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Full text of "Études de philologie comparée sur l'argot et sur les idiomes analogues parlés en Europe et en Asie"

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ETUDES 



PE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 

SDR L'ARGOT 



Parte. — Typographie de Flrmln DIdot frèm, fils et Cie, rue laeob, 66. 



ETUDES 



DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 

SUR L'ARGOT 

ET SUE 

LES IDIOMES ANALOGUES PARLÉS EN EUROPE ET EN ASIE 

PAR 

FRANCISQUE-MICHEL 

Mcmm l»-LimE8 db la pagolté db pari/ct de L'umvERftir^ m MAuinic 

OOSBESPONDANT DB l'iNSTITUT 
BB l'ACASAUB mPiRlALB DB TIBlflŒ ET DE L'aCADÉMIE BOTALB DBS flCICRCES DB TUBIN 
DIS SOaMi DBS ANTIQUAIBES DB LONDRES, D'ÉCOSSB, DB NORMANDIE, rrC. 



DÉVELOPPEBIENT D*UN MÉMOIRE 
G0IIB0I9NÉ PAB l'iNSTITUT DE FRANCE 



PARIS 






UBBAIBIE DE FIBMm DIDOT FBEBES, FILS ET G" 

ntPHIMECRS DE L'IUSTITUT 

HTTE JACOB, N« 56 

1856 



•..ii'Tis:^ 



'•<-> 1 



a^ 






INTRODUCTION. 



SI- 



Malgré la certitude puisée au fond de notre conscience d'avoir traiié 
sérieusement une œuvre sérieuse, nous croyons, en écrivant le titre de 
ce livre y avoir besoin de prémunir les antres contre une impression dont 
nous avions nous-mème été frappé > de rassurer quelques lecteurs ef- 
frayés, et de mettre un travail de grammaire historique et philosophique 
à couvert sous le nom respecté d un homme qui fait autorité en cette 
matière. 

« Il n'y a personne, disait Nodier, qui ne sente qu'il y a cent fois 
plus d'esprit dans l'argot lui-même que dans lalgèbre... et que l'ar- 
got doit cet avantage à la propriété de figurer l'expression et d'imagi- 
ner le langage. Avec l'algèbre, on ne fera jamais que des calculs ; avec 
l'argot , tout ignoble qu'il soit dans sa source, on referait un peuple et 
une société (1). » — « L'argot, dit-il ailleurs, est généralement composé 
avec esprit, parce qu'il a été composé pour une grande nécessité, par une 
classe d'hommes qui n'en manquent pas, » etc. (2). — « L'argot de la po- 
pulace, qui a été fait par des voleurs, étincelle d'imagination et d'esprit (3). » 
— « Ce serait faire beaucoup d'honneur à l'argot que de le ranger parmi 
les patois. L'argot est une langue factice, mobile , sans syntaxe propre, 
dont le seul objet est de déguiser, sous des métaphores de convention , les 
idées qu'on ne veut communiquer qu'aux adeptes. Son vocabulaire doit 
par conséquent changer toutes les fois qu'il est devenu familier au de- 
hors, et on trouve dans le Jargon de Vargot réformé des traces fort cu- 
rieuses d'une révolution de cette espèce. Les hommes de tout pays qui 
parlent l'argot ou une langue analogue forment la classe la plus vile, la 
plus méprisable et la plus dangereuse de la société ; mais l'étude de l'ar- 
got, considérée comme œuvre d'intelligence, a son côté important , et des 



ij INTRODUCTION. 

tables synoptiques de ses synonymies ou divers temps ne seraient pas sans 
intérêt pour le linguiste. » 

Voilà ce que Nodier disait de Fargot dans son catalogue de 1844 , au 
n"" 198. D*un autre côté, T'auteur du Dernier jour d'un coniamnij après 
avoir rapporté, au chapitre XVI , les sept couplets d'une chanson d'argot , 
qu'il met dans la bouche d'une jeune fille de quinze ans , ajoute : « C'était 
une chose repoussante que toutes ces monstrueuses paroles sortant de 
cette bouche vermeille et fraîche. On eût dit la bave d'une limace sur une 
rose. — Je ne saurais rendre ce que j'éprouvais; j'étais à la fois blessé et 
caressé. Le patois de la caverne et du bagne, cette langue ensanglantée et 
grotesque, ce hideux argot, marié à une voix de jeune fille, gracieuse 
transition d'une voix d'enfant à une voix de femme ! tous ces mots dif- 
foi*mes et mal faits, diantés, cadencés, perlés I • 

Telle est l'impression produite par l'argot sur le condamné à mort, ou 
plutôt sur son éloquent interprète, qui n'a besoin que de quelques mots 
pour caractériser à merveille cette langue étrange, si riche en expressions 
immondes. Sans doute elle ne m'inspire pas moins de répugnance qu*à 
lui , qu'elle soit dans la bouche d'une jeune fille ou dans celle d*un vieux 
larron; sans doute je n'entends jamais parler argot sans un sentiment de 
frayeur et de tristesse qui remue tout mon être ; et malgré cela j'ai toujours 
éprouvé une envie irrésistible de me familiariser avec les formes de ce 
mystérieux jargon, et de me rendre compte de ce qu'il est, de ce qu'il a 
pu être, non-seulement en France , mais encore dans les autres parties de 
l'Europe. C'est chez moi une curiosité comparable à celle du digne Pa- 
rent-Duchàtelet , cet homme au cœur si pur, dont la vie se passa dans le 
contact, dans l'étude des impuretés de toutes les espèces ; curiosité encore 
plus semblable à celle du missionnaire anglais Geoi^e Borrow, qui , au 
début de son livre sur les Bohémiens d'£spagne, avoue s'être toujours in* 
variablement intéressé à cette race, et n'avoir jamais entendu prononcer 
le nom de Gypsy sans être agité de sentiments difficiles à définir, mais 
dans lesquels prédominait un plaisir étrange. A tout prendre, ce plaisir 
n'est peut-être que celui dont les femmes et les enfants, surtout les na- 
tures nerveuses, se montrent si avides, et qui les porte à suivre les dé* 
bats des cours d'assises, à se pencher sur un abîme dont la vue fait refluer 
tout le sang au cœur, à contempler des cadavres, des reptiles et des 
monstres. 



INTRODUCTION. iij 



SU. 



De tout temps il y a eu des gueux , des voleurs; c'est une de ces vé- 
rités qui n'ont nullement besoin d'être démontrées. Ce qui n'est pas aussi 
connu, c'est leur histoire dans l'antiquité (4) et dans le moyen âge, leur 
oi^anisation en bandes, leurs coutumes, et le langage dont ils se servaient, 
soit pour communiquer entre eux , soit pour dérober la connaissance de 
leurs secrets à la justice, et de leurs projets a leurs victimes ; et cependant 
il n'y a pas à douter que les vagabonds et les voleurs des anciens temps 
ne se comportassent comme ceux de nos jours : les mêmes nécessités en- 
gendrent les mêmes moyens d'y parer. 

Ce serait un livre bien curieux que celui qui nous aurait conservé la 
manière de vivre et les exploits des Cartouches, des Mandrins et des 
gueux et bélîtres de Bome et d'Athènes ; mais l'histoire et la poésie n'ont 
pas daigné descendre jusqu'à ces héros, que je soupçonne de faire partie 
de ceux dont Horace disait : 

Multi, sed omnes illacrymabiles 
Urgentur, ignotique longa 
Nocte, careut quia vate sacro. 

(HoBAT., Od. 9, lib. IV.} 

Il nous faut donc renoncer à savoir si ces grands hommes inconnus , 
quos fama obscura reeondit, comme dit Virgile (5), parlaient un argot 
quelconque. 

Toutefois, un rimeur du dernier siècle, auquel l'idée vint de célébrer 
un héros du même acabit , dans un poème peu fait pour accroître la ré- 
putation de l'un ni pour en donner à l'autre, Nicolas Ragot , dit Granval , 
ne craignit pas d'avancer, après Furetière, que ce mot venait de la ville 
d*Arg08, en Grèce. C'est lorsqu'au chant X, réunissant son héros avec 
quelques-uns des principaux de sa bande et leurs maltresses, au cabaret 
de la Gonrtille , il fait dire par Cartouche à Lisette^ son amie : 

Votre aspeet, ma déesse, embellit seul ces lieux... 
Je veux sur votre nom faire des anagrammes , 

Des sonnets, des chansons, des Je veux , en un mot, 

Employer comme il faut le plus sublime argot. 
h me surpaiietBi. Que vous seres contente , 



iv INTRODUCTION. 

Vous qui parlez si bien cette langue charmante ! 

— Mais, à propos à'argot, dit alors Limosin , 
Ne m'apprendrez-vous pas , vous qui parlez latin , 
D'où cette belle langue a pris son origine? 

— De la ville d*Argos, et je l'ai vu dans Pline , 
Répondit Balagni ; le grand Agamemnon 

Fit fleurir dans Argos cet éloquent jargon. 

Comme sa cour alors était des plus brillantes, 

Les dames de son temps s'y rendirent savantes. 

Electre le parlait, dit-on, divinement; 

Iphigénie aussi l'entravait gonrdement. 

Jusqu'aux champs phrygiens les Grecs le transportèrent , 

Tous les chefs en argot leurs soldats haranguèrent , 

Connaissant quelle était sa force et sa vertu 

Pour pouvoir relever un courage abattu. 

J'ai vu , s'il m'en souvient , dans Ovide ou Virgile , 

Que , lorsqu'on disputa pour les armes d'Achille , 

L'éloquent roi d'Ithaque eu eût été le sot 

S'il n'eût pas su charmer ses juges en argoL 

Cartouche, ayant ensuite repris la parole , non-seulement approuve le 
discours de Balagni, mais, poussant encore plus haut l'origine de Targot, 
il la fait remonter jusqu à la conquête de la Toison d'Or (6). 

C'est là , à notre sens, une témérité ; mais de quoi des scélérats tels 
que Cartouche ne sont-ils pas capables ? Nous ne voudrions pour rien au 
monde qu'on nous crût son complice, surtout dans une entreprise aussi 
périlleuse que la recherche de Tétymologie du mot argoti 

Plus braves que nous, plusieurs savants l'ont tentée, et n'ont pas douté 
un seul instant qu'ils n'eussent réussi. Le Duchat, dans sa note 14 sur le 
livre II, chap. xi, de Rabelais (7), dit que ce mot, « qui proprement si- 
gnifie le jargon des Bohémiens, vient... , très-vraisemblablement de Ha- 
got, par une légère transposition de lettres, et non pas de la ville d'Ar^ 
go$, • etc. Bagot était un fameux bélître, contemporain de Louis XII et 
quelque peu de François P', souvent cité par les écrivains de l'époque (8), 
et que les gueux du temps considéraient comme leur législateur, s'il faut 
en croire Noël Dufail (9). « C'est de là , ajoute le Duchat, parce que les 
gueux et mendiants prennent toujours le ton plaintif lorsqu'ils vous abor- 
dent, qu'on a dit ragoter, pour grommeler, se plaindre, murmurer en se 
plaignant. » 

n eût été bien plus simple, comme Roquefort l'a fait observer avant 
nous (10), de dire que l'on avait donné le nom d'argot au langage des 
gueux de l'hostière, parce que ces gens, sans aucun doute, parlaient le lan- 



INTRODUCTION. v 

gage de Ragot; et puis, pour le remarquer en passant, ragoter ne signiâe 
pas se plaindre, mais grùnder, murmurer, ou grommeler à toute heure , 
suiTant Texplication d'Oudin , qui fait précéder ce mot d'une étoile (1 1). 

Quoi qu'il en soit, le Duchat ne persévéra point dans l'opinion qu'il 
avait émise en commentant Rabelais ; il l'abandonna pour s'en former une 
autre, qu'il con&igna dans ses notes sur le Dictionnaire de Ménage : « A 
Metz (dit-il) , les eniants ont entre eux une espèce de jai^on ou d'argot , 
qui consiste à allonger chaque syllabe de leur discours de deux autres 
sjUabes dans la première desquelles domine un R, et dans l'autre un G. 
Par exemple, pour dire. Vous êtes un fou , ils diront : Yousdregue es-- 
dregueundreguefoudregue.Ce^uTroit bien estre là proprement l'argot, 
qu'on auroit nommé de la sorte à cause de YR et du G qui y dominent (12).» 
Voilà certainement une découverte dont tout le monde n'eût pas été ca- 
pable : j'avoue cependant que j'aurais préféré voir cette explication de le 
Duchat dans ses notes sur Rabelais, qui, en cet endroit, ne se fussent pas 
montrées moins plaisantes que le texte. 

Uo autre commentateur de Ménage revint au grec, en se fondant sur 
d'autres motifs que Furetière. Après avoir cité la première explication 
pro]>osée par le Duchat, Yergy ajoute : « Je ne sais si cette étymologie 
trouvera beaucoup de partisans. Pour moi , je suis convaincu que le mot 
argot vient du grec, et qu'il a été fait d'apyoc, qui signifie un fiiinéant, qui 
mène une vie oisive, qui n'a ni travail ni métier; que de ce mot grec, qui 
convient si bien à cette sorte de gens , on a appelé argot le jargon qu'ils 
parlent entre eux : de même que nous disons l'esclavon, Vespagnol, pour 
exprimer la langue que les Esclavons et les Espagnols parlent (13). » 

De nos jours, un savant académicien, Clavier, pensait que, l'argot ayant 
été formé par les gueux et les voleurs pour n'être point entendus lors- 
qu'ils s'entretiendraient de leurs complots, ils lui avaient donné ce nom 
par allusion aux ergo des écoles, manière de parler qui n'était usitée que 
là. M. de la Mésangère, qui reproduit cette étymologie dans son Diction'' 
naire des proverbes français, pag. 21 , la trouve excellente : pour moi, 
sans m'en expliquer davantage ici, je m'étonne que Clavier, en bon hellé- 
niste qu'il était, n'ait point pensé à Argus, symbole d'une vigilance que 
tous les efforts des malfaiteurs tendent à mettre eft défaut. 

Un autre de nos contemporains, Nodier, peu porté, comme il le dit 
lui-même (14), à chercher des étymologies grecques aux mots qui parais- 
sent anciennement naturalisés dans notre langue, rapporte l'opinion qui 
attribue au mot argot l'étymologie d*âpY<><) otiosus^ qui veut que ;aryon 



V) INTRODUCTION. 

soit le même tenne à peine modifié, et qoe baragouin soit fidt de |Uk« et 
d'dlpYoc ; après qnoi, sans s'exptiquer sur k f aleur de cette opinion, il émet 
la sienne en ces termes : « On a dit autrefois narquin , nn mendiant ; luir- 
quoiêy le langage des narquim. La lettre n se rattache souvent aux Tojelles 
initiales, et cette synthèse arrive souvent par son échange contre Far- 
ticle apostrophé avec lequel elle se confond aisément : Vargot , nargoî et 
narquoU. 

« Au reste, ajoute le même écrivain , il n'y a rien de plus douteux que 
ces étymologies si faciles à soutenir. Argot vient, peut-être, comme a<« 
fana vient d'eçuta, d'une origine bien plus éloignés, de tingano ou xin- 
garo, bohémien. C'est le langage que ces aventuriers ont eux-mêmes ap- 
pelé le xergo, contraction de xingaroj qui est tout à fait dans le goût de 
Y argot. De xergo nous aurions fait g$rgon. De là jargon, argot, et le 
reste (15). > 

Argot, selon H. Cousin, dut avoir le même sens qn'argutie. Pour ce 
mot, au xvu' siècle, on disait argoteriê, d'où ergotme{\S). L'exemple sui- 
vant, emprunté à une pièce de cette époque, semble donner un démoiti à 
riUustre philosophe : 

S'il avoit bien seut nostre argot... 
Il eust baisé la mère encore, etc. 

(Ms. de mon cabinet, foL 119 recto.) 

Plus prudent que les autres lexicographes , Leroux s'est bien donné 
garde de ee prononcer entre les diverses opinions relatives à l'étymologie 

I dit mot argoî. Il se borne à dire que < c'est une espèce de baragouin que 

parlent à Paris les gueux, les laquais, les polissons, les décrotteurs entre 

^ m%* On Appelle, ajoute-t-il, ce jargon le langage des gueux, parce qu'il 

leur est plus commun qu'aux autres (17). » Observons, à notre tour, qu*on 
lui a donné bien d'autres noms, entre autres ceux d'artis et de langage 
de Lati^, qu'il avait déjà dans le xvi* siècle (18). 

Roquefort , que nous citions tout à l'heure , distingue trois sortes 
d'argot : largot des gueux et mendiants, celui des voleurs et des filous, 
et celui des ouvriers. Il est permis de ne point adopter cette distinction. 
Quelque eoiumisération que nous ayons pour les malheureux en proie à 
cette affreuse maladie désignée par maître François sous le nom de fauUe 
d'argent , nous faisons, cher lecteur, très-peu de différence entre les men- 
diants et les voleurs qui exploitent nos grandes villes. Quand on demande 
l'aumAne, on est bien près de l'exiger : 



► 



F 



INTRODUCTION. vij 

Et scaches qu*en grand* pauvreté , 
Ce mot dit-on communément, 
Ne gifit pas trop grand' loyauté, 

(Le Grand Testament de François VUlon , huit. XIX, v. Uo.) 

« Ponr estre Insigne Yolleur, écrivait , il y a plus de denx siècles, un 
historien de cette caste, il faut avoir passé par la République des gueux ; 
sçavoîr toutes les ruses, artifices et industries des Boëmiens, cognoistre les 
Mercelots, les Blesches, les Gaignarts, les Bribantins et les Biscayens, et 
autres canailles qui ont accoustumé de vaguer çà et là parmi le monde. 

« Un Toleur subtil entend le picaro et le dictionnaire de maraudaille, 
il a des loquutions qui ne se praticquent qu*entre les confédérés et les 
frères de la manicle (19); et de tout temps ont veu que ceux qui ont ex- 
cellé en ce mestier ont premièrement gueusaillé de porte en porte et dans 
les églises (20), » etc. 

Je crois entendre le P. Garasse parlant des gueux de son temps : « Il est 
certain , dit- il , que ces gens ont une secrette caballe parmy eux , qui ne s'en- 
seigne qu'aux frères de la besasse; et de mille qui lisent le picaro, soit en 
espagnol, soit en franools , je m'asseure qu'il n'y en a pas quatre qui l'en- 
tendent, car il y a des termes mystérieux et des locutions de maraudaiUe, 
qui sont de vrays énigmes à qui n'a pas faict son apprentissage de gueu- 
serie; et qui entendroif ces locutions sans commentaires, ringer sur le 
pelai, et câbler à la bislorte? Il n'y a calepin à dix langues, ny grand 
étymologique qui en puisse venir à bout; ce sont paroles de cabale, et 
qui ne se disent qu'à l'oreille entre les belistres. Outre ces locutions, ils 
ont leurs maximes , leurs loix, leur police, leur créance particulière, leurs 
finesses et soupplesses pour eschapper quand ils sont descouverts et pour 
tondre sur un œuf (21). » 

Ce que Roquefort appelle l'argot des ouvriers , à proprement parler, 
n'en est pas un; ce n'est que notre langue émaillée d'expressions que 
l'on chercherait vainement dans le Dictionnaire de l'Académie française, 
et qui sont empruntées ou à l'argot des voleurs , ou aux usages et aux 
occupations de chaque corps d'état. Mais, une fois en veine de classifi- 
cation, notre lexicographe eiA tout aussi bien fait de comprendre dans 
sa liste l'argot de la police, qui , au siècle passé, avait le sien (22), l'argot 
des comédiens, qui depuis longtemps en ont un (23), celui des boursiers, 
celui des maquignons et des amateurs de courses, l'argot parlementaire, 
en un mot, toutes ces excroissances qui défigurent notre belle langue 
française, n eût même pu accroître ce catalogue de l'argot des savants, 



viij INTRODUCTION. 

qui, dit Nodier, ont fort babilement perfiectionné l'art de discourir san^ 
être entendus (24); et y ajouter le langage héraldique, sur la foi de 
M. Daunou , qui n'a point hésité à lui donner le nom d'argot dans un 
article d*un recueil sérieux (25). Plût à Dieu que nous pussions assigner 
à la langue matoise, à l'idiome des chevaliers du roi Bagot (26), des com- 
pagnons de Fargot (27;, des chercheurs de midi (28), des parents de 
David (29), des taille-goussets (30), des carabins delà comète (31), de 
messieurs les chevaliers de la serpette ou de la petite épée (32), les officiers, 
marquis ou échevins du Port-au-Foin (33), les frères ou officiers de la Sa- 
maritaine (34), les officiers ou avant-coureurs du Pont-Neuf (35), les plu- 
mets (36), les frérots de la cuque (37), de quelque nom qu'on veuille les 
appeler, une origine aussi noble, aussi ancienne ! 

Malheureusement cette tâche est an-dessus de nos forces. Si à toutes les 
époques de notre histoire nous trouvons des associations de wleurs , ce 
n'est qu'au xv^ siècle que nous avons des monuments de leur jargon 
et jobelin (38), car nous n'osons nous risquer à signaler comme étant de 
l'argot quatre vers du Jus de saint Nicholai , que Jean Bodel a mis dans 
la bouche de deux larrons (39), et que nous n'avons pu réussir à com- 
prendre. Ces monuments sont six ballades composées par François Villon, 
né, comme on le sait, en 1431 ; quelques vers, plus anciens peut-être, 
inscrits à la suite d'une vieille traduction de Tite-Live (40) , une scène 
presque entière du Mystère de la Passion (41) , et de celui du Yiel testa- 
ment (42), un passage des Actes des Apostres {iZ)j et une portion consi- 
dérable du Mystère de saint Christophe (44). Avec un peu d'étude on peut 
venir à bout de rendre en français cet argot. On n'en saurait dire autant 
des ballades argotiques de Villon ; néanmoins, quelque obscure qu'en soit 
la langue, successivement altérée dans les éditions qui ont été faites de cet 
ancien poète, on comprend de reste qu'il s'agit de conseils à des voleurs, 
coquillards,gaillieursouga7eux, spelicans, bezoards (45), saupicqnets, 
joncheurs et autres ; car à ces noms ne se bornait pas la nomenclature des 
diverses classes de bons compagnons qui n'avaient en vue que le bien de 
leur prochain. Us se subdivisaient en bien d'autres catégories, au moins 
dans le siècle suivant, 8*il faut -s'en rapporter à un petit livre, tout en 
argot, dont la plus ancienne édition connue est de cette époque (46) , et 
qui reparut plus tard avec quelques modifications dans le titre (47). 

Cet .opuscule, dont l'auteur s'est caché sous un nom d'argot, car dans 
ce jargon Pechon de Ruby signifie enfant (48), s ouvre par une Epistre au 
sieur des AUrimes^Gouvemées^ que l'écrivain appelle amy et frère, et au- 



INTRODUCTION. ix 

quel il dédie soa œuvre, afin qu*il y puisse « trouver quelque eautelle 
pour recouvrer argent... Et si se trouvoit quelqu'un, ajoute-t-ii, qui par 
mesprisvoudroitblasmer le discours de ce livre, je luy respons que je ne 
les ay fait par envie contre pas un de ceste foere (sorte) de gens, ains pour 
laisser couler le temps et pour mon plaisir. A Dieu. • 

Nous apprenons ensuite Comment Vauiheurse mist au mestier. Il fit ce 
beau chef-d'<Buvre à Tàge de neuf à dix ans , pour se dérober au fouet 
qu'il appréhendait de recevoir de son père, et s'enfuit en compagnie d*un 
petit mercier qui venait souvent à la maison pateruelle. Plus loin on voit 
CamwÊe Vaulheur fit paction avec ce blesche, puis Les façons de coucher^ qui 
nous initient plus avant dans la vie des vagabonds du xvi* siècle. Le 
compagnon de Pechon étant demeuré malade à Monchans, en Poitou, 
• je fus contrainct, dit-il, prendre la balle à bon escient » Il va ainsi, 
avec d'autres, à la foire de Ghasteigneraie, près de Foutenay, à l'issue de 
laquelle il est promu au grade supérieur, c'est-à-dire passe du rang de 
peehon h celui de bliche ou de mercelot, en attendant qu'il devint coesme 
ou mercier, et enfin coesmelotier huré ou pori&^aïle; car, ainsi que se l'é- 
tait laissé dire Montaigne,' les gueux du temps avaient leurs dignitez et or- 
dres politiques (49). Sous le titrode La harangue qui fut faicte au nouveau 
bleseke, ou lit le détail des cérémonies qui avaient lieu pour cette réception, 
et de ce que l'on apprenait au récipiendaire, soit pour bien mettre sa balle 
sur son dos, soit pour se défendre avee avantage des chiens, dont les gueux 
savaient aidormir la vigilance à l'aide d'un procédé indiqué dans le cha- 
pitre suivant. 

On y lit bien d'autres choses utiles à connaître pour la suite de cette 
odyssée picaresque, et pour l'histoire des enfants do la matte, dont l'or- 
ganisation et les usages sont exposés avec plus de développement dans les 
chapitres suivants, intitulés LassembUe et ordre qu'ils tiennent à leurs 
estats généraux , et Inlerrogats du fprand coesre, avec l'opinion de ses lieu- 
tenans hs cagous, aux nouveaux venus. Viennent ensuite Le reMe de Tm- 
terrogation , et Diverses façons de suivre la vertu y c'est-à-dire la définition 
de cinq manières de gueuser, et d'une sixième qui les comprend toutes. 
Sous le titre de Forme du soupper, notre auteur nous fait assister à la 
cuisine et au repas du grand coesre et de sa cour, qui eurent ensuite le 
spectacle d'un supplice plus burlesque encore que cruel, si j'ai bien com- 
pris le chapitre où il raconte comme fut puny ce rebelle et criminel de leze 
majesté. Enfin la réunion se sépara. « Nous partismes , dit Pechon de 
Buby, et chascun s'en va avec son gouverneur de province, et moy avec 



X INTRODUCTION. 

le mien. • En partant oe chef les assembla tous , et leur donna des avis 
qu'on peut lire dans un chapitre intitulé Les maxifn$i que nostrê gênerai 
noui foMoii entretenir. A vrai dire, ces maximes , peu nombreuses , ne 
tiennent pas beaucoup de place dans ce chapitre, dont la presque totalité 
est occupée par le récit de deux tours du métier. 8ous le titre d'Autre 
bon tour , Tauteur en raconte plus d'un j entre autres celui que lui 
joua , à Nantes, son cagou , en le dévalisant. Pechon quitte alors les gueux, 
et se donne à un capitaine de Bohémiens, qai le reçoit à bras ouverts et 
le nomme Fourette. 

Sous le titre deMaximeê dee Boesmiene et de Forme du logemmt, te 
nouvel affilié nous initie aux mœurs de cette race étrange, sur lesquelles 
il nous donne de plus amples détails dans un chapitre intitulé Un traiet 
du capitaine Ckarleê à Moulingy chapitre dont VOrdre de pitié forme la 
suite. En terminant il dit : • Si j'avois eu temps d'escrire les bons tours 
que j*ay veu faire à ces trois sortes de gens , il n'y auroit volume plus 
gros. Ces folies mellées de cautelles, c'est afin que chascuns'en donne 
garde. » Suit leDaulvageUant à Vantiele, rivage huri et violante la hu^ 
rette, et polant la mille au eoeere. (C'est le mariage des gueux et gueuses 
quand ils vont espouser à la messe, et comme ils disent œste chanson en 
cérémonies.) Vient ensuite la chanson, composée de deux couplets de 
quatre vers chacun. 

Enfin ce livret se termine par un Dictionnaire bleequin dont le fran- 
foyi eet le premier^ et qui occupe les pag. 45-50. C'est dans ce recueil de 
mots et dans l'opuscule lui-même, plus que dans l'ouvrage de Bonchet(50), 
qui, de son propre aveu, n'était pas très-fort en argot (51), qu'on peut 
étudier celui qui avait coors au xvu* siècle; mais il ne faut pas croire que 
ces répertoires de la langue matoise soient complets. 11 y avait en circu- 
lation nombre de mots, d'expressions, appartenant au jargon, que n'ont 
point recueillis l'auteur des Serées et celui du petit livre que nous venons 
d*analyser. On n'en saurait douter en lisant ce eonnet en authentique ton- 
gage eoudardant : 

Aocipant du marpaut la galiere pourrie , 
Qrivolant porie-flambe enfile le trimart ; 
Mais en despit de Gille , ô geux , ton girouari , 
A la mette on lura ta biotte conie. 

Tu peux gourd piailler me credant et morfie 
De Tomion du morme : et de Toygnan criart , 



L 



INTRODUCTION. xj 

De l'artois blaoohemin que ton riflant cbouart 
Ne rive du courrier randrimelle gaudie. 

Ne rouoe point du sabre au mion du taudis, 
Qui n'aille au Gaulfarault , gergonant de tesis 
Que son journal o flus n*empoupe ta fouillouie. 

N'embiant on rouillarde , et de noir roupillant , 
Sur la gourde frétille , et sur le gourd volant , * 
Ainsi tu ne Inras l'accolante tortouse. 

( Les premières Œuvres poétiques du capitaine Lasphrise, etc. A Paris, 
par Jean Gesselin , m. d. ic. (1699), petit in-i2, pag. 499.) 

Considérablement enrichi et perfectionné, s'il faut en croire Henri Es- 
tienne (52), le jargon dn xvi* siècle ressemblait aussi peu à celni de Vil- 
lon et de ses compagnons qu'à la langue dont nous ayons un recueil bien 
plus ample.dans le siècle suirant (53). 

Ce livret , qui fait partie de la bibliothèque bleue, a dû , à mesure qu'il 
était réimprimé, subir des altérations et des remaniements qu'il ne serait 
pas sans intérêt de rechercher et d'indiquer. Dans l'édition de Techener, 
qoe nous avons sous les yeux , le volume s'ouvre par un chapitre mtitulé 
L'Origine des argotierSj suivi d'un autre dont le titre est : Ordre oti hiirar- 
chie de Vargot. Vient ensuite un Dictionnaire argotique dreêsi par ordre 
alphabétique j qui, je dois le dire en passant, m'a inspiré de la défiance 
dès les premières lignes (54). L'argotique-franeois , commencé pag. 7, 
cède la place, pag. 35, au françois-argotique, qui cesse pag. 59. A la page 
suivante commencent des Phrases argotiques et observations sur ce sublime 
langage. Nous aurons plus d'une occasion d'y recourir. 

La suite, qui porte pour titre : Des estats généraux , et plus loin : Àr- 
tieks accordez aux estais généraux , offre surtout de l'intérêt à ceux qui 
Tondraient étudier l'organisation du compagnonnage argotique. L'auteur 
en divise les membres en dix-huit catégories, sans compter le grand 
coesre, qui les domine toutes. Ces catégories forment autant de chapitres, 
dont les deux premiers sont consacrés aux Cagous et aux Archisupposts de 
f Argot. Le troisième, relatif aux Orphelins, correspond au n" 2 des Di- 
verses façons de suivre la vertu , de Pechon de Ruby (55) ; le quatrième , 
qoi apour titre : des Marcandiers^ répond au n" 4 de cet auteur (56), et le 
chapitre cinquième, qui traite des Ru(fez ou Riffodez, au n* 1 (57). Il est 
ensuite parlé des Uillards et des Malingreux. Le chapitre consacré à cette 
elasse de gueux se rapporte aux n""* 5 et 3 (58) de celui de Pechon de Ruby 



xq INTRODUCTION. 

que BOSi aroas dlé plu hant. TiemieDt eDndte ks Kttns^ les SdkouUuXj 
InCmUsU^ trab tories de malades. Trais imfiuix, dont cfiaHtenr a peut- 
èCie frtmda pnler dus soo n* 5. Après eux défiknt les C^qmUarûs, les 
Emhimg^ les PéUuams^ ks Frame&-MiUmr , les Cafoma, les Cmaimtx de 
hmiinmkii, les C^mterliSj les DriOet oa Aorfiioû. Dons le chapitre cou* 
sKré à ces dcrviers se troore un réeît des oéfémmiirs obserrées pour la 
récfptioB des argotian^ ci rindkation qœ ks Cagoax, qui élaienl chargés 
de llastmctioD des rerroes de rargot, leur domiaMit des reoettes em- 
plojées par les Fnmes-Mitoax , les MaUngreux et ks PiAes, pour exdter 
la cotpassâon des âmes charitables. « Et après, dit raateiir, ib leur ap- 
premient à (aire dix mille tours, comme le porte le docteor Fourette en 
son livre de la TÎe des Gueux, oà il rapporte pluâeuis hisloires, cotre les- 
quelles est œllcKâ. > Suit mie aneedote qu'on rencontre cffiectiYement dans 
TooTragede Pecbon de Bubj ; les antres eontes qui s j tron^nit sont seu- 
lement indiqués dans le Jargon. Ce petit T<dume se termine par un Dm- 
logue de deux argoiiers, Fum pofisson et Faulre maUuçreuXj qui se ren- 
eonirent juxte la lourde d^une vergue ^ éL fur IkChamaorn de T Argot propre 
à danser en rond, qui y est intercalée. Ble se compose de huit couplets de 
quatre vers chacun , en argot comme le reste. 

La publication de ce livret, qui, à ce qu'il parait , eut lieu pour la pre- 
mière fois à Tours, porta le trouUe dans la monarchie argotique; do mo- 
ment que ses secrets, surtout son langage, étaient connus, elle devait se 
croire à deux doigts de sa p^rte. Pour la conjurer, le grand coesre Ana- 
créon convoqua tous les gros bonnets de Tordre. L'assemblée se réunit a 
Parts; outre le grand coesre, on y comptait six cagoux, dix archisuppôts 
et quelques autres frères. Quatre discours furent prononcés en cette cir- 
constance, l'un par un jeune archisuppèt, le second par le « chef de la 
gueuserie ou gueulerie, général de la milice argotique, dasbuche de la 
monarchie truchante , grand coesre de toutimes les argotiers de Tun et 
l'autre pôle. > Le troisième discours , débité par le plus ancien des ca- 
goux, • lequel estoit natif de Saint-Mexant , du bourg de Charros, qui 
estoit aveugle et joueur de vielle (59), > ne se recommande que par le 
mélange d'aigot et de patois poitevin qui y règne; tout Fintérèt semble 
avoir été réservé pour le discours du plus ancien des archisuppôts, qui 
effectivement en présente beaucoup. On y trouve le récit d'une conversa- 
tion qui aurait eu lieu entre l'orateur et un chenastre rupin (beau mon- 
sieur) auquel le bigorne était familier : s'il faut en croire ce dernier, dans 
les compagnies des beaux-esprits on s'entretenait beaucoup de l'ordre et 




INTRODUCTION. xiij 

da langage de Targot, et Ton n'avait pas assez d'admiration pour la yie 
des gueux. Interrogé depuis combien de temps cette monarchie était éta- 
blie, Tarchisuppôt avait répondu au rupin que, « selon l'opinion des plus 
fameux historiographes de Targot , elle avait attrimé (pris) son comment 
cernent à la destruction de Troye la Grande, par une quantité de pauvres 
qui amirierent (fuirent) hors de la vergne (ville) , quand elle fut attrimie 
(prise); puis elle fM gaurdement (considérablement) augmentée du temps 
d^AttiJa , diisbuche (roi) des Goths ; car il y eut de ses narquois (soldats) 
qui, ennuyez delagrti^e (guerre), se prindrent à trucher (mendier), 6a^ 
lader (danser), et faire jouer la mine, et autres subtilitez que Ton nomma 
Fart des Goths, d'où est venu le nom des argotiers. 

« Puis, quelque temps après, ajoute le narrateur, ces bons pauvres 
8'accosterent des Blesches et Goëmelotiers, desquels ils apprindrent le 
langage et cérémonie, et ce fut alors que ceste monarchie fut en sa per- 
fection , car l'on y a aquigé (établi) un ordre si chenastre, que siime (cela) 
Fa fait subsister jusqu'à présent en sa splendeur sans y avoir augmenté 
ni diminué que flouliere (rien du tout), sinon une partie du langage que 
Ton diangea il y a quelque temps. » 

A cet endroit, l'archisuppôt , revenant à l'objet principal de son dis- 
cours , fait part à ses confrères du conseil que leur donnait le rupin de 
changer non pas une partie, mais la totalité du jargon, et se prononce 
pom- la nécessité d'une pareille mesure. « Et pour aquiger stime, ajoute-t-il, 
il sera trèfr-chenastre d'assigner nos estats généraux pour estre tenuz en 
œ chenu pacquelin (beau pays) de Languedoc... et qu'entre cy et ce 
temps-là les doctes archisupposts ayent le soin de composer un nouveau 
jargon pour estre enseigné à toutimes les frères qui se trouveront aux sus- 
dits estats, et qui à cest effect seront convoquez de toutes les parties de 
la dure {terré). » Cet avis ayant été combattu , le grand coesre ne résolut 
rien, mais remit le tout aux prochains états, et commanda aux cagonx 
d'exhorter tous les argotiers de leurs provinces à y assister. 

La pièce dont nous avons tiré ce qui précède est intitulée Respance ei 
C&mplaincte au grand Coesre sur 1$ Jargon de l'argot reformé j avec un 
plaisant Dialogue de deux Mions, par le Regnaudin Mollancheurj en la 
Vergne de Miséricorde, composé par un des plus chenastres argotiers de ce 
temps. A Paris, chez Jean Martin, sur le pont Sainct-Michel , à l'Ancre 
double, près lechasteau Sainct Ange. 1630. Dans la collection de Te- 
chener, où elle a été réimprimée, cette réponse forme 35 pages , titre 
compris. 



xîv INTRODUCTION. 

Si cette pièce n'est point une facétie, ou du moins si l'on peut ajouter 
une foi complète à ce qu'on 7 iit , il faut en conclure que Targot , dont les 
gueux étaient parvenus à dérober la connaissance aux profanes jusqu'à la 
fin du x?f siècle, s'était quelques aunées plus tard singulièrement répandu 
parmi le peuple, à ce point « qu'il n'y a à présent , dit l'auteur de la Beê- 
poncif si cbestiye cambrouse qui ne rouscaille le jargon (si misérable 
chambrière qui ne parle argot). » 

Cette assertion est corroborée par ce qu'on lit dans la Comédie des 
proverbes d'Adrien de Hontluc, comte deCramail, pièce dont il existe 
au moins quatre éditions, toutes rares. Après une scène (60) dans laquelle 
quatre Bohémiens, le coesre, une vieille, sa fille et le cagou, parlent un 
français aoeommodé avec de l'argot, Alaigre, valet de Lydias, propose de 
donner une cassade au docteur Thésaurus, père de Florinde, à l'aide des 
habits laissés par ces vagabonds , et il ajoate : < Je vous veux première* 
ment apprendre cinq ou six mots d'un langage que j'ay appris à la Cour 
du grand coesre, du temps que j'estois marmy mattois, cagoux, polisson , 
casseur de hanes (61). » Mais Philippin, valet du docteur, qui s'est enfui 
avec Florinde, ne tarde pas à montrer à son confrère que, pour n'avoir 
point fait son éducation à la Cour des miracles , il en sait tout autant 
que lui (62). 

Malgré oe passage et l'assertion qu'il corrobore, malgré la multipli* 
cité des éditions du Jargon ou langage de l'argot réformé, il ne parait pas 
que le mot argot fût bien compris de tout le monde en 1698, quand Pa- 
laprat donna sa comédie des Empiriques ; car ayant dit dans sa pré- 
face, à propos de la langue provençale, « Je me garderai bien de me 
donner le ridicule de prôner au milieu de Paris les charmes d'un langage 
qu'on traite d'un jargon aussi méprisable que largot (sic), » il se croit 
obligé d'ajouter en note, sur ce dernier mot, « Jargon dM gueux. On n'a 
pas tant de tort, presque tous les Gascons le sont (63). » 

On disait plus volontiers le narquois ou le jargon du matois, au moins 
au commencement du siècle, époque à laquelle appartient une facétie 
réimprimée^ avec des notes, dans ces derniers temps. On y lit : 

Pourvea que nostre douce mille 
Nous Cace foucer de la bille, 
De rieu il ne nous faut challoir : 
Il fait tousjours bon en avoir. 
Il faut aussi que randrumelle 
Soit comme la maistresse belle , 



INTRODUCTION. xv 

Et que du marpaut le courrier 

Enteude fort bien le mestier; 

Mais il nous faut bien engarder 

DesMM Tendosse les ripper. 

Pour n*offenser point le marpaut , 

Afin qu'il ne face deffaut 

De foncer à l'appointement.,. 

Et pour ne point avoir du riffle 

Sur le timbre ou sur le nlffle , 

11 nous faut bientost embier, 

Et en la taude le laisser i 

En rivant fermement le bis 

A la personne du taudis. 

Si vous n'entendez le narquois 
, Et le vray jargon du matois , 

Il ne faut pas aller bien loiog, 

Mais seullement au port au foin : 

En peu de temps vous rapprendrez, 

Et vray narquois en reviendrez. 

{Le PasqM du rencontre des eocuB, à FmttHne^fieaUj k. dg. xxiu. , 
in-80, pag. «, 9. — VariétéM fUitorIquu tt lUiémkrtt , revues 
et annotées par M. Ed. Foumier» tom. II. A Paris, ches P. ian- 
net , MDCCCLV, in-12 , pag. 221 - 228.) 

Je ne connais, ponr le xyiii* siècle, que le dictionnaire dont Grandval 
a enridii son Yieê puni ; mais ce poAme a en un si grand nombre d*édi«* 
tionB(64), qn'il a dû, à coup sûr, contribuer puissamment à répandre la 
oomiaissanee de l'argot dans une société plus élevée que celle des lecteurs 
do Jargon^ dont les éditions continuaient à se succéder à Paris et à Troyes. 

Je ne dois pas mettre en oubli la comédie de le Grand , Us Fourberieê 
de Cbrfoticfce (65), qui renferme bon nombre de mots d'argot, notam*» 
ment dans la grande scène où Cartouche se fait rendre compte des exploits 
de la nnit : 

CarUmehe. Qu*aveË-vouâ enlevé ? 

ta Marnée. Quatre épées et deux cannes à pomme d*or. 

Carùmeke. Où sont^elles? 

la Ramée. Les voilà. 

Cartouche. Je vous ai déjà dit que je ne voulais que des épées d'argent. Voilà de belles 
guenilles que vous m'apportez là ! Je ne sais qui me tient que je ne vous les envoie reporter. 

La Marnée. Les poignées sont assez fortes, et il me parait qu'elles sont assez chenues 
(bonnes) pour ce qu'elles nous coûtent. 

Cartouche. Allons! passons ; mais, une autre fois, ayez plus d'attention. Qui est-ce qui 
a travaOlé dans la rue Saint-Denis? 

JWyls. 8«iii*Qiiartier, l'Ettocide et moi. 

Cartouche. Qu'avez-vouspiiic^? 



xvj INTRODUCTION. 

ffarpin. Six pièces de toile et quatre de mousseline. 

Cartouche, . . .à d'autres. Qu*est-oe qui a trimé dans la rue des Noyers? 

Belle-Humeur. La Faiitaisie , Fond de cale et moi. 

Cartouche (à son frère). Et vous, petit drôle, n^avez-vous rien bouline? 

Les œuvres de Yadé et de rÉcIuse, qu'aujourd'hui l'ou recherche peu 
et qu'on lit encore moins, ]popularisèrent encore dayantage la langue des 
malfaiteurs, qui, en général, sortis du peuple et sans cesse en contact 
anrec lai, ont enrichi son vocabulaire d'une foule d'expressions qui leur 
sont communes. Je ne sais pas jusqu'à quel point le père de la littérature 
poissarde et son disciple ont dépeint fidèlement la nature ; mais je puis 
assurer que dans leurs œuvres on rencontre souvent des mots pour l'ex* 
plication desquels des notes sont d'autant plus nécessaires , que tout le 
monde n'a pas à sa disposition un dictionnaire d'argot (66). 

Au commencement du siècle suivant , on vit paraître un nouveau vo- 
cabulaire de la langue des malfaiteurs, à la suite de la relation d'un pro- 
cès fameux (67); mais il ne parait pas que ce petit livre ait circulé bien 
loin, et aujourd'hui il est assez rare. 

Il était réservé à notre époque devoir fleurir l'argot, et de répandre 
par la presse, qui, pour le coup, a dû en gémir, la connaissance de ce beau 
langage parmi tous ceux qui étaient dignes d'en sentir les délicatesses. 
Le premier livre composé dans ce but est un Dictionnaire d'argot j ou 
guide des gens du monde, pour les tenir en garde contre les mouchards, 
filoux, filles de joie^ et autres fashionables et petites maîtresses de la mime 
trempe f par un monsieur comme il faut, ex-pensionnaire de Sainte-Péla- 
gie. Paris, chez les marchands de nouveautés, 1827, in -32, de trois quarts 
de feuille (50 pp., y compris la couverture). Imprimerie de Guiraudet,etc. 
Ce monument lexicographique fut goûté, à ce qu'il parait; car une 
deuxième édition de ce livret parut la même année, chez le même impri* 
meur, avec une lithographie et une page de musique. Outre le Diction- 
naire latin-français et français^latin , cette édition et la précédente ren- 
ferment une Chanson nouvelle^ musique de M. Néron de Coqmard. Cette 
chanson est en deux couplets, et commence ainsi : 

Fanandels , en cette piolle 
On vit chenument, etc. 

Deux ans se passèrent sans que les gens comme il faut pussent étudier 
l'argot ailleurs que dans le Dictionnaire dressé par un de leurs pareils, 
s'il faut en croire ce monsieur ; 



y 



INTRODUCTION. xvij 

UaU enfin Vidocq vint , et le premier en France' 

U initia oomplétementle public au hngage des bagnes par ses Mémoires (68), 
où les personnages qu'il met en scène n'emploient pas toujours un fran- 
fais irréprochable, et par son li^re sur les voleurs (69) , deux ouvrages 
qui renferment un dictionnaire d'argot très-étendu. 

L'apparition du premier ne précéda que de peu celle d'un Nouveau 
ékthnnmre d argot, par un ex-chef de brigade sous M. Yidocq ; suivi 
de la chanson des galériens, rapportée dans ses Hémoires. Ouvrage utile 
aux gens du monde. 1829, in-32 de Q4 pp., imprimerie de Guiraudet. 
Outre la chanson annoncée sur le titre, on en trouve une autre, en argot, 
qui se compose de six couplets et qui occupe les pages 59-64. C'est là , 
ou dans le Uouveau dictionnaire de police ^ etc., par MM. Elouin, A. Tré- 
bnchet, E. Labbat (Paris, Béchet jeune, 1835, in-S"", tom. I", pag. 39- 
43), mais encore plus sûrement dans les Mémoires de Vidocq, que M. En- 
gène Sue puisa des connaissances qui lui valurent tant d'applauifissements 
dans toutes les classes de la société; elles valurent aussi au livi% dans le- 
quel il les a déployées, et presque à son apparition, ce que Molière n'a 
eu que plus tard, deux glossaires consacrés à l'explication des mots qu'on 
n'est point habitué à entendre dans le grand monde. Le premier, annonoé 
dans la Bibliographie de la France, année 1843, n"" 6044, a pour titre : 
Dictionnaire de l'argot moderne. Ouvrage indispensable pour rintelligence 
des Mystèree de Paris, de M. Eugène Sue, etc. ; un volume in-1 2 de 2 feuil- 
les, imprimé par Worms, à Montmartre, et en vente à Paris, chez GaaeL 

Le second ouvrage, destiné à donner la clef des mots obscurs qui se 
rencontrent si souvent dans la bouche du Ghourineur, du Maître d'école 
et de la Chouette, parut , l'année suivante, sous le titre de Dictionnaire 
complet de Vargot employé dans les Mystères de Paris. Ouvrage recueilli 
par if. D. n forme un volume in-32 de deux feuilles, sorti de l'impri- 
merie de Desroziers, à Moulins, et indiqué comme se trouvant à Paris 
chei tous les libraires (70). 

