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Full text of "Trouvères belges (nouvelle série) chansons d'amour, jeuxpartis, pastourelles, satires, dits et fabliaux par Gonthier de Soignies, Jacques de Cisoing, Carasaus, Jehan Fremaus, Laurent Wagon, Raoul de Houdenc, etc."

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TROUVÈRES BELGES 



MÉLANGES 



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TROUVÈRES RËLGES 



(NOUVELLE SÉRIE) 



CHANSONS D'AMOUR, JEUXPARTIS, PASTOURELLES, 

SATIRES, DITS ET FABLIAUX 



PAR 



Contbier de Sol^iiies^ Jlacqoe» de Clsoins« €2ereeaa»« 
Jehen Vremeos» Leopent '^^«son» Raoul de Hoodeno» etc. 

PUBLIES D'APRES DES MANUSCRITS DE PARIS, TURIN, ROlTE, 
BERNE, BRUXELLES ET BERLIN, ET ANNOTES 



VAH 



AUG. ^CHELER 



ÂsMdé d« rAcadémia royale de Belgique, Bibliotliéoaire da Rei de* Belge« 
et da Comte de rtendre, profeeeeur A roniveraité de BrazellM. 



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LOUVAIN 

IMPRIMERIE DE P. ET J. LEPEVER 

30 — KOB DE* OMPSnilfS — 43 



1879 



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r'I- NEW YORK 

PU2LÎC LIBRÀRY 

826867 A 

ASTOR, LENOX AND 

TILDEN FOUNDATIONS 

R 193e L 



1 



^"^•i fn , FnncB. 



1 



INTRODUCTION. 



Ce volume fait suite au recueil que j*ai publié en 1876 
sous le titre Trouvères belges du 12^ et 13' siècle. 
Comme celui-ci, il comprend les compositions d'un cer- 
tain nombre de poètes pouvant être classés parmi les 
écrivains de Tancienne Belgique. A environ soixante- 
dix chansons, pastourelles, jeux-partis et autres petites 
compositions poétiques se répartissant sur 14 auteurs 
divers, j'ai joint trois pièces de Raoul de Houdenc qui 
me paraissaient particulièrement dignes d'être accueil- 
lies dans le cadre de nos publications académiques 
belges. 

Aucune considération littéraire n'a dirigé le choix des 
éléments qui composent ce nouveau volume ; j'ai livré 
à l'impression ce que les circonstances m'ont permis de 




Tl INTRODUCTION. 

réunir et de préparer pendant les loisirs que me laissent 
les fonctions variées auxquelles je dois la grande part 
de mon activité. 

Les textes et les variantes ont presque tous été 
recueillis par moi-même dans les dépôts de Paris, 
pendant deux courts séjours dans cette ville, et Tétendue 
de mon nouveau recueil a dû être subordonnée au 
temps disponible pour le faire. 

Dans rétablissement de mes textes , je ne me suis 
point écarté, sauf quelques petits détails graphiques, 
des règles suivies dans mes éditions précédentes. Je 
n'ai corrigé le manuscrit qui me servait de base que 
lorsque la correction slmposait rigoureusement, et ces 
corrections ont toujours été scrupuleusement indiquées . 
Quant à ce travail subtil qui consiste à publier un 
monument ancien, non pas dans la forme graphique 
dans laquelle les scribes nous Font transmis, mais dans 
celle qu'une étude approfondie autorise à reconnaître 
comme reflétant la langue parlée par Fauteur ; quant à 
ces recherches ingénieuses, dis-je, où se complaisent 
et brillent actuellement certains chefs de la philologie 
romane, on ne les verra point se faire jour dans mon 
livre. Je prends mon manuscrit tel qu'il se présente, 
sans scruter en quoi le mot écrit peut être soupçonné 
dévier de celui de la plume ou de la bouche du 
poëte ; sans me choquer aux inconséquences de forme 
qu'il peut offrir et sans viser à reconstruire théori- 



INTRODUCTION. TU 

quement la leçon normale et primitive. Ainsi en 
présence des trois formes els, eus, aus, qui se ren- 
contrent parfois dans la même pièce, je ne supprime 
pais les deux que Texamen des rimes m*aurait indiquées 
comme n'étant pas authentiques ; je ne cherche pas non 
plus à démontrer que tel auteur employait, au défini du 
verbe pootr, plutôt poi qnepou, poc oxxpeuc. Je laisse 
donc à mes originaux même ce qui les caractérise en 
mal, à moins que, comme je Tai dit, le vice ne soit 
manifestement Teffet d'une étourderie ou d'une négli- 
gence (1). Et en agissant ainsi, j*ai été guidé par plus 
d'un motif. D'abord je suis d'avis que l'épuration, dans 
le sens indiqué, des leçons transmises ne doit être 
appliquée que dans les cas où l'importance du sujet com- 
porte une certaine dépense d'effort et de temps pour 
établir une véritable standard édition. La chanson de 
Roland impose à son éditeur des conditions de critique 
plus sévères que la pastourelle d'un obscur chanson- 
nier du 13" siècle. Puis il me semble que trop de 
minutie dans le remaniement des textes peut exposer 
Téditeur, quelque entendu qu'il soit, au reproche d'une 
assurance outrée, d'un purisme trop individuel, auprès 
d'un public qui, comme celui auquel notre collection est 

(I) Je me saie écarte de cette règle pour les cinq pièces que j'ai 
puisées dans le ms. de Berne ; ce ms. est écrit dans an dialecte et 
avec des particularités orthographiques qu'il y avait intérêt pour 
mes lecteurs à ne pas reproduire. 



VUE INTRODUCTION. 



particulièrement destinée» ne se sent pas de taille à 
contrôler le bien-fondé des retouches. Enfin, si les 
lecteurs du 13* siècle ne voyaient aucun inconvénient 
à rencontrer sous leurs yeux le môme vocable sous 
des façons multiples, pourquoi celui du IQ)" serait-il 
plus exigeant ? Je ne méconnais en aucune manière 
l'utilité des procédés critiques que j*ai en vue (une 
variété de forme met quelquefois sur la trace de l'époque 
ou de l'origine d'un auteur), mais j'ai cru pouvoir me 
borner à faciliter le travail futur des hommes spéciaux 
par une abondante communication de variantes. 

Je n'ai pas non plus consacré beaucoup de réflexion 
en ce qui concerne la préférence à donner à tel ou tel 
manuscrit sur un autre. Les données critiques à ce 
sujet ne sont pas assez solides encore pour s'aventurer 
sur ce terrain, et ici encore l'attirail de variantes dont 
je grossis mon volume , fournira au spécialiste des 
moyens suffisants pour asseoir une opinion sur la valeur 
relative de telle rédaction. Me fussé-je livré à des 
études de cette nature, je doute fort que le commun 
des lecteurs en eût tiré un profit proportionné au 
labeur qu'elles m'eussent imposé. 

Les professeurs de philologie romane en Allemagne 
et en France, aux travaux desquels je ne discontinue 
pas de puiser une riche part d'instruction nouvelle et 
qui de leur côté me font Thonneur de suivre mes eflforts 
avec une sympathique bienveillance, voudront aussi 



INTRODUCTION. IX 

m'excuser si dans la rédaction de mes notes explicatives 
je me suis placé plutôt au point de vue du besoin de 
mon public qu'à celui de leur intérêt. Ils verront toute- 
fois de temps à autre surgir de la masse quelque trait, 
quelque observation, quelque doute, déposé là à leur 
intention et propre, je l'espère, à éveiller leur atten- 
tion. La table des notes les aidera à démêler plus vite 
ces éléments utiles à la science qu'ils professent. 

Je passe à Tanaljse des matières présentées dans 
mon livre. 

I. Le premier et principal groupe de ce recueil est 
consacré à Gontibr de Soionibs. La nationalité de 
ce chanteur n*est nullement assurée ; la tradition a 
tranché la question en faveur de la ville du Hainaut, 
qui renoncerait avec douleur à la gloire d'en être la 
patrie ; mais en présence de la concurrence de la petite 
commune de Soign j près de Montmirail en Champagne 
(voy. Diuaux, Trouv. brab., p. 280), on serait bien 
embarrassé d*étayer les droits de la cité hennuyère de 
preuves plus ou moins concluantes. Dans le doute, je 
me suis, avec M. Paulin Paris (Hist. litt. pp. 599-604), 
rallié à l'opinion reçue, bien que l'auteur fasse plus d*une 
allusion à ses relations avec la Bourgogne (1) et la 
France, et que c'est bien cette dernière qu'il envisage 

(1) Il n'est pas sans utilité de faire remarquer que Oontier emploie, 
pour le 8ubj. da Terbe cheoir^ la forme chaie (ch. 14, v. 9), qui est 
seloo Burguj, particulière au dialecte de Bourgogne. 



t 



1NTE0DCCT10N. 



comme sa a douce contrée » (chaos. 6, w. 2 et 16). Des 
31 chansons que j*ai reproduites d'après les manuscrits 
de Paris, Tune ou l'autre pourrait bien être disputée à 
Gontier de Soignies. En effet, certains manuscrits 
placent nos numéros 6, 20 et 22 sous d'autres noms ; 
mais dans Tinsuffisance des données critiques néces- 
saires pour débrouiller ces questions d'attribution, j'ai 
préféré donner trop que trop peu. Au moment même 
où j'écris ces lignes, je ne sais plus de quelle autorité 
j'ai inséré la chanson n** 3 ; le ms. de Berne, qui seul 
la renferme , la produit comme anonyme et je crois 
à ce sujet devoir m'accuser d'une mégarde. Dinaux 
(p. 269) donne une liste de 31 incipit de pièces attri- 
buées à Gontier ; je n'ai point rencontré celle commen- 
çant par Dolerousement tourmenté, que je soupçonne 
être identique avec la pièce Dolereusement comence 
{tourmente étant mal lu p. coumence) ; la pièce L'an que 
florist la bruière figure dans la table du ms. 844, mais 
elle manque au volume ; celle débutant par Ne me done 
par talent ne se trouve nulle part sous le nom de Gon- 
tier. Par contre, la liste de Dinaux ne mentionne ni notre 
n* 3, dont je viens de parler, ni n** 20, bien que Dinaux 
l'ait reproduite lui-même en entier, ni enfin n** 22, que 
ce savant a insérée, d'après 845, sous le nom de Gautier 
d'Argies, Trouv. Artés., p. 193. 

il. Messire Jacques de Cysoing, 10 chansons ; voy. 
à son sujet Dinaux, Trouv. flam., pp. 251-257 et l'Hist. 



IKTRODVGTION. XI 

litt. de Fr., pp. 63S-34. Le nom propre Cysoing, qui 
désigne un village situé au sud-est de Lille près du 
champ de bataille de Bouvines, prend des formes mul- 

r 

tiples dans les divers mss. : Kison, Chison^ Chisoing, 
Chason, Soiœons (ces deux dernières dans le ms. de 
Berne). — On ne sait rien de la vie de Jacques de 
Cjsoing, si ce n'est qu'il était en relations avec le comte 
de Flandre, à qui il a dédié une de ses chansons (notre 
n"" 4) à la suite de la bataille de la Mansourah, avec 
Hamin d'Arras (7, 51) et avec Thomas Herier, qui lui 
a fait divers envois de chansons. 

III. Carasaus(I), 5 chansons (2); voy.Dinaux,Trouv. 
Artés., pp. 125-130, Hist. Utt. de Fr., t. XXIII, p. 536. 
Des 5 chansons que j*ai recueillies, la 1^ est adressée à 
Berengier (inconnu), la 2* et 5"" à Jean de Dampierre 
(inconnu), la 3" au duc Henri de Brabant à Louvain. 
Dinaux prétend que Garasaus nomme sa dame Bone ; 
cette affirmation n*est pas faite sur preuve, mais une 
répétition de la môme phrase avancée par Cl. Fauchet 
(Œuvres, p. 576). Si elle est fondée, il faut que ce nom 
ait été prononcé dans la pièce disparue du ms. C, mais 
je la prends plutôt pour l'effet d'une méprise, c'est-à- 



(1) Cd nom s'analyse par eor o^ (ou au9) au9^ viande à Taii. 

(2) Une 6* chanson, commençant par : Puisque rose soit florie^ est 
indiquée dans la table dn ms. C, mais ne ^e tronve plus dans le 
▼olume. 



XII INTEODUCTION. 

dire d'une malencontreuse interprétation du vers : 
Bone de très granz hiautez (ch. 1, v. 20). 

IV. Ernaut Caupain, 5 pièces, dont 1 chanson 
dévote, 2 chansonë d'amour et 2 pastourelles. L'Hist. 
litt. XXIII, p. 562, donne 3 lignes à ce trouvère; 
Dinaux, Trouv. brab.,pp. 250-256, en reproduit quatre 
pièces, en omettant notre cinquième, placée dans un 
manuscrit sous le nom de Baudes de la Kakerie. 

V. Jehan d'Estrubn, 4 jeux-partis. Le premier est 
composé de commun avec Sandrart, le deuxième avec 
Colart le Changeur, le troisième avec Robert et le 
quatrième avec Andrieu Douche. Le premier a été 
partiellement imprimé par Dinaux à l'article Sandrart, 
p. 429 de ses Trouv. Artés. ; le 9* vers est gâté par 
lui de cette façon : Jehan Legier si com je croi, ce qui 
a fait supposer à l'auteur de la notice sur les chanson- 
niers dans THist. litt. (t. XXIII, p. 651) l'existence 
d'un poëte Jean Legier. Notre deuxième pièce est 
mentionnée par Dinaux, 1. c, p. 148, mais attribuée à 
Jehan Bretel, ainsi que la 3% mentionnée à la p. 286. 
La quatrième figure en entier, dans la notice sur 
Andrieu Douche, à la p. 73 du même ouvrage. Paulin 
Paris (Hist. litt. XXIII, 647) quaUfîe Jean d'Estruen 
(cette dénomination se trouve deux fois dans notre n** 2) 
de Tournaisien ; je ne sais ce qui l'a engagé à le faire. 
D'après le baron Kervyn (Œuvres de Froissart, 
XXIV, p. 298), Estruen est une ancienne forme à! Es- 



INTRODUCTION. XIII 

treuXy village situé au nord de Saultain à une lieue 
est de Valenciennes. 

VI. Jehan Fremaus (1), de Lille, 3 chansons, toutes 
imprimées par Dinaux, Trouv. flam. pp. 279 286; 
voy. aussi THist. litt. XXIII, 650-51. La deuxième 
pièce est indiquée dans les mss. comme o courohnée » ; 
la troisième est adressée à Gui, avoué de Béthune, 
que Dinaux et d'autres identifient erronément, je pense, 
avec Guillaume, le frère de Quenes de Béthune. 

VII. Le Trésorier de Lille, 3 chansons (dont 
la 3*, toutefois, peut lui être disputée). Comme THist. 
litt. XXIII, 805-6, je distingue entre ce poëte et le 
suivant, contrairement à Dinaux, qui les confond sans 
aucune apparence de raison (voy. Trouv. flam., pp. 
348-355). 

VIII. Pierre le Borgne de Lille, 1 chanson ; voy. 
Dinaux, 1. c, p. 348 et Hist. litt. XXIII, 689. 

IX. Jacques de Dampierre, 2 chansons ; voy. Di- 
naux, Trouv. brab. etc., pp. 386-389, et Hist. litt. 
XXIII, 635. 

X. Lambert l'Aveugle, 1 pastourelle ; voy. Hist. 
Litt., XXIII, 65657. 

XL GÉRARD DE Valenciennes, 1 jeu-parti. Dinaux, 



(1) Ânssi Ffuma%$ (cp. prunier p. premier, frumer ^.fremer = 
fermer) ; au ca8-rëg:iine le nom doit avoir été soit Fremaut^ ou Fre-' 
maih 



XIV INTRODUCTIOH. 

Trouv. brab., pp. 310-313, communique deux pièces, 
notre jeu-parti et une chanson d*amour, en observant 
(p. 309) que cette dernière « appartient sûrement à 
notre poète valenciennois », et (p. 313) que « les 
deux pièces sont bien atUhentiquement de Gerars de 
Valenciennes ; son nom et celui de sa patrie se trouvent 
consignés en toutes lettres dans les mss. ». Voici la 
vérité. Dinaux, tout en parlant de manuscrits au pluriel, 
dit lui-môme que les deux pièces qu il publie ne sont 
connues que par le ms. de Berne et par la copie de ce 
ms. dans la collection Mouchet à Paris (rexistence de 
la première dans notre ms. D, sans nom d*auteur, lui 
avait échappé). Or le ms. de Berne ne donne la rubrique 
a Gerairs de. Valaisienes » qu'au jeu-parti, et la chan- 
son qui suit d*après Tordre alphabétique observé dans 
ce ms. et que Dinaux dit être authentiqtiement du 
même trouvère, y est présentée sans la moindre dési- 
gnation (1). 

XII. Jean db Condé (?). Le ms. 1446 de la Bibl. 
nat. de Paris, que j'ai largement mis à profit pour mon 
édition des œuvres de ce poëte, renferme entre le dit 
de V Entendement (mon éd. I, 49-95) et la « Défense 
des menestriers contre Jacobin et Frère Meneur (dans 



(1) Feu Brackelmann, dans sa reprodaction de la copie Mouchet 
(Herrig's Archiv, XLIII, p. 357, note**) a dëjà relevé la légèreté 
des affirmations de Dinaux. 



INTRODUCTION. XV 

mon éd. sous le titre Dis des Jacobins et des Freme- 
neurs, I, pp. 249-266), les 154 vers que j'ai placés 
ici dubitativement sous le nom du trouvère belge. Ce 
qui m'avait fait hésiter à les insérer dans mon édition, 
c'est Tabsence de toute attribution et dans le texte et 
dans rintitulé (qui d'ailleurs fait défaut ; une main 
moderne a mis à sa place : « ce peut estre de Jehan 
de Condé n), et la circonstance que je ne les ai rencon- 
trés dans aucun autre ms. Toutefois le sujet et le stjle 
de ce dit, ainsi que la place qu'il occupe dans le ms., 
justifient la présomption en faveur de Jean de Condé. 
XIII. Laurent Waoon, Le Moulin à vent. Le poëme 
que j'intitule ainsi paraît être inconnu, aussi bien que 
le nom de celui que le premier vers m'autorise à consi- 
dérer comme l'auteur. Il a pour but de railler la vanité, 
la fan£aronnerie et la présomptueuse nullité des person- 
nages les plus huppés de la ville d'Arras et pullule de 
noms Artésiens fort bien connus soit par les Congés de 
Jean Bodel, de Baude Fastoul et d'Adam le Bossu, ou 
par leurs productions littéraires (Wibert Caukesel , 
Jehan Bretel). Laurent Wagon, en se proposant de 
construire un moulin à vent sans autres matériaux que 
les menteurs et les truffeurs de sa ville natale, ne 
ménage pas même sa famille, si Ton ose prendre pour 
des parents Andriu Wagon (113) et Henri Wagon (125), 
dont il fera resp. la rastiere et Valeron de son moulin. 
J'ai rencontré cette pièce satirique (elle me parait 



XVI INTEODUCTION. 

incomplète) dans un des principaux chansonniers de la 
Bibl. Nat., que j'ai désigné par litt. D, et je Tai jugée, 
sous plus d'un rapport, propre à captiver l'intérêt de la 
science littéraire. 

XIV. La prise de Neuville. J'ai aifublé de ce titre 
les 173 vers décasyllabiques, répartis sur 8 tirades 
monorimes, qui occupent les fol. 213 B à 214 D du ms. 
12615 à la suite du morceau satirique que je donne 
sous le n** précédent. Comme ce dernier, il ne porte pas 
de rubrique et n'est point achevé (1). Il suffit de dire 
que notre fragment offre un échantillon très-remar- 
quable de poésie heroï-comique médiévale, pour justifier 
l'accueil que je lui ai fait ; mais ce qui en augmente 
rintérôt pour notre pays, c'est qu'il est écrit dans une 
langue factice, parodiant le parler français des Fla- 
mands. Le poëte anonyme du 13" siècle y traite, dans 
les formes et avec toute^ la gravité et la solennité de 
l'épopée, d'un événement villageois, probablement con- 
temporain, par lequel une poignée de Flamands, ameu- 
tés « pour aler sour Nuevile le castel asalir », se sont 
couverts de gloire ou de ridicule. Les huit tirades qui 
nous restent accusent chez le poëte une verve comique 
de bon aloi, et la langue laisse percer, à travers la 



(1) Il est suivi d'une pièce commençant par : Au cuer trop de duel 
et d'ire ai et finissant par : Ore est H clapoire effondrée Dont Arras 
est en la cendrée. 



. j 



INTRODUCnON. X?U 

cacologie artificielle, tous les traits caractéristiques de 
Tépoque. 

XV. Raoul de Houdeng. — Dés notices plus ou 
moins étendues ont été consacrées à Raoul de Houdeng 
par A. Duval et E. Littré dans l'Histoire littéraire de 
France (t. XVIII, pp. 786-792 et t. XXII, pp. 868-870), 
par HoUand dans son travail sur Chrétien de Troies 
(Tubingen, 1854, pp. 51 et 52, note), par Dinaux dans 
ses Trouvères brab., etc., p. 598 et suivantes, et en 
dernier lieu par Ferdinand Wolf dans son mémoire 
académique : Ueber Raoul de Houdenc und insbesondere 
seinen Roman Meraugis de Portlesgtiez (Vienne, 1865) ; 
j'y renvoie le lecteur. Cependant je tiens à déclarer 
que, pour l'avoir accueilli dans cette collection, je ne 
partage pas l'avis de ceux qui placent le Houdeng 
d'après lequel il se nomme, dans notre province de 
Hainaut. Le passage d'Hugues de Mery qu'ils allè- 
guent en faveur de leur opinion n'a plus aucune valeur ; 
il est reconnu que le mot hennter, qui d'ailleurs n'a 
jamais été vu ou lu que par Pasquier, y est fautif et 
qu'il repose sur une mauvaise lecture ou sur une inintel- 
ligente interprétation de hasnier ou ahanier. Laissons 
donc Raoul à la Picardie ; lui-môme y a tenu : dame 
Peneance, qu'il a visitée en cheminant vers le Paradis, 
lui ayant demandé son domicile, il répondit sérieuse- 
ment (« sans folie ») : 

Dame, J6 suis de Picardie. 



XVIII INTRODUCTION. 

Quatre poëmes seuls peuvent , avec la certitude 
possible en ces matières, être attribués à Raoul ; ce 
sont : 

P Le Songe dC Enfer, publié par Jubinal, à la suite 
de ses Mystères inédits du XV siècle (t. II, pp. 384-403) 
et en partie reproduit par Tarbé à la suite du Tour- 
noiement Antéchrist (p. 135). 

2^ Le Songe ou la Voie de Paradis, publié par Jubi- 
nal, parmi les notes et éclaircissements du t. II des 
Œuvres de Rutebeuf^p^. 227-260), comme le précédent, 
d'après le n*» 7218 (837 nouveau) de la Bibliothèque 
nationale de Paris. 

3^ Le Roman des Ailes, publié par moi en 1868, dans 
le t. XXIV (2* série, t. IV) des Annaies de V Académie 
d^archéologie de Belgique. 

4' Le Roman de Meraugis de Portlesguez, vaste com- 
position qui n'était connue que par le fragment inséré 
par Ad. Keller dans sa Romvart d'après un manuscrit 
du Vatican, quand feu le professeur Wolf, dans le 
mémoire cité ci-dessus, en donna une analyse très- 
détaillée d'après un manuscrit de Vienne. Quatre ans 
après le travail de Wolf, en 1869, le roman de Merau- 
gis fut publié à Paris par les soins de M. Michelant 
d'après les mss. de Vienne et de Paris. 

A en croire Fauchet, Raoul serait aussi l'auteur du 
roman de Guillaume de Dole, mais cette assertion est 
reconnue fautive. Dinaux, sans alléguer aucune preuve, 



IMTEODUCTIOM. XIX 



affirme que notre trouvère a composé le fameux fabliau 

» ^^ 

« le Chevalier à TEspée » (Méon, Fabliaux, I, p. 127 et 
suiv.). Van Hasselt, avant lui, s'était prononcé dans le 
même sens, mais avec moins d^assurance ; et il avait 
raison, car la critique a, depuis, rejeté cette attribution. 
Par contre, le prof. Mussafia, suivi par Michelant, est 
disposé à reconnaître dans le Raoul qui a fait, en tout 
ou en partie, le roman de « Oauvain ou la Vengeance 
Raguidel » (publié par Hippeau en 1862), le môme trou- 
vère que celui qui nous occupe . 

Des quatre poëmes de Raoul, je n'ai recueilli que 
les trois premiers, qui jusqu'ici se trouvaient perdus 
dans trois recueils différents et qu'il était utile de sou- 
mettre à une nouvelle révision. Le quatrième, Meraugis 
de Portlesguez, ayant fait l'objet d'une publication 
séparée il n'y a qu'une dizaine d'années, j'ai cru devoir 
l'exclure de mon cadre, bien que l'édition de Michelant, 
malgré tout son mérite, soit susceptible de nombreuses 
émendations et s'améliorerait considérablement par 
la mise à profit des variantes des mss. du Vatican et 
de Berlin. — Je regrette de ne pas avoir pu, pour le 
Songe d'Enfer et celui du Paradis, coUationner le ms. 
de Turin L. V. 32 ; j'en avais pris, dès 1866, les 
variantes, mais elles se sont égarées. D'autres circon- 
stances m'ont empêché d'utiliser le ms. de Berne 354, 
qui, d'après Dinaux, doit renfermer le Songe d'Enfer. 
Je doute que ces textes eussent contribué beaucoup à 



XX MTaOOUCTIOll. 

réclaircissement de ceux dont je iue suis servi et qui 
ne présentent guère de difficultés. 

Tous les trouvères représentés dans ce volume et 
énumérés ci-dessus appartiennent au XIII* siècle, à 
Texception de Raoul de Houdenc , dont l'activité 
littéraire doit avoir commencé dès le siècle précédent. 

11 me reste à donner un aperçu des manuscrits dont 
j'ai fait usage soit pour servir de base aux textes que je 
publie, soit pour le travail de coUationnement ; ils 
sont au nombre de 18, savoir : 

A = Berne 389. Copié pour O. de Soignies 3, 17, 
26 ; Oisoing 9 ; Oér. de VcUenciennes 1 ; coUationné 
pour Cisoing 4. 

B = Paris, Bibl. Nat. (B. N.) 20060. Col. Cisoing 

4, 7, 8, 9 et Pierre le Borgne 1 . 

C = B. N. 844. Cop. G. Soign. 7, 29 ; Cis. 1, 2, 3, 

5, 6, 10 ; Carasaus 1, 2 ; Caupain, 1, 3 ; Fremaus 1, 2, 
3 ; Trésorier de Lille 2, 3 ; Pierre le B. l ; Lambert 
Vaveugle 1. — Coll. G. Soign. 24 ; Cis. 7, Caup. 5. 

D = B. N. 12615. Cop. (?. Soign. 1, 4, 5, 8, 10-16, 
18, 19, 23, 25, 27, 28, 30, 31 ; Caup. 2.— Coll. G. Soign. 
7, 24, 29 ; Cis. 4, 7, 8 ; Caup. 1, 3, 4, 5 ; Frem. 1 ; Tré- 
sorier, 2 ; Pierre le B. l ; Gerart de Valenc. 1. — J*ai 
en outre emprunté à ce ms. le MoiUin à vent et la Prise 
de Neuville. 

E = B. N. 845. Cop. G. Soign. 2, 6, 9, 20, 21, 24 ; 



IMTRODOCTIOII. XXI 

Cis. 8 ; Garas. 5 ; Trésor. 1. — Coll. 0. Soign. 1 ; Cis. 
1, 4, 7, 9 ; Frem. 2 ; Trésor. 2. 

F =. Paris Arsenal, Belles-lettres franc. 63. Coll. 
G. Soign. 2, 6, 9, 21, 24, 26 ; Cis. 4, 9 ; Garas. 5. . 

G = B. N. 847. Copié 0. Soign. 22 ; — Coll. 
G. Soign. 21 ; Cis. 1, 4, 7, 8, 9 ; Trésor. 1, 2 ; Pierre 

H = B. N. 846. CoU. G. Soign. 1, 20, 24, 26; Cis. 
4, 7 ; Clara*. 5. 

L = B. N. Ms. Clairembaut (coté actuellement 
Nouv. acquis, franc. 1050). Coll. G. Soign. 2, 6,9, 21 ; 
Cis. 7, 9 ; Cara^. 2, 5 ; Frem. 2 ; Trésor. 1, 2. 

M = B. N. 1591. Cop. Garas. 4 ; Jacques (tEstruen 
1, 2, à, 4 ; Dampierre 1, 2. — Coll. G. Soign. 6 ; Cisoing 
9 ; Carasatcs 3. 

N = Rome, Vaticane n** 1490. Cop. Cis. 7 ; Garas. 
3. — Coll. Gis. 2 ; Ciïraw. 1 ; Frem. 1. 

A ces 11 mss., qui ont déjà servi pour mon premier 
recueil de Trouvères belges et auxquels j'ai conservé la 
même désignation littérale, il faut joindre les 7 suivants : 

Paris B. N. Ms. franc. 837. A fourni le texte du 
Songe dEnfer, et les variantes pour le Songe de Por 
radis et le Roman des Eles. 

Paris B. N. 1446. Texte de la pièce que j'ai placée 
S0U9 lo nom de Jean de Gondé. 

Paris B. N. 1593. Variantes du Songe d: Enfer. 

Paris B. N. 19152. Variantes du Roman des Eles. 



XXU IMTEODUCTION. 

Bruxelles 9411-26. — Texte da Songe de Paradis. 
Turin L. V. 32. Texte du Roman des Etes. 
Berlin, mss. franc, in-4*, n° 48. Cîollationné pour le 
Roman des Etes. 

Aua. SCHBLBR. 



Bruxelles, en avril 1879. 



-•oo- 



ERRATA. 



p. 19, T. 52, mettes un point- virgule. 

P. 19, T. 59, effacez le point. 

P. 24, ▼. 71 y une virgule à lu fin. 

P. 28, V. 17, 1. wuehine. 

P. 30, V. 4, effacez la virgule. 

P. 31, V. 44, une virgule après mener. 

P. 37, V. 14, ôtez la virgule. 

P. 48. En tête de la chanson 22, j*ai négligé de remarquer que 
Dinaux a imprimé cette chanson , sous le nom de Gautier 
d^Argies, d'après E, à la p. 193 de ses Trouv. Artée. 

P. 49, V. 26. Le vers est complété ainsi dans E : Q»>/ numt n^a pas 
iamtàpriHer. 

P. 72, V. 1, ôtez la virgule. 

P. 81, V. 8, 1. vueil. 

P. 85, V. 47, 1. tott p. tant. 

P. 86, !• ligne, 1. OH p. QHL. 

P. 87, T. 21, 1. 01» p. an. 

P. 94, Notes, mettez N après le chiffre 9. 

P. 97, V. 12, une virgule à la fin. • 

' P. 100, V. 22, une virgule au lieu du point- virgule. 

P. 100, V. 23, un point au lieu de la virgule. 

P. 100, V. 25, un point au lieu de la virgule. 

P. 104, V. 13, effacez la virgule. 

P. 109, V. 2, changes le point en virgule. 

P. 117, V.69, 1. <r«rp. irai. 



XUT nUUTA. 

F« 118, TT. aSMtt, «oj. pov la rectiâcatÎM de la poaeteatioa, las 

Koiea «xptîcatitaa. 
P. 120. CtCta ehaaaoa aat raprodaita par Diaaox. IVaw. ilrlÀ. , 

p. 429. 
P. 122, T. 38, ôiai la virgole. 

P. 128, V. 44, BMttcx oa poÎBt-Tifgala aa Haa da la TÎrgala. 
P. 128, Note« 1. 8, Mei f . 
P. 168, V. 209, aae virgole à la fia. 
P. 170, ▼• 12, cfaaafaz la point en rirgala. 
P. 171. T. 20. 1. bêriner p. Urhitr. 
P. 172, ▼. 53, 1. Lisu p. Eitu, 
P. 174, ▼, 118, l.âp. a. 
P. 175, ▼. 170, L tnUtémi. 
P. 177, Notes, 3* ▼., 1. contuê. 
P. 183, ▼. 183, an goillemet devant Bt. 
P. 183, ▼. 194, an goillemet à la fin. 
P. 184, T. 204,l.iec«. 
P. 184, T. 213, 1. tout4$ p. Mies, 
P. 185, ▼. 248, nne Tirgole à la fin. 
P. 185, T. 250, an point à la fin. 
P. 193, T. 484, 1. H p. lor. 
P. 200, ▼. 669, an point d'interrogation à la fin. 
P. 204, ▼. 94, 6tez la Tirgole. 
P. 239, T. 1114, La't p. «t. 
P. 249, ▼. 29, 1. aperUmitt. 
P. 250, ▼. 48, L ûpertient. 
P. 265, V. 480, l. Uni. 
P. 270, ▼. 636, l. ra«i#r. 



I. 



CHANSONS DE GONTHIER DE SOIGNIES. 



1. 



iia. D, 110 T*, oollationn^ tnws E, 176 v*, et H, 5. 



A 



la joie des oiseaus, 
Ke refratgoent li buisson, 
Me croist joies et reveaus ; 
A rentrant de la saison, 

5 Dieus, tant m'est li pensera beaus 
Dont je n'os dire le non, 
Et li jors tos tans nouveaus 
Ke de s'amor me fist don. 
Peu la Yoi, si sui adès 

10 Des ieus loins et del cuer près. 



iE A la douçnr. — 2 E Dont refraignent, — 6 E Dont ja ne lirai ; 
H Boni jà n^en aurai. — 10 EH Du oon loim. 



2 CHANSONS 

Je soloie assés savoir 
Pour autre amor maintenir, 
Mais or quic moult peu valoir 
Pour ceste amor sostenir ; 

15 Tant m'a mis en boin espoir 
Nus ne le porroit merir, 
Nepourquant, à mon pooir, 
Sui del tôt à son plaisir. 
Peu la voi, si sui adès 

20 Des ieus loins et del cuer près. 

De la riens dont plus m'esmai 
Yoil ma dame moult proier ; 
Se jou tant de sens n'en ai 
K'à li me saice acointier, 

25 Et jou son voloir ne sai, 
Bien le me doit ensegnier, 
Et jou certes le ferai 
De bon cuer et sans dangier. 
Peu la voi, si sui adès 

30 Des ieus loins et del cuer près. 

Se tant n'i puis demorer 
Com chascuns de nos vauroit, 
Merchi li vaurai crier ; 
Ne blasmer l'en ne m'en doit, 
35 Car por nostre amor celer 



42 EH autrei gens. — 13 H peu savoir. ^ 14 EH Por si fiaute amor 
servir. — 15 E fn «on espfiir. — 16 EH Nus ne li ; nus est omis dans D. 
— 17 EH ati mieti p. — 18 H Sui jou tout à son voloir, — 23 H ne m. — 
38 EH et volontiers . — 31-40 Cette strophe manque dans E. — 31 H mi 
puis. — 34 l'en omis dans D. 



DE GOMTHIBR DB SOIGNIES. 

Le faic plus qu'en autre endroit, 
Car tant i porroie ester 
E'ele blasmée en seroit. 
Peu la Yoi, si sui adès 
40 Des ieus loins et del cner près. 

En tous les lîeus où je sui 

Mes coraiges est à li ; 

Ligement, sans part d'autrui^ 

Sui del tout à sa merchi ; 
45 Por çou, se li cors sont dui, 

Li coraige sont oui, 

Ne de joie ne d'anui 

N^avons entre nos parti. 

Peu la Yoi, si sui adès 
50 Des ieus loins et del cuer près. 

Ei k'ait les mos ajostës, 
Gontiers les mist en escrit, 
Si sera li briés portés 
A ma dame à cort respit. 

55 Dieus, de boine eure fui nés 
S*ele mon message lit, 
Et teus soit sa volentés 
E'en cest présent se délit. 
Peu la Yoi, si sui adès 

60 Des ieus loins et del cuer près. 



43 EH 9e part, — 44 EH Tosjotb sui m sa m, — 45 EH Por quant. — 
46 E Li cuer sont tktyout o.; H Li coraige sont an un (contraire à la rime). 
— 53 H (e« maf ^— 53 H Si seront li brie f porté, -- 54 H Ma dame au cors de 
r. — 55 H D. corn de bone horc nez fui. — 56 H rîe (p. lit). — 57 H Oic 
tex fott la V. 



CHANSONS 

Ooqoes mais ne fui sospris 
De nule amors ne destrois. 
Mes or m'a del tôt conquis 
Ses sens et sa boine fois ; 

06 Cors a gent et cler le vis, 

Elances mains et ]ons les dois, 
Doue semblant et simple vis, 
Bien est faite en tos endrois. 
Peu la Yoi, si sui adès 

70 Des ieus loins et del cuer près. 



61-70 An lien de cette strophe, H a les deux ?eri-ci : 

Pour Dm, me lait venir ri près 
Que un soûl jor la voie adès, 

61 E Onques me ne. ^ 6i E ses bone foi (!). — 66 E Blanches et longuet 
dois (sic). Longues pourrait ?aloir longues (diminutif). 



2. 



Ma. E, 212, coll. avec F, p. 220, et L, 151 ▼<> (partie intercalée et 
écrite d*une main moderne). 



A 



u tens gent que raverdoie 
Toute riens à sa color, 
Que tout oisel mainent joie 
Contre la feuille et la flor, 
Lors di que grant tort auroie 
Se ne m'i resbaudisoie 

Por amor, 
A qui li miens cuers s'otroie 

Nuit et jor. 



DE GOMTHIER DE SOlGlflSS. 5 

10 Moult est bêle et bien aprise * 

Gelé dont je chanterai, 
Servir la voeil sanz faintise, 
Siens sui et siens esserai ; 
En li a tant de franchise 
15 Qae, se la serf, mon serrise 
Rayerai ; 
Da cuer, qni mon cors justise^ 
L'amerai. 



Qui chiet en dedesperance 
20 Por les maus d^amour sousfrir, 
Moult a mauvaise créance. 
Car n*en puet nus maus venir : 
Celé serf sans repentanoe 
Qui m'a doné espérance 
25 De servir ; 

E, Deus, donez li vueillance 
De merir ! 



Moult flst Deus par grant devise 
Celé qui j*otroi m'amor, 
30 Toute sa paine i a mise, 
Qu'il en veut avoir honor ; 
Moult ai bien m'amor assise. 
Car trestoz li mens la prise 
De valor ; 
35 Ce me resprent et atise 
Ma dolor. 



16 EL Reverrai; y ti corrigé d*après F. La leçon revemU pourrait, 
ioatefoif , se justifier. — ^ F puet maus avenir. •— 36 E tmoillance. 



CHANSONS 



3. 



Ms. A. — Cette pièce, qai ne se trouve que dans le ms. de Berne, 
est imprimée dans les Comptes rendus de TAcadémie royale de 
Munich (communication de M. Conrad Hofman), année 1868, et 
reproduite par Brackelmann dans son recueil, Herrig^s Archw^ 
t. XLII, p. 242. — J'ai ici, comme précédemment, abondonné le 
système orthographique propre au ms. de Berne. 



B 



els m'est Tans en mai, quant voi 
Le tens âorir ; 
Oisel chantent doucement 
A Tenserir. 
5 Toute nuit veil et tressail, 
Ne puis dormir, 
Car à ce m'estuet penser 
Ee plus désir. 
Moult hai ma vie, 
10 S'a tel tort me fait mori^ 
Ma douce amie. 

Las ! por coi me fait la belle 

Tel mal sentir. 
Quant del tout sui atomes 
15 A li servir ? 

Je ne veuil ne je ne puis 

De li partir, 
Car ne puis de mes dolors 

4 altmeri, — 5. troêsaul. — 13 Tel omis. — 16 ne $ene puif* 



DE GONTHIBK DB SOIGNIBS. 

Sansli garir. 
20 Moult hai ma vie 

S'a tel tort me fait morir 

• 

Ma douce amie. 

Nu8 ne sait à quel dolor 

Je m^en consir, 
25 Aine ne li osai mon cuer 

Del tout gehir ; 
Siens sui et fui et serai 

Sans repentir ; 
Touigours veuil le sien servise 
30 Maintenir. 

Moult hai ma vie 
S'a tel tort me fait morir 

Ma douce amie. 

Deus ! corn sont en grant doutanoe 
35 De faillir 

Cil qui aiment de bon cuer 

Et sans traïr ; 
Losengier, qui por noient 
Snelent mentir, 
40 Font bone amour remanoir 
Et départir. 
Moult hai ma vie 
S*k tel tort me fait morir 
Ma douce amie. 

45 Nus ne puet de fausse amor 
A bien venir. 
Car chascnns vuet pou amer 
Et bien jotr ; 

96 Çtfi amme, — 38 loêenior. 



8 CHANSOfIS 

Li malyais font les cortois 
50 Avilenir ; 

Nus ne sait mais coi amer 
Ne oui servir. 
Monlt hai ma vie 
S'a tel tort me fait morir 
55 Ma douce amie. 

Très or veoil ma retrouvenge 

Defenir, 
Gontier pri moult k'il la chant 

Et face oir ; 
60 Ou pascor, quant on verra 

Le bruel florir, 
Chevalier la chanteront 

Por esbaudir. 

Or aim ma vie 
65 Car del tout m*a afié 

Ma douce amie. 



57 defineir, -« 63 Après ce vers, le scribe a intercalé par erreur : 
MùuU heii (fie) ma vie. 



i. 



Mt. D, 113t«. 



B 



el m'est quant voi naistre le fruit, 
Ee tos li mons de douçor bruit ; 
Ei perdu a joie et déduit, 
Ne puet muer ne lui anuit. 



DE GORTHIER DE SOIGRIES. 9 

5 Jel di por moi qui amers fait : 
Ne puis garir ne jor ne nuit ; 
Pens et sospir et voil et di : 
« Hé ! aurai jou ja merchi ? » 

Mort m'a la belle dont me plaing, 
10 Ei est lie de mon mahaing ; 

De li amer pas ne me faing 

Et des autres mon cuer desdaing ; 

S'el m*a guorpi par son engaing, 

En grant dolor mon cuer empaing. 
15 Pens et sospir et voil et di 

« Hé ! aurai jou ja merchi ? » 

Se jou sospir, c'est à boin droit. 
Puis que la belle me mescroit. 
Ja Dieu ne plaice, ki loins voit, 
20 Ee li miens cuers d^sloiaus soit ; 
Tant m'a la belle en son destroit 
Ee de son tort li ferai droit. 
Pens et sospir et voil et di : 
tt Hé ! aurai jou ja merchi ? » 

25 Cil ki sevent mon convenant, 

Me dient bien mes ieus voiant 

Ke je languis et vois morant, 

Et si n'em puis faire samblant. 

Parmi tôt çou si Faim je tant 
30 Ee ses hom sui à remanant. 

Pens et sospir et voil et di : 

« Hé ! aurai jou ja merchi ? » 



10 lie$, — 15 Sele ma. — 27 et omis. 



10 CHiNSOlfS 

A une ocoison dont me hai 
Ne poia venir à eacondit : 

35 Par consenœ de mauvaiB cri 
A li uns l'autre malbailli. 
Mais teus s'en quide faire fi 
El se tenra à escami. 
Pens et sospir et voil et di : 

40 « Hé I aurai jou ja merchi ? » 

^ Or me dient tote la gent 

Ee je foli moult malement : 
Por celé muir qui ne s'en sent, 
Et mes coraiges vers li tent ; 
45 Mais tant concis son vrai talent, 
S'ele a mefifait, or s*en repent. 
Pens et sospir et voil et di : 
« Hé I aurai jou ja merchi ? » 

La félonie des pluisors 
50 Nos deffendent joie d'amors ; 
Li maus k'en trai et les dolors 
M'ont si conquis tes sui desos. 
Vrais Dieus, quant venra li secors 
Que chil chaitis atent tous jors ? 
55 Pens et sospir et voil et di : 
a Hé ! aurai jou ja merchi ? » 



95-34 Vers suspects et obscori ; il faut des rimes en i. •— 52 deiou$. 



DE GONTHIBR DE S0IGN1ES. 11 



5. 



Ma. 0, 115. 



C 



'hanter m'estuet de recomens 
Qaant Fore est doche et clers li vens, 
Et noDpourquant si sui dolens, 
Oies pour quoi, 
5 Quant celé à qui sui atendans 
Ne velt avoir merchi de moi. 

Molt aim ma dame et voil et pri, 
Mais d*une oose m*a trai : 
Quant li pareil, si m'entrobli ; 
10 Oies pour quoi : 

Tant par désir Tamor de li 
Ee tous sui fous quant je la voi. 

Ne puis mon ooraige covrir 
De çou ke plus voil et désir ; 
15 Bien m^en devroie repentir^ 
Oies pour quoi : 
Car moult voi à noient venir 
Çou dont on fait plus grant effroi. 

Se ma dame seûst le voir 
20 Gom je sui siens à mon pooir, 



3 Je soupçonne qu'il faut ten$ p. veru, — 9 1 paraîU, -^ U De eo. 
18 gront dettr; j*ai corrigé selon TezlgeDce de la rime. 



1Î CHANSONS 

De moi aroH merchî espoir ; 

Oies pour quoi : 
Car ne me pois de li movoir ; 
Son plaisir face, je Totroi. 

25 Icesie amors me fait sonlas 

Sol del penser, quant pins n*en fas ; 
Et si resai dolens et mas, 

Oies pour coi : 
Quant je me gis, si m*en perchas ; 

30 Por el nel di ne m'i anoi. 

» 

Ma rotraenge finera. 
Bien puet savoir ki amé a 
Se bien ou malement m*esta ; 
Oies pour quoi : 
35 Car je sui chil qui Tamera, 
Si n'en fera plus grant effroi. 



6. 



Ms. E, 213, coU. avec P, p. 22, G, 75, L, 152, et M, 9 (dans cê 
ma. soot le nom du vidame de Chartres). Imprimée diaprés E dans 
DiDaux, Trou/t. Bràb.^ p. 271. 



C 



ombien que j'aie demoré 
Fors de ma douce contrée, 
Et maint grant ennui enduré 
En terre maletlrée, 

5 M grant travail, — 4 J*ai suivi la leçon de GLM ; mon ms. porte (et 
Din. reproduit) Entre maleurée ; F de son côté a Entre gent m. 



DB QONTHIEII M SOIGMIBS. 15 

5 Por ce n*ai je pas oublié 

Le dous mal qai si m'agrée, 
Dont ja ne quier avoir santé. 
Tant ai la dolor amée. 



Tout tens ai en dolor esté 
10 Et mainte lerme plorée, 
Li plas biaus jors ouan d^esté 
Me semble pluie ou gelée, 
Quant el païs que je plus hé 
M*e8tuet fere demorée ; 
15 Ja n'aurai joie en mon aé, 

S*en France ne m'est donée. 



Si me dont Deus joie et santé, 
La plus bele qui soit née 

M'a conforté de sa biauté, 
20 Qui si m'est el cuer entrée ; 

Et se je muir en cest pensé, 
Bien cuit m'ame avoir sauvée ; 

Car m'eiist or son lieu preste, 
Deus, cil qui Fa espousée I 

25 Hélas I trop sui maletirés. 
Se celé n*ot ma proiere 



BU Se en France n*e9i est travée (il faut sins doute lire ne nCeet tr,) — 
10 En terre desordenée.— ii G de tôt e$té ; F om d'esté.'^ f 8-19 M La plu» 
béte aing qui eoU née. Moût me conforte eti sa b. — 19 PGM me conforte. — 
30 G e/ cors, — 31 G en tel penser. — 23 FM or omis. — 24 Les mss. EFL 
ont ceint poor et/, G de lui ; M seol a cil ; je l*al soivi comme seul con- 
forme k la grammaire et à la mesure. — 35 M tf e Dteor t, s, maleureuê. 



14 GHAMSOWI 

A qui je me soi oelés 
Por celé gent maaparliere 

Qui ja les caers n^auront las 
30 De dire mal en derrière, 

Car pletist saint Nicolas 
Qu'il gellssent tout en bière 

Hé, doce riens, ne m'ociés, 
No sciés crueus ne ûere 
35 Vers moi, qui plus vos aim assés 
D'amor loial droituriere, 
Et se vos por tant m*ociés, 

LaSy trop rachèterai chiere 
L'amor dont tant serai grevés, 
40 Mes or m'est doce et legiere. 



37 Le vers se préseote ainsi, trop court d^ooe syllabe, dans tous les 
mss. sauf M ; ce dernier remplace nos vv. 27-31 par les suivants : 

A qui je me sut tout donnez, 
Si ne m'en puis retraire arrière ; 
Moult longuement me sui celez , 
Pour celle gent malparliere 
Qui ja leur cuers n'auront lassez 
De dire mal en deriere 

En corrigeant, dans le 2e, Si H*m putt, nous aurons rétabli la strophe 
dans le système derime et de mètre qui est propre à la pièce, et qu'ont 
abandonné les autres mss. — 51-S2 Omis dans G. —32 PL touz. — 
^ GL Ne ne toiés, — M crtunuic. — 35 G qu'assez (leçon préférable). 
— 36 M Mal et entière, — 39 Tous les mss., sauf M, ont samar p. 
tamor^ qui seul est acceptable. 



DE GONTHIER DB SOIOUIBS. 15 



7. 



Mb. C. 169, coll. avec D, 111 ▼«. -~ Impnmée d'après C dam 
Dinau 1. c, p. 276. 



D 



olereusement oomenoe 
Qui chanter veut de dolor ; 
Las ! de ce qui plus m'agence 
Aine n'en eu joie sanz plor ; 

5 Folz en faz ma pénitence, 
Car aine ne li quis s'amor ; 
En moi fait une grant tence 
Volentez contre cremor. 
Moult aim et has dire et taisir, 

10 Car des deus puis vivre ou morir. 



D'amor fait moult mal li dires, 
Qui primes n'en set le voir, 
Car plus grieve uns escondiros 
Que Ions tans en bon espoir ; 

15 Encor sunt li celer pire» 
Qu'ai daerrain l'estuet dire 
Et le cuer de li savoir ; 
En ansdeus gist grans martire, 
Deus m'en doint force et pooir ! 

30 Moult aim et has dire et taisir, 
Car des deus puis vivre ou morir. 



d Din. a la qtds savior ! — lOD Cor d'ont .t;. p. v, et m. -i- 14 Ms. Umc, 



16 CHAMâONS 

Amors est et foie et vaine 
Qui trop est mise à bandon, 
Mais quant après la grant paine 
* 25 Vient la joie par raison, 
Lors est ele plus certaine 
Et s*en sont li porût bon : 
De bon jour bone semaine, 
Selon Tueyre guerredon. 
30 Moult aim et bas dire et taisir, 
Car des deos puis vivre ou morir. 

Perins est de teus afaires 

Dont on n'est auques certains, 

Car teus li samble contraires 
35 Où joies est moult prochains ; 

Mieus vaut servirs et atraires 

Et mètre por plus le mains ; 

Cuer failli ne pris je gaires, 

Car trop est fols et vilains. 
40 Moult aim et bas dire et taisir, 
Car des deus puis vivre ou morir. 

Je fas, ce croi, tele atente 

Com li Breton font d^Artus ; 

Amors m^ocit et tormente, 
45 Et si nel saura ja nus ; 

Mieus me vient de li Tatente, 

Si que je n'i face plus. 

Que de la cortoise gente 

Torner tote joie ensus. 
50 Moult aim et bas dire et taisir. 
Car des deus puis vivre ou morir. 

27 DiD. imprime sctuuil, — 33 D oit est, — 39 D faut (forme picarde 
de foui), — 48 D cortoiuie. 



DE GONTBIBR DB S01GM1B8. 17 

Mainte fois, dont plus m'argtte 
La dolors dont je vos di, 
M'est la volontez Tenue 



55 



Quant je soi dejouste li, 
Tote est ma raison perdue, 
Si m'a s'amors esbahi. 
60 Moult aim et bas dire et taisir 
Car des deus puis vivre ou morir. 



j 



99 D quant plus, — 55-S6. Ces deux vers manquent dans les deux mst. 
— 57 D Là oàyoïi siecjoiie (t. — 58 D Tote ai. Si ett est la leçon de Tau- 
teor, il faudra corriger raisons. 



8. 



Mb. D, 112i>. 



D 



ouce amors ki m^atalente, 
Quant voi lu termine gent, 
Me remaine el cuer la gente 
Ki lumine mon talent. 
Tant désir k'ele consente 
L*amor ki si me vient lent, 
Trop me samble dure et lente, 
S'oie tost ne me consent. 
Ne quier mais nule autre atente, 



3 Ms. remaigne. — 5 lie cansenie. 



18 CHANSONS 

* 10 Puis k'amors à 11 m'asent, 
El, por Dieu, ke ele sente 
Le penser où jou entent ; 
Car tant i faic longe atente 
Ke trop sui en grant torment ; 
15 Dleus 1 si m'alongc et tourmente 
La douçors k'encor atent. 
Grant dolor puet consirer 
Ki ja ne cuide recovrer. 



De s'amor par grant proiere 
20 L'envi sovent et requier ; 
Drois est qu*ensi la requière 
De doçor et de proier, 
Car n*ai seing d'amor dobliere, 
Ki vient et va de legier. 
25 Belle est et saige parliere 
Et set tenir son cors chier, 
Et à tous fait belle chiere 
Sans cremor de fol parlier, 
G*ainc ne vi dame mains âere 
30 Vers home de sens manier. 
Mais ele est d'autre manière 
Vers félon mauvais et fier. 
Grant dolor puet consirer 
Ki ja ne quide recovrer. 

35 Molt est ma paine anoiouse, 
Del tout sui jou soffraitous, 
Car ma dame est si entouse 
Et je ne sui si entous, 

39 maint. — 35 atioieuie, — 37 enUu$e, 



V 



DE GONTHIER DB S016NIES. 19 

Amer devroie une touse ; 
40 Quant je sui si sos et fous, 

N*em puis mais, k'amors joiouse 

Me fait de li covoitous. 

S'el de moi n'est covoitouse. 

Jamais ne serai joious, 
45 Car quant est plus orguellouse. 

Et je sui plus angoissous ; 

Vers amors si angoissonse 

Ne puet nus estre orguellous. 

Grant dolor puet consirer 
50 Ki ja ne quide recovrer. 

Mes cuers se plaint et sospire 

Por la riens ke plus désir, 

Se ele moi ne désire. 

N'est mervelles se sospir, 
55 Gontiers, ki set mon martire. 

Corn griefment à U m'aïr, 

Mais se je muir en ceste ire. 

Je m'en tenrai pour martir. 

E, Dieus, oserai li dire, 
60 Que de an cuer la remir, 

Com mal me font li consire 

K'à li puis si pau venir ? 
• Grant dolor puet consirer 
Ki ja ne quide recovrer. 



47 iui (p. fi). 



30 CHAHSOBS 



9. 



Mt. E, 138, coU. aTec F, p. 222, et L, 183 v-. 



E 



1 mois d'esté qae li tens rassouage. 
Chantent oisel et feuilllssent boscage, 
Amer désir fine et loial et sage, 
Mes moalt la truis dangereuse et sanvage. 
5 E ! Deus li dont vers moi meillor corage ! 

De nul grant bien ne m*aseur 

En biau servise sans eiir. 

Je serf toz jorz et sui de bone atente. 
Si con cil bons qui sa joie vient lente, 
10 Car li ne plest que nul bien me consente , 
Et nuit et jor me destraint et tormente. 
Et neporquant sor toutes m'atalente. 
De nul grant bien ne m'aseiir 
En biau servise sans eiir. 

15 Cil est dolenz qui pert son bon servise, 
Qui sert de cuer et aime sans fainti^e ; 
11 n'afiert pas à sa grant gentillise 
Qu*ele vers moi meâace en nuie guise, 
Mes or me met du tout en sa franchise. 

20 De nul grant bien ne m'aseiir 

En biau servise sans eiir. 



5 L H doit (litez doint}. — 8 L m bonc (Uenle, — 9 L «o voie, — 17 L 

fa omit. 



DE GONTRIBR DB 801GN1E8. SI 

Moult me merveil qa'à moi seul fait contraire, 
As autres est cortoise et debonaire ; 
Au douz semblant et au simple viaire 
25 M'est il avis que ne sache mal faire. 
Mes mes etirs, espoir, la fait retraire. 

De nul grant bien ne m'aseûr 

En biau servise sans elir. 



Salemons dit que ja por noureture 
30 Ne changera nule riens sa nature ; 
Se ele est teus con mostre sa faiture, 
Ja longuement ne me sera si dure, 
Qu*el monde n*a si douce criature. 
De nul grant bien ne m'aseûr 
35 En biau servise sans etir. 



ML me fait eontruiro, — 31 L «a nature (lapsus). 



40. 



Ma. D, 116r*. 



J 



e n'em puis mon cuer blasmer 
Quant il sospire, 
Car je vif à grant dolor 
Et à martire. 
5 Grans dolors est de penser, 
Ki n'ose dire. 



22 CHANSONS 

Et plus grief est de proier 

Por escondire. 
De legier me puet la belle 
10 Desconfire, 

Quant 11 pains de son païs 
Me samble chire ; 
Car miens aim de li songier 
Belle mençoigne, 
15 K'avoec une autre couchier 

Sans soigne. 

Je tenroie volontiers 
L*obedience, 
K'il n'a nule si vaillant 
20 Dusk'en Provence. 

Certes jou aim mieus assés 

Qu*ele me mence, 
C*une autre me desist voir, 
Ei mains ip'agence ; 
25 Bien fust m'ame en paradis 
Tôt em présence, 
Se je soffrisse por Deu 
Tel pénitence ; 
Car mieus aim de li songier 
30 Belle mençoigne, 

K'avoec une autre couchier 
Sans soigne. 

Je ne puis entroblier 

Mon grant damage, 
35 Dont je sospir nuit et jor 
En mon eorage, 

7 ett omis. — 15 Kovoe. — 16 êtnige. — 36 Eut mon . 



DE GONTHIBR DE SOIGNIES. 35 

Mais tant ai de reconfort 

Ei m'aaouage, 
Ke ne 11 sui riens foarfais 
40 Par mon folage ; 

Ses homs serai à tos jors, 
Ja nMert salvage ; 
Bien venroie d'outremer 

Par son message ; ' 

45 Car mieus aim de li songier 
Belle mençoigne, 
K'avoec une autre couchier 
Sans soigne. 

A mon cuer n'avoit pas fait 
50 Si grant outrage. 

Tant par est mieudre de moi 

Sans signourage ; 
Ne por tant si humelie 
Mon courage, 
55 K'ainc n'o'i k^amors vausist 
Gaigier parage. 
Bien sace, pour li irai 
En hermitage. 
Et si li ferai conter 
60 Par mon message. 

Car mieus aim de li songier 

Belle mençoigne, 
K'aToec une autre couchier 
Sans soigne. 

65 Se jou Tain de tout mon cuer, 
Drois est ke face, 

49 faii omis. ^ 50. Le scribe v»rie entre la rime âge et aige, entre 
0i€Ê et ace, — \S9Et $e. 



24 CHAHSORS 

Car moult doit grant joie avoir 

Qai ele embraoe. 
Ele me fist l'autre soir 
70 Une manace, 

Pour qui il m'estuet canter ; 

Si m'en solace. 
Las, se çou avient jamais 
K'ele me bâche, 
75 Pis arai que forsenés 

Ki porte mâche. 
Car mie,us aim de li songler 

Belle mençoigne, 
K'avoec une autre couchier 
80 Sans soigne. 

Mes chanters n'est pas soshais, 

Quoi que on die, 

Mais si voil mon duel mener 

Ee on en rie. 

86 Bien vous di et puis jurer 

Tel cortoisie, 

K*amors se velt bien garder 

Sans villonie ; 
En tel lieu velt asambler 
90 Sa compaigaie, 

Ki ne 11 consent à faire 

Villonie. 
Car mieus aim de 11 songier 
Belle mençoigne, 
95 K'avoec une autre couchier 

Sans soigne. 



83 Quoi con die. 



DB GOimnBR M SOIGRIES. Xt 

Rotruenge, si t*envoi 

En Bonrgoigne, 
Aq conte ke je moult aim, 
100 Qu'il le despoigne, 

Car ne sai trover som per 

Dusqu*en Gascoigne. 
A lui voil plaindre mon duel 
Et ma besoigne, 
105 Par amor li voil proier 

C*un don me doigne : 
Qu'en chantant le laist savoir 

Et le tiesmoigne. 
Car mieus aim de li songier 
110 Belle mençoigne, 

K*avoec une autre couchier 
Sans soigne. 



u. 



Ma. D, 110. 



L 



a flors novelle ki resplant 
Me fait renoveler mon chant, 
Mais cornent ferai bel samblant 
Poureuc, se je n^en ai talant ? 
Tel duel me font li mesdîsant. 
Trop Ions services sans esploit 
Me fait sovent estre en destroit. 

Nus ne set mais cornent il aint, 
Car s*il ne set celer son plaint 



9S CHANSOMS 

10 Et s'il fait çoa ke Tamor vaint, 
Li cris del siècle le destraint ; 
Ensi voit on k'amors remaint. 
Trop lens services sans esploit 
Me fait sovent estre en destroit. 

15 Las, ne sai mais que devenir, 
Moi ne loist amer ne haïr, 
K'à vetie ne Fos servir 
Et ne m'en puis del tôt partir ; 
Itel dolor m estuet soffrir. 

20 Trop. Ions services sans esploit 
Me fait sovent estre en destroit. 

Çou ke je fis por bien de 11 
. Et pour son blasme ke g'i vi, 
M*est, las, à tel dolor verti 
25 Qu^el m*a del tpt mis en oubli ; 
Mieus m'en venist soffrir le cri. 
Trop Ions services sans esploit 
Me fait sovent estre en destroit. 

Molt a grant mescreance el mont, 
30 Nules amors loiaus ne sont, 

Car tout destorbent et deffbnt 

Li mal parlier ki entr'aus vont ; 

Leur villonie me confont. 

Trop Ions services sans esploit 
35 Me fait sovent estre en destroit. 

S^ele onques debonaire fu, 
Fu quant ele aura percbeû 
Que par son tort m'a confondu ; 

37 ttptrchêu. 



DE GOlfTHBR DB SOIGMIES. 27 

Lors ne seront ja mais creti 
40 Cil par qui l'ai à tort perdn. ^ 
Trop Ions senrices sans esploit 
Me fait sovent estre en destroit. 



Sa rotruenge li envoi 
Que par Dieu ait merchi de moi ; 
45 S*ele n'en prent autre conroi, 
Moult truis en 11 mauvaise foi ; 
Las, cbe n'iert ja, ne sai pour quoi. 
Trop Ions services sans esploit 
Me fait sovent estre en destroit. 



46 cniui, ^ Après la dernière stropbe, le ms. donne encore les ters 
suivants, pontés sans doute par quelque scribe : 

CTest li oouaus (le pire) kl d'amors soit, 
Trop sni pour li en grant destroit, 
€il me coosaut [qui] par tout voit ! 
Trop, etc. 



12. 



M«. D, 1 14 yo. 



L 



*an ke la froidors s'esloigne. 
Que li tens soés s'areste. 
Que par Franche et par Borgoigne 
Croist la flors en la genestre, 
Gontiers velt que on respoigne 
Ne mie à chançon de geste, 



38 CHANSONS 

Mais d'une plus grant besoigne^ 
Si ke ja n'i ait oontreste. 
J*en dirai le jugement 
10 Le mieoB au mien escient. 



Je démande yerté fine. 
Mais ne sai cornent le die : 
Liquele, ou dame ou meschine. 
Vaille miens pour estre amie? 

15 Car celé où mes cuers s*acline, 
Espoir, bien aucun deffîe, 
Et mes maus yelt tel meschine 
Dont autres ne garroit mie. 
J'en dirai mon jugement 

20 Le mieus au mien escient. 



Amors est loiaus et droite 
Envers toute gent comune ; 
Cil aime et chil plus covoite 
Mains la blance et plus la brune ; 

25 Lonc çou que chascuns espioite, 
Trait chascuns à sa chascune, 
R'amors est large et estroite, 
Chi se tient et chà s atlne. 
J*en dirai mon jugement 

30 Le mieus au mien escient. 



Je Toil bien que la gens oie 
Cornent une amors 9e maine : 
Chil qui de dame atent joie. 



9 Je dirai, — 26 chascun. 



DB GOirrmKR db soignibs. S9 

Fols est se d*aatre se paine, 
35 Qa'autre amors est paile et bloie. 

Mais ceste est de boine estraine ; 

A tesmoing tous ceus de Troie» 

Qui tant usent poar Elaine. 

J'en dirai le jugement 
40 Le mieus au mien escient. 



Amer dame est haute chose, 
Mais toute autre amors est basse. 
Puoele est con fiors de rose, 
Qui tost Tient et test trespasse ; 

45 Crient sa mère ne le cose, 

Bien comenche et tost se lasse, 
Mais dame a sa court si close 
Que tous biens en li s'amasse. 
J'en dirai le jugement 

50 Le mieus au mien escient. 



Moi que eaut se tous aoure, 
Quant celui qui l'aime esciUe 1 
Poi l'en est se il laboure, 
Puis qu'à li amer s'atiUe ; 

55 Ne li caut ki le secoure, 
Et li dolereus perille ; 
Por che ne pris une moure 
Fausse amor ne volatille. 
Dit en ai tel jugement 

60 Le mieus au mien escient. 



45 et 47 U forme picarde se p. $a. 



30 CHANSOlfS 



13. 



M«. D, 1 17 I*. 



L 



*aii ke la saisons s'agence, 
Re Yoi florir les ramiers, 
Et li dous cans recomence, 
D'oisellons par les vergiers, 
5 Dieas, en si grant pénitence 
Ai esté deus ans entiers ; 
Là je plantai la semence 
E'uns autres keudra premiers. 
Cil se travaille sans esploit, 
10 Ki ce désert k^autres rechoit. 

Douce est d'amors la consence 
Des dames as chevaliers. 
Se ne fust là malvuellance, 
Ki moet les grans encombriers ; 

15 Plus sui en grant astinence 
Ke peneans pautonniers ; 
Dieus, ki por nos prist naissance, 
Confonde les losengiers ! 
Cil se travaille sans esploit, 

20 Ed ce désert k'autres reohoit. 

L'on a veii desconûre 
Maint prodome par agait, 
Et s'engiens d'aatmi m'empire, 
Certes ne Tai pas meffait ; 



Une Va. 



DE GONTHIKR h% S0IGN1B8. 31 

25 Je Tai soYent oV dire, 

(f Rices hom fait riche plait. n 

Damedieos les puist maldire 

Qui m*ont à cest dael atrait ! 
Cil se travaille sans esploit, 
30 Ki ce désert k autres rechoit. 

Eûcoir me puet nostres Sire 

Conseiller, ki ke m'esmait, 

Qu'il m*ont mis en grant martire 

Par la parole et sans fait ; 
35 Mais se m'en loist escondire, 

Mieus m'ira c'or ne mi vait, 

Car ne puis estre sans ire 

Tant k^ele merchi n*en ait. 
Cil se travaille sans esploit, 
40 Qui ce désert k'autres rechoit. 

De (OU ne me doue je mie, 

S*à li me lois oit parler 

Et ele entendroit la vie 

Ke por li m'estuet mener ; 
45 Tant a sens et cortoisie 

Ja nel porroit endurer, 

C'en voit sovent par envie 

Loial amor destorber. 
Cil se travaille sans esploit, 
50 Qui ce désert k*autres rechoit. 

Las, con fait mais félonie 
Tôt le mont entremeller ! 
Ei plus sevent de boisdie, 
Ceaus voit on mieus recovrer ; 

31 Bnecire. — 33.iiitt omis. 



32 CHANSONS 

55 Ki chascuQ jor font amie, 
Et si n'ont cure d'amer, 
Il on ont la signorie. 
Si font les loiaus gaber. 
Çil se trayaille sans esploit, 

60 Ri ce désert k'autres rechoit. 



u. 



M*. D, 116 V*. 



L 



an ke li buisson 
Sèchent en la haie, 
Pour le tans félon 
Ki foillir nel laie, 
5 A maint oisellon 

Ki del tans s^esmaie ; 
Ki dont a amor, 
Sans ocoison 
Ne doute noif qui chaie. 

10 Ki sert boine amor, 
Ne crient la froidure. 
Or proi la gensor 
. Ke de moi ait cure, 
Merchi nuit et jor ; 
15 Mais trop la truis dure, 
N*a soing de ma dolor. 
Dont je souspir et plor, 
S'ele ne s'amesure. 

S etu /a. — 5 ^on% manU, _ i5 2c. — i7 pUmr. 



DB GORTUKR DB SOIGfllBS. 33 

Soffrir me ooavient 
20 Et eitre en atente ; 

El boiiid amour crient» 

De poi s'espauente ; 

Grans joies me Tient 

De servir la gente. 
25 DieuSy ne li sosyient 

De çou kl m*ayient, 
Ke tant plor et gaimente ? 



Je ne sai coment 
Covrir mon coraige ; 
30 Soi en grant torment. 
Trop la trujs sauvaige^ 
Si i'ain durement 
Ke tos vis m'esraige ; 
Si mar vi son cors gent, 
35 Se pitiés ne l'en prent 
K'ele me rasouaige. 



N*ain pas à délit, 
Âins sui en martire ; 
Si oil m'ont traï 
40 Ki me soient rire. 
Dieus, de si petit 
Porroie estre sire. 
Se la belle a voir dit, 
Jfocore aura merchi 
45 - Li las qui tant sospire^ 



29 Goim*.— 30 En gr. t. nd. 



M CHANSONS 

Tous li siècles Yoit 
Mon duel et ma yie. 
Mais nus n'aperçoit 
' Laquele est m*amie; 
50 Si m*a en destroit 
Ke tous m^entroblie, 
Car 8*ele m'ochioit, 
' Tant la Yoil et covoit, 
M^ame seroit garie. 

55 Amie, el deân, 

Quant plus n*em puis faire, 
Sieurai mon trai'n 
Vers la deboinaire 
Tôt droit mon chemin, 
60 Et sel doi bien faire. 
Car bien pens et devin. 
Puis ke yers li m'aclin, 
Ne perdrai mon a£aire. 



15. 



Ms. D, 110 y«. 



L 



'an ke li dous chans retentist 
D'oiseaus et li tans resdarchist, 
Dont tressant mes cuers et fremist 
Pour la douQor qui m*enyaVst. 



3 Trtiaut, 



DE GONTHIRR DE SOIGNIBS 35 

5 A petit d'assaut me conquist 
La belle quant ele me rist. 
Espérance ai, qui me sostient. 
De joie avoir, mais tart me vient. 



Voira est çou ke li villains dist : 
10 a De bel samblant fr^ns s'eshardist. » 
En mervilleus travail me mist 
Li dous regars qu'ele me fist. 
Dont li miens cuers sèche et languist ; 
Pechié fera s'el me trai'st. 
15 Espérance ai, qui me sostient, 
De joie avoir, mais tart me vient. 

Mi grant torment viegnent et vont, 
Mais nus n'aperchoit quant il sont, 
Fors de moi à qui grant mal font ; 
20 Sovent em plor des ieus del front. 
Je n*atenc plus de joie el mont, 
Fors tant k'ele s'amer me dont. 
Espérance ai, qui me sostient. 
De joie avoir, mais tart me vient. 

25 Ele, qu'en puet s'el me confont, 
Quant si doucement me respont î 
Et jou sui chil ki mot n'en cent 
De quanques ele mi semont, 
Ains li demant ke chil feront 

30 Ki aiment et amé ne sont. 
Espérance ai, qui me sostient, 
De joie avoir, mais tart me vient. 



22 DfjJtfL 



36 CHANSONS 

Qaant je m'en parc, si m en repent 
Ke ne parlai hardiement, 

35 Mais sa grans biautés me sosprent. 
Kl toi me tant mon ensient, 
Ke je n'os dire mon talent : 
a Ma dame douce, à vous me rent. » 
Espérance ai, qui me soustient, 

40 De joie avoir, mais tart me Tient. 

Gontiers, kl flst les mos en chant, 
Dit ke ja mis n'aura garant 
Dès qu*il est batus del vergant 
Dont li amors bat son amant. 
45 Espérance ai, qui me sostient. 
De joie avoir, mais tart me vient. 



55 rcpenc. — 58 renc. — A% Dût. — 43 êont batm. 



16. 



Ma. D, 1 15 V». 



L 



''an quant vol esclarcir 
Le tens et raverdir, 
Ne me puis esbaudir, 
Car d*un grant duel m'air ; 

Hé, amer ! 
Assai fas de chanter 
Pour moi reconforter, 



DE GOMTHU» DE 80IGMIES. 37 



Car là m'estnet penser 
Où ne puia reeovrêr. 
10 D'amors chascun jor 

Crois et doble ma dolor. 



Celi doit on haïr 
Et de s^amor partir, 
Moult est griés à soffrir, 
15 Grans amors sans joïr. 

Las, por quoi m'en conslr, 
Quant tôt faic som plaisir ? 
Hé, amer ! 
Dieus, ki porroit tant endurer 
20 Que tant convient pener ? 

Bien puet Ton afoler 
Longement consirrer. 
D'amors chasoun jor 
Crois et doble ma dolor. 



25 Tant la voi et désir 

K*ailleurs ne puis guencir, 
Mais ce me ùài faillir 
Ke ne m'en sai covrir. 
Hé, amer ! 

30 Bieii me doi trespenser. 

Car hom ne set penser 
Si belle ne sa per, 
PTainc ne li vie fauser. 
D*Hmors chascun jor 

35 Crois et doble ma dolor. 



8 Cmr (0 — 25 MoêU (a. — 38 nm men. 



38 CHANSONS 

Mens aim ensi languir 
Entre vivre et morir, , 
Ke une autre acoillir 
Ki m'aint sans repentir. 

40 Hé, amer ! 

Por grant bien espérer 
Doit on moult endurer ; 
Las, ne m'en puis tomer 
Ne mon duel oublier. 

45 D'amors chascun jor 

Crois et doble ma dolor. 



Onques ne seuc mentir 
Vers amors ne traïr ; 
Quoi qu'en doie avenir 
50 Ne puis sans li garir. 

Hé, amer ! 
Ne puis par el passer, 
Mais mon grant duel mener, 
Et en merchi ester, 
55 Soffrir et sospirer. 

D'amors chascun jor 
Crois et doble ma dolor. 



Gontiers au defenir, » 
S'a plus n'em puet venir, 
60 De tos maus velt issir 
Et cest siècle guerpir. 
Hé, amer ! 
Pour Dieu passerai mer 
Au Temple converser, 

44 mm (forme picarde). - il nen teuc. — 59 em puei. 



DB GONTBIBR DB SOIGNIBS. 39 

66 Car là m*en Toill aler 
Où je n*oie parler. 
D'amors ohascon jor 
Crois et doble ma dolor. 



M. 



Me. A. — Imprimée, avec Torthographe da ma., par Wackemagel, 
AU/r. Lieder, p. 59. 



L 



i sors comence sordement : 
Sors est li siècles devenus 
Et sort en sont toute la gent, 
Sors est li siècles et perdus ; 

5 Ki de Tautrui yeut mais noient, 

Moult sordement est respondus, 

« Et malvestiés le mont porprent, 

Ki les barons fait sors et mus. 

Chantés, vos ki venés de cort, 

10 La sorderie por le sort ! 

Duel ai del clergiet tout avant, 
Ei nos devroient chastoier, 
Ki en lor sen se fient tant 
Ke il veulent Deu engingnier ; 
15 Prendre veulent et mentir tant 



3 twUê lêê geni. — 7 porcaini. — 15 II manque S w, après oelai-ci. 



40 CHARSOMt 



Et adès avoir faus loièr. 
Chantés, vos ki venés de cort, 
20 La sorderie por le sort ! 

Duel ai des dames qai meffont 
Et à tort laissent lor maris, 
Ee signors bons et loiaus ont, 
Et sor céans aiment les faillis. 

25 Las, ces dolentes ke feront 
Quant venra au jor del juïs ? 
Re li martir i trambleront ! 
Lors les consaut sains Esperis ! 
Chantés, vos ki venés de cort, 

30 La sorderie por le sort ! 

Duel ai des povres chevaliers 
Dont si haus suet estre li nons. 
Car on les soloit tenir chiers 
Et faire signors des barons. 

35 ^Or est grans chose li mangiers 
Et en tout l'an uns petis dons. 
Et s'un pou monte li dongiers, 
Encor en est li respis Ions. 
Chantés, vos ki venés de cort, 

40 La sorderie por le sort ! 

Amors soloit faire jadis 
Plus de miracle que li saint, 
Mais or est tous perdus ses pris. 
Et li bruis des tornois remaint. 



23 PeQI-étre faut-il X*à êipion, — fi tors emnu. 



DR GONTHIBR Mt 80IGN1BS. 44 

45 Je ne sai dis en nol païs 

Dont nus de bien faire ee paint. 
(Rentiers deproie ses amis 
Et lor loe que chascuns aint. 
Chantés, tos ki Tenés de oort, 
La sorderie por le sort ! 



18. 



Ma. D., 113t«. 



L 



i tans ki foille et flor destruit. 
Tant as oiseaos joie et déduit ; 
Ne puet muer ne li anuit 
Cui boine amors eskieue et fuit ; 
De moi^ le sai, d*autre le cuit. 
Por Dieu 11 pri, se j'ai meffiût, 
Selon Tueyre merchi en ait. 



La plus gente, ce m*est avis, 
Ki onques portast flor de lis, 
10 M'a ci mandé dont sui pensis ; 
S^il est ainsi con j'ai apris, 
Mieus vauroie estre mors ke vis. 
Por Dieu li pri, se j'ai meffait, 
Selon Fueyre merchi en ait. 



5qwe, 



42 CHAHftONS 

15 Molt a lonc tans que je n*i fui, 
Tant aie plos sovent anni. 
Si voil tramettre ne sai qui» 
Certes, ne m^en croi en nulloi ; 
Som plaisir faice, que siens sui. 

20 Por Dieu li pri, se j'ai méfiait, 
Selon Tuevre merchi en ait. 

En dormant la suel embrachier, 
Mais quant ce vient au resvellier, 
Si ne m*en sai où conseillier ; 
25 Porquant j'en ai boin recovrier, 
Puis ke je tieng son orellier. 
Por Dieu li pri, se j'ai meflkit, 
Selon l'uevre merchi en ait. 

La belle a droit et jou ai tort, 
30 Par moi ne puis avoir confort ; 
Dieu proi del chiel qu'à li m'acort, 
Ou, se cou non, près sui de mort, 
Ne n'ai fiance en autre sort. 
Por Dieu li pri, se j'ai méfiait, 
35 Selon l'uevre merchi en ait. 

Belle, quant mi per vont chantant, 
Le chief enclin vois sospirant ; 
Joie et duel sont en moi tenchant, 
Jou en sospir et plor et chant ; 
40 Del tôt me met en vo comant. 
Por Dieu li pri, se j'ai méfiait, 
Selon Tuevre merchi en ait. 



tt (e. — i3 reveUier, — 26 tieg, ^ 33 autre iot. 



DE GOMTHIER DE 80IGHIES. 45 



19. 



D, 113. ~ Dinaux a imprime cette chanson 1. c, p. 273, mais 
es omettant la troisième strophe. 



L 



i tans noyeaus et la donçors, 
Qui nos retrait herbes et flors, 
Me fait estre pensieu d'amers 
Et renovelle mes dolors. 
Ce dont me plaing sor tote rien, 
Tenroit uns autres à grant bien. 



Vers une dame de haut pris 
Avoie mon corage mis ; 
Trop legierement la conquis, 
10 Autrui fust boin et moi est pis. 
Ce dont me plaing sor tote rien, 
Tenroit uns autres à grant bien. 



Savés por quoi je me deshait? 
Ele estoit moult de riche fait ; 
15 Or croi ke mains de bien i ait, 
Quant jou si tost i trouvai plait. 
Ce dont me plaing sor tote rien, 
Tenroit uns autres à grant bien. 



i Din., conir., je pense, au ms., retraùt — 9 fe. 



44 caANSOiis 

Un grant termine li celai, 
20 Conques gehir ne li osai. 
Et tantost que jou li proiai, 
Tout quanques je quis i trovai. 
Ce dont me plaing sor tote rien, 
Tenroit uns autres à grant bien. 



25 Moult li setisse meillor gré, 
S'un petit m'eûst refusé, 
Ou tart ou à envis doné 
Çou que jou avoie rové. 
Ce dont me plaing sor tote rien, 

30 Tenroit uns autres à grant bien. 



Or proi Oauthier que chant en haut 
Et si li jdie que poi vaut 
Chasteaus qu'on prent par un assaut, 
Ei se rent où autrui n'en chaut. 
35 Ce dont me plaing sor tote rien« 
Tenroit uns autres à grant bien. 



31 DiD. chanU (contre la grammaire).— 54 Le ms. porte Ki^$e UetU on 
il autrui n'en chaut ; Dinanz en a fiit : Et se tient veri cil eut n*en chaut. 
Cette correction fait commettre une lourde foute grammaticale à Tan- 
teur : cil p. ceint; celle que je me suis permise n'encourra pas ce 
reproche : je substitue rent à tient et supprime il qui fausse la mesure. 



DR 60NTH1EB DR SOIGNIRS. 45 



20. 



Ms. E, 138, coU. avec H, 75 (attribaëe dam ce dernier à Anboin 
de Sezan). Imprimée par Dinaax, p. 274. 



L 



ono tens ai esté 
En ire sans joie ; 
Et si ai chanté, 
Mes je m'efforçoie. 
Or me yient à gré 
Que j'enyoisiés soie, 
Qa*amor8 m*a mandé 
QuQ servir la doie 

A volonté. 



10 Deus, tant bor sont né 
Cil qa'amors mostroie. 
Que, quant sont grevé, 
Tant bel les ravoie ; 
Tout m'i sui doné, 

15 Se morir dévoie, 
N'ai pas en pensé 
Que partir m'en doie 
A mon aé. 



Variantes de H : 3 Assez ai. ~- 6 Que renvoisiez,— 7 m'a numstrey. — 
8 Que je la jenioîe.— ID Ms. E bon fu nez ; H buer fu nez.^ ii Cui amors, 
— lî s'il est grevez, ~ 13 De legior rapaie (lisez rapoie). — U Toz m». — 
17 en doie. 



46 CHANSONS 

Dame, à vos me rent, 
20 Franohe debonaire : 
Par un biau semblant 
Me poés lié faire ; 
Quant vois remirant 
Vostre cler viaire, 
25 Joie en ai si grant 

Que ne m*en puis taire : 
Et por ce chant. 

