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Full text of "Traité de médecine légale"

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TRAITE 



DE 



MEDECINE LEGALE. 



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PREMIÈRE PARTIE. 



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BIBLIOTECA UCM 

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5306960078 



Les juges d^insiruction ne doivent confier les ex* . 
pertises médico-légales qu'à des hommes éclairés 
et probes, La défefise ne trouvora j«mfis un fppwi 
solide «n 8çllici(a«t la coopération ie la, mfiuyabe 
foi , de l'ignorance et même du demi-savoir 



H* IMPIUIli CHBZ PAUL BBHOUÀBO, 
RiM Gsraociire, n. 5. 



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TRAITÉ 



DE 



MEDECIIVE LÉGALE 



PAR 

M. ORFlLiAv 

Doyen et Professeur de la Faculté de Médecine de Paris, 

Membre du Conseil royal de l'Université , du Conseil général des hospices , 

du Conseil académique, du Conseil de Salubrité, 

. , Docteur en Médecine de la Faculté de Madrid, 

Commandeur de la Légion-d'Honneur, de Tordre de Charles III et du Cruieiro , OlBcier de 

l'ordre de Léopold, Médechi consultant de S. M. le Roi des Français, Membre 

correspondant de l'Institut, Membre de l'Académie royale de Médecine, 

de la Société d'émulation, de Chimie médicale, de l^Université de Dublin, de Philadelphie, 

de Hanau , des diverses Académies de Madrid , de celles de Cadix, de Séville , 

de Barcelone , de Murcie , des Iles Baléares, de Berlin, de Belgique, de Livoume, etc. , 

Président de l'Association des médecins de Paris. 



QUATRIÈME ÉDITION, 

REVUE y CORRIGÉE ET CONSIDÉRABLEMENT AUGMSNTBEf 

CONTENANT EN ENTIER LE 

TRAITÉ DES EXHUMATIONS JURIDIQUES 

PAR MM. ORFILA ET LESUEUR. 

AVEC PLIHGHES. 

TOME TROISIÈME. — PREMIÈRE PARTIE. 



V; 




PARIS- 

LABÉ, ÉDITEUR, LIBRAIRE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE, 



PLACE DE l'eCOLE-DE-MÉOEGINE, 4. 

1848. 



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TRAITE 



DE 



MÉDECINE LÉGALE 



DE L'EMPOISONNEMENT. 
Législation relative à F empoisonnement. 

« Est qualifié empoisonnement tout attentat à la vie d'une personne, 
« par Veiïei de substances qui peuvent donner la mort plus ou moins 
« promptement , de quûlque marnera qu« ces substances aient été em* 
« ployées ou administrées , et quelles qu'en aient été les suiêee » (Code 
« pénal, art. 301). 

« Tout coupable d'assassinat, de parrîcidei d'infanticide^ et d'empoi-* 
« sonnement, sera puni de mort » (/&td. art. 302). 

•1 Celui qui aura occasionné à autrui une maladie ou incapacité de tra- 
« yail personnel en lui administrant volontairement, de quelque manière 
« que ce soit, des substances qui, sans être de nature à donner la mort, 
«r sont nuisibles à la santé, sera puni d'un emprisonnement d'un mois à 
« cinq ans, et d'une amende de seize francs à cinq cents francs; il pourra 
« de plus être renvoyé sous la surveillance de la haute police pendant 
« deux ans au moins et dix ans au plus ( Ibid. art. 347, $ 4 , 2, 3 et i ). 
a Si la maladie ou incapacité de travail personnel a duré plus de vingt 
« jours, la peine sera celle de la réclusion (ibid. % 5). Si le coupable a 
t commis, soit le délit, soit le crime spécifié aux deux paragraphes ci- 
« dessus envers un de ses asce>ndans, tels qu'ils sont désignés à Tart. 312; 
« il sera puni au premier cas, de la réclusion , et au second cas des tra- 
« vaux forcés à temps. » (ihid. $ 6). 

L'article BOl du Gode pénal a reçu dans ses applications des 
int^prétations diverses qui n'ont pas toujours été conformes à 
l'esprit qui l'a dicté. Il est aisé de voir, d'après son dispositif, 
qu'il ne saurait y avoir crime d'empoisonnement sans la réuqlon 
de deux conditions, savoir Yattentat à la vie^ c'est-à-dire la 
in, 1 



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_ 2 — 

volonté de porter atteinte à la vie d'une personne et la qualité 
nuisible de la substance quidoitétredena^iir^à pouvoir donner 
la mort. La première de ces conditions n'a jamais, que je sache, 
été r^bjet à^'ixn^ difficulté ; toi^ours le législateur a eiUgé qu'il 
y e^t vplonfé de tuer de la part de celui qui admiiUstrçtit le toxi- 
que, et il a constamment supposé que le crime était prémédité^ 
parce qu'il était impossible de ne pas voir une préméditation 
réelle dans l'achat ou la préparation de la substance vénéneuse, 
dans sa mixtion avec d'autres substances, etc. Mais il n'en a 
pas été de même pour ce qui concerne la deuxième condition : 
ici les uns ont pens^ ayec raison qu'en parlant de substances qui 
peuvent donner la mort, la loi n'avait eu égard qu'à la nature 
toxique de ces substances, tandis que d'autres ont cru qu'il 
s'agissait à-la-fois et de la nature vénéneuse de ces substances 
et 4^ la dc^e à laquelle elles étaient administrées. Suivant ces 
4(^rnîer£i, alors même qu'il y aurait eu préméditation et ferme 
volonté de tuer par une substance do nature à occasionner la 
mort, si cette matière n'avait étédonniée qu'à une doie incapable 
d'amener celle-ci, le crime d'empoisonnement n'était pas con- 
sommé, et l'art. 301 devait rester sans application. Je ne saurais 
assez m'élever contre une pareille interprétation de l'art. 301, 
ai blâmer assez les magistrats qui, s'adressant aux experts, leur 
demandent si la quantité de poison qu'ils ont pu recueillir était 
ou non suffisante pour donner la mort, ou bien s'ils pensent, 
4'après la proportion de toxique découvert par eux , que la 
quantité de celui qui a été administré pouvait détruire la vie ; 
à plus forte raison devrai-je blâmer sévèrement les experts qui, 
de leur propre mouvement et sans y être provoqués, vont au- 
devant de la question, l'agitent et viennent, tantôt armés tfune 
quantité assez QOtable de poison extrait des matières suspectes , 
dire qu'il y en avait assez pour tuer;^ tantôt, lorsqu'ils o^t à peine 
pu recueillir quelques traces de toxique, affirmer que celui-ci n'a 
p2& pu déterminer la mort. Tout cela est absurde ; les magis- 
trats qui posent de pareilles questions n^ont pas bien saisi Tes- 
prit de l'art, 301 ; ils ont oublié les arrêts rendus en 1812 et en 
1814 par la Cour de cassation, airéts dans lesquds le Vide de 
leurs prétentions est mis à nu, et ils n'ont pas surtout cherché 



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— 8 — 

dams Vart. 317 le véritable sens des mots qui peuvent donner 
la mort j insérés dans Fart. 301. Quoi de plus clair, en effet, que 
cette phrase de Tart. 317, promulgué en 1832 i u Si les sub- 
<i stances, sans être de nature à donner la mort, sont cepen* 
adant nuislblas *à la santé, etc., » cela ne signifie-t-il pasévi-- 
demment que 1q législateur, en rédigeant l'art. 301, a entendu 
par les mots substances qui peuvent donner la mortj que ces 
i^nbsti^ces devraient être de na^r^ à pouvoir occasionner celle- 
ci san$ s'inquiéter en aucune façon de la dose i laquelle ces sid>- 
stances avaient été administrées. Quant aux experts qui vont au- 
deyafît de la question, je me bornerai à dire qu'ils ignorent les 
élémens les plus simples du problème, car ils soulèvent une 
difficulté qu'il leip* est souvent impossible de résoudre, comme 
Je J'ai démontré dans un mémoire inséré dans le n** d'avril 1S&$ 
des annales d'hygiène et de médeeine légale et comme je le 
ferai voir à la fin de ce volume en reproduisant les argumens 
qui font la base de mon travail (1). 

J'^orde m^aintenant un certain nombre de qiiAstîon^ impor^ 
tantes que fait qatt^e )a l^aure de l'art. 301 du Code pénal ; 
l"* Si yfno iubf tance vénéneuse de nature à pouvoir donner 
la mort est administrée à desèein ou involontairement aveo 
va^ matière qui neutralise im annuité ^^s prapriétée to^i- 
que^j Fempoisom^uràquije supposerai la p^oniéde tuer^ 
eommet^il le crims d'empoisonnement et estvH paseiile de 
la peine infligée par Part, 302? Non, certes; car ici, par le 
fait, la substance définitivement administrée à la personne qui 
avait été cboisie pour victime, n'est pas de nature à donner la 
mort ; ainsi, qu'avant de faire prendre 30 grammes d'acide sidr 

(1) Indépendamment des deux opinions hien tranchées dont je viens d^ parli^i 
il en est une troisième qui, à la vérité, jusqu'à présent n*a été mise en avant que 
par M. Devergie. On pourra juger avec quelle légèreté procède mon oonfrère, 
en lisant les citations suivantes, qui se contredisent les unes les autres : 

1^ a 11 importe peu que la substance vénéneuse ait été administrée à une dose 
« eupaiie de donner la mort^ il sufi&t que par sa nature eUeeût dei qdalkéB délé- 
«L ièrea suffisantes pour causer la mort » (t. m, p. S). •> 

^ « Il importe que les médecins et les chimistes apprécient les doses asiqiièHeft 
fi les substances vénénenses peuvent donner la t^otl » (p. 4). - 

8° « Le magistrat peut adresser aux médecins la question siénuntt : A (famù 
«t dose telle substance est-elle capable de donner la mort? » (p. 6). 
1. 



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_ 4 — 

furique concentré, on mêle qet acide avec une quantité suffisante 
de chaux vive ou carbonatée pour saturer tout l'acide, on ne don- 
nera en réalité que du sulfate de chaux, sel qui n'est pas de na- 
ture à occasionner la mort : c'est dans ce sens qu'ont été con- 
siamment rendus les arrêts de la Cour de cassation, comme on 
peut le voir par l'exemple suivant : Un individu administre à sa 
femme du vin contenant de l'acide sulfurique; les débats éta- 
blissent que ce mélange a cessé d'être vénéneux; le mari est 
acquitté ; le ministère public se pourvoit en cassation ; la Cour 
suprême rejette le pourvoi (1). 

2° Si un mélange qui ne»t pas actuellement vénéneux 
peut le devenir au bout de quelque temps, l'individu qui ad- 
ministre ce mélange lorsqu'il est déjà délétère et de nature 
à donner la tuort, est-il passible de la peine infligée par 
Vart, 302? Sans contredit, s'il est prouvé qu'il y a eu volonté >de 
tuer. Ainsi, du cuivre en poudre fine mélangé avec du vin aigre 
étendu d'eau avalé à l'instant même où la mixtion a été opérée, 
n'est point de nature à occasionner la mort ; au contraire, après 
plusieurs heures d'exposition de ces deux matières à l'air, il se 
sera produit de l'acétate de bioxyde de cuivre qui est de nature 
à donner la mort. 

Z^ Si l'on applique sur une plaie, avec {intention de tuer, 
une substance qui est de nature à donner la mort et que 
celle-ci survienne, a-t-on commis le crime d'empoisonne- 
ment ? Évidemment onï] C2ir Vari. 301 dit explicitement qu'il 
importe peu que le toxique ait été employé de telle ou de telle 
autre manière. Et ici je ne saurais assez m'élever contre la dis- 
tinction adoptée par M. Devergie, entre les poisons qui sont ab- 
sorbés et ceux qui ne le sont pas ; il n'y aura pas empoison- 
nement , dit mon confrère, si le poison n'est pa^ du genre de 
ceux qui peuvent être absorbés, parce que dans cet état il 



(1) Il m faudrait pas induire de cet arrêt que l'adde sulfiirique perd constam- 
ment ses principes toxiques quand il est mélangé au vin; loin de là, il conserve une 
grande énergie s*il n'est pas trop dilué par le vin. Son défaut d'action sur l'écono- 
mie animale ne peut être ^dmis qu'autant qu'il a été tellement étendu par le vin 
qu'il <^QStitue une. sorte de . limonade su//urique OU une boisson un tant soit peu 
plus acide. 



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— 5 — 

n*est pas capable de causer la mort. Je demanderai d'abord si, 
eo élablissant cette distinction, M. Devergie a suffisamment 
réfléchi aux embarras qu'il suscitait aux. experts chargés de ré- 
soudre ces sortes de questions ; comment s'y prendront-ils, dans 
certaines circonstances, pour say<^ir si le toxique est du genre 
de ceux qui sont absorbés ; mon confrère ne doit pas ignorer que 
le problème est quelquefois si difficile que l'expert serait forcé 
de déclarer son impuissance. D'ailleurs, ne sait-on pas que cer- 
taines substancesvénéneuses, telles que les acides irritans con- 
centrés, peuvent, étant appliqués sur des plaies, occasionner qneU 
quefois la mort, non pas par le fait de leur absorption, mais bien 
par suite de leur action caustique qui détermine nneinflammatio» 
grave, profonde ou étendue de la peau ou de quelques organes 
importans, tels que l'œil ; ainsi, dans le système que je combats, 
un individu aurait la volonté d'en tuer un autre, il jetterait sur 
les yeux quelques grammes d'acide sulfurique concentré ; une 
opbthalmie des plus intenses avec délire, etc.» amènerait la mort 
au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures et il fendrait 
répondre au magistrat : la mort n'ayant pas été le résultat 
de Vahsorptiofi, il n*y a pas eu crime d'empoisonnement. 
Cela ne soutient pas le plus léger examen. Et qu'on ne dise pas 
que, pour renverser l'opinion de M. Devergie, je cite à tort 
l'exemple des acides concentrés, lesquels, d'après mes propres 
expériences, p^i^enf être absorbés / car, dans l'espèce, il fau- 
drait être insensé pour admettre que la mort aurait été le fait 
de l'absorption plutôt que de l'action caustique et brûlante de 
ces acides. Au reste, dans la même page, quelques lignes phis 
bas (voy. Devergie, tome m, page 3), mon confrère réduit lui^ 
même sa proposition au néant, lorst[u'il dit, à l'occasion d'une 
certaine quantité d'acide sulfurique concentré qui aurait été jetée 
à la figure d'une femme et qui aurait amené la mort, que ce 
mode d'application ne s'oppose pas à ce que l'action soit con- 
sidérée comme un empoisonnement, si la personne avait l'in- 
tention de porter atteinte à la vie. 

A» Si un homme de Vart, dans le but de soulager ou de 
guérir u/n malade j culministre des doses tellement fortes de 
substances qui sont de nature à occasionner là mort^ que 



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— 6 — 

eelle^ éurffienti^ y a-t-il ériMe â' empoisonnement ? A coup 
ftûr^ BOA* car il n'y araitpas ici vototité de tuer; mais le médé^ 
einpeut^ danf eertaéns eas^ étire passible des peines prononcées 
par rarticle l\l du Code pénal; ainsi, dans le département 
d'IUe^et-Vikiine^ un homme de Fart prescrit k grammes de eyor' 
nwre de potassium en potion 4 le malade meurt peu de temps 
après avoir pris une cuillerée du médicament ; le médecin est 
condamné à Temprisonnement et à l'amende, parce qu'il est re^ 
connu que la dose ]H*escrite est soixantenlix on qualre-vingtâ 
f(Hs plus cobsidérable que celle qui doit être ordonnée. Dans la 
Dordogne, un de nota confrèt'es^ fcnrt habile d'ailleurs, a le mal^ 
beilr de formuler d'iine manière un peu confuse, un médicamefit 
eontenant du sulfate de quinine et de l'acétate de morphine ; 09 
dernier sel est livré à une dose insolite et le malade meurt effl^ 
poisoûné : ie médecin est condamné. Par contre il est des cas oji 
Thomme de l'art, tout en ayant prescrit de fortes doses d'un jûé^ 
dicament qui a occasioimé la mort du malade^ n'est passible 
d'aiH^une peine^ Je me bornée à citer deux exemples : il est 
parfaitement avéré aujourd'hui qu'il peut être très avantageux 
pour la guérison de certaiaes maladies de [H^escrire i^ â Ou â 
grammes d'émétique par jour ; le médecin juge opportun d'a- 
gir de la sorte, et le malade meurt empoisonné $ dans un autre 
cas, ou applique sur un cancer de la face delà pâte arsenicale 
à la dose habituellement employée y l'opéré succombe à ttnem^ 
poisottnedient par l'acide araémeux^ dans ces espèces il n'y à 
ni Ignonhnce, ni imprudence, ni faute grave de la part du miéde*^ 
cm I on pourrait dire tout au {^us' qu'il s'est trompé ; il y a eu 
peut-être erreur de diagnostic ; la médication suivie n'ëts^t pent^ 
être pas indiquée ou bien le malade était dans des conditioiMi 
tellement spéciales que la science la plus circonspecte et la plus 
réservée devait échouer* 

IH tvmipoisonnement^ considéré sous ie point de vue mé^ 
dico'-légaL 

Le nédecin consulté par le magistrat sur un cas d'empoisos^ 
nement doit toujours avoir préseale à Tesprit cette sentaièe de 



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— 7 — 

Plraek: Unieum Hgnum certum dati veneni en netiOa éiH 
tanicû, in^enii veneni vegetahilisy et analyeti ehemieû 
inventi veneni mineratië (Eletnenta mediciûse et chinirgiA 
forensis. FiennWy 1781, page d6). L'auteur dont il s'agit aurait 
dû ajouter 4ew notitia zoologica invenil veneni animaliê» 
En efibt, pour affirmer qu'il y a eu empoisonnement, l'bomme 
de l'art doit démontrer l'existence du poison à l'aide d'etpé- 
riences chimiques rigoureuses, ou de certains caractères bota- 
niques ou zoologiques. S'il ne peut pas y parvenir et qu'il ait ce- 
pendant obserrë des symptômes et des altérations organiques, 
semblables à ceux que produisent les substances vénéneuses, il 
peut établir la probabilité de l'empoisonnement. Les circotl^ 
stances dû procès qui ne se rattachent pas à l'art de guérir, 
quelque importantes qu'elles puissent paraître aux magistrats» 
ne sauraient être prises en considération par le médecin, dont 
le jugement doit être excltisitement fondé sur les coilnaissances 
médicales. Sans doute ces circonstances, jointes aux déposition^ 
des gens dé l'art, seront qaelquefbis de nature à faire nattre dans 
l'esprit du jury la conviction du crime : le juré prononcera alors 
affirmativement j tandis que le médecin sera réduit à élevet* 
des soupçons ou à établir des probabilités : ce serait méconnaî- 
tre son devoir que de s'écarter^'un pareil principe. L'exemple 
suivant peut être regardé comme une preuve irrécusable de 
cette assertion. — Une personne achète ft graibmes d'acide ar- 
sénieux en poudre, le mêle avec 60 grammes de sucre, ftiil 
bouillir le mélange avec du café pendant dix minutes, et, après 
avoir filtré la décoction, l'administre à un individu, qui ne tarde 
pas à éprouver des accidens graves ; la matière des vomisâe- 
mens est soustraite par celui qui a donné le breuvage. Cei faitf 
iont mis hors de doute par les dépositions de plusieurs té- 
moins. Les secours de l'art sont impuissans, et le malade ex- 
pire au bout de quelques heures. Le médecin chargé de rédiger 
le rapport déclare avoir observé des symptômes et des altéra- 
tions de tissu, semblables à ceux qu'aurait développés l'acide ar- 
sénieùx ; mais comme il lui a 'été impossible d'analyser les ma- 
tières vomies, et que les recherches faites pour découvrir le 
poison dans le cadavre ont été infructueuses, il constat qu'il ne 



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— 8 — 

peut affirmer que Tindividu soit mort empoisonné^ quoique l'em- 
poisonnement lui paraisse probable. Je ferai voir, en parlant des 
maladies qui simulent Tempoisonnement, que l'homme de Tan 
ne peut pas se dispenser de mettre une pareille réserve dans ses 
conclusions. Cependant le jury reconnaît unanimement la cul- 
pabilité de Taccusé, tant les circonstances du procès, qui ne se 
rattachent pas à la médecine, sont propres à faire naître la con- 
viction du crime ! 

Ainsi, pour a^^rm^r qu'il y a eu empoisonnement, l'homme de 
l'art doit démontrer l'existence du poison à l'aide d! expériences 
chimiques rigoureuses^ ou de certains caractères botaniques 
ou zoologiques. Je n'adopterai pourtant pas l'opinion de M. De- 
vergie, qui dit : « Qu'il est en médecine légale un principe qui 
ne soufre pas d'exception : c'est que toutes les fois qu'on 
constate la présence d'un poison métallique, il faut en extraire 
le niétalj comme la preuve irrécusable de Vexactitude des pré- 
cipités que l'on a obtenus » (art. Cuivre, Dictionnaire de mé- 
decine et de chirurgie pratiques) (i). En effet, l'adoption d'un 
précepte aussi absolu pourrait avoir les conséquences les plus 
fâcheuses dans plusieurs cas de médecine légale : admettons, 
par exemple, qu'un expert ait parfaitement reconnu, à l'aide 
des réactifs convenables, qu'un empoisonnement a eu lieu par 
la potasse, la soude, la baryte ou la chaux, par le sulfure de po- 
tassium, par le chlorure de baryum, et par d'autres poisons mé- 
talliques, que je pourrais citer, et qu'il n'ait pas extrait le métal 
de ces composés, soit parce qu'il n'avait pas à sa disposition une 
forte pile électrique, ou un autre appareil compliqué, soit parce 
que, n'ayant pas une grande habitude des expériences chîmi* 
ques, il n'a pas cru devoir tenter l'extraction du métal, soit en- 
fin parce qu'il est certain d'avoir parfaitement reconnu le poison, 
seulement à l'aide des réactifs , il devra , d'après le système de 
l'auteur, ne pas conclure à Tempoisonnemeut ! ! 1 £t comment 
faisions-nous donc, il y a quelques années, avant de savoir que 
ces poisons étaient essentiellement formés par des métaux; con- 



(i) L'auteur a sans doute voulu dire de la nature méudliqne des précipités, au 
lieu de Vexaetkudc, 



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— 9 — 

fondions-nous alors la potasse , la soude, la baryte, la chaux, etc., 
avec d'autres corps, et ne les reconnaissions-nous pas aussi bien 
qu'aujourd'hui? Je puis choisir d'autres exemples. On retirera de 
l'estomac d'un individu que l'on croit avoir succombé à un em- 
poisonnement, un liquide bleu, qui, étant évaporé, fournira des 
cristaux rhomboïdaux ou prismatiques de même couleur, solu- 
blés dans l'eau, et dont la dissolution précipitera par la potasse, 
l'ammoniaque, Tarsénite de potassé , l'acide sulfhydrique et le 
cyanure jaune de potassium et de fer, comme les sels de bioxyde 
de cuivre, et l'on ne pourra pas affirmer que c'est effectivement 
un de ses sels , parce qu'on n'en a pas retiré le cuivre ! Mais si 
ce n'est pas un sel de cuivre , qu'est-ce que cela peut être dans 
l'état actuel de la science? Rien. D'ailleurs, pourquoi faudrait-il 
absolument retirer un des élémens d'un poison métallique , que 
l'on peut très bien reconnaître sans cela, tandis qu'on ne le fait 
pas pour une foule d'autres poisons? £xige-t-on, par exemple, 
pour caractériser l'acide chlorhydrique , l'ammo^iiaque , etc., 
qu'on en retire le chlore ou Tazote? Non certes. Donc la thèse 
de M. Devergie n'est pas soutenable ; elle ne peut avoir pour 
résultat que d'augmenter les difficultés, déjà trop grandes, de la 
toxicologie, et de faire que des experts, qui Bnvontparfaitement 
reconnu certaines substances vénéneuses métalliqiies , n'osent 
pas se prononcer affirmativement , parce qu'ils n'eu auront pas 
retiré les métaux, et mettent ainsi les magistrats dans l'impossi- 
bilité de punir un crime qui n'est pourtant que trop réel (1). 



(1) Dans son Traité de médecine légale^ publié deux ans après (tomeui, p. 17, 
2" édition), M. Devergie» reconnaît qu'il a été trop loin et qu'il aurait fallu dire : 
a il faut autant que possible en extraire le métal ; mais il n'en attaque pas moins les 
motifs que j'ai fait valoir pour l'amener à se rétrarter. Parmi les raisoas par trop 
futiles qu'il met en avant, il en est une qu'il sera curieux de consigner ici. k Qua- 
«c ire personnes, dit-il, examinant la couleur d'un précipité, pourront lui trouver 
« quatre couleurs différentes, tandis qu'il n'y a qu'un cuivre, c'est le cuivre roug<; 
« avec ses autres caractères physiques ; que ce cuivre, isolé de cette liqueur bleue, 
« a plus de valeur que les dix précipités que l'on peut y faire naître au moyen des 
« réactifs, puisque sur ces dix précipités il n*y en a qu'un ou deux qui soient pro- 
-( près au sel cuivreuv. » A cela je répondrai qu'il n'est pas vrai de dire que l'on 
pourra trouver quatre couleurs différentes à l'oxyde bleu de cuivre hydraté, à l'ar- 
sénite de cuivre vert, au cyanui'e fenoso-cuivrique brun marron et au sulfure de 
cuivre brunjoncé (ou voit déjà qu'il ne s'agit pas de dix précipités, mais bien de 



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— 10 — 

L'asietlion de M. Devergle , pour être inattaquable, devrait 
être aihsi conçtie t « Il est en «lédecine légale un principe qui 
ne SôUÉre pas d'exception : c'est que toutes les fois qu'on cher- 
ché à constater la présence d'un poison métallique , ei que ce 
pùison ne peut pas étte reconnu à l'aide des réactifs^ et sant 
en extraire le métal j il faut procéder à là séparation de celui- 
ci.» Ainsi, lorsque le poison ne présentera pas avec les réactifs lès 
caractères qu'il doit fournir, et dont Tensemble suffit pour le dis- 
tlngue^dès autres corps, on devra le réduire à l'état métallique. 
Le sel de cuivre que j'ai cité tout-à-l'heure comme exemple d'uh 
poison que Von pourrait reconnaître sans en extraire le métal, 
s'il était tellement masqué par des liquides colorés qu'il fût im- 
possible d'y faire ùaître les précipités qu'il fournit avec lés réac- 
tifs dans son état de pureté, même après avoir cherché à déco- 
lorer là liqueurpar le charbon animal, etc., devrait être traité 
de manière à ce qu'il donnât le cuivre métallique. 

Mais, objectera-t-on, comment savoir dans quels cas les poi- 
sons ne peuvent pas être reconnus à Taide des réactifs, et qu'il 
faut en extraire le métal? La chimie setile peut rapprendre, et * 
l'on sait combien il serait téméraire de se livrer à des opérations 
qui ont pour objet la recherche des poisons, sans être versé au 
moins dans la partie théorique de cette science. 

quatre). Je défie aucune des cpiatre personnes mentionnées j^us haut d'aperoeToir 
autre chose dans l'espèce que du bleu, du "vert^ etc. Mais je vais plus loin et je dis 
que si Cda était, M. Devergie devrait l'énoncer à jamais à répondre à un magistrat 
qui le consulterait sur une question d'empoisonnement ; en effet, admettons pour 
un instant qu'à la suite d'une expertise ce médecin ait retiré du cuhre, de Y arsenic, 
âe V antimoine, etc.\ que feta-t-il; se bornera-t-il à dire : Voici trois métaux que 
je reconnais à leurs caractères physiques ? l^on, certes^ il devra, sous peine de 
passer pour un homme étranger à la science, traiter ces métaux par t^acide azoti- 
que, cite, pour obtetrîr des liqueurs acides ou salines qu*it sera forcé de mettre eil 
(ïtmtact avec les réactifs précités, sit s'agit d*un sel de cuivre^ oti avec d'autres ré- 
actifs, si le métal obtenu était de l'arsenic ou de l'antimoine. La couleur des pré- 
cipités iiecuéillis }l autorisera à conclure qu'il y a du cuivre, de l*ârsenic, etc. Vous 
voyez donc qu'en définitive, vous êtes obligé de recourir à ces réactifs el à ces pré- 
cipités dont vous sembliez ne pas vouloir tout-à-l'heure, parce que, ^siez-vons, 
quatre personnes pourraient trouver quatre couleurs différentes à chacun de ces 
précipités. D'atllem^s, si vous ajoutez si peu de foi à l'action àe ces réactifs, pour- 
quoi dites- vous à la page 15 du tome m : « Ici la substance vénéneuse sera recon- 
« nue à l'aide de précipités diversement colorés qu'elle formera avec certaifts réfic- 
< tifs, )) JUmds mconséqtience fô^lle poussée pks loin? 



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— n — 

Le docteur Ghrislisoa a émis une opinion très différeiite, de 
celle de M. Devergie, que je ne saurais partager non plus. S*il 
est vrai) dit-il, que Ton ne pui^e pas établir d'une manière gé«* 
nérale que les symptômes seuls soient suffisans pour afiirmer 
qu'il y a empoisonnement, du moins peut-on le faire dans cer-^ 
tains cas^ lorsque^, par exemple , les poisons donnent lieu à des 
symptômes remarquables et distincts de oeux que Ton observa 
dans les maladies spontanées^ ces substances vénéneuses se^ 
raient les acides concentrés, V acide oxalique^ Vcunde arêé^ 
nieux , le ëublimé corrosif ^ la noiw vomique , etc. Voici, par 
exemple, comment Fauteur s'exprime à Foccasicm de ft'adde 
oxalique : « Si une personne , immédiatement après avoir ptis 
une dissolution d'un sel cristallisé, ayant une saveur acide frai^ 
che et forte, éprouve un sentiment de [brûlure d'abord dans la 
8^i*S<^ i ptûs dans l'estomac , des vomissemens de matières sou- 
vent sanguinolentes j si le pouls est imperceptible, si l'abatte*- 
ment est excessif, et si la mort arrive au bout d'une demi-hearei 
ou même au bojut de vingt, quinze ou dix minuties, je ne vois pas 
ce qui pourrait s'oppo$er ^ ce que Fou c^qdttt que l'acide ota-^ 
Uque a été la cause de la mort ; il n'existe aueune HEialadie spon- 
tanée qui commence aussi brusquement^ et qui se termine aussi 
vite : aucun autre poison cristallisé ne produit les mêmes . ef^ 
fets» Çfln poisons^ page 151, édition de 1829). Cette « opinion ^ 
comme on pourra en juger, diffère notablement de celle qu'âne 
adoptée le même auteur dans le Mémoire qu'il a publié coi^oift^ 
tement avec le docteur Goindet. «Les symptômes, dit-il, ne 
peuvent -tout au plus que faire soupçonner l'empoisonnement 
par Facide oxalique. Chacun d'eux peut manquer tour^-touri 
et lors même qu'Us emstermewi Ums\ on peut toi^jours trou- 
ver des signes plus certains par Fautopsie cadavérique et l'a- 
nalyse chimique» {Archives générales de médecine y tome ii, 
page 276 $ Mémoire de MM. Christison et Coindei). Je pour-* 
rais augmenter Içs citations, et présenter au lecteur des remar*** 
qu^ Caites par le docteur Cbrisl^ison à chacun des articles des 
p^HSons déjà indiqués ^ mais je m'^ abstiendrai, parce que je 
suis QC^vaincu qu'il y aurait de graves iaconvéniens à admettre 
le principe qu'il a ànisen dernier lieu , et. que^ d'ailleurs les 



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— i2 — 

bases sur lesquelles il s'appuie ont la plus grande analogie avec 
ce que je viens de rapporter à l'occasion de Tacide oxalique. Il 
suffira d'affirmer, pour réfuter une assertion aussi dangereuse, 
qu'il n'existe peut-être pas un seul cas d*empoisonnenient dé- 
terminé par les substances désignées par le docteur Christison, 
qui ne puisse être assez bien simulé par une maladie autre que 
l'empoisonnement : il peut arriver aussi que l'ensemble des 
symptômes attribués à un de ces poisons , 'par le savant méde- 
cin anglais, soit déterminé, sinon par une autre substance véné- 
neuse, du moins par un mélange de deux ou de trois d'entre elles. 
Je ne saurais quitter ce sujet sans réfuter une observation 
faite par M. Devergie à l'occasion de la valeur respective de l'a- 
nalyse chimique, des symptômes et des lésions de tissu pour dé- 
terminer s'il y a eu ou non empoisonnement. J'avais établi que 
pour affirmer qu'il y a eu empotêonnetnent, il fallait avoir 
trouve' le toxique. Voici comment s'exprime mon critique. 
« Ce principe tend à faire regarder comme secondaires les 
« symptômes et les altérations pathologiques qui accompagnent 
« l'introduction de la matière vénéneuse dans l'économie, ce qui; 
a dans beaucoup de circonstances, aurait les inconvéniens les plus 
« graves; car il pourrait conduire à regarder comme suffi- 
« sant que l'on eût, comme dans l'exemple suivant, trouvé dans 
4( l'estomac une matière vénéneuse, pour affirmer l'existence de 
« l'anpoisonnement. » Ce raisonnement aura droit de surpren- 
dre quiconque a des idées saines de logique. Comment , parce 
que j'établis qu'il faut nécessairement avoir trouvé du poison 
pour affirmer qu'il y a eu empoisonnement, cela implique né- 
cessairement qu'il ne faut avoir égard qu'à cet élément de la 
question? Non certes, ce qu'il faut déduire nécessairement et 
seulement du principe posé, c'est que l'on n'affirmera pas si 
l'on n'a pas trouvé le toxique. Voyons si mon confrère a été plus 
heureux en énonçant la proposition suivante : « La démonsira- 
« tion*de l'existence d'un poison est une des preuves les plus 
« importantes de l'empoisonnement , mais on ne saurait affir^ 
« mer que l'empoisonnement a eu lieu, qu'autant qu'à la décou- 
« ' verte chimique du poison viendraient se joindre les symptômes 
« et les altérations morbides qui coïâcident ordinairement avec 



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— d3 - 

¥. ce poison. D'où il suit que les symptômes et les altérations 
« morbides sont aussi néaessaires à ^affirmation de Vem-- 
« foisonnement, que le foison lui-même » (tome m, p. 16). 
Ainsi voilà les symptômes et les lésions de tissu occupant le 
même rang que la présence du poison, pour décider si Tempoi- 
sonnement a eu lieu ; quant à moi, tout en assignant à ces symp- 
tômes et à ces lésions un rang secondaire ,< j'ai constamment 
voulu qu'on en ttnt grand compte, comme on peut le voir dans 
mes écrits, mais je n'ai jamais commis la faute de les considérer 
comme des élémens ayant la même valeur que celui qui est 
fourni par l'exist^ce du poison. La prétention de M. Devergie 
peut sans effort être réduite à n^ant ; je ne choisirai pour cela 
qu'un seul exemple , mais il sera péremptoire. Vingt personnes 
sont empoisonnées par l'acide arsénîeux ; chez toutes on eon-^ 
State la présence du toxique j tandis que les symptômes qu'elles 
éprouvent et les altérations cadavériques que l'on décèle pré- 
sentent des variétés infinies et par le nombre et par le caract^ 
des symptômes et des lésions. Ici le malade ressemble à un in- 
dividu atteint du choléra asiatique ; là), c'est un homme qui^ 
plusieurs heures après l'ingestion du poison, éprouve tout- 
à-coup une syncope, sans autre phénomène précurseur, et 
succombe ; plus loin nous voyons des malades atteints de pus- 
tules à la peau, de délire, de syncopes, de douleurs articulaires, 
de vomissemens abondans et réitérés, etc., tandis que d'autres 
n'offrent que quelques-uns de ces symptômes, ou bien les éprou- 
vent tous à un degré infiniment moindre. Quant aux lésions des 
tissus, en ne nous arrêtant qu'au canal digestif, ici nous voyons 
des ecchymoses, deux, trois ou plusieurs éschares,voire même la 
perforation, là c'est une rougeur vive^ étendue et uniforme ; plus 
loin c'est une simple ii^ection vasculaire, et quelquefois même 
celle-ci manque. Après cela, je demanderai à M. Devergie ce 
qu'il entend par les symptômes et les altérations ^norbides 
qui coïncident ordinairement avec V existence d'un poisony 
élément nécessaire, suivant lui, pour décider qu'il y a eu empoi- 
sounement. Je n'ai pas besoin d'insister davantage pour faire 
sentir le vide et le danger de pareilles prétentions. 
De combien de difficultés la solution du problème qui a pour 



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- u - 

objet la recherche des poisons n'est-elle pas hérissée ! D'une 
part, les substances vénéneuses parfaitement connues sont en 
très grand nombre et les expériences qu'il faut faire pour déter- 
miner leur nature sont souvent très délicates, surtout lorsque ces 
substances sont combinées avec des corps qui les masquent ou 
lés décomposent ; d'une autre part, l'empoisonnement peut être 
la suite de l'absorption d'une matière vénéneuse, qui peut être 
inaccessible à nos moyens d'investigatfon ; quelquefois même, en 
apposant que l'on opère sur une partie du poison absorbé oit 
sur toute autre portion, la quantité sur laquelle on peut agir est 
extrêmement petite, ce qui augmente la difficulté de l'opération ; 
enfin, combien de fois des maladies simulant l'empoisonnement 
par leurs symptômes^ et par les altérations de tissu qu'elles dé«- 
terminent, ne viennent-elles pas compliquer la solution de cette 
question importante? 

Il me semble que ce sujet, pour être traité convenablement, 
doit être divisé en trois sections. Dans la première, j'exposerai 
les notions préliminaires sur l'empoisonnement, considéré sous 
le point de vue médico-légal ; la seconde traitera des poisons en 
particulier ; enfin , la troisième comprendra les généralités sur 
l'empoisonnement, et les préceptes qui doivent servir de base 
dans la rédaction des rapports sur cette branche de la méde- 
cine légale. 

PREMIÈRE SECTION. — Notions pwiijiMiifAiREs scr li'fiMPoisoirirBMENT, 

CONSIDÉRÉ sous LE POINT DE VUE UÉDICO-LÉGAL. 

On donne le nom à!empoi807inement(venéficium^toxieatid) 
à l'ensemble des effets produits par lés poisons appliqués sur une 
ou plusieurs parties du corps des animaux, fta emploie égale- 
ment ce mot pour désigner Vaction d'empoisonner. Le mot 
poison (toitaum, venenum^virus) a été tour-à-tour déêniunâ 
cause de maladie; un agent capable dP occasionner une mort 
plus ou moins violente^ lorsqu'il est introduit dans Vesto- 
mac; tout corps nuisible à la santé de Vhomme^ mais dont 
Faction n'est pas mécanique, etc. La définition suivante, em- 
pruntée h Gmelin, paraît préférable. On doit eoasîdérer «oinme 



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— 45 — 

poison faut eorps qui détruit fanante, çu anéantit entière- 
ment la vie, lorsqu'il est pris intérieurement, ou appliqué 
de quelqt^ manière que ee soit sur un oorps vivant, et à pe- 
tite dose. 

M. Devergie, qui a aijiopté cette défiaition^ quoi qu'il en cjUse, 
blâme toutefois Texpressiou de corps vivant, à laquelle il suIh 
stitue les mats emps de l'homme^ se fondant sur ce que telle 
matière est vépéneuse pour un anûnal et ne l'est pas pour 
l'homme. Moi qui sais qu'une définition n'est réellement bonne 
qne Iprsqu'ellç ei^brasse tqiis les cas 9 je me garderai bien 
d'imiter cet auteur» et au lieu de ne l'appliquer qu'à Tbomme , 
je rétendrai à, tous les êtres vivans ; qu'importe que telle suh-* 
stance vénéneuse pour tels animaux ne le soit pas pour d'autres? 
file sera un poison pour les premiers et nullement pour les der- 
niers, tandis qu'une autre substance pourra être vénéneuse pour 
ceux-ci et ne pas l'être pour d'autres. La discussion placée sur 
ce terrain donne évidemment tort à M. DevergiCi dont la défi* 
nition n'embrasse qu'un senl cas. 

Voyons ce que l'on doit entendre par petite dose. Je sais 
que l'on administre tous les jours à l'homme sain ou malade quel- 
ques milligrammes de bichlorure de mercure, d'une préparation 
arsenicale soluble, d'opium, de strychnine, etc., comme médica-* 
ment, sans qu'il en résulte le moindre accident. Ce n'est donc 
pas à des doses aussi minimes que ces substances sont vénéneu* 
ses ; il faut nécessairement, pour que ces matières produisent des 
effets nuisibles, qu'elles soient données à des doses moins faibles, 
qui varieront considérablement suivant la nature de la substance, 
rage et la constitutionde l'individu, etc. Ainsi l'on peut établir qne 
dans la grande généralité des cas, 20 centigrammes de bichlorure 
de mercure ou d'une préparation arsenicale soluble, i gramme 
d'opium, et 10 à 12 centigrammes de strychnine, occasionneront 
un empoisonnement (louvent m<Mrlel $ tandis qu'il faudra plusieurs 
p'ammesd'iodeetiOou 50 grammes d'azotate de potasse pour 
déterminer un effet aussi funeste. On voit dpnc qu'ici il n'y a 
rien d'absolu, et que l'on ne saurait fixer d'une manière précise 
ce que l'on entend par pstite dose. Je dirai encore, relative- 
ment à oea qusmtUjéa, quUl n'est pas rare de voir des maladesi, 



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— 46 — 

placés dans des conditions particulières, supporter sans acci- 
dent des doses considérables d'une substance vénéneuse, tandis 
qu'à des doses beaucoup moins fortes ces mêmes substances pro- 
duiraient des effets fâcheux chez les mêmes individus à Yétat 
normal. Je pourrais citer les effets du tartre stibié dans les 
phlegmasies des poumons , du chlorure de baryum, de Tazotate 
de potasse, etc., dans d'autres affections. S'aviserait-on de dire 
que ces substances vénéneuses ne sont pas délétères pour Thom^ 
me, parce qu'elles ne l'empoisonnent pas, même à des doses très 
fortes? Non certes; on se contentera d'établir que ces matières, 
réellement vénéneuses dans la grande généralité des cas , ne le 
sont pas aux mêmes doses dans certaines conditions. 

Les poisons sont tirés des trois règnes de la nature ; c'est c^ 
qui a suggéré l'idée de les ranger en trois classes , savoir : les 
poisons minéraux^ les poisons végétaux^ et les poisons 
animaux. Je crois devoir adopter la classification suivante : 
!• poisons irritans ; 2" poisons narcotiques; 3** poisons 
narcotico'àcres ; k^ poisons septiques. Certes , cette clas- 
sification, dont l'idée est empruntée à Yicat, est loin d'être 
exempte de reproches ; mais, dans l'état actuel de la science, elle 
me parait devoir être préférée à celles qui ont été proposées par 
Guérin, Anglada, Giacomini, etc. 

A. Tous les poisons n'agissent pa^ avec la même éftergie. 
Il en est qui, étant administrés à très petite dose, déterminent 
la mort de l'homme et des animaux les plus robustes presque in- 
stantanément (l'acide cyanhydrique concentré, l'upas tieuté, la 
strychnine); d'autres, au contraire, ne manifestent leurs effets 
qu'au bout d'un certain temps, même lorsqu'ils sont employés à 
assez forte dose, et doivent être considérés comme peu actifs ; tels 
sont le sulfate de zinc, le sedum acre, etc. ; il en est que l'on 
peut classer entre les deux extrêmes dont je parle, par rapport 
à leur intensité : tels sont la coloquinte, le garou, etc. 

Si les poisons sont introduits dans le canal digestif, leur ac- 
tion sera d'autant plus grande, les autres circonstances étant les 
mêmes, que ce canal sera plus vide. 

Les substances susceptibles d'empoisonner l'homme n'agissent 
pas de même sur toutes les espèces d'animaux^ néanmoins on 



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~ 47 >- 

peut établir, sans craindre de se tromper, que tout ce qui est vé- 
néneux pour rfaomme Test également pour les chiens ; à la vérité, 
il faudra souvent administrer à ceux-ci une dose de poison plus 
forte ou plus faible, pour déterminer un effet donné, que celle 
qu'il faut employer pour produire le même résultat chez Thomme; 
les auteurs qui ont avancé, contre cette proposition, que l'acide 
arsénieux,dont Faction funeste à l'espèce humaine est si généra- 
lement connue, n'agissait sur les chiens que comme un hyperca- 
thartique, se sont évidemment trompés ; d'où il résulte que l'é- 
tude de l'empoisonnement chez l'homme peut être singulièrement 
perfectionnée par les expériences faites sur cette espèce d'ani- 
maux. La partie médico-légale de l'empoisonnement est parti- 
culièrement redevable des progrès qu'elle a faits dans ces der- 
niers temps aux expériences chimiques auxquelles on a soumis 
les matières contenues dans le canal digestif des chiens empoi- 
sonnés. 

Les poisons n'ont pas besoin, pour déterminer des accidens 
graves, d'être introduits dans l'estomac par la bouche. Ii^ectés 
sous forme de lavement dans le gros intestin, plusieiu*s d'entre 
eux peuveat donner naissance aux symptômes de l'empoisonne- 
ment. Quelques-uns agissent avec énergie, lorsqu'on les appli- 
que sur la membrane muqueuse de la bouche, du nez, de l'œil, du 
vagin, et sur l'orifice du l'utérus. Il en est qu'il suffit de mettre en 
contact avec la peau pour qu'ils développent une inflammation ^ 
la suppuration, et par suite tous les symptômes ,qui caractérisent 
Fempoisonnement. On observe les mêmes phénomènes lorsqu'on 
les applique sous la peau. Quelquefois cet effet peut être le ré- 
sultat de frictions prolongées, ou de Fapplication d'un emplâtre,, 
ou de tout autre médicament externe, dans la composition duquel 
entre une substance vénéneuse. Mais c'est surtout lorsqu'on fait 
agir certains poisons sur les tissus séreux et veineux que l'on re- 
marque combien ils sont énergiques. 

L'action des poisons sur Thomme varie singulièrement, suivant 
leur nature. Il en est qui, tout en étant absorbés, irritent, en- 
flamment et détruisent les parties sur lesquelles ils ont été appli- 
qués, puis déterminent des effets que Fon peut regarder comm^ 
étant le plus souvent produits par la portion absorbée, ma^s qui 
in. 2 



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— 18 ^ 

peuvent aa^i, dm. moins en i»anie être attribuëB, à une rétotie» 
^ympaUiique* D'autres agissent à peine, ou n'agissent pas du tout 
sur les tissus avec lesquels ils sont en contact, ntais iU sont ab-*- 
sorbéS) et vont exercer leur influence délétère sur le système 
nerveux et sur les organes de la circulation, de la respiration, de 
la digestion, etc. 

B. L' absorption deêpoiions est mise hors de dou4epar les em- 
périences suivantes : l"" MM. Tiedemann et Gmelin ont reconna 
dans le sang des veines mésaraïques de plusieurs chiens du eya^ 
nure de potassium et de fer, du sulfate de potasse, ou de Facétate de 
plomb, qu'on leur avait fait avaler ; 3° le sang de la veine spléniqoe 
des chiens qui avaient pris du cyanure de potassium et de fer, ou 
de Tacétate de plomb, contenait évidemment des traces deVuné 
ou de l'autre de ces substances ; le sang tiré de la même veine, cheÉ 
des chevaux à qui on avait donné du sulfate de fer, du cyanure 
de mercure ou du chlorure de barym, renfermait également ces 
substances j B*" aa trouva aussi dans le sang de la veine-porte des 
préparations analogues, que l'on avait administrées à des chiens 
^t à des chevaux (fieoherches sur la rovâe que prennent eer^ 
taines substances pour passer de l'estomac et de» intestins 
dtms le sang (^Traduction deHeller^ Paris, 1821); 4° M. Fo-* 
déra introduisit dans la vessie d'un chien une sonde bouchée ; le 
pénis fut lié, pour empêcher l'urine de couler sur les parties la-^ 
térales de la sonde. Il injecta dans l'estomac une solution de 
quelques grains de cyanure de potassium et de fer, et il débou^ 
cha fréquemment la sonde, pour recevoir sur du papier Joseph 
l'urine qui en sortait. Il fit tomber sur ce papier une goutté 
d'une solution de sulfate de fer^ et une autre d'acide chlorhydr!'- 
que, pourikire ressortir la couleur. Dans une expérience, le cya- 
nure fut reconnu dans l'urine dix minutes après son injection 
dans l'estomac, et dans une autre expérience, cinq minutes après. 
Les animaux furent ouverts sur4e-ehamp, et on trouva le cyanure 
dans le sérum du sang tiré de la portion thoracique de la veine 
cave inférieure, dans les cavités droite et gauche du cœiir, dans 
Faorie, le canal thoracique, les ganglions mésentériques, les 
reins, les articulations, la membrane muqueuse des bronches. îl 
est évMient que dans cette expérience le sel avait été conduit 



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— i» — 

jtt0qii*à ia vessie par lee voies circulatoires ordinaires ; 6"* Wœh- 
1er a trouvé dans^ rurine des chiens et des chevaux, de l'iode, du 
Me de soufre, de Taiotate de potasse, du sulfocyanure de potas- 
sium, de l'acide oxalique, de Tacide tartrique et de Tacide citrique 
quil leiÉr avait administrés {Ea^périences sur le passage des 
substances dané l'urine* Journal des progrès des sciences 
et institutions méàiàales, V volume, année 1S27) ; 6** les acides 
arsénieux, les arsénites et les arséiiiaies solubtes, le tartre stibié, 
les sels solubles de cuivre introduits dans l'estomac ou appliqués 
à l'extérieur passent dans le sang et sont portés dans tous nos 
tissus comme je l'ai démontré en 1839. J'ai prouvé depuis que 
l'iode, la potasse^ la baryte, et les sels scrfubles qu'elle fournit, le 
foie de soufre, l'azotate de potasse, les acides minéraux, tels que 
l'acide sulAirique, l'adde azotique, l'acide chlorfaydrique, eto«, 
l'ammoniaque, le chlorhydrate d'ammoniaque, l'eau de javelle, 
les sels de plomb, de mercure, d'or, d'argent, etc., sont dans le 
même cas (^Mémoires de V Académie royale de nèe'deeine, 
tome Viti, année 1840, et Journal de Chimie médicale, année 
1S42) ; T t'âppKcation d'une ligattiTë au-dessus du point ^u'oc-* 
cupe une plaie empoisonnée de l'ua des membres, on même une 
compression snffisatnment énergique exercée sur la circonférence 
de (^te même plaie, suffisent pour empêcher l'effet du poison, et 
pour cahner les accidens qui ont déjà commencé à se développer, 
mais avec une intensité assez faible pour n'avoir pas encore cotil- 
promis la vie de l'animal. Dans une expérience, on a même vu 
que, par la compression avec la main seule, on a pour ainsi dire 
rappelé à la vie un lapin empoisonné parla strychnine, et dont la 
mort eût été certaine, si, par un moyen aussi simple, on ne s'était 
opposé à l'absorption du poison. Il est aisé de prouver que l'arrêt 
de l'empoisonnement ne dépend pas de la paralysie des nerfs qui 
avoisinent la plaie, mais du défaut d'absorption (Bottillaud, ^r- 
ckives gene'rales dé médecine, tome xii). 

D'autres poisons sont encore évidemment absorbés, quoique 
leur existence dans le sang et dans nos viscères n'ait pas été con- 
statée, soit parce qu'on ne les a pas cherchés, soit parce que les 
moyens employés pour les déceler étaient insuffisans, soit enfin 
parce que les expériences n'ont pas été tentées en temps (^p(»rt8n . 



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— 20 -- 

Les faits propres à appuyer cette dernière assertion ne scmt pas 
rares : 1"* on retire de Tarsenic ou de Tantimoine des viscères 
d*un animal empoisonné par une préparation arsenicale ou par 
le tartre stibié, si l'on agit à une certaine époque de la maladie ; . 
plus tard on ne découvre plus un atome de ces métaux dans les 
mêmes vicères, tandis que Ton peut en retirer de l'urine ; 2"* M. Las- 
saigne injecta 2 grammes d'acétate de morphine dans la veine cru^ 
raie d'un chien et i gramme 60 centigr. dans la veine jugulaire 
d'un cheval. Le sel ne fut point retrouvé dans le sang retiré d'une 
saignée pratiquée sur le chien, non plus que dans le sang obtenu 
de la jugulaire du cheval opposée à celle qui avait subi l'injection ; 
cette dernière saignée avait été faite cinq quarts d'heure après 
l'introduction dupoisoâ. Dans une expérience analogue, la sai- 
gnée avait été pratiquée dix minutes après l'injection : alors on 
put découvrir la morphine dans l'extrait alcoolique du sang (1). 

On peut juger de la rapidité ^y^c laquelle les poisons sont 
absorbés et s'assurer de la réalité de l'absorption par les recher- 
ches intéressantes que le docteur Blake a publiées dans VEdin- 
burgh journal de janvier 1840. D^à le professeur Héring, de 
Stuttgardy avait tenté plusieurs expériences sur cet objet avec du 
cyanure de potassium et avait obtenu des résultats analogues 
Çy.Journ. des Progrès, tome ii", année 1828) : 1** quatre grammes 
d'ammoniaque concentrée sont injectés avec 20 grammes d'eau 
dans la veine d'un chien , pendant ce temps on tenait tout auprès 
et au-dessous de ses narines une baguette de verre qu'on venait 
de plonger dans l'acide chlorhydrique très fort ; à peine quatre 
secQudes s'étaient écoulées depuis l'introduction de la première 
gout^te de la solution d'ammoniaque dans les veines, que déjà on 
remarquait la présence de cet alcali dans l'air expiré aux va- 
peurs blanches abondantes qui se dégageaient autour de la ba- 
guette de verre imbibée d'acide chlorhydrique.. £n quatre secon- 
des, l'ammoniaque avait donc passé de la veine jugulaire dans les 
cavités droites du cœur, et de là dans les capillaires pulmonai- 
res, et enfin avait traversé toute l'étendue des voies aériennes. 

TVupa^ antiar, l'acide arsénieux, l'acide oxalique, l'infusion 

(i> Joum^ de Pharm», avril 1824, Mémoire de M. LtSMigne. 



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— 21 — 

de tabac, iigect^ en solution dans les veines, arrêtent les 
moavemens du cœur dans Tespace de sept à quatorze se- 
condes. 

Z"" Des expériences semblables ùdtes avec la noix vomique et 
avec d'autres poisons d'une grande énergie ont prouvé qu'il s'écott- 
lait toujours entre le moment où le poison est mis en contact avec 
l'économie animale, et celui où commencent les premiers acci- 
dens, un intervalle au moins de douze ou quinze secondes, inter- 
valle qui suffit pour expliquer la transmission des principes vé- 
néneux par la circulation, sans qu'on ait besoin d'admettre l'ac- 
tion du système nerveux pour expliquer cette transmission. Mais 
l'auteur va plus loin encore et démontre par une autre série d'ex- 
péri^ces que plus la partie du système vasculaire dans laquelle 
on introduit le poison est près des centres nerveux, plus son ac- 
tion est rapide ; et cela se conçoit^ puisqu'en injecunt dans l'aorte 
un poison qui agit sur les centres nerveux, la disunce qu'il doit 
parcourir pour parvenir à ces centres est beaucoup moindre que 
quand on l'injecte dans le système veineux. Ainsi on fait arriver 
dans l'aorte, au moyen d'un tube introduit dans l'artère axillaire, 
25 centigrammes de woorara dissous dans 8 grammes d'eau ; les 
premiers symptômes de l'action du poison se développent au 
bout de sept secondes, tandis qu'il faut vingt secondes si la disso- 
lution a été injectée dans la veine jugulaire. 

4^ De la strychnine injectée dans la veine jugulaire est arrivée 
très promptement aux extrémités capillaires des artères coronai- 
res. Ce transport s'est opéré chez le cheval en seize secondes, 
chez le chien en dix, chez le lapin en onze et chez le poulet en 
six (ibid. , janvier 18&i). 

5^ Le simple contact du poison avec une large surface ne pro- 
duit pas A' action générale^ tant que le poison n^est pas entré 
dans la grande circulation. Après avoir ouvert l'abdomen d'un 
chien, on lui pratiqua la ligature des vaisseaux qui traversent 
le foie, puis on lui injecta dans l'estomac, par une ouverture faite 
aux parois abdominales, 12 grammes d'acide cyanhydrique de 
Scheele. Dix minutes se passent sans qu'on observe le plus lé- 
ger effet. Alors on l'etire la ligature appliquée sur la veiue-porie, 
et au bout d'un^ minute l'effet du poison commence à se mani- 



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— 22 — 

fiisteF. lift ligature est aussitôt rétpplicpiée , mais Fanimid allait 
périr si on n'eût eu recours à la respiration artificielte. An bout 
de huit minutes ce chien était assez bien pour respirer sans ce 
secours ; on retire encore une fois la ligature, et l'animal meurt 
deux minutes après (tAfrf., janvier 1840). 

Voici quelques autres résultats relatifs à ce sujet : 

1"* Les émissions sanguines favorisent Tabsorption des poi- 
sons. 

2^ On peut établir d'une manière générale que ïahêorption 
d'une substance vénéneuse soluble dans l'eau ou dans un autre 
liquide est beaucoup plus rapide lorsqu'elle est employée dis- 
soute que dans le cas où elle esl^solide ; ainsi la dissolution d'ex- 
trait aqueux d'opium déterminera des effets funestes peu de mi- 
nutes après son application sur le tissu cellulaire de la cutsseï 
tandis que le même extrait solide et à la même dose agira beau- 
coup plus lentement. 

8** On se tromperait pourtant si Ton niait Fabsorption d'un cer- 
tain nombre de poisons peu solubles ; en effet, Tacide arsénieux, 
dont la solubilité dans l'eau est si peu marquée, est absorbé avec 
rapidité, car il siiflBt d'en appliquer 15 ou 20 centigrammes à Té- 
tât solide sur le tissu cellulaire sous-cutané d'un chien assez fort 
pour déterminer la mort au bout de quelques heures. 

4° L'absorption des poisons appliqués à l'extérieur est en gé- 
néral plus considérable dans les parties qui contiennent un plus 
grand nombre de vaisseaux absorbans lymphatiques et veineux. 
Cependant il est des cas dans lesquels le lieu sur lequel ils sont 
appliqués n'influe en aucune manière sur l'énergie de cette fonc- 
tion; que l'on mette 25 centigrammes d'acide arsénieux sur le 
tissu cellulaire du dos ou de la partie interne de la cuisse d'un 
chien, la mort aura lieu dans l'un et l'autre cas au bout de trois, 
quatre ou six heures ; il arrivera même que le chien sur le dos du- 
quel le poison aura été appliqué périra plus vite, tout étant égal 
d'ailleurs ;. au contraire, la même dose de sublimé corrosif occa- 
sionnera la mort au bout de quinze à vingt-quatre heures, si on 
a mis ce sePen contact avec le tissu cellulaire de la cuisse, tan-^ 
dis que l'animal vivra six ou sept jours si le sel a été appliqué 
sur le dos. 



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- 33 — 

S« y^fiaoriHiw de cmftine» sutetaooes vén^^auses a lieu i 
qD'eUof» M)ieiit immédiàtemaat en contact; %yéc les tissus des ani» 
maux; ainsi le sel ammoniac (chlorhydrate d'ammoniaque), d'à* 
pm les expériences de M. Smith, est absorbé lorsqu'on l'in* 
irodiiil; dans un sachet de lin^ que Ton applique sur le tissu cellu* 
laire de la partie interne de la cuisse d'un chien. Il en est de même 
de l'acide arsénieux, etc. . 

6*" Il est des substances vénéneuses qui sont entièrement absor- 
bées, et dont on ne trouve aucune trace lorsque après la mort on 
«tamine attentivement lés parties sur lesquelles elles avaient ët4 
appliquées. Il en est au contraire un très grand nombre dont 
Tabsorption n'est que partielle, et que l'on retrouve en grande 
partie sur le lieu on elles avaient été posées. Ainsi, que Ton ap» 
pllque sur la tissu cellulaire 8 grammes d'une poudre végétale 
vénéneuse, il pourra se faire qu'après la mort de ranimai il en 
reste encore ô, 6 ou 7 grammes : il semble qu'il n'y ait eu d'alv» 
sorbe que la partie active. Dans d'autres circonstances, lorsqu'on 
applique, par exemple, sur le tissu cellulaire la partie émineiyii* 
ment vénéneuse d'une poudre végétale, la totalité n'est pas ab-* 
sorbée, parce que la vie est promptement détruite^ et que l'ab» 
sorption cesse avec elle. 

7® On peut empocher l'absorption de plusieurs substances véné* 
neuses, et peut-être de toutes celles qui sont appliquée^ à l'exté^ 
rieur, en employant une pompe aspirante (sorte de ventouse) que 
l'on fait agir sur toute la surface de la plaie sur laquelle on^a mis 
le poison. Le docteur Bary, médecin anglais, a lu à l'Académie 
royale de médecine, dans le courant d'août 1825, un mémoire in* 
téressant sur cet objet, dans lequel il établit que des animaux 
soumis à Tinfluence de la strychnine et de l'acide cyanhydrlque 
à des doses suffisantes pour les f^ire périr, ne meurent pas, et se 
rétablissent même assez promptement, si l'on applique la ven-^ 
touse à temps et qu'on la laisse agir au moins pendant unedeml*^ 
heure. Ces expériences, dont les résultats sont exacts, portent 
Tauteur à croire, non-seulement que la ventouse pompe la partie 
do poison qui n'a pas été absorbée, mais encore une portion de 
celui qui est d^à dans les vaisseaux veineux et lymphatiques, 
celle, par exemple, qui avoisinerait la plaie. Quoi qu'il en soit do 



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— 24 — 

cette dernière opinion , je pense qu'il serait utile de déterminer 
sur un plus grand nombre de substances vénéneuses, et notam- 
ment sur le venin de la vipère, les diverses époques de Tempoi^ 
sonnement auxquelles il est encore possible d'empêcher l'absorp- 
tion. Le traitement de la morsure de reptiles venimeux et des 
animaux enragés peut être singulièrement perfectionné par les 
travaux ultérieurs qui pourraient être faits à cet égard. 

C. // existe des poisons solides, liquides et gazeux. Ces 
derniers sont souvent l'écueil de l'expert chargé de faire un rap- 
port sur l'empoisonnement ; en effet, il est possible que l'on ait 
fait inspirer à l'individu dont on a détruit la vie un gaz irritant 
ou septique dont il est impossible de déterminer la présence 
après la mort; quelquefois cependant la nature de ce, gaz peut 
être rigoureusement appréciée, par exemple, [lorsque l'individu 
a été empoisonné dans une atmosphère insalubre, et que l'on 
peut soumettre à des expériences chimiques le gaz qui constitue 
cette atmosphère. £n général, il est beaucoup plus facile de dé- 
couvrir le poison, s'il est solide ou liquide \ la difficulté est en- 
core moins grande si la substance vénéneuse appartient au règne 
minéral. Voici, relativement aux poisons inorganiques, des pré- 
ceptes qu'il ne faut jamais perdre de vue. a Les poisons solides 
ou liquides dont il s'agit, administrés sans mélange d'aucun autre 
corps, peuvent ne pas avoir été employés en entier : alors le mé- 
decin parviendra facilement à les reconnaître en les soumettant 
aux expériences chimiques que je décrirai avec soin, b S'ils ont 
été mêlés avec d*autres poisons, avec des substances alimentai- 
res, ou avec des liquides colorés, et qu'ils n'aient pas été em- 
ployés en entier, on devra, pour les découvrir procéder à des 
expériences chimiques d'un autre genre, que j'indiquerai par la 
suite : c'est parce que les auteurs de médecine légale n'ont pas 
eu connaissance de ce fait qu'ils ont avancé tant d'erreurs graves 
dans leurs écrits. On a de la peine à concevoir que Fodéré ait 
nié dans l'article Toxicologie du Dictionnaire des sciences 
médicales, que la plupart des poisons minéraux mêlés à des 
liquides colorés fournissent, avec les réactifs, des précipités 
d'une couleur différente de ceux qu'ils donnent lorsqu'ils sont 
purs. «Je puis affirmer, dit-il, et c'est ce dont mes auditeurs sont 



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— â6 — 

témoins tous les ans, qu'il n'est pas exact de dire que les réactife 
sont sans action sensible et identique sur les liqueurs colorées, 
telles que le café, qui contiennent des poisons métalliques (page 
&0/i). » S'il en est ainsi, je demanderai à. Fodéré pourquoi il se 
rétracte, quelques pages plus loin, en établissant : 1"* que l'eau 
de cbaux précipite en jaune orangé l'acide arSénieux mêlé au 
thé, au café, au sang (page 405) , tandis qu'elle précipite en 
blanc, si l'acide n'a pas été mélange; 2° que la potasse, la soude, 
l'ammoniaque, le cyanure de potassium et de fer, et les car- 
bonates agissent autrement sur le sublimé corrosif mêlé de vin, 
de bouillon ou de café, que sur le même poison pur (p. 406); 
y* que l'ammoniaque et l'acide sulfihydrique ne peuvent servir de 
liqueur d'épreuve pour reconnaître les sels cuivreux qui ont été 
mêlés au café, au vin rouge, parce qu'ils donnent des résultats 
tromxieurs (p. 407). Fodéré a encore été induit en erreur en an- 
nonçant que j'avais dit que les réactifs étaient sans action sensi- 
bles sur les liqueurs colorées contenant des poisons métalliques en 
dissolution, e. S'il est imposable de se procurer les restes du 
poison, on doit nécessairement analyser les matières vomies ou 
rendues par les selles; et si l'individu a succombé, il faut, lors- 
qu'on n'a pas découvert le poison dans les substances contenues 
dans }e canal digestif, soumettre les tissus de ce canal et le foie 
à des expériences particulières, dont l'objet principal est de dé- 
tmûre ou de séparer la matière organique, et de mettre à nu le poi- 
son, s'il existe, d* Les moyens chimiques auxquels on a recours 
dans la solution de la question qui m'occupe sont assez énergi- 
ques pour qu'on puisse reconnaître les plus petites quantités des 
poisons minéraux et de quelques poisons végétaux. 

D. On peut singulièrement éclairer l'histoire de tempoi-' 
sonnement chez l'homme, en faisant des expériences sur les 
animaux vivans. J'ai tellement insisté sur ce fait dans mes 
premiers écrits que je suis parvenu à déraciner les nombreux 
préjugés qui existaient à cet égard. Personne ne conteste au- 
jourd'hui que les expériences faites sur les chiens dans le des- 
sein de déceler les substances vénéneuses qui leur auraient 
été administrées, ne soient immédiatement applicables à l'homme ; 
ainsi lorsqu'on a appris , à l'aide d'expériences tentées sur ces 



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-- î» - 

^Qjpa^x, eomiHfM on découvre rarsenie, r^ittinâinei J» plomb» 
1$ iQQrpbiney etc., dan^ leur fqie ou dans leur canal digestif, on 
agit de la même manière sur le foie et sur le canal digestif de 
Vbomme , sans craindre de commettre la moindre erreur, fût* 
^wne ne conteste non plus que s'il est prouvé qvCune guhitanee 
ifémneuse e$t dénaturée au 4écomp0$ée par un ag^ni ehi^ 
W^Wf dans h canal digestif d'un ehien, au point de n'être 
plus nui^iile à l'économie animale, il en sera de même 
chez l'homme; ainsi Tiaotate d'argent et les sels solubles de 
baryte ne déterminent aucun effet délétère chez les chiens , si 
Ton administre peu de temps après Tempoisonnement une quan*- 
tité suflBsante de chlorure ou de sulfure de sodium ; on peut être 
certain que Ton obtiendra les mêmes résultats chez Thomme, et 
cela doit être dès que la décomposition des sels d'argent et de bar 
ryte a lieu au moment même ou ces toxiques éprouvent le con*^ 
tact du chlorure ou du sulfure de sodium ; qu'importe alors que 
la décomposition s'opère dans l'estoiofiac de l'homme ou d'ua 
cbieu ou. dans un^ase inerte? Il est vrai que pour ce qui coa* 
cerne l'étude de l'action des poisons sur l'économie animaU^ 
on ne peut pas dire que les toxiques agissent absolument de la 
milme manière sur Vbomme et sur tous le^i animaux ; ainai 
énoncée cette proposition serait beaucoup trop générale, parce 
qu'il est des animaux qui avalent impunément certaines subr 
stances qui août très vénéneuses pour d'autres, et que, dans 
qpetquff^ cas, telle substance tout en étant toxique pour plusieurs 
sortes d'animaux , détermine ioi dei^ symptômes qui ne sont pas 
précisément les mêmes que ceux qu'elle développe ailleurs) 
mais on peut af^rmer qu'il n'existe pas un coips qui soit toxi-* 
que pour V homme ^ qui ne le soit pas pour le chiens et que les 
pojsons agissent de la même manière chez les chiens que cb(» 
l'homme ; en effet ils donnent lieu à des symptômes et à des lé* 
sions de tissu du même ordre, quoique dans certains cas on n'ob*- 
serve pas chez les chiens empoisonnés par un toxique, tous les 
symptômes que ce même toxique déterminerait chez l'homme. On 
conçoit, pour ce qui concerne les effets que produisent les poi* 
sons sur les focultés intellectuelles , qu'il puisse y avoir de lé- 
gères différences sans importance réelle. Tout ce que Ton a écrit 



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- 87 - 

pour infirma* cett^ pro{»o«ition ^st sans vale^iaioM il B'eiii p^% 
exact de dire , cooune Va impriaié Virey , que l'acide ar$é** 
nieux qui tue ^ha^laIe avec t^^ut d'énergie, peut être avalé à forte 
dose et sans inconvénient par (es chiens ; il est également fau% 
que la noix vomique soit un poison pour ces derniers animaim, 
et qu'elle ne le soit pas pour ri^omme. 

Ici se présente une question importante ; eit41 ulikii est**il 
nécessaire lorsqu'on cherche à étudier 4*apUon des poisons SW 
les chiens, pour appliquer à rhomme les données fournies par 
les expériences que l'on aura tentées^ que c^ expériences aient 
été faites 0n liunt l'œsophage pour empéclier le^ substance! 
vâiéneuses d'être vomies , et n'y a-t-il pas des îQçonvéniMl^ 4 
SLffr ainsi? Les personnes qui jugent les choses superficiellement 
et qui n'ont jamais tenté des expériences comparatives, avec w 
sans ligature de l'cesophagei n'ont pas hésité à proscrire celle 
ligature, à laquelle elles ont attribué une gravité qu'elle n'a pus 
et qu'il est absurde de lui ace<^der. On peut s'en asaurer aisér 
ment en la pratiquant comme je l'ai fait, sur 4m centaines de 
chiens ; im venra que si, après avoir détaché ce canal fnusculor 
membraneux, on le lie, ranimai n'^^uvera aucun a^ident nor 
table pendant les vingt-quatre premières heures ; si alors im 
détache le lien et que l'on ne prive l'animal ni d^alimena pi de 
boissons, il sera promptement revenu à l'état normal et l'on ne 
tardera pas à voir la plaie se cicatriser. Je suppose nécesaairor 
ment que Topération ait été habilement pratiquée, car si Topera^ 
teur est un maladroit, les suites pourraient être tout autres. Que 
penser maintenant de l'assertion inqualifiable du professeur 
Gimeomini de Padoue qui s'exprime ainsi : M Aveo.A grains de 
« tartre stibié dissous dans l'eau, Magendie ivA les chiens quand 
<c il leur lia Toesoidiage. Il pense que les chiens qui éprouvèrent 
« des vomisseroens réitérés furent sauvés à cause de ces vomisse- 
a mens qui n'eurent pas lieu chez les autres, m^U nous orôy^oUÊ 
a au lieu de cela que la différence des résultats doit être 
« attribuée à Vinfluenee dangereuse de la ligature de l'es*' 
« S0phage)> (Traité physiologique essférimental des secours 
thérapeutiques, t, v, p. 335). Cette assertion est tellement 
étrange dans la bouche d'un homme qui écrit sur la matière mé- 



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— 28 — 

dicale et sur la thérapeutique et qui ne devrait ^ par conséquent, 
pas ignorer à ce point quelle est Faction de Témétique sur Féco- 
nomie animale, que j'aurais pu croire à une faute typographique, 
si malheureusement je n'avais pas trouvé dans plusieurs pages 
du volumineux traité d'où elle est extraite^ bien d'autres propo- 
sitions tout aussi extraordinaires. M. Devergie s'est également 
élevé contre la ligature de l'œsophage, qui /suivant lui, ne doit 
inspirer que fort peu de confiance; mais les motifs qu'il a mis 
en avant pour justifier son opinion^ ne valent même pas la peine 
d'être combattus; si ce médecin eut essayé comparativement sur 
des chiens l'action d'un certain nombre de poisons donnés aux 
mêmes doses, et qu'il eût lié Foesophage de quielques-uns d'entre 
eux, il eût vu que l'action des toxiques n'était aucunement mo- 
difiée, et il se serait bien gardé de se ranger parmi les adver- 
saires de cette opération. De son côté, et ceci paraîtra fabuleux, 
M. Rognetta est venu dire devant la Cour d'assises de Riom que 
si les chiens empoisonnés par Facétate de plomb avaient des 
selles, cela dépendait de ce qu'on leur avait pratiqué la ligature 
de l'œsophage (Compte rendu de l'affaire Pouchon par M. Or- 
fila, p. 136, année 18/13). On ne pousse pas plus loin l'ignorance 
des faits. 

' Après avoir réfuté en peu de mots tout ce qui a été dit sur les 
dangers de la ligature de l'œsophage, je ferai ressortir briève* 
ment les avantages qu'elle prése&te et qui la rendent indispensa-* 
ble. S'agit-il de savoir si une substance peut ou non occasionner 
la mort, si cette substance est de nature à déterminer prompte- 
ment des votnissemens et qu'on ne lie pas l'œsophage des ani^ 
maux auxquels elle aura été administrée, elle pourra être vomie 
en entier. Peu après avoir être prise, et au bout de quelques mi- 
nutes, les animaux pourront être guéris, tandis qu'ils auraient 
pu succomber si l'on ne se fût opposé à Fexpulsion du toxique 
moyennant la ligature de Fœsophage. Il en sera de même lors- 
qu'on voudra étudier Faction des poisons introduits dans l'esto- 
mac. S'agitnl d'éludier Faction neutralisante d'un agent chimique 
sur un toxique? si les animaux sont libres de vomir, qu'ils vo- 
missent et qu'ils soient guéris , comment pourra-t-on conclure 
que le rétablissement de. la santé est plutôt dùÀ Fingestion du 



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— 2» — 

€oiitre-]>oisoii 9 qu'à Texpulsion tout eati^e du poison par le 
vomissement? Si, au contraire, l'œsophage eût été lié après l'ad- 
œinistration du toxique et de la substance présumée être son 
antidote, et que l'animal eût vécu alors qu'il n'aurait point von^i, 
on serait en droit de conclure que les effets délétères du poison, 
ont été annihilés par Tagent chimique employé comme contre- 
poison. L'importance de la ligature de l'œsophage, lorsqu'on se 
propose d'éclairer la partie thérapeutique d'un empoisonnement, 
est telle que l'on peut afifirmer que cette branche de la médecine 
n'est cultivée avec succès que depuis Tannée 181&, époque où 
pour la première fois j'ai pratiqué cette opération dans le but 
de déterminer quels étaient les antidotes d'un certain nombre de 
toxiques. 

£. L99 exfiriencei tentée» iur de* animaux vivons^ aux- 
quels on administrerait des matières suspectes au des ma- 
nières vomies par des personnes que ton croirait avoir été 
empoisonnées , donnent "elles des résultats tels que ton 
puisse en tirer parti pour décider que ces matières sont 
Tie'ellement vénéneuses ? 

On a pensé pendant long^temps que, parmi les différons 
moyens employés pour constater Pexîstence de l'empoisonne- 
ment, celui qu^ consistait à faire avaler à des chiens le liquide 
trouvé dans l'estomac des individus que l'on croyait morts empoi- 
sonnés, méritait la préférence sur tous les autres. Si l'animal 
succombe, disait-on, ou qu'il éprouve des symptômes graves, 
c'est une preuve qu"il y a eu empoisonnement, tandis qu'U n'a 
pas eu lieu s'il ne se manifeste chez lui aucu^ accident. Cette 
opinion existe depuis un temps immémorial ; elle a été soutenue 
par des hommes peu versés en chimie, qui ont évité, sous des 
prétextes frivoles, de compromettre leur réputation en cher- 
chant à analyser les liquides \ elle a encore trouvé des partisans 
parmi les médecins éclairés, qui ont senti l'impossibilité dans 
laquelle on était de pouvoir déterminer la nature des poisons 
végétaux, et qui ont conseillé, par conséquent, d'essayer si les 
matières contenues dans l'estomac d'un individu que l'on croyait 
mort empoisonné , pourraient faire périr promptement des 
animaux bien portans. D'un autre côté , quelques médecins 



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— m — 

liabitoft te sont életéâ c(Hitre dé pareflles etpéskftt^^ cottAhe 
pouvant induire les magistrats en erreur, et leur fkit-e eomttièt-^ 
tre dans le jugement des foi^tes énormes. En effets ont-ll» 
dit , en supposant que ces expériences aient été bien faites,- né 
péut-il pas arriver qu'un individu soit atteint d'une de ces ma^ 
ladies spontanées dans lesquelles les fluides animaux s'altèi^nt, 
contractent une àcreté remarquable, deviennent vénéneux^ e€ 
causent nécessairement la mort des chiens auxquels on les fait 
avali^; ne serait^l pas absurde, dans ce cas, de prononcer que 
l'individu avait été empoisonné ? Mais combien de fois, ajoutent- 
ils, les conclusions tii^es de ces sortes d'essais ont été fautives, 
parce que les exp<k*îences avaient été mal faites ! On a fbrcé dé» 
animaux à avaler des fluides nullement délétères : cependaM 
ces animaux ont expiré quelques minutes après, parce que la 
liqueur avait reflué par le larynx jusqu'aux poumons ; dans d'au^* 
très circonstances^ des mouvemens extraordinaires simulant leé 
convulsions et une agitation^ extrême ont suivi de près l'ingeS'» 
tion de ce breuvage, phénomènes que Ton a attribués à une sub*» 
séance vénéneuse, tandis qu*ils dépendaient souvent des eiforts 
que l'on avait faits pour contenir les animaux, de la colère dans 
laquelle ils étaient entrés, ou d'une susceptibilité particulière. 
, Ces considélratiQns m'ont engagé à entreprendre quelques ex^ 
périences sur ce sujet, dans le dessein de déterminer la valeuf 
de ce mode d'expérimentation. Il résulte de mon travail : 

V Que des expériences de ce genre ne devront jamais être 
tentées si, à Taide des agens chimiques appropriés, l'expert est 
déjà parvenu à démontrer la présence d'une ou de plusieurs sub- 
stances vénéneuses minérales ou végétales -, 

2** Que si les recherches chimiques ont été infruetueuses, et 
qu'il reste une portion de matière suspecte sur laquelle Yexpeti 
n'ait pas opéré^ on pourra introduire dans Testomac d'un chien 
cette portion restante de matière et examiner son mode d'actioA ; 

3* Qu'on ne devra jamais faire servir à cette expérience les 
matières suspectes que l'on aurait déjà soumises à l'action defe 
réactifs chimiques, dans le but de s'assurer si elles' étaient vé- 
néneuses ou taon, ces réactife étant presque tous délétères. 



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-r SI — 

y (M tes cofisiâé^Atf 0118 qai më portent à restreindre ftinsl les 
cas oà Ton peut recourir à ee mode d'eipérimentàtion. 

jl. Si la matière suspecte occasionnait la mort de Tànimal, il 
faudrait^ avant de conclnre qu'il y a eu empoisotmetnent, s'as^ 
gnrer que rinditidu dans le canal digestif duquel elle a été trou** 
vée, n'a point suocombé à une de ces affections spontanées dont 
je parlerai plus tard ; car il pourrait arriver, dans ce cas, que 
les fluides animaux, et particulièrement la bile, eussent con*' 
tracté des qualités délétères capables de produire la plupart des 
symptômes de l'empoisonnement. 

B. Dans le cas où l'animal n'^rouverait aucun symptôme re^ 
marquable après avoir pris la matière suspecte, on ne serait pas 
en droit de conclure, d'après cette seule expérience, quel'em-* 
poisonnement n'a pas eu lieu ; en effet, une multitude, de causes 
peuvent faire que les liquides contenus dans le canal digestif 
d'un individu qui a véritablement succombé à Taction d'un pc^ 
son oe scûent pas vàiéneux. !• La substance vénéneuse peut 
avoir été ^composée dans l'estomac par les alimens, les boift^ 
soas^ ou par les tissus animaux, ou bien s'être combinée avee 
eux $ ainsi, par exemple, 60 centigrammes de sublimé corrosif 
sont avalés par un homme bien portant $ il épreuve les symp^* 
tomes de l'empoisonnement, et il meurt : on fait l'ouverture dti 
cadavre vingt-quatre, trente^sixou quarante-huit heures après | 
on tàk avaler à un chien les matières conteifues dans le canal 
digestif, et il n'en est point incommodé ; J'ai constaté ce fait Un 
très grand nombre de fois : on aurait le plus grand tort de con-^ 
dure que l'individu n'avait pas été empoisonné, car il est évident 
que, dans ce cas, le sublimé, ou bien a été transformé pat* les ali- 
mens en une matière insoluble qui n'exerce aucune action nuisible 
sur l'économie animale, ou bien s'est combiné avec eux ou avec les 
tissus de l'estomac. La même chose aurait lieu si le vert-de-gris avait 
été pris avant ou après Tingestion de l'albumine et de quelques 
autres matières animales ; je pourrais en dire autant dû chlo- 
rure d'étain et de quelques autres poisons. 2o La substance vé* 
néneuse peut avoir été prise à assez forte dose, ensuite rendue 
par le vomissement, et déterminer cependant la mort : le canal 
digestif renfermé, dans ce cas, des mucosités^ de la bile, qui 



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-- 32 -r- 

ne cootiennent pas un atome du poison ingéré, et qui^ par con- 
séquent, ne détermineront aucun accident lorsqu'on les fera 
avaler à des chiens. S"* Il peut arriver que la substance véné- 
neuse soit du nombre de celles qui s(mt facilement absorbées , 
que l'individu en ait pris une assez grande quantité pour périr, 
mais qu'il n'en reste que très peu dans le canal digestif : alors 
le résultat négatif obtenu sur les chiens serait plutôt propre à 
induire en erreur qu'à éclairer. Les expériences de ce genre, 
considérées d'une manière isolée, sont donc sans valeur, à moins 
qu'elles n'offrent un résultat positif, c'est-à-dire la mort ; et 
même dans ce cas elles ne doivent être regardées que comme un 
moyen secondaire propre à corroborer les inductions tirées des 
symptômes et des lésions cadavériques. 

Quoi qu'il en soit, si l'expert croît devoir les tenter, il se gar- 
dera bien de faire avaler les matières suspectes seules ou mé- 
langées avec des alimens, comme cela s'est pratiqué jusqu'à pré- 
sent; en effet, non-seulement on courrait risque, en suivant 
ce procédé, d'en perdre la msgeure partie, parce que l'animal 
la rejetterait, mais les alimens avec lequels on la mêlerait pour- 
raient se coinbiner avec elle, ou la décomposer au point de chan- 
ger entièrement sa nature. D'ailleurs, il arriverait au moins six 
fois sur dix qu'une portion refluerait par le larynx jusqu'aux 
poumons, et l'animal périrait asphyxié. 

2° Le meilleur moyen que l'on puisse mettre en usage, si la 
matière suspecte est liquide, consiste à détacher l'œsophage d'un 
chien à jeun, à injecter le liquide dans l'estomac à l'aide d'une 
sonde de gomme élastique, à lier l'oesophage et à le maintenir 
lié pendant vingt-quatre ou trente heures. Si la matière suspecte 
est assez épaisse pour ne pouvoir plus être introduite dans l'es- 
tomac à l'aide de la sonde, il faut, après avoir détaché l'œso- 
phage, percer celui-ci d'un petit trou, introduire un entonnoir 
de verre dans l'ouverture, et faire tomber la matière dans l'es- 
tomac : cela étant fait, on lie l'œsophage au-dessous de la fente. 

S"" Si la matière suspecte^ au lieu d'être fluide, était solide, et 
qu'il fût impossible de la faire entrer dans l'estomac à l'aide de 
l'entonnoir, on commencerait par l'exprimer pour en obtenir la 
partie liquide, que l'on introduirait à Taide de la sonde, comme 



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~ S3 - 

je vieBs de le dire, et on mettrait la portion solide dan^ nne petit 
cornet de papier fin que Ton pousserait jusqu'à l'estomac par 
une ouverture faite à l'œsopbage : alors on pratifserait la liga- 
ture de ce conduit. Cette manière d'opérer préftaiâe de grands 
avantages ; en effet, ce n'est qu'en agissant aiosi^que l'on peut 
empêcher le vomissement; et combien n'y a-t-il pas de sub- 
stances vénéneuses dont l'estomac se débarrasserait aussitôt 
après leur ingestion, qui, étant ainsi reténues, peuvent déve- 
lopper les symptômes de l'empoisonnement et même produire la 
mort! 

Mais, dira - 1 - on, l'œsophagotomie amène souvent la mort 
et peut occasionner des altérations dans les tissus; comment 
donc reconnaître si la mort est le résultat de l'ingestion de 
la substance suspecte plutôt que de l'opération? Cette objec- 
tion n'a aucune valeur : d'abord les animaux ne succombent 
jamais à cette opération, si l'œsophage a été maintenu lié pen- 
dant vingt-quatre ou trente heures, sans avoir été percé et 
que l'œsophagotomie ait été bien faite; mais alors même que lé 
conduit alimentaire aurait été percé, et que la mort de l'animal 
aurait pu être la suite de l'existence de la plaie œsophagienne 
qui n'aurait pas permis de le nourrir, il serait encôi*e possible 
de déterminer, dans beaucoup de cas, si la mort est le résultat 
de l'opération ou de la matière ingérée; en effet, ou la matière 
suspecte est en assez grande quantité pour faire périr les ani- 
maux, ou elle n'est pas assez abondante; dans le premier cas, la 
mort aura lieu pendant les premières quarante<-huit heures, et 
elle sera précédée de symptômes plus ou moins graves, phéno- 
mènes que l'on n'observe jamais après la simple ligature de l'œ- 
sophage ; si la matière n'est pas assez abondante pour déterminer 
la mort, l'expérience ne sera pas plus concluante qu'elle ne 
l'aurait été si l'œsophage n'eût pas été lié; en effet, supposons le 
cas le plus défavorable pour mon opinion, celui dans lequel cette 
matière développerait des symptômes variables qui se dissipe- 
raient au bout de deux ou trois jours : ces symptômes, dira-t-on, 
seraient attribués au poison si l'œsophage n'avait pas été lié, 
tandis que, dans le cas contraire, on serait tenté de croire qu'ils 
dépendaient de l'opération. A cela je répondrai que cette opérà- 

III. 8 



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— 34 — 

tian ne itâemmaat par eUennéne, pendant le$ pr^nières qoa* 
rapte-buit heures, d'autre symptôme qu'un léger abattement, on 
devrait attribuer à la substance yàoténeuse tous les wtres phé- 
nomènes morbides qui se manife^eraient. D'ailleurs, Tbomme de 
Fart ne serait-il pas bl&mable de prononcer sur l'ei^istence d'un 
p<MSon parce que l'animal auquel on aurait Csiii prendre la ma- 
tière suspecte aurait paru incommodé pendant deux ou trois 
jours? Ces sortes d'expériences ae doivent être eonsklérées 
eomme vaMdiiies qu'autant <|u'elles fcmnûssaift un résultat tran- 
ché, c'est-à-dire une maladie aiguë suivie d'une mort prcHnpte, 
bu quand elles ne déterminent aucun accident manqué, et que, 
d'ailleurs, elles sont d'accord avec les résultats fournis parles 
iqrmptâmes et par les lésions de tissu. Dans les cas <kmteux, le 
médecin doit toujours chercher à être favorable à l'accusé. 

F. Lorsqtie tanaiy^e chimique a fait découvrir un towi^ 
que dan$ le canal digestif du cadavre Hun individu soup^ 
çonnémort empoieon/ne', U faut se dema9tder H par hasard 
ce Umique ^n* aurait paM été introduit dans festemac ou dams 
le rectum,, après la mort, et peur faire prendre le change. 
BwiM iee cas où la substance vénéneuse aurait ^é décelée 
dans le foie, la rate , les poumons ^ etc., il est de la plus 
hoMte importance de déterminer, si le poison €st arrivé 
dans ces organes pendant la vie et en vertu de P-absorption^ 
eu bien s'il n*ff a été porté qvi après la mort et par suite 
d^kiaie imbibition cadavérique. Il résulte des nombreuses ex- 
l^ériences que J^i tentées à ce sujet, V que lorsqu'on introduit 
dans le canal digestif d'un cadavre des dissolutions vénéneuses 
d'un sel de cuivre, de plomb, d'antimoine, etc., ou d'acide ar- 
sénteux, ces dissolutions se transportent par l'effet de Timbibiticm 
d'abord dans les viscères qui avoisinent le canal digestif, puis 
dans les organes plus éloignés. 

y Que la marche de ces dissolutions est assez lente pour qu'au 
bout de dix jours, alors même que Festomac ou le rectum en 
contiennent une assez forte proportion, ni la partie centrale ni la 
face supérieure du foie ,.^ à plus forte raison le cerveau , les 
muscles des jambes, etc., n'en renferment pas encore la moindre 
parcelle. 



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— 88 — 

9** Que tour piorte à croii^ qii^ eas dUêoluUêm, $i «Ite» exji- 
taient en petite proportion dans TeiMjoœac ou dans le rectum y 
n'arriveraient jamais aux organes ks plus éloigués de ûn par- 
ties du canal digestifs asseis i^ande quantUé pour pouvoir 
être déce)ées; qu'il est d'Autant plus probable que lea ebose« «e 
p^si^raient ain^y du moins pour un certaîB nombre de ^sons, 
«96 ceuii-ci> ï mesure qu'ils chemtnerai^t à traviers nos tissus 
perméaUesy seraient décomposés par ces tissus^ ou bien foraie- 
x^ymx avec eux des composés insolubles ou peu solid)les et que 
leur marcbe serait dès-lors arrêtée; je citerai cobuhjb exemjde 
V?s sel^ de mereurei de plomba d'étai», d'argenti d'antimoine, de 
cuivre, etc. U ne faijidrait pas toutefois s'exagérer les e9ets de 
' ceup 4é|9ompQsitipn ou de cette transfonnaiiîon et croire qu'il 
suffirait de quelques jours pour que les dissolutions fussent in- 
failliblement arrêtées dans leur marche, car j'ai trouvé à la sw^ 
face du foie et des reins de cadavres d'animaux qui étaient morts 
empoisonnés par un sel de cuivre dix ou douze heures aupara- 
vant; une certaine quantité du sel cuivreux qui y av^it été porté 
par imbibUion cadavérique ; à la vérité, à cette même épogji^y 
les poumons et le cœur n'avaient pa» encore été tacbi^ p^T 
le sel. 

k"* Que les 4i*9olutions, dont il s'agit ne traversent pas laci*^ 
lement la peau, surtout lorsque celle-ci n'est fias 4^i#ée de 
son épideripe \ en effet, $^rès avoir laissé pendant dix jours dagii 
une dissolutiou saline vénéneuse un avan^bras et pne mai», je 
me suis assuré que la surface interne de la p^au ne reufengpait 
aucune trace de la dissolution^j dans les cas w j'enl^v^s J'épi- 
derme après cinq ou six jours d^immersion de l'avanthbras, }^ 
dissolution pénétrait plu$ facilem^t^ quoique avec lenteur; m 
effet dix jours après avoir plongé dans la dissolu^o^ un ^vaptr 
bras ainsi dépouillé, j'ai vu que celle-ci n'avait pa$ pénétré ^iui> 
delà de 8 millim. dans l'épaisseur des chairs. 

5"" Que les poisons #o/«W^, solublesdans l'eau, pénètrent égi^ 
lement nos tissus, parce qu'ils se dissolvent dans les liquides que 
contient le canal digestif; mais ici l'imbibition s'opère plps len- 
tement, surtout lorsque la solubilité de ces poisons est peu mar- 
quée : ainsi l'acide arsénieux eu fragmens ou ^ poucibne groasière 

8. 



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— 36 — 

mis dans rintestin rectum, tarderait beaucbup plus à arriver au 
cerveau que s*il était dissous. 

6* Que, d'après ce qui vient d'être dit, il est évident qu'un ex- 
pert pourrait trouver une substance vénéneuse dans le foie ou 
dans toift autre organe d'un individu qui ne serait pas mort em-r 
poisonjlTé, si cette substance avait été introduite dans l'estomac 
ou dans le rectum après la mort. Il est également certain qu'en 
cas d'intoxication on découvrira par l'analyse chimique dans le 
foiç, etc., non-seulement la portion du toxique qui proviendra 
de l'absorption pendant la vie, mais encore celle qui y aura été 
portée par imhibition cadavérique ; aussi décélera-t*on une 
plus grande quantité de poison dans cet organe quand les ani- 
maux seront examinés plusieurs jours après la mort, que lors- 
qu'ils seront ouverts pendant la vie ou peu d'instans après 
qu'ils ont cessé de vivre. 

Voyons maintenant à l'aide de quelles données l'expeit pour- 
rait résoudre une question relative à l'imbibition qui lui serait 
posée en ces termes par le magistrat : Le poison décelé dans le 
canal digestif, dans le foie, etc., existait-il dafis ces orga- 
nes du vivant de F individu, ou bien ne s^y trouve-t-il que 
depuis la mort ? Je commencerai par faire observer que cette 
question n'a pas, à beaucoup près, toute la gravité qu'on pour- 
rait d'abord lui supposer, et qu'elle n'inspire, par le fait, jusqu'à 
ce jour, qu'un intérêt scientifique. Il faut le dire à l'avantage de 
l'espèce humaine, jamais encore les tribunaux d'aucun pays n'ont 
eu à s'occuper d'un crime qui consisterait à introduire dans le 
rectum d'un individu qui ne serait pas mort empoisonné, une 
substance vénéneuse, dans le dessein de faire croire que la mort 
était le résultat d'un empoisonnement criminel qui serait le fait 
d'un ihdividu innocent à qui l'on voudrait nuire. J'ai pu me con- 
vaincre, en effet, il n'y a pas long-temps, par des documens offi- 
ciels, que le seul cas de ce genre que j'avais dit avoir été jugé 
par la cour royale de Stockholm, n'était qu'une invention coupa- 
ble de la personne de qui je tenais le renseignement écrit. 

Quoi qu'il en soit, le cas échéant, l'expert, s'il ne parvenait pas 
à résoudre complètement le problème , dans certains cas, du 
moins pourrait-il fournir au magistrat des éiémens scientifiques 



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— 37 — 

tels que celui-ci pûl être sûrement ^mdé dans les rechercher 
qu'il tenterait pour découvrir la vérité. Cesélémens sont de plu- 
sieurs ordres et doivent trouver place ici. 

i^ Quand le poison à l'état solide a été introduit dans Testo- 
mac ou dans le rectum après la mort, on n'en trouve pas ou 
Ton en trouve à peine dans les points du canal digestif tant soit peu 
éloignés de ceux sur lesquels il a été appliqué, tandis qu'il est 
ordinairement assez abondant dans ces derniers points ; il pour- 
rait cependant n'en être pas ainsi, lorsque le poison, que je sup- 
pose àl'état solide, par suite d'un séjour plus ou moins long dans 
le canal digestif, aurait été dissous en totalité ou en partie par les 
liquides renfermés dans ce canal et porté à une certaine distance 
de la partie sur laquelle il avait été primitivement appliqué. 

2"* Quand le poison a été dissous avant d'être injecté dans l'es- 
tomac ou dans le rectum^ il s'étend sans doute davantage et peut 
pénétrer assez loin du point où il avait été d'abord placé ; mais 
ici 11 existe encore des différences très notables entre la pro- 
portion de substance vénéneuse contenue dans l'estomac ou 
dans le rectum et de celle que l'on trouve dans les portions du 
canal digestif éloignées de ces deux organes. 
. B*" S'il est vrai que certains toxiques tels que le sublimé cor- 
rosif, les acides sulfurique, azotique, etc., introduits dans le 
canal digestif , apr^« la mort, altèrent les tissus de ce. canal, ces 
altérations n'offrent pas le même caractère que celles qui ont été 
produites par les mêmes toxiques pendant la vie ; ainsi dans le 
premier cas il existe une ligne de démarcation excessive- 
ment tranchée entre les parties sur lesquelles les poisons ont 
été appliqués et celles qui sont à la suite, tandis que dans l'autre 
cas, rinflammation développée par ces poisons pendant la vie 
s'étend toujours bien au-delà des points touchés par ceux-ci et 
décroît insensiblement à mesure que l'on s'en éloigne ; jamais 
dans ce cas on ne peut constater la ligne de démarcation dont 
j'ai parlé. D'ailleurs, la rougeur, l'inflammation, l'ulcération et 
les autres lésions sont infiniment plus marquées lorsque les to- 
xiques ont agi pendant la vie, que s'ils ont été introduits après 
la mort ; ainsi, dans ce dernier cas, on ne trouve guère que de 
légères altérations sim,ulànt une congestion , alors même que 



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- 38 - 

}eê poiieiis ont été introduits une ou deux heures après la mort, 
et Ton ne découvre atieune trace d'altération, si Tapplication dés 
poisons n*a été faite que plusieurs heures après la mort, quatid 
d^ la vie était éteinte dans les capillaires. D'où il suit que Tex- 
pert pourra fàdtemeut résoudre le problème, toutes les fois qu'il 
t'aglr^ &nn poison irritaftt et qu'il constatera dans le rectum 
Fexistenee d'une grande qirantité du liquide vénéneux dans l'es- 
tenac ou dans le rectum , que les tissus seront à peine conges- 
tionnés et qu'il y aura, pour ce qui concerne l'altération cadavé- 
rique une ligne de démarcation excessivement trancbée entre les 
parties touckées par le poison et celles qui ne l'ont pas été. 

Up l^armi les toxiques susc^ibies d'altérer les tissus du candi 
digestif après la mort, il en est qui agissent d'une manière spé- 
ciale et tellement retnarquable, que leurs effets ne sauraient être 
ebnfondtts avec cent que déterminent constamment ces ihémes 
toxiques pendant ta tie ; le sublimé corrosif et Facide azotique 
sont dans ce cas. 

5* Qtiand le* poisons ont été absorbés pendant la vie et qu'ils 
existent dans le foie ou dans d'autres organes, ceux-ci en renfer- 
ment des quantités égales dans tontes leurs molécules ; aussi en 
retire-t-on autant de 160 grammes de la partie supérieure que 
êe hk partie centrale ou inlërieure du viscère. Il peut n'en être 
pas de même dans les cas oà les toxiques ont été portés dans nos 
organes par imbibitioii cadavérique ; en effet une quantité don- 
née éé l» tranche supérieure dtt foie et même de la partie cen- 
trale de &èt organe peut en contenir beaucoup moins qu'une même 
proportibtt de la tranche inférieure ; c'est que la dissolution toxi- 
que ne pénètre pas également vite dans tous tes points du viscère, 
et l'on conçoit, par exemple, que si die a été introdnite dans l'es- 
tomac après la mort, la flatte inférieure du foie qui est en contact 
avee ce viscère pourrait déjà en être imprégnée, alors que cette 
éissokitbi» n^aurait pas encore eu le temps de cheminer à travers 
le tissu dt» foie et d'arriver à la partie centrale et à plus forte 
raison à sa face supérieure ou diaphragmatiqne. 

6^ Si la dissolution toxique introduite dans l'estomac ou dans 
le reiBtum était en minrnie proportion, il se pourrait que les or- 
ganes le^ plus éloignés n'en fournissent pas la moindre trace à 



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— 39 — 

l'analyse, sfM parce qa'élle n'aurait pénétré dans ces orgaiieà 
qifen très petite qtiantité, soit parée que, chemin feisant, eHè 
aurait été décomposée on transformée par nos tissus en une ma- 
tière insoluble, et que dès-lors rfmbibitîim n'aurait pas eu lieu, 
il n'en serait pas de même si le poison eât été absorbé pesK 
dant la vie et que le toxique fût du nombre de ceux que Fon 
décèle aisément dans les organes les plus éloignés (facidè m^ 
sénieux, par exemple) ; on le décoorrirait fecileraent dans lei 
organes les moins rapprochés de ceux qui l'auraient reçu pen- 
dant la Tie. 

7** Si le cadaTre n'était examiné que plusieurs mois après la 
mort, lorsque d^ l'état putréfié du canal digestif ne permettraôt 
pas de constater les altérations dont il aurait pu être le siége^ 
quoique formant un tout continu, ou bien s'il s'agissait d'un et 
ces poisons qui exercent plus particulièrement leur action sur le 
système i^nreux, sans altérer sensiblement la texture des tissus 
de ce canal, il faudrait s'edquârir attentivement des symplêmes 
qmi ont précédé la mort, de la nature et de la durée de la mala- 
die, etc.; car souvent on parviendrait à reconnaître que cette 
mort a été l'efet d'une cause toute natui^elle, ou qmt des vomi^ 
semens et des évacuations alvines ayant eu lieu d^s les âemi«*s 
temps de la maladie, il est impossible d'admettre qu'une portioB 
assez considérable de substance vénéneuse solide ou dissoute ait 
pu rester dans le eanal digestif. U sepourrait aussi que dansoe 
cas l'examen du cerveau ou des organes contenus dans le thorax 
vînt éclairer l'expert sur la cause de la mort. 

8"* Si l'exhumation du cadavre était faite plus long-temps encore 
après la mort, quand déjà, par suite de la dissolution putride, tous 
lesWiscères seraient méconnaissables et qu'il ne resterait que des 
débris, sous formé d'une masse graisseuse, semblable au cam^ 
bonis, le médecin ne pourrait guère s'éclairer pour résoudre la 
question que des signes commémoratifs sur tout ce qui aturait 
précédé la mort. Mai^alors l'intervention des magistrats, déjà 
si utile dans les cas mentionnés plus haut, serait un puissant 
auxiliaire pour découvrir la vérité; en ^et, l'accusation sou- 
mise à l'invettigation du juge instructeur ne tarderût pas à s'é^ 
vanomr. Qud intérêt pouvmt avoir Faccusé à commettre le pré- 



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— 40 — 

tendu crime^ ou bien qui lui a déKvré la substance toxique, 
coonnent se Test-il procurée, à quelle époque et comment a^tril 
introduit cette substance dans le canal digestif de Tindividu, où 
sont les preuves de toutes ces assertions, de queU accidens im- 
médiats l'administration du poison aurait-elle été suivie? D'un 
autre côté, on pourrait apprendre que l'accusateur possédait 
chez lui le poison décelé dans tes entrailles ou qu'il s'en est pro- 
curé, qu'il en a fait dissoudre une certaine portion, qu'il s'est 
servi d'une sonde ou d'une seringue, dans l'intérieur desquelles 
on trouverait peut-être encore un reste de ce poison, qu'on l'a 
vu s'approcher du cadavre, le retourner dans tel ou tel autre 
sens, etc. Je me borne à ces indications, persuadé que l'œil vigi- 
lant de la justice ne négligerait aucun des moyens propres à 
mettre la vérité dans tout son jour. 

Après avoir indiqué d'une manière succincte les notions préli^ 
minaires sur l'empoisonnement, je vais exposer le plan que je 
me propose de suivre dans l'étude des poisons en particulier. 
Je m'attacherai surtout à résoudre le problème suivant: Comment 
peut-on reconnaître que f empoisonnement a eu liet^ par tel 
poison ? Pour résoudre cette question d'une manière convenable, 
j'indiquerai : 1^ les caractères physiques de la substance véné- 
neuse; 2'' les expériences chimiques propres à démontrer sa 
présence, soit lorsqu'elle est pure , soit lorsqu'elle est mélangée 
ou combinée avec des matières qui la masquent; l"" les symp- 
tômes et les altérations de tissu qu'elle détermine; 4*» enfin son 
mode d'action sur l'économie animale. 

Si les diveirs poisons renfermés dans unç classe donnaient 
lieu à des symptômes et à des lésions de tissu di£Pérens pour cha- 
cun d'eux; si leur mode d'action n'était pas le même, je serais 
obligé de faire autant de descriptions particulières qu'il y aurait 
de poisons ; mais il n'en est pas ainsi : plusieurs des substances 
vénéneuses comprises dans une classe exercent à-peu-près le 
môme mode d'action \ en sorte que je puis, pour éviter des répéti- 
tions, les distribuer en groupes, et me borner à décrire les symp- 
tômes et les lésions de tissu déterminés par les poisons rangés 
dans chacune de ces subdivisions. Toutefois, j'aurai soin d'indi- 
quer dans les descriptions particulières les {phénomènes qui 



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— n ^ 

me paraîtront appartenir spécialement à telle ou à telle autre 
espèce de poison, et que Ton chercherait en vain dans Thistoire 
générale des symptômes et des lésions dont j'aurai parlé. 

Ile SECTION. — DES POISONS EN PARTICULIER. 

PREMIÈRE CLASSE. 
Poisons irritans ou corrosifs. 

Des poisons irritans ou corrosifs : « Les poisons irritans ou 
« corrosifs sont ainsi appelés, disais-je, dans les premières édi- 
« tions de m2i Toxicologie publiées en 181^ et en 1818, parce 
« que, pour l'ordinaire, ils irritent, enflamment et corrodent les 
« tissus, avec lesquels ils sont en contact. L'énergie avec la- 
tt quelle ils produisent tous ces effets varie singulièrement sui- 
« yant la dose à laquelle on les emploie, leur état liquide ou 
« solide et leur administration à Fintérieur ou leur application à 
« l'extérieur. En général, leur action est plus vive et plus re- 
u doutable que celle des autres poisons. Tous les acides, tous les 
« alcalis, presque toutes les préparations métalliques, les can- 
«( tharides, etc., font partie de cette classe importante. » Depuis 
cette époque, il s'est élevé une doctrine, dite de l'école ita- 
lienne ^ et qu'il serait plus exact d'appeler doctrine de M. Gia- 
eominiy qui a la prétention d'annihiler tout ce que la déOnition, 
adoptée par moi, contient d'erroné, et de faire ressortir les nom- 
breux inconvéniens qu'elle présente sous les rapports des parties 
physiologique, pathologique et thérapeutique de l'empoisonne- 
ment. Vécole de Giacomini, en un mot, n'aspire à rien moins 
qu'à démontrer le néant de la toxicologie française , et à s'as- 
seoir à sa place. « Les prétentions de cette rivale nous parais- 
«( sent fondées, dit M. le docteur Biéchy de Sélestat, dans un 
« article qu'il a inséré dans la Gazette médicale de Stras- 
« bourg (n* du 20 septembre 1846), et c'est ses titres et ses 
« droits que nous avons pour but de faire valoir dans ce tra- 
« vail. » 

La question, comme on le voit, offre, ^n apparence^ un grand 
caractère de gravité, et mérite par cela seul de ma part un exa- 
men attentif; non pas, et je m*empresse de le dire dès à présent, 



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- 4a - 

qur'en réalité il y ait quelque eliose de sérient dans te débat^ 
mais parce qu'il serait à craindre, si je gardais pins long-temps 
le silence, qae des hommes, qui ne se sont jamais llyrés à Tétade 
des poisons, continuassent à répandre des faits erronés et à éga- 
rer Topinion publique. 

Voici en peu de mots la doctrine de Giacomini, tant prônée 
dans ce pays par M. Rognetta, et adoptée en dernier lieu par la 
docteur Biéchy. « Les poisons corrosifs exercent deux modes 
a d'action dififérens : i"* Taction ehimico-pbysique, qui est irrita^ 
m tive, mais dont la sphère d'action est renfermée dans le lieu 
« même de l'application de l'agent inritant ^ â"" l'autre action, de 
« nature dynamique qui est hyposthénisante, c'est-à-dire déler- 
<c minant une action dé|^essive sur les forces vitales, et qui est 
« le résultat de l'absorption de f agent toxique. La médica- 
« tiott antitoxique de Gtacomini consiste : l"* à favoriser l'expul- 
« sîon du poison de l'estomac; T à neutraliser dynamiquement, 
« par l'emploi des $timulan$y l'hyposthénie générale, consé- 
ii queitce de ¥ absorption de la substance toxique et cause fon- 
4( damentaie des accidens qui accompagnent Fintoxication mé- 
u tallique. » 

M. Biéchy ajoute : « L'irritation chimico-physique est d'autant 
« plus grande que. la substance toxique est plus concentrée: 
« plus le poison est délayé, moins les propriétés, dites corro* 
« sives, sont prononcées -, à un certain degré de dilution ces effets 
4( physico-chimiques sont nuls. Sous cette forme qui ne laisse par 
« conséquent aucune trace d'irritation matérielle^ la sub- 
ie stance toxique absorbée, passe dans les voies circulatoires, et 
« exerce sur l'organisme une modification constitutionnelle. Les 
« effets mécanico^^chimiques des poisons ont donc été confon- 
H dus par les toxicc^gistes avec leurs effets dynamiques. Dé là 
« des méprises étranger sur leur action organique et leur valeur 
« tihérapeutique. Il est résulté de cette confusion, qUe les au^ 
« tours français n'ont vu datis les effets des poisons, dits îrri- 
« tans, QUE PHLOGOSE, IRRITATION, INFLAMMATION, et partant de 
k là, cette induction fallacieuse, erronée, la nécessité d'une mé- 
« dîcatton agaiiphlogisttque. >v 
Les faits se préseûtetit en toute pour montrer avec quelle lé- 



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-- 43 — 

gèreté le doetear Bîéchy d examine ta qaei^tiôD. Dès Fanttëe 1814, 
mais surtoQt en 1818, j'ai formellement énoncé : 1** qu'un grand 
nombre de |>oisons irritans êont absorbée^ et qu^ih agissent sur 
réconomie animale, non-senlement parce qn'ils irritent les 
parties qu'ils touchent, mais encore j)arc^ quHli iont absorbei^ 
et parce que la partie almorfoée affecte gravement le système ner- 
veux, les organes de la circulation, de la respiration, etc.; j'ai dit 
aussi, et je le maintiens, que dans beaucoup de circonstances le 
système nerveux, les organes de la circulation et de la respira- 
tion étaient en outre sympathiquement affectés par suite de Firrl- 
tation des tissus avee lesquels les poisons avaient été mis en con- 
tact. Je citerai parmi les substances vénéneuses que j'ai dit être 
absorbées, le sublimé corroêifj Yadde arsénieuw^ le tartre 
stibié^ le chlorhydrate d* ammoniaque f le chlorure de ba- 
rym, les cantha/rides , X acétate de plomb y l'ellébore, la colo^- 
quinte, ia sabine, le rhus toxicodendron, l'anémone, l'aconit, 
la ^élidotne, le narcisse des prés, la>scilte, etc. ; 1^ que plusieurs 
poisons irritans laissent à peine des traees de leur séjour sur 
nos tissus, c'est-à-dire qu'ils développent une inâsunmation locale 
peu intense, qui, dam la plupart deê eae^ ne peut pas être re- 
gardée comme cause de la mort, et que celle-ci arrive par Faction 
du toxique sur le cervean, sur le cœttr, sur les poumons, eUi.^dela 
partie absorbe^ (Tosneologie^ 2« édit., publiée en 1818, t. i*, 
page 605). Depuis 1818, chaque jour dte nouveaux travaux m^ont 
conduit à admettre que plusieurs substances, dont l'absorption 
ne m'avait pas paru d'abord démontrée, étaient réellement ab^ 
sorbées (Foy. me^ éditions subséqisientès). Il est donc ftitrx que 
les autewrs franfais n'aient vu dans les eiets des poisons dits 
irritans, que phlogose, irritation et inflammation. I) est bon 
de noter que M. Giacomini était loin d'avoir encore paru sur la 
scène dit monde levant en 1818 et à plus forte raison en 181A. 

Mai$ dira-t-on, en imputant à la partie absorbée, les accidens 
des pofeons irritans, vous n'avez pas considéré leur action comme 
hfpoêthéniêante; loin ùe là, vous l'atez envisagée dans nn sens 
opposé, piorîsque vous ate^ conseillé }eé antif^hlogis'lîques poèr la 
combattre. Lâiiâsom parler etifcore le docteur Biéchy : ^ Quand 
H vous paiNîourez les obset^ations qti'onnous donne desiAtoxi- 



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— -il — 

tt cations par substances corrosives, quel est le tableau, que notis 
« font les toxicographes des accidens concomitans? Ils vous 
« représentent le patient avec un faciès cadavérique, avec un ' 
« pouls filiforme ; il accuse des frissons, il a des sueurs froides 
« et séreuses*, il éprouve lipothimie sur lipothimie, etc. Après 
« la mort quand on ouvre la cadavre, que trouve-t-on? Quelques 
« rougeurs sur la muqueuse gastro-intestinale et quelques injec- 
K tlons veineuses passives ; et Ton voudrait expliquer Tissue fa- 
« taie et les symptômes morbide» par ces insignifiantes lésions 
^ anatomiques? En admettant même qu'il y ait dans Testomâc 
« une phlogose grave, des eschares, des perforations, ne voit- 
« on pas qu'il y avait une contradiction flagrante entre les alté- 
« rations matérielles trouvées après la mort et les troubles fonc- 
« tionnels observés pendant la vie? Peut-on encore se demander 
« si les accidens observés sont de nature sihénique ou asthénir- 
« gi^? Qu'est-ce autre chose que l'expression d'une hyposthénie 
« profonde et [progressive que ces frissons , cette réfrigération 
« générale, cette pâleur mortelle, ce faciès hyppocratique, ce 
« pouls filiforme, ces sueurs algides et visqueuses, ces déjections 
Mi involontaires de fèces et d'urine, ces défaillances extrêmes por- 
« tées jusqu'à l'insensibilité, et au milieu de cet appareil formi- 
« dable de symptômes, ce défaut de réaction? Ne trouvons-nous 
« pas quelque analogie entre ces symptômes, l'abaissement de 
^ « la caldricité, l'affaissement du pouls, la dépression progressive 
« du système de toutes les fonctions, et ceux que nous o&î'ent les 
Xi hémorrhagies mortelles? Où voitr-on dans ces phénomènes, 
« (M\Jd prétendue conflagration py rétique dont parlent les au- 
K teurs, cette phlogose incendiaire qui dévore l'organisme et à 
« laquelle il faut oppbser une médication énergiquement anti- 
« phlogistique ? » 

La réfutation de ce paragraphe ne sera pas difficile. M. Biéchy 
trace de l'empoisonnement par les irritans un tableau qui est 
loin d'être toigours vrai ; en effet, il n'est pas exact de dire que 
constamment les symptôipes de cette intoxication, appartiennent 
à Vhypoiténie. Non, il aurait fallu, pour ne pas s'exposer en- 
core une fois au reproche de légèreté, distinguer deux états fort 
différens dans l'intoxication dont je m'occupe ; des observations 



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— 45 — 

nombreuses, publiées depuis longues années, établissenl jusqu'à 
révidence que dans beaucoup de cas les poisons irritans, soit que 
cela tienne aux doses employées , au mode d'administratioui à 
la constitution des individus, etc., développent une maladie qui 
ne ressemble aucunement à celle qui a été décrite par M. Biéchy; 
ainsi, indépendamment des douleurs atroces dans diverses parties 
deTabdomen, des vomissemens, etc., les malades éprouvent de 
la [fièvre avec un pouls grandement développé, de la chaleur à. la 
peau, des phlegmasies cutanées, une excitation cérébrale mani- 
feste, souvent sans la moindre trace delipbthimie, et Texpérience 
Journalière, constate que dans ce cas les émissions sanguines sont 
utiles. Les auteurs fourmillent d'observations de ce genre : feu 
ai inséré plusieurs dans ma Toxicologie générale , et, ce qui 
vaut mieux pour moi, j'ai soigné plusieurs malades qui étaient 
dans ces conditions. MM. Giacomini et Biéchy n'auraient pas 
manqué de constater des résultats analogues s'ils avaient eu Toc* 
casion dé voir quelques individus empoisonnés. 

Ce premier fait une fois posé, il ne reste plus qu'à examiner si 
les malades dont M. Biéchy a donné la description sont réelle- 
ment dans un état d'hypotthénie qui exclut les antiphlogistiques 
et commande l'emploi des excitans. J'admire la hardiesse de ces 
hommes qui, foulant aux pieds les données fournies par l'analo^ 
gie et par les tentatives faites sur les animaux, et n'ayant aucune 
expérience qui leur soit propre, n'hésitent pas à trancher une 
question aussi grave. Voyons ce que nous apprennent l'analogie 
et les expériences sur les animaux. L'analogie. Que voyons* 
nous journellement dans des affections incontestablement inflam- 
matoires dans lesquelles pourtant la dépression des forces est 
extrême ; qu'a- t-on vu dans certains cas de choléra morhuê 
oêiaiiqtie ? Des malades, en bon nombre, dans un état en tout 
semblable ou à peu de chose près en tout semblable à celui qui 
a été décrit par M. Biéchy sous le nom d'état hyposthénique 
(V. p. UU), traités par les émissions sanguines générales et sur- 
tout locales, avant la période de réactioniei dont la situation, 
loin d'avoir été aggravée , s'est sensiblement améliorée ; souvent 
même les malades ont été guéris. Les ouvrages de Broussais, de 
M. Bouillaud et de plusieurs autres praticiens, nous fournissent 



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— 40 — 

ée» jMreu^es non équivoques de la vérké de cette assertkHi (V. le 
Traita' du ohaléraMmn'h^ du professeur BouÙlaud) . 
.. Si maiuleiuuit nous jetons ui^ coup-d'ceilsur les résultats four- 
uis par des ei^périences testées smr les animaux dans le but de 
prouver qu*en réalité Veoip<^isonn^ment produit par les substances 
iri^ntes constitue un état i'hypo$thenie^ et qu'il y a Ueu de le 
oombaitre par des médicamens exmtans, bous verrons que ces 
i^ésultats établissent, de la manière la plus évidente^ tout le con- 
traire. Rognetta> que Vop trouve tpujpurs prêt à défendre les 
plus mauvaisescauses, a été^issez mal inspiré pour]prôner pmtre 
mesure les idées de Giacomini et pour affirmer qfi'avec la médi- 
cation tonique et excitante il guérirait les animaux empoisonnés 
par Tacide arsénieux. Qu'en est-il résulté ? Dix-huit ou vingt che- 
vaux ont été consacrés à ces expériences ; on leur a fait prendre 
des doses d'acide arsénieux suffisantes pour les tuer dans Tespace 
de quelques jours, et on leur a administré du bouillon, de l'eau- 
de-vie pure ou des narcotiques ; totu ces animaux sont morts ^ 
à l'exception d'un seul que l'on a abattu le vingtième ou le vingt- 
deuxième jour. Plusieurs d'entre eux ont péri plus vite que 
d'autres chevaux empoisonnés de la même manière et qui n'a- 
vaient pa^ été soignés. Le traitement était dirigé par Rognetta. 
Je ne parlerai pas d'autres expériences faites sur les chiens, car 
j'ai démontré en présence de vingt-quatre membres de TAcadé- 
mie, que tov^ ceux qui avaient été empoisonnés par l'acide ar- 
sénieux, qui ne vomissaient pas et qui étaient soumis à la médi- 
caiion tonique, excitante et narcotique, mouraient rapidement ; 
souvent même la mort arrivait alors même que les animaux 
avaient notablement vomi (V. mon Mémoire dans les Archives 
de médecine j septembre I8Z1I). 

Que répondre à des résultats aussi accablans pour la théorie 
de Giacomini? Rien. Je me trompe; on dira peut-êtr(B que les 
expériences sur les chiens et sur les chevaux, sur lesquelles on 
comptait pourtant beaucoup pour faire triompher des idées pré^ 
conçues, sont insuffisantes pour résoudre la question , et l'on ré- 
pétera avec M. Biéchy qu'elles sont des parodies d'ejpapoison- 
nement sans application clinique. Alors je demanderai qu'on 
me fasse connaître un certain nombre de pas d'empoisonnement 



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^ 41 — 

par des substasees firitsates cbez TluMimeguari^fayrlaaiétbode 
•excit^te. On itp le })ourra pas. Q|ie Ton place âetueUeménl; en 
ri^ard de top ces d^ésastres le^ nombreux saccès obtenus de- 
puis un temps immé^aorial^ par la médicailon antipUogistique 
dans rmtoxica^iou dont U s'agit^ et Ton verra d^ quel côté est 
la vérité. Kon pas que je prétende devQir conseiller k& émis- 
sions sanguines dan^ tous les ica$ d'^npoisonnement. où il n'y 
a pas des signes évidens de réaction ; dès l'année i^lBîe m'^étais 
élevé contre remploi systématique de la saignée dans Kmb les 
cas et dans tMites les périodes de Tempoisoiinement par les iiv 
ritans. « Je suis loin de r6^;apder la saignée , disaifr-je à cette 
« époque, opmme spécifique, ainsi que le veut Gan^bell, et je 
« qrois f u'eÛe ne peut être utile qu'en dininuant les ^mptômes 
i/i inflammatoir'es qui se sont di^à manifestés^ (Teiciaologie gé- 
nérale^ tamei"^, page 254, 3* édit., l&iS). Que penser «mainte-* 
nao^tderà-prdposdu pa^^ge suivant du travail de M. Biéeliy : 
«c La médication anttphlogistique e^ le comfrfément, le corol- 
ii. lakre indispensoMe de la doctrine qui établit que les poisons 
« métalli^yaes tuem en irritant » 

« Je ne pense pas que ce eoil sérieusement que M. Biécfay ait 
vnulu iaire valoir un autre argument qne void : « On a can- 
if, fmdu, dune les amtopsies^ îes effets cadavériques du 
« fioiso» avec $on action vitale, » Tout porte à croire, en 
effet, que les toxicologistes français n'ont pas attendu l'avertis- 
sèment qui leur a été donné par le médecin de Sélestat ponr ap- 
praidre à distinguâtes lésions matérielles produites pendant la 
vie, des effets chimiques qui peuvent se manifester après la mort. 
Pour mieua^ prouver que les poisons irritans déterminent la 
mort, non pas en irriiaot les parties qu'ils touchent, mais bien 
en agissant dynamiqti>emeni sur nos organes, par la portion 
absorbée^ M. Biéchy tpose en principe « que plus le poison est 
« conœnu^, plus^s^n actào» e^ lente, et qu'au contraire, plus il est 
<( délayé, plus elle est rapide. » Yoici les faits à l'appui de cette 
hérésie toxicologique : 1** « MM, Coindet et C^ristison 
«( l'ent démontré eaupérimentalement, » Si ces auteurs ont 
prouvé que cela est vrai pour Vacide oxalique, ils n'ont jamais 
établi qu'H en fût ainsi poÀr les autres poisons. 2^ « M. Orfila 



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^ 48 — 

« s'est assuré qy!en donnant à wn animal 0,75 à 1,0 gramme 
« de baryte disioute et délayée dans de l'eau, il ne tarde paê 
« à périr y tandis qu'une dose sextuple de la même substance 
ki ne produit pa^ la mort, si elle est donnée très concentrée. » 
Tout cela est faux ; qu'on lise mes' ouvrages et Ton y trouvera 
précisément le contraire. 3° « 12 grammes diacide sulfurique 
« délayé, ne causeront aucun phénomène grave (1) ; la même 
a DOSE concentrée et ingérée dans Festomac doit produire une 
« phlogose gastrique mortelle. % Comment M. Biéchy ne s'est- 
il pas aperçu que ce fait donne un démenti formel à la propo- 
sition qu'il cherche à faire prévaloir, puisque, suivant lui, les 
irritans agissent d'autant plus qu'ils sont plus délayés? ! ! 1 

Je pourrais en rester là, convaincu que le lecteur a déjà fait 
justice d'une des plus grandes rêveries des temps modernes ; 
mais comme l'école de Giacomini a encore cherché à saper une 
autre idée fondamentale de la toxicologie française, je crois de* 
voir consacrer quelques lignes à prouver qu'elle n'a pas été plus 
heureuse cette fois que sur les autres points. Il s'agit de la 
théorie des contrepoisons. Voici l'acte d'accusation dressé par 
M. Biéchy contre la médication anti toxique : 

« Bien des considérations tendent à faire rejeter la pratique 
« par laquelle on a pour but, dans les empoisonnemens métal- 
« lîques, de neutraliser les poisons par les réactifs chimiques. 
« l"" Dans la majeure partie des cas d'intoxication on ignore la 
« nature du poison ingéré ; T* on est rarement appelé en temps 
« opportun pour que ce moyen puisse trouver son application, 
« et l'on n'a pas toujours les réactifs sous la main ; $"* n'est-il pas 
« beaucoup plus simple de faire rejeter le poison par le vomisse- 
« ment, si déjà sa présence dans l'estomac a entraîné cette éva* 
« cuation ; 4" l'empoisonnement ou les accidens de l'intoxication 
« ne sont pas solidaires de l'action du poison sur l'estomac, mais 
« bien la conséquence de l'absorption de l'agent toxique. Les 
« neutralisans chimiques ne sauraient donc en rien amoindrir 
(( ces effets généraux. 

« L'intervention des chimistes et des pharmaciens, en matière 
«. d'empoisonnement, ne saurait être que funeste. Ces savans 

(1) Ceci est fiiux, à moins que l'acide ne soit excessivemenl délayé. 



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~ *^ — 

u spécialistes assite^il'ent leà appareils organiques à* éës rétep- 
« tacles iiierteé du <les ébruites, et sous prétexte de neutraliser 
« le poison, vont appliquer -à rëconomie leurs rêves de labora- 
« t<yîre, et faisant perdis aihsi un temps prëcieuît, irréparable, 
«vont tout compromettre ; <iar pendant leurs pratiques chlmf- 
« ques, les efffets dynamiques du poison s'exerceirt, et leur 
« marche est rapide. Au moment où la réaction chimique rëus^- 
i< sira peut-être, le ihalàdé sera mo^t ou pt^ de mourir. » • 

Je ne chercherai pas à défendre la doctrine des contrepoisoli^ 
confia les exagérations doât elle a été l'objet dans ees derniers 
temps ; ainsi Temi^oi du fer métallique contre les sels de cuivre, 
celui du protosulfure de fer contre le sublimé êorrosif, et surtout 
celui du protochlorurè d'élain, poison irritant, énergique,^ tmt 
prôné par M. Ponmet et par Tlnstitut contre le même sublimé 
corrosif, ne sont' éVidemmen^t susceptibles d'aucune applicatîM 
Ihictaeuse, parce qu'on rie les a pas sous la main, qu'il fa«it "uh 
eertain temps pour se. les procurer et que bon nombre d'expé- 
riences ont démontré qu'ils n'étaient d'aucàne utilité lorsqu'oii 
les administrait même une ou deux minutes après- l'intoxicationf. 
Personne plus que moi n'a insisté sur la nécessité de recourir 
promptement à l'emploi des contrepoisons, si l'on voulait en r^ 
tirer quelques avantages ; personne plus que moi n'a par consé^ 
qnent contribiaé à les fôire considérer comme dés médicamens 
qui pourraient bien ne pas être d'un grand secours <lans le traite- 
ment de l'empoisotinement, puisque le plus souvent on sera dans 
l'impossibilité de les administrer en temps utile. Dès l'an- 
née 1818 (v. ma Toxicologie, page UZk du tome !•', 2* édit.), 
je prouvais, en parlant de l'empoisonnement par l'acide sUlfcH 
riqne, etc., «que les praticiens ne devraient point se flatter d'ar- 
« rêter les désordres produits par cet acide en employant la ma- 
« gnésie qu'autant qti'elle serait ingérée très peu de temps après 
« que l'accident aurait eu lieu, et qu'on la donnerait à plusieurs 
« reprises. » 

D'un autre côté, j'ai grandement appuyé sur Yindispensahle 
nécessité de débarrasser Sabord te malade de la substance vé- 
néneuse qui n'aurait point encore agi, en employant deux sortes 
de moyens : en première ligne j'ai placé les évacuansy puis les 
m. 4 

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— 50 — 

pe^tratiaons cbimiqttfis {Twiei^gie ^iMr^^» ft^éditkM|). Je 
lie me suis doaepas moairé si fanatique m si enUiousiaqie iles 
ctontrcfpoisQiis que Al» Biécby tend à le foii?e ^«ve^ et je 4^i§TQ- 
PQPSser^ avec énergie raceu^tien quHi 4auç^^ . ^npliciteineiit 
•fmn^ la To^coiogîe Irauçaise^ lorsqu'il ditw^ r^eêt-U^^c^ 
# iiequc(Hiifi plw Mim^le de fiiif*0 f^^t0r h 1W«^ IM»^ fe :V<lr 

£st-e^ II. dire pour cela qu'il f^ÂU^ reuoaepr |i l'iapplai d^ I9#i|r 
jirattsapft obinû^iues^ 4^u^, ineffeusife^ à la portée i^ toui le 
m^ni^y qui, I0Û1 de.MSpendre les *<^raciia)m»s> Iqs fMofmnt 
.tout en Àétruisant ou en att^imani: ration v^^neiise4e lawbt- 
jSlA^ee ingérée ? A qui giersuaâarart-on, par «dnemple, qu^ n^eat 
fias plus avantageux de cbereiber k (iîne vo^iir (es mal^i^^s av#c 
!de:rtau tiède ^umneuse, d^ns rempoiseAttetteot par lasaote 
«aerouri^ls,'Cwvren9c,sia«uiques9eiç.^ ay«(s4e Teau tiMe f^eMftt 
Aus«lf2iie4esaudeen<}i$solution dans ViiHoxiQaUaQ par4es4^lis 
4e baryte et <le plomba ou avec le méipe liquide égale«ienitiî^«t 
'légèrement salé (eUorure de sodium), lors(pi'on a aviajé d^ 1 iim- 
lalè 4'>«rg6aft, 1^^ que d'a^inistner 4e V#au. lièdâ m^h^- 
Wfxm^i ne pas compi^endre qu'il y a ici deux bâaé^cos'au lûsfi 
4'un seul^eeliûde faire voœir et e^ui d'annîbileK ^ toiaUté ou 
m partie la porUj^u de la substan^îo vénéneuse, quii p^i* wi^ 
^use qu^onquO) ne serait pas aa^^êi prcmptemenf V0m^ 
qu'on poui?rait le désirer? ^ Mai», dit M* Pîéjt^,. vous rêves 
4c lorsque vous prétendez que les oboses se fiassent dans l'esto^ 
« mac^ comme dans les cornues de vos laboratoires? > Â cela je 
répondrai que si quelqu'un rêve, ce n'est certes ^pas le cfaimiste 
ni 'le pbapniacieB,€ar il est aisé de démontra par le raisonnement 
et par de^es^érienaes direoteë:, que les réactions chimiques ont 
exactement lieu de la même msMoière dans les deux cas ; si les 
laits n'étaient pas là pour justifier cette assertion, il me suffirait 
4e dire, pour ne lai^er aucun doute, même parmi ceux qui con- 
naissent à peine les élémens de la science, que les réactions dont 
^ j'ai parlé ont lieu à limUmt même où lee substaneeê sont en 
eant€ket et que dès-lors la nature du vase ne saurait exercer la 
moindre influence sur le résultat. M. Biéchy niera*t-il qu'en 
administrant la magnésie dans un cas de dy^epsie» de pyro- 



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-^ - 

^ Cj^î., çe|;,alç;ïliapu^raliisç,yûwf ; Peitiff^qç^ les s^i4es qui 
s'jjT.jé^iwt j4^v<ejpfjpés; ifiera-Ml les bons effets prsf tiques de 
^^il^,^pi^|jp^l^jiti^^^^ eh bien ! dans ce cas lepra- 

ticien ne fait aijtre, chose que d'administrer i^n contrepoison, ei^ 
appliquant purement et simplement une donnée de laboratoire. 
Je regrejtte pour M. Biéchy qu'il m'ait mis dans le cas de lui rajp- 
pêW ïïes'priricîpes aussi éïeméntaïrês. ' 

*« Mais, ajdule mon confrère, vous perdez un temps précieux 
« pendant lequel vous devriez combattre les effets dynamiqvss du 
« poison. » Ce que j'ai dît ^s?«r Jte ptétéÂdu dynamisme que l'on 
invoque me dispensera de répondre en détail à cette assertion ; 
tt fest'céiptâïiî'^iieVîl fàitalt gwgèi^leis inaiadés d'éau-dé-vîe ou 
de vin, comme le veut recelé Giacomini, il y aurait danger à dif- 
férer remploi de ces médicamens incendiaires ; mais l'observa- 
tion se trouve réduite à riéàik dèâ ^ue j'ai ptt'ouvé qu*il serait 
plus que léinëraire de recourir à' une pareille médication. 

Je bornerai ici le relevé des grîefs articulés cohtre l'écôie 
française, quoiqu'il me fut aisé de combattre vîctorreuseméût 
quelques autres assertions, aussi peu fondées que' les précé- 
dentes, et je dirai en terminant que les attaques des détracteurs 
de nos idées ne sont pas de nature à étoatnlei* ïe moins du monde 
ïes esprfë feérîetix ei éclairés qui chërôheront à prendre la na- 
ture siir'fé ftiit. *Qo'il y a tbih de l'étude cxpérlmemale variée et 
j[)rolongéë réùnîSé â l'obsëtvaiion Clinique la plus attentive, if 
ces divagations éTucribrées' dans le silence du cabinet par des 
médecins qùï li'ont pëut-êtrfe pas ru dans leur vie deux cas d'em- 
poîsonnément chei l'htimitte, et qui à coup sûr ignorent les^ pre- 
mfér^ éiéme'ns de l'art dî'expériménter. 

Il résulte de tout ce qrfî précédé que je dois ranger parmi les 
poisons irritansj ceux qui, pour t ordinaire, enflamment les 
parties qu'ils touchent, qùlsotit eh outre absorbés et qui exer- 
cent une action délétère? sur les centres nerveux, sur les organes 
delà circulation, de îa respiration, etcf., action qui, dans beau- 
coup de cas, devra être attribuée à-la-fois à la portion absor- 
bée et à l'alLéraiion locale, mais qui, dans c;^rtaînes cijrcon- 
stanees, pourra dépendre aussi d'une lésion sym^^hique des 
organes les plus essentiels à la vie, occasionnée par l'inflamma- 

4. ' ' . " 



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-ii- 

lien des ife^iik mîife en côniâct avec tes tôiîqùesi^ SPÏes 'îratSîi 
d'irriiaiion locale sont peu sensibles, il est Méent'^n^leèeVëà 
délétères qui se sont manifestés reconnàisseiit pour càuàe i^àctfoîîi 
de la portiou absorbée sur des organies importaiis. ' " ^ 

ARTICLE I*'. — DU PHOSPHORE, Dfi l'iODE , DU BRÔMË , DU 
CHLORE, ET DE QUELQUES-UNS DES COMPOSÉS PANS LESQUELS 
ILS ENTRENT. 

Du phoMp^re. ,. .. ., .^w.,. . 

Comn[^ent peut-on recqnnattre que T^i^pDisonnément a eu lieu 
par le phosphore? / , , . 

On reconnaîtra le ^AofpAor^ dégagé de tout mélange aux 
caractères /)Aîr#«gi^^* et chimiques suivans: il est^ solide 4 
la température ordinaire, lumineux dansr<|1]jscurité, blanpi 
bla;nc jaunâtre ou rpu^e» suivant qail a été conservé dans Tob* 
scMirîté ou expo§é a Taction de la lumière, demi-transparent oi| 
opaque, flexible, assez mou pour qu'on puisse Je couper avec un 
couteau ; quelquefois cependaijt il présente un assez grand degré 
de dureté, c'est lorsqu'il o'est pas récemment préparé ^ il répand 
unç odeur alliacée très remarquable; son poids spéçifigpe est de 
1,770 (1). Il a beaucoup d'affipité pour l'oxjgène : aussi décom- 
pose-t-il l'air à, toutes les tempéra tiu*es. Si on, le j[)laç<& sur un 
corps légèrement chauffé, il fond, brûle avec. éclat, et dphne. non 
pas de l'acide hypophosphorique, comme le dit M. Deyergie, maïs 
bien de l'acide phosçhorique qui se dégage dans l'atmosphère, 
sous forme de vapeurs blanches épaisses, et de l'oxyde rouge 
de phosphore, qui reste attaché au, vase sur lequel on avait placé 
le phosphore. Si, au lieu d'agir ajinsi, on expose ce corps à l'ac- 
tion de l'air à la température ordinaire, il en absorbe^ également 
l'oxygène, passe à l'état d'acide hypophosphorique, acide qui n'est 
qu'un composé d'acide phosphorique et d'acide phosphoreux, et 

(1) Si j'avais voulu décrire le phosphore pur et récemment préparé, je n'aurais 
pas indiqué les diverses iluànces de couleur, de transparence, de consistance, etc., 
parce qu'il représente toujours de la même manièf^e; mais cbmoiie mon objet est de 
faire connaîtra ce corps dans tous les états, j*ai dû signaler les caractères variés qu'il 
offre. Je crois remplir mieux mon Imt en agiaiant ainsi pour tons \ts poisons. 



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— 53 — 

répand une légère fumée blanche : U se produit pendant cette 
combustion une lumière verdàtre, qui n*est visible que dans 
Tobscurité. 