Ce n'est pas encore tout; il a paru, dans le Corsaire-Satan, n? du 
1 ! janvier 1845, un article signé A. Baissey (A B G?), dans lequel l'au- 
teur prouve que les mots d'argot employés par M. Eugène Sue sont tirés 
principalement du grec et du latin. 

Dans l'intervalle, M. Antony Thouret, qui depuis a Joué un certain 
rèle politique, publiait un roman intitulé Toussaint-le-Mulàtre (71). 
U s'y trouve de Targot, surtout ehap. xv, tom. Il, pag. 85-105 



xvuj INTRODUCTION. 

{Alvar parmi les voleurs) \ et chap. xix, pag. 197 {Une Soirée à la 
Force), 

Ce monsieur D. de tout à Theure, probablement aussi un monsieur 
comme il faut , n'avait point cru devoir se nommer, pas plus que celui 
qui Tavait presque immédiatement précédé dans la carrière. Un ou- 
vrier, un ébéniste, je crois, signa bravement Atmée Lucas un petit volume 
in- 18 de 182 pages , intitulé Des Dangers de la prostitution^ consi- 
dérée sous le rapport de V ordre public, de la morale et de V administra- 
tion, La deuxième édition de ce petit livre, indiquée comme étant revue 
et corrigée, et portant pour adresse, A Paris, chez Tauteur, 1841 , ren- 
ferme, pages 31-38, un Vocabulaire indispensable pour comprendre le 
langage du souteneurs et des filles publiques. 11 me semble qu*à moins 
d*étre payé pour savoir ces choses-là, ou de se sentir pour elles un goût 
particulier, on se dispense généralement de les apprendre. 

Toutefois il est assez plaisant de faire observer que les malheureuses 
dont Aimée Lucas a la prétention de nous dévoiler le langage, n en ont 
point qui leur soit propre ; c est là du moins ce que déclare Parent-Du- 
chàtelet, si compétent dans la matière, et dont Touvrage avait paru quel- 
ques années avant celui que nous venons de citer : « On a prétendu, dit-il, 
que toutes les prostituées de Paris avaient un argot ou un jargon qui leur 
était particulier, et à Taide duquel elles communiquaient ensemble, comme 
les voleurs et les filous de profession qui ont passé dans les prisons une 
partie de leur vie : ceci m ayant été assuré par différentes personnes, en 
apparence trèsp-instruitcs... j'ai dû prendre à ce sujet quelques renseigne- 
ments ; en voici le résultat ; 

« U est faux que les filles aient un argot particulier; mais elles ont 
adopté certaines expressions , en petit nombre, qui leur sont propres, et 
dont elles se servent lorsqu'elles sont entre elles. Ainsi les inspecteurs du 
bureau des mœurs sont des rails^ un commissaire de police un flique, une 
lilLe publique jolie est une gironde ou une chouette, une fille publique laide 
est un roubiou ; elles appellent la maîtresse d'un homme sa largue , et 
l'amant d'une fille publique son paillasson. 

« Toutes ces expressions changent et se renouvellent avec les généra- 
tions de prostituées. Le paillasson était, il y a trente ans, un mangeur de 
blanc; ou le désignait en 1788 sous le nom dliomvie à qualité ^ et quel- 
ques années auparavant c'était un greluchon. Il est probable qu'en remon- 
tant |>lus haut, on trouverait encore d'autres synonymes. 

" Quant aux prostituées qui s'entendent avec les voleurs, et qui n'ont 



INTRODUCTION. xi:^ 

recours à la prostitation qae pour cacher leur Yéjritable industrie, il n'est 
pas étonnant qu'elles aient adopté le langage de laurs soppôts ; mais on 
ne peut pas dire que ce langage soit celai des prostituées (72). » 

Hàtons-nous donc de prendre congé de ces dames, et revenons aui 
voleurs de la haute et de la basse pègre ^ ou plutôt à Ténumération des 
monuments de leur langue. On peut ranger parmi eux la satire publiée 
par Barthélémy dans sa Nouvelle Némisis, le 2 février 1845. Dans cette 
pièce, intitulée les Escarpes^ on rencontre bon pombre d'expressions 
d'argot soumises à l'alexaQdrin avec ui|e habileté réçUe. Voici les vers où 
elles ont laissé trace : 

Sur le boulevart même où le haut candélabre 
Rayonne à faire honte au soleil du Midi, 
On découvre souvent un homme rtfroM. 

Ailleurs on trouve la nomenclature deg Toleon : 

C'est Tescarpe sanglant , le sombre vanternier^ 
VhabU noir, le chanteur, et bien d'autres encore. 
Chaque genre de crime est une métaphore $ 
Alphabet du Sabbat , langue des cabanons 1 
Us j ug0 avec dégoût articule ces noms, 
Et pour dernier méfait de cette abjecte classe, 
Dans le vocabulaire ils voient une place. 

Le crime révoltant dans la langue connue , 

Du grotesque des mots, grâce à vous, s*atténu6^ 

De tout écart possible il s'excuse en argot. 

Je pardonue au forçat sous le nom de fagot; 

U sait bien que la loi punit Thomma qui vola. 

Mais que rien ne défend de rincer une ploie ; . .1 

Le bagne n'est qu'un pré pour son regard serein , 

Il frémit au poignard , il sourit au surin ; 

Quand il va s'embusquer dans la forêt prochaine , 

U n'assassine pas , il fait nier ie ehéne , 

Et la toUe oà finit son coupable destin 

Lui cache l'appareil qu'inventa Guillotin. 

Puis des reproches à la Gazette des tribunaux, au Droit, qui popula- 
risent ces termes : 

Pourvu qu'il soit exact à vos cours d'audience , 
L'apprenti malfaiteur marche vite en scienoe, 
Trois mois d'abonnement en font un mait^f è^ art«. 



XX INTRODUCTION. 

lljaspine bigome et dévide le jars , 
Dans votre catéchisme il apprend sans mystère 
Des tours les plus subtils le truc élémentaire; 
Tous les genres de vol, divulgués tant de fois, 
Depuis l'Américain jusqu'au vol à la poix , 
Il les connaît; il sait que la mode assassine 
Adopte cet hiver le masque de résine. 

Vous ne savez donc pas que ce qui glorifie 
La honte du forfait , c'est la typographie ? 

Que le môme puni pour une simple faute 
Trépigne en contemplant un pègre de la haute f 
Que l'humble /otirilneur, ardent à parvenir» 
De Veicarpe historique aspire l'avenir ? 

Après l'œuvre de Barthélémy, dont nous venons de citer quelques 
vers, nous avons à mentionner une lettre en argot , trouvée en décousant 
la doublure d'une veste qui appartenait à un condamné mort il y a quel- 
ques années à l'hôpital. Cette lettre, accompagnée d'une traduction fran- 
çaise, parut dans VlniMmr des bagnes^ essai historique, physiologique 
et moral, par Sers. Paris, L. Dépée, 1845, in-8% pag. 35. 

Après V Intérieur des bagnes, vint Y Intérieur des prisons^ dont les pages 
239-246 renferment un Dictionnaire des mots les plus usités dans le langage 
des prisons; c'est un volume in-8'', publié à Paris, chez Jules Labitte, en 
1846. 

Il ne me reste plus, pour compléter le catalogue que j'ai entrepris, qu'à 
signaler trois volumes, dont le premier est V Histoire de la vie et du pro- 
cès du fameux Louis-Dominique Cartou^he^ suivie d'un Vocabulaire fran^ 
çais^rgot et argot-français^ petit livre qui a dû être réimprimé mainte et 
mainte fois. L'édition que j'en ai, sortie de l'imprimerie deBloquel, à 
Lille, est de 89 pages in-12, et porte en tète une planche en bois horrible- 
ment coloriée. Le second ouvrage dont je voulais parler est le Diction- 
naire d'argot, ou la langue des voleurs dévoilée^ contenant les moyens de 
se mettre en garde contre les ruses des filouSy petit volume in-64 , de deux 
feuilles (256 pages), sorti de l'imprimerie de Pommeret et Guénot, à Pa- 
ris, en l'an de liberté 1848. Enfin le troisième, intitulé Léon Paiïlet. Vo- 
leurs et volés {Bibliothèque nouvelle. Paris, librairie nouvelle, 1855, in- 18, 
de 96 pages), outre bon nombre de mots d'argot semés çà et là, ren- 
ferme un opuscule écrit dans ce jargon, et destiné à prémunir le public 
contre les rusés filous et escrocs. Ce morceau, qui occupe, avec la traduc- 



INTRODUCTION. xxj 

HoUy Dn peu plus d*ane page, est intitulé Médecines pour les sinves^ c'est- 
à-dire conseils aux gens natfs. 

Puisque j'ai tant fait, je ne dois pas passer sous silence un placard 
in-folio, sorti de Fimprimerie Bonaventure et Ducessois , qui a paru en 
1848, avec ce titre, orné d*une grande graTure en bois, digne du sujet : 
Argot et jargon. Première et seule édition de V argot et jargon des fllouSy 
qui n'est intelligible qu'entre eux, par Alexandre Pierre, directeur de 
l'administration des recherches et renseignements, rue des Noyers, 27, à 
Paris. Au-dessus de ce titre on lit Première partie, et le nom ainsi que 
Tadresse de l'auteur, dans un écusson, flanqué de deux individus qui 
font la nique au lecteur ayec un geste familier au gamin de Paris. Ce 
canard , réellement pitoyable, n'est cependant point à dédaigner de celui 
qui Tendrait suivre les transformations de l'argot; il n'est imprimé que 
d'un seul côté, et renferme six colonnes, dont trois sont consacrées au 
français. 

Citons encore une chanson , assaisonnée de gros sel, il est vrai, mais 
qui ne manque pas d'une certaine humour, et qui a été plus récemment 
publiée à la Librairie chansonnière de Durand, éditeur, rue Rambuteau, 
32 , sous le titre de F Assommoir de Bellevilley romance trouvée dans les 
tallades (poches) de Fanfan Chaloupe, chifferton (chiffonnier), cane (mort) 
d'une apoplexie de cochon, à l'âge de 73 longes (ans), à la lourde (porte) 
du sieur Riffaudez^ouSj mannezingue (marchand de vins) , à renseigne 
de la Sauterelle éventrée , barrière de la CourtUIe. In-4^ d'un quart de 
feuille, imprimerie de Beaulé et Maignand, à Paris. Cette romance, an- 
noncée comme recueillie et traduite par Auguste Loynel , se compose de 
six couplets de huit vers chacun. 

Enfin , à quelque temps delà, on criait dans les rues une Lettre à Henri 
de Bourbon , par un Gamin de Paris. Parsemée de mots d'argot comme elle 
l'est , je doute que le destinataire eût pu la comprendre. C'est une demi- 
feuille in-foL, imprimée des deux côtés, sur trois colonnes, et annoncée 
en vente chez Levy jeune, place de la Bourse ,13. Elle est sortie de fim- 
primerie de J.-B. Gros. 

Cet argot du chiffonnier et du gamin de Paris est le même que celui 
du voleur : c'est une chose sur laquelle on ne saurait conserver des 
doutes après avoir lu dans le livre de H. Emile de la BédoUière, sur les 
Industriels de Paris^ les articles Marchand de coco et Chiffonnier y pag. 77 
et 174. Dans le premier, l'auteur donne la plupart des mots de l'argot des 
gamins, par exemple cette expression : Gagnez^ous de la douille .^ pour 



xxîj INTRODUCTION. 

Gagnez-^vous de Vargent ? et loupewr fini pour bamboeheur achevé. Dans le 
second, M. de la Bédollière dit : « Tous les chiffonniers savent et parlent 
l'ai^ot, ce patois énergique qui appelle la langue la menteuse , l'amour 
ledardanr, une montre une toquante , la lune la luisarde, un livre un 
babillard y et le supplice V abbaye de Monte à regret. Un mot favori des 
chiffonniers est rupin y vieille expression autrefois employée pour signi- 
fier un gentilhomme. » 

A cette autorité on peut joindre le témoignage de M. Philarète Chastes, 
qui, rendant compte dans la Bévue de Paris (cahier du 9 février 1840, 
pag. 136) du livre de M. H.-A. Frégier, Des classes dangereuses de la po- 
pulation dans les grandes villes (73), dit avec raison : « L'argot du gamin 
est le même que celui du voleur. » Dans un second article sur ce même 
livre^ publié quelques jours après dans le même recueil , M. Chasles passe 
ainsi en revue les diverses catégories de voleurs (74) : « Vous connaîtrez 
à fond le cambrioleur, qui vole avec de fausses clefs ; le caroubleur, qui 
va reconnaitre les lieux pour les dévaliser ensuite ; le bonjourien , qui s in- 
troduit le matin chez vous pour enlever votre montre; le rouletiery qui 
soustrait les effets placés dans une voiture; le boucardier, qui pille les 
boutiques la nuit; le détourneur j qui dérobe un objet dans le magasin ou 
il vient de faire des emplettes ; le carreur^ qui escamote des pièces d'or 
ou d'argent ; le (loueur ^ qui met à contribution la simplicité d*un pro- 
vincial; le ramastiquey possesseur d'un bijou faux qu'il vend pour de 
l'or; le voleur à V américaine, au charriage^ au pot ^ à la graisse , gvwckis 
diplomates qui exploitent l'avidité du passant et le font dupe de son vice ; 
le chanteur^ extorquant de l'argent par la menace d'une révélation ; ainsi 
que lefi détoumeuses, carreuseSy chantemes, bonjouriennes, receleuses, for- 
mant Ix population féminine de ces soixante-trois mille individus. » 

Il est inutile de dire que l'argot est l'unique langage que ces industriels 
emploient entre eux ; c'est aussi à peu près le seul qui soit parlé dans les 
prisons et dans les bagnes, même par les employés supérieurs et infé- 
rieurs. Aux progrès qu'il fait dans la bouche du peuple, et même parmi 
les gens du monde, je ne désespère pas qu'un jour il n'arrive à remplacer 
le français, qu'on oublie de plus en plus. 

S m. 

Tout en reconnaissant que l'étude de l'argot n'est pas sans utilité , l'in- 
génieux académicien dont nous avons cité plus haut l'opinion et les juge- 



mTRODUCTION. uiq 

mmts^ ne puratt pas avoir eompiia toute l'étendue des tUtTanx d'analyse 
auxquels cet eiamen pent donner lien : en effet, une détermination exacte 
do radical de diacun des mots de Targot , Findication de ceux qnll a pris 
o« donnés à notre langue à toutes les époques, et des emprunts qu'il a 
fûta aux idiomes savants on vulgaires de TËurope, la comparaison de 
l'argot avec les jargons analogues que l'on y parle, tout cela nous semble 
anssi intéressant que les tables synoptiques que Nodier aurait voulu voir 
dresser. 

Pour bien se rendre compte des circonstances dans lesquelles l'argot 
a pris naissance et s'est plus tard développé et modifié , il faudrait être, 
jdos qu'on ne l'a été jusqu'à ce jour, versé dans la connaissance des moeurs 
et de la langue propres aux classes inférieures, initié aux seerets des 
Cours des miracles (76), renseigné sur les âéments et sur l'organisatioa 
des aaaooiations de gueux et de fripons qui infestaient nos grandes villes 
au moyen âge; il faudrait surtout connaître à fond le régime intérieur 
des bagnes et des prisons, où, comme cela a encore lieu aujourd'hui, les 
individus en révolte contre la loi profitaient des loisirs qu'ils lut de^ 
valent pour chercher les moyens de renfreindre de nouveau et d'échap- 
per à ses rigueurs. Sans doute avec les pièces qui composent le tome YOI 
des Joyeusetez de Techeuer (76), et avec d'autres morceaux (77), d'autres 
passages recueillis çà et là, on pourrait porter un peu de lumière sur ce 
donier sujet; mais, pour l'aborder avec l'espoir de le traiter d'une ma- 
nière satisfaisante, il faudrait, entre autres choses, connaître toutes les 
lois et ordonnances portées contrôles Bohémiens, les vagabonds, les gens 
sans aven et les filous ; et l'on sait que cette partie de notre législation , 
que I0 savant Delamare comptait insérer dans son Traiti de la Polia, n'a 
pas plus para que le VU* livre de cette volumineuse compilation , dans le^ 
quel le laborieux conseiller-commissaire du roi au Chàtelet de Paris de- 
vait lui donner place (78). Un autre magistrat, Edme de la Poix de Fré- 
nûnville^ a, il est vrai , rapporté sept ordonnances rendues depuis 1720 
an sujet des mendiants, vagabonds et gens sans aven, ainsi que quelques 
ordonnances et arrêts relatifs aux voleurs de jardins, de raisins, de pois- 
sons et autres (70) ; mais dans tout cela il y a peu de chose à prendre : 
aussi procéderons-nous à nos recherches sans nous y arrêter. 

Chacune des langues de l'Europe a, comme on le sait, son ktgtA par- 
tieulier, dont les caractères principaux sont invariablement les mêmes. 
En Italie, il est appelé gergo, furbeteo; en Espagne, germœuiui en Al* 
hflnagne, rothwelâeh; en Angleterre, cant, êlang, iMsvs'i laUn, psd- 



«iv INTHODUCTIOTN. 

lar'i Frmeky SainP^tUs's ÇreA; fiask Umguej gibberUh^ etc. ; ea Hol- 
knde, bargoens oa âievenîaeL Dan» tous ces pays, comme chei nons, 
cet argot est en nsage parmi les classes les pins yiles de la société , sor- 
tont parmi les individns qui sont en hostilité permanente contre elle; 
et Ton se tromperait étrangement si , comme cela s'est vn pins d'nne fois^ 
on le confondait avec la langue des Bohémiens , qui en est véritablement 
une, tandis que l'argot ne saurait aspirer à cet honneur. Nodier le lui 
dénie, lorsque^ après avoir parlé des idiomes spéciaux delà maçonnerie et 
du compagnonnage (80), il s'exprime ainsi : « La classe ignoble et rebutée 
des sociétés humaines, qui a composé l'argot pour dissimuler les secrets 
de la débauche et ceux du crime, avait un tout autre intérêt à se faire 
une langue impâiétrable ; et si elle n'y est pas parvenue, c'est que 
l'homme n'a le droit et la faculté de Mre des langues que dans l'intérêt de 
la société universelle. Les voleurs, dit Pascal, se sont donné des lois qui 
les gouvernent entre eux , et il a raison ; mais les lois sont placées, rela- 
tivement aux langues, dans un ordre essentiel de dépendance^ comme 
l'œuvre à l'instrument On doit donc regarder la proposition suivante 
comme un axiome sans exception : Aucune sodité particulière ne peut se 
former dam le langage de la eoeiéti commune un langage qui échappe à 
sa forme et qui se passe de ses éléments (81). » 

En effet , je le répète avec le grammairien que je viens de citer, l'argot 
n'a pas de syntaxe qnklui soit propre; il suit invariablement celle de la 
langue du pays où il est parlé. II y a plus, les mots dont il se compose 
sont , en général , non pas nés au hasard , comme voudrait le faire croire 
Pasquier (82), mais empruntés à la langue maternelle des individus qui 
le parlent ; avec cette différence qu'ils sont pris dans un sens qui iàl^te 
plus ou moins de la signification usuelle et reçue, et pour la plus grande 
partie dans un sens allégorique. La métaphore et l'all^rie semblent for- 
mer en effet l'élément principal de ce langage, bien qu'il n'en soit pas le 
seul ; car il est bien certain que, dans chaque pays qai possède un argot, 
ce jargon contient nombre de mots qui difièrent de la langue de ce pays, 
et qui peuvent être rapportés à des langues étrangères, tandis que d'au- 
tres ont une physionomie telle qu'il semble tout à fait impossible de dé- 
couvrir leur origine. Un fait qui ne saurait manquer de frapper un esprit 
philosophique à l'aspect de ce dialecte, c'est que partout Targot est basé 
sur le même principe, c'est-à-dire sur la métaphore; et, à cet égard, 
toutes les branches de ce jargon se ressemblent, bien que, sur d'autres 
points, elles diffèrent autant que les idiomes sur lesquels elles sont gref- 



K 



INTRODUCTION. »xv 

U&Sj par eiamiiley autant que l'all^nand fit Tanglais , 4e l'espagnol et 
de ntalien. « Cette ciroonstaace , dit Borrow, .condQit natarelleoient à 
cette eondosion, que le langage des voleurs n'est point né fortuitement 
dans les diverses contrées ou maintenant on le pvle , mais quHl a une 
seule et même origine , ayant été probaUement inventé par les bandits 
d*nn pays particulier, dont des individus le portèrent , avec le temps , 
dans d'autres pays où les principes de ce langage, sinon les mots , furent 
adoptés; car nous ne pouvons nous rendre compte, par aucune autre sup- 
position, du caractère métaphorique que présente généralement l'argot 
dans des régions diverses et éloignées (83). » Mais ce pays, berceau de 
Targot, quel est-il? Après avoir reconnu qu'il est impossible de le dé- 
terminer avec certitude, l'auteur que nous venons de citer se demande si 
ee pays ne serait pas l'Italie. Tout le confirme dans cette idée. D'abord 
les Allemands appellent l'argot RothwéUch, c'est-à-dire italien rouge ; 
msuite bon nombre des mots dont se compose ce jargon, qu'on le prenne 
en Allemagne, de l'autre côté des Pyrénées ou dans d'autres pays 
plus on moins éloignés de l'Italie, sont empruntées à la langue de cette 
eontrée, ce qui est vrai , ou au bas latin , ce que je ne crois pas. Consi* 
dérant les voleurs en général, leur manque total d'éducation, la mince 
connaissance qu'ils ont de leur langue maternelle , Borrow refuse d'ad* 
mettre que dans aucune contrée ils aient été capables d'avoir recours à des 
langues étrangères dans le but d'enrichir un vocabulaire particulier, nue 
phraséologie à part, dont ils auraient jugé convenable de faire usage 
entre eux ; il croit plutôt qu'ils auront étendu l'une et l'autre avec des 
mois qu'ils devaient, sans parler d'un surcroit de connaissances dans les 
arts du vol^ à leur association avec des voleurs étrangers, ou chassés de 
leur pays pour leurs crimes, ou attirés au dehors par l'espoir du butin. 
An commencement du \v* siècle, il n'y avait, en Europe, aucune nation 
qoi pûtentrer en lutte avec les Italiens pour aucune espèce d'art , qu'il 
tendit à l'avantage ou à Tamélioration de la société ou à son préjudice et à 
sa mine (84). On retrouvait les artistes et les artisans de l'Italie dans toute 
l'Europe, depuis Madrid jusqu'à Moscou , comme ses charlatans (85), ses 
jongleurs, et nombre de ses enfants qui demandaient leur vie à la fraude 
et à la ruse. Tout cela mûrement pesé, l'apôtre des Gitanos regarde 
comme assez probable non-seulement que les Italiens aient été les inven- 
teurs du jargon métaphorique des voleurs, qui a été appelé italien rouge, 
mais qu'ils en aient été les principaux propagateurs en le faisant adopter 
par la race des larrons dans les contrées moins civilisées de l'Europe. 



xxvj INTRODUCTION. 

Pour notre compte^ nous ne sommes pas éloigné d'adopter quelque chose 
de ce Système pour l'argot français, tel qu'il existe à présent depuis le 
XV* siècle; mais qui nous dit qu'il n'a point succédé à un autre jargon en 
usage pendant les xm* et xrv" siècles? Le silence des écrivains de ces épo* 
ques, qui ne pouvaient prévoir l'intérêt que la nôtre accorderait aux 
classes inférieures , ne prouve absolument rien contre l'antiquité d'un 
langage qu'après tout Villon n'a pu inventer, et qui, suivant tonte 
apparence, n'est pas né avec lui en 1431. 

Seulement il est fort possible qu'à la suite des guerres dltalie , qui , 
commencées huit ans avant la fin du xv* siècle , ne se terminèrent que 
vers le milieu du suivant, de mauvais garnements faisant partie des ar* 
mées qui s'étaient comme donné rendez-vous de l'autre côté des Alpes , 
aient rapporté, entre autres choses, dans leurs pays respectifs, de nott-> 
veaux mots, une phraséologie toute neuve, et, une fois licenciés, se soient 
empressés de les mettre en circulation parmi les misérables dont ils s'é- 
taient hâtés d'embrasser la vie. 

n est au moins certain que vers le temps de Henri EstieUne, époque i 
laquelle les charlatans d'Italie hantèrent la France, nombre de coupeurs 
de bourses infestèrent nos villes, où ils circulaient en habits de gentils- 
hommes : à partir de ce moment, l'argot « ne fut jamais en si grande 
perfection , » et l'art du voleur se perfectionna. « De puis que nos couppe- 
bourses ou happebourses se sont frotter aux robbes de ceux dltalie, dit 
cet écrivain , il faut confesser qu'on a bien veu d'autres tours d*habilef é 
qu*on n'avoit accoustumé de voir. Or quand je parle des couppebourses, 
je pren ce mot plus généralement que sa propre signification ne porte : 
asçavoir pour tous ceux qui sçavent si bien jouer de passe-passe par 
quelque façon que ce soit, que sans aucune violence ils font passer dans 
leur bourse l'argent qui est en celle d'autruy (86). » Qu'alors l'argot ait 
pris une physionomie toute nouvelle en Allemagne et en Espagne, comme 
en France, je le veux bien ; mais qu'il soit éclos tout d'une pièce, un cer- 
tain jour, dans des pays différents et éloignés, à la suite de l'évacuation 
de ritalie par ceux qui se la disputaient , ou sous l'influence des filous et 
des vagabonds qui en étaient sortis, c'est ce que je ne puis me résigner à 
croire. Si l'on avait des monuments un peu considérables d'un argot 
quelconque appartenant d'une manière incontestable, sinon antérieure, à 
l'époque de Villon ; si au moins l'on pouvait opérer avec quelque certi- 
tude sur le texte si singulièrement maltraité de ce recueil de ballades, on 
serait en droit d'exiger de nous la vériflcalion de ce qu'il peut y avoir 



INTRODUCTION. xxvij 

dltatien dans l'ai^ot du xy* siècle, dont Borrow paratt ne pas avoir m 
connaissance; car il ne nomme môme point le poète voleur qui s'est corn* 
plu à le sonmettre à la rime. 

L'écrivain que nous citions tout à Theure, Henri Estienne, qui savait 
assez de clioses pour être excusé d'ignorer le jargon de son temps , ne 
voulait pas laisser à d'autres idiomes que le grec l'honneur d*en être le 
père. C*est chez lui un système arrêté ; il ne perd aucune occasion de lé 
proclamer. Tantôt c'est dans son Traiti de la conformité du langage Fran- 
çois avec le Grec, où il dit : « Quelcuu aussi pourroit dire que j'aurois eu 
tort de laisser les beaux mots de jergon, dont la plus grande partie est 
éridemment prise du Grec : et pourtant leur feray cest honneur de leur 
laisser ici place. Toutesfois je diray les trois desquels il me souvient , qui 
sont, Arti, d'dcpTo<;; Cri, de xpéaç; Piot, de tcotoç (87). » Tantôt c'est dans 
ses Deux Dialogues du nouveau langage François, italianizé, où, parlant 
des courtisans « qui ne veulent ouir raison ne demie... et disent qu'ils ne 
se soucient pas s'ils parlent bien ou mal, pourveu qu'ils parlent comme 
les autres ausquels ils ont à faire, et qu'ils soyent entendus par eux : j'ay, 
dît-il, ma response toute preste. Qu'autant en peuvent dire les gros rus- 
taux et les piquebeufs de leur langage, tel qu'il est : voire les gueux de 
leur jergon. car les uns parlent ainsi que les autres, tellement qu'ils s'en- 
tendent fort bien. Et s'il est question de faire comparaison de deux lan- 
gages escorchez, on trouvera que les escorchemens des gueux sont hon- 
nestcs au pris des autres, car ceux qui escorchent les mots Italiens, 
escorcbent un langage qui est desjà escorché en partie du Latin, en partie 
d'antres langages : mais le langage des gueux (s'il est tel qu'on dit) se 
trou?era estre de la race d'un tresnoble langage, et qui ne passa jamais 
par telle escorcberie , asçavoir du Grec : et qu'ils l'escorcbent d'une plus 
gentile façon qu'on n'escorche aujourd'huy l'Italien (88). » 

Si le grec a fourni un certain nombre de mots à l'argot de tous les pays, 
il est une autre langue à laquelle il en a emprunté bien davantage. Nous 
Tonlons parler du rommany, ou langue des Bohémiens. Il n'est pas rare 
de voir des auteurs confondre cet idiome avec l'argot des voleurs, ce qui 
est une erreur manifeste. En effet, le rommany est d'origine indienne (89) 
et ne ressemble en rien aux langues qui ont cours en Europe, tandis que 
l'autre n'est guère plus qu'une phraséologie de convention, basée sur cer- 
taines de ces langues. S'il faut en croire l'auteur que nous citions tout à 
l*heure, lesBobémiensne comprennent points le jargon des voleurs, pen-« 
dant que ceux-ci, sauf quelques exceptions peut-être, Ignorent le langage 



Vuj INTRODUCTION. 

des premiers (90). Cependant , ajoute Borrow, certains mots du rommany 
se sont glissés dans ledit jargon» ce qui peut s'expliquer par la supposi- 
tion que les Bohémiens étant eux-mêmes par leur naissance , leur éduca- 
tion et leur profession , des voleurs du premier ordre (91), formèrent en 
différentes occasions des alliances avec les malfaiteurs des diverses con- 
trées dans lesquelles on les trouve maintenant (92), association qui peut 
avoir produit le résultat que nous venons de signaler; mais il n'est pas 
moins à propos de faire observer que dans aucun pays de l'Europe les 
Bohémiens n'ont abandonné ni oublié leur langue maternelle , et adopté 
en place la germania, le rothwelsch ou l'argot, bien qu'ils conservent le 
rommany dans un état de pureté plus ou moins grand. Ce que dit , à ce 
sujet-, le célèbre P. Hervas (93), est donc complètement dénué de fonde- 
ment , s'il faut en croire Borrow, qui a pris à partie le savant jésuite, et 
qui emploie plus de quatre pages à le réfuter (94). Nous n'interviendrons 
pas dans le débat; nous essayerons seulement de l'éclairer par la déclara- 
tion de ce qui est à notre connaissance. Les Bohémiens répandus dans les 
Pyrénées basques s'expriment généralement daus la langue du pays ; 
mais ils ont conservé, comme le prouve une liste que nous avons publiée 
ailleurs, quelques débris de leur ancien idiome. Ce qui annonce toutefois 
que ces débris sont peu nombreux , c'est que ces misérables , livrés en 
grande partie à une vie de pillage et de vagabondage, ont besoin , pour 
communiquer entre eux , sans être compris des Basques, de recourir fort 
souvent à un jargon conventionnel (pour dire, par exemple, jauna, mon- 
sieur, ils diront jau-pati-na-pa, on jau-gau-na-gra (95), etc.), ou en- 
core à un argot particulier, dans lequel tu fais signifiera nous faisonSj et 
voler une pièce de toile se dira voler une queue, etc. 



S rvr. 



On a vu plus haut ce qu'il faut penser de l'origine et du développement 
de Targot dans tous les pays de l'Europe : nous rangerons donc parmi les 
fables ce qu'au début de son livre l'auteur du Jargon nous dit de Targot 
français (96), aussi bien que l'origine qui lui a été assignée par quelques 
philologues tenant habituellement leurs conférences au cabaret des En- 
fants du Soleil , à la Courtille-lez-Paris (97). Nous nous garderons bien , 
cependant, de traiter avec le même dédain un autre passage qui témoigne 
des modifications que subissait ce même langage, non par l'effet du temps. 



INTRODUCTION, xxix 

ma» par suite de la crainte qu'éprouvaient les ai^otiers d'être entendus 
des profones (98). Ces révolutions, qui détrônaient un mot y une phrase 
poar d'autres façons de parler, pouvaient s'opérer d'une manière d'autant 
plus absolue que la police , encore dans l'enfance , s'opposait moins 
aux réunions des malfaiteurs, qui pullulaient dans le royaume (99) , et 
que ceux-ci avaient sous la main une espèce d'académie dont les décisions, 
dictées par l'intérêt commun, étaient aveuglément suivies. Nous voulons 
parler des archisuppAts de l'argot, « les plus sçavants, dit l'auteur du 
Jargon, les plus habiles marpauts (garçons) de toutime (tout) l'argot , 
qui sont des escoliers desbauchez, et quelques ratichons (prêtres), de ces 
coureurs qui enseignent le jargon à rouscailler bigorne (parler argot) , 
ostent, retranchent et réforment l'argot ainsi qu'ils veulent (100), » etc. 
Après cela, on comprend que lors même que l'on aurait, dans toute sa 
pureté, le jargon eijobeïin de Villon, il soit difficile de l'entendre, tout 
en ayant un vocabulaire du langage blesquinen usage dans le siècle suivant; 
et l'on peut raisonnablement supposer que, dans ceux qui précédèrent 
k temps du poète voleur, ses devanciers en cette dernière qualité avaient 
déjà imaginé un langage à l'aide duquel ils pussent dérober aux honnêtes 
gens la connaissance de leurs projets. 

Examinons maintenant l'argot tel qu'il nous est parfaitement connu , 
c*est>à-dire depuis la fin du xvi* siècle, et cherchons à déterminer les divers 
caractères, les divers éléments dont il se compose. 

Ainsi que nous le disions tout à l'heure , son caractère le plus général 
est d'être métaphorique; le plus souvent le mot qui, en français, sert à 
désigner un objet, une idée, est remplacé par un autre mot , également 
français, qui exprime l'une des qualités, l'un des attributs de cet objet , 
de cette idée, ou qui indique une comparaison. 

D'autres fois, pour déguiser les mots qu'il emploie, l'argot en conserve 
la tète, et dénature la dernière ou les dernières syllabes. S'il n'est pas 
sans exemple qu'il ajoute, plus ordinairement il retranche, et l'apocope 
est peut-être de toutes les figures de grammaire celle qu'il affectionne le 
plus. Au reste, on sait que ce procédé, comme l'emploie l'ai^ot, qui sup- 
prime souvent la moitié d'un mot, n'est point particulier à cette langue , 
puisque de kilogramme, d'hectogramme, nous avons fait kilo, hectOy tout 
court, et que les Anglais , encore plus avares de leur temps que nous , 
ont abrégé cotisin en coz , cabriolet en cab^ etc. Nous ne parlons pas des 
mots démoc, soc, riac, etc., que nous avons vu se former, en 1848, dans les 
ruisseaux de Paris : ce n'est pas du français ; mais est-ce bien de l'argot? 



%U INTRODUCTION. 

Odoa ce jargon , les exemples d aphérèse sont iQfUûjoeat plus rares ; 
encore n'est-ii pas sàr qu'il faille attribuer à nos argotiers la piiternité (le« 
mots qui présentent ce caractère grammatical. 

A tout prendre, les hommes qui chez nous ont exercé une influence 
quelconque sur les transformations et les vicissitudes de Vargot , ont peu 
créé pour l'enrichir; le plus souvent ils se sont bornés à ramasser autour 
d'eux , et comme sans j penser, les mots , les locutions qui frappai^ut 
fréquemment leurs oreilles^ ou qui se gravaient dans leur mémoire en 
raison d'un mérite particulier ou de tonte autre circonstance. Bien en- 
tendu, la langue du pays qui fournissait au nôtre le plus grand nombre 
des opérateurs, des charlatans, des artistes et même des filous qui j exer- 
çaient leur industrie, fut surtout mise à contribution : de là la quantité de 
termes empruntés par l'argot, soit a la langue italienne, soit au fourbesqae. 

Si chez nous, jusqu'à une époque assez moderne, les arts , dans l'ac* 
ception la plus étendue de ce mot, ont été exercés par des enfants de 
l'Italie, les métiers, comme ceux de tailleur, de cordonnier, de bras- 
seur, etc. , étaient en général dans les mains de nos voisins du Kord , 
parmi lesquels nos associations de malfaiteurs recrutaient toujours quel- 
ques transfuges. Ce contact de la France et de l'Allemagne dota Targot de 
quelques mots d'origine et même de physionomie germaniques ; mais ou 
les compte, et il ne faut pas beaucoup de temps pour cette opération. 

On obtiendrait encore de plus minces résultats si l'on voulait dresser 
la liste des mots espagnols qui ont passé dans le jargon en question ; mais 
les rapports qu'il a avec l'ancienne germania des vauriens de Séville et 
de Madrid sont beaucoup plus considérables , et ils méritent d'être si- 
gnalés. Sont^ce des malfaiteurs français qui , allant exercer leur coupable 
industrie de l'autre côté des Pyrénées, y ont également porté leur langue 
professionnelle? Ou bien faut^il croire que des Gitanos, mêlés, dans Imirs 
courses vagabondes et déprédatrices, avec des gueux de notre pays , au* 
ront communiqué avec eux à l'aide de la germania P C'est ce que nous ne 
saurions dire, n'ayant pu recueillir aucune lumière à cet égard; mais ce 
qui paraît presque certain, c'est que les Bohémiens, de quelque pays qu'ils 
vinssent, eurent grand soin de dérober la connaissance de leur langage 
aux individus d'une autre race avec lesquels le hasard, et, encore plus, 
l'amour du pillage et de la rapine, les mettaient en contact , quelquefois 
même en société temporaire. Ce soin nous explique pourquoi l'on ren- 
contre, dans notre argot , si peu de mots qu'on puisse rattacher, avec 
quelque certitude, à la langue des Roma. 



INTRODUCTION. xxxj 

Quant aui aalreB lapi^foes oiimtalas, je ne oonoaift jusqu'à prétest qu'iui 
wol sot qui paisse eo démer : c'est bailê, auquel j'ai ocwsaeré im 
artide. Ànire et êuhr, qui en ont également obacun un , et AnArumelle^ 
qoi^ieat évidemment du premier de eee mots, peuTeut être ranMortés au 
hasqoe, où ial signifie vendre, ce que j'aurais dA dire en son lieu. 

Les caraoCères de Tai^t français , tels que je viens de les tracer sue* 
eineteineat, n'appartiennent pas eielnsivenient i ee jargon ; on les re* 
troDve i^alement dans le langage populaire ^ qui lui a fourni le phis im* 
portant des âéments dont il se compose. 

A toutes les époques de notre langue il y a toujours en, latéralement 
•B langage parlé par les gens de qualité et les personnes lettrées, un antre 
langage qu'dles se contentaient tout au (dus de comprendre, et dont elles 
aiModoBuaient Tusage & la bourgeoisie et aux classes inlérieures. Cepen* 
dant œ français, digne de ce nom au moins autant que son heureux rival, 
était loin de mériter le dédain dans lequel on le laissait ; c'était bien l'en- 
fant dn sol, gai, spirituel, moqueur, passablement effronté, surtout en* 
elia aux jeux et aux figures de mots. Dédaigneux des anciens, que l'autre 
français, le français de la cour et de ràcadémie, s'attachait à suivre le 
plus près possible, il se hasarde tout au plus k foire allusion à des faits 
nppMtés par la Bible, ce livre du pauvre cooune du riches elle remplace 
pour lui toutes les histoires, toutes les mytbologies. Quelque confiance 
qu'il ait dans le saint volume, cependant il recourt plus volontiers encore 
à une autre source de philosophie et de morale, source féconde qui lui 
«t piopre et à laquelle il peut puiser sans trop se déranger. Je veux par«- 
1er des proverbes : tantôt il les rapporte dans tonte leur étradue, tantôt il 
«a borne à j faire allusion en uu mot ou en deux ( 10 1 )• Le plus souvent il 
eiprime les choses amplement , et sans s'inquiéter si le terme qu'il emr 
ploie réveille une idée basse , s'il est réprouvé par le goût des beaux es^ 
prits ; son goût à lui est pour les choses épieées, pour les images qui paiv 
lent a Timaginatiou, surtout pour celles qui excitent le rire, ce senUment 
propre à l'homme, que le langage du peuple ne perd jamais Tûccasion de 
provoquer; et, pour obtenir ce résultat, il fait bou marché de ses allures 
franches et indépendantes : au lieu du mot propre, il a recours k la péri- 
phrase, k la métaphore, à l'allusion , enfin a tout autant de tropes que 
Duoiarsais a pu en découvrir et en classer. Né gabeur^ il donne volontiers 
de la gabatifiê (102) sur le sujet du prochain ; des gens grossiers, sots et 
stupides, il dit qu'ils sont de la paroisse de la Nigaudaye, ou de celle de 
Saiut'Piene-aux-'bisufs, patron des grosses bâtes, et des gens ivres, qu'ils 



xxxij INTRODUCTION. 

sont de la paroisse de Sainthlean-le-Bond (103); des prisonniers et des gens 
engagés dans les liens du mariage^ qa'ils sont de Saint-Prix, Youés à saint 
Prix (104); des maris trompés, que ce sont des parents de Moïse (105); 
des personnes remises à recevoir l'absolution au tribunal de la pénitence, 
qu'elles sont de Saint-Remy (106). Qu'un homme de la cour et de la irille 
ait à parler d'un bossu , il emploiera" ce terme ou l'adjectif contrefait; 
le peuple, qui rit de toutes les misères, parce qu'il en supporte plus 
qu'aucun autre, dira c^fto (ce beau), retournant ainsi le mot boce dans 
un but de caricature (107). Se fait-il mal eu remuant un fardeau? il a, 
dit-il, pris un pinson (108); renverse-t^il quelqu'un? il joue au re- 
versis (109). D'une personne qui guigne, c'est-à-dire qui louche, il dira 
qu'elle Tend des guignes en tout temps (1 10) ; d'une femme noire et laide, 
que c'est une nymphe de Guinée (111). Un habitué des ruelles veut- 
il parler de quelqu'un atteint du mal chanté par FracastorP il ne le peut 
sous peine d'être grossier ou inintelligible pour tout autre que pour un 
médecin, cet homme que le peuple traite d'une façon toujours plai^ 
saute (112); un habitué des halles, dans le même cas, n'éprouve pas le 
moindre embarras : il vous parlera de pèlerin de Surie, de pauvre diable 
qui va au pays de Suède , de Claque -dent , de Ravière (113), qui heurte 
à la boutique de Saint-Côme (114). Dans la bouche de notre homme, un 
gagne-denier devient un ange de Grève (115); une servante de cuisine, 
une nj^mphe potagère (1 16); un vinaigrier, le limonadier de la passion ; 
un individu roux ou traître, le trésorier de Jésus-Christ (11 7); un char- 
bonnier, un chanoine de Saint-Maur (1 18); un balayeur public, un artiste 
au grand pinceau; un fine, une sirène de moulin; une grenouiUe, une 
sirène du Pré-aux-Glercs (119). Soldat, entendant tous les jours la recom- 
mandation de tenir son arme claire et nette, il l'appelle clarinette de cinq 
pieds. S'il voit tomber quelqu'un. Il est bon jardinier, dit-il, et fait de 
beaux parterres (120). S'il revient de quelque endroit avec les pieds en- 
flés pour avoir trop marché , c'est qu'il y est allé sur la haquenée des 
cordeliers (121), et qu'il rapporte les cloches delà paroisse (122); le soir 
il voudrait aller aux Quinze-Vingts, c'est-à-dire fermer les yeux (123), et 
le lendemain matin il ne dit pas qu'il est encore couché, mais qu'il est 
dans la halle aux draps (124), où il a joué à la ronfle (125). Veut-il récla- 
mer contre un piège tendu à sa crédulité, Autant pour le brodeur (126)! 
s'écrie-t-il; signaler la source impure d'une acquisition? il dit qu'elle a été 
faite à la foire d'empoigne; faire entendre qu'un objet a été volé? il dira 
qu'il a passé dans l'Ile des gripes ( 1 27) . Les enfants de cette lie, les habitués 



INTRODUCTION. xxriij 

de oe marché lui donnent toujours fort à rire, et il est intarissable quand 
on le met sur leur chapitre; il faut l'entendre parler des écornifleurs de 
potence (128), des ayeugles retournés ( 1 29), et raconter comment, quand 
on les surprend sur le fait , ils prennent de la poudre d'escampette , 
marchandent au pied et non pas à la toise (130), escriment, estrama- 
çonnent de l'épée à deux jambes (ISl), sous peine de manger des poires 
d'angoisse (132), d'être élevés sur une bûche de quinze pieds de haut , et 
d'épouser cette veuve qui est à la Grève (133), de danser sous la corde (134), 
de danser une cabriole en Fair sans toucher à terre (135) et de se si- 
gner des orteils (136)^ d'avoir le collet secoué, d'être tué de la lance 
d'un puits (137), de regarder par une fenêtre de chanvre (138), déjouer 
du hautbois (139), etc. Il est vrai qu'il s'empressera d'ajouter, compatis- 
sant comme il l'est de sa nature, que tous n'ont pas le même sort , et que 
s'il en est plus d'un condamné à monter par une échelle et à descendre 
par une corde, bon nombre seront mieux traités par le bourreau, qui 
poussera la complaisance jusqu'à leur chasser les mouches de dessus les 
épaules avec des verges (140), ou à leur frotter le dos d'une serviette de 
chanvre pliée à la façon d'une queue de pourceau (141) , et à leur donner 
les marques de la ville, de peur de perdre ses clients en faisant la proces- 
sion par les carrefours (142) ; d'autres enfin finiront leurs jours sous le 
beau ciel de la Provence, occupés à servir le roi et à écrire leurs mémoires 
dans l'eau avec une plume de quinze pieds de long (143). Il ne vous par- 
lera pas d'anarchie, il ne sait pas ce que ce mot veut dire, mais de la cour 
du roi Pétaud, où tout le monde est maître (144). Ne lui parlez pas de 
terreur panique , c'est encore du grec pour lui. S'il a éprouvé de la 
frayeur, il l'exprimera naturellement , en annonçant tout crûment l'effet 
qu'elle a produit sur ses entrailles (145). Il ne vous dira pas qu'il est en 
proie aux rigueurs du sort, mais que le diable est aux vaches, que le 
diable est sur ses poules (146); car il croit à l'esprit du mal, et vous, 
qui souriez , vous ne croyez pas, vous n'avez jamais cru au destin. Il croit 
si bien au diable, qu'il en parle à chaque instant en bien comme en mal. 
Ce$t un bon diable , dit-il d'un bon garçon ; c'est un pauvre diable, d'un 
homme malheureux, reconnaissable à son habit qui crève de rire (147). 
Quand il pleut et fait soleil à la fois , c'est le diable qui bat sa femme et 
qui marie sa fille (148), peut-être à M. du Verger (149). On connaît l'ange 
du mal à ses griffes (150); berce-t-il un homme? c'est signe que c'est un 
méchant qui machine de pernicieuses inventions (151). Quant à Dieu, le 
peuple le fait moins souvent intervenir dans sa phraséologie, par suite du 



xxxiv INTRODUCTION. 

respect dont il se sent pénétré pour le Père éternel; car c'est ainsi qu'il 
appelle le plus souvent Fauteur de tous les êtres , qui , dans sa bouté, me- 
sure le froid à la brebis tondue (152). Il est bien loin, comme on voit, de 
ne croire en Dieu que sur bons gages, à l'exemple des esprits forts (15.3); 
il fait plus, il le prie, du moins on lui a appris à le prier en ces termes : 

Dieu me g^rd de quatre maisons : 

De la taverne , du lombard , 

De rhospital et de la prison (154). 

Ce sont lieux à laisser aux bélîtres : 

Vie brutalle plaist au coquin rural , 

Gaudir à la taverne et mourir à Thospital (155}. 

Ces gens-là n*ont pas le sou; ce sont , suivant une autre de ses expres- 
sions, des aumôniers qui font au point du jour l'aumône (156). 