Gascoz en chantant 
Dit cil n'aime gaire 

30 Qui por mal qu'il sent 
Se cuide retraire. 
Moi n'est à noient 
De toz les maus traire, 
Se à mon vivant 

35 Povoie rien faire 
A son talent. 

Fine amor, merci ! 
En vos est ma vie 



19 BeU à voi m*aien,-^ 22 poés atrcdre. — 26 ne mî puis, — Din. braire. 
— 27 EH E< omis. -- ^ E ne vit g,; B DU ([tie n^aimme gairc. — 
3! S'en béeàr. — 32 n'est il n. — 33 Se ja par mal tr, — 34 5e je 
à m, V. — 37 5* slrephe, d'après H : 

Dame» por soffrir 
Ne porroie mie, 
Rien tant ne désir 
Ne pins n'ai d*envie ; 
J*ai cuer de servir (ms. ioir) 
Vos cui pas n*oblie ; 
Je n*eo qui^r partir, 
Ainz voudrai ma vie 
Kn ire feiifr. 



OB GONTHIBR DB SOIGNIBS. 47 

Bien m*ayez irai 
40 Se n*ai vostre aie. 

 to8 sains le di : 

Se je pert m*amie 

En Deu ne me â, 

Ne siens ne sui mie ; 
45 Ensi Taffl. 



21. 



Mt. E, p. 214, coll. avec F, p. 221, G, 76, et L, 152. Imprimée 
par Dinaaz, p. 273. 



M 



. erci, amors, or ai mestier, 
Certes, de vostre guerredon ; 
Lonc tens m'avez fet traveillier, 
Mes or soi mors sans gaerison, 
Car tout autre mal sont legier 
Fors celai qui par mesprison 

M'a oeis. 
Gente de cors, simple de vis, 
Por vos morrai loiaus amis. 



10 Je doi bien estre prisonnier 
A celé qui je sui prison. 
Si ne m*en doi pas mesprisier ; 
Trop sui de bêle souprison, 

I F ore. — 10 L pritonniert, — 12 E m*cnpoi, — 13 G meaprison. 



48 CHANSOtlS 

Moult m'en pris et m'en doi prisier, 
15 Car moult m'est bêle tel prison 

Gon sui pris. 
Gente de cors, simple de vis, 
Por Tos morrai, loiaus amis. 



U G m*ffi fndi ef. — 15 F fiwuli est. — 16 L Cou fui. 



22. 



Ma. 0, 76 ▼•. 



V^X uant il ne pert feuille ne flors. 

Fors pluie, noif et gelée, 
Pensis d'atendre lonc secors, 
Ai chancon dite et chantée, 
5 Si m'est mestiers qu'ele agrée 
A ]a plus bêle des meillors, 
Où tote biautés et valors 
Et joie s'est asamblée ; 
Avec l'a Beus atornée 
10 A estre loial d*amors. 



Souvent mi livre grans esters 

Desmesurée pensée, 
Que por celé qui je sui tos 

Ce sache la droit loée, 



f /for. — 12 Demegurée. — i1*20 Cette strophe est dériDgée et se com- 
pread diflcUaneat. 



DB GOirrmBR bb soigmies. 49 

15 Que je ne- l'ai mie osée 
Regarder, car trop fusse estes 
Du requerre — soi coToitos 
Del servir, car trop m'agrée. 
Car en ce m'est destinée 
20 Haute joie et grans honors. 



Je la dot tant à corooier 

Que proier ne l'ose mie, 
Grief fafs a en enchargier, 
N'a tel ne me sent je mie 
25 Que face tel estoutie, 
Qu'el mont n'a pas à prisier 
Que on deiist mie otroier 
Amor de si haute amie, 
Mais, por Dieu, ne li poist mie 
30 Se je la serf sans trichier. 



Je Taim tant de fln cuer entier 

Que je ne voudroie mie 
Por rien de mon bon abessier 
Sa très haute seignorie, 
35 Mes ce ne tos di je mie, 
S'il li plesoit à conseillier 
Son serf, qui siens est à jugier, 
Que je cest bien escondie. 
Car ce senbleroit folie, 
40 Si m'en auroie mains chier. 



16 e$touê. -^ 25 Vers trop court ; peut-être faut-il a a. — S6 Vers trop 
coori et peu citir. 

4 



50 CHANSONS 

fiien amée et pou priée, 
Car fust mes gaerredons teus 
Que Toire fast ravisons 
Qu'en sonjant vos oi besiée ; 
45 Quant je vos ting embraeiée, 
Bien estoie en floroisons. 



i3 La forme avUotis est insolite ; Tauteor se Test permise pour satis- 
faire à la mesare. ^- 46 floroiton. 



23. 



Ms. D, 111 ▼•. 




uant j*oi el bruel, 

Besous le fuel, 
La douce retentie, 
Et vol es flors 
5 Plaisans colors, 

Moi membre de m'amie. 
Simple a le vis 
Et doue le ris ; 
Desi que à Pavie 
10 N'a son pareil ; 

Par son conseil 
Me mis en sa baillie. 
Or me doinst Dieus 
La soie amor, 
15 Et li otroit joie et baudor ! 



/ 
DE GOMTHIBft DE S016N1ES. 51 

Tant ai amé 
£t tant pené 
K*el6 conoist ma paine, 
S'aara merchi . 
20 De son ami, 

Car s'ele ne m'est saine, 
Saice pour voir, 
Ne main ne soir 
N'est ma joie certaine. 
25 Belle, secors ! 

Aidiés, la âors 
De tote doôor plaine ! 
Or me doinst Dieus 
La soie amor 
30 Et li otroit joie et baudor I 

Dieu, ke ferai I 

Coment arai 
La riens ke tant ai chiere 

Ce m'est avis 
35 K'en paradis 

Soie ensamble od saint Piere ? 

Tant la remir 

Ke par désir 
Et aim sa simple chiere ; 
40 Près sui de mort 

Sans nul confort, 
S'ele me met ariere. 

Or me doinst Dieus 

La soie amor 
45 Et li otroit joie et baudor ! 



36 Aprèâ ce ters et ayant 37, le scribe a mis Quant la remir et puis 
répété les tv. 35 et 36. 



5S 



Je n*en criem pas, 

Mais pour quoi, las, 
Ai en li tel fiance ? 

Par droit m'i fl, 
50 Ke sai de fi 

K'ele est de coer si franoe, 

Ki de s'amor 

Pramet la fior, 
N*en doit estre en dotance ; 
56 Moi la pramist, 

Setir m*eh fist 
Par le don de sa roance. 

Or me doinst Dieus 

La soie amor 
60 Et li otroit joie et baudor ! 



N'ai nnl dedoit 
Ne jor ne nuit, 

Ains travail ma pensée, 
Et noit et jor 
65 Pens por s'amor ; 

Teus est ma destinée 
Ne m^esmerveil 
Se por li veil, 

Car plus bêle est ke fée ; 
70 Mieus Tant ses cors 

Qae tos li ors 

Dusqu'en la mer betée. 
Or me doinst Dieus 
La soie amor 
75 Et li otroit joie et baudor ! 



48 eiw {î. — 49 drai. — 56 Seflr Ven f$L 



DE GOMTIIISR »E S01GNIB8. 55 

Qui 8a valor 

Eisa doçor 
Tote yauroit descrire, 

Mar ânast mais 
80 Sans entrelais. 

Car trop aroit à dire 

De sa bonté, 

De sa biauté, 
Ke onques riens n'empire. 
85 Cil li doinst bien 

Sor tote rien, 
Ki de tous biens est sire ! 

Or me doinst Di^us 

La soie amor, 
90 Et li otroit joie et baudor ! 



81 Arait manque an ma. 



24. 



Ms. E, 176. Coll. avec F, p. 383. C, 169 v> (à partir du ▼. 12), 
D, 111 et H, 114. 

V^/uant oi tentir, et bas et haut, 

Le rosignol par mi le gant, 

Je Tescout las, mes moi n*en chaut. 

Car la joie du cuer me faut ; 



1 Dfoi. -—ZHEet moi qu'en, — 4 D ([uant to. — H (ie mtr. 



54 CHANSONS 

5 GbascQn jor ai noayel assaut 
D^amors, ne sai se riens me vaut. 
Granz dolors et grief paine 
Tret Ton d'amors loingtaine. 

* 

Ja plaindroie mon grant ennui, 
10 Dolenz I mes je ne sai à coi. 
Onques la bêle ne conui, 
Ne ses privés onques ne fui ; 
Ce que j*en sai, c'est par autrui, ' 
Si m'a conquis que ses homs sui. 
15 Granz dolors et grief paine 

Tret l'on d^amors loingtaine. 

Que foux ai dit, or m*en repent, 
Trop en pareil certainement. 
Car aine n*oi son acointement, 
20 Si vueil qu'ele m'aint loiaument, 
Môs on devine plus souvent 
Ce dont on a graignor talent. 
Granz dolors et grief paine 
Tret Ton d'amors loingtaine. 

25 Ne quier pas desloial amor. 
Mes conpaignie sans folor» 



6 D s'euTi mi vaut, — 7 Ms. Granz dolors est et gratitp. ; F Grant dolor 
est et grief p, — DH grief paitic,— 8 Ms. et F loigtaigne,— 9 D plainderai. 

— H Ms. lobe ne. —C Car aine la^ D Ifainc ains la. — 12 Vers sauté 
dans mon ms. — 15-li CD Mes ce que j'en sai par a.. M'a si conquis., — 
17 FH Con fox ai dit, si m*en r. — C folz, D faus. — 18 CD Trop ai parlé 
futrdiement. — f 9 Vers sauté dans CD. — 20 G Qui veut, D Qui voel. 

— 32 CD I>0 ce c*on a meillor ^ — 25 CD Je ne quier d. a. — 26 Ms. Me 
conpaignie. 



DE GORTHIER DB SOIGNIBS. 55 

Soo bien parler et sa doçor 
Et l*Qn pour ra,utre face honor ; 
Qui d*amors quiert plus grant laissor, 
30 Touz jors enpire au chief de tor. 

Granz dolors et grief paine 

Tret Ton d'amors loingtaine. 



Trop veut avoir dymors conquis 
Qui plus en quiert d'honor et pris,. 

35 Mes aint desduit et joie et ris 
Et soit cortois et mieuz apris ; 
Assez conquiert, ce m'est avis, 
Qui bons devient pour estre amis. 
Granz dolors et grief paine 

40 Tret Ton d'amors loingtaine. 



28 CD Li uns par {b à) Vautre faire A. — 29 H laisaur,— 30 CD Toz en 
est pire. — 33 D d^amors avoir. — 34 Ms. quiert honor, — 35 Ms. Et en 
d. et j. et pris (je corrige d*après CD). — 36 Ms. Et plus c. — CD Et soit 
cortois et bieti apris. — 37 CD Car moût c. 

Les strophes sont ainsi rangées dans CD : i, 2, 4, 5, 3» mais entre 3 et 
3 s*interpose la suivante qui occupe ainsi le 3* rang : 

Ne quier plus, ne faire nel doi, 
Ma dame à cui del tôt m*otroi. 
Mes qu'en li truisse boue foi 
Et autres n'en soit mieuz de moi. 
Et se je tant i sai et croi, . 
Mais n'en cuiderai avoir poi. 
Grant dolor... 

Variantes liHJe quier plus et faire non doi, — D ne doi. — 4 D Xe 
autres. — H iVe autres nï soit. — 6 D Jamais, — H James n^en puis aooir 
trop poi. 

Le ms. H a 8 strophes qui se suivent ainsi : Nos strophes 1, 2, 3, puis 



36 



lei* 9 ëe CD (ci-4etns tnMcri^ pvit Ms ■" 4 ce S. ce €■!• te t 
<ort h pwièfe ert 4m> la ■ e wie ém wéÊnàm : 



Goatien aoct tnh grief ptine (i 

De eeste flMT loteiaîiBe ; 

DMMda Mi nMine (M. 

Do«ç«w et b«w fi <!■■■! (i 

De perdre aaor vilaiBM, 

Et ton eet qui s*eB pateseat (as j wu mmf ) 

Grui... 



tel MerrofUe mus à^oh 
Qout de ce mmir c*oaq«es ne tî. 
Et f'ele n'a de noi Berd, 
?ra soiag d*ude mt d^aai. 
Tant par désir l'anor de li 
Que lovtes a«tres em oMi. 
Graat... 



25. 



Ma. D, 115TO. 



V^>/ liant li biaus tans à nous repaire, 

D'amors me yoii forment pener ; 

De ma vie voil présent faire 

Celi qui je voil moult amer, 
5 Mais je criem moult ke ne me faille ; 

Pour çou me voil auques haster. 

Et se de moi se velt retraire. 

Tôt entresait m*estuet flner. 
CSeli doi par tôt servir 
10 Par qui puis vivre et morir. 



9 Tôt, 



DE GOICTHIBR DE SOIGRIIS. 57 

QQ*el6 est moult franco et debonaire. 

Qui nuit et jor me fait penser ! 

Noie n'en sai de tel afaire 

Pour son ami bel aparler ; 
15 Certes, tons li cners m*en esclaire, 

Qoant je la yoi rire et jaer ; 

Moult emporte riche douaire 

Gui del tout velt s'amor doner. 
Celi doi par tôt servir 
20 Par qui puis vivre et morir. 

En mon cuer a un mot escrit 

Que li oï dire Tautrier : 

Ele me dist qu'un seul petit 

Me tenoit ele en son cuer chier. 
25 Liez en doi estre de son dit, 

Car ele fait moult à proisier ; 

S'or puis faire ke ne m'oblit. 

Moult m'en doi faire baut et fier. 
Celi doi par tôt servir 
30 Par qui puis vivre et morir. 

Ne voil avoir mais nul respit. 

Mon cuer i voil tôt otroier. 

Amer la voil de cuer parfit. 

Car ne sai riens de losengier. 
35 Puis que je ai moult bien ellit, 

Pener me doi et traveillier, 

Car ki ne painne» & painnes vit, 

Ç'ai 01 dire en reprovier. 
Celi doi pai* tôt servir 
40 Par qui puis vivre et morir. 

13 itU» — 2i Efif . — 24 ent mon cuer. 



!i8 CHAIfSOMS 

• 

Certes, se ele me consent, 
Je nel lairai por noie en vie, 
Ains Tamerai tôt coiement, 
Ee on n*en gabe ne n*en rie. 

45 Belle, mes caers pas ne desment, 
Car nuit et jour ne vous oublie, 
Et si vous di certainement. 
Sans Yostre amor pris poi ma vie. 
Celi doi par tôt servir 

50 Par qui puis vivre et morir. 



26. 



Ms. A. Copiée d'après le texte imprimé de Brackelmann {Herrig^M 
Arckiv, XLII, p. 359), et coll. avec F, p, 389, et H, 113 y*. 

V^>/uant li tens tome à verdure 

Au comencement d^esté, 
Cil aient bone aventure 
Ki aiment et sont amé. 
5 Las, et j'ain en tel mesure 
K'à tart aurai recovré. 
Car la franche créature 
Ne sait pas ma volenté. 
D*amors n'ai, las ! autre desduit 
10 Fors penser et veillier la nuit. 



5 PH Mùut ont cil. — i kei ont (leçon fausse). —^5 FH Mai$ faing lot 
en, — 6 H Car tart, — 9 FH to« omis. — 10 H Fors songier et penser. 



DE GOMTHIBR DE SOIGMIBS. 59 

Dens, com est de joie sire 

Ki tons jors la puet veoir, 

Et cil plus ki li puet dire 

Partie de son voloir ; 
15 N'en sai le millor eslire, 

Ghafincuns face soi^ pooir ; 

S*ain mieus soffrir cest martire 

Ee d'une autre joie avoir. 
D^amors n'ai» las ! autre desduit 
20 Fors penser et veillier la nuit. 

Tant est prons et haute chose 

La belle dont je vos di, 

Ke nus querre ne li ose 

Ne d'amors parler à li. 
25 A la flor et à la rose 

M'en desdui au tens seri ; 

Mes cuers ne dort ne repose, 

Mais tous jors proie merci. 
D'amors n'ai, las ! autre desduit 
30 Fors penser et veillier ]a nuit. 

Moult aime les chevaliers 
D'onor faire et de parole, 
Mais ja tant nés aura chiers 
Ke de riens la truissent foie, 

î% FH Ki soveni.— 15 PH Mais je ne puis plu e,— 16 A porte Ch, Vaime 
en bofie foy ; le gens et la rime m*ODt fait suivre la leçoo de FH. — 17 FH 
Mieut veul estre en c. m. — 18 F (Tun autre, — 24 FH Ne parler Samors. 
— 25 FH Au {tf , à (a /for (fo r. — 36 FH M*en d, et m'en Mi, — i7 FH 
Car me$ cuers point ne r. — 28 FH Si n*en os (H Si ne ose) crier nt, — 
31-40 Cette strophe est parlicuUère an ms. A, mais les fers 37 et 38 y ont 
été sautés par le scribe ; sa stmcture, d'IiHleors, la fait reconnaître 
comme une interpolation. 



60 CHANSONS 

35 Ëlas 1 ses dons aoointiers 
Me gamst et si m'afole 



D'amors n'ai, las ! antre desduit 
40 Fors penser et veillier la nnit. 

Grant honor H a donée 
Damedeas par tont cest mont, 
Ke tuit cil de sa contrée 
L'aiment et pins fier s'en font ; 

45 Ne ja n'en iert aparlée, 
Ja tant hardi ne seront. 
Car tant est dlaos redoutée 
'Ke ja ne li gehiront. 
D'amors n'ai, las I antre desduit 

90 Fors penser et songier la nuit. 



42 H toi le motU, — 45 H Quant K moUlor de sa g. (Tera trop long). 
— 44 H 5*011 poinnmt et proesce en font (Ters trop long). *- 45 H Mais 
ainz n^eti fu aparlée. — 46 H n hardi. — 47 H A toz e»t $ir. — 48 H /a 
semblant ne Ven feront. 

Le ms. H a 6 str. et 2 Ters de cooclnsion, dans Tordre suivant : d^abord 
nos str. 1 et 3, puis celle-ci : 

Moût ai longuement coverte 
Geste volenté d'amors,* 
Mais se par nule déserte 
M'en peûst (F pooit) venir secors. 
Ne plaindroie (ms. plaindre) pas le perte 
De Tatente de deus (F toz) jors. 
Car rire que J*ai sofferte 
M*allgeroit ma dolour (lisez mes dolors). 
D'amors n*ai las... 

A cette strophe succèdent an 4* et 5* rang nos deuxième et cinquième, 
suivies de celle-ci : 



BB GORTHm M SOIGmBS. 61 

Mander li fuel mon larfisê 
Et salu par mon escrit. 
Et prier par sa ftunchise 
Que (F Qu'à) la Joie ne m'oblit. 
Mais ai^cnn prea en eslise 
Cul ele d'amor affil, 
C*on ne poet en n«le gaiso 
Af oir joie sans délit. 
D'amors n'ai lu... 

Ensi m*eslolgne amors el ftiit. 
En po de terme m'aura destrait. 

Le B18. H n*a donc pas notre str. 4. Le ma. F est conforme à H, si ce 
n'est qu'il n*a ni notre str. 5, ni les deox vers sonjoatés, dont la 
mauvaise fiictore Indique d'ailleurf une interpolation. 



27. 



Ma. D, 112. 



S 



^6 11 oisiel baissent lor chans 
Por la froideur qui lor deffent, 
Et je sui las, mas et pensans 
Por celi dont au cuer me sent» 
5 Juers est boins à tes amans, 
Car mains en vont entre la gént, 
Si sont les nuis longhes et grans, 
Si i loist penser plus souvent. 
Dooe dame, pour Dieu merchi, 
10 Aies pitié de Tostre ami ! 



ickamt 



62 CHARSONS 

Je me délit em boin penser, 
Quant je n*em pois à pliis venir ; 
Grans dolors est de trop amer. 
Qui ne s'en puet auques joïr. 

15 On me soloit saige apeler. 
Or me puet on pour fol tenir ; 
Ënsi m'estoYra endurer 
Tant qu'il li venra à plaisir. 
Doce dame, pour Dieu merchi, 

20 Aies pitié de vostre ami ! 

« 

L*uns amans fait l'autre confort, 
S'aucune enfretés le dèstraint. 
Mais cestui mal tieng à plus fort, 
Por tant se uns bons ne me plaint. 

25 Dieus ! com vaut poi mains de la mort 
Amors qui por cremor remaint, 
Dont on aroit joie et déport, 
Mais ke li lieus leur en soffraint. 
^ Doce dame, por Dieu merchi, 

30 Aies pitié de vostre ami ! 

Je ne sai mie son voloir. 
Ne ne m'i asseiir de rieo, 
Fors seul itant que j ou espoir 
Qu'el me vauroit auques de bien ; 

35 Mais chil qui Font en lor pooir 
Sont assés plus félon ke kien. 
Dieus, je n'em puis conseill avoir, 
Mieus mi feroient li paien. 
Doce dame, por Dieu mercbi, 

40 Aies pitié de vostre ami ! 

13 ait omis. — 16 foll. — 23 destraimt. — 23 tieg. 



DE GONTHIBft DB SOIGfHBS. 63 

Ne sai mais ke dire de moi, 

De toutes pars sospris en sai. 

Car 6D cels nule amor ne yoi, 

Ne n'i puis venir par autrui. 
45 Moult me het Dieus, ne sai por quoi. 

Quant il me fait si grant anui. 

La belle em penst à cui m'otroi, 

Ou, se cou non, mar le conui. 

Doce dame, por Dieu merchi, 
50 Aies pitié de vostre ami ! 



Que je rie et jue et chant, 
Bien sai là où li maus me tient. 
Et si m estuet faire samblant 
Autre ke del cuer ne me vient ; 
55 Auques doit covrir son talant 
Cil ki loial amor maintient. 



S6 La strophe se borne à ces six vers dans le ms. 



28. 



Ms. D, 1 14. 



S, 



'offérs me.sui de chanter 
En iyer par la froidure. 
Or m'estuet renouveler 
Au beau tens ki m'aseUre. 



64 CHANMMIS 

5 A cela qae je yoi amer 
Lairai et rire et jaer. 
Abi, souvent sospir, 
Quant je n'ai 
Amer fine ; où le querrai ? 



10 Or ne m'em puis mais celer, 
Près sui de boine aventure ; 
Geaus ki servent par giller 
Et aiment par covreture, 
Ceaus lairai outrepasser, 
15 Leur villain mestier mener. 
Ahi, souvent sospir. 
Quant je n*ai 
Amor fine ; où le qaerrai ? 



Se Dieus me face pardon, 
20 Moult par me tome à grevance 
K&nt celé aime se moi non, 
R'ai servie dès m^enf&nce ; 
Téus en a pris le baston 
Ke je tieng à compaignon. 
25 Ahi, souvent sospir, 
Quant je n'ai 
Amor fine ; où le querrai ? 



A sa grant maleïçon 
Aie jou de lui doutance ; 
30 Faus li cauce Tesperon ; 

Sel oonsieuc devant ma lance, 

M êervi a mmfanee. 



DE 60NTHIBR DE SOIGNIBS. 65 

Métrai loi mon gonfanon 
Parmi le cors à bandon. 
Ahi, soavenl sospir, 
35 Quant je n*ai 

Amor fine ; où le querrai ? 



Ne pois boine amor trouver 
En France n'en Normandie ; 
Outre mer vaurai passer, 



40 



Par tout ferai demander 
Amors fine por amer. 
Ahi, souvent sospir, 
Quant je n'ai 
45 Amor fine ; où le querrai ? 

Celui doit on avourer 
Ki les prisonniers deslie ; 
Jhesucris nos puist sauver 
Et moi et vos, doce amie, 
50 Et si nostre amor garder 
Ke nus ne nous puist meller. 
Ahi, souvent sospir, 
Quant je n*ai 
Amor fine ; où le querrai ? 

55 Losengier vilain jalous 

Quident boine amor sosduire ; 

Félon sont et envions, 

Bien les devroit on destruire. 



40 Vers stuié. — 45 Amors fines. 



66 CHÀHSOMS 

Belle, amés moi, et je vous, 
60 Si aurons joie ambedous. 
Ahi, souvent sospir, 
Quant je n*ai 
Amor fine ; où le querrai ? 



29. 



Mb. C, 169, coll. arec D, 109 t». 



T 



ant ai mon chant entrelaissié 
Qu'à grant anui le recomens. 
Maiz qui ore m'ont traveillié ? 
Amors et joies et jovens ; 
5 Je me fac baat et envoi^ié. 

Mes li cuers sueffre graaz tormens, 
Se celé n'a de moi pitié 
Por qui je sui sovent dolens. 
N*est pas d'amors en grant destroit 
10 Qui por mal traire s'en recroit. 

Coment qu'ele me face irié. 
D'autre amer ne me prent talens ; 
Mon cuer i ai si afichié 
Que del partir est ce noiens ; 
15 Mes de moi fait moût grant pechiéy 
Qui bien sauroit les «nremens. 



2 D grant dolor,-^ 10 D se recroît,^ i l D CofitetUele, — 12 D tne omis, 
- li b Que départir. 



DE GONTmER DE SOIGNIES. 67 

Qu ele m*a toz jors eslongié, 
Et je serf por li totes gens. 
N'est pas d'amors en grant destroit 
20 Qui por mal traire s'en recroit. 

Malement est li gieus partis, 

Qu'ele me het et je l'aim si. 

Deus, à quel tort i sui faillis, 

Qdant je me met en sa merci, 
25 Qui ne sai pas d'autre faintis, 

Maiz de fin cuer li quier et pri. 

Par li serai mors ou guéris. 

Car en nule autre ne m'afl. 

N'est pas d'amors en grant destroit 
30 Qui por mal traire s'en recroit. 

En losenges et en biaus dis 

M'en a cortoisement blandi ; 

Onques de s amor ne fui as 

Ne del tat ne m'en escondi. 
35 Ou volentJers ou à envis 

Le me convient soufrir einsi, 

Qu'à tart m'en sui mais repentis, 

Trop m'a estroitement saisi. 

N'est pas d'amors en grant destroit 
40 Qui por mal traire s'en recroit. 

Maintes fofes ai pensé, 
Quant je dévoie à li venir, 
Que je li auroie moustré 
Coment ele me lait morir ; 

26Dcic6om ctttfr. -52D cartoisie noient (!) - 34 D eêcondiê. - 
41 D ai pefu, ~ 43 Mss. C etO li wmdraie mouitnr (coûlraire à la rime) 
— 44 D laist. 



68 CIAHSOHS 

45 Et qaant nous somes assamblé, 
S^amors me fait si esbahir 
Tôt le parler ai oabliéy 
Ne li di mot, ançois sospir. 
N'est pas d'amors en grant destroit 

50 Qui por mal traire s*en recroit. 

Aa cuer et à la volenté 
Que j*ai toz jors de U servir, 
Paet ele bien avoir prové 
A quel doleur je m*en consir ; 

55 Et s el le set de vérité, 

Coment le puet ses cuers sofrir 
Qu'ele me face tel durté. 
Quant por pou me porroit guérir ? 
N'est pas d^amors en grant destroit 

60 Qui por mal traire s'en recroit. 

45 B êoimêi-^i D À Fuevre ef. — 55 D Et s'eU $ei. 



30. 



Ms. D, 109 vo. 



U 



ns maus k'ainc mais ne senti 
Me vient d'amors aprochant ; 
S'ele n'a de mol merchi. 
Je mourrai sans nul garant ; 
Et quant moi membre de li 
Et de son simple semblant. 
Ne )e quier mètre en oubli 
A nul jor de mon vivant. 



DE 60NTHIBR DE iBOICaflBS. 69 

Quant de France me partii 
10 Me Tint il sans atarguant, 

Aine pois del cner ne m'issi ; 

Bien m*en vois aparcheyant 

Dont cou me vient ne à qui ; 

Las, trop la vois eslongant ! 
15 Quant ne puis parler à M, 

Dieus doint k'ele oie mon chant. 



Je ne m'en puis déporter, 
Si sui douchement plaies ; 
Bien mi puet guerredoner 
20 Sa beautés et s'amistiés ; 
Quant onques osai penser 
En si haut lieu, moût sui liés ; 
Je ne m'en doi pas blasmer 
Quant si bel sui engigniés. 

10 vint $aim, — 20 Peut-être faudrait-il corriger bontés. 



31. 



Mb. D, 114 t«. 



Y 



vers aproitfme et la saisons 
Ke chiet la fueille des buissons, 
Et li oisiel laissent lor tons 
Por la froideur del tans félons ; 
Las, tro'p m'est dure ma prisons ! 
Longe pramesse en lonc respit 
Me tant grant part de mon délit. 



70 GBÀmoHS 

D*ane pramefse que li fis 
Me memberra miLiB à tos dis ; 
10 Las, si loDc termine in*a mis 
Del bien ki là m'estoit pramis. 
C'est à grant tort, aine nel forfis. 
Longe pramesse en lonc respit 
Me tant grant part de mon délit. 

15 Cil ki bien aime et trop atent, 
Saichîés qu'il est destrois sovent ; 
Mais, belle dame, à vous m'atent, 
Merchi vous proi tant durement 
Grant pechié fait qui se desment. 

20 Longe pramesse en lonc respit 
Me tant grant part de mon délit. 

Ne sai cornent li vait de moi, 
Mais por 11 sui en grant effroi, 
Et s*à autrui pramet sa foi, 
25 Dieus, com m'a mort ne sai por quoi ! 
Certes, je Taim et voil et croi. 
Longe pramesse en lonc respit 
Me tant grant part de mon délit. 

Maint home voit on conforter 
30 Par bel prametre sans doner. 

Et s^or m'estuet mal endurer, 

Bien puet li maus à bien torner ; 

Ensi doit on amors finer. 

Longe pramesse en lonc respit 
35 Me tant grant part de mon délit. 

i i Promis (je corrige pour ronifomiité). ~ M promet* 



DE GONTHIBR DE SOTCIQES. 

Belle, pop la douçor de vous 
Sai je destrois et angoissons, 
Por Dieu, car me faites joious 
Del couvent ki fu entre nous ; 
40 Por vous me muir tôt à estrous. 
Longe pramesse en lonc respit 
Me tant grant part de mon délit. 

Ma rotroenge flnerai. 
Chant i convient doucet et gai ; 
45 A Gontier chanter le ferai, 
Et ma dame l'en volerai ; 
Sans 11 de moi conseil n'arai. 
Longe pramesse en lonc respit 
Me taut grant part de mon délit. 



71 



39 Ms. vous. 



IL 



JAQUES DE CISOING. 



1. 



Mb. C, 15, ooU. avec E, 48 (sons la rubrique Perrind'Augecort), 
et G, 155 ▼•. 



C 



ontre la froidor. 
M*e8t talent repris 
De chanter joliement, 
Por très bone amor, 
Qoi si m*a soupris 
Qae je sai à escient 
Que ja n'en iere partis 



4 EG De ires.-" 5 G cmiquii. — 6 EG 0«*e iienê sut à encioiU (G escient). 
- 7 EG Ne ja. 



JAQUBS DE ClSOmG. 73 



Nul jor tant cod soie Tis, 
Ainz servirai loiaament, 
10 Ligement, 

Bone amor à son devlB. 



Ja n*iere à nul jor 
Louseignolz faillis 
Qui à femele se prent, 
15 Qui pert sa baudor, 
Sa joie et ses cris» 
Quant vivre doit liement. 
Se mes chanters m'est meris, 
N'en doi estre mains jolis, 
20 Mais plus envoisiement 

Et souvent 
Doi chanter, ce m*est avis. 

Dame de valor 
Qui maintient bon pris, 
25 Tient fin ami en jouvent, 
S*en bée à honor 
Cuers qui est assis 
En tel lieu veraîement, 
Se guerredons en est pris. 
30 Cil n^est mie ans amis. 
Qui n'en a amendement. 
Quant il prent 
Don de si haut lieu tramis. 



SWque je êoie, — 10 EG Ei souvent, — 12 EG n'iert. — 15 EG jolis 
(ftmsf^ le fens). — 15 E /2 pert, G Qu'il p, — 16 EG et omis. — 17 EG 
Quant doit v, loiaument. — 90 EG renvoisiemefit.— 25 EG Qui a fins amis 
enj, — fèEG En tele amor vraiement, — 30 Ms. amans, — 31 G ole- 
gement. 



74 CPAN80NS 



2. 



Mb. C, 14. Coll. avec N, 28 v* (diaprés la copie de Sainte-Palaye 
conservée à TÂrsenal) : j'ai emprunté à ce dernier la première 
strophe, dont on ne dëconvre plqs, dans C, que le dernier vers et la 
fin de ravant-dernier. 



L 



i Douviaus tans que. je voi repairier 
M^etist doné volaîr de cançon faire, 
Mais joa voi ai tout le mont enpirier 
Qu'à chascon doit anuier. et desplaire, 
5 Car courtois cuers, jolis et debonaire 
Ne veut nus ber à 11 servir huohier, 
Par les mauvais qui des bons n*ont meatier. 
Car à son per chascuns oisiaus s*aaire. 

ê 

Nus n'est sages se il ne set plaidier, 
10 Ou s'il ne set larons le lor fortraire ;> 

Celui tienent li fol bon conseliier 

Qui son seignor dit ce qui lui puet plaire ; 

Las, au besoing nés priseroit ou gaire ; 

Maiz preudome ne doit nus blastengier, 
15 Non fais je, voir, ja mot soner n'en quier. 

Ne de mauvaiz ne puet nus bien retraire. 

Une merveille oï dire Tautrier, 
Dont tuit li preu doivent crier et braire, 
Que no juene baron font esprisier- 
20 Les chevaliers mainz coustans, maiz qu'il paire ; 

9 N ne veutpL ^ 42 G dist. 



DE JAQ0S8 DB GISOIKG. 7S 

Teas les vueleût à lor service atraire, 
Maiz ce lor font 11 malvaiz fauconier, 
Qai si dors gés lor meteiit au loirrier 
Qa'il lor en font ongles es pies retraire. 



25 II n'i a roi ne prince si guerrier, 

S'il veut parler d'aacun bien grant afaire, 
Ainçois n*en croie un vilain pautonier, 
Por tant qu'il ait trésor en son aumaii*e, 
Que le meiUor qui soit trnsque à Gesaire^ 

30 Tant le sache preu et bon chevalier, 

Maiz en la fin s'en set Deus bien vengier, 
Encor parut Tautre fois au Gahaire. 

Princes avers ne se puet avancier. 
Car bien doners toute valor esclaire, 

35 Ne lor valt riens sanblanz de tornoier 
S*il n'a en eus de largece essamplaire, 
Maiz quant amors en loial cuer repaire, 
Tel Tatire qu'il n'i a qu'enseignier ; 
Por ce la fait bien servir sanz trichier, 

40 Car on en puet de toz biens à chief traire. 

Quens de Flandres, por qu'il vos doive plaire, 
Mon serventois vueill à vous envoier, 
Maiz n*en tenez nul mot en reprovier. 
Car vos feriez à vostre honor contraire. 



35 C U mirent. — 25 G n gruier. — Si N set bien Deus «... 38 N ki 
iH a. — 41-44 L'eoYoi manque dans N. 



76 cbamsons 



3. 



Mi. C, 14 T«. — Imprimée par Dinaax, Ttùwo. fiom,^ p. 255. 



L 



i tans d'esté ne la bêle saisons 
Ne font or pas ma ohançon enToisie^ 
Mais dons pensés et jolies raisons, 
Et bone amors qui m'a en sa baillie, 
5 Qui de joie mon Un caer resemont. 
Me fait penser à la meiUor del mont, 
S en doit estre mes cbans moût plus jolis, 
Car orendroit cbant je com fins amis. 

Et puis qu'amors est ma droite ocboisons, 
10 Je me doi bien tenir à sa maistrie, 

Qu*ele m'aprent et les cbans et les sons, 

Jlt par li est ma pensée jolie, 

Quar quant recort les biaus eus de son fi!>ont 

Et les regars amorous qui ens sont, 
15 Lors me confort, qu'en pensant m'est avis 

Que d'eus me naist en sousriant mercis. 



U Ttgari, — i6 nu naUt. — Il j a après ce vers, un espace vide pour 
au moins trois stroplies, ce qui fait supposer que la pièce est incomplèta* 



OB JAQOBS M asoiHO. 77 



i. 



Mfl. E, 105 V*. Coll. av6c A (diaprés la copie de Bnckelmann, 
Herrig*i Arehiv^ t. XLIII, p. 269, tous la rubrique Mesaires Jaikes 
de Scixons ; ordre des strophes 1, 3, 2, 4, 5) ; B, 124 (3 strophes 
seulement : nos str. 1,3, 2) ; D»52 (sons la rubrique Alart de Ckam) ; 
F, p. 217 ; G, 123 yo ; H, 88 y»; L, 150 ; M, 157. — U pièce figure 
aussi dans la table de C, mais ne se trouve plus dans le corps du 
Tolume. 



N 



ouTele amors qui m'est el cuer entrée 
D'une dame ki m'alume et esprent, 
Mi fait chanter ; c'est folie provée, 
C'a moi n'afiert d'amer si hautement ; 
5 Si en merci amers, ki me consent 
Ee par li met en tel leu ma pensée 
Dont ma joie devroit estre doublée 
Et la valors du cuer, qui si haut tent. 



Douce dame, haute chose honorée, 
10 A cui tous biens et toute honors apent. 
Ne cuidlés pas que je die à volée 
Que je vos aim de cuer entirement ; 



i B e/ m'uprtnt. — 3 B Mi fait penser,., eeprovée, ^ 5 B S*an ait mer- 
cir. — 6 H meie^ B Par coija mw, U Car elle a mù,— 7 A to ;ow.— 8 DH 
Qme la, M Et la v, d, e, durer si hautement, ABH De ctwr. ^keci atant. 
— 9 B Mersit, nursit^ franche dame A.— 10 M En cui. — G «< totejoie, — 
B An cmja mis tout mon a$Uendement, — 12 AD Tain ehascune, — B Car 
jevosamsde fincuerloaument. 



78 CHANSONS 

Si me dont Deas d^amors confortement, 
Conques nul jor ne fu par moi faussée, 
15 Mais on ne set qui aime ne qui h'ée, 
Car chascuns dit qu il aime loiaument. 

Tantost con vi la belle, la senée, 
G*i mis mon cuer tant amorousement 
Ke ne Fen très ne soir ne matinée ; 
20 S'ai ochoison de chanter liement,, 

Car bone amors me l'enseigne et aprent ; 
Si ne connois ma dure destinée, 
C onques d'amors ne pensai à riens née 
Dont je par droit eiisse aligement. 

25 Cil faus amant ki vont par la contrée^ 
ELi font semblant et chiere de noient 
Et des dames ne quierent fors la bée, 
Font as fins cuers maint grant anui sovent, 
Mais je me ri et duel, ne sai cornent, 

30 Car une amors m'a joie ramenée : 

Toz jors i pens, ne riens tant ne m'agrée, 
Mais je me duel de penser folement. 



13 AD Car si me face amors c,^ iA ABD Conkes de riens par moi ne fu 
/■. — B Conkes vers vos ne oi foie pensée, — M C. n, j, par mot ne fn pen- 
sée, — F vers moi. — 16 M Mais ch. — 17 A 2a semée. — B Ci tosl con vi la 
blonde^ las. -^ M la franco, la s.— 18 ABD / mis, H Si mis, — BH n 
amoreusement, — - 19 AD Ke fie m 'en pairt, B Ke ne s*an pairl, HM Ke 
ne le (M la) truis, — 20 B Cest volenUit de, M Ca och, — 22 M Si nï c. ; 
AD Mais or voi bien ; B Et je sens (= stti) de d. d. — G qnenois. — 
23*24 B répète ici par ëtonrderie les vv. 7 et 8 de la première stroptoe 
en altérant ainsi le dernier : A la valor dou etter ke si apent. — 23 D Ci$l 
f, a., M fol amant, — 28 M Fo^ (p. fbni), — GHM as amans, — 29 M Mais 
je muer si à duel, — 30 M Mais une. — A ramonée (o = ol). — 51 Al^ JTc 
kanke pens ke riens, — M mais riens, — 32 C m'en dUei. 



DB JAQCBS 1>B CISOIIIG. 79 

Amer m'estuet $or toutes l'esmerée, 

Car mes fous cuers s*i attis/& et entent, 
35 S'est ma joie cretie et amontée 

De ma dolor et de mon grief torment. 

Or primes sai ke cuers amoreus sent. 

Si en aurai une dure soudée, 

Car je voi bien, la mors m*en ert donée 
40 De cest service, autre loier n'atent. 

» 
33 A tamerée (a » e« -f- coqs., cemme sou? eDt), M Aotmeree.*- ZkUEt 
mes. — AM fins cuers. — A atent, E estent^ L etUUenl ; M si atire et osent. 
J'ai mis entetU d*après DGHF. — 35 H S*en est maj. — 38 D pesme soudée. 
— 39 ADFHX M^ doiiee. Le vers 38 est omis dans M, cliez lequel les 3 der- 
niers Ters soot notre vers 39 et les 2 suiisnts : 

As mesdisans doinst Diex dure soudée, 
Qui me grieveot par lor faus geoglemeut. 



5. 



Mb. C, 15. 



V^y uant foiUe vers et flors naist sor la branche. 

Que toute riens doit en joie manoir, 
Amors en qui ai eU ma fiance, 
Sans nul penser de li à décevoir, 
5 Me fait chanter encontre mon voloir. 
Car de li n'ai fors anui et pesance. 
Si net en ai perdue l'espérance 
Queja nul jor n'en cuit mais joie avoir. 

Souferte en ai mainte plaisant grevance, 
10 Qui mainte fois m'a fait rire et doloir. 



80 CHAIfSONS 

Dieus, tant me plot sa très douce acointance» 
Dont cortois sens li dona le voloir, 
Non mie amors qu'à moi deUst avoir, 
Car tant conois son sens et sa vaillance, 
15 Desqu'ele etist de nului entendance. 
Que loials cuers ne l'en laissast movoir. 



Moût m'abelist la crueus ramembrance 
Que bone amors me fait de li avoir. 
De son gent cors,, de sa simple samblance, 
20 Dont j*ai perdu le savereus espoir. 

Hé, Deus, quels cuers li dona ce savoir 
Que de celui qui li a fait ligance 
Et à toz jors iert suens sanz repentance^ 
C'ainc ne li volt laissier merci avoir. 



25 Moût ai apris dur mestier en m'enfance, 
C'ainc à nul jor ne me peu percevoir 
Qu'amors eUst sor ma dame poissance, 
Par quoi de moi deignast merci avoir ; 
Por qu*à son vis ne pooit pas paroir 

30 Qu'en li etist cruauté ne muance, 
S'or font amors et pitiez aloiance, 
Bien me porront à son gré recevoir. 

De pou puet bien Tenir montepliance 

Et de bien haut puet Ten moût bas cheoir ; 

35 Mieus vaut pener de venir à vaillance 
Que por neent avoir fait son pooir. 
Or gardez donc s'o]) doit prlsier avoir 
Contre Un cuer de loial acointance ; 
Lonc vo voloir en ovrez corne franche, 

10 Car je ne puis mon cuer de vous movoir. 



DE JAQDBS m CI80IM6. 81 



6. 



Mb. C, 15 To. 



O 

V^x uant la saisons del douz tans se repaire. 

Que biaus estez se départ et décline, 

Chanter me fait folie debonaire 

Et bone amors qui fin cuer enlumine, 

Car la folors dont j*ai mon chant reté, 

Me fait penser par debonaireté 

En si haut lieu que je ne me doi taire 

Ne ne me vueille tenir de ohancon faire. 



Loiaus amors, qui dous cuers donte et maire 
10 A le mien mis en si douce saisine 

Que ne Ten quier départir ne retraire, 
Car lonc tans l'a eu en sa doctrine, 
Et or m'en a si net deshireté 
Qu'à riens ne pens fors à une biauté 
15 Par qui folors me fait quidier et traire 

De toz les biens qu'amers m'en puet atraire. 

Âmors, bien voi, trop estes costumière 
De moi grever, mais je pens et devise 
Qu'aurai merci en aucune manière, 
20 On par eur, ou par vostre franchise, 



^folar. 



6 



82 CHANSONS 

Quar je vous serf de bonne volonté ; 
Mais mon servir ne vos ai reprové 
Fors que por ce que ne soiez trop Ûere 
Vers fin ami qui aine ne fu trichiere. 

25 Moût me samblast ceste dolors legiere 
Dont bone amors me destraint et atise. 
Mais que je voi fausse gent losengiere 
Monteploier^ si que chascuns la prise, 
Car il en a par tôt trop grant plenté. 

30 Or verriez un fin cuer honoré, 

Se bone amors connoissoit fausse chiere 
Ne faus soupirs ne faintice proiere. 



7. 



Ms. N, 28 (copié d'après le texte de Keller, Romvart, p. 261} ; 
collationnô avec B, 123 t^ (qui n'a que 2 strophes) ; C, 16 (où les 
8 premiers yers seuls ont échappé à la lacération) ; D, 52 t<> ; E, 105 ; 
Q, 123; H, 126 ; L, 147 v^. — Outre la Bomvart, la chanson se 
trouve imprimée, d'après Keller, dan4 le recueil de Mfitzner, p. 16 ; 
Dinaux, Trouv.Jlam., p. 254, n'en a reproduit, d'après C et E, que 
e premier et dernier couplet (corrigez v. 2 belle en beD. 

\^/ uant la saisons est passée 

D'esté et jvers revient. 
Pour la meilleur kl soit née 
Chançon faire me convient, 

2 BDGHL que y vers. — Ms. yver, — 4 Ms. Chacon. 



DE JAQUES DE ClSOINC. 83 

5 K'à li servir me retient 

Amours et loiaus pensée, 

Si qu'adès m*en resouvient 

Sans voloir que j'en recroie ; 

De li où mes cuers s'atent 
10 Me vient ma joie. 



Joie ne riens ne m*agrée 
Fors tant qu'amours me soustient, 
S'est ma volentés doublée 
A faire quanqu'il convient 

15 En cuer d'ami kl soustient 
Amours et loial pensée, 
Mais li miens pas ne se crient 
S'il ne la serve tous jours ; 
Cil doit bien merci trouver 

20 Ki loiaument sert amours. 



Amours et boine espérance 
Me foùt à celi penser 
Où je n'ai nule créance 
D'aucune merci trouver, 



5 Ms. me te tient, — 6 Ms. loial,^ C Fins cuers et loiaus p. — 7 G que 
adès m'en souvient, — SUs.je recroie , B m'en recroie, — H retraie, — 
B Soi (p. sans), — 9 EGH se tient. — 13 GB S ai (L S'a) ma volenté, — 
14 D En faire quanqu'il àvient, — 15-16 EGHL Au cuer qui cfamors 
maintient Loial amor (H Loiaus amors) bien gardée ; D En fifi ami ki 
maintient Loial amor b,g. — 17 D Mais mes cuers, — HL se tient. — 18 Ms. 
Kine. — fi CH Me fet, — Font sauté dans EL. — 23 D nuie fiance, 
KGB point de fiance. — 24 DEGHL Que merci puisse (D puisse merci) 
trouver. 



84 CHANSONS 

25 E en son dous viaîre cler 
Ne voi nule asseUrance, 
S^aim mieus lot à endurer 
K'à perdre ma paine ; 
D amour vient 
30 Li maus qui ainsi nous ma.inb. 



Mainb : c'est drois sans doutance 
K'ainsi nous doie mener, 
Kar fins cuers pour meskeance 
Ne se doit d'amours sevrer, 

35 Ains li doit merci crier, 
Tant a en li de vaillance. 
Pour ce la veul honorer, 
Toujours douter sa manace. 
Di je dont, fai je dont chose 

40 Qu'autres ne face ? 



Facb de moi sa voellance. 
Car tous me sui en li mis ; 
Je n'en querrai desevrance, 
Dont soie de li partis ; 
45 Si n en sui pas esbahis 
Pour un peu de meskeance, 



25 DEGHL En ion.— L viairc cler sauté. — 26 Us. Ne vois. — EGHL 
ffe trvU. — 37 D Mais faim mieus à r. — 28 Mâtiner, pour sauver la 
régularité du mètre, insère, par coDjectare et contrairement à tous les 
mss., Tadjectif dotfce devant painc, — 28 H Que perdre, «^ 3! Us. Dame 
c'est, — !^2 Ms. doivent (je corrige d'après D, et en concordance avec le 
singulier d^amour, v. 29). — 38 Ms. et D El tous jours. — 40 Ms. K^autre. 
— 43 Mdlzner corrige inutilement n*enquerra% (en un mot). — Ms. de 
seurtmce. — 44 D Que aoîe. — 45 D St ne eut. 



-DE JAQOES DB CISOIMG. 85 

Car tant me sera meris 
Mes servirs, tant est senée. 
Aurés vous merci de moi ? 
50 Dites, douce savourée. 



Hamin d*Arras envoier 

Yeuil ma chancon sans beubance, 

Ki bien le sara nonoier. 



50 D Douce dottce $. ^ 5i-53. Cet envoi se trouve uniquement dans le 
ms. D. —AU place de nos str. 4 et 5, les mss. EGHL offrent les deux 
soivanles : 

Maine tout à sa voetlance, 

Car moult bien me set mener 

Et tel leu avoir baance 

Qui mon cuer fet souspirer ; 
35 Amors m*a fait assener 

A la plus bêle de France, 

Si Ten doi bien mercier, 
Et di sans favele 
Serai amés ; j*ai 
40 Choisi du mont la plus bêle. 

Bble et blonde et savorée. 
Cor toise et de bel maintien, 
De tout bien enluminée. 
En H ne faut nule rien. 
45 Amors m'a fet moult de bien 
Quant en li mist ma pensée. 
Bien me puet tenir por sien 
A fere sa volenté ; 
J'ai à ma dame doné 
Cuer et cors et quanque j*é. 

J'ai suivi, dans ces deux couplets, sauf deux modifications, la leçon de 
E ; Toici les varr. des trois autres mss. : 31 EL Datne tout ; Tartiflce 
métrique qui caractérise la pièce, m'a fait corriger par Maine tout^ qu'ont 



86 CHANSONS 

GHL (H moinnc). — 33 H En /#l. — 35 H me fait. — 37 GH mouli m. — 
39 E Serai ornerai, L Serai amefai^ GH Se j'ai ami^ fai. — 40 H Choiti 
d'amor$, — 46 H mis, — 49 H dartic sauté. 

Le ms. B n'a que deux strophes ; la première reproduit notre première ; 
la seconde, que je transcris ici avec son orthographe particulière, corres- 
pond partie à notre seconde, partie à la cinquième des rédactions EGHL : 

Dame, sor toutes amée, 

De vos me vient toz li biens ; 

Belle et blonde et aseméé (1. oceitiiee), 

An vos ne fat (= faut) nulle riens. 

Si de vos n*ai acun bien. 

Je croi ma vie est outrée ; 

Si de moi n*aveiz mersit, 

Sont fait mi oil par folour ; 

GH doit bien mersit trouver 

Ki loaument sert amour. 

* Le 7« vers pèche contre la rime ; il faut une finale en ieti. 



8. 



Mb. E, 106, colK avec B, 112, D, 52 v<>, et G, 182.-- Le ma. B n'a 
que les deyx premiers, D les trois premiers couplets. 

V^y uant l'aube espine florist 

Contre la douce saison, 
Bone amours m'enseigne et dist 
Ke lors par droite raison 
5 Chascuns ôns cuer s'esjoïst ; 
Mais cil qui en sa prison 

4 B Kar tout, D Codant, G Qu^adès. — 3 B S'ajotst, 



DE JAQUB8 DE CISOIMG. 87 

Prent et destraint et sesist. 
Ne querroit se par mort non 
Qu^il eschaper en poïst, 
10 Si m*en esmerveilleroie 
Cornent poroit doner joie 
Ne de chanter acheson. 



Ne seit pas qu*en amours gist 
Cil qui n'en a fors le non, 

15 Mais cil ki por li languist 
Et vit de merci sans don, 
Ne crerroit de li poïst 
Riens venir se dolour non. 
Deus, tant doucement me prist 

20 Quant par mon fol abandon 
L^estancele an cuer me mist. 
Si qu'eschaper n'en porroie. 
Si me destraint et mestroie 
L'atente du guerredon. 



25 L'en devroit amors nommer 
Pensée de cuer joli : 
En li n'a riens fors penser, 
Adès atendre merci ; 



7 D Est et destrains et saisis . — 8 B JVeJrui pais saus (sic) latnort 
nofi, D Ne quicpas que sans mort non. — 9 EG Ntts eschaper. — BD Delei 
(li) eschapeir pcûst, — Gpeûst. — 10 Ms. merveilleroie. — 12 B Dcdech. 
ochoison. —iABKede lei n*ait {= n*a) fors le don. — Ms. men a. — 15 D 
qui plus li. — iebEt dist de. ^ M h Ne cui pais c'an Ui eûsl, — EG 
peûst. — 18 B Nule rien si d. n. — 19 B Tant seus (= suis) dou cornant 
sospris. — ÎO B Kc par. — 21 B m*ait mis. — 22 B Si c^achapeir, D Dont 
eschaper. — 23 B Tant mi désirant et garroie. — E metroie. — 24 B cfe 
guéridon. — 27 D n'a fors que. — 28 D £^ adès cstre en m. 



88 GHAMSOIIS 

Et qui porroit esppouyep 
30 Les biens qui yienent de li. 
Vers li ne se puet tensep ; 
Tant râ doucement sesi 
Qu'il li covient endurer, 
Au main et à la vesprée, 
35 Joie de duel destemppée : 
C'est li dons au un ami. 



Moult feroit bien à loer 
Celé amors que je vos di, 
S'ele savoit esprouver 

40 Le cuer du loial failli 
Et vousist joie doner 
A cens qui bien l'ont servi 
Et ceus de dolor combler 
Qui son sens ont mal bailli 

45 En mesdire et en guiller, 
Lors seroit à droit loée 
Et servie et honorée, 
En espoir d'avoir merci. 

Un poi vueil amors blasmer, 
50 Car je ai souvent choisi 
Ceus grant joie recouvrer 
Qui fesoient gas de li. 
Et ceus de dolor plorer 
Qui eatoient an ami ; 
55 Por ce ne m'i puis fier. 
Ne porquant je m'umili 



29 D Mais qui porroit espérer. — 35 Vers sauté dans E. — 36 D a fi$i. 
- 40 G Le loial cuer du f, — 42 Ms. sesi. — 44 Ms. sent. 



DE JAQinSS DE C18011IG. 89 



A li serrir sanz fauser, 
Car iteus est ma pensée 
Que dl qni Tont honorée 
60 N'ont pas à joie failli. 



9. 



Ms. A (soufl la rubrique mestires Jaihes de Choton)^ copiée d'après 
Brackelmann, Herrig's Archiv XLIII, p. 312) ; côllatîonnée avec 
B, 118 v« («tr. 1, 2, 5, 3) ; E, 49 (attribuée à Perrin â^Angecort) ; 
F, p. 155 (ordre des str. 1, 2, 3, 5, 4) ; G. 83 vo ; 1,70 (str. 1,2,3,5,4); 
L, 106 (Perrin d^Angecort) ; M, 156 v^ (atr. 1, 2, 5, 3, 4). — La 
chanson se trouve en outre dans N, 96, et dans le ms. de Siena, 
fol. 18. 

V^>/uant li rossignos s'escrie, 

Ke mais se va deûnant, 
Et laloëte jolie 
Va contremont Tair montant, 
5 Lors est bien drois que je chant, 
Quant celé oui j'ain m'en prie. 
Puis que j'ai si douce aïe, 
S'en chanterai de cuer gai ; 
Amereusement me tient 
10 Li maus que j'ai. 

i EPGILM {t cintetyU ; les mêmes mss. ont en même temps, an ?. sui- 
vant, Ke février vet (ou oa). Brackelmann a lu erronément (voy. la note 
de son texte) soit ifincetiis, soit cincejuz. Il nous apprend que les mss. de 
Rome (notre N) et de Slena portent cincepuer. — 5 EFGILM e$t raisofn 
que, — 6 L Quant ce que. —1 B De eux ja (= j'ai) ci douce aïde, FIL Et 
puis qu'ai, — 8 FGIL Je chanterai. — B de cuer vrai. 



90 CHAASOIIS 

J'ai servi toute ma vie, 
K'onques n'en eu biau semblant 
Fors c'un seul coup d'escremie 
Ee me ôst en regardant ; 

15 De ses vairs eus en riant 
M'est amors el cors saillie ; 
Lors cuidai avoir amie, 
Mais, certes, g*i ai failli : 
lii eul ma dame et li mien 

20 M'ont traï. 



Je comparrai ma folie, 

Si morrai en atendant 

Merci t, que trop me detrie. 

Las, tous jours me met devant 
25 Amorg son cors l'avenant. 

Sa belle gorge polie. 

Puis c'amors 8*est aatie 

De moi grever, s'en morrai ; 

J'amerai ceu que m'bcist, 
30 Et bien le sai. 

11 I faingei $erf. — 12 BEFGILM Fonquet (I OngtêeSy M fTonques) n*ot 
un (M nul) 6. ».— 13 EPGI Qu'un tout seul, L Qu*un trestout seul.—ÎA FI 
Qu'el me. — FIM en retraiant. — 15 Sauté dans L. — BWojp cm#. — EFGI 
mainteftant (p. en riant). — M Amours son dous vis plesans. — 16 BBFGIL 
Vont (I Ont) amours de moi saisie. — 16-30 M Ce qu*elle est si Inen taiUie 
Puis c*amors s'est aatie De moi grever^ je morraiy Xamerai ce qui m^ocist 
Que bien le sai. Ce sont les vv. ^-30 de la 3' str. ; ils revIenneDt à leur 
place avec de légères v.irîanlos. — 18 EFGL Mès^ c'est noient, f ai faiUi^ 
I Mes bien voifi ai f. — 21-23 Omis dans M.— 23-34 h Et ceu ke trop me 
d. , Chacun jor mi vient devant ; 1 Car celé que fai amée^ Me moustre maioès 
samblant.-- 25 EFGILM Am. son donz vis plaisant. —26 EFGILM Ce 
qu'elle est si bieti tailUe. — 27 A est aaitie. — 28 U A moi gr. — BG jo 
morrai, FL g*en m, — 29 M /a n'aurai, — 29-30 G répète ici les v? . 7-8. 
— 30 EL Car bien, I Et omis. 



DE JAQ0E8 DE aSOING. 91 

Mout est fols qai por haschie 

De bien amer se repent, 

Car amors n'oublie mie 

Cens qui aiment loiaument ; 
35 A cent mil doubles lor rent 

Joie quant Tout deservie ; 

Je sui cil qui pas n*oblie 

La belle où j'ai mon cuer mis ; 

Hé, Deus, verrai je ja le jor 
40 Que soie amis ? 



Dame, en cui s'est herbegie 
Biautés plus k^en autres cent, 
Je met en vostre baillie 
Moi et mon cuer ligement, 

45 Et puis c'amors*me consent 
De faire tele estoutie, 
Drois est que je le vous die. 
En chantant, non autrement : 
De vous vient li maus, amie, 

50 Que je sent. 



53 AF n'oblient. ~ 34 CPL qui servent. — 35 EFGILM A cent double» 
leur en rent, — 39-40 Mon ms. A porte contrairement à la rime et à tous 
les mss. : E deus vairai je jai kclle^ Mapelle omt. — 41 M bien iest, — 
42 M Loktutex (contre la mesure). — A au/re.— 44 11 liemerU, B Cuer et cors 
antieremetit, EFGIL Cuer et cors tout ligement. — 46 EFGIL A faire. — 
47 M la vous. — B Bieti est drois que jel t>. d. — 48 B ne (p. non). — 48-50 
Les mss. EFGIL terminent la strophe de la façon suivante (non admissi- 
ble) : En chantant le vous dirai (1 Et en ch. le votuirai) Biaus très douz 
cuers sans faindre (L faindrai !) Tousjors vos servirai. 



92 cHARsom 



10. 



Mb. g, 14. — Imprima dans Angois, Poëtet fr,^ II, S8 «t dans 
Dinauz^ Trimv.ficm*^ p. 255. 

O 

V^y uant recomence et revient biaus estes, 

Que foille et flors resplendist par boschage, 
Que li frois tanz de Pyyer est passés 
Et cist oisel chantent en lor langage, 
5 Lors chanterai 

Et envoisiés serai 
De cuer verai ; 
Ja por riens nel lairai, 
Car ma dame, qui tant est bone et sage, 
10 M'a comandé à tenir mon usage 

D'avoir cuer gai. 



Cil qui dient que mes chans est remez 
Par màuvaistié et par faintid corage. 
Et que perdue est ma jolivetés 
15 Par ma langor et par mon mariage, 

N'ont pas, bien sai. 
Si amoros assai 
Comme je ai, 



2 PxjT. — i3 Dinaux, qui paraît ne pa$ avoir compris le sens de ttmùz 
(cessé), s*est permis de le changer, sans Tindiquer, en rtmei . 



DB MQDBS Dl CUOINO. 95 

Qui joie maintendrai 
20 Tôt mon vivant, ne ja por nul malage. 
Cornent qa*il griet, ne cornent qu'assoage, 

Ne recrerai. 



SS Le ms. laisse ici an espace vide, destiné, parttt-il, à recevoir 
trois strophes nltérieiires. 



m. 



CARASAUS. 



1. 



Ma. C, 184 v», coll. avec N, 103 (sur la copie de Sainte-Palaye à 
la bibl. de l'Areenal). — Imprimée, d'après C, dans Dinaux, Trow. 
Artéstent, p. 127. 



C 



'om amans en desperance 
Chant, com si désespérez, 
Que j'ai moût pou d^ espérance 
D'amie ne d'estre amez, 
5 Quar mes cuers s'est atornez 
A penser à ma grevance, 
Et si n'ai je pas doutance 
Que por mal en soit tornez 
D'amer en loial soufrance. 

8 N pour malê ; Din. pas mal (I). — 9 //ainer, Din. Dam. 



C4KASADS. 95 



10 Pou d'espoirs en sorculdance 
Me fait dolor plus qu'assez : 
Amers prent sor moi venjance. 
Ses voloirs est et mes grez, 
Car por li servir fui nez, 

15 Ja n'en aurai repentance 
Ne ma dame malvueillance \ 
Mieuz en veuill estre grevez 
Et morir en atendance. 



La bêle vermeille et blanche, 
20 Bone de très granz biautez, 
En vostre douce samblance 
Ne doit manoir cruautez ; 
A vos est si mes pensez 
Que je n'ai de moi poissance, 
25 Ains sui de mort en balance, 
Car n'en puis estre esohapez, 
Se pitiez ne m'en avance. 



De m'amorouse folie 
Ne me poroit nus ester. 

30 Hé las I folors n'est ce mie, 
Qu'aiUors ne me puis doner 
Ne ne quier neïs penser, 
Qu'amors a tel seignorie 
Qu'ele me destraint et lie, 

35 N'onques ne m'en seu guarder ; 
Or doint Deus qu'el ne m'oublie ! 



IS Din. ventance, — i5 Din. Je rien, — 18 Din. en aUndamt. — 36 N gu^ 



ne. 



96 CHAMSQIfS 

Deus, com est amors hardie 
Quant ele me fait oser 
A penser, par sa maistrie, 

40 Là où ne puis achiever ; 
N'en pais ma dame blasmer, 
Quar ja ne li iert gehie 
Ma très amorouse vie ; 
J*aim mieus sanz proier chanter 

45 Qu^ele m'en fust anémie. 



Berengier, de bien amer 
Vient honors et cortoisie ; 
Valors est en vous norrie, 
Ne Ten laissiez eschaper 
50 Por chose que nus en die. 



49 DiD. laisiier. 



2. 



Mt. C, 184, coll. avec L, 183 v^. — Imprimée, d'après C, dans 
Dinaus, Trouv. Art.^ p. 129, 



F 



me amors m envoie 
Talent de chanter, 
Quar mis m'a en voie 
De si haut amer 



3 Dln. wu nCa, — 4L hautpenser. 



DE CÀ&A8AUS. 97 



5 Que ja ni quit aohiever, 
Car grant folie feroie, 
Nia 8'à ma dame disoie, 
Dont me vient li maus d'amer. 

Se la simple et coie 
10 Daignast amender 

Que je fusse en joie, 
Por moi conforter ; 
Plus ne li quier demander, 
Car liez et joianz seroie 
15 Et plus bien conquis auroie 
Qu'autre ne poroit doner. 

Bêle douce amée, 
Chantant merci quier, 
Bêle à droit nomée, 
20 Qu'autre messagier 

N'i 08 por moi envoler, 
Car raisons le me devée ; 
Por ce n'est pas oubliée 
L'amors dont je n'os proier. 

25 Biauté honorée 

Qui fait à prisier 
A Deus assenée 
£t fin cuer entier 
A celi en qui daugier 
30 M'a mis ma foie pensée, 
Qui tant est desmesurée 
Qu'à merci me fait cuidier. 



5 L fie quit, — 7 Din. Vi$ suivi d'an (?). — 15 L biem. — «6 L outra. 

• 17 D amte.— 22 L Que r, le davee. 

7 






98 CHANSONS 

Dame» yostre aïe 
En chantant vous pri, 
35 Mes cuers por ma vie 

Desirre merci. 
Hé las, mais g*i ai failli ; 
Amors iert si mal baillie 
Que ja mais si bien servie 
40 N'iert de nului com de mi. 



Amans sans amie 
Sui, dès que la vi. 
Raisons me deffie, 
En amors me ô ; 
45 Tant loiaument Tai servi 
Faus cuers ne le creroit mie, 
Por ce a tort s*ele m'oublie, 
Conques ne m'en repenti. 



Jehan de Dompierre di 
50 Qu'il ait de bien faire envie, 
Car valors en multeplie ; 
Amors le tesmoigne ensi. 



41 L Amis iant. — 45 Din. tervie. — 47 L celé (avec cette leçon il faut 
écrire à tort ). — 49 L'envoi manque dans L. 



DB CARASAUS. 99 



3. 



Ms. N, 104 (d'après le texte de Keller, Romvari^ p. 301), coll. 
avec M, 56 1^. — Reprodaite, avec quelques corrections, par Mâtzner, 
Alt/rantôsische LUdcr^ p. 59. 



N 



'est pas sages ki me tourne à folie 
Ce k'amours fait de moi sa volenté : 
Languir me fait, vrai amant sans amie, 
N'encor ne m*a de riens guerrodonné. 
Quant li plaira, tost seront amendé 
Mi grief tourment^ ma paine et ma hascie, 
Qu'ele me fait : si ne m'en plain ge mie, 
K'à la meilleur del mont m*a assené, 
S'en li aroit tant pi té con biauté. 



10 Bien tenroie ma paine à emploie, 

Se ma daïne le deignoit prendre en gré, 
Car pour avoir tout le mont en baillie, 
N'en vauroie mon cuer avoir esté. 
Dieus, dont feroit amours grant cruauté, 

15 Se n'en avoie aucun bien en ma vie. 
Jon ne di pas grant outrecuiderie, 
Car malades, coi que soit de santé,^ 
Prent volontiers cou qu'il a désiré. 



9 M aibf. — 10 M feitroî ; â omis. -^ im avoir geté. — 17 M çiie 9ii*tl 



826867 A 



iOO CHANSONS 

Onkes ne fu à ma dame jehie 
20 L'aspre dolours ki tant m'a tourmenté ; 
Dîeus, quel mestier ore auroie d'aïe, 
Mais je cuit bien qu'amours m'ait oublié ; 
Fors seul de tant que j'ai pour 11 chanté, 
Nus ne porroit avoir trop courtesie ; 
25 A li servir tant a grant signourie, 
De tant me vaut qu'à droite loiauté 
La servirai, qu'ensi m'est destiné. 



Molt a amours seur tous ^rant signourage, 

La ù 11 plaist à moustrer son pooir, 
30 Ele n'i garde ne riçour ne parage, 

Ki qu*ele veut demaine à son voloir ; 

Si doucement set fin cuer décevoir 

K'il ne doute ne anui ne damage. 

Elas, et j oi adës en mon corage, 
35 Conques n'en seuc un tout seul bien avoir, 

S'est merveilles que ne m'en desespoir. 

N'iert mie ensi, or ai je dit outrage, 
Amours convie nt aveuc moi remanoir, 
K'el mont ne truis tant bêle ne si sage 
40 Com est celé pour ki me fait doloir. 



20 Ms. dolour, — 21 N et Htz. me$tricr. — H auroi ore. — 22 M 
Mais bien cuU, — 23 M cie li hanté, — Mlz« lie ce vers ad précédent, 
et 24 à 25 ; cela ne me paraît pas heureux. — 2i H grant courtesie, — 
25 M Pour li, — • 26 M que diroie loiauté (n'a pas de sens). — 27 N que si ; 
j'adopte la correction de filàtzner. — 28 M tout, — N gratis, — 29 N Lan 
(peut-être une faute de lecture de Relier). — M (par négligence) son 
signorage, — 30 H Point n*i, — 31 M Ce qu*cle veut démener, — 34 Htzn. 
prenant joi >» Je jouis, a supprimé e^ -— 33 H n^en poi un seuljor bien 
avoir, -^ 39 H Que elle mont (!) n, tr, si belle, — 40 Hs. Commest, 



[ 



DE CARASADS. 101 



Se âne amours me faisoit percevoir 
E'ele pour moi receiist son houmage, 
Plus m'aroit fait hounour et avantage 
Que se sires ère de tout Favoir 
45 Ne tous li mons m'en peU^t eschaoir. 



Droit à Louvain fais, chançon, mon message, 
Dis à Henri qu'il n'ait pas cuer volage, 
Mais laist amour avec li remanoir 
Se il pour li ose enprendre à valoir. 



4l-4i M Se tant de bien mepeûst escheoir Que amoun pour moi.,. — 
4U M Que iejou iere sires (leçon préférable). — Hs. ères. — i5 M 5e tous, 
— 46-49 Cet envoi ne se troave que dans H. 



A. 



M*. M, 56. 



P 



our ce me sui de chanter entremis 
Que bonne amours m'en a vouloir donné, 
Sanz qui mes cuers ne peut estre saisis 
D'honneur, de sens ne de joliveté ; 
Trop sont cil desmesuré 
Qui ne sont en son servage. 
Por ce li ai fait de mon cuer hommage, 
Si vueil adès en son dangier manoir 
Et ma dame servir sans décevoir. 



102 CHANSONS 

10 Qui homs je sni, et vueil estre tontdis ; 
Quant li plaira, tost m'iert gnerredonné ; 
Et s*aiDsi est que j'en soie onis, 
Si aing je mieus servir tout mon aé 
Bonnement sans fausseté, 

15 Que d*autre amour Tavantage ; 

Ce qu'elle est tant preus et courtoise et sage, 
N'en laist mon cuer partir ne remanoir 
Pour nul tourment qui mi face doloir. 

Et ne pourquant li mal dont je languis, 
20 Me plaisent tant que je n'en sent griété, 
Car loiautés et poours m'ont promis 
Qu'encor seront en grant joie tome 
Li mal qu'aurai enduré. 
Cils espoirs me rasouage 
' 25 Et me semont de maintenir Fusage 

De bien amer, et j'en fais mon povoir ; 
Si m'en laist Dieus mon desirier veoir. 

Loer me doi d'amours, ce m'est avis, 
Quant en mon cuer a assis par son gré 
30 Le bel pensé qui ja n'en iert partis. 
Se ja de li n'avoie autre bonté. 
Si ai je tant conquesté 
Mieus m'en iert tout mon eage ; 
Vilonnie, fausseté et outrage 
35 Me fait amours haïr pour mieus valoir ; 
Ne l'en doi ge dont moût bon gré savoir ? 



15 Ms. miex souvent servir. — i9 Ms. H maus, ~ 20 Ms. sent gère ; ]*fti 
corrigé en me rapprochant le pins possible de la lettre ; on pourrait aussi 
mettre : que ne m'en sent grevé, — 25 de omis. ~ 30 Li bel, ~^ 36 moût 
omis. 



M CABA8AU8. it5 

Ja n*iere ge de bien amer fidntÎB, 
Car amours a sur moi tel poëeté 
Qo^en mon cuer est mais à tous jours banis 
40 Tons li povoirs de fausse yolenté. 
Dame de très grant bianté, 
Puis que de loial courage 
Vous aing et sui vostres à héritage, 
Veuilles en gré ma ohançon recevoir 
45 Et consentir que vous serve en espoir. 



37 ge omis. 



5. 



Ms. E, 137, coll. avec F, p. 277, H, 102 {Car A%$a%s\ et t, 182 y^. 
• Imprimée par Dinaox, d'après E, Trouv. Art,^ p. 126. 



P 



uisque j'ai chançon metie 
Por la très meillor du mont, 
Ja ne m'iert Tamors tolue 
Que tant ai el cuer parfont, 
Assés plus qu'autre gent n'ont, 
Car se ma paine est perdue. 
Sachent bien tuit cil qui sont, 
N'est ja Tamors descretie. 



3 L /a nm iert. — Din. volue (suivi d*an t). — 4 Din. Querani (!) ot. — 
5 Mb. Mexphu,-^ Din. a mis à la pltce de gent quelques points suivis de 
immU — 6 P ma dame. 



104 CBANSORS 

Beus, couineot seroit crette 
10 Geste amors qui me confont, 
Quant ja ne sera selle 
Se par mort ne la despont» 
Mi oïl et amors me font, 
Dont ma mort ai conetie, 
15 Se doQz espoir ne deffbnt 
Desperance qui m'arglie. 

Je n'ain pas d*amor doubliere; 
Car adôs me va croissant 
La moie, si m'est si fiere 
20 Que por el ne pleur ne chant, 
Mes je me cenfort de tant 
Qu'amors est bien droituriere 
Por fere les siens joians, 
Mes poi en est coustumiere. 

25 La âne biautez entière, 
Dont J)amedeus dona tant 
A celi que plus ai chiere, 
Tient mon cuer très un amant 
Tout adès, nis en dormant, 

30 Et mes cuers m'est si trichiere 
Qu'il me fet chanter plorant, 
Tant a diverse manière. 

Las, je n'os fere proiere 
Se ne la faz en chantant, 



15 L ie dont a espoir ne d. — V nés deffont, — 19 FL et si m*est,— Dtn. 
Vamoie (î). — 22 Din. Quant mors. — H m'est, — 27 Dln. celui, — 29 PL 
nés ; H uif, Din. vis, — 33-34 Din. imprime : Las je n*os faire sene La 
faz en ch,, tant, -^ ZA L Se ne H fas chantant. 



DB GARASÀI78. i05 



35 Car trop seroie outragiere, 
Si ne sai coument ne ^nant 
Puisse avoir un biau senblant ; 
Quant voi ma dame en la chiere, 
A paines en esgardant 

40 En puis mes eux trere arrière. 

Ghançon, va t^en maintenant, 
Di à Jehan de Danpierre 
Conques n'oi fors en sonjant 
Joie de ma dan\e chiere. 



35 FL MTot/.— 36 L nU omis. — 40 Din. Et puis.'-' 41-44 L'envoi man- 
que dans PHfi. 



IV. 



ERNAUS CAUPAINS. 



4. 



Ma. C, 172, coll. avec D, 44. ~ Imprimée, diaprés D, dans Dinaux, 
TVowi?. ftraô., p. 251. 



D 



6 Tamor celi sui espris 
Qui plus bêle est que rose 
£t plus blanche que flors de lis 
Et que nule autre chose. 
5 A son voloir m'otroi touz dis ; 
Moût est folz qui n'est ses amis, 
Car 8*amors n^iert ja close 
Vers nul qui proier l'ose : 
C'est la pucele de haut pris, 

2 Ms. plus est belo, — 3 D plus beU» — 6 D faus (*- fous). 



ERRAirS GAUPAINS. 107 



10 Qui par sa bonté a conquis 
Que toz li mons Talose. 
Or proi la for de paradis, 
En qui se mist Sains Esperis, 
Que ele nous arose 
15 Del bien qu'en li repose. 



Haute pueele, à vos se rent 
Mes cuers, qui se cointoie 

Quant il à vostre amor entent, 
Qui estes droite voie 
20 Et de bien et de sauvement. 

Faites à Deu de moi présent, 
Que il ma proiere oie 
Et que s'amor m'otroie. 

Et si guart bien toute sa gent 
25 Que nus par nul assentement 
En s'amor ne recroie ; 

As mauTès doint amendement 

Et mete hors de mautalent. 
Les desvoiez ravoie 
30 Et nos en bien raloie. 



13 D s*est mis,— 96 Din. retrf^ie,— 28 D/br«.— 30 Ms. ranoie; ce pour- 
rait être une forme picarde de renoue ; cependant j'ai préféré la leçon 
rakne de D, que Dinaux a déigurée en valoie, qui n'a pas de sens. 



106 CHAHSOMS 



2. 



Ma. D, 45. — Imprimée dans Dinaux, Trouv. bràb,^ p. 252. 



H 



é las I k*ai foorfait à la gent 
Quant celi lour oi tant loer 
Pour cai sui en si grief torment, 
Et si n*i puis merchi trouver ; 
5 Ne oublier, certes, ne lé puis mie, 
Tant a en li valour et courtoisie 
Que je ne puis en autre liu penser. 

Moût me fu au comencement 

Et bone et douce de parler 
10 Ma dame que j'aim loialment, 

Ki m'a tolu rire et juer ; 
A moi grever a tornée sa vie ; 
Las, j'ai amie là ù mes cuers se fie 
Slloiaument com amours puet grever.. 

15 Avoir ne la quier ne laissier, 

Bien est en li mors et mercis 
Quant celé sot mon desirrier ; 
A cui sui fins loiaus amis, 
Serai toudis de cuer, sans repentance. 
20 Gens cors, clers vis, jetez moi de pesance, 
Car aine, certes, noient ne vos meffis. 

2 Din. Vour (!). — 7 Din. autre lui. — il Din. iver. — tS Ms. fomû, 
Dio. ittime. — 13 Din./at amé, -^ 18 Din. fui. — 19 Ms. a deux fois serai 
toudis, — 21 Dio. mes fis. 



D^BRNAUT CAUPAUf. 109 



Bone dame, ki tant amés 
Toute rien qui tent à honour. 
Merveille m'ai que vos créés 
25 Nouvele de losengeour. 

Qu'à grant dolor ont lor vie atornée 
Cil jangleour, ki n'ont autre pensée 
Pors à blasmer et de honir amours. 



27 Din. jaugleor. 



3. 



M». C, 172 ▼•, coll. avec D, 78. — Imprimée, d*après D, dans 
Dinaax, Trcmv. brab., p. 253. 

V^^'uant j'oi chanter ces ciselions 

Por le douz tanz qui repaire. 
Qui de bone amors est semons. 

Bien est drois que il apaire. 
5 Douce dame debonaire, 

YaiUanz, de toz biens enseignie, 
Oens cors, clers vis, gorge polie, 

La nonpers de tôt le monde, 
Et cuer et cors à vos otroi. 
10 Dame j*ai mis en vos amer 

Mon cuer loial, guardez le moi. 



3 D et Oia. Qui omis. ^AD ili paire. — iO D ent vot. 



itO CHANSONS 

Nos gens qui loiaument amons. 

Dame, ne savons que faire. 
Se le voir en rejehissons, 
15 Des maus qu*amors nos fait traire. 
Por les félons de mal aire, 
Guidiez que tôt soit tricherie ; 
Mes por ce ne lairai je mie 
Que tôt le voir n'en desponde 
20 Des maus qui m'ont mis en effroi. 
Dame, j'ai mis en vos amer 
Mon cuer loial, guardez le moi. 



Soufrir couTient, si souferrons 
Por ceus qui mauvaistiez maire, 
25 Tant que d'amors secors aions, 

Qu*ele est et marrastre et maire 
De toz biens, en eus s'aaire 
Fine amors, qui het vilenie ; 
Je sui de sa conestablie : 
30 Les suens de mauvaistié monde, 
Por ce me tieng à son otroi. 
Dame, j'ai mis en vos amer 
Mon cuer loial, guardés le moi. 



16 D PorUsfautplaifut.— 23 Dio. S'offrir, — ^ Ms. (Fanur, 
27 Oio. sa aire. 



d'bRMADT CADPAIM. ill 



i. 



Mb. DylOY*. — Pastourelle ; imprimée dans Monmerquë, Théâtre 
/rançais au moyen âge, p. 45, Bai-tsch, Romancée et pastourelles^ 
pp. 176-178, et dans Dinaux, Trouv. Irab,^ p. 254.0n la trouve aussi, 
mais à Tëtat mutilé, dans N, après fol. 108. 



E 



ntre Godefroi et Robin 
Gardoient bestes un chemin 

Dejoste une rivière ; 
Delà Taige, près d'un sapin, 
5 Desos Fombre d'un aube espin 
Gardoit une bregiere 
Aigneaus en la bruiere ; 
De joinfi et de feuchiere 
Estoit coverte sa chahute ; 
10 A la clokete et à la muse 
Aloit chantant une cançon. 
Robins a entendu le son. 
Si Ta dit à son compaignon 
Et le bote del coûte : 
15 « Escoute, fols, escoute, 

a J*oi m'amie là outre ; 
« Or la voi, la voi, 
« Por Dieu salués le moi, 
« Ki puis merchi trover 
20 « En la belle cui j'aim. » 



7 el SO En$ (p. en). — 18 Din. salves. 



112 CHARSOIfS 

— « Beaos ëos compains », dist Chxlefrois, 
« « Por Ërmeigon 8ui si destrois 

« Que ne sai que je faice ; 
« La graDs jelée ne 11 frois 
25 Ke j'ai endaré maintes fois, 
« Ne la nois ne la glaice 
a N*ont pas tainte me faice, 
« Mais celé qui me laice. 
Mes oltraiges me doit bien nuire : 
30 « Avant ier 11 brisai sa buire ; 
« Or m'en a pris à grant desdaing. 
a En non Dieu, Robins, beau c^mpaing, 
a Vos chan^ et je me complaing, 
« Vos amés joie et je le bas, 
35 « Vos ne sentes mie les maus 

a Aussi com je fas, 
« Vos chantés et je muir d'amer, 
« Ne vos est gaires de ma mort. 

Ahi, mort, mort, mort, 
40 « Por quoi m*ochiés à tort ? » 

Quant Robins entent Emmelot 
Et celé sot que Robins Tôt, 

Lors resbaudist la joie : 
Celé enforce son dorenlot 
45 A la clokete et au siflot, 

Por çou ke Robins l'oie. 

Tos li cors m*en effroie. 

Vers li tornai ma voie, 
Devant li descent en la prée, 
50 Et puis si Tai araisonée 
Et deboinairement li dis ! 

