsion des 
urines. Chez la femme, où ces dispositions anatomiques 
n'existent pas^ il n*est pas rare de noter rémission urinaire 
comme un des troubles qui accompagnent le coït, et Gûn- 
Iher rappelle que chez la jument, pendant qu'elle est cou- 
verte, il y a émission d'urine et écoulement du mucus par le 
va{;in. 

D'après M. kobelt, les veines qui ramènent le sang hors 
du bulbe, sont : 

l*" i<es troncs qui perforent la paroi supérieure du bulbe 
derrière la bifurcation des corps caverneux, environ è 
13 millimètres avant le pofinl de jonction de la portion 
membraneuse de l'urètre avec le bulbe. Ces vaisseaux se 
dirigent en haut, derrière la symphyse du pubis jusque dans 
le labyrinthe veineux de Santorini : venœ bulbo-uretrales. 

!2<* D'autres troncs naissent du collictdus bulbi intertne- 
dius^ se dirigent en nrrière et latéralement, et se réunissent 
aux veines honteuses : venœ bulbosœ. 

Quiinl au sang artériel, il arrive au bulbe par six artères 
constantes d'un rertnin calibre, à sa\oir : les deu.r bul- 
bernes, les (leu.v bulb<i-urélrales cl les rameaux principaux 
dex deux dorsales de la verge. « Ot appareil, ajoute 
M. Kobelt, est visiblement plus riche en artères (au point 
de \ue absolu et relatif) que les rorps caverneux de la verge, 
organe de transmission, plus considérables cependant et plus 
volumineux que lui. 

» Le bulbe est, au contraire, très pauvre en neifs: il ne 
revoit qut: des nerfs ganglionnaires, et les lilets assez con- 
sidérables du nerf honteux qui paraissent s'v rendre sont, 
sehm toute a|)parence, destinés au muscle bulbo-ca\erneux, 



ACTE GOPULATEUK CHEZ l'uoMME. 21 

à la peau du périnée et à la surface postérieure du scrotum.» 

Muscle bulbo-caverneux. — Ce muscle joue, dans la 
théorie de l'érection que j'adopte, un rôle assez important 
pour que j'en emprunte la description entière au livre de 
M. Kobelt. 

a Ce muscle pair aplati, se compose essentiellement de 
deux couches superposées : 

» 1* La couche musculaire superficielle du bulbo-ca?er- 
neux natt du raphé fibreux situé sur la ligne médiane ^ elle 
représente les derniers vestiges de la fente embryonnaire 
du périnée (sinus uro-genitalis), ou plutôt elle résulte de 
la réunion ultérieure des deux moitiés latérales de cette 
région. En effet, cette couche superficielle se subdivise en 
deux portions, dont les fibres confondues à leur origine, 
s'insèrent cependant dans des points tout, à faits diift;rents. 
Ainsi : 

» A. Les fibres des trois quarts postérieurs de cette 
couche superficielle s'ajustent (en se dirigeant en avant et 
en dehors) autour de la surface inférieure cl latérale du 
bulbe, et se terminent par un feuillet tendineux qui se 
réunit sur la ligne médiane supérieure avec le muscle du 
côté opposé. Cette portion du muscle embrasse donc le 
bulbe, sous forme d'une gatne musculo-fibreuse, qu'on peut 
isoler complètement etqui doit comprimer le bulbe d'arrière 
en avant (mttëculiiscofnpressorlnilbiproprius). Le sphincter 
externe de l'anus et le muscle transverse superficiel du 
périnée s'unissent en arrière sur la ligne médiane, à cette 
première portion du bulbo-caverneux. 

» B. Le quart antérieur des fibres de cette couche mus- 
culaire superficielle contourne, de chaque côté, la racine 
de la verge, logée dans une espèce d'étranglement inaperçu 
jusqu'ici; arrivé sur la face dorsale du pénis, il se termine 



i'2 COFtLAIIU.N. 

avec les libres du côté opposé, dans un feuillet londineuiiL 
commun qui recouvre les vaisseaui et les nerfs dorsaux. 
Dans ce tendon sont quelquefois comprises les libres mus- 
culaires très courtes, que Krauss a ligurées, mais qu'il a 
rapportées au tendon du musrie ischio-caverneui. D'après 
cela, l'action de cette portion musculaire ne s'étend pas 
seulement à la partie antérieure du bulbe, mais encore en 
même temps sur la racine, les vaisseaux et les nerfs de la 
verge (véritable inwsculus hulbo-cavernosus^ seu mwcului 
emstrictor radicis petits^ scu compressorvenœdorsalù). 

» Toute cette couche musculaire superiicielle, même 
dans le plus grand degré d'expansion du bulbe, ne repose 
sur cet organe que d'une manière très lâche; ses Sbres pri- 
mitives présentent des stries transversales. 

w 2* La couche profonde se compose de deux moitiés 
latérales symétriques ; mais clic ne s'étend que sur la pro- 
tubérance postérieure du bulbe. Ses fibres naissent de 
rétranglement tendineux longitudinal qui existe à la sur- 
face inférieure et postérieure du bulbe jusque vers le colli* 
eulus huibi itUermediiis ; les fibres antérieures de celte 
couche se dirigent transversalement autour de l'hémisphère 
du cAté correspondant. Les fibres moyennes recouvrent la 
face convexe de cet hémisphère du colliculiis intermedius 
InUbi ; enfin , toutes ces fibres convergent et finissent 
ensemble par un tendon étroit aplati, qui s'unit au tendon 
du cAté opposé au-devant de l'entrée de la portion membra- 
neuse de l'urètre dans le bulbe. 

» Ces deux moitiés embrassent donc, d'après cela, les 
deux hémisphères du bulbe à la manière d'une fronde ou 
d'une roiiïe musculaire. Elles sont séparées de la couche 
superficielle par du tissu cellulaire dans lequel rampent des 
nerfs; elles s'en distinguent encore par la direction et Tin- 



ACTE CUPULAlEiJR CHEZ L^ilUMME. 2S 

sertioii de leurs Gbres. Cette couche profonde, exclusive- 
ment destinée a comprimer les deux hémisphèrest pourrait 
être désignée comme muscle particulier, sous le nom de 
musculus compressor hemisphœrium bulbi. Ses libres pri- 
mitives présentent des stries transversales. » 

Corps caverneux. — Les corps caverneux prennent une 
grande part dans le phénomène de l'érection, mais semblent 
ne jouer aucun rùle dans la manifestation de la volupté. 
Cette manière de voir est manifeste chez certains animaux 
dont la très grande partie de la verge est constituée par un 
os, comme chez Tours, la marte, le chien, le phoque, la 
loutre, le raton laveur, le blaireau, etc., etc. D'ailleurs, 
quand même les nerfs, en très petit nombre, qui se rendent 
aux corps caverneux, donneraient à ces parties une certaine 
sensibilité, celle-ci serait toujours très inférieure à la sensi- 
bilité exquise du gland, surtout si Ton considère que les 
corps caverneux du pénis sont enveloppés, comme par une 
forte cuirasse, par une membrane tendineuse, dure, insen- 
sible, qui, chez certains animaux, constitue la majeure 
partie de cette subdivision de la verge. Des expériences ten- 
tées par M. Kobelt sur des chiens, il résulte qu'une irrita- 
lion compressive exercée des deux côtés de la verge à l'état 
d*érection, si elle n'atteint pas les nerfs dorsaux, n*a pour 
ciïct ni chatouillement voluptueux, ni mouvement réflexe 
du muscle bulbo-caverneux, ni même du muscle ischio- 
caverneux. 

Bien évidemment, les corps caverneux n'ont d'autres 
fonctions que celles de supporter les organes du plaisir, de 
les introduire dans le lieu qui leur est réservé et de servir 
d'excitant aux parties voluptueuses de la femme. 

Jusqu'en ces derniers temps, on avait prétendu que les 
racines des corps caverneux s'inséraient sur la lèvre interne 



S/i GOPUrATIO>. 

deTischion. M. Kobelt a le premier conslatii qu'elles sonl 
situées au devant de l'arcade pubienne, contre laquelle ces 
parties sont comme accolées, et que leur face postérieure 
seule repose sur les crètestrnnchantes delà lèvre eiterncdc 
la branche descendante du pubis, et cela par une surface 
linéaire. Cette position , qu'il était important de fixer, 
comme on le verra dans plusieurs parties de cet ouvrage, 
a sollicité mon attention, et je me suis plus d'une fois 
assuré du fait avancé par M. Kobelt sur des verges parfai- 
tement injectées. 

J'ai é{;alemcnt constaté sur les mêmes pièces, que chaque 
racine, avant de se réunir avec celle du côté opposé, 
présentait un ronflement bulbiforme, signolé seulement 
par quelques anatomistes, et ignoré par le plus grand 
nombre. J'ai même cru remarquer que ce bulbe était plus 
prononcé à droite qu'h gauche, circonstance qui me parait 
tenir a l'habitude de déjeter la verge à gauche, dans l'in- 
tention d'éviter In coulure médiane du pantalon. 

La partie antérieure des corps caverneux se prolonge et 
se perd dans la substance du gland ; de plus, le bord supé- 
rieurdc leur cloison dépasse l'extrémité antérieure conoiile 
des corps caverneux, sous forme d'une gorge ouverte par 
en bas, sous laquelle la partie antérieure du canol de 
l'urètre se dirige vers son orifice cutané. De ce prolonge- 
ment compacte et tendiniforme de la cloison, descendent 
encore, dans la couronne du gland, en dehors et en bas, 
deux autres prolongements ailés destinés à servir de base à 
ce bourrelet si sensible. 

La forme générale du corps de l'organe est plutrtl fusi- 
forme que cylindrique, et sa plus grande ampleur existe 
dans son tiers antérieur. Dans un membre parfaitement 
injecté, on remarque sur toute la longueur du pénis des 



ACTE COPULATELR CUKZ L*UOMMB. 25 

sillons transversaux étroils qui servent à recevoir et à Kxcr 
les branches de la veine dorsale et à les protéger contre 
tout frottement, contre toute compression pendant le coTt. 

L'écoulement du sang provenant des dcu\ corps caver- 
neux du péniSy se Tait, d'après M. Kobelt, de la manière 
suivante : 

« l"" De la gouttière inférieure du corps de la verge, à 
travers des fentes particulières, entre les fibres transversales 
de l'enveloppe fibreuse, naissent de nombreuses radicules, 
qui montent vers la veine dorsale comme des vaisseaux dis- 
tincts, ou se réunissent aux veines du corps spongieux de 
Turètre. Ses veines provenant de la racine de la verge, ne 
se rendent plus à la veine dorsale; mais les unes se déver- 
sent dans le réseau veineux situé sur le côté de la racine, 
et les autres remontent pour se joindre aux veines cutanées 
abdominales 

V 2^ Sur toute la surface dorsale de la verge, sur tout le 
long de la cloison, de nombreux rameaux très courts émer- 
gent des corps caverneux et s'abouchent avec les rameaux 
el le tronc de la veine dorsale. On constate le mieux leur 
existence et leur origine en fendant le tronc elles rameaux 
de la veine dorsale; une sonde introduite dans ces vais- 
seaux pénètre jusque dans le corps caverneux du pénis. 

» â* De l'angle formé par la bifurcation de la racine de 
la verge, surgissent plusieurs gros troncs veineux, placés 
sur lescAtés delà veine dorsale, qui se dirigent sous l'arcade 
pubienne et se jettent derrière celle-ci dans les plexus pros- 
tatique et vésical. Ces veines profondes du pénis paraissent 
être les principaux vaisseaux efférents de l'organe de trans- 
mission. 

» &* Enfin, j'ai vu encore plusieurs veines sortir de la 
face interne des piliers de la verge, en passant entre les 



S6 COPILATION. 

fibres des muscles ischio-cavcriieux, reno* frii/6as(P;x?ni5; 
en partie, elles donnaient leur sang à la veine honteuse ; en 
partie aussi^elles contournaient les racines delà >erge pour 
se rendre dans la veine obturatrice. » 

Quant aux artères des corps caverneux de la verge, 
IVl. Kobelt se croit en droit d'établir, d'après ses recherches, 
les propositions suivantes : 

a li'artère honteuse, après avoir fourni des deux côtés 
Tartère bulbo-urétrale,se divise en dorsale et en profonde 
de la verge ; celte dernière envoie dans la profondeur un 
rameau de 1 millimèlre d'épaisseur qui |)éiiètrc dans le 
renflement de la racine du corps raverneux {artenabHUH)sa 
penis)^ et s'y divise aussitôt en un lacis vasculaire très abon- 
dant, aux ramifications ténues duquel pendent des diverli^ 
cidum artériels réunis en loulTes comme les fleurs de chè- 
I refeuille. Un nimuscule distinct de ce lacis se dirige en 
arrière, dans l'extrémité inférieure du pilier; un autre 
rameau se rend en avant, dans l'intérieur du corps caver- 
neux, pour s'anastomoser en cet endroit avec l'ortère caver- 
neuse de la verge. 

» En eflct, l'artère profonde s'unit dans Tangle de la 
racine de la verge avec celle de l'autre côté, en une arcade 
vasculaire très courte, de la convexité de laquelle, de 
chaque côté, part une artère caverneuse du pénis, qui 
pénètre, d'arrière en avant, dans le corps caverneux cor- 
respondant, et s'y prolonge jusqu'à son extrémité anté- 
rieure. De cette manière, elle fournit de nombreux rameaux 
au parenchyme des corps caverneux, et contracte des anas- 
tomoses fréquentes avec sa congénère, à travers la cloison 
des corps caverneux du pénis. Klle est aussi munie de diver- 
ticulum artériels, quid(*vicnnrnt plus rares en avant. Entin, 
des rameaux de diverses grandeurs, provenant de l'artère 



ACTE COPULAIËUU CHEZ l'iIOMME. "21 

dorsale du pénis, pénètrent de haut en bas dans la profon- 
deur des corps caverneux. 

» Oa estime facilement que ces petites artères doivent 
apporter dans le corps si volumineux de la verge, du sang 
artériel en bien moins grande quantité que ne le font les 
six artères assez considérables qui fournissent au bulbe, au 
corps spongieux et au gland. Au reste, si l'organe passif 
(gland^ corps spongieux et bulbe) a besoin, pour entrer en 
action, d'un sang artériel viviGant, l'organe de transmis- 
sion (t^er^e), au contraire, parait plutcH être mis en jeu par 
la rétention du sang veineux. » 

Les travaux de Tiedemann, de Mayer, de Millier, de 
Valentinetde M. Kobelt lui-même, nous apprennent fort 
peu de chose sur la distribution des nerfs dans le paren- 
chyme des corps caverneux du pénis. On sait seulement 
qu'ils viennent presque tous du système sympathique ; 
mais on ignore si les 6lets qui les traversent leur appar*- 
tiennent en propre. 

Muscle isghio-gaverneux. — Aux corps caverneux du 
pénis se trouve annexé le muscle ischio-caverneux. Si Ton 
injecte la verge et si Ton enlève le bulbe, ce muscle répond 
h la forme générale des piliers des corps caverneux, qu'il 
dépasse beaucoup en longueur en bas. Sa longueur est de 
8 centimètres ; il se compose d'une partie inférieure charnue 
et d*une partie supérieure tendineuse. Ses faisceaux mus- 
culaires proviennent de trois points différents, sans cepen- 
dant être divisés en trois chefs distincts. 

La partie moyenne ou principale prend son point de 
départ à âO-AO millimètres, sous l'extrémité arrondie du 
pilier de la face interne de la tubérosilé de Tischion, se 
dirige en haut, soit sous la branche de l'arcade pubienne, 
pour se rendre sur le pilier de la verge, où elle se termine 



Ûa COPULATION. 

h peu près tout entière dans un feuillet teudineux triangu- 
laire. Ce dernier recouvre le bulbe du pilier de la verge, 
de telle façon que sa base repose sur Tétranglement de la 
racine du pubis. D'autres Bbres musculaires partent de la 
lèvre interne de rurcade pubienne et se dirigent oblique* 
ment en avant et en haut vers le bord interne de ce feuillet 
tendineux. Une troisième portion nait de la lèvre externe 
de l'arcade pubienne, se dirige en liaut et en avant et s'at- 
tache au bord externe de l'aponévrose triangulaire de la 
première portion. 

L'ischio-cnverneux, ajoute M. Kobelt, n'est donc pas 
un muscle rubané, mais un muscle creux, en forme de 
cornet, qui renferme dans sa cavité toute la surface libre du 
pilier et de son bulbe. 

La nouvelle théorie explicative de l'érection, moin< 
encore que les déductions pathologiques qu'on en peut tirer, 
sont mon excuse pour la longueur des détails anatomiques 
que je viens d*oxposer ; on en comprendra toute l'importance 
alors que j'établirai sur ces données tout un groupe de 
causes d'impuissance, et que je fonderai également sur elles 
tout un système de médication. 

Mais il me faut a présent poursuivre l'œuvre physio- 
logique , et expliquer comment agissent les uns sur les 
autres les divers organes que je viens de passer en revue, 
gour produire, non -seulement l'érection, mais encore les 
sensations voluptueuses inhérentes h l'acte de la copula- 
tion. 

Lorsque l'instinct ou la volonté éveille en nous l'orgasme 
lénérien, il se produit au gland une excitabilité spécifique, 
sut generiSy propre au sens génital ; cette excitabilité, qui 
n'u aucune analogie avec la sensibilité générale, puisqu'elle 



ACTE COPULATBUR €HEZ l'hOMMB. 29 

ne .saurait être éveillée par l'impression des agents extérieurs, 
a cependant de tels rapports avec celte sensibilité que relie* 
ci ne tarde pas à entrer en jeu et à faire éprouver son 
action à l'appareil nerveux si riche du gland. La vie propre 
de celui-ci commence alors; il devient pour Tindividu un 
organe tout à fait nouveau dans lequel Téréthisme vénérien 
se développe par suite des changements survenus dans sa 
sensibilité. 

Cet éréthismc du gland appelle dans son parenchyme un 
alllux plus considérable de sang artériel, lequel est néan- 
moins insuffisant et ne détermine pas une compression inté- 
rieure assez intense et assez rapide pour produire l'excita- 
tion vénérienne. Il faut ici, dit M. Kobelt, quelque chose 
d'analogue au choc du cœur, un cœur des organes sexiœls. 
C'est l'appareil musculaire du bulbe, inactif pendant la 
première période, qui, dès le début de la seconde, est mis 
en mouvement par l'excitation du gland : phénomène 
réflexe qui a pour eiïet la participation involontaire de cet 
appareil musculaire. 

Ainsi, pour relier entre elles les actions diverses du gland, 
du corps spongieux de l'urètre, du bulbe et du muscle 
bulbo-caverneux, nous devons considérer tout cet appareil 
comme une véritable machine hydraulique, dont le jeu accroît 
û chaque instant la force motrice. L'éréthisme vénérien, 
en éveillant la sensibilité générale du gland, attire dans 
cette partie une plus grande quantité de sang, dont l'elTot 
est d'augmenter suffisamment la sensibilité générale pour 
qu'elle aille retentir dans les centres nerveux. Par suite, 
l'excitabilité des muscles bulbo-caverneux est éveillée à son 
tour, et ses contractions, en comprimant le bulbe, chassent 
vers le gland, par le corps spongieux de l'urètre, un plus 
grand afflux de sang, lequel augmente encore la sensibilité 



30 COPULATION. 

(iii gland qui, à son tour, double l'énergie contractile du 
muscle bulbo-caveriieux et, oinsi de suite, jusqu'au moment 
où rémission du sperme, annonçant que la fonction est 
remplie, ramène le calme au milieu de tout cet appareil si 
violemment agité. 

L'expérience, dit M. Kobelt, m'a démontré que la na- 
ture emploie eiTectivement ce moyen. Sur des chiens 
récemment étranglés ou sur le point d'être asphyxiés par la 
strangulation, chez lesquels j'avais mis à nu la racine de 
la verge depuis en bas jusque sur le muscle bulbo-caver- 
neuXy chaque fois que j'excitais le gland plus ou moins 
turgescent, le muscle bulbo-caverneux se contractait, par 
saccades, sur le bulbe rempli de sang et poussait par coups 
rapides le liquide à travers les conduits vasculaircs du corps 
spongieux de l'urètre jusque dans le gland qui arrivait ainsi 
à un développement complet. Souvent une seule excitation 
était suivie de plusieurs de ces contractions régulières rhyth- 
miques ; durant ces alternatives de contraction et de dila- 
tation, on vojait le sang aniuerpar les artères dans le bulbe, 
en être expulsé et porté vers le gland ; on ne saurait mé- 
connaître une ressemblance Frappante de ce mode d'action 
avec la systole ei la diastole du cœur. 

Les contractions du bulbo-caverneux sont également 
appréciables chez l'homme pendant le coït ; elles sont mani- 
festement sensibles à la région du périnée et sous la sym- 
physe du pubis. 

D'autres circonstances secondaires augmentent encore la 
sensibilité du gland à chaque propulsion de In verge intro- 
duite dans le vagin : le prépuce est ramené sur la couronne 
du gland; et le frein est tiré en arrière et en bas, de manière 
que la peau du gland, dont la sensibilité est déjà si forte- 
ment exaltée, se trouve tendue autant que possible par ce 



ACTE COrULAIEUR CHEZ l'hoMME. 31 

petit ligament vi soumise h une friction immédiate avec les 
parois, elles-mêmes turgescentes, du vagin. 

Les corps caverneux de la verge dont je n'ai pas parlé 
josqu'à présent sont soumis au même mécanisme que les 
organes dont je viens de m'occupcr. Leurs racines, que Ton 
peut comparer au bulbe, sont recouvertes par les muscles 
ischio-c^verneux et comprimées par eux pendant leurs 
contractions déterminées par l'irritabilité du gland. 

Cependant, malgré le mécanisme dont je viens de rendre 
compte, les nerfs du gland n'arriveraient pas è l'état de 
compression momentanée désirable , si le sang pouvait 
s'échapper de l'appareil avec chaque contraction des mus- 
cles bulbo-caverneux et ischio-caverneux. 

« Pour prévenir ce dégorgement trop rapide, dit M. Ko- 
belt en parlant de l'organe qu'il appelle passif (gland, corps 
spongieux de Turètre, bulbe et muscle bulbo-caverneux), 
la portion antérieure du muscle bulbo-caverneux, c'est-ù- 
dire le muscle compresseur de la racine de la verge, com- 
prime le tronc déférent veineux principal de l'organe passif, 
à savoir, la veine dorsale du pénis qui passe sous son ten- 
don; en même temps le bord supérieur du muscle com- 
presseur des hémisphères embrasse è la manière d'un 
sphincter les veines bulbeuses qui «laissent du colltculus bulbi 
inlermedius. De cette façon, chez l'homme, le sang est 
retenu dans le gland d'une double façon au moyen du 
même appareil musculaire, qui y détermine un afDux san- 
guin plus considérable, en même temps qu'il s'oppose à 
récoulement trop rapide de ce liquide. » 

En ce qui concerne les corps caverneux, M. Kobelt n'a 
pas été plus heureux que ses devanciers dans la recherche 
de l'appareil de rétention pour les grosses veines profondes 
qui passent sous la symphyse du pubis, émergeant des corps 



32 Lori'UTion. 

csvL'rticui. (Cependant les vipérienccs tcrili-cs iluris o' l>ut 
ilorineiil ;i [lenser que rct obsincie l'xtsle, et M. hubelt 
croit iju'il y est (leut-^tro constitué par les petits reuiltcls 
niembruiieut situés sur 1» face interne de la giiliie rii)reuse 
des l'orjis cuverneux, qui fiTment, coiume des valvules, les 
(irilices internes de ces vaisseaux cITérents. 

Telle est la tliéorie de M. kobelt sur l'érection el sur 
les sensations voluptueuses du sens génital. 

l'our on faire comprendre toute la (alfur uu point de 
vue de l'impuissonre el cicuscr ainsi les développements 
que j'ai donnés â .ion eiposilioii, il me suflira, devançant 
ici un chapitre de cet ouvrage, d'indiquer la palhogénie 
toute nouvelle de l'nnapiirodisie qui en découle. 

Les phénomènes qui se produisent dans l'érection sont, 
dans l'ordre suivant : 1" excitation du gland; S'alllut plus 
considérable de fan^ artériel vers cette jiarlie ; 5" contrac- 
tion des muscle» bulbo-covenicut et iscliio-cavcrneut; 
h" refoulcmeiit du i^iin^ du bulbe dans le corps spongieux 
de l'urètre; 5" enlin compression de In veine dorsale du 
pénis par ht portion antérieure du muscle liulbo-cavcrneux. 

Si quelqu'un de ces phénomènes est entravé dans sa 
marche, l'impuissance se produira. Supposez que le laciti 
veineux qui constitue le corps spongieux de l'urètre pré- 
sente des tumeurs variqueuses ou que le muscle bulbo- 
caverneux soit frappé de paralysie ; le sang, n'arrivant pi* 
en suffisante quantité au gland, ne pourra continuer l'exci- 
talion primitive de celui-ci, et l'éréthismc vénérien, se tas- 
sant d'appeler en vaîn la sensibilité générale du gland, s'é- 
teindra au milieu de ces efforts inutiles. 

Les indications thérapeutiques seront également diiïé- 
rcntes, »eloii que l'on aura ii combattre une varici 
darsljuie. 




J 



ACTB COPDLATEt'R CHEZ LA FEMME. ââ 

Od verra, quand je serai arrivé à celte partie de mon 
travail y quelle part minime il faut faire désormais, dans 
l'étiologie de Timpuissance, à l'influx nerveux, ce bouclier 
de l'ignorance, et combien souvent Tanaphrodisie reconnaît 
pour cause des lésions matérielles aussi appréciables à 
l'observateur que celles de tout autre organe du corps 
humain. 

S II. — Aele eopalate«r cImb la femme. 

Chez l'homme le coït n'est complet qu'à la condition 
d'an sentiment voluptueux pendant l'éjaculation sperma* 
tique; de même chez la femme, la copulation n'est entière 
que lorsque le plaisir accompagne l'approche du mAle. 

Sans doute plus favorisée que l'homme, la femme, en 
dehors de quelques vices de conformation et de quelques 
cas pathologiques que je ferai connaître ailleurs, peut tou- 
jours, du moins passivement, se prêter au rapprochement 
des sexes; mais si son sens génital n'est pas tiré de sa tor- 
peur, si sa sensibilité reste étrangère à l'acle, si, en un 
mot, l'orgasme vénérien n'a pas porté le trouble dans son 
organisme , l'action copulatrice est physiologiquement 
incomplète, aussi incomplète que si le membre viril se con- 
tentait d'exciter le clitoris, sans pénétrer dans la cavité 
vaginale. 

J'aurai donc k examiner la copulation chez la femme au 

double point de vue : 

1* Du rôle que jouent ses organes dans leurs rapports 
atcc ceux de l'homme; 

2^ De la volupté qui chez elle, comme chez l'homme, 
complète l'acte copulateur. 

L'intromission de la verge dans le vagin n'impose à la 

3 






&l\ <:0I>1 LATION. 

rumine (|u'un rAjc entièrement pn^sif; la conformution île 
>es oriinncs la dispense >uns ce rapport de toule prépora- 
tion antérieure, et pour accomplir cette partie de Ttictc, 
elle n'a besoin ni d\*\cilation M'nériennCy ni de désirs ero- 
tiques y il sullit que sa volonté s'elTace et livre sans opposi- 
tion l'appareil copulateur. 

Mais il n'en est pas de même pour la volupté qu'elle doit 
trouver dans le coït; ici sa volonté, à défaut de l'instinct, 
est nécessaire pour faire naître jes désirs vénériens et rendre 
è la fois le plaisir plus vif et plus complet; ensuite ce 
plaisir est, comme chez Thommc, le résultat d'un méca- 
nisme dont les troubles correspondent à des états morbides 
qui devront m'occuper plus tard. 

Je dois donc ici, h rexem|ile de ce que j'ai fait pour 
l'homme, examiner ce mécanisme tout à la fois en repos et 
en activité. 

C'est encore à IVI. Kobelt que nous emprunterons la 
solution de ce nouveau problème (1). 

L'appareil sensuel chez la femme est analogue à celui 

(1) Sans vouloir en aucune fa(;on diminuer la valeur des bejlos re- 
cherches de M. KolHîit , je dois à la vérité de dire que le musée analomique 
de la Faculté de médecine de Paris possède, admirablement préparés, 
left a|>|>areils et le« organes dont parle le professeur de Fritx)urg : que 
la très grande majorité do ces pièces sonl antérieures à la pul)lication 
do In Mmuujrnphie do M. Kobelt. et je citerai entre autres la prépara- 
tion des bulbes du vestibule et du réseau intermédiaire, faite en 1843 
par M.Jarjavay, et qui porte le n" 95. L'ouvra;ze de M. Kobelt n'a 
paru qu'en 1H44 et n'a guère été connu en France que par la traduc- 
tion qu'en a donnée* M. Kaula en 1H5i. Si la plupart des détails ana- 
tomiques fournis par M. KolK*lt perdent ainsi un peu de leur pri- 
meur, il reste au professeur de Fribonrg tout le mérite physiologique, 
et il peut entièrement revendiquer comme lui appurleoanl en propre 
la théorie qu'il a su en déduire et que j'ai exposée plus haut. 



ACTE COPULATBDH CUfl l\ FEMME. SB 

que nous menons d'étudier chez l'hoiniDe, et Iq ro.c(w)nisQ)p 
de l'un est entièrement identique avec celui de l'autre. 

Le gland du clitoris, la partie la plus sensible (je Iput 
rappareil, est mis en relation a\oc les deux bulbes au moyen 
d'un réseau veineux que M. Kobelt appelle réseau inlef**? 
médiaire. 

Les (Jeux bulbes du vestibule, placés sur les parties laté- 
rales de l'entrée du vagin, sous les branches de Tarcajje 
pubienne, ont non-seulement la même fonction que nous 
avons vue dévolue au (julbe de Thomme, mais encore ils 
activent la copulation en resserrant l'entrée vaginale, et 
par conséquent en comprimant la verge. 

Ce double elTet est obtenu au moyen du muscle con^ 
strictor cunni^ qui, malgré la confusion dans laquelle sont 
tombés beaucoup d'anatomistes, est l'analogue du muscle 
bulbo-cavernenx chez l'homme. 

Je ne re\iendrai pas ici sur le mécanisme du sens génital 
qui m'a longuement occupé dans le paragraphe précédent , 
il est exactement le même chez la femme; seulement je 
dois ne pas laisser dans l'ombre une circonstance heureuse 
pour le développement de la volupté chez elle, circonstance 
depuis longtemps signalée par Liculaud, quand il disait : 
«Le clitoris n'a point la direction de la ver^^e; il se porte 
dans un sens contraire, c'est-à-dire de haut en bas, sans 
qu'il puisse se relever dans son action (1). » Celle direction 
du clitoris, déterminée par les éléments anatomiques qui 
l'entourent, en déjetant son ginnd au-devant du rebord su- 
périeur de l'entrée vaginale, augmente les frottements que 
|a verge est appelée h exercer sur l'organe le plus sensible 
de l'appareil génital chez la femme, et accroît par consé- 

(1) Euai» anatomiquen, volll, p. 310. 



36 COPULATION. 

qoent chez elle la somme dos voluptés qui lui est dévolue. 
Le vagin, quoique moins bien doté que l'iipporeil dont 
je viens de parler, est cependant pourvu d'un tissu éreclilc 
qui rampe dans foule sa longueur, entre les diverses mem- 
branes qui le constituent. liS partie la plus étroite de ce con- 
duit se trouve à Tentrée, circonstance remarquable au poiot 
de vue du plaisir chez l'homme et chez la femme. Enfin, la 
volupté de cette dernière est encore augmentée par la pré- 
sence des poils qui garnissent le mont de Vénus, et dont 
rinfluence sur la sensibilité de cette partie n'avait pas 
échappée Carus (1). 

S III. — C«palatloa. 

Dans les deui paragraphes précédents j'ai fait connaître 
séparément, dans chaque sexe, Tappareil qui sert à leur 
rapprochement, et j'ai essayé, d'après M. Kobelt, de rendre 
physiologiqucment raison des sensations voluptueuses que 
l'un et l'autre éprouvent dans la satisfaction de leurs désirs 
vénériens. 

Il nous faut maintenant assister à ce ropprochement, 
étudier : l"" le double mécanisme que j'ai décrit, et ^ l'é- 
branlement que l'exercice de la fonction génitale imprime 
à tout l'organisme; en un mot, il me faut parler du coït, 
de la copulation proprement dite. 

Étudié dans la sphère des or<;anes copulatcurs, c'est- 
à-dire examiné dans les phénomènes purement locaux, le 
coït ne peut avoir lieu qu'après une période de prépa- 
ration pendant laquelle les organes des deux sexes entrent 
en érection sous Tinfluence de l'éréthisme vénérien. Quand 
le membre viril pénètre dans le vestibule, le gland du pénis 

(I) Phyniohiçie, vol. III. p :\^. 



CUPULAIION. 37 

vient heurter le gland da clitoris qui, placé à l'entrée du 
canal copulateur, peut céder et se Qéchir à la faveur de sa 
position et de l'angle que fait son corps. Après cette pre- 
mière excitation des deux foyers sensitifs, le gland pénien 
glisse sur le rebord des deux bulbes, par un mouvement 
brusque et saccadé; le collet et le corps du pénis sont em- 
brassés par la saillie de ces bulbes; le gland, au contraire, 
qui s'est avancé plus loin, est en contact avec la surface 
fine et délicate de la muqueuse vaginale, rendue elle-même 
élastique par la doublure que lui constitue le tissu érectilo 
que j'ai dit ramper entre ses membranes. Cette disposition, 
en permettant au vagin de se* mouler sur le volume de la 
verge, augmente encore la turgescence, et par conséquent 
la sensibilité du clitoris, en forçant le sang, chassé des parois 
du vagin, de se rendre, en partie du moins, aux bulbes du 
vestibule, à travers les veines émissaires dépourvues de val- 
vules, et de parvenir ainsi, d'une manière médiate et directe, 
jusqu'au clitoris. A son tour, la turgescence, et par consé- 
quent la sensibilité du gland pénien, est accrue par l'action 
compressive du tissu vaginal de plus en plus turgescent et 
par celle des deux bulbes du vestibule. 

De plus, le clitoris, abaissé fortement et porté h la ren- 
contre de la face dorsale du gland et du corps de la verge, 
par la portion antérieure du muscle compresseur, subit de 
la part du pénis et lui inflige à son tour des frottements vo- 
luptueux, de sorte que chaque mouvement de copulation 
influe à la fois sur les deux sexes, et concourt, au point 
culminant de cette excitation mutuelle et réciproque, à 
amener d'un câté l'éjaculation et de l'autre la réception 
de la liqueur séminale dans la matrice. 

M. Kobelt, en terminant sa monographie, se croit en 
mesure de décider auquel des deux sexes appartient la plus 



86 COPULATION. 

grande somme do volupté dans Tacle vénérien. Je ne sais, 
en présence do lodtcs les rircoiistances qui influent sur le 
sens génital, s'il est possible de résoudre à priori un sem- 
blable [irobleme. Ce|M*ndnnt la question a trop souvent 
tlC(:upé des hommes srrioux, pour que je ne fasse pas con- 
Aaitrô la pensée de M. Kobolt, résuméo ainsi dans une note 
finale : « Avor ers donnoos analomiques et physiologiques, 
dit-il, si nous essayons de résoudre In question, controversée 
Itïii de fois, relativement à la somme de volupté ou d'or- 
gasme qui revient à chacun des sexes dans Pacte de la copu- 
lation, nous trouverons, quant à Tindividu féminin, que la 
dimension considérable de ses bulbes, comparée au \olume 
du gland du clitoris, que leur action immédiate sur cet 
organe, que la compression (Miergi(|ue qu*ils éprouvent de 
la part de l;i vcrj^o, et surtout le grand nombre de nerfs 
concentrés dans un si petit espace { multum in minimo)^ 
tout cela joint a la grande sensibilité générale de la femme, 
sont aut int de raisons pour nous faire admettre que la part 
qui lui revient est la plus considérable. >^ 

Plus tard, lorsque j'étudierai Tirifluence du tempérament, 
de la ( onslitution et d'une foule de circonstances tant par- 
ticulières que générales, on se convaincra que si la question 
de la différence de volupté entre les deux sexes n'a pas 
encore reçu une solution convenable, on se convaincra, dis- 
je, que la question est insoluble au milieu de toutes les 
conditions diverses dont on ne peut faire une abstraction 
entière; et cela est si vrai, qu'il est très diflicile de dresser 
le tableau exact et complet des phénomènes généraux qui 
accompagnent le coit: tandis que chez l'un la volupté se 
traduit par quel(]iies tressaillements ù peine sensibles, elle 
atteint chez l'aulre le paroxysme de l'exaltation tant morale 
que physique. Les nuances, entre ces deux étals extrêmes, 



COPULATION» 39 

sont intiiiies : la circulation s'accélère, les artères battent 
fortement; le sang veineux, arrêté dans les vaisseaux par la 
contraction des muscles, augmente la chaleur générale, et 
cette stagnation, plus prononcée au cerveau par la contrac- 
tion des muscles du cou et le renversement de la tète en 
arrière, détermitie une congestion cérébrale momentanée, 
pondant laquelle rintelligènce se perd et toutes les facultés 
^'anéantissent. Les yeux, violemment injectés, deviennent 
hagards, et rendent le regard incertain, ou, dan^la majorité 
des cas, se fernlent spasmoJiquement pour éviter le contact 
de la lumière. 

La respiration, haletante et entrecoupée chez quelques- 
uns, se suspend chez quelques autres par la contraction 
spasmodique du larynx, ot l'air, quelque temps comprimé, 
se ftfit enfin jour au dehors, à tnivers des paroles sans suite 
et des mots inconnus. 

Les centres nerveux, conj^estionnés comme je le disais 
tout è l'heure, ne communiquent plus que des sensations et 
des volitions confuses : la motilité et la sensibilité accusent 
un désordre inexprimable ; les membres, saisis de convul- 
sions et quelquefois de crampes, s'agitent dans tous les 
sens, ou se tendent et se roidissent comme des barres de fer; 
les mâchoires, serrées Punè contre l'autre, font grincer les 
dents, et quelques personnes portent It^ délire erotique 
si loin, qu'oubliant le compagnon de leurs voluptés, elles 
mordent jusqu'au sang une épaule qu'on a l'imprudence de 
ien^ abandonner. 

Cet état frénétique, cette épilepsie et ce délire dureÂt 
peu d'ordinaire; ils suffisent cependant pour épuiser les 
forces de l'organisme, surtout chez l'homme où cette sur- 
excitation se termine par une évacuation de sperme plus ou 
moins abondante. Une prostration arrive alors, et d'autant 



4U COPULATION. 

plus forte que réréthiëmca été plus violent. Cet abattement 
subit, cetle faiblesse générale et cette tendance au sommeil 
i]ui s'emparent Je l'homnic après la consommation de l'acte, 
sont incontestablement dus à l'émission de la liqueur sémi- 
nale, car la femme, quelque énergie qu'elle ait apportée dans 
le coït, n'éprouve qu'une lassitude passagère incompara- 
blement inférieure à la prostration de l'homme, et qui loi 
permet bien plus rapidement qu'à ce dernier la répétition 
de l'acte. fiTriste est omne animal post coitum , prœtermu- 
lierem gallumquej » a dit Galien, je crois, et cet axiome 
est essentiellement vrai pour l'espèce humaine. 

A partir de ce moment, la fonction génératrice échappe 
a notre conscience; le râle de l'homme est fini, celui de la 
femme commence h devenir réellement actif. Mais tout, au 
début, s^e passe encore à son insu; ce ne sera que plus tard, 
•lors que la formation m>\^térieuse d'un nouvel être sera 
consommée, qu'elle acquerra In connaissance des droits et 
des devoirs nouveaux qui lui sont dévolus par la nature. 
Mais, pour la formation de ce nouvel être, l'homme et 
la femme n'ont rempli qu'une bien faible partie de leurs 
obligations par le coït que je viens de décrire, car la mis- 
sion principale de l'un est le dépôt, dans les organes de 
l'autre, d'une liqueur prolifique, sans laquelle la reproduc- 
tion est impossible. 

Nous allons donc étudier cette seconde partie de la fonc- 
tion génitale, tant chez l'homme que chez la femme, et 
compléter ainsi ce qu'on appelle dans la science la physio- 
logie de l'espèce. 



A€TB SÉMINAL. /^l 

CHAPITRE II. 

FÉCONDATION. 
S L — Aete séiMlnal. 

Avant de foire connaître la composition du sperme, %t le 
rôle que joue chacun de ses éléments dans l'acte de la 
fécondation, il me semble plus rationnel d'assister d'abord 
h sa sécrétion, et èsa translation depuis le testicule jusqu'au 
canal de l'urètre, et de ne nous occuper de lui que lorsque 
nous serons parvenus a l'amener au dehors à travers tous 
le^ obstacles dont sa marche est semée. 

Mous aurons donc à examiner le sperme aux points de 
vue: 1* de sa sécrétion; 2" de son excrétion; â"" de sa 
composition. 

A. Sécrétion du sperme. 

Le testicule est composé d'éléments (ubulés qui se ter- 
minent tantôt en cuUde-sac, tantôt par des anastomoses des 
conduits entre eux. La disposition anatomique des conduits 
séminiferes permet de penser que la sécrétion se fait dans 
toute leur étendue, et que la quantité de cette sécrétion est 
très minime, si l'on a égard au petit volume de ces glandes, 
au nombre et à la ténuité des conduits séminifères, au peu 
de sang qu'y apportent les artères spermatiques où la cir- 
culation est ralentie, et à la longueur et à l'étroitesse des 
canaux déférents. Cette quantité paraîtra encore plus faible, 
si l'on se rappelle que, chemin faisant, une foule de glandes 
viennent mélanger leurs produits à la liqueur séminale. 
Cependant la sécrétion spermatique est accrue dans cer- 



&â FÉCONDATION. 

laines circonsluiices, comme par exemple sous riiitlueiice 
des excitations vénériennes, de certains aliments ou de cer- 
'taines substances. 

L'appareil sécrétoire du testicule ne laisse aucun doute 
sur sa tendance à opérer un mélange intime du sperme ; 
sans parler des anastomoses qui s'établi^^sent h Textrémité 
des conduits, les canalicules contournés, lorsquMs sont 
arrivés à une ou deui lignes de distance du réseau du tes- 
ticule, cessent d'être lleiucux ; plusieurs s'unissentensemble 
et forment alors les canalicules séminifèresdroitSj qui sont 
au nombre de plus de \ingt. Ces conduits s'anastomosent 
ensuite en réseau, et, en traversant l'albuginée, forment le 
réseau de lialler, où le sperme se mélange encore. De l'ex- 
trémité supérieure du réseau de lialler partent à travers 
l'albuginée des canalicules un peu moins nombreux que les 
canalicules droits; on les nomme conduits spermatiques 
efféreniSy et Ton en compte ordinairement neuf; ch.irun de 
ces canaux, en se contournant, forme un cdne et va tou- 
jours en diminuant de calibre du cùté de Tépididyme, sans 
présenter des valvules, comme le croyait Prochaska. 

La force qui fait circuler le sperme dans celte partie du 
trajet qu'il doit parcourir, ne peut être que la visa tergo; 
car les parois des conduits n'offrent pas d'éléments suscep- 
tibles de contractions ; il est également présumable qu'il y a 
en même temps un effet de capillarité, puisque le sperme 
chemine contre les lois de la pesanteur. Dans tous les cas, 
sa marche est excessivement lente, pour permettre, sans 
doute, aux animalcules de parcourir toutes les phases de 
feur développement, avant d'arriver dans un lieu où peut- 
être ils ne trouveraient plus les conditions nécessaires à leur 
accroissement. 



AGT£ SÉMINAL. /^3 

B. Excrétion du sperme. 

Je partagerai en deux étapes la route que parcourt le 
Sperme depuis le testicule jusqu'au dehors. La première 
comprendra t'espace compris entre l'épididjme et (es vési- 
cules séminales, et la seconde depuis ces dernières jusqu'à 
la sortie de la liqueur proIi6que par le canal de l'urètre. 

1* Pour se rendre du testicule dans les vésicules sémi- 
nales, le sperme traverse Tépididyme et le canal déférent. 
Dans Tépididyme, il parcourt des rannux flexueux très rap- 
prochés les uns des autres, et dont la longueur est quarante 
fois plus grande que celle de l'épididyme. Dans le canal 
déférent, qui fait suite à l'épididyme, le sperme ne parcourt 
plus qu'un conduitsans Hexuosités, mais qui s'élè\c jusqu'à 
l'anneau inguinal, où il forme une anse, dont la convexité 
regarde en haut; puis il descend, en abandonnant la paroi 
antérieure du bassin, vers le bord latéral de la vessie; se 
rapproche beaucoup, surtout a la partie postérieure de la 
prostate, de celui du côté opposé, et Huit par se jeter, 
presque verticalement, dans le bord interne de la vésicule 
séminale. 

Eq parcourant le long trajet que je viens de décrire, le 
sperme rencontre des obstacles multipliés à sa marche : 
c'est d'abord le réseau de Haller ; plus loin, c'est l'épidi- 
dyme avec ses mille flexuosités ; plus loin encore, c'est le 
canal déférent dont la longueur est si considérable et le 
calibre si étroit, et dans lequel la viscosité du liquide donne 
souvent naissance à des obstructions; je montrerai plus tard 
avec quelle facilité les canaux de l'épididyme s'oblitèrent 
sous l'influence de certaines maladies, oblitérations qui 
(fétefminènt falalemeat alors la stérilité. 




)slucles (juc je \ivii 
nature recourt à Irois forces : 1° la cepillarilé; 2' la visa 
lergo, qui csl tellement considérulile, que, si il l'époque du 
rut, on lie le canal déférent, relui ci se ronqit au-dessous 
de la ligature ; 3* la force élastique des giorois du conduit, 
dépendante d'une tunique musculeuse d'un jaune brutiAtrc, 
t'orn[ioséc', d'après Leeuwenlioeck, J.-F. Meckel, Cowper, 
Ë.-fl. AVeber, liuschke, do libres longitudinales et de 
lilircs circulaires. D'après ce dernier auteur, ces fibres 
seraient surtout de nature élastique, et cette tunique 
devrait pliilAt è son élosticité qu'è sa contraciiliié muscu- 
laire, la propriété de contribuera la propulsion du sperme. 

D'autres forces secondaires contribuent encore à la 
marclie du fluide pruliiique, entre autres, les contractions 
alternatives du créma>[er, te décubitus horizontal, les mou- 
vements d'élévaliuu et d'abaissement du testicule corres- 
pondant fi la respiration, etc., etc. 

S°La seconde étape, qui marque la lin du trajet que 
parcourt le sperme pour arriver au dcbors, est remplie par 
les vésicules séminales, les canaux éjacnlateurs et le canal 
Je l'urètre, auxquels sont annevés la prostate, les glandes 
de Mérj- ou de Cowper et les follicules de Littre. 

Il importe ici de nous arrêter un instant h chacun de ces 
organe!^, et d'étudier leur mécanisme d'une manière toute 
spéciale. 

f-^ésicules sémiimlea. — Le râle des vésicules séminales 
n'est pas le même pour tous les auteurs. Les uns en ont 
fait des j^landes et k's autres les ont considérées exclusive- 
ment comme les réservoirs du sperme. 

Oui qui ont soutenu que les vésicules séminales n'étaient 
que des glandes sont : Tli. Wharlon, Debotne, Swai 
merdam, Harder, Dan. Tauvry, R. Wagner; mais c'est i 




J 



ACTE SÉMINAL. &5 

Hunter (i), surtout, que cette opinion doit son éclat. Les 
arguments sur lesquels il se fonde sont : 1* La présence dans 
les vésicules séminales d'un liquide différent de celui qui se 
Iroave dans le canal spermatique ; 2** l'identité des liquides 
contenus dans les deux vésicules séminales d'un homme 
ayant depuis longtemps perdu un testicule; S"" l'existence, 
chez certains animaux, d'un conduit spécial de la vésicule, 
qui ne s'abouche pas avec le canal déférent; A*" la présence 
de liquide dans les vésicules séminales de personnes faibles 
et de vieillards, et des autres individus après le coît;5*en' 
Gn, une douleur testiculaire après des excitations véné- 
riennes, sans consommation de l'acte : preuve évidente, dit 
Hunter, que ce qui est fourni dans la copulation vient du 
testicule, et qu'il n'y a pas de réservoir pour le liquide qui 
devait être éjaculé. 

L'opinion contraire, c'est-à-dire celle qui veut que les 
vésicules séminales soient exclusivement des réservoirs du 
sperme, a pour défenseurs: Rondelet, Fallopc, qui décou- 
vrit ces organes chez l'homme ; de Graniï, Sœmroerring, 
Brugnonne, J.-F. Meckel, Prévost et Dumas, Burdach, 
Panizza, E.-L.-F. Weber, Gurlt et J. Davy. 

L'une et l'autre de ces deux manières de voir sont trop 
exclusives. Les vésicules séminales sont tout à la fois des 
glandes et des réservoirs: elles sont des glandes parce que 
Tanatomie montre des follicules nombreux dans leur mcm- 
braoe muqueuse, et parce que les observations de Hunter 
sont exactes et parfaitement concluantes en faveur de cette 
opinion; mais elles sont aussi des réservoirs du sperme, 
parce qu'une injection poussée par le canal déférent arrive 
jusqu'à elles, parce que le liquide qu'elles renferment 

(t) OEuvreê de J. Hunier, Irad. par Richelot. Paris, 4 843, l. IV, 
p. 82. 



présente qu microscope des animalcules spermaliqpos, ainii 
(|ue Tont att* sté Q^er, Vnlontin, \V eber, elc. 

Enfin, des recherc|ics toutes réceiiles cl'anatQmie patholo- 
gique, entreprises par M. Gosselin, à l'occasion dp l'oMité- 
ration des épididjmes consécutive h l'inflammation de ces 
organes, ne laissent aucun doute sur le double rôle assigné 
aux vésicules séminales. Qu'on me permette de reproduire 
ici les conclusions physiologiques que cet eipériaiepUteiif 
tire de ses recherches, sur lesquelles je reviendrai pilleuri 
quand j'étudierai les causes de la stérilité : « On cpMJectiire 
bien, dit-il, depuis les travaux de Huntcr, que celui (Ip 
liquide) qui vient des testicules est peu abondant, et qpp |p 
pins grande quantité provient des vésicules scmipales, qiyj 
ont reçu en dépôt, depuis un temps plus ou moins long, le 
produit testiculaire. Mes observations me paraissent démon- 
trer que cette conjecture est une réalité, et même que la 
quantité de liquide testiculaire est encore plus faible qu'on 
n'est disposé à le croire. On y remarque, en eiïet, dpux 
phénomènes capitaux : 1** les éjaculations sont aussi 
abondantes, malgré l'oblitération des voies spermatiques, 
que dans les cos où ces dernières sont libres ; i*" la disten- 
sion du canol épidid> maire par le sperme ne donne pas à 
ce canal des proportions très considérables, et n'occasionne 
pas de souiïranres sur le vivant. Sans doute, il se fajt une 
résorption ; mais si la sécrétion testiculaire était aussi 
active qu'on le suppose généralement, cette résorption qe 
serait pas assez rapide |)Our empêcher si complètement les 
eiïels de la distension. Il ressort de ces deuv points que la 
quantité habituellement fournie par les testicules est très 

faible, quoiqu'elle soit la plus importante 

. . • Quant à la composition du liquide éjaculé, il 
résulte de mes observations que, dans les cas d*oblitératiqn, 



ACTE S^}1INA^. /|.7 

i| a la même conjeur, In même otj^eur, |a rpéifjp con$i9(§ncp 
<|u*è l'élat normal ; la seule (|ilTéreiice est donnée |)ar l'exa- 
men microscopique, qui démontre Tabsenre des spprn)<Uo- 
zoides dans un cas, leur présence dans l'autre. I| est donc 
permis d'établir que, normalement, le testicule np fjQMiie 
pas autre chose au produit de réj^culatiofi au^ |§ s^^^t^nce 
fécondante, caractérisée par les animalcules, et que les 
matériaux au milieu desquels ceux-cj sont plongés se 
développent et vivent, proviennent surtout des vésiciiles 
séminales. C'est au produit de ces dernières que le sperme 
doit, en réalité, sa couleur, son odeur ettoutes les substances 
que l'analyse chimique y fait découvrir (1). v 

Quoi qu'il en soit, le râle que jouent les vésicules sémi- 
nales dans réjacijlation spermatique est identique avec celui 
de la vésicule biliaire dans l'excrétion du produit fourni 
par le foie. Le réservoir spermatique se contracte d'une 
manière lente et chasse le liquide qu'il contient dans les 
canaux éjaculateurs. Cette contraction est effectuée au 
moyen d'une couche de tissu musculaire qui eptre dans la 
composition de ses parois, et qui, appartenant a la vie orga- 
nique, ne se contracte pas d'une manière brusque et sac- 
cadée comme les fibres d'un muscle de la vie ^nimaje. 
Pressé de toutes parts, le liquide ne peut refluer dans |e 
canal déférent à cause du sperme qui y arrive en plusgran()Q 
abondance, et est forcé de s'échapper par Touverlufe pos- 
térieure des canaux éjaculateurs admirablement disposée 
pour cet effet. 

Canaux éjaculaleiirs. — Il résulte de la disposition 
anatomique des conduits éjaculateurs, ainsi que de Tétroi- 
tesse de leur diamètri} et de la direction oblique de leifr 
orifice, que dans l'état de tranquillité et de santé, ces par- 

(i) Archivée généralêi de médecine, septembre 4 853. 




FÉCONDATION. 
[ii|)ressioii nssez forte pour em|iflcher 
ruies séminales Juns l'urMre ; 
I |iL'tiélri^s, ils doivutil.au niojea 



lies éprouvent iinci'i 

le .«pcrme de couler des \ii 

mais lorsque le sperme les a 

de la cotitrndinn de leurs libres, conlribuer ii favoriser m 

marche vers le canal de l'urtlrc. 

Canal de l'urètre. — Grflce au réseau veineux que noos 
avons vu entourer In mur^ueiisc de l'urèlre et qui constitue 
le corps spongieut dont j'ai longuement parlé en rendant 
compte du mécanisme de l'érection, le cniial de l'urètre se 
trouve largement ouvert dans toute sa longueur pendant la 
turgescence du membre, et, par consi^qucnt, admirablement 
disposé pour donner un libre passage à la liqueur prolifique. 

Mais son rôle n'est pas entièrement passif; il s'arcomplil 
du calé de la prostate, sur le vcrumontanum même, un 
phénomène curieux de turgescence qui empècbe tout b la 
fois le sperme de tomber dans la vessie et l'urine de sortir 
de son réservoir. J'ai décrit plus haut ce phénomène, au- 
quel il est inutile de revenir ici, 

Après avoir franchi les deui ouvertures antérieures des 
conduits éjarulaleurs qui s'ouvrent, ainsi qu'on le sait, sur 
let parties latérales et antérieures du verumonlanum, et 
nvoir pénétré dans le canal de l'urètre, le sperme s'accu- 
mule-t-il dans ce canal ou en est-il chas>é immédiati'ment? 
On n'a pas craint d'avancer quu le bulbe n'était autre chose 
qu'un réservoir dans lequel s'amoncelsil le sperme pendant 
la copulation, pour être lancé tout o coup en saccades par les 
contractions du muscle bulbu cuverncui. Cette opinion de 
l'élargissement de la portion bulbeuse du lanal de l'urèlrj 
est contredite par un examen de M. Kobelt, qui n prisl'em- 
preinte exacte de la lumière ilu canni ; l'élargissement qui 
»c fait à partir de la portion membraneuse a lieu d'une 
manière régulière, continue, et r'esl par lu seule présence 




sence [ 



ACTE SÉMINAL. &9 

ilu sperme dans le bulbe que les muscles de Turètre se coii- 
Iraclent et chassent en avant la liqueur prolifique. 

Mais on se demande alors s'il n'y a pus une espèce de 
contradiction entre la ténuité de canaux éjaculateurs et la 
quantité assez considérable de liquide chassé par l'éjacula- 
lion. Sans doute, Tobjeclion aurait quelque gravité, si Ton 
ne savait que la plus grande partie du liquide éjaculé n'est 
pas de la semence, et n*est autre chose que le produit des 
difTércntes sécrétions glandulaires dont il me reste a parler. 

Le fluide prostatique est un liquide filant, transparent, 
hyalin, qui se mêle au sperme au moment de son émission, 
etdans lequel Kraiise a trouvé des flocons troubles, contenant 
des granulations de 1/900* à 1/300^ de ligne de diamètre. 
Il n'a point encore été soumis à l'analyse chimique et il est 
assez difficile de dire l'influence qu'il peut avoir dans la 
fécondation. 

Ln autre liquide, sécrété par les glandes de Cowper ou de 
iMéry, vient également se mêler au sperme. D'après Kraiise, 
il est filant, clair, visqueux; il contient quelques flocons 
dans lesquels sont amassés des granulations de 1/900* à 
1/370*; il a, par conséquent, une grande analogie avec le 
fluide prostatique. « De même que le fluide prostatique 
fraie la voie au sperme dans les portions prostatique et mem- 
braneuse, dit Huschke, de même le liquide des glandes de 
Cowper les garantit de l'urine qui pourrait être restée dans 
les portions bulbeuse et spongieuse du canal. » 

Les follicules de JJttre et de Morgagni sécrètent a leur 
tour un liquide qui lubrifie les parois du canal et se mêle 
au>si au sperme. 

Parvenu dans la portion membraneuse du canal de 

l'urètre où il est déjà mélangé avec les divers liquides que 

je \iens d^énumérer, le sperme s'échappe au dehors par 

i 



\ 



g0 FÉCONDATION. 

saccades» comme chassé par les contractions alternatives 
d'un muscle. Ce muscle eiiste-t-il réellement? Jusque 
dans ces derniers temps on a voulu Taire jouer ce rAle au 
muscle bulbo-caverneui. 

M. Kobelt, dont je ne saurais trop citer les ingénieuses 
in?esti<'ationSy réfute cette opinion par de.^ raisons physio- 
loffiques et par Tanalomie comparée, et conclut que Ton 
ne peut rapporter cette action qu'au seul muscle de rurrtrc, 
c'est4-dire & cette couche musculaire qui, dans les deux 
sexes chez l'homme comme chez les animaux, enveloppe 
dans toute son étendue In portion mi'mbraneuse de l'urètre 
avec ses fibres circulaires, n C'est aussi dans sa circonscrip- 
tion d'action, contiuua-t-il, que viennent se déverser, chez 
les mâles, les produits des canaux séminifëres, des vésicules 
séminales, des vésicules séminales accessoires, de la prostate, 
tous les produits destinés à être portés au dehors. » 

Cuvier, qui avait examiné cvW' rouche musculaire dans 
toute une série d'animaux, lui donne le nom iVaccélcratetir 
de ta marche de l'urine et du sperme, et s*cxprime ainsi à son 
sujet : <^ On prévoit qu'elle doit a\oir pour usage, en contrac- 
tant la première portion du canal de l'urètre, d'en expulser 
la semence et de servir ainsi à réjaculatinn: voilà pourquoi, 
sans doute, elle est si épaisse dans les animaux dont la verge 
est fort longue, tels que les ruminants, etc., et dans ceux 
qui ont ce même organe fort court, tels que les chats. Dans 
le premier cas, il fallait une grande force pour chasser la se- 
mence à travers un si long canal ; il en fallait une également 
très grande dans le second, afin que ce liquide, qui n'aurait 
pas été porté assez avant par celte courte verge, fût lancé 
loin de cet organe, jusqu'au lieu où il doit atteindre (1). >> 

(I) Analomie compurêe^ yoI. V, p. 78. 



ACTC SÉMmAL. 51 

Pourtant M. Kobelt ajoute en note : « Je ne l'eftise pas 
au bulbo-caverneux toute espèce d'action sur ces fluides; 
mon but est seulement de démontrer que ce n'est pas là sa 
▼éritable fonction.» 

• 

C. (Composition du sperme. 

Le sperme est un liquide épais, filant, d'une couleur 
blanch&tre, plus pesant que l'eau, d'une odeur spéciale, 
suî generis^ d'une réaction légèrement alcaline, qui est due 
peut-être au fluide prostatique, soluble dans l'eau et les 
acides, coagulable par l'alcool. Abandonné à lui-même, il 
laisse déposer des prismes à quatre pans, terminés par de 
longues pyramides quadrangulaires et groupés vn étoiles, 
qui sont du phosphate calcaire et du phosphate ammo- 
niaco-magnésien. Ensuite il se dessèche en une lamelle 
jaune fendillée, insoluble dans l'eau, et répand une odeur 
de corne brûlée. Il a donné à l'analyse chimique de 
Vauquelin : 

Eau 000 

Mucilage animal 60 

Soude 4 

Phosphate de chaux 30 

L'examen microscopique a fourni des résultats plus ri- 
goureux que Tanaiyse chimique, il a fait constater dans le 
sperme : 1* une partie fluide; 3!^ des globules analogues aux 
globules muqtieux; 3* des granules élémentaires; &<* et 
par-dessus tout une innombrable quantité de corpuscules 
mouvants, filiformes, que l'on appelle spermatozoïdes y zoo- 
spermes^ animalcules spermatiqtiesj etc., etc. 

Je ne m'occuperai ici que des spermatozoïdes qui con- 



52 FÈCONilÀTIOV. 

stituent la partie riiellcmetit récondaiile de lu li(|uuur itv- 
minale. 

Les spermetoioides ont èlé découverts, eti aoâl 1677, 
par un jeune étudiant nllcmand, l.oiiîs' llamm. l.eeuwen- 
tiocck, à qui ils furent montréti. on lit l'objet de ses études, 
et peu (le lem|is après, llartsicker les décrivit pour la pre- 
mière fois dans le Journal des savants. Ils se rencontrent 
ches toti'' tes animaux à IV'poque du rut, et n'apparaissent 
rbcK l'homme qu'tt l'ège où s'élal>lit la fonction génératrice. 
Ceui de l'homme, comme <xu\ d'un très grand nombre 
d'animaui, présentent une partie renflée à laquelle on a 
donné le nom de cor/ts ou de léle, et un filament que l'on 
désigne sous le nom de quexie; la léte est ovoïde et un peu 
aplatie; b queue, faisant suite à la grosse extrémité du 
corps, est esser. épaisse h son origine, s'amincit peu à peu 
et se termine par un iilament très délié. \ un grossissement 
de 300 ou àOO fois, on voit que leur longueur totale est 
de 1/20' de millimètre, et que le grand diamètre de leur 
fCte est de 1/200' â 1/300"= de millimètre. 

Quand on les observe au microscope, les animalcules 
spermatiques se fout surtout remarquer par la rapidité 
el la nature de leurs mouvements : ils nu suivent aucune 
direction déterminée ; ils vont en avant, reviennent en 
arrière, plongent au fornl du liquide ou arrivent a su 
iturfiicc, se heurtent, se croisent entre eux, putisent entre 
les lamelles épitliélialcs ou lus globules muqueui qui les 
environnent ; en un mot, ils semblent obéir à une impulsion 
volont:iiro. D'après Ilenle, ils peuvent parcourir un espace 
de 2 centimètres en sejil ou huit minutes. Ce mouvement, 
qui parait èlre produit par les ondulations de l'animal, cesse 
après quelques instants, sous l'influence du froid, d'une 
température élevée ou du dessèchement j mais en dehom de 




J 



AGTB SftlIlNAL. 5ft 

ces circonstanœs défavorables, les spermatozoïdes peuvent 
pendant plusieurs heures manifester leur existence ; Wagner 
assure même qu'il a noté ces signes de vie après vingt-quatre 
heures. 

' Cependant les animalcules spermatiqueSf observés dans 
les organes de la femme qui les doivent normalement re- 
cevoir, vivent un temps beaucoup plus long dans ces organes ; 
plusieurs observateurs ont acquis cette certitude, en exami- 
nant le sperme trouvé dans le vagin, et surtout dans l'utérus 
et les trompes de Fallope. Leeuwenhoeck pensait que les 
spermatozoïdes pouvaient se mouvoir dans ces organes pen- 
dant huit jours; Prévost et Dumas ont vu les zoospermes 
s'agitant encore, dans les trompes de chienne, sept jours 
après le coït, et M. BischolTa observé le même phénomène 
dans les trompes de lapines, huit jours après l'accouplement. 
La motilité des animalcules spermatiques est dinninuée 
et même détruite par certaines circonstances que les obser- 
vateurs ont notées; parmi elles je citerai le froid, le chaud, 
l'électricité par décharge, les acides, l'acide cyanhydrique 
(Prévost et Dumas), la strychnine (Wagner), les narcoti- 
ques, le mucus vaginal dont l'acidité est augmentée, et le 
mucus utérin dont l'alcalinité est plus prononcée (Donné) ; 
d'un autre cdté, le mucus, la salive, le lait, le pus (Donné), 
l'urine (Wagner), n'ont aucune influence sur cette même 
motilité. 

On a également remarqué que les spermatozoïdes n'ont 
pas toujours la même énergie, la même densité, les mêmes 
dimensions depuis le moment où ils se rencontrent dans le 
testicule, jusqu'à celui où on les examine après le coït. Ils 
peuvent être plus ou moins nombreux, très rares, rem- 
placés par des produits incomplets, et même manquer com- 
plètement chez certains malades. M. Duplay dans un 



5& ricoNUATioiii 

travail] dont j'surni i m'oci'Uper plus tard (l), ovuiico (|ue 
U sécrétion «permatiiiuf* «'cITectue encore cliei les vieillards 
ile quatre-vingt-six ans, quoiqu'elle soit moins tibondante 
que chez l'adulte, et que, contrairement à l'opinion géné- 
ralumenl admise, les »permalOEoides se retrouvent encore 
dans leur liqueur séminale. Enfin, dans ses recherclies sur 
l'oblitération des voies spennaliques (2), M. Gosselin n con- 
staté que le nombre des imimalcules va en au(;menlanl, 
depuis le tesliciilu et l'épidtdymc, où ils sont très rares, 
jusqu'aux vésicules séminales , où ils sont très nombreux , 

l.a nature des spermatozoïdes est vivement controversée 
aujourd'hui. Les premiers observateurs, Leeuwenhoeck, 
Spallnnzani, etr. , n'élevnient nucuti doute sur leur anima- 
lité, et, s'appnyant sur cetlo opinion, Ehrenberg les pla^a 
parmi les micruiooaires suceur<i, tandis que Ciermak, les 
faisant rentrer dans les infusoires, classa les uns dans les 
vibriunides, les autres dans les cerraires, etc., etc. 

Leur organiiRlion a été diversement décrite par les au- 
Ipurs. Valentin a signalé dans If" spermiitotoides de l'ours 
un suvoir antérieur, un anus, dos vésicules stomacales ou 
itm circonvolutions d'intostin . Gerbcr .JSïure avoir distingué 
des organes de ^énéniliun dans les spermatozoïdes du 
tabiai. Scbwann prétend qu'il existe, au centre de la t^tc 
lUi ipermatoiuides de l'homme, une ventouse ou un suçoir 
analogue ù celui des cercniro» et des douves. M. Pouchel, 
sur les travaux duquel j'aurai à revenir bientôt, a noté en 
avant une sorte de ventouse stomacale, en arriére une cir- 
COQfolution intestinale, faisant suite i ce premier organe, 

(1) ntr^reSeï lur Ir tprrmr det vieittard* [Anhitet d< mMrcàu, 
(862, f s^no. I, XXX. p. 3l(6). 
(t) Arcluvtt lUnti-Utinc. Pans. 11147, t. XtV, p. 40&. 



J 



AGTB SÉMINAU 55 

et recoQoati qae toute la surface des spermatozoïdes est re- 
couverte d'uD feuillet épithélial. 

Ainsi que je le disais plus haut, l'animalité des sperma- 
tozoïdes est vivement attaquée aujourd'hui, et la nature de 
ces prétendus animaux ne serait autre chose qu'une cellule 
embryonnaire. 

Les travaux et les observations de Wagner, de Lalle- 
mand, de Hallemann, et surtout de Kœiliker, ont le plus 
contribué à propager cette manière de voir. M, Charles 
Robin, se rangeant sous ce drapeau, a mieux, peut-être que 
ses devanciers, décrit le développement des spermatozoïdes, 
dans un Mémoire qui fixa tout d'abord l'attention du monde 
sa\ant (1). Après avoir interprété les recherches de Rei- 
cherl sur le développement des spermatozoïdes, il décrit 
celui des spermatozoïdes des méduses : « Leurs tubes sper- 
magènes, dit^il, sont creux, et renferment, hors l'état de 
gestation, de petites cellules sphériques granuleuses; au 
milieu de celles-ci apparaissent des vésicules qui se distin- 
guent des premières par un volume plus grand, un contenu 
clair et transparent avec un noyau ou vésicule germinative 
au centre. Leur volume grandit, au point d'atteindre un 
diamètre de 0°',10; en même temps, le vitellus devient 
granuleux, masque plus ou moins la vésicule germinative; 
leur paroi ou membrane vitelline amorphe devient très 
épaisse, et une couche assez cohérente de cellules au milieu 
desquelles elles sont nées les Gxe à la face interne des tubes 
en doigt de gant. Ceux-ci, qui avaient au plus 1 millimètre 
de long, deviennent quatre ou cinq fois plus longs et larges 
en proportion. A cette période, les mâles se distinguent des 

(1) Mémoire 8ur iexittence d'un CBuf ou ofmle chez les mdles comme 
ekes (et femeltêi [Complet rendue de l'Académie dee sciences) , 4848, 
t. XXYIl, p. 4S7. 



56 FiCO.MlATIOM. 

femelles par la couleur gris bleu de leurs organes généra- 
teurs, qui sont gris rosé sur ces dernières; mais chaque 
ovule pris séparément est semblable : Taspect général, le 
volume, sont les mêmes; il n'y a de dilTérenre que dans 
l'enveloppe vitellinedes ovules mules, qui est de moitié plus 
mince que celle des ovules Tcmelles. )> 

Quant au développement de la queue de ces cellules 
etnbryonnaires du mâle ou sperm^itozoïdes, et aux mouve- 
ments dont elles sont douées, M. Cli. Kobin compare le 
premier au développement des cils vibratilcs, et les mouve- 
ments ù la surface de Tépithélium des muqueuses et des 
téguments d'êtres adultes de toutes les classes ou è Tétat 
de larves. 

Je dirai plus loin comment iM. Ch. Robin, par suite de 
l'assimilation qu'il fiiit de l'ovule mAle à l'ovule feuiolle, 
explique le rAle des spermatozoïdes dans l'acte de la géné- 
ration. 

S II. — .%rl« ovnrlcn. 

Quelques animaux n'ont (|u'un seul ovaire, comme les 
myxinoides et quelques squales; llatlikcn'a rencontré qu'un 
seul ovîiire et qu'un seul testicule chez plusieurs poissons 
osseux. Chez la plupart des oi<;eaux, à l'exception dos 
rapaces,ilne se développe que rovairoeirovitlucle gauches; 
mais ceux du cùté droit existent a Télat rudimentuire chez 
le fœtus. D'autres animaux inférieurs, au contraire, comp- 
tent un nombre plus ou moins grand de ces organes: ainsi 
chez les vers cestoïdes les organes génitaux mAles et femelles 
se répètent dans chacun de leurs anneaux parvenus à ma- 
turité. 

Dans l'espèce humaine, dont je nroccuperai dési»rmais 
exclusivement, \q^ o\.'urcs sont au nombre de deux, flottant 



ACTE OVARIEN. 57 

dans le bassin et appendus an repli postérieur du ligament 
large; leur tissu propre, que, depuis Baër, on désigne sou- 
vent sous le nom de slroma^ renferme, pendant tout le 
temps que l'individu est apte h la génération, un nombre 
plus ou moins considérable de vésicules ou petits sacs 
membrancui, fort apparents, que l'on connaît sous le nom 
de vésicules de de Graaf. 

Ces vésicules doivent un instant fiier notre attention. 

L'ovaire de la femme en présente de douze à vingt, 
d'après la plupart des observateurs; Rœderer et quelques 
autres assurent en avoir compté jusqu'à cinquante; outre 
celles-ci , IVIM. Barrv et Pouchet en ont signalé encore un 
grand nombre d'autres , que le microscope seul permet 
d'apercevoir. 

Ces vésicules ont une double enveloppe : l'une, externe, 
plus forte, rétraclile.. ne se distingue pas du tissu propre de 
l'ovaire; l'autre, interne, appelée membrane épithéliale 
granuleuse de Baè'r^ composée de vésicules microscopiques 
à parois translucides, sillonnée de vaisseaux , selon M. Pou- 
chet, et en manquant entièrement, selon MM. BischoiTel 
Courty, forme un sac entièrement fermé. C'est cette mem- 
brane granuleuse qui , en s'accroissant considérablement, 
constitue plus tard les corps jaunes. D'une ténuité excessive, 
à ce point qu'il est très difficile de l'obtenir intacte par la 
dissection, elle n'est pas égale partout; lorsque la vésicule 
de de Graaf se prépare n émettre son œuf, la membrane 
granuleuse se trouve refoulée vers le point où va se pro- 
duire la déchirure et forme autour de l'œuf un coussin 
protecteur au milieu duquel il est placé , et auquel Buër 
avait donné le nom de cumulus ou disque proligère. 

Le liquide contenu dans la vésicule de de Graaf est très 
abondant, clair, visqueux, ne contenant que de rares gra- 



58 rtCONDATIOM. 

Dulalions moléculaires et des gouttes d'huile. Quand on 
ouvre la vésicule de de Graaf, ce liquide s'en échappe avec 
force et entruine avec lui le disque proligère ayant encore 
l'ovule dans son épaisseur. 

L'œuf préexiste h la fécondation; sans recourir à l'ana- 
logie, des observations directes ont mis cette assertion hors 
de doute, non-seulement pour les vertébrés et les mammi- 
fères, mais encore pour lespèce humaine. On u constaté 
les œufs è divers degrés de développement sur des individus 
vierges et même dans les premiers temps de la vie. Duvernoy, 
après les avoir notés chez les fœtus de quelques poissons, 
assure que Ton peut reconnaître les premiers vestiges des 
œufs dans les o\nires de jeunes lilles de quatre ans et sur 
ceux des sujets morts peu de temps après la naissance. 
Carus a décrit des ovules trouvés dons les mêmes conditions 
d'âge. Kitchie si constaté que les ovaires des enfants nou- 
veau-nés et des enfants plus âgés oiïraient quelquefois, en 
assex grand nombre, des vésicules ovariennes qui sont le 
siège d'une injection très vi\e à partir de la sixième année, 
et qui ont déjè un volume assez considérable, depuis celui 
d'une graine de coriandre jusqu'à celui d'un petit grain de 
raisin (vers la quatorzième année). Dans ces derniers temps, 
MM. >iégrier, Itischoiï, Courly, et Cosle en particulier, ont 
fait des observations coniirmati\es des faits constatés par 
leurs prédécesseurs. 

Le nombre des œufs contenus dans l'ovaire est excessi- 
vement considérable, eu égard à ceux qui doivent être fé- 
condés. U'après M. Coste, Tovaire de la femme, destiné à 
n'émettre qu'une petite quantité d'œufs, n*est pourtant pas 
moins richement pourvu que celui des mammifères les plus 
féconds; d'où il faut conclure qu'un très grand nombre de 
ceux-ci doivent avorter de bonne heure, périr et être ré- 



ACTK OVAIIIV. 59 

sorbes. Je dirai tout à l'heure comment les autres, ayant 
subi toutes les phosesdeieurdéyeloppemenl, sont expulsés 
de la vésicule qui les contient; je dois à présent faire con- 
naître la structure aoatomique de l'œuf. 

Il a la forme d'une petite sphère d'un diamètre de 1/15* 
k 1/20* de millimètre; Huschke dit l'avoir trouvé arrondi, 
mais oblong, chez une jeune fille de sii semaines. Son 
volume augmente un peu après sa sortie de l'ovaire ; sa cou- 
leur est jaunâtre, claire, translucide. Plusieursobservateurs 
en ont trouvé deux et même trois dans la même vésicule de 
de Graaf. 

On n'est pas d'accord sur la position qu'il occupe dans 
la vésicule. Suivant Wagner, l'œuf du chien, encore très 
petit et non parvenu à maturité, serait situé au centre du 
follicule, et h maturité, il serait très près de la membrane 
interne; M. BischolT prétend que c'est sur la membrane 
granuleuse qu'il se trouve implanté; M. Poucbet, au 
contraire, assure, d'après des observations sur la truie, 
répétées un grand nombre de fois, qu'il se développe à la 
surface interne de la membrane granuleuse, mais qu'une 
fois formé il est placé au point le plus superficiel de l'ovisac, 
et conserve invariablement la même position et ses rapports 
avec le disque proligère. 

La structure de Tovule présente trois points à examiner : 
1* la membrane vitelline; 2* le vitellus; 3*" la vésicule ger- 
minniive. 

Membrane vitelline. — C'est l'enveloppe protectrice du 
vitellus, h laquelle on donne aussi les noms de chorion^ de 
zone transparente de Baër, de colemma pellucidum de 
Kraiise. Close de toutes parts, elle apparaît sous forme 
d'anneau fort clair et large, dont les contours externe et 
interne sont accusés par deux lignes circulaires bien tran- 




fiO FtCONOAIION. 

ch4es, taiiHia que l'intervnlle e»l pnrfailemcnt trnnspfirenl; 
crtle érorce n une i^paissf>ur de 1/50,000" de mîllimîilre et 
offre une osseï grande solidité ; elle e^it formée d'une »uh- 
stanci- loul à fait liomogène. incolore pI «iftn« gfotntiatinns. 

f^ilelltis. — Conlenii dons In memliroiie vitelline, il 
ronsiste en une quantité tnnomhrnble de 1res lins ^ninules, 
unis ensemble par une humeur très visqueu<ie et snsrepttide 
d'éprouver un retrait en masse, lorsque l'cnu pénètre par 
endosmose entre lui et la membrane vttelline. 

Vésimle germinalive ou de Purkiiije. — Dérouvorte 
par M. Coste, et étudiée par MM. Joues. Vulenlin. Bern- 
hardl, c'est tine petite vésicule de 0""',035 il 0""',OftO, 1res 
fragile et transparente. Elle est située nu milieu des gra- 
nules du vitellus qui peuvent la dissimuler. Klleesl liyntinc 
et renferme un liquide qui contient des granules d'un jaune 
verdfttre. Ceui-ci la remplissent en partie et forment A son 
centre un noyau «'avançant presque jusqu'uu contact de la 
paroi interne. C'est cet amas de granules coloré? qui con- 
stitue la tache f/erminative de Waj;ner dont l'etistenrc a 
été constatée dans l'espèce humaine, les mammifères et la 
plupart des animaux. 

L'œuf que je viens de décrire ne peut, on le comprend, 
subir dfs accroissements ultérieurs, sans briser et aban- 
donner la vésicule de de Granf, et par conséquent sans 
sortir de l'ovaire. Je vais rapidement décrire ce double 
travail d'expulsion qui s'opère, soit h l'époque de In mens- 
truation, soit sous l'influence de l'excitation du coit. 

On «ail que les vésicules de de (Iraaf sont d'abord très 
pelitc.i et ensevelies dans le tissu même de l'ovaire. Elles 
s'arrêtent quelque temp^i à ce premier degré de dételop 
pemcnt pend.int qu'il s'en forme de nouvelles; puis elle! 
gagnent le bord libre do cet organe, apparaissent ù sj sur 




J 



ACTE OVARIBN. 61 

face» mais ne s'isolent et ne se pédiculeot jamuis, comme 
chez l'oiseau. Toute la portion de la vésicule qui s'élève 
au-dessus de l'ovaire devient mince et transparente» tandis 
que les vaisseaux , comprimés par suite de la dilatation, 
s'atrophient, s'oblitèrent même dans le point le plus 
saillant. 

Parvenus ainsi au terme de leur accroissement, les vési- 
cules semblent rester stationnaires jusqu'au moment où 
une surexcitation provoquée, soit par In maturité de l'œuf, 
soit par le rapprochement des sexes, vient en déterminer la 
rupture. Sous l'influence de cette stimulation , le liquide 
qui les remplit est sécrété en plus grande abondance et 
distend la cavité outre mesure; aussi ses parois se déchi- 
rent dans le point le plus culminant, et, en se rétractant, 
expriment avec violence le liquide qu'elles contenaient. 
On a comparé cette rupture h celle d'un abcès qui s'ouvre 
spontanément pour la pression du liquide et pour la résorp- 
tion des parois. 

Le liquide exprimé pnr le retrait du follicule, rencon- 
trant sur son passage le disque proligère et l'œuf qu'il ren- 
ferme, détache et entraîne celui-ci, pendant que de son c6té 
le pavillon de la trompe vient le saisir et le diriger vers son 
intérieur, par l'action contractile dont IS trompe est douée, 
et par celle des cils vibratiles développés sur le pavillon et 
dans son intérieur et dont l'action s'exerce de dedans en de- 
hors, selon les observateurs qui en ont constaté l'existence. 

La rupture de la vésicule ne se fuit pas sans une inflam- 
mation assez intense, laquelle se traduit par une sorte d'hy- 
pertrophie et de tuméfaction de la membrane interne, et 
par la dilatation des vaisseaux qui se trouvent dans son 
épaisseur. Le feuillet externe, au contraire, fibreux, élas- 
|i'{ue, en ropport avec le stroma do l'ovaire, ne participe 



6d PÉGONDATION. 

pas rinflamrontion , et commence h se rétracter. La ré- 
traction de ce second feuillet, coïnciilant avec la tuméfac- 
tion du premitT, qui est lié avec lui dans certains points 
par des brides fibreuses, détermine dans le feuillet interne 
la formation de plis qui, croissant de plus en plus, arrivent 
bientôt au contact et donnent à l'intérieur de la vésicule 
ovarique l'aspect des circonvolutions cérébrales. « Ce n'est 
qu'en dernier lieu et assez tard, dit M. Pouchet,queles cir- 
convolutions, après s'être avancées lentement vers la partie 
centrale de la vésicule, parviennent k s'y rencontrer et h se 
(confondre, et alors la cavité de cet organe se trouve désor* 
mais totalement remplie par l'extension di> la membrane 
propre ; alors celle-ci constitue un corps plus ou moins glo- 
buleux ou ovdide, dont Tintéricur présente une couleur 
d'un rougr grisâtre ou jaunâtre pâle, et une consistance 
pulpeuse qui semble tout ù fait analogue à la substance 
grise du cerveau : c'est là le corps jaune ^ corpus lu- 
teiim(l). » 

Les corps jaunes ont été, depuis leur découverte, le 
sujet de plusieurs controverses. Huschke, adoptant dans 
son entier la théorie de la ponte périodique, veut que l'on 
distingue les corps jaunes en vrais et en faux^ les premiers 
succédant è la fécoAdation, et les seconds survenant après 
les règles. Mais cette distinction est inadmissible dans l'état 
actuel de la science, car il est impossible d'alTirmcr au- 
jourd'hui que la menstruation implique toujours et fatale- 
ment la rupture d'une vésicule de de Graaf. 

Ku égard aux relations qui existent entre l'utérus et 
l'ovaire, on peut dire que la durée des corps jaunes est très 
longue. Le corpus luteum a atteint son apogée vers la fin 

( I ) Thème paitite de Vovulatwn sponianée. Paris, 4 847, 4 vol. in-8. 



étHÉKAtioif. 6S 

flo premier mois de la gestation. Au quarantième jour, il 
y a adhérence des plis de la membrane interne et la tumé- 
Taction est la plus grande possible. Il reste dans cet état 
jusqu'au troisième mois; au quatrième, il diminue de vo- 
lume, mais lentement ; vers le huitième mois, il a encore 
le tiers de son volume. Au moment de l'accouchement, il a 
le volume d'une cerise ; un mois après, il ressemble à un 
tubercule lardacé et est gros comme un pois. 

Les ténèbres qui enveloppent les débuts de la vie sont 
aussi éfiaisses que celles qui en masquent le terme. Des 
théories sans nombre, des hypothèses diverses, ont été 
émises pour percer ces ténèbres, et l'histoire de ces théo- 
ries, dont la connaissance importe plus qu'on ne croit, mé- 
rite de trouver ici une place. 

Quels que soient le nombre et la diversité des systèmes 
produits, on peut tous les ramener è deux principes seule- 
ment : l'un admettant que l'individu nouveau se forme de 
toutes pièces par le mélange de ce que fournit l'un et l'au- 
tre sexe^ et l'autre soutenant que l'un des sexes fournit le 
germe qui, à la suite de divers développements, constituera 
l'individu nouveau. 

Le premier de ces principes est dit théorie de l*épi* 
genèse; 

Et le second est connu sous le nom de théorie de l'évo^ 
ItUion. 

J'aurai pu prendre chacune de ces théories comme un 
centre autour duquel se seraient groupés les systèmes qui 
reconnaissent son principe, mais j'ai craint la confusion. 

L'ordre chronologique m'a paru préférable, parce que 



6& FÉCONDATION. 

de nos jouri), grâce aux progrès de Tanatomie, la question 
de la préexislencc des germes a perdu presque à peu près 
sou importance, et que de tous les problèmes ancienne- 
ment débattus il n'en reste réellement plus que deux, 
par Texamen desquels je terminerai ces considérations phy- 
siologiques. 

k, 1jp9 séminiêtfH. 

llippocratc et Âristote ont fourni, chacun séparément, 
les points de départ des variétés d'opinions qui ont la se- 
mence pour base : l'un , en attribuant un rôle h peu près 
égal aux deux sexes dans l'acte de la génération, et l'autre 
en réservant au mftie seul la faculté réellement active et 
réellement productive. 

llippocrate (1) admettait chez l'homme et chez la femme 
deux sortes de semencos : la semence forte, qui produisait 
le mftie, et la semence faible, qui produisait la femelle. Se- 
lon la prédominance de l'une ou de l'autre de ces semences, 
naissait un homme ou une femme : <« Si la semence plus forte 
vient des deux cdtés, dit-il, le produit est mftie; si la se- 
mence est plus faible, le produit est femelle. Celle des deux 
qui remporte en quantité prédomine aussi dans le produit : 
si, en efTet, la semence faible est beaucoup plus abondante 
que la forte, la forte est vaincue, et, mêlée à la faible, se 
transformf* en femelle ; si la forte est plus abondante que 
la faible, la faible est vaincue et se transforme en mftie. De 
même si , mêlant ensemble de la cire et de la graisse, et 
mettant plus de graisse, on fait fondre le mélange au feu, 
tant qu'il sera liquide , on ne distinguera pas quelle est la 

(1) OEuvres iT llippocrate, trad. parE. Littré; liv. De la Généba- 
Tio!» Parib, l«5«. t. VII, p. 47î». 



GÉNÉBATION. 65 

sobslancc qui l'emporte; mais après coagulation, on recon» 
nait que la graisse est plus abondante que In cire. Il en est 
ainsi pour la semence mule et pour la semence femelle (1).» 

Comme on le voit, Hippocrate est très explicite, quand 
il s'agil de la prédominance simultanée chez les deux sexes 
de Tune ou de l'autre semence; mais il se tait sur les résuU 
tats qu'amènerait le mélange égal de la semence mâle d'un 
c6ié, et de l'autre de la semence femelle. Dans ce système, 
et le cas échéant, ne pourrait-on pas considérer cette cir- 
constance comme une cause de stérilité relative? 

Mais ne nous arrêtons pas à de semblables hypothèses, et 
poursuivons. 

Cette double semence venait de toutes les parties du 
corps, et en constituait la portion la plus active, la véritable 
essence. L'une, celle de l'homme, avait pour réservoirs 
les testicules, et celle de la femme était tenue enfermée 
dans la matrice. Pendant l'acte de la copulation, la semence 
de l'homme se mêlait à celle de la femme dans l'utérus, et 
de ce mélange, rendu écumeux par la chaleur de la ma- 
trice, résultait le nouvel individu, comme par l'effet d'une 
cristallisation animale. 

Hippocrate, qui rapportait ordinairement les causes des 
actes biologiques et pathologiques à une force inconnue qu'il 
nommait evoppv, a recours cette fois aux lois d'une physique 
grossière dont je demande la permission de citer un échan* 
tiJIon : «Si la semence venue des deux parents, dit-il, de- 
meure dans les matrices de la femme, d'abord elle se mêle, 
attendu que la femme n'est pas immobile; elle se condense 
et s'épaissit en s'échauiïant ; puis elle a du souille, et parce 

(4) Œuvres complètes d'Hippocrate^ traduites par M. Liltré, t. VII, 
p. 479. 



66 FtCONDATION. 

qu'elle est en lieu chaud et parce que la mère respire. 
Quand elle est remplie de souflle, le soufDc se fait à lui- 
mfime une voie vers Texlérieur, au milieu de la semencei 
par où il sort. Quand une voie vers Textérieur a été faite 
au souffle qui est chaud, un autre souffle froid vient de 
la mère par inspiration. El celte alternative dure tout le 
temps La semence ainsi soufflée, s*enloure d'une mem- 
brane; autour d'elle s*clend la partie extérieure qui est 
continue» a cause de sa viscosité. C*esl ainsi que sur le pain 
cuit s'étend une mince supcrflcie membraneuse ^ car le pain 
échauffé et rempli de souffle , se soulève , et là où il est 
soufflé se forme la substance membraneuse (1). o 

Roussel (2), en adoptant les idées du père de la méde- 
cine, les a débarrassées de cet arsenal inutile, et lésa rame- 
nées dans le véritable giron hippocratique, c'est-à-dire sous 
le pouvoir de l'evopaov. 

GrAce à la présence de la semence chez la femme, et 
gr&ce à l'hypothèse de la semence forte et de la semence 
faible, on expliquait facilement la ressemblance entre les 
enfantH et les parents, l'hérédité de certaines maladies, le 
sexe du produit, etc. IVIalheureuscment, si la théorie était 
attrayante, les bases qui lui servaient de fondement ne 
pouvaient souffrir un examen un peu sérieux. U'abord, 
Uippocrate n^appuie sur aucune preu>e l'existence de la 
double semence; il établit comme article de foi, comme un 
axiome qu'il n'est pas nécessaire de démontrer, la présence 
chez rhomme et chez la femme de la semence mêle et de 
la semence femelle. 

Pour établir que la femme possède, comme l'homme, 

{!) OEuvrcs compU'ti'S d'HipiKtcmU'^ traduites par M. Liliré, l. VII, 
p. 487 el 4S9. 

.'t) Systèmi.' lihysitjuc et moral de la femme, édition Cerise, p. 201. 



GiNÉRATIOR. 67 

anc liqueur indispensable h la génération, il se fonde sur 
les quatre propositions suivantes : 

1° La femme rend de la semence comme Thomme ; 

2* Elle ressent la môme volupté; 

3*" La tendresse pour les enfants est égale deux cAtés; 

&® Les enfants ressemblent aux deux époux. 

La première de ces propositions pouvait élrc acceptée 
comme vraie du temps d'IIippocrate, mais les progrès de la 
science ne permettent plus aujourd'hui de comparer nu 
sperme In sérosité que sécrètent la plupart des femmes pen- 
dant l'acte du coït. 

La volupté, d'après Hippocrnte, étant duc chez Thommc 
a l'émission du sperme, il était raisonnable d'admettre 
que chez la femme les mêmes effets étaient produits par la 
même cause. Je prouverai ailleurs que l'émission du sperme, 
loin d'être le promoteur de la volupté, est, au contraire, 
le signal de sa terminaison. 

La tendresse pour les enfants est rarement égale des 
deux côtés : dans la grande majorité des cas, l'amour ma-* 
ternel laisse bien loin derrière lui l'affection du père, et 
l'on ne peut recourir, pour l'explication de faits purement 
physiques, à des considérations morales, essentiellement 
variables selon les circonstances au milieu desquelles elles 
se produisent. 

Enlin^ la ressemblance entre les enfants et le» parents 
n'est pas une preute tellement exclusive de Tcxistence de 
la semence chez la femme, qu'elle n*ait été également 
et tour à tour invoquée par les ovaristes et les animal- 
cul istes. 

Conume on le voit, les raisons sur lesquelles se fonde 
Hippocratc pour admettre une liqueur séminale dans les 
deux sexes n'ont pas plus de fondement que la proposition 




08 FÉCONDATIOS. 

iiar la<iucllu il soulienl que la semence mâle est sûitl-Uo 

du côté droit, et In semence remelle du cillé {•niitlie (1). 

Aristote ('2) s'éloigne de ro|iinion d'Ilippocrnle eu 
n'admettant pas une semence chei la femme. C'est au s mens- 
trues qu'il attribue le râle que In femme joue dans Tucle 
de In génération, et r.'cst à ce sang qui constitue la base 
de l'individu nouveau, que le sperme de l'homme vient don- 
ner la vie et la forme qu'il doit rovMir; en d'autres termes, 
et pour nous servir des e»|ires5ions métaplioriqucs d'Aris- 
tole lui-métne, le sang des règles est le mnrbre, le sperme 
le sculpteur, et te fœtus In statue. 

Avicenne adoptn, sans la modifier, la tiiéorie d'Aristote, 
et la répandit ainsi dans tonte l'érole arabique. 

Malgré d'incontestables progrès accomplis diins cvttu 
partie de la science, malgré les cupifriences de llaney, et 
les di^couverlcs dn Sténon, de de Granf, de Snammcrdam, 
JeHam,deLeeuwenliuekel llorlsœker.quclques modernes 
ont repris les idées d'Hippocralc et d'Aristote, en leur im- 
primant seulement le caractère du systime scientifique 
dominant h leur époque. Ucscartes, que l'on s'étonne de 
trouver ici en compagnie des péripotéticiens, veut que 
l'individu nouveau se forme par suite d'un mouvement du 



(I) C'est i colle opinion d'Hippocrato qui! faut faire remonter 
l'itaege que daa matrones c^uscrvem mËmo encore aujourd'hui dans 
certains pays, du faire couclior par terre uno fenime grosse el de lui 
ordonuer ensuiio do se lever. Si elle prend son point d'appui à droite, 
l'enfant A DalLru sera un gardon, ut vkt versa. De nombreuses obser- 
vations BoaUimo-iialhologiques proteste raient facilement contre l'opi- 
nion d'UippocrelL', si tout te monito no savait pas qu'un homme privé 
d'an testicule engendre indi^iincteuieiil des dites el des garçons. 

(S) Util, animât., lib. Vil, cap. xtii, et Genrrat. animai. ,liix. II, 




OÉlfiRATION. G9 

fermentation qui s'établit dans les semences des deux sexes. 
PascholiSf fidèle aux principesdeTécoleiatro chimique, voit 
dans la semence de l'homme une substance acide, et dans 
celle de la femme une substance alcaline , et considère le 
fœtus comme le résultat de la combinaison de ces deux 
corps hétérogènes. Roussel , cAtoyant la philosophie de 
Rousseau, prête à la matrice un admirable instinct : «Dans 
notre supposition, dit-il, la semence, au lieu d'être un amas 
d*organes ébauchés, ne sera qu'une matière animalisée, 
dont chaque partie sera capable de devenir un centre d'ac- 
tivité, comme chacun d'un morceau d'un polype peut de- 
venir un polype. Cette matière, lancée dans la matrice, s'y 
attachera en totalité ou en partie; cet organe, frappé par 
la sensation qu'il désirait, et que la présence de cette matière 
lui procure, s'en emparera aussitôt, y ajoutera ce qui lui 
manque pour former un fœtus, la couvrira des enveloppes 
qui doivent la mettre à Tabri des accidents, et concourir avec 
les autres moyens à lui donner le degré de perfection qu'elle 
y doit recevoir (1). » Maupertuis(*2), dominé par les idées 
matérialistes de son école, reconnaît que les semences des 
deux sexes contiennent toutes les parties de l'individu 
nouveau, et que dans leur mélange, pendant le coït, cha- 
cune de ces parties s'attire et s'agrège par une sorte de 
cristallisation. 

Malgré son immense génie et son talent d'observation, 
Buffon (â) n'a brodé qu'un roman sur les idées d*Hippocrate, 
et ses molécules organiques et sa force vitale qu'il ne faut 

(1) Système physique et moral de la femme^ chap. III, p. 300, édi- 
tion Cerise. 

(2) Vénus phymque. 

(3) Histoire naturelle, t. III, chap. ii, m, iv, vi, vu cl vin, t. IV, 
chap. X el XI. 




I 



70 FkCONDATION. 

pM «wfiMiilrc a\ne celle île Gardiez, t-oul les fruit» d'uno 
iMH;wilinn brillaiile et amoureuse ilii merveillcui, 

D'ipr^ cet illuïitro iialurolisk% il exiMe ilans la nnlurc 
émit oulièref, t'uitc vivante, et l'autre morte, i|iii, pur leurs 
ditvrwt combinaisons, donnent naissance à tous les êtres 
ot^iiniitûii. La matière vivante est formée par une iniinilé 
ilo petites particules incorruptibles, iiiijiérisitables, passant 
tour t tour (les végétaui aux nnimuiiv, cl des animaux nut 
v^étaut, pur lu nutrition et la mort, et dont, par consi^- 
quvnt, le nombre est à jainai.4 délcrmini^ dans l'univers; 
cet particules sont ce que BulTuii appelle tes niolécules 
organiques. Ces molécules, doiit la forme est indécise, sa 
moulent d'uliuril Kur les végétoux et les animiiui, et corn 
courent ensuite à leur nutrition et à leur dételoppement. 
Lorsque co développement est complut, les aniinaui et les 
végétaux renvoient dans des réservoirs spéciaux les molécules 
superflues, après toutefois <|ue ces molécules ont rovAtu la 
forme de» organes où elles étaient contenues, de telle sorte 
qu'elles sont des extraits de toutes les parties du corps. 

Tel est le mode de formation des semences de l'un cl 
l'autre sexe. 

Pour accomplir la génération, ces semences se mêlent 
pendant te coil, ctlaméme forrequi tantôt assimilaitlcs mo- 
lécules organiques aux parties du corps pour nourrir cl faire 
croître celles-ci, les rapprochi? alors et les fuit s'agréger, 
La prédominance des molécules du mâle, ou des molécules 
de la femelle, rend compte du sexe du proJutt ; la formation 
de la semence, qui est lu réunion des muléculei organiques 
Hiipcfflues, fuit comprendre la nécessité de certains phéno- 
mènes, tels que l'impossibilité de reproduire son semb'able 
avant l'époque du développement, la maigreur qui suit les 
ibns vénériens, cl l'embonpoint, au contraire, qui earac- 




GÉlVÉRATIOll. 71 

tërise les eunuques et les animaux mutilés, etc. La ressem- 
blance entre les enfants et le père ou la mère tient à une 
plus grande quantité de molécules organiques fournies par 
le mAle ou par la femelle, et la supériorité numérique des 
garçons sur les filles dans l'espèce humaine aurait pour 
cause la faiblesse plus grande des femmes, qui fournissent 
une semence plus faible que celle de Pbomme , ou qui en 
émettent moins que lui. 

Je le répète, malgré le génie de Buffon, cette tbéorie 
est insoutenable» parce qu'elle ne repose sur aucune obser-* 
vation rigoureuse. Il n'est pas vrai qu'il existe deux ma* 
tières, Tune vivante, l'autre morte : la matière organisée 
n'est que la matière générale modifiée par un principe 
inconnu qu'on appelle la vie et qui tend sans cesse à se dér 
Iruire pendant que la matière générale tend à s'organiser. 
De plus, d'où viennent ces moules constitués par les ani* 
maux et les végétaux 7 et puis, si les molécules organiques 
tenues en dépdt dans les testicules de l'homme et dans les 
ovaires de la femme, ne sont que la reproduction de cer- 
taines parties du corps^ de quelle manière comprendre que 
des enfants bien conformés naissent de parents mutilés, et 
comment expliquer l'existence des parties annexes du 
fœtus? 

Si de pareilles difficultés naissent des conclusions de la 
théorie, que sera-ce si nous abordions les bases mêmes du 
svslème? De quel droit Buffon donne-t-il aux animalcules 
spermatiqucs les propriétés qu'il reconnaît aux molécules 
organiques? et par quelle expérience a-t-il reconnu que le 
liquide contenu dans l'ovaire était identique avec la liqueur 
séminale de l'homme? 

Non, cette théorie^ quelque brillanle qu'elle soit, quel- 
que autorité, quelque garantie qu'elle puise dans le nom 



72 FtCONDATION. 

de son auteur, ne peut pas plus être admise que les idées 
d'Hippocrote, d'Aristolc et de tous les séminisles (1). 

B. Le$ ovariêiei. 

Jusqu'à la renaissance des lettres, c'est-à-dire jusque 
fers la fin du xV" siècle, les physiciens, comme on appelait 
alors les physiologistes, se contentaient du système d'Hip* 
pocrate ou d'Aristote, et ne concevaient pas autrement la 
génération que par le mélange de la liqueur prolifique de 
l'homme, avec un liquide également prolifique fourni par 
la femme, que ce liquide fût de la semence, comme le voulait 
Hippocrate, ou qu'il fût constitué par les menstrues, ainsi 
que le prétendait Aristote. 

Mais, lorsque les sciences prirent un nouvel essor sous 
l'inspiration des savants chasses de Constonlinople, l'ana- 
tomie et la physiologie secouèrent les langes dans lesquels 
les avait tenues enfermées le moyen âge , à ce point que 
Harvey, rompant avec les anciennes traditions, proclama 
son aiiome célèbre : Omnevivum abovo. 

A peu près à la même époque, Sténon, de Graaf et 
Swammerdam se disputèrent l'honneur d'avoir découvert, 
dans les testicules de la femme, autre chose que ce que 
les anciens s'étaient obstinés à y voir, et proclamèrent que 
ces organes, loin de sécréter une semence, comme l'avait 
pensé l'école hippocralique, étaient des réservoirs dans 
lesquels la nature déposait les œufs que devait féconder le 

(I) Le système do Buflbn a trouvé beaucoup do contradicteurs, 
mais les plus im|>ortanls sont Hallcr (//ixfotr/* mi/uri'/M, Ch. Bonnet 
( CoMideralions sur les corits organises), et l'auteur anonyme de VArl 
de faire des ynrçons, que l'on fcait être Procopc Coutreau. 



GÉNÉRATION. 7S 

sperme de rhonime;en conséquence, ces organes cessèrent 
de s'appeler testicules et prirent le nom d^ovaires. 

Le mystère de la génération parnt, dès lors, h jamais 
dévoilé, et à la femme seule fut dévolu tout le mérite de la 
propagation de l'espèce. 

Les partisans de Técole qui se forma à la suite de la dé- 
couverte des œufs sont connus dans riiisloire sous la déno- 
mination d'ovarisles. 

Harvey avait été amené h dire que tout animal vient d'uQ 
œuf, par l'observation de ce qui se passe chez les ovipares, 
et à attribuer, dans l'acte de la génération, le rôle prin-» 
cipal à la femme, par analogie avec celui de certaines 
femelles qui pondent leurs œufs avant même d'avoir été 
fécondées. Plus tard, lesovaristes trouvèrent d'autres points 
de comparaison, non-seulement dans la série animale, mais 
encore parmi les végétaux, et ces études comparatives les 
amenèrent a admettre également pour l'homme la préexis- 
tence des germes. En effet, il était didicile de nier que dans 
les plantes, la graine existe en rudiments dans la fleur, 
bien avant que le pollen lui-même soit arrivé à maturité; 
que dans la classe des oiseaux, l'ovulation ait lieu chez 
les femelles vierges; que chez les poissons, les reptiles 
batraciens, la fécondation ne s'opère qu'après la sortie des 
œufs, etc., etc. En même temps, Spallanzani constata la 
présence de têtards dans des œufs de grenouille non fécondés, 
et ïlaller fit la même remarque à l'égard de l'œuf de poule, 
à l'occasion du vitellus qu'il regarde comme une dépendance 
de l'intestin du fœtus. 

Les ovaristes, auxquels étaient faites des objections que je 
rapporterai tout h l'heure, étayaient leur système sur 
diverses autres considérations. Ils citaient, comme prouvant 
la préexistence du germe chez la femelle, ce qui se passe 



7& P^GORDATIOIV. 

chez certaines espèces animales, où une seule ropiilalion 
suffit pour féconder plusieurs générations successives : cette 
particularité esl, en eflety incontestable chez les pucerons, 
où neuf générations sont produites par une seule fécon- 
dation, et chez les monocles, où cet efTet s'étend jusqu'à la 
quinzième génération. 

Enfin les expériences, lentées d'obord par Swammcrdam, 
puis par Roësel, et en dernier lieu par Spallanzoni, et ayant 
pour but des fécondotions artificielles, parurent aux ova- 
ristes ne loisser aucun doute sur la préexistence du germe 
dans l'œuf de la femelle. 

Mais, objectait-on aux ovaristes, en admettant cette pré- 
existence, comment expliquer la ressemblance de l'enfant 
et du père? comment se rendre compte de certaines mons- 
truosités, et comment concevoir l'influence du mAle dans 
la production des hybrides chez les végétaux, des métis chez 
les animaux, et des mul&tres chez Thomme? Evidemment, 
répondairnt les ovorisles, le mAle joue un rdie queN 
conque dans l'acle de la génération; sans lui, la reproduction 
est impossible, et les œufs, condamnés i\ subir son influence, 
ne roroivent l'impulsion que de lui. 

Mais, cette influence, il leur était impossible de la spéci- 
fier et de lu limiter; ils la reconnaissaient comme indispen- 
sable, et lui ropportaient les difficultés qu'ils rencontraient 
dans leur marche. D'ailleurs, ajoutaient-ils, Taccouplement 
irrégulier d'où résultent les hybrides et les métis n'a guère 
lieu qu'entre des espèces et des variétés fort rapprochées, et 
n'a jamais été ol)«4cr\é entre des espèces un peu distantes; 
on doute nu>me de la possibilité du jumart, qui résulterait du 
ra|iprocliement du taureau et de la cavale; de plus, ces 
produits, s'ils ne sont pas stériles, ne peuvent donner nais- 
sance à un nou>el être que jus(|u'à un certain nombre de 



GÉKiRATIONk 75 

générations, et reviennent promptement au type maternel, 
s'ils sont abandonnés à eux-mêmes. Par conséquent, tout en 
admettant Tinfluence du mâle dans l'acte de la reproduction, 
il faut reconnaître que le rôle principal est dévolu à la 
femelle, qui est le dépositaire des germes que le sperme 
vient aviver. 

Mais ce germe préexistant h toute fécondation, quand et 
comment se forme t- il? Est-ce une partie inhérente et 
essentielle n l'organisme de la femelle, comme la matrice, 
la glande mammaire, etc.? où est-ce le produit d'une 
sécrétion plus ou moins lente? En un mot, par quelle mys- 
térieuse opération le germe se trouve-t-il logé dans le 
corps de la femme? 

A ce point de vue, les ovaristcs offrirent entre eux trois 
principales dissidences que je vais ropidemcnt passer en 
re\ue. 

1® Panspermie, ou dissémination des germes. — Dans ce 
système, les germes de tous les êtres vivants, tant végétaux 
qu'animaux, auraient été créés dès le commencement du 
monde et répandus dans l'espace, attendant, pour se déve- 
lop|)er, des corps capables de les retenir et de les faire 
croître, c'est-à-dire des corps semblables à eux. La faculté 
dont jouissent tous les êtres vivants de reproduire plus ou 
moins exactement les parties dont ils sont accidentellement 
privés était le motif principal sur lequel reposait cette 
étrange opinion. Il est incontestable, en effet, que cette 
faculté est réelle, et d'autant plus appréciable que les ani- 
maux sur lesquels on l'observe sont moins élevés dans 
l'échelle zoologique. Mais, en acceptant cette hypothèse, il 
faut nécessairement admettre un terme à toutes les espèces 
vivantes connues, cnr, quelque considérable que l'on sup- 
pose le nombre des germes créés, ce nombre va graduelle- 




7r. 

mcnl s'aiïiiiblissanl 

on instant où noiro f-lolie mnnquern tout il In Tois de vi^g^- 

loux et (l'onimauK. Mois il c$t inutile do nous nrrrter plus 

tunglem}>$ sur un syslùnie dont l'ubsurditiJ Tait tout (c 

mérite. 

2° EmboUemenl lies germes. — Ccsyslf-mc, inicnlépar 
Vallisnicri ou Swanimerdiini, et Hf^fendu nvee nrdenr pnr 
Bonnet, veut qui- ùnws l'ovnire de In premitTc fentinu se 
soient trouvés les gprines de toute In race humaine. Cette 
opinion bitarre, (]uc Mnlcbninclic n'u pas craint il'udopter, 
étonne l'esprit sur la divisibilité de la matière. Le privilège 
de rinlîni dont on n doit!' notre première mère doit Cire 
égiitement allribui^ à toutes les femmes, de telle sorte (]n*il 
Taut admettre non-scnleniont un iuRnî créé, mats encore 
une inKnilé d'infinis créés ocluellcnient existants, et une 
infinité d'înlinis a \cnir: Oîi s'arrêter sur relie pente incoin- 
mensuroble? D'ailleurs, l'iiifini est-il bien de ce monde, et 
esl-il donné à t'homme de jouir d'une chose sons Un? Pour 
échapper ù cette objection, les partisans de rcmbottemenl 
des germes ont odmis que cet emboîtement avait un terme, 
et qu'à un moment donné tes oeufs n'en contiendraient plus 
d'autres. Cette concession failc aui dogmes religieux est 
loin de lever toutes les dtflicultés; il reste h savoir com- 
ment Kve a été instituée la première dépositaire du genre 
humutn, et combien cliuijue femme revoit pour su part du 
germes emlioités, (^luelque faible que soit celle part, et en 
considérant le pi-tit nombre d'individus qui voient te jour en 
comparaison des germes créés, on se prend n douter de la 
sagesse de la nature, qui sncrilie li un seul inditidu des 
millions et peul-étre de* milliards d'êtres sur lesquels su 
puissance créatrice s'était étendue 

Malgré l'outorité et le talent de ses défenseurs, cette 



J 



GÉNÉRATION. 77 

cause, trop rortcmciit compromise par les élans d'une ima- 
gination amoureuse d'hypothèses, n*a pas trouvé grâce 
devant la postérité, qui, cette fois, s'est rangée à l'avis de 
Buiïon contre Bonnet. 

â' Génération gemmipare^ ou unovisles. — Harvey , qui, 
le preroier,'avait formulé Taiiome : Omne vivum ab ovo^ et 
qui, selon l'heureuse expression de Maupertuis (1), fit un 
massacre savant d<!S biches et des daines des parcs de 
Chafles I", désespérant de pénétrer jamais expérimentale- 
ment le secret de la génération, eut recours h une hypothèse 
étrange: comme il n'avait jamais rencontré, contrairement 
à Verheyen, des traces de sperme dans la matrice et les 
ovaires, il avança que la femelle est fécondée par le mâle, 
comme le fer, après qu'il a été touché par l'aimant, acquiert 
la vertu magnétique. En terminant cette dissertation 
obscure, Harvey finit par comparer la matrice au cerveau, 
et veut que l'une conçoive le foetus comme Vautre les idées 
qui s'y forment. 

L'opinion de Harvey a trouvé des partisans dans les 
temps modernes ; seulement l'action sécrétoire a été enlevée 
à la matrice et dévolue à l'ovaire. MM. Grimaud de Caux 
et Martin Saint-Ange sont on ne peut plus explicites sur ce 
point : « Ce n'est pas ici le lieu, disent-ils, de prouver que 
le produit fourni par l'ovaire est le fait d'une véritable sé- 
crétion ; c'est , pour nous, une vérité que nous essaierons 
peut-être un jour d'établir sur des fondements irrécusables. 
Nous dirons seulement aujourd'hui que les grains que l'on 
remarque h la grappe des gallinacés ne sont pas des œufs; 
que la poule, par exemple, ne perd pas un grain de sa 
grappe toutes les fois qu'elle pond un œuf; que chaque 

(1) Vénui pAysigutf, chap. vu, p. 54, édition de 4777. 



78 FECONDATION. 

gruin, nu contrnirc, doil être considiSré comme un conduit 
excréteur de l'orgnne de sécrëtion qui est pro|)remont 
l'oviiirc. Or, si l'ovaire est un orgunc sécrétoirc, il est évi- 
dent qu*il rentre dans la condition de tous les autres organes 
analogues de Téconomic animale, qui, avec des matériaux 
semblables apportés par le sang artériel, fournissent chacun 
des produits nouveaux et diiïérenls en tout point des élé- 
ments qui ont concouru h les former (1). » 

l)*après les faits récents acquis k la science, il faudrait 
supposer, en admettant l'opinion de MM. Grimaud deCaux 
et Marlin*Suint-Ange, que la sécrétion ovarique précède 
de beaucoup toutes les autres fonctions de ce genre , car 
Mi\l. iNégrier, Bischofi', Courty, et (loste en particulier, ont 
fait des observations confirmatives de celles de Carus qui 
avait rencontré des œufs dans li*s o> aires des fictns, de telle 
sorte que la femme enceinte porte avec elle trois géné- 
rations. 

Ces faits, <|ui nous nunèneiil h la théorie de l'évolution 
dont nous éloignaient les idées de llarvey et celles de 
MM. (irimaud de (]au\ et Mnrtin-Saint-Ânge, établissent 
que Tiruf e^t un élément anatomique, et, comme tel, se 
formant de toutes pièces. 

Dans les divers systèmes auxquels donna naissance la 
découverte des œufs, et que je viens d'e\poser, on accor- 
dait le nMe principal , dans l'acte de la génération , à ces 
nouveaux organes de la femme, et l'on n'attribuait au 
sperme qu'une faculté pénétrante, active, capable de fé- 
conder Tœuf en donnant la vie h l'embryon qui y est con- 

Ij /*/»t/«io/«j/iV (/f /Vs/H'iv ^ histoire tic lu ijnirnilion ilc i homme , 
I vol. gr. in-4, p. 446. 



GÉNÉRATION. 79 

tenu. Mais le problème n'était pas eotièremenl résolu, et 
il restait à savoir comment le sperme arrivait à l'œuf, dans 
quelle partie des organes de la femme cette rencontre avait 
lieu, et de quelle manière la fécondation s'opérait. 

Sous le premier rapport, les expériences de Harvey je^ 
tèrenl les physiologistes dans un grand embarras. Comme 
l'illustre expérimentateur n'avait jamais trouvé de traces de 
sperme dans la matrice des biches et des daines, dont il avait 
fait on savant massacre^ quelques instants après l'approche 
du mÂle, les uns admirent un aura «emma/ii qui, sous forme 
de vapeur, arrivait jusqu'à l'ovaire en traversant la matrice 
et les trompes; et les autres prétendirent que le sperme 
était absorbé par les vaisseaux de la matrice, porté dans 
la masse du sang, et ramené ainsi, par les secondes voies, 
jusqu'à Tovaire. Ces derniers donnaient pour prouve) de 
leur manière de voir, les changements qui s'opèrent chex 
les femelles fécondées : les accidents que la femme éprouve 
au début d*une grossesse étaient dus à la présence du sperme 
dans le sang, et Todeur dont la chair et le lait de certaines 
femelles s'imprègnent après la fécondation , comme, par 
exemple, la chair de la chèvre qui sent le boue, devait être 
rapportée à la même cause. 

Cependant Verheyen avait été plus heureux que Harvey, 
et avait découvert une fois du sperme dans la matrice d'une 
vache. Les uns nièrent le fait, et les autres n'y attachèrent 
auconc importance, disant avec l'auteur de Y Art de faire 
des garçons (i) : «Si cela est arrivé une fois, c'est par un 
accident qui ne tire point à conséquence; c'était le coup 
d'essai d^one jeune vache, dont la matrice, novice encore, ne 
savait apparemment pas bien son métier, et retint mal à 

(I) On sait que Taoteur est Procope Coutreau, édition de Mont- 
pellier, 1782, p. 4 08. 



80 FÉCONDATION. 

propos pour elle ce qui lui a\Qil clé confié, pour le faire 
passer ailleurs. » 

Faites donc de la science avec de semblables raison- 
nemenls ! ! ! 

La détermination du point de rencontre du sperme et do 
l'œuf di\isa moins profondément les savants que les autres 
parties du problème. Les expériences de Ilarvcy s'oppo- 
saient a admettre cette rencontre dans la matrice^ contrai- 
rement à Ilippocrate, qui l'avait supposée pour les liqueurs 
séminales de Thomme et de la femme; et rexistcnce bien 
constatée de certaines grossesses tubaires lit penser a quel- 
ques-uns que la fécondation ou l'imprégnation de Tœuf 
pouvait avoir lieu dans les trompes de Fallope. Cependant 
cette opinion eut |jcu de partisans, et le plus grand nombre 
considéra l'ovaire comme un petit ermitaye oit le germe 
recevait la visite du sperme^ soit indirectement, soit sous 
forme de vapeur, soit mêlé avec le sang. C'était pendant 
cette visite que le sperme mettait en action sa faculté active, 
pénétrante et fécondante ; après quoi l'œuf fécondé se dé- 
tachait de l'ovaire, pénétrait dans In trompe, et arrivait 
enfin dans la matrice. 

Quelques savants, plus physiciens que phjsiologistes, se 
révoltèrent contre la faculté attribuée au sperme, et la 
repoussèrent comme une hypothèse gratuite et inintelligible 
à régale de la faculté génératrice des anciens et du nisus 
formativns des modernes. Ils se replièrent sur la chimie, 
eurent recours à une espèce de fermentation qu'ils décorè- 
rent du nom harhfkvcd'intussuiceptiony et, comme il leur fal- 
lait deux liquides pour obtenir cette opération chimique, ils 
établirent un svstèmc mixte entre les séministes et les ova- 
ristcs, et aux partisans duquel je donnerai le nom de semenr 
ovaristes. 



GÉNÉRATION. 81 

C. Lez semen-ovisleB. 

Les prorootears de cette théorie n'ont abandonné Tidëe 
bippocratique que parce que les lois de la physique ne leur 
permettaient pas de conaprendre comment la liqueur sé- 
minale de la femme restait dans la matrice, alors que par 
son propre poids elle eât dû s*écouler au dehors. Quant aut 
œufs dont ils ne pouvaient plus nier l'existence depuis les 
démonstrations de deGraar,deSténon,de Swammerdam et 
d'ipeu près tous les anatomistes, ils en firent les réservoirs 
de la semence fémiriine, et conservèrent aux ovaires les 
attributs que les anciens avaient reconnus aux testicules. 

Pour eux la semence du m&le et celle de la femelle décou- 
lent du même principe de formation : a La matière, dit l'au- 
teur de VArt de faire des garçons^ est une et la même 
partout. Ses parties, c'est-i-dire les corps ne diffèrent entre 
eux que par la quantité de mouvement présent ou passé; 
par la configuration des molécules et par la diversité d'au- 
tres modifications contingentes dont ils sont affectés. De I& 
le dangereux espoir de convertir en or tous les autres mé- 
taux. Le plus ou moins de mouvements dépend de la figure 
plus ou moins propre 5 le recevoir, à le conserver. La figure 
elle-même vient des cribles, des filières, des matrices par 
on passent les parties de la matière. Les cribles, les filières, 
les matrices sont des espèces de moules formés par le rap- 
port, la connexion des parties voisines et par la pression 
générale des corps environnants. C'est la source commune 
de tous les fossiles, des métaux, des pierres précieuses, 
des camaïeux, des végétaux, des animaux, en un mot de 
l'homme même(l). n 

(I) Loe. ctl., p. 474. 



82 FÉCONDATION. 

Ces principes plus ou moins obscurs de cosmogonie une 
fois admis, la formation des corps est la chose la plus élémen- 
taire. Les uns se constituent par la simple juxtaposition , et 
n'exigent rien de plus; ce sont les fossiles, les métaux, les 
pierres précieuses, etc. Les autres commencent aussi par la 
juxtaposition, mais ont besoin, pour se compléter, de 
l'espèce de fermentation qu'ils appellent Vintussusception^ 
tels sont les végétaux et les animaux. « La petite portion de 
matière, dit l'auteur de VArl de faire des garçons^ l'esproe 
de levain contenu dans la graine des plantes fermente avec 
les sucs convenables de la terre, et la semence des animaux 
mfties avec celle de leurs femelles (1). » 

Le mélange ou plutôt la fermentation de deux semences 
se fait dans l'œuf. Le sperme de l'homme est dardé direc- 
tement dans la matrice qui, sous l'impression que lui fait 
éprouver ce fluide, entre dans une contraction générale 
qui la referme exactement ; de celte façon, le sperme de 
l'homme, quel que soit son poids spécifique, est obligé de 
rester dans l'utérus; mais celui-ci se contractant de plus en 
plus, ses deux faces se collent l'une contre l'outre, cl obli- 
gent la semence qu'elle a reçue a d'enfiler rapidement les 
trompes de Fallope, semblables au jus d'une cerise pressée 
entre deux doigts, qui s'échappe de cdté et d'autre. Les 
trompes de Fallope n'ont pu se dispenser d'essuyer les 
secousses de la matrice, » et vont, en conformité de ces 
secousses, se porter sur les ovaires où elles charrient la 
semence de l'homme. « Là, car il me faut encore citer 
textuellement, elle pénètre la première membrane d'un ou 
de plusieurs œufs, qui s'en imbibe par des pores garnis de 
valvules propres à permettre aisément l'entrée de la liqueur 

(<) Loc. cit., p. 475. 



et i s'opposer à sa sortie. Le mélange de ce fluide avec ce- 
lui qui est contenu entre la première et la seconde mem- 
brane de l'œuf» le chorion et l'amnios, cause une fermenta- 
tioo. L'œuf s'enfle, et cette enflure sufBt pour le détacher 
de l'ovaire, d'où il tombe dans la trompe de Fallope. Elle 
le descend tout doucement dans la matrice, a laquelle il 
se colle; il s'attache yraisemblablement par l'endroit par 
lequel il tenait à l'ovaire. Pendant ce temps, la fermentation 
continue, augmente. Les parties les plus grossières de la 
semence du mêle restent entre les deux membranes de 
l'œuf. La portion la plus subtile traverse Tamnios, et se 
mêle dedans, y fermente avec la partie la plus épurée de la 
semence qui y est contenue; et c'est de ce dernier mélange 
que se forme le fœtus (2). » 

Et de la Metlrie, à qui Tidée de cette théorie est attri- 
buée, s'écrie, avant d'en commencer l'exposition : aJ 'admire 
toujours qu'on ne m'ait pas prévenu dans cette découverte 
si simple, car je ne m'en fais pas accroire, il y avait déjà 
longtemps que toutes les parties de cet édifice étaient con- 
nues, il ne s'agissait plus que de les arranger, p 

Lb découverte était, en eflet, facile à faire; on n'avait 
qu'à ouvrir l'ouvrage du père de la médecine et il sufBsait, 
pour frapper la théorie hippocratique au coin de la nou- 
veauté, de changer le lieu où les semences du mâle et de la 
femelle se rencontrent. Hippocrate les faisait fermenter dans 
la matrice , les semen-ovistes les font intussusceptimner 
dans l'ovaire. On pourrait se rencontrer de plus loin; aussi 
les critiques, adressées au système du médecin de Cos, 
reviennent-elles de droit aux semen-ovistes. Je ne les 
renomellerai pas ici et je renverrai le lecteur à la partie de 
cette introduction qui les renferme. 

(4) Loc. c<«.,p. 477. 



8& FÉCONDATION. 

D. Lci anitnaleuliBles. 

Le sperme de Thomme qui, dans les systèmes des ancienSi 
marchait Tégal de la semence ou des menstrues de la 
femme; qui, dans la théorie des ovaristes, était réduit à un 
râle en quelque sorte secondaire, et qui avait recouvré 
quelque importance dans l'opinion des semen-ovistes , 
acquit vers le milieu du xvii* siècle une telle valeur qu'il 
fut considéré comme l'élément constitutif de l'embryon. 

Cette révolution était due à la découverte, faite en 167& 
par Ilamm et Leeuwenhoeck d'une part, et par Hartsœker de 
l'autre, de petits corps animés et se mouvant dans le sperme, 
auxquels on donna le nom d'animalcules spermaiiques ou 
zoospermes. Ces animalcules furent aussitôt regardés, soit 
comme le germe, soit comme l'embrjon lui-même. 

Dos observations faites par les partisans de ce nouveau 
système, il résulta : 1* que le sperme seul contient de sem- 
blables animaux, et que tous les autres liquides de l'éco* 
nomie en sont dépourvus ; 2* que ces animalcules diiïèreni 
d'espèces à espèces, et qu'ils sont, au contraire, identiques 
dans le sperme d'un même animal, et dans celui des indi- 
vidus d'une même espèce ; â* que le sperme de tout animal 
ne contient des animalcules qu'à l'âge où l'acte de la géné- 
ration est possible, et qu'il en est dépourvu pendant la 
première et la dernière époque de la vie ; h? que le nombre 
de ces animalcules est excessivement considérable, puisqu'il 
est de 50,000 dans une goutte de sperme de coq, égalante 
peine en volume un grain de sable, et que cette multiplicité, 
en rendant compte des expériences de Spallanzani, rentrait 
dans les lois de la nature qui déploie une prodigalité remar** 
quable pour la reproduction de toutes les espèces vivantes. 



GéNÉRATlON. 85 

CependaDt quelques objections fureut faites à Tcxistence 
des aDimalcules dans le sperme de Thomme : Spallanzani les 
considéra comme des animaux infusoires ordinaires, et 
rappela qu'il avait elTectué des fécondations artificielles avec 
de si faibles guttules de sperme, qu'il n'était pas possible 
d'admettre qu*el les continssent des zoospermes ; Buffon pré- 
lendit que ces animalcules n'étaient autre chose que ses 
molécules organiques (1) ; Needham (2) assura avoir décou- 
vert dans la semence du calmar « de petits corps à ressort, 
qui paraissent être analogues aui vers spermatiques, et qui 
pourraient faire douter que ces vers soient de véritables 
animaux ; » les uns prétendirent n'avoir pu découvrir les 
animalcules dans la semence de quelques animaux ; d'autres, 
au contraire, assurèrent en avoir aperçu dans la semence 
de quelques femelles de quadrupèdes; Vallisnieri, Heisler, 
et d'autres observateurs avancèrent que presque toutes les 
liqueurs contiennent des animaux semblables aux zoo* 
spermes; Bono (â) soutint que les animalcules étaient très 
visibles dans le sperme, mais lorsque celui-ci est corrompu, 
ce qui arrive en très peu de temps; enfin, un médecin de 
Montpellier, de la Plantade, sous le pseudonyme deDalem- 
pazius, annonça les découvertes les plus absurdes et essaya 
de tuer par le ridicule l'opinion de ses adversaires ; cepen- 
dant cette plaisanterie fut prise au sérieux par quelques 
grands esprits : Buffon descendit jusqu'à réfuter les obser- 
vations de Dalempazius et Boerhaave, s'appuyant sur elles, 
battit un système dont je dirai quelques mots plus loin. 

(f ] Voyez plus haut le système de Baffoo, p. 70. 

(2) N&uvellei découvertes faites avec U microscope, Leyde, 1747, 

cbap. V. 

(3) Article GiiiiiATioN, du Dictionnaire d^anatomie et de physiologie. 

Paris, 1765. 



86 FÉGONDATIOH. 

Pourtant, malgré ces objections, la découverte de Leeu*- 
wcnhoeck fut accueillie avec un engouement presque 
général; on crut enfin avoir pénétré le secret de la géné- 
ration, et le zoosperme fut définitivement regardé comme le 
rudiment même du nouvel être. 

Mais d'où venait cet animalcule? Par quelle voie mysté- 
rieuse étnit-il arrivé dans le sperme ? Les uns appliquèrent 
aux zoospcrmos le système de la dissémination avec lequel 
on avait voulu expliquer la présence du germe dans i*œuf; 
les nutros, adoptant les idées de Bonnet sur l'emboitemenl 
des gcrmrs, dépouillèrent Eve on faveur d'Adam de llieu- 
reux privilège d'avoir porté en lui toute la race humaine; 
« il fnut bien qno chacun ait son tour, dit l'auteur del'^W 
rfe faire fies garçons ; et je sais bon gré a Leeuwenhoeck 
d'avoir fait venir celui des mâles; mais si j'avais été à sa 
place, je ne m'en serais pas tenu In. Au défaut du mérite de 
l'invention, j'aurais voulu enchérir sur l'extravagance de 
mon antagoniste, la doubler, la tripler. Les infinitovistes 
n'avaient attribué qu'aux femelles la faculté tie renfermer 
en elles tous les individus do leurs races : les animovistes 
se sont contentés de la transporter aux mâles; pour ne point 
faire do jaloux, j'aurais libéralement accordé aux deux sexes 
cette contenance infinie. L'un aurait contenu les logements 
bAlis les uns dans les autres à l'infini (les œufs); l'autre 
auri>it renfermé tous leurs petits hôtes futurs (les animaux 
spormati(|ues) ; et je n'en aurais point fait à deux fois, je 
leur aurais tout de suite donné la vie dès le commencement 
du monde, avec le pouvoir de sauter, de cabrioler et de 
faire la culbute les uns dans les autres à l'infini, pour les 
amuser, les pauvres jietits, en attendant qu'ils devinssent 
grands; avec tout cela j'aurais encore délié les infinitovistes 
et les animovistes de trouver mon opinion plus ridicule que 



fiÉNÉBATION. 87 

ne le 8001 les leors. La divisibilité de la matière les rend toutes 
également possibles ; et plus elles sont difficiles a compren-» 
dre, plus elles semblent admirables à certains yeox (1).» 

Le Camus se rappelant sans doute que Pythagore avait 
dit que le sperme était la fleur du sang le plus pur; Pla- 
ton, une effusion de la moelle spinale; Epicurc, unepar^ 
celle de l'âme et du corps, et plus particulièrement Alc- 
méon, une portion du cerveau (2) ^ Le Camus, dis-je, a 
voulu que le sperme fût l'assemblage d'une infinité de 
petits cerveaux (â). Quoique Tauteur ne s'en explique pas 
catégoriquement, il est probable que, dans sa pensée, les 
animalcules spermatiques représentent les petits cerveaux. 
Ceux-ci, primitivement produits par le grand cerveau, se 
rendent aux testicules par le moyen des nerfs ; celui de 
ces petits cerveaux qui doit produire le nouvel être, une 
ibis porté dans la matrice, s*y gonOeet ne présente d*abord 
qu'un petit cerveau qui donne successivement naissance aux 
extrémités, absolument comme les lobes d'une lève qui se 
gonflent d'abord et poussent ensuite la tige et les racines. 

Le Camus ne fut pas le seul à ne tenir aucun compte des 
découvertes de de Graaf, de Sténon, et de Swammerdam. 
Les plus enthousiastes des animalculistes, répudiant toute 
solidarité avec les ovaristes et accordant à peine aux ovaires 
les fonctions que les anciens leur avaient attribuées, voulu- 
rent que l'animalcule, appelé à se métamorphoser, s'atta- 
chât à quelque point particulier de la matrice d'où il tirait 
la nourriture destinée à le faire croître. Cette opinion, en 
tenant comme non avenues des découvertes très légitimes 

(4) Loc.eiC.p. 4 57 et 458. 

(i) Plotarqoe, Det optnUms des philoiophei, liv. V, cbap. III. 