Si le phosphore pulvérulent a été mêlé à d'autres corps so- 
lides, on le reconnaîtra : 1*> à l'odeur alliacée du mélange ; 2° à 
la propriété qu'il a de fumer lorsqu'il est exposé à l'air ; 3° à la 
manière dont il se comporte lorsqu'on l'étend sur une plaque de 
fer préalablement chauffée ; en effet, il suffit d'éparpiller avec un 
couteau, sur une de ces plaques, une pâle contenant seulement 
un millième de phosphore pulvérisé, pour que ce corps brûle 
avec une flamme jaune, et avec production d'une fumée blanche 
d'acide phosphorique, et pour qu'on aperçoive çà et là des points 
lumineux au milieu du mélange; 4'' en triturant celui-ci avec de 
l'azotate d'argent dissous, sa couleur passe d'abord au roux, puis 
an brun et au noir ; dans ce dernier état, il s'est formé du phos- 
phqre noir d'argent ; si la pâte ne renfermait qu'un millième de 
son poids de phosphore, il faudrait attendre plusieurs heures 
avant qu'elle devint rousse. Ces caractères, plus que suffisans pour 
déceler le phosphore dans le cas dont je parle, doivent être pré- 
férés à celui qui a été indiqué par plusieurs auteurs, et qui con- 
siste à exprimer sous l'eau chaude la pâte phosphorée renfermée 
dans un nouet fait avec une peau de chamois : on éprouve en effet 
trop de difficulté à faire passer à travers la peau quelques parcelles 
de phosphore, parce que celui-ci se trouve fortement retenu par 
la pâte. Dans une expérience de ce genre faitç avec un mélange 
Sune partie de phosphore pulvérisé, et de neuf parties de pain 
mouillé, mélange très riche en phosphore, je n'ai pu faire passer 
âtravers la peau qu'une ou deux petites particules de phosphore. 

Eau dans laquelle a séjourné du phosphore. Le phosphore 
est insoluble dans l'eau ; d'où il suit qu'il n'existe point de solu- 
tion aqueu^se de phosphore, comme l'a dit M. Devergie; le 
liquide, dont il s'agit, ^nt en dissolution de l'acide phosphoreux 
et de lliydrogène phosphore , produits par la décomposition de 
Feaa. Il exhale l'odeur de phosphore, répand des vapeurs lumi- 
neuses dans l'obscurité, et se comporte avec l'azotate d'argent, 
comme l'alcool et l'éther phosphores. 

Alcool et éther phosphores. L'odeur de ces liquides est al- 



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— 54 — 

lîacée et alcoolique ou éthérée : lorsqu'on les enflamine, ils brfi- 
lëht à-peu-près comme s'ils étaient purs ; il se forttoe, vers la fin 
de celte combustion, de l'acide phosphorique, qui peut se déga- 
ger en partie sous forme de vapeurs blanches, maïs qui se trouve 
ioujours eh assez grande quantité dans la capsule où l'on a Mt 
l'expérience, pour rougir fortement la teinture de tournesol ; H 
airrive aussi, lorsque le phosphore est très abondant et quil n'a 
pas été entièrement converti en aôlde, qu'il y a un résidu d'oxyde 
de phosphore rougeàtre. L'eau versée dans l'alcool ou dans l'é- 
iher phosphores en précipite sur-le-champ une poudre blanche; 
si Ton met une petite quantité de ces liquides dans un verre rempH 
d'eaû froide, placé dans un lieu obscur, on aperçoit à la surfece 
du mélange des ondes lutnlneuses et brillantes. Lorsqu'on éxt)oèé 
ces liquides & l'àlr, ils répandent des vapeurs blanches, Itim!-^ 
neusiBS dans l'obscurité ; l'alcool, et surtout l'éther, ne lardent pas 
ii se vât)orîser en entier, et il reste du phosphore pulvérulent* 

L'azotate d'argent est précipité par ces dissolutfons, d'aboi4 
en blanc Jaunâtre, qui passe au roux clair, qui se fonce 4e plus 
eti pluà et finit p)ar devenir noit» (phosphure d'argent) ; si le phos- 
pliore est assez abondant, le précipité noir parait de suite. 

jiùîdé aùetique phosphaté. Son odeur est |i-la4bfe acétique 
et phosphores ; ^'il est diargé de phosphore, il répand des Ta- 
peurs blanches à l'air ) l'azotate d'argent agît sur loi, comme sur 
l'alcool et l'éther phosphores. 

ïluîîe et pommade phogphorëes, Hlès conservent là pltipait 
des propriétés physiques de l'huile ; mais elles ont une odeur al- 
liacée ; elles rougissent faiblement la teinture de tournesol, avec 
laquelle on les agite, prédpîtent Tazotate (Tarçent en ttoir, et 
lorsqu'on en imbibe un papier, celui-cïbrftle avec unebi^fiaiilme 
jaune comme Ite phosphore, et fournît une vapieur blanche d'adâè 
phosphorique. Leur consistance et leur aspect peuvent encore 
servir à les faire reconnaître. |f 

Lorsque le phosphore a été transforme dans f estomac de 
l'homme en acides phosphorique ou hypophosphoriqué qui ont 
occasionné la monde l'individu, on s'assurera de la présence de 
ces acides par les moyens qui seront indiqués en parlant de ceè 
corps. 



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- 5& — 

Sympiêmeê et léiionê de Him déMrminéê pttir le phoê^ 
phare. Left sjrEaptdnies et le& létiôûé de tissu auxquels le phW 
phore donne naissance varient suivant la dose et Vëtat de division 
dans lequel il se trouve lorsqu'il est ingéré : i"* s'il est solide, en 
petits cylindres, et que l'estomac soit rempli d'alimens, les symp- 
tètnes ne se déclareront que quelques heures après qu'il aura été 
avalé, et ils seront en tout semblables à ceux qui caractérisent 
rinflanuaiation de l'estomac et des intestins ; 2* si le phosphore a 
été auparavant dissous dans un véhicule, quel que soitFétat dans 
lecpiel se trouve Testomae, et que la dose soit de 4 à 10 eentir 
grammes, il excitera puissamment le système nerveux, et surtout 
les organes génito-urinaires ; le pouls sera plus fort et plus (l*é- 
qu^t ) la dialeur sera augmentée , ainsi que les ibrces muscu^ 
laires ; la sueur et l'urine seront plus abondantes, ei les déeim 
vAtlMetiê notablement éveillés. Si la dose est plus forte, et 
quelquefois même à la d<»e de quelques centigrammes, les souf- 
frances les plus cruelles, les vomissemens les plus opiniâtres et 
les symptômes nerveux les plus alarmans se manifesteront et 
amioneeront une mort prochaine. 

S'il est appliqué à l'extérieur, Il enflammera les tissus et pto*^ 
didra des brûlures prof(mdes. 

Les lésions eada^ériques consisteront en une inflammatiM 
plus du moins intense du canal digestif; les chairs et les organes 
gastriques pourront exhaler l'odeur de phosphore et être lumi- 
neux dans l'obscurité. 

Aetien du phosphore sur Véeonomie animale. Il résulte 
de mes expériences et d'un grand nombre d'observations {F. ma 
Toxicologie générale) : i* que le phosphore dissous dans ffauilè 
et ii^cté dans les veines traverse les poumons , absorbe l'oxy- 
gène de l'air et passe à l'état d'acide hypophosphorique; probà-* 
biement il se forme aussi de l'acide phosphorique ; le passage de 
ces acides à travers les vaisseaux délicats de^ ppuipQ^ détern^ne 
une inflammation presque iastantanjée de ieur tissu, inflamrtaiioâ 
qui, en s'opposant à ce que les pounfions continuent leur àcHohy' 
donne bientôt lijeu à J'asphy?;!)^ et à l;a jçno^rt \ T fiU*é]l3[p|L i^j^rfl^H 
dans r^stoaiaeà la ém^ de quelques ^iMlîgNunines, «ipcès «Iviotr. 
été dissous dans un véhicule, il est absorbé et excite le système 



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nerveux et Ie3 opgaoe^ génito-urinaires ; S"* que sou8 cette forme, 
et à plus forte dose, il peut déterminer la mort, 8oii par suite de 
rabsorption dont je parle, soit parce qu*ll développe une vive in- 
flammation des tissus du canal digestif, soit enfin par l'action corn* 
binée de ces deux causes ; quoi qu'il en soit, FinflamniatioD gastro- 
intestinale doit surtout être attribuée à la transformation du 
phosphore en acide phospborique , au moyen de Tair contenu 
dans le canal digestif; 4^ que lorsqu'on introduit le phosphore en 
cylindres dans Testomaç, il se produit de Tacide hypophosphori- 
que qui enflamme les portions des membranes avec lesquelles il 
est en contact : or, comme le pbospl]K>re marche progressivement 
de Testomac au rectum, on conçoit que l'inflammation doit être 
plu^ forte dans les endroits où il s'est formé une plus grande 
quantité d'acide hypopbosphorique, ceux, par exemple, que 
le phosphore a déjà franchis; 5° que la combustion est d'autant 
plus lente que l'estomac contient une plus grande quantité d'ali- 
mens, le phosphore se trouvant alors enveloppé, et par consé- 
quent plus à l'abri du contact de l'air (1) ; 6° qu'il n'est pas exact 
de dire avec M. t)evergie, que le phosphore exerce beaucoup 
plus d'action quand il a été transformé en acide hypophosphori- 
que par le contact de l'air, puisqu'on peut faire prendre à ,Aes 
animaux, sans déterminer d'accidens notables, des quantités de 
cet acide au moins deux fois plus fortes que les doses de phosphore 
susceptibles de les tuer, pourvu que ce corps ait été dissous 
dans une huile ; 7*" que la mort ne tarde pas à survenir lorsque 
le phosphore avalé a été préalablement fondu dans l'eau chaude : 
dans ce cas, la combustion est des plus rapides, et l'animal suc- 
combe au milieu des mouvemens convulsifs les plus horribles. Il 
est certain qtte le produit de cette combtistion est de l'acide phos- 
pborique. 



(tj It arrive même assez souvent que le phosphore ,n*a point encore agi sur les 
tiisnt deFtstomac plusieurs heures après sou ingestion. J'ai donné à un animal une 
très grande quantité d^alimens ; immédiatement après je lui aï fait prendre 
8 gnimmes de phosphore coupé en vingt petits cylindres : au bout de huit heures^ 
il n'éprouvait aucune incommodité. On Ta ouvert, et l'on a vu que le phosphore se 
jtnnfMt env^ppédans tes ^fimens : les tissus de l'estomac n'offraient pas la ^lus 
Vèg|ipre (r|K:efi'allération, 



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- 57; ~ 

De Viode, 

Comment peut-on reconnattre que l*empoisonnement a eu lieu 
par rîode? 

Iode solide. Il est en pelles lames d'une couleur bleuâtre, 
d'un éclat métallique, d'une faible ténacité, ayant Taspect de la 
plombagine (carbure de fer), ou cristallisé en octaèdres ou en 
dodécaèdres ; il jaunit sur-le-champ le papier blanc ou la peau sur 
lesquels on le place; son odeur est analogue à celle du sulfure 
de chlore liquide; son poids spécifique est de 4,946. Si on le 
chauffe, U se yaporise en répandant des vapeurs violettes très 
belles, qui se condensent par le refroidissement et donnent les 
lames cristallines dont j'ai parlé. Il communique à l'eau une lé- 
gère teinte jaune d'ambre, et ne se dissout qu'en très petite quan- 
tité. Il est plus soluble dans l'alcool, avec lequel il forme la tein- 
ture d'iode. 

Si l'iode ne se volatilisait pas en entier étant chauffé, ou qu'il 
ne se dissolvtt pas complètement dans l'alcool, c'est qu'il serait 
mélangé de charbon, de fer, de sulfure de plomb ou de bioxyde 
de manganèse, etc.^ substances avec lesquelles on l'a quelquefois 
falsifié. Il faudrait pour reconnaître ces fraudes, après avoir dis- 
sous tout l'iode dans l'alcool, constater les caractères de chacune 
des substances indiquées. 

Eau iodée. Liquide jaune tirant plus ou moins sur le rouge 
clair, odorant comme l'iode, colorant en violet l'amidon dissous 
ou délayé dans l'eau, perdant celui-ci sous forme de vapeur vio- 
lelte, et se décolorant lorsqu'on le chauffe, se décolorant aussi 
par la potasse ou par le sulfure de carbone liquide (liqueur de 
Lampadius). Versez deux ou trois gouttes de celui-ci dans un 
tube contenant de l'eau iodée, et agitez; le sulfure occupera bien- 
tôt le fond du tube, et sera d'un violet clair; décantez le liquide 
incolore surnageant, et mettez le sulfure restant dans une cap- 
sule ; par la simple exposition à l'air, le sulfure se volatisera en 
quelques minutes, en laissant de l'iode. 

Alcool iodé ou teinture d'iode. Liquide brun rougeàtre , 
d'une odeur à-la-fois alcoolique et iodurée, décomposable par 



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-- 88 — 

Teau, qui en sépare Tiode, à moins qu'il ne soit trop étendu, se 
comportant avec la chaleur, la potasse et Tamidon, cpmdie Feau 
iodée. 

MMicametiê solideê contenant de l'iode (pilules, pastilles^ 
etc.). Ils peuvent répandre Todeur d'iode ; macérés pendant queN 
que temps avec de l'alcool concentré, ils peuvent céder à celui-ci 
une partie ou la totalité de l'iode , et la dissolution alcoolique 
colorera Tamidon en violet. Si l'alcool ne dissolvait pas de l'iode, 
il faudrait recourir au procédé dont je vais parler. 

Iode mêlé au vin, au caféj à un nirop , à des liquides ali- 
mentaires, ou bien faisant partie des matières vomies ou 
de celles ^ue ton trouve dans le canal digestif après la 
m^rt. On filtre ces lîtiuides. S'il y a de Fiode à l'état solide, 1! 
reste sur le filtre , et on le reconnaît aux caractères précédem- 
ment indiqués. Si l'iode est en dissolution, Il pourra déjà s'êtrô 
transformé en acide iodique et surtout en acide iodhydHque, 
que Tamidon seul ne décèlerait pas. Dans ce cas, si la matière 
suspecte est liquide et peu colorée, on la cfaaufiera dans une 
cornue de verre, à laquelle on aura adapté un tube qui viendra 
se rendre dans une éprouvette entourée de glace ou d'eau froide, 
et dans laquelle on aura mis de l'eau amidonnée ; après quelques 
minutes d'ébuUition, on apercevra des vapeurs violettes dafls la 
cornue et une coloration bleue de l'amidon, qui pourrait ne pas 
se manifester, si Téprouvette n'était pas refroidie ; quelijuetois 
même l'iode cristallisera dans un point quelconque de la comète. 
On s'assurera que la matière bleue est composée d'iode et d'ami- 
don : 1^ en en délayant une certaine quantité dans de l'eau, après 
l'avoir laissée égoutter sur un filtre et en la chauffant à 80<» ou 90* 
cent, dans un tube ; elle se décolorera et redeviendra bleue où 
violette à mesure qu'elle se refroidira ; 2* en en agitant tinè autre 
portion dans un tube de verre, avec de l'eau, du sttlfure de car-' 
bone et de Tâdde azotique concentré ; bientôt àpt*ès, on Verra âU 
' fond du tube le sulfure de carbone coloré en rose ou en vlblët. 

Que si la propoktlon d^ode contenu dans la liqueur suspecte 
était beaucoup trop faible pour donner ces résultats, il faudrait 
suspendre l'Opération après quinze ou vingt minutés d'ébuHîtlon, 
laissât refroidie là îiqti&ur, et chauffer de ootiveau après atoir 



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— 59 - 

ajouté au liqtiide de la cortiuedu cUore liquide, goutte à goùUe, 
jusqu'à ce qiie U li^ueut ait aequi» une teinte rosée ou rougefttre, 
indice de Texistence de Fio^le. SI Ytn tersait le chlore sur le H-» 
quide bouillant, le chlore gazeux se dégagerait, avant d'âTolf 
réagi sur le composé iodé qu'il peut contenir; d'un autre câté,si 
Ton employait un excès de chlore liquide, Tiode précipité serait 
redîssous par ce chlore et ne serait plus volatilisé. Voilà pour- 
quoi, j'ai dit plus htiut que ce procédé n'était applicable qtfau 
cas où le liquide est peu colora; en effet si la couleur de celui* 
ci était foncée, l'opérateur ne pourrait plus juger, d'après la 
teinte rosée ou rougeâtre dont j*ai parlé, s'il avait ajouté ou non 
une trop grande quantité de chlore. 

Si la matière suspecte est fortement eolorêey M.Lanaux, aide 
de chimie à la Faculté, conseille avec raison de la dessécher dan^ 
une cornue, qui se rend dans un récipient ; de celui-ci part uil 
tube qui va dans une éprouvette contenant de feau amidonnée, et 
qui est entourée de glace ou d'eau froide. La matière une fois 
séchée est additionnée d'un sixième de son poids d'acide snlftiri- 
que pur et concentré, puis on chauffe; il se dégage aussitôt des va- 
peurs violettes d'iode qui ne tardent pas à disparaître, sans qu'il se 
condense de l'iode et sans qu'il en arrive ni dans le récipient, ni 
dans l'éprouvette contenant feau amidonnée ; cela tient à ce que, 
par suite de la décomposition de l'acide sulfurique, il s^est pro- 
duit du gaz acide sulfureux, lequel réagissant sur la vapeur d'eau 
et sur l'iode a donné naissance à de l'acide sulfurique et à de l'a- 
cide iodhydrique : aussi trouve-t-on ces deux acides dans le réci- 
pient, et suffit-il d'ajouter quelques gouttes de chlore à la liqueur 
condensée dans le ballon pour en précipiter de Fiode, Le char- 
bon qui re^e dajos la cornue, s'il est traité par l'eau distillée 
bouillante fournit une dissolution, dont il est possible de séparer 
de Fiode^ à l'aide d'une faible proportion de cMore. 

Le procédé donné par M. Devergie pour reconnaître Flode 
mêlé à ces divers liquides, et qui n'est en définitive que celui de 
M. O'Shaugnessey, doit être rejeté, parce qtfîl est trop compdî- 
qué et moins sensible que celui que je conseille ; il est d'ailleurs 
insuffisant, puisqull ne fournît point la preuve de l'exîstencte dé 
Fiode. Qui pourrait se contenter, en effet, après avoir traité des 



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— 60 — 

matières suspectes par des agens nombreux, dlune simple colo- 
ration violette^ et ii'est«il pas indispenêuhle de prouver^ co^mme 
j'ai proposé de ie faire, que le précipité violet est réellement de 
riodure d'amidon? 

Si Ton voulait retirer l'iode des viscères dans lesquels il a été 
porté par voie d'absorption ou des tissus du canal digestif, il fau- 
drait faire dessécher ces divers organes, coupés en petits mor- 
ceaux et additionnés de quelques centigrammes de potasse ; le 
produit serait ensuite traité par le sixième de son poids d'acide 
sulfurique pur, comme il vient d'être dit. 

Taches d'iode sur la peau ou sur d autres tissus organi- 
ques. Elles sont jaunes ou d'un jaune rougeàtre, et s'effacent au 
bout d'un certain temps par le contact de l'air ; l'amidon les colore 
en bleu et la potasse les fait disparaître, caractères plus que suf- 
fisans pour les distinguer des taches de bile qui persistent et ne 
présentent aucune des propriétés indiquées avec l'amidon et la 
potasse , aiosi que des tadies d'acide azotique que l'amidon ne 
colore pas et auxquelles la potasse communique une couleur 
d'acajou. 

Urine d'individus ayant pris de Veau iodée ^ de la tein- 
ture d'iode^ de l'huile iodée j etc. Le meilleur moyen de déceler 
les plus petites traces d'iode dans cette liqueur, consiste à la 
mélanger avec de l'èau amidonnée et avec quelques gouttes de 
chlore liquide. On évitera surtout de chercher l'iode par les 
acides sulfurique et azotique, parce que ces acides versés dans 
l'urine non iodée et à l'état normal, mélangée ou non d'eau ami- 
donnée, la colorent en rouge violacé, nuance qu'au premier 
abord on pourrait être tenté d'attribuer, à tort, à l'iode. 

Symptômes et lésions de tissu déterminés par l'iode. 

Les symptômes observés dans les cas d'empoisonnement par 
l'iode peuvent être réduits aux suivans : vomissemens, selles, 
douleurs plus ou moins vives dans un ou plusieurs points du ca- 
nal digestif, soif en général ardente, bouche pâteuse, agitation, 
palpitations, tremblemens , mouvemens convulsifs , syncopes ; 
quelquefois on remarque aussi des éructations violentes, des 
pertes utérines^ etc. 



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-^ b\ ~ 

UiâHàgè prolonipé dei lldde^ îméme à ta dose dé i du 9 eettlt- 
gràinntes pàf jour, dëvëfopipé (Quelquefois tout-à-coup, et sans 
quef ons^y attende, ^eâ évacuations fréqueutea parhaot et par 
Ms, des^dràlèurs é]^i{fal!stpiques, des crampes; le pouls est peifi 
accéléré, ^t râmâigHssemeBt fait des {m>grèé rapides. Cëà syrnp^ 
tdifaes , d^uné durée variable, reparaissent qoelquefMs, sinon 
tons, du mbins quèl^s-uns, au bout d*uù certain temps. 
' n est b€^ de noter cependant qife Ton a vu sMrent des Indi^k 
tÎHspréfid^'eA peu dé temps jusqu'à M ou 55 grammes de tein^ 
Ktfé^iodé sans enf ^tre incommodes (/dJbuon^^ ' Préface io 
hitJHit^lû^iàndfCeindH&miodine,p^ M. Magendlt 
dit*^ aTdffQtalé une ibis 1 gmmme S8 centigrammes saM en 
avoir éf^rt^vë ii^effist nèisible. 

Les ^Iférutiûfès céfXniiériqnei qui sont le résultat de f iiflro^ 
dtictidb dè'lWè dsFÀ» le cànai digejstif des chiens, présement^ttn 
caraifctfere plirticfclUer itaniëmbraiié muqueuse dé l'estomac oAre 
plusieurs petits ulcérés Htaëafres, bordés d-une auréole jadne : les 
portions iklééréès sont transparentes; on voitçà et Jà, dans l'itî'^ 
térteuli'^ dé' cet orjjane, cl* j^rineipaleittétit stir les plis qui avoisi-» 
nént'lfe pylore, quelques taches d'un jaun^ ctafr, tirant quelquef- 
fois sur le brun; la membrane muqueuse se détache aisément de 
ces parties tachées; il suffit pour cela de les étendre ou de les 
fh>tter. On observe souvent près du pylore la membrane mu- 
queuse enflammée, rouge, et recouverte d'un enduit vert foncé, 
qd empêché' d*abord d'apercevoir la rougeur. ' • ' 

M. Zinc a constaté une fois chez l'homme que les intestins ëtaienl 
bbursôuttés, fortement enflammés çà et là èi presque gangre- 
nés; l'éstoniac, rouge à l'intérieur était excorié dans retendue dé 
6 centimètres carrés ; sa membrane séreuse était détachée dans 
une étendue de 6 à 9 centimètres. Le foie était plus volumineux et 
d'une couleur lîlas . 

Cohûlttêionê. Il résulte de mes expériences et des observa- 
tions recueillies chez l'homme (/^. ma Toxicologie générale) : 
1"* que rîdde solide, introduit dans l'estomac en petite quantité, 
agit comme un léger excitant et détermine le vomissement; 
f qa'à la dose de U grammes il fait constamment périr, en quatre 
oa cinq jours, les <^ens dont on a lié l'œsophage, et quil pro^r 



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- 6? - 

PHfiwi^.^yec Ifisqu^Jsât^ 4!^ ep con^ct; ^''/lu^àjsi dq^^de 8 

wr les aaioiç^^x^ qui fardent pliwfw* J|!fW^. ^ ^WHiTi qm»4 

AJ^«»'il4?«l>d«it TOremwt.ta«^t lorwpîit.-a étA,^^m^éM4iT 
tat solide è te do»^ d^ A à « gfr|ii»gi€%,etq^^ Ip^ aftija^q^lefi^y 
jptteot peu de,(««kp9> api^ |>WTdm:3r<mi^«^B»ep)^ r4pi,tér# ^^ «yi'H 

détam^»edea éirupllpl^^ te .v/éfti«ttton, et^; Ç)(m!il^^^\^iMk 
>laûq^l4nd^e|fdamœ«^(,delî «s;»éii^imqiHi mf.WMs\W^mif 
eitqiMiéiaMimHii^pré^ffneQ dm^ 1^ .¥iscèr(îs.^jH,a^i^.^i|)# 
dans Turine, dans la sueur, dans te ^YQ #§:b(Hm^ o%^ 
aawAvx» p^nMM. W^*Wer, Çai^wi, :^fl^^çbfiHîf^^9'§tif^^ 
gpqi|§eyKT^^ue 4fi ofib^iun^es^ teft^oMu:^ j^'jio^e^SïirJflç 
^W^p^;d4ipaad^iMt surUMU^^rApOgia d^ rx^cQql,qu;^le,riÇ4i^^p^j 
)^°?qu!ap?^s aymr.é^p absû^, lï£?4if excU^<P3rAw}ftli^^^ftei(^.J^ 
s^M^B»^ lyppoihiqw. e^Jes QTgfm^fA^Mg^néfpi^^ ^°iW'l| 
pair^.^gip de la m^ne m^ai^ei^uriVl^ûKnn^ que s^w ,lef» <#$|;^| 
IQ^qu'il n^ laiit tfeoir amena ooi^pte dest aaii^^ti^N^ de Alt i^fiPrr 
dîe^ eo^cerfpaat Ti^nwoci^iA? 4e l'iQfî^^ i: . .- ; ? ' .% t 

.. ., De V.MLure d^ poioMsiumf . 



Comment peut-on reconnaître que Teippoisom^e^^ ^ UçH 
f»r l'iodure delpotcL^^ium .^ . _.,, .,\j4 

• yiodure.de potassium pur est solide, criSjtfdfisé ^ çjj^^ 
d-fi»e^ay«*r â/cre, piquante, déliq\»e6cens. et jgrèf ,$MwW§iî 
dans l'eau. Cette dissolution, incolore, ifiunit et de^y^^t njêjpi^ 
rougeàtre par squ ^;sposiUpn à Tair, qijii tran&fçfffnç, le.^l^g 
iodure ioduré ; quelques gouttes de chlore liqui^ eJ^ ,s^arf^ 
l'iode, et si Top syoute de Tamidon, il seprodj^it de.pQdure, d'a- 
midon bleu; il ne faudrait pas employer un ei^çès ^ chlore, c%r 
Iç mélange se décolorerait; les acides azotique et suif uri(|uecoQy- 
cenirés, employés en assez forte proportion, précipitent égaler 
ment riode. Le chlorure de platine, Tazotat^ de protoxyde de 
mercw^e etle bichlorure de ce miétal) aiuM qu^e 1^ sçlsde ploi{)^ 



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-:^3- 

dissous^p jféQipil^Qt<tei| îQcliijpçs; oelni. dfi plaiînfi,.est. jrpiigç 
^naai^smtë, ^ pjçptQ-ÎQdure de mercure est jfiunf ve^dâtre, lebHo- 
durées! rouge çariuiç^ et Tiodure de plouib jauue «erip. Le réac- 
tif l^i>lps ^usi^e pQU^;;d^eler le^ atocues d^ ce soi, esA ^^ 
(KU^U*^^ l'ea^iji ^c^opu^eet ijiue gQUtlç; de chloré: f}'^t lui qu'il 
(aïK epiployer piour déqouvxir ce se| dissous daus t4;aif gravas 
fmati4iu' A<î«<ii les^Wfs.sul&iriqw^et^Wl^qî^, ^p.qv^lqi^ 
propftrtîoft qu'ils soie^a^ wijftfcaf^s, sont ^oiu d'^t^É^ ^^istsjl vuenv 
sUdes qp9 1^ c)49^, J^'e^u >,4a)(^^ ég^^eflo^ut éti?# 

j>r^eré^,^^lfti;'iire de f^^u^ p^r les UH>tî& su^v;»^;; Vjfa^c^ 
qfffi qci jçW^ufiÇ: §e.coiuport^,d|^ m^Wiè^e i| pe ps^s pçpvwT 
|içrmettfe^.(]^ qçnçluve^ <yi'il existe de Tiodure d^. pota^siuii^i 
qu^dilyeua à peinç des ^toim^^ e^ efiî^^ Jia, li4^e^r jae^ j^ 
treçible pj^ d^ ce cas et. dfïvieftt ^9ut au irfus àlm jauaf; rout 
|[eâtrei à-pei|rpr^fi^poj^e cela aririyisrait si Yqxiy&^ile S(d,4^ 
(ds^if f; daps. de Teau coaiienaBi quelques traces d'Mii sul^e spr 
luUeiÇt qui ne,)ren£erQieraitpa^ de l'iodwre d€ipotassiu^f^?p^r^ 
que le .çt4ore décèle souv^t des proportiouis ,i|)Quii|ieiit mi*t 
nimes de cet iodure dans certains mélanges^ alor^.que le sd d^ 
pl^Uue ^e 1<^ çoH>re aii^uueaieut en jauuç ni en jrouge ; je pî^raî 
j^our -e^i^^iatqde quelques échantillons de sel gris du cooimerce 
(cblorure dç sçdiwpoi)» le s^uig, etc. Pour démontrer i^ pr^é^^ce 
de la jidtasse dans Hodure d^ potassium, on emploierait les 9ci^ 
cldorîque et tartrique if". Potasse) { quant au.c;hlorure d^ plaT 
tine, il ne faudrait en faire usage qu'après avoir décomposé l'io^ 
dure par du chlore, et avoir éliminé l'iode, soit en fihrant, soit eu 
cbauiànt la liqueur $ ii suffirait alors de conceutrer celle-ci par 
rév^oiaticfl9« 

I/iodwre d^ poioMtmiBkéM, oouptmei^, alors màme qu'il <m>&-*- 
tiendrak uuecrai|de (pautilé de cl^onwe de potassium, !|hi de 
sodimod^ofi de<:aai»oift9^ df^ potasse, s€ ^comporterait de la même 
manii^eaxrQe \^ jpéacUfs propres à décder l'iode. 

L'iodure iodure de potassium est jauue ou m«|gefttre> il 
colore l'amidou^en h\m w en violet, sans addition 4e^ oUore ni 
d'aoîde, et il fourni^ avec les réaoUfe déjà indiqués les méuies 
précipités qpie l'ioAmpe de potassium, 

lodwe iU qHttc^mmm wvOenm en pêêi^ priq^artion dans h 



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— 64 — 

iet grii (tel de cuiéiné). La supéHorité de ràînidon sur les sels 
de pliât ine poar découvrir cet iodure est encore incontestable 
dans ce cas. Plusieurs échantillons de sel saisis par Vautorité 
diez divers épiciers de Paris, et contiénaiit de Tiodure de potas- 
sium, se sont fortement colorés en hleu par Tamidon, Tàfeide sui- 
ftiriqiie et le chlore, tandis que les sels^dè pladne et de mercure 
versés dans les mêmes dissolutions salihes, ne les coloraient 
nullement en' r&uge ni en jaune verdàtre. L'inefficacité de ces 
réactifs étonnera d'autant plus que si Ton dissont dans l-eau une 
certaine quantité de chlorure dé sodium pur (sel dé 'cuisine), et 
epie Ton ajoute i la dissolution une goutte d'iodiirë de potâàsiuià 
dissous, le chioi^re dé platine rougira la liqueur, et razotate de 
protoxyde de mercure la verdira, ce qui atteste là présence âè 
fi<MlUrè de potassium. Il serait difficile d'explftjpïeir cette dtflë- 
rènce d'actioiï des sels de platine et de mercure, sans admettre 
que dans le sel de cuisine cristallisé, Tioduré de potassidm ^e 
trouve combiné avec le chlorure de sodium, et par conséquent à 
fabri de Faction de ces réactifs, tandis que, dans Tautrécas, les 
deux sels sotit simplement mélangés. 

' Iodure de potassium dissions dans l'alcool^ dans un sirop 
où dans tout arutre liquide^ ou bien faisant partie des li*- 
guides v&mis ou de ceux que Von trouve dans le canal di- 
gestif après la mort, ou bien de l'urine. Si ces liquides sont 
peucdlorés, on y démontre la présence de Tiodure, comme if vient 
d'éire dit. S'ils sont notablement colorés, même après avoir été 
filtrés, on ^^àttache à prouver qu'ils renferment de l'iode, en 
ayant recours aux procédés dont j'ai parlé à l'occasion de f iode; 
ainsi, on les chauffe avec une petite proportion de chlore ou on 
les carbonise par l'acide sulfurique suivant les cas {Foyez p. 58). 
Il suffit pour affirmer qu'il y a de l'iode d'avoir obtenu le préci*- 
pité bleu ou violet, pourvu que l'on ait constaté, par les carac- 
tères que fai énoncés à la page 58, que ce précipité est vérita- 
blement de l'iodure d'amidon. 

Iodure de potassium mélangé avec du sang, a/vec des ma- 
tières solides alimentaires ou médicamenteuses, ou bien 
contenu dans les viscères des animaux empoisonnés. On 
traite ces mélanges comme je l'ai dit en parlant de l'iode. Ce pro« 



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— 65 ^ 

cédé simple et exact doit être préféré à ceux, beaucoup trop 
compliqués, qui ont été conseillés par MM. Cbristison, 0*Shau- 
gnessey et Devergie. 

Ce dernier auteur avait proposé à tort de chercher Tiodure de 
potassium dans le sang par le chlorure de platine ; en effet dans 
plusieurs expériences que j'ai tentées avec de petites doses d*io- 
dure, ce réactif n'a aucunement rougi la liqueur provenant du 
sang, tandis que l'amidon le bleuissait instantanément. 

Urine contenant de Viodure de potassium. On agira sur 
elle avec le chlore comme je Tai dît en parlant de Turine iodée 
{Foyez p. 60). 

Action de Viodure de potassium sur l'économie animale. 
L'iodure de potassium est absorbé et peut être décelé dans le 
sang, dans Turine et dans les viscères des animaux qui en ont fait 
usage. Le docteur Kramer^ aprèsavoirprisdeTiodurede potas- 
sium comme médicament, a trouvé de l'iode dans son urine. Dé- 
sirant connnattre jusqu'à quelle époque il serait possible de re- 
connaître la présence de ce corps, après avoir cessé de prendre 
de l'iodure, il s'est livré à des recherches curieuses, dont voici 
les principaux résultats. Quarante-huit heures après la dernière 
dose, riode fut découvert en opérant sur 40 centimètres cubes 
d'urine, et il y était en proportion considérable. Soixante-douze 
heures après, il y en avait encore sensiblement dans kk centimè- 
tres cubes d'urine. Quatre-vingt-seize heures après, en opérant 
sur 50 centimètres, on en aperçut des traces. Cent vingt heures 
après, on eut déjà beaucoup de peine à en déceler la présence, 
quoique l'expérience fût faite sur 140 centimètres d'urine. Cent 
quarante-quatre heures après, on n'en découvrit plus en opérant 
sur 385 centimètres cubes de liquide. 

Introduit dans l'estomac, il détermine la mort à la dose de 4 à 
8 grammes suivant la force de l'animai, et la mort est le résultat de 
l'absorption , ainsi que de la phlegmasie de l'organe avec lequel l'io- 
dure a été en contact . Comme plusieurs autres poisons, il développe 
entre les membranes muqueuse et muscuieuse un état emphysé- 
mateux partiel qui soulève la tunique interne de l'estomac , et 
produit dans les endroits moins malades une quantité considé- 
rable de tumeurs arrondies, à base large, d'une couleur légère- 
in. 5 



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- ee — 

Itiéht rôsée, (jrépitantes, c5titenant danâ leiit» intérieur un liqiiide 
Incolore entelopt)é d'air, et analogue, pour Faspect et la oon*- 
sistance, au tissu du poumon d*un jeune enfafll. Les autres alté* 
t*âtioûS ^ue détermine Tiodure de potassium Sont des eccliymoses 
îionibreuses et fort larges et defe ulcérations, qui, comme celles 
que t)roduit l'iode, aéraient aussi environnées d'une auréole 
Jaune, si Tiodurè était fortement iodui^. Injecté dans les veines, 
dans des prdt)ortions très faibles, il occasionne la mort dans un 
espace de temps très court : il agît alors sur le ceireau et sue la 
moelle épidière^ en irritant ces <>rgaûes et en provoquant des con- 
vulsions très fortes. Appliqué sur des plaies ou sur le tissu cel- 
Itilaiihè soiÉâ-cutané des chiens , Tiodure de iK)tassiani n'exerce 
aucune action nuisible à la dose de^ grammes. 

Du hrôme. 

Gomment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
parle brome "^ 

Le brdme est liquide à la température ordinaire, d'un rôuge 
noirâtre vtt par réflexion, et d'un rouge hyadnthe vu par réâ^ao- 
tidn, d'une odeur très désagréable, analogue à celle de l'acide 
hypochloreux, d'une Saveur aromatique safranée^ très forte, 
volatil, entrant en ébullition à 47'' c, et fournissant une vapeur 
d'une couleur seînblable à celle de l'acide a^eoteux (vapeur ni- 
treuse). Une bougie allumée plongée dans cette vapeur ne tarde 
pas à s'éteindre et présente une couleur verte à 1^ base de la 
flamme et rouge à son extrémité. Le brome détruit les couleurs 
bleties végétales et tache la peau et les tissus végétaux en jaune; 
il se dissout dans Teau, dans l'alcool et dans l'éther, qu'il co- 
lore en rouge. Versé dans une dissolution étendue d'azotate 
d^argent, il y fait naître un précipité blanc-jaunâtre insoluble 
dans l'acide azotique et êoiuble dans une grande quanUié 
^ ammoniaque j iquoi qu'en ait dit M. Devergie. 

Eau brômée. Agitée aved du sulfure de carbone, elle est 
promptement décolorée, et le sulfure qui occupe le tond du tube 
offre une couleur rouge d'autant plus intense que Teau contenait 
«ne plus grande quantité de brome* Ce sulfure ainsi rougi, soumis 



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à l'action d*unë douce chaleur, se volatilise et Viéiil se condenser 
dans lé liquide contenu dans le récipient 6û 11 se rend. 

Èrorne Hiélé à des liquides végétaux ei animaux ^ tels 
que le tin, le Café, lé bouilloii, etc., â la matière dès vùm^issè- 
)nèn4j aux liquides de testomaé et déi intestine; Si le mé- 
langé n'est pas parfait, et que iê brônie occupe le fond db li- 
^tiide, bh lé séparera pa^ dëcaintâtion et oU lé i*éconnattra aux 
fcai^actères qili lui sont propres. Si, aû ëontrairè, le brômëëlàît 
disiàoùà ou bien inélaiigë, bti filtrerait les liquides et on les di- 
viserait en deux parties A et B.— A. serait traité par le sulfuré de 
carboné, comme il vient d'être dit ; le liquide pesant et roû- 
geàtre qui occuperait la partie iniférieure du tube, distillé dans 
ùfië côrùtie, se condenserait au fond du liquide contenu dàiis të 
récipient, et offrirait une belle couleur rouge. — îi. On sàtiire 
par la potasse à ralcool,!le brome aiiïsi que les acides brômhydri- 
que et bromique qui auraient pu se former, et l'on évapore là li- 
queur jusqu'à siccité , on détruit ensuite la matière organique 
parla chaleur, et le résidu contenu dans le fond du creuset est 
traité par une petite quantité d'eau distillée. La dissolution doit 
renfermer du bromure de potassium ; aussi l'azotate d'argent y 
produit un précipité blanc jaunâtre ou jaune, cailtëbott^, inso- 
luble dans l'àddè azotique et solublé dans une assez grande 
quantité d'ammoniaque ; lé chloré em])loyê par petites parties 
communique à cette dissolution une couleur jaune orangée qui 
devient orangé-rougeâtre par l'addition de l'amidon (bromure 
d'amiddné). L'éther Versé sur là dissolution, ainsi co(oréé par 
l'action du chlore et agité avec elle, s'empare du brô'mé et forme 
une couche colorée qui vient riàger à la surface du liquide ; la 
potasse à la propriété de détruire cette couleur éni se combi- 
nant avec le brome, qu'elle transforme de iîoîiveau en bromure 
de potassium, susceptible de cristalliser en eûtes (Èarthez). Ce 
procédé doit être employé toutes lès fois que le brome à été 
transformé en acide brômhydrique, car le procédé A ne rempli- 
rait pas alors le but. 

Action du hrôme sur Pécofiàfnie animale. Le brome agît 
à l'instar de l'iode, mais avec pWà d'énergie. ïl est évidemment 
absorbé. Injecté danâ les teine^ à la' dose de dix à douze gouttes 

5. 



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~ tJ8 — 

dissous dans BO grammes d'eau distillée, il détermine la mort en 
coagulant le sang, sans nullement afiFecier le système nerveux. 
Il suffit de cinquante à soixante gouttes pour occasionner au 
bout de trois ou quatre jours la mort des chiens qui en ont avalé, 
à moins qu'il ne survienne des vomissemens bientôt après qu'il 
a été pris. A l'ouverture des cadavres, on trouve, dan3 ce cas, la 
membrane muqueuse de l'estomac très ramollie, formant des 
plis d'un rouge foncé, plus ou moins saillans ; on voit aussi çà 
et là des ulcères grisâtres ; enfin souvent le duodénum et le jé- 
junum sont également enflammés. Le brome, pris dans une ia- 
fusion de café et avalé avant qu'il ait eu le temps de se convertir 
en acide bromique, peut également faire périr les chiens. Les 
nombreuses expériences faites par M. Barthez établissent qu'il 
existe une grande analogie entre le mode d'action du brome et 
celui de l'iode. Il en est à-peu-près de même de celles du doc- 
teur Butzke. 

Du bromure de potassium. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu 
Heu par le bromure de potassium ? 

Il est blanc, cristallisé en cubes ou en parallélipipèdes rectan- 
gulaires, d'une saveur piquante et amère, fixe et susceptible 
d'éprouver la fusion ignée ; il est soluble dans l'eau : le solutum 
est décomposé par le chlore et par l'acide sulfurique qui en sé- 
parent du brome ; il précipite l'azotate de protoxyde de mercure 
en blanc jaunâtre. 

S'il avait été mêlé au vin, ou à d'autres liquides colorés, on en 
démontrerait la présence par les moyens indiqués en parlant 
du brome (/^oy. page 66). > 

Action du bromure de potassium sur Véconom^ie ani^ 
maie. Ce sel, introduit dans l'estomac à la dose de 4 à 8 gram., 
détermine la mort, s'il n'est pas vomi, et l'on trouve, à l'ouver- 
ture du cadavre, la membrane muqueuse stomacale enflammée, 
sans ulcérations ni état emphysémateux. Injecté dans la veine 
jugulaire, il tue à la dose de 60 à 75 centigrammes en coagulant 
le sang (Barthez). Il est évidemment absorbé. 



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69 — 
Du chlore. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par le chlore? 

Chlore gazeux. Il est jaune verdâtre, d'une saveur desagréa- 
ble, d'une odeur sui generis^ irritante, suffocante, qu'il n'est 
guère possible de sentirons tousser et éternuer ; il décolore le 
tournesol, le sulfate d'indigo et presque toutes les couleurs vé- 
gétales; son poids spécifique est de 2,4260. Le phosphore, l'ar- 
senic, l'antimoine, etc. , projetés dans des flacons pleins de 
chlore gazeux, brûlent avec flamme. L'eau dissout environ deux 
fois son volume de ce gaz, et il en résulte du chlore liquide. 

Chlore liquide concentré. Il a la couleur, la saveur et l'o- 
deur du précédent, et il exerce la même action sur le tournesol, 
l'indigo et les autres couleurs végétales. La lumière le décolore 
et le décompose ; il laisse dégager du chlore gazeux lorsqu'on 
le chauffe; il fait naître dans l'azotate d'argent un précipité 
blanc de chlorure d'argent, caillebotté, insoluble dans l'eau et 
dans Tacide azotique froid ou bouillant, soluble dans l'ammo- 
i|iaqueJ Une lame d'argent plongée dans ce liquide noircit sur- 
le-champ, parce qu'elle se recouvre d'une couche de chlorure 
d'argent que la lumière colore instantanément ; en faisant bouil- 
lir la partie noircie dans de l'ammoniaque liquide, celle-ci dis- 
sout le chlorure en totalité ou en grande partie, en sorte que 
l'argent reprend sa couleur blanche brillante, et que si l'on verse 
de l'acide azotique concentré dans la dissolution ammoniacale, 
on obtient un précipité de chlorure d'argent blanc, caille- 
botté, etc. 

Chlore liquide étendu. La couleur, l'odeur et la saveur 
sont les mêmes, quoique moins prononcées , il décolore aussi 
avec moins de force les couleurs végétales , mais il précipite 
l'azotate d'argent comme le précédent , et à moins d'être très 
affaibli il noircit également l'argent pur au bout d'un certain 
temps. 

Chlore mêlé à de» liquides végétaux et animaux^ à la ma" 
tière des vomissemens, etc. On ne peut guère supposer que du 



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chlore soit administré dans du vin, parce qu'il le décolore ; mais 
on peut admettre qu'il ait ét.é flûun^ ^ des individus dans Festo- 
mac desquels il existait déjà du vin, du café et d'autres alimens. ^ 
Ei| gépéf al, lorsque cpux-ci softt 4e nature végétale, poijr peu 
que la quantité de chlore qui reste soit appréciable, on le d^cotj^- 
vriî!g facilement à l'aide dps p^rgctères indiqués ; si, au coptr^ife, 
1|5 pblopp se trouve mêlé à des liquides organiques sipimî^ux, il se 
cpipbipe promptement s^vec eux, ou les décompose en se transfor- 
mant en ^pî^e chlorhydr^que, et à pooips qu'U n'existe en très 
grapde qpantité,ilp'est pas aisé de le déceler. J'£^i souvent distillé 
à feu pu ^yec pu s^n^ ^pide ^plfuriqup des mélange^ de 100 gr?ipi. 
epviroii de Wt et f|e pafé et de 3 pu ^ grammes 4p chlore liquide, 
et je n'2|| j^fp^ls pu bleuir up papjer in^prégné d'iodure de pftr. 
t£^s$ium et d'amidop que j'avais placé d^U? le récipient j je réus- 
sissais, ^u çoutr^ii*e, lorsque la quantité de cfilore emp^oy^ 
était quatre pu pipcj fois aussi considérable ; dans ce dernier c^s^ 
^usfii la lapae d'argpnt plopgée dans la liqueur cjilprée noirci^ 
§a^f , tapjlîsi flw'^Hp ne subissait çiucun changement quand la pro- 
pprtjon dg ç^ilQf^ é^if ^rè? tv^i]^- On voit donc que toutes les 
fois qu'il sepa pp^çible de découvrir ce cqrps dans une Uqtfeur or- 
g^^iqU^^ il f2iu4r^ ^'^^ rapporter aux trois par^cl^rp^ sulys^ps : 
i° p4eur chlorée; ?° ^pUpn sur ^ lamed'argept ; â° coloration e^ 
bjpy 4u papier ipiprpgué d'^piidon et d'iodure de potassiufn,paf 
la Y^ppu^qui Ce^lîMe m ^\\?mffm le ^iqui4e§^^pept tantôt seul, 
t^flfôtq^^itjpnué 4e quelques gquttes d'aci4e sulfuriqu^: 

S,y[ny^to^iefi ft \é^iç^f 4^ ^ff^ ^éfertnipe^ par h chfQre. 
Lçn^squ'fljj intro4uif4?.P-? Vestqpiap des apiuiaux4^lVaw çfifoifée, 
s^W^ée dp c^^lore, pn qbserye 4es sypiptômes et des ^iliérgfiopg 
cadavériques analogues à ceux que déterminent les acides inipp* 
Ç3UT ^^^^ î^ W^ ^ieniftt parler. Mé|angé fi l'air çt |i la Vftpeur 
4'eau, \^ ^h(çre ^a^^y^Xj appliqué sur la pef^W de l'homme et4ps 
^ÇLiçaau^,4?"§ "^ app^r^îl eonven^ible à l^ leu^Bér^turedeA3°p., 
dopne liçu apx effets suivqp^ qui pjit été tilpp décrits par Ip dpp-: 
tPWr Wmisïms ^^\\2i(t^ {A^chiffes jf^^^^^fes de mé^eçim^ 
tome V, page 118, année 182/^). On éprouve, au bout de dix à 
^QHÇ^îPÎxn'itpSjj 4^uç 4iyefÇ^S P?rî>ǧ ^e Véiep4ue 4e la peauj^4es 
^Plîjtipçç afl^|9gu^^ ^pç}}eç,qugpyp4iyj:%\^t 4pç piqijpe^ Qft 



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^ ?♦ - 

d^s morsures de très petits îi^sectes. Ces sepsatioQs vont en aug- 
mentant (}jS no^ibre^ ipais non de force, jet ^nfii) elles font naître 
le désir de frapper avec la paume de la main les parties ainsi 
tourmentées. Cette ^sensation de démangeaison n'est plus incom- 
mode quand on est sorti du bain, mais elle est généralement sui- 
vie d'un sentiment de prurit pu d'ardeur qui cesse cependant avant 
que le malade soit Ji^billé. L'auteur assure que la peau conserve 
d'autant plus long-temps cette sensation qu'on a été soumis à nn 
plus grand nojoabre de fumigations. — Un autre effet immédiat 
du chlore est la sueur, qui commence généralement en même 
temps que le prurit, et qui quelquefois est très copieuse. Il croit 
que celte transpir^sition est plus abondante que celle qui serait 
provoquée par le même degré de chalepr, seule pu unie à Ja va- 
peur d'eau. Il suait lui-même plus abondamment que de coutume 
la nuit qui suivait le bain de chlore. C'est à cette propriété qu'il 
attribue la plus grande partie des effets avantageux du remède. 
Enfin l'effet le plus évident de ce bain est une éruption de très pe- 
tites pustules sur toutes les parties du corps, mais plus particu- 
lièrement au dos, aux lombes, à la poitrine, sur l'abdomen et sur 
les bras. L'japparition de cette éruption est toujours d'un bon au- 
gure. Rarement l'autjBuravuces pustules suppurer. Pendant l'ap- 
plication locale du chlore gazeux, la peau prend une couleur 
rou^e, et si l'application continue il en résulte une forte doulepr 
qui, ainsi que la rpugeur^ va toujours en augmentant; la peau se 
^ou]èv^y se gonfle, et prend un aspect analogue à celui des t^- 
gunifsns de la face atteinte d'érysipèle, puis elle devient le siéç^ 
d'nn inalaise, tel qu'il existerait si les parties avaient été coniu- 
ses. Ces sensations durent quelques jours comme si la peau était 
profondément affectée. Enfin survient le prurit, précurseur de la 
desquamation de l'épiderme. U résulte de tout cela que les ef- 
fets immédiats de l'application du chlore gazeux, sont une exal- 
tation ide la sensibilité de la peau accompagnée de sensations 
particulières, de sécrétions augnjentées, de .congestions sangpiçes 
dans les ^capillairies, finalement d'une a^gmenjaiiion de te^pérar 
lurie, ce qui autorise à /conclure que ks fonctions et les propretés 
.vjt^le^ de la pe^u sont excitées d'npe n?anière très active^ excita - 
)i9R fi/fi P^^^J^tje encore (jn^el.cjjiiue temps après l'opération.^ , 



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— 72 — 

Le docteur Wallace croit que le chlore exerce sur les mem- 
branes muqueuses une action analogue à celle qu'il produit sur 
la peau. La personne soumise à l'influence de ce remède montre 
une altération dans la quantité et la qualité des sécrétions opé- 
rées par ces membranes, mais plus particulièrement dans celles 
des organes biliaires, salivaires, urinaires et génitaux, etc. 

L'auteur ne sait s'il doit attribuer seulement à la chaleur ou 
au chlore l'augmentation d'activité qui se manifeste dans la cir- 
culation et dans la respiration ; il ignore également quelle est 
l'action spéciale de ce gaz sur le cerveau et sur le système ner- 
veux. 

Action du chlore sur l'économie animale. Elle est analogue 
à celle que déterminent les acides minéraux. 

article ii. — des acides sulfurique , sulfureux , azotique , 
hypo-azotique , azoteux, chlorhydrique, chloro-azoteux, 
(eau régale), phosphorique,hypo-phosphorique, acétique, 
citrique et tartrique, 

Symptômes de l'empoisonnem,ent déterminés par ces aci- 
des,. Aussitôt après avoir avalé un de ces douze acides concentrés 
ou moyennement étendus d'eau, on éprouve la plupart des symp- 
tômes suivans : chaleur brûlante à la bouche, dans l'œsophage et 
l'estomac ; douleur vive ; dégagement de gaz, rapports abon- 
dans, nausées et hoquet; douleurs croissantes à la gorge et dans 
la région épigastrique ; bientôt vomissemens répétés et excessifs 
de matières liquides et solides, parfois sanguinolentes, rougis- 
sant le tournesol, et qui produisent une sorte d'effervescence ou 
de bouillonnement sur le sol ; saveur et quelquefois odeur parti- 
culières des matières vomies, très sensibles pour le malade et 
pour l'observateur; persistance de cette saveur et de cette odeur 
dans les intervalles des vomissemens, et même lorsqu'ils ont cessé 
ou qu'ils n'ont pas eu lieu par une cause quelconque ; tuméfac- 
tion du ventre, tension assez grande et sensibilité exquise au 
moindre contact, sentiment de froid à l'extérieur du corps, hor- 
ripilations de temps à autre, membres quelquefois glacés, et plus 
particulièrement les membres abdominaux; pouls petit, enfoncé^ 



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— 73 — 

tfuelquefois précipité, et dans certains cas, tremblotant; anxiétés 
horribles, agitation continuelle, contorsions en tous sens, mou- 
vemens convulsifs des lèvres, de la face, des membres, angoisses 
inexprimables, poids des couvertures insupportable, insomnie 
prolongée ; région épigastrique gonflée et dure au toucher, soif 
extrême, sentiment douloureux toutes les fois que le malade 
prend la plus petite quantité de boisson, douleur souvent déchi- 
rante, sentiment de corrosion, quelquefois simples tranchées; 
dans certains cas, douleurs sourdes et très légères, peu ou pres- 
que point d'agitation; calme trompeur par l'effet de la contrainte 
morale, ou le haut degré de la désorganisation intérieure, et ap- 
parence illusoire d'amélioration. 

Déglutition difficile, ténesme, constipation opiniâtre, envie d'u- 
riner sans pouvoir y satisfaire ; physionomie singulièrement alté- 
rée lorsque les douleurs sont excessives, portant l'empreinte et 
de la souffrance la plus vive' et de l'affection morale la plus pro- 
fonde; les facultés intellectuelles conservent le plus souvent leur 
intégrité^ pâleur, faiblesse, haleine extrêmement fétide; dans 
quelques cas, visage plombé, sueurs froides, gluantes, onctiieuses 
et grasses, ramassées en grosses gouttes ; souvent espèce d'em- 
barras, d'oblitération à la gorge ; il n'est pas rare de voir l'inté- 
rieur de la bouche et des lèvres brûlé, épaissi et rempli de pla- 
ques blanches ou noires, qui, en se détachant, irritent le malade 
et provoquent une toux fatigante; alors la voix est altérée : im- 
patience de placer les bras hors du lit, quelquefois de se lever. Il 
y a parfois une éruption douloureufe à la peau. 

Au bout de trois ou quatre jours, détachement partiel ou exfo- 
liation totale de la membrane muqueuse, lambeaux flottansdans 
l'intérieur du pharynx, gênant la respiration et la déglutition, al- 
térant le son de la voix. Le pouls devient faible, abattu, irrégu^ 
lier, inégal, parfois intermittent, le plus souvent misérable, con- 
stamment précipité. 

Les douleurs dans le ventre sont un signe que le poison est 
descendu dans les intestins, ou s'est épanché dans la cavité abdo- 
minale par des crevasses faites à quelques portions du canal ali^ 
mentaire. Lorsqu'on avalé peu d'acide, la douleur est en général 
très vive; et lorsqu'on en prend beaucoup, elle est moins intense : 



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— 74 — 

àm» le premier cas, le oam^tique paratt agir en largeur ; il aeeaa- 
térise queTépaisseur de la membrane muqueuse ; le^ réseaux nm>- 
yeuK ne sont altérés qu'en partie; ils sont violemment irriti^ : 
dans le second cas, au contraire, tout est frappé 4e mort ; les nerfs 
sont di^truits et désorganisés. Il suit de ces considérations que 
Tabsencedes douleurs est d'un mauvais présage; ce calme trom- 
peur succède à la cautérisation et précède le développement de 
la pblegmasie des organes cautérisés. 

Les vomissemen$ sont très répétés lorsque les douleurs sont 
vives ; car alors Testomac, irrité, cherche à se débarrasser des 
matières qu'il contient, et entre dans un mouvement spasmodique 
continuel. Si ce viscère est percé de trous, que le malade ne se 
plaigne d'aucune douleur, il n'y a point de vomissemens; les li- 
quides et les solides passent k travers l'estomac percé et privé de 
ses propriétés vitales, et s'épanchent dans le ventre. 

Le $entiment du froid est un phénomène commun à beau- 
coup d'empoisonnemens, mais très marqué dans l'espèce donjl il 
«^agit ici. Il persiste fort long-temps, et accompagne pour l'ordi- 
naire efaacqne des terminaisons. 

Cette maladie peut se terminer, 1** par une mort prompte qui a 
lieu au bout de quelques heures, ou qui n'arriye que quelque 
temps après l'empoisonnement : dans qe dernier cas, le malade 
dépérit insensiblement; il vomit k diverses reprises des lambeanx 
membraneux scarifiés, qui ont quelquefois la forme de l'estomac 
atde l'œsophage entier : ces lambeaux e^^h^dent uQe odeur fétide 
insupportable ; les digestionti sont éminemnient pénîbljes, et la 
constipation se prolonge pendant des mois entiers, 2" par une 
pMegmasie chronique : les malades éprouvent de temps en temps 
des douleurs et des chaleurs insupportables. C'est en pariant de 
ce^ individus que Zaechias a dit : f'^enenQ nisi çceidqâits r/^Hn- 
qumU semper (ObUquam nooffam, et fnorhgs diHfurnpsf B"" par 
la guérison complète. 

Les acides eqncentrés peuvent même .déterminer la mpr^ sans 
parvenir à l'estomac : certains malades ont succon^bé asp))yiû4$ 
par suite de cautérisatioxi^ de la bouche et du pharynx, qui 
avaient amené des angines avec un^ énorme tuméfaction 4#s 
amygdales, , 



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- 7S- 

Si le4 fi'Ci4e^ ^onf moitié concentrés^ les §ymptôroes pomr- 
ront être mojDs ipjtf^oses et m pas $,e lo.i^oifester tous, q| à be^u- 
cpup près. On conçoit qu'il doit y avoir k cet égard de très grande^ 
différences, et que l'on ajirait ]tori de vouloir conclure que l'eni- 
poisonneroent n'a pas eu lieu par un acide, parce que l'on n'ai|- 
rait pas observé 1^1 ou tel autre sy0^)tôn)e. Il est évident aus^i 
que si le caustique a été iulroduijL dans le rec/iim,au lieu d'avoir 
été pris par la bouche, quelques-uns diss syuiptômes indiqués au- 
ront éprouvé des modifications, et que d'autres pourront même 
manquer. 

Acides concentres appliqués à l'extérieur. Il suffit de savpi^ 
que ces acideç agissent en brûlant pour se faire une idée deil 
symptômes qu'ils déterminent : tantôt ce sera une brûlure superr 
ficielle très étendue, qui pourra faire périr les malades en peudç 
Jours j tantôt il y aura cautérisation profonde, gangrène, etc., ^ 
la mort n'arrivera que long-temps après l'empoisonnement (/^<7y. 
les Traités 4e Chirurgie), 

Acides concentrés injectés da^^ les veines. Il suffit d'injeo- 
ter quelques gouttes d'un acide concentré dans les veines; pour 
déterminer une grande agitation dans (es membres, qui devien- 
nent raides ; les animaux pouss^pt des cris plaintifs, et ipeune^t 
presque immédiatement après l'ipjectipn. 

Lésions de tissus produites pçLV les acides 0onoen$r^$^ 
Lorsque des acides plus ou moins concen très sont introduits d^hs 
le canal digestif, ils enflamment Routes les parties qu'ils touchent. 
L'inflammation est en général légère là où le poison n'a fait quç 
glisser; elle est plus intense dans les endroits où l'acide a séjourné 
pendant quelque temps. Ainsi, les diverses portions de la bou- 
che, du pharynx et de l'œsophage, sont ordinairement le siège 
d'une rougeur plus ou moins marquée; on voit des taches blan- 
ches, jai]in|^tres ou brunâtre^ ^}x% }èvre^, au pourtour dp la bou- 
che ; on reiuarqu^ aussi quelquefois d^s croûtes noirâtres ^ 
épaisses, au-dessous desquelles se forme un ulcère ; la langue, le 
pbaryqx, (a luette, les piliers du voile du palais et les amygdales, 
d'un bl^i^c grist^^re par pl^ices, peuvent ét^e le si^e d*eschare« 
pli|s 01} n^oins^endues. L'esto^nacet l^ capa^ intestinal présfiT 
lenj le v^y^^ senyei^t ^es t^apes d'un vicrfem désordre ; iH^tétln 



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~- 76 — 

membrane muqueuse est d'un rouge vif , d'un rouge cerise ou d'un 
rouge brun, et. les tuniques musculeuse et séreuse participent à 
l'inflammation, quoiqu'à un degré moindre; tantôt il y a en outre 
des ecchymoses formées par du sang extravasé dans les aréoles 
du tissu lamfneux sous-cutané. Assez souvent on trouve de véri- 
tables eschares, des ulcères qui peuvent intéresser toutes les 
membranes ; alors il y a des adhérences, une ou plusieurs perfo- 
rations, et par suite des épanchemens des liquides acides dans la 
cavité du péritoine ; les bords des ouvertures, sont noirâtres ou 
jaunâtres. Dans certains cas, les tuniques muqueuse et muscu-* 
leuse seules sont atteintes dans quelques parties, et alors la mem- 
brane péritonéale qui a échappé à l'action de l'acide est diapha- 
ne. La tunique interne des intestins grêles est assez souvent ta- 
pissée de la matière jaune de la bile, mise ànu par l'acide ingéré. 
Dans certaines circonstances, les tissus sont épaissis; dans d'au- 
tres, ils sont ramollis et comme dissous, en sorte qu'ils se déta- 
chent avec la plus grande facilité. Il est des cas où l'on trouve 
l'estomac et le rectum très enflammés, tandis que la masse des in- 
testins grêles est presque dans l'état naturel ; cette particularité, 
qui a également lieu pour un très grand nombre de substances 
vénéneuses, paraît dépendre de la rapidité avec laquelle une par- 
tie du poison traverse les intestins grêles, et du long séjour qu'elle 
fait dans l'estomac et dans le rectum. 

Si, au lieu d'introduire l'acide concentré dans le canal digestif, 
on V applique à l'extérieur y il détermine les mêmes lésions de 
tissu que la brûlure. 

Quand l'acide concentré a été injecté dan» les veines^ on 
trouve le sang coagulé dans les cavités du cœur, dans les gros 
vaisseaux, dans les poumons, etc. 

Actiofi de ces douze acides sur l'économie animale. 1** Les 
acides concentrés énergiques, introduits dans l'estomac, déter- 
minent une mort prompte, en détruisant les tissus, par suite de 
leur action chimique, en irritant les nerfs qui entrent dans leur 
composition, et en donnant lieu à un épanchement dans la cavité 
du péritoine, qui ne tarde pas à développer une péritonite intense; 
le ventre est ballonné, des gaz distendent prodigieusement l'es- 



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" 77 — 

tomacetles intestins, et la mort arrive au milieu des souffrances 
les plus aiguës. 

2" Une portion de ces acides paraît toutefois être absorbée ; 
les expériences que j'ai tentées en 18/^2 à cet égard établissent 
que les acides chlorhydrique et sulfurique y administrés à Tétat 
de grande concentration, peuvent être retrouvés dans Turine. 
J'ai même constaté une fois la présence deTacide sulfurique libre 
dans le foie d'un chien que j'avais tué avec ce poison (J^oyez 
Journal de chimie médicale^ mai 1842). L'absorption de ces 
acides introduits dans l'estomac des chiens, à jeun, sur lesquels 
j'expérimentais , ne peut guère s'expliquer qu'en admettant 
qu'aussitôt après leur contact avec l'estomac ils provoquent une 
abondante sécrétion de fluides qui les affaiblissent^ et qu'ils 
sont saturés, en grande partie du moins, par la soude libre de la 
bile. 

B"" Si les acides sont étendus d'une certaine quantité d'eau, ils 
peuvent encore agir à la manière des irritans énei^giques, et don- 
ner lieu à une gastro-entérite des plus intenses. Ici l'absorption 
ne saurait être contestée : ainsi on a vu l'urine de quelques indi- 
vidus, qui avaient été empoisonnés par le bleu de composition, 
offrir une couleur bleue; on a encore trouvé dans ce liquide les 
acides tartrique et citrique que Ton avait fait prendre à l'^Va^ «o- 
lide avec des substances alimentaires. Dans ces diflérens cas, les 
acides dont je parle avaient été dilués ou étendue parles liquides 
aqueux qui avaient été ingérés comme médicamens, ou par ceux 
qui se trouvaient déjà dans le canal digestif, ou bien encore par 
ceux dont ils avaient provoqué la sécrétion. 

4* Les acides beaucoup plus étendus, tels que les acides azoti- 
que, sulfurique, chlorhydrique et acétique concentrés, mêlés à 
six ou sept fois leur poids d'eau, sont encore assez irritans pour 
développer une vive inflammation des tissus du canal digestif, et 
souvent même pour produire des perforations. Leur absorption 
est mise hors de doute par mes expériences, et l'on peut les 
retrouver facilement'dans l'urine. 

5* Appliqués à l'extérieur, les acides concentrés brûlent les 
tissus et occasionnent la mort, tantôt par l'inflammation d'une 
grande étendue de la peau et par la réaction sur le système nerveux 



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-^ 78 — 

^ éh ë&f là ibiiéj tantôt par raboùdàhte sîippnràtioii qa'lls dé- 
terminent dans les parties circonscrites qu'ils ont profondément 
attaquées. 

^ Injectés dans les veines, les acides cdhcentré^, et même 
tent qtiî sont faésablement ëtendds d'eato , dëtmiseùt la tie efa 
cioagulant le sang et en exerçant stir Itd une térltâble action chî- 
ftiîqué,d'âtitant plus prononcée que là qUaiitité iiijectëe est filiis 
cotlàidérable. 

De rapide sulfurique. 

tottittiënt f)ëUt-bîi reconnaître que Fempoisonnetiieiit a eu lieu 
par Tacide sUlfurique? 

tj*acîde ^ùlfùrîque concentre^ que Ton trouve daris le tom* 
fiierce offre lés caractères physiques et chimiques stlitans : il 
est liquide, incolore, jaunâtre, brun ou noir, oléagineux, inodore, 
h, moins qu'il ne contienne de l'acide sulfureux, (iar alors il a 
fodeur de soufré qui bf ule ; il est beaucoup plue pesant que 
l'eâu, sd saveur est des plus caustiques. Il suffit d'eti instiller 
une goutté dans une grande quantilé d'eau dé tournesol pour la 
Rougir. Il charbonne sur-le-champ lé bois, les alluinettes. Mêlé 
avec son volume d'eati, il s'échauffe considérablement, et i^épand. 
des vapeurs : ce dégagement de calorique tient au rapproche- 
ment des molécules. Lorsqu'on le fait bouillir dahs utië fiole aveô 
du charbon pulvérisé, du cuivre ou du mercure, il répand des va- 
peurs d'acide sulfureux. ayant l'odeur de soufre qui brûle; dans 
cette expérience, le charbon et le cuivre décomposent l'acide en 
totalité ou en partie, et absorbent ijitfe pohion de son oxygène. 
Versé dans l'eau dé baryte ou dans uri sel barytique solublé, il ' 
produit uU précipité blanc abondant de sulfate de baryte, qui ne 
peut être dissous ni par l'eau ni par l'acide azotique. liavé, des- 
séché et calciné au roûge dans uri éi»eûset,ce précipité Retrouve 
décomposé au bout d'une hetire, et fournit du feulfufe de baryUtfi 
facile à freconnaîireàl'odéut- d'œufs potirris oU de gaz acide suif- 
hydrique qu'il exhale lorsqu'on le met dans l'eaU aiguisée d'acide 
ChlorhydriqUe. 

Si l'acide sulfurique, au lieu d'êtï^e concentré, était affaibli, 
il n'offrirait pas toutes lés propriétés dont je viehs de parler 5 



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^' 79 — 

mais il agirait ée la même manière sur l>ail de tom*n6Sol (avee 
mofas d'énergie), sur l'eau et les sels de baryte^ sur lé chàrbou^ 
le euitre et le mercure. Il faudrait seulement le concentrer par 
une ébùtlttion prolongée, pour qu'il fournît de l'acide sulfureux 
«f€c ees trois corps. On décèlera les plus petites traces d'acide 
sidiureux dégagé en plaçant au-dessus de la fiole qui renferme 
le cuivre et l'acide une languette de papier trempé dans un 9olu* 
imn d'amidon et, d'acide iodiqne; ce papier deyiendra d'un bleu 
yiotacé dès qu'il se dégagera de l'acide sulfureux. A l'aide de ces 
caractères on peut distinguer l'acide sulfurique étendu de tous 
les eorpsr connus, excepté des sulfates acides; mais on s'assu- 
rera que ce n'est pas un sulfate acide en concentrant la liqueur 
et en yerseint du carbonate de soude qui précipite tous ces sul- 
fates sont ceux de potas^ , d'ammoniaque ef de soUde ) ceiix-ei 
seront précipités, savoir^ les deux premiers en jaune serin parle 
chlorure de platine ^ et le dernier en blane par l'acide phtorhy- 
driqne silice : or l'acide sulfurique étendu ne précipite par aucun 
de ces réactifs. 

Ce {Procédé est plus sûr et beaucoup plus simple que celui qui 
a été donné par M. Devergie. A quoi bon, par exemple^ em* 
ployer l'acide suUhydrique après avoir conseillé l'usage de la 
potasse^ quand on sait que celle-ci précipite tous les sels que 
précipite l'acide sulfhydrique'' Pourquoi se servir de potasse^ 
qui redissout certains oxydes métalliques précipités, au lieu de 
carbonate de soude qui n'en dissout aucun? Quelle nécessité y 
a-t-il de recourir à la distillation? Je me garderai bien d'ad- 
mettre avec ce médecin qu'il faille donner la préférence à l'azo- 
tate de baryte sur le.Cuivre pour démontrer l'existence de très 
petites quantités d'acide sulfurique. Sans doute cet azotate est 
un réactif excessivement sensible ; mais il n'est pas ici à beau^ 
coup près aussi probant que le cuivre, lorsque la proportion de 
sulfate de baryte produit est trop faible pour fournir avec du 
charbon à une température élevée assez de sulfure de baryum 
pour le reconnaître; Que l'on verse une goutte d'acide sulfurique 
concentré dans 32 grammes d'eau ; que l'on traite la moitié de 
la liqueur par l'azotate de baryte et que l'on cherche à retirer le 
soufre du sulfate de baryte, on n'y parviendra pas on l'on n'y 



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- 80 — 

parviendra qu'avec la plus grande peine ; au contraire» que Ton 
fasse bouillir dans une fiole à médecine avec du cuivre métallique 
l'autre moitié de la liqueur acide : quand la matière sera presque 
sèche, il se dégagera de Tacide sulfureux reeonnaissable à ion 
odeur et à son action sur une languette de papier trempé dans 
une dissolution Samidon et d'acide iodique. Il n'y a rieà à 
répondre à ce fait. 

Dans le cas où l'acide sulfurique concentré serait uni à l'in- 
digo, comme dans le hleu de compoiition employé en teinture^ 
on le reconnaîtrait aux caractères^ suivans : le liquide est épais et 
d'un bleu foncé ; il a une odeur particulière qui n'est pas celle du 
soufre qui brûle ; mais il répand cette odçur lorsqu'on le fait 
bouillir avec du cuivre (car il se produit alors du gaz acide solfu* 
reux). Il échauffe l'eau. Lorsqu'on le mêle avec du chlore con- 
centré liquide pur, ne contenant ni acide sulfurique ni aucun 
sulfate, il est décoloré sur-le-champ, pourvu qu'on emploie suf- 
fisamment de chlore : le liquide résultant est d'une couleur jaune; 
il rougit fortement le papier de tournesol, et donne avec l'azotate 
de baryte un précipité blanc de sulfate de baryte, insoluble dans 
l'eau et dans l'acide azotique. 

Acide sulfurique mêlé au vinaigre. Sur 120 échantillons 
de vinaigre acheté chez divers épiciers de Paris, M. Chevallier 
en a trouvé 17 qui contenaient de l'acide sulfurique. Pour recon- 
naître la présence de cet acide dans le vinaigre, on évapore ce- 
lui-ci jusqu'au dixième de son volume afin de volatiliser l'acide 
acétique ; on laisse refroidir la liqueur, on la filtre pour séparer 
les sels déposés pendant l'évaporaiion et on l'agite pendant une 
minute avec trois ou quatre parties d'éther sulfurique pur (1) 
qui dissout une petite quantité d'acide sulfurique sans agir sur 
les sulfates neutres ni sur les sulfate* acides qui pourraient 
exister dans le liquide concentré par l'évaporation ; on filtre, 
et l'on expose pendant une heure ou deux le solutum à l'air 
libre dans une capsule de porcelaine 5 l'éther se vaporise , et 
l'acide sulfurique peut être reconnu , comme il a été dit à la 



(1) Depuis long-temps M. Chevallier avait conseillé de traiter cette liqueur par 
ralcod. 



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— 81 — 

page 78, à l'aide d'un sel de baryte et du cuivre. Il ne faudrah 
pas traiter directement le- Vinaigre sophistiqué par un sel de 
baryum, car alors ce réactif précipiterait les sulfates solubles 
contenus dans le vinaigre , et l'expert pourrait être tenté de 
croire à tort que le vinaigre renferme de Facide sulfurique libre. 
M. Guibourt s'est donc trompé lorsqu'il a prétendu qu'il fallait 
rejeter l'emploi de l'éther dans cette circonstance , parce que Té- . 
iher ne dissout point l'acide sulfurique (J^oyez Jour, de phar^ 
Tnacie^ n** de décembre 1846) ; j'ai prouvé en effet dans le n** de 
janvier 1847 du même journal, en répondant à M. Guibourt, 
que l'éther à 0,723 de densité dissout une quantité sensible dia- 
cide sulfurique dans les conditions que j'ai indiquées à la page 80. 

M. Guibourt, ayant pris connaissance des observations que 
j'ai publiées dans ce journal , s'est livré à de nouvelles expériences, 
«t il a reconnu que l'éther enlève une petite quantité d'acide sulfii- 
rique au vinaigre lorsque celui-ci en contient au moins un trentième 
de son volume; s'il en renferme moins, Téiher no le séparerait plus. 
En admettant que ces résultats soient exacts, il est évident que 
l'éther enlèverait encore de l'acide sulfurique libre à 300 parties 
de vinaigre ne renfermant qu'un ^ de cet acide, si, comme je le 
€onseille,on réduisait par l'évaporation le volume du liquide à im 
dixième ; alors en effet on opéi*erait sur 30 parties de vinaigre con- 
tenant ^d'acide sulfurique. Et pourquoi n'irait-on pas encore plus 
loin en réduisant le liquide suspect au 30®,au50®,etc.de son volume? 

On peut aussi déceler la présence de l'acide sulfurique dans 
le vinaigre à l'aide du chlorure de calcium. Que l'on mêle à 8 
grammes environ de vinaigre la millième partie d'acide sulfurique 
libre, puis que l'on ajoute un fragment de chlorure de calciiun 
-cristallisé de la grosseur d'une aveline, et que l'on chauffe le 
vinaigre jusqu'à l'ébullition, on verra, aussitôt qu'il sera complè- 
tement refroidi, se former un trouble considérable, et peu de 
tenips après un précipité abondant de sulfate de chaux. Le vi- 
naigre ordinaire non falsifié par l'acide sulfurique, ne produit 
rien de semblable. Ce procédé est fondé sur ce'que la quantité 
totale des sulfates qui se trouvent dans le vinaigre ordinaire est 
si faible, qu'elle ne décompose pas le chlorure de calcium ni à 
la chaleur de l'ébullition ni à une température moyenne (/otir- 
m, 6 



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— 8a - 

mai de vkim4e médicale ^ tome ii, 2'' série^ page 675). 
, Acide 9ulfuriq%ie mêlé à divers liquides alimentaire» 
(iaiti thé| café» eau sucrée, etc.)» à la bile, au sang, à la ma- 
tière des vomdssemens et aux liquides contenus dans le 
canal digestif. La gélatine, le thé, le café et Teau sucrée ne 
jiont point troublés par cet acide ; Talbumine^ le lait et la bile 
,3ant au contraire précipités; cette dernière est précipitée en 
jaune, puis et par Taddition d'une plus grande quantité d*acidé 
en jaui^e orangé, et il [se dépose au bout de quelques minutes 
des fibcmis d*un vert foncé, phénomène dont je tirerai parti pour 
i^xpUquer certaines colorations jaunes ou verdâtres que Fon voit 
trouvent dans le commencement de l'intestin grêle, quand il y a 
eu ingestion d*acide sulfurique. Le sang est coagulé et noirci 
par l'acide sulfurique concentré, à moins que celui-ci n'ait été 
esiployé en grand excè&, car alors le coagulum est dissous, et 
jd liqueur acquiert une couleur noire. 

Il résulte d'un gcané sombre d'expériences que j'ai tentées en 
empoisonnant des animaux avec de l'acide sulfurique et en faisant 
prendre à d'autres animaux du lait, du bouillon, du café, etc<, 
^ns la inoindre parcelle d'acide sulfurique libre, V que l'on dé- 
cèle facilement la présence de cet acide en traitant par l'éiher 
iwlfurique les matières suspectes vomies ou trouvées dans le ca- 
nal digestif, après les avoir coagulées par la chaleur et avoir réduit 
au moins au dixième de leur volume les liquides filtrés ^ %"* qu'il est 
aisé de s'assurer que cet acide ne provient pas d'un sulfate acide, 
parce que l'éther ne dissout aucun de ces sul&tes dissous dans 
l'eau lorsqu'on l'agite avec eux paidant une minute, tandis qu'il 
suffît de ce temps pour dissoudre une quantité sensible d'acide 
sulfurique libre, et qu'alors même que l'on aurait dissous une 
petite proportion d'un de ces sulfates, on reconnaîtrait celui-ci 
aux caractères indiqués en parlant de l'acide sulfurique pur 
étendu d'eau (/oyez p. 78) ; 3*" qu'il n'arrive presque jor- 
mais dans un cas d'empoisonnement par l'acide sulfurique, si 
cet acide n'a pas été entièrement neutralisé par la magnésie ou 
par tout autre alcaU, qu'on n'en trouve pas assez à l'état de 
liberté pour le recom^tre à l'aide de l'éiher, soit dans les 11- 
qjiiides vomifi ou dans ceux que j'en a retirés dn canal digestif, 



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— ga- 
soil dM& les eaax 4e lavage des matière «oilde^BOspecteft, ou 
d^ tissus d^ canal digestif. Quîccwque a essayé de laver l'estomac 
d'an individu empoisQimé par l'acide sulfttrique aura pu s'assurer 
que les eaux de lavage sout long-temps acides et renferment une 
certaine pro|M>rtionde cet acide, alors mém^e qu'elles proviennent 
d'un troisième et d'un quatrième lavage(i)$4'* qu'uni^ petite partie 
dé l'acide sulfurique ingéré se combine avec les tissus du canal 
digestif y sans qu'on puissele dissoudre dans de l'eau distillée inéme 
I>ouinante; mais on ne peut pas en démontrer l'existence en $e 
bornant à décomposer ces tissus par le feu, comme on l'avait cru 
jusqu'à présenti oubien en les détruisant par un courant de chlore 
gazeux, parce que l'estomac et les intestins à Véiat normal soumis 
à l'influence d'une chaleur capable de les réduire en charbon ou 
à celle du chlore , fournissent également une certaine quantité 
d'acide sulfurique â raison du soufre qu'ils renferment; 5'' qu'il 
faut pour parvenir à démontrer la présence de l'acide combiné 
faire des expériences comparative* avec des poids égaux d'es- 
tomacs à l'état normal et d'autres appartenant à des individus 
eimpoispané^; en effet on obtient alors évidemment plus d'acide 
suifuri<j^aô d^s derniers que des premiers ; il serait toutefois dan- 
gereuX| en médecine légale, d'accorder à ces sortes d'expériences 
comparatives [plus de valeur qu'elles n'en ont en réalité, parce 
qu'il pourrait se faire que dans un cas d'empoisonnement la pro- 
portion d'acide sulfurique combiné avec les tissus fût tellement 
faible qu'elle différât à peine de celles que l'on obtiendrait avec 
les tissus, non empoisonnés. L'expert ne serait donc autorisé à 
émettre un doute à cet égard que dans les cas où la quantité 
d'acide. sulfurique extraite des tissus suspects serait beaucoup 
plus forte que celle qu'il aurait retirée des mêmes tissus à Xétat 

(i) L€ Ml ttt^^t^ par M. MoiidloC, dans le Auméro de Janvier 1846 àa Mm^ml 
de ChhiUt métUcale, en opposition avee cette asserttoBy n'est pas de ni^re à «le 
' £ûre changer d'opinion* U s'agit d'un enfant empoisonné par l'acide sulfurique et 
dont l'estomac macéré dans l'eau distillée tiède, au lieu de fournir un liquide acide a ^ 
donné dne liqueur alcaline. MÉf . Devergie, loueur et Barse, chargés par le tri- 
banal de vérifier si l'esperlise faite en premier Heu par MM. Br acoanot et Blondlot 
était exacte, sont arrivés à la même conclusion qu'eux, swoir que restomac ne 
renfermait aucune trace d'acide sulfurique libre. Qu'importe : le fait énoncé par 
BHH est tellement positif et si facile à constater, que je ne balance pas 4 aflirwer 
qu'il y a en là une oause d^eneur qui a échappé aox experts. 
6. 



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— 84 — 

normal en expérimentant comparativement et de la même ma- 
nière trois on quatre fois sar la même proportion de tissus ap- 
partenant à des individus différens ; 6*" qu'il est difiScile, pour ne 
pas dire impossible, de constater la présence de Tacide sulfuri- 
qne libre dans le foie et la raie des animaux empoisonnés par 
cet acide, même lorsqu'il a été donné très étendu, probablement 
parce qu'il sature promptement les alcalis qu'il trouve dans le 
sang et dans ces organes, et qu'il donne naissance à des sulfates 
solubles qui séjournent à peine dans ces viscères; 7^ qu^on.ne 
saurait néanmoins contester qu'il soit absorbé, puisqu'il existe 
dans l'urine des chiens empoisonnés en proportion beaucoup plus 
forte que dans celle de ces animaux à l'état normal ; 8* qu'il peut 
être dès-4ors utile dans un cas présumé d'empoisonnement par 
l'acide sulfurique, si les reéberches tentées sur le canal digestif 
ont été infructueuses pour le découvrir, d'examiner quelle est là 
proportion de sulfate de baryte fournie par l'urine comparative- 
ment à celle que donnerait Turine de plusieurs individus à Tétat 
normal, parce que la différence pourrait être telle que Texpert 
serait autorisé,d'après ce fait, à soupçonner un empoisonnement, 
tout en étant excessivement réservé dans ses conclusions. 

Procède', On placera dans une capsule de porcelaine les li- 
quides vomis, ainsi que les matières extraites du canal digestif, 
et on les fera bouillir pendant quelques instans avec de l'eau dis- 
tillée; on filtrera et l'on évaporera la liqueur Jusqu'au dixième de 
son volume au moins; on filtrera et l'on agitera pendant une minute 
le liquide filtré avec deux fois son volume d'éther sulfurique recti- 
fié d'une densité de 0,72S à 0,7-^0. Si l'on obtient deux couches 
on décantera et l'on fera évaporer à une douce chaleur la couche 
supérieure éthérée; le produit de l'évaporation, traité par l'eau 
distillée, donnera un liquide dans lequel on démontrera la pré- 
sence de l'acide sulfurique libre, si la matière suspecte en conte- 
nait sous cet état. Si l'on n'avait pas obtenu deux couches, après 
avoir traité par l'éther, c'est que la matière suspecte renfermait 
une forte proportion de matière grasse, solide, d'un blanc jau- 
nâtre dans laquelle la majeure partie de l'acide était retenue, et 
que réther ne s'élevait que difficilement au-dessus de la masse 
graisseuse molle. Dans ce cas on filtrerait le mélange à-la-fois 



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- 85 — 

élhévé et graisseux, et l'on verserait de l'eau distillée froide sur 
la graisse figée qui serait resiée sur le filtre; après plusieurs 
heures de contact, on réunirait les deux liqueurs filtrées et on 
les agiterait lentement dans un tube de verre avec de Téther à 
0,723 ou à 0,750 de densiié, de manière à mettre plusieurs fois 
en contact Téiher et la matière huileuse ; alors on obtiendrait 
deux couches; la supérieure éikérée^ étant évaporée à une douce 
chaleur, fournirait de Facide sulfurique, facile à reconnaître. Si 
Ton avait agité fortement et brusquement j Télher se serait uni 
de nouveau avec la matière grasse et Ton n'eût pas obtenu les 
deux couches. J'ai vu, dans une de mes expériences, que le li- 
quide éthéré , alors même qu'il avait été agité avec précauiion, 
oe contenait pas de l'acide sulfurique ou qu'il en renfermait à 
peine; alors j'ai chaufiPé légèrement la couche graisseuse pour la 
liquéfier, et je l'ai étendue d'eau distillie. Le liquide rougissait 
le tournesol, préiîipitait abondamment par les sels de baryte so- 
lobles, et fournissait du gaz acide sulfureux, lorsque je le faisais 
bouillir pendant un temps suffisant avec du cuivre; il ne préci- 
pitait ni par le carbonate de soude, ni par l'acide phtorbydrique 
silice, ni parle chlorure de platine; ces caractères prouvaient 
jusqu'à l'évidence qu'il s'agissait de l'acide sulfurique et non d'un 
sulfate acide. Il pourrait arriver que le chlorure de platine don- 
nât un précipité jaune serin, formé surtout par de la matière 
organique ; on s'assurerait facilement que ce précipité ne con- 
tient pas de potasse, et que par conséquent il n'y avait pas de 
sulfate acide de potasse dans la liqueur suspecte, parce qu'il ne 
serait ni grenu ni adhèrent au verre dans lequel il serait agité. 
Rien n'est aisé comme de distinguer ce précipité de matière or- 
ganique de celui que fourniraient les composés de potasse avec 
le chlorare de platine. 

Si l'on n'a pas obtenu de l'acide sulfurique, on coupera le ca- 
nal digestif par petits morceaux, et on le malaxera pendant une 
heure dans une capsule de porcelaine avec un litre d'eau distillée 
froide ; le soliitum filtré sera traité de la même manière que les 
matières dont je viens de parler. Si, après cette opération, on 
n'a pas encore obtenu de l'acide sulfurique libre^ on desséchera 
les lambeaux du canal digestif, et on les décomposera à feu nu 



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— 88 — 

qu'on troure dans tons les ouvrages de chimie les caractères des 
sulfates que Ton peut être intéressé à reconnaître ; je dirai 
toutefois qu'il faudrait dans ce cas évaporer les matières jusqu'à 
siccité et laisser le produit dans l'eau distillée froide pendant 
plusieurs heures -, on dissoudrait ainsi le sulfate formé et une 
portion de matière organique ; le liquide filtré serait évaporé, 
desséché et carbonisé dans une capsule de porcelaine ; il suffirait 
de traiter le charbon par l'eau distillée pour dissoudre ce sulfate. 

Acide suUurique dans un cas d'exhumation juridique. Le 42 mars 4826 
on introduisit dans un bocal à large ouverture, exposé à l'air, 320 gram. 
d'acide sulfurique concentré , le quart d'un foie humain coupé en mor- 
ceaux, et une portion d'un canal intestinal. Le 4 5 du même mois, la ma- 
tière, d'un brun noirâtre, était réduite en une sorte de bouillie d'une odeur 
aigre, nauséabonde; elle rougissait fortement le papier de tournesol , et 
donnait par le chlorure de baryum un précipité abondant de sulfate de 
baryte blanc, insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique : chauffé dans 
une fiole avec du cuivre métallique , elle tardait l^aucoup à dégager du 
gaz acide sulfureux, apparemment parce que l'acide avait été affaibli par 
l'eau contenue dans les matières animales : cependant, en continuant à 
chauffer, on obtenait une quantité notable de ce gaz, et il se formait du 
sulfate de cuivre. Le 26 mai 4827, c'estrà-dire vingt-deux mois et demi 
après le commencement de Texpérience, la masse était sous forme d'une 
bouillie noire, jouissant de tous les caractères ci-dessus indiqués ; le mer- 
cure, qui fut substitué au cuivre pour dégager de l'acide sulfureux, se 
trouva transformé en sulfate de protoxyde. Dans l'intervalle de ces deux 
époques, la matière fut examinée au moins vingt fois, et fournit constam- 
ment les mêmes résultats. 

Àdde sulfurique faible. Le 48 juillet 4^26, on mêla dans un bocal 
à large ouverture exposé à l'air un gramme d'acide sulfurique concentré, 
un litre d'eau, et environ le tiers d'un canal intestinal humain. Le 42 août 
suivant, le liquide était d'un blauc jaunâtre, rougissait fortement l'eau de 
tournesol, et donnait par les sels solubles de baryte un précipité blanc 
insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique. On voulut savoir «i, en le 
concentrant et en le faisant bouillir avec du mercure, on obtiendrait du 
gaz acide sulfureux ; mais le liquide qui contenait beaucoup de matière 
animale se boursoufla , et se répandit avant qujon eûl pu sentir ce gaz. 
Le 24 mai 1827, c'est«^-dire neuf mois et trois jours après le commence- 
ment de Texpérience, le mélange exhalait une odeur iusupportable : *on 
rétendit d'eau distillée et ou filtra ; le liquide filtré rougissait à peine le 
papier de tournesol, parce que la majeure partie de l'acide sulfurique 
avait été saturée par l'ammoniaque provenant de la putréfaction ; aussi 
lorsqu'on la faisait bouillir avec de la chaux vive, ce sulfate d'ammoniaque 



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— 89 ~ 

se déc(»npo0ait-il, et obtenait^on un grand dégagement d'ammoniaque. 
Ce même liquide fournissait, avec les sels de baryte , un précipité blanc 
abondant de sulfate de baryte insoluble dans Feau et dans Tacide azo- 
tique ; concentré par Tévaporàtion et bouilli avec du mercure, il ne laissait 
point dégager de gaz acide sulfureux, quoiqu'il eût été réduit presque jus- 
qu'à siccité. Voyant qu'il était impossible par ce moyen de prouver que 
Tacide libre de la liqueur fût de l'acide sulfurique, on eut recours au pro- 
cédé suivant. Une portion de cette liqjueur fut traitée à froid par du 
carbonate de chaux pur que l'on avait fait préalablement bouillir dans 
de l'eau distillée, et qui ne contenait pas un atome de sulfate ; il n'y eut 
point d'effervescence; après dix minutes d'agitation on filtra. La masse 
blanche qui était sur le filtre, lavée avec de l'eau distillée, pour lui enlever 
tout l'acide sulfurique et le sulfate d'ammoniaque qu'elle pouvait contenir, 
fut desséchée et traitée dans une fiole par de l'eau distillée bouillante ; la 
dissolution filtrée ne contenait point de sulfate de chaux, car elle ne se 
troublait ni par le chlorure de baryum ni par l'oxalate d'ammoniaque. Il 
est donc évident que la quantité d'acide sulfurique libre qui existait dans 
cette liqueur était tellement faible, qu'il se forma à peine du sulfate de 
chaux, et que le peu qu'il s'en produisit trouva assez d'eau pour se dis- 
soudre dans le liquide employé pour laver le précipité. 

Quatre grammes d'octde sulfurique concentré furent placés le 40 po- 
vembre 1 826, avec une portion 4'un canal intestinal, dans un vase de 
porcelaine ; celui-ci fut à son iout enfermé dans une boîte de sapin que 
l'on enterra à 82 centim. de profondeur. L'exhumation de cette botte 
eut lieu le 30 avril 4828, dix-sept mois vingt jours après l'inhumation. 
L'inlestin était à peine jaune, et semblait nager dans un liquide grisâtre, 
légèrement trouble ; ce liquide rougissait le papier de tournesol, faisait 
effervescence sur le carreau, fournissait, avec les sels de baryte, un préci- 
pité blanc, insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique, et donnait, lors- 
qu'on le faisait bouillir avec du mei^ure, du gaz acide sulfureux ; donc il 
contenait de l'acide sulfurique libre : toutefois, il fallait , pour constater 
ce dernier caractère , prolonger l'ébullition presque jusqu'à siccité , 
probablement parce que l'acide avait été singulièrement affaibli par l'hu* 
miditédes intestins. 

J'établirai donc 1** qu'il est possible de constater la présence 
de Tacide sulfurique concentré^ plusieurs mois et ménne plu- 
sieurs années après son mélange avec des matières animales; 
2* que si cet acide a été trè$ affaibli^ et mêlé avec des sub- 
stances qui, en se pourrissant, ont dégagé beaucoup d'ammo^^ 
niaque, il est saturé par cet alcali au point qu'il n'y en a plus ou 
' presque plus de libre au bout de quelques mois ; 3* que dans ce 
cas il ne serait plus permis de conclure qu'il y a eu empoisonne- 



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— m — 

m^t par Tadde snlftirique; que tout au plus on pourrait, dV 
près la présence du sulfate d'ammoniaque, que je suppose 
avoir été obtenu cristallisé et bien caractérisé, établir quelques 
probabilités d'empoisonnement, ce sulfate ne faisant ordinaire- 
ipent partie ni des matières alimentaires, ni de celles qui com- 
posent le canal digestif. 

Taeheê produites par f acide sufurique. Les draps bleus et 
noirs et les chapeaux sont colorés en rouge par cet acide ; mais 
la couleur passe souvent au brun au bout d'un certain temps. Le 
cuir ne se colore pas ; sa substance e^t détachée là où l'acide 9^ 
été placé. £n général , si l'acide sulfurique employé était cou*- 
centré, la tache reste humide pendant long-temps, parce que 
l'acide attire la vapeur d'eau contenue dans l'air. 

Faudra-t-il, comme le prescrit M. Devergie, recourir à la dé- 
composition par le feu des parties tachées pour reconnaître 
qu'elles ont été mouillées par de l'acide sulfurique? « Dans tous 
« les cas, dit notre eonfrèrfe, €*est encore le procédé que nous 
« avons conseillé pour l'acide sulfurique étendu d'eau qu'il faut 
« suivre (décomposition parle feu), car on n'a qu'à éviter un 
« seul écueil, celui qui pourrait résulter de Terreur commise en 
« prenant pour de l'acide sulfurique ce qui serait seulement le 
« résultat de l'action d'un sulfate acide. » Et plus bas : « Ici, et 
K principalement lorsqu'il s'agit de l'analyse des taches, on n^ob- 
« tient que des quantités très petites d'acide sulfurique par suite 
« de la décomposition des matières végétales dans la petite cor- 
« nue. Il est donc nécessaire d'employer dans l'examen de la li- 
'« queur ammoniacale des réactifs plus délicats et dont les effets 
« sont plus appréciables. » (Page 215 de l'ouvrage cité.) 

Il est facile de démontrer qu'il est urgent de renoncer au pro- 
cédé que propose M. Devergie ; en effet, en déeompeêemi par le 
feu du cuir, du drap bleu ou noir, un morceau de chapeau 
noir, non tachés par l'acide sulforique, on obtient danê h ré- 
cipient un liquide contenant une quantité notable de sulfite acide 
d'ammoniaque, et qui fournira du sulfate de baryte après avoir 
été traité par l'eau régale et par le chlorure de baryum. Ce ré- 
sultat aurait été facilement prévu, si Ton avait eu égard aux cod^ 
sidérations suivantes : 



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— di - 

1° Pour teindre le coton et le fil en bien, on proeWe à Paki-^ 
nage, puis on plonge les tissus dans la cuve d'indigo à froid, ou à 
la coupe-rose (^t^/jfa/^ de protoxyde de fer). Si l'on veut obtenir la 
même couleur avec le bleu de Prusse, on emploie tantôt 1/60* d*a* 
cide sulfurique, tantôt du sulfate de fer et l/i60« du même acide. 
2» Pour teindre les draps en bleu à l'aide de l'indigo, on se sert 
de la cuve à la chaux et au vitriol (sulfate de protoxyde de fer\ oij 
bien on dissout l'indigo dans l'acide sulfurique concentré. Dans 
la teinture en bleu par le campéche, on alune d'abord l'étoffe. 
3" Pour teindre en noir, on commence par teindre la laine, le 
coton et le fil eu hleu, puis on les plonge dans une dissolution de 
sulfate de fer^ etc. 

4°^ Dans la teinture des chapeaux on emploie aussi le sulfate dé 
fer^eiponr les chapeaux de feutre on fait usaged'acide#ie//î^r«^t^. 
5*» L'acide sulfurique est devenu d'un usage journaliw dans 
les tanneries de tous les pays où l'on fait des euirs forts, pour 
le gonflement des peaux , et même dans quelques-unes pour la 
dépilation de ces peaux. 

6<* On sait enfin qtie la matière du cirage se compose d'acide sul- 
furique, d'huile d'olives, de gomme, de sucre candi et de noir 
d'ivoire. 

Est-il étonnant, après ces fôits, que les étoffes ainsi teintes, le 
feutre et le cuir décomposés par le feu, fournissent de l'acide sut- 
fareux qui provient de lucide sulfurique ou des sulfates contenus 
dans ces matières? 

J'ai voulu savoir jusqu'à quel point Teau distillée froide pourvu 
rait découvrir l'acide sulfurique qui aurait produit les taches 
dont je m'occupe. Constamment j'ai obtenu cet acide en laissant 
macérer dans l'eau froide pendant une heure les parties de drap, 
de chapeau ou de cuir tachés avec de très petites proportions d'a- 
cide sulfurique concentré ou affaibli, même lorsque j'opérais sur 
des taches anciennes. Les liquides rougissaient le papier de 
tournesol, et donnaient, avec le chlorure de baryum, du sulfate 
de baryte blanc, insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique el 
susceptible d'être transformé en sulfure de baryum par le char- 
bon. Mais constamment aussi fai obtenu les mêmes résultats 
en agissant sur le même drap, sur le même chapeau, sur le même 



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- 92 — 

CQÎf non taehéêpa/ir tacide sùlfurique; à la vérité, le papier 
de tournesol était à peine rougi et le sel soluble de baryum très 
légèrement troublé (V. mon mémoire dans le Journal de Chi- 
mie médicale de septembre 1841). 

La Lancette anglaise du 2 octobre de la même année rap> 
porte une expertise confiée au docteur Robert Dundas Thomson, 
qu'il ne sera pas sans intérêt de consigner ici. Une femme, dans 
un accès de colère, jeta à la figure d'un homme une grande quan- 
tité d'acide sulfurique, qui fut en partie répandu sur son cha- 
peau. Les parties tachées en rouge furent traitées par l'eau distil- 
lée bouillante, et il fut aisé de reconnaître dans le liquide la pré- 
sence de l'acide sulfurique ; mais aussi, en traitant les portions 
de chapeau non tachées de la même manière, la liqueur obte- 
nue fournit de l'acide sulfurique. Ces résultats, conformes à ceux 
que j'avais décrits dans mon mémoire, engagèrent M. Thomson 
à déterminer la proportion d'acide sulfurique qu'il était possible 
de recueillir en soumettant aux mêmes opérations une égale 
quantité de chapeau taché et non taché, et il vit que la partie 
tachée donnait 10 centigr. de sulfate de baryte, tandis que la 
partie non tachée n'en fournissait que 2 centigr. 5 milligrammes. 

D'après ce qui précède, l'expert chargé de résoudre la question 
que j'agite devra laisser les parties tachées dans l'eau distillée 
froide pendant deux heures. Si le liquide filtré rougit le tourne- 
sol, qu'il précipite un sel soluble de baryum, et qu'étant évaporé 
presque jusqu'à siccité avec du cuivre métallique, il fournisse du 
gaz acide sulfureux, on déterminera si ces efTets sont dus à la 
présence d'un sulfate acide , d'après les moyens indiqués à la 
page 79 ; s'il reconnaît que la tache n'est point produite par l'un 
de ces sels, il pèsera le sulfate de baryte obtenu, et il en comparera 
le poids à celui qui aura été donné par une égale proportion du 
même drap, du mémo chapeau on du même cuir non tacïiés et 
traités de la même manière. 

Si par hasard, ce qui n'arrive que très rarement, l'acide sulfuri- 
que qui a produit les taches n'était pas dissous dans l'eau, il fau- 
drait procéder à la décomposition par le feu des parties tachées^ 
en ayant soin toutefois de soumettre aussi à la distillation à feu 
nu une égale quantité de drap, de cuir, etc., non tachés. La 



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— «8 — 

proportion êifférente de sulfate de baryte oiH«ntt en denûer 
res8on par Tun on l'autre de ces procédés, pourrait permettre à 
l'expert de se prononcer d'une manière certaine , si la différence 
était appréciable (Mémoire cité. Y oy. Journal de Chimie médi* 
eale^ page 484, n^ de septembre 1841). 

Sympiâmes, léeions de tiseu et aeiion sur l'e'conomie ant» 
maie (^P^ùyez p. 72). 

Acide êulfurique introduit dans le canal digeetif après 
la mori. Lorsqu'on injecte dans l'intestin rectum d*un indi- 
vidu qui vient d'expirer 20 ou 24 grammes d'acide sulfii- 
rique concentré, qu'on laisse s^ourner pendant vingt-quatre 
heures, on remarque, en faisant l'ouverture du cadavre, que 
l'acide n'a agi que sur la portion dUntestin sur laquelle 
il a été appliqué y en sorte qu'il y a une ligne de démar- 
cation tranchée entre les parties qui ont été touchées par 
l'acide et les autres : la membrane muqueuse est jaunâtre, 
et se détache facilement sous forme de flocons; la tunique 
mnsculeuse est blanche ; il en est de> même de la membrane 
séreuse, qui en outre est épaissie et parsemée de vaisseaux in- 
jectés en noir et durcis, comme si le sang qu'ils renferment eftt 
été charbonné par l'acide : on ne déeowiyre aucune trace de 
rougeur. Ces caractères sont plus que suffisans pour distinguer 
si l'acide sulfurique a été introduit dans le canal digestif avant ou 
après la mon. 

De r acide sulfureux. 

Cet acide est limpide et incolore; son odeur est piquante et 
semblable à celle du soufre qui brûle ; sa saveur acre est très mar- 
quée. Exposé à l'action du calorique dans des vaisseaux fermés, 
il fournit une très grande quantité de gaz acide sulfureux, inco- 
lore, ayant la même odeur que celle de l'acide liquide. Le proto- 
chlorure d'étain le décompose, et il se précipite du soufre. 
Combiné avec la potasse, la soude, etc., il donne naissance à un 
sulfite qui peut être obtenu à l'état solide par l'évaporation ; l'a- 
cide sulfurique concentré, versé sur ce sel réduit en pondre, le 
décompose avec effervescence, et en dégage du gaz acide sulfo*- 
reux facile à reconnaître à son odeur. A l'état gazeux , il est 



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— u - 

iMBoMre^ odoram «t 8apide^ conflits le i^récéieill ; son poid& sp4- 
bifique est de 2,1^0; feau peut en disfioudre quamnte^-trois 
feis son volume environ. - . 

D'après Hâllé^ le gas acide sulfureux fait périr les calnais qui 
le respirent, en moins d'uHe minute et un quart i ses effets dé^ 
psnd^t de rii>ritali9n qtf il exeree sur rarHère-^uefa^ le la- 
rynx, la trachée-artère, les bronches et les poîumons. On lit dans 
Dedtois de Rodiefort que des ouvriers, habituellement <$x|K)sés 
à Tactfon de ce gaz, éprouvèrent de la céphalalgie, des ophthal- 
mies, des tremblemena, des mouvemens spasmodiques du la* 
ryfiK, et une sorte d'asthme seG et eonvii^if . 

De V^eide cusùiiqvte {em^forte}^ 

L'acide alsotîque ptir et conctfT^re' est liquide et incolore^ à 
moins qu'il ne contienne qu'un équivalent d'eau, car alors il est 
Jaune; l'acide du commerce est incolore, d'un blanc jaunâtre ou 
jaune. Il est doué d'une odeur particulière et d'une saveur acide, 
tellement acre et caustique qu'il brûle les organes du goût. Son 
poids spécifique est de 1^554. IX rougit fortement le tournesol et 
colore la peau en jaune. Versé sur de la limaille de cuivre,ll donne 
naissance à de l'azotate de cuivre bleu et à des vapeurs jaune 
wrànff^ei d'acide azoteux c^i se dégagent avec une vive efferves- 
cence. Combiné avec la potasse, la soude, la chaux, etc., il four- 
nit des azotates qui, étant évaporés, desséchés et mis sur les 
charbons ardens fusent^ c'est-à-dire activent la combustion du 
«harbon en faisant entendre un léger bruit. 

Acide mzotique étendu d'eau. S'il est trop affaibli pour agir 
tnr le cuivre, quelque étendu qu'il soit, U rougira encore le 
tournesol, et se comportera avec les alcalis^ comme il vient d'être 
dit; l'azotate obtenu, alors même qu'il est en très minime pro<- 
portion, sera reconnu aux caractères, suivans : 1° mélangé avec 
ée la limaille de cuivre et chauffé avec quelques gouttes d'eau 
et un peu d'acide sulfurique concentré dans un petit tube de 
verre étroit , il répandra des vapeurs jaune orangé (acide azo- 
teux); 2'' il changera la couleur yat^n^ de la ndrcotine délayée 
ou dissoute dans l'acide sulfurique concentré pur en une couleur 



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— m — 

raugé éê Mfif^t de réaiotif bean^ooap plus «ensibte cfoub là if^r^ 
i^\aQ proposée par M. O'SdiaugnesseJr et adoptée par M. Devais 
gie, et que le èuliite de protoxyde de (br eoiiseîlM par M* Deis^ 
iNissiBs de RidiemoDt, Test pourtant moine que la bruèiaé 
éétayëe ou dissoàte dansFacide sttUùriqneeoncéntré) laquelle de«- 
vient également rouge de sang/ la sensibilité de cet alcaloïde 
est telle qu'il y aurait quelque danger à l'employei^ eovnme H'èac- 
tîf <le raoide azotique, parce qu'on trouvé quelquefois datis le cùtùt- 
ttierce et même dans les laboratoires de Taclde sUlfurique qui 
contient une petite quantité d'acide azotffaé) et que ¥oû 
pourrait être tenté d'attribuer la couleur rouge de sang à de ra-'- 
cide azotique qui aurait été donné comme poison, tandis qu'elle 
dépendrait de celui que renfermerait l'adde sulftn*ique employé 
comme réactif; d"" le sulfate de protoiyde de fer pulvérulent ou 
en dissolution conc^trée, se coloré en imm noirâtre (couleur dé 
café à l'eau), par une parceHe d'azotate de potasse, de soude, 
etc., et par quelques gouttes d'acide sulfurique concentré ; si Ton 
ajoute une assez grande quantité de cet acide, le mélange deviens» 
dra violet ou r&êe. 

Liebig avait prc^sé^ pour constater la présence de très petites 
prc^ortions d'acide azotique très étendu d'eau, de diauffer ce 
o^rps avec du sulfate d'indigo et de l'acide sulftiriqQé ; la déa>lo-' 
ration de l'indigo devait être une preuve de l'cKisrtence de l'adde 
azotique ; mais j'ai fait voir en 1828, bien avant M. O'Sehaugnes^ 
sey, quoi qu'en dise M. Devergie, que les acides cfaloreux, 
iodeux, etc., afiEaibli&, agissent exactement de même sur le sul* 
fate d'indigo, et qu'il faut par conséquasit renoncer à ce mode 
d'expérimentatk>n (Y. Journal de Chimie niédie€de, tome iv, 
page 409, année 1828). 

Si la quwitité d'azotate de potasse^ de soude, etc., est tellement 
minime que tout porte à cï*otre qu'elle sera insuffisante pour 
donner lieu à des vapeurs orangées visibles, lorsqu'on traitera 
le sel par le cuivre et l'acide sulfurique, on constatera que ce sel 
fuse, en en mettant une parcelle sur des chaii)ons ardens, et lé 
restant sera introduit dans un petit tube de verre étroit avec de la 
limaille de cuivre, deux ou trois gouttes d'eau et cinq à six gouttes 
d'acide sulfurique concentré et pur ; le gaz bioxyde d'azote, qui 



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— »6 — 

êe dégagera^ sera reçu dans quelques gouttes d'une dissolution de 
sulfate de narcotine qui deviendra rouge, ou dans une pareille 
quantité de dissolution de sulfate de protoxyde de fer qui ac^ 
querra la couleur du café à l'eau, et qui deviendra violette ou rose 
par l'addition d*une assez grande proportion d'acide sulfurique 
concentré. 

Acide azotique mêlé à divers liquides animaux. L'eau 
sucrée, le thé, le vin et la gélatine ne sont pas troublés par cet 
acide ; le lait et l'albumine sont coagulés et les gruni^ux ne 
tardent pas à jaunir ; la bile est précipitée en jaune et le dépôt 
verdit d'abord, puis rougitpar une plus forte proportion d'adde. 
Le sang est noirci et coagulé. 

Il résulte d'un grand nonibre d^xpériences que j'ai tentées, 
soit en administrant à des animaux des alimens mélangés ou non 
d'acide azotique concentré : 1" que Ton peut démontrer la pré- 
sence de cet acide dans les liquides alimentaires, ou dans les tis- 
sus du canal digestif qui ont été touchés par lui, en traitant ces 
diverses matières par le bicarbonate de soude, le chlore, etc.; 
mais qu'il ne suffit pas, pour affirmer que cet acide s'y trouve, 
d'avoir obtenu en dernier ressort un produit qui colore le sulfate 
de narcotme en rouge et le sulfate de protoxyde de fer en brun, 
ou qui, étant traité par l'acide sulfurique et le cuivre, donne un 
gaz pouvant cc^orer le sel de fer en brun, parce que l'on obtient 
les mêmes résultats avec des mélanges alimentaires à l'état nor- 
mal qui auraient été traités de même ; qu'il faut nécessairement 
avoir obtenu un résidu qui fuse sur les charbons ardens, et qui, 
étant décomposé par du cuivre et de l'acide sulfurique, fournisse 
un gaz jaune orangé qui colore le sulfate de protoxyde de fer en 
brun, puis en violet par l'addition de l'acide sulfurique ; 

V Que ces derniers caractères ne peuvent être constatés, en 
suivant un pareil procédé, que dans les cas d'empoisonnement où 
la quantité d'acide azotique restant est assez considérable; car, si 
elle était faible, Tazotate produit se trouverait mélangé d'une trop 
forte proportion de matière organique, de chlorures ou d'autres 
sels, pour qu'ils se manifestassent: 

3" Qu'en distillant, au contraire, les matières suspectes H* 
quides ou solides avec de l'acide sulfurique concentré , on décèle 



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— 97 — 

I 

des quantités au moiDs aussi faibles d'acide azotique; que Yopé^ 
ration est d'une exécution plus facile et qu'elle fournit Tacide 
libre sans exposer à la moindre chance d'erreur. En effet, le 
liquide distillé est acide, rougît le sulfate jaune de narcotine, 
brunit le sulfate de protoxyde de fer, et le rend violet si l'on 
ajoute de l'acide sulfurique ; saturé par la potasse et évaporé 
jusqu'à siccité, il laisse un résidu qui fuse sur les charbons ar- 
dens, à moins que la proportion d'acide azotique distillé ne soit 
par trop minime par rapport à la quantité de matière organique 
qu'il a entraînée pendant la distillation, mais qui même dans ces 
cas donne, lorsqu'on le décompose dans un tube avec du cuivre 
et de l'acide sulfurique, un gaz coloré ou non en jaune orangé, 
susceptible de brunir le sulfate de protoxyde de fer à travers le- 
quel on le fait passer, et il suffit d*étendre cette liqueur brune 
dans de l'acide sulfurique concentré pour la rendre violette. Les 
mélanges alimentaires, les matières contenues dans l'estomac, les 
selles, et les tissus du canal digestif à Véiai norma/^ distillés avec 
l'acide sulfurique, fournissent des liquides qui peuvent être acides, 
mais qui ne présentent jamais l'ensemble des caractères précités. 

Procédé. On recueille les matières contenues dans le canal 
digestif, ou celles qui ont été vomies ; on lave les tissus de ce ca- 
nal à plusieurs reprises et pendant plusieurs heures avec de l'eau 
distillée froide ^ on réunit le tout dans une cornue à laquelle on 
a adapté un récipient, et on élève la température jusqu'au 
degré de l'ébullition, afin de coaguler un certain nombre de ma- 
tières ; on filtre le liquide condensé dans le ballon, ainsi que 
celui qui reste dans la cornue; on sature par la potasse à l'alcool 
ce liquide filtré, on le rapprochejusqii'au quart de son volume; 
puis on le distille dans une cornue avec 7, 8, 10 ou 12 grammes 
d'acide sulfurique concentré pur, et surtout exempt d'acide azo- 
tique (1). On obtient l'acide azotique dans le ballon, surtout vers 
la fin de la distillation , en sorte qu'il faut pousser celle-ci jus- 
qu'au point où la matière de la cornue commence à devenir 
épaisse. 

Les matières solides restées sur le filtre, ainsi que les por- 

(t) Od prive aisément Tadde sulfurique de l'acide azotique qu*il peut contenir, 
tn le chauffiuit avec du soufre à 480®. 

m. 7 



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— 98 — 

titfttè <U^ tisSttÉ èé tali&l digestif qui seraient Jàtitteè on eofratn- 
Adéés, sont sotimisès à Tâctioti de la potasse à l'alcool et de Teau 
ffisdilëè dans Une capsule de porcelaine ; on fait bonillir pendant 
une heure, afin d'enlever et de neutraliser les plus minimes pro- 
fNOMtmè diacide azotique qu'elles auraient pu retenir; on filtre; 
th iMrture Talcâli par l'acide sulfurique concentre et pur, on rap- 
phMAëlaritatiëreparFëvaporation, puison la distille avec de 
l'SÉCide striftartque pur, comme il vient d'être dit. On n'obtient en 
^kxénl que tort peu d'acide azotique de cette opération, parce 
iiête ht majeure psNrtie de i'àcide se trouve dans les liquides conte- 
tius dans l'estomac qui ont été distillés d'abord, et l'on peut se dts- 
ftétt&elt d'y avoir récours, sî déjà ces liquides ont fourni assez d'a- 
cide âS^KHique pour porter la conviction dans l'esprit des experts. 

Si lois recherches précédentes ont été infructueuses, où agira 
Wtr te lôfle, la rate, les reins et l'urine, etc., comme il vient d'être 
fffti 

CotftîLusiOTis. 1" Si à la suite de ces recherches on a obtenu 
&à^ leà Iréelpiens des liquides incolores, acides, rougissant le 
sulibte de narcotîne, brunissant le sulfate de protoxydé de fer, 
MtMiàcë qtii p^sse^a au Violet par tm excès d'acide sulfurïque, et 
T|tfi, étant liaturés par la potasse et évaporés jusqu'à siccité, aient 
Msté des produits jaunâtres, d'un jaune rougeàire ou d'un rouge 
ft<*tmûtre, lesquels fuêeM sur les charbons ardens, et donnent 
ffar le Cuivre et l'acide sulfurique du gaz acide azoteux jaune 
otanffé, qui colore le sulfate de protoxydé de fer en brun, puis 
«ti violet, on affirmera que les matières suspectes contenaient de 
l'acide azotique, de Tacide azoteux ou de l'acide hypo-azotique, 
un lizotate, un azotite ou un faypo-azotate. 

2*11 ttU iera de même datas les cas où lé produit solide, prove- 
Hfàntde lu saturation par la potasse des liquidés distillés, neftise- 
rait ffa« «ur les fcharbons ardens, et ne donnerait pas un gaz 
t5èto^é en jttiiHe tdraitgé, pourvu que les autres caractères puis- 
ant ^re tous constatés, puisque ces caractères, ne sont jamais 
fournis par des matières à Vétat normal qui ont été soumises au 
procédé de la distillation par l'acide sulfurique. 

^° Si les Caractères iadîqaés à la conclusion {précédente man- 
quent en partie, ou ne sont pas assez trandiés j[)our qu'il ne reste 



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- ô^ -- 

attcim dôtite ^tir leur existence, oh s^ gardef^ bréû de dire ctùé 
les matières suspectes ne contenaient aucun des composés azoti-* 
qnes dont je parle, car les choses se passent ainsi tomes les fob 
que les proportions d'acide azotique ott azoteux sont excessive- 
ment minimes. Ce serait alors le cas de combiner avec les ëlé- 
mëns fburnis par la chimie ceux que donneraient les sympiâmes, 
les lésions de tissU, etc. 

Aeide msûtique dans un cm ûû la fnùgnésie au toute aUtf^ê 
basé ulealine ont été admiHùtf^éei iiomme contre-poison. 
Si Tacide n'a pas été complètement saturé par la base alcaliilëy 
comme cela a presque toujours lieu, on découvrira la portion qui 
est encore libre par les procédés indiqués. Si la saturation a été 
complète, on devra chercher dans les liqueurs suspectes Tiiiotate 
de magnésie, de chaux, etc., qu'elles renfermeront à coup sûr, 
puisque tous les azotates sont solubles dans Teau. Pour cela on 
destfiohera ks matières à une douce ehaléur, et on laisseni le 
prodoii en oontaot pendant plusieurs heures avec de Tenu disiil^ 
lée fhilde qui dissoudra Tazotate, ainsi qu'une partie de la ma^ 
tîère organique ; le soluium filtré et desséché dans une capsule 
de porcelaine fumera sur les charbons ardens ev-donnera du gari 
bi^xyde d'azote s'il est chauffé avecducuivt^ et de l'acide anlAi^ 
rique. Si à raison d'utie trop forte proportion de matière organi- 
que ces caractères manquaient , on redissoudrait dans l'eau le 
produit dessédié, et on ferait chauler la dissolutloh àkM utië 
eorniie avec le vingtième de son volume d'acide siilfnrique puf^ 
et mnàCHiréf à coup sAr, en continuant l'opération jusqu'à ce 
que ce liquide fût réduit an tiers de son poids enyiron, tm obtieu-» 
dratt dans le ballon un liquide à^peu-près incolore et acide, 
renfermant une quantité notable d'acide aiottque ft^cile à te^ 
eonnattre. 

Acide azotique Contenu dans furine. Il résulte de mes eXpë^ 
rieUces que l'urine des animaux empoisonnés par l'acide aîotiqUe 
étendu d*eau renferme une certaine quantité de cet acide, à cet^ 
taines épcques de la maladie; j'ai prouvé ce fait en distillant 
rurine avec de l'acide sulfurique pur, et en saturant par la potasse 
le liquide acide recueilli dans le ballon. Il suffit de faire évaporer 
la liqueur ainsi saturée pour obtenir de l'azotate dé potasse cjfA 

7. 



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— 100 - 

ftise sur les charbons ardens, et qur se comporte avec le cuivre 
et Tacide suirurique, avec le sulfate de narcotine et le sulfate de 
protoxyde de fer, comme Fazotaie de polasse. L'expert ne saurait 
désormais négliger la recherche de Tacide azotique dans Turine, 
si les expériences faites avec les autres matières suspectes 
avaient été infructueuses ; car la présence de cet acide dans ce 
liquide excrémentitiel lui permettrait d'a^rmer qu'il y a eu in- 
gestion d'acide azotique pendant la vie ; toutefois Vabsenee de 
cet acide ne l'autoriserait pas à conclure qu'il n'a pas été ingéré, 
l'urine pouvant n'en renfermer qu'à certaines époques de l'em- 
poisonnement. 

Symptômei , lésions de tissu et action sur l'économie 
animale, , 

Lorsque les individus succombent peu de temps après l'inges- 
tion de cet acide , on observe les altérations suivantes : couleur 
plus ou moins orangée de l'épiderme dil bord libre des ièvreSi 
qui paraît brûlé et qui se détache très aisément ; membrane in- 
terne dé la bouche d'une couleur blanche, souvent citrine ; dents 
fréquemment vacillantes, offrant à leur couronne une teinte jaune 
très marquée ; inflammation de la membrane muqueuse de i'ar- 
rière-bouche et du pharynx; à la surface de Toesophage, un en- 
duit de matière jaune, grasse au toucher, qui paraît formé à-la- 
fois par de l'albumine concrète et par la membrane muqueuse 
altérée d'une manière particulière ; inflammation plus ou moins 
violente de Testomac , principalement vers le pylore et le com- 
mencement du duodénum ; quelquefois des taches gangreneuses 
dans les parois de ces organes, qui présentent aussi des r^eaux 
de vaisseaux sanguins multipliés, dilatés, remplis d'un sang noir 
et coagulé ; ils sont amincis, comme dissous et prêts à se déchirer 
au plus léger contact ; un enduit épais, grenu, en forme de pâte, 
de couleur jaune verdâire, tapisse Tintérieur de ces viscères, qui 
renferment une grande quantité d'une matière de couleur jaune, 
de la consistance d'une bouillie, dans laquelle sont des flocons 
semblables à du suif; rides de l'estomac très brunes et réduites 
en mucilage ; pylore très rétréci ; parois du duodénum et du jé- 



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— 101 — 

junum tachées en jaune tirant quelquefois sur le vert ; diminu- 
tion de ces altérations à mesure que les parties où on les obscerve 
sont plus éloignées de Testomac ; gros intestins ordiuairement 
remplis de matières fécales très dures et moulées; péritoine 
épaissi, dur, d*un rouge sale, recouvert de couches albumineu- 
ses, qui réunissent, par des adhérences très multipliées, tous les 
viscères ; distension très grande de Testomac dans quelques cir- 
constances ; dans d'autres, réduction de ce viscère à un très petit 
volume , ce qui a principalement lieu dans les cas nombreux où 
il a été percé : alors , épanchement énorme dans le ventre d'un 
liquide épais, jaune et floconneux; inflammation plus ou moins 
considérable, plus ou moins générale de tous les autres viscères 
abdominaux et de la poitrine ; quelquefois dex» taches jaunes sur 
les mains ou sur d'autres parties : elles ont été produites par une 
petite quantité d'acide azotique échappé du vase dans lequel on a 
bu ce poison. 

Action sur l'économie animale. Il résulte des expériences 
que j'ai tentées et des faits observés jusqu'à ce jour, que l'acide 
azotique produit la mort des animaux par une action en tout 
semblable à celle de l'acide sulfurique. 

Acide azotique introduit dam le canal digestif après la 
mort. Si l'on injecte dans l'intestin rectum d'un individu qui vient 
d'expirer 15 grammes d'acide azotique du commerce , et qu^on 
ouvre le cadavre au bout de vingt-quatre heures, on observe que 
toutes les tuniques de la portion de l'intestin qui a été en con- 
tact avec l'acide sont d'un beau jaune ; la membrane muqueuse 
est quelquefois détruite, et transformée en flocons d'un jaune 
serin qui ont l'aspect graisseux : du reste on ne remarque au- 
cune trace de rougeur ni d'inflammation. Si l'acide séjourne 
plus long-temps dans le canal digestif, l'altération est portée 
beaucoup plus loin, car l'intestin se réduit sous les doigts en une 
espèce de pâte grasse d'un très beau jaune. L'action de l'acide 
azotique sur le canal digestif après la nfort est donc entièrement 
chimique , et les altérations de tissu qu'il détermine ne saoraieiit 
être confondues avec celles qui sont le résultat de ringestio» ait 
cet acide pendant la vie. 



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^ lOJ — 

1 

De V acide hypo-azotique. 

Comment peut-on reconnaître que Tempoisonnement a eu lieu 
par l'acide hypo-azo tique? 

On peut facilement reconnaître cet acide, qui est toujours 
anhydre (parce que l'eau le transforme en acide azotique), aux 
earcbctèrei phyêiqties et chimiquei suîvans : il est liquide, 
bleu , vert , jaune orangé clair, ou jaune orangé foncé. Il agît 
comme le précédent sur le tournesol, le cuivre, le zinc et le fér. 
Lorsqu'on élève un tant soit peu sa température, il répand des 
vapeurs jaune orangé ou rouges très abondantes; mêlé avec 
Peau, il fait effervescence , dégage des vapeurs de même cou- 
leîir et passe à Tétat d'acide azotique incolore (J^oyezy pour les 
êymptomeSj les lésions de tissu et son action sur Véconomie 
animale, ce qui a été dit en parlant de l'acide azotique). 

De Faeide azoteux. 

|Li'^cide ^(^^\y\ préparé p^r EtUing est hleu à l'état liquide. 
Gazeux il est orangé ou rouge, suivant sa température } U a une 
Adçm* jxlq^fuit^ nauséabonde ; il rougit le tourJiesol et se dis- 
sQf^t rapidement dans Veau. Il brunit îAstantànément \^ sulfate 
de prQtox^de de fer, ^X la couleur brune devient bientôt yiqlette 
p^r l'addition d'unçi as^e?^ grande quantité d'acide sulfurique 
ç^cfm)tré« Introduit dans l'estçimac à Tétat liquide, jl ^git comme 
Iç^ aç^v^s a;£ptique et hypQ-azotique. A TéW ga:^eux| il irrite 
fon^infiilt te» brotncbes ^ le^ petits vaisseaux pulmon^res, et il 
aUère Ip ?iang qw'il \^xwii\F. les deux observs^Uons que j'ai 
rapportées dans ma Tomcologie gçne'ral^^ page 148, tome i, 
*• édition). 

De l'acide ehlorhydrique. 

OcHQH^t peutH)n reçionnaître qijie l'empçisomi^sient a eu lieu 
par l'acide cbtorbydrîqne? 

i^^id^ chUrhydrique liquide ^^onoentre' pur. Il est inoo- 
lore, tandis que celui du commerce est pr^(ine toi^ours jaune 
ou rougeâtre*, parce qu'il contient du chlorure de fer, etc. U 



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— m — 

offre une od^ur piquante ^t une saveiir tr^si causiique ) soji pc»ds^ 
spécifique est de 1,?03. H rougit fortement le touruesol et se vq« 
latilise à toutes les températures en répandant des vapeuf^ 
épaisses et d'une odeur piquante. Chaufie pendant quelqu€»i 
Instans avec du bioxyde de manganèse, il fournit du chloré ga*^ 
zeux jaune verdàtre. Il j^réeipite Tazotate d'argent en blanoj le 
chlorure d'argent déposé , lourd 9 cailleboité devient viofot par 
l'action de la lumière et ne se dissout ni dans l'eau ni dao^ IV 
cide azotique froid ou bouillant, tandis qu'il est très Mu]bile dan^ 
Tammoniaque» le cyanure d'argent qui ressemble beaucoup a^ 
chlorure, est au c(m traire dissous et décomposé par l'acide azotiquiç 
bouillajit' M ne corrode point le verre et ne trouble pas l'eau d^ 
chaux ^ ce qui le distingue de l'acide phtorbydrique (fluorique)» 
Plstillé, il ne laisse point de résidu » tandi^ que le$ chlorures 
acides en laisstent un. 

Acide chlorhydrique très étendu d'eau. Il diffère du pr^ 
cèdent parce qu'il est moins volatil ^^ qu'il ne répand pas de va- 
peurs à l'air et qu'il ne donne point de chlore avec le bioi^yde d^ 
manganèse. 

Acide chlorhydrique mêlé à des liquida végétaux et ani- 
maux. Il ne trouble ni le vin, ni le cidre, ni la bière, ni ^e vi- 
naigre , ni le thé , ni la gélatine ; il précipite l'albumiue ei^ flpr 
cons blancs, solubles dans un e^cès d'acide \ le lait est coagulé 
par lui surtout à chaud , et les grumeaux sont dissous d^n^ uii 
excès d'acide. Il précipite la bile d'abord en jaune, puis en vert; 
il coagule et noircit le sang. 

Après avoir tenté un grand nombre d'expériences, soit en dis- 
tillant des matières organiques liquides ou solides mélangées 
d'acide chlorhydrique, soit en empoisonnant des chiens avec c^t 
acide y soit en analysant les matière^ contenues dans le çiaffi^l 
digestif d'animaux au^tquels j'avais administré du lait, du bouiî- 
Ion» du café, etc.j 8an^ addition de la moindre, trace d'a/Hdf 
chlorhjfdrique^ j'ai vu 1° que l'on obtient facilement ui\ç ïff^^^ 
de l'acide chlorhydrique mélangé avec des liquide^ alimentaire 
végétaux, en distillant ceux-ci à un feu do\|i^, ^ mpiq^ qup 
l'acide ne se trouve dans ces mé\aïlçe§ en quantité psyr J^^ 
J»i^i^^e. , . ., 



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-• 104 — 

2*" Que la même chose a lieu dans les mém^es conditions, quoi- 
que plus difficilement , lorsqu'on distille des mélanges d'acide 
chlorhydrique et de liquides alimentaires animaux, ou un esto- 
mac préalablement trempé pendant quelques minutes dans le 
même acide concentré. 

3** Que l'on ne recueille pas d'acide chlorhydrique dans le ré- 
cipient quand on distille au bain-marie , à feu nu ou au bain de 
chlorure de calcium ou d'huile, les matières trouvées dans l'es- 
tomac des animaux qui ont succombé à l'empoisonnement par 
l'acide chlorhydrique, quoiqu'elles en contiennent, si la distil- 
lation n'a été poussée que jusqu'au moment où la matière con- 
tenue dans la cornue a acquis une consistance presque Miru- 
peusoj parce que l'acide est retenu par la matière organique, et 
s'il est dissous dans une trop grande quantité de liquide, parce 
qu'il passe difficilement à la distillation lorsqu'il est très hy- 
drùté. 

Ii9 Que Ton en obtient, au contraire , même en agissant à un 
feu doux, si l'on continue la distillation jusqu'à ce que la matière 
de la cornue soit desséchée et non décomposée; à la vérité, on 
n'en recueille que fort peu. M. Devergie a donc commis une 
erreur grave en attaquant ce que j'avais établi à cet égard dès 
l'année 1812. 

5*" Que l'on en obtient davantage quand on pousse l'action de 
la chaleur assez loin pour carboniser la matière contenue dans 
la cornue. 

6"" Qu'il ne se condense dans le ballon ni de l'acide chlorhy- 
drique ni du chlorhydrate d'ammoniaque, ni aucun chlorure, lors- 
qu'on chauffe jusqu'à siccité seulement des liquides ou des 
matières solides alimentaires non additionnés d'acide chlor- 
hydrique ni de chlorhydrate d'ammoniaque; mais qu'il 
n'en n'est pas de même si ces liquides contiennent de ce chlor- 
hydrate , ou bien lorsqu'on pousse l'opération jusqu'à ce que la 
matière soit carbonisée ; qu'il est dès-lors indispensable dans 
une recherche médico-légale relative à l'empoisonnement par 
Tacide chlorhydrique d'arrêter la distillation au moment où la 
maisse esc presque desséchée. 

T Que s'il est vrai qu'en traitant par Tacide sulfurique con- 



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— 105 — 

cemré un mélange alimentaire trouvé dans Testomac d*uB chien 
empoisonné par Tacide cblorhydrique, on dégage beaucoup plus 
d'acide chlorhydrique que du même mélange à Y état normal^ Il est 
également certain que Ton s'exposerait à commeilre des erreurs 
graves si Ton attachait à ce mode d'expérimentation une impor- 
tance qu'il ne saurait avoir; il pourrait arriver, en effet, que 
certaines matières alimentaires à Vétat normal continssent as- 
sez de chlorure de sodium pour fournir par l'acide sulfurique 
une quantité d'acide chlorhydrique égale au moins à celle que 
l'on obtiendrait dans quelques cas d'empoisonnement où la pro- 
portion d'acide chlorhydrique restant dans l'estomac serait très 
faible. 

8^ Qu'en traitant les matières suspectes par l'alcool à &0 et A3 
degrés, après les avoir concentrées par l'évaporation, en filtrant 
la liqueur et en la ùhûWàni jusqu'à siccité, on obtient dans les 
dernières portions du liquide distillé, une plus grande quantité 
d'acide chlorhydrique que celle qu'aurait fournie la même pro- 
portion de matière suspecté si elle etit été distillée seule \ et que 
dans aucun cas un mélange alimentaire à Véiat normal et sans 
addition d'acide chlorhydrique ou de chlorhydrate d'ammoniaque, 
ne donrie^ étant traité par l'alcool concentré, puis distillé jus- 
qu'à siccité, un produit fournissant du chlorure d'argent avec 
l'azotate de ' ce métal . 

9** Que l'oA recueille encore plus d'acide chlorhydrique dans 
les dernières portions distillées , si l'on chauffe jusqu'à siccîté 
seulement le liquide filtré provenant de la décomposition des 
matières suspectes par un excès de tannin ; les mélanges ali- 
mentaires non additionnés d'acide chlorhydrique ou de chlor- 
hydrate d'ammoniaque traités de la même manière fournissent, 
au contraire , un produit distillé qui ne donne aucune trace de 
chlorure d'argent par l'azotate dé ce métal. 

10"* Qu'en décomposant comparativement par l'acide sulfu- 
rique concentré, comme l'a proposé le premier M. Bergounhioux 
(de Reims), dans un rapport inédit, des estomacs de chiens à 
ïétat normal et des estomacs des mêmes animaux empoisonnés 
par i*acide chlorhydrique, on dégage une quantité de cet acide 
beeucoup plus considérable avec les derniers qu'avec les pre- 



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— 4oe — 

miersysoit; que les yiscère^ préalablement lave's avec de l'eau 
froide seulemeni jusqu^à ce que les eaux de lavage ne rou^- 
sent plus le papier bleu de tournesol , aient été fortement presr- 
ses entre des feuilles de papier Joseph, soit qu'ils aient été dessé- 
chés à la température de 100° c. Dans ces cas Teau froide n'a pas 
agi pendant un temps assez long pour enlever la totalité de l'acide 
chlorhydrique qui pouvait être uni aux tissus et n'a, pas dissous 
la totalité des phlprures solubles naturellement contenus dans 
l'estomac i aussi, lorsqu'on traite par l'acide sulfurique ces es- 
tomacs normaux j lavés à l'eau froide, déçompose-t-on ce^ 
chlorures naturels et obtient-on de l'acide chlorhydrique, e^ 
quantité moindre à la vérité que lorsque les estomacs emfoir 
s^nné9 avaient retenu une portion de l'acide chlorhydrique 
ingéré. 

11" Qu'en faisant bouillir avec de l'eau distillée à plusieurs 
reprises et pendant plusieurs heures des estomacs de chiens 
empoisounés ou à l'état normal^ ou bien un estomac d'^u homme 
UQU empoisonné, on dissout la totalité des clilorures spluljiles 
(ju'ils peuvent renfermer : aussi les dissoluiious aqueuses four- 
nissent-elles du chlorure d'argent par l'azotate de ce métal, tan- 
dis que les estomacs eux-mêmes épuisés par l'eau bouillante n'en 
donnent pas de traces. Tout porte même à croire qu'il suffît de laiçi'^ 
serpendant deux ou trois jours dans l'eau distillée froide des ^^yor 
macs d'individus empoisonnés ou non par l'acide chlorhydrique, 
et de laver ensuite à plusieurs reprise^ daps le n^ême liquide à 
la température ordinaire^ pour obtenir les mêmes résultats. 

12"" Que l'urine des chiens empoisonnés par l'acide ehtortiy- 
drique concentré ou affaibli, fournit avec l'azotate d'argent une 
quantité de chlorure d'argeut six f<Hs au moins aussi con^éra^ ' 
ble qu'à l'état normal, fait dont les experts poi^rront quelquefois 
tirer parti. 

i?"" Que si je n'ai pas décelé l'acide chlorhydrique dans le f^ie^ 
la raie^ etc., d^ chiens qui avaient été empoisK>nné^ par cet 
acide étendu d'eau , cela peut tenir à ce que cet acide s^ume 
peu de teip{^ps dans ces orgaues , ou à ca qu'il se combine avac 
tes alcalis libres qu'il trouve dans les voies .ciit»ila;U)irefi. 

J^roéédé^ Ou .sacneiUe atteuiivemeat les liquides conteiitts 



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- |07 — 

dans le capal digestif et dans la cavité abdominale , s'il y a eu 
perforation, qu bien les matières liquides vomies ; on les met à 
part après avoir constaté si elles sont acides à l'aide du papier 
bleu de tournesol. On introduit dans une grande cornue à la- 
quelle on a adapté un récipient toutes les portions solides trou- 
vées dans le canal digestif et dans les matières vomies, ainsi que 
l'œsophage, l'estomac et les intestins coupés en petits morceaux; 
on ajoute de l'eau distillée, et on fait bouillir pendant cinq ou six 
heures en ayant soin d'sgouter de l'eau au fur et à mesuré qu'il 
s'en évapore. On examine si le liquide recueilli dans le ballon 
contient ou u^on de l'acide chlorhydrique libre 5 dans la phiPfUrt 
des cas il n'en renferme pas^ parce que cet acide ne distille pas 
facilement lorsqu'il est très.bydraté et retenu par la matière or- 
ganique; mais comme il pourrait arriver qu'il en contint, on ne 
devra pas négliger de procéder en vaisseaux clos à l'ébullition 
dont je parle. On réunit alors le déeoetum restant dans la cor- 
nue aux liquides trouvés dans le canal digestif, dans la cavité 
abdominale ou dans les matières vomies, et on les précipite par 
un excès de dissolution concentrée de tannin ; à mesure que le 
précipité se dépose, on ajoute de nouvelles quantités de tannin, 
jusqu'à ce que le mélange suspect ne se trouble plus ; on laisse 
ramasser le précipité et on filtre; la liqueur passe asse% claire 
et oflfre une couleur jaune pougeâtre. On l'introduit dans une 
grande cornue à laquelle est adapté un récipient entouré d'eau 
très froide ou de glace ; on distille à un feu doux (environ 400*»); 
en général, les l^/SO* du liquide qui passent d'abord ne contien- 
nent pas un atome d'acide chlorhydrique libre, quoiqu'ils tscienit 
quelquefois acides i lorsqu'il ne reste guère qu'un Sfi^ de la 
liqueur dans la cornue, on met à part le liquide distillé, et qu 
continue l'opération jusqu'à ce que la matière $oit àrpeu- 
près sèche , en ay^pt soin d'agir de plus en plus à un jeu 
doux; il ne faut sous aucun prétexte pousser la distillation 
plus loin. l.e dernier SO"" du liquide obtenu dans le récipient 
contiendra de l'acide chlorhydrique libre ; il sera incolore ou lé- 
lpèpeiA#Dt opaljin ; il rougira le papier bleu de tournesol, et il four- 
nira UA précipité dç chlorure d'argent lorsqu'on le trailera par 
r.a9;(0Mt^ dç <Sf métal; presque to^i^urs le pf^iplté d€#t il s'egit 



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— 108 — 

augmentera quand on fera bouillir avec de l'acide azotique pur 
et concentré, pendant vingt ou vingt-cinq minutes, le liquide 
mélangé d'azotate d'argent, parce qu'alors l'acide azotique dé- 
truira une certaine quantité de matière organique qui s'oppo- 
sait à la formation et à la précipitation du chlorure d'argent. Il 
pourrait arriver aussi qu'une partie de l'azotate d'argent fut ré- 
duite par la matière organique et que le précipité fût mélangé 
d'ai^ent métallique noir; peu importe, l'acide azotique dissou- 
drait ce métal , et l'on ne tarderait pas à obtenir du chlorure 
d'argent blanc, caillebotté, insoluble dans l'eau et dans l'acide 
azotique bouillant, soluble dans l'ammoniaque et se colorant 
promptement en violet. En lavant ce précipité, en le séchant et 
en le fondant, on en connaîtra le poids, et l'on saura par consé- 
quent combien il représente d'acide cblorhydrique. 