31-33 Les finales eo aig, — 3S beauê. — 39 mors mort mon. — i7 Tôt. 
— i9 ffu to. — 50-5i Et omis. 



d'bRRAUT CAOPAIN. US 



ff Tose^ je sui li vostre amis, 
Mon coer vos otroi à tos dis, 
a Tenés, je tos en fas le don ; 
55 a A coi donrai jou mes amors, 
« Amie, 8*à vos non ? 
i( En non Dieu tos estes belle, 

« On vos doit bien amer ; 
« Chi a belle pastourelle, 
60 « S*ele avoit ami. 

« Doce amie, car m'amés, 

Car m*amés ! 
« Ja ne proi je se y os non. » 



— « Sire, bien soies vos venus, 
65 « De par moi estes retenus ; 
« Por vostre plaisir faire 
« Ne doit Ions plais estre tenus ; 
a Trop est Robins povres et nus 
a Et de trop povre affaire ; 
70 « ProYos samblés ou maire, 

« Ki portés penne vaire. 
« Tose ki haut home refuse 
« Et vilain pastourel amuse, 
« A enciont prent le piour ; 
75 a Amours n'est onques sans dougour, 
<c Mais celé n'a point de savour 
« Dont 11 déduit sont tost osté ! 
a Saroit dont vilains amer ? 
« Nenil ja, nenil ja ! 
80 « Deaubles li aprendera. 



75 Ki omis. — 74 Ms. mtimt ; Baruch corrige eseietU, r- I>in. pioum. 

8 



114 CHAMS0N8 

« Ostés oel vilaiD, ostés : 
« Se vilains atouche à moi 

(( Nis del doi, . 

« Ja morrai. » 



85 A cest mot foi en tel effroi 
Ke joa laissai mon palefroi 

Aler aval Terbage ; 
Robins apelle Godefroi ; 
Or furent ensamble tout troi 



90 



/ 



Puis dist tout son oorage : 
a Sire, n'est mie sage 
a Poure pucelle qui s^acointe 
« A haut home orgeUeus et cointe. 
95 « Oï Tavés dire sovent : 

a Ki haut monte, de haut descent, 
a Froit a le pié ki plus Testent 
a Ke ses covretors n'a de lonc. 
a Amerai je dont 
100 Se mon ami non ? 

« Naie, se Dieu plaist, 
« Autrui n'amerai. 
« Erres, erres vos, 
a NU dormirés mie 
105 a Entre mes bras jalos. 

tt Je n'oi onques c'un ami , 
(c Ne ja celui ne changerai; 
Jan^oblierai Robin, 
« Oui j'ai m^amor donée. 



82 Din. a touché. — 90 Le mètre et le sens indiquent ici une ltcan«. 
— 9! Din. di. — 98 Din. et Bartsch courctairs. — iOi Din. Noie. — 
106 Din. Ge n*os. 



d'eRNAÛT CAUPAIN. 145 



110 « Ostés vos mains d*autrui avoir, 
a Vos quidés tôt le mont valoir. 
« Cil est moût faus ki ce proeve 
Ke tôt soit sien ke il troeve. 
« Remontés ! 
115 a Car à moi failli avés. 

il3 Dio. et Bartsch kan (Din. kau) qu'il troeve. 



5. 



Mb. D, 44 v®, coll. avec C, 99 (dans ce dernier, notre pastoarelle 
est placée sous le nom de Bandes de le Kakerie). Imprimée dans Mon- 
marqué, Th. franc., p. 39, et dans Bartsch, Romances et pastourelles, 
pp. 303-305. 



I 



er main pensis chevauchai 
Lés une saucoie, 
Pastourel chantant trouvai, 
Démenant grant joie ; 
5 Cors avoit gent et avenant 
Crins reluisant 
Et oel riant, 
Si disoit : a dorenlot, 
a Diva, Marot 
10 a Au cors mignot, 

tt Si mar t'amai 1 

« Je Tarai, 

« Ou je raorrai, 

« L*amour de li, mar Tacointai. » 

5 M». Cor. — 6 Ms. reluisofis. — 12 G /e Vavrai. 



116 CHANSONS 

15 . Si com cil chantoit ensi 
De Marot la bêle, 
Par aventure Toi* 
Une damoisele. 
Ses chans li plot, vers loi torna, 
20 Si Tesgarda 

Et eDama, 
Si 11 dist : « dorlotin, 
« Diva, Robin, 
« Mignot Robin, 
25 « Tes oeus mar resgardai, 

tt Se cist maus ne m*as8oage, 
a Je morrai. » 



Que qu*ele vint à Robin, 
Moût est esmarie ; 
30 Andeus ses mains li tendi 
Et merci li crie. 
Que qu*ele pleure, et cil sourit, 
De tout son dit 
Li est petit. 
35 Celé a dit : « que ferai ? 

a D*amer morrai, 
« Ja n'en vivrai, 
a Se toi n'en ai, 
« Que j'ain tant bien ; 
40 a Trop m*ara s'amours grevé, 
a Se tout li mal en sont mien. » 



15 G comiL — 19 Ms. vers li, — 32 Ms. Se li. Les 2 mss. introduisent 
aprto di$t les mots si mar t^acointai^ qui troublent à la fois le système 
métrique et la marche naturelle du récit. — 25 esçardai. — Monm. mar 
fesgardai. — 28 G QuatU eU. — 30 Ms. li rendi. -^Qses bras li tendi. — . 
32 G cil ien r^. — 38G «î bien. 



D'ERNAirr GàDPAlM. i17 

Celé, ki rien ne li vaut 
Chose qa*ele face, 
Ses bras estent, vers lai saut, 
45 Par le col Fembrace, 

Vers soi Testraint mont doucement. 
Cil se deffént 
Trop durement. 
Si a dit : « quel folour, 
50 « Quant vostre amour 

« Et vostre honour 
a M'avez abandonnée ; 
(c L'amour qui est veée 
« Est la plus desirrée. n 

55 Que que celé ensi Robin 
Embrace et acole, 
Es vos Marot au cuer fin 
Ki se tient pour foie ; 
Huchant s'en vait : « Trai, traï. d 
60 Robins Toi', 

Vers li sailli. 
Si li dit : « douce suer, 
a Tu as mon cuer^ 
« Nel jeter puer I 
65 a Je faim sans décevoir, 

« Je voî ce que je désir, 
« Si n'em puis joie avoir. » 

Celé Tôt, ki bien Tentent, 

Mais el n'en a cure ; 

* 
< 

{0 Ht. «ce. — G qui fii*«f /. — 54 C Cest fa. — 55 Ms. Que qu'eh 
•MM.— C enHnc, — 62 CD 8i (ou se) li a dit. Il Hnt un ytn de sept 
syllabes ; Bartsch corrige si ta dit. 



118 CHAMSOIfS 

70 Et Robins vers Tautre atant 
Gort grant alelire. 
Mais ele ne l'entendi pas : 
Enel le pas 
Li gette un gas, 
75 Si li dist : a O fols Robin, . 

a Lai ton chemin 
tt Par cest matin, 
tt Si va tes bestes garder ; 
« Ostés ! saroit donc vilains 
80 Amer ? nenil voir ; 

a S'il aime, ja Dieus n'i soit ! » 

Quant Robins s'ot ramprosner, 

Si respont par ire : 
a Bêle, laissiés moi ester, 
85 « Vostre vente empire ; 

« Ja m*en proiastes vos avant, 
a Bien fis samblant 
a N'en oi talant, 
N*encor n'ai ; o retornés, 
90 « Et se volés, 

« M'amour ares ; 
« Cuite vo claim atant : 
a Trop s'avilonist pucele 
« Ki d'amor va proiant. » 

95 Celé respont sans targier : 

« Faus, ton gaber laisse ; 
a Folie te fist quidier 

(( Que de cuer t'amaisse ; 

72 C Maizcele, — Monm. l'atendi. — 75 C dii. — 77 Le ms. donne deux 
fois les mots par cest. — 89 Les 2 mss. N"encor n'en ai o Robin reiomés. 
-—90 CEtiC vos volez, — 96 C Folz. 



DEBMAUT CACPAIN. ii9 

« D'amer garçon noient ne sai. 
100 « Bien te gabai 

« Qoant t'en priai, 
e Or i pert. 0, ne portant 
• « Por ton bel chant 
« En oi talant, 
105 « Mais or changie m^ai : 

a Vos ne mi verres mais 
A tel abandon ; 
a Couart vos trovai. 

102 G non porquani. — i06 Ms. Vos ni verres maii, C Vos ni venrez 
maiê. — 108 Ms. trover. 



V. 



JEHAN D'ESTRUEN, 



i. 



JEHAN A SANDRART. 



Ma. M, 15. — Jeu parti. 



S, 



V^andrart, por ce que vous Toi 
SoQtieu et bien enteûdant, 
Par fine amistié vous proi 
Que vous me faciez sachant 
De ce que je ne sai mie : 
Si dites, par courtoisie, 
Se bone amours est droituriere ou non, 
Et 8*ele fietit chascun amant raison. » 



5 je manque. ^60 diiet. — 7 amour. 



— « Jehan, legier, com je croî : 
10 En amour a de bien tant, 

D'onnour, de sens et de foi 
Com pnet, en li bien serrant, 
Déserte avoir mal merie, 
Car nus cuers qui soit en vie 
15 N'est souffisans d'avoir le guerredon 

Que bone amours donne en son menre don. » 

— a Sandrart, droit au marescoi 
Aies vers moi respondant ; 
Amours ne fait droit ne loi 

20 A maint homme vrai amant, 

Car teus aime qui mendie. 
En amant, d'avoir amie. 
Et s'en sont maint qu'à petit d'occoison 
Ont par amours dames en abandon. » 

25 — a Jehan, c'est tout par anoi 

^ Qu*alés ainsi devisant ; 
Amours ne fait nul desroi, 
Ains avance son servant. 
Lues qu'il est de se mainsnie, 
30 D'une espérance jolie. 

Et quant poins est, li fait avoir le non 
D'ami, dont nus, s'il nel sert, n'a renon. n 

— « Sandrart, vous dites à moi 
Droites paroles d'enfant, 

35 Mais à vo dit ne m'apoi, 

Car amours fait tort moult grant 



H tam. — a bien omis. — 15 touffitant. — 20 A main amant vrai. 
' 38 Damiê, 



132 CHAHSONS 

Les siens servans à le âe ; 
Ed tant qu*espoirs senefie, 
Douce merci, par li bien i faut on ; 
40 Je di qu'à tort fait les siens traïson. » 

— a Jehan, sachiez vous pour quoi 
Douce mercis va faiilant : 
Tout avient por le boufoi 
De le persone ventant 
45 Qui à merci fait falie, 

Quar amours, de se mestrie. 
Perçoit moult tost se foie opinion, 
Si le banist hors de se région. » 



39 par H et faut on (je donne ma correction pour ce qu'elle viut). 
42 merci, — 45 fali.^ 47 Penoit mit se f, opinium. 



2. 



JEHAN A COLART LE CHANGEUR. 

Mb. M, 19 To. Jeu parti. — Le premier coHplet est imprimé dans 
Dinaux, TroHV. Art,, p. 148. 



R 



<c X Xespondez, Colart li changierres» 
A moi de ce que je devise : 
J'ante deus dames coustumieres 
De moi amer, et s'ont fait mise 



ZJente, 



DE IBHAN d'bSTRUBM. liS 

5 C'aront de moi tous leur aviaus, 

£n tel point que par les caviatui 

Me doit li une hageter. 

Et li autre me doit manser 

Si la gorge que j'en tressue ; 
10 Laquelle est plus de m'amour drue ? » 



— « Jehan, trop sont tiens dames ûeres 
Dont ci vous oi conter Fenprise ; 
Pour ço vous lo à briés prières 
Que ne souffriez, par nulle prise, 

15 Que soit mansés vo hateriaus, 
Car sur Tautre en seroit li piaus. 
S'en poreit vo chars empirier ; 
Mais laissiez vos caviaus tirer 
Celle qui s^en est esmette, 

20 Car c'est de vous la mieus venue. i> 



— a Colart, nient plus que deus bergieres 

Ne pris vo sens quant je m'avise ; 

Cest drois que de mes deus lanières 

Aiiez trois pos, je le devise, 
25 Car plus bourdeur n'a jusqu'à Miaus 

De vous, quant ainsi mes reviaus 

Voulez de mon désir rester ; 

Mieus aine mes gaves escheher 

Que je d'amer ne m'esvertue 
30 Celi qui de manser m'argiie. » 



5 tout, — S Bi Vautre, ~ 16 nir laute. — 17 char empirier. — 18 cheui 
tirer, — 10 que. — 24 po« partit fautif p. cos, ^ 96 im reviaus. 



1S4 CHÀNSOlfS 

— « Jehan d'Estruen, povres lumières 
Avés es iens, coi c'om i Tisè, 

Quant dites que je sui boisieres 
Et qu'ai science de mal prise, 
35 Quant graus yo col qui est moult biaus. 

Or faites dont qu*uns goheriaus 

Soit mis entours pour enarmer. 

Car se vo dame i puet geter 

Ses graus qu*a trancbans corne grue, 
40 Vos aurez tost vie perdue. » 

— « Golart, divers conûnoieres 
lestes, tiesmoins me teste grise. 
Quant voulez par pluseurs manières 
Faire men chief tel qu'il ravise 

45 Un chien loqu, qui par floquiaus 

Fautre son poil, mais s'uns bouriaus 

ATestoit mis el col sans noer, 

Ce me pourroit de mort tenser, 

Bt s'en seroit celle plus mue 
50 Qui veult qu'aie teste loque. » 

— « Jehan d'Estruen, durs comme pieres 
lestes d^engien nés c'une enprise 

Quant voulez en lieu de barbieres 

Chaucier bouriaus par tel devise 
55 Que sans noer les coronciaus ; 

Si pourran dire que labiaus 

Voulez nouvellement porter ; 

Ce vous peut trop pou pourfiter, 

Puis que vo gorge piauchelue 
60 Pert par dame fourentendue. 

35 Le ms. a grax (x » os). Voy. les Notes expl. «- 55 Quant voulez 
écrit deux fois. — 2(6 Se,— 60 four eâtendue. 



DE IBBAN D^BSTRUKN. 12S 



3. 



JEHAN A ROBERT. 



Ma. M, 23 v«. — Jeu parti. 



R 



tf r v obert, j'ains dame jolie 
Qui plus a de sesant» ans, 
Conseilliez m'ent sans boisdie : 
Amer ne me veult nul tans, 
5 Et bien me dit que ja s*amor n'aurai, 
Se tout devant en couvent ne li ai 
Que jamôs jour, tant qu*elle soit en vie, 
Mes cuers n*aura d*autre amor nulle envie. » 

— a Jehan, ce seroit folie 
10 D*estre à ce obeVssans 

Que vous n'aurez autre amie 
Tant que celle fust vivans ; 
Si fait marchiet point ne vous loerai. 
Car ja déduit n'aura, que je bien sai, 
15 En feme qui ainsi soit fouragie ; 
Si la laissiez, ou vous ferez sotie, o 

— « Robert, voulentez m'agrée 
Et ce que sui desirans 
D*amer la dame envoisie ; 

20 Trop estes mal entendans : 

6 cowêtimt, — 13 loeroie. — 15 /ohm. 



1S6 CHANSONS 

Or voi je bien en vous et perchut l'ai 
Que point n'amez de an cuer ne de vrai, 
Quant vous blasmez dame d'amour nourie, 
Mais ja pour vo blasmer nel lerai mie. » 



4. 



ANDRIU DOUCHE A JEHAN AMI. 



Mb. m, 24. — Jeu parti. 



J 



(( 1^^ ehan amis, par amours je vous pri, 
Se il vous plest, que vous me conseilliez. 
J'ains une dame plesant, d^ cuer joli, 
Dont j'ai le don de son cuer, ce sachiez, 
5 Mais onques puis qu'elle le m'otria, 
Tant alasse vers li, ne çà ne là, 
Ne volt à moi nés un seul mot parler : 
Qu'en direz vous, le lerai je ester ? » 

— a Andrieu Douce, puisque savés de fi 
10 Que ses fins cuers est à vous aloiez, « 
Trop perderiez se le laissiez ainsi ; 
Pour ce vos lo que point ne le laissiez, 
Que par Tanter ses cuers adoucira, 
Et fine amours qui merler s'en vaura, 
* 15 Le vous fera en tel ploit retourner 

Que bien et joie i pourriez recovrer. » 

3 plessans d. c. jolie. — 6 vers lui 9ie «a. — 10 cet, — 11 Trop par dev- 
riez, — ISIatiter cflf.— 14 amwir. 



DE IRHAN D*ESTRUBN. 127 

— « Jehan pau vaut li consaus que j'oi ci, 
Ja conseillier ne le me défissiez, 
Quant vous voulez que je serve celi 
20 Qui ne deigne dire nés a bien veigniez » ; 
Refroidie est, li anters poi vaura. 
Ne âne amours ja ne s'en merlera, 
Car telle amours ne pourroit refuser 
Que ne parlast au mains au saluer. » 



25 — tt AndrieUy ja cuers qui d'amour a senti 
Le savoreus mestier, n*est refu.., 
Ains veut adès plus, et surmonte en 11 
Li desirriers par quoi est adreciez ; 
Cils qui le sert tout dis, si aquerra 

dû Les biens d amour», où jamais ne sera 
Vos cuers entrés, se voulez redoubter 
Un poi d'orguel, s' elle le veut montrer. » 



— « Jehan, ains mais tel conseilleur ne vi 
Com vous iestes, et car vous en taisiez ! 

35 Petit avez des drois d'amours oî, 
Si Taprenez ançois que le jugiez, 
Car dame qui nul point n aparlera 
Son ami, ja nul point n'i croistera ; 
Dont nus ne doit de cuer tel dame amer, 

40 Puis que si poi de chose veut veer. n 



SO neis bien veignani,^ 2i entert,— 2i amour, — 14 a maint, ^ 26 Le 
m», ne laisse plus lire la Syllabe finale en iét ; n'était la lettre v, je met- 
trais hardiment refroidiét, qu'indique surtout le v. 31 . — S9 liû ios- 
querra. -— 36 5e. — 38 Satis ami, — 39 nul. 



128 CHANSONS DE JEHAN d'bSTRUEN. 

— « Andrieu, n^avez point le vo cuer norri 
En desirrier amours, ains le youriez 
Trouver d'un eop, dont je croi tout de fi 
Qu^en estes mains des fins amans prisiez, 
45 Puis que la dame son amour tous donna, 
Sachiés désirs i montepliera 
De vous amer, se le savez anter ; 
Mais nichetés le vous fait esciver. » 



41 point n'axiez, — • 42 Mm desirrier, — 43 d'un cop est i^onté par 
moi pour compléter à la fois le sens et la mesure. — 45 £î donna, — 46 i, 
nécessaire à la mesure, est ajouté par moi ; on pourrait aussi mettre (t. — 
47 «I le s, auter,— 48 nichete. — C*est au moment de préparer cette pièce 
pour TimpressioD, que je me suis aperçu que. Dioaux Ta produite dans 
ses Trouvères Artésiens, p. 73, d'après le même ms. que moi-; mais aux 
fautes de son original (la correction rcfuissi au ▼. 26 n*est pas sérieuse), 
réditeur y a ajouté tant de méprises que je me félicite d'a?oir accueilli 
dans mon recueil , une pièce qu'il a?ait rendue presque inintelligible. 
L'erreur capitale de son texte, c*est de présenter nichete (v. 48), comme le 
nom propre d*uoe mattresse du poète (notez encore dans le même vers 
estuier p. esciver). 



VI. 



JEHANS FREMAUS DE LILLE. 



\. 



Mb. C, 183 7°, coll. avec D, 60 y<^ (où la pièce est attribuée à 
Jaquenies H Viniers) et avec N, 81.— Imprimée, diaprés C, dans 
Dinauz, Trouv, fiam,, p. 281 ; d'après N, dans la Romvart de Keller, 
p. 287, et, d'après ce dernier texte, dans Mâtzner, p. 44. Les variantes 
de N sont données sur la foi de Keller. 



D 



e loial amor vueill chanter 
Au tans que je vol raverdir ; 
Bien doi ma nhancon amender 

9 

Quant de si haut lieu doit venir, 
Qu'aine ne seu guerpir, 
Pour soufrir 



3 Matzner corrige inalitement doit. — 5 N Aim ne seul. 

9 



150 CBANSONS 

Mal, une amor bien à guarder, 
Maiz je criem que par haut choisir 
Ne mi vueille amors afoler ; 
10 Mais s'onques de rien li faussai, 
Ja n'i puisse je recovrer ! 



S'onques dame por bien amer 
Fist loial dru d*amors joïr, 
Donc ne doit ma dame oublier 

15 Moi qui sui suens sanz repentir, 
Que le mien désir, 
Sans trahir, 
Ne faco' en loiauté chiever, 
Quar mon cuer, mon cors tôt entir 

20 Ai mis en li sans retorner ; 
Et s'onques de riens li faussai, 
Ja n'i puisse je recovrer î 



Se ma dame au viaire cler, 

De cui vJenent tuit mi désir, 
25 Ne me laisse un pou savorer 

Des biens d'amors par son plaisir, 
Quant moi por servir 
Fait languir. 

De la mort me doi conforter, 
30 Quar je ne puis plus biau fenir. 

Que au morir vueill chans trover ; 

Et s'onques de riens li faussai, 

Ja n'i puisse je recovrer ! 



7 Dln. Mal fine amor, — 10 N £t sainkes,-^ 14 N mal dame, — i6 N 
KeU mon. — 20 N tans recouvricr, — 26 N d son,— 29 C doii, — 30 N jf> 
n*eti, — 31 N Car., retrouver. 



i 



DB JBHAN FRBMAUS DE LILLE. {31 

Coument puet amors eadurer 
35 Qa'ele voit toz les suens faillir ? 

On ne les veut mie escouter, 

Maiz les faus veut on ore oïr 
Par lor faus mentir. 
Mais morir 
40 Aim mieus ensi en espérer 

Qu^en fausseté mon grief furnir 

De quanques sauroie rouver ; 

Et s'onques de riens li faussai 

Ja n'i puisse je recovrer ! 



45 Tout fin amant pueent douter 
Qu'il ne les couviegne périr • 
S*amors en ma dame assembler 
Ne fait pitié, merci venir. 
Que laist affeblir 

^ Par soqfrir, 

Quar à ma dame m'os vanter, 
Se loiaus drus joie sentir 
Boit, qu ele doit en moi doubler ; 
Et s'onques de rien li faussai, 

55 Ja n'i puisse je recovrer ! 



36 N uii eseoutes (lisez nis eicouter). - 42 Dln. roimer (!). -^ 46 N Ottt 
fie. - 49 N afeUi. -. 52 Din. loiaus d«ii. -. 53 Din. doubler. 



. » 



/■ 



132 CHAMSOMa 



2. 



Ms. C, 183 vo, coll. avec Ë, 141 v« et L, 188. Cette pièce, qui porte 
répithôte « H couronnëe », a été imprimée par Dinaax, Trouv.flam,^ 
p. 283. 



M 



a bone fois et ma loiaus pensée 
Me vient d'amors, jamais n'iert descreiie, 
Por ce si chant sans faintise trovée, 
Qu'en mon cuer n'iert ja faussetez meUe, 
Quar ceste amors m*est de tel lieu venue 
Dont ma valors en doit estre doublée, 
Qu'à la meillor del mont est atornée. 
Or doint amors, par sa douce puissance, 
Que je serve tous jors en bone estance. 



}0 En moi norrist, jamais n'iert destornée, 
La grans amors qui m'est el cuer creiîe, 
Que ma dame ne soit de moi douée 
Ligement en amor vraie esleiie, 
Que plus loiaus n'iert jamais voir setie, 

15 Quar qui bien sert, s'amors est amendée, 
D'umilité est sa valors mueblée ; 
En celui croist bontez, pris, honorance, 
Qui sert amors en loial espérance. 



2 DiD. descrevé a?ec la traduction descrite / «- 4 L Que mon, — 6 EL ITe 
ma. — 7 EL En la... »*est (L cett) at. — 13 E veraie eUcuee, — 17 Ms. 
valort (au lieu de bontez). 



DE JEHAN FRBXA08 DE LILLE, i«^ 

D6a8 ! l)on6 amor, mais chier m'iert comperée 
20 L*esperance que j*ai et ai eUe, 

Se par oeli de qui m'est alumée 

Geste dolors n'est un pou rabatue, 

Quar je sai bien que la mors m'est rendue, 

Et non porquant, se c'est ma destinée, 
25 S'ele le veut, quanques j'ai m'en agrée. 

Fors por ce que je bas sa mescbeance. 

Et se je muir, vis m'est c'est sa grevance. 

A moi perdre seroit deshiretée 

D'un suen droit serf, s'en seroit mains cremue, 
30 Mais ja por ce par moi n'i iert moustrée 

Deffentions, s'en servant n'est yaincue. 

Merci 11 proi d'un cuer qui s'est de mue 

Toz nés muez ; miens fu, or a donée 

Sa force à li, mes de 11 n'est curée ; 
36 S'ensi le laist estre sans retenance, 

Secbier l'estuet sans autre recovrance. 

Mais, bone amors, cui j'ai del cors ûevée, 

Par cui 11 cuers en a faite l'issue, 

Par vous convient ma dame soit doutée ; 
40 Por ce vous pri que ele soit férue 

De vos dars tant qu'à moi soit conetie, 

Et par son gré qu'ele doint à celée 

Que jel serve sans ocboison faussée ; 

Ensi aura li vrais cuers alejance, 
45 Qui sans conseill remaint en grant doutance. 

19 Ms. De bofie, EL Hé bone. — 20 EL e< qu*ai. — 24 L f « manque.^ 
35 E fe ueuit, ^^LForeepor ee. —^ EL Se je % muir. ~ 28 L En 
moi perdre. — 30 Din. tu iert. — 35 E Touz desmuez miens fuorea donne, 

— 35 L estre omis. — 56 L sans ntife.— 37 EL Vous bofUi. — 58 L Voissue. 

— 41 KL vo dart. — 43 EL Que to. — 44 EL li fins. ^ 45 EL sans ostel. 



154 GHAHSONS 

Sagement va, sans estre aperceûe, 
Chançon, là où ma dame en est alée ; 
Di li, por Dieu, quant tu Tas encontrée, 
Jehan Frumaus est suens sans repentance 
50 A tos jors mais, se la mors ne Tayainoe. 



46-SO Cet envoi manque dans L.~ 47 E Chanconeste, oùmad.cêt alée. 
^ 48 Din. De li, — 50 Ms. ii« m'avanct. 



3. 



.Ms. C, 184. — Imprimée par Dinaux, Trauv. Jlam.<, p. 285. 



Q 



nques ne chantai faintement, 
Adès ai esté fins amis, 
Servi ai debonairement 
Bone amor et ferai tozdis ; 
5 Tos jors iere à li obei's, 

Quar je sai tout certainement 
C*onques ne fui si ententis 
Com je sui or, ne si espris, 
S^en chanterai plus liement. 

10 Cil sont de trop fol escient 
Qui cuident que j'aie guerpis 
Mes chans et ma joie ensement : 
Non ai, tôt autrement sui pris. 



ii Din. fat. 



DB JEHAM PREMAUS DE LILLE. 135 

Quar uns messagiers moat soutis 
15 Me rueve estre jolis sovent : 

C'est amors, qui tout m'a conquis ; 

Por ce pens que j*iere esbaudis 

De ses grans biens où mes cuers tent. 



Maiz trop detrient longuement 
20 Si bien, si en sui toz maris ; 
Je criem qu'il ne viegnent si' lent 
Qu'ançois soie del mont partis, 
Quar j'en ai si grant fais empris 
Que tout par tôt le cors m'en sent. 
25 Hé dame^ à cui je sui amis, 
Quar soufrez que vostre mercis 
Descende en moi par bon talent. 

Douce dame, à cui je me rent, 
Où mes cuers est del tout as^is — 

30 Non pas li cuers tant solement, 
Maiz cuers et cors i ai tôt mis, 
Si que de moi ne sui saisis — 
Or me faites aiegement 
Des maus dont je sui assaillis ; 

35 Se c'est vos grez, bien vos plevis 
Conques n'i pensai faintement. 

Tant ai souffert cestjgrief torment 
Que toz li cors m'en est palis ; 
Dame, se j'ain si hautement, 
40 N'en doi pas'estre plusjdespis, 

• 

11 Bio. crimt. — 24 Din. tem, — 30 Din. te fai. 



136 CHAHSOHS AB JBU!B nSMÂDS DB LILLE. 

De ce soit vostre con toz as. 
Et si sachiez bien Traiement 
C'onqaes ne foi fans ne faillis, 
Ainz aim, dame, par tel devis 
45 Qae por nal mal ne m*en repent. 

Avoés de Bethune, Guis, 
Jehanz Fmmaos on jugement 
De TOUS s*est mis sanz contredis, 
Se cil doit estre recaeiUis 
50 Qui toz jors sert entièrement. 



43 Din. ne suis, — 46 Din. a la suis (p. guis), qui est incorrect et ne 
dtnne pas^desens. 



VIL 



LI TRESORIERS DE LILLE 



i. 



Ma. B, 113; coll. avec 6, 110 et L, 158 y. — Imprimée par 
Dinaax, Trouv.Jtam;, p. 351. 



H 



ante honors d*un conmandement 
Me vient avec le nouveaa tens, 
Quant oisel refraignent lor chans 
Et flors et verdure reprent, 
5 Lors vueil joians chanter, 

Car cil sent amander 
Que amors retient feelment. 



1 Banor, — 6-7 G comender Celui qui retient finement. 



138 CHANSONS 

En mon cuer recort bonement 
La merci qae sui atendans, 
10 Et par tans en serai tenans, 
Se ma dame ne s'en repent 

De moi guerredonner ; 

Pramettre sans doner 
Est pb que mort à un amant. 

15 Ja la dolor que mes cuers sent 
Ne sentira nus faus amans. 
Car la douçors est si plesans 
Dont la haute mercis descente 
Qu'en faussement amer 
'20 Ne puet nus savorer 

Les biens ne les maus qu*amors rent. 

Loing de ma joie sui souvent, 
Car trop redout les mesdisans, 
Et nepourquant moult sui joians 
25 Quant de cuer et de pensement 
Sui avec la nonper 
De gent cors, de vis cler 
Et de tout bon enseignement. 



8 L reiieng. — 9-10 Finales en ant. — 10 L par tant. — 16 Din. t la 
san$ amant. — 20 Dia. mi$ (p. nut), — 25 Ms. et Din. fwper. — 26 Us. 
et Din. eor etdev, cl. 



DU TRESOEIBR DB LILLE. 139 



2. 



Ma. C, 177 ▼«. — Coll. avec D, 46 ; E, 113 ; G, 111 ; L, 169. — 
Imprimée , d*aprèa E, par Dinauz, dans les Trouvères flamands, 
p. 349, et dans Holiand, Chrestien Joon Troies, p. 233-4. Dans C, 
notre pièce est attribuée à Guiot de Dijon ; ,dans D, à Chrétien de 
Troies. Une traduction en prose en est donnée par De La Borde, 
Essai s%r la Musique, II, 201-202 (reproduite par Holiand, 1. o.). 



J 



oie ne guerredons d'amors 
Ne vienent pas par bel servir, 
Car Ton voit souvent cens faillir 
Qui servent sans changier ailiers ; 

Si m'en aïr 
Quant celi serf sans repentir 
Qui ne me veut faire secors. 



Voirs est qu'amers est grans douQors 
Quant dui cuer sont un sanz partir, 
10 Maiz amers fet Tun sol languir 
Et les anuis sentir toz jors ; 

Bien os gehir 
Que ne puis à amors venir, 
En amors gist toz mes retors. 



1 EGL guerredon,^ 3 EG cens savent. — 9 G sans faillir,— 10 KGL fet 
les siens, — 41 EGL toz jors soffrir, — 14 KGL El en li gist t. m, r. 
J*ai sobstitaé retors (on peut aussi lire recors) à secors^ que porte mon 
nu. 



140 GHAmcms 

15 Li granz pris et 11 granz valors 
De la bêle que tant désir, 
Sa biautez qa*en mon cuer remir. 
Ses clers vis, sa fresche colors 
Me font chierir 

20 Ma mort bonement et sooffirir 
Les mans d*amer et les dolors. 



La bêle, des nonpers la flors, 
Ne faites vostre pris mentir 
Par trop merci contretenir, 
25 Qa^ains qae vos viegne deshonors, 

Veoil melz morir. 
Si n'aura en vos qu'aoomplir^ 
Ne riens ne feroiz à rebors. 



Ja nHert perie ma labors, 
30 Se fins cuers doit d'amors joir. 

Mes je criem par trop haut choisir 

Ne soit mes guerredons trop cors ; 
Par son plesir 

Li proi de merci acueillir ; 
35 Aumosne li ert et honors. 



15 BGL Li haut pr. — Mon ms. a doMçort ; ce mot se troa?tiii 
déjà V. 8, J*y ai préféré valor^ leçon des autres mss. — 10-21 EGL creir 
Mum, et bon, s. Le$ m. d*amors. — 33 6 morir, — 28 EGL Ne n*en fereM 
(G fera) rient. — 29 BGL Ja t>otr n'ert perie mes (. — 30 D puet. 



DU TRISOaiBK DE LILLB. 141 



3. 



Ms. C, 162. — Imprimée par Dinaux, Trouv.flam,, p. 354. — Le 
premier couplet est enlevé, on n*en découvre plus que les mots 
chant ei die. — L*envoi final fait douter de Tattribution au Trésorier 
de Lille ; la chanson pourrait bien être celle désignée dans la table 
avec le commencement Quant la froidure et placée sous le nom de 
Thomas Eerier. 

[Premier couplet manque] 



B 



ien est drois qu'amors m'ocie 
Quant j'ai si très haut pensé ; 
10 Bien sai qu'à moi n'aûert mie, 
Trop a hautece et biauté ; 
Bien m'ont mi oeil engané, 
Qui tele amor ont choisie 
Dont je quit perdre la vie. 

15 Onques n'est amenuisie 
Ma dolors, tos jors doublé 
Sunt mi mal sans nule aïe ; 
Tost li seroit pardoné 
S'un petit d'umilité 

20 Trovoie en li ; tost garie 
Seroit ma grant maladie. 

Moût ai s'amor covoitie 
Et son gent cors desirré ; 
Mon cuer a en sa baillie 



m 
% 



143 



CHANSONS DU TRK80RIBR DE LALB. 

25 A faire sa volenté, 

Et del cors qu'ele a grevé, 
Ja nMert qui li cootredie, 
Qu*ele en a la seignearie. 



Sa très douce compagnie 
30 Et son gent cors moût amé 
Aim tos jors sans trecherie 
Et en bone loiauté. 
Mes n^est mie par son gré 
Que je Taim, ja nMert haie 
35 De moi, mes tos jors servie. 

Trésorier, tout abouté 
Voi le siècle en vilenie. 
Mes biens en vos monteplie. 



31 Ms. Ai. — 37 YoU, 



VIII. 



PIERES LI BORGNES DE LILLE. 



1. 



Ma. C, 173 v». Coll. avec B, 139, D, 76 t», G, 185. — . Imprimâe, 
n^ligemment, dans Dinaax, Trouvera ^tifandt, p. 352. 



L 



i louseignols que j'oi chanter 
Sor la verdure lez la flor, 
Me fait mon chant renoveler. 
Et ce que j'ai en bone amor 
5 Mis cuer et cors sans nul retor ; 
Et celé amors me fait penser 
A la plas sage, à la meillor 
Qui soit, dont ja ne partirai. 
Hé Deus, Dens, Deus, j*ai au cuer 
10 Amoretes, sombrai. 

1 B roiiignors. — i BDG En (oa mi) la. — 6 B A celé, D Bt tele. — 
IGÀIapl. bêle. — B «( ia m. — 8 D n'emp, — 9 BG Dette li doue deue. 






144 CHANSONS 

S*AMERAi et vueil eschiver 

A mon pooir tote folor ; ' 

Paisqa*amors veut à moi doner 

Cuer de béer à tele honor, 
15 Ja por painne ne por dolor 

Que il me conviegne endurer, 

Ne requerrai ne nuit ne Jor 
De li servir, par m'ame. 

Deus, ele m'a, eie m'a, ele m'a, 
20 Deus, ele m*a, ma damb. 

Ma dame, cui je n^os nomer, 

Mis m'avez en joie greignor, 

Quant vo debonaire vis cler, 

Vo regart, vo fresche color 
25 Puis remirer et vostre ator, 

Que se de France coroner 

k roi ne tenir à seignor 

Me Tousist on tôt à mon* gré. 
Merci, merci, douce amie, 
30 Je vous ai tôt mon cuer donâ. 

DoNB loiaument, sans fausser, 
Le vos ai, dame de valor, 
Si me font cremir et douter 
Li envieus losengeor, 



il Ms. Jamerai. — B eschuir, — 12 D mon vohir, — 13-14 B Puis qu'O' 
mors nCait (=» m*a) à ceu metteit Con de penseir à (ele dolêur. — 18 G li 
partir, — 19-20 Je m'abstiens de débrouiller te refrain qai varie dans les 
mss. ; je donne la leçon de D. — S2 B onjoe en badour. — 23 G Qtée vo. 
— 34 B Mir et w>s fr, c. — 25 B Muez ains remirer v. a. — 28 B retire 
de Fr. coroneis. — Ms. Quest se. — 27 B Rois ou eslea ou «. — 28 B Miez 
me vaurait {vanroit f) asseis an greit. — Omis dans D. — 29 BG douce 
dame. — 33 B Mais trop me font cremir douteir. 



DE PIBRRE LE BORGNE DK LILLE. 145 

35 Gui Deus mete en maie tristor, 

Qu*à vos ne me veaillent meller ; 

Mes ja n'en querrez menteor, 

Bêle, se Dieu plaist, cui j'en proi. 

Sanz cuer sui, deus en a ma dame, 
40 Sanz cuer sui, deus en a on soi. 



Od soi est mes cuers, que sevrer 
Ne s'en porroit por nule error, 
Car tôt si con m'oez conter 
De Fortune qui à son tor 

45 Met l'un bas et l'autre en richor, 
Puet ma dame de moi joer ; 
S'aurai à son plaisir langor 
Ou santé, s'en li est pités ; 
Douce [dame] saverousete, 

50 Vos m'ocirez se vos volez. 



35 B Deuê le$ peust mètre à grant dolour, — 36 B Ki moi et vos veu- 
lent wi. — G me puissent, — 37 B Neja tie croira m. — D ne querrez, 
G nen crerés, — 38 B6 50 D. plaist, dame. — 41 B «ot mes cuers qui 
retomer. — G mes cuers, desevrcr, — 42 B por nul lasour. — 43 B Car 
ja(= j'ai) sot)ent oU sonteir,-- G Tôt ensi con m'oez c. — 44 B Ke f. ki 
fait #. t. — 45 B L*un met an ris. Vautre an tristour, — 48 B On 
mertit s" an li a piteit.-^l^ B Hé douce baiselete, G Hé douce damoiseU , 
Pour parfaire le vers de huit syllabes, qui me paraît convenir ici, j'ioter- 
cale le mot dame. 



10 



IX. 



JAQUES DE DAMPIKRRE. 



1. 



Mb. m, 13 V*. Imprimée dans Dinauz, Trouv. hrah.^ p. 387. 



C 



'ors de si gentil faiture 
Que par regarder 
, Fait tel c'onques n'en ot cure 
Par amours amer, 
5 Me fait si penser 

A sa très douce figure, 
Que de riens n'ai tel envie 
Com d'ayoir sifaite amie. 



5 Dinaox t sauté le mot fait. 



JAQU£8 DE DAMPIBRRE. 447 

Pieça qu'à cuer n'oi pointure 
10 Qui maus endurer 

Me feïst tiens com j'endure, 
N'en amours entrer. 
Or ne puis muer 
Que je n'aimme en aventure 
15 D'atendre à si douce vie 
Com d'avoir sifaite amie. 



Je n'en puis mais s'en ardure 

Soi de desirrer 
Si faitisse créature, 
^ Que nus rien noter 

N'i puet ne trouver 
Qui torner puist à laidure. 
Pour ce rien tant n'estudie 
Com d'avoir sifaite amie. 

ie Din. Comme. — 18 Ms. desirrier. 



« ' 



2. 



M.. M. 14. Imprimée, les 3 ppemiei, couplets pt renvoi, dans 
Dinanz, 1. c. p. 388. 



D 



'amours naist fruis vertueus, 
Plains de grâce et de delis, 
Secours as cuers besongneus. 
Très honnorables proufls, 



8 Ms. grâces, — 3 Din. a cuers. 



148 CHANSONS 

5 Vouloirs de tout visce eschis, 
Caase de parfaite joie, 
De bonne espérance avis ; 
Et quant de tout ce sui fis, 
Pourquoi donque n'ameroie ? 

10 Se très dous fruit gracieus 

Est venus désirs acotnplis 

Entre les cuers amoureus, 

Quant Tuns s'est en l'autre asis ; 

De ce vient douce mercis 
15 Dont fins amis se cointoie ; 

Moult est à droit point cueillis 

Quant nulle fois n'est blesmis, 

Mais en droite honneur verdoie. 

C'est biaus secors et grans preus 
20 A tous fins loiaus amis, 

N'il n'est nus tant pereceus, 

Puis qu'est d'amors acueiliis, 

Qui ne soit gais ne jolis 

Plus que dire ne sauroie ; 
25 Tous visces het et mesdis, 

D'amour est ainsi nourris ; 

Qui bien n'aime, trop foloie. 

D'amour m'est u cuer li neus 
En loial désir confis, 
30 Qui me conforte en tous leus, 
Par espoir dont sui saisis ; 

5 Din. esclus,^ 9 Dio. donc. — 10-il Ces Ters sont altérés et le second 
trop loDg ; peut-être Tauteur a-t-il écrit : 5t trèi dont fruU gr. Est vm%u 
(devenu) désirs complis, on bien, car le verbe compHr est insolite : De si 
potis fruit gr. Est H désirs acomplis, ~ 15 Din. fine amis, — 10 Ms. biau 
s, et grant. — 25 Din. vistes, — 30 Ms. liens. 



DE JAQUB DB DAMPIBRRE. 149 

Et 86 8*est haut mes cuers pris, 
Où par raison n'avenroie, 
Tout ce fu sus amors mis, 
35 Et s*il m'en estoit de pis, 
Humblement le soufferroie. 



Mes, très dous cuers savoureus, 
D'exellent noblece eslis, 
Peuture aus vrais familleus, 

40 Fine biautés» cuers rasis, 
Regars amoureus soutis, 
A qui li miens cuers s*apoie, 
De Yo vouloir sui souffls ; 
Ainçois soie je fenis 

45 Que vous truissiez qu*autre soie I 

Par amours mon chant envoie, 

Si voil que il soit ois 

De la belle à qui ravis 

Est mes cuers où que je soie. 



34 Ms. Mais (oui ce. — 38 Ms. Dicxellent, — 47 Ms. Se mot quil ; Din. 
Se met. 



X. 



LAMBERS LI AVULES. 



Pastourelle. Me. C, 100 v* (dans la table, la pièce se trouve indi- 
quée 80U8 le nom de Jean Erart^. -> Imprimée dans Bartech, Rom, et 
PasL, p. 246. 



L 



'autrier quant jors fu esdarchis, 
Au repairier de Saint Orner, 
Oï delés un plaisseïs 
Une pastorele chanter» 
Qui les berbîs ot à guarder. 
Deus ! tant lî plot.... 



3 01 lés ; Barisch, pour suppléer à Tinsiuffisance de la mesure, met Um 
une pl.^ ce qui me semble inadmissible. — 5 £( herhis ; Bartsch corrige 
EU berhii. — 6 Les quatre syllabes finales manquent. 



LAMBERS LI AYULE8. 151 



m Perrin », œ a dit Beatris, 
« Trop mi laissiez vos seule ester. » 
Perrin quant soi regreté, 
10 Sachiez, moût en fui esjoïs. 



Vers la pastorele guenchis 
Por acointier et por parler ; 
Ele ne prisa tant mes dis 
Qu'ele me deignast esguarder, 

15 Maiz tant dist pour moi ramprosner 
a Fuies de ci, laissiez m'ester, 
« Ja por vous ne sera guerpis 
« Perrins, que je doi tant amer, 
« Ja nul jor de vostre aé ; 

20 « Musart vos voi et abaubi. » 



— « Belc, )a gelée et la nois 
a N'est pas sautez ne garison, 
(c Je vos donrai chapel d^orfrois 
« Et bone cote et peliçon. » 

25 — « Sire, j*aim mieuz pain de tremois, 
tf Que ja chevalier ne borgois 
N'aroerai se mon bregier non , 
a Trop mi faites le Champenois, 
Voir dit, si dit vérité, 

30 (f Qui dit ! maie gent sunt François, n 



8 Vos manque. — 9 Perrins, — i*ai copié sur le ms. sot regretor ; 
Bartsch y a la sot reter ; je ne puis, pour le moment, vérifier lequel de 
nous est dans le vrai ; en tout cas, j*ai cru devoir préférer ma correction 
^ la sienne qui porte : Perrins ^quanl s'otrete^ S.^m* en fo esj. Ce sont, 
selon moi, les reproches adressés à Perrin qui ont enhardi le narrateur à 
aborder la pastourelle. — 11 gwnchi. 



152 y CHANSON DB LAMBERT l'aVULB. 

— <c B6le, dont vendra li defoia ? 
« Je n'i 7oi bregier ne garçon, 

<c Jel Yo ferai sor vostre pois, 
a Ja n'i aura deffention, 
35 « Ne ja adonc gré n*en auroiz. o 

— a Bîaos sire, ce n*iert pas des mois, 
« Ne sai pas en vostre prison. 

<c Or demorez, quar je m*en vois? 
« Perrot, Goiot et Hardré ! * 
40 « Or çà ! où snnt yo compaignon ? » 

Perrins en a oï la vois, 
Qaatis ert delés un buisson. 
Adonc en ist, sailli trois sois 
Et deus fessez à un baston. 

45 Qui donc veïst par ces marois ' 
Bregiers venir, çk deus, çà trois, 
Chascuns en sa main un baston ; 
A Beatris vienent tôt droit. 
Atant es m'en vos torné, 

50 N*i vosisse estre por Mascon. 



41 Puis enaioi; j'adopte la correction de Bartsch. ^A% ert Ut; B cor- 
rige ère les, — 43 eii sailli ; B corrige eti sailli a tr, s, — 44 Baston 
revenant au t. 47, il faut peut-être corriger randon. 



xr. 



GERARS DE VALENCIENNES. 



Jea-parti copié d'après A , texte de Brackelmann {Herrig^s 
Arekiv^ XLIII, 357), sous la rubiique Oerairs de Valaisiene ; coll. 
aTec D, fol. 86, où il ne porte pas de nom d^anteur. -^ Imprimé 
dans Dinaax, Trouv. Bràb,^ p. 310. 



S, 



ire Michiés, respondés, 
Un jeu parti vos demant, 
Et par raison me monstres 
Quo vaut miens à un amant : 
On savoir le cuer s*amie 
K'il aime sans tricherie, 
Ou elle setist de voir 
Tont son cner et son voloir ? 



4 D JK votif. — 7 A seux (p. seust). 



154 jEU-FAmn 

•— Oeran» toiu soi porpensés 
10 De respondre maintenant. 

Moolt seroit bien eorés 

Qoi sanroit lor covenant 

Et lor coen, n'en doutés mie ; 

Por ce est tote sa vie 
15 Fins amans en desespoir, 

Ee lor caers ne pnet savoir. 

* 

— Sire BiichiéSy bien savés, 
Teus aime tout son vivant 
Ei ja ne sera amés ; 
20 De sa mort savoir avant 
Est ce très foie aatie, 
Pois k'esperance est faillie ; 
Ee sans fin se doit doloir 
Ei sert sans atente avoir. 

25 — Gerars, bien est vérités 

E*à tort faillent 11 auquant ; 

Por c'est fins amans grevés 

Ee toutes font lor talant, 

E'il n'est nule, coi c'on die, 
30 Ee femme est de tel baillie 

CTà envis fait percevoir 

Ce que plus vodroit veoir. 

H Din. a mis euriés; le texte, selon soo orthographe particulière, a 
eureis. — Le ms. D., d*aprè8 qq idiotisme de syntaxe bien connu, donne 
boint tiXréi. — 15 A deespoir, — iQ D le cuer n^em.— 19 A Kijai ne serait ; 
Dinaux, ne comprenant rien aux particularités orthographiques du ms. de 
Berne, commet le non-sens : Kefai ne seroit, ~ 30 D !>« samor, — 31 D 
trop foie. — Din. a aitie{\). — 23 D Car sans. — 24 Din., contrairement 
au ms. et au sens, sers, — D sans merchi. — 37 D mains amans, — 
38 Ki covers ont tor /. — 39 D. ki les die, — 30 D Car femme. — 
33 D Celé que. 



BE GBRART DE VALEMCIEIflIBS. 155 

— Sire Michiés, entendes 

Ma raison et mon gaarant : 
35 S*ele set ses volentés 

Et li cuers n'en va doutant. 

Puis ke n*i voit âiusserie. 

Plus tost vers li s'umelie ; 

Loiautés puet moût valoir 
40 Et dur cuer faire amolloir. 



— Gerars, s'a ce vos tenés, 
Un péril i a moût grant : 
Cuers de femme est tost tornés ; 
Quant elle va percevant 

45 Qt^elle est finement cbierie, 
Lors moustre sa signeurie 
Et plus sovent fait paroir 
Son dongier et son pooir. 

— Sire Michiés, par boidie 
50 Maintenés ceste folie. 

Car tost voriés remanoir 
Se biens n'en devoit cheoir. 

— Gerars, la vostre partie 
lert par raison' forjugie, 

55 Car tost ont et blanc et noir 
Lor cuers mis en décevoir. 



34 A guerant, Din. eu a fait gaerant. — ZSi D Set ele ies, ~ 36-37 D Et 
son cuer et son talant Puis ko nH voit fausetés (contraire à la rime). — 
37 A Pues keUe ni. — 40 A cuer omis ; au Ueu du terme amolloir, qui 
est eu effet suspect, D donne esmovoir,^ 45 A amée (contraire à la rime) ; 
j'ai corrigé d*après le ras. D. — 48 D dangier, — 50 D cegte arramic. — 
51 A voreis, D vauries,— 52 A bien, D riens. ^ 55 D /o/ onf. 



XII. 



PIÈCE ANONYME. 



(JEAN DE CONDE î) » 



Bibl. Nation, de Paria, mss. franc. 1446, fol. 206-t<> 207. 



J 



e me sui longuement teus 
Que par moi n*est rame;iteû8 
Biaos mos. Savez par quel raison ? 
Pour ce c^uns hom pert sa raison 
5 En biaus mos conter et reprendre, 
C'en ne voit nulai tant aprendre 
Que le bien en son cuer atraie 
Et de mal faire se retraie, 
S'est li siècles tens devenus 
10 Que nus n'iert ja mes bien venus 
S'il ne set fauvain estrillier. 
Pour ce me voel appareillier 



PIÈCB ANONYME. 157 



Pour savoir se faire le sai. 
Car onques n*en fui en Tassai, 

15 Mes tout 11 dit qae j'ai repris 
Ont les malvès leur maus repris, 
Sans grant ne petit déporter, 
Car je lor cuidoie enorter 
Le bien faire et le mai laissier, 

20 Mes je n'en voi nului plessier 
Son cuer pour conte ne pour dit, 
S'ai tout perdu quanque j*ai dit 
Pour yaus remetre en boine voie ; 
Ne voi nul qui volentiers voie 

25 Celui qui son mal li reprent, 
Car li d jables si esprent 
Lor cuers et fait si obscurcir 
Que de plus plus fet endurchir 
Pecbié en jaus et amonter, 

30 Car qui lor voelt^biaus dis conter 
Pour donner de bien faire exemple, 
Bien puet dire qu'il sert au Temple. 
D'autre part, s'aucun biel dit conte 
En hostel de roi et de conte, 

35 Ou de plusours gens a grant masse, 
Chascuns s'i assamble et amasse. 
Quant j'ai commenchiet À conter. 
Car il 'me voellent escouter. 
Se je parole de proôche, 

40 Li couart, li plain de pereche 
En orront envis la parole ; 
Se de courtoisie parole, 
Au vilain cuer, qui n'en a cure, 
Samblera la parole obscure ; 

45 Se je parole de larguece, 

Li aver plain de grant riquece 
D'autre part les chiés tourneront. 



158 * PIÈCE ANONYMB. 

S*ii osent, si destourneront 

Mon dit, qui leur despiaist forment, 

50 Et au cuer en ont grant tourment ; 
Se je Yoel blastengier envie, 
Li malvez dont elle est servie, 
Li mesdisant de pute orine, 
En aront vers moi grant corine ; 

55 Se losenge voel blastengier. 
Si me harront li losengier ; 
Se je di bien d'aucun prodoume, 
Li mesdisant, ce est la soume, 
Ne seront pas de mon acort, 

60 Ains mesdiront de mon reeort 
£t y verront mettre du sel. 
C'en ne puet en yaus trouver el 
Que ce qui leur vient de nature ; 
Se je parole de droiture , 

65 Baillieu, prevost et tde gent 

Qui maintes fois prennent l'argent 
As povres gens par desraison, 
En orront en vis la raison. 
Ensi ne veut oïr retraire 

« 

70 Nus chose qui li soit contraire, 
Mais qui voe]t grâce recouvrer, 
A placebo Testuet ouvrer, 
Ensi commencent les vegilles. 
Se je ne vous di evangillçs, 

75 Je ne vous puis dire plus voir : 
Qui voelt au jour d'ui grasce avoir, 
Serve chascun à son plaisir, 
Ou il li venroit mieus taisir. 



78 Ms. U p. U. 



Car vérités ne vaut mes rien, 

80 On n'aevre pas de tel mairien. 
Vérités est toute affolée, 
Car losenge l'a si foulée, 
Et faussetés, c est vraie chose, 
Que ja mais demoustrer ne s'ose ; 

85 Tournée est à desconfiture. 
Encore dont dist Tescriture 
Que vérités ne quiert nul angle, 
Môs losenge au jour d*ui l'estrangle 
Et li tient le piet sous la geule. 

90 Grant seigneur sont près tout aveule 
Du cuer, ce dl tout en apert, 
Car par lor deffaute se pert 
Vérités, bien est apparant ; 
Bien en trouveroie garant, 

95 Se plus avant dire en voloie. 
Je me tairai, car eil foloie 
Qui sens vuet tenir un usage ; 
Ne voi si vaillant ne si sage 
Qui les Ipsengiers trop ne croie ; 

100 Poi voi nului qui s'en recroie ; 
Ce est au jour d'ui la manière 
Qui plus est par le mont pleniere ; 
Coment dont le porroie abatre ? 
Souvent me convenroit combatre 

105 Et as plusors avoir descort. 
Je devenrai de leur acort 
Et muerai mon vies usage , 
Si arai souvent avantage, 
Et bien croi teus me fera fieste 

110 Qui d'autre part tourne sa tieste 
Maintenant quant devant lui vieng. 
Voires, se losengiers devieng, 
Estre puet qu'au siècle en ferai 



PIÀCB ANONYME. 169 



160 PlfcCS àMONTME. 

Mon poarfit, mes je mefferai 

115 Envers Dieu, ce conois je bien. 
Miens vaut que j'anonee le bien 
Ensement que je Fai empris, 
Et des maivès soie repris. 
Que à leur volenté feîsse 

120 Et encontre Dieu mefTeiiBse ; 
Pour ce, qui a aucun penser, 
Boin j fet après repenser 
Et tous jours le meilleur tenir. 
Pour ce me vaut mieus maintenir 

125 Mon pourpos de vérité dire. 
Se plain en sont d'anui et d*ire 
Li mauvais, n'i doi force faire. 
Car je n'i cuic de riens meffaire ; 
Et bon gré savoir m'en deiissent, 

130 Se il d'iaus volonté eussent 

D'amender ; mes n en ont talent 
Et pour ce en sont il dolent. 
Mes li bon, pour exemple prendre, 
Sont liet quant il oient reprendre 

135 Le bien, et pour yaus m'en verrai 
Pener de quanque je sarai. 
Se li malvez aucune fois 
En font lor gas et lor bufibis, 
Encor puet bien estre que tés 

140 En ert de mal pourpos jetés, 
Si arai moult bien employé 
Mon sens, que j'arai desplojé 
A lui enseignier et estmire : 
Qui en un seul porroit destruire 

145 Le mal, s'il s'i ert atachiés, 
Je tesmoing, et bien le sachiés. 
Qu'il aroit fet boine journée 
Puisque il aroit destoumée 



PIÈCE ANONYME. 161 



Sa Yolenté de mal à faire. 
150 Or me laist Dieas si mon affaire 
Mener qa'autres à moi apreingne 
Le bien et à, tel fin me preingne, 
Qaant m*ame ert de mon cors partie, 
Qu'il le retiegne à sa partie. 



41 



xrii. 



LAURENT WAGON. 



LE MOULIN A VENT. 



Ma. 12615, fol. 211, col. D. 



L 



eurens Wagons a en couvent 
Qu'il fera un molin de vent 
En la rue dame Sarain, 
Mais n'i aura bauke ne rain 
5 Ne soit faite d'un menteeur 
Plain de truffé ; fors menteeur 
Ja n'i aura autre mairien. 
Saciés que jou n^en ment de rien 
Ains vos di pure vérité ; 
10 Nos ki ait foi ne loiauté 
Ne viegne maure à cel molin, 
Mais li cuivert faus de put lin 



6 Ms. fùrt. 



LAURENT WAGON. 465 



Ki le siècle vont décevant, 
Cil aront Tavantage avant : 

15 B'aus ert II molins sousteuus 
Por çou que foi n'i trueve nus. 
Onqiies de cou nus ne se douce 
Ke sire Uistasses Travelouce, 
Par foi, ne soit moult bone estake ; 

20 En lui puet on faire une atake 
Ausi bien k*en une buhote : 
Il a tous jors plaine la hôte 
D'une fausse parole vaine ; 
Ja n*ert pris en si bone vaine 

25 Con le puist croire par raison 
G*un peu n*i ait de traïson ; 
Encore ait il pance farcie, 
Poise il moult mains d'une vessie. 
Or nos covient faire une suele 

30 Ki bien puist soustenir le muele ; 
Je croi que Wibers Caukeseus, 
Par foi, la soutenra tous sens ; 
A Teslire n'ai pas failli : 
Encore voist il à Wailli, 

35 Set il le voie à Mentenai, 
Les noveles oï en ai. 
Or me convient faire une arcure 
De celui qui a mis se cure 
En mentir très cou qu*il fu nés ; 

40 Je cuit je sui bien assenés : 
Cou est Estevenes de Monchi ; 
Hé, Deu, j*ai ja de sen vent ehi, 
Quant près de lui sui acostés. 
Je muir de froit en mes costés : 



18 Ms. $ire$ wiêtanei. 



164 LAUiusErr wagon. 

45 Blans est dehors, blans est dedens. 
Or nos copient faire les dens 
Par quoi li ruée poist torner. 
Mais je croi, por bien faumoner 
Qu*il n'ait voir son parel el mont 

50 K'en Perron de Baoduiemont : 
C'est li drois sires de Blangi, 
Faussetés l'a pieça soogi. 
Or m'estnet faire une clapete 
De celui ki tous tens papete * 

55 Tout ensement com li papoire, 
S'est plus merdeus d'une clapoire : 
C'est Ënglebers 11 papetere. 
Je n'en sai nul de se matere. 
Se lanwe ne puet estre coie ; 

60 Li molins fait de lui grant joie. 
Por bien soufler fu en cuisine, 
U en cornet ou en boisine, 
En orghene, en muse u en fretel, 
Ne ruis cangier Jehan Bretel ; 

65 Plus set d'engien que ne set loutres : 
De lui vaurai faire les tourtres . 
Jou ai pieça jeté me ligne 
£ns en le mote De le vigne, 
A celui au magre musel : 

70 S'en vaurai faire le fusel. 

Poiniles ert Pieres li pautres, 
Ja en son lieu n4 sera autres. 
De Willaume as Paus ferai arbre, 
N'a si menteur dusqu^en Calabre : 

75 U n'a voisin qui le puist croire 
C*onques desist parole voire. 
Et sire Mahius li anstiers 
Set de Blangi tous les sentiers ; 
Cil qui connoissent sen afaire 



N 



LAURBUT WAGON. 16S 



80 VauroDt de lai tremuie faire ; * 
De Blancandin set cent quaers. 
Au mentir 8*est tous jours aers. 
Saciés que Pieres de Warluis 
Ert puelie deseure Fuis 
85 Et por sakier le blé amont ; 
De mentir n'a sen per u mont. 
Or vos en vuel quatre nomer 
Qui, s'il estoient en la mer, 
Cascuns au col une grant piere, 
90 Par le foi que je doi saint Piere, 
Li vens les a si amoiés 
Ja nus d*aus n'i seroit noies. 
Li uns est Herbers de Betune, 
Tous li vensen son cors atine ; 
95 Robers Bocons est ses compains 
Et sire Sawalés Durpains, 
Simons Faveriaus li liefrus, 
Cil rest bien en lor cuing férus. 
De ces quatre vaurai faire eles ; 

100 S'il ne sont boin, moi refuseles, 
Jou n'en sui mie en vo dangier 
Ke jou nés sace bien cangier. 
S'on ne me tenist por musart, 
0*i mesisse Robert Nazart ; 

105 Çou est uns vens qui tous jors soufle. 
Au point k'il a caucié se moufle, 
Me sanle bien offisiaus, 
De blanke cire est ses seaus ; 
Ki ke de lui manecié m'ait 

110 De lui vaurai faire le mait 
Por le farine recevoir ; 



105 Ms.ior. 






166 LADRBIfT WAGON. 

Bel set le monde deceyoir. 
Andrins Wagons ert 11 rastiere, 
Car il set bien tenir estiere 

115 De mentir quant vient an besoing ; 
C*e8t uns hom que je moût resoing : 
Quant plus jure grant sairement, 
Dont sui jou bien seilrs qu'il ment ; 
A sen oes est grans destourbiers, 

120 II a passé tous les erbiers 
Ki mainent desi à Paris ; 
Souvent me fait un si faus ris 
Au parler sanle une pucele, 
S'est plus poignans qu'une estincele. 

125 Henris Wagons ert alerons 
De coi le frine amasserons ; 
Cil vente bien, ce fait jounece, 
U sotie qui trop le blece. 
Sire Jehans de le Fontaine, 

130 Ja n'est si haute quarantaine 
Feste, bons jours ne diemence, 
Ke tout adès ses cors ne mence ; 
Au parler sanle uns apostoiles. 
Et si croi bien que sour ortoiles 

135 Ne passast aine si fors traillieres. 
Se n'est Wistasses li tailleres, 
Mais cil set trop d'astronomie : 
Wistasses ne se doute mie^ 
Quant il passe sieré le bos, 

140 Tant i ait arbres ne halos, 
Qu'il ne cuit tout de û savoir 
Quantes fuelies i puet avoir. 
Cil doi ventent bien par raison, 
S'en vaurai faire le maison 

145 De coi li molins ert covers 
Ke mal n'i face li ivers. 



LAimsnr wagoh. 167 



Or me covient faire le kene 
Ki le molin da yent reskeae 
Quant il ert a plus grant tourment. 

150 Se li estoires ne nos ment. 

On dist qu'en pais n*en contrée 
N*a tant... com en TEstrée, 
Blankes gens i doivent manoir» 
Li rente lor vient d'oir en oir ; 

155 Loiautés lor est si amere, 

Très çoa k*il furent né de mère, 
Ens en lor cors n'en entra point ; 
Cil tenront le molin à point. 
Ermenfrois sera li mansniers 

160 Et sires Bandoins asniers ; 
Cou est droiture de molin. 
Manoir i doivent bauduin. 
Or vaurai faire une plumete, 
Ki le molin au droit vent mete ; 

165 C'est de Willaume Faverel : 
Cil set bien tendre le musel 
A tous vens, ce saciés sans doute, 
Cest oifisse pas ne redoute. 
Saciés, maistre Adans de Vimi, 

170 En sen ostel aine ne vi m'i. 
Et si m^en proie moût sovent. 
Mais li proiere ele est de vent ; 
Cil cui il fait plus grant soûlas» 
Quant est keûs entre ses las, 

175 Autant trueve de foi en lui 
Com li olseaus fait en le glui ; 
Maistre Adans por nule vergogne 



I5t La lacune n!esl pas indiquée dam le ms. ; je suppcae quMI faut la 
remplir par de veni. 



i68 LAUMHT WAGON. 

Ne laisse à faire le besoigne 
I>*im home, encore ait il grant tort, 
180 Preac qa*il 11 face grant aport. 
Et kl droit a s'il ne li done, 
C'est Waotelés Eskitezonne ; 
De loi vaarai faire atemproire, 
Por cou ke nus ne le puet croire. 
185 Un carpentier nos covient faire, 
Ki no molin face refaire 
Quant li vens Taora craventé ; 
J'en counois un qui a venté 
Très cou qu'il vint en cest pais ; 
190 n est trop de mauvais hais, 
Mais li boin le doivent amer, 
Por çou qu'il puet en haute mer 
Juer as bares sans moiUier ; 
Forment me puis esmervillier, 

195 On dist que c'est li grans baillius, 
Qui des mauvais fiBiit les alius 
En son pais, droit à Yiler ; 
Les gens nM fait fors que giler. 
On dist que sire Bertremieus 

200 Çou est li hom qui vente mieus 
De trestous ciaus que je ci nome. 
Je croi bien k'el molin n'a home 
Qui tant sace barat ne ghile 
Gom Bertremieus de Digenvile ; 

205 De lui vaurai faire estandart, 
Car il blangist et tempre et tart. 
Oosses de Monci ert cevaus, 
Bien set monter et mons et vaus ; 
Encor soit il espavigneus 

210 N'est il mie mains desdaigneus. 
Henris Castelés de Lahors, 
Cil portera le blé tout hors ; 



LACRUIT WAGOM. 169 



Entre lui et Henri au Pié 
&eÀt adès ens u markié 
215 Et por atendre le Toiture 

Por coi il prenderont meuture.. 



9i6 La pièce ptnft inacbeYée. 



XIV. 



PIÈCE ANONYME. 



LA PRISE DE NUEVILE. 



Bibl. Nat. de Paris, Ma. fr. 12615, fo.l. 213-214. 



S. 



'iggeur, ore sçoutés, que Deus vos sot amis, 
Van ruj de sinte glore, qui en de croc fou mis. 
Assés Tavés oVt van Oerbert, van Gerin, 
Van Willaume d*Orenge, qui vait de cief haidin, 

5 *Van conte de Bouloigne, van conte Hoillequin, 
Et van Froment de Lens, van son fil Fromondin, 
Van Rarlemaine d*AiS) van son père Paipin ; 
Mais jo dira biaus mos qui bien dot estre en prins ; 
Li ver i stront bien fat, il ne sont pas frurins, 

10 Ains sont de bons estuires, si com dist les esorins. 
Ce fu van rovison, qui de tans fu suerins. 
Que d*alu8ete cante van soir et van matin. 
Le los ele est kiie, ce f u à put estins, 
Pour aler s6ur Noevile le custel asalir. 

15 Le vile sunt stoumie, là jus en ce gardins, 
, Flamenc se sont sanllé plus de tros fies .xx. 



PRISE hB nUBTlLB. 171 

Maquesai Kaqitinoghe et se niés Boidddn, 

Et Hues Audeyare et Simon Monssekin, 

Riqnejore du Pré et Wistasse Stalin, 
20 Et Vinçant de larbier, .i. autre Roëlin ; 

Et si Tint Esconart courant sor se patin, 

.1. autre Sparoare, Qilebert Dierekîn, 

Et tout le l)ocardent cascun dist esquietin ; 

Si fu escavecant Willaume Scovelin, 
25 Et si fu Hondremarc, .i. autre Glaiequin ; 

Que parent de Quemuze et que larmant cousin, 

n furent bien tros mile, ce tesmoigne Tescrin. 



Simon Banin warla, ce fu le plus vailant : 
tt Siggeur, ore scoutes, por Dieu de rui amant, 

30 a Van rui de sinte glore qui nasqui Biauliant. 
« Le los ele est kiie, ce seyent le laukant, 
a Pour aler sour Noevile orendrot mintenant ; 
<c Va là de blanquecluque qui dist babin balant. 
a Je vaura mi prover encore anqui min brant, 

35 « Jou Ta fat froubetèr, assés stront plus loisant 
« Que ne soit .i. cristal encoste .1. laïmant, 
« Wi ce jor ert sauvé Teneur de Tisterant, 
« De frère de S. Jake à ce caperon grant, 
a n ont pieça surti, il de troevent lissant, 

40 « Jou sera eskepin ains feste S. Joant. » 



Bauduins Makesai en warola pramiers : 
« Par foi, Simon Banin, dont ne stront jo yo niés 
« A .ii^. liues près, ke de fl de sacies, 
a Hère Froment de Lens, qui tant ot le cors fier, 
45 « Fu le cousin larmain min parastre Wautier, 
« Jou sera de vins homes, se m'i volés aidier. » 
Et respondi Banin : « Je ne vous nuira nient, 



173 PUSB M HUBTILB. 

ff Aies à To nostel, moult bien yos parellioz, 
a Cascans se voist donber à wise de valier. » 



50 Willaume Mordenarc warla premièrement : 
a Par foi, Simon Banin, ja stront jou yo parent 
« A .xiij. Unes pfès, jo le sa vraiement, 
« Vrouwe Eisse^ vo nante, qoi tant ot le cors gent, 
<c Fa cousine larmaine min parastre Hersent, 

55 ' a Nos iiitrames ensanle par purte de Meulens, 
tt Alueques vos dona bon fromage flamenc 
« Et de min pot de bure yos neustes plain yo dens, 
a Jou le YOS ramentos, n'est mie proYemens, 
a Jou sera de Yins homes, se yous Yient à talens, 

60 « Jou sa bien eskioYer, si wardera d'argens, 
a Je warde de pusteme et quan k'il i s*apent, 
ff La stront min iretage et toat min casement. » 
Et respondi Banin : « Tout à Yostre talens. » 



Simon Banin warla, ce fou le plus sané : 
65 a Slggeur^ pour amour Dieu qui en croc fu pelé, 
« Quant Joïs le feri Yan lance de costé, 
<( Jou YOUS pro et commant qu'aies à yo nostel, 
tt A wise de Yalier se Yoist cascun douber 
tt Si que de grant bailon nous puist tos saYor gré ; 
70 tt Wi ce jor ert Thoneur de Tisterant sanYé ; 
« Ces useriers poiant ert ariere boité, 
« Jou sera eskepin, jo le sa par Yirté. » 
Bauduin Maquesai s*en est premiers leYé, 
Au plustost qui le pot s*en Yint à sin ostel. 
75 II a fait Baielart sin ceYal inseler, ^ 
Il Yesti .i. ambas, aine ne Yistes se per, 
n fou de molekins, cascun plos fn sané, 
De Yorre et de quitons stront par dedens boité. 






PB18B BB MUBVILB. 175 

ê 

Aine DeoB ne âst saiete, tant fust bien barbelé, 
80 Qui parmi lo de plo8 peUst Fontrepasser. 

J. bon capel d*infer a sor se kief framé. 

Il a çainte sin spede van manefle custé, 

Saloawart signié dere, li brans il fu oeré, 

Quant il saque de foure, plus jeté de clartés 
85 Que ne fat de solier quant il loist en estes. 

Une siele batiere flst Maquesai porter, 

n saut sor Baielart, qu*à d'estré ne sot grés, 

D'un oordele de lins fu se .n. pies loé ; 

Je vo dira por coi, se savoir de volés : 
90 S'auoon mousart venoit qui le volot horter, 

Maquesai ne porot sans se queval varser. 



Baiart fu ruveleus, si commence à haner, 
Trestoute de grant rue eii a fat retinter , 
Çou sanloit une foudre qui de ciel fu versé. 
95 Qommeline se feme so prist à porpisser : 

« Amis Maquesai, frère, war devés vous aler ? 
« Anuit songa .i. singe dont je sui bosoflé, 
ff CTune scoufle vinoit volant devers de mer, 
tt Qui me voloit me oes de me teste craver» 
100 « Et dont revint .i. lourse, sin geule baielé, 
a Se ne fu de haignon de Dius que j'ai pielé, 
a Je oroi bien vraiement de lourse m'eut voré ; 
« Jevospro,biausdous singes, por Diu,que vous mourés. » 
Et respont Maquesai : « Jamais le pisserés, 
) 105 « Mi ne croi corcerié .i. denier moneé. » 

I II âert des porions, de frains abandoné, 

; Et Baielart li saut .iiii. pies mesuré, 

Et Maquesai s*in est à sin buis si bourté, 
Jou sa bien vraiement, qu'il en kia paumés. 
110 Gommeline le voit, s'in a grant dol mané : 

ff Amis Maquesai, frète, min songe il est viéré. » 



174 PftlSB DE MUBVILE. 

Quant Maqudfiai revint, si priât à porpisser ; 
Il fait de capelier van Sinte Croc mander 
Et cocus dominus avoec luis aporter, 
115 Maquesai se vaura van pekié confesser. 

De Maquesai lairai, de se grant baronie, 
Si dira d*un farlet ù moult ot cortosie, 
Il ot a non Oitin, à qui proëce agrie. 
Il vint à sin ostel van de Flamengherie, 

120 II vesti en sin dos une bruille truillie, 

Un broque de millier nU poroit passer mie ; 
Il a mis sor se quief .i. euife wambesie, 
De vorre et de cuitons i stront par dedens mise, 
Aine Deus ne ûst saiete, tant fu bien barbellie, 

125 Qui le puist amacier une poume pourie. 

Il prist .i. fauquillon qui fu van Lombardie, 
Sin la pris à. bricuel qui fu van Hongherie. 
Oitekin fu legier, si le sot 4*cscramie, 
Il seut van dostrefort et pooir de bondrie, 

130 D^une de main manefle a fait .i. croserie : 
« A, Diu père de glore, Sinte Mare d'amie, 
a Wi ce jor me laissiés que puis salver me vie ! » 
Il se Ya congié prendre à Wissebel s'amie. 
Quant Wissebel le voit, forment en fu scourcie ; 

135 a War se gane, Oitin, ne me celés vos mie ! » 
Et respondi Oitin van de grant los ban le : 
« A vos voel congié prendre, colés mi une fie, 
tt Sour saint vos juera, min fois vous nert plevie, 
« Se Deus mi laist viner van custel de Noevile, 

140 « Je vos embouzera van de pasques florie. » 
Et Wissebel le blonde tos se bons les otrie, 
Un mosniere li donc qu'à Tor fou brodellie, 
U ot eus skitoual, canovele, drugie, 
Si leut ens graus d'esooufle, .iiii. nos mosquellie ; 

145 Et Wissebel le base par moult grant droerie. 



PRISE DE NUBVILE. 175 

Or y«8 larons s'ester du bon farlet Oitin, 
Si vos voira conter d'un sage home Liépin, . 
Par de grant sens de lui cuide lestre eskiepin. 
D a fait inseler sin queval Walopin, 

150 n vasti en sin dos .i. sauberc doubletin, 
n a ointe sin spede qui n*e8t pas ruebelin, 
Ains fu Salovart clere, dont de brant fu cerin. 
Par un sele batiere sali sour Walopin, 
Sin Jj. pies âst loer d'un cordele de lin, 

155 En wise d'esporons s'a caucié se patins. 

Uns sorisons commence, qui bien dot estre em prins : 
« A ! Dens piere de glore, qui en de croc fu mis, 
« Li joïs te pelèrent, le pautonier pullins, 
« Ci com te fus à noces van sint Harcesaclins, 

160 a Par sintes miroracle fesis van Teve vins, 
£nsi com je le croc vraiement de cul fin, 
a Si me laissés viner van custel de Noevil. » 



Siggeur, ore scoutes, pour Diu de rui amant, 
Van rui de sinte glore qui nasqui Belliant; 

165 Quant le Flamenc se furent sanlé desor ce cans, 
Damedeus i a fait .i. miroracles grans, 
.1. esfoudre de ciel i va le jour kiant. 
Et Wautier Nainmeri, qui fat de bon sargant, 
n porte un lariflume van de ven desploant, 

170 Et Grardin le kiiere, qui Faloit tulelant : 

« Deus, com sont à masaise orendroit no cergant t 

« Hue van Castelain il leut .i. fain si grant 

« n leûst bien mengnié en moille tro pain blanc... 

{Inaehevi.) 



XV. 



RAOUL DE HOUDENC, 



4. 



Eie Aonepe d'Enfer. 

Bibl. Nat. de Pans, Ma. fr. 8^ (anc. 7218), fol. 83-86 ; coll. ayee 
1593 (and. 7615). 



E 



n songes doit fables avoir ; 
Se songes puet devenir voir, 
Dont sai je bien que il m*avint : 
Qa^en soigant un songe me vint 
5 Talent que pèlerins seroie. 
Je m*atomai et pris ma voie 



Varianles du ms. iS03 et fautes du texte de Jubinal. — 4 nCavint. 



SONGE D*BPirSR. 177 

Tout droit yera'ki cité d'Enfer. 

Errai tant quaresme et jrer 

Qne à droite eure i fui venuz, 
10 Mes de ceus que g'i ai connue 

Ne TOUS ferai ci nul aconte 

Devant que j*aie rendu conte 

De ce qu'il m*ayint en la voie ; 

Piesant chemin et bêle voie 
15 Truevent cil qui Enfer vont querre. 

Quant je me parti de ma terre, 

Por ce que li contes n*anuit, 

Je m'en ving la première nuit 

A Covoitise la cité : 
20 En terre de Desleauté 

Est la citez Ijue je vous di. 

Ge i ving par un mercredi, 

Si me herbregai chiés Envie ; 

Piesant ostel et bêle vie 
25 Eûmes, et sachiez sans guile. 

Que c'est la dame de la vile. 

Envie bien me herbreja ; 
En Postel avoec nous menja 
Tricherie, la suer Rapine, 
30 Et Avarisce, sa cousine, 

Vint avoec li, si com moi samble. 
Por moi veoir toutes ensamble 
Y vindrent et grant joie firent 
De ce qu'en 1er pais me virent. 

8-lt Tbt te kareime et tôt tiver 

Et tant errai qu*en anfer fui 

De çaus que en a conneii, 
H b^nnê V0iê. — 17 manvint. — S5 Jub. cité, -^ 27-28 Anvie avec noue 
menja En Vottet bien me herbreja. — 31 Jub. si comme, » 33 Moo ms. 
porte Et vindrent, 1593 // v, 

iS 



178 RAOUL DE HOUDENC 

35 Tantost, sanz plus contremander. 

Vint Avarisce demander 

Que je noveles li deïsse 

Des avers, et li apreisse 

Lor fez et lor contenemenz ; 
40 Si com chascuns de ses parenz 

Se demaine. m*a demandé ; 

Et je ly ai tantost conté 

Un conte qu'ele tint à buen, 

Quar je li contai que li sueu 
45 Avoient du pais chacie 

Larguece, et tant s'est porchacie 

Sa gent que Larguece n'avoit 

Tor ne recet ne ne savoit 

Quel part ele pelist durer ; 
50 Ne le pot mes plus endurer 

Larguece, ainz est en si mal point 

Que chiés les riches n*en a point; 

Ce li contai, grant joie en ot, 

Et Tricherie à un seul mot 
55 Me redemanda esraument 

Que je li deïsse comment 

Li tricheor se maintenoient, 

Icil qui à li se tenoient, 

Se le voir li savoie espondrè. 
60 Et je, qui' tost li voil respondre, 

Li dis de son voloir un pou : 

Que Tricherie est en Poitou 

Z&plus omis par Job. — 41-42 Lhnutnde n lor demandai Et je matN- 
tenant li contai,^ 43 quel tenait, — 44 Quar omis. — 45-46 Job. ehaeié : 
porchaeié. — 46 s'iert, — 49 Jub. ele puet» — 59 Ven êavaie. » 60 Jab. si 
voil : 1593 lot li voel. ^ 62 Que tr, a un ieul mot Juilice eêt dame et coti- 
tesic. 



SONGE d'enfkr. 179 



Justice, dame et viscontcsse, 
Et a por prendre sa promesse, 

65 En Poitou, si com nous dison, 
Ferme chastel de Trahison, 
Trop haut, le plus divers du monde, 
Dont Poitou siet à la roonde 
Toz enclos et çains par grant force. 

70 Tricherie, qui s'en efforce, 
L*a si garni de fausseté, 
Qu*en ans n*a foi ne leauté. 



Ce respondi je Tricherie, 
Mes qui que tiegue à vilenie, 

75 Je dis tout voir, n'en doutez rien, 
Quar des Poitevins sai je bien, 
Ceus qui connoissent leur couvine. 
Que de leur roiaume est roïne 
Tricherie, si com moi samble, 

80 Qu'entre els et li trestout ensamble 
Sont de conseil à parlement. 
Adont s'en rist mult durement 
Tricherie et grant joie en fist. 
Et puis tout en riant me dist : 

85 a J'ai toz les Poitevins norns : 
« Se il s'acordent à mes dis, 
tt Biaus amis, n'est mie merveille. » 
A tant départi nostre veille, 
Ohascuns à son ostel ala, 

90 Et je, qui toz seus remez là 



67 leplusplêtant. — 68 «jI à te. — 69 Vers omis. — 72 El n'i a foi 
ne. — Uje omis.— 75 di. — 77 CH qui, - 78 en rofne. — 80 Vers omis. 
— 81 apertemcni. — 82 rit m. doticemmt. — 83 moût grant. — 87 Vers 
omis. — 88 A tant parti ceste v. 



180 RAOUL DE HOCDEIIC 

ÀToec in*08te88e jusqa^aa jor 
Et l'endemain saiLZ nul sejor. 
Levai matin et pris congié. 
Et me mis an chemin, com gié 
95 Ayoie fet le jop devant. 
Hors de la cité là avant 
Tornai à senestre partie, 
Tant que je ving à Foi Mentie, 
La corte, la mal compaasée, 

100 Qui en poi d*eure est trespassée ; 
N'i a c'un petitet de voie. 
De ce que dire vous dévoie 
El primier chief, non pas en coste, 
Trouvai Tolir, un divers este, 

105 Qui de mentir ot le maistire : 
De Foi-Mentie est mestre et sire. 
Cortois estoit et debonere ; 
Durement me plot son afere, 
lui me retint au disner. 