(3) Mémoire iur diverê niieU de médecine, 4760, premier mémoire. 



88 FÉCONDATION. 

acquises à la science, s'enfermait ainsi dans un tel isolement 
que le nom de son promoteur n'est même pas arrivé jusqu'à 
nous (1). Les animalcuiistes plus sages accordèrent à la 
femme un râle plus actif, et, les uns restant fidèles au sys- 
tème d'Hippocrate, et les autres acceptant les données de 
la science sur l'existence des œufs, se porlogèrent en deux 
grandes écoles que je vais examiner sous les noms de semen* 
animalcuiistes et de avo-animalculistes. 

E. Lf$ semen'aninMÎculiMteê, 

Maupertuis est le promoteur de ce système (2) : admet- 
tant que la semence de Thomme et celle de la femme 
s'unissent dans l'utérus par une espèce d'attraction, il 
veut que les animalcules sperroatiques, sans être les rudi- 
ments de l'embryon, « servent à meltre ces liqueurs proli- 
Gques en mouvement; è rapprocher par là des parties trop 
éloignées, et à faciliter l'union de celles qui doivent se 
joindre, en les faisant se présenter diversement les unes 
aux autres. » Maupertuis avoue qu'après beaucoup de ten- 
tatives il n'a jamais pu rencontrer des animalcules dans la 
liqueur prolifique de la femme, et, sans croire formellement 
à leur absence, il n'est pas éloigné de penser qu'ils peu- 
vent bien rester dans l'utérus. Dans tous les cas les 
zoospermes de l'homme suffisent pour remplir les fonctions 
qu'il leur attribue, et en terminant l'exposition de ses idées, 
Maupertuis s'écrie : <c Que cet usage auquel nous nous 
imaginons que les animaux spermatiques pourraient être 
destinés, ne vous étonne point : la nature, outre ses agents 

(4) Bonnet, Connidéralion$ sur les corpn organitén, i. I, p, 4 f. 
(2) Vénui phyBiquf, 1'« partie, chap. XYII et XVIII. 



fiÉNÉRATlON. 89 

principaux pour la production de ses ouvrages, emploie 
qoelqueibis des mlDislres suballernes. Dans les isles do 
Tarchipel ou élève avec grand soin une espèce de mouche* 
ron qui travaille à la fécondation des figues. » 

Ce syslème est un petit roman, qui ne repose sur aucune 
observation : sans m'arrèter à la semence de la femme dont 
l'existence n'est plus admissible aujourd'hui, sur quel fait 
expérimental Maupertuis s'appuie-t-il pour investir les ani- 
malcules spermatiques des fonctions de ministres subal- 
ternes de la nature? D'ailleurs, rendons justice à l'auteur 
qui a reconnu lui-même que sa théorie était un enfant de 
son imagination, et comme telle ne loi réservons que la 
place d'un simple souvenir. 

F. Les oDoanimalculistei, 

Quoique appuyé sur deux faits aussi importants que ceux 
de la présence d'animalcules dans le sperme de l'homme et 
de l'existence d'œufs dans les ovaires de la femme, le pro- 
blème de la génération semble n'avoir pas fait un pas de 
plus, et sa solution , bonne ou mauvaise , que l'on devait 
croire la même pour tous, donne naissance, dans les nouvelles 
limites que lui imposait la connaissance des zoospcrmcs et 
des œufs, à presque autant de systèmes qu'en avaient pro- 
duit les solutions par les deux semences , par les œufs, par 
les animalcules ou par la combinaison de ces éléments. 

Les dissidences se montrèrent surtout & l'occasion du 
lieu où se faisait la rencontre de l'œuf et du zoosperme, et 
de la manière dont cette rencontre s'opérait. Aussi, pour 
mettre quelque ordre dans l'historique de ces opinions diver- 
gentes, convient- il de partager en deux ordres les ovo- 
animalculistes, selon que le lieu de rencontre de l'œuf et du 



90 FitCONDATIOM. 

loosperme sera la matrice oa i'ofaire, tout en rattachant 
à chaque nystème l'explication qu'il donne relatifement à 
Ja manière dont se fait cette rencontre ; nous aurons ainsi 
les ovo-animalculistes-utériiu et les ovo-animalculisteS'' 
ovariens. 

Ovfy-animalculisteS'-utérins. — Deux opinions se sont 
produites sur ce terrain, selon que leurs auteurs plaçaient 
le germe, soit dans Tanimalcule spermatique, soit dans 
l'œuf. Leeuwenhoeck, qui prétendait à l'honneur de la dé- 
couverte des zoospermes, attribuait à ceux-ci le rôle le plus 
actif dans la génération, et voulait en conséquence que les 
animalcules projetés dans l'utérus y attirassent les œufs et 
les y convertissent en de véritables embryons. On s'étonne 
qu'un esprit aussi émiiient que Leetiwenhoeck ait émis des 
idées qu'aucune observation ne justifie et que la raison 
repousse non moins sûrement que la science. 

D'autres, appelant à leur aide cet aura setninalis dont 
le bon sens a fait depuis longtemps justice, à défaut des 
expériences de Spallanzani, veulent que cet aura^ porté 
jusqu'aux ovaires, « procure dans l'œuf ou dans les œufs 
mûrs de l'un ou de tous les deux ovaires, ce changement 
appelé fécondation qui met l'œuf en état de croître» de 
rompre su cellule, de tomber dans la trompe et de des- 
cendre dans la matrice (1). » Là, l'œuf ainsi fécondé ren- 
contre les animaux spermatiques dont l'un parvient à 
s'enfermer dans son intérieur qui lui sert de lit et de loge- 
ment. L'animalcule s'attache è la matrice par son /)/ac6n(a, 
et, protégé par l'œuf d'où il se garde bien de sortir, il se 
développe et attend l'époque du part. 

La théorie des ovo-animalculistes-utérins, dégagée des 

(I) Astruc, Maladiei dff femmeê. Paris, 4765, t. V, p. ft9. 



6ÉNÉBATION. 91 

ténèbres dont les premiers partisans l'araient entourée, i 
été reprise de nos jours par M. Poucbet et par les physio- 
logistes éminents dont je ferai tout à Thenre connaître les 
opinions, qui, jusqu'à preuve du contraire et malgré le fait 
des grossesses extra-utérines (i), me paraissent être les plus 
conformes i la vérité. 

Ovo-animalculisteS'Ovariens. — Sur ce terrain encore, 
deux sentiments partagent les physiologistes relativement 
h la manière dont les spermatozoïdes arrivent à l'ovaire : 
les uns en rapportent tout le mérite aux animalcules, tandis 
que les autres trouvent les motifs de cette progression dans 
les contractions utérines. 

Parmi les premiers nous trouvons Boerhaave ; et i la 
tète des seconds nous rencontrons Astruc. 

Boerhaave qui, ainsi que je Tai dit plus haut, prit au sé- 
rieux les observations imaginaires de Dalempazius, veut que 
les zoospermes se livrent dans la matrice à une véritable 
course au clocher dont la trompe de Fallope est le but; là, 
dans cet espace réservé , éclate alors une lutte sans trêve 
ni merci ; les animalcules, avec toute la rage du désespoir, 
se livrent entre eux à un combat dont l'œuf est le prix; le 
plus fort ou le plus rusé, après avoir jonché le champ de 
bataille des cadavres de ses ennemis , va triomphalement 
\ers l'ovaire, en détache l'œuf qui lui appartient désormais 
par le droit de conquête, et le ramène dans l'utérus avec 
toute la pompe et tout l'orgueil de la victoire. — Ne vous 
semble-t-il pas assister à un de ces carrousels du moyen 

(1) Beaacoap de travaux odI été faiu sur les grossesses extra-uté- 
rines et il n'est pas un seul traité d'accouchement qui ne leur consacre 
un ou deux chapitres. On aura une idée de tous ces travaux en con- 
sultant la thèse de concours pour l'agrégation de M. Alexis Moreau : 
Des groiiesses extra-utérinês, Paris, 4853. 



92 FiCONDATION. 

âge où le chevalier victorieux s'avance vers la tribune des 
darooiselles, relève enfin la visière de son casque, et reçoit 
avec récliarpe aux couleurs favorites, la main et le cœur de 
la dame de ses pensées? A Boerliaave ! quel immense tribut 
ton génie a-t-il payé, en cette circonslance, à la fragilité de 
la nature humaine, et combien tu nous rappellerais, si nous 
pouvions l'oublier, que les plus belles intelligences ne se 
peuvent jamais et complètement affranchir de Terreur !!! 

Aslruc, ainsi que je le disais tout a l'heure, trouve dans 
les contractions utérines l'explication de la marche ascen- 
dante du sperme vera les trompes d'abord, et vers l'ovaire 
ensuite. « L'orifice de la matrice, dit-il (1), se ferme par la 
contraction des fibres circulaires qui l'entourent, et la .se- 
mence une fois reçue, ne peut plus s'écouler par là. Les 
fibres radieuses qui sont autour des ouvertures des trompes 
dans la matrice, se contractent, et par leur contraction to- 
nique, l'ouverture des trompes se trouve dilatée; par une 
suite de la même impression, les trompes se raccourcissent 
et se redressent par la contraction de leurs fibres longitu- 
dinales; leurs pavillons conctractés s'attachent à la partie 
inférieure des ovaires que leurs bords frangés, qui sont de 
véritables muscles, embrassent étroitement. » Au milieu de 
ces contractions diverses, les libres musculaires de la ma* 
trice ne restent pas inertes, elles se contractent également 
et diminuent ainsi la capacité de l'utérus; «dans cet état, 
poursuit Astruc, la semence pressée par la matrice qui se 
resserre, et n'ayant point d'issue par l'orifice de la matrice 
qui est fermée, est obligée d'enfiler l'ouverture des trompes 
qui sont alors béantes; et par ce moyen elle est portée jus- 
qu'aux ovaires qui en sont baignés. » Un animalcule, plus 

(4) Maladiei df$ femmeê, L Y, p. 61 et soiv. 



GÉNilATIO?!. 9â 

agUe ou jdus heureux peut-êire^ s'insinue dans l'œuf par 
la fente de la tunique des ovaires, s'y niche, et vatlà^ s'écrie 
Aslruc , un œuf fécondé. 

Les idées d'Astruc, à l'époque où il les émettait, durent 
jouir d'un certain crédit; elles ne choquaient ni la raison, 
ni la plupart des faits admis alors par la science ; mais au- 
jourd'hui, quelques-unes de ces idées, celles surtout qui se 
rapportent à l'introduction du spermatozoïde dans l'œuf, ne 
sont plus acceptables, en raison des connaissances nouvelles 
acquises à la science, et que je vais exposer dans le para- 
graphe suivant. 

État actuel de la science. 

Malgré les connaissances plus positives que nous possé-* 
dons aujourd'hui sur le sperme et les œufs, et que j'ai pré- 
cédemment exposées, le problème de la fécondation est loin 
d'être résolu; il est réduit, il est vrai, en deux points seu-* 
lement, mais ce sont les points les plus ardus et les plus 
difGciles h pénétrer; à peu près toute la question* est au* 
jourd'hui de savoir : l"* dans quel organe, ovaire, trompe ou 
utérus, se fait la rencontre du sperme et de l'œuf; 2' quelle 
est la nature de leur contact, l'essence de leur union. 

!• Lieu où se fait la fécondation. — Les ovaires, les 
trompes et l'utérus ont été tour à tour regardés comme la 
scène sur laquelle se rencontrent le produit mâle et le pro- 
duit femelle. Des expériences nombreuses et contradictoires 
ont jeté la confusion sur cette partie du problème, et l'on 
hésite à accorder sa con6ance ou aux physiologistes qui 
assurent avoir trouvé du sperme jusque dans l'ovaire, ou à 
ceux qui nient positivement la réalité de ces observations. 
Cependant, en lisant sans esprit de parti et dans le but 
unique d'arriver à la vérité, la relation de toutes les expé- 



9& PiCORiATIOII. 

riences et les argnroeots de chaque ad? enaire, on ne peut 
se défendre d'un sentiment de préférence pour la théorie 
de M. Pouchet qui place dans Tutérus ou dans la partie des 
trompes la plus voisine de cet organe, la rencontre de l'œuf 
et du sperme. « La structure des trompes, dit-il , leur vitalité, 
et la nature des xoospermes empêchent de supposer que ce 
fluide {le sperme) puisse remonter plus haut, et d'ailleurs 
le mucus infranchissable, qui remplit ces conduits, oppose 
aui spermatoioaires un obstacle invincible (1). » 

L'ouvrage de M. Pourhet est trop connu pour que j'ana- 
lyse seulement les arguments et les expériences qu'il cite è 
l'appui de son opinion, et, malgré une récente communica- 
tion de M. Coste (2) & Tlnstitut, parlaquclle l'auteur répudie 
sa première manière de voir pour placer le siège de la fé- 
condation dans l'ovaire, je crois, d'après quelques cipé- 
riences personnelles dont il est inutile de surcharger cette 
introduction, je crois, dis-je, que la rencontre de l'œuf et 
du fluide séminal se fait normalement dans Tutérus ou dans 
la première portion des trompes. 

Les grossesses extra-utérines ne peuvent plus être con- 
sidérées aujourd'hui comme un argument en faveur des 
fécondations ovariennes contre les fécondations utérines. 
Âstruc, Marc, Lallemand, Velpeau, etc., ont suflisamment 
montré que ces grossesses anormales étaient produites par 
quelque sensation ou quelque émotion extraordinaires au 
moment du coit ; cette explication me parait encore plus plau- 
sible et surtout mieux démontrée par des observations scru- 
puleuses que cette assertion, émise par des physiologistes 
recommandables d'ailleurs, tels que MM. Pouchet et Courty, 

(4) Théftrie poêitive de l* ovulation spontanée et de la fécondation. 
4 vol. în-S. 4847, p. S98. 
{%) Académêê dm miencm, séanoeda S9 mai 4a50. 



GftiltlIATION. -96 

par eiemple, et par laquelle on voudrait que l'œuf, tombé 
dans l'abdomen au moment de refiroî, y fât fécondé plus 
tard par le sperme. Si le sperme ne peut, par les raisons 
que M. Poucbet lui-même énumère, parcourir les trompes, 
il est impossible qu'il arrive jusque dans l'abdomen pour y 
féconder l'œuf qui serait tombé dans sa cavité. Il est plus 
rationnel d'admettre que l'œuf a déjà reçu l'imprégnation 
de la liqueur séminale, lorsque par suite des sensations et 
des émotions extraordinaires dont je parlais plus haut, il 
quitte le lieu normal de sa résidence, soit pour se fixer dans 
les trompes, soit pour tomber dans l'abdomen. 

2® Union de Vœuf avec le sperme. — La nature de 
l'union du principe générateur mAle avec le principe géné- 
rateur femelle échappe complètement i l'observation dans 
l'état actuel de la science. Prévost et Dumas, trompés par 
les apparences , pensaient qu'au niveau de la matricule 
dans l'œuf des oiseaux, il existe un pertuis dans lequel ils 
croyaient avoir vu des spermatozoïdes s'introduire dans le 
vitellus. Barry prétend avoir observé la même disposition 
sur la lapine, et avoir vu aussi un zoosperme s'enfoncer 
dans la zone transparente qui circonscrit l'ovule. M.Pouchet 
assure que ses recherches sur les mollusques semblent par- 
faitement constater l'existence d'une solution de continuité 
à la surface de la membrane vitelliiie. 

Mais toutes ces observations n'ont pas tellement un ca- 
ractère d'authenticité qu'on les doive accepter comme l'ex* 
pression fidèle de la réalité. Je préfère admettre que l'union 
du principe générateur mâle avec le principe générateur 
femelle se fait par endosmose, et que, lorsque le sperme se 
trouve en contact avec l'œuf^il s'établit à travers celui-ci, 
de dehors en dedans, des courants spermatiques qui entraî- 
nent avec eux les spermatozoïdes. 



96 DURÉE DB LA PONCTION GÉNÊRATIIICI. 

M. Charles Robin, considérant, ainsi que je l'ai dii plus 
haut, les spermatoioïdes comme des espèces d*œuls oa cel- 
loles embryonnaires, Teut que «la nature de cette union 
consiste dans la dissolution des spermatozoïdes, avec pénétra- 
tion endosmotique molécule à molécule dans Tovule femelle, 
d'où formation des cellules embryonnaires femelles (i). » 



CHAPITRE III. 

DUR&E DE LA FONCTION GÉNÉRATEICB. 

On peut élablir comme une loi des corps organisés que 
la fonction procréatrice « étant le point culminant du déve- 
loppement, dit Burdach, elle apparaît d'aulant plus tôt que 
la marche de la vie est plus simple, l'individualité moins 
prononcée, l'organisation plus simple , le corps plus petit 
et la vie, en général, plus pauvre (1). » L'homme, qui doit 
seul m'occupcr ici, est de tous les êtres vivanls celui qui 
acquiert le plus tard cette faculté, non pas seulement d'une 
manière absolue, mais même encore eu égard è la durée de 
sa viC) car chez lui le rapport entre cette dernière et le 
temps qui s'écoule depuis la naissance jusqu'à la puberté 
est de 1 : & ou 5, tandis qu'il est de i : 18 chez le la- 
pin ; de 1 : 8 ou 9 chez le loup, le renard et le blaireau; 
de 1 : 5 ou 6 chez le cerf, etc. 

L'époque è laquelle apparaît la faculté de procréer n*a 
rien de fiie ; elle peut être avancée ou retardée par une 
foule de circonstances dont j'aurai à examiner les princi* 

(I) Manuel de phymlogie^ par M. Béraud. Paris, 4853, p. 44t« 
(S) Traité de pAyatofogie, Irad. par Joardao, t. V, p. 36. 



DUttC DB LA FONCTION GÉlfÉRATlUGB. 97 

pales ; mais on peut dire d'une manière générale que dans 
nos climats tempérés la puberté se montre de quinze h dix- 
huit ans, et un peu plus tôt chez la femme que chez l'homme. 

Des causes qui peuvent avancer ou retarder l'apparition 
de la faculté génératrice, les unes sont inhérentes à l'indi- 
vidu, et les autres lui sont extérieures; parmi les premières 
se rangent le développement de l'organisme, l'état de santé 
ou de maladie, la constitution, le tempérament, les habi- 
tudes, la manière de vivre, l'éducation, la moralité, etc.; et 
parmi les secondes se classent la latitude géographique, les 
climats^ les races, l'état de la civilisation, la religion, etc. 

Toutes ces circonstances, tant individuelles que générales, 
n'agissent pas seulement sur le développement de l'âge pu- 
bère; elles ont encore une influence marquée sur l'énergie 
de la fonction génératrice. Or, comme pour compléter ces 
études physiologiques j'ai dû réserver un chapitre h l'exa- 
men des circonstances qui exercent une action salutaire ou 
funeste sur la faculté génitale, j'estime que leur exposition 
doit se trouver en une seule et même place, pour ne pas 
faire double emploi, et que cette place doit clore cette intro- 
duction, parce que pour être bien compris, l'examen de ces 
circonstances exige la connaissance des rapports delà faculté 
génitale avec toutes les autres fonctions des vies organique 
et animale, rapports qui feront le sujet du chapitre suivant. 

Cependant je dois placer ici TétuJe d'une fonction dont 
l'apparition marque toujours l'éveil de la faculté procréa- 
trice chez la femme, mais qui n'a avec l'exaltation véné- 
rienne aucune espèce de corrélation. Je veux parler de la 
menstruation. 

D'ailleurs les travaux des physiologistes modernes ^ en 
faisant de la menstruation le symptôme le plus apparent de 
la ponte périodique de la femme, rattachent cette fonction 

7 



BB UURAk lu la FUKCTION G&ri&BATmCK. 

k l'ovologie, et m'imposent en quelque surle le devoir de 
ne pBS trop éloigner son examen des notions générales sur 
l'œuf que j'ai données dans le chapitre précédent. 

Tous CL>a motifs me sont une excuse sufTisante pour ni'oc- 
cuper exclusivement ici de la femme, et l'importance de II 
menstruation légitime l'étendue (jue je vais coiisutrer i 
l'étude de cette fonction. 



UENSTRCATION. 
<j ■•'. — ClrcmiaUweeB qal IbUbcbI aar Ellr. 

La menstruation est toujours un indite certain de l'apii- 
lude de la femme à l'acte de la procréation ; avant son appa- 
rition cette aptitude o'eiiste pas, et elle disparaît avtc les 
règles à un Age plus ou moins avancé. Cependant on a cité 
des exemples de femmes qui oui été férondées malgré l'ab- 
sence complète des menstrues, en même temps que l'un voit 
Iréquemmcnt des femmes parfaitement réglées être toujours 
stériles- Je dirai tout à l'heure les motifs qu'allègue la [)by- 
siologie pour expliquer la première de ces anomalies, et, 
dans une autre purtie de cet ouvrage , je m'étendrai sur 
l'état pathologique ; pour le moment, il nous doit sufitre de 
savoir qu'en ihèïe générale l'aptitude à la fécondation ne 
se décèle réellemt^ut que par la présence des menstruts, et 
<jue l'apparition de celles-ci est tout i la fois pour la femme 
le signal de sa nubilité et de sa vie propre. 

Cette apparition n'a pas lieu h une époque Gie et la même 
pour toutes les femmes; elle subit l'ioDuencedecirconstancea 
nombreuses, dont je ne puis indiquer ici que les principales. 

A. CUmat, — Latiltuh giographiqw. — Raeet. 

l.'tmfite que la température exerce sur la première 



J 



ClâCONSTANCBS QCl UltLUKNT MH liLB. 99 

éruptîoD des règles a été noté de tout temps ; les relations 
des voyageurs n'ont laissé aucun doute sur ce point, et il 
est admis comme aiiome que la première menstruation est 
d'autant plus hâtive que le climat est plus chaud. François 
Picard et Prideaux assurent qu'en Perse et dans tous les pays 
de rinde, de l'Arabie et en Chine, les femmes deviennent 
mères à huit ou neuf ans, tandis qu'en Laponie, au dire de 
M. Wretholm , les femmes ne sëraie.nt réglées qu'à dix- 
huit ans lorsqu'elles restent dans les montagnes. 

GrAceaux progrès de la science, les différences dans l'épo- 
que de la première menstruation selon les climats et la lati* 
tude géographique , acceptées jusqu'à présent en règle 
générale, ont été notées d'une manière plus précise , et , 
comme résumé de toutes les observations recueillies dans 
diiïérents pays , je donnerai le tableau suivant que j'em- 
prunte il l'ouvrage de M. Raciborski (1). 



■OM Dl LA VILLI. 



Toulon 

Marseille .... 

Lyon 

Paris 

GcBttiDgoe. . . . 
Varsovie . . . . 
Manchester. . . 

Skeen 

Stockholm . . . 
Lapooie suédoise 



liatiiade 
gëof rapbiqae. 



43 
43 
46 
49 
52 
52 
53 
59 
59 
65 



Age 



deUp?e»ière Tempéralore 



éruption 
des règles. 



OMjeniia 
d« l'année. 



44,084 
44,045 
4 4.492 
44,465 
46.038 
45.083 
45,491 
45,450 
4 5,590 
48,000 



e 

45 
45 

14.6 

40,6 

8,0 

9,6 
6,0 

5,7 

4.0 






Du tableau qui précède on est en droit de tirer les deux 
conséquences suivantes : 1* l'époque de la puberté se trouve 
toujours en raison inverse de la latitude géographique , en 

(4) De la pub^té §t de l'âff ùtiUfiÊê ûh$» la fmme^ p. 47. 




100 DURfiR t»l LA PONCrroN GfcutHATRin. 



d'aulrcs termes, plus te degré de In latituile se trouve 6\eyé, 
moins In puberté oiïre de lendanre à ilevonir précoce ; 2" la 
latitude géogruptiique n'inlluc sur l'époque de l.i puberté 
c|u'aulnnt qi/ellu marcIic d'accord avec lu température, et 
(jue, en a'écartonl de In température d'un pays, clic perd 
!ïon inllueiice sur l'époque de la puberté qui n'obi^it plui 
alors qu'b l'impulsion donnée par In tempérniurc. 

I/iiiRuence du climat et de In latitude géographique sur 
la premii'rc apparition des rf.-gles est si manifeste, qu'on b 
vu des jeunes lilles de neuf ù dix ans réglées dans les Indes 
orientales, qui, transportées en Europe et surtout en An- 
gleterre, éprouvaient une suspension dans leur menstrua- 
tion jusqu'à quatumc on quinze ans, sans que dans l'in- 
tervalle leur santé parût en souiïrir (t). 

Cependant M. Raciborski rappelle que Icsnégrosses nées 
en Europe lonserveiit l'aptitude ù être réglées de bonne 
heure, comme si elles étaient nées sous le ric\ brûlant de 
l'Afrique ou de l'Amérique du Sud, de même que les femmes 
créoles héritent généralement des dispositions organi- 
ques de leur m're. lorsque celle-ci est née dans les pajs 
tempérés. 

A rcttc occasion, l'auleur que je cile se demande si les 
races n'auraient pas quelque itil1uenci3 sur l'époque de In 
puberté chez lu femme. Kiaminant la race juive en Pologne 
où les i^ruélites fuiment encore jusqu'à présent une vérî- 
loblc colonie ayant conservé leurs mœurs, une partie de 
leur rostume et leur religion, M. Ilaciborski conclut que 
ta menstruation est proportionnellement plus litlive diez 
les juives que chez les femmes de la race slave. Ainsi, ajoute 
l'auteur, tandis que sur cent femmes de celle dernière race 

(t) Tht{fcloptiiao(fri)cUcùimeaiei»e,\o\.Ut,f. HO. 



GIRCOHSTiNCES QCl INFLUENT SUR ELLE. iOi 

00 peut k peine en troQver une qui soit réglée à treize ans, 
00 eo trouve déjà douze parmi les juives (1). 

B. SoeiabilUé, — Habitude». — Régime. 

S'il est un fait généralement admis et constaté par toutes 
les statistiques, c'est celui de l'apparition hâtive des règles 
chez les femmes des villes et surtout des capitales. En pré- 
sence d'un semblable phénomène et de la diversité des 
éléments qui entrent dans la composition des grands cen- 
tres de population, il faut reconnaître que le système ner- 
veui joue un très grand rôle dans la fonction que j'eiamine, 
et que M. Brierre de Boismont a raison de dire, en parlant 
du développement rapide de ce système dans les grandes 
villes : a II semble que cette précocité du système nerveux 
soit une véritable serre qui fasse éclore les règles et qui 
remplace ainsi, jusqu'à un certain point, la chaleur des 
contrées équatoriales (2). » 

Est-il besoin de faire ressortir les (JifTérences qui existent 
entre les mœurs, la manière de vivre, les habitudes, les 
plaisirs, le régime, etc., des femmes des grandes villes, et 
les mœurs, la manière de vivre, les habitudes, les travaux 
et le régime des femmes de la campagne ? Ne sait-on pas 
l'inOuence qu'exercent sur l'imagination, sur les passions, 
sur les sens, sur la circulation, sur l'organisme tout entier, 
et plus particulièrement sur le système nerveux, les bals, 
les spectacles, les arts, et surtout la musique à laquelle ne 
purent rester insensibles les éléphanls du Jardin des plantes 
dont les désirs amoureux s'éveillèrent pendant un concert 

(4) Loe.ciL, p. 32. 

()] De la menstruation eomidérée dam êes rajtporU phyiiologiquei et 
patholoçiqueê^ p. 4 5. 



102 Dimfte DE LA POHCTtON GÈRÉIIATIICE. 

qu'on leor donna (i)? Chez les femmes de la campagne au 
contraire tout contribue è hftter d'abord le développement 
du système musculaire, et Ton trouve rarement parmi 
elles ces organisations chétives et avortées dont toute la 
vie semble se concentrer dans la tète, et dont les salons des 
capitales n'offrent, hélas ! que de trop nombreux eiemplea. 
Tandis qu'il n'est pas rare Je rencontrer dans les hautes 
classes de la société, parmi celles dont Teiistence s'écoule 
dans le luie, les boudoirs, les théètres, les bals et les con- 
certs, de jeunes personnes réglées à sept, huit, neuf et dii 
ans , il est très peu de filles de la campagne dont la pre- 
mière menstruation apparaisse avant la onzième année. 

En thèse générale, on peut dire, d'après les statistiques 
dressées sur ce sujet, que l'âge moyen auquel la première 
menstruation apparaît est, pour les femmes de la campagne, 
la seizième année; pour celles des villes, la quinzième ; et 
pour celles de Paris, sans distinction de position et de for- 
tune, la quatorzième. 

C. Constitution, — Tempérament. — Tcùlle, etc. 

Parmi les causes individuelles qui ont une influence mar- 
quée sur l'apparition des menstrues, il hixi placer en pre- 
mière ligne la constitution. Il est généralement admis que 
les femmes d'une constitution robuste sont réglées de meil- 
leure heure que celles qui présentent une constitution faible; 
la différence serait assez notable, d'après M. Raciborski, 
car les premières seraient réglées, en terme moyen, è l'âge 
de quatorze ans: 3/i/&9; et les secondes è quinze ans: &6/87. 

(I) On peut lire le* détails de ce concert donné aux éléphants du 
Jardin des plantes, le 4 prairial an vi, dans la Dreade phihiophiqw 
et dans le Dictionnaire de$ êcienccs médicales, l. XXXV. 



SiGRtPIGATION DE LA MBNSTRrATION. fOS 

D'après ce que j'ai dît plus haut de TmOuence du système 
nerreux sur le développement de la menstruation, on com- 
prend déjk le râle que doivent jouer les divers tempéra- 
ments sur l'évolution de cette fonction. La statistique prouve 
en effet que les tempéraments nerveux et nervoso-sanguins 
sont les plus favorables de tous h la rapide nppatition des 
menstrues, et que le tempérament lymphatique, celui qui 
donne les sensations les plus lentes et les plus obtuses, est 
ordinairement marqué par un retard dans l'apparition du 
phénomène ; ainsi, d'après M. Raciborski, les règles appa- 
raîtraient à quatorze ans chez les filles d'un tempérament ner- 
veui ou nervoso-sanguin, tandis qu'elles ne se montreraient 
qu'è quinze ans, 17/27, chez les jeunes personnes d'un tem-. 
pérament lymphatique. 

Quelques auteurs, poussant leurs investigations jusqu'aux 
dernières limites , ont essayé de déterminer la part d'in- 
fluence qui peut revenir à la couleur des cheveux , h la 
taille, etc.; et M. Marc d'Espine est allé jusqu'à regretter 
de n'avoir pu examiner l'influence des taches de rousseur, 
des nœvij etc. (1). J'estime ces investigations non-seulement 
inutiles, mais encore nuisibles h la science, parce qu'elles 
introduisent dans un problème déjà si compliqué des élé- 
ments sans valeur, et qui sont, comme la couleur des che* 
veux ou la taille, sous la complète dépendance des causes 
que j'ai déjà examinées. 

Je ne m'y arrêterai donc pas plus longtemps. 

S II. — fliKBiflcailoa «Te la ■ienstraailoa oa paaie p«rlo4M|ac. 

Il ne faudrait pas croire que l'Age moyen de la puberté 
chez la femme, que j'ai indiqué plus haut , fdt une loi 

I) Archivée généraleê de médecine, 2*" série. 4 835, i. IX. 



i 



10& DORltB DE LA FO>CTI0M GftNÉRATRICB. 

constante pour la nature ; il existe sous ce rapport de 
nombreuses exceptions, et la science possède plus d*un 
exemple , soit de menstruation excessivement hâtive, soit 
de menstruation très retardée. Je ne puis entreprendre ici 
rhistoire de tous ces faits, et à ceux que ces documents 
intéresseraient, j'indiquerai un intéressant mémoire publié 
par le journal l'Expérience (1), où l'auteur, M. Dézci- 
meris, a réuni la plupart des observations de ce genre 
disséminées dans les annales de la science. 

Malgré ces anomalies, ou plutôt h cause même de ces 
anomalies, la menstruation, ainsi que je le disais plus baot, 
t toujours été regardée comme le signe le plus certain de 
l'aptitude de la femme à la procréation. En rapprorliant 
ce fait de celui qui se passe chez les animaux à Tépoquc du 
rut, on ne peut s'empêcher de reconnaître entre eux une cer- 
taine anologic. Aristote Tarait si bien compris qu'il donna 
le nom de memlrues et au flux rataménial de la femme et à 
l'écoulement périodique qui suinte par la vulve des mam* 
mileres en chaleur. Chez ces derniers, une corrélation éii« 
dente exi^^le entre ce phénomèile et la maturité des folli- 
cules de de Graaf, puisque cet écoulentent ne se montre 
qu'à l'époque où la fécondation peut avoir lieu. 

En est-il de même pour la femme? Y a-t-il, entre les 
phénomènes extérieurs et intérieurs quelque point de con- 
tact ? Les uns sont-ils cause et les autres eiïet, ou sont-ils 
simplement concomitants? D'après les travaux récents des 
physiologistes dont je parlerai tout à Theuro, la menstrua- 
tion et le détachement de l'œuf des follicules de de Grauf 
soraient unis par un lien certain et entreiu bien longtemps 
a>»nt notre époque; Bnudelocquc , en effet, disait que 

(I; L Eriièrience, t. Il, p. li. 



SIGNIFICATION DE LA MENSTRUATION. 105 

la menstruation n'était qu'un avortcipent périodique; 
liecot la considérait comme une espèce de phlogose amou- 
reuse, et Ernett comme une véritable érection des parties 
génitales; bien plus, Dugès et madame Boivin, se fondant 
sur ce que des femmes portant un utérus sans ovairo 
n'avaient jamais été réglées, ou que la menstruation avait 
cessé avec l'extirpation de ces organes, disent textuellement 
dans leur Traité des maladies de V utérus i < C'est & l'in- 
> fluence sympathique de l'ovaire sur la matrice, comme 
«sur tout l'organisme, que sont dus ce molimen et cette 
» exhalation locale du sang dans la cavité utérine. » En 1835, 
Schweigliœuser annonçait que la menstruation devait être 
considérée comme la maturation périodique de la substance 
destinée à produire le fruit; quelques années plus tard, en 
18/i7, M. Pouchet, qui revendique pour lui l'honneur de 
la découverte, assurait, dans un écrit remarquable (1), que 
dès 1835 il rendait publique sa théorie de l'ovulation 
spontanée, dans ses cours faits au Muséum d'histoire natu* 
relie de Rouen. M. Cosle professa dès l'année suivante la 
doctrine nouvelle; mais des faits positifs manquaient encore; 
M. Gendrin les fournit le premier {^) : se fondant sur trois 
observations de femmes mortes pendant la période mens- 
truelle, ce praticien fut conduit à considérer l'hémorrhagic 
menstruelle comme étant liée à une fonction spéciale des 
ovaires, qui consiste dans la rupture d'une vésicule et dans 
l'expulsion d'un ovule. De son côté, M. Négrier, d'Angers, 
publia, en 18&0, quinze observations directes qui laissent 
supposer que, depuis longtemps déjà, il étoit en possession 
du fait de concordance de l'évolution et de la rupture d'une 

;l ; Théorie positive de Vovulation spontanée et de la fécondation^ 
(S) Traité d§ médecine pMloeophique, t. IL 



40G DinitB DE LA PONCTION GtlfÈMniGt. 

vésicule de de Graafavec la menstraation. A partir de cette 
époque, les travaui se multiplient, et ceui de Jones (I), 
de Paterson (2), de Lee (A), de Montgomery (&), et les 
ouvrages de Courty (5), de Pouchet(6), de Coste (7), Bis- 
choiï (8), Coiistancio (9) , Raciborski (10), etc., com- 
plètent la découverte, et lui donnent une apparence de 
certitude qu'elle n'avait pas eue jusqu'alors. 

J'ai étudié, dans l'article consacré à l'ovologie, les phé- 
nomènes qui s'accomplissent dans la vésicule de de Graaf 
au moment de la sortie de Tœuf. Je n'y reviendrai pas ici. 
Je dirai seulement que, eu égard à ce qui se passe chei les 
mammifères soumis à l'observation directe, on peut sup- 
poser que les vésicules de de Graaf s'ouvrent tout à fait h la 
fin de la période menstruelle; aussi M. Pourhet se croit-il 
en droit de pouvoir déterminer l'époque à laquelle l'œuf est 
fécondé. Qu'on me permette de citer le passage de son livre 
relatif à ce point très important pour nous: « lia vésicule de 
de Graaf (car il n'y en a presque constamment qu'une), qui 

(4) Practieal obiervaîions on diteaseê ofuHm^en, Ixmôon, 4839. 
(t) Edinb. med, and $urg. joum., 4 840. 

(3) Med. cMr. tram., i. XXII, p. 329. 

(4) On ihe êigm of pregnancy, p. Ï6. 

(5) De rœuf et de son développement dans l'espèce hunuùne, Monl- 
pellier. 4 845. 

(6) Théorie positive de Vovulation spontanée et de la fécoiuiation, 
Paris, 4847. 

(7) Histoire générale et particulière du développement des corps orga» 
nisés. Paris, 4 8«8. 

(8) Traité du développement de l'homme et des mammifères. Paris, 
I 43, in-H el allas; el Mémoire présenté à l'Institut, août 4 843. 

(9) De la mmstruation et de ses rapports avec l* imprégnation. 
Bruiellea, 4 844. 

{\0) De la puberté et de fûge erUéqmtkez la femme. Paria, 4844. 



SramPiCATION DE LA MBHSTRUATIOIV. ll)9 

doit éflnettre Tovule, se développe pendant le coars de 
répoque menstruelle. Puis, soit immédiatement après la 
cessation du Oui cataméniai, soit seulement lorsqu'il s'est 
écoulé un, deui, trois ou quatre jours après sa terminaison, 
eette vésicule s'ouvre et laisse échapper Tovule qu'elle 
contenait. 

i> L'œuf est alors saisi par le pavillon, et il entre dans la 
trompe, qu'il parcourt avec lenteur. Je pense qu'il met 
ordinairement de deux à six jours à la franchir et è se rendre 
de l'ovaire dans l'utérus. 

x> Arrivé dans la matrice, il s'y trouve encore retenu de 
deux è six jours par la decidua exsudée è la surface de la 
muqueuse, vers le déclin de l'irritation qui suit l'époque 
menstruelle. 

»8i l'œuf n'est point alors imprégné de sperme, il ne se 
Gxe pas à l'utérus, et se trouve enlevé avec la dtcidua\ 
celle-ci tombe ordinairement du dixième au douzième jour, 
à compter de la cessation des menstrues. 

» L'expérience ayant prouvé que, chez les mammifères, 
le fluide séminal versé è l'intérieur des organes génitaux 
des femelles y conservait plus de trente heures sa vertu 
|iroliiique, il est probable qu'il en est de même sur notre 
espèce. Aussi un rapprochement opéré un et peut-être deux 
jours a\ant le passage de l'œuf dans l'endroit où il subît 
l'imprégnation peut-il devenir fécond. 

» Mais tout rapprochement sexuel opéré après la chute 
simultanée de la deddua et de l'œuf, et durant tout le 
temps qui sépare cette chute de l'invasion de la période 
mensiruelle, est absolument infécond. 

« Or, comme nous avons reconnu que la deddua tombait 
constamment du dixième au douzième jour de l'intermens- 
truatiou, il résulte conséquemmeot de ce fait que la coneep- 



108 DURftI DB LA FONCTION GtNtRATRICE. 

tioD ne peut 8*opérer qae do premier au douzième jour qui 
luiveot les règles, et que jamais elle D*a lieu après celte 
époque (i). » 

Courly, de son- côté, sans être aussi aflirmatif que 
M. Pourhety s'eiprime ainsi : « Nous sommes porté à con- 
clure que, en général, chez la femme, la conception ne 
peut aroir lieu que pendant les huit à dix premiers jours 
qui suivent les règles (2). » 

Celte théorie est très séduisante, il en faut convenir^ et 
simplifie singulièrement le didicile problème de la féconda- 
tion; mais malheureusement elle est en désaccord avec 
Tobservation journalière, qui montre la possibilité de la 
conception chez la femme à toutes les époques de la période 
inlermenstruellc, et quelquefois Tinutilité du coit au\ épo- 
ques filées par MM. Pouchet et Courty comme les seules 
propres è la fécondation. 

M. Coste a cherché à aplanir ces difKrultés, cl, pour 
répondre à la dernière objection, il assure que le travail de 
Tovaire peut être incomplet malgré la régularité des règles, 
et que la vésicule, parvenue à un certain degré de dévelop- 
pement, peut rester quelque temps stationnaire, puis avor« 
ter sans se rompre. 

Quant à la corrélation de la menstruation et de la chute 
naturelle de Tœuf, M. Coste reconnaît qu'elle n'est pas 
constante, et qu'il est des circonstances capables de hAter ou 
de retarder le travail de Tovaire. Il distingue, pour la ma- 
turation et la chute de l'œuf, des époques naturelles et des 
époques artificielles, c'est-à-dire provoquées par des cir- 

(I) Théorie ptmlive de l'ovulation Mpontamr et de la (ècondaiion, 
p. 271-270. 
(S) De Comf ei de 9on développement dan$ Veepèce humahê^ p. 84 . 



PBÉllOllftNBS ACCOMPAGNANT LA VBNBIHOATION. 109 

coDfttances extérieares. Au nombre de celles-ci, on doit 
citer les conditions d'abri et de températare, l'abondance et 
la qualité des aliments, la cohabitation des rofties et des 
femelles; ainsi, prenant Tcxemple d'une lapine dont le rat 
se renouvelle tous les deux mois, quand elle est isolée, et 
qni se laisse de nouveau couvrir peu après la cessation du 
rut, quand elle est avec le mâle, M. Coste se demande si, 
en considérant que l'espèce humaine disposée son gré de 
toutes ces conditions h Tégard d'elle-même et jouit du pri- 
vilège d'une aptitude permanente au rapprochement des 
sexes, on ne pourrait pas conclure qu'elle aussi est soumise 
à ces influences, et admettre que les phénomènes de la ma- 
turation et de la chute de l'œuf chez la femme ne sont pas 
toujours spontanés ni invariablement fixés par la période 
menstruelle. 

Quoi qu'il en soit, dans l'état actuel de nos connaissances 
il serait injuste de repousser la théorie de l'ovulation spon* 
tanée, ainsi que l'a fait le docteur W.-B. Kesteven (1), 
qui refuse de la ranger parmi les théories indnctives légiti- 
mes, et ne la regarde que comme un ingénieux arrangement 
de l'esprit, et d'admettce comme causes de la menstruation 
les explications données par Haller et Burdach. 



% III. — ¥hé M Ê mm èmem accm^pacmaiit la 

La menstruation s'accompagne de phénomènes locaux et 
généraux qu'il est important de connaître. 

Parmi les phénomènes locaux, le premier fait caractérisa 
tique de l'invasion des règles est la manifestation d'une 
odetir spéciale que contracte le mucus excrété par les organes 
génitaux, et qui est comparable à celle que répandent les 

(1} Archites générahs de médecine , 4850. 



410 DOlàl M LA VONCTION OÉNÉMATUGB. 

émaiiatioDS des parties géuitaies des fomelles à l'époque du 
rut. Quelquefois ce phénomène est précédé ou accoai|>agné 
par des coliques, des niau\ de reins, et un sentimeut de 
pesanteur dans le bassin. Le museau de tanche se tuméUe, 
se ramollit légèrement, et Tutérus semble s'abaisser. M. fti- 
paull, de Dijon, en niant ces deux derniers caractères, dit 
que la seule exallation des forces vitales dont l'œil puisse 
invariablement s'assurer, consiste dans la saillie d'une veine 
bleu&lre, quelquefois de deux, aiïerlant une direction irré- 
gulièrement transverse, et formant un relief sur la lèvre 
antérieure du col. 

Bientôt le mucus utéro-vaginal change de couleur : de 
blanc qu'il est d'ordinaire, il devient brunâtre, et cette colo» 
ration, tantôt précède Técoulcment sanguin d'une manière 
immédiate, et tantôt disparait pendant un jour, après lequel 
du sang presque pur s'échappe parla \ulve. 

C'est lu seconde période qui commence. 

Cette période n'a pas iinr durée é^ale chez toutes les 
femmes. D'après les calculs de la statistique, cette durée, 
fixée sur 562 femmes, a été, dans l'ordre de fréquence, 
huit, trois, quatre, deux, cinq, six, dix, sept jours. Maison 
peut dire d'une manière générale que l'écoulemont mens- 
truel se prolonge plus longtemps ch<'z les femmes des villes 
que chet les femmes de la campagne ; chez les femmes 
petites, délicates, nerveuses, que chez celles qui sont grandes, 
fortes, sanguines ; chez les personnes qui mènent une ^ie 
sédentaire, molle, voluptueuse, que chez celles <|ui se li\rent 
a des occupations actives et dont les habitudes et les mœurs 
sont régulières. 

D'après ces considérations, on comprend combien doit 
être variable lu quantité de sang perdue, comparée d'une 
femme à une autre ; cette quantité n'est même pas égale 



PHtROlfAlW AiCCOMPAGlIAlfT LA MSNSTBOATION . 1(1 

chez la même femme à chaque menstruation, et il est du 
reste presque impossible de Tapprécier expérimentalemeoi 
d'une manière exacte ; cependant on estime que Dehaeo 
s'est le plus rapproché de la vérité en Gzant cette quantité 
en chiiïre de 90 à 150 grammes. 

Après une durée plus ou moins longue de cette seconde 
période, la quantité de sang excrété devient de moins eo 
moins abondante, sa couleur passe du rouge au brun, et, 
peu a peu, le mucus utéro-vaginal pâlit d'abord, s'épaissit 
et recouvre ses qualités premières. 

Quand l'écoulement menstruel a cessé, des plaques épi- 
théliales nombreuses, d*abord presque intactes, mais bientdt 
réduites en fragments plus ou moins ténus, se détachent de 
la face interne de l'utérus et surtout du vagin. En ce mo- 
ment, c'est-à-dire le dixième jour environ après la cessation 
des règles, tomberait constamment, d'après M. Pojchet, 
un flocon albumineux, élastique, d'une teinte opaline, produit 
par la surface de l'utérus, et qui serait une véritable decidua 
se formant normalement dans la matrice après chaque pé- 
riode menstruelle , se détachant normalement aussi pendant 
chaque intervalle des règles, lorsqu'il n'y a pas eu fécondation- 

Parmi les symptômes généraux qui accompagnent d ordi- 
naire l'écoulement des règles, il faut noter, avec les coliques 
et les douleurs des reins, une lassitude dans les jambes et la 
tuméfaction des mamelles ; pendant la durée de l'évacua- 
tion sanguine, l'intensité des battements du pouls diminue, 
les yeux se creusent et s'entourent d'un cercle livide, et 
quelquefois l'haleine devient fétide. Enfin si l'hémorrhagie 
se fait avec difBculté, surtout la première fois, apparaissent, 
ainsi que le remarque M. Longet, de véritables symptômes 
morbides. 

La menstruation se reproduit périodiquement chez la 



113 HUBAR tiS LA FO\CTlaN «(tN^lBATRICR, 

femme tous les mois. M. Brîerre île lloismont iiNsure que 

l'intervalle d'une ptîrioile ii l'aulre est de 30 jours, il'après 

Sirhweigs, il serait seulement de 27 5 28 jours ; très souvent 

les rtf^les nnlici|iont sur l'époque suitanle, rarement elles 

rclardenl. 

\,a menstruation se suspend d'ordinaire pendunl la gros- 
sesse et l'iillailemcnl; je dis d'ordinaire, parce qu'il n'est 
pas très rare de rencontrer des femmes ré;j;Iées pendont ces 
deux périodes de leur vie; mais dans te premier cas, les 
menstrues se montrent plutât pendant les trois ou quatre 
premiers mois que pendant tout le reste de lu grossesse. 
Chez un grand nombre de nourrices, la menstruulion repo- 
rott sî\ ou Iiuît mors après l'accouchement, tandis que cbei 
d'autres, elle se montre aussi liAtivemenI que cliez les femmes 
qui ne nourrissent pas ; celles-ci reviennent ordinairement 
k h menstruotion si\ semaines ou deux mois après l'accou- 
chement . 

La nature du liquide ctcrélé n'est ni vénéneuse, ni félidc ; 
la fétiililé des menstrues doit <ïlre rapportée à la malpro- 
preté, h ]<i clialeurou b un long séjour dans les organes. Son 
pou de disposition a rc coaguler et à se séparer par le repos 
en caillot et en sérum, at ait fait supposer qu'il était dépourvu 
de Bbri ne. Cette opinion, que Lavagnaavoil surtout partagée, 
est démentie par les analyses plus récentes de M. Denis et 
de M. Itoucbardat, et par l'ctamen microscopique. 

D'après llitllcr, l'écoulement cataménial serait produit 
par les artères de la mutricc; d'après M. Coste, le sang 
s'échapporiiit des vaisseaux superficiels de la muqueuse uté- 
rine par de petites gerçures microscopiques. 

La cessation définitive des règles ou ménopause n'arrire 
pas h une époque fixe et égale pour toutes les femmes. Sur 
4R1 femmes dont l'Age critique a été noté par M. Krierre 



j 



DURÉE DE LA FO:<CTION GÉNÉRATRICE. 113 

de Boismont, 11/i ont cessé d'être rt^glces de quarante h 
cinquante ans; 21, de cinquante et un à citiqnante-cinqans; 
5, de cinquante-cinq h soixante ans. Les AI femmes restantes 
ont vu tarir leurs menstrues avant quarante ans : chez 25^ 
la cessation a eu lieu de trente-cinq h quarante ans ; chez 1 0, 
de trente à trente-cinq; et chez 7, de vingt et un à trente 
ans. Les relevés statistiques faits h Lyon par M. Pétrequin, 
et à la Salpètrière par M. Raciborski, concordent avec ceui 
que je viens de citer, et Ton peut dire, en règle générale, 
que l'âge critique apparaît de quarante à cinquante ans. 

La cessation des règles coïncide avec des phénomènes 
ovariques inverses de cou.\ qui accompagnent rétablissement 
des menstrues. La diminution et Tutrophic des ovaires font 
plisser leur enveloppe extérieure, et les rides profondes qui 
en résultent leur donnent un aspect singulier que M. Raci- 
borski com|)are à celui du noyau de pèche. Les vésicules 
de de Graaf sont grisâtres ou d'un blanc opaque à parois 
froncées. Le liquide qu'elles renferment a disparu, quelque- 
fois même leurs cavités sont effacées, et leurs parois épais- 
sies forment une espèce de tubercule oiïrant à peine, h son 
centre, trace de l'ancienne cavité. Quelquefois plus rien n'est 
reconnaissable, et l'ovaire fortement réduit est transformé 
en substance cellulo-fibreuse. 

L'utérus et les glandes mammaires, dont nous avons vu 
le développement s'accomplir lors de rétablissement des 
règles, s'atrophient aussi dans de certaines limites, et suivent 
le dépérissement des ovaires. 

Des phénomènes généraux divers, et d'une durée va- 
riable, accompagnent ou suivent d'ordinaire la ménopause. 
Iftl femmes interrogées par M. Brierre de Boismont ont 
présenté les résultats suivants : dans ftO cas, les règles se sont 
supprimées tout à coup d'un mois a l'autre, sans que rien 

8 



11 & DOIÉS DB LA FONCTION GÉNÉIATIICB. 

d'avance Tait pQ faire prévoir ; 26 fois cette termioaisK)!! 
brusque s'est opérée après les couches, le sevrage, des 
émotions, des chutes, des coups, etc. Les retards, notés 
30 fois, ont varié entre une semaine et une année ; les irré- 
gularités constituent le phénomène le plus fréquent, il s*esi 
montré 60 fois ; les unes ont leurs menstrues toutes les trois 
semaines, deui fois et même trois fois pur mois; chez d*au- 
tres, les règles diminuent graduellement de quantité; enfin, 
chez les troisièmes, la cessation n*a lieu qu'après des alter- 
natives de diminution et de retours réguliers. 

L'accident le plus fréquemment noté est la métrorrhagie, 
il Ta été 57 fois par M. Brierre de Boismont. Chez quelques 
femmes, aui règles succèdent, pendant un temps plus ou 
moins long, des écoulements blancs continus, ou qui oiïreut 
des alternatives de flux et de suppression. 

Cependant les accidents qui peuvent accompagner la 
ménopause n'ont pas la gravité (|ue leur prêtent quelques 
personnes, car les importantes statistiques de MM. Laohaise, 
Muret de Vaud, Benoiston de Chàtcauneuf et Deparcieuz, 
n'accusent pas une augmentation de mortalité parmi les 
femmes pendant la période de quarante à cinquante ans. 

Il arrive quelquefois qu'à l'époque ordinaire de Tàge 

ritique, les règles se suspendent pour reparaître après un 

temps plus ou moins long. Dans ce cas, la fécondité revient 

avec la menstruation, et llallera vu des femmes desoitante- 

dii ans qui avaient encore des enfants. 

Mais si la menstruation ne s'est jamais montrée, ou tout 
au moins si les phénomènes qui accompagnent cette fonction 
ont toujours été absents, on peut assurer que la stérilité de 
la femme est une conséquence fatale de cet état. On a cité, 
je le sais, des exemples dans lesquels la femme a été fécon- 
dée sans qu'elle eût été jamais réglée, ou pendant que ses 



BAPM1T8 M LA FONCTION 6ÉNÉIIAT1ICI, ITG. 115 

règles étaient suspendues. Je conteste formellement le fait, 
et je suis convaincu que, chez ces femmes, la menstruation 
n'apparaissait pas par suite d'un état particulier des ovaires 
ou de l'utérus, mais qu'à chaque mois, à l'époque correspon- 
dante au travail des vésicules de deGraaf^des phénomènes 
spéciaux se devaient faire sentir, soit du côté des organes 
génitaux, soit dans les glandes mammaires, soit dans l'orga- 
nisme tout entier. 

Les détails dans lesquels je suis entré dans ce chapitre 
trouvent leur excuse dans cet axiome si important pour nous: 
Sans metuirtuUianf point de fécondation de la femme. 



CHAPITRE IV. 

RAPRORTS ni LA PONCTION GÉNÉRATRICE AVEC LES AUTRB8 

FONCTIONS DE l'oRGANISKB. 

L'homme n'est appelé à reproduire son semblable qae 
lorsque toutes les fonctions de l'organisme s'exécutent avec 
une énergie suffisante ; la fonction génératrice est la der- 
nière à entrer en exercice et la première à disparaître de 
la scène de la vie, parce que la nature a voulu que le pro- 
duit de cette fonction portât l'empreinte de la vitalité la plus 
forte, et que la grande et sublime mission de la perpétua- 
tion de l'espèce s'accomplit au milieu des conditions les 
plus favorables de toutes sortes. 

Avant la mise en jeu des organes génitaux, l'homme, 
pour ne parler ici que de lui, n'a qu'une vie individuelle, ne 
participe au monde e^érieur que pour la satisfaction de ses 
personnels, et, par cet égoisme d'un instant, i| 



116 lAPFORTS DB LA FONCTION GÈNtlIATIICB 

s'ouvre la voie de reiistence dont le bot unique, aux yeui 
de la nature, est la production d'un être nouveau et sem-* 
blabic à lui. Avant la puberté, riiomme, si je puis ainsi dire, 
n'est pas une réalité, ce n*est qu'une espérance ; il n'est 
rien dans le passé, il est peu dans le présent, il est tout 
dans l'avenir. Confondus sous la dénomination commune 
d'enfants, les deux sexes se ressemblent au physique et au 
moral ; mais a mesure qu'ils avancent vers l'époque oà cha- 
cun d'eux aura à remplir une fonction spéciale, les formes 
extérieures se modifient, la \ie végétative semble ne plus 
obéir au même courant, et des tendances difTérentes dirigent 
leurs jeunes esprits; ces divergences se prononcent de plus 
en plus tous les jours, et lorsque la fonction génératrice 
apparaît, ces dissemblances se montrent plus prononcées et 
plus caractéristiques : chez la jeune fille, la menstruation 
prend un type plus fixe; les seins se développent, leurs ma- 
melons deviennent plus larges et plus gros; l'auréole, qui 
était rosée chez les blondes et jaunâtre chez les brunes, 
devient, dans le premier cas, d'un rouge sale, et dans le 
lecond, d'un brun plus foncé ; le mont de Vénus acquiert 
plus d'élévation et de largeur; les poils qui le garnissent 
deviennent plus roides, plus frisés et plus foncés en couleur; 
chez l'homme, les formes perdent leurs contours et devien- 
nent ar\guleuses; la barbe croit à la figure, et des poils se 
montrent à la poitrine, aui aisselles et sur les membres ; la 
voix devient grave, la marche plus assurée, et la raison 
tempère la fougue de l'imagination. 

Et la preuve que tous ces changements sont dus a l'éveil 
de la fonction génératrice, c'est que, chez les castrats, le 
système adipeux l'emporte sur le s}stème musculaire, et 
conserve aux formes extérieures ces contours moelleux qui 
sont l'apanage de la f^^mme ; leur figure ne se garnit pas de 



AVEC LES ADTBES FONCTIONS DE l'oRGAKISHE. 117 

Wbe, et les poils manquent aussi ou sont rares et mal 
plantés aux autres parties du corps ; chez la femme stérile, 
au contraire, par atrophie ou absence congénitale des 
ovaires, des poils naissent sur la lèvre supérieure et au 
menton, et ses habitudes extérieures ont tellement perdu 
le cachet du sexe féminin, qu'elles lui ont valu chez les 
anciens le nom de virago^ et chez nous celui d'hommasse. 

Des changements analogues, mais en sens contraire, ont 
également lieu lorsque la fonction génératrice est éteinte. 
Chez les deux sexes, les formes gracieuses qui les distin- 
guaient s'effacent peu à peu sous des rides nombreuses; les 
cheveux et les poils accusent l'afTaiblissement des forces vi- 
tales par leur chute ou leur changement de couleur; les 
fonctions digestives, plus languissantes, ralentissent la cir- 
culation etdiminuent par conséquent la caloricité (1) ; Tintel- 
ligence s'affaiblit à son tour, et quand la décrépitude est 
assez avancée et quand sont éteints tous les signes distinctifs 
de l'un et l'autre sexe, Thomme et la femme tombent en 
enfance^ selon l'heureuse expression populaire, c'est-à-dire 
dans cet état amorphe où les deux sexes se confondent dans 
un mutuel oubli de leurs attributs. 

Malgré ce tableau ébauché à grands traits, on doit com- 
prendre le rôle important que joue la fonction génératrice 
dans l'histoire de l'homme : une fonction qui tient ainsi sous 
sa dépendance l'accroissement et le dépérissement de Por- 
ganisme, doit avoir avec toutes les autres fonctions des 
rapports intimes qui établissent entre elles des influences 
réciproques. 

Ce sont ces rapports que je me propose d'examinp.r dans 
ce chapitre. 

(4) Voyez Réveillé Parise, Traité de la vieillesse hygiénique, moral 
H philMopkiqtêe. Paris, 4853, p. Ô2. 



H s BAPraiTS DB LA FOlfCTtOll OtlftlATIICB 

Je les étudierai d*abord ao point de voe des fonctions de 
la vie organique, comme aurait dit Bichat, ou de la vie plas- 
tique, comme dit Burdach ; et je terminerai par l'examen 
des relations de la fonction génératrice avec les fonctions 
de la vie animale. 

A. Rapporté avec la vie orgamquê, 

1* Nutrition. — « La nutrition et la génération, dit Bur- 
dach, sont des directions opposées de la vie. Cependant il 
} a sympathie entre elles. Une nutrition abondante et une 
bonne digestion sont des circonstances favorables à la pro- 
création, car la formation de l'individualité est la condition 
nécessaire de toute formation dirigée dans les intérêts de 
l'espèce. Le défaut de nutrition commence par suspendre la 
sécrétion du sperme et éteindre les désirs; puis les testicules 
commencent par se flétrir. La fécondité dépend aussi de la 
nutrition, C4ir elle est plus grande quand la nourriture abonde 
ou choz les nniroaux qui trouvent facilement à se nourrir, 
ceu\ par exemple qui habitent la mer (1). » 

Il ne faut pas ici confondre lu nutrition avec un résultat 
quelquefois exa'^éré de cette fonction, le développement 
tro|) considérable du tissu graisseux, car leur influence sur 
la fonction génératrice est complètement opposée. 

Cette réserve admise, doit-on accepter comme expression 
de la \érité les paroles de Burdach? Je ne le pense pas. 
Sans chercher mes exemples dans les hautes classes de la 
société, où le luxe, la paresse et mille autres causes d'inner- 
vation, peuvent masquer l'action de la nutrition, je citerai 
la fécondité proverbiale des paysans et du peuple, qui ont 
une nourriture souvent insuflisante et toujours malsaine. 

( I ) Traité de phytiologte, irad. par Joordan. Paris, ia97, t. ▼, p. Il . 



ATBC LIS AUTEES FONCTIONS DE l'oIGANISM. 119 

Lirlande, les contrées les plus pauvres de rAllemagne et 
de la Russie, fournissent toutes les années, sans s'amoindrir 
et s'éteindre, des contingents considérables à Témigration. 

Cette influence d'une nutrition trop abondante sur la 
fonction reproductrice n'est pas spéciale à l'espèce humaine ; 
elle se retrouve dans l'histoire de tous les êtres organisés, 
et l'industrie l'a su mettre h profit pour multiplier outre 
mesure certaines espèces dont elle tire parti : « Les étangs 
de la Sologne, dit le docteur Mayer, sont si favorables h la 
croissance des carpes, que la rapidité du développement de 
leur taille — luxe — les rend tout à fait infécondes, et qu'ils 
sont obligés, eui propriétaires, pour conserver de la graine 
de leur poisson, d'avoir des carpières de misère^ où ils tien- 
nent les carpes exclusivement destinées à la reproduction. 
Ces carpières, spéciales à la reproduction, sont d'étroites 
pièces d'eau où les carpes femelles sont entassées par my- 
riades, sont les unes sur les autres, meurent de faim, en un 
mot. Ne pouvant profiter, ces carpes pondent ; et ces pon- 
deuses fécondes ont été baptisées en Sologne du nom signi- 
ficatif de petnarcb(l). » 

Cependant, que l'on n'eiagère pas ma pensée : je suis 
loin de prétendre que des privations prolongées, que des 
carpières de misère^ pour me servir de l'expression des 
habitants de la Sologne, sont des conditions heureuses, 
sinon les plus favorables à la reproduction ; non, telle n'est 
pas ma manière de voir ; mais je suis convaincu qu'une 
nourriture frugale, grossière même, mais snflisante, est infi- 
niment préférable pour le but à atteindre, que ces raffine- 
ments culinaires inventés par les palais blasés^ et que ces 
excès de table dont toute civilisation avancée donne le 

(I) lh$ ropports conjugaux. Paris, 4 854 , p. 95. 



120 aAPFOITl» DB LA FONCTION GkNÉRAniCK 

triste spectacle. On a depuis longtemps fait la remarque 
que Rome eût péri avant la fin de la République, si les 
étrangers n'eussent continuellement comblé les \ides que 
son intempérance creusait sans cesse. Mais il ne suRit pas, 
pour que la faculté procréatrice atteigne sa plus haute énergie, 
que la nourriture réunisse les conditions que je viens d'énu- 
mérer, il faut encore que les fonctions digcstives s'accom- 
plissent dans leur intégrité. Je dirai ailleurs, alors que j'ex- 
poserai les causes de Timpuissance, combien les aflections 
de l'estomac et des intestins influent sur l'acte de la copula- 
tion, et je raconterai l'histoire d'un garçon de café, soumis 
à mon observation, qui, sous l'empire d'un état morbide de 
l'estomac, était incapable d'entrer en érection, et qui, cet étal 
s'améliorant, ne pouvait exercer le coit que dans des positions 
où l'épigastre était soustrait à toute espèce de pression. 

De son cdlé, la génération influe aussi sur la nutrition. 
L'exercice de cette fonction, quand il est modéré et en rap- 
port avec les forces de l'individu, aiguise Tappétit et favo- 
rise la nutrition ; quand au contraire il franchit les bornes 
tracées par l'âge et la constitution, les fonctions digcstives 
s'aflaiblissent, l'estomac languissant ne s'assimile plus les 
portions alibilesdes aliments, et l'émaciation générale est la 
conséquence fatale de cette perversion de la nutrition. Qui ne 
connaît les suites funestes des excès de l'onanisme ou du coït? 

La suppression de la faculté génitale, à son tour, retentit 
profondément sur la nutrition : elle la favorise, l'exaspère 
même ; les castrats sont ordinairement charges d'embon- 
point, et les hommes qui deviennent inhabiles à la procréa- 
tion, à la suite d'une vie licencieuse, ne tardent pas à en- 
graisser. On dirait que la force vitale, ne pouvant plus 
s'échapper par irémondoire dont le siège est dans les or- 
ganes génitaux, se réfugie tout entière dans les facultés 



AVBC LU AUTBES FONCTIONS DE l'oBGANISME. 131 

nutritif es, et qu'alors elle emploie à produire toute Ténergie 
qu'elle mettait à dépenser. 

2"* Circulation; respiration. La respiration, selon 
l'heureuse expression de Burdach, élant une tendance du 
sang a se porter au dehors pour entrer en conflit avec Tat* 
mosphère, nous réunissons dans le même paragraphe les 
fonctions du cœur et celles du poumon. 

L'uneet l'autre ont des rapports directsavec la génération. 

La première, par le calorique qu'elle développe, accom- 
pagne et favorise les actes génitaux, et tout le monde sait 
que la chaleur animale augmente à l'époque de la puberté. 
Bien plus, la vie du sang est exaltée par la faculté procréa- 
trice. D'après les expériences de MM* Barruel (l),Wede- 
kind(2) et Raspail (3), l'odeur qu'exhale la vapeur de ce 
liquide est plus forte chez l'homme que chez la femme et 
l'enfant, et présente un caractère particulier que l'on ne 
rencontre pas chez les castrats, les vieillards et les individus 
inhabiles à la fécondation ; elle pénètre la chair des animaux, 
. et nul n'ignore combien elle est caractéristique dans la chair 
du bouc, du taureau, et en général de tous les animaux qui 
n'ont pas été coupés. Quelques-uns ont prétendu que cette 
odeur sut generis était due à l'absorption de la semence ; 
mais Burdach,sans repousser entièrement cette explication , 
attribue au phénomène une autre cause et ajoute : « Ce qui 
prouve, au contraire, que la fonction procréatrice perfec- 

(I ] Mémoire sur r existence d'un principe propre à caractériser le 
sang de l'homme et celui des diverses eepèces d'animaux, inséré dans les 
Annales d hygiène, t. I, p. 267 ; t. II, p. 217. 

(2) Moyen de distinguer le sang humain du sang des animaux ^ 
{Annales ^hygiène, U XI, p. 205.) 

(3) Nouveau système de chimie organique, Paris 4 838, t. III, 
p. 209 et soiv. 



m BArrOKTC M LA PONCTION aMtMATMCI 

tioDne la formation da sang en général, c'eat que Tinter- 
raption de la menstruation, sa non-apparition, le défaut de 
satisfaction de l'instinct génital et fonanisme amènent la 
chlorose, état dans lequel le sang a une teinte pAle et sale, 
le caillot est friable, la Bbrine ressemble à Talbumine, et 
les sels existent en moins grande quantité, de même que 
probablement aussi le fer. Lorsque l'activité des organes 
génitaux s'éveille et suit une marche régulière, notamment 
sous Tinfluence du mariage, le sang acquiert sa constitution 
normale (I). » 

De même que Teiercice modéré de la génération exerce 
une heureuse influence sur l'organisme, en éliminant le 
snperflu de la substance, et que les excès de coït et les abus 
de l'onanisme amènent des pal|»itations et la syncope ; de 
même tout épuisement, tout état valétudinaire fait cesser 
l'instinct sexuel, à moins que celui-ci ne soit stimulé par une 
irritation maladive ou contre nature. 

Les rapports réciproques de la génération et de la respi- 
ration, tant au point de vue physiologique que patholo- 
gique, sont si connus, qu'il me parait è peine nécessaire 
de les énoncer. L'éveil de l'instinct génital est annoncé chei 
l'adulte par les changements qui se produisent dans le 
timbre de la voix ; la respiration est haletante et précipitée 
sous l'empire de cet instinct, et les |>oumons exécutent des 
mouvements désordonnés pendant l'acte du coït. Les excès 
des plaisirs de l'amour, les grossesses trop souvent répétées^ 
et un allaitement trop prolongé déterminent souvent la for- 
mation de tubercules dans les poumons, tandis que l'ona- 
nisme n'est pas moins souvent accompagné de l'asthme; la 
suppression des règles est fréquemment la cause de douleurs 

(4) Loc. cti., p. 4 6. 



AVIG LIS ADTRBS PONCTIOlfS DB L'oMAinSHB. fS8 

de poitrine etde looi ; la blennorrhagie syphilitique est qael- 
qoefois annoncée par des douleurs dans la trachée-artère et 
le larynx, et l'hémoptysie est souvent arrêtée par des appli- 
cations froides sur les organes génitaux. 

L'influence de la respiration sur la fonction génitale est 
également manifeste: les organes génitaux ne se dévelop- 
pent pas ordinairement chez les individus atteints de cyano- 
pathie, et Nasse remarque que cette affection retarde aussi 
les règles, en diminue l'abondance ou même les empêche 
de s'établir; nul n'ignore la lascivité des phthisiques, et 
tout le monde sait que la pendaison et la strangulation déter- 
minent l'érection et réjaculalion, qui ont même lieu quelques 
fois après la mort; enGn Meckel a noté qu'aux altérations 
du larynx se joignent quelquefois l'cndolorissementet l'atro- 
phie des testicules, accidents qui augmentent à mesure que 
la maladie primitive fait des progrès. 

Je ne poursuivrai pas Ténumération de ces rapports pa- 
Ihologiques, parce que j*aurai à y revenir plus longuement 
dans une autre partie de cet ouvrage; mais ceux que j'ai 
énoncés suffisent à montrer quelles étroites relations unissent 
la faculté génitale et les fonctions circulatoire et respiratoire. 

â* Excrétions. — Divers appareils d'excrétion existent 
dans l'organisme humain ; tous ont plus ou moins de rap- 
ports avec la faculté génitale; mais je n'examinerai ici que les 
principaux, qui sont : excrétion rectale, excrétion vésicale 
ou. urinaire et excrétion cutanée ; je dirai aussi quelques^ 
mots des relations génésiaques avec les parties du corps qui, 
plus que d'autres, portent en elles le caractère d'excrétions 
organisées, comme les os, les poils et les cheveux. 

Le voisinage du rectum et des organes génitan est, 
pour le praticien, d'un grand secours, non-seulement pour 
le diagnostic de certaines maladies de ces derniers organes, 



i3& BAPP0BT8 DB LA FONCTiOK GftNftBATBIGB 

mais encore au point de vue ihérupeuUquc, cor (ou(cs les 
substances introduites dans le rectum, par lavement ou sous 
toute autre forme, réagissent sur l'appareil génital ; on verra 
plus loin le parti que j'ai plus d'une fois tiréde cette indication 
anatomique. De plus, la dureté des matières fécales rete- 
nues dans le rectum est souvent In cause d'une érection fati- 
gante et même d'une espèce d'éjaculation chez les individus 
affaiblis par les excès. Le retentissement des affections de la 
matrice sur le rectum et de celles du rectum sur la matrice 
est si généralemcntconnu qu'il me paraît simplement néces- 
saire de rappeler ce point de pathologie médico-chirurgicale. 

Ces considérations peuvent également s'appliquer aui 
rapports de l'appareil génital avec l'appareil urinaire : le 
prurit du gland chez les graveleui et lescalculeui, la dimi- 
nution de l'urée chez les castrats, et l'impuissance des dia- 
bétiques, prouvent suflisamment les relations dont Je parle. 

Lorsque les désirs vénériens se font sentir, la peau de- 
vient le siège d'une transpiration plus abondante et impré- 
gnée d'une odeur spéciale. Chez les castrais, la peau est 
molle, pâle, lisse, rarement sujette aux exanthèmes et pro- 
duisant une transpiration aigrelette. 

Les os, de leur côté, dont la formation cesse lorsque 
commence la sécrétion testiculaire, répandent une odeur 
spermatique quand on les lime ou qu'on les scie. 

Les poils du pubis sont ordinairement, dans les deux sexes, 
eu égard a leur quantité, à leur couleur et h leur frisure, 
un indice de l'énergie de la faculté génitale. La barbe, qui 
ne se développe pas chez les castrats, et qui est peu fournie 
et tombe de bonne heure chez les individus qui ont subi 
l'opération à Tépoque de la puberté, est implantée avec 
force et ne disparait que fort rarement, même dans un âge 
avancé, chez les personnes qui jouissent de toute leur puis- 



AVEC LBS AUTRES FOllCTIONS DE l'oRGANISIIE. 125 

sancc virile. Tandis que les poils à la lèvre supérieure et au 
menlon sont pour l'homme un signe de virilité, ils sont 
quelquefois chez lafemme, ainsi quejc Tai déj'i dit, un signe 
de stérilité surtout quand leur présence coïncide avec la 
perte des autres attributs extérieurs du sexe Téminin. On 
prétend , mais je n'ai pu m'assurer jusqu'à quel point 
celte assertion est fondée, que l'habitude de so raser sti- 
mulait les organes génitaux. 

B. Rapports avec la vie animale. 

La génération dont on a fait un sens spécial sous le nom 
de génésiquey appartient essentiellement h la \ie animale 
ou de relation; mais tandis que les autres sens entrent en 
exercice sous Tinfluence d'une excitation extérieure, comme 
la lumière pour la vue, les odeurs pour l'odorat, etc., le 
sens génital n'exécute ses fonctions que sous l'empire d*une 
excitation interne que l'on nomme instinct, désir vénérien. 
Cependant, les excitations extérieures ne sont pas sans ac- 
tion sur l'éveil du désir, quelquefois même celui-ci, inerte ou 
paresseux , ne sort de son apathie que par la vue d'une belle 
femme ou par des attouchements licencieux; mais, je le 
répète, l'érection de la verge et celle du clitoris, et par suite 
le plaisir^ chez les deux sexes, obéit entièrement au sens 
intime, à l'Ame, è l'imagination, en un mot à la partie intel- 
lectuelle de notre être. La femme violée ou contrainte au 
coït avec un homme que son cœur repousse, est passive dans 
l'acte qu't Ile laisse accomplir sans volupté ; et cependant 
le stimulus extérieur ne lui a pas manqué: les frottements 
de la verge contre ses parties génitales ont eu lieu, et ces 
frottements qui, en d'autres circonstances, l'eussent plongée 
dans des ravissements frénétiques, la trouvent maintenant 



Iâ6 feirPOlTS DB LÀ FONCTION OtNiBiniCB 

froide et insensible, parce que Tiniliation morale loi a fait 
défaut. On a dit que les préludes du coït valaient mieui que 
le coït lui-même, et cela est vrai jusqu'à un certain point, 
parce que la perle de la semence, d'un cAté, et Varroi&' 
ment du museau de tanche par le sperme de l'autre, en 
enlrainant la raison au milieu de la tempête qu'ils soulèvent 
dans Torganisme, lui enlèvent la conscience du stimulus 
inléricur, et ne lui laissent qu'une conception troublée et 
affaiblie des sensations vénériennes. 

L'àmc, le sens intime, l'intellect, comme on voudra l'ap- 
peler, et qui comprend l'imagination, les facultés attractives 
et répulsives, a non-seulement des rapports très intimes 
avec le génésique, mais encore est indispensable à son 
eiercice. Ces rapports, auxquels je reviendrai tout à l'heure, 
ne se bornent pas à la partie immatérielle de notre âme ; ils 
existent aussi avec sa partie matérielle, si je puis ainsi dire, 
avec le cerveau, que \e» philosophes et les physiologistes 
s'accordent à lui donner pour siège. 

Par l'exaltation momentanée que révèlent les facultés 
morales sous l'empire des désirs vénériens ou du coït, on 
peut conclure que le cerveau prend une large part à la géné- 
ration, et que son exercice détermine dans cet organe une 
congestion passagère, un afflux plus considérable de sang, 
c'est ce qui arrive en eiïet assez fréquemment chez les vieil- 
lards, pour qui ces épanchemcnts sont plus à craindre, à 
cause de l'inertie de réaction de la force vitale. De plus, les 
excès de coït et l'onanisme sont presque toujours suivis de 
céphalalgie, de vertiges, d'hallucinations, quelquefois 
même de dégénérescence du cerveau, notamment de la sup- 
puration et de l'induration. La compression des testicules 
occasionne une stupeur qui peut devenir mortelle, comme 
des laits trop nombreux l'ont prouvé, et qui a été mise à 



AVIG LB8 AUTRES FONCTIONS DE L^OEGINISIIB. 1^27 

profil pour se rendre mattre des animaui les plus indomp- 
tables. Le cerveau lui-même ne réagit pas moins sur la 
fonction génératrice : on a vu la lubricité être produite par 
renfoncement des os du crâne, par l'hydrocéphale ou le 
ramollissement du cerveau, tandis que l'impuissance venait 
à la suite de plaies de la tète ou de la suppuration de l'en- 
céphale ; enfin Burdach assure que l'hydropisie chronique 
des ventricules oo^asionne l'imperfection du développement 
des organes génitaux, le peu d'abondance des règles et l'ab- 
sence de désirs vénériens (1). 

Mais de tous les points du centre encéphalique, le cerve- 
let est celui qui entretient avec la fonction génitale les rap- 
ports les plus intimes. C'est lui que Gall avait noté comme 
le siège du sens génésique; et, en eiïet, le développement 
du cervelet et des muscles de la nuque est presque toujours 
en I roportion directe avec l'énergie de la faculté procréa- 
trice, car tandis que l'on trouve la nuque large et bombée 
chez les individus qui font preuve d'une grande virilité, on 
la constate étroite et aplatie chez les hommes et les animaux 
qui ont subi la castration. 

Plusieurs fois je suis parvenu à calmer le priapisme ou à 
éteindre des érections fatigantes, au moyen d'applications 
froides a la nuque, et M. Serres a démontré, par une série 
d'observations^ qu'un épanchement du sang au cervelet 
s'annonce par une turgescence des parties génitales, qui 
est parfois accompagnée de pollutions, et qui dure même 
après la mort. La pathologie est remplie d'exemples de 
pareilles sympathies, et Burdach prétend même que les 
ulcères de la matrice font naître des douleurs à l'occiput et 
des spasmes dans la nuque (2). 

(4) Vom Bau md Ubm éB$ Géhinu, t. III, p. 76. 
(t)ioc. «il., p. 423. 



138 1A?H)BTS DB LA FONCTION GINÉBATBICB 

iiù moelle épiiiière, elle aussi, rntreliont ovec la faculté 
génitale les relations les plus intimes. Depuis Hippocra te, qui 
Ta si admirablement décrite, tout le monde connaît la con- 
somption dorsale qu'cntraincnt les excès vénériens et Tona- 
nisme. La suppression des règles détermine quelquefois dans 
cet orgone des congestions, des phlegmasics, des épanchc- 
ments de snng ; et les organes génitoux se flétrissent lorsque 
le cordon rarhidien est frappé de phthisie. Ces relations, 
qu'indiquent les notions analomiques les plus superficielles, 
sont quelquefois invoquées par la débauche et la vieillesse 
avides de luxure, qui cherchent dans la flagellation une 
énergie et dos voluptés qui les fuient. 

Les sens, qui sont sous une dépendance si complète du 
cerveau, partagent avec lui les relations qu'il nourrit avec 
la fonction génitale. 

La vue, en portont h l'éme Timage de Tnutre sexe, éveille 
et exalte le sens génésique. Les excès vénériens et l'ona- 
nisme diminuent la faculté visuelle, dilatent la pupille, ter- 
nit^sent le regard, et cernent Tœil d'un cercle bleu et pro- 
fond. Au moment du coit, la vue acquiert une telle sensibilité 
que la moindre lumière l'impressionne d'une monière 
désagréable. 

L'odorat exerce sur les organes génitaux une action que 
Ton ne peut méconnaître : l'odeur qui s'exhale de ces organes 
est [our les deux sexes un stimulus puissant, et les courti- 
sanes et les roués se servent, avecavantoge, de certains par* 
fumsque je nommerai volontiers aphrodisiaques, tels que la 
vonille, l'œillet, le girofle, etc. 

L'ouïe ogit quelquefois sur la fonction génitale d'une 
manière étrange. J'ai connu une personne dont le sens 
génésique s'éveillait au seul frôlement d'une robe de soie, 
et une autre a qui ce même frôlement produisait un effet 



AVEC LES ADTBES FONCTIONS BÈ L^ORGANISME. 129 

tOQt contraire; il est vrai de dire que chez ce dernier imli- 
vidu, la sensibilité générale étoit douloureusement aiïectée 
parla vae, le toucher ou le bruit de la soie, comme quelques 
personnes le sont par la peau veloutée de la pèche ou le 
brillant raboteux du satin. L'ouïe, après le coït, supporte 
avec peine le moindre bruit, et les excès vénériens déter- 
minent des bourdonnements d'oreille et quelquefois la 
surdité. 

Le goût n'a pas de relations directes avec la génération^ 
mais ses organes accessoires, tels que les glandes salivaires 
et parotides, la langue et les lèvres, en entretiennent de très 
intimes : tous ces organes entrent en turgescence quand 
les désirs vénériens se font sentfr ; le développement des 
glandes salivaires est en rapport avec l'énergie génitale, et 
leur sécrétion augmente pendant le coït et h l'époque des 
règles. Burdachcite l'observation d'une mélancolie produite 
par des désirs non satisfaits et guérie par la salivation. Sou- 
vent avec l'orchite, quelle que soit sa nature, apparaît Tin* 
flammotion des carotides. M. Desportes assure que l'angine 
couenneuse amène parfois un état d'orgasme des parties 
génitales, même avant la manifestation ou après la dispari^ 
tion de la faculté procréatrice (1). 

Le toucher a une telle influence sur le sens génésique, 
qu'il est, pour ainsi dire, le compagnon inséparable de la 
copulation, dont les baisers sont les préludes, le complément 
et la fin. La main de l'homme caresse avec volupté les seins 
et les formes arrondies de la femme, et ces attouchements 
envoient à l'àme dos deux conjoints des excitations plus 
vives, qui appellent la volupté et hâtent la formation d'un 
nouvel être. 

(I) Revue médicale. 4828, t. IH, p. Ui. 



130 BAPINJUT» DB LA FONCTION silltBATBICI 

Enfin, et pour ea finir arec les organes (lépenijant des 
centre* nerveui, l'appareil musciilairi! jouit de sa plus 
groiidu éner^ii; peiiiliiiit reii>tvnce île la fucuUé procréu- 
tfice : sans furrc rhei rciifnnt el aiïflitilîs chez le lieillanl, 
les muïclos sont HiisqucH et pAles chez le uisirat, i]ai, comme 
lri>to compensation, est à jumaîï eicmpt de la goutte. 

L'ftme, dont J'ai déjà parlé tout à l'heure, a toutes ses 
Taculléseii rapiiofls intimes aiec lu générnlion. L'acte pro- 
créateur trouve dans la joie cl dans luutt-s l(-<i diïposilioi» à 
l'allé^jreiiieuneeiciiation heureuse, tandis qu'il e^t eiiqucl- 
ifue sorte paruhsé pur les chagrins, les soucis, la crainte, 
la frajeur et les préoccupations trop prunoncùes de l'eRpril. 

Le [louvoir de l'imoginnlion est ici immense: c'est par 
elle i|ue naissent les désirs vcnériens , que se produit 
l'érection, et que s 'accom plissent plu>ieurs autres actes de 
l'appareil généraieur. Pulion rapporte qu'une Tomme de 
quuranle-huit an^, dont l'&gu tiilique avait passé depuis 
quatre ans, et ilunt la sensibilité était furt eialtée, fut 
prii.e, en assistant i l'accourhemciit long et pénible d'une 
de SCS sœurs, de douleurs semblables à cellts de la par- 
turilion ; que ifuelqucN heures après se déclara une faémor- 
rhagie par les parlies génitales, qui dura pendant plu~ 
sieurs jours, et que trois jours après la cessation de ret 
écoulement, les seins non-seuirmcnt se luméliùrenl, mais 
encore fournirenl une sécrétion de lail(1}. Si la puissance 
de l'imagination n'est pas en rapport direct ovvc l'énergie 
delà génération, on peut dire que la première ne peut guère 
citster sans la seconde, car on ne cunnall aucune produc- 
tion intellectuelle portaut le cachet de l'originahté qui soil 
émanée d'un eunuque. 



(<) Anhivei giairalci d§ mtdecix^, L. XVtl, p. litS, 



me Ui lUTBBi FONCTIONS Dt L^ORGAillêlIB. t&l 

La raison, cette faculté mère, si je puis ainsi m'exprimcr, 
dans laquelle viennent se confondre la mémoire, le jugement, 
la volonté, etc., entretient, elle aussi, des relations réci- 
proques avec fa faculté génitale. Les imbéciles, les crétins 
surtout, s'adonnent ardemment h Tonanisitie (1), et les excès 
vénériens ou la [pasturbation conduisent ceux qui s'y aban- 
donnent, tantôt a Timbécillité^ tantôt à la manie du suicide, 
et tantôt à la démence (2). 

Le caractère n'est pas à l'abri de l'influence de la géné- 
ration : l'impuissant et le masturbateur tombent dans une 
mélancolie profonde, deviennent timides, sont fuible< de vo- 
lonléy montrent de l'indifTérence pour tout, et nourrissent 
un amer dégoût de la vie (3); les eunu(|ues sont pusilla- 
nimes, lâches et ne savent pas mourir ; Richerand a fait la 
remarque que les amputés de la verge sont pris d'une mélan- 
colie qui les dispose éminemment aux lièvres de mau>ais 
caractère, et les conduit souvent h la mort, tandis que les 
hommes auxquels on coupe un membre supportent gaiement 
cette mutilation (&). 

Enfin, et pour en finir, le génésique développe chez les 
deux sexes le sentiment de la sociabilité, puisqu'il exig^ 
le rapprochement de deux individus. C'est également sous 
son inQuence que se perfectionnent les peuples, et que la 
civilisation marche toujours vers de nouvelles et plus bril- 
lantes destinées. 

(4) Esquirol, Maladies mentales^ t. II, p. 353 et soiv. 

(5) Esquirol, Maladies mentales, t. II, p. 219. 

(a) Deslandes, De l'Onanisme et des autres abus vénériens. Paris, 
4836, p. 4 33. 

(4) Diction, dêê KiêHCêt médicaUê, t. XL, p. 4 93. 



!3*2 cincnnsTAKCKS ym i>»xuem sir le D^veu>i'PRMKKr 



CIRCONSTANCES DIVERSES (jUI l?IFLlt>T SUR I.E DÈveLOPrEMENT 
ET l'exercice RE LA GËNËnATION. 

Ces circonstances sont de deux sortes : A , celles qui sont 
inhérentes h l'inJiviJu ; B, celles qui sont en dehors de lui. 
(l'est lions cet onlre que je vais les ciaminer. 

A. (7irci)nil(incr'l inhi'rFntex <i t'nuliridx. 

Les principflles de ces circoiislanrcs sont l'Age, la consti- 
tution, le tempérament, les passions, les hahitudes, le ré- 
(lime, les professions et les travaui. 

Age. — Lb vraie maturité procréatrice, dit Mendc(l), 
est l'élat de la vie dons lequel les fonctions génitales peuvent 
s'accomplir sans porter ntteînle à la santé de l'individu, ni 
sous le rapport physique, ni sous le point de vne moral, cl 
de telle sorte, en outre, que le raraclère de l'espèce soït 
imprimé aux produits de la monièrc îi la fois la plus pro- 
fonde et la plus complète. En un mot, c'est l'époque où 
l'individu, parvenu an point de pouvoir se conserver lui- 
mfime, devient apic h concourir au maintien de l'espèce. 

Celte époque n'est pas celle de la puberté. Une fonction, 
surtout la génération, ii'ai:(]uiert pas toute son énergie 
au moment de son apparition j îl fnul, comme l'observe 
judicieusement tturdacii, que la {luissonce existe pendant 
quelque temps sans entrer eu exercice, pour qu'elle puisse se 
développer parfaitement, ili^ployer en entier ses eiïuts, etse 
répandre sur tout l'ensemble de l'oraanisme. Choi (es ani- 



(t) Uattdbtich rUr ftriekllifhfn tfnl'rt», I, IV. p. Ilï. 



■J 



n l'bxibcics de la génkbation. 133 

maui,la nature a pris soin d'empêcher raccouplementimmé* 
diatement après l'éveil du seus génital : sans parler de la loi 
du plus fort, qui donne aux mâles seuls complètement déve- 
loppés la puissance de repousser les rivaux et de conquérir la 
femelle, je citerai Teiemple du cerf, qui, à trois ans» entre 
bien en rut, mais qui est dépourvu de la voix propre à attirer 
la femelle ; cette voix commence è se faire entendre l'année 
suivante, mais faible encore, et ce n'est qu'à cinq ans qu'elle 
acquiert toute sa force. 

A la puberté, c'est-à-dire à l'époque de l'éveil du sens 
génital, l'érection chez l'homme semble ne pas être com- 
plètement encore sous l'empire de l'ème ; elle se produit, 
qu'on me passe le mot, à tort et è travers, sans but bien 
déterminé et sous l'influence de circonstances diverses ; chex 
la femme, le plaisir ne parait pas atteindre les limites de la 
volupté, et ce n'est pas sans raison que les hommes vérita- 
blement sensuels préfèrent la femme de vingt à trente ans. 
D'un autre côté, les enfants dont les parents sont trop 
jeunes, la mère surtout, ont rarement une complexion ro- 
buste. Comme toutes les autres, la faculté procréatrice s'ac- 
croit jusqu'à un certain point par l'exercice, et l'on a re- 
marqué que les produits d'une conception trop hâtive sont 
fréquemment d'une constitution plus frêle et plus délicate, 
toutes choses égales d'ailleurs, que ceux qui correspondent 
au milieu de la vie procréatrice; on a également noté que le 
premier accouchement a ordinairement lieu avant l'expira- 
tion complète du temps de la grossesse. Enfin les glandes 
mammaires participent aussi à cette inertie de i appareil 
génital, et sécrètent beaucoup moins de lait qu'à une époque 
ultérieure de la vie utérine. 

Lorsque la puissance a suffisamment accru l'énergie de 
la fonction génitale, l'homme et la femme deviennent nu- 



13& CIRCOKSTANGM Qf'l inrLVRNT IVR Ll HtTELOPPEMENT 

biln; r'phI alors qun les or^nneM dans (oute kur forcfl 
acrompliisfiil la ^i^rii^ralion snriii|iéril pour l'individn et fiani 
(locnmiige |)Our rt3«|)èrc. La nubrlité, (ju'il faut atuir auîn 
de iji^liiiguer de In puberté, commence à >iti^t ans pour les 
femmes et û vingt i|ualre nns pour les hommes; l'usage la 
recuiR môme presrpie toujours de quelt^ue^ années, et le* 
léjcixlations uni varié i l'inlini pour la fiiiilion de l'époque 
éa mariage. I.yrur^ne vouhiit quples hommes se mnriasseni 
à trente-si'pt uns et If femmes à dii-sept ; l'Iolon prescrÎTait 
aai premieri l'A^cdclrenlL' ans, et aux autres celui de vingt; 
Solon liia le morisge des hommes i> trente-sept ans, et II 
Rome, il ne leur fut , pendant quel'jne temps, permit de 
te mnrier qu'à quarante ans. Aujourd'hui les lois sont moiru 
léièrei, mai«les mœurs et les usages fout qu'en moyenne, 
en France du moins, les hommes se marient de trente 1 
(juarante ans et les Femmes de dii-htiit h lîngl-sii. 

La fjiculté procréatrice s'éteint, chez la femnie, atec l« 
menstruation; je ne reviendrai pus ici sur ce que j'ai dit 
précédemment de celte fonction. Chei l'homme, la retraite 
de la m6me Taculié est moins liée que chez lu femme h une 
époque déterminée, et ne présente pas, comme chei l'autre 
seie. des aciideuls plus ou moins funestes. En général, i 
partir ds la cinquantième année, lu faculté {jénilale diminue, 
et cet ab»i»<'mcnt duns l'énergie de la force procr^otrire ve 
en augmenlaul ursduellement jusqu'à la soivonle-diiièmet 
où lei désirs ont mfme en général disparu. Je dirai aillenn 
loi csraiiéros que prc»euto le sperme des tieiilards, mait 
on |>eut déjà pressentir que les produits du la vieillesse sont 
cacDchymcx, délicats, et plus que tous autres tournis k Vin- 
fllience des couses morhiliqiies, 

Comlitution ; tempérament. — Bien que les metlan 
■Ml» le méiM rubrM]ue, je doi« me garder de confondra le 



J 



R È'klBIGICB DB LA GIrIrITIOII» 185 

coMtitulton et le tempérament, comme Pont fait et le Tont 
encore qaelquea auteurs. La constilution^ éminemment sous 
l'empire de la plasticité, exprime le degré de développement 
et d'activité des organes, tandis que le tempérament désigne 
la prédoroinence et l'influence d'une partie de l'organisme 
sur toutes les autres, coïncidant d'ailleurs avec un état par- 
fait de santé. 

On comprend dès lors quels sont, d'un côté, la constitu- 
tion, et de l'autre, le tempérament qui Tavorisent et secondent 
le plus heureusement l'éveil et l'exercice de la génération. 

Lafdculté procréatrice, par les lois mêmes qui président 
à sa destinée, ne doit entrer en action qu'après l'entier dé« 
veioppement de tout Torganisme, ainsi que je Tai dit eo 
parlant de la nubilité, et s*éteint lorsque ta vitalité générale 
diminue, lorsque les forces plastiques et animales com- 
mencent è perdre de leur intensité ; par conséquent, il doit 
exister nne relation intime entre la fonction génitale d'une 
part, et la constitution de l'autre, qui marque précisément 
le degré de développement et d'activité de toutes les parties 
de Torganisme. 

C'est ce qui arrive en effet. 

Les individus dont toutes les fonctions s'exécutent non- 
seulement avec régularité, m:iis encore avec énergie, comme 
ceux qui sont doués d'une constitution athlétique, sont les 
plus aptes tout à la fois à la copulation et à la fécondation ; 
les Messalines choisissent de préférence les hommes de cette 
trempe, et les amis de la santé publique doivent souhaiter 
è tous les enfants des pères et des mères aussi heureusement 
dotés. 

Les constitutions faibles, cacochymes, qu'elles soient le 
résultat d'un vice héréditaire ou d'un mal acqofs, reten- 
tiasent profondément snr la génération . Moins tcwttentéea 



136 CIHCUNSTANCE» V0> IKPI.UBM ^IJt LB DtVBUJfPSMEhT 



de àésirt 



milles aui I 



1 vulu|i- 



I imprcssium 

luGuses, elles semblent accomplir l'acle, non comme un 
plaisir, mais comme un detoir, et celte nonchalance, cetlc 
froideur dans le coït est incapable d'imprimer une énergie 
bien «ive au produit de la conceptiun, sans parler des alïec- 
tions héréditaires que cette absence de vitalité chez les pa- 
rents est loin de contre-bnlnneer el de détruire. 

Quelquefois même l'apathie générale se communique ii 
la fonction génitale elle-même, et alors, selon qu'elle frappe 
plus particulièrement les organes de In copulation ou ceui 
de ia fécondation, elle détermine l'impuissance ou la stéri- 
lité. Ce n'est pas ici le lieu de parler de ces états patholo- 
giques, et je reocoie le lecteur au chapitre de cet ouvrage 
qui les concerne. 

Au point de vue génital, plus encore que sous tout autre 
rapport, le tempérament joue un rôle de la plus liautc im- 
portance ; c'est par le muL tempérament que le monde ex- 
prime l'aptitude ou l'inhabileté aux plaisirs de Vénus: Cette 
femme n'o point de tempérament, dit-on ; cette autre a un 
tempérament de feu. 

L'observation journalière vient conGrmer la vérité du 
langage populaire, et quoiqu'il soit diflîcile d'établir une 
ligne de démarcation bien tranchée entre les tempéraments, 
on les distingue d'ordinaire par une habitude extérieure 
particulière, un état spécial des fonctions physiques et des 
facultés morales, par un genre propre de maladies, en un 
mot, par un ensemble de phénomènes physiologiques, psy- 
chiques et pathologiques faciles i saisir et à classer. 

Les anciens, dont la délicatesse d'observation était inlinie, 
avaient admis i|uatre tempéraments primordiaux : le hUieuw 
ou colérique, le sanrjuin, le mélaticoli'iue ou alrubiUiire, 
el le pitmleuaj on pliiegmatique. Mais comme la prédomi- 



J 



ET L'BXEftClCB DE LA GÉNÉHATlOIf. 157 

naoce de l'activité porte rarement sor un seul système, it 
suiBl de combiner ces expressions deux à deux ou trois à 
trois, pour peindre toutes les nuances que présente la nature. 

Afin de mieux faire saisir l'empire des tempéraments sur 
la génération, je rappellerai les considérations que j'ai déjè 
présentées sur l'action des climats et des âges, en exposant 
les ingénieux rapprochements que les anciens établissaient 
entre ces diverses conditions d'influence. Â chacun des tem- 
péraments primordiaux que j'ai énoncés plus haut, nos 
pères rattachaient un des quatre âges de la vie, une des 
quatre saisons de l'année et un des climats du globe : au 
tempérament bilieux correspondaient l'âge adulte, l'été et 
les climats chauds ; le tempérament sanguin était celui de la 
jeunesse, du printemps et des pays tempérés; le tempéra- 
ment atrabilaire était celui de l'âge mûr, de l'automne et 
des contrées équatoriales ; enfin, le tempérament pituiteux 
était celui des vieillards, de l'hiver, et des pays humides et 
froids. 

Ces rapprochements, grâce aux notions qui précèdent, 
expliquent mieux que je ne le pourrais faire, l'influence des 
tempéraments sur la génération ; ainsi la mollesse des tissus 
et l'inertie des fonctions qui caractérisent le tempérament 
lymphatique, étant peu compatibles avec les ardeurs de 
l'amour, les anciens l'avaient fait Tapanage des vieillards, 
dont la puissance génératrice est nulle; de l'hiver, dont les 
frimas glacent les désirs, et des pays froids et humides, 
dont l'action est tout aussi débilitante que celle de l'hiver. 
Au contraire, l'âge adulte, l'été, les climats chauds, toutes 
choses favorables aux plaisirs sexuels, sont le propre de 
Phomme bilieux, «dont le tempérament est si chaud et si 
amoureux, qu'il aurait beau avoir la vertu des personnes les 
plus saintes, sa nature lui donnera toujours une pente è 



1SB CIHCORSrjttMIM VVt IIIPI,L-BNT S(I)I LK DKVILOPPBMENT 

l'amoitr des remmex. On aurait pluldt éteint un grnnd f«a 
avec une ^onlte dVau, et l'on nbligernil plutAt un fleave 
r-i|iiile h remonter vers *n source, .que de corriger l'inrlina- 
lion (le cel homme (l).» 

A»ec Af iiareiltps donnée*, il rst fiirile d'étnblir la gro'la- 
tion de» tem]>érampnt« tjui éïtillenl et sureicilenl In faculté 
procrénirice, et île noter reu», au contraire, i|ui lemfièrenl 
OH éleignent les désirs de l'ainour. 

Faniliés uuiralft ; passions. — l'Iu? que toute autre 
partie de l'or^nnî^me, l'ap|iareil "(nital iiubil l'influence 
du moral. Fn ce qui concerne les fucullés intolleiluelles, on 
[leiil dire, totileii clioses <^gale.4 d'ailleiir», que t'élendne de 
re8|iril et l'nrdeur de l'imnginalion dgiiisenl plui vivfinent 
sur le !ien4 <-(^nilal i|ue Icx intelligonres bornées et pares- 
seuse!); c'est il ce titre, [ilus encon- peut-éire qo'nu point 
de rue de leor vanilé, que les femmes recherchent l'amour 
éfi articles, de^i .«avants et des titl^raleurs ; malheureuse- 
ment, lei Irnvniix «bstniits et les m6ililations auxquels cette 
claMed'hommes est soumise, surtout h'SSOTantx, diminuent 
beaucoup l'hcufeuse influence de leur euprrt, et frappent 
quelquefois mAme I eu r:i organes sexuels d'impuinance et de 
«lérililé, ainsi que nous le verrons aill'-urs f3). 

Les Mnlimerils de l'àmc- i^xercenl sur la génération an 
empirn il peu près absolu, el l'on ne comprendrait pas qu'il 
en fi)t aulrcment, puisque c'est dans l'éme que réside le 
consensus intime qui éieilli.' et anime le sens génésique. 
Mais, de m^mo que les sentiments ou les facultés de l'Ame 



(l) VeOflllo. Tableuit du Camour conjit^iil 



{*) Phjlioloyie rt hygifie dr* hommtt livré* ■ 
pwlBiocMm-HenilM PsriM. Pane, I8U. 



f parlio, i;hap. fV, 
ux Irovaux 4t (ttpeH, 



J 



Et l'iIÉRCICB M LA CtlVtRATfOlf; 489 

99 p6QTent ranger en deui groupes distincts et opposés, de 
même rinfluence qu'ils exercent sur Tactivité gdnilale est 
contraire; car tandis que les facultés aiïectives la favofisent, 
lea facultés répulsives en éteignent Tardeur et en glacent 
le» Toluptés. 

Les passions, qui ne sont que les facultés de TAme sur- 
excitées, élevées à une plus haute puissance d'expression, 
agissent dans le même sens que les facultés auxquelles 
elles répondent, mais seulement avec plus d'énergie et do 
vivacité. 

Cependant cette énergie et cette vivacité des sentiments 
afTectîfs, qoi sont, sans contredit, des excitants heureux da 
génésiqoe, doivent être contenties dans de certaines limites. 
—Les extrêmes se touchent, dit-on. — Jamais maxime ne fut 
plus applicable qu'en cette circonstance. Un amour violent, 
longtemps réprimé dans ses désirs, plonge tout l'organisme, 
au roomenl de sa réalisation, dans une espèce d'extase oè 
l'Ame, c'est-à-dire la partie immatérielle de notre être^ 
semble concentrer en elle toute force et toute vitalité, et 
parait oublier les organes qui lui servent d'ordinaire pour 
transmettre ses volitions. Le consensus s'est replié en lui- 
même, et comme le sens génital ne s'éveille qu'aux excita- 
tions de ce consensus, il faut attendre, pour que tout rentre 
dans Tordre, que la surexcitation morale ait cessé, ou qu'elle 
loit revenue du moins au type normal de la simple excita* 
lion. Le plaisir qui suit cette détente générale et qui suc*- 
cède à cette impuissance momentanée, est d'ordinaire plus 
ardent et la fécondation plus facile. «J'en sçay, dit Mon- 
taigne, que j'aurai plus d'une fois occasion de citer è propos 
de l'influence du moral sur le génésiqoe, j'en sçay a qui îl 
a servy d'y apporter le corps même, demy- rassasié, d'ail- 
leurs, pour endormir l'ardeur de cette fureur^ et qui , par 



1A(1 C(RC0NSTAllr.e8 ull nFLLEItT SI H LE DAvRLOPPRHBNT 

l'aage, se trouve moins impuissunt de ce iju'il esl moini 
puissant (1). " 

Habituiies. — S'il est vrai que l'habitude soit une seconde 
nature, il est facile de romprcndre, par ce que j'ai dit pré- 
ci^deiiiment de la constitution, du tempérament et des Ta- 
cultés de l'Ame, l'empire qu'elle peut exercer sur la gêné- 
ralioti. 

Mais eu dehors des habitudes physiques et morales dont 
je parlerai tout à l'heure, et qui modifient plus ou moins les 
prédispositions de l'organisme et les tendances de l'esprit, 
il est une habitude spéciale au sujet qui m'otxupc, et qui 
doit par cela même lUer la première mon attention. Je 
donne à cette habitude l'épithèle de coptUatrire , parce 
qu'elle résulte de l'ciercice longtemps prolongé du coïl 
entre deux individus. 

L'habitude copulatrice ne produit pas les mêmes elTets 
sur toutes les personnes, ou du moins les manifestations de 
ces effets ne sont pas identiques dnns tous les cos. 

Le plus généralement, l'uniformité des rapports engendre 
une espèce de satiété qui enlève au consensus l'aiguillon de 
la nouveauté et au plaisir le charme de l'imprévu; en l'sb* 
sence de ces excitants, le sens génital languit, devient pares- 
6eui, et se refuse quelquefois même à accomplirsa fonction. 
Quand un poète a dit que l'amour mourait de nourriture, 
il a nécessairement voulu parler de l'habitude copulatrice, 
qui pousse tant de maris hors de la couche conjugale, ot 
qui rompt tant de liens formés sous les plus favorables au»- 
pices. 

Quelquefois, au contraire, Thabilude copulalriL-e produit 
un elTel diamétralement opposé à celui qucjeviensdesigna- 



(1) £|M{|, 1. 1, p. 101, édil. ds «713. Paris. 




J 



BT L*BXIiCICB DB LA GiNÉRATION. Iftl 

1er: non-seulement elle éveille les désirs et soutient l'éré- 
thisme génital, mais encore elle glace toute ardeur génési- 
que, et repousse tout excitant qui n'a pas sa source dans la 
personne qui est l'objet de cette habitude. Je possède dans 
mes notes une curieuse obsertation, qui trouvera ailleurs sa 
place, mais que je crois utile d'analyser brièvement ici, pour 
montrer jusqu'où peut aller l'empire de cette habitude. Marié 
• vingt-deux ans à une femme qu'il aimait profondément, 
M. X... devint veuf h l'âge de trente-sept ans, S9ns jamais 
avoir éprouvé aucune défaillance dans ses fonctions génitales 
et sans avoir jamais déserté la couche conjugale. La mort, 
en frappant sa femme, sembla avoir glacé ses organes géni- 
taux, et, malgré des désirs réels, il ne put, à partir de son 
veuvage, obtenir une érection suffisante pour le coït. C'est 
alors qu'il vint me consulter, et qu'il m'avoua qu'il n'obte* 
nait une demi-érection qu'auprès des femmes qui, par leur 
tournure, la couleur de leurs cheveux et la forme de leur 
taille, lui rappelaient le mieux son épouse; de plus, ces 
demi-érections n'étaient possibles qu'au lit et que lorsque 
la femme était dons le simple opporeil de la couche maritale* 
Mais l'illusion du malheureux ne pouvant aller plus loin, 
h cause de l'absence de ces mille petits riens qui, tous les 
jours répétés, engendrent l'habitude, Térection s'arrètoit 
aussi, et le coTt devenait impossible. 

L'impuissance de ce malade tenait bien évidemment à la 
cause que je signale, car après une année laborieusement 
employée è oublier le souvenir de sa femme, M. X... recou- 
vra toute sa virilité, ayant toutefois conservé une préférence 
très marquée pour les personnes du sexe qui , par leurs 
qualités physiques, lui rappelaient le plus servilement son 
épouse. 

Les habitudes physiques sont tellement liées au régime 



iM CIRCONSTAHCBÏ QUI INPLUBNT f-V» Ll DftVEI.OPPEMF.NT 
cl H la profcii&ioM, el les liab>tu<Je« murales au genre île tra- 
vail Je» iriilîviOus, qui'cetiuiEJ'ui è Jire iie« unes eliles autres 
trouvera iiaturellmneut sa |ilai;e ilatis Us articles suitmits. 

Régime. — On peut poser en rtftli' générale que (oui ce 
qui luiid à établir la prédomina me ilu H\slème iiurveui, 
ou plulAt du sjstènie nenoso-sanfiuin sur les aulrei partiel 
de l'organisme, el h diminuer l'inlluence du sjstème Ijm- 
gibstiquc, doit èlre considéri^ comme esseciliellemeiit Favo- 
rable il l'exercice de 1» ((^■■t'rotioii. Pourtant il est un pré- 
cepte non moins général et non moins vrai, qui veut qn*: l» 
prédominance du sjstème nerveux soit enfermée dans d« 
certaine» bornes, el que les fonctions du ce gv!>t>''me, ne tub- 
Etiluant h toutes tes autres, ne Iransfonnent pas tes mal- 
beureu\ qui le possèdent en tristes sensilives qu'effraie le 
moindre bruit, qu'aiïeL'le l'odeur lu plus doute, etc. 

Le régime joue un très gruml rAle dan» le développe- 
ment de cei pauvfes natures. C'est parmi les femmes, sur- 
tout tes femmes des capitales et des boudoirs parfumés, 
^ue se rencontrent ces élres chélifs, maigres, dont (ouïe !• 
vitalité se concentre dans la ligure, qui, munie de quelque* 
muscles san» ampleur, jouît d'une eipression saisùsable 
wulemefit i la lumière des bougies. Ofi tes voit dans les 
ulons loucher du piano, pincer de la barpe et chanter la 
romance, et cepi'ndanl, malgré soi, on se dil que la vie 
n'anime ni ces mams ni cette voii, et que ces accords et ces 
chants sont froids comme la mort et faibles comme le néant. 

Ce n'e^t painl auprès de ces femmes que la copulation est 
ricbe de loluplés; ce n'ist point avec elles que se perpétue 
l'espèce. Si les hi-ibitunts des petites tilles ol ceui de le cam- 
pagne, parmi lesquels se renconireni rarement de sembla- 
bles organisalions, ne vi'naient pas conslammenl remplir 
les places vides dans les capitales, la population de celles-ci 



If L^VBICICB OB LA GÉHtBATIOlf. illA 

rariit bieotôt disparu, laÎMant, après quelques géoérations, 
■D désert k la place du bruit et du mouvement. L'assimi- 
lation des étrangers que Rome opérait dans son sein n'avait 
évidemment pas d'autre but, et Ton a depuis longtemps 
remarqué que, sans ce sjslèmie, la capitale du monde alors 
connu aurait péri après quelques générations. 

Le régime, ou, pour mieux dire, la manière de vivre esf 
donc, au point de vue qui nous occupe, de la plus haute 
importance ^ mais comme je ne fais point ici un livre d1iy«- 
giène, et que, dans ces considérations générales surtout, il 
me doit suffire d'indiquer le buta atteindre, je répéterai que 
pour seconder efficacement l'acte génital, le régime doit 
favoriser, dans de certaines limites, la prédominance du 
tempérament nervoso-sanguin, et combattre les tendances à 
la suprématie du tempérament lymphatique. 

Profeision; travaux. — Les professions, que l'on ne 
doit pas s'attendre k voir passer ici en revue, se partagent 
en deux grandes classes : l"" celles qui n'exigent que les 
forces purement corporelles, et que l'on apjielle métiers; 
2* celles qui réclament l'intervention de l'intelligence, et 
que l'on nomme professions. Les premières, toutes choses 
égales d'ailleurs, favorisent plus que les secondes l'acte vé- 
nérien : en activant la circulation, elles augmentent la nutri- 
tion, et partant toutes les sécrétions dont l'abondance, ce- 
pendant, ne saurait troubler l'harmonie de l'économie, à 
cause de la transpiration plus considérable que détermine 
l'exercice prolongé du corps. 

Mais tous les métiers ne sont pas dans ces heureuses con- 
ditions : les tailleurs, les bottiers, etc., renfermés presque 
toujours dans des pièces sans air et sans lumière, accroupis 
sur des tables ou des escabeaux, et soumis en quelque sorte 
à un exercice négatif, arrivent, par toutes espèces de priva- 




ihh CIBr.ONSrAKCKS QV^ INFLUKNT SUR I.R DtVELnpPEMENT 

tioiis, à cet ^(a( malodir et iiorveui dont je parlais tout h 
l'heure. C'est i1bii§ rclte rlnsse de lu p(i[iublioii ouvrière (|ue 
se rcMcniitrc le p\m grnnd nombre d'èlres niolingres et dtlTor- 
mes; c'est dans elle aussi que germent le plus de vices et que 
les mauvaises passions se recrutent. La ronclton génératrice 
participe d'ordinaire b cette dégradation physique et morale, 
et si quelque maladie héréditaire ou cette sorte d'empri- 
sonnement ne relnntissent pas d'une manière suflisaniment 
n^roste sur la génération, le roiiloct journalier des deui 
sexes, des conversations et de<i exemples fatalement licen- 
cieuT, poussent ces malheureux à des eicès et à des vices qui 
épuisent bientôt leur faculté génératrice. 

Il en est il peu près de même pour les ouvriers des ma- 
nufactures, dont la vie s'étiole au milieu d'une atmosphère 
empcMéc ou chargée de molécules délétères. 

Les professions libérales ou celles qui exigent l'interven- 
tion de l'inlelligeiice sont éminemment favorobles è l'acte 
de la génération. Par h politesse dont elles ont j'upanage, 
et par la ciillure des arts et des sciences, elles donnent au 
système nerveux une pins grande délicatesse de sensibilité, 
et par k' travail auquel l'esprit est soumis, elles ne laissent 
point s'affaisser et dormir li; consensus qui lient sous sa dé- 
pendanre le sens génésique. 

Celle influence est encore plus marquée pour les profes- 
sions qui s'adressent [dus spéci-ilement h l'Ame, comme tous 
les beau\-arts en général. Cependant il est a remarquer 
que tous les grands artistes et les grands poètes ont eu fort 
peu d'enranls, et cette observation n'a pas échappé à Des- 
loiiches, qui lo consigne ainsi dans son Philoxnphc marié: 



On dit qu'on n'a jamsis ions lei dons à la rois. 

El que les grands e:iprifs, dailleurs Irès oslimable^, 

Ont tort pea de lalrnt pour fonner leurs Mint>liblw. 




J 



ET l'eYERGICB de LA GfiNÉRATION. 1&5 

Les conceptions sublimes doivent élrc précédées de mé- 
ditations profondes, même chez les hommes de génie, qui 
obéissent alors h la loi commune qui nous apprend que 
rénergie de la fonction génitale n'est jamais en raison directe 
de la longueur et des difficultés des travaux intellectuels. 

Je dirai en eiïet ailleurs que les études abstraites et trop 
longtemps prolongées constituent une cause assez fréquente 
d'impuissance et parfois de stérilité. 

B. Circonslancea étrangères à V individu. 

Ces circonstances sont nombreuses et se peuvent déduire 
de cette infinité d'accidents qui accentuent le cours de la 
vie; on comprend que je ne puis ici aborder une pareille 
énumération, et que je me dois contenter de signaler les 
causes les plus générales qui, n'ayant point un siège dans 
l'organisme ou n'étant point soumises à la volonté, exercent 
sur le développement et l'énergie de la fonction génératrice 
une influence marquée et incontestable. Parmi ces causes, 
je citerai les climats, les saisons, les années, le jour, la nuit, 
dans les considérations desquelles seront compris le froid, 
le chaud, l'humide, la latitude, la position géographique, etc. 

Climats. — J'ai dit, en parlant de la menstruation, que 
les femmes étaient réglées de meilleure heure dans les pays 
chauds que dans les contrées froides ou tempérées, et que 
cette influence de la chaleur ne saurait être mise en doute, 
lorsqu'on voit les femmes des pays très froids, comme les 
Samoîèdes, vivant presque toute l'année dans des souter- 
rains où règne une chaleur étouflante produite par de l'eau 
jetée sur des pierres rougies, quand on voit ces femmes, 
dis -je, être aussi précoces que celles des tro|)ique«. 

Montesquieu, donnant à ce fait une importance plus que 

40 



166 CIRCON8TANCB8 QUI INFLOBNT 801 Ll DtTBLOmmniT 

physiologique, le classe parmi les causes de la polygamie : 
a Les femmes, dit-il, sont nubiles, dans les climat*^ chauds, 
h huit, neuf et dix ans ; ainsi l'enfance et le mariage y vont 
presque toujours ensemble ; elles sont TÎeilles à ?ingt ans. 
La raison ne se trouve donc jamais rhex elles avec la beauté. 
Quand la beauté demande l'empire, la raison le fait refuser; 
quand la raison pourrait l'obtenir, la beauté n'est plus. 
Les femmes doivent être dans la dépendance, car la raison 
ne peut leur procurer dans la vieillesse un empire que la 
beauté ne leur avait pas donné dans la jeunesse même. Il 
est donc très simple qu'un homme, lorsque la religion ne 
s'y oppose pas, quitte sa femme pour en prendre une autre, 
et que la polygamie s'introduise (1). » 

Chervin, dans sa thèse inaugurale (2), a vivement com- 
battu l'assertion de Montesquieu. II est inconteslable, en 
effet, par les rapports des voyageurs (3), que les hommes 
sont également pubères de meilleure heure dans les pays 
chauds que sous les climats tempérés, et qu'ils subissent pro- 
fondément, au point de vue des plaisirs vénériens, l'influence 
excitatrice de la chaleur. Selon Miebuhr (&), Volney (5), et 
beaucoup d'autres voyageurs (6), rien n'est plus commun 
dans le Levant que de rencontrer des hommes de trente 



(4) EêpHî deê Mê, 4764, io-48, liv. XYI, cbap. ii. 

(i) Rechefxheê médicO'pkilùiopMqueê $w les cau$e$ phy$ique$ de la 
polygamie danê it$ poy« chaud». Paris, 4 84 %, 

(3) Yoy. Saize, dans Histoire médicale de l*armé$ d'Ori^t, par 
De&geneUes. Paris. 1802, îd-S*', II* partie, p. 425; et Uiitoire de 
l'Afrique françaiêe, par l'abbé DemaDol, 1767, in-4 2, t. II, p. 60. 

(i) Deêcription de l'Aratie, 4779, in-4», l. I. 

(5) Voyage en Syrie, n m, in-S. 

(6) Olivier, Voyage dam l'empire ottoman, an IX, io-8, 1. 1, p. 4 60: 
et Renali, dans Uiêtoire médicale de l'armée d'Orient, II* partie. 



IT l'eIIRGIGB de la r.ÊNÉRATION. i&7 

ans aUetnls d'impuissance. ^< C'est la maladie, dit Voliiey, 
|K>ur laquelle les Orientaux consultent davantage les Euro- 
péens, en leur demandant du Madjoun^ c'est-à-dire des 
pilules aphrodisiaques (1). » 

L'empire des climats chauds sur la précocité du déve- 
loppement et sur l'énergie du génésiquc est donc incontes- 
table, et l'influence contraire des pays froids est également 
mise hors de doute par toutes les relations des vojagours. 

Saisons, — D'après ce qui précède, il semblerait naturel 
de conclure que la saison la plus chaude de Tannée doit être 
la plus favorable à l'exercice de la génération ; pourtant il 
n'en est point ainsi, et l'influence du printemps est de 
beaucoup supérieure à celle de l'été. 

Ce fait, en rattachant l'excitation génitale de l'espèce 
humaine à la loi du phénomène du rut, était connu dès la 
plus haute antiquité; mais il appartenait à notre époque de 
rétablir sur une base réellement scientifique, et ce progrès est 
dû aux travaux statistiques de M. Viliermé, en France (2), 
et de IMIVI. Quetelet et Smits, en Belgique (â). 

EUi compulsant les registres des naissances, et en mar- 
quant, pour chaque mois, le nombre des conceptions, 
M. Viliermé a cru devoir classer les mois de l'année dans 
Tordre suivant, en commençant par les plus féconds: 



Mai. 


Janvier. 


Jain. 


Août. 


Avril. 


Novembre. 


Juillet. 


Septembre. 


Février. 


Octobre. 


Mars et décembre. 





(I) Loe, eiX, t. II, p. 145. 

(S) Annaleê d'hygiène. Paris, 483S, t. VIII, p. 459. 

(3) Annaies d'h\fgièM. Paris, 4833, t. IX, p. 308. 



1&8 CIRCONSTANCES QVl INFLUENT SUS LE DÉVELOPPEMENT 

Comme on le voit» c'est h Tépoquc correspondant au 
rut des animaux, au printemps, alors que toute la nature 
semble renatlre h la vie, que s'opère dans l'espèce humaine 
le plus grand nombre de conceptions. Les recherches entre- 
prises en Belgique dans le même sens ont donné des résul- 
tats parfaitement identiques avec ceux qu'avait obtenus 
M. Villermé en France. 

Cependant on pourrait se demander si l'action des pre- 
mières chaleurs, limitée à la fécondation, s'exerce égale- 
ment sur la copulation, en d'autres termes, si cette action 
n'est pas spéciale à la fécondité, en donnant au sperme 
et aux ovaires des propriétés reproductives plus énergiques. 

M. Villermé, pour résoudre cette question, s'est adressé 
aux comptes généraux de la justice criminelle, et il a trouvé 
que l'époque de Tannée à laquelle il se commettait le plus 
de viols et d'attentats h la pudeur était précisément celle du 
printemps, pendant laquelle se fait aussi le plus grand 
nombre de conceptions. Et que l'on n'invoque pas, pour 
expliquer la plus grande fréquence de ces crimes pendant 
le printemps, les circonstances des promenades solitaires, 
des vêtements légers, des rencontres dans les bois et lieux 
écartés, car les mêmes circonstances se reproduisent, ou è 
peu près, pendant les mois d'août et de septembre, classés 
des derniers pour les viols et les conceptions. 

Cette influence du printemps n'est pas limitée aux pays 
tempérés; elle s'étend à toutes les zones, de telle sorte que 
l'on peut dire que l'homme est assujetti, jusqu*& un certain 
point, h une sorte de rut périodique dont le retour a lien, 
chaque année, au printemps. 

Mais de même que le rut cesse d'être périodiquement 
marqué chez les animaux qui, de l'étal sauvage, passent h 
celui de domesticité, de même l'influence du printemps est 



BT l'bxERCICB DB LA GÉNÉRATION. 1A9 

moins manifeste chez les habitants des villes, et surtout des 
capitales, que chez les populations des campagnes. Chez les 
premiers, en effet, mille causes tiennent sans cesse en éveil 
le sens génital, sans parler du climat artificiel que la civi- 
lisation leur apprend a se faire, et qui rend compte du maxi» 
mum de conceptions que présentent en Suède, en Finlande, 
h Saint-Pétersbourg, les mois de décembre et de janvier, 
les plus froids sans contredit de toute l'année. 

Années. — Pythagore, en proclamant sa doctrine des 
nombres, dopna naissance aux années climatériques . Mal- 
gré l'empire que cette croyance a exercé sur Tesprit des 
anciens, les auteurs sont loin d'être d'accord sur les années 
qui méritent cette désignation. Suivant les uns, chaque sep- 
tième année présente ce caractère, tandis que pour les autres, 
il ne faut regarder comme telles que celles qui sont le pro- 
duit de la multiplication du nombre 7 par les nombres im- 
pairs â, 5, 7 et 9. La grande climatérique est la 63^ année ; 
les autres années climatériques remarquables sont la 7% la 
21*, la &9* et la h& année. Outre les changements dans le 
tempérament, les maladies, la fortune, etc., que les années 
climatériques apportaient, les anciens étaient convaincus, et 
quelques esprits de nos jours partagent cette conviction, que 
les organes génitaux externes de la femme se resserrent et 
reviennent a une espèce de forme virginale qui, tout en 
donnant un nouvel aiguillon aux voluptés de Thommc, 
augmente les désirs et l'énergie génitale de la femme. 

Il est superflu de discuter l'inanité de pareilles asser- 
tions; cependant il est incontestable que les désirs vénériens 
et l'ardeur copulatrice présentent, chez la femme, un sur- 
croît d'intensité aux approches de l'âge critique ; on dirait 
iinc lampe qui. avant de s'éteindre, jette une dernière lueur 
plus vive et plus éclatante que celles qui l'ont précédée. 



150 CIRCONSTANCBS QOI IMFLOBNT BUB LB DftVBLOPPBMENT 

Il est éf^alement démontré que la Técondîté de l'espèce 
humaine est très considérable pendant les années qui suivent 
une disette, une famine, une épidémie et les discordes 
civiles qui jettent le trouble et la confusion dans les rap* 
ports sociaui, et qu'au contraire elle diminae considérable- 
ment pendont ces époques de calamité publique. Les pra- 
tiques religieuses du jeûne, que l'on observe pendant le 
rnrème, peuvent être assimilées k la disette, selon M. Vil- 
lermé, et produisent les mêmes résultats (1). Cet auteur, 
è l'occasion des Recherches statistiqfies s^tr la ville de Paris 
et le département de la Seine^ qu'a fait publier M. de Cha- 
brol, a rédififé des Considérations sur la fécondité^ oà se 
trouve le passage suivant : <t II résulte de mon travail, qui est 
fondé sur plus de 13,000,000 de naissances énumérées mois 
par mois, que le très petit nombre de naissances du mois de dé- 
cembre, qui n pour neuvii^me antécédent le mois de mars, est 
l'effet des abstinences du carême. Une cîrconMance curieuse, 
c'est que le mois de mars devient progressivement chargé de 
plus de conceptions h dater de la fin du règne de Louis XV, 
c'est-è-dire è dater du temps ou le relâchement s'est progres- 
sivement introduit dans les mœurs, et un changement dans 
les idées et les pratiques religieuses. Enfin le mois de mars, 
qui était autrefois le dernier dans l'ordre des conceptions, est 
maintenant le septième. Les mœurs du peuple, la mesure de 
ses opinions, sont donc quelquefois écrites dans les résultats 
de la statistique; il ne faut que savoir les lire (2). » 

(I ) De la distribution par mois, des conceptions et des naissances de 
l'homme (Annalm d'hyijiène publique. Paris, 1831, t. V. p. :i5). 

f2) Sans cnnlpsl'^r d'une manière ab«ioluo rinduence du jeAne sur le 
nombre des conceptions, influence qui. si elle était admise aussi im- 
portante que le prétend M. Villermé, serait en opposition avec ce que 
j*ai dit, page M9, touchant les rapports de la notritioo et de la 



iT l'bibbcke de la génération. 151 

Le jinxr; la tmii. — On demandait un jour à Fontenelle 
s'il n'avait jamais songé à se marier: «Quelquefois, répondit 
le philosophe, le malin. » Est*ce que les désirs vénériens 
seraient plus énergiques après le repos de la nuit qu'à toute 
autre heure de la journée? Cependant un grand poëte, 
Victor Hugo, a dit : 

Le plaisir, fils des nuits, dont l'œil brillant d'espoir 
S'éteint vers le matin et se rallume au soir. 

Qui a raison du philosophe ou du poëte? Je crains bien 
que l'un et l'autre aient tort, au point de vue où chacun 
il'eoi s'est placé. 

Le soir, avant l'abattement de l'excitation générale pro- 
duite par la veille, avant le repos de l'imagination et le 
calme des sens, le stimulus, et partant les désirs, sont plus 
îiolents. Mais il fout se garder de conclure de la violence 
des désirs à une plus grande énergie dans la fécondité et le 
plaisir. Il est d'observation que les premiers temps des ma- 
riages d'amour ou d'inclination sont très souvent stériles, et 
que cet état cesse avec l'affaiblissement des désirs, amené 
par la satisfaction ou Thabitude. Il est également d'obser^- 
vation que des désirs trop longtemps prolongés amènent 
momentanément l'impuissance chez l'homme, et changent 
quelquefois les voluptés en douleurs poignantes, dont une 
hémorrhagie par lo canal de l'urètre signale l'intensité. 
Donc le plaisir vénérien n'est pas toujours en raison directe 
des désirs. 

De plus, le coït, exercé le soir, n'a pas sur l'organisme 

faculté génitale, je dois faire remarquer qu'au temps des pratiques 
sévères de la religion , le carôme était une époque non-seulement 
d*ci&s(menc^, mais encore de continence, et que les mœurs se sont 
également relâchées sur le jeûne et sur l'œuvre de la cbair. 



152 CIRCONSTANCES QUI INFLUENT SUE LE DÉVELOPPEMENT 

rcmpire absola qui lui opparlient, en raison même de Tagi- 
tation générale et de l'exaltation des facultés inteliectuclles. 
Apiès un bal, où certes les stimulants erotiques ne manquent 
pas, on savoure mal les |)laisirs de Tamour. Après la veille, 
l'économie réclame le repos et non une nouvelle fatigue; 
et puis rimaginalion, cette folle du logis, comme la nomme 
Brantôme, loin de rester où Tappelle le désir vénérien, fait 
quelquefois Técole boissonnière, qu'on me passe le mot, au 
moment même où son intervention est le plus nécessaire, et 
enlève au plaisir un aliment précieux qu'elle donne, soit a 
un souvenir, soit à une espérance, soit à un calcul. 

Je ne parle pas de la fatigue plus grande, de l'épuise- 
ment plus profond qui succèdent au coït du soir ; je ne fais 
pas non plus intervenir l'hygiène, dont les prescriptions 
sont contraires aux rapprochements conjugaux avant le 
sommeil; je ne veux constater ici que Tinfluence exercée 
sur l'acte génital par les excitations de la veille, et je suis 
forcé de reconnaître qu'en ces circonstances le désir acquiert 
une énergie qui est loin de se communiquer au plaisir. 
Victor Hugo serait donc plus dans la vérité s'il remplaçait 
le moi plaisir pav celui de désir. 

Au matin, après le calme et le repos de la nuit, l'orga- 
nisme et les facultés intellectuelles sont dans une espèce de 
sérénité béate, si je puis ainsi dire. La sensibilité a tonte la 
virginité de ses impressions, et la folle du logis^ encore en- 
dormie, ne trouble par ses divagations ni les émotions de 
l'âme, ni la rectitude de la raison. L'ôtre |)hysique et Tètre 
moral sont tout entiers à la première sensation qui les solli- 
cite, et s'y associent d'autant plus complètement que rion 
encore ne les a distraits; sans doute l'impression qu'ils en 
reçoivent ne contrarie pas rpilepliquemont les libres, mais 
les distend, comme dirait Cabanis, et constitue tout è la 



BT l'exercice de LA GÉNÉBATIOR. 153 

fois une jouissance calme pour le corps et une joie douce 
pour TAme. Oui, le coït, exercé le matin, après une nuit de 
sommeil et de repos, n'est pas précédé de ces violents 
désirs qu'engendrent les excitations de la veille, mais il est 
accompagné d'une volupté qui, quoique moins délirante, 
porte la satisfaction et le bien-être dans toutes les parties 
de notre être. Ce ne pouvait donc pas être le désir véné- 
rien qui donnait ù Fonteneile l'envie de se marier. 

Il est sans doute beaucoup d'autres circonstances^ telles 
que la digestion, l'équitation, etc., qui influent sur la gêné* 
ration ; mais comme leur empire peut aller jusqu'à produire 
l'impuissance ou la stérilité, je réserve leur étude pour le 
corps de cet ouvrage, et je clos ici une introduction dont la 
longueur trouve son excuse dans les nécessités mêmes de 
mon sujet, qui réclamait ces considérations générales, afin 
de me débarrasser d'explications sans nombre qui m'eussent 
entravé à chaque pas. 



LIVRE PREMIER. 



DE L'IMPUISSANCE. 



L'impuissance (impotentia^ anaphrodisié) est Timpossî- 
bilité, pour l'un et Tautn* sexe, de remplir toutes les 
conditions du coït physiologique. 

Ces conditions sont, ainsi que je l'ai établi ailleurs (1): 

Pour riiomme: 1* désirs vénériens; 2* érection de la 
verge; 3* éjaculation spermatique ; A* enfin plaisir au mo- 
ment de cette évacuation. 

Pour In femme : 1* désirs vénériens; 2* réception de la 
verge dons le vagin ; 3* plaisir a la suite de cette intro - 
mission. 