Admettons qu'on ait obtenu dans le ballon un liquide rougis- 
sant le tournesol et donnant avec l'azotate d'argent un précipité 
de chlorure d'argent, devra-t-on conclure que ce liquide contient 
néeeêsairement de l'acide cblorhydrique libre? Non certes^ 
car l'acidité peut dépendre d'un autre acide , et le précipité de 
chlorure d'argent peut devoir son origine à du chlorhydrate 
d'ammoniaque. Je sais qu'il n'est pas ordinaire de trouver dans 
le canal digestif des cadavres humains non pourris, du chlor- 
hydrate d'ammoniaque ; je ne sache même pas que la présence 
de ce sel y ait jamais été démontrée; mais il suffit qu'on ait con- 
staté son existence dans la chair musculaire , dans la salive ex-- 
pectorée, dans le suc gastrique des ruminans, dans le lait des 
brebis, dans la laite de carpe, etc., et d'après M. Chevallier dans 
diverses matières animales pourries, pour que Ton doive être 
circpnspect. Sans doute , le plus souvent une acidité bien pro- 
noncée et une précipitation notable de chlorure d'argent, annon- 
ceront la présence de l'acide cblorhydrique libre , parce que 
hors les cas de putréfaction avancée, le chlorhydrate d'ammo- 
niaque dont je parle ne se trouvera dans les liqueurs suspectes 
qu'en très petite porportion ; qu'importe? Dès qu'il peut arriver 
une fois sur mille qu'il en soit autrement , on doit se tenir sur 
ses gardes. On ne saurait surtout être trop réservé dans le cas 
où le liquide distillé ne rougirait pas le papier bleu de tourne- 



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— 409 — 

sol et donnerait avec Tazotate d'argent un précipité de chlorure 
de ce métal. 

Mais alorç même que Fexpert serait disposé à penser que Faci* 
dite du produit de la distillation est due à de facide chlorhy- 
drique libre , il ne faudrait pas pour cela conclure qu'il y a eu 
empoisonnenient par cet acide, parce qu'il est parfaitement éta- 
bli qu'il existe de l'acide chlorhydrique dans l'estomac des indi- 
vidus bien portans, en petite quantité il est vrai, et qu'il peut 
s'en produire une proportion beaucoup plus considérable dans 
certains états pathologiques , tels que la dyspepsie , le pyro- 
sis, etc. Ces faits prouvent jusqu'à Tévidence qu'il est impossible, 
dans un cas présumé d'intoxication par l'acide chlorhydrique, 
d'asseoir son jugement uniquement sur la présence ou l'absence 
de cet acide dans les matières suspectes. Alors même que l'on 
mettrait hors de doute l'existence de cet acide libre, ce qui sera 
souvent fort difiScile, il faudrait encore établir qu'il ne provient 
pas de la portion qui peut se trouver naturellement dans le 
canal digestif. Mais si l'élément chimique geul est loin de pou- 
voir trancher la question, il n'en est pas de même lorsqu'on le 
combine avec Jes données importantes que fournit la patholo- 
gie ; le commémoratif d'une part, les symptômes graves et en 
quelque sorte si caractérisii:iues de l'empoisonnement par les 
acides concentrés, la marche en général si rapide de la maladie, 
et surtout un ensemble d'altérations cadavériques tel qu'on ne 
l'observe presque jamais que dans les empoisonnemens par les 
acides ou par les alcalis concentrés, viendront à l'appui des ré- 
sultats de l'analyse chimique , et mettront l'expert à même de 
résoudre le problème. 

Je ne mentionnerai que pour les réfuter quelques difficultés 
d'un autre genre soulevées par M. Devergie. Partant de ce point 
erroné que l'on sera presque toujours obligé de traiter les ma- 
tières suspectes par l'eau bouillante, afin d'obtenir du chlorhy- 
drate d'ammoniaqt^j ou de les calciner en vases clos, et d'in- 
cioérer le charbon pour savoir combien il existe de chlorures 
dans les cendres, ainsi que dans le liquide qui aura distillé pen- 
dant la carbonisation, M. Devergie est arrivé à une complica^ 
tien telle, que le médecin légiste le plus habile aurait de. la 



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- m - 

peine à donner une solution satisfaisante du problème, d'après 
ce qu'il en dit. Au reste, je vais mettre le lecteur à même d'en 
juger. Premier éctieiL « Les acides libres qui peuvent faire 
« naturellement partie des liqueurs animales qui se trouvent 
« dans l'estomac. » Qu'importe? Alors même que ces liqueurs 
contiendraient tous les acides connus, rien n'est plus facile que 
de constater dans le récipient la présence de l'acide chlorhy- 
driqUe, parce qu'il a des caractères distincts de ceux de tous les 
acides volatils. Deuxième écueil. « Les chlorures qui font na- 
« turellement partie de la liqueur animale, ceux qui pourraient 
« y être ajoutés, ou enfin celui qui serait le résultat de l'adml- 
« nistration d'un contre-poison alcalin.» Aucun de ces chlorures, 
excepté le chlorhydrate d'ammoniaque, ne passe à la distillation 
limitée au point que j'ai indiqué; aucun d'eux ne rougit le pa- 
pier de tournesol, en^orte que si l'on obtient dans le récipient un 
liquide non acide se comportant avec l'azotate d'argent comme 
l'acide chlorhydrique , on peut être certain que la formation dO 
chlorure d'argent est due à du chlorhydrate d'ammoniaque, et 
non à de l'acide chlorhydrique libre. Troisième écuèil. « Le 
« chlorhydrate d'ammoniaque qui se forme pendant la déi^om- 
4< position des parois stomacales par le feu. » Dans une note lue 
à l'Académie royale de médecine, en novembre 1838, M. Dever- 
gie prétendait en effet qu'il se produit du chlorhydrate d'ammo- 
niaque lorsque les parois stomacales sont décomposées par le 
feu et que déjà l'estomac était pourri. M. Caventou, dans un 
rapport remarquable qui a été adopté par l'Académie en 18S9, 
a fait justice de cette assertion , en prouvant que M. Devergie 
avait pris pour du chlorhydrate d'ammoniaque l'un des chlo- 
rures naturellement contenus dans l'estomac , qui s'était Volati- 
lisé à une température rouge à la faveur des gaz qui se produi- 
sent pendant l'opération. Quoi qu'il en soit, la présence dans le 
liquide distillé d'un de ces chlorures n'infirme en rien l'exacti- 
tude de mon procédé , puisqu'on ne les obtient qu'en décompo- 
sant la matière organique et en la réduisant en charbon, tandis 
que je prescris d'arrêter l'opération bien avant que cette décom- 
position ait eu lieu , et même avant que la matière de la cornue 
soit complètement desséchée. 



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- tll — 

Âciée ehlorifiydrtque dans tin cas a extiumalion juridique. 
%\ rexhumation a lieu peu de jours après la mort , tout porte à 
trolre que Tacide chlorhydrîque n'aura pas encore été entière- 
ment saturé par Fammoniaque qui se développe pendant la pu- 
tréfaction, en sorte qu*on pourra en obtenir à F état de liberté 
en procédant comme je Tai dit à la page 107. Si, au contraire, il 
s'est déjà écoulé un temps considérable depuis la mort , et que 
tout i'acide ait été transformé en chlorhydrate d'ammoniaque, on 
ne recueillera pas un atome d'acide libre dans le récipient en 
suivant là méthode que j'ai indiquée. Il faut en convenir, ce cas 
est excessivement épineux, et le médecin ne saurait agir avec as- 
sez de circonspection. Si, à l'aide de Tévaporaiion et de la cris- 
tallisation , il retire du chlorhydrate d'ammoniaque des liquides 
trouvés dans le canal digestif, et de ce canal lui-même soumis à 
une ébuUition prolongée avec de l'eau distillée, on objectera que 
ce chlorhydrate a pu se développer pendant la putréfaction. Si, 
aii ihoyen de l'azotate d'argent, il constate dans ces matières la 
présence d'une quantité assez considérable d^un ou de plusieurs 
chlorurés , on objectera que ces chlorures existaient natur- 
reiletnent dans les liquides de l'estomac et dans ce viscère lui- 
même; qu'il est impossible d'assigner d^avance et au juste la 
proportion de chlorures que contiennent habituellement ces 
matières et l'estomac lui-même ; enfin , que le malade pouvait 
avoir pris peu de temps avant sa mort des alimens liquides ou 
solides fortement salés. S'il chauffe lès matières suspectes en 
vases clos, qu'il incinère le charbon pour déterminer combien les 
cendres fournissent de chlorures, et que d'un autre côte il cher-^ 
che à apprécier la proportion des chlorures contenus dans le 
liquide qili aura été recueilli dans le ballon , comme le veut 
M. Devergié, on objectera encore que toutes les matières animales 
à tétai normài Aétotnposées ainsi, même lorsqu'elles ne sont pas 
pourries , donnent uil produit liquide contenant un ou plusieurs 
chlorures, et qu*â plus forte raison cela a lieu quand la putréfac- 
tion a fait des progrès rapides, et qu'il a dii se volatiliser une 
quantité plus ou moins notable de chlorhydrate d'ammoniaque , 
et l'on soutiendra , pour ce qui concerne les chlorures trouvés 
dans lei^ Cendres, i^uHls existaient naturellement dan3 les liqui- 



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— 112 — 

diBs de Testomac et dans le canal digestif lui-même; et qu'on ne 
vienne pas dire qu'il sera possible dans ces différens cas de décider 
la question en :iyant égard à la proportion de chlorure d'argent 
obtenue, parce que cette proportion sera plus forte s'il y a eu em- 
poisonnement que dans le cas contraire. Quand on a expérimenté, 
et que l'on sait combien est faible la quantité d'acide chlorhy- 
drique qui peut rester dans le canal digestif après la mort, même 
lorsqu'on opère peu d'heures après le décès, on sent le vide de pa- 
reilles assertions. J'ai souvent empoisonné des chiens avec 16, 20 
ou 24 grammes d'acide chlorhydriqueco^ice/i/r^'ou étendu d'eau; 
les animaux, ont eu des vomissemens fréquens et des selles réité- 
rées ; les matières expulsées renfermaient beaucoup d'acide chlor- 
hydrique : aussi , lorsque après la mort, je cherchais à extraire 
l'acide chlorhydrique qui pouvait rester dans le canal digestif à 
Y état libre ovi combiné avec les tissus, n'obtenais -je dans le réci- 
pient que quelques eentigrammei de cet acide. On conçoit qu'il 
doive en être ainsi pour tous les poisons dissous dans l'eau, qui 
sont facilement rejetés par les vomissemens et par les selles. 

Ces faits établissent suffisamment l'immense difficulté, je dirai 
presque l'impossibilité de faire servir les données fournies par la 
chimie à la solution de cette partie du problème. L'expert ne 
pourra tout au plus puiser dans les documens fournis par l'ana- 
lyse chimique que des renseîgnemens vagues, et dès-lors insuffi- 
sans pour motiver autre chose que de légers soupçons,' c'est au 
commémoratif, à la pathologie et à l'anatomie pathologique à ré- 
pandre, dans ces cas, la lumière qui permettrait aux experts 
d'exprimer des doutes ou des probabilités sur l'existence d'un 
empoisonnement. 

Acide chlorhydrique après l'administration de contre- 
poisons alcalins. Si, pour neutraliser les effets funestes de cet 
acide» on avait fait prendre au malade de la magnésie, du carbo- 
nate de cette base, du carbonate de chaux, etc., l'acide aurait pu 
être complètement saiuré , et l'expert ne découvrirait plus un 
atome d'acide libre en procédant comme je l'ai dit à la page 106; 
d'où il suit qu'il faudrait bien se garder de conclure dans ce cas 
que Tempoisonnementn'a pas eu lieu, par cela seul qu'on n'ob- 
tiendrait pas dans le ballon de l'acide chlorhydrique libre. Si, 



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— 443 — 

comme cela arrive souvent, au contraire, la totalité de Tacide 
n'avait pas été saturée, le liquide distillé en renfermerait une 
faible proportion. Dans le cas de saturation complète, il y aurait 
à rechercher quel serait le contre-poison administré, et à con- 
stater dans les matières suspectes la présence d'un chlorure de 
magnésium, de calcium, de potassium ou de sodium. L'existence 
de ces deux derniers, à moins qu'ils ne fussent excessivement 
abondans, n'avancerait guère la question, parce qu'ils peuvent se 
trouver naturellement dans les alimens ou dans les liquides du 
canal digestif; il n en serait pas de même des chlorures de ma- 
gnésium et de calcium, qui n'existent jamais dans ces matières 
qu'en proportions excessivement minimes, ou qui n'y existent pas 
du tout. La solution de ce problème, comme on le voit, peut 
présenter de grandes difficultés, et exiger de la part des experts 
autant de réserve au moins que celui qui a pour objet la recher- 
che de l'acide chlorhydrique dans un cas d'exhumation juridique 
faite Tong-temps après la mort (f^. page 111). 

Symptâmes, léêions de tiigu et action sur l'économie 
animale. 

Indépendamment des symptômes décrits en parlant des acides 
concentrés (f^ page 72), celui-ci donne souvent lieu, peu de 
temps après l'empoisonnement, surtout s'il était concentré, à un 
dégagement de fumées épaisses, blanches, d'une odeur piquante. 

Les lésions de tissu ressemblent beaucoup à celles que déter- 
mine l'acide sulfurique concentré., 

L'action de l'acide chlorhydrique sur l'économie animale ne 
diffère pas de celle des acides dont j'ai parlé jusqu'à présent. 

De l'eau régale. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par l'eau régale? 

L'eau régale est formée d'acide azotique, d'acide chlorhy- 
drique, d'eau et du gaz chloro-azoteux découvert par M. Bau- 
drimont. Elle est liquide, jaune, rougeâtreou rouge, d'une odeur 
désagréable et d'une saveur excessivement caustique; elle rougit 
m. % 



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— 1*4 - 

fartemenl l'atii de lournesol. Elle agit ^m Tazatate d'i^ gent di»- 
^80118 comme Vacid^ chlorhydrique. Le cidyre, le zinc et le fev 
se comportent avec elle comme avec Facide azotique ^ le gaa 
bi-oxyde d'azote provenant de la décomposition de Vacide azo^ 
tique^ reste d'abord dissous dans la liqueur, et lui communique 
iine couleur verdàtre y bientôt après la température s'élève, le gaz 
ae dégage avec efiervescence, et répand des vapeurs d'un jaune 
oranipé. L'eau régale dissout avec rapidité l'or divisé. 

Leêêjfmptâmei, les lésions de tissu et l'action sur técono^ 
mde OMtmale, sont les mêmes que ceux que l'on observe dans 
L'empoisonoement par les acides azotique et chlorbydrique. 

jPe Vacide fhosphorique. 

Comment peut-on reconnaître que rçmpoîsonnement a eu lieu 
par Tacide phospborique? 

jfcide phosphorique concentré. Il est solide ou liquide, in- 
colore, sans odeur et sans saveur; s'il est solide, il peut être cris- 
tallisé ou fondu i quand il est liquide, il est épais, très visqueux, 
ou coulant comme l'eau, suivant son degré de concentration. Il 
rougit fortement le tournesol. Il se dissout très bien dans l'eau. 
Le «ojuiflirt précipite l'eau de baryte en bhmc (pkospitote de ba- 
ryte) ^ le précipité ae (ttssout înstantanëment dans tlâ excès d'à- 
cMe phoeplioriquev ou dans l'acide at&tique pfip, tamK» que Ta- 
cM»sttlfiirîqae d<Mwe aji^ec la baryte an {»^eîpî!lé blanc iasokH 
bte dans» l'acide azotique. Uni ^ la soude, il* prée^^ife en jaune 
l'azotate d'argent (phosphate d'argent), pourvu qa'H n'ait pas été 
réeenimetlcaleHiéyCardans ce cas il fournirait un précipité blanc-, 
seul, il ne préeipitevaît pas le sei d'argem. :^sséché et chaiiffé 
fortement dans un creuset avec du charbon pulvérisé, il est dé- 
composé ; le phosphore est mis à nu et vient s'enflammer. 

Bimal'^ism^ m^mibUe^ d'aeide phosphorique, EUe n'esc ni 
épaisse ni visqueuse ; au reste elle se comporte avec les réactife 
pvéoité», comme l'acide concentré. Si on voulait en retirer le 
plMAphore. à l'aide du charbon^ il fiaudrait préalablement l'évapo* 
Mf jufiqift'à siccité. 

Amde^phospho^que méU à des^ liquides végétaux» et < 



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-- 115 — 

. mauM. L'eau sucrée, le vin, le cidre, la bière, Talbumine et la 
gélatine ne sont point troublés par cet icide ; il précipite de la 
bile une matière jaune qui verdit par Faction d'une plus grande 
qHtatité d'aeidei 

Il résulte des expériences que j'ai tentées, que si Ton ne déceu- 
Tfe pas l'acide i^osphorique par les réactife préeëdemmeat iiidi- 
qvéèy il faitira étaporer les matières suspectes jusqu'à siccitéi el 
tnûler à froid le produit soUde par de l'alcool oonceDlré nar- 
qiialit kk dégrés, afin de dissoudre l'acide | la liqueur alcoolique 
filtrée sera facilement reconnue. On fera également bouillir le 
c^ànal digestif avec ée l'eau distillée ) la dissolution filtrée sera éva- 
porée Jusqu'à stocitéi et la niasse solide sera agitée pendant dix 
miimies avec de l'aloool concentré* SI le malade avait pris de la 
maguësie ou tout autre contrepoisoB aleaUn^ ou pourrait ne 
pas trouver do l'acide phospborique libre, maA& bien du phos- 
phate de magnésie, du phosphate de chaux^ etc., sels que l'on 
reo(miiaitrait facilement» 

Sytnptémeêf lésiom de ti$su^ action sur V économie ani- 
male. Cet acide agit à peu de chose près comme les acides sulfu- 
rique et ehlorbydrique. 

De V acide hypophosphorique. 

Gomment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par l'acide hypophosphorique ? 

L'acide hypophosphorique est liquide, incolore, inodore, vis- 
queux, et doué d'une forte saveur : il rougit l'eau de tourne- 
sol. Lorsqu'on le chauffe dans une petite fiole, il e^ enfiamme^ré' 
pand ttne odeur alliacée j et se transforme en acide pHospho- 
riqiie. Il décolore le sulfate rouge de manganèse, surtout à Taide 
d'une légère chaleur.Tersé dans de l'azotate d'argent dissous, il y 
occasionne un précipité blanc qui passe par diverses nuances et 
finit par noircir. 

Symptômes, lésions de tissu et action sur t économie ani-- 
maie. Il détermine des symptômes et des altérations de tissu 
semblables à ceux que produit l'acide phosphorique concentré ^ 
seutonent il agit avec moins d'énergie. 
s. 



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— 446 — 

De faeide acétique. 

Comment peut-on reconnaître que Tempoisonnement a eu lieu 
par Tacide acétique? 

L'acide acétique pur et concentré est liquide à la tempé- 
rature ordinaire de l'atmosphère ; il a une odeur de vinaigre 
qui le caractérise, et une saveur acide très forte; il rougit le tour- 
nesol avec énergie; il bout à 120'' c. et peut être distillé sans lais- 
ser de résidu charbonneux; chauflTé à Tair et mis en contact avec 
un corps en ignition , il brâle avec une flamme bleu pâle. Il 
donne avec la potasse un acétate déliquescent, qui étant décom- 
posé par le feu répand une fumée ayant l'odeur de gomme brûlée 
et laisse du charbon contenant du carbonate de potasse ; Tacide 
sulfurique décompose cet acétate avec effervescence et en dégage 
des vapeurs abondantes d'acide acétique, dont l'odeur ne peut 
être confondue qu'avec celle qu'exhalent les formiates placés dans 
les mêmes circonstances. Versé dans de l'azotate d'argent, cet 
acétate dissous fournit un précipité nacré d'acétate d'argent, le- 
quel étant desséché et chauffé dans un verre à montre, noir- 
cit immédiatement, répand de très légères vapeurs, ne détone 
pas comme le fait l'oxalate d'argent, et laisse de l'argent métal- 
lique. 

Acide acétique pur étendu d'eau. Il ne diffère du précédent 
que parce qu'il est moins odorant, qu'il ne brûle pas quand on le 
met en contact avec un corps en ignition, et que lorsqu'on le 
chauffe envases clos, il se concentre de plus en plus. 

Vinaigres. Le vinaigre radical, le vinaigre de bois, l'acide py- 
roligneux et le vinaigre ordinaire distillé ou non, contiennent 
tous de l'acide acétique et de Teau. L'acide pyroligneux renferme 
en outre une huile empyreumatique, et le vinaigre de vin qui est 
souvent coloré contient des matières organiques, du bi-tartrate de 
potasse et d'autres sels, et très souvent de l'ammoniaque. On re- 
connaîtra aisément toutes ces variétés d'acide acétique, à l'odeur 
et à l'action qu'elles exercent sur la potasse. 

Acide acétique mêlé à des matières organiques végétales 
ou animales. Cet acide ne trouble ni le vin, ni le cidre, ni la 



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— Ii7 — 

bière, ni le café, ni le bouillon ; il coagule le lait et noircit le 
sang et les tissus du canal digestif qu'il peut même réduire en 
bouillie s'il est suffisamment concentré. 

U résulte des expériences que j'ai tentées en administrant com- 
parativement à des cbiens, des alimens mélangés ou non d'acide 
acétique concentré ou étendu : i*" qu'il suffit de distiller à la tem- 
pérature de 100'' à 130*" c. un liquide organique contenant de l'a- 
cide acétique libre, pour recueillir dans le récipient une partie 
notable de cet acide ; 2** qu'on en obtient beaucoup plus si, avant 
la distillation, on a précipité par un excès de tannin toute la ma- 
tière animale que cet agent est susceptible de séparer, mais que 
dans ce cas l'acide volatilisé est légèrement altéré par un produit 
organique qui masque en partie son odeur, et communique aux 
sels résultant de son action sur les bases une couleur brun noi- 
râtre ; en décomposant ces sels par l'acide sulfurique, il s'exhale 
une odeur mixte d'acide acétique et d'une autre matière, en sorte 
qu'il est assez difficile de bien caractériser par ce moyen l'acide 
acétique ; 3® qu'en distillant des matières organiques contenant 
iiçVacétate d'ammoniaque, ssûfïs renfermer un atome d'acide 
acétique libre j on obtient d'abord des produits non acides ^ dans 
lesquels il existe au contraire de l'ammoniaque libre ^taindis 
qu'on trouve dans les dernières portions distillées de Ya^^ide acé- 
tique, rougissant le papier de tournesol, et formant avec la po- 
tasse un sel d'où l'on dégage par l'acide sulfurique de X acide 
acétique ^yQCiov& ses caractères et parfaitement reconnaissable 
à son odeur ; k"" qu'en laissant dans l'eau distillée, pendant un 
mois, le canal digestif d'un homme non empoisonné par l'acide 
acétique, et à l'état normal, le liquide pourri contient de l'acé- 
tate d'ammoniaque, qui, étant chauffé, se comporte comme il 
vient d'être dit, et fournit en dernier lieu, lorsqu'on le traite par 
la potasse et par l'acide sulfurique, de l'acide acétique avec l'o- 
deur qui le caractérise ; B"* que ce même liquide pourri, s'il est 
distillé après avoir été préalablement mélangé avec une suffi- 
sante quantité d'acide acétique pour le rendre légèrement acide, 
donne pour premier produit de la distillation Un liquide transpa- 
rent^ qui, au lieu d'être alcalin j rougit le papifsr de tournesol, et 
contient de Vaeide acétique ^ quoiqu'il n'exhale pas l'odeur du 



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— 118 — 

vinaigre; en effet, il suffit de le traiter par la potasse et par Fa- 
cide sulforique pour obtenir de Tacide acétique parfaitement re- 
connaissâble. 

Procédé. — La matière suspecte est acide et rot^t le po- 
pier bleu de tournesol. On introduit dans une cornue les ma-r 
tières vomies, ou celles qui ont été trouvées dans le canal digestif, 
ainsi que les eaux de lavage provenant de l'action de Peau distil^ 
lée froide sur la surface interne de l'estomac et des intestins. On 
adapte un récipient ; on place la cornue dans un bain-marie, et 
Ton chauffe jusqu'à Tébullitlon, afin de coaguler une certaine 
quantité de matière animale et dç rendre la filtration plus facile; 
on filtre, en ajoutant au décoctum la portion du liquide qui a 
passé dans le récipient. On obtient par ce moyen une liqueur A 
et une masse solide B. 

La liqueur A, ordinairement colorée, rougit le papier bleu de 
tournesol, pour peu qu'elle renferme de l'acide acétique libre ^ on 
la distille dans une cornuei préalablement disposée dans un bain 
d'huile ou de chlorure de calcium, de manière que la température 
ne dépasse pas 120 à 130'' thermomètre centigr. L'opération est 
continué^ jusqu'à ce que Is^ matière soit presque desséchée j le ré- 
cipient, qui doit recevoir le produit de la distillation, contient !25 
ou 30 grammes d'eau distillée, et plonge dans un liquide froid. 
t>e liquide distillé est ihcojore et transparent; s'il contient de l'a- 
cide acétique, il rougit )e tournesol et exhale une odeur de vinai- 
gre facile à reconnaître. On le sature par du carbonate de po- 
tasse pur, de manière que le papier bleu ne soit plus rougi et 
que le papier rouge ne soit pas bleui ; on évapore la liqueur jus- 
qu'à siccitéau bain-marie, puis on décompose l'acétate obtenu en 
le chauffant dans une cornue tubulée avec son poids d'aeide sul- 
ftirique concentré, en distillant et en recueillant le produit dans 
un ballon qui plonge dans l'eau froide. L'acide obtenu doit offrir 
toutes les propriétés de l'acide acétique concentré (^. p* lid)- 
Il peut être utile, dans certains cas, de connaître au juste la 
quantité de cet acide qui s'est condensée dans le ballon $ en y paiw 
vient aisément en partant de ce point, que iii^,6^ de carbonate de 
potasse solide saturent 100 parties d'acide acétique pur, conte« 
nant un équivalent d'eau. Il suffira donc de savoir combien il a 



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— 41» — 

fallu de carbonate de potasse pour saturer Paeide très af/MHi 
qui avait été recueilli dans la première distillation. Ainsi, admets 
tons que cet acide ait exigé pour sa saturation & grammes 50 cen- 
tigrammes de carbonate de potasse see^ on établira la propor- 
tion suiyante : 

114,6/1 : 100 : : 4,60 : a?, a? = ^^^ ? ^f^ = 3,92 

114,64 

Le nombre S grammes 92 centigrammes sera la quantité d'a- 
cide acétique concentré à un équivalent d'eau contenu dans le 
liquide acétique affaibli du récipient. 

La matière desséchée qui reste dMs la cornue^ après avoir re^ 
cueilli Taeide acétique qui a distillé, peut être négligée sans lA^ 
convénieat, si l'on a obtena dans le ballon une suffisante quan- 
tité d'acide pour constater les propriétés qui le caractérisent. 
Dans le cas contraire, on devra chercher si elle ne renléraie pas 
de facétate de magnésie, résultant de l'action de l'adde acétiqiie 
ingéré, sur de la magnésie que l'on aurait administrée comme 
contre-poison. Pour eéta, il faudrait, comme l'a conseillé M. M., 
d'après M. le pirofesseur Bérard, de Montpellier {Foy^M Joumial 
de ph^rtkaei^ du Midi, tome V|ii), traiter cette matière par 
l'eau froide, filtrer et ajouter à la Mqneur un exiràs de pota^ae à 
l'^dcool dissoute; lamàgnj^tle sera précipitée à l'état d'faydnitii, 
et il se sera fonné de raeétate de potasse; oi| filtrera de noiiveftu 
en évapore^i Jusqu'à ^iooilé, et on diauffèra le produit dans «n 
creuset ; dès que Pacétale de potaase sera £Dnd|i, on le netireraitu 
creuset, et on le décomposera dans urne cornue par Faeide sulAt- 
rique concentré, comme il a été dit. 

B. Les matières solides restées aup le flUre seront placées (bns 
une cornue avec un litre cf eau distiUée, et aopmisesà l'ébullition 
pendant une. heure environ, afin de dissoudre l^de acétique 
qu'elles pourraient retenir. Le liquide filtré sera réufi à celui qfi 
t»e trouvera dans le récipient, et distillé en i»*enattl les précau- 
tions indiquées pli^s haut ; on agira sur le produit de la distillation 
et sur le résidu desséché de la cornue comme il a été dit (Fêy. A, 
p. 118). 

Canal digestif. Après avoir ainsi examiné les matières vomies 
et ceUes qui ont été extraites du canal digestif, on coupera l'ei- 



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— 420 — 

tomac et les intestins en petits fragmens, et on les fera bouillir 
dans une cornue pendant deux heures avec de l'eau distillée : on 
aurait, tort de négliger cette opération, car presque toujours on 
obtient, en la pratiquant, une proportion sensible d'acide acéti- 
que ; on agira ensuite sur le décoetum et sur le liquide dis- 
tillé, comme je viens de le dire à l'occasion des matières solides 
{Voyez ^.). 

La matière suspecte, loin d'être acide ^ est neutre ou aléa- 
Une, On conçoit qu'un empoisonnement par l'acide acétique 
puisse avoir eu lieu, et que pourtant les matières vomies ou au- 
tres ne rougissent pas le papier bleu, soit parce que l'acide aura 
été complètement saturé par de la magnésie préalablement ad- 
ministrée comme contre-poison, soit parce qu'il se sera développé 
de l'ammoniaque par suite de la putréfaction, ou bien, comme je 
l'ai vu dans certains cas, parce que la proportion d'acide restant 
dans l'estomac est très faible et combinée avec la matière orga- 
nique. Dans ce cas, on étendra d'eau distillée toutes les matières 
suspectes, liquides et solides, ainsi que les tissus du canal diges- 
tif coupés par petits morceaux, et on maintiendra le tout pendant 
douze heures environ à la température de 30'' c, en ayant soin 
d'agiter de temps en temps ; par ce moyen, les acétates et le com- 
posé d'acide acédque et de matière organique seront dissous, tan^ 
dis que la majeure partie de la matière animale restera indissoute. 
On filtrera la liqueur et on la distillera en prenant les précautions 
que j'ai déjà indiquées. Il se pourrait qu'en procédant ainsi on 
obtint dans les premières portions distillées de l'acide acétiqUe 
libre, provenant d'ime partie de celui qui étail uni à la matière 
organique; j'en ai recueilli deux fois en expérimentant sur des 
liquides neutres qui ne contenaient point- d'acétate d'amnno^ 
niaque. Supposons que cela n'ait pas lieu, et qu'au contraire les 
premières portions de liquide condensées dans le ballon soient 
alcalines et renferment de l'ammoniaque, qu'il en soit de même 
,de celles qui passeraient après, il faudra recueillir attentive- 
^mept dans un autre récipient le dernier produit de la distillation; 
siée produit rougit le papier bleu de tournesol, alors méoie qu'il 
n'exhalerait point l'odeur d'acide acétique^ on devra le saturer 
parla potasse à l'alcool, évaporer le sel jusqu'à siccité, et voir si. 



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— i2i — 

en le distillant avec d^ Tacide sulfurique concentré^ on n'obtient 
pas defacide acétique parfaitement reconnaissable ; en cas d'af- 
firmative, on sera porté à croire que le liquide non acide^ neu- 
tre ou alcalin, sur lequel on opère, contient de Vace'tate d*am- 
maniaque; il serait même difficile d'expliquer ces faits sans 
admettre l'existence de ce sel dans la matière soumise à l'expé- 
rience. 

Quel que soit le résultat de la distillation des matières dont je 
parle, on devra examiner lé résidu presque desséché de la cor- 
nue ; on le traitera par l'eau froide, comme il a été dit à la page 
119, pour savoir s'il ne renferme pas de l'acétate de magnésie. 

Conclusions. 1"* Si la liqneur suspecte est acide, qu'elle four- 
nisse par la distillation un liquide a^fide rougissant le papier de 
tournesol à quelque époque de l'opération qu'on l'examine^ sicM 
acide offre les caractères de l'acide acétique, et qu'il soit en qv^m- 
tité notable ^oxk pourra fortement soupçonner qu'il y a eu empois 
sonnement par cet acide^ parce que s'il est vrai que plusieurs 
substances végétales ou animales, ainsi que les liquides de l'esto- 
mac, contiennent naturellement de l'acide acétique» il est égale- 
ment certain qu'en général ces matières ne renfenn^dt qu'une 
petite proportion de cet acide. On affirmera qjUiW y a eu intoxi- 
cation, si, dans l'espèce, le commémoràtif, les. symptdmes, la 
marche delà maladie et les lésions cadavériques annoncent qu'il 
y a eu ingestion d'un poison irritant énergique. 

2^ Si la liqueur suspecte est acide, qu'elle fournisse |>ar la dis- 
tillation un liquide acide rougissant le papier de tournesol^ soit 
au commencement, soit au milieu, soit à la fin de l'opération, 
que cet acide ofifre les caractères de l'acide acétique, mais qu'il 
n'existe qu^en très petite proportion et à-peu-près en quantité 
égale à celle qui serait fournie par un mélange de diverses ma- 
tières alimentaires naturelles distillées, dont le poids serait à- 
peu-près équivalent à celui dés liquides suspects, on ne devra 
soupçonner un empoisonnement par l'acide acétique que dans le 
cas où le conunémoratif, les symptômes, la marche de la maladie 
et les lésions cadavériques siéraient de pâture à faire croire qu'un 
poison irritant énergique a.été pris; dans l'espèce, les accidens 
pathologiques seront quelquefois tels, que l'expert pourra même 



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— iS» — 

éure autorâé à déclarer que rempoisonnement lui paratepro- 
hahle. 

%^ $i la liqueur suspecte est aeide^ qu'elle fournisse par la dis^ 
tillatiûB de» premières portions un liquide à-la-fois (koide et al- 
calin, c'est-à-dire rougissant le papier bleu de tourpesol et 
bleuissant le papier rouge, tandis que le dernier produit de ladis^ 
tillation serait seulement acide, que cet acide offre les caractères 
4e Tacide acétique, surtout après ayoir été saturé par la potasse, 
évaporé jusqu'à siccité et décomposé par l'acide sulfurique, oa 
tirera les mêmes conolustons que dans les 0eux cas précédons, 
suivant 1^ proportion plus ou moins forte d'acide recueilli. 

A® Si le liquide n&U pas acide, q^'il fournisse par la difitilla- 
lion up premier et un second produits alcalins évidemmeqt am- 
moni^paux, et que l69 dernièras portions iieulement rougissent le 
pai^n bleu et d(>nnent<jbe l'acide acétique après avoir été satu^ 
rées par la potas^ à l'^leapl et traitées par l'adjde sulfurique, on 
flûQpçckmieff|i fortement qu^ le liquide suspect contient de l'aoé^ 
tate d'sunmbni^que. M^is ccunme cet acétate peut devoir son oïd»- - 
giuf^ à diverses causes, il sera nécessaire, avant de se prononcer, 
d'examiner si l^individu que l'on croit être mort empoisonné n^a*- 
vait pas pris de cq sel à assci^ forte dose dans une potion médioa- 
menteuse ou autrement, si le cadavre ue serait pas putréfié, et si 
l'acétate ammoniacal ne se sevait point formé pendant ladéeom- 
position putride. Si le cadavre est pouirî, et qu'il n'y ait pa& eu 
îngestioq d'acétate d'amoio^mque ou d'un autre acétate soluble, 
on pourra admettre que l'acétate ammoniacal est le résultat de 
l'action de l'ammoniaque provenant de la putréfaction sur de l'a** 
;cide acétique »n^«îr^' pendant la vie comme poison ou conmieali- 
ttenty ou bien sur celui qui s^est pre^udi pendant la putréfaa^ 
Uon, ou bien enocffâ à-la-foia sûr l'un et Fautri^ de ces acides. 
Gotinment diflf éler la vérité au milieu de ce chaos, et quel p»rti 
pouï'raît-'ûu ûrm ùxas câ cm épineux de l'évaluatipudelaquaQ- 
tilé d'ackie obtenu^ alors quç personne ne saurait indiquerf 9^ 
i»éiae approiumaUvement, combien te corps fouraisaent d'acé- 
IMe d'ammoniaque en se putréfiant? L'expert ne pourra guère, 
dans^ces cûrconstaoces, invoquer l'appui de la chimie autrement 
q\ia|four Qorrob^if^ lea soupçons id\» ou moins fond^d'eQ^ai- 



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— «28 - 

sonnement que peuvent faire Battre dans son esprit le oemmëme- 
ratif, left symptânes, la marche de la maladie et les lésions cada- 
vériques ; et CBCore il arrivera souvent, quant à ces demièreSy 
qu'elles seront difiSciles à apprécier, vu l'état avancé de pufré* 
factiop du cadavre. 

5<^ Si le liquide n'ett pa^ aeide et qu'il ne fournisse de racMc 
acétique à aucune époque de la distillation, il faudra bien se gar- 
der de conclure que Findividu n'est pas mort empoisonné si Iqs 
aœidens pathologiques sont de nature à faire soupçonner une iur 
toxication ; car il pourrait se faire que la totalité de l'acide aoéti^ 
que eût été rejetée par le vomissement et par les selles, ou que 
par suite dfi l'administration d'un cpntre^poison, td que la ma» 
gnésie, les earbonat^ de magnésie, de ebaux, etc., il eftt été 
transformé en acétates de magnésie» dechaui^, etc., aotablet. 
S'il était prouvé par un examen attentif des résidus de la distilla- 
tion, ou des matières solides non distillées et traitées par l'eau 
froide, que ces matières renferment des quantités notables d'a- 
cétates de magnésie, de chaux, etc., eet élément pe serait pas 
sans valeur pour établir des probabilités d'émpoisonnementpar 
l'acide acétique, £|lors qu'il coïnciderait avec dfs sympttaieà et 
des léMons de tissu analogues à ceux que déteminent toi^mi^ 
les acides concentrés pris à une dose même faible. 

Sympt&mesj lésions de tissu et actien sur féeommiieaiU^ 
maie. Il résulte des expériences qu^ j^ai tentées iuv les animant 
et de ce qui a été observé chez une personne qui est mcome ém^ 
poi^onnée par Facide acétique {Foyez ma Tomieelogie §été- 
raie y h^ édition, p. 197, t. i^O : l^queTacide acétique oenoeftiré 
introduit dans l'estomac est un poison irritant, énergique, SMrr 
eeptible d'oceasionner uAe mort prompte çïm l'homme et 4iez 
les chiens, après avoir donné lieu à des symptômjes j^logaet-à 
ceux que développent les acides sulfurique, azotique et chlorhy- 
drique ; S"" qu'il détermine une exaudâtion sanguine, puis le ra- 
mollissement et l'inflammation des membranes du canal digestif, 
et quelquefois même la perforation ) fiP que dans I9 plupart des 
cas il produit une coloration noire, sinon générale, da moins par- 
tielle, de la meinbrane muqueuse do Testomae et des intestins : 
cette coloration, que l'on serait tçnté de confondre, au prenrier 



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— 124 — 

abord, avec celle que développe Vacide sulfurique, est le résultat 
de raction chimique exercée par Tacide acétique sur le sang : en 
efflet, par son mélange avec cet acide concentré, le sang refroidi, 
et placé dans une capsule, ne tarde pas à acquérir cette même 
*teinte; 4"* que le vinaigre ordinaire, àladose de 120 à 150 gram- 
mes, détermine les mêmes accidens, et la mort des chiens de 
moyenne taille dans l'espace de douze à quinze heures, à moins 
qu'il n'ait été vomi peu de temps après son ingestion. Il agit pro- 
bablement de même chez l'homme à une dose un peu plus forte, 
et si l'on cite des individu^ qui ont pu avaler un verre de vinai- 
gre sans périr, cela dépend sans doute de ce que chez ces per- 
sonnes l'estomac étant rempli d'alimens, le vomissement n'a pas 
tardé à survenir ; peut-être aussi le vinaigre ordinaire était-il 
étendu d'eau et pris en quantité insuflftsante. 

De t acide citrique^ 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par l'adde citrique? 

L'acide citrique, composé d'oxygène, d'hydrogène et de car- 
bone, est solide, cristallisé ou pulvérulent, blanc, inodore, 
rougissant l'eau de tournesol, et doué d'une saveur très acide. Il 
est décomposé par le feu, comme l'acide tartrique. U se dissout 
dans l'eau, la dissolution ne présente pas avec la potasse, la soude 
et l'ammoniaque, les mêmes caractères que les acides oxalique et 
tartrique : versée dans l'eau de chaux, elle ne produit aucun pré- 
cipité ; mais si on fait bouillir le mélange, le citrate de chaux se 
dépose. 

S^mptémeê, léiions de tiisu, action sur Pecanamie ani^ 
maie {Foyez p. 72). 

. De faoide tartrique. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par cet acide? 

L'acide tartrique est composé d'oxygène, d'hydrogène et de 
jcarbonepl est solide, blanc, pulvérulent ou cristallisé en ai- 



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— 425 — 

goilles fines, ou en lames carrées un peu rtiomboldales, ou en 
prismes hexaèdres irréguliers; il est inodore et d'une saveur très 
acidepiquante; il agit fortement sur Veau de tournesol. Il est soluMe 
dans Feau : la diêsoluiion agit sur la potasse, la soude et Fammo- 
niaque, comme celle de l'acide oxalique.Y ersé dans Teau de chaux, 
il y fait naître un précipité blanc très soluble dans un excès d'acide 
tartrique, tandis quMl ne précipite pas le sulfate de chaux. Il four- 
nit avec la potasse, la soude et l'ammoniaque des tartrates neu- 
tres plus solubles que ceux qui sont avec excès d'acide. ChauflTé 
à l'air, l'acide tartrique solide se décompose en totalité, répand 
une fumée qui a l'odeur du caramel, brûle avec une flamme bleue 
et laisse un charbon volumineux. 

Symptômes^ lésions de tissu et action générale {Foyez 
p. 72). 

De Fadde oxalique. 

Cet acide présente dans son mode d'action quelques particu- 
larités qui ne permettent pas de le confondre avec ceux qui 
viennent d'être étudiés, comme on pourra en juger par les 
détails dans lesquels je vais entrer. 

De l'aeide oxalique, 

. Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu Heu 
par cet acide? 

Acide oxalique solide. Il est sous forme de prismes incolores, 
transparens et quadrilatères terminés par des sommets dièdres, 
ou de petits cristaux aiguillés et lamelleux, ressemblant beau- 
coup à ceux du sulfate de magnésie, d'une saveur acide très pro- 
noncée, inodores , rougissant fortement le tournesol , et conte- 
nant trois équivalens d'eau. S'il a été desséché à lOO*" c, il ne 
renferme plus qu'un équivalent d'eau. Si dans cet état on te 
chauffe dans une fiole à environ 135** c, il commence à se volati- 
liser, sans fondre; cette sublimation s'efiîectue avec la plus grande 
rapidité entre 150"* et 160** ; à i70^, il se décompose. Les petits 
cristaux s^attachent àlapartie supérieure du vase, et il n'y a pres- 
que point de résidu cari^onneux. Projeté sur les charbons ardens. 



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— M« — 

il foAd smsMlAti^ rët^anduM ftimée blan^e, acide, imtsûomftpd 
Invoque la toui, sans laisser de résidu ebaii)eiiiiettx. C^t pftr- 
lisB d'eau fr&ide dissolveat 11 parties 1/2 de cet acide; l'eau 
bouillante en dissout beaucoup plus; il est moins soluble daas 
l'alcool. 

ÊissolulionMiqueusè concentrée. Liquide incolore, transpa- 
rent, rougissant énergiquement le papier bleu de tournesol, for- 
mant avec la potasse nnoxalate solublesllest neutre; quand on 
ajoute assez d'acide pour transformer ce sel en oxalate acide, il 
se dépose des petits cristaux d'oxalate acide moins soluble que 
l^oxàlate neutre. L'acide oxalique précipite l'eau de chaux et tous 
les sels calcaires, sans en excepter le sulfate; l'ôxalatede chaux 
précipité, insotuhle dans un grand excès diacide oxalique, ne 
se dissout pas non plus dans Y acide acétique concentré ; lucide 
azotique au contraire le dissout à merveille; desséché et calciné 
dans une cuiller de platine, il se charbonne et laisse delà chaux 
vive«Yersé dans une dissolut^Hi d'azotate d'a^i^eAt^ il ftwrnitde 
l'i^xalate d'argent blaâc^ eaillebotté, soluble dans l'aeiâe aaHi-' 
que, et qui étant desséché et (^uffé dans un verre à montre imi 
sur une lame métallique, brunit sur les bcwds, détone ,lé^ère^ 
ment en répandant tout-à-coup une grande quantité de vapeur 
épaisse blanche et laisse de l'al^gent otétallique. Le tartrate 
d'argentchSiXifSé de même se charbonne, répand une légère fu- 
mée d'une odeur de caramel, devient incandescent, et laisse de 
l'argent sans détoner, U acétate d'argent noircit, et laisse aussi 
de Fargent métallique, sans détoner ni répandre sensiblement 
de vapeurs. On ne saurait non plus confondre l'oxalate d'argent 
avec les précipités que fournissent la noix de galle et l'acide for- 
miqne versés dans l'azotate d'argent, car ces précipités de couleur, 
noire ne sotit autre chose que de l'argent métallique réduit. L*a- 
cîde formique n'opère la réduction de l'azotate d'argent à froid 
qu'au bout d'un certain temps. 

La dissolution concentrée d'acide oxalique laisse dépeser use 
partie de l'acide quand cm la mêle avec de l'alcool concentré 
marquant kh degrés ; il s'en dépose moins si l'alcool ne marque 
que 3^ degrés ; dans l'un et l'autre cas, mais surtout jbms le der<^ 



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— «1 — 

V 

tàeTf Ureste eiiovê be$lifeDup d'aatdè ômdiqttedàmlsidtsaoliitknl 
ÊHréé. 

DiêêùluHon aqueuse étendue* Elle est iâ€dore,traii$pareDte 
et rougit le t^ursesol ; l'eau de ebaux^ les sels calcaires et l'aze* 
tate d'argeot agisses sur elle comme sur la dissolutioH eoueen- 
trée \ ee dernier réaelif peut déeeler Tadde oxalique dans us éo- 
fotom ÊÂtàree 1 eeutigrasime d'acide et 3^âûO parties d'eaU ; la 
diaux pp^ipilerail même um dissolution qui ne contiendrait 
qo'n* quarsmte millièifte de sMi poids d'acide. Quand on là ofaan£fe 
atee éA eyorure d'or jus^'àrébulKtion^il y a formation d'acide 
chlorbydrique, dégagement d'acide carbonique et revivification 
de l'ar ; on peut reconnaître par ce moyen la présence d'un dix 
mt^èsiMf environ d'aeidi^ oxalique. L'alcool le plus concentré ne 
tfouble peint la dissolution étendue d'acide oxalique. 

Acide ex€Uiiquemèlé à des liquides végétauof et dnimaum^ 
OMX matières vomies eu à eelles qui se trouvent dans le ea^ 
nal digestif/ Il n'exerce aucune action sur les fluides végétaux 
et aBÛnaux^ si ce n'est sur la gélatine^ qu'il dissout dans lui faire 
siâ>ir msttbirlui-tnéinedecbangement dans sa composition. 

Il résulte des expériences que j'ai tentéesi en faisant avaler à 
des aflintôux des mélanges alimentaires empotôonnésounon par 
l'aeide oxalique: l"" que l'on obtient facilement de l'acide oxali^ 
que cristallise' et parfaitement reconnaissable en traitant par 
l'alcool les matières suspectes évaporées jusqu'à siccité; 2*" que 
l'on peut à l'aide de cet^gent' séparer , sinon complètement^ du 
moîoi^en gran^ partie le bi-oxalate de potasse qui se trouverait 
mélangé à de l'acide oxalique^ 3** qu'en lavant à plusieurs reprises 
avec de l'eau distillée le canal digestif des animaux empoisonnés 
par l'acide oxaUque, on dissout la totalité de l'acide contenu dans 
ce canal, et qu'à esidès^lors inutile de traiter les tissus eux-mêmes; 
k"" que l'on s'exposerait à commettre des erreurs graves^ si l'on 
cherchait à reconnaître l'acide oxalique dans les matières sus- 
pectes, à l'aide des réactifey ceux-ci se comportant autrement 
lorsqu'ils sont versés dans ces liqueurs que dans les cas oà l'a- 
cide n'est pas niélangé de matière organique; je citerai pour 
exemple l'azotate d'argent qui fournit un précipité ne répanr 
dant p€ks de fumée et ne détotuênt pas^ quand on le chauffe 



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- 128 — 

dans un vêrre à montre {Foyez p. 126) ; 5^ que cet acide est 
absorbé et peut être retrouvé dans Yurine, tandis qu'il m'a été 
impossible de l'extraire du foie et de la rate, soit parce qu'il ne 
reste pas long-temps dans ces organes, soit parce qu'il se trans- 
forme en oxalate de diaux ou en une autre matière insoluble. 

Procédé. Avant de faire connaître le procédé qui me paraît de- 
voir être employé dans un cas d'empoisonnement par l'acide oxa- 
lique, il importe de montrer l'insuffisance de la méthode que les 
auteurs de médecine légale ont conseillé de suivre. « Les liqui- 
« des seront séparés des solides et essayés par le papier bleu de- 
« tournesol, li'acidité étant reconnue, on saturera par du carbo- 
« nate de potasse; l'existence de l'oxalatede potasse sera facile- 
« ment démontrée par les réactifs » (Christison et Goindet). 
J'admettrai pour un instant, ce qui n'est pourtant pas, que l'eau 
de chaux, l'azotate d'argent, le sulfate de bi*oxyde de cuivre, etc., 
se comportent avec la liqueur suspecte comme avec l'oxalate de 
potasse sans mélange de matières organiqites; n'est-il pas 
évident que l'on obtiendrait exactement les mêmes résultats si 
l'empoisonnement avait eu lieu par le sel d'oseille (bi-oxalate de 
potasse), ou, ce qui est beaucoup plus grave, si l'individu qui est 
l'objet des recherches n'ava\t pas été empoisonné et qu'il eût tout 
simplement avalé une assez grande quantité de soupe à t oseille 
ou de tout autre mets préparé avec cette plante? J'ai souvent agi 
comme le prescrivent ces auteurs avec des bouillons de soupe à 
l'oseille préparés par la méthode ordinaire ; il suffisait de filtrer 
ces bouillons et de les mettre en contact avec les réactifs précités, 
soit avant, soit après les avoir saturés par du carbonate de po- 
tasse, pour obtenir des précipités semblables à ceux que donne 
' l'oxalate de potasse ; et comment pourrait-il en être autrement 
quand on sait qu'un kilogramme d'oseille fournit 2 grammes 1/2 
environ de bi-oxalate de potasse? Ces mêmes motifs doivent aussi 
engager les experts à ne jamais chercher l'acide oxalique dans 
une liqueur suspecte par l'acétate de plomb, car ce sel précipite 
aussi bien l'acide dont il s'agit que le bi-oxalate de potasse et le 
sel naturellement contenu dans l'oseille. On dira peut-être que 
l'on saura toujours d'avance si l'individu avait mangé ou non un 
potage à l'oseille^ et que dans le cas où cela aurait eu lieu, on sui- 



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— 129 — 

vraît un autre procédé ; mais il peut se présenter des circonstan- 
ces où Ton ignorera complètement ce qui s'est passé, et, en sup- 
posant que Ton apprenne que de Toseille a été mangée, quel pro- 
cédé emploiera-t-ont D'ailleurs Tôbjeclion en ce qui concerne le 
bi-oxalate de potasse subsiste tout entière. J'ajouterai que per- 
sonne n'a ^core prévu le cas, assez épineux, où l'on imaginerait| 
pour mieux faire prendre le change, d'empoisonner avec une 
soupe à l'oseille à laquelle on aurait préalablement ajouté de l'a^ 
cide oxalique. Comment l'expert pourrait-il alors arriver à une 
solution tant soit peu satisfaisante, s'il n'avait pour se tirer d'em- 
barras que le procédé vicieux adopté jusqu'à présent par tous les 
auteurs sans exception? 

Voici commentje propose d'agir. On recueille les matières con- 
tenues dans le canal digestif^ on coupe celui-ci en petits mor- 
ceaux que l'on place dans une grande capsule de porcelaine avec 
un litre d'eau distillée ; on fait bouillir pendant quelques minutes 
afin de coaguler une portion de matière animale ; on décante et 
Ton traite de nouveau les parties solides par de l'eau distillée 
bouillante; on filtre les deux liquides réunis, et on les fail évapo- 
rer presque jusqu'à siccité à une douce chaleur. On agit de même 
sur les matières vomies que l'on traite à part. On agite les pro- 
duits presque desséchés de révaporation et déjà refroidis avec un 
demi-litre d'alcool concentré marquant 44 degrés et froid; après 
plusieurs heures de contact on décante la dissolution alcoolique, 
et l'on fait encore agir une égale quantité d'alcool à 44 degrés 
sur la portion solide restante; on décante la liqueur après quel- 
ques heures de contact et on la réunit à la première; on filtre les 
deux dissolutions alcooliques dans lesquelles se trouve sinon la 
totalité, du moins la majeure partie de Taçide oxalique libre qui 
aurait pu être administré ; ces liqueurs ne renferment pas ou 
presque pas de bi--oxalate de potasse, en admettant qu'il y en 
eût dans les matières suspectes, et à coup sûr elles ne contiennent 
pas un atome de l'oxalate de magnésie ni de Toxalate de chau^, 
qui auraient pu se former par suite de l'administration de la ma- 
gnésie ou du carbonate de chaux comme contre-poisons. On éva- 
pore jusqu'à pellicule la dissolution alcoolique et l'on obtient des 
cristaux d'acide oxalique. Dans la crainte que ces cristaux ne 
m. ' 9 



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^ 480 — 

sëlëât ttëtlilgës d'an pèH debi-^oxalate de )^t&^l;è, oà les rëdttil 
ett ^Udrfe et oîî fait agir sur celle-ci de Valcool fnôid et coticen- 
Wè qui tic diôsodt que Tacide oxalique; on évapore alors le éotu^ 
h^MâlcooUqde pout* avoir Tacldife oxalique cristallisé. Si la disso- 
lûtloil alcoolique pi^ovettanidôraciîon d'dndetni-lltred'altîoolsUlr 
là ma tiêi^e presque desséchée n'avait pdinl fourni des cristaux d'à- 
feldë ôiàlique, oii traiterait de nouveau par de Talcool froid mar- 
qiaaiit M degrés cette dîsisôlution alcoolique évaporée jusqu'à pel- 
licule, afiu de la débarrasser d*utae nouvelle quantité de matièi*e 
auilriàlé J oh flUrerâit au bout d'une heure de contact, et à coup 
iôr la nouvelle dissolution alcoolique évaporée donnerait descris^ 
taux d'acide oxalique pour peu que celui-ci se trouvât dans cette 
dissolution à la dose de quelques centigrammes. Si Ton n'obte- 
nait point de cristaux, parce que l'acide n*y existerait qu'en tuSS 
(Petite proportion, il suffirait de traiter par l'eau distillée le liquide 
êpaiSél et de faille agir sur lui les réactifs indiqués à la page 126, 
pbUr s'assurer dé la présence de l'acide oxalique. 

Leà matières suspectes^ après avoir été épuiàées pa^ l'alcool 
froid et Concentré, sont traitées t)ar l'éau distillée froide, afin de 
dissoudre la poHiôtt d'âddé oxalique que l'alcool n'aurait point 
ëhievée, ainsi que le bi-oxalate de potasse qu'elles pourraient 
contenir ; après une heure de contact, on filtre là dissolution, 
dans laquelle il n'existe certainement pas de l'oxalate de chaux 
et qui ne peut renfetmer tout au plus que des atonies d'oxalatede 
ïnâgnésie, ce sel étant fort peu soluble dans l'eau froide. La li- 
queur aqueuse filtrée est évaporée jusqu'à siccité ; le produit con- 
tenant de la matière organique, que je supposerai renfermer 
aussi de l'acide oxalique, du bi-oxalate de potasse et un atome 
ffoxàlate de magnésie, est agité avec de l'alcool concentré et 
froid î le iôlutufn ne contient que de l'acide oxalique, et il suffit 
)È)oUr l*obtenir cristallisé de le filtrer et de le faire évaporer. La 
t)bl*tion non titlaquée par l'alcool concentré est dissoute dans 
quatre fbis son volunie d'eau distillée et mélangée avec de l'alcool 
à 80 degrés qUî dissout le bl-oxalate de potasse et précipite nne 
portion de là matière organique ainsi que la minime quantité 
tf oxâlale de magnésie que l'eau aurait pu dissoudre. La dissolu- 
tion aléôDilque affaiblie de bi-oxalate de potasse est évaporée jus- 



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— 181 — 

qu'à p^llicnle jpoUr obi^Bi^ to ftd éri6ta11liié| s'il nèaè forme petnt 
de cristfltiK^ 011 traite le liqitlde presque sirupeux par de Taleoël 
à SS degrés, ott filtre, et on procède à une houVellè étàporatloti 
il la suite de laquelle on obtient du bi-oxalate de potasse i;Hstat^ 
Usë^ m dti Aplns utte liqUèùi^daBS laquelle il èst flisé dedëittm^- 
trer la jprésende de ce sel â Faide des réàctifii. 

Les tnàtières sust^ëctes déjà tràkëes par l'alcOdl cotiéëhti^ et 
par Teau froide sont mises de nouveau eti contact atec de l'èàU 
distillée à la température ordinaire qutdlssoilt lamajetare partie 
4e la matière organique^ et laisse déposer les oialàtes de ina^é^ 
aie ou de diaux que ces matières pourraient contenir $ on décante 
laliquai^ au bout d'une heure ou deux, et l'on recueille lé dépôt 
BUT lequel ott fait agir de Facidë chlorhydriqUe froid, étendu de 
trois fois son poids d'eau distillée afin de dissoudre l'oxaiMè dé 
fluf^ësie } évidemment ou ne doit reeonrir à cette opération que 
dans les eas où l'on saura que l'individu s6u|yçonné empoisonné 
avait pris de son vivant de la magnésie comme contre^poison. H 
suffira de filtrer la liquetU* et de la saturer par ttt eibcës dé ëarbo- 
uatede (knàsse pur |>our obtenir m ÉolututH composé d'(]ftiliâtè 
de petasae^ de Chlorure de potàssihm et de l'exèès dé carbonate de 
potasse et un précipité de ëarbonate de magnésie ; on traitera H 
liqueur filtrée par l'acétate de plomb, qui donnera de l'otulatëde 
plomb insoluble, mélangé de matière organique; on lavera ce dé^ 
pât avec de l'eau distillée à plusienrs reprises pour débarrasser 
Foxalate de plomb qu'il renferme, de la inajedre partie de la mà^ 
tière organique^ puis on décomposera cet oxaiate suspendu dans 
Feau distillée par un courant de gaz àeide sulth^drïque c^hi le 
transformera en sulfhre de plomb noir et en acide Oxalique; on 
ehauffiira jusqu'à FébuUition pour bhasser l'excès d'acide snlfhy^ 
drlqne et on filtrera ; Facide oxalique se trouvera seul dans la lî-* 
^pew*, et on ^obtiendra en évafiorant celle-ci à ime douce cha- 
leur* S'il S'agissait de démontrer la présence de Foxalate de chatft 
formé par suite de Faction de Facide oialiquesnr du carbonate 
de chaux qui aurait été administré comme contre-poison, après 
avoir ramassé le précipité, on le ferait bouillir pendant Vingt* 
cinq ou trente minutes avec de Feau distillée et du bicarbonate 
de potasse pour obtenir de Foxalate de pétasse soluble et dtr èar^ 
9. 



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~ 132 '^ 

bonate de chaux insoluble; la liqueur filtrée contiendrait deVoxa- 
late de potasse et de la matière organique, et devrait être traitée 
par Tacétate de plomb et Tacide sulfhydrique comme il vient d'être 
dit. Ici il n*y aurait aucun avantage à dissoudre Toxalate de chaux 
dansTacide chlorhydriquC) parce qu'en saturant ensuite la liqueur 
chlorhydrique par le carbonate de potasse, Toxalate de chaux se- 
rait précipité de nouveau, sans que cette liqueur contint la moin- 
dre trace d*oxalate de potasse. 

Symptôme*, lésions de tissu et action sur l'économie ani^ 
maie. Cet acide concentré ^ introduit dans Testomac des chiens ou 
des chats occasionne une douleur vive, de ragitationetdescrisau 
bout de peu de minutes ; les animaux font de violens efitots pour 
vomir \ bientôt après ils sont engourdis et très faibles. La mort 
ne tarde pas à survenir sans effort : c'est ordinairement entre la 
deuxième et la vingtième minute qu'elle arrive, si la dose d'acide 
est considérable, de 15 grammes par exemple. Sil'apide est très 
étendu d'eau, les phénomènes sont tout- à-fait différens;à/ôr^^ 
dose les symptômes les plus remarquables sont ceux de la para- 
lysie du cœur, et immédiatement après la mort, cet organe se 
trouve avoir perdu sa contractiiité et contient du sang artériel 
dansées cavités gauches ; si la dose est moindre^ l'animal périt 
après plusieurs accès d'un violent tétanos qui affecte particulière- 
ment les muscles de la poitrine, et produit tm état spasmodique 
et la suffocation ; si la dose est encore moindre^ les spasmes sont 
rares ou manquent tout-à-fait, et la mort est précédée de symp- 
tômes de narcotisme, semblables à ceux que produit l'opium : l'a- 
nimal parait endormi. Jusqu'à présenties symptômes que l'acide 
oxalique a développés chez Vhommcj^ ont évidemment été le ré* 
sultat d'une excessive irritation, parce qu'il a presque toujours été 
avalé à forte dose et très concentré. 

Lésions de tissu produites par l'acide oxalique. Si l'acide 
est coficentré, l'estomac contient du sang noir extravasé, sem- 
blable au sang qui aurait éié mis en contact avec cet acide hors 
du corps ; sa membrane interne est d'un rouge cerise avec des 
stries d'une extravasation noire, comme granuleuse, et çà et là la 
surface de la membrane est très mince et comme dissoute par 
l'action chimique du poison. Si l'estomac est examiné immëdiate- 



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— 133 — 

ment après la mort, on le trouvera peu corrodé, en comparaison 
de ce qu'il sera, si Ton ne fait Touverture du corps qu*un jour ou 
deux après la mort. Si Tacide oxalique est étendu d'une grande 
quantité d'eau, il ne détermine aucune altération remarquable du 
cerveau ni des viscères abdominaux; mais les poumons offrent 
des taches d'un rouge vif, sans aucune trace d'épanchement. Deux 
ou trois minutes après la mort, le cœur ne présente plus de pul- 
sations, et ne jouit plus de la faculté de se contracter, si l'anima 
a péri avant l'époque de l'insensibilité; le sang des cavités droites 
est noir; celui des cavités gauches est vermeil. Au contraire, le 
cœur continue de battre pendant quelques insians après que la 
respiration a cessé, si la mort a été précédée de l'état comatcîux; 
alors le sang est d'une couleur noire dans les deux systèmes vas- 
culaires. 

Action de Vaeide oxalique sur V économie animale. MM. 
Ghristîson et Coindet établissent dans un mémoire intéressant, 
l"" que l'acide oxalique à la dose de plusieurs grammes est un des 
poisons les plus actifs et les plus propres à déterminer une mort 
prompte; S"" que s'il est concentré. et introduit à haute dose dans 
l'estomac, il irrite ou corrode cet organe, et détermine la mort 
par l'affection sympathique du système nerveux ; 3** que, lorsqu'il 
est étendu d'eau, il est absorbé, et porte son influence sur les or» 
ganes éloignés; il n'agit alors, ni en irritant l'estomac,, ni sym* 
patbiquement : toutes choses égales d'ailleurs, son action est plus 
rapide lorsqu'il est étendu d'eau que lorsqu'il est concentré \ 
h^ qu'on ne peut le retrouver dans aucun des liquides de l'animal | 
quoiqu'il soit absorbé , probablement parce qu'il est'décomposé 
en passant par les poumons, et que ses élémens se combinent 
avec le sang ; 5** qu'il agit directement comme sédatif. Les or- 
ganes sur lesquels il porte son influence sont d'abord la moelle 
épinière et le cerveau, ensuite et secondairement les poumons et 
le cœur. La cause immédiate de la mort est quelquefois une pa- 
ralysie du cœur, d'autres fois une asphyxie, ou enfin ces deux af 
fections réunies. 



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- 134 — 

J)u bi'Oicalai^ de pçfas^ç (jaçl ^'oieille). 

Cùmn\mi peutron reconnattre que reBapoiftonnement a en lidp 
ppr le bi-Qxalftte de pota(»se? 

Bi"0;valate de potanefolide. Ile&tspi» forme de paraUëlipi* 
pèd^s blaacs opaques, d'uue saveur très acidd presque mordtean- 
ie-, il es( inodore, inaltérable à Tair, ruoinsso)^ble dans Teau que 
l'oialate neutre,et:àp^inesolub)^ dan$ Talcoolconcentpé. Cbauffé 
jusqu'au rouge dau^ une cuiller de platine, il se décompose et 
lais^ du oarbonate de pota»^. S*i) est mis sur d^s ebarbons ar-r 
Amh i) est également décomposé, et répond une fumée aeide et 
piquauta, saus ^ çbarbpuuer, ee qui sucrait au Résolu pour ie 
distinguer du bi-tarlrate de potasse (crème de tartre). 

Jûiê^eilu^tian nquewe concentrée^ Elle rougit fortement le 
tournesol et fournit avec Teau de ebaux et les sels calcaires, ainsi 
qu'avec Tazotate 4^argent, des précipités d'oxalate de chsm^ ou 
d'argent (Foye^ page lâ6). Elle donne avec les sels de cuivre un 
précipité blanc bleuâtre d^oxalate de cuivre, et avec le chlorure 
de platine un précipité jaune serin dur, grenu et adhérent au 
verre. Les sels de plomb y font naître up précipité blase d^oKa-r 
late de plomb, lequel est instantanément décomposé par l'acide 
sulftydrique en acide oxalique et en sulfure de plomb noir. L'ai- 
GOû} concentré, marquant Uk degrés à Faréomètre, précipite un^ 
paa^Ue du sel, tandis que cela n'a pas lieu si l'alcopl ne marque 
que 36 degrés. 

Dif solution qqiteiéêe étendue. £Ue se comporte avec les 
réactifs précités, comme la dissolution concentrée, si ce ii'est 
avec Talcool à 44 degrés et avec le chlorure de platipe qui ne le 
troublent point. 

Mélange d'acide osaUque et de ii-opsalate de potasse. S'il 
est solide et en poudre fine, il suffira de Tagiter pendant queli- 
ques minutes dans up tube de verre, avec de l'alcool à 44 degrés 
pour dissoudre tout l'acide oxalique, tandis qu'il y aura k peine 
quelques traces de bi-oxalate dissous. En effet, la liqueur ne se 
troublera pas sensiblement par le chlorure de platine, tandis que 
la portion non dissoute offrira tous les caractères du bi-oxalate de 



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— 135 — 

potasse, Si le inélange est dUnov^ dam l'eau^ il se cpinpprtei?çi 
avec les réactifs comnae la dissolution de bi-oxalaie de potasse, 
si ce n'est qu'il ne précipitera pas les sels de cuivra à ipoin^ 
qu'on ne sature l'excès d'acide par un alcali. 

Symptémêêy lésions de tissu et oûtion sur téeonomie 
animale. 

• 
Quelques observations d'empoisonnement recueillies chcE 
l'homme prouvent jusqu'à l'évidence que ce sel à la dose de 12, 
16 ou 20 grammes, détermine des accidens fort graves qui 
peuvent être suivis d'une mort assez prompte. Les principaux 
symptômes de cet empoisonnement sont : une sensation de brû^ 
lure au gosier et à l'épigasire, des vomissemens, de Tàccable- 
ment, des frissons continus, une sueur visqueuse, l'obscurcisse- 
ment de la vue, etc. Les tissus de l'estomac n'étaient que médio- 
crement enflammés chez une femme qui avait succombé quinze 
minutes après avoir pris 16 grammes de ce sel ; mais ils avaient 
contracté une telle union avec le bi-oxalate, que plusieurs lava- 
ges et des macérations prolongées dans l'eau distillée ne purent 
les en débarrasser. L'action de ce sel sur l'économie animale dif- 
fère à peine de celle de l'acide oxalique. 



ARTICLE III. — n^ LA |>OTAi)Si:, PB L4 ^QUDE, PPS CQ|.0|ip]|p$ P^ 
CBS BASES, PK LA CQAUX, PB L'AMNOlflAQUp J^f Py Ç^^BON^IP^ 

d'ammoniaque. 

Symptômes de l' empoisonnement détem^iné pfir cçs suAt 
stances aZ<^a/«n^«. Les symptômes développés par ces alcalis eon^ 
centrés diffèrent à peine de ceux que déterminent le$ acides con- 
centrés de la première catégorie {F. p. 7^). Ainsi les malade» 
éprouvent une chaleur vive à la gorge, desnaustfes, de« Vomis^Q- 
mens de matières souvent sanguinolentes; à la vérité ces matière^î 
loin d'être acides et de rougir le tournesol, sont alcalines et rétar 
Missent la couleur bleue du papier rougi par un acide, et Iqliide 
bouillonner sar le carreau elles font effervescence avea |es aci- 



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^ 186 — 

des ; on remarque aussi des déjections alvines abondantes, une 
épigastralgîe des plus vives, des coliques atroces, des convul- 
sions et raltération des facultés intellectuelles; la mort ne tarde 
pas à survenir. 

Lésionê de tisiu produites par ces substances alcalines. 

Les altérations cadavériques obsefvées jusqu*à ce jouj\ à la 
suite d'une de ces intoxications alcalines ressemblent beaucoup 
à celles que déterminent les acides énergiques de la 1" série 
{Foyez p. 75) ; la potasse, la soude et Tammoniaque à Fétat so- 
lide ou en dissolution concentrée donnent souvent lieu à des 
perforations des tissus du canal digestif, lorsqu'elles ont été in- 
troduites dans Testomac. 

Action sur l'économie animale. 

Il résulte des nombreuses expériences que j'ai tentées et des 
observations recueillies chez Thomme : l^'Que ces substances al- 
câlines concentrées, introduites dans Testomac déterminent une 
mort prompte, en détruisant les tissus, par suite de leur action 
chimique, en irritant les nerfs qui entrent dans leur composition 
et en donnant lieu à un épanchement dans la cavité du péri- 
toine, qui ne tarde pas à déterminer une péritonite intense ; le 
ventre est ballonné, des gaz distendent prodigieusement Testo- 
mac et les intestins, et la mort arrive au milieu des souffrances 
les plus aiguës. 

â"" Qu'elles agissent encore à la manière des poisons irritans, 
énergiques , lorsqu'elles sont étendues d'une certaine quantité 
d'eau , mais qu'en outre elles sont absorbées. L'absorption des 
mêmes substances concentrées ne saurait être niée quoiqu'il soit 
difficile d'admettre qu'elle s'effectue tant que la substance reste 
à l'état de concentration: mais tout porte à croire que dès qu'il 
y a eu contact entre ces substances et l'estomac, celles-ci ont 
provoqué une abondante sécrétion de fluides qui, en les affaiblis- 
sant, en ont favorisé l'absorption. 

S"" Que la potasse, la soude et l'ammoniaque ^^onc^n/r^'e^, ap- 



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— 137 — 

pliqaées à rextérieur, brûlent les tissus et occasionnent la mort, 
tantôt par rinflammation d'une grande étendue de la peau, et par 
la réactipn du système nerveux qui en est la suite, tantôt par 
Fabondante suppuration qu'elles déterminent dans les parties 
circonscrites qu'elles ont profondément attaquées. 

4' Que la potasse, la soude et l'ammoniaque concentrées, in- 
jectées dans les veines détruisent la vie instantanément en coa- 
gulant le sang et en exerçant sur lui une véritable action chimi- 
que, d'autant plus prononcée que la quantité injectée est plus 
considérable. 

De la potasse et du earbonate de potasse. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
parla potasse caustique? 

Pour résoudre cette question , il faut savoir que la potasse 
caustique se trouve dans le commerce sons deux états : 1* potasse 
pure; T potasse à la chaux (pierre à cautère) impure. 

Potasse pure. Les caractères physiques et chimiques de la 
potasse pure sont les suîvans : elle est solide, incolore, inodore 
et d'une saveur excessivement caustique ; elle attire l'humidité 
de Fair et tombe en déliquium. Elle se dissout très bien dans 
l'eau ; le solutumyev6\i le sirop de violettes, et ramène au bleu 
la couleur de l'eau de tournesol rougîe par un acide ; il ne préci- 
pite point par l'acide carbonique. Si cette dissolution a été faite 
avec Veau distillée, elle précipite l'azotate d'argent^ en olive 
clair : l'oxyde déposé se dissout tout entier dans l'acide azotique 
pur. Versée dans une dissolution concentrée de chlorure de 
platine, elle y produit un précipité yaww^ *^rm, grenu ^ qui 
adhère aux parois du verre et qui peut se dissoudre dans 
l'eau. L'acide perehloriqtte y fait nattre un précipité blanc 
, abondant. 

Si, au lieu d'être concentrée, la dissolution de potasse à l'alcool 
était très affaiblie, elle offrirait encore les mêmes caractères, 
excepté qu'elle ne précipiterait plus ni par le sel de platine ni 
par l'acide perchlorique ; et comme il est indispensable de pou- 
voir constater l'une ou l'autre de ces propriétés pour s'assurer de 



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- 438 - 

3on existencei il faudrait évaporer la dissotutiQQ pour Tameoer 
^u degré de coppeptration convenable. Il est inutile de pousser 
Févaporation jusqu'à siccité et de calciner le produit dans up 
creuset d'argent, comme le conseille M. Devergie, dans le but, 
dit-il, de volatiliser Vammoniaque ou ses composées, 9'il* exis- 
taient. Evidemment si la potasse est pure, et il la suppose telle, 
elle ne ren fermera aucun composé ammoniacal. 

Jetasse à la ehaux (pierre à cautère). On peut avoir une 
boqne idée de cette substance en la supposant formée de potasse 
pure, d'un peu de chaux, de sulfate, de chlorure de potassium, 
d'acide silicique, d'alumine et d'oxydes de fer et de manganèse. 
Voici quels «ont ses caractèrç^ physiquç^ 4it chin^iques : elle 
jouit détentes les propriétés dont j'ai parlé en faisant l'histoire de 
1^ potasse pure, ei^cepté ; i° qu'elle est souvent (^olpréeen brpn, 
en jaune ou en fougeâlre ; 2® qu'au lieu de précipiter de l'azo- 
tate d'argent, l'oxyde olive, soluble dans l'acide azotique pur, 
§lle précipite, outre cet pxyde, du chlorure d'argent blai|c (p^ce 
qu'elle renferme un chlorure, voy. Acide chi^o^htdrique) : si l'on 
verse de l'acide a^^otique pur sur ce précipité, l'acide dissout tout 
l'oxyde, et il reste un dépôt blanc caillebotté d^ cWorure d'ar- 
gent 5 5^ qu'elle fournit, avec l'azotate de baryte, du sulfate de 
baryte blanc, insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique pur, 
ce qui tient à la présence du sulfate de potasse qui eqtre dan^ sa 
composition ; A» qu'elle donne avec l'oxalate d'ammoniaque un 
précipité blanc d'oxalate de chaux. 

Carbonate de potasse pur. II est solide, blanc, inodore et 
d'une saveur caustique; il verdit le sirop de violettes et rétablit 
la couleur bleue du papier rougi par un acide. Il est déliquev 
cent et très soluble dans l'eau. Les acides faibles le décomposait 
et en dégagent de l'acide carbonique avec effervescence et sans 
vapeur. Le chlorure de platine et l'acide perchlorique agissent 
sur sa dissolution aqueuse, comme la potasse pure. Il fournit 
avec les sels solubles de baryte un précipité de carbonate de ba- 
ryte blanc, soluble dans l'acide azotique pur, 

Potasses du comnoeroe. Elles sont formées de carbonate de 
potasse (de 40 à 65 pour cent) et des matières étrangières qui 
altèrent la pierrp à cautère, à l'exception de la chaux. Les acir 



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- id9 ^ 

des fai))le6 en dégagent de Tacide carbonique avec eff^rvéscenoe; 
Toxalate d'ammoniaque ne le» précipite pas y du reste elles se 
comportent avec les azotates d'argent et de baryte, comme la 
pierre à cautère* , 

Potasse pure mêlée au vin rouge. Il n'arrivera probablement 
jamais que Ton tente d'empoisonner avec un mélange de potasse 
pure et de vin rouge, ps^rce que cet alcali communique au viii 
une couleur vert foncé ; mais il se peut que les experts aient à 
décider s'il existe de la potasse dans un liquide qui contiendrait 
du vin rouge et qui aurait été vomi ou trouvé dans le canal di^ 
gestif après la mort. L'expérience m'a démontré que dans ces cas 
le eblorure de platine çt l'acide percblorique seraient des réaoï- 
tife par trop infidèles pour qu'on doive y avoir recours. Jjà pro- 
cédé suivant me paraît ei^empt de reproche. On évapora le met- 
lange jusqu'à siccité, et, lorsque le produit est refroidi, on l'agite 
pendant cinq à six minutes avec de l'alcool concentré marquAi|t 
44 degrés à l'aréomètre, afin de dissoudre la potasse ; on Qltre la 
dissolution alcoolique, et, après l'avoir évaporée jusqu'à siccifé 
dans une capsule de porcelaine, on continue à chaufTer la masse 
solide obtenue, jusqu'à ce qu'elle soit légèrement cari)onisée. 
On fait bouillir ce charbon avec une petite quantité d'eau distillée 
et l'on filtre ^ la dissolution d'un jaune brunâtre, si le vin avait 
été mélangé de potasse, rétablira la couleur 'bleue du papier 
rougi par un acide, et précipitera en jaune serin par le chbnire 
de platine, et en blanc par l'acide percblorique ; on s'exposerait 
à commettre une erreur grave si au lieu d'agir avec le chlorure 
de platine sur la dissplution aqueu]^, on opérait sur la dissolur 
tien alcoolique, parce que l'alcool concentré donne avec ce chlor 
rure un précipité jaune serin, alors même qu'il ne tient pas de 
potasse en dissolution ; à la vérité ce précipité n'est ni grenu ni 
adhérent au verrel 

On peut se convaincre des avantages du mode d'analyse que je 
propose, en agissant comparativement sur une même proportion 
de vin rouge tenant un ou deux centigrammes dépotasse en dis^ 
solution, et du même vin sans addition de potasjse; ce derpier 
traité, comm^Jp viens de le dire, ne fournira pas la plus légère 
trace de potasse, parce que l'alcoel concentré en agissant sur le 



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— 140 — 

produitde Tévaporatioii n'aura pas dissous un atome de bi- 
tanrate de potasse ni des autres sels de potasse que le vin ren- 
ferme. 

Mais,dira-t-on, en suivant ce procédé, la potasse mélangée au 
vin transformera le bi-tartrate que celui-ci contient en tartrate 
neutre soluble dans Talcool à UU degrés, dès-lors on ne pourra 
pas affirmer que la potasse obtenue en traitant par Teau, le pro- 
duit de l'incinération de la dissolution alcoolique, provienne ^n- 
tièrement de la potasse mélangée au vin. Cela est vrai, car celte 
potasse proviendra de celle qui a été mélangée avec le vin et qui 
se trouve en excès dans la liqueur, de celle qui était primitive- 
ment contenue dans le bi- tartrate du vin, et enfin de celle qui a 
été employée à saturer l'excès d'acide tartrique pour transfor- 
mer le sel acide en tartrate neutre. Qu'importe*^ Il ne s'agit pas 
ici de déterminer combien il pouvait y avoir de potasse mélan- 
gée avec le vin, mais bien de savoir s'il y en avait : or, le pro- 
cédé que je conseille de suivre remplit parfaitement le but, puis* 
qu'on a obtenu de la potasse à la fin de l'opération, et que l'on 
n'en aurait pas obtenu, si Vonnen eût pas ajouté au vin. 

Potasse pure et matières organiques alim,entaires ou 
autres. Qu'il s'agisse de bouillons, de liquides vomis, des ma- 
tières solides ou liquides trouvées dans le canal digestif ou même 
de cette sorte de bouillie qui est le résultat de l'action de l'alcali 
sur nos tissus, on agira à-peu-près comme il vient d'être dit à 
l'occasion du vin rouge rendu alcalin par ce corps. J'ai tenté des 
expériences nombreuses dans lesquelles je faisais prendre à des 
animaux des alimens mélangés avec quelques centigrammes de 
potasse pure, tandis que je donnais à des animaux de même es- 
pèce, une égale proportion des mêmes alimens ^ sans addition 
de potasse. Les animaux étaient tués au bout de trois ou quatre 
heures, et je voyais que je trouvais la potasse en analysant les 
matières provenant des animaux qui en avaient pris, tandis qu'il 
n'y en avait pas dans les autres. Souvent aussi je donnais à des 
chiens des alimens contenant assez de potasse pour les tuer dans 
l'espace de quelques heures , tandis que d'autres chiens, qui 
avaient pris des mêmes alimens dans la même proportion, sans 
addition de potasse, étaient pendus à l'instant même où les au- 



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— 144 — 

tr^ animaux pétrissaient. A rouverture des cadavres, les matières 
contenues dans le canal digestif des chiens qui étaient morts em- 
poisonnés et le canal digestif lui-même fournissaient de la po- 
tasse, par le procédé déjà décrit; tandis que les matières et le ca- 
nal digestif des chiens non empoisonnés, n'en donnaient pas un 
atome. Au reste, voici les conséquences que j'ai tirées de ce tra- 
vail, lequel a fait l'objet d'un mémoire que j'ai publié en 18&2 
{Voyez le Journal de Chimie médicale). 

V L'alcool très concentré bouillant dissout une portion nota- 
ble de la potasse pure onde la potasse à la chaux qui pourrait se 
trouver dans un n^élaoge organique solide, soit à l'état caustique, 
soit à l'état de savon, soit dans tout autre état de combinaison 
avec la matière végéto-animale. Il ne dissout pas sensiblement, 
au contraire, les sels de potasse naturellement contenus dans ce 
mélange, ni ceux que Ton aurait accidentellement introduits 
dans l'estomac comme médicamens, à l'exception toutefois de 
l'acétate de potasse. 

2"* Il dissout également une certaine quantité de carbonate de 
potasse qui aurait été ajouté à ce mélange dans le dessein d'em- 
poisonner, ou qui se serait formé, par suite de l'action de l'acide 
carbonique de l'air sur la potasse caustique y ou de la décompo^ 
sition des matières organiques par cet alcali. Pourtant le carbo- 
nate de potasse est complètement insoluble dans l'alcool con- 
centré. 

3* Que les mélanges organiques solides auxquels on n'a pas 
ajouté de potasse ni de carbonate de potasse, alors même qu'ils 
sont abondans et qu'ils contiennent naturellement des sels 
potassiques , tels que du lact^te , de l'acétate , du tartrate , du 
sulfate, du phosphate ou du chlorure de potassium, traités par 
l'alcool conôentré bouillant, ne cèdent pas à ce menstrue des pro- 
portions assez sensibles de ces sels pour qu'on puisse en démon- 
trer la présence dans la dissolution alcoolique par le chlorure de 
platine et par l'acide perchlorique, réactifs qui décèlent parfaite- 
ment des traces de potasse libre ou carbonatée dans le solutum 
alcoolique toutes les fois que cet alcali a été mélangé avec la 
masse alimentaire. Que si les liqueurs alcooliques normales 
dent il s'agit, traitées comme il a été dit à la page 139, finis- 



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— 448 — 

seât par donner un résida lëgèràfient alealln^ qai t^aitkèâê, 
au bout d'ttii c^ei^taiii temps j au bleu le papier rougi par uû 
aoide^ cela dépend sans doute dé ee fa'dks côniiennent un 
peu de soude, ou bien uiië proportion telleifaent minime de po^ 
tasse qu'elle n'est pas sensible à Faction du chlorure de platine 
ni à celle de Tacide perchlorique. 

Précédé d'analyéè. Oh constatera d'abord fei k naâtièf e stis- 
pecte rétablit la coulettt* blette dtt paplet- de tottfnesol tcftt^ par 
un acide, et si elle répand Utie odeur amÉUOniacâle ; ce caractère 
est des phis Importans, car si la liquettr est fortement alcaline 
et qu'elle né contienne ni de Famtnoiiiaque ni du Carbonate 
d'ammoniaque libres, on poui*ra déjà présumer qu'elle a été mê- 
lée de potasso) de soude, de baryte, de stroiitiane ott de chaux. 
On introduira la masse à-là-fdis liquide et solide , où leâ tissus 
du canal digestif, dans une cornue de verre^ ajirès lés aYOii* éteil- 
dus d'une certaine quantité d'eau distillée; on adaptera à la cor- 
nue un récipient, dans lequel on aura mis préalablement Uù peu 
d'eau, et qui sera entouré de linges froids ; on chauffera la (k)r- 
nue jusqu'à ce que le liquide qu'elle renferme soit réduit à^e«H 
près au tiers de son volume ; on essaiera si la matière ainsi eon- 
c^trée continue à raniener au bleu le papier rougi ; Il se 
pourrait , en effet , qu'après la distillation cette matière ne fût 
plus alcaline, si son alcalinité dépendait d'une certaine quantité 
d'ammoniaque ou de carbonate d'ammoniaque , qui se seraient 
Tolatilisés pour se rendre dans le récipient î on s'assuret-a si le 
liquide distillé est alcalin, et en cas d'aflSrmative on le gardera 
pour déterminer s'il contient oU non de l'amnloniaque libre ott 
edrbonatée* Le tiers de la tnaiière restant dans la cornue, et que 
je supposerai alcalin, sera évaporé jusqu'à siccité et à Une dodce 
chaleur dans une capsule de porcelaine 5 lorsque le produit sera 
froid, on l'agitera pendant huit ou dix minutes avec de l'alcool 
pur et concentré marquant kU degrés, et on fera bouillir pendant 
cinq à six minutes , eti ajoutant de l'alcool à mesure qu'il s'en 
évapot'era; on décantera et on filtrera la liqueur bouillante, que 
l'on versera dans une autre capsule de porcelaine. La masse sera 
de nouveau traitée par de l'alcool bouillant , afin de l'épuiser et 
de dissoudre tôtit ce que ce menstrUe peut enlever ; les dissolu- 



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tiotift âle0<rti(tùeè âlti^fièis et réudies sêroiit étâpOféeft jtis^'à %ib* 
cité dânâ la eâpsute» L'alcool , dans cette opération , âidsotit la 
potftfiftë taustique libre, celle qui a été tranâformée eil saion, 
nue partie de celle qui s'est coiiîbinée arec des inatièl*es organi- 
ques autres que la graisse, et enfin une portion notable du carbo^ 
liaté dé pëtQSse que la masse pourrait contenir, soit parce que ce 
iël aurait été mélangé avec cette masse, soit parce que la potasse 
(caustique aurait passé à Tétat de carbonate par suite de son ac- 
tion sur Tacide carbonique de Tàir, ou sur celui qui aurait pu sô 
former pendant Fàdte de TéVàporation. La solubilité du carbonate 
dé potasâe dans Talcool concentré , à la faveur de la matière 
érgatiique, ne isaurâit être contestée {F. ma Toxicologie, 1. 1**, 
page âS5). Si Ton attendait pour filtrer les liqueurs alcooliques 
qu'elles flisseUt refroidies, ou bien qu'on les reçût dans un verre 
à expérience dans lequel on les laisserait refroidir, il se dépose- 
irait constamment sur les parois de la capsule ou du verre une 
matière grasse comme savonneuse, contenant une portion de po- 
tas^, et il faudrait alors, pour ne pas )^erite celle-ci , détacher . 
àtec soih cette matière grasse pour là réunit* au liquide. Il vaut 
donc mieux agir comme je l*ai indiqué ; il est également utile dé 
chauffer l'eUtonnoir dans lequel les liquides doivent filtrer. La 
dissolution alcoolique évaporée juèqU'à siccité Continuera à êti'e 
chaufifêe dans la capsule de porcelaine , jusqu'à ce qu'elle soit 
carbonisée et qu'il ne se dégage plus de fumée ; dans cet état, 
elle sera facile à détacher de la capsule à l'aide de la lame d^un 
couteau propre, ce qui n'aurait pas lieu si l'on n'avait pas poussé 
Tîiction de la chaleur jusqu'à la carbonisation. Le produit char- 
bonneux sera inctnél'ê dans un creuset d'argent fermé par son 
tiouverclè, afin d'éviter que dès parcelles de cendre ne s'introduit 
feent dans le èreUset; U suffira en général d'une demi-heure à 
trois quarts d'heUre d'ttne lîhaleur rouge pour opérer cette inci- 
nération. On évitera l'emploi de creusets de platine ou de terre, 
parce qu'ils pourraient être attaqués par la potasse. Le creuset 
étant refroidi , on mettra la cendre en contact avec de l'alcool 
froid à iiU degréé, oh agitera avec une baguette de verre pendant 
quelques minutes, puis on portera la liqueur jusqu'à l'ébullition 
dans te ereuset même $ eelte liqueur refroidie sera décantée. 



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— 444 — 

filtrée et évaporée jusqu'à sicciié à une douce chaleur; pendant 
révaporation on l'essaiera par le papier rougi. Assez ordinaire- 
ment cette dissolution n'est pas alcaline, parce que la potasse a 
été transformée en carbonate par l'acte de Tincinération : aussi 
n'obtient-on pas alors de résidu sensible. Il est toutefois des 
circonstances où la proportion de potasse dissoute par l'alcool 
est considérable par rapport à celle de la matière organique qui 
se trouve dans la dissolution alcoolique ^ alors une portion de 
potasse seulement est passée à l'état de carbonate pendant l'in- 
cinération, et l'alcool dissout facilement la partie de cet alcali 
qui serait restée à l'état caustique. Admettons qu'il en soit ainsi 
et que l'on ait obtenu un résidu en faisant évaporer la dissolution 
alcoolique ; on le fera dissoudre dans un peu d'eau distillée , on 
constatera l'alcalinité de la liqueur à laide du papier rouge, on 
concentrera la dissolution par la chaleur, et l'on s'assurera, en 
la versant par parties égales dans de petits tubes étroits, qu'elle 
fournit avec le chlorure de platine et l'acide perchlorique des 
précipités semblables à ceux que donne la potasse. Quoi qu'il 
arrive, la matière cendrée restant dans le creuset après le traite- 
ment alcoolique sera chauffée jusqu'à l'ébullition avec une petite 
quantité d'eau distillée, afin de dissoudre le carbonate de potasse 
formé par l'incinération ; la liqueur sera filtrée et évaporée jus- 
qu'à ce qu'elle soit suffisamment concentrée ; dans cet état elle 
ramènera promptement au bleu la couleur du papier rouge, et 
fournira, ^aYec le chlorure de platine et l'acide perchlorique, des 
précipités abondans, comme le ferait une dissolution concentrée 
de carbonate de potasse. L'emploi de ces réactifs sera même 
accompagné d'une efifervescence^bien prononcée. 

M. Devergie avait proposé de détruire à l'aide du chlore la 
matière animale qui masquerait la potasse; ce procédé est on 
ne peut plus vicieux j en effet si l'on fait arriver du chlore ga- 
zeux dans une dissolution alcoolique provenant d'un liquide 
organique, additionné de potasse, évaporé jusqu'à siccité et traité 
par l'alcool concentré , oii dans la matière solide épuisée par 
l'alcool, comme le propose M. Devergie, on n'obtient jamais la 
potasse à l'état caustique , mais bien à l'état de sel et au milieu 
d'une dissolution qui, loin d'être alcaline, est fortement acide, et 



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— 145 — 

que d'ailleurs, quand on traite par le chlore la mvLiiére êolid^, 
on dissout nécessairement, à la faveur de ce chlore et de Tacide 
chlorhydrique qui s'est formé, une quantité aotabie de quelques-* 
uns des sels potassiques naturellement contenus dans la masse 
solide dont il s'agit. M. Devergie n'a pas accordé, il est vrai, une 
confiance illimitée à ce procédé, car il dit à la page 310 du tome 
troisième de sa Médecine légale : « Toutefois , on ne doit pas 
« se dissimuler plusieurs difficultés inhérentes à cette analyse et 
« aux conclusions qu'il faut en tirer ; 1** Certains liquides végé- 
« taux et animaux renferment des sels à base de potasse ; mais 
« alors, ces sels étant neutres, la liqueur ne donne pas de réac- 
« tion alcaline ; 2"" la potasse ajoutée a pu passer à l'état de car- 
« bonate de potasse ; il est alors impossible de dire par l'analyse 
« si la potasse a été mêlée au liquide à l'état libre ou à l'éiat de 
« carbonate ; 3° quelques liquides animaux sont naturellement 
« alcalins ; mais comme ils doivent leur alcalinité à la soude, ils 
« ne précipiteraient pas par le chlorure de platine, hors le cas 
« où ils contiendraient en outre du sulfate de potasse , et alors 
« il ne reste à l'expert, pour décider la question, que la quantité 
« et l'abondance des précipités qu'il obtient avec les réactifs. )i 
Les motifs allégués par mon confrère pour faire ressortir les 
difficultés inhérentes à l'analyse qu'il propose me paraissent de- 
voir être examinés avec soin , afin de mettre la vérité dans tout 
son jour. M. Devergie redoute les sels à base de potasse qu^e 
peuvent naturellement contenir certains liquides végétaux et 
animaux ; c'est à tort , car il a conseillé , comme je l'avais fait 
bien avant lui , de traiter ces liquides évaporés jusqu'à siccité 
par l'alcool : or, nous savons (/^. ma Toxicologie^ t. i*', p. 221) 
que, si cet agent est concentré et qu'il marque A^ degrés, il 
n'aura pas dissous une assez grande quantité de sels de potasse 
pour être précipité par le chlorure de platine et par l'acide per- 
chlorique. Toutefois, pour éviter la confusion, il ajoute : mais 
ces sels étant neutres^ la liqueur ne donne pas de réaction 
alcaline. Pour montrer à M. Devergie combien il se trompe, 
j'admettrai que l'on ait ajouté quelques atomes de soude à des 
liquides végétaux et animaux contenant des sels potassiques, 
comme il le suppose; j'admettrai aussi avec lui, quoique cela ne 
If. 1» 



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— «4« — 

mK pa& eMot ^ (pie «M If({iti4M étsp^i^ k viocité m ttMtés {mt 
Fâloool coaeentiié d'abord , pmi par le dilore, renférnefit une 
C9MK forte proportion de Hk% potassiques poar précipiter par le 
oMornrè de platiné et par lucide perohloriqne ^ éYidemméni la 
ii9«etir aura une réaction alcaline, et donnera avec te ^1 de pla- 
Ihie et l'acide percbloriqné les précipités qùé foutait la potasse^ 
Aftns le système de l'auteur , on devra cotlcltt^e à l'ciistence de 
la potasse libre, et potirtant i! n'y aura dans le mélange snspect 
qtfnn peu de sottde et de sels poiass^ues. M. Devergie dit aussi, 
eontre l'eniploi du chlore, que la potassé a pn passer à Tétai de 
i5arbonate, et (pi'îi détient alorè împôssîMe de décider par l'ana^ 
lyse si cette potasse a été mêlée att lîqtndé k l'état libre ou à 
fétat de carbonate. Quelque exacte que soit eette observation, 
éBe n'a que peu de portée, comme je le dirai plus bas en eXsttoi- 
ttant Sill est réellement possible de détêrthiner, dans une atialyse 
de ce genre, sous quel état la potasse a été ingérée. Pour ce qui 
concerne l'existence naturelle d'Un alcali dans certains liquide* 
animaux, alléguée par M. Devergie, je n'adopterai pas qu'iCy ait 
toe difficulté sérieuse quand ces liquides contiennent , outre la 
ItoUde libre, du êulfate de pôtagàe, ni qu'il faille dans ce cas 
décider la question d'après Y abondance des précipités que ¥(jû 
obtient avec les réactife. En médecine légale, il faut éviter autant 
que possible de faire servir à la solution d'un problème d'émpoi- 
àonnement l'abondance ou les traces d'un précipité , parce que 
ce qui paraîtra abondant à tel expert , pourra sembler peu de 
chose à un autre expert ; il faut arriver à un résultat ihcônteS- 
table que voici : on retire d'une matière donnée une substance 
vénéneuse par un procédé déterminé qui n'en fournit pas lorsque 
la même matière n'a pas été mêlée avec cette substance ; donc le 
poison trouvé a été ajouté. D'ailleurs, je le répéterai : dans l'es- 
pèce, le sulfate de potasse ne saurait être un embarras, puisqu'il 
est insoluble dans l'alcool concentré, et qu'il s'agit de liquide* 
évaporés jusqu'à sîccilé et traités par l'acool à hk degrés avant 
d'être soumis à l'action du chlore. 

Après avoir ainsi formulé le mode d^analyse quH me parait 
préférable de suivre, il devient nécessaire de faire connaître aux 



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— i47 - 

experts ^ parU^iu'ils jpoiurrout tirer des résultats de cette apa- 
lyse, Jorsqu'U s'agirit de conclure. 

P^iuER CAS- L'expert ne peut pa$ affirmer qu'il y ait 
eu empoisonnement j mais il peut établir de grandes pr0- 
habilités en faveur de F intoxication. Les matières vomies ou 
l^iao celles qui ont été recueillies dans le canal digestif, qu'elles 
soient liquides ou iolides , sont alcalines avant et après avoir 
été soumises à rébuUltion pendant u^e heure^ elles ont été éva- 
porées jusqu'à siccité, et le produit a été traité par Talcooi con- 
centré marquant /i4 degréset bopillant^ la dbsolution alcoolique 
évaporée dans une capsule de porcelaine a laissé un résidu bien 
sec et presqjae C0rbonise^ lequel cbauffé jusqu'au rouge dans 
un creuset d'ar|;ent pepdant 40 k ^0 minutes et traité ensuite 
par l'eau distillée bouillante ^ après avoir été refroidi, a fourni 
une dissolution qui ramenait au bleu le papier de tournesol 
rougi par un acide , qui ne se troublait pas par le gaz acide 
carbonique, ot qui précipitait en jaune serin par le chlorure 
de platine et en blanc par Valide perchtorique. Le malade 
n'a pas éprouvé les symptômes que détermine ordinairement 
la potasse ou ne les a éprouvés qu'à un faible degré, et à l'ouver- 
ture du cadavre on n'a pas constaté des lésions semblables à 
eeUes que développe le plus souvent cet alcali. Ici, quoique 
l'existence de la potasse ait été mise hors de doute, par l'expert, 
il (aut se tenir sur la réserve, parce qu'il ne serait pas à la ri- 
gueur impossible 9 tout en étant peu vraisemblable, que le ma- 
lade eût pris une grande quantité de certaines substances 
alimentaires contenant naturellement une plus forte propor- 
tion de sels de potasse solubles dans Valcool que celles sur 
lesquelles j'ai fait les essais lùentionnés à la page 14Ô, et que la 
jMtfasse obtenue en dernier ressort provint de ces sels. 

Di&vxiÈME CAS. L'expert peut a/^rm^er que V empoisonne- 
ment u eu lieu par la potasse pur e^ par la pierre à cautère 
Qupar le carbonate de potasse- On décèle la potasse en agis- 
sant ciMnme il vient d'être dit sur les matières suspectes et l'on 
apprend en outre qu'après avoir mangé ou bu, le malade a été 
l^ris tottt-ià*coup de vomissemens de matières sanguinolentes ou 
jioirei^ ^pieles liquides vomis ramènent au bleu le papier de tour'-; 

10- 



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— 148 — 

nesol rougi par un acide et qu*ils ne bouillonnent pas sur le car- 
reau, qu'il y a eu des douleurs vives dans Tabdomen, desselles, 
et que Ton a observé d'autres symptômes analogues à ceux que 
déterminent les toxiques irritans. 

Troisième cas. L'expert doit tirer la mémeeoneluêionaf" 
firmaUve^ lorsqu'il a constaté la présence de la potasse libre^ 
comme il vient d'être dit, quoique plusieurs des symptômes pré* 
cités n'aient pas été observés, si à l'ouverture du cadavre on trouve 
les tissus du canal digestif et de l'estomac en partie entiers, 
ramollis, enflammés, ecchymoses, ulcérés, escharifiés ou perfo- 
rés dans certains points. 

Quatrième cas. L'expert peut encore affirmer que F em- 
poisonnement d eu lieu si l'on a constaté des symptômes et 
des altérations cadavériques analogues à ceiîx que produisent 
les poisons irritans, alors même qu'il a été impossible de dé- 
couvrir la potasse libre dans les matières vomies et dans le ca- 
nal digestif, pourvu toutefois qu'en soumettant le foie, la rate 
ou la vessie aux opérations qui constituent le procédé auquel j'ai 
donné la préférence (voy. p. 142)on ait décelé dans l'un ouFautre 
dé ces organes la présence de la potasse. 

Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de préciser dans 
beaucoup de cas de ce genre, si l'alcali ingéré et dissous par l'al- 
cool était pur et caustique ou carbonate^ parce que .le car- 
bonate de potasse, qui est insoluble dans l'alcool quand il n'est 
pas mélangé de matière organique, peut se dissoudre dans ce 
menstrue à la faveur de quelques liquides alimentaires avec les- 
quels ilaura été mêlé (voy. ma Toxicologie^ 1. 1*', p. 225); et que 
si, pour résoudre ce problème, on avait recours à un acide dans 
le dessein de constater s'il y a ou non effervescence, on pourrait 
encore être induit en erreur ; en effet, la potasse caustique passe 
aisément à l'état de carbonate quand on la chauffe avec des ma- 
tières organiques, en sorte qu'il pourrait y avoir effervescence, 
alors même que la potasse aurait été prise à l'état caustique. 
D'un autre côté, le défaut d'effervescence ne prouverait pas non 
plus que Talcali eût été pris à l'état caustique, parce qu'il arrive 
souvent qu'au milieu de ces mélanges organiques une très faible 
proportion de carbonate de potasse est décomposée par les aCH 



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— 149 — 

des sans que Ton aperçoive distinctement la légère effervescence 
quia.lieu. Qu'importe, au reste, qu1l ne soit' pas possible, dans 
beaucoup de cas de ce genre, d'arrivei^ à donner la solution du 
problème qui m'occupe? Le point essentiel est d'établir qu'il 
existe dans les matières suspectes de la potasse sous l'un ou l'au- 
tre des trois états que j'ai signalés. 

Cinquième cas. Uexpert n'affirmera poê que tempoison" 
nenient n'a pas eu lieu par la potasse y si le malade a éprouvé 
des accidens graves, que Ton ait constaté ou non des altérations 
cadavériques plus ou moins intenses, alors même qu'il aurait été 
impossible de déceler la moindre trace de potasse libre j^ii 
dans les matières vomies, soitdans celles qui pouvaient se trouver 
dans le canal digestif, soit enfin dans les tissus de ce canal, dans 
le foie, etc. C'est qu'il aurait pu arriver en effet, que de la po- 
tasse administrée à une dose toxique, eût donné lieu à un em- , 
poisonnement, et que bientôt après elle eût été eomplétemeni 
neutralisée y soit par des substances alimentaires, ou par des aci- 
des qui pouvaient exister dans l'estomac au moment de l'ingestion 
de l'alcali vénéneux, soit par des boissons acidulées que l'on 
aurait fait prendre au malade. On conçoit, qu'en pareil cas, 
la marcbe et la nature de la maladie, l'étendue et la gravité des 
lésions anatomiques, seraient d'un grand secours pour parvenir 
à faire nattre des présomptions ou des probabilités d'empoi- 
Monnetnent. 

Symptômes et lésions de tissu déterminés par la potasse 
(voy. p. iS5). 

Action sur V économie anifnale (voy. p. 1S6). 

Est-il vrai , comme l'a annoncé M. Bretonneau, savant méde- 
cin de Tours, que la potasse caustique n'occasionne pas la mort, 
quand elle est déposée dans un estomac sain à la dose de 8 gram- 
mes, sans passer paria bouche. 

« A la dose de 2 grammes et au-delà,dit M. Bretomieau, cet alcali , introduit 
dans l'estomac, a constamment déterminé sur les chiens des vomissemens, 
le marasme et la mort. Une lésion £;rave ulcéreuse de^l'oBSophage et la des- 
truction de sa tunique épidermoïde ayant paru la cause principale du vo- 
missement, la substance alcaline a été déposée dans Testomac, près de son 
orifice pylorique,au moyen d*un porte-caustique qui a borné son action aux 
parois de^ye viscère : dès-lors 2 et même 8 grammes de potasse caustique 



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— 160 — 

ont pu être Injectét suooeiiiTiiDêiit, él à de phn eu moîiis kmgt iat«>- 
vaU^ sans causer la morL Une affection idiopathiqueplus ou moU^ grave 
de restomac a été développée, et s*est manifestée par des vomisseoien» 
spumeux, muqueux, savonneux, fauves, ensanglantés, et même de sang 
presque pur. Mais après deux jours de repos, pendant lesquels Fanimal 
montrait peu d'avidité pour les afimens, sans quon vH se développer an- 
c\m trouble sympathique des fonctions delà vie animak et ûrganiquêy 'û 
ne tardait pas à ètr^ rendu à ses dispositions habituelles. Les léBioosqu'on 
découvrait après plusieurs semaines daos Testomac de ceux de ces ani- 
maux qu'on faisait périr par strangulation, n'auraient pu être soupçonnées 
en voyant leur voracité, leur pétulance et leur gaîté. Chez plusieurs, la 
membrane muqueuse a été trouvée détruite dans la plus grande partie de 
son étendue; dans quelques points, les tuniques musculaire et péritonéale 
avaient été intéressées, formaient des cicatrices épaisses, ntgucuaes, enfoii*- 
cées, qui étaient très apparentes même à la surface extérieure de l'estomac. 
Les résultats obtenus par l'injection de l'eau bouillante, portée dans 
l'estomac sanstn^esseri'œsop/ia^e, ont été analogues à ceux delà potasse. 

J'ai voulu savoir à quoi m'en tenir sur le fait que m'avait com- 
muniqué M. Bretonneau. 

Pour c^a, j'ai introduit dans l'estomac de deux chiens robustes ei 
de moyenne taille 2 grammes 5 décigranmies de potasse à la chaux 
solide coupée en douze petits fragmens. Les animaux étaient à- jeun, et 
Chaque morceau d'alcali arrivait dans l'estomac sans avoir touché l'œ- 
^phâge, puisqu'il était poussé par une tige métallique dans une large 
sonde de gomme éhistique qui descendait jusqu'au pylore; je m'aaturala 
à la fin dé l'opération que la sonde n'avait pas été percée* C^ntune troi» 
sième expérience, j'injectai dans l'estomac d'un troisième chien à jeun 
la même quantité de potasse à la chaux dissoute dans 80 grammes d'eau , 
je me servis pour cela d'une seringue et d'une large sonde , en sorte 
qu'ici, comme dans le premier mode d'expérimentation, l'œsophage n'é- 
tait point en contact avec l'alcali. Ces trois animaux ont vomi à plusieurs 
reprises, surtout dans la première heure qui a suivi l'empoisonnement, 
des matières spumeuses, ensanglantées^ et même du sang pur contenant 
beaucoup de potasse ; ils ont éprouvé tous le& symptômes que développe 
cet alcali , et sont morts ^ l'un au bout de vîngt-quatré heures, l'autre 
trente heures après l'empoisonnement, et le dernier au bout de qua- 
rante-six heures. L'estomac était fortement enflammé, ecchymose, ulc(§ré, 
eschariflé par places ; la membrane muqueuse était détruite dans quelques 
points ; mais il n'y avait aucune trace de perforation* Les deux tiers aup^ 
rieursde l'œsophage n'étaient le siège d'aucune altération, tandis que dÉns 
son tiers inférieur* ce conduit pfiGrait à-peuf^rès les mèmaa lésions anatomi- 
quesquel'estomacé 
La différence entra moi résttltala et oenx qu'avait oblenua M* BiM»- 



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- 161 - 

fiieau tient, sans mmn dwta, é œ qii0 <» médecin n'a pas intraduii êh 

h'fois dans Testoroac h quantité d'alcali iodiquée, et qu'il l'a au cou»- 
traire injectée en plusieurs doses et à des intervalles plus ou moins longs. 
Si à chaque prise les animaux ont vomi et rejeté une portion notable du 
poison, comme cela paraît certain d'après l'indication donnée par M. Bre- 
tmraeau, on conçoit qu'ils n'aient point péri. Quoi qu'il en soit, le fait 
Mnnoocé piar le sa^aot médecin de Tours n'ea eet pas moins remarquable i 
parce qu'il pro^Ye que le^ $mimaw dont je parle peuvent n^nger avof 
voracité et vivre, alors même que leur estomac est lesié^e d'altératipnf 
excessivement intenses. 

J)e la soude, 

" Comment peut-oo ^cpppaUre que r^poisonoemiem a eu Uef^ 
p9ir la soude pai«;i^ue? 

S0wi0pur^. £1)6 est sa)id$, blaqcl^ey îoodordy d'ppe ^ymv 
QXce&^vemeiM^ caust^me ac u*és solubl^ dans Feau. fxpoft^ k 
l'air, aile en attire Teaiiet ïmi^^ carboiûque et donp^ un ^bor 
1^ qui , loin de tpB)l>er (^ déU^uiumt comme le ofirJi>oim^ d^ 
pptdsse, 69( efflorescent. h^ dIssolaMoii aqueos« de soud^ 
inoyenn^mwt ç»ncentré$^ rétablit la <30ttleur ))l^im du papier 
de toiirnesûl rougi par un ^id0 y et m précipîo gi par le ehlor 
nire de platine ni par racideperchlorique. L'acpd^ pl)IU>rfoydriqH^ 
silice y £atit naître un précipité ^iHineux^* Si la dissolution est 
êf^^Hwem^nU 0ono$ntré0 1 elle ^ comporte çomm^M préci<- 
deiit0, si ice u'e^%ç{m le çblorure de platine la précipita eu jamie 
serlo et Taeide percblorique ei» blaue $ comme cela a lieu avec 
le p0tasse ; toutefois ledép^t jmme serin est moins gr^u etmeiue 
adhérent au verre que celui ^ui a «été obtenu nvee ce dernier 
alcali. Si la dissoliition est au contrfiirtt affaiblie^ die ramène au 
Meu le papier rougi et ne préâpite par aucun des agens préd^ 
tés. L'azotate d'argent agit sur ell^ comme sur la potasse éten- 
due d'eau, à moins que la dissolution ne soit trop afiiaiblie. D'où 
il suit que, pour eonstater la présence d'une dissolution d^ soude 
très faible, Ufiaudralt l'évaporer jusqu'à ce qu'elle fût moyenne^ 
ment concentrée. 

Soude à la chaum et carbonate de soude. On la distinguera de 
la soude pure par les moyens que J*ai conseillé de mettre en usage 
pour reoonnattre la potasse pure et la potasse à la chaui: </^. p. i S7) . 

Soude pufe etmatiiree etganiquee alimpnt^oê^u^ffes. 



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— 152 — 

L*action chimique de la soude sur le bouillon, sur le lait|leTin,le 
café, les alimens solides ou sur les tissus du canal digestif, étant la 
même que celle de la potasse, on procédera pour déceler cet al- 
cali comme il a été dit à la page 142 et suivantes. L'expertise une 
fois terminée, on devra, avant de conclure, ne pas perdre de vue 
qu'il est encore plus difficile de décider si Tempoisonnement a eu 
lieu par la soude que par la potasse, parce qu'il résulte de mes ex- 
périences que la dissolution alcoolique provenant de matières 
alimentaires à Vétat normal auxquelles on n'avait par eon' 
séquent pae ajouté de soude , évaporée jusqu'à siccité et inci- 
nérée, comme il a été dit à la page 139, fournît une cendre al- 
caline contenant du carbonate de sonde ; d'où il suit que l'on 
commettrait une erreur grave si l'on attribuait la présence de ce 
carbonate à un empoisonnement par la soude, tandis qu'elle tien- 
drait uniquement à ce que les alimens digérés ou non que l'on 
aurait trouvés dans le canal digestif contenaient un sel de soude 
à acide organique et destructible par le feu. Les résultats sui- 
▼ans pourront être invoqués avec fruit par ceux qui seront char- 
gés de résoudre les questions épineuses relatives à l'empoisonne- 
ment par la soude. 

l"" Si avant de calciner les matières suspectes on les dessèche 
et qu'on les f^sse bouillir avec de l'alcool concentré marquant 
àh degrés à l'aréomètre, la dissolution ne ramènera pas au bleu 
le papier rougi par un acide quand on aura agi sur des matières 
alimentaires à l'état normal, à moins que ces matières déjà pour- 
ries ne contiennent de l'ammoniaque, tandis que le contraSre 
aura lieu avec des matières provenant d'un Individu qui aurait 
été empoisonné par la soude, pour peu qu'elles renferment encore 
des traces de cet alcali. 

2*" En traitant comparativement par l'alcool concentré bouil- 
lant trois litres des mêmes matières alimentaires (vin, bouillon, 
café, lait, etc.), contenant les unes quelques centigrammes de 
soude, et les autres étant à l'état normal, j'ai constamment vu que 
la dissolution alcoolique des premières, évaporée jusqu'à siccité, 
donnait un produit, lequel , incinéré dans un creuset d'argent, 
laissait des cendres alcalines, dont la dissolution aqueuse bleuis- 
sait fortement le papier rougi et précipitait par l'acide phtorby* 



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— 168 — 

drjque siltcé et même par le chlorure de platine si elle était ex- 
cessivement concentrée, tandis que la cendre provenant des 
autres matières (non additionnées de soude), traitée par Feau dis- 
tillée bouillante , fournissait une dissolution alcaline ramenant 
au bleu le papier rougi , mais qui ne précipitait ni 'par Tacide 
phtorhydrique silice, ni par le chlorure de platine. Si je pouvais 
affirmer à Tégard de ces deux caractères qu'il n'en sera jamais 
autrement , c'est-à-dire que dans aucun cas la cendre obtenue 
avec un mélange normal ne fournira une dissolution aqueuse 
précipitable par l'acide phtorhydrique silice et par le chlorure 
de platine, je n'hésiterais pas à conclure, après avoir obtenu ces 
précipités avec une cendre provenant d'une dissolution alcoolique 
alcaline j que la soude avait été ingérée à l'état de poison ; mais 
il y aurait témérité à procéder ainsi , parce qu'il n'est pas à la 
rigueur impossible que certaines matières alimentaires, prises 
en très grande quantité et traitées comme Je conseille de le faire, 
donnent une cendre qui,étantdissoute dans l'eau, fournira, avec 
les réactifs précités^, des précipités analogues à ceux que ferait 
nattre une petite portion de soude ingérée à l'état libre. On doit 
donc être fort circonspect en pareil cas , et tout en établissant 
que l'alcali trouvé est de la soude, ne se prononcer sur son ori - 
gine qu'avec une grande réserve, à moins toutefois que les symp- 
têmes éprouvés par le malade et les lésions cadavériques ne 
soient de nature à lever la difficulté. J'attacherai peu d'impor- 
tance dans l'espèce à V abondance des précipités obtenus par 
l'acide phtorhydrique silice et par le chlorure de platine en cas 
d'empoisonnement, à moins qu'ils ne fussent tellement abondans 
qu'il fût impossible de les attribuer à )a soude normale \ dans 
tout antre cas, il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, 
de juger si une quantité un peu plus ou un peu moins forte de 
précipité, annonce qu'il y a eu ingestion de soude comme poison, 
ou bien s'il ne s'agit que de la soude normale. 

Je ne terminerai pas cet article sans réfuter une assertion de 

M. Gaultier de Claubry, consignée dans la Médecine légale de 

Briand, p. 653, k"" édition. «C'est à tort, dit-il, que M. Orfila 

* « dans un mémoire récent a indiqué le chorure de platine, 

<c comme réactif de la soude. » Comment , c'est un tort d'avoir 



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— iH — 

dit 9 pour ia première fois, aux chimistes et $tiix enfertSi qi 
Vifnoraieot, que le chlorure de piatîne précipite les dîssolutioQi 
concentrées de soude en jaune serin, è-^peu-près comme il pré^ 
cipite les disaolulipQS de potasse? Mais, dit le critique, « il e$t 
« extrêmement facile de distinguer ces deux précipités, «eliii de 
i< soude se dissolvant dans un mélange d'alcool et d*étlier, taa-^ 
{<, dis que celui de potasse ne se dissout pas dans ce liquide, h £t 
depuis quand s'abstient-^on en chimie de tirer parti de certain» 
caractères, par celg seul qu'ils n'ont pas tout d'abord une valeur 
absolue , et ne dit-on pas tous les jours que les sels de plomb, 
de bismuth, d'argent, de mercure, etc., préçipiteut en n^ir p$ir 
Tacide sul^hydrique (sulfures), que les4eux premiers précipitent 
ffu blanc par les alcalui (oxyde^)f sauf à indiquer ultérieufftiiieBt 
à l'aide de quels earamères en parvient k distinguer les uns des 
autr^ les divers sulfures noirs et les deux oxydes blancs? On e^ 
vraiment étonné de la fisibksse d*une pareille erttique. 

Symptômei et lésions de tissu déterminés par la soude. Ac- 
tion sur f économie animale, 

La $oude caustique agit exactement ftXkv réoouomie animale 
comme la potasse (^F* page 135). 

De Peau de Javelle. 

Comment reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu, par 
l'eau de Javelle? 

On débite plusieurs sortes d'eau de javelle, qui sont toutes 
formées de chlore, de potasse ou de soude, et d'une quantité 
variable d'eau. L'eau de javelle concentrée à base de potasse 
ou de soude est préparée en faisant arriver du chlore gazeux 
dans un litre d'eau tenant en dissolution 125 grammes de carbo- 
nate de l'une de ces bases. Si l'on a employé une plus grande 
quantité d'eau , on a obtenu l'eau de javelle étendue dont on fait 
un si grand usage dans le commerce. 

Eau de Javelle à base de soude concentrée. Elle est liquide, 
le plus souvent colorée en rose par un sel de manganèse, trans- 
parente , d'une odeur de chlore, alcaline , bleuissant d'abord le ^ 
papier de tournesol rougi ^ puis le décolorant. Si on la chaufle, 



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— 165 — 

il se vohrtttîse du dilofe fReftene Bt rcoonnaîMiable à ao» odeur, 
et Fofi obtient m proâait soHde ragé alcali» qui bleiiil la papier 
rougi, mais qui ne le décolore plus ; pendant Tévaporation il a'#il 
formé da chlorure de potasaîoni ; aussi le produit efti-'il composé 
de chlorure de potasse et de ce sd , et dégage-t-il quand w le 
traite par l'acide sutfu^iqve du cbloref gaaeux jaune verdàtre e( 
du gaz aeide chlorhydHque. 

Quand on ptonge dans c^e eau de layelle liquide une buM 
d'argent, ce métal eat aossilèt ootoré en noir par suite de la for- 
mation d'une légèf^ oonehede chlorure d'argent qui devrait être 
blanc s'il n'eût pas été noirci par la Inmi^e ; il suffit de faire 
bouillir pendant quelques minutes avec de l'ammoniaque liquide 
concentrée , la partie de la lame noircie , pour dissoudre une 
grande partie du cblonire qui la tapisse* La dissolution ammo- 
niacale saturée par l'acide asotîque ^ laisse déposer du chlorure 
d'argent blanc, caillebotté, lourd, se colorant par Taetion (jte la 
lumière, etc. 

Un papier imprégné d'iodure de potassium dissous et d'amidon 
est noirci à l'instant même par cette eau de javelle, et il y a de 
riode mis à nu. L'azotate d'argent et l'acide phtorhydrique silice 
en précipitent le premier du chlorure d'argent et l'autre du phto* 
rare de sodium silice. Le chlorure de platine ne la trouble point» 
Si l'on chauffe dans une cornue, à laquelle on a adapté un réci* 
pient de l'eau de javelle avec quelques gouttes d'dcide sulftirique 
concentré, il se dégage du chlore, lequel colore immédiatement 
en bleu un papier blanc, préalablement disposé dans le réoîpient 
et mouillé par une dissolution d'iodure de potassium et d'amidon. 

Eau de javelle à base de soude e'tendue d'eau. £lle est U^ 
quide, transparente, à peine odorantei sans action sur les pa* 
piers rouge et bleu de tournesol. Chauffée, elle ne dégage point 
de chlore, et elle peut être évaporée jusqu'à siccitéy sans que le 
produit bleuisse le papier rougi par un acide. L'ecide sulfurique 
la jaunit et en dégage du chlore. Elle ne colore pas la lame d'sr* 
gent,méme après plusieurs heures de contaçti si elle est grande- 
ment étendue. Un papier imprégné d'une dissolution d'iodure de 
potassium et d'amidon est bleui par elle. L'azotate d'argent en 
précipita du qhlontfe d'argent» tandisque le e^loruredepUtine et 



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— 156 — 

Tacida phtorhydrique silice ne la troublent point ; pour que ce der* 
nier la précipiterai fiaiut la concentrerpréalablement en l'évapo- 
rant. 

Eau de javelle à base de potasse eoneentre'e» Elle présente 
les propriétés de Teau de javelle à base de soude eoneerUree, si 
ce n'est qu'elle fournit avec le chlorure de platine un précipité 
jaune serin, grenu et adhérent au verre et avec Tacide phtorhy- 
drique silice, un précipité diaphane et comme gélatineux. 

Eau de Javelle à base de potasse étendue d'eau. Elle ne 
difiëre de Teau de javelle à base de soude étendue d'eau, que 
parce qu'elle précipite en jaune serin par le chlorure de platine, 
surtout lorsqu'elle a été concentrée par l'évaporation ; on débite 
souvent cette variété d'eau de javelle dans le commerce. 

Eau de javelle mêlée à des liquides alimentaires ^ à la 
matière des vomissemens, ou contenue dans le foie, dans la 
rate, dans Furine, etc. On filtrera les matières suspectes, et on 
les mettra en contact pendant plusieurs heures avec une lame 
d'argent pur, dans un flacon bouché ; on retirera la lame, et si 
après l'avoir lavée avec de l'eau distillée, on voit qu'elle n'est pas 
colorée en brun, on l'exposera à la lumière solaire; si elle se 
colore, on s'assurera par l'ammoniaque et par l'acide azotique 
qu'elle* doit cette couleur à du chlorure d'argent; la présence de 
ce sel sur la lame permettra d'affirmer qu'il existait du chlore 
libre dans la liqueur filtrée. Si la lame ne s'est point colorée, on 
se gardera bien de conclure que les matières suspectes ne conte- 
naient point d'eau de javelle, car le défaut d'action sur la lame 
pourrait tenir à ce qu'il n'existait dans le mélange qu'une très 
faible portion d'eau de javelle, ou bien à ce que celle-ci renfer- 
mait originairement très peu de chlore, ou bien enfin à ce que le 
chlore qui en faisait partie s'est combiné avec la matière organi- 
que, de manière à ne plus pouvoir être décelé par l'argent. Alors 
on introduira dans une cornue environ la moitié de la liqueur 
suspecte avec une lame d'argent et quelque^ grammes d'acide 
sulfurique concentré , et on chaufiera jusqu'à l'ébullition ; si la 
lame est noircie par du chlorure d'argent et que la vapeur qui 
distillera bleuisse un papier blanc imprégné d'iodure de potas- 
sium et d'amidon préalablement placé dans le récipient, on sera 



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-~ 467 — 

certain qft'il y avait du ehl&re dans la liquair ^ ce detnier cttrae* 
tère seul serait iasuffisant pour prononcer, parce que certains 
acides qui auraient pu se volatiliser pendant la distillation , et 
notamment Tacide sulfurique Jouissent de la propriété de bleufr 
le papier imprégné d'amidon et d'iodUTe de potassium. Il n'en esl 
pas ainsi de Fautre caractère ; en effet Taj^lication d'une couche 
de chlorure d'argent sur la lame de ce métal, dans les circonstan- 
ces précitées, suppose nécessairement l'existence du chlore dans* 
la liqueur. 

On s'attachera ensuite à démontrer dans le mélange suspect la 
présence de la potasse ou de la soude qui pouvaient faire partie 
de l'eau de javelle. Pour cela on agira sur la totalité de la liqueur, 
si, à l'aide de la lame d'argent seule et sans addition d'acide sul- 
furique, on est parvenu à reconnaître qu'elle contient du chlore ; 
s'il n'en était pas ainsi, on n'opérerait que sur la moitié de la li- 
queur, sur celle qui n'aurait pas été décomposée par l'acide suir 
furique. On évaporerait celle-ci jusqu'à siccité, pour la traiter 
ensuite par Talcool à kU degrés, et lui faire subir les opérations 
qui ont été décrites à l'occasion de la potasse {F. page 142). La 
présence de la potasse ou de la soude à la fin de ces recherches 
permettrait d'établir l'existence d'un empoisonnement par l'eau 
de javelle à base de posasse ou de soude, en apportant toutefois 
dans les conclusions la réserve que j'ai conseillé de mettre lors- 
que j'ai parlé de l'empoisonnement par la potasse et par la soude 
(voy. pages 147 et 152). 

Il pourrait toutefois arriver que la quantité d'eau de javelle ren- 
fermée dans les matières soumises à l'expertise fût tellement 
faible qu'il fût impossible de prouver que celles-ci continssent du 
chlore, et même de la potasse ou de la soude; en effet, lorsqu'il 
existe peu d'eau de javelle, et que celle-ci ne renferme pas la 
quantité de chlore voulue, il se forme pendant l'évaporation des 
matières, du chlorure de potassium et de l'hypochlorate de potas- 
se, et il n'y a pas un excès d'alcali ; en sorte que l'alcool concentré 
ne dissout ni de la potasse ni de la soude quand on le fait agir sur 
le produit de l'évaporation. Alors l'embarras est extrême, et les 
experts se trouvent réduits à établir des conjectures d'après le 
commémoratif, les symptômes et les lésions de tissu. On se mé- 



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— 16» — 

ppminHétrènt&Bamt ea creyaot j^t daw oes cas on pourrait 
iéoîà» la queaCtM 4'aprà6 rabondàBioe de^ (Hrëcij^tés que fe- 
rait MÉtre lechlérwe de plaiia» ou Tacide phtarhydrii|ue sUîcé 
dani le traiiemeat aqoeux de la maUèredea^tiée et éfHiiaée par 
Talooûl : rex^périenef ptowre qu'iiBe pareille marcbe e«traiaeraj| 
womémt les «s^erts dans des eireurs fii«eae&. 

Ce procédé est iafirânent puéfâ^le à ixiim qui a été proposé 
{nr M. fievei^îe^ et que Ton ae eattraii adapter sans s'exposer ji 
commettre les erreurs les plus graves-Voiei comment M. De¥ergie 
«Dtiseilteit d'opérer pour reeonBailre Venu, de Javdk mélangée 
^rree du lait. « Prendre une portion de lait, ri&trodutfe daas ^u 
mrvt à expérience) y ajeater de TeQu distillée^ s'il parait conte- 
Tklt utie ifitaïAde qnantlté de «latière animale ; agir dinectemenc 
6ttr to) 6^il est très liquide; y plonger tme petite roiidelte 
XM une laiùe d'argent bien décapée , et y verser dm i'aeide 
^Mfurique, de manière à y fetre naître une vive efferves^ 
tence dépendant de la décomposition du ciitorure p» cet. 
ticide ; ne cesser l'addition d'acide qu'au moment où il ne se pro^ 
duit pkts d^effervescence; apprécier l'odeur de ctilore qui se m^'- 
ïiifeste immédiatement, et qui est ea>trèmement forte; constaitor 
ta coloration en noir de la lame d'argent, effet instanltmé. On 
peut remplacer la pièce d'argent par un papier de tournesol, cpâ 
sera non-seulement rougi par l'acide ajouté, maiê encore déeo^ 
tore, ou traiter le lait par du bleu de composition étendu d'ean 5 
au fur et à mesure que l'on ajoutera cette liqueur, elle sera décolo- 
rée ; Mirer la liqueur, la traiter ps^r quelques bulles de chlore 
gazeujc, afin de s'assurer si elle ne se trouble pas par cet agent 
(dans le cas où elle se troublerait , il faudrait y faire passer un 
courant de chlore jusqu'à ce qu'elle conservât sa limpidité); la 
traiter ensuite par le chlorure de platine, pour constater la pré- 
sence de la potasse. 

« Ce procédé me paraît ofifrir les avantages suivans : V « met 
instantanément à nu toute la quantité de chlore que renferme 
Veau de javelle, et dès-lors Yodeur de chlore devient très sen- 
êible; T le chlore dégagé agit immédiatement sur la lame 
d'argent et la colore en noir, effet que l'on n'obtient qu'au Ixmt 
d^un temps p/i^« ou moins long par le procède' de M.Orfila; 



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— 480 - 

fihtUïêm «ft%^^ôlMijll^ imj^e U mât^Sté àHiinàié éM stUi^ 
fehûoû m en 4feâOktttM daâ^ le méitmgt û'^m dte jatélte et de 
iBlt i m sorte que Toà obtient inknéâiatémefiit un liquidé prWé 4è 
matière Mimuli^ o» au Moins doni là quantité ^sc telleMenf fai^- 
ble qu'elle ne peut plus être précipitée par le'ehkMruire de platine^ 
4* d£ta» le fea» oii la quamHé de dilerm*e éei^it ttbp tAble pour 
^6 te (Élore dégfagë eidevàt torute la tn^tère ânindalé, on obtie à 
oit ineeàvékient par un courant de efaforé g^eUi ; 5^ M le litifËiide 
est «oloré par une matière végétale, comme dans le café, le vin, 
k Aéêc^thiiôû s'en effeetue hntUiédiâtëmeYit', 6^ an oMiênt dDec 
kûhloHttfg depiûttne un précipité faune ierin, piilvéi^ûleïïit, 
ittm^ ée nkssémbteint facilement au fond du Và^e^ et tout-à-fait 
iêijli de ritatiète aflifnalé; en sorte qu*il peut servir à faire 
eoanMtt^ la quantité dé pûtaise cdntentie datis lé tuélàtige, 
etqtfi! ne peut plus induire en erreur. Ett effet, ïalàooi qui 
a macéré sur le lait, et dans lequel 6n a fait passer un cou- 
rant de tiilor^, \i^ précipite paÉ pat h chloruré de platine. 
Non» pensons qu'il est importàttt d^appeler l'attention sur les 
propriétés physiques de ce précipité, qui seules permettent d'é- 
ttfeUr qn'il ne rettfettne pas senslMement de matière anî-- 
ffifllé. 

« Il est bien entendu que, dans les cas où I^oti n'obtiendrait 
pas de précipité avec le chlorure de platine, il serait nécessaire, 
pwracqilértr la preuve quHl n'existe pas d'eau de javéBe dans le 
bk, de rapprocher la liqueur par évaporation, et de féssayer de 
iottteau par ce réactif. Je dois ajouter qu'il est nécessaire de se 
Wrrir d'acide suHùrîque pour décomposer Feau de javelle, at- 
tendu que les addes ùhlorhydrique et aura tique noircissent 
i^fnédi€tiefnênft une lùme d'argent ri (article Guiorë du/>«c- 
Honnàire de médecine et chirurgie)* 

il suffira de st|;Mfer tes erreurs nombreuses commises par 
ftmeurdé ce procédé, pour te faire r^eter. 

1* On ffèrêèru tfo f acide sulfurique jusque ce qu^il ne se 
produise plu^ imè vite effervescence* Or, Q n'y a point d'effer- 
te$cencè quand le liquide contient une quantité peu considérable 
ffeau de javelle. 

V Le chloré ràiè à nu dégagera une odeur extrêmement 



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— 4eo — 

forte qui le fera reconnaître. Sans doate ; mais comme il saffit 
d'une petite quantité de chlore pour apprécier son odeur, il est 
inutile d'en dégager beaucoup : d'ailleurs, il est évident que plus 
il s^en exhalera, moins il en restera pour agir sur la lame d'ar-* 
gent et former du chlorure. 

Z"" On conMtOitera la coloration en noir de la lame à'ar^ 
gent. Cet énoncé est d'autant plus insuffisant pour établir que la 
couleur noire est due à du chlorure d'argent , que M. Devergie 
affirme, quoique cela ne soit pas vrai, que les acides azotique et 
chlorhydrique noircissent immédiatement une lame d'argent. 

k"* Un papier de tourfiesol sera rov^i, puis ddeolaré. Cette 
erreur est des plus graves. Dans le cas où il n'y aura que peu 
d'eau de javelle dans la liqueur, le papier sera fortement et in- 
cessamment rougi par la grande quantité d'acide sulfurique que 
l'auteur conseille d'employer, et ne pourra pas être décoloré par 
la petite quantiléde chlore exhalé. 

5"" On traite ensuite par le chlorure de platine pour con^ 
itater la présence de la potasse. Mais Tacide sulfurique en ex- 
cès dont on a fait usage, a saturé la potasse du ch)qrure,ea sorte 
que le chlorure de platine ne pourrait pas indiquer si la potasse 
était primitivement combinée avec du chlore, comme dans l'eau 
de javelle, ou bien si elle provient d'un sel de potass que l'on 
aurait ajouté au lait. 

6"" En employant la lam^ d'argent et l'acide sulfurique^ 
la coloration noire parait sur-le-champ , tandis qu'elle 
tarde long-temps à avoir lieu si on suit le procédé conseillé 
par M. Orfila. Oui ^ mais on vient de prouver que l'emploi de 
l'acide sulfurique offre des inconvéniens réels, quand on n'a pas 
réservé une portion de la matière suspecte pour y démontrer la 
présence de l'alcali, et que l'on cherche à-la-fois celui-ci et le 
chlore avec la même quantité de liquide, comme l'avait conseillé 
M. Devergie ; il vaut encore mieux attendre et obtenir un résul- 
tat satisfaisant, que de se presser et de ne pas atteindre le but. 

T Le chlorcjdégagé par t acide sulfurique j solidifie toute 
la matière animale en suspension. Cette proposition n'est pas 
exacte dans tous les cas ou il y a beaucoup de matière animale 
et peu d'eau de javelle ; mais lors même que les choses se passe- 



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— 161 — 

raient ainsi, ce serait on inconvénient que la solidification de la 
matière animale par le chlore, puisque le chlore qui agirait ainsi 
n'exercerait aucune action sur la lame d'argent ; et pourtant la co- 
loration en noir de ce métal est un phénomène des plus im- 
portans. 

8» Suivant M. Devergie, on obtient par le chlorure de platine, 
après avoir fait passer un excès de chlore un précipité jcmne 
^erin de potasse et de chlorure de platine tout-à-fait isolé de 
matière animale y s'il y avait de Teau de javelle, tandis que 
t alcool qui a macéré sur le lait^ et dans lequel on a fait pas- 
ser un courant de chlore, ne précipite pas par le chlorure de 
platine, s'il ne contient pas de chlorure de potasse. Rien n'est 
moins exact qu'une pareille assertion. En voici la preuve: coa- 
gule? du lait par l'acide sulfurique, à l'aide d'une légère chaleur; 
ifiltrez; faites passer un excès de chlore gazeux à travers la lî- 
«queur, pour précipiter tout autant de matière animale que le 
chlore pourra en précipiter ; filtrez de nouveau, puis partagez 30 
grammes de cette liqueur en trois parties égales : dans l'une 
d'elles, versez trois gouttes^ de chlorure de platine ; dans une au- 
tre, ajoutez, outre les trois gouttes de sel de platine, quatre ou 
cinq gouttes d'eau de javelle ; enfin, laissez la troisième portion 
^ns y rien ajouter : le lendemain, ces trois liquides auront con- 
^rvé leur transparence , ou tout au plus les deux premiers se- 
ront légèrement troubles ; évaporez -les séparément afin de les 
concentrer, et vous remarquerez qu'il se formera dans tous les 
trois, à une certaine époque de l'évaporation, un dépôt de ma-- 
tière animale et de phosphate de chaux offrant le même as- 
pect : seulement il sera jauire là où Ton avait mis du chlorure de 
platine, et blanc ailleurs ; niais il sera difficile, pour ne pas 
dire impossible, de distinguer le dépôt formé dans la portion 
qui contenait les quatre gouttes de chlorure de potasse, de celui 
qui s'est produit dans le verre où l'on avait mis le chlorure de 
platine sans addition de chlorure de potasse. Si l'on traite par 
un peu d'eau froide le dépôt formé dans la portion de la liqueur 
où l'on n'avait mis ni chlorure de platine, ni chlorure de potasse, 
l'eau dissoudra la matière animale et les sels de potasse conte- 
nus dans le lait, tandis que le phosphate de chaux restera indls- 

lU. li 



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— i64 — 

qiieest sani action sur elle, et aussi parce que la matière organi- 
que retient une portion de chaux; mais qu'importe, il ne s'agit 
pas d'obtenir toute la chaux, mais bien de prouver qu'il y a eu in- 
gestion de cet alcali à rétat libre. Il résulte de ce qui vient d'être 
dit, qu'un expert serait blâmable s'il affirmait qu'il n'y a pas eu 
empoisonnement par la chaux, parce qu'il n'aurait pas constaté 
la présence de cet alcali libre^ par le procédé qui vient d'être 
décrit; en effet, la proportion de chaux contenue dans les ma- 
tières suspectes^ après des vomissemens souvent fort abondans, 
pourrait être tellement minime, qu'elle eût été complètement 
neutralisée par les acides contenus dans le canal digestif. Ce se- 
rait alors le cas de tirer parti, pour résoudre la question, du com- 
mémoratif, des symptômes et des altérations cadavériques. 