110 Après, sans longues demorer, 
Vint mes estes à moi enquerre 
Ck)mment Tolirs en ceste terre. 
Uns siens âlleus, se maintenoit, 
Et comment il se contenoit 

115 Contre Doner ; itant m'enquist. 
Et de ce que il me requist 
Respondi voir, quar je ii dis 
Que Doners ert las et mendis, 
Povres et nus et en destrece ; 

120 Qui soloit avoir Tainsneece, 



01 mon oste, — 95 837 Eitoie fez le jor de devant. — 103 votif omis. — 
i05 De mentir sot à la maitire. — Qui manque à 837. — H I oetee om. ; 
pour moi. — 113 fiUiaue. — 115 de ce m'enquisl. — 146 Omis. ^ iîl Kt 
je toute voie H dis. — iiS est. 



SORGK d'enfer. 181 



Or est mainsaez, or est du mains : 
Doners n*ose moustrer ses mains, 
Doners languist, ce est la somme. 
James Doners chiës nul Laut homme 

125 Ne fera deus biaus cops ensamble. 
A hautes cors de Doner samUe 
Que il n'ait mie le coer sain, 
Qu'en son sain tient adès sa main, 
Lais, chetis, haïs et blasmez. 

130 Tolirs est biaus et renommez ; 
N^est pas chetis ne recreiis, 
Ainz est et granz et parcreiis ; 
De cuer, de cors, de bras, de mains 
Est granz assez, Doners est nains. 



135 Quant mes ostes ceste novele 
Oï, mult par le tint à bêle 
Et mult 11 plot. Dont m'en parti, 
D'aler mon chemin m*aati 
Où je vous dis qu'aler dévoie. 

140 Por eschiver la maie voie. 
M'en issi par une posterne ; 
Droitement à Vile Taverne 
M'en commençai à ampasser ; 
Mes ainçois me oouvint passer 

145 Un flun où mains vilains se nie, 
Que l'en apele Gloutonie. 



iUnulprudome, — 125-126 Intervertis. — 12» ferofit, ~ 126 A haute 
ccrt H eam moi i . — 127 n'a. — 128 Àdet a tes mains en son sain, ^• 
129 L. hms chetis. — 151 pas cheûs. — 134 Le ms. 1593 répète ici le v. 
122. — 136 par om. — 158 m*ahasti. — 140 Job. eschacier. — 141 une 
taverne. — 142 Pour aler à. — 143 empasser. — 145 maint anfant. 



Ibâ RAOUL D£ UOUDKHC 

Iluec ving ; outre m'en passai ; 
Mes tant est viens, de voir le sai, 
Qu'aine mes si vil passé n'avoie. 
150 Si qu'en Vile Taverne entroie, 
Trovai de mult plesant manière 
Roberie la taverniere. 
Qui me herbrega yolentiers : 
La nuit fu mes osteus entiers. 



156 De jouer oi mult bel atret : 
Hasart et Mesconte et Mestret 
Furent la nuit à mon ostel. 
Qu'en diroie ? Je l'oi itel 
C'en ne le pot plus plesant fere. 

160 Mult m'enquistrent de mon afere 
Li compaignon qui leenz erent ; 
Tuit ensamble me demandèrent 
Mestrais, Mescontes et Hasars, 
Que lor deïsse isnel le pas 

165 Noveles qu'à Chartres fesoient 
Dui lor ami quMl mult amoient, 
Charles et Mainsens, de la loge 
Où Papelardie se loge. 
De ces deus m'enquistrent les fez, 

170 Et je respondi sanz meffez : 

« n vous aiment mult durement, 
« Si vous dirai rezon comment : 
« Sovent lor fêtes gaaignier , 
a Si vous vuelent acompaignier 



148 vix que voir. — itil Trova. - 155 Dejeu}i of. — 156 H. me$eonfe ei 
m. — 158 tef. — 159 Quele pot, — 160 me rtt/fMrrtit. — 163 Mesdie, m. 
— 166 Que lor atm qui mar estoienl, — 167 Car les mestdisam de L L — 
175 les fêtes. — 174 O vous. 



SONGE d'enfer. 183 



175 « A eus tout par droit héritage. » 
Et il me tindrent mult à sage, 
Por ce que le voir lor en dis, 
Qu*en cest mont n*a pas de gent dis, 
Qui d'els la vérité retret, 

180 Mieas aiment Mesconte et Mestret 
Que fet cil Charles et Mainsens : 
Il les atraient en toz sens. 



Et li tavernier de Paris, 
Cil ne les servent mie envis, 

185 Ainz vous di, foi que doi saint Piere, 
Que il aiment de grant manière 
Mestrait et Mesconte et Hasart, 
Qu'à lor gaaing ont sovent part. 
Gantiers Moriaus, n^en dont de riens, 

190 Jehan, boous et artisiens, 

Hermers, Guiars li fardoilliez, 
Qui mains bricons ont despoilliez, 
N'auroie ouan tout aconté 
Ce c'ont mestret et mesconte. 

195 Ce dis ; lors vi venir Hasart, 
Qui me demanda d'autre part 
Noveles de Michiel de Treilles. 
Après me raconta merveilles 
De dant Sauvage et de sa gent, 

200 Comme il fesoient sanz aident 



ilhOeus par dr. h — 470 tienent — 181 Q^Ui fait cil qui les meidisanf, 

— 182 en <. tms.— 184 Jub. entiû.— 186 Qu*U 2f«.— 189 G, Mouàz ne doute 
rien.^ \Wihri$us liartitieti. — 191 Hetnars li far^liert. — 192 de$ploiez. 

— 193 ore louL — 194 Jub. Ce conte; 1593 ce con. — 193 Ce dit. — 
197 det Irelleê. — îOOEtle fesoient. 



i84 RAOUL DE HOUMNG 

Estre sovent Grirart de Troies. 
Et je lor dis que toutes voies 
Estoit Girars en lop merci ; 
Il ne se muet oncques deci, 

205 Mes adës avoec aus sejorne ; 

Sovent Vi voi penssiu et morne ; 
GhascuBS i prent, chascuns le plume 
C'est lor beance et lor coustume. 
Ce lor dis je tant seulement, 

210 Et Hasars, qui bien sot comment 
Si desciple le sèvent fere, 
Fu liez et esbaudi Tafere, 
Et tuit et tuites firent joie, 
Ne cuit que jamès si grant voie, 

215 Quar oncques mes tele n^avint. 
Avoec celé grant joie vint 
Yvrece, la mère Versez, 
Et ses filz o li lés à lez. 
Versez est granz et parcreiiz, 

220 Et mult est amez et creûz 

' En son pais et en sa terre. 

Et dist qu'il est nez d'Engleterre, 
Cousin se fet Gautier PEnfant : 
En nule terre n'a enfant, 

225 Je croi, qui si bien le resamble ; 
Il pueent bien aler ensamble : 
Andui sont si grant et si fort 
Que nus n'auroit vers aus effort, 



201 Eniaus (lisez mtraus) iovent. — 203 Omis. ~ 204 m mue. — 
206 Omis.— Jab. <o vot^Miuftit. — 207 Omis. — 208 balanot. — 209ie 
omis.— 210 qui bien Mert gent, — 212 cahaudiz. — 243 Jub. tuit et tuii. 
— 214 grant ioie,— 218 ou li. — Jub. écrit les alez. — 220 eremuz. — 
223 Coueini (d'après la syntaxe ancienne, cette leçon est peut-être préfé- 
rable).— Jub. Gautier», — 228 num. 



SONGE d'enfer. 185 

Ne nus vers aus ne s'apareiUe. 
230 Versez est si fors à merveille 

Et si membruz et si divers 

QQ*il gete les plus granz envers. 

Par moi le sai» oiez comment : 

n avint trestout esraument 
235 Qae Versez vint leenz à cort, 

Tout pié estant me tint si cort 

Qu'il me covint à lui jouer ; 

Onques ne m'en poi eschiver, 

Quar deffendre ne m'en setisse, 
240 Mes tout aussi com se je fusse 

A Guinelant et à Vuitier, 

M'estut escremir et laitier 

A lui par le conseil mon oste. 

Yvrece, qui son mantel oste, 
245 Par grant joie et par grant solas 

Nous aporta deus ialevas, 

Comme à tel guerre couvenoit ; 

Et chascuns en sa main tenoit 

Par grant ire et par grant effort, 
250 Baston de cler aucoirre fort 

Si vous di que chascnns avoit 
D'armes quanqu'il li covenoit. 
Je li vois et il me revient. 
Et je le sache et il me tient, 
255 Et je sus hauce et il retrait. 
Je li retrai d'un antre trait, 

329 Que nun$, — 333 giege. — 333 Pour [voir ?] le «ai. — 33i avint que 
loi. — 330pt^ fou/.» 338p<m.— 3i0 Jub. se om.— Ms. 1S93 ainsi eom je 
seusse, — 34i guimelant et a huilier, — 345 ef om. — 346 tavelas, — 
350 (mlons aucuerre f, — 353 Jub. Vi, '— 353 li vim. — 355 souhauee. — 
356 li rens. 



186 RAOUL DE HOUDENG 

Et il esrant à trait me vient. 
Et si très durement me tient 
Que je no ii puis eschaper. 
260 Si durement me seut taper 
Et si fort, nel mescreez mie, 
Qu'aus colées de Tescremie 
Me Ûst si chanceler à destre 
Qu'à poi ne chef à senestre. 

265 Et lues que remest celé chaude, 

Por tenir la bataille chaude, 

Versez relie ve, si m'assaut. 

Je li resail, il me resaut, 

Et je tresgete et il sormonte, 
270 Si me fiert que el chief me monte, 

Où Testordie m'ert montée. 

Ce fu li cops de sorm^ntée, 

Quar il me monte en la teste, 

Et cil qui trestoz les enteste, 
275 Me prent aus braz et si me tome, 

Et en ce\ tor si mal m*atorne, 

Que il m'abat encontre terre 

A un des jambes d'Engleterre, 

Si que nel porent esgarder 
280 Cil qui le champ durent garder. 

A toz fui moustrez esraument, 
Et iluec sus le pavement 
Fusse remez à grant meschief, 
Mes Yvrece me tint le chief 

250 U poi, — 265 lUuec reme$f. ~ 267 te Heve et si, — 368 li rassout 
et il fn\ttsaut. — 270 Ef il tnc fiert si qu rhiefme monte, — 271-276 Vers 
omis. — 271 Jub. Vestordre. — 278 luh. jam(>en. — 279 fin pourent. — 
284 nCeti tint. 



soMGE d'enfkr. 187 

285 Par compaignie en son devant. 

A chief de pose vint avant 

Versez et dist isnel le pas : 

tt Compains, ne voqs merveilliez pas ; 

(( Maint se sont à moi combatu 
290 (c Qui an Initier sont abatu 

a Et au combatre en la taverne ; 

« Neïs Guilliaume de Salerne, 

u C*on tient à preu et à hardi, 

« Ai abatu, bien le vous di, 
295 « Jambes levées à un tor. n 

De plusors autres ci entor 

Se vanta qu'abatuz avoit, 

De teus que, se on le savoit, 

Dont mult se riroient la gent ; 
300 Mes ne seroit ne bel ne gent 

Que toz recordaisse ses dis. 

Je remez, qui fui estordis. 

Il s'en ala ; mes aine Yvrece, 

Por angoisse ne por destrece, 
305 Ne me volt celé nuit lessier, 

Ne je ne li voil relessier 

D'obeïr à sa volenté. 

Quant j*oi leenz grant pièce esté, 

Com cil qui bleciez me sentoie, 
310 Yvrece, en qui conseil j estoie, 

Me prist et si me convoia 

Hors du chastel ; bien m'avoia 

Et toute i mist s*entencion. 

Par devant Fornication 

385-303 Passage omis. — 394 Jub. Ai halu. — S03 A cet mains me tint 
ivresce. — 304 Que por a. — 306 le revuel laisiier, — 309 Et cil, — 
311-314 Omis. 



188 RAOOL DK HOOMUIC 

315 Me mena droit en an chastel 
Qu'on appelé Chastiau-Bordel, 
Où maint autre soirt herbregié. 
Honte, la fille à Pechié, 
Me vint veoir à grant déduit 

320 Larrecins, li ÛI2 Mienuit, 
Qui reperoit en la meson. 
Celé nuit me mist à reson 
Larrecins, et m'enquist comment 
Li desciple de son couvent 

325 Le fesoient en oest pais. 
Tantost 11 respondi et dis, 
Sanz atargier et sanz faintise. 
Que li rois en fet tel justice 
Et qu^il les maine si à point 

330 Que larron sont en mauves point. 



Ce li dis, et bien le savoie ; 
Et lors li demandai la voie 
A Enfer, la grant forterece. 
Entre Larrecin et Yvrece 

335 Mult volentiers m'ont convoie. 
A lor pooir m'ont avoié 
Et dient : « Plus n'i atendras ; 
« Par devant Cruauté tendras 
« Droit à Cope- Gorge ta voie, 

340 a Et d'ilueques si te ravoie 
« Avant, et saches sanz abet, 
« S'a Murtre Vile le gibet, 



3i8 à omis. — 329 vimne, — 330 Qw li l. $. cti mal point. — 331 car 
bieti. — Jub. Celi dit. — 333 En enfer. — 335 Jub. Larrecifu, — 
336 auillie, — 338 venras. — 340 diluée, — 341 $achet son auei. 



80KGE d'enfer. {89 

a Pues venir, bien auras erré. 

« James le graut chemin ferré 
345 a Jusqu'en Enfer ne iesseras ; 

a Mes si droit avant t'en iras 

« Que lues venras en Enfer droit. » 

Mult me conseillièrent à droit 

Yvrece et Lairecins ensamble : 
350 A tant H parlemens dessamble. 

Je m'en alai, ma voie pris : 

Au chemin qu'il m'orent apris 

Me ting et alai toutes voies. 

Les liues, les viles, les voies 
355 Ne vous auroie hui acontées ; 

Mes tant trespassai de contrées 

Que je ving à Désespérance, ^ 

Où la greignor joie de France 

Oï, ne cuit mes si grant oie, 
360 Quar Désespérance est monjoie 

D'Enfer ; por ce est à droit dite 

Que d'iluec jusqu'à Mort-Soubite 

N'a c'une liue de travers. 

Jouste Mort-Soubite est Enfers : 
365 N'i a c*un soufle à trespasser; 

De celé monjoie passer 

Penssai et tant qu'en Enfer ving. 

De tant à bien venu me ting 

Que, quant g'i ving, que il metoient 
370 Les tables ; mult s'entremetoient 

Del mengier leenz atorner. 

Onques portiers por retomer 

343-6i Passage omis. - 547 Us. lust verrai ; Jab. me» venrae. -^Z&ÈEt 
drUuec. - 3G5 c'un fluevc. -- 366 a pa$»er. ~ 567 Panai, 



190 RAOUL DE HOUDBNG 

Ne me prist^ et liant vous di 

C*une coustume en Enfer vi 
375 Que je ne ting mie à po verte, 

Qu'il menjuent à porte ouverte. 

Quiconques veut en Enfer vait : 

Nus en nul tenz leenz ne trait 

Que ja porte li soit fermée. 
380 Iceste coustume est faussée 

En France, chascuns clôt sa porte : 

Nus n'entre leenz s'il n'aporte, 

Ce veons nous tout en apert ; 

Mes ^n Enfer à huis ouvert 
385 Menjuent cil qui leenz sont ; 

De la coustume que il ont 

Me lo. En Enfer ving tout droitr. 

Onques mes si grant joie à droit 

Ne fu fête comme il me firent, 
390 Quar de si loing que il me virent, 

Chascuns por moi veoir acort. 

Cel jor tint li rois d'Enfer cort, 

Plus grant que je ne vous sai dire. 

Cel jor furent à grant concire 
395 Toit cil qui del roi d'Enfer tindrent ; 

Li mestre principal i vindrent, 

Cil qui sont de plus grant renon. 

Quant il passèrent Avernon, 

Bien parut à lor chevauchie, 
400 Quar dusqu'au chief de la chaucie 
Péri toute l'église aval ; 

Mes s'il estoient à cheval, 

376 Que il me vint lap. o. — 378 Ne lui en nul 1. 1. ne vet, — 379 Que 
la porte li »oU vee, — 380 Que cette amour. — 381 clost. — 38Î Vers 
omt«. — 385 Delà en enfer, — 301 cort, ~ 394 à ,i. concire, — 395-6 Omis. 

— 397 qui plus sont de gr, r, -^ 398 Jub. à Vemoti, — 400 Que jusque au, 

— 402 se il furent. 



SOMGB DENFER. 191 



Ce ne fet pas à demander. 
Li rois, qui les ot fet mander, 
405 Les ûst entor lui asseïr, 

Pop ce qu*il les voloit veïr. 



Je m'en montai isnelement 

Sus ei palais fet à ciment. 

Adonc fui je bien saluez 
410 De clers, d'evesques et d'abez. 

Pylates dist et Belzebus ; 

Raoul, bien soies tu venuz ! 

« Dont viens tu ? » — a Je vieng de Saissoigne 

a Et de Champaingne et de Borgoingne, 
415 a. De Lombardie et d'Ëngleterre : 

a Bien ai cerchie toute terre. » 

— a Tu es bien à eure venuz ; 

« Mes ja ni fusses atenduz 

a S'un petit fusses atargiez, 
420 « Quar aprestez est li mengiers. » 

Ainsi dist à moi Belzebus ; 

Mes ains mengiers ne fu veiis 

Si riches que leenz estoit 

Appareilliez, c*on ne pooit 
425 Teus viandes trover el monde. 

Tant comme il dure à la roonde ; 

Je en fui mult joianz et liez. 

Et tout esrant li panetiers, 

Sanz aemorance et sanz atente, 
430 Ne cuidiez pas que je vous mente, 



403 Ce il fie fust, — 404 ot omis. — 405 fait e. l. seoir,— 407 Jenum- 
toi Un. — 408 fet oro.— 412 soies vous. — 415 j> vieng om. — 444 hergoi» 
gne. — 419 targiez. — Jab. S^uns. — 420 Qttar li m. est aprestez, «~ 
4S Jub. fut. -- 425 Tel viande. ~ 426 Uva. -^ 429-30 OmU. 



11)2 RAOUL DB HOUDEICC' 

Napes, qui sont faites de piaus 
De ces useriers desloiaus, 
A Astendues sus les dois. 
A tant s'assist li mestres rois 
435 Et li autre communaument, 

Com se il fussent d'un couvent. 
Mon siège fu, aine n'i ot autre, 
Dui popelican Tua sor Tautre. 



Ma table fu d'un toisserant, 

440 Et li seneschaus tout avant 
Me mist une nape en la main 
Del cuir d^une vieille putain, 
Et je l'estendi devant moi. 
A une toise sis del roi, 

445 Un petit près, non pas en coste : 
Celé nuit oi je mult bon oste, 
Et en mult grant chierté me tint. 
Au premier mes, ainsi avint, 
Nous aporta Ten devant nous 

450 Un mes qui fu granz et estons : 
Champions vaincuz à l'aillie ; 
Chascuns grant pièce mal taillie 
En ot ; bien en furent peii. 
Après champions ont eti 

455 Useriers cras à dësmesuro, 

Qui bien avoient lor droiture : 
Cuit estoient et s'erent tel 
Qu'il estoient d'antrui chatel 



433 «or let. — 456 Comme cil f, — 457 je n'oi on a. ^ 4S% La t. fit 
du UnueroiU, — 440 luei errant, — 449 D'un cuir. — 443 deleg mot. 
— 445 Job. À .t. petit, — 447 Et à. — 451 Ch. qui vancu tont. — 452 eT 
mat t. — 453 e» ourent. 



S0N6B d'bnfbr. 193 



Lardé si oras desus la coste, 
460 Devant et derrière et encoste 
Ot chaiicuns deus doie de lart. 
Ja n'ert si cras c'on ne le lart 
En Enfer tout communaument ; 
Mes cil d'Enfer enz el couvent, 
465 Itant vous di bien sanz faintié, 
Qu'il nel tienent mie à daintié 
Tel mes, selonc ce que je vi, 
Quar il sont d'useriers servi 
Toz tens et esté et yver : 
470 C'est li generaus mes d'Enfer. 



Uns autres môs fu aportez : 
De larons murtriers à plentez, 
Qui furent destempré as aus ; 
Si estoit chascuns toz vermaus 

475 De sanc de marcheanz mordris. 
Dont il avoient Tavoir pris. 
Après orent un autre mes 
Qn*il tindrent à bon et à frôs : 
Vielles putains aplaqueresses, 

480 Qui ont teus crevaces qu'asnesses, 
Meugles à verde saveur. 
Mult s'en loèrent li pluseur,' 
Si que lor dois en delechoient 
Por les putains qui lor puoient, 

485 Dont il amoient mult le flair ; 
Encor en sent je puïr l'air. 



4SS» que sui, --- i6i Mi. doiz, — i67 Tex;Je omis. — 460 Cat le gêne- 
rai danfer. — 471-486 Manquent. — 480 Jub. qu'esneuee. — 481 Jub. 
mengiéi. 

13 



194 lUOOL DB HOmiBIlC 

Devant le roi après cel mes, 
Aporta Ten un entremès 
Qui durement fu dépariez, 

490 G*on apele bougres ullez, 
A la grand sausse parisée, 
Qui de lor fez fu devisée. 
Comment on lor flst, ce me samble^ 
Par jugement à toz ensamble 

495 Sausse de feu finalement 

Destemprée de dampnement. 

• « 

En tel sausse que j'ai nommée, 
Toz chaus à toute la fumée. 
Furent à la table d*Enfer 

500. Aportez en broches de fer 

Devant le roi, à oui mult plot. 
Qui entor lui ot grant complot 
Des siens et fu liez durement, 
Et présenta mult largement 

505 Des mes, et tant en donna il, 
Et çà et là, que cil et cil 
S'en loèrent sanz nule fable, 
Tant qu'il disoient sus la table 
Conques teus mes ne fu vêtis. 

510 Autres bougres ont il eus ; 

Mes si plesanz veûs n'avoient, 
Que por TuUeis qu'il savoient 
Disoient que c'erent espisses, 
Si en fesoient granz délices 

515 Partout, que ce sembloit poison : 
Tuit en avoient à foison. 



49f Job. grande. — 497-S88 Manquent. — 505 Jub. Lez met. — 
51S Job. por luUeiê, 



80N0B D^BNRIl. 198 



Mes il estoient en dontanoe 
Que il n'eUssent mes pitance 
Desi là que Gormons d* Argent 

520 Venist o toute sa, grant gent 
En Enfer où Ten le semont. 
Et après me dist de Gormont 
Uns d'ans, qui tere ne se pot^ 
C'en en feroit nn hochepot 

526 Après les bougres qui âeroient 
Farsis, et puis si farsiroient 
Faus pledeors à grant reyel ; 
Mult en menoient grant gaudel 
Entr*el8. Por le fans jugement 

530 Qu'il font entr'aus communément, 
Por le loier qu'il en atendent 
Et por les deniers qu*il en prendent. 
Dont il achatent les viandes 
De quoi il font lor pances grandes, 

535 Sont en Enfer mengié à joie 
Greignor que dire ne porroie. 



D'aus font li queu un entremès 
Tel que parler n'oïstes mes 
De nule tel viande à cort ; 

540 Quar c'est uns mes qui pas ne cort 
Ans cors, ne pas n'en sont aprises ; 
Quar li queu ont les langues prises 
Des pledeors et tretes fors 
Des gueules, et si les ont lors 

545 Frites el tort qu'il font del droit. 
Là ont les langues del tort droit 
Et de lor fàussetez mérites, 
Quar ainçois qu'eles soient frites 
Ne traînées par le feu, 



196 RAOUL DE HODDBRC 

550 Un maistire en font li kea ; 
Qoar de ce que furent loées 
Des granz loiers, sont or loées 
En burre, au mètre en la friture. 
En cel feu et en celé ardure 

555 Où li keu si les demenoient 
Tout le malice avoec hoçoient 
C'on puet en pledeor puisier, 
Por la savor bien aguisier, 
Tant que ce n'ert pas gens de veille. 

560 De tels langues n'est pas merreille 
Se cil d'Enfer ont les friçons 
De plain panier de maudiçons 
Droit sor ces langues embroïes, 
Entre deux mençonges hocies. 

565 Devant le roi el dois amont 

Les portent ; c'est li mes el mont 
Conques li rois plus desirroit. 
Que ces langues. Quant il les voit, 
Mult les loa : tuit les looient. 

570 Qui veïst com langues aloient 
Et cà et là communément, 
Mander petist tout vraiement 
Ans parjurez, aus n^enteors, 
Que langues de faus pledeors 

.575 Ne sont pas en Eùfer blasmées, 
Mes chier tenues et amées. 



Après cel mes revint mult biaus : 
De vielles putains desloiaus 
Firent pastez à nos confrères. 
580 Mult en delechoiènt lor lèvres 

553 Jab. ei la friture, — 558 Jub. el Ms. (?) savoir, — 580 Jub. m 
omit. 



SOMGB D*BIIFER. 197 

Tait cil qui en Enfer estoient, 

Por ce que les putains pnoient. 

En leu de frommages rostis 

Nous douèrent enfanz murti^is, 
585 Qui furent gros comme sain ; 

Mes nus frommages de gain 

A cel mengier ne se puet prendre, 

C'en en trueve petit à vendre. 

Après cel mes nous vint en haste 
590 Bedel beté bien cuit en paste, % 

Papelars à Tjpocrisie, 

Noirs moines à la tanoisie. 

Vielles prestresses au civé, 

Noires nonnains au cretonne, 
595 Sodomites bien cuis en honte. 

Tant mes que je ne sai le conte 

Ont cil d*Enfer leenz eii : 

De char forent trop bien peu. 

Et burent, si com je devin, 
600 Vilenies en leu de vin. 

Bien sai, nus ne m'en puet deçoivre, 

Trop à mengier et poi à boivre 

Ont en Enfer ; tele est lor vie. 

Et lues que la cors fu partie, 
605 Li rois d*Enfer tout maintenant 

Parla à moi en demandant 

Comment g*ere venuz à cort ; 

Des noveles me tint mult cort 

Que li dei^se, et je, sanz doute, 
610 Li contai la vérité toute, 

586 Jab. nu, — 590 Bediau» brtOez et ctiûr.— Job. Bedel, béU,^ 50) Et 
noùn,^ 504 au erocene. — 596 Tant eni a rfeti sai,-- 590 Jnb./e cm. — 
601 Jab. Bienêai met ne. — Ms. 1593 me puet. — 604 Mt. et Job. la cort ; 
Ms. 1503 la lùTi. 



198 RàOCL DE HODMDIG 

Comme à sa oort yennz estoie : 
N Bien sot qae de rien n*i mentoie. 



Li rois qui por lui déporter 
Me âst un sien livre aporter 

615 Qa*en Enfer ot leenz escrit 
Uns mestres qui mist en escrit 
Les droiz le roi et les forfez, 
Les fols vices et les fols fez 
C'en fet et tout le mal afere 

620 Dont li rois doit justice fere. 

En cel livre me rouva dire ; 
Tantost i commençai à lire. 
Qa*en diroie ? En cel livre lui, 
Et tant que en lisant connui, 

625 En cel livre qui estoit tels, 
Les vies des fols ménestrels 
En un quaier toutes escrîtes. 
Et li rois dist : a Ici me dites, 
« Quar ci me plest mult à oir, 

630 m Si puisse il d'enfer joïr, 

a Que c'est del plus plesant endroit. » 
Et gM commençai tout à droit 
Et tout au mieus que je soi lire ; 
Des fols ménestrels pris à dire 

635 Les fais trestout à point en rime. 
Si bel, si bien, si leonime. 
Que je le soi à raconter, 
n n*i remest riens à conter. 



61! Comment. — 6lt Bim tet, — 617 les tore faig. ^ 618 el <« /brw 
faiz. — «19 CarU fet. — 620 joutiêe. — 621-658 Omis. — 6S8 lab. te. 



80NGB D^ENTEa. 199 



Péchiez ne honte ne reprouche 

640 Que nus hom puist dire de bouche, 
Que tout ne fust en cel escrit. 
Comment que chascuns s'en aquit, 
Que de chascun la plus vil teche, 
Le plus yil pechié dont il peohe 

645 I est escrit, jel sai de voir ; 
Oublié ne voudroie avoir 
Ce que je vi enz à nul fuer. 
Je reting du livre par cuer 
Les nous et les fais et les dis, 

650 Dont je cuit encore biaus dis 
Dire sanz espargnier nului. 
Qu'en diroie ? En cel livre lui 
Si longement corn le roi plot ; 
Et quant assez escouté m'ot, 

655 Ta&t corn lui plot ne mie mains, 
Doner me dst dedens mes mains, 
Quarante sols de deablies, 
Dont j'achetai bjffes jolies. 

Après ce que je vous ai dit 
660 Ne demora c'un seul petit 

Que cil d'Enfer trestuit s'armèrent 
Et puis sor lor chevaus montèrent, 
Si s'en alèrent proie querre 
Par le pais et par la terre ; 
665 Mes je vous di sanz mespresure 
Conques ne vi si grant murmure 
Comme il ârent à lor monter ; 
Trop seroit grief à raconter, 



643 Jnb. vile, — 663^4 Intervertis.— 663 S'm alenrUpour. — 664 Jub. 
Por le p, et par, — 666 ni vi. — 668 au raconter. 



tSOO RAOUL DB HOODEHC 

Mes je ne sai, qa'en mentiroie. 

670 Au partir me firent tel joie 

Que ce fa une grans merreille. 
Congié prent Raools, si s'esreille ; 
Et cifl contes faut si à point 
Qu'après ce n'en diroie point, 

675 Por aventure qui ayiegné. 

Devant que de songier reviegne 
Raouls de Houdaing, sanz mençonge, 
Qui cest fablel fist de son songe. 

Ci fine li Songes d'Enfer : 
680 Dieus m*en gart esté et jrer ! 
Après orrez de Paradis ; 
Dieus nous i maint et noz amis ! 

673 qui ci t^esveilie. —676 rmaigM, — 679-682 Omis. 



2, 



E«e Sonse de Paradis. 

Mb. de Broxelles 9411-26, fol. 8 v», coUationnë avec Bibl. Nat. d« 
Parti, Mb. fr. 837 (anc. 7218), fol. 86. 



O 



r escoutés, seignor, un songe 
Qui croist no matere et alonge : 
Je TOUS dirai assés briément. 
Se je sai et je puis, coument 

Variantes de Paris 837, foutes du texte de Jobinal et leçons corrigées 
de mon manoscril (B). — I escoutez .«. autre $, 



SOHOB DE PàRAB». SOI 



5 En soDJant fui en paradis. 
Je dormoie en mon lit jadis, 
Si me priât talens que g'iroie 
En paradis la droite yole. 
En soi^jant me fui esmefts, 

10 Mais ne fui mie dechelis, 
Car al mouvoir priai à Dieu, 
liB glorieus, le doue, le pieu, 
Qu'il m ensingnast la yole droite, 
Et il me dist : « Va, si Vesploite 

15 Et prent conseil à Nostre Dame ; 
A li siervir met cors et ame ; 
Tout droit par li t'avoieras, 
Et si droit chemin trouveras 
Que jamais n'ieres desvojez, 

20 Se droit par li ies avojés. » 



Quant j'oï chou, moût fui joieus, 
Et ne fui pas trop perecheus, 
Ains alai Nostre Dame querre 
En son païs et en sa terre. 

25 Là le trouvai : conseil li quis. 
Et de chou que je li requis 
Moût doucement me consilla. 
Ele me dist et ensingna 
Que, se j*avoie Dieu amour, 

30 Que je seroie sans demour 
Ou commenchement de le voie 
Où je dis que aler dévoie. 



12 Job. preu. — 17 haU.^iS Vers siuté dans Jub. ^ 30 Balù 
' 31 Quanl ce ol. 



I 



SMtt RAOmi DE HOVDBIie 

Atant d*ilaec me départi, 
Mais onques chemin n'i mari ; 

35 Si ving à Grasœ la meschinne, 
Qui tant par est loiaus et finne 
Que nus hom dire nel poroit. 
Car ele me mena tout droit 
Desci à le maison Amour ; 

40 Mais aine ne vi si grant baudour 
Ne tel joie ne tel déduit 
Que on me fist en celé nuit. 



Gremirs ert senescaus laiens, 
Qui ne fu ne couars ne lens 

45 De nous trop donner à mangier, 
Et jou ne as mie dangier, 
Ains fui trop liés de grant manière 
Pour chou que j*euc si biele chiere. 
Assés menjames et beiimes : 

50 De tous biens grant plenté eûmes. 



Lors nous vint veïr Descipline ; 
Obédience, sa cousine, 
Revint apriès par grant dosnoi ; 
Mais ne me usent pas anoi, 

55 Car moût durement me fiesterent 
Et moût grant joie démenèrent 
De moi. Lors vint apriès Gemirs 
Et Penitanche avoec Souspirs, 
Qui tout flsent de moi tel joie 

60 Que raconter ne le saroie.' 



33 d'ilueques me parti, ^ 39 Par dedenz to.— 50 B granê,^ SB après. 



S01I6B DE PARADIS. 90S 



Âpriès souper lor deodandal 
Et moat doQoement lor priai 
Qu'il m'ensingnaasent le sentier, 
SU m*en savoient adrechier, 

66 Par où on va en Paradis. 
Dont i ot moût jué et ris. 
Et moût furent lié, che me samble. 
Dont demandèrent tout ensamble 
Les contenanches des Beghines, 

70 S*eles erent auques bénignes 

A lor proismes, si qu'eles doivent ; 
Se chou ne font, moût se dechoirent ; 
Nis de celés de Gantimpré 
Ont moût enquis et demandé. 

75 Je respondi qu'eles servoient 
Nostre Singneur, et moût estoient 
Plainnes de très grant pascience, 
Et gardent bien obedienche 
A lor sens et à lor pooir, 

80 Et sevent mult très bien voloir 
L'avantage et le preu d*autrui, 
Tout sans pesance et sans anui ; 
Et si vous di bien sans doutanche 
Que moût font grande penitanche 

85 Teles i a tout coiement 

Et tiennent bien en lor couvent 
Religion et chasteé, 
Et sont plainnes d*umelité, 
Et font aumosnes volontiers, 

90 Et est lor servicbes entiers 



e^Jnb. joie. — 6S Et demandèrent — 70 B. heghities (répétition du 
V. préc). — 81 te $ens d'autrui, — 85 muU coiement. 



904 RAOUL DB HOUDEHC 

À Dieu, le père droitorier. 
Mais le couvent font empirier 
Teles i a par leor folies 
Et par les laides yilonîes, 
95 Que les foies font coiement. 
Ensi est il tout voirement : 
Avoec les sages sont les foies, 
, Et samble as fais et as paroles 
Qu'eles aient à Dieu le cuer, 
100 Et eles Font si rué puer, 

Qu'eles se souUent en Tordure 
J)e lequerie et de luxure 
Et des autres vilains pechiés 
Dont tous 11 mons est entechiés, 



105 Dehors samblent beghines iestre 
A lor samblant et à lor iestre, 
Et eles sont dedens couluevres 
Toutes plainnes de maies œvres. 
De religion ont Tabit, 

110 Mais ja pour chou n'aront habit 
En Paradis le glorieus, 
Le saintisme, le prescieus, 
Où les boinnes seront posées 
Et avoec les sains couronées. 



115 Quant cil tés novieles oïrent, 
Moût durement s'en esjoïrent. 
Apriès me disent tout errant : 
« Va, si tien ton chemin errant 



94 hr laidet. 



SONGE DE PàRADlS. 205 



Yiers le maison Contrition. 

120 Apriès querras Conâession, 
Et se ta pues ces deus avoir, 
Tu porras bien de û savoir 
Qae, se fois no défaut en ti, 
Ne t*i avons de rien menti, 

125 Que droit en Paradis iras 
Ne ja chemin n*i mariras, 
Si venras ens tout à souhait. » 
Atant si furent no lit fait, 
Si alames trestout gésir ; 

130 Ne pierdi mie mon dormir 

Celé nuit tant qu'il vint au jor. 
Dont ne ûs mie lonc sejor, 
Ains pris congiet, si m'en alai, 
Et mes estes tout sans délai 

135 Me convoia et sa compaigne 

Tant que je ving à la campaigne, 
Qu il m*ont le droit chemin moustré. 
Dont sont ariere retourné, 
Et jou à Dieu les commandai : 

140 Tous sens en mon chemin entrai. 



Si com j*aloie cheminant. 
Regardai viers soleil couchant, 
Et vi venir parmi un val 
Temptation sour son cheval. 
145 Là me gaitoit lés un bosket. 
En un estroit sentiei^ basset, 
Pour moi mourdrir et estranler ; 
De paveur me convint tranler 



129 B <iormtr.— 134 B A mei.— 135 o ia C.—144 tor un cA.— 146 Lez un. 



906 RAOUL DB HOUDBlfC 

Qoant viers moi le yi aprochier. 

150 Ele coamencha à haohier : 

« Mauvais oouars, n'escaperés, 
a En ma prison gietés serés, 
« Se ne faites ma yolenté. » 
Ne TOUS aroi hai raconté 

155 Les manaces qu^ele me flst. 
Mais autre rien ne me meflSst. 

• 

Car je vous di bien sans doutanche 
Qu*à secours me vint E&peranche, 
Qui moût bien me reconforta 

lÔO Et grant hardement m*aporta. 
Petit prisai mon anemi 
Pour le secours de mon ami ; 
Dont le regardai par desdaing. 
Et Esperanche dist : <c Compaing, 

105 « Ne doute riens Temptation ; 
a Se tu as boinne entencion, 
a Bien poras te voie acomplir. » 
Lors veïssiés moût assouplir 
Temptation par couardie, 

170 Qui moût estoit devant hardie ; 
Si se traist arrière un petit, 
Et je li ai maintenant dit : 
(( Vassal, vassal, fujés de chi, 
a Ne sui mie en vostre mierchi. » 

175 Et ele fu pensive et morne ; 
Toute honteuse s'en retourne. 

Et jou lues me racheminai. 
Onques puis d^errer ne finai, 

167 Tu porroi. — 178 (f ofcr. 



SONGK DE PàftADIS. 207 

Et Esperanche adièso moî^ 
180 S^etimes encontrée Foi, 

Qui ne nous greva ne nuisi, 

Mais si très bien noas condaisi 

G*onqaes puis laissier ne nous vaut 

Né par froidure ne par chaut, 
185 Si nous ot conduit et mené 

En la vile et en la ohité 

Où Contritions demouroit ; 

Mais nus hom dire ne poroit 

Les biens que nous illuec trovames. 
190 En le sale nous herbegames 

Avoec la dame dou castiel, \ 

Qui nous âst ostel boin et biel. 

Je vous en dirai ja la voire. 

Moût à mangier et moût à boire 
195 EUmes nous en sa maison. 

Sousglous eûmes à foison 

Angousseus, et lermes beiimes, 

De quoi à grant plenté eûmes, 

Chaudes, coulans aval la fâche. 
200 Onques mais ne fui, que je sache, 

Si aalsiés à mon talent ; 

Onques ire ne mautalent 

N'ot en l'ostel icele nuit, 

Ne riens noie qui nous anuit. 

205 Apriès souper demanda Poste, 
Cul jou seoie lés le coste, 
Que je queroie en se contrée, 
Et jou li ai errant contée 

495 B emmes (Id. i99.H 196 SêgUm$.^ 198 muU ^rofU.— i99 eorans. 



906 RAOUL DE HOUDBNC 

Toute ToccoisoD de me voie ; 
210 Qu^en Paradis aler voloie. 

Quant oï chou, moût bien li plot : 

Si respondi à un seul mot 

Qu'ele ne fu aine mais si lie ; 

Ne puet muer qu'ele ne rie, 
215 Et dist que bien me conduira 

Et bon chemin m'ensingnera, 

Que jou ne porrai ja falir 

En Paradis à parvenir. 

Dont furent no lit apresté. 
220 On m'a un oriller preste 

Qui fu fais de gemissemens ; 

Et si vous di bien par covens 

Que puis que mes chiés fu sus mis 

Et que je me fui endormis, 
225 Aine jusqu'à jour ne m'esveillai. 

Quant il fu jours, si me levai. 

A m'ostesse congiet requis, 

Et si piteusement li dis 

Qu'ele leva pour moi matin, 
230 Si m'ensingna le droit chemin 

Pour aler au castiel tout droit 

Là où Ck>nfiessions manoit, 

Qui s'amie ert et sa voisine. 

Et si estoit près sa cousine. - 

235 Quant ele m'eut acheminé 
Ainsi que Dieus l'eut destiné, 
Cîongiet prent à moi, si retourne. 
Et jou de tost aler m'a tourne. 

210 aler dévoie. — 211 Quant ce a oîmU Upl.-^Mpoi failUr, 
224 Et je fin la nuU. — 235-34 B voisine et cousine intervenis. 



SONGE DB PARADIS. 909 



Mais n'eue aie c^une lieuete 
240 Par le trespas d*une vilete. 
Si com j'esroie à grant effort. 
Trouvai un castiel riche et fort. 
Dont Conâesaions estoit dame, 
Par cui on a sauvé mainte ame. 



245 A cel castiel ving devant prime, 

Ains c'on etist aie le dime 

D'une journée, bien le sai. 

Lalens Conflession trovai, 

Qui encontre moi se leva ; 
250 Si me joï et aeola 

Et flst tel fieste sans demour 

Qu*ainc mais ne vi si grant amour 

Paire à autrui qu'ele me ûst. 

Tout maintenant en riant dist 
255 Que jou fuisse li bienvenus ; 

Aine mais ne fui si chier tenus 

Que jou fui là, bien le sachiez ; 

N'i fui boutés ne desachiés. 

Mais moût besiés et acolés ; 
260 Fieste me ûrent de tous lés 

Li habitant de le maison. 

Or escoutés une raison 

Que jou.voel dire de Tostel : 

Onques n'avoie veû tel 
265 Si biel ne si net ne si riche. 

Moût faisoient bien le serviche 

Conflession chil qui servoient, 

Car le manoir si net tenoient 

Ml Job. ftttok, — S4S Ain* quefeOm.— 163 Qnajo von* dtrot. 

14 



[ 



210 KkOVL DE HOUDENC 

Dechà et delà, bas et haut, 

270 Que nule neteés n'i faut. 
Ne nule ordure n'i habite. 
Il n'i a cambriele petite 
Qui ne soit si bien ramonée 
Que ja pourre n*i ert trouvée, 

275 Ne suie avoec ne aringnie, 
Ne laidure ne vilenie, 
Ains le par tient on si très nete 
Que jamais une busqnelete 
Ne troveriés ne haut ne bas ; 

280 On i maint à moût grant solas. 

Satisfations i repaire. 
Qui bien seit pourveïr l'affaire 
De le maison, et sans doutanche 
Avoec li maint Perseveranche, 

285 Qui moût li aide sagement ; 
Et sachiés bien certainement 
. Que ele est se germainne suer ; 
Ne li puet fallir à nul fuer. 
Sans ces deus, bien le puis jurer, 

290 Ne puet Conâessions durer^ 
Ne sans Contrition ensamble 
Revaut petit, si com moi samble. 

Conûessions lues apela 
Un sien garchon qui estoit là, 
295 Se li dist : u Va tost souspirer 
« Sans courons et sans aïrer, 
a Pour Contrition, si lamaine ; 
« De tost haster forment te paine^ 

27t chtunhrcU. ^ 278 nis une porrette. — 308 De ^ott akr. 



SONGE DB PARADIS. SHl 

a Chà Famaine au souper anuit 
300 « Tout erraument, ne li anuit. » 

Et chieus 8*en keurt plus que le pas. 

Si l'amena isnel le pas. 

Et ele i vint moût volentiers, 

N'estoit mie loing Ji sentiers 
305 Qui duroit jusqu'à son manoir, 

Où il faisoit plaisant manoir. 

Quant Contritions fu venue, 

Confiessions, qui ert sa drue, 

Li par fist si très biele chiere 
310 Conques mais en nule manière 

Ne yi tel joie démener. 

Et lues me prist à acener 

Confiessions à une part, 

Qui hors des autres se départ, 
315 Et ne se peut Tiers mi plus taire, 

Ains demanda tout mon afaire 

Et me vie de chief en chief 

Que 11 deïsse tout sans grief. 

Pour quoi j'estoie là venus 
320 Et ooument m*iere maintenus 

Par le monde, qu*est entechiés 

De grans meffais et de pechiés. 

Et jou 11 ai tout descouviert 
Mon corage et si aouviert 
325 Que ne le peuc mieus aouvrir : 
N'i remest riens à descouvrir; 
Toute me vie li contai, 
CTonques nul pechié n'i lessai 

306 ùà H fet wUt. ^ 3()8 est, — 5S4 Et mon c. n ouviert. 



212 mAOOL »c wocbbk: 

Que ne deîsse sans demeure, 

330 Et le Uea et le tens et Fenre 
Et l'ocooison, à mon pooir. 
Moat me fesoît le cuer doloir 
Li raconters des grans meffiûs 
Dont j'estoie Yen Diea meffiûs. 

335 Si en avoie mont grant honte. 

Et quant j^eac de tout rendu conte 
Et me penaée deacouTierte, 
Et ele fu si aouvierte 
Qu*ele le vit et connut toute, 

310 Ne fu ne felle ne eatoute. 
Mais doucement me conforta 
Et de bien faire m'enorta. 
Et me dist que souvent Tantaisse 
Et souvent à li repairaisse, 

345 Si m*en porroit grans biens venir 
Pour à boine fin parvenir. 
Et dist : « Amis, ne râlez mie 
« Avoec la maie compaingnie 
« Des gloutons ne des lecheours, 

350 « Ne des enturles pecheours 

« Qui ne voelent à bien entendre ; 
tt Mais on lor sara moût chier vendre, 
« C'en les fera trestos loiier 
a Dedenz ynfier pour cel loiier. 

356 « Amis, sifaite gent haés 

a A leur compaingne ne baés, 
« Et sachiez bien, chou est la somme, 
a Boine est compaigne de preudomme ; 
« Si metés trestous vos usages 

360 A Dieu servir» si serés sages ; 



S80 mUulUê. 



SOMGE DB PAEADIS. 213 

tt Et 86 bien tenez (jest ponrpos, 

Bien porrez avoir le repos 

« De Paradis : cil nous X maint ' 

a Qai en la grasoe del chiel maint ! » 



365 Ainsi m^aprist et chastia, 
Et apriès tantost s'escria 
Qu'il est de souper tans et eure, 
Et on li respont sans demeure 
Que tout li mes sont apresté. 

370 La nuit fu on si bien fiesté 

Laiens c*onques nus ne vit mieus. 
Souspirs et plains plus dous que mieus 
Et angousses de cuer si douces 
G'on nel porroit dire par bouches, 

375 A on eti laiens assés, 

Si que chascuns en fu lassés. 
Puis i eut songions et gemirs ; 
Apriès eut on piteus fremirs, 
Et si but on larmes plourées, 

380 Aval le fâche jus coulées 
Par le destreche de pechié 
Dont on avoit Dieu courecié. 



Apriès mang^er fu on à aise : 
Laiens ne fu nus à malaise ; 
385 De chou fu moût li ostes liés. 
Et je me sui mont mervilliés 
De chou qu*il ot si grant maisnie, 
Qui moût estoit bien amaisnie, 



364 la gloire, — 374 de bouches. — 377 S'eûmes seglous et touepirt, 
- 378 gemirt. 



214 BAOOL DE HOCDDIC 

Car les Viertos estoieot toutes 
390 Laieiis venaes à grans routes 
Pour soui^r avoec no ostesse, 
Qui dou couvent ert abeesse. 
Les Viertus toutes m'ounourerent 
Et de leur joiaus me dounerent, 
395 Et usent tel fieste de mi 
Que en un an et en demi 
Ne le porroie raconter ; 
Anuis seroit de Tescouter. 



Lors priai jou le compaingnie, 
400 Tout sans orgueil et sans envie. 

Pour Dieu c*on m'ensignast le voie 

Où Tendemain aler dévoie. 

Et Tostesse plus n*atendi, 

Tout maintenant me respondi : 
405 « Tu t*en iras à Penitanche, 

a Avoec ira Perseveranche, 

a Qui bien le voie te dira 

« Et sa maison t'ensignera ; 

« Ja sans li aler n^i saroies, 
410 a Car périlleuses sont les voies 

tt Viers se maison et viers son estre, 

a Et se tu i pooies iestre, 

a Moût bien aroies esploitié, 

« Plus aroies de la moitié 
415 a De ta voie faite et finée. » 

— « Che soit à boine destinée, o 

Dis jou ; a chou iert quant Dieu plaira 

« Et il le me consentira. » 



SOS est. — 400 tanz folie. — 418 iub. me le. 



SONGE DE PAKABI8. 2i5 



A tant âst on les lis hnchier ; 

420 Si nous alames tout conchier 
Et dormir jusqu^à Tendemain 
Que je me levai sus moût main, 
Pour paracomplir me besoingne. 
Lors me covient que je semoingne 

425 Perseyeranche qu*ele en viegne. 
Et que compaingnie me tiegne ; 
Et ele en est joians et lie, 
Tout errant s'est aparillie, 
Mult Yolentiers aroec mi vint. 

430 Congiet presimes, si avint 
Que nous mesimes au chemin 
Au point dou jor assés matin. 
Dont me senti moût alegîé ; 
Si eu le cuer joiant et lié, 

435 Car jou estoie si isniaus 

Et si legiers comme uns oisiaus 
El regart que je dont estoie, 
Sachiés que pas n*en mentiroie, 
Ains que venisse à le maison 

440 De me dame Conâession. 

Lors en alons-grant aletire ; 
Me compaingnesse estoit selire 
Et le pals moût bien savoit. 
Car par iluec menet avoit 
445 Mains preudommes à Penitanche, 
Si i avoie grant flanche ; 
Mais je vous di bien toutes voies 
Que nous trouviens plus dures voies 



419 B hocMer.^ 450 iub. primât.— 437 de ce quefeetoie.^ 445 B mamt 
preudome à. 



316 RAOUL DE HOUDBMC 

Qu'ançods ne soliemes trouver, 
450 C'est aisive chose à prouver, 

De tant comme au.cors apartient, 
Car le cors desiervir covient 
Par Penitanche le victoire 
Dont on a parmenable gloire ; 
455 Et pour chou qu'il sueffre Taspreche 
Del siècle, a il le grant leeche 
De Paracîis, dont jou dirai 
Chà avant, quant je revenrai, 
Le grant solas et le déduit, 
460 Où Dieus nous maint par son conduit ! 

Ore escoutés si grant merveille 

Onques n'oïstes sa pareille. 

J'eusse fait boine journée. 

Se sans moi ne fust retournée 
465 Perseveranche par anuis, 

Qui devoit iestre mes conduis ; 

Mais durement me mescheî, 

Et de chou en paine cheï 

Que je vi une grant valée 
470 Qui moût estoit parfonde et lée. 

Une grans rivière i couroit 

Et par encoste prés avoit. 

Là vi un fouc de soteriaus 

Qui juoient à reponniaus. 
475 Lues coumenchai à arester 

Pour iaus veïr et esgarder ; 

Et pour chou qu'en iaus eu plaisance. 

Me vint apriès si grans nuisance 



449 iolaie, -. 450 a$ive. - 454 pardurable,-^ 458 En av€aU.-^ Alt Jub. 
eneosté, — 474 aus tumbenaus. — 475 Lort commençai. 



SONGE DE PARADIS. 217 



Que je pierdi ma compangnie, 
480 Qui s'en retourna toute irie, 

Pour chou que sos laissai la voie 
Où sagement aler dévoie. 

Li grans valée, c'est chis mondes, 
Qui n'est de pechiés nés ne mondes, 

485 Ains est moût et souilliés et ors : 
Boin se fait del tout mètre hors. 
Li pré qui sont lés la rivière, 
Qui est courans et rade et flere, 
Ce sont les grans possessions 

490 Et les perrines mansions 

Où les gens de cest siècle habitent. 
Qui es rikeces se délitent ; 
Et li grans rivière courans, 
Qui n*est coie ne demourans, 

405 Chou est del monde li déduis 

Par quoi mains preudom est souduis. 



Vanités sont li soteriel 
Et huiseuses li tumeriel ' 
Où on bée i&out volontiers, 

500 Et lues est pierdus li sentiers 
Dealer à Penitance droite : 
Longhe i est la voie et estroite. 
Si se convient moût bien garder 
Qui sagement i voet aler : 

5(fô Sens nous en avoît Dieus li père ! 
Or revenrai à ma matere. 



485 Ain$ m est mU toilUez. — >9I ce$t mmt. — 498 Et huidwe$ H 
tumberel. — 505 en otroit. 



tus RAOtn* DE HOUDMG 

Quant j eue iluec un pau baé 
Et lors reviaus mont agraé, 
Lors si regardai entour mi : 

510 Ma compegnesse pas ne ri, 
Si fui moût forment esbahis 
Et Guidai bien iestre trahis, 
Car adont ne seuc où je fui, 
Si me tourna à grant anui ; 

515 Ne vi ne voie ne sentier 
Où me peuïsce radrechier. 
Si com j'alole pourbeant 
Et le valée costoiant. 
Savoir se nului trouveroie 

520 Qui me rassenast à la voie, 
De lonc vi venir une tourbe 
De larons qui moût me destourbe. 



Viers moi venoient chevauchant 
Et leurs chevaus esporonant ; 

525 Iluec m*avoient espiié 

Et en che val contre agaitié 
Pour mi estrangler et mourdrir. 
Lors gietai un parfont soupir. 
Et sachiés que j'eu grant paour 

530 Et fui mis en moût grant freour. 
Quant vie venir mes anemis, 
Qui s'estoient ensamble mis 
Pour mi essillier et destruire. 
Et che me repeut forment nuire 

535 Que je n*eu parent ne ami 
Qui iluec fuscent avoec mi 



308 B agréé. — 519 B noului. — 520 à ma voie. — 534 attes nuire. 



SONGE BE PARADIS. 219 



Pour mi souscourre n6 aidier. 
Yiers mi tout droit à souhaidier 
Se sont li laron arouté 
540 Que j*ai moût durement douté. 

Temptations les amenoit. 
Le baniere en sa main portoit, 
Et Vaine Glore, se compegne, 
Se reslessoit par le campegne. 

545 Apriès venoit Orghius li âers, 
Qui de le route estoit li tiers ; 
Envie i estoit et Haïne, 
Et Ararisce la roïne. 
Apriès venoit chevauchant Ire, 

550 Qui toute la compegne empire ; 
Si venoit Fornications 
Pour conforter ses compegnons, 
Et tant d*autres n*en sai le conte. 
Pour moi laidir et faire honte. 

555 Desesperanche les sivoit. 
Qui l'arriére garde faisoit. 
Entre aus me vont avironant 
Et de toutes pars encloant ; 
Lors fui plus esmaiés que nus. 

560 Ja fusce pris et retenus, 

Ou navrés à mort, c'est del mains. 
Se keus fusce entre lor mains. 

Mais Dieus un secours m'envoia 
Qui men corage ravoia 
565 A hardement et à proëche. 
Esperanche par une adreche 

542 Umoit. — 546 B 7t kiés. 



S90 RAOUL DE HOUDENC 

Venoit, et apriès le sivoit 
Grans paies qui me secoaroit. 
En sa main tenoit le baniere 
570 De la compaigne qu'ert tant fiere 
Qa*ele ne doute roi ne conte. 
Or entendes un poi au conte, 
Si orrés quels gens là venoient 
Qui au besoing me souscouroient. 

575 Fois i venoit de randonée, 
Et Humilités la senée. 
Et se cousine Obedienche, 
Qui plaine est de grant sapienche. 
Apriès cesti vint Charités, 

580 Si hardie qu en deus chités 
Ne troureroit on sa pareille : 
De bien combattre s'apareille. 

Atempranche revint apriès 
Et Chasteés le siut de priés, 

585 Et des autres i a teus routes 
Nés aroi hui nommées toutes. 
Apoignant vienent de randon 
Et se voelent en abandon 
Mètre pour moi en la bataille ; 

590 Je ne cuic mie qu*ele faille. 
Qu'iroie jou huimais contant 
Ne le conte plus alongant ? 
Li nostre les lors abatirent. 
Tant les froissierent et bâtirent 



K70 qu*e$t, B ki erU — 575 B gm$ omis. — 580 B Plm hardie. — 
587<8S Et t. V. mètre à bandon Por moi secorre en ta !)ataiUe. — 594 B 
frùiiHrent, 



SONGE DE PARADIS. 221 

595 Qu'à mierchi les âsent venir ; 
Onques ne se peurent tenir 
Li leur as nostres en Testeur ; 
En fuies tournent sans demour. 

Et jou fui moût liés et joians 
600 Quant de Festour les vi fuians. 

Et nostre gent s*en repairierent, 

Estraier et seul me laissierent, 

Fors tant seulement Espérance, 

En qui j'avoie grant fiance, 
605 Qui me reconforta si bien 

Que je ne m*esmaiai de rien, 

Mais à Confiession râlai. 

Ma mescheance li contai, 

Et ele me remist à point. 
610 De maavestié n'a en li point : 

Perseveranche rapiela, 

Et se li dist et commanda 

Qu'à Penitance me ramaint 

Encor enqui, que ne remaint. 
615 Et ele volontiers le fist : 

Onques pour che pis ne me fist. 

Tout errant nos acheminâmes : 
Onques puis d'aler ne finames 
Si yenimes droit al repaire 
620 De Penitance sans retraire. 
,Li voie i est estroite et sure ; 
Chil 86 metent en aventure 
Qui i vont, s'il n'ont boin conduit 
Ou de le voie ne sont duit. 

598 «orur rtiot, — 614 Entw qui main» preudom remoMU. — OlSpuît 

W Cl I Vi • 



222 RAOUL DE HODDBNC 

625 Quant Peneance m esgarda, 
Sachiés que moût poi atarda 
De moi demander dont j estoie 
Et de quel païs je venoie, 
Et je li dis tout sans folie : 

630 a Dame, je sui de Picardie, 

a Se vieng droit de Gonôession. » 
Et ele sans plus d'oceoison 
Dist que fusce li bienvegnans, 
Car ele estoit me bienvoellans, 

635 Et que bien me hierbegeroit 
Et de moi grant fieste feroit. 
Se je voloie remanoir 
En sen ostel n'en sen manoir. 
Et je li dis kMere envoiiés 

640 A li pour bien estre avoiiés 
D'aler en Paradis amont ; 
Et ele me prie et soumont 
Que jou face bien liement, 
Qu'ele m'ensegnera briément 

^645 Les adreces et les passages 
Par où g'iere, se je sui sages, 
Tantost en Paradis^ aies ; 
Et je me sui assis dalés 
Li maintenant pour ascouter, 

650 Et ele me dist que monter 
Par une eskiele me convient 
Qui dusqu'à Paradis avient. 



eî6 que petit te tarda. — 627 qui festine. — 629 Jub. tout omis. — 
63M Et ele dist tans achoison Que je fusse li 6. — 634 ffr qu'Oe, — 
638 B PPen son ostel. — Jub. Et s. o. — 639 Et je dis que f ère, — 643 Qim 
je le flue l. 



SONGE DE PARADIS. 923 

' a C'est Teskiele que Jacob vit, 

De quoi en TEacripture a dit 
655 Que par là 11 angle montoient 
En Paradis et descendoient 
Cà jus, en moustiers et en glizes 
Où on siert Dieu bien sans faintizes. 
Là prendoient les orisons 
660 Des justes ; sans ariestoizons 
Les portoient en Paradis, 
Où tu voes aler par avis. ^ 

« Geste eskiele a uit eskaiUons 
(Je ne voel mie que faillons 
665 Au bien dire n'au bien conter) ; 
, Sour cascun te éouvient monter, 
Se tu vieus aler sagement ; 
Et se tu nel fais ensement. 
Tu poras bien si trebuchier 
670 Que tu le comperras moût chier. 

« Li premiers, cbou est fois en Diu, 

Qu'en lui dois croire de cuer piu 

Et ses commandemens garder 

Hardiement sans couarder ; 
675 Si auras Tescaillon premier. 

Bien te sai dire et tiesmognier 

Que, se tu crois en sorcherie, 

En carnin ne en caraudie, 

Ne en autre chose ensement, 
680 Fors en Dieu trestout seulement, 

Ja Teskiele ne monteras 

Ne en Paradis n'enterras. 

658 bien $anz f. — 676 et emeignier» — 678 En charme. 



224 RAOUL DE HOUDENC 

« Li secons est vertas en œvre. 
Et caer et cors trestout aoevre 

685 En Dieu de grant vigeur siervir. 
Par che poras bien desieryir 
Que Teseaillon secont aras ; 
Et se tu perechant i vas, 
Ta i poras moût bien falir, 

690 Si te courendra jus salir 

En tel manière et en tel point 
Que jamais n*i venras à point. 

Li tiers est sciencbe en viertu. 

Sage4 dois estre, che ses tu ? 
695 De Diu siervir, si t'en efForche 

Et sagement i mes ta forche ; 

Si n'ieres mie fols clamés, 

Ains ieres moût de lui amés ; 

Et se tu le siers par folie, 
700 Bien est raisons que je te die 

Que de monter pour nient te paines : 

Tu i piers tout traval et paines. 

Se l'eskiele en folie montes. 

Il t'en avenra si grans hontes 
705 Que tu aval trebuceras 

En si ort liu que tu puras. 

« Li quars est sens en abstinense. 
De toi abstenir ensi pense 
Que Dieus i ait amour et part : 
710 Si monteras Tescaillon quart. 



esesnee porroi. ^ 690 Jub. faiUir. — 605 B icienee et vertu. 
605 6i0fi fen. — 708 B ^Hpen$e. — 709 htmor et. 



SOMGR DB PARADIS. 215 



Et 8*à mal faire adièa t'eelaisaes, 
Et ton désir pour Dieu ne laisses 
Soit en viUier ou en juner, 
En aumonnes pour Dieu doner, 
715 L'escaillon quart peras bien pierdre. 
Si que ne t*i poras ahierdre. 



« Li quins escaillons, par vreté, 
C'est que tu aies pieté 
En abstinence que tu fais, 

720 Et saces bien que tu meffais 
Se tu n*as pieté d'autrui 
Quant tu 11 vois avoir anui. 
Et pour chou lo» se tu t^astiens, 
Que tu doinses de cou ke tiens 

725 A ceaus que tu sais besougneus ; 
Et se tu les de chou sougneus 
Que d'autrui bien soies à aise 
Et d autrui mal aies mesaise, 
Cest escaiUon monteras bien : 

730 Ja n'i faurras pour nule rien. 



« Li sizimes» chou te y oeil dire. 
C'est que tu aies tout sans ire 
Passience en la pieté ; 
Et se tu rens par cruauté 
735 Mal pour mal à la maie gent, 
Qui n'ont conseil ne biel ne gent, 
Ains font volentiers autrui mal, 
Par quoi vont .trébuchant ou val 



714 En 1ère (usmo$ne$, en daner, — 716 Ne ja ne t'û — 724 Que done$ 
de ce que tu t. 

15 



âS6 RAOUL DE HOUDBNC 

D^Inâer, che n'est mie savoirs ; 
740 Saches de fi, que c^est li voîrs : 
On ne te sara ja tant viste 
Que tu montes l'escaillon siste. 



a Or entent liquels est septimes 
Moût est precious et saintimes, 

745 Aprochier fait à Diu le Père : 
C'est que t'aies amour de frère 
En toi avoec le passience. 
Moût avéras vraie scienche 
Se tu aimes en boinne foi : 

750 Tes proismes, et de che me croi, 
Dois tu amer autant que ti. 
A un endroit ne t'ai menti, 
Et se fais chou que je t'ai dit, 
Tu poràs moût bien sans respit 

755 Le sieptime escaillon avoir 
Et monter sus sans décevoir. 



a Or te voeil l'uitisme nommer 
Pour Tesciele parasommer, 
Et saoes bien, se sour cestui 
760 Pues bien monter, que sans anui 
Ta besougne forment aproismes : 
C'est qu'avoec l'amour de tes proismes 
Aies en toi karité vraie ; 
Qui l'a en lui point ne s'esmaie, 



741 B porte nettement jtate. — 743 Or e, guel$ e$t li $. — 749 Dieu 
pluê que toi, — 7S0 Et tes proiimes, de, — 7S2 Je ne Vi ai de rien m. — 
753 Mh $e lu fez ce que f ai dit, -^ 159 B que au lieu de «e. — 700 Puee 
monter^ que tout êanz a, — 764 petit $'e$maie. 



SONGE DE PARADIS. 327 



7Ô5 Car en Dieu maint et Dieus en lui, 
De chou settrs et ciertains sui. 
Or fai dont qu^aies karité 
En l'amour de fraternité, 
Si auras Teskiele furnie 

770 Et ta besougne ert aeompUe. 



a Apren, entrues qu'il m^en souvient, 
Quels compegnons il te couvient, 
Qui compaignie te tenront 
Et le voie t*ensegneront 

775 Pour droit amont Teskiele aler 
Sans trebukier et avaler : 
Veillier, juner, aumoune faire, 
Descaus aler, viestir la haire, 
Fuir vanités et huisdives 

780 Et faire oevres douces et pives, 
Et de tous pechiés abstenir. 
Et el siervice Dieu tenir. 
Tout che te couvient il avoir, 
Se tu viens ouvrer par savoir. 

785 Or te pense de Tesploitier 
Et de ta besougne quoitier ; 
N'i dois querre délai ne fuite, 
Mais haste toi ains qu'il anuite, 
C'est à dire ains quç li mors viegne. 

790 De ta besougne te sou viegne : 
Je ne te sai mieus piermoner 
Ne nul millour conseil douer. )) 



767 B fait, — 773-4 B tenroit : eruigneroit, — 778 aler et vestir haire 
- 783 Movoir. — 788 Mh haster ainçoii qu'il. 



238 MAOOL DE H0UD81IC 

Et joUy qui estoie en désir 
De souper et d'aler jesir, 

795 Li respomdi que je feroie 

Sen conseil al mieus que poroie. 
Lors furent 11 mes apresté ; 
De che que Dieus lor eut preste 
Eut on laiens h grant fuison, 

800 Si que tout cil de la maison 
Mengierent à leur volenté, 
Et si burent à grant plenté 
De tel boire qu'il leur convint. 
Et lues errant apriès che vint 
■ 805 Tans de couchier ; si nos cocames. 
Si dormîmes et reposâmes 
Dusqu'al matin par gran^solas. 
Et jou, qui avoie esté las. 
Fui au matin bien reposés, 

810 Si fui et hardis et osés 

De lever matin al grant jour. 
Et ne fis mie lonc séjour, 
Mais à m'ostesse congiet pris, 
Onques de mal ne le repris. 

815 Mais à Diu je le commandai, 
Et au partir li demandai, 
Se Teskiele montée avoie. 
De quele part je me tenroie, 
A diestre part ou & seniestre. 

820 Et ele m*ensegna tout Fiestjj'e, 
Que deviers diestre me tenisce 
Dessi adont que je venisce 



797 B U mais. — 811 droit au jor. — 814 requis. — 815 Mais au vrai 
Dieu la e. 



SONGE M PARABIS. SS9 



A Desiridr Taparfongiet. 
A itant me donna oongiet, 

825 Si entrai errant en k y oie, 
Là par où jou aler dévoie. 
Lors m'acompegnai à Vigour, 
De moi le ûu mestre et signour 
Puis qu'à lui fui acompegniés ; 

830 Aine chemins n'i fu espargniés, 
' Mais d'aler forment m*esploitai 
Et ma besougne moût coitai, 
Et Dieus, qui pecheours radrece, 
« Me mist en une courte adrece 

835 Si qu'en me voie tout errant 
Trouvai Teskiele tout drecant 
Par où je dévoie monter. 
Ne vous poroie raconter 
Le grant déduit ne le grant joie 

840 Que j'euc illuec enmi le voie. 

Quar cil qui Teskiele gardèrent, 
De si lonc que il m'esgarderent, 
Me disent : o Sire, bien vigniés ! » 
Bien apris et bien ensingniés 

845 Les trouvai tous à icele eure, 

Et je pierchuc lues sans demeure 
Que c'estoient li baceler 
Que Peneance sans celer 
M'avoit nommés en sa maison 

850 Et endités tout par raison 

Que jou à eaus m'acompaignasce 
Et compaignie lor portasce, 



835 entrai kmtost en l, v.— 835 Si qu'en mon droit chemin e.— 836 tout 
errant. 



330 RAOUL DE BOUDBNC 

Et me diBt que mestiers estoit. 

Juners et Villers i estoit 
855 Et tout cil de lor compaignie, 

Où il n'a point de vilenie. 

Et je ûs tout errant pour eus 

Sans boisdie un ris amoureus, 

Et puis lor requis et priai, 
860 Et enviers eaus m'umeliai, 

Que il me feïssent aie, 

Pour Jbesucrist le fil Marie, 

Tant que je fusse amont montés. 

Et il me fisent grans bontés, 
865 Car il m*aidierent volentiers, 

Et me dist chaseuns que entiers 

Me seroit et si boins aidiere 

A faire enviers Diu ma proiere, 

Qu'il me menroient droit amont 
870 Le plus isnelement dou mont. 

Par eaus Teskiele ensi montai, 

Qu aine escaillon ni mescontai, 

Ains m*en alai amont si droit 

Que nus mieus voie ne tenroit. 

875 Et quant j'euc Teskiele montée, 

En une plaingne grande et lée 

Entrai, qui moût ert deli table ; 

Ne tenés pas mon dit à fable, 

Qu'aine si biel liu veû n'avoie. 
880 Avant alai, si ting ma voie 

A diestre, si c*on m'ot rouvé. . 

Si ai lues Desirier trouvé, 

853 m'eitoit. — 859 Et ti lor. — 867 ef loiatts aidiere. ~ 868 £;< it me 
firent mapr, — 869 menèrent, — 87i «'i (endroit. — 879 Qu^ainc plus 
beau leu, — 881 Jub. comme ot. 



BOMOB n PAAAMS. 35f 

Qui si graDt joie fiai de mi 
Qa*en au jour et en un demi 
886 Ne le vous poroie jou dire. 
Illuec tout droit enmi le pire 
Estoit sa maisons et ses mes, 
Iluec ayoit longement mes 

Car c'estoit la droite monjoie 
890 De Paradis ; qu'en mentiroie ? 

Droit en Paradis me mena \ 

Desiriers, qui moût se pena 

De moi avancier et aidier ; 

Tout ensi com à souhaidier 
895 Alai tout droit en Paradis. 

Quant ftii eus, se me fu avis 

Que je fui del tout si à aise 

Conques n eQsse eti mesaise, 

Ne aine d'anui n*i oc mémoire. 
900 Là trouvai je le roi de gloire 

Et Sainte Marie, sa mère, 

A qui il est et âus et père, 

Et des angles la compaignie, 

De si grant joie raemplie 
905 Que trop seroit à dire grief ; 

Ja nus hom n'en venroit à chief. 

Laiens vie saint Jehan Baptiste 
Et saint Jehan l'Evangeliste ; 
Avoec sont apostle et martir 
910 Et li confiés sans départir, 

98i Quê enunjoretm demi. — 885 ponoil on pas dire, — 888 MuU 
i avoii. - 891 En paradis droit. — 894 Ms. à iouhier. — 896 «w fui. — 
897 H del tout à aise. - 900 Leenz trovai le roi. 



â52 ftâOOL DB HOUDEMC 

Les yirges et li autre saint ; 
Des Frères Meneurs i oit maint 
Et des Jacopins ^sèment, 
Qui voient Dieu visableinent ; 

915 Des Frères de la Trinité 
Et de Cistiaas par rerité 
Et des autres religions 
Et gens de maintes mansions 
I avoit il à grant plenté, 

920 Que trestout ont lor volenté. 



Nonnains i vie et des noirs monnes 
Et avoec eaus riulés canonnes ; 
Vraies beghines et hiermite 
Sont laiens de moût grant mérite. 

925 Et si i vie moût clers et priestres, 
A oui plaisoit forment li iestres ; 
Si i vie tant et rois et contes 
Que n'en saroi dire les contes, 
Cheyab'ers, bourgois, gens menues 

930 I avoit laiens tant venues, 

Qui moult avoient grans biâutés 
Pour chou que bien lor loiautés 
Avoient al siècle gardées. 
Et quant je les eue esgardées , 

935 Se vi moût bien et entendi 
Que nostre Sires lor rendi 
Mérites selonc lor desiertes ; 
Amples estoient et ouviertes, 



912 Frerei Memu, — 918 na$eion$. — 9)9 Ont trestftU. — 931 m mvU 
et noire m. — 922 Et avœques, ^ 925 Si t vi tnuît ef cf. — 928 Que je 
n*en sai venir à contes, •— 930 / avoit nmU leenz v. — 938 et apertes. 



SOMOB ms MRADIS. 955 



A Tiin plus dt à l'autre mains ; 

940 LoDc chou qu'il eurent mis lef mains 

A Dieu soingneusement siervir, 

Le savoit Dieus bien desîervir. 



Laiens fui moût très bien venus. 
Ravisés fui et connetis 

945 De ceaus qui àl siècle me virent 
Endementiers que il vesquirent. 
Et chil qui me reconnissoient 
De lor amis me demandoient 
Qu*il avoient laissiés en vie ; 

950 Et je disoie sans envie 

Qu'il se gardoient de mal faire 
Et se penoient moût de plaire 
A Dieu, le père droiturier. 
Et moût avoient desirier 

955 De venir lassus avoec aus. 
Et j'estoie boillans et caus 
De paracompUr me besongne, 
Se ne prisoie une escalongne 
L'ariestet* là ne Tatargier. 

960 Avant alai sans detrier, 

Tant que je vinc devant le Rai, 
Qui n'aime outrage ne desroi, 
Où seoit Ml sa maïsté. 
Si plains de si grant pieté 

965 Que nus n'en poroit conte rendre. 
Et je tantost, sans plus atendre, 



942 MttMNl U. — 9U et reeonntts. — 948 B Ion, — 954 Et estaient en, 
— 958 ioib. friê, ort. 



234 BAODL DK HODDBNC 

Droit devant lui m^ajenoallai 

Et de vrai cuer fin l'aoarai. 

Et il dist : « Raonl, bien Tas fait, 
970 « Pardonet te eont ti méfiait 

tt Dont ta m^aYoies courechié. 

« Or t'en rêva, tout sans pechié, 

« Là JQS au monde dont venis ; 

a Moût bien ton droit chemin tenis 
975 « Quant tu montas chà sus amont ; 

a Tu m'as moût bien sîervi tresdont. 



« Or t'en rêva là jus au peule 
a Que je voi tout viers moi aveule, 
tt Si li di que par toi li mande, 

980 tt Et après le mander coumande, 
tt Qu'il prenge si garde de li 
« Qu'il ne mefface plus à mi ; 
tt A moi siervir ne voient goûte, 
tt Ains sont maize gent et estoute, 

985 tt Ne voelent ma parole entendre, 
tt Aumoisnes faire ne emprendre 
tt Penitance ne autre bien ; 
« Je me plaing d'eaus sour toute rien. 



tt Or leur rouveras pourpenser 
990 tt Et de mieus faire adiès penser, 
« S'il vuelent cbà amont venir 
« Ne le droite voie tenir. 



968 B Mikiel.-^ 970 li meifet — 973 au siècle, — 974 Ton dr. ch. muU 
biefi tetiis, — 975 casus (Jub. la sus) à moi, — 976 servi en foi, — 979 B 
lor (p. li), — 980 £1 avœc le meaider (B mande). — 981-2 de lui Qu*il ne 
me face mes anui, ~ 98i maie gent. — 990 Et delrien faire mieus p. 



SONGE DE PARADIS. 335 



it Va t'ent, de bien faire te paine, 
a Et si i met travail et paine, 
095 Qae despises adiès le mont. 
<f Et quant revenras ohà amont 
« — Je sarai bien, quant boin fera, 
a Cb*iert quant ma volentés sera, — 
« Je te donrai une couronne 
1000 a Que uns cieroles d'or avironne, 

tt Tous plains de gemmes précieuses, 
a Moût très dignes et glorieuses. 



Li couronne qu'il me proumist 
Pendoit lés lui ; sa main i mist, 

1005 Si le me moustra tout riant ; 
Et je m'alai humeliant 
Enviers lui, si l'ai encline. 
Et s'il le m'euïst destiné, 
Volentiers fusse demorés, 

1010 Quar tant estoit li lius soés 
Et dous et plains de tel bonté 
Que ne Taroi bui aconté : 
Qui cent mile ans laiens seroit 
Et puis apriès s'en isteroit, 

1015 Si ne li sambleroit il pas 

Qu'ens euîst esté un trespas 
D'une eure de jour seulement. 
Je n'i fui gaires longement, 
Ains m'en revinc grant aletire ; 

1020 Moût trouvai le voie seiire 



1000 B Qui uns. — 1001 B Tout plain. — lOOÎ M. saintes et muU gl. — 
101 1 grant botUé. — 1012 rnconlé. — lOU Et adonques s'eti. — 1016 Qu'il 
i fuêt le tout seul tr. 



2S6 RAOUL DE BOUMRC 

Là par où jou estoid aléa. 

Et quant je fui jus avales 

Et au siècle fui revenus, 
' Si dormoia encore, qolo nus 
1025 Ne m'avoit le dormir tolu. 

Lors m'esvillai, si me dolu 

Li cuers pour che que je par songe 

— Que n'estoit point voirs, mais mençonge 

Avoie en Paradis esté ; 
1030 Petit m'i avoit on fiesté. 



Mais pour che que j'ai tant songié, 
De dire songes prenc congié, 
Si dirai âne vérité ; 
Dieus le m*otroit par sa pité ! 

1035 Qui de Paradis vœt aprendre, 
S'il me vient oïr et entendre 
Et il en vieut le joie avoir, 
Il pora bien de û savoir, 
Que j'en dirai vérité pure 

1040 Selonc che que dist TEscripture, 
Quels il est et de quel bonté, 
Si con li saint l'ont raconté ; 
Apriès pores d'Infier oïr, 
Dont nus ne puet de lui joïr, 

1045 De le mauvestié c'en i trueve ; 

Ki le desiert, trop mal se prueve, 
Dieus nous en desfende, li sire, 
Quar c'est de tous maus lius li pire. 



10S3 ju$ revenus, ^ lOitt mmi dormir. — 1040 qu'eti dût. — 1044 Où 
tius, — 1046 ffe$l mie fable ne contrwve, '— 1048 maus geus. 



90MGB DE PARADIS. 237 



De Paradis premiers dirai, 

1050 Si ke ja mot n'en mentirai, 

Selonc che que j'ai de science. 
Mais je ne cuide pas ne pense 
Qae soie dignes dou parler, 
Pour les grans biens à raconter 

1055 Qui sont en Paradis celiestre 

Avoec Dieu, où fait si boin iestre 
Que sens d'omme ne souffîst mie 
A chou que la moitié en die ; 
S'en dirai chou que je porai, 

1060 Vérité en desponderai, 

Se me puis au voir assentir. 
Cil qui sont ens« tout sans mentir, 
Sont adiès en vie sans mort, 
Nule dolours nés point ne mort ; 

1065 Tout adiès est il JQurs sans nuit, 
Nus n'est laiens oui il anuit ; 
Sans faussetés i est vretés, 
El riquoise sans povretés, 
Et joie âne sans tristrece ;, 

1070 N'i a angoisse ne destrece, 
Seiirtés i est sans peeur. 
Et si est repos sans labeur, 
Durance i est sans prendre fin, 
Nule riens ni vait à déclin, 

1075 Les pensées i sont sans cure^ 
N'i a groucement ne murmure, 



iùSONeja de mot. — lOifS digneê de conter, — it56 0w avoee Dieu 
fait,— 1060 Après ce vers le ms. de Paris porte A mon $en$ ions raconter 
9onge Ne n'en dirai huimèe mençonge, — i062 Jub. sont eti touz, — 
1064 n't patti/. — i065 Toute jor i ett (Job. ert),— i07l B sans nul 
peur. — 1072 Dauz-repoi i est sans. — i074 B n't puet prendre fin. 



3% MAOUL DE BOUDBNC 

A tout bien se vont assentant, 
Anui ne mal n'i vont sentant, 
Nos n'i enviellist ne empire, 
1080 Li mains yaillans i est plus sire 
Que morteus hom ne puist penser 
Qui la mort ait à trespasser ; 
Vraie amours i est sans faintise, 
Que ne descroist ne apetise. 

1085 Santés i est sans maladie, 

Nus n*i a fain ne ne mendie ; 

Sans anui voient adiès Dieu, 

Le glourious, le doue, le pieu ; 

Chis veirs est cantinueus 
1090 Et li désirs perpetueus. 

Tel délit ont en cel veïr 

Que chius désirs ne puet keïr, 

Ne ne s'en pueent soëler, 

Ains le désirent sans finer. 
1095 Cbe lor done si grant plaisance ; 

Qu'il n*ont anui, doel ne pesance, 

Ains ont toute lor volonté. 

Jamais n*aroie raconté 

Le grant joie de Paradis. 
1100 Je vie en un livre jadis, 

Où sains Bernars nous soumonnoit, 
' Et moût durement nous hastoit ; 

Gom fieus nous apieloit li sains , 

Qui consaus est et boins et sains 
1105 Pour issir bore de tout péril. 

U disoit : a Hastons nous, mi âl, 

i083 Qui a la tnort, — 1084 Qui ne, — 1086 nus n*i mendie,^ 1091 enz 
el ucfr. — 1099 La grant bonté, — 1101 iermonoif, — 1102 Otit muU. — 
UOAhert. 



SONGE DE PARADIS. 239 



/ 



a D'aler errant al setir liu, 
« Où il n'a ne coust ne aliu n ; 
Geèt en Paradis, là amont, 

1110 Où sains Bernars tous nos soumonti 

« 

Apriès Tapiele « lieu seUr », 
El aler i a grant eUr, 
Quar on i a tout che k'on vieut. 
Anuis nU tient ne cuers ni dieut. 

1115 Encor Tapiele « souef past » : 
Nus n*est malades n*i respast. 
S'il mengue de la viande. 
Dont sains Bernars est si engrande 
Que nous i hastons de l'aler ; 

1120 Dieus nous i maint sans ravaler ! 
Encor Papiele a camp plentiu » ; 
Trop couvenroit l'omme soujtiu 
Qui vorroit dire le bonté 
De cel doue camp ne la plenté 

1 125 De Paradis dont jou dit ai . 

Sains Bernars nous met à Tassai, 
Et si nous rueve tost haster, 
Pour che que puissons abiter 
Illuec sans mal et sans peeur 

1180 Et sans destrece et sans doleur. 
Et que nous aiens compegnie 
Sans anui avoec la mesnie 
Des sains qui sont en sainte gloire ; 
Après Dius nous en doinst victoire ! 