Comme on le *oit, je donne au mol impuissance une 
large acception, et, sans revenir ici sur la distinction fon- 
damentale que j'ai faite de cet état et de la stérilité, je ne 
le réserve pas, à l'exemple de quelques auteurs, à exprimer 
seulement l'impossibilité de Térection chez l'homme et de 
l'intromission chez In femme. Pour moi, le dyspermatisme 
de PincI, par exemple, ou l'absence des désirs et des plai- 
sirs vénériens, sont tout aussi bien des cas d'impuissance 
que la non-érection de la verge et l'occlusion de la vulve 
ou du vauin. 

Cependant quelques auteurs, considérant que la passivité 
dans le coït n'est \)i\^ pour la femme l'état physiologique, en 
firent une entité morbide qu*ils désignèrent sous le nom de 

(I ) Voyez les pages 5 cl 33 



DE l'impuissance. 155 

frigidité. Mais la confusion vint tout aussitôt détruire les 
bénéfices de cette heureuse distinction, car pour les uns, la 
frigidité fut l'absence des désirs vénériens, et pour les autres, 
ce mot exprimait l'absence du plaisir. 

De plus, quelle que fiU d'ailleurs l'acception que l'on 
donnât à la frigidité, cet état morbide, qui généralement (1) 
n'entraîne pas la stérilité, n'était ni impuissance ni stérilité, 
maïs quelque chose à part, que l'impossibilité d'introduire 
dans une classification méthodique rejetait dans la classe 
des névroses, comme si Tabsence congénitale ou acciden- 
telle du clitoris, par exemple, qui est une cause puissante 
de frigidité, pouvait entrer dans le cadre des affections ner- 
veuse*». 

En considérant le plaisir comme une des conditions phy- 
siologiques du congrès chez la femme, et en déKnissant 
l'impuissance, l'impossibilité d'accomplir le coït selon toutes 
les lois de la nature, la frigidité devenuit un cas d'impuis- 
sance. C'est ainsi, en effet, que je classe cet état morbide, 
qui constitue également chez l'homme une variété d'ana- 
plirodisie. 

En agrandissant ainsi, pour les deux sexes, les c^s d'im- 
puissance, je me suis surtout proposé de faire cesser la 
confusion regrettable qui règne dans l'histoire des deux 

(4j Je n'emploie pas une expression absolue, parce que je possède 
quatre observations d^absence congénitale du clitoris bien authentiques, 
recueillies par moi, et qui toutes quatre étaient accompagnées de la 
stérilité de la femme. Est-ce une simple coïncidence ou est-ce l'état 
normal ? Les auteurs qui m'ont précédé ne m'ont rien appris à cet 
égard, et si quatre observations ne sont pas suffisantes pour former 
une conviction, elles ont été du moins assez fortes pour m'inspirer 
un doole et me faire suspendre mon jugement. Je reviendrai -plus 
longuement aillenrs sur ce point intéressant de pathologie. 



156 IMPUISSANCE PAB VICKS DB GONFOIMATION. 

maladies qui font le sujet de cet ouvrage, et de ramener 
leur étude dans la voie d*uiie méthode réellement scienli- 
iique. Je n'ose me flatter d'avoir entièrement atteint cet 
heureux résultat, mais j'aime h croire que mes eiïorts sur 
ce point ne seront pas complètement inutiles. 



SECTION PREMIERE. 

inPVISSANGB CBBZ I.*BOHinB, 



CHAPITRE V. 

IMPUISSANCE PAR VICES DE CONFORMATION. 
g I. — AaoBMilles ée la verge. 

Absence de la verge. — Ce vice de conformation, très 
grave au point de vue qui nous occupe, est heureusement 
peu fréquent. Schenk(l) et Catticr (2) en ont rapporté 
deux observations, et Fodéré raconte qu'il a traité et guéri 
d'une incontinence d'urine un jeune soldat plein de courage 
et de vigueur, qui, avec des testicules bien conformés, 
n'avait è la place de la verge qu'un bouton, comme un 
mamelon, par lequel se terminait l'urètre. « Il m'assura, 
ajoute Fodéré, avoir toujours été ainsi, et que ce bouton 
se renflait quelquefois en la présence des jeunes personnes 
du sexe, et qu'il en sortait par le frottement une humeur 
blanche (3). » 

(I) Obê. med.^ 1. IV, c. ix. 

(2] Jêaaci Cattieri obi. med. Borello communicat., obs. XIX. 

(3) Médecine légale, t. 1, p. 364. 



ANOMALIES DE LA VERGE. 157 

Un semblable (iéfaut de conrormation entraîne fatalement 
rimpaissance, mais n'est pas absolument une cause de sté- 
rilité. Il importe, en eiïet, que le bouton, le mamelon, en 
un mot la saillie du corps caverneux remplaçant le pénis, 
ait une ouverture extérieure communiquant avec les organes 
spermatiqnes, bien conformés d\nilleurs, pour que la fécon- 
dation s'accomplisse; car il suffit, dans quelques ca^,que le 
fluide séminal soit déposé h l'entrée des organes génitaux 
féminins, et qu'un certain éréthisme, comme nous le ver- 
rons ailleurs, existe chez la femme. Aussi M. Orfila, d'ac- 
cord ici avec la plupart des auteurs, tout en reconnaissant 
la possibilité de la fécondation, repousse-t-il Taccusation de 
^iol portée contre on individu atteint de ce vice de confor- 
mation (1). Cependant le pénis peut manquer complètement 
sans qu'il y ait même trace du canal de l'urètre; au mo- 
ment où j'écris cet ouvrage, un journal en rapporte un 
exemple assez intéressant pour trouver place ici. 

ex II s'est présenté mercredi matin, dit ce journal, à la 
consultation de M. Nélaton un cas très curieux : 

» Une sage-femme est venue consulter M. Nélaton sur 
le sexe d'un enfant qu'elle apportait; elle était très embar- 
rassée pour déclarer son sexe h l'état civil. 

» Cet enfant, qui était né depuis deux jours, était par- 
faitement bien conformé et tétait très bien. Le scrotum était 
à la place où il se trouve habituellement, mais il y avait 
absence complète de pénis; à sa place, il n'y avait pas de 
traces, il n'y avait pas de cicatrice. On ne savait pas ce qui 
était contenu dans le scrotum : était-ce la vessie ou les testi- 
cules ? 

» Après un examen attentif, M. Nélaton reconnut que 

(I) Médecine légale, t. f, p. 477, 478. 



158 IBIPDI88ANCB PAR VICR8 DK CONfOlMATION. 

c'étaient bien les testicules qui se trouvaient dans \e» bour- 
ses. Ils étaient bien i leur place, mais du côté gauche« il 
y avait un épanchement de sérosité dans la tunique vagi- 
nale; il y avait uue hydrocèle. C'était donc un garçon. 

» L'enfant se portait bien, ne paraissait nullement souT- 
frir de l'absence d'un organe aussi important que le pénM^ 
il fallait donc que Turine s'écoulât par quelque endroit. 

» On examina à cet effet l'ombilic pour voir si l'urine ne 
sortait pas par là; car c'est presque toujours, comme chei 
le bœuf, par Touraque, restée perméable, que l'urine sort 
quand le pénis est imperforé ou manque complètement; 
mais le cordon ombilical ne présentait rien d'anormal ; il 
était ce qu'il est naturellement deux jours après la nais- 
sance, flasque, mou, tombant sur le ventre; la ligature était 
intacte. Il était don( certain qu^il ne donnait pas passage à 
Turinc 

I) Ce liquide ne pouvait sortir que par la dernière voie 
qu'on n'avait pas explorée, le rectum. On questionna la 
sage-femme à l'eiïel de savoir comment étaient les selles de 
l'enfant ; elle répondit qu'elles étaient toujours liquides et 
semblaient contenir de l'urine. Il n'j avait plus de doute: 
c'était donc par le rectum que la vessie se vidait. Il y avait 
une communication entre ces deux cavités, une espèce de 
cloaque où se mélangeaient 1* urine et le méconium, pour 
être ensuite expulsés par l'anus (t). » 

Dans de pareilles circonstances, en admettant que l'enfant 
atteigne l'âge adulte, non-seulement le coit, mais encore la 
fécondation sont impossibles. 

Quoi qu'il en soit, la médecine est impuissante et la chi- 
rurgie désarmée devant une semblable inGrmité; il n*est 

(I) Gazetu deê hôpitaux, 2S janvier 4 854, n* li. 



ANOItALIIS DB LA VERGI. 159 

pat âu pouvoir de l'homme de suppléer la nature dans les 
fonctions de la fie plastique. 

Dimennans eœ^émes du pénis, — Ces dimensions 
eitrèmes peuTent être en plus ou en moins. 

Le développement excessif de la verge n'est pas généra- 
lement admis comme une cause d'impuissance, et si quelques 
auteurs loi donnent ce caractère, ils ont soin d'ajouter que 
l'impuissance n'est alors que relative. Sans doute, à ne con- 
sidérer que l'acte copulateur en lui-même, le volume trop 
considérable du pénis, soit en épaisseur, soit en longueur, 
D'empèche pas rigoureusement l'exercice de cet acte ; mais 
si Ton fait attention que le coït doit être, pour les deux 
sexes, une source de voluptés et non de douleurs, on con- 
viendra que le but proposé est rarement atteint dans de 
pareilles circonstances. Le développement anormal en gros- 
seur peut produire des contusions, des déchirements dans 
les organes génitaux de la femme; et sa longueur excessive 
peut amener au col de l'utérus des inflammations, et par 
suite le squirrhe; je ne parle pas de la douleur qui, dans ce 
cas, est toujours très grande, ainsi que le prouve l'exemple, 
rapporté par P. Zacchias, de cette courtisane de Rome 
qu'une semblable organisation d'un de ses amants faisait 
toujours tomber en syncope. 

Toute médication est, en ces circonstances, parfaitement 
inutile. Le râle du médecin se borne à quelques conseils 
pour l'homme et à l'emploi d'un pessaire pour la femme. 
Au premier, on recommandera d'user de ménagements dans 
l'intromission de la verge, d'enduire celle-ci d'un corps gras 
pour faciliter son glissement, si la dimension est en gros- 
seur, et de n'introduire que la moitié, le quart, etc., du 
membre viril, si la longueur de celui-ci constitue l'anomalie. 
Du côté de la femme, le pessaire, en refoulant aussi haut 



160 IHpniBSANCI MR TICB9 Dl COMPOMATtON 

que possible l'utérus, garaolira égalemeol le museau de 
tanche par la proéminence de ses bords. Enfin on aurasoio 
que le coït ne s'eierce que dans la posilton horiiontsie et 
dans des directions variables selon les c«s, et qu'il est inutile 
d'énumérer ici. 

Le défaut contraire, c'est-i-dire la petitesse extrtme du 
|>énis, a été mis, ou point de vue de l'impuissance, sur )e 
même picn que son développement excessif. Cependant roid 
un fait oii le coït, c'est-à-dire le plaisir suifi de l'éjacnlitioo 
était impossible, et par conséquent l'impuissance absolue. 
Un étudiant en médecine, de dis-neul k vingt ans. Brésilien 
d'origine, se présenta k*roo consultation dans le courant de 
novembre 1852. Sa stature était grêle, sa voix Téminine ; le 
sy!<lème musculaire ft peine développé, sans prédominance 
aucune du tissu graisseux ; les cheveux chitains, pèles et 
clair-semés, étaient sang vigueur; la figure et la poitrine 
ne présentaient aucune Irocc de poils; le pubis n'en était 
p.is cnlièrcmenl dépourvu, mais ils étBientfins,asseE courts, 
et ne frisaient pns. Avant de me montrer ses orgones, le 
malade me dit qu'il avait non-seulement des déurs vénériens, 
mais encore des érections frcquentcs, et que lorsqu'il se 
masturbait, l'éjaculation avait lieu avec tous les phénomènes 
voluptueux qui l'accompagnent d'ordinaire, tandis que pen- 
dant le coït, l'éjaculation, quelque effort qu'il pdt faire, ne 
s'était Jamais produite. Le cas était bizarre, et avant de me 
perdre dans l'hypothèse d'une surexcitation nerveuse qui 
aurait mis obstacle à la libre circulation du sperme, je de- 
mandai à voir les organes de la génération. Quel ne fut pas 
mon étonnemeiit de rencontrer une verge presque imper- 
ceptible, dont il était diflicile de découvrir le gland. Le 
scrotum, les testicules, les canaux déférents, tout l'appareil, 
en un mot, avait également des proportions lilliputiennes. 



AN0BIALIB8 DI LA VIBQB. 161 

La verge en érection avait à peu près la grosseur d'un 
piquant ordinaire de porc-épic et était longue de 2 pouces. 
Les testicules atteignaient à peine le volume d'une aveline, 
et étaient difficiles à rencontrer lorsque le scrotum, en se 
ratatinant, les refoulait en haut. 

A part cet arrêt de développement, tout l'appareil génital 
était parfaitement conformé. Cependant l'ouverture du pré- 
puce était étroite à ce point qu'il était peu aisé d'y faire 
passer le gland. Celui-ci n'avait jamais vu le jour, et entre 
lui et son enveloppe s'était amassée une assez grande quan* 
tité de matière sébacée mêlée à du sperme, laquelle avait 
formé des calculs que je ne retirai pas sans occasionner au 
malade quelques douleurs. 

Évidemment la pression exercée dans le coït par les pa- 
rois vaginales sur la verge de ce jeune homme était nulle, 
ou tout au moins insuffisante pour porter le prépuce en 
arrière dans les mouvements de va-et-vient, et pour déter- 
miner l'excitation nécessaire à l'éjaculation. 

Le malade, à qui je développais cette manière de voir, 
qu'il n'avait jamais soupçonnée, voulut bien, en sa qualité 
d'étudiant en médecine, se soumettre à l'expérience suivante : 
un cylindre en caoutchouc, de la grosseur d'un pénis ordi- 
naire, et dans l'intérieur duquel était taillé un canal dont le 
diamètre était exactement celui de la verge en érection, fut 
oiaintenu au pubis au moyen d'une lanière, également en 
caoutchouc, passée sur les lombes comme un bandage de 
corps. L'élasticité de cette lanière permettait les mouve- 
ments de va-et-vient du coït au cylindre, qui tes trans- 
mettait à la verge, emprisonnée dans son intérieur. Une 
prostituée s'étant prêtée à l'expérience, cette espèce de 
copulation s'eiïectua complètement, c'est-à-dire que Téja- 

culation et les phénomènes voluptueux qui l'accompagnent 

M 



468 mPOIMARGI i^Al VIGU M CORntMATIOH. 

•ttrcnt lieu comme dans les rapprochements ordinaires des 
scies. 

Ce témoignage, qui ne me laissa pins aucun doute sur la 
cause de Timpuissance du jeune Brésilien, me suggéra le 
traitement que je crus devoir metlre en usage. Me rappelant 
cette loi physiologique d'une grande vérité, à savoir que le 
développement d'un organe est toujours en rapport avec 
son exercice, en d'autres termes, que plus un organe est 
mis en activité et plus il prend d'accroissement, je conseillai 
au malade de se livrer au coït aussi fréquemment que sa 
constitution délicate le lui permettait, armé de l'appareil 
que je lui avais fait construire et dont le canal intérieur 
devait être lapi^sé d'un corps gras très pur, autant pour 
faciliter les mouvements du cylindre sur la verge que pour 
donner un aiiment à l'obsorplion. Je ne négligeai point les 
ressources de l'hygiène, et je prescrivis en même temps une 
nourriture succulente, un régime tonique et les exercices 
corporels, tels que Tescrime, ta natation à la mer, etc. 

Je n'ai revu qu'une seule fois le malade, trois mois après 
sa première visite; la verge s'était considérablement accrue, 
et il m'annonça qu'il avait deux fois exercé naturellement 
le coit, en ayont soin, quelque temps avant la copulation, 
de faire pratiquer des lotions astringentes aux organes géni- 
taux de la femme. Je ne sais, au moment où j'écris, si le sujet 
de cette observation est encore i Paris ou s'il est retourné 
en Amérique ; je regrette vivement cette absence, car j'au- 
rais voulu connaître les résultats d'une médication que 
j'emplojais pour la première fois et qu*il n'est pas donné 
de recommencer souvent. ^ ^ 

Mondât parle d*un instrument de son invention, dont je 
laisse au lecteur le soin d'apprécier le mérite, mais que je 
dois exposer ici, pour ne tenir dans Tombre aucun moyen 



ANaMAUBS Vfi LA TBMB. 46ft 

rfe Iraitement. « J'ai imaginé, dit-il, un instrument qui pré* 
sente une forme cylindrique, de 5 a 8 pouces de longueur, 
de 10 i 16 lignes de diamètre, ayant une extrémité libre, 
tandis que l'autre est montée sur un appareil auquel vient 
s'adapter une pompe aspirante. On introduit le pénis dans 
le cylindre, avec le soin de ramener en arrière le prépuce; 
on dirige l'instrument sur un plan incliné vers le haut, Tin- 
dîvidu étant debout. Le congesteur est fixé par une main, 
tandis que l'autre imprime au piston de légers mouvements 
pour faire le vide; le corps caverneux ne tarde pas à se 
gonfler; peu i peu le sang le pénètre de toutes parts, tout 
l'appareil génital subit l'impulsion érectile du pénis, que 
Ton fait durer de cinq à vingt minutes (1). » 

Mondât se servait aussi de cet instrument pour déterminer 
l'érection d'une verge bien conformée dans les cas d'ana- 
phrodisie. Je dirai, lorsque je serai arrivé à ce genre d'im* 
puissance, les résultats que m'a donnés le congesteur de ce 
praticien. 

Bifurcation de la verge. — Tous les ouvrages de méde* 
cioe légale, tous les dictionnaires de médecine et les traités 
spéciaux des maladies des organes générateurs parlent de 
la bifurcation de la verge comme entraînant tantôt l'impuis- 
sance absolue et tentât l'impuissance relative. Ce vice de 
conformation se rencontre rarement seul ; il accompagne 
presque toujours quelque anomalie de l'appareil urinaire, 
et surtout l'extrophie de la vessie. C'est donc au paragraphe 
qae je consacre plus loin à cette infirmité que je renvoie le 
lecteur pour la description de la bifurcation de la verge. 

f^icieuse direction du pénis, — Cette anomalie congé- 
nitale n'est jamais due k la rétraction de la peau ni a la 
brièveté du filet de la verge; elle réside essentiellement 

[i) D9la stérilité de thomme et de la femme j p. 91 . 




Ifi/l IMPUISSARf-E PAR VICRS DE CORt^ORUATtOK. 

dons les cor|tg cnverneui, se présente très rarement ft l't^Ut 
de simfilicité, et accompagne pre9i|ue toujours uii vice de 
conrormation, soit de l'urHre, soit de la vessie, J.-L. l'etit, 
qui nous a laissé de précieux documents sur les maladies 
de la verge, rap|)orle à ce sujet une observation et unit 
nécropsie r|iii méritent de trouver ici une place. « Un étran* 
gcr, dit le célèbre cliirurgten, me consulta pour savoir si 
la mauvaise conTormation de sa verge, qu'il avait apportée 
de naissance, pouvait se réparer, ou si, telle qu'elle était, 
etio le rendrait impropre nu mariage qu'il était près de con- 
tracter : il avait la verge si considéruLtement recourbée, que 



nit d'enveloppe dans toute sa 



la peau du scrotum 
partie inférieure. Le gland était la siule partie saillante lors 
de l'érection, ou jilulAl lors du gonflement des corps cavcr- 
neui et du gland ; l'ouverture de l'urètre était placée k 
l'endroit de la fusse navicuhiire, de manière que quand il 
rendait son urine, elle sortait en nappe et mouillait tout le 
scrotum. Je le jugeai impropre nu mariage, et lui conseillai 
de ne se point rendre aux raisons de ceux qui auraient envie 
de le délivrer de son incommodité par quelques opératiann. 
Je lui dis que, quoique les parties qu'on aurait à couper 
en faisant une opération ne fussent pas de conséquence, les 
suites pouvaient en être dangereuses; mais lic plus, qu'il 
n'obtiendrait jamais et; qu'il espérait; que, quand même il 
n'arriverait aucun accident, quand, après la cicatrice, la 
verge se trouverait entièrement séparée du scrotum, elle 
resterait toujours courbée en se gonflant, parce que la cica- 
trice ne pourrait jamais se prêter h l'allongement de la 
TCrge; que, outre cela, il y avait une autre cause de cour- 
bure è laquelle l'opération ne pourrait remédier. Il ne suivît 
point mon conseil : un autre le ))ersuada. Cependant, quoi- 
que je fusse d'un avis contraire, le malade désira quej 



J 



AROMALIKS DB LA VBHGE. 165 

tasse k Topération : elle fut faite a? ec beaucoup de dextérité; 
mais la verge, quoique exactement séparée du scrotum, 
conservait sa courbure et jamais ne put être redressée ; elle 
resta telle après la cicatrice (1). » 

J.-L. Petit pense que dans les cas de courbure originelle 
de la verge, les cellules du corps spongieux de Turètre ou 
des corps caverneux, selon que la partie concave est tournée 
en bas, en haut ou sur les côtés, sont plus petites ou moins 
nombreuses que les autres, et que la moindre quantité de 
sang qui y afQue détermine de ce côté un volume moins 
considérable du pénis. 

A Tappui de cette manière de voir, il rapporte la né« 
cropsie suivante : « J*ai eu occasion, dit-il, de me convaincre 
de la réalité de ce fait sur le cadavre d'un enfant que l'on 
m'avait fait voir le jour même de sa naissonce, et auquel je 
ne voulus faire aucune opération : on me l'avait amené 
plusieurs fois pendant le cours de sa vie, espérant que je 
pourrais trouver quelques moyens de le guérir de l'hypo- 
spadias, accompagné d'une courbure pareille h celle dont il 
s'agit. Je le renvoyais toujours sans lui rien faire, disant 
aux père et mère que cette difformité était irréparable. Cet 
enfant mourut d'une fluxion de poitrine à l'Age de dix à 
douze ans. Je demandai d'en faire l'ouverture, ne voulant 
pas échapper cette occasion de satisfaire ma curiosité. 

V Je découvris d'abord l'un des corps caverneux ; j'y Gs 
ouverture; j'y passai un tuyau dans lequel je soufflai; la 
verge se gonfla, se courba en dessous, et, pour la con- 
server dans cette figure, je fis une ligature au moyen de 
laquelleje retins l'air, puis je disséquai la verge et je trouvai 
que tout l'urètre était fort court; qu'il était, pour ainsi 

(I) OEuvreê eamplètes, édit. 4 837, p. 745. 



166 IBIPniSSANCI PAR VICIS DB COHfOlMATIOX. 

dire, ligamenteux et inrapnble de s'étendre, n'ayant aucun 
tissu cellulaire. Je le séparai des deux corps caverneui fort 
exactement, mais avec beaucoup de peine; malgré cette 
sépflratioii, les corps caverneux ne s'allongèrent que fort 
peu; la verge resto courbe, ce qui me fit juger que la mau- 
vaise conformation de l'urètre n'était pas la seule cause 
de la courbure, et que le dessous des corps caverneux y 
avait quelque part. Pour examiner la chose à loisir, j'em- 
portai les pièces chez moi : ayant sé|)aré les corps caver- 
neux d<' toute autri' partie, j'observai qo*en les tirant par 
les deux bouts, je ne poii\ais les allonger; et, les soufflant 
de nouveau por la première ouverture que j'avais faite, ils 
reprenaient la figure courbe, ce que j'attribuai d'abord à 
une bande ligamenteuse qui régnait h l'endroit d'où j'avais 
séparé l'urètre. Je séparai de cette bande tout ce que je 
pus sans ouvrir les corps caverneux ; je coupai même trans- 
versalement les fibres que je n'avais pu enlever; malgré 
tout cela, et malgré l'air que jesonllldis avec force, lescorpa 
cavernvMix conservèrent toujours leur courbure. Les avant 
soufflés pour la dernière fois, j'y retins l'air par une liga- 
lun* et les lis sécher. Quelque temps après, je les coupai, 
l'un lon«>ituiiinalement, l'autre par tronçons; je reconnus 
qne la figure courbe qu'ils avaient toujours conservée dépen- 
dait de ce que leurs cellules étaient presque bouchées dans 
la partie cave de la courbure, et que, par degrés, elles 
s'élargissaient jusqu'à la partie convexe, où étaient les plus 
grandes, soit que ces celluliMi aient été ainsi dès la première 
conformation, ou qu'avant toujours été gênées par l'urètre 
et par la bande ligamenteuse, elles soient restée.^i petites, 
n*o\ant pas eu la facilité de s*étcndre comme les autres (l).» 

(1 bK' CI/., p. 717, 718. 



iimiALlBS B9 PRÉPIJGB. 102 

La eoorbare congénitale de la verge« dépendant des corps 
caverneux ou du corps spongieux de l'urètre, ne doit point 
tenter Tbabileté du chirurgien; elle est inguérissable; 
rimpuîssance qu'elle entraîne est par conséquent absolue» 

Le même accident, et ayant le même siège, peut se pro- 
duire à la suite de certaines aiïections, comme la blennor- 
rhagie, les contusions de la verge, etc.^ et peut alors, ainsi 
que je le dirai plus loin, réclamer efticacement les secours 
de l'art. 



S n. — ABOotallM ém 

Ahsencedu prépuce. — Ce vice de conformation ne pro« 
duit pas ordinairement l'impuissance, et nous ne le signalons 
ici, en passant, que parce qu'il enlève au gJand une partie 
de sa sensibilité et rend, par conséquent, le coït beaucoup 
moins voluptueux. 

Cette dernière circonstance n'est pas, on le comprend^ 
sans avoir une certaine influence sur les désirs vénériens. 

Depuis longtemps on a cherché i faire artiBciellement 
un prépuce, d'autant mieux que sadisparition a quelquefois 
liea accidentellement, à la suite de la circoncision ou de 
la gangrène de cet organe. Ceisc indique deux procédés 
opératoires, dont l'un est applicable à l'absence congénitale 
du prépuce, et l'autre h sa chute accidentelle. 

Le premier, qui seul nous intéresse ici, consiste à inciser 
circulairement au-dessous du gland la peau de la verge, de 
manière à partager en deux cylindres le fourreau du pénis. 
Le cylindre antérieur est attiré sur le gland et maintenu 
dans cette position pur des Gis attachés à une sonde intro- 
duite dans le canal de l'urètre, tandis que l'on interpose 
de la charpie aux lèvres de l'incision circulaire pour roain- 
teoir l'espace qui les sépare. Malheureusement, la rétrac- 



I 



168 lapurssAitce fai vicbs db conFoiiHATio%. 

tilité de la cicolritc neulnilise les efTorti de l'art, et rend 

cette [telitR inlirmité incurable. 

Quelqucrois le pri^pucc tie manque pas enlièretncnt, et 
il ert existe un ou deux lambeaui qui ginent plus ou moins 
l'acte copulaleur. 

Quand il n'v u qu'un lambeau, il se trouve ordinntrcment 
i la face dorsole de la tcrge, et peut lanlAt dépasser le 
glund, tantôt n'arrêter i so couronne sous forme de bour- 
relet. Dans l'un el l'uulre cas, où il est faciL' do comprendre 
combien le coït e»t dérectueui, l'etciHion est indiqut^e; on 
produit alors l'absence complète du prépuce, qui, ai elle 
prive le gland d'une eensibitilé plus exquise, ne met pas, 
du mains, obstacle à ta copulation. 

Quand deui ou plusieurs lambeaux existent, ils pcutenl 
èlrc ou lous indépendants tes uns des autres, ou réunie pur 
un seul de leurs bords. — C'est une espèce de bcc-dc-liitre 
du prépuce, simple ou multiple. — La réunion des bords 
libres peut se faire, soit nu mo>en de ligatures, »oit en avi- 
vant ces bords; mais il faut avotrsotn de laisser une érhnn- 
crure ti la partie aiiti^ricure du prépuce, pour que cet ori- 
Kcc donne librement passage au gland. Cette opération 
n'est ni sans dangers ni sans inconvénients : les dangers 
résuKent de la ligature qui pourrait produire le pbimosis ou 
le paraphimosis, el les inconvénients, de ce que la portion 
du prépuce qui cnrresponil h sa diviMon, pourrait, après la 
réunion de sn fenic, n'avoir pas a<sei d'étendue pour loisscr 
librement passer le gland. Aussi faut-il s'abstenir de toute 
opération dans le cas oîi la dirTorniilé n'est pos considérable, 
et, quand l'ort est obligé d'intervenir, n'employer, à défaut 
de l'avivemenl, que la suture la plus simple, celle à anse 
on celle à surjcl. 

Phimoais. — Le pliimosts est constitué par un ollongo- 



ANOMALIES DU PRÉFUCB. 169 

meot plus ou moins considérable du prépuce avec rétrécis- 
sement plus ou moins marqué de cette enveloppe, et qui 
peut aller jusqu'à son occlusion complète. Cette dernière 
circonstance rendrait impossibles, non-seulement le coît| 
mais encore la fécondation, si les individus qui en sont 
atteints pouvaient conserver ce vice de conformation jusqu'à 
la puberté ; on comprend, en eiïet, qu'à moins d'une ouver- 
ture anormale de l'urètre, une prompte opération soit 
nécessaire pour évacuer l'urine amassée entre le gland et 
le prépuce fermé, et prévenir ainsi les accidents les plus 
graves. 

Je ne m'occuperai pas plus longtemps de celte espèce 
de phimosis. 

Le phimosis ordinaire, celui qui ne présente qu'un rétré- 
cissement plus ou moins considérable du prépuce, avec une 
longueur trop grande de cette enveloppe, n'est pas, rigou* 
reusement parlant , une cause d'impuissance, — il serait 
plutôt un motif de stérilité; — mais il contrarie de deux fa- 
çons le coït, et c'est à ce titre que je lui donne ici une place. 

Par son rétrécissement, le prépuce prive le gland de cette 
cicitation voluptueuse qu'il acquiert par son contact tfvec 
la muqueuse du vagin , et peut s'opposer à son érection 
complète par l'espèce d'emprisonnement qu'il lui fait subir 
dans sa partie rétrécie. Je ne parle pas d'une complication 
asseï fréquente du phimosis naturel, la brièveté du frein, à 
laquelle je reviendrai tout à l'heure, et qui, dans le cas qui 
nous occupe, augmente les inconvénients que je viens de 
signaler. 

Eu égard à sa longueur, le prépuce gène le coït, en 
formant au-devant du gland un véritable bourrelet qui peut, 
5oit blesser les organes de la femme, soit rendre doulou- 
reuse pour l'homme l'intromission de la verge. 



170 IMFUIS8ANCB MM VIGI8 UB COHVOMVATIOR. 

Heureusement, l'art n'est pas désarmé de? anl une pareille 
infirmité, et la chirurgie peut toujours la faire disparaître. 
Trois méthodes eiislent pour atteindre ce résultat : TiDci* 
sion, l'excision et la circoncision. 

Si Ton réfléchit que le phimosis congénital est constitué 
tout k la fois par rallongement et le rélrécissement du pré- 
puce, on repoussera l'incision comme n'obviant qu'au rétré- 
cissement, et la circoncision comme ne détruisant que la 
partie superflue du prépuce. Cependant ces deux caractères 
du phimosis naturel ne sont pas tellement inséparables que 
Tun pui>se se montrer sans l'autre, et alors, selon la dif- 
formité » détruire, on pourra recourir, soit à l'incision, 
soit a la cirroncision. 

Mais dans les cas ordinaires, lorsqu'il faudra faire dispa- 
raître tout à la fois l'allongement et le rétrécissement du 
prépuce, il sera nécessaire d'opérer l'excision. 

Par le procédé ordinaire, on pratique d'abord l'incision. 
Celle-ci se fait en insinuant entre le gland et le prépuce, è 
la face supérieure et sur la ligne moyenne jusqu'au cul-de- 
sac de la muqueuse, une sonde cannelée ordinaire. Pendant 
qu'un aide soutient la verge en rapport avec la sonde, et 
attire la peau en arrière afin que l'incision ne Tintéresse 
pas trop loin, le chirurgien lient lui-même la sonde de la 
main gauche, et fuit glisser sur sa cannelure un bistouri 
droit è lame étroite et à pointe aiguë. Quand il sent que le 
bistouri est parvenu au cul-de-sac de la sonde, il relève la 
pointe de l'instrument qui pénètre dans les téguments, et 
attire la lame mntre lui, en incisant le prépuce d'arrière en 
avant. On termine l'opération en divisant, k l'aide des 
ciseaux, la petite bride que forme d'ordinaire la muqueuse 
au delà de l'incision. 

Après ce premier temps de Teicision, on saisit l'un après 



ANOMALIES BU PRBIlf. I7f 

Tautre les deax lambeaux du prépuce, on les tend suffisam- 
ment, et Ton en excise on morceau triangulaire avec le 
bistouri ou éa forts ciseaui. 

On pourrait è la rigueur, si le rétrécissement et rallon- 
gement du prépuce étaient assez prononcés, pratiquer 
d'abord la circoncision pour retrancher la partie superflue 
et recourir ensuite à l'incision pour opérer le débridement. 
C'est ainsi que je me suis comporté dans une circonstance 
OQ Texcision ne m*aurait donné qu'un résultat incomplet. 

On réunit la peau et la muqueuse, soit par quelques 
points de suture, soit par des serres fines, qui, très fréquem- 
ment, amènent la réunion par première intention. 

Adhérence du prépuce et du gland, — C'est ordinaire- 
ment une complication du phimosis, et, quoique cette com- 
plication soit souvent accidentelle et résulte de la balanite, 
elle peut cependant être originelle et accompagner comme 
telle le phimosis congénital. 

Sans doute la gène dans le coït est augmentée par cette 
complication, dont toute la gravité réside cependant dans 
le traitement chirurgical. C'est une dissection longue, pé- 
nible et douloureuse qu'il faut faire, et qui doit constam- 
ment respecter le gland, pour éviter une hémorrhagie, 
quelquefois très difficile k arrêter. 

S m. — Ab^omIIm dm Ênîm. 

Brièveté du frein. — Cette anomalie trop prononcée, 
en tirant fortement en bas le méat urinaire, a pu faire 
croire è des observateurs superficiels, soit à Teiistence d'un 
hypespadias, soit & une courbure de la verge. 

Mais si la trop grande brièveté du frein ne fait que simuler 
ces deux vices de conformation, elle donne naisaaooe aus 



172 I1IPUI88ANCB PAl VICE8 DB CORPOiMATION. 

menues accidents, et peut être, par conséquent, regardée 
comme contraire i une copulation régulière. 

Heureusement le mal n'est pas considérable^ parce <|ue 
rien n*est plus facile que d'y remédier : il suffit de couper 
le frein. Sou? ent cette petite opération se fait naturellement 
aui premières approches, surtout si la vulve oiïrc une 
ouverture étroite. Mais quand cette rupture ne s est pas 
opérée pendant le coït, on incise le filet, soit par un coup 
de ciseaui, soit avec le bistouri, en ayant soin de placer un 
peu de charpie entre les lèvres de la plaie pour prévenir 
leur réunion. 

S IW. — AB^nalIcs ém slaaJ et de rarétrc. 

Les vices de conformation du gland se confondent avec 
ceux de Turètre, parce que ces difformités portent toutes 
sur le méat urinairc, qui est In terminaison ou l'ouverture 
extérieure de ce canal. 

De plus, la description de ces anomalies ne doit point 
trouver place dans ce chapitre, car de deux choses l'une, 
ou l'urètre n'existe pas, ou il est vicieusement conformé. 

S'il n'existe pas, ou s'il est oblitéré dans un point de 
son étendue, la chirurgie aura dû intervenir avant que l'in- 
dividu ne soit apte à la génération; et si ce canal a été réta- 
bli dans sa position normale ou dans une direction artifi- 
cielle, mais de manière à donner passage à l'urine, la stérilité 
pourra en être la conséquence, mais l'impuissance n'en sera 
pas fatalement un effet. 

De même, dans la vicieuse conformation de l'urètre, 
comme, par exemple, dans les cas d'hypospadias et d'épi- 
spadi9s,les résultats sont analogues à ceux que je viens de 
citer, et, par conséquent, l'examen des anomalies qui affec- 
tent le canal de Turètre et le gland trouve plus naturelle- 



ANOMAUBS DB LA VBS8IB. 17S 

ment sa place dans le livre consacré à la stérilité de rhorome 
que dans celai dont l'impuissance fait le sujet. 

Par les mêmes motifs et pour éviter les redites, je renvoie 
au cadre de la stérilité la description des anomalies du veru- 
montanomi des canaux éjaculateurs,des vésicules séminales, 
des canaux déférents et des testicules, tout en me réservant 
le droit d'indiquer celles de ces anomalies qui seront tout à 
la fois causes d'impuissance et de stérilité. 

Des diiïérents vices de conformation qui affectent la vessie, 
un seul rentre dans mon sujet : c'est l'exstropliie ou la hernie 
congénitale de cet organe. 

L'exstrophie de la vessie n'est pas précisément par elle- 
même une cause d'impuissance; mais, dans la majorité des 
cas, elle s'accompagne, soit d'une atrophie, soit d'une vi- 
cieuse conformation de la verge, qui entraînent à leur suite 
l'anaphrodisie, et qui me forcent par cela même a lui donner 
ici une place. 

L'exstrophie de la vessie, que l'on appelle encore l'extro- 
version, l'inversion, la hernie congénitale de la vessie, est 
caractérisée par l'absence de la paroi antérieure de cet organe 
et par la sortie de sa paroi postérieure à travers les fibres 
écartées de la ligne blanche. Cette tumeur est globuleuse, 
fongoïde, et présente un volume variable selon l'âge du 
sujet, selon sa position et selon l'état de repos et de fatigue. 
Sa surface, d'un rouge plus ou moins vif, enduite de mu- 
cosités, est facilement irritable et continuellement le siège 
d*un suintement involontaire d'urine. 

Cet état a la plus grande influence, non-seulement sur 
la fonction urinaire, dont je n'ai pas i m'occuper, mais en^ 
core sur la fonction copulatrice et fécondante. 



i7& I1IPUI88ANGI PA9L VIGM DB CMrOiVATIOlf. 

Au point de vue de la copulalion, elle peut, dans quelqi 
cas rare?» ne porter atteinte ni au& désirs véoéheos, ni an 
coït. M. Iluguier en a rencontré un eseniple è l'IiApitai de 
la Charité de Paris, alors qu'il suppléait M. Gerdy. Passant 
en revue les diverses lésions de l'appareil dénito-ttrmâiffe 
qui accompagBaieot l'eistrophie de la messie dont il raixNile 
l'observation, il arrive à la verge, et dit : « Ise pénis de ce 
sujet présente aussi des vices de conformation. Cet organe a 
l'aspect d*un tubercule long d*un pouce environ; il est 
pourvu d*un gland imperforé ; le canal de l'urètre manque 
entièrement. La totalité du pénis rudimentaire est formée 
par les corps caverneux médiocrement développés. Le ma- 
lade nous a assuré cependont qu'il pouvait accomplir par- 
faitement l'acte du coït. Il parott même que depuis Tàge de 
quinze ans il se li\re aux plaisirs de l'amour. Dans ce mo- 
ment-là, dit-il, la verge enlre en érection et acquiert une 
longueur de (rois pouces environ. Le spasme voluptueux 
est toujours suivi, au dire du sujet, d'une émission sperma- 
tique; lo fluide se répond alors autour de la base de la 
tumeur; il n'est pas lancé, il coule en nappe (1). » 

Mais, ainsi que je le disais plus haut, les cas où la fonction 
copulatrice est conservée sont rares. Tantôt la verge, réduite 
a quelques centimètres chez l'adulte, présente è sa partie 
supérieure une gouttière formée par la paroi inférieure de 
l'urètre, et au-dessous du gland, un lambeau de peau qui 
rappelle un prépuce fi*ndu dans sa partie supérieure; tantôt 
le pénis oITre une bifurcation dont une seule branche su(h- 
porte le gland ; tantôt eniin les désirs vénériens eux-mêmes 
sont anéantis, comme pour ne pas éveiller des organes inca* 
pables de remplir les fonctions qui leur sont dévolues. 

Qu'on me permette, à cet eiïet, de rapporter deux exem* 

(«) GauUê dei hôpitaux, lànn. 4 840, n"* H 7, p. 467. 



11I0HALII8 Dl LA V1UIB. 475 

phi ie» iBonMlies dont la verge peut élre Trappée k ta soite 
de l'eitrophie de la vessie. 

J'empruDlertii le premier A l'observation fioreraontqoée 
0B 1769, par Deschamps, è l'Académie de chirorgie, ei 
rappMtée par Chopari(l) : « Un homme Agé d'environ 
lienle am, mort d'une fièvre putride è rhà|iital de la Cha- 
rité, avait les parties de la génération tellement conrormées 
que l'étendoede la verge, depuis la symphyse du pubis, était 
d'M pouce, «t depuis la racine du scrotum de deax pouces» 
Ce corps était aplati supérieurement et convexe tiiférieure» 
iMBt. Cet aplatissement présentait une gouttière prolongée 
iiepais la pointe du gland juiqu'i un corps rougeAtre, situé 
entre les os pubis, d'oîi l'urioe s'écoulait par la paroi pos- 
térieure de la vessie. Cette gouttière était plus large A son 
origine, et l'on voyait dans le milieu de cette partie le vera- 
■Bonlanum, les orifices des canaui éjaculateurs et ceux des 
conduits de la glande prostate. Le gland était divisé en 
deus parties. L'orifice des corps caverneux n'oirrail rien de 
remarquable ; mais ces deux corps, au lieu de se confondre 
k la «erge, étaient seulement appliqués l'un contre l'autre 
et oe se réunissaient que par leur extrémité antérieure A la 
base du gland. Cette union était telle que l'air, poussé dans 
M de ces corps, ne passait point dans l'autre. . . u 

Le second exemple est encore plus remarquable que 
edui-ci, parce qu'avec les vices de conforination de la verge « 
il oOrc l'abseBce complète des désirs vénériens. It est rap> 
porté par Uevilleneuve, en 1767, et a pour sujet un mosi- 
cien de Béliers, Agé de quarante -deux ans, nommé Alexandre- 
Louis Fabre. Après la description de l'exstropbie de ta 
feasie «t des anonali«s de l'appareil arinaire, l'aulear 

(I) IVaiUdc* niaJadJMrfNWMiiiri«airM.Pww,tl34,ti.i,p.l80. 



476 IHPUISSANCB tÀR VICES DE COKFOIIMAT)0<>. 

aborde l'appnrcil gétiërntcur, et s'exprime ninsi : ■ Immé- 
diatement sous la lumeur était une vcrj^e irtrurme, courte, 
chétive, et comme fendue ett dessus et tout de son long. Le 
gland ^tuit fort reconnaissable et sa couronne aussi. Sa 
couleur et sn substance spongieuse étaient dans leur état 
naturel ; on y lojait quelques lacunes sébacées ; ce bout de 
verge semblait avoir le dessus et le dessous en sens iniersc; 
h la partie supérieure, on vojait comme \a Irocc de l'urètre 
ouvert; ce trajet était exprimé par une espèce di; bande- 
lette longilutlinale, mais n'était enduit d'oucune humeur, 
comme j'iii dit que l'était le velouté de la vessie. On jufje 
bien que le gland devait (tre imperforé, comme il l'était en 
eflel. Des observateur»! prétendent avoir vu, dans la com- 
missure du pénis et de la tumeur, une portion supérieure 
de l'urètre rjui n'était pas fendue comme le reste du IrajcI. 
Il n'était pas aisé de vérilier lu chose, à cause de l'obscurité 
et de la douleur que l'écartenient des parties causait au 
sujet, et du rétrécissement du réduit. Mais attendu l'inuti- 
lité dont élait l'urètre, ne charriant rien, le fait ne me 
parait pas important. On n'avait point sondé ce reste 
d'urètre; on ne vovoit qu'un petit bout antérieur des corps 
caverneux, comme si le reste fût caché dans le bas de l'hy- 
pogaslre... Ce qu'il y a de très curieux, mais en même 
temps de très étonnant, c'est que (si la bouche d'Alexandre 
est sincère) il n'avait jamais ressenti : 1* de désirs char- 
nels ni d'érection ; 2* pas même de chatouillement au 
tact, etc.(l). « 

De pareilles infirmités ne sont susceptibles d'aucun trai- 
tement, car les sujets qui en sont atteints, parvinssent-ils h 
accomplir l'acte de la copulation, seraient pour toujours et 



(4) jMnMJd«MM«eiM, t.XXVII,p.36. 



J 



lUPUlSSAKCE IDIOfATHIOttK. 177 

fatalement voués h h slérililé, comme je le dirai plus loin, 
â cause de la diirormilû de l'urûlrc qui accompagne con- 
slamment la hernie congénitale du réservoir uriiiaire. 



CHAPITRE II. 

IMPUISSANCE IDIOPATIIIULE. 



J'oppelle impuissance idiopaltiique l 'impossibilité d'excr* 
cer le coït en dehors lie toute lésion apjinrcnle ou consta- 
lakle àvs organes génitaux, on dehors de tout état palho- 
logirjuc d'un appureil quelconque autre que l'appareil 
f;énilal, en dehors des lois ph}siologiqucs qui réj^isscnt les 
Ages, les constitutions et les lempérnments, en dehors de 
l'inlenenlion des racultés morales, en un mol, un état 
t)'inertie de Tuctivité génésique que n'ex|ilir|uent ni l'aiin* 
lomic normale, ni l'analomie pathologique, ni les rapports 
de sympathie physiologique ou morbide du sens générateur 
8«cc les autres fonctions de l'économie iinimale. C'est a 
cet état seulement que convient la dénomination de nt^nis^ 
<Du de syncope génitale. 

Celte névrose est eicessivement rare. 

Telle n'est pas, je le sais, l'opinion des auteurs qui m'ont 
précédé. Les anciens, privés des lumivres de l'analomrc 
pathologique, ne pouvant, par conséquent, rattacher à cer- 
taines lésions locales l'inertie des organes génitaux , et n'ayant 
que des notions superficielles sur les rapports sympathii]oes 
des diverses parties de l'économie entre elles, rapportaient 
Tolontiers A des troubles de l'innervation ou de la (orce 
vitale, s'ils étaient de l'école do Barlhez, les affections dont 
la cause et le siège véritables leur échappaient, Ce diagnos- 
tic, on plutdt celte absence de diagnostic, a étendu sur le 



176 mPOIBSilIfCB IDIOPATHIQim. 

sujet qui m'occupe d'épaisses ténèbres qui sont encore loin 
d'être dissipées. Il n'en poufait être autrement, puisqu'on 
mettait dans le même cadre, sans rappeler la confusion 
presque généralement admise de l'impuissance et de la sté- 
rilité, l'impuissance symptomatique du diabète et de la sper- 
matorrhée, i c6té de l'impuissance consécutive i la mastur- 
bation, aux excès de tout genre, de l'impuissance amenée 
sympathiquement par un état particulier de l'estomac, des 
facultés morales, etc, etc., et toujours, pour masquer son 
ignorance, on accusait de ces désordres l'innenration ou la 
force vitale, ces deux inconnues de la médecine, que Ton n'a 
pu encore parfaitement dégager. 

Du chaos dans lequel était plongée Tétiologie de l'im- 
puissance, ne pouvait sortir, on le comprend, une théra- 
peutique rationnelle : le hasard, entravé encore par une idée 
préconçue, fit tous les frais de la médication. Comme l'inner- 
vation ou la force vitale étaient accusées d*inertie, on re- 
courut, pour les relever de leur faiblesse, aux échauffants 
de toutes sortes, aux excitants de toute espèce, et l'on 
classa sous le titre d'aphrodisiaques des agents dont la liste 
est inépuisable; les trois règnes de la nature furent mis à 
contribution : on fouilla les entrailles des animaux, on confia 
k l'alambic les végétaux des deux mondes, et Ton soumit 
les minéraux aux réactions les plus aventureuses de l'al- 
chimie. L'esprit recule épouvanté devant tout ce qu'inventa 
l'imagination pour réveiller l'énergie abattue de l'innerva- 
tion génitale. 

On alla plus loin encore : on appela k son aide la polj- 
pharmacie, et grâce a son complaisant concours, on com- 
posa des préparations incroyables que l'on décora de titres 
pompeux, comme pour ajouter une vertu nouvelle i toutes 
celles qu'on leur prêtait avec complaisance. Le nombre des 



tlIPniSSANCB IDIOPATHIQUË. 179 

formoles aphrodisiaques que nous ont laissé nos |)ré(léces- 
seurs est Jmmense ; je ne rapporterai comme type du genre 
que celle que Zaculus-Lusitanus nous a conservée sous le 
nom de cachunde^ et que les grands de la terre estimaient 
d'une manière toute spéciale, tant à cause de ses vertus 
surprenantes que pour son prix très élevé. Ce dernier motif 
ne saurait être mis en doute, quand on saura que les pierres 
tes plus précieuses entraient en quantité assez considérable 
dans ce remède, dont voici la formule : 



I âS 90 _ 



Terre de Cimole I^DOOgram 

Ambre iOO — 

Musc 

Ambre gris 

Calambac 300 — 

Perles préparées 90 — 

Rubis 

Êmeraudes 

Grenat >***<»- 

Hyacinthe préparée 

Sandal rouge 400 — 

Sandal jauoe 90 ^-t 

Mastic \ 

Jonc odoriférant \ 

Galanga 

Cannelle 

Aloôe lavé avec le sac de roses. . . . 

Rhubarbe ^ a» 60 — 

MiroboJans bellirigues 

Mirobolans d'Inde 

Absinthe 

Corail rooge 

Bol d'Arménie 

Ivoire calciné - 350 — 

oc Broyez ces ingrédients et les réduisez en poudre la plus 
fine -f 



IflO llll'OISSA^CB IDKirAlUIQliB. 

» Képandi'z dessus des vins odorir^ranls, des baumes, et 
de l'eaii distillée des Itcurg de l'arbre qui porte Ja cannelle ; 

D Faites sécher le lout ii l'ombre; 

» Mèlrz une quanlilé suffisante de sucre te plus fin ; 

» Enlin réduiseï le tout en une masse visqueuse et smci 
tenace, d'une couleur passablement rouge, avec un muri- 
lage de ^omme adragont et de gomme arabique. « 

Vollii la Tormulc de celle |ifttc, ù laquelle les marchands 
doniioicril dos formes iliverscs, et qu'ils cipédiaîent dans 
toutes les parties dti monde et surtout à Lisbonne. 

Voici maintenant les propriétés fubuleuses de celte pré- 
paration. S'il en rallnil croire /acutus-Lusilonus, que je vais 
traduire servilement, on devrait reconnaitroquela médecine 
eM en voir ilûcroissnnie, et que l'nrl de guérir n'est plus 
aujouril'liui qu'une .liïrcuse mytililinilion. » Les prince» 
indiens et les grands de la (Iliinc, ilil /iiculus-Lusitanus, en 
tiennent, pondant lejour, dans leur bouclie, une petite quan- 
tité, gros, par exemple, comme une lentille ; cette petite 
portion rend en .se fonilant un<^ liqueur douce et odorante, 
qui desneml insensiblement clans l'estomac, et donne à leur 
haleine une odeur si agréable que tous ceux qui les ap- 
proelieiit en sont frappés. O remède mérite vraiment que 
l<>s rois et les grands en fassent usage : il est bon pour 
la conservation de ta clialcur naturelle; il garantit le corps 
de la cnrruplion ; il prévii-nl le.s funestes inlluencos de l'aîr 
empesté; il di*sipc les iliituir lires, et il soula;;c merteilleu- 
sèment ceu\ qui sont itllnqués de métanrotic. Il arrête les 
palpitations de cœur, giiéiit la canlialgie, l'apoplexie et 
ré|iilepsie; ranime les esprits aniniaui et vitous, forliiie 
toutes les fieultés, rél.,blit reslomac, et résiste aui poisons 
do toute espèce. Il fait du bien au cerveau, et c'est le meil- 
leur remède que l'on puisse employer contre l'infection de 



I 

IMPUISSANGK IDIOPATIIIljUK. 181 

rbaleine. Il excite & Tacle vénérien; c'est par cette raison 
que les deux sexes en font un si grand usage dans l'Inde. 
En un mot, c'est un remède vraiment royal : il prolonge la 
?ie, il éloigne la mort; aussi se vend-il fort cher. Ceux qui 
remploieront ue pourront s'empêcher d*en admirer les eiïets 
surprenants (1). » 

Les modernes, grâce aux progrès de la chimie et h Tin- 
Ouencc qu'a exercée la doctrine de Broussais, ne tombent 
plus dans les écarts d'une poly pharmacie ridicule; mais 
comme l'étiologie de Timpuissance ne leur est guère mieux 
connue, et comme, suivant en cette voie les erremc*nts des 
anciens, ils continuent i rapporter à l'alTaiblissenicnt de 
l'innervation la très grande majorité des cas d'impuissance, 
ils poursuivent la pensée, i l'exemple de leurs prédéces- 
seurs , d'activer l'énergie vitale et de relever le^ forces 
nenreuses du génésique. A cet eiïet, ils recourent tantôt 
aux excitants généraux, tels que la vératrine, la strych- 
nine, etc., tantôt aux excitants spéciaux, tels que le phos- 
phore, Télectricité, les cantharides, dont l'action sur les 
organes génitaux n'est que consécutive. 

Cette simplification dans la médication n'amène pas des 
résultats plus heureux que les préparations polypharma- 
ciques des anciens; et il en doit être ainsi, puisque la même 
confusion règne dans l'étiologie, et par conséquent dans le 
choix du traitement. 

Cependant, quelques rayons de lumière ont pénétré les 
ténèbres de cette nuit profonde; les travaux de MM. Lalle- 
mand, Civiale (2), etc., ont dépouillé du titre de névrose 



(1) De medic princip, hi$t., lib. I, obs. 37. 

(2) Traité pratique des maladies des organes fjénito-urinairei, Paris, 
4 850. 



183 I1IP0I86A1<ICB IDIOPATBIQOB* 

certaines impuissances doiil la cause manifeste est dans Itlé" 
sion d'une partie de Tappareil génital; mais leurs oufraget, 
limités par leur nature même à une seule face de la question 
dont je dois embrasser l'ensemble, n'ont pu Tarracher tout 
entière aux nuages où l'ignorance et l'imagination Tavaient 
entraîner, et lui donner le caractère de positivisme qui dis- 
tingue aujourd'hui h pi'u près toutes les parties de la science. 

C*est U* de%oir que je me suis imposé eo écrivant ce livre^ 
c'est la route que je me suis tracée en étudiant Timpiiii- 
sance et la stérilité. 

En suivant cette voie tout opposée k celle de mes defan* 
ciers, je n*ai pas tardé é me convaincre que la névroae gé- 
nitale, dégagée de toute lésion locale et de toute sympathie, 
en d'autres termes que l'impuissance idiopatbique était 
excessivement rare. 

Cependant je l'ai bien manifestement observée, comme 
je le dirai tout k l'heure, et je dois, par conséquent, lui 
donner ici une place. 

Mais l'impuissance idiopatbique est loin de se présenter 
constamment avoc les mêmes caractères, et il est très essen- 
tiel, au point de vue du traitement, de déterminer d'une 
manière précise les formes diverses qu'elle peut revêtir, car 
ces formes sont intimement liées aux modifications que subit 
l'énergie virile. 

Bien que la turgescence de la verge soit sous la dépen- 
dance de la circulation et de l'innervation, je ne considé- 
rerai ici que la fonction érectile dans son ensemble, me 
réservant de faire ressortir, dans la partie consacrée è la 
th(Ta|ieuli<{ue, 1rs indications plus spécialement relatives è 
rinilux nerveux, et relies que réclament les troubles de la 
circulation de Tappareil copulaleur. 

Les phénomènes de la vie ont, dans chaque individualité, 



I1IPUI8SÂNGB IDIOPATHIQUB. 188 

uo lype normal, régulier, qui n'est pas le même pour tous 
les hommes, et qui, combinés entre eux d'une manière 
harmonique, constituent l'état de santé. 
Eo dehors du type normal est la maladie. 
Mais les altérations que peuvent éprouver les phéno* 
mènes ou, pour mieux parler, les fonctions de l'organisme, 
sont de différentes sortes ; elles doivent être ramenées sous 
quatre chefs principaux : 

1* La fonction peut être abolie; 

^2" La fonction peut être simplement affaiblie, c'est-i-dire 
s'exercer avec moins d'énergie que dans l'état normal; 

3* La fonction peut être pervertie, c'est-à^ire ne plus 
obéir è ses excitants naturels -, 

A"" Enfin, la fonction peut être exaltée, c'est-à-dire se 
produire avec une intensité plus grande que dans le type 
régulier. 

Appliquons h l'érection cette division si légitimement 
vraie des altérations dont toute fonction est susceptible, et 
nous aurons alors : 

1* L'impuissance par l'abolition ou l'anéantissement de 
la force copulatrice; 

2* L'impuissance par la diminution de l'énergie virile; 
3* L'impuissance parla perversiondel'cxcitation génitale; 
&* Enfin, l'impuissance par un surcroît anormal d'excita- 
bilité. 

Le premier genre d'impuissance n'est jamais idiopathiquej 
il est sous la dépendance, soit d'une cause physiologique, 
comme chez les vieillards, soit d'une mutilation, comme 
chez certains eunuques, soit d'une cause morbide, comme 
dans quelques affections des centres nerveux. 
Je n'aurai donc pas à m'en occuper ici. 
Les trois autres espèces, au contraire, fixeront séparé- 



18& iaiPI'l89JlXCK IDIOFATHIQUK. 

ment mon ottention, parce que chocone d'elles présente une 
physionomie porticulière et réclame une médication propre. 

g I. <- InipalaMMee IdiopAïkl^He par ëéittwi ë'éaergle. 

Celte espèce d'impuissance peut être congénitale ou acci- 
dentelle. 

Quand elle est congénitale, c'est-à-dire lorsque le ma- 
lade n'a pas eu d'érection, elle est presque toujours liée 
à un état déplorable de la constitution et h l'atrophie, ou 
tout au moins h un arrêt de développement de l'appareil 
génital, de telle sorte qu'il est très difficile de décider si, 
dans ce cas, l'impuissance est cause ou effet. Cependant 
Planque cite, d'après les éphémérides d'Allemagne, un fait 
d'impuissance congénitale au milieu des conditions les plus 
favorables au coït: «On n'aurait pas si bien réussi, dit-il, 
avec ce stupide impuissant dont parle Hartmann (1). Il était 
fort et robuste et avait les testicules fort gros, la verge 
courte, petite et flasque, mais il ne connaissait ni érection 
ni semence, et n'avait jamais eu de sentiment d'amour (:2). » 

Cette observation laconique ne peut, on le comprend, 
servir de base à une opinion ; d'autre part, il ne s'est jamais 
présenté à mon examen un impuissant de naissance sans vices 
de conformation ou sans maladies, et offrant tous les carac- 
tères d'une parfaite virilité; aussi suis-jc porté à croire que 
cette impuissance idiopathique congénitale, si elle existe^ est 
excessivement rare, et qu'il faut se mettre en garde contre 
les exemples qu'en pourraient citer des observateurs super- 
Gciels. 

Comme tous les cas d'impuissance congénitale qu'il m'a 

(I) Kph. germ , dec. 3, an 4, obs. 85, p. f 84. 

(i) Biblioihèque choitie de médecine^ t. VI, p. i39, an. iMPUittAiici. 



IMPUISSANCE IDIOFATUIQUIS l*AR DÉFAUT D*ÉNEKG1E. 185 

été permis d*obscrver étaient accompagiu^s d'une grande 
faiblesse dans la constitution ou d'un nrrèt de développe- 
ment des organes génitaux, j'ai toujours employé une thé- 
rapeutique que j'exposerai dans le chapitre suivant, auquel 
je renvoie le lecteur. 

Mais si l'impuissance idiopathique congénitale était par- 
Taitcment constatée, j'estime qu'il faudrait mettre en usage 
les moyens destinés à combattre l'impuissance idiopathique 
accidentelle dont je vais maintenant parler. 

Cette impuissance peut se produire de deu\ manières : 
ou primitivement, ou secondairement. 

Primitivement, l'impuissance survient sans cause connue, 
sans motif plausible, au milieu de la santé la plus parfaite» 
des désirs les plus vifs, de la quiétude morale la plus com- 
plète; en un mot, au milieu des conditions les plus favo- 
rables à la copulation. 

Secondairement, l'impuissance se montre h la suite d'un 
accident qui aurait pu entraîner, et qui même a entraîné 
rinertie de la verge, mais qui, disparu depuis plus ou moins 
longtemps, ne peut plus exercer son influence sur l'énergie 
virile; je m'explique: — Pris d'une indigestion à la suite 
d'un repas copieux, M. X..., avoué près la cour impériale 
de Paris, est frappé pendant toute la nuit d'une impuissance 
absolue. Le lendemain, remis de leur fatigue, les organes 
digestifs reprennent normalement leurs fonctions sans que 
les organes génitaux suivent leur exemple. L'impuissance 
persiste pendant quinze jours environ, malgré l'éloignement 
de la cause qui l'avait produite, et dont l'action, fugitive 
d'ordinaire, n'avait pu laisser des traces dans l'appareil gé- 
nérateur. 

Il ne faut pas confondre cette impuissance idiopathique 
secondaire avec l'impuissance entretenue par un sentiment 



186 IHPOlSftAIlCB IDIUPATHIQUI. 

de crainte ou de honte. L'homme, ainsi que je le dirai lon- 
guement lorsque j'examinerai l'empire que le moral exerce 
sur le génésique^ l'homme dont les désirs ont une fois trouvé, 
par une cause quelconque» des organes rebelles, lâche gé- 
nérniement, qu'on me passe la locution, la bride k son ima- 
gination, qui, se faisant un tableau a?ec les cooleurs les plus 
sombres, frappe le malheureuii d'impuissance, selon l'ex- 
pression de Virey, par la crainte d'être impuissant. 

li'onaphrodisie idiopathîque secondaire ne reconnaît que 
des causes éloignées essentiellement fugitives. 
Ces causes peuvent être ou physiques ou mprales. 
I Parmi les premières, il faut placer tout ce qui trouble 
) vivement et rapidement l'organisme : Tindigestion, dont j'ai 
déjà parlé, l'ivresse non habituelle^ le passage trop brusque 
du chaud au froid de tout le corps ou simplement des or- 
,; ganes génitaux. Ln médecin de jNantes en qui j'ai toute 
confiance m'u dit avoir donné des soins à un négociant de 
Bucharest, devenu impuissant à la suite d'un bain de mer 
pris au mois de janvier, 
t Ia's causes morales sont incontestablement celles dont 
l'action est ici la plus énergique: toute émotion violente, 
tout sentiment vif, qu'il soit sympathique ou antipathique, 
comme une grande joie, une terreur profonde, peuvent 
amener une syncope génitale. J'ai soigné un homme dont 
l'énergie virile s'émoussa tout à coup en apprenant qu'il 
avait gogné un lot de 30,000 francs dans une des nom- 
breuses loteries qui s'établirent après la révolution de février. 
J'en ai connu un autre qui nfa assuré n'avoir pu obtenir 
une érection pendant les six mois qui suivirent l'accident du 
chemin de fer de la live gauche de Versailles, dans lequel, 
sauvé comme par un miracle, il avait éprouvé un eiïroi indi- 
cible. 



IMPUISSANGB IDIOPATHIQUB PAR DftPAIJT d'ÉNERGIE. 187 

Aucune douleur, soit générale, soit locale, aucun trouble 
dans la fonction urinaire, rien ne dénote Taltéralion sur- 
venue dans les fonctions génératrices : la verge est molle» 
flasque, décolorée ; le gland pâle et ridé ; l'artère dorsale 
du pénis cède à la moindre pression, et ses battements sont 
à peine perceptibles; le scrotum, distendu et pendant, est 
insensible à l'action du froid et des attouchements erotiques. 
Quelquefois cependant la verge et le scrotum présentent des 
caractères tout opposés : le gland à sa coloration normale; 
le corps du pénis est dur, résistant, comme dans l'engorge- 
ment des corps caverneux, mais reste pendant, et ne s'élève 
pas, comme dans Térection, contre la paroi antérieure de 
l'abdomen ; les bourses, sans atteindre le degré de contrac- 
tion de celles d'un homme sain, ne sont pas complètement 
étrangères à l'influence des agents extérieurs. 

Ces différences dans l'état des organes génitaux externes 
sont importantes à noter, car c'est sur elles que reposent 
certaines indications thérapeutiques dont je parlerai tout à 
l'heure. 

La sonde, introduite dans la vessie, ne décèle rien d'anor« 
mal sur tous les points de son parcours. Quelquefois, sous 
l'empire d'un rêve lascif, et même par la seule influence 
de la chaleur du lit et de la position horizontale sur le dos, 
une pollution nocturne se produit, tantôt sans érection ni 
plaisir, tantôt avec érétisme de la verge et sensation volup- 
tueuse. Ces pollutions sont peu fréquentes et ne se répètent 
qu'à des époques assez éloignées les unes des autres; aucune 
perte séminale ne se manifeste durant le jour, ni à la suite 
des urines, ni pendant les eflbrts de la défécation. Dans 
quelques eus, sous lempire de vifs désirs vénériens, d'attou- 
chements lascifs, pendant l'équilation ou une promenade en 
voiture, le pénis semble vouloir reprendre sa force perdue. 



i88 lMi*tlS8ANCE IDIOFATUIIHIB* 

et alors un suintement blanch&tre et gluant se montre au 
méat urinaire ; les malades ne manquent jamais de prendre 
ce liquide p ur du sperme, et demeurent convaincus qu'ils 
sont atteints de pertes séminales. 

C'est avec cette opinion qu'ils se présentent au médecin. 

Combien de fois n'ai-jc pas eu h redresser de pareilles 
erreurs, et combien l'expérience m'a appris qu'il était dif- 
Bcile de les détruire ! Étrange bizarrerie humaine ! L'âme 
éprouve autant de difficulté h se débarrasser d'une préoccupa- 
tion douloureuse qu'à renoncer aux pensées les plus douces 
et les plus consolantes ! Presque toujours le moral du ma- 
lade est profondément aiïecté ; son esprit inquiet a multiplié 
et grossi les symptômes ; son imagination, nourrie et faussée 
en même temps par la lecture de livres de médecine ou par 
les récits des gens du monde, se |)erd dans un abîme de 
maux dont le fond, qui est la tombe, ne lui apparaît qu'à 
travers des souffrances inouïes et Tinanité de désirs qui font 
tout à la fois son désespoir et sa honte. 

C'cïil en de pareilles circonstances que des ménagements 
de toutes sortes, des précautions de toute nature, sont d'une 
absolue nécessité : si le médecin, après avoir fait au moral 
la large part qui lui revient, et avoir dégagé l'impuissance 
de tous les accidents qu'une imagination effrayée a créés 
ou grossis, dispute dès l'abord au malade l'afTection dont il 
se croit atteint, tout est perdu; la confiance que l'on avait 
en ses lumières lui est retirée, et le malade l'accuse inté- 
rieurement de ne rien comprendre, ou tout au moins de ne 
pas croire à son mal. 

L'excès contraire, c'est-à-dire le rembrunissement du 
tableou créé par lo peur, a aussi ses dangers; il prépare à 
la thérapeutique des entraves dont il ii*est pas toujours 
facile de se débarrasser, s'il n'étouffe pas aussi la confiance 



IMPUISSANCE IDIOPATIIIQUB PAR DÉFAUT d'ÉNERGIE. 189 

dans Tesprit du malade, en lui donnant l'idée ou que le 
médecin confond son aiïeclion avec une autre, ou que son 
mal est au-dessus des ressources de l'art. 

La conduite la plus sage, ainsi que je l'expliquerai ail* 
leurs, alors que je parlerai de la toute-puissance du moral 
sur le sens générateur, me paraît être la suivante ; au début, 
accepter comme vrais les accidents signalés, sembler croire 
8 Texistence du mal accusé, et s'attacher surtout et avant 
toute chose à faire disparaître le symptôme dont le malade 
se préoccupe le plus. 

Pour un esprit prévenu, un résultai heureux a mille fois 
plus de valeur que les dissertations et les médications les 
plus savantes^ les charlatans le savent bien, car ils ne font 
jamais qu'une thérapeutique de symptômes. 

Pour les cas dont il est ici question, l'impuissance est 
rarement l'accident dont se tourmente le plus le malade. Se 
croyant atteint d'une affection de la prostate ou des vésicules 
séminales, le malheureux considère som anaphrodisie comme 
la conséquence çle ces affections, et n'attache réellement 
une importance pathologique et médicalrice qu'à ce qu*il 
croit la cause de tous les désordres dont il se plaint. 

Le suintement du liquide blanchâtre et gluant dont je 
parlais tout à l'heure est, dans la majorité des cas, le signe 
dont le malade est le plus affecté; quelquefois, mais plus 
rarement, ce sont des élancements dans le canal de l'urètre, 
élancements que le malade compare toujours, pour leur 
rapidité et leur acuité, à des coups d'épingle; et moins 
'fréquemment encore, car je ne Tai observé qu'une seule 
fois, c'est une espèce de titillation ou de névralgie du 
gland. 

Dans toutes ces circonstances, il est assez facile de se 
rendre maitre des accidents qui ne sont sous la dépendance 



490 laraiMANGB imoPAmovi. 

d'aucune aiïection organique et d'aucun trouble de la force 
nerfeuse générale. 

Dans les cas de suintement au méat urinaire du liquide 
blanchâtre, qui n'est autre que du fluide prostatique, on 
épargnera h la prostate toute eicitation capable d'aug- 
menter sa sécrétion : le commerce des femmes, les lectures 
erotiques, les théâtres seront proscrits ; Téquilation, les 
promenades en voiture, la position assise trop longtemps 
prolongée seront défendues ; tout excitant sera rayé du 
régime alimentaire, et l'on ordonnera soir et matin des ablu- 
tions d'eau froide sur le périnée et les organes génitaux. 

Les élancements dans le canal de Turètre céderont faci- 
lement à l'emploi des opiacés i l'intérieur et k Teitérieur, 
et i des bains chauds pris tous les jours ou tous les deux 
jours. 

Enfin, dans les cas de titillation du gland, je me suis 
senfi avec avantage d'une pommade composée de parties 
égales d'extrait d'opium et d'extrait de belladone dont je 
recou\rais le gland, après avoir fait pratiquer sur lui et avec 
la même pommade une friction de dix minutes de durée. 

Après ce premier succès, le malade, dont l'esprit s'ouvre 
è l'espérance, appartient au médecin corps et âme. Alors, 
mais seulement alors, l'homme de l'art, dont les assertions 
s'appuient sur une base irrécusable et sont légitimées par 
un fait, peut essayer de combattre Terreur du malade et 
lui faire partager ses convictions. 

Cependant cette règle de conduite souffre de nombreuses 
exceptions, et il vaut souvent mieux paraître poursuivre 
rafTection supposée, de peur que l'imagination, se préoc- 
cupant trop de l'unaphrodisie, ue donne accès à des ap- 
préhensions qui entreliendnnent Timpuissance. 

Le médecin agira selon la connaissance qu'il aura acquise 



IWUISSANGB miOPATHIQUfi PAS DÉFAUT D*ÉNER6IB. 19l 

de $on malade; mais quelle que soit sa détermination, il 
doit sérieusement s'occuper des moyens les plus propres è 
dissiper la syncope génitale. 

Ces moyens sont nombreui ; ils se proposent tous de 
réveiller Faction nerveuse aiïaiblie ou relâchée, et c'est dans 
leur cadre que viennent naturellement se placer les médi- 
caments dits aphrodisiaques. 

Je partagerai en trois grandes classes les ressources que 
la thérapeutique fournit pour combattre l'impuissance idio- 
pathique par défaut d'énergie virile : 
1® Agents médicamenteui ; 
2o Agents physiques; 
fto Moyens mécaniques. 

Chacun de ces modes de traitement a une action très 
distincte, et il est de la plus haute importance de se rendre 
an compte exact de sa manière d'agir. Les ténèbres qui 
enveloppent la thérapeutique de l'impuissance me paraissent 
tenir, en dehors de toute considération de diagnostic, à la 
confusion que l'on a faite de toute médication, en employant 
indistinctement et au hasard, tantôt les échauffants, tantôt 
les excitants généraux ou locaux, ici l'acupuncture, là l'élec- 
tricité, etc. 

L'expérience m'a appris qu'il n'existait pas de spécifique 
contre la syncope génitale ; que le traitement variait, pour 
ainsi dire, avec chaque individu, avec chaque idiosyncrasie, 
et que les agents, décorés du nom d'aphrodisiaques, ne mé* 
ritaient pas cette dénomination dans la sévère acception du 
mot, ou qu'il fallait alors l'appliquer aux trois quarts des 
substances de la matière médicale. 

On comprend que je ne puisse ici passer en revue cette 
immense nomenclature ; mais il est essentiel, comme on le 
verra par la suite, de se bien pénétrer du mode d'action, 



192 IMPUISSAKCB IDIOPATHIQUI. 

noil-seulement de la méthode de troitcmcnt que l'on met 
eu usoge, mais encore de l'agent ou du moyen que Ton 
appelle n son nide. 

C'est ce que je vais essayer de faire en terminant ce para- 
graphe. 

\^ A(jenis médicamenteux. 

G)mmc leur nom l'indique, ces agents sont tous fournis 
par la matière médicale et appartiennent aux trois règnes 
de la nature. 

On 1rs doit distinguer de deux monières : 1* selon le lien 
où se foit sentir leur action; 2* selon leur mode même d'agir. 

Sous le premier point de vue, je divise les médicaments 
dont il .s^)git en deux classes : 1^ ceux dont l'action s'étend 
sur toute Péconomie ; 2" ceux dont l'inlluence est limitée 
à un appareil ou à un organe; ces derniers se partagent en 
agents dont l'action est directe sur legénésique, et en agents 
quiogisscnt sur un appareil ou sur un orgone spécial chargé 
de transmettre u l'appareil co|)ulatcur les modifications qu'il 
a reçues. 

Sous le second rapport, dont l'importance est extrême, 
je distingue également les aphrodisia(|ues en deux classes : 
1* ceux qui agissent sur le système vasculaire et les nutri- 
tions; 2"^ ceux qui agissent sur Tinnervation. J'appelle les 
premiers excitants et les seconds excitateurs. 

Je classerai donc de la manière suivante les agents que 
fournit la matière médicale pour la thérapeutique de l'im- 
puissance iiliopatliique par défaut d*énergie : 

- ( I" Excitants généraux. 

Excitants : J ° . « 

^2» ExcilanU locaux. ('' E^itanU gfnésiqueâ direct». 

( 2* EsciUnts locaox divera. 



laraiSSANGB IDIOPATBIQUB PAR DfiFAUT D* ÉNERGIE. 193 

U-Excitaleorslgcaux. { «•Exc.taleursgénés.quesd.rec.s. 

(2*Excilateurs locaux divers. 

Si Ton se rappelle que Térection de la verge se produit 
à la suite d'une surexcitation nerveuse générale et locale, 
eld*un grand afQux de sang dans le tissu éreclile du pénis; 
et que ces deux phénomènes, augmentation de l'innerva - 
(ion et accélération de la circulation, sont constamment 
sous la dépendance l'un de l'autre, on comprendra tout à la 
fois la légitimité et l'importance de mes divisions. En eiïet, 
qu'une impuissance idiopathique s'accompagne d'une con- 
stitution faible, d*un tempérament lymphatique, de la laxité 
de la fibre, de l'apathie des fonctions digestives, etc., etc., 
nais dans des limites pourtant compatibles avec l'exercice 
de la virilité, si vous recourez aux excitateurs, soit généraux, 
comme la strychnine, la vératrine, soit locaux, comme 
le phosphore, la rue odorante, vous avez dix chances contre 
une pour ne pas réussir. N'est-il pas vrai qu'au milieu des 
circonstances physiologiques que je viens d'énoncer^ le sys- 
tème nerveux présente une susceptibilité plus grande, et 
que dans la majorité des cas, il la faut contenir au lieu de 
l'exciter ? Sans doute, cette susceptibilité peut être irrégu-* 
lière, elle peut faire subir aux organes génitaux des écarts 
qu'il est utile de combattre ; mais cette indication, que je suis 
bien loin de nier, est en quelque sorte secondaire, et se 
trouve parfois remplie par celle qui se tire de l'étal de h 
circulation; car n'oubliez jamais, en thérapeutique, celte 
porole si profonde du père de la médecine : « sanguis 

MODERATOR NERVORUM. f> 

Comme on le voit, il n'est pas indifférent d'abandonner 
au hasard le choix de la médication h prescrire , et c'est 
ici qu'à défaut de symptômes précis, nettement dessinés, 

13 



i9& IHH1I88ANCB IDIOPATIlOOlé 

rhomroe de l'art doit faire appel h son tact oa plutôt k aan 
instinct médical. 

Cependant je vais essayer de donner à cette partie de la 
thérapeutique une base moins inc«rtatne^que Tinstinct, et 
fiier autant qu'il me sera possible les conditions physiolo- 
giques et pathologiques qui réclament telle méthode de 
traitement à l'exclusion de telle autre. 

Mais avant d'aller plus loin, rappelons que si les organes 
génitaui jouissent d'une sensibilité particulière qui les met 
sous la dépendance de certains indtateurs, ils sont soumis 
aui lois de la sensibilité générale, et que bien souvent il 
suffit de ranimer celle-ci pour que la première rentre dans 
son état normal. 

Cet axiome physiologique montre toute l'importance que 
l'on doit, avant toutes choses, attacher à l'état général du 
malade, c'est-à-dire à sa constitution, à son tempérament 
et à son état de sauté ou de maladie. 

De ce premier examen sortira l'indication du traitement 
général. 

On n'a pas jusqu'à présent, ce me semble, attaché une 
sufGsante importance à cette partie du traitement; on a trop 
oublié les liens qui rattachent l'appareil génital au reste de 
l'économie, et l'on a ainsi perdu de vue les ressources que 
l'on pouvait tirer de ces relations. Les exigences des malades 
ne sont sans doute pas étrangères à cet oubli des lois de la 
physiologie : les gens du monde ne comprennent pas d'or- 
dinaire les longs détours auxquels la médecine est quelque- 
fois condamnée, et, dans l'impatience de leurs désirs, ils 
n'apprécient bien que les roojens locaux ou ceux dont l'ac- 
tion est directe sur forgane malade. Que le médecin sache 
résister à cet enlraineroent; son honneur et son devoir 
rexigerit. Il pourra bien quelquefois, à l'aide de médica- 



iKPtJtSSANGB IDIOPATBIQCB PAK DÉFAUT d'éNEBGIB. 195 

menls énergiques, comme le phosphore ou les cantharides, 
amener une érection de la verge ; mais celte érection Forcée, 
plus douloureuse que voluptueuse, sera passagère et Fugi- 
tive comme l'action de l'agent qui l'aura produite, et le 
malade sera peut-être après plus inhabile encore à la copu- 
lation, sans parler des complications qui peuvent surgir de 
l'emploi de moyens aussi violents. 

Une médication générale me paraît donc nécessaire avant 
l'usage des moyens locaux ou directs, ou tout au moins 
concurremment avec lui ; les indications en seront puisées 
dans les conditions physiologiques et morbides de l'éco- 
nomie tout entière, et devront se proposer comme but final 
d'activer ou de régulariser l'innervation, soit en agissant 
directement sur les centres nerveux, soit en opérant d*abord 
sur le système vasculaire et les nutritions. 

Il est impossible, on le comprend, de peindre toutes les 
variétés des idiosyncrasies, où viennent se mêler et se fondre, 
tout en conservant quelquefois leur physionomie spéciale, 
la constitution, le tempérament, les tendances morales, 
rinergie intellectuelle, les habitudes, le régime, etc., etc., 
et qui font de chaque homme une individualité propre que 
le médecin véritablement digne de ce nom doit étudier et 
connaitre avant la prescription de toute thérapeutique. C'est 
la connaissance et la rapide appréciation des idiosyucrasies, 
de la force d'action et de réaction des divers organismes, qui 
constituent les grands praticiens et forment tout le secret de 
leurs succès. 

Cet art, qui bien souvent a l'instinct médical pour guide, 
exige une appréciation exacte des lois qui président aux 
synergies physiologiques et pathologiques, et ne peut, par 
conséquent, être développé dans un ouvrage de la nature de 
celui-ci. C'est en se conformant aux principes de cet art que 



lOG IMPUISSANCE IDIOPATHIQUB. 

le praticien trouvera rindication, tantôt des eicitanls, tanlAi 
des excitateurs généraux , et quelquefois de Tunion simul- 
tanée de ces deux ordres d'agents. 

La médication directe sur les organes génitaux concor* 
dera, dans la majorité des cas, avec le traitement général, 
cVst-à-dire l'usage des excitants généraux sera suivi ou 
accompagné de celui des excitants directs, et Temploi des 
excitateurs généraux entraînera celui des excitateurs directs. 

Cependant cette règle souffre des exceptions, cl Télat 
local des organes génitaux peut, dans beaucoup de cas, 
éclairer la thérapeutique. 

Lorsque la verge sera flasque et molle, que le gland sera 
pAle, décoloré et ridé, ainsi que le fourreau du pénis; lors* 
que Tarière dorsale aura des battements Faibles, facilement 
compressibles, et que les veines dorsales et superficielles 
seront affaissées et peu saillantes ; iorsqu'enfin le scrotum 
distendu ne se contractera sous Tinlluence ni du froid, ni 
des ottouchementâ amoureux, on donnera la préférence aux 
excitants directs, afin de rappeler et d'activer dans les or- 
ganes «zénératours la nutrition et la calorification qui sem- 
blent principalement leur faire défaut. 

Ces conditions des organes copulateurs légitiment éga« 
lement l'emploi des excitants dont l'action se porte sur 
des organes voisins de l'appareil génital ; c'est dans ces 
circonstances que les cantliarides peuvent être utiles : l'usage 
des meloé détermine à la vessie une irritation qui, se com- 
muniquant de proche en proche, active la circulation dans 
les parties qui en sont le siège, et qui, en amenant le sang 
dans leur système \asculaire, y rappelle tout u la fois la cha- 
leur cl la vie. 

Mais la \iolence de leurs eiïols et leur mode mémo d'ac- 
tion sur l'appareil génital exigent, dans leur emploi, la 



IVPUISâAhCE lDIOPATUIi}0B PAR DEFALT D*É^ERGIE. 197 

Circonspection la plus grande : sans parler ici des accidents 
que les cantharides déterminent dans le réservoir urinaire, 
je ferai remarquer qu^in usage inconsidéré de cet agent 
peut amener le priapisme, autre sorte d'impuissance que 
j'examinerai tout à l'heure, au lieu de la simple turgescence 
de la verge nécessaire au coït. 

De plus, l'action des cantharides sur les organes génitaux 
est essentiellement pathologique, et il n'est pas toujours 
sans danger d'appeler tout à coup une irritation presque 
inflammatoire dans des organes aiïaiblis et depuis longtemps 
en repos; la force de réaction peut être alors insulTisanlc, 
et l'on a à redouter des accidents très graves, tels que la 
gangrène ou la mortification de la verge. 

Je le répète donc, la plus rigoureuse prudence présidera 
à l'administration des cantharides, et le sage praticien n'y 
aura recours qu'après l'usage infructueux ou insuffisant des 

excitants directs. 

« 

Lorsque la verge présentera des caractères opposés a 
ceux que je viens de signaler, c'est-à-dire lorsqu'elle sera 
dure, tendue, quoique pendante, lorsque le gland aura sa 
coloration normale, et que les veines bleuiront sous les 
téguments, les excitateurs directs réclament la préférence, 
car tout indique que l'innervation affaiblie ne peut plus 
réagir pour chasser le sang amoncelé dans le tissu vasculaire. 

Ces indications, qu'on le croie bien, ne sont point le 
résultat d'idées spéculatives ; je les ai puisées dans des expé- 
riences entreprises k cet égard sur des hommes sains, et 
dans des observations pratiques qu'il m'a été permis de 
faire sur des malades. Elles m'auraient peut-être échappé, 
comme elles sont passées inaperçues pour mes devanciers, 
si je n'avais en à ma disposition que les agents médicamen* 
teux dont l'action est en eflet lente et difficile à sai^ir au 



498 IIIPUIMAIIGB IIMOPAraïQOI. 

milieu de conditions de toutes sortes essentielleneDi varia- 
bles et très souvent changeantes. 

Heureusement, les agents physiques et les moyens mé- 
caniques, dont les uns agissent sur l'innervation et les autres 
sur le système vasculaire, ont une action rapide et aaisis- 
sabie que j*ai su mettre à profit pour le sujet qui m'oc- 
cupe. GrAce à eux, j'ai pu établir les distinctions que je 
formulnis tout à l'heure, car, semblables aux agents de la 
matière médicale, les uns sont excitants, et les autres eici<* 
tateurs. 

C'est ce que nous allons voir, en eiïet, dans les deux 
alinéa suivants. 

2* Agents physiques. 

Ijes agents physiques comprennent le calorique dans ses 
divers degrés d'élévation ou d'abaissement (la chaleur, le 
froid), l'électricité, n'importe la source d'oii elle émane, 
électricité statique ou de tension, électricité de contact ou 
galvanisme, électricité d'induction ou électro-magnétique, 
enfin le magnétisme, auxquels viennent se joindre comme 
adjuvant et complément l'acupuncture. 

Les uns excitants, comme le calorique, les autres excita- 
teurs, comme l'électricité, ces divers agents exercent une 
action, soit générale, soit locale, selon le lieu et le mode de 
leur application. 

Je vois rapidement indiquer les conditions thérapeutiques 
de chacun d'eux. 

CALoaiQUB. — L'action du calorique sur l'organisme peut 
aller depuis la plus simple excitation jusqu'à l'altération et 
In destruction des parties soumises a son contact. La chi- 
rurgie met t|uel(|U(.'rois à profit cette action destructive j 



IMPUISSANCB IDlOPATUIQUfi PAB DÉFAUT D*ÉNBRGIE. 199 

mai» pour le sujet qui nous occupe, on n'y a jamais 
recoure* Aussi il doit bien rester entendu que dans tout 
le cours de cet ouvrage, à moins d'une déclaration pré- 
cise, je ne parlerai jamais que d'une élévation de tempéra- 
tare compatible avec l'intégrité des tissus. 

Comme je l'ai dit plus haut, le calorique exerce une 
action générale ou locale, selon le mode de son application. 

Les formes sous lesquelles on l'administre comme excitant 
général sont : les boissons chaudes, l'insolation générale, 
l'exposition devant un foyer de chaleur, l'étuve sèche et 
humide, tous les procédés de bains de vapeur, le bain liquide, 
les bains solides, le contact du corps de Tbomme ou d'autres 
animaux, etc. 

Les moyens dont on se sert pour produire Taction locale 
sont: l'insolation peu concentrée par des verres lenticulaires 
faibles, les douches de vapeur, les bains liquides partiels, le 
cautère objectif instantané, l'application de briques, bou- 
teilles, sachets, linges chauffés, etc., etc. 

Je me suis assez longuement étendu plus haut sur le 
diagnostic thérapeutique des excitants, soit généraux, soit 
locaux, pour que je croie inutile de revenir sur ces considé- 
rations à l'occasion du calorique. Je dirai seulement que, 
dans l'impuissance idiopathique, c'est à l'action locale du 
calorique que j'ai principalement recours; la forme à laquelle 
je donne la préférence est la douche de vapeur, quand à 
l'action du chaud je veux joindre l'action de la percussion, 
moyen assez puissant pour activer la fonction pyrétogé- 
nésique locale, sans addition de calorique non naturel; 
tandis que je me contente de l'application de sachets ou 
de linges chauffés sur le scrotum , le périnée et la verge, 
quand l'irritabilité du sujet se révolte contre une médica- 
tion plus énergique. 



200 IMPOISSANGI IDIOPATHIQUI . 

Dans quelques cas cependant où le resserrement du 
système vasculaire général parait ne pas être sans influence 
sur l'atonie des organes génitaui, en diminuant l'activité 
circulatoire de toute l'économie, on pourra recourir è l'étuve 
sèche ou humide, ou bien encore au bain russe. Mais on 
aura soin de limiter à un quart d'heure ou une deroi*heure 
au plus la durée de cette excitation générale, car cette exci- 
tation prolongée est suivie.d'une faiblesse et d'un épuisement 
général dont les organes génitaux prennent leur part. 

Froid. — Le froid, que je considère ici comme un simple 
abaissement de température, et qui, dans les circonstances 
où nous sommes placé, Ta rarement jusqu'à la congéla- 
tion de l'eau, doit présenter des pro|)riétés opposées è celles 
de la chaleur, c'est-à-dire ajoir une action byposthéni- 
santé. 

C'est ce qui a lieu, en eflct, pour la glace, dont la méde- 
cine et la chirurgie tirent de grands avantages dans les cas 
de congestion et d'inflammation. 

Mais si l'on se rend un compte exact de l'action du froid 
précisément dans les circonstances que je viens de rappeler, 
on se convaincra qu'elle est surtout caractérisée par le res- 
serrement des tissus sur lesquels elle s'exerce, resserrement 
qui empêche l'afflux du sang dans les parties malades et qui 
facilite l'écoulement de celui qui constituait soit la conges- 
tion, soit rinflammation. Un froid moins intense doit né- 
cessairement produire un effet moins énergique, et l'on 
peut ainsi ramener l'action resserrante du froid à une action 
purement tonique. 

C'est en eiïet ce que Texpérience m'a prouvé ; et bien 
souvent j'ai eu à me louer de l'action modérée du froid dans 
les cas d'atonie, de relâchement du tissu de la verge. 

Le froid appliqué d'une manière générale, comme dans 



I1IFUISSA^GE IDIOPATHIQUB PAR DÉFAUT d'ÉNERGIE. 201 

les bains de mer, dans les bains de rivière, surtout en été, 
est une puissante ressource entre les mains du médecin, et 
j'aurai plus d'une fois occasion d'y revenir dans le courant 
de cet ouvrage. 

Mais dans Timpuissance idiopathiquc, c'est surtout à 
l'application locale du froid modéré que j'ai recours. J'or- 
donne ordinairement, comme simple adjuvant d'une médi- 
cation plus énergique, des lavages à l'eau froide sur les 
parties génitales, le périnée, et quelquefois les lombes, 
tous les matins, et j'ai eu bien souvent à me louer de cette 
pratique. 

Électricité. — Les applications thérapeutiques de l'élec- 
tricité se sont modifiées, on le comprend, avec les progrès 
de la physique sur celte branche de la science : avant la 
découverte de Galvani, l'électricité statique ou de tension 
était seule employée, soit sous forme de bain, soit sous 
forme d'étincelles (1) ; plus tard, après l'invention de la pile 
deVolta, on s'adressa aux courants, soit continus, soitinter- 
mittents; et enfin, dans ces dernières années, lorsque 
MM. Faraday et A. de la Rive (2) eurent fait connaître les 
influences réciproques des courants sur les aimants et des 
aimants sur les courants, on recourut aux appareils con- 
sacrés a celte nouvelle forme d'électricité. 

Mise ainsi en possession de trois modes différents d'élec- 
trisation : 1^ électricité statique ou par tension ; 2* électri- 
tricité galvanique ou par contact, et 3<* électricité magné- 
tique ou par induction, la médecine se devait d'étudier leurs 

(1) Voyez roavrage de Maaduyt, Mémoire iur les différentes mc^ 
nières d'administrer V électricité, et observations sur les effets qu'elles ont 
produits^ 4 vol. in-8, 1784, imprimé par ordre du roi. 

(2) Traité d'électricité théorique et appliquée^ Paris, 1854 et 4855, 
2 vol. iD-8. 



IDIOPATHIQVB. 

^^wiic*^ 7^»^jJW4ues et pathologiques diverses, eo d'au- 
v^N 4iin0i»s elk de%ait s'assurer s'il était iiidiiïérenide pui* 
y^ j^ i\t§tc de ces trois sources, ou s'il fallait établir eotre 
^li>. i^^ distinctions basées sur une diversité d'action. 

C\';4 en eiïet ce qu'elle n'a pas manqué de faire. 

Lt bain électrique positif a été généralement abandonné 
è cause de la nullité de ses effets, et le bain électrique né- 
^«lif n'est conservé que par l'école italienne, en raison de 
4Uii pouvoir lijpostbénisant très vanté par Giacomini. 

L*électrisation par étincelles ou pur la bouteille deLeyde 
a seule été maintenue dans la thérapeutique, et ses effets 
ont été depuis longtemps distingués de ceui du galvanisme: 
• Bien que l'électricité que l'on obtient au moyen du frotte- 
ment par la machine électrique soit de même nature que 
eelle produite par la pile galvanique, nous devons faire 
remarquer cependant que la première convient mieui quand 
il s'agit d'eiLciter les muscles de la \ic de relation. Le gal- 
vanisme, uu conlraire, est préférable lorsqu'on \eutagir sur 
la sensibilité et sur les organes délicats ou sur les muscles 
de la ue organique (1). • 

M. Duchenne (Je Boulogne) est loin de partager l'opi- 
nion de Pallas, qui est celle de tous ses devanciers. Dans un 
ouvrage im|)ortant. De l'éleclrisation localisée^ cet auteur, 
après avoir reproché à Télectricité de tension de n'agir que 
sur les muscles superlicicls, et de produire des commotions 
qui ne sont pas sans danger, conclut de la manière suivante : 
cf En somme, dit-il, l'excitation musculaire par l'électricité 
statique doit ôtre exclue, selon moi, de la pratique, d'autant 
plus qu'elle peut être remplacée par un autre agent élec- 

(f) Pallas, De l'infltêence de l'éleclricité atmosphérique et têrrutre 
$ur V organUaiion, S vol. in-8. Paris, 4 847, p. 75. 



IHPUlSSAlfCB IDIOPATBIQUB KAR DÉFAUT d'ÉNBRGIE. 90ft 

trM|lie qui eicite plus éoergiquemént et pind efficacemeot 
la contractilité musculaire, sans ôlTrir aucun de ses incoD-* 
féoients.» 

Cependant M. Duchenne est obligé de reconnaître que 
réiectrisation par étincelles ou par la bouteille de Leyde. 
n'est pas toujours aussi insigniBante qu'il le prétend, et il 
s'en console en avouant que «ces résultats prouvent seule- 
ment que certaines paralysies guérissent toujours sous l'in- 
fluence de réiectricité, de quelque manière et sous quelque 
forme qu'on l'administre. » Ces résultats heureux ne sont 
pas aussi exceptionnels que semble le croire M. Duchenne, 
car le docteur Golding Bird, chargé de l'application de 
l'électricité à l'hôpital Guy, à Londres^ qui ne se sert que 
de la machine à frottement, accuse des succès presque con- 
stants dans les paralysies qui ne sont pas sous la dépendance, 
d'une affection des centres nerveux. 

L'électricité par contact ou le galvanisme agit à travers 
les tissus, dans la plus grande profondeur, sur les muscles, 
sur les os même, et de plus son action peut être limitée sur 
un point donné. Sa puissance excitatrice ne se développe 
qu'avec un courant intermittent, car M. Mattemxi, tirant 
des déductions thérapeutiques de ses vivisections, a conseillé 
l'emploi d'un courant continu, comme byposthénisant du 
système nerveux dans le tétanos. Mais pour obtenir cette 
puissance excitatrice, pour lutter contre des paralysies du 
mouvement, celles surtout dans lesquelles la nutrition mus- 
culaire est altérée et la sensibilité diminuée, il faut recourir 
à des batteries très fortes, de 100 à 120 piles de Bunsen, 
dont l'emploi, on le comprend, pourrait ne pas être sans 
danger. D'ailleurs, comme le fait justement remarquer 
M. Duchenne, les appareils galvaniques (batteries de 
Cruikshank, de Bunsen, piles de Wollaston) sont difBciler 



20i IMPUIMANCK IDIOPATUIQUK. 

ment applicables dans la pratique, soit à cause de leur 
volume, soit à cause de l'emploi des acides qu'ils néce^si* 
tent, soit a cause des gaz qui s*en dégagent. Enfin l'inten- 
sité de leurs courants est trop variable pour être soumise 
à une graduation exacte et précise. 

M. Duclienne, dont toutes les préférences sont acquises 
à l'électricité d'induction, en fait ressortir comme il suit 
les avantages : « L'électricité d'induction, dit-il, est celle 
qui convient le mieux à l'excitation musculaire dans le trai- 
tement des paralysies du mouvement, dans les affections 
choréiques; on peut en effet l'appliquer h la contractilité 
musculaire sans produire de douleurs, sans craindre de 
surexciter le sujet, a quelque dose qu'on agisse, pourvu que 
les intermittences du courant soient assez éloignées les unes 
des autres. 

h\l est souvent besoin d'un courant des plus intenses 
dans le traitement de certaines affections musculaires, ainsi 
que je l'ai déjà fait. Dans ce cas, l'électricité d*induction 
est la seule applicable, parce qu'elle n'exerce pas d'action 
calorifique, comme l'électricité de contact. 

» Enfin les appareils d'induction peuvent, sous un petit 
volume, agir sur la contractilité avec une puissance consi- 
dérable; ce qui facilite singulièrement leur application(i). » 

Grèce aux courants électriques, qu'ils soient dus au gai- 
vanisme ou & l'électricité d*induction, on peut porter l'ac- 
tion thérapeutique de cet agent jusque dans les profondeurs 
les plus reculées des organes, ce qu'il était impossible d'ob- 
tenir a\ec l'électricité statique. Le vérumontanum , les 
conduits éjaculateurs, les vésicules séminales, tous les points 
du parcours de l'urètre peuvent directement recevoir l'in- 

(1) De félectritation localiêée et de son application à la physiologie ^ à 
la pathologie et à la thérapeutique . Paris, 1855, p. 25, 26. 



IMPUISSANCE IDIOPATUIQUE PAR DÉFAUT D'ÉlfEHGIB. 205 

flaencc éleclrique et £tre traversés par un courant, sons qao 
les parties voisines participent à cette excitotion. 

Je ferai connaître le mode opératoire, au fur et h mesure 
que les indications se présenteront , mais j'ai tenu ici à 
indiquer d'avance les ressources nouvelles que Télectricité 
dynamique a mises entre les mains du praticien, en variant 
è rinfini les modes de son application. 

Magnétishb. — Les expériences d'OErsted^ d'Ampère 
et d'Arago ayant démontré l'identité des phénomènes ma^* 
gnétiqucs et des courants électriques, j'aurai peu de chose 
à ajouter sur la vertu thérapeutique des aimants à ce que 
j'ai dit des propriétés excitatrices de l'électricité, d'autant 
plus que des insuccès par le magnétisme me font toujours 
préférer, dans le traitement de l'impuissance, l'électrisalion, 
soit statique, soit dynamique. 

Les plaques aimantées ne conviennent guère que chez 
les sujets pusillanimes, chez les personnes excessivement 
irritables et dans les cas de sensibilité exagérée des organes 
génitaux. 

C'est à ce titre que les armures aimantées du père Hcll 
trouvent ici une place. 

Ces armures sont composées, on le sait, de plusieurs 
pièces d'acier aimanté, percées à leurs extrémités de trous 
destinés aux lacets a l'aide desquels on les attache les unes 
aux autres, en ayant soin de les opposer pùle à pôle, c'est- 
à-dire que le pôle sud de l'une regarde le pâle nord de 
Tautre. 

Dans les expériences que j'ai faites sur les organes géni« 
taux, je me suis servi de deux ou troi;) plaques. L'une en- 
tourait la verge, surtout u sa base, où se trouvent les der- 
nières Gbres de rischio-caverneux; l'autre, placée au périnée, 
jusque sur la bulbe de l'urètre^ embrassait le bulbo-caver- 



fH)6 mPOlMAlICt IDIOPATIIQOt. 

Deux dans toute son étendue, depuis le muscle trtnsverse 
du périnée, le sphincter et le releveor de Tanus, jusqu'à la 
racine des corps caverneux. Enfin, dans les circonstances 
où je me suis servi de trois plaques, je mettais la troisième 
à la partie inférieure des lombes, dans la portion du sacmm 
correspondante au plexus sacré. 

Les plaques peuvent rester en place depuis quelques 
jours jusqu'à un mois; mais il faut avoir soin, lorsqu'elles 
doivent demeurer en contact avec la peau plus de quinie 
jours, de les faire réaimanler avant ce temps, ou de recou* 
vrir la face interne des armures d'une feuille d'argent ou 
de platine. 

3* Moyens mécaniques. 

Les moyens mécaniques sont ou excitants, ou excita- 
teurs; ils exercent, les uns une action complètement géné- 
rale; les autres une action soit générale, soit locale, selon 
le lieu de leur application ; d'autres enfin une action pure* 
ment locale. 

Les moyens mécaniques généraux sont le massage; 

Les moyens mécaniques généraux ou locaux sont les 
frictions, les douches d'air ou de vapeur; 

Les moyens mécaniques purement locaux sont l'acu- 
puncture, Téleclro-puncture, la flagellation, la ventouse el 
le sinapisme. 

Je vais rapidement passer tous ces moyens en revue, en 
indiquant pour chacun d'eu\ son action excitante ou exci- 
tatrice. 

Massaob. — Le massage, employé comme moyen hygié- 
nique chez tous les peuples de l'Orient et du nord de l'Eu- 
rope, dont il relève les forces et Ténergic, s'administre tou- 
jours à une haute température, de 25 à 35 degrés Réaumur^ 



IMPUISSAlfCB IMOPITBIQCS MS BiFAOT d'ÉNERGIB. M7 

90Ît dans one étu?e sèche, soit dans une étu?e humide, 
soit dans le bain. Comme il est toujours possible de varier 
la température de l'étave et de modifier le* milieu dans 
lequel on place le malade avant 0:1 après le massage, on 
comprend que Ton peut, selon la constitution et le tempe-. 
rament du sujet, ou d'après certaines circonstances indivi- 
daelles, augmenter ou diminuer le degré d'excitation que 
Ton se propose. 

« Il est difficile de croire ^ disent MM. Trousseau et 
Pidoux, qu'un pareil moyen n'ait pas une influence puis« 
santé sur Thomme malade, — aussi est-il d'expérience que 
dans les rhumatismes aigus non fébriles, dans les rhuma^ 
tismes chroniques, dans les paralysies qui sont en voie de 
goérison, dans l'impuissance vénérienne, cette médication 
est suivie d'heureux résultats (1).» 

Pourtant le massage ne peut constituer à lui seul toute 
la médication ; c'est un adjuvant énergique dont j'ai retiré 
de bons eiTets dans maintes circonstances, mais, je le répète^ 
ce n'est qu'un adjuvant, ou plutôt un complément de mé- 
dication, comme dans les paralysies en voie de guérison. 

M. Sarlandière, considérant la difficulté de rencontrer 
dans nos pays des personnes assez habiles dans l'art du mas- 
sage, et prenant égard à la fatigue qu'il cause à celui qui 
Texerce, a pensé que l'on pourrait atteindre le même but 
par une percussion molle, plus ou moins forte, plus ou moins 
lente, a l'aide d'un corps non contondant et placé au bout 
d'un levier, afin de moins fatiguer l'opérateur. A cet effet, 
il a fait confectionner des battoirs élastiques dont la palette 
circulaire, de quatre pouces de diamètre, est adaptée à un 
manche de dix pouces de longueur. Les palettes, rembour- 

(4) Traité de thérapeutique et de matière médicale, 2* édit., t. I, 

p. 86a. 



208 mPUIMARCB IDIOPATBIQUI» 

rues de crin, sont recouvertes de flanelle poar les perçus* 
sions à sec, et de feulre et de caoutchouc pour les percus- 
sions au milieu de la vapeur aqueuse. 

Ce mode de massage, dont je suis loin de contester les 
avantages, et dont Taction eicitalrice est nécessairement 
limitée aux parties sur lesquelles elle s'exerce, a tellement 
d'analogie avec la flagellation, non-seulement pour le mode 
opératoire, mais encore pour Icseiïcts produits, que je ren- 
voie h Vùr{k\e FlageUatim les considérations que je pourrais 
ajouter sur le massage par percussion. 

FaicTioNs. - On distingue les frictions en frictions sèches 
et en frictions humides. 

Les frictions sèches se pratiquent avec la paume de la 
main, avec une brosse ordinaire, avec une brosse on fla* 
ncllc, avec un morceau de drap, etc. 

Les frictions humides s'exécutent nu moyen d'une brosse 
en flanelle ou d'un tampon en un tissu quelconque, imprégné 
d'un agent n^édicamenteux, ftoit en poudre fine, soit en 
liquide. 

Les frictions sèches ou humides, qu'on les fusse tout 
le long de la colonne vertébrale, on qu'on les limite au 
périnée et à la base de la verge, sont d'un puissant secours 
dans des cas nombreux d'impuissance. 

L'action tout h la fois excitante et excitatrice des frictions 
peut être singulièrement augmentée por la présence d'un 
agent médicamenteux excitant ou excitateur qui, grâce aux 
modifications subies pnr la peau et par les bouches les plus 
superricicllcs des vaisseaux absorbants, pénètre avec plus de 
facilité dans l'organisme, et porte ses propriétés d'abord 
sur le point qui lui donne accès, et plus tard dans l'éco- 
nomie tout entière. 

DoucuES. — J'ai déjà parlé des douches de vapeur, je ne 



IHFOlâSANCE IDIOPATHIQUF. PAR DÂFALf d'É.NERGIE. 209 

reviendrai pas ici sur ce que j'en ai dit précédemment. J'in- 
diquerai comme étant d'un grand secours, dans les cas de 
laxiié et de mollesse des tissus, les douclics sèches, cVsl-a- 
dire les douches d'air chaud. A cet eiïet, et a défaut d'ap- 
pareil plus compliqué, on peut se servir d'une seringue qui 
fait l'oRice d'une pompe aspirante ; dans la majorité des 
cas, il suffit de faire chauffer le corps de l'instrument avant 
d'y introduire l'air par le refoulement en haut du piston, et 
d'administrer la douche quelques minutes après; dans les 
cas où une élévation plus grande de température est néces- 
saire, on fait d'abord pénétrer Tair dans Tintérieur de la 
seringue, et, après avoir hermétiquement fermé l'ouverture 
de la canule, pour prévenir la sortie de l'air qui se dilate 
sous rinOuence de la chaleur, on chauffe la seringue, ou 
au bain-marie, ou a un foyer plus ardent. 

Les douches d'air chaud se dirigent, soit sur les organes 
génitaux, sur le périnée ou les lombes, comme excitateur 
local, soit sur la colonne vertébrale et à l'occiput, comme 
excitateur général. 

On peut remplacer l'air par la fumée résultant de la 
calcination d'un agent médicamenteux. Dans quelques cas, 
de simples fumigations suffisent ; mais alors on doit toujours 
se proposer d'agir localement sur les organes génitaux. Le 
malade est assis sur une chaise percée, les reins entourés 
d'une couverture qui, embrassant le siège dans ses plis, 
tombe jusqu'à terre. Un réchaud est placé sous la chaise, et 
l'on projette de temps en temps sur la braise qu'il contient 
le médicament en poudre dont on veut faire usage. 

Dans les cas, au contraire, où l'action mécanique de la 

douche doit être ajoutée à l'action physique de la chaleur 

et à l'action médicamenteuse de Tagent, on recueille cette 

fumée dans une vessie ou dans un flacon h tube, et on la 

44 



210 IMP0I88ANGI IDIOPAniQllt. 

fait passer dans la seriogoe préalablement chaufTée. Pour 
siinpii6er ce mécanisme et abréger la durée des opérations, 
j*ai fait confectionner un appareil peu embarrassant et facile 
à manœuvrer. A la base d'une seringue ordinaire, à côté de 
fembout où s'adapte la canule, est percée une ouverture 
munie d*une soupape s'ouvrent de bas en haut ou de dehors 
en dedans ; à cette ouverture est adaptée un tube commu- 
niquant avec une cloche de métal destinée a recevoir les 
fumées dégagées par la calcination du médicament. En 
bouchant le bout de la canule et en faisant manœuvrer le 
piston, la fumée est attirée dans la seringue, et en est chassée 
ensuite, lorsqu'on pousse le piston, par la voie de la canule 
que l'on a soin de déboucher; la soupape, qui se ferme par 
la pression exercée sur le fluide contenu dans la seringue, 
empêche ce fluide de rentrer dans le tube, et par suite dans 
la cloche. 

Cet appareil, très simple, je le répète, a l'avantage de 
conserver à la fumée une température sulTisante pour» pro- 
duire rcxcitation que Ton recherche, et, dans plus d'une 
circonstance, j'en ai retiré des avantages incontestables. 

Acopo^CTORB• ÉLBCTao-puRCTtSE. — « Il cst bien évident, 
disent MlM. Trousseau et Pidoux, que l'aiguille enfoncée 
dans les fibres musculaires de la vie animale ou de la vie 
organique, agit en excitant leur contraction, et ce phéno- 
mène tout expérimental peut se passer sous nos yeux ; à ce 
titre, l'acupuncture doit évidemment se ranger parmi les 
moyens excitateurs (1). » 

De tous les travaux qui ont été publiés sur l'acupuncture, 
aucun n'est relatif à l'emploi de ce moyen contre l'impuis- 

(4) TraUé de tKérapêuiiquê $1 de matièr§ méHeaU, t« édit., t. I, 
p. 854 . 



1IIP0I8SANCB miOPATHIQOE PAB DÉFAUT D*ÉNBRG1B. 211 

Mnce; on Ta préconisé avec raison dans le rhumatisme, la 
aciatique, les névralgies, etc.; elles essais que j'ai tentés dans 
l'anaphrodisie m'ont expliqué le silence des auteurs sur ce 
point. A moins que Timpuissance ne soit accompagnée d'an 
▼ice rhumatismal, Tacupuncture m'a toujours paru un 
moyen douteux et d'un elTet peu durable. Une ou deux fois 
ao plus^ sur vingt expériences, je suis parvenu à réveiller 
momentanément et légèrement la sensibilité, et j'ai constam- 
ment échoué dans les autres cas. 

Mais il n'en est pas de même de l'électro-puncture ; c'est 
une ressource heureuse et énergique pour conduire pro- 
fondément l'électricité qui, ainsi que nous l'avons vu, agit 
superficiellement lorsqu'elle est appliquée par les moyens 
ordinaires. Mais en raison même de la pénétration du fluide 
dans les tissus les plus cachés, l'opération exige certaines 
précautions qu'il est utile d'observer. Si c'est à l'électricité 
statique que l'on a recours, une seule aiguille peut suflire: 
on rimptante tantôt dans les muscles du périnée, tantôt 
dans les fibres supérieures du bulbo-caverneux, et l'on 
peut même, après avoir traversé rischio-caverneux, aller 
jusqu'aux branches des corps caverneux. On met alors l'ai- 
guille en communication avec un des conducteurs de la 
machine électrique, ou avec l'armature extérieure de la 
bouteille de Lejde médiocrement chargée, et l'on tire 
quelques étincelles. L'opération ne doit pas durer plus d'un 
quart d'heure, et le nombre des étincelles sera toujours 
proportionné à la sensibilité locale ou générale du sujet. 

Les courants galvaniques peuvent s'établir avec une seule 
aiguille : celle-ci est alors mise en communication avec le 
pôle positif de la pile, tandis que le pôle négatif est en con- 
tact avec une autre partie du corps ; mais le plus ordinaire- 
ment on se sert de deui aiguilles dont les têles, percées 



212 IMPriSft.INCE IDIOPATHigUE. 

d'une ouverlurc, reçoivent les conducteurs de la pile. Le 
lieu où les aiguilles sont placées est très variable : le pé« 
rinée, la base de la verge, le scrotum, les corps caverneux 
eux-mêmes, peuvent recevoir les aiguilles, et le choix en est 
déterminé par les indications particulières que présentent 
les sujets. 

Mais dans tous les cas, il faut avoir soin de ne donner 
d*abord que de légères secousses, et de n'augmenter l'in- 
tensilé et In durée des courants que si la partie est profon- 
dément insensible et si le malade les supporte avec facilité. 
En règle générale, Télectricité, que ce soit rélectricité 
statique ou galvanique, unie h Tacupuncture, exige que les 
secousses soient d'autant plus énergiques et d*autant plus 
souvent répétées, que Timpuissance est plus ancienne, que la 
circulotion capillaire est moins active, et que les tissus sur 
lesquels on opère sont doués d'une moindre sensibilité. 

Flacellation. LaTicATiON. — c( Je connais, dit Pic de la 
Mirandole, et il existe encore un homme dont le tempé- 
rament amoureux et les excrs n'ont peut-être jamais eu 
d'exemple: il ne peut caresser une femme, malgré la vio- 
lence de ses désirs, s'il n'est auparavant fustigé. En vain sa 
raison lui fait regarder comme un crime ce raffinement de 
volupté, sa fureur pour ce cruel plaisir est (elle qu'il encou- 
rage lui-même, et accuse de mollesse et de hkheté celui 
qui le fouette, lorsque la fotigue ou la pitié lui font ralentir 
ses eiïorls. Le patient n'est au comble de ses plaisirs qu'en 
voyant ruisseler le sang dont une grêle ufTreuse de coups a 
couvert les mi^mhres innocents du libertin le plus effréné. 
Ce malheureux réclame ordinairement pour ce service, avec 
les plus instantes supplications. In main de la femme avilie 
dont il veut jouir, lui donne lui-même les verges qu'il a 
fait tremper dès la veille dans le vinaigre, et lui demande k 



IHFUISSAKCE IDIOFATHIQUE l'AM DÉFAUT o'ÉMfRGIE. 213 

genoux la faveur insigne d*étre ainsi déohiré. Plus clic 
frappe avec violence, plus elle acquiert de droits à son amour 
et è sa reconnaissance, en lui rendant des feux qu'il n'avait 
plus, jusqu'à ce que le dernier période de la soulTrancc et 
l'épuisement tolal de ses forces lui fussent goûter la pléni- 
tude de la volupté en égale proportion. Trouvez un seul 
homme pour qui le comble de ta douleur et cette espèce de 
torture doivent être celui du plaisir, et si d'ailleurs il n'est 
pas entièrement corrompu, lorsque de sang-froid il connaîtra 
sa maladie, il rougira de ses excès et les détestora (1). » 
La flagellation, employée comme moyen d'éveiller le 
sens vénérien, nous a été transmise par les anciens; presque 
tous les auteurs grecs et romains en font mention, ainsi 
que des fêtes instituées en l'honneur de Priape, pendant 
lesquelles les hommes et les femmes se battaient mutuelle- 
ment de verges, pour mieux s'exciter à l'amour. Tamerlan, 
celui*là même qui se faisait appeler le Fils de Dieu, fut 
père de cent enfants, et ne parvint, dit-on, à cette innom- 
brable progéniture qu'avec l'aide de la flagellation. L'abbé 
Terrasson, l'auteur du Voyage de Séthos^ qui, au dire de 
Voltaire, prenait un goût particulier à se faire administrer 
le fouet par les courtisanes, s'attira une épigramme fort 
connue dont je ne rappellerai que le dernier vers : Frap- 
pez fort^ il a fait Sélhos, J.-J. Rousseau a décrit l'elTet 
qu'il ressentit, étant enfant, à la suite de la correction que 
lui administra mademoiselle Lambercier : « Assez longtemps, 
dit-il, elle s'en tint è la menace, et cette menace d'un châ- 
timent tout nouveau pour moi me semblait très effrayante; 
mais, après l'exécution, je la trouvai moins terrible à 

(I) Œuvres complètes, Dotogoe, 4 495, 4 vol. in-folio. — Contra 
aêirolagoSf lib. lll, cap. xxyii. 



21 & IHHiraSANGI iDiorAraïQiii. 

répreuve que TaUente ne Tavait été; et ceqa'îl y a de plus 
bizarre, c'est que ce diàtiment m'aiïectionoa davantage eiH 
core h celle qui me l'avait imposé. Il fallait même toute la 
vérité de cette aiïi*ction et toute ma douceur naturelle pour 
m'empècher de chercher le retour du même traitement en 
le méritant ; car j'avais trouvé dans la douleur, dans la honte 
même, un mélange de sensualité qui m'avait laissé plus de 
désirs que de crainte de l'éprouver derechef par la même 
main (1 ). » 4 une seconde correction, mademoiselle Lam- 
bercier s'étant ûperçu^'^ à quelque signe^ de l'espèce de sen- 
sualité qu^éprouvait Jean-Jacques, comprit que le châtiment 
n'atteignait pas le but qu'elle se proposait, et y renonça. 

Plusieurs ouvrages ont été consacrés a la flagellation, el 
parmi les principnui on pourra consulter ceui de J.-H. Meî- 
bomius (2), de Dollet (3), et de l'nbbé Boiteau (&). 

J'avais été moi-même plusieurs fois témoin deTelBcacité 
d'un pareil moyen; mais ses eiïets, essentiellement passa- 
gers, mo l'avaient toujours fait regarder comme ta suprême 
espérance de ceui qui n'en ont plus, et je l'avais mis au 
rang des étranges auxiliaires de la débauche dont notre 
ministère ne doit jamais être le complice. 

Cependant, en songeant que les pratiques de notre art 
sont légitimées par l'esprit qui les dicte et l'intention qui 
les dirige, je me demandais si la luxure seule devait proBter 

(<) ConfenionM^ lit. I. 

(9) De fiagrorum usu in re medioA et venereû et himbormm fWMnn- 
qne officio. Texte latin et tmductioo, I vol. iD-3S, 4795. Paris, cbec 
Mercier. 

(3) Traité du fouet et de mi e/fetn iur le physique de Vamour ou 
aphrodisiaque externe, par D..., médecin. 4 vol. in-3î, 4 788. Paris, 
sans nom de libraire. 

(4) Histoire de$ flageHanê, par {'•bbé Boileaa, tradaii du latin, t vd . 
in-1%. Amsterdam. 4 701. 



I1IPU188ANCB IDlOFATHIi^UB PAR DÉFAUT d'ÉNBRGIB. 215 

des bénéOces de cetle excitation, et si la médecine n'avait 
pas le droit, comme Molière, de prendre son bien partout 
où elle le trouvait. Sans doute la science doit se détourner 
de ces vieillards débauchés et de ces libertins usés avant 
ràgequi lui demandent un moment d'énergie factice, pour 
s'enivrer dans une dernière orgie et pour outrager la nature 
dans une volupté contrainte et pleine de dangers ; mais il 
ne lui est pas permis de dédaigner une ressource, par 
cela seul que le libertinage Ta acceptée et consacrée ; la 
scieoce est comme le feu, elle purifie tout ce qu'elle touche. 

Je pensai donc à utiliser la llagellation, non comme la 
pratiquent les courtisanes, mais par un procédé et dans une 
intention que pussent avouer la morale la plus sévère et la 
dignité de notre profession. 

Je repoussais d'abord l'idée d'une excitation énergique 
et passagère, et je fus ensuite conduit è modifier les instru- 
ments meurtriers dont on fait ordinairement usage. Dans 
ma pensée, la flagellation devait agir, non par la violence 
de son application, mais par son usage modéré et souvent 
répété. De même que l'ingestion d une grande quantité 
d'alcool trouble les facultés morales et détruit l'organisme, 
une dose plus faible du même liquide prise tous les jours 
excite doucement l'intelligence et fortifie l'économie. A cet 
effet, une ou deux fois par jour au plus, je fais pratiquer 
pendant cinq ou dix minutes une flagellation plus ou moins 
anodine, selon les sujets, sur les lombes et sur les fesses ; 
je m'arrête ordinairement lorsque la peau devient rouge, et 
je ne pousse jamais l'opération jusqu'au saignement des 
parties frappées. 

Les lanières et les cordes nouées présentent de tels incon- 
vénients, que depuis fort longtemps ou les a remplacées par 
des verges que quelques-uns trempent dans du vinaigre 



216 mrUIMANGB IDlOrATHIQUI. 

avanl de s'en servir, comme le faisait la personne dont 
parle Pic de la Mirandole. Mais les verges, outre qu'elles 
sont exposées h se casser, produisent, à cause de leur inéga- 
lité de grosseur, une excitation peu uniforme, et détermi- 
nent conséquemment des ecchymoses ou des blessures qui 
fatiguent beaucoup le malade. 

Pour parer autant que possible à ces désavantages, j'ai 
fait construire un balai métallique qui, par la diversité des 
éléments qui le composent, dégage une certaine quantité 
d'électricité dont l'action ne peut être ici que très salutaire. 
Au bout d'un manche a marteau ordinaire, j'ai fait placer 
une virole de cuivre dans laquelle viennent s'implanter des 
fils de cuivre, de laiton, de fer, de platine, etc., au nombre 
de 80 h 100 et d'une longueur de kO h 50 centimètres. Ces 
fils fle\ibles, et pourtant rigides, se nuMcnt et se choquent 
dans leur extrémité libre pendant l'opération, et en raison 
même de leur flexibilité, présentent toujours aux parties 
frappées une surface égale et uiiirorme. 

La flagellation ainsi pratiquée, c'est-è-dire avec une 
grande modération, tous les jours et à Taide d*un balai 
métallique, modifie progressivement et d'une manière heu- 
reuse la sensibilité de la peau, et la stimulation f: régressive 
qu'elle y détermine se communique aux organes génitaux 
et en modifie favorablement aussi l'excitabilité. 

Les motifs qui m'ont fuit tout a l'heure proscrire la fla- 
gellation telle que l'entendent les libertins et les courti- 
sanes, me font également repousser l'urtication, qui n'est 
qu'une variété de flagellation violente dont on augmente 
la force par les aiguillons des orties. Le médecin ne doit 
point disputer aux lupanars une pareille rci^source, qui ne 
produit qu'un eflet passager, et qui est plutôt du domaine 
de la débauche que de celui de la thérapeutique. 



I3IPLISSANCE IDIOPATHIQUB PAR DÉVAUT d'ÉNERGIF, 217 

Vertouse. — J'ai déjà parlé de ce moyen très vanté par 
Mondot. On se propose, h Taidc d*un cylindre armé d*une 
pompe aspirante, d'attirer le sang dans les corps caverneux 
et de déterminer mécaniquement une érection. Ce moyen, 
qui ne réussit pas toujours, pourrait ne pas 6tresans danger 
si Ton agissait brusquement et avec violence; il ne faut 
arriver que progressivement à un vide complet, et la durée 
et le nombre des séances seront proportionnées à la force 
élastique des tissus; de plus, on s'abstiendra de Temploî 
d*un semblable mojen chez les malades irritables et dont la 
sensibilité générale ou locale est facilement mise en jeu; 
on ne devra guère y recourir que pour les sujets lympha- 
tiques, pour ceux dont la circulation est paresseuse et chez 
lesquels le système vasculnire est en quelque sorte frappé 
d*otonie. Il suit de là que l'usnge seul de la \entouse est 
complètement impuissant à produire une érection durable, 
et qu'une médication générale excitante en doit seconder et 
soutenir les effets. 

Sinapisme. — Le but que l'on se propose avec le cy- 
lindre à pompe aspirante m'a donné l'idée d'arriver au 
même résultat en m'appuyant, non sur les lois de la méca- 
nique, mais sur les lois vitales, et j'ai pensé qu'il était quel- 
quefois préférable d'augmenter l'afflux du sang dons les 
corps caverneux et le gland par une modification patholo- 
gique des tissus, modification qui n'offre aucun inconvénient 
puisqu'on est toujours maître d'en graduer l'intensité. A 
cet effet, je fais préparer un cataplasme composé de farine 
de graine de lin et de farine de moutarde, dans des propor- 
tions différentes selon l'action que Ton veut produire, et j'en 
enveloppe toute la verge, qui reste ainsi dans cette espèce 
de fourreau plus ou moins longtemps, de dix minutes à un 
quart d'heure d'ordinaire. 



Si8 IMMJiaSAlfCI IDIOPATIHHIS* 

Ce muveii, que je suis étonné de n'avoir vu indiqué nulle 
part (1)« m'a rendu parfois de signalés services» et a beu- 
reuHemeut remplacé Tiostrument mécanique dont je parlais 
ioutàrtieure. 

L'application sur la verge d'un sinapisme, même adouci 
par la préi>ence de la farine de graine de lin, n'est pas tou- 
jours sans douleur, et le coït, exercé sous l'empire d*uu 
semblable excitant, pourrait être plutôt un supplice qu une 
volupté ; pour calmer cette souffrance, qui quelquefois ne 
se fait pas sentir ou qui est passagère, j'ordonne de prati- 
quer sur le pénis des lotions a\ec l'eau fraîche, et cette 
simple précaution permet souvent au malade une copulation 
sans douleur. 

Le cataplasme sinapisé est un mo)en énergique, et qui, 
par conséquent, réclame de la prudence et de la circonspec- 
tion. En agissant en aveugle, on s'expose au pénitis ou 
inflammation de la \erge, et même à la gangrène de c*et 
organe. Il faut, en rèj;le générale, enlever le cataplasme 
dès que le malade accuse ce qu'il appelle des picotements ; 
presque toujours, un elTet suflisant est alors produit, et l'on 
ne doit faire une nou\elle application que le lendemain ou 
même plusieurs jours après la première. Le nombre total 
de ces applications ne saurait être déterminé à l'avance, 
mais il sera subordonné aux clfets obienus et à Tétat d'irri- 
tation de la verge. 

Bien évidemment la médication générale ne ^e^a point 
négligée, et Ton \ apportera d'autant plu>de soins que le 
malade sera moins sensible à l'action du sinapisme. 

(IMl esl vrai que Gesner et Cbaptal vantenl la moutarde comme 
aphrodisiaque, mais ils l'employaiefli soos forme de bains. — Voyei 
l'article Ibpoimance du DictkmMin dn $eience$ mrdrrci/et, t. XXIV, 
p. «92. 



1MPU188ANCB IDlOrATHIQUB PAR PlftVBftSlON d'ÉNBKGIB. 219 



S tM, — MipMNaaBBH IdlopatU^se par pcrvcrslMi d'éa«rfto. 

GîUe espèce d'impoissance est moins rare que l'on ne 
pense, et si elle n'a pas trouvé place dans le cadre des au- 
teurs qui m'ont précédé, c'est qu'elle a été confondue avec 
riropaissance produite par la crainte ou toute autre cause 
morale. Cependant, en j regardant de près, on ne tarde 
pas i reconnaître entre elles une telle différence, que l'on 
s'étonne de la confusion dans laquelle sont tombés les noso- 
graphes. 

Sans doute, chez quelques individus, un premier échec 
de ce genre peut en amener un second, mais dans ce cas 
on reconnaîtra toujours Tinfluence du moral à une érection 
plus faible et moins franche que dans les circonstances ordi- 
naires. 

L'impuissance idiopathique par perversion d'énergie 
est une de celles qui affectent le plus profondément rânie 
du malade, parce qu'au sentiment de honte qu'éprouvent 
tous ces infortunés, se joint l'amère déception produite par 
la perte de douces espérances que Térection fait concevoir ; 
cette déception est d'autant plus cruelle que l'individu se 
sent plein de force et de virilité. El en eiïet, en dehors du 
coït, des érections ont lieu, et d'autant plus fréquentes et 
énergiques que l'esprit du malade est constamment fixé sur 
l'état de ses organes sexuels, et que les évacuations sperma- 
tiques ne sont pas en rapport avec l'excitation qui emplit 
constamment les vésicules séminales ; de plus, des pollu- 
tions nocturnes avec érection et plaisir, amenées par des 
rêves lascifs, sont pour l'infortuné une preuve de sa puis- 
sance, si déjà, par la masturbation, il ne s'est convaincu de 
l'intégrité de ses organes. 



230 IMPOIStSAKCE IDtOPATHiVOI* 

Il y divers degrés dans cet état bizarre : tanlAt l'érec- 
tion est complètement rebelle à ses excitants naturels ; tantôt 
après s*étre produite plus ou moins parfaitement, elle tombe 
à la porte même du sanctuaire féminin, après quelques 
instants è peine de durée ; tantôt, au contraire, elle se sou-* 
tient asseï longtemps dans le vagin même, et disj-aralt» 
comme chez ces présomptueux qui veulent montrer coup 
sur coup une vigueur qu'ils n*ont pas, au moment même où 
ils croient toucher au but; dans tous les cas, l'éjaculation 
n*a pas lieu, et Thomme est frustré du plaisir qu'il se pro- 
mettait. Un malade h qui j'ai donné des soins, pour ne pas 
perdre le fruit de son érection, et peut-être plus encore 
pour sauvegarder son honneur, m'avoua que sous prétexte 
d'attouchements préparatoires au coït, if se faisait mas- 
turber par sa maîtresse, et obtenait ainsi une éjacutation 
impossible penJant raccoii|)iemcnt, et qui le dispensait 
honorablement d'un acte qu'il se savait inhabile h ac- 
complir. 

Cette aberration étrange du sens génital, à laquelle il 
est quelquefois dirticile d'assigner une cause, a son siège 
tantôt dans le consensus moral, tantôt dans l'appareil gé- 
nital lui-même, et tantôt dans Tun et Tautre h la fois. 

C'est que dans l'état physiologique, la fonction génitale 
ne s'accomplit qu'à la condition de la mise en jeu de l'etri- 
tabilité morale qui d'abord donne naissance aux désirs 
vénériens, produit ensuite l'érection de la verge, première 
manifestation de l'excitabilité physique, la soutient, est 
accrue par elle, et concourt pour une bonne part h amener 
l'éjaculation. Il se passe donc un mouvement réflexe entre 
l'excitabilité morale et l'excitabilité physique, dont le point 
de départ est dans la première , sollicitée normalement 
par des impressions ou des pensées relatives h l'autre sexe. 



IMPtL^ANCE lOIOPATHlQUE PAR PERVERSION d'ÊNERCIE. 221 

Telles sont les condilions d*c\nlabilrié pour Texcrcice 
du coït physiologique. 

Mais ces condilions peuvent èlrc altérées, non par Tab- 
sence de Texcitabililé ou morale ou physique, ce qui 
constitue une forme d'impuissance que j'ai déjà examinée, 
mais par la vicieuse direction de cette même excitabilité; en 
d'autres termes, le consensiLS ou le sens génital peuvent 
simultanément, ou chacun de son côté, se montrer rebelles o 
leurs excitants naturels et ne répondre qu'à des sollicitations 
anormales. 

C'est ce que j'appelle l'impuis^sancc par perversion. 

Cette perversion est complète ou incomplète. 

Dans le premier cas, l'excitabilité morale, et, par une 
conséquence fatale, rexcilabilité physique, restent sourdes 
a tout ce qui les éveille et les surexcite dans Tétai physio- 
logique. 

La perversion est incomplète lorsqu'après un commen- 
cement d'excitation interne et d'érection, celles-ci ne se 
peuvent soutenir malgré la persistance de l'action exci- 
tatrice, et s'aiïaissent avant l'entière consommation de 
l'acte. 

Je dois examiner h part chacune de ces deux formes de 
l'impuissance qui m'occupe ici. 

Pbrvbrsior complète. — Si la médecine n'était pas une 
science d'observation, et si elle re|)Osail exclusivement sur 
des idées spéculatives, on devrait admettre, comme pouvant 
exister séparément et d'une manière distincte, une perver- 
sion complète de l'excitabilité morale et une perversion 
complète de l'excitabilité physique; car d'un cdté nous 
voyons, sous l'empire d*un amour violent, les organes ne 
pas répondre h l'ardeur des désirs, et d'autre part la verge 
entrer en érection pendant la nuit et le sommeil, sans rêves 



33S tMMIIUAN€E lHlOPAniQini. 

lascifs, par la seule influence de la chaleur du lit, de la posi- 
tion, de la plénitude de la vessie, etc. 