Il faudrait bien se garder de substituer au procédé que j'a- 
dopte, celui qui consisterait à traiter par l'eau bouillante les ma- 
tières suspectes desséchées, puis à calciner jusqu'au rouge, pour 
avoir la chaux vive, le produit desséché de la dissolution aqueuse, 
l'expérience m'ayant démontré que certains mélanges alimen- 
taires, êàns addition de chaux, traités ainsi, fournissaient au 
moins autant de chaux que d'autres mélanges dans lesquels 
f avais fait entrer i(i centigrammes de cet alcali; c'est qu'en 
effet il existe un bon nombre de substances alimentaires qui con- 
tiennent naturellement des sels de chaux solubles dans Teau 
bouillante; n'y aurait-il que le tartrate de chaux contenu dans la 
crème de tartre qui entre dans la composition du vin rouge, que 
mon assertion se trouverait suffisamment justifiée. 

Symptômes et lésions de tissu déterminés par la chaux vive. 

Us sont analogues à ceux que développent la potasse et la 
soude ; toutefois ils sont en général beaucoup moins intenses, 
excepté lorsque la quantité de cbaux vive ingérée était très con- 
sidérable. 

Action sur l'économie animale, La chaux agit sur nos or- 
ganes à Tinstar de la potasse et de la soude, mais avec moins d'é- 
nergie (J^oyez page 135). ' 



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— d66 — 

De r ammoniaque liquide {alcali volatil /Iwor), et du 
sesqui-carbonate d'amm^fniaque. 

Comment peut-on reconnaître que Tempoisonnement a eu lieu 
par Tammoniaque liquide? 

L'ammoniaque liquide concentrée est incolore, douée d'une 
odeur vive piquante qui la caractériie^ et d'une saveur exces- 
sivement caustiqde : e\\t verdit le sirop de violettes ^ et rétablit 
la couleur bleue du papier dé tournesol rougi par un acide. Si on 
la chauffe, elle laisse dégager du gaz ammoniac, reconnaissable à 
son odeur, et s'affaiblit; il en est de même, quoique d'une ma- 
nière beaucoup moins sensible, lorsqu'on l'expose à l'air à la 
température ordinaire; elle répaùd des vapeurs blanches épaisses 
dès qu'on place au-dessus du flacon qui la renferme un tube im- 
prégné d'acide chlorhydrîque. Elle n'est point précipitée par l'an 
cide carbonique. Le chlorure de platine se combine avec elle, ei 
forme un Sel double jaune serin^ dlit*, grenii, adhérent au verre, 
peu solubie dao6 l'eau, qui se précipite si les dissolutions ne sont 
pas très étendues. 

Sesqui'carbonate d'ammoniaque en poudre. Il est blànd, 
doué d'une odeur et d*une saveur semblables à celles de l'ammo- 
niaque ; il verdit le sirop de violettes. Exposé à l'air, il perd une 
portion d'ammoniaque, et alors il agit avec beaucoiip moins d'é^ 
nergie sur l'économie animale ; il se dissout dans l'eau. Mis eh 
contact aVec les acides sulfuriqùe, azotique,* chlorhydrique, etci, 
il est décomposé ; et l'acide carbonique se dégage à l'état dé gaz, 
en produisant une vive effervescence. 

Sesqui-carbonate d'ammoniaque dissous dans F eau. Il est 
liquide, transparent, incolore, doué de la même odeur et de la 
même saveur que le précédent ; il verdit le sirop de violettes. Les 
acides forts agissent sur lui, comme s'il était à l'état solide. Il 
transforme en carbonates blancs et insolubles les chlorures et 
les azotates de calcium, de baryum et de strontium, tandis que 
Tammoniaque liquide pure n'agit point sur eux. Il précipité le 
dilornre de platine en jaune serin ; trituré avec la chaux vive, il 
est décomposé , la chaux s'empare dej'acide caii)onique et l'am- 
moniaque se dégage. 



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— i66 — 

Mélangea d'ammoniaque ou de geg^ui'carbonate d'am^mo- 
niûque e$ de matières alimentaires ou des liquides vomis j 
ou de ceux que Ton trouve dans le canal digestif 0pr es la 
nf^Xl' Si \^ iBéUmççs w §ont pa3 a^sez acides ^pur que toute 
rammooiaque ait été saturée et transfori^ée en $^el>9J?,ljÇ^ipirQ- 
4uwa 4a»;si^une QQr^^e, après l.es avoir étendus d>a, p^ <i(*eau 
4i$^yiéç, s*ils étaiept trop épaiç, ç|. pu di§ti|le^-a à uae 4pu(^cMa- 
^eiw ; o« nç tar46ra p^s k reciieil)y[>^dau3 1^ récipient adjapté à la 
çprpiiQ, ^xk liquidas iaçplore OH l^^€i«;iem çoioyré, offrait ^vysi les 

car*ctèr^ d^ rantwppiaflHe^ ; 
$i ramïnoftiaa»^ puie §€^qBi^ça?}>oflateid'aw»«ioi4acw^ ^y^iept 

.çemk^^\ m i\imm^ polo^ V^l^tiJi^, ûi;i n'obti^ndjr^tpoi^ 4'a«2inp^ 
Dj^qy^ da^s le récipient i i|l pçut Aodc arriyer qu'il y aU e^ Ç«^- 
ppi^pï^nemm par cet alcali^ ^J qu^ jpprqç^é dp di;^^llatipfl qUP 
j^ qçwseiUç d^ $Miyre w)it iwffftcs^Çie p^ur t^déeeler^ m §« g^rO^ 
rai^ ]^m ^^^im do regarder c€} y^ultat flf g*yiï pÇiW^ HuffiWflt 
PQiip aWrin^ qjft« l'jntofï^iefttip^ «'a pag eu lieq. y^pert pourra 
se trouver alors dans la nécessité de résoudra Vuu (jiô <^ d§M^ 
pr#^lèfpe^ : 1? l^ ^ prijduit.^ XftkUl; ?° H BÇ ^ YQllUUse pas 
dafîf^ V^a» bQHiHam^» Si, poona^ tout popte àleproire, t^ ^el pf.Q- 
xwa»t 4p M Ht»iFatipfl 4f rapi»p»îaq^e esjde Taçétate d'amfliflr 
nif^qi^ Wi4»07, <^^ |ô r^oppaï^ra cpwnqjj ^#é dÂUT^Ufil^ 
aci4f pçétjque (^pyff. page 118). §:U «^ se vol^lj^ pas a^ çpi^r 
tr,aire, ,^p§ Veau bouma^t^, il fepdfa, aRr«& ^vpjf v^\û\ ii^Xv- 
qiyi^ur QpBtepu^ daqjlacorpiïg SU sixj^pig d« spu yplHjqû^ci, lappj^r 
guler par de Talcool à 36 degpçSj flUr^ pt (JU^til^er auh^-warip 

.Je ijqu|4p filtre, aprè*l>pirw#,^gé^YP^.ff 

46 pptapt«e pur0î ^p effeD^celte-rci d^PiUWBOs^^i^ l^^^l ammfl«|fj- 
cal ou laa ^sawwottiaeaw^quvaui^aifiirt pi* i|p4'firn»er, ppdpgar 
f eanf l'afppQOQ.iaqud q^i, 4è^^lors, yteodrait &§ ppqc^o^er dan§ 
l^ rpcipiçpt, en ppurr^U ^if ^ facitewçnt rppfiî^owç- Dap dc§ pa^ 
au^i jépiaei»^ l'expert pe perdrait pas i^ vup qu'il dpiuartp^t 
a'attaçlw k détçrwiiiçr, avant dp §e prpDp«gep siii^ j^ qnP§Mpy 

4'ei9ppiapJappwepi:,^i leçûiprpéwergtif, }e^j5ygip)i<^aie^ éprouvé? 

par le jwal^d^^ ^j |e§ alMrMippg oad^Yiérigij/Bs, sppt t^jg /n^'jais pi«S(- 
sent l'engager à croire que la mort a été le rés^|f^4*[{|iç ûi^q^^ç^- 



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^ ^^7 - 

tionpar Tammoniaque ou par le sesqui-carbonate d'ammoniaque. 
Si, déjà, lestQîitiLèfre^wsp^^ ?^WÇi^ 4 T WÇiJyse étaient pu- 
tréfiées j il serait impossible de tirer parti de l'analyse chimique, 
poiM^ d^^Jâep44'#mmoiû|^%iH^ reoi^eUlûe àsm le j^ti^mnU ^9pès 
]% disiîU»tiai9, ifQvi^Q^ d'w êiiip<»isionQ^nà«m pu biea ^î ^U^ ji^ 
pos li^ i#»Uat 4^ 1» pKtpéfaaloAi $ dajp& qas 4^s, fort emb^rr^*- 
s40§9 l#^inéd«isi9^4eivraieaat^'9ttaoher {4u$ gne j^o^iiKàrj^wei»'' 
bta* d«i dcH&n^ifi)^ {^i§ $wp Xwff^^^t ^ I9^;^pcis^ et 4» çi^4fi 4^ 
la matedlfi^^r |^ f^f^^pUims ^prpu^s p^r J^maJ^fi^^ sur |#| 

jMf^hflhifU^ù'empïjmfiî^^mfm^ ^(m ipt^rvo^tioo fy^^ût loia 4'dr 
voir 4iié i^térite.YiHCl un foit qi^ d^fQostr^îv^H'^ r^y44e«ipe fpui 
LW peuij»Mitffi9r<iki'4»fW!i?Mii«f«9i^^ fKOMrrie», 9lQlv 

méla^l(|lll#x^âl)li^èJRe9^»'al^silalHp^a étém^^flii^ tiv^^^oetglfi^U^^ 
J'ai laissé pendant un mois un canal digestif parfaitement lavé en 
contai^4i«ai; m Ito^d'iitw dt^tiHi^s jl^ Unu^r ewQ0§gw^im^fkt fé- 
tide a été filtrée et distillée à la température de Tébullition ; le 
fremier quart du liqmde qui gavait pa«Bé dans le récipient, con- 
tenait de l'ammoniaque, bleuissait fortement le papier rougi 
par «A ad4e, et ne rougissait pas le papier bleu 3 le deuxième 
4Bart4taii«npeu mmnsaAotflin; le ^rof^^^^réiaît^ncore moins; 
evfiii ie fUtittrièmè étkk acide et r<ealen»aît de i'ddde acétique. 

Hs agissant sur t'écononie «innale eoiMneia potasse et 4a 
soude, mais ^tir«e plus d'âsiergie ; ils tardent beaucoup motos à 
^^termaer des conyulsions bomtides. Les partks touobées «ont 
i&neeaeei, ej^flammées, et il «n résulte des aceidoDs variés, ml* 
va»t que Ysieâcm a p<^é sur le cana} ^gestH*, s«r la m^Dobrane 
muqueuse de ia bouche, 4» laryn^x, etc. L'expérience ^prouve 
^ii -est trèsdimgepeux^e faire respirer Falcali vola^ -conc^itpé 
pendant loiig^'t^^ftô aux personnes ivanMiîes x|tte l'on oherebe à 
ranimer^ en effet, ifd gaz ammoniac, qui^se dégage cpndaiielle^ 
ment é» 42e liquide^ enliamyieia meiobrftiiie muqueuse dupfaa*- 
fgwx et des voies aéii»mes,>eipeuto€ca8îoâner ia m<»t, coonae 
l'a obs^pvé Wa^ten. 



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— 468 — 

Action sur Féeonomie animale. 

Ces poisons sont absorbés ; ils excitent le système nerveux el 
particulièrement la colonne vertébrale, indépendamment de Tac- 
tion très irritante qu'ils exercent sur les parties avec lesquelles ils 
ont été mis en contact. Presque tous les chiens que j'ai empoi- 
sonnés par l'ammoniaque ont présenté des épanchemens san- 
guins variables par leur siège et leur quantité. Dans un cas 
d'intoxication chez l'homme par de l'ammoniaque ingérée dans 
l'estomac, M. Chapplain a constaté depuis qu'il y avait eu des 
taches sanguinolentes^ et que le tube digestif était rempli d'une 
sorte de boue sanguinolente ; le sang était d'une fluidité remar» 
quable. Kammoniaque et le sesqui-carbonate agissent à-rpeu-^^ 
près de même quand ils sont injectés dans le système veineux. 

ARTICLE IV. — DE LA BARYTE ET DES SELS DE BARYTE. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisomieqaent ii eu lieu 
avec la baryte? 

La baryte pure (protoxyde de baryum) est solide, en (rag- 
mens ou en poudre d'un gris verdàtre, ou d'une belle couleur 
blanche (dans ce dernier cas, ejle a été éteinte), et d'une saveur 
acre caustique. Lorsqu'on la traite par l'eau, elle se dissout avec 
ou sans chaleur, suivant qu'elle est desséchée ou qu'elle contient 
de l'eau. La dissolution concentrée est transparente, verdît le 
sirop 46 violettes, bleuit le papier rougi par un acide et donne 
avec l'acide carbonique du carbonate de baryte blanc, insoluble 
dans Veau^elsoluble dans l'acide azotique pur; tandis que l'acide 
sulfurique y fait nattre un précipité de sulfate de baryte insolu-- 
ble dans l'eau et dans Y acide azotique pur. Les divers sulfates 
solubles agissent sur l'eau de baryte comme l'acide sulfurique ; et 
il suffit qu'il y en ait un atome dans une dissolution pour qu'elle 
soit précipitée par l'un de ces sels. L'acide phtorhydrique silice 
fournit avec elle un précipité blanc gélatineux. La dissolution de 
baryte étendue de beaucoup d'eau ramène aussi le papier rougi 
au bleu et précipite par les acides carbonique et sulfurique ; ce 



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— 169 — 

dernier réactif ne précipité pas, au contraire, la dissolution très 
étemltte de strontiàne. 

M^lcmgei de baryte pure et de liquidée cUimeniaireSy dee 
^Motièree vomies ou de celles qui sont contenues dans le car' 
.nal digestif. On peut avoir à résoudre deux problèmes : i"" la 
baryte, à la dose de 10, 12 ou 20 centigrammes, n'a pas été com- 
plètement saturée parles acides libres que pourraient contenir les 
matières organiques, ni complètement précipitée par les carbo- 
nates, les sulfates ou les phosfdiates renfermés dans ces mêmes 
matières; en sorte qu'il y a de la baryte libre dans le mélange ; 
2"* cet alcali ne se trouvait dans les matières que dans une faible 
proportion, et il a été complètement saturé ou précipité ; il n'en 
existe plus la moindre trace en dissolution à l'état de liberté. 
> Premisr ga$. Il y a. de la baryte Ubre en dissolution. On 
constatera que celle-ci est alee^ine en y plongeant un papier de 
tournesol rougi par un addë^ poison l'èvaporera jusqu'à siedté 
dans une capsule de porcelaine, à une douce cbaleur. Le produit 
desséché sera traité dans une capsule de porcelaine par un mé- 
lange bouillant d'une partie d'^idë azotique pur et de cinq à six 
parties d'eau distillée. Après dix à douze minutes d'ébuliîtion, on 
filtrera et Ton évaporera la dissolution jusqu'à siccité. La masse 
obtenue sera cliaiiffée dans la même capsule de porcelaine jusqu'à 
ce qu'elle soit parfait^m^t cari^onisée, et.qu'elle ne répande plus 
de fumée;, le charbon sera déiaebé %voc la lame d'un eoutew 
propre, pour être incinéré dans un creuset de platine. En traitant 
la cendre par l'eau distillée bouillante, le solutum oV^rir^ to%u 
les caractères 4^ labaryte^ alors même qu'une portion de celle- 
ci aurait été transformée par l'acide azptique et par fincinéra- 
tion en bî-oxyde de baryum. Dans la ci^inte qu'une partie de la 
baryte n'ait passé à l'état de carbonate, insoluble, pendant l'in- 
cinération, on traitera par l'acide azptique/étendu d'eau, la cen- 
dre déjà épuisée par l'eau bouillante. Le liquide filtré et évaporé 
jusqu'à siccité, fournira de l'azotate de baryte, dont on séparera v 
celle-ci en le calcinant au rouge dans un creuset de platine. 

Deuxième cas. // ny a plus de baryte libre daiM la dis-- 
«o/u/iim. Admettons que la matière suspecte contienne la baryte 
dissoute à Y état de sel^ ou que la totalité de l'alcali ait été trans- 



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— 4W) — 

lubies ; dans Tun et l'autre cas, après avoir dbsttéolié la siâsse à 
iltte dMce cjbialeur 4aJ»6 une caps^ de peneelaiiie^^da testera 
bouillir pettdaitt àim à doua^e.ixiû)iiteS| aîasî qu^H ràeat él^mMij 
dvec de T^^eiâe azotique iHur étendu d'eau, €(l siBpfés n^oîr' «fi 
^ur ia di&s<riuiiop filtcée, comme je l'ai ind^ué eu parlâst en pre- 
mier cas, on n'a pas iOtHenu de la baryte, oe carbonifièrji par Vst- 
^ide azociqua pur «t cooceutné, la passe ^n'^raii; pas^lé^tiH 
BCAiie par l'adde affaiUÂ. Le cki|3iio« 6eÉ*a «M«ite Htduéré ei 
auadnteûu roiige pendant ^uor heureê iem^ un i^reuset de ^^^ 
tine, afin de décomposer le sidlateide baryte qu^M fMiMprtfit -reB^ 
l^rmer, «t )de le transformer en êulfure de haryum (Le piM>fr- 
phaie €t is carbonate deibaryiè ajrant^ dtsaoï^par faeide aco- 
Iiqu6, la masse dont M ^^^ ne pourra cont^tiir 4^a«lrè sel 
«asioluble tquâ ie sulfete de baryte). La cendre «litai^oim^me, 
êaxxh laquelle se trouve ce «uïiice de baryum j sera irââtée à froid 
par da ^acide azotique |>ur étendu 'd'eaii,^Hl dégagera du gaz 
acédesulQiydiiqueraf^onnaissable àtson odéur^, prédpkeraéusoa- 
êfQ £t donaeia de VazoïtatedebaiTte solubte^, on filtrera t)OUr avoir 
celui^d et le faire évaporer dans wie petite capsule de porcelaine; 
^azotate de baryte sotide, calciné dans un -creuset de j^latine, lais- 
sera la baryte cattf tique mêlée d'un pett de bi-Oftyde de baryum. 
Baryte demt ie panai digestif, dane le fèie, €tc., éprêê 
g&nabeorptiên. On fera bo«iîllir pendant une'beûre, dans une 
capsule de porcelaine, avec de l'eau -distillée, ces organes conpés 
«n morceaux; la dissolution, si elle contient de la Baryte libre, 
i)îeuira le papier rougi de tournesol et' fournira de la batyte, 
après avoir été soumise à l'action de l'atîde azotique étendu et 
aux diverses opérations indiquées en parlant des' mélanges de 
"baryte et de matières alimentaires. Si, au contraire, ellene^^bn- 
ténàitpaîsdebaryte/iArtf ni un sel barytiquesoluble,^ faudrait 
carbiwiiser par Facide azotique concentré et pur les tissus épui- 
sés par l'eau bôuillantej le charbon serait ensuite chauflë pemlant 
deux heures dans un creuset de platine, à une chaleur rôuge, 
afin de décomposer le Sulfate 4e baryte que ces tissus pourraient 
renfermer, par suite delà transformation d'un composé bary tique 
soluble en sulfate de ba^^einscritdsle^ 



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— 171 — 

Càrbcn^à'vb b£ barttb. Il est solide, blane^ insipide, insoluble 
<kns Teaii, légèrement sohibledans l'acide carbonique, quand il 
ifîent d'être fait et qu'H a peu de cohésion, soluble i^vec efferves- 
cence dans Tacide azotique pur et étendu d'eau« Les acides snlfu- 
rique et phtorhydrique silice agissent sur la dissolution azoti- 
que, comme sur la baryte $ l'azotate produit^ s'il est desséché et 
calciné dans un crçu&et , est décomposé, et laisse de (a bitryle 
mêlée d'un peu de bi-oxyde de baryum. 

Mélanges de earionate 4^ baryte et des mariâtes alimm^^ 
iaires vot^ies^, etc. Dedeuxchosesrune,ou le carbonate de ba- 
ryte a été décomposé par les acides libres que peuvent cqntenir 
oes matières et transformé ^ un sel soluble ou in^luMè, ou 
bien il n^a pas été d^omposé) dans le premier caa, on pourra 
trouver un sel de baryte dans la liqueur ; dans le s^ond ca», on 
ie décèlera dans la ma^e solide; les prooédés à suivre sepoot 
les mêmes que ceux <pd ont été indiqués eh parlant de la baryte 
en dissolution ou à Vétat inpoluble. > 

Carhomaie de baryte datis es canal digestifs dans le fMê, 
etc., après son absorption* On sait, à ne pas en douter, que le 
caHl)onate de baryte est véiiéneux, et qu'il eU absorbé soit à l'état 
de carbonate, soit, ce qui est beaucoup plus probable, après aroir 
été décomposé daqs le «angl digjsstii par des aeides libres qui l'au- 
ront transforqné en uq sel soluble. Toi|t pcorte à cfoire aussi, qu^- 
|»rès avoir été porté dans nos organes, et notamment dans le 
l^iOjil passe à l^étatdè sulfate de baryte insoluble. Quoi quHl ep 
sôit, }a recherche d'un coinposé bqrytiquei daps le foie, à la suite 
d^un empoisonnement par le carbonate de baryte, doit éCrre 
faite comme il a été dit plus haut , en parlant de la baryte ab^ 
sorbée. 

Chlokurb de baryum. Le-ôhlonure de baryuii est solide, P«ii" 
vérulent,oa.cristallisé en lames carrées, d'une saveuràcre très pi- 
quante) il ne change point la couleur du toijirnesol, ni celle ém 
sirop de violettes. Il se dissout dans Feau $ il n'est point soluble 
dans Falcool concentré. Les carbonates d'ammonkK}ae et de sonde 
décomposent sa dissolution aqueuse» et y font naître un précipité 
blanc de carbonate de baryte insoluble dans l'^aug et solubh 
dos^ è'aeide az4^tiqne pur. Ce pi^oipité) chanié avec dni ^ihr^ 



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— 1.72 — 

bon dans un creuset de platine, laisse de la baryte caustique 
mêlée d'un peu de bi-oxyde de baryum. L'acide sulfurique et les 
sulfates la' précipitent également, Ion même quelle est très 
étendtie; le sulfate de baryte déposé est blanc, insoluble dans 
l'eau et dans Tacide azotique pur; calciné avec du charbon pen- 
dant deux heures, ce sulfate donne du sulfure de baryum (/^oy. 
page 70). L'azotate d'argent y forme un précipité caillebotté 
de chlorure d'argent, insoluble dans l'èau et dans l'acide azoti- 
que pur, soluble dans l'ammoniaque : il suffit de ce (ait pour 
prouver l'existence du chlore dans la dissolution (^oy. Chlore, 
p. 69). 

Mélanges de chlorure de baryum et de la matière des vo- 
missemens ou de certains alim^ns liquides ou solides, etc. 
S'il est vrai qu'un grand nombre de liquides organiques peuvent 
rester mêlés avec ce sel sans le décomposer, tels sont l'eau su- 
crée, le thé, l'albumine, la gélatine et le lait, il n'en est pas moins 
certain qu'il en est d'autres dans lesquels il existe des sels suscep- 
tibles de décomposer le chlorure de baryum et de le transfortner 
en un sel insoluble; aussi devra-t-on toujours, en procédant à la 
recherche de ce corps, supposa que la matière suspecte peut le 
contenir à l'état soluble ou à l'état insoluble. Voici commuent il 
faut opérer. On évapore le mélangeorganique jusqu'à siccite dans 
une capsule de porcelaine, et on traite le produit par l'eau dis- 
tillée bouiUante, afin de dissoudre le chlorure de baryum qu'il 
peut renfermer; la dissolution filtrée est desséchée dans une cap- 
sule de porcelaine jusqu'à ce qu'elle soit carbonisée^ ne répande 
plus de fumée; alors on incinère le charbon. dans un creuset de 
platine, et Ton fait bouillir là cendre avec.de l'acide azotique 
étendu d'eau ; l'azotate dissous, filtré, évaporé jusqu'à siccité et 
décomposé par le feu dans un creuset de platine, laisse de la ba- 
ryte* Si au lieu de soumettre la cendre à l'action de l'acide azoti- 
que, on la traitait par l'eau, on ne retirerait pas le plus ordinai- 
rement un atome de baryte, parce que pendant l'incinération le 
chlorure de baryum se trouve transformé en carbonate de baryte, 
par suite de l'action des carbonates dépotasse et de soude qu'elle 
renferme sur ce chlorure. 

La matière solide non disspute par l'eau est desséchée dans 



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- in — 

me capsule de porcelaine et carbonisée par l'acide aiotique, puis 
le charbon est incinéré dans un creuset de platine pour transfor- 
mer le sulfate de baryte qu'elle peut contenir en sulftare de ba- 
ryum (J^oyez page 70). Il importe dé savoir que le chlorure de 
baryum, à moins qu'il n'existe en assez forte proportion dans les 
matières dont je parle, passe constamment et presque en totalité 
à l'état de carbonate et de sulfate de baryte insolubles, en sorte 
que le traitement aqueux des matières suspectes évaporées jus- 
qu'à siccité n'en contient pas ou en renferme à peine* C'est donc 
dans la portion insoluble dans l'eau qu'il faudra le chercher ; j'ai 
souvent mélangé 12 à 15 centigrammes de chlorure de baryum 
avec 2 ou 300 grammes d'un mélange de bouillon, de lait et de 
café, sans en découvrir un atome dans le traitement aqueux dont 
il s'agit, tandis que j'obtenais facilement une proportion notable 
de baryte en incinérant, comme je l'ai dit, la masse que l'eau n'a- 
vait pas dissoute. 

Chlorure de baryum dan* le cariai digestifs dans le foie^ 
etc., après son abiorpHon. S'il s'agissait de éécouwlv dans les 
viscères ou dans les tissus du canal digestif le chlorure de ba- 
ryum qui aurait été absorbé ou qui se serait peut-être combiné 
avec les parois de l'estomac ou des intestins, on ferait bouillir 
avec de l'eau distillée pendant une heUre tous ces organes dans 
une capsule de porcelaine, et l'on procéderait avec ce liquide et 
avec la matière solide restante, comme je Tai prescrit en parlant 
de la baryte absorbée et contenue dans nos viscères (JToyez 
page 170). Cest ainsi que j'ai décelé de la baryte dans le 
foie, la rate et les reins d'un chien que j'avais empoisonné avec 
6 grammes de chlorure de baryum dissous dans 180 grammes 
d'eau distillée ; l'animal avait vécu trois heures et demie, et avait 
été ouvert immédiatement après la mort. Le décoctum aqueux 
de ces organes ne m'a point fourni de baryte ; mais la partie solide 
épuisée parTeau, carbonisée par l'acide azotique, puis chauffée 
pendant deux heures dans un creuset de platine, a laissé du 
sulfure de baryum que j'ai décomposé par Tacide chlorhydri- 
que; en filtrant, j'ai vu que la liqueur contenait du chlorure de 
baryum. 

Je ne saurais assez insister sur la nécessité de chercheri dans 



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— 1T4 — 

lai>lapdri466oa^éans les aaaMères ioçolidiles dana Yem^ la 
baryte et »es composés, parce qu'ils sont faeilement transformés 
en eart)onaie et en sulfate insolubles ; cette décomposition a con^ 
stamment lieu lorsqu'on a administré aux malades des sulfates 
S(dtibles. 

Symptômes déterminés par la baryte et par les sels de 
baryte. 

tes symptômes que Von observe le plus souvent dans cet em- 
poisonnement peuvent être réduits aux suivans : savélir acre 
caustique (pour la baryte) ; acre très piquante (pour le chlorure 
de baryum) ; sentiment debrûîure à la bouche, au ptjarjnx et à 
répîgàstre ; douleurs atroces à la région épigastrique j nausées, 
vomlssèmèns âè matières muqueuses ou sanguinolentes, véràîs- 
' saht ^fùelqùefois le si^*ôp de violettes (par exemple, lorsque Tem- 
poisonnement est déterminé par la baryte, etqiie cetle-cî se 
trouve en assez grande quantité dalbs le liquide voriii) ; déjections 
atvinès, hoquet, batteinens de cœur fréquehs, i*espiràtîon momen- 
tanément suspendue ; tnouvemeils conVulsîfs des muscles de là 
fa(ce, du troûc ou des meiïibres : souvent ces mouvemèiis détér- 
mîneïitdes secousses tellement fortes, que le malade est soulevé 
et renversé malgré lui ; la bouche est quelquefois remplie d'é- 
cume; rindividu ne petit pas se soutenir sut* ses membres; ït 
tomfbe aussitôt qu'on essaie de le soulever ; la céphalalgie, et 
quelquefois la surdité, ne tardent pas à se déclarer ; les facultés 
iiïtelîecttieBes sont perverties, on voit quelquefois aussi des pa- 
ralysies partielles. A ces symplôftieè succède le plus ordîftah*e- 
ment un abattement considérable : alors les rraîrs de la face sont 
décomposés, et la mort est très prochaine : Cèlle-cî peut arriver 
au bout d\ine oti de quelques heures. 

Le'sionsde tissu produites par la baryte et par ses composas. 

Ces poisons enflamment les membranes del'estomae et âotam-^ 
ment k tunique muqueuse. 

Action sur Fe'conomie a?nimale. 

Les composés barytiques sont absorbés, soit qu'ils^ aient été 



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— 4TO — 

iiitfQdiitifdai»^ J'êiSioOiai^y 4«ii8»\le peetiMii4Mi dans ks oavifeésté^ 
reuses, soit qu'ils aient été appliqués sur le tisau cellulaire^ 
Les accidens qu'ils déterminent sont évidemment le résultat de 
cette absorptioh ét'ftfe léttr àcilîbn sur le système ïtferveux, et no- 
tamment Âur la mpelle épinière. Il est vir^ qu'ils agissent égale- 
ment en irritant les tissus avec lesquels on les met en contaqt; 
mais il est impossible d'attribuer à cette iriritaUo» la m^rt 
prompte qu'ils occasionnent; en effet, que l'on applique sur une 
(laie 80 ^entigrsunmyes de baryte, de carbonate ou de cbfcMriire 
de baiyum délayé&ou dissous dans l'eau, les luiimaux m Uàfà^ 
root pas à périr; taudis qu'une dose sextuple d'un acidie^noen- 
iréyde potasse ou de soude caustique, ne produijcâit qu'une bJCM- 
lure qui me serait jms suivie de la noort. Suivant M. Bmvlie,» 
le chlorure de baryum agirait j)articaUèrement sur le cervefdju /^ 
m le o«eur; Injecié dans les veines^ il tue ^^smi^pyèjmnt les 
chiens en coagulant le sang et en agissant sur le système rD^r- 
veox. 

Des sels de strQntifme- 

n rèétiltea^im tfîavâillntéreèsant fait par le docteur Gmelln de 
Tubiffgue il"* (jfie%(^loruredestr(m^iumïi\pd\ïa agi sur 
lëà Vk^itL^ qui en avaient avalé 8 grammes dissous dans f eau ; 
5" qti'à la dose de 16 grammes dissous dans k^ grammes d'eau, 
ce sel a produit les elfets sui vans chez un laphi : ralentissement 
toihtoiivettietil du cœur, paralysie des extrémités au bout de cinq 
teûres, nioûvément involontaire de la tête j mort le lendemain ; 
fintéfieur de l'estomac offrait une mullllude d'ecchymoses, mais 
il'y avait à peine de ririflammation ; 5° qu'à la dose de 8 gram., 
Ce même sel n'a âétèrminé aucun accident fâ(ïheux,Chez un chien: 
seulement l'slhîmal ti eu un vomissement ; A^'que 5 décigrammes 
iiïjectés dahsîa veine jugulaire d'un vieux cliîen n*Oïlt produit au- 
c\in effet ; S" qiife 8 grammes de carbofiate de strontiane n'ont 
exercé afucùne action nuisible sur un lapin ; 6' que U grammes 
d'azotate de ^^ron/iow^ éfflèuri à l'aîr et disSoUs dans 32 gram. 
"d'eau, ont accëlété les battemens du cœur des lapins et déterminé 
tine fottè dîatrhétj, t:è(îul permet de conclure que l'azotate est 
JHÉfs actif que les autres Selè de strontiane, et qu'il agit sur le 



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— 176 — 

cceur et isUr le canal intestinal {Journal de Chimie médicale, 
numéra d'avril 1826). 

ARTICLE V. — nu FOIE nE SOUFRE. 

tomment peut-on reconnaître que rempoisonnement a eu 
lieu par le foie de soufre? 

Le foie de soufre est formé de quatre parties environ de poly- 
sulfure de potassium et d'une partie de sulfate de potasse. 

Foie de soufre solide. Il est sous forme de tablettes ou de 
morceaux aplatis durs, cassans, d'un jaune verdâtre, brunâtres 
ou rougeâtres,' d'une saveur acre piquante et amère. Il est ino- 
dore s'il est parfaitement sec , tandis qu'il répand une odeur 
d'œufs pourris s'il a été humecté. Exposé à l'air il en attire 
l'humidité et l'oxygène ; celui-ci le fait passer successivement à 
l'état d'hyposulfite , de sulfite et de sulfate de potasse. Il est très 
soluble dans l'eau. 

Dissolution aqueuse concentrée. Elle est à peine odorante 
et d'une couleur analogue à celle du foie de soufre qui la con- 
stitue. Les acides forts ou faibles la décomposent, en précipitant 
du soufre d'un blanc laiteux, et en dégageant du gaz acide suif-- 
hydrique , facile à reconnaître. Les sels de plomb, de bismuthy 
de mercure, de cuivre et d'argent y font naîtrç des précipité» 
noirs ou d'un rouge brun foncé qui sont des polysulfures de ces 
métaux ; les sels d'autimoine solubles sont précipités en jaune 
* orangé; ces caractères sont plus que suffisans pour affirmer que 
la dissolution contient un sulfure soluble. S'il s'agissait de dé- 
terminer que ce sulfure est à base de potassium, il faudrait api 'es 
avoir précipité le soufre par un acide fort ou faible , filtrer la 
liqueur surnageante , la faire évaporer pour la concentrer^ et la 
mettre en contact avec du chlorure de platine et de l'acide pe r- 
chlorique; le premier de ces réactifs donnerait un précipité jatit le 
serin, dur y grenu j adhérent au verre et l'autre un précipi té 
blanc (/^. page 137). Si l'on versait le chlorure de platine dans le 
foie de soufre dissous, avant d'en avoir séparé le soufre, au lie 'U 
d'un précipité jaune on obtiendrait un précipité noirâtre conc i- 
posé de sulfure de platine et de chlorure de platine et de potas >- 
sium. 



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— i77 — 

DiiMolution aqneu$e étendue. Lc^ acides agissent $ur elle 
comme sur la précédente, à la vérité avec mpios d'intfinsité ; 
Tair la trouble^ presque instantanémeut. L'acétate dç plomb la 
précipite en orangé clair et le ^Ifate de bioxyde de cuivre y fait 
naitre, au bout de q|:i0lqiies minutes un précipité rpugèàtre. Le 
tiropde Chatmfier contient dp Joie de soufre; il, suffit pouf le 
reeonoattre de rétepdr^e d'eiau et de le traiter par, Ijss réactifs 
que je viens. d'iii4iquer. 

. EausdeB^réges artificielles pour l^oision ou pour haine. 
Elles se compçrtent avec les réactifs comme les dissolutions pré* 
c^dentes, suivai^t qu'elles s^nt concentrées ou faibles^ si elles ont 
été préparées avec ^ufo^edç soufré à base de potasse. Si, au 
coatraire, elles tiennent en dissolution du ^ulfure de sodium 
elles ne son^ pa^ précipitées par le chlorure de platine» alors 
mémequ*on en a séparé le soufre par un acide; du reste les 
acides, les sels métalliques et Tair agissent sur elles comme sur 
les dissolutions de foie de soufre (p, 176.) 

Mélanges de foie de soufre et de liquides alimentaires 
végétaux ou animaux, de la matière des vomissemens pu de 
celle que Von retire du canal digestif Avant de faire con- 
naître le procédé qu'il convient d'employer dans ces cas pour 
démoDti;er la présence du foie de ^ soufre , il est utile d'indiqper 
d'une manière giénérale les principaux résultats des nombreuses 
expériences que j'ai tentées pour atteindre ce but. Je me suis 
assuré 1** que Ton parvenait quelquefois à déceler le foie de 
soufré dans ces mélange^, eo agissant sur eux, comme on le fe- 
rait si le foi^ de soufre était simplement dissous ^ans Teau (/^. 
page 176); 2" que. dans les cas où cela n'était pas possible^ on 
réussissait constamment, en versant dans ces mélanges chauf- 
fés à 60'' ou 70*" c, quelques grammes d'acide acétique pur 
qui décomposait le foie de soufre ^ en donnant naissance à de 
Vacétate de potasse et à du ^az acide sulfhydrique , en même 
temps qu'il se précipitait du soufre; 3® que l'on pouvait même 
opérer fructueusement de la sorte, avec des matières recueillies, 
plusieurs jours après la mort dans le canal digestif; IV" qu'il 
pourrait arriver toutefois, si la quantité de foie de soufre intro- 
duite dans l'estomac avait été très faible, et que ce viscère con- ' 
in. 18 



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— iiÈ - 

tMy parconjlm, une propônioh iiotaY9te4'«bfdèlÀ ffb^ ott iféci- 
des cfai âBraréht été t>ri$ par les niala<ie$ à fétat dé tfmdjfàdé 
cîiriqtie, suiritrîqtie, lartrl(ïtïe, ete.,qtre lé tràîtëmerit par FacMé 
acétique tfefit aucun succès , parce que le fofe de %6v^tè ivhrvlH 
été eompléèement décomposé dan^ Testomac par ceéf acides, eii 
Sorte cfue les matières extraites de ce viscère tf cri renfet^iïifèraîeilt 
|)îtts ; 5** qu'il est cependant impossible d^afeiettre qne les acides 
naturellement contenus dans Testomac , soient jaiHafé * Àsséè 
aÎKmdans pont décompose^ une ^ande quantité die fSSfè de 
soufre ; que dans la plupart des cas, au contrarre, îïs se trouvent 
daiis ce viscère dan^ une proportion aé:sez foîbïè.pbltr que ledi* 
action décomposante soit très Kmîtée ; d'où ft srift que dans pres- 
(ftie tous les cas d'empoisonnement par ce corps, donné à la Hàié 
de quelques grammes, l'expert n'aura pas à redouter Iluffuéfifcé 
de ces acides et qifil pourra démontrer Texistehée du totïque, 
au moyen de faîde acétique, soit dans les matières extraites de 
l'estomac, soit dans celfes qui auraient pii être vomies ; é*" que 
dans tous les cas de décomposition complète où incomplète du 
fbie dé soufré par un acide, dans le canal digesiiT, îà méAibi^^e 
muqueuse de l'estomac sera tapissée, sur une où ptiisieurs^ de ses 
parties, d^une couche plus où moins épaisse de soufre btanc oti' 
d^un Manc jaunâtre , facile à reconnaître ; qu'on pourra égale- 
ment trouver du soufre suspendu au milieu des liquides de l'esto- 
mac et des matières vomies, et que Fexîstence d'un pareil dépôï 
de soufre, si elle est insuffisante ^(y\kt -prouver qu'il y a eu inges- 
tion d'un sulfure soluble, tend du moins à faire croire que cette 
ingestion a eu lieu, parce qu'il n'y a qu'un petit nombre de corps, 
après les suTfures, qui puissent donner naissance à un dépôt de* 
soufre ; on serait admis à supposer que c'est plutôt du foie de 
soufre qu'un tout autre sulfure qui aurait été avalé, si, indépen- 
damment dû soufre déposé, il existait dans les matières suspec« 
tes une quantité assez notable d'un sel soluble de potasse j' 
7*** qu*alors même que la totalité du foie de soufre aurait été dé- 
Composée par les acides, les liqufdes suspects pourraient encore 
i^enfermer de l'acide sulfliydrii^ue en dissofution , parce que ce 
gaz est soluble dans Teau et qu'il ne se dégage pas immédiate- 
ment; 8** qu'il faut éviter dans la recherche médico-légale du 



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<Wé dfe ^ÏBre, «^ fâttfe KtfuTBH- M iWiflèi»* voirtïés ou a*ei^ 
iifëc ieiàiHàit db' Tàfif^, ^aî'c^^tfô* d^ôilf^ô^é émtAéiémtM lé 
j^feotf s'il éë ifbtWé éii petite ]^opoi»tioi* et ^tlé les Ikïu'ètfrsl 
^îeiit lâiit^ft ^^ âcidei ; 9*» (ftië fe teië de soufré étàht t/tMi^ 
Aë, « eàt îrtdftïyëtfsàttlfe, àwà^ le cas^ où s'a pirésetiéé tf àîirsl pâfeété 
déXk^t^é^a»l)ftM'éaii^di^s!t»f ^ dâM^-y^^ 
Braiërdfe*"éte!« leB^tH^fë*, danrfle^àug étf *ins Fttrtrté, è* 
]Jiito«éaata«'cwWèië*il sër^ dît âW pigë'lSï; !«• ^œ si re«-» 
ifèfHa^ nWdîcb-lë^dle tfélâît- fetfe ^ ioûjjf-^f&ii/ipê dpi^'tê 
êH^t,, ïèfrâ^d^'à' léÉ iiéJHlê èéNtlMf pUtfifi/ê, Wm fWH 
iffâWiHi^sré »ftl#de'<i(mdrire àr^tiSteneëdu ftifed^* souft^ fifci* 
(Sèltf sétf <^r<hl'adA^ obtenu dié r^èlÀ^ sufflitOM^ en mMHâ 
W^ ÉdlÉlad^ ëtikiieéte^ t^b> l'acide aôàiiftté, et 4É6 tes Kq^tt^ 
ft^ sétàtetit' cdièpiJrcées sivec Fe^ acîéës et les sels liléCaM'î^pfeff 
édlhifelëré'fohflM'^lfitt'es, attéiHMt^tfiî âé ^l^iM pméhni-^ 
pùlrëUtetldii' Se ceHiïîtlSf ot*gattes, ef ndtônàflâfetft <!(^ ëÉHdT di'gfé»'^ 
df ; dtf iWtfll^ïïH^ étoThniôniaqué : ot lés réactifs prëcMAs 
â^î^*tH^^f c^Sëlcomitîcî stor les stdftrt^s. Il là#ft^lt d»»'*^** 
é»è^ Atis^'' éJiltîéttK sPattâteHët^ à tfémorttréi* tlïhto lès mtffié»b^wiiM* 
jteWës là'préSciWèdé^M' [Jôts^sfè, en les ëvapofàWti jusqu'à^ «tel** 
€t etf tîfWtetfl! le #fi>dliît ^ fa!co6t (to4ièèl&?tW (v<iy.- ^im^ 
itMF)} dtt*p^iSrtendW!téoiivetttaiÉlèrà lèveMotfees le» diffi«culi^ 
tés, puisque d'une part le sulfhydrate d'ammoniaêtCte ne founrii 
jaUflfis Ut! piMii^ëj et (}ué, d'un autlyf ctfté, le tfùl«émelit aloob- 
nqdé tèf q^ëje l'aréométtlé né^d;dAi]^ JatiMifsi^Yaloilf qnaf*d»oiii 
sl^t sur dés »|ùhî*sr à Fêlât iHrt-rtWl {i^&f. PcftÀ^B, p. 1fft2t> 

JPrdééié. Si là ittatîère silàpéi[*të éSt Hq'ài^ey qttêtte*<ïu6 ^îe 
sst âott^iancé, 6* en rtettral vàie goutté ou dcuK sur ui»'papie# 
pWaffeblétfH^tfftr^nfpé daife une dtesolution d'a^oétafte de ploiufe ; 
et eeh^cî éài him^j 11 y ^ra de fortésf ]^réson<ptiM« d^emîré 
^îl existé du foief de sottie èa«is Ia>iÀâtière qpoé Toié examina. 
Quel'qué^s(ii( le résiiftat de cet ^saiVon iilfrer^ lo^ Ifepie^;^ aprè» 
Y^^MP étèfifâue d'éau, si ellëétaiit trop ép^isêe et Pon en preMhrki 
HÉé petite prop^ôrtion dans kqueMe oft versera les réadife pro-' 
près à faire* connaître la dissolution aqueuse de foie dé soufre 
(roy. p. 176), puis oU' verra si le dépôt qui est sw le filtre ne* 
contieni pa$ du so«(fre bydi*até blanc ou d^un blanc jaMàtresuB* 



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-^ 180 — 

eepiible de brûler sur le feu avec une flamme bleue. Si la liqueur 
a présenté les caractères du toxictue dont je parle et (pie le dépôt 
resté sur le filtre soit du soufre , on affirmera que la matière 
suspecte contient du foie de soufre. A cette occasion M. Devergie 
a commis une erreur grave en annonçant que, danê la plupart 
des caSf Texistence du soufre sur le filtre permettait d^établir 
que le foie de soufre avait été complètement décomposé et que 
l'on ne devait plus en troiiver dans la liqueur filtrée. Je dirai an 
contraire, que dam lu plupart des easj les choses se passent 
tout autrement et que Ton constate à-la-fois la présence du soufire 
. dans le dépôt et celle du foie de soufre, non décomposé dans la 
liqueur. Admettez qull faille 10 p. d'un acide quelconque pour 
décomposer 30 p. de foie de soufre; admettez qu'au lieu de 10 p. 
d'acide il ne s'en soit trouyé que 5, évidenmient il restera epcore 
dans la liqueur 15 p. de foie de soufre non décomposé : or c-ette hy- 
pothèse, loin d'être repoussée par la raison est conforme aux ré- 
sultats des expériences que j'ai ten tées ç t des observations recueil- 
lies chez l'homme, lesquelles établissent que dans la grande gé^ 
néralité des cas d*empoisonnement par le foie de soufre, sinon 
toujours, les acides contenus dans l'estomac n'ont pas été assez 
abondans à beaucoup près, pour décomposer la totalité du foie 
de soufre, en sorte que celui-ci a dû se trouver en grande partie 
dans la liqueur. 

Si l'essai que je viens de conseiller de faire sut* une faible por* 
tion de la liqueur suspecte a été infructueux^ il faudra traiter 
celle-ci par l'acide acétique* On l'introduira en entier dans un 
matras auquel on adaptera un tube recourbé qui viendra se i«n- 
dré daûs une éprouvette contenant de Tacétate de plomb dis- 
sous; on ver&era dans le matras 2 ou 3 grammes d'acide 
acétique concentré et pur et on élèvera la température à 60*" ou 
70* c. ; si la liqueur contient du foie de soufre, il se dégagera 
aussitôt du gaz acide suifbydrique, qui produira dans l'acétate de 
plotob un précipité de sulfure de plomb noir qu'on lavera et que 
l'on décomposera par l'acide azotique faible pour en retirer le 
soufre. On s'assurera ensuite que la liqueur contenue dans le 
matras renferme de Tacétate dépotasse; pour cela, aprè^ l'avoir 
fait bouillir jusqu'à ce qu'elle ne fournisse plus de gaz acide sulF* 



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— 181 — 

hydrique, on l'évaporera jusqu'à siccité dans une capsule de por- 
celaine, et lorsque le produit de cette évaporation sera refroidi, on 
Tagitera pendant 6 ou 7 minutes avec de l'alcool concentré mar- 
quant UUàegrés à l'aréomètre ; si la liqueur filtrée contient de l'a- 
eétate de potassé, it suffira de la faire évaporer jusqu'à siccité, de 
carboniser et d'incinérer le produit del'évaporation, comme je l'ai 
dit en parlant de la potasse (voy. p. 142), pour obtenir cet alcali 
que Ton reconnaîtra à l'aide du papier de tournesol rougi, du 
chlorure de platine et de l'acide percblorique. 

S, en essayant la matière suspecte liquide avec un papier im- 
prégné .d'acétate de plomb, on voyait que celui-ci n*^êt pas 
iruniy on aurait immédiaten^ent recours au traitement par l'â- 
ôide acétique, tel qu'il vient d'être décrit. 

Si la matière suspecte liquide n'avait point fourni de foie 
de soufre, on soumettrait les parties solides à l'action de Tacide 
acétique^ "eonrnie il a été dit plus haut. 

Dans tous ^les cas ou la mort aurait été la suite de Tempoi-' 
sonnement , on étendrait l'estomac pour voir s'il n'existe pas à 
sa surface interne et surtout dans ses replis, une couche plus ou 
moins étendue de soufre; on toucherait plusieurs points de la 
membrane muqueuse avec un papier imprégné d'acétate de 
plomb qui brunirait partout où il y aurait quelques traces dé 
foie de soufre ; €fnfin on laverait à plusieurs, reprises cette mem- 
brane avee une même quantité d'eau distillée, afin d'enlever et 
de dissoudre les> parcelles^de foie de soufre qui pourraient se 
troaver appliquées sur elle. On agirait ensuite sur la dissolution, 
avec dél^acide aeétique concentré et pur. 

Si malgré ces diverses recherches on n'avait point décelé le 
toxique, on le chercherait dans les organes ou dans les liqui-- 
dêi où il à été porté, après son absorpti<Hi, c'est-à-dire dans les 
tissus du canal digestif , dans le foie, dans le sang et dans 
Vurine, Pour ceki on couperait le caiial digestif ou le foie en 
petits morceaux ^ue l'on délaierait dans de l'eau distillée en les 
triturant dans un mortier d'agathe ; la masse ainsi divisée serait 
ensuite traitée en vaisseaux clos, par l'acide acétique^ comme il 
a'étét^lit. Quant au sang et à l'urine, ils seraient directement 
«oomis à l'actionde cet.acide. 



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- m - 

le pe te^jplnerfû p^ cf) ,qu} s^e rgfipoirte k ce s^ep , s^m fai^^ 
j^iantir la nécessité 4e pousser les opérfitions assez Iqîq pour rç- 
ik^ 1^ pot^se qui eçtre jd^ns la composition d^|û|e 4^ ^^e, 
i9ute^ les fois que Toç a^ra traité les matières ^usp^€|i^ par 
i'/i^çi^ flipçjtiqife, par^ que, jcomm^ je ^>i déjà 4i,t, f^ pe s^^raij; 
pfi^ Ji»possiJ)l<B flyue, daps jC€^t^w§ çirqonsfaw^s, |a putyéfaQiiw 
p$t développé fîp :SpPy#fate d'^^apioiiiaiqpe , qpi Ji^pirgijL d» 
gfiz aqidle sulfhy^rîquç , jtopj; çfffnm le f9i^ dg SQUpre fjooy^g 
page 179). 

P»f t (J|§ç^s,,te |oie dje spuf^e 4pnjaç liçp àij^s ^cr^ns^s^pJW^^)J|Ç^ 
àqe^x qjfiç p<-p4ujsçpt ^^pçiçpp^ ^ntaps 4ofl^ i'gi par^^Ja 
page 51. Dans quelques jpjfcppst^]^iças, ap oonti^ji^^ , 4^ fijpf> 
Ijffftïm^r^mf^p^r 1>ÇW^ s»lQwArta?e qp'il Ia|ss^44gî}ger 4?»» 
Vgftpfi^jc, et ijlpç^ ij d^Ye|(jppe dei^ ^appt^pies ^^ajpgpes ^ 
ceux qui seront décrits plus tj\r(jl (/^. AG^>^ spLf p^pp^Qp^r 

. fifi^^n^ di^ tmv^ proiuif^s par le foie 4p^ s^fv§rh^mil^on 
9 ^Uif(4m^ A?n§ y^ftoœac une gs;^ foirte,#pse,de fqie^çt s<?»ft# 
f^pr.jtjjétprpiip^ï' la mort, pp fepiar.que des IpsipM 4M6érppt^ 
4ap§ Je papal <}ig#^ftf, spi¥ant )a dprée pt Viut^sijLé/Ae l'yempoitr 
l^nuMptpJit. 1? 3>Wôtî|a nw?î8ftr^e ip^ne, li'pp rpuge vif dap^ 
tpute.^p.éj^u^, ppd^ujs plp^ieurs de s«s ppini^, egititapî^ 
par nnp ^ouahe 4^ pp^fi^ d'itn japme vprdàtm* (^gisse;^ focilp i 
déi^sbehei? : oj» repianime quelquefois dans les imestios lafou4- 
geur ut l'eadpit 4ont; je pavle y T tantôt Tintàrieur de Te^tom^is 
psi; rugufiUXy <l'ttp vert foncé ^t parsemé de lacl^ 4'<iu Uanc 
jaunâtre , au milieu des4pp}les on pept distifiijguef despQÎats poîr&i 
la n)e«^rape îptepne in yisicère qpi e^t le siège dpees a|térpt|<ips, 
est çpçQiiyerfp de sonfpe ; la tpnîqpp miospplep^» d'un roi^gp br^a 
dans sa parile ip]^r^pey est verte daus la face qui est ippoKidia^ 
ment ei|^ ppptact avec la itiembi^ne $é]?eiise> on voit dea eo- 
pbymoses 4'un voliime plus ou mcm^s considérable entre les 
tuniques muqueuse et musculepse, et rendant exactement aux 
i^cbes d'un blanc jaupàtre dont je viens de parler; les intestins 
«râles sept 1^ siège d'up^ îpi^animation plus ou moips iptense; 
i^ tppt^t enfin , U fiât ip»f0mhle df 4^'couimr fa moindf^ 
couche de soufre dans l'intérieur du canal difeatif; la 



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brane vmqwnseàe restcMuac^ d'iin rouge vif, i^res^nte ptoieurs 
ttlcère». larges et oireulaines, entre lesquels on voit des ecchy- 
mo^s^e différentes graudi^urs. Les poumons, ordinairement peu 
cr;épitaas^ soint quelquefois mollasses et gorgés d'un sang noir, 
livide, emnêmement Quide ^ d'autres fois ils sont dtursy et con^ 
tjenneut peu d'air. Le ventricule gauôhe du cœur, examiné im- 
médiatemant après la mort, r^enferme, dans certaines eirconstai^ 
ces, du sang noirâtre^ 

Action] du foie de soufre sur Ve'conomie animale, i^ Le 
foie de soufre introduit dans Testomac de l'homme et des chiens 
est iabaûrhé^t|Kiné4atts tous Jesi organe^ et. -dans: l'urine* â"" Il 
agit à la manière 4es poiftons irritons et peut déterminer la 
mort dans l'espace de quelques heures, s'il a été administré à la 
dose de plùsieuni gramtieG^ à i'«tkt solide^ où en dissolution con- 
centrée, et qu'il n'ait pas été rejeté par le vomissement peu de 
fÊemps àpt«ès' sofn ingefttfbn. 9^ Il est décomjï^osé par les acides 
contenus dans l'estomac avec dégagement de gaz abide sulfhydiv 
que et dépôt de soufre qui tapisse la membrane muqueuse; si4es 
acides^ Hbres* de l^estomac sont abondans, la quantité d'acide 
sulfbyâHqUé mise à nu peut être telle que la mont soit presque 
immédiate, parce que ce gaz rendu au moyen des éructations pé- 
nètre dans les poumôitS) et produit datis le sang et dans les di-^ 
vers organes dé l'économie afiiimale des altérations graves; que je 
décrue' plÉfê^ loin (royez Acide sulï'hydrique). 4** Si, au 
conti^ir^, la quantité d'acide libre contetm dans ce viscère est peu 
considérable, ce qui arrive le pïÉs souvent, les effets délétères de 
cette préparation né peuvent pas^ être attribués au gaz acîdè sulf- 
hyâi1((}ue' qui se dégage , la quantité de ce gaz étant au-dessous 
de Celle qpn» l'homme supporte i!5âs les jours impunétâfent : aussi 
la mort n'arrive-t-elle qu^au bout de vUigt-qufftf*é ou trente-six 
heures (si l'on a employé & ou 8 grammes, de foie de soufre), et les 
attérationë des organes et dés liquides, foin d'être les mêmé^ que 
eèltes que détermine l^acide sulfhydrique, ressemblent entière- 
ment à celles que produisent les pdièons irritanfe. 5*** On se 
tromperait sli'on croyait pouvoir conclure toutes 1^ fois que là 
mort arrive quelquesi minutes après l'îiigMion d'iinè forte dose 
dé foie de soufre, qu^elIe est le résultat d'un empoisonnement pro- 



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-- 184 - 

diiit par le gaz acide sumiydrique-; car piùsieur» desf>ûi60D& de 
la classe des irritans , dans lesquels on ne trome ni cet adde ni 
les élémens propres à le former, agissent de la même manière 
que le foie de soufre lorsqu'ils sont administrée à forte dose. 
ei^ Étant injecté dans les veines, il pl*oduit' la mort en stupé- 
fiant * le système nerveux. 7** Là mort qui est le résultat de son 
application extérieure doit être sunout attribuée à Faction stu- 
péfiante qu'il exerce sur le système nerveux, après avoir été ab- 
sorbé. 

ARTICLE VI.-^ DE l'aZOTATE DE POTAS^, DE l'aLUM^ DU 
CHLORHYDRATE d'aMMONIAQVE. 

De l'azotate de potoêse (nitre, salpêtre). 

Comment peut-on reconnaître que Tempoisonnemeot a eu lieu 
par Fazotate de potasse? 

L'azotate de pota^ie solide se présente dans le commerce 
sous forme d'une poudre blanche, ou de cristaux prismatiques^ 
à sixpaus,demi-transparens, quelquefois cannelés, termiftés pai! 
des sommets dièdres ; il est inodore, et doué d'une saveur fratdie 
et piquaùte , il est sans action sur la teinture de tournesol et sur 
le sirop de violettes ; mis sur les charbons ardens, il se décom-r 
pose ; l'oxygène de l'acide azotique se porte sur le cbarboa, qu'il 
lait brûler avec beaucoup plus d'éclat; il se dégage beaucoup.de 
lumière et de calorique, et l'on entend plus pu moins de bruit. Si 
Ton verse de l'acide sulfurique concentré sur l'azotate de potasse 
pulvérisé, il se forme du sulfate de potasse, et l'acide azotique se 
dégage sous forme de vapeurs blanches peu épaisse|i si l'azo- 
tate est pur, tandis qu'elles sont assez denses, si l'azotate contient 
du sel commun , comme cela arrive fréquemment. En ajoutant au 
mélange de potasse et d'acide sulfurique quelques gouttes d'eau 
et de la tournure de cuivre, le gaz qui se dégage est du gaz acide 
azoteux orangé, parce que le cuivre décompose l'acide azotique à 
mesure qu'il est mis à nu. L'azotate de potasse se dissout très 
bien dans l'eau ; il sufiil de quatre fois son poids d'eau à 15'' cent, 
pour opérer cette dissolution. Le mélsinge Jaune d'acide sulftari* 



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— 185 — 

406' «|i de Barcotine pa^e au rouge de iotig dès qu4l esc mis en 
cooiact aveo la pHis légère parcelle d*a2Sf>tate de potasse^ On dis* 
tuqfoera atsément Tazotatc de potasse solide dn sulfate de sonde, 
arec leqael il a été quelquefois oonfoiidn aux caractères suivans : 
l*" le saHate de soude fond et ne fuse pas sur les charbons ar-^ 
dens) ^ il ne fommit point de vapeurs blanches parTacidesulfn- 
rique ni de vapeurs orangées par l'addition du cuivre métallique; 
^ il ne ^colore pas> le sulfaté jaune de narcotlne en rouge sang. 
> Diêêéliiêiùn aqueuêe concentrée. Elle est incolore, transpa- 
rente et ^ns action sur les couleurs végétales $ le chlorure de 
platine y. fak nattre un précipité janne serin, grenu dur et adhé- 
rent au verre; la chaux vive n'en dégage point d'ammoniaque; 
elle Q'est point troublée par l'azoute d'argent, à moins que le 
oitreE, avec lequel elie a été préparée,.ne contienne, comme cela 
acrive souvent^ du chlorure de sodium, dans lequel cas elle donne- 
nili.un précipité de chlorure d'argent blanc, caillebotté, insoèu- 
èle dans l'eau et dans l'acide azotique ûroid ou bouillant et soUi- 
Medan» L'ammoniaque. L'alcool concentré précipite une portion 
fiotabie dn sel^ quoiqu'il en reste encore dans.le liquide alcooli- 
ijpe. En. faisant évaporer la dissolution aqueuse jusqu'à siccité, 
on obtient, de i^aiotate de potasse solide* Cette dissolution tf<m- 
eenârée agit sur le, sulfate de protoxyde de fer» etaur la narcotlne 
mélangée avec de l'acide suifurique, comme îç le dirai en parlant 
delà dissolution aqueuse étendue d'eau. 
: On distinguera la dissolution concentrée de nitre de la disso- 
lution concentrée de sulfate de soude, en ce que la première ne 
précipite pas par les sels solubles de baryte, et qu'elle précipite 
par le chlorure de platine, tandis que l'inverse a lieu pour le sul- 
liMedesonde.^ 

Diêsoluiion. mqueuêe d'aaiùiate de poêoêse étendue d'eau. 
On peut la recoanattre facilement en la transfonnaut en une disso- 
lation concentrée, au moyen de l'évaporation. Toutefois on sera 
autorisé à soupçonner fortement son existence, si le liquide ne 
<%a^ point de vapeurs orangées lorsqu'on le traite par Vacide 
suifurique et par le cuivre, s'il ne précipite ni par le chlorure de 
pbtine, ni par Talcool concentré, s'iLn'exhale point d'odeur am- 
iBoalacale, lorsqu'il est trituré avec de la chaux vive, qu'il com* 



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— im ^ 

HMiaiqi» une ocHiteiiP nmge de saBg an laé^see d'acide stdferi* 
que et de oarcotine^ quand il est employé en très petite pr^fmy 
Éiùn^ et qu'il colore eu brun (café à Teau), le sulfate de prot^xyde 
de fer pulvérisé et délayé dans une assez grande quantité d'acide 
suifurique concentré ; la coloration brune passera au ylcdet, si on 
en éteitidL une goutte ou deuK dans huit à dix gouttes de ce inéme 
ack^ concentré. 

Mélanges d'axQtate d,^ potaese ^t de liquidée aUmentairee, 
iUe mtUièmi x^mUee^ dis eelieey44ç. Oo £aif boAxiUir'datt Une 
caps«iJe de porpeliitiie pendant dix à doiuse mimées, les maiièses 
suspectes, après les avoir éA^ues d^eaq , si ettes étaif ni* trèjp 
épilisses ( 4m sépare par le filtre les matières coagulées. 

Eeçame» de la Uqueunr. Gn TéVIipojre au bain^marie jusqu'à ce 
qu'elle soit assez coaoentrée pour pouvoir cristalliser par le re*- 
âmdlisemeiit $ on retire la capsule du feu; si Ton obii^ii des 
ciisiaux de nitre, d!un blanc jminàtre, oa les sépare, et on oon«- 
slAte leurs propriétés $ d^s le cas contrailre, (^bies, si, a» lieu 
é6crislaux,ilse déppseune massed'nn brun roiigeàtve, on pousse 
riévaporatioi^|àsqu'àsiccité,etr^D agite i^ndant Huit on éik mir 
nmes avec de l'eau distillée froide, le pi^itii;' de l'évapt^atâepi 
d^ refroidi. Après douze ou quinze heures de contact, on fthve; 
ia liqueur, presque toujours .d'un jaune clldr, oontieiit enoofee de 
la matière organique; on l'évaporé lentement pour la îrim cri»«- 
talliser; si l'on n'a pas obtenu du niire ^slalKsé, on agio- 
tera la masse solide bien reûroidie avec de raleooj^ebntôeatréà 
kk degrés de raréopièlre,et on filtrera la liqueur alcoolique après 
un contact dé quatre à cinq heures en vaisseauit dos ;^ l'aleool 
aura coagulé une assez grande quantité de ipatière animale ;. on 
le filtrera, et on fera évaporer le solutum au bain^marie, ain 
d'obtenir d^ cristaux de nitre. Ces crisiaux, ^u'ils^aioàts^ ob- 
tenus à la suite dm. traitement aqueux seulementy eoaimè od9 ar^ 
rivera le plus souvent, ou à l'aide de l'aloool, dotreal se cob^niv- 
ter avec les charbons ardens, l'acide sulfhriqne eiiftciûvre, et les 
sulfates acUtes de narcotine et de fer, comme il a été dit à la p. $84. 
Si, contre toute attente, la dissolution alcoolique ne cri$talllsalt 
pas, il faudrait l'évaporer jusqu'à siccité au bain»-niarie et traiter 
le produit par l'eau froide ; le solutum aqueuiK serait évaporé 



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- m - 

po)frJ/B faire çp^^^ji^gr, J^^ pré^p^cç 41^ ^îtp^ ^^rjsUi^lUf^^^^ - 
içiettra d'^tRrnier jjue ce sel ^vaiité^é ingj^ré. Qo dçvr§i <Bncppe 
Slfffijngofiji^ c^ Ult (dans leis epjs pu il aura été ppo^b^e d'obtçïfjp 
des cristaux bîçn4is;Ua{\ts, et o,ù la masse soWde r^çtap^jà^guiiiî 
dejs évappratjo^^s fnçiçjra jsur ^s,jc)lîarbops arfïiew5.»çjt 4oft»çpa ay^P 
jies ïuatnes a^ens îçeçj^Qpp^ Iç^ réqicfioD^^qîjiq fom:i|if Iç ^ftf^. Il 
jp'^st ;5pj»yeiit arrivé^ d^as ces ^ofje^ de rpcherphe^, de w pQifr 
voir p,as opimw d^ pr^tapx d'a^fliate 4^ ppl^^s;^e, quoiqp^ }a 
^a^ejïpp.crjis^allipç e)L nptabjj^^t an|fnfili§|ée ;sur Jj^gvijeJJLç j.'^- 
gis^is^ep ççntj^t ?^,^ ffffir fjif^^ s^r fj^s pi^^J)Qj?s ardpflS» Wfff 
.'dopuçr di)i,faî bi-p^j(je ,d'?«ofe p^p V?9*f?!^ §»lfpriqMef t Jte pui- 
7jBe, p^ p,9p c^lQffr jB^ rouge. 4ç.^apj; pt e]a ;brHP !§;§ #Çat^ 
.açi4^ jie i}ar.Cfl|iî(Ç /çjt 4p.^. .Pf^SiÇ.Jjj^Jjnf^^it^^^^^ 
jrepdjr^ Rf/ob^J?^e ^'jexi^t^piîpdupitfg ^j^^ tep^^atière^ WIP^ftHk» 
si, p'ayant pas gj)Jtei3i)if dps erfetapî^,)fi )[çasfp,4^ii^cWe pe fif^t 
pas sur les charbons ardens et ne fo{^^^/^ JW^ d^ >1?H^J[# 
d'azoffj avpc Taçijijç ^u^prjqrjp >ç^ le puivre, aipr§ m^jpe jp'eiie 
jColQrçraf^.çn rouge 4pjsafjg;ljî ^ttlfafp %i^fi ^ Vi^rcofXw ^t e^ , 
bri?iî ç^fé lpj5u^f^^de pjffitojxyde de fef; f ^^ilip^n^ ^(JXci4^^lfaf fr 
quçî. Qiipi qu'il en soit, djps ces difféjrpn^.ca* , Jeppjq[)j»4inppaMf> 
Ijçs syjçapt^mes et }f5s léj^ipD^ ^e ^is^u ^yiep^raiept ag^çovn'^ ^ 

rexpert^pwr ^f ^Pî^^ ??, 9>»^^if?P (^>ïPB8*f?^??^«f' ; ^ 

Examen des matières coagulées. Ces m^ljii^fef ^ r^if^i ^fff/i^ 
^pi^j^ Jies ^tfj^s ?n5i>l!^res ^()|%s, çj J^es «^s^ft fj» fiW^ dig^tif 
ço^^é^ par p^jtits ^fcp^p, sprppjtjap^? P^pdWjVWf^^-fflïRW® 
ieiHPes 4âp^ de |*^ap di^t^lj^ fF^i^i k Hw»*? » fW^îès ^vpi^.^ 
fijtr^ , s^ra; tra|^„ CQWne U TJi^ 4'*H^- dit , §« . ^x^n4j;^^ la 
iiqffeur* 

Si aprè3 toutes çes.rec)terç^^P, qpw'ayaitppîn^ décelé lenUre, 
on agirait sur le foie ou les reins. Après avoir coupé ces organes 
en pe0t^ piorceapx, 0» ferait agir *IW ew pendapt ptasi wrs 
hearei», l'i^au distillée froide ; le liqiricte filtré serait ensuite coa- 
gulé à la température de rébuUition,et la liqueur serait filtrée de 
^Pixyeaii pour être soumise à l'évapor^tion et à la cristalU- 
saiion^ ainsi que je l'ai prescrit en parlant des matières liqnides 
Vomies, etc. ' 

S3mp4^m§spt tfkifm^ 4^ tmu défêmndn^k pat i'mQfaif. dp 



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- 188 — 

potasse {F, p. 75). Actiofi sur l'économie animale. Il résulte 
d*iin très granit nombre d'èxt)ériences faîtes sur les (Chiens, et de 
plusieurs observations recueillies chez l'homme : l**que Fàzotaie de 
potasse introduit dans Pestomacde ces animaux est véhénete, et 
susceptible d'occasionner la mort dans Véspace de quelques heures, 
lorsqu'il n'estpa^ vomi, et quila été' administré* à la dose de 8 
à i2 grammes, en poudre ou en dissolution cokeeniréè,' 2* qu'il 
détermine une inflammation ordinairement très intefasé des tissus 
du canal digestif, suivie de symptômes nerveux, tels (jue l'abolition 
^lus ou nioins complète des fonctions îtitellectuenes et sensitives, 
la perte dé la parole, la paralysie des membres, et même une sorte 
de tétanos (1) ; 3° qu*il est absorhéyét qu'il agît à la manfère des 
'poisons ii¥itans qui exercent ultérieurement ilne aôtidn sttïpé- 
fiante àur le système nërveiix ; à^ qu'on le retrouve fecOetûeût 
dans les viscères, tels que lé fdie, Ib rate, les rein^, etc., où il ^t 
passé par voie diabsorption. ; ' 

Telles sôtit lè^ conclusions' publiées par moi en avrili843 ; ces 
conclusions ne diffèrent de celles que j'avais coniîghées dans 
mon Traité de Toxicologie, dès Tannée 1814, qu'en èe que 
j'avais annoncé d'abord que l'azotate de potasse, appliqué sur le 
tissu cellulaire sousH^ùtàné de' la cuisse des cfaièAs u'e'ét pàs\ àh- 
sorbe; mats, àïrifeî*qu*on vient de le Vohr, j'avais rectifié cette er- 
k-enr en avril 18iS.' ... . . 

Le lundi 31 juillet de cette même année, MM. Rôgnetta et 
Mojon lurent à l'Académie des' sciences une note àj^iânt pour 
titré Eà^périénces concernant ràction du nitrate de p&tasse 
sur les lapins f et dans laquelle ils établirent:'!* « que ce 
« sel est absorbé», ce qui n'avait pas besoin d'être prouvé, puis- 
que je l'avais dit formellement; i* « que les lapins sont tués par 

(1) les exemples dfempoîsotmement par l'azotate de potasse à l'état solMe ou 
en dissoliHion GOfieentrée sont teUemeiit bien eonslatés, qu*ilest inpossUile d^Mfr* 
Ter le moindre doute sur les qualités délétères de ce sel; néanmoins on le yoit em- 
ployer jouruellement dans les rhumatismes aigus et dans quelques autres affections 
à des doses très fortes, sans qu'il occasionne les accidens dont j'ai parlé t ces ré- 
sultat^, en apparence ctmlradiQloires peuvent s'eipliqoèr en ayant' égmpd aux* €oo- 
ditions dans lesquelles se trouvent les individus qui en font usage, à Tétat de oon- 
oent^ation de la liqueur, etc. Le tartrate de potasse antimonié, le kermès minéral, 
l'oxyde d'anfiiÉimne, etc. , «é^omflbrtent & cet égard ëomàiel'ttztilBte dé pbfaMe. 



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— ^9 -^ 

« razotaie dejiotasse, soit que le sel ail été mis ds^DS le tis^u cel- 
« lulaire sous- cutané, ^oil qu'il ait, été introduit dans l'estomac», 
ce qui ne surpendra p^r^onne^ les effets io&i<)ues de ce sel ayant été 
m.is hors de doute par des observations nomi;»rei^es recueillies 
chçz l'homme, et par les expériences qii.e j'avais jpubliées dès 
Vannée 1814 ; 3* « qu'il faut au moins 2 grammes d'azotate de po* 
« tasse pour tuer un lapin de taille moyenne», ce qui ne conduit 
à riçn pour déterminer le degré d'intensité. de ce sel chez l'homme ; 
en effet, les lapins succombent avec une telle facilité, lorsqu'ils 
sont soumis à l'action de la plupart des toxiques que des expé- 
rimentateurs .sensés n'ont jamais songé à les faire servir à 
flairer l'histoire de l'empoisonnement chpz l'homme; U° n qu'il 
« n'est pas exact de dire, .comme je l'ai fait , que le nitre agit à la 
« manière d^s poisons irritans, puisque chez les lapins empoison- 
<$ nés par ces messieurs, tous les organes ont paru blancs et d'une 
« ffaccescence remarquable, et que nulle part on n'a pu découvrir 
« la moindre trace d'inflammation.» Si, en énonçant celte conclu- 
sion, on a eu pour but de faire croire que le nitre n'enflamme pas 
les tissus du canal digestif de l'homme et des chiens, on a été ab- 
surde et peu véridique; absurde y parce qu'on aurait dû savoir qu'il 
n'y a aucune conséquence raisonnable à tirer, pour ce qui concerne 
l'homme, d'expériences toxicologiques faites sur des lapins; on a 
éiépeuvéridiqus, parce qu'il résulte de mes expériences sur les 
chiens, dont on veut coniester la valeur, que le niire enflamme 
fortement l'estomac et les intestins de ceux de ces animaux qui en 
ont avalé nne quantité suffisante pour périr , et surtout parce 
que dans plusieurs cas d'empoisonnement, suivis.de mort 
chez Yhommey Vinflammation du caftai digestif a été por- 
tée aussi loin que possible ; ainsi Souville rapporte qu'une 
domestique paourui après avoir pris 48 giammes d'azotate de 
potassej {estomac était rouge, parsemé de taches noirâ- 
tres de la largeur d'une lentille; vers le bas-fond de l'es- 
tonuiCj v/ne de ces ta4:hes était de la grandeur d'un liard; dans 
son centre il y avait un petit trou qui perçait le viscère; le 
canal intestinal était intérieurement rougeâtre (Journal 
de médecine^ tome lxxiii, apnée 1787). Laflite a vu une dame 
qui succomba pour avoir pris 3^ g:raipines d'azotate de potasse. 



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-m- 

£d fkemhràne êsie^rné ai testdmaà était itùn rouge fonce; 
un y remarquait ^uetqùes taches hrunes ; sa tunique^ ve- 
iôùtéé était enflàmfàéè outré miestire, et se trouvait détàcAéè 
dans ptiiitèurs ènaroiti; tinflammation gangténéuse^ corn- 
fnènçait à i^àrificè àardidque et finissait au pylore {îbiJt,, tômé 
Lxsîin). Et c*ést en préséûce dté feàts aussi impôsans que Ton ose 
àfrfciiîer en i^Ui que le ùître ne dévelo^^^e^as la moindîre trace 
d'îhflammàtion !!! S* « que le phénomène Je pfrfs remarquable dé 
(i if'eihpbisohnement par ce seï, estla sécrétion éxiraofdîriâîre dfè 
« f urine. » Il faut convenir que c'est une grande nouveauté que 
d*avoir découvert en i843 que le nître est un puiésânt dîiuréiïqiie ; 
6** « enfin ^e Faction du nître est aîfifaîbM'ssante et qu'A" faut irâîter 
« rèni]^oisoniieinen^ qùll détei4fiinepar une médication sûrriu- 
tt /aw^lé, telle que levm. )> Il éiti est dé cette annôfice comme rfé'éëllé 
qui a été faite par M. Rognetta avec un aplomfe qu'on ne trouverait 
pas ailleurs, à l'occasioii du trailement de rebpoisonnement par 
racidearsénîeux; à cette intoxication, ïlfalïaît également opposer 
"le vîn,reau-de-vie, le bouïlïon, et éviter les antiphïogistiques; qb*en 
est-il résulté? C'est qu'en examinant la question de près, l'on a 
reconnu â l'aide d^expériences faites sur des* chiens et sur des 
chevaux , qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans ïes assertions 
énonciées, ce qui permet 'de supposer que rauteur avait voulu 
mystifier le public. 

Dé l'alun» 

Coihment peût-on reconnaître que rêmpoisonnemént a eùf liett 
par l'alun ? 

Alun crisialïisé à base d'atumthe et dé péfàssé ( sliltate 
d*alumîne et de potasse). Il est en octaèdres ré^liiers*, d'itrié sa- 
veur acide astringente légèrement sucrée, un peu efflorëscèn^'eiî 
été, solubles dans quatorze à quinze parties d'^eau froide et âatïi^ 
un peu plus de leur poids d'eau bouillante. Chauffé Jusqu'au roùge 
dans uïi creuset, l'alun à base de potasse peM qliaV^nte-ciïKf p6ufr' 
cent d*eau, se décompose et laisse du sulfate de potasse mêlé d'a- 
lumine ; en effet, f acide sulfurîque ^ùf était combiné avec celte 
base, s'est en partie volatilisé et en partie décomposé^ en atidé 
sulfureu!x et en oxygène. Si, au Èeu tfagir à: une chaïenr ronge, 



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— f9l — 

on oAiim YUunèumé^&ae^ ehatei»t4(iti»i*n^M^\jûM^f^ 
op!'4«e la o^atiàm w Mi) bonraonflè pluftyoo dégag»j>rvt9«iè Hml^ 
t9aurM nœ porlioil (f 4K3ide 8Qlfiirk}oe, et Fou obtieot Kitlufi 
etdc$$$d éèêpkxmn^oieê. 17 frammes f^t ifalini erisurllteé n'oM 
laméy âpi*èfit dilotnatmi 411^ la grammei d'alun 1 4'oà tl 
askfne la perte aété ée 7 grammes 1/2^ et^ttef^diiD) afaMi daV* 
cioéf^ dà Fetenir an peu d'eau ; en cMeic, si Toit adaMt qM Valtfè 
cmiainisé âoH foriné de 4(5^6 de SttMIate d'ahiame et de pémm 
et de A4^M d'elili^ oa aurait dâ dégager 7 grammes 77/icMiètilaa 
é'eaû, si ki totalité de ce liquide eût été expulaét, alors même 
ipt'tiire partie te f acide sulfuri^ae n'eût pas été YolaiHisée afurëa 
airoU' été déci^mpesëe. 

Diê»oitt$km cêqueUÊeeûneentrée. BUe estiaeolor^y trans^ 
pareme, d'âne s&vem* acide astringente, légèreinent js«erëey 
ef rongh le pii\^v ble» de tournesol. Lès sels sohibles de 
baryte j démomrent la présence de Tacide suMirkrocï en 
folsant Battre tin précipité blanc de sulfate de baryte tmif^ 
lubté dans Teafa et dans Facide azodcfae ptlr. La potasse , la 
sotfdè et î'amfÊMfttiaque y décèieiit l'alumine ; en ^efifet , elles enf 
précipitent cet otyde sdtis forme d'nne gtelée blan^dhe iiisokiklé 
dans Feau et fàeilcmeni solubte dans la potasse et daufS la sonde, 
tandis (Ju'etfe l'est beaucoup moins dans tin excè^ d'âmii)onià(|t^. 
Eiffin, on s'assure qu'elle contient de la potàSse à Faidé dii cblorûre 
dèptsMfae qui f détermine la formation d'un i^rédpité Jaune Serlir^ 
dur, grenu et adhéreirt au verre. J'ajouterai que le g^ 2^(Ê^ 
Sttlfhydrique lie làt troiftllé point, et que là chaux tite H'én de*' 
gage point d'ammoniaque , même après avoir été triturée pen- 
dant lon^ieinjis avec t\\ê. 

Dis9t>hifioH èquettèé Rendue. L'action des réactifs précités 
est la même (Jàe sdr la dissolution concentrée^ , ^ ce li'est ^u'ff 
faut lai concentrer ^ar Févaporatîon pour otHeuir te précipité 
Jaune serhi ateè iecWôrtfre tte^ platine. 

Alun à httsë ëlTpoiti:é9& cétefnéâëi phartnaàtes. Il est pttt- 
térnlent,blànc,et d^uné^veur très^erbe. Si ou le chauffe jus- 
qu'au rougé t^s^ttdaut <}uël4ue tem|D5 seu^ment, H se décompose 
eu acide 4WfW1«(tte, en àcidè sulfureux et en oxygène qui se dé- 
gageirt et eâ sulfate dé potasse et en alirtUine qui' restent ; si l'ac^ 



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^ ittî — 

lion de la chaleur ëtaii poussée encore ^lus loin, le résidu ne 
serait formé que d'alumine et de potasse (riuminate de potasse). 
Lcffsqu'on {ait bouillir Talun càldliié avec de Tean dfetillée v on 
n'en dissout que les quatre cinquièmes ouïes cinq sixièmes, sui- 
vant la manière dont Valunn été calciné; et la dfesôhicîon pos* 
sède tontes les propriétés de la dissolution aqueuse concentrée 
de raiun cristallisé. Le cilsquième ou le sixième , non dissous, 
composé prçbabtement de sous-«Ulfote d'alumine et de potasse, 
est solidile dans Tacide chlorfajdrique pur et faible, qui lui en- 
lève une ik)rtion de potasse et d'alumine, ^ le' ramène à l'état 
d'alun cristallisé. Je mè suis assuré en préparant plusieura^fois 
de Talun calciné, que sa compôsiiion n'était pas identique lors- 
qu'on avait opéré la calcination :dans un creuset ondans un vase 
plus largé.i ainsi, dans le prenûer cas , avec i(^ grammes- d'alun 
cristallisé, je n'ai obtenu que 7 grammes 9 décigrammes d'alun 
solûble dans l'eau et 2 grammes 1 décigramme de poudre inso- 
luble, ce qui Correspond à-peu-près à un cinquième, tandis que 
lorsque j'avais calciné l'alun dans un têt à rôtir large et peu pro- 
fond, afin de chautTer plus également toute la masse, j^obtenais 
8 grammes S4 centigrammes d'alun soluble dans l'eau et seule- 
ment 1 gramme 66 centigrammes de poudre insoluble , c'est-à- 
dire à-peu-près un sixième. Quoiqu'il en soit, en faisant évaporer 
et cristalliser la dissolution des 7 grammes 9 décigrammes d'alun 
préparé dans un creuset, les cristaux d'alun pèsent 14 grammes 
22 centigrammes, ce qui prouve qu'ils ont absorbé 6 grammes 
32 centigrammes d'eau, tandis qu'en opérant de même avec la 
dissolution des 8 grammes 34 centigrammes d'alun préparé 
dans un têt à rôtir le poids des cristaux, s'élève à 15 grammes, 
c'est-à-dire à 78 centigrammes de plus que lorsque l'alun ayait 
été calciné dans un creuset. Comment admettre avec M. Devers 
gie, après ces exj)ériences, que la force de la dissolution de l'a- 
lun puisse être augmentée de plus de deux einquièmes , en 
calciuant ce sel dans un têt à rôtir, quand l'augmentation n'est 
tout au plus que d'un dix-^epiième {Méd. leg. , t. m , p. 334). 
Alun erUtallUé à base d'alumine et d'cmimoniaqu^e. Il 
cristallise en octaèdres : chaufié , il est décomposé en alumine 
pure qui reste dans la cornue, et en sulfite acide d'ammoniaque 



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— 498 — 

qui se vcdatUise; chauffé ou trituré avec de la potasse , il JâifiSe 
dégager de l'ammoniaque : du reste , sa dissolution aqueuse se 
comporte avec la potasse, la soude, Tammoniaque , le chlorure 
de platine, les sels solubles de baryte, l'acide suUhydrique et le 
tournesol, comme l'alun à base de potasse. 

Alun cristallisé à base d'alumine, de potasse et d'ammo- 
niaque. Il est inutile d'en exposer les caractères , attendu qu'ils 
se déduisent de ceux des deux variétés d'alun qui viennent d'être 
décrites. 

Mélanges d'alun à base de potasse et de liquides aliment- 
tairesj de lamatière des vomissemetis ou de celles que ton 
trouve dans le canal digestif. Quelle que soit la consistance 
de ces matières , il serait souvent difficile pour ne pas dire im- 
possible de constater la présence de l'alun à Taide des réactife 
qui servent à le reconnaître dans une dissolution aqueuse. Mieux 
vaut cent fois dessécher les matières dans une capsule de porce-. 
laine, et carboniser le produit avec le liei^ environ de son poids 
d'acide sulfurique concentré et pur ; on fait ensuite bouillir le 
charbon, finement pulvérisé, avec de l'eau distillée, et l'on filtre 
au bout de vingt ou vingt-cinq minutes; la liqueur incolore et 
parfaitement transparente cristallise spontanément ou par une 
évaporation lente, et l'on peut s'assurer que les cristaux sont 
formés par de l'alun à base de potasse. 

Alun à base de potcuse appliqué à la surface de l'estomac^ 
ou combiné avec ce viscère^ soit par suite d'une action chi- 
mique directe^ soit par suite de l'absorption. On fera bouillir 
l'estomac coupé par petits morceaux, avec de l'eau distillée , et 
l'on agira sur la dissolution aqueuse, comme il vient d'être dit. 
Si l'on n'obtient pas d'alun , on carbonisera le viscère lui-même 
avec de l'acide sulfurique concentré et pur. 

Alun à base dépotasse dans le foie^ dan* la rate ou dans 
f urine. Il résulte de mes expériences que l'on peut découvrir ce 
sel dans le foie, dans la rate et dans l'urine des animaux qui ont 
succombé après en avoir pris une quantité suffisante pour occa- 
sionner la mort. On parvient à le déceler, en traitant le foie et la 
rate par l'eau bouillante aiguisée d'acide sulfurique , en évapo- 
rant la liqueur sulfurique jusqu'à siccité, et en carbonisant le 

III. 13 



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— 4W — 

^x^v^ àméGhé avet deFaciAe salfurî^tia p^r. ^ftt à rtirffle, 
on la œéle de suito, âvee cet acide^ et Tod eteuffe jAS(]u'à ee que 
l'on ait dbtenuttQ eharboU) que l'on fait eBMiit» bonitlir aT66 de , 
Veau dîâtUlée. 

action de tatun sur t économie animale. 

ïi'aiun est-il vénéneux et en cas d'affirmatixe quels sont les ae- 
cidens qu'il détermine? Il résulte des expériences nombreuses 
que j'ai tentées avec ce sel ; 1^ qu'il peut être administré à des 
chiens» même faibles, à la dose de 40, 50 ou 6ft grawioea, sans 
occasionner d'autres symptômes que des vomisseanens et ées 
selles ; les animaux sont promptemeiit rétabliS|#^i7« (mt «i^ éva- 
cuations abondantes. La nocuité de l'alun ne saurait donc ètfe 
contestée, alors même qu'on laisse aux animaux la faculté de 
vomir, puisqu'il détermine des vomissemens souvent réitéré». 
Voici comment je m'exprimais à cet égard dans la première édî* 
tion de ma Toxicologie générale, publiée en 1814 (page 274 ée 
. la 2*" part, du tome i) : « J'ai fait prendre à un cbien 24 gramaieB 
« d'alun en poudre ; une heure après, l'animal a vomi aans efiorti 
« et il pe paraissait pas très incommodé. Le kademaki^ il a 
« mangé comme à l'ordinaire, et il s'est trouvé parfaitement ré- 
« tabli. Cette expérience tend à faire croire que l'alun , mêlé 
« aux vins, pourrait dans certaines circonstances occasionaer 
« des accidens. » M. Devergje, attribuant à l'alun des propriétés 
toxiques beaucoup plus énergiques que celles que je lui assîgnott 
a combattu mon opinion, et s'est étayé de quelques expériences 
qui lui sont propres ; mais il est aisé de voir que ces expériences 
n'infirment en aucune manière ce que j'ai établi plus haut ; eo 
effet, dans les' trois premières expériences qu'il rapporte, les 
chiens avaient avalé depuis 16 jusqu'à 32 grammes d'alum eal- 
cinéj et ils ont été rétablis, sans avoir été secouruSf le premier 
après vingt-deux heures et demie, le second au bout de s^ he«h 
res, et le troisième, qui av^it avalé 32 grammes d'alun, au bout 
de quarante-huit heures. Il est vrai que le chien qui fait le sujet 
de la quatrième expérience, et à qui M. Devergie avait donné 64 
grammes d'alun calciné^ mourut huit heures ùj^è$ Tingestioii j 
mais ce fait ne prouve rien contre l'assertion que j'ai 4ini^, car 



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— 195 — 

l'animal n'uvait vomi qu'une petite quantité de matière 
verte écumeuse et n'avait pa4 eu de êelleij tandis que j'avais 
«Il soin d'établir que Talun ne produisait pas d'accidens graves 
quand il avait provoqtéé de^ évacuations abondantes. 

2"» Que s'il n'est pas vomi et qu'il ait été administré à assez 
forie dose^ il tue promptement même les chiens de forte stature. 
Xies cinq dernières expériences, tentées par M. Devergie, ne font 
que confirmer à cet égard, ce que j'avais publié douze ans avant 
lui. A l'ouverture des cadavres, on trouve les parois de l'estoniac 
extrêmement épaisses, durcies et comme tannées par l'alun ; sa 
membrane muqueuse est enflammée dans toute son étendue, sur- 
tout près de l'extrémité splénique, où elle est souvent d'un brun 
foncé. 

3* Que s'il est appliqué sous la peau des chiens à 4a dose de 32 
grammes , il brûle les parties qu'il touche , et les animaux peu- 
vent succomber au bout de quinze à vingt jours à la suppuration 
abondante par laquelle l'inflammation s'est terminée. 

k"* Qu'il est administré journellement et sans inconvénient chez 
l'homme à la dose de 8 et 10 grammes dans les vingt-quatre 
heures, et qu'il ne détermine que fort rarement des nausées et 
des vomissemens, qu'il n'occasionne jamais ou presque jamais 
des douleurs à l'épigastre, mais qu'il a souvent donné lieu à des 
selles quand on en a prescrit plusieurs grammes à-la-foîs. 

5"" Que si Talun calciné était pris à la dose de 30 ou 40 gram-* 
mes à-la-fois par un homme adulie bien portant, tout porte à 
croire qu'il se bornerait à produire des vomissemens et des selles, 
et qu'il n'exercerait pas une action plus délétère que chez les 
chiens, dont la stature et la force sont moindres que celles de 
l'homme ; aussi me serait-il impossible de partager l'opinion de 
M. Devergie, qui pense que les effets de l'alun cher l'homme 
devraient être plus funestes, parce que son estomac est plus sen- 
sible et ses sympathies beaucoup plus actives que chez le chien. ' 
Cette assertion, purement gratuite, est contredite par les faits 
qui sont actuellement dans le domaine de la science. 

6° Que, si après avoir été pris à cette dose, il n'était pas expulsé 
par les vomissemens et par les selles, il pourrait au contraire oc- 
casionner la mort de l'homme. 

13, 



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— iy6 — 

T Qu'il agirait avec beaucoup plus d'énergie, si restomac de 
rhomme, au lieu d'être sain, comme je l'ai supposé jusqu'à pré- 
senti était affecté d'une phlegmasie chronique ; mais qu'il ne 
développerait jamais une dilatation du ventricule gauche du 
cœur, comme l'avait annoncé à tort, M. le docteur Fournier-Des- 
champs, dans une affaire médico-légale pour laquelle je fus con- 
sulté le 24 janvier 1829, et dont voici le sommaire : Madame B. 
fut atteinte, lorsqu'elle était encore en pension à l'Aigle (Orne), 
d*un vomissement presque continuel et tellement opiniâtre, qu'il 
résistait à tous les moyens indiqués : quelles que fussent les sub- 
stances confiées à l'estomac, sans excepter l'eau, elles étaient 
aussitôt rejetées. Le docteur Emangard parvint, au bout de six 
semaines d'un traitement approprié, à faire supporter à la ma- 
lade une eau légèrement lactée ; l'alimentation fut progressive- 
ment augmentée , et la san^é devînt aussi bonne qu'on pouvait 
l'espérer chez une personne dont l'enfance et l'adolescence 
avaient été marquées par un état constamment valétudinaire. En, 
1827, madame B. fut assez souffrante pour garder le lit pendant 
une grande partie de l'hiver. En févrierl828, elle fit appeler pour 
la première fois le docteur Fournier-Deschamps, qui lui donna des 
soins pendant deux mois. Dans le courant de l'été, il survbit des 
irrégularités dans la menstruation qui obligèrent de recourir à des 
sinàpismes, à une infusion de safran, etc. Le 10 septembre 1828, 
ainsi que le déclare le docteur Fournier, madame B. fut incommo- 
dée par un embarras sanguifiyaveeprédùpoêition infUunmar 
toire provenant de la diminution du fltix menstruel. Quels 
que soient le vague et l'insuffisance d'un pareil diagnostic, on 
prescrivit seize sangsues,et po.ur boisson de H gomme arabique/ 
malheureusement le pharmacien délivra par méprise deux paquets 
contenant chacun 16 gram. d'alun calciné. L'un de ces paquets 
ayant été dissous dans un litre environ d'eau tiède, une tasse de 
cette boisson fut présentée à madame B. A peine en avait-elle bu 
deux ou trois cuillerées qu'elle la repoussa, accusant des dou- 
leurs très vives dans la bouche, le pharynx et l'estomac, disant 
qu'elle était empoisonnée et qu'elle avait la bouche brûlée. Au 
rapport du docteur Fournier, « elle se plaignit de nausées, de 
« chaleur vive, de douleurs déchirantes dans tous les points qui 



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— 197 ^ 

<( avaient été en contact avec l'alun ; le pouls était devenu frè- 
te quent et la figure animée j les muscles avaient été agités de 
ik petits fnouvemens convulsifs / les envies de vomir avaient 
ik pris de Taccroissement ; la soif était devenue inextinguible. Msl- 
« dame B: commença à vomir un quart d'heui'e après avoir pris 
a de cette boisson; la malade n'eut pas un quart d'heure dé re- 
« lâche : les vomissemens continuèrent toute la journée (1) ; ils 
a se ralentirent le soir, et ils furent moins fréquens pendant la 
«( nuit; mais la malade éprouva de Tinsomnie ainsi que des dou^ 
a leurs aiguës. Le lendemain il y avait de la fièvre ; les vomisse- 
« mens étaient moins fréquens; mais les angoisses continuaient. 
m La nuit fut encore très agitée. Le jour suivant 2Uj il n'y avait 
« plus de fièvre ; la région épigastrique était devenue très dou- 
« loureuse à la pression et était fortement tendue. Douze sang- 
4( sues ayant été appliquées, la malade était mieux le 26. » Lors 
même que madame B. eût joui d'une santé parfaite, dit lejdocteur 
Foumier dans une de ses dépositions, l'usage d'une pareille bois- 
son était de nature à l'incommoder fortement. 

Appelé pour donner mon opinion dans cette affaire, je m'expri- 
mai ainsi : l'alun calciné est un sel irritant qui peut cependant 
être pris à assez forte dose. sans occasionner la moindre incom- 
modité ; une quantité quintuple de celle qui a été avalée par ma- 
dame B. est journellement administrée à des malades sans qu'ils 
éprouvent même des envies de vomir. Toutefois je ne conteste 
pas que madame B. ait éprouvé de la part de l'alun des accidens 
fitoheux : depuis long-temps elle paratt atteinte d'une affection 
de V estomac, et nous savons qu'avec de pareilles dispositions, 
teUe substance ne sera pas supportée qui le serait à merveille si 
l'estomac n'était pas malade. Ainsi que l'avait fait le docteur 
Marc, je réduisis à sa juste valeur l'étrange assertion du docteur 
Foumier, savoir : que l'alun à la dose de quelques centigrammes 
aurait pu occasionner un anévrysme du cœur; et Tamende in- 
fligée par le tribunal de police correctionnelle au pharmacien fut 
réduite de moitié (^. ma consultation dans le tome i des ^nn. 
éChygiène, année 1829). ^ 

(i) Le doctear FoornieriDe dit pas qu'il avait fait prendre à madame B., dans la 
jowaée dn32» c<mtt« toutes les règles de Tart, trentenieux verres d'eau tiède. 



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198 - 



Du chlorhydrate d'ammùniaque, 

Comment peut-on reconnaître que l'empolsonneinent a en lieu 
par le chlorhydrate d'ammoniaque? 

Le chlorhydrate d'ammoniaqde est solide , le plus ordinaire- 
ment sous forme de morceaux blancs salis çà et là à la snrftice par 
unematière comme charbonneuse; il est tin peu élastique et âuctHe,- 
sa saveur est acre, piquante et urineuse. On petit également Tob- 
tenir cristallisé ; il ne subit aucune altération à Fair. Chauffê, il 
fond et se stibitme. Trituré ayee un alcali puissant (potasse, 
soude, chaux, etc.), il est décomposé avec dégageittent d'am-* 
moniaque facile à reconnaître à son odeur. Il se dissout dans trois 
parties d'eau à 19* c. et dans beaucoup moins d^eau bouiltante. 

Dissolution aqueuse. Elle est incolore, limpide et sans action 
sur les couleurs végétales. L'azotate d'argent en précipite du 
chlorure d'argent blanc, caillebotté. Insoluble dans l'eau, solnble 
dans Fammoniaque et insoluble dans Facide azotique froid et 
bouHlant. Les alcalis puissans en dégagent de rammoniaque* Le 
chlorure de platine y fait naître un précipité jaune serin frenu, 
dur, adhérent au verre, à moins qu'elle tie soit trop étendue. Les 
cart)onates solubles ne la précipitent point. 

Mélanges de chlorhydrate d*ammoniaque et de liquédeê 
régétailx et animaux, des matières vomies ^ ou de eeUes qui 
sont contenues dans le canal digestif et des selles * 81 oeq mé* 
langes n'étaient pas trop colorés, on pourrait chereber à déeeto 
le ^ par les réactifs qui viennent d'être indiqués , parce que ni 
le thé, ni le cai^, ni Feau sucrée, ni le vin, ni le bouillon, ni Fal«« 
bumine, nila gélatine, ne le précipitent, et qu'à coup sûr il exis^ 
tera toujours dans la partie liquide de la matière suspecte ; raaia 
il est de beaucoup préférable d'évaporer la liqueur filtrée jusqu'à 
siccité, et d'agiter le produit desséohé avec de l'alcool coQoentrë 
marquant kk degrés à l'aréomètre, qui dissoudra le chlœ^ydmte 
d'ammoniaque. On filtre ensuite la dissolution alcoolique , et on 
la fait évaporer jusqu'à pellicule pour voir si par hasard {e iA 
ne cristnUise pas. Sans le cas où l'on n'pbt^ndraU p^B des cris- 
tauX) ce qui airivera souvent, on évaporerait jusqu'à tiacité, e| 



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- 199 - 

Ton agiterait U procUiit4aw nm petite quantité d'eau distillée, 
pour avoir une dissolution de chlorhydrate d'ammoniaque asse^ 
concentrée, que Ton reconnaîtrait à Faide de Fazotate d'argent^de 
la cljiaux vive, du chlorure de platine, etc. 

Chlorhydrate d'ammonia^v^ wisiani à la $urf(we du ca- 
nal digestif, dans les tissus de ce [canaf, danâ le foie, ete* 
Oa coupera ces organes en petit» aK>rceaux , et on las fera 
tremper pendant douze à quinze heures dans Teau distillées te 
soluttmirh% aontieiu du chlorhydrate d'ammoniaquei ae tardera 
pas à le fournir, lorsqu'on le sou«iiettrai après l'avoir filtre 
k l'évaporaUp» , k l'action de l'aM^ool , ^ic, ^ owmà il vient 
d'être dit. 

SI Ton agi«saîtsur des matières iq^'à jmtre'fi^'^s, on n'ouUiem 
pas qu'il peut s^ développer du chlorhydrate d'ammoniaque pen^ 
daot l'acte de la putréfaction, comme l'a démontré M* Ghevallieri ei 
que l'un s'exposerait à commettre des erreurs graves, si l'on af^ 
firipait qu'il y a eu .ingestion de chlorhydrate d'ammoniaque, par 
cela seul que l'on aurait obtenu une portion quelconque de ee 
sel ; il faudrait dans ce cas, avant de se prononcer sur l'existence 
plus ou moins prenable de ce toxique» examiner attentivement 
tout ce qui se rapporte au cppimémoratif, aux sympt<)meset 
aux lésions cadavériques. 

Action du 0hl9rhydra$e d'ammof^iaqu$ sur l'4^Qmmi$ 
animale. 

Ce sel, introduit dans l'estomac ou appliqué sous la peau det 
chiens à la dose de 6 à 8 grammes, les tue dans l'espace de quel- 
ques heures, après avoir déterminé des douleurs, des vertiges, 
des moiiyemens convulsifs, eic*, il est absorbé et peut être décelé 
dans le foie ; il porte son action meurtrière sur le système ner- 
veux et sur l'estomac. La lésion de ce dernier organe paraît 
prouvée par l'inflammation dont il a été le siège, toutes les fois 
que le poison a été appliqué sur le tissu cellulaire et que la mor 
n'a eu lieu qu'au bou); de plusieurs heures. 



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— 200 -- 

AICriGLE VII. — DES PRÊPARATIOIIS ARSENICALES. 

De V acide arsénieux (arsenic blanc j oxyde blanc d'a/rsenic, 
mort aux rat*, etc.). 

Comment peut-on reconnaître que Tempoisonnement a lieu 
par Tacide arsénieux? 

Acide arsénieux solide {oxyde blanc d'arsenic)* Cet acide, 
généralement désigné par le vulgaire sous le nom ^arsenic, se 
trouve dans le commerce sous forme d'une poudre blanche, 
que Ton a quelquefois confondue avec le sucre , ou de masses 
blanches, vitreuses, demi-transparentes ; quelquefois ces masses 
sont opaques à Textérieur, lorsque, par exemple, l'acide a été 
exposé à Taîr pendant un temps suffisant ; il n'est pas rare aussi 
de voir les portions transparentes d'un jaune assez foncé. Il est 
inodore , et doué d'une saveur âpre, non eorrosive^ légèrement 
styptique, ne se faisant sentir qu'au bout de plusieurs secondes, 
persistant pendant long-temps, et excitant la salivation à un dé- 
gré marqué (f). Son poids spécifique est de 3,7386 s'il est 
transparent, et de 3,950 s'il est opaque (Guibourt). 

Mis sur des charbons ardens , il se décompose , et fournit de 
l'arsenic qui se répand dans l'atmosphère sous forme de va- 
peurs épaisses brunâtres, d'une odeur alliacée. Ces vapeurs, 
en absorbant l'oxygène de l'air à mesure qu'elles montent dans 
l'atmosphère, passent à l'état d'acide arsénieux blanc (2). 

(i) On a lieu de s'étoimer que le docteur Christison ait avancé « que l'acide ar- 
sénieux n'a pas de saveur, quoi qu'on ait dit et imprimé le contraire » {Journal 
d^Edinburgh, janvier 1830). 

(2) Il est souvent arrivé que les médecins chargés de /aire des rapports de^vant les 
tribunaux ont affirmé qu'il y avait eu empoisonnement par l'acide arsénieux, parce 
qu'ils avaient trouvé dans te canal digestif une matière qui répandait une odeur allia- 
cée lorsqu'on la mettait sur les charbons ardens. Je blâmerai sévèrement cette ma- 
nière d'agir : en effet, le phosphore, l'ail et quelques autres substances offrent la 
mène odeur ; il peut se développer dans Testomac, pendant la digestion, des matières 
qui exhalent une odeur analogue lorsqu'on les chauffe : d'ailleurs, n'arrive-t-il 
pas souvent que l'on se trompe sur le véritable caractère des odeurs. Nous étions 
rapporteurs, Yauquelin et moi, dans une affaire d'empoisonnement : ta matière 
suspecte fut mise sur les charbons ardens à quatre reprises .différentes, et deux fois 
seulement nous crûmes reconnaître Todeur d'ail ; nous nous assurâmes bientôt après 
que cette matière ne contenait pas un atome d'acide arsénieux. Le caractère dont 
il s'agit doit donc être considéré comme un indice^ et non pas comme une preuve 



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_ 20i — 

Siy au tieu de chauffer Vacide arsénieux sur des charbons ar- 
denS| ou le chauffe dans un creuset, ou sur une lame de fer ou 
de cuivre que Ton a fait rougir, il se volatilise sous forme de va* 
peurs blanches sans se décomposer, et n'exhale point d'odeur 
alliacée. Ce fait n'a pas été découvert en 1827, comme Ta dit 
M. Devergie, par un élève en médecine dont le nom ne kii est 
pas connu, m^ bien par Berzélius, qui Fa publié dans son ou- 
vrage intitulé : De l'emploi du chalumeau^p. 153,éd.de 1821. 

La plupart des auteurs de médecine légale prescrivent en- 
core, pour reconnaître Tacide arsénieux solide, de recevoir sur 
une lame de cuivre les vapeurs qu'il exhale lorsqu'on le chauffe 
sur des charbons ardens : cette expérience fournit des résultats 
tellement équivoques et de si peu de valeur, que je me garderai 
bien de la décrire en détail. 

Lorsqu'on introduit dans un tube de verre étroit, long de 25 à 
28 centimètres , quelques parcelles d'un mélange pulvérulent et 
bien sec de parties égales en volume d'acide arsénieux, et d'un 
mélange de carbonate de potasse et de charbon , et que l'on 
chauffe graduellement jusqu'à faire rougir le fond du tube , on 
obtient de Varsenic qui se volatilise et vient se condenser sur 
les parois du tube, à quelques centimètres de son fond. Dans 
cette expérience , la potasse commence par se combiner avec 
l'acide arsénieux , et l'empêche de se volatiliser-, alors le char- 
bon s'empare de son oxygène , avec lequel il forme de l'acide 
carbonique, et l'arsenic est mis à nu. Il importe, pour éviter 
qu'une portion ne se dissipe dans l'atmosphère, ou ne s'oxyde, de 
tirer l'extrémité supérieure du tube à la lampe, après y avoir 
introduit le mélange ; alors on fait rougir l'extrémité fermée du 
tube, et l'on chasse peu-à-peu l'arsenic jusqu'à la partie la plus 
capillaire de ce tube. Pour cela on applique le feu dans une au- 
tre portion du tube, là où la vapeur arsenicale s'était condensée. 
On conçoit en effet qu'il doit être plus aisé d'apercevoir une très 
petite quantité d'arsenic dans un tube excessivement étroit que 
dans un tube large. L'expérience prouve qu'il suffit, pour réus* 

de la présence de l*acide arsénieux : Texistence de ce poison devra être mise hors 
de doute en le faisant dissoudre dans Teau, et eu traitant la dissolution par Facide 
sulfbydrîque. 



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-~ 202 — 

sir, d'agîf sur le plus petit fragment d'afcide arsénieux que Ton 
peut saisir avec des pinces. 

Si Tarsenic sublimé était en trop petite quantité pour pouvoir 
être détaché du tube, et que la surface interne de celui-ci fût 
simplement recouverte d'une légère couche terne grisâtre, on se 
garderait bien de suivre le procédé indiqué par M. Turner, et 
adopté par le docteur Christison : ce procédé consiste à sou- 
mettre la petite couche noire et terne à des sublimations répé- 
tées, afin de transformer l'arsenic en acide arsénieux, et obtenir 
un cercle dé petits crisiaux blancs brillans. Il faudrait tout sim- 
plement plonger au milieu de la flamme de la lampe la partie du 
tube de verre où se trouvent les portions ternes : quelques se- 
condes suffiraient pour rendre celles-ci brillantes ; et si on vovr 
lait alors faire passer l'arsenic à l'état d'acide arsénieux y 
au lieu de sublimer plusieurs fois , ce qui n'est guère praticable 
lorsqu'on agit sur des atomes , il suffirait de mettrç l'arsenic 
au milieu d'un tube assez long^ ouvert par les deux bouts ^ et 
de chauffer la portion qui contient l'arsenic; l'oxydation ne tar- 
derait pas à avoir lieu. 

On pourrait également obtenir l'arsenic du sulfure en calci- 
nant celuiK^î avec de la chaux ou de la potasse sans charbon f 
mais il est préférable d'ajouter un peu de ce dernier corps, pour 
éviter l'oxydation d'une petite portion d'arsenic. Si la quantité de 
sulfure d'arsenic précipité sur laquelle on veut opérer la réduc- 
tion était excessivement faible, il faudrait laisser reposer ce suj- 
fiire dans le vase à expérience , 4écanter à l'aide d'unp pipette 
le liquide qui le surnage, jeter une nouvelle quantité d'oau di^ 
tillée sur le précipité pour le bien laver, séparer encore l'eau de 
lavage au moyen de la pipette , puis placer dans une çap$u}6 de 
porcelaine le précipité et la petite quantité d'eau que )a pipet^ç 
n'aurait pas pu enlever. En laissant cette capsule sur des cen-r 
dres chaudes , il suffirait de quelques heures pour évaporer tOlitQ 
l'eau et pour obtenir le sulfure jaune d'arsenic sec : on le d^ta-* 
cherait alors pour le calciner avec de la potasse et du charbon, 
ou ))ien on eu retirerait l'arsenic à l'aide de l'appareil de Marsh, 
en prenant les préoautions qui seront indiquées plus tard. Si, au 
lieu d'isigir comme je le propose, on suivait la méthode ordinaire. 



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— ioa — 

qui Qonas&ie à laver la précipité jau^e de ^ulCiira ^'aisepio #iir un 
filtre, on s'axpog^rait à perdre le fruit de sou expérience) en 
effet, il $^rait impossible de détacher du filtre desséché la quao!* 
tité exceasivemeut petite de aulfure jaune , di^nt on ne pourrait 
par conséquent pas extraire Tarsenic. 

On pourrait encore chauffer le sulfure d^araenic dans un^ pan 
tite capsule de porcelaine avec de l'acide azotique pour détruira 
la matière organiquci le décomposer çt le transformer en quc^T* 
ques minutes en acide arséniqu^ et en acide sulfuriqu^^que Top 
ferait dissoudre dans Teau distillée à la température de Tét^ulU^ 
tion, et que Ton introduirait dans uq appareil de Marsh, Si le 
sulfure avait été précipité d'une dissolution organique et qu'il fut 
animalisé) il faudraivle traita k plusieurs reprises avec de IV 
cide azotique. 

On a df la peine à comprendre que M. G. de Claubry ait pu 
dire q^eTon s'e^^pose en traitant ainsi le sulfure d'arsenic à ^q^, 
latiliser de Tacide arsénieux , si la température est trop élevéïçt 
Et d'abord, le traitement par l'acide azotique transformi^ l'anse- 
nic en un produit fi^e (acide arséniqiie mêlé d'une tr^ p^it4 
proportion d'arséniate 4'acide arsénieui^) et non fn qçi4^ fttv 
téniet^i quant k l'élévation de temp^ature, elle n'est pas j^ 
craindre déa que je prescris de retirer la capsule d» leUi m^^ 
tôt que le liquide acide est complètement évaporé (Briand» Pi #97)^ 

On s'est damandéy ^ l'occasion d^ la réduction du sulfnr§ d'ar^ 
senic et de l'açido arsénieux, si les fuh^ 4^ v^rr^ UmQ ^t l^ 
verres à expérience faits avec le mtote verre çantiênnent pu 
non de Parêenic, et, en cas d'affirmative, si l'arsenic qui #xis^ 
terait dans ces tube» peut se sublimer lorsqu'on les chauffe au 
rouge, ou bien 6i'il peut abandonner les verres à expérience lors^ 
qn'on introduit dans ceux-ci des réactifs chimiques tels que ceux 
que l'on emploie en médecine légale pour constater la présence 
de l'arsenic dans des matières suspectes* {^'Académie royale de 
médecine a été chargée par A(. le garde des sceauit de résoudre 
cette question. On prévoit de suite son immense portée ; en effet, 
si cela est, il n'y a plus moyen d'établir qu'il y a eu eppoisonue- 
ment par l'arsenic i car, pour arriver à cette confusion aHitnai* 
tive, il &ut découvrir ce corps, soit en chaui^nt lea mttièpas 



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- 20A — 

suspectes jusqu'au rouge dans des tubes de verre^ soit en les 
soumettant à Faction de certains réactifs dans des verree à ex- 
périence : or, chaque fois que Ton aura constaté la présence de 
rarsenic par Tun ou Tautre de ces moyens, on ne manquera pas 
de dire : les expériences ne sont pcLS prohantes , car V arsenic 
obtenu provient des tubes ou des verres à expérience, et non 
des matières suspectes. Hetireusement il n'en est rien, comme 
on va le voir par les résultats des recherches auxquelles se sont 
livrés MM. Renauldin , Marc, Delens , Pelletier et Chevallier, 
commissaires nommés pour résoudre cette question : 

1® L'acide arsénieux n'est pas généralement employé en 
France dans la fabrication du verre ; cependant il est encore 
quelques verreries où il est mis en usage à des doses extrême- 
ment petites; mais cet acide se volatilise par suite de la tempé^ 
rature élevée donnée au verre lors de la fabrication.; [d'où il ré- 
sulte gue même du verre, dans la masse vitreuse duquel on a 
fiait entrer l'acide arsénieux, n'en retient point. 

2® On n'a pas trouvé d'arsenic dans six espèces de tubes de 
verre blanc pris chez les marchands , ni dans six échantillons 
de verre à vitre blanc et très ancien qu'on soupçonnait avoir été 
importé de Bohême, ni dans des tubes de verre blanc dans la fa- 
brication desquels on avait fait entrer à dessein 1/600 ou i/500 
d'acide arsénieux , ni dans des fragmens de verre obtenus eu 
brisant une petite glace étamée et très mince donnée comme 
miroiterie d'Allemagne et venue de Nuremberg. 

3® Les verres à expérience, transparensy tels qu'on doit les 
employer pour les opérations chimiques , ne contiennent pas 
d'arsenic, parce que l'acide arsénieux qui aurait pu entrer dans 
leur composition a été entièrement volatilisé pendant la forma- 
tion du verre ; d'ailleurs, lors même qu'ils en contiendraient des 
atomes, les réactifs mis en usage dans les recherches d'em- 
poisonnement ne pourraient pas attaquer le verre formant cet 
instrument et s'emparer des atomes d'arsenic qu'on supposerait 
y exister. 

4" Il est vrai que les rapporteurs ont trouvé des traces d'arse- 
nic dans un verre de montre opaque, et que, d'après les tra- 
vaux de M. Bontemps , si du verre avait été fabriqué avec un 



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- 205 — 

vingtième d'acide anxieux y il pourrait retenir de cet acide; 
mais alors le verre serait opaque et comme de téniail blanc/ 
d'où il suit qu*il importe de continuer ce qui a été fait jusqu'à ce 
jour, c'est-à-dire ne jamais employer des verres à expérience 
apaquesi, Il est encore vrai que le verre pourrait contenir de 
l'arsenic si l'acide arsénieux avait été employé dans les fabriques 
de gobeletterie à la dose de 1/200 à 1/500, et que la température 
du fourneau n'eût pas été a^sez élevée lors de la fabrication / 
mais dans ce cas, l'acide ne serait qu'interposé entre des masses 
vitreuses et nullement combiné , et l'on pourrait le dégager par 
la chaleur ; en sorte qu'il est prudent, avant de se livrer aux re- 
cherches sur les matières suspectes , de chauffer les tubes jus- 
qu'au rouge pour volatiliser les traces d'acide arsénieux qu'à la 
rigueur ils pourraient contenir. 

5'' Du verre préparé avec de Varséniate de potasse ^àxL sable 
et du carbonate de soude retient de l'arsenic et en laisse subli* 
mer lorsqu'on le chauffe à un feu violent avec du charbon. 
Mais jamais dans aucune fabrique de verre on n'a employé un 
arséniate fixe, et les rapporteurs se sont vus obligés de faire 
eux-mêmes ce verre pour l'expérimenter; d'ailleurs le verre 
préparé ainsi est verdàtre^ en partie transparent et en partie 
opaque : on évitera donc cette source d'erreurs en ne faisant 
usage que de tubes de y erre transparent n'offrant aucune 
teinte verte. 

Il suit de ce qui précède que l'on doit continuer à faiï*e les 
analyses des matières que l'on i^oupçonne contenir de l'arsenic 
dans des tubes de verre , pourvu que ceux-ci soient (ranspa- 
rens, sans aucune teinte verte , et qu'ils aient éié maintenus pen- 
dant quelque temps à une chaleur rouge avant d'y introduire le 
mélange suspect (jà finales d'hygiène j janvier 1834). 

Uacide arsénieux est soluble dans l'eau. Suivant M. Gui- 
bourt, 103 parties d'eau à 15"* dissolvent une partie d'acide ar- 
sénieux transparent, tandis qu'il n'en ûiut que 80 parties si l'a- 
cide est opaque. Ce dernier se dissout dans 7,72 parties d'eau 
bouillante, et l'acide transparent exige 9,33 parties du même 
liquide bouillant. Les dissolutions saturées à la température de 
rébullition,et refroidies, retiennent, savoir : celle de l'acide trans- 



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— 206 — 

pweiit 1/66 d'acide arsénfeui, et cdle de l'acide opaque i/S4. 

Diêêol%ai9n aqtiûuie d'acide arêénieux, €ette dissolution 
•st incolore 9 inodore ^ et douée d'une saveur âpre semblable à 
ttUe de l'adde arsénIeuK solid^^ mais se) faisant sentir nn peu 
|duf tdt. Son action sur la teimuré de toumesoi est t^le que 
jamais ce réactif ne peut sertir à la faire reconnaître ^ et que 
souvent au contraire il peut induire en erreur; aussi les eacperts 
ne itoivent-ils jamais chercher à constater si la dissolution d'a-*- 
eide arsénieux rougit ou non ce tournesoL Elle précipite Veau 
de chaus en blanc (caractère de peu de valeur) ; ce précipité 
d'arsénite de chaux, qui n'est jamais noir, malgré l'assertion de 
plusieurs auteurs de médecine légale , est soluble dans un excès 
d'acide arsénieux. Il suffit de verser quelques gouttes de cette 
dissolution dans du sulfate de H'-osfyde de euivre ammanû^ 
ûal pour obtenir un précipité vert, dont la nuance varie suivant 
la quantité du réactif. Ce précipité d'arsénite de cuivre ne se 
formerait pas, si le sulfate de cuivre ammoniacal était avec 
êotcès d'ammoniaque, parce que cet alcali dissout l'arsénite de 
cuivre; il ne reste dans la dissolution que du sulfate d'ammo^ 
niaque (1). 

Si l'on verse de l'acide arsénieux dans de Vatotate d'argent 
ammoniacal, on obtient un précipité d'arséntte d'argent jaune 
qui brunit par son exposition à la lumière (i). 

(i) Jt femi observer que le sulftite de cuivre ammoniacal est IHeu, et qu'il com- 
munique une couleur verte aux liqueurs jaunitresi lors même qu'elles ne contien- 
nent point d'acide arsénieux : cet effet dépend du mélange des couleurs jaune et 
bleue ; d*où il suit que la coloration en vert n'est pas un caractère suffisant pour 
prdnoneer sur l'existence de l'acide arsénieux et qu'il faudrait nécessairement dé* 
composer l'arsénite de cuivre et en retirer l'arsenic • J'établirai en outre, à la page 
217 f que le sulfate de cuivre ammoniacal fournit avec Tacide arsénieux qui a élé 
mêlé à des liquides colorés, des précipités qui ne sont pas toujours verts. Enfin, 
j'ajouterai que, pour peu qu'il contienne un excès d'ammoniaque, il ne précipite 
pas l'acide arsénieux. Ces faits me permettent de conclure que le réactif dont il s' a-* 
gît est loin de présenter les avantages de V acide sulfhydrique dans la recherche de 
r acide arsénieux; il peut même ^ dans beaucoup de cas, lorsque ce poison est mêlé 
à des liquides colorés, induire les experts en erreur, 

(S) Pour prépa|^r l'azotate d'argent ammomacil, on dissout de l'azotate d'argent 
dans de l'eau distillée; on en précipite l'pxyde d'argent au moyen d'une pelit*» 
quantité d'ammoniaque, puis on ajoute de cet alcali, goutte à goutte, autant qu'il 
eu faut pour redissoudre y u^/e l'oxyde précipité. 



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- 8Q7 ^ 

Voici oommeiKl M* Hiiaie qm a prop<Nié ce rétdtif conseille de 
r^Bf^oyer y oq prend avec un tube de verre une g;outte de ce 
réadif f on la place sur un morceau de papier collé, et on prend, 
d'une autre part} une autre goutte d'acide arsénieux ; on la place 
à côté t on réunit eflftuite les deux gouttes en faisant faire un 
pli au papier ; la liqueur se colore aussitôt en Jaune , et il se 
forme un léger précipité i'^némte d'argent qui passe au brun 
par son exposition à la lumière. — Je commencerai par avou^ 
que, si Ton essaie comparativement l'azotate d'argent aimuonia- 
cal, l'acide sulfhydrique et le sulfate de cuivre ammoniacal > ce 
sera le réactif proposé par M. Hume qui décèlera le mieux des 
atomes d'acide arsénieux, parce qu'il fournit, avec l'oxyde d'ar- 
gent , un précipité très volumineux* Mais je dirai aussi que la 
méthode de M. Hume peut induire en erreur : V parce que l'a- 
cide phosphorique et les phosphates précipitent l'asotate d'ar- 
gent ammoniacal à -peu-près comme l'acide arsénieux : à la vé- 
rité, le pbosphate précipité acquiert une couleur plnt» foncée par 
l'action de la lumière; 2'' parce que l'azotate d'argent ammonia- 
cal , quel que soit le soin avec lequel il est préparé, contient 
toujours de l'ammoniaque libre : or, cet excès ^d'alcali, mis en 
oentact avec une liqueur animale n0n arsenicale^ la colorera 
en jaune ou en jaune rougeâfre^ et comme ces sortes de It- 
q^urs renferment toi^ours des chlorures que l'azotate d'argent 
précipite, il arrivera que l'on obtiendra des précipités jaun^- 
tres, que des experts peu habitués à ce genre de recherches 
pourront prendre à tort pour de l'arsénite d'argent $ a"" parce 
que, dans les cas nombreux |oii la dissolution d'acide arsénieux 
sera mélangée de sel commun ou d'autres chlorures, le préci- 
pité, au lieu d'être jaune « sera d'un blanc légèrement jaunâtre, 
attendu que les chlorures précipitent l'azotate d'argent en blanc. 
De tous les réactifs employés pour déceler l'acide arsénieux 
dissous, celui qui mérite la préférence est sans contredit Yactde 
sulfhydrique liquide et mieux encore gazeux, paroe qu'il four« 
ait de# résultats nullement équivoques et qu'il est assez sensible 
pour dénoter la présence de quantités excessivement minimes 
d'acide arsénieux. Lorsqu'on verse cet acide liquide ou gazeux 
dans une dissolution d'acide arsénieux, la liqueur devient jaune, 



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— 208 — 

et la plus petite quantité d'ammoniaque la rend instantanément 
incolore. Si au lieu de la décolorer ainsi, on Tabandonne à elle- 
même, il se dépose au bout de quelques heures, suivant que la 
température est plus ou moins élevée, du sulfure jaune d'arsenic 
floconneux : la précipitation a lieu sur-le-champ, si on chauffe le 
mélange, ou si Ton y ajoute une petite quantité d'acide chlorhy- 
drique (1) : ce précipité est très soluble dans l'ammoniaque, et 
la dissolution est incolore si |le sulfuré est pur. Les acides azo- 
tique, sulfnrique, oxalique, acétique, tartrique et carbonique 
déterminent aussi la précipitation de ce sulfure; tèutefois les 
trois derniers agissent faiblement. Si, après l'avoir lavé et dessé- 
ché, on le mêle avec de la chaux ou de la potasse et du charbon, 
comme il a été dit en parlant de la rédaction de l'acide arsénieux 
(J^oyez page 201), et qu'on le c>alcine dans un petit tube de verre 
étroit chauffé jusqu'au rouge, et dont l'extrémité supérieure 
aura été préalablement tirée à la lampe, on obtiendra de Var- 
sente volatilisé^ et il restera au fond du tube du sulfure de cal- 
cium ou de potassium. 

Indépendamment de l'acide sulfbydrique qui doit être préféré 
à tous les réactifs connus pour déceler la présence de l'acide ar- 
sénieux, l'appareil de Marsh, dont je parlerai bientôt, fournit en- 
core un excellent moyen de découvrir les plus légères traces de 
ce toxique dissous. Après avoir décrit cet appareil je m'attacherai 
à faire ressortir ses avantages et ses inconvéniens comparative- 
ment avec ceux que présente l'acide sulfbydrique. 

Acide arsénieux dissous dans l'eau^ et mêlé avec des li^ 
quides qui ne l'ont point décomposé. Ces liquides sont le vin 
rouge, le café, le lait, etc. L'acide arsénieux dissous dans l'eau 
ne subit aucune décomposition de la part de ces liquides; il ne 
forme point avec eux des composés chimiques nouveaux : d'où 
il suit qu'il y est simplement à l'état de mélange; et il semblerait 
au premier abord qu'il pourrait être décelé en employant les 
réactifs propres à faire reconnaître sa dissolution aqueuse. Néan- 
moins il n'en est pas toujours ainsi : par son mélange avec des 
liquides colorés, cette dissolution se comporte différemment avec 

(1) si l'acide sulfbydrique dont on se sert contient un atome d*acide étranger, 
le sulfure se précipite dans le même moment. 



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- 20» — 

plusieurs de ces réactifs qu'elle ne le ferait si elle était seule. 
Voici des preuves de ce fait: lorsqu'on verse 30 grammes d'acide 
arsénienx dissous dans 300 grammes de vin rouge, le mélange 
précipite en bleu noirâtre par le sulfate de cuivre ammania- 
oal ': on n'obtient point de précipité quand on mêle ce dernier 
réactif avec une dissolution de parties égales d'acide arsénienx 
et de bouillon ; la liqueur passe simplement au vert sale : l'eau 
de chaux précipite en jaune un mélange fait avec parties égales 
en volume de dissolution arsenicale et de déeoetum de café : 
l'azotate d'argent n'occasionne aucun changement manifeste dans 
du lait contenant un septième de son volufne de dissolution d'a- 
cide arsénieux {Foyez page 206, pour juger de la différence 
entre l'action des réactifs sur ces mélanges et sur la di^lution 
aqueuse). 

Ces données étant bien établies, il sera facile de prévoir la 
marche à suivre dans la recherche du poison qui a été mêlé avec 
les liquides dont je parle. Si le mélange se comporte avec l'eau de 
chaux, le sulfate de cuivre ammoniacal, l'azotate d'argent, et sur- 
tout avec l'acide sulfhydrique^ comme il a été dit aux p. 206 et 209, 
on conclura qu'il contient de l'acide arsénieux en dissolution. 
' S'il n'en est pas ainsi, qu'il y ait un, deux ou trois de ces réactifo^ 
dont les précipités tendent à faire croire à l'existence de l'acide, 
tandis que les autres portent à tirer une conclusion opposée, on 
regardera les essais par les réactifs comme insufflsans pour pro- 
noncer (1). Alors, 9i le liquide est colore', on y versera un ex- 
cès d'acide snlfhydrique et quelques gouttes d'acide chloiiiydri- 
qoe. L'acide sulfhydrique jouit de la propriété de décolorer 
plusieurs matières colorantes, en sorte que souvent la couleur 
du liquide deviendra moins intense; mais ce qu'il faut surtout 
remarquer, c'est que, par ce moyen, tout l'acide arsénieux sert 
décomposé et transformé en sulfure d'arsenic d'un jaune ;>/im ou 
moine fonce'; on filtrera, et Ton obtiendra ce sulfure sur le filtre ; 
on le desséchera, et on le calcinera avec de la potassé ou de la 
chaux et du charbon pour en obtenir l'arsenic {Foyez p. 201). 



(1) Lorsqu'on essaie ainsi une liqueur suspecte par des réactifs, il ne faut agir 
que sur quelques gouttes de cette liqueur, afin de ne pas en perdre sensiblement. 
m. i4 



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— ftlÔ - 

Lt préMnce ém mUawe d'Areenic.et de ranaufe i^Meau ^mttH 
fom ftttoftter que la dissoludoo colorée rMfitrmàttde r«<Me «r^ 
ftlUdesK. Ce piXM^édé de rédoedoii esl po«r le moim aussi «L«ot 
et Mssi rigoureux que eeloi qui a été conseilU par Berzélk», qui 
est heaucoup trop cou^iUqué ptour que je l'adopte. Si le liquidé 
eoloré éu iiMùlore ne foumU point de précipité par Taélde 
sttUhydffique, tors même qu'U aérait j^uni parée réactif, on le trstf- 
tara ^ûomaie î) seta dit eu pariant de laonatièredes ¥i0«»isseHien6. 
Je ferai deai^ remarques impartantes reiaUyèmeot au sulfure 
d'arsenic 4)btenu de i'açide arsénieuK quia été méfté è eêrtaims \\r 
qnides c«torés : la première, c'est qu'il airive quelquefois que ce 
SutAire, au Ueud'étne d'un beau jaunç^ ^td'un |âune rougeàtre ouk 
r<0«ge4t2)S£t même brunâtre ^ il peut alors dtre mélangéde êoufrs, 
d'une matière organiqvs, et quelquefois même de sulfaresde 
i^ivpe at de pkmb^ On le purifie en le lavant ex en l'introduisant 
dï^ns un petU Hacon contenant de f acide dilorhydrique liquide 
pi^r et concentré qui dissout la tnaiière organique et la minime 
prop^ortion des ^fiires qu'il renferme, sans toucher au sulfure 
^arsenic ni s^n soufre. Pour séparer celiii^cî, on décante la liqueur 
cUtorbydrique , en lave avec de f eau distillée mélangée d'm 
cinquantième de son p<»ds environ d'aa^moniacpie liquide qui 
(Ussout Umt le^ sulfiire d'arsenic et n'attaque pas sensiblement 
le soufre. Pour être c^ain d'avoir dissous tout le suUure d'ar^ 
senic* on verse l'eau ammoniacale sur le pitre à trois ou quaure 
reprises djffiérentes. La liqueur ainsi filtrée plusiinirs Ibis étant trai- 
tée par, l'acide chlorhydrique pur laisse déposer du sulfui^ jaune 
d'arsenic à-peu-près exempt de soufre.On peut à larîgueur^pour les 
besoins de la Médecine légale , néf^ger le lavage à l'eau ammsr 
ndaeale et ne pi^ se préoccuper de la présence du soufre dans le 
mélange $ en eiét le sulfure d'arsenic ainsi ^lélangé n'en sera pas 
M>ftns4écampoaé par la potasse et le charbon lorequ'on le chauf- 
fera dans un tube de verre et ne fournira pas moins d'i»*8enie que 
a'il ji'était pas mélangé de soufre. Il y aurait, au contraire, quel- 
ques précautions. à prradre pour obtenir l'arsenic du sulfure, « 
celui-ci n'avait pas été séparé de la matière organique par l'acide 
chlorhydrique, avant de le décomppser par la potasse et le char- 
bon i en effet, il se dégagerait alors une huile empyreumatique. 



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- «41 — 

dn sesqui-earbonate d^ammoniaque, etc. ; or cette httile se Totati- 
Userait dans le tube où Ton fait la réduction, s'appliquerait sur 
les parois de ce tube, en même temps que Tarsenic ; ce qui 
pourrait altérer les qualités physiques de celui-ci. Les précau- 
tions à prendre en pareil cas consisteraient à chauflter gpraduelle- 
ment le sulftire d'arsenic pour décomposerif^a^orctla matière or- 
gainique^et à introduire de temps en temps dans le tube, et à plu- 
sieurs reprises, un petit papier brouillard contourné en spirale, 
afin d'absorber les Tapeurs huileuses et ammoniacales ; lorsqu'on 
s'apercevrait qu'il ne se dégage plus de ces vapeurs, on sus- 
pendrait l'opération, on effilerait le tube à la lampe, puis on 
élèverait davantage la température pour décomposer le sulfure 
d'arsenic et obtenir l'arsenic (1). 

La deuxième remarque, sans contredit la plus importante, 
c'est que déjà dans quelques expertises les matières analysées 
traitées par l'acide sulfhydrique ont fourni des précipitée 
jaunes solubles dans F ammoniaque, que^'on aurait été tenté 
de prendre pour du sulfure d'arsenic et qui pourtant n'étaient 
fionnës que de matière organique. De là l'indispensable néees- 



(1) Il résulte de ce qui précède que je renonce tout-à-fait^ dam la recherche de 
radde arséuîeux mêlé à des liquides colârés, au procédé qui consiste à décolorer 
fméainHemenù la liqueur^ sok au mofen du chétràon amrttml, soit an meyem du 
«hli^re. L'expérience m'a prouvé en effet que œtte âécoloratioa eit tûut-à-liit l'uci» 
tàle dans l'espèce, et que l'acide sulfhydrique sépare constamment Tacide aryénieuXi 
à rétat de sulfure, des liquides colorés, légèrement acidulés, dans lesquels la pré- 
ioioe de ce poison aurait pu être démontrée par les réactifs convenablet après k 
^^BcoloratioQ, M. Devergie pre&ent de décolorer la liqueur par le cliaf^n ipûinal, 
ce qu'il ne faut pas admettre, parce que ce charbon absorbe une quantité notable 
d^dde arsénieux ; il rejette, en outre, l'emploi du chlore comme décolorant, parce 
q«e, dit<4l, eet «|ent fait pas>er l'adde arsénieux à l'état d'aeide arsénique, qtte k 
udfate de cuivre ammoniacal et P acide sulfhydrique ne précipitei^ pltts («rt. ^i^ 
SKKic du Dictionnaire de médecine et de chirurgie). Il me serait difficile de ne pas 
relever une pareille erreur. On lit dans tous les ouvrages élémentaires que l'acide 
qr^Mqué précipite en blea par le sidfate de cuivre aihmoniacal à fW)id, et en Jaune 
par Tacide suUhydrique, pourm qu'on porte la liqu^r juaqji'à Tébullition ; dr'aiU 
leurs, M. Devergie peut s'assurer de l'inexactitude du fait qu'il annonce, endéco- 
torant du vin contenant de l'acide arsénieux par la quantité de chlore nécessaire 
pour faire perdre eu liquide sa couleur rouge, et en filtrant; la liqaenr fiMe 
précipitera en vert bleuâtre et en jaune par les deux réactifs .emplojéft, eovnie je 
Pavais annoncé ; çt si M. Devei^ie a vu le contraire, c'est qu'il a mal expérimenté, 
en versant beaucoup trop de chlore sur le liquide coloré. 
14. 



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W/^ de décomposer ces précipités par la potasse et le charbon, ou 
par Vacide azotique et Tappareil ie'IA2irihfpaurenobfenir l'arêe- 
nie, avant de se prononcer sur leur nature. DansKaffaireLafarge, 
les experts de Brive, opérant sur un précipité jaune qu'ils avaient 
recueilli en traitant le décoctum aqueux de Testomac par Tacide 
sulfhydrique^ eurent le malheur de casser le tube dans lequel ils 
essayaient de réduire ce précipité jaune -, ils n'obtinrent pai* con- 
séquent pas d'arsenic ; cependant ils conclurent que ce toxique 
existait dans le corps Lafarge : c'était une faute. Voici comment 
je m'exprimai à cet égard dans une lettre que j'écrivis à M* Pail- 
let, défenseur de l'accusée. 

,; Parii, le20 aoûti840. 

« Monsieur, 

a Vous me demandez, par votre lettre du 17 de ce mois, s'il 
« suffît pour affirmer qu'une liqueur recueillie dans le canal di- 
« gestif d'un cadavre ou préparée en faisant bouillir dans l'eau 
<c distillée une partie de ce canal, contient de l'acide arsénienx, 
« d'obtenir avec elle et l'acide sulfhydrique, i^nprecipt^^'jf'aun^ 
« floconneuse soluble dans Vanmioniaque* Non, monsieur. 
« Tous les médecins légistes prescrivent de réduire par un pro* 
« cédé quelconque le précipité jaune et d'en retirer de l'ar- 
« ienic. J'ai longuement insisté dans mes ouvrages sur la né- 
^ cessité de recourir à cette extraction, et j'ai vivement blftmé 
« ceux qui, ayant négligé de la faire, concluraient cependant à 
« la présence d'un composé arsenical dans les flocons jaunes dont 
« il s'agit. 