1107 PouraUr tost, — 1110 Jub. tost notu. — 1111 Jub. Fen iêur. — 
1112 En aler, — 1113 quanques on, ^ 1115 Jub. tapelent, ~ 1116 ne 
respast, — 1119 hastons tuit dealer. — 1125 Cest P. si com dit ai, — 
1129 Bfdfu nul peur. — 1130 Etsanzdefaute, — 1134 Jab. Amen Diex. 



240 RAOOL DE lOUMHC 

1 135 Or voos vœl jou d'Infier retraire 
Le grant dolour et le contraire 
Que cil ont qui laiens htfbitent, 
En nule rien ne se délitent ; 
Infiers est lais tout sans mesure, 

1140 Si vous di bien sans mespresure 
Qu'il est tant hideus et parfons 
Qu'il n'i a ne riye ne fons ; 
Ne ne puet estre comparée 
Li grans ardors ne li fumée 

1145 Dont il est sourondans et plains. 
Souvent i a larmes et plains 
De ceaus qui là ont lor desierte. 
Hé las, com fet li hom grant pierte 
Qui de Paradis piert le règne, 

1150 Où nostre sires maint et règne, 
Pour ayoir dolour et haskie 
En la très grant foursenerie 
D'InÔer, qui n'est mie souffrable, 
Ains est tant cruels et nuisable, 

1155 Che nous tiesmoignent Escriptures, 
Conques Dieus ne flst créatures, 
Fier ne achier, pierres ne fus, 
Q\i0 lues n*ait degasté chis fus ; 
Fors les âmes eskaitivées 

1160 Ki sont en cel ort liu entrées. 
Celés ne pueent degaster, 
Ains les convient là habiter 
En tel dolour et en tel paine 
Trestous les jouhs de le semaine. 



ii^ Apf^ vous tmeil. ~ 1U2 Que UhH a rive. ^ iiA5 Si ne. —^ 
iiiS $owr<mdez, -^ iUe et cris ei pi, — ii48 He Dieus, — 1150 Oà Dietts 
m gloire maml, — i 160 De$ peehean qui mm/ dampnées . 



SONGE I>E PABADIS. 341 



1165 Et ioas jours vives i seront. 
Ne jamais hors n'en isteront, 
Que Dieus en Paradis sera, 
Qui jamais un ne prendera. 
S'eles peuïsFent prendre un 

1170 Ne de lor mal avoir defin. 

Ce fust moût grans bonneUrtés ; 
Mais c'est lor grans maleiirtés 
Qu'à nul bien ne béent ne tendent 
Ne ja nule mierchi n*atendcnt. 

1 175 Infiers est plains de tel dolor 
Trop par aroit chi grant labor 
Qui le vorroit conter et dire. 
Plains est de grant misère et d'ire 
Et plains de ténèbres oscures, 

1180 Nus hom ne poroit mètre cures 
A chou qu'en desist le moitié ; 
Qui ens est, mal a esploitié. 

Inûers est lius sans ordenance 
Et sans amor et sans pitance, 

1185 Si est plains de confusion, 
D'orreur et de damnacion ; 
De bien esperanche nU a. 
De mal desesperanche 1 a. 
Chil qui là sont, par vérité, 

1 190 N'ont en eaus amour ne bonté ; 
Gaitif sont et caitif se claiment, 
Eaus héent et autrui pas n'aiment. 



1105 Et aut€mt vive$, — 1166 Quejmnèsjor» — 1173 Jub. Que nul, ^ 
Mit Qhc trop awroit. — 1180 Job. 7eiM hom, — 1182 Qui ai ms, — 
1186 D'erreur. — 1188 bMaù de mal espérance i a, — 1190 fie pité. 

16 



1243 RAOUL DE HOUDCNC 

En grant angousse sont forment^ 
Toute manière ont de tourment, 

1195 Qui moût sont grant, par vérité. 
Et plain de tele iniquité 
Que nus hom dire nel poroit, 
Et qui de chou se peneroit, 
Grevés seroit tost et lassés ; 

1200 Li menres est plus griés d'assés 

Que li plus grans tourmens del monde, 
Si com il dure à la reonde. 



Par ces tourmens sont degasté, 
Mais ja n*aront lor tan^ gasté, 

1205 Âins est toudis à commencier ; 
Ja nés saront tant depecier 
Qu'il ne soient adiès entir ; 
En grant dolour sont sans mentir^ 
. A nul bien n'ont onques retour. 

1210 Li anemi lor sont entour 

Pour aus cours tenir et destraindre. 
Li feus dlnfier ne puet estaindre. 
Où il sont adiès nuit et jour, 
L*ardeur i suefrent sans séjour. 

1215 On n'i ot joie ne solas. 

Ne nulle vois fors que de las, 
Là sont, elas ont, hélas dient ; 
Riche de mal, de bien mendient. 



1194 Job. ont omis.— 1200 Li mendres est graindres asuz; B trop griéi, 
— 1202 il va à. — 1204 lor mal. -~ 1205 Ainz revient lues au. — 1206 Ja 
tatU m sauront d. — 1207 QuHl fM resoient lues e. — 1212 Jab. estraên^ 
dre. — 1214 Vardure eti s, — 1215 On nH ot vois fors que hélas. — 
1216 ÎVont autre joie ne solas. — 1217 Le» sont. 



SOMGK DE PABADIS. 243 



La visions des anemis 

1220 Qae 11 mestres d*Infier a mis 

Avoec eaus pour caus tourmenter, 
Pour laidengier et pour bieter, 
Lor fait croistre et dobler lor palne 
Trestous les jours de le semaine, 

1225 Ne ja remède n'en aront 

Ne hors des tourmens n*isteront. 
Ne n*i atendent mierchi nule. 
Por che di bien, oant le pnle, 
Se nous tout peceour savions 

1230 Et les dolours sentus avions 

Que chil ont qui sont en Infier, 
Jamais, nVn esté n'en yvier. 
Ne ferions ne mal ne pechié 
Dont peuïssiens estre blecié ; 

1235 Et en ceste vie mortel, 

Entrues que sommes encor tel 
Que nous poons mierchi avoir, 
Prendons le, si ferons savoir. 



Aions dont boine repentance 
1240 Et faisons vraie penitance 

Des grans peciés et des meffais 
Dont cescuns est viers Dieu meffais, 
S'atenderons plus feaument 
Le cruel jour dou jugement, 
1245 Que Dieus toute gent jugera. 
Et à cescun il paiera 



1332 Jab. boter, — 1228 Jub. orant — 1229 Que se notu pecheor 
snviem (B aviens), -^ 1232 lie esté fie— 1234 Oant notis fussietis vers Dieu 
trié. — 1239 vraie repefitance» — 1240 Et faisons vraie. — 1243 fiemetit. 



244 RAOOL DE HOUOEMC 

Tout che qu'il aront desiervi : 
Chil qui aront bien Dieu siervi, 
Aront en Paradis loiier 
1250 Et en Infier fera loiier 

Ceaus qui siervent chi l'anemi ; 
Diens en deffende vous et mi ! 



Del jugement dist sains Grigoires 
Un mot dont or me vient mémoires : 

1255 tt Quant Dieus son jugement tenra, 
<( Saohiés que cascuns i sera 
tt De tous ceaus qui aine furent né, 
tt Et li plus jone et li ainné ; 
tt Cescuns aportera sen fais, 

1260 tt Et qui u ara à Dieu fait pais 
tt De ses pechiés en ceste vie, 
tt Vous savés bien, quoi que nus die, 
« Que Dieus iluec le jugera 
tt Et de lui se deseverra. 

1265 Ilueques aront lor desierte, 

« Ou soit de gaaing ou de pierte ; 
« La gent sera toute partie : 
tt Li boin à la diestre partie 
« Seront, et 11 mal à seniestre, 

1270 « Qui moût atendent cruel mestre. 



Par desus ert velis li juges, 
Il n'a si boin clerc jusqu'à Bruges 
Qui peuïst dire le grant ire 
Que dont avéra nostre Sire, 

ÎUI Lonc ce qu'il aura. — ÎUS aura, ~ 1Î40 Aura P.deU^ 1153 B 
Bia jugement, — 1356 1 vnidra, — i265 Huec auront tuit. — f 266 Soif à 
g, ou eoilàp.^ 1267 B êeront. 



SONGB DE PARAMS. S45 



1275 Tout li saint qui iluec seront 

De grant p&oar tout tranleront ; 
Neis li mère Dieu tramblera 
De paonr, quant ele verra 
Que ses uns est si courechiés 

1280 Qui de tous biens est sire et chiés : 
n ert amont en tel sanlance 
Ck>mme il fu ens en la balance 
De la crois où il fu pendus 
Et clauûiés et estendus 

1285 Pour nous traire de la fournaise 
D'inûer, où nus n*a bien ne aise. 

Et aval ert veûs Inûers, 
Qui tous ert amples et ouviers 
Pour rechoivre les pecheours, 
1290 Les useriers, les leceours, 
Qui ne se vorrent eonfiesser 
Ne de mai faire oaques ciesser. 

A diestre verront lors pechiés, 
Dont Dieus ert forment coureciés : 

1295 Voiant tous orent swuviert 
Et li pechié tout descouviert. 
Dont on ne prist concession 
Ne ne ûst satisfacion 
En cest siècle devant le mort, 

1300 Dont li consience remort ; 
Cascun li sien accuseront 
De ceaus qui là les porteront. 



f^6 Tre^uii de p. fr.— «279 $e$ fioh. B er(.— 1280 B «K.— Ii84 ctoti- 
fiehiiz.-^ IS90 Les ti. L trichcors. — 1294 De qui D. ert m. c. -r 1295 là 
ouvert,— 1296 Tuit H p.etd. 



246 RAOUL DE BODDBNC 

k seniestre erent li maafë, 
Tout bouillant et tout escaufé 

1305 De ceus tourmenter et mal faire 
Qui ont esté de lor afaire ; 
Celle eure desirront forment 
Qu'il les aient mis à tourment 
Dlnâer avoec eaus en la âame, 

1310 Où perderont et cors et ame. 

Par dehors verront tout le monde, 
Si corne il dure à la reonde, 
Qui tous ardera par aïr. 
Moût se deveront cil haïr 
1315 Qui porteront là les meffais 

De quoi erent vlers Dieu meffais, 
Puis qu*il pueent amender chi 
Par bien faire et avoir mierchi. 

Dedans verront lor conscience 
1320 Plaine de maie passience, 
Qui les rera et brullera 
£t forment les tourmentera 
De chou qu*il aront fait le mal 
Par quoi il erent mis el val 
1325 Dlnfier avosc les anemis 

Qu'il troveront mauvais amis. 
Nule part ne porront baer 
A cose qui leur puist graer. 
Amont verront Dieu courecié, 
1330 Qu'il aront pierdu par pechié ; 



1307 Ueure desirreront /. — 1312 comme il va, — 13ti se pçrra U hotn 
h. — 1313 Qui là portera ses m. — 1316 £>e qfwi il ert, — 1317 quHl les 
piteL — 1318 Et bien. — 1321 B les reura. — 1324 De quoi. 



SONGE DE PARADIS. 247 

Infier verront oaviert aval 

Pour ans grever et faire mal. 

Tous lor pechiés verront à diestre, 

Et les diables à seniestre 
1335 Qui en tourment les meteront, 

Et moût courechiet en seront 

De chou qu*il iront si tardant. 

Desous verront le mont ardant, 

Dedens verront en lor pensées 
1340 Les lais fais et les diestinées 

Dont Paradis auront pierdu. 

Adont seront si es pierdu 

Qu*il ne saront qu'il puissent dire. 

Ey Dieus, com cil jors ert plains d*ire ! 
1345 Tous les i couvenra venir ; 

Ne se saront à quoi tenir, 

N^en porront estre destourné. 

Tout seront si mal atourné 

Chil qu'as montegnes crieront, 
1350 Et en criant leur prieront 

Qu'eles viegnent sour eaus keïr 

Pour Diu ke n'oseront veïr. 

Or vous proi tous pour Jhesucrist, 

Qui le mont estera et fist, 
1355 Que vous pensés, boin crestiien, 

Que en cest siècle terriien 

Faciez vos maus si eslaver, 

N'en soiiés escars ne aver, - 

Quant Dius son jugement tenra, 
1360 Et cascuns de nous i venra, 

133! (mûrir. — 1356 Et qui malt c. sermit. — 1338 Mauquedans Jub. 
— 1339 Dehors, — I3U est. — 1348 Lors seront. — 1349 Que aus wi. — 
1350 en plorant. — 1351 Jub. Que tes. - 1353 prot por Dieu J. — 1358 B 
e9cart. 



248 BAOUL DE BOimBMC 

Que il nous tiegne pour amis, 
Si k*avoec les boins soions mis 
A la diestre dou jugeour, 
Jhesucrist nostre sauveour. 
1365 Si vous pri que pour moi proiiés 
Si qu^eu m ajue vous soiiés 
ËQviers Diu qui eus es chius maint, 
Que il à boinne un m'amaint. 

1361 Et qu*il tums. — I361-6i Que il vmii t, por les snens Et soiez mis 
aw)ec les huens, — 1366 Et que en m'aïde soiez. 



3. 



lA itomans des Kles '. 

D'api'ès le ma. de Turin Z. F. 32, fol. 1 12 vo (ancien g / 19). 
A la suite du texte se trouvent les variantes des mss. Bibl. Nationale 
Ms. franc. 837 (anc. 7218), fol. 54, Ma. fr. 19152 (fonds Saint-Ger- 
main no 1239), fol. 39, Bibl. de Berlin Ms. frç. in 4» n* 48, fol. 154. 

Ces 3 versions sont indiquées dans les variantes resp. par A, B, C. 



T 



ant me sui de dire teii^c 
Re bien me sui aperoeUz, 
Qui trop se taist, ke de trop taire 
Ne poroit nus grant chatel fai^. 

* Alon ms. porte en titre : Dit des . VU, eles. Gela ne répond pas au stget 
du poème, qui traite de deux efes ayant chacune sept pennes. J*ai substitué 
le litre -indiqué par l'auteur lui-même dans le dernier vers. 

Leçons beconnues fautives oAtis Motf manosckit et coRRieÉES dans bon 
TEXTE : 3 c/ p. ke. 



Ll EOMAIIS DES BLES. 249 

5 Por ce me plaist en mon romans 

Ke des chevaliers vos comans 

Noviaaz moz, ù ilh poront prendre 

Exemple et cortoisie aprendre ; 

Et moi poiae que je ne puis 
10 Plas bel trover que je ne truis. 

Et ki d'janx dist chose certaine, 

Chevalerie est la fontaine 

De cortoisie, qu'espuisier 

Ne peut nus, tant sache pnisier : 
15 De Dieu vient et chevalier lont ; 

Tant que en croist par tôt le mont, 

Vient d*eauz. — Comment ? — Elle est lor lige 

Dès le copel jusqu'en la tige : 

Autre gent n'en ont fors Tescorce. 
30 De cortoisie estuet par force, 

S*acuns est ki point en retiengne, 

Que ilh le wet et ilh le tiengne 

Des chevaliers et [de] leur non, 

K'il n'en croist point s'en lor fiez non ; 
25 Tel hantece et tel dignité 

A en lor non, par vérité, 

Si fust drois que chascuns seuvist 

Ce qu'à lor non apartenist. 

Por coi ? De coi sui je à malaise ? 
30 I vol je riens qui me desplaise ? 

on : la riens que nus 1 truist 

Ki plus lor grieve et plus lor nuist : 

Si est ce k'en chevalerie 

Li plusor ne s'entendent mie, 
35 Ne ne sèvent, si c'est meffais, 

Le chevalier por coi fu fais 

t6 en croit. — 93 Les mois ou lettres renfermés entre crochets sont 
omis dans mon manuscrit. — 24 Ne croût point tar lor fiez non. 



250 BAODL DE HOCOBRC 

Ne qu'à lor non apertendroit 
A faire. Car li nons, par droit. 
Est propres nons de gentilhfeoje. 

40 Tant est 11 nons, de sa hantece, 
Sor toz les antres nons ki soient, 
Ke, se ilh bien reconnissoient 
Ke 11 nons est de haut a&lre, 
Asseis font de choses que faire 

45 N'oseroient. — Por coi ? — Por honte. 
Mes ne sèvent qu*al non amonte. 
Car tels por chevalier se tient 
Ki ne selt k'al non apartient, 
Fors seulement « chevaliers su! » : 

50 C'est quanqu^il seit dire de lui. 
Se chevalier, à droit esgart, 
Chil qui n'ont ft lor non regart, 
Neconoissent, [si est grans dues], 
Aus ne lor non, ne lor nons eus, 

55 Ques conolst dont ? — Li conteor, 
Li hiraut et 11 vlleor. 
De chiaux dist Raols de Hosdent, 
Ke sont esproveit merestent 
De chevalerie esprover. 

60 Et par Itant le vuelh prover 
Ke, cant li marcheans assemble 
L^or et le molestent ensemble. 
Sel fiert al melestent, et lors 
Puet on conolstre se li ors 

65 Est blans u marcheans u fins ; 
Et par itant, ce est la fins, 



37 Le copiste divise par iDintelligence apertm droii. — 38 perdroU, 
-^ 51 Chev(tUers, — 54 Kau$ ne L n. ne lor nnn eus, — 9S Ki êoni 
e$prouveit et m, — 63 f/ tor. 



Ll BOMANS DES ELE8. 351 



CoDoist on par les menestreus^ 
Qui es places et es hosteus 
Voient les honors et les hontes, 

70 Des quels on puet dire biaux contes 
Et des queis non. Car je vos di, 
Cant li conteres a fini, 
Tant qu*il est poins de demander, 
Larges ne puet contremander, 

75 De iargece, sUl Ta el cors, 
Ke la pointe n^en père fors* 
S'il a d^ quoi, doner Testuet 
Présentement, et s'il ne puet 
Doner et 11 covient prometre, 

80 Ilh i seit si francement mètre 
S'essogne et si bel deviser, 
Que toz li mons puet aviser 
Le talent qu'il a do bien faire. 
Mais li avers est d'autre afaire ; 

85 Car se ilh done^ tant tenra 
Son don, que gré ne l'en sara 
Chis cui ilh done ; et s'ilh promet. 
Tantes aconquestes i met 
En ses promesses, guerranmeiU 

90 Puet Ven savoir certainement 
Que sa promesse est nule chose. 
De son cuer, ù hpnte repose, 
Qui est d'anui £eruz en char, 
« Ist uns vains mos faintis d'eschar, 

95 Frois et relens et sens saveur, 
Si crus que cant je l'asaveur, 



68 hotteiâ, -^lî vodi, ^ 89-9i Ces trois vers sont, dans mon ms., par 
rétonrderie da copiste, réduits au suivant : En ses promesses^ en nulc 
chose. J*ai comblé la lacune d*après la version A. — 94 de char. 



2K2 RAOUL DE HOUDEMC. 

Je senc qu'il mosist de fainté 

Et en boies de mavaisté^ 

Mois d'armes et tars de sojor, 
100 Ëspèe de honte et clers d'onor, 

Aigres d*agait, vains de proaeche, 

Ke li relens de la pireche 

K'ilh a el cuer corient qu'en isse. 

Ne sai que je vos en desisse 
105 Des autres, mes de tant m'est bel 

Ke li mot sèvent le Tassel, 

Tant qu'ai parler sont conefi. 

Des conteors, ki ont yeli 

Lor biens, lor mauz, je dis sans falhe, 
110 Vers iaus n'a point de repostalhe ; 

A un mot, ke de riens ne dot, 

Ce sont chil qui conoissent tôt. 



Por ce me poise, sans mesprendre, 

Ke nus i trueve ke reprendre 
116 Ne ke blâmer ne que redire. 

Et que di je ? Vuel je dont dire 

K^il soit nus chevaliers vilains ? 

Nonil ; mais li un sont do mains 

Ke li autre en trestoz les leuz ; 
120 Si en i a asseis de cheuz 

Ki sont si del plus en prouece 

K'ilh ne dengnent faire largece, 

Ains se fient si durement 

En leur prouece qu'erranment 
125 S'i fiert orguez, ki lor comande 

A veer se on lor demande, 

99 scjors, — 113 ne p. m*. — 117 Ki soU, — 118 ^i mw. — 119 amires. 



U ROMAMS BBS BLBS. 95S 

Et dient ke n'est pas honors. 

« De coi dot je ces lecheors ? 

« Donrai dont je ? donrai por coi ? 
130 « Ke pueent ilh dire de moi ? 

tt Ne sui je cil al grant escut ? 

tt Je sui chil qui tôt a vaincu, 

Je sui li miedres de ma main, 

« Je sui d'armes passeis Gawain. » 
135 Avoi, signur, ke ke nus die, 

N'afiert pas à chevalerie 

Ke chevaliers por sa prouesoe 

Doit avoir en despit largesce, 

Car par prouece, à droit conter, 
140 Ne puet nus en haut pris monter. 

S'en la proeche n'a deus eles ; 

Si vos dirai de coi et qneles 

Ces deus eles couvient à estre. 

Largece doit estre la destre 
145 Et la senestre Cortoisie, 

Et se chascune est bien fornie, 
Il covient, à droit deviser^ 
K^en chascune, por droit aler, 
Ait sept pênes. — Par quel raison ? 

150 En Pelé qui Largece a non 
Est la première pêne tele, 
Por ce que Largece a non l'ele, 
C'on soit en largece hardis. 
Car par drois poins et par drois dis 

131 J0 omis. — l35A«nAe. — 137 Par sa pr, ; por^ qui est la leçon 
de A, convient mieux. — 140 Se la. — i48-li9 K*m chaseurui poroil 
aier En .m;, pênes, J*ai substitué à cette leçon impossible celle de A, qui 
s'en rapproche le plus. 



â54 RAOUL DE HOUDBtfC 

155 Puet on prover oltréement 
Ke Largece est de Hardoment 
Ëstrete et [de] Hardement vient. 
Et nos savons qae pou avient, 
En nul païs, ne loing ne près, 

160 Ke nus soit larges et malvès. 

La seconde est de tel affaire 
Ke hons qui vuet largece faire 
Ne 'doit pas garder à avoir 
Ne ke sa terre puet valoir. 

165 Ja chevaliers, se Diés me saut. 

Puis qu'il enquiert que sables vaut, 
Ne montera en grant Lautace ; 
Ne chil n'est pas plains de proëce 
Ne d'onor ne de hardement, 

170 Ki ne donne plus ne despent. 
Et en folie et en savoir, 
Ke sa terre ne puet valoir. 

La tierce pêne seneûe, 
Ki fait de Largece s'amie 

175 Et vuet de largece avoir pris, 
K'il ait toz jors son conseil pris 
De doner à povre et à riche. 
Je di que de largece triche 
Chil ki done^ cant il regarde : 

180 « De cestui pues tu avoir garde ; 
« Cis est bien del conto u del roi ; 
a Cis puet à cort parler de toi ; 



167 grant largece. La leçon des autres mss., que j*ai adoptée, est évi- 
demment meilleure. — 168 pas de gratU haltesse. Ici encore j*ai soi?i les 
mss. de Paris« comme répondant mieux k Tenchalnement des Idées. 



LI BOMAMS DES ELES. âS5 

« Cestui donrai, car ilh me donne, 

a Noient al povre ». Ce n*adonne 
185 Riens à largece, ains samble force ; 

Mais qui en largece s*enforce 

Bt vuet ostre larges parfis, 

Si doinst del sien as desconûz 

Et ne regart pas, à son don, 
190 Ki Pen rendra le guerredon ; 

Car largece, sans nul redot, 

Jue del sien à tôt por tôt. 

La quarte pêne, à droit esgart, 

Si est que on se tiegne et gart 
195 De prome{re, se on ne vuet 

Doner, car ki promesse acnet 

Sor lui et puis ne la vuet rendre, 

Saveis que ilh i t>net atendre ? 

A honte li puet atorner. 
200 Puis qu*il n'a talent de doner 

Et ilh fait l'orne por son don 

Venir dis fois en sa maison, 

Si li a bien la voie aprise, 

Ke plus! va et moins le prise ; 
205 Et por itant pulent savoir 

Li aver, li serf à l'avoir, 

Cant c'est qu'il n'i vuelent plus mètre, 

Ke c'est folie del prometre. 

« 

La quinte penne, c est l'ensengne 
210 Qui à toz les larges ensengne 
Ke chascuDS asavort son don. 
De quel savour, par quel raison 

\Wè regar.-- 192 par lot, — 209 toil p. c*esl (éfidemment une erreur). 



2S6 RAOUL DE HOODBNC. 

• 

Puet on son don asavorer ? 
La savors est del tost doner. 

215 Ki morsel sans savor englot, 
Emplir en puet son ventre tôt. 
Mais ja tant n'eroplira la panée 
Ke li cuers en sente pitance. 
Confort n*aïde ne socorse : 

220 Tôt assiment emplist la borse 
Dons terminois, mais à nul fuer 
Ja ne joindra si près do cuer 
Corn cil qui vieiU présentement. 
Itant sachent certainement 

225 Tuit chil ki vuellent estre large, 
Ke dons est sans savor qui targe. 



La sixte penne à large aprent 
Ke larges donne largement ; 
Et s*il avient qu*ait mal assis 

230 .iij. dons u .iijj. u chinq u .vi., 
Por ce s^acuns dist erramment 
Qu'il done le sien folement, 
Ne doit estre par lui pensé 
Ke reprochiet ne regreté 

235 Soient si don por riens c*on die ; 
Largece, qui qui la sordie, 
Ne voroit pas tant trespasser, 
Ne nus larges ne doit penser 
A son don puis que doné Ta, 

240 Ains doit penser que ilh donra. 



214 tôt doner. —223-24 Ces deux vers iDdispenstbles rataquent à ma 
copie. ^n& Ke chil, ^ 232 Queis p» qu'il. 



y 



Ll ROMANS DES BLES. S57 



La sesme penne en Tele destre 
Aprent que, qui vuet larges estre, 
K*ilh doit bel doner à mangier ; 
Larges ne doit son cuer changier. 

346 Par coi ? — Par ce que ilh avient 
Celé largece, dont avient 
A celui cui ele remaint 
Ke toz jors en largece maint ; 
Toz jors remaint, et Dieus cornant 

250 Doneis à mangier largement. 

Est ce donques si grant prouece ? 
Tôt chil le tinent à largece 
Qui en largece s'aperchoivent. 
Saveis por coi tôt large doivent 

255 Geste costume maintenir ? 

S'acuns larges vuet cort tenir 
Et mande gens por honorer, 
Tant ne seit à sa cort mander 
Dames et chevaliers divers, 

260 Ne tant n'i donra mantiaus vers, 
Nt tani nel/era volontiers^ 
Ke, s*il est ma vais vivendiers, 
Ke chil ne dient, chele et chil, 
Al départir : a Honis soit ilh ! » 

265 Tele est la costume qui cort. 
Et s'est la droite riele à cort, 
Ki de plusors gens est suivie : 
a Ki n^acote, si ait cuirie o. 



34! La sepHme m. ^ 842 ^*U vuet corioU estre, — 343 K^ilh a»U 
doner det hiaz manger,-^ 351 dont p. donquee, -^ 257 // mande ; J*ai pré- 
féré, pour la stracture de la période, la leçoo Et de la tersion B. — 
961 Vers sauté dans mon ms. — 363 chil et chil. — 305 de cort. — 
368 cuwrie. 

17 



258 RAOUL DE HOOMMC 

Bien ai de Largece avisas 
270 Les .vii. pênes, que devisées 

Les ai en ele. Or recovient, 

Por ce que Yolenteis me vient, 

Ke de l'ele de Cortoisie 

Les .yii. cortoises pênes die 
275 Cornent ont non, quel doivent estre. 

La première en l'ele senestre 

Ke j'ai Cortoisie appelée, 

Ki premiers doit estre nomée, 

Est la première en ]*ele asise : 
280 Si est d'onerer sainte gUse ; 

Car drois est, et raisons s*i tient, 

K*à tous preudomes apartient 

K'ilh s'i doient bien regarder, 

Car por sainte glize garder 
285 Fu ciievaliers només anchois ; 

Ne doit estre només cortois 

Ei sainte glize desoneure. 

Car ja ne Tiert ne jor ne eure. 

' Car bien sachiés, que que nus die, 
290 K'D n'est si biele cortoisie 

U nus bons puisse demorer, 

Ke de sainte glize onorer. 

La seconde après la première, 
Je di qu^ele est de tel manière 
295 Que chevaliers por sa bonté 

Ne por haut pris, ne por biauté 

269 aoitée, — 274 cortoise pêne, — 275 on non que't. — 279 En p. et/. 
-— 280 Si est doners à (leçon contraire à la pensée de l*auieur). — 292 La 
rime, le rapport avec v. 280» et l'accord des autres mss. m'oot fait sofi- 
stitaer onorer à agarder. 



Ll ROMANS DEÀ BLES. 259 

Qu'il ait, ne tant soit menrelheus, 
Que ja por cd soit orgoeilheus ; 
Car je di, et prover le vuelh, 
300 K'entre cortoisie et orguelh 

Ne poroient conjoindre ensemble. 
Por coi ? — Por ce que il moi semble 
Qu'en tous poins naist de cortoisie 
Honurs, et d'orguelh vilenie. 



305 La tierce penne qui tenir 
Doit en l'ele, c'est qu'astenir 
Se doit chii qui cortois vuet estre, 
Bt vanter ; quar il ne puei esire 
Sans vilenie, cant vanter 

310 Ne âst onkes Mal chant chanter ; 
De vanteor, ce semble anui, 
Nus nMert ja bien loés par lui. 
Ki vûet estre drois chevaliers. 
Ne doit mie estre trop parliers, 

316 Car chevaliers, n'en doteis pas. 
Doit haut ferir et parler bas. 



La quarte pêne doi je dire 
Qués ele est et de quel matire : 
Ke nus cortois ne doit blâmer 
320 Joie, môs toz jours joie amer 
Et entre les ei^oïssans 
Joie faire et estre joians 



303 Que toui, ^ 305 que tenir. — 306 aietiir. — 308 Vers omis. — 
309 cant p. cant ; Tapocope ûf^ t floal de?aot aoe coosoDoe se présente 
plotieurs fois daos moo ms. ; aiosi au v. suit, ehan p. chant. — 311 
e$iembU p. ce eemble. — 318 manière, t 



960 RAOUL DE HOUDEHC 

De ior 8ola« et de lor vie ; 

C'az chevaliers est cortoisie 
325 K'ilh oient volentiers chançons. 

Notes et viëles et sons 

Et les desduis des ménestrels. 

Avec tôt ce doit estre teis, 

Se ilh ot de dame meadire, 
330 K'ilh face une antre chanQon dire. 

Por coi ? — Por ce n'est pas raison 

Que de nule dame par non 

Oie chevaliers vilenie 

Dire, qn*il ne la contredie 
335 En toz poins, et li doit desplaire, 

Car, ki cortois est, il doit faire 

S*amur as dames si oomune 

K'il les aint trestoutes por une. 

La quinte penne à qui je tois, 
340 Celé defent à toz cortois 

Une teche qu'en mainte cort 

Ëmpirie est et trop i cort. 

Quels est la tece ? — C'est envie : 

Celé qui dol pior s*envie, 
345 Celé qui toz les maus sortient, 

Celé dont vilenie avient 

A chiaux ki de li font lor mestre. 

Por li di, qui cortois doit estre, 

S*ilh a segnor et ilh avient 
350 Ke li sires cui ilh se tient 

396 Et note$. — 328 to ce.— 351 raisont (Vs ne coD?ient pu ici et n'est 
d'aiUtfurs pas de règle daos les locations impereonneiles). — 335 Oient 
chevalier (le pluriel serait en désaccord avec le ▼. suiv.). — 338 ÊTU les 
ait trestoute, — 341 cors, — 342 est omis — 345 tôt le mamê. — 
348 Par f î. 



u wtnum ras blbs. 961 

Soit dd largeoe convoiteus, 

Qa*il gart qu'il n'en soit envieus 

Del bel don, 8*on le done aatroi ; 

Ne doit estre pensé par lui 
355 Qu'il le deslot et contredie. 

Car ne seroit pas cortoisie, 

Et chil n'aime pas son sangnor, 

Ei li desloe à faire honor. 

Por cens le di qui mestre sunt, ' 
360 Kl od les riches sangnors vont 

En toz pais, et prôs et loing, 

Ne ja em place, à grant besoing, 

N'aront à lor sangnor mestier. 

Toz jors servent de lor mestier : 
365 Gant ilh avient que soffraiteuz, 

Ki sont de prendre besogneus, 

Vinent à cort por demander, 

n salent por contremander 

Le don, dont ilh aroient ire, 
370 Si dient à lor sangnor : a Sire, 

« Ghascuns vos prent, chascuns vos robe ; 

« Chis emporta à Paskes robe, 

« Ghîs .XXX. sous, chis autres .xx., 

a D'ilec al tierc jor, si revint : 
375 <( Or est à vos, or vuet ses gages. 

« Sire », font ilh, a cil n'est pas sages 

« Ei les atrait ne qui lor done ; 

« Ki en largece s'abandone, 

<f Ja en richese*ne morra. » 
380 Ensi dient ; ja ne donra 



35S gardeia p. gart. --> 353 fwn p. don, -^ 355 Delot, — 358 Deloi (l'io- 
dicâtif est préférable). — 360 sangnor * — 365 que baogtieuê. — 374 Rc- 
vient. — 377 le$ p. lor. Les v?. 377-78 soot traosposés dans le ms. de 
Turin. 



962 EAOCL DB BOIH»|Q 

Si bel don qa'ilb ne contredient. 

Sovent avient que quanqu^il dient 

Torne à noiant et noiant font, 

Car li sires 'k oui ilh sont 
385 Les voit sovent et conoist bien 

Et ne laroit por nule rien — 

Tant est larges et de baut pris 

Et tant^ le doner apris', 

K*ilb ne s'en poroit pas tenir — 
390 Ke, quant ilb puet del sien tenir, 

Ne doinst, et pins, se pins avoit. 

Et li envieus, qui ce voit 

Ke done à toz et lor fait bien, 

Et ilh ne puet faire le sien 
395 S'uns autres un bial don enlieve, 

Gant ilh nU part, et ke li grieve, — 

Grieve ? Si fait ; tez est lor vie 

As envieus, ke lor envie 

Lor grieve, cànt ilb voient faire 
400 Largece ; tez est lor affaire ; — 

Si samble par droite raison 

Le chien qui gist lez le mulon. 

Cornent ? Ch'aroî je tost prové. 

Cant li chiens gist enmi le pré 
405 Lez le mulon, et ilh avient 

Que por mangier à ce fain vient 

La vache seule, li chiens saut 

Contre la vace et si Tasaut 

Et chace loing. Tez est li chiens 
410 Ke ne lairoit mangier por riens 

La vace qui a moult grant fain, 

Et si ne puet mangier del fain. 

383 ki done,. e/ ^ /*. 6. — 395 S'om, — 396 pert p. part. — 407 eift 
chiens, — 410 Ke nel lairoit. 



LI R01UII8 PES BIiBS. 965 



Tez est la yie à losengier ; 
De son signor fait esloQgier 

415 Frans homes et boter arrière 
Et ne Yuet en nule manière 
Ke nus ait part à son avoir ; 
Nis n'en puet à son œz avoir, 
Ne li avoirs ne li fait bien, 

420 Nient plas que li muions al chien. 



La siste penne aprent par droit 
Ke chevaliers estre ne doit 
Colpoieres ne mesdisans ; 
Ja de vilains gas mal gisans 

425 Ne sera cortois costumiers ; 
,Bien sache, ki est chevaliers. 
S'il le prent, ilh prent le pior. 
De chevalier copoieor 
Puet on bien dire tel reproche, 

430 Ke en la main et en la boche 

Ne puet ilh pas biauz cops avoir ; 
Anchois covient, par estovoir, 
Que li cop li viengnent à main 
U à^la boche u à la main. 

435 De chevalier je ne di pas 

K'entre autres chevaliers biauz gas 
Et biauz cops ne doie retraire 
Et toute vilonie taire ; 
Tôt ce siet, mais n*est pas hônors 

440 Gant il content az lecheors : 



438 Otpoeot. -* 4S9 Tête, -^Â/SO Venta boche (leçon coDiraire an sans). 
-<- 433 tt eopi H wengne. — 436 AtUreê est omis. — 437 Ne due. — 
439 Uomir. — 440 Conte ; leçon tout aussi contraire au sens qae le eopoie 
des antres mss. 



264 BAOUL DE HOUDEMC 

Ce me desplaist, ce n*e8t pas bon, 

Gant por lor non laisse le son. 

Chil qui tienent ce jou parti. 

Ce sont chevalier mi parti, 
445 Car ilh sont chevalier nomé 

De mi et lecheor de mé, 

Por ce que lecheor se font ; 

Sel quident estre, mais non sont, 

Ne ja ne le seront par droit, 
450 Car nus lechieres ne poroit, 

Por nule riens qui peiist estre, 

Lechieres et chevaliers estre ; 

Ains covient qu'il soit toz entiers 

U lechieres u chevaliers, 
455 Quar U noM de chevalerie 

Fit catUrepois de lecherie^ 

Ne ja fCavenra par raison 

Que Vune toille à Fautre son non. 

Et, s'il avenoit que fortune, 
460 Ki contre raison met rancune, 
Fesist que chevaliers fuist teiz, 

Et chevaliers et ménestrels, 

Or soit à dire tôt le voir, 

Quel eseu devfoit il avoir ? 
465 Quel escu ? C'est legier à dire. 

Li nous m'en aprent le matire, 
Sel dirai, car mes cuers s'avise 
A dire diverse devise 

De lui et de Tescu. Coment ? 
470 C'est chil qui à tornoiement 

442 laisient (de méine A). — 446 De me est peut-être fiutif pour ctotne, 
qa*oot les autres mss., Toy. les notes. — 449 Nel p. ne te. — 455^ Ces w. 
manquettt dans ma copie, ils sont empraotés à A. — 464 Vers omis, em* 
pninté à A. — 465 A kdeicu. — 466 Maytire, —467 Dira. 



LI ROMANS DBS ELES. 96S 

Port6 Pdscu al non divers ; 

C'est li escns à deus envers, 

Ki est partis de lecherie 

A un blâme de vilenie, 
475 A quatre rampunes rampans, 

A une langue à cinq trenchans, 

Ki l'escut porprent et sormonte, 

L'esout al mireor de honte, 

A Ijon portrait de manaces. • 

480 Un tez escus en totes places 

Pent à tel col ; je n'en di plus. 

Ne je ne quit qu'i^ en soit nus • 

Ki tel escut doive porter ; 

Bien doit chascuns son cors ester 
485 K'à son col tel escu ne pende ; 

Dieus toz preudomes en défende f 

La setime n'oblie pas. 

Kez est ? Ele est de tel conpas 

C*àtozcortois, par sa maistrie, 
490 Aprent, ki vuet de cortoisie 

Par devant toz passer le cors, 

K'ilh soit amis et ait amors. 

Aint à certes, u autrement 

Nel feroit ja cortoisement. 
405 Chevaliers ki amis se claime, 

Cant ilh le dist et li cuers n*aime, 

K'esce à dire ? C'est nule choze, 

Je m'en merveilh cant penser l'oze. 

Non pas por ce je ne di mie, 
500 Ki est amis et a amie, 

483 que ce soit nui (égiltment dans A) ; le sens recommandait trop 
bien la leçon de B pour ne pas Tadoiettre.— 489 |?0rf p. por. — A9\AdevatU 
toz; le sens et l'accord des deux autres mss. appuient ma correction. 






966 BAOCL BB ■•imKie 

Ke soTent d^amon ne li viengne 
Paine et travas. Qaanqa*en aviengne, 
Ei en amor met sa scienoe» 
Par amors doit, en pacience, 

505 Toat prendre en greit et tôt igal 
Et joie et duel, et bien et mal, 
Ke nnle riona ne 11 griet point. 
Por coi ? AmuTB, en un seul point, 
Li puet rendre par ses bontez 

510 Dont tous ses maax li vient santez. 

Teiz est amars, teiz sa poissance 
Trois choses samble, sans dotanoe. 
Amurs ki fait la gent amer 
Resemble rose et vin et mer. 

515 Coment ? — Ce seit on vraiement, 
Qui en mer entre, ultréement 
Se paine d*ariver à port, 
U ilh Yuet que sa neis Taport. 
Enmi la mer tantost avient 

520 Ke une tormente li vient 
Ei tôt depiece et tôt dévoie 
Et sace sa nef en tel voie 
Ke tofc pert. Et ravient sovent 
A un autre ki a bon vent, 

525 Ke sens torment et sens grant paine 
Li bons vens à droit port le maine ; 
Ensi li vens en mer désert 
Ke chis i gagne et chis i pert. 
Aussi ki d*amurs s'entremet, 

530 Si tost con en amurs se met, 



607 grief p, griet, — 509 vendre par $a bontez. — 59tt It $en$. 



U ROIUNS DU BU». 9B7 

Li saot aoB venis ki toas jooni ▼•nte. 

Kez est li vena ki le tormente ? 

La parole de fauses gens. 

Geste parole, c'est li vens 
536 Ki ja nel laira parvenir 

Al port ù ilh vora venir. 

Gant ilh avient que yens Tacuet 

Ki là le maine ù aler vuet. 

Si est riches et plus cbeans 
540 Gent tans ke n^est 11 marcheans 

Ki gaagne mil mars ensemble. 

Ensi amurs la mer resemble ^ 

Et jowe des siens à la brice 

Ke chil en sont povre et cil rice. 
545 Ki en mer entre et plus s*y paine, 

Plus trueve en mer amer et paine. 

Bien en portrait amurs son non ; 

En amurs n'a se paine non, 

N'aun^, por coze qui aviengne, 
550 Tant ke chascnns à son port viengne. 



De mer et d'amurs ai retrait 
De coi li uns Tautre portrait ; 
Après m'estuet, sans plus atendre, 
Por ce ke j'ai enprunté rendre, 
555 Que je prueve u ko je devin 
De quoi amurs ressemble vin. 
De coi ? Gh*arai je tost proveit. 
Li plusor Tout en vin troveit : 

531 un vem. ^ 533 fause, — 534 C'est la paroU^ c'est H vêtu. Malgré 
l'analogie de la variante A, j*ai ta dans cett la une méprise des copiâtes 
el t'ai, pour la ficilité du sens, corrigé en ccete. — 546 dolor et paine. 
— 8ttO por p. port, — 552 H un. — 554 y«u' ol pron et rendre (ce qui n'a 
pas de sens). 



968 RàOCL I» HO0MDIC 

Ki prent del vin et donc Fentone, 

580 QiMfU U pins eit dedans la tons, 
Li vins se père et esnetie 
Ke ja n'i remanra patie 
Ke ne get hors, si ke 11 vins 
Remaint si nés, si purs, si fins, 

565 Si biauz, si ders ke vins puet estre. 
Tôt ce avient d'amors à nalstre. 
Cornent ? Cant amors naist el cuer, 
Corne li vins ki gete puer 
Uordore dont ilb se netie, 

570 Jeté amurs fors le vilenie 

Del cuer, ke point n*en i remaint, 
Si ke Tamurs ki el cuer maint, 
Remaint et pore et nete et fine, 
Gome li Tins cant ilh s'afine. 

575 Del bon vin itant vos promet : 
Ki bon vin en bon vassel met, 
Toz jors en vaut miez li vaissiaz, 
Kar del bon est bous li esseaz. 
Ausi ki en amor s'est mis, 

580 S'il a un jor esté amis, 

Tous jors en est de millours mors. 
Ensi vat do vin et d'amors 
Ke je vo di, — Après m*estuet 
Ke je die coment ce puet 

585 Estre qu'entre amurs et la rose 
Soient une samblante chose. 
Coment ? C*est ligier à savoir. 



SOO Vers omis dans le ms. — 563 Ki ne, Qdki peut toutefois se justiter 
9i Ton prend le verbe get dans le sens neutre. — 568 puor p. puer (pro- 
noncez peur), — 575 De bon mit. — 578 Kal p. Kar. — 581 De miedrm 
(forme incorrecte) — 584 di p. die, — 587 C'eet de ligier. 



Ll ROMANS DES BLES. 968 



Ei de la rose dist le voir, 
Rose est sor totes flors roiaus, 

590 Rose est la flors especiaus, 

La pins cortoise et la plus fine ; 
Rose embelist et enlumine 
Toutes flors, et done colors ; 
Rose est la plus cortoise flors 

595 Que cortois puisse recollir. 
Faites cent floretes collir, 
Les plus bêles que vos saveis, 
Et en un chapel les meteis, 
* Les plus plaisans, coies et celés, 

600 Si soit la rose mise entre eles, 
Toutes les floretes nouvieles 
Seront par la rose plus bêles, 
Et li chapiaus en iert plus gens 
Et plus plaisans à totes gens. 

605 Si con la flors passe bonté 
Et de cent flors passe bialté. 
Et del chapel est plus cortoise, 
Atant et avant une toise 
Est amurs, ki de riens ni pece, 

610 De cent la plus cortoise tece. 

« Or di cornent i>. — Je volentiers. 
Or soit passé c'uns chevaliers 
Soit biauz et preuz et, entresait, 
Ke cent cortoises teces ait, 

615 S'amurs s*i flert, dont est amurs 
Come la rose entre cent flors. 
Par quel raison ? Amurs m'aprent 
K'amurs enlumine et esprent 



991-S Ces yen sont transposés dans mon ms.— 601 Toute. ^ 609 (kimurs 
p. K$t amur$. 



370 RAOUL DB HOUDENC 

Les teches dont il est techiés, 
620 Car se ilh est bien entechiés, 
Puis k'amurs as teces s'atace, 
Ja n'aura en ses teces tace 
De vilenie k^amurs puisse. 
3*il est k'amurs cortois le truisse, 
625 Cortois le fait plus que devant ; 
S'il est larges, larges avant, 
Et en toutes bonteis s*enlist. 
Atant con la rose embelist 
Les floretes et le chapel, 
630 Con tient por la rose plus bel, 
Atant amurs, ce est la somme, 
Embelist les teces de Tome. 



Tant me sui de dire entremis 
Et tant i ai mon penser mis, 

635 Ke dit vos ai à la parclose 
Et de Tamor et de la rose. 
Et des eles la promeraine, 
Devisée et la daerraine, 
Por que tôt preu pueent entendre, 

640 Que tels eles puet en lui prendre 
Od prouece. S*il i est pris, 
Dignes est de monter en pris. 
Dignes, voire, que que nus die. 
Raols à toE les cortois prie 

645 Ke de ces pennes lor souviengne 
Et quascuns aucune en retiengne , 
Car je sai bien, sans nul redot, 
Tels est riches, qui n'a pas tôt ; 



63! t'atece. — 626 Vers suspect ; toj. les notes. — 632 taces. — 638 dar- 
raine. — 659 Par que. 



U ROMANS WÊê EUI8. 



371 



Et por 06 fado à toz savoir, 
650 Ki totes ne les puet avoir, 

ffaucone en puet avoir, ait la, 

Car bone tece, cant on Fa, 

Puet rendre si bel guerredon, 

K'une tece rent un preudon, 
655 Et tôt bien li vinent devant. 

De oe conte conter avant 

N*ai seing que plus m*en entremete ; 

Lairai je que non ne li mete 

A oest romans ? Par foit, je non : 
660 Li ROMANS DBS BLES ait non. "^ 

651 mm la. — 657 me p. tn*cn, — 659 ces p. cest. — 660 a non. 



VARIANTES DU ROMAN DES ELES. 



i A tenus. 

9 AS Que je m'en ; G Que ge me. 

3 A de trop parler et de trop 

tare ; G Que [de] trop son 
coraige t.— B qnar de trop t. 

4 A Ne poroit nus à bon chef 

traire, B Ne paet nus honz à 
bon chef traire. 

6 Santé dans G. 

7 A où Fen poroit, B où il por- 

roient. 

8 G Grant sens et. 

9 A Mes moi... n*i puis, BG Molt 

me poise. 
iO G Plus bien. — A n*i tmis. 



iZ A n'espuisier. 

U A Nel p. n. tant n'i set p. ~ 
G unt n*i set p. 

15 BG Tint. 

16 A Tant con l'^n cort aval cest 

mont ; B Tant corn en cort 
par tôt le m.; G Tant con 
cort Peve aval le m. 

17 A Vent Diex que ele soit lor 

lige. — BG por coi (au lieu 

de comment), 
.18 B toupel. 
19 A Qu*aatres gens. ~ B que Tes- 

corce. — G Que autres n*ont 

fors Tesc. 



272 



YAAIAIITES. 



31 A coi point en remaigne. — B 
Qai peint on reteigne. 

22 A Qae il l*onort et qa*il ; BC 

Que il la gart. 

23 B De chevalier. 

24 AC Quar point n*en croist (C 

créât). — A fief, B fié (Tarbé 
/?), G ûeu. 
27-28 ABC Por ce Aist dr. sana 
contredit Qa'il fassent tel 
corn lor nona dit. 

29 A Et par coi en sui ge à m., B 

item aauf de oot, G De coi en 
s. ge à m. 

30 G i omis. 

31-32 A Qui pis m*i fet et plus m'i 
nuit, Or escoutez ne vous 
*anuit ; B Oïl, la r. qui plus 
lor nuit. Qui pis lor fet et 
plus les cuit; G ... nus i truist 
Qui pis lor fet et puis [sic) 
lor nuist. 

33 AG Si est que de (B en) ch. 

35 B ti sont forfès (leçon contraire 

à la grammaire, qui veut le 
nom. plur. forfct), A si est 
forfais ; G si est forfet. 

36 B Por quoi li chevalier fu fès ; 

A De ch. por qu*il fu fais, G 
De ch. por col fu fet. 

37 A apartenoit (fautiO* 

38 A quar lor non.— G A fere que 

lor [nous] perdroit. 
38 G que gentillesse. 
40 B Tant a lor nom passé h. ; A 

Tant est li nous passé bau- 

tesse ; G par sa b. 



41 A Soz (G Sor) toz autres bans 

nous q. s. 

42 B Et se ; G Quar se. 

43 AB Gom lor n., G Gon li n. 

44 B tel chose, A teuz choses, 

G tel choses. 
46 G Ne ne s. — A que li nonst B 
qu*à lor n., G que lor nons. 

48 G qu*à non. 

49 B Fors seul itant, A Fors seul 

que tant, G Fors d*itant que. 

30 B Set quant qu*il {set est une 

méprise p. c'est) , G Mes 
quanqu*il set. 

31 BG Li chev.— AG au (G a) grtnt 

esgart. 

52 ABG de lor non (nons). 

53 Tarbé (Fels (p. deU) ! 

54 G ne li non deus. 

55 G qui le coneist donc ? Gonteor. 

56 A Li h., li faus jugleor, B Li h., 

li vieleor, G li harpeor,li 
jugleor. 

58 ABG Qu'il (B que, G qui) sont 
apelé mareslanc. 

59-60 A porte : 

Quar il ne sevent pas ouvrer 
De chevalerie esprover. 

On voit que le copiste, qui déjà 
avait (de son crû, à ce qu'il 
semble) introduit au v. 56 
répithète /ati5, tord la pensée 
de Tauteur par haine contre 
les conteurs et autres gens 
de cette trempe. Évidem- 
ment, sa version ne cadre pas 
avec ce qui soit. 



TARlAirrES. 



975 



61 A Qoar ctnt. 

62 ABC mireslancy malestanc. 

63 A S*efforce,B Sel froie^CSi flre. 

64 BG Paet il. — G qae U on. 

65 B Est bons. — G Blans ou m. 

en fins. 

66 ABG Tôt aauesi, c'en (Tarbé ce) 

est la fins. 

67 B Le set Ten ; A Set Fen bien. 

— G Seii en. par les menes- 
terieos. 

69 A Yainqumt p. voient ; ieçon 

impossible. 

70 B De qui Teo doit ; A De qoi on 

puet ; G De coi Ten paet. 

71 B Et de tiex nons itaot vos di ; 

A Et desquels non, quant je 
Tos di ; G Et de quex nous ge 
le TOS di. — Ëvidemment ma 
leçon est la plas nette. 
73 B servi (fait son ministère) p. 
fini, — A Que quant ç'avient 
(G Quant ce avient) qu*il ont 
servi. 

73 ABG Et vientan point du(AG de) 

demander. 

74 A ne set. — Vers sauté dans G. 
73 AB U largesse qu'il a, G U 

largesce et sMI Ta ou cors. 
76 B n'en saille hors, G ne piert 
defors. 

79 BDoneretsevientauprametre, 

A et ce vient au prometre, 
G se ce V. a. prametre. 

80 si gentement. — G 1111 fet ci 

freschement m. 

81 BL'essoine; ASaeammei^eçon 

(iMitive). 



84 B MaU U autres. 

85 A Que se ilh. 

86 BG ja gré. 
87-90 Version de B : 

Gil qui retient et qui promet 

(futnxctft, à qui) 
Tant aquiteftres i met 
En sa pramesse qu'atent tant 
Puet il savoir. . . 

Version de A : 
Gil qui reçoit, et s'il promet. 
Tantes aconquestures met 
En sa promesse qu'esraument 
Puet l'en savoir. . . 

Version de G : 
Gil qui el reçoit et si pramet 
Tantes aventures y met 
En sa pramesse est nule chose... 

92 G De son cors. 

93 B K'il est demi f. en ch. — A 

Qui est d'anui servis ou char. 
— G Qu'il est. 

94 A G'ést uns vains mos firsis 

d'escbar ; BG G'est uns vains 
moz feruz d'escbar. 

96 B Si sur, G Si cru. 

97 G moisist en faintié, B Je voi 

qu'il m'a si si éraincié (ne) ; 
A II sent qu'il musist en 
faintié. 

98 B Et est boutés, G Et bouté. 

99 B Mois d'armes, espès, sans 

savor. — A Mois d'à. et cras 

de sojor. — G et cas. 
iOO B Et cras de honte. 
101 Benproesce. — AAguzd'aguet, 

vains en proesce. — G Engrès 

d'iguet. 

18 



974 



VARUlItlS. 



102 BQaarli relêns. — € Que H 

relefs de la pramesse* 

103 A qu*il isse, G en isse. 

i04 ABC qae plos voas en deUse. 

105 Aie Des avers, mes iunt (G d*i- 

tant) m^est bel. 

106 B Ke li moat sevent le vaissel ; 

A Que li mot s. 1. vessent (?!) ; 
G Que li mez seveol li Tassel 
(fie). 
107-110 Manquent dans G. 

107 B qu*au parler. 

108 fi qu'il ont {=» car ils ont). 

109 B Lors bien. 

111 GAuiomeuz(?!)quepasnem*en 

dont. — B que pas ne me 

dout ; A qe point ne redot. 
114 GQuant nus. — A Que il i trueve 

(irueveni ?) à reprendre. 
116 AB Ke di je dont. — G Et qne 

doi ge voir donc doi dire. 
119 AB Pins que li autre en toz 

bians fBG 6on«) leus. 
liO !^ Et si a il. ~ A de teus. 
131 PT Ki Unt sont da (AG de) plos 

en proesce. 
lis BG Qui ne daignent. 
135 B fit Unt se fient durement ; 

A Ains se f. tant durement. 

134 G quarement. 

135 A Si fez orguez si 1. c. 

136 B A vaer ce qu*on l. d. ; A 

quanc*onor demande; G qoan- 
que Ten lor d. 

137 A qiril n'est p. h. 

138 AG De coi criem je ; B De ce 

crien ge. * 



139 BG Donrai (G Domi) lor ge ; 

A Donrai ja lor; 
153 G qui a toz vaincu. 

134 BG Si ai d*armes passé Gavgafn 

(G Gauwaio) ; A Je sui daires 
passé Gavain. 

135 A quoi que nus die. ; B A vos, 

s., ke ke nos die. 
158 AB Doie p. Doit (leçon préfé- 
rable), G Doi. 

139 B au droit. 

140 A Ne doit nus. 

142 G ge voil dire. — BG cornent 

et queles ; A et coi et qneles. 

143 BDes .ij ; A Les .ij. 

144 G Que largece soit l'ele d. 

146 AB Mais se ch. ele est (B ert) 

fornie, G Mes se chaque ele 
esioit f. 

147 A Si convient antre (?) deviser. 
148-49 B Que li chevaliers sans fan- 

ser Ait .Vil. panes ; A Ke 
chevaliers por droit aler Ait 
.vil. panes; G Que chaque 
ele ait por dr. a .vii. pennes 
par droite raison. 

150 B Que Tele. 

151 A Que la première pane ; B 

Soit la. 

153 C Que ce que. — BG ele p. Celé 

(ce qui fausse le sens). 
155 B En soit ; G Qu'en soit proa- 
esce hardiK. 

154 ABG Gar par droit pris et par 

droit dis (A a pruef p. pris), 
Ges versions, à moins de cor- 
riger par draii dis et de tra- 



\ 



TAKIANTRS. 



S7S 



doire : « ptr lue juste appré- 
ciathMi (oo preove) et à dire 
Trai », ne stecordent pas 
avec le yen saWant. 
i85 B Savoir p. prover, 

157 C vient omit. 

158 B Et vos savei. 

idi G Que nuB homs qui voitle 1. f. 
i63 A Ne doit mie entendre. 
1MB qae segles ; A que soiglei. — 
C Puisqai garde qoe le vaut. 
16S C Ne il. 

169 C Ne d*ainor {anor ?). 

170 B Ki plus ne done et despant, H 

ftm, pour satisfaire à la me- 
sure, intercaler après et^ 
comme fait A, Tadverbe plus^ 
on, comme fait G, répéter 
la négation ne. 

172 Après ce vers la version de B 
intercale un vers surnumé- 
raire et parasite : Ce saehieg 
vou$ trestuii de voir, 

174 AG Qne de I. Ot (G fet) s*amie. 

i76 B com conseil. 

177 B D'avoier le p. et le r. ; A l>0 
doner le p. et le r. (datifs sans 
à, k moins de lire douer = 
doter , gratifier) ; G D*eno- 
rer le. 

179 ABG Gil quant il done qui es- 

garde. 

180 AG De cestui ne puis(B puic) ge 

avoir garde ; G De c. puis ge. 

181-3 Vers omis dans le texte de 

Tarbé. Les mss. ABG ont la 

forme dit p. et#, et de moi 



p.detoiytn aeoord avec la 
première personne àes w. 
180 et 183 ; BG De conte et 
de roi. — B cif p. puet, 

185 A et B ont : « Je li (B Celfj don^ 

rai quant il ne donne », c'est- 
à-dire même quand je ne lui 
suis pas obligé, car c'est un 
haut personnage. Notre leçon 
met dans la bouche du don- 
neur intéressé une considé- 
ration nouvelle ; celle du don 
par obligation contractée.— 
G comme A, sauf illi p. il ne. 
184 A Ne s*adonne. — Ma copie de 
G porte : Ce na pouriê ne ne 
done, 

186 B et qui. — ABG s*esforce. 

188 ABG Se doit doner as (G à) des- 

qpnfis.^ 

189 A à chascun p. à sofi don (étour- 

derie du copiste) ; G de même 

à chacune. 
100 Qu'il atende ; G Qu'il li rendra. 
192 A et tout pour tout. — G Ge 

ne done rien atout par tout. 

195 AG Se il ne V. — B De prame- 

tre^ qui ce aqueit. 

196 AG Doner quanques pr. a. — 

B Sachiez mauvais los en 
aqueit. 

197 A et pas ne la ; BG et puis ne la. 

198 ABG Savez vous qu'il. 

199 B Et à honte li puet torner ; 

G A h. Il puet l'en t. 

200 B du doner. — G Puisque homs . 

201 B A ii fait hw/he (leçon réprou. 



376 



TABUimS. 



iée P9X It csBstraetioii). A 
AoMme p. Famé. — C Si fet 
hone por^. d. 
203 C Trois foii fenir. 

304 A Tant pUu U maU^ H mmnM 

le prise (e'esi-l-dire plus il le 
trompe, moios rtntre Tes- 
Une). Le nu. B offre la 
leçoo : Tant pius i met et 
mam$ le priée ; C Qaani plos 
i vient et maios le prise. 

305 A pneent, B paet Too, G poon. 

306 B Li aven, Il sers k avoir. — 

A 11 serf à avoir. — C Li 
malvès et 11 sers <l*avolr. 

307 B Que c*est que il n*i veh p. m. ; 

G Qoaot ç^avient qa*il d1 veat 
riens m. 

308 B Si cest. — AG de prometre. 

309 B es/ p. e*e$t (ce qni gène la 

mesore). 

310 B à loz les autres. — G Qui toz 

les autres biens e. 

313 B Poet il. 

314 B de tout doner (eontraire à la 

pensée de raateur).— AG de 
tost doner. 

315 BG trenglot (forme impossible). 
317 BG sa pance. 

218 B li cors. 

319-30 B saute les vers 319 et 330 
et continue la phrase de 318 
par les mots peu intelligibles 
Deicoxtargier^oû nous avons 
Done ierminoie, 

319 G Gonfort viande ne s. 

330-31 AToutantresicomelaborse 



335 
334 



337 



DoM termelni ; C Tôt an- 
tres! omple la botne De dons 
targier. 

AB Ja ne voidra; C Ja n'ave»: 
dra. 

C pro^ainement. 

B sachiez, C sacholx. 

B Qoe cfl qui doivent estreso^ 
(ilfaat nécessairement Icrfe). 

ABC La s. p. nos (G voe) aprcfit 

ABG Se largee. Leçon aceepta> 
ble, mais n»oins énergique 
qœ la mienne ; celle-ci Cdt 
da vers la proposition-régime 
du verbe tqitreni et ezprime 
le sqjet spécial qoe le poète 
va développer. 

BG Se ç*avient qu*il ait mal as- 
sis.^ A Et ç*avientq. a. mes- 
assis. 
•53 Ges deux vers manqnent 
dans AG. — La v^ion B a 
eil done^ le vers exprimant 
ainsi les termes direcu dn 
reproche. 

A por dit qoe die. — B Seit U 
dons, p. r. que on die ; G Li 
sons dons por riens qne Ton 
die. 
ABG qui qne I. s. — M. Tarbé 
a malencontreusement fitt 
imprimer ces mots de cette 
façon inintelligible : qui fve 
là sar die. 

337 B Ne porroit mie trespasser. 

338 B Ne larges ne porroit p. ; A 

Néfo larges ne doit p. 



351 



355 



336 



VABUJITBS. 



877 



un B qu'il redoBia, G que U le- 
dorra. 

Ui A eti p. «n (lapsus calami). — 
G La sepme. 

S4S B Bnsaigne que qui t. 1. e. (le 
que est un pléonasme pour le 
sens et sorcbarge le fers). — 
G Si aprent qui que ? . I. e. 

fis B Si doit ; AG 11 doit. 

i44 B Larges doit estre sans fain- 
Uer. 

245 B por ce souvent afient. — G 
Porooi. por ce que souvent 
vient. — A Por coi proesce 
souvent vient (leçon mau- 
vaise). 

346 G donc n'avient. 

347 G A celui quele remaint. 

U9 BG Tos jors la velt ; A Toz jors 

i maint. 
tSO A liement. ^G Boner. 
2SI-8t B intervertit les termes 

ftnmice et largece, 

554 G Por coi. por ce tuit large d. 

•* B tuit la redoivent. 

555 ABG Gelé largesce.— B retenir. 

556 A Se uns larges. 
Vn AG 11 mande gent. 
tSS B n*en set. 

1S9 AB ne p. sf . 

960 B ne done ; G ne dorra. 

361 A n*i fera.— G Et s*il ne done v. 

M Vers sauté dans G. — B Se il 
est. 

i65 A Que cist ne die et cil et cil ; 
B Ke ne die tost celé et cil 
(leçon préférable).— G Que il 



ne dient dl et eil. 
164 A Au derrenier : Débet ait jl. 

— BG Au départir : Bebaiz 
- ait il. 
966 ABG Et c*est la dr. riule. — G 

en cort. 

967-68: ' 

B Ke de mainte gent ait curie (<tc); 

[Tarbé : est eimée. 

Ki n*a coste, si ait cuiriée. 
A Ki est de pinsors gens conute, 

Kl n*a cote, p\ ait çainture. 
G Qui de mainte genz est cônivie (?). 

Qui n*eit conte, si eit curie. 

969 ABG Tant ai. 

970 G quais devisées. 

971 A lesfoî p. le« ai (bévue mani- 

feste).— BG Qui sent en Tele. 
tJZ kdeeeUs (tiux). 

975 Tous les manuscrits négligent 

ici la grammaire et ont çkm, 
qvex ou quels au lieu de quel 
(nom. plur.). 

976 B en tetê destre (leçon absurde 

et faussant la mesure). — P 
La première elêest la senes' 
tre (leçon non moins erro- 
née). — G La seconde ele est 
la senestre. 

977 B Qui est c. a. 
978*80: 

B Gelé doit bien estre nomée 
La première est en Tele assise 
D'anorer toz Jorz saint iglise. 

A Qui premiers doit estre nomée 
Et la première ele est uise, 
Ele est. d'h. s. g. 



S78 



VARUm». 



C Qui doit nttU bieaestvB Mmée 
La première penne d'asiie . 
Si est d'enorer stinte iglise. 

281 BQuep. Car. 

983 ABC Qa'à t08 cbeftliers. 

283 A Que il se doivent ; B Et bien 

si doivent. — G Que il doi- 
vent regarder. 

284 ABC Que ponr. 

287 AG Qui église n'aime et ho- 

venre (C hanore). 

288 B Que ja n*en ert ne jor ne 

heure. -^ Que il ne les (lises 
Tes 0. — A (Jwe ya ne lait. 
Cette dernière leçon fait 
comprendre ainsi : et que 
jamais ii ne cesse d*onorer 
réglise ; Undis que le poète 
vent dire : Car Jamais il ne 
pourra prétendre à la qualité 
de courtois. 

289 B Et bien sachiés. 

290 B Que c'est la greignor cor- 

toiiie. — AC Cest la ploi 
biele c. 

291 ABC Oè nos se puisse demorer. 

294 B Qnele est ? Ele est de t. m. 

^ A Quels ele est et de quel 
manière. — C Quex est ele 
de celé manière. 

295 AC por sa biaoté. 

296 B Por hautesce ne por beauté. 

— AG Por nul haut pris ne 
por bonté. 

297 AC tant ne p. ne tant. — B 

Qu'il aitja Unt n'ert mer- 
vellox. 



298 B Que ja dofe estre. — A€ Qte 

por ce doie estre o. 

299 A et por voir le vnelh. 
301 B Ne peuvent pas. 
503 B Que tôt poins. 

506 C Doit ensemble c'est qa*atenir. 

— B que tenir. 

307 C Ne doit qui. 

308 A De vanter ; vanters ne p. e. 

— C De vanterie qui sent 
nestre Be vilanie, que v. 

309 B que vanter.^ A ne vanter. 
3i0-il 

B N'ol l'en aine bon chant chanter 

De vanteor ce sanble anui. 
G Ne sot onqnes de bel ch. ch. 

De vanteors me s. a. 
A est conforme à ma leçon» sauf 

ainz eambU p. ce $emhk. 
312 B Ja nul n*est bien ; AG Ja nos 

n*iert bien. — Dans G les vv. 

311 et 312 sont intervertis. 
3U B Si se gart d*estre mençon- 

giers. 

316 BG Doit ferir h. 

317 B vuell ge dire. 

318 B Qoele est ele de q. m. — C 

Quex est ? ele est de tel m. 

320 B mener p. amer (ce qui gâte 

la mesure.) 

321 B Et estre aveqoes les joians. 

— G Et doit estre des es- 
Joianz. 

322 ABC Faire joie. 

324-25 G Qu*à chevalier est c. Qu'il 
oie ; AB Qnar chevalier 
este. 



VARUHTBS. 



879 



527 AB Et dedait de menesiereus 
(B des menesterex) ; G Et 
deduiz de menesireas. 

338 BC El avec ce. — A Quar che- 
valiers doit eslre tens. 

329 Â S*il i ot de faroe mesdire ; 
B Se il oit de d. m. ; G Se il 
ot de dames m. 

350 B one aatre chose. 

355 B Eo trestoz p. U d. d. ; G En 
toz p. elii d. d. 

337 G L'anor a dames U c. 

338 ABG Que il (G Quil) les alnt 

toutes p. u. 
338 G U qu. p. ge destois. 
341-42 A Une tecbe qui mainte cort 

A empirie et trop i cort. 
Gette leçon me platt davanuge que 
la mienne, mais celle-ci est en 
tout cas préférable 4 celle de B : 
Une chose que mainte cort 
A honie et mainte i cort. 
G Une t. qui maiote c. A povrie et 
mult i cort. 

343 A Qaele est. 

344 ABC du poior (A de pieur, G de 

.poior) s'envie. 

345 B sostient ; G maintient. — 

A Gelé qui tous les maus 
geus tient. 

346 ABC vient. 

347 G A lez qui d'ele. 

348 B Por ce que qui e. velt estre 

(G de même sans que). ^* 
A veut estre. 

350 AB à oui se tient ; G où il se t. 

351 ABG desirens. 



352 ABG ne soit. 

353 AB De beau don s'il. — C De 
beau d. si l'en d. a. 

354, A pensé de lui. 

355 ABG li (G les) deslot ne c 

356 A Ge ne seroii. — G Quar n'es- 
teroit. 

357 ABG Ne cil. 
359-60. 
B Force vos di c'uns maistres sont 

Qui ouvecques lor seignor Tont. 
A Por ce di je que mestres sont 

Qui avoecqnes lor sangnors vont. 
G Por ce le di que uns m. sont. 

Que chevalier lors seignors ont. 
362 à à nul besoiog ; G au gr. b. 

364 B U servent tuit de losangier. 
— G Toz [jorsl servent de 

losengier. 

365 B S'il avient qu'aucuns desi- 
rens.— A qu'uus souffraiteos. 

366 B covoiteus. 

368 A /2 leuent (fautif). -^ G I sali* 
lent. 

369 A dont il ont pris grant ire. 

371 GGh. vosUut. 

372 B avant hier robe. 
375 B Cil .XXX. iou$ , cil autres 

.XX. (Tarbé .xxx. Uv. et cil), 

374 ABG D'ilueques an tiers Jor 
revient. 

375 B Or est venus. — A Or est 
aoust. — G Est il à vous, or 
veut les gages. 

376 B Par foi cil ne fait pas ^ue 
sages. — G Sire, fet il. 

377 ABG Qui les en croit. 



880 



▼AMA1I7B8. 



578 BG à largefoe. 

379 A En richece ne montera. 

580 BC Issi. — A n'en doora. 

581 B Nal don qae il ne c. — A 

Biau don qa*il ne lor contre- 
dient. » G Beau don qui 
nele c. 

382 A S*avient sovent. 

383 B Toroe en noiant. 

384 B Et li sires. 

385 ABC ses conoist. 

386 B Et ne lairoit. — AG Et n'en 

lairoit por lor dit rien. 

387 A Unt a haut pris. — C Tant 

est iargesce de h. pr. 

388 AB a à doner. — G A Unt à 

beaa doner s'est pris, 

389 B se porroit. — A Que il ne 

s'en p. tenir. — C Qui ne 
s'en fodroit. 

390 BG Que ce qu'il pnet. 

39S B Et quant li envieus ce voit.— 
AC Et puis que li envions 
voit. 

305 H fait lor bon (en conséquence 
au T. soiv. le ton). — A tor 
buin. 
" 504 k Ne U ne puet avoir du etten 
(le iuen se rapporte dans 
l'esprit de cette leçon au 
bien du seigneur). — G Et 
qu'il ne puet fere le son. 

505 B S'uns autre (1. outrée) un 

beau dont relieve. — G Les 
w. 595-6 sont intervertis. 

506 C ni piert. — B si qu'il li 

grieve; G ce qui 1. g. 



507 A ce est lor vie. — C Gritr e si 

fet lor envie. 

508 B quHl lor ennuie. Cette leçon 

donne un excellent sens, 
mais elle ne s'accorde pas 
aussi bien avec la rime et 
n'est plus admissible si les 
deui vers qui suivent dans 
notre version et dans celle 
de AG, et qui font déHint 
dans B, sont autben tiques, ce 
qu'il n'y a pas lien de con- 
tester. 
500 A Les grieve ; G Et grieve. 

400 A iteus ; C itel. 

401 A Si samblent. 

403 ABC qui garde le mulon. 
403-4 Ces deux vers manquent dans 

B, et le V. 405 y commence 
par les derniers mots de 
notre v. 404 : Enmi le pré. 

404 BC e$t p. gUt. 

405 AC Lez un mulon. 

406 AC à cel fain. 

Â&è Et manque dans AB. 

400 C Et chace en loing. 

410-11 

B Et ne lairoit por nule riens 

Meugler la vacbe qui a faim. 
AG Que ne lairoit por nule riens 

La vace qui a moût grant fiiD. 

412 ABC Ne il. 

413 B au losangier. 

414 B estrangier. 

415 B Les preudons. — AC Les 

frans homes et boute arrière. 

416 B Ne ne velt. 



▼ARIAMTES. 



m 



417 ABÇ en ton tfOir. 

418 A Nil ue pnet. — B Ne II n'en 

puet por lai avoir. — G Qae 
nus eit preo en son a. 

4Î0 B Plus que li m. fait an ch. — 
AC Pins qne fet li m. al ch. 

42i ABC Qae nos cortois. 

423 B Goapoierres, A copoieres» C 

coporres. 

424 AG Quar de vilains cops maogi- 

saos. — B de même , saof 
maus/àns, dont la rime n*est 
pas aassi riche. 
435 AB n*est nus cortois ne costu- 
mier (leçon défavorable aa 
sens); G de même saaf pa# 
p. nus, 

426 B Bien saichiez. 

427 ABC SMI (B Gil) sM prent. 

428 BG Qaar de chevalier coapoior. 

429 A Pu€t il (faatiO. 

I 

430 AG oa en la b. 

431 B Ne pueent pas (leçon soate- 

nable, s'il y avait aa v. 428 
an plor. chevaliers coupoiors). 
— G b^a cop. 

432 B Ains covieot par 6n estovoir. 

433 A eti vain (leçon dépourvue de 

sens). 

434 BG Les deox fois en p. d. 

435 BG ne di ge pas. 

436 G L... (?) chevaliers n*eit biaus 

gas. 

437 B Et beax moz. *- G Et beaus 

mos ne doit r. 
450 B Tôt ce soit.— G Tôt ce sai ge, 
ipes. 



440 ABG H copoie (leçon contraire 

au sens). 
441-2 A bien : sien (an lien de bon : 

son). / 

442 B Gant par border perdent lor 

non. — G Qaar por lor biens. 

443 BG Et cU (G céans) qui font 

cel gieo parti. 
446 ABG lecheor clamé. 

449 B Ne Ja ne lesseront. 

450 A nus chevaliers. 

451 G quan qui paisse estre. 

452 B Gbevaliers et lechieres. 

453 G AÎDçois. 

456 BG Est outre point. 

460 A outre reson, G entre reison. 

461 B Feist qu*uns ch. — G Fesoit 

qa*ans ch. — A Fesoit qne. 

462 B Que ch. et menestrex. — AG 

Chevaliers et menesiereus. 

463 B Or en soit or au dire voir. — 

A Est à reson à dire voir. — 
G Se ce avient an dire voir. 

465-6 G Li nons m'aprent 11 mais^ 
tire (?) De Tun à l'autre tôt 
atire. 

467-8 Ges deux vers , inutiles au 
fond, manquent dans B. — A 
Si dirai, quar mes cuers 
avise.— G Ge dirai que nus (!) 
cuers avise. 

469-70 G De lui et de Tescu ensem- 
ble G*est cil que quant tomoi 
asemble. 

470 B an tournoiement ; A au co* 
mencement. 

475 Bportnit,Aportrai8,G portrez. 



28S 



TARIARTBS. 



47S-6 Ces deux vers manquent dans 
B. — A ramposnes pendanz. 
4T7 B iorprmt (fattUl). 

479 AC An Ijon. — B A .i. Uon 

peint. 

480 B Itel esca. 

482 B Mais ge ne cait. — A qae ce 
soit nus. 

484 ABC son coer. 

485 B A son col.— Le ms. A traitant 

pende en Terbe neutre lai 
donne l*éca pour sujet et 
écrit tout eeciiz, 

486 ABC Dont Diex tos choYaliers 

deifende. 

487 AB La sesme penne n'obli pas 

(leçon préférable). ~ G La 
sepme n*obli ge pas. 

488 B Quele est ele ? De tel compas* 

— A Qael ele est et de quel 
c. — G Quar ele est de .tel c. 

489 B Que toz cortols. — Ici s'ar- 

rête le manuscrit de Berlin 
(notre G). 
491 B Par devant ax passe le cors 

(leçon inintelligible). 
491-3 B 

Qui set d*amis et que d'amors 
Aioz a certes ou autrement. 
A. Qu'il soit amis et que d'amors 
. Ait autre escu, u autrement. 

494 B Nei feroit pas ; A Ne seroit 

pas. 

495 B qui ami. 

497 B Ce est à dire nule chose. — 
A Qu*esl ce à dire. Q5i ? nule 
chose. 



498 B Si m*est avis com omt ose. 

— A C'est merveille qaniit 
oser ose. 

499 B Et ne porquant ge. ~ A je 

n*en dont mie. 
50S A Paine et tonnent mes qaoî 
qnaviegne. — B Paine et 
travail, mais que qa'avigne. 

504 A Por amors. 

505 A iogal. 

508 B Por qu*amor en un tôt seal 

point. 

509 AB rendre par (A por) sa bonté. 

510 AB Que tôt son mal devient 
' santé. 

514 AB Qui samble. 

515 B Por qoi T Ten set veraiement. 

A Par coi t Ton set Verlaine- 
ment. 
516-17 A Qui en m. e., 8*a granment 
De paine... 

517 B de venir au port. 

518 AB que sa nef le port. 

519 B Et en la mer sovent avient. 

520 B tormente i Vient. 

521 B Despiece. — AB et tôt des- 

vole. 

522 Ac/ioce. Leçon acceptable, mais 

moins énergique que »aee 
(tiraille). — B Et trait la nef 
en maie voie. 

523 A puis ravient souvent. — B 

Que il pert tôt. Sovent avient. 

524 B Que 11 bon vent souvent li 

vient. 
525-6 B Qui sans grant paine là le 
maine Où il velt que la nèfle 



i 



TABUMTBS. 



t88 



natoe. — A que ses vens le 
maine. 
fSSn A Eosi li Tient en mer dessert. 
— B Ainsi en mer 11 venz 
désert. 

5S8 B Cili gaaigne, cil i pert. 
Id la fersion de B noas aban- 
donne : saatant sur nos yt. 
919 à 636, elle conclut brus- 
quement la pièce par les six 
fers soivants : 

Or vos ai dit trestot sans paine 

Des .y. eles la deerreine. 

Ge ne tneil que plus m'eotremete. 

Saurai li quel [1. lequel) non ge li 

[mete 

A ces romans ? par foi, ge non ! 

Les romans des eles ait non. 
D*après cette version le poète a 
Tair de donner à son poème 
le titre de roman des ailée 
parce qu*il ne sait pas quel 
autre lui douner. N'y aurait- 
il pas lieu de corriger : 
Ftturaije que non ne li mette f 
qui peut se traduire ou par : 
maoquerai-J(t(cp. le kUraige 
de mon texte) de mettre, ou 
par : cesserai-Je (mon conte) 
sans mettre ? 
A partir d1ci, nous n*avons plus 
à signaler que les variantes 
du ms. A. 

830 Tantost eom à Tamer se met. 
931 Si saut. 

831 Les p. te (sans raison). 
333 des fauses gens. 



334 G*est la tormente, c*est li teni« 

333 Ki ja ne le laira venir. 

336 vondroit venir. 

339 Si est plus riches et cheans. 
540 Cent tens ne soit I. m. 

343 Et jue des vens (!) 4 la briche. 

344 Cil eu sont povre et cil sont 

riche. 

347 Bien i esprueve. 

348 Ja nus en eus (eut ?) se paine 

non N*aura. 

331 Et de la mer amors retret. 

332 Par coi. 

334 Ke j'ai emprunte rendre. 

333 Que je pruef ce que. 

337 Cornent. 

362 Poutie. 

363 con p. que, 

366-7 Tout ce revient d*amors an 
naistre Coment que Tamors 
naist du cuer. 

369 s'esnetie. 

373 Remaint si nete et pure et fine. 

376 Quant il est eu bon vessiau net. 

è78 Quar de bons est bons li esslaus. 

379 en l*amer. 

382 Ausi est. 

383 Come je di. 
386 semblable. 

389-90 Seur tom es flors rose est leal 
(sicj Rose est la plus espedal. 

398 en .1. chapelet metés. 

600 Puis soit. 

603-7 Comme rose par sa bonté 

Est de .c. flors, et par beauté 
Est du cbapel la plus coqr- 

[toise* 



SB4 



▼ARUHTIS. 



611 ditptrcoir * 

611 Orioitpo6é. 

615 preas, toat eotretait. 

615 Umors le foi (!). 

616 Corne «ne rose. 

617 Qu*amort m*aprent. 

654 Se c'est. 

6S6 Après ce vers, le ms. A. t ces 

deux vers en plus : 
Qoar anors fet, ce ne fet nos, 
De bel plos bel, de courtois plus. 
6f7 biaotés s'eslist. 
620-30 Les floretes et le cbapiel. 

Qae Ton tient por la rose à 

[biel. 

655 à l'orne. 

636 De coi amers resamble rose. 

630-41 

Par coi tuit i paeent aprendre, 

Quar l'en i puet tel chose en prendre 

On proaesce ; 8*il 1 est pris. 

643 Dignes, c*est mon, quoi que 

nos die. 
645 Ke de ces tecbes li sottfiengne» 



646 Et qQ*tiiciiBs. 

647 sans nnle doate. 

648 qui n*a pas doute. 
650 nés porra avoir. 

631 S*aaçans la pnet avoir, gari la. 

655 Bt en toz biens le met avant 

(as le fini avancer j pro i pérer ) , 

656 De cest conte. 

657 N*ai talent que pins m'entre- 

mete. 

658 Si (=» cependant) est droiz que 

]e non 1 mete. 
650 A cest romans ; parfiii Je non. 
Ces derniers trois mots veu- 
lent dire, je pense : N*achè- 
verai-je pas mon œnvre en 
lai donnant un titre ? 
L'explicit porte : BxpUdunt le$ 
élet de eortoisie^ ce qui n*eel 
pas exact, car les elet soat 
celles defVoiieis9, dont i'ane 
est Largeeee et l'autre Cour- 
lotne. 



NOTES EXPUCATIVES ET RECTIFICATIONS. 