Ce que nous venons de présenter du langage populaire montre qu'il 
contient beaucoup d'idées recherchées : en effet, comme le fait remarquer 
avec raison H. Guizot , « la recherche est le caractère des beaux esprits 
de la classe inférieure; les injures mêmes des gens du peuple sont compo- 
sées quelquefois avec une recherche tout à fait singulière, comme si, dans 
ces moments où la colère exalte les facultés, leur esprit saisissait avec plus 
de facilité et d'abondance les rapports de ce genre, les seuls où il soit ca- 
pable d'atteindre (157). » 

Quelque mal famé que fût ce langage populaire, dont nous avons essayé 
de donner une idée en quelques mots, il n'était pas si dédaigné que Cathe- 
rine de Hédicis, entre autres, ne se piquât de le parler en perfection (158), 
et que Montaigne ne le préférât à un langage plus raf&né (159). Des 
hommes pour qui notre langue n'avait ni secrets ni rigueurs, Rabelais, la 
Fontaine, Molière , eurent le courage de fouiller dans ce que les beaux 
esprits de leur temps appelaient du fumier, et surent y trouver des perles 
qui n'attendaient que d'habiles artistes pour briller du plus vif éclat. 

Placés à la source même , les hommes pour qui l'argot était un besoin 
n'avaient qu'à tendre la main pour y puiser ; dépourvus de calme et de 
loisir, ignorants pour la plupart, la crainte seulement d*étre compris des 
honnêtes gens, et de manquer par là leur but , pouvait les empêcher de 
piller la langue de leurs voisins, qui , après tout , avait bien été , pendant 
pins ou moins de temps, leur propre langue à eux : aussi ne se firent-ils 



INTRODUCTION. xxxv 

pas feule d'enrichir le vocabulaire de Fai^ot des dépouilles du langage 
proverbial et populaire, en y joignant quelques reliefs d'une qualité plus 
relevée, qui, comme bien d'autres choses, étaient tombés de la noblesse à 
la bourgeoisie, et qui, mis également à la réforme par celle-ci, ne figu- 
raient plus dans l'inventaire de la langue usuelle. Des exemples, ap- 
puyés de passages de nos anciens auteurs, ne laisseront aucun doute sur 
ces deux points; nombre d'entre eux serviront en même temps à démon- 
trer certaines choses que nous n'avons pas encore dites , comme ils ajou- 
teront souvent une confirmation à celles sur lesquelles nous n'avons point 
à revenir, si ce n'est pour un antre objet. Pour atteindre ces différents 
bats, nous avons tout lu , depuis les chansons de geste de l'époque la plus 
reculée jusqu'aux vaudevilles, aux chansons et aux canards de la nôtre , 
pénétré que nous sommes de cette vérité ainsi énoncée par le président 
Fauchet : « U n'y a si pauvre autheur qui ne puisse quelquefois servir, 
au moins pour le tesmoignage de son temps (160). » 



»<OOQO< 



NOTES. 



(1) Notions élémentaires de linguéstiquef etc. 
Paris, Eogèoe Rendael, 1834, in-8*, pag. 69. 

(2) iHd., pag. 278. 

(3) Diatribe du docteur Néophobtis contre 
les fabricateurs de mots, dans la Revue de 
Paris, noufelle série, tom. LXXXVI,pag. 31. 

(4) Voyez, sur les mendiants de Rome, le 
mémoire de M. Naadet, intitulé Des Secours 
fmblics chez les Romains, (Mémoires de l'Ins- 
titut royal de France, Académie des inscriptions 
et belles-lettres, tom. XIII, pag. il, 12 et 81-84.) 
Il parait que, du temps de Plante, leur rendez* 
^ous était la porte Trigémine {Capt., 1, 1, 22) ; 
ils se tenaient aussi non loin de là , sur le pont 
de bois qui joignait le quartier du Janicule au 
reste de la ville. (Sen., De Vita beata, 25.) La 
nuit , ils allaient louer quelque retraite sous les 
arbres du bois d'Aricie : 

Omnla enlm populo mercedem pendere Jotn est 
Arbor, et eJeclU raendleat tllva Camenli. 

Joveo., III, lit, !■■ Cf. IV, iK. 

Aussi vicieux que les nôtres, les gneux de 
Rome avaient recours anx mêmes ruses pour ex* 
citer la compassion des passants. Sénèque le père, 
dans ses Controverses , met en scène un men^ 
diant accusé d'avoir estropié de diverses ma- 
nières des entants qu'il avait recueillis, pour éta- 
ler en public le spectacle de leur misère, et les 
faire mendier avec plus de bénéfice. Au reste , 
le profit devait être peu considérable, si l'on 
songe à la dureté romaine, qui me parait avoir 
Inspiré ces paroles que Plante met dans la bou- 
che du vieillard du Trinummus : « C'est rendre 
un mauvais service au mendiant qne de lui don- 
ner de quoi manger ou boire ; car on perd ce 
qn'on lui donne, et on prolonge sa vie pour la 
misère. « 

De jnendlco maie mcretnr qai el dat quod edat aat qnod 

[bibal; 
Nan et Ulud quod dot perdit, et lUl prodnclt Tilam ad 

[miaerlam. 

TWfiHm, II , II, M*. 

(â) EnM., T. 302. 

(i) Quelqu'un pourrait-il me dire s! se n'est 



pas à cette époque que florissaient les nations 
dont parle Searron an livre Y II de son Virgile 
travesti? 

ht» peo|Aet natlb d'AmUerne . 
Dont l'enseigne et t nue lanterne , 
Et ceui qu'on nomme MutuaqooU, 
Autenra du lant^age nnrquoU. 
Dont l'enseigne «st nue épooaée. 

Quoi qu'il en soit, cet écrivain proclame Im- 
plicitement la liante antiquité de l'argot, quand, 
un peu pins loin, il fait dire à £vandre, qui est 
en train de parler de Priani à £uée : 

Je Inl donnai denx arcs turqnola. 
Un vocabulaire narquois, etc. 

(7) Voyez également le Dictionnaire étymo- 
logique de la langue françoise, de Ménage, 
édit. de Jault, tom. I*% pag. 82. 

(8) Voyia d'ond vint la grand cbolere 
Que Ragot n'osta son bonnet. 

Bpistre de Vasne au coq, responr 
sive à celle du coq à Casne, at- 
tribuée à Cl. Marot. 

« L'eau beniste est-elle tousjoiirs en la cour à 

aussi bon marché qu'elle souloit estre? Pa- 

thelin et Ragot y ont-ils toiisjours Torce disci- 
ples ? » (Deux Dialogues du nouveau langage 
français italianisé, etc., sans lieu ni date, in-8*, 
pag. 229.) 

« Je croy que si l'on eiist esté curiepx de re- 
cueillir les bons mots, traicts et tours dndict 
Brusquât, on eneust fait un très-gros livre; et 
jamais il ne s'en vit de pareils, et n'en desplai&e à 
Pinan, à Arlod, ny à Villon, ny à Ragot, ny à 
Moret, ny à Chicot, » etc. \Vits des grands ea^ 
pi laines, liv. I*', chap. lxix : le mareschai de 
Strozze ; Œuv. compl. de Brant&me, éd. du 
Panthéon littéraire, tom. l«% pag. 175, col. 1.) 

A Les marescbaux de camp qui traînent cette 
cadene, sont Ragot et du Halde, » etc. {Les 
Avantures du baron de Fœneste, liv. iv, 
chap. XX.) 

« Aux arballet triera les traicts de Ragot ferrez 



NOTES. 



lie dents de poiasoo,» etc. {Les Sstreines univer- 
teiUâ de Taifarin, édit des JoyeuseUz, pag. lo.) 

an nombre de canailles 

Qoi n*ODt le plus souvent doubles, deniers, ny 

[mailles , 
Qui font plus que Ragot , ce grand maislre des 

[gueux, 
(Que la gloire faict yïm encore parmi eux) 
De subtils et bons tours, etc. 

La Mesponse à la misère des clercs des 
procureurs, etc., par madame Glioi- 
selet et consorts, ses disciples. A Paris, 
M. DC. XXYI11., iii-8«, pag. 14. 

(9) « Quoy? (dit Tailleboudin) nous nous con- 
Doîssoos ensemble, Yoire sans jamais nous estre 
▼eoa, avons noi cérémonies propres à nostre 
mestier, amirations, serments pour inviolable- 
roent garder uos statuts, que de feu bonne me- 
noire Ragot, nostre antecesseur, a tiré de beau- 
coup de bonnes coustumes, et avecques ajou&té 
de son esprit, » etc. (IHscours.d^aucuns propos 
rustiques facétieux... ou Us ruses et fines- 
ses de Ragot, capitaine des gueux, etc. 
M.DO&XXXII., in-12, pag. 84.) A la page 87, 
TaiOeboodin parle du jargon dont lui et ses par 
reila Cûsaîent usage. 

Dana les Spithetes de M. delà Porte Pari' 
sien (à Lyon, par BenoistRigaud, M.D.XCII., pe- 
tit in-t2, fol. 48 r»), belistre a pour épilliète fils 
de Ragoi. 

(10) Supplément au Glossaire de la langue 
romane. Paris, cliez Cbassériau et Hécart, 1820, 
iA-8*, pag. 25, col. ]. 

(11) Cnriositez françoises, pour supplément 
aux Dictionnaires... par Antoine Oudin, Se- 
crétaire Interprette de Sa Majesté. A Paris, chez 
Antoine deSomma?iIle,M.DC.XL., in-8% pag. 
407. — Imprimé à Rouen, et se vend à Paris, chez 
Antoine de Sommaviile, M. DC. LYI., in-S**, 
W. 3S7. 

• Poar ce qoi est des estoiles, et du mot vulg,, 
il fiint entendre que ce ne sont pas des phrases 
dont on se doive servir qu*en raillant. » {Adver" 
tissement, à la suite de la préface.) Voici un 
exemple de ragoter^ tiré des Historiettes de 
TaUemant des Réaux, édit. in-12, tom. viii, 
pag. 102 : • Elle est fort avare, lui est proiligoe ; 
elle l'appelle panier percé, et le ragotte sans 
ccHe sur sa dépense. » 

(12) « Pareille mode régna pendant quelque 
temps à Paris aux environs de 18S0; on retran- 
dialt la dernière consonnance des mots pour y 
solMtitoer la syllabe mar. On disait épicemar 
pour épicier, boulangemar pour boulanger, 
cafemar pour café. Ainsi de suite. C'était de 
Fesprit dans ce lemi>s-là. » (Paris anecdote, par 



XXXVlj 
Paris, P. Jannet, 



Alex. Privât d'Anglemonl. 
1854, in*18, pag. 190.) 

Auparavant, probablement à Tépoqoe où le 
Diorama faisait fureur, o'est-à-dire vers 18289 
on parlait en rama. Voyez le Père Goriot, de 
Balzac, cbap. l*'. (Une pension bourgeoise.) 

On trouve au catalogue Nodier, 1844, n® 946, 
rindication d'un ouvrage intitulé Relation du 
royaume de Candavia, écrit dans une langue 
factice formée de phrases composées de mots qui 
ne présentent point de sens, étant mis ensemble, 
quoiqu'ils semblent se rapporter à un sens suivi 
et continu. Il existe nne lettre de ce genre dans 
les OEuvres de Vadé. 

Enfin dans les Jeux de r Inconnu, etc. (à 
Rouen, chez Jacques Cailloué, M. DC. XXXXV., 
ln-8(», pag. 63-74), il y a un chapitre intitulé le 
Courtisan Grotesque, dont voici le commence- 
ment : « Le Courtisan Grotesque sortit un jour 
intercalaire du Palais de la bouche, vestu de 
verd de gris, » etc. Tout est dans ce genre. 

(13) Dict. étymol. de la langue franc., 
tom. l*', pag. 83, col. 1. 

(14) Examen critique des dictionnaires de 
la langue françoise,eic. Paris, Delangle frères, 
M.DCCCXXIX., in-8% pag. 85. 

(15) Ibid., pag. 46 et 47. 

(16) Art. sur madame de Sablé, dans la Revue 
des Deux Mondes, V mars 1854, pag. 882. 

(17) Dictionnaire comique, satyrique, cri- 
tique, burlesque, libre et proverbial, tom. l"*, 
art. ARGOT. « Ils ont, dit Ambroise Paré, un 
certain jargon par lequel ils se connoissent et en- 
tendent les uns les autres, pour mieux décevoir 
le monde, et sons ombre de compassion on leur 
donne l'aumosne, qui les entretient en leur mes- 
chaiioeté et imposture. » {Œuvres complètes 
d^ Ambroise Paré, liv. XIX, chap. xxni; édit. de 
J.-F. Malgaigne. AParis, chez J.-B. Baillière, 1840- 
1841, grand ln-8«, lom. III, pag. 49, col. l.) 

(18) « Artis, langage de matois, et jargon 
pour ôt{)To;. • ( Celt-hellenisme, ou, Etymolo- 
gic des mots français tirez du Grxc, etc. Par 
Léon Trippault. A Orieans, par £loy Gibier, 
1581, in-8% pag. 27.) Gomme on le verra plus 
loin, d*Assoucy fait quelque part Téloge de « ce 
langage de Larty, qui n'est commun qu*à ceux 
qui entriment sur le Ligourtet le passe Ligourt. » 

(19) « Frères de la cuque ou de la mauicle, 
À. filous, voleurs, coupeurs de bourses. » {Cu- 
riosités françoises, i'* édit., \^z. 236; 2'édil., 
pag. 183.) 

(20) Histoire générale des larrons , divis^^e 
en trois livres. T. Contenant les cruautez et mrf- 
chancelez des Voiteurs. II. Des ruses et subtilifez 
des Couppeurs de Bourses. III. Les finesses, 
tromperies et stratagèmes des Filous. Par F. D. C. 



XXXVUJ 



NOTES. 



LyoDDois. k LyoD, chez Claude la Kiviere, lae- 
qoes lustet, Horace Hagoetan, M. DC. LXIV., 
in-8% lîT. Ill.chap. kiii, pag. 2a, 23. —A Rouen, 
ches Jean-Baptiate Beaongne, M.DCCIX, iii-8«, aa 
inème eudroit. Je suppose que c'est de la même 
édilioo qu'il y a dea eiemplaires portant rindic»- 
tlon de Rouen, Jean-Baptiste Macliuel, et de Pa- 
ris, Belley, 1709, comme l'eiemplaire de Méoo, 
et celui de Nodier, qui a passé plus tard chez 
Taylor. Yoyez pag. 496, n° 4020, du catalogue 
do premier; le catalogue du second (Paria, 1844), 
pag. 192, n« 1200, et celui du troisième, pag. 504, 
n"" 2630. 

(21) La Doctrine curieuse des beaux esprits 
de ce temps, elc. A. Paris, chez Sebastien Cbaiv- 
pelet, M DC XXIII, in-40, liv. 1», aect. xi, 
chap. II, pag. 66. 

(22) On lit dans un pamphlet écrit contre Re- 
ceveur, inspecteur de la police de Paris, et inti- 
tulé le Diable dans un bénitier ( 1784 , in-8^, 
pag. 32 : « Les voleurs ont un argot, et les gens 
de la police un autre : ceox*ci insultent avec une 
cruauté sans égale aux maux de ceux-là. Quand 
ils les ont chargés de fers, ils disent entre eux 
qu'ils leur ont mis la mousseline,. . » 

A la page suivante, on voit que Receveur, 
pour dire tirer des réf étalions d'un voleur, di- 
sait tirer la carotte, 

(23) On lit dans les Mémoires de mademoi- 
selle Dumesnil, cités dans lePe^t^ Dictionnaire 
des coulisses t 1635, in-i8, pag. 13 : « De mon 
temps, les comédiens avaient un argot qui leur 
était particulier. Pour demander combien paie- 
t-on pour entrer à la comédie? on disait : Corn' 
bien r^/Ue-t-on de la logagne pour allumer la 
boulevetade ? La troupe s'appelait la banque. 
Pour demander : Celni qui est à côté de vous 
est-il un comédien? on faisait ainsi la question : 
Le gonze qui est à votre ordre est-il de la 
banque? Si l'interrogé voulait répondre négati* 
vement, il disait : Non, il est lo/ commele Ra- 
boin ; ce qui signifiait : Il est profane comme le 
Diable. Ce dialecte était très-abondant, et com- 
prenait à peu près tout ce qui peut se dire en 
/rançais. Prévilie le jargonnait à merveille.» 

— « Mais je parle l'argot du Thé&tre lyrique, » 
dit un personnage d'une comédie de M. de Bolssy, 
le Triomphe de Vlnterest, se. iv. Il est à croire 
qu'il s'agit ici d'autre chose que du jargon si- 
gnalé par Mi>« Dumesnil. 

(24) Examen critique des dictionnaires de 
Us langue française, pag. 322. — Dans un autre 
ouvrage, le même auteur s'exprime ainsi : « Le 
peuple d'une langue qui commence fait la parole. 
Les savants d'une langue qui finit font de l'ar- 
got.* {Notions élémentaires de linguistique, etc. 
Paris, Eug. Renduel, 1834, in-8% pag. 219.) 



(25) Journal des Savane, 1887, pag. 90. La 
Fontaine est moins dur dans sa fable le Mar- 
chand, le Gentilhomme^ le Pdtre et le Fils de 
roi (liv. X, fable xvi), quand il dit : 

Le noble pounulrit : 
« Mol, Je Mil le lilason, J'en veu tenir ^le; » 
Comme si de vert l'Iode on eût en dans r esprit 
La fotte vanité de ce Jargon frivole I 

(26) Les Jaloux, comédie de Pierre de l'Ari- 
vey, act. V, se. 11. 

(27) Curiositez françaises, au mot Compa- 
gnon, 

(28) Ibidem, au mot Midy. 

Un petit coureur de landy. 

Un gourmand , un cherche-midy. 

Ovide travesty, fable n^Les Amours 
d'Apollon et de Daphné) ; dans les 
Œuvres de monsieur d'Assouey. 
A Paris, chez Thomas Jolly, 
M. DC. LXYUI., inl2, pag. 60. 

(29) Cur./r.,en mot Parent. 

(30) Je n'estois pas si défroquée 

Du temps que messieurs les laquais... 
Pour moy quittoient Margot la fée... 
Et que messieurs portans serpettes. 
Mes valeureux taille-goussets. 
Dont le^ mains gourdes en pochettes 
Se rechauffeot à peu de frais, 
Venoient ouïr de mes clochettes 
Les tons ni doux et si parfaits. 

Plainte de la Samaritaine sur la 
perte de son Jacquemart » et le 
débris de la musique de ses cio- 
ches, V. 84-96. (Les Rimes redau- 
blées de monsieur d^Assouey, A 
Paris , de l'imprimerie de Claude 
Ilego, M. DC. LXXI.,in-12, pag. 17 .) 

(31) Ctir. franc,, an mot Carabin, 

(32) Voyez, sur cette expression, qui, du 
temps de Réguler, désignait un filou , un cou- 
peur de bourse, la satire X de ce poète; les 
Jeux de r/}iconnii,etc.,édit. de M.DC.XXXXV., 
in-go, pag. 381 ; le? Curiositez françaises d'Ou- 
dio, r« édition, pag. 377, et les Recherches 
françaises et italiennes, du même, pag. 396, 
col. 1, au mot Officier de la courte espée* 
Adrien de Montluc, dans sa Comédie des pro^ 
verbes, act. III, se. iv, se sert de l'expression de 
gentils hommes à la courte épée, qui avait le 
même sens. D'.issoucy, parlant de Mercure, 
dit: 

Ce ffaUUhùmmê à eourtê-upé* 
Qui va pint vUte dn Jaret 



NOTES. 



XXXIX 



Qu'un dédMiué diable loret, etc. 

Le Ravistement 4e Proserpine^ etc. A ?«• 
rii, chez Pierre David... M. DC. LVI.. 
lA-4*, ch. l•^ psf . 10. 

Ailleors, lu même écrivain nomme les filons 
chevaliers de la serpette. Voyez la Prison de 
monsieur d'Âssoucy, etc. A Paris, de l'imprime- 
rie d'Antoine de Ramé , H. DC. LXXIV., petit 
in-n, pag. 2, 107. 

Ud autre écrivain parie des « apparieux de * 
chàïr humaine , qui n'ont que disner, s'ils ne 
triTaillent de la courte espée. » ( La Eencoëtre 
de Gautier Garguille avec Taharin en Vautre 
monde, etc., édit. des Joyeusetez, pag. 16.) 

(33) Poisson, la Mégère a7noureuse,act. Il 

CuriosUezfrançoiseSf pag. 191. 

(34) CwriMitez françaises f pag. 2M, 877. — 
La première partie des Recherches françoiset 
et italiennes, pag. 509, col. 1. 

(35) Cur, /r., pag. 438 — la prem. Part. 
des Rech. fr. et ital., pag. 441, col. 1. 

Dans on autre ouvrage du même compilateur 
j« trooTe • Les corbinenrà du Palais, Ladrones 
paladegos. * Voyn Seconde partie du Thresor 
des deux langues espagnolle et française, etc. 
A Paris, chez Marc Orry, MDGIl , in-4", feuillet 
«igné 11 reno, col. 1. 

(86) Cur. A, P««.*33. 

Il y fait donc encor séjour. . . 

Et s'y fourre à travers les choux , 

Parmi plumets, braves, filoux , 

Et gens qui subsistent par brigue , 

Par artifice et par intrigue. 

Furetiere, le Voyage de Mercure, sa- 
tyre, etc. A Paris, chez Louis Cham- 
houdry, M.DC. LllL, in-4^ liv. IV, 
pag. «9. 

Voyez dans la vraye Histoire comique de 
Francion (à Leyde, chez Henry Drumond, 
M.DCCXXI., ixi-8% liv. II, tom. I*% pag. 88), la 
raison de ce nom, que je retrouve, avec un sens 
peut-être moins injurieux , dans le Voyage de 
Mercure, pag. 88, et dans VUsse et Circé (1691), 
act m, se. XI. {Le Théâtre italien de Ghe- 
rardù tom. HT, pag. 506.) — On lit coqueplU' 
mets, dau.s la Satyre Menippée, avec le sens de 
batteurs de pavé. Voyez la harangue de mon- 
aiear de Lyon. Cf. Gloss. med. et inf. latin,, 
in-4°, tom. V, pag. 312, col. i, v** Plumarius. 

(37) Inventaire gênerai de V Histoire des 
larrons, liv. Il, chap. x. 

(38) Les passages suivants indiquent suffisam- 
ment le sens qu'on attachait à ce dernier mot 
âêsu notre vieille langue : 

Les boln da deffbnct Pathdln 
Qok HçaTei IvffMjobelin, 



CaplUIn du Pont-è-BUtoii, 
Tous les BubJeU FrançoU vuion. 
Soyez à ce coup reveniez. 

La Bepuea franches, t. it. 

MALLKPAYE. 

Aai po?resduppex? 

BAILLSYAlfT-' 

La havée. 

MALULPATft. 

Bt toi nutes? 

MàlLUKVkVr. 

Le jobelln. 

Dialogue de meuieun de Malle- 
paye et de Bàiltevtmt, w IM. 

Ha ! malstre Pierre Pathelln. 
Le drvict Joueur AajoèeUn, 
Ayez en Dieu coolanoe. 

Le TeetametU de Pathelin^ ddlt de 
Gouctelier, pag. iit. 

Les nngz par leur flo fobeHn , 
Fournissent à rapolnctement; 
Les antres par leur pathelln , 
O'nn cedo bonii nettement. 

Coqoillart, le Monolotnu des Perrue- 
qves, édlt. de Coutteller» pas. lit. 

(89) CLIKÈS. 

Santissiés pour le marc dou cois, 
Et pour son geugon qui la semé. 

PINCEOéS. 

Voire, et qui maint bignon U teme, 
Qoand il trait le bai sans le marc. 

Thédtre français au moyen dge, 
pag. 182. 

(40) Ci finent les trois décades 

De Titus, qui sont moult sades , 
Escriptes par Raoul de Taingui, 
Qui n*e8t pas forment amaigri... 
Toudis piant du meilleur... 
Dont me rapport à Petiot , 
Fore anx pians et aux erupaux. 
Comme frères et catervaux. 
Si prie Dieu, le roy Jhesus... 
Qu'il doint à monseigneur regnum celorum. 
Amen. 

Catervaumentt 

iTon tuffaument. 

Voyez les Manuscrits français de la Biblio- 
thèque du Roi, tom. II, pag. 288. 

Dans ri?n/r*ac/e du 14 septembre 1858, je 
trouve quatre vers que M. Baraton donne cximme 
étant les derniers de la chanson des truands de 
1480 : j*iKnore où cet écrivain les a pris; mais je 
doute qu'ils soieut du temps. 

(41) Yci viengnent les quatre sergent de 
Pilate aux sergens de Anne et de Cayphe^et 
les autres se vont armer, 

GRIFFON. 

Dieu gard les gueux de fier plumaige. 
Comme se coropassent millours? 



xl 



NOTES. 



niiAGOX. (Jargon.) 

EstofTés, moussus, sains, drus, gours. 

BRATÀRT. 

où brouenl-ilz présent sur la sorne? ' 

GADIFER. 

Noos allons donner sur la cçrne 
A quelque duppe. 

OBiLLABT. (Jargon,) 

Est-il baussaire? 
CLAQUEDERT. (Jarçon). 

£st41 gourt? 

HALCBUS. 

Mais mince de Caire; 
II n'a tyrandes ne endosse , 
Aubert , temple ne pain ne poulee. 
Le marmyon est tout à sec. 

aOULLART. 

IVons y allons loer au bec 
Pour le vendenger à Teffray. 

GRIFFON. 

Et d'estofTe pour le deffray. 

Qui en fonce? (Jargon.) 

DENTART. 

Oui, les millours. (Jargon,) 

BRAYART. 

Son procès va donc k rebours , 
S'il est grup? (Jargon.) 

ORiiXART. (Jargon) 

Devant qu'on s'i soulle, 
Les gros fonceront à la foulle, 
Et force d'aubert grupperon. 

CLAQQEOENT. 

Nous mouidron franc, et si aron 
Pain en paulme pour les souldars. 

C'est le Mistere de la passkm Jem 
Crût, etc., troisième journée, scène 
de V Assemblée des tyrans , 2* feuil- 
let, r«, col. 2, après la sign. riiii. 

S'il faut en croire Ménage, ou plutôt son an- 
notateur le Duchat (Dictionn. étymol., tom. Il, 
pag. 338, col. 2), « on trouve de l'argot dans... 
le Recueil des Pois piles entr'autres et dans 
le Verger d^honneur, etc.» J'ai lu avec soin 
ce dernier ouvrage dans l'édition de Terard, 
et, à l'exception de plue, dont j'ignore le sens, 
à'aubert et de marpaude, je ne vois rien 
que le jargon puisse revendiquer. Quant an Re- 
cueil des Pois piléSy je ne pense pas qu'il existe 
de livre qui porte ce titre ; du moins mes re- 
cherches ont été stériles à cet égard. Il est pro- 
bable que l'auteur de la plirase en question anra 
entendu parler des farces et des soties, qu'on 
désignait ainsi autrefois à cause du mélange de 
folies et de choses sérieuses qui s'y rencontrait, 
ou parce qne, à la maison où l'on les représen- 



tait à Paris, pendait une enseigne où l'on voyait 
une pile de poids à peser. (De l'AuIoaye, Œuv. 
compL de Rabelais, édit. de 1823, tom. III, 
pag. 610; Rabeloisiana , v*" Pois.) Voyez, sur 
celte expression, une note du Théâtre français 
au moyen âge, pag. 66. Aux textes qui y sont 
cités, on peut joindre les suivants, qui malbeu- 
reusement ne disent pas grand'chose : 

« Aucuns... se pa vannent... comme rois des 
poix pillés aux jeux et farces de jadis, faictes en 
riioslel de Bourgogue à Paris. » ( Vies des grands 
capitaines estrangers et françois, liv. III, 
chap. Il : M. d'Aussun ; parmi les Œuv. complu 
de Brantôme^ tom. !«>', pag. 357, col. l.) 

Seine, au front couronné de roseaux et de saules. 
Pour voir vostre beauté esleva ses espaules , 
Et prononça ces mots : Messieurs àe&pois pile% ^ 
Qui veut des choux gelez? 

Galimatias. Stances. (Le Parnasse 
satyrique du^sieur Théophile, 
M. DC. LX^ petit in-12, pag. (57.) 

Un écrivain de la même époque, parlant des 
poésies d'un curé, d'Assoucy dit : r . .. le temps... 
en a privé le monde ; car j'en eusse fait un re- 
cueil qui auroit...esté mieux vendu que les |>où 
pilez. » (Les Avantures d'Italie de monsieur 
d^Assoucy. A Paris , de l'imprimerie d'Antoine 
de Rafflé, M. DC. LXXVll., in-12, pag. 318.) 
Cinq pages plus loin, le même auteur, avant de 
rapporter un dialogue rimé entre Jésus- Christ et 
saint Matthieu prêt à partir pour la Galilée, an- 
nonce avoir tiré ces vers d'un livre intitulé les 
Pois pilez, qui fut vendu vingt pisloles à un encan. 

(42) GOCRNAT. 

Micet? 

Micer. 
Gournay ? 

GOVRNAT. 

Happe la charge, 
Et entonne ce ront au creux. 

MICET. 

Mon maist, étendez, si tu veux. 
Que diable! tu avez grant baste, 
Nous pierons en ceste grant mate 
Gourdement : vecy chose grosse. 

GOURRAY. 

Or taillé avons quelque endosse; 
Elle n'est point de miuerie. 

HICET. 

Gournay, c'est toute gourderie. 
Vecy bon fons pour la pience. \ 

GOUBNAY. 

Est-il homme de congnoissaoce , ' 
Ou nous le penson mettre en plaint. .. 
Où vas-tu? 



utcer. 
A la freperie; 
Je y trtMiTeray Martin marchant. 
Lm. fourrore en sera gaudie. . . 

COOBNAY. 

Or Ta, o'arreste point , bean sire; 
Si iront croquer ceste pie. 

■ICET. 

A ce je ne failUray mie. 

Quant je pois croquer de ce mpnst 

Q« me semble de si bon goust , 

Je sois guery de la pépie. 

Je Toja Tendre ma roarchandite, 

El ne leray pas si cosnart 

Qoe je n'en mette ung grain à part 

De qnoy Gonmay n'en saura rien ; 

Et an retoamer je sçay bien » 

Oo entré soie en mal an , 

Se je n'ay le georget de Aman , 

Dont ma Tenlle sera gaudie, 

El les tirandez , snr ma Tie. 

Je le lèray et sans mot dire. 

S'il a an doys quelque brocant » 
Gaultier en sera sondoié. . . 
Se Goumay savoit la traînée, 
J'noroie de luy ung tour de pelle... 
Bien goart me sera ce pourpoint. 

COVRNAT. 

Voullei-Tous avoir le pourpoint? 
Ha, ha ! quel Taillant serviteur ! 
Far tous noz dieux, maistre befflenry 
Tons Tenez à la befflerie. 
Et coidez-Toas par tromperie 
Confoncer ceste anmuce gourde?.... 
Se dessus eussez mis la poue , 
C'est ung poeson; mais quoi? il none. 
Ile me jonche point. Quel preudomme! 



A dea! mon maistre, c'est la somme 

Que ce jolli georget joyeux 

AU Tray apartieot à nous deux , 

Et les Urandes sans attendre. 

11 les conTient bien tost despendre. 

Hnlile , coqoart de Quoquerée , 

Toos en serez bien eofermée 

Tant qoe Toys en pourra souffrir. . . 

Je sois Goumay, oh beflleur Tont d'aguet. 
Le Mistere du viel Testament par 
personnages t etc. A Paris, par 
maistre Pierre le Drnpour Geoffray 
de Ifamef, s. d., in-folio, fueillet 
cccxxvi. r", col. 1. 

(43) AGRIPPART. 

Brayliault broura sur son endosse. 
EnteodeZ'Tous bien, moo googeon? 



NOTES. xlj 

CHIFFON. 

Qu'est-ce cy .' Vous parlez jargon. 

Le tiers Livre des Actes des Apostres, 
édit. de 1541, fueillet .ci. (sign.qii) 
Tcrio, col. 1. 

mOCULLARn. 

QoantmeTeiztu?... 

Cefutàlabelistre, 
Quant moy et ta fille Maunette, 
Allions jouera resguillette, 
A la bisette de l'automne. 

TOULIFADLT. 

S'il est vrai ce qu'il me jargonne. 
Enfin nous trouverons parens. 

JMd.f fueillet cv. Terso, col. 3, se. 
des Belistres. 

(44) BARRAQUin , preiDter tyrant. 

He chouq plais Dieu ^ et qu'esche eby ? 
n'aray-je jamais de Taubert? 
Je suis en ce boys tont traosy , 
Donc j'ay fait endosse de vert. 
Je porte le cul descouvert , 
Mes tirandes sont desquirées. 
Les passaus rompus il y pert, 
Et porte la lyme nouée. 

BRANniMAS, deuxlesme tyrant. 
Tous mes grains ont pris la brouée , 
Cap de Dio ! tout est despendu. 
J'ay mon arbaieste flouée, 
Et le galier pieça vendu ; 
Le ront est pelé et tondu , 
Mon comble est à la tatiere. 
Or ay que ne suis le pendu, 
Mon jeorget n'a pièce entière. 

BARRAQOIN , USaillAnt. 

Demeure. 

BRAIiniaAS, defenOâot. 
Tire-toy arrière. 

BARRAQUIN. 

A mort , ribaulL 

BRANOmAS. 

Rien de la main. 

BARRAQUIN. 

Ha crapaudeau! 

BRAKDIMAS. 

Fils de loudiere. 

BARRAQUIN. 

Demeure. 

BRAKDIKAS. 

Tire-toy arrière. 

BARRAQUIN. 

Quel mynois! 

BRAKOIMAS. 

Quelle fiere manière! 

BARRAQUIN. 

Es-tu narquin? 



xlij 



NOTES. 



BBÂMDIIIAS. 

Oiiy, compain. 

BiJIRAQCIIC. 

Demeure. 

BRARDIIIA8. 

Tire-toy arrière. 

BARRAQUIN. 

À moy, ribault. 

BBAIfOIHAS. 

Rien de la main. 

BARRAQCm. 

Brooea-tu? 

BBANDIlUa. 

Je coars ie terrain. 

BARRAQUIN. 

OÙ Tas-tu? 

BRANDIMAS. 

A mon adventure. 

BARRAQOIN. 

Tu es deschiré. 

BRAMDIMAS. 

Tontàplain, 
De dormir Testa sur la dure. 

BARRAQQIM. 

Et par Juppiter ! je te jure 
Que j'en ay de mesme que ty. 

BRANDIMAS. 

Tout ung. 

BARRAQCIN. 

N*ayez paour. 
braudimas. 

Je t'asseure. 

BARRAQUlIf. 

Me recognoys-tu point? 

BRANDIMAS. 

Nenny. 

BARRAQOIN. 

Gaultliier, où as-tu tant dormy? 

BRANDIMAS. 

Hé gueux ! adyaDce-moy la poue. 

BARRAQUIN. 

Es-tu là, lié bau l chardemy ? 

BRANDIMAS. 

H est bien force que Ton floue. 

BARRAQCIN. 

OùestArquin? 

BRANDIMAS. 

11 fait la moue 
A la lune. 

BARRAQUIN. 

Est-il aujnc? 

BRANDIMAS. 

Il fust gruppé et mis en roue 
Par deffault d'ung allegruc. 

BARRAQOIN. 

Ettoyî 



BRAN91MAS. 

J'eus longuement le plue 
De pain et d'eau , tenant au gectz. 

BARRAQUIN. 

Comment eschappas-tu ? 

BRANDIMAS. 

Ce fut 
Pour one ance et l'esparges. 

BARRAQUIN. 

Le rouastre et ses subjectz 
Me mirent aux coffres massis 
Par les piedz tenant aux gros septx. 

BRANDIMAS. 

T conchas-tu? 

BARRAQUIN. 

J'estois assis. 
Quant ce Tint entre cinq et six, 
Dedans les septz laissay ma guêtre « 
Et, de paour d'estre circoncis 
Des anceSy saultay la fenestre. 

BRANDIMAS. 

Cela fust bien ung tour de maistre. 

BARRAQUIN. 

Pourquoy? 

BRANDIMAS. 

Hé,pOTreberooart! 
Ta sentence estoit jà preste. 
L'on n'atendoit que le telart 
Pour te pendre bault comme ung lart , 
Nonobstant tout ton babinage. 

BARRAQUW. 

Je m'en brouay au gourd piard. 

BRANDIMAS. 

Et je demonray au passage. 

BARRAQUIN. 

J'escbaquay. 

BRANDIMAS. 

Et j'estois en cage. 

BARRAQUIN. 

Je pietonnay toute la noict. 

BRANDIMAS. 

Et lembourreur pour tout potage 
Me mist debors par saulconduyt 
A torches de fer. 

BARRAQUIN. 

Quel desdnit! 

BRANDIMAS. 

Tousjours quant la guerre est finée, 
L'on trouveroit de pain mal cayt 
Ainsi que nous une fournée. 

BARRAQOIN. 

Embuschons-nous soubs la feuUée 
Pour attendre quelque syrois. 

BRANDIMAS. 

s'il avoit des graius à l'emblée , 
On luy raseroit le mynois. 



NOTES. 



PBEilUlAUD, trolitesne tyrint, commence. 
Tout freiore, bi Gut! m'en vû)ft, 
Tobifite troncque, en Houi-quein. 
Je n'ai broc oe drioc à C4«te foys. 
par my foy ! je suis mort de Tain. 
AUBRAQOUf , qoatriesme tyrant, commence. 
Qae te mancque? 

FfiCMINAUD. 

Tendre la main , 
Si my compaigDon iie d'y preste. 

ALIBBAQCIH. 

Prestar io non toco uog qaatreio 
Solo pour pagar la meuestre. 

PBEMINACO. 

Quoqoesti de rite. 

ALIBRAQUIN. 

A lo prebslre , 
Hon te besoigne tant d*esbatre. 

FREHINAOD. 

Mooa n'avons cipitao ne maistra. 

AUBRAQUIN. 

Yalo sercar potie ta matre. 

FREMINACD. 

Td biste troncque. 

ALlBBAQUm. 

Va, pillatre. 
Tu sia homme desperato, 
Va in la casa de tuo pâtre. 
Que tn sya imfâcato. 

FREMINAUD. 

Ung florin de tr&ict. 

AUBRAQCI!!. 

Ung ducato 
Vale oieillo. 

niniiiiADO. 
Ta, hi Got ! 

ALIBRAQUIN. 

Tudesquo, sie ung mato 
Ebrealo. 

FABHMAUD. 

Alistrigot 
Je meogerois comme ung magot. 
Maintenant si j'avoys chair crue, 
Sans broc ne sans drinc. 

ALIBRAQUIN. 

Tdiot 
Espère que le temps se mue. 

FRBMNACO. 

Bref, j*ayiDe mieoix que Ton me tue 
Qiie dVstre tousjours eu ce point. 

ALIBRAQUIN. 

11 fera bien cbault se Ton sue. 
Quant nous u'avons que le pourpoint. 

FRBMlNAUn. 

A. caiMteitte! 

ALIBRAQUIN. 

Mal en point. 



xliij 

PRBMINAUD. 

Qu*avons-DOus gaigné ? 

AUBRAQUIN. 

La Teyrolle 
Et la caquesanguê. 

FRBMINAUn. 

A point 
Et la roigne. 

ALIBRAQUIN. 

Qui iiousaffolle. 
frekinàud. 
Desplumfe. 

ALIBRAQUIN. 

Affin qu'on ne Tolle. 

FREMINAUD. 

Sans argent pour courir les champs. 

AUBRAQUIN. 

Sur la terre dure ou molle 

Nous dormons comme chiens conchans. 

BARRAQUIN. 

Brandimas , Toicy des marchans : 
Il est force qu'on les assaille. 

BRANniMAS. 

Qnelz marchans? Ce sont deux meschans 
Qui ne Tallent pas une maille. 

BARRAQUIN. 

Sont-ilz affranchis de la taille? 

BRANniHAS. 

L'on cognoit à leur haucqueton 
Que ce ne sont que quoquinaille 
Qui n'ont pas vaillant ung bouton. 

BARRAQUIN. 

L'ung porte la peau d'ong mouton 
Et sa picque comme une brode. 

BRAKOIMAS. 

Et faultre , myoce de coton , 
Est lombard : regardez sa mode. 

BARRAQUIN. 

Leurs soliers sont liez de corde. 

BRANDIHAS. 

Hz sont pendans comme dabaulx. 

BARRAQUIN. 

Assaillons-les. 

BRANniMAS. 

Je m'y accorde. 

BARRAQUIN. 

Sortons sus eulx. 

BRAN 01 MAS. 

A mort, ribaulx! 

FRBMiNAUn. 

Tu te riche. 

BRANDIMAS. 

Oui, de beaulx. 

BARRAQUIN. 

Sa ! le baston. 



xliv 



NOTES. 



FREMINAIID. 

Gon gothzeoand. 

BRAtlDIVAB. 

Ilz Q*ont ne bonnets ne cb^peauli. 

BARRAQVin. 

Vien çà : n*es-ta pas Allemant? 

FREMIKADD. 

Ya Terlis. 

BRANDINAS. 

L*abillenient 
Monstre qae c'est ung ? ray droncart. 

BARBAQUUI. 

Et cestny-cy ? 

BRANDIMAS. 

Par mon serment. 
Je le juge estre Lombart. 

ALlBRAQOllf. 

Laisse me stare. 

BARBAQDIN. 

Acoquart! 

BRANDIMAS. 

N'est-UpasTray? 

AUBRAQUIN. 

Messere, cy. 

BRANDIMAS. 

ne TOUS tirez point k l*escart. 

BARRAQOIN. 

n'ayez paour. 

BRANDIMAS. 

Demeurez icy. 

BARRAQDIN. 

Ce sont blefleiirs. 

BRANDIMAS. 

Il est ainsi. 

BARRAQUIN. 

Rarquins. 

BRANDIMAS. 

De si près echicqués , 
Que leur habit est tout trans-^y, 
Et sont comme nous desbiflez. 

BARRAQDIN. 

Je cognois à leurs esticquetz 
En eflect qu'il n'y a que mordre. 

BRANDIMAS. 

L'on vous poindra, si tous picqiiez. 

BARRAQUIN. 

Appronchez , tous estes de l'ordre. 
Et pensons comme nous ressourdre 
Pour brouer sur le hauit verdis. 

FREMINAUD. 

nous ne sçATons plus quel boys tordre; 
Les gueux sont Triz, je le tous dis. 

ALIBRAQVIN. 

La guerre nous a desgourdis. 

BRAND'MAS. 

Il fault que Ton y lemedie. 



FREMINAUD. 

Allons-nous-en comme estoardis 
Tout droit à la mathegaudie. 

BARRAQUIN. 

Ya, Ta, je Teray la landie 
Ta mère. 

BRANDIMAS. 

Nous irons aux changes. 

BARRAQUIN. 

As-tn de lor teste estourdie? 

BRANDIMAS. 

nous en aurons asés yendanges. 

ALIBRAQUIN. 

8e le rouastre et ses anges 
Nous troToit à la gourdepie. . . 

BARRAQDIN. 

Ils nous menroieni à double renge 
Liez pour faire la croppie. 

BRANDIMAS. 

Il Tault trop mieulx que l'on espie 
Ung bon marchant, et qu'on le guette. 

FREMINAUD. 

Mais le prendre k la pépie 
Pour luy empoigner sa bougette. 

ALIBRAQDIN. 

EmbuclK>ns-nous cy. 

BARRAQDIN. 

Qu'on s'i mette, 
Et que quelc'un d'entre nous aille 
Pour nous apporter sans brouette 
Pain et vin et autre victuaille. 

BRANDIMAS. 

Vay (oy-mesmes. 

BARRAQDIN. 

Qu'on me baiUe 
Argent. 

BRANDIMAS. 

Tien, voyli dix deniers. 

FREMINADD. 

Sus! après. 

BARRAQDIN. 

Je reçoys la taille s 
Apportez escuz à milliers. 

ALIBRAQDIN. 

Argent qui en a. 

FREMINADn. 

Toulentlers. 
Tiens ces six deniers. 

ALIBRAQDIN. 

Prens ces quatre. 

BARRAQDIN. 

Et j'en ay quatre tous entiers. 

BRANDIMAS. 

Ce sont deux solz, sans rien rabatre. 

FREMINAUD. 

Prena-toy bien garde du rouastre 



NOTES. 



xlv 



AUBEÂQIim. 

Et det anges. 

BABRAQOIN. 

J[e] les cogDois. 

BR/imUMAS. 

lli Mroîent iMtos comme piastre. 
Far BM dieux ! si je lee tenols. 

B&aBAQOIN. 

ne bongei d'icy, ^e m'en Toys ; 

Et, quelque choie qu'il adTiengne, 

Ne sortez point dehors du boys 

Jnsques à ce que je revienne. 

La Vie de sainct Christofie élégam- 
ment composée en rime françoiso 
et par personnages, par roaistre 
Chevalet... nouveUement impri- 
mée (à Grenoble, le vingt-huit 
de janvier l'an... mil cinq cens 
trente, au despens de maistre 
Auemond Amaiberti, etc.), in-4*, 
l'ajournée, sigo. Eiiii verso, col. 1. 

BARKAQUlff. 

A , par tons noz dieux ! voicy rage 
Pour poTres gallans morfondus 
Qui ont tons leurs grains despendus 
A la tatiere au temps passé. 

Hé gueux, gueux, sus ! bonnes novelles. 

Laissez la feuUade graul erre, 

El TOUS en venez à la guerre 

Que l'empereur a lait crier 

A son de trompe et publier, 

Dont num Cneur de joie tressaulte. 

BRAirniHAS. 

Que n'avons-nous cbescun sa gaulpe, 
Pour triompher sur le bigard? 

FREUmAUn. 

Quelque grosse putain ribanlde 
PriDSe au fin fons du cagnart. 

ALIBRAQDRI. 
Levons SUS. 

BRAMOIUAS. 

Flouons du gnigard. 

FREmNAUn. 

Saultons. 

ALmRAQUlN. 

Aussi haultqu'ong chevreau. 

BRA5niHAS. 

Fy de pain bis! 

FREMINAUD. 

Fy de vîel larl! 

BARRAQtillf. 

Que veulx-tu ? 

ALUmAQOlN. 

Belle chair de veau. 



BàRRAQDlN. 

Boyre bon vin. 

BRARniMAS. 

Yoyre sans eau. 

IRBUINAUn. 

Et puysquoy? 

ALmRAQUIN. 

Jouer au billard. 

BARRAQDIN. 

La pain croysé vient 
braudimas. 

Chantons nao. 

FBBinNAUn. 

Ta, ruffien. 

ALIBRAQDIN. 

Mais toy, paillart. 

BAREAQUIN. 

Sortons du boys. 

BRANOIMAS. 

Laissons ce pare. 

FREHINAUn. 

Brlef 11 nous rau)[t] avoir des pages. 

ALIBRAQDIN. 

Il fault attendre coquillard. 

FREMlNAOn. 

Et quoy 7 

ALmRAQUIN. 

Que nous ayons noz gaiges. 

«ARRAQOIN. 

Nous sommes deiTaiz. 

BRANDIIIAS. 

Tous sauvages. 

FREMiRADO. 

Nous n'avons pièce de harnoys. 

BARRAQUIM. 

Allons, pour trouver avantages, 
A l'empereur; je le cognois. 

ALIBRAQCnr. 

N'as- tu rien apporté? 

BARAAQUUf. 

Troys, troys. 
Par noz dieux 1 j'ay tout oublié. 
Quant j'ay ouy à plaine voix 
Qu'on a la guerre publié. 

BRANOWAS. 

Laissons tout. 

> FREMlNAUn. 

C*est trop espié. 

ALIBRAQOIN. 