« En 1830, Barruel et moi, nous avons décrit dans le tome 
« III* des Annale» d'hygiène une affaire judiciaire dans la* 
ik quelle vous trouverez la solution de la question que vous m'a- 
« dressez. Des experts, qu'il est inutile de nommer, élevaient dé 
« graves soupçons d'empoisonnement par cela seul qu'ils avaient 
if. obtenu, en traitant certains liquides par l'acide sulfliydrique, 
« un précipité jaune floconneux soluble dans l'ammoniaque. 
« Nous reconnûmes que cette prétendue préparation arsenicale 
ik jwne ne contenait pas un atome d'arsenic lorsqu'on cherchait 
« à la réduire, et qu'elle n'était autre chose qu'une matière ani- 
K maie contenue dans la bile. M. Chevallier vient d'insérer^ dans 



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— 213 — 

« le dernier naméro du Jovmal de chimie médieale, une note 
a dans laquelle il annonce avoir trouvé, deux fois depuis 1830, 
« une substance analogue. 
« Agréez, etc. • Orfila. » 

Acide anénieux pulvérulent niélé à diverêes. iubêtan- 
ces solides. Si Facide arsénieui fait partie d*un emplâtre, ou 
de tout antre médicament externe solide, on coupera celui-ci en 
petits fragmens, que Ton fera bouillir pendant un quart d'heure, 
avec dix à douze fois leur poids d'eau distillée bouillante : par 
cemoyen, l'acide arsénieux, que je suppose mêlé avec les autres 
substances, sera dissous ; on filtrera ; la liqueur filtrée se com- 
portera de Tune des deux manières suivantes : !• Elle fournira 
avec les réactifs propres à déceler l'acide arsénieux , les mêmes 
précipités que la dissolution aqueuse : dans ce cas, le médecin ne 
balancera pas à affirmer que l'emplâtre est empoisonné. 2^ Elle 
donnera avec les mêmes réactifs des précipités autrement co- 
lorés, ce qui peut tenir à la présence de quelque matière colo- 
rante faisant partie du médicament externe, et qui aurait été 
dissoute en même temps que l'acide arsénieux. Alors, avant de 
se prononcer , Thomme de l'art devra faire les recherches que j'ai 
indiquées plus haut en parlant de J'acide arsénieux mêlé à du 
vin, du café, etc. {Foyez page 208). 

Acide anénieux combiné avec diversee êubêtanees soli-- 
des. Si l'acide arsénieux est tellement retenu par les substances 
dont je parle > qu'il soit impossible dé le dissoudre dans l'eau 
bouillante, ce qui n'est guère présumable, il faut nécessaire- 
ment avoir recours au procédé que je vais décrire dans le para- 
graphe suivant. 

Acide arsénieux faisant partie de la m^itière des vomiS" 
semens , des liquides ou des solides contenus dans le canal 
digestif j des tissus qui composent ce canal. 

On commencera par examiner attentivement ces matières ; 
peut-être découvrira- t-on une poudre blanche ou des fragndens 
d'acide arsénieux : on les séparera , et on les traitera comme je 
l'ai 'dit en parlant de l'acide solide. Supposons que ces premiè- 
res recherches soient infructueuses , on s'occupera du liquide s 



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— 214 — 

on le filtrera , après Tavoir exprimé dans un linge fin pour le 
séparer des matières solides , que Ton conservera : le liquide 
filtré sera traité par un courant de gaz acide sulfhydrique , et 
par un peu d'acide chlorhydrique (^oy, n. 207) : si l'on obtient 
du sulfure jaune d'arsenic , d'où l'on prisse retirer l'arsenic, on 
aflBrmera qu'il renferme de l'acidd arsénieux* 

Si le liquide n'avait pas précipité par l'acide sulfhydrique et 
quelques gouttes d'acide chlorhydrique, il faudrait faire bouillir 
pendant une heure , avec de l'eau distillée, toutes les matines 
solides suspectes, afin de dissoudre l'acide arsénieux qu'elles 
pourraient renfermer et de coaguler une certaine quantité 4e 
matière organique. Cette opération est indispensable^ car les 
particules d'acide arsénieux s'attachent tellement à la membrane 
muqueuse de l'estomac et des intestins , et aux matières conte- 
nue^ dans le canal digestif, qu'il n'est pas toiyours aisé de les 
apercievoir ni de les dissoudre autrement que par l'ébulHUon. Si 
la dissolution , après avoir été filtrée , fournissait , avec l'acide 
suUhydrique et quelques gouttes d'acide chlorhydrique^ un pré- 
eipité jaune de sulfure d'afsenic dont on aurait retiré l'arsenic 
(0py. p. 207), il faudrait conclure qu'elle contient de l'acide ar^ 
sénièux. Si elle acquérait une couleur jai^n^, sans laisser dépo- 
4^ des flocons de sulfure d'arsenic , même au bout de vingt-' 
quatre heures , il faudrait, avant d'affirmer qu'elle ne renferme 
point d'acfd^ arsénieux, séparer la matière organique qui pour- 
rait empêcher la précipitation de ce sulfure. Je ^e saurais assez 
attirer l'attention sur ce fait, savoir, que^ par son mélange avec 
des matières animales, l'acide arsénieux dissous est moêqué au 
point d^ ne pas précipiter et qtielquefoi^ même de ne pas 
jaunir lorsqu'on le traite par l'acide sulfhydrique; voicî des 
fajyts qui mettront cette vérité hors 4e dpute : 

l*" J'ai dissous un gramme et deipi de gélatine dans 
100 grammes d'eau distillée ^ la dissolution a été divisée 
eu deux pai^ties égales ;i après avoir été mêlée avec quatre 
gouttes de solufum concentré d'acide arsénieux : dans 
l'une de ces parties on a versé de l'acide sulfhydrique et une 
ou deux gouttes d'acide chlorhydrique ; la liqueur est devenue 
jatwe «ur-le-champ p n^ais n'a point dpnné de précipité de 



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— 21S — 

soMire d'arëenie. L'autre pafftie a été scMdiae k VébnlMffû 
avec A grammes environ d'acide azolÉqne, pomt détruire ta 
fn^iH^e QLûîm^i et &h botit d'ane demi-heure on a saturé l'etcès 
(fdcide par 4a potasse p«re. Mêlée datls eet état avec de Tacide 
sQlftrydriqaey elle a fonrvi siir*le*champ un préùipité floean-^ 
nèusf de iMlfure Jaune d^areenie entièreilimt solnble èsM 
l'àmmaniaqne. M. Rapp a donc été induit en erreur m aniHMH 
Cant que les réactifs ne pouvaient point déceler Tacide arsénîeui^ 
krs même que Fon avait traité par Facide azotique les liquides 
animaux mêlés avec ce poison : oeta tient sani déùte à ce qu'il 
n'a pdkkt cherché Facide arséuieuit par les addes sulfhydrique 
etchlorkjdriquey mais bien par le sâMàte de cuivre ammouiacia), 
qui, dan$ ee cae surtout^ est un réactif fort iBidèle. 

rLe 18 juillet 1826 , on a introduit dans tnû bocal à large 
oarerture, ^'ou a exposé à Fair^ 2 litres d'eau tenant en disso^ 
Imion 90 centigrammes diacide arsénieui et environ le tiers d'un 
canal intestinal d'un eadavre. Le 12 août suivant le méhmge ex^ 
baiait à peine une odeur désagréable; la liqueur filtrée ne Jau* 
nUêait ni né préoifitait par ïaeide êulfhydrique i tandis 
({u^après avoir été évaporée jusqu'à siccitéy il Suffisait de 
^iter le produit par Feau bouillante pour que Facide snlfhy- 
friqae celarift et précipitât la dlssoli|tio« en jaulie (suKil^ 
d'arsenic). Le 5 mai 1827 la liqueur était fonement alea^ 
Hne et ne se cotoraH patf uod plus en jaune par l'acide sulfty'^ 
irique. 

S*" Uu hotmne atait empoisonné {dusieurs personnes aVee du 
psin centeuam de Faeide arséniettx. Des ^perts d'Angers avaient 
fiût bouillir ce pain dans Feau et avalent traité le déiêtuni par 
l'acide sulfhydrique galeux ) voyant qu'ils n'obtenaient point un 
précipité de sAlfure/oun^ Ils avaient conclu que le paiu ne ren^ 
fermait point d'arseniè. Une seconde expertise, faite par deux 
chimistes de I^ris, s'était terdiinée de même. Je fos alors chargé 
<l€i procéder, avec Barruel, à la recherché dé FacMe arsénieui. 
Noos attendîmes plusieurs jours pour laisser au précipité jaune 
âe sQlfure d'arsenic le temps de se déposer du iéeoûtuni aqueux, 
ce que n'avaient pas fait les autres experts, et nous fetiràmes de 
têtêMié d« €6 aulfore* Le cérps du délit arriva à Atiger» au 



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— 216 — 

moment où les débats allaient être clos : Taccusé, déclaré cou- 
pable, fut condamné à mort. 

4^ Le liquide obtenu en faisant bouillir Testomac de Soufflari 
pendant une heure avec 2 libres d*eau distillée /fut acidulé par 
l'acide chlorhydrique et soumis à un courant de gaz acide suif- 
hydrique; au bout de trou mois seulement il s'était déposé du 
sulfure jaune d'arsenic^ de manière à pouvoir être séparé par le 
filtre. 

Est-il nécessaire, à l'occasion de ces faits, de réfuter l'assertion 
émise par MM. Hombron et Soullié, savoir : « Que les matières vo- 
« mies, les liquides contenus dans le canal digestif et les dissolu- 
« tiens provenant des décoctions aqueuses de l'estomac, du se- 
« mm, du caillot du sang et dé la bile de chiens robustes empoi- 
« sonnés par 2 gram. 20 centigram. d'acide arsénieux, dissous 
« dans 64 grammes d'eau et introduit dan^ l'estomac ne fournis- 
« sent point d'arsenic à l'analyse » (^Nouvelle* recherches sur 
F empoisonnement par l'acide arsénieux. Brest, 1836). L'er- 
reur est par trop manifeste, comme je l'ai démontré dans un 
Mémoire lu à l'Académie royale de médecine le 29 janvier 1839. 
On devra donc regarder comme fabuleuse l'annonce du journal 
V Armoricain Am 18 avril 1835, qui avait provoqué le travail de 
MM. Hombron et Soullié. Voici le passage le plus saillant de 
cette annonce : '« Marguerite Jœger, cette épouse, cette fille, 
4( cette mère dénaturée, faisait bouillir une certaine quantité 
« d'arsenic (acide arsénieux) dans un litre d'eau , faisait passer 
*k le liquide au travers d'un linge lorsqu'il était refroidi, et mé- 
4c lait cette eau avec un verre de vin, avec une tasse de lait, avec 
<( du bouillon. Il en résultait que l'arsenic, extrêmement divisé, 
« ne pouvait être retrouvé dans les intestins des personnes à qui 
« elle l'administrait. Les gens de l'art auxquels la veuve Jœger 
« expliqua cet infernal procédé en firent l'essai sur un veau, sur 
« un porc; ces animaux sont morts avec une rapidité effrayante, 
« et l'ouverture de leurs entrailles n'a présenté aucune trace 
« d'^poisonnement. » 

S'il est démontré par les expériences précitées que, dans un assez 
grand nombre de cas, la matière organique qui reste encore après 
la coagulation par la chaleur de l'ébullition est un obstacle à la pré- 



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— 217 — 

cipltatioaderacidearséiiieux par le gaz acide sulfhydricpie, et pilr 
conséquent à la découverte du toxique, il faut de toute nécessité 
enlever une nouvelle proportion de matière organique eidé- 
traire la portion que Ton ne sera pas parvenu à séparer (1). 
On enlève une nouvelle quantité de matière organique en fil- 
trant le liquide qui sumaigelecoagulum, en Tévaporant jusqu'au 

(1) C'est en vain que pour déceler l'acide arsénieux, dans ces sortes de cas» on 
aurait recours au sulfate de cuivre ammoniacal; non-seulement ce réactif serait im- 
puissant^ mais souvent encore son emploi pourrait induire en erreur. Voici des 
expériences qui mettront cette vérité hors de doute : !<> on a versé dans une disso- 
lution de gélatine une goutte de solutum concentré d'acide arsénieux ; l'acide suif- 
hydrique jaunissait la liqueur sans la précipiter ; le sulfate de cuivre ammoniacal 
ne Taltérait point ; ^ Avec trois gouttes de solutum arsenical et Faddesulfbydriqiie, 
la dissolution de gélatine prenait une couleur jaune foncé, mais ne précipitait 
point, même en y ajoutant de Tacide chlorhydrique : le.sulfate de cuivre ammonia* 
cal, au contraire, ne lui faisait subir aucun changement ; S^ Sept gouttes de disso- 
lution d'acide arsénieux ont fourni un précipité floconneux de sulfure d'arsenic 
jaune, surtout à raide de l'acide chlorhydrique : avec quatre gouttes de la même 
dissolution, le sulfate de cuivre ammoniacal a donné une couleur verte sans préci- 
piter ; il en était de même avec sept gouttes; 4** Dans une autre. expérience, après 
avoir détruit par l'acide azotique la matière animale que l'on avait mêlée avec qua- 
tre gouttes de dissolution d'acide arsénieux, on a obtenu des flocons jaunes de 
sulfure d'arsenic à Faide de l'acide sulfhydrique et d'une ou deux gouttes d'acide 
chlorhydrique, tandis que le sulfate de cuivre ammoniacal se bornait à verdir la 
liqueur sans la précipiter, lors même qu'on y ajoutait douze gouttes de dissolution 
d'adde arsénieux ; 5° le sulfote de cuivre ammoniacal, versé dan& un mélange de 
12 ou 15 parties devin rouge et d'une partie d'une dissolution concentrée d'acide 
arsénieux, précipite en ùleu noirâtre au lieu de fournir un précipité vert. P'où il 
résulte que dans certaines ciroonstatices où il existe une proportion d'acide arsé- 
nieux susceptible d'être décelée par l'adde «ulfhydrique, le sulfate de cuivre am- 
moniacal n'esÉg^re propre à le découvrir. Établissons maintenant qu'il est des cas 
où ce sulfate P|^tiit faire croire au premier abord qu^une liqueur contient de 
tacide arsénieux quand elle n'en renferme pas. Ce réactif offre une couleur bleue, 
en sorte que si on le verse dans une liqueur jaune ne contenant point d'acide arsé- 
nieux, on obtiendra une coloration verte par suite du mélange du jaune et du bleu ; 
c'est ce qui arrive avec une décoction d'ognon filtrée ; à la vérité, il ne se ramasse 
aucun précipité dans ce cas. Le suc d'ognon, surtout s*il n'a pas été filtré, se co- 
lore également en vert et fournit un précipité gris verdatre, qui pourrait faire 
croire à des experts inhabiles que la liqueur renferme de l'acide arsénieux ; mais 
pour peu que l'on examine attentivement ce précipité, on verra qu'il n'offre aucu- 
nement la couleur de l'arsénite de cuivre et qu'il ne possède aucun de ses carao- 
tères. J'ajouterai, enfin que dans la plupart des cas les liquides retirés dû canal 
digestif de l'homme sont jaunes ou jaunâtres, qu'ils verdissent et précipitent même 
avec le sulfate de cuivre ammoniacal, sans que pour cela ils renferment de l'acide 
arsénieux. Les gens de l'art ne sauraient donc assez se teab en garde contre ce ré- 
actif, qu'il est prudent, suivant moi, de ne jamais employer. 



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— 218 — 

%oan de «oh volume^ et en le mêlant, après qu'il a été refi'éidi, 
avec son poids environ d'alcool concentré marquant M degrés à 
Taréomètre (Braconnoi) j Talcool coagulera nne nouvelle quan- 
tité de matière organique et retiendra Vacide anénieua en 
dissolution; on filtrera et on gardera la nlatière coagulée par le 
feu et par Tacool. Le liquide alcoolique filtré, acididé par qtiel-^ 
ques gouttes d'acide chlorhydrique, sera soun^p à un courant de 
gaz acide ftulffaydrtque qui précipitera auéiitôt dU suif lire jaune 
d'arsenic dont on devra retirer l'arsenic, comme il a été dit à 
la page 201. La liqueur qui snmage ce précipité ne retient pas 
de Tacide arsénieux parce que Facide sulfhydrique l^a précipité 
en eùtier. 

Si après avoir ainsi sépai^ par Talcool toute la matière erga-^ 
niqne susceptible d'être précipitée par cet ageilti Tacide sùlthy- 
drique né décelait pas Texistènce de Tacide arsénieux., on pour- 
rait afiinner que la liqueur alcoolique n'en renferme point ou 
qu'elle en contient à peine *, quoi qu'il eil soit, loin de jeter cette 
liqueur, qu'elle ait été ou non précipitée en jaune par l'acide suif- 
hydrique, il Caudra l'évaporer jusqu'à siccité et traiter le produit 
de l'évaporation par tin agent qui détruire le reâte de là matière 
organique, comme je vais le dire dans le paragraphe suivant. 

Recherche de l'acide areénieuw dam les matières coa- 
gulées par la chaleur et par l'alcool, et dans leè matières 
solides que l'on aurait ramassées au fond des liquides va- 
mis et de ceusf qui auraient été extraits du canal diges^ 
^/"(l). Le procédé qu'il faut suivre dans ces recl^|Bbes a pour 
but principal de détruire la matière organique: l!S[nt que cette 
matière restera unie à l'acide arsénieux> oelui*ct pourra échapper 
à nos moyens d'investigation ; c'est dotic là un dèè problèitieâ les 
plus importans de l'histoire de l'intoxication arsenicale ; ceux-là 



(I) Je soitijose qae iM matièfês solide déposées aa fond d&i YOttitsdll«ii#, de 
trouvée» dans le eanal digestif, ont d'sdMfd été traitées paf l'eaa distillée boaillànté 
Jn^idaiit une heure, afin de dissoudi^ Taddé arsémeux qti'eUM potirraiettt éontènlr 
à l'élat de mélange ; je édpposê aussi qu'à la suite de cette éballilion, la liqueur 
s'ait fourni aucune Iface d'acide arsénietix par racide sulfhyârit{uè ; il f^dràlt 
étidemment re&wicer an traitement dont je tMi« pèxhit d déjà retpert at^tt pn 
déceler le toiique dam h d^llAiitiM âqtietile. 



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- 249 — 

qui n'ont jamais été appelés à résoudre des questions de ce genre 
pourront seuls contester cette importance. Je ne parierai pas des 
tentatives infruetueuses faites par quelques médecins légistes 
qui s'étaient bornés à détruire une partie de la matière «yga^ 
nique ^ en faisant bouillir les masses suspectes avecdeFacide 
azotique 2 l'action de cet acide n'était pas poussée assez loin pour 
fournir un résultat satisfaisant; aussi les difiicultés n'étaient-eiles 
pas aplanies (1). La méthode décrite par Rapp et qui consistait à 
incinérer la matière organique à l'aide de l'azotate de potasse (ni>- 
tr6)était également iAsuffisante. Je n'insisterai que sur les moyens 
proposés par moi en 1859 et sur ceux qu'on a voulu leur subsU^. 
tuer depuis, tout en déclai^ant, dès l'abord , que la méthode qui 
doit être i^réféHe aux autres est celle qui consiste à détruire la 
matière animale par le ehloré. 

DeitrtiùHon de la matière organique par Faaotate de po* 
toiêe (nitre). Parmi les agens |)roposés pour détruire la matière 
organique, aucun ne saurait être comparé à Fasotatede potasse; 
en effet) son énergie est telle qu'il ne laisse aucune trace dé 
cette matière , tandis que les acides azotique et sulfurique, le 
chlore, etc. y ne la détruisent jamais en totalité. Sous ce rapport, 
le nitre devrait donc être préféra à tout autre agent ; malheu-» 
reuse^ent son emploi entraîne des pertes asse^ notable» d'acide 
arsénieux, ce qui est un inconvénient : je n'hésite pourtant pas^ 
tout en reconnaissant que l'on peut en général recourir à un 
oàeiileur procédé ^ à accorder à celui-ci une place importante 
dans la solution du problème qui m'occupe^ parce que dans cer* 



(l) Roie «conseillait de dissotidre la Aàtièi^ su^cte dans la potaâ&e à l'aide de 
la chaleur, de détruire la substance organique au moyen de l'acide azotique» de 
saturer l'excès d'acide par le carbonate de potasse, et de précipiter par l'eau de 
chaux bouillante ; le dépôt, composé d'arséniale de chaux, mêlé d'un peu d'arsé- 
nite, était desséché et caldné avec de l'acide borique vitrifié pour en séparer 
l'arsenic. Il est^isé de voir qiie, par ce procédé fort compliqué, ou ne parvenait 
jamais à détruire la totalité ,de la matière organique. Roloff traitait d'abord la 
matière suspecte par l'acide azotique, puis par la potasse; il précipitait ensuite la 
dissolution par l'acide sulfhydrique, et il décomposait le précipité de sulfure d*ar- 
senic pour en retirer l'arsenic. Le procédé de Mischer différatt à peine de celui de 
Rose : seulement, au lieu de calciner tout l'arséniate de chaux, cet auteur voulait 
que l'on en soumit, une portion à l'action de la pile voltaïque pour en sépare^ 
l-trsdBc. 



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— 220 — 

tains cas il pourra être employé avec grands avantages et de 
préférence à tout autre moyen. Qu'il s'agisse, par exemplCy de 
déceler l'acide arsénieux au milieu de matières animales arrivées 
prévue au dernier terme de la putréfaction, réduites à l'état 
d'une sorte de camboiiis, le sel dont je parle, habilement em- 
ployé, permettra de découvrir de l'arsenic, là où les acides suliu 
rique et azotique ainsi que le chlore ne seraient d'aucune utilité. 

Rapp, comme je l'ai déjà dit, a employé le premier ce mode de 
traitement ; il conseillait de verser par de très petites parties, 
dans un matras tenant du nitre en fusion^ la matière suspecte 
4^sséchée, de dissoudre dans l'eau distillée le produit de l'inci- 
nération , de décomposer par l'acide azotique la dissolution 
aqueuse obtenue, et de précipiter par l'acide sulfhydrique l'ar- 
séniate de potasse formé. Indépendamment de la difficulté que 
Ton éprouverait à décomposer, par une méthode qui procède 
aussi lentement, des masses considérables de matière, cette mé- 
thode offre l'inconvénient grave de ne pas s'appliquer à un mé- 
lange intime de nitre et de matière suspecte, en sorte que celle- 
ci est à peine touchée par le sel et qu'elle reste long-temps à 
l'état de charbon, au lieu de se réduire promptement en cendres : 
or il résulte de cet état de choses que la préparation arsenicale 
est transformée par les parties charbonnées en arsende qui se 
volatilise et se perd dan* l'atmosphère. 

Pour obvier à ces inconvéniens graves, j'ai proposé en 18^9, ^ 
découper en très petites parties les organes suspects, tels que le 
foie, la rate,etc. , encore httmides,'d'introduîre cette sorte de hachis 
dans une capsule de porcelaine, avec 10 centigrammes de potasse 
pur, et 400, 500, 600 ou 700 grammes d'eau distillée, et une 
quantité d'azotate de potasse cristallisé et pur^ dont le poids 
sera double de celui de la matière sur laquelle on opère. On 
chauffe graduellement jusqu'à 80 ou 90"" c, en ayant soin d'agi- 
ter de temps en temps ; lorsque la masse est épaissie , on la re- 
mue souvent et en tous sens avec une cuiller en bois, afin.de 
mêler intimement l'azotate de potasse avec la matière organique ; 
et depuis ce moment , jusqu'à ce que la dessiccation soit com- 
plète, on ne cesse d'agiter le mélange. Alors on soumet celui-ci 
à la déflagration; à cet effet, on chauffe au rou^e obscur un 



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-^2i — 

creuset de Hesse neuf, et on y ajoute par. pincées le mélange 
oi^ano-saiin jusqu'à épuisement de la matière. Si, dès la pre- 
mière pincée toutefois , le produit de la déflagration , au lieu 
d*étre blanc, grisâtre, jaunâtre ou verdâtre, était charbonneux, 
ee qui neêt pas probable si l'on a opéré comme il vient 
d'être dit, ce serait une preuve que la proportion d^azotaie de 
potasse n'aurait pas été assez forte pour incinérer toute la, ma- 
tière animale ; il faudrait alors y remédier en ajoutant au mé- 
lange une proportion de sel comburant capable de produire un 
résidu salin tel que je Tai prescrit. Lorsque toute la masse a subi 
la déflagration et qu'elle est fondue daisje creuset, on la coule 
promptement dans une capsule de porcelaine, sèche et bien pro- 
pre , que l'on a préalablement chauffée au rouge , afin d'éviter 
qu'elle ne soit cassée par le contact du liquide très chaud qu'elle 
est destinée à recevoir ; il est même convenable , pour ne pas 
s'exposer à perdre de la matière dans le eas où cette capsule se- 
rait cassée, de placer celle-ci dans une autre capsule également 
chauffée. Au même moment on verse un peu d'eau distillée dans 
le creuset pour dissoudre la petite quantité de matière qui pour- 
rait être restée adhérente à ses parois -, il faudra même quelque- 
fois, pour détacher la totalité de cette matière, chauffer le creuset 
avec l'eau qu'il renferme, et même ajouter un peu d'acide sulfur 
rique pur : on versera cette dissolution dans la capsule qui con- 
tient le produit de l'incinération. On décompose ensuite la masse 
saline par de l'acide sulfurique concentré et pur , que Ton em- 
ploie par petites parties et jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'ef^ 
fervescence ; alors on fait bouillir pendant un quart d'heure, 
une demi-heure ou une heure, suivant la proportion de matière 
sur laquelle on agit, afin de chasser la totalité des acides azo- 
teux et azotique. Il résulte d'un grand nombre d'expériences 
qu'en agissant sur 100 grammes de foie et 200 grammes d'azotate 
de potasse , la proportion d'acide sulfurique concentré, la plus 
convenable pour saturer la' potasse est de 8B grammes. Pour fa- 
ciliter le dégagement des dernières portions de ces acides azo- 
teux et azotique, on ajoute avec précaution, lorsque la masse est 
épaissie, ^0 ou 50 grammes d'eau distillée, et l'on fait bouillir 
pendant huit à dix minutes. Il est indispensable de chasser en-^ 



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tiàremrat ces acklds, pour ae point enrayer d'une part le dég^^- 
ment du gaai hydrogène, et éviter de l'autre des explosions, 
lorsque la liqueur sera introduite dans l'appareil $ pour cela, il 
(aut faire bouillir jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'odeur ni-r 
trique ou niireuêe. Alors on dissout dans l'eau distillée le pro^ 
doit 4e l'évaporation saline ; on ne tarde pas à obtenir des crîs* 
t€LUJi de sulfate de potasse $ on ftiet le tout sur un filtre , et on 
lave ce sulfate à l'aide d'un peu d'eau distillée qui dissout la ma» 
jeure partie de l'acide arsénique ; pour enlever la portion res^ 
taâte de cet acide , on lave ensuite les cristaux qui sont sur le 
filtre avec de l'alcool coiftentré ; la dissolution alcoolique filtrée 
doit ensuite étre^ évaporée jusqu'à siccité et le produit de l'éva? 
poration doit être dissous dans l'eau distillée et réuni à l'eau avec 
laquelle on avait opéré le premier lavage. Il importe d'évaporer 
Talcool , surtout lorsqu'on se propose d'introduire l'acide arsé-' 
nique dans l'appareil de Marsh , l'esprit de vin arrêtant bientôt 
le dégagement du gaz hydrogène arsénié et empêchant cet appa* 
reil de fonctionner. On reconnaîtra l'acide arsénique aux carac- 
tères que j'indiquerai en faisant son histoire. 

Si, au lieu d'agir avec le nitre sur une matière solide, on cher^ 
chait l'acide arsénieux dans un liquide, après avoir mêlé celui-ci 
avec de l'azotate de potasse solide et pur, on évaporerait le mé- 
lange jusqu'à siccité, puis on procéderait comme il vient d'étro 
dit à l'occasion des matières solides. 

En comparant ce procédé à celui de Rapp , on pourra juger 
. de la bonne foi de M. Flandin, qui dit qu'en resêuseitafit ce pro-* 
cédé, je devais trop me l'approprier. 

Parmi les objections faites à cette méthode par M. G. de 
Claubry, il n'en est aucune qui ait la moindre valeur, quand 
on a opéré comme je viens de le dire. Quel inconvénient y 
a*i-il, par exemple, à ce que la masse de sulfate de potasse soit 
plus ou moins considérable lorsqu'on sait que ce sel reste sur 
le filtre à l'état solide , et que dès-lors on n'en introduit qu'une 
faible proportion dans l'appareil de Marsh? En second lieu, 
911 est (tonc la difficulté de laver ce sulfure avec une petite 
qwmtité de liquide aqueux que l'on passe à plu^ieure reprieeê 
sur le fiHre pour enlever tout l'arséiiiate de potasse; et quel 



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_ M8 - 

t«M»yémdiii y irrt^il à proctfikr aussi à cm lavages avais da Val- 
OQOl tràs eoBceniré? En troisième li^, qoeUa isipananee peoi* 
00 Mâcher SiWL doux essais fsits^ avac rasotaia de potasse par 
M. G. dpOaubry seul ou associé à M, Davergie, dans lesquels ces 
messieurs n'ont pas déeelé l'aneniiS qui existait poaiaani dans 
les BUitières suspectes? Ces résultats négatife sont teHement en 
opposition avec ceux qu'ont déjà fournis plosieiu» centaines 
d'expériences ou d'expertises, que l'insttccès doit étne attiiboé 
aux opérateurs (Briand, p. 687). 

M. Chevalliep, dans le but de reméate plus intin^ le mélangea 
du nitre avee la matière organique, ayait proposé de dissoudre 
d'abord celle-ci dans une dissolution de potasse à l'alcool , puis 
de saturer la potasse par l'acide azotique, de laisser déposer une 
oertaine quantité de matière animale, de iltrer, d'éyaporer la li- 
queur jusqu'à siccité, et d'incinérer le produit. MM. Fordos et 
Gélis avaient adopté ce procédé, à quelques modifications près. 
Des expériences nombreuses m'ont démontré qu'il y avait dan- 
ger à le mettre en pratique, parce qu'il est loin de fournir, tout 
étant égal^d'aiUeurs, auiant d'arsen$c que par 1^ méthode que j'ai 
décrite en détail. D^uis, M. Otto a flsiit voir que lorsqu'on traite 
par la potasse des matières organiques qui contiennent du sou- 
fre, il se forme un cou^tosé de protéine et de potasse ; et si l'on 
vient à traiter la liqueur par l'acide cblorfaydriqoe, on obtient un 
précipité de protéine et de sulfure d'arsenic : celui-ci échappe 
donc à l'expert qui se bornerait à analyser la liqueur. 

De'composition de la matière organique par l^aeide azo- 
tique. £n 18â9, j'eus recours à cet acide concentré et exempt 
d'arsenic pour décomposer la matière organique, et-Je constatai 
qu'en soumettant ^k im^ doupe ohaleur une matière organique 
solidecontenant de l'acide arsénieux, l'acide se décomposait en 
dégageant une quantité considérable d'acide asoteux jaune oran- 
gé, et qu'il arrivait un moment où le mélange, déjà bien ép^si, 
eidialait tout-à-coup une fumée des plus abondantes et se trou- 
vait carbonisa/ ce charbon, en général volumineux et sec, rete- 
nait une grande pavtie d« composé arsenical qui existait dans la 
matière organique avant de commeqcer l'expérience. Si, 9tprè» 
UMohr trituré le charbon, on le faisait bouillir pendant quinze ou 



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— 224 — 

viùgt iDînmes avec de Teau distillée, celle-ci dissolvait le com- 
posé arsenical, lequel pouvait éire décelédans la dissolution, soit 
à Taide de Tappareil de Marsh, soit à Taide de tout autre moyen 
approprié. Ce procédé est, sans contredit, le plus simple et le 
plus expiditif de tous ceux qui ont été imaginés pour démontrer 
Texistence de l'acide arsénieux mélangé à des matières anima- 
les, et il devrait être préféré à tous les autres s'il n'avait pas quel- 
ques inconvéniens : l*' il ne détruit pas complètement la matière 
organique, puisqu'il ne la réduit qu'à l'étaidecharbon, et que 
celui-ci est quelquefoit même mélangé de matière animale non 
encore carbonisée, aussi lorsqu'on traite ces charbons gras par 
l'eau distillée, obtientron des dissolutions assez fortement colo- 
rées qui moussent dans l'appareil dé Marsh, ce qui est un obsta- 
cle à l'extraction de l'arsenic ; 2*" au moment de la production de 
là fumée dont j'ai parlé, une portioh d'arsenic est volatilisée, et 
par conséquent perdue. Malgré ces inconvéniens, je suis loin de 
proscrire le procédé, tant il est facile à exécuter et parce que^ 
dans beaucoup de circonstances, il est aisé d'éviter la forma- ^ 
tion de charbons grasj en.employant une quantité suffisante d'à* 
cide azotique concentré, et en ménageant la température pen- 
dant la réaction de cet acide sur la matière organique. Quant à la 
perte d'une portion de la matière arsenicale, elle n'est pas sensi- 
blement plus forte que celle qui a lieu en ayant recours à la plu- 
part des autres méthodes de décomposition. D'ailleurs> comme 
cette perte tourne en définitive au profit des accusés, il y a moins 
d'inconvénient à la subir que si le contraire arrivait. C'est la dé- 
couverte de ce procédé de carbonisation qui a donné l'idée, 
d'abord à M. Barse, puis à MM. Flandin et Danger, de carbo- 
niser les matières suspectes solides^ par l'acide sulfurique con- 
centré. 

Ici encore je suis accusé de plagiat par M. Flandin ; le lecteur 
va juger de nouveau de la bonne foi de ce malheureux critic|ue. 
Rose, Roloff et Fischer avaient conseillé de faire bouillir les 
matières suspectes avec de l'acide azotique pendant un certain 
temps, mais sans arriver, il s'en fallait de beaucoup à la carboni- 
sation. M. Thenard proposa plus tard de traiter les matières sus* 
pectes par l'acide azotique bouillant, puis par l'eau , de filtrer le H- 



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— 225 — 

(}ttide> de le faire évaporer et de n'incinérer par Tazotatede po- 
tasse que le produit solide de cette évaporation. On voit que 
M. Theuard ne carbonise pas plus la matière suspecte que Mose 
et qu'il combine deux procédés, l'emploi de Tacide azotique et 
de l'azotate de potasse ! ! ! 

A propos de la carbonisation par l'acide azotique qu'il propose 
de rejeter, M. Gaultier deClaubry a signalé des inconvéniens qui 
n'existent pas; ainsi il dit « que le charbon, arrivé à un certain 
a degré de dessiccation qu'il ne faut pas outre-passerj brûle 
« avec facilité, et que dès-lors on s'expose à perdre tout Tarse- 
« nie. » Où donc M. G. de Claubry a-t-il vu qu'il fallût dessé- 
cher le charbon, et ne devrait-il pas savoir, au contraire, que la 
carbonisation a lieu pendant que la matière est encore à l'état 
vd'un liquide épais, et qu'à cet instant il faut retirer la cap- 
sule du feu et ne plus chauffer? Il dit encore « que lorsque les 
%i matières organiques sont parvenues à l'état d'un charbon vo- 
« lumineux, Tinfluenc^ de la température en détermine facile- 
« ment l'inflammation, et qu'il brûle alors quelquefois avec une 
« espèce de déflagration.» Cela n'est pas exact, à moins que con- 
tre toutes les règles que j'ai prescrites, au lieu de retirer le char- 
bon volumineux du feu, on ne laisse la capsule sur le fourneau, 
ou bien que l'opération n'ait été pratiquée à une température trop 
élevée. « Les experts, ajoute notre critique, ne doivent jamais 
a faire usage de ce procédé que l'Académie des sciences a pro- 
« scrit.» Je regrette d'être obligé dédire à M. G. de Claubry que 
si l'Académie des sciences a préféré un autre procédé à celui-ci, 
il n'est pas vrai qu'elle l'ait proscrit, et si elle l'avait fait, elle au- 
rait eu tort, puisque déjà plus de dix fois dans des cas d'empoi- 
sonnement jugés par les tribunaux, on a eu recours uniquement 
à ce procédé qui a donné des résultats satisfaisans, quoi qu'en 
dise M. deClaubry. 

Mais, en fait d'objection, ce qui ne sera compris de personne, 
c'est que M. de Claubry me fasse un reproche d'avoir proposé de 
carboniser les matières organiques mêlées d'arsenic par de l'a- 
cide azotique uni à un quinzième de chlorate de potasse; en effet, 
je n'ai jamais fait une pareille proposition, à l'occasion de 
la recherche de l'arsenic (Briand, p. 687). 



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Béeûmpùiitionde la matière organique par l'acide 9ul- 
fwrique concerUré. Il était d'autant plus aisé de prévoir, a|Hrès 
ce qui vient d'être dit, qae Tacide suiforique concentré pourrait 
être substitué à Tacide azotique pour carboniser .les matières ani- 
maies, que Ton savait depuis un temps immémorial, que le bois 
et bien d'autres substances organiques sont presque instantané- 
ment cbarbonnés par l'acide sulfnrique concentré; on n'a jamais 
manqué dans un cours de chimie de noircir en un clin d'œil des 
allumettes à l'aide de cet acide : aussi ne faut-U pas s'étonner que 
M. Barse ait eu l'idée d'en faire usage, en remplacement de l'a- 
cide azotique. L'historique de l'emploi de cet acide^ quelque insi- 
gnifiant qu'il soit, ne sera pas déplacé ici, parce qu'il fournira la 
mesure de la délicatesse avec laquelle certaines gens procèdent 
pour se faire une réputation. En octobre 1840, par conséquent 
seize mois après la découverte de mon procédé de carbonisation 
par l'acide azotique, je donnai à la Faculté de médecine de Pa- 
ris un certain nombre de séances publiques qui avaient pour but 
de populariser parmi les médecins et les pharmaciens, les faits 
nombreux que j'avais découverts relativement à la question ar- 
senicale. M. Flandin, chargé de rendre compte de ces séances 
dans le Maniieur, était wn de mes auditeurs les plus assidus,* 
il était présent lorsque M. Barse, venu de Biom exprès pour 
assister à ces séances, m'interrompit pour me prier de faire de- 
vant le public une expérience tendant à démontrer que du sang 
arsenical j traité par l'acide sulfurique concentré, serait char- 
bonne et fournirait facilement l'arsenic qu'il contenait. Uexpé-- 
rienee fut faite ^ et le k novembre 1840, M. Barse proposa à la 
Société de pharmacie (Jou^mal de Pharma^fie, n° de décembre 
1840) d'employer l'acide sulfurique plutôt que l'acide azotique, 
parce qu'il était un peu plus sensiblei Deux mois après seule- 
menty MM. Flandin et Danger annoncèrent à l'Institut qu'il 
. était préférable d'avoir recours à l'acide sulfurique, sans men- 
tionner ce qui avait été fait à cet égard par M. Barse. Ceci na 
pas besoin de commentaire. 

Si maintenant j'examine la question au fond, je commencerai 
par transcrire le passage suivant du rapport remarquable fait 
par; M. Caventou à l'Académie royale de médecine : « Quant au 



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— 227 ^ 

« proeédé de carbonisation par Tacide sulôirique, nous le re- 
(< gardons cornooie ion/ toutefois il ne doit pdnt être préCéré au 
« procédé par incinération au moyen dit nitrate de potasse^ tel 
(( qw nous Tavons décrit d'après M. Orfila : sous le ra^^rt de 
<c Isi netteté, de la aenùbilité et de \ aspect métalHque dupai" 
(c «m> ce dernier procédé est supérieur à Tautre.» Llnstitut, au 
contraire, avait donné la préférenceau procédé de MM. Flandin 
et Danger. Il sufiSra de lire le Mémoire publié par MM. Fordos 
et (zélis, postérieurement aux débats que souleva cette question , 
pour être convaincu que la commission de TAcadémie de méde- 
cine avait raison contre llnstitut en préférant Fincinération par 
Tazotate de potasse à la carbonisation par l'acide sulfurique f iï 
résulte même des expériences de ces chimistes que Ton s'expose- 
rait à commettre des erreurs graves en opérant comme proposent 
ô» le faire MM. Flandin et Danger (Jourfmlde Phamuxeie, 
décembre 1S41). Yoicides faits qui ne laissent aucun donteà cet 
é^rd. Dans la carbonisation par l'acide sulfurique, on obtiem 
un charbon que l'on traite par l'eau régale ; ce chari^on,. quoi 
qu'on fasi3e> retient obstinément de rapide sulfureuw, et il faut 
une chaleur assez forte pour le séparer complètement. Quand on 
le traite par l'eau, on dissout l'acide sulftireux,.en sorte que la- li- 
queur que l'on introduit dans l'appareil de Marsh renfennedecet 
apide : or, il suffit d'une trace d'acide sulfureux dans cet appa- 
reil pour qu'il soit décomposé par le gaz hydrogène et pour qu'il 
se forme du gaz acide sulfhydrique. La présence de ce dernier 
gaz au milieu d'un liquide arsenical offre le double inconvénient 
de fournir de l'arsenic mélangé de soufre, et ce qui est encore 
plus grave, de s'opposer a la manifestation de ce métal lors^ 
que la préparation arsenicale n'existe qu'en petite proportion ; 
en effet, l'acide sulfhydrique transforme le composé arsenical: en 
sulfure d'arsenic jaune indécomposable dans l'appareil do 
Marsh ; ainsi il peut arriver, en suivant le procédé de MM. Flan- 
din et Danger, que l'on ne retire pas d'arsenic en mettant 
dans l'appareil de Marsh un liquide qui cependant en conte- 
naii (1). Or, comme le procédé de décomposition par le chlore 

■ s. 

(1) M. Gaultier de Claubry n'adm^ pas (|ue le charbon sidiftirh|tte lavé avec 
15. 



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— 2SS8 — 

que je décrirai bientôt ne présente aucun de ceé iilôonvéniens 
graves, qu'il fournit facilement de Farsenic parfaitement pur, et 
autant qu'il en existe dans la matière suspecte^ tandis qu'en 
employant l'acide sulfurique, comme agent de destruction, il y a 
encore une perte sensible d'arsenic, il n'y pas à balancer : le pro^ 
cédé de M. Barse, que MM. Flandin et Danger se sont appro^ 
prié, doit être proscrit. Telle est la conclusion adoptée par 
MM. Fordos et Gélis. Je dois insister d'autant plussurlauécéà» 
site de. proscrire un mode de procéder aussi Vicieux, que sur la 
foi de la commission de l'Institut, ce mode est celui auquel la 
plupart des experts ont eu recours depuis 18/!il. Mais il est évi- 
dent que cette commission s'est trompée ; non-seulement, depuis 
son travail, MM. Fordos et Qélis ont. signalé ce qu'il y avait de 
défectueux dans la méthode préconisée par l'Académie des 
sciences, mais encore M. Jacquelain a saisi ce corps savant d'uo 
mémoire dans lequel il établit péremptoirement qu'il est bien 
plus avantageux de décomposer la matière organique par le 
chlore; aussi n'est-il pas douteux que dans un second rapport, 
l'Institut avec l'esprit de justice qui l'anime, ne donne la préfé*- 
renceau chlore sur l'acide sulfurique. On a d'ailleurs signalé un 
autre inconvénient de l'emploi de l'acide sulfurique. Voici ce 
qu'on lit dans les Arinalen der Chemie und Pharmacie, par 
Liebig und Woehler,t. ii, p. 1/!^1; année 18&/!^ : « La combustion 
« par le nitre est dans tous les cas préférable à la méthode de 
« combustion par l'acide sulfurique qui expose l'opérateur àper- 
« dre une partie de l'arsenic à l'état de chlorure, par ladécompo- 
(( sition des chlorures alcalins contenus dans le cadavre » 
(M. W., c'est-àTdire Woehler ou Will> préparateur en chef de 
M. Liebig). 
Décomposition par les azotates de potasse et de chaux. Je 

de l'eau bouîU&nte, retienne de l'acide sulfureux» et il m'accuse d'avoir commis 
une erreur à cet égard. Je ferai d'abord observer à mon critique que ce n'est pat 
à moi que devrait s'adresser le reproche, puisque j'ai dit que la présence deTacide 
sulfureux dans le charbon avait été signalée par MM. Fordos et Gélis. Qu'importe! 
Le fait contre lequel s'élève M. G. de Claubry est exact, et j'ajouterai, ce qui est 
plus grave, que ledit charbon, quelque bien lavé qu'il soil, retient de V arsenic^ 
romme on peut s'en assurer en le laissant pendant plusieurs heures dans une disso- 
lution concentrée de chlore liquide (Briand, p. 695). 



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— 229 — 

ne parlerai de ce procédé que pour mémoire, car il n'esi mis en 
usage par personne. M. Devergie avait proposé de dissoudre la 
matière suspecte dans de la potasse, d'ajouter de Tazctate de 
chaux et de la chaux, et d*incinérer le mélange pour décompo- 
ser ensuite la cendre par Tacide chlorhydrique. Dans ce procédé 
d'incinération, qui n'est qu'une imitation de celui que j'avais fait 
connaître (Décomposition par le nitre, voyez p. 220), l'emploi 
de l'acide chlorhydrique peut donner lieu à des erreurs telles qu'il 
y aurait trop de danger à s'en servir {Foy. les obseryations et 
les objections que j'ai consignées à cet égard dans le n"* d'avril 
18&2 des Annaleê d'hygiène et de médecine légale , ou ma 
Toxicologie générale^ t. i, p. 408, 4* édition). 

Décomposition par le chlore gazeux. J'ai publié en 1820 
{Foy, Nouveau journal de Méd, et de Chir,, t. viii', p. 214) 
an Mémoire intitulé : Sur un nouveau procédé propre à faire 
découvrir la plupart des goisons minéraux mêlés à des 
liquides colorés; le chlore^ disais-je dans ce mémoire détruit 
les couleurs du vin, du café, du tabac, etc., et donne des précipi- 
tés dans lesquels on trouve la matière végéto-animale, qui mas- 
quait le toxique, tandis que celui-ci reste dans la liqueur et peut 
être facilement reconnu soit à l'état où il y avait été mis, soit à 
un état d'oxydation plus avancé ; les acides arsénîeux et arséni- 
que étaient du nombre des poisons dont je m'occupais dans ce 
travail. Huit ans après M. Devergie proposa l'emploi du chlore 
gazeux pour déceler le mercure dans des matières suspectes qu'il 
avait préalablement fait dissoudre dans l'acide chlorhydrique af- 
faibli (^Nouvelle bibliothèque médicale^ année 1828, tomeiv). 
En 18S6 je conseillai de faire passer un courant de chlore ga- 
zeux sans dissolution préalable dans l'acide chlorhydrique, à 
travers de l'eau tenant en suspension les matières solides com- 
binées avec une préparation mercurielle que l'eau ne pouvait 
point dissoudre. En 184S M. Jacquelain présenta à l'Institut un 
mémoire dans lequel il établit qu'en décomposant par le chlore 
gazeux une matière animale renfermant de l'arsenic, ou pouvait 
extraire la totalité du toxique contenu dans la masse suspecte. 
Je fis voir bientôt que le procédé de M. Jacquelain, excellent 
lorsqu'il s'agit de déterminer la proportion d'arsenic contenu 



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— 230 — 

dans un organe ou dans un mélange quelconque, nonputrefiéj ne 
donnait pas des résultais saiisfaisîins lorsqu'on l'appliquait à dés 
matières pourries, et qu'il était trop compliqué pour pouvoir être 
mis <en usage par un grand nombre d'experts. Je proposai alors 
de sûuiBettre le liquide provenant de l'action du chlore sur les 
substances organiques , à un courant de gaz abside sulpty- 
drique, après avoir traité par Falcool, la liqueur chlorée évapo- 
rée presque jusqu'à siccité. Des expériences comparatives tentées 
tout récemment dans mon laboratoire par M. Jacquelain avec 
dés liqueurs arsenicales chlorées , ont fait voir qa'il était plus 
avantageux de traiter ceWes-ci par de l'acide gulfhydrique ga- 
zeux, après avoir ramené TisMJtde arsénique à l'état d'acide arsé- 
aieux à l'aide de Facide sulfureux, que de leur faire subir un trai- 
tement alcoolique. En agissant comme le propose en dernier lieu 
M. Jacquelain, il est aisé de voir que l'on obtient une quantité 
d^arsenic nitailement plus grç,nde que celle qui est fournie 
psff le procédé de M. Barse que MM. Flan(Hn et Danger se sont 
approprié. 

¥oici conMnent procède M. Jacquelain. On décompose la ma- 
tière oi^^attique par un courant de dilore gazeux prolongé à froid 
jusqu'à ce qwe toute la matière animale préalablement divisée et 
en suspension ait acquis la blancheur du easéum, ce qui exige 
plusieurs heures. Le chlore gazeux avant d'arriver sur la ma- 
tière suspecte a dà être lavé dans un flacon contenant 120gram- 
0ies d'eau et quelques décigranunes dépotasse pure. On bouche 
le vase contenant le dilore et la matière comme catéeute et on 
laisse réagir jusqu'au lendemain, pms on jette le tout sttr un linge 
&i. On jauge le liquide filtré et l'on fait passer un courant de gaz 
acide snUfhydrique à travers une portion (la moitié par exemple), 
après avoir fait bouillir avec un peu û' acide 9ulfureux qui a 
pour but de ramener l'acîde arsénique qui s'était formé pendant 
l'action du chlore à l'état d'acide arsénieux ; il se dépose un préci- 
pité de sulfure d'arsenic altéré par une petite proportion de ma- 
tière organique, de sulfure de cuivre et peut-^tre d'un peu de 
soiifne,etc.; ce sulfure s'est évidemment produit aux dépens du 
cuivreoatiu*ellement contenu dans la matière organique suspecte. 
U suttt pour les besoins de la médecine légale, après avoir lavé 



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— 38Ï - 

ee précipite de le dessécher et de le dëeompo&er dans un tabe dé 
verre avec de la potasse et, du charbon à une chaleur rouge, ou 
bien de le soumettre dans une petite oapsulé à Taction de faelde 
azotique pur et bouillant qui détruirait la matière organique, et 
transformerait le sulfure d'arsenic en acides snlftirique et arsé* 
nique, et le sulfure de cuivre en sulfate de cuivre; le produit de ce 
traitement serait introdditdans un appareil de Marsh et décom- 
posé comme il sera dît à Ja page S58 pour obtenir l'arsenic sous 
fonde détaches ou d'anneau. Si l'on voulait agir sur le sulftire 
d'arsenic privé de matière organique et de sulfure de cuivre, H 
faudrait traiterlesulftire impur, apr^ l'avoir bien lavé, par Ta* 
cide chlorhydrîque fumant et très concentré, lequel dissoudrait 
la matière organique et la petite proportion de sulhire de cuivre 
sans toucher au sulfure d'arsenic (1). // faut de toute néee$$iti 
voir la page 1083. 

Dans le Mémoire qu'il a présenté à l'Institut en 18&3, M. lac- 
quelain propose de porter la liqueur chlorée à l'ébullition pour 
chasser l'excès de chlore, et de Fintroduire avec 80 grammes de 
zinc dans un appareil composé d'un tube en S par lequel on verse 
de l'acide sulfurique, d'un tube courbé à un angle, rempli dans 
sa branche horizontale d'amiante calciné avec l'acide sulfurique, 
d'un tube droit très fusible, long de 4 décîm. pour une section de 
â millim. qui communique avec un appareil laveur de Lleblg, 
lequel est formé de 6 boules et doit se trouver à moitié rempli 
d'une dissolution de chlorure d'or représentant 0,5 d'or environ *; 
ce chlorure doit être pur et préparé avec de l'or précipitédu chlo- 
rure des laboratoires à l'aide de l'acide sulfureux. Le tube droit, 
enveloppé vers son milieu d'une feuille de clinquant de 1 déchn. de 
longueur doit êire chauffé avec une lampe à Falcool. L'arsenic se 
dépose dans le tube chauffé au rouge; ce qui échappe vient ré- 
duire le chlorure d'or et former de l'acide arsénieux. Reste donc 
à mettre en liberté l'arsenic fixé par le chloruré d'or et à le recon- 
naître, si toutefois l'arsenic n'est pas condensé dans le tube horî- 

(1) S'il s'agissait de doser l'arsenic contenu dans la liqueur chlorée, ce qu'il est en gêné- - 
rai très dangereux de faire en médecine légale, il faudrait dissoudre le sulfiire d^irsenlc 
ainsi purifié d^ns une faible quantité de suif hydrate d'apunon|aque récent pour le dissou- 
dre et le séparer du soitfi^ ton précipiterait alors de rtouveatt la di^tutloil limpide pAr 
l'acide chlorhydrique, en prenant le soin 4'exp\|l»er TacjdQ aulf|iyd||<iu« «t d« )f tf r cqht^- 
nablement le sulfure d'arsenic précipité. 

ni. is* 



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— 232 — 

zontaU Pour cela on chasse par TébiilUtioii l'excès du gaz acide 
sulfureux, on filtre, on distille à sicqité la^lution dans une cor* 
nue tubulée à Témeri, munie d'un récipient, a6n de décomposer 
une. petite quantité de sel d'or qui n'a pas été réduit par l'acide 
sulfureux; on soumet le tout à un courant de gaz acide sulfhy- 
drique et l'on pèse le sulfure d'arsenic. 

Je conclus des expériences nombreuses que j'ai tentées : l**qi|e 
le procédé donné en 18/i^ par M. Jacquelain est sans contredit le 
meilleur qui ait été proposé JHsqu'à ce jour pour extraire l'arsenic 
d' une matière organique non pourrie ^ parce qu'il fournît la io-- 
/a/fV^' de l'arsenic que renferme cette matière, et qu'il est indis* 
pensable, dans certaines expertises médico-légales où la propor- 
tion de ce toxique contenue dans un organe est très faible, d'em- 
ployer la méthode la plus propre à déceler les plus minimes 
proportions d'un composé arsenical ; 

2"" Qtt^il est par conséquent nécessaire de le mettre en pratique 
toutes les fois qiie l'Dn voudra doser Ib. quantité d'arsenic renfer- 
mée dans une matière organique. Je ne saurais partager à cet 
égard l'opinion exprimée par M. Lassaigne (/. de Ch. me'd., an- 
née 1840, p. 682), savoir, que lorsque l'acide sulfurique étendu 
agit sur du zinc, dans un appareil de Marsh, ce métal retient 
13/30 de l'arsenic que contenait la liqueur suspecte; car M. Jac- 
quelain s'est assuré, en introduisant dans cet appareil une propor- 
tion déterminée d'acide arsénieux,que l'on recueille exactement 
la même proportion de cet acide en procédant comme il l'indique; 

3"* Qu'il est en effet préférable à celui qui a été proposé par 
l'Académie des sciences, lorsqu'il s'agira de doser l'arsenic, 
parce que la destruction de la matière organique par le chlore 
n'offre aucun des inconvéniens que présente la carbonisation par 
Taçide sulfurique (twy. page 226), et que d'ailleurs il est aisé de 
se convaincre, comme Ta fait M. Jacquelain, qu'en se bornant à 
décomposer le gaz hydrogène arsénié par la chaleur dans un tube 
de verre enveloppé de clinquant, on perd une portion d'arsenic 
qui n'est pas perdue si l'on fait arriver dans du chlorure d'or 
la portion de gaz hydrogène arsénié qui n'a pas été décomposée 
dans l'appareil de l'Institut ; aussi retire-t-on,plus d'arsenic par 
le chlore que par l'acide sulfurique (t?oy. page 280). 



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— 233 ~ 

V" Qu'il doitégatemeiit être préféré, pour le même objet, à ce- 
lui que j'ai adopté et décrit à la page 220 , parce que Ton perd 
une quantité notable d'arsenic, soit pendant Tinduération des 
matières organiques par le nitre, soit lorsqu'on chauffe le gaz 
hydrogène arsénié à la lampe à alcool, là où est placé l'amiante; 

S^'Que malgré tous ces avantages, il n'est guère possible de 
supposer qu'il soit souvent employé dans les experttees médico-- 
légales , parce qu'il faut pour Texécuter un appareil compliqué 
et formé de plusieurs pièces, dont quelques-unes même ne se' 
trouvent que dans les laboratoires les mieux fournis, et que 
d'ailleurs il se compose d'une série d'opérations nombreuses, fort 
longues et délicates; 

. 6" Qu'il n'est pas susceptible d'application dans les cas nom- 
bretuff où les experts sont obligés d'agir sur des matières orga- 
niques inhumées depuis quelque temps et déiàfourriei, à cause 
de la quantité de mousse qui se développe alors,. «t qui empêche 
l'appareil de Marsh de fonctionner. 

,Procédé de M. Pettenkofer. Dans 'cette méthode il ne s'agit 
ni de décomposer ni ne détruire la matière organique, mais bien 
de 1^ précipiter. Pour cela, après avoir fait bouillir pendant une 
à deux heures 100 grammes de matière solide suspecte avec de 
l'eau distillée^ tenant en dissolution 2 grammes 20 centigrammes 
de potasse caustique piire, et après avoir passé la liqueur à tra- 
vers un linge pour la séparer de la portion de matière qui n'a pas 
été dissoute, on la traite par l'acide chiorhydrique concentréjus- 
qu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité. On filtre à travers un 
papier non collé, et l'on concentre un peu la liqueur filtrée en la 
faisant évaporer; dans cet état on la précipite par un excès de 
tannin qui sépare la majeure partie de la matière organique ; on 
liUre et l'on concentre de nouveau la liqueur par l'évaporation. 
C'est dans cette liqueur que Ton cherche l'acide arsénieux, soit 
à l'aide de l'appareil de Marsh, soit par tout autre moyen. 

Il résulte des expériences que j'ai tentées pour apprécier la va- 
leur de ce procédé {Foy. ma Toxicologie générale,^ page ki^^ 
1. 1, h^ édition) : 1® qu'en traitant un organe empoisonné par la 
proportion de potasse indiquée par M. Pettenkofer on ne dissout 
pas, ni à beaucoup près, tout l'arsenic qu'il renferme si l'on ne fait 



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— 234 — 

bouillif la liqueur que pendant vingt-einq minutes, [tandis qu^au 
dontraire on enlère la totalité de l'arsefiio à Toi^gane ai Ton pr<H 
longe rëbuUition pendant deux heures $ dans ce dernier cas, la 
matière organique indissoute est au Hioin^ trois fois moindre que 
dans l'autre cas, si Ton agit sur un foie; 

2* Qu'il est focile de séparer de la dissolution, à Taide de Taeide 
chlorhydrique et du tannin, la majeure partie de la matière orga^^ 
nique qu'elle renferme, quand Torgane n'a bottilli que pendant 
vingtrcinq minutes, et qu'alors la liqueur ne mousse pas ou 
mousse à peine dans l'appareil de Marsh ; mais qu'il fout des 
doses énormeêùHMXéà chlorhydrique et de tannin pour atteindre 
le même but si Tébullition a été continuée pendant deux heures, 
et que si l'on n'a pas employé une suffisante quantité de cesagens, 
la liqueur mousse à un tel point qu'elle s'échappe promptement 
de l'appareil de Marsh ; 

90 Que dans l'un et l'autre cas on obtient une proportion con- 
sidérable détaches arsenicales qui en premier lieu sont brunes, 
tandis que celles que Ton recueille peu après honx jaunes et bril- 
lanteê comme celles qui sont formées de sulfture d'arsenic, sans 
que l'on puisse attribuer cet effet à l'impureté des acides chlor* 
hydrique ou sulfurique, ni ap tannin, qui ont été employés. L'in^ 
convénient que je signale dépend, je n'en doute pas, de la réac* 
tion qui s'est opérée entre l'acide chlorhydrique, le tannin ^ la 
matière organique pendant l'évaporation delà liqueur; 

/i* Que ce seul motif devrait suffire pour ne pas donner la pré- 
férence au procédé de M. Pettenkofer sur celui que j'ai adopté, 
puisque dans celui-ci on recueille plus d'arsenic, et que les 
taches, au lien d'être jaunes, sont brunes et brillantes; 

5" Qu'alors même que le procédé du chimiste allemand fourni- 
rait de Tarsenic brun et brillant, il ne devrait pas être adopté, 
parce qu'il ne saurait être mis à exécution d'une manière avanta- 
geuse scms employer des quantités considérableê d'acide chlor- 
hydrique, et qu'il y a des inconvéniens réels à faire usage de cet 
acide, comme ^e l'ai démontré en combattant le procédé de 
M. .Devergie (^f^oy. p. 229). 

Procédé de MM. Fréseniui et V. Babo, On sépare au com- 
mencement un tiers de la matière à examiner pour y recourir 



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— 235 — 

fluh tard&t le premier essai ne réussit pas. On mélange les deux 
aratres tiers avec une quantité d'adde chlorhydrique pur, égale 
à-pett*près au poids de la matière sèefae à examiner, puis on 
ajoute de Feau de manière à avoir une bouillie claire. On chauffe 
le mélange au bain-marie dans une capsule de porcelaine, et, , 
qaand il est chaud, on ajoute de cinq en cinq minutes 1/2 dra- 
chme de cèlorate de potasse. Après le refroidissement, on jette 
le tout sur une batiste ; on fait bouillir le résidu insoluble avec 
de Feau; tant que Teau en devient acide ; puis on évapore Feau 
de lavage et la dissolution jusqu'à ce qu^il reste environ 5(H) 
gammes de liqueur, qu'on mélange avec la quantité d*eâu satu- 
rée d'acide sulfureux nécessaire, pour que la liqueur en acquière 
Todeur, et enfin on la chauffe pendant une heure de manière à 
en diasser tout l'acide sulfureux. 

La dissolution acide qu'on obtient ainsi est ordinairement fon- 
cée^ on la sature d'acide sulfliydrique et on la laisse pendant 
12 heures à une température de 30°, jusqu'à ce que l'odeur d'a- 
cide sulfhydriqne ait disparu. On recueille le précipité sur un 
filtre, on le sèche au bain-marie, puis 'on l'humecte de part en 
part avec de l'acide azotique au bain-marie. Ce qui reste après 
cetl« opération doit «ncore être humecté avec de Tacide sulfn- 
rique concentré; le mélange est chauffé pendant trois heures au 
bain-marie et ensuite à 150'' au bain dliuile, de manière à csff- 
boniser la masse et la rendre cassante; on traite ensuite ce ré- 
sidu an bain-marie ^ar 10 à 20 p. d'eau ; on filtre, on lave la partie 
insoluble jusqu'à ce que l'eau de lavage ne contienne plus d'acide 
IOh^, puis on ajoute l'eau de lavage à la dist30lution,on y fait pas- 
ser un courant d'acide sulfhydrique jusqu'à refus ; on recueîHe 
le précipité sur un filtre, on l'eniève de ce dernier en le dissol- 
vant dans l'ammoniaque caustique, on évapore au bain-marie, on 
sèche le résidu à 100*^ et on le pèse avec le vase qui le contient. 
Une parlie de ee résidu est mise à part pour réserve, puis on 
pèse te vase pour avoir le poids du sulfure d'arsenic. On s'était 
procuré préalablement un mélange de 3 p. de carbonate sodique 
anhydre et de 1 p. de cyanure potassique, préparé par la 
méthode de M. Liebig; ou prend 12 p. de ce mélange pour une 
partie de sulfure d'arsenic et l'on broie le tout dans un mortier 



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_ 286 — 

d'agate. La réduction se fait dans un tube à baromètre, qu'on 
tire à run des bouts en tube mince; Tautre extrémité reste ou- 
verte. On prend une bande de papier fort à laquelle on donne la 
forme d'un demi-cylindre, qui peut entrer exactement dans l'ex- 
trémité large, on y étend le mélange, on l'introduit dans le tube 
^u'on retourne ensuite de manière que le mélange tombe sur 
le verre libre j puis on retire le papier et l'on fixe cette extrémité 
du tube à un appareil qui dégage de Tacide carbonique séché 
sur de l'acide sulfurique, et dont il se dégage à-peu-près une 
bulle par seconde; le dégagement de gaz ne doit pas être plus . 
rapide. Dès que l'acide carbonique ne contient plus d'air, on 
^che le mélange à l'aide d'une lampe à Tesprit-de-vin, à partir 
de l'extrémité large, et l'on se rapproche graduellement de l'ex- 
trémité étirée , en chassant les vapeurs d'arsenic dans cette di- 
rection ; finalement on les fait entrer dans le tube étiré , où elles 
se condensent contre le verre en formant une surface miroi- 
tante. 

S'il y a des métaux mélangés avec l'arsenic, on retrouve : 1° le 
plomb dans le charbon, après le traitement par l'acide sulfuri- 
que-, 2® le mercure et le cuivre dans le résidu qui est resté, après 
avoir traité le sulfure d'arsenic par l'ammoniaque, et 3** Tétain ou 
l'antimoine dans la masse'après la sublimation de l'arsenic (^nn. 
derChem. und Pharm. xlix, 287). 

Personne ne s'avisera, je Tespère, de recourir au procédé de 
MM. Frésenius et Y. Babo, dont la complication surpasse tout ce 
que l'on avait imaginé en ce genre, et dont les avantages, quoi 
que eii disent les auteurs, sont loin d'être tels qu'ils les énoncent. 
Que l'on compare ce procédé à celui dont j'ai parlé et qui consiste 
à décomposer la matière organique par un courant de chlore, et 
Fon verra de quel côté se trouvent la simplicité et la précision. 
Cest à mon avis mal servir la science que de la surcharger de 
méthodes d'une exécution longue, fastidieuse et inutile. 

Procédé de H, Hugo Reinsch. Cetauteur,pas plus que M. Pet- 
tenkoffer, ne cherche à détruire ni à décomposer la matière or- 
ganique; il propose de constater la présence de l'acide arsénieux 
à l'aide de lames de cuivre métallique. Pour cela il fait bouillir 
les matières solides avec de l'acide chlorhydrique étendu de 



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- 231 — 

SDH poids d*eau $ on filtre et on traite le liquide bouillant 
par du cuivre qui se recouvre, bientôt d'une couche gris&tre* 
Une très faible proportion d'arsenic est décelée par[ ce moyen 
suivant M. Reinsch. Pour prouver que les lames de cuivre 
contiennent de Tarsenic, M. Reînsch introduit ces lames dansr 
un tube effilé à Tune de ses extrémités, et il adapte à Vau- 
tre extrémité un tube d'un diamètre plus petit. En chauffanC 
le tube avec une lampe à l'alcool , à l'endroit où sont dépo- 
sées les lames de cuivre, l'acide arsénieux, produit par l'union^ 
de l'oxygène de l'air, se sublime et se condense sous forme dé^ 
petits cristaux brillans, bien reconnaissables. Quand il veut ob- 
tenir l'arsenic, M. Reinsch introduit les lames de cuivre cou-- 
vertes d'arsenic dans un tube de verre, effilé à l'une de se$ 
extrémités; dans ce tube, il fait passer un courant d'hydrogène^ 
pur et sec, et en même temps il chauffe les lames de cuivre ; l'hy- 
drogène se combine avec l'arsenic et forme de l'hydrogène arsé* 
nié; on enflamme cet hydrogène pour avoir des taches arsenica- 
les, comme cela se pratique dans l'appareil de Marsh {Echo du 
Monde savant, 12 février 18/i3). 

Les expériences que j'ai tentées pour apprécier la valeur de S 
procédé, m^ont porté à conclure qu'il n'est pas, ni à beaucoup 
près, aussi avantageux que le croit M. Reinsch, d'abord parce 
qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de dissoudre dans 
l'acide chlorhydrique la totalité de l'acide arsénieux contenu 
dans les organes où il a été porté par absorption ; en second 
lieu, parce qu'alors même que par suite de remploi d'un grand 
nombre de lames de*cuivre, on aurait enlevé à une dissolution 
chlorhydrique, mêlée de matière organique, tout Tacide arsénieux 
qu'elle contenait, on ne parviendrait pas à extraire, ni à beau- 
coup près, par la chaleur, la totalité de cet acMe arsénieux, qui 
d'ailleurs pourrait très bien ne pas offrir tous ses caractères : 
et enfin, parce qu'il n'est pas vrai de dire que, dans l'espèce , 
l'hydrogène transforme facilement l'arsenic contenu dans les 
lames de cuivre en gaz hydrogène arsénié. 

Toutefois , je ne vois aucun inconvénient , et il peut y avoir 
même quelques avantages à essayer une petite partie de la li- 
queur soupçonnée arsenicale par le procédé de Reinsch; en 



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— 238 — 

effet, si après avoir fait bouillir pendant quelques minutes k 
ou 6 gammes du liquide avec de Tàcide chlorhydrique et deux 
ou trois. petites lames de cuivre, celles-ci perdent leur couleur 
au bout d'un certain temps, et qu'elles tendent à blanchir^ tout 
portera à croire qu'elles ont enlevé de l'arsenic à ce liquide , et 
il suffira de les soumettre à la cbaleur.de la lampe dans un tube 
contenant de l'air, pour obtenir de l'acide arsénieux. Guidé par 
ce résultat, l'expert pourra ensuite extraire l'arsenic en traitant 
toute la masse suspecte par le chlore (voy, p, 229). Il est indis- 
pensable, avant de faire usage du cuivre, de s'assurer, en le 
chauffant, qu'il ne fournît point d'acide arsénieux. La coloration 
brune des lames de cuivre ne saurait être considérée comme un 
caractère annonçant qu'elles renferment de l'arsenic, car elles 
acquièrent cette couleur dans un liquide faiblement chlorhy- 
drique, non arsenical, surtout lorsque celui-ci contient des ma- 
tières organiques. 

Moyen indiqué par M, Gianelli. Ce médecin a publié en 
1841 un Mémoire ayant pour litre ; Procesêi v^rhali di alcuni 
sperimenti istituiti sopra varii animali colVacido arse-^ 
lÊioso, dans lequel il a établi qu'en faisant avaler à des moi- 
neaux et à des oiseaux de nid , tantôt des grumeaux de. sang, 
tantôt des fragmens depoumcms^etc^d'uBepersonue empoison- 
née par l'acide arsénieux on peut acquérir presque la certi- 
tude de l'empoisonnement avant de recourir aux essais chi- 
miques qu'il considère avec raison comme le seul moy^ de 
mettre l'existence de l'empoisonnement hors de doute. Des ex- 
périences nombreuses semblent venir à l'appui de l'opinion d^ 
l'auteur. Mais en répétant ces expériences j'ai vu que les résul- 
tais étaient loin d'être toujours tels que les avait annoncés 
M. Gianelli ; auss^ai-je conclu que le système de ce médecin ne 
repose sur aucune base solide et qu'il serait dangereux de l'ap- 
pliquer aux recherches médico-légales relatives à l'arsenic, dans 
un moment surtout où les procédés propres à faire découvrir des 
quantités infiniment petites de ce toxique ont atteint un si haut 
degré de perfection {voy. Toxicologie générale, page 415, 
tome i*', 4® édition}. 

Il résulte de ce qui précède que de tous If s procédés imagi- 



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— 239 — 

net four détruire la matière organique et déceler un catH'^ 
peté artendcal, le meilleur est sans contredit le traitem^ent 
par le chlore gazeux {F. pour les d&ails page 229). 

Acide arsénieux en poudre fine appliqué à la surface du 
cmal digestif. S'il est possible d'ap^cevoir àFœil na ou à Taide 
d'une loupe , Tacide arsénieux en petits fragmeBS ou en poudre 
fine, on en ramassera quelques parcelles que l'on reconnaîtra 
facilement à Taide des caractères indiqués à la p. 2M. C'est dan» 
cette espèce surtout que l'on s'attachera à bien démontrer que 
les grains recueillis à la surface du canal digestif sont Men for^* 
mes par l'acide arsénieux; car 11 arrive quelquefois que la 
membrane muqueuse de l'estomac et dès intestins est tapissée 
d'une multitude de points briUans que certains experts ont 
d^à pris pour de l'acide arsénieux et qui sont composés de 
graisse et d'albumine. Ces sortes de grains^mis sur les char- 
bons ardens, font entendre Un léger bruit, en se desséchant, put» 
ils brûlent comme les corps gras, si la matière grasse est abon^ 
dante et répandent une odeur à-la-fois de suif et de matière 
animale brûlée. Si on les.traite par l'eau bouillante, on yerra que 
la dissolution traversée par un courant de gaz acide sulfhydrique 
ne fournit 'point de sulfure jaune d'arsenic« Ces globules 
graisseux et ^Ubumin^eMiVK^ntd^ été trouvés sur des cadavres 
d'individus qui n'avaient pas été empoisonnés. 

S'il est iinpossible d'apercevoir de l'acide arsénieux en frag-* 
mens ou en poudre fine, sur la membrane muqueuse du canal 
cËgestif, il ne faudrait pas condure qu'il n'en existe réellement 
pas^ parce qu'à la rigueur le toxique peut être tellement incor-* 
pore avec cette membrane <qu'il ne soit visible ni à l'œil nu ni à 
l'œil armé d'une loupe. On devrait alors faire bouillir dans une 
capsule de porcelaine très propre, pendant un quart d'heure en- 
viron, le canal digestif coupé par petits morceaux, avec de Teau 
distillée et quelques centigrammes de potasse à l'alcool, ain dé 
dissoudre toutes les particules d'adde arsénieux qu'il ,attrait été 
impossible de séparer mécaniquement. La dissolution filtrée, 
évaporée au quart de son volunie, puis refroidie et coagulée par 
l'alcool concentré marquant &4 degrés, s^ait soumise à un cou- 
rant de gaz acide sul£hy(lrîque, après avoir été filtrée denou- 



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— 240 — 

veau. Si Toii n^obtenait point de sulfure d'arseoicy on traiterait 
par le chlore les lambeaux du canal digestif, qui pourraient res- 
ter après fébuUition dont j'ai parlé (/^. page 229). 

A<ùide atèénieux dam un coê où le sesqui^oxyde de fer 
aurait été administré comme eontrepoieon. En i8&0 j'ai la 
à TAcadémie royale de médecine une note dans laquelle je prou- 
vais qu'il existe dans le commerce certains échantillons de ses-* 
qui-oxyde de fer anhydre ou hydraté qui contiennent une petite 
proportion d'arsenic, et quoique depuis, M. Legripe ait démontré 
qu'il est possible, en employant le gaz acide sulfhydrique., de sé- 
parer du sulfate de protoxyde de fer avec lequel on prépare le 
sesqui-oxyde, l'arsenic qu'il renferme, il est à craindre que dans- 
quelques pharmacies on ne débite encore de l'oxyde dei fer arse« 
nicaU Or il est aisé de prévoir que dans les expertises qui auront 
pour objet la recherche d'un toxique arsenical, si l'individa 
avait été soumis pendant la vie, comme cela se pratique souvent 
à l'usage du sesqui-oxyde de fer, il faudrait de toute nécessité 
prouver que l'arsenic obtenu par Tanalyse ne provient pas du 
contrepoison ferrugineux. Avant d'examiner les divers problè- 
mes qui se rattachent à ce sujet, il importe de savoir 1*" que l'eau 
distillée bouillante ne dissout pas la plus légère parcelle de l'ar- 
senic contenu dans le sesqui-oxyde de fer arsenical ; 2'' qu'il en 
est de même de l'eau bouillante tenant en dissolution 1/60* de 
son poids de potasse pure ; S"* qu'au contraire l'acide suiftirique 
étendu de son poids d'eau, et à plus forte raison le même acide 
concentré, après une heure d'ébuUition dissout une grande partie 
du composé arsenical ; h"" enfin qu'il sufiSt pour avoir l'arsenic 
de certains échantillons de ces oxydes, d'en introduire quelque» 
grammes dans un appareil de Marsh en activité. 

P&BMiER PROBLÈME. On Opère êur la matière des vomisse'^ 
mens. On chaufiè la liqueur et on la traite par l'alcool conceu" 
tré, après l'avoir réduite au quart de son volume, pour en sépa- 
rer la majeure partie de la matière organique; on filtre et o» 
fait passer dans la liqueur un courant de gaz acide sulfhydrique ; 
si l'on obtient un précipité jaune de sulfure d'arsenic , à coup 
sûr le toxique provient d'un composé arsenical vénéneux et non 
du sesqui-oxyde de fer, attendu que la proportion de cet oxyde, 



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— 241 — 

qui pourrait se trouver en dissolution dans la liqueur filtrée^ 
n'est jamais précipitée par Tacide sulfbydrique. 

Deuxième problème. On agit sur les matières soluHes 
trouvées dans le canal digestif. On recueillera attentivement 
ces matières, on lavera Tintérieur du canal à plusieurs reprises 
avec de l'eau distillée froide, et après avoir réuni les eaux de la- 
vage aux autres matières , on mettra le tout sur un filtre ; on 
lavera encore de la même manière la matière solide restant sur 
le filtre. Si le liquide filtré, après avoir été chauffé jusqu'à la tem- 
pérature de i'ébullition, puis traité par l'alcool, comme il a été dit 
à la p. 218, donne par le gaz acide sulfbydrique un précipité de 
sulfure jaune d'arsenic, on peut être certain que cet arsenic ne 
provient pas de l'oxyde ferrugineux. S'il ne précipite pas par ce 
gaz et que pourtant il fournisse quelques traces d'arsenic, à l'aide 
de l'appareil de Marsh , on sera en général autorisé à tirer la 
même conclusion ; cependant comme il n'est pas impossible, que 
dans cette espèce, les sucs acides de l'estomac par un contact 
prolongé avec un oxyde de fer arsenical, aient dissous une pro- 
portion de cet oxyde suffisante pour que l'arsenic qu'il renferme 
puisse être rendu sensible par l'appareil de Marsh, on sera ré- 
servé sur les conclusions à tirer, et l'on n'affirmera pas que l'ar- 
senic ne puisse pas provenir du contrepoison ferrugineux. 

Troisième problème. On agit sur les matières insolubles 
trouvées dans le canal digestif. Ces matières, que je suppose 
avoir été bien lavées et épuisées de tout ce qu'elles pouvaient 
contenir de soluble, seront traitées pendant une demi-heure par 
l'eau distillée bouillante ; la dissolution réduite au quart d^ son 
volume par l'évaporation, refroidie et traitée par l'alcool concen- 
tré, sera soumise, après avoir été filtrée à un courant de gaz acide 
salfhydriqne; s'il se dépose du sulfure jaune d'arsenic, le toxique 
ne saurait provenir du contre-poison ferrugineux, attendu que 
l'eau bouillante ne dissout pas la plus légère trace du composé 
arsenical qu'il renferme quelquefois. 

Supposons maintenant que le gaz acide sulfbydrique n'ait point 

précipité cette dissolution aqueuse, dira-t-on que l'individu n'a 

pas pu être empoisonné par l'acide arsénieux? On s'en gardera 

bien , car il se pourrait d'une part que cet acide eût été rejeté 

m. i« 



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— 9f« - 

f» ià VtfffllèSèrifèifi 6h i^St ïeS éeHëè, et d'autre part qtfïï 4e î&t 
combiné avec le sëéijirf-biydê Aé fer et qu*il se trouvât dàhs ïës 
Yft^Jèï^ Solldek à rétàt à'âfsMe àë fer ïnsôtuble dans Veau 
hmillàHié, Pdui» irëfeôtidrè cette dernière question il faudrait 
tWiter à fhoid la taaissè solide épuisée par Teau bouiÙante, par 
15 ou èO gt*âihmes de potassé pure; cet alcali n'enlèverait pas un 
'àftoAiè dé Tîtt'senic contenu danè ïe sésquî-oxyde de fer arsenical, 
laAdîkqûTlforinetaitderàrsénîte de potasse avec l'arsénî te de fer 
]^h)dàît par la combînaisoù dé Fàcide arsénîeux avec le sesqui- 
oiyffè de fer hydratéypoMv peu que cet acide se trouvât en quan^ 
ttté notable dans l'àrsénîté de fer (1). Uafsénïfe dé potasse sera 
liteiletnèùt riEfCoritiù aux càràclèreè que je lui assignerai plus 
Ifâra. 

OuÀttiïÈiiÉ PROBLÈME. On agit sur te foie deê inaividui 
^ïitb'ntàuccdmhe' après atotr pris le contre-poison feirrugi- 
fièïix. Il fésnïtè des expériences que j''ai tentées, que les chiens 
àtifxcfnels i*avàîs administré 150 ou 150 grammes de colcothar 
âi'èênicàlj n*ont pas été sensiblement incommodés, et qu'il a 
feilù lès tuer au bout de deux ou trois jours, pour pouvoir opérer 
sut* leurs foies. Ces viscères n'ont janiais fourni la moindre trace 
d^rfeeïïîb, d'où il semble que l'on pourrait conclure, lorsqu'on en 
aura exWâit dé l'arsenic que cefui-ci provient, non pas du con- 
tfè-pdîsôn ferrugineux, maïs bien d'un toxique arsenical. Cepen- 
dant, èomnheïès expériences tentées à cet égard ne sont pas assez 
nonibreuses pour ^ueje puisse affirmer que les résultats seront 
toujours les mêmes, et que d'un autre côté j'ai quelquefois trouvé 
des traces d'arsenic dans les liquides filtrés et reeueilUs 
cfan^/^eana/c/t^^^^^/* des animaux auxquels j'avais fait pren- 
dre Ï5Ô grammes de colcothar arsenical, il y a lieu d'agir avec 
circonspection, et de ne pas se hâter de conclure^ d'après le 
seul fait de l'existence de quelques parcelles d'arsenic dans le 
foie, que ce toxique faisait partie d'une préparation arsenicale 

(1) Je dis en quantité notable, parce que les composés d'acide orsénieux et de 
sè^é^î-oxydé dé îèé hyciraté qui se forment dans le canal digestif, n'ofirent pas 
toc» la même compositi^^ 1& grammes de ce sésqoi-oxyde hydrïté sec, |iféàveiit 
s'unir avec des quantités d'acide arsénieax qui varient depuis 5 jusqu'à 60 coitl* 
gramines. 



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- i43 - 

ffë xiàiMfè àiJtWtele. On mtt^U Que danê ces èâpèce*, la nanm 
et la ^âVité dès éyttptAmed ëprMtës pG^ lesiMiflâe», et ^ul m 
safuraléirt ^étaj^pôrtiés îâu àôlàotkaf m^entéoi^ fbiinil«fteiit4éë 
aéttensttùjf^tyrtânàét propreààtfàtidierla q«eàt!on. 

l>an> iôuè les ean de ce gigntê, tfsxpeti déi^f^^ âtttilt d^ 
conclure, êitàWiiner àïièntii^éM&hî une p&Hiôfi du ikémè 
ùùeyàè de fer qui aura été adininièiré nn matûdé, afin dé 
i^a^Éureih s'iî eêi ou non arsèûieat îl stïfflnl pdiif eda d*eil 
èlt^ebôWffl* ÎO, 50, 36 ou iô gi^aihto^ af et de l'acide soifttrtqtte, 
et d^introdtiSre k ^iqueuf stilfiiHcïue dans l'appareil de Marsh. 

Aàiâe ériênieuà traiiêfôHàé éh mlfii¥e d'arsenttdâUfti lé 
àanat âigèitifpar tâciée êulfhydH^e qui pmi àe dA^op-^ 
pèr dans àè eànaî ou qui aurait Aê introduit dans V^to^ 
mae{iy> j'àî dâtooùtré cfue Taclde àrsënîeux )én poitdre impàl^ 
pahlcj mis en contact avec de Tacide sulfhydrîliitie ga^énx à^, 
commence 4 passer à l'état de sulfure janne an bôtrt de qn^ùes 
héui^ës, thème à ta lempélratufe de S* 4- 0* c. , et que c«tte déc^- 
positiôà est pluâ rapide et plus complète, si le gaz ^ifmfniâe 
et que la température soit de Sr6» à 2S* + 0^. Si l^kcide î3irtiénieti!c 
au iîeù d'être en poudre impalpable est en frtigmétts, le chanj^e* 
©enten sulfure est beaucoup plus dîittcîle, pUistiWè après ttôfs 
jours àe contact le gaz «^e n'avait pas encore jMmi la Surface de 
ées fragmens, et que le mêrtie gaz légèrement humide n'avait 
commencéàlesîaùnir qu'après trente-'siXbeurèS, quoique lethef- 
mcfmèire marquât S5^ c, et même au Tîout de Vingt joûTsla sur- 
face des tragmens plongés dans le gaz humide ëtati à peine co- 
lorée en jaune. t)*oii îl suit que la irausjfoiinaitôn dont je parte 
peut avoir lieu toutes les fois qu'il se développera de l'acide sulf- 
hydrîque dans le canal digestifd'uniûdîtï(ïn4uiàura pris de l'a- 
cîde arsênîeùxen|)(?u<?r^ impalpable; elle aura iïécessaîrertent 
lieu dans les mêmes conditions, si ï'acide ârsériietrx a été araië 
dissous dans Feau, dans Au vin ou dans tout autre liquide. Telle 
est la réponse que jê as en 1831 au président de la cour d'as- 

(i) Cest à tort que M. Devergie pense que la transformation dont il s'agit ne 
peut avoir lieu qu'après la mort. 
1«. 



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— 344 -^ 

sises du département de la Seine qui, dans son interrogatoire, 
avait été amené à me poser la question ; c*est également dans ce 
sens que répondirent MM. Lesueur et Devergie, le premier en 
18/i3, devant la cour d'assises de Seine-et-Oise, et le dernier le 17 
avril iSliSy devant la cour d'assises de la Meuse. Voici une partie 
de la déposition de M. Devergie : <c L'arsenic a été trouvé dans 
« le tube intestinal à l'état de sulfure jaune, au moins en grande 
« partie , et il est cependant acquis aux débats qu'il a été acheté 
« de l'acide arsénieux blanc ; dès-lors se soulève naturellement 
« la question desavoir si l'acide arsénieux blanc donné pendant 
« la vie d'un individu, peut se transformer en sulfure jaune dans 
« l'estomac et dans les intestins après la mort. Cette question fut 
« pour la première fois posée à M. Orfila aux assises de Paris en 
<( 1831, et à M. Lesueur à Versailles en 1843 ; elle fut dans les 
deux cas résolue par l'affirmative » {Gazette des Tribunaux 
du 24 avril 1845). 

Voyons maintenant comment devraient être conduites les re- 
cherches pour reconnaître au milieu des matières vomies ou de 
celles que l'on pourrait extraire du canal digestif le sulfure d'ar- 
senic provenant de la décomposition de l'acide arsénieux par le 
gaz acide suifhydrique. S'il existe au fond des matières liquide» 
un dépôt jaune, on décantera la liqueur, on lavera le sulfure 
jaune, et on le reconnattra comme il a été dit à la page 207. S'il 
n'y a point de précipité, on évaporera les liquides jusqu'à siccité, 
et on agitei'a pendant un quart d'heure la masse déjà refroidie 
avec de l'eau ammoniacale composée d'une partie d'ammoniaque 
et de cinquante parties d'eau, afin de dissoudre le sulfure dans 
l'eau alcaline : on filtrera celle-ci et on la saturera par l'acide azo- 
tique ; aussitôt le sulfure d'arsenic sera précipité. Le liquide pré- 
cipité par l'acide azotique, sera examiné à son tour pour savoir 
s'il ne retient pas encore de l'acide arsénieux qui n'aurait pas été 
transformé en sulfure ; il suffira pour cela d'agir comme il a étë 
dit à la page 206. Si les matières contenues dans le canal diges- 
tif, au lieu d'être liquides, sont solides^ et que le sulfure, au lieu 
de s'être déposé, se trouve disséminé dans la masse, on traitera 
celle-ci par l'eau ammoniacale et par l'acide azotique, comme je 
viens de le prescrire . 



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- 245 — 

Acide arêénieux absorbé et $e trova)ant dans le sang, dans 
le résidu de fébullition du canal digestifs dans le foie, la 
raie y les reins, les poumons, etc. L'expérience démontre que 
Teau distillée dans laquelle on fait bouillir ces matières, ne dis- 
sout pas ni à beaucoup près la totalité de Facidearsénieux qu'elles 
renferment; on sait même que dans certaines circonstances elle 
en dissout une quantité assez faible pour ne pouvoir pas être dé- 
celé par le gaz acide sulfhydrique : aussi ne doit-on pas procéder 
à cette ébuUition ; il faut au contraire, de prime abord, soumettre 
le sang et les autres organes à l'action du chlore gazeux, comme 
je Tai dit à la page 229. 

Acide arsénieux absorbé et se trouvant dans turine. Il 
arrive souvent qu'en introduisant cette urine dans un appareil de 
Marsh, on obtient de l'arsenic sous forme de taches ou d'anneau ; 
cependant comme la liqueur donne ordinairement lieu à la for- 
mation d'une grande quantité de mousse qui est un obstacle à la 
découverte de l'arsenic, il est préférable de saturer les acides de 
l'urine, y compris l'acide arsénieux par quelques centigrammes de 
potasse pure, et d'évaporer la liqueur jusqu'à siccité;la masse 
desséchée est légèrement chauffée dans la capsule de porcelaine 
qui avait servi à l'évaporation, afin de carboniser la matière or- 
ganique ; dans cet état, on traite le charbon par l'eau distillée 
bouillante pendant un quart d'heure, on filtre et l'pn introduit la 
liqueur filtrée dans un appareil de Marsh ; l'arsenic ne tarde pas 
à paraître. Si, maladroitement, on carbonisait pendant long-temps 
et à une température élevée, le charbon décomposerait l'arsénite 
dépotasse formé, et l'arsenic pourrait être entièrement volatilisé 
et perdu pendant la carbonisation. 

Acide arsénieux dans un cas d'exhumation juridique. 
V" Le 8 mai 1826, on a introduit dans un bocal à large ouverture, 
qu'on a exposé à l'air, un litre et demi d'eau tenant en dissolution 
12 grammes d'acide arsénieux et plusieurs portions de muscles, 
de cerveau et d'un canal intestinal. Le 2 août de la même an- 
née, près de trois mois après, le mélange vl exhalait aucune 
odeur désagréable; la liqueur filtrée, traitée par l'acide suifby- 
drique, par le sulfate de cuivre ammoniacal et par l'eau de chaux, 
( 



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-m - 

9*» TfWt^ ce^^gWWWî» 4'açide afswWfHXfUssw» 4aft^ 1 Jllw 

tiffdr^ A'im c;^ ^te^^Mn^l ^'m ^^Vi^- h^ M ^^ «uivi^ilt» Ip 9B|4- 
fie i^Wi^Hmf Jfti «^ précipitait p^r V^WÏfi gu}fbyar4aïiejle ^uUau^ 

(te cuivra ^^^^M^^^^ïMillUï lui fei^^^pw^Y^r -^upwpfeaageçuentî 

m révapor^t jHagtf à wcci|é, ii se coagulait beaucoup d^ BWMèffP 
animale que Ton enlevait à mesure ,- le pf(odu|( 4^ l'tévapprgl^, 
traité parFeau distillée bouillante pendant trois ou quatre minu- 
tes, contenait de lucide arsénieux, puisque la liqueur /aunl^^afV 
par l'acide sullhydrîque,et que, par l'addition d^e goutte d'a- 
cide dtlorhydrique, elle feumissait un précij^té de sulfure Jaune 
d^arseuie solnble dans ^ammoniaque. La ceuleur et le préei^ 
jaune dévelof^s par f acide sulfbydrique étaient beaucoup moins 
sensibles, lorsqif au lieu d'agir comme H vient d'être dit, on ver- 
sait ce réactif dans la liqueur ebauffiée simplement Jusqu'à fébul- 
liticm et filtrée, pour oeaguler la matière animale. Le9 mail8}9, 
o^8l-à-dire neuf mois et demi après le commencement de Vei*- 
périence, le mélange exhalait une odeur i^sez fétide ; la liqueur 
filtrait difficilement, parce qu'elle tenait déjà une grande quantité 
de matière animale en dissolution; elle ramenait rapidetnentm 
bleu la couleur du pa^Her de tournesol rougi par un acide^l'adde 
sulfbydrique et le sulfate de enivre ammoniacal ne lui faisaient su- 
bir aucune ahéraHon, tandis quHls y démontraient la présence 
deFaoldearséttleux, lorsque après l'avoir évaporée jusque siecité 
pour coaguler et séparer la matière organique, ou traitait le pro^ 
duit de l'éyapor^tipn par Teaii ^îstill^e bou|llai^te, 

?** La même expérience, répétée le 27 février J827| a fourni 
des résultats semblables lorsqu'on a examiné la liqueur ^ 27 ^vf il 
suivant, 

k"" Le 8 novembre 152Ç^ on renferma da«s wne portioi* d'un 
|[rps intestii^ d'adulte du blanc d'œpf, de la viapçlei ^u pain, çt f 
grapumejO centigrammes 4'^ci^e grsénievx ^(^^4^ « Vw^t^tW f»^ 
placé daB§ unç petiiç feoîtç 4g ^ifl jtpi ^J^ mw f^f^^^ 



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^Ut 4327, ç'fi^jLTàilir^qettjr qoi^ sii^ jp«i^apfà8, (o^ eodiuwa cette 
^tte ^t og» ^git^ (1^^ V^^H 4^UUée ti^dç ^^ p^U^ei^çcAi^iiuAs 
d*ii§ Vlptef^ip ; 9tt i)Qj>^ djp q^ejiawes wiflWps onfilir^^ ot I'oq put 
§§ cQ^Y^jpçr^i en y visant da raci4e s\l^by4rique9 ({iiô U Ut 

Vf5au aiF^c d§ }'açi4^ ^ff5^ïUei}it, Di^HP (de Roiiep) le& dépoft^ 
dwâ u«? (Qrtp )^f4(0 ?)^ \^W dj^ cl^^ §t ^$î eutevra dans \in sol 
ajse» P.eRaéable ^ Teau. A» l)pïit dg âit SRS, jl Ât Vôi^bm»«tio» dfi 
p^ Bf^Ut c§re«çiJti 8t y t^•o^y^ urc §orw d^ t^ro^iH qui »e déUiait 
«H» le§ ^igts g$ qui cpu^n^U ÇttÇOçp leM^Wflt d'weeoiç, qw I 
gPJHiuqe g dé^^igr^rpme^i^t^ $ur 4^^ çl»grt)p^^ard^^^ eofpoi^oaT 
iléreoi; de te«F Qdenp ^lUaeé^ un laboiTt^toirp d'iw^ a§^6% g^and^ 
^mwftmÇjQtm^al 4^ chimie médieah^ t. u, p. 378). 

Qn Daçf le pott?4nt d'^t l&ii» M* Saiipon, pt^armadea de 
Sa|Pt^»Pl'APPOFU â»n% petites tipites^ qu'if avait eitt^réesen 
iS36t à (0 cenliioàti^) et ^m aivaiearptr poo » <Squcat éi^ inhup 
mées pendant cinq ans. Dans Tune de ces boites on avait mis des 
«liam et i gramme ^ cwtigramw^sd'apidi^ apsépieux^oAgfait 
fis^ç^ à»m Tautre des viscères d'anionau)^ et 1 gramme 5a centiT^ 
gsamm^ à^^néma^ d'a,v%moma§ue» lud^ndammeat des 
pluies ifui avaient dû sigouvent mouiUer le terrain, eel|ii-d avail 
élà inondé k tel point, que M. Saucon ne pouvait pas oroùre qu^ 
i'op trouvât encore des traces de^ préparations arsenicales. Iln'ep 
fut pas ainsi, car nous retirâmes des débris de l'une e( 4^ l^autve 
de ces bottes une proportion no^ble.d'arsenic. 

1^ Déjà plusieups fois j'ai constaté long-temps après FinlHUMir 
tiw, soit dans le canal digestif, soil dans le foie, la rate, le cœur^ 
etc. , la présence de l'acide arséuieux qui avak été introduit dans 
fsstomae, quoique la putréfoction eût parcouru toutes ses périor 
def et qu'il y eût eu production d'une grande quantité d'ammo** 
nîaqiie. le me bernerai à citer les cadavres de Mercieiir,â Dijon j 
de Cumon, à Périgueu^i; 4e Lafarge, à Tulle. 

U nisvUe 4e 4>e» laits : ^, qu'il est possible de retirer de l'acse- 
nie, i^aèrneplusieuts années après rinàumatîo4, de cadavres ap^ 
piHeaM^ à4es tni&4di|s morts iMspoisonnés par Facide avsér 



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— 248 — 

Bîeux, par un arséniteou par un arséniate -j J9, que si Tacide ar- 
sénieux a été pris à i*état solide, il ne sera pas quelquefois impos- 
sible, même long-temps après l'inhumation, d*apercevoir çàet là 
des grains qui, étant détachés avec la pointe d'un canif, présen- 
teront tous les caractères de ce poison ; (7, que dans la plupart 
des cas il n'en sera pourtant pas ainsi, et qu'il faudra recourir à 
la décomposition des matières par le chlore {Foyez page 229), 
parce qu'il ne suffirait pas de traiter ces matières par l'eau bouil- 
lante pour mettre hors de doute l'existence d'une préparation arse- 
nicale trop intimement mélangée ou combinée avec le gras de ca- 
davres ou avec les tissus putréfiés. Presque toujours en effet les 
décoctions aqueuses des organes ou des débris pourris, alors 
même que le composé arsenical a été en partie dissous, laissent 
après l'évaporation à siccité des produits noirâtres, gras, dans les- 
quels les réactifs ne décèleraient aucune trace d'une préparation 
arsenicale, qu'il serait impossible de mettre dans un appareil de 
Marsh sans développer des quantités de mousiâe effroyables, et 
qui ne peuvent même pas être convenablement carbonisés parles 
acides forts. 

Peut-il arriver que le cadavre d'un individu empoisonné 
par P acide arsénieux abatidonne le composé arsenical qu*il 
renfermait au moment de la mort^ de manière à ne plus en 
retenir après une inhumation prolongée ? Il n'est pas douteux 
que l'acide arsénieux ne se transforme à la longue, et à mesure 
qu'il se produit de l'ammoniaque, en arsénite d'ammoniaque 
beaucoup plus soluble que l'acide arsénieux, en sorte qu'il pour- 
rait se faire qu'au bout de quelques années on ne parvînt pas à 
démontrer la présence de l'acide arsénieux là où il aurait été fa- 
cile de la constater quelques mois après l'inhumation, parce que 
cet acide, auparavant solide et granuleux, une fois transformé en 
arsénite d'ammoniaque, serait devenu soluble et aurait filtré dans 
la terre, à travers les parois de la bière, ou se serait écoulé par 
les trous que présente souvent la face inférieure de cette boite 
lorsque la putréfaction a fait de grands progrès. 

£n disant qu'il pourrait se faire qu'au bout de quelques an-- 
nées on ne parvint pas à trouver de l'arsenic dans un cadavre, lors- 
qu'il aurait été facile d'en constater la présence quelques mois 



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— 249 — 

après rinbumation, je n'entends parler que d'une préparation 
arsenicale solide ^m aurait été' introduite dans teitomac ou 
dans le rectum dans le dessein de donner la mort. Il est dès 
lors évident que je restreins singulièrement les cas où l'expert 
sera appelé à décider des questions de ce genre ; en effet, lepoij 
son restera dans le canal digestif^ où il était au moment de la 
mort, tant que ce canal conservera son intégrité et sa mollesse; 
et alors même que par les progrès de la putréfaction l'estomac et 
les intestins se seront desséchés, en occupant un très petit volume, 
ils continueront à présenter une cavité dans laquelle on retrou- 
vera encore, sinon la totalité, du moins une partie du poison. J'i- 
rai plus loin, et j'admettrai que la décomposition putride ait été 
portée au point de réduire les tissus de l'estomac et des intestins, 
ainsi que ceux des autres viscères abdominaux, en une matière 
gris brunâtre ou d'un vert foncé sale, comme graisseuse et sem- 
blable au cambouis -, même alors il serait encore possible de dé- 
couvrir une certaine quantité d'acide arsénieux qui aurait échap* 
pé à l'action de l'ammoniaque, ou qui, s'étant combiné avec cet 
alcali, aurait formé un arsénite susceptible d'être retenu par les 
tissus et par la matière grasse dont j'ai parlé. 

On voit donc, par cette première espèce, combien seront rares 
les cas où le poison arsenical soluble aura été complètement dis- 
sous par les pluies et entraîné dans la terre. 

£n sera-t-il de même pour la portion d'acide arsénieux qui, 
ayant été absorbée, se trouve en très petite proportion dans 
chacun de nos organes? Ici, à défaut de faits, je puis m'aîder du 
raisonnement. Plus la quantité du poison arsenical est faible par 
rapport à la masse de l'organe qui le contient, plus il y a de 
chances pour qu'il reste dans cet organe, d'abord parce que les 
produits de-la putréfaction pourront le retenir en formant avec 
lui des composés nouveaux peu solubles ou insolubles dans l'eau, 
et ensuite parce que les acides arsénieux et arsénique étant sus- 
ceptibles de^ s'unir à la chaux, agiront peut-être à la longue sur 
une portion de celle qui existe dans nos organes, et se transfor- 
meront en arsénite ou en arséniate insolubles. Toujours est-il 
que l'on admettra sans peine que l'ammoniaque produite pendant 
la putréfaction, et qui pourrait rendre l'acide arsénieux assez so- 



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_ 25Û ^ 
i*v - 

avec |ps ^pî^e^ graç «pi §^ dév^ppient, ^^m c^ fiUîcon^miww, 
BPflr fprrner 4» im de» padavres, çt qu*eUe ne ^ ppft^îra paig 
4$ pr^iféri^ce ^qr CQ ppispUi k fnpins qu§ ça ne s^ pomrFmvar 
}ppper a le retenir à l'état io)^p}uble. Je p^nse doi^c qi^i, mdiM 
po^r }a ppr^oq d'acide ^ur^i^i^ ^})^v|)é} U doit étrfi eicmsivâr 
a^e;)t r9l*Q fm ^^ e^s rentr^^^Pt §P tot^té. Mitlis admeitons 
gug rpft mx disposé à iadPR^^^ n^p ppwîw çQWtm^ »vw4 que 
Vp^tpérJenee ^if pFq^Q^îpé, 4» woijjs devr^Tîtrpn *'a«ÇiMrdpr ^ubiï^ 

Bftîpt qi^ rqn powR vm^m^r ce poi^pp #w/^ j^^ fm qm Ih 
f^^h^K ^< hf mm^ ç^urm^ ^mf^mé hwm^^f^^ 
\\m }QP§que| aprèç ayQ^r été 4étr^its en pwti^i U rm^^ «aipwe ' 

Sypposp^ 9p(ueLlemept qvet P^ l^ prpgrè» de k pptréfiiQr 
tiqp» leg diven^s pjirtip» du p^4^Yre sp^ppt 4^4 d4P§ up éM de 
P%trll?gP QPi les r^de mépppaais^s^Mpf^ s^ni qu^ tPPtpfois te 
pp^s ^ît r^Hif; e9jcpi:p pii m détrUiif pidYt^rpip^tj ^ ver^os Cf 
jjued^v^epdr^it t'a^di^ ^r^^pteu^ qpi wxi^W ab^i^dpwié les tiwii« 
pour se mêler à la terrai. Tppt ppfte ^ (^Q\v€i^ d'wràfi îe^^ «pt 
riepce^ que j'^i ^eptép^ à pp #viet, que cei; ^cide ^ l^arsikiite 
4'4Ptmp^i9que fprmé lopp^^eryer^iept W9r\mm \f^ solubilité 
dans un terrain qui w çim^iw4rait pa§ du wlf»t$ de ekcm»^ 
et pe 1^ trapsfonpigirftiept par con^équeut psis e» arsénite de 
pliau^ ^lso)^))le ; il$ resteraieuit sans aiicim 4oute mélangés ait 
^rr^ qui «vpisjne le cnd^^vre V^vx qq'iU n'am^entpas été fUBtrafer 
né3 m ppupliw loip p^r V%g^^ des plni^» action qni n'est pasi 
l;^auçQvp pJTè^ 9xm effioacn /l^'on pourrait le croire au j^ipie» 
9bord$ d'pù il ivit wsi Tou ^rait grandement auiprîié ^ peoaer^ 
^i rpn déopttvrait dwi un terrain do ciioetiàre un oomposé ane^ 
iniçal 4iflukh 4am fmu froide, que ce oomposé pvovient d'un 
4^ cAds^vrifs du voi^iiiagei k moins qu'il ne fù|; prouvé que eette 
pertie du teiraîn a¥aU été pvéaliablement arrosée avec une diss^ 
lutipDid'ucide arsénû^iK ou de toute aiitr» préparation ai««ricale) 
(Wi \À^ que l'ou avait jeté à sa surface une poudre arsenicale 

Adin#tlQiW au nancvaire ie «as où un i^adavre eoutoM»! .de 



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- w — 

ym^niç aflr^ été réduit par \^^ progrès ^ l^ putr^f^ptiop ç^iip 
détritus qui s'e§t wélaiigé k ^ t^re de mani^rç ^(^ç qu'il uç soit 
plus possiWç d'eu reconnaître les débris à Vioeil uu; u'est-U pais 
probable qu'alors encore ce n^élange céderait à P^au frçid^^ op 
dumoins à rç4mhQuUlmi§3 Je composé arsçnica} qu'il ppurraU 
reuferiupr? Qr, cpjKime le^ terr^in^ di^s cfroeii^es u^ sç pq^id^ 
tent japiais ainsi qu^nd pn les traite par l'eau, Vei^pert a'bésU«r 
rait pas, en pareil cas, à tirer de la présence de l'arse^MCi \^ 
mêmes inductions que celles dont il vient d'être fait mention à 
Foccasion des t^rains da|i§ lesquels il §xist^rai|; un composé ar- 
senical soluhle dans Veau froide. 

jPeut'-if arriver q^e l'ar^ef^iç qw Vw T0tifçiftf^ çadq»re 
inhumé dejmis long-t^n^fs 4Ç'ff4 v^ oifinifi^re dçmt k tepr 
rain serait arsenical, prçviçnr^^ 4ff ^^ terrain pilotât qw 
i'y^n pmpoisonne^çnt ^ Je résoudrai ceUp quesition en répp^ 
d^t aux objections qui peuvent être faites aijt çouy^f^u systèfn^ 
médico-légal que J'ai introduit dans la fiçippce (^^^?plus \fj^ 
Vobjectipu ?0- 

4ci4^ arsénifsu^ introduit df^fi^ Ip can^l 4i9f^0ifw^4t h 
vm^ri- Si l'on applique sur Tintestip rectum d'w individu 4^ 
vient d>xpirer ft gr^p[un^s d'^pidp ^raéftieu:^. pulvérisé, et qu'op 
le laisse ppndaitt vingt-quatre beures, qu pbsery^, en f^isjint VQ^- 
v^ure ^ pad^vre, que la p^rti0 4^lé^memkranç n»uqu0W0 
qui a été eg çq^im avec le ppi§QU e^t d'W rwft? «^ f «^ W/i «t 
qu'ieille présente uu^ pu ptosieurs tacJ?ie§ 4^un r^uge npirj^rpijiBli 
sont dey^ritablpseppbyjnosgs : le§ autres t^niqu^s s^nt danii l'^ 
tat naturel ; il en est de même des portions d'intestin qui n'ont 
pas été eu contact ^yeç Je poispn. 

Dans le cas où cet acidtB pulvérulent n'a été introduit dans le 
gros Intestin que yîngt-quatre heures après la mort, on remar- 
que, si on ouvre Ip cadavre le lendemain, que les parties sur l^r 
qttell66 le poison a été mis présentent des ecchymoses de largeur 
varîaMe : du reste, on n'observe aucune autre altération. Il e^t 
4p4iq fiicile de distiugupr si l'acide ^r^énipu^^ ? ^té appliqué ^ur 
leigpoft intastins avant ou après la «ort; en effet, dai» oe ém^ 
nier cas, on trouve le poison à peu de distance de l'anus^ et si le 



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— 262 — 

tieisqaî ont été touchées par l'acide; en sorte qu41 y a ufie ligné 
de démarcation excessivement tranchée entre ces parties et 
celles qui sont immédiatement au-dessus. Au contraire, si Tin- 
ilammatiou était le résultat de finjection de Tacide arsénieux 
dans le rectum pendant la vie, elle s'étendrait bien au-delà de la 
partie touchée par Facide, et la rougeur de Tintestin diminuerait 
graduellement d'intensité, à mesure qu'on approcherait des in- 
testins grêles. 

\' 

/Je l'appareil de Marsh fnodifié. 

Jusqu'en 1836, les experts chargés de faire une analyse mé- 
dico-légale relative à l'empoisonnement par une préparation ar- 
senicale, lorsqu'ils étaient p^arvenus à ce pointée l'opération qu'il 
fallait retirer Varsenic de cette préparation, employaient avec 
un grand succès un mélange de potasse et de charbon ou du flux 
noir; l'arsenic se volatilisait et apparaissait avec tous ses carac- 
tères dans une partie plus ou moins élevée du tube fermé où l'on 
avait fait l'opération, et jamais, que je sache, cette manière d'a- 
gir n'avait soulevé d'objection sérieuse au grand jour des débats; 
chacun trouvait le procédé mis en usage très sensible, sur, com- 
mode et assez expéditif. En octobre 1836, Marsh publia un tra- 
vail ayant pour titre : Description d'un nouveau procédé pour 
séparer de petites quantités d'arsenic des substances avec 
lesquelles il est mélangé (^Edinburgh, New philosophical 
journal) (1). Il proposa d'introduire dans un flacon du zinc, de 



(1) La découverte de Marsh n'est en quelque sorte que Tapplication d'un fait 
assez anciennement connu ; ainsi ScIteeU annonça le premier, en 1775, que Thy- 
drogèue peut se combiner avec l'arsenic et donner un gaz inflammable qui laisse 
en brûlant du régule iC arsenic (Mémoires de Scheele, t. i*"^). En 1798, Proust di- 
sait qu'en brûlant le gaz hydrogène très fétide qui se dégage quand on dissout dans 
Tacide chlorhydrique de Tétain arsenical^ il se dépose de l'arsenic sur les parois 
delà cloche (Ann, de Cfiim,, t. xrviii), Tromsdorff ^ab\ï3Âl en 1803 qu'en intro- 
duisant dans un flacon ordinaire du zinc arsenical , de l'eau et de l'acide sulfurique, 
on dégageait du gaz hydrogène arsénié^ et que si ce tube à dégagement était suffi- 
samment long, ce gaz laissait déposer parfois de Varsenic contre les parois du tube 
{Nicholsons Journal^ t. vi). On verra par 4a description que je vais donner du 
procédé suivi par Marsh que cet auteur n'a fait que se conformer aux principes 
posés par Tromsdorff, Mais Serùllas allait beaucôtfp plus loin lorsqu'il éublissaic 



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— 35» — 

TeaUyde l'acide suif urlque et de Tacide arsénieux ou bien une ma* 
tière suspecte qui en contenait, afin de dégager du gaz hydrogène 
arsénié ; ce gaz, à mesure qu*il se produisait, sortait par Textré- 
mité effilée d'un tube où il était enflammé à Taide d*un corps en 
igniiion, et si Ton recevait la flamme sur une surface froide, soit 
sur un morceau de verre épais, soit sur une soucoupe de porce- 
laine, on voyait Tarsenicse déposer, tandis que si la flamme pé- 
nétrait dans le milieu d'un tube assez large ouvert aux deux ex- 
trémités, il se formait deTacide arsénieux qui s'appliquait sur les 
parois internes du tube : on pouvait même obtenir à-la-fois de 
Farsenic et de l'acide arsénieux, en dirigeant obliquement la 
flamme dans le tube, de manière à effleurer le verre. A peine 
Tapplication de Marsh fut-elle connue que partout on s'empressa 
de la mettre en pratique, et l'on ne tarda pas à s'assurer que l'ap- 
pareil proposé par cet auteur était des plus défectueux; s'agis* 
sait-il d'extraire l'arsenic de l'acide arsénieux simplement dis- 
sous dans l'eau, cet appareil fonctionnait bien, mais il paraissait 
trop compliqué ; fallait-il chercher à séparer l'arsenic de l'acide 
arsénieux mélangé avec des liquides organiques, tels que des 
bouillons, des potages, etc., il se produisait une efiervescence 
écumeuse, la majeure partie delà liqueur était chassée sous forme 
de mousse, le gaz hydrogène arsénié ne brûlait plus, et l'expé- 
rience était manquée. Il est vrai de dire que Marsh avait aperçu 
ces inconvéniens, et qu'il avait proposé de les éviter à l'aide 
d*une forte couche d'huile d'olives qui devait s'opposer à la for- 
mation de la mousse, tandis que d'un autre côté -il cherchait à 
emprisonner en quelque sorte le mélange suspect pendant un 
certain temps, et jusqu'à ce que le gaz put se dégager librement. 
Mais ces précautions étaient insuffisantes, surtout lorsque la ma- 
tière organique liquide ou solide avec laquelle l'acide arsénieux 
était mélangé au lieu d'être en très petite proportion, était assez 
abondante; la mousse produite et la perte de gaz étaient telles 



en iSSn que Ton peut tirer parti de la décomposition de \* hydrogène arsénié pour 
constater dans des cas d^ toxicoiogie la présence de Varsenic ou de ses composés. 
Il est aisé de Toir que Papplication faite par Mar.^h n'est que la mise en pratique 
àm idées de Tromsdorff et de SeruUas, 



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àfdh, iiM iaWùt ààte ysiléir l'énoncer i j^WitïquîéP l'ôpéfatidn 
iiOitÉié Mài^ Tàtaît pfopo$ée. It fallait, sons peine de Pehoncèi* 
à trtfe appBéatiôû n'tîle, perfectionner le pf océdé en le sîmplî- 
tont', fiâfâpaih, ]\!lôlir, Liébig, ÏBerzétîus, îhompsoà, Éénîor, 
Vdgèl, ChevâïlîéÉ*, Lâèsaîgne, Kœppéling, Ëanipmànn , et l^AcS- 
dëùlië dés sciences (qui adopta à cet égard les îd^es de Liébîg et 
dé feétàéîîas), modifièrent sôît les dacons,sôil les tubes, et firent 
cètinattre quelques rë^ultatis nouveaux. M. Clbevàiner proposa lé 
pretfiîer dé faii*é passer le gaz hydrogéné arsénié à travers deS 
fi^gthens de porcelaine entourés dé charbons ro'ùges, afin d*ôb- 
tënîr uû difinéau d*arsênic; depuis, la commission dé rïnstitût 
a k^éiïiplacé àVec avantage ta porcelaine par dé Tamiànte. 

Malgré taùt de traVaût , t^àppareil de Marsb restait frappé 
d^tmpuissance dans un très grand nombre 'dé cas ; on ne s'était 
îAtléiïkéftt préoccupé d4 fait capital de la question , savoir : îâ 
destruction de la matière organique au milieu de laquelle étaient 
éh quelque sorte lioyées des parcelles d'acide arsénieii'x 5 on ne 
se doutait pas que bientôt on serait forcé dans une foule d'ex- 
pertises de soumettre une proportion considérable d^une ma- 
tière animale, la moitié d*uii foie , par exempte , à l'action dé 
l^appareil, et qu'alors malgré tous les perfectionnemens apportés 
parles savàns4ont j'ai parlé, il se produirait une ie\\Q quantité 
dé mousse que f opération deviendrait impraticable; toutes les 
forces avaient été concentrées sur un point accessoire de ces 
questions^ celui qui avait pour objet de mieux décomjposer le 
gaz hydrogène arsénié, tandis qu'on avait négligé la partie vi- 
tale du problème, celle qui a pour but le àégagemsnt au gaz,* 
quel avantage y aurait-il, en effet, k être en état de décompo- 
ser complètement un gaz dont le dégagement serait im^pos- 
siile? ït fallait à tout prix détruire la matière organique ^ 
ou du moins en décomposer une assez grande proportion 
pour empêcher la formation de cette prodigieuse quantité 
de mou4se, qui paralyse V opération j de telle sorte que le gaz 
hydrogène arsénié ne se dégage pas et ne^ut^par conséquent^ 
être ni enflammé ni déomapOsé. C'wst ce qde je fis en i»W^ 
lorsque je démontrai que tacïde arsénïeux était absorbé, (ju'll 
se concentrait particulièrement dans le foie on les médecins le- 



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- 2S8 - 

ifiitm mi^himi^m ïehMA'^Ûèfiém^fth&kVqnéi^ràpo^ 
âè teSnlH èit tMàM loilié )â ihattèf ë S^gâhique de cet orgdné 
(M de foût attiré , al» thti^n de Tàzôtate de potassé, ou de la 
dêfcdttijJosëf êli gràiidë partie à Tâîde de facide azotique, ftus 
iâi-d, àteài ()à'dfa N vii à là ^àgè ^26 et suivantes, adoptant ce 
iMfatl^ y ijlùèlques éxj[)eftâ ont conseillé dé procéder par d'au- 
tres agètis à la âéc6m{)diiiion de cette matière. Aujourd'hui îa 
^ttestion lest parfaitement éclàircie \ ràppàrèil de Marsli qui aurait 
élé si feouvent iniitilé, avant Mes recliérclies, est employé avec 
àtàtitage, pàrcé qtiè j'ai tait disparaître, en détruisant ou en dé- 
cottp^lààiit la fh'atiëfe organique, l'élément qui dans beaucoup de 
^ l'aclHît édî^ché dé fonctionner, puisqu'une fois la mlatlêre 
àfifMsIlë dëtruîtè, il né se produit pas iiiié ieute hutte âe mouue. 
Je dil*àt l)tiis loiâ combien sont nombreuses les objections que 
Ton à faîtes éôhtre l'emploi médico-légal de l'appareil de Marsh 
poùf ëitràire l'àfsenlc, tandis que, je le répète, avant 1836, 
il ne s'en était élevé aucune contre le mode d'extraction suivi 
jusqu'alors (réduction du composé arsenical par la potasse et le 
charbon); tout eh déclarant ici que ces objections n'ont point de 
portée réelle, et que là plupart d'entre elles <mt été présentées 
avec une mauvaise foi insigne , je pense qu'il y a lieu de se de- 
mander si, en re'atitéf l'application de Marsh à la reekêr^ 
ehe de t arsenic, constitue un progrès important et tel que 
la tokieotogie ne pàt s'en passer. Je n'hésite pas à répondre par 
l'affirmative, parce qu'il est aisé de prouver que ton peut déceler 
à 1-aide de l'àpjpareil de Mai*sh modifié, des traces d*arsenic ^ui 
^happeraient à l'action du gaz acide sulfhydriqu^ : or, on 
sait que ce réactijf est le seul , parmi ceux qui sont doués d*uiie 
excessive sensibilité, qui fournisse des résultats à Tabri de 
toute complication et de toute cause d'erreur. L'expérience sui- 
vante ne laissera aucun doute à cet égard. Si l^on dissout einq 
centigrammes d'acide arsénieux dans (00 grammes d'eau et 
que l'on introduise dans un petit appareil de Marsh treie 
grammes dje la dissolution, on obtiendra un assez grand nombre 
de taches arsenicales pour constater les divers caractères que 
j*ai assignés à ces taches, ou ce qui revient au même pour 
o^rm^ que ces taches sont formées par de l'arsenic; tandis 



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~ 2B« — 

que Tacide sulfhydrique gazeux , alors même que Ton agira sur 
4 grammes de la dissolution , donnera un précipité de sulfure 
d'arsenic jaune, avec lequel il sera difficile, pour ne pas dire im- 
possible d'obtenir assez d'arsenic pour le reconnaître ; on re- 
cueillera bien , en décomposant ce sulfure par le carbonate de 
potasse et le charbon , une couche arsenicale grisâtre exceisi- 
vem^nt mince ; mais elle contiendra une si petite quantité d'ar- 
senic que Ton ne pourra pas produire d'une manière nette, les 
réactions de ce métal, ce qui empêchera l'expert de se prononcer 
affirmativement. Cette infériorité de la part du gaz acide sulfhy- 
drique serait encore plus saillante dans les cas où il serait em- 
ployé pour déceler l'acide arsénieux dans un liquide mélangé de 
matière organiqae, car alors le sulfure d'arsenic obtenu contien- 
drait une certaine quantité de cette matière, qui serait décompo- 
sée parle feu en même temps que ce sulfure, et il se volatilise- 
rait une couche arsenicale altérée par quelques-uns des pro- 
duits de la décomposition de la matière organique. 

Toutefois on aurait tort de coni^lure de ce qui précède que 
l'acide sulfhydrique n'est pas un réactif des plus utiles dans les 
expertises médico-légales relatives à l'empoisonnement par l'a- 
cide arsénieux ; j'irai plus loin et je dirai qu'il est indispensable 
de s'en servir. Il ne faut pas croire que toutes les fois que des 
experts sont appelés pour analyser une matière suspecte, les 
magistrats soient assez éclairés sur la nature du poison pour 
dire à ces experts que cette matière est plutôt de l'acide arsé- 
nieux, qu'un sel de plomb, dé cuivre ou de mercure ; souvent ils 
manquent eux-mêmes de documens sur ce point, en sorte que les 
gens de l'art sont obligés de procéder dans leurs recherches de 
telle manière que le poison , quel qu'il puisse être, ne leur échappe 
pas : c'est pour atteindre ce but que le gaz acide sulfhydrique 
est surtout un agent précieux , car il précipite en jaune l'acide 
arsénieux, en orangé rougeàtre les sels d'antimoine, en noir 
les sels de plomb , de cuivre et de mercure 5 l'expert peut donc, 
en ayant recours au gaz acide sulfhydrique, être mis sur la voie 
des investigations qu'il devra encore tenter pour résoudre le 
problème ; s'il négligeait l'essai dont je parle , il s'exposerait à 
tâtonner indéfiniment et à perdre le fruit de ses expériences. 



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— 257 — 

D'ailleurs il ne faut pas croire, parce que Tacide sulfhydrique 
est un peu moins sensible que Tappareil de Marsh, qu'il ne 
jouisse pas encore d'une grande sensibilités nous savons, au 
contraire, que lorsqu'il est convenablement employé il peut dé- 
celer des quantités excessivement faibles d'acide arsénieux. 
Ainsi , que l'on soumette la moitié d'un foie empoisonné par cet 
acide à l'action du chlore gazeux pour détruire la matière orga- 
nique, que l'on chasse l'excès de chlore par la chaleur, que l'on 
agisse ensuite sur la liqueur, avec de l'acide sulfureux et du 
gaz acide sulfhydrique, comme je l'sû déjà dit, on verra que l'on 
obtient une proportion notable de sulfure jaune d'arsenic, lequel, 
étant décomposé dans un tube, à l'aide du carbonate de potasse 
et du charbon donnera un anneau d'arsenic très épais, #ans que 
Ton ait fait usage de l'appareil de Marsh. 

Cela une fois établi, voyons en quoi consiste l'appareil modifié 
par moi, après des tentatives nombreuses ; tel qu'il est, cet appa- 
reil réunit à une extrême simplicité , l'avantage de fournir à la 
fois un anneau d'arsenic et des taches arsenicales (1). 

Il se compose d'un flacon A, de 24 à 30 centimètres de haut, 
d'un tube JV recourbé comme les tubes en S, et d'un autre tube 
T C Ddont l'extrémité a?, eflaiée à la lampe vient loucher une 

(1) M. CaultierdeClaubry attaque vivement l'appareil fort simple dont je me suis 
servi dans les premiers temps et qui consiste dans un flacon A mmii d'un tube recourbé 
TD (y, p. 258;. Cet a[^areil, pouvant encore rendre de très grands services lorsque 
les experts n'auront pas à leur|disposition le tube N recourbé en S, je crois devoir ré- 
futer les observations de M. G. de Claubry. On perd de C arsenic au commencement 
d» l'opération. Quand on a presque rempli de liquide le flacon A, la quantité d'air 
qui reste dans ce flacon est tellement faible, que l'on peut sans danger enflammer 
le gaz au bout d*un temps très court, ce qui réduit la perte presqu'à zéro. Par suite 
de la délonnation^ on perd la totalité du produit suspecté, £t d*abord la détuuna- 
tion n^a jamais lieu, à moins de maladresse de la part de Topérateur ; il sufiQt, en 
effet, pour l'éviter, de n'enflammer le gaz que lorsque la petite quantité d'air con- 
tenu dans le flacon A a été expulsée. lAilleurs, il n'est pas vrai de dire que le 
produit suspecté est perdu en cas Be délonnation ; le contraire a'pré&que con- 
stamment lieu, parce que le bouchon et le tube sautent seuls, le flacon restant in- 
tact avec tout le produit suspect. // est impossible de renouveler ou d'accélérer ie 
dégagement du* gaz par l'introduction d'une nouvelle quantité d'acide. Je rf'grette 
que M. G. de Claubry n'ait jamais vu fonctionner un appareil de ce genre ; il 
saurait que rien n'est plus facile que de déboucher le flacon et d'y introduire une 
nouvelle quantité d'acide^ sans le moindre danger ; l'opération n'exige pas plus de 
dix secondes [Méd, lég^ de Briand, p. 703X 

III. 17 



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2t^8 




capsule de porcelaine E. Âpï*ès avoit* introduit dans le flacon a 
50 à 60 grammes de zinc laminé, coupé en morceaux et préa- 
lablement attaqué par Tacîde sulfurique pour le dépolir, on lutte 
avec de la cire d^Ëspagne le bouchon qui ferme le flacon en p, 
et fon verse par le tubeN. 500 à 600 grammes d'eau distillée et 
3 à 4 ^ranimes d'acide sulfurique pur. Il se dégage à Tinstant 
même du gaz hydrogène non arsenical , si les matériaux em- 
ployés sont purs (l'eau est décomposée) et que Ton n*ait pas mis 
une préparation arsenicale oxygénée d^ns le flacon À; aussi en en- 
flammant le gaz qui sort par la partie effilée du tube a^^ ne se forme- 
t-il sur la porcelaine que de Teau qui se condense bientôt sur la 
capsule. Si; au contraire, on a mis dans le flacon A, outre le 
zinc, feau et Tacide sulfurique, un milligramme à'acide ané- 
nieux^ ou une très petite quantité d'un liquide arsenical débar-* 
rassé de la matière animale qu'il pouvait contenir, avant que 
celle-ci eût été détruite ou décomposée par l'un des moyens in- 
diqués aux p. 219 et suiv. , à^instant il se produit du gaz hydrogène 
anénié q«i bràle avec une flannne bleue, quand on l'eaflamme 
sur le point se , et qui, au lieu d^eati pure , laisse déposer sur la 
porcelaine des taches ars&mcales d'un brun fauve, plus ou 
moins foncé, brillantes et miroitantes. Ici l'hydrogène à l'état 
naissant s'est emparé de l'oxygène de Tacide arsénieux pouf for- 
mer de l'eau, tandis qu'une autre portion d'hydrogène s'est com- 
binée avec l'arsenic à l'état naisynt qui provenait delà décompo- 
sition de facide arsénieux. Si avant de recourber le tube T C D on 
a eu soin d'introduire de l'amiante dans sa partie v n, c'est-à-dire 
dans l'étendue de 5 à 6 èentimètres , et qu'à l'aide d'une assez 
forte tampe à esprit de vin B, on chauffe la portion vC n Avl 
tube, le gaz hydrogène arsénié sera en pariie décomposé^par la 
dialenr en hydrogène et en arsenic ; celui-*ci se condensera en 



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— 250 — 

D» pràs de l'amiante^ sous forme d'anneau^ tandis que Thydro^ 
gène sortira par Textrémité «r du tube } enflammé sur ce point il 
ne fournirait que de Teau s'il avait été complètement décomposé : 
au contraire^ la portion d'hydrogène arsénié qui n'aurait pat 
été décomposée par la chaleuri si elle est enflanmiée à Textré** 
mité X I laisserait déposer sur la gorcelaine des taches arseoi-^ 
cales ; il est évident que si tout le gaa avait été décomposé par la 
dialeur de la lampe, l'arsenic se trouverait tout entier sous forme 
d'anneau en D. Mais il n'en sera jamais ainsi lorsqu'on em- 
ploiera cet appareil ^ constamment le gaz qui sortira par l'extré - 
mité a contiendra une certaine quantité d'hydrogène arsénié et 
déposera des taches arsenicales plus ou moins nombreuses^ s'il 
est enflammé. L'amiante, indépendamment de ce qu'il divise et 
déchire en quelque sorte le gaz dont il favorise par conséqi^nt 
la déçom|>osition, a encore pour but de retenir les parcelles de 
dissolution de sulfate de aine qui auraient pu être entraînées du 
flacon A dans le tube T C D à la suite du dégagement quelque* 
fois tumultueux du gaz hydrogène et de s'opposer par consé- 
quent à la formation de taches de zinc, assez semblables par leur 
aspect aux taches arsenicales. 

Sentihilité de l'appareil fnodi/U* Il suffît qu'une liqueur 
contienne un millionième d'acide arsénieux pour fournir un 
assez grand nombre de taches ; celles-ci commencent même- à 
paraître , lorsque la liqueur ne renferme qu'un deua millio- 
nième de cet acide. Une dissolution arsenicale étant donnée, on 
obtient d'autant plus de taches que l'on emploie plus de celte 
dissolution ^ mais ces taches ne se montrent pas mieux et ne sont 
pas plus intenses dans un cas que dans l'autre ) d'où il i*ésuUe 
qu'il y a avanuge à concentrer les liqueurs arsenicales et à 
opérer sur un petit volume de liquide; on obtient ainsi des taches 
plus Caisses. 

Pr^eautionM à prendre. Ces précautions sont du ntaibrè de 
dnq. i® // fiB^t s'assurer que les agens qui doivent être em*- 
ployésj pas plus que le fUieon et le tube ne fournissent point 
d'arisenie , avant qu'on en ait ajoute'. Pour cela on fait une 
expérience à blanc, c*est-à-dire que l'on introduit dans le même 
appareil qui doit servir à faire l'expertise, des quantités égales 

17. 



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— 260 — 

du même zinc , de la même eau , et du même acide suiftirique 
que celles dont on devra faire usage, el ou altend que le gaz 
soit complètement dégagé, ce qui pourra durer 3/4 d'heure, une 
heure au plus; si, après cet essai , il ne s'est pas déposé de l'ar- 
senic en D, et que l'on n'ait obtenu aucune tache arsenicale sur 
la soucoupe de porcelaine, on peut être certain que les matériaux 
et l'appareil sont bons ; si, au contraire, on avait recueilli des ta- 
ches arsenicales ou qu'il se fût formé en D un anneau arsenical, 
il faudrait changer les matières , prendre du zinc et de l'acide 
sulfurique exempts d'arsenic et peut-être même faire usage d'un 
autre flacon et d'autres tubes. Il importe d'attendre quelques 
minutes avant de mettre le feu au gaz qui sort par l'extrémité x^ 
parce que le flacon A contenait une certaine quantité d'air et 
que par le mélange de celui-ci avec l'hydrogène il se forme un 
gaz détonnant par l'approche d'un corps en combustion ; on de- 
vina attendre d'autant plus que le flacon sera plus grand et qu'il 
renfermera moins de liquide. L'essai à blanc étant terminé, on 
déndonte l'appareil, on lave le flacon et le tube en S, et Ton re 
charge Tappareil avec le ziuc , l'eau et l'acide sulfurique déjà 
essayés; on lutte avec de la cire d'Espagne, comme il a été dit, 
et lorsque le gaz hydrogène s'est dégagé pendant quelques mi- 
nutes, on introduit la liqueur suspecte dans le flacon par le 
tube N (1). Dans ce moment l'effervescence diminue, à moins 
que la liqueur suspecte ne soit elle-même acide, parce que l'a- 
cide sulfurique se trouve affaibli et qu'il ne se dégage pas assez 
de gaz. Il faut donc ajouter par petites parties, et en tâtonnant, 
de nouvelles quantités d'acide sulfurique , jusqu'à ce qu'en ap- 
prochant l'extrémité du tube x des lèvres, on sente par l'impres- 
sion que le gaz produit sur elles, que le dégagement est assez 
fort pour que ce gaz puisse brûler avec une flamme qui ne soit 
pas trop intense. Si, maladroitement, on avait introduit dans le 
flacon plus d'acide sulfurique qu'il n'en fallait et que le dégage- 
ment !du gaz fût tumultueux, il faudrait à l'instant même sus-^ 



(1) Le tube T G D ne pouvant pas* servir deux fois» on devra en prendre un au- 
tre, en verre blanc transparent, que l'on aura préalablement bien lavé à l'eau dis- 
liUce (f^or. p. 203). * ' 



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~^ 261 — 

pendre l'opération, démonter Tappareil, retirer du flacon la 
moitié ou les deux tiers de la liqueur que Ton conserverait dans 
un grand verre pour expérimenter ultérieurement &ur elle, 
après ravoir étendue d'eau ; on ajouterait une quantité suffisante 
d'eau distillée ^ur la moitié ou sur le tiers restant dans le fla- 
con A pour obtenir un dégagement convenable de gaz, et l'on 
monterait de nouveau et de suite l'appareil, afin de le faire fonc- 
tionner. 

2"* Le zinc doit avoir été préalablement dépoli. Si le zinc 
était brillant et très poli, l'acide sulfurique très étendu d'eau ne 
l'attaquerait que très difficilement ; il faut donc commencer par 
traiter ce métal dans un verre à expérience^ par de l'acide sul- 
Airique étendu de son volume d'eau ; au bout de quelques minutes 
de réaction, il sera assez dépoli pour être attaqué par l'acide di- 
lué au point où il doit l'être pour que l'appareil marche convena- 
blement ; toutefois avant de l'introduire dans le flacon, on le la- 
vera à plusieurs reprises avec de l'eau distillée, afin de lui enle- 
ver l'acide sulfureux qu'il pourrait retenir à sa surface. Quelques 
experts, au lieu de procéder ainsi, ont préféré, après avoir mis 
le zinc laminé et poli dans le flacon A, verser par le tube en S un 
peu d'eau et de l'acide sulfurique concentré; c'est là un grand 
tort 'y sans doute que le zinc est promptement décapé par ce 
moyen , mais comme par le mélange de l'acide avec la petite 
quantité d'eau employée, la température s'élève à SO"" ou à 90"" c, 
et qu'à cette température, il se produit de l'acide sulfureux, par 
suite de la décomposition d'une partie de Tacide sulfurique, il en 
résulte que le flacon contient de l'acide sulfureux, ce qui est un 
inconvénient grave ; en eSfet, l'hydrogène naissant décompose cet 
acide pour former de l'eau et de l'acide sulfhydrique , acide 
dont la présence aurait le double inconvénient de donner un an- 
neau et des taches mêlés de soufre, et surtout de transformer en 
iulfure d'arsemc iùsoluble, l'acide arsénieux faisant partie de 
la liqueur suspecte qui serait ultérieurement introduite dans le 
flacon : ce sulfure, conmie l'on sait, n'est pas décomposé dans 
Tappareil de Marsh, en sorte que l'on n'obtiendrait point d'arse- 
nic, d'une liqueur qui en aurait inévitablement fourni, s'il n'y 
avait pas eu de l'acide sulfureux dans le flacon. Ilest évident y 



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- aea — 

d*après ce qui prëeède, qu'il fkut éviter soigneusement remploi 
de Taeide sulfiirique renfermant de l'acide sulfureux. 

S* L*0ff0rveê0ênee do4t être modérée et la flamme ne doit 
pa9 avoir flu» de % ou h milHm, dé longueur. On sait que la 
flamme se compose de deux parties, \^f,amme Jtoxydation^ celle 
qui est la plus éloignée de rextrémité du tube où elle se produit, 
et la flamme de réduction qui est plus près de cette extrémité. On 
obtient diflicilement des taches arsenicales en plaçant la porce- 
laine dans la flamme d'oxydation, qui est beaucoup trop chaude. 
Il n'en est pas de même quand l'assiette se trouve d^ns la flamme 
de réduction, et même plus près de l'ouverture du tube. Il est 
des cas ou les taches ne paraissent que lorsque cette ouverture 
eat appuyée sur la porcelaine et maintenue dans cette situation 
pendant une mliiute environ. Dans beaucoup d'autres ctrcon- 
staneea, il feut au contraire, si l'on veut obtenir de l'arsenic, opé- 
rer avec i»e flamme de 6 à 8 millim., et alors l'arsenic paraft 
presque toujows sous forme de larges taches ; d'^oà il suit que 
l'expert doit tâtonner en avançant ou reculant l^ssiette jusqu'à 
ce qu'il ait xtesxié le point convenable pour recueîlMr la plus 
grande quantité^ssible d'arsenic. En général , si la flamme est 
trop faible, qu'eUe ait I ou ^ millimètres, par exemple, et que la 
liqueur contienne peu d'arsenic, les taches tardent à paraître, 
sont fort petites, et Ton ne réussît à les bien condenser qu'en ap- 
puyait l'extrémité du tiâ>e sur la poreekûne. Si la flamme était 
intense, âe 2(> à 25 millimétrée 4^ long, l'iarsenie se volatilis^ait 
au fur et à ntesiire qu'il se dégagerait, et ne se déposerait pas sur 
la capsule, à moins qiie la fiqueur n'en eomînt beaucoMp. fTeH 
ce qui eM arrive' a^a e»port^ de Tulle dans Paffkire Lafatrge; 
évidemment cet chimistes n'ont pas obtenu les mmibreuses ta^Aes 
qu'iW auraient dû rectieillir, site n'avaient pas agi nvec une 
flamme de 20 à 25 mittimètres. La trop grande dim^asion de la 
&imme expose aussi à un autre inconvénient, ediui tf obtenir des 
tactes de zinc, parce que le sulfate <âte ce métal aura été entridné 
avee le gaz hydrogène, et que l'amiante anra pu ne pas l'arrèier 
ea entier. 

h"" Uonmerhire du tuhe à temtrénité » doit ètro régulière 
etmiêez étroite. C'est à ceUe eoo^tion que Fon «btienâva «ne 



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— 263 — 

fldniDie convenable pour qu'il se dépose sur la porcelaine de 
belles taches arsenicales ;^vec une ouverture large, la flamme au 
lieu d'être pointue et dans une direction horizontale, serait éva- 
sée, plus courte, et déjetée de côté et d'autre ; si l'ouverture 
a était irrégulière ou échancrée, les inconvéniens que je viens de 
signaler seraient encore' plus saillans. 