I. GONTHIKR DB 80IQNIBS. 
1 (pp. 1^). 

2 Befraindte^ réfléchir, répercuter, répéter, litt. « lat. refran- 

gère, primitif du subst. refrain^ se rencontre V* comme verbe 
actif, p. ex. Trouvôres belges 154, 7 : En sa pipe reAcaignoit 
La vois de sa chanson ; plus loin. Trésorier 1, 3 : Quant 
oisel reAcaignent lor cbans ; 2» au sens absolu « retentir », 
comme ici ; Z^ au môme sens avec un régime indirect, 
comme dans la variante E de notre passage : Dont refrai- 
gnent li buisson- Comme il n*y a pas en ft*ançais, à ma con- 
naissance, d*autre exemple d'un subst. verbal dégagé d*un 
verbe en oindre ou eindre^ il y a lieu d'admettre que notre 
subst. refrain est une reproduction du prov. refranh (tiré 
de refranher). Le synonyme refret (Roman de la Poire, 
voy. Littré v« reArain) répond à un type refractus, 

3 Cette addition de Y s au fém. Jote, se remarque encore chez 

notre poète chans. 7, 35 ; 14, 23, et 29, 4 (les 4 passages 
appartiennent aux mss. C. ou D). On serait tenté de Texpli- 



286 NOTES bxplicâtitbs (pp. 1-5). 

quer par le besoin d*éviter Thiatus, mais ce motif ne peut 
être allégué pour 14, 23 : d'autre part, 7, 35 iOû joies est 
moult prochains)* nous prouve que jdic s'employait parfois 
comme masculin, et qu*il faut attribuer à cette circonstance 
le fait en question ; le même genre est propre au proT. ^'au. 
4 Entrant, commencement ; mot très-fréquent, quoique négligé 
par Roquefort. 

12 Maintenir une amor, comme sostenir (y. 14), faire face aux 

obligations qu'elle impose. 

13 Quic = cuit (cp. 6, 22), je pense, cuide, La langue de l'époque 

se passait en général ûe toute flexion à la 1* pers. sing. du 
prés, indic de la première conjugaison {pri aim gart dovt 
contpens). Quant au changement du t final en e, ou an c mis 
après n, il est commun ; les formes, aine gare quic dottc 
parc prenc mec alternent avec ain gart quit (cp. p. 97, v. 5) 
dout partprent met. Cette substitution de c à ^ (ou d), est- 
elle l'effet d'une réaction des subjonctifs aince (aime), garce 
(garde), boche (batte) , m^che (mette), ou de la confhsioa 
graphique des deux lettres dans l'ancienne écriture! Je 
n'oserais rien décider. 

16 Merir signifie tantôt mériter, comme ici, tantôt récompenser 
(cp. 2, 27). Il en est de môme de deservir, 

24 S'acointier à qqn., l'approcher, l'aborder (sens précis qu'il 
est utile de relever). 

28 Sans dangier, sans faire de difllcultés. 

32 Vauroit, 33 vaurai ; au p. ou — ol est un trait du dialecte 
picard ; ainsi faus p. fous* taut p. tout^ toit (passim). 

36 En autre endroit^ pour une autre considération ; cp. v. 68 

en tos endrois, à tous égards, en tous points. 

37 Ester, rester, syn. de demorer (v. 31). 

43 Ligement, absolument, sans réserve ou, selon la définition 
du poète lui même, « sans laisser une part à autrui » ; 
cp. Cisoing 1, 10 et Fremaus 2, 14. 

46 Oni^ uni, un. 

48 ITavonsf parti (partagé), n'avons pris chacun une part diffé- 
rente, n'avons séparé les parts. 

51 Ajoster, assembler, composer. — 54 Respit, délai. 

58 Délit ; ia3« pers. du subj. prés, de la première conjugaison a 



I. goutbibr de soignibs. 287 

pour flexion t (afnt il, 8, anuit 4, 4, oblit p. 61, dont, 15, 22), 

mais ce t flexionnel 8*efface quand le radical se termine en 

t : donc délit (de)ectet), cfiant (cantet) 3, 58. 
61 Sospris, syn. destrois (litt. -^ destrictus), embarrassé, gêné. 
87 "Vis terminant déjà le v. 65, il y a lieu de supposer ici une 

faute du texte : on voudrait Simple semblant et donc ris. 



2 (pp. 4-5). 



4 Contre f vers, à rapproche de; cp. Tall. gegen. Cp. Cisoing 

1. 1 ; 8, 2. 
6 Peut-être faut-il plutôt mi = me. 

12 II est utile de rappeler que faintise exprime, ici et souvent, 

moins la dissimuiatioir que le relâchement, le décourage- 
ment, la lassitude ; c'est, chez les chansonniers, un syn. de 
repentance (23). 

13 Esserai ; sur cette forme de futur, voy. Burguy, I, 262; Diez 

gramm. (trad. franc), II, 210. 

14 Franchise^ noblesse, générosité ; telle est la valeur antique 

du mot. 

16 Ravoir son service, en trouver la récompense, en être payé. 

17 Jvstisier, tenir en sa puissance, gouverner. 

21 Créance, opinion. — 22 En, c'est-à dire « de l'amour ». 
25 Le servir, en retour de mon service. 

2Ô Vueillance, cp. Cisoing 7, 41 ; ce mot ne survit plus que dans 
bien- et malveillance (Carasaus 1, 16, malvtteillance). 

27 Merir, voy. pi. h. 1, 16. 

28 Devise ou d^is (Fremaus 3, 44), manière ; par grant devise, 

grandement, magnifiquement. 
"29 Qui ou ki (23, 52). forme concurrente de eut (cp. 3, 51), régime 
tlirect et indirect de qui masc. et fém. On trouve donc 
aussi, avec élision de Yi, qu'on ou c*on « à qui on ; ainsi 
fiast de Bouillon, 556 : Corbarant &on mis't sus traîs^on, 
où M. Tobler, dans sa sévère, mais excellente critique de 
mon édition (Gôttinger Gel. Anz. 1877, p. 1609), me fait à 
tort admettre dans &on un cui avec élision de ut. 



S88 NOTES KXPucATins (pp. 5-9). 

31 Veut, forme ooncnrrente de vaut (ma. F.) on vaut = yooiat. 

— Que, car. 
34 De valar, pour son mérite. ^35 Betprendre, renflammer. 
36 IMor, comme souyentt passion. 



3 (pp. M). 

4 Bnserir, gyn. di'avesprir^ iat. vesperascere. 

5 J*ai peut-être ea tort de substituer tresioU au tressaul du 

ms., forme moins régulière, mais qui, sur la base d*un radi- 
cal salh se justiâe aussi bien que GaïUe de Gàllta. 

8 Plus, le plus, Iat. maxime. 

9 Eafr sa vie ou se hoMr (4, 33) fait opposition à se tenir on 

s'avoir chier. se féliciter (cp. Trouv. B. 118, 10, et plus loin 
22, 40). C'est donc à peu prôs « se désoler ». ^ Je rencontre 
dans notre Volume 3 formes de la 1« pers. sing. de Tind. prés, 
de haïr : 1. ?uzi (ici et 4, 33), 2. hé (6. 13) ; 3. has (7, 9 et Jean 
Premaus 2, 26) ; voy. Burguy I, 350. De ces 3 formes, les 
2 premières seules (moins anciennes que has) sont employées 
à la rime. 

14 Del tout, tout- à-fait. — Atome, prêt. — 17 Partir, me séparer. 

24 Sen consirer, s*en passer, s'en priver ; cp. Màtzner» Altfir. 
Lieder XV, 40: Si m*en convient à dolour consirer; ib. 
XVI, 16 : Si m'en couvient languir et consirer. 

34 Doutance, crainte, danger. — Faillir, sens absolu, manquer 
son but, ne pas réussir ; c'est Topposé de achiever (Cara- 
saus 1, 40), recovrer (13, 51),iofr (v. 48), cwoir joie, à bien 
venir (v. 46). 

40 Remanoir, cesser. — 41 Départir, se diviser, se dissoudre. 

50 II ne faut pas perdre de vue que cortois exprimait ancienne- 
ment la qualité d'un homme comme il ftiut, bien élevé ; il 
ne s'agit pas de simple politesse. 

56 Très or, désormais. — Retrouvange ; v intercalaire comme 
dans po-r-oir, av-ourer (28, 46), avouUre (adultère). 

58 On dirait que Gauthier dans cette chanson se fait l'interprète 
des sentiments d'une tierce personne . 



I. GONTHIBR DB 801GNIB8. 289 

60 Ou (» el) pascor, à Pâques, oa au printemps. Sur la forme 

pascor, voy. Diez, Dict. I, v» pasqvuz. 
65 Afier, rendre fi, rassurer. 

4 (pp. 8-10). 

2 Dotiçor, ici galté, cp. 15« 4 ; le terme s*applique à tout ce qui 

fait naître des sensations agréables. Je prends occasion de 
rencontrer une erreur étymologique assez commune et 
dans laquelle j'ai versé avec Littré et Brachet. Le tv> 
douceur n*est pas à la lettre le lat. dulcorem ; ce dernier 
ferait douqueur, comme rancor a donné vfr. rancor. Le 
son sibilant du c radical dans les mots romans prov. dol- 
zor^ doiw5or,esp. dolzor, ital. dolciore, fr. douceur indique 
que notre mot est de formation romane et tiré du féminin 
douce, comme blancheur de blanche. 

3 Déduit, expression analogue à déport et à notre mot mod. ^^• 

traction ou divertissement, syn. de plaisir. Deducere, ou 
disducere, d'où vfr. déduire, desduire (amuser), c'est propr. 
détourner de la tristesse. 

3-4 « Mais pour celui qui a perdu j. et d. (ou plutôt qui 8*y est 
livré sans fruit), il ne peut empêcher {muer, litt. faire autre- 
ment) que cela ne l'ennuie. » Anuier était d*abord un verbe 
intransitif régissant le datif Pour Texpression ne pouvoir 
muer, cp J. de Dampierre 1, 13 : Or ne puis muer Que Je 
n*aime en aventure. — Le vers 4 est répété textuellement 
par notre auteur 18, 3. 

5 Ou^«=quem. 

7 Toil semble être ici plutôt Tindic. prés, de veiller, que Tin- 
dic prés de voloir ; oi p. ei, en syllabe tonique, est correct, 
cependant, 3, 5 et 23, 67, nous trouvons veiL 

10 Uahaing, blessure, ici état de souffrance. 

11 Se faindre, comme se repentir, se relâcher ; voy. pi. h. 2, 12. 

12 Desdaingnier son cuer, expression curieuse : le détourner 

avec dédain. 
18 Engaing, correspondant masc. de engaigne, dont je me suis 
occupé Enf Ogier, 5599, et qui parait le plus souvent signi- 

19 



990 NOTES BXPLIGATfTES (pp. 9-13). 

fier irritation, colère (voy. Tobler, Mittbeilongen, I, 266). 

* 

En rattachant le verbe engaigner à ingenium (â*où engin 
et engignier), je pourrais bien avoir méconnu les lois de la 
phonétique, d*autant plus que je ne saurais constater la 
synonymie de engaigner et engignier ; je ne connais au 
premier que le sens « irriter, fâcher » (ce qui rend le sens 
de « ruse, tromperie n que j'avfiis admis sous réserve pour 
engaigne, également suspect). L*origine de notre mot reete 
encore à édaircir. 

14 Empaindre = im-pangere (impingere),pous8er, jeter dedans. 

18 Mescroire qqn., s'en méfier. — 21 Destroit^ subst., étreinte, 
flg. puissance. 

25 Convenant^ » couvine^ afaire, situation, état. 

27 Vois mourant, périphrase habituelle, « me muir. 

28 En faire samblant, le laisser voir, en faire montre. 

29 Parmi, ici malgré. -- 30 A remanant, à, tout jamais. 

33-38 Je ne saisis pas nettement la pensée de Fauteur et j'avoue 
que, dans ces cas, il m*a paru préférable de passer outre, 
plutôt que de perdre mon temps à découvrir le sens précis. 
Il y a des st^jets qui ne comportent guère un grand effort 
de la part du commentateur ; mes loisirs sont trop précieux 
pour les consacrer à dissiper les nuages dont les chanteurs 
d'amour ont quelquefois enveloppé leurs ennuyeuses et 
monotones confidences. ^ Ocoison, cause, raison. Tenir d 
escondit, se justifier, disculper t Consence (lat. consensio, 
accord) paraît revêtir ici Tacception « égard, oonsidéra- 
tion » ; mauvais cri, diffamation. S*en faire fi, s*en assurer, 
assurer son succès ; escami, déçu. — Les vv. 33-34 sont mal 
rimes et par conséquent suspects. 

43 S'en sentir, en être affecté. 

49 Despîuisors, de la foule, du public. 

52 Estre desos^ avoir le dessous, succomber. 

54 Chil chaitis est une désignation que Tautenr se donne à loi- 
même. 



1. GOimilBK DE soicmEs. 291 

5 (pp. IM2), 

1 De recomens , de nouveau; subst. verbal de recomencer, 

analogue à ^renouveau de renouveler , ainsi qu*à rechef ^ 
que je ramène hardiment à un verbe rechevter (recom- 
mencer), qui peut fort bien avoir existé. 

2 Yens, prob. une erreur pour tens ; non seulement le mot répé- 

terait ore, mais l'attribut cîer ne lui convient pas. 
5 Attendre à, en lan|i;age d*amour, c'est faire sa cour (cp. Tangl. 

to attend) ; de là atente, service d*amour, cour, hommage, 

cp. 7, 46. 
9 Pareil ; je ne me rends pas compte de la diphthongue oi; je 

la retrouve 24, 18. Le tableau de la conjugaison ancienne 

de parler, donné par Cornu dans Remania* IV, 457, n*oflfre 

que paroi. Le ms. a même paroill, qui indique clairement 

un l mouillé (cp. voil = volo, it. voglio). 
Il Par, adverbe, lat. valde, cp 23, 38. 
18 Faire effroi de, faire du bruit de qqch., s'en glorifier. 
21 Espoir, peut être. 
26 tt Rien qu*à y penser ». — 27 « Et d'autre part je suis... » ; 

telle est la valeur de resui, 

29 Pour gésir, être couché, employé comme réfléchi, cp. se dor- 

mir, se morir.-^ S'enporchasser=\a, pourchasser (désirer). 

30 El, autre chose. — Si anoier, y trouver du chagrin. 

33 Esta = lat. stat. Sur cette forme du verbe ester, voy. Bur- 
guy I, 297, et Diez 11,216. — Maternent m*esta,je suis en 
mauvais état, ail. es steht scMechl mit mir. 

6 (pp. 12-14). 

(3ette chanson atteste que le trouvère a longtemps sé- 
journé à l'étranger, en pays de mécréants {en terre maleU- 
rée) ; c'est là qu'il l'a composée. 
7 Avoir santé, guérir. 

10 Lerme découle de 2at'rme (lacrima), comme ^erm^n^ de sai- 
revnent. 



29S Mons KXMJCATiTis (pp. l3-i6). 

11 (hum, nuûntenaot, actaellement : cet adverbe aTioterpoie on 
peu brosqaement entre le substjdrf et son détermiDatlf 
dCesté. Je ne pense pas qa'on paisse traduire, en écrivant 
auan: i^Xe plus beau Jour en la saison d*été ;oup,el devant 
an me semble inadmissible. 

23-24 Le souhait introduit par la coigonction optative atr , 
revient à dire : « Puisse Je changer de place avec celui qui 
Ta épousée ! » — Eûst preste » pretttast , comme avoir 
sauvée V. 22 n sauver (idiotisme bien connu). 

25-92 Sur les irrégularités métriques de cette strophe, voy. les 
notes sous texte. 

32 Gésir en bière, être mort ; terme ft^équent Mieox vaudrait 
tuit que totU, 

34 Crueus. nom. sing. de crueh adjectif à genre commun, qa*il 
. ne faut pas confondre avec crueus, fém. crueuse^ «* iat. 
crudosus. 

38 Chiere ; sur raccord de Tadverbe avec le subst. objet on sqjet 
de Faction verbale, voy. l'étude de Tobler dans la Zeitschrift 
de OrOber II, 399-404 ; cp. ma note de Bueves de Comarchis, 
418 (Sa prouece ii ert ja vendue trop chiere) ; ib. v. 1069 
(Si nous venderions chiers), — Cp. 9, 9. 



7 (pp. 15-16). 



3 Agencer « estre gent, plaire ; synon. de abelir ou estre bel, 

agréer, atalenter. 
7 Faire une tence, lutter. — 9 Has, voy. pi. haut 3, 9. 

11-12 a L*aveu d*une passion a de grands inconvénients, tant 
qu*on n*e8t pas rassuré à son égard. » Qui =» si on ; primes, 
d'abord; gui' prim^ équivaut donc à « quand on en est 
encore au point de... » 

15-17 II faut réduire ces trois vers à deux, car il ne doit y avoir 
qu*une seule rime en ire ; d'ailleurs le pronom li dans le 
3* est sans rapport ; je propose donc de fondre les w. 16-17 
en un seul : Qu'ai derrain Vestuet savoir.^ Al derrain (en 



\ 



I. GONTHin MK 80I6IIIB8. 295 

fin de oompte) fttit opposition t primée^ et 2^ se rapporte à 
le voir (la vérité) du v. 12. La forme derrain est aussi légi- 
time que daerrain ; Tane et Tautre découlent de dererain 
(inusité), prov. dereiran. 
18 Afudeia, litt. ambos duot ; Vt devant d est donc légitime. 

22 On aimerait mieux vole et vaine, expression fréquente. 

23 Mettre d bandon, livrer à discrétion, offrir à bon marché. 

25 Par raison^ comme de raison, selon le cours naturel des 
choses. 

32 Perius » périls. « Une situation telle que Ton ne sait à quoi 

s'en tenir, est périlleuse ». Nous avons ici à faire à ce tour 
bien connu de Tancienne syntaxe qui consiste à placer en 
tête d*une proposition le substantif attribut et de mettre le 
stget à la suite du verbe en lui préposant la préposition de, 
p. ex. haute chose est de proéce « proece est haute chose ; 
douce chose est de femme (Jubinal, Jongl. et trouv. p. 29). 
Je renvoie le lecteur, au si\jet de ce phénomène syntaxique 
que j'ai eu fréquemment occasion de relever dans mes com- 
mentaires, au travail spécial du prof. Tobler dans la Zeit- 
schrift de Orôber, 1, 3 et ss. 

33 Atiques, quelque peu. — 34 Teus, se. afaires, 

34 Li se rapporte à on ; nous dirions atgourd'hui vous, 

36 A^rm're est bien vague : cherchera se rendre agréable, à 
gagner la bienveillance. 

38 Failli, qui lâche prise, qui abandonne la partie ; synon. de 
faintis^ recréant, 

41-42 Dinaux rappelle ici les vers de Rutebeuf dans le Lai de 
Brichemer : 

Âutele (Din, En tele-f) atente m*estuet fere 
Com li Breton font de lor roi. 
Voy. à ce siiget la note de Jubinal (Œuvres de Rutebeuf 
h 109j. * Atente, ici action d'attendre» v. 46 service, hom- 
mage. 

46 Tenir, « convenir, valoir ; cp. 11, 26. 

47 Tournure équivalant à « passivement, patiemment ». 

52 Arguer, tourmenter, harceler.— 55 Le sens et le système pro- 
sodique indiquent ici une lacune de deux vers ; elle se 
trouve dans les deux mss., et Dinaux ne s*en est pas aperçu. 



394 HOTES BXPLICITIYBS (pp. 17-19). 

La pensée eiprimée était à peu près : «d*implorer sa 
merci, mais je ne parviens à Texécuter ». 
58 « Tout mon parler ne sert à rien ». 

8 (pp. 17-19). 

' Les quatre strophes de cette chanson, quoique étant d*iine 
facture identique, différent de longueur ; la 2« et 3* compte 
deux vers, la 4« quatre vers de moins que la 1*« et il y a lîea 
de croire que cette irrégularité nest pas le fait de Fauteur. 
Dans le plan primitif, elles devaient sans doute se composer 
toutes, comme la première, de 4 quatrains monorimes et 
d'un reft*ain. Les quatrains sont construits de façon que les 
rimes féminines alternent avec les masculines, et offrent 
cet artifice que chaque fois les vv. 1 et 4 et 2 et 3 se ter- 
minent, sinon par le même mot dans une application diffé- 
rente, par un mot de même famille. Ce système est exacte- 
ment observé dans la 1« strophe. Dans la 2* il est vicié au 
2«quatrain, où je soupçonne la chute des deux premiers vers, 
dont Tun se terminait par legiere^ le second par doblier. 
[Au 3' quatrain, nous voyons se correspondre ckier et 
chiere ; ce ne sont pas deux mots congénères, mais en tout 
cas l'auteur les envisageait comme tels.] Dans la 3« strophe 
les 2 derniers quatrains seuls sont conformes au plan ; les 
deux premiers sont non seulement dérangés, mais incom- 
plets de deux vers.La quatrième, enfin, n*a que 3 quatrains, 
dont le dernier ne laisse plus de trace de Tartifice qui carac- 
térise la versification de notre chanson. 
2 Termine, temps, saison ; le mot accuse un type terminium 
(accent sur mi\ tandis que terme vient de terminus (accent 
sur ter) ; il survit encore dans le wallon termêne, 

4 Luminer, expression peu commune ; peut-être faut-il h^U- 
îumine, 

6 Lent, adv., lentement; au v. suiv., a4j., lent à accorder, 

tenace* 

9 Atente^ ici service d*amour ; au v. 13, sens ordinaire. 

10 Asentir^ actif, incliner. — U Sentir, connaître. 



I. GOHTHIER DB SOIOIIIES. 995 

12 Entendre, intentum esse, porter son esprit, se préoccaper. 

15 Al<mgier'=^eslong£er, verbe actif, mettre oa t;eDir à distance, 
s*éloigner de, peut se traduire ici par « Aiir » (au sens 
figuré), ou aussi par « faire attendre ». 

17-18 Consirer, à la forme active, a d'ordinaire la valeur « dési- 
rer ardemment, poursuivre, pourchasser », mais ce sens 
ne se prête guère en notre endroit, et je suis porté À croire 
qu*il y revêt le sens corrélatif de « trouver, obtenir ». Les 
. deux sens sont également propres au latin consequi ipour- 
chasser passe également du sens « chercher à avoir » à celui 
d'acquérir (angl. purchase). Notre refrain parait donc 
exprimer : « Celui qui ne compte pas arriver à ses fins, "^ 

peut s'attirer de grands chagrins. » Toutefois entre a dési- 
rer » et « obtenir, rencontrer », on pourrait encore placer 
la nuance « s'attendre à ». 

20 Envier, liit. lat. invitare, inviter, solliciter, prier ; cp. Roman 
des Eles, 344. 

22 De doçor et de proier sont des déterminatifô de la manière : 

« en douceur et par supplication ». 

23 Doblier, double, équivoque, trompeur, peu sérieux. 
26 Tenir son cors chier, se fa.ire respecter. 

28 « Sans craindre les méchantes langues ». Fol parlier , cp. 

saigeparlier v. 25, et mal parlier il. 32. 
30 Manier, adj., de bonnes manières, cultivé, distingué. 

36 Souffraitous (de là le mot moderne souffreteux), qui est dans 

la souffraite, diseteux, gêné, peiné. 

37 J^^ota. Je trouve ra4j. enteus traduit d'une part par «en 

tendu, sage », d*autre part par « honteux ». De ces signifi- 
cations, la première pourrait convenir au besoin. Peut-être 
fautil lire sientouse, sientous (savant, instruit) ? 
46 Et a ici la même fonction que dans la phrase de Corneille : 
Plus grande en est la peine, et plus grande est la gloire. — 
Angoisseus^ ici « destrois, gêné, contraint, peiné ; au v. 
suiv.a. qui met dans la peine, pénible. 

54 Notez l'hiatus se ele. 

55 6ron^t^«.apposition du si^et à la 1« personne ; « moi Qontier ». 
50 (}ette phrase dépend encore de set, — S'airer à, se fâcher sur, 

se plaindre de. 



296 MOTBs BxrucATnns (pp. i9-S4). 

59 Otez la yirgale. 

61 Consire, subst. yerbal masc. de se conHrer, se sevrer, ee 
priver ; ailleare consirer, p. ex. « Amours in*ochist et mi 
loDC consirer » (M&tzner, Altfr. lieder XII, 13). 



9 (pp. 20-21). 

1 ifot>, comme an, saison. 

4 Truis , je trouve ; cp. prm's , je prouve,, ruis, de rotever 
(rogare) ; au subj. truisse. — Dangereux, diificultueux, peu 
complaisant (de danger =• autorité, puissance, opposition) ; 
sauvage^ syn. de fier, revéche. 

6 S'aseûrer, jouir en sécurité, pleinement. — 7 Eûr, succès ; au 
V. 26, j'y vois le sens de a destinée.position dans le monde. » 

9 Lente est un adverbe mis en accord avec le siget féminin ; 
voy. ma note 6, 38. Cet accord fait défaut dans la chans. 
préc. V. 6 : L'amor ht si me vient lent, 

17 Gentillise, noblesse, baut rang. 

19 On peut douter si met est la 1« ou la 3e personne ; cependant 
je crois que le sens est : c* Mais, quelle que soit son inten- 
tion, je m*en rapporte entièrement à sa générosité. » 

24 Simple, modeste, bumble. 

29 Noureture, éducation. — 30 Ntde riens ^ personne. 

31 Faiture, figure, syn. de semblant, vis ; ce bon mot ancien 
p. facture (cp. pour son rapport avec facere, le lat fades) 
a survécu dans Tangl. feature, trait de la figure. 



4 (pp. 21-25). 



5 Orans dolors est de penser ; ce tour est au fond le même qae 

celui que j'ai relevé 7, 32 ; cp. 27, 13 (Grans dolors est de 
trop amer), Carasaus 3, 17 fcoi que soit de santé). 

6 Kiy quand on. — 8 Escondire, sens passif : être refusé. 

10 La régularité métrique réclame ici un vers féminin de quatre 
syllabes. 



1. GONTBIEE DE SOIGRISS. 297 

11-12 «Tavoud ne pas saisir le sens métaphorique de ce passage ; 
cire doit-U exprimer la dureté ? 

14 Mençoigne, variété de mensonge (anc. féminin), est analogue 
À rital. menzogna. Ogne et onge se correspondent comme 
agne et ange festragne — estrange) ; aussi soigne^ au v. 16, 
n*est-il pas la forme féminine de soin (ital. sogna\ mais 
une variante de songe (ital. sogno) ; « je préfère me bercer 
de rêves et d^illusions à son égard que de coucher avec une 
autre en réalité {sans songe) ». 

22 Mence, forme normale (lat. mentiat) ; cp. bâche (v. 74) » boite, 
mèche = mette. 

26 Em présence, dôs à présent. 

99 Fourfait, sens actif : qui a mal fait, coupable ; cp. meffait, 
(p. 243, V. 1242). fouragi Jean d^Estruen 3, 15), etc. 

52 Sans signourage, à part (abstraction faite de) sa haute nais- 
sance (?). 

56 Qaigier parage, renoncer à son rang. Je donne cette signifi- 
cation sur Tautorité de Mfttzner, qui traduit par « renon- 
cer » le terme gager dans ce passage d'Adam de la Halle : 
Pour çou ne puis veoir que cil bien aint Ki pour goir 
d*amour8 sousft*anche gaje(ÂltfrLieder, XI 11,3-4) ; le savant 
allemand s'en rapporte à son tour à Texpression gager 
service consignée par Roquefort. 

59 Suppléez le devant H, 

71 Pour qui a pour antécédent le pronom ele, v. 69 ; mieux vau- 
drait une virgule à la fin. 

74 Bâche, subj. de battre ; voy. v. 22. 

75 Mâche, masse de bouffon, marotte (attribut de la folie) ; aussi 

maçue, Meraugis de Portiesguez, p 104 : Aussi come fols et 
maçue Doivent toz jours aler ensamble. 

81 Souhait, chose ikite à gré. 

86 Cortoisie, ici « vérité digne d'être connue d*un homme cour- 
tois, c.-&-d. bien élevé ». 

87-88 Se garder sans = se garder de. 

89-90 Asamblersa compaignie, se lier de compagnie ; en tel lieu, 
avec telle personne. Sur cette valeur de lieu, voy. Bast. de 
Bouillon, Notes p. 271, v. 2389 et p. 278, v. 2885. 

92 Villonie est suspect pour deux raisons : il répète le mot final 



298 NOTES BIMJCATITBS <pp. 34-29). 

du y. 88, pois il est insuffisant à la mesore, qui exige ime 

syllabe de plus. 
99 D'autres préciseront de que) comte de Bourgogne il s*agit ici. 
100 Despoîgne^ sul^. de despandre^ exposer ; forme concurrente 

de desponde (Calupain 3» 19) ; cp. retpoigne U, 5. 



1 1 (pp. 25-27). 

4 Pouretui, pour cela. 

6 Esploit, résultat, fruitdu travail ou du service, succès, récom- 
pense ; cp. 13, 9. 

11 Siècle, le monde, les gens. — 12 Remainty cesse, se dissout. 

16 Loist, de loisir^ être permis. — 17 A veûe, ouvertement. 

22 Por bien de li, pour son bien, dans son intérêt. 

23 Son blasme, le blâme dont elle serait Tobjet ; cp. v. 43 sa 

roiruenge, la r. dont elle est l'objet. 
26 Venir, convenir, être utile. 
29 Mescreance , méfiance. — 32 Snifatis , ensemble , fistisant 

bande à part ; ou est-il synonyme de el mont (v. 29) ? 
S6 Fu Si ici la valeur d'un futur passé. « Si jamais elle aura 

donné des preuves de bon sentiment, c'aura été, quand... » 
45 Prendre attire conroi, prendre d'autres dispositions, changer 

sa conduite. 

12 (pp. 27-30). 

VHist. litt. donne quelques extraits de cette chanson. 

1 Lan, la partie de Tannée, la saison. 

2 S'areste, se fixe. 

4 £n = sur, comme souvent (p. e. pendre en la crois). 

5 Respondre construit avec à (v 6), et avec de (v. 7) se justifie 

par le double sens du verbe : < répondre » et « s'eipliquer, se 
prononcer ». 
8 Contreste, subst. verbal de contrester (contra-stare, £ûre 
opposition), est devenu, par confusion avec contestari^ le 



I. GOimPER JOL 801GNIBS. SfiO 

fv. mod. conteste* Le mot moderne contraste nous est venu 
par l'italien. 
9 Jugement, ici la question à juger. 

16 De/fier, rendre méfiant. — 17 Lisez mechine, médecine, 
remède. — 18 Oarroit = gariroit. 

22 Comune complète ou plutôt renforce le mot toute, cp. Tall. 

all-gemein, 

23 Plus est une négligence de Tauteur ; le mot devrait logique- 

ment être supprimé, à moins de prendre plus covoiter dans 
le sens de préférer. 

25 Lonc, selon ; esploitier, pourchasser, rechercher. 

26 L'expression sa chascune a de Tattrait : Littré n*en connaît 

d'exemple que du XV« siècle (Louis XI, Nouvelle XIX : Ils 
s'en allèrent chacun à sa chacune). 
28 Se tient, se retient, s'abstient ; s'aûne (litt. s'assemble), se 
lie ; cp. 10, 89 asembler sa compaignie, 

36 De bone estraine, pr. de bon don ;bon à donner ou à prendre), 

puis, en général, de bonne qualité. 

37 A tesmoing. terme analogue à notre « à preuve ». 

44 Tenir t croître, se développer. 

45 Caser, choser, gronder. 

51 En bonne grammaire, il faudrait au prés, indicatif, la voyelle 
radicale étant tonique, aeure, de môme au v. 53 labeure et 
au V. 85 secuere ; par conséquent aussi au v. 57, la forme 
meure (mûre) p. moure. 

53 Poi Ven est, elle se soucie peu. 

54 Puis que, une fois que ; s'atiller (prov. s'atilhar), se disposer; 

le mot atiller (ajuster, orner, attifer) est encore dans Cot- 
grave. Diez, vu la forme esp. atildar, orner, est amené à 
conjecturer pour éty mon le bas-lat. attitulare (designare) 
Dict. 4« éd. I, 30 v» attillare. 

56 Periller, faire naufrage, succomber. 

58 Volatile, volage ; ce mot à forme savante et dont le pluriel 
volatilia s'est francisé par volaille ^ est remarquable, 
quand on tient compte de l'époque. On peut, du reste, aussi 
admettre un type lat. volatilius, comme on fait venir nohile 
non pas de nobilis, mais de nobilius. 



300 HOTES KXPLICATITE8 (pp. 30-54). 

13 (pp. 30-32). 

1 Saison^ temps (état de l*atmosphôre), s*agencer, s'embellir. 

2 Ramier » rameau. On voudrait faire changer leur place aax 

mots ramiers et vergiers. 

3 Otez la virgule. 

6 « Au printemps j*ai été en grande pénitence deux ans entiers » 

ne se comprendrait pas ; il faut donc prendre les vy. 5-6 
pour une parenthèse. 

7 Keudra^ bonne forme de Aitur de cueillir, comme saudra de 

saillir. « Cueillir une semence » p. « en recueillir le fhiit » 
est un peu hardi. 
9 Esploit, profit, voy. Il, 6. 

10 Deservir^ lat. demerere, ail. abverdienen, faire un service ou 

un travail en vue d*une récompense, mériter. 

11 Consence cTamors, union amoureuse. 
14 Movoir, susciter. 

16 PaïUonier, ital. paltone^ paùoniere, homme de rien, vaga> 
bond, qui bat la campagne; d'aprôs Diez Il\ 3S8, dulat. 
palitari, vagabonder (Plaute). 

21 Desconfire^ sens passif, succomber ; cp. v. 48 destorber = 
estre destorbé. 58 gaJber, p. être gabé. 

24 Metfaire, comme forfaire 31, 12, mériter 'un mal, une peine). 

32 Qtie » car. — 34 Sans fait, sans cause réelle. 

35 ft S*il m^est permis de me justifier, d^afilrmer mon innocence ». 

41 Se douter^ ici =« douter. 

44 Mettez plutôt une virgule. 

51 Mais -s or, désormais, cp. ail. nunmehr, 

54 Recovrer, réussir, arriver à ses fins. 

57 En avoir la signorie, l'emporter, triompher. 

1 A (pp. 32-34). 

4 Nel «= ne la. — Laie de laier, forme concurrente (mais dis- 

tincte d*origine) de laissier^ voy. Diez I, v» lascîare. On 
voit alterner avec laie les formes lait (29, 44) et avec on s 



I. 60NTH1BB DB SOlGXfIBS. SOI 

intercalaire laist (Carasaus 4, 17 ; Fremaus S, 34). Comment 
les expliquer? £azY renvoie À un infinitif 2a/r^, qui cepen- 
dant n*a pas encore été observé ; quant À Ys dans laist, il 
parait fondé sur une confusion avec le concurrent îaUsier, 
ou une contraction de la forme laisset, 

7-8 Ces 2 vers pochent contre la rime et la mesure ; on s*attend 
À 2 vers de 6 syllabes et rimant en on, D*ailleurs sans ocoi- 
son ne prête que difficilement un sens. 

9 I^oif, litt. == lat. nivem. — Chaie, subj de chaoir^ ckeoir, 
variant avec chiée. chiece. D'après Burguy II, 20* chaie est 
spécial au dialecte bourguignon. 

12 LmgensorAdi. plus gente. Ce comparatif se trouve, sous la 
forme gencior, dans la liste des anciens comparatifs organi- 
ques, donnée par Di^z, Gramm. 11,68. Burguy ne la cite pas. 

18 S*amesurer, se modérer. 

22 J*aurai8 mieux fait d*écrire s'espavente s cependant Diez 

explique notre forme actuelle épouvanter par la succession 
suivante : espaventer {It. spaventare) — espauenter— es- 
poenter — espoventer {v intercalaire). 

23 Joies, voy. pi. h. 1, 3. 

25-26 Ces deux vers sont d'une syllabe plus courts que les cor- 
respondants de toutes les strophes suivantes. 
29 Couraige, sentiment. 

33 Esragier ou s'esragier vif (nom. sing. vis) est une locution 

courante pour « perdre la raison ». Mais que veut dire 
vift vivant ou vivement? Dans le dernier sens, on ne s*ex- 
plique pas Taddition de tos, et d'autre part on se demande 
ce que c*est que « enrager vivant ». 

34 Ifar, malheureusement. Ainestement. 

40 Soient (lat. soient) ; en bonne grammaire il faut setdent. Un 

cas analogue se voit Trouv. Belges p. 53, y. 35 où Ton 
trouve (hors rimé) se dolent, 

41 De si petit, par si peu de chose ; estre sire, vaincre, réussir, 

cp. avoir la signorie 13. 57. 
55 El de fin. enfin ; cp. 16. 53 au defenir, 
W Btsi (sel « si le), et d'ailleurs. 



301 NOTBS BWLICATIVBS (pp. 54-39). 

15 (pp. 34-36). 

9 Li vilains ; nous disons aigoQrd^hui « la sagesse des nations, 
le bon sens populaire ». # 

10 « Belle mine enhardit un homme de généreux sentiment » 
(telle est la valeur de franc). Un autre proverbe du 13« siè- 
cle, consigné dans Leroux de Lincy, dit : « Biaus sambians 
fait musart liet. » 

18 Quanta « quam multi, quot ». 

20 « leus del (Vont », expression banale des chansonniers. 

22 Dont; cette forme de subj. présent se trouvant en rime, elle 
doit être celle familière à l'auteur. Ailleurs nous trouvons 
doint 30, 16, doinst 23, 13 et daigne 10, 106. 

35 Sosprendre, troubler. 

36 Tdut, forme picarde p. toit, tout^ de tolir^ enlever. — En- 

'cient, conscience, ail. besinnung; cette forme est déduite 
de escient par le même procédé phonétique qui a produit la 
concurrence des mots es saiei ensai, eslire et enlire, es- 
vanuir et envanuir, et sur lequel voy. Fôrster, Chev. as 
deus espées, p. L, et Grôber's Zeitschr. I, 560. 

41 Faire les mos en chant signiflet-il n composer les paroles 
pour la mélodie » ou « la mélodie pour les paroles » !Je ne 
suis pas au clair là-dessus. 

43 Vergant, forme insolite, analogue à perchant (perche) Bast. 
de Bouillon 1710. 

16 (pp. 36-30). 

6 Je trouve pour la 1» ps. sg. du prés, indicatif de faire les 
formes suivantes ; 1. hors rime faic 0. Soign. 8, 13; — 
fac, id. 29, 5 ; - fai Cisoing 7, 39 ; — fais Cis. 2, 15 ; — fas 
ou faz, G. Soign. ici, 7, 5 et 42 ; Garas. 4, 26 ; 5, 34 : 2. en rime 
fas G. Soign. 5, 26 ; Caupain 4, 36. — Awat, essai (e atone 
changé en a). 

% Ld,k cela. — 9 Recovrer, réussir, cp. 13, 14. 



1. GÛIfTHIia I» SOifillIBS. 30S 

14 Biffez la virgule. 

16 Afen consir, en suis-je privé ? — Les vv. 16-17 sont surnumé- 
raires ; cela fait comprendre remploi de la forme faic à côté 
de fas (V. ô). 
19-22 Vers d*un sens peu clair ; d^ailleurs le premier est contraire 
au môtre, on pourrait en faire jaillir un sens en corrigeant 
ainsi : 

Porroit Dieus endurer 
Que tant convient pener ? 
Bien puet Tomme afoler 
Longement consirrer ; 

ou bien, quant aux deux derniers : 

Bien puet Tom afoler 
Par trop lonc consirrer. 

26 Ouencir, se tourner. — 30 Se trespenser, être soucieux. 

33 Notez le datif li. — Vïc, je vis ; le d radical du lat. vidi con- 
verti en c. 

38 Acoillir, prendre : cp. Trésorier 2, 34 : merci acueiîlir, pren- 
dre pitié, et Rom. des Eles, 537. 

47 Seuc, je sus; forme picarde pour soi, voy. Diez, Gramm. 
11; 224. 

52 Parel pcuser, faire autrement. 

54 En merchi ester, demeurer en sa merci, sous sa dépendance. 

64 Converser, habiter. 

1 7 (pp. 39-41). 

Dans cette piôce, qui est ce que Ton appelle un serventois, 
le poète joue avec le mot sourd et ses dérivés, en prêtant à 
ce terme les sens métaphoriques de « morne, sombre » 
(V. 1, 8), « insensible, indifférent » (2, 3). Dans le ms. de Berne, 
le seul où on la trouve, les s doux et forts sont générale- 
ment écrits par œ entre deux voyelles: on y rencontre 
continuellement des formes orthographiques telles que 
priœon, raixon, atixier, conxeus conçus), o«ata7e (osasse), 
etc. ; donc aussi li œours. Celui qui connaît ce fait doit trouver 



304 NOTES BxrucÀTiTBS (pp. (3942). 

fort étrange l*opinîoii émise dans THist. litt. de Pr. XXIII,604, 
et reproduite par Dinaux, Trouv. brab. p 278, selon laquelle 
Fauteur, en adoptant cette ortbographe, aurait eu Tinten- 
tion de se moquer de Tacoent espagnol que la jeune princesse 
Blancbe de Castille avait introduite en France. Dinaux en 
tire même la preuve que Qontbier doit avoir fait un long 
séjour À Paris. J*ai, dans mon texte, abandonné Vx comme 
d*autres particularités graphiques du ms. A. ~ Dans les 
citations faites dans l'Hist. iitt. (p 604) je remarque, con- 
trairement au ms., v. 6 ordement p. œordement et v. 15 
melleur p. veiUlent. 

5 « Désormais, qui sollicite la moindre chose du bien d*autrul. « 

6 L'emploi transitif de respondre es t con n u . 

7 Porprendre, envelopper, puis occuper entièrement, remplir ; 

le ms. avait por^int, qui dit la môme chose, mais qui con- 
venait moins À la rime. 
9-10 tt Chantez, r^ouissez vous, vous qui venez de la cour, mais 
laissez Thumeur sombre isorderie) à celui qui est triste. » 

12 Le pluriel devraient se rapportant au collectif clergiei n*a 

rien d'irrégulier. — Chastoier^ corriger. 

13 Sen (ail. «tnn), esprit, savoir. 

14 Engingnier DieUy user de ruse envers Dieu. 

15 II manque 2 vers après celui-ci, Tun rimant en ier^ Tautre 

enan^. 

23 On aimerait mieux, au lieu de ke, soit quant ou Kd, 

24 Sor, plus que ; failli, terme dli^jure : homme de rien, ou bien 

infidèle, sans foi. 

26 Venra est impersonnel, « ce venra ; cp. ce vient 18, 23. — 

Juîs, forme 'insolite poiirjutse (« lat. judicium), que j*ai 
déjà relevée Enfances Og. 7387. On la voit encore, m'écrit 
M. Tobler, Huon de Bord. 66 (desc*au jor de juîs;, et Raoul 
de Cambrai 204. 209. 

27 Li martir, les misérables. 

32 Stiet, présent de soloir, équivaut virtuellement à rimparfledt 
soloit du V. suiv. ; cette dernière forme gênait la mesure, 
et d'ailleurs on a remarqué que dans le verbe soloir le pré- 
sent faisait À la fois fonction de passé.— Non, dignité, ordre, 
cp. Roman des Eles, 37. 



I. GONTHIER DE S01GNIC8. 305 

• 

35-39 a Maintenant c'est tout au plus si les barons leur donnent 
la table et, dans le cours de tout un an, un petit cadeau^ et 
si ce don (dongier) est quelque peu considérable, encore se 
fait-il longtemps attendre ». Dongier , en notre endroit, 
est-il bien identique avec le dongier (Chev. au lion 1444, 
Erec et Enide 810, et plus loin Gér. de Valenciennes 48), 
forme antérieure et concurrente de dangier (autorité, puis- 
sance, etc.)? Si cela est, sous laquelle des significations 
variées de ce mot (voy. mon Glossaire de Froissart) faut-il 
le ranger? Sans doute sous celle de ce consentement, conces- 
sion ». Toutefois, le terme se présente ici avec une appli- 
cation si spéciale à un don, à une largesse, que je me suis 
laissé aller à formuler une coi^jecture. Dongier^ dans Tesprit 
de l'auteur, paraît offrir un rapport de parenté avec doner^ 
et sur cette donnée on est tenté d'admettre la filiation 
suivante : donarium, doniarium, donger (cp. viridarium, 
viridiarium, verger), 

44 Remaint, fait défaut, cp. ail. ausbleiben. — 48 Loer, conseiller. 



18fpp. 41-42;. 



3 Ne puet muer, voy. ad 4, 4. — Xi, à celui. 

4 Eshieue, présent do eskiever, fuir (aiy. esquiver), 

5 Opposition de savoir et cuidier. 

6 Li, dans cette première application du refï^ain, se rapporte à 

boine amors, 

8-10 Gonthier avait donc porté ses visées jusqu'à une princesse 
de France, car la personne désignée ici est, selon ^oi, h la 
fois celle qui lui transmet la fâcheuse nouvelle et celle qui 
en est Tobjet. Si je comprends bien Tauteur de la notice de 
ÏHist, litt., celui-ci distingue entre la personne qui inspi- 
rait des méfiances au poète et la grande dame qui les entre- 
tenait par ses rapports. 

12 Vauroie = voroie (voudrais). — 16 Tant aie, quoique j'aie. 

18 Se croire en, se confier a. — 25 Recovrier, récompense. 

26 Les belles de Tépoque présentaient donc k leurs galants aussi 

20 



« 



306 NOTES EXPLICATIVES (pp. 42-49). 

des oreillers : détail archéologique quil vaut peut-être la 
peine de relever. Ailleurs (23, 57), le poète fait mention d*aii 
gage plus usuel : Seûr m'en fist Par le don de se mance. 
38 Tenchier, se combattre ; cp. faire tence 7, 15. 

4 9 (pp. 43-44). 

t Paris et Dinaux ont retraist, qui serait le défini. — Le sens 
du mot n*est pas ici « retirer », mais « ramener ». 

13 Se desfiaitier, se chagriner. 

14 Fait, comme affaire, état, condition. Toutefois, de riche fait 

pourrait aussi signifier « généreux, large ». 

16 I trouver pîait, en être écouté, bien accueilli. 

19 Un grant termine^ pendant longtemps. 

31 Quel est ce OaïUhier 9 11 est inutile de faire des recherches, 
puisquMl ne s*agit que d'un intermédiaire entre Fauteur et 
sa dame. 11 n*est guère admissible que le nom désigne le 
poète et soit p. Qontier ; d'abord le ms. écrit toigours Oon- 
tier, et puis Fauteur peut-il s*adresser une prière à lui- 
même? ce serait par trop subtil. 

33 Uh= un seul. — 34 La correction que je reproche à Dinaux 
d'avoir introduite et qui est à la fois incorrecte et contraire 
au sens, a été prise par lui dans le texte donné par VEist. 
littéraire, p. 603. 

20 (pp. 45-47). 

3 Et si, et cependant. 

10 J'ai substitué bor (^buer) à bon^ que portait monm8.,ce 

dernier adverbe n'ayant pas, à ma connaissance, le sens de 

u bona hora » ; je ne connais pour ce sens que la forme bane, 

citée par Diez v* ora. 

13 Ravoier, pr. remettre en bon chemin, ici redresser, consoler. 

18 A mon aé^^à mon vitrant rv. 34). 

2& Oascot, Il s'agit de Gace Brûlez, sur lequel voy. Hist. Litt. 
• XXIII, 564. Dans mes Trouv. belges,' p. 282, j'avais, rela- 



1. GOMTHIBil DB SOIGNIBS. 507 

tiyement A TAge de ce ehansonnier, puisé un argument en 
flaveur de l'opinion de M. Paulin Paris, dans la circonstance 
qu'il se trouve cité dans une chanson de Queues de 
Bethune ; mais la paternité de cette chanson étant, pour de 
bonnes raisons, contestée à Queues par le prof. Bartsch 
(Grûber, Zeitschrift, II, 478), mon argument tombe À néant. 
Le savant romaniste que je viens de nommer , maintient 
Topinion que Gace est contemporain de Thibaut , roi de 
Navarre. 

32 « A moi n'importe ». Je préférerais la var. moi vCent il noient, 
45 kffi^, assurer, af&rmer. 

21 (pp. 47-48).. 

6 Par mesprison, À tort, iigustement. 

11 Prison^ ici masc. et synon. de prisonnier ; au v. 15, fém.« cap- 
tivité. — 12 Mesprisier, = mains prisier , voy. ma note 
Trouv. belges, p. 277. 

13 Souprison = prison, captivité, état de gêne. 

22 (pp. 48-50). 

1 Pert, « appandt ». -r- 2 Fors =■ ail. sondem, mais. 
3 Lonc, qui tarde. — 4 Dire, composer. 
9 Avec, adv., avec cela, en même temps. 
11-20 Strophe malaisée à débrouiller sous le rapport de la con- 
struction. Quel est le verbe de la phrase introduite par gue 
V. 13 ? En admettant qu*il faille prendre pour une paren- 
thèse Ce sache.,., du reqûerre, les mots por celé se lient 
difflcilemeilt à sui covoitos del servir (13). — 14 Droite 
adv., ajuste titre. — 15 Osée ; ce féminin viole les règles de 
la syntaxe. 
23 Vers trop court d*une syllabe. — 24 Se sentir, être disposé. 
26 Vers trop court et obscur. 

33 De mon bon, de mon gré. 

37 « Qui est tout à sa discrétion ». — 38 Escondire, refUser ; le 
sens réclame le conditionnel escondiroie. 



SOS fiOTES ExrLicATiTKS (pp. 49-55). 

40 Sen avoir chier, s'en fâicitar. 

43 Avison est une forme qae je vois pour la première fois ; elle 
est cependant conforme an génie de la langue : cp. ocoison^ 
oraison, mesprison, leçon, etc. Lacume ne connaît ni avi- 
son, ni avision, mais il donne le dérivé avisfmner (rêver), 
ponr lequel il cite un passage de Gàce Brûlé. Le prc^. Tobler 
m'écrit qu'il a rencontré la forme trissyllabique dans Audi- 
gier 39 : « Si en flst un beau trait par avison » ; il igoute que 
dans de nombreux passages où Ton écrit avision il ûtut lire 
avison, ainsi Renaut de Montauban 112, 19 : Une avision 
voii dire que jou ai enpensé ; Wace, Saint Nicolas 1171 : 
Mes voue ai une avision Qui anuit m*a mult e£f!reée ; ib. 
585 : Lors surent bien tuit li baron Que vôu l'ont en avision. 
Je trouve cependant avision en quatre syllabes Baud. de 
Condé 230, 761 : Lors me vint une avision, Que m*ostoit 
satifacions. Dans Guill. de Paleme, avision a 4 syllabes 
V. 5112 (Or pues t'avision veoir),3 syllabes v. 5179 (Une 
avision veûe avoit). 

46 Littré n'a pas d'exemple ancien du mot fleuraison ; remploi 
figuré de estre en floraisons (au comble du bonheur) est 
intéressant. — La terminaison moderne aison est irrégn- 
liôre, le type étant floritionem, prov. floricio, 

%S (pp. 50-53). 

2 Fuel, masc. p. fuelle (feuillage) ; cp. Bartsch, Rom. et past» 

m, 18, 2 : Lés le brueill D'un vert feuill Truis pastore sans 

orgueill. 
12 En sa baiîlie, en sa puissance, synon. de en son dangier, ' 
21 Sain prend ici Tacception « favorable, propice ». 
34 Proposition subordonnée à tant ; omission de que. — 37 L*anc. 

tv, remirer (contempler) a son analogue dans l*it. rimirare. 
38 Par est ici Tadv. « vaide » ; cp. 28, 20, p. 210, v. 277 et p. 211, 

V. 309. 
42 Mettre ariere, négliger, repousser, cp. Tall. hintansetzen. 
46 Je n'en criem pas ; cremir, au sens absolu de « estre en dou- 

tance » v. 54 (pour lequel on trouve plus souvent se cremir 



I. GORTHIER DB SOIGNIBS. 509 

OU se douter)^ peut-il se constmire avec le génitif? Ou 
avons-nous $ faire à l*idiotisme de S3mtaxe dont J'ai traité 
différentes fois et partie, dans Berte aus gr. p., p. 181, y. 2485 
et auquel récemment M. Tobler a Qonsacré une étude spé- 
ciale fort remarquable (Grôber's Ztschr. II, 389)? Dans ce 
dernier cas n'en équivaudrait à ne la. 

51 Franc, noble, généreux. 

55 Le changement de pro en pra ne m*est connu que dans pro- 
mettre ; serait-il fondé sur une assimilation avec le com- 
posé tramettre f 

79 àlàr a ici la valeur de a difficilement ». -^ 80 Entrelais, inter- 
ruption ; cp. rail, unterlass. Nous verrons le verbe entre- 
laissier 29, 1. . 

86 Sor tote rien, plus qu'à toute autre créature. 

2i (pp. 53-56). 

8 Amors loingtaine peut être entendu çpmme une passion dont 
le succès se fait attendre (cp. 23, 3 lonc secors, et 31, 6 Umge 
promesse), ou un amour que l'on cultive Zoinde celle qui 
en est Tobjet. 

13 « Ce que j'en sais— et bien entendu par les rapports d'autrui— 
m*a si,conquis,.. r> Il est important de ne pas se méprendre 
sur la valeur de &est (notre « c*est-à-dire » moderne). 

17 Que foux, comme fou, follement. 

19 « Je ne Tai jamais abordée » ; cp. 1, 6. — 20 Si, et néanmoins. 

22 Graignor est un superlatif absolu. 

28 Proposition subordonnée sans que, constituant un nouveau 

régime direct de quier. 

29 Laissor, largesse ; le mot dérive de laxics au sens de a libre, 

sans restriction ». Ailleurs laissor signifie liberté d'agir, 
p. ex. Guill. de Palerne 6991 : Por ce vos di, s'or ont lais- 
sor, Ja m*ociront à deshonor. 

30 Au chiefde tor, en fin de compte ; cp. Trouv. belges, notes, 

p. 275. 
34 M Plus qu*honneur et estime »• 
38 Pour exprime ici la cause, synon. de par. 



310 NOTES BXPUGATITBS (pp. 55-63). 

1' STROPHB DB LA NOTB. 2 Ma dame est QD datif. — 3 Met que, 
si ce n'est que, pourra qne. — 4 Ettre bien de qqn.^ ètte 
en bons termes avec lui. — 6 Aloif, jamais. 



25 (pp. 56-58). 

5 a Qu*elle ne m'échappe, qu'elle vienne à cesser » ; le sujet est 
ma vie. Le mot faille, toutefois, est fautif, car il contrarie 
la rime ; il faut un mot en aire, y 
8 Entresait, absolument, sans faute ; voy. Roman des Eles, 613. 
15 JSsclairier, s'illuminer. — 17 Douaire, dotation, ici lot. 
18 Del tout, tout à fait. — 21 Escrit, gravé. • 
31 Respit, atermoiement, hésitation. 

33 Parfit (cp. Roman des Eles 187) est la bobine forme représen- 

tant le lat. perfectus (cp. lectus lit^ confectus con/C/,electus 
ellit V. 35) ; la forme parfait (Dampieire 2, 6) est le parti* 
cipe de parfaire. 

34 Losengier est ici le verbe. 

37 A paines, avec peine. Notez aussi remploi absolu du verbe 

pener, se mettre en peine. 

38 Reprovier, proverbe ; le sens premier de ce substantif est 

« reproche » ; de là tenir à reprovier y Cisoing 2, 43. 
42 Nel, ne la: voy. ma note, Trouv. belges, p. 313. 
45 Desmentir, sens absolu, manquer de foi ou de parole ; emploi 

réfléchi 31, 19. 



26 (pp. 58-61). 



5 Etfain -, sur l'emploi de et après un vocatif ou une interjec- 

tion, voy. Diez, Qramm. III, 371. 

6 Recovrer, arriver à ses fins. — 11 Sire, en possession, en 

jouissance. . 
15-17 Le poète veut dire : « Pour moi, je ne suis pas à même de 
choisir le bon parti ; il faut que chacun agisse selon ses 
moyens; aussi je préfère... » On voit par là que la leçon de 



s 



1. GOMTHIBR DB S01611IB8. 511 

mon texte A, gue j'ai abandonnée, était à la fois contraire 

a la rime et au sens. 
21 Prota, preus^ vaillant, distingué, est, comme on sait, on 

adjectif des deux genres. 
24 Querre, adresser une sollicitation, se construit avec le datif, 

comme les analogues demander, prier ; cp. 29, 26. 
32 a En leur faisant honneur et par de gracieux discours ». 
3a-34 (c Mais ses marques d*affection ne dépasseront jamais les 

bornes de la convenance ». 

44 Le nominatif fier est conforme à la syntaxe ancienne. 

45 Aparler mériterait bien d'être réhabilité ; cp. lat. alloqui, ail. 

anreden. 

27 (pp. 61-63). 

2 Ellipse habituelle de^Z^ devant tor. 
4 Se sentir, être affecté, touché. 

6 Entre la gent, dans le monde. — 7 La grammaire veut grant.- 

13 Sur ce tour, voy. pi. h. 7. 32. — ' 14 Qui, quand on ; notez 
remploi réfléchi ûejoîr. 

21 L'autre est un datif. - 22 Enfreté « infirmitatem ; cp. ferté, 
frété (forteresse) de firmitatem, 

24 Por tant ne ==» parce que. 

28 Mais ke =■ n*était que ; li lieus, Toccasion ; soffraindre, man- 
quer, primitif du subst. souffraite, d*où souffraitous, souf- 
freteux. 

34 Yaufoit de voîoir, — 36 Kien. forme picarde de chien. 

37 En avoir conseil, s'en tirer, ici s*en défendre, en avoir raison. 

43 Cels (première forme de ceus , ceaus , daus) se rapporte à 
ehil qui Vont en lôr pooir (v. 35). 

51 Le de rie fait syllabe. La syntaxe exige le subj. chante. 

52 Ldoû = simple oU. On voit même parfois cette expression se 

condenser en une seule syllabe. 

s. 

28 (pp. 63-66). 

1 Se soffrir de, se passer de. 

3 Ellipse de le devant le datif me. 



512 NOTES EXPLICATIVES (pp. 64-69). 

5 Ici cels^ au v. 12 ceaus, 

11 Boine aventure, bonne chance, réussite. 

12 Par giller, en trompant. — 13 Par covreture^ faussement, 

faintement. 

14 Outrepasser, aller son chemin. 

23 En prendre le bouton. Ste-Palaye s*appuie de notre passage 
pour prêter à cette expression le sens : prendre le dessus, 
avoir la préférence. 

30-33 Faus = fous ? « Il se repentira celui qui lui chaussera Tépe- 
ron ; si jamais je Tatteins devant ma lance, je lui en mettrai 
à cœur-joie {à bandon) la pointe à travers le corps. » Gon- 
fanon, propr. la Aamme qui se mettait au-dessuiB du fer de 
la lance. Notre poète prend ici des airs de chevalier ; 
rétait-il? 

42 Amor por amer, expression synonyme de amor fine. 

46 Avourer =^ ajourer ; v Intercalaire comme dans avoutre (adul- 
ter), douvaire, povoir, etc., voy. 3, 56. 

51 Meller, brouiller, âg. désunir. 

56 Sosduire, fourvoyer, déconcerter. 

60 En bonne grammaire il faudrait le nomin. ambedui. 

« 

29 (pp. 66-68). 

4 Joies, voy. 1, 3. — 9-10 « N*est pas fort soucieux d*amour celui 
qui y renonce pour le mal qu'il en retire ». 

14 « Qu*il ne peut être question de m*e;i séparer ». 

15 De moi, à mon égard. — 16 Qui ^bï on; les errements, com- 

ment vont les choses, la situation, les circonstances. 

17 Eslongier, pr. tenir à distance ; puis s'éloigner de (30, 14). 

23 A quel tort, pour quel méfait ? 

25 D'autre faintis, inûdôle à une autre. 

32 « Elle m'en a gracieusement imposé ». Blandir, circonvenir 
par la flatterie. 

34 Escondire qqn. d'une chose est ce que, par une fausse inter- 
prétation étymologique. Ton appelle depuis le 15* siècle , 
« l'en éconduire ». La phrase escondire (ex-condicere = 
refuser) qqch. à qqn. a tourné en « escondire qqn. de qqch. » 



1. GOMTBIBR DE SOIGNIES. 3i5 

Le ms. D a, contrairement au sens et h la rime, escondis (la 
1* pers). Le poète veut dire que sur la foi des douces 
paroles de sa belle, il ne s*est jamais tenu pour assuré (fi) 
de son amour et qu'elle de son côté ne le lui a jamais 
catégoriquement (del toiU) refusé. — On sait qu'une signifi- 
cation secondaire de escondire est « tirer hors d*une mau- 
vaise cause, excuser, justifier ». 

37 Mais (ultérieurement) peut se traduire ici par « depuis ». 

38 Saisir qqn., en prendre possession, s'en rendre maitre.^ 

45 Assamblé ne serait plus admis aujourd'hui pour une entre- 

Tue de deux personnes ; jadis c'était le mot propre, de la 
la signification « combattre ». 

46 Esbahir, perdre contenance, se troubler. 
51 Ctfer, ici synon. de talent, volenté, 

54 Avoir prové, avoir acquis la preuve. 

55 Je m'en consir; je m*en passe, j'en suis éloigné. 
58 Por pou, a peu d'effort. 

30 (pp. 68-69). 

Pièce composée hors de France (v. 9). 

10 II, c'est-a dire li maus (v. 1). — Le gérondif après sans est 
fréquent, bien que Diez n'en fasse pas mention dans sa syn- 
taxe ; cp. Jean de Condé II. 89, 1297 sans point arrestant ; 
255, 195 sans point detriant. 

13 A qui parait impropre ; on voudrait par ou de qui. Cepen- 
dant n'avons-nous pas encore un à marquant origine, pro- 
venance dans a prendre à un tas, acheter a quelqu'un » ? 

17 ^en déporter, s'en priver, y renoncer. Sur les diverses appli- 
cations de déporter, voy. mon Gloss. de Proissart. 

3i (pp. 69-71). 

2 Pueille, feuillage, cp. Guill. de Palerne , 3205 Par la fueUe 
queut la meschine Les nois, le glant et la f)%ine. Nous avons 
rencontré le masc. fuel 23, 2. 



314 HOTES EXPLlCATItBS (pp. 69-75). 

3 Ton, chant : syn. de note, 

4 FeUms, terminaison forcée ao protit de la rime. 

6 En lonc renpit (à long terme) est la définition de longe^ épi- 

thôte de promesse, 
11 Là, en cette circonstance. 
17 S*atendre à, compter sur, cp. Gisoing 7, 9. 

22 « Je ne sais ce qu'elle éprouve à mon égard ». 
29 Conforter, se consoler. 

33 Finer, payer ou obtenir? les deux traductions offrent un 
sens acceptable ; dans le cas de la première, amors serait 
un datif. Peut^tre, toutefois, faut-il corriger en amors et 
traduire : Ainsi les choses doivent-elles se terminer en 
amour. ^ 

3S Car, particule exhortative ; joiom, jouissant. 

39 Cotivent, convention. — 40 A estrous, absolument, définitive- 
ment. Burguy II, 291 rattache ce mot à extrorsum ; cela 
laisse quelques doutes, mais il est difficile de trouver an 
autre étymon (le son ou fait écarter eœtrûsus), 

47 N*avoir conseil de soi, ne savoir que faire, se désespérer. 

IL JAQUES DE CISOING. 
i (pp. 72-74). 

1 Le point qui termine le vers est une erreur tjrpographique. 

11 Devis, souhait ; ailleurs manière (Ftem. 3, 44). 

13 Failli, tettne général pour a qui manque à son devoir ». 

24 Bon pris, bonne réputatioii. 

25 Jouvent, gaité — joliveté; de même Oonth. Soign. 29, 4. 

27 S'asseoir exprime ce que nous rendrions par « se porter eur m. 

23 Lieu, leu (4, 6), en langage d*amour, » personne, cp. pi. h. 

G. de Soignies 10, 89* — Veraiement, sincèrement. 

2 (pp. 74-75). 

Ce serventois, dirigé contre les mauvais usages qui ont 
envahi la chevalerie, se trouve en partie reproduit ûsjïb 
l'Hist. Utt. XXIII, p. 633. 



•\ 



IL lAQOBS M CUOWG. 315 

4 Anuier, y. intransitif, être désagréable. 

5 Courtois, je le rappelle, implique toutes les qualités d'un 

homme de bonne éducation. — J)ebonaire^ par sa facture 
{de bon (tire), n*est pas susceptible de pluriel. 

6 Euchier, appeler ; pi. b., v. 21, atraire. 

7 Par, a cause ou par le îé,\t de. 

8 Autre formule du proverbe : « Qui se ressemble s'assemble ». 

— S^aairier, se nicher (de aire, nid), se loger ; cp. Caupain 
3, 27 : En eus s'aaire fine amors : Barbazan,éd. Méon, 1, 127 : 
Cuers en oui grans anuis s*aaire. 

9 PUUdier, faire de beaux discours. 

10 Lisez harone p. larone, — « S*il ne sait soutirer aux seigneurs 

leur bien (les rançonner, gruger) ». 

11 D'aprôs la tournure usuelle il faudrait à (ou por) bon conseUier, 

18 <c Hélas, à rheure critique il ne les estimerait nullement ou 

peu y*. J*ai lu ou gaire; mois il se peut que fauteur ait 
écrit on. 
17 Merveille, chose incroyable. 

19 Lisez espiier ; je ne comprends pas comment, contrairement 

aux deux manuscrits consultés, le mot esprisier, qui d*ail* 
leurs donne un sens trôs-convenable, m*est venu sous la 
plume dans ma copie définitive. 

20 Mais qu'il paire, pourvu que les apparences soient sauves (?). 

22-24 Les conseillers qui inspirent aux barons cette ignoble ava- 
rice sont comparés aux fauconniers, qui en dressant leurs 
oiseaux au leurre (au loirier), leur mettent des entravM 
{ges,iet8) si durs qu'ils leur font perdre les ongles. — Jet est 
encore aujourd'hui reçu en termes de fauconnerie. 

25 Je considère la leçon gruier de mon ms. C comme une faute 

de lecture; elle ne donnerait guère de sens, car je ne sache 
pas que le terme gruier, qui exprime une dignité forestière, 
ait été employé pour désigner la puissance ou Tesprit entre- 
prenant. 

26 Afaire, besogne, entreprise. 

27 « Qui ne s'en remette plutôt à... » 

28 For tant que, pour peu que. 

32 Allusion sans doute à la malheureuse issue de la bataille de 
la Mansourah (1250). — L'autre fois, dernièrement. 



316 NOTES BIPLICATITES (pp. 75-80). 

34 Eêckdrier, act., jeter de Tëclat sur. 

38 tt II (ramonr) le rend tel qoll n*y a pins matière à, renseigner 

davantage. » On connaît la toomare il n'y a que «= il n'y 
a lien de ; en langage moderne, elle dit le contraire, le que 
ayant un caractère tout différent. — Atirier, propr. dresser» 
foçonner, d*où former. 

39 On s'attendrait plutôt à fait ban, 

40 A chief traire de, venir à bout, puis obtenir, acquérir. C'est 

ainsi que finer, du sens premier « venir à fin, achever », a. 
passé à celui d'obtenir. 

41 Quent de Flandre peut aussi bien s'appliquer au comte Guy, 

qu'A son ft*ère Guillaume de Dampierre. 
43 Tenir en reprovier, tenir pour blâmable. 



3 (p. 76). 

3 Raison^ discours, propos. 

5 Resemondre de, faire ressouvenir de, rappeler à. 

9 c< .Mon vrai mobile » ; cp. 4, 20. 

11 Chant, chanson ; son, mélodie. C'est aussi par mélodie quil 
faut interpréter mot Queues de Béthune 5, 2 (Trouv. belges, 
p. 12) ; cette remarque sert h rectifier ma note ib. p. 272. 

16 lyetus, des yeux. 

» 

4 (pp. 77-79). 

3 Prov^, certain, indiscutable. 

5 /Si', toutefois, malgré cela. 

9 Cfiose^ comme rien (ou rien née v. 23) = personne, être, aU. 

wesen ; cp. Roman d'Alixandre, p. 537, 22 : Ahi, rois Alixan- 

dres, Arance case gentis. 

10 Apendre, s'attacher. — il A volée^ à la légère. 

15 Aime ne peut être qu'un indicatif; le subjonctif ^e doit être 
une concession k la rime, & moins qu'il n'existe un infinitif 
haer. 

19 Très, trais = lat. traœi. 



II. JAQCBS BB ClSOllIG. 317 

22 Si, et cependant. — 23-24 « Car je n'ai pas porté mes désirs 
amoureux sur une personne dont je pusse raisonnablement 
espérer quelque soulagement ». 

26 De noient, faux, faint. 

21 La bée est, ce me semble, ce que nous appelons la « cour », 
ou la a brigue ». Ste-Palaye, qui cite notre passage, ne me 
panât pas fondé h croire que l'acception du mot y soit éten- 
due au-del& du désir. 

34 Parmi les 5 leçons indiquées sous le texte je me suis décidé 
pour entent, comme étant celle de 4 mss. et la plus satis- 
Osdsante; entendre signiâe se porter vers et s*emploie 
souvent de Taspiration amoureuse. Un mot plus propre à 
être associé à cUtUe eût été esprent, 

38 Soudée, solde, récompense, synonyme de îoier (y. 40). 

5 (pp. 79-80). 

4 Delid décevoir ; sur cet â pléonastique Introduit aprôs de, 
pour ou sur, quand ces prépositions sont séparées de leur 
infinitif par le régime de cet infinitif, voy. Baud. de Condé, 
notes, pp. 383 et 439, Diez, Gramm. III, 217 et 224, note, et 
Bormans, Obs. sur le texte de Cléomadôs, pp. 202^ ; op. 
Songe de Paradis, 1054 : Pour les grans biens & raconter. 

7 Net, adv., = lat. pure, plane ; cp. 6, 13 et Premaus 2, 33 ; l'em- 
ploi de cet adverbe au 13« siôcle est digne de note. 

11 Acointance, accueil fait k qqn. ; plus bas, v. 38, relation amou- 
reuse en général. 

15 Entendance, inclination ; le de qui raccompagne ne doit pas 
plus nous surprendre que celui delà locution moderne et 
Vintention de. 

19 SambUmce (cp. Carasaus 1, 21) alterne avec samblant, figure, 

mine ; synon. de chiere, vis (v. 29). 

20 Savereus, qui a de la saveur, agréable au goût, puis agréable 

en général. Cp. savouré 7, 50. 

21 Savoir ft*ise ici le sens de sentiment. 

22 Le^que est repris au v. U.—Ligance (dérivé de lige), hommage. 
25 Enfance, folle, sottise. 



518 NOTBS BXPLICATITES (pp. 80-85). 

26 Peu, forme picarde p. poi, poc. 

29 Por que, puisque. — 30 Muance, changement de sentiment. 

32 A son gré recevoir doit Fouioir dire : faire obtenir ses bonnes 

gr&ces. 

33 MotUepliance, abondance. — 35 Venir à vaillance. Se faire 

valoir ou agréer. « Mieux vaut la peine couronnée de sucpôs 
que Teffort sans résultat». C'est bien l&ce qu*ilfaut tirer 
des paroles de l'auteur, bien que le sens en soit passable- 
ment plat. La même pensée est plus heureusement rendue 

• 7, 27-28. 

38 Contre, en comparaison de. — Lonc, selon. 

; 6 (pp. 81-82). 

1 Repairier, revenir (Gonth. Soign. 25, 1) ; se repairier, s'en 

retourner, s'en aller. 
5 Reter qqn. de qqch., l'en accuser, lui en attribuer la faute ; 

en reter une chose, lui en attribuer la cause. 

8 Lise? vueiL ^ Tenir => abstenir. 

9 Mairier, maîtriser , cp. Caupain 3, 24 ; sur l'origine de ce 

verbe, voy. Trouv. belges, p. 300-301. 

10 Saisine, ici synonyme de scgétion (effet de la prise de posses- 
sion). 

12 Doctrine, ici autorité, puissance. — 13 Net, cp. 5, 7. 

15 Quidier et traire n'est pas clair ; Je pense qu'il faut lire un- 
cUer («= partir) et prendre traire au sens de retraire. 

18 Deviser, ici présumer, s'attendre à, cp. ait. absehen. Je pense 
toi^ours que les significations variées de Tanc. fi*, deviser 
se rattachent h deux mots différents : de-visare {tréqn. de 
de-videre) et divisare (fi*équ. de dividere). — Notez la 
flexion exceptionnelle e{et7t56 p. devis. Cette dérogation A 
la règle exposée plus haut (Gk)nth. Soign. 1, 13) n'est pas 
rare; j'aurai pu là signaler encore G. Soign. 22, 22 : n'ose 
p. n'os. 

20 Par eûr, par quelque bonne chance. 

22 Reprovîer, reprocher ; « je ne me suis réclamé de mon service 
que pour... » 



IL JAQUES DK CISOING. 319 

27 Mais que, n'était que^ cp. Gonth. Soign. 27, 28. 
31 Canoistre, reconnaître» savoir distinguer. 

7 (pp. «8-86). 

La versiâcation de cette pièce présente la particularité 
que le dernier mot d'une strophe est repris comme premier 
de la suivante. — Le mètre varie pour les trois derniers 
vers de la strophe. 

9 De li, de celle. 

17 Se criendre, ici hésiter, reculer. 

23 Créance ^ fiance des variantes. 

38 J'aurais pu conserver la variante rejetée, puisque la mesure 
n'est régulière que pour les 7 premiers vers des strophes. 

42 Se mettre en = notre mod. s'en remettre à. 

47 Tant est une faute typographique pour tost. 

51 Eamin ; PHistoire litt., XXIII, 63, écrit Hanin, nom en effet 
très-usuel dans les pays du liord (abréviation de Jeh4mnin)f 
de môme que Hennin, Hennequin^ Hannot, \\ se peut que 
notre Hamin soit identique avec Hanin (m p. n), mais il se 
peut aussi que ce soit un nom distinct, peut être même une 
forme variée de Hamion, nom Artésien bien connu (voy. 
Trouv. belges, p. 308), lequel vient à' Ami comme Jacque- 
mon de Jacqueme ; on sait que le dialecte picard office fré- 
quemment amin p. ami, — On lit également dans VRUt. 
litt, que le ms. D fait suivre notre v. 53 des 3 vv. ss. 

Ore ne chantera plus 

Hurelaribu 
Tout a li moines perdu. 

Je crois en effet me souvenir de les y avoir vus, mais il 
ne m'est pas venu & ridée d*y voir autre chose que le grif- 
fonnage d'un copiste en bonne humeur. 
Strophes 4 bt 5 d'après les mss. EGfHL. 
33 Tel ieu est À prendre adverbialement comme celé part, ntde 

part, — Le sens exige faire avoir. 
35 Assener^ diriger. — 37 diercier. Dans sa notice critique sfur 



320 NOTES EXPLICATIVES (pp. 85-93). 

mes Troav. belges (Orôber's Zeitschr. II, p. 475 et sqîy.X 
M. le prof. Bartscb voudrait, dans la chanson 1 do duc de 
Brabant, v. 7, corriger mercier en mériter, prétendant que 
le premier de ces verbes ne peut rimer qu*avec des mots en 
ier. Selon moi, c*est précisément des mots en er que réclame 
en rime le mot mercier (litt. = mercedare), aussi bien que 
oblier {= oblitare), et notre passage me donne raison. 

3S Sans favele » sans fable (en vérité). Favele représente la 
forme latine fabella. Il existe aussi un favele signifiant 
flatterie, mais celui-ci est p. flavele (cp. foible p. floible) et 
tient du iat. flàbellum, éventail ; il est le primitif de afave- 
ler^ flatter, cp. Guill. de Palerne, 210 : Mult le blandist et 
afavele. 

39 Suppléez que devant serai amés. 



8 (pp. 86-89). 

3 Dist^ 3* ps. 8g. de Tindic. présent, est un trait du dialecte 
picard ; la forme normale est dit. — De même 9, 29 octst 
p. ocit, 

5 Corrigez cuers, 

6 Qui = quem. — 8 Querroit «■ crerroit v. 17 (croirait). 

12 Acheson =« ochoison, , 

13 Que «= ce qui. — 16 Bon, récompense, succès. 
21 Lisez ou cuer, 

31 Se tenser, se garantir, résister. 

35 Destempré (à la lettre notre mod. détrempé), ici flg. mélangé ; 

voy. les exemples cités par Littré v» détremper. 
37 Ferait à loer, laudandus esset ; cp. Carasaus 2, 26. 

39 Esprouver, apprécier par expérience. 

40 Failli, privé de sa récompense, de sa joie (v. 60). 

44 « Qui ont faussé son jugement par la médisance et la trom* 

perle. » Lisez malbailli en un mot. 
50 Choisir (voir) suivi d'un infinitif m'est nouveau. 
52 Faire gas = se gaber. 
56 humilier, condescendre, consentir. 



II. JAQUES BB CISOfMG. SSl 

9 (pp. 89-91). 

1 Tous les manuscrits de Paris, sauf B, ont, au lieu de rossi- 
gnos, cincevis (Brackelmann lit cincenis ou cincefus) ; le 
ms. de la Vaticane (notre Ni et celui de Siena portent, dit 
Brackelmann, cincepuer. Quel est cet oiseau? Est-iliden- 
tique avec le chinchevent, dont je me suis occupé Jean de 
Gondé, t. II, p. 3291 On y voit le cochevis^ mais cela veut 
être démontré'. ~ Les textes qui ont cincevis ont aussi, au 
Y. 2. février au lieu de mai : il 8*agit donc d*un oiseau qui 
se fait entendre à la fin de février. 

12 Je préférerais la variante n'onqites, 

13 Coup (tescremie, attaque. 

21 Comparrai, j*expierai, je paierai cher. 

23 De^ri^ une chose* la faire attendre; le sujet «st ma dame 

(V. 19). Ou faut-il traduire : « car elle (merci) tarde & m^étre 
accordée » ? 

24 Mètre devant^ représenter, rappeler. 

26 Poli équivaut À gracieux, séduisant. Je retrouve gotge polie 

Caupain 3^ 7. 

27 S'aatir, s*acharner. 

35 Double, subst., fois, synon. de tems, fie. 

39 Vers trop long ; on peut supprimer fié ou ja. 

1 (pp. 92-93). 

4 ' Cist; on voudrait plutôt cil. « Un trait de Tancienne poésie 
fi*anQaise est remploi du démonstratif cel èl \sk place de 
Tarticle défini... Il est difficile d*admettre que le pronom ait 
ici une valeur emphatique », Diez, Oramm. III, p. 72. 

11 Est remez (mieux remés), a cessé (de remanoir). 

12 Faintis corage, relâchement, découragement. 

15 Langor, prob. «= malage (t. 20), maladie. — 17 Assai, 

épreuve. 

•21 Les verbes grever et assouagier sont ici impersonnels : 

« que les temps soient durs ou doux ». 

31 



322 NOTES BxpucATivEs (pp. 94-iOO). 

III. GARA8AUS. 

1 (pp. 94-96). 

10 Sorcuidance =» outrecuiderie 3, 16. 

13 <c Elle le veut Je m*y soumets ». 

16 Ma dame est peut-être ui> datif. 

19 La bêle ; sur Tarticle accompagnant le vocatif, voy. Diez, 

Qramm. III, 19. 
25 En balance, en danger; voy. mon Gloss. des poésies de 

Proissart. 
27 Avancier, venir au devant, prévenir, ici préserver. 
32 Nei^^ pas môme ; forme contracte nis 2, 7 et 5, 29 ; sans 

négation ^ même, cp. Caupain 4, 83. Songe de Paradis, 73. 
36 Oublie doit être un subjonctif, dont la forme usuelle est 
" otiblit ; cp. Caupain 1, 23 otroie p. otroit 

39 Notez oser construit avec â ; Diez, Qramm. III, 207, n'a pas 

noté cette construction, mais il signale le portugais otao a 
ver (Lusiade, 5, 86). 

40 Achiever, sens absolu, arriver h ses uns, réussir, cp. 2, 5 ; on 

voit aussi le simple chiever Jehan Fremaus 1, 18. 
42 Le passé ert répondrait peut-être mieux & la pensée de 

Tauteur. 
46 Berengier ; personnage inconnu. 
48 Valor^ dans le langage des trouvôres, répond à notre vertu 

au sens général. 

2 (pp. 96-98). 

8 Nis, voy. 1, 32. 

9 Coi, paisible, ici modeste, doux. — 10 Amender^ s'améliorer, 

s'adoucir ; sens transitifs, 5 : redresser, réparer. 
12 Mettez une virgule à la an du vers. 
15 Plus bien est choquant ; nous trouvons également Tabsenoe 

dedeS.S: tantpité, mais le cas parait différent ; cependant 

comparez 8, 24 : trop courtesie. 



III. CARASAUS. 3t3 

22 Devéer^ bas lat. àe-vetare. 

27 ii^s^er, ici « o^^t^nare, décerner, donner; plus loin, 3, 8, 

nous aurons son bomôayme, dérivé de sen et signifiant 
diriger. 

28 Entier, mot remplacé dans la langue moderne par la forme 

savante intègre ; nous lui trouvons le sens « parfait » 5, 25. 

29 En qui dangier, en la puissance de qui. 
32 Cuidier d est insolite. 

43 De/fier, ici inspirer la méfiance ; c'est le contraire de affler. 
45 La rime veut servi, mais la grammaire servie; un manque 

d*accord analogue se voit 4, 23 enduré p, endurés, et passim. 
49 Dompierre est le même mot que Dampierre ; dominus fait 

dom et dam. Je renonce & rechercher le personnage désigné 

ici par le poète et auquel il a dédié aussi notre chanson 5 ; 

le trouvère du môme nom, dont je produis deux chansons, 

a pour prénom Jaques, 



3 (pp. 99-101). 



2 La syntaxe moderne se contente du que sans ce. 

9 Tant équivaut à u au même degré », ce qui explique l'absence 

de de {tant pité). 
10 Bien doit se lier h emploie. 

13 Avoir osté » ester ; Facte en question envisagé comme 

accompli: tour usuel dans Tancienne poésie; au v. 18, a 
désiré ne dit pas plus que désire ; cp. ma note Qont. Soign. 
6, 23-24. 

14 Dont, alors. — 17 Coi que soit de santé veut dire : « sans 8*iii- 

quiéter si cela peut profiter ou nuire à sa guérison ». 
28-25 « Chanter Tamour ne suffit pas pour être l'objet de ses 
faveurs ; c*est servir qu^il le faut ; son culte produit de si 
puissants effets », telle me paraissait être la pensée du 
poète quand j*ai mis mon texte sous presse. En relisant le 
pacage et en rédigeant cette note, je m'aperçois que je me 
suis fourvoyé du tout au tout. U &ut» comme ûôt Mfttsaar, 



3S4 NOTES EinjcATiTEs (pp. 100-107). 

lier le y. 23 au y. préc., le terminer par on point, et dlTiser 
ainsi les 2 ▼▼. soiv. : 

Nus ne porroit avoir trop çoortesie (» empressement) 
A li servir ; tant a grant signorie. 