Allons-nous à l'empereur rendre. 
Car nous n'avons pas oublié 
Le train d'assaillir et deffendr^. 

BARRAQUIN. 

S'il ne veult. 

BRANDIIIAS. 

Il fauU chemin prendre 
Et faire le mieuk qu'on pourra. 



xlvj 



NOTES. 



niEiimAUD. 
Notis liiy ferons le cas entendre, 
Et, s'il lay plant, il nous oarra. 

ALIBRAQUm. 

Pendu soit-il qui demoarra. 
Je Toys mettre la plume au veot. 

LE COIlIfESTABLB. 

Or SOS, gallans, devant, devaiitl 
Allons rendre à Tempereur. 
H n'y fault point de procnreor, 
Allons-nous-y en propre personne. 
GORBAVIfT, deinlesme homme d'armes du connetUble. 
Devant trompettes qae Ton sonne 
A coup à ce despart joyenlx. 

BARlUQOiN. 

Je qnifi de paoor, par noz dieux I . 
Ses gens viennent pour nous frapper : 
Clieroit-che point le marieux 
Qui vient icliy pour nous gra0er? 

BRANDIMAS. 

S'il vient, qu'on pense de frapper. 
Et nous deffeiidons corps poqr corps. 
Si nous nous laissons attraper, 
Oraiz lioz, nous sommes mors. 



l'aomiral. 
Venez-vous-en donc avec moy, 
Bt voDS aarez, sçavet-vous qnoy ? 
Force d'aubert en la follouse. 

Ibid., signât. F iiii recto, col. 1. 

Dans les autres journées , quand les mêmes 
acteurs reparaissent, ce qui arrive fréquemment, 
ils parlent le même jargon , plus on moins pur. 

« Le mardi gras de l'année 151 1 , dit M. Sainte- 
Beuve, est surtout mémorable dans l'histoire du 
tlié&tre par la représentation du Prince des Sots 
et de Mère-Sotte — Le spectacle était composé 
d'une sottie, d'une moralité et d'une farce, et la 
sottie elle-même précédée d'un cry^ espèce de 
prologue en style d'argot. » ( Tableau histori- 
q^ et critique de la poésie française et du 
théâtre français au seizième siècle. Paris, 
A. Sautelet et C*, 1828, in-8% tom.I«% pag. 256, 
257.) Rien , dans le prologue en question , ne 
Justifie ce qu'en dit l'ingénieux académicien. 

(45) C'est ainsi que nous croyons qu'il faut 
orthographier ce mot, écrit, dans les diverses 
éditions de Villon, bernardz, benard, bevards, 
barar, berar, brouars, beroars. Les bisouarts, 
dont il est fait mention au chapitre ix de Gar- 
gantua et au chapitre v de la Pronostication 
pantagruelUne, et auxquels Cotgrave a consa- 
cré un article, étaif>nt des merciers, des porte- 
balles du Dauphiné, vêtus d'une grosse étoffe 
de couleur bise, qui vendaient de petits livres et 
toutes sortes de uieiuis bijoux cl quincaillerie. 



en italien bizordi, Gette classe de mercelots 
parlait, sans aucun doute, argot comme ses pa- 
reils, « qui en plusieurs provinces de France , 
dit le P. du Cerceau, ne se servent pas d'autre 
langage dans les factures de leur commerce. » 
(Voy. lettre à M, D***, en lu! envoyant la 
nouvelle édition des Œuvres de François Vil- 
lon^ à la suite de celle de M.DCCXXIII., pag. 53.) 

(46) Viede$Mareelùts,Gu/em%etBoémiens^ 
contenant leur façon de vivre, stsbiiUtez et 
gergon, mis en lumière par Pechon de Ruby; 
plus a esté ajousté un diclionnaire en langage 
blesquin, avec l'expHcatkm em vulgaire. 
Lyon, Jean JullieroD, i596, pet. in-8% de 39 
pages. 

Indépendamment de l'édition dont nous venons 
de parler et de celles dont il sera question plus 
bas, il y en a encore nne de Paris, I612, et une 
autre de 1618, petit in-S"*, portées tontes les deux 
dans le Catalogue de laValliere, en trois volumes, 
pag. 583, 584, n*" 3913. arL 65 et 80. L'ouvrage 
a été réimprimé dans le huitième volume de la 
collection de Joyeusetez, facedes et folastres 
imaginations, publiée par Tecbener. 

(47) La vie généreuse des Mattois, Gueux, 
BoénUens et Cagovuc, contenant leurs façons 
de vivre, subtilités et gergon, avec un dic- 
tionnaire en langage blesquin... avec V ex- 
plication vulgaire mieux qui n*a esiéoux pré- 
cédentes impressions. Paris, P. Menier, 1622, 
pet. in-S*", de 31 pages. Cette édition, dont un 
exemplaire fut vendu 34 livres chez le duc de la 
Valliere (Catal., tom. II, pag. 363, n"" 3891), a éU 
réimprimée plusiears fois depuis, entre autres à 
Troyes, en 1627, avec quelques différences dans 
le titre, qu'on peut lire pag. 120 du Catalogue 
des livres du cabinet de M*** (Imbert deCangé), 
à Paris, chez Jacques Guerin, M.DCC.XXXIII., 
in-8<', et que, du reste, voici avec plus d'éten- 
due : La Vie généreuse des mercelots, bons 
compagnons et bœsmiens, mis en lumière par 
Haistre Pechon de Ruby, gentilhomme breton, 
ayant esté avec eux en ses ieunes ans, on il a 
exercé ce beau Mestier ; plus a esté adjouté un 
Dictionnaire en langage blesquien, avec l'expli- 
cation en vulgaire , mieux qu'il n*a esté aux 
précédentes impressions. A Troyes, chez Kico- 
las Oudot, demeurant en la rue Nostre-Dame, 
1627, in- 12 de 24 feuilUets, dont 4 pour le Dic- 
tionnaire blesquien. 

Ceux qui pourraient désirer des illustrations 
pour ce livre n'ont qu'à recourir à la collection 
des pièces gravées par Jacques Callot , connue 
sous le nom de Nobles et gueux, et au Recueil 
des plus illustres proverbes, mis en lumière par 
Jacq. Ijigniet (Paris, 2 vol. in-4°), dont le troi- 
sième livre représente la vie des gueux en 31 



NOTES. 



xlvij 



pièces. Yoyez le Citelogoe de la Yalliere, 
B° 4313» et eehii de Méoii, pag. 140, a* 1187, et 
pa«.'343,ii«1957. 

Geoi que les façons de vivre et subtilités 
des MattoiSy Gueux, etc., peuvent intéresser, 
■'ool qo'à lire les nombreux exemples de VAr- 
t^ des fMsehants gueux de rhostiere, qae 
le fondateur de la chirurgie française a cdnsi- 
péi daas ion dix-DeoTiëme livre, cliap. xxi- 
»▼. Yoyei les Œuvres complètes ^Atnbrolse 
Paré, éditioa de J.-F. Malgaigue, tom. III, 
pag. 46-53. 

An XII* siède» la coapable pratiqoe reprochée 
an meodiant dont parle Sénèqoe se reproduisait 
fréqueninieDt, au oMiiis en Goienne; nous en 
trooTons Ja preuTe dans le S 43 de l'ancienne 
ceatiuM de Bordeaux , où le législateur établit 
les peines les plus sévères contre tous invalides 
on mendiants qui déroberaient de petits enfants 
poor les mutiler ou les estropier, afin d'exciter 
plus vivement la commisération publique. 
Vvy. Coutumes du ressort du parlement de 
Menne... (par les frères Lamothe). A Bor- 
desax, ehn les frères Labottière, M.DCCLXVlll., 
ÎM*, tom. I", pag. 35. — Voyez encore, sur les 
argotiers on gueux , et les coupeurs de bourses 
on filoox, leurs tours, les différents noms qu'ils 
le donnaient, leur jargon, le chef-d'œuvre qu'ils 
exiiQeaientdes apprentis, etc., l'article que Sau- 
vai a coosacré aux cours des miracles dans son 
Histoire et recherches sur les antiqtâtés de la 
sUle de Paris, tom. 1«% pag. 510-516. 

(48) Voyez le Dictionnaire blesquin, pag. 46. 
Derubj/ ne Toodrait-il pas dire dérobé? 

(49) Estais, lir. 111, chap. xui. 

(50) Livre second des Serees de Guillaume 
Bouehet, sieur de Brocourt. A Paris, chez Je- 
remie Perier, M.D.XCVll., petit in-13, quin- 
ôesmeseree (Des Larrons, des Voleurs, des 
Piooreurs et Maltais), pag. 188-190. On y 
trouve on petit glossaire d'argot français , dans 
lequel bksehe, enfant de la matte et contre- 
porteur sont expliqués par filou, escroc. 

(51) Toici, en effet, ce qu'il dit par la bouche 
de l'un de set int«rlocoleurs, avant de commeu- 
œr la liste des mots d'argot qu'il donne : • Mais, 
poor m'engarder d'cstre affiné (qo'ils appellent 
gourré) des Mattois qui oialtent, je voudrois 
bien entendre leur jargon et sçavoir leur lan- 
gtge, car j'entendrois ce que disent les Mattois, 
le» BIfsches , les Contre-porteurs et les Gueux 
de llMstiere , qui s'en a y dent, nsans entre eux 
d'un metme langage. * 

(51) • Aussi e»t-il cet tain que le jergon par le 
moyen dnquel ils (les menus larrons) s'entre- 
tiennent, et leurs banques s'entrerespondant , ne 
fot jimais en si grando perfection. Lequel leur 



est nn avantage pardessus tous princes, quelques 
grans qu'ils sojent, car les princes, par faute de 
jergon, sont en lapins grand' peine du monde 
d'inventer tous les jours des chiffres nouveaux, 
et qui nonobstant sont souvent deschiffrez par 
ceux qu'ils ne voudroyent : au contraire ces 
messieurs-là, sans se tant tourmenter, ont telle- 
ment enrichi depuis nostre temps leur langage 
jergooesqne, et l'ont si bien estndié, que, sans 
avoir peur d'estre descouvers par autres que 
ceux de leur profession, savent negotier fort 
dextrement ensemble- » (Apologie pour Héro- 
dote, liv. !•', çhap. xv.) 

Dans le Dictionnaire d'argot qui va suivre, je 
me suis longuement étendu, pag. 234, sur le mot 
Jargon, à propos de Jar qui en est dérivé; le 
passage suivant, où le premier se retrouve, nous 
le montre avec deux synonymes : « Nous con- 
gnoissons ces passions, mouvemeiis, ou affections 
es petis euffans, voire es bestes mues, par voix 
ou sons que ils moostreut par dehors, lesquelles 
voix nous disons en graroaire interjections, et en 
commun langage on l'appelle aucunes fois de- 
goissement, ou patoys.ou gergon, ou raige, » etc. 
Conférences spirituelles de Jean Gerson, etc. 
{Joannis Gersonii.,. Opéra omnia, Antwerpiae, 
MDCCVI, in-folio, tom. III , pars ii, col. 870, C) 

(53) Le Jargon ou langage de Vargot re- 
formé, tiré et recueilly des plus fameux ar- 
gotiers de ce temps, composé par un pillierde 
boutanche qui maquille en molanche en la 
vergne de Tours; augmenté de nouveau dans 
le dictionnaire des mots plus substantifs de 
Vargot, outre la précédente impression par 
Vauthéur. (Lyon, Nicolas Gay, 1634, in-12, de 
60 pages.) Cet ouvrage a été réimprimé dans le 
huilième volume des Joyeusetez de Techener. 

Outre ces deux éditions, il en existe une foule 
d'antres. Voici les principales : 

Le Jargon ou langage de V Argot reformé, etc. 
A Troyes, par Yves Girardin, rue Nostre Dame, 
au Chapon d'Or, 1660, in-12, de 30 feuillets. Au 
verso du titre on voit « le grand Coesre avec sa 
Marquise, » gravé sur bois, au dessus du qua- 
train où on le fait parier. A la 6* page se lit 
un sonnet acrostiche qui donne Ollivier Che- 
vreau. 

Le Jargon ou langage de V Argot réarmé, etc. 
A paris, pour Antoine Dubois, 1680, petit in-12 
(justification in-8°), de 36 pages, signât. A-D. 

LeJargotou langage de V Argot reformé, etc. 
Seconde édition. A Paris, chez la venfve du Car- 
roy, rue des carmes, in- 12, de 30 feuillets, dont 
58 pages sont chiffrées. Le sonnet « A la louange 
de l'argot » s'y trouve, à la page 2. avec une dif- 
férence qui détruit racrostiche. 

Dans un catalogue pour 1832, et dans le BuU 



xlviij 



NOTES. 



letin du bibliophiU (n« 22, oelobte 1835» 
pag. 38, n^ 2254), on trouve indiquée une édition 
du Jargon, elc. Troyes, 1728, in-12; c'est la 
date que le rédacteur du Catalogue des livres 
et documents historiques.,, de feu M. de Cour- 
celles, pag. 44, n« 398, attribue à une édition de 
Troyes, Gamier, in- 12. Il en existe aussi une 
de la même Tille, Jacques Oudot, sans date. 
Indiquée dans le catalogue de feu M. Ch. Nodier 
(Paris, l.Techener, 1844, pag. S3, n* 197); puis 
une de la maison Pellerin d'Êpinal, in-12, de 
44 pages, annoncée dans la Bibliographie de la 
France comme étant de i836. Enfin le même 
journal annonce une édition de Montbéliard, 
Deckherr, in-18 , d'une Teuille 1/3. Toyez le vo- 
lume de 1848, pag. 177, n"* 1807. Je possède une 
feuille de 12 pages. Intitulée Le Jargon ou lan- 
gage de V Argot reformé, pour Vinslruction 
des bons Grivois, etc. (Le prix est de deux sous). 
A Latergoe, chez Meziere, Babiliandier du Grand 
Coëre. Il ne s'y trouve que le Dictionnaire de 
l'argot. 

Clairac, dans les Us et coutumes de la mer (K 
Rouen, chez JeanViret, M.DC.LXXI., in•4^ pag. 
490 et 492), cite, à propos des truands, qui , dit it, 
«sont proprement les Argots ou les Valides men- 
dians, » les « Commentaires du jargon de l'argot 
imprimé à Poicliers par Abraham Hounin, 1 63 1 .> 
Mous n'avons jamais vu ce livre, et nous igni>- 
rons conséquemroent s'il a quelque rapport avec 
celui dont nous venons de donner le titre. 
Page 487-490, Clairac parle des Pinçons , classe 
de manœoTres de la Guyenne , « ainsi nommez , 
dit-il , à Pinsendo, desquels est fait et formé le 
brocard ou sobriquet : sujet à la prise (pince?), 
qui signifie larron et/ripon. » 
. (54) Je lis en effet « Abbaye de monte-à-Re- 
gret, une potence (aujourd'hui la guillotine); 
Bouffarde, pipe; Bouffarder, fumer; Comman- 
der à cuire, </iit/tofmer; Faucher, idem;Yon- 
fierp, tabatière ; Gerbcr à la passe, guillotiner; 
Lousses, gendarmes du département; Planche 
au pain, cour d'assises; Phire, redingote, 
manteau; TreHIe, tabac; Treffliere, tabatière' 
Tout cela démontre que Téditeur de la col- 
lection Techener a fait usage d'une édition 
toute moderne du Jargon de Vargot, ce dont 
il ne faut pas le louer, car on peut avoir des 
exemplaires de ces éditions pour deux ^ous. 

(55) Edition des Joyeusetez, pag. 20. 

(5C) Ibidem. 

(57) Ibid., pag. 19. 

(58)/6id., p. 20 et 21. 

(59) De même que les anciens ménétriers, qui, 
au xV siècle , chantaient les chansons de geste 
en s'accorapagnant d'un instrument appelé 
simphonic, ainsi que nous l'apprend le Proprié' 



taire en françoys, cité dans la préface de ia 
Chanson de Roland ou de Roncevaux, pag. xii» 
en note , tous les joueurs de vielle étaient aveu- 
gles. Les passages suivants, dont le plus grand 
nombre se rapporte au xvu* siècle, ne permet- 
tent pas d'en douter : 

«... après, au pasté, jouèrent les aveugles des 
vialles,» etc. {Chroniques de Matthieu de 
Coussy , ann. 1453, chap. Lxxxvtii; édit. da 
Panth. lut., pag. 152, col. i.) 

Une Jeune damoiseile 
OemaadoU S un vielleux : 
« As-tu perdu les deus jeux 
En Jouant de ta vielle ? •• 
• — • Non . mais ce fut l'antre Jour, 
Payant les deptea d'amour. » 

Les Ckaruons de GauHUr GarguUlt. A, 
Paris, chez Krcnçols Targt, M.DCXXXII.. 
pet. In-ii, pag. «a. 

Les aveugles, dessus leur vielle. 
Me ehanleront autre nouvelle 
En mendiant dans nos malsons. 

Le Paranfmphe delavieUle qui/Umn 
bonqf/tee, »atgre. {Le Panuure uAff 
riqtte du sieur Théophile. M.DC.LX., 
pet. iD-is, pag. lis. — L'Espadon sa- 
tfrique. par le sieur d'Bstemod. etc. 
A Cologne , chex J. d'Escrtmerie , 
M.DC.LXX., pet. in-it, pag. t«.) 

L'auteur de V Histoire générale des Larrons^ 
parlatit d'Arpalin, voleur insigne, rapporte qne 
« tantost joiiant de la vielle, il contrefaisoit l'a- 
veugle. » (Voy. liv. 1*', chap. xxxix.) 

Saint-Amant, racontant d'une façon grotesqo 
l'enlèvement des Sabines, dit : 

Icy, pour Instrument de dance, 
* L'on oit la cimbale tinter. 
Les ossets drus h cliqueter 
Bn accompagnant la cadance ; 
Uq aveugle , expert vielleur, 
Jolncl sa simphonle à la leur. 
Sons l'orme droit comme.une gante; 
Il grimasse en mille façons. 
Il tort son minois sur i'espaule 
El falct peur aux petits garçons. 

La Rome ridicule. Caprice. M.DC.XLIII., 
m-B», st xxxu, pag. it. 

Dans ma Poète crotté, il s'exprime ainsi : 

Remembre-toy des sérénades 
Qu'en mes nocturnes promenades. 
Accompagné d'un biclleur 
Aveugle, aûn que dcceleur 
De nos amours U nepust estre... 

Je l'ay si souvent 

Donnez à la pluye et au vent. 

Les Œuvres du sieur Saint- Jutand... 
Imprimées à Orléans, et se vendent 
S Paris, chez Guillaume de Luyne, 
H.DC.LXI., In-IB, pag. su. 

Dans le quatrième livre de Francion, Ch. Sorel 



ÉBtrodait OB joueur de vielle, qui fait daBser le 
pédant HorteiraiiM et tes oon vives. Surpris par le 
prtDcipal du collège où se passait la soirée : 
• Bêlas ! Monsieur, pardonoex-nioi , dit le vie- 
leox ; je ne vai que là où Ton me mené : mon 
pnuTre luminaire est éteint : un homme, que je 
ne conooi pas, m'a fait venir ici , et a renvoyé 
mes yeux à la maison.... J'appelle ainsi un petit 
garçon qui me conduit, » etc. ( La Vraye BiS" 
ioire comique de Francùm.,. A Leyde» chez 
Henry Drumond , ll.DCC.XXI., in-8', tom. 1*% 
pag. 229.) 

Haphaêl Prianoro, parlant de deux de ses amis 
que la nécessité avait forcés de recourir à Tau- 
mône, et qui la demandaient l'un conduisant 
t*antre, ajoote : « Questi, corne buoni parlatori, 
gfrando per la città , Tille e castelli , cantando 
caaione e sonando la riheca, chiedendo elemosina 
alli usd délie cbiese, vissero circa due anni di 
carità, e glie ne avanzô quantité grande ; cosa 
che pare abbia deir incredibile, e pur è vera. » 
( Traitato dei Bianti, etc., cap. vi : delli À/far- 
fanti.) Voici comment le traducteur frauçais 
rend ce passage : « Dans ce train allant par les 
TiUes, jouant de la vielle, et chantant tant dans 
les carrefours que dans les bostelleries, ils amas- 
•erent en deux ans plus qu'on ne sçauroit s'ima- 
giner. » (Le Vagabondy etc. A Paris, chez Jac- 
ques Tillery, M. DC. XLIV., in-8», pag. 108, 
chap. II : les Charlatans^ ou les Forjantes ) 

De même , en Espagne, les aveugles étaient 
aatrefois ménétriers, et j'en al encore vu qui 
▼eadaient des ctiansons. L'archi prêtre de Hita 
( apprend qu'il eu avait composé pour eux : 



Gutaret f» «Ignnot de los qoe dlsen los elegos. 

PMtiaw dtl ttreipreste de Hita, copl. i4m. (Co- 
teetioM de pouiM eoêUilaHOi anteriarei al 
Miglo xr, ton. IV, pag. tw.) 

L'antcinr de VAnti-iÊenagiana parle de « Ver* 
ddety aveugle et joueur de musette, engastri- 
Bsitbe ou Tenlriloque. » (Voyez Tédition de Pa- 
ris, 1893,in-13. pag. 212.) Enfin, l'auteur de la 
chaste Isabelle introduit, se. v, un vielleux 
aveugle. (Voyez Théâtre des boulevards^ etc. 
AMabon, de l'imprimerie de Gilles Langlois, 
M. DCC. LVL, in-8", tom. !•», pag. 60, 61.) L'a- 
▼eogle de Bagoolet chanté par Béranger est le 
dernier représentant de cette classe d'artistes. 

(60) Act. II, se. IT. 

(61) Se. ▼. 

(62) Act. m, se. !••. 

(63) Les Œuvres de monsiettr Palaprat^ 
Boorelle édition, etc. Paris, Pierre Hibou, 
ia>GC.X1I., tom. Il, pag. 74. 

(64) Voici celles que je connais : 
Is ncê puni, «m Cartemehe^ po«me. non- 



NOTES. xlIx 

velle édition, etc. imprimé à Anvers, et se vend, 
à Paris, chez Pierr {su:) PrauU, M.DCC.XXV., 
in-8\ de 119 pages, plus 16 gravures et deux 
feuillets contenant le titre et les préliminaires. 
Dans cette édition , comme dans celle de l'année 
suivante, l'éditeur, dans un avertissement spé- 
cial, se plaint que « il se débite depuis quelque 
temps une Impression furtive de ce Poème, v et 
il indique « à quoi on pourra connottre les Edi- 
tions qui ont été faites sous les yeux et par les 
soins de l'Auteur. » 

Le Vice puni, etc. A Anvers, chez Nicolas 
Grand veau, M.DCC.XXV., in-8*, de 111 pages, 
plus une planche en regard du frontispice, et deux 
feuillets de titre et préliminaires. De la page 106 
à la page 111 se trouve un dictionnaire argot- 
françois. 

Le Vice puni, etc. Imprimé à Anvers , et se 
Tend, à Paris, chez. Pierre Prault, M.DC.XXVI., 
in-S^", de 167 pages et 17 planches, plus 3 feuil- 
lets de préliminaires. De la page 153 à la page 158 
se trouve un dictionnaire argot-françois, page 1 59- 
160 un supplément à ce dictionnaire, et de la 
page 161 à la page 162 un dictionnatie françois- 
argot. 

Le Vice puni^ etc. A Paris, chez Bonaventure 
de la Roue, place de Grève , à l'Enseigne de la 
Potance, M.DCCXXYl., in-8«, de 112 pages. Les 
six dernières sont occupées par un dictionnaire 
argot-françois. 

Le Vice puni, etc. A Anvers, et se trouve, 
à Paris, chez Laurent Prault, fils, M.DCC.LXVIII., 
in-8«, de 1 19 pages , plus deux feuillets de préli- 
minaires et dix-sept iigures. Le dictionnaire ar- 
got-françois Ta de la page 106 à la page 1 12, et le 
dictionnaire françois-argot occupe les pages 
113-119. 

Le Vice ptini..., avec XVII. planches en 
taille douces (sic). A Leide, chez les frères 
Murray, M DCC LXXXIII, in-8% de 119 pa- 
ges, plus trois feuillets de prélimmaires, dont 
un tout blanc. Page 79, on lit un couplet de 
douze Ters en argot , et les pages 106-119 ren- 
ferment un dictionnaire argot-françois et fran- 
çois-argot. 

Dans le Bibliophile belge, tom. II (Bruxelles, 
librairie ancienne et moderne de A. Vandale, 
184à, in-8*), pag. 196-200, il y a, sous le titre 
de Souvenirs de la vente Nodier (suite), un ar- 
ticle sur le Jargon ou langage de Vargoi ré- 
forméy et sur les Romances de Germania de 
varias autores , dans lequel l'auteur anonyme 
compare l'argot ancien avec le moderne, qu'il 
prend dans les Voleurs , de Vidocq, et dans 
VIfistoire des brigands d'Orgeres. « Nous don- 
nerons une autre fois, dit-il, un catalogue biblio- 
graphique de tous les ouvrages argotiques de 

d 



NOTES. 



DOua coDDos; nous signalerons les diverses édi- 
tions et les remaniements du petit lexique qui 
est à la suite du poème de Cartouche, par 
Grand val, ¥ etc. D^jà, en 1843, M. Gustave Bru- 
net avait publié, sous le titre De quelques ou- 
vrages en argot, un article dans le Bulletin 
de V Alliance des arts, n*'24, 10 juin 1843, 
pag. 383, 384. 

(66) Le vrai titre de cette pièce est Cartouche^ 
ou les Voleurs, (Voy. le Catalogue de la M- 
bliothèque dramatique de if. de Soleinne, 
tom. Il, pag. 48, n*" ià63.) Le permis d'imprimer 
est du 16 octobre 1721 : Cartouche fut roué le 
28 du même mois. 

Le tUéâlre italien donna également, le 20 octo* 
bre 1721, Arlequin Cartouche, comédie de Ric- 
coboni père. 

Voyez aussi, au sujet de la pièce de le Grand, 
et de la visite que firent les comédiens à cartou- 
che dans sa prison pour obtenir de lui les chan- 
sons et les roots d'argot qu'ils Youlaieut y inter- 
caler, une curieuse anecdote des Mémoiresinédits 
de Mathieu Marais, sous la date du 28 no- 
vembre 1721. (Revue rétrospective^ 2* série, 
tom. VIII, pag. 46. Cf. Journal historique et 
anecdotique du règne de Louis XV, par E. J. F. 
Barbier, etc., tom. I«% \yag. 118.) 

(66) Voy. les Œuvres poissardes de J. J. Vadé, 
suivies de celles de VBcluse, etc. A Paris, chez 
Defer de Maisonneuve, Tan IV- 1796, in^**, pag. 4 
{peavrfils, bourreau), pag. 13 {pivois, vin), 
pag. 31 (solir, vendre ; poiissisr, argent), pag. 69 
igreluckon, souteneur), pag. 71 {tapette, mar- 
que; baudru, fouet), pag. 72 {Chariot casse- 
bras, le bourreau), pag. 77 0'(upijief , parler), 
pag. 99 (Chariot fra un haricot de ton corps, 
le bourreau te rompra), pag. 115 (toquante, 
montre), pag. 1 16 (couZan^, anneau; branlante, 
chaîne), etc., etc. 

(67) Histoire des brigands , chat{ffeurs et 
assassins d'Orgeres, par P. Leclair. Chartres, de 
l'imprimerie de Laconibe, imprimeur des tribu- 
naux civils et de la police correctionnelle. Bru- 
maire an vui, in-12, de 144 pages, plus 2 feuillets 
pour le titre et le faux-titre. 

Le chapitre xtv et dernier de cet ouvrage con- 
tient un Dictionnaire d'argot , ou langage 
des voleurs, qui commence à la page 128 et finit 
à la page 140. 

(68) Mémoires de Vidocq, chef de la police 
de sûreté jusqu'en 1827, etc. Paris, Tenon, 
1828-1829, 4 vol. in-8°, avec portrait. On sait 
que les véritables auteurs de cet ouvrage, rédigé 
sur les notes de Vidocq, sont MM. Maurice et 
THéritier (de l'Ain). 

Cet ouvrage, comme un le sait, est agréable- 
ment émaillé d'argQt. Tom. 111 , pag. 9i*98, on 



lit deux ballades à reprises , composées dans le 
plus pur bigorne du bon temps, Tuoecommeih 
çant par ce vers : 

Bo rouiui é« vergue en vergue i 
l'autre, par ceux-ci : 

tJa Jour, à la Crolx-Roage, 
Nous étions dii à dooxe, ete. 

Ces deux pièces ont été reproduites à la suite 
de V Histoire véridique de Vidocq, par L. M. 
»♦♦♦*. Paris, Giroux et Vialat, 1847, deux vo- 
lumes iu-i8, tom. H, pag. 103-108. 

(69) Les Voleurs, physiologie de leurs mœurs 
et de leur langage. Ouvrage qui dévoile les 
ruses de tous les fripons, et destiné à devenir 
le Vade mecum de tous les honnêtes gens, A 
Paris, chez l'auteur, etc., 1837, 2 volumes in-a». 

(70) Bibliographie de la fronce, année 1844» 
pag. o83, n"* 5564. 

(71) Paris, Alphonse Levavasseur, 1834, in-8<». 

(72) De la Prostitution dans la ville de Par 
ris,.., par A.-J.-B. Parent-Duchatelet. A Paris, 
J .-B. Baillière, 1836, in-S"*, chap. ii, $ ix, tom. l*\ 
pag. 137, 138. 

(73) A Paris, chez J.-B. Baillière, 1840, deux 
Yohîmcs in-8<». 

(74) Livraison du 16 février 1840, pag. 203. 

(75) Voyez une définition de cette dénomina- 
tion, dans le Carabinage et matoiserie solda- 
tesque, par le sieur Drachir d'Amorny (Eichard 
de Romany). A Paris, chez la veufve Claude de 
Monstr'œil, M. DC. XVI., in-S", chap. viu, 
pag. u. 

(76) La seule pièce de cette collection dont 
nous n'ayons pas déjà parlé, a pour titre : Rei* 
gles, statuti et ordonnances de la caballe 
des filous reformei depuis huiet Jours dans 
Paris. Ensemble leur police, estai, gouverne' 
ment, et le Moyen de les cognoisire d'une 
lieue loing sans lunettes, A Paris, dix-sept 
pages in-16. 

Cette pièce se trouvait de première édition 
chez le duc de la Valliere (catal. en troia voL, 
tom. Il, pag. 579, n" 34 du n° 3913) et chez 
Méou (catal., pag. 430, vingtnleuxieme carton). 

(77) Outre le recueil que nous avons déjà cité, 
et dont ou connaît deux autres éditions de Rouen, 
in-8°, Tuue de 1657, l'autre de 1666, il existe 
une compilation intitulée Histoire générale 
des latrons, contenant les vols, massacres, 
assassinats, finesses et subtilitez qui se sont 
par euxfaictes en France, et principalement 
en la ville de Paris,,. Le tout recueilly des 
plus beaux mémoires de nostre temps, par le 
sieur d'Aubrincourt, gentilhomme angevin, der- 
nière édition , etc. A Paris, chex Thomas de la 
RtteUe,M.DC.lQalU.,in•8^ 



NOTES. 



Lj 



(78) Ob tnmTê dam le eatalogoe de Véon, 
pag. 4tS, 419, nndication û^Ordmnances de la 
cimrt de parlement $ur la police des pauvres 
il mendions , en date de 1531 et de 1535; et le 
titre d'eue autre ordonnance émanée do même 
corpa, cette même année 1535, sur la queste, 
nourriture et entretenement des pauvres. 
Ptnt loin, pag. 417, est mentionnée, sous Tannée 
1611, une Ordonnance contre les escoUiers et 
vagobmds, eourreurs de nuict. 

(79) mcttonnaire ou Traité de la police gé- 
nérale des villes, etc. A Paris, chea Gissey, 
M. DCC.LTIII., in-4*,pag. 380-391, 558-564. 

(80) Aux Tolumes qui leur ont été consacrés, 
il h{A Joindre le Dictionnaire de l'ordre de la 
réijdié, in-ll, qui se trouTe dans un Tolume de 
il Bibliothèque nationale intitulé Formulaire 
dît ordre de la Félicité. (Z anc, formulaire.) 

(8t) Not. étém. de linguistiquey pag. 276. 

(82) ■ H y a des mots qui naissent entre nous 
par hasard, et ausquels le peuple donne cours 
MBS sçsToir pourqnoy, ny comment. » (Les Be- 
cherches de la France, Kt. VIII, cliap. xuii.) 

(n) The Zincali ; or, an Acount or the Gyp- 
fies o/Spain, etc.London : Jolm Mnrray, 1841| 
pet iihtf, tora. Il, pag. ISl : On Robber Lan- 
page; or,asitis calledin Spain, Germania, 

(84) Un seul trait snfHra pour montrer à quel 
(lelat les Italiens de l'époque étaient habiles dans 
Tart de s'approprier le bien d'autrui. En 1412, 
QM troupe de Bohémiens étant arrivée à Bolo- 
gne, les habitants ne tardèrent pas à se voir les 
îtetiBiesdeTois nombreux ; car ces étrangers^ dit 
WB aDden historien, étaient des pins habiles lar- 
rons qui fameni an monde. Les Tolés s'étant 
plsintsk l'antorité, celle-ci ne crut pouYoir rien 
faire de mieu que d'autoriser ses administrés à 
rendre la pareille aux Toleurs Jusqu'à concur- 
rence de la tilenr de f objet volé. Cette permis- 
non fut si bien mise à profit que les Botiémiens, 
^ant qu'il n'y avait plus rien à faire ponr eux 
k Bolefne, quittèrent cette ville. Voyez la ehro- 
B^Qs publiée par If uratoil , Jter. ItaU Script,, 
taB.xvm,col. 611, B,C. 

(15) Cela est tellement vrai , que ceux qui n'é- 
taient peint Italiens se faisaient passer ponr tels, 
•Sa dltre aceeptée. Voyez plutôt le Roman 
cmiqne [V part., ehtp. xv et xix), dans lequel 
8camm introduit un opérateur, le seignenr Fer- 
étnaido fepdinaiidl, gentilhomme vénitien, natif 
ée Caen en Moimandie ; et V Histoire comique 
isFranchn, ttv. X, où l'on voit un chariatan 
• tascfaant à parler italien, encore qu'il fust nn 
franc Rormand. » La raison de ce déguisement, 
c'est que, dit Poissenot, « il n'y a nation soubs 
Is eiel qui admire plna la vertu des estrangers, 
etae soucie moins de In aiemie, que la Fran- 



çoise.... Qu'il vienne de là les monts quelque 
messer, ou bien de quelque autre contrée , qui 
se vante d'estre un maistre aliboron en tout, et 
guérir de toutes maladies, et plusieurs autres, 
comme nous parlons vulgiierement , ne dirtez- 
vous pas, à voir l'estime en laquelle on le tient, 
que c'est quelque ciiose plus que naturelle?» 
{VEsié, etc. k Paris, chez Claude Micard, 1583, 
in-16, seconde journée, fol. 110 verso.) 

(86) ApoloqiepourHérodotey\\y.V^iC\inp, xv. 

(87) Edit. in-8*, sans lieu ni date, pag. 136, 

(88) Edit. 10-8", sans lieu ni date, dialogue se- 
cond, pag. 558, 559. 

(89) L'arfinité de la langue des Bohémieni 
avec l'hindou^tani a été signalée pour la pre- 
mière fois par Grellmann, dans son Bistorischer 
Versuch ûber die Zigeuner, dont la première 
édition parut à Gôttingep en 1787, in-8<*, et qul^ 
traduit en anglais par Râper, fut imprimé. à 
Londres la même année, in-4°, en un volume de 
146 pages. Le baron de Bock, qui publia, en 
1788, dans le second tome de ses Œuvres di- 
verses , une traduction française de cet ouvrage, 
ajouta considérablement au vocabulaire de l'au- 
teur. Pour tout ce qui touche è l'histoire et à la 
langue du singulier peuple en question, nous 
renverrons au travail de notre compatriote, ou 
plutôt à celui d'un anonyme, qui parut ensuite 
sous ce titre : Histoire des Bohémiens, ou Ta" 
bleau des mœurs, usages et coutumes de ee 
peuple nomade, etc., par H. M. G. Grellmann, 
traduite... par M. J. A Paris, chez Chamerot, 
1810, in-S". On y trouve, pag. 287-8 1 1 , un vocabu- 
laire de mots empruntés à la langue des Hindoui 
et à celle des Bohémiens, destiné è montrer lea 
rapports qu'il y a entre ces deux Idiomes; et 
pag. 313, 814, se lisent trois traductions de l'O- 
raison dominicale prises des Boliémlens de Hon- 
grie, et puisées dans les Wiener Ànzeiger^ Vl* an- 
née, pag. 95. 

Les curieux qui pourraient désirer connaître 
ce qui a été écrit sur les Bohémiens avant Grell- 
mann, n'ont qu'à recourir au Trésor des ori^ 
gines, etc. (Paris, de l'Imprimerie royale, 1819, 
in-4% pag. 179-181), dans lequel Cli. Pougena 
donne la note de tons les ouvrages que l'on pou- 
vait consulter de son temps sur ce peuple et sur 
sa langue. Depuis il en a paru bien d'autres, et ja 
n'en finirais pas si j'entreprenais de les citer 
tous. Je me bornerai à indiquer le Veutsch-Zi' 
geunerisches Wôrterbuch, de Frédéric Bischoff. 
llmenau, 1817, in-8''; le mémoire du colonel 
John Staples Harriot, intitulé Observations on 
the Oriental Origin of the Romnicalor Trib^ 
miscalled Gipsey and Bohemiau (Transactions 
of the royal Asiatic Society of Great Britain 
and Ireland, London : 1830, in-4% vol. 1, 



LlJ 



NOTES. 



pag. 518); VSsquine sur rhUtoire, les nuBurs 
et la langue des Cigains, suivie (Tun recueil de 
sept cents mots cigains , par Mich. de Kogal- 
nitchan. Berlin, 1S37, in-8*; le trayailde F. Pre- 
dari, intitulé Origine e vicende dei Zingari , 
con doeumenti intomo le spedali loro pro* 
prieiàfisiche e moraU, la loro religione, I loro 
usi e costumif le loro arti e le attuali loro 
condixioni poliliche e civili, etc. Milano, 1841, 
in-8*9 fig.; et surtout l'ouvrage du D'' A. F. Pott, 
In^tnlé Die Zigeuner inSuropa undÀsien,etc. 
Halle, 1844-45, deux Tolumea in-8''. La première 
partie est consacrée à Tintroduction et à la 
grammaire; la seconde renferme une introduc- 
tion sur les argots , un dictionnaire et des mor- 
ceaux en bohémien. On trouve un compte rendu 
de cet ouvrage dans le New quarterly and co- 
lonial Review, article qui, traduit en français, 
reparut dans la Revue britannique sous le titre 
de Recherches sur Vorigine et la langue des 
Bohémiens, y oyez ce recueil, sixième série, 
tom. IV (Paris, 1846), pag. 74-88. 

La même année , il paraissait de l'autre côté 
des Pyrénées un petit livre intitulé Vocabulario 
del dialeclojitano, con cerca de 3000 pala^ 
bras, y una relaeion esacta del cardcter^ 
proeedencia, usos, costumbres, modo de vivir 
de esta jente en la mayor parte de las pro- 
vincias de Espana, celebridad en susfiestas, 
nombres y apellidos mas usmles,fisonomia 
y cuantos antécédentes se pueden tener de 
ellos, con varias rezos, cuentos» fabulas, ver- 
sos, brindis, parte de la doctrina cristiana y 
ordenanza militar. Por D. Auguste Jime- 
nez. Sevitla, 1846, imprenta de D. José M.^Gu- 
tierrez de Aiba, petit in-8' de 111 pages. 

Antérieurement à ce vocabulaire, l'imprimeur 
D. Eorique Trojillo en avait publié un à Madrid 
en 1844, de 104 pages. 

(90) The ZincaU^ tom. II, pag. 135. 

Si cette assertion de Borrow est vraie en ee 
qui concerne les Bohémiens anglais , espagnols, 
rosses, hongrois et turcs, qu'il a plus particu- 
lièrement étudiés, elle ne saurait l'être pour les 
MomamUcheU du centre et du nord de la 
France, dont les résidences fixes, il y a quelques 
années, étaient notamment à Bonny, près de 
Gien (tribu Caron), à Saint-Florentin (départe- 
ment de ITonne (tribu Charpentier), et près 
d'Auxerre (tribu Foin). Il est bien exact que ces 
maraudeurs parlent entre eux une langue parti- 
culière dont eux seuls ont la clef, et qu'ils em- 
ploient même en présence des autres voleurs; 
mais comme ils fréquentent ces derniers, au 
moins passagèrement, surtout les voleurs de 
otiit dans les départements, dits sorgueurs, 
dont la bande Thibert était en partie composée. 



il est impossible qu'ils ne eomprennent pas l'ar- 
got. Il y a plus, si l'on peut se fier à une note de 
police, le rommany, dans leur bouche, porte de 
nombreuses traces . de Tinvasion do jargon : 
c'est ainsi que poor coucher ils disent poKl/ré, 
guemaf pour ferme, ferte on fertiUe poor 
paille, barbot pour canard, conque poor ta- 
batière, apôtres pour doigts, battants pour 
braSffouillouse ponr poche, calandre pour pO" 
nier, toumiole pour clef, matrone pour église; 
qu'ils appellent un homme gatgi, le vol tchoure 
ou tchouribeun, le vol à la care caribeun, un 
chien tchoukeil, du pain marro , et qu'ils ren- 
dent tu me fais mal par me chipeinn , et ar- 
rêtez, cessez, dissimulez, par pintchi; poules 
par clochequi, et dindes par chibeli. Or, si ces 
six derniers mots sont bohémiens, le reste ne 
peut être revendiqué que par l'argot, et il de- 
meure établi que nos Romamitchels le com- 
prennent. 

(91) L'auteur de l'Inventaire général de l'his- 
toire des larrons, liv. II, chap. vu, dit du capi- 
taine Carfour : « Ses compagnons ne l'appelloient 
que le Boëmien, car il savoit toutes les règles 
du Picaro, et il n'y avoit jour où il n'inventAt de 
nouvelles souplesses pour les attraper. » 

(92) On lit dans le même recueil, liv. V, 
chap. XXXIX : « Et d'autant qu'il (Arpalin) sça- 
voit de plusieurs langues, il en accommodoft 
l'usage diversement à ses impostures; car en* 
core se mêlant parmi des vagabonds, de ceux 
qu'on appelle Bohémiens , il pratiqnoit toutes 
leurs jburbes accortement; tantôt il joooitdea 
gobelets, disoit la bonne aventure, dansoit sor la 
corde, et faisoit des saots periileox.... Quelque- 
fois aussi il passoit pour capitaine des narquois, 
dont il entendoit parfaitement le jargon. » 

(93) Catàlogo de las lenguas de las nackh 
nés conocidas, etc. Madrid , ano 1800-1805, six 
vol. in-4'', trat. III, cap. vi, vol. UI, part, i, 
pag. 311. 

(94) The ZincaU, tom. II, pag. 136-141. 

(95) Voyez le folio x du chapitre consacré aux 
Bohémiens, mendiants, gueux, cours des miia» 
clés, dans le Moyen Age et la Renaissance, 
tom. 1% sect. des mœurs et usages de la vie ci- 
vile. Cf. ci-dessus, pag. V, et ci-après, pag. 479. 

(96) «L'antiquité nous apprend, et les docteurs 
de l'argot nous enseignent qu'un roi de France 
ayant establi des foires à Niort, Fontenay et 
autres lieux do Poictou, plusieurs personnes se 
voulurent mesler de la mercerie ; pour remédier 
à cela, les vieux merciers s'assemblèrent et or- 
donnèrent que ceux qui voodroient à l'avenir 
estre merciers, se feraient recevoir par les an» 
ciens.... Puis ordonnèrent un certain langage 
entr'enx, avec quelques cérémonies poor estre 



NOTES. 



uij 



I |Mr IM proiMMars de la mercerie. Il ar- 
rifa que plusieara merciers mangèrent leurs 
bsUei; nesntmolns ne laissèrent pas d'aller aux 
nudités foires, où ils trouYerent grande quantité 
et pSBTres gneoi, desquels ils s'accostèrent et 
Icnr apprirent leur langage et cérémonies. Les 
gneoxy redproqnementy leur enseignèrent chari- 
tsblenfnt à mendier. Voilà d'où sont sortis 
tant de braves et fameai aigotiers, » etc. {Ordre, 
ùu kkrarckU de V argot reformé^ dans le Jar* 
çfm, édit. de Techener, pag. 3 et 4.) 

Ce qnll y a de certain , <?est qu*an rapport de 
Aéodore d*Aabigné, qui écrivait encore après 
1619, « il y sToit lors une gaillarde académie de 
bfToiis en Poictoo, n*en déplaise à la Gascogne, ni 
à la Bretagne. » {Le* Àvantures du baron de 
FoMUtê^ Ut. III, chap. m.) Toutefois, un peu 
pin km, i±ap. uti, le même auteur déclare que 
• les coupeurs de bourse Yiennent plus de Paris 
4|De d'autre lieu. > Noos le croyons sans peine, 
et BOUS pooToos ajouter que leur histoire date de 
loin ; en effet, on Ht dans une pièce certainement 
atérieore à 1284 : « li rilains babuins est cil ki 
Ti devant Ifoetre-Dame à Paris, et regarde les rois 
et dist : « Yés-là Pépin , vés-là Charlemainne. » 
Et on U eope sa borse par deriere. » (DesxxiU 
Maniires de vilains. A Paris, chez Silvestre, 
M. OCCC. XXZIII., in-g% pag. 10.) 

Cepauage en rappelle un d'Aristophane : « Re- 
gudei, enànts, « dit on rusé compère, rival du 
eélèbre Cléon dans la comédie des Chevaliers, 
« ne voyo-voos pas le printemps t voilà Thiron- 
ddle! Et pendant que les badauds lèvent le nei 
a Tair, le maître filou escamote ce qu'il trouve 
à la eoBvenance. » (Chevaliers, v. 445.) 

(97) «... les abonnés de Gnillotin ont aunû 
leon puristes ; ceux-là prétendent que l'argot a 
piii naissance à Lorient, et, sans croire qu'on 
poisse leur contester la qualité d'Orientaliste^ 
ib le rappliquent sans plus de façon , comme 
uaA celle d'Argonautes, lorsqu'il leur est arrivé 
d'achever leurs études sons la direction des ar- 
gMBins , en faisant, dans le port de Toulon, la 
wviga^on dormante à bord d'un vaisseau 
rasé. » {Mémoires de Vidoeq, tom. III, pag. 81.) 

(98) Le Jargon, etc., pag. 61 , 62. 

(99) « Encore du temps du cardinal de Riche- 
tisu, dit Voltaire, les grands chemins n'étaient 
si réparés ni gardés : les brigands les infes- 
taient; les rues de Paris, étroites, mal pavées, 
et couvertes dlmmondices dégoûtantes, étaient 
remplies de voleun ; on voit par les registres 
do parlement que le guet de cette ville était ré- 
doit alora à quarante-cinq hommes mal payés, 
ctqoi même ne servaient pas. » {Siècle de 
i^Mtit2/F,ehap. n.) 

, dit, je crois» l'aoteiir de rSnfer 



des Chicaneurs (1629), conrent partout pour 
trouver des coupables; mais s'ils prennent des 
voleurs, ils les relaschent aussi tost que ceux- 
ci leur donnent de l'argent » 

(100) Le /argon, etc., pag. 67. 

( 101) Par exemple, il appellera chapon un mor- 
ceau de pain frotté d,'oignon on d'ail en vue de 
ce proverbe : 

SI to te troDTet mds chapon, 
Soli oonteot de pain et d'oIgMB. 