5^ Il ne faut dan$ aucun cas subitituer T acide ehlor* 
hydrique à l'acide iulfurique pour faire marcher fap-^ 
pareily ainsi que Fa ôomeillé Jf. Devergie. L'acide sul- 
ftirique, a dit ce médecin, est souvent arsenical, et il n'agit 
que difiBcilement sur le zinc; il faut donc lui préférer l'a- 
cide cfaloriiydrique. L'assertion de M. Devergie ne soutient 
pas le plus léger examen ; déjà, bien avant l'Institut, j'avais 
prouvé que l'on trouve souvent dam le commerce de Facide 
snlfarique non arsenical, et qu'il est possible de priver d'arsenic 
celui qui, par hasard, en contiendrait. L'Académie des sciences 
a confirmé mon dire dans son rapport. Quant à la difficulté avec 
laquelle le zinc serait attaqué par Tacide sulfurique, elle est ima- 
ginaire, comme chacun peut s'en convaincre en employant ce 
méivA préalablement décapé, comme je Tai dit à la page â61. Je 
vais maintenant énumérer les nombreux inconvéniens que pré-- 
senierait l'emploi de facide chlorbydrique : i* il est souvent ar* 
senical ; ^ souvent aussi il renferme de l'acide sulfureux, dont il 
est impossible de le séparer par la distillation, et Pon sait com- 
bien la présence de l'acide sulforeux dans l'appareil, peut amener 
de perturbation {F, page 261); 3** il épuise bientôt son action sur 
le zinc, en sorte qu'il faut en employer des quantités considéra- 
bles ; ti* il transforme le zinc en chlorure, beaucoup plus facile à 
entraîner par le gaz hydrogène que le sulfate de zinc ; aussi 
même avec des flammes assez faibles, fournit-il des taches de 
zinc qui ressemblent par leurs caractères physiques aux taches 
arsenicales, et qui pourraient, par conséquent, induire les ex- 
perts en erreur, même quand on aurait £aît usage d'amiante, pour 
arrêter une certaine quantité de chlorure de zinc. Le fait suivant 
est certainement de nature à engager M. Devergie à ne plus soar 
tenir une thèse qu'il est seul à défendre aujourdliu!. En août 
18*l,MM*0evergîe,Ollivier'((f Angers)étmoi, nous ttmesdiai^ 



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" 264 ~ 

gés de rechercher s*il existait de Fai^senicdans certaines matières 
suspectes. Un liers de ces matières fut traité par l'azotate de 
potasse , un autre tiers par Tacide sulfurique concentré, et le 
dernier liers par le procédé de M. Devergie que je combats. On 
n'obtint aucune tache arsenicale ni de traces d'anneau métallique 
avec les liquides fournis par Tazotate de potasse et par l'acide 
sulfiirique concentré. On recueillit au contraire un assez bon 
nombre de taches brunes j brillantes et d'a/pparenee arseni- 
cale j avec le tiers de la matière traitée par le procédé de M. De- 
vergie. Le lendemain, mon confrère me disait : Les taches se 
sont envolées; et en effet, il n'y avait plus sur l'assiette^ à la 
place qu'avaient occupée ces prétendues taches arsenicales, 
qu'une substance blanche opaque. Je dis aussitôt à M. Devergie : 
Cest tout simple : votre appareil de Marsh est alimente'- 
par r acide chlorhydrique; la liqueur que vous introduisez 
dans cet appareil est riche en acide chlorhydrique, il se 
forme beaucoup de chlorure de zinc que Phydrogène en- 
traîne avec lui malgré la présente de l'amiante dans le 
tube; ce chlorure est ensuite décomposé par V hydrogène, et 
vos taches n'étaient autre chose que du zinc métallique; 
depuis hier ce métal s'est oxydé, et nous trouvons aujour- 
d'hui de l'oxyde de zinc opaque; les tanches ne se sont pas 
envolées. Ce fait n'a pas besoin d^ commentaire ; il signale une 
nouvelle cause d'erreiu* ou du moins de perturbation qui ne vient 
pas à l'appui des prétentions de M. Devergie' 

Caractères de l'arsenic. Il importe de constater les carac- 
tères de ce corps, soit qu'il ait été retiré de l'acide arsénieux, du 
sulfure d'arsenic, de l'acide arsénique ou de toute autre prépara- 
tion arsenicale ; c'est là un complément de la partie chimique de 
l'expertise que l'on exige et que l'on est en droit d'exiger pour se 
prononcer sur la véritable nature d'un composé arsenical ; ce qui 
est arrivé aux experts de Brives dans l'affaire Lafarge explique 
suffîsanmient la nécessité de l'extraction de l'arsenic (/^. p. 212). 
J'examinerai donc quels sont les caractères physiques et chimi- 
ques des tanches arsenicales et de Vanneau de même nature, 
puis je démontrerai que ces taches sont réellement formées par 
de l'arsenic, et que cette assertion n'a pu être conte&tée que par 



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- 265 — 

l'ignorance ou la mauvaise foi et quelquefois par Tune et par 
Tautre. 

Caractères des taches arsenicales : 1^ débairassées de tout 
mélange avec de la matière organique ou avec du sulfure d'arse- 
nic, ces taches, si elles ne sont pas très épaisses, sont d'un brun 
fauve, miroitant, et excessivement brillantes, tandis qu'elles sont 
noires et ternes ou presque ternes si elles sont très épaisses ; 
pour peu qu'elles renferment du sulfure d'arsenic, elles sont 
jaunes. 

2o Soumises à la flamme du chalumeau ou du gaz hydrogène 
simple, elles se volatilisent complètement en quelques secondes 
si elles sont minces, et en quelques minutes si elles sont épais- *< 
ses, et répandent une odeur d'ail très prononcée. 

S"" Touchées par une dissolution, même très étendue, de chlo- 
rure de soude, de potasse ou de chaux, elles disparaissent instan- 
tanément. 

4^ Exposées au-dessus de la vapeur d'un flacon de chlore, elles 
sont dissoutes, et si l'on expose à l'action du gaz acide sulfhy- 
drique les points sur lesquels elles étaient placées avant l'action 
du chlore, elles reparaissent à l'instant même, mais alors elles 
sont jaunes miroitantes et formées par du sulfure d'arsenic. 

5*" Traitées p2Lvquelqtùes gouttes iVeiCÏdt azotique concentré et 
pur, elles se détachent soudain de l'assiette de porcelaine ; toute- 
fois elles ne sont pas complètement dissoutes, puisqu'on aperçoit 
à la surface de^'acidedes parcelles d'arsenic ; mais l'assiette, au- 
paravant tachée, se trouve tout-à-coup parfaitement nettoyée. Si 
l'on chauffe jusqu'à l'ébullition, dans la même capsule, l'acide et 
ces parcelles d'arsenic, la dissolution est complète, et il se dé- 
gage de l'acide azoteux; en évaporant jusqu'à siccité, on obtient 
un produit blanc ou d'un blanc légèrement jaunâtre, à peine visi- 
ble, composé d'acide arsénique et d'une très petite proportion 
d'acide arsénieux ; dès que ce produit est refroidi et touché par 
une dissolution très concentrée d'azotate d'argent et mieux en- 
core par un petit cristal de ce sel et une goutte d'eau, il se forme 
de Varséniate d'argent rotige brique* Pour ne pas manquer 
cette expérience importante , il faut savoir que l'acide azotique , 
même lorsqu'il a été distillé à plusieurs reprises sur de Tazo- 



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-T. 2e« — 

tât6 dTdrgent, retient sonreât une matière étrangère qui se mratr e 
sous rapparence d'un corps jaune, brun ou noir quand on a éva- 
poré racide josquli siccité : éridemment an aurait à redouter la 
présence de ce corps, qui altérerait la cooleiir rote^^ brique, 
2m point de Fempèdier de se manifester, si au lieu de traiter les 
taches arsenicales />arc{euâr au trois gouttes d^aeide azotique 
on en employait un ou plusieurs grammes. Si le précipité 
rouge brique ne paratt pas à froid, (m ne dent jamais chauffer la 
capsule, parce que, par la simple action de la chaleur, Tacotàte 
d'argent se dessédier^it, et se décomposerait en prenant diflë- 
rentes nuances et entre autres une nuance rouge qui en impose- 
rait. Il suffirait à la rigueur d'une forte tache pour constater le 
caractère dont je parle, mais il yaut mieux agir sur dix ou douze 
taches, avec deux ou trois gouttes d'acide azotique. 

€• Si, au lieu de mettre en contact avec l'azotate d'arç^at, le 
composé blanc ou d'un blanc jaunâtre obtenu par l'action de l'a- 
cide azotique sur les taches, on le fait dissoudre dans l'eau bouil- 
lante, la dissolution fournira du sulfiire jaune d'arsenic, lorsque 
après l'avoir acidulée et chauffée avec une goutte d'acide sulfb-* 
reux, on la fera traverser par un courant de gaz acide suUhydri^ 
que; on peut également précipiter ce sulfare en faisant bouillir 
la liqueur pendant quelques minutes et en attendant jusqu^au 
lendemain, si l'on a pas ajouté d'acide sulfureux. 

T La vapeur d'îoc?^ en agissant à la température ordinaire sur 
les tachés d'arsenic les colore peu-à-peu en jaune citron foncé 
et produit de l'iodure d'arsenic qui se volatilise ensuite à une 
douce chaleur ou se décompose au contact de l'air par la vapeur 
d'eau qu'il renferme. Lorsque cette décomposition s'est opérée 
dans la capsule où la réaction de la vapeur d'iode a en lieu, il 
est possible, après la disparition des taches jaunes par l'action 
de l'air, de reproduire d'autres taches à la place qu'elles occu- 
paient en y versant un solutum concentré d'acide sulfhydrique. 
Cet acide, réagissant alors sur Facide arsénieux formé , donne 
naissance à des taches d'un jaune pâle du même diamètre que 
celles qui existaient après l'action de la vapeur de l'iode ; ces 
taches'se dissolvent dans l'ammoniaque et disparaissent. On peut 
facilement constater ces deux caractères ^ sans que les taches 



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— 267 — . 

soient détachées du fond de la capsule sur lequel elles ont été 
déposées. 

Les tachés antimoniales traitées par la vapeur Jtiode, à la 
température ordinaire , se transforment aussi en lodure d'anti- 
moine, en prenant, en moins de huit à dix minutes, une belle 
couleur orangée tirant plus ou moins sur le rouge vermillon. 
Ces taches, exposées à la douce chaleur qui vaporise les taches 
d'îodure d'arsenic, persistent et perdeiit seulement leur inten- 
sité en passant au jaune orangé. €es réactions sont faciles à 
pratiquer en renversant la capsule de porcelaine, au fond de la- 
quelle se trouvent les taches qu'on essaie , sur une soucoupe au 
mUieu de* laquelle on a placé quelques cristaux d'iôde (Las* 
saigne. Journal de Chimie médicale^ janvier 18&6). 

8* L'acide iodkydrique ioduré d'un jaune brun foncé dissout 
sur-le^amp les taches arsenicales et laisse par son évaporatîon 
spontanée des taches jaunes. Le même acide mis en contact avec 
les taches antimoniales ne donne point de réaction immédiate; 
ces taches restent plusieurs minutes intactes et sans se dissou- 
dre ; mats par suite du contact et de l'évaporation, elles prennent 
une belle couleur rouge de vermillon (Lassaigne, ihid!). 

9° Si l'on ne veut agir que sur une tache arsenicale, M. Bou- 
tigny propose de la circonscrire avec une baguette de verre 
mouillée préalablement dans l'eau, contenant un centième d'a- 
dde azotique pur ; puis on fait tomber sur la tache une goutte 
de ce même acide au centième de manière qu'elle ne soit en con- 
tact qu'avec un milligramme environ d'acide réel. On chaufiTe 
légèrement et quand la tache est arsenicale, elle disparaît pres- 
que Immédiatement; elle est alors transformée en acides arsénieux 
et arsénique. On laisse refroidir la capsule, puis on fait arriver 
sur la partie où se trouvait la- tache un courant d'acide sulfhy- 
drique provenant de la décomposition de Peau sur le sulfure de 
fer par l'influence de l'acide sulfurique, et bientôt apparaît une 
Vàche jaune où se trouvait primitivement la tache miroitante. Si 
l*acide sulfhydrique eût été préparé avec le sulfhre d'antimoine 
et l'acide chlorhydrique, Fexpérience serait manqnée, parce qu'il 
se déposerait du soufre et que les réactions ultérieures ne se- 
raient pas aussi nettes. La tache jaum d<mt j'ai parlé est dis- 



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— 268 - 

soute dans un gramme d'ammoniaque liquide pure. On fait rou- 
gir une capsule en platine , et ou y verse goutte à goutte la 
solution ammoniacale incolore, qui passe à tétat sphérotdal. 
Elle forme un sphéroïde très aplati dont Téquateur va toujours 
en diminuant, son axe vertical restant invariable. Lorsque le 
sphéroïde s'est transformé en sphère et qu'il n'a plus que le vo- 
lume d'un petit pois, on le touche avec un tube mouillé préa- 
lablement dans l'acide chlorhydrique. Le sphéroïde, qui était in- 
colore, se colore en jaune ; on y ajoute une goutte d'ammoniaque, 
et il se décolore pour se colorer de nouveau en jaune si on le 
touche avec de l'acide chlorhydrique. Ces alternatives de colora- 
tion et de décoloration peuvent se reproduire presque indéfini- 
ment j c'est là un caractère qui appartient exclusivement au sul- 
fure d'arsenic ; en effet le sulfure de cadmium, également jaune 
est insoluble dans l'ammoniaque.. Lorsque les réactions qui pré- 
cèdent ont été nettement obtenues, on placedans le sphéroïde un 
petit cristal de carbonate de soude, du poids de 0,05 -, on soustrait 
la capsule à l'action de la chaleur et on la pose sur un plan de 
métal ; sa température s'abaisse rapidement et le sphéroïde s'é- 
tale presque immédiatement sur la partie la plus déclive de sa 
surface. La petite masse saline qui en résulte, projetée sur un 
charbon incandescent, exhale l'odeur alliacée de l'arsenic (Bou- 
tigny. Journal de Chimie me'diealoj janvier et juillet 1846). 

Le procédé de M. Boutigny est incontestablement supérieur à 
tous les autres, lorsqu'on Vk agit que fur une tcushe arse* 
nicale. 

10* La tache arsenicale ne se dissout qu'avec lenteur dans le 
monosulfure d'ammonium froid (sulfhydrate d'ammoniaque), 
tandis que la tache antimoniale se dissout instantanément dès 
qu'elle est touchée par une goutte de ce sel. Lorsqu'on soumet 
comparativement ces taches à la vapeur du sulfhydrate, on 
voit, après quelques heures, que la tache arsenicale n'est pas al- 
térée, tandis que celle d'antimoine aura plus ou moins complète* 
ment disparu. Mais ce qui vient ensuite ajouter à ces caractères, 
c'est que presque toujours, à la place ou autour des taches anti- 
moniales, plus ou moins effacées, on voit se former des taches 
rougeàtres ou orangées de kermès ou de soufre doré d'anti- 



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- 26» — 

moine, qui viennent s'y substituer, tandis que tes taches arseni- 
cales, résistant à Faction du sulfliydrate, ne changent pas d'état : 
on observe seulement que leur pourtour , qui devait se trouver 
imprégné d'acide arsénieux , surtout dans le sens du jet de la 
flamme, prend une teinte jaune, due certainement à la formation 
d'une couche mince d'orpiment (Leroy, professeur à Grenoble ; 
extrait du Bulletin de la êociété de celte ville). 

il* Si Ton placé sur une capsule plate du phosphore divisé 
en petits fragmens et «que l'on renverse sur cette capsule la 
soucoupe contenant des taches arsenicales ou antimonîales , on 
verra , en agissant à la température ordinaire que les taches ar- 
senicales disparaîtront au bout de quelques heures, tandis que 
les taches antimoniales persisteront pendant plus de quinze 
jours ; elles finiront cepeùdaiit par disparaître en partie, et alors 
en exposant la soucoupe sur une capsule dans laquelle on versé 
une solution d'acide sulfhydrique, les émanations de ce gaz qui 
se dégagent spontanément du liquide suffisent pour faire repa- 
raître les taches, celles d'arsenic à Tétat de sulfure jaune et cel- 
le^ d'antimoine à l'état de sulfltre rouge , conservant alors la 
même forme que celle qu'elles avaient avant d*avoir été soumi- 
ses à l'action de la vapeur du phosphore. En chauffant légère- 
ment le phosphore, on hâte la disparition des taches arsenicales^ 
mais celles d'antimoine ne sont pas plus promptemeut attaquées 
(Cottereau, Journal de Chimie médicale j mai 1846). 

Il n'est pas nécessaire de constater les nombreux caractères 
dont je viens de parler pour affirmer que des taches sont arse- 
nicales ; la réunion des trois premiers avec le 4**, le 6» ou le 6* 
suffisent pour qu'il ne> puisse y avoir doute sur la nature de 
ces taches. 

Caractères de Vàrsenic sout forme d'anneau. Il est brillant, 
couleur d'acier et répand une odeur alliacée lorsqu'on le met sur 
un charbon ardent. Si, à Taide de la lampe à esprit de vin, on le 
chauffe en D, dans le tube même où il a été formé , il est vite 
déplacé et va se condenser un peu plus loin, là où le tube est 
froid ; et si Ton continue ainsi à promener la lampe jusqu'à Tex- 
trémité du tube x (^. page 258), il finit par se volatiliser et par 

disparaître. L*acide azotique agit sur lui comme sur les taches, 



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— 270 — 

en sorte que Ton pourra, après Tavoir iraité par cet acide, cou* 
stater les caractères 5" et 6* indiqués à Foccasion des taches. 
Si, au lieu d'un- anneau arsenical, on ne trouvait en D qu'une 
légère couche terne et grisâtre qu'il serait impossible de dé- 
tacher du tube , on casserait celui-ci, et après avoir soigneuse- 
ment recueilli tous les fragmens de verre salis par cette couche, 
on constaterait qu'elle se volatilise en répandant une odeur al- 
liacée, et qu'elle se comporte avec le chlorure desoude^ le dilore 
et Tacide azotique, comme le font les taches. 

C'est ici le moment d'examiner une question grave, non pas 
par elle-même, mais par le retentissement qu'elle a eu dsuois la 
discussion que j'ai provoquée à l'Académie royale de médecine. 
J'avais établi en 1839 , dans mon premier mémoire sur l'arsemc 
absorbé , « qu'en traitant certaines matières organiques non ar^ 
« senicales par de l'acide azotique bouillant, on obtient des 
<( liquides, lesquels placés dans un appareil de Marsh, fournis- 
<( sent des taches que j'appelai taches de onuse,- ces taches, 
« disais-je, si elles sont quelquefois brunes et brillantes, comme 
« les taches arsenicales , sont le plus souvent jaunâtres et ont 
Ak un tout autre aspect que ces dernières; il suffît de les avoir 
« vues une fois pour les distinguer des taches arsenicales ; mais 
<( en admettant que des gens peu versés dans ces sortes de ma- 
c( tières fussent tentés de confondre des objets aussi difierens, 
« on les distinguerait aux caractères suivans : 1^ l'acide azoti- 
« que froid ne détache pas les taches de crasse , alors mâne 
<( qu'on frotte sur placé avec une baguette; T elles finissent par 
« se dissoudre en partie dans une grande quantité de cet acide 
« bouillant, mais elles laissent toujours sur la capsule une ma- 
« tière brunâtre; Z"" la dissolution azotique évaporée jusqu'à 
<( siccité donne , au lieu d'un résidu blanc ou d'un blanc jau- 
<« nâtre , une matière jaune foncé, brune ou noirâtre; k^ cette 
« matière ne fournît point de précipité rouge brique avec l'azo- 
« taté d'argent ; 5° enfin l'acide sulfhydrique gazeux ne précipite 
« pas en jaune la dissolution dans l'eau du produit azotique 
« évaporé jusqu'à siccité. » 

Une assertion aussi explicite aurait dû sufiîre pour écarter 
ridée de soulever à cet égard une question quelconque. Il n'en 



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— 274 — 

Alt ma 'f il se trouva deux hommes^ MM. Fla»ilm al Daager, 
qui, après avoir puisé dass mon mémoire , sans le citer, la con- 
naîssauce de rexisteuce de ces tacbes, vinrent gravement, deux 
xa» après, lire un mémoire à l'Institut pour annoncer cowne un 
iaitnouveau qtfe ee$ tnche» existaient, et non contens de ce pre- 
mier plagiat, ils en commirent un second en prenant à M. fiaspaîl 
ineidéeextravagantp qu'il avait émise dans les débats concernant 
Mercier <le Dyon et qu'il avait publiée\ savoir qu*à Faide ^ 
certains pho^hites, d'une lioile essaatîelle ou de cbaii)on placés 
dans l'appareil de Marsh , on pouvait obtenir des taches offrant 
tous les caractères physiques et chimiques des taches arse^ 
nicales. Que cette annonce pompeuse soit'vraie «t nous arri- 
vons à l'absurde, car il faudra conclure que deux coips très dif- 
férens l'an de l'autre, Vàrsenic et la matière des taches 4e 
dresse jouissent des mêmes caractères ! ! ! Tout cela ne pouvait 
pas soutenir le plus léger examen ; je m'élevai aussitôt à l'Aca- 
démie de médecine contre mie pareille prétention , et je n'eus 
qu'à rappeler, pour mettre le bon droit de mon côtét ce que j'a- 
vais écrit sur les caractères différentiels des taches [de crasse 
et des taches arsenic^es$ quelques mois après, l'Institut se pro^ 
nonça dans le même sens, après avoir dit que j'avais le premier 
foit connaître ces taches^ enfin l'Académie de médecine, k son 
tour, réduisit au néant une assertion dont la fausseté sautait aux 
yeux* 

On aurait pu penser que le débat se terminerait là $ mai^ Tigno- 
rance et la mauvaise foi ne reculent pas aussi facilement. €k>m- 
plétement battus sur ce point, on déplaça la question et l'on ne 
soutint plus que les taches de crasse pussent être confondues 
avec les tadies arsenicales. On s'efforça de prouver alors que les 
taches arsenicales n'étaient pas formas par de l'arsenic* 
Une pareill? thèse ne pouvait être soutenue que par d^ hommes 
complètement étrangers [à la science } aussi MM. Fisndin et 
BangiM*, qui n'avaient pas le drpit de prendre la parole à l'Acadé- 
mie, choisirentrils M. le professeur Gerdy« Celui-ci, après avoir 
humblement reconnu son incompétence dans la question n'^i 
entra pas moins en lice avec une véhémence et une passion qu'on 
n'a pas oubliées, et prit pour thème la pn^osition suivante» Les 



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— 27a — 

taeheê ne êignifieni rien^ car elleê ne sohi pas formées 
par de Varsenie revivifié. L'Institut les a proscrites^ et il 
faut absolument avoir obtenu un anneau arsenical pour 
affirm^er que la matière recueillie est de V arsenic. Tout cela 
est faux et absurde ; en effet, les taches sont formées par de 
f arsenic f ou peut les transformer en anneau en les dissoWant 
dans rac4de azotique, à l'aide de la chaleur, en évaporant la 
liqueur jusqu'à siccité, en traitant le produit par l'eau et en le 
mettant dans un appareil de Marsh, tout comme on peut chan- 
ger l'anneau en taches, si on élève la température de cet an- 
neau à l'aide d'une lampe à esprit de vin , et qu'on le fasse tra- 
verser par un courant de gaz hydrogène. 

L'Institut via point proscrit les taches; son rapport serait 
frappé de nullité^ si cela était, puisque dans la plupart des 
cas; la commission n'a formé sa conviction qu'à l'aide des taches, 
et que presque jamais die n'a cherché à obtenir Vanneau arse- 
nical dans les nombreuses expériences qu'elle a tentées. Est-ce 
proscrire les taches que de dire à la page 1085 du rapport (/^. 
* Comptes rendus dé la séa/nce du 14 juin 18&1), que les experts 
qui chercheront à obtenir des taches devront faire usage d'as- 
siettes de porcelaine et éviter les assiettes de faïence qui con- 
tiennent des vernis plombeux ; est-ce proscrire les taches que 
d'insérer à la page 1106 du même rapport, en résumant tout le 
travail, dans les conclusions^ qu'après avoir fait passer le gaz 
hydrogène arsénié dans un long tube de verre chauffé au ronge 
pour le décomposer, on essaiera de recueillir des taches 
à l'extrémité de* ce tube? Il est vrai que le rapporteur de la 
commission, dans la séance du 12 juillet, parlant en son pro^ 
pre et privé nom^ est venu dire à l'Académie des sciences 
qu'il proscrivait les tachas, se mettant ainsi en contra- 
diction avec le rapport qui était son œuvre et qu'il avait fait 
adopter un mois auparavant par la compagnie ^ mais c'est 
ici une opinion personnelle, une erreur commise par un 
homme éminent et dont il serait;injuste de rendre l'Institut res* 
ponsable. 

Aussi, qu'est-il résulté de tant de bruit? Que tous les experts, 
sans exception, qui ont été chargés d'éclairer les tribunaux, de- 



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- 273 — 

puis la publication du rapport de rAcadëmie des sciences, ont con- 
stamment recueilli de l'arsenic sous forme de tnches^ qu'ils ont 
présenté aux jurés , comme preuve de conviction ; mais , et ceci 
est beaucoup plus piquant, M. Flandin , lui-même a été obligé 
de rétracter ses opinions et d*afiirmer que des taches arsenicales, 
étaient véritablement formées par de Tarsenic. Voici ce qu'on 
lit dans le rapport sur Taifaire Lacoste qu'il a signé conjointe- 
ment avec M. Devergie et M. Pelouse, membre de l'Académie 
des sciences : « Des taches ont été recueillies en interceptant 
« la flamme avec une soucoupe de porcelaine* Ces taches 
« étaient de couleur fauve foncé, miroitantes et métalliques. 
« Elles se volatilisaient à la flamme du chalumeau en donnant une 
« odeur prononcée d'arsenic ; touchées par une dissolution très 
« étendue de chlorite de soude, elles disparaissaient instantané- 
« ment ; exposées au-dessus de la vapeur d'un flacon de chlore, 
« elles étaient dissoutes, et au contact du gaz acide sulfhydrique, 
« reparaissaient soudain à l'état de sulfure jaune miroitant. La 
«( double réaction du chlore gazeux et de l'acide sulfhydrique 
« sur les taches a été indiquée par l'un de nous (M. Devergie). 
«t A ^ensemble de ces divers caractères, il était IMPOSSI- 
« BLE de ne pas reconnaître t arsenic (fiazette des tribu^ 
« naux, du 15 juillet i%kk. Rapport textuel de MM. Pelouse, 
« Devergie et Flandin). » 

En lisant ce passage, M. Gerdy se sera sans doute promis de 
ne plus se faire le champion de mauvaises causes et de ne prêter 
désormais son talent qu'à la défense d'opinions consciencieuses 
et fondées sur la raison. Quant à M. Flandin, qu'ai-je besoin de 
faire ressortir le rôle qu'il a joué dans cette misérable querelle 
où il a fini par se donner un démenti, dès qu'il a été obligé de 
dire la vérité et de partager les idées de deux hommes dont l'in- 
struction ne saurait être contestée. 

Mais dira-t-on , puisque les taches arsenicales ne sont que 
de l'arsenic, comment se fait-il que dans la dernière conclusion 
de son rapport, dans ce qu'elle appelle une instrv4itiony\2L com- 
mission de l'Institut conseille de recueillir un anneau, et qu'elle 
ne prescrit pas d'obtenir des taches? Gela se conçoit $ là on s'a- 
dresse à tous ceux qui pourront être chargés d'une expertise, 
m. 18 



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— 274 — 

aux inhabiles et aux inauentif^, ai^si bien qu'aux bomoies édaî- 
rés ; or il suffit qull soit possible de confondre les taclies arse*- 
nicales avec d'autres taches » quand les opérations ne sont paa 
faites avec le soin qu'elles réclament, pour que rinstitnt con- 
seille d'obtenir un anneau plut^ que ces taches; mais il es( évi^ 
dent que celles-ci, si Ton a constaté qu'elles possèdent les pro* 
priétés chimiques earactdrUiiqum de l'arsenic, suffisent e^ 
au-dolà pour affirmer que la matière que l'on ^mmine contient 
de l'arsenic. Au reste^ pour éviter toute controverse il vaudra 
mieux recueillir à-la-fois et des taches et l'anneau, comme je l'ai 
prescrit à la page 257, et comme j'avais conseillé de le faire dès 
l'année 1839, deux ans avant l'Institut (/^. les Mém. de l'Aoïd.)' 

Taeheê d'oHtimoim^ d'un fnél€mg$ d'ar^emic et d'emUi-^ 
m^me^ de 8:inc0 de fer^ de plembp eê d'mi mélange de plomh 
et^4f^ini oes dernières se produisent sur le vernis de la fluniee^ 
J^ plupart des dissolutions ittéiailiques des quaitre demièret 
classes, introduites dans l'appareil de Maifsfa^ peuvent doiuier 
liw à des taches qu'il est extrêmement facUe de dieUngner dee 
UMhee arsemiciUee; les composite oxyg^énés d'âstimoine en 
CoiimiisSMnt paroe qu'ils donnent naissaiice dans Fi^iparail i Am 
gaa hytiro|;ène «nti^ifionjë , absolmiMaiii «oaune oela a lîea aivee 
les oanq)09é8 oxygénés arsenicaux, lesquels produèient eu gax 
hydrogène arsénié ; ces taches antimoniales appavaisseiit promi^ 
l«meai alors i»ân<que la flamme est fatt)le* Quant aux aMnes sels 
Wtttidliques, ils produisent des tacbes par ub méoaaîsna dîffii^ 
Feat$ une partie die ces sels ast entraînée avue le gu ky dffogèa e 
et portée sur l'assiet!»; là, l'oxyde du sel est décooqiesë par la 
fax hydrogène^ dotit la iempératare est très âevée, et le nétal aft 
dépose sur la porcelaine ; aussi ftut-tl ^ e» général, pour obtenir 
G«i tacbes que le g as se <Mgafe de i^ppaneîl avec «ae vive effer- 
vescence et que la flamme qu'il produit ea brékM soit éarie^ 

Temhes d'euUÙÊeeitm. Mes sent hiern^ et brillnses qauid 
aUos aeat épiâseeS) et d'un brm fanve si elles aeat fonaées par 
«we couche d'aïKiaioiiie fort amos^ elles ne se vaperiseat pas 
«easiblemeat à fc(M et a'aoîreM pas i%uiiii<fité 4e l%ir. SmH 
taise^è facuieii <te la àmfitie d« gaz liyd^^egène, à aMMas qifeltaa 
a^ "Siatoift très aiiaees-) ellesae^HBpwi^seiitpeisauheut-deeiBq 



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_ 27$ — 

à w n^Wifi^f «omme 163 tache$ arsenicales f d'abor4 eUe$ s'é- 
tet^wif pm elles deyienneAit mpjlxis fonc^^^ istil se produit 4e 
r^x^de})l;u^ d'antiipoigie qui se volatilise; m^ U reste jtoujpurs 
me lac^e mom yolmoioeuse à'm gris f^uve. JJmi^ a%Pti(}^ue 
^«pcentréle^ diw)Uit iastautaujérnent^ et si ^'on évapore la li-^ 
QWmr mv^'^ mcUé , on Q))tient up résidu jauw décide ^nt^ 
laaiMeox, qui ne d^ient pas rûy^e Jkriqtn? par l'azpj^te d*^!?^ 
ont, et qijû brunit et noircit si» après avoir ^outé ce ;^^1 , on le 
^Acbep^ iHue goutte d'aç^moniaque^ 3ji VP9 dis^QtU; dai^s l'acide 
c)^bï4^Î4|i^ éjteji^dH d'eau Tacjid^ a^ti^j^onieu^ jaune produi; 
p^r l'action de Tacide azotique) et q«4 Ton Ca^e passer à travers 
te/^/fiiiimiiuelquesbttUe^d'açide^Qiydriq^e^a^euiL^ il se forme 
W^^ierfibupip xm précipité onmgéroug^àtre de sulfure d'anti- 
moine. Le chlorure de soude ne faiit point disparaître les t^c^ç^ 
»Mij«K«ij^t A?e qui les distingue encore dep taches arsej[(ij[ca^es. 

T0^h0$ n^lang^e^ d'arse'nic fit i'a,niii(imti>e. On pourrajij; 
(9)4çiMr ces tacbes dans un cas d'en^isowement par l'arsenic 
Ù la ^îidadie ^yj^V pris 4u tartre stibié. ];'aspect de ces taches 
variera s^ivwt la proportion d'ai^epic ^t 4'aBitimoine ,qui en- 
iroi^ dam leur IcawposîX^on,^ ue sauraiit p^ conçéquexit étr^ 
diteiil d'Mfie mwm^ gé^rale. Si on X^ soumç^t .à Taction de 1;^ 
flamme du gaz hydrogène, Tarsenîc se volliaUlis^ra presifue 9U^sv- 
j^ eiJ'wtimoin^ restera. Si^p lesdissQitjt d90^ quelque gouttes 
4'fteid« âM^otjque mx q^e l'on évapore le tolittum jiji^'à sicc^é^ 
il iuSfea de lair^ tmii^ljr le résj^Ju jai^n^tre av^c de l'ea^ d^tUléç 
pendant q«Q|l|(|aes ii^ix^utie^^ pour di^oudre la pr^i^q^e totali^té 
d^ ïséAiiéd «fséniq^e» m^^ ique 1^ m^jeur^ partie H^ l'acide 
mAmfimm^ jn^siera >ndi&»oute$ ^m'o^n $ltre la liqueur^ apr^ 
fUMu^ décMtée^^txpi'o» b fas^ év^y^orer |nsqu'^ si^ité^ 1'^- 
oUe araénique obtenu 4^viendra rm^ê Mi^^ par l'azoïa^te 
4'argestt iwto que l'aeide a»tim$ni0^aj0tin0 , qui éta^ i;e^ 
4)ftB»laii^U^ capsule, s'il est dissi^is dans l'acide ^blorbydri^^e^ 
4MU|K9it U9 ^ol%Umn que l'acide sulfbydrique gazeux jyréoipîtei^a 
«n mvmg^' r»uge4tre (sulfure d'antimoine),. 

Taches de zinc. Ces taches se produisent lorsqu'on |ait,mA^' 
cher avec trop de force l'appareil alimenté par Tacîde sulfurique, 
parce que alors une portion de sulfate de zinc est entraînée par 

18. 



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— 276 — 

le gaz hydrogène, qui réduit Toxyde de zinc sur l'assiette de por- 
celaine ; mais elles se montrent plus fréquemment si l'on substi- 
tue l'acide chlorhydrique à l'acide sulfurique ; il suffit dans ce 
cas d'un dégagement de gaz qui n'est pas trop intense pour les 
faire naître. Il est d'autant plus important de les caractériser 
qu'elles présentent à-peu-près l'aspect des taches anenicales. 
Voici comment on les reconnaîtra : elles s'effacent complètement 
à l'air, parce qu'elles se transforment en oxyde de zinc ; elles ne 
se volatilisent pas à la flamme du gaz hydrogène, à moins qu'elles 
ne soient récemment faites; elles se dissolvent rapidement dans 
l'acide azotique à froid , mais le solututn , évaporé jusqu'à sic- 
cité, ne devient pas rouge brique par l'azotate d'argent, et si on 
dissout ce résidu dans l'eau distillée, le gaz acide sulfhydrique le 
précipite en blanc (sulfure de zinc). 

Taches de fer. Elles sont grises, brillantes et quelquefois iri- 
sées; elles ne se volatilisent pas sous la flamme du gaz hydro- 
gène ; exposées à l'air, elles se transforment assez rapidement 
en sesqui-oxyde de fer rougeâlre. L'acide chlorhydrique les dis- 
sout instantanément et se colore en jaune ; le êolutum évaporé 
jusqu'à siccité laisse un résidu qui devient bleu par le cyanure 
jaune de potassium et de fer, et d'un violet noirâtre par le dé-- 
eoctum de noix de galle. 

Taches de plomb. Elles sont d'un gris bleuâtre, fixes au feu, 
solubles dans l'acide azotique à froid; le solutum évaporé jus- 
qu'à siccité laisse un résidu blanc qui devient jat^n^ serin par 
l'iodure de potassium et noir par l'acide sulfhydrique. 

Taches sur la faïence. Quand on fait arriver du gaz hydro- 
gène sur des assiettes de faïence dont le vernis contient des 
oxydes de plomb et d'éiain , si la flamme est forte, il se produit 
souvent des taches composées de plomb et d'étain, d'une cou- 
leur gris bleuâtre ou noire , ternes, fixes et insolubles dans l'a- 
cide azotique. Quoique ces taches soient, comme on le voit, faciles 
à distinguer des taches arsenicales, il ne faut jamais employer, 
dans les expertises médico-légales, des assiettes de faïence pour 
recueillir l'arsenic. 



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— 277 — 

Appareil de Marsh successivement modifie' par 
MM, Lassaigne et Jacquelain. 

Quoi qu'on fasse, on perd de r arsenic en opérant par les di- 
vers procédés dont j'ai parlé jusqu'à présent. Si Ton emploie 
l'appareil primitivement proposé par Marsh , la perte est consi- 
dérable (1) parce que l'arsenic n'est recueilli que sous forme de 
taches , et qu'à mesure que Fhydrogène arsénié brûle près de 
l'assiette de porcelaine, une partie de l'arsenic est transformée 
en acide arsénieux qui se volatilise. Si l'on fait usage de l'appa- 
reil que j'ai proposé (^. page 257), 6u de celui de Berzélius et 
Liébig adopté par l'Institut , on perd beaucoup moins d'arsenic, 
parce qu'une grande partie de ce corps est condensée dans le 
tube en D, mais on en perd encore une certaine quantité, en en« 
flammant le gaz hydrogène arsénié qui sort par l'extrémité effi- 
lée du tube X. Le but qu'ont voulu atteindre M. Lassaigne d'a- 
bord, et M. Jacquelain ensuite^ a été|de recueillir la totalité' de 
f arsenic et d'éviter par conséquent toute perte. 

Méthode de M. Lassaigne. M. Lassaigne propose, au lieu 
d'enflammer le gaz qui se dégage de l'appareil de Marsh et de con- 
denser l'arsenic sur une soucoupe de porcelaine, de faire passer 
ce gaz à travers une dissolution d'azotate d'argent bien neutre ; on 
sait que dans ce cas l'hydrogène arsénié réagit sur l'azotate 
d'argent , qu'il se précipite de l'argent métallique noir et que la 
liqueur renferme de l'acide arsénieux en dissolution. On peut 
continuer le dégagement d'hydrogène aussi long-temps que l'on 
veut, jusqu'à ce que l'on soit bien convaincu que la liqueur ne 
renferme plus de composé arsenical. On achève de décomposer 
ce qui restait d'azotate d'argent dans la dissolution, en précipi- 
tant l'argent par l'acide chlorhydrique pur ; on obtient alors une 
liqueur qui, évaporée, donne l'acide arsénieux que l'on peut re- 



(1) Je n'enteDds point parler ici de la perte énorme qui a jieu dans cet appareil, 
lorsqu'une matière arsenicale est mêlée à des liquides organiques (voy, p. 253) ; je 
suppose que cet appareil fonctionne dans les conditions les plus favorables, c'est* 
à-dire lorsqu'on introduit dans le flacon une dissolution d*acide arsénieux dans 
Têtu distiUéet sans mélange de matière animale. 



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— Î78 — 

connaître à ses différens caractères. Ce procédé , qui paraissait 
déjà avoir été îùdlqiié par Sfïfloti de PoégendoHf, etef)loyé comme 
moyen de concent^atîoii , teit dëeotr^irîf Farsefllc dans une li- 
queur qui n'en aurait pas manifesté par Tapplication de celai 
que J^ai bit cmmaftre ; Il est dond excessitenieiit èensilfle. I( est 
étirtôut commode poftv flaire passer dans une petite qtiârifitéflé 
dissolution d*aeotate d*atgent ntàé portion très minime Smi^ 
nlc(&fétat d'hydrogène arsénié) qtii existerait datis uil fffM 
Volume de liquide. 

Méthode de M. Jaéquelain por fe chl&tu^é é^of. Elle à été 
décrite à la page S ai. J^ajouterai âèuleitieM ^^^Xmféé^ 
atiémtlé trace d'àt'àenic pid' c^tè ndéiliode , cda lient en p8ni« 1 
eë qiié l'dn obtient l'ai^senf c à Tétat de éulfure et toii fiaft 1 1^ 
tat A' arsenic; cdni-tl est dosé par le eakal d'après la propdi^ 
ttbii de sulfure reaièlni. Or, dans les €ixp«ntoes fliédiè64é^ 
on eit^ avec raison que le Slll(ù^e*^oit tèMt pout m nMt 
rafsenic ; il feudi^it donc , si l'M atait prcM^édéi omOÊ» 1« ea^ 
âeitteM. ^acqiidain, âé(k)mt»ofter le siiIftM obtenu 4 soft en M 
traitant dans un iifbb fthhé pif la pm^êé a \ë tliaften oi|fa^ 
le Aux noit* (f. p. iW)^ ticAt isn it ttunsfortoant ea acM^ téldr 
rï^ne et drsën)qtte , M amyen de rictâe ai^ftie bonmaMlM li 
Iritrodiil^nt le produit dàtis na appareil de Marsh i dans téSdMl 
cas, mais surtout daits le tlemier, m peré^att urne pia^rttéili^^ 
ieHiê. 

ôhJecHoîû fàiléi àU nàitèeûu tyitèitue de ^M^héfehèê Hli^ 
dicô'téjjates bonùërfiatit tes ptépatûHtn^ unenîeBM. 

Ldwque je proposai , en l88^ , ^ffappliqtieT à la médêdW M- 
gâte les faits physiologiques que je vehaîs de découvrit , simMij 
le transport de Tacide arsénieux dans le sang et dans tous M 
tissus, et notamment dans le foie^ le séjout àb ce tolîquc JiÉtt* 
dant] un temps déterminé dans l'économie animale et enfin son 
élimlnatîott ]pat» l'urilie ctt)ar d'àUlrèS toÎÉ» tfëXiîrélfett, Je fcdwe 
dissimulai point que la jalousie et la médiocrité ne me pardon- 
Mettaient pas aisément id'avoir afviiidi Ace pimt le doammiê 
la science. Jusqu'à celte épottue l^ etpém ft*âtîH^t J*«* 



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— 279 - 

cherché les poisoQS que dans les matières vomies^ dani les 
selles et dans le canal digestif <t n'accomplissant ainsi que la 
moitié de la tâche, tandis que je prescrivais de pousser ces ra- 
cbercbes/ia$rt«'auâ? dernières limites , en analysant des tii^us 
et des organes que Ton avait dédaignés jusqu'alcirs \ et comme 
j« faisais entrevoir qu'il en serait des autres poisons comme 4e Ta^ 
cide arsénieux , ce que j'ai mis depuis bor« de doute i il m résultait 
qu'il y avait là un monde nouveau à parcourir^ et une nouvelle 
science à créer. Je m'attendais surtout à un déluge d'objections, 
au moment où, parfaitement sAr de l'exacthude de mes eicpé- 
]4enGes , Je tiendrais les etposer devant les tribunaux et tirer 
des conséquences qui devaient avoir une si grande influence sur 
rbonneur et la vie des accusés. Je ne m'étais point trompé; Fen^ 
vie et la haine ne tardèrent pas à s^acharner contre mol, à ce point 
que pour suppléer à la faiblesse d'argnmens , que l'on croyait 
pourtant redoutables, on alla jusqu'à me supposer capable d^em^. 
poisonner mol^niéme les organes que la justice soumettait à mon 
eiamen , uniquement pour me donner la satisféetlon de fttire 
ttloMplier mon nouveau système. Qu'est*!! arrivé de tant de so- 
pliismes et cTlnjures? En moins de deux ans ce nouveau système 
a été acclimaté et adopté par tout le monde ; dès Tannée IBfti, 
il n'est pas un etpert qui ne l'ait pratiqué et n'en ait fait son 
profit I parmi les objections mises en avant, celles que j'avais 
su sain de présentef» m&i*mémep en annonçant ma découverte, 
ont été reconnues comme ayaftit de la valeur, et f on a aeeepté 
toutes les raisons que j*ai données pour les réftiter ; tandis que 
personne ne se souvient pins de cette foule de puérilités 
fUaisesy sur lesquelles fignoranee et la maiveiiianee comptaient 
beaucoup pour battre en brèche nu édifice aujourd'hui inélMran^ 
iable. Je vais examiner attentivement ees diverses objections, 
afin de mettre le lecteur à même de juger que rien n'est exagéré 
dans ce que f avance. 



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— 280 — 

Objeetiofis sérieuses faites par moi en 1839 et en 1840. 

Première objection. // existe quelquefois de f arsenic 
dans les réactifs et dans les matériaux dont on est obligé 
de se servir pour analyser les matières suspectes, en 
sorte que le toxique décelé peut provefiir de ces réactifs 
et de ces matériaux et non des organes soumis à Vexor- 
men de V expert. 

Cette objection dont on a déjà tant abusé devant les Cours 
d'assises, n'a qu'une médiocre portée^ parce qu'alors même que 
ces réactifs et ces matériaux contiendraient souvent de Tarse- 
niCy ce qui n'est pa4^ on reconnaîtrait facilement qu'il en est 
ainsi, et Ton serait naturellement conduit à ne pas en faire 
usage. Etudions chacun de ces réactifs et de ces matériaux en 
particulier. 

Acide sulfurique. J'ai constamment soutenu que l'acide sul- 
furique distillé des laboratoires est généralement exempt d'ar- 
senicet qu'il en est de même dansla plupartdes cas de l'acide sulfu- 
rique du commerce. M. Devergie, au contraire, avec une obstina- 
tion difficile à comprendre a constamment émis une opinion con- 
traire. Dans son rapport , l'Institut déclare que j'ai eu raison 
{Comptes rendus de la séanceûn l/!r juin 1841). Quelque grande 
que soit cette autorité, il en est une plus puissante encore, c'est 
la vérité; je défie qui que ce soit de prouver que je me suis 
trompé sur ce point; les allégations gratuites ne peuvent rien en 
présence des faits. Si l'on se demande pourquoi l'acide sulfurique 
est quelquefois arsenical, on verrabientôt que certaines variétés 
de soufre avec lesquelles on prépare cet acide, pouvant être ar- 
senifères, l'acide préparé avec ces soufres doit contenir de l'ar- 
senic. Pour s'assurer si l'acide dont on va se servir est ou non 
arsenical, on introduira dans une capsule de porcelaine très 
propre 500 grammes d'eau distillée et l'on y versera par petites 
parties 600 grammes d'acide sulfurique ; on ajoutera ensuite par 
fragmens et successivement de la potasse pure et par consé- 
quent non arsenicale jusqu'à ce que l'acide soit à-peu-près sa- 
turé; le sulfate de potasse formé ne tardera pas à cristalliser, 



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— 281 — 

tandis que la préparation arsenicale qui pourrait exister dans 
l'acide sulfurique restera dans la liqueur surnagent les cris- 
taux. Si par hasard tout était pris en masse, il faudrait ajouter 
2 ou 300 grammes d'eau distillée que l'on agiterait avec le sul- 
fate de potasse pour dissoudre le composé arsenical. Dans tous 
les cas, la liqueur filtrée sera mise dans un appareil de Marsh 
modifié (^. page 257); si elle fournit de l'arsenic, on ne doit 
pas se servir d'un pareil acide. Dans le cas contraire , l'expert 
peut en toute sûreté ep employer 500 grammes, c'est-à*dire une 
quantité égale à celle qui a été essayée. Il est souvent inutile de 
faire l'essai sur, une aussi grande proportion d'acide ; c'est 
lorsqu'on ne devra faire usage que de quelques grammes de 
cet acide pour faire fonctionner l'appareil de Marsh ; dans 
ce cas , on introduira dans cet appareil {V, page 257) de l'eau 
et du zinc n<m arsenical et 3 ou ^ grammes d'acide; si l'hydro- 
gène qui se dégage ne dépose pas des taches arsenicales sur la 
porcelaine, vingt ou vingt-cinq minutes après qu'il a été en- 
flammé, on conclura que l'on peut sans crainte d'erreur em- 
ployer la même proportion d'acide pour rechercher l'arsenic 
dans une matière suspecte; en effet, les conditions de l'expé- 
rience étant les mêmes, il est évident que si, lorsqu'on agit 
avec â ou /i grammes de cette matière, l'on obtient de l'arsenic, 
tandis que l'acide essayé sans la matière suspecte n'en fournit 
pas, le toxique ne provient pas de l'acide, mais bien de cette 
matière. 

En supposant que l'acide sulfurique ait été reconnu arsenical, 
doit-on chercher à le purifier, ou ne vaut-il pas mieux prendre 
un autre acide? En général, on doit abandonner l'acide impur 
plutôt que de chercher à le purifier; mais si l'expert n'en a pas 
d'antre à sa disposition, il faudra qu'il le prive de l'arsenic qu'il 
renferme. Pour cela, il ajoutera à l'acide une petite quantité de 
sulfure de baryum hydraté délayé dans un peu d'eau ; au bout de 
quelques jours il se sera déposé du sulfure d'arsenic et du sulfate 
de baryte; on décantera et l'on filtrera à travers de l'amiante; 
l'acide filtré ne contiendra plus d'arsenic; toutefois, par excès de 
précaution, il conviendra de le soumettre à la distillation. 

Dans tous les cas, on ne devra jamais employer l'acide ainsi 



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purifié a? mt de ravoir essayé p»r It poMse ou de favoir î 
doit dans im appareil de Marsh, comme je Tai dit pins haat. 

Aeidâ az^iique. Je ne sache pas que Yim ait jamais trouTéée 
fars^Die dans Tacide azotique distillé sur de Tazotate d'arg»t; 
néanmoins comme il n'est pas impossible que certaines variétés 
é'acide azotique préparé avec de Tacide aiilfiyuriqiie mrseaîcal, 
eonikonent de Taelde arsénietix » ^i devra essayer cet aeide, «i 
en saturant lOd grammes par de la potassepi^r^, et en Csîs^mt ét»- 
porer jnaqi^à sicdté l'azotate de potasse formée dans lequel mi 
dierdwra l'areemcpar les moyens que j'indicpieraî à la p. SMl 

Acide Morkfdrique. Cet acide ooiitient souvent de l'adde 
éulfureuar et quelquefois de l'arsenic. On reeomiattra qu'il eat 
arsenical à l'aide de la pc^sse purû; il suffira d'en saturer SM 
grammes par oet alcali, de séparer les cristaux de dilonire ée 
potaasium qui sed^^eseront, de fiUrer la liqueur et d'infirodaire 
<seUe^ dans un i^poreil de Marsh modifié» Si Ton ohiieaA de 
l'arsenic, et ipe l'on n'ait pas à sa diq^sition «n autre édmn - 
liilon d'eeide pur, on retendra de son volume d'eau, et on f fera 
passer un eonram de gaz acide sulfiiydrique ; œ gaz en eousès 
précipitera tout rtfsenic à Tétat de sulfure jmunef on filtrara 
Taeide surnageant etl'ons'enserma* Il est d'autant frias iaq^er- 
tant de s'assurer de la pureté de l'acide cld«rfaydriqÉe, cpi'il eiK 
toujours employé pour acidnler les diverses liqueurs sos poci t s , 
à travers lesquelles on Haiit passer le gas aoide sHlfhydriqoe. 
M. Devergie s'est trompé en annonçant que l'on pouvait, à Taide 
de la distillation, séparer l'arsenic qui serait^contenudaM l'aeide 
dilorhydrique ; Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'o- 
pérer cette purification i^r ce moyen, alors même que Ton m pris 
tes plifô grandes précautions {Fo^ez ma lettre dans les jimnmlêê 
d'kysiênë^ n* d'avril 1842), 

On reconnaîtra qtte l'aciâe chlorfaydrique contfait de fiMrtde 
imlfi»renjp eu introduisant cet acide dans un flacon avec de feau 
et du zînc, et en faisant arriver, 4 l'aide d'un tube recombé, le 
gaz qui se dégagera dans une épronvette renfermant une tâHsso- 
lutîon d*ai)étàte de plomb ; sî Fadde chlorhydrique contient de 
l'acide sulfureux, il se dégagera de l'appareil du gaz adde tulf- 
hydttque (par suite de la réaction de l'hydrogène naissant sur 



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— 5«Ô — 

le ^mtm 6» Vhthië «Mtonsm)^ Qui nùiféltà f^itàW 6ë i^étti) eË 
fttttnatit dtt «utfure de piomb; tandis que rien de settiblablen^auM 
lien A i^àcide (^hlorliydriqtte e^ exenipt d'aeidé sidftireirïe. On 
tenterait en vain éé ftépairefr p«ir la dfeunâiion Tacide saffereni 
de l'acide clilorliydiiqiie^ et cûtfime il serait dangereux: dains une 
eitpertifie médico-légale eoflcehidut rafr&enie d'introduite dePâ^ 
€Aôe ftttldireax dauë rtppai'eil ée Marsh {Fàyex page fîT), Il 
^tde toute Ééee^ité retioncef à l'eftjf^loideradâedilûriÉjrdrl- 
que aliéi^ piar radde sulfureux^ 

Chlétë. Le ehlere kvé danè dé PeM rendue àteatine par" de 
la potâfftse pare tué éontieirt pas d^ar^enio : or, le dhlone 
^aceui â'est |amafe eiÉplo^é qu^àprès atoir été ainst lavé 
(jr. page 23§). 

PétûM^. Je n'ai Jamais trouvé dé |]totà«se à TaleeeLeoiitaiallt 
de Farsenic. On s'assurerait) du reste, qtfelle est arsenleâley éfa 
agidsattt eodilÉie }e rai dit en partant de Tà^fde suKàriqne, et eK 
éttiployant 500 ^imne^ de cet aelée pw et par een^quent Mh 
ûrÉetiiédl. 

Zinc. J'avais è<niVent combârttn dès ISS^, eetit qui prététt^ 
daient que le zinc laminé du cottlttiëroe (bumissaft souvent de 
i^rsenîe, îeisqtfen TiifitiTfdtei^ait dknà fa^yparei! de Marsh. VA- 
^udémiédts SéitnHê u encore été d'itéeord «tee mcS sur ce 
point (Vojr. les CûMptèà^rendus de U êêanet du 14 jtilii t841)i 
non pas que f aie prttendtt qu'a tf arriverait J^mate que du lînc 
fbtitnlt de l'arsenic i raide de cet appareil ; f ai vonltt setdetltelit 
dîre qne cela n'aurait Keu que pèir exception ^ an reste, Texpert 
devra, iitànt de cottanëneèr l'expéHèncesnr les «latlère^ sûspet^- 
tes, introduire dânos nn appareil de Marâfi de Veau, de f acide 
^ftirique et une quantité de riiic égale 4 celle q«11 devra em- 
ployer pour Fexpenise; l'acide sùlRirique agira sur ce métal jt»» 
qu'à ce qtfîl n*cn reste plus dans le flacon ; si après cet essai on 
n'ap^s recueilli détaches arsenicales,c*est que le 2inc ne fournit 
point d'arsenic et peut servir ; il feindrait an contraire le rejeter 
et en prendre d'antre, s'il donnait des taches arêéniôalèi.'Xùïci 
une expérience faite en grand dont j*ài rendu témoin la comtùlâ- 
ston de rAcàdémte royale de médecine. Taî introduit 2 kilogram*- 
mes dé t\ût en grenaille dans un -grand flacon à deux tnbûlures. 



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— 284 — 

de l'énorme capacité de 11 à 12 litres; j'ai monté l'appareil et l'ai 
fait fonctionner pendant deux jours : on avait eu soin de faire 
passer le gaz dans deux tubes communiquant l'un avec l'autre par 
des tubes en caoutchouc, et remplis, le premier de fragmens de 
verre mouillés d'une dissolution aqueuse d'acétate de plomb, le 
second, de fragmens de même nature mouillés d'une dissolution 
de sulfate d'argent. L'expérience avait pour but de s'assurer si 
cette grande masse de zinc abandonnerait quelques parcelles 
d'arsenic. Le premier tube rempli de dissolution plombique a 
noirci dans sa partie supérieure, et cette action était évidemment 
due à un peu de gaz sulfhydrique dégagé par suite de la présence 
d'un peu de sulfure dans le zinc ; mais tous les fragmens de verre 
mouillés par la dissolution argentique avaient fortement bruni; 
on pouvait donc craindre qu'une quantité notable d'hydrogène 
arsénié se fût développée et eût réa'gi sur la dissolution de sulfate 
d'argent. L'expérience ne tarda pas à prouver qu'il n'en était 
rien : il n'y avait pas un atome d* arsenic au milieu des frag- 
mens mouillés par le sulfate d'argent, et la couleur noire était 
due à l'argent métallique qui avait été réduit par suite de l'action 
désoxy gênante de l'hydrogène. 

Azotate dépotasse (nitre). On a beaucoup parlé aussi de m- 
très arsenicaux; j'avoue que je n'en ai jamais trouvé ; il est 
d*ailleurs si facile de s'assurer s'ils contiennent ou non de Tarse- 
nie, que cela ne complique aucunement la question. Voici com- 
ment on devra procéder : on traitera dans une capsule de porce- 
laine très propre un kilogramme de l'azotate de potasse que l'on 
essaie, par 600 grammes d'acide sulfurique pur et concentré; on 
chauffera pendant une heure et demie environ, en agitant de 
temps à autre, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de vapeurs oran- 
gées d'acide azoteux ni de vapeurs blanches d'acide azotique, re- 
connaissablesà leur odeur. Alors on retirera la capsule du feu, et 
quand la matière sera à-peu^près refroidie et solide, on la fera 
bouillir pendant dix minutes avec 100 ou 150 grammes d'eau; ou 
filtrera pour laisser sur le filtre le sulfate de potasse formé, et l*on 
introduira la liqueur dans un appareil de Marsh ; si l'on n'obtient 
pas de taches arsenicales, on pourra hardiment conclure que le 
nitre n'est pas arsenical. Il importe de chasser par l'action com- 



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— J85 — 

binée de Facide sulforiqueet de la chaleur la totalité des acides 
azoteux et azotique, autrement on s'exposerait à avoir des explo- 
sions en mettant la liqueur dans Tappareil, et Ton arrêterait le 
dégagement du gaz hydrogène, parce que celui-ci, au fur et à 
mesure qu'il se produirait, se combinerait avec l'oxygène des 
acides azoteux et azotique pour former de l'eau. 

Alcool et eau distillée. Ces liquides ne sont jamais arséni*- 
caux; au reçte, on les essaiera à l'aide de l'appareil de Marsh, 
en agissant sur 200 grammes d'alcool et sur un litre d'eau dis- 
tiUée. 

Creusets de Hesse, capsules de porcelaine, flacons et tubes 
de verre y verres à expérience, bouchons. Ces divers vases, pas 
plas que les tubes et les bouchons, ne donnent jamais d'arsenic; 
il faut seulement savoir qu'ils doivent être parfaitement lavés avec 
une eau alcaline, puis récurés avec du sable et lavés de nouveau 
à grande eau, si l'on veut être certain qu'ils ne retiennent plus 
quelques atomes de la préparation arsenicale que l'on y aurait 
préalablement introduite (^Foyez mon Mémoire sur les réao^ 
tifiy lu à l'Académie de médecine le 16 juillet 1839). 

Deuxième objection. On ne peut pas affirmer que V arsenic 
obtenu à la suite d'une expertise provienne d'un empoi" 
ionnementy puisque M. Couerbe a annoncé qu'il existe de 
t arsenic dans le corps de l'homme non empoisonné. 

Pour se faire une idée exacte de la portée de cette objection, il 
faut connaître les diverses phases qu'a subies la question de Y ar- 
senic dit normal; c'est le seul moyen (Je juger la part qui re- 
vient à chacun dans la controverse qui a eu lieu à cet égard, et 
dont on a fait tant de bruit. M. Couerbe annonce le premier que 
le corps de l'homme en putréfaction renferme de l'arsenic ; il 
pense que ce toxique se développe pendant que les cadavres se 
pourrissent, sans se prononcer toutefois sur son existence dans 
les corps non putréfiés. Un paquet cacheté rédigé par moi sous 
la dictée de M. Cot^erbcy et déposé par moi à l'Académie royale 
de médecine, dans sa séance du 30 octobre 1838, contient l'in- 
dication de ce fait. Déjà, à cette dernière époque, M. Couerbe 



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- 9m — 

j^i^Hiait^e tes^de$ cail^vues biwai|)$ «on iM)urri8raif^maiwt 
égaleiDeiitde r^rseniCr Le M ««ptembr^ i839, je lis un méimm*e 
^l'Afiadiéimei d^ios lequel ^ prouve quêtes vUcèr^êde V homme 
pie foumiêsent pa^ h moindre trape de ee ^mqvSf mm j'adr 
HM^te ^w msteiHïe (tons tes o»« A la fia de ceite même waée, 
M. Couerbe écrit mie loAgiAe lettre à rAcadémie de$ acteftoesydans 
Ifmuidle M a/^ri«^,saiis en 4(»merUmQiaâre preuve^ que Parse- 
1^ exista eioiM /^# o# à l'état d'arsénmtede eh^uar^Hm''^ 
&'» prûdiût à mefiHre que le& «Aiztrf sep0urriftenf; daa» ceiie 
lettre écrite avec une légèreté et une inconvenance que rien a'é^ 
g^te» U* CoMejrbe lo'aficiise de plagiat $ i» lui aurais v<ilé4ii*il l'î- 
40?'.0ière^ akm quedan» le paquei cac^betélu par moi à la «éanœ 
^ ^ ^Hstobre 18ft9 de VAcadéme royale de médeciae, je dkaî^ 
^i^kiiemm que c^'était M. Couerbe qftij le premier, anraît parlé 
4^ l^^iraenic dit nomuii* £» IMO, M. Devergîe va piM bw iine 
M>C<Hierbe et moi , et d'esq^râue ainsi à la page 469 du (orne m 
de m MMeeme légale {V éditicm) : ^ l"" Les os foumissemt «i^ 
4( firoportioB notaUe d'ai^senie. d"" Leê ^muêeiee n'en dennenf 
« qu'une proportion eMirémemeni faible et si petite, que ron 
« ne saurait en démontrer Texistence par des preuves à Tabri de 
4c tâule ob|eak>Dy t^. y^ Pendant les neuf premiers mrà» de l'an- 
née 1S40, nous eroyoâs tous les trois à TexisteBce de raroeaîe 
dans les os^ et cette «fiaion est partagée par i^^esquc Kma cen 
qui s'occupent de toxicologie. A la fia de septemlHie 1840, 
M. Isidore Bourdon me communique une lettre adressée par 
AI.i4ttdouardde BéKiers, à un membre de l'Institut, dans laquelle 
ce savant distingué {muonce n'avoii:pas retiré d'arsenicieii trai- 
tait des o^ humains, comme aous Tavions pjreaerit. £onvftifiou 
que ce résultat négatif n'>était pas de nature à iaficmer «a grand 
nombre d'expériences dans lesquelles on avait constamment re^ 
leueilli de l'arsenic, je le considère comme inaignffîaAt. A la fin 
d'octobre de la même année^ j'expose dans quatre séances pubUi- 
4iues faites à la Faculté, tous les élémens de la question ars^'^ 
cale telle que je l'avais conçue et résolue dès l'année 18B9, et afin 
que chacun puisse suivre avec fruit mes leçops, dès la première 
séance je distribAie un programme imprima* conjtenant rénnmér 
ratipn des (tiv^s points (pà devront faire J'oliget de œs legons. iQln 



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— 287 — 

lU sur oe f/rùgtMBme : On reiirerm tarêenie dê$ ##. M. Fhm* 
dm cpii afiftiste à ces sëasces, reçoii un de ces programmes. A 
la an d'octobre aussi, j'éuis occapé à montrer à MM. Dumas, 
Kagiiauk et Bonsskigaaulty tout ce que j'avais découvert concei^ 
B«ttt la questim médico^égale de Tarsenic. Après avoir cou- 
vaincu ces trois acadéviciensy asembres de la commission de 
riiwtifm, de rexacttUide des ftiits que J'avais annoncés, à l'exeep- 
Ikn toutefois de ceox qui se rapportaient à la présence dans les 
es de l'arseMC dit normal^ j'entamai les opérations qui devaient 
mettre cette existence hors de doute, et j'ëdiouai complète^ 
lomti quoique j'eusae suivi le procédé si simple qui jusqu'alors 
avait eonstwweat eu un plein suocès. JKe sadsiant à quoi auri^ 
biusr cet échec, et voulant en connaître la cause, je répétai au 
B»oiDs dinfofts l'expérience en agiseant sur des os bamalns, pris 
au baimrd ^m divers laboratoires d'aMUWftie; il me fut impeê^ 
êibh de retirer ta moindre trouée d'arêenie. Jecrusdès^orsne 
pas devor traiter dans mes séances publiques la questionderar* 
senic dit isorma/^ et je passai sons silence cette partie dn pua- 
gramme ; ce silence dut étonner d'autant plus que j'avais abordé 
toutes les aulres questions inscrites dans eaprogrammei j'ai é^ 
dit 4ae Jtf . Flandin euimait aseidument met sdaeiees, dont il 
devait rmadnecompte dans le Moniteur ILt rapport de llnstitut 
wentianneposf tlvement le fait dont j'aiparié plus haut; il y estdit 
fue dims les expériences tentées devant la cœnnûssion (MM. Dt^ 
maa, &^[imilt et BcMUSSÎnguaultX je n'ai pas retiré l'arsenic 4e8 
aa « OPi les proeèfr-verbaux prouvent que ces expériau^es étaient 
ftjles en ediobre iS&O. Le B novembre suivant,. j'adressai à l'A-*' 
oadëmie troyale ide niédeciae un paquet cadieté <|w lut ouvert le 
y jnioi&friyed^d^iis lequel j'établissais que les os ne contiennent 
poimi A*ar$0me. J'avais contribné à propager une erreur, en 
adopUnt les idées de M* i^uerbe $ je 6is asses henrenK pour pro* 
damer le premier j|ue nous noua étions l«dmpés« Que devIaH 
éaiM: la pcétentian de MM*f lanttn «t Danger qui veulent à toute 
focoe avoir dit les premiers que les os ne renferment point d'ar-, 
senic, lorsqn'âs m'mA parié de oe lait k l'Académie des sciences 
fue4e1%4éeembre OM^ quand déjà bien des g^is connaissaient 
igM4Pi^alM^néfutifè des expérienoes tentées deux mois aupara* 



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— 288 — 

vant au laborauHre de la Faculté, en présence de trois commis- 
saires de l'Institut et de trois élèves en médecine qui m'assis- 
taient; que devient cette prétention si l'on se rappelle que 
M. Flandin avait reiôarqué, comme tout le monde, que j'avais 
omis de traiter la question relative aux os dans mes séances pu- 
bliques, et surtout si l'on n'oublie pas que deux mois avant la 
lecture du mémoire de ces Messieurs, j'avais explicitement consi* 
gné dans le paquet cacheté dont j'ai fait mention, que les os ne 
contenaient point d'arsenic? Cette prétention ne pourra paraître 
que ridicule et peu loyale. 

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'expliquer pour- 
quoi nous avons obtenu en 1839 defarêenie bien earaetériiéj 
en calcinant les os jusqu'au gris blanchâtre, et en les traitant par 
l'acide sulfurique concentré, tandis qu'aujourd'hui on n'en retire 
pas un atome en suivant le même procédé. On a cru que cela dé- 
pendait de ce que l'acide sulfurique employé en 1839 éuit ar^ 
senical; mais il n'en est rien, car chaque fois que j'obtenais 
l'arsenic des os, je traitais du carbonate de chaux par une quan- 
tité cfu même acide sulfurique égale à celle dont je m'étais servi 
pour décomposer le phosphate des os, et le sulfate de chaux pro- 
duit, mis dans un appareil de Marsh, ne donnait atumne iniee 
d'anenic. Ces expériences comparatives ont été publiées dans 
mon Mémoire sur l'arsenic dit normal, en 1840 (tome tiii des 
Mémoireê de l'Académie royale de médecine). MM. Flandin et 
Danger n'ont pas ^balancé à m'accuser d'avoir méconnja la nature 
des taches que j'avais recueillies ; « ces taches, ont-ils dit, n'étaient 
« pas arsenicales ; vous les avez jugées telles, parce que vous les 
« avezconîfondues avec celles que nous avons fait connaître. )» Je 
ferai ressortir le vide de cette prétention, en affirmant que 
les taches obtenues par moi offraient tous les caractères physiques 
et chimiquei des taches arsenicales, caractères que j'ai souvent 
constatés, et que ne partagent pas les toeAe# de crasse dont par- 
lent ces Messieurs et que je devais connaître d'autant mieux, que 
je les ai décrites le premier. D'ailleurs, et ceci est péremptoire,si 
en 1839 il se formait des taches d'apparence arsenicale, en trai- 
tant les os calcinés au gris par les deux cinquièmes de leur poids 
d'acide sulfurique concentré, on devrait les former aujourd'hui à 



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— 289 — 

volonté : or cela n'est pas; je défie qui que ce soit d'obtenir de 
ces taches en opérant comme je le faisais en 1839. MM. Flandin 
et Danger avant de hasarder une pareille explication, auraient dû 
remplir une assiette de ces pseuda-iaches arsenicales ; ils ne 
Font pas fait et ils ne le feront jamais. Aussi qu'est-il arrivé, 
lorsqu'ils sont venus demander à l'Académie des sciences de dé- 
clarer que les pseudo-taehei quils avaient obtenues, deux 
ans après moi , avaient été prises pour de l'arsenic que 
MM. Couerbeet Or fila avaient désigné sous le nom d'arsenic 
normal? Il est arrivé que M. Dumas a répondu catégoriquement: 
« La commission n'a pas pu comparer les taches obtenues 
par MM. Danger et Flandin à celles de l'arsefiic normal ^ 
par la raison qu'aucun des membres de la commission na 
vu de taches d'arsenic normal. » Donc MM. Flandin et Dan- 
ger n'avaient pas pu faire ces prétendues taches de crasse j en 
traitant les os par Tacide sulfurique ; ce qui prouve qu'il y a en- 
core loin d'articuler inconsidérément une assertion à la prou- 
ver. Avouons qu'il y a dans ce qui concerne l'histoire de l'ar- 
senic dit normal un mystère des plus impénétrables. 

Au reste, l'absence de l'arsenic dans le corps de l'homme est 
un fait heureux dont je m'applaudis le premier. Dorénavant on 
ne pourra plus exploiter devant les tribunaux l'objection 
grave que les avocats, avec ou sans robe, ne manquaient jamais 
de faire au nouveau système médico-légal que j'ai introduit dans 
la science; en effet, à chaque affaire judiciaire, la défense faisait 
jouer à cet arsenic dit normal un rôle immense ; c'est lui, disait- 
elle, que vous avez extrait du cadavre sur lequel vous avez 
agi, et non Tarsenic qui aurait été ingéré comme poison. On 
avait beau répondre que les viscères d'un cadavre à l'état 
normal, le foie, par exemple^ n'en contenaient pas un atome 
et que l'arsenic trouvé par les experts avait été extrait de ces 
viscères et non des os, on n'en persistait pas moins à soutenir 
avec obstination qu'il en était ainsi, et l'on poussait même le ri- 
dicule jusqu'à dire, pourquoi l'arsenic que vous dites exister na- 
turellement dans les os, n'abandonnerait-il pas ces os pour se 
réfugier dans les viscères? 

lU^ 19 



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— 290 — 

Troisième objection. Certains terrains de cimetières fhur* 
nissent de V arsenic, en sorte que le towique arsenical re^ 
tiré des cadavres enterrés dans ces cimetières peut pro- 
venir des terrains et non de ces cadavre^. 

Animés du désir de me trouver en défaut, et cherchant des 
occasions de me contredire, MM. Flandin et Danger poussèrent 
Fimprudence jusqu'à vouloir ébranler cette proposition capitale, 
savoir, que certains terrains des cimetières fournissent de 
t arsenic; ils n'osèrent pas, il est vrai, s'inscrire formellement 
contre cette assertion, mais dans le premier Mémoire qu'ils lu- 
rent à l'Académie des sciences, ils déclarèrent n'avoir pas trouvé 
d'arsenic dans les terrains des cimetières des environs de Paris 
qui m'en avaient fourni ; pour eux, je m'étais trompé, en prenant 
pour de l'arsenic les taches de crasse y Aoni ils s'attribuent 
la ^découverte âmes dépens (1). Malheureusement peureux, 

(1) Qu'il me soil permis à cette occasion de dévoiler au public la tactique em- 
ployée par certaines gens pour parvenir à se faire connaître. On lit un mémoire à 
l'Académie des sciences ; le lendemain tous les journaux politiques rendent compte 
de cette lecture, les uns avec impartialité et sans éloges, les autres avee une par- 
tialité révoltante, car non-seulement ils exaltent outre mesure le travail^ mais 
encore ils dénigrent ceux qui ont émis des opinions contraires à celles des auteurs 
de ce travail. L'Institut garde le silence pendant plusieurs années, et ne fait point 
de rapport; qu'importe ? Ze coup est frappé, on vous a décerné Tq^ithète de grand 
homme; le public est déjà tout disposé à vous accepter pour tel. Bientôt après (m 
lit un second mémoire, puis un troisième, un quatrième, etc. : la manœuvre est 
la même ; éloges effrénés de la part des journalistes amis, qui se livrent de nou- 
veau à une critique amère et injurieuse des hommes dont on est habitué à respee- 
ter les opinions ; et conune Plnstitut continue à garder le silenoe, le public finit 
par considérer comme vraies des doctrines fausses que la presse n'a pas cessé de 
donner comme parfaites. Les phrases élogieuses sont méoie conçues de telle façon^ 
que l'on peut croire que déjà l'Académie |des sciences a aenetionné les travaux 
qui lui ont été présentés, quoiqu'elle n'ait pas encore parlé. Ou va plus loin : cm 
pousse l'audace jusqu'à dire, dans une lecture subséquente faite devant Tillostre 
aréopage, qu'on le remercie de l'accueil bienveillant fait à des expériences sur le 
mérite desquelles il ne s'est pas encore prononcé ou dont il a reconnu l'ifisttffisâw». 

A dater de ce moment, le but e^t atteint : on est arrivé. Sans doqtf qw) des 
travaux médiocres, souvent détestables, ne sauraient en imposer à des hommes 
éclairés ; mais ils ont agi favorablement sur les masses ; cest là ce qu*on voulait. 
Et quand le jour vient où, dans l'intérêt de tous, on démontre jusqu'à )'6?idiËnbk 
que les gens dont je blâme sévèrement la tactique ont emprunté à d'autres, sans 
leç citer, ce qu'ils ont dit de boni \ qu'en toute autre chose ils ont commis les er* 



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— ^i — 

ife ûô devaient pas larder à convenir qpïe, cette fois encore, 
îls seraient obligés de battre en retraite. Dans six expertises 
faites en 1844, des terrains de cimetières furent reconiïas arse- 
nicaux par MM. Pelouse, OÏIivier (d'Angers), Devergîe, Lesueur, 
fiarse, et par eux-mêmes : on peut lire dans pttisieurs numéros 
de la ùazeftedes triiunaux de cette même année des rapports 
signés par MM. Flandîn et Danger, dans lesquels il est dit que 
les cadavres qui faisaient l'objet des expertises, avaient été 
inbumés dans des terrains arsenicaux. Ainsi il demeure bien 
établi que l'assertion émise par moi en 1839 était parfaitement 
exacte; on va voir bientôt combien. es£ grande en médecine lé- 
gale la portée de ce fait. 

On peut réduire aux deux questions suivantes celles que l'on 
sera appelé à résoudre à foccasion des terrain^ des cimetières : 
i^ Peut-on déterminer si V arsenic extrait d'un cadavre 
inhumé dans un terrain arsenical provient de ce cadavre 
ou du terrain ? 2l* Peut-il arriver que le cadavre et un indi" 
vidu empoisonné par tacide arsénieux abandonne le corn- 
pose" arsenical qu'il renfermait au moment de la mort, de 
manière à ne plus en retenir après une inhumation pro- 
iongée ? Cette dernière question ayant déjà été traitée lorsque 
j'aî parlé de la recherche de Tacide arsénieux dans un cas d'ex- 
humation juridique (voyez p. 248), je ne m'en occuperai plus ici. 

Peut-on déterminer si T arsenic extrait d'un cadavre in-^ 
Aumé dans un terrain arsenical provient de ce cadavre ou 
du terrain F Je réponds par Taffirmalive, du moins pour le plus 
grand nombre de cas; les expériences et les considérations que 
j*ai fait valoir dans le Mémoire que f ai lu le 29 août 1839 à TA- 
cadémie royale de médecine, ne laissent aucun doute à cet égard. 

A. Supposons d'abord que le cadavre a été inhumé dans une 



L 1^ l^ur grossièreS) et cpi'ils n'ont par conséquent aucune valeur réelle, on 
se demande avec douleur : Comment avons 'nous pu être dupes à ce point? La ré- 
ponse est facfle .* FoUs êtes trop loyaux pour ai^oir cru un' s^td instarif que cer- 
ttins komriges ne reculent désuni aacnn moyen pour se frayer une route et monter 
autsM haut pour être epet^iis du public. J'ai dû stigmatiser une pareille tactique^ 
que rinsiitut réprouvera comme moi et à laquelle il s'empressera sans doute de 
mettre fin, en rompant Te silence qu'iï garde depuis trop long-temps. 

19. 



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— 292 — 

hière et ^u*au moment de l'expertise, celle-et est entière et 
parfaitement close f Tarsenic du terrain n'aura pas pénétre 
dans l'intérieur de la bière, parce qu'il existe dans ce terrain à 
l'état d'arsénite ou d'arséniate insoluble j même dans l'eau bouil- 
lante, et qu'il faut pour le dissoudre traiter les terres qui en 
contiennent par la potasse ou par l'acide sulfurique bouillant 
pendant plusieurs heures, et encore après avoir fait agir pendant 
deux ou trois jours à froid sur ces terres cet acide étendu. J'a- 
vais beaucoup insisté sxxtV insolubilité dont je parle; on m'a 
objecté que je ne pouvais pas affirmer que dans certains cas 
l'arsenic ne serait pas dissous par Feau des pluies, parce qu'il 
pouvait se passer dans le sein de la terre tel phénomène électri- 
que à la suite duquel unarsénite ou un arsénia te insoluble devien- 
draient solubles ; ou bien parce que l'ammoniaque carbonatée 
provenant de la décomposition du cadavre transformerait ces 
sels en arsénite ou en arséniate d'ammoniaque solubles ; ou bien 
enfin parce que l'acide azotique que contiennent quelquefois les 
pluies d'orages, aurait pénétre jusqu'à la fosse et aurait dissous 
l'arsénite ou l'arséniate contenu dans le terrain. A cela je répon- 
drai que l'expérience acquise jusqu'à ce jour ne vient pas à l'ap- 
pui de l'objection mise en avant puisque dans les six cas déjà 
cités où les terrains des cimetières ont été trouvés arsenicaux, 
V arsenic existait dans ces terrains à V état insoluble; et j'a- 
jouterai qu'ayant eu plus de vingt fois l'occasion d'analyser des 
terres du déparlement de la Somme, chaulées depuis quelques 
mois seulement ou depuis quelques années avec de l'acide arsé- 
nieux, j'ai constamment vu que ces terres ne cédaient pas à 
Peau bouillante la plus légère trace d'arsenic^ ce qui prouve 
que l'acide arsénieux s'était transformé en un sel insoluble, puis- 
que sans cela il aurait été sensiblement dissous par ce liquide ; 
j'ai encore vu, en analysant les terres ainsi chaulées, un fait de 
lapins haute importance pour la solution du problème qui m'oc- 
cupe : la couche de terre prise à la surface contenait de Var^ 
sénite de chaux, tandis qu'on n'en trouvait pas un atome dans 
la couche prise à 36 cent, au-dessous et à plus forte raison 
dans celle qui était à 1 mètre au-dessous du sol. Ces diverses 
couches avaient été recueillis avec un soin eictrême par mon ho- 



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— 2»3 — 

norable et savant ami le docteur Barbier (d'Amiens), qui avait 
bien voulu se transporter sur les lieux pour ^procéder à cette 
opération. On peut conclure de ces expériences que lorsque les 
terres contiennent du carbonate de chaux, Tacide arsénieux se 
combine promptement avec la chaux et que Tarsénite insoluble 
formé reste à-peu-près à la place où il a pris naissance sans que 
l'eau des pluies l'entraîne plus bas et sans que Tammonia- 
que provenapt ^e la décomposition du fumier au milieu duquel 
il plonge, en quelque sorte, le décompose et le change en arsénite 
d'ammoniaque soluble. 

On voit déjà par ces faits combien l'opinion que je soutiens est 
fondée en raison ; il ne sera pas difficile maintenant de réfuter les 
objections qui m'ont été faites. Que parle-t-on de phénomènes 
électriques qui se passeraient dans le sein de la terre, et qi4 
auraient pour résultat la transformation d'un arsénite insoluble 
en un arsénite soluble; mais qu'en sait-on, et c'est avec de pa- 
reilles utopies que l'on voudrait sérieusement songer à pervertir 
l'opinion publique? 

Pour donner au lecteur une idée exacte des argumens mis en 
avant contre la proposition que je soutiens , je ne saurais mieux 
faire que de transcrire certains passages de la déposition faite de- 
vant la Cour d'assises de la Vendée, en août i844,par M. Flandin, 
dans une affaire d'empoisonnement où il s'agissait de déterminer 
si l'arsenic extrait des cadavres de Roturier et de Martinie-Cha- 
bot était le résultat d'une intoxication, ou bien s'il provenait de la 
terre du cimetière de Saint- Michel-en-Lherni, terre reconnue 
arsenicale par M, Flandin , et au sein de laquelle les deux 
cadavres avaient séjourné, celui de la femme pendant plusieurs 
mois, et celui de Roturier pendant quatre ans et demi. Voici 
l'extrait de cette étrange déposition : 

< De S50 grammes de terre, prise au-dessus de la bière de Roturier, on 
« a retiré dans trois analyses successives , faites par des procédés diffé- 
< rens, des quantités d'arsenic très sensiblement appréciables. On a opéré 
€ sur les terres recueillies au-dessus de la bière de Martinie-Chabot, ab~ 
« solument comme on avait opéré précédemment çur les terres recueillies 
« au-dessus de la fosse de Roturier. Les résultats ont été identiques. » 

M. le prœurew du roi, « La question de l'insolubilité des terres a été 



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— 294 — 

« pçrtéo récemment devant FAcadéioie de médecine par M. Qllivier 
« (d'Angers) et M. Flandin n'ignore pas dans quel sens elle a été résolue. 
« M. Ollivier a dit en terminant que le fait particulier (affaire de la fenome 
« Jérôme et de NoWe , jugée par la Cour d'assises d^Êpînal) confirma le 
« prioeipe, établi par M..0rfila, que dans les terres l'arsamc se trouve à 
« Tétot ipsoJuWe, et qu'il ne peut passer dans un cadavre. » 

M, FlamUn* « Si M. Ollivier avait émis une pareille opinion, je serais 
a obligé de n'être pas de son avis. Expérimentalement, la science n'pst 
« pas fixée. Il n'y a que cinq à six ans que cette question est à l'étude. 
« Théoriquement je pense même qu'il ne faut pas se hâter de conciliée. 
« L'arsenic des t^res est insoluble dans notre laboratoire ; nm» cely^ de 
« la nature ne diffère-t-il pas du nôtre? Et d'abor4 elle^ppi»* éi]0 fe 
« t^mps dont nous ne disposons pa* daps nos laboratpires. Tout le monde 
« connaît ces stalactites, ces sortes de cristallisations suspendues au-des- 
« sus des grottes souterraines. Elles sont formées de carbonate de chaux 
a insoluble dans l'eau ; cependant il a bien fallu que ce carbonate de 
4. chaux fût rendu soluble pour qu'il filtrât à travers J« sol* {^ natun, 
fn le temps l'ont dissous atome par atome, s'il m'^f t peinnis d^ m'flfipnDier 
« aio^i, /epmme gn voit dan$ les xnont^pi^s se déUter jusq,u'au prodi^t 
a d'anciens volcans, jusqu'au^ granits eux-mêmes. Tout le monde connut 
« le kaolin, cette matière blanche dont nous faisons nos plus belles porce- 
« laines. Qu'est-ce que le kaolin? Du feldspath déccwnposé qui a perdu 
« sa potasse. Comment la potasse a-t-etle été enlevée? Dans nos Is^ra- 
« toires nous ne savons produire ce fibénomèoe m aviec Teau m avec its 
« acides. )La nature et le temps sont pl^^ habiles; ils op^r^nt pas tp^m- 
« formations que aous ne savons malheureusement pas inajter. En outjre 
« les eaux de pluie ne sont pas les eaux de nos laboratoires, elles passent 
« à travers une atmosphère à* oxygène et ^ azote ^ et cela dans des temps 
« d'orage. Il est des chimistes, qui ont avancée que les eaux de pluie ren- 
« ferment quelquefois de Vaddê wUriquê (composé 4'oaiygène et d'asoie) 
a et l'acide nitrique ^t'ifi d^^s^k^mt par fçoçfilkiftpe 4^ 9f^$iwms fmHf" 
« rales^ de l'arsenic ^ j^rticulier, 

a Dai)S l'acte de la putréfaction, il se dégage de l'ammoniaque qui est le 
« véhicule de différens corps alcalins , acides connus et inconnus. L'am- 
« moniaque est encore un des dissdvans de l'arsenic, l'acte de la putré- 
« faction ne peut-il pas transformer des cai^posés arsénicaus insoliibles 
« contenus dans le sol ? En présence de tant de phénomènes chimiques 
« possible ne nûus hâtons doiM> pas de conduce. .^^ Dans les Aercds sou- 
a mises à notre exan^en, l'arsenic ne s'est rencontré que d'une naaière 
« â pQine appréciable dans l'eau pure que l'on avait fait bouHlir avec 
a 250 grammes de terre : mais l'eau à laqudle nous avons ajouté de la 
«J potasse de manière à la maintenir légèrement alcaline pendant une 
« ébuUition prolongée, a si bien dissous l'arsenic conteau dans ces 
« terres , qu'il ne nous a pas ^ possible d'y eonstater ensuite 



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— 295 — 

« la présence de ce^ corps en les traitant par des acides. Mais si Tar- 
« senic trouvé dans les terres du cimetière de Saint-Michel en Lherni, 
« devient poluble par les mêmes moyens que la matière grasse, on con- 
fn çoit que le temps et les dégagemens alcalins des sels ammoniacaux pro- 
« dults par la désorganisation des matières animales, peuvent à Taide^ 
n des eaux pluviales , produire des infiltrations plus ou moins chargées 
c d'arsenic soluble dans les eaux et imprégner de ce poison, les restes d'un 
« cadavre qui ne contenait pas d'arsenic. 

« Mais il n'est pas nécessaire d'admettre une combinaison soluble d'ar- 
« seni« pour se faire une idée du transport possible de ce corps dans une 
ff bière en partie détériorée. Veuillez, messieurs les jurés jeter un coup- 
« d'oeil sur ce qui, chaque jour, se passe sous vos yeux. Dans un champ 
« fraîchement labouré vous voyez les parties les plus unes de la terre con- 
« fondues avec les parties les plus grossières; mais bientôt les eaux pluvia- 
« les vont disposer les choses dans un tout autre ordre ; bientôt ce champ 
tt ne présentera plus à sa surface qu'une cohche plus ou moins épaisse 
« de petites pierres. Les parties les plus fines de la terre auront été comme 
« tamîeéee à travers les parties les plus volumineuses. Ces parles fipes, 
« ainsi entraînées vers le sein de la terre , descendront de plus en plus 
« profondément jusqu'à la rencontre d'un obstacle infranchissable, tel 
« qu'une pierre un peu volumineuse , les parois d'une bière , les os d'un 
« squelette. Pendant long-temps ces fines poussières s'accumuleront contre 
a Tobstacle d'une manière notable. L'arsenic des terres peut provenir des 
c chsarriages contenant de Tarsenic; il peut aussi provenir d'une diBaémi- 
« netipn d£^ )a terre de petits fragmens de pyrites arsenicales. 

M. Flandin invoque encore, à l'appui de son opinion erronée, une lettre 
qui lui a été écrite par M. Van den Broeck^ professeur de chimie à l'École 
des mines de Hainault. Dans cette lettre, il est dit que l'eau tenant en dis- 
solution plui de deux fois son volume d'acide carbonique peut dissoudre 
des traces d'arséniate de chaux récemment préparé et très peu cohérent, 
n fm^ oonvAnir qœ c'est là m bien stérile argument ; comment M. Van 
den Srçeck ne s'est-il pas aperçu que cette expérience n'a rien de commun 
avec ce qui se passerait au sein de la terre ; où trouvera-t-il de l'eau 
carbonique semblable à celle qu*il a été obligé de préparer à l'aide d'une 
pompe ; et ne voit-il pas que l'arséniate de chaux des terrains en admet- 
tent à la rigueur qu'il se trouvât en contact avec de l'eau fortement char- 
gée d'acide carbonique, ne se dissoudrait pas dans cette eau, parce qu'il a 
«^ grande force de cohésion et qu'il n'est pas isolé comme l'arséniate de 
chaux pulvérulent avec lequel l'expérience a été faite? 

Un autre argument aussi solide que celui-ci a été tiré par M. Van den 
Broeck de Taltération que l'air fait éprouver au mispikel qu'il peut trans- 
former en acide sulfurique et en arséniate neutre de protooi>yde de fer qui 
<e diaqoui dana Fadde sulfurique. SaveK-^vous eominent on explique l'oxy- 
dation dQn| QQ ^ i^^oi^? Gaoâgie on n'a pas d'air à profusion dans le sein 



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— 296 — 

de la terre, on dit que celle-ci est perméable et d'ailleurs on fait subir 
aux terrains des cimetières des soulévemens fréquens ; et Ton s'inquiète 
fort peu de l'acide sulfurique formé, si ce n'est pour dire qu'il dissoudra 
l'arséniate de protoxyde, tandis qu'il est évident pour quiconque réfléchit 
• un instant que cet acide saturera au contraire la chaux du terrain et que 
dès-lors il sera impuissant pour opérer la dissolution d'un produit arsenical 
insoluble. Tout cela n'est pas de notre siècle. Du reste M. VandenBroeck 
juge à son véritable point de vue le peu de portée de cette singulière objec- 
tion, lorsqu'il dit « je crois même que le fait que je viens de citer ne se vé- 
rifiera que rarement, en raison du petit nombre de localités contenant du 
mispikel. » On voit d'après ce qui précède que M. Flandin eût rendu un 
important service à M. Van den Broeck en ne publiant pas sa lettre. 

On se demande, après avoir lu la déposition de M. Flandin, s'il 
n'y a pas lieu de déplorer que les magistrats soient si peu scru- 
puleux dans le choix qu'ils font des experts; on verra en efif^i, 
par l'examen critique auquel je vais me livrer, que, dans ce plai- 
doyer en faveur de l'accusé, Tignorapce le dispute à l'absurde. 

Et d'abord on nous dit « que l'arsenic de la nature diffère de 
celui que nous avons dans nos laboratoires. » Cette erreur est 
tellement grossière qu'elle ne vaut pas la peine d'être réfutée ; 
tout le monde sait qu'il n'y a qu'une sorte d'arsenic ; d'ailleurs les 
expériences , à l'aide desquelles j'ai établi que l'arsenic des ter- 
rains des cimetières est insoluble dans l'eau, ont été faites, non 
pas avec de l'arsenic de nos laboratoires , mais avec des terres 
arsenicales, c'est-à-dire avec la substance arsenicale que M. Flan- 
din appelle naturelle. 

Un parle ensuite des stalactites, et Ton dit que la nature et le 
temps ont dissous le carbonate de chaux ; il aurait été plus sim- 
ple et plus vrai de substituer V acide carbonique à la nature. 
C'est effectivement cet acide qui dissout le sel, et il aurait falla 
pour se prévaloir de l'analogie prouver qu'il existe dans le sein 
de la terre un agent capable de dissoudre le composé arsenical 
insoluble , tout comme l'acide carbonique dissout le carbonate 
de chaux : en l'absence de celte preuve, on imagine un je ne 
sais ^uot susceptible d'opérer la dissolution, tout simplement 
parce que l'on est déterminé à attaquer; je démontrerai bientôt 
que c'est à tort que l'on a voulu faire jouer à l'ammoniaque qui 
se produit pendant la putréfaction, le rôle de dissolvant. 



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— 297 — 

L'argument pnisé dans la décomposition du feldspath n*est pas 
plus heureux. Comment, parce que dans le sein de la terre, et 
par des causes inconnues, cette matière s'altère et perd la po- 
tasse qu'elle renferme, vous vous croyez autorisé à dire qu'il 
peut en être de même d'un composé arsenical , alors que vous 
n'apportez aucun fait à l'appui de votre hypothèse , laquelle se 
trouve au contraire complètement renversée par les expériences 
les plus concluantes et par les résultats des nombreuses exper- 
tises déjà faites et dans lesquelles Tarsenic des terrains des ci- 
. metièresa constamment été trouvé à Fêtât insoluble ! 

J'ose à peine aborder la partie de la déposition où l'acide 
azotique contenu dans les eaux de pluie est considéré comme le 
dissolvant de l'arsenic des terrains ; en lisant cette phrase, on 
croit rêver. Si quelques chimistes seulement ont avancé qu'il y a 
de l'acide azotique dans les eaux des pluies d'orage et non pas 
dans celles des pluies ordinaires^ c'est apparemment que cet 
acide se trouve dans ce liquide en proportion tellement mi-- 
nime qu'il a pu échapper à d'autres expérimentateurs ; tout le 
monde sait d'ailleurs que l'eau dont il s'agit est parfaitement po- 
table, sans produire sur l'organe du goût la moindre impression 
acide. Et c'est à une pareille liqueur, à de l'acide azotique di- 
lué dans une énorme proportion d'eau que l'on voudrait attri- 
buer la puissance de dissoudre un composé arsenical, que les 
acides forts ne dissolvent que lentement et à la température de 
Véhullition^ et ^qui se trouverait placé à côté du cadavre , à 
1 mètre ou 2 |de profondeur. D'ailleurs cette eau si faiHom^nt 
acidulée^ dont j'admettrai à la rigueur l'existence, ne céderait- 
elle pas à l'instant même l'acide libre qu'elle pourrait contenir, 
aux bases calcaires ou autres qu'elle trouverait à la surface du 
sol? En vérité, ceci passe les bornes de la naïveté ! 1 1 

On admet encore que les parties les plus fines de la terre qui 
était à la surface d'un champ labouré et que l'on suppose ar- 
senicale j pourront être entraînées par les pluies jusqu'à la pro- 
fondeur de 1 mètre 60 centimètres ou de 2 mètres, là où se 
trouve la bière, ou le corps enterré à nu. Cpnmieat qualifier i^ue 
pareille bypoihèse? Ou le composé arsenical contenu dans cette 
terre fine est insoluble ou soluble; s'il est insoluble, la bière ou 



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le cadavre qui 0mr()f^ii( p^ ép^e ep^ré^ de c^tte terrai d'fiprès 
notre çrUique, ae trouveraieDit dan^ Ibs p^éi^es cond^iops gu^ 
celles daoj^ lesquelles oot été trouvés jusqu'à présent lés ço^p^ 
ipbumés dans un terrain arseoical qui les entourait; aussi un* 
pareil élément ne produisait aucun fait nouveau n'appprters^it 
donc ^npcupe nouvelle luipîère à la discui^sjipp. $\ Tarie pic y ^( 
^.rétat^luMe, i) ser^ i^rr^ïé à quelques ceptiip^tr^ au-desioiis 
de )a surfj^^ du ^ol, parce qi^'il ppr^ été transformé ep %r9éii|te 
ou ep ^rsépiate de cl^aux jpf oluble $ les ei^énepces f^Ues 9VQC 
les terres 4u départepiept de la Spmpie ne laissent apppn doi^ 
4 cet éf^Td(J^. page 292), P>i))eprS} e|; cet^ copsidérgtipp 9uf- 
$rait à ^le §eule p^ur réduire ^ pé^t la §ingpl^ra oj^ep^îop 
gpe je réCptCi uq sf^^t-on pfis qpp les eau^ pluviales pe pépèlp^pt 
jamais jusqu> ^ pfofondepr pu îl faudraU <m'§(l^^ p^rv^ofpeii); 
pour que des esprits sérieux sopg^ssepjt à (enir up popii^ 
qiael/çjopqpe d'ppe^bss^r^îon au^i étrppg^? 

On articule enspite qpe Vapipiopi^pe provi^papt d^ 1^ P9^i^ 
i^ction peut tr^psfprp^er le pppipo;sé arsenical in^lpbl^ çp m 
sel ^^sepiçfi^ solpble (ar^énite ou ar^piat^ ^'gf^pffipij^piç ). 
YqY^P^ P^ qw J^'e?qpériençe »ppppnd ^^v içe ppîpt ; 

49 y^)24 p'î^y^? pjBS lift préteptioa 4e %ife croirp xjue 1^ préfiei^ç^ ^e r§f- 
sepic dans )es terrains de cimetières arsenicaux date d'hier. Non ; biçji 
des années , et peut-être des siècles , se sont écoulés depuis que ces ter- 
rains reçoivent des cadavres que la putréfaction a , par conséquent y com- 
plétement détruits. Gomment se fait-ii donc que, pas même dans un seill^ 
descM où l'on a;déjà examkié ces terrains , ranmoaif que, qm s'est déve- 
loppé .^ la SMf te 4e s^ nombreuses putréfaction^ 4e# oprpS| p'^iit tiyp^CTsé 
en arsénite , pu en arséniate solubles , l'arsenic die Cjeç terres ? On sai^ en 
effet, et je le répète , qu'on a constamment reconnu jusqu'à présent due cet 
arsenic existait dans les terrains à l'état insoluble. J'irai plus loin , et j'ad- 
mettrai que cela puisse être , que , pendant un instant, il y ait eu à côté 
d^ cadftvras de l'arsénite 4'ammoiiiaque sduMe , le voîI-ob pas qae ce 
1^, ifpp)édi9t<)n9^t aprèp ^ fyrm^^jpn ,^yr^H ètrp ^im^^ P^ m^ 
nile de cbaux insplu^le par le si^fs^te de ch^ux ^u terpaip si <^Ql^i-ci çn 
contenait 11! 

^•^ Les cadavres de Nicolas ^oble et de la femme Jérôme , enterrés 
presque en même temps é % mètres l'un de Fautre dans une partie du 
ekuetiètsxl'fipkuàoù k terra e^ Mpenioale , Sônt exfauai^ft au bool de 

4emmi9 , ^ Ymfimi 4éB^9P(r^ qnf k^m^yti^^SMhmiim^ 4# Ywr 



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- .?9P - 

senic , tcindis qu'il n'en eodste pas dans celui de la femme Jérôme. Les deux 
cadavres ayant été inhumés de nouveau , dans le même lieu é^ à côté 
Tun de l'autre , sont exhumés six mois après la seconde inhumation ; les 
résultats sont les mêmes , et pourtant la terre qui entoure le cadavre de la 
femme est arsenicale au même degré que celle qui entoure le cadavre de 
Nohle^ Évidemment l'arsenic contenu dans cette terre n'a pas pénétré dans 
le cadavre de la femme Jérôme pas plus que dans celui de Noble; évidem- 
ment il n'est pas devenu soluble , et il est, au contraire , resté à l'état d'in- 
solubilité où il était avant la première inhumation. Ce fait est d'autant plus 
important à signaler qu'il a été constaté , après huit mois d'inhumation , 
que les influences atmosphériques d'humidité , de chaleur , de froid, etc., 
ont été les mêmes, et que s'il était vrai que les agens produits par la putré- 
faction dussent opérer la dissolution du composé arsenical des terres, non- 
seulement ces terres traitées par l'eau auraient dû fournir de l'arsenic à 
ce liquide , ce qui n'était pas, mais encore le cadavre de la femme Jérôme 
aurait dû en contenir, ce qui n'a pas eu lieu non plus. 

3* Le 1 4 juillet 1 845 nous avons placé , M. Barse et moi , la moitié d'tin 
foie d'homme dans une petite boîte de sapin mince^ que nous avons en- 
tourée de terre arsenicale extraite du cimetière d'Épinal, et parfaitement 
arrosée ; la boîte, ainsi que cette terre, ont été ensuite 'placées dans une 
boîte plus grande que l'on a enterrée dans le jardin de la Faculté. Le t6 du 
môme mois , on sort la boîte de terre ; on retire le foie que l'on enveloppe 
d'un linge , au lieu de le laisser dans la boite ; puis on enterre la grande 
boîte qui contenait , par conséquent , le foie, le linge et la terre arsenicale. 
Le 25 août , le foie , de couleur verte , était pourri et réduit au tiers de son 
volunie. La terre sur laquelle il appuyait répandait une odeur infecte. On 
lave le foie avec de l'eau distillée. On filtre la liqueur, on l'évaporé jusqti*à 
siccité , puis on carbonise parfaitement le produit. Le cHarhon ne coh^ 
tient aucune trace d'arsenic. On n'en obtient pas davantage du foie lui- 
même débarrassé de terre et carbonisé. Le 30 août, on essaie successive- 
ment la terre qui avait entouré le9 parties «upfkieuro et inféiieiire d|i foie 
pendant quarante-cinq jours. On les fait bouillir avec de l'eau ; ce liqmde 
ne renferme point d'arsenic ; mais lorsqu'on traite la terré, ainsi épàiaée 
par l'eau, par de l'acide éulfurique concentré à chaud, le liquide fournit 
une quantité notable d'arsenic. 

It^ J'ai enterré à la profondeur d'un mètre et à i^u le cadayre d'ui^ ey^fant 
à terinje, âgé de deux jours, un foie d'adulte je,t la moitié d'un^ ç^is^Q 4e 
femme âgée de quarante aqs. La terre qui entourait pes p^ie».élÂit.<ir^ 
nieaU et avait été extraite^ par les soins du docteur Haxo, médecin à £(î- 
nal, du cimetière où avaient été inhumés les corps du nommé Noble et de 
la femme Jérôme dont it vient d'être parlé; les 200 kilogrammes de cette 
terre qui m*avaient été envoyés et sur lesquels j'ai opéré, avaient- été pris 
â environ 70 centimètres de profondeur immédiatement à côté descadavr^es 
4ç N.Q}# ^\ ^ ^ feBWe,^é;:ôin.ç, Je ni,e |5u|s d'^bçfda^r^aue ççj^ J^çye 



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— 300 — 

ne fournissait aucune trace d'arsenic quand on la traitait par Teau froide 
ou bouillante, et qu'elle en donnait, au contraire, si on la faisait bouillir 
avec de l'acide suifurique. 

Trois mois après Tinhumation, j'ai attentivement extrait les matières en- 
terrées, ainsi que 8 kilogrammes environ de la portion de terre qui adhérait 
à ces parties; la putréfaction était à son comble; Fenfant surtout était ré- 
duit à un état de putrilage tel qu'il a été impossible de l'avoir autrement que 
par lambeaux; l'odeur était des plus infectes. 

J'ai laissé dans une grande terrine neuve, pendant vingt-quatre heures, 
quatre litres d'eau distillée et le mélange des 8 kilogrammes de terre et de 
tous les débris putréfiés ; j'ai souvent agité, afin de favoriser autant que 
possible la dissolution. Alors j'ai passé le liquide à travers un linge, et 
comme je n'aurais pu le filtrer qu'avec la plus grande difficulté, je l'ai fait 
bouillir pendant quelques[minutes, puisje l'ai filtré. La liqueur, évaporée 
jusqu'à siccité, a donné un produit noirâtre excessivement fétide que j'ai 
parfaitement carbonisé. Le charbon traité par l'eau bouillante a fourni 
un liquide que j'ai introduit dans un appareil de Marsh préalablement es- 
sayé, et j'ai fait passer le gaz dans une dissolution d'azotate d'argent d'a- 
près la méthode de M. Lassaigne (V. p. 277); il m'a été impossible d'obtenir 
la moindre trace d'arsenic. Ce résultat négatif m'a engagé à change la dis- 
position de l'appareil et à enflammer le gaz hydrogène qui se dégageait du 
flacon ; il ne s'est condensé sur une assiette de porcelaineque douze petites 
taches, dont huit étaient jaunes et brillantes, tandis que les quatre autres 
avaient l'aspect des. taches de crasse (F. p. 270) ; au reste, ces douze taches 
traitées par l'acide azotique^ pour savoir si elles étaient arsenicales, ne 
m'ont aucunement fourni les caractères de l'arsenic. D'un autre côté, je me 
suis assuré que la même terre, traitée par l'acide suifurique, donnait une 
quantité notable d'arsenic (1). 

(1) Si Ton était tenté de répéter cette expérience, il faudrait de toute nécessité 
employer de» terres arsenicales provenant d'un cimetière, car on pourrait bien ob- 
tenir un tout autre résultat, ^i, comme je l'ai fait, on enterrait les corps dans ua 
terrain non arsenical que l'on aurait mélangé avec 1 ou 2 kilogrammes d'ar- 
sénite de chaux pulvérulent, récemment fait et préparé avec de l'arsénile de po- 
tasse et du chlorure de calcium. En effet, dans ces conditions, la cohésion de l'ar- 
sénite dé chaux serait tellement faible et ce. sel serait si peu retenu par les élémens 
qui entrent dans la composition de la terre, qu'il y en aurait une partie de décom- 
posé, suMout après quelques mois d'inhumation, et de transformé en arsénite 
d'ammcmiaque soluble et en carbonate de chaux insoluble, tandis qu'on vient de 
vmv qU0 cela n'a pas lieu lorsque le carbonate d'ammoniaque produit par la pulié- 
faction des cadavres est en contact avec la terre arsenicale des cimetières. J'ajou- 
terai, pour donner plus de force à l'opinion que je soutiens, qu'ayant laisse 
pendant un mois une dissolution de 500 grammes de carbonate d'ammoniaque dans 
' deux litres d'eau, en contact avec 12 kilogrammes de la terre arsenicale qui m'avait 
été envoyée par le i)' Haxo, la dissolution, quoique je l'eusse souvent agitée avec 



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?*■ 



— 301 — 

Pour quiconque est de bonne foi le résultat de la discussion à 
laquelle je viens de me livrer n'est point douteux et chacun dira : 
Il serait absurde d'admettre, lorsqu'au moment de Vexhu" 
motion j la bière est entière et parfaitement close ^ qv£ l'ar^ 
sente retiré du foie et des autres organes du cadavre, pro- 
vienne du com-posé arsenical que peut contenir le terrain du 
cimetière et qui y est ordinairement en proportion si mi- 
nime. 

On en dira évidemment autant dans les cas où la ïAhvQdéjàfenr- 
ducy constitue cependant encore un tout entier, quoique une 
portion des liquides qui pouvaient avoisiner cette bière, ait pé- 
nétré dans son intérieur; en effet je viens de démontrer que ces 
liquides ne sont pas arsenicaux alors même que la putréfaction 
est à son comble. 

On sera d'autant plus autorisé à adopter cette manière de voir 
qu'il résulte des expériences que j'ai faites en 1839 que les dis- 
solutions arsenicales ne pénètrent pas facilement dans l'inté- 
rieur des organes qu'elles entourent de toutes parts, alors même 
qu'elles existent dans le terrain en assez forte proportion, et qu'il 
suffît de laver soigneusement la surface de ces organes avec de 
l'eau pour emporter la faible portion d'arsenic qui pourrait s'y 
trouver. Mais j'irai plus loin et j'admettrai que cette pénétration 
intime ait eu lieu; qu'arriverait-il alors? De deux choses l'une : 
ou bien que toutes les parties du cadavre fourniraient la même 
proportion d'arsenic, c'est-à-dire une quantité qui serait en rap- 
port avec leur poids ; ou bieu que tel organe qui se serait trouvé 
en contact avec la portion du terrain arsenical devrait en conte- 
nir, tandis qu'il n'y en aurait pas dans ceux que la terre arseni- 
cale n'aurait point touchés. Or c'est ce qui n'a jamais lieu dans 
un cas d'empoisonnement avec absorption ; toutes les parties du 
corps renferment de l'arsenic dans une proportion fort inégale , 

la terre, ne in*a fourni que trois taches arsenicales, après l'avoir filtrée, évaporée 
et carbonisée; et cependant j*opérais avec une forte dissolution de carbonate d'am- 
moniaque et dans des couditions propres à favoriser bien autrement la décomposi* 
tion que celles dans lesquelles se trouveront les cadavres inhumés dans une terre 
arsenicale. Il n'est pas douteux que si, au lieu d'agir ainsi, j'eusse fkit usage d'arsé- 
nite de chaux préparé artificiellement, peu cohérent et récemment fiiit, le carbo- 
nate d'ammoniaque n'en eût décomposé une proportion infiniment plus forte. 



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— 30^ - 

et fiûrïement en rapport avec h masse, car il y en a d^aufant pïus 
que Torgane était plus vasculaire. 

£n cherchant à attaquer les résultats de mes expériences sur 
ce point, M. Devergîe a commis une erreur grave. J'avais dit 
qu'après avoir mis un foîe à la profondeur de 1 mètre dans la 
terre fun jardin, dont le fond avait été préalablement arrosé 
avec 40 centigrammes d'acide arsénieux dissous dans 96 gram- 
mes d'eau, je n'avais pas retiré de l'arsenic de ce foie, quoi qu'il 
fût resté neuf jours ^ enterré, et qu'à plusieurs reprises j'eusse 
versé d'assez fortes proportions de dissolution arsenicale i la 
surface de la terre avec laquelle j'avais comblé le trou, et même 
sur la |)oriion de terre qui recouvrait immédiatement le viscère. 
« Mais, réplique M. Devergie, j'ai vu le contraire en plaçant un 
« foie dans un seau étroit qui contenait 7 kilogrammes de 
« terre que j'avais arrosée pendant sept jours avec 2 litres 
« dTeau tenant 60 centigrammes d'acide arsénieux en dissolution.» 
Quelle parité y a-t-il entre ce mode d'expérimentation et celui que 
j'ai suivi? Dans mon expérience, j'avais eu grand soin de me 
placer dans les conditions du problème ^ c'est-à-dire que, loin 
d^agir sur 7 kilogrammes de terre, j'avais enterré le foie dans un 
jardiny tout comme un cadavre serait enterré dans un cimetière, 
et la dissolution arsenicale que j'employais devait nécessairement 
s'étendre à droite, à gauche, en haut, en bas, en tous sens en un 
mot, en sorte que la portion de terre qui recouvrait le foie ne 
devait en avoir gardé que très peu. Dans l'expérience de M. De- 
vergie, au contraire, on s'est placé dans des conditions qui 
n'existeront jamais y c'est-à-dire que l'on a mis une forte pro- 
portion de dissolution arsenicale dans une petite quantité de 
terre^ et que, pour mieux saturer celle-ci, on l'a arrosée à sept 
reprises différentes. Quel argument peut-on tirer d'un pareil 
fait pour infirmer l'assertion que j'ai émise plus haut, savoir , 
qo'm terrmin à peine hmmeeté t^unediss&lutûm arseniemle 
ne livrera pas facilement aux organes qu'il touchera la 
petite proportion d'arsenic qu'il pourrait tenir en dissolution*^ 

ft. SttpposORS giamtenant qve par suite é» la dia^ctio» des 
ptemîhes qui composent la bière les débris du cadavre pourri 
soient mélangés avec la terre, ou bien que les corps enterrés 



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- «01 — 

d m» et dë}à ooihitlét«ment patréfiës m rédttftséâ teitèsittsMeht 
c^fbtidu3 ayec la terre arsenicale. Si lé ièrteau traité par 
Veau distillée froide pendant 24 heures et agité à plusieurs 
reprises^ fburHit une dissolution qui étant filtrée^ évapo- 
His et carbonisée y comme il a été dit à la page 128 et dtti- 
tantes, donné de l'arséme^ à Taide de rapparéll de Marsh 
m&âiftëy il faudra reohercber si la terre prise k 8 ou 4 thé- 
très de distaâce se comporte de même. Eu cas de né^ativey 
m sera grandement autorisé à soupçonner que Tarsenii; re- 
tiré du terréati proTÎent du Cadavre et non de la terre ^ parce 
qne rean fTôide dissout parfaitement Facide arfténient qui 
aarait pu se trouver dans le cadavre et que tous les faits recueil- 
lis Jusqu'à ce jour, établissent au contraire que le composé ar^* 
àenicàl feisànt partie des terres n'est point soluble dans ce li^ 
qtlide à la température ordinaire, alors même que la putréfaction- 
est à son comblé. Mais s'il en. estainsi^ dira-t-on , pourquoi 
y&us bornez-voiis à dire, on sera grandement autorisé à sûup^ 
ç^nher et pourquoi n'affirmex-vous pas que Tacidé arsénieux 
pl^ovîeUt du cadavre? Dans tons mes écrits J'ai constamment évité 
de me prononcer affirmativement, parce qu'à là rigueur, il pour- 
rait se faire, quoique cela ne soit aucunement probmbley que 
par des causes tout- à-fait extraordinaires, une petite proportion 
dtt composé arsenical des terres eût été rendu soluble dans l'eau. 
L'expert devrait surtout apporter dans les conclusions la réserve 
que j'indique, s'il était ultérieurement prouvé que là partie du 
cînietière où se trouve le corps avait été anrosée à une époque quel- 
conque avec une dissolution arsenicale ou bien qu'uUe poudre 
arsenicale soluble avait été déposée à sa surface ; non pas que 
Je pense qu'un composé arsenical soluble répandu à la surface de 
là terre puisse arriver sous cet étateï sans avoir été transformé 
eà àrsénite insoluble jusqu'à la profondeur où est enterré le ca- 
davre (^. p. 292, les expérieuces faîtes avec les terrains arséni-^ 
eaux de la Somme), mais uniquement parce qu'on pourrait ob- 
Jetter, à tort sans dôtile, que le terrain traversé par la liqueur 
arsenicale n'était pas de nature à changer celle-ci en àrsénîté ou 
en arséniate de chauk insoluble. ^ Si contre toute attenté^ la 
Wnt éloignée de quelques mètres du lieu dellnbumation cédait 



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^ 304 — 

Imsi un composé ars^ical à fea/u froide^ il faudrait bien se 
garder de faire soupçonner que l'arsenic a été fourni parle ca- 
davre. 

Si le terreau traité far Veau distillée froide et même 
bouillante pendant vingt-quàtre heures et agité à plusieurs 
reprises y fournit une dissolution qui étant filtrée ^ évaporée 
et carbonisée^ comme il a été dit à la page 223 et suivantes^ 
ne donne point d'arsenic y et que l'on en relire après l'avoir 
fait réagir pendant quelque temps sur l'acide sulfurique pur^ 
d'abord à froid, puis à la température de l'ébullition, on serait 
porté à croire qu'il n'y a pas eu empoisonnement par une prépa- 
ration arsepicale soluble, si le terrain ne contenait pas de 
sulfate de chaux, parce qu'^n généra^les composés arsenicaux 
solubtes qui auraient pu abandonner le cadavre pour se mêler 
à ces sortes de terrains j conservent pendant long-temps la fa- 
culté de se dissoudre dans l'eau, froide. Toutefois, comme il n'est 
pas déipontré que les composés arsenicaux solubles qui auraient 
pu être entraînés hors du corps ne puissent à la longue se trans- 
former dans le sein de la terre en sels insolubles dans l'eau, 
surtout lorsque cette terre contient du sulfate de chaux, l'expert 
devra, dans un cas aussi épineux, analyser quelques autres par- 
lies du terrain du même cimetière, et s'il résultait de ses recher- 
ches qu'elles ne contiennent point d'arsenic, ou qu'elles en ren- 
ferment beaucoup moins que le terreau, il lui serait peut-être 
permis d'élever de très légères conjectures sur la possibilité 
d'un empoisonnement (J^oy, pour plus de détails mon Mémoire 
dans le tome vin des Mémoires de l'Acad. roy. de médecine^. 

Quatrième objection. La préparation arsenicale peut 
avoir été introduite dans le canal digestif du cadavre 
d'un individu qui n'a pas succombé à un empoisonnement^ 
et avoir été portée au loin dans quelques-uns de nos viS" 
cères par l'effet de llmbibition cadavérique. 

J'ai répondu à cette objection en traitant des généralités de 
l'empoisonnement à la page 34 de ce volume. Je rappellerai .seu« 
lement que l'on trouve dans le foie et dans les autres organes 
une certaine quantité des toxiques introduits dans l'estomac ou 
dans le rectum des cadavres, que j'ai mis ces faits hors d^ 



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— 305 — 

doute en 1840 ^ et que Ton ne conçoit pas dès-lprs comment 
M. Devergie a pu soutenir au procès Lacosle et devant la Cour 
d'assises de la Meuse, que la présence de Tacide arsénieux dans 
le foie d'un cadavre, suppose nécessairement la circulation et 
une absorption qui n'a pu avoir iieu que pendant la vie. Jamais 
erreur plus grave ne fût commise {V. Gazette des Tribunaux 
du 15 juillet 184/i et du 24 avril 1845). 

Cinquième objection. L'individu que ton soupçonne être 
mort empoisonné et des viscères duquel on retire de V arse- 
nic, pouvait avoir été soumis pendant la vie à l'usage 
d'une médication arsenicale^ en sorte que le toxique re- 
cueilli par l'analyse ne proviendrait pa^ d!un empoisonne- 
ment. Cette question a été sérieusement agitée devant la Cour 
d'assises du Gers, à l'occasion du procès Lacoste; on peut même 
dire qu'elle a presque uniquement fait l'objet du débat scienti- 
fique qui s'est élevé entre les experts ; c'est qu'en effet Lacoste, 
avant Sa mort , avait été soumis , à l'usage d'une médication ar- 
senicale dans le but de faire disparaître une maladie de la peau 
dont il était atteint. Sans discuter ici un à un les moyens mis en 
avant par les médecins qui étaient chargés d'éclairer la justice, 
en cette circonstance , je dirai cependant que les experts ne se 
sont pas conformés aux principes de la science et qu'ils auraient 
pu tirer un tout autre parti de la position dans laquelle ils se 
trouvaient. 

Il n'est pas douteux que dans certains cas l'on puisse retirer 
de l'arsenic du foie du cadavre d'un individu qui aurait été sou* 
mis pendant la vie , à l'usage d'une préparation arsenicale, ad- 
ministrée à dose médicinale, dans l'intention de guérir une 
maladie de la peau, une fièvre intermittente, etc.-, tous les jours 
on peut se convaincre que l'urine des malades qui prennent de 
très petites doses de liqueur de Fowler (potion contenant de l'ar- 
sénite de potasse) renferme de l'arsenic. Le fait ne saurait donc 
être contesté et l'expert , appelé à décider une question aussi 
épineuse, doit redoubler d'efforts pour la résoudre d'une manière 
satisfaisante. Je vais successivement parcourir les divers cas qui 
peuvent se présenter et reproduire les considérations qui m'ont 
paru propres à amener la solution du problème, lorsque pour la 
m. .20 



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— 306 — 

première fois y cette question a été soulevée par moi devant l'A- 
cadémie de médecine en 1840 {F. tome yiu àe^ Mémoires de ce 
corps savant). 

Prem 1ER CAS. Le malade avait fait usage i plusieurs re- 
prises d'un me'dicam^ent arsenical; mais au marnent oé il 
a éprouvé les symptômes de l'empoisonnement ai§Uy il y 
avait déjà quelques semaines qu'il avait eessé dé prendre 
le médicament ; on retire du foie une quantité assez No- 
table d'arsenic y l'invasion de la maladie a été brusque et 
sa marche rapide. Si Ton a constaté les symptômes que déter- 
nDiinent les composés arsenicaux, si après la mort ilejdste dans te 
canal digestif et dans les autres organes des altérations cadavé- 
riques que Ton puisse rattacher à Tintoxication arsenicale^ évi- 
demment le malade a succombé à un empoisonneiheiit par l'ar- 
senic. On ne peut pas admettre en effet , que le toxique extrait 
du foie provienne du médicament^ parce que l'élimination de ce 
poison est complète au bout de douze ou quinze jours et que 
d'ailleurs l'arsenic administré à dose médicinale, ne donne lieu 
à aucun des effets observés. 

Deuxième cas. La mort reconnaîtrait encore pour cause vm 
empoisonnement , alors même que dans V espèce , le malade 
n'aurait éprouvé que quelques-uns des symptômes de l'intoxica- 
tion arsenicale et qu'à l'ouverture du cadavre les organes n'au- 
raient offert aucune altération sensible ; on sait en effet que^ dans 
certains cas d'empoisonnement par l'arsenic, fort rares à fat vé- 
rité, la mort n'a été précédée ni de dotileurs ni d'évacuations, et 
que les organes ne paraissaient pas être le siège d'aucune alté- 
ration. 

Troisième cas. Le malade avait fait usager à ptusAsur^ 
reprises, d'un médicament arsenical; mais wu mmnent ùA 
il a éprouvé des symptômes d'empoisonnement A peiné ea- 
ructérisésj il y avait dé$à quelques semaines ^u'ii à^^^dê 
cessé de prendre le médicament; on n'a retiré du fMe 
qu'une très petite proportion d'arseiiic; finvoMonde la mmhi^ 
die a été brusque et sa marche rapide. Ici encore ton^p&i'^ 
à croire que l'arsenic extrait du foie provient d'une intoxica- 
tion, parce que si ce toxique avait été administré t^emme mMi- 



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— 307 — 

cament qtièlqiiés semaines auparaTânt) il àurtit éâ être eom^ 
plëtement éliminé au moment de la mort ; tbHtefois il y aurait 
lieu d'être circonspect et de ne pus dj/firmer qu'il en seit aiiisi^ 
pSitte que nous tte pouvons pas démontrer mlitliédiatiquement 
qttë tbUjoUrs rëliminatiou du poison sera complète au bout de 
di9fi2e ôu quinze jours, que d'un auti*e cdtë là proportion d'ai*se^ 
nie recueillie est extrêmement tnitiime , et que d'ailleui^ le miH 
làde il'àtâlt pbiht éprouré les symptômes que détenMiUent ordl* 
nairëment les phéparatioiis arsenicales. Serait-il donc impossible 
qii'ilil individu qui fi'aiirtiU paÉ été efVi^tt^nfié par l'anenée^ 
et qui aurait éëssé de faire Usage depuis Vingt oti Tidgt-cinq jours 
d'Un médicametlt àrseniëàl^ eût été pris brusquement d'à^t^idens 
graves qui auraient amené une mort pt*t>mptëj et qu'en eiami^ 
ôânt le foie dh Cadavre, dn eût eticore trouvé quelques traces de 
Fâi^sèfiic que j'appellerai médicamenteux et qui n'aurait pas ëtd 
complètement éliminé par dés motife qui nous sobt endore in^ 
coiitius? Non ceHes^ cela iie serait pas à la rigueur impossible i 
aiisâi l'eipert devrait-il se borner^ duns l'espèce à ëttiblir <fi^ 
j^rêf^mptioft» d'ëmpMsôbtiemènt. 

Q^ÀtttiÈkE CAS. Le mulude , UU ihétPieni eu U tt ^rMt^ 
leè ^pnptôfnet itUn eHipôîêt>nfiemêfit àtffii^, faUuU ué^ê 
ffnh ¥n<édicuineni nrèênieal ou bilm il rt'nvait ^eà^ d!en 
prendre que depuis quelques jours; l'ifi^aiiûn dii ia irtir- 
tûdiê n ete' irttsqu^ et sit fnarch^ tàpide / on rîètite du fbie 
me qïmHiîté assez notable û'urseHië. Si les symptômes ont été 
ceux que détermihe l'intoxics^tiott Ui^enicale, que l'estomac et les 
hitôstfils Soient le slëge d'altérations organiques profonctes, la 
pirésencë de Tàrsenié hè saurait être attribuée à la médiefttiOa 
seulement, mikh b\eû à dfa empoisonnement^ parce qu'une ifo»« 
^iédiciH^té d'Un titoipoSé arsenical, alors même qu'elle est ad^ 
mfttfstrée depuis plusieurs JourS, ne peut pas dotoer lle« à f en- 
SêHàbfë des feiis que je Viens d'indittuer. 

Cki^O^nÈMB cAis. L'è iUatndéj au ^oimnt 0e il ù, éprélêi^ 
léfe s^iâÉi^tôWes d'un empoisonnement aigu, faisnil usàpe d'Un 
mêdi&àihfehi arsenical, ou bien il n'avait cessé d'èft préh^ 
êi^è que dîspids qûèt^'tteè jours ; l'invà^tûnde Irnihàtadiê 
a été brusque et sa marche rapide; àptêê lu HMri 'èH ^ 
20. 



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— 308 — 

découvre aucwne lésion dans le canal digestif et ton re^ 
tire à peine des traces d'arsenic du foie. Tout porte à croire 
qu^ci encore l'arsenic trouvé provient plulôt d'un empoisonne* 
ment que de celui qui existait dans le médicament arsenical, 
parce qu'il est difficile de supposer que ce dernier, à Faction du- 
quel le malade commençait déjà à être habitué, et que je suppose 
avoir été administré avec prudence et à une dose médicinale, ait 
pu développer tout-à-coup les symptômes d'un empoisonnement 
aigu; toutefois l'absence de lésions cadavériques et la pro- 
portion minime d'arsenic extraite du foie, commandent la cir- 
conspection et font un devoir à l'expert de ne pas affirmer qu'il y 
a eu empoisonnement tout en lui enjoignant l'obligation de dire 
que l'empoisonnement est probable. 

Sixième cas. Les conditions sont les mêmes que dans 
l'espèce précédente, si ce n'est que la marche de la mala- 
die a été lente et que ton n'a observé que quelques-uns des 
symptômes que ton remarqtie le plus souvent dans Vemr 
poisonnement par l'arsenic. Dans ce cas, excessivement épi- 
neux , le médecin ne saurait être trop réservé; à coup sûr il 
serait blâmable, s'il affirmait qu'il y a eu empoisonnement et 
même s'il tendait à faire croire que l'intoxication est probable ; 
il devrait se borner tout au plus à faire naître quelques doutes 
dans l'esprit des jurés. 

Septième cas. Le malade , au moment y où il a éprouvé 
quelqfMS symptômes d'empoisonnement, faisait usa^e d'un 
médicament arsenical ; t invasion de la maladie n'a pas 
été brusque, sa marche a été lente, car elle durait depuis 
plusieurs semaines ; à l'ouverture du cadavre on n'a dé- 
couvert aucune altération qui pût être rattachée à une af- 
fection aiguë et l'on a à peine décelé quelqties traces d'ar- 
senic dans le foie. Dans ce cas il faudrait avouer l'impuissance 
de l'art pour résoudre le problème -, on coifçoit en effet que 
l'empoisonnement lent qui serait le résultat de petites doses 
d'une préparation arsenicale souvent réitérée et long-temps con- 
tinuée, se confonde nécessairement avec les effets que produirait 
la médication arsenicale à laquelle un individu aurait été soumis 
pendant plusieurs semaines. 



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— 309 — 

Huitième cas. Le malade éprouve le* symptômes d^tme 
intoxication arsenicale^ et meurt empoisonné am moment 
où il fait usage d'un médicament arsenical qu'il aurait dû 
prendre à dose médicinale ^ mais que par m^garde ou vo- 
lontairement il prend à une dose quadruple ou quintuple. Dans 
ce cas , il est évidemment impossible de déterminer si Tarsenic 
trouvé dans le foie provient à-la-fois du médicament et d'un em- 
poisonnement criminel, ou seulement du médicament. 

Dans les espèces que je viens d'examiner j'ai constamment 
supposé que l'analyse chimique ne portait que sur le foie; j'ai 
compliqué le problème à dessein parce qu'il m'a semblé inutile 
de m'occuper des cas les plus simples ; mais je dois dire en ter- 
minanty que l'expert se trouvera souvent placé dans des circon- 
stances excessivement favorables pour résoudre promptement 
et sûrement la question; quelle difficulté y aurait-il par exemple 
à décider que l'arsenic ne provient pas d'un médicament arseni- 
cal, mais bien d'un empoisonçement, si l'on découvrait dans le 
canal digestif une proportion notahhy et vin^ fois plus consi- 
dérable au moins d'arsenic que celle qui entre habituellemei^t 
dans les médicamens arsenicaux dont on fait usage , ou bien si 
l'on retirait de ce canal un composé arsenical solide, soluble ou 
non, alors que le médicament employé n'aurait renfermé qu'une 
préparation arsenicale dissoute, ou bien, si l'on trouvait dans 
ce canal un composé arsenical insoluble dans l'eau, co- 
loré ou non (sulfure jaune d'arsenic), quand la préparation ar- 
senicale médicamenteuse aurait été donnée en dissolution? 
Évidemment la solution du problème dans ces cas, serait des plus 
£acile8. 

Sixième objection. L'arsenic retiré du canal digestif et 
des OMtres viscères £un individu dont on examine le cada- 
vre provient ^Tum pas d'une préparation arsenicale qui au- 
vais été prise comme poison, mais bien du colcothar ou du 
sesqui-oxyde de fer hydraté qui lui aurait été administré 
comme contre^poison pendant la vie. 

J'ai déjà répondu à cette objection {Foy. p. 240). 



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— 810 — 

Qhiftçfimf 9¥^ U n'^m* pmf pr«««if *. 

Ces o^66ti@«s nr4mt uupuue portés, et ne doivent figuper ipi 
qm POUF montrer ce que peuvent enfonter l'ignorance et la mam- 
vaîse foi. 

i"" Je place en télé de ces objections celle de M. Magendie, par- 
ce qu'elle embrasse la partie culminante de mon travail sur Tabr 
sorptio^ et sur l^s applications que j^en ai fiaites à la médecine 
légale. Admettez pour un instant que Topiniop de M. Magendîe 
soit adoptée, et ma découverte ne s^ra plus qu^un fait physiologi- 
que important, mais presque sans utilité pour les sports. ¥oi€i 
comment s'exprime M. Magendie dans les comptes-rendus des 
séances de l'Institut (Séance du 14 juin 1841, page 1110). 
« Quant à aller rechercher à l'aide de moyens irèsdéHoats^ d'an 
« emplei di/fioihj la présence de matières absorbées dans les 
« tissus, pour en déduire des eonetusions qtU s'appliqueraient 
« à la médecine légale , ce genre d^investigatlon où les kom- 
« mes les plus habiles peuvent aisément s'abuser, offre le plus 
a §rand inoenvénient et peut entraîner des erreitfs lunestM 
« dans les décisions de la justice. » 

Je ne réfuterai pas sérieusement cette objection parce ^ 
M. Magendie a lui-^iné$ne rétracté son dire à la séance à^ It 
juilleMuivant, comme on le verra bienlôt^îl m'importe 6q)ea!^ 
dant, sous le point de vue de la moralité scientiiqttp, de ne. peint 
cacher an lecteur la tactique déloyale et plus que singulière soir 
vie par mon eoUègus. Le 14 juin 18^1, immédiatement après te 
lecture du rapport de la commission rédigé par M. Regnautt, 
M. Magendie prit la parole pour faire observer que la découverte 
deFabsorption des poisons lui appartenait, et que la commission 
avait eu tort de m'attribuer celle de Facide arsénieux et des pré- 
parations arsemeales. Cette assertion était d^autant plus étrange 
que M. Magendie devait savoir que des auteurs reeomniandd^les 
et déjà anciens avaient mis hors de doute bien avant liti, Fabs^orp- 
tion de certaines substances vénéneuses, et que jusqu'alors per- 
sonne n'avait démontré que l'acide arsénieux fût absorbé. Là se 
bornèrent les o^edions de M. Magendie qui ne dit pae un seul 



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— 341 — 

mot de la phrase eitée plas haut ; si M. Magendie eftt prononcé 
eetle phrase, le rapporteur en aurait d'autant plus proihptement 
fait justice, qu'elle annulait le trayail consciencieux de la commis* 
sion dont il était organe, puisque ce travail roule complètement 
sur ma découverte qui y est adoptée sans restriction. M. Magendie 
qui, encore une fois, avait gardé le silence sur ce point, en rédi- 
geant les paroles qu'il avait prononcées, pour les faire insérer 
dans le compte-rendu de la séance, se permit d'ajouter la phrase 
iontiln'avait dit mot à ta séance. Un pareil procédé ne pou- 
vait pas passer inaperçu ; aussi à la séance du 12 juillet suivant, 
M. Regnault interpella M. Magendie, non pour lui reprocher la 
conduite qu'il avait tenue, ce qu'il aurait dû faire, mais pour lui 
demander quel sens il avait voulu donner à son assertion. M. Ma* 
gendies'empressa de répondre en se rétractant : « Je me hâte 
« de le déclarer, si la phrase qu'on vient de rappeler pou- 
« vait laisser entrevoir ^i^/gt^ opposition aux conclusions si 
(( sages du rapporteur de la commission, cette phrase xC^vl'-. 
« rait point rendu exactement ma pensée. >> L'assertion de 
M. Magendie, écrite à tète reposée, était potirtant assez précise 
pour qu'on ne pût pas l'interpréter de deux manières. 

Quoi quHil en soit, après avoir essuyé cet échec, mon collègue 
ajouta quelques mots qui ne sont pas plus vrais que les premiers: 
« Aux chimistes habiles seuls, dit-il, appartient d'éclairer la jusi* 
4C tice dans les circonstances, heureusement bien rares, oh il est 
<( nécessaire de rechercher un poison jusque dans la profondeur 
<( de nos organes. )» M. Magendie se trompe de la manière la 
plus étrange en disant qu'il est bien rare que l'on soit obligé de 
rechercher un poison jusque dans la profondeur des organes. 
Les experts habituellement chargés de ces sortes d'opération? 
savent tout le contraire, et réduiront à sa juste valeur une asser- 
tion aussi dénuée de fondement. 

lis pourront surtout apprendre à M. Magendie que depuis le 
14 juin 1841 jusqu'à ce jour, déjà plus de soixante fois, en France, 
et malgré Vanathème qu'il avait voulu lancer contre Fappllcation 
de ma découverte, des hommes habiles et d'autres qui l'étaient 
beaucoup moins^ ont cherché les matières absorbées dans les 
tissus, les y ont décelées, et ont déduit de leur présence des 



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~ 312 — 

eonclusiont qu'ils ont soutenue devant les tribunaux, au 
grand avantage de l'ordre social, et après avoir prêté sermeoftde 
dire toute la vérité. — Il ne reste donc rien d'une assertion que je 
m'abstiens de qualifier. 

2° D'après M. Couerbe, il se développerait de l'arsenic dans 
les tissus mous qui se pourrissent. C'est dans le numéro d'oc- 
tobre 1840 de la Bévue scientifique^ que l'on trouve cette pro- 
position. Ici la date n'est pas sans importance. Madame Lafarge 
avait été condamnée en septembre, un mois auparavant, et la 
Cour de cassation ne devait statuer sur le pourvoi qu'en décem- 
bre ; on sait d'ailleurs que Tarsenic avait été retiré des tissus 
nums de Lafarge, dont le cadavre était déjà complètement 
pourri. On conviendra que le moment était bien choisi pour 
celui qui cherchait à porter une rude atteinte à l'expertise faite à 
Tulle. Je n'examineraipasquelpouvaitétrelebutdeM. Couerbe 
en publiant cette objection dans un moment pareil, et en la 
faisant publier dans plusieurs journaux politiques. Je dirai seule- 
ment que le fait est aussi faux qu'il est odieux ^ que depuis, il 
est reslé^dans Toubli qu'il mérite, et qu'il n'en fut tenu aucun 
compte par la cour suprême. 

3° La proportion d'arsenic obtenue soit des matières con- 
tenues dans le canal digestif, sqit des organes qui en ont ab- 
sorbé ^ est trop minime pour qu'onpuisse conclure à un em- 
poisonnement, 5e réfuter ai cette objection en traitant tn^^^^fwo, 
à la fin de ce volume, la question de quantité. 

k** « Le papier peint en tout ou en partie^ avec l'arsénite 
de cuivre, les débris de boiseries peintes en vert, rebuts que 
ton jette au fumier y que la terre dévore et s'assimile, et dont 
les infiltrations pluviales sont dans le cas de porter ces sels, 
à des profondeurs plu>s ou moins considérables, et dans les en- 
trailles du cadavre le plus herm,étiquement enseveli dans un 
cercueil en bois; une seuleparcelle du fumier des villes jeté 
sur la surface de la terre peut fournir aux eaux pluviales 
de quoi empoisonner après coup d'arsenic tout un cadavre. y> 
Cette objection appartient à M. Raspail, et personne, je crois, ne 
cherchera à en revendiquer la priorité, car elle est absurde. Je 
ne m'arrêterai pas à montrer ce qu'il y a de ridiculement exa- 



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— 313 — 

géré à prétendre qu'une seule parcelle de fumier arsenical peut 
empoisonner tout un cadavre. En examinant Tobjection dans ce 
qu'elle pourrait présenter de spécieux, je ferai remarquer que les 
papiers verts, les boiseries peintes en vert que M. Raspail sup* 
pose pouvoir fournir de Tarsenicausol, contiennent cet arsenic à 
l'état insoluble, même dans Teau bouillante. Il y a plus : si, par 
suite d'une décomposition de la préparation arsenicale, l'arsenic 
pouvait être dissous par l'eau pluviale, il serait immédiatement ar- 
rêté dans le sol par les combinaisons insolubles qu'il y contracte- 
rait. C'est ainsi que lorsqu'on répand de l'acide arsénieux à la 
surface de la terre, eu ensemençant avec du blé mélangé d'arse- 
nic,*il suffit de peu de jours pour qu'il soit devenu insoluble dans 
l'eau, et il faut alors avoir recours presque toujours à l'acide sul- 
furique bouillant pour le rendre soluble. Qui ne sait en outre com« 
bien les eaux pluviales éprouvent de difficulté à pénétrer à la pro- 
fondeur de quelques centimètres dans les terrains les plus per- 
méables? A plus forte raison lorsqu'il faudra qu'elles s'infiltrent 
assez profondément pour arriver jusqu'à 1 mètre 1/2 ou 2 mètres 
au-dessous de la surface du sol. li faudrait, comme l'a dit quelque 
part M. Raspail, un foret à l'aide duquel on pût faire pénétrer 
dans le cercueil la préparation arsenicale ! ! ! 

5® Les taches arsenicales ne sont pas formées par de tar^ 
sente revivifié j et il faut nécessairement obtenir un anneau 
arsenical pour conclure qu'il existe de t arsenic. Cette ob- 
jection, présentée par M. Gerdy, a déjà été réfutée et mise au 
néant à la p. 271. 