26 De tant me vaut, j'y attache une telle importance. 

27 J'ai négligé de remarquer dans les notes sous texte que la cor- 

rection de Màuner [qu^ensi p. que si) est conârmée par la 
leçon de M. 
30 Pàra^^^rang social ; garder, faire attention à^tenir compte de. 

34 La traduction de Mâtzner me parait fautive : « Hélas, je me 

suis toi^ours r^oui dans mon cœur, sans jamais avoir pu 
en obtenir aucun bien n. Je n'approuve donc ni sa suppres- 
sion de et, ni sa leçon Jof, et je préfère traduire : a Hélas, 
j*en ai eu sans cesse, de ces ennuis et de ces blessures, 
dans mon cœur, car... » Pour l'emploi de et aprôs une inter- 
jection, cp. ma note Oonth. Soign. 26, 5. 

35 Seitc, ailleurs seu ou soi (je sus). 

97 « Il n'en sera pas ainsi (= je ne me désespérerai pas), j'ai 

prononcé 1& un mot inconvenant ». 
42 Ele, c-à-d. la dame ; son, c.-&-d. de l'amour. 
47 On ne peut douter qu'il ne s'agisse ici du duc Henri III de 

Brabant, le chansonnier bien connu. 

4 (pp. 101-103). 

3 Saisi, mis en possession, doué. 

5 Desmesuré, comme outrageus ou outrageur (nom. sing. outra- 
giere 5, 35), ne dit pas autre chose que notre mot moderne 
V coupable ». 
10 Ce qui (= cujijs) se rattache-t-il à ma dame du v. préc., de 
manière qu'il y aurait ici un ez^ambement d'une strophe 
sur l'autre ? J'en doute, et je comprends plutôt ainsi : <& Celle 
dont je suis l'homme lige, je veux l'être h toujours »(cp. 
Caupain 2, 18-19); et ne fait pas difficulté. Ou bien, liant 
notre v. au suiv. : o Olle que je sers et veux servir toigours, 
quand il lui plaira, j'en serai bien vite payé de retour ». 



IV. EltlfAUT CAUPAIlf. 



5SB 



Avec cette dernière traduction il faadra échanger le point- 
virgule du V. 10 contre une virgule. 

13 Tout mon aé^ pi. b., v. 33, tout mon eage, 

17 Laist, ici indicatif, v. 27 subjonctif; voy. Qonth. Soign. 14, 4. — 
Remanoir, faillir, succomber. 

21 Poour, paour parait signifier ici respect ou timidité. 

27 Mon destrier veoir, voir, toucher le but que je poursuis. 
35 Mieus valoir, avoir plus de mérite. 

37 Faintis, laasé. — 43 ^ héritage, & toi^gours, » à durée. 

5 (pp. 103-105). 

1 Movoir, commencer, entonner. — 8 Descreûe^ de detcroistre. 

12 'Despont (de despondré)^ je fais connaître. 

13 La virgule est de trop. — «^ Mes yeux et Tamour me font éprou- 

ver des douleurs dont je dois augurer ma mort prochaine » ; 
je ne saurais comprendre autrement. 
17 Dovblier, équivoque, faux. — 19 a Et cependant elle m*est si 
dure » iflere), 

22 Droiturier, équitable.— 23 La grammaire remporte ici sur la 

rime, qui y^ni joiant. 

28 Fin est adverbe du participe amant, 
32 2Hvers, étrange, bizarre. 

lY. ERNAUS CAUPAINS. 
1 (pp. 106-107). 



Chanson dévote à la Vierge. 
14 Aroser, inonder, au sens figuré de combler, serait évité 

ai^ourd'hui ; Calvin disait encore : « En nous arrosant de 

sa grâce invisible ». 
17 Se cointoier, s'enorgueillir, se féliciter. 
21 Faire présent =» présenter, oflCrir, ici recommander. 
23 Otroie, forme secondaire de otroU, de môme 29-30 ravoie^ 

rcUoie p. ravoit^ raloit. 



326 II0TB8 BXPUCATivEs (pp. 107-112). 

26 Heeroire, se relâcher. — 28 Mètre hors de mautàlent^ repren* 

dre en sa gr&ce. 
30 On voudrait plutôt au bien, 

2 (pp. 108-109). 

7 En autre liu, à autre personne. 

14 Je ne comprends pas bien ce vers ; faut-il détacher com am. 
p. gr, en une proposition exclamative séparée? ou veut -on 
dire que la fidélité et les peines qu'elle cause se corres- 
pondent! 

25 Nouvele, propos, rapport. 

28 Notez i'alternation de à et de dans le même rapport. 

3 (pp. 109-110). 

2 Changez le point en virgule. 

12 Nos genSy nous autres gens. 

13 Ne savons que faire ^pr. n'avons besoin) n*est pas clair ; veut- 

on dire a nous n'avons pas mérité » ? 

14 Ce vers n'est qu'une cheville, == à dire vrai, à parler branche- 

ment. 
16 De mal aire, contraire de de bon aire ; plus souvent de ptU 

aire ; toutes ces formules peuvent s^écrire en un mot. 
24 Maire, voy. Cisoing 6, 9 ; qui = quos, 

26 « Car, pour tous biens (toutes faveurs), elle est à la fois avare 

comme une marâtre et prodigue comme une mère. » 

27 Eus ne peut se rapporter qu'à biens, de sorte que s'aairier^ 

propr. se nicher, se loger (voy. Cisoing 2, 8), parût signifier 
ici flgurément « se complaire ». 

29 Conestablie^ propr. corps d'armée ; ici au figuré : troupe , 

compagnie. 

4 (pp. 111-115). 

1 Entre, suivi de l'accusatif, ensemble, coiyointement. Entre 
Godefiroi et Mobin, tout en ne représentant qu'une préposi- 



lY. miiUT càOFAiM. 3t7 

tion gniyid de ses régimes, n'en est pas moins le spjet de 
gardoient Comment cet idiotisme, qui se présente à chaque 
instant dans l'ancienne langue, s*est-il produit? A-t-il des 
analogues dans les langues sœurs ? Se présente-t-il dans le 
rapport de régime ? Tout cela mériterait d*étre examiné de 
plus près. Pour moi, je crois que la formule entre Qodefroi 
et Robin gardoient est une simple métamorphose de la for- 
mule Oçdefrois et Robins gardoient enlr'eus (ensemble). 
Entre est allé se jeter devant le scyet composé en conser- 
vant sa nature de préposition^ bien que dans cette position 
il soit devenu réellement un adverbe. 
2 Un chemin^ détermination adverbiale du lieu. 
4 Sapin, bois de sapins. — 8 Joins (sing. joinc\ joncs ; feu- 

chiere, forme normale ancienne de fougère. 
9 ChahiUe. Littré cite notre passage d'après les mss. de Sainte- 
Palaye, mais il le range & tort sous le XII« siècle. Notez la 
rime chahute :muse. 

1&-20 Les strophes de notre pastourelle sont systématiquement 
construites du v. 1 à 14 ; mais & partir du 15<> commence une 
partie libre composée de réminiscences ou refï'ains puisés 
dans d*autres chansons ou poèmes. Ainsi M. Bartsch retrouve 
nos vv. 15-16 dans une pièce qu*il a publiée dans son recueil 
sous le n<> II, 44, vv. 7-8; de même vv. 19-20 se présentent 
comme reft*ain aux vv. 1101-2 de la Prison d*amour de Bau- 
douin de Condé. 

26 Nois, nom. de noif, neige. — 28 Laice, lace, enlace ; ou fs^ut-il 
prendre laice p. laisse^ « qui m'abandonne » ? 

29 OUraige frise ici le sens de maladresse, puisquil ne s'agit 
que du bris d'une cruche {buire), 

35 II faudrait, en rime stricte, mas, 

Ti Muir, je meurs. ^2& Ne vos est gaires^ il ne vous chaut, peu 
vous importe; cp. 5, 33-34 : De tout son dit li est petit; 
Guill. de Palerne 2373 : De ce n'ert gaires à la beste. 

44 Dorenîot se rencontre sous deux significations *. 1) » dorelot, 
dorlotin (5, 22), favori (favorite), bien-aimé (bien -aimée), 
angl. darling (anglosax. deorling) ; 2) reft*ain, comme ici, 
cp. Bartsch, Past. et Rom. II, 22, 10 Et en lor muse h ft*estel 
Vont chantant un dorenîot ; ib. II, 70, 7-9 La voiz qui respont 



39B N0TB8 BXPLWITITBS (pp. 142-118). 

Et espont La note du dorenlci. Ce dernier mot vient sans 
doute du refrain &vori dorenlo ! — Nous rencontrerons le 
mot, avec son sens habituel, dans ta pièce suivante, v. 8. 

54 Bartsch, sans alléguer de raison, pense quil faut supprimer 
tenés ; le mot ofli:^ un sens excellent et toutes les strophes, 
sauf la 1*, ont pour 14« vers un octosyllabe. 

55-56 Bartsch cite, comme à peu prôs Identiques, les w. 15*16 de 
la piôce II, 59 de son recueil et 5-6 de II, *S4. 

59 Chi aiïcï il y a), — voici. 

65 Retenir, en langage d^amour, agréer, accepter. 

69 Affairey état, condition. — 71 Ki portés équivaut à « puisque 
vous portez «. 

74 « Prend sciemment le mauvais parti ». 

7d-79 La môme phrase revient dans la pastourelle suivante , 
w. 79-80. 

85 Effroi, émotion ; cp. v. 47 le Verbe effh>ier. 
* 87 Aval n'exprime pas précisément un mouvement descendant, 
mais qui s*étend sur un espace donné dans toutes les direc- 
tions, voy. mon Oloss. de Froissart w. aval et avatU ; cp. 
la signifie, du wallon awà, 

90 Le vers manquant doit se terminer en âge et avoir pour suiet 
un substantif ou un pronom désignant la pastoure. 

97-98 Cp. rail. Wer sich nicht nach der decke streckt, Dem blei- 
ben die filsse unbedeckt; en anglais : Stretch your legs 
according to your coverlet. 

103 Errer , aller son chemin. — 112 Fans «= fous ; prover , 
essaier, tenter. 

114 Remontés^ remettes-vous en selle. 



5 (pp. 115-119). 



Gomme celles de la précédente pastourelle, les strophes 
de celle-ci ont une longueur inégale; la régularité dans 
Tagencement métrique et la succession des rimes ne s*y 
étend que sur les 10 premiers vers ; les 3 ou 4 derniers sont 
des reflrains empruntés à d*autres poèmes. 



9 IHt>a;anv cette interjection, voy. Burguy II, 400 et Diez, 

Dict. II, c, v» da. ' 

14 Cp. Roman de Dole, dans Keller Romvart, p. 504, y. 19 : 

E[n] non Deu, sire, se ne l'ai, 
L'amor de lui^ mar racontai. 

28 Notez ia rime Robin : tendi, 

32 Sur et introduisant une proposition principale succédant & la 

subordonnée, voy: Diez, Gramm. III, 317. 
34 Li est petit, voy. 4, 38. 
42 KU à qui ; li est pléonastique. 
52 Ahandoner^ livrer spontanément, sans sollicitation. 
53-54 Cp. Trouv. belges, p. 50 (duc de Brabant 4, 17-18) : 

On tient plus chîer la chose désirée 
Que ce qu'on a abandonéement. 

58 Qui se tient pour foie, qui se croit jouée. 

64 Jeter, infinitif-impératif, voy. Diez, Gr. III, 195. — Puer^ lat. 
porro, cp. Roman des Eles^ 568. 

81 Ceja Dieus n*i soit (» n'en rendez pas Dieu responsable, car 
il n'y est pour rien) est rendu dans le passage analogue de 
la pièce précédente (v. 80) par : Deaubles li aprendera (c'est 
le diable seul qui pourrait le lui apprendre). 

85 Vostre vente empire, votre marché se gâte. 

86 Avant, tout à l'heure, ou plutôt, je pense, « la première ». 

89-92 J'ai, en préparant mon texte pour l'impression, mal com- 
pris ce passage ; j'en serais presque honteux, si je ne voyais 
le professeur Bartsch verser dans la môme erreur. Les 
mots re^or^^^ jusqu*à ares sont prononcés par Iskdamoi- 
seie, qui se ravise un instant; il faudra donc ponctuer 
ainsi : 

« N'encor n'ai ». — a retomés, 

c< Et se volés, 

« M'amour ares. » 
— <c Cuite vo claim atant*... » 

92 Clamer cuite (quitte), rendre la liberté, donner congé. 
108 Le reproche de couardise est fondé sur ce que Robin a ren- 
voyé la demoiselle par peur de la jalouse Marot. 



330 H0TB8 EXPLIGATITE8 (pp. 190-128). 

y. JEHAN d'eSTRUBM. 
1 (pp. 120-122). 

L'adversaire de Jehan est Sandrart, sans doute le troa- 
yôre Artésien dont parle Dinaux, Trouv. Artés. 426-429 et 
THist. litt. XXIII, 756. L*articlede Dinaux se termine parla 
reproduction des trois premiers couplets de notre pièce, 
mais il y malmène le texte selon sa manière habituelle. 
2 Soutieu, subtil, fin (Din. en a fait soucieux!); entendant, 

intelligent. 
9 Legier, facilement; suppléez «je vous le dirai ». Il est amu- 
sant de voir Tauteur des Trouv, Art, écrire ce vers : Jehan 
Legier si conje croi ; il fait de legier un nom propre et 
gâte le rhythme par Tintroduction arbitraire de si, — L'au- 
teur de la notice consacrée à notre Jehan dans THistoire 
litt. tient également legier pour un nom de famille et intro- 
duit ainsi dans sa revue des chansonniers Avançais un arti- 
culet particulier sous la rubrique de Jehan Legier. 

12-13 « Que tout en le servant dûment, on peut avoir une récom- 
pense inférieure au mérite ». 

15 Sou/Jlsant de, digne de. 

17 Marescoi (Dinaux en fait un nom propre) est un terme inconnu 
pour moi. Le mot tient-il de maresc, marais, de sorte que 
le sens serait : « Vous vous embourbés, vous pataugez joli- 
ment en me répondant ainsi »? 

21 Mendier de = faillir à. 

24 En abandon, à discrétion. 

25 Par anoi, oiseusement.— 28 Avancier de, gratifier, favoriser. 
29 Mainsnie est bien dans le ms. ; mais la bonne forme est 

maisnie, famille. 
32 Nel =^ ne le (le féminin) ; ainsi jel = je la, Fremaus 2, 43. — 

iVa renon, ne peut se réclamer, se prévaloir. 
35 Sapoier, pr. s*appuyer, faire fond, ici donner créance. 

37 A le fie, parfois. 

38 Otez la virgule et traduisez : « En tant que Tespérance dont 



y. JEHAN B^BSTRUEN. SSl 

' VOUS me parlez a pour objet un doux accueil, je prétends 
qu'elle vous le fait bien souvent manquer, m 
43 Boufoi, orgueil. — 44 Ventant, présomptueux. 
46 Ifos^rte» habileté, finesse. 



2 (pp. 122-124). 



Sur Colart le Changeur, trouvère d'Arras, voy. Dinaux, 
Trou v.Artés.. 146. 

3 Tante; on a opposé a Tétymon ambitare que j'ai mis en 

avant pour le verbe hanter (voy. mon Dict.), Vh aspirée de 
ce mot, mais les exemples pullulent pour prouver que dans 
le principe il ne l'avait pas ; cp. 4, 13 par Vanter et Songe 
de Paradis, 343 que Vantaisse. 

4 Faire mUe. gager. 

5 « Qu'elles feront de moi tout ce qu'elles voudront. » L'étymolo 

gie du subst avel (désir, caprice),propo8ée par Diez, savoir : 
lat. lapillus, pierre précieuse, est contestée par Gaston 
Paris, Chansons du 15« siècle, p. 7. — Avoir son avel ou ses 
aviaus, c'est faire sa volonté, arriver t ses fins, cp. Trouv. 
belges, p. 71, 63 et 155, 36. 

6 Caveh forme picarde de chevel (cheveu). 

7 Hageter doit être, d'après v. 18, un synonyme de tirer. Je 

laisse à d'autres à en découvrir Tétymologie ; serait-ce le 
lat. agitare (remuer) avec un h prosthétique ? 

8 Je ne sais que faire de manser ; est-il =» lat. mansare, fWqu. ^^^^^ Lp^fTtu^io- 

de monefere (mâcher) ? Ou faut-jl y voir notre mot actuel 
masser, que Piban rapporte à l'arabe ma^s (manier)? Je 
m'abstiens, tout en jugeant que le dernier sens ne se prête 
pas mal. -- M. Paulin Paris, dans THist. litt., ne me paraît 
pas avoir rencontré juste en prenant hageter les caviaus 
pour « arranger les cheveux » et manser la gorge pour 
a peigner la barbe sous le menton ». 

9 Qorge est ici synonyme de haterel (nuque) v. 15. 
10 Bru de, désireux, avide (sens insolite). 
13 A hriës prières, sans ambages. 






532 ROTES EXPLICATIVES (pp. 125-124). 

14 'Par nulle prise, de quelque manière qu'on s'y prenne. 

16 Lipiaus, la peau. — 17 J'aurais, à la rigueur, pu conserver 

char, en prenant pour sujet deporoiï le mot Vautre, 
19 Sert esmovoir, s'y engager. 

21 Deux bergiéres est de mauvais goût, mais la rime deman- 

dait un pluriel ; et encore une hergiére eût-il été de mau- 
vaise application ; un nom de personne ne doit pas servir 
comme terme de l'appréciation d'une chose [vo s^is). On 
conçoit l'expression dans une phrase telle que : Je ne vous 
prise pas plus qu'une bergiôre ; mais ici notre poète a été 
maladroit dans le choix de éon terme. 

22 S'aviser^ réfléchir. 

24 Pos ne se comprend pas ; il faut sans doute cos. Le sens : 

« Vous mériteriez d'avoir de mes deux bouchères {lanières) 
trois pots de vin » ne satisfait nullement. 

25 Miaus, Meaux. — 26-27 « Quand vous prétendez enlever à ma 

passion ce qui lui donne le plus de charme ». Je ne sais si 
j'ai bien compris. — Roster =» oster, 

28 Gave, mot picard signifiant jabot, gorge (généralement appli- 
qué aux oiseaux), primitif de gavion et ^engouer, — Esche- 
her m'est inconnu ; le mot semble altéré : eschirer f 

30 Arguer, provoquer, menacer. 

33 Boisieres, synonyme de bourdeur v. 25. 

34 De mal = mal (adv.) 

35 Graus (orthographe du ms. : grax) appelle un infinitif ^rou- 

ser^ qui m'est inconnu. Je soupçonne une erreur du scribe 
p. gare (de garder, avoir égard, avoir souci). Une explica- 
tion forcée serait celle-ci : graus , forme picarde p. grous^ 
indic. prés, de grouser^ variante de groucer, murmurer, se 
plaindre, pris au sens actif « plaindre ». 

36 Goheriel, en wallon goherai^ gorai, collier de cheval. Les 

patois du Nord disent encore gourelier, gorlier p. harna- 
cheur, bourrelier. 

37 Entours ; s caractéristique de Tadverbe. — Pour enarmer^ 

pour servir de défense. 
39 Grau, griffe ; forme féminine groe (Berte aus gr. p., 860). 
41 Confinoiere, quid I Je n'y vois pas plus clair en lisant : divers 

(étrange) con finoieres. 



V. JEHAN d'bstruen. 335 

42 Tiesmoins est un prés. ind. à la 1« pers. sing. (Vs ne fait pas 
difflculté) ; « j'en atteste mes cheveux gris ». 

44 Eaviser, ressembler (encore en usage chez les Wallons); propr. 

rappeler à resprit ; ailleurs « reconnaître ». 

45 Loqu, velu ; M. Tobler a eu la bonté de me communiquer les 

citations suivantes : Jérusalem 6379 {teste locue), Ren. de 
Montauban 250, 10 (chape locue), Gaydon (chief locu). — 
Floquiel, flocon. 

46 Fautrer, déche vêler. Ce pourrait aussi être le sens de ce mot 

dans Gilles de Chin, 3607, où Gaehet le traduit par « b&ton- 
ner » : 

Mais là le puet batre et fautrer 
Vilainement sans amender. 

C*est un terme se rapportant à la première opération de 
la préparation du feutre. — Bourely bourrelet. 
47 Sans noer, sans être noué. 

52 D'engien, d'intelligence. Nés &une enprise m*est parfaitement 

inintelligible. 

53 Barbierey collerette. Jean de Condé 1, 179, v. 379 : Desous le 

hiaume en la barbie^e, 

55 Les coronciaus, les deux bouts (dimin. de coron) t ou faut-il 

lire cordonciaus f 

56 Pourran, contraction de pourra on, — Labiaus ; label est la 

forme antérieure à lambel « lambeau ; avant son acception 
héraldique le mot doit avoir signifié une espèce de colle- 
rette, puisqu*en allemand le terme héraldique lambel se 
traduit par tumierhragen, 

57 Nouvellement, par innovation. 

59 Piauchelu — dérivé de piauc?iele = pellicella^ petite peau 

(Barbazan-Méon IV, 263, 246) — doit vouloir dire quelque 
chose comme éraillé, écaillé. M. Tobler a bien voulu puiser 
pour moi dans ses riches trésors lexicographiques et en a 
tiré les citations suivantes : Magres estait et piau^elus Par 
astinenche, Mahomet 7 ; Le vis ot pale, piauchelu et oissié, 
Ogier le Dan. 8566. Le mot pezelous^ cité dans Du Gange 
v» pessarius, est identique. 

60 Pert a paret (est mis à nu), ou = se pert (est détruite) U~Fùur 



334 NOTES EXPLICATIVES (pp. 124-130). 

entendu , que j'ai substitué h rinintelligible four estendue 
du ms., signiûe « inintelligent, insensé » ; la valeur négative 
de four, for est bien connue. • 



3 (pp. 125-126). 

1 Ce Robert est peut-être le même que le contradicteur de 
* Mabieu de Gand, dont j*ai parlé Trouv. Belges, p. 309, et 
qui s'appelait Robert de le Pierre. 

15 Fouragie^quid 1 1^ verbe fourrager n'offre aucun sens plau- 
sible ; je suis donc amené à admettre ici un participe four- 
agi (qui agit mal), analogue à meffait, forfait, fourentendu 
(2, 50). Ce mot fouragi, si mon interprétation est la bonne, 
offrirait un intérêt tout spécial en ce que Tancienne langue 
ne présente aucune autre trace du verbe latin agere ; notre 
verbe agir n'apparaît qu'au XVI* siècle. 

18 Ce que sut désirons n'est qu'une paraphrase de voiUentez. 

i (pp. 126-128). 

1 Jefum amis; le mot ami a-t-il ici sa valeur naturelle? ou 
peut-on inférer de la rubrique « Andriu Douche & Jehan 
ami » qu'il représente le nom de famille de notre trouvôre f 
Je n'oserais répondre à cette question. Andriu Douche, qui a 
proposé le jeu -parti, a son article dans les Trouv. Artés. de 
Diuaux (pp. 72-76), où notre pièce est reproduite en entier 
(p. 73). 

4 Dont,., de son cuer = de oui coer; négligence syntaxique 

fréquente chez les trouvères. 

5 Puis que, depuis que. ~-6Ne çànelà, locution « en aucune 

manière. 
8 Laissier ester, planter là, y renoncer. 
10 Aloié (alligatus), attaché, engagé. 

13 Par Vanter, par la fréquentation, à la longue. 

14 Merler, variante de mesler, comme marie de masle, etc. 
17 Pau ; pi. b., V. 21, poi. 



VI. JEHAN FRSMAUS. 355 

20 J*ai laissé la dernière syllabe du mot anal en blanc, parce 
qu'elle était illisible ; malgré Tu, que je crois avoir lu après 
' 1/, je ne doute guère que le mot voulu soit refroidies, 
Dinaux, toigours peu scrupuleux dans rétablissement de 
ses textes et qui a parsemé celui de notre jeu-parti des plus 
étranges balourdises, a mis ici (avec un point d*interroga- 
tion toutefois) le mot monstrueux refuissi, 

27 Surmonte, sens intransitif, remporte, prend le dessus. 

28 Adrecier, diriger. 

34 Et car ; exhortation renforcée. — 37 Nul point, nullement. 

38 /, dans Tamour. 

44 Mettez un point- virgule t la fin du vers. — 45 Son amour p. 

s'amour ; voy. sur cette irrégularité, dont les cas ne sont 

pas rares môme avant le XI V« siècle, Diez, Gramm. II, 97. 
48 J*ai déjà touché, dans les notes sous texte, la curieuse méprise 

de Dinaux, qui prend nichetes pour le nom d'une maîtresse 

d'Andrieu. 

YI. JEHAN FREMAUS. 
i (pp. 129-131). 

3 Je regrette de ne pas avoir corrigé, avec Màtzner, doit p. dot, 
en prenant amender au sens intransitif de s*améliorer. 

5 Le seut, dans la variante de N, est sans doute mal lu par Kep- 
ler p. seuc, 

7 Bien à guarder, bene servandam ; cette représentation du 

participe Mur passif latin (à la suite du substantif) n'est 
pas très-commune dans les anciens textes, bien qu'elle nous 
soit familière dans les phrases telles que « chambre & 
louer ». Màtzner cite de Garin le Loherain (^. Fr. Michel, 
II, p. 6 i) /2s vos tolroient honor d maintenir, 

8 Par haut choisir, en portant mes visées trop haut. 

9 Afoler ne veut pas dire c< rendre fou », comme pense Dinaux, 

ni « endommager, blesser, détruire », comme propose Mfttz- 
ner, mais plutôt, comme Tall. zum narren halten, «jouer, 
écondoino » ; voy. sur Torigine et les significations du verbe 



336 NOTES BXPUCATiYBs (pp. 130-135). 

affaler, Topiftion de Tobler» résumée dans mon appendice 
de la 4^ éd. du Dictionnaire de Diez, p. 719. 

11 Eecovrer, réussir ; t = en amour. 

14 Oublier dk deux régimes : 1. moi; 2. que ne face,... ; pour 
le 2«, il est traité comme les verbes craindre, laisser, empê- 
cher, etc., ce qui explique le ne dans la proposition subor- 
donnée. Sur remploi de la n«^gation dans les subordonnées, 
voy. Perle, Die Négation im AltfranzOsiscben (Qrôber, Zeit- 
scbr. II, 10-14. 

18 Chiever «= achiever, voy. Carasaus 1, 40. Dans le même sens 
on voit plus souvent chevir. Pour Dinaux chiever signifie 
« manquer » ! 

20 Sens retomer, synonyme de sans repentir (v. 15). 

29 « Je dois puiser ma consolation dans la mort ». Tandis que 
moi, je convertis doit leçon de G) en doi (leçon de N), 
Mâtzner s*en tient à doit et traduit : « Ce qui me doit con- 
soler de la mort, c*est que je ne pourrais mourir d'une plus 
belle mort, car... » Cette traduction est fondée sur la circon- 
stance quQ le ms. N au v. 30 porte que (au lieu de quar)^ oe 
que j*ai négligé d*indiquer sous le texte. 

31 M Car en mourant je ferai des chansons ». 

35 Faillir, faillir à récompense, être frustré. 

41 Pumir, satisfaire. , 

47 Assambler, se joindre. 

49-50 « . Laquelle merci elle (Vamour) laisse s'affaiblir en elle (la 
dame) par sa tolérance [au lieu de la provoquer] ». 

2 (pp. 132-134). 

3 Le si après por ce est conforme aux règles. Trovée^ =» con- 

trouvée, fausse, est une épithète oiseuse de faintise, 

4 Movoir, neutre, surgir. — 7 Atomée, dirigée. 

9 En bone estance, en bonne condition, avec bonheur. 
10 Norrir a ici le sens intransitif « êtr^nourri, grandir, se forti- 
fier » ; cp. Baud. de Condé p. 108. v. 35 : Envie envenimée ù 
neure Tous maus... ; Jacques de Baisieux, Des trois cheva- 
liers, 168 (Trouv. belges^ p. 167) : Coardise en cui pattrs neure 



/ 



VI. iBffAII PMEMAUS. 537 

(e*e6t ainsi qa*il faut lire). Ces citations nous montrent que 
oe verbe se coi\juguait aussi sans la forme inchoative. 

12 Que., ne est subordonné aux mots jamais n*iert destomég du 
V. 10. — Douer ^ mettre en possession, syn. de saisir, 

13 Esleû^ exquis, de bon aloi. — 14 Voir, certes. 

15 Amender^ ici faire prospérer. 

16 a Sa rertu se double de modestie ». Muebler est intéressant ; 
le sens propre parait être a pourvoir». Le plus ancien 
exemple du verbe meubler dans Littré est du XVI* siècle. 

26 Fors por ce que^ si ce n'est que. 

31 Leffeniion^ résistance.— « Si mon service ne suffit à la fléchir ». 

32 Muer de mue est une redondance ; c'est comme si Ton disait 
a changer par changement ». 

33 Toz nés, tout net (cp. Cisoing, 5, 7); adverbe fléchi, voy. 
Qonth. Soignies 6, 38. 

34 De H n'est curée, elle ne s'en soucie pas, elle n'en a cure ; cette 
acception de curer est moins connue que celle de guérir. 

y^ 35 Sans retenance, sans lui faire accueil. 

36 Sans autre recovrance, sans y gagner autre chose. 

37 Fiever, inféoder, synon. de douer, saisir, 

35 Ena faite f issue, s'en {del cors) est échappé. 
41 Coneû parait avoir ici un sens actif (cp. entendu, aperceû, 

obéi v3, 5), etc.) et signider reconnaissant. 
42-43 Construisez : Que, par son gré, ele doint que jel serve & 

celée s. 0. f. » Ochoison faussée, faux prétexte. 
50 Avancier, prévenir, empêcher. 

3 (pp. 134-136). 

5 Obef^ obéissant. — 7 Ententif préoccupé. 

15 Me rveve (de rover), m*invite. Notez l'emploi de l'infinitif pur 

après ce verbe, cp. Songe d'Enfer, 621. 

19 Detrier, tarder, se faire attendre. 

23 « Car j'en ai pris sur moi une si lourde charge {fait) ». 

24 Men sent, je m'en ressens. 
32 «^ A tel point que je ne me possède plus ». 
39 Eautementy au-dessus de mon rang. — 40 Desptt, dédaigné. 

22 



338 AOT£S £\PLiCAtlVK6 (pp. . lôti-142). 

46 Qaoi qu*en disent Dinaux, Stecher (Biogr. nationale) et d'au- 
tres, il est difficile d*identiâer le personnage, à qui notre 
troavëre envoie sa chanson avec Goiliaume de Béthune« le 
frère de Quenes. D*abord ce dernier est mort en 1213 et 
Jehans Fremaus appartient, dit-on , plutôt à la deaxiôme 
qu'à la première moitié du XI II* siècle ; ensuite Ta voué de 
Béthune à qui nous avons à faire ici, s'appelle Gui et non 
pas GtUUaumfi. 

49 Recueillir, synon. de retenir (Caupain 4, 65). 

VII. LE TRÉ80BIBR DE LILLE. 

1 (pp. 137-138). 

3 Refraindre, voy. Gonth. Soign. 1, 2. — 6 Seul = solet. 

8 Bonement, humblement ; 2, 20, avec résignation.— 10 Tenant 

de, en possession- 

2 (pp. 139-140). 

Les strophes 1 et 2 de notre chanson se trouvent impri- 
mées dans le recueil d'Auguis, t. I, p. 453. On y rencontre 
la variante sans aler aillors (v. 4), que je n'ai remarquée 
' dans aucun des mss. consultés ; fi p. si (v. 5) est sans doute 
une faute du typographe- 

4 Changier aillors, se tourner ailleurs ; expression digne de 

note. 

9 Sanz partir, sans partage. 

10-11 Laborde néglige complètement Vun sol en traduisant : 
u Mais amour fait languir les siens, il leur fait soufftir des 
peines continuelles ». 

12 Qehir n'est pas, comme traduit Laborde, a se plaindre », 
mais « avouer, déclarer ». 

14 RetOTy retraite, reAige. 

19 Laborde traduit chierir par « craindre » ; lisait-il cremir f 

20 Mieux vaut la leçon et bonement souffrir. 



vu. LE TRÉSORIER BB ULLB. 339 

23 « Ne donnez pas un démenti à votre réputation ». Labordé : 
« N'affoiblissez point ce que vous valez ». 

25 « Car je préfère mourir plutôt que de vous voir frappée de 

déshonneur ». — Le ms. de Dinaux porte l'orthographe 
desenors, qu'il interprète par « dissuasion ». 

27 « Et alors il n'y aura plus lieu d'ajouter à vos nàérites ». 

29 Periey perdue (faite en vain). Labor était jadis féminin comme 
amon et honor. 

32 Cort, âg., petit ; cp. en ail. « kurz zugeschnitten ». 

34 Merci acueillir, prendre pitié. — 25 Aumosne, bonne œuvre. 

3 (pp. 141-142). 

10 N'afiert, ne convient. — 12 Enganer, tromper, ital. ingan- 
nare, voy. Diez, Dict. 1, v» inganno. Diez rattache ce mol à 
l'anc. haut-ail. ^arnan, jeu, plaisanterie ; M. Baur (Grôber, 
Zeitschr. II, 503; conteste cette étymologie et propose le lat. 
gannire, murmurer, gronder, bavarder, devenu gannare 
en bas-latin. — Le mot est, nous le répétons, un synonyme 
à'engignier, cp. Guill. de Palerne, 7738 : James ne flist 
ensorcerés ne engigniés ne enganés. 

19 Vmilité, condescendance, bienveillance ; ce mot si fréquent 
est de facture savante ; la bonne forme française est hum- 
bleté, Ajol 1009 : Bêlement lor respont par humleté, 

26 (' Et quant au corps, qu'elle fait tant souffrir, personne ne le 

lui disputera ». 
36 Jene puis voir dans trésorier autre chose qu'un vocatif, (ce 
qui m'a fait substituer voi t voit ; il faut bien que le couplet 
d'envoi indique le destinataire. Trésorier (il faudrait d'ail- 
leurs trésoriers) totU àbotUé voit le siècle dans le sens de 
« Moi, trésorier, je voi^... » est toutà-fait improbable. Je 
conteste donc à cette chanson la paternité du Trésorier de 
Lille. — Abouté » botUé, poussé, engagé. ' 



540 N0TH8 BXPUCAT1TB8 (pp. 143-149). 

VIII. PIERRE LE BORGNE. 
i (pp. 143-145). 

Comme la 7* chanson de Jaques de Cisoing, celle-ci pré- 
sente l*artiûce de versification consistant dans la répétition 
du dernier mot de la strophe par le premier de la suivante. 
Chaque strophe se compose de 8 vers octosyllabiques, et de 
2 vers à mètre varié, représentant des refrains tirés d'au- 
tres chansons. Les 5 strophes sont rimées de même en ce 
qui concerne les 7 premiers vers ; la rime du 8« est subor- 
donnée t celle du 2« vers du refrain. 
3 Me fait a pour stget t la fois le contenu des vv. 1-2 et celui 
des vv. 4-5. 

17 Requerrai = recrerrai (cesserai). 

18 Ce vers eât le seul à son rang qui ne soit pas octosyllabique. 
26*28 « [Kn joie plus grande] que si on voulait, tout à mon gré, 

me couronner roi de France et me tenir pour le seigneur 

de ce pays ». 
33 Si, et cependant. ~ 36 Meller à, brouiller avec. 
37 Querrez = crerrez (croirez). 
40 Od soi = secum ; au v. suiv. à la reprise, = cum ea. 

42 Que sevrer, car s*en séparer. — Error, souci, inquiétude. 

43 Je pense que con m'oez est une mauvaise leçon p. comme oez. 

44 A son tor^ a chacun à son tour », ou « en tournant sa roue » ? 

IX. JAQUES DE DÂMPIERRE. 

1 (pp. 146-147). 

1 Pourquoi a-t-on abandonné le bon mot français faiture (cp. 

G. Soignies, 9, 31) au profit de facture. 
2-4 « Que, rien qu'à être vu, il inspire un amour profond à tel 

q\]i ne s'en est jamais soucié ». 
9 A cuer est peut-être mal lu pour u (== ou, el) cuer. 



IX. JAQUES DB DiMPlKRRB. 541 

13 Muer , fyxre autrement. — 14 En aventure, en courant, a 
chance. 

15 Le terme atendre ne me semble pas rendre la pensée du poôte 
qui doit être plutôt ateindre, parvenir. 

17 Estre en ardure de, brûler. L*anc. langue avait les deux 
formes ardure et arsure. Le suffixe ure, en thèse générale, 
ne peut s'appliquer qu*à un thème de supin latin (armât- 
ura, arme-ûre, d'oix armure; ars-ura, arsure ; tort-ura, 
torture) ou à quelques adjectifs dont le thème se termine 
par une dentale (droiture, froidure, laidure v. 22, ordure, 
verdure) ; ardure présente donc un cas de formation excep- 
tionnelle ; le suffixe ure n*y correspond pas comme dans 
rompure, tenure, etc. à anc. eUre (= atura, itura), et semble 
fondé sur une confusion avec orem (ardorem). Oiez (Qramm. 
11,321) cite les cas analogues ital. esp. calura de co/or, ital. 
paûra de pavor^ rancura de rancor. Notre mot ardure est 
encore dans beaucoup de dictionnaires et je ne vois pas 
pourquoi Littré l'en a exclu. 

19 Faitis (litt. = lat. factititAs) a restreint son sens en « bien 
fait« beau ». 

22 Laidure, affront, bynon. de laidenge. 

2 (pp. 147-149). 

1 Verttteus, efficace. — 5 Eschia (nom. de eschif, eschiu), qui 

Aiit, qui s'abstient. 
7 Avis, exhortation, encouragement. 
10-11 Voy. les notes sous texte. 
15 Se cointoier, s*enorgueillir. 

17 Blesmir ; Thistoire étymologique de ce mot (voy. Dies II, c, 
p. 526 et Append. p. 754) nous apprend qu*il s'y attache une 
idée foncière de meurtrissure. 
19 Preu, subst., profit {prou fit v. 4). — 22 AcueiUi, saisi. 
29 Confit, fait d'une certaine manière, confectionné. 

33 « Où, selon les probabilités naturelles, je ne puis espérer 

quelque succès ». 

34 Mètre sus, mettre sur le compte de, impu^r à, justifier par. 



342 NOTES EXPLlCiTlYBS (pp. 149-154). 

35 « Et si les choses tournaient mal ». On dit plus souvent du 
pis ou du pieur, 

39 Peuture, nourriture, pâture ; mot formé du participe franc. 

peut (de paistre\ tandis que pâture vient directement du 
lat. pastura. — Familleus^ affamé ; mot fait avec le sufllxe 
osus sur le thème du lat. famel-icus. On trouve aussi le 
verbe familier (voy. Roquef. v® lisoit). 

40 Rosis (rassis) aurait-il ici d^à le sens figuré que les modernes 

attachent à ce mot : calme, posé , mûri , opposé À léger, 
remuant, volage ; je le croirais volontiers, car je rencontre, 
avec une valeur analogue, le terme cuis dans Guillaun^e de 
Palerne, 701 : [Ses paroles n*étaient nullement] laides ne 
foies Mais asises et delitàbles. 
43 Souffi, content, satisfait. Ce mot n*est pas commun ; mais on 
trouve a«ou;^r, satisfaire, dans 6odefh)id de Bouillon (voy. 
Qachet). 

X. làmbers u ayules. 

(Pp. 150-152.) 

3 Plaisseïs, lieu clos de h^ies. 

9 Regreter, sens ancien : rappeler avec douleur une personne 

qui vous est ravie. — Soi, je sus. 
14 Esguarder, regarder. — 20 Musart, sot; abaubi, comme 

esbaubi, propr. interdit, troublé, mais ici et ailleurs « niais, 

nigaud ». 
25 Tremois est encore en usage : blé de mars, blé de trois mois ; 

du bas-lat. triticum trimense (Isidore) ; Pline trimestre. 
27 Champenois fait opposition comme Thomme simple, sincère, 

inôffensif au rafiiné François (v. 30). 
31 Defois, défense, opposition.^ 33 Sor vostre pois, contre votre 

pensée, malgré vous ; cp. Jaques de Baisieux 1, 56 (Trouv. 

belges, p. loi) : sorvo valoir; voy. aussi ma note Jean de 

Condé, I, p. 395. 
34 « Personne ne viendra vous défendre ». 
36 Pas des mois, locution fréquente p. jamais. 



XI. GERARS DE valemcienubs. 343 

38 Le point d'interrogation est une faute typographique. 

43 SoU, plur. de 50i/(lat. sepés), haie. 

44 A unfiaston, au moyen du bâton ; le sens et la répétition de 

baston 3 vers plus bas me font conjecturer la leçon à un 
randon. 

45 Qui donc ûeist, peut se traduire par « il fallait voir alors... » 

Il y a là une proposition hypothétique avec ellipse de la 
proposition principale, comme dans nos phrases optatives : 
« Si je pouvais dormir » ! et sembl. 
47 Mieux vaudrait un point d*exclamation à la fin du vers. 

49 a Aussitôt me voilà filé ». Notez la construction es nCen vos. 

50 La ville de Mâcon doit à la rime et au mètre de servir ici de 

terme pour renforcer la négation nï vosisse estre ; on con- 
naît les chevilles par tôt Vor de Surie, por Vor d'Aragon^ 
[iVi vosist estre] pour Vanor (le domaine, le pays) de Paris 
(Gouronn. Loeïs, 2512) ; mais remploi du nom simple d'une 
localité se présente moins souvent. 

XI. GERARS DE VALENCIENRES. 
1 (pp. 153-155). 

1 Dinaux pense que le sire Michel pourrait être le trouvère 
douaisien Michel dou Mesnil (voy. ses Trouv. de la Flandre, 
p. 320) ; je ne possède aucun argument solide ni pour ni 
contre cette coiyecture. 
5 Qu'est-ce qu*un vrai amoureux doit préférer ? Connaître le 
sentiment de sa belle, ou savoir qu'elle connaît le sien t Tel 
est le thème du jeu-parti. 
9 Le ms. de Berne a, selon son habitude, pour notre sui^ la 
forme seuoo; Dinaux, toujours malheureux, traduit le mot 
par seul ! — Estre pourpensé, c'est réfléchir, méditer, ici 
chercher à, se mettre en mesure de. 

10 Maintenant, aussitôt. 

13 Le pronom lor n'a pas de rapport explicite ; mais on le devine : 
il s'agit des dames en général. 

21 Aatie, entêtement, obstination. 



544 MOTEft EXPucATitEs (pp. 154-16f ). 

24 AterUe peut être pris soit pour attention, égard, considéra- 
tion, ou pour l*objet, le bat de Vatente, récompense ou mer^ 
chi (var. de D). 

29 Ce vers s'adapte difficilement au suivant ; le sens ne peut-être 
que celui-ci : K^il (car il) n*est nuls, coi fon die, ht ne soit 
de telle baillie (qui ne se gère de telle façon). 

32 LfC stget de vodroit est fins amans (y. 27). 

34 Gvarant^ preuve, argument, cp. p. 159. v. 94. 

40 AmoUoir p. amolier ou amolir est insolite. 

48 Dongier (forme autorisée p. dangier, voy. (3k)nth. Soign. 17, 
37), autorité. 

50 Arramie du ms. D me semble exprimer ce que nous appelle- 

rions « parti pris ». 

51 Remanoir, abandonner la partie. 

52 Cheoir, échoir. — 54 Farjugier, réprouver, repousser* 

55 Pensée peu claire ; et blanc et noir estil une expression pro- 
verbiale signifiant « en sens divers » t 

Xlt. BTF DE JEAN DE GOMDÉ (?). 

3 Mot » dit (poème didactique). 

4 Perdre sa raison^ parler en vain, cp. v. 22. 

5 Reprendre (cp. v. 15), syn. de retraire, conter ;aiy . le mot ne 

s*emploie plus dans un sens aussi large, et ne signifie que 
récapituler, résumer. — Ailleurs = reprocher w. 16 et 25 ; 
blâmer v. 118. 

11 Fauvain estriller, propr. étriller, fh)tter, caresser son che- 

val, Ûg. user de flatterie. Allusion au ron[ian de Fauvel. Un 
proverbe, cité dans Cotgrave, disait : « Tel estrille fauveau 
qui puis le mord » ; dans Palsgrave on trouve Texpression 
estrille-faveau comme traduction de Tangl. « curryfaveil, a 
flatterer ». 

12 Pour ce, c'est à-dire pour flatter. 

17 Déporter, excepter, exempter, ménager. 

19 Notez rinflnitlf pur après enorter, 

20 Pîessier, ûéchïT {Isit pleooare). 

28 De pl74S pltis ^ d'autant plus ; expression remarquable. 



XIIL LK MOUUII A VENT. 345 

32 Servir au Temple, servir pour rien. 

45 Obscur, contraire, répugnant. 

48 Destoumer, empêcher, cp. v. 148. 

61 Mettre du sel à un récit, l^envenimer t 

IZ A placebo, par complaisance; l*expression a sans doute pris 
naissance dans ie monde clérical. 

81 Afolé^ anéanti, syn. de confondu ou tourné à desconfiture 
(V. 85). Sur les diverses applications et l*origine du mot 
(adject. fol), voy. Tobler dans Kuhn's Zeitschrift, XXIII. 
L'éminent romaniste de Berlin infère la distinction étymo- 
logique de afoler endommager, blesser, ruiner, et de foUr 
fouler du fait que les deux verbes ont des o d'une nature 
différente et ne riment jamais ensemble. Notre cas ne con- 
trarie nullement cette opinion, car ce ne sont pas les radi- 
caux fol et foui qui sont en rapport de rime, mais leurs ter- 
minaisons. 

84 Se demoustrer, se montrer , apparaître ; Froissart dit plus 
souvent s*amoustrer. 

86 Encore dont ne m*est pas clair. 

87 Je ne trouve pas cette sentence dans la Bible, mais bien dans 

le Roman de la Rose (éd. Michel, II, p. 189) : Môs vérités ne 

quiert nuls angles (coins, détours). 
94 Garant, preuve. — 95 Pliis avant ^ davantage. 
102 Plenier, en vogue, en estime. 
109 Teus ; plus bas. v. 139, en rime tés. 
127 I faire force, en tenir compte ; voy. ma note Enfances Ogier, 

p. 245. 
xl31 Notez la reprise du de déjà énoncé dans d'iaus, 
149 De mal d faire, voy. pour cet emploi pléonastique de à, 

Cisoing 5, 4. 

XIII. LE MOULIN A VENT. 

3 Une dame Sarain (régime direct de Sare) se présente aussi 

dans le Congé de 6aude Fastoul, 564. 

4 Bauke, poutre = ail. bal?te, est encore en usage dans les 

patois picards ; on trouve aussi le masc. bauc, bauch (voy. 
mon Gloss. Froiss.). Ste-Palaye a accueilli baifke dans son 



346 NOTES EXPLICATIVES (pp. 462-164). 

Glossaire en citant notre passage ; je vois à cette occasion 
qu'il a fait de notre Leurens Wagons (v. 1) Veureus Wagons 
et de rue (v. 3) vue. — -Ram; est-ce branche, perche 
(ramus)^ ou une variété orthographique de ren^ rienf 
Cette dernière interprétation m*est suggérée par le fém. 
faite du v. suiv. 
6 L'auteur a peut-être écrit venteeur ; la répétition de menteeur 
; est suspecte. 

11 Maure ^ forme picarde pour moûre (moudre). 

17 Douce, subj. prés, de douter ;'flexion bien rare dans les verbes 

de la 1« conjugaison. 

18 Travelouce se trouve aussi dans Fastoul 2S1 {Maistre Jaque- 

mon Travelouce), 

19 Estahe, poteau. — 21 Buhote; je trouve dans Corblet et 

Hécart le masc. bukot avec le sens « sommet du tuyau de 

la cheminée ». 
24 L'expression fig. en bonne veine se voit aussi dans le roman 

de la Rose (voy. Littré) ; cp. Baud. de Condé 336, 1987. 
27 Encore, quoique ; de même v. 34 et 179. 
29 Suele doit signifier soit fondement, plancher, ou seuil. 
31 II s'agit du chansonnier artésien Wibert Kaukeseî, sur lequel 

voy. Dinaux, Trouv. artés- p. 231. 
34-35 Que Wailly et Mentenai soient des localités réelles des 

environs d'Arras ou non, toujours est-il que Mentenai est 

choisi à dessein pour faire un jeu de mot avec mentir. Il en 

est de même de Blangi^ vv. 51 et 78 {blandir, blangir v. 206, 

flatter, vanter) (Ij. 
37 Arcure, archure : « pièces de menuiserie, en forme de coffre, 

qui sont placées devant les i&eules dun moulin » (Littré). 
.41 Estevenes : prononcez estev*nes; cp. les mots analogues 

orghene (v. 63), virgene, angele. — Peut-être faut-il lire 

Mouchi, de même au v. 207, Mouci ; je vois un Jehan de 

Monci dans Fastoul 434. 
45 Blanc ; bien que généralement envisagé comme la couleur de 

la pureté, de Tinnocence, cet adjectif se produit plusieurs 

fois dans notre pièce comme Tattribut de la vanité et de la 

{{) Wailly et BUungj soai en êttti dtt noms d« villtgm ëes «nviroDS d'Arras. 



XIII. LE KOCUN A VBNT. ^7 

fausseté. Ainsi on appuyé v. 108 sur la cire blanche du sceau 
de Robert Nazart; v. 153 on rappelle les blankes gens 
demeurant en VEstrée ; enfin la mention du roman de Blan- 
candin, v. 181, n'est-elle pas due à la conformation de ce 
nom? Cette application de blanc à ce qui est vide, vain se 
reproduit peut-être aussi dans nos expressions faire chou 
blanc (au jeu de quilles), vers blancs, nuit blanche, 

47 Ruée, prononcez reue (roue). 

48 ^aumouner, quid ? l'élément mouner est-il le même que celui 

de se-moner (submonere) f II est difficile d*y. voir moiner = 
mener. 

53 Clapete, soupape ? — 54 Papeter est connu avec la significa- 
tion tt manger à la façon des enfants », mais ici ce doit être 
« bavarder » (cp. ail. papem, pappeln) ou « distribuer des 
coups de batte » (cp. pape coup, dans le composé soupape). 
Dans ce dernier cas, la papoire du v. suiv. signifierait la 
batte d'Arlequin, d'où le sens « coup de batte, correction » 
dans Gautier de Coinsi (voy. Roquefort) : Nos vos donrons 
\A\e papoire Se jamais entrez ça dedens. Le sens bavarder, 
cependant, est rendu probable par le v. 59. 

56 Clapoire, lieu de débauche (selon Roquefort). De la même 
famille que clapier ? 

64 Jehan Bretel, le célèbre trouvère Artésien, sur lequel voy. 
Dinaux (Trouv. Art., p. 283) et Hist. litt. p. 636. Cp. le Congé 
^ de Jean Bodel, 241. 

66 Tourtre ; Littré v« tourte 1 (n» 6) : a pièce de la lanterne d'un 
moulin ». 

70 Fusel ; d'après Littré, on appelle fuseaux les bâtons de la 

lanterne d'un moulin. 

71 Poinile répond à un type latin pectinilis et signifie ailleurs 

« crines circa pudenda » (p. e. Jean de Condé, Sentier battu, 
73). Ce que le mot, dérivé de pecten (peigne), peut vouloir 
dire en termes de meunerie, m'échappe; prob. un méca- 
nisme ou instrument à dents. — Li pauires ; Le Pautre 
s'entend encore souvent comme nom de famille ; je n'en 
connais pas le sens primitif; dans la Brie , dit Littré 
(wopeautre), pautrain veut dire polisson, mauvais drôle; 
le mot est également mentionné avec la valeur de canaille. 



348 NOTBs KXPUCATiTKs (pp. 164*167). 

75 Qm Upuist croire que desist.,. est un tour de eyntaxe bien 

Gonna : le 8i:get de la proposition secondaire annoncé dans 

la principale & Tétat de régime. 
77 AnsUer^ fabricant de hanstes (lances, bàtpns, manches). Dans 

le Congé de Fastoul on rencontre 49 Pierre U antiers, 

328 Kamin Lanstier, 505 Adan Lanstier. 
81 Bîancandin est le nom d'un roman d*aventare édité en 1S67 

par M. Michelant ; sa mention démontre la vogue dont il 

jouissait, mais aussi le peu d*estime qu*en faisait Tauteur de 

notre satire. 
84 Puelie poulie ; cp. ruée roue. 
91 Amoier ; ce verbe se présente parfois avec le sens de jeter 

ses visées, se diriger, tendre vers, aspirer (voy. ma note 

Baud. de Condé, p. 444), aussi diriger, faire tendre vers un 

but (cp. Jean de Condé I, 255, 1) ; mais ce sens ne convient 

pas ici. Un second amoyer existait au sens du bas-lat. 

admodiare, donner à bail; il faut également en faire 

abstraction. J'ai donc recours au subst. moie, meule, tas, 

monceau, d'où je tire un verbe amoier, que je traduirai par 

grossir, ballonner. 
94 Aiiner^ sens intransitif, s*assembler. 
96 Satoales (ou Satoalés f) ; dans Fastoul je vois v. 235 Sowale 

Wion, 608 Sowalon le maieur^-^Durpain est un nom comme 

Caupain, Blanpain. 
79 Fastoul, 491, nomme un Chrart Faverel, Nous aurons encore 

un Faverel au v. 165. — Liefru, de lèvre f donc = lippu ? 
98 « Celui-ci aussi est (rest) bien fï*appé à leur marque ». 
100 RefUséles =» refusez les ; cette façon d'enclitiser le pronom 

les à l'impératif du pluriel est étrange et je n*en ai pas 

d*autre exemple. 
101-2 « Je n*ai pas besoin de votre assistance pour en mettre 

d'autres à leur place ». 
104 Un Robert Nazart est cité dans le Congé d'Adam de la Halle, 

122, et dans celui de Fastoul. 446 (« Celui ki maint en Kie- 

vremont »). 
110 Mait^ ancienne forme de maie^ huche, auge, pétrin. Littré 

n*a pas d^exemple remontant au delà du XVi« siècle. 
113 DansBaude Fastoul apparaissent deux Wagon; Tun, Guil-^ 



Xlli. LB MOOUM A VBNT. 349 

lanme, v. 218 ; Tautre, au prénom de Symon, v. 566. — Ras- 
tierCy râteau ? 
114 JEstiere, gouvernail, voy. Diez, Dict. II, c, v® esturman; 
Marie de France I, 462 : A Testiere vait guvemer. « Tenir 
estiere », c'est donc = être maître, 8*y entendre. Dans Phil. 
Mouskés 12222, l'expression est construite avec un datif de 
personne et paraît signider « tenir la main haute sur y» : 
Les Sarrasins apprirent 

Que Karles, ii buens crestiiens, 
Li buens rois, li fors justiciere, 
Ki tous jors lor tenoit estiere^ 
Estoit mors et aies à fin. 

1 19 A sen oes, à son égard ? ou « pour son intérêt »? On veut dire, 
je pense, qu'à son grand détriment ses voyages à Paris 
l'ont rendu hypocrite et faux. 

125 Aleron, « petites planches qui garnissent les roues d'un 
moulin à eau et qui servent h la faire tourner » (Uttré, 
vo aileron) ; mais cette définition ne convient pas ici, où il 
s*agit d'un objet servant à ramasser la farine ; on voudrait 
y voir paZeron (palette, petite pelle). 

129 Avons-nous à faire ici au Jean de la Fontaine de Tournai, 

dont j*ai reproduit la seule chanson connue à la page 152 
de mes Trouv. belges? Je ne m'engagerai pas dans cette 
recherche. 

130 Quarantaine^ carôme. — 131 Bon jour, jour saint, cp. angi. 

good fWday. 
132 Ses cors = i[. 
134-35 Ortoile (cp. wall. ourteïe, Hainaut ortiîe == urticula) est 

sans doute « ortie » ; mais trailleres, qu'est-ce? Un dérivé 

de tr aille =» tragula, herse, de sorte que le (railleur serait 

un laboureur, fig. rustre ? 

139 Sieré (serré), près. On dit encore en Picardie tout sérant de; 

mais je ne trouve nulle part une mention de la prépo- 
sition sieré. 

140 Halot, aig. hcUlier, est encore du picard. 

147 La queue d'un moulin à vent est une « grosse pièce de bois 



550 NOTES EXPLICATIVES (pp. 167-169). 

qui sert à orienter le moulin de manière que les ailes pren- 
nent le vent » (Littré). 

148 Reskeue, subj. de resheure (re excutere), délivrer. 

149 Tourment t auj. tourmente. 

152 Eitrée est sans doute un nom propre ; ou faut-il traduire 
a en rase campagne » ou « sur la grand*route » ? 

159 Mousnier, meunier ; s épentbétique. 

161 Droiture, règle. — lô2 Bauduin, le nom de la fable pour 

âne. 
163 Pîumete, girouette ? ^ 

160 yimi comme nom de localité se voit aussi dans Baude Pas- 

toul, v. 399. 

176 Olui p. ^Zm. n'est pas rare ; comment expliquer cette forme I 

180 Preuc {=^poruec) que, pour autant que, pourvu que. 

183 Atemproire ; Ste-Palaye. qui cite notre passage, ne sait pas 
de quelle pièce du moulin il s*agit. Le mot doit signifier 
quelque chose comme modérateur ; aussi je pense qu'il 
désigne le même objet que trempure, qui est ainsi défini 
par Uttré : « appareil qui sert à communiquer un mouve- 
ment d'abaissement et d'élévation au palier et à la meule 
courante d*un moulin ». 

186 Face refaire = reface. Sur l'emploi périphrastique du verbe 
faire, voy. Tobler, Jahrb. ftlr roman. Literatur, VIII, 349 
et Bast. de Buillon, notes ad vv. 2727, 3871. 

193 a Jouer aux barres en mer sans se mouiller » était peut-être 
un dicton courant pour « faire l'impossible ». 

196 Ce vers ne se comprend pas facilement ; faire aliu signiûe 
d'ordinaire dépenser, sacrifier, ainsi dans Fastoul, 479 : Je 
vois de mon cors faire aliu. Aliu ou alieu, aleu est le subst. 
verbal de allouer (allocare), dépenser, livrer, cp. Baud. de 
Condé, 188, 21 : Escars d'alieu et de douner; Songe de 
Paradis, 1108 : Où il n'a ne coust ne aliu. Ailleurs, dans le 
même Pastoul, v. 166, on lit : Puisque mes cors est en aliu 
A faire la volonté Diu ; ici le mot frise le sens de « disposi- 
tion, volonté » ; notre vers signifierait-il : Qui fait aux mau- 
vais leurs caprices f 

209 Espavigneun, affecté de l'esparvin ; mettez une virgule après 
oemot. 



XIV. LA PRISE DE NOEVILE. 351 

210 Desdaigneiu, fier ; je doute qu*on paisse donner ici à cet 

adjectif un sens passif : « à dédaigner ». 
216 Notez la variation de la voyelle radicale des trois mots 

congénères maure (11), mousnier (159) et metUure, 

XI V-. LA PRISE DE ROEVILB. 
1 (pp. 170-175). 

On n'attendra pas de moi qui je lève toutes les difficultés 
auxquelles se heurtera le lecteur de cette bizarre composi- 
tion, quelque familier qu'il soit avec les mots et les tours 
du vieux langage : toutefois je veux bien frayer la voie 
dans l'explication d*un texte dont la cacologie fait le mérite. 
L*auteur nous produit le récit d'une expédition militaire, 
entreprise par des villageois flamands contre le château de 
Noevile dans un but et pour une cause qu'il est difficile 
d'indiquer, et il revêt ce récit d'une forme burlesque, d'abord 
en parodiant les allures de la grande poésie épique, puis en 
se servant d'une langue factice, c'est-à-dire d'un français 
bariolé de brocards flamands. Qu'un idiome bâtard sem- 
blable à celui qui nous est débité dans ce morceau, ait 
jamais été parlé sur les confins septentrionaux de la 
région romane, est parfaitement admissible, et il n'y a pas 
lieu de s'étonner qu'un trouvère du Nord se soit passé la 
fantaisie de faire la charge â la fois dun événement, plus 
ou moins historique, où les Flamands paraissent avoir eu 
le dessus, et de la manière dont les vainqueurs malmenaient 
la langue des vaincus. Je ne sais si quelque érudit abordera 
jamais l'examen des circonstances qui ont fait éclore le 
poème héroï-comique, dont le ms. de Paris ne nous a con- 
servé malheureusement que le commencement ; peut-ôtre 
cette recherche parviendra-l-elle à découvrir, parmi les 
nombreux Neuville qui existent en Belgique et dans la 
France du Nord, celui qui y est en cause ; pour ma part, 
j'y renonce et continue â me renfernier dans mon r61e 
grammatical. 



352 flOTCS BSPUGAT1TE8 (p. 170). 

Les traits caractéristiques de la langue que le poète a for- 
gée pour ridiculiser le parler français des habitants dé la 
Flandre , sont : 1) L'introduction de mots on phrases fla- 
mandes, particulièrement de van (de) et de (le, la) : 2) l'al- 
tération des sons (voyelles et consonnes), ainsi haidin 
(aclin), frurin (frarin), farUt (varlèt) ; cette altération vise 
parfois à produire une confusion prêtant à rire, p. e. hUxn- 
quecluque (v. 33) p. bancloque, ad (v. 161) p. coeur, singe 
(V. 97) p. songe, pelé (v. 65) p. pené, miroracle (v. 160) p. 
miracle. L'inconséquence qui se remarque à cet égard est 
peut-être imputable au scribe, qui, involontairement, retom- 
bait dans les formes naturelles ; 3) Tinsertion de lettres 
ligatives ou euphoniques à la manière de ce que nous appe- 
lons a^iourd'hui des cuirs et des velours ; ainsi 48 vonostel, 
53 vo fiante, 114 avoec luia aporter, 144 si letu, 148 cuide 
lestre, 150 un sauberc ; 4) l'emploi du masculin pour le 
féminin : bons estuires 10. sin spede 82, d'un cordele 88, stn 
geule 100, etc. ; ainsi que celui du pluriel pour le singulier 
et vice-versa; p. ex. v. 8 dot p.' doivent, 10 dist p. dient, 
35 stront p. sera. 

1 Sot p. soit ; cp. dot (doit) 8, tros (trois) 16, ramentos 58, pro 

67, savor 69. volot 90. etc. 

2 yan ruiy le roi. —En de orocj en la croix. — Fou, plus sou- 

vent fu, 
5 Hoillequin serait-il une déâguration de Guitecîin f 

8 Dira p. dirai ; ainsi t?awra(34). Va (35), sera (40), etc. p. vou- 

drai, l'ai, serai, etc. De même fat (35), sa (52). Dot (doit), 
sing. p. pluriel. — Prins = pris ; cp. 10 escrins, 11 suerins, 

9 Stront, seront ; le mot paraît valoir sont vv. 78 et 122. — 

Frurin ; u p. a, cp. custel 14, drugie 143, lariflume 169. 

10 Estuire (masc), ui p. oi, cp. rui 2. 

11 <c Ce Alt vers les Rogations, que le temps était doux ». Rovi- 

son est du bon français. Suerins = seris. Pour van, cp. 
V. 140. 

12 D'alusete, Talouette ; cette forme rappelle le prov. cdauzeta. 

Il faut une virgule à la lin du vers. 

13 Le îos » Vos (l'armée^ Cette agglutination de Tarticle (qui a 

donné au français littéraire les mots lendemain y lierre et 



XIV. LA PRISE DE NOBVILE. S85 

autres) se voit encore dans laukant 31, lafmant 36, lourse ^ , y 

100, lariflume 169. — Kne, part, de hier (p. keîr), tomber, di^'itiitlo-', 
cp. vv. 109 et 167 ; la signification tomber, cependant, ne 
satisfait pas ; on voudrait meûe (mise en mouvement). — 
Estrins p. esMn ; on connaît l'expression à pute estrine, 

15 Sunt stoumie = ont estourmie ; pour la chute de Vr, cp. boso- 

flé 97. 

16 Sanléj assemblé ; cp. pour la chute du préfixe pareilliez 48, 

doviber 49, ceré 83, cerin 152, pielé 101, viéré 111, coler 137. 

17 Boidekin, dimin. de Baudouin, cp. 41. 

20 Corrigez barbier p. larbier. — Roelin, Roland. 

23 Vers difficile : a Tous le brocardent (?), chacun lui dit esquie- 

tin ». Que veut dire le dernier mot ? Ne faut-il pas eskiepin f 

24 Escavecant, chevauchai) t ? opposé à courant sor se patin (21). 
^ Larmant, v. 45 larYnain =» germain. 

28 Warla, v. 41 warola, parla. 

30 Biauliant Bethléem ; v. 164 Belliant. 

31 Le laukant ~ li auquant. 

33 Va tô, vojlÀ ; blanquecîuque p. bancloque ; da&m-^aZan^ = 

bim bam bu m. 

34 Mi est un dativus ethicus. 

35 Froubeter, fourbir. — Loisant ; oi p. ui, 

39 Surti (sorti), consulté le sort; cp. purte 55 p. porte, pta- 

^«me 61. 

40 Eshepin, échevin (chef de la commune). 

41 Pramiers, cp. sané (p. séné) v. 64, firamé v. 81, craver 99, 

mané 110. 

42 o Ne serai-je donc pas votre neveu ? » 

44 Here^ mot flamand = messire ; cp. v. 53 vrouu>e Lisse. 

46 « Je serai chef de compagnie ». 

48 Nostel ; n prosthétique, cp. nante v. 53. 

49 Yalier pour chevalier ; cp. voré p. dévoré 102, mosniere p. 

aumosniere 142, porions p. esporons 106- 
53 Lisez Lisse p. Eisse. 

56 Dona, donnai, cp. nuira il. 

57 Neustes ; si ïn n'est pas prosthétique comme dans nante, il 

représente le pronom en ; de même dans nert v. 138. 
60 Eskiever, mener une afliaire à bopt. — Uargens, Targent. 

25 



1 



354 NOTES BXPUCATivBS (pp. 172474). 

61 Peut-être faut-il envisager Ys de s'apent conune joint au mot 

i en guise de velours : is apent. 
65 Pe2^ p. p^n^;oette mutation, sans doute recherchée ici par 

intention comique, est devenue normale dans le mot 

orphelin ; le peuple dit volontiers velin p. venin, ceUonier 

p. canonnier^ etc. 
69 De grant bailon, le grand bailli ? c^est sans doute à TiHerant 

(35, 70) que s'applique ce titre. — 2\w, tôt. — 71 Poiant, 

puant ; boité = bouté^ cp. 78. 

73 Se lever, partir. 

74 Qui = quej comme v. 11 ; le wallon oflîre la môme mutation 

pour la conjonction que. 

76 AmbcLS •= toambais, gambais (vêtement contrepointé, porté 

sous Tarmure). De là toambesié 122, doublé, bourrelé. 

77 Molekin, étoffe fine et molle ; plos ^plois (pli) ; zané quid ? 

78 yorrCj bourre ; quiton, coton. 

80 Parmi Zu, litt. = par milieu, 

81 JSinfery corruption intentionnelle p. de fer, — Framé p. 

fremé, fermé (fixé). 

82 Je ne comprends pas vajn manefle custé. 

83 Salouwart doit être le nom de sin spede (c'est aussi le nom 

de celle de Liepin v. 152) ; si cela est, signié pourrait bien 
être le verbe ceindre revêtu du défini épique en ié, donc 
=» ceignit. 

84 n saque ; mieux valait peut-être t V saque (il le tire). — 

Foure « fuerre, fourreau. 

85 Solier, soleil, forme burlesque. 

86 Siele batiere^ ici et 153, selle couverte d*un bât, ou simplement 

bât Ste-Palaye, en citant nos deux passages (v» batiôre), 
pense que ce terme signifie escabeau ou sautoir pour mon- 
ter k cheval. Il a peut-être bien rencontré, car ce meuble 
— un escabeau [sella) pour se mettre en bât (selle) — serait 
ici parfaitement en situation, aussi bien que la corde par 
laquelle Maquesai se fait lier sur son cheval. La phrase 
qu'à d*estré ne sot grés (il n*eut recours & Tétrier), loin de 
contrarier cette interprétation, pourrait plutôt la confirmer. 

88 Loé p. loié, lié. 

91 Varser (94 versé) ; cp. 150 vasti (120 vesti). 



XIV. LA PEISB DB NOEVILE. 31(5 

92 Buveletis » reveleus, rebelle, rétif. — Haner^ hennir. 

95 Porpisser, burlesque déâguration de porpenser ; ainsi encore 

y. 104 pisserés (penserez). 

95 War (flam. waer), où. 

97 Singe p. songe, comme sin p. son. 

98 Devers de mer, du côté de la mer. 

99 Me oes, mes yeux ; Tbiatus est surprenant. 

100 ^aie^^ diminutif de 6a^. 

101 Haignon, quid f agneau ? 

102 M'eut (sic dans le ms.) p. nCeust ; la forme oontracte se voit 

aussi dans vistes 76 p. veîstes , n*eustes 57 p. n'eûstes ; 
cependant au v. 173 on trouve Veûst. 

103 Vers peu clair ; faut-il lire movrés (partirez) t Singes parait 'n K 7^< - ' ' ^'/ r 

devoir représenter ici sires. /^ 

105 Le sens est-il : «Je ne crois pas que vous me f&cheriez » (de 

courcier, courroucer) f 

106 Porion p. esporon (forme employée v. 155) ; cp. pi. h. v. 49. 
109 Kia, voy. v. 13 ; paumé p. pasmé, 

112 Revint, reprit connaissance. 

113 Capelier, chapelain. 

114 Cocus dominus, corpus domini. 

117 Farlet, prononciation germanique de varlet, 

118 Agrie p. agrée. 

120 Braille -= brugne, brogne (cotte de mailles) ; truillie, gâté 

de trelice f 

121 Broque, pique ; mUlier =» mineur f 

1^ Amader^ quidf faut-il lire amatier p. amatir (au sens 
d'empirter) / 

127 Sin la pris p. si a pris. — Bricuel, bricole î 

128 Sot, au y. sui V. seut ; le n'a pas de sens. 

129 La valeur de dostrefort et de bondrie m*échappe. 

130 Main manefle^ quidf main gantée? cp. v. 82. — Croserie, 

signe de la croix. 
132 Puis — puisse. — 133 Wissebel =« Isabelle t 

134 Scourcie -» courcie (attristée) ; à la lettre notre mot signifie 

« troussée ». 

135 War se gane, mots flamands « où vont-ils f 
138 /fiera, Jorerai ; ner^ « en a^^ f cp. V. 57. 



356 NOTES EXPLICATIVES (pp. 474-182). 

139 Yiner , changement de coi^ugaison comme hier, fumer, 
retinter. 

140 Embou^era. épouserai ; on comprend le double sens : embou- 

zer = embouer, salir. 

141 Bons, volontés. — 142 A Vor, au bord ; je ne pense pas qu'il 

s'agisse d*or. 

143 Skitouaî = citoual, fr. zédoaire ; canoveU = canamela (bas- 

lat.), canne à sucre? Drugie, dragée. 

144 « Il y avait encore dedans des griffes (grai^) de milan et 

quatre noix muscades ». — a Qriffe d'escoufle » doit être le 

nom de quelque épice. 
151 Ruebelin = rouvelent (rouge, vermeil) f ou «= enrouillé (cp. 

esp. roôm rouille)? 
155 Ce vers est cité par Littré, d'après Ste-Palaye, à Thistorique 

du mot pa^tn. 

158 Pullins ^pulîent, méchant. 

159 Earcesaclin = architriclinus. 

161 Le cul fin ; on voit que le poète vise avec plaisir les méta> 
morphoses vocales à double sens. — Ooc, crois (verbe). 

1-67 Le jour, illo die. — 169 Lariflume, oriflamme. 

170 Kiiére, quid ? Corrigez tuletant ; je n'en découvre pas le sens. 

173 Mengnier, manger, est la forme usuelle des dialectes du 
Nord. — En maille, en soupe? 

XV. RAOUL DE HOUDENC. 
\ , ilon^e d'Enfer (pp. 176-200). 

8 Ce vers offre une grosse exagération, car le voyage a été 

accompli en trois ou quatre jours. 
13-14 Le mot voie, voyage, fait rime avec voie^ chemin. 
17 Phrase équivalente à : « Pour ne pas fastidieusement allon- 

ger mon récit «. 
35 Sans plus contremander, mauvaise cheville pour renforcer 

tantost. 
46 Se porchacier, se donner de la peine. 
49 Durer, subsister. — 50 Mes plus est une redondance ; cp. en 

aU. nicht mehr l&nger. 



XV. 1. SONGE d'bmfer. 357 

54 A im seiU mot, sur-le-champ, cp. Songe de Paradis, 212. 

62 Cette mention du Poitou et des Poitevins (76, 85) comporte 

une explication, mais je ne saurais la donner ; il faut croire 
que ce pays était en mauvais renom. 

63 Justice, sens concret (cp. angl. justice), magistrat suprême, 

seigneur justicier. 

64 Prendre sa promesse ne m'est pas clair : promesse = ftmit 

des fausses promesses qu'elle fait ou qu'on lui fait f 

70 S'en efforce, s'en fortifie. 

72 Le pronom aus n'a pas de rapport explicite et la variante est, 
pour cette raison, préférable. 

74 On voudrait qui quel (que le). 

77 Ce vers est difficile à lier au précédent ; le complément direct 
de sai ne peut être que la phrase introduite par que au vers 
suiv. Je pense donc qu'il faut interpréter des Poitevins m par 
les Poitevins » et notre vers constituerait une opposition 
et reviendrait à dire : « Et ceux-ci doivent connaître leur 
état». 

81 Estre de conseil tti)aW^m^n^, locution curieuse pour «être 
de connivence ». 

88 Départir, se séparer, en parlant d'une réunion (car veille 
équivaut à veillée) ; cp. v, 350 dessambler. 

102 J'ai longtemps hésité, s*il fallait lier ce vers au précédent ou 
au suivant, et le parti que j'ai pris pourrait bien être con- 
testé; on lèverait les doutes en corrigeant Et, ce que d, v. 
dévoie, El p. ch 

fôl Estre du mains, avoir la moindre part, être peu estimé. 

131 Recreiis = recréant, vaincu, timide. 

138 Saatir, s'empresser; la var. m'aha^ti est fondée sur une 
fausse étymologie du verbe aa;tir (voy. Diez II, c), que l'on 
supposait connexe avec haste, 

143 Ampa^ser, empasser, faire des pas, marcher. 

145 Nier, forme concurrente de noyer (necare), cp. precari prier. 

148 Vieus, nom. sing. de vil, méprisable, laid. 

154 Im nuit, cette nuit-lâ ; entier, parfait, irréprochable. 

155 Atret, attirail, moyens, occasion, motif. 

156 Mesconte, tricherie en calculant ; mestret, tricherie au jeu 

(en traiant le pion). 



358 NOTES EXPLICÂTITES (pp. 182-187). 

165 La ville de Chartres était donc renommée ponr ses pipenrs. 

Je trouve dans le Roux de Lincy le proverbe : 

Le chanoine de Chartres 

Peut jouer aux dés et aux cartes. 

166 Dui lor ami ne se dirait plus aujourd'hui, mais bien « deux 

miens amis )^. 

167 Les allusions renfermées dans ce passage, seront-elles jamais 

éclaircies f 
170 Sans r$effez = sans mesprison, sans mensonge. 
179 Ce vers constitue une parenthèse ; qui «= si on. 
188 Ellipse de qui, 
182 Atraire, ici invoquer, se réclamer. 

190 On a vu dans ce vers une allusion à Adam le Bossu d*Arras, 

mais, outre que la chronologie s*y oppose, il est clair que 
boçus et artisiens sont des qualificatifs de Jehan, et d'ail- 
leurs, il s*agit ici non pas de poètes, mais de taverniers de 
Paris et de leurs tapis verts. 

191 Fardoilliez, quid f serait-ce un synonyme de fardeliers qu*a 

la var., donc porte-faix, crocheteur? l'un venant de fardeU 
Tautre de fardoilîe. 

192 Bricon, sot, niais. 

197 J*attends de plus instruits que moi des renseignements sur 
Michel de Treilles, autre mauvais sujet de renom, surdon^ 
Sauvage et sa gent (199), et sur leur victime Oirart de 
Troies (201). <- 204 Lisez de ci. 

208 Cest lor beance, c'est à quoi ils visent. 

212 Esbaudi Vafere, prit plaisir À la chose (litt. la rendit plai- 

sante) f La construction naturelle serait s'esbaudi de Tafere. 

213 Je n'aurais pas dû laisser subsister fuites, qui est fautif, 

p. toutes, 
219 yersez n'est pas, comme on Ta dit, le représentant des 
buveurs, mais celui des amateurs d'escrime, des lutteurs de 
cabaret ; il ne s'agit pas de verser à boire, mais de verser 
(ou renverser) à terre. Si ce nom devait personnider les 
buveurs, le poète ne l'eût pas présenté comme fils, mais 
comme père d'Ivresse. Il ne faut pas confondre notre mot 
avec guersai (ivrognerie) , qui est le titre d'un poème 



XV. 1. SONGE D*BinrBR. 359 

imprimé dans les œayres de Rutebenf, II, 435 et qni se dit 

aussi çuersoi (voy. Diez, I v* guari). 
223 OcnUier V Enfant, sans doute le nom d*un lutteur célèbre de 

l'époque. 
225 Le (accusatif) est remarquable. 

228 Effort^ force de résistance. 

229 S*aparemer vers qqn., régaler. 

236 7\>tU pié estant, tout aussitôt, lat. stante pede, — Tenir 
cort, presser, cp. v. 608. 

241 Quinelant et ItUtier; allusions qui me restent impéné- 
trables. 

246 Talevas, bouclier de bois ; mot transposé de tavelas = ital. 
tavoîaciOj de tabula. 

250 Atiçoirre désigne prob. une sorte de bois blanc provenant 
d'Auxerre et dont se faisaient les bâtons d*escrime. 

253 Aler, venir à, attaquer. 

255 et ss. Je me dispense de préciser la valeur des termes d'es- 
crime employés dans ce passage ; je dirai seulement que 
retraire v. 255 doit signifier a reculer » et au v. suiv. « reve- 
nir à charge » ; venir à trait (257), porter un coup. 

265 JRemest, de remanoir, cesser ; chatuie, vive attaque ou lutte 
(je ne sais si cette signification a déjà été relevée). 

269 Tresgeter est évidemment ici un terme d'escrime et équi- 
vaut à Texpression faire ou geter un tresget qui se trouve 
dans le roman de Rou (éd. Pluquet, v. 2520) : [Richard s'en- 
tendait parfaitement à] Saillir devers senestre e treget tost 
geter ; Cest uns cols damagus, ki ne s'en seit garder. Les 
méprises des éditeurs sur le sens de treget ont été relevées 
par Foerster(Qroeber, Zeitschr. 1, 151), qui, à cette occasion, 
expose savamment les diverses acceptions de tresgeter, sslïïs 
toutefois préciser ce que le mot exprime en termes d'escrime. 

272 Li cops de Surmontée, le coup décisif de la victoire f 

274 Entester parait signifier ici « étourdir ». 

278 Jambet, croc-en jambe, subst. verbal ùejambeter, culbuter ; 
cp. Roman du Rou, 13221-2 : El fossé les unt fet ruser (lisez 
rt4er), Chevals e homes jambeter. 

285 Compaig>iie, politesse, courtoisie ; voy. mon Gloss. de Frois- 
sart. — En son devant, sur ses genoux. 



560 ifOTBS BXPUGATiYBS (pp. i87-193). 

286 A chief dépose^ après quelques instants. 

292 Guillaume de Saleme, autre lutteur célèbre du temps de 
Raoul, sur lequel je n*ai pas dinformation. 

295 A un tor, à un seul tour. 

298-9 Le second vers sort de la construction : il faudrait de têtu 
dont, 

306 ce Et moi de mon côté je ne veux pas cesser de... » Li est un 
régime d'obeïr, que Tauteur a négligé ensuite en en donnant 
un nouveau à ce verbe {à sa volenté). 

325 Le fairey se porter ; expression fréquente. 

334 Entre^ voy. Caupin 4, 1. 

341 Abet, tromperie, du verbe àbeter, tromper, propr. faire mor- 
dre; voy. Diez II, c, v® beter. 

360 Ùonjoie peut signifier tout simplement lâontagne ; cepen- 

dant il me semble qu'il s'y attache ici Tidée de « point cul- 
minant » ou de (( lieu le plus recherché », cp. Songe de Para- 
dis, 889 et Leroux de Lincy, Chants histor. 1, 143 : Bien ai 
veû De biauté la monjoie (la perfectioh). Sur Forigine du 
mot (ou plutôt des deux mots) monjoie^ voy. Gacbet et Diez. 
Je remarquerai que Paisgrave fait de montjoie la traduc- 
tion de « exceeding pleasure ». 

361 « Elle porte ce nom ajuste titre par la raison que... » 

362 Mort'Souèite, suicide ? 

363 Travers = trespas, passage, distance. 

365 Soufle,dsjiS cette acception métaphorique, est curieux à rele- 
ver ; Littré n'a pas d'exemple du mot en général au delà du 
XVI* siècle. 

368 De tant, d'autant plus. — > 369. Notez la répétition de que 
après rincidente. 

375 Tenir à poverte, prendre pour une misère (« chose à dédai- 
gner). 

378 Trait, synonyme de vait, 

380 Aporter ; nous dirions aigourd'hui « rapporter ». 

388 A droit = en vérité. — 398. Concire. forme habituelle p. 
concile, cp. navire p. navile ; je rappelle toutefois que, 
d'après Tobler (Remania II, 242), navire est pour navie, Vr 
étant intercalaire, et vient de navigium. 

398 Jubinal, en écrivant à Vemon, avait oublié YAvemus des 
anciens. 



XV. 1. SONGE D*EIf7ER. 361 

399 Parut quoi ? qu'ils étaient du plus grant renon (397) ? 

401 Ce vers n^est pas clair ; péri aval me semble suspect, et de 

quelle église peut-il être question ? 
413-16 Cette réponse de Raoul peut-elle servir comme un élément 

biographique et constater les multiples pérégrinations du 

poète! Bien-ai cerchie (parcouru) toute <^rg énonce-t-il 

une réalité ? Rien ne s'y oppose. 