DMUmnaére âm prwtrbêi frmtçeit, 
fl* Mit, pas- *M. 

(102) Lettre do comte de Gadagne au comte 
de Bussy (1671), parmi les lettres de ce dernier, 
édit. de M .DCGXI., in-8», tom. II, pag. 113. 

Gabatine devait signifier potage, et dériver 
de gabata, qu'on ancien glossaire rend par 
vaisseau à garder viande, (Voy es le Glossaire de 
du Gange, tom. III, pag. 46l.col. l,art. Gabata,) 

(103) CuriosUei françaises, an naot PO" 
roisse. Cf. les ApresdUnees du seigneur de 
Cholieres. A Paris, chez Jean Ricber, 1588, 
in-12, fol. 55 -feno. — Le facétieux MeveUle' 
matin dés esprits melaneholiques, [édit. de 
M.DC.LIY., pag. 95. 

(104) Cur. fr,, au «bot Sal^t Prix, et Ad- 
dition à la lin, au mot Confrairie. — Les iïe- 
cherches françaises et italiennes, pag. 607, 
col. 2. — Dictionn. des prov. fr., par Quilard, 
2« édit, pag. 451. Cf. Cl. Marot, rondeaux , liv. 
!•% rond, ii, st 4, et épltres, liv. !«', ép. ix. — /«- 
ven^atre^fonern/de tomme }iorfiian(i0, pag. 16. 

(105) Le facétieux MeveUle-^matin , etc., 
pag. 62. 

(106) Diet. desprov.fr,, pag. 450. 

De bonne heure aussi le peuple employa le 
nom de saint Paul, qu'il prononça saint Pou, 
pour désigner métaphoriquement la pauvreté. 
(Voyez les Cur.fr., au mot Saint Pou ; les Se" 
cherches françaises et italiennes, pag. 607. 
col. 2; elles Œuv. compL de Jtutebeuf, tom. 1«, 
pag. s, 230, 452.) 

(107) voy. la XX' serée de Boochet et le Dic- 
tionnaire de Gotgrave. 

(108) Mistere de la passion de Jhenu-Crisi, 
se. du resuscitement de Lazare; édit. de Ye- 
rard, fol. n i verso, col. i. 

(109) cette expression est le pins soQvcnt 
prise dans un sens obscène : « Vous advertirez 
celles à qui nature a tant donné de perfection 
qu'il est nécessaire pour jouer au reversis.» {la 
Descouverte du style impudique des courH- 
sannes, 1618; dans les Variétés hUtoriques et 
littéraires, publ. par J. P. lannet, tom. I*', 
pag. 384.) 

(110) Cur. fr., an mot Guigne. 



tlT 



NOTES. 



(111) ihid., an mtÀîfpitpkê. 

(Ul) L'antenr des Ordmttumeei geturoUa 
étanumr, art. xum, leur donne rëpiihète de 
reubarbatifs (éd. det /ojrei»eles, pag. 30), et 
l'oD des penoonaget d'an miracle de sainte Ge- 
nerfèredlt: 

J*al despenda toat mon anrent 
Ea wurdef/bus , et ea mlret. 

MgtUres inédit» du X^* tiécle^ ton. l**. 
par tM. 

(111) Cwr. fr,^ pag. 406. ~ Apologie pour 
Hérodote, iir. II, chap. m. — Les Bigarrures 
et touches du seigneur des Accords, foi. 66 
recto. — Les Jaloux, comédie de Pierre de l'A- 
rfTey, act. m, se. nr. — Reigles, statuts et or» 
donnances de ia caballe des filoux, pag. 13 — 
Les Rencontres faeecieux du sieur baron de 
Oratelard, etc. A la Haye, s. d., in-s**, pag.9.~ 
La vrage Histoire comique de Francion, édit. 
de Leyde, M. DOC. XXI., tom. V, pag. 106. — 
Le Cabtnet satgrique, édit. de M. DC. XXXIT., 
hi-So, pag. )06, 607, (70, 598, 641. — VSsUte 
des chansons amoureuses, etc. Roaen, M. DC. 
XXX., pet. iii-13, pag. 189 et aoW — VEslUe 
des chansons les plus belles du temps pré- 
sent, etc. A Paris, M. DC. XXXT.,in-lS, pag. loi. 
— La Fieur ou VEslite de toutes les chansons 
amoureuses et airs de court. Konen, 160), 
ÎD-12, pag. 829,380. 

(114) Cur, fr., aa mot Heurter. 

(115) Ibid., pag. 18. Voyez atisai le Diction- 
naire de CotgraTe, an mot Grève. 

(116) Cur. ftr,, hu moi Ngmphe. 

(117) ïbid.t an mot Trésorier. 

(1 1$\ Ibid., addit. à la fin, au mot Chanoine. 

19) ibid., au mot Sereine. 

(lîû) Cttr.fr.» aux mots JardMer et Par- 
terre. Yoyei encore les Avantures du baron 
dt Fmneùe , Ht. lY, chap. m; et Ie« Rimes re- 
dôutlér» de monsieur d^Aiwucg. Paria, M- 
DC. LXKX., m-13, pag. 84. 

(m) Cur.fr., pag. 364. 

(13Ï) /^ki.,pag. 106. 

(123) Lettre de madame de Sérigné publiée 
ftir M. Va Det de viriTiile dans la Revue de Pa» 
ritf Cahier dit 38 décembre 1844. 

(ni) md., en moi Halle. 

(iTj) Les Apresdisnees du seigneur de Cho- 
lierez. PaH«, Jean Richer, 1588, in-13, fol. 3 
verso el 15 rerso. 

(n^) n Le prorerbe autant pour le brodeur 
est coTTt^rnpu ; car on doit dire autant pour le 
hottrdeuf, c'est-à-dire donneur de bourdes*. 

I Forffi^iii forgent et traitent cbotet (abrilet. 
Et fr» Mnnlaurt ▼tUiet et Inatilee. 

Gabr. Mearler, Tkretor de ientmtêêt 4a» 
^E reei, ^. 4 lM>lian. chet HtcoUa USflOjVr, 

^^ M.D.LXXVlir., petit In-it» pap. tr. 



MoMleor L. D. 8. tnrluplnoit ^iicli|QeMi ootttre 
son €ls, qnH recoimoisaoit comme nn Indigne 
menteur, en Inl disant que, qoelqne part qu'il 
allât, il étoit toujours dans la rué des Bourdoo- 
nois; que sa canne lui serobloit nn bourdon, et 
qu'il croyott KaToir fait à Bonrdeaux,» etc. 
( L'Esprit de Gug Patin , etc. A Amsterdam » 
cbex Pierre de Coup, MD. CC. XIII., In-13, 
pag. 505, 306.) 

(137) Fin^nemie Partie de la Muse nor- 
mande, pag. 333. 

(128) Cur. fr., an mot iTaconH/eur. 

(139) ïbid.f au mot ilveti^te. — J?ectid2 ge- 
neral des oeuvres de Tabarin , édit de David 
Ferrant, quest XXXY (Qti'cjl-Ctf ^*IPI aveugle 
retourné?), pag. 64. 

(130) Cur.fr., VOL mot ToUse. 

(131) Ibid., an mot Bspée. Yoyei encore le 
Rec. gen. des caquets de Faceouehée, 3* jour- 
née, éd. de Meta, pag. 53; Seconde Partie du 
Rec. gem. des rencontres et questions de Ta* 
barin, quest. XX, pag. 163 ; Reigles, statuU et 
ordonnances de la caballe des filous, etc., 
pag. 10 ; la Comédie des proverbes, act. !*% 
se. T. 

(132) Le grant Testament de Fr. VUUm « 
huit. Lxm, ▼. 740. — La Fleur des chansons^ 
édit. à» Jogeusetet, pag. xl. 

(133) ReigleSf statuts et ordonnances de la 
caballe des /llous, pag. lo- 

(134) Cfir. A*., addit à la fin, au mot Z>aii- 
ser. 

(135) Les Débats et faeedeuses Reneoniree 
de Gringalet et de Guillol Gorgeu, etc., édit. 
des Jogeusete:^, pag. 38. — Reigles» statuts et 
ordonnances de la caballe des filous^ etc., 
pag. 5. Cf. d-après, pag. 104, col. 1. 

(136) Le Discours du trespas de vert Jth 
net. A Roueo, chez Loys Costé, in-13, pag. 15* 

(137) Ctcr. >., au mot Lance. 

(138) Ibid.f addit. à la fin, an mot Fenestrê. 
( 139) Ibid.f au mot ffaultbois* On lit aonki- 

8008, dans le même sena, il e$t mort du hauli 
mal. 

(140) Cur.fr., aq mot Mouche. -^ la Co- 
medks des proverbes^ act U, se. iy. ^ D^plo- 
ration de Robin, édit des Jogeusete^ pig. y)* 

(i4i) Première et Seconde Muse normade^ 
pag. 48. 

(142) Cur.fr., AU motProceifkm. 

(143) Ibid., an mot Servir, — Première Par- 
tie des recherches françaises et italiennes ^ 
pag. 436, col. 1. — ReigUs, statuts et ordonn* 
delà cab. des filous, PH- M- — Invent. gen. 
de Vhist. des larrons, Iîy. II, ciiap- xu, — -fi^ 
cueilties chansons amoureuses de ce temps,eit. 
Pari», Pierre Des-Hayes, in- 12, pag. 115. — les 



deux ArUqmnSf aci. II, se ▼. {U Théâtre Ua- 
ben de Gherardi, tom. III, pag. 285.) 

UM) Cur. fr.y au mot Cour. — Tartufe, 
acL 1*', se. f*. -- itecuetZ de chansons choisies 
iattriboées au marquis de Coiilanges). A Paris, 
diexSimaDBeiiard,M.DG.XGVIII.,in-8% tom. II, 
M- 4. 

[ihb) Le peuple emploie également des figures 
pour exprioier ces effets physiques. (Voyez les 
Cur./r., aux mots Porte ^ Pourceau y Souf- 
llet.) 

[iWfCur.fr.yUtlHahU. 

(147) /M., au mot Rire. 

(148) Ibid,, au mot Diable. 
[U9) Uoe mère employait autrefois cette ex- 

prttskn, lorsque, pour humilier sa fille déjà 
gnade, elle la traitait eu enfant. (Voyez les Cu- 
rmiei françoises y h Marier, et le DicHon- 
luirtda proverbes français, 2* édit., pag. 500.) 
{m) Cwr.fr, y au mot mabU. 

[i&i; îM. 

\ [161} Henry Estienne, Prémices, etc., pag. 47. 

- U Unre des proverbes français, tom. 1*', 
«.11. 

(153) Cur.fr,, au mot Dieu. 

(134) Gabr. Meurier, Thresor de sentences do 

:i&â) /M., pag. m. 

[iH] Le sixiesme livre des Actes des Apos- 
tresjklôo xxtî. recto, col. 1. 



NOTES. LV 

(157) Œuvres complètes de Shakspeare, 
tom. Iir, pag. SS5, notice sur Macbeth. 

(158) «La royne mère parioit aussi bien son 
goffe parisien qu'une revendeuse de la place 
Haubert, et l'on n'eust point dit qu'elle estoit Ita- 
lienne. » [Scaligerana^ etc., édit. de M. DC. 
LXViI.,in-12, pag. 46.) 

S*il faut en croire Henri Estienne, ce goffe pa- 
risien consistait surtout dans une prononciation 
vicieuse du français : «Yela poorquoy vous vou- 
lez avoir un sarment. Gel. Pardonnez moy : je 
ne pense ni à sarment ni à vigne. Pbil. J'ay dit 
sarment pour serment ; c'est un petit parisia- 
nisme de la place Maubart, » etc. {Deux DiaUh 
gués du nouveau langage François, italia- 
nisé, etc., sans lieu ni date, in-8^ pag. ;398.) 
Dans un autre endroit du même ouvrage, 
pag. 598, on trouve gayoffe comme synonyme de 
coyon : je suis tenté de rattacher le premier de 
ces mots à goffe, comme à glatayaffe employé 
dans les Avantures du Baron de Pœneste^ 
liv. I*% chap. III. 

(159) « J'aimerois mîeulx que mon fils apprinst 
aux tavernes à parler, qu'aux esclioles de la 
parlerie. » ( Essais de Montaigne , liv. III, 
chap. VIII.) 

(160) Recueil de l'origine de la langue et 
poésie françoise, ryme et romans, etc. A Pa- 
ris, par Mamert Pâtisson, M.D.LXXXl., in-4% 
liv. II, chap. cxxvi, pag. 209. 



Quelque soin que nous ayons apporté pour rendre notre travail digne de la 
distinction qui lui a été accordée par Tlnstitut de France^ nous ne serions ja- 
mais venu à bout de lui donner tous les développements qu'il a reçus depuis^ 
si 9 à nos propres recherches^ nous n'avions pu joindre les subsidia de l'amitié. 
Nommer toutes les personnes à qui nous devons un passage^ une indication^ un 
conseil^ serait impossible; mais nous ne saurions passer sous silence M. Michel 
Amari^ qui a bien voulu revoir notre recueil de mots fourbesques; M. Gustave 
Bnmet^ qui tient à la disposition du petit nombre de lettrés que l'on compte à 
Bordeaux le trésor de ses connaissances si variées et si sûres; et encore moins 
M. Edouard Foumier, envers lequel nos dettes sont bien autrement considé- 
rables. 

Ne pouvant les payer, il faut du moins les dire* 



nu DBS NOtKS 01 L^lHTAODUCTIOll. 



ETUDES 



DE 



PHILOLOGIE COMPARÉE 



SUR LA LANGUE FACTICE 



GOimUB 



sous LE NOM D'ARGOT, 



Abadis, subst. fém. Foule^ multitude ^ 
rassemblement. 

Ce mot me parait dériver de Titalien 
abbadia, abbaye. Badialifa, en fourbes 
«pie, se dit d'un lieu où beaucoup de 
penoDues s'assemblent. 

Abat-ulvet^ s. m. Abat-jour. 

Abati^ IX ^ part. Tué^ massacré. 

Oa «troavé on homme horriblemeDi mutilé.... 
Ob «Toit attaché sar lui une carte... portant : 
« d-^t lean VÀbaty, • etc. (Jaumal hisiorigtie et 
omêcdohqMedu règne de Louis XV,^ E. J. F. Bar* 
hier, ocL 1721, tom. !•', pag. 107. Cf. pag. 109.) 

Voyez Rebâtir. 

Abattis, s. m. Membres. 

Abbatx de Monte a xeoeet ou de 
MoHTE A EBEOUES, S. f. Autrefois la po- 
lenoe, aujourd'hui la guillotine. 

Ce nom a été donné à Féchafaud, 
parce que , d'une part, le criminel y était 
accompagné d'un ou de plusieurs reli- 
gieux, et que, d'un autre côté, il n'en 
aortaii que mort. Suivant Oudin, rAb- 



baye de Monte à regret désignait Tf*- 
chelle qui sert à ceux que l'on pend. Il 
ajoute que cette expression est vulgaire , 
et avertit que l'on ne doit s'en servir 
qu'en raillant '. 

Ck)mme il le fait observer ailleurs * , 
a Fitalien dit fatieosa, en jargon. > Ge 
mot, il est presque inutile de rajouter, 
veut dire pénible. 

U est curieux de faire remarquer qu'à 
Sens, une des rues qui mènent à la place 
du marché, où se font les exécutions, 
portait encore, il y a quelques années, 
le nom de Monte à regret; on l'appelle 
aujourd'hui rue des Bourses. 

Nos ancêtres avaient nombre de locu- 
tions facétieuses dans lesquelles entrait 
le mot abbaye. Une femme s'abandon- 



■ Curiofiiez françoiseM , au mot Ahhaife, 

^ Seconde Partie det Recherchée ilalienneÊet fran- 

çoùee, etc. A Paris, cbez Antoine de Sommaville, 

M. DC. U V., in-4«, pag. 4, eol. S. 

1 



2 

nait-elle à tout le monde ^ elle était de 
V abbaye des s'offre à tous : 

Fausse estes, voir plus que pie... 
tbs e&lAs dé réfAie 
,Ji s'BJp-e-à-ious, ttçj 

Le Romancero francoiif par M. Paulin 
Paris. Paris, Techener, x833, in-ia, 
pag. 88, 89. 

Plus tard; on disait d'un homme qui 
aimait les femmes : a II est de Tabbaye 
de Longchamp; il tient des dames; b et 
donner une prébende dans f abbaye de 
Vatan équiVsHait à tenvopèrf chasser. 
Voyez les Ckiriosite2françoises,awimo\s 
Abbaye et Prébende, et les Arrêté d^Or 
moursj édit. de M. DCC.XXXL, in.8% 
^ part.; pag. 308. 

Abbàtb bb sots b ; s. f. Prison. 

Abbâtb buffaivtb , s. f. Four chaud. 

Les fours dans lesquels les anciens 
gueux se réfugiaient la nuit; devaient 
éveiller; dans leur esprit; Tidée d'une 
maison cloîtrée dans laquelle on dormait 
chaudement. Encore aujourd'hui en 
Suiâsei à Berne, par exemple; certaines 
auberges tenues par des corporations 
portent le nom A'abbayes. Voyez Rtf. 

ÂBiQUBB; verb. act. Nourrir ui enfant 
ou quelqu'un gratuitement. 

Abéqubusb ; s. f. Nourrice. 

Ce mot et le précédent viennent de no- 
tre ancien mot abbeeher, que Nicot ex- 
plique par mettre au bec d'un oiseau , et 
auquel Gotgrave aussi a consacré un arti- 
cle. On lit dans le Débat sur le passe- 
temps des chiens et des oy seaux : 

Sur ce débat, quant on a le loysir. 
Et que oyseaux ont faict assez bon debToir, 
On les abesche, en leur faisant plaisir, 
Sur le gybier, etc. 

Les Poésies de Guillaume Crétin^ édit. 
de Coustelier, pag. 83. 

Le même verbe se retrouve dans un 



DICTldNNAlrta b^ARGOT. 



ouvrage plus ancien ; mais je doute qu'il 
ait la mtoie signification : 

Giers , je te voi si aledué. 

Si ardadt et (i tbeehiéf 

Que bien Msaiùbfes bdh éa aèaii 

Le Roman du Renan , supplé- 
ment, etc. A Paris, cbez Silves- 
tre, M. DCCG. XX.rV., in-8% 
pag. 47» ▼. ao5. 

Abloquib, àbloqubB; abboqubB; v. a. 
Acheter; acquérir. 

AfiLOQtiisâBDB^ BdfiB; s« Cclui; Celle 
qui achète ou qui acquiert. 

Ces divers mots ont été formés de bloc, 
pîAs dans le sens d'amaS; d'assemblage 
de plusieurs choses , telles que les rece- 
leurs en achètent le plus souvent à leurs 
pratiques. Bloquir, qui signifie vendre 
des objets volésy n'a pas d'autre origine. 

Bloquer^ dont on fiiit usage à pissent 
dans le langage familier; ne date pas 
d'aujourd^hui ; on le trouve dans le Thre- 
sor de Nicot, avec cette expricàtion : 
C'est serrer et arrestèr uH fnarché de 
quelque chose avec quelqu'un^ et dans le 
Dictionnaite de Ck>tgrave; avec celle-ci : 
to coneludey or make itp a barffâiH. On 
trouve également; dans le second^ ablo- 
quîé avec cette définition : a Edifices 
abloquiez; viz. baillez par le seigneur 
direct en EmphyteosC; et Censive. b 

Aboulàgb acbÉ; s. f. Abondance. 

Peut-être ici faut-il voir dans aeri une 
apocope d'à crever. Voyez Acre. 

AbociiéB; part. Accouchée. 

ABouLftHBNT; S. m. Accottchement. 

A^otiLEfi;V.n.Yenir;aboutir>accouGher. 

Ce mot doit dériver du verbe gascon 
(Aoula [advolare) , qui existait vraisem- 
blablement autr^oiS; comme en français 
le verbe advoler, que Ton retrouve avec 
le même sens dès le xiii* siècle : 



DiCtiONNAIRE D'ARGOT. 



fêtttMkmtmhhkibythta: 
Moult m'a frit Dex btHes tcrtw, 
Quant ichi estes advoUs, 
ht Itoman du Renart, suppU «te, p. 357. 

Dans l'aDcien argot^ s'il faut en croire 
k Dictioaneire argotique du Jargon y 
abemUr dimi un sens un peu différent^ 
celui de eompier, de donner, que ce verbe 
a également dans la langue actudle du 
peuple de Paris; il existe aussi dans le 
patois nonnand, mais avec la significa- 
tion d'tfporter vUe. MM. du Méril le ti- 
rent € de Boule y globe de plomb qu'on 
I lançait avec une fronde, ou de Boulony 
[ trait d'artMlète. p Voyez Dictionnaire du 
I patotmonnawii^pag. 3, col. i. 

AaoYnni, s. m. Celui qui, dans une 
prison, est chargé d'appeler les prison- 
niers demandés au parloir ; orieur de ea- 
ngrds, dans les rues. 

Abrbutoir ▲ HOiTGHss, 8. m. Grande 
plaie saignante. 

Cette expression avait déjà cours du 
temps de Cotgrave ' ; elle a été recueillie 
dans les Curiositez françaises d'Oudin, 
qui l'explique par « grande playe sur la 
teste, où les mousches peuvent boire, » 
et il ajoute qu'elle est vulgaire. 

Sitayavois walcmeiit pensé , je ferais de ton 
eorps 10 abreuvoir à mouches. {La Comédie des 
Proverbeg^ act !•', se. 7.) 

Cbano... loy jura qae... H loy feroft an abrett- 
fMr à mouches de son timbre arec son aTîron. 
{Le Testament du gros Guillaume, etc.» édit. des 
yoy«ief«,pag. 7.) 

le cette est encore taché 
Btt laog et du cerreaa sedié, 
QflSBd Hereole, après mainte touche, 
Loi fit UB aérewoir i moudte 
De son oeste, etc. 

Le Virgile travesti, liv. V. 



' Oi ahbranoir à mooaehes. An open wound, or 
A«r<; [whereiu Jtiei, if they tnay ^meUf^ drink their 



Sur-le-champ, il grippa Lycas 
D*un vilain coup de coutelas, 
Qui lui fit abreuvoir à mouche 
Auprès de rœil, qu'il avoit louche. 
Contin» du Virgile travesti, liv. X. 

Henri fait, dans cette escarmouche , 
Quantité à* abreuvoirs à nwuc/te, 

La Henriade travestie, ch. toi, p. 1 tS. 

Accent, àbçon, s. m. Signe de re- 
connaissance. 

Celui qui sert aux voleurs, et plus par- 
ticulièrement aux escarpes , s'exécute en 
crachant avec bruit et en décrivant avec 
le pouce de la main droite un C sur la 
joue droite, près du menton. Or, c'est ce 
dernier signe, ce C , qui a été appelé ar- 
çon (petit arc'), puis, par corruption, 
accent, 

ÂCCOBDEUB DE PLUTES OU DE VIELLES, 

S. m. Juge de paix. 

Cette expression doit naissance à la 
locution figurée et populaire accorder 
des vielles ou des flûtes y qui se disait 
autrefois pour mettre d'accord des asser- 
tions, des prétentions opposées : ce qui 
entre en première ligne dans les devoirs 
d^un juge de paix. 

Ainsi a bien à faire un prince d'estre bien sag^ , 
quand il va en pays estrange, pour accorder toutes 
ses vielles. {Mémoires de Philippe de Oommines, 
liT. Y, ch. III.) 

... Tout cela estoit assemblé pour faire ligue con- 
tre le bon roy ; mais tant de vielles ne se peuvent 
accorder en peu de temps. {Ibid.f liv. VU, ch. xv. ) 

AYsnt que passer outre , je te prie d^accorder 
ces fiustes , car la dissonnance est fort grande. 
llYaiiéparadoXique composé par Bénigne Peês- 



Wistasoes, U sot de faTiele, 
Prist .J. arcAion od la viele. 

Roman d*Eustache le Moine, v. 2167, 
pag. 78. 

A pris eu sa main on arçon 

Et deoB fleiches à sa eeintore, etc. 

Le Bfman du Renart^ édit de Méoo , 
tom. Il, pag. 249, V. 16346. 

1. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Menât, k Pirit^ehaCUode Mieard, M. D. LZXXIII., 
in-n, folio 200 recto.) 

El c'oft à cestuy-cy à qnl on oiToyoit tons oeox 
qai De pou voyenl bien acùorder leurs instrumeni^ 
00 qui ne sonnoyent rien d*acoord , leur disant : 
Allex cbez un tel adTocat , il tous aecordera et 
tous vo$ insirumens^ {Serées de G. Bùuchet^ 
XlX'serée.) 

Je feux qu'on me conpe la tète ai je ne tous meU 
d^aecord avec le docteur, comme le bois de quoi 
on fait les iMes. (La Comédie des Proverbes^ 
act II, se. &.) 

Mettez f pour ne jouer , vm fiUet mieux à*aecard, 
L'Étounii, wcUV',9c 4. 

Voyez^ sur cette expression j les Cn- 
fiositezfrançoises et les Beeherches jranr 
çoisee et italiennes ^ aux mots Flûte et 
VieUe. 

AccBOCHB-coEUB^ S. m. Favori. 

Dans le langage familier, on appelle 
ainsi ^ chez les femmes, une boucle de 
cheveux collée sur les tempes. 

AcHAR^ s. m. Acharnement. 

AcBB^ AoBB; t%y adj. Fort^ e; fcurte- 
ment. 

AffaibE; s. f . Vol à commettre. 

Affb, s. f. Yie^ &me. 

Voyez Eau d'affe, 

Affiolbb^ V. a. a Dans le patois bour^ 
guignon, fiolan se dit pour ffU^ fanfa- 
ron : ne serait- il pas un peu parent du 
mot vulgaire affioler? » (Glossaire des 
Noéls bourguignons, par la Monnoye, 
p. 361.) 

A cela nous ajouterons que ce n'est 
pas seulement dans le patois bourgui- 
gnon que fiolan était en usage; il avait 
cours également en français , du moins 
dans le français de j^rantôme : 

Eux le Toyant Tenir... tirent force arqoehnsades 
et si Taillamment, que quelques petits liarquebu- 
siers qui estoient là , pensez quelques j8o</aiu, etc. 
(D'aucunes Betraietes de guerre, cinquième dis- 
cours. — Œuvres comf^es de Brantôme, éiiit. 
dn PanOiéon littéraire, tom. H, pag. 96, col. 1.) 



Affbàiichi^ ib, part. Corrompu, ue, 
qui a cessé d'être honnête. 

Affbarchib, V. a. Corrompre^ npipteor 
dre à quelqu'un les secrets du vol. Af- 
franchir un sinve avec de Fauber, c'est 
corrompre un honnête homme avec de 
Pargent^ le décider à déguiser la vérité ; 
affranchir un sinve pour grinehir, c'est 
apprendre à un honnête homme à vo- 
ler. 

Pour peu que l'on se mette au point 
de vue de gens qui considèrent les lois 
comme des entraves, la vie régulière 
comme un esclavage^ on reconnaîtra que 
ce verbe est bien choisi : en effet, encore 
aujourd'hui, comme tout le monde le 
sait, affranchir signifie figurément tirer 
d^une sujétion ^ d'une dépendasice. 

Autrefois, franchise se prenait dans 
le sens de liberté, que ce mot a perdu : 

... U consideroit qo*il ne ae poufoit repentir 
d'avoir perdu sa/hincMse,Ten la beauté 'de sa 
prison. (V Histoire comique de Francion , liT. IX ; 
édiUon de Rouen, M. DC. XXXV., pag. 622.) 

11 se representoit qu'il valoit bien autant eatre 
enfermé comme il estoit, que d'estre esk/ranchUe 
parmy le monde. (Ibid,, pag. 6Sa. ) 

Affubbr, V. a. Tromper. 

Ce mot , qui nous est donné par le Dic- 
tionnaire ai^otique du Jargon, existe en- 
core , avec le sens de voler, dans le patois 
de l'arrondissement de Vire. Le rédacteur 
des Voleurs, de Yidocq, qui, tom. !«', 
pag. 6, rapporte afjurer avec le sens 
de gagner, dit que ce verbe vient proba- 
blement de fur, voleur, et M. Ëdélestand 
du Méril balance entre/uron et auferre ' • 
Ces diverses étymologies me sourient 
aussi peu Tune que l'autre, et je me sens 
plus disposé à croire qu'affurer a été 
formé par allusion à la chasse au ftiret. 



> Dictionnaire du patois normand, introduction, 
pag. LXi, en noio. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Plusimut, nous trouvons aZ/îfra^^, ex- 
pliqué par béné/le0 , profit f ei, plus bas^ 
•JimeTy traduit par tromper , et précédé 
d'une astérisque qui signale ce mot comme 
empnmlé au Jargon, Je dois déclarer 
que je n'ai rencontré cette variante dans 
aucune des éditions de ce petit livre que 
j'ai eues à ma disposition. 

Nous avions anciennement a/forer, 
affeurer, afiiere, dans le sens de mettre à 
feur et à prix, taxer, acheter, et de per- 
cer, mettre enperee; en bas lat. afforare. 
\ojez le Gtoesaire de la langue romane, 
de Roquefort^ tom. I*'^ pag. 33, col. 1. 
Affotbb, V. a. Tromper. 
Ce mot, qui nous est donné par la 
Vie généreuse des Mattois et par le /or- 
gan, me paraît être le même qu'un verbe 
usité parmi le peuple pour dire aj^ler un 
outil sur une pierre ^ : affûter quelqu'un, 
c^est donne le rendre fin, lui donner une 
leçon de finesse à ses dépens, sens qu'a- 
vaient autrefois les verbes affiner et des- 



Dans rOrléanais, ou dit encore un 
homme d'afJuJt pour un homme rusé; 
celte locution a même donné lieu à cette 
plaisanterie : c^est un homme d'affût ' , 
son père étaU canon. 



' Dêdêomma i r e du bas-iangaget Parte, Léopold 
Gollio, isos, in^, tom. \*% pag. I6. 

* IftnlôOM, rapportant la fantalale qu*eat an jour 
Oarks IX d« voir trwmlUr qoelquei enbnts de la 
Batte au dépeni de sa ooar, dit : « Le roy... ryoit 
qaaad il voyoit let aotret faire signe qu'ils avoient 
jcmé Usa fuce, oa qo*il les voyoit demiaifer lear 
booMM oa femme. » Bomrneg t'/lmlm, etc., lir. IV, 
cb. uiL 

Pour ce qoi est d'ojffUur, qa^Oadin donne comme 
bmiller, oo le rencontre àcbaqoepasdans nos éeri- 
Tains des XTi* et xTn* siècles. Il n*est gaère employé 
dav te Bdire, et le Dictionnaire de rAcadémie le st- 
rate oorame vieax; tootefois, il est encore en osage 
en BrHaipie et dans d'antres provinces. Voyei les 
UiBt&rieUeM de Talieimant dt* Réaux, édit. in-IS, 
km. VIII, pag. W3, not. I. 

} Dans le pasaage suivant, qui est en patois des 



Ce qui a pu amener l'emploi d'a/jfii/«r« 
c'est qu'on disait autrefois fluter pour 
exprimer la même idée : 

Adieu , je vais préparer mes Hiites pour /«ler 
le boo-homme. {Ah poUà qui est beau, parade de 
Salle, se. 111 — Thédtre^des Boulevaris, tom. l<s 
pag. 281.) 

Tout le monde connaît notre adjectif 
futé , que TAcadémie donne comme fa- 
milier, et explique par fin, rusé, adroit : 

C'est li quW ctfitté manœuvre , 
Colbert » ce grand surintendant , 
Qui nous plumoit si finement. 

Épigramme d*an paysan sur la tom- 
beau de Colbert. (Tableau de la vie 
et du gouvernement de messieurs Us 
cardinaux MieheGeu et Matarin , ei 
de monsieur Coièert, etc. ACologne^ 
chesPierre Marteau, M. DC XCIY., 
petitm-12,p.l96.) 

Le peuple dit encore affûté dans le 
iens. Voyez le Dictionnaire du 
bas-langage f de dliautel, tom. F, p. 45. 

Je ne sais s'il faut chercher la racine 
de ce mot dans le làiinfustis; mais il est 
assez remarquable que l'adjectif madré, 
qui présente une signification analogue, 
vienne d'un substantif qui, comme l'es* 
pagnol modéra, a lesensde^îi ; je veux 
dire de madré, d'où nous avons fait mor 
driet et merrain : 



environs de Paris, qffut semble avoir le u&m de ptai- 
sir, d^agrément : 

Pour moi, j'ume fort la magulere 

De cet archevêque de Seos.^ 

Pargttié core igna de Vqffki 

De fsire aveuc li son salut 

Première harangue des kahitans de la 
paroisse de Sarcelles, à monseigneur 
Varchevéque de Sens, au ss^tt de som 
fnandetnent du 6 avril 1739, etfi. 
{Pièces ei anecdotes intéressantes, etc. 
A Aiz en Provence, aux dépens dea 
Jésuites, Tan de leur règne, 210, in-8*, 
premièce partie, pag. aie.) 



6 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Le vaisselaige d*eslain n'y ot mie oublié, 
HaDtiapi d'or tl d'argent et de madré raadri. 
Chronique tU BêHranddu Guetçlin^ tom. II, 
pag. 211,D0t. 2. 

Il y aurait naïveté à faire observer que^ 
dans le passage qui précède, madré est 
pris dans une acception différente de 
celle que nous avons voulu signaler. 

Agobtlli, s. f. Outil. 

Voici toutes mes agobilles 
Pour besongncr abillement, 
Ij'ooI, crochetz et tranchefilles, 
Pour estrangler soudainement. 

Le Mtsttre du viel Testament parper- 
sonnages, etc. A Paris, par maistre 
Pierre le Dru pour Geoffroy de 
Marnef, in -fol., sans date, fiieiU 
let .cxxv. reclo, col. 2, se. Comme 
iê àouteUier de Pharaon fut délivré 
et ton panneîler pendu. Ce passage 
a été reproduit dans la Moralité de 
la vendition de Joseph, feuillet si- 
gné N. ii. recto. 

Lendemain à heure assignée , je, fomy de mes 
MotiMllèf , me trouvay au tien assigné, etc. (Les 
Évangiles det ConnoUUi , édit. de Tecbener, 
P«g. 13.) 

Lyo', fuseaulx, estandards, liaples, et toutes 
c^omMUm serrans h lear art. (fMd., pag. 18.) 

... Je tiottsaay mes agoubUUs pour m*«i re- 
tourner dormir. (Ibid,, pag. 75.) 

... Et aprei que j'eus prins tontes mtsagoubilles, 
papier, plUM et aacre , me tramportay au lieu où 
k aoir précèdent avioiM esté ensemble. (/6ld., 
pag. 115.) 

Ce mot s*est consente dans les patois 
normand et rouchi. Encore aujourd'hui, 
Ik Lyon^ les enfants appellent gobilles les 
petites boules de pierre ou de marbre 
qui servent à leurs jeux, et qu'ailleurs on 
nomme billes. 

Aidance^ s. m. Service. 

Ai£ ÀiSy s. m, Onuûbus. 

Allusion à Texclamation des gens sur 
Io6 pieds de qui Ton marche. 

Aiguille, s. f. Barbe. 

Od n'a qu'à embrasser un homme qui 



n'a pas fait sa barbe de quelques jours, 
pour vérifler l'analogie qu'il y a entre ces 
deux mots. 

Aiguille est encore usité parmi les vo- 
leurs, avec le sens de clef. 

AiLK, s. f. Bras. Fourbesque, a/a. 

Alarmiste, s. m. Chien de garde. 

Alentoib, adv. Alentour, aux envi- 
rons. 

Aller à la chasse avec un fusil de 
TOILE. Quêter. 

Aller a la retappe. Aller guetter 
quelqu'un sur un grand chemin pour le 
voler ou l'assassiner. {Histoire des bri- 
gands, chauffeurs et assassins d'Orgeres, 
pag. 32.) 

Aller a Niort. Voyez Niort. 

Alliance, s. f. Poucettes. 

Deux mains réunies par des poucettes, 
offrent le symbole de la bonne foi qui 
est censée présider aux alliances et aux 
transactions commerciales, petites et 
grandes. 

Allumer, v. a. Voir, regarder. Fourb. 
(Ulumare. 

Alpiou, s. m. Joueur clandestin. 

On appelait alpiou , au jeu de la bas- 
sette, la marque que l'on faisait à sa carte 
pour indiquer que Von doublait sa mise 
après avoir gagné. 

Par suite, alpiou fut synonyme de 
joueur clandestin, comme officier de topo 
et tango y etc. On le voit par ces passages : 

Quand on se voit nombre compétent poor eriie- 
rer réteaderd de la bassette, on eommence par 
s'assorer do oommissaire dn quartier, qu'on eDjsage, 
trai table on non , à se transporter tons les jonrs en 
robe pour voir si la police est exacte parmi les 
alpimu et les sept et le fa, etc. La Cause des 
Femmes C1667), dans U Théâtre Ualiem de 
Gherardi, tom. II » pag. le. 

Ve«s devet sçevoir qae quelques*» de trois 
et de cinq» q){jfiders de topo et tango , sur le sept 
et le Ta, me rencontrèrent nn dimanche à mînm<^ 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



dm tfoorant atec l'ts de bwton , le sort Toulot 
qilli fiicpt baswd, et je demearey avec l'argent. 
{VMiquiié des larrons.., par don Garcia, p. 44.) 

Pour œ qui est (}6 ce dernier mot^ 
d'Assoucy Vficni AifSét&aammi dans sa 
pièce mr l'inconstance du jeu, où il di^,: 
CtU pea ^ftsad ja pe pars que le cûnteUva, 

Poésies et lettres de M. Dassoucf, etc. À Pa- 
ris , ches Jean-Baptiste Loyson , M. DC. 
un., petit iii-12, pag. 62. 

On connaît un livre intitulé : 
Sept elle va à Pas de pique, ou le ponte en 
betmeforhmêf anecdote parsemée de contes en 
Ters{pir Mérard de Saint-iust). Pharaonis (Paris), 
1784, in-18, porté au cat. Pixerécourt, Paris, l»38, 
H» le 1*1401. 

Altèqce^ àtiiqus^ adj. Beau, bon, 
excellent. 

D y a dans notre vieille langue popu- 
laire, si ce n'est dans le jargon du xv* siè- 
cle, un mot que je soupçonne d'être de 
la même famille. C'est ar^ngtitf, qu'on 
lit avec le sens d'équipé, de muni de tout 
ce qy^il faut , dans ia tierce journée 
dv Misiere de ia passion de Jésus Crist, 
se. de Y Assemblée des tyrans , où l'un 
d'entre eux dit : 

Sommes-noos bien ^étriqués? 

tàà, deTerard, fol. r iiii Terso, col 1. 

hiebeL Soyons atriquées sans si , 

Et de ses aignons atraiaotes. 
Thmar. Il doos (aiddroit estre )i>ruyantes 
Pour atraper mignons de court. 
JezeM, ^ fois et en ditz très-plaisantes, 
Et n'aymer rien qui ne soit gourt. 

te Mistere du viel Testament par 
personnages, etc. A Paris, par 
maistre Pierre le Dru pour Geof- 
Irey de Mamef, sans date, in-iS^i 
fueiUet ccixii recto, col. if te de 
Thamar et Jesaiel. 

Amoijb, s. m. Chiffmmiw. Voyez Cti- 
pidan. 
Ahci, lakce, s. f. Eau. 
Le preiai^ de ces deux mots vient du 



terme de la vieille germania espagnole 
ansia, qui lui-même est une syncope 
A'angustia; en effet,reau était un instru- 
ment de torture fort employé autrefois. 
Je n'ai trouvé once que dans le Diction- 
naire blesquin, et dans la Responee et 
complainete au grand coesre. 

Quant à lance, ce n'est chance pré- 
cédé de l'article. En fourbesque, lenza 
a le même sens. 

De lance ont été formés lancequiner 
(pleuvoir) et lascailler (uriner). 

Anoossu, bndose, s. m. Dos. 

Ce mot se lit dans le Monologue des 
Perrucques : 

Bellot a ses deux filles grosses : 
Quel descharger d'une massue. 
Et d'un ravault sur leurs endosies? 

Les Poésies de Guillaume CoqiûUart , 
édit. de Coustelier, pag. 168. 

Au xYii'' siècle, on disait encore hm- 
lièrement il a eu sur l'endosse poiur il a 
été battu : 

Comment! je cognerai ta bosse 

Et te donnerai sur V endosse, 

La Fille de Paris en vers burlesques , 
etc. , par le sieur Bertheaud. Paris , 
sans date, in- 12, pag. 73. 

Voyez les Curiosités françoises au mot 
Endosse. 

Vers la même époque ei auparavanl, 
nous avions andosseure dans la sens de 
dos. Voyez le Dictionnaire de Cotgrave. 

Andouille, s. f. Honmie sans énergie, 
sans caractère. Ce mot est populaire. 

Andbb, s. f. Fenraie. 

Ce mot, qui nous est donné par Bon- 
chet, ne vient pas du basque, où il a le 
même sens, mais du fourbesque landra, 
qui a emprunté ce substantif à l'italien, 
où U signifie >f/fo de joie. Ul, ccmsidéré 



DICTIONHAIRE D'ARGOT. 



comme article^ aura disparu., s'il n'a 
point été omis par l'auteur des Séries, 

André existait déjà chez nous^ au 
moins parmi le peuple, avec le sens de 
fille de joie, dès le xiv*» siècle : 

Dame y dist Baoduins, ne vous soies doiibUws... 
Je me Toeil maintenir à loy de saudoier. 
Descendre vous convient de cbe courrant destrier; 
Vestir vous convenra k guise d'escuier, 
Par coi prestrez ni autres ne vous puist convoiter. 
Ne r lai mie pourtant que m'en doie esmaier, 
Mais pour vostre biauté, qui tant fait à prisier; 
Diroient tost ribaut, ou aucun fel loudier, 
Que sériés j. andre que je mainne en gibier. 

U Romans dé Bauduin de Seboure^ cb. vxii, 
V. 99 ; lom. I«% pag. 206. 

Args gabdien, s. m. Individu dont 
les fonctions consistent à reconduire les 
ivrognes chez eux. 

Anglais, s. m. Créancier, menstrues. 

Cette expression, qui est devenue po- 
pulaire, et qui a surtout cours dans l'ar- 
got des habitués de Clichy i, est bien 
ancienne, témoin ces vers de Crétin : . 

Marcfaantz taquins, usuriers, increduUes, 

Pour recongnoistre on nier mes cedulles, 

Me lîeirent byer adjoumer et dler; 

Et aujourd'buy je faielz soliciter 

Tous mes angloys, pour les restes parfaire, 

Et le payement entier leur satisfaire. 

Poésies de Guillaume Crétin ^^^, 188. 

On lit aussi dans im rondeau de Clé- 
ment Marot, adressé à un créancier : 

Uu bien petit de près me venez prendre 
Pour vous payer, et si debvez entendre 
Que je n*euz onc angloys de vostre taille. 

Rondeaux, liv. P^ n* 25. 

a Anglois, dit Cotgrave, an English 
mon; also, a crediior, t/iat prétends he 
kath much money otving, tvhich is never 
like to be paid Mm. » 

' Yoyfz Particle de M. Louandre sur VHistoin de 
la formation de la fatigue française de M. Ampère, 
dans la Revue de Paris, n" du 23 mai 1841, pag. 266. 



Pour ce qui est de Torigiiie du mot 
anglais employé dans ce sen$, je ne par- 
tage en rien Topinion d*Étienne Pasquier^ 
qui voit dans cette locution une allusioQ 
aux prétentions qu'avaient nos voisiiis 
d'être nos créanciers *; je crois plutôt 
qu'elle vient d'angle, terme du jeu des 
échecs qui avait produit anglier et enas^ 
gléy synonyme de mat K 

Là furent Saison enangU : 
Por ce furent Englois clamé; 
Issi les Bretons les damèrent. 
Quant en Tanet les enanglertnt. 

Le Roman du Brut, tom. I*', pag. 339 , 

V. 7293. Voyez aussi tom. II, pag. 147, 

V. 14057 et suiv. 
Bien m*a dit li evesque eschae , 
m m'a rendu maté en l'angle. 

Le Miracle de Théophile^ v. 6. {Théâ- 
tre français au moyen dge, p. 139.) 
Ce estoit Cbauve la soriz 
Et Pelez li raz, ses mariz, 
Que dant Renart ot estranglé 
Qant desoz lui l'out enangU, 

Le Roman du Renart, tom. If, pag, 34» 
V. 11863. 

S'elle lenist 

Grasse oie ou geline enangUe^ 
Elle l'éust tost estranglée. 

Le Roman du Renart, supplément, etc.» 
pag. 24, V. 604. 

On lit dans un recueil de Chariies de 
nouvelles le proverbe suivant: 

Il n*e$t anglet sans coing.] 

Caroti BoviUi Samarobrini Prawrbio- 
rum vulgarium Libri très, Parisiia» 
M. D.xxxc, in-8<>y fol. liij verso. 

Encore aujourd'hui, dans certaines 
provinces de France , à Bordeaux, par 



> Voyez les Recherches de la France, liv. YIU» 
ch. Yii, surtout ch. xxvii ; et le Dictionn. étym. de 
Ménage, au mot Anglois, 

* Voyez, dans la Chronique des ducs de Norman" 
die, pëT Benoît, tom. H, pag. 615-617, en noie, deax 
curieux passages de deux romans des xn* et xiu* 
siècles , dans lesquels ces mots se trouvent plosknn 
fois. Voyez encore les Œuvres complètes de Jlele- 
beuf, tom. II, pag. 376, v. aoetnot. 6. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



9 



exemple^ quand an jeune homme s'ex- 
cuse de ne pouvoir entrer dans un café 
par la raison qu^ y a des dettes, il dit 
qu'il y est angié. On comprend que des 
iodividus placés dans ce cas-là^ aient 
donné à*ceux qui avaient ainsi barre sur 
eux» un nom dont la terminaison les 
I rangeait parmi des ennemis naturels. 
I AfleLUAs, ànohvcE, angoisse, s. f. Oie. 
Ce mot, dont les deux dernières formes 
nous sont fournies par le Dictionnaire 
argotique du Jargon y en avait encore une 
I autre au xvii* siècle. Du moins, nous 
I trouvons, dans la seconde Partie des Re- 
I cherches italiennes et françaises d^Oudin, 
le mot Anglais précédé d'une astérisque, 
et traduit par un' oca. Voyez pag. 24, 
col.2. 

Cette fcHine^ qui est apparemment la 
première, est le fruit d'une allusion à la 
situation géographique de rAngleterre 
au milieu des eaux, aux habitudes mari- 
times de ses enfants, ou plutôt à leur 
goftt pour la boisson , qui leur a été re- 
proché de tout temps. En effet, on disait 
autrefois boire comme ttne oie : 

Qiadqiiefois tenl à la maison, 

Pour noyer sa mélancbolie, 

UbeoToil autant qu'un oyaon. 

jimitiez , amours , et amourettes , par 
M.' le Pays.... A Amsterdam, chez 
Abraliam Wolfgang, 1693, in-12, 
pag. 373f. 

AKGouLiMB, S. f. Bouche. 

Ce mot, qui est encore répandu parmi 
le peuple, était employé le plus souvent 
dans des locutions semblables à celle-ci , 
qu'Oudin cite comme vulgaire : Allé en 
Angaulesme... c'est-à-dire avallé, beu ou 
m(mgé\ 



' CëfùfSiUz/fançoiieM, ao mol Jngoulesme, 



On disait aussi faire passer par Angoih 
iesme^ envoyer à Angoulesme, avec le 
môme sens figuré: 

... Bon mary faîaoit passer les conventioiis ma- 
trimoniales par la forest à'Angoulesme, {Recueil 
général des caquets de Faccouchée, 5* journée» 
édit. de Metz, pag. 189.) 