Sans doute, l'excitabilité morale et l'eicitabilité physique 
peuvent ne pas toujours marcher d'accord dans certaines 
circonstances pathologiques ou irrégulières de Tune d'elles, 
comme dans les exemples que je viens de citer; mais dans 
le type normal de l'excitation, la perversion de l'excitabilité 
morale entraîne toujours Tinertie des organes pour le coït, 
et la perversion de l'excitabilité physique ne peut se pro* 
duirc avec Tinlégrité de l'excitabilité morale. 

J'explique ma pensée par un exemple. 

Voici deux hommes: l'un éprouve la plus profonde indif- 
férence, je dirai même de l'aversion pour le sexe ; l'autre, 
au contraire, sent les désirs vénériens s*éveiller sous l'em* 
pire des excitants naturels, la vue, les attouchements d'une 
femme, l'espérance ou le souvenir des \olii|)lés, etc., etc. 
Qu'arrivera-t-il chez ces deux hommes dont Icxcilabililé 
morale est per\ertie dans l'un et normale dons l'autre ? Le 
premier, soyez-en convaincu, ne pourra, quoi qu'il fasse, 
éveiller, par les moyens naturels, Texcitabilité physique; 
la perversion de son excitabilité morale le frappe d'impuis- 
sance auprès de la femme; l* second, au contraire, s*il n'a 
pas d'autre cause d'anaphrodisie, ne rencontrera pas des 
organes rebelles è ses désirs, parce que, je le répète, la 
perversion de l'excitabilité physique est entièrement sous 
la dépendance de la perversion de l'excitabilité morale. 

La masturbation, l'amour contrarié, l'attention trop 
vivement préoccupée, les excès de travaux intellectuels, le 
genre même de ceux-ci, sont les causes les plus ordinaires 
de cet état bizarre. Âlibert rapporte un fait excessivement 
curieux de cette espèce, et je le dois reproduire ici pour 
montrer tout à la fois l'étrangeté de la cause qui lui donna 




niPniUANCI IDIOFATBIQDS PAR PBITSUIOR D'ËNSaGIB. 33ft 

mittance et l'entretenait, et la facilité a*ec laquelle la mé- 
decine parvint i triompher de cette aberration morale. 

•« Un jeune homme, dit Alibert, élevé dan> une pension, 
contracta dans son enEince Thabiluile de l'onanisme. Le 
livre que Tiasot a écrit sur ce sujet ayant été mis entre s«s 
mains l'effraya sans le corriger entièrement. Cette lecture 
le porta néanmoins à plus de modération, et il iie se livra 
à la triste volupté de la masturbation qu'à de longs înter- 
Tilles et lorsqu'il y était excité par des désirs très violents. 
Cette attention fit que son tempérament n'en fut point du 
tout altéré; il demeura robuste, et ses facultés morales 
coniervàrent toute leur énergie. Mais ralfreuse habitude 
qu'il avait contractée empêcha de se développer en lui le 
moindre germe du penchant qui attire un sexe vers l'autre. 
11 était parvenu a trente ans, et ses sens n'avaient jamais 
été émus par la vue d'une femme; ils n'étaient vivement 
provoqué) que par de vaines images ou des fantémes que 
lui créait son imagination déréglée. Il avait tie bonne heure 
étudié le dessin, et il s'en était toujoursoccupé avec ardeur. 
La beauté des formes de l'homme, dans ce beau idéal des 
peiotres, que la nature n'a jamais réalisé, le frappa et finit 
par lui inspirer une émotion eitruord inaire, une [lassion 
vague et bizarre, dont il disait lui-même ne pouvoir se 
rendre compte et sur laquelle il répugnait à s'appesantir. 
Il est nécessaire, néanmoins, d'avertir que cette passion 
n'avait aucun rapport avec les goûts des sodomistes, et 
qn'elle ne ponvnit être provoquée par l'aspect d'aucun 
homme vivant. Telle était la situation aussi étrange qu'ac- 
cablante dans, laquelle se trouvait cet individu, lorsqu'il 
réclama mes conseils. Il n'offrait alors, je le répète, à l'es- 
lériear aucun symptâme physique d'impuissance. Il était 
HÎa «t bien coosUtué, et n'avait point été, h cet égarit. 



ââA IIIPUISSAKCB IDIOFAlHI^Ue. 

maUrnité par la nature ; mais il avait tellement interverti 
Tubage de ses dons, qu'il ne connaissait plus les moyens de 
les ramener a leur véritable but. lie malade, d*aillcurs, 
connaissait e( sentait vivement son élat : « Il n*est aucun 
» eiïort, m'écrivait-il, que je ne fusse prêt à faire pour sortir 
9 de mon i<;nominieuse situation, pour arracher de ma pen- 
» sée les infâmes images qui viennent l'assaillir malgré moi; 
» elles m'ont privé jusqu'ici des jouissances légitimes que 
• procure l'union des deux sexes, et de la faculté dont 
» jouissent les plus vils animaux, de reproduire leur espèce. 
» Je me meurs de chagrin et de honte. » 

uPour ce qui me concerne, poursuit Alibert, je ne vis 
dans cette maladie qu'une perversion de l'appétit vénérien, 
et je pensai que l'indication la plus urgente était de replacer 
dans son vrai Ijpc la nature dérayée. En cfTi't, l'individu 
était très robuste a l'époque où il me consultait. Depuis 
longtemps il no s'était livré qu'avec une extrême réser\c 
aux plaisirs solitaires^ surtout depuis la lecture de l'ona- 
nisme de Tissot; d'ailleurs, comme je l'ai déjà dit, la beauté 
des formes idéales de l'homme excitait en lui dos sensations 
voluptueuses a l'approche desquelles les organes de la géné- 
ration s'érigeaient et éjaculaient,ce qui devait faire présumer 
un état réel d'énergie dans les forces radicales de son éco- 
nomie. Il n'y avait donc ni destruction, ni altération essen- 
tielle dans la sensibilité physique, mais plutôt fausse direc- 
tion de cette faculté de l'organisme : voici en conséquence 
le traitement que je proposai. J'ai déjà dit que l'individu 
dont il s'agit aimait passionnément le dessin, et qu'il s'ap- 
pliquait à ce genre d'occupation avec cette ardeur dévorante 
qui distingue les grands peintres et qui e»i le plus sûr ga- 
rant du succès ; j exigeai de lui qu'il fit une étude appro- 
fondie des formes du sexe féminin pour les reproduire par 



mPOISSANCB IDIOFATHIQl E PAR PERVEDSION D*ÉNERG1E. 225 

son talent. K lui en coûta sans doute pour rompre la chaîne 
de SCS habitudes, et de renoncer h l'Apollon du BcIvéJer 
pour la Vénus de Médicis. Mais peu è peu la nature, plus 
forte que tous les penchants factices, reprit ses droits. Dès 
qu'il fut parvenue préférer des. bras faibles, mais gracieux, 
à des bras musculeux et redoutables , dès qu'il se plut h 
contempler l'élégance des formes et la mollesse des contours, 
olors sa guérison commença h s'opérer. Après s'être fait un 
modèle imaginaire, il le chercha dans le monde physique. 
II fallut du temps, de la persévérance ; mais il se rétablit 
entièrement (1). » 

L'exemple que je viens de rapporter, d'après Alibert, est 
sans contredit un des plus remarquables que je connaisse en 
ce genre; il me dispense de tout développement et prouve 
que le traitement de l'impuissance par perversion complète 
du génésique doit être surtout un traitement moral, car, je 
le répète, l'excitabilité physique n'est jamais malade dans 
ce cas, ou du moins elle n'est pervertie quc^econdairement 
a la perversion de l'excitabilité morale. 

Mais il n'en est pas de même dans la perversion incom'- 
plète que je vais maintenant examiner. 

Perversion incomplète. — Dans cette espèce d'impuis- 
sance, il se produit toujours un commencement d'excitation 
physique et d'érection qui ne se soutiennent pas jusqu'à 
rentier accomplissement du coït, c'est-à-dire jusqu'il Téja- 
culation. 

Les motifs de cet état appartiennent tantôt au domaine 
du moral et lanldtrau domaine du physique. 

Dans le premier cas, l'excitation interne se produit, 
comme a l'ordinaire, sous l'influence de ses causes physio- 

(I) Nouveaux élémenls de thérapeutique et de matière médicale ^ 

i" édil., t. II, p. 556 et suiv. 

45 



23fe6 iMPCisiAxcf iMorATiigirau 

logiques, mais s'aiïaisise bientôt, malgré la penislaoce de 
raclion de la cause elle-même, et alors, si l'imagioatioo o*a 
pas assez d'empire pour tenir au secours des excitants doat 
rîofluence est émoussée, l'appétit vénérien s'apaise, et ai<« 
lui disparait l'érection qu'il avait un instant produite. 

Le pouvoir de l'imagination es^t si réel dans les cas •■ 
les agents directs de l'excitabilité morale ont perdu leur 
empire, que beaucoup d'hommes ne peuvent achever un ooit 
commencé qu'en se transportant par la pensée auprès d'oae 
autre personne , et qu'en transformant les formes de la 
femme qu'ils tiennent dans leurs bras m des charmes ima- 
ginaires ou entrevus dans un songe. 

Aussi faut-il tenir compte de cette double circonstance : 
faiblesse de l'excitabilité morale et allourdissement de Tima- 
ginalioii erotique, si j(* puis ain>i dire. 

La cau>e la plus commune de cet état est, sans contredit, 
l'applicaliori exclusive et trop longtemps soutenue d'une 
faculté de Te^prit; on dirait que toute Texcitation se 
porte bur cette faculté, à l'exclusion des autres ; ainsi les 
savuntM, les poêles, les grands artistes, dont toute l'activité 
cérébialc se concentre sur un objet, sont nécessairement 
disposés à cette espèce d'impuissance ; les sentiments de 
l'ànu*, quelle (ju'en soit la nature, trop vivement tendus vers 
un |)oint, peuvent également absorber a leur proKt une 
partie de l'excitation génésiaque. J'ai vu un malade qui, 
pendant plus de six mois, ne put accomplir le coït, malgré 
des érections et des pollutions nocturnes fréquentes, parce 
qu'il était dominé par le chagrin que lui causait la perte 
d'un enfant chéri. 

J'eiposerai plus longuement, dans une autre partie de 

cal ouvrage, l'inlluence de l'âme sur le génésiquc ; mais j'ai 

É ki indiquer, au moins en passant, son action , afin que l'on 



IIIPDI88AIICB iDIOPATfilQUfi PAR PBKVBESION d'éNERGIE. 227 

en tieooe compte dans le diagnostic et la ihéra])eulique de 
rimpuîssance qui m'occupe en ce moment. 

Un symptôme très important à noter, et qui constitue le 
aeul signe diiïérentiel de la perversion de Texcitabilité fn<h 
raie et de la perversion de Texcitabilité physique dont je 
tais parler, c'est que, dans le premier cas, la chute de 
l'érection peut se produire pendant la masturbation, tandis 
que dans le second, elle n'ajamais lieu qu'à l'occasion du coït. 

Je reviendrai tout à l'heure sur ce phénomène intéressant, 
dont l'explication ne saurait être comprise qu^après quelques 
considérations sur les causes prédisposantes de la perversion 
de l'excitabilité physique, dont je vais de suite m'occuper. 

Le tempérament lymphatique et la prédominance du tissu 
adipeux sont une prédisposition h cette espèce d'impuis- 
sance; de plus, une sécrétion abondante de mucosité ches 
la femme pendant le coït est une circonstance qui favorise 
aussi la manifestation de ce phénomène morbide ; une dis- 
position contraire, c'est-à-dire la sécheresse extrême de la 
muqueuse vaginale peut également la produire, ainsi que 
cela est arrivé plusieurs fois à un confrère qui me Ta confié* 
Mais dans la majorité des cas, la verge s'aiïaisse au milieu 
du liquide qui remplit le vagin et qui s'en échappe, et qui 
exerce sur elle une action débilitante analogue à celle d'un 
bain d*eau chaude. 

Cependant cette circonstance, quoique essentiellement 
propre à déterminer l'impuissance dont je parle, n'est pas 
une condition indispensable à sa production ; sous ce rap- 
port, il est difficile de fournir une donnée certaine ; mais il 
est des dispositions de tempérament et de constitution, 
comme je le disais plus haut, dont il faut tenir compte, ainsi 
que de certains états morbides, tels que le varicocèle, par 
exemple. 



228 IMPUISSAKCE IDiOFATHIQUg. 

Assez généralement» même dans Tétai complet de santé, 
la verge en érection, chez les individus lymphatiques on 
chargés d'embonpoint, n*a pas cette roideur qui, chez les 
personnes nerveuses ou sanguines, la fait comparer k une 
barre de fer; elle a je ne sais quoi de flasque qui s'harmo- 
nise avec la mollesse des autres tissus , et qui dénote le 
calme et la lenteur des désirs vénériens qui caractérisent ce 
tempérament. 

D'un autre côté, et comme nouvelle conséquence do 
peu d'énergie virile, l'érection est lente k se produire, et 
pour la déterminer, il faut des attouchements prolongés 
et de toutes sortes. 

On comprend sans peine que si de semblables prédispo- 
sitions sont un peu exagérées, une érection obtenue avec 
tant d'artifices ne se soutienne pas et cède facilement à la 
moindre fatigue et h la plus petite cause débilitante. 

C'est ce qui arrive en eflet. 

Soit que le système nerveux ait été surexcité au delà des 
limites imposées par une constitution phlegmatique, soit, au 
contraire, que cette excitation n'ait pu atteindre une énergie 
suffisante, toujours est-il que l'influx nerveux cesse bientôt 
d'animer la verge, par suite de la lassitude qu'occasionnent 
les eflbrts tentés pour amener la turgescence du membre, 
et que le sang, n'étant plus retenu dans les corps caverneux, 
rentre dans la circulation générale ; et cela est si vrai que 
l'érection se soutient tant que les mêmes moyens d'excita* 
tion continuent à agir, et qu'elle tombe, au contraire, pen- 
dant la suspension ou le changement des excitants; c'est ce 
qui explique pourquoi, dans l'onanisme, où le mode d'exci- 
tation est continu, Térection du pénis ne-disparatt d'ordi- 
naire qu'après l'éjaculalion du sperme, tandis que, dans le 
rapprochement des sexes, la turgescence de la verge s'af- 



IMPUISSANCE IDIOPATUIQIË PAR PERVERSION d'ÉNERGIE. 229 

faisse eo passant de l'excitation des attouchements ou des 
manœuvres lascives à l'excitation vaginale. 

On doit maintenant comprendre le symptdme difTérentiel 
que j'établissais plus haut entre l'impuissance produite par 
la perversion de l'excitabilité morale et l'impuissance ame- 
née par la perversion de l'excitabilité physique ^ à savoir : 
que, dans le premier cas, la chute de l'érection peut arriver 
entre les doigts du masturbateur, tandis que dans le second 
elle n'a jamais lieu qu'à l'occasion du coït. 

Comme on le voit, ce signe est très important à noter, et 
bien souvent il a lui seul éclairé mon diagnostic. Je me rap- 
pelle un jeune malade dont le succès dans l'onanisme faisait 
le supplice, car, me disait-il, si j'étais complètement impuis- 
sant et incurable, j'en prendrais mon parti et me créerais 
des compensations ; mais loin de là, j'entre en érection, 
j'éjacule dans le silence de la masturbation, et ne suis privé 
que de la volupté du coït, que les plaisirs solitaires me 
font encore plus vivement désirer. 

Qu'elle soit produite par la perversion de l'excitabilité 
morale, ou qu'elle soit le résultat de la perversion de l'exci- 
tabilité phjsique, l'impuissance qui fait le sujet de ce para- 
graphe est rarement au-dessus des ressources de l'art, et, si 
très souvent elle n'était pas compliquée et entretenue par 
un sentiment de crainte, par l'appréhension d*un échec, elle 
n'opposerait pas, surtout l'impuissance par perversion de 
l'excitabilité physique, de grands obstacles à la thérapeutique* 

Il faut donc, avant toute chose, rassurer le moral du 
malade; ici le râle du médecin est facile à remplir : on 
s'attachera à convaincre l'infortuné qu'il n'est point atteint 
d'impuissance, et on lui en fournira la preuve en lui rappe- 
lant les érections dont il est capable et l'éjaculation qu'il 
produit par l'onanisme. L'impuissant, lui dira-t-on, et c'est 



9S0 muissANcs idiopathiqui. 

Ift te symptAme radical de sa maladie, est inhabile à Térec- 
lion et h rémission voluptueuse du sperme; si l'érection 
se produit, n*importe dans quelle circonstance, si i'éjacula- 
tion séminale la suit, n'importe par quel procédé, Pimpuis- 
sance n'existe pas; il peut y avoir des défaillances, des 
erreurs de la force virile, mais ces erreurs et ces défaillances 
sont loin d*ètre l'anéantissement et la mort de cette force. 

Ce thème, adroitement développé, produit presque con- 
stamment un grand oiïct sur l'esprit du malade ; il est è la 
portée des intelligences les moins cultivées et leur semble 
toujours d'une logique irréprochable. 

Mais lorsque ce raisonnement n'a pas amené la convic- 
tion que je poursuis, je recours à un artiGce qui manque 
rarement son but : je détermine une excitation génitale pas- 
sagère, mais assez énergique cependant pour permettre le 
coït, et je re\iens alors, avec beaucoup plus de chances de 
succès, au raisonnement de tout à Theure, c'est-è-dire à la 
comparaison des erreurs de la force virile et de l'impuissance 
absolue. 

l*e phosphore et les cantharides sont ordinairement les 
agents dont je me sers pour produire l'excitation passagère 
dont j'ai besoin ; je dis ordinairement^ parce qu'il est des 
circonstances où ces deux substances sont essentiellement 
nuisibles. Dans ces cas, il faut régler ses prescriptions, soit 
sur l'état général, soit sur l'état local des organes; mais, 
lorsque rien n'en contre-indiqne l'emploi, j'ordonne au ma- 
lade la potion suivante, dont il prend une cuillerée h bouche 
d'heure en heure, trois ou quatre heures avant le coït. 

Élher phosphore 450 centigr. 

Teinture de cantharides 15 goutt. 

Teinture de vanilla 30 — 

Teinture de coccinelle 50 - * 



IMPUISSANCE IDIOPATHIQUB PAR PBRTBB8I0N d'ÂNERGIE. 23i 

Extrait de noix vomîqae 0J5 centigr. 

Sîrop «impie q. 8. 

Eaa distillée 325 grain. 

Et une heure avant le coït, je fais pratiquer des frictions sur 
le périnée et à la base de la verge avec la préparation sui- 
vante : 

Teinture de myrrhe 6 gram. 

Teintare de cantharides 8 — 

Éther phosphore 4 — 

« Huile volatile de sabine \ 

Halle volatile de roe [aa. 4 goutt. 

Haile volatile de romarin J 

Ban ynlDéraire 30 gram. 

Ces deux préparations, qui m'ont rendu de très grands 
services toutes les fois qu'il s'est agi de déterminer une 
érection passagère (et les circonstances qui réclament cette 
indication ne se bornent pas au cas dont il s'agit ici, comme 
on le verra dans la suite de cet ouvrage), ces deux prépara- 
tions, dis-je, peuvent et doivent être modifiées selon une 
foule de particularités individuelles qu'il est impossible de 
rapporter, et dont le médecin est seul juge. 

D'ailleurs, que Ton se borne h faire appel h la raison du 
malade, ou que l'on ait recours à l'artifice de l'érection 
passagère, peu importe; la chose capitale est d'agir sur le 
moral de l'infortuné, et d'éloigner de son ème tout senti* 
ment de crainte, toute appréhension de ne pas réussir. 

Ce premier but étant atteint, la médication de l'impois* 
sauce sera différente, selon que celle-ci aura son principe 
dans le moral ou son siège dans les organes génitaux. 

Sous le premier point de vue, il sera important de recon^ 
naître si l'eicitation génésiaque est détournée au profit 



4'3fl«? comité <ri d'un ftentimeot asIie» que la iêcullc gêné- 
fâqce. OQ fî r masÎBalioo érotk|oe, comme je le disais plus 
biut. ea laD::iii«MDte el alloordie. 

Dans le premier cas, oo s'attachera à rétablir l'équilibre 
dVt:oD eotre les facoltés iolellectaellcs et morales ; on 
arrachera le saiant à ses méditations, le poète a ses rè%es, 
rarlt<te à ses idéalités; on éloignera du cœur les joies trop 
eiclusiîes ou les douleurs trop poignantes. 

Ces résultats ne sont pas faciles i atteindre; on a souvent 
k lutter contre la volonté des malades, contre leurs habi- 
tudes, contre leurs goûts, contre les nécessités de leur 
position, etc., etc.; ce sont là des obstacles qu'il n'est 
pas toujours donné de vaincre, et dont la présence, en per- 
pétuant la cause du mal, est à coup sAr un empêchement 
presque absolu i toute bonne thérapeutique. 

C'est h la raison du malade que le médecin devra surtout 
s'adresser; il déroulera devant lui le tableau des influences 
réciproques de la faculté copulatrice et des facultés intel- 
lectuelles et morales, et, pour aider l'infortuné a résister 
i ses hobitudes, à ses goûts ou à ses sentiments, il lui 
prescrira des distractions de toutes sortes : les voyages, les 
spectacles, les bals, les concerts, des travaux manuels ou 
des occupations intellectuelles différents de ses travaux et 
de ses occupations ordinaires. 

Souvent ces indications purement morales suffisent au 

Jrailement ; mais quelquefois la médication exige davantage 

dhNt porter sur l'organe ^ocitateur même de la faculté 

iiqoe» 

ovfaoe, malgré quelques dénégations que j'aurai 

I d'eiamioer plus loin, est bien réellement le cer- 

ir lui qu'il est nécessaire d'agir. 

dinaires, c'est-à-dire quand il n'est pas 



IMPUISSAKCE IDIOPATUli>tJE PAR PËHVER810N d'ÉKBRGIE. 2ââ 

nécessaire de produire un eiïet énergique et rapide, on peut 
se contenter de lotions d'eau froide sur Tocciput, répétées 
deux ou trois fois par jour; Teau froide pourra être rem* 
placée avec quelque avantage par une décoction de plantes 
aromatiques ; je me sers communément de thym, de roma- 
fin, de sauge et de fenouil, que je fais bouillir ensemble et 
dont je laisse lentement refroidir le produit en macération. 
. Si ces moyens, continués pendant quelque temps, n'amè- 
nent aucun résultat, je fais administrer, d'abord tous les 
deux jours, puis chaque jour, trois ou quatre douches, soit 
de vapeurs aromatiques, soit d'air chaud, sur la partie pos- 
térieure et inférieure du crâne. 

Enfin si l'impuissance persiste, j'applique à la nuque un 
large vésicatoire sur lequel je dépose chaque jour quelques 
milligrammes de strychnine ou de brucine. 

Habituellement, il ne faut pas prolonger trop longtemps 
cette dernière médication; après cinq ou six jours de son 
emploi, on ferme le vésicatoire, sauf à y revenir plus tard» 
et l'on reprend soit les lotious froides ou aromatisées , soit 
les douches. 

Il est quelquefois nécessaire de persévérer quelque temps 
dans l'usage alternatif de ces moyens, surtout si l'impuis- 
sance tient i la faiblesse du consensus, c'est-à-dire au peu 
d'énergie de la faculté génésiaque. 

Si ce sont les organes génitaux qui sont indociles à l'exci- 
tation vénérienne, en d'autres termes, si l'impuissance dont 
je m'occupe a sa source dans la perversion de l'excitabilité 
physique, la médication doit exclusivement porter sur 
l'appareil génital lui-même. 

Cette médication a deux faces, si je puis ainsi dire : l'une 
hygiénique ou prophylactique, et l'autre réellement active. 

Jja médication prophylactique, en dehors du régime 



33& IHPOIMANCi IDIOPATHIQUI. 

toni(|ue approprié, est très simple : elle consiste à faire 
prntiquer sur les parties inrérieures du tronc, et deux fois 
par jour, des lavages froids è grande eau, soit simple, soit 
addrtioiinéode quelques gouttes d'acétate de plomb (extrait de 
Saturne), soit aromatisée avec Teau de Cologne ou tout autre 
liquide odorant. Je me suis toujours loué de cette pratique, 
et je le déclare ici d'une manière générale et comme axiome 
hygiénique du sujet qui m'occupe, l'habitude de pratiquer, 
chaque matin en se levant, des lotions froides sur les organes 
génitaux et le périnée, est un excellent moyen, noD*seule- 
ment de prolonger l'existence de la facalté géoératrice, 
mais encore de prévenir ses défaillances et la mollesse des 
érections. 

La thérapeutique active doit être ordonnée en vue d'un 
coït prochain : une ou deux heures avant l'acte, on prescrira 
au malade une Triction de dix minutes au moins sur le pé- 
rinée et il la base de la verge avec une préparation exci- 
tante, semblable à celle dont j'ai tout k l'heure donné la 
formule ; puis, comme excitant génésique, sans parler des 
baisers et des attouchements lascifs, on dirigera sur les parties 
génitales des fumigations aromatiques. A cet effet, le ma- 
lade, assis sur une chaise percée ou sur le bord d'un fauteuil, 
la ceinture serrée par une couverture qui enveloppe le 
bassin et les membres inférieurs dépouillés de leurs vête- 
ments, un brasier est placé immédiatement au-dessous des 
organes génitaux, destiné i réduire en fumée la poudre des 
agents que l'on projette sur lui. Le calorique qui se dégage 
do brasier, et les vapeurs chaudes et excitantes qui vont 
frapper les tissus de l'appareil générateur portent dans 
Mloi-€Î one excitation assex grande pour affronter l'épreuve 

«Mt, si lea conditions qui l'ont produite, c'est-è-dire la 
', est fidèleroeot conservée. Pour cela faire, lorsque 



IMPUISSANGB IDIOPATHIQDB PAR EXCÈS d'ÉNBRGIE. 235 

le malade jagera Térection et l'orgasme vénérien suffi- 
sants, il deyra, loin de se débarrasser de la couverture qui 
le protège, la serrer, au contraire, autour de son corps et 
exécuter la copulation dans un lit chauiïé à Pavance . 

Une certaine hAte doit être apportée, surtout dans les 
premiers temps, à Teiécution du coït, car en dilTérant 
de le pratiquer, on retomberait dans les oppositions d'exci- 
tations que le traitement a précisément pour but de faire 
disparaître. 

Cependant, è mesure que Ton avance dans la médication, 
cette condition devient de moins en moins rigoureuse, et sa 
non-observance, suivie de succès, est un heureux symptdme 
de guérison. 

La thérapeutique active de l'impuissance par perversion 
de l'excitabilité physique n'est certainement pas bornée à ce 
aeol moyen ; elle comporte quelquefois l'emploi de Télec- 
tricîté, du galvanisme, de tous les excitateurs locaux ; elle 
réclame aussi, dans quelques circonstances, l'usage, tant 
eilerne qu'interne, des agents médicamenteux ; mais comme 
j'ai longuement parlé plus haut de toutes ces ressources, je 
crois inutile d'y revenir ici, d'autant mieux que l'emploi de ces 
divers agents on de ces divers moyens est indiqué plutdt par 
des considérations idiosyncrasiques que par des symptAmea 
spéciaux; c'est donc au praticien à juger de l'opportunité 
des uns à l'exclusion des autres, et non à l'écrivain qui, 
semblable au législateur, ne peut ni ne doit prévoir tous 
les cas. 

# 

$ III. — ImpialMaiiee Idlopsthl^ac par exeès d*éM«rf l«. 

Depui que l'auteur de l'article Sattriasis du Dictûm* 
naire de$ sciences médicales^ a établi iei^ signes différen* 



3d6 IMPUUiSiiNCB IDIOPiTUIQUB. 

tiels du priapisme, du satyriasis et de l*érotonianiC| on 
est généralement d*accord pour classer et nommer de la 
manière suivante les accidents génésiques causés par eicès 
d'énergie : priapùme^ érection sans désirs vénériens ; 
érolomanie^ désirs amoureux sans érection; enGn taty^ 
riasiSy érections continuellesi désirs immodérés du coït et 
délire erotique. 

Cependant ce cadre n'est pas complet, et Ton est étonné 
de ne pas y voir figurer une maladie que j'ai observée plu* 
sieurs fois» et dont l'existence» empêchant le coït tel que je 
l'ai caractérisé, c'est-à-dire érection de la verge, accouple- 
ment des sexes, plaisir et éjaculation chex l'homme du 
liquide spermatique, constitue une espèce d'impuissance 
qui doit, de toute nécessité, trouver ici sa place. 

Cette maladie se traduit surtout par l'impossibilité de 
l'éjoculation séminale, non comme dans le priapisme, mais 
avec des érections normales et des désirs vénériens ordi- 
naires. 

Je donne le nom A'aspermaiisme à cette sorte d'ana* 
phrodisie. 

Au premier abord, on s'étonnera de voir entrer celte 
infirmité dans le cadre de l'impuissance^ alors que sa place 
parait être naturellement marquée dans celui de la stérilité. 

Sans doute, si je ne m'étais appuyé que sur des déduc- 
tions théoriques, j'aurais suivi cette voie et je n'aurais pas 
reculé les limites déjà si étendues de l'anaphrodisie ; mais 
les faits que j'ai soigneusement interrogés et étudiés m'ont 
imposé la marche que j'adopte, et j'espère prouver tout à 
rheure que cette marche est en eflct la seule vraie et la 
seule scientifique. 

L'impuissance idiopathique par excès d'énergie se pré- 
sentera donc à nous sous les quatre formes suivantes : 



IMPUISSANCE miOPATDIQUE PAR EXCÈS D*ÉNERGIE. 237 

1* Érection sans désirs vénériens (jpriapismé) ; 

2* Désirs vénériens sans érection (érotomanie); 

&"" Désirs vénériens et érection sans éjaculation (asper- 
nuUisme) ; 

A* Désirs vénériens, érection et éjaculation avec délire 
erotique {satynasis). 

Ces quatre états pathologiques ont chacun un groupe 
de sjmptâroes qui lui est propre, mais tous offrent un carac- 
tère commun qui les rattache à Timpuissance, c'est l'absence 
du plaisir. La volupté est une condition essentielle de la 
copulation ; c'est la récompense de notre obéissance ù la 
loi de la propagation de l'espèce, et son défaut est une déro- 
gation complète aux prescriptions de la nature. Bien plus, 
en ne considérant que la Gn prochaine du coït, c'est-à-dire 
en faisant un moment abstraction du but sublime caché 
sous les délices du rapprochement sexuel, le plaisir n'est-il 
pas cette fin prochaine, et celui qui ne pourra l'atteindre, 
soit par i'éloignement des désirs vénériens, comme dans le 
prîapismc, soit par défaut d'éjaculation, comme dans l'asper- 
matisme, soit par surexcitation physique et morale, comme 
dans le satyriasis,s'estimera-t-il moins impuissant que celui 
dont la verge ne peut entrer en érection ? Les uns et les 
antres sont bien réellement impuissants, car l'impuissance, 
je ne saurais trop le répéter, n'est autre chose que l'absence 
d'une ou de plusieurs des conditions nécessaires à un coït 
normal, et lé plaisir, nul n'oserait le contester, constitue 
une de ces conditions au même titre que l'érection de la 
verge ou que l'éjacuiation du sperme. 

Je vais donc passer en revue ces quatre états patholo- 
giques, en faisant surtout ressortir pour chacun d'eux les 
caractères qui le font rentrer dans le cadre de l'impuissance. 
!• Prtapisme. — L'érection de la verge, dans le pria- 



2&8 IMFOISgAMGB IDIOPATBKKIB* 

pisme, peut être comparée aux mouvemenU qa*exécu(aient 
les membres de la grenouille dans l'expérience de Galvani ; 
c'est un corps sans àme, que Ton me passe Teipression, 
obéissant à une cause anormale et étrangère. L'ème, eo effeii 
représentée dans Tacte de la copulation par Tamonr et 
les désirs y est absente, et l'excitation qui la remplacé, 
par cela même qu'elle ne rentre pas dans les vues de la na- 
ture, s'accompagne de douleurs et donne quelquefois nais- 
sance à des accidents graves et même mortels. 

Les causes de cette surexcitation sont fort diverses : tantôt 
on les trouve dans l'emploi de certains ageniSi comme les 
cantharides ^ tantdt on les explique par l'existence de cer- 
tains états pathologiques dont le priapisme est alors un 
symptôme ou une complication^ comme la blennorrbagie, le 
calcul vésical, les maladies herpétiques, l'hypochondrie, 
Tépilepsie, le tétanos, etc.; tantôt ellos se rencontrent dans 
l'usage d'aliments irritants, de boist^ons alcooliques; tantôt 
elles découlent de certaines habitudes, comme le coucher 
sur le dos et dans un lit trop chaud, ou eiiGn de certains 
accidentii, comme une chute sur le rectum, etc., sans parler, 
comme étranger à mon sujet* du priapisme si connu des 
pendus. 

Quelquefois le priapisme ne reconnaît aucune de ces 
causes et constitue alors une maladie essentielle; dans ce 
cas, (les conditions le fuvorisent, et parmi elles je citerai : 
le tempérament sanguin, avec prédominance du s}stème 
hépatique; l'Age adulte et même la vieillesse; les saisons et 
les climats chauds, quoique Zncutus Lusitanus rapporte 
l'exemple d'un priapisme occasionné par un froid extrême; 
les excitants génésiaques de toutes bortes, tels que spectacles 
licencieux, lectures obscènes, danses voluptueuses, tableaui 
lascifs, etc., sans que l'excitation produite soit satisfaite. 



IMPUISSANCE IDIOPATUIQUB PAR EXCÈS d'ÉNERGIE. 239 

Mais de toutes les causes déterminantes ou occasionnelles 
du priapisme, nulle n'est aussi fréquente et aussi active que 
TuMge des cantharides è l'intérieur et même leur emploi à 
Teiiérieur. 

Au point de ?ue de l'impuissance, le priapisme oiïre deux 
sjroptdraes saillants à noter, ainsi qu'une de ses terminaisons 
possibles. Les deux symptômes sont : 1° l'absence de désirs 
vénériens; 2* l'existence de douleurs plus ou moins vives ; 
et la terminaison est la gangrène, et par suite la perte de 
la verge. 

A son début, et quand il n'a pas encore atteint un cer-> 
tain degré d'acuité, le priapisme n'est ordinairement pas 
douloureux ; il fatigue tout au plus le malade et cède le 
plus souvent à l'action lie quelques lotions froides. - 

Mais lorsque l'afTection devient plus intense, soit que 
cette intensité arrive par degrés, soit qu'elle se montre tout 
àcoup^ des symptômes d'excitation générale et d'excitation 
locale se manifestent; une sorte de mouvement fébrile se 
fait sentir; la soif s'allume, la tète devient douloureuse et 
le délire même peut surgir ; une anxiété pénible fatigue le 
malade qui cherche en vain le repos et le sommeil. 

Du côté des organes génitaux, la tension de la verge se 
communique au pubis et au périnée, qui participent souvent 
à la gangrène qui attaque le membre viril. Quelquefois 
uile éjaculatioo spermalique se produit, mais celte déplé- 
tion, loin de calmer le priapisme, irrite davantage encore 
la muqueuse Je l'urètre dont la sensibilité est extrême; 
il n'est pas rare alors d'observer une hémorrhagie urétrale. 
Tout le monde connaît le fait, rapporté par Cabanis, de cet 
étudiant en médecine qui, dans un violent accès de ja- 
lousie, fut pris pendant plusieurs heures d'un priapisme très 
douloureux, pendant lequel se produisaient tour à tour 



2&0 IMPUISSANCE IDIOPATRIQ€B< 

des émissions ilc semence et des pertes de sang presque 
pur. 

Dans d'outrés circonstances, les contractions de l'urètre 
sont si violenles que, iion-seuicroent le sperme ne peut se 
frayer une issuo, mais que les urines elles-mêmes sont corn- 
ptilement arrêtées. On ne saurait, on le comprend, songer 
au cathétérisme, car la présence d'une sonde augmenterait 
les accidents au lieu de les calmer; d'ailleurs le cathéter 
risme est inutile dans beaucoup de cas : à ce degré de pria- 
pisme, la sécrétion urinaire est 1res souvent suspendue; 
mais lorsqu*cllc persisie et que l'émission de son produit 
peut se faire, l'urine est rouge, boueuse, et laisse au fond 
du vase un sédiment très abondant. 

Un état aussi grave ne peut se prolonger longtemps sans 
danger, surtout si la cause du priapismc se trouve dans 
l'usage des cantharides; presque toujours alors la maladie 
se complique d'une cystite ou d'une entérite très souvent 
mortelles; mî^mc en l'absence de pareilles circonstances, le 
priapisme peut se terminer par la mort. 

Quelquefois la perte de Torgnuo génital seul est la con« 
séquence de cet état pathologique, et, dans ce cas, le pria- 
pisme est le point de départ d'une impuissance absolue et 
contre laquelle la médecine est entièrement désarmée. 

Il est donc de la plus haute importance de prévenir de 
semblables résultats et de s'opposer par tous les moyens pos • 
sibles, soit à la mort du malade, soit à la perte de son organe 
copulateur. 

Quand le priapismc arrive graduellement, c'est-à-dire 
quand les érections deviennent peu h peu plus fréquentes, 
et ci'deiit, soit à un changement de température, soit h des 
lotions froides, on n'a le plus souvent besoin que d'un 
régime alimentaire approprié, dont les aliments douf , les 



ISIPUISSANCB IDIOPATHIQUE PAR EXCÈS d'éNERCIE. 2&1 

légumes herbacés et le lait feront la base^ ainsi que les 
boissons rafratchissantes ou acidulés, prises à une basse 
température. Le lit du malade ne sera ni trop mou ni trop 
chaud, et le patient aura soin de ne pas coucher sur le dos; 
è cet effet, on a donné le conseil de couvrir le ventre avec une 
serviette dont on nouerait les bouts sur le rachis; on com- 
prend que la serviette peut èlre remplacée par une pelote 
dure, par un tampon, un morceau de bois, en un mot par 
tout corps saillant qui blessera le malade dès qu'il essaiera 
de prendre la position qu'il doit éviter. 

Les bains généraux ou les bains de siège a une tempé- 
rature de 16, 18 et 20 degrés, l'air pur de la campngne, 
les distractions en plein air, Téloignement des excitants 
vénériens seront prescrits comme hygiène. 

La thérapeutique, dans ces cas peu graves, se réduira h 
quelques émulsions ou juleps camphrés et h des lavements 
froids ou émollients, ou dans la composition desquels entrera 
une faible dose de camphre dissous dans un jaune d'œuf. 
On retirera des avantages marqués de l'usage du lupulin 
(partie active du houblon) dont on a, dans ces derniers 
temps , constaté Taction spécialement sédative sur les or- 
ganes génitaux (i) à la dose progressive de 1 i 10 grammes 
en nature, en* teinture et surtout en saccharure. Les 
opiacés et la ciguë pourront être essayés , mais avec 
modération dans leur emploi et leur dose, dans la crainte 
d'augmenter les accidents qu'il s'agit de combattre. 

Quand le priapisme se présente avec des caractères plus 
graves, c'est-i-dire lorsque les érections sont persistantes, 
douloureuses, et qu'il y a menace de gangrène, il ne faut 
pas hésiter à pratiquer une saignée, si la constitution du 
malade le permet, ou h appliquer des sangsues aux lombes. 

(1) Bulletin générai de thérapeutique, 4 854. t. XLVII, p. 464. 

16 



2/l2 IMPUISSANCE IDIOPATBIODE. 

Le malade sera tenu longtemps dans un bain, et Tod pla- 
cera sur les organes génitaux des cataplasmes émollients 
arrosés de laudanum. Dans un cas grave de priapisme, où 
les accidents les plus terribles étaient à craindre, après avoir 
vainement employé les saignées, les bains, les préparations 
camphrées et narcotiques, les lavements émollients et anti- 
spasmodiques, je me décidai è pratiquer des mouchetures 
sur les corps caverneux de la verge; la déplétion san- 
guine qui en résulta amena un ramollissement de l'organe 
et prévint ainsi la gangrène, qui, sans cette circonstance 
heureuse, eût peut-être été hAtée par les mouchetures 
mêmes. Je suis loin d'ériger cette opération en principe, 
mais je crois qu'on en doit user comme ressource extrême, 
lorsque tous les autres moyens ont échoué et lorsqu'il 
n'existe encore aucun symptôme de spliacèle. 

D'ailleurs le traitement du priapisme sera toujours subor- 
donné ù lu cause qui Ta produit. Zuculus liUsitanus raconte 
l'histoire d'un \ice'roi diS Indes qui, n*a>ant pu se débar- 
rasser d'un priapisme qui le tourmentait de|iuis longtemps, 
lit usage d*uneeau distillée de clous de girolle, préparation 
essontiellemont excitante que ce médecin conseille de rem- 
placer par uno eau de fleurs de cannello des Indes, autre 
pré|)aiation non moins excitante que la |)renHêrc. Il est 
probable ([ue le priapisme du vicr-roi des Indes a\ailpour 
cause une r.\ibles>e gi'iiérale, el il est certain que. la théra- 
penti(|ne onlonn/^e par Zacutus Lusitanus serait funeste à 
un adulte dinis toute la force de Và^i\ 

Enlin. si le priapisme tient à une aflection dartreuse, s'il 
reconnail pour cause un calcul d.ius la u'ssie, Tusage des 
canlliarides, etc., on s'attachera à détruire cette cause par 
les niojens que la médecine el la cliiiurgie mettent à la 
disposition du praticien, el dont je n'ai pas à m'occuper ici. 



IMPUISSANCE IDIOPATHIQUE PAR EXCÈS d'ÉNERGIE. 2^3 

2® ËROTOMANiE. — L'érolomanie est une névrose de 
rintelligence bien plus que des organes génitaux; c'est une 
penrersion de Timagination poursuivant un objet réel et 
quelquefois imaginaire ; c'est ce qu'on appelle commune* 
ment l'amour platonique. Rarement le génésique par- 
ticipe à l'exaltation des facultés intellectuelles de l'éroto- 
manîaque, mais rarement aussi son énergie est amoindrie et 
éteinte. Un de mes amis, condisciple à l'école de médecine, 
tomba i vingt ans dans une folie amoureuse parfaitement 
caractérisée: les incitations génitales étaient nulles près de 
la personne aimée, et toujours, quand je lui demandais ce 
qu'il ferait de son amante couchée avec lui, il me répondait 
avec eialtation : Je l'adorerais ! 

Cette insensibilité génitale ne se produisait qu'à Tocca- 
sîoD de l'objet de son amour, car le malade jouissait de 
toutes ses facultés viriles, fort énergiques, je vous assure, 
quand il se trouvait avec une autre femme. 

L'érotomanie n'est donc en réalité qu'une impuissance 
essentiellement relative; elle est bien plutôt du domaine des 
aliénistes qu'un sujet de cet ouvrage (1) ; d'ailleurs j'aurai 
à revenir sur l'influence que l'imogination exerce sur les 
fonctions copulotricos, et je dirai alors les caractères et le 
traitement de cette bizarre maladie. 

â"" AspERMATiSMB. — L'ospermatisme est caractérisé par 
l'impossibilité de l'éjaculalion avec une érection normale, 
contrairement au priapi^nme, et sans perversion ni exaltation 
des facultés morales, contrairement u Térotomanie. 

Je dois, ainsi que je m*} suis engagé plus haut, légitimer 
la place que je donne ici à ce nouveau genre d'impuissance, 
car si l'émission de la semence n'est pas la source de la 

(1) Voyez Esqoipol, Dea maladies mentales. Paris, 1838, t. tl , 
p. 32 el suiv. — Marc, De la folie. Paris, 4 840, t. H, p. 48! et soîv. 



2^& IMPUISSANCB IDIOPATBIQOI. 

voluplc amoureuse, l'aspermaiisme doit être rois parmi les 
causes de la stérilité et non de Timpuissancc. 

Je vais d'abord rapporter l'observation qui, In première, 
éveilla dans mon esprit les considérations physiologiques 
qui me font rattocher la jouissance vénérienne è réjacnja- 
lion de la liqueur séminale. 

Un jeune homme de vingt ans, d'une santé parfaite et 
d*un tempérament sanguin,sc présente un jour k ma consul- 
tation et me raconte les faits suivants : « J*entre facilement 
en érection^me dit-il ; mes désirs vénériens sont d'autant plus 
vifs que je n'ai jamais éprouvé lei jouisumce$ de Vamùur; 
rintromission de la verge dans les organes de la femme se 
fait sans difliculté et sans douleur; mais cette intromission 
obtenue, je ne puis, quelque effort que je fasse, ressentir 
la volupté dont mes amis m*ont parlé ; après un temps plus 
oumoins long de tentatives infructueuses, pendant lesquelles 
j'appelle a mon aide toutes les ressources de mon imagina* 
tion et toute mon énergie amoureuse, je ploie sous la fatigue, 
et ma verge, participante cet abattement de tout mon être, 
8*uiïaisseet devient molle sans qu'il m'ait été possible d'ob* 
tenir l'éjaculation.» 

Dans l'interrogatoire que je fis subir au malade d'après 
cetle première donnée, je recueillis les renseignements sui- 
vants : l'éjaculation ne s'était jamais produite à l'état de 
veille, soit par la masturbation, soit par le coït; mais elle 
avait lieu quelquefois pendant le sommeil, tantôt sous Tin* 
fluence de rêves lascifs, tantôt sans cause connue; et, ce 
que ces circonstances étronges présentent de remarquable, 
c'est que si le malade venait, par un motif ou par un autre, 
h s'éveiller pendant l'éjaculation, celle-ci s'interrompait 
instantanément, de telle sorte que le malheureux n'avait 
pas même une idée confuse du plaisir vénérien. 



IMPUISSANCE lUlOrAlHIUUË PAK EXCÈS d'ÉNEUGIE. 2^5 

Ce qu'il éprouvait aux approches de la remme était un 
sentiment de bien-èlre, une excitation générale qui n'était 
pas sans charmes, il est vrai, mais qui n'était pas lajouis«- 
saoce génésique; tous les hommes aussi éprouvent ce bien* 
être et cette excitation générale, et s'ils les considèrent 
comme les doux préludes du plaisir, ils ne les estiment pas 
comme le plaisir lui-même, et nul ne croirait avoir goûté 
les voluptés de Tamour, si ces voluptés se réduisaient h ce 
bien-être et è cette excitation préparatoire. 

Cependant, quelques physiologistes, abusant de la langue 
et de la logique, ont avancé que l'éjaculation séminale n'était 
pas le plaisir, mais le signal de la fin du plaisir; et à cet eiïet 
ils citent l'exemple des enfants masturbateurs qui éprouvent 
du plaisir sans éjaculation. La définition et l'exemple qui 
Tappuie sont aussi mauvais l'un que l'autre : la définition 
est aussi irréprochable que si Ton disait de la vie qu'elle est 
le signal de la mort; quant à l'exemple, il est fort douteux 
que l'enfant, dans l'onanisme, éprouve le même plaisir que 
riiomme pendant l'éjaculation, et il est probable que la 
volupté du premier se réduit h une excitation générale 
et locale qui n'est ni s^ans charmes ni sans attraits. 

Non, l'éjaculation spermatique n'est pas plus le signal de 
la fin du plaisir que la vie n'est le signal de la mort. Sans 
doute, en n'ayant égard qu'aux destinées de ce monde, 
toute chose, par cela même qu'elle est, doit avoir un terme^ 
de telle sorte que son existence est la preuve même et le 
signal de sa destruction. Mais ce caractère, inhérent à toute 
réalité, ne peut servir a aucune de signe distinctif, pas plus 
à réjaculation qu'à Térection, qui, ace point de vue, pour* 
fait être définie le signal de la lin de l'orgasme vénérien ; 
ce qui serait absurde. 

L'éjoculation, lorsqu'elle s'accomplit dans les conditions 



Sè6 uffoiiiARci imorATBiQini. 

Bormales, dans les conditions voulues par la nalnrei e'esit- 
à-dire par saccades, pendant réreclion de la verge et après 
une eidtation amoureuse suffisante, n'est peut-être pas le 
plaisir unique de la copulation, mais elle en constitue, du 
OMins, Teipression la plus haute et la plus vive. Par consé« 
quent, le début de l'émission spermatique, en rendant le coït 
incomplet, crée un genre d'impuisMnce dont on n'avait jus- 
qu'ici tenu aucun compte, et pour la désignation duquel je 
me suis vu forcé d'employer le mot nout eau d*ttMpermàtume. 
Cependant, des fails è peu près analogues fc celui que j'ai 
mentionné plus haut sont consignés dans la science. Une ob- 
servation fort curieuse de ce genre est rapportée par Cock- 
burn(i) : « Un noble vénitien, dit ce dernier auteur, épousa, 
à l'ége où l'amour fovorise un homme avec complaisance, 
une jeune demoiselle très aimable, avec laquelle il se com- 
porla asset vigoureusement ; mais l'essintiei manquait è son 
bonheur : tout annonçait dans ses transports le moment de 
l'eiiase, et le plaisir qu'il croyait goûter s'échappait. L'illu- 
sion lui était plus favorable que la réalité, puisque les songes 
qui succédoient à ses eiïoris impuissants le réveillaient par des 
sensations délicieuses, dont les suites n'étaient pas équivo- 
ques sur sa capacité. Cet épout malhcureui, rassuré sur son 
état, voulait-il prouver efficacement sa puissance et réaliser 
iQS plaisirs? Il en procurait sans pouvoir les partager^ en un 
mot, réreclion la plus forte n'était pas accompagnée de ce 
jaillissement précieux qui fait connattro toute l'étendue de 
la volupté. On fit inutilement plusieurs remèdes pour pro- 
curer des plaisirs è un homme qui méritait de les connaître 
et que son amour consumait depuis asses longtemps. On 

(I) Eisais et obiervationn tie mMccine d'Edimbourg. Parts, 1740, 
t. I, p. 391. — l>e Lignac, De t'homme et de la femmê^ t. 1, p. 84t 
et suiv. 



IMPUISSANGB IDIOPATHIQUB PAR EXCÈS d'ÉT«IERG1E. !2i|t7 

pria en6n les ambassadeurs, que la république^de Venise 
eotretieDl dans les différentes cours de l'Europe, de fouloir 
bien consulter les plus fameux médecins des lieux où ils 
faisaient leur résidence, sur la cause de celte incommodité, 
aussi bien que sur les moyens dont il fallait se servir pour 
y remédier. J'attribuai cette impuissance, dit le docteur 
Cockburn, à la trop grande vigueur de Térection, qui bou- 
chait le conduit de l'urètre avec tant de force (1) qu'elle 
ne pouvait être surmontée par les moyens qui obligent la 
semence à sortir des vésicules séminales; au lieu que cette 
pression étant moins forte dans les songes, l'évacuation se 
fait avec plus de liberté. » 

La Gazelle de santé t ihns son n'* 52, rd|)por(e une obser- 
vation À peu près semblable, d'après Schevetel; enfin 
Planque fait mention d'un homme de trente -huit ans, 
qui se plaignait d'être impuissant, parce que In semence ne 
pouvait point sortir , quoiqu'il fût souvent en érection. 
Il passa ainsi une année à se tourmenter, et la nature se 
fit un chemin à la région épigastrique du côté droit. La 
semence passait par trois petits trous, quand cet homme 
exprimait cette partie ; mais il mourut peu après de con- 
somption (2). » 

Je ne m'arrête pas, on le comprend, a cette prétendue 
fistule séminale; Terreur est trop grossière pour mériter 
d'être discutée. 

Comme on le voit, les faits analogues à celui qui s'est 
offert à mon observation et que j'ai rapporté, sans être très 

(1) Celte explicalion n'est plus admissible, car on sait au contraire 
aujourd'hui que l'érection dilate le canal de l'urètre. Il serait plus 
rationnel d*attribuer celte impossibilité d*éjaculation aux contractioDS 
spasmodiques des conduits éjacula leurs. 

{%) Bibliothèque ohoiêie de nMeemey t. VI, art. Impuissance. 



2&8 IMPUKMiAKCK IDIOPITUIQUB. 

communs dans les annales de la science, étaient suflLsanls 
cependant pour attirer l'attention des praticiens» et Ton 
i*étonne que Ton ait jusqu'ici confondu ce genre d'impuis- 
sance avec celui que justifie le priapisme ou que caractérise 
la non-érection de la verge. 

Presque toujours, Taspermatisme tient è un état spas- 
modique des conduits éjaculateurs ou de rurètrc; et cette 
cause doit être acceptée comme la seule vraie dans les cas 
où, comme chez mon malade et chez le Vénitien dont parle 
Cockburn, des pollutions ont lieu pendant le sommeil; 
cette circonstance, qui jeta une si vive lumière dans l'esprit 
du médecin écossais, ne doit jamais être perdue de vue par 
le praticien. 

ii'absence de l'éjaculation peut également tenir è l'obli- 
tération des conduits éjaculateurs, que cette oblitération 
soit native ou le résultat d'un état morbide. Dans ce cas, 
aucune émission de sperme n'a lieu, ni pendant le sommeil 
ni pendant la veille, ainsi que je le dirai plus loin, quand 
je parleroi de cette couse de stérilité. 

L'oblitération des conduits éjaculateurs est une aiïeclion 
rare^ elle est ordinairement produite par la matière tuber- 
culeuse ou concéreusc dont le dépôt peut ùlrc limité è ces 
conduits, mais qui, le plus souvent, se rencontre aussi dans 
les vésicules séminales et les canaux déférents. Comme on 
doit le comprendre, ces altérations constituent des infirmi- 
tés presque toujours au-dessus des ressources de l'art. 

Mais il n*en est pas de même de l'état spasmodique des 
conduits éjaculateurs et de Turèlre; abandonnée à elle- 
même, celle névrose pourrait disparailrc a\ec Tàgc, c'csl- 
A-dire avec In dimiiiulion des désirs et de Tor^^nsmo >éné-> 
rien ; mais il csl peu de malades qui consenlenl ù attendre 
une pareille terminoi»on, et tous, on le comprend sans 



IMrUISSAKCI IDIOPATBIQUB FAE IXCÈS d'ÉNBRGIE. SftO 

peioe» réclament impérieusement le secours de la médecine. 

Quand le sujet est jeune et vigoureux et qu'il n'existe 
pas chex lui de contre-indications, il faut commencer le 
traitement par une émission sanguine avec la lancette» ou 
tout au moins par des sangsues au périnée. La saignée, 
quand elle est possible, doit être préférée, comme agissant 
mieux sur l'ensemble de l'innervation, et parce qu'elle 
laisse libre une place sur laquelle on a à agir, soit par des 
frictions ou des onctions, soit par des vésicatoires volants, 
ainsi que je vais le dire. 

Après cette émission sanguine, on essaiera tour à tour, 
an commencement, les narcotiques et les antispasmodiques, 
tant à l'intérieur qu'à Textérieur. 

A rintérieur, j'ai retiré, dans le cas que j'ai cité, des 
avantages réels des pilules suivantes : 



Âssa fœlida 

Castoréum 

Extrait gommeox d*opium .... 

Extrait de ciguë 

Conserve de roses q* s 



\a, 4 gram. 
jâià. 0^50 ceDtigr. 



On fait avec cette préparation de 15 u 20 pilules, et le 
iDolade en prend quatre par jour. 

A l'extérieur, des frictions sur le périnée et les lombes 
avec les opiacés, la ciguë, la belladone, seront prescrites 
avec succès. 

Les mêmes agents et les antispasmodiques, l'assa fœtida 
surtout) pourront être ordonnés en lavement. 

Les bains généraux et les bains de siège devront jouer 
un grand rôle dans la thérapeutique de l'aspcrmatisme; 
leur température variera selon les indications spéciales, 
depuis 1 degré jusqu'à âO. 

Chez les sujets lymphatiques, irritables, les bains de 



250 IIIP0I68A1ICB IDIOPATBI0tni« 

mer oiïriront des ressources inespérées, et dans bien des cas 
ils seront le seul remède au mal. 

Ces moyens, secondés par un régime convenable et appro- 
prié au tempérament et h la constitution du malade, suffi- 
sent d'ordinaire pour triompher de la maladie ; il faut quel- 
quefois en prolonger assez longtemps l'usage et les associer 
à quelques précautions hygiéniques relatives au coucher, 
comme, par exemple, la proscription d'un lit trop chaud et 
trop mou, et d'un sommeil ou d'une paresse trop prolongés. 

Enfin , dans les cas où les progrès vers la guérison ne 
seraient ni assez rapides ni assez sensibles, on pourrait les 
hâter en employant les opiacés, par la méthode ender- 
mique. C'est ce que je fis avec un plein succès sur le malade 
dont j'ai parlé eu début de cet article; j'appliquai sur le 
périnée un vc^sicatoire non cantharidé^ que je saupoudrai 
pendant trois jours, matin et soir, avec Ix milligrammes 
de chlorhydrate dr morphine. 

li* Satyriasis. — Je me dois contenter ici de mentionner 
le sat\ riasis, cor ce serait étranglement abuser des ressources 
de la classification, si dans un livre consacré k l'impuissance, 
je décrivais le type de la luxure et Tidéal de la lubricité. 

Sans doute, on conçoit que le satyriasis puisse devenir 
une cause d'impuissance et que les exploits amoureux qu'il 
suscite soient suivis de tristes revers ; mais alors sa place est 
marquée dans un autre cadre : dans celui où il sera question 
de l'impuissance consécutive. U'ailleurs, le satyriasis, exces- 
sivement rare, surtout dans les pavs froids et les régions 
tempérées, est moins une cause d'impuissance que de mort, 
ainsi que le prouvent les quelques observations que la 
science possède. Je suis donc autorisé à ne pas faire entrer 
dans les limites de cet ouvrage une aiïection que tant de 
motifs en éloignent. 



IHFOlSSiNGB STMrrOMATlQUB. 251 



CHAPITRE IIK 

IMPUISSANCE STMPTOMATIQUE. 

S'il me fallait rapporter toutes les maladies qui s'accom- 
pagnent de la suspension des fonctions génitales, il me 
faudrait passer en revue le cadre presque tout entier de la 
pathologie; il. n'est pas en eiïet une affection aiguë qui 
ne suspende ou les désirs vénériens ou la puissance érectile. 

Mais qu'a à faire l'impuissance dons une fièvre typhoïde, 
dans une pneumonie, dans une fracture, etc., etc.? Ne 
serait-ce pas tomber dans une exagération ridicule que 
d'étudier un pareil symptôme parmi ceux qui compromettent 
si gravement la vie du malade, et de pensera la propagation 
de l'espèce, alors qu'il s'agit de conserver le propagateur 
lui-même ? 

Évidemment une pareille prétention ne peut entrer ni 
dans mon esprit ni dans le cadre de ce livre. 

L'impuissance, en tant que sjmptdme^ suppose l'exercice 
de la vie de relation et exclut toute menace de mort pro- 
chaine; tantôt elle coïncidera avec une maladie véritable^ et 
en sera un des principaux caractères, comme par exemple 
dans le diabète, les pertes séminales, etc., etc.; tantôt au 
'contraire elle ne marchera avec aucune altération locale ou 
générale, et sera simplement alors l'attribut d'un état phy- 
siologique, comme l'âge, la constitution, etc., etc. 

Le cercle que j'ai à parcourir dans ce chapitre se trouve 
donc naturellement partagé en deux parties bien distinctes : 

1^ Impuissance symptomatique de certains états physio- 
logiques ; 

S"" Impuissance symptomatique de certains états patholo- 



llll'UlbdANCg SYlirrOIIATIQVI. 

giques dont la chronicité et lo longue durée ne suspendent 
|ias la vie de relation du malade. 

C'est dans cet ordre que j'eiaminerai le sujet de ce 
chapitre. 

1* IMPUISSANGK SYMPTOMATIQUE DB CfiBTAIllS ÉTATS 

PBTSI0L061QDB8. 

SL —Ages. 

Je ne puis faire ici que de Thygiène, de Thygiène spé- 
ciale, si Ton veut , mais rien que de Thygiène, car il n'est 
permis à personne, au médecin moins qu*è tout autre, de 
transgresser les lois de la nature et d'établir des préceptes 
en dehors de la volonté qui régit notre organisation et 
règle les phases de notre vie. 

L'exercice de la fonction génitale, oi-je dit dans les 
considérations physiologiques placées en tète de cet ou- 
vrage, n'a lieu (|u*ù l'époque de la plus grande activité 
organique, oprès rentier développement de Tiiidi^idu et 
avant sa décadence. Les deux phases extrêmes de la u'c 
humaine sont donc marquées par le repos des organes de 
la génération. 

Il est impossible de déterminer d'une manière générale 
les Ages précis auxquels la puissance génitale apparaît et 
s'éteint; il est, sous ce rapport, des prédispositions tenant 
aux causes les plus diverses, telles que le climat, le tempé- 
rament, l'état de maladie ou de sonté, l'éducation, les habi- 
tudes, etc., etc., prédispositions qui font de chaque individu 
une espèce d'être h part, et par l'influence desquelles les 
organes génitaux ont en quelque sorte leurs lois propres 
d'évolution et de dépérissement. 

Si la fonction «génératrice n'était dominée que par des 
causes générales, indépendantes de nous, comme le climat, 
la constitution et jusqu'à un certain point le tem|)éra- 



AGES. 253 

ment, etc.) on pourrait préciser d'une manière assez exacte 
les époques diverses du cercle qu'elle parcourt; malheu* 
reosement il n'en est point ainsi, et les modifications les plus 
profondes que subit son action lui viennent de circonstances 
changeantes et variables comme chaque individu. 

On a dit depuis longtemps qu'il n'eiistait pas deux êtres 
hamains parfaitement semblables; cetle proposition, dont 
je n*ai pas à discuter la vérité d'une manière générale, est 
inattaquable, appliquée au sujet qui nous occupe. Sous ce 
rapport, chacun est son modèle, chacun reste lui, et, plus 
qu'en toute autre circonstance, on doit recommander ici 
le connais-toi toi-même du philosophe grec. 

Aussij adolescents et vieillards, vous que poussent vers 
des voluptés défendues et par conséquent pleines de dangers 
et d'amertume, soit de vagues aspirations vers des délices 
encore inconnues, soit le souvenir ou le regret de la perte 
d'an bien pour toujours irréparable, ne regardez jamais 
autour de vous , ne mettez pas votre ambition à suivre les 
traces de votre voisin : la mesure de vos forces est en vous 
et non ailleurs. 

Certes les exemples de précocité et de longévité amou- 
reuses ne manquent pas : sous ce rapport, et pour ne parler 
ici que de notre sexe, saint JérAmc assure qu'un enfant de 
dix ans fit goûter les plaisirs amoureux h une nourrice avec 
laquelle il couchait et qu'il finit par la rendre enceinte; 
Planque rapporte Thistoire de deux enfants qui, à l'Age de 
quatre ans, avaient les organes génitaux si développés qu'ils 
pouvaient accomplir l'acte vénérien (1). L'ancien Journal 
i/e médecine renferme plusieurs observations de ce genre, et 
entre autres celle qui lui fut communiquée par Fagès deCa- 
telles, et dans laquelle il est dit qu'au mois de juillet 1753^ 

(I) BUdiothhitie choiêiê de médecine, t. I, art. ÂccioissEMEirr. 



.....o. m :'>.>ii: fue Tnit |tut croin» en ph-îiie 

,, ^ î .1. ~?J'i*. l-""or;;jim'!nlt' 1.1 ••l'iiérnlinn 

.... .-. f.-\-if'nenl la forme exléru'itii' (pi'ils 

^ ..t 'i niiiii' ilt> Irciilc ans hien ivnfnniK' ; 

. . mi''it Eemps un pcticliaiil bicii tlÎTJili'^ (loiir 

..:iijt, spIuii les csprossiuiis (le Tniiti-ur. h se 

>.'' liilts nubile», au|irès <li.-M|ui-lle!i il iiiaiii- 

^v '^ .1 -K l>'S |)luN )ms?<i»iicit'>s. M. Iciluclcur l'uielle 

,^:i -'■■!■ a ubxurvé uri fiiit «le giulicrlé iiuii iiiuiiLs pré- 

-.v. ^i> Jii [■cil <:ai\-oii i)*- Irui^ ni)» et quatre luuis (I ;. 

«.^ «\eiii|ile> lie ^ieillillllN ilitiil les furce» |;éiiitit1i>$ se 
<'iiM.'i«t.-iviit jusi(U(! dans nn A^ie avaiieé sont encore plus 
MiUijieuii i|ue c'eii\ ilenfaiils à lirililr préi'oce. MRssiiiis<u, 
•j. tic ?iunii(lii-, cn^oriiln) MeliiMinule , an ilirc il<> ^'.1lt■^e 
\ljiimc, flprtV SO mis : W iiilislas, nii i)e IVilo^iie. eut ilciix 
^jivi>ns à ['i\[-<' <l<' '.)(} iiiis; enliii (imt le niuiiih- ((iniiiiil 
; licliiiie iliici'lilirc An<;liiis 'riinmns l'arr, <|ui, !i l'A^c île 
tYiitiiiiSifii^iil |iai(.i^i-r' ii t-a l'fiiini<-,i)iii('ri fil r.iu-n. loiiU's 
k•^ ^olll|.té^ lie lu cihuIh- ninju^ali'. 

Sans <luiil<', les i-\''i)i|ilpa t}iii' ji' iieM< de riipjiorler et 
dont j'iiMiui> jiu >iw* |ieiiii- iiu^tiui-iiliT le iiMnilin-, rinisti- 
lueiil di's e\tf|iliuii. ijii'i. i-sl liicri niri'ini'nl iirnui» il'iniiltT , 
et [I ouu'iil iiiiriitelte niKlièn'il n'j ii i)iriiiiediirértMK-e de 
plus 1)11 il>- moins. 

Kt cela est xi inii (]iie l'un rcnainlre tous les jniirs des 
liuinmes dans lt>ute io rmce de l'i^^e, de :iO à 3r> ans, pur 
exemple, plus tieu\, plus ilécréfiib, au point île tue de lu 
l'unclion r», idiitriie, ipii' reilnins tieilliuijs de (>5 a H) uns ^ 
et, I •iH-e i|Ui' eelui'ii inontri'iu encute i|uel(|iie tulenr eon- 
jn^iiile, le preiiiii'i diMiil-il Imiiinenlcr sesoi^anes fali^zués 
lui usi':>.nunl rA^i'.'.Nijii.ltii-nôkJJuiiinientiion.et lu science, 
(I; llulirliiidelAcaduiHiiilrmtiliciiM, l'dris, ItiJ, t. VIII, p. liii. 



AGES. 255 

d'accord ici avec la sagesse, lui prescrira de régler l'exercice 
de la fonclion copulalrice d'après les forces qui lui restent et 
les désirs qui Tamment. 

Jeunes et vieux imprudents, qui voulez courir après des 
voluptés qui vous fuient, ne demandez ni au libertinage, ni 
k la médecine une énergie factice et toujours funeste; chaque 
âge a ses plaisirs, le vdtre ne doit point connaître ceux de 
Tamour; vous que sollicitent les charmes d'un monde en^ 
core inconnu, résistez à ces tentations étranges et nouvelles, 
et sachez être enfants; la vie s'offrira à vous avec tous ses 
sourires, et les organes que vous aurez ménagés vous pro- 
cureront plus tard des voluptés complètes et sons amertume; 
et vous dont l'imagination a dû se réfugier dans la mémoire, 
éloignez de votre esprit les souvenirs trop doux et les regrets 
trop amers; sachez être vieux (1); La Rochefoucauit avance 
que la maxime est difficile à suivre; mais pour adoucir et faci- 
liter votre obéissance à cette loi fatale de notre être, songez 
que la récompense de votre sacrifice est la conservation et 
la prolongation de la vie, ce bien suprême, ce don magni- 
fique de Dieu. 

On a prétendu, en s'appuyant sur l'exemple du roi David, 
qu'il était possible de redonner au vieillard les forces per- 
dues en le faisant coucher avec des adultes sains et bien por- 
tants de l'un ou de l'autre sexo, et surtout du sexe fémi- 
nin. A cet effet, Boerhaave raconte qu'un vieux bourg- 
mestre d'Amsterdam, étant tombé dans un épuisement 
profond, coucha, d'après ses conseils, entre deux jeunes 
iilles, belles et d'une bonne santé, et en retira un si grand 
avantage que, après quelque temps de ce traitement, la 
grossesse d'une des deux femmes l'avertit de suspendre la 
médication, afin de ne pas voir le remède devenir à son 
(I) Réveillé Parise, Trailé de la vieiUeMB, Paris» 4863. 



2t56 m PUISSANCE symptomatioub. 

tour cause de la maladie. Le roi David, pour avoir élé moins 
prudent, paya de sa vie Tusage trop répété du remède, 
quoique son historien ne l'accuse pas d'être sorti des bornes 
de la bienséance avec la belle Abisag. 

Est-il besoin de rappeler les arguments avec lesquels les 
anciens auteurs soutenaient une pareille médication? La 
vie exhalée d'un côté et absorbée de l'autre ! Quelle étrange 
fontaine de Jouvence ! C'est la fable du vampire élevée h 
la hauteur de la science. N'est-il pas plus rationnel d'ad- 
mettre que rhistoricn du roi Uavid, voulant cacher les 
désordres de la vieillesse de celui que l'on appelait grand et 
saint entre tous, inventa cette explication physiologique que 
l'ignorance accepta d'abord et que la tradition consacra 
ensuite , sans que le servum pecus qui In recevait en héri- 
tage ait pris la peine d'en pénétrer le sens véritable. Abisag 
n'était pas autre chose pour le roi Uavid qu'un médicament 
aphrodisiaque; les deux jeunes filles dont jmrle Boerhaave 
répondaient à la même indication auprès du vieux bourg- 
mestre d'Amsterdam. 

Vieillards, fuyez cet aphrodisiaque comme les autres; 
son action est peut-être plus terrible encore que celle du 
phosphore ou du geng-seng; n'étreignez pas dans vos bras, 
sous prétexte d'une absorption imaginaire, déjeunes filles 
saines et belles, car, plus actif que la robe de Déjanire, 
leur feu consumerait bientôt vos chairs et tarirait les 
sources de la vie. 

Je n'entends parler ici ni des constitutions pathologiques^ 
si je puis ainsi dire, ni des accidents inoffensifs qu^entruinent 
parfois certains tempéromenls, comme l'obésité par exemple, 
qui survient h la suite du tempérament lymphatique ; — 



GonsTiTOTioN, TB11P611AMENT. 257 

les unes et les autres trouveront ailleurs leur place; — 
j« ne dors, pour le momenl, considérer ()ue les constitutions 
et les tempéraments compatibles avec l'état de santé. 

Qu'on me permette, en passant, de m'inscrire en faux 
contre les physiologistes qui ont fait de la santé un étot 
type, auquel ils ont assigné des attributs immuables et des 
caractères imaginaires. Non, la santé n'est pas un état 
absolu ; on la trouve sous les formes les plus diverses, et 
c'est i Bon occasion que l'on peut sâretnent dire que les 
apparences sont trompeuses. Un de mes amis, que sa 
constitution fréle et délicate avait tenu éloigné du régime 
des collèges, et que ses parents entouraient de soins inces- 
sants et constamment dirigés par la meilleure hygiène, 
quitte enfin ii dix-huit ans la maison paternelle pour aller faire 
ses études de droit dans une ville voisine. Les recomman- 
dations, comme on le pense bien, ne lui manquèrent pas, 
et la sollicitude maternelle épuisa les conseils que lui suggé- 
rèrent l'amour, ta raison et la science, pour conserver une 
existence que le moindre soufQe semblait devoir briser. Le 
jeune homme, qui voyait luire pour la première fois, comme 
il me récrivait, une étoile de liberté au ciel de son /tt, en 
fut si ébloui, que sa mémoire perdit le souienîr des craintes 
et des recommandations de sa mère. Il se jeta, avec, toute 
l'ardeur d'un néophyte, dans une vie de débauche et d'orgie. 
Ses nuits, quand elles n'étaient pas consacrées au jeu, se 
passaient dans des excès de femmes; les bouillons, les 
potages, le chocolat, la cAtelelle, tout le régime si ponc- 
tuellement suivi pendant de longues années dans la maison 
paternelle, furent abondonnés et remplacés par des repas 
digues de Sardanapale ou de Gamache , et que les vins de 
toutes sortes arrosaient de leurs Dots écumanls. 

Pendant trois ans, ces excès dejeu, de femmes et de table 



â58 IMPUISSANCE SVMPTOMATIQOB. 

auxquels eût peut-être succombé riiomme doué de Tétat 
type de santé, n'eurent aucune fâcheuse influence sur celui 
dont Pexistence semblait être un prodige de l'art mé- 
dical et de l'amour d'une mère; depuis quinze ans, au 
milieu des agitations, des tourments et des plaisirs de la 
vie, la santé du jeune homme n'a subi aucune atteinte, 
malgré les apparences toujours trompeuses de sa consti- 
tution. 

Reconnaissons donc que la santé est un état essentielle- 
ment variable, autant dans ses manifestations que dans ses 
conditions d'existence. Parce qu'un homme aura une moindre 
vitalité et présentera un développement moins considérable 
des instruments de la vie que le type ordinaire de ses sem- 
blables, devra-t-on en conclure que là n'existe pas la santé? 
Évidemment non. La santé, je le répèle, n'est point un 
être abstrait, absolu; c'est un rés^ullat, c'est le fruit du jeu 
normal et régulier des organes; que cette action se produise 
avec une activité plus ou moins grande, la conséquence 
n'en sera pas modifiée. Quand un convoi de chemin de fer, 
qu'on me permette cette comparaison, est lancé sur une 
voie, quo la \itcsse soit grande ou petite, le convoi n'en 
suit pas moins la même direction; il peut y avoir une diiïé- 
rence de vitesse, mnis la marche est toujours normale. Il en 
est de mêm<' de la santé : que la force vitale soit énergique 
ou languissante, pourvu qur les organes ne soient point 
altérés, le résultat sera analogue, il n'y aura qu'une dilTé- 
rence de plus ou de moins. 

Ces considérations purement physiologiques ne sont pas 
aussi étrangères à mon sujet qu'elles semblent lo paraître; 
car si la santé est compatible avec toutes les nuances do l'or- 
ganisation harmonique, l'impuissance, état essentiillement 
|>atbologique, ne peut coexister avec aucune constitution 



CONSTITUTION, TEMPÉRAMBNT. 25tt 

et aucoD tempérament tels que j'ai déclaré les devoir consi- 
dérer dans ce paragraphe. 

C'est ce que l'expérience prouve en eiïet. 
Aussi je ne crains pas de poser en principe que, en dehors 
de tout état maladif, il n'existe aucune constitution et aucun 
tempérament capables do produire l'impuissance chei 
rbomme. 

Qu'on n'accuse pas cette proposition d'être trop absolue , 
elle est l'expression exacte de la vérité ^ si elle est contraire 
a ce que l'on trouve généralement dans les auteurs, je suis 
convaincu que ceux-ci sont tombés dans l'erreur pour n'avoir 
pas auflisamment séparé ce qui était santé et ce qui était 
maladie. Ne serait-ce pas tomber dans une confusion étrange 
que de prétendre, par exemple, que l'hystérie, Tépilep- 
sîe, etc., sont des attributs d'une constitution délicate ou 
d'un tempérament nerveux ? Sans doute une constitution 
semblable et un tempérament pareil peuvent être des causes 
prédisposantes de ces affections, mais à coup sûr l'hystérie et 
Tépilepsie sont des états pathologiques parfaitement dis- 
tincts et indépendants de toute constitution et de tout tem- 
pérament. 

L'impuissance est dans le même cas : c'est une maladie 
et non un attribut ; et en cette qualité, elle reconnaît des 
causes déterminantes, occasionnelles et prédisposantes. 

Parmi ces dernières, une constitution faible et un tempé*- 
rament lymphatique occupent le premier rang, et l'on con- 
çoit qu'il n'en peut être différemment, si l'on considère que 
c'est au milieu de ces conditions organiques que la vitalité 
est la moins grande et les forces plastiques les moins éner- 
giques. 

De plus, et comme conséquence forcée de ces pré- 
misses, sous l'empire de pareilles circonstances, les désirs 



!260 IMPUISSANCE 8YlirrOlfATIQt;i. 

vénériens sont [>aresseux et la puissance virile languissante. 
De tous les faits nombreux de ce genre que j'ai vus, je 
ne citerai que l'observation d'un avoué de première instance 
du tribunal de la Seine, qui Jouissant d'une santé parfaite, 
malgré un tempérament lymphatique type^ ne s'abandonne 
aux rapprochements sexuels que tous les deux ou trois mois, 
avec une érection lente et difficile à se produire. Loin de se 
plaindre de cette apathie du sens génital, il s'en réjouit, 
au contraire, et se loue de ne pas subir le joug de passions 
qui l'entraveraient dans ses aiïaires et ses plaisirs de prédi- 
lection. 

Évidemment cet homme, malgré la faiblesse de ses désirs 
et la difficulté de ses érections, n'est pas impuissant; seule- 
ment la fonction génitale participe de la langueur qui frappe 
toutes les autres fonctions, et cette liormonic qui, sans nul 
doute, est le polladium dosa sonté, serait h coup sur rompue 
par des désirs vénériens plus vifs et une énergie génitale 
plus forte. 

Pour conserver cette harmonie, si nécessaire au maintien 
de la sonté, il faut bien se garder d'activer une fonction au 
détriment des autres; aussi, dans les cas de cette nature, 
le médecin prudent et sage ne doit point céder aux sollici- 
tations du malade qui, no se préoccupant que de la faiblesse 
des organes génitaux, demande une médication excitante et 
purement locale. 

Répondre à ce vœu imprudent serait non-seulement faire 
de la médecine pitoyable, mais encore s'exposer à jeter le 
trouble dans un organisme sain. 

La modification à produire doit porter sur l'économie tout 
eiitiète, et tenez pour assuré que Taclivité génitale croîtra 
en proportion directe de Ténergie de la force plastique. 

C'est ici que l'on obtiendra un véritable triomphe avec 



CONSTITUTION, TBMPÉRAMBNT. 261 

une hygiène bien ordonnée et secondée par les ferrugineiii 
comme médicament. Un régime alimentaire fortifiant et 
tonique jouera nécessairement un grand rôle à côté des 
ciercices corporels en plein air et au soleil. 

Les organes génitaux n'exigent pas ordinairement des 
soins spéciaux ; ils participent, comme les autres organes, 
au surcroît de vitalité que le traitement amène, et ce n'est 
que dans des cas assez rares qu'il est nécessaire d'agir 
directement sur eux. Dans les circonstances où il est utile 
d'éveiller et de surexciter le génésique endormi, en dehors 
da régime et du traitement fortifiants, il faut se garder de 
recourir è des excitants internes, afin de ne pas déterminer 
dans les premières voies une inflammation ou même un état 
d'irritation qui, en annihilant Taction digestive de l'esto- 
mac et des intestins, rendrait illusoires et impossibles les 
principales bases de la médication. 

Ce sont les moyens externes et les moyens moraux que 
le praticien sage appellera h son aide. 

Parmi les premiers, il aura à choisir entre les onctions, 
les fomentations et les frictions pratiquées sur le périnée, 
les lombes et la base de la verge, avec les substances aroma- 
tiques, ou avec les agents dont l'action est excitante. La fla- 
gellation, exercée avec modération et comme je l'ai indiqué 
ailleurs, oiïrira une ressource précieuse, en appelant vers 
les régions du bassin un afflux plus considérable de sang. 
L'électricité, le magnétisme et l'acupuncture, sans être for- 
mellement contre-indiqués, seront d'un bien faible secours, 
car leur action, ainsi que je l'ai dit autre part, est essen- 
tiellement excitatrice. 

Les moyens moraux doivent, dans cette médication di- 
recte, occuper une place importante* Les romans, les bals, 
les spectacles, les tableaux lascifs, tout ce qui parle à l'ima- 



262 IMPinSSARCB SYMnOMATlQUI. 

gination, tout ce qui éveille les désirs, tout ce qui s'adresse 
au sens vénérien, devra être mis h contribution ; la société 
des femmes, de celles surtout dont les mœurs permettent 
certaines privautés et certaines libertés de langage, sera 
conseillée, dans les limites, bien entendu, de la décence et 
de l'honneur. Cette dernière condition est tout autant une 
maxime de morale qu'un précepte de médecine, car l'excès 
dans l'emploi de ces moyens moraui, loin de produire la salu- 
taire excitation que Ton recherche, amène souvent, surtout 
chez les malades de cette espèce, le dégoût et l'aversion pour 
les pratiques amoureuses. Le médecin ne saurait donc être 
trop circonspect dans cette partie de la médication, et, avant 
de l'ordonner, il devra mesurer, en quelque sorte, l'énergie 
et In tendance des facultés intellectuelles de son malade. 

2'* IMPCISSANCE SYMPTOMATIQUE D*DN ÉTAT PATflOLOGlQDE. 

S I. — De la ■■trIUoB. 

Comme en beaucoup de circonstances, dans la nutrition, 
au point de vue spécial qui nous occupe, les extrêmes so 
touchent. L'obésité et le marasme, en prenant ces mots 
comme expressions de la difTérence en plus ou en moins de 
Tasèimilation sur la déperdition, quoique présentant des 
caractères fort opposés, peuvent cependant tous les deux 
amener l'impuissance. 

En raison de ce point de contact de leur histoire, ces 
deux afTections trouvent à côté l'une de l'autre une place 
dans ce chapitre ; mais, eu égard à la dissemblance de leur 
physionomie, elles demandent à être séparées et è être étu- 
diées isolément. 

C'est ce que je vais faire en conservant, pour bien préciser 
na pensée» les mots obésité et marasme. 



DB LA NUTRITION. 263 

ObAsité. — Quand on songe au tissu graisseux dont les 
eunuques sont chargés, et à Tembonpoint qu'acquièrent les 
individus dont le génésique est paresseux ou s'est éteint 
avant TAge, on se demande s*il ne conviendrait pas mieux 
de considérer l'obésité comme un signe de l'impuissance, 
au lieu d'en faire un état pathologique dont Tanaphrodisie 
est un symptôme. 

Sans doute, cotte manière de voir est tout aussi vraie que 
celle que j'ai adoptée, et toutes les deux s'expliquent par 
les lois qui régissent les sympathies. Qu'on me permette 
d'éclairer ma pensée |)ar un exemple commun, et par cela 
même connu de tous. 

A la suite d'une indigestion ou d'une mauvaise disposition 
de l'estomac, il n'est pas rare de voir survenir un violent 
mal de tétc, une migraine intense 3 de même un violent mal 
de tète, une migraine intense déterminent souvent des 
nausées, des vomissements, une véritable indigestion. N'esl- 
il pas évident que, conséquemment aux relations intimes 
qui unissent le cerveau et l'estomac, les maladies de Tud 
sont tour h tour causes et effets des maladies de l'autre ? 

Ces sortes de sympathies, dont la physiologie tient 
grand compte, et que j'aurai moi-même a examiner dans 
ane autre partie de cet ouvrage, ne sont pas limitées aux 
organes et aux fonctions normales de l'économie; elles 
s'étendent à divers états pathologiques, et ce qui se passe 
entre l'obésité et l'impuissance en est une preuve certaine. 

Ces deux affections, en effet, peuvent être tour à tour 
cause et elfet l'une de l'autre; et il n'est pas plus rare de 
voir un obèse impuissant qu'un impuissant pourvu d'un em- 
bonpoint considérable. 

Ici je ne dois m'occuper de l'obésité qu'en tant qu'elle 
produit l'anaphrodisie. 



26& IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUB. 

L'obésité, il Tautbien le reconnatire, n'est pas toujours le 
résultat d'une nutrition vicieuse; elle est quelquefois due a 
une prédisposition particulière, h une idiosjncrasie spéciale : 
dans ce cas, elle est presque constamment accompagnée 
d'une impuissance, sinon complète, au moins d'une indilTé- 
rence pour les plaisirs vénériens et d'une paresse des organes 
génitaux qui touchent de bien près à l'impuissance. Chez 
les individus atteints de polysarcie naturelle, la verge et les 
testicules contrastent étrangement, par leur petitesse, avec 
les formes énormes de toutes les autres parties du corps; ils 
sont cachés et perdus dans un monceau de graisse, et leur 
présence est à peine signalée par quelques poils rares et 
clair-semés. 

Dans l'obésité accidentelle, c'est-h-dire dans celle qui appa- 
raît h rtge moyen, h la suite d'une alimentation copieuse et 
succulente, d'une vie molle, sans fatigues physiques et sans 
préoccupations morales, les organes génitaux conservent 
ordinairement le volume qu'ils présentaient avant l'embon- 
point, mais le développement énorme des parties voisines , 
avec lesquelles on les compare naturellement, les fait pa- 
raître plus petits ; quelquefois, il est vrai, les testicules, 
obéissant à la loi ph}siologique qui proportionne le volume 
d'un organe à l'exercice de sa fonction, s'atrophient et 
rendent alors réelle la diminution des parties génitales ex- 
ternes. 

Mais que cette atrophie soit vraie ou fausse, le coït est 
assez souvent rendu impraticable par le développement con- 
sidérable de l'abdomen; c'est un obstacle mécanique dont 
l'homme triomphe quelquefois par la position qu'il prend 
et qu'il donne à la femme, mais qu'il lui est, quelquefois 
aussi, impossible de surmonter. 

La morale et les bienséances semblent se révolter contre 



DE LA NUTRITION. !265 

de pareilles prescriplions médicales, et il me faut, pour les 
justifier, m'appuyer sur l'autorité de de Lignac : o On peut, 
dit-il, pour faciliter les époux, permettre la situation qui 
leur est la plus commode. La religion ne s'y oppose pas, 
lorsque le but où tendent ces eflbrts est la multiplication de 
l'espèce. Il est plus contraire à la sainteté des dogmes de 
la religion de jouir des plaisirs stériles que de chercher è 
les rendre féconds par les moyens qu'indiquent la nature et 
rinstinct à tous les animaux. Je n'entends pas conseiller aux 
époux ces postures inventées par la débauche et le liber-* 
tinage le plus effréné, capables de causer la stérilité, bien 

loin d*y remédier Que ces attitudes trompeuses, qui 

semblent oflrir l'image de la volupté aux cœurs corrompus 
et flétris, restent dans les lieux où l'amour n'a jamais pé- 
nétré sans horreur, dans ces lieux où le plaisir ftt un monstre 
auquel on sacrifie avec les transports de la fureur ! L'hymen, 
plus attentif à donner de l'énergie à la volupté qu'à multi- 
plier les sacrifices qui l'appellent, bannit de ses mptères 
tout ce qui peut effaroucher la pudeur et la décence ; car 
il en est une, quoi que en disent les cyniques. Toute pos- 
ture qui tend à écarter de la jouissance les fruits qu'on 
a lieu d'en espérer, est contraire aux lois naturelles; et 
toutes celles qui aplanissent les obstacles qui s'opposent 
h la conception doivent être admises dans les cas qui les 
exigent (1).» 

Cependant, pour que l'obésité constitue un empêchement 
absolu au coït, il faut qu'elle ait atteint des proportions con- 
sidérables, car l'esprit, poussé par le démon de la voluptéj 
a des ressources infinies, et, sous ce rapport, l'homme n'est 

(4) De l'homme et de la femme considérés physiquement dans l'état 
de moHage, 4777, 1. 1, p. 292 et 293. 



266 IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUB. 

pas inférieur aux autres êtres de la création, dont le poète 
a dit : 

El dans les doux instants de leurs folles ardeors, 
Les bétes ne sont pas si bètes que l*on pense. 

Malheureusement Tobstacle mécanique n*est pas la plus 
grande difficulté à vaincre ; Tobésité détermine une débilité 
génitole plus ou moins prononcée, et qui peut même aller 
jusqu'à l'impuissance complète. Les organes copulateurs 
ne sont pas seuls à subir cette influence : Tenthousiasme 
vénérien s'aiïaiblit, les désirs s'éteignent, et l'homme par- 
yenu è cet état n'a plus d'autres passions que celles de la 
table, et ne rêve d'autre bonheur que celui d'une vie sans 
agitation, dans la plus parfaite quiétude de l'âme et du corps. 

Quelquefois, et ce sont les cas les moins communs, 
l'aiguillon intérieur ne s'est émoussé qu'incomplétemen(, 
et alors l'organe, devenu paresseux, ré|)ond faiblement et 
même ne répond pas du tout h lu voix de Timagination. 
C'est le cas de ces sybarites qui , voulant avoir toutes les 
délices à la fois, appellent h leur table somptueuse des 
femmes sémilliintes d'esjirit et de beauté, et dont les demi- 
toilettes, les poses lascives et les propos badins, évoquent 
une ombre, un \Me fantAme de volupté d'amour. 

La durée et la gravité de Tespcce d'impuissance que 
j'examine ici sont entièrement sous la dépendance de l'obé- 
sité qui la produit : si l'obt^sité tient à une idiosyncrasie, à 
une prédisposition native, l'impuissance sera à peu près, 
comme cette sorte d'obésité, incurable. Seulement, si l'ana- 
phrodisie n'est qu'incomplète , c'est-à-dire si les désirs véné- 
riens ne sont que paresseux et Térection de la verge et 
l'éjaculation do sperme lents à se produire, on s'adressera 
avec avantage à la médication excitante tant interne qu*ex- 



DE LA NUTRITION. 267 

terne, tant générale que locale. L'exercice, la fatigue cor- 
porelle même, rinsolation, les bains de mer, ceux d'eaui 
minérales contenant en dissolution le fer ou ses composés, 
lutteront tout à la fois contre Tobésité et l'impuissance j les 
excitants généraux, dont la liste est fort longue, mais parmi 
lesquels je citerai la cannelle, le fenouil, le galanga, le gin- 
seng, la maniguette, la vanille, etc., se partageront, avec 
les excitants spéciaux des organes génitaux, tels que Tacide 
formique, le phosphore, etc., les bases du traitement. On 
ne négligera point les toniques qui, administrés à propos, 
rendront des services signalés : les lotions et les ablutions 
d'eau froide, soit seule, soit chargée de principes aromati- 
ques, seront pratiquées sur le périnée et les organes copula- 
teurs; j'ai quelquefois retiré des avantages d'une décoction de 
garance prise à la dose d'un petit verre deux fois par jour. 
Quand l'obésité est accidentelle, le traitement de l'impuis- 
sance se confond avec le traitement de l'obésité elle-même. 
Celui-ci est aussi variable que les causes qui peuvent donner 
naissance è la maladie principale; mais on peut dire d'une 
manière générale, que Ton doit surtout s'attacher à faci« 
liter et h augmenter les excrétions; pour atteindre ce 
but, la manière de vivre et le régime diététique joue- 
ront un grand rôle. On raconte qu'un Hollandais, sé- 
duit par la nouvelle de la guérison radicale d'un obèse, 
obtenue au moyen d'une opération par le chirurgien Rotho- 
net, qui, pour le dire en passant, avait fait ce miracle en 
enlevant huit livres d'épiploon dans le débridement d'une 
hernie ventrale, ce Hollandais, dis-je, se rendit a Paris 
pour se soumettre à la même opération ; heureusement pour 
lui , un seigneur de sa connaissance se chargea de sa cure 
et le fit enfermer à la Bastille, d'où, après deux mois passés 
au régime du pain et de l'eau, le Hollandais sortit trop 



268 IMPUIStUNGI SYMFTOlUTIQni. 

complètement guéri, à ce qu'il parait, car il loi fallot suivre 
on nouTcao régime poor réparer la maigreur citrème à 
laquelle il était réduit. 

Quoique la durée et la persistance de Tanaphrodisie 
soient réglées sur celles de Tobésité, et que dans la plupart 
des cas, il ne soit pas nécessaire de diriger contre l'impuis- 
sance un traitement spécial, il est utile néanmoins de ne 
pas entièrement abandonner à la nature le soin de réTeiller 
les désirs vénériens et de rappeler la vigueur perdue dans 
les organes copulateurs; il la faut seconder dans ce but 
louable, et pour cela Taire, on se conformera aui conseils 
que j'ai donnés plus haut h l'occasion de Timpuissance 
amenée par Tobésité native, et on recourra aux excitants 
moraux dont j'ai parlés dans le paragraphe relatif aux tem- 
péraments. 

Amaigiissemekt. — Les causes de Pamaigrissemcnl 
sont encore plus nombreuses que celles de l'obésité; mais 
quelle que soit la nature de ces causes , l'amaigrissement 
qui en résulte est toujours caractérisé par une perturbation 
dans les facultés assimilatrices et réparatrices, perturbation 
qui amène progressivement, mais continuellement, une 
déperdition de substance. 

C'est à ce titre que l'amaigrissement trouve ici sa place : 
mais, par cela même que je ne l'accueille qu'en vertu d'un 
de ses caractères les plus généraux, je ne dois présenter sur 
lui que des considérations générales, car j'aurai h l'examiner 
plus d'uno fois et d'une maniiTe plus spéciale sous les noms 
de marasme^ consomption ^ etc., quand il se trouvera lié à 
certains étals pathologiques, tels que le diabète, la sperma- 
torrhée, etc, qui solliciteront particulièrement mon attention. 

Le marasme, qui est le dernier degré de l'amaigrissement, 
n'exerce pas toujours , abstraction faite de la cause qui le 



DE LA NUTRITION. 269 

produit, la même influence sur les organes génitaux : tandis 
que le marasme du tabès dorsalis s'accompagne d*une im- 
puissance h peu près complète, la consomption de la phthi- 
aie pulmonaire, au contraire, se montre communément avec 
des désirs vénériens intenses et la faculté de les satisfaire. 

On cherche vainement l'explication de ces faits étranges, 
et le système nerveux, que la science aux abois a l'habitude 
d'appeler à son aide , est incapable , quelque théorie que 
l'on adopte, de nous rendre suffisamment raison de ce 
phénomène. 

Cependant, ne donnons pas à ce fait un caractère de 
généralité, et sachons renfermer dans les limites de l'excep- 
tion l'influence excitatrice exercée sur le sens génital par 
la consomption tuberculeuse : la règle, acceptée par la 
théorie et reconnue par l'expérience, veut que le marasme, 
par cela même qu'il attaque les sources de la vie dans les 
fonctions plastiques de l'économie, frappe de débilité et de 
mort toutes les parties de l'organisme, sans même en excep- 
ter les facultés les plus nobles de notre être, les facultés de 
r&me et celles de l'esprit. 

En dehors d'une de ces exceptions étranges dont la 
nature garde le secret comme pour nous rappeler sans cesse 
l'infériorité de notre intelligence et la vanité de notre am- 
bition, on comprendrait difficilement comment, au milieu 
du trouble profond, de la désorganisation générale dont 
toute l'économie est frappée par le marasme, on compren- 
drait difBcilement, dis-je, comment une seule fonction, 
la plus délicate , la plus capricieuse de toutes , resterait 
intacte et complète. Ce problème heureusement n'a point 
été posé h l'investigation de la science, et les faits, en 
tenant toujours compte de l'exception, nous avertissent que 
le 9enfl génital et l'appareil copulateur participeut au dépé- 



270 IUPDISSjIKCB symptomatiqde. 

risscmeiit général, et suivent dans leur marche deKODdaiile 

toutes les autres Tonctions de l'organisme. 

Avec la (It'trissure de la verge et l'atropliie des testi- 
cules, les désirs vénériens s'étrigncnt et l'imagination 
s'alTaiblit. Vainement vous tenterci le malade par les images 
les plus lascives, par les discours tes plus badins; comme 
ceui dont parle l'Écriture, il ii des ycut pour ne pas voir, 
et des oreilles pour ne pu entendre } si l'Age lui permet des 
souvenirs, sa mémoire oublieuse ne lui retrace plus le 
tableau des voluptés passées, et son tmagioation décolorée 
ne rêve plus de ce mondo si plein d'eitases et de délices. 
A moitié descendu dans la tombe, peut-il donner A autrui 
la vie qui lui échappe? les Torces qui lui restent, ne Ici 
doit-il pas consacrer h sa conservation propre? La nature, 
plus prévoyante que nous, l'a tuulu ainsi, et le marasme, 
en glu^'ant notre imagination, nous montre sa sollit-itude 
même au milieu des niiiux dont elle nous accable. 

Le marasme est ordinairement incurable, et la médecine 
n'est pas appelée à combattre l'impuissance qui raccom- 
pagne. 

Mais l'amaigrissement n'arrivera pas toujours à cette 
limite eitlréme , et alors l'art peut intervcuir aveu des 
cliances de succès. 

Avant toute chose, il faut rechercher la cause de l'amai- 
grissemcnt et la combiitlre. Le nombre des causes qui 
peuvent umeiier cet élut est, je le répèle, fort considé- 
rable; je n'ai pas ici à en faire l'énumérotiun, que l'on Irou- 
ver.i dans les ouuogt<!> généraux de pathologie; mui<, je 
le redis encore, le traitement de rinipuissutico ne devra 
venir i|ii'a|ir*.'S l'éloignemenl de la cause, et se confondra 
lmi beauc()ii[i de points avec relui de l'iimaigrissemenl. Ces 
rapports se rencontreront dans le régime qui, aprè» la mé- 



DE LA NUTRITION. 271 

Jicalion spécialement relative à la cause première du mal, 
est un des points les plus importants dans la thérapeutique 
de cette sorte d'impuissance. 

Les substances que les anciens appelaient analeptiqxAes 
joueront ici un grand rôle : parmi celles-ci, les unes sont 
nourrissantes et les autres toniques et stimulantes; c'est par 
les premières qu'il faut ordinairement commencer. On pres- 
crira les bouillons de coq, de vieille perdrix, de chapon, de 
poule, légèrement aromatisés avec la cannelle; le chocolat, 
le riz, le salep, le sagou, préparés au jus de bœuf; le mou- 
ton et la volaille rôtis; quelquefois, selon Télat ou les 
dispositions de Testomac, on se trouvera bien de Tusage du 
lait pur ou coupt^ avec le lichen d'Islande, car le meilleur 
analeptique n'est pas celui qui contient le plus de parties nu- 
tritives, mais bien celui qui est le plus facilement assimilable. 

Il est nécessaire que ce régime diététique soit secondé 
par Phabitation l\ la campagne^ la quiétude complète de 
Tème, un exercice modéré, les promenades à cheval^ et par 
un sommeil long et tranquille. 

Lorsque, sous l'empire d'une semblable hygiène, les 
chairs auront repris tout à la fois plus de volume et plus de 
ton, lorsque les forces générales auront retrouvé quelque 
énergie, il conviendra de passer aux toniques et aux stimu- 
lants généraux et locaux. 

Le régime alimentaire sera à peu près le même que 
celui que je viens d'indiquer; seulement, on donnera la 
préférence aux viandes noires et rôties , comme bœuf, 
gibier, etc. ; les Irufles et les légumes frais en feront éga- 
lement partie, ainsi que les vins généreux, surtout ceux du 
Midi. 

Quant à la médication proprement dite, les agents que 
l'on peut appeler à son aide sont très nombreux , depuis 



27*2 IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUB. 

Télixir de Garus jusqu'au fer et au phosphore. Mais il faut 
se garder de précipiter sa marche et d'arriver trop tdt aux 
agents les plus énergiques. Il importe, avant tout, de ména- 
ger les voies digestives dont l'inflammation ramènerait tout 
h la fois l'abattement général et l'atonie des organes géni- 
taux ; le médecin réglera donc sa conduite d'après l'état des 
premières voies, et agira avec toute la circonspection que la 
science lui impose en pareil cas. 

Quant à Timpuissance, elle n'exige pas un traitement 
spécial. La débilité des organes de la génération étant liée 
intimement h la débilité générale, ou pluldt la première 
n'étant pas autre chose qu'une manifestation de la seconde» 
disparaîtra avec celle-ci. 

Cependant il est quelquefois utile d'agir simultanément 
sur les organes génitaux, afm de hâter leur retour sous les 
lois de la vitalité normale. On donnera la préférence aux 
agents dont l'application est externe, puisque j'ai déjà dit 
que dans la médication générale et interne pouvaient entrer 
tous les stimulants tant généraux que spéciaux. Les frictions 
sèches ou toniques et aromatiques; pratiquées sur les lombes, 
les lotions froides avec les décoctions de quinquina ou de 
cascarille sur le périnée et les organes copulateurs^ les 
embrocations sur les mêmes parties avec l'huile cantharidée 
ou réther phosphore, sont, avec les bains de mer, les bains 
de rivière et ceux d'eaux minérales tenant en dissolution 
le soufre ou le fer, les moyens dont on retirera le plus 
d'avantages. 

S n. •— De la drcvlatlon. 

C'est ici le cadre de ces maladies diverses , connues sous 
le nom générique de fièvres^ et dont les dénominations spé- 
ciales ont varié avec chaque nosologiste; mais qu'on les 
appelle, avec les anciens, fièvre muqueuse, fièvre bilieuse, 



DE LA CIRCULATION. 273 

fièvre maligne, fièvre putride, etc., ou qu'on les désigne 
avec les modernes sous le nom commun de fièvre typhoïde, 
leur étude, au point de vue spécial de Timpuissance, ne sau- 
roit entrer dans mon sujet. 

L'homme, comme d'ailleurs tous les êtres organisés, n'a, 
aux yeux de la nature, d'autre mission en recevant la vie 
que celle de perpétuer son espèce ; mais cette mission n'est 
réalisable que tout autant que l'individu n'est pas menacé 
dans son existence propre, et qu'il peut communiquer la 
vie à autrui sans que la sienne soit prochainement en danger. 

Cette condition ne se rencontre pas dans l'état patholo- 
gique connu sous le nom do fièvre. 

Aussi pas plus qu'ailleurs, la nature, sous ce rapport, ne 
s'est montrée marâtre envers nous. 

Dans toutes les maladies aiguës, quelle qu'en soit d'ail- 
leurs la cause, l'inaction et le silence ont été imposés aux 
organes et au sens vénériens. Comme dans un pays envahi 
par l'ennemi et dont tous les corps d'armée abandonnent 
leurs retranchements et leurs garnisons pour se porter sur 
le point menacé, on dirait que les forces vitales délaissent 
les appareils où leur action peut sans péril être momenta-' 
nément suspendue, afin d'opposer une résistance plus éner- 
gique au mal qui se présente. 

Aussi l'impuissance, dans ces états pathologiques, est- 
elle un de ces symptômes qu'il serait dangereux de com- 
battre; et il n'est venu h l'esprit de personne, que je sache, 
de songer à sauvegarder la vie de propagation pendant le 
coma d*un fièvre typhoïde ou les accès d'une fièvre inter- 
mittente pernicieuse. 

Je ne m'arrêterai donc pas davantage à une impuissance 
fatale et salutaire, je pourrai même dire naturelle, mais non 
physiologique, et j'aborderai la seule maladie de la circula- 
is 



27/i 1MPOI88AKCB SYMPTOllAnQOE . 

tioii, qui, sans menacer immédiatement la vie de l'individu, 
offre quelquerois l'impuissance comme un de ses symptômes. 
Celle maladie est la chlorose. 

Cblorose. — Il n'est plusaujourd*liui personne qui sou- 
tienne, avec Hoiïmann, que la cblorose est une maladie 
spéciale aux femmes; les observations publiées par Cope- 
land (1)» Roche (2), Désormaux (3) et Tanquerel des 
Planches (&), J. Uzac (5), confirmées tous les jours par des 
observations nouvelles, ne laissent aucun doute sur la réa- 
lité de celle affeclion chez les hommes. 

Je ne viens pas grossir le nombre des faits confirmatifs 
de celte opinion ; je veux seulement réparer un oubli qui 
s'est glissé dans l'histoire de la chlorose de l'homme, et 
que la connaissance que nous avons de celle de la femme 
aurait dû cependant prévenir. ^ 

Je veux parler de l'étal de l'orgasme vénérim. 

Est-il besoin de rappeler que la chlorose a toujours, 
chez les personnes du sexe, un retentissement plus ou moins 
profond sur les fondions de l'appareil génital, à ce point 
que quelques auteurs, prenant f'exception pour la règle, 
mais voulant consacrer par une désignation spéciale l'in- 
fluence exercée par lu maladie sur la fonction génératrice, 
rappellent /ferre anwureuse^ fièvre d\imour? 

Ces circonstances, qui m'avaient depuis longtemps frappé, 
me firent soupçonner In même influence chez Thomme, et 
mes investigations, dirigées vers ce but, ne tardèrent pas à 
me convaincre de la réalité de ma supposition. 

(«) Dict. ofPract. med., t. I, p. 87. 

(2) youveaux éléments de paUwUujiey Paris, 4 844, l. II, p. 389. 

(.)) Répertoire général des êciencei médicales^ art. CaLOfeoti. 

(4) Presse nu'dicale, n' 54, juillet 4837, p. 4io. 

(.jj Dr la chlorose chez V homme, Paris, 4 853. 



DB LA CIRCULATION. 275 

Un des faits les plus saillants qui s'olTrircnt ù moi fut lo 
suiYanl : 

Un jeune homme de vingt-cinq ans, maigre, pâle, aux 
mouvements et à la parole lents, au\ cheveux châtain clair, 
originaire de Pologne, et alors instituteur dans une maison 
particulière, se présente à ma consultation comme atteint 
d'impuissance. 

Il accuse depuis longtemps des troubles du côté des 
voies digestives, et ces troubles ont pris une telle intensité 
que toute digestion est devenue presque impossible; la con- 
stipation est permanente, mais il n'existe de douleurs ni au 
ventre ni à l'estomac. 

Les fonctions de l'innervation sont encore plus aiïectées: 
la sensibilité physique est devenue tellement exquise que 
le moindre changement de température, que le plus petit 
bruit, le plus léger frottement l'aflectent d'une manière 
pénible ; la sensibilité morale n'est pas plus sauvegardée, 
car le malade ne peut lire sans pleurer et sans être profon- 
dément ému, je ne dis pas un roman, mais les nouvelles 
diverses enregistrt^cs par les journaux; le sommeil est nul 
et l'opium est impuissant è le rappeler. 

Au milieu de ces désordres, les facultés intellectuelles ne 
sont pas restées intactes, et le malade est atteint d'une hypo- 
chondrie profonde qui le pousse incessamment vers le 
suicide. 

A ce cortège si connu des symptômes de la chlorosOi 
auquel il faut ajouter la décolorationd e la peau et la flacci- 
dité des chairs, il manquait un signe dont la présence n'est 
pas d'une absolue nécessité pour caractériser l'alTection, 
mais dont je devais tenir compte dans mon diagnostic. 

Je veux parler du bruit de souffle signalé dans quelques 
artères, et surtout dans les carotides. 



!270 IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUE. 

Hors ce signe, rien ne mQn(|uailau tableau ordinaire de 
la chlorose. 

l.cs organes génitaux ne présentaient extérieurement 
rien de particulier. La verge et les testicules avaient leur 
volume ordinaire, et la peau du scrotum se contractait en- 
core sous l'impression du froid ou de la main. 

Les désirs vénériens étaient absents, et les plaisirs de 
Tamour inspiraient même, je ne dirai pas du dégoût, mais 
une indilTérence bien proche de la répulsion. 

Les érections étaient nulles, quelle que fût la nature des 
excitations appelées h les provoquer. Â des intervalles assex 
éloignés, et sans influence de rêves lascifs ou de pensées 
amoureuses, des éjaculatîons se produisaient pendant la 
nuit, tantôt a Tétat de veille, tantôt pendant le sommeil, 
occasionnant une certaine volupté, mais laissant après elles 
une lassitude générale dont le malade se ressentait |)lusieurs 
jours de suite. 

Tous ces accidents du côté de l'appareil génital étaient 
contemporains de ceux qui m'avaient été signalés du côté 
des voies digeslives et de l'innervation, .\vant leur arrivée, 
la fonction génitale s'accomplissait, sinon avec énergie, du 
moins avec régularité et sans inspirer aucune crainte. 

En présence de tous ces faits, je ne pus douter que j'avais 
affaire a une impuissance symptomatique de la chlorose. 

[.e traitement devait être la pierre de touche de ce 
diignostic. 

Il le fut en effet, et ne me laissa aucun doute sur la vérité 
de mon jugement: le quinquina d'abord, h cause de l'état 
du tube iligcslif, et les ferrugineux ensuite, associés au ré- 
gime a|)|)ro|)rié ii la chlorose et à l'habitation de la cam- 
pagiii», oiireiil rai*Jon, dons moins de huit mois, de tous les 
phénomènes morbides, tant physiques que moraux 



DE LA GIBGULATION. 277 

Les organes génitaux ne furent l'objet d'aucune théra- 
peutique spéciale; sous l'iniluence du traitement général 
de la chlorose, ils reprirent peu h peu leur énergie perdue, 
et les désirs vénériens reparurent au fur et i\ mesure que la 
mélancolie et les idées de suicide s'affaiblissaient. 

Depuis deux ans à peu près» la guérison ne s'est pas 
démentie, et le malade, que je vois de temps en temps, 
jouit de l'intégrité parfaite de toutes ses fonctions. 

Deux autres faits analogues d'impuissance, mais avec des 
caractères moins tranchés du côté des fonctions générales, 
également traités et guéris par les ferrugineux et le régime 
tonique, prouvent que la chlorose chez l'homme exerce sur 
les organes génitaux, comme chez la femme, une influence 
bien marquée, et que cette influence est identique dans les 
deux sexes, non-seulement sur les désirs vénériens qu'elle 
glace, mais encore sur les organes génitaux qu'elle Tnippe, 
chez l'un d'impuissance et* chez l'autre de frigidité. Com- 
ment se fait- il donc que jusqu'à présent les rapports qui 
unissent l'impuissance et la chlorose dans notre sexe aient 
été passés sous silence, et que les désordres de la fonction 
génitale chez la femme n'aient pas provoqué l'examen de 
la même fonction chez l'homme? Le peu de fréquence de la 
chlorose chez ce dernier, et les opinions diverses que l'on a 
émises sur la nature de la maladie sont peut-être la cause 
de cet oubli des observateurs. 

Je ne sais si la chlorose syphilitique décrite par M. Ri* 
cord peut, comme la chlorose ordinaire, s'accompagner 
d'impuissance. Je n'ai pas eu occasion d'observer cette va- 
riété de la maladie. 

Quoi qu'il en soit, l'histoire de l'impuissance dont il est 
ici question se confond tellement avec celle de la chlorose, 
que rétiologie, le pronostic et le traitement de l'une sont 



I 

278 IMPUISSANGB STM^TOMATI QUB . 

idefi(i<|ucmenl les mêmes que l'étiologie, le pronostic et le 
traitement de l'autre. 

S m. Bm riwMrvatlMi. 

Les altérations de Tinnerration se partagent en deux 
grandes classes : 1* celles qui sont liées à one lésion ma* 
tériellc des organes, et qui ont, si je pois ainsi dire, une 
anatomio pathologique ; 2* celles qui ne laissent après elles 
aucune trace dans les organes, et que l'on désigne généra- 
lement sous le nom de névroses. 

Les altérations organiques du système nenreux qui jettent 
le trouble dans Tionervation génitale, sensibilité et moti- 
lité, peuvent exister, soit dans les centres nerveux, cerveau 
et moelle épiiiiîTe, soit sur le trajet des nerfs conducteurs, 
soit sur les nerfs eux-mêmes de l'appareil copulateur. 

(Je renverrai celte dernière catégorie au chapitre consa- 
cré nux maladies des organes génitaux, ainsi que je l'ai déjà 
fait à roccasion de la nutrition et de la circulation, a6n de 
pouvoir embrasser, dans un seul coup d'œil, le tableau com- 
plet des maladies locales qui entraînent l'impuissance.) 

A C(Hé des troubles de l'innervation, qui se traduisent 
et s'expliquent par des altérations matérielles des organes, 
il en est (raulres sur lesquels ne jette aucun jour l'examen 
nécroscojtique, et dont quelques-uns ont une influence bien 
manifeste sur le sens génital. 

Je \cux parler des névroses. 

Les névroses se partagent en deux grandes classes, selon 
qu'elles nfrectent plus spécialement ou l'innervation orga- 
nique ou I innervation inlellecUielle, si je puis ainsi dire. 

Ainsi, en récapitulant toutes les divisions que je viens 
d'admettre, j'aurai à examiner: 



DE l'innervation. 279 

1* Les troubles de l'innervation avec altérations analo- 
miques, qui comprendront, selon le siège de ces altéra- 
tions : 

a. Maladies des centres nerveux ; 

b. Maladies des nerFs intermédiaires des centres nerveux 
et de l'appareil génital lui-même. 

2* Les troubles de l'innervation sans altérations anato- 
miques, qui comprendront : 

a. Les névroses organiques; 

b. Les névroses intellectuelles. 

C'est dans cet ordre que je vais envisager ce cadre si 
vaste. 

!• Troubles de l'innervation avec altérations anatormques. 

a. Maladies des centres nerveux. — Pour répondre à 
toutes les données de ce programme, il faudrait passer en 
revue la pathologie entière du cerveau, de la moelle et de 
leurs enveloppes, car il n'est pas une seule des alTections de 
ces organes qui ne puisse agir et qui n'agisse en effet sur 
le sens et l'appareil de la génération. 

Mais si, comme je l'ai fait pour la circulation, j'éloigne 
de mon cadre les maladies qui, par leur acuité et leur r.ipi- 
ditéy menacent prochainement la vie de l'individu, et parmi 
lesquelles se trouvent la grande famille des phlegmnsies, les 
bémorrhagies, etc., il ne reste plus que quelques affections 
dont les unes, comme l'hydrocéphale chronique, le ramoN 
lisseiiient du cerveau, etc., appartiennent d'ordinaire à des 
Ages où l'appareil vénérien n'a pas encore commencé ou a 
déjà fini son râle, et dont les autres, comme le cancer, les 
tubercules, les hydatides du cerveau ou de la moelle, et 
les altérations diverses des méninges cérébrales ou rachi* 



S80 i«poi8aAiici sïurroMATiQOi. 

dieones» n'offrent partout dans leur bistoiro qae doa con- 
tradictions et des doutes. 

Cependant on peut dire d'une maniire générale, en 
s'appuyanl sur les lois mêmes de Tinnervation » que toules 
lea maladies des centres nenreuii quelle qu'en soit d'ailleurs 
la nature 9 ont un retentissement quelconque sur la fonc- 
tion génitale , soit en abolissant ou pervertissant l'intelli- 
gence, et par suite les désirs vénériens, soit en agissant 
directement d*une manière ou d*vne aidrt sur les organes 
génitaui eux-mêmes, car celte action est loin d*ètre tou- 
jours débilitante, puisque M. Serres a noté Térection du 
pénis six fois sur onie cas d'hémorrhagie cérébelleuse. 

Mais si le cadre de cet ouvrage ne me permet pas d'abor- 
der la description de chacune de ces maladies , je dois les 
signaler à l'attention du médecin comme un point de départ 
très fréquent de riropuissance. 

Evidemment, je ne parie pos ici de ces affections aiguës, 
la méningite, l'apoplexie, la cérébrile, la myélite, etc., 
qui arrachent celui qu'elles frappent à ses attributs, à ses 
besoins, à ses facultés,- en un mot à sa mission sur cette 
terre ; mais de ces maladies à marche lente et quelquefois 
tortueuse qui, tout en apportant & l'organisme un germe de 
mort, respeclent longtemps encore les sources de la vie: 
parmi elles sont les tumeurs de toute nature, exostose intra- 
crànienne ou intravertébrale, productions morbides, dégé- 
nérescences, etc., etc., en un mot toutes les affections qui 
amènent une altération lente et progressive des centres 
nerveux. 

La possibilité d'une de ces affections dont le début est 
bien souvent insidieux, de\ra toujours être présente a l'es- 
prit du médecin et a\oir sa place dans Tétiologie de Timpuis* 
sance; il sufiit que l'attention soit éveillée sur ce point, car 



DE l'innervation. 281 

aussitôt des symptômes tels que fourmillements dans les 
membres inférieurs, fatigue rapide, constipation, etc., dont 
le malade ne tient encore aucun compte, tant ils sont légers 
et fugitifs, prennent, aux yeux du médecin averti, une im- 
portance et une gravité faciles à comprendre. Que de mal- 
heureux eussent été sans doute conservés, si les premiers 
signes de leur mal avaient pu être appréciés à leur juste 
valeur! Je le répète donc, car je ne saurais trop insister sur 
ce point, toutes les fois que l'origine d'une impuissance sera 
dîiBcile h saisir, que sa source, comme il n'arrive que trop 
souvent, se perdra dans des méandres inextricables, qu'on 
interroge avec soin l'innervation générale, et qu'on ne 
l'abandonne qu'après avoir minutieusement exploré l'intel- 
ligence, la sensibilité et la motilité. 

Que l'organe copulateur, par suite d'une affection des 
centres nerveux, soit frappé d'asthénie ou de paralysie, le 
résultat est le même, l'érection est impossible (1); que 
l'altération porte sur In sensibilité ou sur la motilité, le 
traitement de l'impuissance n'en subit aucune modification, 
ou plutôt ce traitement est nul, toute l'attention du méde- 
cin et toutes les ressources de l'art devant s'adresser à la 
maladie mère, à l'affection des centres nerveux , source de 
tous les désordres. 

Il n'en est pas ainsi lorsque, l'affection des centres ner- 
veux ayant disparu, l'impuissance persiste. Il est alors 
nécessaire de recourir à un traitement spécial que j'expo- 
serai dans le chapitre sui\ant, alors qu'il sera question de 
l'impuissance consécutive. 

6. Maladies des nerfs intermédiaires des centres ner- 

(4) Voyez le mécanisme de !*érectiondaD9 les considéralions physio- 
logiques placées en lôle de cet ouvrage, page 28. 



282 1MPU188A1IGB STMrrOMATlQOB. 

veiuD et de l^appareil copuUUeur. — Les mahdies dm nerfs 
intermédiaires qui peuvent amener la paralysie de la verge 
sont de deux sortes : 1** celles dont la cause est appréciable 
et saisissable, comme la compression Ja dégénérescence, la 
section du nerf; 2* celles dont la cause est entièrement 
vitale. 

La paralysie symptomatique des aiïections du premier 
groupe est facile à comprendre, elle porte en quelque sorte 
son explication avec elle. Mais il n'en est pas de même de 
la paralysie sans lésion analomique, sans excuse mécanique, 
si je puis ainsi dire, dont il n'est cependant pas possible de 
contester l'existence, car on sait que Thystérie peut amener 
la paralysie de quelques muscles seulement ; que dans cer- 
taines intoxications saturnines, le nerf radial est frappé d'im- 
mobilité, et que des faits de paralysies de la vessie et du 
rectum ont été rccuoillis, sans qu'il ait été possible de les 
rattacher à une lésion matérielle quelconque. 

C'est là une espik'e de névrose que, pour la logique de 
mes divisions, j'ai di\ considérer à part, mais qui, dans 
l'application de la science, se confond a\ec la névrose géni- 
tale elle-m^mo, tant au point de vue de la séméiotique que 
sous le rap|)ort du traitement. 

Je renvoie donc le lecteur nu chapitre que j'ai consacré 
précédemment h l'impuissance idiopathique, et je reviens 
ici aux aiïections des nerl's intermédiaires, avec lésions ana- 
tomiques et produisant In parahsie de l'organe copulateur. 

Ces aiïections présentent toutes un caractère commun : 
celui d'em|)écher la libre circulation du fluide nerveux, en 
d'autres termes, et pour ne pas tomber dans les abstractions 
métaphysiques, elles sont constituées par un arrêt de com- 
munication sur un des points du trajet des nerfs entre les 
centres ner\eu\ et l'appareil génital. 



DB L'iNNBRYATlOlf. 288 

L'obstacle qui intercepte ainsi la communication peut 
être de diverse nature : tantôt c'est un organe voisin du nerf, 
déplacé ou hypertrophié; tantôt c'est une tumeur développée 
dans le voisinage du nerf ou dans le névrilème lui-même; 
tantôt c'est une dégénérescence du nerf; tantôt enfin c^est 
la section même du filet nerveux. 

Si Ton réfléchit à la position qu'occupe dans le bassin le 
plexus sacré d'où émanent les nerfs principaux qui vont 
animer l'organe copnlateur, on comprendra la difficulté, 
je dirai même l'impossibilité de constater sur le vivant, et 
d'une manière directe, les lésions que je viens de si- 
gnaler. 

Les symptômes pathogéniques sont des guides moins 
incertains, mais ils ne sont pas tellement distincts des signes 
que présentent les affections des centres nerveux qu'on leur 
doive accorder une pleine confiance. N'est-il pas vrai, en 
effet, que l'hémiplégie, que la paralysie générale n'accom- 
pagnent pas toujours les lésions du cerveau et de la moelle, 
et que, de leur côté, ces lésions se traduisent quelquefois 
aussi par de simples paralysies partielles? S'il en est ainsi, 
et la science nous en pourrait fournir de nombreux exemples, 
comment distinguer les paralysies partielles dues aux lésions 
des centres, des paralysies partielles déterminées par les 
lésions des nerfs intermédiaires? 

Notre art, il faut le reconnaître, laisse beaucoup à dési- 
rer sous ce rapport, et notre ignorance est ici d*autant plus 
regrettable que, en Tabsence d'un diagnostic certain, on 
peut adresser h la moelle, par exemple , une médication 
dont elle n'a que faire. 

Au point de vue tout spécial de l'impuissance, l'absence 
d'un diagnostic différentiel certain est également une chose 
fâcheuse, car le traitement de la paralysie génitale se con- 



28A IMPUISaANGI gYMrrOMATIQOB. 

fondant avee celui de la maladie qai la produit, peut 8*égarer 
dans des indications contraires ou, tout au moins, dou*» 
teuses. 

2o Troubles de rinnervation sans Usions anatamiques. 

a. Névroses organiques* — - Sans parler des né? roses de 
l'intelligence sur lesquelles tout le monde est à peu près 
d'accord , de nombreuses classifications ont été proposées 
pour les névroses organiques. Je ne dois point ici discoter 
la valeur de tous ces travaux, et, sans prendre parti pour 
aucun d'eux, j'estime qu'en considérant le rAle bien distinct 
que jouent la sensibilité et la molilité dans la vie de relation 
et dans la vie de nutrition, on peut établir, en ne tenant 
aucun compte des névroses symptomatiques et sympa- 
thiques, quatre grandes classes qui seront : 

1 ** Névroses de la sensibilité de la vie de relation : ou elles 
sont spéciales aux sens, comme la berlue, la diplopie, etc., 
pour la vue; le tintouin. In p.racousie, etc., pour 
rouie, etc.; ou elles sont générales, comme toutes les 
névralgies. 

2* Névroses de la molilité de la vie de relation : Tépi- 
lepsie, réclampsie, la catalepsie, les convulsions essentielles, 
le tétanos, la chorée et la paralysie. 

3* Névroses de la sensibilité de la vie de nutrition : la 
gastralgie, la cardialgie, Thystéralgie et en général toutes 
les viscéralgies. 

d"* Névroses de la motilité de la vie de nutrition : aphonie, 
spasme du larjnx, coqueluche, asthme, angine de poitrine, 
palpitation, s}ncope, spasme œsophagien, vomissements 
nerveux et diarrhée. 

Ce n'est pas un vain amour des classifications qui m'a 



DE L*lHlfBRVATI01l. 285 

conduit h foire rëDumération que Ton vient de lire; j'ai 
voulu, dans Tintention d'économiser Tespoce et le temps, 
que Ton saisit dans un seul coup d'œil l'ensemble des névroses 
organiques, afin qu'on s'assurât combien peu l'impuissance 
a de relations avec elles. 

Sans doute les secousses , surtout quand elles sont sou- 
vent répétées, imprimées au système nerveux par l'épilepsie, 
la catalepsie, l'hystérie, etc., peuvent amener, après un 
temps plus ou moins long, un aiïaiblissement général dont 
rinnervation génitale aura sa part, ainsi qu'il arrive quel- 
quefois pour l'ouïe, la vue, le goût, etc., etc.; mais alors 
l'impuissance (1) n'est plus symptomatique ; elle est le ré- 
sultat plus ou moins éloigné d'un état morbide qui bien 
souvent même a cessé d'exister, et, dans ce cas, je la dois 
distraire de ce chapitre et en réserver l'étude pour celui 
que je consacre à l'impuissance consécutive. 

b. Névroses de rintelligence ou vésanies. — Les prin- 
cipes les plus simples de la physiologie indiquent d'avance 
les rapports intimes qui doivent exister et qui existent réel- 
lement entre les troubles de la fonction génératrice et les 
désordres de Tintelligence. Seulement, quand on pénètre 
dans l'étude de ces troubles et de ces désordres, et que l'on 
remonte aux causes des vésanies, l'esprit s'arrête devant des 
doutes qu'il n'est pas toujours facile d'éclaircir. 

Je m'explique : 

Est-il toujours possible de déterminer si l'impuissance, 



(t) Le mot impuissance n'est pas rigoureasement l'expression dont 
je devrais me servir ici, car les troubles de Tinnervation génitale, à la 
suite des névroses dont je parle, peuvent se traduire par un état tout 
opposé à Fimpuissance, ainsi que le signale Esquirol à ToccasioD de 
répilepsie (Des maladies mentales, t. I, p. S83). — Cest seulemeDt 



286 IMPUISSANCE STVPTOMATIQUB. 

quand elle existe concurremment avec une névrose de Tin- 
telligeiice, est un symptôme de cette névrose? 

Je ne le crois pas, et c*est ici que commencent les hésita- 
tions de l'esprit. 

Il est incontestable qu'un certain nombre des causes 
des vésanies peuvent également produire l'impuissance ; 
telles sont, par exemple, les passions tristes» les préoccu- 
pations fixes de Tàme, les troubles de la digestion, les excès 
de toute nature, etc. 

Il est également hors de toute discussioo que certains 
symptômes de vésanie peuvent, par leur présence seule, 
jeter Torgane copulateur dans Tanaphrodisie, comme cet 
hypochondriaque dont parle M. Belhomme, qui, se croyant 
impuissant, l'était en réalité. 

Par conséquent étant donnée une névrose de l'intelli- 
gence, la manie, la nostalgie, Thypochondrie, par exemple, 
trois hy|;othèses se présentent : 

1* Ou rimpuissance est liée à la névrose et en est un 
symptôme ; 

2'' Ou rimpuissance est une aflection intercurrente à la 
névrose; 

3^ Ou rimpuissance est un épiphénomène de la névrose. 
Est-il possible d élablir entre ces trois origines de l'im- 
puissance un diagnostic diiïérentiel qui, tout ii la fois, satis- 
fasse IVsprit et mette sur la voie des indications pratiques? 
Je crois la solution de ce problème possible, mais non 
facile. 

Deux circonstances doivent surtout attirer l'attention : 
1® les causes de la vésanie, 2* la nature objective des désor- 
dres de rintelligence. 

pour ne pas abandonner mon terrain et ne pas empiéter sur celui des 
(, que je me soit servi du moi impaisaance. 



DE l'innebvation. 287 

Sous le premier point de vue et en y comprenant toutes 
les formes de vésanie, depuis la simple illusion des sens 
jusqu'à la folie la mieux caractérisée, les causes se partagent 
en morales et en physiques, les premières bien plus fré- 
quentes que les secondes. Selon M. Parchappe (1), les dix 
causes les plus fréquentes de l'aliénation mentale se classe- 
raient de la manière suivante pour les hommes : !<> abus 
de boissons alcooliques, S"* revers de fortune, 3"^ perte d'une 
personne aimée, 4® frayeur, 5* idiotisme, 6* chagrins do- 
mestiques, T colère, 8* dévotion exaltée, 9° amour con- 
trarié, lO"" inquiétude à propos d'argent. 

Parmi ces dix causes d'aliénation mentale, il en est cer- 
tainement six qui peuvent à leur tour produire l'impuis- 
sance, ce sont : les abus de boissons, la perte d'une personne 
aimée, la frayeur, les chagrins domestiques, la dévotion 
exaltée et l'amour contrarié. 

Au point de vue du pronostic, ces diverses causes 
n'ont pas une importance égale : tandis que l'abus de bois- 
sons peut frapper les organes génitaux d'une impuissance 
incurable, la perte d'une personne aimée, la frayeur, les 
chagrins domestiques et l'amour contrarié ne produisent 
qu'une aphrodisie passagère et même relative, et la dévotion 
exaltée et la colère une impuissance intermittente, coïnci- 
dant avec les moments d'extase ou de contemplation et les 
accès de la colère. 

Ces circonstances sont essentielles à noter pour le dia- 
gnostic, car, à l'exception des causes qui peuvent amener 
une impuissance absolue, si, après un temps plus ou moins 

(4 ) De la prédaminance des cawes morales dans la génération de la 
folie. Mémoire inséré dans les Annales médico-psychologiques, tome XI, 
p. 358. 



288 IMPUISSANCE STMPTOMATIQOB. 

long, rinertic des orgnnes gériilaux persiste concurremment 
ovec la vésanie, on devra nécessairement supposer une 
autre cause 5 cette persistance de Tanaphrodisie. 

Cependant cette proposition ne doit pas 6tre prise dans 
un sens trop absolu, car l'impuissance peul paraître et 
disparaître plusieurs fois pendant l'existence de la névrose 
intellectuelle, et la cause de ces intermittences être toujours 
celle de la vésanie. 

J'explique ma pensée par un exemple. 

Un homme de lettres avait épousé, quelques mois avant 
la révolution de février, une jeune personne qu'il aimait 
passionnément; jusqu'à l'avènement de la république, le 
nouveau ménage ne connut aucun chagrin, car le mari, 
grâce à un travail fructueux et abondant, pouvait satisfaire 
les goûts et même les caprices de sa femme. I.a révolution 
de février brisa tout ce bonheur; en tarissant les sources 
du travail du mari, elle apporta dans le ménage d'abord la 
gène et ensuite in misère. La jeune femme n'eut le cou- 
rage ni de supporter ce revers de fortune, ni d'accepter des 
espérances en un avenir meilleur. Un jour, elle quitta la 
maison conjugale, et l'on apprit qu'elle vivait h Londres au 
milieu du luxe et de l'opulence que lui fournissait un gé- 
néreux amant. 

L'époux abandonné fut si affecté de cette découverte 
qu'il tomba dans une misanthropie profonde et fut en même 
temps frappé d'impuissance. 

Voici h quelle occasion il vint réclamer mes soins. 

Une jeune veuve, par conséquent maîtresse de ses ac- 
tions et juge de sa conduite, était, de tous les amis de 
l'homme de lettres, restée à peu près seule fidèle à son revers 
de fortune et u son malheur domestique. Les consolations 
qu'elle avait apportées au jeune ménage lorsque In gène et 



DB l'innërvatiobi. 289 

la misère avaient successivement ciivaiii son intérieur, de-* 
vinrent plus pressantes et plus aiïectucuses lorsqu*un plus 
grand chagrin frappa le mari délaissé. 

Celui-ci, soit par un ciïet de son imagination malade» 
soit que les ottentions de la veuve dépassassent réellement 
les bornes d'une simple amitié, vit un sentiment et des sol- 
licitations d'amour dans les prévenances dont il était robjct. 

Il s*assura que, si ses suppositions étaient c&a^érées pour 
le présent, il pouvait du moins former les espérances les 
plus douces, car la pitié, dans le cœur de la femme, est déjà 
une nuance de l'omour. 