&" On sait que M. Raspail , en attaquant l'expertise que nous 
avions faîte à Tulle, mit en avant l'objection suivante : La res-- 
piration pulmonaire^ dans certaines têsines , est capable 
d'introduire dans le corps des quantités appréciables d^é~ 
nuinations arsenicales. Les minerais de fer du Limousin 
ne sont certes pas exempts d'arsenic j et Lafarge était 
maître de forges^ s* occupant activement d'expériences pro^ 
près à donner une grande extension à son exploitation. A 
cette objection, qui n'appartient pas à M. Raspail, puisque 
M. Paillet l'avait présentée dans sa défense , je répondis qu'il 
n'était pas difficile de montrer qu'elle était sans valeur; en effet, 



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- 344 - 

LAhrfe quitta te Glandier le 8d novembre et H moarut le 
îh janvier suivant; il était resté éloigné de son usine pen- 
Û9nlmnquanit-^nq jours. Alors même qu'en partant du Glan- 
dfer, disais-je, ses organes auraient contenu quelques atomes 
d'arsenic , qui y auraient pénétré sous forme de vajpeur, on ne 
serait pas fondé à admettre que ces organes eussent conservé 
cet arsenic pendant deux mois environ^ lorsqu'on sait, à ne pas 
en douter, par les expériences faîtes sur les animaux, qu'il suf- 
fit de quelques jours pour que l'économie animale se débar- 
rasse de la portion de ce poison qui aurait été absorbée. D'ail- 
leurs, pour quiconque connaît le travail du fer et les conditions 
dans lesquelles s'opère la réduction des minerais, cette objection 
n'aura aucune portée (Réponse aux écrits de M. Raspail dans 
TaiHaîre de TuHe). Paris, décembre 1840, page 39). 

On verra par le travail récent et intéressant de M. Chatin sur 
^inspiration des vapeurs arsenicales , combien ma réponse 
était juste. 

Qu'il me soit permis de transcrire tout entière la note que je 
dois à l'obligeance de M. Chatin. 

« Les résultats des expériences que je viens de feire sur l'a- 
cide arsénieux peuvent être rapportés aux effets toxiques^ aux 
voies d^absorption, à l'élimination de ce composé, et leurs consé- 
quences se traduire en applications à la médecine légale, à la 
thérapeutique et à l'hygiène. 

« 1* Effets toxiques. Ils varient dans une espèce animale 
donnée, suivant les âges, les sexes, la force des individus, l'état 
de Festomac, la tempéruMure extérieure, et certaines cMistitutions 
organiques difficiles à apprécier dans leur essence. Les animaux 
qui à'ant point encore pris toute leur croissance , tes femeHes. 
ceux d'une taille plus petite, meurent les premiers ; une quantité 
donnée de poison les tue plus vite à 4- ^0* qu'à ^, mais mille 
cause n'a autant d'influence que l'état de plénitude ou de vacuité 
du ti^be alimentaire; les animaux à jeun périssent de beaucoup 
avant tes autres. Toutefois , cette dernière influence ne se feit 
biai sentir que dans les empoisonnemens par les voies resptra- 
tohres et l'estomac , et nullement quand on opère par le mode 
soufr-cutané. 



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— 8i5 — 

« L'action toipqne ne varie pas moins suivant las aspèoas mA^ 

maies ; de mes expérimentations sur les chiens , les chats, les 
lapins, les poules et les pigeons, ainsi que des faits déjà connus, 
j'ai déduit la loi suivante : Les effets vénenéux de Varsenie 
chez les a/nimàux pris dans les mêmes eondiiions d'âge, 
ete.f sont en raison composée de la perfection des systèmes 
respiratoire et oérébfo^spinaL 

« Il importe beaucoup ici de tenir compte des données que 
nous venons de voir faire varier les effets dans une même espèce, 
sous peine d^arriver à des résultats inverses. 

« 2** Foies di' absorption. Lorsqu'on fait respirer les anî- 
piauxdansde Tair contenant de Tarsenic en vapeur, Teffèt du poi- 
son ne doit pas seulement être rapporté à la vapeur déposée sur 
la membrane muqueuse pulmonaire, mais aussi et surtout à l'ar- 
senic, qui après s'être arrêté à la surface de Farrière-bouche, 
. pénètre dans l'estomac par les mouvemens de déglutition , cir» 
constance qui explique bien pourquoi la plénitude de l'estomac 
a une influence presque égale , soit que l'arsenic soit pris dans 
l'air sous forme de vapeur, soit qu'on le porte directement dans 
la cavité digestive. 

<( Que l'arsenic spit respiré çLvec l'air, m\% dans l'estomac ou 
sous la peau, il est absorbé et va dans tous les organe^. Cette 
absorption s'efiectue par le système veineui^ et non par les jyip- 
pfa^tiq}|es et les vaisseaux lactés , car l'arsei^ic se retrouve dans 
le sang et non dans, le chyle du canari thoracique. 

<< 3° ^liminqfiçf^. jElle. 4Qit êtrg cpi^si4ér^e sous l^s depj^ 
P9int§ ^ vue des ypies par lesquejfgs ^ll|e ^'opèpp, j^^ 4if tgjgps 
glf'eUe ïftet à s'effec^-i^er, 

i< L'arsenic éen 9}à par Vurine. M. Orfila Vm parfaite^ 
ment prouvé, et depuis elmoun a confirmé cette découverte 
impartante; c'est là en efifet la principale voie d'élimination, 
mais non la seule $ il résulte de mes recherches que le poison est 
aussi éliminé par le tube intestinal et par la peau. Sans donte, ii 
esc inutile de dire que c'est en empoisonnant par le mode sens* 
encané que j^ai démontré le possède de rmsenc dems la caniêé 
inteeOsuUey et que peur recherefaer t^excréi^on catanée, J^ai an 



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- 316 — 

contraire eu recours à Tingestion immédiate du poison dans Tes- 
tomac. 

« Quant au temps mis par les animaux à se débarrasser de 
l'arsenic, on peut l'exprimer par cette loi : La promptitude 
d'élimination est en raison inverse de la faculté de résis^ 
ter au poison. 

« En appliquant cette loi à Fhomme, j'arrive à admettre que 
celui qui résiste à une certaine dose d'arsenic V élimine en un 
temps qui ne pourra excéder douze ou quinze jours, les 
boissons qu'il prendra n'excédant pas un litre en yingt-quatre 
heures. 

« Les applications des faits précédens à l'hygiène et à la thé<- 
rapeutique, quoique très importantes, en découlent trop natu- 
rellement pour nous y arrêter. » 

Questions médico-légales concernant l'acide arsénieux. 

Parmi les questions qui m'ont été adressées par les magistrats, 
dans les cas nombreux où j'ai été appelé à donner mon avis, il en 
est plusieurs qui sont relatives à l'acide arsénieux, et qu'il me 
semble utile de faire connaître. 

Dans le département de VAuhe, en i82&. Affaire de Ut 
veuve Laurent. D. Est-il possible de trouver dans le canal diges- 
tif d'un individu qui ne serait pas mort empoisonné par l'acide 
arsénieux, des grains ayant l'apparence de ce poison? R. Dans 
certaines circonstances, la membrane muqueuse de Testomac et 
des intestins est tapissée d'une multitude de points brillans, com- 
posés de graisse et d'albumine : ces sortes de grains, mis sur les 
charbons ardens, décrépitent en se desséchant, et font entendre un 
bruitqueron qualifierait mal-à-propos de détonnation; ils s'en- 
flamment comme les corps gras, s'ils contiennent une portion no* 
table de graisse, et répandent une odeur de suif et de matière 
animale brûlée. On peut trouver ces globules graisseux et 
albumineux sur des cadavres d'individus qui n'ont pas été 
empoisonnés, et l'on nesaurait trop apporterd'attention à les dis- 
tinguer de l'acide arséni^ix. Le meilleur moyen d'éviter l'erreor 
consiste à traiter par l'eau toutes les parties ^granuleuses, et à 



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^ 317 — 

mettre la dissolution en contact avec les réactifs propres à dé-* 
montrer Texistence de l'acide arsénieux. 

D. Peut-on conclure de ce qu'une poule est morte après avoir 
mangé de l'orge avec lequel on avait préparé une tisane, que 
l'orge était empoisonné? R. L'acide arsénieux, qui, suivant l'acte 
d'accusation, n'a été mis dans la tisane qu'après que celle-ci a 
été fhite, a dû rester dissous dans l'eau, et l'orge ne devait pas en 
contenir : toutefois, s'il y avait à la surface de ce fruit un peu d'a- 
cide arsénieux qui n'aurait pas été dissous par l'eau, la poule 
pouvait périr empoisonnée. Voici les faits sur lesquels était fondée 
cette réponse : 1** Lorsqu'on fait bouillir dans l'eau des grains 
d'orge perlé ou mondé, avec de l'acide arsénieux pulvérisé, celui- 
ci se dissout, et rend le liquide vénéneux; d'une autre part, les 
grains d'orge se gonflent en absorbant une partie de la dissolution 
arsenicale : aussi voit-on, après avoir bien lavé et desséché ces 
grains à la température ordinaire de l'atmosphère, qu'ils renfer- 
ment de l'acide arsénieux, et les poules qui en mangent péris- 
sent. 1^ Si, au lieu d'agir ainsi, on prépare la tisane d'orge comme 
à l'ordinaire, et qu'on y ajoute quelques grains d'acide arsénieux 
pulvérisé lorsqu'elle est encore tiède, le liquide dissout instanta- 
nément une assez grande quantité d'acide pour produire des ac- 
cidens; mais les grains d'orge, déjà complètement gonflés par 
l'eau, n'absorbent aucune trace de poison dans les quinze ou dix- 
huit premières minutes, comme on peut s'en assurer en les ana- 
lysant, pourvu que l'on ait pris la précaution de séparer soigneu- 
sement la poussière arsenicale qui peut adhérera leur surface. 
V* A plus forte raison ne trouvera-t-on pas d'acide arsénieux dans 
l'orge, si l'on introduit ce poison dans la tisane encore tiède, et 
que l'on décante immédiatement après le liquide. 

D. Parmi les treize sangsues qui furent appliquées à la région 
épigastrique du malade, deux moururent immédiatement après ; 
les autres furent trouvées mortes le lendemain dans le bocal où 
elles avaient été placées : est-il permis de tirer quelque induction 
d'une pareille observation? R. La mort des treize sangsues qui 
furent appliquées pendant la maladie de Laurent ne saurait 
être regardée comme une preuve d'empoisonnement. Voici les 
faits à l'appui de cette réponse : 1*" On applique tous les jours des 



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— 318 - 

sans^ues sur Tabdoiteen des indiridas qui ont avalé des pointons 
irritans, sans que ces animaux périsséiit dans une proponieft 
plus forte que lorsqu'ils sont employés dans d'autres maladies. 
2° Il n'est pas rare d'observer la mort de ces animaux peu de 
temps après leur application, dans des affections où l'on ne sau- 
rait soupçonner l'empoisoBneriient : ilé périssent alors d'indiges* 
tion. 3*» J'ai appliqué à plusieurs reprises des sangsues à des 
chiens gravement empoisonnés tantôt pat- le sublimé corrosif^ 
tantôt par l'addearséuieux 5 lés sangsues né sont tombées qu'iiûe 
demi-heure ou une beuré aprèsj et étaient encore TÎvatites au 
bout de trois joursj quoi(}iie plusieurs d'entre" elles se fussent 
nourries du sang qu'elles avaient sùcé^ puisiiu'oti ne leâ avait pas 
fiiit dégorger : du reste^ le sang de celles que l'on avait dégorgées 
ue reuferiiiait aucune trace de poisbd. Il né défa pas fhutile de 
remarcluer combien il fadt pourtant peti d'acîdé atisëûlerti p&m 
toei'ces animaux^ Us périssent dans l'espace de douze heures^ 
lorsqu'on les plonge dans une dlsàolmiott comjidèée de 10 cëttt!^ 
grammes d'acide arsénieux^ et de 1 kilogramme d'eau ; i^ Oïl a 
ptasîeùrsfois appHquë de« feàngsuei^ à des individus atteints dé 
syphilis j qui étalent depuis quarante à cinquante JotirS S6iï^ Flii- 
fluence d'un traitement tiiércurièl (25 millîgraili. péi* jôtiF) t 
quatre jbtorg après, les sangsues étaient vivantes^ et né semblaient 
pas maladies (PôJ^^nHon Mémoire, dans les :drchivéi généra- 
.fo# de ^Meàînèj tome vti). 

DéparlteThéM db l'a Marné. AJfàire de la filîe Srt>dét 'eh 
18S1.D; Est-il possible, lorsque l'acide arséniéuxàété aValéëh 
poudré, Stot» lin monceau de bœiif, que l*on ne découvre plus dé 
cette p(indré dans le banal digestif de l'individu qui a succombé, 
mais bien de l'acide ârSé'nieux Aksôtisl % té plus ordinaire- 
mèni, lorsque IWdiô hfsénièut a été jprîS en poudré, on en 
trouve uhe plus où moins grande quantité sous cet ëiât dans i'es- 
«omac G'A daiis les ihtestîïils, quand tnémé il y aurait eu dfes Vortiis- 
sèmens liéîtérés pendant plusieurs heures ; il est aisé àé cbiicé- 
Vôir, 'en îïfffet^ qfte lefe pâhîcuies arsënicsites, nichées éhlre leis re- 
plis de là membrane nlttqu^Use, à laquelle elles adhèrent en tjûet- 
qtte Stortej itë sttlëht ^iiÉs fecîlèmfent exî)Ulsées jiai- lëS Vothîssë- 
wfôns. «Wfefe ft h'test tiaà «hjidssîbié ^U*(û^ découvi*^ dâftfe Ite câtlal 



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— M9 — 

digestif^ dprès la mort, «ne certttae^quâBtitë d'aeMe arâéitiénx, 
éig9(ms\ tandis qu'il n'if en aura pas àTétat solide^ état so«s le- 
quel nous sQpposDtis qu'il aura été avalé; AdiÉiettKmsi par exem- 
ple, pour éclairer cette question, que le poids de racidéarséniéu)^ 
pulvérisé répandu sur le moreeau de bœuf soit dei gramme; que 
dans les dix premières heures de Tempoisonnement il y en aîl 76 
cemigranunes de vomis; que les vomtssemens cessent alors tout- 
à-coup, et que Tindividu vive encore pendant quatre oueinqheih 
res^ et boive plusieurs verres de tisane, d'eau sucrée, etc. ; n'est* 
U pas évident que les 26 centigrammes d'acide arsénieux solide 
restans pourront être dissous dans les liquides que l'estomac eou- 
tient? Objectera-t-on que le poison don| je parle, étant peu solu- 
ble dans l'eau froide^ ne pourra pas être complètement dissous? 
Je répondrai que la dissolution devra être favorisée par les sues 
propres à l'estomac, par la température^ et par la via dont Jouit 
cet organe. — Il importait d'éclaircir ce fait au procà$> l'aceusa- 
tioQ portant que la fille Brodet avait empoisonné la femme Gravôt 
avec do hosfxî êaufoudré d'aeidê aree'nieuss^idef tandis qu'il 
n'avajt pas été possiMa de découvrir dans l'estomac de Grèvolde 
ce poison solide^ et qu'on n'en avait trouvé qu'en dissolutiom. Or^ 
notez que la malade avait cessé de vomir piusieurs heures avant 
sa mort. 

Département de la Seine. Année iSâi; Peut^il airiverqve 
de l'acide arsénieux, avalé ^ous cet état^ ne se retrouve plnsda&a 
le canal digestif, et qu'à sa place on découvre du sulfure jaune 
d'arsenic?— Oui, Monsieur le président (^Fopexponr la répoMsé 
à cette question la page 24a). 

Ibidem. Est-il possiMe que l'acide arsénieux scriide^ que l'on 
aurait pu découvrir dans le canal digestif vingt-quatre heures 
après la mort, soit dissous et entraîné par les produits de la pu* 
tréfaction, de manière à ce qu'on n'en retrouve plus, quelques 
jours plus iard, h l'état solide?— Oui, monsieur^ parce que le oar*^ 
bonate d'ammoniaque provenant de la putréfaction de la matière 
animale» après s'être dissous dans l'eau^ pourra se combiner avec 
l'acide arsénieux pour former de Varêénite d'ammoniaque «a- 
lubie. L'expérience prouve qu'à la température de 5 à 6"* + 0*, 
il sufiU de vingt-quatre à trente^ six béurea powr que plustetirs 



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— 320 ~ 

p€tiu fragineni d'acide arsénieux soient dissous par du gaz a^ 
mouiac et quelques gouttes d'eau ; mais alors on peut découvrir 
Tacide arsénieux dans ladissolution, en opérant comme je le di- 
rai à Tarticle arsénites. 

Département de la Corrèze. Année I8/1O. Affaire Lafarge. 
Peut-il arriver qu'un individu soit mort empoisonné par une pré- 
paration arsenicale et qu'on ne découvre plus la moindre trace 
d'arsenic soit dans le canal digestif, soit dans les organes où la 
préparation arsenicale avait été portée par la voie de l'absorption? 
Oui, Monsieur le président. Lecomposé arsenical peut avoir été 
entièrement expulsé du canal digestif par les vomissemens et par 
les selles, si les évacuati on sont été abondantes,si le malade a pris 
une quantité considérable de liquide, surtout lorsque le poison a 
été administré dissous dans un véhicule. Si la préparation arse- 
nicale avait été donnée en poudre très fine et qu'elle fût insoluble 
ou peu soluble, comme l'acide arsénieux, il faudrait, pour qu'elle 
fût expulsée en entier, que les vomissemens et les selles eussent 
été excessivement abondans et souvent réitérés. Quant à la por- 
tion absorbée et portée dans tous nos tissus, il est avéré qu'au 
bout d'un certain nombre de jours, qu'il me serait Impossible de 
préciser, il n'en reste plus la moindre trace dans ces tissus; l'ex- 
périence prouve qu'avec le temps le sang ainsi que tous nos or- 
ganes se débarrassent par les voies urinaires, et peut-être aussi 
par d'autres voies excrémentilielles, du poison arsenical qui éiait 
arrivé jusqu'à eux.Voici une preuve incontestable de ce fait : que 
l'on empoisonne deux chiens, en appliquant sur la partie interne 
de la cuisse de chacun d'eux 10 centigrammes d'acide arsénieux 
en poudre fine; que l'on abandonne l'un de c^s animaux à lui- 
même, et qu'après la mort, qui aura lieu trente ou quarante heures 
après l'empoisonnement, on analyse ses viscères; on en retirera 
del'areenic; que l'autre chien soit au contraire soumis à l'acticHi 
de médicamens diurétiques puissans : s'il urine abondamment, il 
sera guéri au bout de quelques jours, et son urine renfermera à 
chaque instant des doses appréciables d'arsenic. Si dix ou douze 
jours après le commencement de l'expérience, quand cet animal 
est parfaitement guéri de l'empoisonnement, on le pend, et qu'on 
analyse ses organes, an n'y découvre plus la moindre trace 



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d'arsenic. D'où il suit qu'un expert commettrait une erreur 
grave si, n'ayant pas retiré de l'arsenic des organes d'un individu 
soupçonné mort empoisonné et qui aurait vécu plusieurs jours, il 
concluait qu'il n'y a pas eu empoisonnement. Il ne pourrait sans 
doute pas affirmer que l'homme est mort empoisonné, mais en- 
core une fois, il devrait bien se garder d'établir le contraire. Il fau- 
drait dans ce cas tirer parti des symptômes, des lésions de tissu 
et du commémoratif pour arriver à une conclusion qui pourrait 
rendre l'empoisonnement plus ou moins probable. 

Département du Tarn. Année 1840. D. Est-il vrai comme l'a 
annoncé le défenseur, d'après M. Raspail, qu'une décoction d'oi- 
gnon mélangée avec du sulfate de cuivre ammoniacal, donne un 
précipité vert pomme, semblable à celui que fournirait l'acide ar- 
sénieux avec le même réactif. R. C'est une erreur que j'ai déjà 
relevée à Dijon, lorsque M. Raçpail prétendait qu'il en était ainsi* 
A la vérité, le mélange précité se cclore en vert, parce que la 
couleur jaune de la décoction d'oignon et la couleur bleue du sel 
de cuivre produisent une nuance verte, mais il ne se précipite 
rien. Ledéfenseur, plaçant alors la question sur un autre terrain, 
voulut savoir si le suc d'oignon et Le sel de cuivre ne donneraient 
pas un précipité vert pomme. Voici ma réponse. Le suc d'oignon, 
surtout s'il est trouble, peut se comporter avec le sulfate de 
cuivre ammoniacal d*une manière autre queia<lécociion: je con- 
çois que dans certaines circonstances, non-seulement il se colore 
en vert, mais encore qu'il fournisse un précipité de cette nuance. 
Sur la proposition du défenseur, M. le président ordonne que 
MM. Limouzin,Lamotbe, Durand et Séguin, pharmaciens d'Aï- 
bi, se livreront immédiatement aux expéricuces nécessaires pour 
lever tout doute à cet égard. Ces messieurs constatent, ainsi que 
je l'avais dit : l'^que la décoction d'oignon est colorée en vert par 
le sel cuivreux, sans donner de précipité; 2° que le suc d'oignon 
filiré fournit un précipité blanc grisâtre, tirant un peu au vert ; 
S* que le «uc d'oignon 7/ow /îZ/ré»' donne un précipité verdaire, 
différent de celui que l'on obtient avec l'acide arsénieux. Au 
reste, les verres contenant les produitsde l'expertise sont remis 
sur le bureau de la Cour, et chacun peut s'assurer qu1l y a loin 
du mode d'action de l'acide arsénieux sur le sulfate de cuivre 

lU. 2i 



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— »ga ~ 

ammoniacal, à celui du suc d'oignon sur le même sel caivre\;ii. 

Département de la Dar^ogne en IMO. D. Vous venez d'en- 
tendre le docteur Boisseul qui a donné des soins à Cumon, insis- 
ter sur ce fait, qu'il n'avait remarqué aucun symptôme d'empoi- 
sonnement, qu'il n'y avait eu ni salivation, ni coliques, ni diarrhée, 
ni refroidissement du corps, ce qui lui fait croire que C^mon a 
succombé à une gastrite. R. Je suis vraiment étonné d'entendre 
dire à mon confrère qu'il n'a observé aucun des symptômes de 
l'empoisonnement, lorsque cet homme a été en proie à des 
douleurs vives dans la région de l'estomac, et qu'il y a eu 
des vomissemens très fréquens^ voilà certes deux symptômes 
qui sont ordinairement la suite de l'intoxication arsenicale ; 
il ne m'appartient pas de blâmer mon confrère de n'avoir pas 
soupçonné que Cumon était empoisonné pendant qu'il lui 
donnait des soins , mais je sais qi^il ne m'arrivera jamais , 
lorsque je serai appelé près d'un malade qui aura été pris 
toui-à-coup de vomissemens abondans et souvent réitérés, 
et qui éprouvera de vives douleurs à l'épigastre, de ne pas 
examiner les matières vomies, parce que je présumerai que cet 
individu peut avoir éié empoisonné. Quamau refFoidissemeat de 
kl peau, à la salivation ei même aux coliqiies, M. Boisseul doit»a- 
voir, s'il a eu quelquefois occasion de voir des empoisonnemens 
par l'arsenic, que ces symptôjnes manquent dans beaucoup de 
cas, et que la peau loin d'être froide est excessivemeni brûlante. 
Ainsi que je l'ai dit dans ma déposition, jamais on ne trouvera 
réunis en une espèce, /"^n^^mi^/^ des symptômes que les auteurs 
ont dit avoir observé dans l'empoisonnement par l'arsenic cw- 
sidéré d'une manière générale. 

Départemens du Gers et de la Meuse. Est-M permis ^ésaïs 
l'état actuel de la science, comme l'a fait M. Devergie dans l'af- 
faire Lacoste à Âuch, et devant la Cour d'assises de Saint-Mibkl, 
en avril 1845, d'établir que l'existence de Vmrsemie déms le 
foie d'un individu soupçonné mort empoisonné^siÂppuse né^ 
eessairement qu'un toxique arsenical a été porté dmf^ cet 
organe, pendant la vie, ^//>ar ai^orp/ê^^^? Rien n'est plusiaax, 
car j'ai démontré péremptoirement qu'en injectant da«s i'eftip- 
mac ou dans le rectum des eadavreM> h/umaie^ une ^htfffsJ'Hyn 



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— aaa — 

vénéneuse quelcoi|q;ue, celle-ci ne tardait pas à arriver au foie, 
par suite de i'imbibilion cadavérique (^Foyez mon travail sur le 
cuivre, tome viii, des Mémoires de rAcadétniedemédeeine^ 
annëe 1840). L'erreur commise par M. Devergie avait d*auiant 
plus besoin d'être relevée, qu'elle a une portée immense en mé- 
decine légale. 

Département de la Seine^ Inférieure. Affaire LourseL 
Audience du 2 mars 1845. On pouvait soupçonner que la fille 
Ponthieu, qui était morte empoisonnée par l'acide arsénieux, 
avait avalé un mélange de ce toxique et de laudanum. 

M. le président des assises, dans le but d'éclairer cette ques- 
tion, interrogea MM. Morin, Girardin et Béchet. 

M. le président à M. Morin. />. La combinaison de lauda^ 
num avec de l'arsenic est-elle une combinaison habile ou 
une combinaison maladroite ? 

jS. Le laudanum doit être considéré comme un moyen d'en> 
caj^r les vomissemens qui peuvent se produire par l'ingestion de 
l'arsenic dans l'estomac. 

D\ Mais vous ne répondez pas à la question; est-ce une 
combinaison adroite ou maladroite ? 

Rp Le laudanum à petites doses ne peut point empêcher l'ac- 
tion de Tarsenic. Le mélange met l'organe dans un état de stu- 
peur, arrête les vomissemens, au préjudice de la vie bien entendu. 

M^. le procureur général. D. Il me parait que nous nous 
éloignons des termes dans lesquels la question a été posée. 
Que. l'arsenic soit ingéré à petite ou à forte dose, lefneilleur 
mtralif ce sont les vomissemens. Or, le landanwn empêche 
lèe vomissemens. Quelqu'un qui voudrait les arrêter donne- 
rait donc du laudanum ? 

R. Oiii, monsieur. 

M* le procureur général. D.Alors ily aurait habileté dans 
GUie^cwnbinaison ? 

R. Oui, monsieur. 

MM. Girardin et Béchet peidsent aussi que cette combinaison 
est une combinaison habile (^Gazette des Trib, du 3 mars 1846). 

J'ai voulu savoir jusq^'à quel point Topium et ses composés 
I^MVittWt influer* siAP la marche de l'empoisonnement par l'acide 
11. 



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— 324 — 

ai^énieiix, ot si les expériences tentées sur les animaux viendraient 
ou non à Tappui d'un fait publié en 1831 par JeuningSj dans le 
Médical and physical journal j vol. lxv, page 295. Voici ce 
fait: 

Une jeune fille s'empoisonne avec 96 grammes de laudanum et huit 
grammes d'acide arsénieux. Il ne se développe aucun symptôme d'empoi- 
sonnement par l'arsenic. La malade ne vomit point. On donne des bois- 
sons abondantes, on fait une saignée à la jugulaire» on applique des 
sangsues, des vésicatoires ; on a recours aux affusions froides, et la jeune 
fille expire neuf heures après l'ingestion du mélange toxique (loc. di,). 

J'ai administré à plusieurs chiens 25 centigrammes d'acide arsénieux 
dissous dans 1 00 grammes d'eau et mélangés avec 2 ou avec 4 gram. de 
laudanum liquide de Sydenham , ou bien avec 20 ou avec 40 centigram. 
d'extrait aqueux d'opium ; tantôt l'œsophage était lié, tantôt il ne l'était 
pas. Dans d'autres circonstances je faisais prendre 60 centigrammes d'a- 
cide arsénieux en poudre suspendu dans 8 ou 1 grammes de laudanum 
liquide de Sydenham, ou bien j'appliquais sous la peau de la partie in- 
terne de la cuisse un mélange intime de 4 5 centigrammes d'acide arsé- 
nieux finement pulvérisé, et de 30 centigrammes d'extrait aqueux d'o- 
pium. Voici ce que j'ai remarqué : 

4° Quand j'administrais l'acide arsénieux dissous mélangé de 2 grann 
mes de laudanum ou de 20 centigrammes d'extrait aqueux, les animaux 
ne faisaient des efforis pour vomir qu'au bout d'une heure et demie, de 
deux ou de trois heures, tandis que la même dose d'acide arsénieux sans 
mélange aurait provoqué des vomissemens cinq, dix ou quinze minutes 
après l'empoisonnement. Si l'œsophage n'avait point été lié, les chiens 
qui avaient ainsi vomi se rétablissaient facilement, après avoir éprouvé 
une légère somnolence : or, la mort arrive constamment au bout de quatre 
A cinq heures, quand les animaux auxquels on a donné 25 centigrammes 
d'acide arsénieux, dissous et sans mélange, n*ont pas vomi une heure et 
demie après l'empoisonnement. Quand l'œsophage avait été lié, les chiens 
succombaient quelques heures plus tard qu'ils ne l'eussent fait si l'acide 
arsénieux eût été donné sans mélange du narcotique. D'oiiilsuit que dans 
ces conditions la préparation opiacée entrave Vabsorption de Toctie arsé- 
nieux, ralentit ses effets délétères et prolonge la vie. 

2° Avec la même dose d'acide arsénieux dissous et quatre grammes de 
laudanum de Sydenham, ou bien avec quarante centigrammes d'extrait 
aqueux, les chiens ont fait des eflForts pour vomir au bout de cinq ou six 
minutes, et tous ceux qui ont abondamment vomi, ont guéri , apré» avoir 
éprouvé des symplômes de narcotisme et après avoir considérablenaent 
uriné. Les animaux qui avaient été ainsi empoisonnés et dont l'œsophage 
avait été lié, faisaient des efforts pour vomir cinq ou six minutes apréf 
l'empoisonnement, ils urinaient une ou deux fois, avaient des garde-rdties, 



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- 325 - 

et bientôt après paraissaient être sous Tinfluence du laudanum. Ils péris- 
saient, en général , trois ou quatre heures après le commencement de 
rexpérience, comme cela aurait eu lieu avec 2o centigrammes d*acide ar- 
sénieux, sans adiition de laudanum. Celui-ci, dans ces conditionSy ne 
$*opposait donc pas aux vomissemens et ne prolongeait pas la vie. 

3<> Lorsque j'introduisais dans Testomac 60 centigrammes d'acide arsé* 
nieux en poudre suspendu dans 8 grammes de laudanum liquide de Sy- 
denbam, les chiens ne vomissaient pas et n'avaient point de selles; ils 
urinaient considérablement, et deux jours après ils étaient guéris : or, ces 
mêmes animaux eussent incontestablement péri, avec la même dose d'a- 
cide arsénieux, s'ils n'avaient point évacué. 

4o En appliquant sous la peau de la partie interne de la cuisse un mé- 
lange intime de 45 centigrammes d'acide arsénieux finement pulvérisé 
et de 30 centigrammes d'extrait aqueux d'opium, les animaux ne tardent 
pas à être sous l'influence de l'opium ; ils ne vomiâsent pas ou ils ne vo- 
missent qu'au bout de deux ou trois jours ; ceux qui urinent copieusement 
pendant la durée de l'empoisonnement guérissent ; ceux qui n'urinent pas 
succombent, mais la mort arrive toujours beaucoup plus tard que dans les 
cas où l'on a fait usage de 4 5 centigrammes d'acide arsénieux sans mé- 
lange de narcotique. On voit donc qu'ici encore V absorption a été ralentie, 
et que la préparation opiacée a prolongé la vie. 

On doit adnDetlre aussi d'après ces expériences : l*que les mé- 
langes dont il s*agit tendent à provoquer la sécrélion et Texcré- 
lion urinaire ; S"" qu'il n'est pas douteux qu'à l'aide de faibles 
doses d'un composé opiacé, on ne parvienne à diminuer les vo- 
missemens et à en retarder l'apparition, à rendre les douleurs 
moins aiguës et à prolonger la vie ; cela étant, M. Morin ne s'est 
pas trompé lorsqu'il a répondu qu'il y aurait de Tbabileté à com- 
4)iner l'acide arsénieux avec un composé opiacé pour faire prendre 
le change. 

Symptômes de t empoisonnement par t acide arsénieux. 

Il n'existe pas une seule substance vénéneuse qui ait donné lieu 
à autant d'observations médicales que l'acide arsénieux ; les em- 
polsounemens produits par ce toxique sont tellement nombreux 
depuis long-temps, que les auteurs anciens et modernes ont pu 
facilement recueillir des faits importans concernant les accidens 
qu'il développe. On conçoit qu'il serait impossible d'exposer en 



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— 32« - 

détail oes divers ftiîts, et qu'il devra smfihre d'ea doBner i 
lyse étendue et exacte. 

Les symptômes dé cet empoisonnement varient suîvam les 
doses d'acide arsénieux ingéré, la forme sous laquelle il a été 
pris (dissolution, fragmens, poudre fine), Tétat de plénitude ou 
de vacuitéde re&tomac, Téiat antérieur du canal dî^esAii; tvif^nt 
être sain ou malade, la constitution et l'âge de l'individu, e4c. fl 
est réellement impossible de donner une description générale des 
phénomènes que développe ce toxique: aussi vaut-il mieux tracer 
en abrégé les principaux groupes de symptômes que l'on nemar- 
que le plus sottv<'Bt, tout en convenant que |e n'ai pas la prélfiB* 
lion de prévoir tous les cas qui peuvent se présenter. 

A. Saveur à peine sensible aq moment de l'ingestion et touttri 
plus légèrement âpre et nullement corrosive; bientôt après plyà- 
lisme fréquent, crachotement continuel, con&trictîon du pharynx 
^ de l'oesophage, agacement des d^Us« nausées^ vomtfiseaieai; 
ceux-ci ne se manifestent le plus <»rëiTiairement que deux, qmfi^ 
ou six heures après Tenopoisonnement, si l'adde arsénieuxaétS 
avalé solide, car ils auraient lieu au bout de cinq, dix, quinze, 
vingt ou trente minutes « si l'acide avait été pris en disso- 
lution et qu'il eût été promplement absorbé ; ils se répèlent quel- 
quefois à des intervalles fort rapprochés et persistent pendant 
des heures entières, un, deux ou plusieurs jours; les matières 
vomies sont muqueuses ou bilieuses, parfois mêlées de sang, et 
contiennent de l'acide arsénieux en dissolution, ou sous forme de 
poudre ou de fragmens. Anxiété, défaillances fréquentes, ardeui* 
dans la région précordlalc; douleur avec un sentiment de brft' 
lure dans la région de l'estomac, qui ne peut pas supporter les 
boissons les plus douces-, soif intense-, coliques-, déjections alvi- 
nes fréquentes, verdâires ou noiiâlres et d'une horrible féiidilé; 
. hocquet; pouls accéléré, développé, irrégulier et quelquefois in- 
termittent; baiiemensdecœur forts et inégaux; respiration fré- 
quente et gênée; chaleur vive surtout le corps, démangeaison I 
la peau qui se couvre de sueur ; éruption surtout à la partie ao- 
léricure de la poitrine de boutons mîliaires non véstculeux, «n 
de pustule qui ne lardent pas à brtinir ; quelquefois celte érup- 
tion a l'aspect de petites ampoules semblables à celles que pr#- 



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- 3^7 — 

dtiiseât les pît[ûres d'orties ; îe visage esi coloré et animé, les 
yeux brilbns et injectés, la lêle douloureuse ; un léger délire acr 
compagne ces accidens ; Turine, souvent rare, est rouge et dans 
certains cas sanguinolente; les pieds et les mains sont le siège de 
douleurs intenses ou bien ils sont insensibles et comme paraly- 
sés. Cet état persiste un ou plusieurs jours et se termine par la 
guérison et phis souvent par la mort ; celle-ci est alors précédée, 
le plus ordinairement, de convulsions presque toujours atroces, 
de contorsions horribles et de douleurs excessivement aiguës. Si 
la guérison a lieu, il n'est pas rare d'observer pendant plusieurs 
mois et même pendant des années, une gêne dans les mouvemens 
des bras et des jambes dont les articulations restent souvent tu- 
méfiées et douloureuses; les individus vaquent difficilement à 
leurs affaires, à moins qu*ou ne parvienne à les soulager par des 
fomentations tour-à-tour émollienies et aromatiques, par des 
bains de vapeur, des saignées locales, etc. 

On ne remarque guère l'ensemble de ces symptômes chez le 
même individu ; toutefois, si la maladie dure quelques jours, il 
peut arriver qu'ils se manifestent presque tous à des époques dif- 
férentes. 

B. Si ladosedupoison ingéré est plus forte, les malades, après 
avoir éprouvé des vomissemens, des douleurs abdominales, etc., 
sont comme foudroyés et ressemblent jusqu'à un certain pointa 
ceux qui seraient atteints du choléra asiatique ; les traits de la 
foce sont promptement altérés, la peau est pâle et quelquefois 
vic^acée et couverte de sueurs froides; les malades ressentent un 
froid glacial; le pouls est fréquent, petit, filiforme et parfois in- 
sensible; une vive anxiété précordiale et des syncopes fréquentes 
•e naiiîiestent, la respiration s'embarrasse, l'afi'aissement devient 
de plus en plus grand, et la mort arrive quelques heures après 
llnvasion des accidens, quelquefois sans avoir été précédée de 
convulsions. 

C. Dans certains cas, à la vérité fort rares, les individus péris- 
sent sans avoir éprouvé d'autre symptôme que des syncopes sou- 
vent légères. Laborde, Chaussier et Renault ont rapporté quel- 
ques observations de ce genre. 

D. Si l'empoisonnement dure depuis plusieurs jours, parce que 



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— 328 — 

les malades auront pris plusieurs fois, à des intervalles plus ou 
moins éloignés, des doses d'acide arsénieux qui ne soient pas très 
fortes, ou partouie autre cause, comme cela s'est vu, les symp- 
tômes seront en général analogues à ceux que j'ai décrits à la 
p. 326 (^. A.) ; mais le plus souvent les vomissemens et les dé- 
jections alviues persisteront opiniâtrement. On conçoit aisément 
que la marche de la maladie doive être modifiée dans ces cas, au 
point de ne pouvoir pas être prévue ici. 

Léiions de tissu produites par F acide arsénieuw. 

Le canal digestif peut être le siège d'altérations plus ou moins 
prononcées. Il importe toutefois de noter que dans un assez grand 
nombre de cas, les traces d'inflammation ne sont pas aussi pro- 
fondes qu'on le croit ordinairement; on a mêmfe des exemples de 
mort produite par l'acide arsénieux sans qu il ait été possible de 
découvrir la moindre lésion du canal digestif. 

Dans le fait signalé par Chaussier, il n'y avait pas la plus lé- 
gère apparence d'érosion ni de phlogose dans le canal digestif. 
ËtmuUer parle d'une jeune fille empoisonnée par l'acide arsé- 
nieux et chez laquelle ni l'estomac ni les intestins n'offrirent au- 
cune trace d'inflammation ni de gangrène : cependant Tarsénic 
fut trouvé dans ce viscère (1). Marc rapporte que dans un cas 
(J'empoisonnemeni par l'oxyde d'arsenic, loin de trouver les 
membranes de l'estomac érodées, on constata qu'elles étaient 
épaissies (2). Missa n'a pas observé d'altération dans l'esto- 
mac et les intestins d'un individu qui avait pris 12 grammes d'a- 
cide arsénieux (Voyez observation 5% page 316 du tome i*' de 
ma Toxicologie y 4* édition). Sallin dit : « A l'ouverture d'tm 
« homme empoisonné, et de l'estomac duquel on a retiré 4 gr. 
« d'arsenic en poudre, on n'a trouvé rien contre nature dans la 
« bouche et dans l'œsophage (3). » 

Que penser maintenant de l'assertion de ce dernier auteur, 



(1) Ephemerid, IVat, Curios,, centur. m et iv, obs. cxxvi, cùm sehotio» 

(2) Marc, traduction de Rose : Manuei et autopsie cadavérique, p. 66, note, 
(S) Journal de médecine, tome ltiix, p. 176. 



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-- 329 — 

lorsqu'il cherche à établir une différence entre le sublimé corro* 
sif et Tarsenic? « L'arsenic produit, à la vérité, des effets assez 
analogues à ceux du sublimé : cependani il y a des différences 
noiables, en ce qu'il gangrène et perfore quelquefois resiomac,en 
ce qu'il porte son action sur la totalité de ce viscère, sur la bou- 
cheei tout le long de l'œsophage, et qu il existe une éruption à la 
peau» {Recueil périodique de la Société de rnédeeine de Pa*- 
ris, tome vu, p. 357). 

L'existence ou la non-existence de lésions cadavériques, Té- 
tendue et le siège de ces altérations ne suffisent donc jamais pour 
affirmer qu'il y a eu empoisonnement, et ne peuvent servir qu'à 
corroborer les conclusions qui se déduisent des symptômes et de 
l'analyse chimique des matières. 

Yoyons maintenant quelle est la nature des diverses altérations 
que l'on a constatées après la mort par l'acide arsénieux. Dans 
plusieurs cas l'inflammation de l'estomac est extrêmement lé- 
gère : elle commence à se développer immédiatement après que 
le poison a été avalé, et elle est d'autant plus intense que la mort 
larde plus à survenir. Les parties enflammées sont en général 
rouges dans toute leur étendue ; quelquefois la rougeur n'existe 
que par plaques. Les principaux vaisseaux de l'estomac sont dis- 
tendus par le sang ; mais l'inflammation est ordinairement bor- 
née à la membrane muqueuse, qui est ramollie, comme macérée, 
facile à déchirer et à séparer de la tunique musculeuse qui con- 
serve le caractère propre à son tissu. Quelquefois on remarque 
de petites taches, véritables ecchymoses formées par quelques 
portions de sang extrayasé sur la surface de la membrane mur 
queuse ou dans l'espace qui la sépare de la tunique musculeuse, 
et développées le plus souvent dans les points où un petit frag- 
ment d'acide arsénieux a séjourné. Il est rare de trouver des ul- 
cérations, à moins que la mort n'ait tardé à survenir. Dans cer-* 
tains cas, il existe des eschares grisâtres et dures, d'une petite 
étendue : cependant on en a vu qui étaient de la grandeur d'un 
franc. M. Brodie a fait remarquer à cet égard, et avec raison, que 
l'on a souvent pcis pour des eschares des taches formées par une 
couche très mince de sang coagulé, d'une couleur foncée et for- 
tement adhérent à la membrane muqueuse ; on peut voir, dans le 



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— ÎISO — 

«Mtésiii de Humer, une pièce d'anatomie pa!hologï(ïue àÊtsjot 
i^aUëration dont il s'agit. Quelques auteurs disent avoir trouvé 
l^tomae perforé; je n'ai jamais constaté une pareille lésion. 

L'œsophage peut être enflammé, strié et offrir des ecchymo- 
ses purpurines, principalement vers le cardia ; la bouche, les 
amygdales, le voile du palais et la luette ont été trouvés phlogosés 
dans quelques circonstances. Les intestins sont quelquefois ré- 
trécis; dans certains cas, loin d'être contractés, ils étaient dis- 
tendus. Le jéjunum, l'ilénm et le rectum participent parfois à 
l'îsiâmiiiation,qui n'atteint guère le cœcum et le colon. 

Les poumons sont souvent gorgés de sang, conifne dans 1^ 
mort par asphyxie, et quelquefois îa membrane muqueuSfe de ta 
trachée-artère offre une rougeur très prononcée. La cavité droite 
du cœur contient, en général, beaucoup de sarig. La membrane 
ittiernedes oreillettes et des ventricules, les valvules mlirales tm 
tricuspides,et les principaux faisceaux musculetix de ctît organe^ 
peuventêtre le siège de taches rouges on noirâtres plus ou mdiim 
étendues.Morgagni,Ruysch,Brodie, etc. , ont attiré Fattention des 
observateurs sur l'état fhiide du sang qui est comme sirupeux. T^e 
système veineux abdominal est constamment gorgé de sang nà\t. 
Les tuniques des vaîsseanx sanguins ne paraissent point altérée^, 
quoiqu'elles soient imprégnées de sang et que dans quelqueis cir- 
constances on y remarque çà et là des taches livides formée^ ptlt 
ce fluide. 

Les glandes du mésentère, le pancréas, le foie, les îèins et le 
eerveau n'offrent aucune altération notable ; les vaisseaux qui $é 
distribuent à ce dernier viscère sont quelquefois gorgés de satig^ 
Les meiâftbranes séreuses ne paraissent pas affectées. Lesmusctet 
volontaires sont quelquefois frappés d^une raideur telle qu'il fàxA 
employer une certaine force pour séparer les mâchoires et Bé- 
chir les articulations. 

L'application extérieure de l'acide arséniëux est ordinaireMeât 
suivie aussi d'altérations analogues à celles qui Viennent d'èthà 
décrites. 

Je ne terminerai pas ce sujet sans rappeler que dans cei^ 
taines circonstance^, on remarque çà et là dans l'estomac et dans 
les intestins des personnes empoisoniiées par racidè arsémfèfii 



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— 88t — 

mie mnltitiide tte (H>îiifs brillans <|ae l\)n serait tenté ée^prenStit 
aipremer abord pocir de Tadde arsénieux. J^oy, page H6 (i)^ 

Action de r acide arsénieux sur teconomie animale. 

Il résulte des expériences nombreuses faites sur plusieurs es- 
pèces d'animaux et des observations recueillies chez Thomme : 

1° Que Tacidearsénieux est un des poisons les plus énergiques 
du règne imnérul. Les chiens les plus robustes succombent dans 
Tespace de vingt, trente ou trente-six heures, lorsqu'on applique 
10 centigrammes de ce poison en poudre fine sous la peau de la 
partie interne de la cuisse ; il en serait de même si celte dose 
était introduite dans lestomac, et que Tacide arsénieux ne fût 
pas promptement expulsé par les vomissemens et par les selles. 
Les moutons y malgré Tassertion contraire de M . Cambassèdes, pé- 
rissent également lorsqu'on leur administre de 5 à 10 grammes 
de ce toxique (2). Les chevaux supportent^ comme cela se con- 

(1) Billard en a ^ii cliez deux femmes dont l'une, âgée de soixante-douze ani, 
était moile d*UDe gastro-colite chronique, et Tautre, Agée de cinquante ans, avaft 
Moeomlwl la ffatkitie pntmoiiaire : cbez «ette deniiè^e, les intestiui préiïeDlaietft 
de «ombreuses ulcérations. 

(2) On s*imagin«^ra difficilement le bruit que l'on fit au commencement de 1848 
de la question relative à rempoisonnement des moutons. M. de Gaspario avik 
tonmmiqiié à l'Académie des sciences une noie dans laqneitle M. Oandbataèév 
ofaercbaità établir que les moutons poui'aient prendre impunènient de fories dosflt 
d'acide arsénieux. Ce fait, d'une fau&seté insigne, aurait été sur-le-chan^) réduit 
à néant, si quelqu'un dans la docte compagnie eût connu les expériences pub1f6et 
Ci 4808 par Jager, qui nvmi prouvé le contraire, il n'^n ftH rien : on chargea 
M. Magendie de ten 1er quelques expériences. MM. Flandin et Danger et M, Ro- 
{inetta, de leur oÀté, se mirent en avant pour tâcher de résoudre une question ftr- 
fc î t c n ic Bt décidée depuis trente-cinq ans. Peu de jtmrn après M. Magendie déelan 
grBVfiiient que l'acide arsénieux tue les moutons quand on le mélange avec ledaa- 
M« de son poids de sel commun. MM. Flandin et Danger se hfttent d'annonear 
1** qu'ils venlent s'assurer ai le sd commun n'est pour rien dans Vinnocuité, On 
Mit déjà ce qu'il faut penser de cette innocuité, et l'on se demande en vertu de 
^le action chimique lesel commun pourrait arrêter les dfels fenesles de VmAét 
ménieox ; 8^ qu'un mouton n'a pas été empoisonné avec 16 grammes d'aiiide «r- 
ténietix solide, mais que les selles étaieut abondamment eliargées d'acide an6- 
nieux, comme si Ton n'avait pas imprimé partout, depuis quarante ans, que Hm 
les amniKix supportent faciltinfAt des doses considérables d'acide a r sé n i e mL Sdlide^ 
^qtt'îbiieféritsent jMiaîs ^Jfe^parrieiuieBt à expnber le ^ptmm f» le 



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— 332 — 

çoit aisément, des doses beaucoup plus fortes de cet acide ; ce- 
pendant ils meurent assez promptement lorsqu'on leur fait pren- 
dre 64 grammes de ce poison solide ou seulement 2 grammes du 
même toxique dissous dans Teau. A la dose de 1 à ;^ ceniîgrara- 
mes, ce poison donne lieu chez rhomme à des symptômes assez 
graves pour caractériser un véritable empoisonnement, et sui- 
vant M. Adolphe Lachèze, médecin à Angers, il n'en faudrait que 
de 5 à 10 centigrammes pour occasionner la mort {Annalen 
d'hygiène et de médecine légale, tome xvii). Ce dernier ré- 
sultat, en admettant qu'il soit vrai pour un certain^onabre d'in- 
dividus, ne saurait être adopté sans de grandes restrictions, car 
il y a à cet égard des différences énormes suivant l'âge, le sexe, 
la constitution des sujets, leur état sain ou malade, etc. \ 

2"" Que les effets toxiques de Tacide arsénieux varient dans une 
espèce animale donnée, suivant les âges, les sexes, la force des 
individus, l'état de l'estomac, la température extérieure, et cer- 
taines constitutions organiques difljciles à {apprécier dans leur 
essence. Les animaux qui n'ont point encore pris toute leur 
croissance, les femelles, ceux d'ime taille plus petite, meurent 
les premiers ; une quantité donnée de poison les tue plus vite 
à+20" qu'à 0®, mais nulle cause n'a autant d'influence que l'état 
de plénitude ou de vacuité du tube alimentaire ; les animaux à 
jeun périssent de beaucoup avant les autres. Toutefois, cette 
dernière influence ne se fait bien sentir que dans les empoison- 
nemens par les voies respiratoires et l'estomac , et nullement 
quand on opère par le mode sous- cutané. 

L'action toxique ne varie pas moins suivant les espèces ani- 
ment ou par les selles ; 3° qu'il u*y a que l'arsenic absorbé qui tue, doctrine que 
je n'ai jamais cessé de professer depuis trente aos ; 4^ qu'un mouton empoisonné 
avec 30 centigrammes d'acide arsénieux appliqué sur la cuisse a uriné à plusieurs 
reprises, quoiqu'il fût empoisonné d*une manière aiguë, contrairement a l'assertion 
qu'ils avaient soutenue dans leur premier mémoire sur l'arsenic, où ils disaient que 
les animaux n urinaient pas dans ces circonstances ; 5** que Ton a pu manger im- 
punément la chair d'un mouton empoisonné et guéri; cet animal a été tué le trente- 
huitième jour, alors que ses organes ne donnaient plu» la moindre trace de poison, 
' ce qui se réduit à nous apprendre que Ton peut sans crainte manger la chair d'un 
animal qui ne^t pas empoisonné, 

M. Kognetta, lui, au lieu de traiter la question si intempestivement agitée, vint 
annoncer, comme un fait nouveau, que l'adde arsénieux peut tuer les chevaux!!! 



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- 333 — 

inales ; de mes expérimentations sur les chiens, les chats, les la^ 
pins, les poules et les pigeons, ainsi que des faits déjà connus, 
dit M. Chatin, j*ai déduit la loi suivante : La effets vénéneuse 
de r arsenic chez les animaux pris dans les mêmes conditions 
d'âge j etc. sont en raison composée de la perfection des sys- 
tentes respiratoire et cérébro-spinal (1). 



(1) Voici les principaux résultats obtenus par le D*" Jœger^ en étudiant l'action 
de l'acide arsénieux sur les êtres organisés {Disscrtatio inauguralis de effectihus 
arsenici in varias organismos, Idi^et^ Tubingœ, 1808). 

a, I! tue les plantes, si toutefois on excepte peut-être celles dont l'organisation 
est exti-êmement simple. I^oy, le beau travail publié sur ce point en 1845 par 
M. Cbatin, travail entièrement calqué sur celui que j'avais public en 1889, et dans 
lequel mon honorable ami a prouve que ce toxique est absorbé par tes plantes, qu'il 
se concentre particulièrement dans les feuilles et dans les réceptacles des fleurs , 
qu'il ne séjourne pas indéfiuiment dans les végétaux et qu'il est éliminé, en géné- 
ral, dans l'espace de quinze jours à deux ou trois mois. 

b^ Les infnsoires périssent dans 10 à 30 minutes, si Ton verse une demi-goutte de 
dissolution d'acide arsénieux dans le liquide qui les contient. 

c. Les insectes meurent subitement, et la mort est précédée de mouvemens 
désordonnés et de l'augmentation des excrétions. 

d. La mort des crustacés {puce monode, cloporte et écrevisse de mer; c'est à 
ces animaux que M . Jnpger donne le nom de crustacés) est précédée d'excrétions 
très abondantes et de mouvemens eonvulsifs. L'irritabilité est éteinte dès que les 
mouvemens spontanés ont cessé. 

e. Chez les vers^ les sangsues^ etc., la partie touchée par le poison meurt la pre- 
mière. La mort est toujours précédée d'excrétions fréquentes et de fflouveinen.% 
suivis de l'anéaulissemenl de Tirritabilité. 

/. Parmi les mollusques ^ les limaçons périssent de la même manière que lorsque 
la dissolution arsenicale est apiliquée sur la plaie résultant de l'ablation de la lète 
et des tentacules ; cependant on aperçoit déjà dans celte classe d'animaux des ef- 
fets diiTérens, suivant la partie sur laquelle le poison a t té appliqué; mais dan» 
tous les cas il y a constamment augmentation d'excrétion et de mouvement, qui est 
suivie de langueur, de ranéantissèment de l'irritabilité et de la mort. 

g. Parmi les poissons, le saumon et le goujon, plongés diins une dissolution 
d'acide arsénieux, périssent* d'autant plus vite que celle-ci est plus concentrée s 
du resie, on observe les phénomènes que j'ai déjà décrits. 

h. Les oiseaux semblent résister davantage à Taction de ce poîjioo. Plusieurs dtf 
ces animaux ont vécu après avo r pris une dose d'acide arsénieux suffi«ianie pour 
tuer des amphibies d'un égal volume. Toici les phénomènes qu'ils ont présentée» 
après l'introduction de cet acide dans le canal digestif, dfins la cavité abdominale, 
ou après son application sur le tissu cellulaire et sur les muscles : i** calme géné> 
ml ; 2° clignotement des paupières ; 3** déjections alvines fluides, quelquefois san- 
guinolentes ; 4*^ mouvemens .«pasmodiqut>s du pharynx ; 5® contraction anti-péri- 
staltique de l'œsophage et de la poche, suivie de vomissemens et d'un tremble-- 
ment général; 6° soif; 7* érection des plumes et crispation des téguineiis. Si k 



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9"* Qu'il agit avec beaucoup plus d-iuiensifté quaBdHre^db*^ 
sous daos Teau que dans le cas où il est solide : ainsi, que Von 
introduise dans Testomac d'un chien 25 grammes de ce toxique 
dMêous dan» 100 grammeê d'ea/Uy au- bout de d à 10 miautes 
l!aiûmal sera sous Tinfluence du poison , et commencera à vo- 
mir ; si l'on a empêché le vomissement , la mort surviendra ao 
bout de 3 à ^ heures suivant la force du chien. La même quantité 
d'acide arsénieux pulvérulent ne dévelpppera des symptômes 
d*empoisonnement que plusieurs heurea après TingestioiL du 
toxique, et si celui-ci n'est pas vomi, la mort ne surviendra qu'au 
bout d'un ou de plusieurs jours. Au reste, malgré Tasseriion de 
MM. Hombron et Soulié, il sera facile, quand Tacide arsénîeux 
aura été donné en dissolution aqueuse , de le déceler dans les 
matières vomies et dans le canal digestif, en traitant directement 
par le gaz acide sulfhydrique si la matière orgaoîqua n'est pas 
très abondante , ou bien en se débarrassant de celle-ci , par le 



dose'da poison n'est pas assex forte pour les tuer, ils restent d&ns ao état de 
langueur, perdent Tappétit, rendent uqq très grande quantité de matières liquides 
8«nblablesau Yert-de^gris, et finissent par se rétablir. Si, au cou traire, laquantlté 
d*acide arsénieux est assez forte pour les faire périr, ils éprouvent une grande fiû- 
blessent perdent l'usage des sens externes et d<'s facultés Intel icctuelles ; enfin, la 
mort est pi*écédée d'opislhotonos et de paralysie. Le cœur, la tracbée-artère, I'ob* 
sopiia{;e et les muscles des membres, soumis à l'action de la pil)e \o)taïque immé- 
diatement après la cessation des mouvemeus spontanés, donnent encore quelquefois 
des siglies- d'tnilftbililé ; mais le plus soin^cnt cette propriété s'éteint avec la \ie, 
tandis qu'elle s'obsen'e pendant assez long-temps, sur les mêmes espèces d'oiseaux 
qne Ton a décapités. 

f. L'acide arséuieux détermine constamment la mort de tons' les mammffiimi 
On observe d'abord que ces animaux sont tranquilles ; quelques-uns cependant, 
tals^-que Itacîûens et lesch»ts, poussent des cns, bâillent, éprouvent des niouve- 
mens spasmodiques dans les paupières, perdent l'appétit, sont dévoré» \mr la soif, 
tremblent, vomissent des matières écumeuses, et éiraouent par en basses matières 
liquides -abondantes ; leur respiration est stef toreuse, leur marche vactUanle, et il 
ne leur est guère possible de se soutenir sur les paites; la respiration devient plus 
lente, et ils sont si peu irritables qu'il est impossible de déterminer la contracttoa 
de leurs paupières^ même en les piquant avec une aiguille; la pH)iill*ea à peiiie 
dilatée ; ils sout en proie à des mouvcmens convulsifs, principalement dans le» mns*^ 
des extenseurs ; enfin 1 opislhotonos se manifeste et ne tarde pas à être suivi de I»' 
mort. Les cadavres ofiPrent les muselés dans un grand état dé contraction ; rirrilab»» 
lité dés intestins, du cœur, dés muscles volontaires est eutièremeiitott pg^f^^en»- 
tièrement*éteiMe. 



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— 335 — 

Qipyen indiqué à la page 219 et suivantes avant d'employer le 
couipant de gaz acide sulthydrique. 

4° Qu'il détermine l'empoisonnement, soit qu'on Tintroduise 
dans le canal digestif ou dans les veines, soit qu'on l'injecte dans 
Iç y^gin ou dans les cavités séreuses, soit qu'on l'applique sur 
l^ peau ulcérée ou au-dessous de cette membrane, soit enfla 
qi^'on le fasse aspirer sous forme de vapeur. 

5° Qu'il agit, à peu de chose près de la oiéme maaière, quelle 
que soit la surface par laquelle il a pénétré dans l'économie ani- 
male, si ce n'est que son action est beaucoup plus prompte dans 
un cas que dans l'autre -y. ainsi il tue presque instantanémeat 
^u^d il est injecté en petite quantité dans les artères et dans 
les veines ainsi que dans les cavités séreuses j tandis qu'il fai^t 
plusieurs heures pour qu'il occasionne la mon lorsqu'on l'intro- 
duit dans l'estomac \ et à plus forte raison dans le gros intestin, 
même dans une plus forte proportion. La peau recouverte d'un 
épiderme sec et dur le transmet à peine, et les nerfs peuvent sup^ 
porter son contact , sans donner lieu à des altérations notables. 

6*^. Qu'il produit des effets aussi funestes, étant appliqué sous 
]^ peau du dos des chiens, que dans le cas où on le met en con- 
tact avec le tissu cellulaire de la cuisse, ce qui n'a pas lieu pour 
\^ sublimé corrosif. 

7"* Qu'il est absorbé et que sa présence peut être décelée dans 
fous les tissus de l'économie animale et notamment dans le /bt«, 
organe sécréteur et très vasculaire , qui le reçoit le premier^ à 
l'aide des vaisseaux de la veine porte, quand U a été introduit 
dons le canal digestif. 

S"" Qu'il existe également dans le Mang des animaux empoi- 
sonnés, quoi qu'en aient dit MM. Flandin et Danger, qui ne ra- 
yaient pas d'abord trouvé dans ce fiuide, parce qu'ils ne l'avaient 
cherché que par des procédés que la science désavoue. Ils re^ 
ÇQUnaissent aiijourd'hui qu'en opérant comme je l'ai proposé, <»i 
le trouve facilement dans ce fluide. 

9° Qu'il eitt de toute rigueur, dans une expertise judiciaire, 
lorsqu'on n'a pas décelé le poison dans les matières vomies ni 
dans les selles, ou que Ton n'en â pas trouvé non plus, à Yétt^t 
Ukir^ dimi& le canal dig^Uf ni sur les autres parties sur lesq«rt- 



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- 336 - 

les il avait été appliqtlé, de chercher à décotivrir ta portion qui 
a été absorbée, en agissant séparément sur le foie et sur le ca- 
nal digestif et à défaut de ces organes sur les reins, la rate, les 
poumons , le cœur ou le sang. Un rapport médico-légal devra 
être déclaré incomplet et insuffisant, par le seul fait, qiie dans 
ce cas , on aura omis de rechercher Facide arsénieux dans les 
organes dont je viens de parler. Il importe même de procéder à 
la recherche de l'acide arsénieux absorbé, alors que Ton a con- 
staté la présence de ce toxique à Vétat libre, dans le canal diges- 
tif, car il se pourrait que celui-ci eût été introduit dans cette 
cavité après la mort et pour faire prendre le change, tandis que 
son existence dans le foie ou dans l'un des organes précités, sup- 
pose nécessairement que l'empoisonnement a eu lieu pendant la 
vie, à moins qu'il ne soit prouvé que le poison est arrivé jusque 
dans ces organes par voie d'imbibition cadavérique (t?oy. p. 36). 
lO"" Que l'acide arsénieux absorbé ne séjourne pas indéfini- 
ment dans nos organes et qu'il est entièrement éliminé chez 
l'homme au bout de 13 à 15 jours, en supposant que les boissons 
prises dans les 2U heures ne dépassent pas un lîTre; D'après 
mon honorable et savant ami M. Chatin^ la promptitude d'éli^ 
mination est en raison inverse de la faculté de résister au 
poison, La principale voie d'élimination, c'est l'urine, 
comme je l'ai démontré le premier. En effet, lurine rendue par 
les animaux quelque temps après l'empoisonnement renferme 
de l'acide arsénieux, tandis que les viseè^cs qui en auraient 
fourni si les individus fussent morts quelques jours après l'inva- 
sion des accidens, n'en contiennent plus au bout d'un certain 
temps. Il existe encore d'autres voies d'élimination, motos 
énergiques sans doute; j'avais annoncé dès l'année 1840 que 
l'acide arsénieux était probablement compulsé par d'autres^ 
voies d'excrétion; c'est ce qui a été démontré en 1842 par 
M. Chatin, dans une note lue à l'Institut dans laquelle il annonce 
que le poison est éliminé par la surface interne du tube intes^ 
tinal et par la peau (1). 

(1) En janvier 1839, j'ai mis hors de doute Tabsori tion de l'acide arsénieux •« 
son transport dans tous les tissus ; bientôt après j'ai fait voir, par des expérienctt^ 
nombreuses, qu'il en était de même des préparations antimonialeSy|«uivreuBefv 



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— 337 — 

il'' Que lorsque l'acide arsénîeux est mis en poudre fine, sous 
la peau des chiens, il n'y en a guère que 75 à 100 milligrammes 
A'absorbéj quelle que soit la proportion employée , et que cette 



plombiques, mercurieUes, etc. Les recherches que j'ai publiées k cet égard sont 
consignées dans le tome vui des Mémoires de l'Académie royale de médecine^ ou 
dans les nuinér(^ d^ mai, juin, juillet et août du Journal de Chimie médicale^ an- 
née 1842. Jusqu'alors on avait dit que ces poisons devaient être absorbés, mus 
[Sersonne n'avait prouvé leur existence dans la trame des tissus où ils avaient été 
portés par voie d'absorption ; nous verrons plus bas cependant que des tentatives 
avaient déjà été faites dans ce b^t par quelques physiologistes, et notamment par Beis- 
senbirtz. J'ai été plus loin ; j'ai voulu qne cette découverte fût dorénavant àppU- 
quée à la médecine légale, et que les nouvelles données sur Tabsorption vinssent 
éclairer les affaires judiciaires ; peu après, je suis parvenu dans plusieurs cas à 
déceler de l'arsenic dans les viscères d'individus soupçonnés morts empoisonnés, 
lorsque le canal digestif manquait, et il a été démontré qu'un crime avait été con- 
sommé, ce qu'il aurait été impossible de faire avant 1839. Dès que mes travaux ont 
été connus, bon nombre d'experts en France ont eu maintes occasions d'en faire 
ressortir Timportance devant les cours d'assises où ils étaient appelés. MM. Fau et 
Berges, à Foi\; MM. Chapeau et Parisel, à Lyon; M. Rigal, à Albi, et bien 
d'autres que je pourrais citer, ont conclu à Texistence d'un em{W>i!>onnement en 
mettant à profit ces nouvelles recherches. Désormais, lorsqu'il faudra opérer dans 
des cas d'intoxication par des composés de mercure, d'antimoine, de cuivre, de 
plomb, d'étain, d'arsenic, etc., et que l'on ne découvrira aucune trace de sub- 
stance vénéneuse dans le canal digestif, ce qui est plus commun qu'on ne pense, on 
agira donc sur le foie, la rate, les reins, etc., ou sur l'urine, et souvent on décou- 
vrira le corps du délit qui aurait échappé avant la publication de mes travaux. 

Il en a été de ma découverte comme de toutes celles qui, par leur importance, 
font quelque bruit : des esprits malveillans ont cherché à m'en dépouiller. M. Ma* 
gendie a prétendu qu'il 9S9\i prouvé que tous les poisons étaient absorbés, quand 
il est notoire qu'il s'était borné à répéter ce qui avait été émis quelques siècles 
auparavant par beaucoup d'hommes éclairés, savoir que les poisons devaient être 
absorbés, et à publier quelques expériences physiologiques sur un petit nombre 
de toxiques, expériences qui tendaient à faire croire que l'absorption avait eu lieu, 
mais qui étaient loin de la mettre hors de doute, M. Gerdy, avec un sang-froid 
imperturbable, a annoncé en pleine Académie qu'il était établi dans un passage de 
l'ouvrage du D' Christison que "Mohr avait vu bien avant moi ce que je proclamais 
être nouveau ; mais il m'a sufiEi'de donner lecture dudit passage pour montrer qu'il 
contenait tout le contraire de ce qu'on avançait, et pour forcer l'orateur à rétracter 
son assertion. Aussi l'Institut d'abord, et l'Académie royale de médecine ensuite, 
ont-ils reconnu que j'avais prouvé le premier que l'acide arsénieux est absorbé et 
porté dans tous les organes, pour être plus tard éliminé par l'urine, et que les ap- 
plications que j'ai faites de mon travail à la médecine légale sont exactes. 

Depuis la clôture de tant de discussions passionnées, j'ai voulu savoir si par 
hasard quelques auteurs n'auraient pas aborde le sujet qui m'avait tant occupé^ et 
je n'ai rien trouvé, après avoir fait les recherches les plus minutieuse.'t , qui valût 
la peine d'être cité, si ce n'est un travail de M. Beissenbirtz^ publié le 22 janvier 

m. 22 



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— 338 - 

t^ia^le dose suQit pour occasionner la'mort» puisiquHl e$i impos- 
sible d*auribuer ceite-ci à Virritation locale, habitueUeaieQi 
forUég^re que détermine ce poison daas ces circonsiances. Je 



i%%3if « Berlio, sous le titre de At^stnici tfficacia periculii iUi44iraUi, Vauteuî fit 
prendre k un cheval en état de saaté, le premier jour, 4 grammes d'aeide arféuieux 
uu^ à du m^ et à de la poudre de guimauve; le dçuiièipe jour, i6 grammes dV 
cide arséuie»]!^; le quatrième jour, 94 grammes du même poison; le cinquiène 
j^ur, 8 gramme^ ; le septième jour, 3o grammes. L'animal mourut le lendemaia. 
ï/auteur, après avoir dê^t avee soin les lésions cadavériques, dit au chapitre vm 

ff ls\ elaboranda bac materia soopum prsefîxum habui, ut mibi persuaderem, an 
f arsenicum digestionis et assimilatiunis processu partibus organismi animalis ad» 
« Ç)isce9tur, an secretiooe et cutis actiooe ex iis iterum elimiuetur. Magis tameu 
« çredidi, substantiam banc venenosam, similem in modum ac bydrargyri praqia- 
« rata ou m texturà parlium organicarum comiQunicari. Hase opinio potissimum 
. « experiipentis a palruo meo factis confirmari \idebatur, quippe qui e libris les 
« aanguinis equo detractis qui drachmb sex acidi arsenicosi iotcremptui erat,arse- 
«f iMcum sejunxit. Quum pericuUs illis ûdem maximam babeam, prœtereaque jupe 
€, meô credam, arsenicum in sanguinis molem totius oorporis iraduclum fuisse, 
« parum dubito, quin reliquie corporis partes per sanguinem eo inquirientar, 
n quod et ipsa analysis chemica quam ego ioslitui , testatum iacit. 

« Poctor Otto similia instituit pericula, neutiquam vero e sanguine eipepl« et, 
« reagentibus chemicis submisso arseuicum obtinuit. Facile liquet, eur experi- 
«f menta bujus viri irrita fuerint , etenim animalcula bune ad. scopum adhibita, 
«( tantilla fuerunt ut paucis hujus veneni granis exstinguerentur, sin Hiinus, baus- 
« tum tamen arsenicâm vomitu aut alvi dejectionibus maxtmam partem expellereot. 
« Horum igitur animalculorum, quœ vel paucas boras post ingestum arsenicom 
•ç trucidabantur, vel veueDum anlea evacuaverant, ut ne assimilari quidem saa- 
«« guinique admisceri possel, doctor Otto sanguinem excepit et arsenicum ex eo 
« obtinere studuit,quod ulique arduum opus videtur, ubi enimnibil est, nihitre- 
« peries. Ut igitur de priesentia arsenici in sanguine certiores reddamur, mutto aptius 
« esse videtur, si sanguinem siogularum corporis partium eerum animalium cbemie» 
V analysi submittamus, qu» per longius temporis iotervallum uberiorem arienid 
u cQpiam devorarunt, nam bis demura rationibus eventus exoptatus contio- 
« gère potest. 

« XJt de existentia acidi arsenicosi in textura organorum animalis ioterfecti 
« edocerer, plures partium nobiliorum duce ill. Liok examini chemico subjed. 
« Quum plurima vasa in laboratorio universitatis nostrœ mihi oblala, nimis esseot 
m angusta quam ut tanta viscera, quae equo sunt, capere possent, acquiescere me 
« oportebat, ut orgaua majora in particules dissecarem, earumqve umim vel alte- 
« ram explorarem. 

« Experimentis chemicis ad metbodum Rosii ita institutis, ut calcem arseoioo- 
•I sam ea obtentam cum pulvere carbonum et acido boracico oommiscerm, su- 
« blimaMooem e cucurbita faciendam curavi. 

« £ singulis animalis interfecti organis, banc calcis arsenicosc copiam oblinoi : 

ff E veniriculo drachman unam et grana ocio. 



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- 330 ^ 

cuis parvenu à apprécier q^e tell^ était la dose absorbée, en 
plaçant sous la peau des cuisses de plusieurs chiens. des sacbets 
de toile fine contenant des proportions d'apide arsénieux en pou- 
dre impalpable qui variaient depuis 5 centigr^pime^ jusqu'à 
1 gramme f après la mon de l'animal on pesait \es cachets dont 
PQ avait également pris le poids avant le commencement de 
l'expérience ; la différence de poids en moins représentait la 
quantité de toxique qui avait été absorbée. Ces sachets avaient 
été desséchés, avant l'expérience, à Ja température de JOO* cen- 
tigrades ; après la mort des animaux ils étaient lavés avec soin 
et aans effcirt , puis on les desséchait également à 100'' centigr. 
avant de les pe^er. 

12" Qu'il y en a davantage d'absorhe\ sans que l'on puisse en 
préciser la quantité, lorsqu'il a été introduit dans le canal diges- 
tif i après avoir été dissous dans l'eau, op quand l'acide solid€)| 
par son contact prolongé avec les sucs de l'estomac ou des 
intestins, a fini par se dissoudre en totalité ou en partie. 

13** Qu'il n'est p£|s douteux , d'après les cas 4'empoisonne<r 
ment observés jusqu'ici, qu'il n'agisfe de mâme chez l'hoflune. 

« £ cœco intestino grana quinque. 

« E pulmonibus graoa septem. 

« Ex hepate grana sex. 

m E corde graoa octo. 

« £ cerebro grana undecim. 

« Haec omnia^ ut supra dictumest, cum pulverum carbonum acidoque boracioD 
« commixta, in retortam ^itream demisi et e balneo areos sublimationi subjeci, 
m qoa per aliquot lioras protacta circiter tria* arsemci regulini grana adep- 
« tus sum. » 

Pour peu que Ton examine le travail du docteur Beissenhirtz, on verra combien 
il est loin de prouver ce que Tauteur cherchait à démontrer. Il y a mieux : on ne 
lardera pas à s'apercevoir qu'il fourmille d'erreurs. Nous savons que de tous les 
organes le cerveau est celui qui fournit le moins 4'arsenic, pi le foie celui qui f» 
donne le plus ; or^ ici c*est tout le contraire. On a obtenu avec le premier SS cen- 
tigrammes de chaux arsenicale, et avec le foie 3o centigrammes seulement; le 
Cfpur et les poumons, qMi en contiennent toujours moins que le foie , en renfer- 
maient plus que lui. On ne dit pas comment of) a détruis Ténorfu^ quan|^^ ^ 
matière organique sur laquelle on opérait , ni comment on s'est assuré que Ton 
avait réellement recueilli de l'arsenic métallique. Quoi qu'il en soit , j'ai cru de^ 
voir, par ^ sentiment d'équité, transcrire textuellement le passage de r«an*age 
du docteur Beissenhirtz, dopt je n'ai eu connaissance qn'à la fin ^ 'Mx» ^l dpftf 
le contenu n'avait fait aucune sensation en Allemagne et n'avait re^u aucune appli- 
cation utile. 
9^. 



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— 340 — 

Toutefois il est à présumer que la pai^tie absorbée nécessaire 
pour déterminer la mort, devra être plus considérable que celle 
qui est nécessaire pour tuer les chiens. 

14° Que s'il est vrai que Tacide arsénieuit irrite et enflamme 
presque tous les tissus avec lesquels on Ta mis en contact, on ne 
saurait dans la plupart des cas attribuer les accidens graves 
qu'il occasionne à l'inflammation souvent assez légère ,qui esc le 
résultat de son action locale j mais bien à son absorption et par 
suite à son action sur un (m plusieurs des systèmes de Vécono** 
mie animale. 

15"^ Qu'il n'est pas vrai comme Vont annoncé MM. Flan- 
din et Danger dans le mémoire qu'ils ont lu à rAcadémie 
de médecine , en 1841 , que la sécrétion urinaire est sup- 
primée chez les chiens empoisonnés d'une manière aiguë 
par l'acide arsénieu^ et que ces animaux n'urinent par 
conséqt^nt pa^. L'Académie en ne détruisant pas de suite cette 
erreur grossière et en laissant la question indécise, tandis que 
je t avais déjà tranchée par dei expériences nombreuses, a 
eu un tort d'autant plus grave , qu'elle a été obligée de recoki- 
nattre deux ans plus tard, que j'avais parfaitement raison. En 
effet, ayant dû se prononcer sur la valeur d'un mémoire qui 
avait été lu dans son sein par M. Delafond, professeur à l'école 
d'Alfort, elle a fait justice de l'étrange assertion de MM. Flan- 
din et Danger. M. Delafond , sans doute pour lever à cet égard 
les scrupules de l'Académie, a entrepris une série de recherches 
sur les chevaux et sur les chiens, dont les résultats confirment 
pleinement ce que j'avais établi. Il résulte de ce travail 1* que 
les chevaux biefi portans qui n'ont ni mangé ni bu , sécrètent, 
terme moyen , 118 millilitres d'urine par heure; candis que les 
chiens n'en fournissent que 24 millilitres, lorsqu'ils sont placés 
dans les mêmes conditions; 2"^ que les chevaux empoisonnés, 
d'une manière aiguë ^ par l'acide arsénieux, alors qu'ils ont été 
privés d'alimens et de toute hoissony sécrètent par heure trente- 
cinq millilitres d'urine y c'est-à-dire les deux septièmes de 
la proportion qu'ils fournissent à l'état normal, et que les chiens, 
dans les ihémes circonstances, en donnent à-peu-près un 
sixième. « La sécrétion ut inaire, dit M. Delafond^ n'est donc pas 



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— 341 - 

« supprimée, mais notablemeDt diminuée, dans Tempoisonnement 
« aigu par Facide arsénieux.» Le tableau ci-après (p. 342) em- 
prunté à ce professeur distingué , montrera que chez certains 
chevaux soumis à Finfluence de l'acide arsénieux pendant qua- 
rante-trois et cinquante-et-une heures, la quantité d'urine ren- 
due s'est élevée à Z litres 45 centilitres, ou à 2 litres 55 cent., 
et chez quelques chiens à six ou quatre centilitres^ après un 
empoisonnement aigu qui n'avait duré que huit ou douze heures. 
Que l'on juge maintenant de la proportion d'urine qu'il est pos- 
sible de faire sécréter à ces animaux, lorsque au lieu de les priver 
de tout aliment et de toute boisson, on leur donne d'abondantes 
tisanes aqueuses et nitrées. 

A l'appui de mes expériences et de celles de M. Delafond , je 
pourrais citer dçux cas d'empoisonnement chez deux femmes, 
l'une confiée aux soins du docteur Augouard, et l'autre placée 
dans le service de M. Duméril, à la Maison-de-Santé ; la pre- 
mière , après avoir pris 15 grammes d'acide arsénieux, éprouva 
les plus terribles accidens et rendit dix litres d'urine, grâce aux 
boissons diurétiques fortement nitre'es dont elle avait fait usage ; 
elle était convalescente au bout de huit jours (fiazettie médi- 
cale de 1843). L'autre fut promptement rétablie aussi d'un em- 
poisonnement grave, après avoir pris, par mes conseils, d'abon- 
dantes boissons diurétiques qui ja firent considérablement uri- 
ner. Dans l'un et l'autre cas, l'urine avait charrié pendant 
plusieurs jours des quantités notables d'arsenic* 



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— 342 — 






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16» Que Taction de Tacide arsénieux , lorsqu'il a été pris à 
une dose capable de produire un empoisonnement intense, est 
d'une nature spéciale , et que c'est par conséquent à tort que 



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— 348 — 

Râsori, Giacomini, Boudin, etc., la considèrent comme hypo- 
êfhéntèunte; que les argumens puisés dans les effets de diverse!» 
médications dil*igées contre rempoisonnement, ne viennent nul- 
lement à Tappui de cette dernière hypothèse ; qu'en effet la mé- 
dication tonique et stimulante tant vantée dans ces derniers temps 
par récole italienne et par M. Boudin a constamment échoué dans 
les expériences tentées sur des chiens et sur des chevaux, devant 
deux commissions de TÂcadémie royale de médecine, tandis 
que la médication antiphlogistique , employée convenablement 
et en temps opportun, compte des succès nombreux tant sur 
rhomme que sur les chiens (^voy. p. 333 à 338 et p. 372 de ma 
Toxieol.yh^ édit.) ; qu'il estpeuconforme aux véritables principes 
de la science*; de considérer comme étant l'effet d'une action hy- 
posihéniêante àes phénomènes d'abattement, la petitesse et la 
faiblesse du pouls , le refroidissement du corps , la diminution 
de la contractilité et d'auireis phénomènes de ce genre que Ton 
observe dans certains cas d'empoisonnement par l'acide arsé- 
nieux, parce qu'ils existent aussi, sinon tous, du moins en 
gk*ande partie dans quelques maladies évidemment inflamma- 
toires contre lesquelles les antiphlogistiques sont suivis de suc- 
cès^ telles que la fièvre typhoïde à sa dernière période, et dans 
d'autres affections que l'on pourrait appeler spétifiques telles 
que le choléra asiatique , maladie dans laquelle la saignée a été 
sottveBt pratiquée avec avantage. 

It» Que Tàction èpéciale exercée pair Tacide arsénieux Sfe 
rapproche assez de l'action Uénique ou excitante, pour qUe Ton, 
ne dut pas balancer à l'envisager comme telle, s'il fallait absolu- 
ment ta ranger datas l'une ou l'autre des actions êténique où 
kyposthénisante ; que les faits recueillis jusqu'à ce jour chez 
l'homme sont d'accord avec cette opinion , adoptée aujourd'hui 
par ÎDufe leà praticiens, sans idées préconçues, qtti ont eu oc- 
casion d'examiner des individus empoisonnés par des doses 
d'acide arsénieux qui n'amenaient la mort qu'au bout de quel- 
ques jours (1). 

(i] Je devrais peùt-élré laisser dans Toubli, où elle est justement tombée, Po- 
pinion émise il y a quelques années par M. Rognella qui^ voulant i'aiie du bruit, 
hvaît cherché à Ihire prévaloif* en France la manière de voir de Kasori, de Oiaco* 



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— 344 — 

18° Que, d'après Jmger^ l'action dont je parle aurait pour ef- 
fet de déterminer la lésion du cœur et de détruire la contracti- 
lité. Suivant Brodie, le système nerveux et les organes de la 



miniy etc.; il ne prétendait à rien moins qu*à prouver que la saignée était funeste 
dans le traitement de rempoisonuement par les préparations arsenicales^ et c{u'il 
fallait de toute nécessité combattre cet empoisonnement par des toniques et des 
stimulanSy tels que le bouillon, le vin ou Teau-de-vie mélangés avec une certaine 
quantité d*opiura ou de laudanum. L*Âcadémie de médecine saisie de ces absurdes 
prétentions, renvoya M. Rognetta devant une commission composée de cinq de ses 
membres; des expériences furent faites en présence de cette commission et sous la 
direction de M. Rognetta. Dans un premier rapport qui avait été rédigé par Olli- 
vier (d'Angers), les commissaires qui évidemment n'étaient ^nère versés dans ces 
sortes de matières, faisaient au travail de M. Rognetta un honneur que certes il 
ne méritait pas; ils concluaient en disant que les idées de l'auteur demandaient à 
être examinées de nouveau. Ce simulacre d'encouragement fut pour le médecin 
napolitain une occasion de fausser l'opinion publique, en écrivant et en répétant 
pendant' dix mois et plus, avec une audace dont il n'y avait pi(S eu d'exemple 
jusqu'alors, que l'Académie, jugeant en dernier ressbrt^ avait adopté Vemj^Xoi des 
toniques et proscrit la saignée. Irrité d'une pareille manière de procéder et dési- 
reux de connaître ce qu'il pourrait y avoir de réel dans cette théorie, je me livrai 
, à des recherches minutieuses, qui ne tardèrent pas à me convaincre que M. Ro- 
gnetta avait induit l'Académie et le public en erreur. Je lus un mémoire à cette 
société savante, le ao octobre 1840, après avoir fait cent cinquante-sept expérien- 
ces, dont je donnai les détails (voy. Archives de médecine, septembre 1841), et je 
démontrai la fausseté de toutes les assertions émises par M. Rognetta. Toici les 
principales conclusions de mon travail : 

1** On tue indistinctement tous les chiens dans l'espace de vingt-quatre à 
trente-six heures, en les soumettant uniquement, et à des intervalles de tveis heu- 
res, à Taclion de cinq ou six doses de la médication à-la-fob tonique^ excitante et 
narcotique proposée par M. Rognetta (mélange de bouillon^ de vin, d'eau-de-vie 
et de laudanum^. 

2® Les chiens qui ont avalé 3o, So ou 60 centigrammes d'acide arsénienx en 
poudre fine guérissent presque constamment par l'administration de quelques 
doses de bouillon tonique et spiritueux, s* ils vomissent à plusieurs reprises peu 
après Vingestion du poison. Ce résultat ne saurait être attribué à l'action sténique 
du médicament ; car on l'obtient de même , et plus sûrement encore, en foisant 
avaler simplement de Veau tiède aux chiens qui se trouvent dans les mêmes con- 
ditions. Dans tous les cas où la médication tonique détermine des vomissemens 
très abondans, le rétablissement des animaux est plus rapide, commQ on devait le 
prévoir. Si l'œsophage est lié, pendant quelques heures seulement, avant l'ingestion 
Bu médicament tonique-spiritueux, la mort survient en générai, et si qudqoes 
animaux guérissent, étant placés dans celte dernière condition, c'est que les vomis- 
semens se sont manifestés aussitôt après que le lien a été détaché, ou bien que 
les animaux ont prodigieusement uriné , sous l'influence de la médication 
tonique. 

3° Les chiens empoisonnés par 3o, 5o ou 60 centigrammes d'acide arsénieux 



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— 345 — 

circulation soBt atteints, en sorte que la mort est le résultat im- 
médiat de la suspension des fonctions du cœur et du cerveau, et 
si les animaux ne succombent pas aux premiers accidens pro^ 
duits par le poison , si l'inflammation a le temps de se dévelop- 



en poudre^ et traités par une furie décoction de quinquina^ périssent tous, si l'œ- 
sophage a été maintenu lié pendant dix à quinze heures. 

4^ Les chiens auxquels on laisse la faculté de vomir, guérissent en leur donnant 
seulement de Veau tiède, même lorsqu'ils ont avalé xzo grammes d'acide arsénieux 
eo poudre, si à la suite de cette médication, qui peut n'être employé qu'au bout de 
quelques heures, ils voijaissent promptement et à plusieurs reprises. 

5^ On guérit un grand nombre de chiens empoisonnés par 20, 3o ou 5o centi- 
grammes d'acide arsénieux en poudre^ à l'aide de la saignée^ alors même que l'œ- 
sophage a été maintenu lié pendant trois, quatre ou cinq heures , si les animaux 
nrineot passablement. 

60 Le bouillon Ionique et excitant n empêche pas la guérison des chiens empoi- 
sonnés par a 5 centigrammes d'acide arsénieux dissous dans Veau, pourvu que des 
vomiasemens aient lieu quelques minutes après Tempoisonnement ; car s'il s'est 
écoulé une heure et demie depuis l'intoxication, sans que les animaux aient vomi, ils 
périssent tous sans exception, de quelque manière et a quelque dose que le bouillon 
soit administré. 

7<* Tous les chiens empoisonnés par a 5 ou 3o <%ntigrammes d*acide arsénieux 
dissous dans Veau, qui vomissent abondamment quelques minutes après l'empoison- 
nement, guérissent au bout de quelques heures, en leur faisant prendre simple- 
ment de l'eau tiède, alors même que le liquide n'est ingéré pour la première fois 
qu'une demi-heure^ une ou deux heures après l'ingestion du poison. 

S** Les chiens placés dans la catégorie qui précède guérissent tout aussi facile- 
ment en employant à-la-fois et la médication aqueuse et la saignée; celle-ci, en la 
supposant même inutile, n'est donc pas nuisible dans l'espèce. 

9^ D'où il suit que les toniques devront être soigneusement .proscrits, parce 
qu^ils sont inutiles et qu'ils peuvent nuire. 

Depuis la lecture de ce mémoire, M. Rognetta réunit un grand nombre de fois 
la eommission de TAcadémie, dans le but de prouver les merveilleux effets de la 
médication tonique excitante sur des chevaux empoisonnés par l'acide arsénieux. 
On prétend, disait-il, que les chiens que j'ai sauvés par les toniques n'ont 
été guéris que parce qu'ils ont vomi ; eh bien ! je vais répéter mes expé- 
riences sur des chevaux, animaux qui ne vomissent pas. Qu'est-il résulté? Dix- 
huit ou vingt de ces animaux ont été consacrés à ces expériences; on leur a fait 
prendre des doses d'acide arsénieux suffisantes pour les tuer dans l'espace de quel- 
ques jours, et on leur a administré du bouillon, de l'eau-de-vie pure ou des narco- 
tiques ; le traitement était dirigé par M. Rognetta : tous les chevaux sont morts, à 
l'exception d'un seul que Ton a abattu le vingtième ou le vingt-deuxième jour ; 
plusieurs d'entre eux ont péri plus vite que d'autres chevaux empoisonnés de la 
même manière et qui n'avaient pas été soignés. On devait s'attendre à un pareil 
résultat en opérant sur des animaux qui ne vomissent pas, et qui ne peuyent par 
«ouséquent pas se débarrasser promptement du poison qui leur a été donné. Il est 
du devoir de la commission de l'Académie de faire au plus tôt son rapport, et de 



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- 346 — 

per, il n'y a point de doute qu'elle ne puisse anéantir la tiè; 
Earle rapporte, scoute Brodte , qu'une fbmme qui avait pris Aè 
l'acide arsénieux, résista aux symptômes alarmans qui se décla- 
rèrent d'abord, mais qu'elle mourut le quatrième jour ; à rouver"^ 
ture du cadavre, on trouva la membrane muqueuse de l'estomac 
et des intestins ulcérée dans une très grande étendue (Philoêo- 
phical Trans.j année 1812). Le docteur Smith pense atissl 
que l'acide arsënieux exerce une action spéciale sur le cœur, et 
que la mort générale n'arrive que par l'interversion ou la cessa- 
tion des mouvemens de cet organe. Le résultat de mes obserta-^ 
tlons me porte à croire que l'acide arsénieux tue en agissant sur 
le système nerveux et sur le cœur dont il anéantit la contracti- 
lité et dans le tissu duquel il développe assez souvent unercon- 
^stiob appréciable après la mort; on sait d'ailleurs que les 
fonctions de ce dernier organe sont constamment altérées pen- 
dant la vie des malades qui sont sous l'influence dé ce poi- 
son. Je pense aussi qu'il eierce une action délétère sur le 
canal digestif, car indépendamment des symptômes qui annon- 
cent une altération constante de cet organe, il n'est pas hire de 
le trouver enflammé aprèâ la mort^ alors même que le poison à 
été appliqué sur le tissu cellulaire ou injecté dans une ca" 
vite' séreuse. 

Dés arsénites. 

Cotaoment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par un arséniie? 
Les arsénites solùbles de potasse, de ^ôudë et d'ammoliia^ 

stigibatisèr comme il cûDyiéttt ud mode de traitement à-1a-fô$s ihceDdiaik*ë et ab-^ 
sarde, qt)i n*est, en définitive, que le réfé d'une imagination égarée. 

Te ne quitteriai pas ce sujet sans dire que &es expériences sur les diurétir^ot^i ël 
snr la saignée ont été tentées aussi sur des bhevaux par M. Rognetta, en pMsèbtè 
dé la même commission, et que la plupaï't des animaux ont succombé. Maié bés et- 
tiériénces ont été tellement mal dirigées, qu*il serait insensé d'en tenir compte : 
ainsi, peu de temps après avoir empoisonné ces animaux, on les saiignait, on foie» 
oii leur administrait des diurétiques. Je n'ai jamais proposé une pareilh méthoÂe 
de traitement, puisque j*ai toujours dit: Commencez 'par évaduèr la majeure peu^ie 
du poison contenu dans le canal digestif , et ce n*est qu'après avoir obtenu ce ré- 
sultai que vous aurez recours aux diurétiques. Quant à la saignée, J'ai constamment 
conseillé de ne la pratiquer que dans les cas où il y aurait réaction évidente^ èl ja- 
tnais dans les premiers momens de Tempoisonnement. 



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— 847 — 

que I sHls sont solides, sont décomposés sur leç charbons ar- 
dens qui enlèvent Toxygène à Tacide arsénieux, et il se dé- 
gage des Tapeurs d'arsenic, d'une odeur alliacée. Gbauflfés 
dans un petit tube de Terre aTCc du charbon , ils donnent de 
Tarsenic \V, page 201). Dissous dans Feau et mis en très pe^ 
tite proportion ( une ou deux gouttes ) dans l'appareil 4e 
Marsh modifié, ils fournissent à l'instant même des taches sorse- 
nicales ou un anneau. L'acide sulfhydrique n'altère pas ces dis- 
solutions à moins qu'elles ne soient concentrées; dans ce dernier 
cas elleë se colorent en jaune ^ les sulfures soliibles les préef|)i- 
tent au contraire constamment {V, Sulfure iâui^e d'arsenic, 
p. 207). L'acide chlorhydrique en sépare de l'acide arsétiiétixpill- 
Térulent , à moins qu'elles ne soient trop étendues. Le cblortiré 
de platine les précipite en jaune serin, tandis qu'il est sans ik^ 
tîon sur l'acide arsénieux. 

Teinture minérale de Fowler, Elle est composé d'eau dt^ 
tillée (500 grammes), d'acide arsénieux (5 grammes)^ de carbôf- 
nate de potasse (5 grammes), et d'alcool de mélisse composé 
(16 grammes). Liquide laiteux, d'une ddedr aromatique, Tcrdis- 
sant le sirop de Tiolettes , sans action sur l'acide sulfhydrique, 
précipitant en jaune par les sulfures solubles (sulfuré d'ar^nic), 
et ne se troublant pas avec l'acide chlorhydrique. Mis dané ïip- 
pareil de Marsh j il fournit à l'Instant des taches arsenicales. 

Les arsébites agissent sur l'économîie animale, comme l'aèidè 
àfrsénîeux , et avec beaucoup d'énergie. S*ils étaient mêlés à déi 
inatières organiques, il faudrait, pour déceler là présence dé Fâ- 
cidé sirsénieux qu'ils renferment, agir coDÉnme je l'ai dit eh parïahi 
de ce toxique (F. page 21S). 

De farsénite de hioèyde de cuivre {vert de Seheehj M^i 
de Schweinfurt^. 

L'arsénite de cuivre est sous forme d'une poudre verte, doflt 
les nuances varient suivant la manière dont il a été ptépkré'- il 
est insoluble dans l'eau, et se décompose en t>épandant iéfié 
ùdeur alliacée j lorsqu'on le met sur les charboh* ardehs 5 Si OU 
te fait bouillir avec une dissolution de potasse^ on le tt*ahsf)A^éi 



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— 348 — 

en arséniate de potasse soluble, et en protoxyde de cuivre ; si 
on filtre, celui-ci restera sur le filtre , et pourra être réconnu , en 
le dissolvant dans l'acide azotique qui donnera de l'azotate 
de cuivre , dont le métal pourra être précipité , à Taide d'une 
lame de fer ou de zinè : quant à la liqueur filtrée, on s'assurera 
qu'elle renferme un arséniate, par les moyens qui seront indi- 
qués en parlant des arséniates, et notamment par la réduction de 
l'arsenic. Introduit dans l'appareil de Marsh modifié l'arsénite 
de cuivre fournit aussitôt de l'arsenic. 

S'il s'agissait de prouver, comme cela a déjà eu lieu plusieurs 
fois, que des bonbons ont été colorés par de l'arsénite de cuivre, 
on mettrait un de ces bonbons dans de l'eau distillée, en le te- 
nant entre les doigts ; puis, à l'aide d'un pinceau très fin, on dé- 
tacherait les parties colorées qui ne sont qu'à la surface; l'arsé- 
nite de cuivre se précipiterait *, on agirait de même sur plusieurs 
autres bonbons, afin de se procurer une plus grande quantité 
d'arsénite que l'on reconnaîtrait comme il vient d'être dit. 

De f acide arsénique. 

Comment peut-on reconnaître l'empoisonnement déterminé par 
cet acide? 

L'acide arsénique est «o/fW^, blanc , incristallisable , inodore, 
doué d'une saveur aigre, caustique et métallique ; il rougit l'eau 
de tournesol ; son poids spécifique est de 3,391. Si, ap^ l'avoir 
desséché, on le met sur des charbons incandescens, il se décom- 
pose, cède une portion de son oxygène au charbon, et se trouve 
transformé en arsenic qui se volatilise et répand des vapeurs 
d'une odeur alliacée. Lorsqu'on le mêle avec du charbon et de 
la potasse pulvérisés , et que l'on chauffe le mélange dans un 
tube de verre étroit, on obtient de l'arsenic {Foyez page 
201). Introduit dans un appareil de Marsh modifié, il fournit 
aussitôt des taches arsenicales et un anneau {F. page 58). Il est 
déliquescent, et par conséquent très soluble dans l'eau. Sa dis- 
solution aqueuse concentrée est incolore, sapide, et précipite 
en blanc les eaux de chaux et de baryte : les arséniates précipi- 
tés se dissolvent facilement dans un excès d'acide arsénique ; si 



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— 349 — 

on la verse dans de l'acétate de cuivre dissous, on obtient sur-le- 
champ un précipité blanc bleuâtre d*arséniate de cuivre; l'azo- 
tate d'argent cristallisé et dissous dans l'eau distillée, est préci- 
pité en rouge brique par l'acide arsénique : l'arséniàte d'argent 
formé, étant soluble dans l'acide azotique, ne se précipiterait 
point, si l'on employait de l'azotate d'argent avec excès d'acide. 
Un des caractères les plus importans, consiste à faire chauffer 
la dissolution d'acide arsénique , étendue ou eoncenirée , dans 
une fiole à médecine avec de l'acide sulfhydrique liquide : à me- 
sure que le liquide s'échaufiera , il se troublera et jaunira ; au 
bout de quelques minutes d'ébuUition, il deviendra d'un très 
beau jaune, et laissera déposer par le refroidissement du sul- 
fure jaune d'arsenic , que l'on reconnaîtra aux caractères in- 
diqués à la page 207. Il est évident que, dans cette expérience, 
l'oxygène de l'acide arsénique s'est combiné avec l'hydrogène 
de l'acide sulfhydrique pour former de l'eau. Si la dissolution 
d'acide an^nique était excessivement faible , on commenc^^it 
par la faire bouillir avec quelques gouttes d'acide sulfureux li- 
quide qui la ramènerait à l'état d'acide arsénieux. On chasserait 
l'excès d'acide sulfureux par l'ébullition , puis on ferait passer 
dans la liqueur un courant de gaz acide sulfhydrique. 

L'action de l'acide arsénique sur l'économie animale ne dif- 
fère point de celle qu'exerce l'acide arsénieux ; mais elle est en- 
core plus énergique {F. page 331). Il est absorbé. 

Des arséniates so lubies. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par ces arséniates? 

Les arséniates de potasse , de soude et d'ammoniaque, offrent 
les caractères suivans : ils sont solidesy blancs, inodores, acides 
ou neutres, par conséquent jouissant ou ne jouissant point de 
la propriété de rougir l'eau de tournesol. Lorsque, après les 
avoir réduits en poudre, on les met sur des charbons ardens, ils 
répandent des vapeurs blanches d'une odeur alliacée, ce qui 
dépend de la décomposition de l'acide arsénique , et de la vola- 
tilisation de l'arsenic {F. âcide aks&niquB|P. 348). Mêlés avec 



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— aso — 

4« charbon pulvérisé, et chauffés dans un petit tube de verre, ils 
sont décomposés et fournissent de l'arsenic {F. page 301). In- 
troduits dans un appareil de Marsh modifié ils donnent des ta- 
ehes arsenicales et un anneau (J^. page 258). Ils se dissolvent 
dans Teau ; le solutum eoneentré n^est point troublé par Tacide 
ehlorhydrique (ce qui les distingue des arsénites). Ils agissent 
fiur l'azotate d'argent dissous, sur la pierre infernale, et sur l'a- 
cétale de cuivre, comme Tacide arsénique (/^. page 348). Us 
précipitent le sulfate et l'azotate de cuivre en blanc bleuâtre : le 
précipité est de l'arséniate de cuivre. Ils fournissent avec le 
chlorure de cobalt un précipité rose d'arséniate de cobalt, pour- 
vu que le chlorure ne soit pas acide j car alors l'arséniate de co- 
balt serait dissous par l'excès d'acide , et le précipité ne paraî- 
trait point. Il suffit de les laisser en contact pendant douze ou 
quinze heures avec de l'acide sulfhydrique liquide, et quelques 
gouttes d'un autre acide à la température de 15 à 20^, ou de faire 
bouillir ce jaoélange pendant quelque temps pour les décompo- 
ëêretenpréeipiter du sulfure jcbune d'arsenic, Siladissolu' 
Uon aqueuse d'arséniate était très affaiblie^ on la traiterait 
par l'acide sulfureux et par l'acide sulfhydrique {F. âgide arsé- 
nique, p. %k&). 

Les arséniates agissent sur l'économie animale comme les au- 
tres préparations arsenicales {F. page 331). 

M. Bouley jeune a administré de l'arséniate de potasse à sept 
chevaux qui ont tous succombé. On a trouvé des traces d'une 
vive inflammation dans l'estomac, les intestins et la vessie, et 
des ecchymoses dans le ventricnle gauche du cœur. Le dia- 
phragme d'un de ces chevaux était déchiré près de ses attaches au 
sternum (Séance de l'Académie de médecine <, du 20 octobre 
1834). 

De l'arsenic et des vapeurs arsenicales. 

L'arsenic est-il vénéneux? Voici ce que je disais dans la pre- 
mière édition de cet ouvrage, en 1814. 

« Bayen a donné à des chiens jusqu'à 4 grammes de ce mé- 
4< tal récemment préparé sans que leur santé ait été sensible- 



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— 35t -- 

<( meut altérée. Renault a fait prendre à ces animauiL 8 grammes 
«^ de mispickel (alliage formé d'arsenic et de fer) : ils n'ont ja- 
f^ n^ais eu de nausées ni de vomissemens , et il n'est résulté au- 
« cun dérangement dans leurs fonctions. Ce fait semble conAr- 
1^ mer les résultats obtenus par Bayeq , mais il ne suffît pas pour 
« mettre l'innocuité de l'arsenic métallique hors de doute ; car, 
a fjians plusieurs expériences, U est arrivé que l'administration 
« de cette substance a causé la mort des animaux auxquels on 
a l'avaU fait prendre. Cet effet dépendait-il de la facilité avec 
u laquelle l'arsenic se convertit en acide arsénieux dans l'es- 
<^ tpmac?» 

Depuis cette époque j'ai été chargé, avec MM. Çarruel et Che- 
vfdlier, d'une expertise médico-légale dont les résultats établis- 
sent l'action vénéneuse de ce métal; en effet, nous avons con- 
staté que la matière extraite de l'estomac du cadavre de J. L., 
soupçonné mort empoisonné , était formée d'un mélange d'ar- 
$enie^ d'oxyde de fer, de sable quartzeux et de paillettes de 
mica; l'arsenic formait la moitié du poids de ce mélange, 
qui se présentait sous forme d'écaillés à éclat métallique, 
dont quelques-unes avaient la couleur gris d'acier, tandis que 
d'autres étaient irisées; ces dernières avaie^ la plus grande 
ressemblance avec le cobalt ou l'arsenic du commerce pulvé- 
risé. Un gramme de cette matière administré à des chiens a 
déterminé les symptômes de l'empoisonnement par les prépa- 
rations arsenicales, et les animaux sont morts au bout de dix 
heures; nous nous sommes assurés que les liquides contenus 
dans l'estomac et dans les intestins de J. L. ne contenaient au- 
cune trace d'acide arsénieux , en sorte que l'empoisonnement 
avait été l'effet de l'arsenic à l'état pulvérulent (Rapport par 
MM. Orila , Chevallier et Barruel , Journal de chimie médi- 
cale, année 1839, page 3). 

L'observation publiée par M. Batilliat dans le Journal de 
chimie médicale (année 1 840 , page 33), sous le titre i* empoison- 
nement par l; arsenic métallique j n'est pas, à beaucoup près, 
aussi probante que celle dont je viens de parler, car il est évi- 
dent que les accidens éprouvés par MM. S..., père et fils, 
après avoir bu du vin contenu dans une bouteille au fond de 



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— S52 - 

laquelie il y avait de Tarsenic, dépendaient d'une certaine 
quantité d'acide arsénieux qui s'était formé aux dépens de 
l'arsenic qui avait été pendant huit mois en contact avec le 
vin. 

Comment reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu par 
V arsenic ? 

J'ai déjà donné les caractères de l'arsenic sous forme de /a- 
che8 et ^'anneau (f^. pages 265 et 269). 

L'arsenic en mat$e est solide, gris d'acier et brillant lors- 
qu'il est récemment préparé ; sa texture est grenue et quelque- 
fois écailleuse, sa dureté peu considérable, sa fragilité très 
grande et son poids spécifique est de 5 , 189 ; il est insipide, et • 
répand une légère odeur quand on le frotte. Il se sublime si on le 
chauffe en vaisseaux clos. Il est terni par le contact de l'air, 
s'il est en poudre fine. Mis sur les charbons ardens, il se 
volatilise en donnant une fumée d'une odeur alliacée. L'a- 
cide azotique agit sur lui comme sur les taches arsenicales et 
sur l'anneau (/^. p. 265 et 269) ; il ne fournit point de gaz hy- 
drogène arsénié, quand on Tintroduit dans l'appareil de Marsh 
modifié. 

Fapeurs arsétdealeê, Takénius fut atteint d'une toux consi- 
dérable, d'une grande difficulté de respirer, de vives coliques, 
de pissemens de sang, de convulsions, etc., pour avoir été exposé 
pendant quelque temps aux vapeurs qui sortaient d'un appareil 
dans lequel on sublimait de l'arsenic. L'usage du lait et des hui- 
leux dissipa ces accîdens ; mais il lui resta pendant long-temps 
une toux sèche et une espèce de fièvre hectique. L'emploi des 
boissons adoucissantes et des choux pour aliment fit cesser ces 
symptômes (1). 

« Inspirées en grande quantité, dit M'ahoa, les vapeurs arse- 
nicales rendent la bouche et la gorge sèches , arides et enflam- 
mées; elles produisent d'abord l'éternuement, puis la suffoca- 
tion, l'asthme, une toux sèche, des anxiétés, des vomîssemens, 
des vertiges, des douleurs de tête et des membres, des tremble- 



(1) HxppocRATKs, Chymîcusj cap. xxiv. 



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~ 353 — 

mefis; et quand elles ne donnent pas la mon, elles conduisent à 
la phthisie pulmonaire (1),» 

Lorsqu'on fait respirer les animaux dans de Tair contenant de 
Tarsenic en vapeur, Tefifet du poison ne doit pas seulement être 
rapporté à la vapeur déposée sur la membrane muqueuse pul- 
monaire, mais aussi et surtout à Tarsenic, qui, après s*étre ar- 
rêté à la surface de rarrière-bouche, pénètre dans Testomac par 
les mouvemens de déglutition, circonstance qui explique bien 
pourquoi la plénitude de Testomac a une influence presque égale, 
soit que Farsenic soit pris dans l'air, sous forme de vapeur, soit 
qu'on le porte directement dans la cavité digeslive. L'arsenic 
respiré avec l'air est absorbé par le système veineux et non 
par les lymphatiques et les vaisseaux lactés; aussi M. Chatin 
Ta-t-il trouvé dans le sang et no7i dans le chyle du canal tho^ 
raeique. L'arsenic introduit sous forme de vapeur est éliminé 
surtout par l'urine, mais aussi par le tube intestinal et par la 
peau ', l'élimination est toujours complète au plus tard du 12* au 
15* jour (Chatin). 

De l'oxyde noir d'arsenic et de la poudre au» mouches. 

Comment reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu par ces 
corps? 

L'oxyde noir est terne, sans éclat, peu dur et très friable. Il 
est décomposé par les charbons ardens, avec dégagement de va- 
peurs arsenicales d'une odeur alliacée. Mis dans l'appareil de 
Marsh modifié , il fournit des taches arsenicales et un anneau. 
L'acide azotique agit sur lui comme sur l'arsenic. 

La poudre aux mouches est formée d'arsenic et d'une petite 
quantité d'oxyde d'arsenic. On la trouve aussi, dans le commerce, 
en pains composés de lames irrégulièrement arrangées; elle se 
comporte avec le feu et l'acide azotique comme l'oxyde d'arse- 
nic ; introduite dans l'appareil de Marsh modifié, elle donne des 
taches arsenicales et un anneau. 

L'oxyde d'arsenic et la poudre aux mouches sont vénéneux, 

(1) Mahov, Médecine légale, tome ii, page 329, ano. 

III. 28 



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— »54 — 
comme on peut s'en assurer en Usant les expériences de Renanh 
(voy. ma Toxicologie^ p. U^d, tome i*', U^ édition). 

D^ riodure d'arsenie. 

Comment peut-on reconnaître que rempois(mnemeiil; a eu lien 
par Fiodure d'mrsenic ? 

Cet iodureest solidOi d'un beau rouge de laqoe, tràs fàsibie et 
solnble dans Teau bMùUante. Inurodnit dans un appareil de 
Marsh modifié, U donne k Tintant même de larges et belles U^ 
elles arsenicales et un anneau. Si on le fait bouillir avec de Fa- 
cide azotlqifts concentré, il fournit de Tiode en vapettrê vwhé* 
tei^ de l'acide azoteux orangé rotigeâtre^ et un produit solide 
composé d'addes arsénique et iodique, lequel, après quelques 
iastans d'^uliidon avec de l'adde sidâireux, se trouve n'être pUn 
qu'un mélange d'acide arsénique et d'acide sulfurique. Q «uâit 
alors d'évaporer ce mâange jusqu'à sicdté pour obtenir uae 
masse blanche qui se colore en rouge brique par l'azolaited^argeiift 
(arséniate d'argent). La dissolution aqueuse d'iodure d'arsenic 
est pfécipitée €a laune par l'acide sulfhydriqoe (sul&ire d'arse- 
nic), et colorée en bleu violacé par l'amidon, pourvu que l'on 
i^oute deux ou trois gouttes de chlore. 

D'après M. Thomson, cet iodure est un poison énergique qui 
exerce une influence délét^ sur les centres nerveux et sur le 
cœur^ et qui détruit l'irritabilité de l'estomac, soit qu'il ait été 
Introduit dans le canal digestif, soit qu'il ait été appliqué sur les 
surfaces séreuses pu muqueuses ou sur des plaies. Indépendam- 
ment de cette action, il enflamme les parties qu'il touche ^ il ra«- 
mollit et gélatinise en quelque sorte la membrane muqueuse 
gastrique, en dévdoppant même quelquefois des ulcérations (An- 
tony Todd Thompson. Journal de Ch. médiealey année 1839, 
page 38$)- 

Des sulfures d* arsenic jaune et rouge. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par l'un de ces sulfures? 



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- 356 — 

Sulfure juune d* arsenic artificiel, obtenu anec la disso- 
lution d'acide arsénieux et ¥ acide sulfhydrique. Il est so- 
lide, jaune, pulvérulent ou en masse, et très soluhle dans l'am- 
moniaque; la dissolution est incolore si le sulfure est pur. 
Lorsqu'on le chauffe avec un alcali et du charbon , il donne de 
l'arsenic (voyez pour ce caractère important la page 208). S'il 
a été bien lavé, il ne fournit point d' arsenic quand on l'in- 
troduit dans un appareil de Marsh , à moins qu'on ne l'ait 
IMPéalablement fait chauffer dans une petite capsule de porcelaine ' 
«vec de l'acide azotique , pour le transformer en acides sulfa- 
rique et arsénique, 

M. de Courdemanche a Hait connattre le premier une propriété 
remarquable de ce sulfure: lorsque, après l'avoir bien lavép(mv 
le priver de l'acide arsénieux qu'il pourrait retenir, on le fiik 
bouillir avec de l'eau distillée, on le décompose, et l'eau est égale- 
mMC décomposée , en sorte que l'on obtient de l'acide suUby^ 
dHque gazeux et de l'acide arsénieux qui reste en dissdutioii. 
Si Ton. agit avec de l'eau distillée, à la température de 10 à 12% 
le même phénomène a lieu, mais il est à peine sensible , et il 
faut , pour le rendre manifeste , un contact de cinq à six jours. 
Si le sulfure jaune pur est ajouté à du vin, à du bouillon gras, k 
dtt bouillon aux heit^es, à du cidre, à du café, à une ^coc- 
thMi de racines , il s'y décompose plus facilement que dass 
l'eau, soit à froid, soit à chaud (Journal de Chimie médiemle^ 
tome iii). 

L'action du sulfdre jaune «d'arsenic sur l'économie animale ne 
dtfS^ point de cdle qu'exerce l'acide arsénieux, niais elle est 
beaucoup moins énergique (voy, p. S81). Il est probable que ce 
sulfure ne doit ses propriétés vénéneuses qu'à l'acide arsénieux 
qui doit se développer pendant son séjour dans l'estomac, d'après 
les expériences de M. Courdemanche. 

Sulfure j au/ne d'arsenic artificiel préparé en sublimant 
dans des va^es en fonte de l'acide arsénieux avec une cer^ 
taine quantité de soufre. Il contient, d'après M. Guibourt, 6 par- 
ties de sulfure et 9ti d'acide arsénieux sur 100. Il doit donc être 
beaucoup plus vénéneux que le précédent. Il est solide, jaune, 
assez pesant ; mis dans un appareil de Marsh modifié, il donne à 



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— 35G — 

rinstant même de larges taches arsenicales et un anneau , parce 
qu'il renferme une énorme proportion d'acide arsénieux ; irailé 
par Veau distillée bouillante , il fournit une dissolution conte- 
nant beaucoup d'acide arsénieux. Si on Tépuise par ce liquide, 
il laisse du sulfure jaune, offrant, à peu de chose près, les pro- 
priétés du sulfure précédent fait par la voie humide. 

Sulfure jaune d'anenic naturel (orpiment natiO« Il est 
solide, luisant, d'un jaune citrin tirant un peu sur le verdâlre-, 
son tissu est composé de lames translucides brillantes, quelque- 
fois d'un poli très vif; traité par l'eau distillée bouillante , il 
cède à celle-ci une petite quantité d'acide arsénieux; 11 est dé- 
composé par les alcalis , comme les précédens. Il agit sur l'éco- 
nomie animale comme les autres poisons arsenicaux : toutefois, 
son action est peu intense. 

Sulfure rouge d'anenic na/f/(réalgar). Il est solide, rouge, 
avec une teinte d'orange lorsqu'il est en niasse, orangé quand il 
a été réduit en poudre : il s'éclate aisénient par la pression de 
l'ongle ; il se comporte avec les alcalis comme les sulfures précé- 
dens (p. 355) ; il fournit à l'eau distillée bouillante gr. 0,15 sur 
10 grammes. Il agit comme les autres préparations arsenicales; 
mais il est peu énergique. 

Il résulte évidemment de tout ce qui pi*écède, que l'empoison- 
nement peut encore avoir lieu par le sulfure d'arsenic, lors 
même que celui-ci n'a pas été avalé; en effet, qu'un individu 
prenne un potage, une boisson qui aura séjourné pendant quel- 
que temps sur un de ces sulfures, l'acide arsénieux que contien- 
dra ce sulfure sera en partie dissous, et pourra occasionner la 
mort ; si le sulfure ne renferme point d'acide arsénieux, il pourra 
s'en former par la décomposition de Teau , comme je l'ai dit à la 
page 355, à l'article Sulfure artificiel. 

Sulfure d'anenic dans un cas d'exhumation juridique. 
Lorsque, après avoir mêlé quelques décigrammes de sulfure 
jaune d'arsenic (orpiment artificiel) avec des matières alimentai- 
res, on enferme le tout dans un estomac que Ton enterre dans une 
petite boîte, on voit au bout de six, huit, dix mois d'inhumation, 
que le sulfure jaune est reconnaissable à sa couleur , et qu'on 
peut le retrouver aussi facilement que si l'examen des matières 



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— 357 — 

eût été fait le lendemain de la mort. Si, au lieu d'agir ainsi, on 
avait mis le sulfure finement pulvérisé dans un vase exposé à l'air 
et contenant de Teau et des substances animales, on trouverait 
aussi plusieurs mois après du sulfure jaune d'arsenic au fond du 
vase ; mais, dans ce cas, une portion du sulfure pourrait avoir 
été dissoute par l'ammoniaque qui se produit pendant la putré- 
faction ; en sorte que s'il en était ainsi, il faudrait, pour obtenir 
toute la quantité de sulfure, filtrer la liqueur et la traiter par l'a* 
cide chlorhydrique, pour précipiter le poison. 

Question médico-légale relative au eulfure cPareenic. 

Peut-il se faire que l'on découvre de l'acide arsénieux dans le 
canal digestif d'un individu qui n'en a point avalé, mais qui a pris 
du sulfure jaune d'arsenic pur? Oui, monsieur le président. Les 
expériences de M. Gourdemanche, que j'ai répétées et trouvées 
exactes (voy. page 355), établissent que ce sulfure peut se trans- 
former en acide arsénieux en très peu de temps, sinon en totalité, 
du moins en partie, lorsqu'il est soumis à l'action d'un certain 
nombre de liquides alimentaires, à la température du corps de 
Thomme. Il y a mieux , il peut arriver alors que l'empoisonne- 
ment, qui n'eût pas été très intense si le sulfure fût resté indé- 
composé, devienne plus grave à mesure qu'il se formera de l'a- 
cide arsénieux, parce que ce poison est plus actif que le sulfure 
pur. 

Du caustique arsenical du frère Cosme, et de ta poudre 
de Rousêelot. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a été 
produit par ces caustiques ? 

Le caustique du frère Cosme est composé de 2,6 grammes 
d'acide arsénieux, de 8 grammes de cinnabre et de 60 centigram- 
mes de sang-dragon. La poudre de Rousselot est formée de deux 
parties d'acide arsénieux de 32 de cinnabre et de 16 de sang- 
dragon. On les reconnaît : i** à leur couleur rouge ; 2*" en les fai- 
sant bouillir pendant dix minutes dans cinq parties d'eau distil- 
lée, qui dissout l'acide arsénieux (voy, page 206, pour les carac- 



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— 368 — 

lères de celle dissolution) ; S*" en trsdtaiit par Vakool bouillant la 
portion du caustique épuisée par l'eau : Taicool dissout le s^g*. 
dragott et se colore en rouge foncé : aussi cette dissolution préci- 
piie-t-elle en orangé par Feau ; 4» en desséchant le cinnaiMre, 
qui n'a été dissous ni par Feau ni par Talcool, et qui, par consé- 
quent, reste sous forme d'une poudre d'un beau rcmge : cette 
poudre 9 chaufiëe avec de la potasse dans un tube do verre , 
se décompose, et fournit du mercure métallique et du sulfure 
de potassium. 

Il résulte des expériences tentées jusqu'à ce jour sur les ani- 
maux, et des observations recueiMîes chet l'homme, 1** que l'ap- 
plication extérieure de poudres contenant une assez forte dose 
d'acide arsénieux pour cautériser, peut être suivie des plus 
grands dangers ; 2° que les symptômes de l'empoisonnement dé- 
terminé par ces poudres ne diffèrent point de ceux que produit 
l'acide arsénieux ; S** qu'il importe, lorsqu'on juge convenable 
d'employer de pareils caustiques , de les préparer avec la plus 
petite quantité possible de cet acide. 

ARTICLE VIII. — DES SELS d'anTIMOINE , DE MERCURE , DE 
CUIVRE, DE PLOMB, d'ÉTAIN, DE BISMUTH, d'aRGENT, d'oR ET 
DE ZINC. 

Les toxiques compris dans cet article ont une saveur acre 
métallique plus ou moins analogue à celle de l'encre, moins caus- 
tique qtie celle des acides et des alcalis concentrés; ils détermi- 
nent le plus ordinairement les symptômes suivans : sentiment 
deconstriction à la gorge, douleurs dans la bouche, le pharynx, 
l'estomac et les intestiifê, qui sont d'abord légères, puis de- 
viennent insupportables; nausées, vomissemens fréquens de 
matières de couleur variable, souvent mêlées de sang, ne faisant 
point efierveseence sur le carreau ,, ne verdissant jamais le sirop 
de violettes, pouvant rougir l'eau de tournesol^ mais à un degré 
très faible $ constipation ou diarrhée : la matière des déjections 
alvines est quelquefois sanguinolente ; rapports fréquens et sou- 
vent fétides 'y hoquet, difficulté de respirer , mejaace de suffoca- 
tioa ) le po^s, ordinairement accéléré^ petit, serré, est qudque- 



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— 35» ~ 

tm inégal y intermittent ^ soif intolérable ^ difficulté d'urine, 
enunj^s , froid glaciaL des extrémités ; mouyemens convulsii&9 
partiels on généraux; assez souvent prostratioji des forces , dé^ 
composition des traits de la face, délire ou libre exercice des 
facultés intdleetudles : mort. Il est rare de trouver tous ces 
ftynsptômes réunis chez un même individu ; quelquesruns d'entre 
eux se manifestent à mesure que la maladie fait des progrès , et 
il paît arriver alors qu'un certain nombre de ceux qui avsûatô 
signalé le début de l'empoisonnem^ott aient disparu : on voit 
même dws certaines circonstances cpie la maladie se temrâe 
sans que l'on ait observé plusieurs dec^s symptômes. 

La plupart des substances vénéneuses rangées dans cet article 
déterminent des altérations de tissu semd[)lables à celles que j'ai 
décrites en parlant des acides {v^yet page 76) : aussi me éis^ 
penserai*)e de les fahre connaître ea détail ; je ferai observer 
seulement qu'en général elles sont moins intenses. 

Des préparations d'antimoine. Du tartrate de prot&â^de 
de potassium et de protûxyde Jt antimoine (émétique, 
tartre stîbié). 

Comment peut-on reconnaître que rempoisonnement a eu lieu 
par ce sel ? 

Emétique solide. U est blanc , en poudre ou cristallisé en ' 
tétraèdres réguliers ou en pyramides triangulaires ou en tétraè- 
dres allongés, inodore, et doué d'une saveur âpre légèrement 
métallique. Lorsque, après l'avoir réduit en poudre, on le met 
sur des charbons ardens, il décrépite, puis se décompose ; l'acide 
tarlrique qui entre dans sa composition, et qui est formé d'oxy- 
gène, d'hydrogène et de carbone, fournit plusieurs produits vo- 
laUls et beaucoup de charbon : les premiers se dégagent dans 
l'air sous forme de fumée Manche^ Iç charbon décompose 
l'oxyde d'antimoine faisant partie de l'émétique, et s'empare de 
son oxygène, avec lequel il donne de l'acide carbonique ; d'où il 
résultée que X antimoine métallique est mis à nu ; et en effet, ce 
métal reste appliqué sur le charbon ; U en est de même de la 



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— 360 — 

potasse provenant du tartrate de potasse et d*antimoine décom- 
posé. On reconnaîtra que le métal obtenu est de Fantimoine aux 
caractères suivans : a) Il est solide , d'un blanc bleuâtre , cas- 
sant, et facile à pulvériser, b) Si on le fait bouillir avec de l'a- 
cide azotique, il s'empare d'une portion d'oxygène de cet acide, 
se transforme en acide antimonieux, qui ne se dissout point dans 
Tacide , qui reste au îond de la fiole sous forme d'une masse 
blanche terne, ^t qui se dissout à merveille dans l'acide chlor- 
hydrique , et fournit un chlorure liquide qui précipite en blanc 
par l'eau y et en rouge orangé par l'acide sulfhydrique (Voyez 
Chlorure d'antimoine, p. 379). 

L'émétique est efflorescent et soluble dans 14 parties d'eau 
firoide. Introduit dans un appareil de Marsh modifié , qu'il soit 
solide ou dissous dans l'eau et dans une proportion excessive- 
ment minime, il est instantanément décomposé et donne du gaz 
hydrogène antimonié , lequel étant enflammé, dépose sur une 
capsule de porcelaine froide des taches antimoniales dont j'ai 
donné les caractères à la page 274. Si, au lieu de recueillir l'an- 
timoine sous forme de taches , on veut avoir un anneau métal- 
lique, on chauffera le tube à la partie G, à l'aide d'une lampe à 
l'alcool B (voyez la figure à la page 258), sans qu'il soit néces- 
saire de faire usage d'amiante. Le gaz hydrogène antimonié 
se décoionpose avec une telle facilité par l'action de la chaleur, 
que l'on ne tardera pas à obtenir un anneau métallique bril- 
lant et bleuâtre d'antimoine, tandis que le gaz hydrogène se dé- 
gagera par l'extrémité x du tube. On chercherait en vain à con- 
denser des taches antimoniales sur la capsule £, en même temps 
qu'il se forme un anneau, tant la décomposition du gaz est facile 
et complète, pour peu que la température ait été suffisamment 
élevée à la partie G. On distinguera sans peine l'anneau antimo* 
niai de l'anneau arsenical aux caractères suivans : 1** il se con- 
dense précisément à l'endroit même où l'on chauffe le tube, tan- 
dis que l'anneau arsenical se trouve à une petite distance de la 
portion chauffée j 2* celui-ci peut être promptement déplacé et 
porté dans les diverses parties du tube, suivant que la chaleur 
de la lampe est concentrée sur tel ou tel autre point ; l'anneau 
antimonial, au contraire, ne subit aucun déplacement ; quand on 



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— 361 - 

le diauffe pendant quelques minutes , s'il y a de Tair dans le 
tube, il s'oxyde peu-à-peu, et blanchit partout où il a été oxydé, 
en sorte qu'il semble diminuer d'étendue, et alors il est en partie 
t^mposé d'une zone métallique bleuâtre et d'une zone d'oxyde 
blanc ; â® il suffit d'introduire quelques gouttes d'eau régale dans 
le tube pour dissoudre à-la-fois et instantanément l'antimoine et 
l'oxyde ; U'* le sôlutum, évaporé jusqu'à siccité, laisse de l'acide 
antimonieux jaune, très soluble dans une petite quantité d'acide 
ehlorhydrique pur; 5^ cette dissolution fournit sur-le-champ 
arec du gaz acide sulfhydrique un précipité jaune orangé de sul- 
fure d'antimoine, bien différent du sulfure d'arsenic, et avec l'eau 
distillée un précipité blanc, pourvu que la liqueur ne soit pas 
trop acide. 

DisMolution aquetise concentrée iféme'tique. Elle est in- 
odore, transparente, inodore et douée d'une saveur âpre métal- 
lique-, elle rougit l'eau de tournesol. L'eau de chaux y fait nattre 
un précipité blanc très 'abondant , soluble dans l'acide azotique 
et composé de tartrate de chaux et de tartrate d'antimoine ; la 
liqueur qui surnage le précipité ne contient plus que de la po- 
tasse. Cet alcali caustique la décompose et en sépare du pro- 
toxyde d'antimoine blanc : un excès de potasse dissout facilement 
le précipité. Les acides sulfurique et azotique précipitent en 
blanc la dissolution concentrée d'émétique. L'acide sulfhydrique 
la décompose et donne naissance à un précipité jaune orangé 
qui passe au rouge brun si on l'emploie en plus grande quantité ; 
ce précipité, composé de soufre, d'antimoine et d'eau, est légère- 
ment soluble dans l'ammoniaque, mais sans que la liqueur se 
décolore, tandis que le sulfure d'arsenic jaune est excessivement 
soluble dans l'alcali volatil , avec décoloration complète (voyez 
page 206). Uinfusum aqueux, alcoolique ou éthéré de noix de 
galle, détermine, dans la dissolution dont je parle, la formation 
d'un précipité abondant , càillebotté, d'un blanc sale, tirant un 
peu sur le jaune, dans lequel il est aisé de démontrer la présence 
de l'oxyde d'antimoine. J'ai déjà dit que la dissolution d'émétique 
fournit instantanément de l'antimoine métallique quand on l'in- 
troduit dans un appareil de Marsh. 

Dissolution €U[ue%i4e très étendue. Si la dissolution d'éméti- 



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— 36a - 

que est assez étendue pour que le painer de tournesol , l'eau ie 
chaux et Tacide sulfurique ne déterminent aucune des réactions 
qui viennent d'être indiquées^ on la traitera par l'acide sulfhy- 
drique, qui la colorera en jaune orangé, et la troublera légère- 
ment, surtout si Ton ajoute quelques gouttes d'acide chlorby*- 
drique ; l'ammoniaque pourra faire disparaître ce léger trtrable 
avec décoloration de la liqueur, exactement comme cela aiur 
rait lieu avec une diêsolii4ion trè9 étendue d'acide ané^ 
nieux; mais du jour au lendemain, le précipité jaune, ooea- 
sionné par l'acide sulfliydrique avant l'addition de l'ammoniaque, 
se sera déposé sous forme de flocons jaunee oran§éê qu'on ne 
pourra méconnaître pour du sulfure d'antimoine. Il suffira en et«- 
fet de traiter ceux-ci pendant trois ou quatre minutes par une 
faible proportion d'acide azotique cbaud, dans une petite cap- 
sule de porcelaine , de délayer le produit dam l'eau bouillante 
et de l'introduire dans un appareil de Marsh, pour obtenir des 
tâches antimoniales. J'ajouterai que la dissolution très a&iUie 
d'émétique , mise elle-même dans cet appareil , fournira égale»- 
m^t de ces taches. Enfin si , après avoir fait cea divers essd^ 
il reste encore de la liqueur, cm la concentrera par l'évaporatioD 
jusqu'au sixième de son volume et même davantage, si cela est 
nécessaire^ pour obtenir avec le tournesol, l'eau de i^uxet 
l'acide sulfurique, les réactions que j'ai dit appartenir à la disso» 
lution d'émétique concentrée. 

Emétique mélangé à des liquides alimsntairee ou médir 
camenteuXf à la matière des vomiieemene eu à celle que 
l'on trouve dans le canal digestif. Parmi les liquides végé* 
taux et animaux dont on fait usage comme aliment ou conune 
médicament , il en est qui décomposent l'émétique en totalité oa 
en partie, et qui le transforment ^ un composé entièrement in» 
soluble dans l'eau ^ si la décomposition a été comfdète , loin de 
chercher l'émétique dans la liqueur, il faudra s'attacher ^Lclosi- 
vement à démontrer que le précipité contient de l'oxyde d'anti* 
moine; si elle n'a été que partielle, on examinera à-la*fois et la 
liqueur et le dépôt. D'autres liquides végétaux et animaux m 
décomposeront pas du tout l'ém^ique, e» swle que pour déce- 
ler celui-ci , on devra nécessajurement agir aiu' le» portions H- 



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— 368 — 

quides. Le vin, la bière^ le thé , ralbuminey la gélatine , le lait, 
le bouillon 9 quelques infusions ou décoctions végétales , et les 
matières des vomissemens sont des liquides qui peuvent tenir 
en dissolution une certaine quantité d'émétique. Quoi qu'il en 
soit, Texpert appelé à résoudre le problème dont je m'occupe 
devra-t-il constater seulement qu'il existe dans les matières sui^ 
pectes une préparation antimonialO) ou bien faudra-t-il de toute 
nécessité prouver que le composé toxique est du tartrate de 
potasse et d'antimoine? Il serait à souhaiter que, dans tous les 
cas, l'expertise eût pour résultat la découverte de l'émétique; 
mais des difficultés nombreuses empêcheront sans doute souvent 
qu'il en soit ainsi; comment, par exemple, établir l'existence 
d'une très petite proportion d'acide tartrique , au milieu de U^ 
queurs ou de précipités fort complexes, et comment affirmer, en 
admettant que l'on eût décelé cet acide, qu'il ne provient pas de 
certaiifô tartrates qui font quelquefois naturellement partie de 
ees liqueurs ou de ces précipita ? Aussi ai-je toi^ours donné 
comme règle à suivre, de s'attai^r surtout à mettre en évidence 
dans la matière su^[)ecte un composé aniimonial soluble ou in- 
soluble; presque toujours la justice se trouvera 'suffisamment 
éclairée si l'on établit d'une manière péremptoire que la per** 
sonne empoisonnée a du prendre une préparation antimoniale, 
que ce soit l'émétique, le chlorure , le sulfate d'antimoine, ete< 
Gela étant, voyons comment on doit procéder, siùvant les cas, à 
la recherche de la préparation antimoniale. 

Premier eoê. Le liquide .filtré est transparent et nnUement 
visqueux. On le fera traverser par un courant de gaz acide suif* 
hydrique qui précipitera l'antimoine à l'état de sulfure orangé 
rou^eâtre; quand même le préci|Âté , par suite de son mélange 
avec de la matière organique, serait coloré en rouge brun ou en 
noir, on le laverait, et après Favoîr desséché dans une petite 
capsule , on le ferait bouillir à plusieurs reprises avec de l'aeide 
azotique pur et concentré, pour le transformer en sulfate de imn 
toxyde d'antimoine, tandis que la matière organique serait en 
grande partie détruite par l'acide azotique ; le sulfate obtenu, 
mis dans un appareil de Marsh modifié, ne tarderait pas à don- 
ner des taches antimoniales ou un anneau d'antimoine métallique. 



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— 364 — 

Deuxième cas. Le liquide, transparent ou non, est visqueux, 
difficile à filtrer et nullement susceptible de fournir avec TacMe 
sulfhydrique un précipité de sulfure d'antimoine. On le fera 
bouillir pendant un quart d'heure pour coaguler une portion de 
matière animale ; on le filtrera, et on évaporera la liqueur à 
une douce chaleur, jusqu'à ce qu'elle soit réduite au tiers de son 
volume. Dès qu'elle sera refroidie , on l'agitera pendant quel- 
ques minutes avec de l'alcool concentré, marquant 40 degrés à 
l'aréomètre, qui coagulera une nouvelle quantité de matière or- 
ganique 'y et comme , après cette opération, l'émétique se trou- 
vera en partie dans la liqueur, en partie dans le coagulum (1), il 
faudra le chercher dans l'un et dans l'autre. La liqueur sera fil- 
trée et traitée par un courant de gaz acide sulfhydrique qui se 
comportera avec elle comme je viens de le dire en examinant 
le premier cas. Quant aux deux coagulum obtenus, soit par le 
feu, soit par l'alcool, on les traitera par le procédé que M. Mil- 
Ion a fait connaître en juin 1846. Voici ce procédé : on introduit 
dans un ballon de verre, de la capacité d'un litre, 50 à 200 gram- 
mes de coagulum aussi divisé que possible, (puis on ajoute de 
l'acide chlorhydrique pur et fumant jusqu'à ce qu'on en ait pris, 
en poids, la moitié de la matière organique. On abandonne le mé- 
lange sur un bain de sable chaud, qui ne doit pas néanmoins 
mettre l'acide en ébullition. Après cinq ou six heures de diges- 
tion on chauffe davantage, et dès que le liquide bout on y fait 
tomber du chlorate de potasse par petites pincées : on ajoute 
ainsfi de 15 à 16 grammes de chlorate par 100 grammes de ma- 
tière ; cette addition, qui se fait en agitant le ballon, doit durer 
quinze minutes environ. Dès qu'elle est terminée, on filtre la li- 
queur bouillante. Le filtre retient une matière jaune ou brune, 
résinoide, insoluble, variable suivant la nature du liquide orga- 
nique ou des tissus. On lave le filtre et le produit insoluble avec 
un peu d'eau distillée , puis on plonge une lame d'étain dans la 
liqueur filtrée qui est limpide et souvent incolore. Si l'antimoine 



(O Lorsqu'on verse de Palcool à 40 degrés, dans un solutum fait avec 4 1 
d'eau et 5 centigrammes d'émétique, toiit le sel reste dans la liqueur, en sorte qa*oo 
n'obtient point de précipité. 



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— 365 — 

esi abondant, Téiain noircit fortement -, dans le cas contraire, il se 
lernit à peine et se recouvre de quelques points noirs. Quoi qu'il 
en soit, après un séjour de vingt-quatre heures dans la liqueur 
acide, on sépare la lame d'étain qui trempait et dont Tépaisseur 
est déjà plus ou moins diminuée, on l'introduit dans un petit fla- 
con et on l'aiTose avec une quantité d'acide chlorhydrique sufii- 
santé pour le dissoudre à froid; après quelques heures de con- 
tact, l'antimoine qui serait appliqué sur la lame d'étain ne sera 
pas dissous par l'acide chlorhydrique. On (jlissout cet antimoine 
dans l'acide chlorhydrique, additionné d'une ou deux gouttes 
d'acide azotique. La dissolution est enfin portée dans un appa- 
reil de Marsh. 

Troisième cas. Au lieu d'opérer sur des liquides, on n'agit que 
sur les dépôts ramassés au fond de ces liquides, sur les matières 
solides vomies, ou sur celles qui ont été retirées du canal digestif. 
Après avoir desséché ces matières, on les traite comme il vient 
d'être dit. 

Emétique se trouvant à la surface du canal digestif* 
Après avoir enlevé les matières contenues dans ce canal, on lave 
et on malaxe à plusieurs reprises sa surface interne avec de l'eau 
distillée; on filtre, et l'on cherche l'émétique par les moyens qui 
viennent d'être indiqués , soit dans la dissolution , soit dans les 
flocons qui auraient pu se déposer ou qui seraient restés sur le 
filtre. 

Emétique absorbé et contenu dans le canal digestif, dans 
le foisj la rate et les reins. On coupe l'un ou l'autre de ces or- 
ganes par petits morceaux , puis on les traite par l'acide chlor- 
hydrique, etc. {F, page 364). 

Emétique dans l'urine. Après avoir évaporé Turine presque 
jusqu'à siccité, on la soumet à l'action de l'acide chlorhydriquoi 
comme il a été dit à la page 364. 

Emétique dans un cas d'ea;humation juridique. Le 29 
mars 1826, on mit dans un bocal à large ouverture qu'on laissa 
exposé à l'air, 12 grammes de tartre stibié dissous dans 2 li- 
tres d'eau , le quart d'un foie humain et une portion d'un canal 
intestinal. Le 9 avril suivant, le mélange était. déjà pourri; la 
liqueur filtrée se comportait avec l'acide sulfliydrique, l'acide 



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- 366 — 

siiiniriqii^, l'eau, de chaux et la noix de galle, comme une disso- 
lution d'émétîque. Le 28 avril, Facide sulfhydrique et les sulfures 
ne précipitaient plus la liqueur, preuve qu'elle ne contenait plus 
dfëmétique, ou bien, si elle en renfermait, que la matière animale 
qui avait été dissoute empêchait ces réactifs d'en démontrer la 
présence; l'acide sulfarique et la noix de galle y faisaient naître 
un précipité blanc grisâtre , produit évidemment par l'action de 
ces réactifs sur la matière animale tenue en dissolution. 

£ïi filtrant cette liqueur et en l'évaporant Jusqu'à siccité à une 
douce chaleur, on obtenait une masse qui , étant agitée pendant 
quelques minutes avec de l'eau distillée tiède, fournissait une 
dissolution qui contenait de l'émétique, puisqu'on pouvait pré- 
cipker du sulfure d'antimoine par l'acide sulfhydrique. Le 6 jain 
de la même année, la liqueur ne renfermait plus d'émétique, car 
l'acide sulfhydrique n'agissait plus sur elle, lors même qu'on Pa- 
vait fait évaporer et qu'on avait traité le produit par l'eau j mais 
alors les matières solides , desséchées et calcinées pendant un 
temps suffisant, fouinissaient de l'antimoine métallique. 