Le misantrope Thlmon , an lieu de donner quel- 
que consolation aux affligez... les Invitoit à se pen- 
dre... comme si c*estoit quelque grande charité oa 
courtoisie de dresser l'eschelle à un désespéré, ou 
prester un cordeau à quelque mesquin usurier, ea- 
timant que telles gens n'a volent assez de vertu et 
d'invention pour faire un sault sous la corde et 
prendre la poste en Tair, pour se delEidre de leurs 
estats et moyens au profit de quelque bon enton- 
nenr, qui ne s'estrsngleroit à les faire passer par 
Angoulesme, (Les nouvelles et plaisantes inuigi' 
nations de Bruscambile, etc. A Bergerac, chez 
Martin la Balntle, M. OC. XV., iu-12, folio ] 5 recto.) 

Renient la patience après leur quartier, lequel 
n'est pas plustost arrivé qu'ils Tenvoyenk en poste 
k AngouUsme, (Ibid,^ fol. 90 recto.) 

Ces locutions sont peut-être le seul fon- 
dement de la réputation gastronomique 
de la capitale de TAngoumois, dans les 
armoiries de laquelle, disent les mauvais 
plaisants, il y a trois G, qui signifient 
glorieux, gueux et gourmand. Ce qu'il 
y a de vrai» c'est que les phrases que 
nous citions tout à l'heure sont nées, 
comme le fait remarquer Oudin, d'une 
allusion à engouler, qui était usité autre- 
fois dans le même sens : 

De ce 8ui-ge dolente et tristre; 
Car je sai bien que ce aent vers 
Qui voua enrouleront les nera. 

Le Roman du Renart, tom. H', pag. 286, 
v. 7ft42. 

Par les elea Ta bien conbrée, 
La teste li a engoulée. 

/6û/., pag. 288, V. 7689. 
Il engouUoit ung verre, une taaae. 

La Légende de maître Pierre Foi feu , 
ch. ni. 

Et comme ilz deliberoyent ainsi, Gargantua les 
mist... dedans un plat de la maison... et... les 
mangeoit pour soy refraischir devant soapper, et 



10 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



aToit jà engoulé cinq des pèlerins. (Gargantua, 

D'engouler, on a fait le diminutif bur- 
lesque engoulifrer : 

histoire pUisaote d'one demoiselle qui monstra 
soB deyaot et derriereà ses fermiers pour rescliapper 
une espaule de mouton que leur chien» qui marchoit 
devant eux» aToit ^^oti/i/r^. (Vingi-upiiesme 
Parité d^ h Muse noanande, lasi , pag. 467.) 

Enfin, d'^n^ot^fer sont venus engoukur 
el angouleventy dans le sens de gour- 
manfi, de glouton: 

Maître engouUur de bénéfices. 

Le Tableau de la 'vie et du gomerne- 
ment de messieurs les cardinaux Ri- 
cÂelieu el JUazarifif etc., édit. de 
SI. DG.XCJY.,pag. tu. 

Et puis ^vecques moy j*a¥ois un compagnon, 
Un vray angouleventy un fesse-pinte en gueule, 
Qui du plus grand moulin digereroit la meule. 
V Importunitê ^ ï une demoiselle, satyre zv. 
{L'Espadon satyrique, par le sieur d*£s- 
t^od. A Cplo^ , chez Jean d'Escrime- 
rie, M. DC. LXXX., petit iu-t2, pa^. 50.) 

Au :^ni^ sièele^ nos ancêtres eau- 
plojraidot M(nUpeMierAsaÈ& le même sens 
où nous avons vu ppendre ÀngouUme: 

Gloutonie, la suer Outrage... 
Assez aime mtcz Monpancier 
Que Marseille ne (Cartion. 
For ce vous di-je quar U bon 
Qui est ses kex , a assez paioe. 

La Voie de Paradis^ parmi les Œuvres 
complètes de Ruteàeuf, t. II, p. 39. 

he& Italiens ont une expressicm analo- 
gue à aller en Angoulesme : c'est andar 
in Corgossone, quib emploient dans le 
même sens. 

Angdeb, V. a. Marier^ pendre. 

Ce ipot; qui nous a (été conservé par 
Bouchet^ paraît être le même qu' anger 
ou êugerf qu'on retrouve vers la fin de la 
haran^e de M. d'Aubray pour le tiers 



état^ dans une comédie de Molière % 
dans un conte de la Fontaine * et dans une 
chanson du temps'. S'il faut en croire 
Ricbelet et M. Auger^ l'un des conunen- 
tateurs de notre grand comique^ anger 
vient du latin angere, embarrasser, in- 
commoder. Quant à Ménage , il voit la 
racine de ce vieux mot dans le persan ou 
dans l'ancien allemand. Mais tous les 
trois se trompent, aussi bien qu'un écri- 
vain moderne, qui prétend que a ce mot 
vient du latin augere, par la confusion , 
autrefois très-fréouente, de Tnet derw *,» 

Pour moi, je m'en tiens à Fétymologie 
proposée par les auteurs du Dictionnaire 
de Trévoux, qui font venir anger du la- 
tin ingignere, dont la signification a été 
ainsi étendue jusqu'au mariage, daps le 
sens propre et figuré. 

Voyez Épouser la veuve. 

On disait aussi désenger pour éfuiser^ 
tatir^ et enge pour engeance : 

Lieu notable... auquel abonde si grande four- 
milière d'escrevices... que l'en detenger oe se- 
roii faifp possible rinposjUble. (indié ^i; Ch^pae, 
les Ànitçuitez et Recherches.., de toute la 
France, etc. A Paris, M. D.'C.XIV., in-8% p. 249.) 

Et de fait, tant qoe Venge des courdoDnien 
soit faillie, jamais ils n'auront faute de telles reli- 



' aVostre père se moquee^-U de vouloir vous 
anger de son avocat de Umoges, fQonsienr de 
Ponrceaugnac? » Monsieur de Pourceaugnac^txX. I*', 
se. 3. 
* n les angea de petits M azIUons , 
Desquels on fit de petits moInfUons. 
Mazet de Lamporeeekio, 

3 Mon Dieu, ma pauvre voisine, 
J'ay le plus meschaot mary; 
C'est bien Ja plus triste mine 
Que Ton vit dedans Paris. 

le vooécois avoir mangé 

,Ceux-là qui m'en ont en{fé, 

VEslite des chansons les plus belUs du 
temps présent t etc. ▲ Parts, obes Piem 
Des-Hayes, U. DC. XXXI., in-l2, pag. 
107. 

4 Lexique comparé de la langue de MoUère^ etc. 
Paris, Firmin Didot, iMd, ln-8*, pag. 17. H ioot n*a 
donc pas tort d'écrire anger par un e : enger» 



qm, (Traité des nttquit, etc., par Calvio. 
A Goere, par Pient de la Aovieri, If . DCl., In-ie, 
m «7» M.) 

... TiBlen oocit, que quati l'ente en faillit h 
Bostre foresi (La nouveUe Fabriqué 4àt êxcel- 
Uns traits de vérité, etc. A Paria, chez P. Jannet, 
18&3, 10-16, pas. 117.) 

Je pendie volontiers à croire que c'est 
d'ofi^^ qu'est venue l'expression ange 
de Grève, qu'on n'employait pas seule- 
ment pour désigner un portefaix % mais 
encore un pendu. Voyez le Dictionnaire 
de Cotgrave, au mot Grève. 

Ptus tard^ on a dit engeneer : 

... Je ne leiuc paa qu'il soit dit dans le inonde 
qa^aocone fiUe de la connoissance de Lisette se 
loit en§encée d'un robin. (Renaud et Armide, 
comédie de Dancourt, se. S.) 

Ahguiui^ s. f. Geintiire. 
, s. f. Coup de fouet. 

Ce mot^ qui faisait^ dans ma jeunesse^ 
piitie de raigot des écoliers^ dé»gnait ^ 
chez Boiis^ des coups d'une serviette rou- 
lée en fonne de serpent* 

On lit dans les gloses dlsidore^ dtées 
par du Gange t Anguilla, est qua eoer- 
wUwr in seholis pueri^ quœ vulgo scutica 
dkilttr. De même, le glossaire d'iEifric 
porte : t Anguiiim , vei seutiea, svipa. p 
Voyei Gloisarium medix et infimœ loti- 
nitaiiSy tom. I«, pag. 257, cd. 4. 

AiisB, s. f. Oreille. Germ. osa. 

AifTfTFS , s. f. Église. 

Ce mot sâgnifie, au propre^ fleurie, éU- 
9^>^ydêb<mnegrâce,B.ussi hïenqn^élevée, 



' Mogré bleu do saulard (|tti pette, 
Qui Ml gros ponfre de Vloebent : 
UenadéJalaStun cbent, 
Car U est si gavé qu*!! crevé; 
Voua diriez d*an an§e de Greffe. 

Le Coehcnnet tm Jeu de boule, en tète 
de rimMutam générai de la Mute 
Normande, pag. 80. 
ny avct aveoq eux cfainq cbeos anges de Grève, 
Qai pour les supporter s'y trouvèrent rangez. 

La vingt-quatrieeme partie de la Muse 
Normande, 1648, pag. 395. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 11 

s^il faut en croire M. Paulin Paris S et 
antique, suivant l'explication do M. Ray- 
nouard% que nous adoptons plus volon- 
tiers, à l'exemple de M. Édélestand du 
MériP. Antif ou anti, féminin atUive, 
était une épithète qu'au xiii* et au xiv* 
siècle on donnait, comme autain, au^ 
taine, aux constructions dont la physio- 
nomie ressemblait à celle des églises. 

Les gaitfs cornent desor le mur anti, 

Li Romans de Garin te Loheram, tom. Il, 
pag. 168, 
lafiore la geta lès une cliambie aaik. 

U ftomans ife Partie la duclusst, pag. !#. 
pr s*^ jk Pauduins devers le* tour onHe^ 

Li Romans de Bauduin de Sebourc, ch. nu» 
V. 902 ; tom. !«', pag. 229. 
Biches fu 11 tournois desous la tour antive. 

Le Romancero français, pag. 18. 
Puis la ferai serrer ens en la tour autalne, 

ibid,, pag. 14. 
Devant la tor autaine son pavillon dresça. 

La Chaasoni^Jntioehe, cfa. lY, conpi. II; 
tom. rs page 213.; 

Dans l'ancienne germai^ia (esp8gn(4ie , 
oftona signifiait église. 

Ajit^pfb, s. pi. Marche. 
— (battre 1'), Harcher. 

Cette expression, qu'on troi|V€{ dfm l^ 
dictionnaire du Jargon, faisait partie du 
laj^gag^ populaire d'autrefois, si l'on 
peut ^r cetle cop^lusion de l'emploi 
qu'ena tfùi Jacques Moreau, daas^aauîte 
du Virgile travesiy, liv. XO. La mère de 
Lavinie dit à Turnus : 



' Li Romans de Garin le loherain, tom. !•% Pa- 
ris, Techener, 1883, ln-I8, pag. 99, not. 4; le Roman- 
cero françois, etc., pag. |8, not. 3. 

> Journal des SavanU, février 1834, pag. 106, 
not. r. 

3 GeC émdit fait une longue dissertation sur ce 
mot, aoquel , par de nombreuses citaUons, il main* 
tient le sens de vieux (antiquus). Voyez Bisioire de 
la Poésie Scandinave, prol^., pag. 193,194. not 4. 
Cf. Charlemagne^s Travels to Jérusalem and Oons- 
tamtinople, pag. 44, 46. 



12 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Non y je ne poorroîs te sarriTre, 
Et j'aimerois bien mieux te suivre, 
Que de Toir un jour mon enfimt 
Devenir le lot d'un pédant... 
D'un batteur d'estrade et d'an/i/e. 
D'un franc amateur de pois gris, etc. 

Voici comment M. Quitard explique 
cette locution^ dans son DieL des Prov. 
franc., pag. 64 : «iin^i/o est un tenue d'ar- 
got employé pai' les gueux et les filous 
pour désigner une église^ lieu qu'ils fré- 
quentent de préférence^ parce qu'ils y 
trouvent les chances les plus favorables 
au succès de leur industrie y au milieu de 
la foule qui s'y rend. C'est dans ce sens 
que l'auteur du poème de CarUmche s'est 
servi de ce mot, qui parait être le même 
€p!anHve, féminin A'afUif (antique), 
vieux adjectif tombé en désuétude. Ainsi 
l'expression populaire battre raniife,qai 
correspond figurément à Ao^ftf lepavédes 
mes, ou, conune on dit, battre l'estrade, 
signifie au propre battre le pavé des égli- 
ses, acception qui n'est pas usitée. » 

Ce qui me peuralt plus probable, c'est 
que, dans cette circonstance, l'argot a 
procédé conune il le fait si souvent : il a 
substitué l'attribut au sujet, l'adjectif au 
substantif. Or, antif, anti, était, avec 
vies, qui présente le même sens, mais 
qui, dans l'espèce, vient de via, une épi- 
thète que l'on donnait fréquemment au- 
trefois aux chemins , sentiers ou voies, 
et aux vallées : 

Si aooilli son cemin 
Très par mi le gaut foilli. 
Tout un ifiés sentier anti, 

Cest d'Aurassin et Nioolete.(/'a^'dttr 
et contes, kdii. de Méon , tom. I*', 
p«g. 399.) 
li reis tint sa came pur sun jur ttpleiter; 
£ Tint i Carlemaines tut un antif atnter, 

Traveis of ClwrUmagne^ pag. U, v. 299. 



Or s'en toraent François, li gentil cbeTalicr« 
Contremont envers destre, par un an^u sentier. 
La Cftansoa ttjéntioche, ch. n, ooiipl. 26; 
tom. 1% pag. 121. 

Lors s'en cuident aler lés une voie anUe. 

Ibid,, du ne, coupL 12, pag. 160. 

Vos relanroix la cfaartre et dst vostre baiUif, 
Et nos repairerons nostre chemin anâf. 

La Cfianson des Saxons, tom. X"', pag. 42. 

Furent aies .L autre chemin wés, 

lÀ Romans de Raoïdde Cambrai, coopl. 209, 
pag. 291. 

Ysengrins, qui, lance sor fatre, 
Venoit une vids voie antie, etc. 

Le Âoman du Renart, tom. IV, pag. 2 1 , 
V. 546. 

Yausore eschifent par mi un val anti/ * . 

La Mort de Garin ie Loherain, ▼• 1376, 
pag. 66. 

Aujourd'hui, battre ant^e, m argot, 
signifie dissimuler: comment cette ex- 
pression en estrcUe venue à avoir ce sens Y 
Sans doute uniquement à cause de sa 
ressemblance avec battre, battre job, 
battre comtois, dont on se servait aupa- 
ravant dans le même but, ou plutôt parce 
que les hypocrites fréquentent les églises. 

Antiffleb, V. a. Enjôler, marier. 

La racine de ce verbe est antiffe, 
église : d'une part, c'est à Téglise que se 
consaCTent les unions régulières ; de l'au- 
tre, avec l'esprit de dénigrement qui le 
caraptérise, l'argot a ccHisidéré les ecclé- 
siastiques comme des enjôleurs qui en- 
dorment les gens par de belles paroles. 

Dans l'ancienne germaiiia, aUanado 
avait le sens de marié. 



^ Gonzalo de Beroeo emploie l'adJectlf < 

Encontra la Cogolla, un anciano val, 
£ra en essi tiempo on liero matarral, etc. 
Fidade mm Millan, copl. 27. [Coiec^ 
cion de pœaias caatellanat, etc., 
tom.II. pâg.lio. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 
Une antre circonstance qui a pn con- 
tribuer à la formation d'atUiffler, c'est 
qu'a existait autrefois, avec la même si- 
gnification, nn mot qui s'en écartait bien 
peu : je veux parler d'antichery que Ton 
éerit maintenant efUieher, et sur le véri- 
table sens et Tétymologie duquel les dic- 
tionnaires de l'Académie et de Ménage 
laissent également à désirer : 



13 



En YÎcnt au pr«stre , n Vantiee, 
Ne 11 lain croix ne calice, 

Se il la croit. 
ÙeÂiehaut, ▼. SOS. {Noupeau Recueil 

defabliauM et contes, 1. 1'% p. 54.) 

Afasclinkb, V. a. Acclimater. Voyez 
Paguelin. 
Aplombib, V. a. Abasourdir. 
AptaiB, s. m. Doigt. 

Tarob doDoé un fier coup du gros bout de 
■M fooet sur les ap&trtSf à on qui todIoU me 
prfndreparlesdoailleta. (Hi»MrBdeGMlaum6, 
mher, parmi les Œuvres badines complètes du 
amie de Caflus^ tom. x, pag. 43.) 

Je ne doute pas ique la racine de ce 
mot ne soit le verbe harper. Comme on 
le verra plus loin^ à l'article Harpian, on 
donnait autrefois aux doigts le nom de 
iarpes. 

ÂFPaiTBB LB CoPAHu. Voycz Copahu. 

Aqdigx-obiiib^ s. m» Goujat. 

Ce mot f que nous avons pris dans le 
Dictionnaire blesquin delà Vie généreuse 
des MaiUns, signifie, à proprement par- 
ler^ preneur de poules , genre de maraude 
pour lequel les goujats^ ou valets d'ar- 
mée^ étaient particulièrement signalés*. 
kvÊÂ plumer la poule se disait^il fami- 



Par d'oUles metamorpboMt 
Je dianyeray toutes les choses... 
Et pour conserver yos poulets. 
Vos soldats Iront saos valets. 

Le Raviê$ement de Proserpine de mon- 

tieurDauoucy, édit. de M. na UII., 

I»4^,pag.29. 



liërement au lieu de vivre chez les pa^ 
sans^, et mangeur de poule étailril une 
injure : 

. Les Espagnols n'eussent jamais peo croire 
que le hogaenot fast iSlé plumer la poulie en leur 
pays. (Hommes illustres et grands eapUaànes 
françois^ chap. xi, M. Tadmiral de Chaslillon._ 
Œuvres complètes de BrantOme, ôdit. du Pan- 
théon littéraire t tom. 1% pag. 458 , col. a.) 
Coum arriben la neit an de s'arrepain, 
Noo s'aten dab aquets que se bon empara 
De quauqoe bonn lootgis per pluma lagarie^ 
£ serqua lou boun leit de Toste oun que ques ste. 
Lou Gentilome gatcoun , etc. , par GuiUem 
Ader Gascoun. Imprimat à Tolose, per Ra- 
mond Colomiés... Tan 1610, in-8<>, Itb. x, 
pag. 23. 
Ordenne sous estats, gouamis sas compaignies, 
Nou s'straçen dab et aquets casse-garies^ 
Piqnorés» bente-mots, pane-baqoes, poultrous, 
Mes trials à cabeil, lous bragards compaignous. 

md., lib. xr, pag. 3«. , 
O pranbe paîsant, o triste pé-terrous, 
Las garies, é pouU, lous goutouses capons, 
Non toundren mes lou sol, ni la mainatjarie. 

Uid., lib. II, pag. 44. Caue depiquourés, 

Qooy! le capitaine plumera le soldat , le soldat 
plumera le paysan, et le goujat p/tcmera la poule? 
(les Àvantures de monsieur d^Assouey. A Paris, 
ctiez Claude Audinet, M. DC. LXXYII., in-12, 
cliap. m; tom. !«, pag. 66.) 

Et moy, sotte carogne aussi 
De m'étre embegninée ainsi 
D'un mangeur de poule, un gendarme. 

Le Virgile travesti^ liv. IV. 

Plumer la poule se prenait aussi dans 

le sens plus général de voler: 

Braye et généreux Sain^PreaiI, vivez de concus- 
sions , plumez la poule sans crier. (Les Historiei" 
tes de Tallemant des Réaux^ édit. in-l2, tom. II, 
pag. 250.) 

Adonc tant les geais que les pies 
Jetterent le froc aux orties. 
Et mirent bréviaires au croc 
Pour plumer la potde et le cooq. 

Ovitle trauesty, etc. , fable 4 , l'Age de 
fer. (OEuvres de monsieur ttAssouey, 



Cunositez françoisee^ au mot Plumer. 



u 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



A Paris, chez Thomas Jolly, M. DG. 
LXTin., in-ll, pag. i6.) 

Cette expression servit même de titre 
S certain recueil de fourberies, devenu 
asseE rare, recueil intitulé : l^Art déplu- 
mer ta poulie sans crier. A Cologne, che» 
Robert leTurc, au Coq hardy, M. DGC. X., 
petit in-i2. On en trouve une analyse dans 
VAnaleetabibliony ou extraits critiques 
de divers livres rares otibliés ou peu con- 
nus, tirés du cabinet du marquis D. R. 
(duRoure). taris, Techener, 4838,2 
voh in-8% tom. U, pag. 428. 

En 4774, cette expression avait en- 
core un sens, puisqu'on y fit allusion 
dans cette ëpigramme : 

Enfio la poule au pot sera donc bientôt miae > 

On doit do moins le présumer ; 
Car depuis deux cents qu'où nous Favoit promise, 

On n*a cessé de la plumer. 

On disait aussi p/t^mer l'oye^ plumer 
Pùye du marché, pour tricher aHjeu, de- 
pmiller un homme *. 
La tiazelte 

Enfin s*adresie aux financiers 
Empeschez comme filassiers , 
Diligeos comme plumeur tToyes 
A bien esplucher les monnoyes. 

La Gazette, À Paris, jouxte la coppie 
imprimée à Rouen, par Jean Petit | 
1609, in-12, pag. 16. 



Soit quil trichîe par autre voie, 
A la fin il plume son oje. 
Et le Joueur de bonne foy 
Toujours se trouve en desarroy. 

Furetiere, U Voyage de Merâure^ liv.IV, 
édit. in-4", pag. 96. 

De là le notn de marquise y de com- 
tesse de Plumoisony que les auteurs de 
deux comédies donnent aux femmes chez 
lesquelles on jouait : 

Qat est-ce qui rassemble tant de dopes dn lans- 

> CuTionlez ftxinçaitet^ aux mots Oye et Plumer. 



quenet chez la comtesse de Plumoison ? U folie. 
Qtii est-ce qui retient à Paris tant de pluoieta 
d'esté fSt tant de gnerriers de robb0 coorte? La 
folie. (Les Souhaits [1693] , se. des sonbails. ^ 
le Théâtre iiatien de Gherardi, t. V, p. 30.) 

)e t«ls... jouer chet la liuurqolsè de Ptut/he- 
Oyson, et de là souper thn 1» comtesse de te Do- 
pardiere, (fies BtUns de la porte Saint-Bernard 
[1696] , act. m . se. i**.—lhUi., t. VI, p. 441.) 

On à (Ht aussi peler la grue, plumer ta 
fauvette j dans le même sens que plumer 
la poule : 

N Isarts de Pui Laurens c*eit en là forsa agua, 
£lh e Tautre faidit que i son peton la grua, 

biitoîre de la Croisade contre les hérétiques 

albigeois, coupl. en, v. 2206; édit de 

M. Fauriel, pag. 158. 

... Ce que nous en faisons , donne daventige 
de courage à nos maris de trayailler, eX plumer la 
fauvette sur le manant pour nous eotretebir. (ffee. 
gêner, jdes caquets de l'occoitcAée, '.l"* Journée, 
discours de la femme d'an peUt avocat au Châ- 
telet.) 

Le mot plumety qu'on employait auaei 
comme syiioiiyme de filoUy ne dérive- 
rait-il pas de la première de ces locu- 
tions? Nous avons déjà renvoyé à im pas- 
sage de V Histoire comique de Frandon, 
où Charles Sorel donne à ce mot une ori- 
gine différente. Quoi qu'il en soit, on di- 
sait proverbialement f homme de plume 
vole. Voyez les Adages et Proverbes de 
Solonde Voge, cités dans le Livre des 
proverbes français, tom. P% pag. 189. 

Enfin , on disait encore manger de l'oie 
du rot, comme on le voit par ce proverbe, 
qui signifie que tôt ou tard on recherche 
les gens qui se sont enrichis au manie- 
ment des deniers royaux : 

Les bonnes gens dient qu'il est vray, 
Selon la vulgaire cou&tume » 
Que qui mengue de Voye du roy. 
Cent ans après en rend te plome. 

Les Yigilles de la mort du roy Char- 
les VII. (Les Poésies de Martial de 
Paris, dit d'jâuver^ne^ édit. de Cous - 
telier, i" parlie, pag. 13, 14.) 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



15 



Qui mange la Tache ia loy, à cent ans de là en 
payeleios. 

Qtti BAnitrayt dfl roy* à oéa* ans dfc là en chie 
les plomee. (Goii^oiii, ou rhomme prodigieux^ 
etc. A Paris, ctiei Pierre Prault, IC. DCCXIIl., 
toiD.l«',pag. 151.) 

ÀQuiGEi^ V. a. tendre ^battre^ bles- 
ser. 

ÀKBÀiità, s. f. tlrolx que lés femmes 
portent au cou. 

Aecat^ s. iti. Le fait d^écrire une let- 
tre de Jérusalem. Voyez ce mot. 

ÂncÈB DE Noé^ s. f. Académie. 

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a 
donné ce nom à des réunions qu'on voù«* 
hit railler. Pierre le Petit dit , dans son 
ParU ridicule, à l'article VBostel Dieu : 

Ett-ce icy, Muse, que f en semble, 
Varehe de Noé tout pourvu ? 
Bfa lof 1 je n'ay Jamaif tant tû 
De bestCB et de gens enseinble. 

tk TûbUau de la Vte et du gouver- 
nement de messieurs Us cardinaux 
Âiekeiieu et Mazarin^ etc. « édit. de 
M. DC. XCnr., pa^. )6S. 

Dna fat 9* sctee de fÀprès-Sonpé des 
auberges, Poisson fait dire à Laurette : 

Ccet Varche de 19oi que Cette salle-ey, 

Gir tous en animaox s*y rendent, Dieu mercy. 

Voyez aussi les Curiosités françmes, 
au mot Arehe. 

Mids il n'y a que des mauvais sujets 
qui aient pu songer à désigner ainsi les 
réunions scientifiques et littéraires; à vrai 
dire^ ces sortes de gens-là ne connais- 
sent guère^ en fait d'académies, que les 
académies de Jeu, auxquelles on peut, 
au» trop d'injustice, donner cette déno- 
mination. 

Abchipoiixtu, s. m. Archevêque. 

kxMxn , 8. m. Chandelle. 

Cette expression n'appartient pas seu- 
lement à l'argot, elle faisait également 



partie du dictionnaire de ces précieuses 
dont Molière s'est tant moqué : 

Laquait, mouchez la cbahdetle. — Inntlîe, estez 
le sdperflu de cet ardent. {Le gtand Dictionfiaire 
des preneuses f ou la Clef de la Langue des 
Ruelles, par Antoine BanOean deSdniiee. A Paris, 
chez Jean Ribon , M. nc. LX., in-8% pag. 10.) 

U chandelle. Le snpt>1é(fient do ftoleif , on rdf - 
dent.(tMtm,ps%. U.) 

Le mon cberon de la cliandeHè. » Le auperfla de 
Vardent. (/Md., pag. 13.) 

Le diandelier. ^ Le aootlen de It lanière» ou la 
commodité de l'ardeaf. (IM., pag. is.) 

AmoAnAu, s. m. Voyez Organeau. 
AftGotixBj s. m. Vaurieti^ dontrar|^ot 
est la langtie. 

Pont Neuf, ordinaire ihéfltre 

Dès tendeurs d'onguents et d*eoiplâtre, 

De ooupe-botirse, d'argoders, 

De maîtres des sales métiers.' 

Là yîUe de Paris en vers hurtes^aes, etc., 
par le Meut Bertliealld. Parit^ sans 
datei in-12, pag. 8 et 9. 

AauucHsi S. m. Argot. 

Ce mot, qui n'est autre chose que le 
nom d'Argus mal prononcé, servit d'a- 
bord, comme bigame ^ à désigner la po- 
lice, que tous les efforts des malfaiteurs 
tendent à entraver. Or, comme c'était 
surtout dans ce but qu'ils usaient entre 
eux d'un jargon inhitelligible pour le vul- 
gaire, ils dirent premièrement joapin^ 
fe jofffon à rouscailler, à entraver Ar- 
guehe; puis, par ellipse, entraver argnehê, 
pour rendre l'action d'un homme qiii 
parlait argot. Voyez Bigorne. 

L'ancienne langue française avait le 
mot ar^ dans un sens bien différent, que 
Pon peut établir par les passages suivants : 

Pur ce diasli-Jeo tute gent 

Qui ne creient Diex leur défient 

En argu ne en sorcherie, 

Qar trahis est qui s*i affie. 

Dou tairun et (tune sorcière , t. 39. 
{Poésies de Marie de France, lom.II, 
pag. 309, fable LXXIL) 



4G 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



sire, di»t Baudaini, oiét c'on tous dira : 
Yoitre aoo' la puldidle maintenant me manda. 
Sire, j'alai à lui; ne vous mentirai jà. 
Yo soer, par foi argu, chertés me présenta 
Plus que dire u*en doi, dont forment m'anoia. 

li Romans de Sauduin de Seioure^ ch. nt , 
▼. 1192;tom. I%pag. 97. 

Hé, Diex f dîst Baudewins, biaus pères de lassns, 
Quant ensi me cangai, cbe fu an bons argw, 

IhU,^ cb. XVI, V. 129; t. II, p. 92. 

Poor œ <iiie le roy françoia en son «ffenne- 

nent ne déposa pas an gré du cbevalier deman- 
deur, il se troubla, et cnîda Philippe* le fils y en- 
tendre qo'en ses argua il dementoit le roy son père. 
(JtflAnoiref SOlMi&r di la Marche, introdaction, 
édit. da Panthéon Uitéraire, pag. 310, col. 1.) 

Tous parlez largue. 

La Farce des Tfteologastres , réim- 
pression de M. Duplessb, p^ 10. 

Aristoffi^ s. f. Maladie vénérienne. 

Je pourrais dire beaucoup de choses 
sur ce mot et sur les altérations qu'il a 
éprouvées; mais ce que j-ai de mieux à 
faire c'est de les cacher^ heureux encore 
s'il ne m'est pas reproché d'avoir recueilli 
aristoffe , dont la racine principale est 
l'italien arista, épine. 

Ahlbqcin , s. m. Débris de repas, sur- 
tout de viandes. 

Cette sorte de plats, que l'on vend à 
Paris pour la nourriture des animaux do- 
mestiques, et que les pauvres ne dédai- 
gnent point, sont, comme l'habit du cé- 
lèbre Bergamasque, composés de pièces 
et de morceaux assemblés au hasard. 

Abméb roulante. Chaîne de forçats. 

On appelait ainsi cet assemblage de mal- 
fûteurs, sansdoute parce qu'il était com- 
mandé par le prévôt des archers, que le 
Jargon, auquel nous avons pris cette ex- 
pression , appelle roulin. Les archers y 
portent le nom de rou[l1]eat^. 

Dans l'ancienne germania, exército 



(armée) se disait dans le sens de pri$on. 

Abnache, s. nî. Tromperie. 

— (A 1'), adv. En trompant de toute 
manière. Floueur à Varryache^ escroc au 
jeu. 

Nous ignorons encore l'étymolo^e 
di amoche; mais nous devons signaler 
l'air de parenté qu'a ce mot avec Amélie, 
nom argotique de Rouen. Tout le monde 
connaît la mauvaise réputation qu'a- 
vaient autrefois les Normands sous le 
rapport de la sincérité et de la bonne foi; 
plus de dix proverbes et mille histoires 
en témoignent '. Naturellement la capi- 
tale de la province devait être ample- 
ment partagée de ce côté-là. Dans le 
Martyre de saint Denis et de ses compa- 



' VoyeK le lÀvre des Proverbes français, tom. I*', 
pag. 240, 241 ; Cranicque du roy Loys unxieêase^ par 
PbïUppe de Commines, ch. it; Hommes illustres et 
grands capitaines français^ ch. ii, M. le mareachal de 
Matignon (ÛEiiv. comjd. de Brantôme, édit. du Pan^ 
théon littéraire, tom. I", pag. 5», eol. i)\ les Histo- 
riettes de Tallemant des Réaux, tom. X, pag. 76, 76, 
85, etc. L*un des auteurs du Rome» de la Rose^ 
Guillaume de Lorris, décrivant le diâteau élevé par 
Jalousie, 

Pour enfermer et tenir pris 
Bd-Acneil, le trèsdoulx enfant, 
Pour ce qu*avoit baisé PAmant, 

en fait garder la porte par Maleboocbe et des soldats 
normands : 

Male-Bonche, que Diex maadiel 
Ot sodoiers de Normandie. 

A la place de ce second vers,! que donne le plus 
grand nombre des manuscrits, Méoo adopte eette va- 
riante. 

Qai ne pense fors à bofdie. 

Voyez son édition, tom. I*, pag. 157, v. 3899; 
tom. II, pag. 309, V. 10760s et tom. IH, pag. 8lo» v. 
SlbéOb Cf. les Manuscrits français de la BihUotkèqae 
du Roi, tom. III, pag. 345. 

Au diz-septiàme vers de son Imitation des Remèdes 
contre TAmour, Bussy-Rabotin s'exprime ainsi : 

non, non. Amour, mon petit mettre. 
Je ne suis ni Normand, ni trattre. 

Lettres, etc. A Paris, chez Florentin De- 

laulne, M. DOC XI., in-8*, tom. I*'. 

pag. 166. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



M 



fooos, un sergeni, s'apprétant à boûre^ 

(fit: 

Je meîl traaper ma oonscience. 

Sur qu(M Hasquebignet, l'un de ses com- 
pagnons^ lui répond : 

Tu es majstre en celle science ; 
Je cTQjr que tu vieus de Rouen. 

Mfstèrts inédits dit xv* siècle, pu- 
bliés... par Achille Jabinal, lom. V, 

Cette mauvaise réputation de Rouen^ 
que certains de ses enfants^ sans doute 
par patriotisme, se gardent bien de lais- 
ser perdre, viendraitrelle de la res- 
semblance de son nom avec l'adjectif 
rtmél ou bien celui-ci dériverait-il du 
nom de la ville normande? C'est un point 
que nous ne saurions décider en ce mo- 
ment ; nous le recommandons aux inves- 
tigations d'un ancien libraire-éditeur de 
Rouen, qui en toutes choses s'est mon- 
tré jaloux de la gloire de son pays. 

AïKxiLBBiB, s. f. Rouennerie. 

AaPAGAR, n. de 1. Arpajon, chef-lieu 
de canton du département de Seîne-et- 
Oise. 

AapioN, s. m. Pied, bras, 

AfiQUEjims, s. f. Main. 

ÀBQUBPiffcs, s. m. Garde du com- 
merce, recors. 

Akqusptkcsb, v. a. Arrêter, appré- 
hender au corps. 

La racine de ces deux mots est sûre- 
ment le substantif archer, dont la finale 
aura été altérée avec intention. 

Abbosbub, eusb, db verdoijse, s. Jar- 
dinier, ère. 

Ahsbnal , s. m. Arsenic. 

Absouillb, s. m. et f. Homme ou 
femme qui a les habitudes de la canaille. 

Ce mot est devenu populaire. 



Abtib, s. f. Ëpée. 

Abtie, abtts, abton, labtif, lab- 
TON , s. m. Pain. 

Nous avons dans le fourbesque, ar- 
tone;àBns lagermania, harton, artife, 
artifara; en provençal , artoun; dans la 
basse latinité , ariona ' ; en grec , à(}To<. 

S'il faut en croire M. J.-J. Ampère, le 
mot provençal artoun ^ que je crois être 
la racine du terme d*argot, serait con- 
temporain de la fondation de Marseille : 
a Pour artos , dit-il , son histoire est plus 
singulière. Après avoir complètement 
disparu de la langue grecque moderne, 
il ne se trouve plus que dans le patois de 
quelques villages des environs de Mar- 
seille; mot qui a encore été entendu en 
4830, et qui certainement, ainsi que quel- 
ques mots grecs égarés dans les patois 
provençaux, remonte à Farrivée des Pho- 
céens sur les rives de la Gaule ^. x> 

Uargot désigne du pain blanc par les 
expressions de larton savonné , d'artie 
de Meulan et de mousseline , et le pain bis 
par celle de larton brut ou brutal. Pour 
le pain noir, il porte le nom Partie du 
gros Guillaume, expression qui , à l'ex- 
ception du premier mot, avait cours à 
Paris avec le môme sens^. Il y a là une 



> Gloss, med, et inf. Latin,, tom. I, i>ag. 4s3, col. S, 
V* Artona. 

S*ll faut eo croire D. Carpeotier (t6td., col. 3) , il 
faut également rapporter au grec âpio; le mot vulgaire 
ariuit^ que l*on trouve daos ce passage d*uoe charte 
de l'an 1346 : « Item pro quodam deverio... vocalo 
artuit, seu comestione, quam anno quolibet tenetur 
facere domino leoescallo, nomine domini nostri ré- 
gis, pro octuagtota arpenta lerrarum incultarum , » 
etc. Mais la ressemblance du mot en question avec 
ariuria, épitbéle que l'on donnait aux terres labou- 
rables, me fait douter de l'interprétation du savant 
Béoédican. 

s La Poésie grecque en Grèce, dans la Revue des 
Deux Mondes, cabier du !•' Juillet 1844, pag. 6U. 

3 Voyfz le Dictionnaire c&mique de Leroai , aa 
mot Gros Gnittaume, 



18 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



allusion à un acteur de l'hâtel die Bour- 
gogne, très -populaire au xvii» siècle, 
qui jouait ses rôles le visage couvert de 
farine. On lit dans Pépitapbe de Jodelet, 
composée par Loret ; 

Ici gist qui de Jodelet 

Joua cinquente aus le rôlet, 

Et qui fut de mesme farine 

Que Gros-Guillaume et Jean Farine , 

Horsmis qu*il parloit mieux du nez 

Que lesdits deux cnfarinez. 

La Muze historique, apostille de la lettre 
du 3 avril 1660. 

D'un autre côté, Guillaume se disait 
autrefois par mépris des gens dont on ne 
faisait pas grand cas: «Chaque nation, 
dit Montaigne, a quelques noms qui se 
prennent , je ne sais comment , en mau- 
vaise part; et à nous Jehan, Guillawne, 
Benoist. » Essais jYw. V% ch. 46 ^ 

n ne serait pas très-difficile de rendre 
compte de ce qui semblait une difficulté 
au philosophe périgourdin : la philologie 
y suffirait à elle seule. Pour nous en te- 
nir uniquement à Guillaume , nous re- 
marquerons que ce mot a pu vouloir dire 
fripon y par Tanalogie qu^l présente avec 
le vieux verbe guiller, qui signifie trom- 
per y et qui a donné lieu à ce proverbe 
rapporté par Leroux : a Qui croit de guil- 
1er Guillot, Guillot le guille. » 

Ce serait peut-être ici le lieu de dire 
un mot de Guillot le songeur, nom que 
nos anciens auteurs invoquent toujours 
quand ils veulent parler de rêverie, de 
perplexité : 

Vona me mettez bîeo chez Guillot le songeur lou- 
diant ces quatre quatitez. {Deux Dialoguesdu nou- 
veau langage françois, italianizé, etc., p. 148.) 



... Quand une fois les dames ont mis ce T4»rt* 
coquin amoureux dans leurs testes, les envovent à 
toute heure chez Guillot le iongeur, etc! (Des 
Dames gallanies, premier discours; dans les 
Œuvres complètes de Brantôme, édit. du Pan- 
théon littéraire , tom. II, pag. 258, col. 2.) 

Me Toyla justement entre deux BAS ', ebez 
Guillot le smgeux, bien eropesché à résoudre ce 
que je dois faire. (La seconde Partie du Courrier 
polonais portant des nouvelles de Vautre monde 
au prince de Condé. A Paris , chez la vef?e Jean 
Remy, M. DC. XLIX., in-4«, pag. s.) 

Chascun est bien logé chez Guiftot le songeux. 

Neufiesme Partie de la Muse normande^ 
pag. 163. 

«Estre logé chez Guillot le songeur, 
dit Oudin dans ses Curiosités françaises, 
à ce nom, i. resver, songer, fantasti- 
quer. » 

Je ne veux pas tarder plus longtemps 
à dire que ce Guillot n'a de commun 
que le nom avec Guillot le guilleor, dont 
parle le proverbe. Suivant toute appa- 
rence, Guillot le songeur, ou plutôt le 
songeux, comme on disait alors \ est le 
fils ou le petit-fils du chevalier Guillan 
le Pensif, Tun des personnages du Ro- 
man d'Amadis. 

Abtie, abtis (Langage de P), s. m. 
Argot, langage de ceux qui appellent du 
pain artie, artis. 

Abvié, s. m. Dupe. 

AsiNYER, v. a. Abêtir. Voyez Sinve. 

Aspic, s. m. Calomniateur, médisant. 



» Voyez encore le Dictionnaire de Trévoux, an root 
Guillaume. 



> Allusion à ce distique laUn rapporté par Mat- 
thieu Paris, sous Tannée 1343 : 

In terris gaieas, in aquis formido galelas : 
Inter eas et eas, consulo caotus eas. 

Matthœi Paris.,, Hisioria major, etc., 
éd. Willlelmo Wala. LondinI, excude- 
bat RichardusHodgkînsoo, 1040, in- 
fol., pag. 599, lin. 25. 

* Voyez, sur iaprononciaUon des r Qnales des mots 
terminés en eur, VAri de bien prononcer et de bien 
parler la langue /rançoise, par J. Hindrel. Pari», 
M. DC. LXXXVII., in-12, pag. 229-M3. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



i9 



Au xvii< Aède, on disait méchant 
comme un aspic : 

...Otto jenue princesse, qui est méchante 
wmme un petit aspic, pour son mari , demeure k 
QootiUy auprès de madame la duchesse. ( Madame 
desétigné, lettre ty, U juillet 1680.) 

Plus (M^tinairement on disait langue 

(T aspic : 

Avà coRMM il a feu, bombarde et couleuvriue, 
Poar éorascr un jour mainle teste badine 
De maint tôt envieux à la langue ctaspic^ 
Poer TOUS récompenser il porte en sa poictrine 
lia dien 4|ui, ranimant sa plume qui Csit cric. 
Portera vostre los par montagne et colline. 

A monsieur le marquis de Montieu estant à 
Morne, Requeste burlesque, v. 42. {Les 
Rimes redoublées de monsieur Dassoucj, A 
Paris, de l'imprimerie de Claude Nego, etc., 
M. DC. LXXI., in-1 2, pag. t2.) 

Bbb mon héros, qui, plus grand qu*Alaric, 
Ta près de soy, ny de Melcbisedecb, 
De pleure-pain, ny de iangue d'aspic. 
Veut depuis TA payer jusqo*à TY grec. 

Pour ton E. monseigneur le due de Brissac, 
T. 2Î. {Ibid,, pag. 175.) 

Mus on lient qu'il doit plus à la fiera puissance 
ÛrPinrisible maiu qui Ta persécuté. 
Imposant désormais un étemel silence 
Aiu langues des aspics^ dont il estoit gasté. 

ta Prison de monsieur Dassoucy, etc. A Paris, 

de rimprimerie d'Antoine de Rafflé, M. DC. 

LXXIT., petit in-12, pag. 140, 141. 

Au reste, on faisait à cette époque 
grand usage de l'aspic dans la poésie 
comme dans la prose ; on le voit par les 
passages qui précèdent et par les sui- 
vants: 

U parterre luy semble aspic, serpent, couleuvre. 
Dus son premier courroux difficile à flécbir. 

Le Grondeur, comédie, prologue, se. m. 

Qooil un petit aspic, comme M. de R..., re- 
fient de la mort ; et col aimable garçon... nous va 
p^rir entre les mains ? ( Madame de Sévigné, 
IHtro fin, 29 jsuvier 1672.) 



De bonne heure^ le peu{^, qui ne 
sait pas ce que c'est qu'un aspic , trans* 
forma ce nK)t en as de pique. On trouve 
cette expression^ avec le sens de langue 
piquaniCy de mauvaise langucy dans le 
Dépit amxmreux, act. V, se. 9 ; 

O la fine pratique, 
Un mari confident! 

Taisez-vous, as de pique, 

Scarron a également employé cette ex- 
pression dedis Jodelet duelliste, ^ci. U, 
se. A, où il fait dire à Béatris, du valet 
de don Félix : 

C'est un beau mannouzet, c'est un bel as dépique. 

On lit aussi dans la Foire Saint-Ger- 
main y du même auteur^ v. 421 : 

prenez bien garde à ce soldat, 
Ou plutôt ce grand as de pique. 

On disait aussi crier comme un aspic, 
sourd , fier comme un aspic : 

... Ld petit monsieur de Villeroy, fier comme 
un aspic, etc. {Mémoires des sages et royalles 
cBConomies d^ Estât. .. de Henry le Grand, tom. II, 
chap. IV, pag. 17.) 

Ah I Mademoiselle, H y a là-bas madame Friquet» 
qui cherche son mari pour le dévisager. £Ue crie 
comme un aspic. {Le Marchand dupé [tsss], 
act. III , se. 5 ; dans le Théâtre italien de Ghe» 
rardit tom. II, pag. 202.) 

Le grand diable qui le jiossede. 
Le rendra sourd comme un aspic. 

Le Virgile travesti, liv. xv. 

Une danseuse du dernier siècle^ ma- 
demoiselle Thévenin^ qui est morte en 
i843, à Fontainebleau, avait reçu le sur- 
nom d'ûw de pique. Pourquoi? Est-ce 
pai'ce que, suivant une note de Grimm, 
c< à des talents assez médiocres, à une fi- 
gure assez fade, elle ne joignait d'autre 



so 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



mérite connu que de réunir deux orne- 
ments contradictoires : c'estrà-dire des 
cheveux blonds de la plus grande beau- 
té, etc...?» (Correspondance littéraire, 
etc. PariS; Buisson, 1812, in-S""^ tom. IV^ 
pag. 239.) 

Faire rire un as de pique était ^ à ce 
quMl paraît, le triomphe de ceux dont 
les efforts tendaient à exciter Thilarité; 
en effet^ on lit dans une pièce burlesque 
sur une foire fameuse : 

Chrétiens, Juifs, Turcs, Lapons, Indiens, 
T portent leurs plus riches biens, 
Et le bruit de leurs voix sauvages... 
Est si bouffon et si comique 
Qu'il feroit rire un as de pique. 

L* Embarras de (a foire de Beaucaire^ etc. 
A Grenoble, chez François Champ, 
M. DCC.Xyi.,in-l2, pag. 5. 

Dans cette expression^ as de pique me 
semble avoir le même sens que dans le 
Dépit amoureux, c'est-à-^ire équivaloir 
à Vaspic de Targot. En effet, dilater par 
le rire une bouche toujours prête à mor- 
dre, doit être le nec plus ultra de la force 
comique. 

AspiQUBB, V. a. Calomnier. 

AspiQCEBiB, s. f. Calomnie. 

AsTic, s. m. Épée. 

Ce mot n'est autre chose qu'acier, 
dont la seconde syllabe a été remplacée 
paruneterminmson argotique. Dans le 
Geu des trois roys, im sergent d'Hérode 
dit à son maître : 

Tué avons certainement 
Dez enfants assez à planté... 
Cent et .XLIIII. milliers 
Avons occis de nos aciers. 

Mystères inédits du xv* siècle, publiés 

par Achille Jubioal , etc. , tom. Il , 

pag. 132. 

Was'ic vient -le verte astiquer, usité 



parmi le peuple dans le sens de fc^urbir, 

et, par suite, de parer : 

On t'a TU dans une ▼oitaresopénearement a</i- 
quée, (Vn grand Homme deprcvinee à Paris... ^ 
par H. de Balzac , cliap. xx; Paris , Hippolyte Sou- 
verain , 1839 , iD-8% tom. Il y pag. 13.) 