Malheureusement, le souvenir de la fugitive était sans 
cesse présent o son esprit, et toutes les fois qu*ii lui ciU été 
permis de prouver à son amie qu*il a\ait oublié Tiniidèle, ce 
souvenir jetait le trouble en son Ame et glaçait ses organes. 

(Vcii dans cet état qu'il se présenta a moi. 

En véritable hypochondriaquc qu'il était, il me raconta 
dans leurs moindres détoils toutes les circonstances de sa 
vie : les joies de son moriagc, les tortures de son abandon et 
les douceurs de l'amitié de la jeune veuve. Un double sen- 
timent le poussait vers la possession de celle-ci : un senti- 
ment de reconnaissance et un sentiment de vengeance; 
malheureusement, il lui était impossible de prouver outre- 
ment que par des |;oroles, la gratitude dont son cœur était 
rempli pour son omie, et le mépris dont il se croyait onimé 
contre sa femme. Malgré lui, le souvenir, tantôt agréobloi 
tantôt mauvais de cette dernière, l'obsédait sans cesse^ rem- 
|ilissait son esprit des idées les plus tristes, et étouffait tous 
les désirs de son imogination et tous les efforts de sa volonté. 

Bien évidemment, dons ce cos, l'impuissance et l'hjpo- 
cliondrie ovoient la même couse; mais G*était là leur seul 
point de contact. Âpiës cette origine communci les deui 

49 



200 mPUISSARCB SVMrrOMATIQOB. 

alfeclions licieiiaient si |Karfaitcmeiit diilincles, que l'vM 
pouvait dUparaUre et l'autre persÎ8tf*r : teii deui court d*eaii 
|iarlis de la même source, doiil un, après quelques sinuo- « 
silés, se perd au milieu du sable de sa route, et dont Tautre 
(loursuit sa marche jusqu'à la rivière prochaine. 

Le raisonnement, les distractions, un voyage k la mer et 
le retour au travail, secondés par une hygiène convenable, 
rendirent au malade ses facultés viriles sans le débarrasser 
des tristes préoccupations qui Tobsédaienl. Bientôt mémo 
l'orgasme vénérien devint asseï impérieui pour fisire erain* 
dre que tous ses désirs ne fussent pos Teipression d'un état 
normal et régulier. 

Gipeiidant cet orgasme était quelquefois terrassé, et l'im- 
puissance rendait alors illusoires Ifs apprêts à de nouvelles 
voluptés. CcUe inertie, médisait le malade, se produit tanlùt 
à la vue d'un objet qui fut cher h ma femme, et tantôt au 
simple souvenir des caresses que j'échangeais avec elle; 
aussi, pour prévenir le retour de ce souvenir, avait-il soin 
de ne jamais courber avec sa maîtresse dans la chambre et 
surtout dans le lit qu'il avait partagés avec la fugitive. 

Cette impuissance n'était que passagère; elle s'évanouis- 
sait avec l'émotion produite par l'impression ou le souvenir, 
et n'avait, comme au début, qu'un point de contact avec 
l'hypochondrie. 

Dans cet exemple, comme dans quelques autres que je 
pourrais rapporter, la cause de l'impuissance et sa distinc- 
tion de la vésianie ne pouvaient être appréciées que par la 
durée même de l'nnaphrodisie. 

Mais il n'en est pas ainsi dans tous les cas, et je vais 
indiquer reui où l'impuissanie se prolonge autant et quel- 
quefois même plus que la vésanie. 

Unna le mémoire que j'ai déjicité, M. Parcbappo établit 



ttB L'iNfienVATiON. 3dl: 

qoe, chpi les hommes, sur cent aliénnlioiis mentnlei, on en 
peot Bltribuer trente aui excès intellectuels cl sensuels ; or, 
comme je le dirai plus tant, les ncis, quelle que soit leur 
nature, étant des caaiies fréquentes d'anophrodisie opiniAtre, 
peuvent tout h la fois produire l'impuissance et la vésonie. 

Il est des cas où il est fucile d'attribuer è la première la 
caose véritable : ce sont ceui dons lesquels la luxure constitue 
pour ainsi dire un caractère palhognomonique de la seconde. 
J'ai connu un homme qui, adonné h l'ivrognerie la plua 
crapuleuse, vit tont à la fois diminuer ses facultés intellec* 
tuelles jusqu'à l'idiotie, et ses forces viriles jusqu'à l'impuis* 
unce. Bien évidemment l'ivrognerie était l'unique cause 
de cettu dernière affection, puisque tous les aliénistes ont 
noté la loiure comme un des caractères distinclifs des idiots. 

Dans d'autres circonstances, c'est la nature même des 
cicès qui met sur la voie des causes de l'impuissance: ninsi 
les «ces de masturbation et de coït, lorsqu'ils arfuiblisscnl 
les facultés intellectuelles, sureicilent au ronlroire tes or- 
ganes génitaui. u Ce qui mérite d'être remarqué chez les 
masturbateurs qui tombent dans l'idiotie, dit M. Deslandes, 
cVsl que, tandis que les sens evterneg et rinlelligence dimi- 
nuent, la seuïiibilité génitale ne fait que s'accroître. Toutea 
les facultés semblent s'être confondues on une seule, dont 
les projjortions détiennent d'autant plus ;;rnndes que les 
outres !ie rapetissent davantage ( t ). » Par (-uuséqucnl, si, 
sans aller jusqii'b l'idiotie, limite extrême de rafruiblrs.«croent 
intellectuef, un homme livré à lii nin>(urbii(ioii ou oui eicès 
du coU était tout h la fuis atteint d'hjpochondrie et d'impuis- 
atn<!^, il ne faudroit pas se hAler d'attribuer l'anaplirodisie 
nux cicès vénériens, qui ceppndaiit la pruduisent souveol, 
ainsi que je le dirai plus loin, mais s'assurer si elle ne serait 

(<} B»e«ittmfm»tlàuaulnialmvéitéHm,f tSft. 



292 IIIPUI8SA1ICB SYMrrOMATiQUB. 

pas plutAl amenée et entretenue par la ? ésunie elle«fii£nie« 
puisque les nbus de Torgnue copulateur augmentent parfow 
Torgasmc de celui-ci au lieu de l'abattre. S'il en était ainsi, 
riropuissanco ne serait plus une aflection distincte de la 
névrose, elle en seroit un symptôme ou même simplement 
un épipliénomène. 

Par ce qui précède, on doit maintenant Gom|irendre com- 
bien rétiologie de Timpuissance est quelquefois ardue; et 
encore je me suis volontairement placé dans un cercle que 
le praticien ne trace pas toujours avec facilité. Un malade, 
|)ar exemple, se présente h lui ; il accuse une inertie com- 
plète des organes génitaui , cl, par les détails qu'il donne, 
par les regrets qu'il éprouve, par les craintes qu'il manifeste, 
enfin par les longueurs et les tristesses dont il surcharge 
son rérit, il ne permet nucun doute sur l'état de son intelli- 
gence : il est profondément hyporhondriaquc. 

Mais l'hypocliomirio produit tatUAt limpuissancc et tantôt 
est amenée par elle. — Première difliculté que les antécé- 
dents du maloile .n|)lanissent quelquefois , mais qu'ils ne 
lèvent pns toujours. 

Admettons que les souvenirs du malade soient fidèles, et 
que l'hypoclioiidrio oit prén'ilc l'impuissance. 

Celle-ci n-i-clle bion n'olloment so source dans l'hypo- 
chondrie, o i ne reronnail-clle pns une autre cause? 

Seconde didiculté, dont la solution exige toute la science, 
tout le (net et tout le jugement du méderin. 

Aucune lésion locale ou éloignée, aucune prédisposition 
d'âge ou de (empérament, rien cnlin ne fait pressentir que 
l'impuissonre est liée a un lout autre état morbide que la 
vésniiie. 

Mais quelle e>l la nature de ce lien? N'y a-t-il entre les 
deu\ aiïeiiions «|u*un simple rapport de causalité, ou bien 



D*1}NE INTOKIGATION. 29S 

Tune est-cllc dircctemenl ou môme secofiiiairemcnt pro* 
duite par Tautre ? 

Que de dillicuU<is ! que de causes d'erreur ! et cependant, 
parce que la sym|)lomatologie de l'impuissance est, dans la 
majorité des cas, d'une simplicité désespérante, on rencontre 
des auteurs, recommandables d'ailleurs, qui, dans la crainte 
de sembler occuper leur esprit do choses trop faciles et trop 
élémentaires, consacrent à peine quelques phrases dédai* 
gneuses h l'histoire de Tanaphrodisie. Cette retenue, je dirai 
presque ce mutisme, est, pour tous ceux qui ont abordé ce 
sujet, une preuve d'ignorance, car il n'est peut-être pas dans 
la science une aiïcction dont l'étiologieet le traitement aient 
été moins étudiés et soient, par conséquent, moins connus. 

S ÏÏW, — Vune Intox lciiil«B. 

Qu'on me permette d'employer ici le mot intoxication 
dans son sens le plus Inrge, dans son acception la plus 
générale, et d'entendre pnr cette expression l'introduction 
dans l'organisme d'un agent morbide, \irus ou poison, 
capable de produire les accidents les plus graves et même 
la mort, mais à la condition de ne les produire que lente- 
ment et pour oinsi dire à la longue. 

Cette dernière circonstance distingue l'intoxication de 
Tcmpoisonnement. Celui-ci, en eiïet, est caractérisé par la 
rapidité de l'action de l'agent morbide, et, lorsqu'il n'en* 
traîne pas promptement la mort , il laisse quelquefois après 
lui des altérations dont j'aurai à m'occuper de quelques* 
unes, alors que j'examinerai l'impuissance consécutive. 

En cette place, mon attention ne doit être acquise qu'à 
I * impuissance-symptôme . 

A l'occasion du mot virus, que j'ai écrit plus haut^ je 
n'entrerai pas dans une discussion stérile ici, sur l'existence» 



S9& IMPUISSAHCI SYMPTOMATIQIIB. 

la nature » les iiropriéiés, etc., des viros: je prends, je le 
ré| ète, le mot intoxication dans son acception la plas large, 
soit que l'agent morbide tombe sous nos sens, comme l'nr- 
lenic, le plomb, etc.; soit qu'il déjoue toute analyse, comme 
le virussjpbilitiquo; soit qu'il pénètre dans l'économie par 
la respiration, par les premières ou les secondes voies, etc. 
Ces courtes lignes d'explication m'ont paru nécessaires 
pour légitimer lu jirésence, dans le même cadre, de quel- 
ques aiïections qu'on n*est pas accoutumé à rencontrer 
cAte à côte dans les ouvrages de pathologie: cette nou- 
veauté d'ailleurs est plus apparente que réelle, et, si c'était 
ici le lieu, je montrerais que la route où je m*eugage a 
déjà éié parcourue par de hardis et savants etplorateurs ; 
mais il me siiflit do faire mes réserves, alin de prévenir tout 
reproche et toute critique. 

1° Inloxiration syphilitique. 

L*action que le virus syphilitique exerce sur la fonction 
génitale, taillât est liiniléc. aux organes génitaux, et tantôt 
ne relonlit sur cu\ qu*après a\oir pénétré l'organisme tout 
entier. 

Il ne peut être iii ((uestion de l'action purement locale 
qui nroccujiera dans Tuii des paragraphes suivants, et je ne 
dois m'arrèler qu'à rimprégiiation générale de réconomie. 

L'intoxication sy|iliililique se manifeste sous des formes 
diverses dont la majeuro partie a une importance à peu 
près nulle au point de vue qui nroccupe. Si i*on excepte, 
en effet, les exostoses intracrànienncs qui, par la com- 
pres.sion qu'elles exercent >ur le cerveau , troublent les fa- 
cultés intellectuelle^, amènent des paral}sies soit générales, 
soit partielles, et, par >uile, Timpuissance; si l'on e\i:ep((* 
encore, avec les accidents limités aux organes génitaux et 



d'urs imtoxigation. 395 

dont j'ai rerois à plus loin reiamen, la chlorose, dont parle 
M* Ricordy ei la cachexie, dont je vais m'occtiper, noua 
n'avons que faire de tous les accidents secondaires ei ter- 
tiaires adoptés par les sypliiliographes. 

Les faits de eacheiie syphilitique ne sont pas rares , 
mais il en est bien peu qui attaquent profondément la fonc* 
tion copulatrice ; quelquefois, il est vrai, le sperme semble 
perdre ses propriétés fécondantes, mais le sens génital est 
respecté dans ses désirs et dans son énergie. 

Cependant il est des cas oà la faculté copulatrice parti- 
cipe elle-même è Taltération générale, et je ne sais pas, sous 
ce rapport, d'exemple plus frappant que celui que M. Bour- 
guignon , alors interne des hôpitaux, communiqua h l'Aca- 
démie de médecine, le 12 juillet 18/i2. 

Cette observation Y excessivement curieuse, mérite de 
trouver place ici ; qu'on me permette de la transcrire en 
entier et dans toute son intégrité : 

a Le nommé Prince (Charles), graveur, Agé de trente 
ans, est couché è l'hôpital des Vénériens, dans la salle 8« 
lit &, service de M* Puche. 

» Â vingt ans , en 1830^ après trois jours d'un coTt 
suspect, douleurs dans le canal de l'urètre, plus vives dans 
l'eicrétion des urines. Quatre jours après l'apparition de ces 
douleurs, une ulcération se montre au méat urinaire , et 
plusieurrs autres, quelques jours après, à la base du gland. — 
Entrée à l'hôpital des vénériens. Traitement : injections d'un 
liquide caustique dans le canal de Turètre, suivies d'un bain 
de siège pendant quinze jours , jusqu'à cessation des dou- 
leurs ; charpie sèche sur les ulcères ; frictions mercurielles 
8or la partie interne des cuisses pendant vingt jours; la 
salivation les fait supprimer; cicatrisation et sortie de l'hô- 
|iilal après deux mois de séjour. 



300 IHrUI8SilKGB SVMPTOMAfiQUB. 

» Vm 1853, urétrito (Prince csl entré au service, il \à 
au VaNc^rAce) : Irailement éroollient, puis anliblennor* 
rhagiquc. — Guérison. 

» En 1833, ulcère de Timpasie du prépuce. Traiteoieul : 
onguent mercuriel, bains locaux avec solution d*afétaie de 
plomb. — Guérison en quatre jours ; mau une marche 
forcée amène une adénite volumineuse — Entrée i l'hApî* 
ta!. Traitement : ponction du bubon; liqueur de Wan-Swio« 
ten à la dose dune cuillerée à bouche pendant vingt-quatre 
heures, jusqu'à salivation; frictions mercuriellea sur les 
cuisses quelques jours après. — Guérison.-^ Dorée du trai- 
tement i soixante-trois jours. 

» A la lin de 1833, mal k la gorge. Traitement : garga- 
rismes acidulés, tisane de Felti, cautérisation de la gorge 
avec un pincenu trempé dans un acide. — Guérison après 
trois semaines de traitement. 

M En 1835, après deux ans d*une santé parfaite (Prince 
est en garnison a Alger), nouvelle infection ; les ulcèros 
siègent sur le corps du gland. Le malade les conscne trois 
semaines sans songer a les guérir. — Entrée i Thôpilal. 
Traitement . bains locaux, charpie avec onguent mercuriel ; 
prompte ricatrisolion des ulcères. — Mais pendant le trai- 
tement, éruption de boutons sur le cuir chevelu; des croates 
leur succèdent. Huit jours de frictions mcrcurielles, après 
avoir au préalable rasé la tète, en font justice. 

» En 1836, réapparition de l'éruption pustuleuse; d'a- 
bord bornée è la tète, elle g.igne bientôt le tronc et les 
membres. — Entrée è l'hôpital. Traitement : frictions mer- 
corielles de la tète aux pieds, pendant dix-huit jours; 
tiiane de salsepareille, pilules de 1 è 8 (le malade ne sait 
fê» dire quelle était leur nature et pendant combien de 
tanps il lea a prises). — Guérison. 



d'une INTO&IGATIOK. 5i97 

» En 18d8, ccphalulgie des plus vives, d*une activité 
extrême la nuit. — Entrée à l'hôpital du Dey. Traitement : 
vésicatoirc à la nuque, vésicatoire monstre sur toute la tète s 
leur effet est nul , et déjà commence pendant ce traitement 
rétonnante transformation qui doit s'opérer chei Prince* 

» Il était bien développé, vigoureux ; sa barbe était noire, 
longue et bien fournie, et cependant, au bout d'un mois, 
ses formes athlétiques ont disparu, ses membres sont chétifs 
el grêles; sa barbe s'en est allée poil è poil ; ses favoris, 
SCS moustaches ne laissent plus trace de leur existence. Le 
principe morbifique porte encore plus profondément son 
action destructive : Prince voit ses organes génitaux mena- 
cés d'une atrophie presque complète, il en est des poils du 
pubis comme de ceux de sa face; ils tombent tous, sans 
exception. Sa verge, d'une dimension autrefois ordinaire, 
perd surtout de son >olume, et ses bourses, jadis grosses et 
pendantes, sont petites et fortement revenues sur elles- 
mêmes. Ce travail alrophique dure ainsi plusieurs mois, 
sans que la céphalalgie perde de son intensité ; elle ne cède 
qu*è l'application d'un mo\a derrière l'oreille droite , au 
sixième mois environ. 

» Délivré de ses douleurs céphaliques, Prince reprend 
des forces, cl obtient son congé définitif è la fin de 1839; 
il revient à Paris, où sa santé s'améliore encore. IVlais son 
étrange caractère, sa répulsion pour les plaisirs de son Age, 
contrastent d'une manière frappante avec ses antécédents. 
Chacun s'en étonne et le lui fait remarquer; il le voit, il le 
comprend , veut prendre sur lui de se faire l'homme d'au- 
trefois, et ses efl'orts ne lui font que mieux sentir son im- 
puissance. 

» Chose étrange ! quoique la convalescence et l'embon* 
point se maintiennent, l'atrophie des organes génitaux n'en 



298 IHPUISSilMCB tTMPTOllATlQUB. 

marche pas moins activement. Inquiet sur les suites de 
cette diminulion progressive de ses organes sexuels. Prince 
se décide ii faire Tépreuve de ses moyens, ii constater ce qui 
lui reste de ses vertus prolifiques. Il se rend dans une mai- 
son publique , y rencontre une ancienne connaissance qu'il 
choisit de préférence, comme il le faisait dans des temps 
meilleurs. Mais aujourd'hui c*est pour un tout autre motif : 
il a besoin de sa discrétion, peut-être de sa complaisance. 
En effet sa nature lui fait complètement défaut; une mastur- 
bation prolongée a pu seulement lui procurer une légère 
sensation voluptueuse sans la moindre éjaculation. 

» Quelques mois se passent ainsi sans apporter de chan- 
gement i son état; mais au commencement de 18&0, une 
tumeur lacrymale se montre è gauche; de vives douleurs, 
plus intenses la nuit, se font sentir au niveau des os |)ropres 
du nez; enfin il rejette, au milieu du mucus nasnl, des débrin 
osseux, noirs, infcrl^, sortant par la narine droite. — Tisane 
de Feitz; guérison. — Durée du séjour à Thùpital : deut 
mois. 

» En octobre, même année 18/iO, In céphalalgie reparait 
plus intense qu'elle n'a jamais été; la tumeur lucr)male 
se montre de nouveau ; des exosloses se sont développées 
sur le front à droite et u gauche, ainsi que sur les os propres 
du nez, et sont le siège de douleurs hincinantes. — Entrée 
du malade è l'hôpital; traitement: sangsues sur la tumeur 
lacrymale, tisane sudorifique, iodurede potassium (110 gr. 
dans l'espace de sii semaines). Le malade sort notablement 
aoulagé de ses douleurs; les ezostoses se sont affaissées. 

«En 18&1, après dit mois d'une santé passable, les 
nostoses déjà existantes reviennent à leur premier volume; 
•ont aussi douloureuses qu'autrefois. — Entrée à l'ho- 
l« Aa dire du malade, M. Cullericr aurait fuit remarquer 



d'une intoxication. 399 

aux élèves ud ramollissement du frontal ; les doigts, en 
comprimant le front au niveau des exosloses, faisaient céder 
la table externe. Traitement : friction sd'onguent roercuriel 
sur le front, pilules de Vallet. Les accidents sont palliés 
pour huit mois, et c*èst le 26 janvier 18&S qu'il entre à l'kA- 
pitai des Vénériens pour la cinquième fois, et toujours pour 
ses cxostoses, et de plus pour des douleurs ostéocopes géné- 
rales, plus prononcées la nuit. C'est alors que le malade 
s'est présenté à notre observation. — Disons un mot de 
son état général, en passant en revue les difTérents organes 
et leurs fonctions; cet examen est digne d'intérêt. 

» Prince est d'une taille moyenne; il est bien développé ; 
il était, dit-il, vigoureusement constitué; nous pouvons 
le croire : il était autrefois garçon de pharmacie à l'hôpital, 
et les infirmiers qui l'ont connu alors certifient qu'il était 
un fort gaillard. Quel changement aujourd'hui dans toute 
sa personne ! Ses traits portent l'empreinte d'une vieillesse 
précoce; ils ont une douce expression où perce l'insouciance ; 
son regard est craintif, sa démarche chancelante ; ses mou- 
vements lents et mesurés: il y a de la femme dans son 
allure. C*est qu'en eiïet il en a pris toutes les formes : la 
peau est d'une parfaite blancheur, douce nu toucher; un 
léger duvet la recouvre à peine dans les régions où le sys- 
tème pileux était fort développé autrefois. Un tissu cellu- 
laire abondant donne à tout son corps de gracieux contours; 
les extrémités supérieures et inférieures ont acquis des 
formes inconnues ù notre sexe. La main, surtout chez un 
individu occupé plus d'une fois à de rudes travaux, a subi 
une transformation surprenante; l'artiste la trouverait 
irréprochable: i ne voir que le doigt, l'anatomiste nierait 
le sexe. Les organes génitaux sont aussi ceux d'un enfant 
de cinq ans : leur blancheur, leur formcj^ leur volume, tout 



SOO lltfFUISSANCB SYHrTOMATigUB. 

le ferait croire. Le (ourhor perçoit doux oiipareiices do 
testicules de la grosseur d'une petite noisette, l^a verge a 
peut-être proportionnellement éprouvé une atrophie moins 
considérable ; le canal de l'urètre a conservé en largeur les 
dimensions de celui de Thomme odufte ; le méat urinaire 
de Prince est même plus large que chei beaucoup d^autrci 
malades couchés dans la même salle que lui. 

» Du re!$te, le moral s*est montré esclave du physique : 
en perdant les organeii, il a perdu les fondions. Son tem- 
pérament est le type du lymphatique; son caractère est 
fort doui, son intelligence obtuse, et la mémoire, fort 
bonne autrefois, est toujours très infidèle. Les fonctions 
organiques n'ofTrent rien de particulier, seulement les 
liqueurs le mettent dans une excitation nervense remar- 
quable. Deux verres de vin blanc, pris h différentes époques, 
lui ont donné des attaques épileptiformes. - Dans notre 
examen nous n'avons point oublié les organes de In voix : 
sa corrélation avec les organes génitaux nous le rappelait 
suHisr.mmrnt ; mais la voix n'est que légèrement modifiée. 

»^ Tel était rétat de Prince en janvier dernier. Aujour- 
d'hui sa constitution s'est améliorée; il semble se ré<;énérer 
sous l'inHuencc du traitement qu'il a suivi et que nous note- 
rons en quelques mots. M. Puche lui fait prendre son sirop 
antisyphilitique composé , dont voici la formule : 

lodhydrargyrate neutre de polasftium. I gram. 

Iode pur I — 

Proto-ioduro de potassium tOO — 

Eau distillée 398 — 

pour 500 parties. — Dose du sirop de 25 h 100 grammes. 
» Jusqu'à ce jour le malade en aurait pris au total envi- 
600 grammes. C'est en subordonnant le troitement aux 



d'urb intoxication. 301 

s)in|i(6mcsy c'est en veillanl surtout i r«ilimento(iofi du 
malade, que M. Puche est parvenu à arrêter les progrès 
eiïraynnts de cet éliolement général. Aujourd'hui Prince 
est |iius dispos, il se sent plus fort, il semble remonter peu 
à peu les degrés qu'il o descendus; toutes ses douleurs ont 
disparu. Les fosses nasoles sont le seul point en souiïrance, 
et, la encore, la nature prend le dessus. En eiïet, la nécrose 
élimine de temps en temps de petites esquilles, el le malade 
s'en trouve mieui. Notons cependant que l'apophyse mon* 
tante de l'os maxillaire supérieur droit a presque entière- 
ment disparu por suite de ces éliminations. 

x> Le léger duvet qui recouvrait les régions autrefois abon« 
damment pourvues de barbe devient plus touffu ; il noircit; 
cela se voit surtout aux moustaches. Les organes génitaux 
eux-mêmes reviennent de leur inertie. Le mois dernier, Prince 
n eu deux érections; ce sont les seules qu'il oit éprouvées 
depuis le jour de ses fameux exploits; en un mot, notre 
malade marche incontestablement vers la conquête de la 
|iremière nature. 

•» Nous n'avons rien dit de la chute des cheveux : le rasoir 
Tayant plus d'une fois artificiellement produite, cet acci- 
dent perdrait par ce fnit beaucoup de sa voleur (1). » 

Après celte intéressonte communic.ition , M. Rourgui' 
fS^non présenta à l'Académie le malade qui en était l'objet, 
et il fut facile de se convaincre de l'exoctitude du récit 
que nous venons de rapporter. 

Il n'enire pns dons mon sujet d'exposer les ressources 
qu'offre la thérapeutique contre la syphilis ; mais je dois 
noter, sons m'y appesantir, que le traitement de l'impuis- 
sonce produite pnr le virus vénérien doit se confondre, 

(4) BuUetm de l'Académie de médiMiinê,?àr\A,\Sil, t. Vfl, p. 974. 



M4 IVHIliiAMi STWrOVAIHHIB* 

ttlion, mèiM alori qu'il était ai coevalesceiioe» fut incapable 
d*6iercer le eoit. Un de noa oonGrèrett q«i ne l!a rapporté 
Itt-mèoie, éprouva la même impombililé pendant un lampa 
aiaei long qu'il subit l'inloence saturnine. 

Il est néoMsaire de rappeler id les professions qui expo- 
sent i rintoiieation dont je parle» car dans qndqnes cîr* 
constances» alors qne les ncddents Iniques sont peu pro» 
nonces , elles peuvent aMttre sur la voie de la cause .de 
l'impuissance. 

Ces professions sont : 

Ouvriers cérusier», ouvriers des fabriques de minium» dca 
fabriques de iilbarge, peintres en bètiaokenls, peintres d*at* 
tribut!i, de voitures, dore un sur bois, %emissenrs de nsétanit 
fabricants de papiers peints, broyeurs de oouleura» fabri* 
cents de cartes d'Allemagne, ceintoronniers, pçtiers, bien* 
ciers, verriers, ouvriers des mine« de plomb, af6neurS| 
plombiers, fondeurs de cuivre, fondeurs de bronie, fondeurs 
de caractères d'imprimerie, imprimeurs, fabricants de plomb 
de chasse, lapidaireu, tailleurs de cristaoi, ouvriers des ma- 
nufactures de glaces, ouvriers des fabriques de nitrate, de 
cbromate, d'acétate de plomb. 

Quand Tabsorption du plomb sera la cause de l'impuis- 
sance, celle-ci n'esigera pas d'autre traitement que celui de 
l'intoiication saturnine dont je ne dois point m'occupcr ici, 
et pour laquelle je renvoie le lecteur aui traités spéciaui 
sur la matière. 

â'' InioxicatiMM anlimoniale H arsenicale. 

Dans son Traiié de ioœicologie, en parlant de l'action 
des vapeurs antimoniales, OrGla s'exprime ainsi : « M. Loli- 
merer a vu quatre individus qui étaient fréquemment 



d'une intoxication â05 

eiposés h des émanations anlimonialcs dans un élnblis* 
sèment où Ton préparait en grand du (artre slibié, du 
beurre et du verre antimoniés, où Ton fondait de la poudre 
d'Algaroth, et où il se dégageait surtout des vapeurs d'acide 
antimonieux , d'acide anfimoniquo cl de chlorure d'anti- 
moine. Il a observé les symplAmes suivants : douleurs de 
tète, difficultù dé respirer, point de côlu et douleur pongi- 
live dans le dos ; r&le mu(|neu\ et silTIcmciit dans la poitrine, 
expcctoralion difTirile de quelques grumeaux (enaccs; in-* 
somnie, sueurs abondantes et ubatlemrnt général; anorexie, 
diarrhée , dysurie avec écoulement de mucosités causant un 
sentiment de brûlure dans rurotre; flaccidité delaverge^ 
dégoût du cott^ impuissance complète ; pustules sur diiïé- 
renlcs parties du corps, mais principalement sur les cuisses 
Cl sur le scrotum; douleurs dans les testicxdes^ atrophie de 
ces organes ainsi que du pénis, » (Jonmal de chimie médi- 
cale, année 1840, page 629,) 

Mais Orfila ajoute : 

c\\ n'est pas douteux que Taclion prolongée de ces va- 
peurs ne puisse amener la mort; mais il n'est pas encore 
démontré que les accidents dont il vient d'être fait mention 
ne soient dus, en partie du moins, aux vapeurs arsenicales 
que fournissent la plupart des antimoines du commerce, 
lorsqu'ils sont chauffés ou truites par quelques agents éner- 
giques (1). » 

D*après M. Lohmerer, rintoxiration antimoniale, et, par 
suite, l'impuissance qu'elle produit, doivent être combattues 
|iar les anliphlogistiques, le lait, et plus tard par l'opium, 
le tannin, et surtout le quinquina h l'intérieur et en lotion. 

(I] Traité de toxicologie, l. I, p. 650 el 65t. 

20 



306 IMFUISSANCB SYMPTOIUTIQUB. 

/i<> Intoxication iodiguê. 

Comme (ous les ogenlf» aclib da li matière médicale^ 
rioda a ét<^ loué et aliaqué oulre mcgure. Parmi les re- 
proches r|u'on lui n adreasiV«i, les accidents du rôté du 
système nerveux et la fonle des glandes , par conséqucni 
celle des testicules, sont les plus graves, et« comme ses 
partisans ne pouvoient nier ces faits « ils ont prétendu 
que ces accidents étaient e&cessiiement rares, et que <■ c'est 
à peine si un médecin , dans le cours d'une longue pra- 
tique , a l'occasion d*ot^ener un ou deui faits de ce 
genre (1). » 

Je ne i^ais jusqu'à quel point on peut et l'on doit par- 
tager la confiance da^ partisans de l'iode, car il m'a été 
donné, dann l'espace de moins de dii-liuil mois, d'obser\er 
quatre cas irimpuissance, avec atrophie plus ou moins consi- 
dérahledes testicules, survenant pendant ou immédiatement 
après le traitement de la phlhisie pulmonaire par lo méthode 
de M. Cliartroule, c'esl-à-ilirtï par l'absorption des sapeurs 
diode. 

Chez l'un de ces quatre malades, molgré l'impossibilité 
de l'érection de la ^ergc, les désirs \énériens étaient con- 
servés et les testicules avaient leur volume à peu près nor- 
mal. Chez les trois autres, qui offraient une bien évidente 
atrophie des testicules, rindillérence pour le coït était assez 
marquée pour ne leur pas faire regretter les voluptés per- 
dues, et ils ne lenaioil réclonier mes soins que pour satis- 
faire soil le devoir conjugal, .^oil le désir d'avoir un enfant. 

(I ) Traité de thêrapêuliquâ $t ie matière médîMle^ par MM. Trous- 
seau et Pidouz, 2 édit., t. i, p. 265. 



D^UNB INTOXICATION. 807 

D'tQlres composés d'iode, sans avoir une action aussi dé- 
létère que celle des vapeurs de celle subslance, n'en agissent 
pas moins sur les organes génilauv. Un de mes nmis qui, à 
la suite d'accidents syphilitiques assez graves, avait pris Tha- 
bitude d'user, au prinlemps et en aulomne, de Tiodure de 
potassium à dose dépuralive, m'a avoué que, pendant tout le 
temps qu'il faisait usage de ce médicament, il était moins 
porté vers les plaisirs de l'amour et perdail sensiblement de 
son énergie virile. 

Au moment où j'écris ces lignes, un de mes malades, 
dans loulc la force de Tège, i qui je fais prendre du proto- 
îodure de mercure contre des accidents secondaires de la 
ajpliiliS) m'a accusé une certaine défaillance dans sa virilité 
et une froideur pour les plaisirs vénériens, qui ont porté le 
trouble dans son imagination. 

Dans les deux cas que je viens de citer, il est impossible 
d'attribuer à la syphilis les accidents qu'éprouve le sens 
génilal, car il n'existe ni cachexie vénérienne ni désordre 
local qui lea puissent expliquer. 

Quand l'action de l'iode se traduit simplement par nne 
diminution dans les forces génitales, sans atrophie des testi- 
cules, il suffit ordinairement de suspendre l'emploi du médi- 
cament pour voir revenir les choses h Uur état normal. 

Quand les testicules sont entièrement atrojihié!*, In mé- 
decine doit déclarer son incomfiétence; eilc ne peut rcfnire 
des organes perdus. 

Mais il est rare que l'intoxication iodique atteigne ces 
limites extrêmes du côté des organes génitaux, avant d'avoir 
produit des désordres graves du côté de quelque organe 
important k la vie, de telle sorte que l'on a presque toujours 
affaire à une alrophie incomplète des glandes spermatiqoeSi 
^oand 00 malade réclame des soins contre son impuissance. 



à 



SOS IHPDIIUKCI BTBrrOllATtQDB. 

Dbi» ce esR, un régime analeplique, k tijonr i U nm- 
pagnc et l'excrtit-c au griml air, sont de tonte néeetut^, et 
ibiit la base de lamdJicalion. Plus lard, et si aucun trouble 
n'ciisic du c6tù du tube digeatif, lei marliaui al te quinquina 
peuvent rendre des service*; mais, je le repaie, il faut, avant 
toute diosc, s'ollacher i uii rûgime rcconrorlant, et ne re- 
courir que plus tard oui agents médicsmenlcut propre- 
ment dïli . 

&* tntoaoicatùm par le camphn. 

L'action sédatite du camphre est aujourd'hui uaei 
généralcnient admire pour qu'il ne soit pas néceiaaire de 
rétablir par de nouvelle! eipériencea. Mais, et c'est ce qui 
nie fera très peu arrêter a ccllu action, les elTets sont pas- 
sagers et lu sédiiliu.) |iroduilc»e dissipe rocilemeiil. 

Cependant l'usi^tc longtcmiis ri>ittiiiué du camphre, sur- 
tout Eous forme mulOculuin-, |.eul amener une faiblesse 
dans l'éiiergiu 5Ciuclle {|ui, si elle n'est pa^ l'impuissance 
complète, trouble assez l'orprit des malades pour les faire 
recourir è la médecine. J'nieu occasion d'observer plusieurs 
faits de ce genre à l'époque où il étoit de mode de tenir 
dans su bouclic un tujiiu dr plume ri-nfermant un morceau 
de camphre, et (fiii.-M. Kuspail, son inventeur, avait nommé 
cigareUe de camfihre. 

I.'i'ffi-I nna)iliri)disioc)ue de re petit appareil était entière- 
ment |>ln»i<{iiv; t'sdt^iis u-inTicns subsistaient dans toute 
leur éncr»ii', l'orgniic sc:il fiiindit défaut, quoique l'action 
sidalive ilu nimpliru, aiu>.i <(ue le mollirent les eipériences 
et les fail'i d'(>iii|iuis(>iiiicmciit, paraisse s'eicrccr aussi bien 
sur les centres iior>en\ ipie sur lus ramifications de ce 
sjsième. 

D'ailU'iirti, dans les cas dont je parle el qui offraient une 




U'UKK r^TUIlCATlON. 309 

ÏDtoiicatioii lunli* et proluile par îles doses iiilîniléslmoles, 
je n'aijomais eu à noter le délire, la stupeur ou (oui autre 
désordre du cerveau et du la moelle épinJèrc; queiquerois 
UDC céphoiaigie légère occompognait l'inertie de la verge; 
mais, je le répète, dons la majorité des cas, l'altéralion de 
la virilité paraissait enlièremcnt locale et .xans relations avec 
un trouble général quelconque. 

Cependant, malgré toutes ces probabilités de local iaaiion, 
je n'ai jamais négligé d'exercer une action stimulante sur 
la colonne terlébrnle, et je me suis toujours loué des fric-' 
lions sur cette pnrtie ti\ec l'alcool ou une subslnrice aroma - 
liquc. Si la sédiition était ossez intense, il serait utile de 
recourir à la flagellation, ou mieux encore & l'urlication. 

Quant nu traitement essentiellement locol,3'e.«limc que, 
sauf les conire-indicalions bien manifestes, il doit se borner 
i l'usage de l'électricité Le bain électrique e^l ici préfé- 
rable, et l'on soutire les étincelles du périnée, du scrotum 
et de la verge dans toute sa longui'ur. Quelques séances 
suEBsent d'ordinaire, et cette médication manque rarement 
de produire son effet, quand au préiilable on a soustrait le 
malade i l'inilucnce toxique du camplire. 

fi" intoxicalion parle haschich. 

Les auteurs qui ont écrit sur le Itascliicli, MM. Auberl- 
Roche(l), Moreau (de Taurs) (2), dis Courlivc (3), n'ont 
point étudié les effets de cette substance au point de vue 
qui nous occupe. Séduits par les phénomènes psychiques 

(1 ] Dila fMila «I du lypkas d'Orient. 
11) Du haiehich et de t'aliéiialimt mmibtle. 

(3] Batehieh, Etude lùtlorique, chimiquL- et phj/tiologiqut. TlièM 
•ootennekl'écdeda pharmacie de Paris, <847. 



MO mruiauiKi ■thptonaiiqoi. 

dont il) étiieitt les t^ffloini on qu'ih éproQTiieot e 

ik ont coDcenIré leur allention sur In troubles des fseellés 

inlclievtuellcs, et onl itéilaigné de raniigner deni leera 

observation» les cluiigcmenli ipportés pir le baKhicb dans 

(en loHclioiii gi'nituleii. 

Et cefieddanl l'selton dn Canmbia mdiea anr le mim de 
la génération est bien remirqmble, eer (es délicei qu'il 
produit, les eituses où il plonge, n'ont rien de cbentel, je 
vousassuri>, Ltu visions pleines de fenmesaacostaae léger, 
et mAine nues, aux dentés lescives, ans regords provoca- 
teurs, n'éireillenl aucun désir et n'etcilenl aucone aetisue- 
lilé ; tout est idéal, tout est spiritualisé. 

Ce ftilent-e de l'appélil vénérien, celte déchéane de 
pouvoir de rniia^inaliuii, me surprirent aussi {irofondé- 
nienl que Icï plictiomt-nes psji'liiqun, L>t je résolus i)c 
porlvr mes iiiiestigutions sur un point jusqu'ici laissé dans 
l'ombre. 

C'est sur moi-même que j'et|iérimenlai4, car je n'avais 
point oublié cen paroles Ire^jitslcs de M. Moresn (de Tours): 
« L'obiwrvutiun, eu pardi rus, lorsqu'elle s'eierce sur d'au* 
très que noiis-niAin'-si , n'atteint que des apparences qni 
n 'apprennent ab<ulnnieri( rien, ou peuvent faire tomber 
dans les plu» {{rossièros erreurs. L'etpérienee personnelle 
est ici le critérium <le lu vérité. Je conlesle k quiconque le 
droit de parler dus cITels du liascbich, s'il ne parle en son 
nom propre, et s'il n'a été k mime de les apprécier par un 
usage sulTisammenI répété (I). d 

Avnni de commencer le réril de mes eipérienres, je pro- 
teste (le nouveau contre toute pensée malhonnête que l'on 
vomirait me (irétcr; je fnis de la science, et la science est, 

(fj Lk.cîi., p. i. 



d'unb i.itoxigation. 814 

comme l'art ^ chaste et pudique dans sa nudité; je dis avec 
le poëte : 

Nuda recède Venus, non eët luus iste libellos. 
Diftce verecundo saoclius ore loqui 

» 

Mes premières expériences sur le haschtch datent de 18èS* 
Les diverses préparations de cannabis indica dont je fis usage 
me furent fournies par mon confrère le docteur Foocarf, qui 
les tenait lui-même deM* Louradour, phnrmacirn. 

Ainsi que je le disais plus haut, l'action du cannabis 
indica sur le sens vénérien me frappa dès rria première fan* 
tasia» et, comme elle se reproduisait exactement la même à 
chaque ivresse, je résolus de diriger spécialement mon 
observation sur ce point* 

A cet efTet, je me haschichnis avec une femme dont les 
mcfiurs taciles ne pouvaient apporter d'obstacles à l'expé- 
rience. 

Après la période d'hilarité qui fut pour ma compagne une 
période de larmes et de terreurs, je m'étudiai h tourner 
mon esprit vers des idées lascives. L'imagination ne répon* 
dit point à ma volonté; j'eus alors recours aux baisers, aux 
•ttoucbementf 4 en un mot aux excitants physiques. 

Sollicité tour h tour par les vi^otrs tout idéales dues 
au bascbich, et par la volonté de fer dont j'étais animé, 
j'étais dans un trouble extrême, et il me sembla enfin ^ 
après des efforts inouïs , que l'érection du membre viril 
s'était produite. 

Je voulus alors me livrer au coït. 

Alaisao moment oà je croyais atteindre le but, an obstacle 
infranchissable s'opposa à l'intromission de la verge, et 
mes forces s'usèrent à le vaincre ; brisé de fatigue et couvert 
lie sueur, je dus renoncer h accomplir cette œuvre immense^ 



M9 iiipuihaih:k aYanttaATHtm. 

l'organe co|)ul»(eur participant lut-nièaut k rabalUsiMOI d« 

lonl l'organiime. 

Je recommençai mes itUi|aei on nombre infini de foie, 
et lonjoun jo dui céder t l'otMlacle dont je pariait luut k 
l'beare, et qui, selon loote probabilité, n'était entra chose 
qM la flaccidité de la verga. 

Toute* cet tentatives infructueuses avaient réullement 
abattu mes forces. — Je me mis an lit avec la eompagnc de 
mea tristes cipluib. — Dès co moment, lea souvenirs me 
Ibol iléiaut, et il est pour moi certain que je m'endormis 
d'un sommeil presque léthargique. 

lie li'mlemain au rcveit je me aentia brisé et étourdi 
comme si je ni'étnis livré toute la nuit à des eicès exagérés 
du Cuit. J'inlerrogcoi ma compagne , elle ne s'iitait mArno 
pas douté de mon voisinage. J'cvaminai les tlrajis et je ne 
constatai aucune tarhe de sperme. D'où venait donc cet 
anéantissement qu'uui'uiie perte ii'cipliquait ? 

J'ai répété la même expérience deux fois et ù des inter- 
valles osseï éloignés , et toujours j'ai noté l'absence don 
désîn vénériens, la flaccidité de la vei^e et la rétention du 
sperme. 

Cet état du sens génital ne se prolonge pas d'ordinaire 
au deli du l'itrGsxe amenée par le hascliicli; cependant une 
langueur m fait quelquefois sentir pendonl un ou deux 
jours, mais elle se dissipe d'elle-même, à moins que l'on 
ne fiis^e un usage abusif de ce narcotique, auquel cas l'im- 
puissance peut advenir. 

Cette circonstance est rare dans nos pajs; on ne la ren- 
contre guère que ehei les peuples d'Afrique et d'Asie qui 
font du liaschicii leur boisson faiorite et journalière. C'est 
une de.-) mille causes qui rendent les Orientaux le plus 
proraplement el le pins longtemps impuissants} car le plos 



AFFKCriON DE l'aPFAKBIL g6NIT0*URINAIKE. 315 

efficiicc cl pcul-élre Tunique remède au mal , est de dis- 
continuer l'usage du haschich, ce que ces peuples elTéminés 
ne veulent ni ne peuvent faire. 

S W. — B^uie afléetlMi ii« l'appareil séallo-nrlnalre. 

il eût été plus logique d'examiner séparément les maladies 
des organes urinaires et celles des organes génitaux; mais 
ai Ton réfléchit que ces deux appareils ont les rapports les 
plus intimes de voisinage, on conviendra qu'il était difficile 
de les séparer dans un examen pathologique; celte néces- 
sité de les comprendre dans le même cadre ressortira bien 
roaniFestement à l'occasion des maladies de la prostate et 
du canal de l'urètre. 

J'aurai donc h passer en revue, sous le rapport de l'im- 
puissance : 

1* Les maladies des reins, des bassinets et des uretères ; 

2® Les maladies de la vessie; 

â* Les maladies du col de la vessie et de la prostate ; 

&* Les maladies des vésicules séminales et des conduits 
éjaculateurs ; 

5^ Les maladies du canal de l'urètre; 

6* lios maladies de la \erge; 

7° Les maladies du cordon spermatique et des testicules. 

1° Maladies des reins, des bassinets et des uretères. 

Diabète. — Quoique la nature du diabète ne soit pas 
connue et qu'il soit loin d'être démontré qu'elle est une 
aiïec'tion des reins, j'ai dâ me conformer à l'usage et la ran- 
ger parmi les maladies de l'appareil urinaire , en raison 
nnènie des symptùmes les plus importants dont cet appareil 
est le siège. 



ut 

A edti dm déMrdrai JmI U léorétioo réiwl* oOra It 
•peeUde, In iMNtioM génératrion MdMwnl 4m «lUnlÎMM 
qai légitiment !■ place que je 4»Qam îd mi diabète. 

< Let foncliont géaéralrieet, dît M. Valleii k l'articte 
GlvâPturiff iQfit preCTiMéiHiit ironMefi Ij69 értclioni 
n'ont plus lieu; il n'y a plut de désirs vénériens; parfois 
même, si l'on «o croit quoliiaei auleurs, le leslicule s'alro- 
phte et le serotnm ilevient Baaqne. Sunaol M. EHralaon, 
cet état l'obacrve sealement neoTroM aor dit; mais il edf 
été néressaire de diru ai les matndef avaient été înterrag^ 
t ce injel é tentes les époqaes de leur maladie ; car cette 
altération des foncliona génératn'cei , qui a été remarquée 
par lous les obserfatenn, ne aurfient que jiradnellement, 
et l'on conçuit très bien qu'i une époque rnpprocliée du 
début, elle peut être Irèa Taibln et peu appréciable. Le 
même auteur a noté que la sécrétion du !i|H>rme cessait de 
ic faire (1). » 

Jo tais essnyer de suppléer au silence dont se plaint 
M. Valleit. 

Le diabète, outre les symplémes relatifs au produit irii- 
Dairi', présente comme pliénomùne gémirai et cousiaiil une 
diminution notable, et même la suppression efiliëre de luuli-s 
les sécrétions, h ce point qu'il semble que le tyttème uri- 
naire attire en quelque torte à lui seul la plut grande partie 
des hutneurs qui devraienl avoir une direction différente. 
Ainsi la perjtpiration cutanée est suspendue ot la peau jiré- 
aente une surface érailleuse, sècbe et aride; la sécrétion 
des larinaa, celle de la salive, éprouvent une diiuiuulion 
notable, et Dupuytreo elThenard ont même obsené que 
d'anciens ulcères aux jambes diseonlinuaient de suppurer et 
se séchaient spontanément. 

(1) Guida dm rnédum fntkien, V édll., l. III, p. 54*. 



AirpsCTIOM DE (.'apPARBIL titlIITO-IIIIMAIBB. S15 

bien évidemment, In sécrétion ipermatique a'eit ptB 
•Gule é|iargnAe au milieu des Iroubleii qui atteignenl toutM 
les autres sécrétions, el l'obsfrvstioD île M. Ëlliolsoniurli 
ccMstioii (le la fonilioD lesticulsire cil parraitemenl exacte. 

La sécrétioD du Sficrme, sauf dam (juclques rares etcep- 
lion!:, C!it, comme nous le verrons plus loin, une des condi- 
tions de la virilité ; par conséquent, cette sécrétion venant à 
diminuer d'une manière notable et même k cesser complè- 
tement, la puiii»ance virile doit décrollre et même s'nnéantir 
enlièremcnl. 

Entre ces deux laits, c'eit-^dire la virilité et la sécrétion 
spennatique, il existe une telle corrélation que l'on peut 
juger de l'énergie de l'une par la nature de l'autre. Un 
sperme aboi>danl, normal et bien lié est toujours l'indice 
d'une grande Turce copulatrice ; je ne dis pas une éjaculation 
abondante, qu'on le remarque bien, parce qu'nu proJuit de 
l'éjaculatiun se trouvent mêlés des fluides bien dillérenls du 
sperme. 

Il s'agit doue de savoir, pour marquer le commencement 
de la décadence virile, quond la sécrétion spermatique dimi- 
nue d'une manière assez notable ou cesse de se faire. 

Evidemment, le moment précis de cette diminution uu 
de cette suspension ne peut être noté ; mais tout jiortc à 
croirequ'elle suit la marche des autres sécrétions, ainsi qu'il 
parait résulter de la remarquable observation, communiquée 
à l'Académie de méderini' par MM. Mialhe et Contour (1), 
et avec laquelle concordent la plupart des faits que j'ai 
moi-même observés. Chei le malade de ces deux auteurs, 
l'anéanliasement de la force virile n'avait pas allendu, pour 
se produrre, l'amaigrissement et le marasme ; l'impuissance 

(() $MÊtlnà»fAoatUmk 4t «Mmom, jniHel48U, i. IX, p. »77. 



f 



ftl6 IIIHItSttAKCI SVMrTOMATigUI. 

s'était montrée quelques mois à poino aprèt la dîmkialion 
dei sécrétions, et comme rien ne décelait la continuation de 
la sécrétion spermatique, il est permis d*admettre que les 
testicules avaient suivi Teiemple des glandes lacrymales, 
salivaires, etc. , etc. , et que cette inaction avait enchaîné 
Tesercice de la virilité. 

Plusieurs observations recueillies par moi-roènie, comme 
je le disais plus haut, m'autorisent à croire que les choses 
se passent réollement ainsi, c'est-^-dire que ce n'est point 
à la faiblesse générale qu'il faut rapporter Timpuissance des 
diabétiques, puisque cette impuissance se montre bien avant 
le marasme , mais plutôt à la suppression de la sécrétion 
lesticulaire dont l'existence, concordant avec l'anéantisse- 
ment ou la très grnnde diminution des outres sécrétions, 
est attestée par Tabsence des désirs vénériens, des poilu* 
tiens, etc., etr. 

D'après ces données, et en admettant avec tous les auteurs 
trois périodes clans le diabète, le début de l'anaphrodisie doit 
être placé dans la seconde période, la première étant rem- 
plie pur le développement de la cause qui produit la suspen- 
sion de la \irilité. — C'est ce que l'observation prouve 
en eiïet. 

Mais comme le diabète n'a rien de fixe dans sa marche, 
que sa dun^e varie de quelques mois à plusieurs années, 
chaque période met, h parcourir ses phases, un temps qu'il 
est imposible de déterminer , on ne peut donc préciser d'une 
nMnière absolue l'époque de l'apparition de l'impuissanrc 
è partir du début de la maladie ; mais on peut dire que Tana- 
phrodisie apparaîtra d*autant plus tardivement que la marche 
des phénomènes morbides sera plus lente et les sécrétions 
moins taries , et quVIle se montrera d'autant plus tôt que 
l'éiolution de la première période aura été plus rapide. 




.tPFECTION DK l'APPARBIL GÉNITO-UItlNAIIIR. 347 

La tlurûe <le l'impuissance diabétique est entièrement 
subordonnéo è la (lersistonce de la maladie principale; c'est 
avouer qu'aucun troilement spécial n'est ici nécessaire. 
Dans l'obscrvaliuii rapportée par MM. Mialhe et Contour, 
le Irailcroent pnr les alcalins que ces auteurs préconisent 
contre la glucosuiie suffit, au bout d'un mois et demi envi* 
ron, à Irluniplier tout h la fois du diabète et du l'imputs- 
sancc. Quel que soit donc le mode de Irsitemcnt que l'on 
adopte, celui de Rollo, celui de M. Buuchardiit (1), celui 
de M. Mialhe, etc., on ne s'adressera jamniss[ié('iolement 
aux organes de la généralinii , el, plus qu'ailleurs peut- 
être, on se gardera de faire une médecine de sympt/lnies. 

2^ Maladies de la vessie. 

Depuis quelques années, mats surtout depuis les travaux de 
M. Ciïiale{2), on a apporté une distinction nécessaire entre 
les aiïeclions du col de la vessie et celtes du corps de cet 
organe. Cette séparation m'est, plus qu':i tout nuire, indis- 
pensable. Si l'on rélléclut qu'au col de la vessie se trouvent 
réunis h prostate, l'oiibce du canal de l'urètre et l'ouier* 
lure des canaux éjaculatours, on com]>rcndra le retentisse- 
ment que doivent aïoir sur les fonctions génitales les mala- 
dies lie celle porliun de l'appareil urinnirc; tandis que le 
corps (le la vessie, relégué dons la cavité pelvienne, sans 
[ommuniralion directe avec les organes spermatiques, et 
n'ayant aveu les tésicutes séminales que des rapports de 
ju\tb|.osilion, ne peut exercer par ses étals morbides une 
influente ilireclement spéciole sur les fonctions reproduc* 

{I ) Du ilinbèle nurrr. nn gltiroturir. mn Irallnnent hygiénique, ParJS, 
1861, in-t. 

(S] Ttailr prtiftfw dm malaiin in organe» ^énShi-urinairrr. 



M8 mratMAiici mvToiiATfQM. 

UicM. Senlenent, I» alléntioni dool le réwnoir orimire 
paot èlra ■llfinl mnI rarament Imitée* a> corps de l'orw 
geoe ; elles envahissent tsseï souvent to col et relenlîsseiit 
aiiMÎ secondairrmcnt snr les voies génitnles. 

11 en est de mémo d'un calcul dans la vessie qiit sollirile le 
malade k eieresr des trarlions sur la verpe. Ces Iraetions ont 
i|ad«|ueroi4 pour réinllat une hjparlrofihie molleet flasi|Qe 
tanUk du prépuce et lanlAt du pénis tout enlîer ; de telle 
aorte <|ue les rapports d'harmonie entre l'of^aiie mtia et 
l'OTftane de la Femme peuvent être rom|>us, et cetla dispro* 
portion amener una impuissance relative. Tous les aotears 
<|M ont écrit sur la présence de la pierre dans la vesaie ont 
noté l'hyperlrophie de la verge rhoi tes calculeut, et je re- 
produirai tout à l'heure re que M. Clvialu a dit sur ce sujet. 

Mai]) il est un état anormal de la vessie que je dois sigiio- 
larici, parce qu'il est le seul capable d'nmener l 'impuissance. 

Je vcui purler du rjstocèle inguinal. 

La hernie inguinale de la vessie s'oppose de deiu maniires 
i l'accomplissement du cort : 1* par la tumeor qu'elle forme 
au pubis; 2* par la rilraclion de la verge. 

S'il n'uiistnit que le premier empêchement k la copula- 
tion, on pourrait dire que l'impuissance ne serait pas ronli-> 
nae, puisque l'évacuation de l'urine, en alTatfsant lest parois 
liHcalea hemiées , liiil disparaître Is tumeur. 

Mais la rétraction de la verge est un obslncle qui est lié 

à l'eiisteoGO même du cyatooèle, et qu'il n'est |ins possible, 

pareenaéquent, de faire disparaître à volonté. 

.-. Opconçoil, en effet, que le corps de la ve<iRic>, entraîné an 

m du canal inguinal, eierce des Iraetions Kur les parties 

li aOBt attenantes, et attire son col, et, par suite, le 

it l'nrètre, en haut el en dedans. I.n longueur du 

miÊmi n f f e p oriioaa asaaa l emiblei. 



AFPBCTIOR K l'aPPABSIL 6kNlT0-UIIINAIRB. M9 

et cette dimination est encore aggrivée par la tumeur du 
cyttocèle lui-même. La verge, chex le« perwnnes alteintei 
de celle infirmité, cnrhée tous l'arcade du pubia, opparatt 
comme on tubercule au milieu dea Urrus et dei poils qui 
l'environnent, et ne peut, même par l'érection, dépattaer jei 
éminenceii qui la dominent, aurloul quand le cyslocëie eit 
compliqué, ninni qu'il arriie fréquemment, d'une hernie 
inteatinole ou épiploïque. 

Rien évidemment, cet obstacle mécanique ne produit 
principalement dofis le cy.slocèle complet, c'est-à-dire lors- 
que les paroi» antérieure et postérieure de la vessie se 
IroHvciit simultanément engagée» dans l'anneau, el, ù plus 
forte raison, dans le cyslocèlc double, dont il n'etiste qu'une 
xeule observnlion, je crois, rapportée par Verdier(l). 

l>a réduction de la hernie est, on le comprend, le seul 
remède l'i l'impuissance que ce déplacement occasionne, et 
je renioie pour lu mode opératoire aux ouvrngea spéciaui 
sur la mntière. 

3" Maladies du col de la ves.iie, de la prostate et des conduits 
éjaculaieurs. 

En dehors de l'obstacle que les filtératrons de la pruslats 
Apportent à la sortie régulière du sperme, elqui sera l'objet 
d'un examen approfondi, alors que je rechercherai leBrniiie* 
de ta stérilité, les affections profondes du col de In vessie 
el de la prostate déterminent un développement considé- 
rable de la verge qui, h lui seul, peut constituer une impuis- 
sance relative. 

Cette hypertrophie, qui se montre au«!>i chei les calcu- 
leni i la suite des tractions que teut-ci eiercent sur leur 

(1) M^mofrfgiitl'AmdémieiUeMnirglt, t. Il, p. 3S. 



330 IHNIISSAKCIt SIlinoilATIQOI. 

verge, et chet les individus alleiula de rélrécisseiiienti de 
l'urèlre, par une action purement sympathique, m'occupera 
tout k l'heure d'une manière toute spéciale. 

Les conduits éjaL-ulateurs loges dans Tépaissi-ur de la 
prostate restent rarement étrangers aux nllératioiis do cet 
organe; les vésicules séminales jouissent, quoique moins 
rauvent cependant que les conduits éjaculalcurit, de ce triste 
pritilégr, de telle sorte que l'élude de toutes ces aiïccUons 
doit se trouver dans le même cadre et ne tonner qu'un seul 
tableau. 

Mais en réflécliissaiit aux roiiséqucnrcs qu'i.'lles entraî- 
nent, on no torde pas h s'nperceioir que, tout en détermi- 
nant l'impuissance dons la large acception que nous avons 
donnée ù ce mot, ces alTections, telles, por exemple, que 
riiyperlrflphic de hi inoslale et surtout du vcrumuntanum, 
In spermntotrhre, etc., se traduisent prin(-i|iftlemehl, (ontdt 
par un obstacle a l'(.-\i'réti<in normale du S|)eriiic, et lunldt 
par une alléralîoii dans la nulure de ce liquide, circonstances 
qui ont pour rénulliil immédiat et certain ta stéritité. 

Je (Tois donc plus rationnel et j>lus utile tout à U fois de 
renvoyer l'histoire de ces muladiesù la partie de cet (iu> rage 
consacrée ù la stériliti^ chez l'homme, me résenant dores et 
déjà de compléter alors la portinn dn cadre de l' impuissance 
que je néglige de remplir ici. 

h*Malailie.s des véxiaiUi .mmnata. 

Les maladies desiosicules séminales eapuliles d'entraîner 
l'impuissance ont pour c^irartùrc commun la sortie invulon- 
laire de la liqueur séminale, ce cpii les a Tût cliisser sons le 
titre uni(]ue de speniiatorrhée. 

Les causes de la spcrmatorr liée sont multiples et diverses, 




d'uRB AFFECTIOK DK l'apPABEIL GAniTO-tltlINAlHE. 321 

mais parmi elles les excès vénériens jouent inconleslable- 
ment un r6le considérable. Or comme j'ai h m'étendre 
longuement sur l'inDucncc fâcheuse qne ces cicès ont sur 
la faculté copulatrice, je renvoie l'étude de la spermalor- 
rhée, en tant que source de l'impuissance, au paragraphe 
relatif è l'action des obus des organes génitaux, afin d'em- 
brasser dons leur ensemble les résultais néfastes de cette 
cause si commune d'anaplirodisic. 

5" Maladies de l'urètre. 

Tontes les moladics qui iilfeclent spécialement l'urètre 
diminuent plus ou moins le calibre de ce canal, ilc telle 
sorte que, ramonées au. point de vite qui nous occupe, cites 
rentrent toutes par quelques points importants de leur 
histoire dans la fumiile des rétrécissements. 

Ceux-ci constituent une cause fréquente Je stérilité chet 
l'homme en mettant obstacle h h libre sortie du sperme, et 
leur élude, comme celle des affections de la prosliitc, des 
vésicules séminales et des conduits éjaculalcurs, trouvera 
sa place dans la seconde partie de cet ouvrage. 

Cependant ils ne sont pos s.nns exercer une influence fâ- 
cheuse sur la fonction copulntrice, et comme cette iniluence 
est entièrement distincte <le celle qu'ils ont sur le cours de 
la semence, je vais l'exposer ici pour n*avoir plus o y reve- 
nir plus tard. 

Les rétrécissements du canni de l'urètre agissent sur la 
fonction copulatrice en altérant, soit les conditions anato- 
miques de la verge, soit !es conditions physiologiques de 
l'érectioa. 

Sous le premier rapport, la tuméfaction du prépuce est 
nn accident que l'on rencontre ossez fréquemment, et qui 



322 mruiMANCB syhptomath^ob. 

11*8 rien Je commun avec la iuroébction produite par Tio- 
lillralion de l'urine. La plupart des auteurs qui ont écrit 
sur les réirécissemeuts de l'urètre prennent soin d'avertir 
de l'erreur dans laquelle on serait tombée s'il en faut croire 
Ch. Itell, et M. Civiale fait ainsi ressortir toute Timporlance 
de celle disliiiclion : « Au commencement de l8Ai , dil-il, il 
s'est présenté dans le service des calculeui deu« maladea 
aiïeclés de rélréci«sement et de grandes difficultés d'uriner^ 
qui avuicnl rexirémilé de !a verge très dure et très volu- 
mineuse. Chez l'un d'eux l'induration occupait le gland et 
le prépuce, dans l'étendue de treize lignes environ ;. elle 
était la conséquence d'un rétrécissement fort long et Irè^ 
ancien, que je fus obligé d'inciser profondément, ik plusieurs 
reprise». Chez l'autre, le gonflement énorme du prépuce^ 
avec iiitluration eiilréroe, se ratlachait h une véritable infiU 
tration trurine cl à des iislules (1). » 

La cause de celte tuméfaction n'est pas connue; c'est un 
elTcl sympathique du rétrécissement. 

liO prépuce n'esl pas toujours seul k éprouver cette hy- 
perlrophic : la verge tout entière peut augmenter de volume, 
et tel accroisM^nient du pénis, qu'il faut bien distinguer de 
ceui que produisenl Tonanisme ou les tractions eicrcées par 
le malade dans le ras d'un calcul vésical, est tout aussi 
inexplicable que la luméfaction du prépuce. Ecoutons en- 
core sur ce sujet un des hommes les plus compétents en 
fait (le maladies de Turèlre : « On trouve, dit M. (jviale, 
quelques malades chez lesquels le pénis prend un dévelop- 
pement extraordinaire. Presi|ue toujours alors il y a des 
Itsions profondes, soit de la prostate, soit de la vessie. On 

(t) Traité pratique sur le» maladiei de$ organes génito-urinaires, 
tiédit., Paris, I85#, V* partie, p. U4. 



d'L^NE affection de l/A^^AHEIL OÊNlTO-UlilN.AlRE. 828 

Ée rend diflicilement raison de cette iitftaence, mais e)le 
eiiste ; j'tfi eu occasion de Tobserver chez un certain nombre 
de malades, et Charles Bell en a fait le sujet d'une de ses 
belles planches sur les aiïections des organes génitaux. Il 
faot bien distinguer cet état de celui qui a pu être déterminé 
par la masturbation ou par les tractions que In plupart des 
ealcdleui ont coutume d'exercer sur leur verge. Ce déve- 
loppement anormal du pénis m'a paru se lier essentiellement 
mx efforts prolongés et longtemps continués que les ma- 
lades exécutent pour chasser l'urine de leur vessie. Ce qui 
▼ient h l'appui de cette opinion ^ c'est qu'on observe le 
même phénomène chez certains calculeux qui se sont livrés 
pendant longtemps h des efforts analogues, dont la prostate 
et la vessie n'offrent aucune trace de lésions profondes, et 
qui n'ont pas contracté l'habitude de se tirailler la verge. 
D'ailleurs il n'y a pas seulement développement du pénis 
ici, car cet organe est en même temps empftté, dur cl rigide; 
tandis que la seule influence des tractions et des tiraille- 
ments se borne généralement, du moins chez les vieillards, 
à l'allonger, en le laissant mou et flasque (1). » 

Cette altération dans les conditions anatomiques de la 
▼erge constitue un obstacle purement mécanique à la copu^ 
lation, et s*il n'en existait pas d'autre, on en pourrait faci- 
lement triompher par le moyen de quelques mouchetures. 

Mais les rétrécissements de l'urètre a^^issent aussi sur les 
conditions physiologiques de l'érection, et compliquent 
d'une manière fâcheuse l'impuissance qu'ils déterminent, 
et Parmi ceux des autres effets locaux des rétrécissements 
de l'urètre, dit M« Civiale, qui méritent aussi de fixer Vai-» 
tention des praticiens, parce qu'ils fournissent de précieuses 

(t) Loo. ett.t p. 44t. 



32& ISIPUISSANCB SYMPTOMATIQUE. 

notions pour rétablissement du diagnostic et rappréciation 
des pro<;rès de la maladie, se placent en première ligne l<*s 
désordres qu'on observe dans les fonctions de la génération. 
Les érections ont rarement lieu comme choz l'homme en 
parfaite santé, soit que le pénis ne puisse plus se redresser, 
h cause de la rigidité du canal, soit que le sang ne parvienne 
point on suflisante quantité dans les corps caverneux (!)• » 
M. Reybard n'est pas moins explicite que M. Civiale: 
«Contrairomnit à re que nous avons vu plus haut, dit-il, les 
coarctations urétrales peuvent devenir une cause d'impuis- 
sance génératrice par la difliculté ou l'impossibilité de l'érec* 
lion (2). » 

Toute médication spéciale est ici contre-indiquée ; on ne 
doit s'attacher à combattre que \o. rétrécissement de l'urrtre, 
car la «^uiTison d'* co dernier amènera celle deTimpuissance. 

()* Maladies de la verge. 

Les maladies qui ont la ver<;o pour siège et l'impuissance 
pour sjmptùmo sont aussi nombreuses que variées; mais 
toutes nVntraiiient pas le même genre d'impuissance: les 
unes altèrent le plaisir, que j'ai dit être une des conditions 
du coït normal ; I *s autres, en augmentant ou en diminuant 
le volume du pénis, détruisent les rapports d'harmonie né- 
cessaires entre les organes des deux sexes; d'antres enfin 
s'opposent à l'éreclion mémo du membre ^iril. 

Celle division loule physiologi(|ue m'a paru tout à la fois 
plus rationnelle et plus intéressante que celle qui aurait pour 
bise l'analomie | athologique, car, ainsi qu'on le lerra tout 

Loe.ciL, p. 167. 
mÊêê fraliqne te rétrrciMMemmti de T urètre, p. 170. 



D*(JNe AFFECTION DE l'apPAREIL GÉMIO -URINAIRE. 325 

à rhcure, de ces maladies si diverses, celles-ci uUaquenl lu 
verge tout entière, et celles-là n'afTectent qu'une ou plusieurs 
de ses parties. 

A. Impuisianee par aUéralion du plaiiir. 

Dansée groupe viennent se ranger toutes les phlegmusies 
simples ou spécifiques, avec ou sans ulcérations, dont le 
pénis ou quelqu'une de ses parties peut être le siège : 
lo phimosis et le paraphimosis accidentels, la balanite, la 
balano-postite, le chancre, la cristalline ou herpès prœpu- 
HaliSj l'inflaramalion simple on œdémateuse du fourreau de 
la verge, et que M. Moulinié appelle pénitis (1), l'influm- 
malion érysipélaleuse, gangreneuse, etc., du pénis, etc., 
sont de ce nombre. Il suffit de cette simple énumération 
pour caractériser ce groupe de maladies et pour faire com- 
prendre combien peu nous devons nous y arrêter, tant elles 
rentrent dans le domaine do la pathologie générale. 

B. Impuisscmee par aUéralion du volume de la vergf. 

Il en est de ce groupe comme du premier; il comprend 
la grande classe des dégénérescences, dont s'occupent tous 
les ouvrages de chirurgie : dégénérescences cartilagineuses, 
osseuses, carcinomateuses, squirrheuscs, cancéreuses, dont 
la plupart exigent l'amputation totale ou partielle de l'or- 
gane. Je n'ai donc pas à m'en inquiéter dans ce livre tout 
spécial, d'autant mieux que la guérison de ces affections, 
c^est'à'-dire l'amputation de la verge, détermine précisément 
l'infirmité dont je suis chargé d'exposer les moyens curatifs. 

(4) Maladiei des organes génilaux et un'fioîres, t. I, p. 79. 



3i6 mpoiesANCB svHrroiiATiQiii* 

Ce serait donc, sortir de mon cadre que de m'y arrêter 
plus longtemps. 

C. ImpuîMance pur défaut d'érfction. 

Pour comprendre les maladies, fort rares d'ailleurs, qui 
font le sujet de ce paragra|ihe, il faut se rappeler le méca- 
nisme de rérection que j'ai longuement eiposé dans les 
ronsidérations physiologiques placées en tète de cet ou- 
vrage (1), et que je vais résumer ici en deui mots. 

Le sang rouge est apporté k la verge par l'artère hon- 
teuse qui, avant de se diviser en dorsale et profonde du 
pénis , fournit les artères bulbeuses , les artères bulbo- 
urétraies, lesquelles constituent, avec les rameaus prin- 
cipaux des tlru\ tlorsalcs, tout Tappareil artériel de ce que 
Koheit appelle Torgane passif, c*esl-à-dire le gland, le 
cor|»s spongieux de I iirclre et le bulbe. 

Lrs \aisseaux aiïérents du pénis sont très nombreux : k 
pari quehjues \:jos Irorus >eiiieux, placés sur les calés de 
la \ciiie dorsale, qui se dirigent sons Tarcarde pubienne et 
qui >o jellcnl «lorritTc c(îlle-ci dans les plexus prostatique 
et vésical, la m ijt'ure partie de ces \aisseaux aboutit, à des 
hauteurs difTénMiles et par des anastomoses (|ui embrassent 
les corps caverneux, dans la \eine dorsale de la verge. 

ICnlin l'appareil copulateur est couq)lété par deux muscles, 
le bulbo-caverneux etrischio-c:t\erneux , dont les fonctions 
consistent h s'opposer à la sortie du sang pénien, en com- 
primant, par leurs contractions, la veine dorsale et les pi- 
liers de la verge. 

Tous ces organes constituent un appareil hydraulique 



(I) Voyez la ^go Si. 



d'une affection de l'appareil génito-ukinaire. 827 

dont le jeu régulier, sous Tinfluence des désirs vénériens 
et de rinnervatîon , amène et soutient la turgescence du 
pénii. Une altération quelconque dans Tune de ces parties 
trooblera donc le jeu de tout l'appareil , comme il arrive 
pour les rouages d'une montre ou les engrenages d'une 
nMchine. Il faut par conséquent rechercher les affections 
dont peuvent être frappés les systèmes musculaire et circula- 
toire de la verge. 

Les muscles buibo-cavcrneux et ischio-caverneux 9ont, 
comme tous les muscles de l'économie, exposés à la para- 
lysie et è l'anesthésie. Ces états morbides sont quelquefois 
indépendants de toute maladie des centres nerveux, mais le 
plus généralement ils sont amenés par une affection de la 
moelle épinière. 

Dans le premier cas, ces états morbides rentrent dans 
ce que j'ai appelé l'impuissance idiopathique, qui fait le 
sujet du second chapitre de cet ouvrage ; dans le second 
cas, ils appartiennent h l'impuissance symptomatique des 
maladies de l'innervation qui nous a précédemment occupé. 

Je ne puis donc que renvoyer le lecteur à ces deux par- 
ties du livre. 

Les affections du système circulatoire du pénis sont exces- 
sivement rares, et sous ce rapport l'onatomie pathologique 
est d*une pauvreté désespérante. Cependant Scarpa , je 
crois, dit avoir constaté une fois l'anévrysme de l'artère 
dorsale de la verge , et ce fait, quoique unique pcut-ètie 
dans la science, jette une vive lumière sur certaines circon- 
stances inexplicables sans son secours. 

Si l'on considère la ténuité et la délicatesse des vaisseaux 
artériels et veineux dans lesquels oircule le sang si nécessaire 
a l'excitation et à l'érection de la verge, on conviendra que 
nos moyens d'investigation doivent être souvent trop gros- 



S38 IMHIISAANCB kYMPTOMATH^K. 

lien pour noui faire ap|irécier toutes les lésions dont ces 
organes sont susceptibles, cl qu'il doit se produire i par 
eiemple, des dilatations ou des ruptures de ces Taisseaux 
sans qu'il nous soit possible de les apprécier oomne boos le 
faisons sur les gros troncs f eineui et artériels. 

Je ne me dissimule pas que je ne puis étayer celle ma- 
nière de voir sur quelque pièce d*anatoinic pathologiquei et 
que cette opinion est déduite à priori du fait rapporté par 
Scarpa. 

Mais si Ton réfléchit è l'action si souvent salutaire des 
astringents cl des toniques locaui dans des cas de faiblesse 
et même d'impuinance complète, on conviendra qu'il n'est 
pos entièrement déraisonnable d'admettre, soit la résdation 
de quelque caillot sanguin, soit le rerserrcment, et par eon- 
séqucnt l'énergie imprimée oux parois des vaisseaux. 

Les altérations de io circulation locale de la verge me 
paraissent encore démontrées par l'aspect que présente le 
pénis des impuissants par suite d'excès de coït ou d'abus 
d'onanisme. Ces malheureux ont presque tous une verge 
plus dure et plus ré!:i>tantc que dans les autres cas d'ana- 
phrodisic: on dirnil que le sang, amassé dans l'organe, s'est 
coagulé dans les \ aisseaux et ne circule plus. C'est qu'en 
eflcl, les tuniques de ces vaisseaux, trop souvent distondues 
par le coït ou la masturbation , perdent peu h peu leur 
élasticité et leur conlroctilité, et finissent par laisser stagner 
le sang dans leur cavité doublée de «olume. 

Cette explication est si vraie, en faisant une large part è 
la fatigue éprouvée par l'innervation, que dans l'impuis- 
sance propre aux débauchés et aux mosturbateurs , l'eau 
froide ou la glace même sont» de toutes les applications 
locales, colles qui réussissent le mieux. 

Il ne me parait donc pas entièrement contraire à la vérité 



D*U5Ë AFFECTION DE l'aPHAREIL GÉMTO URINAIHE. 329 

scieiilitiquc (l'ndmctire que dans certaines impuissances, 
la cause du mal est tout entière, soit dans une lésion de 
Toppareil circulatoire de la verge, soit dans une altération 
de cette circulation. 

Cette opinion m'est peut-être moins personnelle qu'on 
ne pourrait le croire. On lit, en efTety dans Fodéré les lignes 
suivantes:» Dos vices locaux dans les vaisseaux, dans les 
nerfs ou dans les muscles de l'organe, empêchent parfois 
que les cellules des corps caverneux ne se remplissent de la 
quantité de sang nécessaire pour Térection, ce qui produit 
une atonie approchant de la paralysie. Chaptnl et Gcsner 
ont guéri de pareilles atonies du membre viril, qui duraient 
depuis (rois ans, par des immersions répétées dans une 
décoction de semence de moutarde. Weikard a eu le même 
succès avec le musc donné intérieurement à un homme 
presque octogénaire. D*autres médecins, en employant des 
bains froids et le fer, ont réussi sur des sujets que trop de 
jouissances ou la masturbation avaient réduits à Timpuis- 
sance. Mahon a obtenu guérison en faisant baigner la par- 
tie dans un mélange de liqueurs minérales d'Hoiïmann et 
d'eau, et en l'enveloppant ensuite de linges imbibés du 
même mélange (1). » 

Ainsi que je le disais plus haut, il est très souvent im- 
possible de constater matériellement, soit la lésion anato- 
mique, soit l'obstacle h la marche du fluide sanguin ; il faut 
alors recourir h la méthode d'exclusion dont la certitude 
n'est malheureusement pas absolue ici, puisque le praticien 
se trouvera toujours en face, en dernière analyse, de l'im- 
puissance idiopathique. 

Il reste alors le critérium fourni par la thérapeutique. 

Alalheureusement ce critérium n'est pas d'une valeur 

(t] Traité de médecine légale et d* hygiène publique^ t. I, p. 382. 



880 iHMiMAïai ivarroHAf HH». 

ÎMMtefUbto, parce qot lei ittriiigeDls et let Imh|Mi 
n'oDt pai unt actioo tellemeiit apéciali qu'ils m rénimteiit 
que dans cei drconstancat, et que nème, eea eireoMiaiicef 
existant réellement, les médications aslringmlea «t tOMquaa 
M puissent pas écboner quelquefois. 

En tout état de choses, cette ignorance, je pourrais mèflM 
dire celte absence d*ttn diagnostic certain , est moins è re» 
gretter qu'on ne pense ; car, pour que le scalpel de Técole 
anetoroique, aidé du microscope» s'il Teût fallut p*ait pas 
enrichi la science d'observations analogues à eelies de 
Scarpa, il faut que les dilalatioM ou les ruptures des vais* 
seeuK de la verge soient asseï rares^ ou mèoM trop (êà^ 
lement réparables pour laisser des traces après la oMurt de 
l'individu • 

T Maladies du cordon spermatique et des testicules. 

Les meladies du cordon spermstique et celles qui aiïec- 
tenl les testicules ont entre elles de telles r^nneiions, que 
je crois devoir les réunir dans un même paragraphe, d'au- 
tant mieux que, me proposant plu» tard de les mettre 
dens leur véritable jour, c*est*à-diro de les considérer 
comme causes de stérilité, je ne veux les sborder ici que 
dans leurs résultats par rapport k l'impuissance ; en d'autres 
termes, je n'ai l'intention de discuter que la question sui- 
vante dont l'intérêt n'échappera à personne : 

LatiériUté eêtelU une cause tVimpui9$ance ? 

Il est évident que je ne vais pas anticiper ici sur l'histoire 
de la stérilité, qui m'occiiperu dans une autre partie de cet 
ouvrage, et que, sans rechercher les causes nombreuses qui 
ches l'homme annihilent la faculté procréatrice , je limite la 
question en ces termes : l«a présence du sperme est-elle 



d'une affection de l'appareil OÉNITO-URINAIRE. 831 

nécessaire pour l'accomplissement du coit? ou bien encore : 
Les désirs vénériens, l'érection de la verge et le plaisir, 
corop9gnons ordinaires de la copulation, se peuvent-ils 
produire non^euleroent avec une sécrétion morbide du 
sperme, mois encore en dehors de toute sécrétion de ce 
liquide? 

La solution de ce problème n'est pas seulement intérêt 
sanie aui points de vue do la pathologie et du mariage ; 
elle acquiert une importance (rès grande en médecine légale 
dans les qu<>stions d'adultère et de viol. 

A cété de (^ problème, il en est un autre d'un intérêt 
tout aussi majeur, qui complète l'euîsemble de la question 
et que j'aborderai également quand l'heure sera venue: 
c'est de savoir si Tiropuissance est une cause de stérilité. 

Pour le moment, je dois me borner à la première propo* 
sitioD que j*ai formulée dans les termes les plus généraui. 

Quand on étudie l'histoire des eunuques et des castrats, 
on est obligé d'établir une distinction fondamentale au 
point de vue qui nous occupe, à savoir : si l'absence des 
organes spermatiques est congénitale ou accidentelle , et, 
dans c^ dernier cas , à quelle époque de la vie a eu lieu 
l'eilirpation ou l'atrophie des testicules, 

Quand l'absence des glandes spermatiques est le résultat 
d'un vice de conformation, l'impuissance çn est une consé- 
quence fatale ; nçn-seulement la verge est incapable d'érec- 
tion, mais encore l'infortuné atteint de cette infirmité n'a 
jamais de désirs et ignore toujours les charmes d'un se&c 
sur un autre (1), 

Il n'est pas nécessaire, pour que la virilité se produise, que 

(t) Je ne préjuge point ici la réalité de l'absence congénitale des 
glaadai spermallqu^s. Voyez plqs loin, pour la solution de ce point con- 
troversé d'analomie, le chapitre consacré aux anomalies du testicule 



- ^ ■ 



SS3 1MHIIS6ANGB ftTmTOUATIQOB. 

lei losttculei occiipenl leur place ordinaire dam le «crolum : 
les cryptorchidca, ou ceut dont lesdidjmes sont rcsiés dans 
Tabdomen, jouissent de tous les attributs eopulaletên d'on 
homme bien conrormé. Je dis les attributs copolatears, 
parce que je montrerai ailleurs que cet arrêt des testicules 
au-dessus de Tanneau inguinal (.eut, dans quelques circon* 
stances, être une cause do stérilité. 

Mais, pour en revenir h notre sujet, lorsque les testicules 
ne se trouveront ni diins les bourses, ni dans l'abdomen, 
et que cette absence sera une de ces erreurs irréparables 
dont la nature nous donne trop souvent, hélas! le spectacle, 
l'impuissance 5era complèle, radicale et au-dessus de toutes 
les ressources do Tari. 

On dirait que Torgane sécréteur du sperme contient le 
souffle qui doit donner la vie nu sens génital, qu'il renferme 
un principe vital, un evop(i.<>v spécial h ce sens, et qu'il le 
lui communique seulement à l'époque de la puberté. 

Et cela est si vrai, que la cas^tration ou l'atrophie occiden- 
telle des testicules après cet Age ii*entratnent pas fatale- 
ment une impuissance radicale. Sans doute, les désirs véné- 
riens cl la force \irile n*ont pas, toutes choses égales 
d'ailleurs, l'énergie qu'ils présentent chez un homme non 
mutilé, et si Teunuque ou le castrat ne peuvent accomplir 
des exploits comporobics à ccut de ce Cntalan dont une 
reine d'Arngon fut obligée, par ordonnoiice, de régle- 
menter les uctoires (I), ils sont encore capables, non- 
seulement d'éprouver des trans|)orts, mais encore de les 
faire partager à la fi*mme. Les dames romaines n'ignoraient 
point cette particularité, et, désireuses de jouir du conçu- 

(1) On lira avec plaisir le récit de ce jageoienl dans llootaigoe : 
FfMtj, liv. Ill.cbap. V. 



D*UNE AFFECTION DE l'aPPAREIL GÉNITO-UHINAIRE. 333 

bitus sine Lucind (1), elles la mettaient a profit ^ comme 
nous l'apprend Juvénal : 

Sunt quas eunuchi imbollcs, ac mollia semper 
Oscula délectent, ac desperatio barbae ; 
Et quod abortivo dod est opas .. (2) . 

Ainsi, arrivant après rétablissement de la puberté, l'ab- 
scDce des testicules, et par conséquent de la sécrétion 
spermatique, c'est-à dire la stérilité essentielle, fondamen- 
tale, certaine, n'est pas fatalement une cause d'im|)uissance. 
Que l'absence de cette sécrétion soit déterminée par 
l'extirpation de l'organe, par sa dégénérescence, par sa 
rom|:ression , par l'oblitération des vaisseaux séminaux 
ou par quelque autre cause que ce soil , l'influence qu'en 
ressent la faculté copulatrice est toujours la même. Qui ne 
sait en effet que les individus poVleurs d'un sarcocèie double, 
d'un varicocèle volumineux , dont les facultés fécondantes 
sont éteintes, conservent cependant la possibilité d'exercer 

(I) En 4750, parut à Londres, sous le nom d'Abraham Johnson, 
un mémoire en forme de lettre adressée è la Société royale de 
Londres, et ayant pour titre : Lucina sine concubiltt. — Peu de temps 
après, Richard Roe publia, en réponse au mémoire do Johnson, une 
dissertation ayant pour titre : Concubitus sine Lucinû, dans laquelle 
Tanleur se flattait d'apprendre à l'humanité un secret bien plus avan; 
lageux que celui de faire des enfants sans congrès, Lucina sine coti- 
cubilu, et qui n'était autre chose que le coït sans la fécondation, con- 
cubitus sine Lucina, ou le plaisir sans peine. — C'est cette expression, 
heureusement choisie, qui m'a servi à peindre les intentions des dames 
romaines lorscju'elles introduisaient des castrats dans leur couche. 

(t) Sat. VI, vers 364. Voici la traduction de ces vers, par Méchin : 

Pour (i'aiitrr*, un eunuque a d*autant plus (Pallraits, 
Que, s'il ofTie à leurs sens des plaisirs imparfuits 
Ses baisers sont plus doux; de leurs feux udullères 
Leurs Hancs ne pourront point révéler les mystèrei. 



*l^ 



6M HMMiAUct 9twmmiftHfÊÊ, 

h Mit? StffM doute li hnllé ciipolatriMi il itM flhi h» 
désirs vénériens, n*ont plus ni la méMl éMrgie ni la wiêwa 
fréquence de besoins ; ils dimiouent d^intensité , cela est 
vrai, et la suppression de la sécrétion sémiMle n'a généra- 
lement sur eui qu*un« indvenca do plM on do moins. 

I/altéra(ion du sperme , qu'elle qu'on soit d'ailleurs sa 
nature, a une action Micore moins marquée <|oé âa sdppres- ' 
sion sur l'organe copulaleur. Il fatit Id M pas cdfifoMfre atec 
ce que j'entends par altéfalion dd spermfl eef taiMtf lllécfioiis 
des organel qui allèrfflt eu elfet la semeficé , codimfl les 
abcès des testicules ou des vésicules séminales, te cancer do 
(a prostate, etc., etc. J'ai esaminé déi spermes qui ne con- 
tefisient oucuné trace d'aniinalcules, et je pofa assurer que 
les itidÎTidus qui me Tataient fourni étaient fcfin de se 
plaindre d'impuissnnre. D'autres fois le sperme est si fluide, 
qu'on le prendrait volontiers pour le produit de la sécrétion 
prostatique, et pourtant la faculté copulatrice n'en est 
point diminuée. On pourrait multiplier les exemples dans 
lesquels l'altérotion du sperme n'a en rien affaibli la force 
virile des individus qui la présentaient, et l'on compren- 
drait diflicilemcnt qu'il n'en fAt pas ainsi, alors que l'abla- 
tion des testicules n'entraim pas fatalement la mort de tout 
l'appareil génital. 

Je rappellerai ces considérations lorsque j'examinerai 
l'influence de l'impuissance sur la stérilité, et je rappro- 
cherai les conséquences auxquelloi je suis arrivé ici de celles 
que me fournira alors l'examen du second problème. 



IMPUISSilFICB G01<f9t€UTIVft, ETC. 986 

CHAPITRE IV. 

IMPOISSANCK CORSÉCUTIVB. 

J'aî, dans le chapitre précédent, passé en revue les états 
divers, physiologiques ou pathologiques, qui s'accompagnent 
de Taltération d'une ou de plusieurs des conditions que 
nous avons reconnues nécessaires pour constituer chez 
rhommc le coït normal ; je vais maintenant m'occuper des 
circonstances qui, disparues depuis un temps plus ou moins 
long, laissent, comme trace de leur passage dans l'orga- 
nisme, ^inaptitude à l'acte copulateur. 

Parmi ces circonstances, les unes, purement et entière* 
ment physiques, ne sont pas autre chose que les états 
pathologiques, la maladie proprement dite^ les autres, au 
contraire, soumises à notre libre arbitre, ont eu besoin pour 
se produire, de l'incitation interne que l'on appelle la vo- 
lonté. 

C'est dans cette division que je comprendrai toute la 
matière de ce chapitre. 

S 1. ^ Impnlsnaiice coniiécntlTe h mn état orgaoo- 

Les états pathologiques qui laissent après eui l'imptri^ 
sance sont excessivement nombreux ^ la majorité de eeuf 
qui la comptent au nombre de leurs symptômes peut être 
rangée dans cette catégorie, car le§ «Itérations locales, sott 
de rinnervation^ soit de» tissus, sont souvent assez ffih 
fonde» pour survivre b la cnose qui let avait produites. G# 
fait, d'un ordre de pathologie générale, se montre ton» l6i 
jours, par exemple^ dan» le» aiïection» comateuse», dont la 



*#* 



S86 WPDIStAKCB CORStCOTIVK 

paralysie ou Taneslbésie persistent en tout ou en partie 
après la disparition de rapoplexie ou de j'accideiit cérébral 
qui les avaient au nombre de leurs sjmptAmes. 

Je me suis ailleurs suffisamment occupé des adections 
qui s'accompagnent d'impuissance, pour qu'il me soit permis 
Je ne plus y revenir ici ; je dirai seulement d'une manière 
générale que la suspension de la fonction copulatrice peut 
persister, dans les cas où la maladie n'avait pas son siège 
sur l'appareil génital lui-même, toutes les fob que Tinner* 
valion ou les forces plastiques de l'organisme ont été pro- 
fondément troublées, comme, par exemple, dansé peu près 
toutes les aiïcclions .des centres nerveux, dans les maladies 
débilitnnlcs et dons les conialescences longues et pénibles. 

Quelquefois ces mêmes affections, sans ai oir produit l'im- 
puissance, et même après avoir occasionné un état tout à 
fait contraire, lèguent au malade ce triste accident. J*ai 
observé un fjil de co genre, et il en existe plusieurs exem- 
ples dans la science; ce fait o rapport h une apoplexie du 
cervelet qui, pendant tout le temps qu'elle dura, produisit 
une espèce de prinpisme, et laissa, après sa guérison, une 
impuissance complète qui ne se dissipa qu'après plusieurs 
mois d'une médication localrmciit excitatrice. 

Les pertes trop abondantes de sang, d'urine, de matières 
fécales, etc., agissent comme les maladies débilitantes, et 
doivent être rangées dans le cadre de celles qui portent 
atteinte aux forces plastiques. 

En résumé, les maladies générales auxquelles l'impuis- 
sance consécutive peut être rapportée se divisent en deux 
grandes classes : 1* celles dont Taclion délétère s'est exercée 
sur l'inneriation; 2* celles dont l'influence s'est principale- 
ment fait sentir sur la vie de nutrition. 

Uans le premier cas, l'impuissance a surtout pour carac- 



A V'S ÉTAT ORGANO-PATHOLOGIQUE. 337 

(ère rimpossibilité de l'iTcction ; presque toujours les désirs 
vénériens subsistent, l'organe seul fait défaut. 

Dans te second cas, au contraire, la flaccidité de la verge 
s'accom|iagne presque conslaroinent d'indiiïérence pour le 
sexe; l'apalhie morale est au niveau de la faiblesse génitale, 
elle malade, privé de désirs, n'obéit qu'à sa raison en 
voulant ressaisir des jouis'sanccs vers lesquelles rien ne le 
pousse. 

Aussi la médication, est-il besoin de le dire, diiïérera 
complètement dans l'un ou Taulro cas : excitatrice lorsque 
l'impuissance sera consécutive à une aiïeclion des centres 
nerveux, elle sera fortifiante d'abord et excitante ensuite 
lorsque lanaphrodisie succédera à des altérations des forces 
plastiques. 

J'ai dit ailleurs (1) les ressources qu'offre chacune de 
ces médications; je n'y reviendrai pas ici, et j'aborde la 
partie la plus intéressante de ce parogniphc, c'est-à-dire 
celle qui se rapporte aux maladies dont l'appareil génital 
est le siège. 

En première ligne, et pour ne rien omcKre, je dois 
signaler les accidents Iraumatiques et la gangrène qui ont 
emporté l'organe copulaleur, ainsi que les affections diverses 
qui ont déterminé l'amputation de la verge* — Insister sur 
ces circonstances serait tomber dans les facéties de M. de 
la Palisse. — Cependant on s'est demandé si le congrès 
était encore possible alors qu'il ne restait plus au-devant 
du pubis qu'un morceau de verge. — La question est fort 
intéressante, je l'avoue, au point de vue de la médecine 
légale et de la fécondation, mais elle me parait complète- 
ment résolue par rapport au coït tel que je l'ai déOni. 

(1) Voyez les pages 102 el suivantes. 

22 



-fr 



JISB IHPUItillAlICK COMÉCQTIVK 

En eiïel, le gland étant le «iége eu plawir tipédal, firf gêné' 
riSf que luocure Tcicitation vénérienne, il eM bien évUenl 
^qo'en Tobienoe de cet orf^ane, la aenaation apéciale dont je 
parla ne te produira' poa, et que le congru ne pourra déter- 
miner qu'une roanifeatalion de la aensibilité générale. Anni, 
en admettant que l'érection do morceau restant de le verge 
MNt suflBaante pour permettre un rapprochement seioel, le 
coït sera incomplet et Timpuissance réelle par début de 
véritable volupté. 

D'ailleurs, lorsqu'il est admis que les corps catemen d*on 
pénis accidentellement raccourci se peuvent gorger de sang 
comme dans une érection normale, la question du ont perd 
beaucoup de son importance, à cause de toute absence de 
thérapeutique, et il ne reste véritablement d'intéressant que 
la question de fécondation, tant an point de vue de In mé- 
decine légale que par rapport à l'ordre social. 

Ce n'est point ici le lien d'aborder ce problème, que je 
renvoie à une autre partie de cet ouvrage. 

Je fais In même réserve pour les maladies du testicule, 
du cordon spermatique , des vésicules séminales et de la 
prostate, qui seront mieui plocées clans le cadre réservé è 
la stérilité, et je ne m'occuperai ici que de quelques affec- 
tions de la verge dont les suites peuvent entrotner Tinopti- 
tudeà la copulation. 

Le phimosis se présente en première ligne, quoique la 
difliculté du coïtqui lui succède doive être rapportée moins 
à la maladie elle-même qu'au mode opératoire qui a amené 
sa guérison. 

Écoutons sur ce point J.-L. Petit, qui, discutant les avan- 
tages qu'oflre l'incision unique et supérieure do prépuce 
sur la double incision latérale, dit, avec cette «zrande raison 
qui Ta si haut placé dnns l'estime des chirurgiens : a Outre 



A UN ÉTAT ORGANO-MIHOLOGIQUE. dAO 

les atantages que procure rincision qui partoge le prépuce 
en déni parties égales, on peut ajouter que l'incision ou iea 
incisions latérales sont difformes et nuisent aui Fonctions 
de la verge; Tincision latérale découvre le gland d'un côté 
seulement, pendant que la partie du gland opposée est 
entièrement cachée, sans qu'on puisse la découvrir, surtout 
lorsqu'il y a gonflement et inflammation ; car alors le pré- 
puce ne peut plier, soit par son épaisseur, soit par sa dureté. 
Après la guérison, la difformité qui reste nuit à la généra- 
tion, en ce que le prépuce se trouve tout d'un côté et forme 
un paquet de peau qui rend Tinlroduction de la verge diflB- 
cile et même douloureuse ; mais la diiïormité est encore 
plus grande lorsqu'on coupe des deui cAtés, parce qu'il 
reste un lambeau entre les deux coupures, qui fait è peu 
près le même effet que dans le cas précédent (1). » 

Ces sages et judicieuses observations n'ont pas peu con*^ 
Iribué à faire abandonner l'incision ou les incisions laté- 
rales dans Topération du phimosis ; mais si le mode opéra* 
toire que proscrit J.-L. Petit avait été employé, et si les 
lambeaux médians présentaient l'incommodité dont il est 
question, il ne faudrait pas hésiter, ainsi que le propose le 
chirurgien que je cite, à faire l'amputation de ces lambeaux 

Avant de quitter le domaine de la médecine opératoire, 
je dois signaler toutes les opérations pratiquées sur la verge 
comme capables de déterminer, i la suite des cicatrices, une 
courbure de cet organe qui rende impossible ou tout au 
moins très difficile son intromission dans la cavité vaginale. 

Soit que l'opération n'intéresse que le fourreau de la 
verge, comme dans les cas où l'on veut nrtiticiellement for- 
mer un prépuce dans le paraphimosis naturel; soit qu'elle 

(-l) OEuvres complètes, p. 698. 



SiO IWUISSARCK CORSÉCOTIVi 

•Iteigne lecorpn npongieui de l'urètre on lei corps ctTer* 
neui, le rësultot eut identique ; des sdhérences s'éliblMeiil« 
dsns le premier cas, entre les parties des tégooMnls incisés, 
de sorte que la peau, retenue par ces adhérences, résiste 
sur ces points au développement de la verge etrincline fata- 
lement de ce cAté ; dans le second cas, les adhérences ont 
lieu entre les cellules des corps spongieoi de Turèlre oo 
des corps caverneui, et la courbure est déterminée par 
rimpossibilité qu'éprouve le sang de pénétrer ces adhé* 
rences, pendont qu'il remplit toutes les autres parties de 
Torgane copulateur. 

Les mêmes ciïets se produisent aussi dans les états patho- 
logiques qui omènent des solutions de continuité dans les 
tissus de l'appareil génital, comme, par esemple, dans les 
vM de brûlure ou de gangrène qui enlèvent quelques por- 
tions du scrotum ou de la peau de la verge. 

Cet accident, c'cst-a-dire la courbure de la verge, dû 
a une cicatrice vicieuse ou à des adhérences des cellules du 
tissu ërcctile, scroit sans nul doute prévenu, s'il était pos« 
sibic de maintenir rércction du pénis pendant tout le trai- 
tement de la mnladie ; malheureusement cet état ne saurait 
être obtenu pendant un si long temps, même d'une manière 
artificielle, d'autant mieux qu'un priapisme, venant compli- 
quer les accidents inflammatoires dont s'accompagnent tou- 
jours les circonstances dont il est ici question , pourrait 
occasionner des accidents plus graves que la maladie prin* 
cipale et que riniirroité dont elle est quelquefois suivie. 

Celle-ci est assez rarement au-dessus des ressources de 
l'art ; mais il est h craindre de voir échouer toute thérapeu- 
tique lorsque les adhérences seront anciennes, ou lorsque 
des érections vigoureuses ne succéderont pas è la cicatri- 
sation. 



A UN Atat organo-pathologiquë. âftl 

Dans les cirronstances opposées, c'est-à-dire lorsque les 
adhérences sont récentes et que le sang afDue avec abon« 
dance dans les corps caverneux, il suffit, la plupart du temps, 
de seconder simplement la nature. Les fondants, tels que 
les iodures, le mercure et la ciguë, appliqués localement, 
rendent de très grands services, si, en même temps, je le 
répète, les érections de la verge se soutiennent régulières 
et énergiques. 

Cette dernière condition est si importante qu'elle a été 
soigneusement notée par J.-L. Petit : « J'ai remarqué, dit* 
il, en parlant des adhérences qui se forment entre les cel- 
lules du corps spongieux de l'urètre et des corps caverneux 
pendant l'inflammation blennorrhagique, j*ai remarqué que 
ces tumeurs se fondent ordinairement pendant le traitement, 
soit d'une chaude-pisse cordée ou de toute autre inflamma- 
tion de la verge ; mais qu'elles subsistent toujours h ceux 
qui perdent l'érection et qui ne la recouvrent point pendant 
le traitement ou immédiatement après (1). » 

Ces lignes de J.-L. Petit nous apprennent qu'à cdté des 
accidents traumatiques ou des opérations pratiquées sur la 
verge qui font le sujet de ce paragraphe, on doit placer les 
inflammations urétrales où du pénis tout entier, quelle que 
soit d'ailleurs la nature de cesphlegmasies. On ne peut nier 
qu'il n'y ait là en eiïet une cause bien réelle d'adhérence 
entre les cellules du tissu éreclile ; j'ai eu occasion d'ob- 
server plusieurs fois les tumeurs qui en résultent, mais 
toutes celles que j'ai vues n'étaient pas assez volumineuses 
pour enlrainer une courbure de la verge; je me rappelle, 
entre autres faits, celui d'un commissaire-priseur chez qui 
toute blennorrhagie (et il en avait souvent) était annoncée 

(4) Loc. eit.^ p. 74 6. 



Sis IHMMUHU QOIWACUTITI 

par la priaenM au eorpt spongieui d* l'urètr«, d'um i& cm 
petites tnmsttri qui disparaiMait h la luite du IrulaaMDl 
antiblannorrliagiqup, làm jamaN avoir inqoidtA la malada. 
Cependant on coni|irend que la courbure de la verge 
puiaasAtre amande par l'inflaniiation de l'urèlre olda pdnia, 
c'e>t-h-dire par lei adhdrcDCM que eei étata détemÎMnt} 
l'obienialion de J.-L. I*etit raato tout entière, et dam ce 
cas les indications thérapeutiques sont confonmi i eellea 
que j'ai indiquées plus hant, h roecaiion dei courbareade 
la verge succddant i de* opintions ou à des accidenta trtu- 
maliques sur cet organe. 



t n. — iMy ln— ■ iiwil Mll Tatwienwf >ta«ti— . 

Leii cirronslanres morbifiques dont il va être question ne 
sauroient être ronrondues avec ce qu'en pathologie gêné- 
rak on appelle causes prédisposantes, déterminantes ou 
oci'ai^ronnclles : toujours placées sous la dépeodance de la 
volonté, et ne raisniil sentir leur notion anaplirodisiaque 
qu'iiprès un temps plus uu moins long , elles ne compren- 
nent ni les temp6romeiits, ni les constitutions qui sont du 
domaine des causes pri'di «posantes; ni l'Age, ni les aiïcctions 
morbides, tont générales que locales, qui rentrent dans le 
cadre des causes déliTmiiiantes; ni la crainte, ni les supersti- 
tioifi, ni les senliments antijinthiques, qui sont essentielle- 
ment des causes occasionnelles. 

Toujours dé|)endanles de la volonté , les circonstances 
qui font In sujet de ce paragraphe se distinguent par ce 
caractùrn des états morbides dont je viens de parler, qui, 
evi, ne ressorlent pas de li conscience, commo, p.ir 
etempli-, les maladies du cerveau t't de la moelle épiniùre. 
les affections de l'iippnrcil génital, etc., etc. 



A UN ÉTAT FATIIOGÉNigUt. â/lS 

Mais ce câraclère, excellent sans doute pour délerraiiier 
leur physionomie, ne sufHt pas pour les faire mettre parmi 
les causes de l'impuissance; il faut, pour qu'elles aient 
cette iniluence, que leur action se répèle souvent et pen- 
dant un laps de temps plus ou moins long; en d'autres 
termes, il faut qu'il y ait excès dans l'exercice de la fonction 
mise en jeu par ces circonstances, abus de l'organe, et par 
conséquent abtis de la circonstance morbiûque elle-même. 

Les mots eicts et abus ne doivent point être pris dans un 
sens absolu ; la durée et la fréquence de l'acte qui consliluent 
ces états, sont liées à tant de circonstances diverses, physio- 
logiques et pathologiques, que ce qui est excès pour l'un 
est simplement usage pour I autre. L'&gc, le tempérament, 
la constitution, les habitudes, l'état de santé ou de ma- 
ladie, etc., jouent nécessairement un grand r6le dans This* 
toîre des excès et des abus, et quoique les circonstances 
morbiûques dont je parle se rangent parmi les causes les 
plus fréquentes et les mieux connues de Timpuissance, il 
faut dans l'étiologie de cette dernière, pour ne pas tom- 
ber dans des erreurs regrettables, tenir grand compte de 
toutes ces influences et ne pas adopter sans eiunien la 
conviction des malades^ surtout de ceux qui ont des préten- 
tions médicales ou qui lisent les livres relatifs à notre art 

A. Abus d'agenti débilitants ou ane$théiique$. 

Les substances dont l'usage abusif peut entraîner l'im- 
puissance seraient, s'il en fallait croire les anciens, aussi 
nombreuses que variées. Peu d'auteurs se sont tenus 
dans la réserve qu'observe Venelle sur ce point, el il est 
peut-être utile de rappeler ici rapidement quelques-uns de 
ces agents dont la réputation fut anciennement très grande. 



fttft lUNTIMAHCC COaStGDflTI 

En première ligne se place le oitar oa o^nw eaifuf, 
■vec les branchet etlei feuillei ilnquel' les dames d'Albènei, 
wlon DioH-oride (1) «e dreuaient de> lib pendant les itlei 
cooMcrdn i Cérès. Arnaud de Villeneuve va même plus 
loin que ion devancier, et il prétend que pour apaiser les 
aiguillons de la chair, il suffit de porter un eooleaa dont le 
manche lersit fait avec le bois de cet arbriiseau. C'est snr 
la Toi de ces témoignages que t'agnus castu était employé 
dans Ici monastères, k l'aHéanliiiement des déurs contraires 
k la chaileté de ces ssinis lieai. 

Le nénuphar doit sa réputation è Pline, qui assare « qae 
ceux qui eu prendront pendant donse jours, se trouveront 
incat>ables de contribuer k la propagation de l'espèce; et 
que si l'on en use l'espace de quarante jours, on ne sentira 
plus les aiguillons de l'amour (2). » 

La laitue, dont on a tant vanté les vertus anaphrodi- 
siaques, doit tout l'honneur tlont elle a joui b un charmant 
épisode de Ib fable. Venu*, d'après le récit des poêles, vou- 
lant oublier ses amours adultères, ensevelit Adonis sous 
une feuille de loiluc, et garda, <Ica tors, grAcc è cette 
plante, une choslclû jicu conn|ialib!e avec ses goûts et ses 
habitudes. 

Le rate, que ses projiriétés CKcilantes nuraienl dil mettre 
è l'nbri de loul r<'|irDrhc d'uimphrodisic, a Otû vivement 
ntla<)ué dans une thèse restée célèbre et soutenue en 1C05, 
è la Faculté de médecine de Paris, et n été accusé de rendre 
tet hommes et teifemiaesinhabilta à la généralion. Steniel, 
venu ensuite, compte ousii l'impuissance parmi les maladies 
qu'entraîne l'usage immodéré du café, et, è cette orrasion, 

(1] CoMmtnlairt deUwKMfcAe, $ur h l" livn dt Dioteoridt, cb. cxvi 
(i) Hittatn 4m MOMb, Hv. XXV. clwp. ni. 



A UK ÉTAT PATUOGÉMIQUB. 3&5 

il racoote une histoire qui , malgré son authenticité apo- 
cryphe, mérite d'être connue : « L'usage modéré du café, 
dit-il , loin d'alTaiblir la force de ceux qui sont d'un tempe- 
ramept vif et robuste, et qui ont les parties de la génération 
en bon état, sert au contraire à les exciter à l'amour. Il 
produit des eflets contraires dans les personnes faibles qui 
abondent en phicgme, qui ont beaucoup de particules ter* 
restres superflues, et dont les organes de la génération sont 
languissants. Ue ce nombre était Mahmud Kasnin, roi de 
Perse, qui était grand preneur de café et qui se trouva hoirs 
d'état de s'acquitter du devoir conjugal. Sa femme attribua 
son impuissance à l'usage immodéré qu'il faisait du café ; 
et elle en (!^tait tellement persuadée, que-\oyant un jour de 
sa fenêtre un cheval qu'on allait chAtrer, elle dit è ceux qui 
le menaient qu'ils pouvaient se dispenser de faire souffrir è 
cet animal une opération aussi cruelle, puisqu'on lui donnant 
seulement du café, on pourrait le rendre aussi énervé que 
le roi (1). » 

Le nitrate de potasse a été également accusé de produire 
Tanaphrodisie , et Tusagc qui s'en répandit en Angleterre 
lorsque Bacon l'eut mis en faveur, attira au chancelier les 
malédictions des dames : « Lo nitre, dit l'auteur anonyme 
des Anecdotes de médecine^ est un sel dont l'usage ne 
dispose pas h l'amour. C'est un puissant remède dans les 
cas où il faut s'opposer à une disposition inflammatoire du 
sang. Le chancelier Bacon avait conçu pour cette substance 
saline une sorte d*aflection. Il fit tous ses efforts pour en 
accréditer l'usage : il engagea tous les médecins d'Angleterre 
è concourir a son dessein. Le nitre devint à la mode. Sur 
la parole d'un, aussi grand homme, on le prodigua dans 

(\) Toxtcologia^ lib. I, Coffœa, 



tà6 IMMlliAKCK CUmtGIITlVB 

pmquo toutes les maladies. On le prenait même dans la 
meilieure santé, comme un préservatif} mais les remmes 
proscrivirent bien(At ce remàde. Elles trouvèrent que leurs 
maris étaient moins portés à satisfaire leurs désirs depuis 
qu'ils en usaient. Elles s'en prirent au chancelier qui l'avait 
répandu. Quelques-unes, apparammenl plus sensuelles que 
raisonnables , allèrent même jusqu'à crier à la sorcellerie, 
au maléfice, etc., etc. (1).» 

Je n'en finirais pas, si je voulais rapporter toutes les sub- 
stances que la crédulité ou Tigoorance ont accusé, soit 
d'anéantir les désirs, soit d'abattre l'éuergie virile. J'es* 
time qu'il n'y a pas plus d'anaphrodisiaques que d'apbrodi* 
siaques vraiment dignes de ce nonu IjO sens génital est, 
comme tous les aulres sens, soumis sut lois de la sensibi- 
lité générale, et, è ces conditions, accesisible aux mouMis 
ordinaires de la thérapeutique. Quant à sa sensibilité .spé- 
ciale, qui le distingue et le constitue ce qu'il est, ayons le 
courage de recoiuiotlre nuire ignorance, qui i^a jicut être 
pas toute lu gravité que l'on serait tenté «le lui attribu: r 
de prime abord. Uans l'amaurose, dans In surdité, s'orcupe- 
t*on de la sensibilité spéciale qui constitue la visiun ou 
l'ouie? Évidemment non; les moyens thérapeutiques les 
plus certains et les plus usités contre ces airectioiis ne sont 
pas des spécifiques; ils sont tous tirés du cadre de la thé- 
rapeutique générale. 

Mais par cela même que je conteste Teiisteuce de sub- 
stances anaphrodisiaqucs proprement dites, j'admets l'ac- 
tion débilitante de certains agents sur les organes génitaux; 
tels sont ceux (|ui dans la matière médicale portent les 
noms de narcotiques^ slupé fiants, etc. 

Il est incontrstahie, en oiïel, que rus.ij:^» ionf^tomps 

(1) Atiêcilotes de médecine^ 2* partie, aaecd. CXXXII, p« S8. 



A UN ÉTAT FATUOGÉNIOUB. â/j? 

prolongé de Topium, du datura, de la jusquiame, etc., ne 
puisse amener Tinnpuis ance; les Oriontaui» (|ui font abus 
des préparations o.iacées et du chanvre indien sous le nom 
de haschicli, leur doivent attribuer autant, sinon plus, 
qu'auK excès vénériens, la débilité précoce qui les frappe. 

A côté des stupéfiants proprement dits, viennent se placet 
tous les agents qui exercent une action sédative sur le sys* 
tème nerveux, et qui, par conséquent, est analogue a celles 
des narcotiques. Fodéré mentionne sous ce rapport le fait 
suivant : « L'asphyxie par la respiration de gaz impropres à 
cette fonction, dit-il, cause quelquefois une impuissance 
temporaire par suite de l'impression sédative que ces gaz 
produisent sur le système sensitif, et qui assimile leurs pro- 
priétés à celles de l'opium, de la jusquiame, etc. J'ai traité 
un homme, âgé d'environ quarante ans, qui, ayant échappé 
à un état apoplectique occasionné par la vapeur de charbon, 
resta tellement impuissant pendant six mois, qu'il était 
absolument insensible à toutes les caresses que sa femme, 
qu'il aimait jusqu'à la jalousie, mettait en usage pour Texci- 
ter. Il reprit complètement ensuite son état naturel (1). » 

L'impuissance produite par l'abus *des narcotiques ou 
des agents dont l'action est analogue à celle des stupé- 
fiants, respecte d'ordinaire les désirs vénériens, et n'est ca- 
ractérisée que par l'impossibilité de l'érection. Le systènne 
nerveux est seul atteint, c'est sur lui seul qu'il faut agir. 

Mais ici une dilliculté se présente : convient-il de s'a- 
dresser aux masses encéphalique et spinale, ou ne faut-il 
porter sa thérapeutique que sur Tappareil génital même? 
Quelques expériences que j'ai faites, et quelques observa- 
tions que j'ai recueillies, m'ont convaincu que, dans la ma- 

(I) Traité de médecine légale, elc, Paris, 4 81 S, t. I, p. 382. 



âftS IMrOISSAKCB CONStCUnVB 

jori(é des cos, il fallait s'abstc nir de tout eicitateur gi^né* 
ral, surtout des moyens internes, tels que la brocinei la 
strychnine, la noix vomique, etc., etc. 

Au contraire, Télectricité, limitée aux organes géni- 
taux, et peut-être la flagellation, me paraissent, dans les 
cas dont il s'agit, d'une efficacité bien supérieure h toute 
autre médication. On ne dédaignera pas les frictions sèches 
ou excitantes tout le long du rachis, car elles sont presque 
toujours dos adjuvants utiles de la flagellation. 

il est inutile de marquer que toute thérapeutique serait 
?aine, si l'usage des substances qui ont amené riropuis- 
sance, n'était pas complètement suspendu. C'est une con* 
dition sitie quâ non de réussite, et toute médication doit 
commencer par le. 

Il est une autre classe d'agents, dont l'action, toute dif • 
férente de celle des narcotiques^ peut cependant aussi pro« 
duire l'impuissance. 

Ce sont les fondants. 

Tout le monde sait rinfluencc exercée sur les glandes 
par le merrure, l'iode , le brome , Ter, l'argent , etc., in- 
fluence qui peut aller jusqu'il l'atrophie de ces organes. J'ai 
interroge un très grand nombre de syphilitiques soumis, 
soitaux mercuriaux, soit aux préparations d'iode, et presque 
tous m'ont avoué un affaiblissement de l'organe sexuel, 
après une durée plus ou moins longue de leur traitement. 
De plus, j'ai été consulté plusieurs fois pour impuissoncc 
complète et absolue chez des phthisiqnes rendus i la santé 
par l'inhalation souvent répétée des vapeurs diode (1). 

Aucun doute ne saurait s'élever sur la réalité de l'action 
anaphrodisiaque des fondants, d'autant mieux que l'ana- 

(1) Voir la page 306. 



A L<N ÉTAT PATHOGÉMQUE. 349 

phrodisic se trahit quelquefois par l'atrophie même des 
testicules. Cette dernière altération n'est pas constante ou 
du moins n'est pas toujours appréciable, soit que l'on n'ait 
pu tenir compte de l'état antérieur du testicule, soit que 
l'épaississement ou l'infiltration de quelque tunique redonne 
h l'organe le volume qu'il a perdu, soit par tout autre motif. 

Cependant, avouons-le, pour que le genre d'impuissance 
dont il s'agit se produise avec une certaine gravité, il est 
nécessaire que l'usage des fondants ait été continué long- 
temps, comme, par exemple, dans le traitement de la phthisie 
pulmonaire par la méthode de MM.Piorry ou Chartroule. 
C'est ainsi que certaines professions exposent ceux qui les 
exercent à perdre leur virilité, comme on peut s'en con- 
vaincre chez les ouvriers qui manient le mercure et ses prépa- 
rations. J'ai examiné un certain nombre de miroitiers et de 
doreurs sur métaux, et, chez presque tous, j'ai constaté 
des testicules moins volumineux que chez les autres 
hommes. 

Dans cette sorte d'impuissance, les malades sont peu 
sollicités par les désirs vénériens. Ils montrent de l'indiffé- 
rence pour les plaisirs sexuels, et quand ils veulent s'y 
abandonner, ils trouvent presque toujours un organe indo- 
cile et peu actif. 

Quand ces dispositions morales et physiques atteignent 
certaines limites, il est à craindre que les organes testiculaires 
aient éprouvé une altération profonde et se soient atrophiés, 
auquel cas les ressources de la médecine sont complètement 
nulles. 

Mais il est rare, je le répèle, que l'usage des fondants ait 
|iu être pousse assez loin pour déterminer une pareille im- 
puissance, sans avoir au préalable occasionné des désordres 
assez graves qui en font suspendre l'emploi. Aussi, dans la 



SftO mpOlMAKl COKltCimtK 

plupart des na, on n'a ilTiira ^H'k un ftmpte aflàiblinr- 
HKnt du MHS lénilal, et «Ion m bon régima aoaleptiqw 
(•t rnirdft la campagne fBffiaentiTM letimpi pour raiHMr 
loile l'éitergie virile. 

B. Atm éi ftmana mmuMn. 

On |icut com^tarer l« eiïeti des eiercicei nucalairta 
immodércs i ceui des Récrétîona trop abondaiitM ; ili ae 
Iraduiseni, comme dit M. Loode (1), par l'épniaeineiit du 
s}itème nerveui cérébral et rachidîea, parrépniiemcnt dea 
organes de relation et des viscèrea* le trouble dei digeatioM, 
«oil <|ue ce trouble se maoifaitc sooi rinOaence d'une oli- 
mcntalion slimulaole ingérée après une grande ratigM, soit 
qu'il ri^sullti de l'inerlie de l'estomac, dont les plans muK- 
Gulciiv ne ne contractent plus qu'imparroitemenl, bien que 
la membrane muqueuse se trouve dans un état tout k fait 
normal. 

1/épuisemeul, qui, par la fatigue, so produit dans fin- 
ntirvalioii, cl l'élat aluniquc de l'estomac, rendent parfaile- 
moitl rumpte du l'impuissance qui surcède aui cicès de 
marche, de course, etc., mois cctlc impuissance est essen- 
tiellement pa!-sa<:ëre, el le repos et le sommeil, en répa- 
rant les pcrtc> de l'influi nerveux, ramènent l'énergie dans 
l'appareil );étiériileur. 

Cejicndniil, >\ les cxvi» de l'exercice musculaire se pru* 
lottgcnl d'une nionière continue, de façon que l'épui- 
>enicut uerteu\ ne si répare qu'imparfailement , il peut 
arri>er que les organes reprudutleurs soient afTectés de ce 
manque d'équilibre et participent plus ou moins i la cadu- 
cité précoce qui Trappe tout l'organisme. 

(<i GyMMSNfM «M(n/*, Paris, 1M4. 



A DN ^TAT PATMOGfiNlQUE. $51 

Pourtant il faiil rcronnnttrc qu'une 5f*mblnble impuis- 
<nnrc esl excessivement rare, et que Tarlion des excès des 
exercices actifs se porte plutôt sur le consensus moral que 
sur l'appareil génital lui-même. La fatigue corporelle allan- 
guit Tesprit et émousse les passions ; la force vitale, con- 
sacrée tout entière h réparer les pertes éprouvées , semble 
n'avoir plus assez d'éner{»ie pour seconder l'imagination 
dans ses rêves amoureux et ses images lascives. Près d'un 
homme épuisé par la marche ou tout autre exercice, la 
femme étale en vain les séductions de ses caresses et de sa 
beauté; ses charmes ne reprendront tout leur empire 
que lorsqu'un repos et un sommeil réparateur auront re* 
donné h l'imagination la vigueur qui engendre les désirs. 

Presque toujours le régime alimentaire doit venir au 
secours de cette première condition dé succès, et alors on 
donne la préférence aux aliments dont la digestion est fa- 
cile et les sucs nutritifs. L'état de l'estomac, on le com- 
prend , détermine la nature de ce régime, car, nul ne 
rignorc, une substance est d'autant mieux assimilée qu'elle 
est plus facilement digérable. On ne peut donc, sous ce 
rapport, tracer une règle à priori. 

C. Abus de 1* appareil digestif. 

S'il est un ensemble d'organes qui entretienne avec 
toutes les autres parties de l'économie des relations intimes 
et constantes, c'est à coup sûr l'appareil qui sert à la no- 
trition et partant à la conservation de l'individu ; aussi les 
excès dont la nulrilion peut être l'objet, qu ils soient eo 
deçk ou nu delà dn type normal, exercent-ils une influence 
ntanifeste sur toutes les fonctions tant organiques qu'ani* 
maies. 



Iljl rilPVI«SA:«CE CONSflCOTIVi 

^,hii fonction ^linitnlt', va ilrhors mômo ilcs s^mpolbics 
ipécûlo qu'elle entEatJiatJiTeelM liHM;Ua|H.4^gM(^«#f <l 
^n je ferai mieux resMrtùr Mtlaon) deviU plop ffU tM^ 
avtrc peul^tni h ^cer wui > MftmigM» de, cet «ppu* 
E<il( puiiqae son jnergieiflt « fiuiliti aoot prQfiortiofUieKet, 
mi qu«l(|aea cm palkpIogifttM.en^lMNHkvli, à. la tant 
dU 4éTeIoppein«Bl, qui M ri^l* ril»-nène tor TélH jlt lu 
Mi(rilioD. 

,. Cet état, en debon dp tjpa «eriuti t'ofte» ,;jytjp la 
lUnii pltu baul. hui deai tonat» m^nmaUflfffiliff, 
•'«•Irè-dire overcicèi w moinit on ^vec escitw ^^*^ 
doBtrinflueneeert, daiulee dtM cas, égalemeaf f)iM0ipr 
le leni génital. C'est dMc i «^ double poiot de ynè %tm 
Mua devons coiuidérar le« eicè» do la Bulrition tfû a'ap- 
pelient, d'une part,' tempérance, je&ne, macération, et, 
d'anlre port, inlempérance ou goinfrerie, quand il ne s'agit 
^ne des aliments, et ivrognerie, quand il s'agit de liqueur* 
apirilueuses. 

1* Excès de tempérance. — ■ L'histoire de toutes les re- 
ligions, qui firent de la choslfté une vertu gloriCëe dans 
leurs dogmes, nous a conservé le nom de pieus solitaires, 
qui, par des jeûnes et des macérations de toutes sortes, 
parvenaient à dompter raiguîllon de la chair et à triompher 
daus les luttes que leur fanatisme engageait contre la na- 
tare. C'est ainsi que les saint Antoine et les saint JérAne 
purent résister aui séduisants fanlAmes qui les venaient 
Imter pendant leur sommeil, et que tant de fervents céno- 
bites rapportèrent à Dieu une virgiuité qu'ils avaient pronis 
de respecter. 

Sine Cerere et Baceho friget Fenm est un vieil adage 
dont la vérité ne saurait être mise en Joule ; maia il y a 
loin de la modération des ardeurs amoureuses rausée par la 



A UN ÉTAT PATUOGÉMQUB. â5S 

tempérance à rétouiïeraent des désirs vénériens et k Tim- 
puissBnce de l'organe copulaleor amenés par les excès de 
jeûne et de macération. 

La tempérance, unie surtout è ia continence, loin de 
porter atteinte à Téncrgic virile , lui donne, au contraire, 
une force nouvelle, et pour qu'elle produise les désordres 
génésiques dont nous parions, il faut qu'elle soit portée i 
Teitrème, et qu'elle détermine cet état d'aiïaiblissement 
général que j'ai précédemment étudié sous le nom de con- 
Mmption. 

Je ne reviendrai pas ici sur ce point, d*autant mieux que 
les exemples d'anaphrodisie par excès de tempérance sont 
des mjthes dans nos sociétés modernes, et qu'il est plus 
utile de nous étendre sur les infirmités causées par les excès 
d'intempérance dont tous les jours, hélas! nous. avons le 
triste spectacle. 

2» Excès d'intempérance. — Quoique Tinlempérance 
aiïecte spécialement le sens du goût (1), elle présente deux 
physionomies tellement tranchées, selon qu'elle dérive des 
excès de nourriture ou des excès de boisson, qu'il est indis- 
pensable de rétudier séparément sous chacune de ces deux 
faces. Nous aurons donc à examiner l'intempérance par 
excès d'aliments et l'intempérance par excès de boisson. 

!• Intempérance par excès d'aliments. — Les excès 

(I) Qoelqoes auleors, Virey entre antres, dans rarticle iRriiiFi- 
lAHci du Dictionnaire des scienceê médicales^ comprennent sous le nom 
d'intempérance les excès du sens du goût et ceux du sens génital. 
Celle confusion est regrettable , parce que le même mot ne peut et ne 
doit servir à exprimer des faits si éloignés les uns des autres. Les 
moralistes, en désignant sous les noms de continence et dlncontimnee 
les excès du sens génital, me paraissent plus logiques et me forcent 
ainsi à me ranger à leur opinion. 



85ft mpinssAiicv consAcotitë 

d'alimentSy considérés sa point de voe de rimpuissanca, 
ont an triple mode d'action : 

i" Ils amènent Tobésité, qui, ainsi que nous Pavons ?o, 
constitue quelquefois un obstacle mécanique k la copula- 
tion. 

2* Ils absorbent, au pro6t d'une seule passion, tous les 
stimulants de la vie morale. 

S"" Enfin, ils enlèvent i l'appareil génital tout ou partie 
de rénergie vitale. 

L'obésité m'a longuement occupé dans une autre partie 
de cet ouvrage (1), je n^y reviendrai pas ici. 

Je ne m'arrêterai qu'aux deux autres modes d'action des 
excès de table, que l'on peut réunir dans le même cadre, 
parce qu'ils découlent de la même loi physiologique. 

Celte loi est la suivante : 

Tout organe ou tout oppareil d'organes fonctionnant 
avec excès, a besoin d'un surcroît d'activité qu'il enlève aux 
autres organes, et plus spécialement à ceux qui entretien- 
nent avec lui des rapports sympathiques, ou qui, déjà affai- 
blis, ont moins de force pour lui résister. 

J'ai déjà dit, et j'exposerai plus longuement tout h l'heure, 
que les organes qui ont avec l'appareil génital les relations 
les plus intimes sont l'estomac et le cerveau, en tant que ce 
dernier organe est considère'» comme le siège des facultés 
intellectuelles. 

Je n'ai donc à m'occuper ici, d'une part, que des rapports 
de sympathie qui unissent l'estomac et les facultés morales 
d'où naissent les désirs vénériens, et d'un autre côté de 
rinfluence qu'exerce l'organe digestif sur l'appareil de la 
copulation. 

Sous le premier rapport, les excès de table, répétés d'une 

(4) Yoyei la page 263. 



A UN ÉTAT PATBOGftNIQUI. 355 

manière continoe, agissent de deux manières sur l'organe 
de la pensée : tantôt en lui enlevant et en appelant vers 
restomac une grande quantité d'influx nerveux, afin de 
débarrasser les voies digcstives des aliments qui les sur- 
chargent ; et tantôt en déterminant dans la masse cérébrale 
de petites congestions qui, souvent renouvelées, finissent par 
porter un trouble profond dans les fonctions de Tencépliale. 
Les grandes idées et les nobles passions sont incompatibles 
avec les plaisirs exagérés de la table. Les gastrolûtres ^ pour 
me servir de Theureuse expression de Rabelais, arrivent h 
la longue à perdre le sentiment de leur personnalité et k 
9è dépeiiiller de tous les nobles attributs qui distinguent 
rhomimede la brute. Voyez dans quel profond avilissement 
tombent les Romains, lorsque abandonnant les vertus an- 
tiques, ils s'asseyent aux tables somptueuses de leurs empe- 
reurs. Vainement l'amour les sollicite, la beauté les ap- 
pelle; leurs pensées, leurs désirs, leurs passions, sont 
ailleurs et poursuivent un autre but ! Semblables au Grec 
PhiloxènCy qui ne formait plus que le vœu d'avoir un 
gosier long comme l'oie, afin de mieux savourer les mets, 
les gastrolâtres concentrent dans un seul de leurs organes 
toutes leurs sensations, toutes leurs voluptés, tous leurs 
plaisirs, et si quelquefois leur imagination engourdie 
éclairé leur pensée d'un faible et fugitif éclair, ils s'en <er- 
tent, non pour ressaisir un lambeau de leur individualité 
perdue, maisipour se replonger avec une nouvelle ardeur 
dans leur crapuleuse débauche, en rêvant, comme disaft 
'd*Afgrefeuille, une Académie de la gueule. 

La diminution et quelquefois même l'étouffement dés 
'désirs vénériens, amenés par les excès de table, ne sonti^er- 
tainement pas sans influence sur l'énergie de l'organe copû- 
iMesr lui-même ; ils suffiraient h eux seuls pour rendre 



«)66 IlIPUISgAKCE COKSiCUTlVE 

compte de l'impuissance qui succède i ces abus, si d'aulrea 
circonstances, que les plus simples notions de la physiologie 
nous enseignent, ne concouraient aussi 1 produire Tana- 
phrodisie. 

Tout le monde sait qu'après on copieux repas, surkMit 
si l'on a fait usage de liqueurs sptritueuses, les forces gécH 
taies sont loin de répondre à l'ardeur des désirs } ceui^i 
sont le résultat de Texaltation de l'imagination, née sous 
l'empire de Texcitalion des voies digestives, et sont des 
amorces trompeuses sur lesquelles l'homme prudent se 
garde de fonder de trop grandes espérances. 

Nul n'ignore que pendant le travail de l'estomac, tontes 
les fonctions animales, c'est-à-dire toutes les foDctiona de 
relation semblent s'anéantir et abandonner leur vitalité à 
l'organe digestif, qui, lui, a besoin d'un surcroît de forces 
pourse débarrasser des aliments qui le remplissent. L'homme 
qui digère ne pense plus, se meut difficilement, et ne jouit 
pour ainsi dire que d'une sensibilité obtuse; en un mot, le 
roi de la création descend au niveau de la brute. 

Ces excès, longtemps continués, en enlevant journelle'* 
ment une partie do leurs forces aux organes génitaux, les 
appauvrissent suffisamment pour les. empêcher de remplir 
convenablement leurs fonctions. 

l.a gastronomie poussée a l'excès agit donc de deux ma- 
nières différentes sur le sens génésique ; en d'autres termes, 
elle porte atteinte a deux conditions du coït: 1^ aux désirs 
vénériens, 2'* à l'érection de la verge. 

C'est donc par conséquent sur ce double terroin que devra 
marcher la thérapeutique. 

Mais avant de rien entreprendre, il est d'une absolue 
nécessité qu'une vie régulière et frugale ait succédé aux 
excès qui ont donné naissance h l'impuissance ; la fonction 



A UN ÉTAT PATBOGÉNIQUB. 557 

liîgeslive sera ramenée à un type normal, et pour cela 
faire, le régime alimentaire sera réglé sur Tétat sain ou mor- 
bide des voies digeslives. 

Cette condition remplie suffit, dans beaucoup de cas, 
poar réveiller tout à la fois les désirs vénériens et Ténergie 
de la verge 3 il ne faut plus que savoir attendre et persister 
dans la sage et prudente hygiène qui constitue la médication. 

Quelquefois cependant ces prescriptions sont insuffisantes, 
et alors il faut que la thérapeutique intervienne d'une ma* 
nière plus active. 