Le 18 juillet 1826, on a dissous dans 1 litre 1/2 d'eau 30 centi- 
grammes de tartre stibié que l'on a placé dans un bocal où il y 
avait environ le tiers d'un canal intestinal. Le 2 août suivant, 
l'acide sulfhydrique et les sulfures ne troublaient point la liqueur. 
Les matières solides, d'une odeur infecte, desséchées et calcinées 
pendant un temps suffisant, donnaient de l'antimoine mé- 
tallique. 

Il résulte des faits qui précèdent: 1* que le tartre stibié, 
mêlé avec des matières animales, se décompose au bout de 
quelques jours; l'acide tartrique est détruit et l'oxyde d'an- 
timoine est précipité ; 2* qu'il est alors impossible de démon- 
trer sa présence en traitant la liqueur par les réactife que l'on 
met ordinairement en usage pour reconnaître les sels anti- 
moniaux; mais que Ton peut retirer de l'antimoine métallique 
des matières solides, même au bout de plusieurs mois ; 3* que 
Ji'altération dont il s'agit est plutôt le résultat de l'action de l'eau 
et de l'air sur le sel, que des matières animales ; car l'expérience 
prouve qu'une dissolution de 12 grammes d'émétique dans 1 U* 
tre 1/2 d'eau distillée, exposée à l'air, éprouve la même décom- 



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~ 367 — 

position, et qu'il n'est pas plus possible d'y démontrer la pré- 
sence du sel antimonial au bout de trente à quarante jours en 
été, que dans une pareille dissolution à laquelle on aurait ajouté 
de l'albumine et de la gélatine. 

On voit que dans aucun des cas précités je n'ai eu recours à 
l'emploi de l'acide tartrique conseillé tour-à-tour par MM. Tur- 
ner et Devergie, dans le but de dissoudre le tartre stibié que, des 
matières organiques auraient rendu insoluble j c'est qu'il n'y a 
aucun avantage à compliquer ainsi les opérations. Qu'importCi 
en définitive, que la préparation antimoniale se trouve dans les 
parties solubles ou insolubles? Il faudra toujours finir par en sé- 
parer l'antimoine métallique, et quand on aura celui-ci on pourra 
le transformer facilement en sulfure d'antimoine : or, le procédé 
que j'ai décrit à la [page 364 est tellement simple qu'il devient 
inutile de recourir à un autre. Il n'est pas exact de dire , avec 
M. Devergie , que la réduction de l'antimoine dans l'appareil de 
Marsh ne permette d'établir aucune évaluation quantitative ^ 
rien n'est aisé comme de peser l'anneau antimonial condensé 
dans le tube C x {F* page 258), ou le sulfure d'antimoine prove- 
nant de l'action du ga^ acide sulfhydHque tnt cet antimoine 
préalablement dissous dans l'eau régale. D'ailleurs, loin qu'il y 
ait des avantages à apprécier le poids de l'antimoine obtenu, il 
y a à cda des inconvéniens graveâ quô j'ai signalés dans mon 
MéoKrire ^wr l'infhience des quantités (/^. à la fin de ce vo« 
lame). 

EméHque mélangé à VaMde arsénieusù. On conçoit qne si 
dans un cas d'empoisonnement par l'acide arsénieux on a fait 
prendre au malade une certaine quantité d'émétique pour le faire 
vomir, ou bien que lorsqu'on aura [mélangé à dessein ces deux 
touques, l'expert se trouvera dans la nécessité de rechercher si 
le métal obtenu à la fin de l'analyse contient à^la^fois de l'arse- 
nic et de l'antimoine (f^. la pa^e 276 où j'ai déjà traité cette 
question). 



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— 368 — 

Symptômes dé l'empoisonnement par lé tartrate de potasse 
et d'antimoine^ 

Les symptômes généraux de cet empoisonnement peuvent être 
réduits aux suivans : goût métallique austèrei nausées, vomisse- 
mens abondans, hoquet fréquent, cardialgie, chaleur brûlante à 
la région épigasirique , douleurs d'estomac , coliques abdomi- 
nales, météorisme, selles copieuses, syncopes, pouls petit, con- 
centré et accéléré, peau froide, quelquefois chaleur intense ; res- 
piration difficile, vertiges, perte de connaissance, mouvemens 
convulsifs, crampes très douloureuses dans les jambes, prostra- 
tion des forces ; mort. Quelquefois à ces symptômes se joint une 
grande difficulté d'avaler; la déglutition peut être suspendue 
pendant quelque temps; les vomissemens et les déjections di- 
vines n'ont pas toujours lieu , ce qui augmente en général l'in- 
tensité des autres symptômes. 

Lésions de tissu produites par le tartre émétique. 

Ces lésions consistent principalement dans l'altération des 
poumons et du canal digestif; on trouve chez les animaux qoi 
ont succombé à l'action de ce poison les poumons profondé- 
ment altérés, d'une couleur orangée ou violacée, nullement cré^ 
piians, gorgés de sang et d'un tissu serré; ils sont comme bépa- 
tisés dans certains points et semblables au parenchyme de la rate 
dans d'autres. Chez l'homme on a constaté l'existence de tache» 
noirâtres, irrégulières, s'étendant plus ou moins dans le paren- 
chyme de ces organes avec hépatisation du tissu. Quant au canal 
digestif, on a vu sa membrane muqueuse, depuis le cardia ji^- 
qu'à l'extrémité du rectum, rouge et fortement injectée; quel- 
quefois l'inflammation de cette membrane était beaucoup plus 
intense , et l'on apercevait des taches ecchymosées irrégulièi^eSi 
d'un rouge cerise, sur un fond rose violacé ; dans certaines cir- 
constances, au dire de Hoffmann, l'estomac était gangrené. 
D'après MM. Millon et Laveran, les chiens que l'on a soumis 



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— 369 - 

pendant quelques jours à Tusage d'alimens mêlés d*une certaine 
quantité de tartre stibié et qui meurent au bout d'un temps plus 
Ou moins long, présentent une augmentation considérable du foie^ 
soit en volume , soit en poids ; tandis que le poids de ce viscère 
est à celui du corps comme 1 : 14 à 32 ou à 40 , il est de i à 10 
ou à 12^ si les chiens ont pris de l'émétique. 

Action de Vémétique sur Féeonomie animale. 

l"" L'émétique est absorbé, soit qu'il ait été introduit dans l'es- 
tomac, dans le rectum, dans les cavités séreuses ou muqueuses» 
soit qu'il ait été appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané ou 
sur des surfaces ulcérées. 

2^ Il détermine la mort, au bout de quelques minutes, s'il est 
injecté dans les veines et dans les cavités séreuses ; plus tard 
s'il est introduit dans la vessie ou dans le vagin , et au l)out de 
quinze, vingt ou trente heures s'il a été appliqué sous le tissu cel- 
lulaire sous-cutané, à la dose de 12 à 15 centigr. S'il a été admi- 
nistré à des chiens même robustes , à la dose de 25 à 30 centi- 
grammes, et qu'il n'ait pas été vomi ^\\ tue dans l'espace de 
quatre , six ou huit heures , tandis que s'il est expulsé peu de 
temps après son ingestion , comme cela a souvent lieu, les ani- 
maux ne tardent pas à se rétablir. On croira difficilement qu'un 
professeur de thérapeutique et de matière médicale, à Padoué, 
M. Giacomini, ait eu l'imprudence de publier que la mort des 
chiens que M. Magendie d'abord et moi ensuite nous avions 
soumis à l'influence de 20 à 25 ou 30 centigrammes d'émétique, 
devait éti'e attribuée à la ligature de l'œsophage que nous avions 
pratiquée dans le dessein d'empêcher les animaux de vomir, et 
non à l'action délétère de l'émétique. J'ai déjà dit à la page 33, 
en parlant des effets de cette ligature sur l'économie animale, 
combien l'assertion de M. Giacomini est absurde, et combien il 
est à regretter qu'un homme qui a précisément pour mission 
d'enseigner tout ce qui se rapporte à l'action des médicamens 
sur l'économie animale, n'ait pas mieux connu celle de l'é- 
métique 

3** Il est vrai que dans certaines affections pathologiques 

III. 24 



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— 370 — 

réioétiqm^ peut être ^d^mi^tré à l'tiomm^, à de^ dosfss assçz 
fortes, $aïjs qu'il çoit vpnji eu pntîer^çt poMrtaut san^ qu'il occa- 
sionne aupjjn des symptômes de rempoisounemeni;. Ha^ori a 
$i|[aalé le premier pettp swgulièro faculté qu'ont ahri les or- 
^apej? (i(e toUrex (d'f^sse^ fofctfîs doives de tertre $tibié (X de quel- 
ques autres médicamens* 

4° Quelle que soit la voie par laquelle l'émétique est introduit 
dans réçonomie animafe^ il dçvelppp^ à-peu-près la îpême série 
d'accidens , à moins que les animaul ne meurent très promp- 
tementr 

p On démontre facilement la présence de rantipoioine dan§ le 
caijial digestif épuUépar l'eau^ dans la rate, le^ reins, les pou- 
mons, le cœur, et surtout dans le foie des anîn^ux qui ont suc- 
coipbé à ^'empoisonnement par l'émétique , aînsj que je l'ai pu- 
blié en 1840 (/^. tome yiii des Mérnoifçg de l'Acqd^mie^. 
MM. Millon et Layeran, après avoir cpnfirmé çç fait en J84i5, 
pnt en puire décelé l'antimoine dans le cerveau , dans la grais§»e 
et dans les os. Rapprochons de ces données la singulière conclu- 
sion é^ipncée par MM. Flandin et Danger, le 13 Juin 1842, ç'esj.- 
à-dire dei^x an§ après mon travail. « Dans le cas d'empoisonne- 
^ ment par les prép^ratip^s antimoniales , disent-ils , c'est dans 
« le foie <jl^e l'on retrouve plus spécialement l'antiipoine. Qn 
(( fie le retrouve pas d^m fe^pçumonSf not) plus q^e d^ns le» 
« systfmes nfirveus? , rnuseulaire et osseux » (Mémoire lu à 
l'Institut). Ceci n'a pas besoin de cpmmentaire , surtout lorsque 
ces messieurs faisaiept grand bruit de la découverte d'un imhit 
veau procédé à l'aide duquel oïf parvenait k déconyrir les plgs 
petites traces d'un poison antimonial ! ! ! 

6^ L'urine renferme aussi des quantités d'antimoine faciles à 
apprécier peu de temps après Iç commencement de l'iatpxica- 
tion , ^t ^i; à l'aide $une 7nédication diurétique ncHve^ on 
parvient à guérir les animant; on voit à chaque instant l'urine 
charrier nne prppofUo» plus ou moins considérable d'une pré- 
paration antimoniale soluble. J'avais djt que sî l'on tuait les 
^nimaux^ quand ils étaient guéris (dix, douxe ou quin?;e jours 
après l'empoisonnement), on pouvait s'assurer en traifanf le 
foie et f>e9 rein^ ffi^ l'açi4ç q^ZQti^m, m^'i<fnfl0 4'^^ quin- 



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— 87i — 

zième de Morctfe €U patane^ que ces organes ne retenaieRl 
plus aucune trace du composé antimonial qu'il aurait été si facile 
4'y décela dans U première période de Tintoxieation. MM. MiNon 
et Laveranont reconnu depuis, en employant im atUre procède' 
(/^. page 364), que rélimination de Tantiinoine n'a pas lieu, ni 
à beaucoup près aussi promptement que je Tarais cru. Voici 
les faits inléressans qui ont été décrits par MM. Mllkm et La- 
veran. 

Jf. Un cbien nourri pendant dix jours avec des alimens mé- 
langés d'émétique (B grammes en tout) mourut six jours après 
que V(m eut cessé de lui donner cet aliment. La dissémination de 
rantiittoine était générale ; le foie, la chair musculaire, les mem- 
branes intestinales, les poumons^le cerveau, tout était'égalemenit 
^vahi > l'animal avait succombé à une sorte de diatbèse anti- 
aio&iale. 

B. Un autre chien nourri comme le précédent mourut treize 
jours après la cessation de la nourriture antimoniale (il avait pris 
S grammes d'émétique). L'antimoine était répandu partout; mais 
le cerveau en avait cond^sé une quantité comparativement plus 
forte que celle des autres organes. 

C. Un autre chien, nourri pendant dix jours comme les pré- 
oédens, était parfùtem^it rétabli six semaines après la cessa- 
tion de l'alimentation antimoniale , lorsqu'il mourut subitement 
par suite de la perforation de l'intestin par un lombric qui fut 
retrouvé dans l'abdomen. L'antimoine existait en proportion 
notable dans le foie et dans la graisse; mais il s'était surtout 
swumulé dans les os, c^est-à-dire dans un tissu oà son sé- 
jour est compatible avec l'exercice régulier de toutes les 
fonctions. 

/>. Un chien fut tué trois mois et d^odi après qu'on eut cessé 
iMte administration stibiée (il avait pris 3 grammes d'émétique 
en dix jours). On trouva que l'antimoine s'était surtout condensé 
dans la graisse. Le foie en contenait ainsi que les os et les autres 
tissus ; mais 50 grammes de graisse en fourniront autant que 
500 grammes des autres tissus réunis. 

£. Giez un chien qui depuis quatre mois entiers n'avait plus 
pris d'émétique (3 grammes en dix jours), '^le métal s'était accu» 

24. 



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mule dans les os. Le foie en contenait aussi beaucoup. Les au- 
tres tissus n'en ont donné que fort peu. 

F, Une jeune chienne prit de réméti'que pendant cinq jours , 
quinze jours environ avant de faire ses petits ; ceux-ci vinrent à 
terme et furent sacrifiés ainsi que la chienne. Le foie des petits 
chiens contenait une quantité notable d'antimoine. 

MM. Millon et Laveran tirent de ces faits les conclusions sui« 
vantes : 

Bien que Fantimoine semble s'organiser, onW scmrait af- 
firmer encore qu'il se fixe à jamais dans nos tissus. Il ne faut 
pas non plus déclarer d'avance que les faits ; de permanence qui 
se sont révélés dans Tadministration de l'émétique, s'étendront 
à d'autre» poisons métalliques; attendons l'expérience. Mais 
pour affirmer- qu'un métal provient d'une ingestion récente, pour 
préciser son origine et fixer le moment de son introduction dans 
l'économie animale, il faut attendre aussi. 

L'antimoine pénètre-t-il simultanément tous les organes es- 
sentiels, tels que les poumons^ le cerveau, les parois intestinales, 
l'animal succombe à l'intoxication et semble mourir partout à- 
la-fois, en réduisant les tissus au dernier degré de Témaciation. 

L'antimoine est-il condensé dans le cerveau , même atteinte à 
la vie générale ; mais la mort frappe au milieu d'un cortège de 
symptômes nerveux qui indiquent le siège principal du poison. 

Que le métal au contraire arrive à des organes moins sensi- 
bles ou d'une sympathie moins générale , à des tissus qui vivent 
lentement et tacitement^ tels que les systèmes cellulaire et os- 
seux, et les effets du poison s'effaceront ; on pourra croire à son 
élimination ou à son absence (Mémoire cité). 

T L'émétique parait porter son action irritante particulière- 
ment sur le tissu des poumons et sur la membrane muqueuse qui 
revêt le canal digestif depuis le cardia jusqu'à l'extrémité infé- 
rieure du rectum. On peut prolonger la vie des animaux, même 
lorsqu'ils ont pris une forte dose d'émétique, en leur coupant uu 
des nerfs pneumogastriques, et mieux encore en les coupant tous 
les deux. 

La découverte de l'absorption de l'émétique et son transport 
dans le foie, dans les reins, etc., devait nécessairement conduire 



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— 373 — 

à établir une série de préceptes concernant les recherches mé- 
dico-légales ; les voici tels que je les ai formulés dans le mémoire 
que j'ai lu sur ce sujet à l'Académie royale de médecine, le 
10 mars 1840. J'ai dit : 

1** Qu'il est indispensable de recourir à Textraction de Fanti- 
moine, de la portion d'émétique qui aura été absorbée, lorsqu'on 
n'a pas trouvé le poison dans le canal digestif ou sur les autres 
parties sur lesquelles il avait été immédiatement appliqué, ou 
dans la matière des vomissemens ; car en se bornant à recher- 
cher le tartre stibié dans Testomac et les intestins, on court 
d'autant plus le risque de ne pas le découvrir, qu'il est très fa- 
cilement vomi, tandis que l'on pourra obtenir le métal d'une 
partie au moins de la portion qui aura été absorbée. 

2*" Qu'un rapport médico-légal devra être déclaré incomplet 
et insuffisant, par le seul fait que, dans le cas indique'^ on aura 
omis de rechercher le tartre stibié dans l'es tissus où il peut se 
trouver, après avoir été absorbé, et notamment dans le foie. 

Z" Que si l'émétique est décomposé par le sang et par les or- 
ganes dans lesquels il se rend, cette décomposition n'est pas 
complète, puisqu'en traitant ces organes par l'eau bouillante, on 
obtient un liquide très sensiblement antimonial; à lî^ vérité, il 
ne serait pas impossible que Tacide tartrique seul fût décomposé 
et que le tartre stibié fût réduit à de l'hypo-antimonitè de potasse 
sohible dans l'eau bouillante. 

U^ Que l'on peut déceler ce poison en traitant convenable- 
ment un des viscères de l'économie animale préalablement des- 
séché, surtout lorsque ce viscère est un organe de sécrétion. 

6" Qu'il pourrait cependant arriver dans upe expertise médico- 
légale, que Ton ne retirât aucune trace de ce métal en analysant 
certains viscères, parce que l'émétique ne séjourne que pendant 
un certain temps dans ces viscères, et que déjà il aurait pu les 
abandonner pour se mêler aux liquides des sécrétions ; alors on 
pourrait obtenir une proportion notable d'antimoine en agissant 
convenablement sur ces liquides, et en particulier sur l'urine (^. 
le travail de MM. MillonetLaveran, page 36/i). 

6<» Que l'extraction de l'antimoine métallique des tissus ou de 
Turine des cadavres d'individus qui n'avaient pas été soumis à 



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— 374 — 

Tàstge médicamenteux d'une préparation stibiée, prouve d'tme 
mâBÎère incontestable qu'il y a eu empoisonnement, à moins que 
cette préparation ne soit arrivée dans les organes par suite d'une 
imbibition cadavérique, puisque n| les tissus, ni l'urine de ces 
individus traités de la même manière, ne fournissent aucune 
trace d'antimoine. 

Quel n'a pas dû être mon étonnement en voyant MM. Flandin 
et Danger venir à l'Institut, deux ans après la publication de ttion 
mémoire, pour émettre comme faite nouvewux les idées et les 
résultats qui se trouvaient tout au long dans mon travail ! A la 
vérité, tout dans la noter de ces messieurs n'était pas du plaj^at, 
puisqu'on y trouvait un mot nouveau , une contradiction et plu- 
sieurs erreurs qui n'existaient pas dans mes écrits. La loealUo^ 
Hon, mot dont on ne s'était pas encore serti, était présentée 
comme une dotmée précieuse qui ouvrait tme voie nouvelle aux 
recherches physiologiques et thérapeutiques; KKeeH dêtnê le 
« foie , plus spécialement , que l'on retrouve l'antimoine , di- 
(( saient-ils ; les préparations de ce métal sont portées dans cet 
« organe, où elles sont loùaliséeê: aussi ti^ le» trouvc^i^onpoM 
(( daiis les poumons , pas plus que dans les systèmes nerveux, 
« musculaire et osseux. Cette découverte menait tout droit à là 
« solution du problème concernant les empoisonnemens simu- 
(( lés. » Il m*était impossible de garder le silence et de ne pa^ 
réduire à leur juste valeur de pareilles prétentions ; aussi adres- 
saî-je une note à la commission de l'Institut chargée de rendre 
compte à l'Académie du travail de MM. Flandin et Danger; dans 
cette note |e démontrai que j'avais fait voir le premier que les 
poisons êe concentrent particulièrement dans le foicy où ils 
arrivent par les vaisseaux de la veine porte; que dans les rech«^ 
ches médfco-légales, l'expert doit choisir le foie de préférence 
lolrsqu'il sera appelé à déceler le poison qui aura pu être absorbé ,- 
et je m'élevai contre le rap/ qui m'était fait de cette donnée phy- 
siologique importante ; en un mot , tout en laissant à ces mes^ 
sieUrs l'honneur d'avoir inventé un mot nouveau, je revendiquais 
la chose. On ne tarda pas à me répondre que je ne pouvais avoir 
aûcttn droit de priorité à cet égard, puisque ni dans les exper- 
tises que j'avais faites , ni dans les expériences que j'avais ten- 



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- 3*7^ - 

lies sur les animaux, Je n'avdii jamaièt àgft êuj^ lé fuie keut, 
et que fatals constamment ckerehé tes faisons dhsoriés dané 
les mélanges de plusieurs organes; dès-lors, disàit-on, vori^ 
ne pouviez pas savoir si là proportion du toxique élàftt plus forte 
dans le foie que dans un autre organe. Cette assertion était cbrtt*^ 
pléienient fausse ; j'écrivis à l'Académie des screncc^ pour fuî 
signaler les nombreux passages de mes méiùoirescfftron^îivàîé 
s'assurer que j'avais Souvent etpérîtttènté sur lé fèie setély et 
que j'avais Insisté sur la quanùtë notable de to:JiJiqtie qtfi ei^f^tàH' 
dans <iet organe par rapport à celle qtiè fôn trouvé dans \és aftt^ 
très viscères, te résultat de cette seèbnde réclamation frit d'at-' 
mener les deux auteurs à convenir que, par le fait, ils me d^ 
pouilleràient de ma jproprîété , slls persistaient à s'approprïei* 
f Idée qui m'appartenait : aujourd'hui personne ne songe à l'at- 
tribuer à MM. Flandîn et Danger. Maïs je me hâte d'abandonner 
ces misérables questions de priorité poiir arriver à ce qu'il peUt 
y avoir de sérieux dans le mémoire lu à l'Académie des sciences^ 
te IS juin 1842, par MM. Flandin et Dâiiger; j'ai annoncé une 
cOntradictioil et plusieurs erreurs. La conti'ddictiori colisiste etf 
ce que, après avoir dît dans le corps du mémoire que Ton a re- 
tiré de l'antimoine par exception , il est vrai, d&s poumons ei 
dés systèmes nerveux et thuSàutaire, oh établit darfs ta (JUà- 
triènie conclusion qu*on n'eri trouve point datts cëé organes. 
Quant auai erreurs^ elles se ^iressent en foule ; je me bornèî^ai 
à en relever quelques-unes, i* à Lès poisons sont portés de f ésto* 
« mac ati foie par la veine porte ; fié séjoùrhènt là pendant quelque 
« temps, sansjamais entrer dan^ la circulation générale, aussi n'élit 
« découvre-t-on pas la moindre trace dans lé sang des animaux 
« empoisonnés que l'on saigne, ni dans le sang que l'on i^ecuéillë 
après la mort , alors même que Ton a soumis à l'expérîérice , la to- 
« talîlé de cfe sang.» Nier l'existence des toxiques dans lé ^ng des 
animaux empoisonnés, c'est nier que le soleil éclaire ; aussi, après 
la réclamation adressée' par moi à l'Inslilut, â ce sujet, aVon^- 
nous vu ces messieurs reconnaître que l'acide ars^nleux et l'àh- 
timoîne peuvent être extraits de ce liquide. La nouvelle théorie^ 
réduite â néant par cet aveu, recevait âù besoin un nouvel écfeec 
de ce fait important, saVoir que, lorsqu'on appliqué de l'acîde 



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— 370 — 

arsénieuxy de Témétique, un sel de morphine , etc., sur le tissu 
cellulaire de la partie interne de la cuisse , les animaux sont 
empoisonnés et les toxiques absorbés ; dira-t-on , dans ce cas, 
que ces toxiques arrivent au foie par les vaisseaux de la veine 
porte? ! M ! 2** « L'antimoine est éliminé par l'urine, contraire- 
« ment à l'arsenic. » Il semblerait, d'après cet énoncé, qu'on ne 
doit plus trouver d'antimoine dans l'urine, quelques heures après 
le commencement de l'empoisonnement : or, il est aisé de prou- 
ver chez les chiens que l'urine de ceux qui ont été empoisonnés 
par 10 centigrammes seulement d'émé tique placé» sous la peau 
de la cuisse, fournit encore de l'antimoine au bout de six jours. 
3"^ « La localisation des poisons est une donnée précieuse pour 
« résoudre la question des empoisonnemens simulés. » Je re- 
tourne la proposition et je dis : La localisation des poisons , si 
l'on y avait égard, serait une donnée funeste pour résoudre la 
question des empoisonnemens simulés. On sait que j'ai soulevé 
le premier la question des empoisonnemens simulés ; j'ai fait voir 
que les poisons introduits dans l'estomac ou dans le rectum, 
après la mort, se transportent à la longue, par l'effet d'une imbi- 
bition cadavérique , dans les organes éloignes du point où ils 
avaient été placés , et j'ai indiqué les moyens de distinguer si 
ces poisons avaient été mis en contact avec le corps de l'homme 
avant ou après la mort. MM. Flandîn et Danger, tirant parti de 
cette découverte , ont cru pouvoir Texploiter pour résoudre la 
question des empoisonnemens simulés ; suivant eux, « les poi- 
« sons introduits />^/u;{an/ la vie se localisent dans le foie et ne 
« se trouvent pas indistinctement, du moins pour la plupart, 
« dans les autres tissus ; donc si on en trouve dans les poumons, 
« dans le cœur, dans le cerveau , etc. , c'est qu'ils y ont été 
« portés par imbibilion après la mort. » Il suffit du plus léger 
souffle pour renverser une pareille théorie. Supposons qu'il s'a- 
gisse d'un empoisonnement par l'acide arsénieux, les poumons, 
le cœur, la rate, les reins, les muscles, etc., traités séparé- 
ment^ fourniront de l'arsenic; direz -vous que ce toxique a été 
porté dans ces organes par suite de l'imbibition qui aurait eu lieu 
après la mort? Vous pourriez vous tromper grossièrement. S'a- 
git-il de l'émétique, vous avouez vous-mêmes que vous avez 



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— a77 — 

trouvé quelquefois de rantimoine dans les poumons des animaux 
que vous aviez tué avec ce sel; eh bien! direz-vous quHly a eu 
imbibition, après la mort, parce que ce métal a été décelé ail- 
leurs que dans le foie? Au surplus, le travail de MM. Millon et 
Laveran ne réduit-il pas à néant votre fabuleuse élucubration 
(r. page 371). 

Des oxydes d'antimoine. 

Comment peut-on reconnaître que Tempoisonnement a eu lieu 
par les oxydes d'antimoine ? 

Les oxydes d'antimoine connus sous les noms de protoxyde 
(fleurs d'antimoine, acide hypo-antimonieux), d'acide antimo- 
nieux et d'acide antimoiiique, sont solides, à pçine sdubles dans 
Feau bouillante, et insolubles dans l'acide azotique concentré. 
Chauffés avec du charbon dans un creuset de terre, ou bien 
chauffés au chalumeau, ils sont réduits et laissent de l'anliaioiiie 
métallique. L'acide chlorbydrique les dissout promptement, et 
fournit des chlorures précipilables par l'eau en blanc «et par l'a- 
cide sulfhydrique en orangé rougeâtre. Il suffit d!introduire une 
parcelle de ces oxydes dans un appareil de Marsh modifié, poui? 
obtenir à l'instant même de l'antimoine métallique sous forme 
de taches ou d'anneau. 

Ils agissent avec assez d'énergie sur l'économie animale, et 
leur mode d'action est analogue à celui de i'éméiique. 

Du verre d'antimoine (protoxyde d'anlimoine sulfuré vi- 
treux). Le verre d'anlimoine est composé de protoxyd.e d'anti- 
moine, de sulfure d'antimoine et d'acide silicique; il contient 
ordinairement en outre du fer, du manganèse et de l'alumine. U 
est solide, transparent et couleur d'hyacinthe ; il fournit de l'anii- 
moine métallique comme les oxydes, lorsqu'on le calcine avec du 
charbon. Si, après l'avoir pulvérisé, on le chauffe pendant quel- 
ques minutes avec de l'acide chlorbydrique, il se dégage du gas 
acide sulfhydrique^ et le verre se dissout en entier, à moins qu'il 
ne renferme une trop grande quantité d'acide silicique.La disso- 
lution contient du chlorure d'antimoine , dont je ferai bientôt 
connaître les caractères. Mis dans un appareil de Marsh modi- 



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— 87è — 

fié ^ Il ne thrdd pas à àonner de Vantimoifié métallique. Lé 
verre d^àntimoine est vénténeux, et agit à-peu-prës comme Tém^* 
tique page 369. 

On a vu le verre d'antimoine occasionner chez Thomme , des 
vomissemens abondans , des déjections alvines fréquentes , des 
convulsions, un tremblement général, une grande anxiété et la 
mort. La nécropsie a prouvé que Testomac était enflammé et 
gangrené (JFridertct ffoffmanni opéra omnia, tome i, 1761, 
part. 11, cap. v, page 212). 

, . Vu hermèi minéral et du soufre d'antimoine. 

' Le keitbès minéral, désiré tout-à-tour Sous les noms de ioui- 
hydrôtulfàie d'àhtiifioine , d! oxyde d^ antimoine hydrotuU 
furë brun, d'oxy sulfure et antimoine kydt^atéj de sulfure 
STaMimùine hydraté, est composé de protosiilfure d^antimoîne, 
éte prôttntyde d'antimoine et d*eau ; H est même probable que le 
prot6sulfure et le protoxyde ne sont que mélangés ; du moins 
é'éét ce qui semble résulter de Tinspection microscopique. Le ker- 
mès est Solide, d'uri rouge brun t)ius ou moins foncé, inodore ei 
iti^ôlublé dans Teau. ^Lorsqu'on le fait bouillir pendant quelques 
minutes avec une dissolution de potasse caustique, il est décom- 
posé et ti^ansformé en protoxyde d'antimoine et en sulfure de 
potassium : ce dernier est solùble, d'une couleur jaunâtre j et 
tient en dissolution une partie du protoxyde d'antimoine : la ma- 
jêfure partie de cet oxyde se dépose sous forme d'une poudre 
d'un blanc jaunâtre. Si, après avoir filtré la liqueur, composée 
Ae sulfure de potassium et de protoxyde d'antimoine, on la mêle 
aVec quelques gouttes d'acide azotique, celùi-cî s'empare du po- 
iasslnm, et forme de l'aiotàte de potasse soluble, tandis que IV 
cidë Sttlfhydrique S'unit avec le protoxyde d'antimoine, et donne 
AàlësdùCe à du siilfure d'antimoine rougeâlre qui se précipite, 
tiorsqùè,' â^rès avoir m^lé le kermès avec son volume de cbar- 
bon, et autant de carbonate de potasse desséché, on le fait rougir 
dans Uii creuset pendant un quart d'heure environ, il est décom- 
posé, et fôDit^nit dé i'âhtimoine métallique, ^i toh introduit dans 



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— 879 — 

un appareil de Marsh une parcelle de kermès^ on oBtietat 4 l'in- 
stant mène de rantimoîne métallique. 

Le soufre doré contient plus de soufre que le précëdefit; il 
est solide , d'un jaune orangé , inodore et insoluble dans Teau. 
Mis dans un appareil de Marsh , ou calciné avec du charbon el 
de la potasse , il se comporte comme le kermèa. La dissolution 
de potasse agit sur lui comme sur le kermès. 

L'action de ces composés sur l'économie animale est analogue 
à celle de l'émétique. On a vu le soufre doré produire des vomis- 
semens abondans , des selles copieuses et nnfifammation d'une 
portion du canal digestif. 

Du protochiorure tt antimoine (beurre d^antimoine). 

Comment peut-on reconnaître que rèmpoîsohnement a eu lieu 
par le beurre d'antimoine? * ' 

Le beurre d'antimoine (protochlorure d'antimoine) est solide, 
épais, d'une consistance graisseuse, incolore, demi-transparent, 
très caustique, et fusible aiii>'<d»so«s «de la température de 1'%»^ 
bouillante. Lorsqu'on le met en contact avec l'eau , il se trans- 
forme en oxychlorure d'smtimoine blanô, InsolnUedans l'eMi^et 
en acide chlorhydrique qui reste dans laJiqueuravec une portion 
d'oxychlorure ; aussi celle-ci, après avoir été filtrée, fournit-elle 
avec l'acide sulfhydrique u». précipité jaune orangé. Exposé à 
l'air, le beurre d'antimoine solide jaunit, attire l'humidité et s^ 
transforme en un liquide dense, oléagineux, très ean^tiqne^ B9mâ 
donner 4e précipité. Si l'on fait dissoudre le protodilorure d'ann 
timoine dans de l'acide chlorhydrlque, le wlntmnj d^unôcaoe»^ 
sive causticité, rougit le toui^ieaol et précipite en Wanc ptPlei 
alaalis (protoxyde), en orangé rongeàtre par l'acide sulfbyritt-^ 
que (sntfure), en blanc grisâtre par i'înfeslon aqueulB d© wèx dé 
galle, et en blanc par l'azotate d'argent (chtonire). Si l'on introduit 
dans un appareil de Marsh modifié le beurre d'antimoine solide, 
celui qui est tombé en deliquium, celui qui a été dissous dans 
l'acide chlorhydrique, ou bien la liqueur provenant de celui qui 
a été décomposé par l'eau , on obtient sur-le-champ de l'anti- 
moine métallique. 



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-^-^ 380 — 

Le protochlorare d'antimoiiie solide, ou celui ipA est tombé en 
deliquium, agit sur réconomie animale à la manière des caus- 
tiques les plus puissans. 

De Voxy chlorure d'antimoine (poudre d'Algaroth, mercure de 
vie, mercure de mort). 

Uoxychlorure d'antimoine est solidCi blanc, insipide^ insoluble 
dans Feau et soluble dans Tacide cblorhydrique ; cette dissolu- 
tion se comporte avec les réactifs comme celle du chlorure d'anti- 
moine dans le même acide. L'acide sulfhydrique transforme sur- 
le-champ l'oxychiorure solide en sulfure d'antimoine orangé rou- 
geàtre. Mis dans un appareil de Marsh modifié, cet oxychlorure 
donne aussitôt de l'antimoine métallique* 

Il agit sur l'économie animale comme les autres toxiques an- 
timoniaux. 

Dei kypo-antimonitet, deê anUmonitei^ dee antùnoniates 
de potasse et de soude, de l'oattimoine diaphore'tique 

. Istvé et non lavé, de la matière perlée, de Kérkringius, du 
foie d'antimoine et du crocus metaliorum. 

' Ces diverses préparations contiennent une plus ou moins 
grande quantité d'oxyde d'antimoine, aussi fournissent-elles de 
fantimoine métallique, soit lorsqu'on les chauffe à une tempéra- 
ttti« rouge avec du charbon dans un creuset , soit lorsqu'on les 
introduit dans un* appareil de Marsh modifié. Ces caractères suf- 
iraient au besoin pour établir la nature antimoniale dé tous ces 
eoiîposés 5 on pourrait encore les traiter par l'acide chlorby- 
dHque bouillant, afin d'obtenir du chlorure d'antimoine qu'il se- 
fttt aisé de reconnaître. 

Du vin antimonié (vin émétique),. 
Ce vin est ordinairement préparé en faisant digérer dans du 



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— 381 — 

vin de Malaga ou dans tout autre vin blanc, du verre d'anti- 
moine. On conçoit que les acides tartrique, malique et acétique 
contenus dans ce vin, dissolvent une plus ou moins grande quan- 
tité d'oxyde d*antimoine, suivant qu'ils sont plus ou moins acides 
et qu'ils agissent plus ou moins long-temps sur ce verre ; de là ^ 
les différences que présentent ces vins sous le rapport de leur 
composition. 

Quoi qu'il en soit, le vin antimonié est, en général, d'un jaune 
tirant plus ou moins sur le rouge, d'une saveur douceâtre, légère- 
ment styptique, et d'une odeur alcoolique ; il est transparent ou 
trouble ; dans ce dernier cas, il est plus, énergique; il rougit le 
tournesol. Distillé, il fournit de l'alcool, et laisse dans la cornue 
un liquide plus ou moins épais, dont il suffît d'introduire une pe- 
tite partie dans un appareil de Marsh modifié, pour obtenir de 
l'antimoine métallique. L'acide sulfhydrique fait naître dans ce 
vin un précipité de sulfure d'antimoine orangé rougeâtre. Ueau 
ne trouble point le vin antimonié. La noix de galle le précipite 
en gris blanchâtre, et Facide sulfurique en jaune foncé tirant sur 
le gris. 

Si par hasard le vin ne renfermait pas assez d'antimoine pour , 
fournir avec Tacide sulfhydrique, la noix de galle et Tacide sul- 
furique, les réactions que je viens d'indiquer, on devrait s'atta- 
cher pour le reconnaître à constater les caractères donnés par la 
distillation et par l'appareil de Marsh. 

On a vu le vin antimonié introduit dans l'estomac de l'homme, 
occasionner les accidens les plus graves, semblables à ceux que 
produit l'émétique, et déterminer même la mort. 



Des vapeurs antiinoniales. 

Les individus exposés à l'action des vapeurs anlimoniales 
éprouvent une grande difficulté^ de respire^ , un serrement à la 
poitrine accompagné d'une toux plus ou moins sèche , et qui 
n'est souvent que le prélude d'une hémoptysie; ils sont sujets à 
des coliques et au dévoiement. Fourcroy parle de cinquante per- 
sonnes chez lesquelles tous ces symptômes se développèrent dix 



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— «8a — 

ou douze heures après avoir respiré les vapeurs du sulfure d'au 
timoine qu'on avait fait détoner avec du nitre. M. Lohmerer a 
vu quatre individus qui étaient fréquemment exposés à des éma- 
nations antimoniales dans un établissement où l'on préparait eu 
^nd du tartre stibié, du beurre et du verre antimonié, où Ton 
fondait de la poudre d'Algaroth, et où il se dégageait surtout des 
vapeurs d'acide antimonieux, d'acide antimonique et de chlorure 
d'antimohie. Il a observé les symptômes suivans : douleurs de 
tête, difficulté de respirer, point de côté et douleur ppngitive dans 
le dos, râle muqueux et sifflement dans la poitrine, expectoration 
diffi.cile de quelques grumeaux tenaces, insomnie, sueurs abon- 
dantes et abattement général, anorexie, diarrhée, dysurie avec 
écoulement de mucosités causant un sentiment de brûlure dans 
l'urètre, flaccidité de la verge, dégoût du coït, et même impuis- 
sance complète, pustules sur différentes parties du corps , mais 
priucipalement sur les cuisses et sur le scrotum , douleurs dans 
les testicules, atrophie de ces organes ainsi que du pénis {lour- 
de Chimie médicale^ année 1840, page 629). 

n n'est pas douteux que l'action prolongée de ces vapeurs ne 
puisse amener la mort; mais il n'est pas encore démontré que 
les accidens dont il vient d'être fait mention ne soient dus, en 
partie du moins , aux vapeurs arsenicales que fournissent la 
plupart des antimoines du commerce, lorsqu'ils sont chauffés ou 
traités par quelques agens énergiques. 

De l'émétine. 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par l'émétine? 

L'émétine est un alcali végétal découvert par Pelletier dans 
le eephœlif ip^eacuanha, dans lepsycothria emetica et dans 
le vi^la emetiea. Il est composé d'oxygène , d'hydrogène , de 
earbone et d'azote (1). Il est solide, blanc, pulvérulent, légère- 



(1) L^émétîtae, décrite en 1817 par MM. Pelletier et Magendie, est un composé 
i'èBétiiM, d'«a aoide et d'une matière oolormite. PoUetîer est panrenH quelque 
t|iqp&typxès à aéfsvm de ce sel rém«ltiie pure. 



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- 383 — 

ipent amer^ et très peu soluble dans l'eaUji quoiqu'il ^^ di^(^V9 
plus facilement que la morphine et la strychnlue. Mis sur 4^ 
charbons ardens, il se tuméfie, se décompose, et laisse un char- 
bon très léger et spongieux. Il n'attire point Thupdidité de T^ir. 
Tous les acides minéraux le dissolvent, e^ forment des ^^ dwt 
la noix de galle précipite des ||ocons d'un blanc salCi et quelle 
tartrate de potasse ne trouble point, L'acide azotiqu^e conçeffiitré 
ne le fait point paf$er au rouge:, çomipe cela a U^u ppup la 
morphine et la brucine. H se dissout très bien dans T^coolt et 
1^ dissolution ramène au hleVf le faptier de toum^fé^l rçuigi 
far un acide. Il est peu soluble daus l'étber. L'action de Vé^ 
métine sur l'économie animalç est m tout semblable è^ celle 
qu'exerce le tartrate de potasse et d'antimoine {ifQffez p. 369)* 

La violette (violer odçrata dç L,) renferme dans V>ute^ ses 
parties, et notamment dans la racine, d'après un travail d^ 
M. ^oullay, un principe alcalin comparable par ses prcqpriété^ h 
l'émétine, dont il diffère seulement par une moindre ^lubUité et 
une plus grande àcreté, et qui a reçu le nom de violine ou dV"^ 
métine indigène. Iptroduite dans l'estomac OU appliquée sur 
le tissu cellulaire sous-cutané des chiens à la dose de 30 à, $0i c^^ 
tigrammes, la violine occasionne la mort dans l'^pacf^ de viugtr 
quatre à quarante-huit heures. 

s IL 

Des préparations mercuriellesj du sublimé corrosif. 

Comment p^ut-oQ, rççpunattr^ que l'empoisonnement a en 
lieu par le sublimé corrosif? 

Sublimé çorrQsif py^lif^Tvient qv^ cristallisé (H-ehlorure 
de mercure). Il est SQus forme de-poudre « ou d^ masses bUn- 
çhes compaciesi depi^trani^parentes sur leurs bords, hémisphé- 
riques et concaves, dont la paroi externe est pçlie et luÂsantd, 
et dont l'intejrne Qst inég;ale,^ hérissée de petits cristaux, brlUans, 
tellement comprimés ^ qu'çu W p^ut en distinguer les faces ; 
quelquefois il se présente sou^ foripe de faisceaux aiguillés, qw> 



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— 38A — 

Ton a comparés à des poignards , ou sous forme de cubes ou de 
prismes quadrangulaires ou hexaèdres. Là saveur du sublimé 
corrosif est excessivement acre et caustique ; elle est accompa- 
gnée d'un sentiment de stypticité métallique très fort, et suivie 
d'un resserrement à la gorge, qui persiste pendant quelquç 
temps : son poids spécifique est de 5,1398. 

Mis sur les charbons ardens , le sublimé corrosif pulvérisé se 
sublime, et répand une fumée épaisse, d'une odeur piquante, 
rougissant le papier de tournesol, et ternissant une lame de cui- 
vre parfaitement décapée : lorsqu'on frotte la partie ternie , elle 
acquiert la couleur blanche, brillante, argentine, qui caractérise 
le mercure. Si l'on chauffe graduellement et pendant cinq on 
six minutes dans un tube de verre étroit , et long de 25 
à 28 centimètres , un mélange pulvérulent de sublimé corro- 
sif et de potasse pure , ou de pierre à cautère, ou de carbo- 
nate de potasse, on obtient du mercure métallique qui se volati- 
lise, et vient se condenser sur les parois de la partie moyenne da 
tube, du gaz oxygène qui se dégage, et du chlorure de potassium 
qui reste au fond de cet instrument (ce chlorure est pur, si l'ex- 
périence a. été faite avec de la potasse pure) ; ce qui prouve que 
le chlore du sublimé corrosif s'est combiné avec le potassium de 
la potasse, tandis que l'oxygène et le mercure ont été volatilisés, 
le premier à l'état de gaz, le mercure à l'état de vapeur. 

Le sublimé corrosif se dissout dans onze fois son poids d'eau 
froide, dans deux parties d'eau bouillante, et dans une plus petite 
quantité d^alcool et d'élher. 

Dissolution aqîieuse eoncenirée. Cette dissolution est 
transparente, incolore, inodore, et douée de la même saveur que 
le bichlorure ; elle rougit le papier de tournesol. Si on la distille 
en vaisseaux clos et au bain marie à 80<* c. afin d'éviter des sou^ 
bresauts qui pourraient faire arriver une partie de la liqueur 
dans le récipient, on pourra s'assurer, malgré l'assertion con-^ 
traire de M. Devergie, que le produit de la distillation contient 
une quantité notable de sublimé. La potasse eaiMtique pure et 
Veau de cha/ux, versées en petite quantité, détermiiîent dans 
cette dissolution un précipité jaune-rougeâtre,qui devient rouge 
par Taddition d'une nouvelle quantité d'alcali (sous chlorure de 



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— 385 — 

mercure) et qui finit par être d'un beau jaune-serin, si Ton em- 
ploie encore plus de potasse ou d'eau de chaux : dans ce dernier 
cas, le précipité est du bioxyde de mercure. Cet oxyde lavé, des- 
séché et chauffé dans un petit tube de verre se décompose et 
donne du gaz oxygène et du mercure métallique. L'ammo- 
nicLque liquide fait naître dans cette dissolution un précipité 
blanc qui est un composé de bichlorure et d'ammoniaque, et qui 
ne change point de couleur, comme on Fa annoncé mal-à-propos, 
même lorsqu'il a été lavé et desséché à la température ordmaire ; 
chauffé il jaunit d'abord, puis passe au rouge et donne du gaz 
ammoniac , du gaz azote , du protochlorure de mercure et du 
mercure. Le cyanure jaune de potassium et de fer, versé dans 
cette dissolution, la précipite en blanc; mais le dépôt ne tarde 
pas à passer au jaune, et au bout d'un certain temps au bleu plus 
ou moins foucé(l). Les deux derniers précipités dont je viens de 
parler fournissent du mercure métallique , lorsque , après les 
avoir lavés et desséchés sur un filtre, on les chauffe grar 
duellement pendant quelques minutes dans un tube étroit, 
long de 25 à 28 centimètres. L'acide sulfhydriqtie et les 
sulfures de potassium, de soditMn, etc., décompqsent le 
bichlorure dissous, et en précipitent du sulfure de mercure noir, 
slls ont été employés en assez grande quantité; ce qui prouve 
que le chlore du bichlorure de mercure s'est combiné avec l'hy- 
drogène de l'acide sulfhydrique, tandis que le soufre de ce der- 
nier s'est uni avec le mercure du bichlorure. L'azotate d'argent 
décompose également cette dissolution , et y fait naître un pré- 
cipité de chlorure d'argent (voyez page 103, pour les caractères 
de ce précipité). Une lame de cuivre parfaitement décapée, 
plongée dans le bichlorure de mercure dissous, se recouvre d'un 
enduit terne, qui, par le frottement avec un morceau de papier, 
devient blanc, brillant, argentin : ce phénomène dépend de la dé- 
composition du bichlorure par le métal, et de l'applicatioud'ùne 
portion du mercure métallique mis à nu sur le cuivre : aussi suffit- 
1 1 de chauffer sur des charbons ardens la lame pour en volatiliser le 

(1) Cette couleur bleue dépend de la présence du bleu de Prusse, qui a été formé 
aux dépens du chlorure de fer que renferme le sublimé corrosif du commerce. 

in. S5 



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— 886 - 
merc^e^ et pour lui faire reprendre la couleur propre au cuivre. 
JjSk lame de ee métal se comporte de la même manière lorsqu'on 
la frotte avec les divers précipités dont j'ai parlé, et que l'on ob- 
tient ep versant dans le bicbiorure dissous de la potasse, de l'eau 
de chaux ou de Tammoniaque. 

JPissoluiion aqueuse très étendue. Lorsqu'on a fait dfesou- 
dre 5 centigrammes de sublimé corrosif dans 60 grammes d'eau 
distillée et que la dissolution est soumise à la distillation avec 
les précautions indiquées en parlant de la dissolution con- 
centrée, on voit, quoi qu'en ait dit M. Devergie que le premier 
liers du liquide distillé renferme à peine du sublimé corrosif ou 
n'en renferme pas du tout, tandirque le second tiers en eonr- 
Aient sensiblement. Si le sublimé corrosif est dissous dans une 
^antité d'eau tellement considérable qu'aucun des réactifis 
l^rq^^res à le déceler ne puisse servir à prouver son existence, on 
aura ttG^^w^klàpile de James Smithson^t mieux encore à une 
Umie de cuivre. 

Pile de Smithson. On recouvre en spirale d'une petite feiùlle 
d'étaîn roulée une lame ou un anneau d'or, ou de cuivre, de ma^ 
nière toutefois à ce que l'or ne soit pas entièrement caché parl'é- 
tain ; on ajoute une ou deux gouttes d'acide chlorhydriqne , et l'cm 
voit au bout de quelques minutes, d'une demi-heure, ou quelquefois 
seulement de plusieurs heures, le mercure du sublimé se porter sur 
l'or ou sur le cuivre et les blanchir ; il suffît ensuite de chauffer la 
l^me ou l'anneau d'or dans un petit tube pour obtenir le mercure, 
et faire reprendre la couleur jaune à la portion blanchie ; il est 
évident que, dans cette expérience, l'étain, corps électro-positif, 
s'empare du chlore qui était combiné avec le mercure, tandis que 
celui-ci est alliré par l'or, éledro-négatif. Mais il importe de sa- 
voir que ce petit appareil, imaginé par M. James Smithson, ne peut 
servir à déceler des atomes d'une préparation mercurielle dans 
une liqueur suspecte, qu'ai^^o^^ qu'on retiré du mercure métah 
Uque par la distillation^ et qu'il ne suffît paS; comme l'avait 
dit M. Smithson , de voir la lame d'or blanchir , puis repren)dre 
sa couleur jaune par l'action du feu ; en effet , ce petit appareil 
blanchit lorsqu'on le place dans des liqueurs non mercurielles, 
légèrement acides , ou qui eonliennent setdement une pe«ite 



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— 387 — 

quantité de sel commun • c'est alors Tétaîn qui s'applique sur la 
lame d*or, et la blanchit : ainsi bianrchie, cette lame reprend sa 
couleur jaune par le feu , parce que Tétain qui était à la surface 
pénètre dans Tintérieur de la lame, mais elle ne fournit point 
de mercure à la distillation. Le caractère dont je parle est 
tellement sensible , que j'ai obtenu des globules mercuriels , vi- 
sibles surtout à Taide d'une loupe, en distillant une lame d'or qui 
avait été blanchie dans une liqueur contenant à peine du sublimé 
corrosif; toutefois, pour réussir dans ces sortes de cas à voir les 
petits globules mercuriels, il faut, après avoir placé la lame d'or 
blanchie dans un tube de verre fermé par une de ses extrémités, 
tirer l'autre extrémité à la lampe, de manière à la bien effiler, 
puis chaufifer le fond du tube où se trouve la lame ; lorsque celle- 
ci sera jaunie, que tout le mercure sera volatilisé, on appliquera 
le feu plus loin, dans une autre portion du tube, là où la vapeur 
mercurielle s'était condensée , afin de faire passer celle-ci dans 
la partie la plus capillaire du tube ; on conçoit , en effet , qu'il 
doit être plus aisé d'apercevoir un très petit nombre de glo- 
bules mercuriels dans un tube excessivement étroit , que dans 
un tube large. On pourrait encore, malgré l'opinion contraire de 
M. Devergie, recourir à un autre caractère pour reconnaître si la 
lame d'or est blanchie par le mercure ou par l'étain : l'acide 
chlorhydrique concentré et pur dissout instantanément la couche 
d'éiain , et rend à l'or sa couleur jaune, tandis qu'il ne change 
pas la couleur de l'or blanchi par le mercure ; mais , comme on 
le sentira aisément, ce caractère ne peut servir qu'à rendre pro- 
bable l'existence du mercure sur la lame d'or, mais non à la dé- 
montrer (^Foyez mon Mémoire dans le Journul de Chimie 
méd. et dans les ^nn. de Chim. et de Phys.,.3Lnnée 1829). 
Dans le travail sur le mercure qu'ils ont lu à l'Institut en 1845, 
c'est-à-dire seize ans après la publication de mon mémoire, 
MM.Flandin et Danger, prenant toutes mes idées, les ont expo- 
sées sans me citer, et comme si elles leur étaient propres ; j'en ai 
réclamé la propriété, non pas à cause du fait en lui-même, mais 
afin de faire ressortir aux yeux de tous la moralité de l'action j 
ces messieurs ont été obligés dé reconnaître qulls avaient voulu 
s'enrichir à mes dépens. 

85. 



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— 388 - 

C'est ici le lieu de relever une erreur grave commise par 
M.Devergie, dans un Mémoire publié en 1828. « L'or, dit-il, 
décèle la présence des plus petites proportions de mercure ; mais 
pour être certain que la lame est recouverte d'une couche métal- 
lique, il ne faut pas se contenter de l'examiner quand la lame 
est humide, il faut aussi la voir lorsqu'elle est sèche » {Nou- 
velle Bibliothèque médicale). Or, personne n'ignore que For 
n'exerce aucune action sur les liquides mercuriels. 

Lame de cuivre. J'ai voulu savoir jusqu'à quel point la pile de 
Smithson pouvait être plus sensible qu'une lame de cuivre parfaite- 
ment décapée et qui ne serait pas surtout grasse ; à cet effet j'ai 
dissous 1 centigr. de sublimé dans 400 gramm. d'eau distillée et 
autant dans 800 grammes, c'est-à-dire dans 40,000 et dans 80,000 
fois son poids d'eau ; ces liqueurs ont été légèrement acidulées. 
En agissant comparativement j'ai vu que la lame de cuivre laissée 
pendant vingt-quatre heures dans la dissolution la moins éten- 
due était assez fortement recouverte de mercure dans toute son 
étendue, et qu'elle reprenait sa couleur rouge dès qu'on la 
chauffait ) ce n'est aussi qu'après vingt-quatre heures de contact 
que l'or de la petite pile placé entre les feuilles d'étain était for- 
fement blanchi par le mercure, qui par cela même qu'il s'était 
concentré sur une surface moindre que celle de la lame de cuivre, 
paraissait beaucoup plus évident. La liqueur contenant une par 
lie de sublimé sur 80,000 parties d'eau, avait donné des résuluts 
analogues, quoique moins saillans. D'où il suit que la lame de 
cuivre est d'une sensibilité excessive, et comme elle n'offre pas 
quelques-uns des inconvéniens de la petite pile, on doit la sub- 
stituer à celle-ci pour déceler des atomes d'im sel mercuriel dis- 
sous dans des quantités énormes d'eau. Je dirai à cette occasioo 
qu'en se déposant sur du cuivre, le mercure donne une tache 
grise qui a besoin d'être frottée pour devenir blanche, brillante, 
argentine ; tandis que la tache serait blanche , comme l'a va 
M. Mialhe, si le sel mercuriel était mélangé avec un chlorure 
soluble. La couleur grise dépend d'une certaine quantité d'oxyde 
ou de chlorure de cuivre qui altère la couche mercurielle; il suf- 
fit démettre cette lame en contact avec ime ou deux gouttes 
d'ammoniaque ou d'acide chlorhydrique pour donner au mercure 



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— 389 — 

sa couleur blanche. Je ferai encore observer, d'après M. Mialfae; 
que tous les sels neutres mercuriels tachent la lame de cuivre 
en gris. 

Quelle que soit la sensibilité de la pile ou de la lame de cuivre, 
l'expérience démontre qu'elles agissent avec d'autant plus de 
succès que les dissolutions sont moins étendues ; aussi y a-t-il 
avantage à concentrer ces dissolutions par la chaleur en vases 
elosj avant de les plonger dans les liquides supposés mercuriels. 

En admettant, comme le prétend M. Devergie, que le proto- 
chlorure d'étain soit encore plus sensible que la petite pile pour 
déceler le sublimé dans une dissolution très étendue, il ne 
faudra jamais lui préférer ce réactif; que signifie , en efiet, un 
léger précipité gris, qui peut se former dans mille autres circon- 
stances,, en présence du caractère si probant que fournissent la 
pile ou la lame de cuivre? 

Dissolution aqueuse moins étendue. On pourra, après 
avoir fait l'expérience qui précède avec une petite portion de la 
liqueur, séparer le bichlorure de l'autre portion par le procédé 
suivant : On introduit la dissolution dans un flacon ; on verse 
par dessus 8 à 12 grammes d'éther sulfurique ; on bouche le fla- 
con , et on agite lentement pendant dix à douze minutes, de 
manière cependant que l'éther soit en contact avec toutes les 
parties du liquide ; l'éther enlève à Teau la majeure partie du 
sublimé, et le liquide se partage en deux couches lorsqu'on cesse 
d'agiter : la couche supérieure est formée par l'éther tenant le 
sublimé corrosif en dissolution. On verse le tout dans un enton* 
noir dont l'ouverture du bec est fermée avec le doigt indicateur: 
après quelques instans , lorsque l'on aperçoit dans le corps de 
Tentonnoir les deux couches dont j'ai parlé , on laisse écouler la 
couche inférieure ou aqueuse , ce qu'il est facile d'obtenir eli 
écartant du bec de l'entonnoir une partie du doigt indicateur qui 
en bouche l'ouverture : à peine cette couche s'est-elle écoulée que 
l'on ferme de nouveau l'ouverture pour empêcher la sortie de la 
couche éthérée ; alors on reçoit celle-ci dans une petite capsule 
ou dans tout autre vase qui présente beaucoup de surface : l'éther 
se vaporise, et le sublimé reste à l'état solide : on le fait dissou- 
dre dans une petite quantité d'eau distillée, et Ton obtient urie 



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— 390 - 

dissolution aqueuse concentrée, facile à reconnaître , en ayant 
égard aux caractères indiqués à la page 384. Si l'agitation des 
deux liquides était vive et très prolongée, et que Télher employé 
ne fût pas en assez grande quantité, Texpérience serait manquée: 
en effet, Téther serait entièrement dissous par Teau, et Ton n'ob- 
tiendrait point les deux couches , sur lesquelles repose tout le 
succès de Topération. 

J'avais vu qu'à l'aide de ce procédé on pouvait facilement 
extraire du sublimé corrosif en dissolvant 5 centigrammes de ce 
corps dans 3656 parties d'eau distillée. M. Lassaigne a constaté 
depuis : i** que 0,500 grammes de sublimé dissous dans 10 gram- 
mes d'eau, traité par un égal volume d'éther sulfurique, enlevait 
à l'eau les sept dixième» de sublimé; 2<> qu'une liqueur aux 
quatre millièmes de sublimé ne cédait à l'éther que les inm 
dixièmes de son poids de bichlorure. 

Que penser, après de pareils faits, de l'opinion de M. Devergie, 
qui veut que l'cm rejette l'éther pour reconnaître les dissolu- 
lions de sublimé étendues d'eau, parce que ce moyen est trop peu 
sensible? Il ne me sera pas difficile de montrer que cette manière 
de voir est insoutenable. Il est de précepte en médecine légale 
qu'il faut autant que possible découvrir le corps du délit ; or, 
rien n'est si simple que de retirer par l'éther une partie du su- 
blimé en nature de ceitaines dissolutions aqueuses ou de quel- 
ques liquides alimentaires colorés. M. Devergie dira-t-il qu'il 
n'est {$as nécessaire d'extraire le sublimé pour affirmer que l'em- 
p0isonnem)6nt a eu lieu par ce corps, et qu'il suffit de prouver 
que la liqueur contient du chlore par l'azotate d'argent et du mer- 
cure p^ la lame de cuivre? Ce serait méconnaître les principes 
liçs plus éiémentaires de la science ; en effet, que l'on fasse dis- 
soudre ô centigrammes d'azotate de bi-oxyde de mercure et 
autant de chlorure de sodium dans 60 grammes d'eau distillée, 
l'azotate d'argent donner^ un précipité de chlorure d'argent, et 
la lame de cuivre décèlera le mercure contenu dans l'azo- 
tate de^bi'Oxyde. Conclura-t-on qu'il y a du sublimé en disso- 
lution? Ce serait une erreur grave. On voit donc combien il 
pvourra être utile de recourir à l'éther pour déterminer si une ma- 
tière suspecte renferme du sublimé dans les cas nombreux où 



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— 3M ~ 

une préparation mercurielle aura été dissoute dans de Teau tm^* 
pure ou dans des liquides colorés contenant des chlorurée 
golubleê. Je devais croire que ces réflexions si péremptoires, 
insérées dans le tome uV de ma Médecine légale (édition de 
1836), seraient au moins discutées par M. Devergie en 18&0, 
lorsqu'il a publié sa deuxième édition de Médecine légale. Il 
n'en est pas ainsi; ce médecin ne réfute rien, et persiste dans 
son erreur. 

En résumé , la petite pile et la lame de cuivre sont plus sen- 
sibles que rélher pour établir qu'il existe du mercure dans une 
dissolution ; mais elles ne peuvent servir ni à faire connaître 
dans quel état se trouve le métal, ni à extraire le composé 
mercurieh L'éther, au contraire, permet de retirer le êuhlimé 
corrosif en nature et d'en constater tou^ les caractères* Il devra 
donc être préféré à la petite pile ou à la lame de cuivre, toutes les 
fois que les dissolutions ne seront pas étendues au-delà du de- 
gré où. il puisse leur enlever une portion quelconque dé sublimé. 

Je n'ai pas besoin d'ajouter que si les liqueurs contiennent fort 
peu de bi-chlorure de mercure, on devra, avant de les traiter par 
l'éther , les rapprocher en les distillant en vases clos et au 
hain^-marie^ pour agir ensuite sur le liquide restant dans la 
cornue, et qui aura été réduit à la moitié ou au tiers de son vo- 
lume; on devra également opérer sur le liquide qui aura passé 
dans le récipient. 

Dissolution alcoolique concentrée. Cette dissolution se 
comporte avec la potasse, l'eau de chaux, l'ammoniaque, l'acide 
sulQiydrique et l'azotate d'argent, comme la dissolution aqueuse 
concentrée (voy, page 38^) ; elle peut en être distinguée par 
l'odeur d'alcool qu'elle exhale. 

Dissolution alcoolique étendue. La dissolution peut être 
tellement étendue , que l'odeur de l'alcool soit inappréciable. 
Quoi qu'il en soit, on constatera la présence du mercure au 
moyen d'une lame de cuivre, et si la dissolution n'est pas trop af- 
faiblie, au moyen de l'éther, qui jouit également de la propriété 
de le séparer de la dissolution alcoolique {Foyez le procédé 
page 389). La liqueur de Fan-Swieten, que l'on prépare le 
plus ordinairement aujourd'hui en dissolvant 5 centigrammes 



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— 392 - 

de sublimé corrosif dans 60 grammes d'eau, sera également re- 
connue, comme je viens de le dire. Il en serait de même si elle 
avait été préparée avec l'alcool : dans ce cas seulement, on aurait 
un caractère de plus, l'odeur alcoolique du liquide. 

Dissolution éthérée. Lorsqu'on expose cette dissolution à 
l'air, l'éther s'évapore , et le sublimé reste à l'état solide. Il est 
alors facile de le reconnaître en le faisant dissoudre dans l'eau 
{Voy. les propriétés de cette dissolution p. 384). 

Sublimé corrosif tnélé à des liquides alimentaires, à la 
matière des vom.issemens ou à celle que Von trouve dans le 
canal digestifs ou bien combiné avec quelques-uns de nos 
tissus. Avant d'indiquer le procédé le plus convenable pour dé- 
montrer dans ces matières, sinon la présence du sublimé corro- 
sif, du moins celle d'un composé mercuriel, il est utile d'exami- 
ner l'action du bichlorure de mercure sur les principaux liquides 
végétaux et animaux et sur quelques-uns de nos tissus, l"" La 
liqueur conserve sa transparence, lorsqu'on sgoute 60 centigram- 
mes de sublimé dissous à 200 grammes de vin rouge; si la 
quantité de sublimé est sensiblement plus forte, il se dépose un 
précipité violacé ; 2* Teau saturée de sucre ne se trouble qu'au 
bout de quelques jours et V alcool après trois ou quatre mois; 
S"* le thé fournit à l'instant même des flocons d'un jaune gri- 
sâtre ; k^ les eaux distillées de certaines plantes, les extraits^ 
\es huiles, les sirops ^les gommes^eic,^ précipitent la dissolution 
de sublimé au bout d'un certain temps ; 6" le sucre de lait et 
la matière résineuse de la bile ne sont point troublés ; 6'' le fi- 
cromel donne à la longue un précipité blanchâtre, collant et peu 
abondant $ 7° la gélatine en dissolution concentrée précipite 
une matière blanche collante gélatineuse si on la verse dans une 
dissolution également concentrée de sublimé, mais froide; car, 
dès que le précipité est chauffé , il se dissout ; 8^ le bouillon 
ordinaire filtré et dégraissé se trouble légèrement sans donner 
de précipité par une petite quantité de sublimé corrosif dissous; 
il se dépose au contraire des flocons blancs très lourds, si la pro- 
portion de bichlorure est plus forte; 9° Vosmazome est précipité 
en jaune rougeâtre ; 10^ le lait fournit un coagulum blanc très 
lourd avec une proportion notable de sublimé, tandis qu'il n'est 



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— 393 — 

point précipité si la quantité de bichlortire employé est faible ; 
11** la fibrine, la chair musculairey le gang, les membranes 
muqueuses et séreuses^ le tissu fibreux, le cei^eau, le foie, 
la rate, etc., donnent presque instantanément naissance à un 
précipité blanc et la malière animale devient friable 5 12° la bile 
fournit un précipité jaune rougeâtre assez abondant ; 13° le 
blanc d'œuf filtré , versé dans une quantité notable de dissolu- 
tion de sublimé donne un précipité blanc floconneux, lourd, le- 
gèrement soluble dans un excès de blanc d'œuf . Si la proportion 
de sublimé est très faible, le précipité ne se dépose qu'au bout de 
quelques heures , quoique la dissolution ait été troublée sur-le- 
champ ; si l'on filtre on obtient un liquide composé d'albumine et 
d'une portion du précipité tenu en dissolution par celle-ci. Si l'on 
emploie une faible proportion de sublimé et moins d'albumine que 
dans l'expérience précédente, on obtient également un précipité 
blanc au bout de quelques heures, mais la liqueur filtrée contient 
alors de l'albumine tenant en dissolution une certaine proportion 
du précipité et du bichlorure de mercure libre. L'existence si- 
multanée du sublimé et de V albumine dans la liqueur, signalée 
d'abord par moi, a été vérifiée plusieurs années après par 
M. Lassaigne dans l'estomac d'un cheval empoisonné par le su- 
blimé ; 14° le jaune d*œufen\è\e encore mieux que l'albumine, 
le sublimé corrosif à la dissolution aqueuse comme l'a fait voir 
M. Devergie; aussi la liqueur qui surnage le précipité retient- 
elle moins de sublimé, tout étant égal d'ailleurs, que si l'on eût 
employé l'albumine; 15° le gluten sépare complètement et ra- 
pidement tout le sublimé contenu dans une dissolution aqueuse, 
d'après Taddei^ savant professeur de Florence. 

Les divers précipités dont je viens de parler, ainsi que les 
matières solides animales qu'on a laissées pendant quelque 
temps avec le sublimé, fournissent du mercure métallique s'ils 
sont bien lavés et desséchés et qu'on les chauffe, avec de la 
potasse, et quelquefois seuls, dans un petit tube de verre. Quant 
aux liqueurs qui surnagent les précipités ou qui entourent les 
matières organiques, elles retiennent, le plus ordinairement des 
proportions variables de sublimé ; toutefois il pourrait y avoir 
des inconvéniens à chercher le bichlorure dans ces liqueurs, à 



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— 394 — 

Taide des réactifs seulement (potasse, acide sulfhydrique, etc.)} 
parce que plusieurs d'entre eux étant colorés ou fortement ani- 
malîsés ne fourniraient pas avec ces agens des précipités senn 
blabies à ceux que donne la dissolution aqueuse pure, et sou- 
vent même ne précipiteraient pas ; on devrait dans ce cas plonger 
dans ces liqueurs légèrement acidulées une lame de cuivre et si 
celle-pi ne se recouvrait pas de mercure, il faudrait évaporer ces 
liqueurs jusqu'à siccité et chauffer avec de la potasse le produit 
desséché comme je le dirai en décrivant le procédé d'analyse qu'il 
me paraît préférable d'adopter. 

On a beaucoup disserté pour savoir fi les divers précipitée 
qtte l'on obtient avec le bichlorure de mercure et des mor^ 
tières organiques contiennent du sublimé à l'état de ht'- 
chlorure, ou de protochlorure; dans le premier cas le toxique 
serait à l'état de combinaison ; dans l'autre cas il eut été décom- 
posé et transformé en protochlorure. J'ai long-temps partagé cette 
dernière opinion avec Berthollet, Taddei , Boulay, etc., et je ne 
suis pas encore certain que dans beaucoup de cas il n'en soit 
ainsi, tout en admettant avec M. Lassaigne que dans le précipité 
que forme l'albumine avec le sublimé corrosif, celui-ci se 
trouve combiné et non décomposé (à l'état sec ce précipité 
contient environ 5 p. '/«, de sublimé). Le doute que j'exprime est 
fondé sur ce que j'ai parfaitement réussi à retirer du sublimé 
corrosif du précipité albumineux, en l'agitant à froid pendant un 
quart d'heure, lorsqu'il était encore gélatineux, avec une disso- 
lution aqueuse saturée de chlorure de sodium et en agitant en- 
suite avec de l'éther sulfurique la dissolution saline filtrée (mé- 
thode de Lassaigne)^ tandis qu'il m'a été impossible d'obtenir la 
moindre trace de sublimé corrosif, en agissant de même sur 
l'estomac parfaitement lavé d'un animal empoisonné par le bi- 
chlorure de mercure, quoique ce viscère contint un composé 
mercuriel. La question me parait d'autant plus indécise 
que M. Lassaigne n'ayant pas étudié la nature des composés 
que forme le sublimé avec les tissus animaux j les résultats 
qu'il a obtenus avec le précipité albumineux ne peuvent être 
considérés dans l'état actuel de la science , que comme un fait 
isolé, d'une grande portée sans doute, mais insuffisant pour éri* 



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— 395 — 

ger en principe que toujours les choses se passeront comme aveo 
le précipité albumineux. 

Indépendamment des données qui précèdent et qui sont de na- 
ture à prémunir les experts contre les erreurs qu'ils pourraient 
commettre en analysant les mélanges toxiques dont je parle , il 
est un certain nombre de résultats obtenus par des expédiées 
nombreuses que j'ai tentées et qu'il ne faudra pas perdre de vue 
non plus, si Ton veut procéder sûrement à la recherche des poi- 
sons mercuriels. Dans ces expériences, j'ai tour-à-tour comparé 
les diverses méthodes proposées pour découvrir des traces de 
sublimé , j'ai examiné comparativement aussi des matières ali- 
mentaires non empoisonnées et déjà à moitié digérées, et le» 
mêmes matières mélangées de faibles proportions dé sublimé et 
à moitié digérées aussi ; j'ai cherché et trouvé le sublimé corrosif 
dans le foie et dans l'urine et mis par là son absorption hors de 
doute. Voici au reste les conclusions que j'ai tirées de mon tra*^ 
vail, inséré dans le Journal de Chimie médicale^ année. 1842. 

1° Si les travaux de M. Lassaigne prouvent que le précipité 
fourni par Talbumine et le sublimé corrosif contient > après 
avoir été desséché , environ cinq pour cent de bichlorure de 
mercure y il n'en est pas moins vrai qu'il est impossible d'appli- 
quer à la médecine légale le procédé que ce chimiste a fait con- 
naître, lorsqu'il s'agira de déceler dans les tissus du canal diges* 
tif, dans nos viscères ou dans certaines substances alimentaires, 
la présence d'un composé mercuriel insoluble dans l'eau, soit 
que ce composé contienne du bichlorure de mercure à l'état de 
combinaison, soit que le mercure s'y trouve à Téiat de protochlo- 
rure ; en effet, le chlorure de sodium proposé par ce chimiste dis- 
tingué n'enlève pas le composé mercuriel aux masses char* 
nues, dans lesquelles il existe ordinairement en très petite pro- 
portion (voy. expérience 2% p. 563 de ma Toxicologie, 4* édit.). 

2® Le procédé de M. Devergie , qui consiste à di^oudre 
l'organe ou toute autre matière solide dans de l'acide chlorhy- 
drique concentré, puis à faire traverser la dissolution par un cou- 
rant de chlore gazeux, doit également être abandonné, parce 
qu'il est quelquefois InsufTisant pour déceler le mercure qui 
existe dans une matière suspecte^ et qu'alors même que l'on par- 



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— 396 — 

vient à le découvrir ou n'en obtient pas , ni à beaucoup près, 
autant que Ton peut en extraire par d'autres moyens. Le 
chlore gazeux ^ en effet, ne détruit pas complètement la matière 
organique, même quand on en a fait passer plusieurs courans 
pendant plusieurs heures , ce qui est long et fastidieux ; quoi 
qu'on fasse, il reste toujours une matière grasse jaunâtre qui 
est, en partie du moins, le résultat de l'action de cet agent sur 
les substances organiques. Cette matière huileuse est tellement 
abondante dans le traitement du foie et de quelques autres vis- 
cères, que les liquides lorsqu'ih ont été concentrés par rêva- 
poration (ce qu'il est indispensable de faire) sont fortement colo- 
rés en rouge ou en brun rougeâtre, et que cette huile s'oppose 
à la précipitation du mercure , soit sur une lame de cuivre ou 
sur la petite pile d'or, soit à l'aide des réactifs ; il arrive même 
dans les cas dont je parle que le cuivre ou la pile se recouvrent 
d'une couche terne, d'un gris bleuâtre, que l'on serait tenté d'a- 
bord de prendre pour du mercure, et qui pourtant n'en contient 
pas im atome (voy. expér. 3®, p. 663 de ma Toxicologie) (1). 
3*^ Il est au contraire facile d'extraire du mercure métal- 
lique des matières suspectes, quelles qu'elles soient, en les trai- 
tant d'abord par Teau régale â une douce chaleur pendant une 
ou deux heures, et en faisant passer un seul courant de chlore 
à travers la dissolution obtenue, qui est ordinairement jaunâtre 
et déjà troublée par des flocons d'un blanc tirant sur le jaune ; il 
ne s'agit , après avoir laissé pendant plusieurs heures cette li- 
queur en contact avec l'excès de chlore que le courant y avait 
amené, que de la filtrer et de l'évaporer au bain-marie jusqu'à 
siccité pour chasser la majeure partie de l'acide, puis de l'éten- 
dre d'eau distillée. Une lame de cuivre plongée dans cette liqueur 
se recouvre bientôt de mercure métallique, que l'on peut recueil- 
lir sau^ forme de globules en chauffant la lame dans un tube 
effilé S la lampe. Je dirai toutefois qu'il ne nia jamais été 
possible^ en suivant ce procédé, d'extraire de cette liqueur mer- 
Ci) La présence de cette huile dans les liqueurs chlorées , contenant de rarsemc, 
ne gène en aucune manière l'opérateur, parce que ces liqueurs fonctionnent très 
bien dans l'appareil de Marsh, ou bien sont précipitées par l'acide suUhydrique, 
sans qu'on ait été obligé de les concentrer par l'évaporation (F, p. 230 et suiv.). 



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- 397 — 

curielle, à l'aide de Féther, ni du sublimé corrosif ni un autre sel 
mercuriel susceptible d*être caractérisé , ce qui tient à la pré- 
sence de cette matière grasse jaune dont j'ai parlé, et qui, pour 
être beaucoup moins abondante que dans le cas où Ton a traité 
d'après la méthode de M. Devergîe, ne se trouve pas moins en- 
core en assez grande quantité pour s'opposer à la séparation du 
sublimé corrosif par l'éther. 

k"" Il est beaucoup plus avantageux, pour établir l'existence 
du sublimé dans une matière suspecte, de carboniser celle-ci en 
vases clos à l'aide de l'acide sulfurique concentré ; le charbon et 
surtout les liquides volatilisés fourniront du mercure et du 
sublimé corrosif &à proportion notable, dès qu'ils seront sou- 
mis aux opérations que je vais décrire en parlant du procédé qui 
doit être préféré (voy. expér. 5", p. 566 de ma Toxicologie), 

S"" Tout en admettant que 1^ sublimé corrosif est facilement 
transformé par plusieurs matières alimentaires ou par nos tis- 
sus en un composé insoluble, il n'en est pas moins nécessaire, 
dans toute expertise médico-légale relative à ce sujet, d'opérer 
d'abord sur les portions liquides filtrées, parce qu'il arrivera sou- 
vent qu'elles contiendront encore une certaine quantité de sublimé 
en dissolution facile à reconnaître à Taide d'une lame de cuivre, 
mais surtout en carbonisant la liqueur évaporée jusqu'à siccité par 
l'acide sulfurique concentré (voy. la h'^exp. p. 566 de ma Toxic). 
Dans ces sortes de cas, on ne devra jamais mettre la liqueur fil- 
trée en contact avec des réactifs, tels que la potasse, l'iodure de 
potassium, l'acide sulfhydrique, etc., parce que souvent ils ne la 
troublent pas, et que presque toiyours ils fournissent des préci- 
pités tout autrement colorés que ceux que doit donner la dissolu- 
tion de sublimé corrosif. 

6* L'absorption du sublimé corrosif ne peut plus faire l'ob- 
jet d'un doute, puisque j'ai retiré du mercure métallique du foie 
et de Vurine des chiens empoisonnés par ce sel, ainsi que de IV 
rine des malades atteints de syphilis, à qui l'on faisait prendre 
depuis quelques jours de petites doses de bichlorure de mercure 
en dissolution -y 

Sans nier que M. Cantu ait obtenu, en 1823, du mercure 
métallique de l'urine des syphilitiques soumis à l'usage des fric- 



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— 398 — 

tîons mercurieiles, je ferai remarquer que Rhodes^ Meissnery 
Sohwergger et M. Devergîe, qui ont répété les expériences du 
diimiste de Turin, n'ont pas retiré un atome de ce métal, quoi- 
qu'ils se fussent placés dans les mêmes conditions que lui ; que 
je n'ai pas éié plus heureux que ces expérimentateurs en agissant 
exactement comme Ta conseillé M. Cantu, sur l'urine de malades 
qui avaient pris du sublimé à V intérieur; qu'à la vérité je n'ai 
opéré que sur le précipité fourni par 16 kilogrammes d'urine, 
tandis que ce chimiste a fait ses recherches sur le dépôt prove- 
nant de SO kilogrammes de ce liquide. Eu tout cas, le procédé 
suivi par M. Cantu est loin d'être le plus propre à extraire les 
atomes de mercure métallique que renferme une matière orga- 
nique, comme cela résulte des expérieneeM 10" et W {voyez 
pages 569 et 570 de ma Toxicologie, k^ édition) ; 

Je suis convaincu qu'en employant l'une des deux métho- 
des auxquelles je donne la préférence, on découvrira aisément le 
mercure dans le lait des nourrices et dans la salive des indivi- 
dus soumis à un traitement mercuriel , et si l'on a échoué 
jusqu'à ce jour, c'est que les expérimentateurs n'ont pas agi sur 
une assez forte proportion de ces liquides, et qu'ils n'ont pas suivi 
un procédé convenable^. 

T L'absorption du sublimé corrosif étant un fait acquis à 
la science, il devient désormais indispensable, dans les expertises 
médico-légales relatives à l'empoisonnement par les prépara- 
tions mercurieiles, de soumettre aux opérations qui vont être dé- 
crites, le foie, la rate, les reins et l'urine, toutes les fois que l'on 
n'aura pas retiré du mercure ou du sublimé corrosif des matières 
expulsées par haut ou par bas, de celles qui ont été trouvées dans 
le canal digestif ou des tissus de ce canal. 

8* Il ne suffit pas pour affirmer qu'un individu est mort 
empoisonné par du sublimé corrosif, d'avoir obtenu du mercure 
métallique ou du bi*chlorure de mercure des matières précitées, 
parce que ce poison est journellement administré à des malades 
atteints de syphilis, que l'on emploie aussi d'autres composés mer^ 
curiels qui, d'après M. Mialhe, semblent se transformer en su- 
blimé aussitôt qu'ils sont en contact avec des chlorures alcalins 
et avec l'air, et que dans tous ces cas l'expert pourrait constater, 



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— 399 — 

soit dans le canal digestif, soit dans le foie, soit dans Tarine, la 
présence du mercure métallique ou du sublimé, en proportion, à 
la vérité, excessivement minime. 

9*» Il importe dès-lors, avant de conclure, de s'enquérir at- 
tentivement de la position antérieure de l'individu, afin de savoir 
s'il n'aurait pas été soumis à une médication mercurielle à une 
époque plus ou moins éloignée , quel a été le mode d'invasion de 
la maladie, quels en ont été les symptômes, la marche, la durée, 
et quelles altérations cadavériques ont élé constatées après la 
mort. Dans la plupart des cas d'empoisonnement par le sublimé 
corrosif, les accidens seront tellement graves et subits qu'il sera 
impossible d'expliquer la présence du mercure ou du sublimé 
corrosif décelé dans les matières suspectes autrement que par 
un empoisonnement; dans la plupart des cas aussi, la propor-- 
tion de mercure ou du sublimé trouvée sera telle, qu'il sera facile 
de voir que le composé mercuriel n'a pas été administré comme 
médicament ; en effet, le sublimé se combinant rapidement avec 
les tissus organiques , n'est pas aussi complètement vomi que 
d'autres poisons solubles, ce qui fait qu'on eu trouve en général 
une quantité assez notable, soit dans les organes digestifs, soit 
dans là partie solide des matières alimentaires vomies, ou de cel* 
les qui existent dans l'estomac ou dans les intestins. 

Procédé, — Matières liquides vomies ou trouvées dans le 
canal digestif: On les décante ou bien on les passe à travers 
un linge fin très propre , pour les séparer des portions solides, 
puis on les fait bouillir dans une capsule de porcelaine pendant 
une ou deux minutes ; celte opération a pour but de coaguler 
une partie de la matière animale contenue dans ces liquides ; on 
garde le eoagulum et Ton filtre la liqueur après l'avoir acidulée 
avec quelques gouttes d'acide chlorbydrique ; on y plonge une ou 
plusieurs lames de cuivre, minces et parfaitement polies, qui se- 
ront ternies au bout d'une ou de plusieurs heures, si la liqueur 
renferme un composé mercuriel libre; s'il en est ainsi on retire ces 
lames du liquide et on les laisse pendant quelques minutes dans 
de îammoniaque étendue d'eau afin de dissoudre l'oxyde ou le 
chlorure de cuivre qui auraient pu se former ; on lave ensuite ces 
lames avec de l'eau distillée, on les presse entre deux feuilles de 



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— 400 — 

papier Joseph pour , les essuyer, on les coupe en petits mor- 
ceaux, on introduit ceux-ci dans un tube de verre étroit que Ton 
effile à la lampe et que Von chauffe jusqu'au rouge pour volatiliser 
le mercure qui ternissait les lames. Si Ton a obtenu ce métal, on 
n'a pas besoin de recourir à de nouvelles opérations , et l'on 
peut conclure qu'il existe dans le liquide un composé mercuriel 
libre. Admettons, au contraire, qu'après avoir séjourné pendant 
plusieurs heures dans ce liquide, les lames de cuivre n'aient pas 
été ternies et qu'elles n'aient subi aucune altération apparente, 
on évaporera le liquide jusqu'à siccité dans une capsule de porce- 
laine et au bain-marie ; le produit de cette évaporation sera en- 
suite introduit dans une cornue avec le sixième de son poids d'a- 
cide sulfurique pur et concentré ; on adaptera à cette cornue un 
ballon bitubulé que l'on entourera d'eau froide et dont l'une des 
tubulures donnera passage à un tube recourbé à angle droit et 
dont la longue branche verticale viendra plonger dans une 
éprouvette à moitié remplie d'eau distillée et entourée elle-même 
d'eau froide. On chauffera graduellement et de plus en plus la 
cornue jusqu'à ce que la matière organique soit réduite en un 
charbon à-peu-près sec, ce qui n'arrivera qu'après qu'il se sera 
dégagé des vapeurs abondantes d'acide sulfureux. Si le liquide 
suspect contenait un composé mercuriel , celui-ci se trouverait dans 
le charbon, mais surtout dans le liquide condensé dans le ballon ; 
l'eau de l'éprouvette en contiendrait aussi. Le charbon sera traité 
à la température de Tébullition, dans une capsule de porcelaine 
avec quelques grammes d'eau régale formée de deux parties d'a- 
cide chlorhydrique et d'une d'acide azotique concentrés ; on con- 
tinuera à le chauffer jusqu'à ce qu'il soit à peine humecté et que 
la majeure partie de l'eau régale ait été évaporée ; dans cet état 
on le fera bouillir avec de l'eau distillée dans la même capsule et 
au bout de dix à douze minutes d'ébuUition on filtrera la liqueur. 
La dissolution ordinairement limpide sera incolore ou jaunâtre j 
on en prendra quelques grammes dans lesquelles on plongera 
plusieurs lames de cuivre minces et polies afin de déceler le mer- 
cure comme il a été dit plus haut ; le restant de la dissolution, 
c'est-à-dire la majeure partie, quel que soit le résultat fourni par 
les lames, sera agité avecde l'éther sulfurique dans un tube ou 



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— 401 — 

dans 11Û petit flacon ; si la couche supérieure éthérée contient 
du sublimé corrosif en dissolution, il suffira de la séparer de la 
couche inférieure à l'aide d'un entonnoir (voy. p. 889), et^de la 
faire évaporer à tme très douce chaleur pour que Téther se 
volatilise en laissant le bi-chlorure de mercure à Vélat solide. 

Pour rechercher le composé mercuriel qui pourrait exister 
dans les liquider distillés pendant la carbonisation de la ma- - 
tière organique par Facide sulfurique , après avoir réuni celui 
qui était dans le ballon à Teau distillée contenue dans Téprou- 
vette, on les fera bouillir dans une capsule de porcelaine pendant 
quinze ou vingt minutes avec quelques grammes d'eau régale 
dans le triple but de détruire la petite quantité de matière orga- 
nique qu'ils renferment, de transformer le composé mercunel en 
bi-chlorure de mercure et de faire passer à l'état d'acide sulfuri- 
que l'acide sulfureux qui s'était formé pendant la carbonisation. 
Après celte ébullition et lorsque ces liquides seront déjà refroidis, 
on les fera traverser par un courant de chlore gazeux pendant une 
heure, afin de décomposer le restant de la matière organique, et 
de la précipiter à l'état de flocons blancs graisseux et albumi- 
neux; on filtrera et l'on fera évaporer la liqueur filtrée au bain- 
marie. La proportion de sublimé corrosif contenue dans cette 
liqueur peut être assez notable pour qu'on l'obtienne cristallisé; 
-s'il en est ainsi on le reconnattra facilement. S'il ne se forme 
point de cristaux, on continuera à chauffer au bain-marie presque 
jusqu'à sîccité, afin de chasser l'excès d'acide, et l'on partagera le 
produit en deux parties inégales dont l'une sera dissoute dans l'eau 
et mise en contact avec une ou plusieurs lames de cuivre, tandis 
que l'autre sera agitée avec de l'éther sulfurique, comme je Tai dit 
en parlant de la recherche du composé mercuriel dans le charbon. 

Matières solides vomies ou trouvées dans le canal diges- 
tif; coa^ulum formé en chauffant les matières liquides 
jqui viennent d'être calaminées. On carbonise ces matières en 
vaisseaux clos, avec un sixième de leur poids d'acide sulfurique 
pur et concentré, comme je l'ai indiqué en parlant des matières 
liquides. On peut à la rigueur se dispenser d'analyser ces matiè- 
res solides, si déjà l'on a mis l'existence du mercure hors de doute 
dans les matières liquides. 

III. 98 



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— ^ 402 — 

EêtomM, inteêtim, sang^ foie, rate y etc. Au lieu de foire 
iMNiillir ces organes ou le sang avec de Teau distillée, ce qui al- 
longerait les opérations, pour ne donner souvent que des résul- 
tats incertains, il vaut niieux, après avoir coupé les organes en 
.petits morceaux, carboniser ceux-ci en vases clos avec un 
sixième de leur poids d'acide sulfuriqUe pur et concentré, en 
s'attachant de préférence à chercher le composé m^rcuriel dans 
les portions grisâtres ou dans celles qui paraissent être le siège 
jd'uae inflammation. Le charbon et les liquides 4>bteniis seraient 
^ensuite analysés comme il a été dit plus haut. 

Urine. On la filtre et on la fait traverser par un courant de 
chlore gazeux ; on laisse réagir l'excès de chlore po^idant vingt- 
quatre heures, puis on filtre ^« la dissolution est ensuite évaporée 
au bain-marie jusqu'à siccité ; le produit obtenu est dissous dans 
l'eau distillée et mis en contact avec une ou plusieurs lames de 
cuivre minces et poUes, après avoir été légèrement acidulé par 
l'acide chbrhydrique. Mais c'est surtout dans le dépôt de l'urine 
que l'on devra chercher le composé mercuriel ; pour cela on trai- 
tera ce dépôt par l'eau régale bouillante, puis on le fera traver- 
ser ,par un courant de chlore gazeux, et l'on agira .sur la dissolu- 
tion filtrée, comme il vient d'être dit. 

Salive, J'avais dit , dans mon mémoire sur les préparations 
mercurielles (^y. Journal de jchim. méd,, année 1842), qu'en 
employant le procédé que je viens de décrire , on découvrirait 
aisément le mercure dans le lait des nourrices et dans la salive 
des individus soumis à un traitement mercuriel. M. Audouard 
de Béziers, après avoir retiré, à l'aide de ce procédé, du mercure 
de Vurine [des malades atteints 4e syphilis, qui faisaient usage 
de bi -chlorure de mercure, en a également extrait de la salive 
d'un. jeune commis marchand , qui prenait depuis vingt jours 
plusieurs pilules mercurielles de Dupuytren matin et soir (Jour^ 
nal de chim, médicale, mars 1843, p. 137). 



SubUmé oormdf dam «m cas d^eo^lminaUm juridique, i^ Le ^ mars 
4S26, on a mis dans un grand bocal à large ouverture contenant 2 litres 
d'eau, 421 grammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d'eau 
Tîouiilante ; on a ajouté de la viande, de la matière cérébrale et des por- 
tions^ d'intestin. Le ,4 9 mars, le mélange n'exhalait aucune odeur fé^; 



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— 408 — 

les matières animales étaient dures et comme tannées ; la liqueur ûltrée 
brunissait à peine par l'acide sulfhydrique ; la potasse et Tammoniaque la 
rendaient tout au plus opaline ; mais la pile de Smithson se recouvrait d'une 
couche de mercure métallique aussitôt qu'on la plongeait dans cette liqueur 
et ^'on ajoutait quelques gouttes d'acide chlorbydrique. La viande , la 
aatière cérébrale et Tintestin, lavée^t bien desséchés, fouroissaientdumer- 
^re ipélaUi^ue lofsqi^'on les calcinait avec de la potasse dans une cornue 
ou dans un petit tube de verre. Il en était de même le 4 8 juin i 827. 

Dès le 48 avril 4826, on avait pris la moitié de la liqueur dont il s*agit, 
et dans laquelle II y avait déjà si peu de sublimé, et on l'avait mise en con- 
tact avec d'autres matières organiques (foie, rate, intestins). Le ^ du même 
mois, le mélange exbal«t vne odeur des plus fétidei, et la li<pieur ne se 
eoiorait plus par l'acide sulfhydrique ; la petite pile n'était pas blanchie 
non plus au bout d'une heure. 

2® Le 4 8 juillet 4 826; on mit dans un bocal à large ouverture un litre 
d'eau, une portion d'un canal intestinal et 30 grammes de sublimé corrosif. 
Le î août suivant, le mélange exhalait une odeur très fétide ; la liqveur ne 
m coloieit pas avec l'acide sulfhydrique ni ay«c les gulfavee ; la petite pHe 
n'était blanchie qu'au bout de plusieurs heures. Les intestins, bien lavés^ 
desséchés etcaloinosavec de la potasse,founiissaient au mercure métallique » 
3° Si l'on enterre dans une bière de sapin blanc, à la profondeur d'un 
mètre, des chiens morts empoisonnés par 2 ou 3 grammes de sublimé so- 
lide, sans que l'œsophage ait été lié, et qu'on les exhume quelque temps 
après , on verra qu'il n'existe point de mêrowre métallique dans le oanal 
djigeslif ; mais dans un certain nombre de cas les tissus de ce oanal, dessé** 
iCSiés et calcinés avec de la potasse» donneront du mercure. Si, au contraire, 
les animaux avaient promptement et considérablement vomi avant de 
mourir, on pourrait bien ne pas découvrir dans ces tissus la moindre trace 
d'un composé mercuriel. 

4* Si l'on enferme dans un gros intestin 4 ou ^ grammes de bi-chlorure 
4a mercure dissous dans 46 ou ^ grammes d'eau et mêlé à de la viande 
hachée^ à du pain émietté et à de l'eau albumineuse, et que l'on place c«t 
intestin dans une boîte de sapin que l'on enterre à 6 ou 7 décimètres de 
profondeur, on remarquera trois ou quatre mois après, que la matière ren- 
fermée dans l'intestin n'offre aucune trace de mercure métallique , quoi- 
qu'au premier abord on soit disposé à prendre pour ce métal une foule de 
l^bdes graisseux, brillaas, qui font partie de la Biasae ; pourtant on pour- 
sa démontrer dans le mélange la présence d'un composé merouriel, en le 
desséchant et en le calcinant dans une cornue avec de la potasse^ en sSet^ 
on en retirera du mercure métallique. * 



Il résulte de ces expériences, 1*" qu'il suffit de quelques jours 
4'inbumaiîon iXHir qu'il »e$oU plus po6i»tble (ie<x)ii»taier la pré- 

Î6, 



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— 404 — 

sence du sublime corrosif dans la liqueur, autrement que par une 
lame de cuivre mince et polie, ou par la pile de Smithson ; S^" que 
cet effet est d'autant plus prompt qu'il y a une plus grande quan- 
tité de matière animale mélangée avec le sublimé; 3"" que dans 
tous les cas on peut, en traitant par Teau régale ou en carboni- 
sant par l'acide sulfurique {voy. pages 396 et /iOO>les matières 
animales qui ont été en contact avec le sublimé, en extraire 
du mercure métallique, même plusieurs années après l'inhuma- 
tion : or, la présence de ce métal , si elle ne prouve pas qu'il y 
avait du bi-chlorure de mercure dans les matières enterrées, ne 
laisse aucun doute sur l'existence d'une préparation mercuridie 
dans ces matières. 

Sublimé corrosif introduit dans le rectum après la mort. 
Appliqué sous forme de poudre sur le rectum d'un individu qui 
vient d'expirer, et laissé pendant vingt-quatre heures sur cet 
intestin, le sublimé corrosif détermine les altérations suivantes: 
la portion de la membrane muqueuse qui a été en contact avec 
lui est rugueuse, comme granuleuse, légèrement durcie, et d'an 
blanc d'albâtre ; elle offre çà et là des plis d'un rose clair, sem- 
blables, par leurs dispositions à des ramifications veineuses : il 
suflSt d'étendre cette membrane sur la main pour en faire dispa- 
rattre les rugosités et la rendre lisse; la tunique muscnlease 
correspondante à la portion de la membrane muqueuse dont je 
parle, est blanche comme de la neige; il en est de même de la 
tunique séreuse, qui, en outre, présente une opacité et un épais- 
sissement remarquables; les vaisseaux du méso- rectum sont 
sensiblement injectés; la portion de l'intestin rectum qui n'a pas 
été en contact avec le poison est dans fétat naturel. 

On observe des phénomènes analogues lorsque le sublimé co^ 
rosif, réduit en poudre fine, a été appliqué sur le rectum mie 
heure et demie après la mort de l'individu, et qu'il a été laissé 
en contact avec cet intestin pendant quatre jours. Il en est i- 
peu-près de même lorsqu'oiynjecte dans le rectum, trois quarts 
d'heure après la mort d'un individu, 60 ou 90 grammes d'mie 
dissolution concentrée de sublimé corrosif, qu'on laisse agir 
pendant vingt-quatre heures. 

Dans le cas où le sublimé corrosif pulvérulent n'est appliqué 



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— 405 — 

sur le rectum que vingt-quatre heures après la mort de Tindividu, 
on voit, si on ouvre le cadavre le lendemain, que les membranes 
mosculeuse et séreuse sont devenues épaisses, dures et très blan- 
ches dans l2i portion d'intestifitouchée par le poison; laluni- 
que muqueuse est tapissée par une matière grisâtre, mêlée de 
points blancs, et formée de sublimé corrosif et d'un composé de ce 
corps et de matière organique. Il est impossible de découvrir la 
moindre injection des vaisseaux sanguins, ni aucune zone rose 
ou d'un rouge clair. 

Ces faits me permettent de tirer une conclusion importante 
pour la médecine légale, savoir, qu'il est extrêmement facile de 
distinguer si les altérations de tissu produites par le sublimé 
corrosif sentie résultat de l'action qu'il a exercée pendant la vie 
ou après la mort d'un individu; en effet, indépendamment des 
caractères propres à chacune de ces lésions, on remarque, lors- 
que le poison a été introduit après la mort^ que l'altération des 
tissus ne s'étend qu'un peu au-delà de la portion d'intestin qui a 
été en contact avec le poison, ce qui n'arrive point dans le cas 
contraire, car alors Tinflammation déterminée par le sublimé 
corrosif est beaucoup plus intense, et décroît insensiblement à 
mesure que l'on s'éloigne du point le plus enflammé , en sorte 
qu'il n'y a jamais une ligne de démarcation parfaitement 
tracée entre les parties affectées et celles qui ne le sont point. 
£n outre, lorsque le poison a été introduit après la mort et sous 
forme de poudre, on le retrouve en assez grande quantité à peu 
de distance de l'anus; tandis qu'il en existe à peine s'il a été in- 
jecté pendant la vie, la msgeure partie ayant été expulsée par les 
selles qu'il déteimine. 

Symptômes de ^empoisonnement déterminé par le sublimé 

corrosif. 

Lorsqu'on introduit dans l'estomac de l'homme SO ou 60 
centigrammes de sublimé corrosif, indépendamment de la 
saveur acre, styptique, métallique et insupportable que l'indi- 
vidu ressent à l'instant même, il éprouve bientôt après les symp- 
tômes suivans ou du moins plusieurs d'entre eux : chaleur brû- 



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— 406 — 

lanrte à la gorge qnf netanjb pas à être le 6iég>ed'UQe inflammatroiï 
tellement vive qu'elle pourrait à elle seule constituer uue itialâdie 
des plus graves suivie de la mort, en supposaut même que le sel 
n'arrivât pas jusqu^à Testomac; douleurs déchirantes dans la 
bouche, le pharynx, Fœsùphage, mais, surtout dans restomac et 
dans les intestins ; les douleurs abdominales se manifestent suc* 
'cessivement dans plusieurs points du ventre avec une intensité 
variable ; nausées , vomissemens , presque toujours très (¥4- 
quens, de matières filantes, diversement colorées,souvent san- 
guinolentes ou simplement striées de sang ; diarrhée et quelque- 
fois dysenterie j anxiété précordiale. Ces symptômes , loin d» 
cesser persistent alors que le maîade, entrant dans une seconde 
période de Tempoisonnement est plongé dans un état d'abatte- 
ment remarquable; les battemens du cœur sont profonds et lents 
et tendent de plus en plus à s*afl^iblir ; le pouls est petit, flKforme, 
serré et fréquent; la respiration est singulièrement ralentie; là 
peau froide et couverte de sueilr, et les membres dans un grand 
état de relâchement. Bientôt après l'abattement devient extrême; 
il survient déo syncopes , une insensibilité génférale , qui com- 
mence presque toujours par les pieds, et qui est teHe que l'on 
peut pincer la peau des membres sans que les malades s'en aper- 
çoivent; quelquefois il se manifeste des convulsions; le cort)S con- 
tinue à être couvert d'dne sueur glaciale, et la mort ne tat*de 
pas à arriver. Le plus souvent, la sécrétion urînaire est dimi- 
nuée et quelquefois même supprimée pendant plusieurs jours et 
jusqu'au moment de la mort; il est des cas cependant, suivant 
la dose de sublimé ingéré et l'état de dilution dans lequel ii a été 
pris, où les malades urinent, surtout lorsqu'on leur administre 
d'abondantes boissons aqueuses. On a vu également une érection 
douloureuse du pénis. En général , les faculiés^ intellectueH^r 
conservent leur intégrité jusqu'au dernier moment. 

Lorsque la proportion de sublimé corrosif introduite dans 
Testomac, au lieu d'être forte, n'est que de 2 ou de 3 centigram- 
mes, et qu'elle est continuée pendant quelque temps, la mort 
peut encore survenir au bout de plusieurs jours ; mais alors les 
symptômes diffèrent assez de ceux qui viennent d'être décrits; 
indépendamment des coliques^ des vomissemens et des selles, les 



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— 407 — 

glandes saliYSFires s'enflammefit et dei^i^menitrè6 douloiiraiisesi^ 
la salive, sécrétée en pins grande quantité, est acre, corrosive 
et d'une odeur infecte ; la langue et les gencives se tuméfient et 
offrent des ulcères rongeans très douloureux; les dents com- 
mencent à noircir, à vaciller; elles tombent, et leur chute est 
souvent suivie de celle des os palatins ou maxillaires ; Thaleine 
est fétide; la face et toute la tête sont enflées, ce qui rend la 
déglutition et la respiration difficiles; la voix s'éteint ou de*' 
vient semblable à un mugissement. La cardialgie, la dyspepsie, 
la diarrhée, la dysenterie, diverses inflammations, la dyspnée, 
Thémoptysie, là toux, une bronchite chronique, la phthisie pul- 
monaire, des douleurs très violentes dans* les musdes^ dans les 
tendons ou dans les articulations, des tremblemens des membres, 
la paralysie , le tétanos , la fièvre lente , le marasme et la mort , 
peuvent être la suite du isiauvais emploi de ce corps. 

Lésions de tissu produites par le sublimé corrosif , 

Si ce toxique a été introduit dans Testomac, la luette, les pi- 
liers du voile dtt palais, Tépiglotte, les cartilages du larynx, la 
trachée-artère et même les bronches sont rouges et enflammés ; 
Tœsophage, ordinairement blanchâtre, est cependant quelquefois 
profondément altéré par quelques particules de sublimé avec 
lesquelles il a été mis en contact pendant un certain temps. 
L'estomac plus ou moins contracté est fortement enflammé dans 
son intérieur, d'un rouge brique, avec des ecchymoses çà et là, 
notamment sur les replis de la membrane muqueuse et avec des 
érosions plus ou moins multipliées ; tous les vaisseaux sontforte- 
ment injectés et paraissent noirs. Il arrive quelquefois que, dans 
cet empoisonnement, les tissus sur lesquels le sublimé corrosif a 
été appliqué sont d'une couleur gris blauchâtre , mém<? du vi- 
vant de l'individu; en général, les intestins sont peu altérés, si 
ce n'est le rectum, qui est ordinairement enflammé. On voit' des 
ecchymoses nombreuses, noirâtres, dans les épiploons. Le cœur 
peut également être le siège d'une lésion remarquable; ses ca- 
vités off'rent une ou plusieurs taches rougeâtres ou noirâtres 
{voy. expér. 16«^ page 510 de ma Toxicologie). Le cerveau a 



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— 408 — 

quelquefois été trouvé gorgé de sang. Il est impossible, comme 
l'avait prétendu Sallin, de distinguer, à l'aspect des altérations 
cadavériques, si l'empoisonnement a eu lieu par cette substance. 

Action du sublimé corrosif sur l'économie anim^ale. 

Il résulte des nombreuses expériences tentées sur les animaux 
par Brodie, Gaspard, Smith et moi, et des observations recueillies 
chez l'homme (^. ma l'oxicoL générale, tome i®"", k^ édition^ 
p. 506) : 1*» que le sublimé corrosif est un des toxiques irritans 
1^ plus énergiques du règne inorganique; 

2* Qu'il tue en très peu de temps quand il est introduit à la 
dose de quelques centigrammes dans l'estomac ; qu'il est beau- 
coup plus actif quand on l'a injecté dans les veines, mais qu'il 
l'est beaucoup moins lorsqu'on Ta appliqué sous la peau des ani- 
maux ou sur les surfaces ulcérées. Toutefois, Dehorne se trom- 
pait en disant que dans ce dernier cas l'application extérieure de 
ce poison n'est pas aussi dangereuse que Tavait annoncé Pibrac; 

3"* Qu'il est absorbé, quelle que soit la voie par laquelle il ait 
été introduit dans l'économie animale et qu'il exerce une action 
délétère sur le cœur et sur le canal digestif. Suivant Brodie , 
quand il a été pris par la bouche il commencé par corroder l'es- 
tomac, puis il affecte le cœur et le cerveau; les poumons ne se- 
raient aucunement intéressés, et l'atteinte portée au cœur aurait 
lieu sans Fintermède du système nerveux. D'après M. Gaspard, 
il agirait, au contraire, sur les poumons d'une manière spéciale, 
lorsqu'il a été injecté dans les veines, tout en exerçant également 
une action sur les glandes salivaires et sur la membrane mu- 
queuse des intestins. M. Brodie n'hésite pas à considérer les 
lésions du cerveau et du cœur comme étant la cause immédiate 
de la mort, puisque l'inflammation de l'estomac ne peut pas la 
produire d'une manière aussi subite. 

Absorption du sublimé corrosif. Je crois avoir démontré le 
premier d'une manière incontestable que le sublimé corrosif est 
absorbé. Christison n'avait pas trouvé de mercure dans le sang 
ni dans les solides de deux lapins qu'il avait empoisonnés avec du 
sublimé corrosif. Zeller disait en avoir retiré du sang et de la 



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— 409 — 

bileyïaaisJKlaproth'fiiBergmann chevchèreni en vain dumercure 
dans une portion du même sang et de la même bile qui leur avait 
été envoyée par Zeller. Bu^h/ner prétendait avoir trouvé du 
mercure dans la salive, dans Turine et dans la bile d'animaux 
qu'il avait tués avec du sublimé. Schubart disait en avoir extrait 
du sang ; mais Rhodes ^ Meissner et Schtoergger ont repris en- 
semble les recherches de ces auteurs, et ne sont pas parvenus à 
déceler la moindre trace de ce métal. Rhodius Breger, Val- 
vasor, Guidotj Fercelloniy Burghard, Didier j Hasekhi-- 
ter, etc., prétendaient avoir extrait du mercure de l'urine des 
syphilitiques. Fallope affirme que chez des malades atteints de 
salivation, le mercure vient se fixer à la surface de l'or que Ton 
place dans leur bouche; d'un autre côté, M. Cohon assure 
qu'ayant laissé en contact du sang provenant de trois individus 
dont deux avaient pris du sublimé corrosif à Tintérieur, et dont 
l'autre avait fait usage de frictions mercurielles, avec des lames 
du cuivre, ces lames s'étaient recouvertes de plaques blanches 
qvCil dit être formées par du mercure. Mais ces assertions ne 
s'accordent aucunement avec les faits observés depuis par M. De- 
vergie. « Une femme de vingt-six ans, dit ce médecin, entre le 
23 mars 1826 à l'hôpital des vénériens; le 9 août suivant on la 
saigne. Deux cent six pilules d'onguent mercuriel, contenant 
chacune 5 centigrammes de mercure métallique, avaient été pri- 
ses depuis l'entrée de la malade. Le sang est reçu sur une tige 
de laiton de 6 millimètres de diamètre ; la même tige reste vingt- 
quatre heures dans le sang, et après ce temps écoulé, je ne trouve 
pas d'apparence mercurielle. 

« Le même jour, la nommée B*'''', âgée de vingt-et-un ans, 
ayant pris soixante-dix pilules analogues aux précédentes, fut 
saignée pour des symptômes de congestion sanguine au cerveau. 
L'expérience, répétée comme dans le cas précédent, donne les 
mêmes résultats. 

« Une pièce d'or décapée est laissée pendant vingt-quatre 
heures dans le sang de ces deux malades : elle ne change pas de 
couleur. 

« Une pièce d'or plongée pendant vingt-quatre heures dans le 
sang d'un troisième malade qui avait pris cent dix pilules d'on- 



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— 446 — 

guent mercurfel, ne nous a fourni attctraetface de nwarwre. De 
pareils essais ont été plusieurs fois répétés depttis, et toirjotfrs' 
sans succès. 

« Un malade étant affecté d'une salivation mercnrielle abon- 
dante avec tuméfaction des gencives et des joncs, je lui fais gar- 
der dans la boucbe une pièce de vingt francs depuis sept heures 
du matin jusqu'à sept heures du soif; les iitfrmiers surveillent 
le malade. A cette époque la pièce de monnaie ftit phicée jus^ 
qu'au lendemain matin dans la salive rendue pendant la journée: 
elle n'avait pas, changé de couleur. Ainsi se trouve détruit le 
reproche adressée Cullerier oncle, alors qu^îl niait la coloration 
en blanc de For par la salive des syphilitiques. 

« Le sang que nous avons exploré par le cuivre (après l'avoir 
traité par le chlore), dans les exemples que nous venons de rap* 
pder, ne contenait pas un atome de mercure ; il en était de même 
de la salive et de dix litres d'urine du matin recueillie dans une 
^lle dliommes en traitement par les frictions mercurielles » 
{Méd: lég.y t, m, p. 387). 

On sait ce que j'ai dit du travail de M. Cantu, à la page 397. 

Quelle fbi ajôuterons*nous à tant d'assertions vaguement énon- 
cées par Galiuê, Fallope, Fernel,Petronius^ qui disent avoir 
trouvé le mercure dans les os : par Zwinger^ Schenkius^ Bem- 
net^ etc., qui prétendent avoir vu ce métal dans l'arachnoïde et 
dans les ventricules du cerveau^ par Fontanus, Hkodius, Mou^ 
lin, Honorine, Fieussensj Meud^ etc., qui assurent en avoir 
trouvé tantôt dans les capsules synoviales, tantôt dans les cavités 
des plèvres, dans les humeurs de l'œil ou dans le tissu cellulaire 
du périnée? Le professeur Pickel de Wurt^bourg, au rapport de 
M. Haindorff, aurait retiré du mercure métallique en distillàBt 
le cerveau d'un individu qui avait pris pendant long-temps une 
préparation mercurielle. M. Duméril, après avoir ouvert ou fait 
ouvrir sous ses yeux environ deux mille cadavres, a observé huit 
ou dix fbis des globules mercuriels dans diverses parties du 
corps. Ces divers ftiits ne pourraient servir à établir l'absorption 
des préparations mercurielles, qu'autant qu'il serait bien démon- 
tré l*que lès cadavres qui ont été l'objet des observations n'au- 
raient pas été injectés avec du mercure, dans le but d'étudier ou 



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— Âtt — 

de pré^rèr les va^fesemix lymphaticriies; 2** cpié I<m»s de lettr iit^ 
humatioD ils n'ont pas été soumis àTaetionde qaelqoe préparât- 
lion mercurieHe employée dans le dessein de les conserver : or 
des documens précis manquent à cet égard, en sorte qne sans 
nier que ces faits soient de natnre à fournir la pretrre de Tab-- 
sorption des composés mereurieh , je pense qull y d lien de se 
tenir sur ses gardes, et de ne pas accepter légèrement toutes lesr 
conséquences que Ton a voulu tirer de la présence du mercure 
dans les diverses parties mentionnées. 

Suivant moi , les exemples cités par les auteurs d'^halation 
dit mercure par la peau, dans certains cas où des individus fai- 
saient usage de préparations mercurielles ou bien tenaient une 
partie de leur corps plongée dans un bain de mercure, ne prou- 
vent pas davantage, d'tme manière trr^t?ocaWe, Tabsorptlon 
des composés mercuriels, parce qu'il s'en faut de beaucoup qu^ls 
soient tous authentiques ; que plusieurs d'entre eux sont évidem- 
ment fabuleux; que ceux qui ont été décrits par des observateurs 
éclairés et dignes de foi n'ont pas pu être constamment reproduits, 
et enfin parce que de no« jours on est à-peu- près certain dé ne 
pouvoir pas les constater quand on répète les^expériences. Rap- 
pelons quelques-uns de ces exemples : VfFalierPope parle d'un 
homme qui depuis plus de six mois n'avait pas travaillé aux mines 
de mercure, et qui blanchissait à l'instant même une pièce de cui- 
vre lorsqu'il la frottait entre les doigts. Cet bomme, dont le corps 
aurait été imprégné de mercure, n'éprouvait pourtant, ce qui est 
inconcevable, qu'une paralysie iilcomplète, un affaiblissement 
dans les mouvemens, une sorte d'atonie du système nerveut. 

2<* M. Colson rapporte (voyez Archives gérié. deméd.j sep- 
tembre 1826) que M. Duméril ayant plongé une des mains de trois 
individus pendant quelques insians dans un bain de mercure, 
vit blanchir, chez l'un d'eux seulement la boîte d'une montre efi 
or qui était tenue dans l'autre main. L'amalgame se forma si 
rapidement, dit M. Colson, qu'il n'est guère possible de concevoir 
que le mercure ait d'abord été absorbé et ensuite exhalé par la 
peau. 

3** Schelarius raconte, ce qui est vraiment incroyable, qu'tin 
ducat placé dans la bouche d'un homme qui avait le gros orteil 



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— 412 — 

dans du mercure» ne tardait pas à blanchir (JSphemerid. Naê. 
Cur.j an 1684; dec. 2, obs. 169). 

b"* On lit dans les Maladies des Artisans de Ramazzini, . 
ouvrage traduit par Fourcroy, page U2^ un fait rapporté par ce 
dernier dans lequel il s'agit d'un doreur sur métaux dont les 
jambes et les cuisses étaient le siège de phlyctènes qui s'ouvrirent 
et donnèrent beauèoup de sérosité que l'on recueillit dans des 
vases au fond desquels il existait une infinité de globules mer- 
curiels. On n'indique pas quelle était la proportion de sérosité 
recueillie, ni quel était le volume et le nombre des phlyctènes ; 
cette omission est d'autant plus fâcheuse qu'on ne conçoit pas 
facilement la possibilité de se procurer par ce moyen une quan- 
tité un tant soit peu notable de sérosité. 

S"" On a souvent annoncé que les bijoux en or de certaines 
personnes qui subissaient un traitement mercuriel étaient blan- 
chis. Or, ce fait est en opposition avec ce que l'on voit tous les 
jours, alors même que l'on examine dans les grands hôpitaux des 
centaines de femmes dont les byoux cpnservent leur couleur 
jaune, pendant l'action prolongée de la médication mercurielle à 
laquelle elles sont soumises. 

Du cyanure de mercure (prxissïsiie de mercure). 

Comment peut-on reconnaître que l'empoisonnement a eu lieu 
par le cyanure de mercure? 

Le cyanure de mercure est composé de cyanogène et de mer^ 
cure. Il est sous forme de longs prismes quadrangulaires coupés 
obliquement; il est inodore, plus pesant que l'eau, et d'une sa- 
veur styplique. Chauffé dans un petit tube de verre, il se décom- 
pose et fournit, entre autres produits, du mercure métallique qui 
s'attache en grande partie aux parois du tube, du cyanogène et 
une matière comme charbonneuse. Il se dissout très bien dans 
l'eau froide ^ la dissolution n'est troublée ni par la potasse ni 
par l'ammoniaque; l'acide sulfhydrique et les sulfures la dé- 
composent et donnent naissance à du sulfure de mercure noir 
insoluble ; l'azotate d'argent en précipite du cyanure d'argent 
blanc caillebotté, soluble dans l'ammoniaque, insoluble dans 
l'acide azotique froid; cet acide bouillant le dissout et le déeom- 



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— 443 — 

pose en acide cyanhydrique qui se volatilise, et en azotate d'ar- 
gent. Le sulfate de sesquioxyde de fer ne Taltère point ou la co- 
lore en bleu, suivant qu'elle contient ou non du cyanure de 
potassium et de fer. On en précipite du mercure par une lame de 
cuivre (voy, p. 388). ^ 

Si le cyanure de mercure était mêlé à du «^, à du café ou à 
tout autre liquide coloré, on le séparerait au moyen de Téther, 
comme je Tai dit en parlant du sublimé corrosif {voyez p. S89). 

Action du, cyanure de mercure sur l'économie animale. 

Le cyanure de mercure est un poison violent. Lorsqu'il est in- 
troduit dans l'estcmiac ou appliqué sur le tissu cellulaire des chiens 
à la dose de 25 à 30 centigrammes, il les tue au bout de douze à 
quinze minutes; il suffit d'en injecter 2 centigrammes dans les 
veines pour déterminer la mort en cinq ou six minutes. Il résulte 
des expériences d'Ollivier (d'Angers), l"" que ce poison est ab- 
sorbé, et que cette absorption est plus rapide sur le tissu cellu- 
laire que sur les membranes muqueuses. Tiedemann et Gmelin 
l'ont trouvé dans le sang des animaux qui en avaient avalé; 2* que 
son action immédiate sur les parties avec lesquelles on le met 
en contact est à-peu-près nulle dans les premiers instans, de 
sorte qu'on ne peut la considérer comme essentiellement irri- 
tante; cependant il produit quelquefois des phénomènes évidem- 
ment inflammatoires, mais dont l'intensité n'est pas assez grande 
pour qu'on puisse lui attribuer les symptômes généraux qui se 
manifestent et qui sont bientôt suivis de la mort (1) ; 3"^ qu'il 
semble agir sur le système nerveux cérébro-spinal, comme Tan- 
noncent les convulsions générales et le trouble très grand des 
fonctions respiratoires et circulatoires : tout porte à croire en 
outre qu'il affaiblit directement la force contractile des muscles, 



(1) Il est probable que l'inflammation des parties qui ont été en contact avec le 
cyannre de mercure serait plus marquée, si Tanimal Tivait plus long-temps. Dans 
le courant de Tannée 1823, un jeune homme avala, dans l'intention de se suicider, 
13 dédgrammes de ce poison ; il n'expira qu'au neuvième jour. Le canal digestif 
était fortement enflammé dans plusieurs fde ses parties (yoy, ma Toxicologie ^Z- 
némU^ 4« édition, t. x, p. 582). 



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enr ils OQC cessé d'élpe hritables au moment où l'aDimal vient 
4*expii^ : cet effet est d'ailleurs en rapport avec l'affaissenfi^it 
général qu'on observe après chaque convulsion; les efforts 
pow vomir qui ont eu lieu constamment, même après Tinjec* 
tion du cyanure de mercure dans le tissu cellulaire sousTCutaoé, 
|>rouveni que i'estemac est influ^ieé soit directement, sok sym- 
padiîquement; k"" que lorsque la mort est rapide «lie paraît i^ 
juker du ralentissement graduel et de la cessation complu des 
mouvemens du cœur et de la respiration, qui sont si intimement 
liés les uns auK autres ; mais lorsque les Mima»&L continuent de 
vivre pendant quelque temps après Tingestion du poison dans 
l^tomac, il «emble que la mort est la s«iie d'une inflammation 
tfàs intense de la membrane muqueuse gasti^inlestmale (Jour, 
de^imie méd. juin 1825). 

D09 iodwé$ de mercure. 

Comment peut-on reconnaître que Tempoisonn^ment a eu Ueu 
•par npdure de mercure? 

Le protiodure de mercure est jaune verdâtre, insipide^ inso- 
luble dans Teau et dans Talcool ; il se volatilise lorsqu'on le met 
sur des cbarbons ardens, et donne des vapeurs jaunes mâlées de 
vapeurs violettes; chauffé avec de )a potasse dsms un p^t tube 
de v«rre, il fçmrnit de Toxygène et du mercure. métallique qui 
se volatilisent, et de riodure de potassium qui reste au fond du 
tube* Q»auffé seul, il donne des vapeurs violettes d'iode. 

he jbi'^odure est d'un très beau rouge;, il jaunit lorsqu'on le 
chauffe; il est fusible et susceptible de se sublimer en lames 
nrhomboïdales;mis sur des <;harbons ardens^il donnedesvapeom 
jaunâtres, au milieu desquelles on peut apercevoir une coloration 
violette ; l'eau ne le dissout point ; il est soluble dans les acidas et 
dans l'alcool ; chauffé |seul ou avec de la potasse il se comporte 
comme le protiodure. Mis en contact avec une petite quantité 
de chlore, il^est décomposé et l'iode est mis à nu : aussi, en ajou- 
tant de l'amidon et en agitant, celui*ci acquiert-il une belle cou- 
leur violette, sinon instantanément ^ au moins au Jboui de quel-^ 
ques secondes. 



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- 4i5 — 

Ces cûS4K)sé$ fissent $ur r^conomie animale àTpeu-rprès 
comme le sublimé corro&if, miai3 ils sont doués d'une moindre 
activUé. 

Du bromure de mercure. 

Gommait peat«onfeeoimstire que l'empoisonnemeiit a eitlie« 
p» le bromure de mercure? . 

Le bromure de mer^îure est solide, blanc, d'une -saveur icw, 
tlésagréflble et caustique ; il est yelatil et peut être sublimé : 
lorsqu'on le chauffe dans l'air, il répand une vapeur Jt>lancfae , 
irritante, qui prendà la gorge et provoque la toux; il est^cAuble 
dans Tean, dans Talcool et dans Véther. Ces dissohitioiis se eom^ 
•portent avec les alcalis, Fadde sulfbydrique, les sutfcireB, le 
cuivre et for, comme le sublkné corrosif {voyez "p. 384), ce qui 
TMTOttve qu'elles renferment du mercure. Quanti la présence du 
trôme, on la démontrera par l'azotate d'argetït 4t par les acides 
-sulfnrique et azotique : en versant le premier de ces réaclife dans 
une dissolution de bromure, on obtiendra un précipité faune ^e^ 
rin, caillebottéde bromure d'argent; ce précipité -sera insoluNe 
dans l'acide azotique, solubledans une quantité notable d'ammo^ 
Iliaque, et noircira par l'action des rayons lumteenx ; les acides 
azotique et sulfurique, ainsi que le chlore, mis sur du bromure 
de mercure solide , en dégageront du brome so«s fiorme d'une 
<fapeur rutilante. 

Action du bromure de msreure sur l'économie animale* 
1* Il offre la plus grande analogie d'action avec le bichlorare de 
mercure ; 2° injecté dans le tissu cellulaire du col, îl est absorbé, 
et détermine la mort en agissant principalement sur le canal 
intestinal (Barthez). 

Du "proiechloriM^ 4e mercure (calomélas, meroUre doux)» 

Comment peut*on reconnaître que rempoisonnemeat a été dé- 
lerminé par le proto&Uk>rul^e 4e mercure ? 

Le protoeUorune de mercure est solide, crtotallisé ou en pou- 
Are fine y blanc, à mobfs qu'il n'ait 4ité exposé à la lumière, car 
-aiors il est jaune jot même viol^;il est insÂpide et insoluble da»» 



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— 4i6 — 

l'eau. L^acide Sttlfhydriqne le décompose à froid et le transforme 
en sulfure noir et en acide chlorhydrique. La potasse, la sonde, 
la baryte, la strontiane, la chaux et Fammoniaque fournissent 
avec lui, à froid, un chlorure soluble de l'un de ces alcalis et du 
protoxyde de mercure grU noirâtre. Lorsqu'on le chauffe dans 
un petit tube de verre effilé à la lampe, avec de la potasse ou du 
carbonate de potasse sec, on obtient du mercure métallique qui 
se volatilise, et du chlorure de potassium. 

AetUm du protochlorure de mercure eur t économie ani- 
male. Le protochlorure de mercure pur et parfaitement 
exempt de sublimé corrosif, est vénéneux à la dose de quel- 
ques grammes, et peut même déterminer la mort {voyez Hof- 
mann. De medicamentis intecuris et infidis opéra omnia^ 
tome VI, page M4). Administré à une dpse toxique, il a 
donné lieu à la salivation mercurielle, à des vomissemens, à des 
selles nombreuses, à un sentiment de brûlure dans la gorge, i 
des tremblemens dans les membres et à des convulsions; si les 
sdles ont été très abondantes, on a vu les malades dans un grand 
état de prostration et d'insensibilité. A Youverture des cadavres 
on a trouvé le canal digestif enflammé. 

Les physiologistes qui ont nié les effets toxiques du proto- 
chlorure de mercure ont particulièrement fondé leur opinion sur 
les deux faits suivans : l"* le protochlorure qui a occasionné des ac- 
cidens graves contenait du sublimé corrosif; sans nier qu'il ea 
ait été ainsi dans certains cas. Je dirai cependant que ces acci- 
dens se sont manifestés quelquefois, alors même que le calomélas 
ingéré avait été parraitement lavé et ne renfermait pas un atome 
de sublimé corrosif; 2** on a souvent administré, non-seulemeot 
sans inconvénient mais avec avantage, i gramme et plus de pro- 
tochlorure de mercure, dans la fièvre jaune, le choléra asia- 
tique, etc. Sans doute ; mais ne sait-on pas qu'il en est ainsi 
de beaucoup d'autres substances vénéneuses journellement em- 
ployées comme médicamens , et que l'homme dans certains 
états pathologiques supporte impunément des doses de toxiques 
qui le tueraient infailliblement s'il était dans d'autres condi- 
tions de santé ; qui oserait dire, par exemple, que le tartre stibié 
n'est pas vénéneux, parce que certains malades, atteints de pneo- 



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~ 4i7 — 

monie, de rhumatismes aigus, peuvent en pr<^ndre . plusieurs 
grammes par jour sans élre empoisonnés? 

D'après M. Mialhe , les effets délétères du protochlorure de 
mercure devraient être attribués à ce qu'il aurait été transformé 
peu'à-peu en sublimé corrosif dans le canal digestif, sous Tin- 
fluence du chlorure de sodium ou du chlorhydrate d*ammoniaque; 
aussi ce chimiste pense-t-il qu'il n'est vénéneux que lorsque, 
par une cause quelconque, il a séjourné long-temps dans 
ee canal. Ce qui propve qu'il en est réellement ainsi, dit 
M. Mialhe, c'est qu'il est d'observation clinique que, lorsque le 
protochlorure ne purge pas, mais qu'il est long-temps digéré par 
les voies digestives,on observe une excrétion anormale des glan- 
des salivaires, et cela parce qu'une plus grande quantité dç^ su- 
blimé prend alors naissance; le même phénomène arrive aussi 
lorsque l'on continue pendant long-temps l'usage du protochip- 
rure de mercurç, et par la même cause. 

G)mme il ne peut jamais se former qu'une quantité de sublimé 
correspondante à la quantité de chlorure alcalin que renferment 
nos viscères, les grands mangeurs de sel de cuisine, toutes cho- 
ses étant égales d'ailleurs, doivent être plqs sujets à saliver sous 
l'influence d'une médication calomélique. 

Les propriétés anti-syphilitiques du cs^lomel lui sont pr(d)a- 
blement communiquées, en tout ou en partie, par le sublimé et 
le mercure auxquels sa décomposition chimique donne nais- 
sance. Il en est sans doute de même de ses vertus anthelminti- 
qnes; c'est en produisant l'empoisonnement des ascarides par les 
deux agens précités que le protochlorure de mercure nous dé- 
barrasse de ces vers. 

M. Mialhe fut amené à entreprendre ces recherches par te 
récit d'un fait consigné dans un Mémoire de Vpgel , qui mérite 
d'être rapporté : « Un médecin ayant prescrit à un enfant douze 
« paquets contenant chacun 25 centigrammes de chlorhydrate 
a d'ammoniaque, autant de sucre et 7 centig. 5 millig. de prpto- 
« chlorure de mercure, et l'enfant étant mort, après avoir pris 
« plusieurs de ces poudres, le pharmacien fut accusé d'avoir 
a commis une erreur dans l'exécution de l'ordonnance ; par bon- 
^ heur poilr lui, l'accusation ne fut que de courte durée, Peten^ 
in. î7 



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. — 420 ~ 

rielle, remède du capucin du due d*Ântin)) et en ùzolate basique 
pulvérulent. La dissolution fournit, par la potasse, la soude et 
Tanomoniaque, un précipité noir, qui n*est autre chose que le pro^ 
loxyde dont j*ai parlé à la p. 418. L'acide chromique et les chro- 
mâtes le transforment en chromate de mercure orangé rougeàtre, 
insoluble dans Feau ; Tacide chlorhydrique y fait naître un pré- 
cipité blanc de protochlorure de mercure (calomélas). L'acide 
sulfhydrique en précipite du sulfure noir. 

Du sulfate acide de protoxyde de mercure. Il est blanc, 
pulvérulent, et légèrement soluble dans Teau bouillante : sa dis- 
solution fournit les mêmes précipités que celle de Fazotate de 
protoxyde lorsqu'on la traite par les alcalis , Tacide chromique, 
les chromâtes et les acides chlorhydrique et sulfhydrique. Si l'on 
Tersedel'eaude baryte dans cette dissolution, il se forme un pré- 
cipité olive clair, composé de sulfate de baryte blanc et de prot- 
oxyde de mercure noir : en traitant le précipité par l'acide 
azotique pur, le protoxyde de mercure seul est dissous, et le 
sMil£ate de baryte paraît avec la couleur blanche qui lui est 
propre. 

De l'azotate acide de hi-^xyde de mercure. Il est sous 
forme d'aiguilles blanches ou jaunâtres , douées d'une sa- 
veur acre et rougissant Yinfusum de tournesol. Lorsqu'on le 
met sur. les charbons ardens, il se décompose, et laisse déga- 
ger des vapeurs de gaz acide azoteux, d'une odeur caracté- 
ristique et d'une couleur jaune orangé : si on le chauffe dans un 
»inatras, il se décompose , et laisse du bi-oxyde rouge (préci- 
pité rouge). Mis dans l'eau distillée bouillante, il est décomposé 
et transformé en azotate très acide soluble, et en turhithni^ 
fireux jaune verdàtre (azotate basique). Le solutum se c<Hn- 
})orte avec la potasse, l'eau de chaux, l'ammoniaque, l'acide 
^sulfhydrique et les sulfures > comme la dissolution aqueuse 
de sublimé {F. page 384). Le turbith nitreux peut être re- 
connu aux caractères suivans ; il est solide, pulvérulent, japne, 
«ou d'un jaune verdàtre; mis sur les charbons ardens , il se dé- 
oompose,tpassp à l'état de bi-oxyde rouge, et fournit des, vapeurs 
de gaz acide azoteux d'une odeur caractéristique et d'une cou- 
leur prangée; çha^jtré jusqu'au ronge dans un tube.de v^rre 



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-- 421 — 

ëli'oil, il fournit des globules de uoercure : il noircit lorsqu'on le 
mêle avec un sulfure soluble. 

Du sulfate de bi-oxyde de mercure» Il est solide^ acidei 
blanc , déliquescent, et susceptible d*étre décomposé par Teau 
en sulfate très acide soluble , et en sulfate basique insoluble 
jaune (turbith minéral). Caractères du sulfate très acide so- 
luble. Il est liquide, incolore, doué d'une saveur acre, caustique ^ 
il rougit fortement Teau de tournesol ; il précipite par la potasse, 
l'eau de chaux , Tammoniaque et Tacide sulfbydrique , comme le 
sublimé corrosif dissous (/^. page 384); mis en contact avec Teau 
de baryte , il fait naître un précipité jaune serin clair, composé 
de sulfate de baryte blanc et de bi-oxyde de mercure jaune ; 
lorsqu'on traite ce précipité par l'acide chlorbydrique pur, le bi^ 
oxyde est dissous, et il reste du sulfate de baryte blanc. Ca- 
ractères du turbith minéral (sulfate basique). Il est pulvéru- . 
lent, jaune, et insoluble dans l'eau; cbâufië jusqu'au rouge dans 
un tube de verre étroit, et long de 25 à 28 centimètres, il se 
décompose , et fournit , entre autres produits , du mercure mé- 
tallique; traité par l'acide azotique pur, il se forme, aux dépens 
de l'excès de bi-oxyde, de l'azotate de bi>oxyde de mercure, fa- 
cile à reconnaître (voyez page 420); enfin, lorsqu'on agite pen- 
dant quelques minutes le turbith minéral avec une dissolution 
de potasse à l'alcool (ne contenant point de sulfate), on obtient 
du bi-oxyde de mercure jaune et du sulfate de potasse : donc le 
turbith minéral renferme de l'acide sulfurique. On reconnaît ai- 
sément qu'il s'est formé du sulfate de potasse , en filtrant la li- 
queur et en la mêlant avec du chlorure de baryum : on obtient 
sur-le-champ un précipité blanc de sulfate de baryte, insoluble 
dans l'eau et dans l'acide azotique. 

Lesdivers selsde mercure don t je viens de parler exercent sur l'é- 
conomie animale une action semblable à celle du sublimé corrosif. 

Des vapeurs msrcurielles et du mercure extrêmement 

divise'. 

Les vapeurs mercurielles et le mercure métallique sont-ils vé- 
néneux, et en cas d'affirmative comment peut-on reconnattre que 
l'empoisonnement a été déterminé par eux? 



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— 422 — 

Les effets toxiques des vapeurs mercurielles ne sauraient être 
mis en doute ; quant à Faction du mercure métalliquci il est avéré 
qu'elle peut être funeste dam certains cas qui seront spécifiés 
plus bas. 

f^apeurs merourtelles. Ramazzini^ Burdett^OU^vier (d'An- 
gers)y etc., ont rapporté des faits qui prouvent combien les ou- 
vriers employés aux mines de mercure, les doreurs, les étamevrs 
de glaces, les constructeurs de baromètres et tous ceux qui ma-^ 
nient le mercure, éprouvent souvent des accidens graves, que 
l'on peut résumer ainsi : tremblement et paralysie des différas 
membres , vertiges , perte de la mémoire et des autres facultés 
intellectuelles, salivation et ulceo^ation des différentes parties d« 
la boucbe, coliques, asphyxie, asthme , hémoptysie, atrophie, 
apoplexie, mort (Essai sur les maladies des artisans^ par Ra- 
mazmi , page 4a ^ Burdett, Archives générales de médecine, 
tome IV, page 282; Ollivîer (d'Angers) et Roger de l'Orne, w^n- 
nales d'hygiène^ avril 1841). 

Mais, dira-t-on, les élèves des hôpitaux des vénériens ne con- 
tractent jamais la maladie mercurielle, quoiqu'ils soient journel- 
lement en contact avec des individus soumis à l'usage de fric* 
Uons mercurieUes; cela tient probablement à ce que le mercure 
qui entre dans la composition de l'onguent gris est retenu par 
l'axonge et ne se volatilise pas, et probablement aussi à ce que 
les salles de ces hôpitaux sont en général spacieuses, surtout 
relativement à la quantité de vapeur qui se produit. 

Quoi qu'il en soit, les experts chargés de déterminer si un em- 
poisonnement a été ou non occasionné par des vapeurs merca- 
ridles, devront surtout avoir égard aux symptômes éprouvés par 
les malades, et à la profession qu'ils exercent, car les recherches 
chimiques ne pourront guère leur venir en aide, à moins qu'on 
n'admette avec certaiiis auteurs, ce qui est loin d'être démontré, 
que l'on trouve quelquefois du mercure métallique dans les ar- 
ticulations, dans les organes oii dans certains liquides de Téco- 
nomié animale de ceux qui ont été soumis à l'influence des va- 
peurs mercurielles (F. page 410). Si Ton adoptait l'opinion de 
Mi. Mialhe, peut4tre parviendrait-on à découvrir quelquefois 
dans certains tissus ou dans certains liquides des doreurs, des 



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— 423 — 

éumeursde glaces, etc., des traces de sublimé corrosif; en effet, 
d'après ce chimiste, raction délétère des vapeurs mercurialleft 
dépendrait de la facilité avec laquelle ces vapeurs absorbent 
Toxygèse et s^ transforment ensuite en bi-chlorure de mercure, 
à la faveur des chlorures alcalins qu'elles trouvent dans Técono*- 
mie anfinale* 

Mercure métallique. Parmi les faits publiés ju^u'i ce JQur» 
il en est un certain) nombre qui n&laissent aucun doute sur les 
qualités nuisibles du mercure métall|q^e, tandis que d'autf'es 
tendent h établir son innocuité. Les premiers ont été signalés par 
Zwinger, dans les Eph4méride9 des curieuw de la nutmr»^ 
déc. II, an, 1688, ob^ 230 ; par Laborde , dans le Jimrnat de 
médecine % tome i^ page Z\ par Paul Jalon dans Les £phém4* 
ride9 det curieux de la nature, obs. 107, déc. ii, an. 1^7 \ et 
par le docteur Pin|on , médecin de Saint-Etienne {F. ma Tom- 
eologie générale, 1. 1, 4* édit., p. 598). Les faits qui semblent 
déposer en fttveur de Vinaocttité du mercnre métallique ont été 
observés ou décrits par Soret (^. les EphémJrides des curieux 
de la nature f ann. 1670 oii 1678); par Debaen, par Desl^is 
de Roçhefort Chatière médicale, tome i, page 213» ann. t6S8)i 
par Sue ÇMém* de la Soc. médicale d'Emulationt k^ aqnée, 
p. 252)î et par moi Çvoyez ma Joxicçloffie générale , p. Wi)). 

Après avoir mûrement examiné les ^deux opinions émîmes à ce 
sujet, je crois pouvoir conclure que le mercure métallique agit 
comme toxique toutes les fois qu'il séjourne asses d(^ temps 
dans le canal digestif, four éprouver un grand degré de di- 
vision » et pour être absorbé, soit qu'il reste^ après l'absorp- 
tion, à t état de mercure métallique, soit qu'il se transforme 
d'abord en oxyde , puis en bi^chlçrure comme le pense M. 
Mialhe. Bien des faits viennent à Tappui de cette manière de voir. 

!<> On sait que Thumidité et la graisse sont susceptibles d'at- 
ténuer prodigieusement les molécules du mercure^ au point de 
les rendre noires; pourquoi ne pas attribuer dès-lors les] effets 
nuisibles observés par Zwinger et Laborde au mercure que les 
malades avaient gardé pendant plusieurs jours dans }e canal 
digestif et qui avait éprouvé uue grande