C'est qu'on est un peu beau, mon vieux, quand on 

s*astiqtte. 
Le Caid, opéra bouffon en deux actes, de 
MM. T. Sauvage et A. Thomas (1848), 
act. I»',sc. 10. 

D'astic vient encore le mot familier a</î- 
coter, qui signifiecon^mrî^, tracasserquel^ 
quun sur de petites choses, et, au pro- 
pre, l'exciter en le piquant d'une pointe 
d'acier, par exemple, d'ime aiguille. 
MM. du Méril, qui donnent asticher, as- 
tiquer, asticoter^ au patois normand, 
tout en annonçant que ce verbe existe 
également dans les patois du Berry et 
du Nivernais , lui attribuent une autre 
origine, que nous refusons de lui recon* 
naître. Ce quMl y a de sûr, c'est que no- 
tre ancienne langue possédait estiquer, 
estiquier^ dans le même sens : 

De Piètre le félon se va tost aprochier, 
D*une dague qo*iI tint li va .iij. cops paier. 
Ou viaire Palà ferir et estiquier... 
Et Henri Vestiquoit de sa dague d'acier. 

Chronique de Bertrand élu Guesclin , par Cn- 
velier, tom. II, pag. 118, v. 16765. 

Et puis en une glaive Vestica errament. 

Ibid., pag. 120, V. 1682S. 

Là péussiez venir de lances estiquier. 

Et ferir l'un sur l'antre de ces lances d'acier. 

Jhid., pag. 201, V. 19199. 

Asticot, s. m. Vermicelle. 

Cette pâte doit son nom italien, d'où 
notre mot français est emprunté, à 
sa forme en vers longs et menus; c'est 
également à cette circonstance qu'elle 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Si 



doitsoo nom d'argot. En effet, le peuple 
appelle ainsi une espèce de vers, fins 
comme des aiguilles. 

itsh'ro^ signifie encore, en argot, le 
membre viril. 

Astiquer, v. a. Faire l'amour. Voyez 
Astic. 

Atonnb , s. f. Chapelle. Voyez An- 
tiffe. Entonne. 

Atocsib, V. a. Encourager. 

Atodt, s.ni. Blessure, contusion. 

Cette expression est ancienne dans le 
langage populaire , avec le même sens. 
On lit dans une farce du seizième siècle : 

Et SI ! sa ! Ton tous fera Uire, 

Pub qQ*on tous tient. 

Atouli! atouitl... 

Vous en ares des coups œot mille, 

Faux ba^oulart, si tous dictes rien. 

Farce Joyeuse à 111 personnages , c'est à 
seavoir : un Vendeur de livres, la 
première Femme, la deuxième Femme, 
pag. 14. {Recueil de farces, moralités et 
sermons joyeux, tic, Paris, chez Te- 
efaener, 1837, in-S«, Ion. II.) 

Dlkutel donne o/oii/ comme équivalent 
de momifte, de talochey de horion. Voy. 
le Dictionnaire du bas-langage, tom. !•', 
pag. 48. 

— S. m. Estomac. 

— (Avoir de F). Avoir du cœur, être 
coorageux, hardi. 

Cette expression, on le devine aisé- 
ment, est empruntée au jeu de cartes, et 
^ donné naissance au substantif qui pré- 
cède. 

Attachb, s. f. Boucle. 

Attiger , V. a. Blesser. 

Nul doute que ce mot ne vienne d'at- 
iingerey qui signifie toucher quelque 
chose ou à quelque chose. D'attiger, 
suivant toute apparence , est venu par 



corruption aquiger , que Vidocq traduit 
par battre , blesser, Tauteur du Diction- 
naire de i848 par frapper seulement, 
et celui du Jargon par faire. 

Attraper le haricot, la fève, ou 
l'oignon. Voyez Haricot, Fève, Oignon. 

Attrimer, V. a. Prendre; expression 
du Jargon. 

Attriquer, V. a. Acheter des effets 
volés. 

AuBBRT, s.m.Argent.Fourb.^ albutne. 

Venez, enfans, n'espargnez point Targent 
Pour ce très-noble et singulier art gent 
Honnestement en brief temps concevoir. 
Qui quelque jour vous fera recevoir 
Foison de plue et d*auèert qui ait gent. 
En cest hostel est présent le régent. 
Qui tant à maire, officier qu'à sergent 
Et tous autres, fera cest art sçavoir. 
Venez, etc. 

Et s*aucun est de jouer indigent, 
De luy monstrer sera si diligent , 
Que la science , sans point le décevoir, 
En peu de temps il luy fera avoir. 
Et pour ce donc , uns estre négligent , 
Tenez, etc. 
Le Vergier d^ honneur nouvellement imprimé à 
Paris, édit. de Jehan Petit, in-fol., 3« feuil- 
let verso, col. 2 de la signature o iii. 

Ne te laisse point vendenger, 

Si tu as pain, auàert ne piuc. 

Le Mistere de la Passion Jesu-Crist, 
4* journée, se. Deuant Pilate; édit. de 
Verard, 1490, 3« feuillet verso, col. }, 
après la signaiure B iiii. 

Que veuU-tu que lancer allons ? 

— Du meilleur vin sur noz c , 

Puis que nous avons de VauSert, 

Le Mistere de la Résurrection de nostre 
seigneur Jesucrist ; édit. de Yerard, in« 
fol., sans date, signature p. i recto, 
col. 1. 

Où prins aubert? 

Ancien Théâtre fran^ois , etc^ 
tom. III, pag. 260. 



29 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Plus d*aubêrt D^eslovt en fooilloase pour solli- 
citer et poursuivre. (Rabelais » Ut. Ill , chap. 41.) 

Tout en partageant l'avis de le Duchat, 
qui, dans son commentaire sur Rabelais, 
liv. ni, ch. 39, cite deux autres exemples 
d'aubert, tirés du Mystère de la Passion, et 
donne à croire que ce mot \ient d'a/6tw, 
je me demande pourquoi, signifiant une 
somme d'argent, composée au moyen 
âge de sous et de mailles^ il ne viendrait 
pas également de haubert, sorte de cotte 
d'armes, toute faite, elle aussi, de mailles. 
Les argotiers du moyen âge étaient cer- 
tes assez facétieux pour avoir recours à 
une allusion de ce genre. 

Une note de M. Ëdélestand du Méril 
justifie presque la synonymie que nous 
voulons établir : a Du gothique mal, dit- 
il, ou de l'islandais maliy contribution, 
on a fait l'expression de monnaie, sig- 
nura et forma monetae, Wachter, s. v% 
et l'on a appelé cotte de mailles une tu- 
nique de petites pièces de métal de la 
forme de la monnaie. » Voyez Histoire de 
la poésie Scandinave, prolégomènes ; Pa- 
ris, Brockhaus et Avenarius, 4839, in-8«, 
pag.465, not. 13. 

Du reste, les anneaux, les bracelets, 
fivent longtemps considérés comme une 
sorte de monnaie^ oonome 1 a représentation 
de la valeur noobilière , même à Rome. 
(Ibid., pag. 135, not. 2; Val. Max., 
lib. VII, cap. 8.) Pour les Francs, les an- 
neaux sont réellement une valeur de com- 
merce, une monnaie. Charlemagne, dans 
un capitulaire, ordonne : Vt armillœ et 
bruniœ non dentur negotiatoribus. Voyez 
la collection de Baluze, tom. I", col. 961. 

AnifÉE, s. f. Douzaine. 

kmkfi, s. m. Grenier. 

Ce mot vient indubitablement de l'ita- 



lien aUana, galerie découverte au haut 
d'une maison. 

AuTOB , s. f . Autorité. 

AovBBPin, adj. Auvergnat. 

Le roi de» Awerpint 
A fini sa carrière , 
Et de peaux de lapins 
On a couvert sa bière. 

Venez tous, marchands d* coco, 
Vendeurs d*liabits et porteurs d'eau, 
Venez oétébrer les destins 
Du fameux roi des Auverpins, 

Paris anecdcte, etc., par Alex. Privât 
d'Anglemont. Paris, P. Jaunet, 1854, 
in-33, pag. 168. 

AvALBB LE coPAHu. Voyez Copahu. 
— LUBOif. Gonununier. V. Luron. 

Avaler sa gaffe, avaler sa cuiller, fi- 
ler son câble par le bout , sont des locu- 
tions, en style d'argot maritime, qui 
signifient mourir, décamper, s'enfuir. 
(Dictionnaire de la marine à voiles et à 
vapeur, par MM. le baron de Bonnefoux 
et Paris. Marine à voiles. Paris, Arthus 
Bertrand, s. d., grand in-8% pag. 67.) 

AvALOiBE, s. f. Gosier. 

Mot du langage populaire, qu'on ren- 
contre fréquemment dans les proverbes, 
et surtout dans les chansons : 

Cela liasse doux comme du lait ; mais je pense 
que lu es fils de tonnelier, tu as belle avalUÂre. 
{La Comédie des Proverbes, act. II, se. 3.) 

Quelle açaloire! 
Un muid ne lui suffiroit pas. 

Arlequin soidat et bagage, etc., se. 4. 
{Suite du Thédire' italien, etc,toai.in. 
A Geneye, cbez Jacques Dentand, 
M. DC. XCVn., in-8«», pag. 132.) 

Lorsque la cruelle Airopos 
Aura tranché mon avaÛoire,,., 
Qu'on dise une chanson à boire. * 

Nouvelles Parodies baelùques,.. re» 
ateillitt et mises en ordre par Chris» 



DIGTIONiNAlRE D'ARGOT. 



Î3 



taphe Bailard, etc., tom. IIL A Pa- 
ris, M. D. CCn., ia-8o, pag. 199. 

Quand je m'éveille, je Yeux boire... 

Je sens en feu mou avaloire, etc. 

Im Clef des (^ansonnUrs , ou Recueil des 
vaudepiiUs depuis cent ans eiplus, no- 
tez^ ei recueillis pour la première fois 
par J.'B, Christophe Ballard , etc. 
Au Mont-Pariiasse« à Paris, M. DCC. 
XVIL, in-8°, tom. V% pag. 231. 

AvEieoT, s. m. Œuf. 

Ce ternie me parait dérivé du four- 



besque alberto , germ. albayre , mote 
dont la racine est évidemment albo, 
blanc. Si à! alberto nous avons fait aver- 
got, c'est que, suivant toute probabilité, 
nos voisins avaient eux-mêmes changé 
alberio en abbergo, qui se disait autre- 
fois pour albergo (logement)^ faisant ainsi 
allusion aux poulets que les œufs ren- 
ferment ou sont accusés de renfermer. 
Avoir du beurbe sur la tête. Voyez 
Beurre. 



B 



Babel (Tour de), s. f. Chambre de^ dé- 
putés, 011 des représentants du peuple. 

BàBiLLABD, s. m. Confesseur. 

— Livre. 

Le nom de Martin la Babille , qui se 
trouve sous celui de Bergerac, au bas du 
Wtitdes Nouvelles et plaisantes Imagina- 
tions de Bruscambile^ etc., M. DC. XV., 
in-12, me parait avoir été empruntée 
Pargot, et signifier Martin le libraire. 

Babillabdb, Babille, s. f. Lettre. 

Babiller , v. a. Lire. 

Bâchasse , s. f . Galères, travaux forcés. 

Terme dérivé de bac , qui a égale- 
ment produit badiotj petit bateau, et 
bachotteury batelier qui conduit un ba- 
chot. 

Bachbs (Faire les), ou Bachotter, 
V. a. Établir les paris dans une partie; 
terme de l'argot des grecs et des floueurs, 

B&cLER, Boucler , v. a. Fermer. 

Le premier de ces mots appartient à 
notre ancienne langue ; on le retrouve 
même dans la dernière édition du Dic- 
tionnaire de l'Académie, oîi Ton a eu rai- 



son de dire qu'il est maintenant peu usi- 
té. « Bâcler..., dit Nicot, est fermer 
huys , ou fenestre , avec un baston par 
dedans. » 
En voici un exemple : 

J'entends mon père , 

Parlant des enfaus, 

Qui dit à ma mère 

Qu'après les quinz* ans 

Leur huis n'est pas bien ùdclc, 

Chaciin en porte ta clé. 

///. Livre de chansons pour dancer 
et pour boire. A Pari», par Pierre 
Ballard, 1628, iu-8«, fol. 29 verso. 

D'après cela, il n'est pas difficile de de- 
viner que la racine de ce mot est ôacw- 
lus. 

Quant à boucler, c'est un verbe dif- 
férent , et non pas une altération acciden- 
telle ou volontaire de bâcler y comme on 
serait tenté de le croire en voyant , par 
exemple, que les habitants de la Corrèze 
prononcent ce dernier mot bocla \ Bour 



» Voyez le Diclionnaire du patois du Bat^Limou- 
rin, de Nicolas Béronle, pag. 7, col. 2. 



'U 



DICTIONNAIRE IVARGOT. 



cler, que Nieot explique par mettre une^ 
boucle à quelque chose... et » par trans" 
lotion... parfaire e^ achever une af- 
faire, etc.^ avait ^ dès le seiâèine siècle, 
un sens qui en faisait presque un syno- 
nyme Affermer : 

Seigneur, vous avez ma deliberalion entendue, 
qui est me marier, si... n'estoyent tous les trogs 
fermes, clouz et bouclez, (Rabelais, Mv. UI, 
cbap. 9.) 

.,.. H entra... dedans son cercle scellé, bauclét et 
cacheté de mots propres et sacrez. (Les Dialogues 
de Jaques TahureaUf etc. A Paris, chez Nicolas 
Lescoyer, 1685, in-i6, folio ll4 verso.) 

Maintenant je n'ay plus qu'un petit mot , pour 
sceller et boucler la vérité de ce que j'ay maintenu. 
{Les neuj Matinées du seigneur de Cholieres, 
matinée IX.) 

Ne te mets en peine du reste ; 

Car de rechef je te proteste 

Que je consens d*ôtre èouclé 

D'un instrument fermant à clef, 

Comme Yulcan fit à Cithere, 

Si jamais à d'autre escoliere 

Qu'à toy je montre enguilminé 

Le droit, ou que je sois damne. 

Ovide travestjr, etc., fable xi : lo furieuse 
et remise en sa première forme. {QEu- 
près de monsieur Dassoacy, etc., 
pag. 95.) 

Par contre , déboucler pour ouvrir : 

D'un tel mors tu n'as point bridé 
Ton esprit librement guidé; 
Ains ogmroe on voit en la carrière. 
Lorsqu'on déboucle la barrière, 
].e cheval ao cours s'élancer, etc. 

Les Œuvres françoises de Joachim du 
Bellay, édit. de' M. D. XCVIL, iu- 
la, fol. 434 verso. 

A la môme époque^ on disait aussi 
metlre^ tenir sous boucle, pour mettre, 
tenir sous clef, ou en prison; expression 
attribuée en 1638 au langage maritime % 



mais qui auparavant^ faisait partie delà 
langue usuelle : 

Il est a3psé à veoir que ce qui aiguise en nous la 
douleur et la volupté, c'est la poincte de nostre 
esprit : les bestes qui le tiennent smbs boucle, 
laissent aux corps leura sentiments libres et naifii. 
(Essais de Montaigne, liv. I**, chap. 40.) 

Plus tard^ on employait surtout bou- 
cler quand il s'agissait de fermer un car- 
rosse; mais cela vient sans doute de ce 
que ces voitures avaient des mantelets de 
cuir^ comme nos anciennes calèches ' . 

De boucler est venu bloquer, par une 
métathèse qui se retrouve dans les patois 
de la Normandie ; du Nivernais et du 
Berry^ où Ton dit blouque pour boucle, 
comme en vieux français' : 

Le lundi 1 1 de novembre , le roy de Navarre 
fit boucler Paris , etc. ( Journal du règne de 
Benrg IV, etc., par M. Pierre de l'Etoile. A la 



> ExplicatioH des termes de marine employez dans 
les edicts, Hc A Paris, chez Michel Bronet, 
M. DC. XXXVmi., In.4*, pag. 5. 



' Historiettes de Tallemant des Réaux, édit in-i2, 
tom. III, pag. 7. 
* L'escu sor la bloque M part. 

Cest de Troie, MS. de la BIbl. naU 
n° 6987, fol. 88 verso, col. 4, v. 4S. 

Delors escots ab aor si son ayssi urtatz, 

SI qu*ela huelsde lors testas si son totz trebolali; 

Don los escuts fendero, e son tnh desbloeatt. 

J}er Roman von Pierabras, Provenza- 
2ûcA, V. 1118, pag. S7« 

Mot grans oolpssi donero sus los escots blocats; 
Desotz las blocas d*aur an lors escutz trancatz. 
Ibid., V. 2282, pag. 70. 

La bloca II pesseya, e Faubcrc es falsatz. 
Jbid., pag. 138, V. kM. 

Lequel porlolt en escharpe la grande espée de pa- 
rement du roy, dont le pommeau, la croix, la blou- 
que , le morgant et la iKiolerolle de la gaine estoieot 
oouvwts de 1 clounazuré. (Chroniques d*Enguerrand 
de Monsirelet, looi.III, folio 22 recto.) 

Jean le Conte, orfèvre, reçoit 68 s. p. pour quatre 
tissus de fine soye azuré; pour faire deux paires de 
jarretières à la duchesse d'Orléans, et pour iceulx 
avoir gamy d'argent doré, t^est assavoir: pour qua- 
tre blouques et seize petits besans à faire fermeures. 
{Catalogue analytique dfis archives de M, le baron 
de Jonrsanvault , tom. l*', pag. M. n* 014, année 
laM — UOt.) 



-DICTIONNAIRE D'ARGOT, 



35 



Biye» ciiet las freras YatUant» M. DCC.XLL, 
ton. r,|»ag.165,aDn. 1591.) 

Bacoh^ s. m. Porc. 

Ce terme^ équivalent du fourbesque 
bœcone, est un ancien mot français^ qui 
s'est conservé dans l'anglais avec le sens 
de lard, qu'il avait autrefois chez nous. 
Od lit dans un fabliau du jmv siècle : 

sire, hii'i\, vous avex tort, 
Ooqaci par toz saini oe V tosdiai; 
Mais c'est deable, bien le sai, 
Qui a fait moioe de bacon» 
Se Dîez me doint confession. 
Ce fa on bacon que je pris. 

DuSegretain moine^ t. 656. {Fabliaux et 
eomiês, édtt de M éon, t. V, p. 263.) 

Sdon Ménage^ qui s'est longuement 
étendu sur ce mot, il avait de son temps 
cours dans le Lyonnais, le Dauphiné^ 
et la Lorraine. 

Badugbon, s. m. Fard. 

Ou reconnaît notre mot badigeon. 

Bagou, s. m. Bavardage, jactance. 

No^Ber, dans Tun de ses catalogues 3, 
dit, à propos de l'un des volumes de son 
cabinet ' : a Ce livre, imprimé en 1715, 
cooune on le voit par le privilège, parott 
être le prototype d'un jargon fort singu- 
lier et fort extravagant dont on a jusqu'ici 
attribué l'invention à Yadé, et que cer- 
tains mystificateurs des premières années 
de outre siècle avoient remis en vogue. 
C'est une langue factice, dont le secret 
consiste à former des phrases composées 
de mots étonnés d'être ensemble, et qui 



' Voyri l*bisloire de œUe proYinœ , par le présl- 
dratde Valbonnais» tom. Il, pag. 831. 

' Ihaeription ntiâOHnée d'une Jolie collection de 
iivn.\ de Paris, Techeoer» 18W, in-«% pag. 898, 

^ Matiom du royaume de Candavia envoyées à 
modante la comte$$e tfe***, imprimée» à Jovial^ chez 
Hecket le goguenard ^ rue des Ficoret chaudes, à 
rcjurtf Nc des Rêves. Paris, Jacques Josse , ln-12. 



ne présentent aucune espèce de sens 
imaginable, quoiqu'elles semblent se rap- 
porter à un sens suivi et continu. Les 
deux plaidoyers de Rabelais peuvent en 
donner quelque idée. On appeloit cela le 
bagofUf r> etc. 

Dans les Nouvelles Écosseuses^ chan- 
son de Baptiste le Divertissant [fin du 
xviii^ siècle), on lit, couplet lY : 

Veux-tu changer ta tête? 
ya-t-«i sus r Port au bled 
Tétaler. 

Tu f ras p*t-éle ' 

Eune conquête. 
Par la tu trouv'ras 

Queuque colas 
Par ton bagou^mon p'tit chou, 

Loup garoui, 
Va, cuisignière d'Bfalbroug. 

Dans une autre chanson du même 
Baptiste, la Fille volontaire^ on trouve, 
couplet V: 

Tu n'écout'ras jamais ta mère; 
Tous les jours j* te prône, c'est en vain. 
Tu n*aim*s qu' l'amour et la bona' chère, 
Tu t'soul' et tu Vadonne' au vin. 
— Tous YOS bagouts 
ITsont pas d*mon goût: 
Étant jeune, on sait plaire. 
A dix-huit ans 
T faut d' zamants : 
Ça fait qu'on passe mieux son temps. 

N'en déplaise à Nodier, le mot hagou 
est bien antérieur à l'époque de Vadé ; on 
le trouve dans une facétie du xvi* siècle : 

Faut-il faire un maquerellage? 
A faire un bagos je fay rage 
En fournissant quelques moyens. 

Le Valet à tout faire, farce; édit. des 
Jojeutetez, pag. 21. 

Bague, bagout, cei<itbb, s. Nom 
propre. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



U y a ici allusion aux noms des mal- 
faiteurs^ qui sont le point de mire de tous 
les efforts, comme le centre d'une cible 
et les anneaux d'un jeu de bague. 

Autrefois le mot centre était synonyme 
de imi, et désignait le point vers lequel ten- 
daient, se rassemblaient certains effets : 

Leors beaux yeux ne se pou voient Ie?er de dessus 
leurs livres de prières , quMts ne se trouvassent le 
centre de je ne sais combien de regards immodérés. 
{Le Roman comique, part. II , cbap. 19.) 

... L'une et l'autre vontdans l'enfer, l'nne comme 
au lieu de son supplice, et l'autre conune au lieu de 
son centre, {Le Vagabond^ etc.,chap.vi, pag. 63.) 

La raison qui a fait changer bague en 
bagout y c'est que ce dernier mot existait 
déjà dans le langage populaire, où il si- 
gnifie bavardage, hâblerie. Dans ce sens, 
il est proche parent de bagoulart, qui 
avait cours pendant le xw siècle \ de 
bagouUer, qu'on lit dans le Moyen de 
parvenir ^ et dans le recueil de David 
Ferrand, aussi bien que bagoulière ^y de 



I Faulx bagoulartj faietes an saalt. 

Farce joyeute à III penonnes, c'est à 
sçavoir un rendent de livres, etc., 
pag. 12. 

Vous en ares des coups cent mille, 
Faux bagoulart, si vous dictes rien. 
ibid., pag. Ift. 

> n M anaaés lui va flaquer ce loormage dans le 
bagoulier si proprement, qu*U entra tout. » £dit de 
1754, tom. II, pag. 55. 

^. . . Il y a plus de deux heures 

Que dans men bagoulier je reliens men caqueL 
QuiUorziesme Partie de la Muse nor- 
mande, 16S8, pag. 2S5. 

Louys veyaot chets mutins téméraires... 
Léo a si bien serré la bagoulière, 
Que, trébuchant à terre tous fins plats , 
Y se sont veuz pesquez dans la ratière. 

Quatrietme Partie de la Muse nomumde, 
pag. 75, 74. 

Il estet demooray o bout de sa lichoo , 

Car chen gratin riavetfermay.la bagoulière. 

Dix-i^n^lnme Partie de la Muse nor- 
mande, 16U, pag. 329. 

En basse Normandie, du temps de Ménage, on dl- 



bagouleTy que l'on trouve dans des lettres 
de grftce de 1447 , citées par du Gange, 
tom.l«% pag. 536, col. 4, etderfeôff^ott/er, 
qu'on rencontre dans les écrivains des 
xvi« et xviii* siècles ', dans le Diction- 
naire de Cotgrave », et dans les Cvriosi- 
(es françaises d'Oudîn, qui indique ce 
verbe comme vulgaire, et qui l'explique 
par dire tout ce que l'on sçait. Dans ce 
sens-là y on disait également autrefois 
desgueuler, desgorger et dégoiser : 

LI JUOB. 

Nous avons oiiy tous vos plaitz. 
— Maistre Simon, sus! desguadlez. 

Lé Playdûjer de CoqmUart, édit. de 
Goustelier, pag. 84. 

... Un conseiller de ma cognoissance^ ayanl 



sait un bagoulier pour un médisant; aoJoard*hai 
bagoulard, dans rarrondlssement de Valogoes, si- 
gnifie bavard et, par suite, indiscret 
< Je desbagoule do latin 

Plus dm e*nn petit deablotln ; 
Je le vous trousse par goules. 
Sy lost queyey desbagoulés. 
J'en tue un chien tont royde mort 

Sermon d'un eartier de mouton, v. 76, 
pag. 0. {Recueil de farces, moralités et 
sermons joyeux, etc., tom. I*^ Paris, 
chez Tecbeoer, 1857.) 

« Je ne seray gneres agréable à nos modernes, qui, 
pour le moindre axiome qui se présente, tfedo^oat^cftt 
dix on douze aothoritez. » Les Bigarrures et Touehrs 
du seigneur des Jceords, fin de la préface. 

« Il ne faut rien débagouler. » La Comédie des Pro- 
verbes, acL m, se 7. 

a En suUte de cela il dit tant de tripes de latin, que 
Je pense qu*il desbagoula tout ce qui estoit dedans le 
pot pourry de ses lieux communs, » elc. L'Histoire 
comique de Francion , liv. IV; édit de Rouen, M. I>C. 
XXXV., pag. MO. 

* Débagouler : <u desbagouler... to spue, or put oui 
of Ihe mouth a morsel half chawed. 

Ce verl>e a été employé pronominalement par 
Brantôme : 

n ... Tels marauts et trahistres en leur déposition 
gastent tout et se desbagoulUnt, et disent plus qa*il 
n*y en a quand ils sont pris. ■ Hommes illustres et 
gratids capitaines français, cb. XV : M- de Guyse le 
Grand. (Œuvres compl. de Brantôme, édïL du Pau- 
théon littéraire, tom. I ', pag. 056, col. 2.) 



DICTIONNAIRE D'AKGOT. 



47 



dl gif ry ^ nue iMltelée de paregnphes. ( Bstaii <te 
JAmloâ^ne, Ut. III, chap. 10.) 

Uora de propos fort souvent je degoUe; 
Suii-je pas bourgeoise , moy ? 
Suis-je pis bourgeoise? 

Chanson du xvii" siècle ; Ms. de mon 
cabinet, folio 55 recto. 

VICODKMK. 

Adrienne , 
Dis-OBoi^ sans barguigner, ce que c'est que cela, 
El qtielle manigance on deàagonie ià. 
Parie, 

AORKKirirK. 

JfoiyNicodème? 

VXCOZ.I. 

Oui, palsandié, dégoUe, 
BouasAULT, les Mou à la mode, se. 15. 

Baigiteusb^ s. f. Chapeau de femme. 

A la fin du siècle dernier^ la baigneuse 
était une coiffure fort en vogue chez nos 
gnnd'mères : 

On donne ces plaisans détails du naufrage d'un 
navire chargé de marchandises de modes, près de 
Fétersbottiig : Le lendemain , on vit arriver sur la 
Ifewa on saumon coifTé en baigneuse^ et enveloppé 
d'uae pelisse de satin couleur de queue de serio. 
{Tableaux de la bonne cempagnie de Versailles 
et de Paru, etc. A Paris, M. DCC. LXXXYII., 
i»^, pag. 45.) 

Comme ce passage indique claire- 
ment^ on commença par dmseeoëffer en 
baigneuse^ puis d'tme baigneuse^ et bien- 
tM ce dernier mot fut employé tout seul 
pour désigner la coiffure dont on voulait 
parler. Il est enfin, comme tant d'autres, 
tombé dans Pargot, d'où sans doute il ne 
se relèvera jamais. 

Avant la baigneuse, nous avions eu, 
au commencement du xviii* siècle, le 
bagnolet: 

CCILUOME. 

Qu^est-ce que c'est encore que ces peUts coque- 
l«âoiis de tontes les conlenrs qu'ils mettont sur 
lenn tfttes y et qui font paroltre les jeunes vieilles? 



DoaiMHTK. 

Ce sont des bagnoleis. 

U ballet des XXIV heures (1722). A Paris, 
chez Jean Pepingué, etc. M. DCC. XXIIl., 
iu-S", 3* partie, se. vi, pag. 52. 

Iris, coefTée en chien barbet. 
Cessera bientôt de me plaire; 
Quand elle met son Bagnolet, 
Elle ressemble & sa grand-mei'e. 

J6id„ y partie, vaudevilles, pag. 83. 

Le mot bagnolet s'est conservé dans le 
patois du département de la Meuse. En 
Normandie , la coiffure des paysannes 
s'appelle toujours bavolet, substantif que 
Huet explique par petit voile bas, (Dic- 
tionnaire étymologique de Ménage, édit. 
de Jault, tom. P', pag. 162, col. 2.) 
M. du Méril trouve de grands rapports 
entre ce mot et le latin panneolum. Voyez 
le Dictionnaire du patois bas-normand , 
introduction, pag. lxt, en note. 

Baillaf , s. m. Fusil, pistolet; terme 
des voleurs de grande route du midi de 
la France. 

Ce mot est peut-être composé de deux, 
bailler et affe, ou plutôt ajîfre, qui signi- 
fiait autrefois peur, crainte : 

... Et saulverent lenr homme en la fiçon que 
vous oyés, qui leur dist qu'en Jour de sa vie n'eust 
si belles affres qu'il a voit à ccste heure eues. 
(Lei cent Nouvelles nouvelles, nouv. LXXV.) 

Elle étoit, de plus , tellement tourmentée des 
offres de la mort, qu'elle payoit plusieurs femmes 
dont l'emploi unique étoit de la veiller. (Mémoi' 
res du duc de Saint-Simon, ann. 1707 ; édit. ln-8*, 
tom. V, pag. 406.) 

Une remarque qui pourra peut-être 
servir à déterminer le sens étymologique 
de baillaf, c'est que le peuple emploie 
encore l'expression bajaf, gros bajaf, 
pour désigner injurieusement un butor, 
un gros homme qui souffle avec bniit. 

Baillaqueb, v» a. Fusiller. 



38 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Bailloquib, V. a. Regarder. 

BaitE; s. f. Maison. 

Ce mot n'est autre chose que le mot 
arabe ww^ (àdi), qui avait cours^ avec 
le même sens, parmi les bohémiens de 
ritalie. On le trouve, avec sa traduction 
à la suite^ dans une comédie du xvi« siè- 
cle^ dont Théroïne^ qui est une Etnganay 
parle le jargon de sa caste : 

iDSola anema barf mi nosaber serta, percha mi 
panata campstaraer seoe, cliindea anni, che ser- 
cata tantatanta che mi non ricorda nin ta aerta, 
mo se mi trobar el beiih el casa, unde mi robata- 
cia, per che no star madata el so fa za, mi couoser. 
{La CiHçana, comedia di Gigio Arihemio Gian- 
earli Rhodégino [Claudio Dalesso], act. H, se. 12. 
la Yenetia, MDCX, appresso Giorgio BizzarBo, pe- 
tit in-S», pages 34, 35 '.) 

Balideb^ v. a. Choisir^ chercher. 

v. n. Courir les boutiques , 

marcher sans but^ flâner. 

Dans cette acception^ balader fait par- 
tie du langage populaire. 

BALA.DBUSE, S. f. Boutiquc portée plus 
ordinairement sur deux roues, et que les 
marchands ambulants promènent devant 
eux dans les rues. 

De ces trois expressions^ la seconde me 
paratt la première en date^ et dériver de 
baler, s'agiter^ se remuer, se mouvoir, 
dont il est resté le mot ballant, usité seu- 
lement chez nous dans cette phrase fami- 
lière, aller les bras ballants, marcher 
en laissant aller ses bras suivant le mou- 



' La pins aDCienne édition que Je connaisse de 
cette comédie est de Yeoise, Ag. Bindoni, 1550, in-8*. 
M. Ubri, qui la possédait, fait observer qne « ce qui 
donne le pins de prix à cette pièce, e'eit qne le per- 
sonnage principal (la Zingana) s'exprime en ce lan- 
gage corrompu qu'employaient au xvi* siècle \ft bo- 
hémiens (zingatù ou zingari) de Tltalle. C'est pro- 
bablement, ajoute-t-il, le premier livre dans lequel 
aient été publiés des morceaux en langage des bohé- 
miens. M Voyez le Catalogue de la Bibliothèque de 
M. L*^", bellcs-lellfes. pag. 477. n. aeM. 



vement de son corps, et conservé dans 
le patois normand, avec le sens de fai- 
néant, d'homme qui passe son temps à se 
promener: 

A tant se sont d'ilec levé... 
Et 1( vilain qui va balant^ 
En Teve, que Eeoart destraint , 
Avoit jà le cner si ataint... 
Que n*avoit force ne vertu. 

Le Roman du Renan, édiL de Méon , 
tom. r% pag. 219, v.5919. 

Maudahez ait tel saintueres , 
Qui en tel guise fait bâter 
Ciaus qui les veulent aorer! 

Ibid.^ tom. n, pag. 324, v. 18418. 

Miex porroit uns ribaus de Grieve 

Séor et seul par tout aler. 

Et devant les larrons baler. 

Sans douter eus et lor aflaire , 

Que li rois o sa robe vaire. 

Le Roman de la Rose, édit. de Héoii, 
' tom. n, pag. 60, v. 5296. 

Car oeulx qui plus en vont benvant , 

Ardent plus de soif que devant; 

Et n'en boit nul qui ne soit yvre, 

Mais de sa soif ne se délivre; 

Car sa douleur si fort le baie 

Qu*il n*est nul que tant en avale. 

Qui n'en veuille plus avaler : 

Tant les fait la douleur baUr; 

Car lescherie tant les pique. 

Que cbascun en est bydropique. 

Le Roman de la Rose, foL 37 veTM , 
cité dans le Dictionnaire étymologi- 
que de Ménagent. I, p. 137, coL 1 *. 

Balader, formé de la même manière 
que baladin, qui signifie farceur de place. 



< Le passage qne nous venons de citer n'est paa 
tout à fait le même dans rédltion de Méon, qui, comme 
on le sait, a publié le texte original de Guillanme de 
Lorris et de Jean de Meung, plus tard modernisé par 
Clément Marot. Voy. tom. 11, pag. 92, v. 0419^ Déjà, 
tom. I*', pag. SI et S2, v. 748, 767 et 700, le premier de 
ces poètes avait employé le verbe baler; mais là il 
semble avoir plus particulièrement le sens de danser^ 
comme v. 848 et 2511 de Renart le Nouvel. Voyei le 
Mùman du Renart, tom. lY , pag. 199 et 228, etc. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



29 



' de Unurs de farce, de canioftians, 
de gHmaees, aura donc signifié d'abord^ 
igméoiâQf ^ se mouvoir j flâner ; et haior 
deuee ne serait qu'un synonyme de flà- 
nense, nom bien donné à une boutique 
qui court sans cesse les rues. Plus tard^ 
balader aura servi à désigner Faction des 
flâneurs qui couraient les boutiques; 
enfin, ce verbe aura été adopté par Tar^ 
got pour exprimer Toccupation de ceux 
qui passent leur temps à choisir, à cher- 
cher. 

De balier sont également venus ba- 
hier, balloiery ballayer, balier, brimbal- 
ler, qui signifient de même se mouvoir, 
s'agiier: 

Fercehaie porte TeiueigDet 
Qui falote contre le vent. 

Le Roman du Henart, tom. m, 
pag. 239, V. 35358. 

Là véîsiicz tant destriers de Hongrie, 
Tiiilcs banieres qui contre vent àaiie, 

Li Bornons de Garin ULoherain, tom. 1^^, 
coupL xxiXy pag. 95. 



\ de paiie ont fait en son fichier, 
OU ki Tirent des tentes sus au vent 6alioieç 
La Chanson ttAntioc/te f ch. vi, coupl. 33; 
ton. I«, pag. 129. 



Ne fance ne escu n'enseigne baiolant 

Ke loaffcfToit lor lui por nule rien vivant. 

ibid,, ch. vu, ooupl.3; tom. I*', pag. 139. 

Tabovn sonnent , enseigne battoyerent, 
C'esloit plaisir. 

Les OEu9rts de Jean Marot, édit. 
de Coustelier, pag. 95. Voyei aussi 
pag. 140. 

Tclin qni brimbaUe à tous coups, 
Sans estre esbranlé ne secous. 

Du laid Tetin, v. 7. (Épigrammes de 
Clément Marot, liv. YI, épigr. 4.) 

Enfin balier a encore donné naissance 
à baioeher, d'où balochant, qui a cours 
à Bordeaux^ et bahchardj usité à Paris, 



avec le sens de bamboeheur, de libertin. 
A Rouen, on disait baloquer : 

Mais y se portent bien, n'y a que le pu petit 
A qui avons dinché la gambe qui balotjue. 

Lettre de la bonne femme Jacqueline, touchant 
les grands vents qu'il afaict ceste année, 
V. 29. ( Troisiesme Partie de la Muse nor- 
mande, pag. 62.) 

Balai^ s. m. Gendarme. 

Ce terme, en usage parmi les camelots 
ou marchands ambulants, vient sans 
doute de ce que la présence de la gen- 
darmerie, surtout dans les foires de 
campagne, fait vider la place à ceux qui 
s'y trouvent en contravention. 

Balai (Donner du), v. n. Chasser. 

Balancer, v. a. Jeter, abattre. 

Déjà, au xiii*" siècle, nous avions dans 
notre langue ce mot avec la première de 
ces acceptions: 

Toz les degrez aval descent, 
Le tierz bo<gu a descardiié, 
Dedenz Teve Ta balaneié, 
• Des trois Boçus^ par Durand, v. 216. 
{Fabliaux et contes, édit. de Méon, 
tom. m, pag. 251.) 

Le grant cors se met à la voie, 
Si l'a en Teve balancié, etc. 

Ibid., V. 262. {Ibid,, pag. 253.) 

L'andoille prent con afaitiez, 
L'un des chiés en met en sa bouche, 
Puis la balance, si la couche 
Desor son dos comme senez. 

Le Moman du Renart, édil. de Méon , 
tom. V% pag. 85, v. 2274. 

Mains et hngue et pies li treoça , 
Les pièces fors en balança. 

Chronique rimée de Philippe Mouskés, 
V. 15556; tom. II, pag. 127. 

Per las cambas la preo , car be saup son pensât , 
En la mar la balansa, no y a gayre punbat. ^ 
Der Roman von Fierabras, Pro¥enzalisch , 
V. 2147, pag. 66. 



30 



DICTIONNAIBE D'ARGOT. 



Baulncbb lb chiffon bougb. Parier. 
Voyez Chiffon rouge. 

Bàlai<icer sa canne. De vagabond de- 
venir voleur. 

Figurée au premier degrés cette ex- 
pression n'est pas difficile à comprendre; 
elle signifie cesser de se promener. 

Dans une ancienne farce^ une fileuse 
ayant résolu de ne pas travailler de la 
semaine^ dit : 

J^avoys pris rung; mais , sur ma vie, 
Tày fiitct ceot pièces de ma cane. 

Ancien Théâtre français, publié par 
M. YiolleMe-Dac, tum. II, pag. 416. 

Balancer ses alênes. Cesser d'être 
voleur. 

Balancbb une largub. Se débarrasser 
d'une femme. 

Balancinb (Être pris dans la)^ locution 
d'argot maritime^ signifiant que Ton se 
trouve dans une situation forcée et pé- 
nible. (Dict. de marine àvoiles, pag. 76.) 

Balançotr^ s. m. Barreau de fer. 

Pour peu que l'on connaisse le désœu- 
vrement et les habitudes des prisonniers^ 
on se rendra parfaitement compte de 
Porigine de cette expression. 

Balançoire^ s. f. Fraude. 

Ce mot doit son nom d'argot à la res- 
semblance matérielle qu'il a avec fronde, 
que balançoire représente assez bien , et 
dont il est également la traduction en 
argot. Il se dit encore d'une scie (voyez ce 
mot), d'une mauvaise plaisanterie. 

Dans Pargot des coulisses, faire la bar 
lançoire signifie ajouter à un râle des sail- 
lies improvisées, vulgairement appelées 
charges. Lorsqu'un acteur ajoute ainsi 
des mots qu'il espère voir reçus avec des 
éclats de rire, on dit qu'il chatouille le 
public. Un des meilleurs chatouilleurs 



était Odry: lorsqu'il voyait des specta- 
teurs bien disposés, il lançait quelques- 
unes de ces expressions burlesques, et 
il était rare que le public, ainsi chatouillé^ 
ne se mit pas à rire de bon cœur. Du 
reste, ce ne sont que les acteurs de pre- 
mier ordre qui peuvent se risquer ain» à 
faire la balançoire avec qudque succès. 

Balle, s. f. Tête, physionomie. 

d'amodb. Physionomie agréa- 
ble. 

Ballon, s. m. Derrière. Enlever le 
ballon à quelqu'un, lui donner un coup de 
pied au derrière. 

n est inutile de faire remarquer Pana- 
logie qu'il y a ici entre la partie du corps 
ainsi désignée, et une peau gonflée de 
vent que Pon relève du pied. 

B A loche, s. f. Testicule.* 

Ce mot vient autant du verbe balocher 
que du fruit du belocier, qui portait le 
même nom, ou peu s'en faut, dès le 
commencement du viii® siècle ^ et qui 
présente une certaine analogie avec la 
chose que l'on voulait désigner : 

Beloces d'Avesnes, jorroises. 

Le Roman de la Rose , loro. Il , pag. 
189, V. 8256. 

Tien, vilaio, tien ceste beloce. 

Jubinal, Myst. inédits^ t. II, p. 19. 

Un médisant dit que Tabbé auquel elle Touloit 
boire, qui, à la ▼éiité, avoit en ses jeunes ans perda 
ses deux témoins instrumentaires... en descendant 
d'un bellocier^ c'est un prunier sauvage, s'appe- 
loit monsieur de N.n sunt, ( Contes d^Eutrapel, 
cb. xvni.) 



' (ir^ec allunde penitus,quam agrestium herbamm 
exigoa mensura, vel parvulorum pomonim, quff 
eremus illa ferebat, qus eUam boUwMs (aL buUtt- 
cas^ bugales) vu! go appellant, vescebatur. » fUta S. 
Columbaui ahbatis, auct Jona, roonacho Bobiensi, 
fere squali, n* 16. {Acta sanctorum ordinis S. Béné- 
dictin siecul. H, pag. 12.) 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



31 



On trouve belauM, avec le même sens, 
ans les Neuf Matinées du seigneur de 
Cholieres, matinée IV {Des Chastrez). 

BiLocHBB^ V. a. Tripoter^ faire des 
affaires illicites. 

Balucbon^ s. m. Paquet; diminutif de 
halloL 

BaUDES GRlSBSj MOUSQUETAIBES GRIS, 

S. f. et m. Poux. 

Ed fourbesque^ on dit grisaldi^ gri- 
I sanii. Du temps d'Oudin, nous avions 
hHes grises et grisons dans le même 
sens. 

On sidt que l'on appelait grisons des 
gens de livi>ée que Ton faisait habiller de 
griSf pour les employer à quelque mis- 
sion secrète : 

y. le comte de Clermont, priucc cUi sang, y alla 
Faotre jiMir avec des grisons , sans fracas. {Jour- 
nal hstohque et aneedotique du règne de 
hfmiXY, par E. J. F. Barbier... publié poar la 
S^cicte de l'Histoire de France... par Â. de la Vil- 
leipil^Yetc. A Paris, citez Jutes Eenouard etC^, 
M. DCCC. XLVn., in-8", lom. 1*% pag. 382, dé- 
mnbre 1711.) 

Barque^ s. f. Accord entre escrocs. 
Foire WM banque y inventer un expédient 
pour escroquer de l'argent. 

Barquette^ s. f . Menton. 

Barqdistb^ s. m. Charlatan^ escamo- 
teur. 

Ce mot, comme celui de saltimbanque y 
que l'Académie a recueilli^ et comme le 
mol anglais mountebanky et l'italien canta 
in hancOf cantambanco, vient de l'usage 
où étaient autrefois les marchands d*or- 
^iélan de monter sur un banc, *pour prô- 
ner les vertus incomparables de leur 
"ûrchandise. L'auteur de V Histoire gé- 
nérale des larrons, parlant d'un indus- 
triel de cette espèce, s'exprime ainsi : 

.Se disant estre quelque Arabe, on quelque 



Juif conTert.H se felgnoit medeeto da roi de Perse, 
et comme tel il montuit la banque, C'e&toit là que, 
pour débiter ses drogues, fl étourdissoit de sou ba- 
bil tonte l'assemblée. (Ut. I", cli. 29.) 

On lit dans les Reigles, statuts et or- 
donnances de la caballe des filous, etc., 
art. V, pag. 9 de l'édition de Techener : 

OrdooDODS que nostre bouticque sera prlncipa- 
lemeut ouverte les grandes Testes et jours que nous 
dresserons nostre banque àwas les assemblées, mar- 
ches, places publiques, pour là débiter nosire dro- 
gue aussi bien que Pradel, et attrqper les marcbaos. 

Et ailleurs : 

Tout divertissement nous manque; 
Tabarin ne va plus en banque; 
L'hostel de Bourgogne est désert. 

Pour r/tyver, satyre. (Le Parnasse saty^ 

rique du sieur T/teophile^ M. DG. LX., 

petit in-12,pag. 33.) 

Baquet INSOLENT^ s. m. Blanchisseuse. 

Je me souviens que^ dans ma jeu- 
nesse^ lorsque^ passant près d'un bateau 
à laver^ nous faisions mine de compter 
les femmes qui s'y trouvaient, nous 
étions, mes compagnons et moi^ assail- 
lis d'injures. Au xvi* siècle^ les blanchis- 
seuses ne s'en tenaient pas là : a Quand 
les lavandières de Porte blanche sont à 
quia^ dit Noël du Fail^ et au bout du rol- 
let de leurs injures actives et passives^ 
elles n'ont d'autre recours de garantie 
qu'à se monstrer et trousser leur derrière 
à partie adverse. » Contes d'Eutrapel, 
ch. XXX. 

Babbacdieb DE cASTD , S. m. Gardien 
d'hôpital. 

Cette expression^ qui nous est donnée 
par le Dictionnaire argotique du Jargon^ 
a été formée par allusion à la tisane que 
l'on boit dans les hôpitaux , tisane assi- 
milée ici à la bière. En effet, barbaudier 
avait autrefois le sens de brasseur ^ si l'on 
peut du moins s'en rapporter à Roque- 



% 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



fort 1^ qui ne dte pasd'exenq>le. En Yoid 
on, matheoreusemeat peu conciliant : 

Tu-teiy p...^ de barbaudier. 

Lb Comp d'œil jntrim, pag. 14. 

Après avoir eu ce sens particulier^ bar- 
bamdier en vint à signifier gardien en 
général^ acception qui lui est encore 
donnée dans le Jargon. 

BASBBBOTy s. m. Forçat diargé de ra- 
ser ses camarades. Voy. De ia eoMirue- 
tion tune gai taire et de son équipage, 
pari. Hobier^ etc. A Paris, par Denys 
LanglcMs, H. DC. XXH., in-8*, p. 52, 53. 

L'auteur de la Prognosticatùm panta- 
grueUne nonune les barberolz parmi les 
gens soumis à Mars. Voyez chap. Y (De 
l'Estat d^aïUcunes gens). 

Vu harherot mal adroit. 

Me duLTCQtant par Feiidroit 

Ott s*enlonne le breuvage, 

Tera Tonde au mome rivage 

BTa presque eovoyé tout droit. 