Pour rappeler les désirs éloignés, on recourra aux exci- 
tants moraux de toutes sortes : les conversations et les livres 
badins, les tableaux, les gravures et les marbres représcn-* 
tant des scènes d'amour, les spectacles grivois, les théfttres, 
les bals, les concerts, seront tour à tour mis en usage, et 
leur emploi judicieusement réglé sur les goûts du malade. 
Cette dernière circonstance est plus importante qu'on ne 
peut le croire, car la médication atteint un but diamé- 
tralement opposé à celui que l'on poursuit, si elle froisse 
un sentiment ou un instinct quelconque. J'ai vu l'exhi^ 
bîtion que l'on faisait il y a quelques années, à Paris, de 
femmes complètement nues, sous le nom da tableaux vivants^ 
non -seulement inspirer une profonde répulsion pour ces 
femmes, dont la beauté des formes était cependant mani- 
feste, mais encore produire une véritable anaphrodisie que 
perpétuait le souvenir de ce spectacle. J'ai également connu 
on malade qui, malgré son vif désir de lire le roman de 
Justine^ de M. de Sade, n'a jamais pu surmonter le dégoût 
qo'il éprouvait dès les premières lignes de cet ouvrage. 

Il fautdonc, sous peine de manquer complétementson but, 
apporter une certaine circonspection dans le choix des exci- 
tants moraux, et ne se décider qu'après avoir minutieuse- 



ft58 mpoisaiJici coiistciiTiTi 

nent consulté les goûU, les habitades et let tewtoaces 
morales du malade. 

En môme temps que les désirs vénériens seront ainsi sol- 
licilés, on s'occupera à rappeler dans l'organe copolaleur 
la virilité qui Ta fui, et Ton tirera les indications de eette 
thérapeutique du mode de production, du mécanisme» si je 
puis ainsi dire, du mal qu'il s'agit de combattre. 

L'impossibilité de l'érection e^t due, on se le rappelle, 
k la soustraction d'une partie de la vitalité qui anime les 
organes génitaux ; le traitement doit donc se proposer de 
rendre h ces organes la vitalité perdue. 

Tous les mojens capables d'attirer le sang vers les parties 
inférieures du tronc, et conséquemment dans l'appareil 
copulateur, seront mis en usage, car une circulation active 
et luxuriante porte avec elle la vie et l'énergie. C'est ici que 
la ihcrapeuliquc de Clia|tlul et de Gcsner, dont j'ai déjà 
parlé (1), trou\e une indication formelle, et que les immer- 
sions r(^pélées de la verge dans une décoction de semence 
de moutarde . employées avec succès par ces praticiens, 
amènent les résultats les plus heureux ; on peut même, 
ainsi que je l'ai fait plusieurs fois, substituer h ces lotionsi 
dont Taction n'est pas assez rapide, de véritables sina- 
pisnies appliqués sur le périnée, et même sur la verge; 
il suflit de produire une simple rubéfaction, et Ton renou- 
velle tous les jours l'emploi de ces cataplasmes de moutarde. 

Le môme eiïet est également obtenu par la chaleur, soit 
sèche, soit humide, et sous ce rapport on aura garde de se 
priver des bénéfices des bains chauds. Les bains froids, sur- 
tout au début de la médication, sont essentiellement contre- 
inJiqués, u moins que quefque circonstance spéciale n'en 
réclame l'usage. 

(4) Voyez les pages 24 8 et 3S9. 



A UN AT AT PATHOGÀNIQUB. âÔ9 

La flagellation, rurlication, le massage et les frictioDS 
sèches sur les lombes font également partie de l'arsenal thé- 
rapeutique où le praticien devra puiser. 

Tous ces moyens ne seront point employés simultané- 
ment; on les appellera tour à tour à son aide au fur et k 
mesure que l'un d'eux échouera. Il est aussi telle disposi- 
tion individuelle qui peut décider le choii du médecin, et i| 
faut laisser à la sagacité do celui-ci les soins que cette déci* 
sion comporte. 

2* Excès de boissotis. — Les boissons se partagent en 
deux grandes classes : l*" les boissons fermentées; 2*" le^ 
boissons non fermentées. 

Les premières se subdivisent à leur tour en boissons fer- 
mentées simples et en boissons fermentées distillées; et lef 
secondes en boissons aqueuses rafraîchissantes et en boisr 
sons aqueuses stimulantes. 

Au point de vue spécial qui nous occupe, les boissons 
uon fermentées ne sauraient m'arrèler longtemps, car si 
Ton comprend que les boissons aqueuses, prises en très 
grande abondance, soient capables de débiliter l'organismiQ 
au point de produire l'impuissance, on conçoit difiicilement 
les motifs qui pourraient amener de tels excès; le temps de 
l'inquisition et des pénitences exemplaires est bien loin de 
nous, et ce serait poursuivre un fantôme que de rechercher 
l'anaphrodisie par abus de l'eau introduite, bien entendu, 
dans les voies digestives. 

Mais il n'en est pas de même pour les boissons alcoo- 
liques, au nombre desquelles je comprendrai toutes les 
boissons fermentées simples ou distillées, parce que leur 
action sur le goût et sur les facultés inlellectuelles sollicite 
l'homme à en faire un usage trop souvent abusif. 

L'alcool introduit dans l'estomac agit d'abord d'une ma- 



â60 mPOIMANCB G0N8ÉCUTIVB 

nîère irritante sur la muqueuse de ce viscèrei et secondai- 
rement d'une manière excitante sur le système ner?eux encé- 
phalique ; en conséquence et eu égards aux sympathies que 
j'ai déjà signalées comme reliant entre eux le certeau» 
instrument de la vie morale, Torgane digestif et le sens 
génital, on doit comprendre la double influence exercée sur 
celui-ci par les excès de boissons alcooliques. 

« Ceux qui boivent beaucoup de vin, mesmement tout 
» pur, dit Plutarque, sont lâches à l'acte de la génération, et 
» ne sèment rien qui vaille, ni qui soit de bonne trempe pour 
» bien engendrer ; ains sont leurs conjonctions avecque les 
D Temmes, vaines et imparfaites (1). » Cette observation 
est bien plus vraie que celle de Pline, qui prétend que le 
vin rend gentil compagnon à Vendroii des dames. L'en- 
quête ordonnée i Londres en 1720, sur les causes de 
la diminution considérable que Ton avait constatée dans 
le nombre des naissances et de laquelle il résulta que 
l'ivrognerie en était la cause principale, vient a l'appui 
deTopinion de Plutarque, alors même que la science ne lui 
donnerait pas entièrement raison. 

Et en eiïet, les excitations successives et souvent répétées 
que laissent après eux les excès alcooliques (2), finissent par 
émousser la sensibilité générale, de telle sorte que le sens 
génital se perd tout h la fois par l'abolition des désirs et par 
Tanéantissement de Torgane sensitif lui-même, li'ivrogne 
de profession n'a plus de goût que pour son vice, et le pen- 
chant qui l'entraîne le pousse a une brutalité dont la source 
n'est ni dans son cœur ni dans son imagination^ ces deux 
foyers du sens génésiaquo. 

(I) Traduclion d'Amyot. 

.1) Voyez Ch. Rœ»cb, De l'abw des boissons syiriiueusrs, Paris, 
4S39, page 72. 



A UN ETAT PATUOGÉNIQUK. 361 

Quelle que soit la boisson rermenlée dont Tivrogne fasse 
abus, que Talcool soit à l'état de presque pureté, comme 
dans reau-de*vie et le trois-six ; qu'il soit mélangé à des 
substances plus ou moins astringentes, comme dans le vin; 
qu'il soit mêlé, au contraire, à des substances débilitantes, 
comme dans la bière, les résultats définitifs sont les mêmes. 
La physionomie des ivrognes peut différer, ainsi que le mon- 
trent les buveurs de vin et de bière, mais les conséquences, 
sous le rapport qui nous occupe, sont parfaitement iden- 
tiques : tous perdent, avec le sentiment de leur dignité, le 
stimulant moral qui pousse un sexe vers Tautre, et en même 
temps la sensibilité physique sans laquelle nos organes 
restent sourds aux impressions extérieures. 

Deux indications se présentent donc h la thérapeutique 
de l'impuissance par excès de boissons alcooliques: 1* rap- 
peler les désirs mis en fuite ; S"" ranimer la sensibilité locale 
engourdie. 

Il est bien évident qu'avant d'entreprendre la médication 
spéciale au sens génital, il faut que le malade ait renoncé à 
ses habitudes de buveur, et qu'un traitement approprié et 
que je n'ai pas mission d'exposer ici ait heureusement com- 
battu les accidents généraux que l'ivrognerie détermine, 
tels que paralysie, démence, amaigrissement, cachexie, etc. 

Quelquefois le retour à la sobriété et le traitement des 
accidents généraux suflisent pour ramener l'exercice normal 
des facultés génitales; ce résultat s'obtient surtout chez les 
malades dont l'intempérance n'a pas eu une longue durée, 
et dont la transformation s'est opérée au milieu de l'air pur 
et vivifiant de la campagne. 

Cependant, malgré ces conditions favorables, l'impuis- 
sance survit quelquefois à toutes les autres conséquences de 
l'ivrognerie, et il est alors nécessaire de réveiller, comme 



S62 Ulf UiMAWft ONHftGpilU 

çhei les bavears de profeuioD , les ièmn féBériepw il la 
force virile eogoardis. 

Pour remplir la première ïDdicatioo, oa recMirra av 
eicitaols moraoi dont j'ai déjà parlé pliisiettrs Ibb». et Tm 
observera dans leur mise eo pratique les coDdiljiMia.qH:Ji'*î 
indiquées comme indispeosabias k leur succès (i)» . 

Quant 1 rinertie de Torgane génital luiHnèTOi ilbiitt 
pour la pouvoir combattre heureusement, se rendre oooipte 
des modifications pathologiques qui l'ont prodoite. S'il 
m'était permis de détourner un mot de sa aJgnificalMHi 
précise, je dirais que» dans le cas dont il s'agit« raflectîoo est 
une phlegmoiie nerveuie chronique détenninée^ 'comme 
beaucoup de phlegmasies chroniques, par npe succeision 
plus ou moins rapide de stimulations. 

Par conséquent, toute nouvelle stimulation, quelle que 
soit sa nature, est formellement co.ntre- indiquée. 

Mais si l'on réfléchit que les stimulations alcooliques se 
sont presque exclusivement fait sentir dans les centres ner* 
veux, et surtout au cerveau, et que TafTaiblissement des 
extrémités a pu être amené par la privation de l'influx ner- 
veux, dont le centre faisait une dépense trop grande par 
suite des stimulations dont il était le siège, on comprendra 
qu'il ne faut tenir dans une proscription absolue que les 
excitotcurs généraux. 

Et en cflct lo strychnine, la brucine, la noix vomique,etc. , 
n'ont aucune action dans les circonstances qui nous occu- 
|ient, quand elles n'aggravent pas les accidents qu'il s'agit 
de combattre. 

liCs excitateurs locaux, tels que l'électricité et l'acupunc- 
ture, ont une action plus certaine que les excitateurs géné- 

(4) Voyex la page 357. 



A UN ÉTAT PATBQ6ÉICIQDE. S6S 

rauiy mais il ne faudrait pas croire qu'ils réussisseot d'uoia 
manière constante; je les ai ?us échouer assez souvent. 

La médication qui a paru me donner les résultats les plus 
satisfaisants est la médication par le calorique» appliquée 
localement, soit sous forme de bains, soit sous forme de 
fumigations simples ou aromatiques. Pour obtenir ce dernier 
effet, le malade est assis sur une chaise percée, au-dessus 
d'un réchaud contenant quelques charbons enflammés sv^ 
lesquels on verse la poudre des aromates dont on veut faire 
usage. Ce mode d'excitation, dont j'ai déjà parlé ailleurs (1)^ 
doit être rappelé toutes les fois que l'occasion s'en présente, 
car il rend d'éminents services dans le traitement de diverses 
formes d'impuissance. 

Quelle que soit la médication que l'on ait appelé à SOB 
aide, et quelque assurée que paraisse ltt< guérison obtenue, 
on ne devra jamais oublier que de tous les accidents produits 
par l'ivrognerie, l'alTaiblissement génital est peut-être celui 
dont la récidive est la plus constante au moindre retour 
vers la vicieuse habitude. J'ai donné des soins à un somme- 
lier de restaurant qui, à cliaque excès de liqueurs alcoo- 
liques qu'il commettait, perdait toute énergie virile, et qui 
ne la recouvrait qu'avec la sobriété et après une ou deux 
fumigations aromatiques. Je le répète donc, la guérison 
n'est durable qu'au prix de la tempérance, et le médecin 
ménager de son honneur ne s'exposera pas aux chances 
d'une médication presque à coup sûr inutile, si le malade^ 
en réclamant ses soins, ne fait qu'un serment (Tivrogne. 

D. Abus de Vorffan$ inteUetUul. 

a On a observé, dit de Ligoac, que les mariages dm 

(4) Voyez la page 209. 



|W - 



M& iHNMâilGB comitiitivi 

fjtûtr de lettres • -étaieDt pai ceux qoi rapportaient le plus è 
l*£tat : « J'ai Iq dans une fable ioeonniie aux aoriens, a dit 
Dafresny, qo'ApolloD s'étaot marié an jonr, rHippocrèoe 
tarit le lendemaio. Uo géuie marié est on géoie stérile. En 
effet , continue Doflresnj, les productions de l'homme sont 
bornées; il Tant opter, de laisser à It postérité ou des on- 
f rages d'esprit ou des enrants (i). » (//muiemeiilff térieu» 
€t comiqveSf amosem. iV). 

La Table imaginée par Dufresny con6rme l'allégorie 
iim anciens, qui, pour exprimer l'étoignement des lettrés 
pour les plaisirs de l'amour, ont représenté oMnme f ierges 
Apollon et les neuf Muses, ses scsurs. 

La Fontaine, fort compétent en ces sortes de OMtières, 
dit que : 

Uo maleUar» I ce Jee, vaot trois rois. 

L'observation médicale est ici entièrement conforme a 
Popinion des poètes , et s*il est vrai que les travaux de l'in- 
telligence, poursuivis dans une mesure raisonnable et au 
milieu d'heureuses conditions hygiéniques, soient pour l'or- 
gane cérébral un bienfaisant stimulus dont l'inOuence se 
fait sentir jusqu'aux dernières ramifications du système ner- 
veux, il n'est pas moins certain que les excès dans les tra- 
vaux du l'esprit amènent, en dehors d'une foule d'actions 
qui peuvent plus ou moins retentir sur le sens génital, une 
débilité nerveuse générale, a laquelle les fonctions généra* 
trices ne sauraient se soustraire. 

Parmi les causes qui président aux maladies des gens de 
lettres, Tissot en mentionne deux principales qui doivent 
également m'arrèter un instant ; ce sont : 1* la contention 
de l'esprit; 2^ Tinaction du corps. 

(4) De Vkimme et âê la femme, etc., t. II, p. 47. 



A UN ÉTAT PATDOGÈNIQUB. 565 

La contention d'esprit a deux modes d'action parfaite- 
ment distincts, et s'adresse tantôt h la partie morale et 
tastât à la partie physique du sens génital. 

Dans le premier cas, la contention d'esprit a pour ré- 
sultat de détourner Timagination du but que Tamour se 
propose, comme dans Texemple suivant cité par l'auteur de 
l'article Impuissance du Dictionnaire des sciences tnédù 
cales : a Peyrilhe rapportait dans ses cours l'observation 
suivante : Un mathématicien, profondément occupé de 
certains problèmes qu'il ne pouvait résoudre, s^oubliiit . 
près de son épouse chaque fois qu'il allait partager ses feux 
avec elle, c'est-à-Jire que son imagination le reportant suur 
ses problèmes pendant l'acte , il lui était alors impossible 
d'éjaculcr. Sa femme vint consulter ce médecin habile qui 
lui conseilla de produire chez son mari une ivresse joyeuse, 
et de saisir ce moment comme étant le plus propre à rece- 
voir ses. caresses. L'avis de M. Peyrilhe, rigoureusement 
observé, vint combler l'espoir des deux époux ; en un mot, 
le mari, arraché a ses profondes méditations, rentra dans 
tousses droits. » (Maur, thèse^ Paris, 1805«) 

Quoique l'auteur de cette observation soit d'une sobriété 
de détails désespérante, on ne saurait admettre que l'impos* 
sibilité de l'éjaculation dont il parle fût analogue à cet état 
que j'ai appelé aspermatisme; il est h croire, au contraire^ 
qu'elle était due 1 la flaccidité de la verge, qui se prodai- 
sait au moment où l'imagination cessait de présider 1 
l'acte copulateur. Cet eflet est très commun, et il est 
peu d'hommes qui ne l'aient éprouvé, quel que fût le 
motif qui détournilit l'esprit de l'opération amoureuse près 
d'être entreprise. L'impuissance qui en résulte, quoiqM 
très réelle , est essentiellement passagère , et l'imagi- 
nation , ramenée sur le théâtre de l'amour, peut ioconti- 



BMt fBprottdre 808 droits 6t birc oublier son nofliieiit a lb« 



liais les choses ne se ptsseot pas tOQJoors ainsi) A ¥m 
préoeecpelioBs intelleetiielicis peuvent à ce point absorber 
l'euprit que riniagtnation soit sans images et le conseostis 
saosdésirs.Newton elW. PiU nonnirent vierges; Karit bais- 
sait les femmes ; Bacon remarque qn'oocon grand boAmé 
de rantiqnîté ne fut très adonné aux plaisirs seinels ; dt lëtf 
nctens, cachant les ptos grandes Térités sons les plus mgt- 
iienses allégories, avaient donné à Minenre, la déesse de la 
science, le snmom de iemme sans tnaméUet^ et ils la ga* 
mnlissaient des traits de TAmoar avec la tête de Méduse. 

Cette influence de la contention d>sprit sur tel désirs 
vénériens est connue de tout le monde, et beaucoup 
d'hommes, au milieu des circonstances de toutes sortes qui, 
dans les grandes villes surtout, les sollicitent i la débauche, 
ne doivent faire honneur de leur continence qu'aux préoc- 
eopalions fiévreuses qui remplissent leur existence. 

Au point de vue purement physique , les eicès de tra- 
vaux intellectuels exercent sur l'organisme une action débi- 
litante constatée par tout le monde ! « Le travail du cabinet, 
dk Rousseau, rend les hommes délicats, aiïaiblit leur tem- 
pérament, et rime garde difficilement sa vigueur quand le 
corps a perdu la sienne. L'étude use la machine, épuise 
las esprits, détruit les forces, énerve le courage, rend pu- 
sillanime, incapable de résister également h la peine et aux 
passions (!)• » Ramaxxini n*est pas moins explicite : 
«L'union de l'âme et du corps, dit-il, est telle qu'ils parta- 
gent réciproquement le bien et le mal qui leur arrive ; l'es- 
prit est incapable de s'occuper quand le corps est fatigué 

(4) Frê^ ltm^dê B fuu ii w , Mvrss diverses, 1. 1, p. 471. 



A m ÉTAT PATHOGÉNIQUE. 367 

par les exercices excessifs, et une applicotion trop soutenue 
à Pétu^e détruit le corps en dissipant les esprits animaux 
qui sont nécessaires k sa réparation (1). y> Tissot, si com- 
pétent en pareille matière, explique, comme il suit, l'action 
du travail intellectuel sur le dépérissement de l'organisme : 
aPour comprendre, dit-il, ces influences du travail de l'es- 
prit sur la santé du corps, il suffit de se rappeler : l"" un fait 
qoe j'ai déjà indiqué, et que le sentiment apprend à toute 
personne qui pense et qui s'observe penser, c'est que le 
cenreau est occupé pendant que l'on pense; S"" que toute 
partie du corps qui est occupée se fatigue, et que si le tra- 
vail dure trop longtemps, ses fonctions se dérangent; 
8* que tous les nerfs partent du cerveau, et de cette partie 
précisément du cerveau qui est l'organe de la pensée et 
qu'on appelle le sensorium commune; &*" que les nerfs sont 
l'une des parties principales de la machine humaine, qu'il 
n'y a aucune fonction à laquelle ils ne soient nécessaires, et 
que, dès que leur action est dérangée, toute l'économie 
animale s'en ressent. 

» D'après ces principes simples, chacun sentira que quand 
le cerveau est épuisé par l'action de l'&me, il faut nécessai- 
rement que les nerfs souffrent et que leur dérangement 
entraîne celui de la santé, et détruise enfin le tempéra- 
ment sans qu'aucune autre cause étrangère y ait part (2).» 

Il est donc incontestable que sous Tinfluence des excès 
du travail intellectuel, outre l'éloignement des désirs véné- 
riens, la force virile s'aiïuiblit elle-même, et cela en vertu 
de la loi physiologique générale si bien indiquée par Tissot. 

Mats, outre ces deux caractères qui sont communs à 

(4] Opéra omnia, p. 648. 

(8) De la santé des gens de lettres. Nouvelle édition augmeotée de 
notes, par P.-G. Boisseau. Paris, 4 826, page 24. 



S68 IKHIlMANCt GORitCOriTI 

plusieurs autres espèces d*aoaphroiiisie, Timpuissancii dci 
hommes de cabinet s*accompagnet pour le moral, d'oM 
hjpochondrie,el,pourlepb;sique,d'aGcidenUducdtédasj»« 
tème génito-urinaire, auiquels ne sont peut-être pu étran- 
gères l'inaction et la position assise que les oufriers de la 
pensée gardent trop longtemps. 

LMnaclion amène , en eflet, des troubles dans les diges« 
tiens qui réagissent sympatbiquement sur Torgane cérébral; 
et la position assise livre aui congestions sanguines les or- 
ganes contenus dans le bassin, par suite de Tobatade matériel 
qu^cile oppose à la libre circulation dans les parties mférieurea 
et du repos lui-même de cette partie ; aussi a-t-on toujours 
mis au nombre des maladies des lettrés, la gastrite et la 
gastralgie, rhvpocbondrie, la gravelle, le calcul vésical, 
les engorgements de la prostate, etc., etc., aiïections qui 
ont toutes, comme on le sait, une influence Acheuse sur 
réncrgie virile. 

Au moment où j'écris ces lignes, je donne mes soins i un 
jeune homme de Bruxelles, ftgé de vingt-sept ans, d'un 
tempérament bilioso-sanguin, dont Timpuissance s'acoom- 
paghe d'accès assez fréquents de gastralgie, d'une bypo- 
chondrie prorondo poussée jusqu'à des idées de mort, et de 
douleurssourdesda cété du col vésical suivies assez fréquem* 
ment d'une perte blanche que le molade confond arec des 
pertes séminales, et qui n'est que le résultat d'une sécré- 
tion plus abondante de la prostate. Ce jeune homme a 
quitté, il y a dix-huit mois, le service militaire pour se 
livrer k des éludes métaphysiques; comme il obéissait, 
m'a-t-il dit, k une vocation irrésistible, il a sacrifié, avec 
toute l'ardeur d'un néophyte désireux d'apprendre, sa vie 
active et son sommeil réparateur à la lecture des ouvrages 
de Leibnitz, Descartes, Malebranche, Spinosa, etc., etc. 



A UN ÉTAT PATHOGÊNIQtE. 369 

Après six mois d'un changement aussi radical dans les ha- 
bitudes et le mode d'existence, des douleurs vagues d'abord, 
mais ensuite plus prononcées, se firent sentir du côté de la 
prostate, et leur plus grande acuité, qui correspondait tou- 
jours à une augmentation des excès du travail intellectuel, 
était tout h la fois le signal d'une sécrétion plus abon- 
dante de mucus prostatique, et d'une impossibilité d'érec- 
tion, malgré Taiguillon de désirs vénériens très réels. 
Bientôt des accidents nerveux apparurent du côlé de l'es- 
tomac et furent promptcment suivis d'un amaigrissement 
général, d'une teinte terreuse de la peau et d'un change* 
ment complet dans le caractère gai et les idées riantes du 
malade. 

Fidèle au précepte de Tissot et ù celui de tous les au- 
teurs qui ont écrit sur la santé des gens de lettres , j*arra» 
chai le malheureux à ses livres et à ses philosophes favoris^ 
j'exigeai le retour h la vie active d'autrefois, j'imposai les 
exercices corporels en plein air et surtout h la campagne, et 
je prescrivis un régime analeptique secondé par l'eau de 
Spa. Sous l'influence de cette simple hygiène, une saison 
d'été suffit au malade pour renaître au monde, a ses espé- 
rances et à ses plaisirs ; malheureusement l'hiver, en le 
chassant de la campagne, l'a ramené à Paris, où il a retrouvé 
ses livres, qu'il a cru pouvoir reprendre sans crainte d*une 
rechute; mais cette confiance ne s'est point justifiée, et dans 
le courant de mars, c'est-à-dire trois mois après la reprise 
de ses études, le malade vint de nouveau réclamer mes soins 
et m'accusa les mêmes accidents que ci-dessus, mais à un 
degré moindre. 

Avant de me venir voir, et sur le conseil d'un confrère, 
il avait essayé de faire usage du citrate de fer, et avait éprouvé 
de l'emploi de ce médicament une aggravation dans l'état 

24 



570 IVOIMAIICI MMlidOTlft 

oerfeui da canal alimentaire. Le bismnth et lea opiaeli 
firent raison de cette sarexcitation, et lea mojena hygié- 
■iqaes précédemment employés paraissent josqn'è présent 
dtfoir produire des résultats aussi benreu qne la pi»* 
mière fois. 

A défaut de cette obsenration, Teipérience et la raiaoB 
commandent de n'entreprendre aucune médication» si au 
préalable on n'a enle? é le malade à ses livres, à ses médi- 
tations, en on mot k la cause même de son mal. Cette con- 
dition indispensable est, il en faut convenir, la pins dilBdlodo 
toutes à réaliser. Tissot, dont le témoignage eat d*un grand 
poids en pareille matière; ne cacbe pas ses craintes à cet 
égard : « La première difficulté, dit-il, qu'on a à vaincre avec 
les gens de lettres, quand il s'agit de leur santé, c'est de les 
faire convenir de leurs torts ; ils sont comme les amants qui 
s'emportent quand on ose leur dire que l'objet de leur pas- 
sion a des défauts ; d'ailleurs, ils ont presque tous cette es- 
pèce de fuite dans les idées que donne l'élude, et qui, 
augmentée par cette bonne opinion de soi-même, dont la 
science enivre trop souvent ceux qui la possèdent, fait qu'il 
n'est point aisé de leur persuader que leur conduite leur est 
nuisible : avertissez, raisonnez, priez, grondez, c'est sou- 
vent peine perdue, ils se font illusion k eui-mèmes de mille 
façons diiïérentes : l'un compte sur la vigueur de son tem- 
pérament, l'autre sur lo force de l'habitude ; celui-ci espère 
échapper i la punition, parce qu'il n'a pas encore été puni ; 
celui-li s'autorise d'exemples étrangers qui ne prouvent 
rien pour lui ; tous opposent au médecin une obstination 
qu'ils prennent pour une fermeté dont ils s'opplaudissent, 
et dont ils deviennent les victimes ; bien loin de redouter le 
danger i venir, ils ne veulent quelquefois pas même sentir 
le mal présent, on plutét, le plus grand des maux pour 



A UN ÉTAT PATHOGÉNK^DB. 374 

eux; c'est la privation du Irovail, ils ne comptent pour rien 
\e% autres moyennont qu'ils se soustroient è celui-là (1); >. 

Lorsque lo raison a triomphé de cette obstinotion A- 
cheose et aplani cette première difficulté, il suflit, dans la 
mojorité des cas, de suivre la conduite que j'ai tenue dans 
l'observation citée plus haut; les forces se rétablissetit k 
mesure que les digestions deviennent meilleures, et l'éner- 
gie physique s'accroît de tout ce que ne dépense plus Télé- 
ment moral. 

Cependant il est des circonstonces où la nature seule ne 
suffit pas à cette réparation, et qui nécessitent l'intervention 
de Flirt. Alors les ferrugineux, quand ils sont supportés, 
et le quinquina sont deux spécifiques dont on peut attendre 
merreille, surtout si Ton o soin de les associei; aux béins 
froids, et, quand rien ne s'y oppose, aux excitants, tels que 
la cannelle, le girofle, le galangu, etc., etc. 

Quelquefois, mais plus rarement encore, il faut agir sur 
les centres nerveux eux-mêmes, soit par des médicaments 
internes, comme la noix vomique ; soit par des moyens 
externes, comme l'électricité. 

Mais, je le répète, la médication par excellence, celle 
dont on doit attendre le plus de succès, est le repos de 
l'esprit, l'exercice corporel en plein air, un régime ana- 
leptique, tonique, fortifiant et quelquefois excitant. 

E. Abus de i appareil géniial. 

Le sens génital, comme tous les appareils de l'économie 
animale, est appelé à remplir une mission, h laquelle, sauf 

(4) JLm. cil,, t^. 4 36. 



.9. 



37S IMI*l)ia6ARCI GOMiÉCOTlVI 

quelques cas eiceplionnels , noat ne pooTOos ooas sous- 
traire. C'est en vain que rhomme essaie de se révolter 
contre Tempire de cette loi ; la nature, plus Torte, brise la 
résistance de sa volonté, ou lui impose des maoi inBnis 
comme châtiment de sa désobéissance. Buflbn raconte les 
souffrances d'un curé de la Réolc, victime de la chasteté, et 
dont rhisloire trop connue ne saurait ici trouver place. 

Dans rintérèt de Tharmonie physiologique, qui n'est pas 
autre chose que Téncrgie relative de toutes les fonctions, 
la nature a établi pour chacune d'elles un type nonnal, 
différent, il est vrai, selon les individualités, mais basé sur 
l'ensemble de toutes les fonctions, et en deçà et an del| du- 
quel apparaît lé désordre, la maladie. 

La fonction génitale ne fait pas exception k cette ri^le 
immuable, et son abstention ou son exercice immodéré, 
que l'on dé<ii<«ne sous les noms de continence et d'inconti- 
nence, entraînent à leurs suites des désordres nombreux, 
dont je ne dois ici considérer que ceux dont l'action né- 
faste s'exerce sur In puissance virile. 

lo Excès de continence. — Les excès de continence, et 
même la continence absolue, n'ont pas chez tous les hommes 
la même influence sur le sens vénérien : chez les uns, 
cette continence irrite les désirs, tandis qu'elle les abat 
chez les autres. C'est niïaire de tempérament et de consti- 
tution. Chez les individus d'un tempérament énergique, 
chez ceux dont l'imagination a des élans irrésistibles, les 
désirs vénériens ont une puissance étrange qui s'alimente de 
rêves incessants dans le silence de la solitude, et qui trouve, 
dans les combats mêmes que la raison livre k la folle du logis, 
comme dit Montaigne, des excitants nouveaux à l'œuvre de 
la chair. L'histoire de toutes les religions nous montre de 
ces martyrs de leur foi ^ et , dans l'Iliade chrétienne, saint 



A UN ÉTAT PATUOGEMOUE. 373 

Jérôme est resté comme le type des tristes victimes de la 
continence et de la chosteté. 

Cependant les constitutions les plus vigoureuses ne sont 
pas toujours une garantie contre les atteintes anaphrodi- 
siaques de la continence ; Galien avait déjà remarqué que 
les chanteurs et les athlètes, qui, de son temps, se vouaient 
i la chasteté pour conserver leurs forces, avaient les parties 
génitales exilia et rugosa comme les vieillards. « Un de 
mes amis, dit-il, étant venu me consulter h l'occasion d'un 
priapisme, suite d'une continence prolongée, s'étonna de 
ce qu'un athlète se trouvait placé, par la même cause, dans 
une circonstance tout opposée. Miror^ inquit^ quod huic 
(athletam indicans) ob continentiam rugosus^ coltapstisque 
pénis evaserit : mihi vero ex quo continentiam servare 
studuij evenerit contrarium. Galien ajoute que ceux, au 
contraire, qui, dans leur jeunesse, s'étaient abandonnés sans 
réserve aux jouissances de l'amour, avaient les parties gé- 
nitales extrêmement développées (1). » 

Le médecin de Pergame ne fait qu'affirmer une loi phy- 
siologique dont la vérité n'est contestée par personne, el 
qui fixe l'intime corrélation existant entre le développement 
d'un organe et l'exercice de sa fonction. Celte loi, dont un 
exemple frappant est le défaut de symétrie parfaite entre les 
deux parties latérales du corps par suite du plus grand 
usage d'un côté que de l'autre, peut se traduire de la ma- 
nière suivante : Plus un organe ou un appareil d'organes 
fonctionne, plus il possède une nutrition active, et plus, par 
Gooséquent, il s'accroit en volume et en énergie; vi^ 
versdf moins un organe ou un appareil d'organes fonctionne, 
et moins il jouit d'une nutrition abondante, et plus, par 

{V. DicUmuuiirê </^« tcienre* médictiln, art. CiAtreri. 



S7& IMPCIStARCI COMÉGiniVi 

conséqueDt, il e<t f «posé au dépérissement et à Tatrophie. 

Si lette loi physiologique n*est pas un mensonge, on 
comprend que Ton en pui<se faire Tapplication à Tappareil 
S(énîtal, et que, ihez 1rs inditidus dont l^imaginalion para- 
Ijsée n*é%eille pas le feu sacré des désirs dont la présence 
supplée , jusqu'à un certain point, Teiercice de la fonc- 
tion en entretenant dans les organes Tetcilation et la liCi 
oo comprend, dis-je, que rhei ces individus lèches de corps 
et d'esprit, r.ip(uireil pénitaL par suite du repos forcé au- 
quel il est condamné, éprouve une sorte d*arrèt de déve- 
loppement, et reste , comme cbez les enfants , k Tétat em- 
bryonnaire. 

J'ai raconté ailleurs • 1) un eiemple de petitesse eitrème 
de la ter^c, à laquelle je parvins cependant à donner on 
volume convenable par le seuiciercicc de la fonction copu- 
latrice, grâce à la persistance chez le roala<ie des désirs vé- 
nériens. Mais cette circonstance lieuroiist> no se rencontre pas 
toujours, et il est assez ordinaire que dans rcs|}ècc d*im« 
puissance qui m'occupe, on ait à réveiller tout à la fois 
l'activité géné>ique du moral et la force annihilée de Tor- 
gane copulatcur. 

Je ne reviendrai pas ici sur les movens d*e\citation mo* 
raie que j'ai longuement exposés dans un autre chapitre de 
cet ouvrage; mais je ferai remarquer que si la continence 
est le résultat, non de la volonté, mais de Tapathie du 
tempérament, il faudra d«; toute nécessité recourir, en 
même temps, a une méilication fortitiante dans laquelle le 
iér et le quinquina à l'intérieur, et les bains froids dans 
Tesu courante , et surtout dans la nter, occuperont une 
Iff^e place. 

Voyvi la paga 460. 



A UN ÉTAT PATHOGtlflQOB. 375 

Quant à la médication locale, à celle qui aura plus spé* 
cialement pour objet de relever les forces viriles aiïaiblies, 
je n'en sais pas de meilleure que Texercice même de la 
fonction. 

Cependant, pour arriver i la possibilité de cet exercice, 
k la réalisation du premier coït, on se trouvera bien de re- 
courir à l'intérieur et en frictions, concurremment avec la 
médication générale par les ferrugineux et les toniques, aux 
agents que les anciens désignaient plus spécialement sous le 
nom d'aphrodisiaques : le phosphore, l'acide formique, 
l'aristoloche, l'armoise, la garance, la myrrhe, la rue, la 
Sabine, le safran, etc.; on pourra, dans quelques circon- 
stances, mettre k proBt la stimulation que quelques agents 
exercent sur les organes urinaires, tels que les cantharides, 
les acétates de chaux, de potasse et de soude, l'alkékenge, 
le câprier, la racine de fenouil, etc., etc. 

Mais il ne faut pas se faire illusion et placer trop d'espé- 
rances sur une médication dont les effets sont souvent dou- 
teux et toujours lents à se produire ^ car chez les natures 
apathiques, qu'on ne Toublie pas, la continence prolongée 
a souvent déterminé un arrêt de développement de l'appareil 
génital, auquel il n'est pas toujours facile de remédier, sur- 
tout quand l'imagination du malade ne seconde pas la médi- 
cation ou que le sujet a atteint déjà un certain êge. 

2® Excès dUncontinence, Excès vénériens. — Les excès 
vénériens sont de toutes les causes physiques d'anaphro- 
disic la plus fréquente, sinon la plus terrible. L'impuissance 
qu'ils déterminent n'est quelquefois que passagère, mais 
dans quelques autres circonstances au contraire, elle per- 
siste plus ou moins longtemps, et peut même devenir défi- 
nitive si les organes testiculaires sont épuisés et flétris. 

Je vais examiner les conditions diverses de chacun de ces 



376 IMPOIftiAKCi COII8ÊC0TITE 

éUts ; mais il me parait utile^ avant d'entrer en matière» de 
%ider une question, h laquelle les gens du monde et beaa- 
coup de médecins attachent un certain intérêt : je veui 
parler de la diriercncc des résultats amenés par les eicès de 
coït et par les excès de masturbation. 

S'il en fallait croire à peu près tous les auteurs qui ont 
écrit sur Tonanisme, les excès de ce vice aéraient beaucoup 
plus funestes que les excès de coït ; les raisons qu^ils fout 
valoir on faveur de celte opinion ne me parabseot ni réelles 
ui fondôes, et l'on peut même dire que, toutes cbosea 
égales d ailleurs, la copulation détermine une excitation 
générale, un ébranlement dans tout le système nefveui que 
la masturbation ne saurait produire dans le silence de ion 
isolement. 

Il est incontestable quo Ton rencontre un plus grand 
nombre de \irlimes de roiianisme que du coït, mais cette 
dintTonce en fa^ellr do la masturbation tient a plusieurs 
causes : 

l*" Parce que la masturbation est le plus fréquemment 
exercée à un A^c où les or<;anes «génitaux n*ont |)oint encore 
acquis leur développement complet , et que, par consé- 
quent, ils liront à opposer n la fatigue qu'on Inur impose 
qu'une très faible force de résistance; tandis que le coït est 
ordinaiiement rapana<;e de l'Iiomine arrivé, sinon à une 
évolution parfaite, du moins à un degré suflisant d'énergie^ 

2* Parce (|ue les excès d'onanisme sont plus facilement exé- 
cutables que les e\rcs du coït, en ce que pour les premiers 
une volonté seule suflit, alors que jiour les seconds il faut 
l'accord de deux volontés et la réunion de certaines cir- 
constances dont le masliirhateur parvient facilement » s'af- 
franchir ; ainsi, le mastnrbateur n'a pas toujours besoin de 
la solitude pour satisfaire ses vicieux penchants ; r»n en a ui 



A IN ÉTAT PATUOGÈNiQUE. 577 

qui contentaient leurs habitudes sous les yeux de leurs 
maîtres ou de leurs parents, soit en croisant leurs jambes 
et en balançant leurs corps, soit avec la main placée dans la 
poche de leur pantalon, soit en frottant Torgane voluptueux 
contre un coussin, un meuble, etc., etc. ; le coït, au con- 
traire, exigeant l'isolement le plus absolu, a bien moins que 
Tonanisme d'occasions de se satisfaire, sans parler de l'ac- 
cord parfait qui doit exister entre l'homme et la femme. 

C'est surtout à ces deux circonstances, et non h une dif* | 
férencc d'action du coït et de la masturbation , qu'il faut ■ 
rapporter les résultats notés par les auteurs; pour moi, je 
suis parfaitement convaincu qu'au milieu de conditions | 
égales, les excès d'onanisme et les excès de copulation amè- \ 
nent des effets identiques, soit sur l'économie tout entière, l 
soit seulement sur l'appareil de la génération. 

D'ailleurs, plus qu'en toute autre occurrence, l'apprécia- 
tion de ces efTets ne peut être établie d'une manière absolue, 
et telle incontinence qui sera excès pour Tun, sera pour 
l'autre le simple exercice de la fonction. Les tempéraments, 
réiat de santé ou de maladie et les passions jouent ici un 
très grand rôle, et sollicitent toute Tallention du médecin. 

Je me suis déjà sufTisamment expliqué ailleurs (1) sur la 
valeur de chacune de ces circonstances, pour qu'il soit inu- 
tile d'y revenir ici. 

En cette place, je dois admettre que l'acte vénérien a été 
accompli d'une manière abusive, c'est-è-dire en dehors des 
limites posées h l'individu ou par les forces de son orga- 
nisme, ou par l'existence d'une maladie, ou par l'état de son 
Ame, etc. , et que ces excès ont amené l'impuissance. 

L'impuissance produite par une pareille cause est rare- 
ment indépendante de tout autre phénomène morbirfe : 

(1) Voyez les pages 139 el suivantes. 



S78 IWUIftAlICI GOmtCOTIfB 

taotAt elle est liée k on anaiblisieiDeQi général de Vi 
nie, et tantôt elle est accompognée de lésions anatoniqMa 
locales dont elle paraît n'être qu*ane conséqoence* 

La première, presque toujours passagère, est rareomit 
au-dessus des ressources de Tart; la seconde, au contraire, 
résiste davantage aui moyens thérapeutiques, et peut mêoM, 
dans quelques cas, les déGer complètement. 

Je vais eiaroiner k part ces deui formes d*anaphrodisie, 
car leur distinction, au point de vue du traitement, est de 
la plus haute importance. 

a. Impuissance par excès vénériens sans lésûms onolo- 
mtftfei locales. — Il ne peut être question ici, on le com- 
prend, de cette impuissance qui suit une ou plosieors nnits 
de débaudie ; Timpossibilité du coït n'est point alors bm 
maladie qui réclame les secours de la médecine ; c'est pour 
le physique une fatigue que le repos fait disparottre, et pour 
le moral une satiété que la continence dissipe; la sécrétion 
spermatique, h Tége surtout où elle est le plus active, a 
bientôt réparé les pertes nuxquelles ces eicès ont con- 
damné Torganisme, et Tindiudu ne tarde pas k rentrer dans 
toute la plénitude de ses droitii. 

Cependant ce retour à la vie sexuelle se fait quelquefois 
vainement attendre, et le malheureui dont Tespoir est déçu 
tombe alors dans un découragement qui peut k lui seul 
amener Timpuissance. 

Dans ces cas, moins rares qu^on ne croit, l'impossibilité 
du coït ne se trahit par aucun autre symptôme que par la 
non-érection de la verge : les désirs n*oiit pas fui, et l'éma- 
ciation et le dépérissement dont je parlerai tout k l'heure 
n*eiistent pas. Le médecin n'a pour éclairer sa religion que 
les seuls aveux du malade* dont la véracité d'ordinaire ne 
saurait être mise en doute. 



A UN ÉTAT PATHOGÈNIQUB. 379 

Cet état, par lui-même, n'a aucune gravité, et disparaît 
assez facilement par le repos de l'organe et l'emploi de 
quelques moyens excitateurs chez les malades dont l'esprit 
est resté inaccessible à la crainte ; mais il peut se prolonger 
plus ou moins longtemps chez ceux dont le moral est trou* 
blé par les appréhensions d'une impuissance complète. 

Plus qu'en toute autre circonstance, les gens du monde 
dont la verge entre difficilement en érection après des excès 
vénériens, s'abandonnent à des terreurs imaginaires et se 
croient atteints de toutes les infirmités dont quelques au- 
teurs, et Tissot entre autres, leur ont fait un si lugubre 
tableau. Le médecin ne doit point partager de semblables 
appréhensions, il les doit attaquer en face et les combattre 
avec toute l'autorité que lui donne la science. S*il caresse 
les terreurs de son malade, celui-ci, soyez-en convaincu, se 
croira bientôt la victime de toutes sortes de fléaux ; son ima- 
gination troublée lui Fera voir des flocons blanchâtres dans 
ses urines ; elle lui fera prendre pour une perte séminale le 
mucus prostatique qui vient humecter le méat urinaire sous 
l'empire d'une excitation amoureuse; elle lui créera mille 
fantômes plus absurdes les uns que les autres et qu'il est 
quelquefois très difficile de dissiper. Je me rappelle un de 
ces malheureux qui se croyait atteint d'un sarcocèle, parce 
que, me disait-il, les abus qu'il avait faits de ses organes 
génitaux avaient amené dans les testicules, par suite du tra- 
vail forcé de la sécrétion spermatique, une inflammation 
chronique qui avait bien pu dégénérer en cancer. 

Il faut en pareille occurrence, je le répète, que le méde- 
cin ne s'abandonne è aucune faiblesse, à aucune condescen- 
dance; il ne doit point, comme dans quelques occasions que 
j*ai eu soin de spécifier, user de ruse; la ruse est ici fu- 
neste, parce qu'elle fortifie la croyance du malade en des 



ff 



380 IMHJI88A1ICI COMttCUriYB 

lésioiM profondes et presque inaccessibles au reisonites 
de l'art. 

D'ailleurs, quand son eiïroi ne lui a pas créé des images 
trop sombreji, le malade ne tarde pas k revenir de son er- 
reur, et la conGance la plus entière rentre en son âme au 
plus petit retour de la force virile. 
' Pour obtenir ce résultat, la première condition est de 
soustraire le sens génital aui excitations amoureuses ; tout 
ce qui peut éveiller les désirs vénériens, moralement ou 
physiquement, sera éloigné, et Ton respectera avec un soin 
égal la quiétude de Tâme et le repos des organes. 

Concurremment avec ce calme général, et comme pour 
forcer la nature à en sortir elle-même sans le secours 
d'excilants venus du dehors, une nourriture fortiBante, ana- 
leptique, sera employée, et Ton se trouvera bien de l'usage 
des gelées de viamie ou de voloillcs nromalisées avec des 
épices, du chocolat à la vanille, du sagou, du salep assai- 
sonnés avec le vin, la cannelle, la muscade, les clous de 
girofle, clc, des rôties au sucre ou au vin, etc., etc. Des 
promenades à la campagne, surtout à cheval ou en voiture, 
compléteront cette hygiène, qui suflit, dans la mojorilédes 
cas, pour rendre au malade toute sa vigueur première. 

Cependant, si ces moyens étaient insuffisants, et qu'il 
fallût recourir à une médication plus active, on commence- 
rait par odministrer, en guise de tisane, une décoction de 
bois de quinquina, a la dose d'un verre par jour, pris en 
deux ou trois fois. 

Enfin, s'il était nécessaire d'agir d'une monière plus 
énergique encore, on pourrait a\oir recours i l'ocide for- 
miquc, au phosphore et mémo aux canlharides, soit k l'in- 
térieur, soit en frictions sur le périnée et In base de la 
verge. Mais, je le répète, cette impuissance sans altération 



A UN ÉTAT PATUOGÉNIQDB. 381 

générale, «ans lésions anatomiques, et produite seulement 
par quelques excès vénériens, est essentiellement passagère 
et réclame rarement une médication active. 

Il n'en est pas ainsi de celle qui, découlant de la même 
source, s'accompagne du dépérissement de Torganisme 
et semble être une conséquence fatale de l'anéantissement 
qui frappe toutes les fonctions ; c'est qu'en effet l'impuis- 
sance, dans ce cas, est autant le résultat de l'alTaiblissement 
général que de la fatigue des organes génitaux, et l'on peut 
dire que si son point de départ est dans les excès véné- 
riens, elle est entretenue et singulièrement aggravée par 
l'état déplorable de l'économie tout entière. 

Par suite de l'insuffisance de nutrition dépendant, soit 
d'un état morbide de l'estomac ou des vaisseaux absor- 
bants, soit d'un alanguissement de la force vitale elle-même, 
le sang s'appauvrit, et dans beaucoup de circonstances tous 
les phénomènes de la chlorose se montrent; ceux dont le 
système nerveux est le siège offrent parfois une acuité et une 
persistance qui font le désespoir du malade, et il en doit 
être nécessairement ainsi, puisque le coït, dont les excès 
sont la cause première de tous ces désordres, porte sur ce 
système une action profonde et en quelque sorte spéciale. 

Mais cette action, ainsi que celle de l'appauvrissement 
général, se limitent assez souvent aux fonctions organiques 
du système nerveux, et laissent dans leur intégrité les fa- 
cultés intellectuelles et affectives. Aussi n'est-il pas rare de 
voir persister les attributs de l'esprit chez ceux-là même 
qu'une trop fréquente satisfaction des désirs vénériens a 
conduits au marasme et h l'impuissance. 

D'autres fois, les facultés intellectuelles et affectives ont 
été entraînées dans le naufrage des fonctions organiques, et 
seuls les désirs erotiques surnagent au milieu des débris 



8N imititAfici co!ittc8nirB 

moncelés autour d'eux. La position da malhooretit iiiai 
frappé est biiarre : la mémoire est toujoors plos oo moÎM 
profondément altérée ; Tème, châtrée de tout sentiment, 
languit dans rindiiïérence, et Torgane seinel, atteint dans 
sa force, ne peut plus réagir contre les excitations qnt le 
abIKcttent; aussi, dans cette absence des plus neUea attri» 
bnts de Thomme, les désirs vénériens ont qoelqne dioae 
da bestial qui, s'ils pouvaient être contentés, ravaleraient 
aetni qui les manifeste au niveau de la broie k l'époque 
do rot. L'irritabilité dans laquelle se troove le système ner- 
veux aiguillonne ces désira et change en véritable torture 
rimpossibiiité de les satisfaire. J'ai vu plosienrs da ees 
malheureux condamnés k fuir le monde, k s'éloigner da la 
société des femmes el k rechercher une solitude où ils pas- 
sent tout k leur aise maudire leur fatale destinée. L'un 
d'eux, entre autres, qui m'aurait convaincu, si je n'avais 
eu déjà cette certitude, de rexistcnce de l'hystérie rhei 
l'homme, portait des regards de convoitise 5ur toutes les 
femmes, laides ou jolies, qu'il rencontrait, et il lui était 
impossible de fixer dans ses souvenirs l'image de l'une 
d'elles. J'allai avec lui au\ Tuileries un jour où la mode 
fait de ce jardin public un lieu de réunion pour les femmes 
élégantes de Paris, et, pendant une heure ù peu près que 
nous y restâmes, il éprouva des désirs constamment nou- 
veaux : il lui semblait toujours \oir pour la première fois 
las persoimes devant lesquelles nous avions passé k plusieurs 
reprises et sur lesquelles j'avais attiré son attention dès 
notre entrée dans le jardin. L'émolion ne se prolongeait 
jamais au delà de la sensation; l'impression produite par une 
fcmme s'eiïaçait presque instantanément par la vue d'one 
autre femme, et sa mémoire perdait le souvenir de celle-ci 
i la rencontre d'une nouvelle. Cette mobilité d'impraaaioat 



A UN ÉTAT PATHOGtNIQOB. 388 

faisait le désespoir du malade et le força enfin à se retirer 
à une campagne qu'il possédait dans le déparlement de 
l'Oise, et dont la solitude, en lui permettant l'observation 
rigoureuse d'un traitement, le rendit bientôt au monde de 
Paris, auquel rattachaient sa fortune et sa position sociale. 

Dans d'autres circonstances enfin, les désirs vénériens 
ont subi la destinée de la force virile, et comme elle se sont 
noyés dans les excès de la luxure et du coït. L'homme n'est 
plus alors que l'ombre de lui-même ; automate animé par 
un reste de vitalité, il n'ouvre ni son esprit, ni son àme, ni 
ses sens à ce que la nature a de plus sympathique, à ce que 
la femme a de plus séduisant. C'est à lui que peuvent s'ap- 
pliquer, sans parabole, ces paroles de TËcriture : Oculoê 
habet et non vidity aures habet et non andiit, etc. 

Quels que soient les phénomènes qui, du côté du 
moral, accompagnent les actions vitales résultant d'excès 
vénériens, la première et la plus importante indication à 
remplir est la réparation des pertes éprouvées par l'éco- 
nomie; ce résultat n'est pas toujours facile h atteindre^ 
surtout au début de la médication, parce que l'excessive 
irritabilité de Testomac ne permet pas de recourir à une 
alimentation franchement analeptique. Il faut ordinairement 
commencer par un régime lacté et n'arriver que progres- 
sivement à une nourriture tout h la fois plus substantielle 
et plus excitante. 

Tissot recommande de faire prendre au malade du lait 
froid coupé avec l'eau de Spa : '< Un grand avantage, dit-il, 
des eaux de Spa et du quinquina, c'est que leur usage fait 
passer le lait. M. de la Mettrie nous a conservé une belle 
observation de M. Boerhaave. Ce duc aimable^ je traduis 
mot à mot, s'était mis hors du mariage ^ je l'ai remis 
dedans par Vxksage des eaux de Spa avec le lait. {AfM^ 



S8& JMMIMAIICK GOmACUflVI 

Mis iUe dua> $e poiueral eœtra matrimonhÊMs ego iUiÊm 
repatui intra (I ). » (Supplément à l'ouvrage du PéMof^^ 
rh. I, !;▼. XXXV.) 

C'est dans les circonstances qui nous occupent que les 
anciens auteurs recommandaient de faire coucher le malade 
avec une personne saine et à vitalité eiubérante, et de le 
nourrir avec du lait de femme. J'ai, dans un autre cha- 
pitre (2)« suffisamment fait ressortir l'inanité de ce premier 
mojren, et le danger et l'immoralité do second, pour qu'il 
soit inutile d'y revenir ici. 

La médecine, grâce au ciel ! poMède asses de ressources 
pour ne pas regretter de semblables cipédients, et elle a, 
dans le quinquina, les toniques et les ferrugineui» des armes 
puissantes, si elle sait les manier avec prudence et avec 
fermeté. « Un homme, dit do Lignac, s'était tellement 
épuisé a\ec une courtisane, qu'il était incapable d'aucun 
acte de virilité; son estomac était aussi extrêmement affai- 
bli, et le manque de nutrition et de sommeil l'avait réduit 
à une grande maigreur. Voici la méthode qu'employa 
M. Tissot pour procéder h la curation de cette impuis- 
sance: A six heures du matin, le malade prenait six onces 
(180 grammes) de décoction de quinquina, à laquelle on 
ajoutait une cuillerée de vin de Cunaric; une heure aprèis, 
il prenait dix onces de lait de chèvre qu'on v«:nait Je tirer, 
auquel on ajoutait un peu de sucre et une once d'eau de 
fleur d'oranger. Il dhiait d'un poulet râti, froid, de pain et 
d'un verre d'excellent vin de Bourgogne avec autant d'eau. 
A six heures du soir, il prenait une seconde dose de quin- 
quina; à six heures et demie, il enirait dons un bain froid, 
dans lequel il restait dix minutes, et au sortir duquel il en- 

(4) ùnaniême, art. 111, sect. x, p. fOS, Y édii. Ljuzanne, 4765. 
(t) Voyez la page 955 . 



A UN ÉTAT PATIIOGÊNIQUE. 385 

trait dans son lit. A huit heures, il reprenait la même quan- 
tité de lait; il se levait depuis neuf heures jusqu'à dix. Tel 
fut Teffet de ces remèdes, dit M. Tissot, qu'au bout de 
hait jours, il me cria avec beaucoup de joie, quand j'entrai 
dans sa chambre, qu'il avait recouvré le signe extérieur de 
la virilité^ pour me servir de l'expression de M. deBuiïon. 
Aq bout d'un mois, il avait presque entièrement repris ses 
anciennes forces (1). » 

Grftce aux progrès que la chimie a fait faire a la phar- 
macie, la médecine dispose aujourd'hui de préparations fer- 
rugineuses facilement supportables et qui sont bien plus 
singulièrement actives que le quinquina ou le vin de Ca- 
narie. Cependant je me suis toujours loué d'avoir commencé 
la médication en mettant pendant quinze jours le malade à 
la décoction de quinquina et au mélange du lait froid et de 
l'eau de Spa. Cette dernière peut sans inconvénient être 
remplacée par tout autre eau ferrugineuse, comme celle 
de Forges ou de Passy, par exemple. 

Mais dès que l'estomac peut supporter des préparations 
de fer plus actrves, il faut se hâter de les faire prendre au 
malade; les pilules de Yallet, celles de Blaud et te lactate 
de fer de Gelis et Conté m'ont, dans de semblables circon- 
stances, rendu des services qui me les font considérer 
comme indispensables dans la thérapeutique des affections 
que j'examine. 

L'alimentation, tout à la fois nourrissante et légèrement 
excitante, facilitée par un exercice modéré et pris à la cam- 
pagne, devra seconder l'action du quinquina et du fer. 

Ces moyens, joints à la privation totale des plaisirs vé- 
nériens , suffisent , dans la majorité des cas, pour réparer 



(I) De Vhomme et de la femme^ etc., t. I, p. 306. 

25 



J 



M6 ivoiMâMi Gomtcmfi 

l«t déiordret généraoi et locau prodctti par les eieèt 4e 
Tamour. Mais rimpoissauoe est de tons les accideiits le der- 
nier 4 disparaître ; coinine dans révolotton ph jsîologiqQe, le 
seos génital n'entre en eserdce qu'après raoqnisitiee d'une 
soifisante énergie par toates les antres parties de Técoiie- 
mie. Les bains froids de rivière et sortent 4e mer, les la- 
liens froides snr les lombest le périnée et l'appereil génital, 
hâteront singulièrement le réveil de celtti-d ; qnelqnelbist 
nMÎs bien rarement, qoand la réparation générale a été snf- 
iaante, il est nécessaire de recourir k des eidtanls lecani 
pins énergiques : les frictions sèches on aroroatiqne s , le 
masMge, et« au besoin, la flagellation, pourront rendre 
quelques services; plus rarement encore, on aura recours 
aut cantharides, dont l'action sur la tessie serait ki plus 
nuisible qu'utile. 

Les agents ou moyens e&citateurs ne seront mis en usage 
qu'avec la plus grande circonspection ; ils ne seraient pas 
sans une iiillucnce fâcheuse sur un système qui a été le 
tliéàtre de désordres quelquefois très graves. 

Quant à Ia médication morale ncitante, qu'il faut appeler 
à son aide quand le retour des désirs vénériens se lait trop 
longtemps attendre, je l'ai suffisamment eiposée dans plu- 
lîeurs parties <le cet ouvrage, pour quil soit fastidieux d'y 
revenir ici. 

6. Impuissance par excès vénériens avec lésions onalo- 
miquês locales. — Je n'ai point à décrire toutes les lésions 
«natomiques qu'impriment à ra|»pareil génital les excès véné- 
riens ; parmi ces lésions, les unes n'ont aucune influence sur 
l^énergie virile, et les autres aflectentplutét la fécondité que 
le puissance, et n'agissent que secondairement sur cette der- 
nière, après avoir altéré les fonctions des testicules, comme, 
|ar exemple, le cancer de ces orgaues ou le varicocèle. 



A LN ÉTAT PATUOGÉNIQUB. â87 

Les premières, étrangères ù mon sujeî, ne doivenl point 
trouver ici de place; les secondes, naturellement désignées 
pour une aulre partie de cet ouvrage, entreront dans le 
cadre de la stérilité, car leur étude , enfermée jdans les limites 
de l'impuissance, serait nécessairement incomplète et fe- 
rait en même temps un double emploi. 

Cependant je m'arrêterai à une lésion qui, si elle affecte 
généralement la faculté reproductrice, ne laisse jamais intacte 
la force copulatrice ; c'est la lésion des vésicules séminales 
et des canaux éjaculateurs qui donne naissance aux pertes 
séminales, ou spermatorrhée. 

L'exception, que je fais en faveur de cette maladie en la 
décrivant ici, se justifie par ce que je viens de dire : que si, 
arrivée à un certain degré, elle est une cause certaine 
d'impuissance, elle n'entraîne pas toujours la stérilité, 
comme on peut s'en convaincre en examinant au micros- 
cope, le sperme de certains tabescenis qui ne présentent 
également rien d'anormal du c6té des glandes spermatiques. 

Mais alors s'élève une autre question qui appellera ail- 
leurs toute mon attention, et que je ne veux qu'indiquer 
présentement, afin de légitimer tout a fait la place que 
j'accorde ici à la spermatorrhée. L'éjaculation sperma- 
tique, si difficile et le plus souvent impossible chez les indi- 
vidusatteints de pertes séminales, constituant, chez l'homme, 
une des conditions de la faculté fécondante , il semble que 
son absence doive être une cause positive de stérilité. Sans 
doute, à première vue, et en ne jugeant que par la théorie, 
les choses paraissent devoir se passer ainsi ; mais lorsqu'on 
se rappelle les expériences de Spallanzani et que l'on veut 
consulter les archives de la science, on reste convaincu que 
si l'éjaculation est une des conditions normales de la faculté 
fécondante chez l'homme, elle n'en est point une condition 



A UN ÉTAT PATHOGÉNIQUE. 389 

considérée que comme une cause éloignée et plus ou moins 
certaine d'impuissance; dans le second cas, au contraire, 
raiïectioQ est complètement de notre domaine, puisqu'elle 
est suivie de l'abolition d'une ou de plusieurs circonstances 
nécessaires à l'acte copulateur. 

Ces deux états se rencontrent en eiïet, et il existe entre 
eux un tel lien de parenté que, assez généralement, l'un est 
amené par l'autre. 

J'appellerai polliUioi\ la perte de semence qui s'accom- 
pagne de l'orgasme vénérien; et je réserverai le nom de 
spermatorrhée aux pertes séminales qui ne sont sollicitées 
par aucun désir vénérien, qui ne sont pas précédées de 
l'érection de la verge, et qui ne provoquent aucune sensa- 
tion voluptueuse. 

L'impuissance ne coexiste pas toujours avec la pollution; 
elle est au contraire un attribut constant de la spermatorrhée. 

Pollutions. — La pollution, que je vais d'abord examiner 
pour revenir tout à l'heure h la spermatorrhée, doit néces- 
sairement, pour constituer un état pathologique, se produire 
en dehors de la volonté et des excitations naturelles du 
génésique. 

Eu égard u cette double condition, les pollutions ont été 
distinguées en nocturnes et diurnes, comme s'il était pos- 
sible de limiter exactement ce qui appartient aux excitants 
internes, et ce qui revient aux excitants physiques. 

Je m'explique. 

Pendant le sommeil et précédant la pollution nocturne, 
il se produit, tantAt des rêves lascifs, tantôt des tableaux 
hideux, des images repoussantes, tantôt enGn il n'existe 
aucun rêve, il ne se dessine aucun spectacle. — Du côté 
du corps, la choleur du lit, la position horizontale, et sur- 
tout sur le dos, qui appelle une sorte de Quxiou sur Textré- 



A UN ÉTAT PATHOGAnIQOE. 391 

8oit des conduits éjacolateurs, soit même du col de la vessie, 
à ce point que la plus légère eiritation détermine inconti- 
nent la sortie du sperme, — c'est la goutte d'eau qui Tait 
déborder le vase, — mais dans ces circonstances, qui tien- 
nent évidemment à un état morbide local, la rapidité de 
i'éjaculation ne saurait constituer une pollution, puisque 
j'ai établi que cette dernière n*existait qu'en l'absence de la 
volonté . 

A ceux qui nient la réalité de la pollution diurne, il 
faut répondre par des faits. Le satyriasis est Texpression la 
plus haute de cet état, et malgré les restrictions que j'ai faites 
ailleurs (1) sur cette maladie, on me permettra de citer 
l'exemple suivant : <x Un jeune homme de vingt ans, d'une 
complexion primitivement forte, presque athlétique, mais 
affaibli par les excès dont je vais donner l'histoire, s'était, 
depuis Tàge de quinze à dix-huit ans, livré à cet acte des- 
tructeur dont Tissot a si bien décrit les dangers.. Il s'y livrait 
de préférence dans le bain, et avait quelquefois porté le 
nombre des pollutions jusqu'à quinze dans un seul jour. 
Des excès aussi multipliés afTaiblirent sa constitution, por- 
tèrent atteinte à la force de son intelligence et du trouble 
dans sa mémoire. D'après les avis de quelques personnes 
prudentes, ce jeune homme renonça à cette funeste habi- 
tude, et, depuis deux ans, il vivait dans la continence la 
plus exemplaire. Sa constitution s'était ralTermie ; la mé- 
moire et les autres facultés mentales avaient repris leur 
ancienne vigueur. Ses parents, qui le destinaient au com- 
merce, le placèrent chez un négociant : il se livrait h sea 
nouvelles occupations avec tout le zèle et l'activité que 
comportaient et son Age et sa constitution robuste. Chéri 

(4) Voyez la page 260. 



80$ mrvMsjiHCK coNKftntiTiVK 

de ce négociant et du sa f<-mtnc, dont il n^ceToit (ous l« 
jours if<-« tètnoi!:nef;es li'amiti^, il s'obaia sur \e f;enrc 
4'«llKli«atrnt <{ue lu reiiimc avait puur lui, et s'ima^îiiu dVii 
èlra t«»ilreaictit aimé^ de mit côté, il la pajail iJ'un (etidrc 
ffCtoV. FUvé entre la crainte de violer la dooirs de h rc- 
nmïnaicc, ci le désir de posséder celte femme i[ui n'était 
cvpeodaot ni jeune ni jolie, su siluatiun devint de jour va 
jour plus pénible et plus cmbarrassaiilc, Quand par hasard 
elle jct.iii un coup d'œil sur lui, il entrait en érection H ne 
tarJaitpas à éjaeuler ; la nuit, il ovuit des polluirons Tré- 
qwntes, etc., etc. (1). » 

J'ai connu un ji-une bumine à peu prh dans la poMlion 

de celui dont on vient du lire l'histoire. Après dca cic^ 

de mnsturbaliun, qui avaient cessé depuis assez lon(;tenip5, 

,Ai-bwt mois environ, ce jeune homme devint éperdument 

«Mnreax d'one demoiselle. Toutes les Tois <{u'il se Irou- 

mH es sa présence ou que ion image se présentait à son 

4lfrit« il entrait en érection, el alors le moindre contact 

|«r II férge déterminait l'éjaculalion. 11 était obligé de 

1er immobile pour empfecher le rroiteraent de son pan- 

ta OD de sa chemise ; il lui est même arrivé d'avoir sa 

le séminale en loachaut seulement la main de la )ter- 

M aimée. 

|l«e cet état tienne à tine surexcitation de tout le sys- 
i nerveox ou simplement des organes génitani, il le 
t admettre comme l'eipressiou d'nne sitoalion anormale 
a'est certes pas l'impuissance, mais qui peut en être 
rdéa comme une cause plus ou moins prochaine ou 
I ou moins éloignée. 

•pendant, il est à remarquer que les personnes atteinles 
pollutions, suit nocturnes, soit diurnes, perdent une 
1] Dktivutain dn ttknett wMkaItt, art. Smatâm, I'.' L, p. SS. 



A UN ÉTAT PATH06ÉNIQUB. 393 

partie de leur empire sur le sens génital, c'est-à-dire que 
celui-ci se montre plus facilement réfractaire que dans l'état 
normal aux ordres de la volonté ; on dirait que l'organe 
générateur tend à perdre l'habitude de cette obéissance pour 
subir rinfluence d'excitateurs anormaux. Ce commence- 
ment de révolte de l'appareil copulateur contre la volonté 
passe très souvent inaperçu, ou est expliqué et justiGé aux 
yeux du malade par les pollutions qui le fatiguent; c'est 
une nuance dans le degré de. l'énergie virile dont le méde- 
cin doit tenir compte, car cet état est toujours l'indice d'un 
mal plus grave, et, s'il n'annonce pas constamment la sper- 
matorrhée, il promet à coup sûr, si les passions se perpé- 
tuent, un affaiblissement génital plus ou moins prochain. 

Il y a donc nécessité de combattre les pollutions, non 
pas tant pour le dommage dont elles chargent le présent 
que pour les dangers dont elles menacent l'avenir. 

D'après ce que j'ai dit jusqu'à présent des pollutions noc- 
turnes et diurnes, on doit admettre qu'elles sont sous la 
dépendance, soit d'une surexcitation nerveuse générale ou 
locale, soit d'une irritation phlegmasique de l'appareil 
séminal. 

La médication, on le comprend, sauf quelques pré- 
ceptes généraux, tels qu'abstention de coït et d'onanisme, 
éloignement de tout motif d'excitation, soit morale, soit 
physique, etc., se conformera à la nature propre de l'affec- 
tion. 

Dans le premier cas, les opiacés, les antispasmodiques, 
surtout le camphre, les bains chauds, généraux ou lo- 
caux, etc., occuperont une place importante. Si la pauvneté 
du sang ou le délabrement de la constitution entretenaient 
la susceptibilité nerveuse, on aurait recours, outre le régime 
approprié, aux ferrugineux, au quinquina, au lupulin, qui 



Ml urmiAiics coi 

joint, selon M. Zambaco, à son aclion sédatifo aor laa ot^ 

gaiias géniUiQi, uoe aciioo tooifianle non BMÎna rtawr^ 

qiiable(l)« 

Dans la cas d'irrilaiioa phlcgmasiqua locale, on fionl 
avec avantage recourir ani antipUogistiqaea loeani, anr^ 
tout quand Je malade accuse de la pesantenr an |iérinée, 
one sorte de cuisson ou de gène pendant on après rènmsîoo 
de Turine, et on sentiment de chaleur dana la portion 
prostatique de Turètre aprèii réjacnlation spçrmatiqoe. Si 
la phlegmasie était à ce point légère qu'elle ne se manifestât 
par aucun des symptèmes dont je viens de parleri on reti- 
rerait un plus grand avantage du bain local froid qne dMnd« 
d'applications toniques eitemes que de la eautériaation de 
la prostate. 

Mais, jo le répète, la continence morale et physique, 
secondée par une hygiène et un régime convenables, est le 
moyen le plus puissant à opposer au\ pollutions, qui, dans 
la majorité des cas, ne réclament pas les secours de la ma- 
tière médicale. 

Spermatorrhée. — Cette aiïection a eu le sort de beau- 
coup d'autres, qui, après avoir été admises dès la plus haute 
antiquité, ont été révoquées en doute et même niées par 
ceux-là même qui étaient les mieux placés pour les décrire. 
Hippocrate, avec cet esprit observateur qui a fait le déses- 
poir de tous ceux qui l'ont sui\i, mentionne les sym- 
ptômes principaux de celte maladie. » Elle attaqut*, dit-il, 
principalement les nouveaux mariés et les gens adonnés aux 
plaisirs vénériens; ils sont sans lièvre, ont bon appétit et 
maigrissent. Si vous les interroges, ils répondent que des 
espèces de fourmis leur semblent descendre de la tète le 
long du rachis; après la miction ou la défécation, ils ren* 

(I) B^lleHn d» îhérapeuti^UÊ, 4S54. t XLVII, p. 464. 



A im ÉTAT PATBMillIQim. 396 

dent do sperme abondant et aqueux ; iU n'engendrent paa, 
ils ont des pollutions nocturnes, soit qu'ils couchent ou non 
avec une femme (1). » Celse n'est pas moins explicite 
qu'Hippocrate : Est etiam, dit-il à son tour, eirca naturalia 
viHum^ guod sine venere, sine nocturrUs imaginibus sic 
fertur^ ut, irUerposito spatio^ tabe hominem consumcU (2)« 

Toute la symptomatologie de la speraiatorrhée est con- 
tenue dans la phrase d'Hippocrate et dans celle de Celse, et 
Ton a droit de s'étonner qu'après des témoignages si expln 
cites et des autorités si compétentes, il faille arriver jusqu'am 
XYU* siècle pour retrouver quelque trace de cette affection 
dans les auteurs, même les plus estimés. Tauvry (&) fait 
la même observation qu'Hippocrate , et Morgagni (&), tout 
en reconnaissant, comme Celse, que chez les hommes affai- 
blis par la débauche, le sperme peut s'écouler sans plaisir, 
sans excitation vénérienne, ainsi qu'il arrive par l'effet d'un 
lavement trop chaud ou par l'excrétion de matières fécales 
endurcies, remarque que le liquide de l'écoulement vient 
tantôt de la prostate et tantôt des vésicules séminales, et 
commence ainsi une confusion que n'ont même pas encore 
entièrement dissipée aujourd'hui les recherches de Wich* 
mann, de son traducteur, Sainte-Marie, et celles surtout 
de M. Lallemand. 

Dans sa dissertation, imprimée en 1782 à GœttingeDi 
Wichmann (5) s'attache d'abord à distinguer la pollution 

(4) OEuvres d'Hippocrate, trad. par Litiré, Paris, 4 851, t. VU; 
Des maladies, liv. II, p. 79. 

(3) De medicmA, lib. lY, sec. xxi. Edîtio nova, corantibus Fooqutar 
ei Ralier, Parisiis, 4823, p. 475. 

(3) Nouvelle anatomie raisonnée, 4 693, p. 464. 

(4) De causis et sedib, mor6., epist. 44, art. 4 6. 

(5) De pollutione diumd frequenti, sed rarius observatd, tabesomUm 
causA, in-8. 



M la pollotioo BoctarM (I)» et établît eoMita les 
camdiffts JiÉhftifili de la pollutioii diurne et de toat lei 
aatm écodeaMSts qoe Toa eonibndait aior» ioos le bobi 
Mann^ve #e faMfTM0. 

La pollatia a diarne, oa ce qoe ron désigne anjourdlmi 
la aaai de speimstorrhée, a lieu dans Tétat de veille, 
atolalaoa et sans désirs vénériens, sans érection, sans 
plakir et en l'absence de toute action d'agents aphrodi- 
aiafuca; de plus, ajoute Widimann, dans la pollution 
Ame, les naïades ne perdent pas sans cesse leur semence 
par une eicrétion continuelle de cette liqueur, comme les 
fcnmes sujettes à la leucorrhée; mais ils l'éjacalent tonte 
k la fois et en une seule fois, et c'est cetto circonstance qui 
a bit donner à cette maladie le nom de polhêHon, Comme 
Hippocrate et Celse, Wichmann a soin de mentionner que 
la perte diurne du itperme se produit surtout à la fin de 
rémission des urines et à la suite des eiïorts de la déré* 
cation. 

Certes, à ces caractères, il est facile de distinguer la pol- 
lution diurne de l'écoulement spermatique qui se produit k 
la suite d'entretiens libidineux ou par certains attouche- 
ments, et d'autres écoulements de diverses natures qui se 
font goutte i goutte et d'une manière continue. Cependant 
Swedinur, qui connaissait pourtant le travail do médecin de 
Hanovre, retombe dans la confusion que ce travail avait 
principnlement pour but de faire cesser. « La blennorrhée 
de la prostate, dit-il, est un écoulement morbifique du mucus 
de cette glande, ou de la liqueur des vésicules séminales, 
principalement pendant le jour, sans désir vénérien. Cette 
maladie est bientôt suivie d'une faiblesse ou débilité géné- 

' (I) L'étal morbide quo noiis avons désigné par lo mot de iperma^ 
torrhée est exprimé dans Wicbmaon par celui de pollution diurne. 



A IN ÉTAT PATHOGÉNIQUB. 397 

raie; cet épuiscmcnl est accompagné d*uiie émaciation uni- 
verselle du corps, et mène par degrés à la mort, si le ma- 
lade a diiïéréy comme cela n'arrive que trop souvent, à 
consulter un médecin éclairé, ou que les moyens propres 
n'y ont pas été employés à temps 

» La vraie ou véritable gonorrhée [gonorrhœa proprie 
sic dicia) est \3}\e émission de la semence ou de la liqueur 
spermatique contre nature, fréquente, alTaiblissante, avec 
une sensation voluptueuse {liquoris seminalis ejectio fre- 
quens^ libidinosa^ involufUariaj debiliUms) ; on comprend 
généralement sous ce genre les pollutions nocturnes ou 
diurnes accompagnées d'une sensation libidineuse (1). 

» Il y a une autre espèce . de cette maladie : c'est un 
écoulement de la liqueur séminale contre nature, fréquent, 
diurne, affaiblissant, sans érection de la verge, ni désir véné- 
rien. Le docteur J. E. Wichmann, h Hanovre, est le seul 
auteur qui ait bien traité ce sujet dans un petit ouvrage : De 
poUtUione diumâ, 1782(2).» 

En laissant de côté ce que Swediaur appelle la véritable 
gonorrhée, et qui correspond à ce que j'ai désigné sous le 
nom de pollution, on se demande en quoi diffèrent, au point 
de vue des symptAmes, sa blennorrbée de la prostate et la 
pollution diurne de Wichmann. 

Cullerier, qui nomme gonorrhée toute sortie de l'humeur 
spermatique hors de l'économie^ admet deux espèces de 
gonorrhées pathologiques : l'une qui se produit pendant les 
efforts de la défécation chez les personnes ordinairement 
constipées, et qui disparait avec la constipation ; et l'autre 
qui ressemble assez à la pollution diurne de Wichmann, 

(4) Voyez Tissot, Traité de V onanisme. 

(2) Traité complet des maladies syphili tiques ^ 1798, t. I, p. M 6 
elH7. 



886 UMMMAIICB GORttCim?! 

m ee n'est qae par les progrès de la niafadie« réconleinent 
auquel s'est jointe riinroeur prostatique /hit par devenir 
eantmud ; mais ee n'eit plus gu'une lymphe sans eotisû* 
tanee qui s'échappe du méat urinaire (i ) • 

Telles étaient, d'une manière générale, les données de 
ta adence anr ce svjet, quand M. Laliemand fitconnaftre le 
résultat de ses recherches (3), et jeta sur œtte matière un 
jour nouveau et plus brillant. 

L'illustre professeur de Montpellier éoumère d'une ma* 
mère plus précise qu*on ne ravait fait avant lui, les causes 
multiples qui donnent naissance à la sortie involontaire du 
sperme; parmi ces causes, il place en première ligne la 
Uennorrhagie, et l'on s'étonne qu'il ait réservé pour le 
second rang les eicès de masturbation, surtout quand on 
connaît l'oiplication qu'il donne de leur mode d'action. 

Selon M. Laliemand, la masturbation fait naître, en rai- 
son de sa fréquence, dans les organes séminaui, un état de 
phlogose <|ui détermine la spormatorrhée. Cette opinion est 
acceptable, mais è la condition qu'elle ne sera pas prise 
d'une manière absolue, et que Ton accordera que dans des 
cas moins rares qu'on ne croit , la spcrmatorrbée n'est 
en aucune façon liée è un état pbicgmasique des organes 
génitaui. 

Sans doute, les excès vénériens occasionnent des urétrites, 
des orcbites, des inOammations du canal déférent, et l'on 
comprend très bien que la fréquence et laltération de la sé- 
crétion séminale et l'émission involontaire de son produit 
soient le principal, sinon le seul symptàme de la phlegmasie 
chronique du testicule et de son appareil excréteur. 

(4 ) Dictionnairf dei scimccê médkaleê , art. GoroubAb, t. XIX, 
p. 4 et 6. 
(S) Dti perteê iéminalti involonlatr^i, Paris, 4 836-4 S42, 3 vol. iù4. 



A UN ÉTAT PATH06ÉN1QUB. 399 

Mais en dehors de ces altérations, dont il est aujourd'hui 
im|K>ssible de contester la réalité, ne conçoit-on pas que 
les excès dont nous parlons aient pu porter leur action d'une 
manière plus exclusive sur le système nerveux génital, et 
l'aient frappé d'atonie par la fatigue et les pertes qu'ils lui 
ont imposées ? 

L'observation journalière et rigoureuse des faits répond 
par l'affirmative. 

Sons le rapport de la symptomatologie, toutes les sper- 
matorrhées ne s'accompagnent pas au début de ce sentiment 
de souffrance, de cuisson, qui, avec le sperme sanguino- 
lent, dénote l'eiistence d'un point phlegmasique. 

Sous le rapport du traitement, les moyens nombreux, 
qui tous comptent des succès, donnent un démenti formel 
è l'opinion exclusive que je combats, et le galvanisme dont 
M. {^allemand lui-même a eu à se louer dans un grand 
nombre de circonstances, me semble militer en faveur de 
l'opinion que je défends. 

La distinction que je m'attache à établir n a pas un bat 
parement spéculatif; elle a une portée pratique dont on sen« 
tira tout à l'heure I importance, alors que je formulerai les 
bases du traitement. 

Entre-temps, je me crois autorisé è admettre deux sortes 
de spermatorrhées : 

t* La spermatorrhée avec phlegmasie aiguë ou chro- 
nique des vésicules séminales; 

S"* La spermatorrhée avec simple atonie nerveuse de 
l'appareil génital. 

Il n'est pas toujours facile, surtout à une époque éloignée 
du début de la maladie, de distinguer Tune de l'autre ces 
deux variétés de la spermatorrhée ; cependant, en interro- 
geant le malade avec soin, en fixant ses souvenirs sur lei 



400 iimnttAiici comicuTivi 

eircoiistances qui ont précédé et qui ont accompagné let 
premiers symptéroes de raflectiooi il est possible d'arriter 
à an diagnostic à peu près certain. 

Quand une phlegmasie est le point de départ de la aper- 
matorrhéei le coït, alors qu'il est encore possible, s'ac- 
complit avec rapidité, c'est-à-dire que l'éjaculatioD ne 
se fait pas attendre longtemps; celle-ci s'accompagne d'un 
sentiment de chaleur, de cuisson même du cAté de la 
prostate, et le sperme peut présenter quelques stries san- 
guinolentes. 

Dans la spermatorrhée atonique, au contraire, l'appa- 
reil génital semble frappé d'une espèce de langueur qui 
n'est pas encore l'impuissance, mais qui eiige, pour être 
secouée, l'intervention très énergique de l'imagination. 
L'éjaculation, lente à se produire, n'occasionne aucune dou- 
leur et ne présente jamais un sperme sanguinolent. 

Des pollutions, d'nbord nocturnes et ensuite diurnes, 
précèdent presque toujours la spermatorrhée phlegmasique ; 
assez généralement ces pollutions font défaut è la sperma- 
torrhée atonique, qui se décèle progressivement par Taffai- 
blissement de plus on plus prononcé de l'énergie virile. 

Souvent des lésions plus ou moins graves de la prostate, 
des canaux éjaculateurs, des vésicules séminales ou de tout 
autre organe de l'appareil spermatique, accompagnent la 
spermatorrhée phlegmasique ; alors des matières morbides, 
telles que du pus, du sang décomposé, etc., se trouvent 
mêlés au sperme et ne laissent aucun doute sur la nature de 
l'aflection. 

Ce signe est d'autant plus important à noter que dans 
la spermatorrhée atonique, le produit de l'écoulement a 
perdu la consistance et l'opacité normales du sperme, et 
n'offre plus que Tapparonce d'une sérosité à peine Blante, 



A UN ÉTAT PATHOGÉNIQOB. ftOl 

et qoe, dans Tun et l'autre cas, i'ëmission de la semence et 
celle de Torine ne déterminent ni cuisson ni douleur. 

Tels sont les traits particuliers que je crois séparer les deux 
variétés de spermatorrhée, lesquelles ont d'ailleurs des ca- 
ractères communs qu'il ne m'appartient point d'eiposer ici. 
J'ai dû m'arrèler un instant aui principaux caractères qui 
les distinguent, parce qu'ils déterminent la nature du trai- 
tement a opposer à l'impuissance. 

Sans la séparation que je viens d'établir, et sur laquelle, 
je le répète, j'appelle sérieusement l'attention des proticiens, 
il est impossible de s'expliquer les succès que l'on retire 
des médications les plus opposées, et qui conduisent, ainsi 
que j'en ai acquis la conviction par moi-même, h repousser 
tout traitement exclusif, malgré l'éloquent plaidoyer de 
M. Lallemand en faveur de la cautérisation. 

J'ai assczsouventporlélecaustiquedans le canal de l'urètre 
pour me croire le droit d'avoir une opinion propre, et je ne 
crains pas d'avancer que, si le nitrate d'argent guérit quel* 
quefois, il est dans beaucoup de circonstances non -seule- 
ment inutile, mais encore nuisible ; je l'ai vu, dans diverses 
occosions, augmenter les pertes et déterminer des accidents 
qui, pour n'avoir rien de grave, ne laissaient pas que de 
compliquer d'une manière fâcheuse la position déjà si triste 
du malade. 

Dans les cas où la cautérisation échouait, je réussissais 
tantôt avec les ferrugineux, tantôt avec la noix vomique, 
tantôt avec l'ergot de seigle, etc., etc. 

Bien évidemment, et il n'en saurait être différemment 
pour tout esprit non prévenu, cette diversité dans les résul- 
tats obtenus implique la variété dans la nature de l'aiïection, 
dont la connaissance exacte, je le répète, épargnera des 
tâtonnements au médecin et des souffrances au malade. 

sa 



AOS nrouMMS coiilannfB 

Si la fihlegmasie est aigoë, c'eit*4-dir« si PéjacalatiM 
esl douloareose et le sperme Mogaînolent, on ne pent hé» 
filer à reeonrir aux anlipblogittiqaes locaas, à moins que la 
bibleste du sujet n'en contredise formeliemeot l'emploi; 
les bains de siège chauds à Tean de son on 4e manfe» le 
reposv la position horizontale, le réginM laelé et l'éloigno* 
ment de toutes les excitations amoureuses, compléteront le 
traitement dont Tindication estasseï rare dans la pratique. 

Mais ce qui Test beaucoup moins, c'est la phlegmasîe 
chronique de l'appareil eicréteordo sporme qui, saufqneU 
ques circonstances exceptionnelles, n'exige ni les émissions 
sanguines ni les débilitants. C'est ici, surtout lorsque la 
phlogose s'accompagne de quelque ulcération ou de quelque 
désordre anatomique du verumontanum, que la cautérisation 
fait merveille. Sous ce rapport, M. Lallemand a rendu nn 
immen^p service h la f^cienre ot à riiumanité, car, il le faut 
bien reronnaitrc, avant lui, cVst-è-dire avant l'introduc* 
tion fie sa méthode dans lo thérapeutique , cette 5orte de 
spernintorrhée était souvent incurable, et les malheureux 
qu'elle atteignait, s'acheminaient lentement vers la tombp, 
à travers des souflrances et une faiblesse toujours crois- 
santes. 

Cependant la médecine n'était pas entièrement désarmée, 
et si elle triomphait moins fréquemment qu'aujourd'hui, elle 
ne succombait pas toujours. Ainsi, chez un malade à qui la 
cautérisation inspirait un ciïroi insurmontable, je suis par- 
venu SI arrêter les pertes et h déplacer la plilegmasie en 
entretenant, pendant quelque temps, un vésicatoire sur le 
périnée; chez un autre, le même résultat fut obtenu au 
moyen d'applications souvent renouvelées sur la même 
partie, de vessies remplies de glace, et par des lavements è 
l'eau froide. 



À tm ÉTAT PÀTBOGÉKIQUE. Ix0& 

Mais, je te répète, la ressource par excellence est la cau- 
térisation avec le nitrate d'argent, et c'est a elle que Ton 
devra constamment recourir, lorsque les appréhensions du 
naïade ne forceront pas è y renoncer. 

Ce moyen sera, au contraire, proscrit sévèrement dans la 
spermatorrhéc atonique, et remplacé par les Ioniques, les 
astringents et les eicilaleurs, tant extérieurement qu'inté- 
rieurement. 

J'ai assez souvent parlé de ces diverses médications 
pour^u'il soit inutile d'y revenir ici ; cependant je ne ter- 
minerai pas ces courles considérations sur la spermatorrhée 
sans dire que, dans cette seconde variété, j'ai retiré les 
plus grands avantages de l'ergot de seigle, soit seul, soit 
même associé à la noix vomique. Sans doute, cet agent a 
été employé avant moi dans dos cas pareils et avec un égal 
saccès, et je m'étonne de voir Al. Laticmand le rejeter 
comme inutile et quelquefois nuisible, à moins que le pro- 
fesseur de INIontpellier ne Tait expérimenté que dans la 
spermatorrhée phlegmasique. 

La formule dont je me sers d'ordinaire e>t la suivante : 

Poudre d'ergot do seigle 4 graçi. 

Conserve de roses q. s. 

On fait 10 pilules dont on commence à donner une ma- 
tin et soir, et dont on augmente le nombre jusqu'à ce qu'on 
soit arrivé à 5 par jour. 

Assez généralement je seconde l'action de ces pilules par 
une infusion de sommités d'absinthe, que je fais prendre en 
guise de tisane è la dose de deux ou trois verres par jour. 

La noix vomique, quand elle doii Être associée à Tcrgot 
de seigle, est dosée de manière à pouvoir administrer le 
même nombre de pilules. 



40& iiipviiiAiiCB coRstcirriTB. 

D*oprè!i les observations Faites par MM. Debout (1) et 
Zambaco (âf sur Taction tonifiante du lupulin (principe 
actif do houblon), on peut espérer retirer quelque avan- 
tage de l'emploi de ce médicament, malgré son action sé- 
dative sur les organes génitaux. 

Enfin, M. le docteur Duclos, de Tours» a préconisé dans 
ces derniers temps, contre la spermatorrbée avec impuis- 
sance, Vextrait alcoolique de la noix vomique^ de la ma- 
nière suivante (3) : 

Exlraitalcooliquedenoix vomiqoa Sgram. 

Diviser en 100 pilules è administrer comme il suit : 

Pendant cinq jours, i pilule tous les soirs. 

Les cinq jours suivants, 1 le matin, 2 le soir. 

Pendant cinq autres jours, 31c matin, 2 le soir. 

Pendant cinq autres jours encore, 2 le matin, 3 le soir ; 
et ainsi de suite, jusqu'à ce que le malade en prenne 8 par 
jour : & à la fois le matin et & le soir. 

Quelques malades ont pris, sans accident, jusqu'à 1& pi- 
lules par jour. 

A rcxtérieur, M. Duclos seconde sa médication interne 
en faisant faire sur les lombes et la partie interne et supé- 
rieure des cuisses des frictions avec le liniment suivant : 

Teinture de noix vomique ^ 

— d'arnica ou de mélisse. . j ^ ' 

— decanlharides 45 — 

Enfin, M. \\ utzer (&) recommande, dans le même cas, 

(4) Bulletin d§ thérapeutique, tS52. i XLIV. p. 239 et 3S5. 

(2) Ibid., 4854, r. XLVIl. p. 461. 

(3) ibid., 4 5 juin 1849. 

(4} Ibid., 45 septembre 4849. 



IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. /|05 

\es pilules suivantes, qui m'ont moins bien réussi que Tergot 
de seigle ou la noix vomique : 

Acide phosphorique solide 4 gram. 

Camphre broyé 4,20ceDtigr. 

Poudre d'écorce de quinquina 4 gram. 

Extrait de cascarille q. s. 

Faites des pilules de 10 centigr., et roulez-les dans la 
poudre de cannelle. On en prend 5 trois fois par jour. 

Le traitement de la spermatorrhée, quel que soit celui 
auquel on donne la préférence, est également celui de Tim- 
puissance. Celle-ci, n'étant pour ainsi dire qu'une consé* 
quencedans un cas et qu'un symptôme dans l'autre, s*eiïace 
et disparait avec les pertes séminales. Seulement, quand la 
spermatorrhée a cessé, il faut qu'un régime fortifiant et 
analeptique relève les forces générales abattues, et que la 
plus grande réserve préside aux premiers rapprochements 
sexuels. 



CHAPITRE V. 

IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. 



L'appareil génital joue un rôle trop important dans la 
vie de l'homme, pour que des liens intimes n'aient pas été 
établis entre lui et les autres appareils de l'économie : une 
fonction qui, pour ses manifestations, a besoin de l'entier 
développement de l'organisme, et dont la cessation est le 
signal de la décadence générale, ne peut être isolée, et doit 
nécessairement être unie ù toutes les autres fonctions dont 
elle est, en quelque sorte et tout à la fois, le couronnement 
et le but. 



è06 mrniiAaGi smAmom. 

Dans rintrodQction de cet ouvrage, j*ai ÎDdiqoét ^«oiqM 
en des limites nécessairement restreintes, les inflaencas ré* 
ciproqijcs de la fonction génitale et des antres fonctions de 
réconomie; je ne reviendrai pas ici sur ces relations, appe* 
lées synergies, sympathies physiologiques, parce qu'elles 
appartiennent ezclusiveroeot au domaine de la biologie. 

Mais en dehors de ces rapports normaux, de a*s liens 
physiologiques dont la nature nous cache soigneusement le 
secTCty la maladie en établit d*ciceplionnels qui, dans quel- 
ques cas, ne sont que TaggraYalion de ceoi qui existent è 
l'état de santé, et qui, dans d'autres circonstances, consti* 
tuent bien réellement des états morbides distincts, inédits, 
si je puis me servir de ce mot. 

C'est de ce genre de sympathies, nées sous Tempire d'un 
état morbide, qu'il sera question dans ce chapitre. 

Par cela même que lo funclion génitale, chez l'homme, 
participe aux deux éléments qui constituent lo ^ie hu- 
maine, rélémenl physique et rélément moral, je partagerai 
les sympathies ntorbides de l'appareil copulateur en deux 
grandos classes : 

1^ Les sympaliiics morbides physiques; 

2» Les sympathies morbides morales. 

C'est dans cet ordre, qui me parait tout h la fois le plus 
simple et le plus complet, que j'exposerai les matières de 
ce chapitre, qui n'est pas le moins intéressant de ce livre. 

Â. LéêiOM vitales . 

Les considérations que j'aurai h présenter ici sur les 
sympathies morbides des propriétés vitales et de la faculté 
copulatrice ont été longuement exposées ailleurs, alors que 



SYMPATHIES MORBIDES PHYSIQUES. 407 

j'ai considéré les altérations de nutrilion» de circulation et 
de toutes les functions de la vie plastique, comme amenant 
consécutivement Timpuissance. En inscrivant ici le titre de 
ce paragraphe, je ne puis avoir l'intention de répéter ce que 
j*ai dit dans une autre partie de cet ouvrage, et il me doit 
sullire d'y renvoyer le lecteur (!)• 

B. Lésions organiques. 

Dans rétat physiologique, l'appareil génital entretient 
des relations avec tous les organes de l'économie; mais j'ai 
montré déjà, dans le cours de cet ouvrage, que ces rapports 
étaient surtout plus intimes avec l'organe cérébral, aveô 
celui de la phonation et avec celui de la digestion. 

Sans doute des sympathies morbides de genres diflérents 
existent entre le sens génital et les autres parties de l'orga- 
nisme, et je n'en veui pour preuve que la surexcitation de 
l'orgasme vénérien sous l'influence des tubercules; mais, 
au point de vue exclusif de ce livre, c*est&-dirc au point de 
vue de l'impuissance, je ne connais guère que les trois or* 
ganes cités tout à l'heure, dont certaines alTeclions rcten- 
tissent d'une manière fùcheusc sur la force virile; oussî 
est-ce dans les limites de ces affections que je renfermerai 
mon cadre, estimant les autres sympathies morbides orga- 
niques comme de simples rêves de l'imagination. 

1" Influence morbide de V appareil digestif. — Si l'on 
réfléchit que les lésions de l'appareil digestif altèrent toujours 
plus ou moins les fonctions de la vie plastique, on est conduit 
à se demander si l'impuissance qui coexiste avec ces lésions 
ne devrait pas être plus rationnellement attribuée aui trou- 
bles apportés par la lésion vitale qu'aux désordres mêmes 

(4)Yoytipage 335. 



&08 mraïasANGt stmpathiqw. 

de rappareil digentif. Sans doute, en restanl dans la 
sphère de la théorie , on peut » avec quelque apparence 
de rai«on, adopter et défendre cette manière de voir; mais 
quand on descend dans le domaine des faits, quand on prend 
pour guides rezpérience et l'observation, on est forcé de 
reconnaître que si, par exemple, le cancer de Testomacet la 
surexcitation de cet organe produite par Tacte de la diges- 
tion exercent Tun et l'autre une influence débilitante sur 
rénergic virile, il faut reconnaître, dis-je, que la source de 
ces influences respectives est non-seulement différente, mais 
encore opposée, puisque dans le premier cas la vie plastique 
est profondément atteinte, tandis qu'elle est accrue et portée 
è son plus haut degré dans le second cas par Pacte même 
de la digestion. 

Si c'était oux altérations de la force plastique qu'il fallût 
rapporter Timpuissonce que je me propose d'examiner ici, 
je n'irais pas plus loin et je renverrais le lecteur h la partie 
de ce livre consacrée aux troubles de la fonction digestite; 
mais des observations recueillies par moi-même ne me per- 
mettent pas cette facile explication, et m'autorisent à penser 
que certaines lésions de l'appareil digestif agissent sur le 
sens génital autrement que par les troubles généraux de la 
nutrition. 

De plusieurs faits que je retrouve dans mes notes, je m'é- 
tendrai principalement sur le suivant, à cause de sa phy- 
sionomie étrange et de certaines circon^^^tances curieuses 
qu'il m'a présentées. 

M. X..., garçon uu café de la Rotonde, vint me con- 
sulter pour un afTaiblisscment des organes génitaux qui . 
me dit-il, lui était survenu depuis un mois sans cause connue; 
les désirs vénériens n'étaient point éteints ; l'érection, et, 
par suite, l'éjaculation, étaient seules impossibles. 



SYMPATHIES MORBIDES PHYSIQUES. I\09 

Le malade étail Agé de vingt-trois ans, d'un tempéra- 
ment lymphatique, mais bien conformé et ayant toujours joui 
d'une santé générale bonne. Il ne s'était point livré ù la 
masturbation ; il avait eu des chancres et une blennor- 
rhagic traités l'un et Tautre h l'hôpital du Midi, dans le 
service de M. Vidal (de Cassis), et avait été antérieurement 
opéré d'un varicocële par M. Roux ; cette opération n'avait 
laissé aucune trace, et, sans les aveux du malade, il eût été 
difficile de soupçonner une ancienne dilatation variqueuse 
des veines du cordon spérmatique. 

Les organes génitaux, parfaitement conformés, ne pré- 
sentaient rien d'anormal, et leur examen le plus attentif ne 
put me rendre raison du mal que j'avais à combattre. 

J'étais fort embarrassé du diagnostic h porter, et je pesais 
dans mon esprit les motifs d*une conduite h suivre, quand, 
machinalement* et bien plus, je l'avoue, pour occuper les 
loisirs du malade que pour éclairer ma religion, je demandai 
à voir la langue de mon visiteur, sur laquelle je portai 
instinctivement les yeux. A cette vue, un horizon nouveau 
s'ouvrit devant moi, car la langue, rouge et piquetée, 
ne pouvait me laisser des doutes sur l'existence d'une 
gastrite. 

Dès ce moment, mon diagnostic fut éclairé d'une vive 
lumière, et, lorsque je sus que les premiers symptômes de 
l'impuissance coïncidaient avec l'apparition d'une douleur 
épigastrique, de certains trolibles dans les digestions, etc., 
j'eus la certitude (certitude médicale, bien entendu) que 
l'aiïaiblissement de l'organe copulateur était sous la dépen- 
dance sympathique de l'afTection de l'estomac. 

Le traitement fut conforme à cette manière de voir, et le 
malade, qui espérait s'en retourner avec quelque formule 
aphrodisiaque (dans le sens ordinaire de ce root), se montra 



4iO UMIliAKl SnVATUQIHU 

forl mécontent de la lûuine de mauve et da régime émoUient 
que je lui prefcrivin. 

Cependant il ne dédaigna pas entièrement les cooseib 
que je lui donnais, et comme la santé générale s*améliorait 
sous Tempire de cette médication, il crut devoir la coût»- 
nuer, sinon pour remédier à sou impuissance, du moins 
pour se débarrasser des malaises et des troubles digestîb 
qui le tourmentaient. 

Néanmoins, à mesure que la langue devenait noina 
rouge, répigustre moins douloureui, et les digestions 
plus laciles, les forces copnlatrices reparaissaient, à ce 
point que l'érection d'abord, et le coït ensuite, furent pos- 
sibles. 

Mais, et c'est ici que se montre un caractère biurre, la 
copulation n'était réalisable, ni pendant les digestions, c'est- 
à-dire pendant les dcu& ou trois heures qui suivaient les 
repas, ni dans la position horizontale qui déterminait une 
pression sur l'épigastre. L*éreclion de In «erge se produi- 
sait comme dans les conditions normales, mais si l'une des 
deux circonstances que je viens de signaler, digestion ou 
pression épigastrique, ciistait, Térection ne se soutenait 
pas et tombait dans le vagin même après quelques courtes 
tentatives et avant l'éjaculation du sperme. Le matin, à 
jeun, était le moment de la journée le plus favorable a Tac- 
complissement de l'acte , pourvu toutefois que le malade 
évitât avec soin toute prcs^ioR sur Tépi^astre par une pos- 
ture dont je dois m'abstenir de parler ici. 

Cet état se prolongea assez longtemps, parce qu'il était 
impossible au malade, eu égard k sa position sociale, garçon 
de café, de suivre exactement la médication et surtout le 
régime alimentaire que réclamait sa gastrite. Comme il 
était venu réclamer mes soins parce qu'il avait l'intention 



SYMPATHIES MORBIDES PHYSIQUES. liH 

de s'établir marchond de vin et de prendre femme, je lui 
conseillai vivement de se marier, en lui faisant sentir com- 
bien serait plus rapide» sous l'empire des soins domestiques, 
la guérison de sa maladie d'estomac, et combien serait 
aussi plus facile le coït, alors qu'il serait exercé au milieu de 
toutes les commodités de la couche conjugale. 

Pendant assez longtemps, le malade, reculant devant la 
honte d'un échec marital, n'osa suivre mes conseils, et 
commença par acheter un fonds de marchand de vin, qui, 
de serviteur le transformant en maître, lui permit de soi-* 
gner et de guérir sa gastrite. 

Il y a deux mois à peu près, en mars 185/i, il vint m'an- 
ooncer son mariage, en réclamant de nouveau et plus 
consciencieusement encore que précédemment, Tassuranco 
qu'il était propre à remplir ses devoirs conjugaux. Unext» 
mcn attentif et minutieux ne modifia en rien ma manière 
de voir, et cet homme, aujourd'hui marié, se loue tout è 
la fois du traitement que je lui ai fait suivre et des conseils 
que je lui ai donnés. 

Un de mes amis, dont l'irritabilité intestinale est extrême, 
est incapable d'entrer en érection et d'exercer le coït toutes 
les fois que cette irritabilité est mise en jeu, et cette impuis- 
sance se prolonge deux ou trois jours, et même plus long- 
temps, selon que les coliques et la diarrhée par lesquelles 
se manifeste ralTection ont été plus ou moins longues et 
violentes. 

Je pourrais multiplier les exemples de cette nature, mais 
ceux que je viens de rapporter et la connaissance de l'empire 
exercé, à l'état physiologique, par la digestion sur l'énergie 
virile, sufGsent, ce me semble, pour légitimer les sympa- 
thies morbides de l'appareil digestif et de l'appareil génital, 
sans recourir à des troubles de nutrition qui réagiraient sur 



&i3 mpuiasAiiCB stiipatbiqob* 

l'énergie virile comme sur lootes les antres forces de l'éco- 

nonie animale. 

Il est rare que dans Timpuissance sympathique que j'exa- 
mine, les désirs vénériens soient éteints ; dans quelques 
circonstances, au contraire, dans celles ovi l'activité digea* 
tive est augmentée, les désirs présentent une intensité plus 
grande, è laquelle ne répond pas Torganc copulateur. C'est 
une disposition analogue à celle que l'on ressent après un 
bon repas, alors que l'imagination, surexcitée par le vin et 
le café, s'égare en des rêves étranges, dont aile demande 
en vain la réalisation à un organe rebelle et sourd à ses pro- 
vocations. 

La durée de cette impuissance est évidemment subor- 
donnée h celle do la maladie qui la tient sous son empire; 
elle gn\ite dnn.^ la sph&re de celle-ci, qui contient Tana- 
phrodisic dons les limites, non-seulement de son pronostic, 
mais encore de son traitement. 

La disparition de Tétat morbide de l'oppareil digestif, 
en rompant les liens occultes qui lui enchotnaicnt le sens 
génital, rend ce dernier a la vie qui lui est propre, sans 
qu'il soit nécessaire d'intervenir pour faciliter ce retour. 

^* Influence morbide de V appareil vocal. — Les relations 
qui, dans l'état physiologique, unissent l'appareil \ocal et 
l'appareil génital, sont connues de tout le monde : les chan- 
gements qui, à l'époque de la puberté, s'opèrent simulta- 
nément dans chacun de ces appareils, le timbre enfantin que 
conserve !a voix chez les individus mutilés et chez ceu\ dont 
les organes génitaux sont atrophiés, ne laissent aucun Joute 
sur les rapports intimes, quoi(|ue inexplicables, des fonc- 
tions de la phonation et de celles de lu génération. 

Mais en est-il de même entre l'impuissance virile et cer- 
taines aiïections de l'appareil vocal ? £n d'autres termes. 



SYMPATHIES MORBIDES PHYSIQUES. &13 

existe-t-il entre les appareils que j'examine des sympathies 
morbides, comme il existe entre eux dos sympathies physio- 
logiques ? 

Je ne puis ici apporter mon propre témoignage ; je n*ai 
jamais observé une impuissance sympathique d'une aiïcc- 
tion du larynx; mais Rurdach rapporte, d'après Meckel 
(Abhandlungen aus der menschlichen und vei^gleichendet^ 
Anatomie^ p. 19/i): «Qu'aux altérations du larynx se joi- 
gnent parfois Tendolorissement et l'atrophie des testicules, 
accidents qui augmentent à mesure que la maladie primitive 
fait des progrès (!)• » 

L'asthme est à son tour noté par quelques auteurs 
comme une cause sympathique d'impuissance ; mais il m'est 
difRcile d'admettre une semblable corrélation, et je demande, 
en l'absence de tout détail clinique, et me rappelant que lu 
masturbation est souvent le point de départ de celte ma- 
ladie^ si l'impuissance qui coexiste avec cette dernière n'est 
pas plutôt le résultat de l'onanisme que reffet sympathique 
de l'aflcclion spasmodique des organes de la respiration ? 
Des faits précis peuvent seuls éclaircir le doute que j'émets 
ici, car, en cotte occurrence, l'observation clinique est la 
seule sur laquelle il soit possible de se guider. 

Mais^ je le répète, rien de semblable n'est à ma connais- 
sance, et de tous les confrères que j'ai interrogés, je n'en ai 
pas trouvé de plus heureux que moi. 

3* Influence morbide du cerveau, — Il n'en est pas 
de même de l'encéphale, et surtout de sa partie postérieure 
et inférieure, dont les relations avec l'appareil génital sont 
si manifestes, que les phrénologistes placent dans le cervelet 
le siège de la faculté procréatrice. 

(I) Traité de physiologie, trad. par Jourdan, t. Y, p. 4 5. 



Il est bieo évident qoe je n'eatends point parler id des 
•flections cérébrales qui, agissant sur la masse eocéphaliqMt 
attaquent dans sa source Tinnervation générale dans laquelle 
est nécessairement comprise rianenration seiuelle. J*ai 
ailleurs abordé ces causes d'impuissance, je n'y revieodni 
pas ici. 

Mais il est des accidents, ou, si Ton aime mieai, des 
lésions du cerveau qui, tout en respectant les foaetioaa du 
système nerveui, retentissent sur le sens génital sans qu'il 
soit po^ible d*eipliqucr cette action autrement que par les 
sympathies qui unissent l'organe cérébral et Toi^^ne seiuel. 

A l'article Ihpoissaiigi de sa BibliùihèquB choisie de 
médecine^ Planque cite quelques faits de ce genre, qu'il 
n'est pas inutile de rappeler ici : « Paul de Sorbait, dit-il, 
rapporte dans le Journal d'Allemagne (iléc. 1 , an ii , 
obs. 10/i, p. 177), qu'un seigneur, ovant été blessé à 
l'occiput, était resté impuissant après sa guérison, n'ayant 
ni érection, ni éjaculation. Il n'est donc pas vrai, répond-il, 
que la léte ne contribue en rien au coit et à la semence. 
Ainsi, ce n'était point sans raison que Platon ossurait qu'elle 
venoit du cerveau et de la moelle allong(5e; aussi avouons* 
nous que la semence est un eicrément du dernier olimrnt 
qui vient de toutes les parties, mais surtout de la tète. Au 
reste, nous avons plusieurs eiemples d'une pareille cause 
d*impuissance. Nirolaus dit avoir connu un juif qui devint 
impuissant par une plaie de tète. HiManus(c^nt. 6, obs. 59) 
assure avoir vu la même chose dans un homme qui, huit 
ans auparavant, avait reçu un coup de béton sur le bregma 
droit; il n'entendait point de ce cdté*là. Hildanus croit 
qu'après ce coup de tète, il s'était écoule contre nature une 
matière qui a obstrué les nerfs et même les artères qui ser- 
vent h l'ércctioo de la verge. Du autre homme a éprouvé 



SYMPATHIES MORBIDES PHYSIQUES. ki^ 

le même sort, après une chute sur le dos; il sentait du 
plaisir, mais il ne pouvait point parvenir à l'érection. Il y a 
des auteurs qui prétendent que la semence vient du cer- 
veau. De ce nombre est Donatus {Med. mirab.^ lib. IV, 
c. 18) ; mais Raies {Camp, elys.^ quœst. med. 58, § 20) 
combat ce sentiment, et demandant, au sujet de cette ques- 
tion, si la saignée qu'on fait derrière les oreilles aut Scythes 
les rend stériles, il conclut (§§ 27 et 28) que cette saignée 
qu'on fait fréquemment, et dans laquelle on lire beaucoup 
de sang, aiïaiblit, et que le froid quMIc produit à la tôte est 
caase de la stérilité, sans nier cependant une sympathie 
occolte entre les oreilles et les parties de la génération. 
C'est pour cela qu'un jurisconsulte, au rapport de Dulau- 
rens (Anat.^ lib. VIII, qusst. A), a écrit qu'il fallait couper 
les oreilles à ceux qui volaient, pour les empêcher d'en* 
gendrer de petits voleurs. Un soldat robuste, et père de 
trois enfants, eut les oreilles coupées pour difTérenls crimes, 
et fut chassé hors de la ville {Ibid.y déc. 2, an vu, ap- 
pead., obs. 10, p. 161); depuis ce temps-là, il ne sentit 
plus aucun désir charnel et ne put avoir aucune érec- 
tion (1). » 

Malgré les bizarres explications que nos pères acceptaient 
sur la foi d'Hippocrate, et qu'une observation plus saine et 
les progrès de la science ne permettent^plus d'admettre 
aujourd'hui, il n'en est pas moins constant que des plaies 
de tète, des coups sur le cervelet, déterminent l'impuis- 
sance, qui persiste malgré l'absence de toute lésion appré- 
ciable et plusieurs années après la guérison des accidents 
encéphaliques. Bien évidemment, une corrélation inexpli- 
cable» un lieo occulte ; en un mot, une sympathie existe 

(I) ^iMidlAéfiM é$ méAêciMê^ i. VI, p. tiO et S4I . 



&i6 llirUIMAII€l tTIIPATUQOI» 

entre Torgane renrermé dans le crâne et celui qui sert à la 
propagation de l'espèce. 

Celte sympathie va recevoir une nouvelle et éclatante 
démonstration par ce que j*ai à dire de Pinfluence eiercée 
sur le sens génital par les aiïections du moral, dont lia fa- 
cultés constituent, comme on le sait, la fonction la plus hante 
et la plus noble de Torgaoe encéphalique. 



S BL — n/ipMlilM 



Me voici arrivé aux sources les plus fécondes d'impuia* 
sance, et par conséquent en face de diflicultés également 
ardues pour fécrivain et pour le praticien. C'est que l'élé- 
ment moral de notre nature, qui cierce sur les organes 

génitaux un empire h peu près absolu, subit des influences 
si diverses et si mystérieuses, qu'il est presque impossible 
de pénétrer tous les motifs de ses déterminations et tous 
les mobiles de ses passions. 

Soumis aux exigences si nombreuses de l'organisme, l'élé- 
ment moral en reflète les nuances multiples, qu'elles décou- 
lent, soit du tempérament, soit de la constitution, soit de 
l'âge, soit du sexe, soit de Tétat de santé ou de maladie, soit 
des impressions du monde extérieur, etc. Livré sous le con- 
tréle seul de la conscience è toutes les inspirations du libre 
arbitre, il se modifie et change h tout instant par l'éduca- 
tion, par l'instruction, par Texpérience de la vie, par le 
spectacle des vices et des vertus dont la lutte est l'essence 
même des sociétés humaines; de telle sorte que, méondre 
insoisissable, l'élément moral échappe, pour ainsi dire, è 
toute onalyse, et se joue des eiïorts tentés pour le aaisir. 
Aussi quelle confusion parmi les philosophes qui ont voulu 
déterminer le nombre el le domaine des facultés morales : 



SYMPATHIES MORALES. /(17 

Condillac, repoussant les idées innées de Plalon el <le Des- 
cartes, admet sept facultés primitives (1) ; Laromiguiôre en 
admet trois (2); Destutt-Tracy en admet quatre (â); 
Gail (&), tout en faisant de ses facultés des intelligences in-- 
iividnelles ^ dessine sur le crflne vingt-sept facultés, et son 
collaborateur Spurzheiro, renchérissant encore, en ajoute 
huit nouvelles. 

Ce n'est point ici le lieu de faire de la psychologie ; je 
n'ai pas mission de défendre le Cogito^ ergo sum^ de Des-* 
cartes, contre le Nihil est in intellectu qui non fuit in sensu^ 
de Locke ; mais, quelle que soit la dortrine que Ton adopte, 
quelle que soit la source à laquelle s'alimentent les idées et 
les passions, il faut reconnaître que Tàme, dans l'acception 
la plus large du mot, manifeste deux sortes de phénomènes, 
uj^is sans doute par un lien commun, mais parfaitement 
distingués par une physionomie propre et des caractères 
spéciaux ; ces phénomènes sont ceux que l'on désigne, les 
uns, sous le nom de phénomènes intellectuels^ et les autres, 
sous le nom de phénomènes affectifs^ et qui conduisent 
h partager les facultés de Tàme en deux grandes classes : 
facultés intellectuelles et facultés affectives; facultés de /'en- 
tendement et facultés de la sensibilité morale. 

C'est sous chacune de ces deux faces que je vais examiner 
l'influence morbide exercée par l'élément moral sur le sens 
génésique. 



(4) Sensation, attention, comparaison, jugement, réQexioo, imagi- 
nation et raisonnement. 

(2) Attention, comparaison et raisonnement. 

(3) Perception, mémoire, jugement et volonté 

(4) Dei fimetions du cerveau et mr cellen de chacune de sex parties, 
Paris, 4 825. 

t7 



&18 lllPinS8ANGI flTMPAniQOI. 

A. Faeulléi intêlUduêlUê. 

Dans la thèse inaugurale que je aoulios, en f Sftft, devant 
la Faitulté de médecine de Paria, je trouve lea lignée aui- 
vantea qui, à dix ans de dislance, sont encore l'eiproaiiott 
de ma pensée : « Quelles aooi les propriétés de rame, oa, 
pour nous eonformer è la langue des philosophes^ quelles 
sont les facullés de rème relatives è Tentendement ? Le 
cadre de ce travail ne nous permet pas d'entrer dans le do* 
maine de la ps) cliologie% . » Cependant deui mots nous 
semblent nécessaires, car les psjchologistes nous paraissent 
avoir confondu les facultés primitives de Tentendement avec 
les résultats de ces mêmes facultés, alors que Tencéphale a 
déjà ressenti l'action de la force morale ; ainsi le jugement» 
le raisonnement, la mémoire, etc., supposent une opéra- 
tion préalable ; ils ne son! donc que des réf^iiliais secondaires 
et non des fuculiés primitives^ comme on a voulu le dire. 
Pour nou!(, nous renfermant dans Téludc des phénomènes 
généraux, nous avons cherché quels étaient les hommes 
qui manifestaient au plus haut degré les actes intellectuels, 
et nous n'avons trouvé que des artistes ou des savants, Nous 
avons été ainsi conduit à n'admettre que deux facultés pri- 
mitives de Tentendcment * l'imagination et la raison. Tout 
ce que les psjchologistes ont décoré de facultés primitives 
de rentcndemcnt ne sont que les attributs de l'imagination 
et de la rai^^on; ve sera, si l'on veut, des facultés secon- 
daires, mais jamais des facultés primitive*; : art et science, 
voilk tout l'entendement ; imagination et raison , voila les 
deux piliers de l'édifice (1). » 

L'imagination est cette faculté éminemment créatrice, 
qui fait revivre les souvenirs du passé, donne un corps aux 

(I) Dêê pofikmi, p. Î7 



SYMt»ATHIBS MORALES. /jlO 

désirs du présent et anime les espérances de l'avenir ; elle est 
en toutes choses distincte de la raison qui, elle, nous fournil 
les moyens de connaître et d'apprécier la réalité ; tandis 
que l'une nous ouvre sans cesse des horiions immenses et 
nous découvre des mondes remplis de fantômes gracieux ou 
terribles, Pautre, au contraire^ nous enserre dans les liens 
d'une réalité brutale, et nous montre la vie sans prisme 
trompeur, comme sans voiles séduisants. 

Ces deux facultés, dont l'empire s'exerce sur des domaines 
si différents, ne sauraient être troublées de la même ma- 
nière, c'est-à-dire que les troubles de l'imagination et de la 
raison ne sauraient découler de la même source : les pre- 
miers, participant de l'essence même de là faculté qu'ils 
agitent, s'inspirent d'un rêve, d'une croyance purement 
gratuite, en un mot, d'une idéalité; les seconds, au con- 
traire, ont pour incitateur la réalité qui leur sert à la fois 
de fondement et d'excuse. 

Je m'explique. 

Deui hommes, au moment d'accomplir le coït, se trouvent 
tout â coup frappés d'impuissance : Tun se croit sous l'in- 
fluence d'un sortilège, l'autre s'est aperçu que la femme 
avait ses règles. Chez le premier, le trouble naît d'un men- 
songe; chez le second, le trouble a la réalité pour point de 
départ; chez celui-ci, l'imagination s'en est laissé imposer 
par un fantdme ; chez celui-là, la raison a plié sous le poids 
de la vérité. 

La distinction , que je m'étudie è établir ici , est impor- 
tante au point de vue qui nous occupe, et plus je réfléchis 
au parti que l'on en peut tirer pour le diagnostic, le pro- 
nostic et surtout le traitement de l'impuissance par sympa- 
thie morale, plus je m'étbnne de ne pas la voir, je ne dirai 
pas indiquée, mais ménie soupçonnée chez ceux-lè même 



kSÛ mnoêÀMCE ■larAnuQDi. 

qui ont fsit une étnde toute spécitle de l'inflaence du raoral 

•ar le phyiiqne. 

Je lOM doDc, contriireroenl i met defancien, cianiner 
■Apirémcnt l'empire exercé sar le sens génilil, et per lei 
troubles de rimeglnetion et par cegi de la raiwD. 

1* In/lueneeda troubletde l'imagination. — S'il ni*était 
permis de me servir ici du laocage pbiloKiphiqae, je dira» 
que ces troubles sont ou objectifs ou ttUgectift. 

Ils »ont objevlib, quand ils ont leur source en dehors de 
celui-U même qu'ils allectent ; ils sont subjectib, quand ils 
découlent de celui-là mène qui les éproore. 

Les premiers sont inoontettablement les ploi nombreux, 
car ils embrassent le temps, l'espace, les lieni, tout les ob- 
jets de la création : tel homme croira k l'inDuence Dcheuse 
d'une lune, d'un saint du calendrier, d'un jour duns le mois, 
ou d'un mois dans l'année ; tel autre s'imaginera que la lu- 
mière, que le plein air paraissent ses organes; celui-ci 
ajoutera Toi aux diseurs de bonne aventure, aux esprits ma- 
lins qui jettent des sorts et quinouenf /'ai^ui7/eUe; celui-li, 
inlerprùlaiit, à sa façon, un sourire, un regard, une parole 
delà femme aim^e, ou môme par l'effet seul de son imagi- 
Dilion, se dira %iclime de l'indifférence, du dédain et même 
dn mépris de l'objet de son amour, etc., etc. 

Certes, les exemples de ces sortes d'impuis»ance four- 
millent partout ; tantdt fugitive, lontAt plus tenace, elle 
est indistinctement l'apanage des intelligences d'élite ou 
des esprits bornés et crédules; te catalogue des faits de 
ce genre rapportés por les auteurs serait pour mot une 
mine féconde, si je me proposais d'amuser bien plus 
que d'instruire. Ct-pendant , je dois fuîre une exception 
en fateur de Montaigne, dont on me reprorberait sans 
doute d'avoir tu le nom dans un sujet qu'il a si savammeot 



SYMPATHIES MUKALB8. 021 

et si galamment traité, d'autant mieux que cette exception 
se justifie elle même par le haut enseignement qui en dé- 
coule : « Un comte de très bon lieu, dit-il, de qui j'estais 
fort privé, se mariant avec une belle dame qui avait esté 
poursuivie de tel qui assistait h la Teste, mettait en grande 
peine ses amis : et nommément une vieille dame sa parente, 
qui présidait à ses nopces, et les faisait chez elle, craintive 
de ces sorcelleries : ce qu'elle me fait entendre. Je la prioy 
de s'en reposer sur moy. J'avoy de fortune, en mes coffres, 
certaine petite pièce d'or platte, on cstoyent gravées quel- 
ques figures célestes, contre le coup du soleil, et pour oster 
la douleur de teste, la logeant à poinct sur la cousture du 
(est : et pour Ty tenir, elle estoit cousue i un ruban propre 
h rattacher soubs le menton. Resverie germaine i celle de 
quoy nous parlons. Jacques Peletier, vivant chez moy, 
m'avait faict ce présent singulier : J'advisay d'en tirer 
quelque usage, et dis au comte qu'il pourrait courre for- 
tune comme les aultres, y ayant là des hommes pour luy en 
vouloir prester une ; mais que hardiment il s'allast cou- 
cher : que je luy feroy un tour d'amy, et n'cspargneroy k 
son besoin un miracle qui estoit en ma puissance : pourveu 
que sur son honneur, il me promist de le tenir très fidellc- 
ment secret. Seulement, comme sur la nuict on iroit luy 
porter le resveillon, s*il luy estoit mal allé, il me fcct un 
tel signe. Il avoiteu Tàme et les oreilles si battues, qu'il se 
trouva lié du trouble de son imagination : et me fect son 
signe h l'heure susdicte. Je luy dis lors i l'oreille, qu'il se 
leivast, soubs couleur de nous chasser, et prins en se 
jouant la robbe de nuict que j'avoy sur moy (nous estions 
de taille fort voisine) et s'en vestit, tant qu'il auroit exécuté 
mon ordonnance, qu'il faut, quand nous serions sortis, qu'il 
se retiras! à tomber de l'eau : dict trois fois telles paroles, 



A32 mpoiMAiici trvPiTSiQiji. 

el fect tels mouvemenU. Qu'à chicane de ces trois foie, il 
ceignist le ruban que je luj mettois en maio, et oouchast 
bien soigneusement la médaille qui y estoit attachée sur ses 
roignons : la figure en telle posture. Cela faict. ayant k la 
dernière fois bien estreint ce ruban, pour qu'il ne se peut 
ny dénoiîer, ny mouvoir de sa place, qu'en toute asséurance 
il s'en retournast k son prix faict ; et n'oubliait de rejetter 
ma robbe sur son lict, en manière qu'elle les abriast tons 
deui. Ces singeries sont le principal de l'elTect, nostre pen- 
sée ne se pouvant demestre, que mojens si estranges ne 
viennent de quelque obstruse science, leur inanité leur 
donne poids et révérence. Somme il feut certain, que mes 
charactères 8C trouvèrent plus vénériens que solaires, plus 
en action qu'en prohibition (!)• » 

Le moyen mis en usage par Montaigne est incontesta- 
blement le plus propre à ramener Tordre et le calme dons 
une imagination ainsi troublée. A Tinflucnce néfaste d*une 
lune, d'un saint du calendrier, de la lumière, etc., opposeï 
une influence contraire dont vous ferez ressortir la supé- 
riorité de puissance, et^ avec la confiance, vous ramènerez 
presque à coup sûr la possibilité du coït. 

On ne croit guère plus, de nos jours, aux sortilèges et 
aui sorciers; les noueurs d'aiguillette ont perdu leur pres- 
tige et le sceptre de leur pouvoir; mais il est encore des 
esprits faibles ou ignorants qui portent des sachets et des 
amulettes, ou qui boivent des pliiltrcs enchanteurs pour 
conjurer l'infernale machination des mauvais génies. Res- 
pectez ces superstitions, ne détruisez pas ces erreurs; on ne 
discute pas avec la foi ; les objets de son culte sont ici sans 
danger, tandis que leur proscription amènerait à coup sûr 
l'accident qu^ils sont destinés h prévenir. 

(I) £$$aiê, 1 1. cb. zz, éd. de 4743, t 1, p. 4 05 et 4 06. 



8YIIPATUIBS MOKiLKg. /^^S 

Je ne puis^ on le comprend, passer en revue toutes les 
naances des troubles objectifs de Timaginalion ; rirpagina- 
tion, cette folle du logis, comme l'appelle Brantôme, par* 
ticipe tellement à tous les actes de la vie, est h ce point 
tributaire de toutes les croyances et de toutes les supersti- 
tions, que prétendre énumérer ses mobiles serait vou- 
loir analyser l'état moral de chaque individu du globe. Il 
m'a suffi d'avoir indiqué la nature des troubles objectifs de 
l'imagination, pour poser la limite de leur cadre et tracer 
la conduite à tenir en de pareilles circonstances. 

Il me faut maintenant aborder les troubles subjectifs de 
l'imagination qui constituent, sans aucun doute, l'impuis- 
sance par sympathie morale, la plus difficile à guérir. 

Ces troubles ont leur source dans la personne même qui 
les éprouve, en d'autres termes, ils ont pour cause et pour 
fondement une erreur sur l'énergie copulatrice de Tappareil 
génital. 

Leur point de départ est tantôt dans une croyance pure- 
ment imaginaire, et tantôt dans une erreur sur un fait réel, 
soit antérieur, soit actuellement existant. 

Sous le premier rapport, une aflection des organes géni- 
taux est presque toujours le prétexte derrière lequel s'abrite 
le malade : l'un se croira atteint de pertes séminales, et 
par suite impuissant; l'autre invoquera une dégénérescence 
de la prostate. Comment voulez-vous que j'éjacule, me 
disait un troisième, j'ai un rétrécissement de l'urètre qui 
devient si formidable au moment de l'érection, qu'il est 
impossible au sperme de s'écouler; et la crainte de l'asper- 
matisme glaçait ses sens au moment du coït. J'ai donné 
mes soins à un homme dont les motifs d'impuissance se rat- 
tachaient assez singulièrement à des somenirs de famille : 
Depuis trois générations , me disait-il , nous sommes tous 



SYMPATHIES MORALES. /i25 

le mot, qu'un esprit troublé et ignorant des choses de notre 
art établit entre les organes génitaux et les aiïections les 
plus étrangères à cet appareil. 

Je fus un jour très sérieusement consulté par un jeune 
homme dont le tempérament lymphatique et la constitution 
malingre s'accordaient mal avec des désirs vénériens ardents 
et une virilité énergique, et qui attribuait, avec une convic- 
tion profonde, cet allanguissement du sens génital à une 
déviation congénitale du sternum dont il était aflecté. Un 
autre, ayant eu connaissance des fables répétées depuis 
Hippocrate, qui, le premier, en fait mention, sur les rap- 
ports sympathiques des oreilles et des organes génitaux^ 
s'imagina qu'il serait atteint d'impuissance (et cette pré- 
somption ne tarda pas i amener cet élat) parce que, sui- 
vant la coutume de son pays, on lui avait percé les oreilles 
pour y suspendre un bijou. 

Mais c'est surtout vers les lésions de l'appareil génital 
que se portent les préoccupations du malade, et, sous ce 
rapport, les névralgies urétrales, et celles du col de la 
vessie jouent un rôle très important. Ici, les appréhensions 
du malade ont un prétexte réel, la douleur, et, pour les 
personnes étrangères à la médecine, la douleur est toujours 
le symptôme d'une lésion anatomique, d'une afTection orga- 
nique; l'intermittence même qu'aiïectent les douleurs né- 
vralgiques est, pour une imagination troublée, un motif 
plus grand d*elTroi et de terreur ; c'est dans des circon- 
stances semblables que les malades songent aux dégéné- 
rescences de toutes sortes, aux désordres les plus affreux : 
les ulcérations dans l'urètre, sur la prostate, dans les vési- 
cules séminales, sont la menue monnaie dont les plus cou- 
rageux se contentent; mais le plus ordinairement, et après 
rincubation d'une nuit d'insomnie, c'est le cancer, c'est le 



&S6 mruiMAiiGB swAniQUB. 

carcinome, oe sont des tuberculei qu'ils disent avoir envahi 
leur appareil génital et avoir desséché en eui toute source 
de virilité. C'est riiypochondrie avec toutes ses étrangetés, 
avec toutes ses terreurs. 

D'autres fois, aucun état morbide n'eiiste actuellement, 
et l'imagination du malade est trouhlée par la crainte des 
conséquences Acheuses qu'a pu amener, et qu'a amenées 
en eiïet, une aiïection antérieure, quelque ancienne et 
quelque bénigne qu'elle ait pu 6tre. Le tabeacent guéri 
croit diiTicilement au retour de sa virilité; le masturbateur 
dont les manœuvres ont cessé depuis longtemps, entrevoit 
l'impuissance comme un triste et certain héritage de l'ona- 
nisme; la syphilis a, chcs l'un, tari la sécrétion spermatique» 
et, par suite, la source de l'excitation génësiaque; ehet 
l'autre, fixée sur quelque point do l'appareil générateur, elle 
empêche le jeu régulier des rouages et s'oppose d'une façon 
quelconque au libre oxcrcicr de la foiiclion ('opuIalrice,etc. 
Mais de tous ces molifs, il n'en est peut-être pas de plus 
fréquent, et l'on peut même dire de plus commun, qu*un 
échec ropulaleur prérédemmenl essuyé en présence d*une 
femme. Une mésavenlure de ce genre, quelle qu'en soit la 
cause, laisse dans l'esprit une préoccupation fâcheuse, qui, 
entretenue et a{;gravée par l'imagination, détend, pour 
ainsi dire, les désirs vénériens, et les empêche de réagir 
sufiisamment sur l'appareil copulateur. 

Il n'est pas toujours aussi facile qu'on le pense de triom- 
pher de semblables appréhensions. Quand le malaile s'ima- 
gine que son premier échec était sous la dépendance d'une 
aiïection quelconque, on peut, en feignant le traitement 
de cette affection, ramener peu h peu h* calme dans son 
esprit troublé ; mais quand Terreur porte sur rèiiergie copu- 
latrice elle-même, c'est-à-dire quand le malade se croit 



8YMPATHIBS MORALES. I\.^l 

atteint d'une impuissance essentielle, sans relation avec une 
altération organique quelconque, les difBcullés sont énormes* 
Si l'on se contente de vouloir rassurer le moral du malade, 
et que Ton essaie de lui prouver que l'appareil génital n'a 
rien perdu de son énergie, on ne dissipe qu'à nioilié, si 
même on y parvient, ses craintes chimériques ; si, au con- 
traire, feignant de partager son erreur, on prescrit, non une 
médication, mais un aphrodisiaque, on s'expose à déplacer 
ou même à augmenter les préoccupations du malade, qui, 
au moment du coït, alors que Tattention doit être complè- 
tement absorbée dans l'ivresse des désirs, analyse ses moin- 
dres sensations pour s'assurer de reflet do l'agent prescrit. 