432 Les professions de ce bas monde que le poète a de préfé- 

rence vouées à Tenfer, pour y servir de diverses ma- 
nières à Tusage des démons, sont : les usuriers (on fait 
de l^urs peaux des nappes et de Içur chair un excellent 
ragoût), les popelicans (v. 438), les tisserands (439), les 
putains (442, 479, 578), les champions ou brétailleurs (451), 
les brigands [tarons murtriers, 472), les hérétiques {bougres 
490). les mauvais avocats ifaus pledeors 527}, les huissiers 
{bedel 590), les papelars (590), les moines noirs et les 
nonains noires (592, 594), les vieilles prestresses (593) et les 
sodomites (595). 

433 Dois y table ; du lat. discus (d*où aussi angl. dish plat et desk 

pupitre). 

437 La grammaire veut mes sièges fu, 

438 Popelican ; d*après les dictionnaires ce nom s'applique à des 

hérétiques de la secte des Manichéens ; il serait tiré de celui 
de leur chef, Paul de Samosate ;poplicanus serait ainsi une 
altération de paulicianus (!). Il est incontestable que le 
terme a été appliqué aux mécréants (les preuves abondent), 
mais cela exclut-il la possibilité qu'il ait en premierJieu 
signifié ïq^ publicainSy comme Tindique sa facture f En de 
nombreux passages, comme ici, ce sens conviendrait tout 
aussi bien. 

444 Un petit prés, à peu près. 

450 Estout, d'habitude « outrecuidant, hardi », se rapproche ici 
du sens « fort », resté à Tangl. stout, 

456 Lor droiture, ce qui leur revenait de droit, leur paiement. 

458 U autrui chatel, du bien d'autrui. 

461 Sur ce pluriel doie (doigts), voy. ma note ad v. 410 de la 
Mort du roi Gormond ; j'ai, depuis, rencontré le sing, doie 
dans Guill. de Palerne, 7080 : L'une tint l'autre par la doie. 



362 NOTES BtPLicATiTEs (pp. 495-197). 

465 FaifUié -» faintise ; sur la formation de œ mot, voy. plus 

loin Roman des Eles, 97. 

466 Daintié, friandise : voy. Die2, II, c. 

479 Aplaqueresse. quid? M. Tobler, que j*ai oonsalté à ce scget, 
ne connaît pas ce mot ; s'il y avait aplagneresses, dit-il, le 
sens serait clair : les caressantes, de aplaignier^ caresser, 
choyer, cp. Chans. des Saxons II, p. 101 : Costume est de 
traite : ce que redote aplaigne ; cp. aplanoier, Froissart, 
Poésies, II. 218, 57, où le lévrier dit au cheval : Et s*on voit 
que tu soies liés On t'aplanoie sus le dos. 

4S0 Je ne saisis pas la pensée de Tauteur; crevace a-t-ii un sens 
obscène ! 

481 A verde saveur, & la sauce verte t Saveur signifie parfois 
assaisonnement, sauce. 

484 Prenant dois = doigts. j*ai mis de mon chef, sur la dernière 
épreuve, lor p. îi ; je révoque cette correction, car dois peut 
signifier soit plat, soit table(voy. v. 433). ^t lipuoient équi- 
vaut a « dont ils puaient ». Ou faut-il lire qu'il i puoienf^ 
pul'r étant pris au sens actif de flairer, sentir ? cp. v. 582. 

489 Déparier, faire l'objet de la conversation, discuter, vanter, 

aussi (selon le casi décrier. 

490 Uller, brûler (du type latin usttaare), aussi urler (p. usler), 

Perceval 39840. 

491 Parisée, faite & la mode de Paris f — Corrigez grant. 

492 D^tsé, ici imaginé? 

498 II faudrait, selon la grammaire, tôt chaut et v. 500 aparté. — 

A toute, avec. 
502 Complot, compagnie. 

507 Loérent ; je prends occasion de remarquer ici que je n*ai pas 

conséquemment muni la flexion erent d*un accent grave ; 
je me suis môme proposé d*y renoncer tout à fait, par la 
raison que les puristes prétendent qu'il fhut un accent algn 
(1*^ répondant à un a tonique latin) et que ma conviction 
n'est pas encore faite sur ce point. 

508 Notez remploi de sus; sus la table signifierait-il, comme 

Tall. Ober der tafel (cp. lat. super coenamjf, pendant la 
table? 
510 VuUetSy le brûlé. — Savoir doit avoir ici le sens naturel du 



XV. i. SONGE i>*ciim. SB5 

lat sapere: goûter, sentir; Je ne sais pas, si cette valeur 

da mot a déy& été indiquée. 
515 Poison, breuvage (forme populaire de potion) ; toutefois ce 

sens ne satisfait guère. 
519 Gormond d'Argent; quel est ce hougre attendu en Enfer 

avec sa troupe ! 
528 Chiudel, substantif tiré sans doute d*un verbe gaudéler, 

dimin. de gatAdir, 

540 Corir, être en cours, en vogue. 

541 Estre apris de, être habitué à; cp. la tournure active 

« ravoir apris «, Rom des Eles, 388. 

&4(M7 « L& leurs langues ont ce qui leur revient pour le tort 
qu'elles ont fait et le salaire {mérite) de leurs faussetés ». 

550 Maistire, chef-d*œu7re, coup de maître. 

551-52 Le premier îoées veut dire « payées » (de locare, payer, 
rémunérer), le second « liées » ; mais dans les deux cas, la 
bonne orthographe réclame îoiées ou plutôt, dans un texte 
picard, lofes ; je ne sais pas, au moment où j*écris, si c*est 
ma copie qui est en défaut, ou le manuscrit. 

556 Malice, masculin comme souvent. — ffocier, terme culinaire 
(d'où hochepot, 524), propr. secouer, puis mélanger un ingré- 
dient avec d'autres substances. 

559 Qeu de veille, divertissement inoffensif, puis chose insigni- 
fiante ; cp Meraugis de Portiesguez, p. 17 : Car ce n*ert mie 
giens de veille. De la grant biauté qu'eie avoit. 

561 Priçon, fWture. — 562 Maudiçon est la bonne forme fran- 
çaise p. malédiction ; aussi maleiçon. 

563 Embroier, fourrer dedans t cp. Richars li biaus, 3902 : Sa 
lanche en Tescu 11 embroie. 

568 Que ces langues ; nous avons là le même que, que quand 
nous disons : « c'est le plus grand plaisir que la reconnais- 
sance ». 

585 Sa$n, graisse (auj- ^^^'^ ^^^^ sain-doux). La comparaison 

serait plus Juste, s*il y avait gra^ au lieu de gros^ 

586 Fromage de gain, quid? Qatn (fr. regain) signifie aussi 

automne ; donc fh)mage fait en automne f 

587 iS!^ prendre d, se comparer ; cp. Cléomadès 3144 : Ne sepren- 

doit femme nesune A la biauté que ele avoit. 



364 NOTBs EXPL1CÀTITE8 (pp. 497-207). 

590 Bedel (bedeau), huissier ; beié, enmuselé ? 

592 Noirs moines, les frères de l'ordre de St. Benoît. 

594 Cretonne, un dérivé de creton, que Roquefort déânit ainsi 
« lard coupé menu qu*on fait frire dans la poôle » ; le Mena- 
gier donne cretonnéè comme une sorte de mets. 

596 Une plus ample description de la cuisine infernale et des 
personnages qui en fournissent la matière, nous est fournie, 
en un langage peu voilé, par le Salvt d Enfer (dans Jubi- 
nal. Jongleurs et Trouvères, pp. 43-45 . 

613 Ce qui reste sans suite. 

630 II est sans rapport ; il faut sans doute lire j>, comme la forme 
puisse le fait également présumer. 

636 Bien nous montre que nous avons à faire à des adverbes se 
rapportant à dire ; le masculin bel n'en est pas une preuve 
. aussi concluante, car on pourrait au besoin revendiquer à 
rime le genre masculin (cp. prov. rim) ; il faudra donc tra- 
duire si leonime par « en vers d'une rime aussi riche ». 

642 Aquit, subj. prés. 3* pers. sing ; voy. ad G. Soign. 1, 58. 

643-44 Ici encore ou voit la forme du nomin. négligée : il faut 
viu^ teche et li plus vius péchiez. 

657 Sols de deablies, une monnaie sans doute inconnue aux 

numismates terrestres. 

658 Biffe^ « pierre ou diamant faux » (Roquefort), mais aussi 

une certaine étoffe, voy. Littré. 
666 Noï au lieu de ne vi serait plus naturel. 
669 On a négligé le point d'interrogation après mentiroie, 
676 « Avant qu'il ne revienne d'un nouveau songe » ; c'est, avec 
V. 681, l'annonce du songe suivant, comme le v. 2 de ce der- 
nier présuppose le Songe d'enfer. 

2. Aonepe de Paradis (pp. 200-248). 

9 S^esmùvoir, se mettre en route, = mouvoir (H). 
10 Decheûs, qui s'abuse, qui manque & son devoir. 
14 S'esploitier, se dépêcher. 
29 IHeu amour ; cette inversion du génitif est connue ; le plus 

ancien monument français, les Serments de Strasbourg, 

débute par m pro Deu amur ». 



XV. 2. SONGE DE PARADIS. 365 

34 Marir le chemin (cp. 126), s*égarer. Chemin n'est pas propp. 
un régime, mais un déterrai natif adverbial. Voy. sur Tori- 
gine du verbe marrir^ ses signications diverses et ses com- 
posés et dérivés, Diez et Qachet. 

46 Faire dangier, faire des difficultés, reftiser. 

48 Bieîe chiere, beau visage, bel accueil. 

53 Dosnoi, propr. galanterie, ici amabilité, courtoisie en général. 

54 Anoi; la rime semblerait autoriser à considérer cette forme 

comme celle adoptée par Tauteur, mais il n*en est pas ainsi, 
car v. 82 nous trouvons anui rimant avec autrui ; y. 465 
anuis : conduis, v. 514 anui : fui, v. 761 anui : cestui, 

64 En, h ce siyet. — 65 7 otjué, il y fut joué, on y joua. 

69 Contenanche, contenement (on rencontre aussi contien), 
manière de se conduire. 

73 Nis, même, contraction de nefs, 

81 Preu, synon. d*avantage, profit. 

85 Teles i a, expression consacrée =3 teles tout court,» certaines 
d*entr elles », cp v. 93, Jean de Condé I, 214, y. U2 : Et 
àtezy a si meschiet (que j'ai mal compris dans mon com- 
mentaire), Besant de Dieu, 2741 : Si corne tels i a le font. 
Une phrase du môme genre est nH a celui ^ nul, p. ex. 
Perce val 33924-25 : N'i a celui n*ot de longueur Douse toises 
À tout le mains. 

87 Chasteé, forma populaire de chasteté, contractée aussi en 
chaste. 

94 Otez la virgule. 

100 Ruer puer ; voy. Rom. des Eles, 568. Pour les débordements 
des Béguines, cp. le dit des Ordres de Rutebeuf (I, 173) et 
celui des Béguines, ib. 186. 

110 Avoir habit, habiter. ^ 

135 Compaigne, forme variant avec compagnie, 

146 Basset, situé au Tond de la vallée. 

154 Aroî, forme apocopée de aroie. 

180 Seûmes, jusqu & ce que nous eûmes, cp. 185 et 619. Sur si «=> 
jusqu'à ce que, voy. mon App. à la dernière éd. de Diez, 
Dict., p. 775 ; au moment où j'écris, je rencontre une nou- 
velle étude sur ce sigei, par M. Emile Qessner, dans Qrôber, 
Zeitschr., II, 572*583. 



SS66 NOTES BXPUCAT1TE8 (pp. 207-217). 

I 

1S3 Vaut, forme picarde p. vont (voulut) ; U rioia bous prouve 

que c*est bien celle de l'auteur. 
196 Sousglout, souglout, seglout. formes anciennes de sanglot. 

ital. iinghiozzo. Le picard et le rouchi ont encore souglot 

p. hoquet. 
222 Par covens, en vérité (propr. par promesses). 
22S Suppléez le devant 2t. 
283-34 J'aurais dû plutôt accueillir la leçon de B., qui est plOB 

naturelle. > 
240 Par le trespas de^ èl travers. 
250 Joïr. saluer, faire bon accueil ; on voit plus souvent dans oe 

sens conjoïr. 
25S Boutée heurté ; desachier. tirailler, secouer. 
262 Raison, discours, parole. 
270 Neteé ; cp., pour la forme, chasteé (87), ducheé. veveé (Alexis), 

par fondée (La\ de Tyolet, Roman. VIII, 46). 
273 Le ramoner moderne ne s*applique plus qu'au tuyau de la 

cheminée. 
275 Aringnie, araignée (te » iée). 
278 Busqt4eletet fragment minuscule de bois ; cp. bûchette. 
292 Ne revaut petit, ne vaut non plus grand^chose ; logiquement 

il faudrait au v. préc. et au lieu de ne. 
300 Ne li anuit équivaut & « s'il lui plaît ». 
312 Acener. appeler, propr. taâre signe; voy. Diez, Dict. I, 

v« cenno. 

314 Qui se rapporte à Con/tessions. 

315 Peut ^pot. cp. 325 peuc = poi, 

318 Sans grief, sans déplaisir, volontiers. — 325 Corage. cœur. 

334 Changez le point en virgule. 

350 Enturle, enlulle. étourdi, insensé. Cp. Rom. de la Rose: 
Bien seroie fous et entuUes ; Alexis (citation de la p. 217) : 
Mais uns maistres qui ot non Tules^ Qui ne Ai ne fous ne 
entules. D'où vient ce mot t Le thôme parût être tusl. oe 
qui fait penser à Tall. dusel, sommeil, étourdissement (moy. 
haut-ail. tusel t). 

352 Vendre, faire payer ; suppléez le devant lor. 

387 Maisnie. ensemble des personnes composant un ménage. 

3d8 Amaisnier (oe mot manque dans Ste-Palaye et dans Roque* 



XV. 2. SONGB DE PARADIS. 367 

fort), enménager, établir. Cp. Vie de St-Eloi 9\b : sa mais- 
niè Qui entour lui iert amaisnie ; ib. 49a : Soudainement vit 
amaisnie Devant lui une grant maisnie De povre gent ; ces 
deux exemples constatent, pour le substantif et pour le 
Terbe, aussi les significations secondaires assemblée et 
assembler, attrouper. 

390 EoiUe, troupe. — 411 Estre, demeure. 

419 Les lis hochier^ leçon de mon ms., éveillerait Tidée : secouer 
les matelas ; préférant le sens « appeler le monde pour le 
coucher », j*ai adopté la leçon du ms. de Paris. 

437 El regart que^ en comparaison de ce que. 

447 Totttes voies, toujours, doit être lié à trouviens du vers 
suivant. 

458 Quant je revenrai » « quand j*en serai revenu ». En effet, 
Tauteur & la suite de son voyage en Paradis, à partir du 
V. 1031 de ce poème, nous expose les jouissances et les mer- 
veilles de la cité céleste, en citant surtout St. Bernard. 

460 Conduit, ici conduite (action de conduire), plus bas, v. 466 
et 623, conducteur. 

465 Par antus, par dépit ; cp. 480 toute trie. 

468 « Et ce qui me fit tomber dans cette perplexité, Ait que... ». 

478. Fouc^ foie, troupe, au v. 581 tourbe. — Soteriel, sot, niais ; 
voy. sur ce mot, mon gloss. de Froissart. (Chron.). Comme 
formation analogue notez lecheriel, gourtnand, Baud. de 
Condé, 337, 2028. 

474 A reponniaus, à cache-cache ; voy. mon gloss. de Froissart 
(Poésies). — Le v. 498 aurait dû m'engager & donner la pré- 
férence à la leçon du ms. de Paris : quijuoient aus tumbe- 
riaus (à faire des culbutes) ; cp. Jean de Condé II, 86, 1223 : 
Et flst un si lait tumberel Qu'il se rompi le haterel. 

481 Sos, en sot, sottement. 

488 Fier, ici furieux, dangereux. 

490 « Les habitations de pierre » ; manston est la forme savante 
de maison, cp. angl. mansion ; cp. v. 918. 

494 Demourant, syn. de coie, stagnant, tranquille. 

498 Euiseuse ou oiseuse, propr. oisiveté, puis délassement,passe- 
temps, plaisir. 

505 ce Que Dieu nous en envoie (avoit) TintelligMice » ; sens du 
verbe avoier intéressant & noter. 



568 NOTES BXPLrcATiYBs (pp. 217-235). 

508 Lors ; cette forme plurielle, contraire à la grammaire, s'est 
glissée plusieurs fois dans mon ms. ; je l'ai laissée subsister 
pour avoir Toccasion d'en constater l'emploi au 13« siècle. 

517 Pourbeant, regardant autour de moi. 

519 Savoir, formule adverbiale = pour savoir. 

526 Mieux vaudrait peut-être contregaitié. 

527 Je n'ai pas mis m*i (que le sens permettait), parce que Ton 

trouve encore ailleurs la forme mi faisant hiatus avec le 

mot suivant ; ainsi v. 533. 
544 Sereslessoit =» s*eslaissait (s'élançait) À son tour; v. 711 

s^eslaissier, s'abandonner, s'adonner. 
546 J'ai abandonné la leçon kiés (chef), parce qu'elle est en con- 
tradiction avec le v. 541. 
557 Entre ans, tous ensemble. — 559 Que nt«5, nous dirions « que 

pas un ». 
561 Cest del mains, tout au moins. 
568 Ici secouroit, v. 574 soiiscouroient , 
588 Se mètre en abandon, se sacrifier. 
602 Estraier, errant, abandonné ; voy. sur cet adjectif, ma note 

Enfances Ogier, 5762. 
610 Mauvestié, ici =, mautalent„ rancune. 
614 Que ne remaint (il faudrait strictement au subjonctif r^mat- 

gne) = sans faute. — Enqui = ancui (aujourd'hui). 
616 Pour che, c'est-à-dire pour ce qui m'était arrivé. 

620 Sans retraire, pr. sans rebrousser chemin. 

621 Sur, pr. aigre, ûg. pénible; l'ail, sûr, auj. sauer, qui en est 

Foriginal, a de môme les deux sens. 

624 Luit de, initié à. La question de savoir si ce participe-a4}ec- 

tif représente lat. ductus ou doc^u^ est tranchée en faveur 
du dernier par FOrster (Roman. Studien, livr. X, 181) et 
Havet (Remania 111, 326). 

625 Les formes penitanche et peneance alternent dans mon ms. 
629 Sans folie, en pure vérité. 

633 Bienvegnant ; on ne trouve le n du verbe venir transformé 
en gn (à part le subjonctif) que dans notre participe et dans 
le verbe bienveigner, donner la bienvenue. Ce dernier est 
tiré de la phrase bien viegnez (v. 843) ; quant à^i^nv^putn/, 
au sens de bienvenu^ c'est on abus. 



XV. 2. SOMOB DB PÀMAIU8. 369 

6i3 Jou est ici exceptionnellement, en ce qui concerne mon ms., 

<M5 Adrece, chemin, op. 884. ^ Ô48-9 Eigambement quelque peu 

violent. 
d59 La désinence latine ationem se retrouve en vieux finançais 
sous les formes aison, isan et oison : ainsi venaison^ venison 
(resté en angl.) et venaison ; oraison^ -oison et -ison ; 
cp. au V. suiv. arestoison. De lÀ aussi p. lat. occasionem^ 
tantôt ocAtson, tantôt ochoison, occoison ou ocfiaison. 
663 EskaiHon, échelon ; éccUllon est encore du picard. 
678 Camin, dérivé de carme, charme, ou peut-être directement 
d*un type lat. carménium. — Dans Baud. de Condé, 148, 81 
J'ai relevé un homonyme, le subst. camm» carmin. — 
CarcMdie^ synon. de sorcherie, sorcellerie ; cp. caraude^ 
sortilège (Quill. de Pal. 7253 Et dist que leus garons estoit 
Par les caraudes sa moillier), encharauder, ensorceler, 
charaie sortilège, bas. lat. caragus, caraitts sorcier. Notre 
mot suppose un subst. caraud qui répondrait à caraldus ; 
mais d'où vient ce thème car ! Voy. aussi Diez II, v<> cfiarme. 

684 Aoeuvre de aouvrer, mettre en œuvre, employer, cp. ital. 
cuioperare. Jean de Condé I, 81, 6 : Ainçois vol quecascuns 
s'aoeuvre Au mal faire et au bien laissier ; II, 97, 14 : Car puis 
que gentius bon aoeuvre Son cuer à faire oevre vilaine; ib. 
317, 122 Autresi.flns larges s*aoeuvre De doner. Je cite ces 
passages pour redresser l'erreur que J*ai commise en y rat* 
tachant aoeuvre au verbe aouvrir, erreur justement rele- 
vée par M. Tobler (Jahrb. VIII, p. 338). 

888 Perechant aurait pu fournir à Littré un exemple antique 
pour le verbe paresser, 

693 Scienche en viertu^ science effective, cp. v. 683 vertm en 
oeuvre. 

707 Sens en abstinence, abstinence sensée. 

709 « Que Dieu puisse y prendre plaisir et intérêt ». 

716 Si ahierdre, y toucher, y atteindre. 

718 Pieté, d'où, par la chute de Ve, pité, pitié, dont il partage 
le sens : sympathie, intérêt, compassion. 

783 Passience, indulgence. — 741 Viste, agile, habile. 

746 Taies ; aucun grammairien, à ma connaissance, n*a parlé 

24 



570 MOTBS KXPLtCATITBS (pp. 226-335). 

de l*éli8ion de Vu dans tu ; elle n'est cependant pas rare. 
756 Sans décevoir, sans déception. 
758 Parassommer, parachever, décrire au complet; syn. de 

paracompU'r 957. 
761 Aproismier «= lat. approximare, approcher (cp. p. 69, v. 1) ; 

ici, faire arriver près de la un. 
769 Fumir, parcourir en entier ; nous disons encore « fournir sa 

carrière ». 
772 La locution impersonnelle il couvient construite avec un 

sujet logique mis au cas-régime, a son analogue dans il 

faux : a quels compagnons il te faut ». Cp. v. 803 et 1122. 

779 Euisdive ou oisdive est une autre forme de huiseuse (498) ; elle 

répond à Taciy . oisif, mais il est difficile de se rendre compte 
du d. Un fait analogue est boisdie mensonge (pour boisie) 
et voisdie tromperie (de voisié rusé). Diez explique ce der- 
nier par une forme provençale h3rpothétique vezadia, syn- 
copée en vesdia, et pense que boisdie s*est produit sous 
rinfluence de voisdie ; j'en dirai autant de huisdive. 

780 Pive, fétninin régulier de piu (monosyll.), qui est formé de 

piU'S^ comme diu de deus, 

785 Notez remploi réfléchi de penser. — 786 Quoitier, presser, 
cp. 832. 

820 Liestre, la situation, l'état. 

823 Aparfongié, quid ? le sens^ est évidemment « approfondi » 
(on connaît par/bn^t^), mais comment faut-il Tentendre t 

827 S*acompegnier à qqn., le prendre pour compagnon, pour 
guide, cp. 851. 

836 Dreçant ^ dressée ; ce mot peut être ajouté à la liste des 
participes présents de cette nature, donnée par Tobler 
dans la Zeitschrift'de Grôber, I, pp. 19 et suiv. 

850 Enditer, recommander. 

854 Estre mestier^ être nécessaire ou utile. 

866 Entier, entièrement dévoué. 

872 Mescont^y compter^ trop peu, ici outrepasser, manquer. 

886 Le pire ne m*est pas clair ; le sens ordinaire ne se prête 
pas, puisque la plaine était « delitable » (877). Aurions- 
nous à faire au mot wallon pire ^ pierre,' au sens de 
rocher ou de gravier f 



XV. 2. SOUGB DE PARADIS. 371 

886 Mes, subst., demeure ; au v. suiv. mes est le participe de 
manoir demeurer. 

889 Monjoie, voy. Sooge d*Enfer, 360. 

910 Sans départir, éternellement. 

912-916 L'ordre des Frères Mineurs (aussi Menus) ou Franciscains 
date de 1208, celui des Jacobins ou Dominicains, de lèl5, * 
enfin celui des Trinitariens, de 1198. Ces dates, combinées 
avec celle de la composition du Tournoiemen,t d'Antecrist, 
où Raoul est mentionné comme un poète trépassé et qui a 
été fixée approximativement par Tarbé & l'an 1228, nous 
permettent d'assigner à nos deux poèmes sur Tenfer et le 
paradis, la date 1217 & 1228. 

914 Yisablement, face à face. 

918 Mansion, ici maison religieuse, couvent, cp. v. 490. 

921 Noirs monnes : les fï^res de Tordre de Saint-Benoît. 

922 RitUés canannes, les chanoines réguliers de Saint- Augustin. 
931 Biautés, ici jouissances. 

937 Mérites et desiertes échangeraient leur place que cela 
ne modifierait pas le sens ; l'un et l'autre signifie & la fois 
la récompense et ce qui la fait obtenir : aigourd'hui mérite 
n*a plus que la dernier de ces deux sens, et déserte a dis* 
paru. Op. G. Soign. 1, 16. 

944 Raviser, ici, comme le plus souvent, reconnaître ; cp. Jehan 
d*Estruen, 2, 44. 

950 Sans envie, sans sentiment défavorable. 

969 Je n'ai pas reproduit la leçon Mihiel du ms. de Bruxelles ; 

il n'y a nullement lieu de contester celle du ms. de Paris. / 

La substitution de Mihiel pourrait bien avoir été détermi- 
née par une intention ft^audufeuse. — Bien Vas fait , tu 
t'es bravement comporté. 

976 Tresdont, depuis (adverbe). 

977 J'aurais bien fait de mettre, avec le ms. de Paris, pule et 

avule, car au v. 1228 notre auteur fait rimer pule avec nule. 
989 Router signifie à la fois demander et commander ou recom- 
mander (cp. 881), et il se construit, je l'ai déjà dit, avec 
l'infinitif pur (cp. 1127). — Pourpenser, rentrer en soi, se 
recueillir. 

1016 Trespas, durée. — 1026 Loloir, souffrir ; TAllemand dirait : 
« das herz that mir weh ». 



L 



372 NOTES KXPLicATiYBS (pp. 235-247). 

1030 Ce vers exprime le désenchantement du poète. 

1044 De lui est pléonastique après le relatif dont; ce pléonasme 
est fréquent dans Tancienne langue, aiosi que dans les 
autres langues romanes ; voy, Diez. Qramm. III, 58, et cp. 
pi. h* p. 117 V. 42 : Celé ht rien ne U vaut. 

1045 De = à cause de. 

1054 Pour.,, d raconter, voy. Cisoing, 5, 4. 
1061 S*assentir rf, consentir, se mettre d'accord (v. 1077), ici se 
mettre à la hauteur de. 

1072 D'autres écriraient sH (si i), mais je ne le crois pas néces- 
saire. 

1073 Durance est resté en anglais. 

1082 Le subjonctif ait est en quelque sorte une réflexion du 

subj. puist du V. préc. 
1084 La leçon qtU est peut-être préférable. 
1101 Soumondre se rapporte & semondre, comme soucourre & 

secorre, soi^our & s^our. — 1102 Haster, presser. 
1108 Aliu, dépense, Toy. pi. h. Le moulin à vent, 196. 
1115 Past, pâture. — 1116 N*i respast, qui ni revienne à santé. 

11 17 Ne pas confondre le sens antique de viande avec le moderne. 

1118 Engrande ou encrant, avide, désireux ; j*ai plusieurs fois 
parlé de ce terme, en dernier lieu dans mon Appendice à la 
4* éd. du Dictionn. de Diez, p. 759. L'éditeur de Quillaume 
de Palerne (8480, 8662. 8848) et d'autreâ écrivent en grande^ 
ce qui rappelle mieux Forigine de Texpression. 

1120 Sans ravaler, sans retomber ; cheville pour dire a déflni- 
'tivement ». 

1121 Plentif, plentiu, abondant, riche. — 1123 Qui =■ si on. 

1152 Forsenerie a ici Taoception « assemblée de forcenés ». 

1153 Le suffixe ahle, chez les anciens, revêtait ft^équemment une 
signification active : ainsi aidàble (qui peut aider), enten- 
dable (intelligent); il nous est resté secourable, valable, 
semblable. Il faut ranger dans ces cas notre souffraàle (dis- 
posé à souffrance, c'est-À-dire à patience, bienveillance), de 
même que nuisable du t. suiv. 

1158 Degaster, détruire ; au t. 1161, au sens neutre de périr. 

1159 Fors, mais ; eskaitivé (excaptivatus), affranchi (des liens 
du corps). 



XV. 2. aONGB NI PARADIS. 373 

1166 La var. autant est préférable à tous jours. 

1170 De/ln, fin ; ce n'est pas un composé de /fn, mais le subst. 

verbal de definer. 
1178 Ire, tristesse (cp. 1344). — 1184 Pitance = pité. 
1187-8 De bien est le génitif d'espérance ; mais de mal équivaut 

à a par le mal ». 
1204 Lor tans, leur existence ; gaster, user. 
1206 Le sc^et de saront est tourmens (1203). 
1208 L*auteur emploie, comme la rime le démontre, à la fois 

entier (cp. 866) et entir. 
1210 Li anemi, les démons, cp. 1219 ; au singulier (Vanemi v. 

1251), le diable. 
1217 ElaSy 1. cri de douleur, 2. tlouleur. 
1222 Bieter, beter ; Diez,qui traite de Torigine de ce verbe (II, c), 

signale les significations emmuseler et inciter. Je le crois 

ici synonyme de àbeter, tromper. 
1228 Oant lepule, coram populo. 
1230 Notez dolor traité en masculin [sentus). 
1243 Féaument, avec confiance ; mieux vaut la variante fiement, 
1264 Deseverra, cp. duerra p. durera. 
1282 Balance, fig. danger, crise, moment décisif: cp. Carasaus, 

1, 25. 
1284 Claufiier a pour type clavificare (cp. prov. ficar) ; claufl- 

chier (variante) représente clavifixare. 
1301-2 Construisez : Li sien (pechié) accuseront cascun de ceaus 

qui là les porteront [avant de les avoir expiés par la con- 

fession]. 
1303 Maufé, forme habituelle p. maufet (malfait), diable. Ce 

mot, si familier & Tancienne langue, offre un cas curieux 

du passage de Ve ouvert en e fermé ; jamais on ne trouvera 

meffàit transformé en meffé' 
1313 Par air, pr. par colère, fig. avec véhémence, effroiable- 

ihent. — 1317 Amender » s'amender. 

1320 Passience, douleur, remords ; sens insolite. 

1321 Rera de rere ou raire, lat. radere , gratter , raser , fig. 
écorcher, blesser. ^ 1337 Mont, monde. 

1349-^ Allusion au passage de TApocalypse 6, 16 : « Et ils disaient 
aux montagnes et aux rochers : Tombez sur nous et cachez* 



374 HOTES EXPLICATIVES (pp. 247-SSO). 

nous de devant la face de celai qai est assis sur le trône et 
de devant la colore de l'Agneau ». 

1357 Eslaver, cp. esnetiier (Rom. des Eles, 561). Le que appelé 
par si n'arrive qu*au v. 1361. 

1358 Vers parenthétique ; escars et son synon. aver ont ici la 
valear métaphorique : agissant avec répugnance , sans 
vigueur. 

3. 1^1 romans des Eles (pp. 248-271). 

Hugues de Mery, dans son épopée allégorique, le Tour- 
noiement éCAntecrist, fait plusieurs allusions à la com- 
position de Raoul qui nous occupe. En voici une (p. 55, de 
réd. de Tarbé) qui concerne le sujet dans son ensemble : 

Dessus ot .i. blanc colombiaus 
Qui de Cortoisie ot .\j. eles, 
Où ot autant pennes très bêles 
Com Raoul de Houdenc en conte. 
Qui des .ij. eles fist .i. conte. 

Le souvenir a fait défaut à Hugues ; la Courtoisie n*a pas 
deux ailes chez Raoul, m^is bien la Prouesse ; la Courtoi- 
sie n*est que Tune de ces deux. • 
1 DtVtf, ici = faire de la poésie ou trover (v. 10). 

4 Qrant chatel faire, fkire fortune. Chatel est la bonne forme 

française du mot savant capital ; il se rapporte à ce dernier 
comme hostel {?iôtel\ & hospital {hôpital). Le sens premier 
est ravoir, opposé à la rente ; puis le mot s'est appliqué 
spécialement aux biens mobiliers et surtout aux biens en 
bétail. Il s'est conservé dans Tangl. chattels, biens, et cattle, 
bétail, néerl. kateeh biens» et enfin dans le terme Avançais 
cheptel (propr. bestiaux). 

5 En mon romanz, en mon langage. On sait que romanz et 

latin, tout en formant opposition l\in à Tautre, ont fini tous 
deux par devenir synonymes de langage en général. 

6 Comans = commence. 

8 Cortoisie, Tensemble des règles dont Tobservation distingue 
le gentilhomme du vilain. 



XV. 3. LI ROMAIIS DBS BU». 575 

10 Beh adverbe (op. yy. 81, 243) ; nous disons enoore adverbiale- 

ment bel dans bel et bien, La forme bêlement impliquait 
autrefois le sens de doucement, peu à peu. ^ Truis, l^ pers. 
sing. indic. prés, de trouver ; d<* pers. trueve (v. 114), et au 
subj. truiêtÇv, 31). 

11 Ki^ si on (cp. v. 490). Cet idiotisme s'explique parfaitement 

comme la forme écourtée de la phrase: s'aucuns est qui, 
que nous rencontrons au v. 21. 
15 Tient ; le sujet est la courtoisie. 

17 Lige, subst., chose appartenant à qqn. sans réserve. 

18 (Jopel, aig. coupeau, sommet ; comme œupet, couplet et 

autres formes patoises, diminutif de coppe, bas-lat. coppa^ 
esp. copa, flam. hop, ail. huppe^ koppe, sommet, cime. 
20-24 Traduction littérale : « En fait de courtoisie, il faut néces- 
sairement que, s'il est quelqu'un qui veuille en tenir un tant 
soit peu, il Tattende {wet, 3* pers. prés. subj. de toetier^ 
guetier, guetter) et qu'il la tienne des chevaliers et de leur 
ordre (voy. ad v. 37), car il n'en croit que dans leur 
domaine ». — La variante fi pour fief, dans B, est toutÀ fait 
insolite. 

27 Seuvisti a seufst^ sût ; le v doit être considéré comme inter- 

calaire, cp. pooir et j90t?oir,et v. 543 Jouve p. Joe. 

28 Apertenir, convenir (cp. w. 37 et 48). Au v. 46, nous aurons 

comme synonyme amonter, au v. 136 afferir, 

29 A malaise, mécontent. 

31 a Oui : la chose la plus pr^udiciable à leur intérêt et à leur 
réputation qu'on (ni*s) puisse y trouver, savoir {si est) 
que... » 

35 Si c'est méfiais est une parenthôse-cheville. « Et c'est un 
grand tort ». 

37 Le nom, dans tout ce passage, est synonjrme de classe, ordre, 

cp. p. 40, V. 32. 

38 Par droit, en vérité. -^iO Desa hautece, par sa noblesse. 

43 Afaire signifie : !<> état, rang, dignité (ainsi ici) ; 2» nature, 

caractère (v. 161) ; 3» manière d'agir (v. 84). 

44 II y a ici quelque négligence de style. Le poète veut dire : 

Leur classe sociale est si élevée au-dessus de toutes les 
autres que, s'ils en étaient bien pénétrés, ils reconnûtraient 



376 nom BXPLicAmnn (pp. 2S0-S51). 

aisément qu'ils font bien des choses qalls ne derraient pas 
se pennettre. 

45 L'autenr affectionne beaucoup ces petites phrases interroga^ 

tives pour aider an développemenif de sa pensée. Maihea- 
rensement cela dëgénôre en manière. 

46 Amonter signifie tantôt accroître, élever, tantôt (comme affè' 

rir^ apertenir et monter tout court) convenir. Cp. w. 28, 37 
et 48. 

51 A droit esgart, & tout bien considérer. — 52 Regari^ atten- 
tion, égard. 

53 Dues (prononcez demU nom. sing. de dueh deuil, douleur, 
malheur, dommage. 

55 Ques, contraction de qui les, comme des de de les. 

•56 Je voudrais changer cette forme irréguliôre viîeor en viëleor, 
mais le mètre s*y oppose, et la rime d*autre part ne permet 
guère de mettre viélor {or désinence contracte p. eor). Ces 
diificultés militent en faveur de la variante Ju^teor. 

58 Merestent^ melestent (62) ou, selon les variantes, tnarestcaU^ 
malestanc, est un mot négligé par les glossaires ; les vers 
qui suivent ne font douter qui! s'agisse de la pierre de 
touche, comme traduit en effet, dans son glossaire manus- 
crit, Lacurne de Sainte-Palaye en citant notre passage. 
L'auteur assigne aux ménestrels, en tant que plus familiers 
avec les habitudes des chevaliers, l'honneur d'être aussi les 
seuls capables de bien juger cette classe de gens ; il les com- 
pare ainsi à la pierre de touche, qui sert à reconnaître le 
vrai titre de Tor. L'étymoiogie du mot en question m*e8t 
inconnue; la bonne forme en est-elle mare^con^ (les cet 
les t se confondent si facilement dans la lecture des ma- 
nuscrits) et s'agit-il du verbe provençal marescar, men- 
tionné par Raynouard avec le sens de marquer (estimer, 
mettre la marque ?), ou Télément stent càche-t-il le flam. 
steen, ail. stein f mark- ou merk-stein f 

63 Sel=*sile;oesi est le si introductif d'une proposition prin- 
cipale relativement à une incidente. 
65 Cette expression or marchand, sous la plume d'un écrivain de 
la fin du XI I« siècle, est digne de remarque. Elle démontre 
que le sens véritable de marcheant (dont la lettre représente 



XV. 3. U ROVAHS DU BLB8. S77 

le bas-latin mercatantem, ital. mercattmte) est : qui va au 
marché, soit homme, soit chose. 

66 Ce est la fins, chenille d*afflrmation comme cV^^ {a «omm^ 
(T. 631). Cette yalear de fln » condusion, vérité sommaire, 
est analogue à celle de Tadj. /fn, signifiant : parfait, vrai, et 
à celle du verbe affiner^ dans son acception : affirmer, cer- 
tifier. 

68 Pleurs fait opposition à hostetis ; le mot rend ndée qui s*at- 
tache aigourd'hai & terrain » champ de bataille ; cp. v. 362. 
Le ppôte dit que les ménestrels sont le plus en situation 
pour connaître les qualités dont font preuve les chevaliers 
soit au tournoi et à la bataille, soit dans Tintérieur de leurs 
hôtels. Eux particulièrement ont l'occasion d'éprouver cette 
vertu capitale du gentilhomtne, sur laquelle les trouvères,, 
et pour cause, aiment toi^ours & s'arrêter : la largesse. 

72 Conteres ; le ménestrel conteur. 

73 Demander, demander son salaire. 

74 Contremander, empêcher ; cp. v. 368. Son synon3rme ordi- 

naire est destoumer. 

75 De largece, en fait de largesse. 

76 Pere{\B,i. pareat)/br«, se fasse jour; cp. le terme analogue 

en isse (v. 103), en sorte. 

8(^81 Mettre s'essongne, placer, débiter son excuse ; deviser, 
exposer. 

83 ce La volonté {talent) quil a de bien faire les choses ». 

85 Tenrtty retiendra, retardera. 

88 Aconqtteste est un mot consigné nulle part ; la signification 
qui s'impose est : condition, réserve, et elle est difficile & 
tirer de la facture du mot. La forme conqueste ou conquest, 
toutefois, a parfois le sens de profit, avantage, qui & la 
rigueur pourrait convenir. Les aconqitestes seraient les 
petites réductions avantageuses faites dans l'octroi d'une 
largesse. J'écrirais volontiers pour me débarrasser du 
mot inconnu : tantes d çou qtiestes i met (il met ft cela tant 
de questions), mais, à part la forme çou p. ce, étrangère & 
mon manuscrit, dçou,i, et en ses promesses donneraient 
ensemble une tautologie par trop Improbable. — Le ms. Â a 
aconquesttfres ; B, par pontre, offre un terme moins étrange : 



578 NOTKs EXPLICATIVES (pp. 3S1-S53). 

aquiteûres, moyens de s'acquitter, de s*excaser, moyens 
dilatoires. 

93 Je ne pénètre pas le sens de feruz en char (frappé en chair) ; 

les textes des autres mss. sont encore plus énigmatiques. 

94 a Sort un vain mot dissimula et dérisoire ». FaintU peut 

aussi signifier « sans force, sans valeur ». Eschar (subst. 
verbal de eschamir)^ dérision. 

95 ReHent^ adjectif, qui sent le moisi. Au v. 102, nous avons le 

mot comme substantif. Sur l'étymologie (douteuse) du mot, 
voy. Littré et Scheler. 

96 Assavourer, goûter (l'idée de goûter avec plaisir, inhérente 

au mot moderne savourer, y est étrangère). Aux vv. 211 
et 213, le même verbe signiâe « donner du goût », et équi- 
vaut & assaisonner. 
97-98 « Qu'il moisit de paresse et dans les liens de la lâcheté ». 
Fainté == faintise ; cette forme est tirée de faint^ comme 
chaste de c?uxste, par Tintermédiaire de fainteté^ fainteé. 
Faint^ faintis (v. 94) signifiant aussi dissimulé, nous trou- 
vons, ailleurs le subst. faintié (forme diphthonguée de 
fainté) au sens de feinte, dissimulation ; ainsi dans le Songe 
d'Enfer de notre auteur, v. 465 : « itant vous di bien sans 
faintié ». — Boie, chaîne, aussi huie, du latin bi^a, 

99 Tart de sqjor, paresseux, indolent (cp. lat. tardus) à force 

de sojomer, de croupir. 

100 Cler fait opposition à espés. Ce dernier dit « rempli, cou- 

vert », cler^ par conséquent « peu couvert », peu fourni, pour 
ainsi dire clairsemé. Charmantes métonymies ; i'épithôte 
de la chose transportée à la personne. 

101 ce Vif, prêt (tel est le sens ancien de aigre, enaigri) à l'at- 

taque sournoise (agait), mais vide, dépourvu de (véritable) 
prouesse, c^ Celle-ci lui fera toigours défaut : car ce, fond, 
ce relent de paresse qui lui est propre, percera toi^jours, 
quoi qu'il fasse. » 
105 Des autres^ c.-à-d. que ceux dont il vient d'être parlé : les 
larges et les avares. La leçon avers des 3 autres mss. pour- 
rait cependant bien être la bonne. « Je ne m'étendrai pas 
sur tous les genres de chevaliers ; je tiens avant tout (il 
m'est bel, il me plaîtj à constater que les chevaliers se tra- 



XV. 5. U ROMAMS DIS BLES. 379 

hissent par leurs paroles ». Tel parait être le sens général 
de ces vers, mais j*avoue que Tintelligence précise du t. 106 
ne se présente pas facilement. Aussi je tiens ma leçon pour 
fautive et regrette de ne pas avoir accueilli celle du ms. de 
Berlin^qui a limez. Je traduis donc : a Que, pour autant que 
les chevaliers se font connaître par leurs paroles, les mets 
sentent tôigours le vase d*où ils sortent ». Nous rencontrons 
donc de nouveau le verbe savoir au sens propre du latin 
sapere ; cp. Songe d*Enfer, 510. 

110 Eepostaiîle, retraite, cachette (de repost, repus, caché). 

111 A un mot, bref; ke, car. 

113-4 « J'ai donc raison de m*affliger de ce que Ton y {chez Us 
chevaliers) trouve de quoi blâmer ». — Nus = on. 

116 Le poète n*a garde de déconsidérer trop vivement l'ordre de 
la chevalerie ; pour mitiger sa plainte, il se restreint & 
dire que partout il y a des chevaliers qui sont moims dignes 
de ce nom que d'autres, ce qui ramène à censurer particu- 
lièrement les chevaliers qui pensent que leur prouesse les 
dispense de toute munificence et de toute modestie. C'est à 
leur adresse qu'il va nous exposer comme quoi la prouesse 
est sans valeur si elle n'a deux ailes à son service : Largesse 
et Courtoisie, chacune pourvue de sept plumes. Les deux 
ailes de Prouesse rappellent une allégorie analogue de Jean 
de Côndé : les Quatre cornes d'orgueil. 

118 La, orthographe accessoire de mon ms. p. dou^ del, 

119 En trestos les Zêta, à tous égards. 

123 Se fier a ici la nuance « se faire un titre de, se prévaloir, se 
réclamer ». 

127 « Que rhonneur ne consiste pas à satisfaire des solliciteurs ». 

128 Lecheor (nom. lecheres, lechieres) désigne proprement le 

lécheur de plats, le parasite, Técornifleur, le catillo des 
Latins ; puis le terme s'est particulièrement appliqué aux 
jongleurs, hirauts, ménestrels, qui encombrent les cours 
des grands seigneurs et dont les importmiités les ruinent 
assez souvent. C'est un synonyme péjoratif de ménestrel ; 
cp. plus loin vv. 440 et suivants. Notre poète veut faire en- 
tendre que, quelque importune que soit cette gent, il faut 
compter avec elle, et qu'il ne suffit pas de rappeler ses hauts 



380 ROTIS BXFLICATITB8 (pp. 253-255). 

titres pour les écondaire avec dédain. En plusieurs pas- 
sages de ses œuvres nous voyons chez Raoul se manifester 
le sentiment de la distance qui sépare le trouvôre, le con- 
teur, le ménestrel-poôte, qui célèbre et enseigne les vertus 
chevaleresques, du jongleur cupide, du rimeur de contre- 
bande, de ces parasites bouffons et lécheurs, qui tous parti- 
cipent & la dénomination générique de ménestrel. 
183 De ma main, de mon espèce, de ma condition. On connaît 
l'expression a gens de basse main *». G*est à cette valeur de 
main (cp. ail. ?iand dans aller hand) que se rapporte le dérivé 
manière, espèce, sorte (signification usuelle du mot dans 
l'ancienne langue). 

« 

134 Le participe paêsé (qui a surpassé) prend souvent la valeur 

de la préposition « au-dessus de ». 

135 Avoi, inteijection servant à fixer l'attention ; composée de a 

« ah, ha, etdeTimpératif voi. Voy. Diez, Dict, II, c. 

153 II ne s'agit pas, je pense, du courage proprement dit, mais 

du zèle entreprenant dans la poursuite d'un but généreux. 

154 Point équivaut ici à argument. 

156-7 Jean de Condé a fkit de Hardement et de Largesse deux 
époux qui ont procréé la Prouesse (voy. mon éd. l*» vol. 
p. 281) ; notre auteur fait de Largesse la fille de Hardement. 
Nous ne serons pas rigoureux à l'égard de ces généalogies 
de fkntaisie. 

lôO Mauvais est Tantonsane de hardi ; cp. v. 98. 

163 « Ne doit pas regarder à sa fortune ni & ses revenus ». 

166 Le seigle des variantes me plaît mieux que le sable de notre 
leçon ; je ne pense pas que ce dernier article ait jamais 
beaucoup rapporté aux seigneurs. Toutefois il est probable 
que sable signifie ici la fourrure de ce nom (la zibeline), qui 
servait souvent aux rémunérations des seigneurs envers 
leurs serviteurs ; d'autant plus que sable «= lat. sabuiitm 
n'est pas ancien dans la langue. 

171 « Soit follement, soit sagement ». 

175 .4t>otrprt5, être renommé. 

179 « Quand il se fait les réflexions suivantes » ; tel est le sens de 

cant il regarde (ou selon les variantes, esgarde). 

180 Avoir garde, courir quelque danger» avoir à craindre. 



XV. 3. Ll ROMANS DBS BLES. 381 

183 Esire bien de, être en bons termes avec ; ail. gut stehen mit* 
184-5 I^s doQS faits dans de pareilles conditions n*ont rien de 
commun avec la vraie largesse ; ils semblent fovcéa.^Adon- 
ner, act., incliner vers ; neutre, être en rapport avec. « Cela 
n*a rien de commun avec la largesse ». Ce dernier sens 
n'a pas encore été relevé ; Littrô, du reste, n*a pas d*exemple 
du mot au-del du XV* siôcle, bien que Froissart 8*en serve 
dans diverses acceptions (voy mon Gloss.). 
186 S^enforder p. s'esforder, comme plus loin (v. 626) t'erUire 
p. s'esltre, 

188 Desconfit — desconfàrté, chétif, accablé. 

189 A son don* en donnant. — 191 Eedot, doute. 

192 a Risque son bien à tout pour tout, à tout hasard, sans cal- 

cul intéressé ». Cp. Froissart, éd. Kervyn, t. IV, p. 27 : (La 
comtesse de Montfort) s'avisa que elle metteroit tout pour 
tout. 

193 A droit esgart, en réfléchissant bien. 

194 Se tenir = s'astenir (v. 306). Cp. v. 389. 

196 Acuet, 3« pers. sing. indic. prés, de acueîUr, recueillir, 
ranfasser, puis (et c'est là la signification dominante) saisir, 
prendre. Cp. v. 535 li vens Vacuet. « Acueillir son chemin » 
est une locution consacrée de la langue d'oïl. Voy: aussi 
pi. h. Oonth.'de Soignies, 16, 38. 

203-4 a II Ta bien mis en voie, pour que, plus il y va, moins il 
Testime ». 

205 Pident, peuîent, peuvent ; c'est le latin polent (p. poîîent) de 

poUere. Je n'ai pas jusqu'ici rencontré ce verbe à une autre 
personne et à un autre temps qu'à la 3« plur. de l'indicatif 
présent. L'orthographe petdt des textes du XV« siècle n'en 
tient pas, je pense ; cet 2 y est aussi parasite que dans eult 
p. eiU. Je ne crois avoir rencontré la forme puelent ou 
peulent que dans des textes picards; ne serait-ce au fond 
que puent, pueent avec un Z euphonique intercalaire? 

206 Li serfd V avoir, les esclaves de l'argent, est une apposition 

intentionnelle, destinée à mettre aver et avoir en rapport 
étymologique. 

207 Mètre, dépenser, débourser ; de là mise » argent. 
209 Ensengne^ comme exemple ^ chose qui enseigne. 



382 NOTES RXPLicATiYBS (pp. 21(5-960). 

211 Voy. V. 96. — 212. Raison, ici dans le sens de ratio, manière. 
215 Englot, de engloire ou englotir, coigugué autrefois comme 
partir, 

218 La leçon ctÂers vaut mieux que la variante cors. Le cuer est 

envisagé comme le siège même des sensations physiques. — 
L*application que nous avons ici du mot pitance (soulage- 
ment) est curieuse. Elle serait de nature à renverser les 
étymologies reçues de ce mot dans Tacception de « portion 
monacale « (voy. mon Dict.) et à faire expliquer celui-ci par 
a petite portion destinée à soulager» ; mais il est probable 
que les deux vocables ne sont qu'homonymes. Pitance = 
pitié, charité, se trouve aussi dans le Songe de Paradis,1184 : 
Et sans amor et sans pitance. 

219 Socorse, forme féminine et concurrente de socors (lat. site- 
- cursus), secours. 

221 Don terminois, c'est-à-dire payé par termes ou par ater- 

moiements ; je rencontre le mot terminois pour la première 
fois. Le texte A donne termoiez. 

222 Joindre, sens neutre, toucher près. 

226 « Oratia quae tarda est, ingrata est gratia », a dit Ausone. 
Hugues de Mery : 

Dons tardis, promesse présente. 
C'est don sans sel et sans savor. 

229 Assis, nous dirions opph'gu^ ; les trouvères disent d'ordi- 
naire emploie. 
234 Regrefer a ici la valeur insolite de incriminer, blâmer. 

236 Sordire, dire trop, calomnier. 

237 Le sens de trespasser est ici outrepasser, transgresser son 

devoir. — 239. Puis que, une fois que, dès que. 

241 Sesme, autre forme de sedme, semé (« septimus) ; la forme 
savante setime se voit au v. 487. 

245-250 « Celui qui prétend à la qualification de large, ne peut 
se dispenser de donner de beaux dîners ; il doit persévérer 
à être large (ne point son cuer changier). Pourquoi f Parce 
que cela sied à la largesse ; il en résulte que celui chez qui 
elle demeure, toi\jours persiste à être large. Elle demeure 
tot^ours, et d'ailleurs Dieu ne commande-t-il pas : Donnez 



XV. 3. Li BOMANs DBS ^Lbs. 385 

à manger largement )r? Voilà la traduction de ce passage 
obscur; quant à en saisir Tenchainement logiqtie, j*y 
renonce. Je ne pense pas que le sens jaillirait plus claire- 
ment, si l'on donnait À r^manotr son autre valeur de «faire 
défaut, cesser ». 

249 Commant est une incorrection p. commande, 

253 S'aperchoivent, s'entendent. 

260 Yers =■ vairs (varius), de couleurs diverses. — « Il aura 
beau faire de larges distributions de manteaux ; il aura 
môme beau le fkire de bonne grâce <s*il manque du côté de 
la mangeaille (« s*il est mauvais vivandier »), on ne se fera 
pas faute de dire en partant : « Honte pour lui ! » 

266 Riele, plus souvent ritUe, règle, lat. regxda, 

268 « Qui n'obtient robe, ait à manger ». Cuirie^ o*est la curée ; 
sur rétymologie de ce mot, voy. Littré. 

270*271 « Car je les ai énumérées tant qu'elles sont dans 
raile(?j ». 

283 ^i regarder^ y faire attention, s'y appliquer. 

285' Anc?iois, jadis, anciennement. 

295 Bonté, valeur, vertu. — 296 Pris, renom. 

297 Mervelheus, extraordinaire, fameux. « Et quelque renommé 
ou remarquable qu'il soit ». 

300 Entre cortoUie et orgueil est à traduire : « Ces deux choses : 

courtoisie et orgueil ». 0|/bonnaît cette valeur de la pré- 
position entre dans la vieille langue, cp. v. 585. 

301 , Conjoindre^ sens neutre, coexister. 
316 C'est un des beaux vers du morceau. 
321 JBr^ofr «-» e^oïr, comme enlire = eslire. 

324 « Car pour les chevaliers, c'est faire preuve de courtoisie 

que d'aimer à entendre des chansons, etc. » 

325 Notes, chansons chantées; viéles, chansons accompagnées 

de la vielle ; son, chant en général. 

331 Por ce se dit fréquemment pour jpor ce que, parce que. 

332 Par non, nommée par son nom. 

337 Comune^ générale. Quelle que soit la dame malmenée dans 

une chanson, le chevalier a le devoir d'en prendre la défense. 

338 Por une ; cette une est-elle la dame du chevalier ou la dame 

ohôre à tout le monde, Notre-Dame ? J'opine pour la seconde 






364 HOTES EXPucjLTiTBS (pp. 260-S6S). 

interprétation. Jean de Condé (II, p. 203) défend de laisser 
calomnier les femmes pour cette raison : 

Que {car) tant de biens nous en flst une 
Que des autres, à voir conter, 
Doit on tout le mal mesconter : 
Ce fti la beneoite virge... 

339 Tois, de teser^ tendre, viser, lequel répond au lat. tensare^ 
fréquentatif de tendere. 

342 Si notre leçon est soutenable, il faut donner & est empirie le 
sens de «c a pris de funestes développements ». En tout cas 
la leçon de A me semble plus naturelle. Cp. Songe de 
Paradis (v. 550) : « Qui toute la compaigne empire ». 

344 S'envier del pior, s'engager dans la pire voie. Il y a dans 

l'ancienne langue deux verbes envier^ étymologiquement 
distincts ; Tun est un dérivé deinvidia. Ventre invitare, en- 
gager, pousser, provoquer,donoer une impulsion ; voyez sur 
ce point ma note Baudouin de Condé, p. 426. C'est du der- 
nier que nous est resté le substantif ^o», déû (au jeu), ainsi 
que la locution à l'envi, au st^et de laquelle Littré s'est 
trompé en la ramenant à Fadverbe envis » invitus, ainsi 
que Diez en identifiant envi avec envie ; voy. mon Appen- 
dice au Dict. de Diez, p. 760. 

345 Sortenir p. sostenir. Sor 4Lio^ sont continuellement con- 

fondus dans les manuscri^Pt»*^^ 
350 Oui ilh se tient, au service duquel il se trouve : cp. v. 3S4, 
li sires d oui ilh sont. 

354 Penser exprime souvent, comme empen^er, Tint^tion; cp. 

V. 233. 

355 Le se rapporte à bel don ; si ce pronom se rapportait au sei- 

gneur, il faudrait le datif li (cp. v. 358). — Deslot, subj. 
prés. 3* pers., de desloer, déconseiller. 

359 Mestre signifie ici chef, préposé, officier. 

360 Od, avec. — 362 Place, voy. v. 68. — A est ici, comme en 

wallon, «a2. C'est une particularité de mon ms de ûdre 
tomber VI entre deux consonnes ; il dit ainsi acun p. àlcun^ 
aucun, miedre p. mieldrey mieudre (meilleur), atant 
p. autant. 



\ 



XV. 3. LI ROMAIIS DES KLB8. 38B 

368 Avoir weatier^ être utile, rendre sernoe. 

364 « Ils ne cessent jamais de &ire lear (méchant) métier ». En ' 
quoi ce métier consiste, est exposé dans les vers suivants. 

366 Prtfiulre, recevoir des dons; six, vers plus bas, le mot est 
synonyme de rober^ et le régime vo9 paraît môme y être 
raccusatif de la personne dévalisée. 

368 SalerU (de tailir)^ se dressent ; v. 407 et 531 au singulier, saut. 
— Ccntremander^ empâcher, comme v. 74. 

875 Or Bit d vos^ le voici (de nouveau) auprès de vous, qui de- 
mande ses gages. Peut-être faut-il avost (le t étant apocope) 
» août ; cp. la variante Â. 

378 S'abandonner, se laisser entraîner. Cp. Froissart (éd. Ker- 
vyn), IV, p. 17 : Ensi qu'il avient souvent par lui (» se) fol- 
lement abandonner. — 383 Noiant font, ne produisent 
aucun effet. 

386 Laroit, îairait (v. 410), laisserait. ^ Avoir apris qqch. «= 
en ettre apris (Enfer 541), en avoir Thabitude ; cp. Perce- 
val 4513 : De tout çou «*esmerveille trop Li variés qui ne 
Vot apris (qui n'y était pas habitué). 

392 La proposition introduite par le sujet li envieus est arrêtée 
par Texplication ou la justification de l'expression griéve 
(est pénible, fait souffrir), et n'est reprise qu'au v. 401. 

397 Si fait, locution affirmative bien connue (que l'on est surpris 
de rencontrer, dans le dictionnaire de Littré, sous le sub- 
stantif fait), remonte, comme on voit, très-haut df^ns la 
langue. Elle est l'opposée de non fait ; dans l'une et l'autre, 
fait est un verbe, c'est-À-dire le verbe faire, employé pour 
remplacer un verbe précédent qu'il faudrait répéter. Si fait 
affirme, non fait nie le fait en question. Ici si fait équivaut 
à si griéve. Dans Froissart (III, p. 459) le roi Edouard veut 
absolument faire accepter un souvenir & la comtesse de 
Salisbury ; celle-ci refuse en disant « il n'appartient pas, 
etc. », à quoi le roi réplique : a Dame, si fait », ce qui veut 
dire : si, il appartient. 

401 Raoul introduit ici la fable bien connue du chien envieux, 
du xûoiv Iv f dcryti d'Èsope. — Mtdon, meule. 

406 Fain^ foin. — 412 « Et pourtant lui, le chien, ne saurait man- 
ger du foin ». 

35 



386 N0TB8 EXPLiCATiYBS (pp. 262-264). 

413 Losengier signifie proprement flattear, mais les tDon- 

vôres y attachent presque toi^ûo^i^ l'idée de perfidie et 

d*égoîsme. 
4N NiSt mis, et même. — A son oez^ à son profit. Oez répond 

an latin opus ; il est monosyllabique, et ceux qui Timpri- 

ment par oès commettent une bé^ue. 

423 Colpoieres, copoieres (au cas régime copoieor \ y. 428) est 

celui qui colpoie, qui aime à railler: Colpoier est une forme 
dérivative de colper, au moyen du sufiixe oier (lat. -icare). 
Reste & savoir si colper représente le lat. culpare^ bl&mer, 
critiquer, ou le baslat. colpare, fï*apper (de colptis, coup) 
J*opine pour ctUparej bien que l'auteui^ lui-même semble 
mettre le verbe en rapport avec coup, en rapprochant les 
coups de langue et les coups de poing. 

424 Gas, pluriel de gap, subst. de gober, railler. — Mal gisant 

reproduit la même métaphore que malséant, 
427 Mieux vaut, ce semble, la variante sHl sHprent, s*il s'y laisse 
aller, s'y abandonne. Prenâte le pior est la même chose 
que s'envier del pior v. 344. 
430-34 « Qu'il ne peut ft*apper de beaux coups & la fois de la main 
et de la bouche, mais qu*il faut nécessairement que les 
coups qu'il fï*appe soient oîi des coups de main ou des coups 
de langue. » Le poète développera ultérieurement cette 
assertion que le métier de chevalier ne comporte pas celui 
de faiseur de bons mots, de copoieur ,- ce dernier est Tapa- 
nage des Ucheurs ou des ménestrels de bas étage. 
433 Venir à main, venir sous la main, se présenter aisément. 
Cp. Hugues de Mery (Tournoiement Antéchrist , p. 105), 
parlant de ses nobles devanciers , Chrétien de Troies et 
Raoul de Houdenc : 

... Quant qu'il distrent, il prenoient 
Le bel ft*anQois trestout à plain, 
Si com il lor venoit à main. 

437-442 Biauz cops est ici synonyme de biauz gas, fines et inno- 
centes plaisanteries, opposées aux vilains gas dû v. 424. Le 
chevalier, dans la société de ses pairs, peut fort bien se les 



XV. 3. LI ROMANS DB8 ELES. 387 

permettre, mais, ce qai déplaît à l'auteur, o*e8t quil riva- 
lise avec la gent peu noble des lecheors. Le msT a conte^ qui 
gêne la mesure, même si Ton prenait conter d au sens de 
« faire cas de, donner de Timportance à ». Ck>mme la con- 
struction réclame un singulier et que ce singulier est sur- 
tout indiqué par le son (le sien) du y. 442, j*ai par correction 
mis content de contendre, lutter, rivaliser , qui donne un 
excellent sens. Je pense que Tauteur a écrit ainsi, et qu'une 
mauvaise interprétation, content étant pris pour le pluriel 
deconter, a déterminé aussi le pluriel laissent au v. 442, 
que je n'ai pas hésité à faire disparaître malgré les 
manuscrits, qui tous ont soit lessent (AG et Turin), soit per- 
dent, — 442 ce Quand, au profit de leur caste, il néglige (ou 
renonce à) la sienne », quand il consent à se faire lécheur, 

443 a Ceux qui font cet échange (;«* parti) ». 

i45 Demé est bien la leçon de mon manuscrit. Elle ofli*e certai- 
nement de sérieuses difficultés, car mé pour meditÂS n*est 
pas constaté, et la disparate avec Tautre forme mi employée 
dans le môme vers , fait mauvais effet. D*autre part, la 
variante clamé ^,demé présente une tautologie non moins 
choquante. Je corrigerais plutôt, malgré l'emploi du même 
mot à la rime : 

Car ilh sont chevalier de mi 
Nomé et lecheor de mi. 

456 Contrepois (contrepoids) , le contraire , le rebours d'une 
chose, est curieux (nous dirions aigourd'hui le contrepied). 
Le mot correspondant provençal, contrapes, est employé 
dans le même sens ; voy. Raynouard, Lexique roman^ t. IV, 
p. 472, où l'on regrette de le voir envisagé comme un com- 
posé de p^5, pied. 

458 ToiUe, subj. de tolre, tolir, enlever. 

460 Mètre rancune, s'acharner. 

462 Ce vers démontre claiv^ement qui l'auteur entend par lecheors; 

ce sont bien les ménestrels. 

463 Cheville équivalant à : « en vérité, en bonne justice ». 

464 Le poète se met à composer un blason spécial pour ce cheva- 

lier-lécheur, conformément à la nature de son être. Hugues 



388 ROTIS bxpucàtivis (pp. 964-267). 

de Mery, à propos de sa descriptioii de reçu de Trahison 
(p. 25;, ùÀt allosion à celui décrit ici par Raoul : 

Ses faus escus, dont Dex nous gart, 
Au fàus semblant, au faus regart, 
As faus baisiers et as faus dis, 
Molt ta bien par Raol descris : 
A .iiy. rampones rampans, 
A une lange à .v. tranchans 
Ki Tescu porprent et sormonte^ 
L*escu au mireor de honte, 
A une bende de fâintié, 
Gontichié de anemistié, 
A .i. label de faussetés 

Les trois derniers vers sont, semble-t-il, de l'invention de 

Hugues. 
468 IHverse devise, étrange discours ou description. 
472 a A deux envers » se dit encore ai:^ourd*hui pour « à double 

face». 
475 Ce terme de blason rampant (du vieux français ramper^ 

grimper) est trôs-bien imaginé pour faire jeu de mot avec 

la ramposne ou ramptme (raillerie, critique mordante). 

Les deux mots sont de môme origine ; ils viennent du mot 

roman rampa, crochet et griffe. 

477 Porprendre, entourer. 

478 Hugues de Mery présente plusieurs fois des vers analogues : 

p. 26 Au mireor de fausseté ; p. 31 Vescu au mireoir de 
honte ; p* 51 Au mireor de cortoisie. Voyez sur les miroirs 
comme pièces de blason, Bemd, Allgemeine Wappenwiê- 
senschaft (Bonn, 1849), p. 284. 

479 Cp. Hugaes de Mery, p. 51 : ^ une mcmce Partraite de bone 

espérance. 

484 Son cors oster, s*empécher, se garder. 

485 A moins de corriger tez esctM (comme au v. 480), pende a id 

le sens actif de suspendre* 

487 IToblie p. n^obli est suspect ; il faudrait corriger n^obli ge. 

488 Compas, juste mesure, a donné compasser^ fy re avec mesure, 

construire avec art, ouvrer ; ce verbe & son tour a dégagé 



XV. 5. U ROMAHS DBS BLBS. 389 

an seoond sabstantif compas, qui prend le sens de oonstrac- 
tion, flM^tnrOy façon. C'est ce dernier qui est employé ici. 

489 MaUtrie, ici enseignement. 

490-91 Ki vuet, si Ton yeut. Le Uh du y. 492 deyra donc se 
traduire par on, « Celui qui yeut, en fait de courtoisie, 
dépasser tous les autres ». Passer le cors, périphrase pour 
dépasser. On peut cependant aussi prendre le cors (» le 
cours) pour la locution adyerbiale, au sens de « yite, promp- 
tement». 

493 « Qu*il aime sérieusement » ; à certes, opposé à d gas. 

499 Non paspor ce, néanmoins. 

502 Uomission de mes deyant qtumqtie est sensible, et je préfère 
la leçon des yariantes : mes quoi qu*aviengne, 

505 Igal, ady. également. 

507 Qriet, forme sabjonctiye de grfeve (de grever). 

508 En un setd point, en un instant. 

509-10 « Peut, par sa bonté, le récompenser de telle manière que 

tout son mal se conyertisse en santé ». 
516 « Outréement », ayant tout, principalement. — 518 Neis, 

nomin. sing. de neif, nef, ~ 522 Saice, tire. 
523 Per^ de i}«rdrtf (neutre) «pér^r. 
527 « Ainsi le yent paie ceux qui s*y abandonnent de telle 

manière, que Tun y gagne et l'autre y perd ». 
531 Li saui équiyaut à VassaïU. 
539 Est plus cheans, a plus de chance. 
543 Jowe (J'aurais mieux fait d'Imprimer Jouve, to 'étant «» uv), 

yariante de joue, jeue, Jue. -^ A la brice, ayec ruse, en 

traître. Phil. Mouskés, y. 3909, dit de Charlemagne : 

(}uar il ne ratrest pas le rice 
Pour le poyre mètre en la brice. 

M. de Reiffenberg traduit ici brice par bourbier^ ordure ! 
« Mètre en la brice » est une figure pour « traiter ayec dé- 
dain », ou plutôt pour « firustrer, tromper ». Bric et briche 
sont de yieux mots finançais signifiant attrape, piège et 
engin quelconque (yoy. Du (>ange-Henschel). C'est de là 
peut-être (Diez est d'une autre opinion) que yient bricole, 
qui signifiait 1« piège, ruse (yoy. des citations de (}oquillart 



390 , NOTES EXPLICATIVES (pp. 267-270). 

et de G. Alexis dans le diot. de Doohez), 2» engin de guerre 
pour lancer des pierres (voy. mon gloss. de Froissart). A 
propos do V. 1112 du Besant de Dieu, où Ton tvouyeestreen 
maie briche, Tobler rappelle le composé briquetoUe {toise 
« lat. tensa) piège tendu. — Dans Watriqaet de Couvin 
(Tournoi des dames, 572), j'ai relevé Texpression prendre 
au bril, prendre à Timproviste, au piège ; ce mot ne serait- 
il pas de la môme famille ? Il répond à un type briculus ; 
on trouve aussi prendre al breil (Martyre de S. Thomas, 
p. 44). 
547 Portraire, ici et v. 552, représenter, ressembler (voy. mon 
gloss. de Froissart). — Tenant compte du jeu de mots re- 
battu chez les trouvères (amer et amour), j*ai donné au v. 
préc., la préférence à la leçon dc^A (amer p. doîor), 

554 Emprunter, ici = prendre un engagement. « Afin de m'ac- 

quitter de l'engagement que j'ai pris » (v. 514). 

555 Prouver est opposé ici à deviner (établir par supposition). 
55S Le pronom le se rapporte à ce qui suit. 

561 Se père (déparer), s'épure, se fait, cp. v. 574, s'afine, Esne- 

tier (de net, nom. sing. nés, v. 564), purifier. 

562 Putie, ordure; subst. de Tadj. ptAt, puant, mauvais, qui 

vient du latin putidus, 

568 Puer (prononcez peur), prov. por, porre, est le latin porro, 
loin ; geier puer varie avec geter hors ou fors (563, 570). 
Le Songe de Paradis, v. 100, a ruer puer. Cp. Ph. Mouskés, 
3987 et Ernaut Caupain 5, 64. 

575 Prometre, assurer, affirmer. 

578 Le mot esseaz [essiaus) accuse un thème essel, essiel, mais 
je ne sais qu'en faire ; il ne peut être question de Vessieu 
pris dans quelque sens métaphorique. Le vers exprime 
un proverbe, mais je le crois altéré ; il y avait quelque 
chose comme : Car de bons es bons li essiaus (le ms. A a en 
effet de bons est); reste À trouver le sens du dicton ou 
plutôt la traduction, car le sens est indiqué par lldée qui 
précède : un bon contenu bonifie le contenant, ou en d'autres 
termes : tel vin, tel vaisseau. Serait-ce : Bonnes abeilles (es) 
font bonne ruche? Et ehbore faudrait-il prouver que es 
(apis) tût masculin. 



XV. 3. Ll ROXAHS DES BLBS. 391 

585 Pour entre, cp. t. 300. — 586 Ce féminin saniblante (le ms. 
À a samblable) m*a paru d*abord suspect, à cause de l'appli- 
cation de la désinence, féminine à un adjecUf en ont ou ent^ 
qui est contraire à la règle. Mais comme on voit à chaque 
instant dans les trouvères le féminin dolente, et après avoir 
même rencontré dans le Livre des Rois criante e pleurante, 
j*ai cru pouvoir laisser passer la leçon samblante. 

590 La ftors especiaus^ la âeur par excellence. 

598 Chapel, couronne ; de là chapelet, ~ 601 Nouvieles, fraîches. 

605-7. Ces vers sont rendus d'une manière plus nette dans le texte 
du Aïs. â. 

608 a Autant et une toise en plus {avant) ». 

610 Ifipece = n'iment. , 

612 Or soit passé que équivaut à « admettons, supposons que ». 

Ce passé se rapporte au verbe passer, souffrir, tolérer, 
admettre, homonyme, comme je pense, dépasser, aller au- 
delà. On trouve souvent dans le Cléomadès d'Adenez le Roi 
la cheville affirmative c'est passé ; je ne me Texplique pas 
autrement que par : « c'est admis et incontestable ». 

613 Entresait, prov. atrasait, atrasag, est un adverbe de la 

vieille langue signiliant « sans réserve, sans détour, sans 
façon, absolument, brusquement », et qui dans notre pas- 
sage équivaut à a pour tout dire ». Il répond au bas-latin in 
transactum (de transigere, pousser à travers, passer 
outre). Voy. Diez, J?^. Wôrt., II, p. 278, et Burguy, Qramm. 
II, 288. 

615 Dont, alors. —618. Esprent, allume, flg. fait briller, éclater. 

619 Tece, ieche, qualité (bonne ou mauvaise), et tace, tache, souil- 
lure (V. 622) ne sont que deux formes d'un seul et môme mot 
au sens commun de marque, chose qui ressort d'une surface 
unie. [Le méme4hème tac => chose saillante, clou, a donné 
attacher ou attaquer.] Teche a donné le participe techié, 
entechié, doué de telle ou telle qualité, bonne ou mauvaise. 

621 a Une fois que Tamour vient s'ajouter à ses bonnes qualités ». 

623 Ces mots K'amurs puisse sont embarrassants. Pouvoir a 
parfois le sens absolu de vaincre, l'emporter ; mais je n'ai 
pas d'exemple d'un emploi actif et ce n'est qu'avec doute que 
je traduis « qui l'emporte sur l'amour ». 



392 N0TB9 EXPLICATIVES (pp. 270-271). 

626 Ce vers ne peut s'interpréter qn'ainsi : « S'il est large, 

Tamour le fait encore plus large n (avant » davantage). 
Mais il présente une incorrection gra^ : larges (forme de 
nominatif) au lieu de large (forme d'accusatif) ; et la forme 
larges est indispensable pour sauver la mesure. N*ayant 
pas noté de variante dans A, je dois croire ici à une faute 
de Tauteur. Faute bien légdre du reste ; Tauteur avait 
perdu la liaison grammaticale et sa pensée lui présentait 
l'idée : il se /ait larges avant, où la forme du nominatif est 
conforme à la règle, voy. Diez, Gramm. III, 89-90, et cp. pi. 
h., p. 60, V. 44 : fier (non pas fiers) s'en font, 

627 )S'enlire -= s'eslire, se rendre eslit (distingué). 

640 L*auteur passe brusquementdu pluriel (^o/jpreuimtf»U) au 

singulier {puet en lui). i 

641 « S*il s*y est mis », c'est-à-dire à prendre ces eles, 
647 Qq car appuie le mot aucune (l'une ou l'autre). 

654 Bendre, faire, produire. 

655 Venir devant, se présenter, se produire. 

656 Avant, davantage. 

658 tt Mais, pour renoncer à en dire davantage sur mon sujet, 
négligerai -je (tairai ge) de donner un titre (non) à ce poôme 
(romanz) f — (Certainement, non ; je Tintitulerai donc : Le 
roman des Ailes. » — Cette tournure je non (cp. plus haut, 
v. 609, je volentiers) rappelle le oOx lyoïyc et le haud ego 
des classiques. 



TABLE DES MOTS LES PLUS REMARQUABLES 
RELEVÉS DANS LES NOTES. 

(Le chiffe rentoie k la page.) 



à plëoDasUqne devant rioflDitif 317. 

aairiêr (<^) 315. 

acomtier («*) à t86. 

aeonqaeête Vil, 

odonfMT 381. 

AoTiBBB fléchi 29S, 396. 

afoler 335, 345. 

agencer 29S. 

ajoifer 386. 

oitttSSO. 

aiongier 395. 

amaiiniêr 366 (f ). 

Offioiar 548. 

amofUer 376. 

omoUotr 344. 

afioi0r(O391. 

on/a* 331. 

aoiiofw, mettre en aetlfité 369. 



aparfoiigié 371. 
apiaquereue ^/dlî, 
ardura 341. 
oroter 335. 
atemproire 350. 
alt{/«r 399. 
atifoirro 359. 
aval 338. 
at»l331. 
OMMon 308. 

uVOWr OOl. 

atMmr»r 313. 

barbttTB 333. 

ôotfofi (preiuirtf le) 313. 

baiiere (êiOe) 354. 

(aiil;«345. 

M 317. 

beter, (Mer 364, 373. 



(l) Dant BtDott, Clma. dM diot de Nomindi*, 38094, oi troof» •«••raicr mt«c le 
pMsifltr. «•ilrt d'MCord, mait il fait lirt amaiêittnt f. ammitnitMnt. 



d« 



394 



TABLE 



bimvegnant 368. 
biffe ^QA, 

blanc Zi6. 

briche 390. 

brU 390. 

briquetoise 390. . 

buhoteZ^, 

caraudie 309. 

camin 369. 

chahute 326. 

chaie, subj. de cA^otr 301. 

choilé 365. 

c/Wer («c /«M>) 295 ; i'atmr ehier 

288,308. 
chiever 336. 

choiêir suivi d'an infinitif 320. 
choêe 3i6. 
cincmi 321. 
ckqHU 347. Signifie probablement 

le claquet de la trémie. 
clapoire 347. 
conduit 367. 
«onetl, sens actif 337. 
con/i/iotere 332. 
conjoindre^ sens neutre 383. 
ccm#«nc0 290. 

connro, contirer^ subst. 295, 296. 
cofutr^r, verbe actif 295. 
conlendre 387. 
contremander 377. 
contrepoit 387. 
oopoieor 386. 
coronctei 333. 
cr«iw> de qqch. 308. 
cretonne 364. 
de plac^ devant le sqjtt logique 

293,296. 



deffUr 299, 323. 
de/Su 301, 373. 
déporter (te) 313. 
destroii, sobst. 290. 
<ieoi«0r 318. 
(ioie, subst. 361. 
dolor^ masc. 373. 
dongier 305. 
dorenlot 327. 
(tofnot 365. 
douatre 310. 
douçor 289. 
dre^onl 370. 
dm, avide? 331. 
e/frot (/aire) 291. 
efn6roier 363. 
emprunter 390. 
engaing 289. 
enganer 339. 
on/oir 383. 
enZtre 392. 
eiMcrtr !288. 
entotidance 317. 
entetter 359. 
cit/otM 295. 
en^raiU, subst. 286. 
entre 326, 383. 
en/retoû 309. 
e9i/re«ai/310, 391. 
entttrle 366. 
envier 295, 384. 
esbaudir qqch. 358. 
escondtre 307, 312^ 
espavigneut 350. 
efp{oa298. 
esploitier 299, 300. 
etro^ter ot/301. 



DBS HOTES. 



395 



ciserai, futur 387. 

eisiel f 590. 

e$ta 391- 

eêtiere 3i9. 

estotU 361. 

estre ; il H est pau 299. 

estriUer fauvain 344. 

ef plëoQa8tiqae3IO. 

fainté, faintié 362, 378. 

faire, emploi périphrastiqae 350. 

failure 296. 

fardoiUié 338. 

faumouner 347. 

fautrer 333. 

/izve/e 320. 

/eru en c^r .î» 378. 

'/Toroûon 308. 
fonenerie 372. 
four agi 334. 
fourcnlendu 333. 
friçon, friture 363. 
' /weiWc 313. 
/t/eZ308. 

gagier, parage 297. 
^oln {fromage de) 363. 
^aticfe(363. 
^av0 332. 
^Mir(«e) 291. 
goheriel 352. 
5rrau352. 
grauser ? 532. 
Aofrtt, demeure 365. 
^^e/er 351. 
huisdive 570. 
jambet 519. 
j'ote masc. 285. 
jouveiU 514. 



/ttw (jugement) 504. 

toier; prés, tote, toil et totfl 500. 

toÎMor 509. 

lecheor 579. 

2ieu 514. 

to9u555. 

Ituniner 294. 

matfi 580. 

mnyuer 531. 

marcheant (or) 576. 

marescot (oier au) 550. 

melestant 576. 

mereslant 576. 

me«con/e 557. 

mettrait 557. 

mettre {ee) en, 519. 

monjoie 560. 

muebler 557. 

muer (ne povotr) 289. 

norrir, sens intrans. 556. 

ortoiïe 549. 

parisée 562. 

parotf (de parler) 291 . 

patte 591. 

pattienee 575. 

pautonier 500. 

pe/t/ (eyfre), impers. 529. 

/»eti^*f (Terbe) 581. 

peùture 542. 

piauchelu 555. 

picfe 569. 

pire ? 570. 

pitance 582. 

ptoee6o (à) 545. 

p(m< (^rofiver) 506. 

plumete 550. 

pititf p/tM ((ie) 544. 



iMWg 

OtfO 



TABLE M» NOTES. 



poum. 

popeUeafi361. 
pottrabre 380. 
jwtitNwr ae niocre ? 
prendre (te) d 363. 
piMT, idT. 329, 365, 380. 
rfitii346. 
font 343. 

ravUer (ressembler) 335. 
rechef (de) m. 
recomehê {de) 281. 

re/Vatndre 285. 

refuujee » reftises les 348. 

relent adj. 378. 

r0|)Ofinûiicf (â) 387. 

reprevier 310. 

f«tor 318. 

refrotre, terme d*escrime 359 (I). 

MWMir 362. 

eanoir = laU sapere, 363, 379. 

sa {mMre du) 345. 

eieréZê». 



si fait 385. 
joeofse 382. 
seigne (seose) 297. 
fonnon/er, formofilwB 
fotertel367. 
«(m/^342. 
sougHMe 372. 
«otf/le 360. 
«oiiprtfoii 307. 
lae/be, <arW 391. 
te<«y a365. 
Temple (servir au) 345. 
tormme 294. 
tonntnow 382. 
fraîUere349. 
fraoer«360. 
iresgeter 359. 
<rMp<u 366, 371. 
tumberel 367. 
ttiler, ti<(dEf, 362. 
vergani 302. 
ooialtle299. 



m. 



(1) Sor Im «Mpi dt rilTMle voy. 1« GIom. de Gtehet «t DueaBfft-HmiselMl, Vil. 

(2) Pwr oat itroMs d^Mcrinte (Songe d'Enfirr, vv. 990 et 772), qM je ne senrab 
doat J*ai aul Interprété le leeend, ep. Ro«. de la Vloletle. p. 96 : 

■• vitegM grase eole te fièrent 
Et te donnMit molt grant teMéev 
Et entredeni et tmrmêmUêê ; 



preeienr et 



itib.,p. aot 



SonTtnt M gèlent entredeiu 
Et retraitée et rarmentéeit. 



VIU. 
IX. 



xin. 

XIV. 
XV. 



NotM 
TkU* 



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