Cependant cette dernière méthode est la moins incertaine ^ 
mais en l'employant, le médecin doit absolument user de 
toute son autorité; il doit |)romeltre le triomphe, non plus 
avec le doute scientifique, mais avec l'assurance d'une con- 
viction profonde. En pareille occurrence, l'hésitation est 
funeste. Lu nature de la proscription importe peu; il faut, 
avant tout, paraître a.^suré de son efiicacité. M. le docteur 
Amédée Lalour a rapporté, dans la séance du 3 janvier 
1843 de la Société médicale du TemplCy un exemple de ce 
genre : « Comme chez la plupart des gens du monde, dit-il 
avec raison, les conseils les plus sages et les plus opportuns 
perdraient de leur prix s'ils n'étaient corroborés par quelque 
prescription pharmaceutique, je crus devoir prescrire quel- 
ques toniques, et je fis choix du quinquina et du safran. Mais 
surtout, la saison étant «Micore convenable, j'engageai forte- 
ment les deux é|)Oux à aller prendre quelques bains de mer. 
J'annonçai avec assurance la guérison pendant le voyage (1).» 

Ce fut cette assurance qui constitua la partie réellement 
active de la médication. 

(4) GasetU de$ hôpitaux, 4843, p. 95. 



à!28 IIIPIII8«Â1«CB SYMPATUIWK* 

Les faits de cette nature se rencontrent tous les joors 
dans la pratique, que les cause; de la prétendue impuissance 
soient rattachées, ou à un état morbide antérieur, ou k 
raffaiblissement nerveux de Tappareil génital lui-même, ou 
k toute autre chimère de la folle du logis. 

Je n'ai pu rapporter ici, on le comprend, que les dr^ 
constances les plus ordinaires, que les sujets d'effroi les plus 
communs ; mais on conçoit que leur catalogue puisse être 
plus étendu et embrasser le cadre tout entier de la noso- 
logie. Leur énumération, fastidieuse au dernier point, ne 
jetterait aucune lumière sur leur histoire, et ne révélerait 
aucune variété du type, qui est constamment le même. 

Les divisions que j'ai établies me paraissent suffisantes 
pour formuler un bon diagnostic difTérentiel entre les trou- 
bles si divers de Timagination, et pour leur opposer une 
médication convenable, si je puis me servir de ce mot. 

Qu*oii me permette, pour l'inlelligence de la thérapeu- 
tique, de rappeler ces divisions. 

Les troubles de Timagination, dont une erreur ou une 
fausse croyance sont esscnliellement la cause, se distinguent : 

l"* En troubles objectifs ; 

2® En troubles subjectifs. 

Ces derniers se rapportent : 

Ou à une erreur que rien n'autorise; 

Ou è une erreur qui a pour fondement un fait réel actuel- 
lement existant ou disparu depuis un temps plus ou moins 
long. 

Évidemment, si l'on saisit bien toutes les nuances qui 
séparent ces états divers, on conviendra qu'une même thé- 
ropeutiquc n'est pas applicable partout, et que la conduite 
du médecin ne saurait être identique dans tous les cas. 

Et d'abord, en thèse générale, est-il opportun de com- 



SYMPATHIES MORALBS. &29 

mencer par dissuader le malade, par attaquer de front et de 
prime abord ses fausses croyances, ses erreurs? Je ne le 
pense pas ; avant toutes choses, il importe de capter la con- 
fiance du malade; il faut que de son confident, le médecin 
devienne son ami, et qu'il subjugue plutôt par des paroles 
de commisération que par le ton impératif de l'autorité 
scientifique. En rompant trop vite en visière, on s'expose 
presque h coup sûr à faire douter de ses connaissances, et 
la suspicion dans l'esprit d'un malade imaginaire, d'un hy- 
pochondriaque, est une cuirasse terrible dont il est difficile 
de triompher. 

J'estime donc que Ton devra, en thèse générale, com- 
mencer par sembler croire à la réalité de l'impuissance, 
prescrire même une médication en apparence active, et, 
dans ce cas, insister sur les espérances que font concevoir 
le pronostic porté et le traitement ordonné. 

Chez quelques malades, il importe de soutenir cet inno- 
cent mensonge jusqu'au bout, principalement chez ceux 
qui se croient atteints de quelque maladie grave; c'est en 
pareille occurrence qu'il faut savoir rattacher Timpuissance 
à Taffection imaginaire et paraître accorder toute son atten- 
tion à cette dernière, dont la guérison doit fatalement res- 
tituer nui organes génitaux leur énergie copulatrice. 

La même règle de conduite est également prescrite dans 
les circonstances analogues au fait raconté par Montaigne : 
à une superstition il faut opposer une superstition plus 
grande ; on ne tue la magie que par des moyens magiques. 

Quand le malade aura acquis en son médecin une foi 
inébranlable, ou même une confiance assez vive, et si la 
raison est accessible par quelque point au milieu des fan- 
tômes que lui crée l'imagination , on pourra aborder son 
erreur et la combattre par l'absurde, par des arguments 



&S0 IMPOIMAHCB SYlIFATinOtB- 

sérieux ou par les moyens qui paraîtront les plus rtisonna* 
blés. Mais gardez-Tous d'entrer hordiment dans cette voie : 
avant de vous y engager, sondet, connaisse! bien les dispo* 
sitions de votre malade ; le moindre écart peut tout perdre, 
car rimagination soucieuse â*eiïraie d*une ombre, s'épou- 
vante d*un soupçon. 

Mais quand le premier pas est franchi, il faut marcher 
résolument dans le sentier tracé; il faut prendre Terreur 
corps à corps, Tétreiudre, la serrer, la frapper avec toutes 
les armes ; aucun coup n*est trop rudc'. Malheur au méde* 
cin qui folblit ! qu'il use largement de toute son autorité, de 
tout son ascendant; il doit aller jusqu'à faire comprendre 
au malade que ses devoirs lui imposent robligalion de ne 
prescrire aucun traitement, car la médecine a pour mission 
de rétablir et non de troubler les fonctions de Torganismo. 

Mois, je le répète, ce terrain e^t glissant; il faut, pour 
s'y engager, être sûr lout à la fois de In confiance et de la 
raison de son malade, double condition diflicile h rencon- 
trer dans les conditions morales qtie j'examine ; le plus gé- 
néralement contre les troubles de l'imagination, il faut 
savoir se condamner h un mensonge, (pie le but légitime et 
que la science autorise, et le soutenir le plus souvent pen- 
dant tout le cours de la médication. 

Telle est la base de cette sorte d'impuissance par sym- 
pathie morale ; fondement bizarre qui distingue In thé- 
rapeutique des trouble«i «le l'imnginntion de celle des trou- 
bles de la raison, et surtout aussi de relie des troubles des 
facultés affectives, comme je le montrerai tout à l'heure, 
et qui iu.'tilie, s'il en est besoin encore, les divisions et les 
subdi\iMons que j'ai |»récédemment admises. Ou va voir, en 
cfTet, que si Timagination, même dans ses écarts, a horreur 
de la vérité, la raison, au contraire, ne peut être ramenée 



SYMPATHIES MORALES A31 

dans sa voie que par les conseils et le spectacle de la réalité. 
-^A chaque élément de notre ème, conservons son essence : 
à l'imagination le mensonge, à la raison la vérité. 

2* Influence des troubles de la raison. — • La raison n'est 
jamais la dupe d*une chimère; elle n'est que la victime de 
la réalité. — C'est là la physionomie propre qui caracté- 
rise les troubles de cette faculté, et qui doit toujours et fa- 
cilement les faire distinguer des troubles de l'imagination 
que je viens d'étudier. 

A proprement parler, la raison, et il ne s'agit ici en 
aucune manière de la folie, la raison ne s'altère pas; plus 
que toute autre faculté peut-être, elle subit, dans le choix 
de ses déterminations, l'empire de toutes sortes d'influences 
physiques, organiques, morales ou sociales, et cette subor- 
dination explique les différences si tranchées que l'on observe 
dans les raisonnements et les jugements, par exemple, du 
jeune homme etdu vieillard, du lettré et du paysan, etc., etc. 

Cette dépendance de la raison n'est pas, en réalité, con- 
stituée par un aiïaiblissement ou un dérangement dans ses 
moyens d'action, mais bien par un obscurcissement, si je 
puis m'exprimer ainsi, de sa personnalité ; en d'autres 
termes, les influences, dont je parlais tout à Theurc, 
agissent primitivement sur une ou sur plusieurs des facultés 
intellectuelles ou affectives, lesquelles, par les troubles dont 
elles sont susceptibles, masquent les déterminations de la 
raison, étouffent sa voix, et, par suite, la rendent impropre 
à réagir contre la réalité. Ainsi, au moment du coït, la vue 
des règles, un bruit inattendu, éveillent dans l'imagination 
mille fantômes hideux qui, bourdonnant autour delà raison, 
empêchent l'homme de se rendre un compte exact du sang 
qu'il aperçoit et du bruit qu'il entend ; de même pour te^ 
facultés affectives: l'annoDce subite, au mtHnent de l'acte, 



jfbi|.iMilrjnifi^ remplit l'àme d'un «en* 

|M h nifon , comme submergée dint 

^^^^^ 4g^h«r •« d'ivresse, ne pirtient même plus k 




Al 4MȎiMM* de cette subordination , les troubles de 
ll^^^jj^ jMiÉlMre distingués selon qu'ils seront sous la 
èr liasaginalion ou sous l'empire des facultés 
M h physionomie qu'ils emprunteront a l'une 
de ces deui intertentions les fera asseï faci- 
iMttre, pour qu'il soit inutile d'entrer ici dans 
qui, peut-être fastidieui, seraient nécessairement 



i« ibiinction que j'établis peut, au premier abord» pa- 
bien métaphysique pour un ouvrage de la nature 
dt celui-ci; mais si Ton considérée combien de sources 
^'aliiuente l'impuissance par sympathie morale, si l'on ré«- 
lécKit combien ces sources sont parfois mystérieuses et 
Mcrètos» et si Ton se rappelle combien est indispensable 
pMr le traitement de l'anaphrodisie la connaissance des 
causes qui ont fait naître et entretiennent ruiïection, on me 
pardonnera l'excursion que je me suis permise dans le do- 
■Mine de la psychologie, car, ainsi qu'on va le voir, elle n 
Iracé au praticien une route moins obscure et moins épi- 
neuse que celle de mes devanciers. 

Dans la majorité des cas, la raison ne perd que momen- 
tanément ses droits, et l'impuissance qui en résulte est, 
comme les troubles de cette faculté, essentiellement fugace 
et passagère. Les exemples que j'ai rapportés plus haut, 
tels que ceux de Timpuissance amenée par la vue des règles, 
par l'audition d'un bruit inattendu, par la nouvelle d*un 
malheur ou d'une grande joie, etc., font comprendre que la 
force virile, un instant suspendue, rentre bientôt dans toute 



SYMPATHIES MOHALES. &â3 

la plénitude de ses prérogatives, sans que la médecine ait 
jamais h intervenir. 

Cependant la cause première de ces troubles, exaltation 
de l'imagination ou émotion des facultés aiïectives, peut 
avoir été si profonde qu'elle survive au fait qui lui donna 
naissance, et se perpétue pendant un temps plus ou moins 
long. Je me rappelle un malade dont l'impuissance datait 
du jour de la mort de son fils, et qui échouait h chaque ten- 
tative du coït, parce que son imagination, établissant une 
espèce de rapport entre l'acte qu'il allait accomplir et la 
perte qu'il avait faite, lui rappelait, avec l'image de l'enfant, 
toute l'étendue de sa douleur. 

J'ai précédemment rapporté le fait de ce malheureux 
devenu impuissant h la suite de la frayeur qu'il éprouva 
pendant l'accident survenu, en 1839, sur le chemin de fer 
de Versailles (rive gauche), sans que quelque autre sym- 
ptôme, soit moral, soit physique, fit soupçonner une lésion 
des centres nerveux. 

Bien évidemment selon que les troubles de la raison se- 
ront sous la dépendance de Timagination ou des facultés 
alTectives, la conduite à suivre sera différente. Dans le pre- 
mier cas, le médecin demandera a l'esprit ses moyens d'ac- 
tion ; dans le second, au contraire, il ne les trou\era que 
dans le cœur. — On tlissipe les fantômes de rimagination, 
non par des larmes de joie ou de douleur, mais par le con- 
traste d'autres fantômes, par la raillerie, par le raisoime- 
ment, etc., tandis que ces armes s'émoussent contre une 
âme ivre de bonheur ou brisée par le chagrin. 

Ces considérations doi\ent suflire pour indiquer la con- 
duite que le médecin doit tenir ; cependant ne peut-on pas 
se demander si, comme dans les troubles de l'imagination, 

il n'est pas néce$!»aire de recourir à quelque prescription 

28 



phrimiireatiquc |>our contenter au moins letexigeneaifMl- 
quefois absurdes des gens du monde ? 

On peut répondre, en thèse générale, qoe les prescrip- 
tions pharmaceutiques sont toujours d'un effet ialnlaira 
dans rimpuissance par sympathie morale, parce que le ma- 
lade, dans la très grande majorité des cas, n*a recours à 
notre art que pour les médicaments qu*il prescrit, et non 
pourlns consolations qu'il donne. Il fout donc, je le répète, 
établir, comme règle générale dans Taffection qui noua 
occupe, la nécessité d'une ordonnance pharmacenlique ; 
mais il fout prendre garde aussi de ne pas tomber dans uo 
écueii contraire, et de ne pas se foire accuser d'erreur par 
ceux qui, se rendant parfoitement compte de leur état moral, 
ne îiennetit demander au médecin que les règles d'une 
conduite ft suivre ou les conseils de l'amitié. 

A moins de spécifier tous les troubles moraux, ce qui est 
imj.ossible, on ne peut rion prévoir ni projuger d*aiance. 
Les indications spéciales ressortciil de circonstances indivi- 
duelles dont rappréciation est entièrement abandonnée au 
tact et au jugement du médecin. C'est dans cette apprécia- 
tion bien plus que dans des préceptes formulés dans un 
livre que Thomme de Tart doit chercher ses inspirations et 
trouver sa règle de conduite. 

B. Paeultéi affecUtm. 

La physiologie, si je puis me servir de cette expression, 
la physiologie des fonctions aiïectives de notre nature mo- 
rale est encore plus remplie que la psychologie intellectuelle^ 
de confusion et de malentendus : jetant dans un |.6le-mèle 
inextricable toutes les aspirations de TAme sensilive, on en 
a dressé une liste plus ou moins méthodique, que Ton a 



SYMPATHIES MORALES. /i85 

ensuite, sods le nom de passions, classées dans un ordre la 
plupart du temps arbitraire. 

Cependant une distinction rationnelle n'est pas moins 
importante h établir parmi les racullés aiïeclives que parmi 
les Facultés intellectuelles ou que parmi les fonctions de 
l'économie animale, et Ton est en droit de s'étonner de 
l'arbitraire avec lequel ont été divisés les sentiments de 
l'Ame, quand la nature elle-même a indiqué les bases de 
cette classiiication. 

En eiïet, quand on analyse les facultés de la vie aiïective, 
on ne tarde pas 6 se con\aincre qu'elles peuvent toutes 
èlre ramenées à deux types fondamentaux, la sym[iathie et 
l'antipathie, dont le premier nous |.ousse vers l'objet qui a 
ému notre Ame, et dont le second nous en éloigne au con- 
traire. 

Mais de même que toutes les fonctions de l'organisme 
qui servent à nous mettre en relation avec le monde exté- 
rieur ont des intermittences d'action, de même les fonctioDi 
de la vie affective n'ont pas une continuité absolue d'exer- 
cice; cette suspension de ructivitê affective, en arrachant le 
consensus intime h l'influence de ses excitants naturels, 
constitue un état passif de l'Ame dont l'étiologie de l'impuii* 
sance doit tenir grand compte, comme on le verra tout k 
l'heure. 

Je donne le nom lïapaihie à cette absence permanente 
ou momentanée de la sensibilité morale. 

I^es facultés affectives, quand elles s'accomplissent seloo 
le type normal d'activité inhérente à chaque idiosyncrasie, 
s'appellent ^en/i>A2(ïn^^ moraux; quand, au contraire, elles 
s'exécutent avec une énergie et une impétuosité étrangères 
au type régulier des autres fonctions de l'organisme , elles 
prennent le nom de fHUBXonê^ qui bientôt entraînent le délire 



&36 IMPUItSANCK STMPATIIQUB. 

et la folie, si la faculté aurexciléa absorbe et annihile l'eier- 
cice ties aiilros fnruUés. 

La distinction que je cherche à établir ici me parait de 
la plus haute importance» car si le sentiment est IVipression 
phjsiologique d*un phénomène de la vie morale, la passion 
en est une manifestation morbide qui n'est jamais sans in- 
fluence sur l'exercice régulier des fonction? de Torganisme 
00 des facultés de Tesprit. — L'histoire des sentiments est 
du domaine de la physiologie^ tandis que Tétude des pas- 
sions incombe fatalement à la pathologie. 

Mais, ainsi que je l'ai laissé pressentir tout à Theore, la 
passion est un état essentiellement relatif, et qui se mesure, 
non sur un type donné, mais suivant les conditions d'acti- 
vité que chaque intli\idu porte en lui; ainsi l'homme du nord 
se cioiniilà coup sûr sous Tempire <le la |Q^sion, s*il avait 
l'enthousiasme et Texaitation des smlimcnls de Thomme 
du midi. Chacun sent à sa manière^ dit-on cummuiié- 
ment, et pour 6lrc dans le \rai, il faut que cliacun mesure 
ses pa}i>ions ou thermoiiîèlre de ses sensations et de ses 
émotions. 

La passion n*étantque Tcxaltation des facultés aiïcctives, 
leur dénombrement et leur clasMliration sont donc les 
mêmes que ceux des sentiments moraux ; nous aurons donc : 

!<" l.t's passions sympathiques ; 

2* Les passions antipathiques. 
Ou [)our les exprimer par les mots propres et consacrés 
par le langage de tous, nous aurons : 

■ 

!• L'amour, 

2" La haine ; 
avec les nuances infinies dont les hasords innombrables de 
la vie colorent ces deux manifestations extrêmes de TAme. 

Nous allons donc rechercher, au point de vue qui nous 



STMPATHIE6 MORALES. A37 

occupe, l'influence exercée sur la fonction copulalrice, 
1* par l'absence des sentiments rooraui ou apathie^ 2"* par 
Tevaltation des sentiments sympathiques ou passions attrac- 
tives^ 3* par l'exaltation des sentiments antipathiques ou 
passions répulsives. 

V Influence de l'apathie sur le sens génital ou indiffé^ 
rence amoureuse. — Cet état étrange de TAme, que ne 
sauraient émouvoir les plus grands comme les plus doux 
spectacles de la nature, est lié, tantôt à certaines circon- 
stances organiques, comme le tempérament lymphatique, 
la faiblesse qui suit les longues maladies, les hémorrbagies 
copieuses, etc., etc., et tantôt à certaines conditions du 
moral lui-même. 

Dans le premier cas, l'absence des désirs vénériens se 
prolonge plus ou moins longtemps, et sa durée est en 
rapport avec celle des circonstances organiques qui la tien- 
nent sous leur dépendance. 

Dans le second cas, la condition morale qui entraine l'apa- 
thie tient à plusieurs causes : ou bien elle est le résultat de 
l'exercice exclusif d'une faculté morale, soit intellectuelle, 
soit aiïective, autre que la faculté génésiaque, et qui absorbe 
è son profit toute Tartivité de l'Ame, ainsi qu'il arrive dans 
les études abstraites, dans l'exaltation d'un sentiment de 
haine, de vengeance, etc., etc. ; ou bien elle est amenée 
par l'affaissement, par l'aberration ou par tout autre état 
particulier de la faculté génésiaque ellc-môme, comme chez 
les sodomites et les maslurbateurs, par exemple, dont les 
facultés copulatrices ne répondent plus à leurs excitants na- 
turels tant internes qu'externes. 

Je me suis précédemment occupé de l'empire qu'exer- 
cent sur les désirs vénériens les conditions vitales de l'or- 
ganisme, et j'ai suffisamment étudié Tinfluence de ces 



lliS IMPUIlUANCB iYMPlTHIQCE. 

cunditioiis, Innt |ili]siulo^ii|utis i{ue raorbidcn, pour qu'il 
soit iniililo li'y ri*\eiiir ici. 

Quant à ce qiroii pourrait appeler prédisposilion morale, 
j'ni également, et par avance, défloré ce sujet en traitant, 
soit des e\cè<i dos travnui de cabinet, soit des troubles des 
fatuités intellectuelles, et je compléterai tout à Theure ce 
cadre en parlant des troubles des fncnltés aiïectives. 

Il ne me reste donc h examiner ici que cet état particulier 
de Tâme, dans lequel l'homme sans haine, sans motifs 
légitimes d*éloignement pour la femme qui lui donne ses 
caresses, ne lrou\e dans son cœur que la froide indifférence 
qui, en étouiïant le désir, arrête et suspend toute activité 
dans l'appareil copulateur. 

On pourrait désigner cet état par lea mots A^apathie 
essentielle. 

(À'ilo apathie est amenée par les causes les plus di\ erses: 
chez le pédéraste et |r masturhalrur, la faculté excitatrice 
du sens générateur semble s'élrejait une autre nature sous 
l'empire de riinhitude, et aioir déraillé desaxoie normale 
pour subir rinllurnee i\(lu>i\e d'excitations factices; chez 
ceux-ci, un ^ouiriiir, quelle que soit In sphère où il se 
déroule, a un pou\oir nnaJoKiie à c«'lui de Thahitude ; chex 
ceux-là enfin, la source de TindilTérence amoureuse se 
perd dans ce labyrinthe inexlrii able <|uc peuph'ut le ca- 
price, les bizarreries de caractère et les excentricités de 
toutes sortes. 

1/éluignement de^t pédérastes, de< sod(»mite< , des tri- 
bades et di'S mastuibatcurs des deux sexes pour les rappro- 
chements «sexuels est as^rz connu p(Mir qu'il soit inutile d'en 
rapporter des exemptent. Celui qui e^l sous la déjH'ndance 
d'un caprice, d'une élr.m^clé demœurs ou de caractère, de 
la mode même, est tellement individuel qu'il échappe 



STMPATHIKI M0HALK8. &39 

en quelque sorte h raiialyse. Il fauclrait fuire l'histoire 
des bizarreries de Tesprit humain, ce que j*estimc impos* 
sîble, bien que des essais, je crois, aient été tentés sur ce 
sujet. 

Cependant, je rapporterai le fait suivant, comme spéci* 
mendeces bizarreries, et aussi pour l'enseignement théra- 
peutique qui en découle. 

IVl. X..., (ils d*un général du premier empire, avait été 
élevé dans le château de son père, et n'en était sorti, à l'âge 
de dix-huit ans, que pour entrer à l'Ecole militaire. Pendant 
cette longue solitude h la campagne, il avait été initié, à 
l'âge de quatorze ans, aux plaisirs de l'amour, par une jeune 
dame, amie de sa famille. Celte dame, alors â^ée de vingt 
et un ans, était blonde, portait des cheveux à ranglaise« 
c'est-à-dire en tire-bouchons, et, eu égard aux précautions 
qu'elle était obligée de prendre pour cacher à tous les re- 
gards son intrigue amoureuse, elle n'avait jamais de rap- 
ports avec son jeune amant que dans un costume de jour, 
c'est-à-dire chaussée de brodequins, serrée dans un corset 
et portant une robe de soie. 

Tous ct'S détails, que j'énumère avec intention, eurent 
la plus grande inlluence, non-seulement sur la faculté exci- 
tatrice du sens génital, mais encore sur toute l'existence de 
M. X... 

La jeune dame, fort passionnée, à ce qu'il parait, abusa 
des forces du jeune néophyte, et il ne fallut rien moins que 
le régime sévère et la continence de l'Ëcole militaire, pour 
rendre aux organes génitaux Ténergie qu'avaient compro- 
mise des pratiques anticipées et trop fréquentes. 

Mais lorsque, rendu à la liberté et aux plaisirs de la vie 
de garnison, M. X... voulut jouir drs droits que la nature 
semblait lui avoir restitués, il s'aperçut que les désirs véné* 




(40 tMrOIWAlKI tTBFATmOOB. 

riens ne s'éreilInicnlqu'iiiiprèH do iTrIatries remmei, etiree 
le concours <le cerlnines rirrunfltanreR; ornxi, aiie fennm 
brnue n'etcilait en lui aucune émotion, et le rostume et 
Buil suRiuit pour éteindre et glocer tout tnnaport tiMHi- 
reui. 

Pour que son Ame IrcMailllt Mes l'aiguillon da déair et 
de la v<tlu]ilê, il Tnllnit que le r.mme Tilt blonde, coifTie i 
riiiplaiiH!, diauwée de brodequins, emiiriaonnée dans ua 
eomcl, vtMuc d'utie robe de toie, en un mol, réunit toutes 
les particularité!! que le wuvenir de M. X... gardiit de ses 
Bremiem ébolK erotiques. 

Ce nVluit |ioint un de ces souvenirs d'amour insené» 
dont lu mngîqne pouvoir s'étend sur toute une «tatroee. 
Danx ses premiers rnpprorhements seiuels, M X. . . n'avait 
apporté '|uu rn|i|tniril de ses org.-iiii's ; son rœur était tou- 
jours ri!slé étranger h rctlc union, dont le but éliiit leptai> 
Str; et, h vingt-cinq nns d'in1crtnllt% M. X..., en me con- 
aultaiil |i<»ur foti étrange inlirmilé, m'avoua n'avoir nimé, 
at'CC le cœur, qu'une srulu femme, ji laquelle it n'nvait 
jtmuis osé ailn-sscr ses liiimmn»es, parce que, coïncidence 
bitiinc! cette femme était brune. 

Sa fortune, son nom, <a position sociale fuisoicnt depuis 
longtemps un devoir à M. X... de se marier, et il avait tou- 
jours ré-isté au\ sullicitotions de sa famille el de ses amïs, 
parce qu'il se >avai( in(-a|ii)l)le il'cverccr le coît dans le né- 
gli<tédela eouc-lie conjngiile. Certes, un ^embfabie motif 
eât été dilTirile è pénétrer, car riuforluné jouissait d'une 
santé h toute épreuve, était d'un tempérament bilioso^aii- 
guin, iitait une taille au-dessus de la moyenne, et une con- 
stitution si robuste que, pendant plus de quinic ans. il atait 
^lé oOicier dans un n^giment de grosse cavalerie. 
- Bien évidemment, M. \.., n'était atteint que d'une im- 



»* J^. 



.STMPATniES MOHALBS. ft/^l 

puissance essentiellement relative, car lorsque la Temme 
était blonde et lorsque les conditions énumérées plus haut 
se trouvaient réunies, il accomplissait la fonction copulatrice 
avec toute l'énergie d'une forte constitution et Tardeur d'un 
tempérament amoureux. 

Rentré dans la vie civile, et tourmenté plus que jamais 
par sa famille au sujet de son mariage, il voulut tenter un 
dernier effort, et vint me consulter dans le courant de l'hiver 
de 1852. 

Pendant la longue conversation que nous eûmes en- 
semble, je crus m'apercevoir que M. X... n'avait qu'une 
foi douteuse, non-seulement en moi, mais encore dans celte 
branche spéciale de la thérapeutique, et que. par conséquent, 
il me fallait, avant toute chose, et par quelque moyen que 
ce fût, conquérir sa confiance en faveur de la science, et en 
même temps en faveur de l'ellicacité du traitement que je 
lui prescrirais. 

Dans de semblables occurrences, je l'ai déjà dit et je le 
répète, parce que le conseil est important, tout discours est 
superflu et tout raisonnement se brise contre l'incrédiilité 
systématique du malade ; il lui faut un phénomène physique, 
palpable, matériel, contre la négation duquel sa raison se 
révolte; ce phénomène obtenu, ^a coniiance est d'au- 
tant plus absolue que son incrédulité a été plus profonde. 

En conséquence, je résolus de frapper un grand coup, 
et sachant bien, par l'expérience que j'en avais acquise, que 
la moitié seule de mon ordonnance serait exécutée, je pres- 
crivis une potion cantharidée et phosphorée assez énergique, 
et conseillai le coït avec une femme brune et sans corset, 
deux heures après son ingestion. 

Ainsi que je l'avais prévu, la potion fut avalée, mais le 
rapprochement sexuel ne fut pas même tenté, car jamais 



■" 1 



Uli iiiroiiiAiiGi trariniQiig. 

rhomma ne s'e^poso à un écheo traoureui qu'il regarit 
comme certain. 

Mais reiïet que j'aitendaia de Temploi det eanlharides 
•'étant produit, et le malade ayant été toarmeoté toato 
la nuit par une érection qui n'était pas tans quelque aovf» 
franco, la scène changea de face, et M. X... crut avoir 
enfin rencontré l'agent médicamenleni qui seul poorait 
contre-balancer la lâcheuse influence de son morah 

Le lendemain, ne pouvant venir me revoir, maia vouianl 
reprendre un second flacon de na ligvmàr magi^WB^ conme 
il m'écrivait , il me demanda s'il pouvait se servir encore 
de la même ordonnance, ce a quoi je m'opposai, dans la 
crainte d*une cystite, et lui envoyai une prescription oà les 
cautliaridcs et le phosphore ne jouaient qu'un rAle esaen» 
ticllement secondaire. 

Cette seconde potion , fort peu active, je l'assure, 6t 
autant d'eiïet que la première, et le mnlaJe put enfin 
eicrcer le coit avec une femme brune et dépouillée de son 
corset. 

Mais pondant assez longtemps, pendant plus de six mois, 
les rapprochements sc&ucis ne furent possibles qu'avec 
l'aide d'une potion qui était censée contenir Tugent médica- 
menteux assez puissant pour contrc-balonccr l'empire de 
l'Ame ; ce ne fut que progressivement et h la lonj^ue que 
M. X... parvint a se passer^ pour l'accomplissement de 
l'acle copulateur, du concours de la médecine, cl oujour- 
d*hui même, il e<t parfaitement convaincu que le médica- 
ment que je lui ai prescrit a exclusivement a;;i sur ses 
organes, et ce serait peut-être s'exposer au relourdes phé- 
nomènes morbides si l'on parvenait à le convaincre que le 
traitement qu'il a subi est un traitement purement moral. 
La conduite que j'ai tenue dans la circonstance que je 



SYMPATHIES MORALES. &&8 

viens de rapporter, quoique couronnée d'un plein sucrés, 
ne saurait être couscilloe d'une manière absolue; In rè<;leà 
suivre se tire des causes de Tapathic elle-môme. Cepen- 
dant, comme auxiliaire de celte médication spéciale, indi- 
viduelle, pour mieui dire, il faut souvent avoir recours aux 
excitants moraux dont j'ai plusieurs fois parlé dans le cours 
de cet ouvrage, oinsi qu'aux moyens physiques dont l'elTet 
excitateur se fait surtout sentir au cerveau , comme un 
repas délicat, l'usage modéré des liqueurs alcooliques, la 
musique, la lumière, les parfums, etc., & ceux surtout qui 
s'odresscnt de préférence aux sens dits intellectuels, afin 
que leur excitation éveille la faculté génésiaque endormie. 

D'ailleurs, dans la très grandie majorité des cas, l'espèce 
d'impuissance que j'examine ici est rt'Iative et temporaire, 
ôt il suflit, pour la dissiper, qu'il entre dans le cœur du 
malade un de ces divins rayons d'amour que la femme 
sait si bien allumer à l'étincelle de son regard, à l'éclat 
de son sourire et au doux feu de ses paroles. Que le mé- 
decin ne dédaigne point ces auxiliaires; il est presque invin- 
cible s'il agit de concert avec l'amante ou l'épouse de son 
malade. 

2^* Influence des ])assions sympathiques. — Quand on 
considère que l'acte copulateur est sous la dépendance la 
plus entière des sentiments attractifs, on est conduit h pro* 
portionner l'énergie de l'art*, et par conséquent Tactivilé 
de rajipareil copulateur, 6 la force de ressentiments attrac- 
tifs, en d'autres termes, et pour employer un langage plus 
usuel, on est amené à penser que le coït est d'autant plus 
facile et plus com|del que l'amour qui le sollicite est plus 
violent et plus exalté. 

Cette loi psycho-physiologique dont il est impossible de 
De pas reconnaître la justesse et la réalité, souflre cependant 



A&& imnisAiiGB BTNMraïQim. 

des exceptions asses nombreuses pour qu'il soit utile de non 
y arrêter un instant. 

Quand le désir ou plutôt quand l'instinct du rapproche- 
ment des sexes a quitté ce vague nuageux qui, semblable i 
une atmosphère légère, entoure notre âme, et vient se 
placer sous Tempire de la conscience ; quand ses aspirations, 
abandonnant les vastes horiioiis de Tinconnu, prennent un 
corps pour ainsi dire, naissent è la vie morale, et ae coih 
centrent dans la contemplation d'un être fini et réel, TiD- 
stinct devient sentiment, le désir se fait amour. 

Fidèle aux lois de son essence, Tamour, cette douce et 
magique expression de la portion sympathique de notre 
àme, s'ciaspère des lenteurs et s'irrite des obstacles ; pour 
vaincre les eniraies qui lui cachent le but, il appelle à 
son aide toutes les forces de l'organisme, toutes les graiw 
deurs de l'esprit, toute rex»ltnlion des setitimetils, et va 
même chercher des ressources d»iis le monde des rives et 
des enrlionlcmeiits. Au milieu de celle conrusioii étrange, 
Me cette tension exagérée de tous les res.sorls de la vie, 
l'àmc n*extTcc plus qu'un empire douteux, qu'une puis- 
sance trcmb'ante ; si tout à coup elle est inondée '*d'un 
bonbtîur lungtemps C4iressé, si el!e est éblouie par l'appa- 
rition inattendue d*une félicité prochaine, elle se noie elle- 
même dans une immensité de joies et de «oluptés, oban- 
donnant k leur délire, sons gouvernail et sans boussole, 
toutes les forces de l'organisme : « Si Ton considère, dit 
Virey, que l'âme éperdue nage dans un océan de plaisirs ; 
que toutes les fibres du corps frissonnent sous les plus ten- 
dres caresses ; que l'on est plongé dans un enchantement 
universel, et comme ravi en extase de l'excès de son bon- 
heur, on comprendra qu'il faut revenir de cette secousse 
générale pour se livrer plus spécialement à une jouissance 



. r 



SYMPATHIES MORALES. A/^S 

particulière Non, sans doute, on n'est pas froid dans ces 
premiers instants du délire de la volupté; on s'y seni, au 
contraire , comme englouti et submergé , on se cherche et 
l'on ne se trouve pas. Interdit de ce phénomène, et 
sentant néanmoins sa vigueur et la plénitude de sa force, 
l'homme se croit lié et comme enchahié dans le cours de sa 
victoire (1). •> 

Les exemples de ce phénomène étrange ne sont pas 
rares, et on les rencontre surtout chez les personnes ner- 
veuses, mélancoliques, et dont l'esprit se plaît dans les 
rè\eries. Un des acteurs les plus distingués de Paris éprouva 
cet accident la première nuit de ses noces, bien qu'il eût 
eu antérieurement des rapports avec la femme qu'il épou- 
sait; seulement ces rapports ne s'étaient produits qu'au 
milieu de la gène et de la contrainte imposées par la sur- 
veillance des parents de la jeune lille, et le bonheur dans 
lequel le plongea la libre possession de ces charmes qu'il 
n'avait fait qu'cflleurer, ne valut pas pour lui la contrainte 
à laquelle il était auparavant condamné. 

Dans les Essais de médecine d'Edimbourg, on trouve 
rapporté, par le docteur Curkburn, un exemple d'autant 
plus remarquable de TelTet ana}ihrodisiaque de l'excès d'à* 
raour, que l'impuissance qui en fut la suite se traduisit, non 
par le défaut d'érection de la verge, ce qui pst le cas le plus 
commun, mais par l'impossibilité de l'éjaculation , par ce 
que j'ai appelé l'aspermatisme. 

Qu'on me permette de rappeler une partie de ce fait 
curieux dont j'ai précédemment donné la narration en- 
tière (2) : « Un noble Vénitien, dit-il, épousa à l'âge où 



(t) De la femme, notes, p. 390. 
(2) Voir la page 1246. 






Ii6 IMPOniAIICB tffWATflIQn. 

r«fnoiir foforiM un homme avec romploisanco. one jMM 
demoisello Irèt aimnble, a^ec laquelle il ise comporta aaiei 
vigoureusement ; rouis Tessenticl manquait à son bonheur ; 
tout annonçai! dans ses rapports le moment d'eilase» et le 
plaisir qu*il crojaii goâter s'échappait. L'illusion lui était 
plus Taiorable que la réalité, puisque les songes qui auceé* 
daient à ses elTorls impuissants le réveillaient par des aen* 
salions délicieuses^ dont les suites n'étaient pas équivoques 
sur sa r^ipacilé. Cet époui malbeureus, rassuré sur son 
état, voulait-il prouver efliracement sa puissance et réaliser 
ses plaisirs, il en procurait sans pouvoir les partager; en 
un mot» rérection la plus forte n'était pas arcompagnéo 
de ce jai lissement précieui qui bit connaître toute l*élen* 
due de la volupté, a 

Il est probable, comme je l'ai dit précédemment, que 
l'aspermatismc tenait a un état ^pn«modique dos conduits 
éjaculateurMy lequel rcronnalMsait lui-même pour cause un 
eicès d*amour, puii^que cette diflirullé d'éjaculntion ne pa- 
rail |>as «i\oir existé a%Anl le mariage du malade qui ne 
serait pus à coup itûr entré dans lo couche nuptiole avec 
une semblable intirmilé. 

L'aspermolismc^ dans le sens rigoureux que j'ai donné 
à ce mot, est lo forme la plus rore de Timpuissancc par 
excès d'amour : en dehors des cas exceptionnels comme 
celui cité par Cockburn, cette variété d'anaphrodisie se 
traduit ou por le manque d*ércction ou par une énergie 
au contraire qui n'e.st autre cho^e que le [iriapiiime ; mais 
quel que «oit le c*aractère qu'elle répète, sa durée est ordi- 
nairement assex courte, et, sous ce rapport, Montaigne a 
pu dire avec raison aux époux tro|) coûteux Tun de 
l'autre : <• Les mariez, le temps estant tout leur, ne doib- 
vent uy presser ny taster leur entrcprinse, s'ils ne sont pas 



SYMPATHIES MORALES. tlHl 

prests. Et vault micult faillir indécemment à estreiner la 
couche nuptiale, [ileinc (l*agi(a(ion et de Hebyre, attendant 
une et une aultre commodité plus privée et moins allurmée, 
que de tomber en une perpétuelle misère , pour s'ostre 
estonné etdé>espéré du premier rrfus. A\ant la posses^nion 
prinse, le patient $e doibt l saillies et divers temps, Icgiere- 
ment essayer et oiïrir, sans se piquer et opiniastrcr à se 
convaincre définitivement soy-môme (1). » 

L'impuissance par excès d'amour mériterait h peine de 
nous arrêter, si elle n*avait pas secondairement une in- 
fluence fârlieuse sur Timoglnation : elle est souvent, en 
effet, le point de départ d'appréhensions qui, bien que chi- 
méri(]ues, jouent, ainsi que nous l'avons vu, un rôle très 
important dans l'acte copulalcur en paralysant toute éner- 
gie virile. Par conséquent, il est utile, surtout chez les 
esprits facilement impressionnables, de prévenir un premier 
échec ; et, si la morale et les devoirs du mariage ne réprou- 
vaient formellement un semblable expédient, je dirais avec 
Montaigne, qu*on ne peut trop se lasser de citer en pareille 
matière : « J'en sçay à qui il a servy d'y apporter le corps 
mesme, demy rassasié d'ailleurs, pour endormir l'ardeur 
de cette fureur : et (|ui, par l'aago, se trouve moins impuis- 
sant de ce qu'il est moins puissant (2). » 

Les bains prolongés, la diète, le régime lacté, l'habita- 
lion à la campagne, le calme de l'esprit et les distractions, 
suffisent d'ordinaire pour ramener l'équilibre dans Texer- 
cice de toutes 1l*s fonctions; chez les individus pléthoriques, 
on pourra aller jusqu'h la saignée générale, ou se contenter 
de l'application de quelques sangsues à la nuque ou de fo- 

(1] Essais, 1. 1, eh. xx, p. 4 07, édit. de 4743. 
(2}Loe. ete., p. 4 04. 



menUlioni froides sur la partie du crâne corre^Ddaiit. W| 
cerielet. Chei let penonnei nerveuiet, «q coolraire, HhI 
opiacés, ou les anlispasniodiqaet, ou les uns et les aulret 
combinés ensemble, rendront de très grands services ; mais 
tous ces mo)ens devront céder le pas au raisonneiMiilt, et 
avant de recourir à une thérapeutique quelconque, le M* 
decin Fera toujours un appel pressant à la raison de son pp-i 
lade. 

8* Influence dei affectioiu antipathiques. - - Planque 
rapporte d'après Blegny {Journal de médecine^ t. I, 
p. ft89}, qu'une Femme éprouvait pour son mari un tel 
sentiment de répulsion, qu'elle était prise de mouvements 
spasmodiques» et tombait même en syncope è la vue seule 
de rhomme qu'on lui avait lait épouser. 

Si rnntipatbie est capable de produire chez la femme de 
^emblnbles ciïels, on comprend sans peine l'aclioii débili- 
toiilc quVIle doit exercer sur les organes de Tbomme si 
direclemont soumis i Tempirc de TAroe. 

Corles, les exemples de celte iiillueiire néfaste ne man- 
quent pas , et ils expliquent , sans les légitimer pourtant, 
les d(*maiides si nombreuses de nullité de mariage par 
répreuve du congrès. 

E^t-il besoin d'insister sur cette cause si manifeste d'im- 
puissance, quand on connaît l'essonce de Tamour et les lois 
qui président au rapprochement des srxes ? Me suffil-il pas 
d'énoncer cette proposition comme un axiome, à savoir : 
que toutes les nuances, si nombreuses et si variées qu elles 
soient, du sentiment répulsif, depuis la simple froideur jus- 
nu h la haine la plus profonde, sont les ennemis les plus im- 
placables des voluptés génésiques. 

Si dans ces conditions fâcheuses le coït doit être exercé, 
et il est malheureusement des circonstances sociales qui 



SYMPATHIBS MORALES. &&9 

eiigent on pareil sacrifice, la médecine ne (leut intervenir, 
car elle n'a dans son arsenal thérapeutique une arme ni 
assez fortement ni assez finement fourbie pour éteindre ou 
même calmer la haine dans un cœur qui s'en enivre. C'est 
è Tamitié qu'il faut confier le soin de la médication pour le 
succès de laquelle le temps et les distraclions sont aussi de 
poissants aniiliaires. 



FIN DU TOm PRIMIIR. 



I. 



29 




TAfiLli DES HATIËRES 

DD lOliB fREHIBII. 



CHAPITRE l"- — Cont«Tior> 8 

g I. Airle oupuldrar cLm l'IiainfiM h 

{ (I. Artf cupuUtcur cL(t U fcmne ••••• 3S 

f III. CcpoUtioD S6 

GDAPITHE il— ttcoNBinon A% 

^ I. Arln»«aiîu»l 4> 

A. îidi-r'iiuu ilu ((Hmia 4> 

B. EicréituD ilu tiieriiir hi 

C Cuiii|ioiilioo do tpcrme, ^i 

I M. Acia oTarÎDii 56 

I ui. C*D<raliaa 63 

Tbéorin rdatiTMàli géD«r«tîoii 65 

A. Lci •dmiDiiic* 64 

B. Lci oiidM 71 

C. Le* •ciiwO'OfiilM 6i 

D. Lai aDiiiiilcnlUiM. 84 

E. Lei temcD-ininialcalUle* 8(t 

F. Le* oio-inimalcDUita 8o 

Ëlal iclucl de U Kwacc 9S 

CBAPirBEDI. ~ Duiti M L4 rOKCTion cinikinici 96 

HtnnMJATiON {)8 

1 1, CîrcoDtlancr* qui iofloenl nur clli 98 

A. CtiDiat, lililaJe g<of;rapfaiquf, racea 98 

B. SaciaLilili, liibiluil», répatr 101 

C. CoDililulion, lciii|)é rament, taille, elc loi 

1 ti. SîanUicilioD dcliiDCDMrDalioDoo poole périodique. loS 

I m. l'hénoinèiici accompagoaiil 1* menalrnaliOD 109 

rllAPITRE IV. — RtproaTM Là roNcnon cinltiTkiCB aficu* 

AiTTiw roncTio'ii i>i L'uKciKiau itS 

1 I. KapporU atec la >ic organique 1 18 

A. Kulrilion ii8 

B. Circoldiao 1 rcapiralivn i«i 

C. EicrMoDi. ii5 

I II. RapporU Mcclarie animale. laS 



TABiB DBS MATlIaSS. 

CHAPITRE V. — ClRCO?(8TANCBS IiIVBBSES QUI L^FLUIflT SU» LB dA- 
TfiLOPPKMENT ET L^BXEBCICB I>B hk PACULTB «BXiBATBICB. 

$ I. GirconsUiiccf iubérenlci k rindWido 

A. Age 

B. ConMiiulion, tempérament. • 

C. Facull^'s morales, pasaioni • 

D. iJiibitudes 

£. né(j|jme. ....••.•• ..«• 

F. Professions, travaux 

§ II. Circonstancei étrangèrei k rindmdu 

A. Climats 

B. SnisoDs 

C. Années , 

D. Jour, noit 



3a 

3a 
3a 

54 
38 

4o 

43 

45 

45 

47 

49 
5i 



LIVRE PREMIER. 

DE L'IHPriSfiAlVCE. 

DéGnilion de l'impuissance i54 

ACTION PREIfU^PQ. — IMPUISSANCE CHEZ LUOMME.. . i56 

CHAPITRE 1". — Impuissancb PAB vicbs ub comporiiatioh i56 

§ i. Anomalies de la verge 1 5(i 

§ II. Anomalies du prépuce 167 

§ m. Anomalies du frciu 171 

§ iT. Anomalies du gland et de Parètre, • . • , 17a 

§ ▼. Anomalies de la vessie 1 73 

CHAPITRE U. — Impuissance ioiopathiqdb • 177 

S I. Impuissance idiopaibique par défaut d'énergie. ... 184 

Impuissance, médication 191 

1 ** Agents médicamenteux 19a 

a" Agents physiques. 198 

3" Moyens mécaniques ao6 

^ 11. Impuissance idiopathique par perversion d*énergie. 219 

§ m. Impuissaucc idiopaibique par excès d'énergie, ,,. . a35 

Priapisme a37 

flrolomanie a43 

A^pormalisme a43 

Saty riasis • a5o 

CHAPITRE ni. — Impuissance stmptomatiqub* • aSi 

iMPUIHltANCE 6VMPTOMATIQLB OECERTAIKS ÉTATS PHYSIOLOGIQUES. a5a 

$ 1. Ages a5a 

§ II. CoDstituliun, lempérameut a56 

Impuissance symptomaliquc d*un étal pathologique. a6a 

§ I. De la nutrition , a6a 

Obésilé a65 

Amaigrissement a08 



TABLI DU MATlIlSS. 

§ II. De la dreoUlioo • ty% 

§ III* De llnuerfatioD •78 

1* Trooblet de llnnerfeliou atec létioiu anato- 

mîqaes 179 

9* Troubles de l'inner? alion taot lé«ioM asatoinf • 

qaei ; néTHMet el féaauiet t84 

§ iT. D'uoe inloiicaliou 99S 

loloiication lypliilllique 9^4 

liitoiîcalîou talarnine 5ot 

Inloiîcatîoo aotimouialo el arsenicale 5o4 

llnloiicalion iodiqae 3o€ 

loloxîcalioo par le camphre 5o8 

Intoiication par le hachisch 5oo 

§ f . D'aac afreclîoii do Tappareil géoîto-orinaire 3>S 

Maladies des reins, des bassinets el des uretères SiS 

Maladies de la TcsMe • • 817 

Maladies du col de la fessie, de la prostate el des 

conduits éjaculateurs S19 

Maladies des vésicules séminales. «•• 3to 

Maladies de Turètre 5ti 

Maladies de la Ycrgi^ S34 

Maladies du curdon spermaliqoe et des leslieolei.. 58o 

^:UA!MTRE IV. — Impl'Issa!«cb coNsicuriTt 355 

§ I. Impuissance consécotiTe à on étal organo-patbolo- 

giqiie 335 

H II. Impuissance conséculiTeà un étal palbogéuiquc. . . . 543 

A. Abus d'agents débilitants ou ancMliésique». ....... 543 

H. Abus de l'appareil musculaire 55o 

C. Abus de Tappareil digestif 55 1 

I). Abus dt* Torgane iutellectueJ 565 

E. Abus de l'appareil génital 571 

1* Eicès de continence 571 

2* Excès d'iucontinence« excès vénériens 575 

Pollutious • 589 

S|>ermatorrbée, pertes séminales 594 

CHAPITRE V. — Impcissancb sympathique 4^^ 

{ I. Sympathies morbides pb)-»i(|ues ^o6 

A. Lésions Titalcit. 4<>€ 

B. I^^ions organiques 407 

I II Sjmp.ithies moraleit • . 4^^ 

A. Facultés inlellectucllco 4 >8 

B. Facultés .iffertÎTcs 454 



riM nr. l\ taslk on tovb premier. 



■rf*», 



TRAITÉ 



DE 



L'IMPUISSANCE 



Ï.T DK 



LA STÉRILITÉ 



CH£Z L'HOMME ET CHEZ LA FEMME. 



il. 




fMk. - i frttrti de u MtRinn, r 



TRAITÉ 

nB 

L'IMPUISSANCE 

LA STÉRILITÉ 

CHEZ L'HOMME ET CHEZ LA FEMME. 

L'EXPUSmuN DES UOVENS RECOUUANDÉS JHJUII Y HËMËtirH:!!. 



VEUn ROVB&VD. 



TOME SECOND. 



PARIS. 

CHEZ J.-B. BAILLIÉRE, 

LiBHAIBE DK L'ACADËMIB lUPÉilIALE DB HËOECIMB, 

ruoIliulMFuilli', in. 

UOMDRES, H. BAH-LIÉnE. ? NKW-VOItK, H. DA1I.Lli»E, 

119, nigiul-Stnil. i KO, Braidtts;. 




TRAITE 



DE L'IMPUISSANCE 



BT 



DE LA STERILITE. 



■•■ 



SECTION DEUXIÈME. 



DHPUISSANCE CHEZ I.A FEHME. 



Il est incontestable que si j'avais enfermé le mot impuis- 
sance dans les limites étroites de la définition que l'on donne 
ordinairement a cette expression , à savoir : inaptitude 
permanente ou temporaire à la copulation, la femme, en 
dehors de quelques rares vices de conformation et de quel- 
ques cas de maladies non moins rares, serait peu eiposée 
& cette infirmité, car, ainsi que le dit Vircy, elle peut tou- 
jours recevoir passivement les caresses de Thomme. 

Cependant le rôle de la femme, dans le coït normal, 
n'est pas entièrement passif; elle ne saurait être déshéritée 
des douces émotions et du plaisir attachés à l'acte de la 
génération, car, si sa volonté est nécessaire à la réalisa- 
tion de cet acte, la même volonté peut s'opposer à son ac- 
complissement en refusant les approches de l'homme. Il 
faut donc à la femme un appAt, un mobile pour ne p«s 
repousser l'accouplement, et en même temps, comme ré- 
compense, si Ton peut ainsi dire, attachée h l'accomplisse-* 



n. 



29* 



/i50 i>II'LlSSAM:i£ CIIKZ LA FëMMK. 

mont dr (ouic fonction |)liysiolo<;i(]ue, iiiir scn<«iUion (!o 
bicn-ètre cl un sentiment de bonheur. 

Les désirs et le plaisir vénérieos incombent donc à la 
femme au même titre qu'ils appartiennent k Thomme, et 
les uns et les autres rentrent dans Tordre normal des con- 
ditions physiologiques du coït. 

Dans les actes de la vie de relation, tous les êtres, quel 
que soit le degré qu'ils occupent dans rérlielle zoologique, 
remplissent un râle actif, que cette activité soit sous la dé- 
pendance de l'instinct ou de la conscience; sans désirs et 
sans plaisir dans la copulation, la femme ferait seule excep- 
tion à cette loi universelle <le la nature, ce qui évidemment 
n'est ni admissible ni vrai. 

Le coït est donc chez lu femme, comme chez l'homme, 
soumis ù de certaines conditions; cl s'il est incontestable 
qu'un état pathologique existe (ou'.cs 1rs rois(|(rune fonction 
ne s'accomplit pas dans les limites (|ui lui son( tracées par 
la nature, il faut adii^cltre que l'absence d'une ou de plu- 
sieurs des conditions du coït normal chez lu femme con- 
stitue un état morbide ou pathologique. 

C'est cet état morbide que j'a[q)elle impuissance. 

L'impuissance n'est donc pas pour moi, ainsi (|ue l'ont 
définie mes devanciers, l'inaptitude permanente ou tempo- 
raire à la co|)ulntion, mais bien l'absence d'une ou de plu- 
sieurs des conditions du coït physiologique. 

J'ai dit ailleurs quels étaient, chez l'homme, le nombre 
et la nature de ces conditions. — Je n'y retiendrai pas ici. 

Chez la femme, elles sont au nombre de trois : 

La première , désirs vénériens , est entièrement sous 
l'empire de l'Ame ; 

La seconde, réception dans le \ngin de la verge de 
ThommC; appartient exclusivement au domaine organique; 



IMPDiSSAlfCB PAR OBSTACLES A L'iNTROIlIflSIOlf. ftSl 

Et la troisième, plaisir, prend (oui à la foin sn source et 
dans l'Ame et dans les organes. 

Je sais que celle dernière proposition ne sera pas accep- 
tée sans conleste, car, ainsi que le dit je ne sais quel au- 
teur, souvent un coïl , commencé dans rindiiïércnce, se 
termine par la voluplé. Mais je ne m*y arrélorai pas davan- 
tage ici, et je renverrai en son lieu et place lo discussion de 
ce point en lilige. 

Quoi qu'il en soit, et pour simplifier encore plus la ques- 
tion, on peut dire que lu femme a deui rôles dans le coït : 
l'un passif, conslilué pnr la réception de la verge de Thomme 
dans son conduit vaginal; l'autre actif, rempli par les dé* 
sirs et le plaisir vénériens. 

L'un et l'autre de ces deux rôles peuvent être suspendus, 
et alors, selon que rincapocité porte sur la partie passive oa 
active de l'acte , on a deux genres d'impuissance chez la 
femme que je désignerai, pour ne pas tomber dans une 
technologie prétentieuse, par des expressions connues de 
tous, à savoir : 

1® Impuissance par obstacles h l'intromissioD ; 

2° Impuissance par frigidité. 

C'est à ce double point de vue que je traiterai Timpuis- 
sonce chez la femme. 

IMPUISSANCE PAR OBSTACLES A L'INTROMISSION. 

La nature et le siège des obstacles qui peuvent s'oppo- 
ser è l'introduction de la verge dans le vagin, sont nom- 
breux et variés, et je me trouve, en raison même de cette 
diversité, dans un grand embarras pour la marche que je 
dois 'uivredans leur exposition. 

Quanta leur nature, ces obstacles sont d'abord congé- 



VICKS DE G0^F0R1IATI0N, ETC. ASft 

CHAPITRE l•^ 

VICES DE CONFORMATION DES ORGANES EXTERNES 

DE LA GÉNÉRATION. 

A. Anomaliei de la vulve. 

Je comprends sous le nom de vulve : 1* l'ouverture in- 
férieure du canal vaginal ; 2* les grandes et petites lèvres ; 
S* le clitoris. — Je laisse à dessein, comme ne rentrant pas 
dans mon sujet, le méat urinaire qui s'ouvre, comme on le 
sait, au milieu des nymphes. 

J'examinerai séparément les vices de conformation des 
divers organes qui composent la vulve ; mais je dois, avant 
d'aller plus loin, signaler une anomalie excessivement rare, 
et qui s'accompagne , lorsqu'elle existe , de malconforma- 
tions très graves des organes internes de la génération ; je 
veux parler de l'absence complète de la vulve. Les annales 
de la science offrent très peu d'exemples de ce vice de con- 
formation dans lequel n'existent des traces ni des grandes 
ni des petites lèvres , ni du clitoris , ni de l'ouverture vul- 
vaire, et dans lequel cette partie présente une surface unie, 
sans poils, et comme la continuation de l'abdomen. 

Il suflit d'indiquer, sans s'y arrêter davantage, l'existence 
possiblede celte anomalie, car, en de pareilles circonstances, 
la médecine est désarmée et l'abstention est la seule res- 
source de notre art. 

1* Anomalies de rouverture vulvaire. — Ces anoma- 
lies consistent surtout dans l'oblitération complète ou dans 
un simple rétrécissement de l'ouverture; mais au point de 
vue où nous sommes placé , il importe peu que l'occlusion 




nets BC eoirroRNATioii 
AOit crlli^re oti pnr(icll<>, |i(iiin ii <]ii'ol v rail siiiri>snle ponr 
em|j6cllPr l'introiliiclkin de la *crge dans le viipiii. 

Suiis (lotilu, sous 1r rapport de la )iiinli^ gL^ii^rDlc il^pm- 
danl do la r^lenliuii mécanique des ri'clc*, m je piiU ain»i 
dire. In ilistindio» h Fairo entre ce* (leux éiot!! palhologit^u» 
est im|iorlanle i car si le Hm|)le rétrécissement i(ui |)ern)et 
au smig cntaméiiiiii du l'écouler auiletior!!, ne réclame pu» 
impérieusement rinlcrvenlion de l'ârl, il n'en est pas ilc 
même de l'oblilériilion complète qui peut mettre en danger 
Ici jours de lo malade, moi» qui, dam tous le> va*, s'scrom- 
pagiie de ■>mpl6meii élraiigeii et toujours douluureui. 

Me rciifermanl donc dans lo cadre qui m'es! écliu, je ne 
ferai de l'ocrlusiou complète et du rétrécissement do l'ou- 
verlure lulvairo qu'une seule anomalie, pnrre que à notre 
foiiil lie vue, je le répète, lea conséquences «menées par 
chacun de ces deux états sont identiques, c'est-à-dire qu« 
l'un et l'autre s'opposent h l'entier et facile sccomplissc- 
inent de la copulation. 

L'occlusion de l'orilice vulvsire peut dépendre ou des 
parties dures ou des parties molles. 

Dans te premier cas, elle l'accompngnn lonjours d'une 
vicieuse conformation du bassin, caractérisée surtout par 
une dépression considérable du pubis. Quelquefois le 
bossin est bien conformé, et co sont des cxosloses qui 
obstruent l'entrée du conduit laginol; mais comme j'aurai 
plus loin l'occasion de parler des ctostoses accidentelles, je 
reviendrai ti leur sujet oui eiosloseï congénitales. Qusul 
aux vices de conformation du bassin, il faut se résigner h ne 
rien faire, le mal e»t au-dessus des ressources de notre art. 

L'uccluiion de la vulvo par les parties molles a son siège, 
tintAt «ux lèvres génitales, luitlât oui parois mêmes de 
l'oriDce vulvaire, et tantôt i h membrane hymen. 



,fv. 



DES ORGANES EXTERNES DE LA GÉNÉRATION. &!)5 

Je vais rn|M(leincnl examiner charuiic de ces variélés. 

Lorsque l*occlusion, qu'elle soit ('om|)lète ou incomplète, 
dépend des lèvres génitales» leur adhérence |)eut être mé- 
diate ou immédiate. 

La première de ces variélés n'est pas signalée par les 
auteurs; cependant , quoique inliniment plus rare que 
Tadhérencc immédiate, elle se rencontre quelquefois, et, 
pour mon compte J'en pourrais citer un ou deux exemples. 
Dans ces cas, il existe entre les deux petites lèvres une mem* 
brane plus ou moins résistante qu'il ne faut pas confondre 
avec l'hymen, car on retrouve celui-ci au fond de la vulve^ 
quand il existe, après la déchirure de la première membrane. 

La membrane supplémentaire n'a ordinairement que 
quelques lignes d'étendue, est plus ou moins épaisse, et 
occupe tantôt la totalité et tantôt quelques points seulement 
de rou\erture vulvaire. Il est toujours facile de la recon- 
naître soit à l'espace qu'elle laisse entre les deux petites 
lèvres, et qui permet de glisser entre elles le doigt ou une 
sonde cannelée, soit a la résistance moins grande qu'elle 
oppose h la pression. 

Quand l'adhérence des petites lèvres se fait d'une ma- 
nière immédiate, leurs parois, ainsi que le dit M. Amussat, 
sont collées ou soudées, comme chez les jeunes garçons, 
lorsque le prépuce est adhérent au gland. 

Mais quel que soit le mode suivant lequel l'adhérence 
s'établisse, il est d'une saine pratique d'opérer de bonne 
heure le débridemcnt; cependant lorsque le canal de 
l'urètre ne participe pas h l'oblitération, le chirurgien, qui a 
par devers lui un temps assez long, peut attendre l'époque 
qu'il croira la plus convenable, quoique les faits cités par 
M. Amussat no laissent aucun doute sur le succès de Topé- 
ration pratiquée de bonne heure, puisqu'il a pu déchirer 




VICBfi UK ClMruBHAtlOK 
g es pendant le sommeil de renfanl. et sans qae 

B-ct s'o{K-rçùl ni6me de la |ir^H-iicv <Iu liiirur^iieii. 
ttl. Amussiit ext d'avi» ilc proscrire le bistouri de ces 
sortes d'opi^ruliuti, !>urlout rliu/ les \ths jeuncii (illcs. Il 
il, selon lui , d'opérer ries tractions pour déroller les 
mbrarics niuqueusos, et it dit atuir empluyû deux fois ce 
procédé avec un entier surcès (1 ). 

^uand on songe k l'analogie que M. Amtissal établit 
même entrr li-s udliérences de« grandes Ijivres et celle» 
du gland et du prépuce, on se demande, si dans les deux 
Taits qu'il cite dans son mémoire et auxquels je viens de 
foire allusion , ce praticien n'aurait pas eu affaire è des 
adhérences médiates, auxquels cas la membrane supplé- 
mentaire se déchire en elTet très fadleuicnt, et d'autant 
mieu\ que l'obstacle est moins ancien. 

Ce sont tout è la fois les termes de la comparaison de 
M. Amussat et son procédé opératoire qui m'ont conduit, 
quand une occlusion vulvaire se présentait & mon observa- 
tion, h y regarder de plus prits, et Gnalement à admettre 
l'adhérence médiate. 

Dans ce dernier cas, en effet, il suffit d'opérer des trac- 
tions pour obtenir la désunion; mais si l'adhérence estim- 
médiate, si les deui muqueuses sont collées ensemble, 
à la manière du gland et du prépuce, les tractions non- 
seulement sont insuffisantes, mais encore elles peuvent 
devenir dangereuses par les déchirures qu'elles sont suscep- 
tibles de déterminer aux lèvres. Il faut alors recourir k 
riutrumeut Iranchaol. 

Quand l'occlusion est incomplète, l'opération est simple: 

(t) OlMervalioa sur une opérslioD de vagin artiHcwl, lue i l'Aca- 
démie des scieDCM le i novemt>re I83S, p. 88. 



1>E8 0HGANB8 BXTKRNBS DE LA GÉNÉHATION. &57 

il sufiit d'agrandir une ouverture qui existe déjà. C'est un 
débridement que Ton pratique avec un bistouri conduit par 
la sonde cannelée, et dirigé quelquefois en haut, le plus 
souvent en bas. 

Quand Tocclusion est complète, l'opération, sans être aussi 
simple que la précédente, n'offre pas de très grandes diffi- 
cultés. On incise d'abord couche par couche les tissus qui 
se trouvent sur la ligne médiane en suivant la direction du 
raphé périnéal, et quand un point de l'occlusion est ouvert, 
on termine comme si l'on avait affaire à une occlusion in- 
complète, et de la même façon qu'il a été indiqué tout à 
l'heure. 

Il est inutile, ne faisant point ici un traité de chirurgie, 
de recommander de prévenir une nouvelle occlusion, dé^ 
terminée cette fois par la cicatrisation des tissus divisés, 
en introduisant entre les lèvres de la plaie, soit une canule, 
soit une mèche de charpie, soit tout autre corps étranger. 

Quand l'occlusion de la vulve a son siège sur les parois 
mêmes de l'ouverture de ce canal , la conduite à tenir est 
identique avec celle que je viens d'indiquer. Le débride- 
ment n'offre pas de particularité à noter, d'autant mieux 
que cette variété d'occlusion est rarement indépendante de 
l'adhérence des lèvres. 

L'hymen peut être également la cause de cette occlusion; 
son imperforalion est tantôt complète, et alors la copula- 
tion et l'excrétion calaméniale sont impossibles; tantôt elle 
est incomplète et forme simplement obstacle, par la résis- 
tance de son tissu, à l'accomplissement de Tacte copulaieur. 
— Il est bien entendu qu'il ne s'agit point ici de féconda- 
tion, car la science possède plus d'un exemple de grossesse 
avec un hymen dont l'ouverture presque imperceptible 
laissait è peine passer un stylet. 



Tins n CO^VORMATION 

Qiinnd la iléchitiiro di! l'li]nii-ii ist inin[inlili- \it por- 
mellre l'introduelinn dt* In ver(tc, ri que \n (irrmi^re» 
approchi-s dt: rhoinme n'ont jiu l'a-tmiidir d'uni.' nionii'ra 
notuble, il stiflit d'un roii|i iln cisroiiv ou de bittouri.dirifté 
toit en hntit, >oi( rn bnf, mats dons le svm de \a ligne mé- 
diane, jioiir ouvrir un p.issage rofivonabli! l'i rendre siiut 
posKille la CDfiulalioii. 

Quand l'iiymcn <-!>l imperforé, ou lieu d'une incision lon- 
gitudinale, il ooKiiciil mieux do Inirc une ouverture en T, 
dont le» lombcaui sont cntuitt! tailla», afin que pnr lt>iir 
lonjçueur i\» ne fuMcnt pan le coit, »inon réalisable, du 
nioiiis lioiiluureui |iOur k'n deux (conjoint». On peut niâii>e, 
dann les cas d imiierforotion înconiplùle, dunner rcKo lomic 
è t'outerlurc arlifitiellr, surtout l»rïi]u'on o à craindre qaa 
U'S lainliiMui (le l'Inn.en iniin^ no se K^ums-.i-nl pendant le 
travail de la cicalrisalion, ou ne restent durs et pendants, 
comme dans l'imperforation romplëlc. 

2° j4nomatie des lèvret. — Je ne reviendrai pas ici sur 
l'adliérence ilcs grandes et des petites lèvres entre elles, 
dont je viens de parler ; je no m'arrêterai pas davantage è 
l'abscnro ou h la petitesse de ces oriianon, parce ({ue rei 
inumalies n'empêchent point la copulation, ot je n'indi- 
qucroi comme vice de conformation suscoplilile de s'np- 
poser au rapprochement setuel, que le volume, quelquefois 
énorme, que pri^scntcnt les petites lèvres. 

Ce n'est guère que dans les pays chauds, p| surloat en 
Afrique, que les petites lèvres acquièrent ce développement 
considérable ; dans ces contrées, l'oxcision de ces (larties 
constitue une règle d'hygiène comparable è la cirooncision, 
et, de même que cette dernière opération est sortie dn do- 
maine purement chirurgical, l'ablation d'une portion des 
petites lèvres est la spécialité de certains hommes étranger! 



è'>b\ 



DES ORGANES EXTERNES DE LA GÉNÉRATION. A59 

(I notre nrl et i\u'\ s'en vont [»ar los rues en criant : Quelle 
est celle qui veut être coupée (1 ) ? 

Cet usage a disparu despnjs oùs'est établie la civilisation 
européenne, mais le fait ana(omi(|()c qui lui avait <lonné 
naissance existe toujours, ainsi que Ta constaté M. le doc- 
teur DuchcsnOy en visitant les prostituées mauresques de la 
ville d'Alger (2). 

On rencontre rarement une semblable anomalie dam 
nos climats tempérés, et si quelques femmes présentent un 
volume des nymphes plus considérable que dans Tétat nor« 
mal, ce volume n'atteint jamais des proportions incompa- 
tibles avec le coït. 

Cependant, si une pareille conformation existait, il serait 
facile de la faire disparaître en pratiquant Texcision des 
petites lèvres, qui s'exécute avec de grands ciseaux ; Thé* 
morrhagie qui en résulte n*exige, pour s'arrêter, que l'em- 
ploi de compresses d'eau froide ou de glace, et l'inflamma- 
tion s'éteint d'elle-même par quelques jours de repos 
au lit. 

3° Anomalies du clitoris. — Ces anomalies sont de deux 
sortes : ou col organe manque complète ment, ou bien il 
acquiert des dimensions a>sez considérables pour lui donner 
les apparences d'une verge \éritable. 

Dans le premier cas, Tintroduction du membre viril dans 
le vagin n'en est pas empêchée; seulement, les plaisirs du 
coït dévolus ù la femme, s'ils ne sont pas entièrement abolis, 
en sont profondément atteints. Le doute que j'émets ici 
m'est suggéré, non par l'observation directe, mais par les 
études anatomiques de M. Kobelt, que j'ai rapportées dans 

(1) Voyez Amb. Paré, Œuvres complètes, t. III, p. 4 9. édil. de 
J.-F. Mdlgaigne, Paris, 1841. 

(2) De la prostitution dans la ville d'Alger, Paris, 1853, p. 414. 



VICU Dfi COKFOHMATION 

Moduclion (le cet outrage, i?l itw»\ par rerloinoi consi- 
stions <|ue je ferai valoir plus loin, iilurs i|ue j'esami- 
Deni lc!> circonstances auxquelles doit être rApporlée la 
frigidité. 

Eo cette ()lace, je ne veux m'occuper <\w de ta €0|mts- 
tioD propri'm<ïiit dite, c'est-à-dire d« celle partie de l'acte 
caractArisée pnr l'introduction de la verge dan!i 1c tagin, e( 
je dois, par conitéqueut, remettre i [dus tord les considéra- 
tiooi que je me propose de présenter sur l'absence et U 
petitesse, congénilaleii ou ncifuises, du clitoris. 

Je ne porterai ici <]ue de son volume ei Ira ordinaire. 

Qaelf|ues auteurs portent cv volume à des propartions 
eiorbilantes ; Columbu» cite un clitoriN dont In lonftueur 
Agalsit celle du petit doigt ; Hallcr donne ù un autre 7 pou- 
ces, et l'on vamèmc jiiKtgu'a IV^pulcr au volume de In verge, 
que dis -je? on ne recule pas jusqu'à lui accorder 12 pouces ! 

Ces proportions sont évidemment exag6rée<; , ou du 
moins les exemples de semblables clitoris sont excessive- 
ment rares; les cas les plus ordinaires sont des clitoris de 
U longueur du pouce, tel que celui observé et décrit par 
M. Moreau(l}. 

Les Temmes qui présentent un pareil vice de conforma- 
tion ont été accusées de tout temps d'un penchant très pro- 
noncé non-seulement pour la luxure, mais encore pour la 
tribadie, ce vice honteux qui fait rechercher aux femmes 
les individus de leur sexe : n Les doctes africains, dit Am- 
broise Paré, appellent telles Temmes saheuxit, qui vaut en 
latin fricatrices, parce qu'elles se frottent l'une l'autre par 
plaisir ; et véritablement elles sont atteintes de ce méchant 
vice d'user charnellement les unes avec les autres (2). » 

(<) Traité pratique dt* aceoaekemmtii, l. I, p. 10&. 
{t)Ue.cit.,p. (8. 



I 



DES ORGANES EXTERNES DE LA GÉNÉRATION. 461 

Les observations de Parent-Duch&telet ne permettent 
plus d'ajouter foi à ces croyances populaires. Cet auteur, 
dont la véracité est au-dessus de tout soupçon, assure que 
le développement du clitoris est rare chez les prostituées ; 
que ce développement, quand il existe, ne coïncide pas chez 
elles avec des penchants contre nature, et que les tribades 
n'ont, dans la eonformation de leurs organes sexuels, rien 
qui les distingue de ceux des autres femmes (1). S'il m'était 
permis de me citer après Parent-Duch&telet, je dirais que 
les hasards de la vie ou les nécessités de ma profession 
ni'ayant fait connattre plusieurs tribades, je les ai très at- 
tentivement examinées et n'ai signalé chez elles rien d'anor- 
mal dans les parties externes de la génération. Seulement, 
elles étaient a peu près toutes remarquables par une ab- 
sence à peu près complète des seins et par un penchant très 
prononcé pour l'équitation. 

Assez généralement les tribades éprouvent de l'éloigne- 
ment pour le commerce des hommes, et sont frappées a leur 
endroit d'une sorte de frigidité qui légitime les courtes 
considérations que je viens de présenter et sur lesquelles 
j'aurai à revenir plus longuement ailleurs. 

Il faut que le clitoris atteigne des dimensions assez con- 
sidérables pour s'opposer à la copulation, et si l'excision 
n'en était pratiquée que dans ce but, elle serait à coup sûr, 
dans nos contrées, une des opérations les plus rares de la 
chirurgie. Mais il est incontestable qu'un clitoris volumi- 
neux, exposé dans la marche à un frottement continuel de 
la part des vêlements, ou par toute autre cause, entretient 
un orgasme qui peut conduire la femme à la nymphomanie 
et è toutes les fâcheuses conséquences qui en découlent. 

(1) De \n pronlUntion dan$ la ville de Parût, t. I, p. 220 et SuW. 




vicEt DB coin'nnMATKm 

Quoi qi I fn wit, et i^uel «itm [HiiMe èlrr le hiit que 

l'on ne iirnpone on (■vcisorit le €lil(iri«, l'op^rtilion <4t Iris 

mnplc. Si l'orf^nno eitt voluminciii, nn l(> prpnd atpc li 

nimii gnurlie et on le Irnnilre d'un rnii)i de Itûlouri, el t'il 

moiiiï^rorl, on le saisit avec une piitre, et on rn oyins la 

on, soit avec un aver des ci<ieau%. — Il 

convient pas, ilans l'inlci e pràienir une liémor- 

nM^ic ijue I on iiciil artMer a\L-c la cauli^tiialion, de lier 
l'org.niie. et il'cii J^lerminiT ninii la mort îtica lion et la 
■hule. Ce procédé, oulre qu'il eit Ion;; et douloureux, 
eipoite il des uceidenla de gongrï-DO qui no lool paa A 
oraindre avec l'emploi du bi»lourt ou des ciseoui. Si nne 
qnnace d'hi'morrlia^ie cii!<lBit réellement, el si le clilorii 
^it atsvi \u]un)iiieui, nn pourrail lier ou lordte li>« orlé- 
rioles qui alimeoleitt cet organe. Mais, je le répèle, It 
glace, cl au besoin la c.-iulérisalion, r6|iundeHt dant la 
presque totalité des cas à loulcs les indications. 

B, Anomalie» du vagin. 

Les anomalies du vngrn sont nombreuses et Tort diverses; 
tODies ne ronstiluent pas une imposnibililé radicale k la ro- 
pilation, mais celles qui la permettent encore lo rendent 
OD douloureuse ou didicile. 

Pour mettre quelque ordre dans l'examen des vices ie 
conlorroalion de rel organe, je les classerai sous les cinq 
chefs principaux suivants : 1* absence du vagin : 2* rétrA- 
dsscroents ; 3* obturation ; ft* bilidilé ; 5* communication 
ITec les orgiines voisins. 

Quelques-uns de ces vices de conformalion s'opposent k 
la férondation, d'autres, au contraire, pcrmetlrnl encore 
cet acii', mais &p)iorlrtil plus ou moins de diflicuilés ù la 
lortie du produit de la comceplion. 



DES ORGANES EXTERNES DE LA GÉNÉRATION. &0S 

On me permettra, pour ne pas scinder cet article intéres- 
sant, d'anticiper sur la partie de cet ouvrage consacrée ù la 
stérilité de la femme, et d'indiquer h chacune des anomalies 
qoe je vais eiaminer les particularités qui s'y rattachent. 

Absence du vagin. — L'absence complète du va^in est 
un fait heureusement fort rare et qui s'accompagne générale- 
ment, quand elle existe, c'est-à-dire quand le vagin ne se con- 
fond ni avec le rectum, ni avec le canal de l'urètre, de l'ab- 
sence ou toutou moins do l'atrophie complote de la matrice. 
Le fait suivant, rapporté par Fodéré, fera mieux com- 
prendre ma pensée : « Le 6 août 1722, dit cet auteur, dans 
la paroisse du Temple, à Paris, une fille égée de vingt* 
cinq ans et demi, jouissant d'une bonne santé et d'un exté* 
rieur agréable, fut mariée à un jeune homme nommé 
Lahure. Il se passa six ans sans que le mariage pût être 
consommé; 5 cette époque, la femme consentit à ôtrc visi- 
tée par une sage-femme qui déclara n'avoir vu aucun des 
organes propres h la génération, et que ce qui constitue le 
sexe était occupé ici par un corps solide percé d'un petit 
trou ; la femme même avança n'avoir jamais été réglée et 
s'être néanmoins toujours bien portée. 

» Un chirurgien nommé Déjaux fut ensuite appelé, et, 
après avoir observé la même chose, il crut pouvoir, par 
une inciMon dans les chairs qui interceptaient la communi- 
cation extérieure des parties sexuelles, les développer et 
leur rendre l'usage dont cette barrière les privait. L'opé- 
ration fut fuite en i73ti, mais en vain. Le chirurgien, ayant 
enfoncé le scalpel à la profondeur d'environ deux travers 
de doigt, au lieu du vide qu'il pensait rencontrer, ne 
trouva que dos chiurs très résistantes ; il jugea alors qu'il 
n'y avait rien h espérer en allant plus avant, et qu'on 
courait risque, au contraire, d'iutéresser le rectum et la 



^f)/l VICES DE IIONFORMATION 

tesste i il sv contenla dune il'eritrt'teiiir l'ouverture qu'il 
avait faite, en la tenant soigneusement dilatée par le 
moyen d'une grosse tente, et cette ouverturi-, qui n'était 
autre chose que celle de la plaie, subsista toujours, mais 
conserva toujours aussi la forme d'une cicatrice. 

» La piiix régnu encore dans le ménage jusqu'en 17&3, 
temps où le mari, dégoûté de sa femme, forma la demande 
en cassation du mariage. I.evret et Saumet, consultés, rap- 
portèrent, après leur visite, que l'orilice de lu vulve était 
ouvert de manière qu'ony pouvait introduire deux ou trois 
doigts jusqu'à In profondeur de deu\ a trois pouces, mais 
qu'ils ne pouvaient aller plus avant, en étant empêchés par 
une substance sulide qui bouchait l'orilice de la matrice } 
que les vestiges de l'opération faite en 173A annonçaient 
qu'elle n'avait pas réussi, parce qu'on n'avait pas suffisam- 
ment débridé les parties qui faisaient obstacle, ce qui pou- 
vait être arrivé par la timidité de l'opérateur, ou par la 
prudence qui lui avait fait craindre de blesser les viscère* 
souslrnits à la vue et masqués par l'effusion du sang. 

u Les célèbres Ferrin , Petit et Morand, consultés 
ensuite, décidèrent que l'opération avait été bien faite et 
qu'elle aurait été le seul moyen de remédier b l'impuis- 
sance de cette femme ; mais qu'il était uiitnrel de penser, 
d'après les détails fournis par l'opérateur, que In malade 
n'avait jamais été, ni avant ni depuis son mariage, pour- 
vue dos paities nécessaires & la génération. La mort de la 
femme eu question, arrivée à Lyon environ dii ons après, 
confirma ce dernier jugement , car l'autopsie cadavérique 
fit voir le vagin et la malrire ne formant qu'une substance 
dore, compacte et sans cavité il). « 

20* cause. - 



(t) Cau»» eéUbra. I. Vil et X. 
fgixif, 1. 1, p. aailetsaiv. 



-Ffldéré, Méilttint 



À 




I 



VrS ORC^NGS BITEBKES flE L.t tiliNBnATIO^. /|65 

Sans doute le récil de Foil^rr laisse ilaiig l'nmbrn cer- 
taines parliculoritcs qu'il eût été inléressnnt de ronnnitre, 
ainsi, par exemple, l'esislence des grnndes et petilt's lèvres, 
il est bit'n vrai que In No;;e-remine déclare n'avoir vu * 
aucun des organes propres à la génération, mais plus lard 
Levret et Saumet semblent admettre l'eaî.'^tcnce d'un vagin 
incomplet, et il est probable qu'ils n'eussent pas manqué 
de noter, si cela eût été, l'absence des lèvres génitales. 

Quoi qu'il en soit, la matrice n'était plus cet organe 
creui que l'on connaît; c'était un corps membraneut, 
plein, sans ouverture, on un mot, ce n'était plus l'organe 
de la conception, et cette IransforinBlion équivalait à une 
Térilable absence. 

Cependant il ne faut pas admettre d'une manière absolue 
que l'absence du v^igin entraîne toujours et fatalemenl 
celle de la mnlrice. M. Amussat n lu à l'Institut, le 5 no- 
vembre 1835, une observation d'absence de vagin avec 
présence, non-seulement de l'utérus, mais encore d'émis- 
sions menstruelle.'. Le sujet était une jeune Allemande de 
quÎDie ans et demi, dont le ventre, très développé par les 
règles accumulées dans la matrice, ollVail h sa partie inTé- 
rieure une tumeur volumineuse, dure, sensible à la pression. 
La vulve était parfaitement couFormée^ seulement, en écar- 
tont les grandes et les petites lèvres, uu lieu de rencontrer 
l'ouverture qui s'y trouve ordinairement, on vojuit une sur- 
face concave et lisse, presque au centre do laquelle était le 
méat uriiiairc, situé beaucoup plus bas que dans l'état nor- 
mal. Le doigt introduit dans le rectum sentait parfaitement 
l'utérus distendu qui occupait toute l'excavation du bassin. 
L'opération pratiquée par M. Amussat, et sur laquelle je re- 
viendrai tout à l'heure, ne laissa aucun doute sur l'existence 
de l'utérus et sur l'activité de sa fonction cataméniale. 
30 





VICKS ni rOWORHATlOS 

[,L'sfiriiie»es de lii mnlricc [ipineiit t'fîolemcnt mannoer 
ptrliellemt'iil ou J'utie matiifrre romplètc. daiii le» cm 
d'abiciice du tn^in. la (iazelle des hâpiUmiy r8pi»orte, 
d'aiirè* un journal onglais, que Soroli Riihanison, S^ie <le 
loiïarile-iioiiïe ans, *lant tiorie d'une niiiladie chronique 
des poiimt ■ "" 'i"gl-<luntro heures après. 

Dorniil de ' iinncps îuivniilea : « L'oraira 

droit n'eiil pi '^^ ettrémiiâ sup^rifUra ou libfC 

Btlni'lié p"' ' 'Iroit ti'< P^tit "'C ovale. Un liga- 

il ranil, t I o^nirc, se perd duns le tiitsu cellolatre 

riëro le cot Ae la '*«•■•»(■. A h place de l'oiuîre gnurha 
jne lutneitr fibreuse de Torme irri^giilièremeiil arrondie, 
,ie par un li{;umfrit rond plus pvlil que celui du rAté 
>it ci qui se rend de ni^me fi la vpsiie. Les trompes de 
Fallope mariquetil ; le ti$su relluloîre pinré au-dessous de la 
vessie faîl Taire au pi^ritoine situé derrière une li^gèrc saillie. 
Irialgr^ les leclierches les plus etailes et les plus minu- 
tieuses, on ne peut dtïcourrir aucune trace d'ulcrus. Les 
parties eitcniesde la ^énénilion n'oiïrcnt rien d'anormal : 
le mont de Vénus est h peine couvert de poils ; un cul-de- 
lac d'environ un demi-pouce de prurundcur, situé ou-des- 
)us de l'orinre de t'urètrc, constitue tout ce q' i existe du 
icin. hes morne Iles élurent assez développées (I). » 

Les détails dans les<)uels j'ai cru devoir entrer, i Toc- 
ition d'une onomalie que quelques praticiens estiment au- 
fgsus des ressources de l'art, se légitiment par l'eiamen 
e je ferai tout è l'heure de l'opportunité des opérations 
e l'on a proposées, pour détruire celte infirmité, car on 
itnprend déjjk que si l'absence du tagin enirntnait toujours 
jlle de la motrice, il n'y aurait oucun motif qui pût déci-* 

{\)Gasettt dtt hôpitaux, mn. I84i,n' 93, supplèm,, p. 430, M 
tmidon nitiito-thirurg . (rantactiOKt, l. VI, 



DES ORGANES EXTERNES DE LA GÉNÉRATION. t\61 

der un chirurgien honnête et jaloux de son honneur & tenter 
rétablissement d'un vagin artifiriel. En elTet, dans la très 
grande majorité des cas , (|uand l'urètre ne participe pas & 
Pocclusion vaginale, ce n'est qu'à TAge de la puberté que 
Ton s'aperçoit de l'anomalie qui m'occupe; jusqu'alors 
l'attention se porte rarement vers un appareil que Ton sait 
ne devoir entrer en Fonction que plus tard, et la sollicitude 
des parents ou de la malade ne s'éveille qu'à Tépoque où 
apparaissent d'ordinaire les premiers symptômes de cette 
activité. 

L'absence des règles, car c'est là le premier signal qui 
sollicite l'attention, n*est accompagnée d'aucun dérange^ 
ment dans la santé générale, ou détermine tous les accidents 
qui suivent d'habitude l'aménorrhée. 

C'est sur celte diiïérencede sjmplomalologie que repose 
l'importante question de la nécessité d'une opération. 

Quand l'utérus existe, qu'on peut en constater la présence 
à travers les parois abdominales, et que les règles, retenues 
dans son intérieur, l'ont forcé h un développement anormal, 
il est de toute éviilence, qu'à moins de contre-indications 
trop formelles, l'opération doit être tentée. 

Quand la matrice existe, mais lorsque les menstrues n'ont 
donné aucun signe de leur |)réscnce, et que la santé géné- 
rale n'est pas altérée, la prudence et Thonneur de l'art exi- 
gent une sage réserve, et la temporisation me semble alors 
de toute rigueur. 

Si, au contraire, comme dans le cas rapporté par Fodéré, 
la matrice est atrophiée, si les règles font défaut, et si la 
santé générale est bonne, tout se réunit pour s'opposer à 
l'opération, et le chirurgien ne devro jamais compromettre 
son ort pour faciliter un coït dont le but final, la féconda- 
tion, ue pourrait être atteint. 



^68 vrCES ne comoiiiiatk» 

Après nvoir hirn IJniilé les ni!) ilaiis lesquels l'opi^ralloii 
iJoit ëlre prati<]U(!e, les cliirurgjcns se sont demandi^ à (juvlk 
ûpoqiic ro|i<!rntion devait être entreprise. Il me semble 
qu'une bien grande incertitude ne peut régner à cet égnrJ. 
Si le cbirurgien, averti de bonne heure, upère avant l'entier 
développement des organes, il double les chnm-cs tnallieu- 
reuses de l'opération en augmentunt les facilités d'intéresser 
le rectum ou la vessie, et en se privant, comme point de 
repaire [lour conduire le bistouri, de la tumeur sanguiae 
produite par les règles accumulées dons la matrice. 

CependanI, s'il attend trop tard, c'est-à-dire s'il attend 
que plusieurs mois se soient écoulés depuis l'établissement 
des menstrues, l'opération, il est vrai, en sera peut-être 
plus Tacile, mais tes accidents consécutifs seront à coup sûr 
et plus nombrcui et plus formidables. 

Il convient donc d'attendre l'approche des premières 
règles, mais il importe aussi de ne pas tempuri.<er au point 
de permettre leur accumulation dans la matrice. 

Une fois l'upération résolue, le cliirurgien, avant de 
s'armer du bistouri, devra bien se convaincre qu'il va porter 
l'instrument tranchant entre deux organes importants, très 
rcpprochés, et dont la lésion est toujours grave ; un s vu la 
mort résulter de la blessure de la vessie, ou tout au moios 
des fistules très difticilesà guérir. 

Pour se mettre en ganlc contre de pareils accidents, les 
précautions les plus minutieuses sont indispensables : U 
faut d'abord introduire une sonde dans la ves>ie et ensuite 
['index de la main j^auche dans le rectum, n\ec lequel on 
Ts à la reciierche de la sonde à travers les tissus dont oo 
peut ainsi mesurer l'épaisseur; de cette fa^on, on s'nssore 
fi l'oblitération du vagin est complète, ou si ce canal foroie 
le cul-dc-ptac qui reçoit le col utérin. Dans ce cas, le cul- 




I 



DES OBUANËS EXTERNES PE LA GÉNÉRATION. q69 

de-sac oiïre une rt^sislance assez cotisidéruble par suite île 
raccumulntion du sang menstriiel i^ui s'} est faite. 

Quand toutes ces précautions auront i^té prises, et quand 
la vessie sera vidt'e , l'opérateur confiera la sonde h un 
aide, et laissera son index f;auche dons le rectum, afin 
d'avoir un guide dans In voie qu'il va tracer. 

A quelques lignes au-dessous du méat unnaire dont la 
position lui est indiquée par la sonde, le chirurgien prati- 
quera une incision dans le sens des I6vres génitales, et pé- 
nétrera plus avant dans la direction du vagin , selon l'iixe 
du petit bassin, et ira ii la recherche du col de l'utérus. 

Celle partie de l'opération, véritable dissection, sera 
faite lentement et avec précaution; on comprend la pru- 
dence qui doit présider à chaque coup de bi-slouri, afin 
d'éviter tes deus urgnnes entre lesquels on chemine, et pour 
oe pas intéresser lu col de l'utérus lui-même. La main de 
l'opérateur, quittant le bistouri, devra souvent exjilorcr la 
plaie et s'assurer de la position de la sonde et de l'index 
resté dans le rectum. Si la nature des adhérences le per- 
met, il vaut mieux déchirer avec le doigt le tissu cellulaire 
qni unit les parois vaginolcs que de le disséquer atec le 
bistouri, car quelque attention que l'on apporte, on n'est 
jamais sûr de nu pas touchi'r la vessie ou le rectum. 

Knfin, si le cul-de-sac existe, et si l'on a constaté l'exis- 
tence d'une tumeur sanguine, il convient de ne pas ouvrir 
celte dernière par une large incision qui laisst^rait sortir 
tout h coup tout le sang accumulé. M. Vidal (de Cassis] 
propose de faire une petite ponction a>ec un de ces trocarts 
h robinet ou h soupape qu'on a imaginés pour vider les 
cmpjèmes sans permettre l'introduction de l'air dans les 
cavités pleurales. Après l'écoulement de tout le liquide, on 
ferait usage de corps dilnlanls pour agrandir le canal que 





VICKS IIK (.UNFOHHATIOÎI 
l'on a cri'iisÈ et lui pi-rmetlrL" rie compl^tir ses paroit, 

ComiDi' on le ilolt comp rendre, le rétablissemi'nt ilii vugjo 
pstune opi^ntioii excessivement (^rnve, et Ji ce potnl, que 
Boyer, malgré les rfaiigerii ijue fuit courir h lu femme la 
rétention du sang inenDtruel, con.«eille île >'abalenir. " J'ai 
Vu pratiquer trois fuis celle opération, ilit M. Vidal (de 
Cassis), et trois Tois In mort en n H& la con<«^i{ucnce plu» 
oa moins promplc, Let> ninlailes ont iiuccombé è une espèce 
lie fièvre qui utuit la plus (•rnnile aiialogie avec la lièvre de 
résorption. Il paraît qu'nprè» l'évaruntion promjiti' ite l'hu- 
meur qui était depuis luii<>temps accumulée dans U ma- 
trice, cet orgunc ne revient pas assez promplement sur lui- 
même ; l'uir [léiiëtre itaiis sa cavité j de là dc!i occidents qui 
ont une grande niintogie avec ceux qui succèdent i l'inertie 
de la matrice !i|)[ès l'écouli-menl, et avec te qui iirriie h la 
suite de l'ouierturc de certains abcès symptomaliques h 
larges poches (l). a 

L'accident signalé par M. Vidal, s'il n'est complètement 
prévenu, est au moins assez considérablement aiïaibli par ta 
modification que cet auteur lui-même pro|iose, pour qu'il 
ne soit pas une contre-indication formelle à l'opération. 

D'oilleurs a cdlé des cas mallmnreux notés jiar les au- 
teurs, la chirurgie compte quelques succès qui peuvent au 
besoin engager è l'opération. 

Mais si ces considérations étaient insufllsantes poar 
lever tous les scrupules, on pourrait recourir au procédé 
en plusieurs temps qu'employa M. Amussot dans l'obser- 
valion dont j'ai déjii parlé. 

Voici ce procédé tel que le décrit M. I^Iatgaigne : <• Une 
jeune Rlle, de quinze oiis et demi , avait le vagin obli> 

(0 TVoiU d* pathologie exurn*. l V, ch>p. it. irt. ni, 4* idiu 
Puia, IBSS. 



DES ORGANES EXTERNES DE LA UÉNÉKATION. j|71 

téréau moins dans les deux tiers de son étendue ; au-dessus, 
les règles accumuli^es formaient une tumeur fluctuante. La 
malade ajant été préparée par un bain, un lavement et 
un cataplasme sur la vulve, le chirurgien, armé d'une 
grosse sonde droite, en appuya l'extrémité au-dessous de 
l'urètre, là où rorifice du vagin aurait dû se trouver, et 
poussa dans la direction du vagin, de manière à refouler la 
muqueuse et h produire un léger enfoncement. Il répéta 
cette manœuvre avec le petit doigt, après avoir mis au 
préalable un autre doigt dans le rectum pour servir de con- 
ducteur; la pression fut douloureuse, mais déjà efTicace, et 
l'impression du petit doigt resta. Pour mieux atteindre son 
but, il attira alors le périnée en arrière en le pinçant avec 
un doigt dans l'anus et le pouce dans la vulve, tandis que, 
d^autre part, il cherchait à attirer en haut l'urètre pour 
récarter du rectum et laisser plus d'espace entre ei|x. Il 
resta un trou sans déchirure ni effusion de sang. Pour con- 
server cette dilatation, on plaça dans ce petit enfuncement, 
en forme de doigt de gant, une éponge préparée. Trois 
jours après, on répéta Tintroduction et l'impulsion du doigt; 
on introduisit deux doigts pour opérer une distension plus 
forte; il y eut en ciïet un véritable éraillement dans la 
muqueuse avec effusion de sang. On remit l'éponge pré- 
parée. Après cinq autres tentatives ainsi faites h un ou deux 
jours d'intervalle, on avait créé un conduit artificiel de près 
de 6 centimètres de longueur : alors , ou fond de ce con- 
duit, on dirigea sur l'indicateur un trocart qu'on plongea 
dans la tumeur. Puis on remplaça le trocart par le bistouri 
garni de linge dans les cinq sixièmes de sa lame ; il n y avait 
plus qu'une épaisseur de 12 à 15 millimètres à traverser. 
Il sortit de 350 h 380 grammes d'un sang gluant et noi- 
râtre. On introduisit dans ce vagin nouveau une grosse 



473 VICES DE COKVnnMATinN 

canule en ^ominc élastique j et a|irès divers acciilenU li 
gaérison s'ucheva , l-( elle dure déji depuis plosieml 
années, u 

A cet euposi^ de la ronduile du M. AmuMat, M. Mat- 
geigne ajoute son expérience personnelle : « J'ni eu k Taire, 
poursuit-il, une opération analogue sur unu rt'mine ijai 
avait eu le viigîn oblitéré à la suite d'un accourbement. Je 
commençai pnr iHmsct In ricotrico (extérieure ijui arri>ait 
presque au nivirnii de la vulve ; puis, après la première 
émission, je (lérliimi \v» partios avec l'indicateur poussé 
en avant, rt éinr^is.sant liMoic de droJti- à gauche jusqu'à ce 
qu'eulin je lombni dans une petite cavité où je riconnus le 
col utérin. Il fallut maintenir le vagin dilaté pendant plot 
d'une anni'c avec des tentes de gentiane ; mais enfin il per- 
sista et se prêta porr^ilemcnt aui relations conjugales. La 
femme n'est pas devenue enceinte jusqu'à présent (1). » 

Rétrécissement du vagin. — L'altération de la capacité 
du xagin ne porte pas seulement sur son diamètre trans- 
verse ; toujours ce canal oblitéré ou rétréci a une longueur 
bien inférieure ii celle qu'il présente dans l'état normalj 
les fnils observés et rapportés par Bail lie (2), S. Morand (5), 
Caillot (A), Cliau>sler (5), ne laissent aucun doute à cet 
égard ; j'ai constaté moi-même celte diminution dans la 
longueur du vagin chez une jeune fille de dii-neuf ans, que 
l'étroitesse de cet organe empêchait de se livrer è la pro- 
stitution. 

(\) Manuel de mrittciae optraloirt, 6' édit., p. 703-703, Paril, 
1854. 

(i) Analomie iialliologiijue. 

(J) 0,miiul(»il--clii,-irgie. Paris. 1768. 

[i] .Vcmoires ite lu SociéU^ mêjtriilr litmuliition. 

(5) tiullrlin île ta Facnllé île mrdi-fiitr de Parié. 



I 



DES ORGANES EXTERNES DE LA GÉNÉRATION. A.7â 

L'étroitesse du vagin est quelquefois limitée sur un point, 
mais le plus ordinairement elle occupe le canal tout entier. 
Nysten a inséré, dans le Journal de médecine de Corvisart 
et de Leroux, une observation sur laquelle je reviendrai 
longuement ailleurs, et de laquelle il résulte que l'ori6ce 
du vagin présentait seul un resserrement énorme. 

Mais, ainsi que je viens de le dire, c*est le plus ordinai- 
rement sur toute la longueur du canal que porte Tétroitesse; 
les faits de ce genre ne sont pas très rares ; je n'en rappor- 
terai que deux exemples, remarquables, le premier par sa 
disparition naturelle, et le second par le traitement mis en 
usage et dont le succès doit engager à imiter l'auteur en 
de semblables circonstances. 

Le sujet de la première observation, consignée dans les 
Mémoires de l'Académie des sciences de Paris^ est une 
jeune personne dont le vagin [louvait h peine admettre une 
plume à écrire. A chaque époque menstruelle, elle éprou- 
vait dans la matrice une tension douloureuse très forte, et 
les règles coulaient avec une très grande difficulté. Mariée 
à Tége de seize ans h un homme jeune et vigoureux, elle 
ne put recevoir ses embrassements, et, visitée par des mé- 
decins, elle fut déclarée par eux impropre a la copulation. 
Cependant, après onze années d'impuissance et de stérilité, 
et sans que le vagin eût acquis une capacité plus grande, 
cette femme devint enceinte; son état, on le comprend, 
inspira les plus vives craintes, car on prévoyait que Tac- 
couchement serait impossible par les voies naturelles. 
Mais vers le cinquième mois de la grossesse, le vagin com- 
mença à se dilater, et sur la fin, il avait acquis les dimen- 
sions convenables pour permettre la sortie de l'enfant (1). 

(4) Mémoires de l'Académie des sciences de Paris. 



47A VICES UB COKFOnilAriOIl 

Ce fait e!<t cxce^sivettiL'iit rcmari]uable |>ar la terminaÎHoii 
qu'ila présciilt^ei il e^t |»ri)t-étrc Ipsi'uI ilaiis la fcipnre, et 
en face d'um- exception mm rare, il } nurail l'ulie k s'abi- 
teoir et k cumplcr sur la nnlure. 

Dans le» cas <lc eu genre, il faut que l'url interricnne, et 
je vais dire, eu rncontont le seconil fdit c|ue j'ai choi»i, de 
quelle matiii-rc se doit Taire cette irilervcntion. 

Le vagin iW'. lu rumme cii question étiit à ce point res- 
serré dans Inuk- >oti étendue qu'il pouvait è peine admettre 
le lujBU d'utiir plume û éciire. Mari£« îi uu horoine dool la 
force vjriti' it'ét;!itpa!i deuteuNe, celte infnrlun^e ne put lui 
faire goAttr les plaisirs de la couche nuptiale, cl elle allait 
voir son mari.-igi' dcclari^ nul, quiind liincvoli consulté mit 
en usage lu iiit-ilic.i(ion cuivaiile : il emploja d'alinr<l lea 
fonicnlalioii'- îiiiullii-iilo.^; ensuite il inlru(lu'>il un pessuire 
de racine de genliiiiie dans toute la longueur du canal, 
comme s'il se lui agi d'a^nindir uni' iislulo, et il augmuiila 
progrcssivemcnl le lohinie de ce pcssiiire jusqu'à ce qu'il 
put le rcmpliicer par b moelle d'une lige de maï>, et arriver 
ensuite à l'éponge pré|iaréo. Ces diverses substances, en 
s'iniprégnanl des niuto>ités vn^inales, ^e gonflèrent, dila- 
tèrent proj;ressivemenl le vagin, et le rendirent apte à 
remplir ses fonitious (1). 

Il suffît il'indiquer celte médicaliun pour que tout le 
monde en comprenne les avantages, et <|ue, dans nii cas 
pareil, on suite l'ingénieuse et sage conduite de Uenetoli. 

Obturation du vat/iit. — Cette anomalie est constituée 
par la présence d'une membrane plus ou moins rénislante 
et placée plus ou moins haut dans l'etcavulion vaginale. 

(!) Vin-SwiHen.Commenl in aphoriim. Boerh., § 1Î90, et Boyer, 
Malad. ehirurç., I" édil., l. X, p. 340. 



DES ORGANES EXTERNES DE LA GÉNÉRATION. 475 

C'est une véritable cloison qui coupe le vagin en deux : une 
partie supérieure, et une partie inférieure. Nous verrons 
tout à rhourc, dans les cas de bifiJité, cette cloison se 
diriger dans le sens vertical ot diviser le vagin en deux por- 
tions latérales. 

La cloison obturatrice dont j'ai à m'occuper ici est tantôt 
incomplète et tantât complète. La distinction, on le com- 
prend, est de la plus haute importance sous le rapport de 
la stérilité. 

Une des observations les plus remarquables de cloison 
incomplète que possède la science, est celle que rapporte 
J.-L. Pelit. 

Le sujet est une jeune femme que noire chirurgien avait 
examinée alors qu'elle était encore iille, dans le but de 
constater les dimensions du bassin. Après avoir reconnu la 
bonne conformation de cette partie, J.-L. Petit se refusa 
de visiter les organes internes de la génération, ne voulant 
pas détruire les signes de la \irginité. 

Ija jeune iille s^étant mariée, et le motif allégué par le 
chirurgien n*e\istant plus, celui-ci reprit l'examen inler- 
rom|)U, et con*;tala ce qui suit : « Je trouvai, dit-il, au- 
dessus de rorifice du vagin, une tumeur de la grosseur d'un 
œuf, laquelle s'élargissait en montant ; comme la malade 
ne souffrait point, je portai mon doigt aussi avant qu*il me 
fut possible, et comme si j'avais percé une poche, il sortit 
en abondance du sang rouge et fluide, puis des caillots 
noirs, et en pressant tout Tespace qu'occupait la tumeur, 
je la vidai tout entière; puis portant mon doigt au-d(*ssus, 
h droite et à giuche, je recormus que cette poche avait la 
forme d'un panier de pigeon^ ayant son fond en bas, et son 
ouverture, qui était fort grande, était en haut, de manière 
que le sang menstruel, au lieu de sortir, tombait dans cette 



A76 VICBS DB COItFORMATIOK 

poche Qt la remplissait au point <{u'elle rormait une tunienr 
qui boucliait tout le vagin. Tout ce que jf viens (Je dire se 
pessa sans douleur. Pour remédier ii cet accident, (]uo]t|ae 
la membrane qui formait celle poche eùl l'épaisseur d'un 
écu, je fus d'avis de la Tendre dans presque toute sa Ion- 
gueur ; et si l'on m'avait cru, cette dame ne serait pas morte. 

»0n consulta à mon insu dirTércDles personnes, i|ui 
rejetèrent bien loin l'idée de celle opération, el en tirent 
une description telle que la nà-re, le gendre et In lille en 
furent elTrayés. 

uOn conseilla un pessaire, qui, introduit cl placé à pro- 
pos, au commencement ilos règles, presserait lu poche el 
)o tiendrait appliquée contre le vagin , pour empêcher 
qu'elle ne se remplît, pendant que le snng coulerait libre- 
ment (lor l'ouverture du pessaire. Cette idée fut suinc. La 
malade eut ses règles ; le pessaire réussit pnrrailement, el 
l'on crut la malade guérie. La dame dei int grosse ; la gros- 
sesse se passa s.ins incommodité; l'accouchement ne se 
passa pas (le m^nie ; la poche en foi me de panier de pigeon, 
h laquelle un ne sungeiiil plus, <.! dont lii sage-Femme ne 
fut point prévenue, relarda longtemps l'aicouchemcnl, et 
s'étaiit enfin déchirée, un lira heureusement l'enfant, que 
l'on trouva mort; mais lu tète avait été retenue si long- 
temps au passage i|uc lu poche, le vagin el la vessie, qui 
avaient été fort comprimés contre le pubis, tombèrent en 
gangrène ; je fus appelé k ce désastre : le déchirement et II 
pourriture régnaient dans tout le vagrn et lu vessie, el la 
gangrène attaquait mémo l'urètre, le clitoris, les njmpbei 
et l'intérieur des grandes lèvres, etc. (1). >> 



(!) alH. 



itHpItUf. 



■ TraiU dei nuiladhâ chininj., Paris, 



tl4t. p. 7»t.Mil. de la Bibliothèqvt ehimrgitalt 



À 



DES ORGANES EXTERNES DE LA G&NÉRATION. &77 

Comme le voulait faire J.L. Petit, qui se trouvait en 
présence d'une véritable valvule, Texcision de la cloison 
651 la seule ressource que l'art mette à notre disposition. 

Quelquefois, surtout quand l'obturateur n'est ci trop 
étendu ni trop épais, on peut se contenter de le fendre en 
deux, soit avec les ciseaux, soit avec le bistouri, et les lam- 
beaux, en se rétractant, se perdent dans les plis du vagin 
et ne sont plus un obstacle h la copulation et à la sortie des 
règles. 

Mais si la cloison était très étendue, sans être cependant 
complète, et si elle était constituée par une membrane dure, 
épaisse, calleuse, il en faudrait faire l'extirpation entière, 
opération qui, grâce au spéculum, n'oiïre aucune difficulté. 

Quand la cloison est complète, c'est-à-dire quand elle 
produit l'efTet d'un diaphragme placé en travers du vagin, 
le diagnostic, surtout a l'âge où s'établissent les menstrues, 
ne peut s'égarer. Outre le sentiment de pesanteur que la 
malade éprouve du côté de la matrice, outre le développe- 
ment de l'abdomen dû à l'accumulation du sang dans l'uté- 
rus, les règles, pressant sur la membrane qui forme la cloi- 
son, la refoulent en bas, et constituent ainsi une tumeur 
fluctuante que l'on aperçoit à l'entrée de la vulve quand 
l'obstacle est placé assez bas, mais que Ton reconnaît tou- 
jours en introduisant le doigt dans le vagin. 

L'indication à remplir se devine. 

Quelquefois le sang accumulé brise par son propre poids 
la membrane, et épargne ainsi au chirurgien un coup de 
bistouri ou de trocart. 

Mais le plus ordinairement, l'art est obligé d'intervenir 
et de donner issue au liquide, sauf à couper ensuite leslam* 
beaux flottants dans le vagin. 

Les exemples d'obturation vaginale sont moins rares 




- (78 VICKS ns r.ONFObMATIOtl 

qu'on ne pen<i(^; i\mbfoi!tePurô, rtuyM-h.Fabriredellilden, 
Benefoll, J.-L. Petit un rapporletil |i|ii!'ieui'!>, et l'on en 
rencontre Un as^i-t ^roiid nomlirp dnitt Ips recueils et le» 
Journaut de mt^dprinc. 

Bi fixité du vagin. - Ainsi (jiieje ie dicais iihi-; haiit, la 
cloison dont ji- vietiji de [larler, au liuu d'élre triinmeMnlc, 
dl*[ibrsgtnaiii[tir, peut être Inn^iliidinnlo, c'i>st-ô-dîrc dan» 
le Déni de l'iuc du v.if:iii, el partngcr nin»! ce connl on dcui 
portion!! laliViile». Celle cloison u.ot tanldt incomplète ct 
(aniAt compti'ic. 

Elle est iricoTn|ilètG i|iianil elle n'ocrupe pns Intttc la 
longueur du can;il. ({u'elle Romraencc ii un [luiiit plus oo 
moins éloigni^ de la vuUc. 

Elle est (om[iK'to, nu contraire. (|iiaiid elle divise le tn^iin 
dann tnnlc «ton élcnilu<.> ; assez généralt-meiit niors, ta nia- 
triie cllc-mômc pnriii'ipc ù cftlo anomalie, et pri^senle une 
bilidité sur Iii(|uellc j'auroi h rrvfiiir plus Inrd. Dont-e a 
inséra, dans les /archives de médecine, une obsirinlion de 
ce grnre recueillie sur une femme mortr à l'IIÔtcl-Dieu, 
et ft br|uell(-je dois donner ici une place, pour mieux Tuire 
comprendre le vice de conformiitinn dont il s'agit :« Une 
membrane continue, dit-il, divisait le va->in dans toute la 
longueur, à jiartir du m6nt uriniiire et de In commissure 
postérieure de la iul>e jusqu'au milieu du col utérin. Cette 
cloison avait environ une demi-ligue d'épai^^ieur ; elle était 
ferme, rt^istante, lopi«sée de cbn'jue cAlé par la membrane 
mu(iueu>e vaginale, qui .«e continuait de ji.irl et d'autre sans 
interru|>ttun. I.e col de lu matrice ne formait point de saillie 
ap{iarcnte dans la cavité de ce double va^i[i; son eitré- 
mité inférieure était plutât aplatie qu'arrondii' ; h droite et 
a goucbe de cette >urface, on voyait deui simples trous de 
Tonne ronde, de 1b grandeur d'un petit tujau de plume, 



DES ORGANES EXTERNES UB LA GÉNÉRATION. à?9 

n'étant point couronnés par deux lèvres, ne présentant point 
l'apparence de fente transversale comme dans Tétat naturel. 
Ces trous aboutissaient isolément dans une loge correspon- 
dante de la matrice, dont la cavité était ainsi sé|iarée en 
deux par un septum médian. Vers les angles supérieurs de 
cet organe, existaient deux prolongements latéraux d*un 
ponce et demi à deux pouces de longueur, ajant le volume 
du doigt, une texture identique avec celle des parois uté- 
rines, dont ils étaient une continuation, une forme arrondie 
et conoide, se terminant enfin par leur sommet en donnant 
naissance aux deux trompes. La longueur de ces derniers 
canaux était, à partir de ce point jusqu'à leurs pavillons^, 
aussi grande que dans Tétat naturel. Le corps de la matrice 
ar ait un très petit volume ; sa hauteur, jointe à celle du 
col, était seulement de deux pouces; sa texture ne diiïérait 
point de celle d'une matrice ordinaire; elle ne paraissait 
point avoir été en aucun temps le siège de la fécondation. 
Les ovaires étaient petits et comme ratatinés, l'urètre et 
le clitoris bien conformés (1). » 

La bilidité, car, en définitive, c'est à ce point de vue 
qu'elle nous intéresse, peut-elle empêcher la copulation? 
Rigoureuscmenl, elle ne constitue pas une impossibilité 
absolue, un obstacle infranchissable, mais elle est une gêne 
et une source non douteuse d'ennuis et de douleurs pour 
les deux conjoints. Une jeune fcmme^ dont la bifidité du 
vagin était incomplète, pouvait se livrer h la copulation, il 
est vrai, mais avec de telles précautions qu'elle réclama mes 
soins pour être débarrassée de cette infirmité. La verge, 
en pénétrant dans le canal, heurtait quelquefois le bord 
inférieur de la cloison, qui était à peu près à deux travers 

(4) Archives générales de médecine, ann. 4 829, t. XX, p. S3S. 



ARO VICES DB r.ONFOBMATION 

Je doi{;l lie l'orifice vuWaire, el ce clioc nVloil pas «ans dou- 
leur pour riinmme et surtout pour la Tenimp ; dons tous les 
cas, quel que Tilt le cAté où su logeât la verge, la poche 
vaginale n'ayonl plus que la moitii^ de $a cnpacilé ordinaire, 
était distendue outre mesure, et celte distension faisait da 
coit un sujet coiistunt de souiïrances. 

A ne considérer que l'acte copuLi leur, l'opportunité d'une 
opération ne snuniit être douteuse ; maïs quand la bifidité 
du ïDgiii se prolonge jusqu'au col de l'utérus et pénètre dan* 
cet organe, il peut être utile de s'abstenir et de laisser sub- 
sister un obstacle au coït, atin de prévenir tes accidents 
ultérieurs que déterminerait it cotiy silr une grossesse; ctr 
le produit de lu conception, en se développant dans une 
cavité trop étroite, ï'il ne succombait pas lui-même, pour- 
rait bien déterminer la rupture de la poctie utérine dans 
laquelle il serait contenu, sans parler des douleurs nom- 
breuses qui accompagneraient cette distension Forcée; et 
puis la cloiiion longitudinnle partageant en deux, comme 
dans l'observation de Dance, l'ouverture inférieure de la 
matrice, on prévoit quelles diflicultés, et même quelle im- 
possibilité, présenterait l'accoucbement. 

Par toutes ces considérations, dans les cas de bifidité du 
vagin et de l'utérus, j'estime qu'il convient de respecter 
l'obstacle apporté par la nature k l'entraînement de la pas- 
sion, et de considérer la cloison vaginale comme une sage 
prévision de la providence. 

Mais quand Ij bilïdité n'intéresse que le vagin, quand la 
matrice reste étrangère k cette anomalie, «n est autorisé à 
débarrasser ta femme d'une iuKrmité qui, outre les ennuis 
dont cite remplit son etislence, serait, dans le cas de gras* 
scsse, la source de nombreux acciilenl« au moment de la 
parturition. 



À 



DBS ORGANES EXTERNES DE LA GÉNÉRATION. &81 

Communication du vagin avec les organes voisins. — 
Les organes avec lesquels ces communications s'établissent 
sont Turètre, la vessie et le rectum; elles s'opèrent par des 
solutions de continuité des parois vaginales, et constituent 
ainsi des Gstules qui presque toujours sont au-dessus des 
ressources de l'art. 

Au point de vue exclusif de la copulation , le dommage 
n'est pas grand, car le coït est toujours possible; seule- 
ment ces dispositions, en laissant sortir par le vagin, soit 
les urines, soit les excréments, inspirent le dégoût, et de- 
viennent ainsi la source de répulsions morales. 

Il n'en est pas de même au point de vue de la féconda- 
tion qui, ainsi que je le dirai plus loin, peut être profondé- 
ment atteinte. 

Les communications du vagin avec l'urètre et la vessie, 
quoique peu fréquentes, se rencontrent cependant plus 
souvent que la communication du vagin avec le rectum. 
J.-L. Petit rapporte les deux exemples suivants des deux 
premières anomalies : «J'ai vu, dit-il, une fille à l'âge de 
quatre ans, qui était venue au monde n'ayant ni urètre, ni 
nymphes, ni clitoris: elle avait un vagin assez large; mais 
n'ayant pas d'urètre, ou du moins la partie de ce canal où 
se trouve le sphincter manquant, elle rendait involontaire- 
ment ses urines; j'en ai vu une autre qui avait tout l'exté- 
rieur de la vulve, le clitoris, les nymphes et les grandes 
lèvres bien conformés, mais à qui il manquait tout l'urètre 
et le col de la vessie; elle rendait ses urines à l'entrée du 
vagin par un trou assez large pour y mettre le petit 
doigt (1). » 

(4) Œuvres complètes y édition de la Bibliothèque chirurgieals , 
p. 798. 

31 



fKtS Df rWtVOHATIOII 

L*Mmrtur« ia tai;in dtnt le reftum e*t nnmftmtnl 
ntt, ft d« pamiivs ul»enatr'>iii, (t'(i|irè« Boyer, n'oni Hé * 
hile* t|u'un lrè« gielit nombre d« hit : on cm Irume un 
fli«in|t(« lUii» l« Jtnimal dej mvtmts, annif 1777, pI on 
skoimI daii* l« Mémoires fie Berlin, innée 1774- L'illuMre 
«eirt^uiri' de l'Acadt-mie dt- L-liirurgic, l.ouîs. en dir on 
troÎM^'' eiempte sur lequel jo rfetnainle \a pcrmisiion Jb ^ 
Bi'arr4ti>r un initttint.è rau^fl desrirronManre» qui t'accoiiM ^| 
pogiièrent l^l dtà la diftfusiiioii è laquelle il dunna lieo, et (|«f ^| 
et| Tort |>eu cuiinue. 

llniiK une Ihé^ soutenue 80U!i ^a pri^«ideiire aui éctifes 
de rliirurgîp, et dont len bibliomane» D'iicrnrdpnl h lui attri- 
buer la (laternité, Loui» raconte qu'une Jeune fille, chei 
laquelle il n'existait aucune trace des parties eiterneu de la 
génération, i^tait r^gli^e yor l'anus. Son amant. |ioiir«uil-il, 
lui arracha l'aveu de ce vice de conformation, et, dan* sei 
transports amoureut, il la supplia de lui permettre de s'unir 
à elle par la seule voie qui lui restait : elle y consentit, de- 
viot enceinte, et accoucha à terme, par l'anus, d'un enfant 
bkn constitué (l). 

Comme conséquence de cette observation , Louis de- 
manda aui casuisles si une femme , privée de vulve, était, 

(I) Voici m enlier le l«ite même de c«(ta curieuse obaervalkm : 
< Alii i m perron lion 19 «pparentis «pecies liic manel recensenda de qui 

• DOn ita pridem Psrisiis vidimus eiemplum noLatu dignum, veroicale 

■ in Bcademiarum commentariis non Iradendum, ob verecundiam dere 

■ pudendi Mrvindim. Adolefcentola in quA naiiom vuIveb et vaginn 

• veaiigivm, par anum pui^aliooM menalruat pauettitur : eam rir 
> quidem adamavii, et buic quA data vjA se commisil, non tangaarii 

■ transiliens vada, quod alibi neraoda ruissel telidaE in hoc casu Fuit 

• (ecnndùm nalurœ intenlum. Gravida enim facta fœtum lempore 

• opportnao enlia est, laceralo ani aptiinciore. An uxore aie dispositt, 

• ttti Tu ait judiceoi (beologi moralesï i 



DES ORGANES E1TBRNES DE LA GÉNÉBATION. /^SS 

oai OU non y en droit de chercher dans l'anus In voie de la 
propagation. Les théologiens s^émurenl, des cris de répro- 
bation s'élevèrent contre le célèbre chirurgien qui ne tarda 
pas à avoir contre lui le parlement et la Sorbonne. 

Il fut interdit. 

Cependant la question n'était pas neuve pour les ca- 
suistes et avait été bien longtemps avant Louis approfondie 
par les pères Cucufe et Tournemine. A ce problème : An 
imper forcUa mulier possit concipere? les deux savants 
pères que je viens de citer avaient décidé « qu'une fille, 
privée de la vulve en apparence, devait trouver dans l'anus 
des ressources pour remplir le vœu de la reproduction. » 
Sanchez, le fameux casuiste espagnol que tout le monde 
connaît, avait partagé l'opinion des pères Cucufe et Tour- 
nemine, et cependant , malgré cette unanimité de trois 
grandes lumières de la théologie, les papes avaient fait un 
cas résc^rvé aux jeunes filles qui tenteraient cette voie. 

Louis, par sa question indiscrète : Anvxoresicdispositâ^ 
uti fas sit judicent theologi morales? mettait donc en 
suspicion les décisions de Rome, et justifia jusqu'à un certain 
point les rigueurs exercées contre lui par la Sorbonne et 
le Parlement. 

Cette affaire, on le comprend, ne se passa pas dans le 
huis-clos, et le problème, fort débattu en France, fut de 
nouveau soumis à la sagesse du souverain pontife. Le pape 
Benoît XIV, qui portait alors la tiare, plus philosophe et 
plus éclairé que ses prédécesseurs, permit l'usage de la 
parte-poste dans le sens du père Cucufe. 

En présence d'une pareille décision et en souvenir da 
fait rapporté par Louis, Pougens n'hésite pas h donner le 
conseil suivant : « Les jeunes femmes stériles seraient peut- 
être autorisées, ou devraient, au contraire, tenter lea deux 




I ORflAMQieS ne L APPADEIL COl'UIJlTRtiH. 
I, yuui n'assurer de lu véritable route <Je lii propags- 

^tnme on le voit, Puugciis répudie cette maiime de Iji 
wgesse des notions : Dans le doute, abstient-^oi. 



CHAPITRE II. 

LftSIONS OnSAMQL'ES DE l'aPPARKU. r.OPl'LATEl'M. 

Ce chnpiire liera un des plus courts de l'ouvrnge, car « 
Im diverses aflerliong qui peuvent } iîfjurer ont vue impor- 
tlDce nsfcz grande dans la palliologie ^^nérale des organes 
gAoiUux de ta femme, elles ne présentent qu'une valeur 
SMondaire ou point de vue qui noui* uecupe. 

Ces aiïections sont lontei plus ou moins douloureoMs, et 
l'augmentation des sourTrances que déterminerait k coup 
sAr la présence d'un corps étranger mis en contact avec les 
parties malades, est un motif suffisant pour faire redouter 
aux femmes l'acte du coït. Cette abstention est, il est vrai, 
momentanée, et prend sa source dans une série d'accideats 
qui ne rentrent que d'une manière subsidiaire dans le cadre 
de mon sujet. 

Je ne m'y arrêterai donc pas davantage. 

Mais si ces phénomènes morbides, en tant qu'ils consti- 
tuent par enx-mèmes un obiilacle è la copulation, méritent 
à peine d'élre mentionnés dans un ouvrage de la nature de 
eeluÏM'i, il n'en est plus de même quand on les étudie dans 
leurs conséquences, et qu'on les considère comme causes 
déterminantes de l'impuissance chez la femme. 

Et, en effet, un des résultais les plus fftcheui, h notre 
point de vue, (\ae ces affections peuvent produire, est te 
(I) Dielitimain tt» mêdediu praitçi», t. IV, p. (626, 3* édit. 






LÉSIOBIS ORGANIQUES DE l'aPPAREIL COPULATEUR. /|85 

rétrécissement ou Toblitération du vagin ou de la vulve, 
soit par l'agglutination immédiate des parois vulvaircs ou 
vaginales^ soit par la formation de brides ou de callosités. 

Les plaies, les ulcérations, les eiroriations, les déchi- 
rures, l'inHammation, elc, peuvent amener l'un ou l'autre 
des accidents que je \iens de signaler, et les exemples n'en 
sont pas très rares dans la science. 

Paul de Sorbait raconte qu'une jeune fille s'étant endor- 
mie sur un vase, dans lequel elle avait placé dos charbons 
pour se chauffer, brisa ce ^ase et se bnlla toute la région 
du périnée, de la vulve et du pubis. Cet accident, mal soi- 
gné, détermina la réunion des grandes lèvres, et ne laissa 
plus entre elles que deux petites ouvertures, l'une près de 
l'anus et l'autre au-dessous du pubis. La femme devint plus 
tard enceinte, et il fallut, pour que Taccouchement s'eiïec- 
tuât, inciser la cicatrice. 

Arnaud cite le fait d'une jeune fille qui, à la suite d'une 
course h Ane, éprouva , aux parties génitales externes , une 
inflammation avec excoriation des grandes lèvres ; celles-ci, 
abandonnées à elles-mêmes, s'agglutinèrent, en respectant 
toutefois le méat urinaire, et en laissant un trou par lequel 
s'écoulaient les règles. Comme dans l'observation précé« 
dente, la jeune fille se marie, devient enceinte et doit subir 
l'incision de la cicatrice pour permettre le passage à l'enfant. 

Les ulcérations syphilitiques sont souvent la cause d'une 
semblable adhérence , et il arrive quelquefois alors que la 
preuve manifeste d'une faute antérieure au mariage devient 
pour l'époux un signe non équivoque de virginité. Dupuy- 
tren fut appelé un jour pour détruire une de ces adhérences 
qui avait résisté h toutes les approches conjugales, et se 
garda bien, comme on doit le comprendre, de dissiper 
l'heureuse erreur du mari. 




OtfiAmQOU DB L AfPAtKIL GOPOLATiei. 
ouirrlure tttlviiirc peut encore être rétrécir h \» suite 
It déchirure du |)érinée, que celte déchirure arrive d'anc 
anjèfc traiimstique ou qu'elle soit (trnduile {lor uu bc- 
■Mekement. Les eus de ce f;enre se teiiconlrent anvi fr^- 
MHirnenl duns la pratique et KUiil eu nombre s$iEei! «ufS- 
tMk dans tous les ouvrages d'obstétrique, pour qu'il soit 
janlilc d'en ruppeler ici quelqucs-uus. 

Ln ruplure» du vugiii, par Loiise Irautnatique ou pendant 

leouehemeiit, sans être fréquentes, ne sont ecpciidani 

wiis rares. Cet accident, toujours firave, eM presque 

amnieut suivi d'une périlonile ofseï géuéralemeut 

telle, ce qui me dispensa de m'y urri^ler davaiita^çe. 

n en est h peu près de même des autres solutions de con- 

liMlité des parois vaginales, lésion qui, s'il fout en croire 

qwl^uea aulears, se serait produite pendant l'icte du eoïL 

Ainsi, Diemerbroeck rapporte l'observation d'une déchinre 

4a vagin amenée par la présence de la verge, et qui dtfter- 

nina une bémorrhagie mortelle ; Dugèi cite un exemple du 

nème genre dans le Dictionnaire de médecin»; et de chirur- 

mi» pratiques ; Plaiioni a rencontré une lésion anal<^ae 

lae i la même cause, etc. , etc. ; mais, je le répète, ces ■£• 

eidente, fort intéressants dans un ouvrage sur les maUdtet 

ie> femmes, ne méritent ici qu'une simple tneotioii. 

Il n'en est pas de même pour tes accidents qui laissent 
•pr^s eui un rétrécissement ou une véritable oblitération 
éa vagin. Un accoucbemeot long et pénible peut amener 
an semblable résultat, et M. Moreau cite l'observatioa 
d'ane dame anglaise dont le rétrécissement vaginal, i la 
faite d'uo premier accoachement , ne laissait même plu 
passer les menstrues. 

lies injections vaginales caustiques sont la source i la- 
>aelle il faut le plus fréquemment faire remonter l'obltté> 



LÉSIOHS 0B6A1I1QUBS DE l'aPPAKBIL COPULATBUR. &87 

ration du vagin. Une allumeuse de réverbères de Genève 
s'étant injecte du vitriol dans l'organe copulateur, afin de 
provoquer un avortement, les parois de ce canal contractè- 
rent de telles adhérences que le produit de la conception 
ne put passer, et la femme mourut. 

Quelquefois il ne se forme pas des adhérences, surtout 
quand les injections sont purement astringentes, mais alors 
les parois vaginales deviennent dures, calleuses, et s'épais- 
sissent au point d'amener un rétrécissement incompatible avec 
le coït. Les prostituées savent tout le parti qu'elles peuvent 
tirer de ces circonstances, et il en est, surtout en Italie, qui 
vendent pendant de longues années, et grâce à des injections 
de ratanhia ou de tannin, une prétendue virginité que la 
syphilis a plus d'une fois marquée de stigmates. 

Quelle que soit la cause à laquelle il faille rapporter 
soit Tadhérence des parois vulvaires ou vaginales, soit le 
rétrécissement ou l'oblitération de l'organe copuluteur, 
nous avons toujours affaire à une série d'aiïections dont 
rbistoire m'a occupé déjà, et qui ne dillerent des premières 
que par les causes qui leur donnent naissance. 

Le traitement de celles-ci sera donc à peu près identique 
avec le traitement de celles-là ; cependant, dans les cas où 
l'obstacle est constitué par des brides solides ou des callo- 
sités, la dilatation progressive que j'ai recommandée, à 
l'exemple de Benevoli, est insufiisante, et il convient, tout 
en utilisant l'action des corps dilatants, do recourir à quel- 
ques incisions et scarifications pour détruire les cicatrices 
et les brides les plus résistantes. L'opérateur devra faire 
lui-même le pansement que cette thérapeutique exige, car, 
négligée, la médication deviendrait bientôt elle-même une 
nouvelle cause d'obturation. 



/{SS LËS1U!>IS VITAI 



i UE L APPAREIL COPVLATBCS. 



CHAPITIÎE III. 

LÉSIONS VITALES DE l'aPI'AREIL COPlLATEtlR 

Les ofTeclions qui remplissent ce nouveau chapitre de 
l'histoire des «bslaclos n|iportés h l'inlromission de la verge 
dans les organes sexuels de lu femme, sont les ni^vralgies 
de In vulve el du va^în et l(>s spaisnics du vagin. 

D/^vralgie de la vulve et tlu vagin. — A*»iit Lisfranc, 
cette nlTectioii était peu connue; mais depuis que eu chirur- 
gien l'a décrite avec ses loiidances un pi-u trop prononcées, 
peut-être, ters les idées de Brou-sais, elle a été l'objet 
(l'éludes «érieuscs, et l'on a droit «le s'étonner qu'après le 
travail consciencieux de Tanchou, dont je parlerai tout à 
l'heure, M. Paul Uubols oit prétendu, dans te cours de la 
discussion acodémique sur le tniileinent de* déviations de 
l'utérus pnr le pessaire inlra-ulérin, qu'il élnit te premier à 
gif^nalcr cette affection; je montrerai bienldl, t-n faisante 
chacun la part qui lui revient, ce qu'il faut penser de celte 
assertion do M. Dubois. 

Bien que Lisfrnnc et Tnnchou aient décrit isolément 
les névralgies de la vulve, il parait diflicde d'admettre qoe 
cette névralgie ne s'irradie pas jusque sur le vagin, el reste 
limitée OUI grandes el au\ petites lèvres. J'ai ru occasion 
d'observer quatre cas de celte maladie, el, dans tons, le 
vagin était aussi douloureux que la vulve. 

De plus, et pour légitimer le rapprochement que je fais 
ici, les mêmes causes peuvent amener la névmlgie sur l'un 
ou l'autre organe, vl. quel que soit son »iége, les mêmes 
symptAmes l'accompagnent, les mêmes conséquences li 
suivent et le même Iraitement lui convient. 

H me parait donc superflu et même illogique de cooper 



i|uv uc cvupw I 



LfiSlOffS VITALES DE l'aPPARBIL COPULATSCB, A89 

en deux, ainsi qu'on l'a fait dans les ouvrages généraux de 
pathologie, une seule et même aiïection, sous le prétexte 
spécieux qu'elle siège sur des organes distincts, comme si la 
nature s'accommodait des divisions factices que, pour sa 
commodité, l'esprit admet et se trace. 

La névralgie de la vulve et du vagin est tantôt idiopa- 
thique et tantôt symptomatique d'une aiïection de Tutérus. 
Lisfranc (1) assure qu'elle est héréditaire dans certaines 
famillesy^dont toutes les femmes la présentent alors à des 
degrés variés. U'après Tanchou(!2), l'époque de retour se- 
rait souvent marquée par cet état névralgique, « et alors, 
dît-îl, ces névroses peuvent être considérées comme une 
déviation du travail menstruel; l'excitation fonctionnelle 
qui avait son siège dans les nerfs de l'ovaire et de l'utérus, 
se transporte sur ceux de la vulve. » Enfln le travail de la 
menstruation détermine souvent l'affection dont il s'agit, et 
alors la sensibilité des organes externes de la génération 
n'est exaltée que quelques jours avant et quelques jours 
après l'écoulement des règles. 

Dans d'autres circonstances, la névralgie dont je parle 
est liée à un état morbide de l'utérus ; pour Lisfranc, cet 
état morbide était l'engorgement ou l'ulcération du col ; 
pour IVl. Paul Dubois, c est tantôt un état phlegmasique de 
la muqueuse utérine, tantôt une déviation de l'organe, 
tantôt enfin une névralgie même de la matrice qui rayonne 
sur le vagin et s'étend jusque sur la vulve. 

A ce point de vue, M. Dubois pourrait bien avoir raison, 
ainsi que je le dirai en parlant de la thérapeutique. 

Mais qu'elle soit idiopathique ou symptomatique d'une 
aiïection quelconque de l'utérus, la névralgie de la vulve et 

(1) Clinique chirurgicale de l'hôpital de la Pitié, t, II, p. 4Ç3| et 
GazetUdes hôpitaux, 12 mars 4 842. 

(2) GazetU des hôpitaux, 4 4 juillet 4848. 




h90 LtMONB VITALIU DB l 'APPilEIL COPULATIOI. 

(lu vaf^iii réclame inifiériciitctnont hs noins du la n 
n La fenime, ilit Lisfrane, dont iiiuii eiftérieuce itenoaiteUt 
atu-sle I4» iKirolex, la femme a (luur lu cuit lui-m£ne une 
f>ruiiile ri:pu^tiiiiiu\ el, (juuîqur le M'iitimenl du devvir ■! 
In cruiiitc de |ierdri> l'alTeclioii dv son mari la ilomilieut, elle 
s'en éloigiiK d'abord autant c|iiq le lui jicrmctU'nt let cir- 
coMlaiHXK, et puis eufin il detieiil si irritant, si b{(bc«i4, b 
douloureux, qu'elle le refuse et le rejette aver un« lorle 
(l'elTroi : refuK terrible, qui, presque toujours, eoirilne bieo- 
tdl uprès lui les^ténenents les (iIuk funi-atcs k l'union i-on- 
jugale. Je ii'eisgère rien ici, car ou m'a raconté dci^Kénw 
déplorable» ; j'en ni quelquefoi» été témoin. L'étal liont nous 
nous occupons eiiftc donc l'alleulion la plu» sérieuse dé la 
(larl ilu médedii. Son minislère e5t ici, non pas «eulement 
de ^uiVir, iiiiii> L'rii'orc de rrinln' uiic t^puu.H' à su» marî. 
un père è te» enfants, eu rétablissant la paix au tein d'une 
famille désolée. » 

Ce tableau n'est point chargé k plaisir, et loui ceui, Tas- 
chou, M. Dubois, etc., qui onteu occasion d'observer cette 
névralf^ie, s'accordent sur la gravité qu'elle présente au 
point de vue du rapprochement des setee, et M. DuiMÎa la 
considère même comme une cause do stérilité. 

Il but donc nous arrêter sur la thérapeutique la fUu 
convenable, et d'autant plus sérit:usement que les moyeu 
caratifs ordinaires échouent asseï souvent, et qu'il me fau- 
dra faire ici comme un atant-propos de ce que je dirai plut 
loin sur l'action thérapeutique du redresseur intra-utérin. 
Quand la névralgie est essentielle, qu'elle n'est sou* la 
dépendance d'aucun état morbide de l'utérus, son traitement 
est celui de toutes les névralgies en géuéral. Cependant, si 
je dois prendre en considération certains résultats que j'ai 
obtenus aiecla valériane et l'asa fœtida^je me crois autorisé 
à penser que ces deui •■tispesmodiques ont une action en 



^ 



LESIONS VITALES DU l,'Al>PAi<ErL COPULATBIJI. ^91 

quelque Borle spéciale sur l'innervalion des organes géoi- 
luut ; celle action m'a (joru [lius prononcée riiez ta Temme 
que chez l'Iiommc, et je suis parvenu avec eus à des rémis- 
sions complètes d'hjïtéralgie et de névralgie de la vulve et 
du vagin qui avaient opiniâtrement résisté à toutes sortes 
(Je médications. 

Aussi, dan!irrin'ection(iui m'occupe, je n'hésite pas à con- 
seiller de prescrire l'asu fcEtida et la valériane combinées 
ensemble, soit en pilules, soit en potion, ce qui n'empèciie 
en aucune manière les moyens externes généralement re- 
commandés, tels que bains froids ou chauds, Triclions opia- 
céei, belladonéed, etc. 

Quand la névralgie est sous la dépendance d'un état 
palliologique de l'utérus, d'une phlegmasie, d'une ulcéra- 
tion ou d'un déplacement, il est raLionnel de s'adresser 
d'abord et directement à l'aiïeclion utérine, cause de la 
douleur vulvo-vaginale. Je n'ai pas à décrire ici le traite- 
ment de ces diverses maladies; cependant il est des cir- 
constances où l'état nerveux dont je parle, quoique existant 
avec une phlegmasie, une ulcération ou un engorgement 
de la matrice, est déterminé par le poids de l'utérus plutôt 
que par la lésion organique qu'il présente; la femme 
éprouve alors des douleurs de reins, des tiraillements dans 
les lombes, de la pesanteur ait périnée, etc., etc. Dans ce 
c«s, et si la lésion organitjue permet de les appliquer, tout 
moyen qui aura pour but de soutenir l'utérus amènera de 
bons résultats : lu ceinture hypugaslrique et les pessaires 
ordinaires répondent d'habitude à cette indiculion ; le pes- 
saire intra-utérin de AI. Simpson ou celui de M. Valleix 
peuvent, d'aprùs M. UubDis(l), amener les mêmes effets, en 

{^\) Bttilttin de \' Aradèmie impériale rfa médecine, l. XIX, Paria, 
4»»i, p, aSâ olg33. 



&93 LfiSIOKS VITALES DE l.'APfAHEIL COPIltATErR. 

oITraiit à l'ul^rus iiii |i(>inl ii'ii|i|)iii nu ili^ ^ontènemenl. Sans 
aucun doute, le pessaire de M. Vollfit oITre, romtno mojen 
iik'i'Ii nique (le «ustentatinii, les mêmes nvai)ln£>c!i qae les 
[leMaires onlirinircs; mais il [(rési-iile le prave inconvénient 
d'au;:meii(er lu |)lilegma<iie et même de Taire naître une 
inHnmmolion qui ii'csl pas sons danger, nin^i que l'espé- 
rience ne l'a que trop démotitrê. 

L'action brenrtnsaiilo du pessuire de M. Vslleît est muim 
contestable quand l'étui patliolugique de l'ulérus est un état 
h^slùriformc, sans lésion organique, mai» seulement avec 
troubli's plus ou moins graves du cAlé de l'mnervalion. Daiu 
ce cas, l'iipplication du pessaire n'a pas besoin de se pro- 
longer longtemps, et ne peut, pnr conséquent, en dehon 
de certains ras eiceptionneh rl'idiosyniTasie, et tout h fait 
au-di'ssus des prévisions liumainis, déterminer tes accidents 
que M. Depaut a signalés dans son rapport à i'Ae«<léinie 
do médecine. Son action se burni^ alors k modifier d'une 
manière spéciale la sensibilité utérine, et, par suite, celle de 
tout le reste de l'appareil génital, qui est sous sa dépen- 
dance. M. Dubois, il faut le reconnaître, fut le premier à 
signaler rrtte action du pessaire de M. Valleix, et depub 
j'ai eu moi-même occasion d'en constater la réalité. Sins 
doole ce mojen ne réussit pas d'une manière constante; 
il est des cas rebi-lles même dans lesquels le mal parait 
s'accroître sous la pression eiercée par la lige du peuaire; 
mais il en est d'antres, je le répète, comme relui qu'a cité 
M. Malgaigne dans son premier discours dans la discussion 
académique sur le traitement des déviations utérines, on 
l'efTet est si complet cl si immédiat que l'on pourrait croire 
k quelque supercherie de lu femme. 

A re point de tue, mais à ce point de vue seul, ainsi que 
j'aurai l'occasion de le démontrer plus loin, le pesnira 



LÉSIONS VITALES DE l' APPAREIL GOPULATEUR. &9S 

intra-utérin doit être conservé^ car il modifie quelquefois la 
sensibilité utérine là où tous les moyens ordinaires ont 
échoué. 

Spasmes du vagin. — A l'encontre des névralgies de la 
vulve et du vagin , qui sont un empêchement en quelque 
sorte moral au rapprochement des sexes , les spasmes du 
vagin constituent un obstacle matériel à l'intromission de 
la verge dans les organes sexuels de la femme. Le resserre- 
ment convulsif de ce canal est quelquefois si prononcé qu'à 
peine l'ouverture vulvaire peut admettre un tuyau de plume 
à écrire. Fort heureusement , ces conslrictions sont inter- 
mittentes, et lorsqu'elles sont continues, elles coexistent 
avec la vaginite ou avec Tétat puerpéral, comme si la nature 
avait voulu prévenir l'homme, par cet empêchement formel, 
de s'abstenir d'un coït compromettant ou impossible. 

Quoi qu'il en soit, et d'après ce que je viens de dire, les 
spasmes du vagin sont, tantôt idiopathiques, tantôt sympto- 
matiques d'une vaginite, et tantôt mixtes, c'est-à-dire se 
montrant pendant le travail de l'accouchement. 

Quand l'affection est essentielle, qu'elle ne s'accompagne 
ni de rougeur, ni d'excoriations sur les lèvres et le vagin, 
les accès sont intermittents, plus ou moins rapprochés, et 
d'une durée plus ou moins longue. Les tentatives du coït 
les déterminent quelquefois, mais, dans ce cas, les spasmes 
disparaissent d'eux-mêmes, quand la muqueuse vaginale est 
lubréfiée par les mucosités. — En dehors de celte circon- 
stance, dont on comprend d'ailleurs le mode d'action, il est 
assez difficile de déterminer les causes prochaines qui don- 
nent naissance à une pareille affection. Cependant, les 
femmes nerveuses y paraissent plus disposées que toutes 
autres, surtout si elles éprouvent de fortes émotions mo- 
rales, et si elles caressent des idées erotiques. C'est à i'ou- 



&9/i LESIONS V1TALBB BB l'aPPARBIL eaPCLATtini. 

vertiire viilvo-vajiinale (jne la ronulriction esl le pittt pro- 
noncée, et, rommii je le disais plu» hoiil, le reswrreioMtl 
est quelquefois si consitlérahlc qu'il pcul h ppine l»m«r 
piisser, et non encore sans douleur, un luynu de plnmc > 
écrire. 

Lea spasmes du vagin qui sont déteminâs psr une in- 
flammation franche ou spécifique de eut orf^anc. sont con- 
tinus et suivent les périodes de la moliiilie qui les lient sons 
SB dépendance. Cette corrélntioii est lonjour» facile h con- 
stater au moyen des sjmptdmw si traiicliés de la lapinile 
qui se décèlent toujours h l'examen le moins atlenlif 

Il en <-st de niéme di's spasmes qui accompagnent le tra- 
vail de l'accu ucliement, et (|ui ne m prutongenl pas sa itih 
du temps de la partnrition. Au point de vue du dia^ooMîe 
(ilfférenliet, et pwur ne pas k'S conxi'li^rrr (■(Htime une rnu** 
sérieuse de djstocie, les antécédents de la femme permet- 
troBt loujouri de distinguer les spasmes du vagin de quelque 
vice de ronfonnalion ou de quelque maladie qui aonit 
amené un état permanent d'étroitesse du vagin. 

Comme on le doit présumer, les spasmes s^mptomaliquet 
et les spasmes milles n'exigent point une thérapealique spé* 
ciale : les premiers, liés à la vaginite, disparaîtront avec 
elle ; et le* seconds, complication de l'accouchemenl, m 
dinipent toujours avec la délivrance de la femme, et récl*- 
ment quelquefois, pour que la pnrturilion s'accomplisse, 
Tussge habilement combiné des aniiphlogistiques. 

Restent donc les spasmes essentiels. — Comme ils soll 
ordinairement l'apanage des femmes nerveuses et livrées 
aui pensées erotiques, il faut recourir presque toujours i 
one médication générale, dont les fortifiants, le fer et Im 
distractions feront la base, et employer eo même temps an 
traitament focal dont les ressources sont les bains entiert •■ 



TOIHDBS DB LA ¥!».▼«• &95 

de siège, les injections narcotiques et les onctions avec la 
pommade bclladonée II est rare que ces moyens, tant gé- 
nérani que locaux, bien combinés et bien conduits, n'amè- 
nent promptement la rémission d'une maladie qui est un 
véritable tourment pour les femmes qui en sont atteintes. 



CHAPITRE IV. 

LÉSIONS MÉCANIQUES DE l'aPFAREIL GOPULATEUR. 

TUMEURS. — CORPS ÉTRANGERS. 

Si pour là logique de la classification je rapproche les 
tumeurs et les corps étrangers développés ou introduits 
dans l'appareil copulateur, je dois les examiner séparément, 
parce qu'en dehors du seul point de contact qu'ils présen- 
tent dans leurs résultats par rapport à la copulation, ils n'ont 
rien de commun dans leur histoire, et s'ofTrent à l'obser- 
vateur avec une éliologie, une marche et une terminaison 
qui me forcent de donner à chacun d'eu:^ une place distincte. 

TUMEURS DE L'APPAREIL COPULATEUR. 

Il est ici indispensable, tant sous le rapport du diagnostic 
que sous celui du traitement, de séparer les tumeurs dont la 
vulve est le siège de celles qui aiïectent plus spécialement le 
fagin. 

S 1. — Tamenra de la Ynlvc. 

Je les diviserai en deux classes : l"" celles qui sont le 
prodail d'une lésion organique de la vulve ; 2* celles qai 
sont formées par la présence anormale et accidentelle d'oR 
organe voisin. 




USIOKS MËCANIQtlES DE L APPARBII. COnUTIOI. 



A. Tirriieiir» de la ruifr par l/êion* orifaniqve». 

Parmi \es tumeurs de lo vulve par lésion organique, let 
unes HlTecIciil une marclie aiguë et rapide, et les autres UM 
marclie lente et clironiijiie. 

Au nombre des |)rcmiéres se placent les abcès et let la- 
meurs sanguines ou tbrombus de la vulve. 

Parmi les secondes se rangent l'éliïphantiasis, les kystes, 
les loupes, les corps fibreux et le cancer de la vuUe. 

Je passetat rapidement sur chacune de ces alTertioo), 
car si leur histoire offre une fuce (|ui regarde notre sujet, 
elles appartiennent bien plus à la pathologie gi^iiéralc des 
orgones génilaut de la femme i\n'ii un traité aar l'impais- 
sance. De plus, les tumeurs 5 manlic aiguë ont une exis- 
tence si fugitive qu'elles niérilent h peine ici une mention; 
d'ailleurs l'une d'elles, le, ihrombus, se produit générale- 
ment au milieu de circonstances peu favorables au coït, car 
tous les auteurs qui s'cii sont occupés le signalent, suit 
comme un occident des derniers temps de la grossesse, sott 
comme un épiphénoméiic de l'accouchement. 

Sans doule les abcès et les ibrombus de la vulve peuvent 
par leur volume empJ^cher l'intromission de la verge dans 
le vagin cl constituer un obstacle matériel au congrès; 
mais c'est surtout par les douleurs qu'ils occasionnent qu'ils 
doiient être considérés comme s'oppo^ant k ta copulalioa. 

Il n'en est pas de même des tumeurs à marche chronique, 
presque toujours indolentes et ne gênant le rapprochement 
sevuel que par l'ubsluclc que leur volume uppuse k l'ac- 
complissemcnt de cet acte. Assez rares et ne se montraol 
pour 1b plupart qu'à un âge avancé de la vie, elles etigent 
toutes rinlerveutiuii de la médecine opératoire, et rentrent 
par cela même iluus le ilomuine de la chirurgie générale- 




J 



TUMEURS DE LA VULVE. /|97 

B. Tumeurs de la vulve duei à la présence d'un organe voisin» 

Les organes qui peuvent venir faire tumeur à la vulve 
sont le vagin, la matrice et Tintestin. 

Le vagin et la matrice n'apparaissent à ToriGce vulvaire, 
et par conséquent ne s'opposent à la copulation que par 
suite de déplacements qui m'occuperont ailleurs. 

La présence de l'intestin dans les grandes lèvres m'ar- 
rêtera ici un instant, parce que ce genre de hernie est peu 
connu, et que, d'après les rares exemples que nous en 
avons, il parait alTectionner l'âge le plus propre & la géné- 
ration. 

Cette hernie signalée, je crois, pour la (fremière fois par 
A. Cooper, qui en a donné deux observations et qu'il 
appelait pudendal hernia^ est ainsi décrite d'après lui 
dans la Bibliothèque du médecin praticien : « La tumeur 
formée par cette hernie parait, à l'extérieur, un peu au- 
dessus d'une ligne qui, partant de l'orifice extérieur du 
vagin, se dirigerait de dedans eu dehors. Cette hernie 
débute comme la hernie périnéale et la hernie vaginale 
latérale. Elle pousse d'abord en bas le péritoine, qui va du 
vagin au rectum, et puis, au lieu de se développer dans le 
premier de ces canaux comme la hernie vaginale, au lieu 
de proéminer sur un point très voisin de l'anus, comme la 
hernie périnéale, la hernie vulvaire se développe surtout 
dans l'épaisseur de la grande lèvre, sur le point indiqué 
par A. Cooper; pour y parvenir, les organes déplacés pas- 
sent d'abord derrière un ligament large de l'utérus, pous- 
sent devant eux le péritoine dans le sillon rempli de tissu 
cellulaire qui sépare le vagin du rectum; puis ces organes 

écartent les fibres des aponévroses périoéales» celles du 

3t 




&94 LiiSIONS KËCAIIIUUB8 DE l'aPFAIIIL COPtLATRtl. 
muscle felcveur du l'aiius an moment où il va «'insérer »ur 
les cAtés du vagin. D'ajtr^!! cette mnrche de In hcrriiu ol le 
siège <|ue son font! va occnj>er, on peut prévoir (|ue Car* 
tère vaginale sora placée en dcdan)! du .itic , l'artère hon- 
teusc intenie en dehor:*. Lu position de cm dent vaitscaui 
fait entrevoir la nécetsitif d'un dêbrid(?ment méthodique 
dans les cas d'étranglement (t). » 

J'ai dit tout h l'IiL'ure [}uc cette hernie était peu connue, 
et qu'on l'avait loujoun obiervéi; ii l'Age le plas Tavorable 
a la cojiulation ; In science, en eiïet, n'en possède que Irolt 
exemples bien aulhentiqueï , dcu\ qui appartiennent k 
A. Cooper, et le troisifrine communiqué par M. S. Clo- 
queth Murât, l'uuleur de l'article VuLvt du Dictionnaire 
des sriences médicales. Les malades du rhirur{;ien sn(;lat3t 
n'avaient i]ue uiigt-dem ans, cl celle de M. Ctoqurl vingt- 
quatre. 

Qu'on me permette de rapporter en entier celle deroii re 
observation, qui me dispensera de plus longs développe- 
ments sur ce sujet. « La domestique du garde-magasto de 
l'hdpitnl Saint-Louis, jeune fille Agée de vingt-quatre ans, 
d'une constitution sëctie et nerveuse, vient me consulter, 
dit M. J. Cloquet, au mois de février de la présente année. 
sur une maladie qui lui était survenue, dcpuii! peu de temps, 
au\ organes ciléricurs de la génération. L'ajant eiami- 
née, je trouvai, dans la piirlic postérieure de la grande 
lèvre droite, une tumeur arrondie, rénilcnle, du volume 
d'un gros marron, qui iioulevail la peau et faisait saillie en 
dedans do la vulve. Cette tumeur, un pi'U douloureuse an 
toucher, se prolongeoit à la partie latérale droite du vagin, 
sous la forme d'une saillie longitudinale, longue de deui 

(I) Bibliothèquf du midtein pralkie», t. I, p. 13. 



TUMEURS DE LA VULVE. /|99 

pouces environ, dure et résistante; la pression exercée avec 
le doigt sur cette dernière portion n'y occasionnait que des 
douleurs sourdes. La tumeur augmentait sensiblement de 
volume, devenait plus dure et plus tendue, lorsqu'on faisait 
tousser la malade. La jeune fille y ressentait de temps à 
autre des engourdissements, et éprouvait de légères co« 
liques dans toute la partie inférieure de la cavité abdomi- 
nale ; du reste, les autres fonctions s'exerçaient librement, 
h l'exception de la marche, qui était pénible, à raison de la 
gène que produisait la tumeur par son volume, et des dou- 
leurs qui s'y manifestaient lorsque la malade s'était fati- 
guée par quelque exercice forcé. Cette tumeur avait paru 
peu à peu, sans douleur, depuis environ quinze jours; elle 
n'avait jamais causé de vives douleurs, des nausées, ni de 
vomissements. La malade attribuait son e/for^ à des mouve- 
ments considérables qu'elle avait faits pour lever des pa- 
quets de linge et des baquets remplis d'eau. Comme elle 
était habituellement constipée, je pense que les efforts né^ 
cessités pour la défécation ont dû contribuer aussi très puis- 
samment à la production de sa maladie. Ayant fait coucher 
la malade sur le dos, dans la position ordinaire pour l'opé- 
ration du taxis, je parvins, à l'aide d'une pression assez 
forte, exercée méthodiquement selon la direction de la 
tumeur, h diminuer d'abord son volume, et à en obtenir 
ensuite l'entière réduction, laquelle se fit subitement par 
l'ascension brusque des parties déplacées, qui glissèrent 
tout à coup sous mes doigts, en faisant entendre ce bruit 
particulier qu'on a désigné sous le nom de gargouillement... 
Je pratiquai ensuite le toucher dans la position verticale du 
corps; les viscères déplacés ne reparurent pas, et la jeune 
fille put marcher librement comme avant l'accident. Je 
voulus lui appliquer un pessaire en bondon, afin de com- 



îiOO LÉSIONS MtCANIQDRJi DE l'aPPARKIL COPIJUTICII. 

primer et île retenir la portion relAchée du vagin qui avait 
livré pnssage h l'iotestin, mais la lanlaile ne voulut pas 
s'assujettir a le porter^ et, bien qu'elle ait repris ses occu- 
pations habituelles depuis cette époque, sa tumeur ne s'est 
point reproduite, et elle jouit actuellement d'une parfaite 
ganté (1)..' 

(Quoique M. J. Cloquel ne parle pus de In copulution, 
et qu'il di^e que toutes les fonctions, hors celle de la mar- 
che, se fai.'jaient avec facilité et comme h l'état normal, il 
ne peut être douteux que le cuit, s'il eût été tenté, aurait 
été, sinon entièrement impossible, du moins 1res doulou- 
reux. La réserve de l'écrivain élnit commandée por la posi- 
tion lie SB malade, bien qu'il ait protiqué sur elle le toucher 
vaginal. 

Quoi qu'il en soit, par le fait que je viens de rapporter, 
et par les exemples analogues de A. Cooper, relatés dans 
ses OEuvn's chirurgicales, et consignés dans le Traité da 
hemicM de M. Lawrence, la hernie yulvnire n'offre aucun 
danger, n'expose pas a la récidive, et cède facilement i In 
réduction. C'est donc, par conséquent, une cause esseo- 
tiellement passagère d'impuissance, et sons la rareté qui la 
caraclérise, je n'aurais pas donné à son histoire une place 
aussi étendue dans ce livre. 

^ II. — TMDMSwa ém wlt^m. 

Comme pour les tumeurs de la vulve, j'admettrai pour 
cell«s du vagin deux classes : 1° les tumeurs produites par 
une lésion organique; 2' les tumeurs con.«tiluées par la 
présence anormale et accidentelle d'un organe voisin. 

(Il nirtimn. df» ivimieet mMi(.tlft. art. Vli.ve. t. LVIII, p. itS, 



J 



TUMBORS DU VAGIN. 501 

A . Tumeurs du vagin produites par une lésion organique, 

Conrormémentà ce que j'ai dit des tumeurs de la vulve, 
les tumeurs du vagin par lésion organique peuvent oiïrir, 
les unes un caractère aigu, les autres une marche chro- 
nique. 

Mais les unes et les autres ne me doivent point arrêter 
longtemps, parce que, je le répète, elles rentrent bien 
plutôt dans le cadre des ouvrages généraux de chirurgie et 
d'obstétrique qu'elles ne ressortent de mon domaine. 

En effet, les tumeurs sanguines du vagin, si bien dé- 
crites par Legouais et Deneux, sont presque toujours des 
accidents de la parturitiou, et les abcès du vagin, ou pour 
parler plus exactement, les abcès faisant saillie dans cet 
organe, et dont la fréquence s'explique par la présence du 
tissu cellulaire qui soutient les parois de ce canal, n'offrent 
rien de remarquable à notre point de vue, si ce n'est qu'ils 
obstruent le libre passage du vagin, et éloignent la femme 
de toute copulation, par les douleurs atroces qu'ils déter- 
minent pendant cet acte. 

Les tumeurs à marche chronique, les kystes et les po« 
lypes, ne présentent réellement dans leur histoire qu'un 
point intéressant à étudier : c'est leur diagnostic. Comme 
on va le voir, alors que je vais parler des hernies vaginales.» 
il est de la plus haute importance de distinguer les kystes 
et les polypes de ces hernies, car si l'instrument tranchant 
doit être porté sur les premiers, il faut soigneusement aK^ 
garder d'ouvrir la vessie et l'intestin. — Mais toutes ces 
considérations appartiennent à la pathologie chirurgicale, 
qui fournit les éléments du diagnostic diiïérentiel et les bases 
du traitement. 




B. Tiirmufi I 

Eu égard aux orgoiioii i]ui avoixiiieiit le vagin, il ne peut 
y avoir que l'iiléni!!, la vesm el le rflctutn qui fienneDt 
foire ticrnic dans ce umial. 

La hernie déterminée |iar la matrice, c'cil-ji-dire les 
dépliicement» de cet of^niip, m'ocrii|i<Toiil longuement dam 
une autre parti» du crt uu«ro^e, où je me réncnt de faire 
reisorlir leur inlluence Rkchcuse tout h la fois sur la copuJa* 
lion et la récomlllé tie la femme. 

La hernie proUuile par la présence de la vessie m'occu- 
pera un instant fo»» le nom de cyslocèle. 

Et ta liernifl déterminée par la procidcnce de rmlestio 
m'arrêtera aussi un mottu-nt sous les noms de hernie vayi~ 
nale f>roprement dite, et de rectocèle, quand c'esil le rectum 
qui fuit saillie dans le vagin et sort par la vulve. 

Il ne faut pas croire que chacune de ces hernies se pré- 
sente dans la pr;itique isolément, déf;agée de toute compli- 
cation : dons la très grnnde mujurilé des cas, fe cjstocàle 
■'accompagne d'un prolapsus plus ou moins prononcé de 
l'utérus, et lu horoie vuginule et surtout le reclocèîe se com- 
pliquent de cjstocèle et quelquefois aussi d'ubsissemeot de 
la matrice. 

Je ne les sépare ici que pour la rlurté du discours, sa- 
chant bien que la nature tic se piéte ni aux méliiodes de 
l'art, ni aux rummoilités de l'écrivain. 

Cyslocèle vaginale. — D'après les eipériences de M, Ro- 
gnella (1) sur le cadavre, et d'après les observations de 
M. Jobert (de Laniballe) (2), la cyslocèle vaginale serait 
produit, soit par la laxité de la paroi antérieure du vajjio, 

(I) MéiHfitre tar let prolaptal, 1833. 

(3) Mèmotrei de l'Àaulému <U méilrcnt», t. VIII, p. 703. 



TOmUES DU VAGIN. 503 

soit par le relàchenient des moyens d'union qui eiistent 
entre cet organe et les parties environnantes, comme, par 
exemple, Taponévrose qui se prolonge du coi de la vessie 
et de la paroi postérieure du pubis sur les côtés du vagin. 

Il en doit être réellement ainsi, car la cystocële se ren- 
contre bien rarement chez les jeunes Dites, tandis qu'on 
l'observe presque toujours chez les femmes qui ont eu beau- 
coup d'enfants ; la lenteur et les difficultés de l'accouche- 
ment ne paraissent pas avoir la même influence que la 
quantité des parturitions; aussi est-il plus ordinairement 
l'apanage de Tàge mùr que de la jeunesse, quoique cepen- 
dant il se produise à une époque où les fonctions généra- 
trices de la femme n'ont pas cessé. 

Quoique la tumeur formée par le prolapsus de la vessie 
soit réductible è la suite de l'évacuation de l'urine, elle 
n'en constitue pas moins un obstacle, je ne dirai pas insur- 
montable, mais du moins fort gênant pour la copulation. 
Située à l'entrée du vagin, entre les petites lèvres, elle en 
obstrue le passage, soit par son volume propre, soit par les 
moyens contentifs qu'on lui oppose, tels que pessaire, 
éponge, etc. Aussi, en nous plaçant à notre point de vue 
exclusif, devons-nous accorder la préférence au traitement 
curatif sur les moyens palliatifs ordinairement mis en usage. 

Ce traitement a été tenté avec succès par M. Jobert 
(de Lambaile), qui se proposait de diminuer le volume de 
la tumeur, et de donner plus de résistance à la cloison vésico- 
vaginale. « Je dessinai sur la tumeur, dit ce chirurgien, au 
moyen du nitrate d'argent, les deux lignes transversales 
dont j'ai parlé, et, les attaquant à différentes reprises et à 
plusieurs jours d'intervalle, avec le même caustique, j'ar- 
rivai è détruire graduellement et sans aucun accident inflam- 
matoire, toute l'épaisseur correspondante du vagin. Je ne 



biik LBt)IO>!« KËCAniVtJI!!« OK l'aPPARBIL CUPULATBUK. 

revicndnii pas sur la longueur, la lurgeur de ces lignes, 
elles avaient »n lignes environ. Ceci fait, il me fut facile (te 
reconnaître la situation et l'état des parties, de raviver sans 
crainte avec le bistouri les bords de lo surface colaméc par 
le caustique et de laisser le fond intact. Je pus facilcnifriit 
remettre en rapport les deux plaies saignantes et les main- 
tftiir en contact au moyen de la suture entortillée [1 '- » 

M. Jobert dit avoir pratiqué plusieurs fois avec succè« 
l'opération dont je viens de foire connaître le but ; aatsi, 
quoique des faits assez nombreux et ossez authentiques n'en 
démontrent ni la parfatti; innocuité, ni la réussite constante, 
on la devra tenter quand aucune circonstance ne la contre- 
indiquera, et quand surtout lu cvstocète sera un obstacle 
insurmontable à la copulation. 

llrrnie vaginale. — Rectocèle. — Quand la tumeur 
vaginale est constituée par le paquet intestinal, on a la 
hernie vaginale des auteurs, qui n'est, en réalité, que la 
hernie incomplète de lu vulve ; le rectocèle vaginal, au ron< 
Iroire, est formé, comme dit Sabatier, /xir l'intestin rectvm, 
qui pintsse en avant lu paroi du vagin sur laquelle ïl po$e 
et avec lequel H a îles connexions ('!). 

Comme on doit le comprendre déjà, le diagnostic 
de ces deui espèces de hernies est très important à éta- 
blir, non pas tant peut-être au point de vue de l'impuis- 
sance de la femme que sous le rapport de la pathologie 
chirurgicale; cor si un bon diagnostic est la source d'oîi 
découle un bon traitement, l'art n'a, ju^qti'à préseut, h 
opposer à l'une et ù l'autre de ces infirmités que des mojens 



(I) De la ctfilocélr vayiiuilf ofirrtf pur «n iinKédf >ior 
iMMrvi de lAcaiUmie ite miileeiti», Paris, ISiO. I. Vltl } 
(1) ilcnwim de lAeaiténti» d* chtnirgu, U 111. 



(»<- 



É 



TUMBUE8 DU VAGIN. 505 

palliatifs qui, de leur nature, constituent eux-mêmes des 
obstacles à la copulation. 

Cependant, et en raison même de cette incurabilité, il 
importe que le praticien ne puisse confondre ces hernies 
avec un prolapsus de la matrice ou du vagin, et ne tente 
pas une guérison dont les moyens seraient non-seulement 
intempestifs, mais encore dangereux. 

«La hernie vaginale, dit A. Gooper, se forme dans 
l'espace compris entre futérus et le rectum, lieu dans 
lequel s'engagent les intestins. Cet espace est fermé en bas 
par le péritoine, qui forme un cul-de-sac en se réfléchissant 
de la partie postérieure du vagin sur la partie antérieure du 
rectum. Entre ce cul-de-sac péritonéal et le périnée, se 
trouve un tissu cellulaire lâche. La pression de l'intestin 
sur cette partie du péritoine la déprime en bas vers le pé- 
rinée; mais plus tard, étant arrêtée dans sa marche ulté- 
rieure en ce sens, elle passe contre le vagin et pousse en 
avant la paroi postérieure de ce conduit (1). » 

il est incontestable que de nombreux accouchements 
sont une prédisposition à ce genre de hernie, mais ce 
n'est là qu'une prédisposition, car on l'a rencontrée sur des 
femmes qui n'avaient jamais eu d'enfants. Les chutes sur le 
siège et les efforts pour soulever un fardeau sont les causes 
les plus ordinaires de sa formation. 

La hernie vaginale présente quelquefois un volume 
extraordinaire, est facilement réductible, arrondie et à large 
base, et peut, par la pression qu'elle exerce sur le rectum 
et le canal de l'urètre, amener la constipation et la difli- 
culte d'uriner. 

Le rectocèle vaginal est la tumeur que l'on a le plus 
confondue avec les procidences de la matrice, et principa- 

(I) Œuvres complètes, p. 359. 




p. 

SO0 >M HeCANIQU» DB l'aPPAHUL COPtILATBUl. 

lemAiit avec cvlli's du tagiii, et il iiV»t {>as d'une eipctitwti 
scrupuleune Je lui donner k nom île hernie, car elle Di^rca- 
Tcrme pos une an^e du rectum, 5 l'cxeniple des ti«ruic« ordi- 
nairen, qui ruritiennent une anse du petit ou du gros intes- 
Lio. Dans le rcclocèle, la piroi postérieure du rcclum a'a 
pas été déptaciie; elle est toujours udiiiïrente au sacrum 
par l'aponévrose pelvienne ; ce nVst que In paroi antérieure 
et encore une portion de cellu (larui, ()uia suLi des mudifi- 
cations qui l'ont oontttilut^e à l'élnt de hernie. 

D'après M. MHlgai(;ne (1), qui a véritïé toutes lei 
aisertioni de Clarke et de Monleg^io, il est an»ei ilifTicile 
(l'assigner au reclocële une (-aii^e ii peu prtïs cL-rlaine. Les 
chute», tes cfTorl!!, les growesscs répétées, etc., ov (larai*- 
Wnt pas eiplii{Uer(]an» Iduh les eau le prolnfiiasdu recluoi, 
et i'on est forcé d'admettre que l'anection arrive bien >ihi> 
veut, comme leN hernies abdominales, sans cause connue. 

Le volume de ta tumeur est essentiellement variablej il 
peut n'être représenté que par un pli de la muqueuse vagi- 
Dale et aller jusqu'à la grosseur du poing. 

Les arcidenls que le rectocèle vaginal détermine sont 
surtout remarquables du r6lé des voies digeslives, et il faot 
que la hernie ait atteint un certain volume pour empAcbar 
la copulation. 

Le toucher anal et les troubles de la digestion ferool 
toujours di>tinguer le prolapsus du rectum du cjstocile st 
de la procidence de ta matrice et du vagin. 

Ainsi que je le disais plus haut, la médecine n'a guère i 
opposer à la hernie vaginale et au redocC'le que des pallis- 
tifs, c'est-è'dire des moyens de contenlion dont les pessaires 
font ordinairement ta base. Ce|ie()danldes tentatives ont été 
faites pour amener la cure radicale de l'une et de l'autre de 
(1) Mémotmdt l'Acadétiat royaU d« m^d«cin«, l. Vil. 



TU1IBUR8 DU VAGIN. S07 

ces infirmités : ainsi, on parle (1) d'une opération pratiquée 
par Petrunti contre la hernie vaginale ; mais ce fait est 
révoqué en doute, et surtout par M. Velpeau, qui dit très 
eipliciteroent que la prétendue hernie vaginale opérée par 
le chirurgien italien pourrait bien n'avoir été qu'un abcàs 
recto*vaginal (2). De même encore M. Malgaigne rappelle 
dans le Mémoire que j'ai déjà cité, qu'il a reproduit (3) 
une opération tentée par M. Bellini, de Florence, pour un 
rectocèle du volume d'un gros œuf de poule; mais il ajoute 
que, pour lui, ce rectocèle n'était autre chose qu'un pro* 
lapsus vaginal. 

En résumé, les tentatives faites jusqu'à aujourd'hui pour 
obtenir une guérison radicale de la hernie vaginale et du 
rectocèle ne paraissent ni assez concluantes ni assez authen- 
tiques pour engager les praticiens à entrer dans cette voie, 
et à abandonner celle des palliatifs qui, s'ils augmentent 
encore les obstacles à la copulation, ne font du moins cou* 
rir aucun danger à la femme. 

CORPS ÉTRANGERS DE L'ÀPPARBIL COPULATEtJR. 

Il est bien évident qu'il ne peut s'agir ici que des corps 
étrangers introduits dans le vagin, car ceux qui seraient 
appliqués sur lu vulve seraient, ou sous la dépendance de la 
volonté de la femme, et si, par conséquent, ils n'étaient point 
enlevés, l'empêchement a l'introduction de la verge dans le 
vagin reconnaîtrait une cause tout a fait étrangère à l'orga- 
nisme; ou sous la dépendance d'une volonté autre que celle 
de la femme, mais plus forle qu'elle . Dans ce groupe vien- 

(1) Gazelle médicale de Parin, 1826, p. 424. 

(2) Médecine opéraloire, 2* édilion. Paris» 4 839, t. lY, p. 214. 

(3) Gazelle médicale, 4836, p. 200. 



508 LËSIOMit HËCAMVUES DE l'aPI>ARKIL COPUI.ATBDK. 

drail se placer l'iriGbulation, si relie mélhode barbare de 
garder la virginité des filles et l'honneur des remcnes n'était 
pas frappée de toute la réprobation qu'elle mérite, el *i je 
ne m'étais pas interdit dans cet ouvrage toute excursion en 
dehors du domaine de la médecine proprement dite. 

Je n'aurai donc, ainsi que je le disais tout h l'heure, cju'â 
■n'occuper des corps étrangers introduits dans le vagin. 

L'eiamen comparatif des accidents que peut amener l'in- 
troduction d'un corps étranger dans ta cavité vaginale, aui 
points de vue de l'impuissance el de la slérililé de la femme, 
mérite , à coup sûr, une certaine attention, car les faits de ce 
genre se présentent fréquemment dans la pratique, depuis 
surtout que l'on fait un usage presque obusif des pessaires. 

Il est incontestable que certains corps étrangers intro- 
duits dans le vagin n'occasionnent ni impuissance ni st^t- 
lité, etbien plus, que leur présence facilite au contraire la 
fécondité de la femme. Il m'est jilus d'une fois nrriié 
(l'introduire une éponge dans le vagin pour alteindn M 
résultat, soit que je voulusse modiËcr momentanùinent la 
direction du col utérin, soit que je me proposasse de déter- 
miner sur cet organe une excitation indispensable à la 
fécondation, comme je le dirai ailleurs, et qui faisait déftul. 

Je n'ai donc pas à in'occuper ici de cette classe de corpt 
étrangers. 

Il en est d'autres qui, sans empêcher la fécondation, 
s'opposent complètement, ou tout au moins d'une manière 
douloureuse, au rapprochement des sexes; de ce nombre 
est la très grande majorité des pessaires, surtout s'il oiirte 
un prolapsus de la matrice assez prononcé cl une latité det 
parois vaginales asset grande pour laisser couler l'instrument 
contenteur, et par suite, pour ne plus pcrmcllrcà celui-d 



de soutenir la matrice. 



É 



TUMEORS DD VAGIN. 509 

D'autres enfin, en obstruant complètement la cavité vagi- 
nale, déterminent tantôt la stérilité seulement et tantôt 
l'impuissance et la stérilité, suivant la hauteur à laquelle 
le corps étranger est arrêté. 

Comme on le voit, la distinction est importante à faire, 
non sous les rapports de Tétiologie et du traitement, mais 
aux points de vue des symptômes et surtout des accidents 
divers que peut entraîner la présence de ces corps étrangers. 

Les motifs qui amènent l'introduction d'un corps étran- 
ger dans le vagin sont nombreux et variés ; tantôt, comme je 
le disais plus haut, c'est le médecin lui-même qui a placé un 
pessaire, une éponge, ou tout autre objet qui, oublié par la 
malade, séjourne dans Torgane pendant un temps quelque- 
fois très long ; tantôt c'est une pensée de luxure, Tappàt du 
plaisir vénérien qui a sollicité l'introduction dans la cavité 
vaginale d'un corps quelconque, et qui , au moment du 
spasme cynique, comme disaient les anciens, a échappé 
des mains de la femme et est resté dans l'appareil copu- 
lateur, protégé par un sentiment de honte ou de pudeur; 
tantôt enfin la présence du corps étranger dans le vagin 
eat le résultat d'un acte criminel ou de brutalité, comme 
dans le fait, observé par Dupuytrcn, de cette fille de la cam- 
pagne, qui portait un petit pot dont la concavité regardait 
le col de l'utérus, et qui avait été placé 1^ par des soldats, 
après le viol commis par eux sur la jeune fille. 

Quel que soit le motif qui ait amené le corps étranger 
dans le vagin, il est incontestable que sa présence s'oppose 
plus ou moins à l'entier accomplissement de la fonction 
génitale. Je ne parle pas des autres accidents pathologiques 
qui en peuvent résulter, tels que la douleur, l'inOamma- 
lion, la déchirure, la gangrène même des parois vaginales, 
car je me dois renfermer dans le cadre de ma thèse. 




us LËSIUNA MftCAMQDSS ilH I.'AVMItRII. C0PI3LATBVB. 

A ce point (le vuo eicluslf, In précence du cnrp» étranger 
peot ne rendre que le coït, ou impo»iible, ou »iin|tlefflenl 
doalourcut, siin% empêcher la f^condiition; ou bien, lotit 
CD étint un obstacle plus ou ntoios ab<ioln à la ropulalion, 
il peut, en même temps, s'opposer i l'urritée du «(wriue 
iêo» l'utérus, et par conséquent, rendre impoisthle rimpré- 
gDIlion. 

On conçoit très bien, en effet, que si le col de l'alénu 
abais)iéA'i;ii|;(i)iCiluni4 un pesMiri-, le congrus sera înrofflplet, 
douloureux pour la femmo, dont le musenu de tanche ann 
i lup|)urlL>r len chws de la ter^f., et pt'nibli' peur l'Iioinme, 
dOBt te gland viendra heurter \v% parois endurdfs du pc»- 
Htre^ muis, niat^rn ces cirronstnnceN défavorables uo pli>> 
sir, non ti'cm|i<^rhera le itperme de venir frapper le mnseao 
de tanche, de pénétrer dans l'utérus sans qu'il soit arrtié 
par la tuméfadion que présente ordinairement, en Km- 
blable occurrence, le col de la matrice, et d'accomplir l'acte 
de la fécondation. 

Dans l'observatioD de Dupujtren, la femme était faUl** 
ment condamnée à une stérilité d'une durée plus ou moiai 
longue, puisque l'ouverture inférieure de l'utérus était en- 
Uirement soustraite k l'action de la liqueur Rperraatiqoe. 

La thérapeutique des corps étrangers du vagin est boiét 
sur les prJDcipes généraui de la médecine opératoire dtt 
corps étrangers en général. — Je ne dots donc pas m'y 
arrêter ici. — Seulement je ferai remarquer que dans cer- 
taines circonstances cette ettraction est entourée des plu 
grandes diflicultés, parce que très souvent des concrélJMM 
se forment sur le corps étranger et en empêchent le glisse- 
ment, et parce qu'aussi quelquefois des végétations fon- 
gueuses se développent sur ta muqueuse, s'étendent jusqM 
sur le corps étranger, et lui conatitueot ainsi du lient q>i 



IMPUISSANCE PAR FRIGIDITÉ. 511 

le retiennent en place. Dans d'autres cas, le corps étran- 
ger a perforé la paroi vaginale, a pénétré dans la vessie ou 
la rectum, et c'est alors par ces organes que Ton est obligé 
de l'extraire. 

G>nin[ie on le voit, la conduite du chirurgien ne peut 
être réglée d'avance ; elle devra s'inspirer des circonstances 
relatives à la nature, à la position du corps étranger, aui 
complications qui l'accompagnent et aux désordres qu'il a 
déjà produits. 

IMPUISSANCE PAR FRIGIDITÉ. 

D'après les lois de la nature, la femme, pas plus que 
l'homme, ne doit être inactive pendant l'acte du coït : comme 
lui, des désirs la sollicitent, et comme chei lui encore la 
volonté est nécessaire pour la réalisation de ces désirs ; 
mais pour que cette volonté ne fassepasdéfaut, pour qu'elle 
seconde et favorise la copulation, but des désirs incitateurs, il 
faut qu'un attrait puissant lu décide, qu'une suprême ré- 
compense, pour ainsi dire, soit attachée a sa soumission; 
cet attrait c'est le plaisir, cette récompense c'est la volupté. 

Le plaisir est donc une condition du coït normal chez la 
femme, et par conséquent son absence constitue un état 
antiphysiologique dont les conséquences, hàlons-nous de le 
dire, sont préjudiciables plutôt aux liens conjugaux qu'à la 
santé générale de la femme et qu'à l'acle de la génération. 

Mais de ce que la frigidité n'altère aucune des fonctions 
nécessaires, soit à renlretien de la vie, soit à la propagation 
de l'espèce, il n'en faut pas déduire que cet état anormal 
est indigne de l'attention du médecin et des méditations du 
philosophe. Indiflérente d'abord pour un acte vers lequel 
ne la sollicite aucun attrait, la femme froide finit toujours 




IMPUHSAKCR TAR FRIliltUTft. 

|iur passer de l'indilTérence h In répulsion, surloiil nprè^tmr 
ou plusieurs grossesses, dont le plninir ne lui Tait oublier ni 
les ennuis ni les douleurs; alors cette répulsion, mal com- 
prise ou mal interprétée par l'homme, entendre cnirp 1rs 
deux époux des querelles et des luttes i{ui brisent 'quelque- 
fois le nœud conjugal, mais qui retentissent toujours plus 
oa moins Tortement sur le caractère de la Temme et le bon- 
heur du fover domestique. Le médecin est souvent consollé 
pour cette infirmité, et l'excuse dp ce recours k la science 
est, il faut le reconnaître, bien moins dans la. plaisir que 
dans la p»ix du ménage. 

Deux puissants motifs militent donc en fateur de l'étude 
el de la guérison de cet état, que tout autorise k appeler 
morbide ; en y obéissant, le médecin accomplit une double 
mission sociale ; celle de favoriser la propagation de l'es- 
pèce, et celle de sauvegarder la base de toute société, le 
mariage. 

Il n'est pas dans mon rAle de m'appesantir davantage 
sur l'intérêt que présente, au point de vue social, la frigi- 
dité de la femme, qui, sous ce rapport, a presque tonte la 
valeur de l'impuissance chez l'homme ; il a dd me sufBre 
d'indiquer cet important cAlé de la question, afin de me 
faire pardonner la sollicitude avec laquelle j'ai étudié tel 
état, s'il était besoin de justifier cette sollicitude de la part 
de la médecine, lorsqu'il s'agit d'une infraction aux lois 
physiologiques de notre nature. 

Je reviens donc à la partie purement médicale da pro- 
blème. 

Mais pour bien comprendre t'éliologie si mal connue de 
Is frigidité, il faut se rapporter i ce que j'ai dit ailleur9(4) 

(() Voyez la page 31. 



IHPUISSANCB PAR FRIGIDITÉ. 513 

sor le mécanisme du plaisir chez la femme, et se rendre 
bien compte du rôle que jouent, d'une part* les bulbes du 
Yagin, et d'autre part le clitoris. 

Je vais, pour l'intelligence de ce qui va suivre, rappeler 
ce mécanisme en deux mots : anatomiquement.et physiolo- 
giquement, les bulbes du vagin sont les analogues du bulbe 
de l'urètre chez l'homme, et le clitoris est, comme la verge, 
pourvu d'un gland et de corps caverneux dont la base 
communique, au moyen de veines nombreuses , avec les 
bulbes du vagin, ainsi que l'ont démontré les injections faites 
par MM. Kobelt (1), Jarjavay et Deville (2). 

Sous l'influence des désirs erotiques, les bulbes se gor- 
gent de sang et envoient ce liquide en plus grande quantité, 
par le réseau intermédiaire, aux corps caverneux et au gland 
du clitoris, dont la sensibilité, ainsi accrue, se réfléchit 
avec plus d'intensité sur le conslrictor cunnt, ce muscle 
symétrique qui, en tout semblable au bulbo-caverneux chez 
l'homme, recouvre et comprime dans ses contractions les 
bulbes du vagin. 

Ainsi, pour que l'éréthisme vénérien, et, par suite, le 
plaisir, se produise chez la femme, il faut l'intégrité et le 
libre exercice des organes suivants : i"* bulbes du vagin et 
leur muscle, le conslrictor cunni ; S"* le réseau intermé- 
diaire ; â* enfin le clitoris, surtout la partie libre, c'est-à-dire 
le gland. 

La distinction que je viens de faire n'est pas une simple 
curiosité anatomique; elle est, comme on le verra plus 
loin, d'une importance extrême pour l'étiologie de la frigi- 



(4) Dtf Vappareil du sens génital dei deux iexes^ trad. de l'allemand 
par M. Kaula, p. 78 et suiv. 

(2) Traité d'anatamie chirurgicale, par M. Jarjavay, t. I, p. 316. 

33 




tiipcosANCE CAn psiainiTt. 
dite, et t'es.1 à elle que jo doJK ilu m'ètn; rendu oompic, i 
pluHieurN circon»t»iicei, d'une absenc» de [ilaisir véoéneo 
<]u'aiiciine lésion du clilorî) no poafnit n)'cipli(|iier; aiofi, 
et ponr n'en citer <|u'un ciumpte afin du ne pas empiéter 
sar l'étude <|ui rn suivre, j'ai rencontré àes femmes qui, 
h la Nuite il'un nccoiichement bboricut ot pendunt lequel II 
vulve avait plus ou moins «oufTert, perdaient (ont aenti- 
m<>nt voliiptiicun, nans fjne le clitori» pr^nenlAt la rnoiiMlre 
trace d'altération. — Ces cas ne sont pas très rares. ^ La 
frigidité pernistc plus ou moins longtemps; laatAt la facallé 
erotique est complètement et pour toujours éteinte, el 
tantôt, après une suspcaiiion dont lu durûe ohI très varilblc, 
elle réparait nans rnu»e connue, el sann qu'aucune médira- 
lion ail été lenlée pour In rappeler. Dans ces caf, moiai 
rare* qu'on ne pense, je le répMc, on Irouve, itan« une 
lésion des bulbes, et plus souvent encore dans la déchirure 
du conslriclor cunni, l'eiplicalion de ce trouble que, dans 
leur ignorance, les auteurs qui m'ont précédé mettent to- 
lonliers sur le co;nplede lu sjncope génitale, d'une névrose, 
et voire même de la paralysie du cliloris. 

C'est il ce défaut, je dirai mt^me h celte absence de toit 
diagnostic différentiel que la frigidité doit d'être obandoimée 
dei médecins comme incurable et partant comme indigne de 
leurs méditations. Aussiiii-jetrouté bien peu de chose chet 
mes devanciers, qui m'ont laissé un champ tout en rridw et 
dans lequel j'ai e5soyé de tracer quelques sillons. 

Ainsi que je l'ai fait pour l'impuissance chez l'homme, je 
considérerai la frigidité au point de vue de son étiologie, el 
j'admettrai les cinq ditisiunii >uiiaiites : 

1° Frigidité naturelle, ou par vices de ronfornialkto j 

•2" Frigidité idiopalliique; 

'i" Frigidilé stmplomatique; 



FRIGIDITÉ i^All VICES DB CÔHf^OllffAtK^; tÀS 

fto Frigidité consécutive ; 
S"* Enfin frigidité iiyiDpnthiqUe où mofHlë. - 
Ces! dans cet oi'dfe que je rais étudier cet état hhatP6 
de l'appareil vénérien chez la femme. 



CHAPITRE I«. 

FRIGIDITÉ PAR VICES DB CONFORMATION. 

La sente anomalie dont il sera ici question est l'ab- 
sence ou tout au moins la petitesse extrémb du clitoris. 
L'abséfice complète du clitoris, avec la parfaite conformation 
de la vulve, est excessivement rare ; je ne Tai jamais ob- 
servée et n'en ai pu trouver des exemples chez les auteurs. 

Mais il n'en est pas de même de Tarrét de développe- 
ment que peut éprouver cet organe, et pas n'est besoin 
alors do la coexistence d'un vice de conformation de la 
vnlve. J'ai vu le clitoris rédtirt à uhe forme presque mi- 
croscopique, et on ne lé retrouvait qu'avec les plus gratids 
soins caché sous son prépuce et dans les plis de la com- 
missure des lèvres. Si, dans ces cas, toute sensibilité ero- 
tique n'est pas éteinte, on est en droit d'admettre qu'elle 
est au moins considérablement affaiblie, et qtie celle du cli- 
toris en particulier est singulièrement obtuse. 

Cependant, quand on réfléchit, d'une part au tissu érec- 
tile qui entoure le vagin, et d'autre part à l'existence otro- 
phique, il est vrai, mais enGn à l'existence du gland du 
clitoris, on ne peut raisonnablement admettre une insensi- 
bilité complète, et j'ai vu en efTet des femmes avec un cli- 
toris excessivement petit ne pas rester entièrement froides 
aux caresses de l'homme. 



f 



ïblXÈ nu VtCES DE CONFORHATtON. 

,i doute tes femmes n'ont ni les iiislinclN, ni ks rurcunt 
une Messaliiie; ellc*i xunt lentes a sY-inouvojr, maiiireslcnt 
u (le ilétirs et n'entrent en jouissance (gii'à la longue <>l 
pir des rasnwufres savamment conduites; mais h la fin lu 
plaisir !tVveille, et cV'st pour rette classe ilo femmes que l'on 
peut dire quo bien souvent \c coît commencé avec iiuJifFé- 
■ence et mi^mc a>ec iléportt, ^e termine dans lu *olupté. 

Évidemment une thérnpeuli(]uc essentiellement médicale 

l'a que faire en {inrcilles circonstances : si le clitoris manque 

pment, l'urt ne (leut se compromettre dans une plas- 

oii 1» vie et la sensibilité furjiient défaut; et si l'organe 

'arrêté dans son dcvi'luppnment, l'intervention mé- 

alors <]u'l'II€ cït a{)|ielée. n'olTre guère plus d'avao- 

, car on nu s'aperçoit d'urilinsire d'une pareille in- 

nrmité qu'A un Age oii les olrophies sont au>des»us des 

fessources de l'art. 

Cependant, en vertu de cette loi physiologique qui nous 

iB|irend qu'un organe se développe en proportion directe 

deson usage, on pourra essayer les eicilations erotiques, 

oit morales, soit physiques; mais on n'oubliera jamais, 

ans l'emploi de ces moyens, les devoirs que la société 

. la morale imposent à la pudeur de la femme. Aussi 

médecin doit-il être très cirronspect et ne manier 

avec la plus grande prudence cette arme dangereuse, 

^iritation cynique cbes la femme. 



1 



FHtGinHÈ IDIOl'ATHIQUIi 

CHAPITRE II. 

FRIGIDITÉ iniOPATHltJUE. 



» 



I 



En parlant de l'impuissance idiopalhiquc citez l'homme, 
j'ai dit que chez ce dernier la syncope génitale, dégagée 
dL' toute lésion organique locale et de toute oiïiclion gêné' 
raie, était rnrej mais bien plus rare encore est la Trigidité 
idiopathiquc chez la femme, et celle diiïérencc s'explique 
tout à la fois et par la simplicité du rôle que la femme rem- 
plit dans te coil, et par la moimlre complication de son 
appareil copulateur, ou plutôt de son appareil sensitifde la 
génération. Pour mon compte, je n'ai jamais vu celte va- 
riété de frigidité, et n'en ai point trouvé d'exemples dans 
tes auteurs ; toujours, quand une femme m'a avoué ne pou- 
voir prendre part aux plaisirs de la couclie conjugale, j'en 
ai trouvé la cause, soit dans les conditions générales de 
l'organisme, soit dans des conditions locales de l'appareil 
générateur. 

Cependant la théorie permet d'admcllrc celte sorte de 
frigidité, et l'on conçoit 1res bien que le clitoris puisse être 
Trappe de paraljsie esserilielle, ou même sim|>lemenl d'un 
engourdissement plus ou moins prolongé de sa sensibilité. 
Dans ce cas, et si un pareil fait se jiré.senlait il mon obser- 
vation, j'eslime, en jugeant par analogie, que l'électricité 
serait le moyen tout à la fois le plus rationnel et le plus 
avantageux. Mais, jo le répèle, sans appui et sans preuves 
en celte matière, je ne puis que fournir des hypothilities qui, 
ne reposant sur aucun fuit clinique, n'onl évidemment 
qu'une valeur minime. 

Cependant il est une forme de frigidité que l'on admet- 




fHKilDITfi Sïm-TOKATltttlK 

volontiers comme idiopathiquc, rI rll(> n'élait pas life 
a certaines l'ircoiistnnco^ ijue je ilévolopperai touguemetil 
dans le chapitre suivunt, alors que je parlerai de la frigidité 
par tempérnment. 



CHAPITKE m. 

irRKilDITB NVMl'TOHATK'I^K- 

Conme rimpuinsniire ('liez l'homme, la frif^idil^ ilr la 
femme est symplomali(]ue, ta[il<M d'un étui ph}siologi(|ue, 
comme l'Age, la constitulion, le tempérament, et taol4l 
d'un état morbide, soit général, soit local. 

C'est i Cf^ double point de vue que je vais successivement 
me placer. 

S 1. — FrifMIM BTMrUMMiiqM «■«« él*t phjalatocMiHc 

1" j4ge. — Il est incontestable, par le Tait de la mastur- 
bation chez les pelilcs iîlles et par les exemples de lascivité 
que présentent quelques vieilles femmes, que la sensibilité 
génitale du scie n'est pas entièrement sous la dépendance 
de la menstruation (1), Mais cette sensibilité, pour être 
plus etquise et plus délicate que la sensibilité générale tac- 
tile, est-elle cette sensibilité voluptueuse, sut generis. seu* 
lement apanage de l'amour; et la sensation qui en découla 
est-elle aussi ce plaisir inelîable qui porte tout h la fois uo 
trouble divin dans notre âme et un frisson indicible dans 
nos libres? 

(l) Dans toul le cours de cet ouvrage, le mol ni«rulrual«m doit èM 
pris comme synonyme d'évolution ovarienne dont l'bémorFbagie noM- 
Irnelle ^l le priocipal ByuplAme. 



d'un état PHYSIOLOGIQUk. 519 

Sans doute, en restant dans les limites de la théorie, le 
vrai plaisir vénérien, la vraie sensibilité amoureuse et la 
véritable volupté erotique ne doivent exister ni avant, ni 
après Tège de la menstruation, puisqu'ils ne sont que les 
incitateurs h la propagation de l'espèce, et que cette propa- 
gation ne peut se produire que pendant la vie menstruelle 
de la femme. 

Cependant quand on aborde le domaine de l'observa* 
tion, on est forcé de ac départir d'une théorie aussi rigou* 
reuse, et en présence de faits bien authentiques et bien 
avérés, on se demande si le coït, dans l'espèce humaine, 
n'est pas tout à la fois un moyen de sociabilité et un aiguillon 
à la génération. 

Ce n'est point ici le lieu d'aborder un semblable pro- 
blème, dont on trouvera la solution plus loin, alors que 
j'examineroi rinflucnce exercée sur le sens vénérien par 
l'absence de l'utérus et des ovaires. 

2"* Constitution, — On se tromperait grandement si Ton 
croyait qu'une mauvaise constitution est une cause de frigi- 
dité pour la femme; bien souvent, dans les organisations 
délabrées et cacochymes, la vie purait se retirer tout entière 
dans le système nerveux, qui est alors d'une susceptibilité 
excessive et d'une impressionnabilité étrange. Si, dans ces 
circonstances, la femme vit au milieu du luxe et de la pa- 
resse, si elle s'abandonne à la lecture des romans, fréquente 
les thé&tres, les bals, les musées, etc., etc., si elle s'expose 
à l'empire énervant d'une civilisation rafiinée, toutes ces 
excitations retentiront profondément sur les organes de la 
génération, et la sensibilité erotique s'accfottra de tous les 
désordres du système nerveux et de tous les écarts de l'ima- 
gination. 

Cependant toutes les constitutions frêles et délicates ne 




5'20 KBIfilBITÉ SVMPTOHATIQUK. 

|irésrnlPiU }ins cette ciritabilité est-essive, et il en est c4iei 
les<]iielles toutes les sourci'S du la vie coulent avec une leii' 
leur et une mollesse désespérantes. A peine asseï furies pour 
se sufRre à elles-mêmes, pour retenir le faible soufTli' cfui le* 
anime, ces frôles créatures ne peuvent avoir l'ambition de 
perpétuer l'espèce, de communiquer k autrui une vitalité 
ijui leur écbappe, et la nuture, toujours prévoyante, même 
dans les malheurs dont elle nous afflige, leur réfute les 
désirs qui sollicitent, et hs plaisirs qui récompensent l'acle 
de la reproduction. 

N'essajez pas, par des excilulions intempestives, de con- 
trarier les desseins de la nature; vous n'arriveriez ija'à 
faligntir davantage et Ji briser même les faibles rcssorb tyù 
soulitfunenl la macbtne; que tous vos soins, que toute votre 
sollicitude se bornent ù au^^menter l'élasticité du ressort tl 
la résistance de l'organisme ; avec les forces, avec le déve- 
loppement osseux et muscubire, avec l'accroiiseinent d« 
l'innervation, en un mot avec l'énergie vitale, le sens géailil 
apparaîtra, riche de ses attributs, c'est-è-direaiecsesdésin 
ft sa sensualité. 

3* Tempérament. — Les anciens, dont les sagarcs obser- 
vations se cachaient souvent sous les allégories les pli» 
ingénieuses, admettaient quatre lempéramcnts, qu'ils fai- 
saient correspondre aui quatre âges de la vie, aux quMre 
saisons de l'année et aux quatre climats du globe : ainsi le 
tempérament sanguin était l'apanage de Injeunesse, du pria- 
temps l't des pays tempérés; le tempérament bilieui con- 
cordait avec l'Age adulte, avec l'été et les climats chauils; 
le tempérament atrabilaire était l'analogue de l'âge mdr, de 
l'automne et des pays équatoriaut; enlin le tempérament 
pituitt'ut correspondait è la vieillesse, à l'hiver et aui 
pajs humides et froids. 



J 



d'un état physiologique. 521 

Il n'est pas, à coup sûr, de façon plus ingénieuse et plos 
vraie do caractériser les aptitudes génésiaques des difers 
tempéraments, et si Ton voulait dresser, au point de vue 
qui nous occupe, leur échelle de gradation, on n'aurait qu'k 
se conformer aux notions les plus vulgaires sur Tinfluence 
des âges et des climats relativement aux manifestations de 
l'amour. 

Cependant il faut se garder d'accepter dans toute leur 
rigueur de semblables rapprochements, car si la vieillesse 
est complètement insensible aux excitations vénériennes, 
les habitants des pays froids ne sont pas déshérités de tout 
plaisir erotique, même pendant l'hiver. 

Cette distinction nous amène naturellement à une ques- 
tion qui n'est pas sans importance, h savoir s'il existe des 
tempéraments complètement froids, c'est-à-dire si l'absence 
absolue de désirs et de plaisirs vénériens peut, d'une manière 
exclusive, être le résultat du tempérament; en d'autres 
termes, si un tempérament quelconque peut, sans devenir 
état morbide, être, comme la vieillesse, une cause absolue 
de frigidité, ou s'il ne constitue, ainsi que l'hiver et les 
climats froids, qu'une prédisposition à l'allanguissement de 
la fonction génitale. • 

Toute question posée carrément exige une réponse caté- 
gorique. — Oui, je crois qu'il est des femmes complètement 
froides par tempérament, qui, sans préoccupations intellec- 
tuelles, sans contre-indications morales , sans maladie 
locale ou générale, en un mot, sans aucun de ces mille 
motifs, moraux, sociaux ou physiques, qui paralysent le sens 
Gopulateur, n'ouvrent leur âme à aucun désir et leurs sens 
à aucune volupté. — Sans doute, cette insensibilité com- 
plète, absolue, est plus rare qu'on ne pense, et l'on rencontre 
souvent des femmes qui doivent leur frigidité, soit à la ma- 




539 KKIGIbllft SVMPTUHAIltjDK 

[adresse de leur mari, soit au défaut d'Iiiirtnonie entre 
leara mutucllifs evrilatioiit. Mais pour èlre peu commuita, 
l'entière frij^iditi^ par vice Je icmpt-niment eiiite bien 
réelle, jo le répète, et ce fait, & défaut de diagnostic infaiU 
lible, trouvu une nouvelle confîrmalion dans le auccèt d«bl 
médication mise en usa|;e. 

l,e» (ffame9 dont l'itislincl gétiilnl ne «'eM pas éveillA k 
l'Age lie la puberré.et relies mAme dont les mBuifeitalions 
de cet iiisliuct sonl languissantes et pareiiseuse», présenleal 
un ensemble de phénomènes qui les fait toujotirs facilenicnl 
roconnailre. Ces phénomène», pour In plupurl du muin», 
pris isolément, n'ont pas constonimenl une valeur cerldinr, 
el l'on s'eipuserait h des erreurs ((■''■^^^ <'* nombreuse* si 
l'on appréciait l'ardeur erotique d'une femmes jtur un miuI 
de ces signes ; ainsi, par exemple, une menstruation peu 
abondante, déréglée et à sang pftic, est notée par tous les 
auteurs r«mme un symptAme de frigidité, et pourtant, j'ai 
vu des femmes très ardentes au plaisir et chei lesquellea lea 
règles n'appuroissaicnt que de loin en loin et en quantité 
presque insigniliante ; j'en ai même connu une entièrement 
privée de menstrues, et dont les désirs insatiables amenaient, 
quand ils étaient satisfuils, une véritable crise nerveuse. 

11 faut donc, avant de se prononcer sur les disipositioas 
erotiques d'une femme, étudier, non-seulement te» niani- 
festations extérieures de son organisation, mais encore h 
degré d'énergie de la vitalité qui se trahit toujours dans le* 
habitudes du corps et dans les sentiments de l'Ame. 

Tous les attributs du tempérament lymphatique domi> 
uent chei les femmes froides par tempéramenl. Je n'ai point 
ici è les passer eu revue ; seulement, je noterai que le 
système pileux joue, dans le sujet qui nous occupe, u» 
rùle assez important pour fournir à lui seul des signe* i 



d'un état PHY8I0L0GIQDK. 593 

peu près certains. Tout ce système est remarquable par la 
langueur de sa vitalité : les cheveux sont blonds, finii» clair*« 
•emés et plats ; ils n'offrent point, comme daQs les natares 
ardentes, de.petites touiïes firiséessur les tempes et semblent 
subir plus que tout autre l'influence hygrométrique de l'at*? 
mosphère ; les sourcils pfties et à peine distincts de la pean 
transparente qui les supporte, laissent entre eux,i la racine 
do nei, un espace considérable et ne recouvrent pas dana 
une grande étendue l'arcade sourcilière; les aisselles, 
quoique facilement baignées par une sécrétion nauséeuse 
des follicules sébacés, n'offrent que quelques rares poils à 
couleur douteuse et à consistance nulle; enfin, le pubis, à 
travers un duvet court, p&le et décoloré, laisse plutôt devi^ 
ner que voir un mont de Vénus, dont la maigreur et Tari- 
dite doivent être un épouvantai! pour la volupté. 

Sans doute, ces caractères, en quelque sorte passifs, di^ 
système pileux, ne sont pas constamment et à coup sur 
des signes irréfragables de frigidité, mais ils en conslitvient 
certainement un indice probable, surtout s'ils concordent 
avec les autres attributs physiques dn tempérament lympha--* 
tique, avec un allanguissement dans les facultés intellect 
tuelles et avec une certaine apathie dans les affections de 
i'ftme. 

Mais de ce que les caractères que je viens de noter si- 
gnalent presque toujours, sinon une frigidité absolue, du 
moins un allanguissement dans la faculté volupfueuse des 
organes de la génération, il n'en faut pas conclure que la 
frigidité complète ou incomplète s'accompagne fatalement 
de cette physionomie. Le tempérament lymphatique n'est 
pas le seul à produire cet état; il en est un autre, peu 
étudié par les physiologistes, qui tire ses attributs plutôt 
de la nature intellectuelle que de la nature physique de la 



FHIGIDITË SYHPTOMATIUUK 

, [lour ces moiif!s, j'appelle (fm/M-Viirnenf 



5n 

femni'', el i|i 
inlellecturl. 

Pour caractériser ce tempérament, je ne pu» inicut 
faire que de ra|i|ieler ce que me disait un jour une femme 
d'inlinimehl d'esprit. Elle ilispiilnil h une rivale lieureuae 
la possession d'un liumme, non pour les plaisirs que l'amour 
puuvnit lui procurer, mais [tour h position sociale, c'est-i- 
dirfl pour le iiiarioge, dont cet amour pouvait £tre la con- 
séquence U'un lempérumeiit sunguin, d'une beauté rare, 
d'une nmnbilitc pi'U commune, elle était en tout supérieare 
h sa rivale, qui, néanmoins, avait le (-rond ovnntage li'èlre 
aimée, La lutte s'établit entre ces deux ft-mmes; d'un cdté^ 
le Cifiur, le dévouement, l'amour; de l'autre, la beauté, 
l'adresse et l'esprit. « Je suis ta plus forte, me disait on 
jour celle des deut femmes dont les prétentions étaient le 
résultat d'un calcul ; mis sens et mon cœur sont lii.sjoula- 
t-elle en frapjiant son front, et la tète est bonne... " Onî, 
les femmes de l^le, comme dit le vulgaire, chez lesquelles 
la raison domine eu souveraine, sont souvent insensibles 
aux charmes d'une douce liaison et aui enivrements de 
l'amour. l'tijsiquement, rien ne décèle celte froideur; j'ai 
même connu des femmes qui lu cochaient sous les appa- 
rences d'une nature passionnée et sous les attributs d'un 
tempérament fuugueut. Ce n'est que dans les muiura, la 
tournure d'esprit de ces femmes, qu'il est possible de péné- 
trer les conditions d'une semblable insensibilité. Presque 
toujours ces personnes ont quelque chose de viril dans le 
caractère, une volonté ferme et un jugement qui ne s'inspire 
pas de lu timidité de It'ur >ete -, ces attributs de leur na- 
ture morale donnent it leur démarche et à leurs mouve- 
ments une sûreté et une fierté qui ne sont pas ordinaire- 
ment l'apanage de la femme, et jtourtanl ci 



elles ne porleal J 



d'un état physiologique. 525 

pas les signes de ces virago dont parle le poëte; leurs 
formes sont i^légantes et arrondies ; leur beauté, quoique 
mêle, n'a rien de dur et de viril ; leurs manières sont sédui- 
santes, leur voix douce ; en un mot, elles sont complète- 
ment femmes, et n'ont pas, comme les virago^ les penchants 
obscènes de la tribadie; elles éprouvent, non de l'aversion, 
mais une indifférence absolue pour les plaisirs vénériens, 
quelle que soit d'ailleurs la source d'où ces plaisirs dé* 
coulent. 

La menstruation ne fournit pas de signes plus certains 
que les autres habitudes du corps ; quelquefois elle paraît 
moins abondante qu'elle ne semblerait l'être ; mais il est dif- 
ficile, pour ne pas dire impossible, de rien préciser à cet 
égard, tant la quantité des menstrues varie avec chaque 
femme; seulement, cette fonction est constamment remar- 
quable par sa régularité, que l'on attribuerait volontiers à 
l'absence de toute excitation génésiaque. 

Les seins n'offrent également rien de particulier; les 
glandes mammaires acquièrent leur développement normal 
et subissent les influences ordinaires qu'exercent sur elles 
la menstruation et la grossesse, car, disons-le par antici- 
pation, la frigidité, quel qu'en soit le motif, n'est jamais 
une cause de stérilité. 

Je le répète, ce n'est point à des signes physiques que 
se reconnaîtra la froideur dont je parle; il en faut chercher 
lesmanifestationsdans les mœurs, les habitudes et le carac- 
tère moral de la femme, quoique ces circonstances n'aient 
pas toujours par elles-mêmes une valeur bien grande, et, 
dans la majorité des cas, s'en rapporter aux aveux de la 
malade, qui, en les faisant à un médecin, ne peut guère 
être soupçonnée de supercherie. 

On s'étonnera peut-être de me voir placer ici c^tte forme 




536 piierDiTft svMMoaATivce 

ife rri^iditt^, i?l l'on «e ilfmatidffni <>i «on ^tiiile nWil f>n 

miouK figura Aou» le cliapilre relatif h la Triitrilil^ iilmpa- 

thH|iie DU h relui ijuc je fODimcrerBi luut k l'ht-urf h \» 

frigidili^ (inr cnuse morale. Qu'on me permetlp un mnt it'ci- 

pliratioii <|ui liitora en mAme lemps l'étiologïe de r^lât qw 

j'etainine. 

Cette Tormc de frigidité ne pouvait entrer dans le cadrt 
de la frigidité idiopalhiqiic, pnrre <)u'elle esl la maniresis- 
tion, je |iourrai.<i presque dire le sympldme d'un état parfai- 
tement dc^fini, ik itatoir. la prédominante de l'élément 
intellectuel. 

Elle lie devait pas non plu» trouver 5a place a cAté de la 
frigidité par fniiie morale, parre qne, ainsi que nous le 
terrons pn temp» cl lie», celte frij^iilit^ eut loul h la toi* 
pnssng^r(" el relative, el (jue, [i«ur nt: produire, il lui fuul 
on mobile extérieur, un aliment étranger, pour ainsi dire, 
tandis que la frigidité dont il est ici question est per- 
manente, absolue, el a »a source dam un des éléments de 
notre nature. 

Que si l'on réfléchit à ce que l'on doit entendre par 
tempérament , r'est-ft-dire In prééminence d'un des syt- 
lèmes de l'organisme, concordant avec un état parfait de 
santé, on con>ienilra que la prééminence de l'élément 
intellectuel, sans altération de la santé générale, constitue 
une condition analogue k celles qui font le tempérament 
sanguin, pituileui, etc. ; seulement, l'élément dominateur 
n'obéissant point, comme les appareils de l'organisme, aai 
lois de la matière, j'ai <iu créer une nouvelle variété de 
tempérament caractérisée par lu suprémiitie de Télémest 
intellectuel, qui, fatalement, lui devait donner son nom. 

i'ar c<'smotifi4, le tempérament intelleclucl a toutaussi bien 
sa raison d'être que les autres tempéraments généralement 



d'un ÉTTAT P1IY81OLO6IQ0B. 527 

admis, et si Ton se rappelle sous quelle dépendance l'élé'- 
ment moral tient l'excitalioii et les jouissances vénériennes, 
on admettra et Ton concevra sans peine que la préémi*- 
nence de cet élément soit, chez la femme comme chei 
l'homme, une cause de frigidité et agisse sur Torgasme 
génésique à la façon des débilitants, parmi lesquels Bgare 
en première ligne le tempérament lymphatique. 

Seulement, la médication n'est pas identique dans les 
deux cas, et il en doit être ainsi, puisque les éléments à 
combattre sont d'une nature si dissemblable. 

Dans le premier cas, c'est-à-dire dans la frigidité par 
tempérament lymphatique, il faut surtout insister sur la 
médication générale que tout le monde connaît, et dont le 
fer, les toniques et les analeptiques font la base, et ne pas 
se hftter d'agir, soit localement, soit spécialement, sur les 
organes génitaux. Dans le second cas, au contraire, c'est- 
i^dire dans la frigidité amenée par la, prééminence de l'élé- 
ment intellectuel, aucune médication générale n'est néces^ 
saire ; il faut s'adresser d'une manière presque exclusive et 
en même temps au consensus génital, c'est-à*dire au foyer 
des désirs vénériens et à l'organe lui^^mème, instrument dt 
ces désirs. 

Pour atteindre le but de la première médication, et lorsque! 
l'organisme aura été relevé par les martiaux et les toniques 
de Tallanguissement où le tenait l'abondance des humeurs 
blanches, il peut se présenter la nécessité d'agir sur les 
facultés génésiaques de la femme, tant morales que phy* 
siques; en d'autres termes, il peut être nécessaire d'éveiller 
les désirs vénériens endormis et l'appareil génital languis^ 

sant. 

Sous le premier rapport, on mettra en usage les excl"* 
tants moraux dont j'ai donné ailleurs la nomenclature; 




323 FRIGIDITft $TlfPTON;ITtQ0B 

mais dans l'emploi de ces mojciis, qui louchent de si |irè9 
aux prescriptions de la mortilc, le médecin ne doit jama» 
oublier le respecl auquel ont droil le sete auquel il s'adresse, 
l'Age et l'état social de la mulode, l'Iiouneur et les verliu 
du foyer domeslique.dont ne peuvent ni ne doivent te 
dé[iartir la femme, l'épouse et la mère. 

Comme médication etcitunte de l'organe copulnteur, je 
place en première ligne les moyens loraui, tels que bain» de 
roer, lotions froides ou chaudes sur la vulte el li's lombes, 
frictions sèches ou composées sur le périnée, fumigalions 
aromatiques sur les parties etlerttes de la génération, et 
enfin, dans quelques ca<i, réleclricité. 

Les agents médicaux internes, décorés du nom d'aphrodi- 
siaques, tels que phosphore, aride formique, ^inseng, etc., 
ne paraissent pas avoir sur la femme la même action que *ar 
l'homme. J'ai fait, sous ce rapport, quelques expériences qui 
ne m'ont amené o aucun résultat décisif; mai» il est vrsî de 
direausïi que l'influence qu'ils exercent sur le générique de 
l'homme est si inconstante et si fautive, que l'on ne pcutsàrt- 
mentpas conclure^ leur entière inanité sur la femme. Il n'en 
est pas de même des cantharides, qui, chei les deui sexes* 
agissent, non comme aphrodisiaques proprement dits, mata 
bien en déterminant une irritation vésical qui retentit lur 
l'appareil génital, grAce iiu vuisinage qui rapproche relui'^ 
de l'appareil urinaire. On pourra donc, au bei^oin, recourir 
aux cantharides, soit en frictions sur le périnée et les 
lombes, soit à l'inlérieur, avec toutes les précaulioM 
qu'exige l'administraliuii d'un agent aussi toxique et que je 
n'ai point k spécilior ici. 

Dans le traitement de la frigidité par tempérament iDtel- 
lectuel, c'est aux excitants moraux qu'on donnera tout è 
la fois la préférence et son attention. Il faut d'un calé 



J 



D*ON ÉTAT PHYS10LO6IQUB. 529 

dimiDuer l'importance de Télément intellectuel qui prédo- 
mine, et de l'autre éveiller la partie sensible de l'Ame. 

Pour remplir la première indication, on aura presque 
toujours à lutter contre des tendances ambitieuses, n'im- 
porte le but de l'ambition, contre des goûts de vanité, des 
habitudes d'amour-propre ; on dérangera souvent des cal- 
culs, on traversera parfois des espérances : n^importe, mettez 
dans vos prescriptions de la persistance et de la fermeté; le 
succès seulement est à ce prix, caria femme, qui est Umte tête ^ 
a une force de volonté peu commune. 

En même temps que l'on arrachera la femme k sespréoc- 
cupations, tantôt graves, tantôt futiles, on lui procurera 
des distractions capables d'éveiller tout à la fois sa sensibilité 
morale et sa sensibilité physique. Ces distractions ne sau- 
raient être les mêmes pour toutes les femmes : aux unes, il 
faudra le bal, les spectacles, In société des hommes; aux 
autres, la poésie, les romans, la solitaire contemplation de.H 
beaux-arts; chez celles-ci, la vue de la nature, la solitude 
des bois, le charme de la campagne, exciteront de tendres 
émotions; chez cellos-lè, enfin, l'&me ne s'ouvrira qu'aux 
impressions douces ou aux émotions terribles des voyages. 

On ne peut donc, à priori^ Gxer les règles à suivre dans le 
choix de ces distractions. L'élément moral a, pour se déter- 
miner, tant d'excitants divers, tant do mobiles à nuances si 
changeantes, qu'il faudrait, pour tracer ces règles, établir 
le bilan de chaque individualité et dresser l'inventaire de 
chaque Ame en particulier ; c'est impossible : cette tAche, 
cette pénétration des individualités morales doit être laissée 
au tact du praticien, à l'observation du médecin et à l'es* 
prit d'analyse du philosophe. 

Quant aux moyens purement physiques que l'organe 
copulateur peut réclamer en pareille circonstance, j'estime 

34 



^ .^ 




ftSO fnisiniTt fiyMfTOMATiijCB 

que le» ftxcitniilti liteaux liont j'ai parlé tout à l'hfure 
sont loul à In foin les seuls el les tnGilleur!> que l'on fOiiM 
etnpiojcr. Les caotharides, Innt h l'inlArieur qu'A l'ei- 
teneur, doivent élre proscrites ; |i-s béfiélircD qu'on en [tour- 
rait retirer ue ttauraiont oompeitser les daiigrr<i dont s'nr- 
compiignu souvent leur administi m. 

S ■■•— PrIcIdlM •jmptoBiMiltiM* d'an é*»t paUiolosHaF 

Comme je l'ni fait pour l'impi «sauce, je Jivuerai lei 
maladies qui s'acronipagiieiil de Trigidité: 1* en celleji qui 
intërcs3>enl toute l'économie ; 3° en celles qui n'aiïeclenl 
que les organes de la t(énérntion. 

A. italadit» gfnirales. 

Il ne peut être ici question des maladies aiguës; cette 
résprve, ({ue j'ai déjà établie plusieurs fois daus le cours de 
cet ouvrage , n(> doit plus désormais se trouver sous ma 
plume. 

Parmi les airections compatibles avec l'existence, od a 
cité l'embonpoint excessif comme entraînant la frigidité. 
J9 ne partage point cette opinion : le développement 
énorme des formes et de l'abilomen peut s'opposer au voïl. 
Il l'intromission de la verge dans le vagin, en un mot au 
rapprochement des setes, mais i) n'éteint ni les désirs DÎ 
la sensibilité génitale chez la femme. J'en pourrai citer pln- 
■ieurs exemples, un entre autres, d'une femme dont Im 
passions étaient si ardcnlen, que, ne pouvani les satisbire 
avec son mari, elle payait un étranger pour se faire mas- 
lurlier, mulgré les prrticipcs religieux et honnêtes qa'clla 
avait puisés dans sa famille. 

li'eKessive mnigretir n'est pas non plus une einae 4b 



d'un état pathologique. 5S1 

frigidité ; elle est même souvent l'attribut des Temnies pns- 
sioDDées. 

Quelques aiïectioDS nerveuses s'accompagnent parfois 
d'insensibilité génitale, Tépilepsie est dans ce cas ; d'autres, 
au contraire, comme l'hystérie, amènent dans quelques 
circonstances une telle surexcitation génésiaque, que le 
coït est comme une source de voluptés amères et même de 
véritables souffrances. Dans l'excès de sensibilité les deux 
extrêmes se touchent : la jouissance est sur la lisière de la 
douleur. 

Dans les névroses de l'intelligence et du sentiment, la 
sensibilité génitale est quelquefois abolie, mais plus généra- 
lement pervertie. Dans l'idiotisme^ dans la folie, les femmes 
éprouvent, dans quelques cas, une répulsion profonde pour 
les rapprochements sexuris; tandis que^ dans d'autres, elles 
s'abandonnent & la masturbation avec une espèce de fureur. 

 peu près toutes les maladies dont les centres nerveux 
sont le siège peuvent amener tout h coup ou progressive- 
ment, par suite des troubles qu'elles jellont dans l'innerva- 
tion générale, l'anéantissement partiel ou total de la faculté 
voluptueuse. D'abord ces affections, quand elles intéressent 
les organes intracrèniens , respectent rarement l'inlelli- 
gence, et tarissent, par conséquent, les désirs \énériens 
dans leur source même; en second lieu, elles allèrent plus 
on moins profondément les fonctions du système nerveux 
sous la dépendance duquel se trouvent toutes les impres- 
sions, et par conséquent les impressions vénériennes. 

Enfin, toutes les maladies débilitantes, toutes celles qui 
attaquent la vie plastique, peuvent enlever aux organes du 
plaisir la force qui leur est nécessaire pour réagir sous 
les impressions vénériennes, les recevoir et les transmettre 
au consensus intime. 



D*UII 6rAT PATHOLOGIQUE. 5SS 

une véritable érection et se courbe en bas, entre (es deux 
nymphes, pour présenter son extrémité libre, sa partie la 
plus sensible, aux frottements de la verge pendant Tacle du 
coït ; à n'en pas douter le clitoris joue un rôle, et un rôle 
très important, dans la manifestation du plaisir erotique chez 
la femme, puisque Térotomanie, et les exemples n'en sont 
pas rares, a été guérie par l'amputation de cet organe. 

Mais ce double fait, l'un physiologique et l'autre patho- 
logique, établit-il la concentration absolue de la sensibilité 
génitale dans le clitoris? Je ne le pense pas. D'abord, et 
maintes observations l'attestent, l'amputation du clitoris^ 
en faisant cesser les accès d'érotomanie, n'a pas tari chei 
la femme la source des voluptés; secondement, pendant le 
rapprochement sexuel, les époux prennent quelquefois des 
postures où il est impossible que le clitoris soit touché par 
la verge de l'homme, et pourtant la femme n'est pas frustrée 
dans ses droits, on dirait même qu'elle atteint une plus 
grande somme de volupté. Bien plus, des femmes m'ont 
avoué être complètement insensibles aux titillations du 
clitoris et n'éprouver du plaisir que par les frottements de 
la verge ou de tout autre corps contre les parois de rentrée 
du vagin; ainsi s'expliquent les manœuvres de certaines 
roasturbatrices qui, dédaignant la sensibilité du clitoris, 
introduisent dans la cavité vaginale des corps de toute 
forme et de toute espèce : évidemment , si le clitoris était 
le siège exclusif du plaisir, il serait aussi le siège unique 
sur lequel porteraient les manœuvres des femmes livrées à 
l'onanisme. 

Il faut donc reconnaître que, dans l'évolution du plaisir 
sexuel, le clitoris remplit un rôle important, mais que ce 
rôle ne lui appartient pas d'une manière absolue, et que 
les autres organes de In génération ont une part plus ou 




ft'àd FRIGIDITÉ syHrTOHJiTIQini 

moiiiH grandu duiit lo (lévelu|>|ieinent île cette •eoûbililâ 
•péniale. 

En voiit-on un ei«mple? Pareot-Duchalolet cite i« f«il 
■uiviint, dnns IpiuoI I« clilDriii élait fr.i|i|ié d'inspiiKibililé 
mttgré son déveiop|iemenl considérable, niBi<i à vause p«ul- 
ètra dt' l'ebsence des orf<ani;» génitaux inlorne» : <• A l'époque 
où jo TuiMis ci.'8 recberclifti, dit c.H excellent obnervaleur, on 
ne connai)i»ait k Pùris que trois prostituées dont le clitoris 
|>râ«entait un di^veluppemeol noli le ; nioiii sur unti •l'elln 
M dôrcloppnment était énorme, rnr cet oritaoe avait la loo* 
(tueur do 8 centimÈlres (3 pouces), et en grosseur it égnluil 
I* doifit indicateur; on jr remarquait un gland bi«n foriné 
K recouvert d'un prépuce, au-dftiïoiis duquel xe trouvait 
de la matière xébncée : c'était, à s'^ méprendre, la verge 
d'un enfant de douze à quatorze ans, peu avant u puberté. 
Celte fille, Agée de vingt-trois ans, n'avait jamaw été 
réglée e( n'offrait pas la moindre trace de mamelles ; il Mt 
probable qu'elle manquait également d'ulérui, car le toa- 
cher par le vagin ne faisait reconnaître qu'un tubercule 
■phériquc sans ouverture, et Is même eiploratioo pratiquée 
par le rectum constatait l'absence de l'organe; malheo- 
, reuscment on n'a pas eu recours su spéculum pour eM 
eiamen important. Celte fille ayant été pendant long- 
temps i la prison des Madelonnettes, les médecins de cette 
prison ont cherché k découvrir quelle pouvait être l'is- 
flnence d'un pareil état >ur l'activité des passions erotiques ; 
mais cette fille leur a toujours dit qu'elle était auisi iodtf- 
férenle pour les hommes que pour les personnes de ton 
ie\e; qu'elle ne s'était livrée à la prostitution que par 
l'excès de In misère et du besoin, et que si elle avait CB 
pendant quatre ans nn amont dans son pays, elle n'était 
restée avec lui que parce qu'il pourvoyait à t 



d'un état PATHOLOQIQUB. 5ft5 

J'ai fait surveiller cotte fille pendant sii seniainesy je l'ai 
fait questionner par plusieurs personnes, et jamais elle n'a 
varié dans ses réponses. Sortie de prison, elle a tenu un 
langage semblable aux médecins du dispensaire, qui me 
l'ont rapporté. 

« Cet état d'indifférence pour un autre sexe, malgré 
on développement aussi considérable du clitoris, pourrait, 
jusqu'à un certain point, s'expliquer chez cette fille par 
l'absence de l'utérus, et probablement par celle de ses 
annexes (1).» 

Si un développement aussi considérable du clitoris coïn- 
cide avec une frigidité tout à la fois morale et physique, il 
faut bien admettre, à moins de repousser toute idée physio- 
logique, que cet organe n'est pos le siège exclusif du plaisir 
chei la femme, et qu'il ne concourt que dans une certaine 
mesure à la manifestation des désirs erotiques et de la vo- 
lupté. 

Quoique le plaisir vénérien soit le résultat d'une sensi- 
bilité spéciale, comme la vision, le goût, l'odorat, etc., il 
n'en est pas moins sous l'empire do la sensibilité générale, 
ety à ce titre, subissant toutes les altérations dont cette son* 
sibilité peut être aflectée. Ainsi toutes les maladies des 
centres nerveux, oelles des nerfs sacrés qui se distribuent 
aux parties génitales de la femme, peuvent amener la sus- 
pension ou l'anéantissement de la sensibilité sexuelle. 

Je ne puis ici, on le comprend, faire l'énumération de 
ces maladies, dont l'étude appartient bien plutôt à un traité 
général de pathologie qu'à* une monographie du genre de 
celle-ci. Il doit me suffire de noter les relations qui peuvent 
eiister entre les altérations de la sensibilité erotique et les 

(4) De la ftrostitution dans la ville de Paris, V édit., Paris, 4 837, 
1. 1, p. 880. 




5S6 KHIGIItlTfe BVMI>ll>NAngtili 

afTertiotis si multi|ili'8 et si (iiver<ics Btixi)»elles m>ii1 ei)< 
t^H tes rentres neneui et les nerfs qui président h la senn- 
bilittS ({^■>>l"'c- Ainsi. |iar exemple, et pour ne citer qa' 
seul fait, il est cortuiii, coinme j'ai eu l'occasion de m' 
con(aincre dans deux circonstaiH'CS, qu'uitc tumeur pres- 
«out dur le pleius sdaliijue est suiiceptible d'amener la 
paralysie du nerf lionteas, el, par suite, d'éteindre la mhi^ 
sibililé vénérienne. 

C'est pcul-Mre par une eiplicalion analogue qoe Ton 
parviendrait b ne rendre compte de l'indiFTérence qu'éfiroa- 
tcnt rerlaineii femmes après des repas copieiii, penduiil la 
grossetise on dans un élnt habituel de constipation. 

Quoi qu'il en soit, el fi l'on se rappelle que jaillit rom- 
bieti était rare lu frigidité jiliupulbii|Ui>. on devra apporter 
la plus grande attention dans l'examen de la malade ; car 
bien souvent, si l'on s'nrréle è un examen superficiel, on 
prendra pour une frigidité essentielle un sjmptAme pur et 
•impie de quelque affection, soit de ta moelle, soit des nerfs 
qui vont animer les parties génitales de la femme. 

Le diagnostic différentiel est donc, en cette circonslance, 
de lu plus haute, et je pourrais même dire de l'unique im- 
portance, Cor le pronostic et le traitement de la frigidité 
sont entièrement subordonnés h la gravité et à la nature de 
l'affection première. 

Je n'ai donc pas à m'en occuper davantage. 

Maladies des organes internes de la génération. — 
Quand on réfléchit que te sens vénérien n'est pas iutr« 
rbose, pour la physiologie, que l'eicitant et la récompenae, 
si je puis ainsi dire, de l'acte reproducteur, on se demande 
si, dans les cas où la reproduction est impossible, comme 
en l'absence d(t l'utérus et des ovoires, U nature a respecté 
un aiguillon dont nous n'avons plus que faire, et une rému- 



1 



D*UN ÉTAT FATIIOLOGIQUB. 537 

iiéraliori dont nous ne pouvons plus nous rendre dignes; 
en d'autres termes, l'absence des conditions fondamentales 
de la fécondation chez la femme condamne-t-elle le sens 
vénérien au silence et au repos? 

Qu'on me permette, avant d'aller plus loin, de rapporter 
l'observation suivante, prise & THâtel-Dieu, dans le service 
de M. Rostan, et que j'ai publiée dans le journal que je 
dirige (1). 

La femme qui en fait le sujet est une prostituée, c'est 
dire que j'ai eu toute facilité dans les moyens d'investi- 
gation. 

Les organes externes de la génération sont normalement 
conformés ; le pubis est couvert de poils, comme chez le 
commun des femmes; les grandes et les petites lèvres ont 
un développement ordinaire, et le clitoris ne présente rieo 
de remarquable pour la forme et pour la grosseur; les 
seins ont un volume convenable et sont en harmonie avec 
toutes les parties du corps qui offrent les attributs du sexe 
féminin ; la voix n'est point mAle, et rien, dans l'habitude 
extérieure de cette femme, ne trahit l'étrange conformatico 
de ses organes internes de la génération. 

Kn introduisant le doigt dans le vagin, on éprouve, dès 
l'entrée, une résistance dont on ne tarde pas à se rendre 
compte : on est au cul-de-sac vaginal, qu'avec un léger 
effort on refoule dans le bassin de toute la longueur du 
doigt qui pratique le toucher. Ce cul-de-sac est entier, sans 
solution de continuité, et ne porte pas la moindre trace de 
col utérin. Exploré dans tous les sens, par le toucher et au 
spéculum, pressé dans toutes les directions, il ne laisse 
soupçonner aucun vestige de matrice, et l'on cherche vai- 

(4) France médicale et pharmaceutique, t. II, p. 449. 4 855. 




6&8 FKItimiTi SVUPTOMATIUUK 

nenient ce bouton ou cctle e8|ièce il« tuberenle < 

par quel(|uus nutours. ^J 

L« toucher rectal confirme les donnée* fournies pir ll^ 
toucher vu<>iriol, et l'uK-riis nu révile sa pré»ence parn* - 
cun indice, «juclque faible qu'il »ott. 1^ doifcl. introduit 
dans \ii rectum, urrive librement h la reiicuntr« île calai 
qoi presse le cul-()u-«acduvu)(iii. et perçuil, sans autre inler- 
méiliuire que les membrniies vésicnle et intestinale, une 
sonde introduite dans le résertoir urinaire. 

Rien évidemment il y u iri nbnonce complète, absolue, de 
\'\xlérus. 

En est-il de même des ovaires? 

M. de tkanvais, àicf de lu clinique de M. Ro»tAn, i 
l'obligeance duqtit-lju doi<i rendre hommage, nssure tir les 
avoir jamais reoconlrés; pour mui,cn portant le doigt asseï 
haut dans le rectum, j'ai bien distinctement louché dcm 
corps ovoidea, llottunt dans le bassin, et de la grosseur i 
pea près d'une aveline. Sont-ce les ovaires, ou sonl-ce sim- 
plement quelques ganglions engorgés du mésentère? Dans 
M dernier cas, il faut avouer que la coïncidence est bizarre 
et que la nature se plail it semer sur notre voie des sujets 
de doutes et d'erreurs. 

Comme on le doit penser, l'hémorrhagie menstruelle ne 
a'eat jamais montrée chez cette femme, qui, d'une intelli- 
gence assez bornée, n'a que des réponses contradietoirea 
aur les questions qu'on lui adresse relaiivemeut au mo- 
Umen. 

Le sens vénérien, sans présenter une grande énergie, 
eaiate |.our les désirs et peur la sensation voluptueuse. 
Avant de tomber dans la prostitution, cette femme aveit 
aimé, et, comme le coit est douloureux, par suite de le 
briëteté du conduit vaginal, elle trouve le plaisir dans les 



d'un état PATHOLOaiQDB. 5&9 

attouchement de l'homme et dans la masturbation , à moins 
que le congrès ne s'accomplisse avec certains ménagements, 
auquel cas l'union sexuelle lui procure la volupté. 

Rapprochons maintenant celte observation des faits ana- 
logues que possède la science, et voyons jusqu'à quel point 
nous pouvons répondre à la question que nous nous sommes 
posée, a savoir : L'absence des ovaires ou celle de la matrice 
détruit-elle le sens vénérien ou génésiaque ? 

Le rôle secondaire auquel l'utérus a été réduit dans 
l'acte de la fécondation par les travaux de Harvey, de Sté- 
non, de R. de Graaf et de tous les ovologistes modernes, 
fait prévoir que ses anomalies et ses maladies n'ont pas sur 
l'appareil génital l'influence que les anciens lui attribuaient. 
Baudelocque rapporte un cas d'absence complète de ma- 
trice avec conformation normale des organes externes de la 
génération (1). Le professeur Heyfelder (d'Erlangen) a 
dernièrement publié une observation analogue, et il a noté 
que la femme qui portait ce vice de conformation aussi 
complet que possible, non-seulement accomplissait le coït 
dans toutes les conditions physiologiques, mais encore avait, 
à chaque époque menstruelle, une perte de sang par l'urè- 
tre (2). On ne peut méconnaître ici l'existence des ovaires. 
Krahmer avait déjè rapporté une observation analogue (3), 
tandis qu'Rngel et Dupuytren avaient directement cx>nstaté 
sur le cadavre la présence des ovaires coïncidant avec 
l'absence complète de la matrice. — Le fait que j'ai re- 
cueilli à l'HôteUDieu et que j'ai rapporté plus haut, s'il oe 
démontre pas l'entière indépendance des ovaires à Tendroit 

(1) Art âen accouchement», 1. 1, p. 4 83. 

{%) IkuUcheKlimk, 485i, n« 54. 

(3) Mandbueh dêr gerichOichen MmUxin. Halle, 4854, p. 480. 



5f|(> fHIlilIllyS bVMPTClUATIVlIK 

de riitrnis, Lomme les fuils (i'Bri<^el et de DD|)Ujtr«n l'ont 
(irouvée nu |iuirit de vue anrttomii{ue, et comme les obs«r- 
vulioiis de Kruhmer et de Hfjreldcr l'ont constatée sou» le 
rapport pliysiolo^i(|ue ; ce fait, disons-nous, ra|i)iroclté de 
ceui que j'tii cités, et dont J'uuruis pu augmenter In nombre, 
ne laisse tmcun doute sur l'inanité des relation!! que l'on » 
voulu établir entre l'organe gestaleur et l'orgnne topula- 
leur, entre les roncttons uléritics et le sens vénérien. 

Au point de vue puremenl anatomique de ces relations, 
l'observation de Parent-IJuclialelel que j'ai rapportée plut 
haut monlr<; que le iirini'îpat orgime du pliiisir, loin d'avoir 
.suivi la destinée de l'utérus, n été soumis, ou contraire, i 
une loi inverse de développement, et qu'il ne peut être 
accusé, par conséquent , de subordonner ses ronclions h 
celles de ta matrice. — Ainsi, au nom de la théorie indac- 
live et ail nom de l'eipénence, l'absence et les maladies de 
la matrice n'altèrent aucune des conditions du coït phju»- 
logique, c'csl-ii-dire désirs vénériens, réception de la verge 
dans le vngin, et enfin volupté amoureuse. 

Mais, au nom de la même théorie inductive , par cela 
même que les ovaires rem|ilissent, dans la plivsiulo|iic de It 
reproduction, le r<Vle par excellence, et que c'est d'eui qae 
partent le signal et len aliments de la faculté ^«'-nérBlrice, t| 
Taudruit que tout le sens génital fût sous leur dépendance, 
et que leuf empire s'étendit, non-sculemenlsuf les arf^uies 
mis au service de ce sens, mois encore sur l'incitateur ra- 
terne, sur le consensut intime qui le dirige dans ses toit* 
lions. 

Iteaucoup de physiologistes l'ont ainsi pensé, el R. de 
GraaT a eiprimé cette opinion en cette espèce d'aphorisme : 
Cntirala unimalin feminas pytlumtix, dit-il; non solum 
fecunditale detliluuntur, sed venerec? volupUUis i 




D*UN ÉTAT PATHOLOGIQtJB. 5/il 

deponunt appetitum (1). Malheureusemenl, l'observation 
lie confirme pas cet axiome, et, en présence de la conser- 
vation des désirs et du plaisir vénériens, coïncidant avec 
l'absence congénitale ou accidentelle des ovaires , on se 
demande si la copulation, dans la race humaine, n'est bien 
exclusivement que le premier acte de la génération, et si, 
eu égard a notre nature morale, elle n'est pis aussi un 
moyen, un instrument, si je puis ainsi dire, de socia- 
bilité ? 

S'il en est ainsi, comme permet de le supposer la faculté 
accordée primitivement h Thomme seul d'accomplir le 
congrès en tout temps, et à laquelle prennent graduelle- 
ment parties animaux réduits en domesticité, l'absence, et 
à plus forte raison les maladies des ovaires , ne doivent 
exercer sur le sens vénérien, et, par suite, sur l'appareil 
copulateur^ qu'une influence bornée et peut-être nulle. 

Il faut se garder d'établir, comme on le fait commune- 
ment, une analogie trop frappante entre le testicule et 
l'ovaire. Au point de vue de la génération, leurs rôles, il 
est vrai, sont identiques : l'un sécrète le produit m&le, et 
l'autre le produit femelle, tous deux indispensables pour la 
formation d'un individu nouvc.u^ mais, sous le rapport du 
plaisir vénérien, tout un monde les sépare : tandis que le 
produit de l'ovaire reste complètement étranger au dévc- 
loppement de la volupté amoureuse, le produit du testicule, 
au contraire, est la source même de cette volupté. Malgré 
ce qu'ont pu dire certains physiologistes, le véritable délire 
erotique chez l'homme n'a lieu qu'au moment de l'éjacula* 
tion spermatique; tandis que, chez la femme, que l'ovaire 

(4) De mulier, organis, etc. {Bibliothèque anatomique de Manget, 
i. I, p. 643). 




5^''2 KRiaiDITt STHPTOUTIVDe 

émelli' ou iiod son ovule, )e itlnisir eM le mèm''. Se »êi* 
bien (\\i'h i'npprocbe des rèf;les, le «létiir tt^n^rj^ ^t'accroH 
et \f s|>flsmi! cynique augmente ; mais cette recruilnrenrc ■ 
ses motifs «lanii l'état organique de tout rs(i|>areil génjltl. 
h la Ruite duquel une héniorrhsgie va seproduire. 

Lnisfionii donc une analogie impossible entre len teMîcule» 
t)t les DVBtn-s, et n'évoquons pnK les éterneh ftintAn»» des 
eunuques et des castrats, qui d'ailleurs abdiquent si peu 
leur ri'îiswurre de tiorial>ililé, que tes dûmes romaines du 
temps de Perse et de Jurénol en usaient largement pourb 
plus grande gloire de leur honneur et le rontentemenl 69 
Jcur fomitte. 

Sous le rapport anatomiquc, In question de corrélstioB 
entre li' dëvelo|ipemrm des ovaires et relui de l'appareil 
copulateur est jugée par les faits. Contre un cas de Mor- 
gogni, dans lequel l'absence des ovaires coïncidait arec 00 
arrêt de développement des organes du roU (1), il serait 
facile d'apporter des observations nombreuses oïi la mAme 
anomalie esistait avec une bonne conformation de l'appi- 
reil génital externe Itien plus. In femme dont Parent-Du- 
chatelet nous a tout h l'heure raronté l'bistoire, et chet 
laquelle l'absence des ovaires était rendue probable par le 
manque absolu de menstruation el par raffaissemenl des 
mamelles, cette femme, dis-je, loin de présenter une atro- 
phie de l'organe copulateur par excellence , offrait, aa 
contraire, un clitoris (énorme. — Notre malade de l'Hôtel- 
Dieu, si M. de Kcauvais a porté un diagnostic plus jiiate 
que le miin, est un nouvel eiemjile de la parfaite confor- 
mation des organes eilernes de la génération coïncidant 
avec l'absence congénitale des ovaires. 

(<) De Ktdib. et cnu». miirli.,epifit. ilvi, arUSO. 



d'un état pathologique. 5&5 

Au point de vue physiologique, les ovaires ne me parais- 
sent pas avoir sur le sens vénérien toute Tinfluence que 
d'aucuns leur attribuent. Il est vrai que Hessychius et Sui- 
das accusent Gigès d'avoir fait extraire les ovaires à certai- 
nes femmes pour en obtenir plus de volupté; mais, par 
contre, quelques autres historiens assurent que les Créo- 
phages, peuples de l'Arabie, étaient dans l'usage de prati- 
quer cette sorte de castration sur les femmes qu'ils voulaient 
employer en qualité d'eunuques dans leur palais ; et 
Boerhaave rapporte, d'après Wier et de Graaf, le fait 
d'un chètreur de porcs, qui, irrité du désordre dans lequel 
vivait sa Glle, lui extirpa les ovaires, et éteignit ainsi chez 
elle le feu qui la dévorait auparavant (1). 

Des observations tendant à prouver le même fait ont été 
rapportées par J.-A. Coock (2), Colombi (3), Robert 
Gooch (A), etc. De plus, certaines relations ont été notées, 
d'une part, entre l'énergie du sens génital (désirs et plaisirs), 
et d'autre part entre l'étal des ovoires et la menstruation : 
ainsi, pour les ovaires, Théoph. Bonet raconte l'histoire 
d'une jeune Glle dont Tamour contrarié amena la mort, et 
qui présenta a l'autopsie les ovaires gonflés et contenant des 
vésicules volumineuses (5). Pour les menstrues, on a remar- 
qué que le désir et le plaisir vénériens sont plus prononcés 
à l'approche des règles qu'à toute autre époque; et que 
rbi^morrhagie mensuelle est plus abondante chez les femmes 



(4) PrœlectUmes academicœ, t. YI, p. 4 27, et de Graaf, De muUer, 
organis (^Biblioth, anatom, de Mangel, 1. 1, p. 643). 

(i) Journ.des connaiss. médico-chirurgie. ^ t. IV, p. 4 63. 

(3) Frank de Franknau, Satirœ medicœ, p. 44. 

(4) Lectures on midwifery^ etc. Londres, 4 830. in-8, chap. I, secl. 2. 

(5) Sej[mlchreium, secl. 8. p. 246. 



5AA FKIGIDITR SÏMPTOMATIQUI 

voluptueuses que chez celles qui vivent dans In chjis- 
teté (1). 

L'opinion que ces faits expriment u généra k'ment cours 
dans la science, è ce point que Ilaller et Carus sont sll^ 
jusqu'à dire : ^ que la |iropension de In femme aux plaisirs 
de Vénus rst en raison directe du plus ou moins de vitalité 
dont jouissent les ovaires, et mOmc de leur volume plus ou 
moins considérable, et de leur turgescence, u 

Je ne puis accepter une opinion aussi absolue en préwMce 
des faits dont nous sommes tous les jours les li^moins. La mé- 
nopause amène rulropliie des uvairos; après l'A^e critique, 
ces organes diminuent de volume, et n'entrent plus en tur- 
gescence ; et cependant le sens i^énésinque ne suit pas les 
lois de ce dépérissement, et l'on voit, tous les jours, ties 
femmes dont les règles ontdisparu depuis longtemps, goAter 
les plaisirs de Vénus avec une ardeur à laquelle portcraîenl 
envie maintes femmes bien nuiistruées. 

Enfin, j'ai connu une jeune femme de vingt-deui ans.qut, 
malgré une absence ubsnlue de menstruation, ctail iigilûe par 
les désirs vénériens les plus imjiétucui;, et trouvait dans le 
coït une source toujours nouvelle et toujours abondante de 
voluptés. Celle jeune femme, poussée par le besoin irrésistible 
des rapprochements sexuels, sans qu'elle manifestât d'autre 
symptôme d'érotomanie, (jiiilla un jour la maison paternelle 
el vint dans la ville voisine, où elle ne tarda pas à ne livrer 
h la prostitution. Cinq années pnssées dans celle condition 
misérable ne purent contenter sa lubricité, à laquelle la 
mort mit enlin un terme. A l'nutopsie, à laquelle j'assiMai, 
et qui eut lieu à l'Iiâjiital Sainl-fCloi de IMonlpetlier, on coo- 
■tata l'alrophie des deui ovaires, qui n'étaient représentés 



(1) Bordscl), nuiiolofit. i. 1, p. SU». 



Il ii-prcpcain ■ 



FRIGIDITÉ CONSÉCUTIVE. 5A5 

que par des espèces 'de tubercules perdus dans les liga- 
ments. 

Mais je m'arrête. Sans contester les relations qui, chez 
la femme, comme chez l'homme, unissent le sens vénérien 
k l'organe génital par excellence, j'estime que c'est aller 
trop loin, et que c'est s'exposer à des mécomptes que de 
▼oir dans la menstruation (fonction ovarienne) le thermo- 
mètre, si je puis ainsi dire, du plaisir vénérien, et de consi- 
dérer l'absence de cette fonction , et par conséquent le 
manque ou le dépérissement de l'ovaire, comme un signe 
tout à la fois d'infécondité et de frigidité. 

En résumé : 

Le sens vénérien n'est en aucune manière sous l'empire 
de l'utérus ; il entretient plus de sympathies avec l'ovaire, 
qui n'est pas, tant s'en faut, la source unique de ses exci- 
tations. 



CHAPITRE IV. 

FRIGIDITÉ CONSECUTIVE. 



Les circonstances de diverses natures auxquelles peut 
succéder la frigidité chez la femme sont beaucoup moins 
nombreuses que celles qui amènent l'impuissance chez 
l'homme. Aussi, sans admettre en cette place toutes les 
divisions que j'ai poursuivies dans le chapitre consacré à 
l'impuissance consécutive chez l'homme, je partagerai en 
deux grandes classes les circonstances physiologiques ou 
pathologiques qui peuvent être suivies de frigidité ; elles 
seront générales ou locales. 



35 




fRIGIDITt CUNtftCUTIVI 



i' Circonstances f/énéraies. 



Lescirconslances géuéralt-gdont le n't8n(i*»ment torlc 
KM génilal est a»sei profond, »oit pour itcifidre lei àénn 
vénériens, iioît pour Huspcndru la ««iisibilitÛMpécialede l'ap- 
(wreil, apporlieiinent toutes au (Jornaioe pnlhologique; ce 
sont prinopalemeni les alfeclions dont l'inOuence délétère 
a jiorlé, ou sur l'iunervutîon, ou sur les forces plutiques. 

Je ne parle pas ici des altéralioiis orf{anii|ue» de» centre* 
nervi-iix, niinmL< le ramollifi^cinent, ks contestions mo- 
gulnn»! 011 sén>u<>Cïi, les nom prer^s ions, etc., du cerveau ou 
de la moelle, dont la paralysie morale ou physique est sou- 
vent In ronsétfuence; mois île les affections |t<^n6rflles de l'tn- 
ncrvalion, dont le siège est inconnu, (foi ne laissent aprte 
elles niicune (race matérielle de leur passage, et qui aomt 
désignées dans la science sous le nom de névroses. De toutes 
les névroses, l'épilepsic est celle qui puriilt jouer le rdle le 
])Uis important dans le sujet qui nous occupe, et son action 
onlisensuelle, si je puis m'eiprimer ainsi, se fait égalemenl 
sentir sur le penchant vénérien et sur les organes de ta 
volupté. 

Ce fait semble pcut-Ëlre on opposition avec la saUcité 
remarquable que présentent l(>s idiots, presque tous épile|H 
ti<iues; mais celle conlradiclioii n'est qu'apparente, car la 
salacilé appartient a l'idiotisme et non à l'épilepsie; et secon- 
dement, elle (oinride ovec l'existence de raffection, tondia 
que je considère l'état du sens génital après la disparition de 
la maladie. Dans le premier cas, la salacité est unsjmptàme 
du mal ; dans le second, la frigidité nVn est qu'une consé- 
qnence. 

Celte langueur vénérienne qui succède parfois é l'éui- 



FRIGIDITÉ coNgÈctrrive. 5&7 

lepsie a une durée très variable. Si le mal caduc a cessi^ 
•Tant rétabli.«9emenl des règle», il se peut que la menstrua- 
tion ramène la.vie dans le sens génital et fixe dans leur voie 
Dormale les aspirations de la puberté ; tout se passe alors 
comme à l'ordinaire. Mais si Tépilepsie a existé pendant la 
période menstrueilOy soit que la fonction cataméniale ait été 
troublée, soit qu'elle ait toujours suivi ses évolutions régu- 
lières, l'indifférence, et même l'éloignement pour les plai- 
sirs seiuels, s'ils succèdent à l'épilepsie, persistent pendant 
un temps dont il est difficile de déterminer la longueur. 
Souvent , une crise favorable se produit è la suite d'une 
émotion vive, imprévue, comme une grande douleur ou 
une grande joie; la gestation peut amener le même ré- 
sultat, et alors la femme qui avait conçu sans plaisir trouve 
dans sa gcossesse une source toute neuve de voluptés* 

Quand la nature est impuissante è ranimer elle seule 
l'ardeur du sensgénital, Tart doit intervenir et appeler tout 
è la fois è son aide les excitants moraux et les excitateurs 
locaux de la sensibilité génitale, sur lesquels je me suis 
assez longuement expliqué ailleurs pour qu'il soit inutile d'y 
revenir ici. 

Il suffit également d'indiquer comme une source de fri- 
gidité consécutive toutes les affections qui ont profondé- 
ment altéré les forces plastiques de l'économie ; le sommeil 
du sens génital est la conséquence logique de l'absence de 
la vitalité, et son réveil coïncide avec le retour des forces 
vitales. De semblables banalités me dispensent de plus longs 
développements. 

2* Circonstances locales. 

Ces circonstances sont sous la dépendance, ou d'actes 
physiologiques, ou d'états morbides; en d'autres termes, la 




548 mifllVlTi CONlicUTIVE. 

frigidité dont il s'ogit ici est amenée par l'occoniptissetnfinl 
ricieni ou nbusifd'une fonrtion |ihytioio(>i(|ue de rappsreil 
génital, on est le reliquat d'une maladie de ce fnfrmo ap- 
pareil. 

An nombre des fondions vicieusement accomplies de 
l'appareil g^nilal <]ui peuvent déterminer l'iniiensibililé 
génétique, est roccouciiemcnt. 

Et parmi les fonctions ahmivement accomplies du même 
appareil, sont leii eicôs vénériens par le coït ou la maslof 
bation. 

Dana le premier cas, la frigidité a pour préteile la lésion 
matérielle des organen. 

Dans le second cas, au contraire, la frigidité >'etplM|oe 
par l'altération de l'innervation générique. 

Accouchement. — Pour ceux qui placent dans le clitoris 
seul le siège du plaisir sexuel chei la femme, l'accoDche- 
menl, quelque laborieux qu'on le suppose, ne doit jamais 
porter atteinte è celte fonction, parce que la déchirure de 
la vulve, quand elle se produit, a lieu i la fourchette et non 
è la commissure supérieure des petites lèvres. 

Pour ceux, au contraire, qui, à l'exemple de M. KobHl, 
Ibnt découler le plaisir, chei la femme, du jeu harmonique 
de tout l'appareil copulnleur, et qui attribuent aux bulbes Ha 
vagin un réie considérable, l'acrouchcment long et pénible 
peut devenir une cause de trouble dans cet appareil par les 
congestions et les déchirures que la tète trop volumineuse de 
l'enfant est capable de déterminer sur ces parties; mais ai 
l'on considère l'élaslicité dont sont douées les parois Tagi- 
nales et la moindre résistance qu'offre la partie inférieure 
de la viilte. on avouera que la parturition doit bien rare- 
ment amener une lésion des bulbes, et être, par conséquent, 
une cause très éloignée de frigidité. 



FRIGIDITÉ CON8ÉC0T1VB. 5&9 

Il faut reconnaitre eiïectivement que cette couse est exces- 
sivement rare et qu'elle a pu échapper d'aulant plus facile- 
ment aux observateurs que ses effets, outre qu^ils sont rapi- 
dement réparables è cause de la nature même des parties 
lésées, se manifestent dans des circonstances peu favo* 
râbles au coït. 

Que la lésion porte sur le muscle bulbo-caverneux ou 
sur le tissu érectile des bulbes eux-mêmes, il n'en est pas 
moins démontré pourmoique, dans quelques cas, le passage 
i la vulve de la tète de l'enfant détermine une lésion qui 
empêche le sang de venir des bulbes dans les corps caver- 
neux du clitoris, et qui, par suite, rend impossible l'espèce 
d'érection clitoridienne nécessaire pour la manifestation du 
plaisir. 

Cette impossibilité d'érection, qui entraîne fatalement 
l'impossibilité du plaisir, mais non pas celle des désirs 
vénériens, a une durée variable, de un à huit jours, pendant 
laquelle on peut s'assurer de la réalité de la lésion en titil- 
lant le clitoris. 

Mon attention fut pour la première fois dirigée de ce côté 
par les confidences d'une femme qui, voulant se masturber 
quelques jours après son accouchement, ne put jamais, 
quoi qu'elle ftt, se procurer les sensations voluptueuses 
qu'elle recherchait; elle ne les retrouva qu'après un repos 
aasez long. 

Cette espèce de frigidité, eu égard à sa courte durée et 
aux circonstances au milieu desquelles elle se produit, n'a 
pas une importance pratique bien grande, et ne doit pas, 
conséquemment, m'arrêter davantage. 

Excès vénériens. — Les excès vénériens, outre la satiété 
et une certaine répugnance morale dont je parlerai tout à 
l'heure^ conduisent à la frigidité par deux voies différentes : 




550 FRIOlDITt CONStCUTIVK. 

taillât ils émoussent la «eiivibilité gi^oilalc, el taiilftl, au 
traire, ils lu Muretcilent ju«i)u'ii en reiitlre let minifetU' 
tioiiH morbiden et doulourBURes. 

Le pnniicr i<ITt-t semble résulter plus ii|iéciateinetil 4t» 
eicè» dfl cuit, taiiilit que lo lerund (tarait âtre )>lua fjartii 
lièrctnent som la ilépendauredescicès d'uii.iiiiarue. 

Letcnnséfjuenres morale» qu'nnièn«iit ic» deut variété 
d'abuM dus mémeH urganes lont ét;Bli>ni«itt différente» : 
taridÎK que leK excès de coït ini|)irent la Daliété, eapèce 
tle lasaitude et d'alai));uissemi)nt deii désirs, les uitis de 
masturbation d(.'teriiitMent uuu r(J|iuUiori plus uu moint 
marijuée pour les rapporta leiuels. 

il l'oiivienltlonc li'eiumilier siiparémentce» deui nt>pt;cM 
d'pxcî'S, d'antani mieux que l<i frigidité qu'ih eiitralneat 
exige des indications thérapeutiques dilTérenles. 

Etcfes DB COÏT. — Les excès de coil , euvisagéa leulemeot 
ious le rapport de la frigidité, exercent une action délé- 
tère et sur les organes de la copulation et aur le principe 
des dérirs véiii^rieiis. 

C'est à ce double point de vue que je me propose de les 
étudier. 

l'Aclim des excès decoU sur les organes de la copt^ation. 
— Qu'on me permette, avant toute chose, de rappeler lea 
observations intérestaiitei que Parent-Duchatelet a recueil- 
lies sur les prostituées, Ivpe^ , par métier, des escia de 
coït: « Les prostituées, dit-il, présentent Tréquemmeot, dans 
l'épaisseur des grandes lèvres, des tumeurs qui commenceot 
par un petit noyau d'engorgement et se tuméfient à cba<)ue 
époqnc menstruelle ; on ne les observe jamaia que d'iw 
cdlé è la Tois, et lorsqu'elles sont abandonnées k elles- 
mêmes, elles iicquièrent un volume asseï considérable i elle» 
sont iudolentes, et ne gênent les femmes qui les portent que 



H 



FRIGIDITÉ GON8ÈC0TIVK. 55t 

d'une manière purement mécanique. Il est rare que ces lu* 
meur^ soient fibreuses; le plus ordinairement, elles sont 
remplies d'un liquide albuinineux très épais, ou d'une sub- 
stance mélicérique. Quelques-unes se développent aussi è la 
base des petites lèvres ; ces dernières sont de même nature 
que les autres, mais fort douloureuses, et n'acquièrent 
jamais un ^rand développement. 

» Le métier des prostituées explique le travail inflam* 
matoire qui se développe quelquefois dans ces tumeurs et les 
fait aboutir, mais elles se remplissent en peu de temps, et 
déterminent des fistules désagréables; on ne peut guérir 
ces fistules qu'en enlevant les kystes qui les forment ou en 
les faisant suppurer. 

» Tous ceux qui ont eu occasion de percer ces kystes et 
d'enlever ces tumeurs s'accordenl sur la fétidité extrême du 
liquide qu'ils contiennent; sous le rapport du désagrément 
que procure cette fétidité, aucun liquide pathologique, 
suivant ce que m'a dit plusieurs foisDupuytren, ne pouvait 
lui être comparé. Celte fétidité est inhérente au liquide, et 
ne peut pas être attribuée ù la présence de Pair. Je tiens des 
chirurgiens du dispensaire que, lorsqu'ils sont obligés d'ou- 
vrir ces tumeurs, ils se servent d'un bistouri à manche très 
long, pour éviter le contact du liquide, et, par conséquent, 
l'odeur qui , sans celte précaution , resterait inhérente à 
leurs mains pendant deux ou trois jours, sans qu'il fût pos- 
sible de la faire disparaître. 

» Rien de plus fréquent que les abcès ordinaires dans 
répaisseur des grandes lèvres ; ils ont toujours une marche 
aiguë, et se terminent comme chez toutes les autres femmes 
qui y sont fréquemment exposées. 

» Il n'en est pas de même de ceux qui se développent 
quelquefois dans la cloison recto-vaginale, partie qui, sui- 



552 tRiniDiTS (:u!<sA<:iiTivii. 

vaiil <|ueli|ues obsertutcurs, est très amiiicm cliex |ps]»rot(i> 
tuées i ils dégénèrent souvent en fistules très ilinîciles • 
guérir, et que gardent souvent |>eiidnnt toute la >ic relies 
qui les portent; le plus ordinairement c!e« Kstutes sn rétré- 
cissent et ne mettent pas obstacle h l'ciercice du métier. A 
l'époque où je faisais mes reirberclies dans lu prison, il n'j 
trouvait cinq on sii filles »vec celle inlïrmilé; les méilerins 
de cet établissement estimaient qite le nombre des tilles qui 
exerçaient leur métier dans Paris ovet: cettti dégoùlanle 
iiilirmité pouvait bien élre de trente. Qui te rroiritit? on 
a vu (le ces fistules guérir complètement, malgré l'influence 
de tant de causes capables de les entretenir et de les ag- 
grover. Ce n'est pas cependant ce qui arrive le plan ordi- 
nairement: cbei une fille, les lenlalives que l'on fit poor 
obtenir la guéridon déterminèrent une ouverture d'une 
dimension telle, que les dcui conduits ne furntaicnl pltn 
qu'un seul cloaque, ce qui i>'empécbait pas que rcUc fille 
fût une des plus recherchées — 

» D'après les observations faîtes dans les infirmerie) ilrs 
prisons, ces listules recto-vaginales coïncident presque tou- 
jours avec (a plilliisie; un y a vu aussi qu'elles s'accom* 
pagnent souvent d'un engorgement des grandes lèvres. Mtis 
cet engorgement n'est pas une infiltration ou un œdème 
ordinaire, il est dur et résistant ; il ne cède pas h la |iret- 
sion et ne détermine pas de douleur. 

>i Cette inlirmilé prend quelquefois un tel accroissement 
chet quelques tilles, qu'elles ne peuvent plus faire leur mé- 
tier, et que, devenues it charge à elles-mêmes, elles cber- 
chcnl un asile pour y terminer leur triste eiistencc : e*e»l 
ordinairement l'inlirmerie de la prison qu'elles cboisiiSFiit 
de préférence, et diins laquelle elles se font enfermer, etc. (t)a. 
(I) Dt la protlifuiion lUm* la ville de ParU, t. I, p. SSD el «uhr. 




!SD el «uhr. j 



FRIGIDITÉ GONSÈGUTIVK. 553 

Parmi les infirmités dont Parent-Uuchatelet vient de 
nous dérouler le tableau, les unes, et c'est, à ce qu'il parait, 
le plus grand nombre, ne produisent aucune douleur, mais 
peuvent devenir, soit un obstacle à l'intromission de la 
verge, soit un motif de répugnance et de dégoût ; les autres 
déterminent des souffrances qui, non-seulement éloignent 
les pensées vénériennes, mais encore empêchent toute ma- 
nifestation de volupté: dans ce cas sont les tumeurs des 
grandes et des petites lèvres, et quelquefois aussi les fistules 
vaginales. 

Mais ces affections, qui occupent dans le cadre nosolo- 
gique une place spéciale, ne doivent pas m'arrèter plus 
longlemps. 

Il me faut, au contraire, parler d'une transformation que 
subit la muqueuse vulvaire et vaginale, et qui n'est pas sans 
influence sur le développement du plaisir erotique. 

Cette transformation, bien connue du public quia infligé 
è la femme qui le porte une dénomination caractéristique, 
n'est autre chose que la sécheresse et le durcissement de 
cette membrane : on dirait que la muqueuse, sous l'influence 
du contact souvent renouvelé de la verge, subit des change- 
ments analogues à ceux par lesquels passent chez le fœtus 
les téguments externes avant de revêtir les caractères épider- 
miqucs ; la muqueuse vulvaireet vaginalerdevient une véri- 
table peau, un parchemin ridé, que n'assouplissent plus les 
sécrétions sébacées. 

Celte transformation, que j'ai eu occasion de constater 
quelquefois chez des femmes qui, par métier, faisaient abus 
de leurs organes génitaux, tient peut-être moins aux excès 
du coït qu'à des lavages fréquents, soit avec de l'eau froide, 
soit, et c'est le plus souvent, avec des substances aroma- 
tiques et astringentes. Mais que cette transformation recon- 




une ȎclMB^| 



55& KKiGiuiTft cons^krtTivB. 

naisse Ich excèi de coit comm« ratue ilirecle 

cause iiiilirecte, toujours csl-il i)uc la sensibilité génilale m 

est proruriili^meiil siïectée, et i{ue le plaisir vénéri«o «I, 

sinon complétemnit su!i|ien(lu, du oioiiis (-on^wlérableiMOl 

afisibli. 

Cet Atat, dont la Femme a prc»c|ae tnujoun 
est racilemeot recoiinaiititilile nu toucher, l.e doigl, inlrodlîl 
dans le vagin sans l« secours il'un corp* gras, gMue dtflM^j 
lement entrt; tes parties et ronstate «nnit |>eiQe une »éclMB 
reïseetdos rugosités qui ii'j «ont pos ordinaire; la tempé> 
rature n'} est psx sensiblemcnl diminuée ou augrovolée, et 
l'on; sent rarement les contraclionstibrillaire* détemtiniet 
quelquefois par la firésence de l'iuilicateur. 

Sans doute, je le répète, le cbaH)!emi-nl que je signale 
est insulTisaiit pour amener une complète frigidité; mais 
il peut à ce point affaiblir la sensibilité génitale que le 
coït, perdant son stimulant naturel, devienne pour la 
femme un acte, sinon odieux, du moins à peu près indiffé- 
rent. 

Il importe donc, surtout si l'on se place au point de vue 
des rapports conjugaux, d'obvier k un état qui, sans parler 
des inconvénients dont il atteint la femme, peut jeter entre 
les deui époux le (rouble et le désordre. 

Avant toutes choses, il fuut interdire les lavages froids 
ou aromatiques, que l'on rempliicera avec avantage par des 
injections ot des bains locaux chauds. On tiendra à demeure 
des cylindres mous, enduits d'un corps gras auquel je me 
suis toujours bien Iruuvé d'associer l'opium; et dans 
quelques circonslances, surtout si la muqueuse est pAle flt 
décolorée, on portera sur elle une iiction irritative, comme 
celle de la moutarde, par exemple. 

Mais si la transformation est complète, c'est-à-dire si les 



FRIGIDITÉ GONStCUTlYK. 555 

sources de la sécrétion des follicules sont tariesyil ne faut 
pas espérer les rouvrir et se bercer d'un cs|)oir qui est au- 
dessus des ressources de notre art. Cependant il importe de 
De pas trop se hâter d'arriver à cette conclusion, et Von oe 
s'avouera vaincu que lorsqu'on aura longtemps rais en 
usage les prescriptions que je viens de formuler. 

2" Action des excès de coït sur tes désirs vénériens. — • 
Esquirol, d'après des tableaux statistiques qu'il avait dres- 
sés à la Salpètriëre, établit que Tuliénation mentale est 
excessivement, fréquente parmi les prostituées, mais que 
rien n'est plus rare chez elles que le délire erotique, que ce 
délire soit chronique, comme dans la folie, ou qu'il soit le 
résultat de fièvres ou de maladies aiguës. 

En raisonnant par déduction, il faut admettre que la pas- 
sion erotique est bien aiïaiblie chez les prostituées, puisque 
le délire, qui eslordinairement le miroir dans lequel viennent 
se réfléchir les passions dominantes, ne porte que très rare- 
ment l'empreinte des idées vénériennes, et que, par consé- 
quent, le métier auquel elles sont condamnées, c'est-à-dire 
les excès de copulation ne sont pas étrangers à cet alao- 
guissemeutde l'aiguillon sexuel. 

L'observation est ici d'accord avec la théorie; les excès 
vénériens, comme toutes les choses dont on fait abus, en- 
gendrent la satiété, et, par suite, l'indilTérence. Le monde 
nous offre, dans les deux sexes, des exemples nombreux de 
cette satiété, et aujourd'hui que les jouissances de l'amour 
sont souvent cueillies par un âge qui se devrait seulement 
préparera les savourer, on rencontre à chaque pas de ces 
jeunes blasés qu