Le BarbtTQL Caprice. ( Le* 'Œuvres 
Ju sieur de Samt^AmamU., laBpri- 
mécs à Orlceos, et se vendeDt à 
Paris, chez Guillaume de Luyoe, 
M. DC. LXL, iii-12, pag. 378.) 

BAsaicHoii^ S. m. Capucin. 

Barbillon de Vabaiuve^ s. m. Navet. 
Voyez HuUre de Varanne. 

Ménage cite dans le même sens Pex- 
pression barinlion de Beauce, qui avait 
cours de son temps. 

On donnait autrefois le nom de Ga- 
ronne à la Picardie, qui, comme on sait, 
fournit tant de légumes à Paris, dont 
cette province est Tun des greniers > : 



* G/00, de ia laufue romame^ tom. I"*, pag. 132, 
eoL 2. 

* Oo disait aotrefois gurnier: 

voanii^eelt et rentiers... 



De qod pdl étes-TouaT 



Quof I moBBCiir , vous me eoaaoiaiex pat à son 
air qu'il ert de la fraache Garonne * ? 



U n*a pas Vair sot , non plos que foy.MariBetle : 
T0Q8 paroiaseï toua deux assez desaalcL 
uBËKtm/aU le niais. 
Je suis poortaot franc Picard asaarémeot, et de 
la Picardie la plus franche. 

(les Sot(/)leifn, comédie, actl*, se. 16.) 

Ce passage s'explique par celui-ci, tiré 
d'une autre pièce, dont la scène est dans 
une grande place d'une ^e frontière de 
Picardie : 

DUfOH. 

Hais d'oo vient donc qn*Anmle a des façons si foies ? 

ucmAS. 

Cesiqu'il n'a rien compris qu'à compter des pîsloles; 
Et tu sais que la ville où régnent les filoua. 
Appelle ce pays U Garenne des fous, 

VEcujeTy ou les faux nobles nùs au billon,., 
par le sieur deClareret. A Paris, M.DC.LXT., 
in-12, act Y, se 2, pag. 8 5. 

Le Varanne de l'expression d'argot 
pourrait bien cependant être Varennes, 
commune du département de FAisne, 
dont le trouvère Sarrasin parle dans le 
passage suivant : 



Des blés en leurs gamien 

Ils ont par habondanœ. 

Le Misiere du viel Testament par penen- 
nages, joué à Paris, etc. Paris, Pierre 
le Dra pour Geoffray de Marnef, sans 
date, lo-fol., II se l>e Pharaon, rcnf d'B- 
^ipltf, feuillet xdi rrcto, col. s. Cf. foL 
cuTii redo ; cxxviii redo, col. i et S, etc. 

* le trouve un comte de Garanne dans un roman 
du xu« siècle: 

U qnens de eamnM et dl d*En 
Se sont pasmé aor lor destriers. 

Le Roman de PEseouffle, Ms. de l'Arsenal, 

B. L. fr. In^% n* 178. fol. S verso, col. i, 

V.2S. 



Prcnés hiraus de« niix Mçans, 
Et faites jà crier as chaus, 
A fFarenes et k Noyon, etc. 

Roman du Hem, pag. 229. 

Qu(H qu'il en soit, il parait constant 
qu'on prononçait autrerois Varanne le 
nom de Varenney que portent tant de 
châteaux^ tant de localités : 



la TtUe de Saincle-Suzaime 
PHndrent et la Ferlé-Benart, 
Avec le cbastel de Varanne, 

Les FigUles de Charles VII, édÎL de 
Coiutelier, tom. I"', pag. 56. 

De là vint melire à Varennes 
Le siège de tous les oostez, etc. 

Ibid,, pig. 177. 

Lors le marescbal de Loheac, 
Le sii« de Bueil et Varanne.,» 
Yindreot sur culx sans grani Tacarme. 

/Â<W.,pag. 213. 

On disait aussi garanier pour pro- 
priétaire de garenne. Voyez le Journal 
du règne d'Henry IV, etc., parH. Kerre 
de l'Étoile, édit. de M. DCC. XLI., 
tom. III, pag. 363, ann. 1606. 

Babbot, babboteux, s. m. Canard. 

On connait les habitudes de cet oiseau 
aquatique. 

Babbote, s. f. Fouille d'un détenu à 
son entrée en prison. 

BiABOTEB, V. a. Fouiller. 

Babbotedb, eusb, dans la campagne, 
s. Voleur, euse, de nuit. 

Barbotieb, bbb, s. Guichetier chargé 
de la fouille ; femme chargée des mêmes 
fonctions envers les détenues. 

Quand on connaît tous les détails de la 
fouille qui s'exerce jusque dans le corps 
des malfaiteurs, on n*a pas de peine à se 
rendre compte de cette assimilation au 
canard, qui fouille la bourbe; mais ce 
a'est pas tout : on a encore voulu faire 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 33 

allusion au moi barbaudiery par lequel 
on désignait déjà au xvt* siècle le gar- 
dien d'un hôpital : or, ce dernier terme 
avait, en argot, comme il Ta encore, le 
sens de prison» 

Babbue, s. f. Plume à écrire. 

Babraque, s. f. Maison. 

Bas de tibe, s. m. Bas de chausse. 

Ce mot nous est donné par le Jargon; 
maintenant, pour désigner des bas, on se 
sert de tirants, qui était usité autrefois, 
avec la même signification, dans le lan* 
gage populaire. L'auteur du Mistere de 
la passion Jésus- Crist , 4« journée , 
se. Devant Pilate, fait dire à Grifon^ ser- 
gent du préteur, à propos de Barabbas : 



Aux mains eu aurons-nous l'endosse. 
Et les tirandes. 

Éd. de Terard, 3* feuillet verso, col. 1, 
après la signature B iiii. 

Basac (mettre à), v. a. Supplicier. 

Or sa, sire! où sont les gallans? 
Qu*0D les voise mettre à basae, 

La Vengenee nostre seigneur Jêsu- 
Crist par personnages , 4* journée , 
signature G iiii verso, col. 1. 

J*ay veu le temps que festoyé à basac. 

Chanson normande, à la suite des Faiur- 
de^ Vire d^ Olivier Basselin, édit. de 1831, 
pag, 179. 

Basane, s. f. Amadou. 

Bascule, s. f. Guillotine. 

Basoubdib, V. a. Tuer, étourdir. 

Basse (La), s. f. La terre. 

Cette expression est dérivée de la locu- 
tion proverbiale ici-bas. 

Clément Marot a donné à notre planète 
répithète de basse : 

En est-il une en ceste terre basse 

Qui en tourment de tristesse me passe ? 

Élégies, liv. I, él. 20. 

Bassine, s. f. Casserole. 



34 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



BÀSTBtRGCE^ S. f. Étili contenant des 
scies. 

Les màiraiieurs ayant adopté Texpres- 
sioa Jouer du violon, pour scier seifBrs, 
ont été conséquents en donnant le nom 
de bastringue à l'étui qui renfermait 
leurs instruments. 

Bat-contbb^ s. m. Incube. 

BAT-DotjfLtE, s. m. Homme faisant 
dans le ménage Toflice de la femme. 

Cette expression ne viendrait-elle pas 
du mot dûuiliettey par lequel on désigne^ 
à Paris^ les figues tapées? 

On appelait autrefois marion Phomme 
que l'argot désigne par bat-douille : 

... Le bon Hérodote escrilen son Euterpe que les 
femmes égyptiennes trafiequeDt, taTeroent, et ont 
les roesmes charges que les boiDOWS par deçà, les- 
quels s<iiii marion$9 gardent les maisons , font le 
raesnage. (£ef Après-iisnées du seigneur de Cho- 
lieres. A Paris , chez Jean Richer , 158S » in-i2 , fo- 
lio 64 verso.) 



Batelieb^ s. m. Battoir. 

Batif, fonnb, adj. Neuf, neuve. 

Allusion à la toile qu'on bat quand elle 
est neuve. Voyez Baiouse, ci-après. 

Bâton cbbusb, s. m. Fusil. 

Autrefois bâton se disait d'une arme, 
soit défensive^ soit offensive ^ conrnie 
lance, épée, hallebarde, fusil, pistolet, et 
en particulier d'une pièce de grosse artil- 
lerie ou de batterie 2 

Pierre de BaofTremont... luy treiiieme de cbe?a- 
liers etescuyers... fontasçavoir... qalis tiendront 
un pas... dont le gardant le pas lîTrera \^ battons, 
(Mémoires d'Olivier de la Marche, sous Tannée 
1442, liv. I*s ch. vm; édit. du Panthéon Utté- 
mirs, pag. 876, col. 2.) 

Ne demoora gueres après que le seigneur de Bla- 
moDt... se tira devers le seigneur de Charny... et 
luy demanda les battons pour combattre les ar- 
mes.... Si forent incontinent livrés... deux haches 
semblables et deux estocs,... et furent iceux bai- 
tons portés et présentés au juge. (/Md.^cb. ix, 
pag. 388, col. S, et pag. S89, col. I.) 



Lors Saintré... en sonbariant luy disi et res}M>n- 
dit : « Ha ! monseigneur mon frère, Iput ea que die- 
tes est du bien de vous ; et si en aucune manierr 
je m'y employé, ce n'est que de porter la pièce 
d'armes : c'est le baston. » (L* Histoire et plai- 
sante cronUquê du petit Jehan de Saintré, 
cb. Li ; édit. de Gueulette, tom. Il, pag. 353.) 

Tanlost après quelques coups ruez de ParUlle- 
rie desdicts ennemys,... ils tiretent un gros canon 
chargé d'une boalle de fonte... en telle maniera que 
les bastons des ennemys , dont ils tiroient impé- 
tueusement, furent froisseï et mis en pièces. ( Us 
Chroniques de France, ^Angleterre et de Bour- 
gogne ^^r E. de MoDStrelet. Paris, Jean Petit et 
Michel le Hoir, 1612, in-folio, tom. III, fol. 366 
verso ; continuation de P. Desray.) 

Hais on appelait plus particulièrement 
bâtons à feu les fusils et les pisUdets, et 
c'est le terme générique par lequel ces 
armes sont déa^ées dans les andennes 
ordonnances. Âmbroise Paré^ auteur, 
comme Ton sait, de la Méthode de traie- 
ter les playes faietes par hacquebutes et 
aultres bastons à feUy qui parut pour la 
première f(Hs en 1&45 , dit au dernier 
feuillet, verso, de ce traité : 

Minerve ayant pitié des corps humains, 
Yoyant iceoix mourir subitement, 
Narrés par feu, pouldreset btutons i 
Admonesta quelqu'un de vif esprit,... 
Faire quelqu'œuvre, auquel seroit escrîpt 
Enseignement pour guérir cette esclandre. 

On lit dans une facétie sans date : 

... Sera à l'advenir permis à chacun de porter 
pistolets, bâtons defeu^ pour gibier. (Ordonnan- 
ces generalles d'anumr , etc., édit. des Jogeuse» 
fes, pag. 19, art. XXV.) 

Et disoiton que le cardinal avoit ceste matière 
d^autantpltts à cœur, qu'un nécromancien lui avoit 
pronostiqué à Rome qu'il seroit tué d'un baston à 
feu» etc. {Histoire de restât de France, etc., 
par Régnier, sieur de la Planche, tom. 1*% pag. 18.) 

Bâton db gibb , s. m. Jambe* 

Batousb, s. f. Toile. 

Cette étoffe doit son nom d'aigot à 
une opération qu'on lui faisait subir, 
sans doute pour la blanchir; opération 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



35 



à laquelle il est fait allusion dans la se- 
oomie journée du Mùtere de la passion 
Jesu-'Cnsiy scène de Vlnierlocutoire des 
iix iyrams. L'un d'eux dit , 

Hé! ti fortime fust tournée 
Sur aucun dont on eust envy« 
Dt luy luire perdre la ¥ie, 
U iCToit lantoftt bas de poil. 

Et Tautre répond : 



Nous le TOUS batryons comme toU, 
TiUBt que après n*y auroit que batre. 

Édit. de Terard , feuillet signé K iiii 
recto, col. 3. 

Pkisatteimnemeni^ Tbibaud de Marly 
disait, dans ses fers sur la mort : 

Mors, qui venis de mort de pomme,... 
Tu Bas le siècle comme toile, 

tidit. de Crapelet, sL xm, pag. )2. 

On lit aussi dans le fabliau des Tresces, 
parGuérin, v. i08: 

Molt ol la dame gr«nt paor 
De ton ami plus que de lui, 
Que li sires tint bien celui , 
Et tant Ta 6aHt comme toile. 

FahUaux et Contes , édit. de Méon, 
tom. rv, pag. 396. 

L'expression battre toile se disait aussi 
dans un sens figuré et proverbial : 

IVop longue toiU et bat et eUre , 
Et loQgucment paie la bée, 
Qaut à li pense et à li bée. 

De tEmpereri qui garda sa ehasleé 
par moult temptacions, etc., ▼. 1392. 
{Hfoweau Recueil de fabliaux et 
eontesp tom. II, pag. 45.) 

BATTAnT^ s. m. Cœur. 
Battebie^ s. f. Mensonge. 
BàTTsan DOUCB^ s. f. Affabilité. 
BATTBURyBusBy adj. Menteur, euse. 
Battoib , s. m. Main. 



Allusion au proverbe populaire : Il a 
les mains comme des battoirs, qui se dit 
d'une personne dont les mains sont groa- 
ses et laides. 

BaTTBB, BATTBB JOB^ BATTBB GOMTOta. 

Dissimuler, faire le niais. 

Le mot battre a ici le sens de porter 
des coups : ce qui y en prenant cette ex- 
pression au figuré, est le but des mauvais 
garnements qui appell^it la dissimula- 
tion à leur aide. Voyez TVtM^et Trucker. 

Le Jargon donne battre tout seul; le 
mot qui accompagne la seconde forme 
de cette locution , s^applique au Jobard 
contre lequel sont dirigées les bottes se- 
crètes. Quant à comtois, qui remplace 
job dans la troisième forme, il n'y a pas 
à douter que ce ne soit une altération de 
comptoir: n'est-ce pas, en effet, au ti- 
roir à argent des boutiquim^ que les men- 
diants et les voleurs visent le plus sou- 
vent? 

Dans l'argot des coulisses, battre te 
job, c'est devenir ganache, perdre la mé- 
moire*. 

Dans le patois normand , cette expres- 
sion a cours avec le sens àenerienfyire^ 
de perdre son temps. 

Battbe mobassb. Crier au voleur. 

Battbb sa fléme. Plflner. 

Battbe un quabt. Faire un conte pour 
endormir celui qui l'écoute. 

Cette expression est empruntée au 
langage maritime. 

Baughbb (se), V. pron. Se moquer. 

Baucotbb (se), v. pron. S'impatienter. 

Baude , s. f. Maladie vénérienne. 

Des huit ou dix expressions que l'argot 



' Voyez le Manuel des coulisses, etc. Paris, chez 
Bezou, 1820« in-12, pag. 12. 



36 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



emploie pour désigner la syphilis, baude 
est la seule que donne le Jargon. On se- 
rait tenté de croire que c^est une aphé- 
rèse du mot fibaude; je préfère y voir 
une antiphrase^ et rapporter à notre an- 
cienne langue baude ^ que Nicot traduit 
par gaudens, et qui^ bien avant lui, avait 
la signification à! allègre, joyeuse, con- 
tente. Il paraît, au reste, que ce terme y 
était en usage dans le xvi« siècle , sous 
forme masculine; Eutrapel, racontant 
une rencontre qu'il eut à Turin avec une 
Padouanne malade , ajoute : a Je cuidai 
avoir le baut et estre du guet d'après 
minuits » Plus loin, Fauteur appelle 
poivré un gentilhomme qui s'était mis 
dans un cas semblable. 

A la même époque , on disait prover- 
bialement, il a le mal sainct Baude, lo- 
cution rapportée dans les Adages et 
proverbes de Solon de Voge, par métro- 
politain (Jean Lebon), qui ne dit pas à 
quelle sorte de malades on l'appliquait. 

Baudru , s. m. Fouet. 

Ce mot doit venir de baudufa, bour 
du fa, nom que donnent les Provençaux 
à une toupie, à un sabot qu'on fait tour- 
ner en le fouettant avec un fouet : 

Qui se trufa , 

Diou lou bu fa 

Et lou fai virar commo uua boudufa. 

Il peut également dériver de l'italien 
battufolo, qui signifie lavette à laver la 
vaisselle. 

Il est à croire que la terminaison du 
mot d'argot lui vient d'un adverbe qui l'ac- 
compagnait fréquemment^ surtout quand 
il s'agissait de recommander au bourreau 
de frapper fort et dru; je penche d'au- 

^ Cotites d*Eutrttpel^ cb. xxvili. 



tant plus en faveur de cette opinion^ qu'à 
la place de baudru je trouve, dans le 
Dictionnaire d'argot de 1848^ atidru, qui 
dans Torigine a dû être un adverbe^ usité 
comme superlatif. En voici desexen^)les : 

De telles gens il est beaucoup 
Qui prendroient Vaugirard pour Romf, 
Et qui, caquetant au plus tlru. 
Parient de tout, et n*ont rien vu. 

La Fontaiue , le Singe et le Dauphin , 
liY. rV, fable?. 

Giquet-bon-bec alors de jaser au plus dru. 

Le même, rAi^le et la Pie^ Uv. XII, iable 1 1. 

A la suite d'audru, que le Dictionnaire 
de 1848 donne avec la signification de 
fouet pris comme instrument^ on lit 
tirelibranle, mot de fantaisie^ mais assez 
plaisamment imaginé. 

Quand on entend le moi fouet dans le 
sens de flagellation, on se sert de bouée 
ou bouys, et de salade. S'il faut en croire 
le Jargon, on disait autrefois bruys et 
brouée : ce qui me fait soupçonner que 
ce dernier mot vient non de brouée 
(brouillard)^ que je trouve dans la tierce 
Journée du Mistere de la passion Jésus- 
Crist, édit. de Verard, fol. t. iiii r** col. 2, 
dans le Thresor de Nicot et dans les His- 
toriettes de Tallemant des Beaux ^, mais 
de broezj qui avait autrefois le sens de 
bouillon , de sauce. L'un des auteurs du 
Boman de la Bose, donnant des conseils 
aux dames ^ dit : 

Et bien se gart qu'ele ne moille 
Ses dois ez Aroez jusqu'as jointes. 

V. IG23; édit. de MéoQ, tom. Il, 
pag. 442. 

Or, il y avait tel bouillon qui, comme 



£di(. in-12, tom. IV, pag. 100. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



37 



celui de tripes , était un remède contre le 
rfaumatisnie. Voyez dans les Œuvres de 
ScanroD, VÀdieu aux Marais et à la 
Piaee-Roifoie, tom. VIII, pag. 3± 

Pour brutjs y ce pourrait bien être une 
variante de brœzy à moins qu'on ne pré- 
fère rattacher ce mot à hroui^ brouy, 
bmiy qui signifiait roussi, brûlée grillé : 

Jamaû ne puhse niiHement 

Boo sep de vigne estre brouy, 

Cest le nistere de la résurrection de 
nostre seigneur Jesus-Ckrist, 2* jour- 
née, verso, col. 2, du feuillet qui 
suit la signature m. iiiî. 

Encore aujoiu*d*hui le peuple dit, quand 
un homme a été battu, qu'il a reçu une 
Mdée. 

Reste bùuySy pour lequel je renverrai 
à Lawre. 

Badge, s. m. Coffre. 

Ce mot , qui y dans le Dictionnaire du 
JargiMy est donné avec cette significa- 
ti(Hi, et qui n'a plus aujourd'hui que celle 
de ventre , de corps, est une altération 
de bouge ^ usité autrefois dans le sens 
de eojfre : 

Il avoit bien garny le 6ouge : 
Toicy prou or et prou monnoye. 

Vuipocalypse sainci Jehan Zebedée^ 
feuillet iiii v«, col. 2. 

Et vive le roy, vive, vive, 
Qui vcuU court ouverte tenir. 
Je yray uog petit pour fournir 
Met vieilles bouges à Tenvers. 

Le tiers Livre des Actes des Apostres^ 
feuillet xcvtii r<>, col. 2. 

Chacun connaît Facception figurée et 
famiUère du mot cofjre dans notre langue : 

Ayant posé le convercle, j'empaquette le lièvre.. .. 
nous le misines dans nostre co/^*e naturel. {VHis- 
Mrt comique de Francion, liv. III; édit. de 
M.DCXXXV., pa«. 210.) 

U étoit temps , Vabcèi gagnoit le eof/re, et se 
mawfesloit par de grands frissons. ( Mémoires du 



duc deSaini-Siimon, ann. 1704; tom. IV, pag. 154. ) 
Ali ouin ! tn peux te bourrer sans craHite de 
faire crever ton coffre; tu es une laBertellière, 
une femme solide. ( Eugénie Grandet, par M. de 
Balzac. Paris, Cltarpentier, 1841» tn-12, pag. 264.) 

On disait aussi autrefois le coffret des 
entrailles : 

... Jaques Clément... a voulu laisser des mar- 
ques de sa furieuse envie, en donnant dans leco/- 
fret des entrailles du roy les coups de poignard 
dont il avoit dessein de luy percer le cœur, etc. 
{La véritable Fatalité de St, Cloud, art. XVI ; à 
la suite du Journal de Henri III , tom. I*^ 
2' partie , pag. 490. ) 

Nos ancêtres employaient dans le même 
sens le substantif latin arcaei le mot hé- 
breu musa^: y qui se trouve dans le Livre 
des Rois, liv. \Sy ch. xvi^ avec le sens de 
coffre. Voyez Gloxs. tned. et inf. Latin., 
tom. I, pag. 363, col. 3, v» Arca, n» 7; 
et tom. fV , pag. 585, col. i , v« Musac. 

Bayafb, s. m. Voyez Baillafe, 

Beausse, s. m. Riche bourgeois; terme 
des voleui*s flamands. 

Bêcher, v. a. Injurier, calomnier. 

Notre langue avait autrefois ce mot 
dans le sens de becqueter dès le xiii" siècle: 

Puisqu'ai vers ax mon bec tome, 
Si durement les cuit bechier. 
Qu'il n'aroot gaires mon bec chîer, 
Por ce qu'il me vont debechant. 

De sein te Leocade , v. 812. (Fabliau» 

et contes, édit. deMéon, tom. 1**^, 

pag. 296.) 

Si conme celé Taproucha 
Et ele volt bechier el v.., 
Reuart saut sus, qui son leu vit. 

Le Roman du Renart, édit. de Méun , 
tom. !•', pag. 287, V. 7626. 

Ils me venoient pooiller, 
Et entre les jambes becfiier. 

/^/W., tom. Il, pag. 128, V. 13023. 

Saut sus la lesle maintenant, 
Et de son bec le vet bêchant, 

Jbid., tom. III, pag. 209, v. 26S2i. 



88 

... Bl arfoM le oisiâiM fgnUlom le beee e 
J«e, e se imim «or lui. (Vo^foge de Marc Fol, 
chep. fiXGU ; édit de la Société de géographie, 

Le mot becy comme on sait^ entre chez 
nous, avec le sens Ae parole y dans nom- 
bre de locutions proverbiales et figurées , 
dont les principales seulement sont rap- 
portées dans les Curiosités françoises 
dX)udin, et dans le Dictionnaire de l'A- 
cadémie; mais il en est d'autres^ omises 
dans ces deux recueils, telles que celle- 
ci, que je puise dans le ch. xrii du Traité 
des Gouronnels François : a Pour tout, 
nous lui donnasmes tant du bec et de 
Faisle, qu'il nous creut, » etc. [Œuvres 
complètes de Brantôme ^ édit. du Pan- 
théon liltéraire, tom. I«% p. 683, col. I.) 

De bec est encore venu le verbe rebe- 
chery se rebeequer, résister, se révolter, 
en usage à la même époque : 

S*il nous vient jamais rebeeher^ 
Je le pense si bien pescfaer, 
Qull fera une lajde mine. 

MotaUêé ékU vetuËiioH deJostpk^ etc. 
A Paris, chez Silvestre, 1835, in- 
folio, sign. D. iii verso. 

Et en ce faisant moofltrericMM'iions bien noatre 
peo de Gfleor, estana plus laichea que la petite for- 
mia, qai eiaaje meames à ae rebeequer contre 
lea plua fors. {le$ Dialogues de Jacques Tahu- 
reau, etc. A Houen, chez Nicolaa Lescuyer, 1585, 
ln-16, folio 60 recto.) 

n le rebéqua par dea rwnootraDeet. {Mé- 
moires du duc de Saint-Simon^ tom. III, pag. 410, 
ann. 1702.) 

Ceui do père éloient impitoyables, ceux do 
fila qui se rebecquoit volontiers, trè^iquants. 
(ibid., ann. 1707; tom.V, pag. 308. Cf. ann. 1708; 
tom. VI, pag. 201.) 

BicBBUB, 8. m. Ministère public. 

I^ racine de ce mot, comme du pré- 
cédent, est bec, arme terriUe avec la- 
quelle le magistrat si redoutable aux 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



malfaitears ne manque pas de les déchi- 
per ; usèguibus et rosiro. 

Bbcqoetbb, bbcquillba, V. a. Manger. 

BéDOOiN, s. m. Garde national de la 
banlieue de Paris. 

BaFrLBum, blbpfeub, s. m. Trompeur, 
faiseur de dupes. 

Là sont hleffeurs plus haut assis 
Pour louagie, et osb an vent. 

Jargoaetjohelim de Villon, baUMle i, ▼. 5. 

Cest Barrabas 
Qui se dit le roy des heffeurs. 

ik quarte Journée du Mistere de la pat- 
sion Jesus-Crist, se. Devant Pilote, 
édit. de Verard, V feuillet verso, 
col. i, après la signature l^ iiii. 

Nousavons longtemps gardé ce mot, du 

moins le verbe beffler^ dont il était formé : 

... Je Toua prie croire que j'ay le cœur trop 
bon , pour me laiaser b^f^ti nasarder de la fa- 
çon.(Le5 Àprès-disnées du seigneur de Cholteres, 
édit. de 1&88, in*lt, folio 130.) 

Oudin, dans la seconde Partie des Ae- 
cherches italiennes et françaises y^psi%. 53, 
col. % donne besfler, et le traduit par 
beffare, qu'il rend, dans la première Par- 
tie, par a gausser, railler, beffter, se 
mocquer, jouer une personne, n Voyez 
aussi pag. 5t3,col. 2. 

On disait aussi be/fe dans le sens de 
raillerie, de moquerie, qu'ont Titalien 
beffa et l'espagnol befa : 

Ils ne servirent pas de be/fe, 
Aios ont éscrit une espitace 
Desoz cel arbre en une plaee. 

Le Roman du Renart^ lom. Il, pag. 18 , 
V. 10120. 

Et li auetor ae deffendoient 
Qui de granz plaies lor fesoient 
De caniveçons et de greffes. 
De longues fables et de heffu. 

La Bataille des .Vli. ars, à bi suite des 

Œuvres complètes de Rutebeuf, 

tom. n, pag. 41S. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Dans les passages précédents^ nous 
avons an sens figuré un mot qui , au pro- 
pre, signifiait bave, d'où est venu bavar- 
dage, qui a remplacé son radical dans 
l'noe de ses acceptions ' : 

Et encor estoit>ele tiex, 
Ke le èeffe i|ui lor cbaoit 
D'cnlor le bouche, lor terçoit, 
Et l'ordure auti de lor vis. 
De saint ysaàiel, k la suite des OEuvres 
ampièut ée RuUbeuf^ t. II, p. 395. 

Qui sait s'il ne faut point rapporter à la 
même famille Fadjectif blaffart, qu'on 
lit dans le Chemin de pavreté et de ri" 
diesiê, par Jean Bruyant? 

Le ris ne doit point passer oultre 
Le ncu de la {orge, à nul fuer; 
Des dens doit rire, et non du cuer. 
Il doit eslre bUffari toudis. 

Le Menttgier de Paris y elc. , tom. Il, 
pas. 2^col. î>. 

BieiftMx, qu'on lit dans un recueil en 
patois de Rouen, ne doit être que l'ad- 
jectif bieffeur déguisé : 

PUche à messieurs qui rÎTent sians , qui braune , 
Je nt va» pu icby tu chavetier. 
Où est allé su hieireux de sonrganne ? 
Eraît-tj bien roubliay sen métier? 
Tott ches candelle ont un pié de nasier. 

Tm dûciesme Partie de la Muse normande, 
pig. 172. 

Je soupçonne également beffe d'avoir 
donné naissance au verbe biffer ^ qui a dû 
signifier, dans Torigine, effacer avec de 
la salive. On voit combien nous sommes 
loin de Tétymologie que Ménage assigne 
à ce mot. 



' « ». CUes ne parlent point et si ont deux lan- 
«Bfs; ee qui m^edwbH, veu la bave de celles de nos- 
tfe pays. > la nouvelle Fabrique des excellents traits 
4e venu, «dit de lâU, pag. Sa. 

• L^Unr, M. JMme Pichon, ^foola en note à 
^I0rer(: «iiotAmt fignoielesensIcL » 



BteuE^ S. f. Avoine. Ital. Mava^ biada. 

Bêlant, s. m. Mouton. 

Ce mot^ en usage du temps de Bon- 
chet, qui l'a recueilli, a son équivalent, 
sinon sa source , dans le balance de Taa- 
cienne germania, qui avait la même si- 
gnification. 

En patois mftconnais et nomuind, on 
appelle un mouton belin, nom que cet 
animal portait dans notre vieille langue , 
et qui est celui de Pun des héros du Ro- 
man du Renart : 

Deus moutons a es cbans Téuz, 
L'un fu BeUn, Tautre Bemart. 
Édit. de Méon, tom. !«*, pag. 236, v. 1368. 

Qui de la toison dan Belin,,. 
Sire Tsangrin afubleroit, 
Li leti qui mouton sembleroit, 
S*il les brebis demorast, 
Cnidiés-vous qull n*es devoraal? 

Roman de la Rose, tom. II, pag. 331» 
▼. 11161. 

Sire, on me pende parmy le col... 
Se tout aussi comme .i. helin 
Ne les vous amaine en présence. 

Mystères inédits duqttinzième siècle, pu- 
bliés... par Achille Jubinal, tom. I*'» 
p«g.78. 

Pastour qui a gros mastins. 
Souliers à gros bobelins... 
Qui le peult desmettre, 
Quant il veult repaistre... 
Ses cornus Mûvi/ 
Nativité de nostre seigneur JhesU'Christ 
par personnages, Paris, SiWestre, 
1839, in-16, sign. R. iiî. 

On trouve encore belin, mais avecTas- 
térisque qui l'indique comme peu usité, 
dans la seconde Partie des Reeherehes 
italiennes et françoises d'Oudin, qui 
le traduit par arieU, monUme. Voyez 
pag. 52, col. 1. 

BsLATai y s. m. Petitrmattfe , Adonis 



40 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



jeûne homme qui fait le beau , qui est 
très-soigBeux de sa parure. 

BÉLtBB^ s. m. Cocu. 

Bellàndeb, y. a. Aller demanâerl'au- 
mdne; terme emprunté au Dictionnnaire 
du Jargm. 

Bellb (Être servi de), v. p. Être ar- 
rêté à faux. 

Bbllb (Sa) y s. f. Occasion favorable. 

Bénef , s. m. Bénéfice. 

BéQuiLLB, s. f . Potence. 

A leur tour, les béquilles à l'usage des 
boiteux portent encore, en certains en- 
droits, le nom de potences. 

BÉQUILLEB, BBAKGSBB, V. a. Pcudre. 

On sait qu'il y a synonyme entre bé- 
quille eipotence; quant à brancher , c'est, 
à proprement parier, ajouter une ou plu- 
sieurs branches à un tronc. Scarron , au 
liv. IV de son Virgile travesti, décrivant 
les supplices des enfers, dit : 

Les uns sont tous \ib empalez, 

Et les autres écartelez, 

Qui d'une potence est la branche. 

Brancher a ensuite signifié, comme 
Cotgrave et Oudin Texpliquent, pendre 
à un arbre et pendre tout simplement ; 
neutre ou réfléchi , il est également em- 
ployé pour percher, se percher : 

Aussi le vïsme6^on%branchéàam un bois, comme 
si c'eost esté un pourceau de Westphalie. ( Le 
Supplément du Catholicon, etc. , chap. \"; à la 
suite de la Satyre Bténippée, édit- de M. D.CCC, 
in-8", tom. Il, pag. 254.) 

Aussi bien quelqiief«-uns d*entr*eux ont couru 
liasard de monter par uue esclielle, pour descendre 
par une corde, on d*estrc branchez en des noyers, 
ainsi qu'on fait les andonilles, etc. (Le Carabi- 
nage et matoiserie soldatesque,^,, par le sieur 
Dracbir d*Amorny [Ricliard de Roroany]. A Paris, 
chez la veorve Claude deMonstr'œil, M. DC.XVI. , 
in-8*, cbap. m, pag. 23.) 

Le procès fait, une belle potence 

A trois cosiés fut mise en plein mardié ; 



L'un des quidams harangua Tas-ûstance 
Au nom de tous, et le trio branché 
Mourut contrit et fort bien confessé. 

Contes de la Fontairie. ( L'Oraison de S, 
Julien,) 

Je veux qu'on branche ces compères... 
Après qu^on les aura pendus, 
Qu'on les mène aux galères. 

Arlequin, roy de Serendib^ par le Sage, 
act. II, se. 3. 

Il respondit qu'il n'estoit pas ioeonvenient 

qn'il (le (;nind Seigneur) n'en eust tronvé des |>lu- 
mes, par une grande curiosité qu'on y pouYoit rap- 
porter pour en chercher et trouver aux pays et aux 
lieux où il (le phénix ) habite et branche. {Vies 
des grands capitaines eslrangers et françois , 
cil. XII : M. le baron de la Garde; parmi les tEu- 
vres complètes de Brantâme, édit. du Panthéon 
littéraire, tom. P% pag. 400, col. 1.) 

Si me branchay sur ung orengier vert, etc. 

La seconde Epistre de t Amant veri, folto 
B iij recto. ( Le premier lÀvre des liltts- 
traitons de Gaule, etc. Lyon , par E<t. 
Baland, s. d., à la fin du volume.) 

Du reste ^ ainsi que nous Tavons déjà 
vu, Targot^ ou, si on aime mieux ^ le 
langage du peuple^ n'a jamais été plus 
fécond en métaphores que pour la pen- 
daison et ses victimes. Au xiu* siècle , 
on disait mettre à la bise, pour pendre > ; 
au XV* et au xvi*, vendangera fcschelle 2, 



* Se n^éusse eu mon s 
De Liétart tôt h ma devise, 
Ge r féisse mètre à la bise,.., 
J 'a voie si la chose emprise 
Qu'eux el bois le féisse prendre. 
Et à un cbesne moult haut pendre- 

Le Roman du Reuart , tom. Il, pag. SOI, 
V. 17790. 

* Voyez le Mystère de la Passion, cité au mot Au- 
bert. On lit dans une antre pièce du même genre, 
mais postérieure : 

Si une fois vous puis reveoir. 
Je ne vous garderay que ung pea; 
Vous ferez raisin de Vismeu, 
Vendangez serez à Veachelle, 

Lr premier Volume de» catholiques GEu' 
vres et Actes des Apostres^ édit. de 
Ibftl, feuillet .xt. lecto, col. 1. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



41 



avoir eoiiei rtmge ', eroUre d'un demi- 
pied^ y faire la longue lettre, tomber du 
haut mal^y etc.^ eic.^ équivalaient à être 
pendu. Plus iard^ sinon à la môme épo- 
que^ on disait encore servir de bouchon^, 
faire le saui, faire un saut sur rien^, 
donner un sofuffkt à unepotence^ don- 
ner le moine par le cou% approcher du 
eielàreculon*^ danserun branle en l'air^, 
avoir la chanterelle au cou '^ , etc. 

n est une locuUon tout aussi ancienne^ 
que Pon retrouve également dans la Sa- 
iffre Ménippée (harangue du sieur de 
Uienx etquatrain au prescheur Boucher); 
c'est celle qui disait d'un pendu : «t II est 
evesque de la ville et des champs^ » et le 



' Homme ne bouge* 

Sur peine d'avoir collet rouge. 

Le net^fviesme Livre de» Actes des Jpos- 
ire», feuillet .clxxl. recto, col. 1. 

> « Vieiht'en aTec moy, et nous retirons : afln qu'on 
tt nous fasK croistre d'un demi-pied, plus que ne 
voudrions, t Le Morfondu^ comédie de Pierre de 
rAriîey, ad. V, se ft. 

^ Toy. ia Satyre Ménippée, éd. de M. DCCC. XXIV., 
ton. I**, pag. «7, 86, 189. 

^ Curiotitez JrançoiseM^ au mot Bouchon, 

^ Le facétieux ReveiHe-maUn des esprits melon' 
cMtfvef, édil. de M. DC. LIV., pag. 70. 

^ Seconde Partie des Recherches italiennes etfran* 
fetHs, pag. 512, col. 1, et pag. 528, col. 1. 

7 Cwiosiiez françoises^ au mot Moine. 

' • Vous autres... on vous pourroit bien avec une 
ncfadle faire approcher du ciel à reculon, • Peripa- 
^tiques Eefolutions et remontrances sententieuses 
^*t docteur Bruscamhille aux perturbateurs de VEs' 
fût, édit dei Joyeusetez, pag. 10. 

' Je D'aurois qu'à siffler 

Pour le faire demain danserun hranle en Vair. 
V Avare dupé, ou l'Homme de paille, se. 6. 

><* Fraise fort bien enfilé la venelle; 
Ht» Je eraignois d'avoir la chanterelle 
Qu'eurent à leu cos ceux qui s'estcst enfis. 

Quatriesme Partie de la Muse nor- 
mande, pag. 67. 

On Ut pins loin, pag. 71 : 

le Touilrion mourir su stc querelle, 
DciHt<on baisser le moule du capel. 



vulgaire ajoutait : a-Il donne la bénédic- 
tion avec les pieds. » Cette expression 
avait d'abord été employée dans la Pro- 
gnostication pantagrueline, ch. v; dans ie 
Moyen de parvenir , tom . lï, pag. 171 ; et 
dans le liv. III du Virgile travesti, v. 18. 
Elle fut recueillie par Cotgrave et parOu- 
din^ qui ont également donné asile à cette 
autre locution^ dont le sens est le même, 
faire le guet à Monifancon \ Le dernier 
donne également cette variante^ garder 
les moutons à la lune, qui devint plus 
iBvi faire le guet au clair de la lune à la 
cour des monnayes '. 

Dans V Ovide travesti de d'Assoucy^ 
on trouve pour synonyme à pendaison la 
périphrase suivante : 

Le vigneron Coupe^Tavelte 
N^avoit porté poule ou dindon 
Au président Croque-Lardon... 
Ny Mars tiré ses pistolets, 
Ny le filou sa tire-laine, 
Ny Jean Guillaume 3 pris la peine 



< Voyez les Contes et Joyeux devis de Bonaven* 
ture des Periers, nouv. C. 

> La Fâche et le Feau, parade de SalIé, se 8. 
{Le Théâtre des Boulevards, tom. H, pag. 272.) 

3 Ce Jean Guillaume était bourreau de Paris sous 
Louis XIIL Voyez, sur lui» Us Historiettes de TalU- 
mant des Beaux, édit. ln-12, tom. IX, pag. IM. 

On lit, sur la mort de Richelieu, dans le Tableau 
de ta vie et du gouvernement de messieurs les cardi' 
naux Richelieu et Mazarin , et de motisieur Col- 
bert^ etc. (à Cologne, chez Pierre Marteau, M. DG. 
XCIV., petit inl2, pag. 60) ; et dans le Nouveau Siècle 
de Louis XIF, par Sautereau de Marsy, tom. 1*', 
pag. 18, une épigramme où il est nommé : 

Bien que la mort du cardinal 

Nous cause une nouvelle joie, 

Jean Guillaume seul plaint son mal , 

Fâché de perdre cette proie; 

Et voudroit , le bourreau qu'il est , 

Qu*il fût vif pour son intérêt. 

Au livre lY du Firgile travesti^ Dldon s'écrie . 

Et personne de mon royaume 
Ne se fera pas Jean Guillaume, 
Pour étrangler a belles mains 
Ce larron des plus Inhumains? 



49 



DICTIONNAIRE IVARGOT. 



D« damer sur tmt chien de ooa 
Le petit braosle de Poitou. 

Fible m, l*Age d'or. {OEuvres de 
monsieur (tAssouey, etc., pag. 13.) 

On trouve également dans le même ou- 
vrage y pour synonyme à pendre y le néo* 
logisme biu^lesque Jeanguillaumer : 

Le brave aTcntiirier Mercure, 
▲ qui le temps dure et redure 
De vistemeot les yeux gommer 
D*Argiis pour le Jeanguillaumer, 
Remet son flageolet eu bouche. 

Fable X : les Amours de Jupiter et d*Io. 
(/A«/..pag. 88.) 

Oudin^ auparavant et par allusion au 
même Jean Guillaume, avait dit dans ses 
ÛwriositezfrançoiseSy au mot Chevalier : 
a * Chevalier de Tordre de Jean Guil- 
laume^ i. (c'estrà-dire)ptfnd^Uy vulg. d 

Enfin, du temps de Cotgrave, on se 
servait encore, pour désigner un pendu, 
de l'expression métaphorique de sceau 
pendant à double queue ^ empruntée au 
style de la chancellerie. Voyez le Diction- 
naire de cet auteur, au mot Pendant, 
Queue et Seau. 

Bebgb, s. f. Année. 

BiHiBONOy BnicAiif, s. m. Homme 
simple. 

Allusion aux moutons du Berry. 

Les moutons gras de cette province 
étaient déjà célèbres au xiv* siècle ; Cu- 
velier, qui rimait à cette époque la Chro- 
nique de Bertrand du Guesclui, en fait 
mention dans cet ouvrage. Voyez tom. II, 
pag. 130, en note, col. 1. 

Auparavant, le même auteur s'ei^prime 
de manière k faire croire que les Ber- 
ruyeis avalenl une mauvaise réputation, 
au ttioins quant à la figure : 

t^es boiirjoiâ de Bordeaux vist-on fort 
QuàDt il tireur Bcrtran là-dessus apoier. 



Li .i. à l'autre dk : « Voilà let chevalier. » 
Et li autre disoit : « C'est .i. let Berniier. » 
— «Il n'est pas Berniier, ce respondi li tiers ; 
Ains est Breton gentil et a le coer legier. » 

Tom. II, pag. 11, ▼. 1 3683. Voyez encore 
pag. 81, note 7. 

Si les Berruyers étaient laids, du moins 
ils étaient braves : 

Elyas se deffent à loy de Berniier, 

Le ClievalUr au Cygne, tom. I*', pag. 110, 
T. 26 1 3. Cf. p^. 2 12, V. 8960; et pag. 289, 
T. 11186. 
Et Baudttin cheraudie a loy de Bemùer. 

Li Romans dt Bauêmnée Sgktmre, tooB. I*', 
p«g. 271. 

Bbblinb du commbbcb , 8. f. Commis 
marchand. 

Beblu, s. m. Tronc pour les indigents. 

Bbblub, s. f. Couverture. 

Ce mot est une altération de Tadjectif 
velue y qui s'applique parfaitement à l'ob- 
jet en question. Dans Tancienne germa- 
nia espagnole, bellosOy veUosOy signifiait 
cape de marin. 

Au xir et au xiii* siècle, on donnait, 
à ce qu'il paraît, le nom de velus, de 
velous , à des couvertures de lits : 

Duze liz i ad bons de cuivre e de métal. 
Oreillers e velus e linçous de cendal. 

CharUmagnes Travêls êo JermmUm emd 
OonsUtnUmopU^ pag. 17, ▼. 26. 

Kji|te i ad boue et linciols diiere, 
Bicet velous et oreillers. 

Partonopeus de Blois, 1. 1*', p. 37, v. 1069. 

Bbbivabd (Le), s. m. Le derrière. 

La racine de ce mot, qui a son équi- 
valent dans l'italien hemardoy est bran , 
dont la signification, d'ailleurs bien con- 
nue, est indiquée par ce vers de Régnier : 

Surtout vive Tamour, et bran pour les sergents! 
Satire XI, V. 91. 

Aux xvi*' et xvu^ siècles on disait, dans 



I 



DICTIONNAIRE D'ARGOT- 



43 



le même sens^ l'mre saint Bernard^ 
expression qui entre dans une locution 
employée par Tabouret ^y et recueillie par 
Gatgrave ' et par Oudin ^ On disait éga- 
lement bntneau. Voyez la seconde Partie 
des Recherches italiennes et françaises, 
dX)udin, pag. 76, col. 2. 

Le mot bemard signifiait également 
bèk, frm^ dans le langage populaire du 
xir siècle : 

Lunbert, Limbert, tu as enchaoté on ensorcelé 
moo frère : il est tout bemard de toy, et te mons- 
tre phit graat amoor qii'îlne fait à moy. (Lettres 
de réoîssioo de l'an 1897, citées dans le Glossaire 
à^ (Iq Guige, tom. !«*, pi^. 661, col. 1, au mot 
âeraarnit.) 

Lequel du Chesne respondit audit Bernartqa'M 
a'estoit point coqoart, mais que ledit Bernart estoit 
bien coqoart , bemari et tous sus; car il n*estoit 
« imaTaiie cornardie que soUe. (Autres lettres de 
rénKftioo de l'an }39i, dtées au même endroit.) 

Voyez encore le Dictionnaire de Mé- 
luige, au mot Bemard. 

Suivant toute vraisemblance, cette der- 
nière acception du mot bemard datait 
îles siècles précédents; il est permis de 
le sopposer en voyant Tauteur du Eoman 
du kenmri appeler ainsi un mouton, et 
désigner Tftne par le nom plcûsant de Ber- 
nardfûrekipriire. 

BiRNABDiiiss, s. f. a Terme de l'ar- 
got, dit de FAulnaye, pour exprimer des 
sornettes, des contes en l^ir, avec les- 
quels les Slous endorment ceux qu*ils 
vedent dérobera » 

BaijificLK» BHBNicLE, adv. Rien 9 non. 



' U» Eêcraigmet éifomnoites, etc. L Paris, par Jean 
licber, iflSS, iQ-12, cil. r, fol. a verso. 

* Paswr par Tare S. Bernard. To be beshiiten ; to 
*«f^y hmêelf. Voyez aux nmts Bemard et Ptuter. 

/ Oifùmiez françoûest au mot jérc. L'anus est 
. «ioii déligné par un anden lexicographe cité dans le 
CkMaire de dn Gange, tom. !•% yaS- ^^t «>t- >• 

* BûbeUimana , à Bemofdmes. (Œuvres de Babe- 
^ Paria, Lonb Janet, 1823, ln-8*, tom. III, p. Sia.) 



Que réplique 
A ça Votre Grandeur? barniqu€^ 
Rien du tout 

Harangue des habitons de la paroisse 
de SarcelUs , etc. {Pièces et anec- 
dotes intéressanteê , etc., seconde 
partie, pag. 178.) 

Quand mécontente est la pratique , 
▲ l'enseigne elle dit bernique. 

Les Porcherone, ch. T'. {Amusements 
rapsodi'poétiques, etc. A Stenay,chez 
Jean -Baptiste Meurant, M. DCC. 
LXXIIL, in.8%pag. 134.) 

Si d'amans l'i faut uu* clique, 
Sarviteur, on l'i dit barnique, 

Ibid., ch. VI. {ibid,, pag. 187.) 

On trouve ce mot dans le Dictionnaire 
comique de Leroux, qui le rapporte à 
notre vieille langue. Sous bernicles, le 
même auteur donne bemiquet, dont il 
nous fait connaître le sens dans ces deux 
phrases : envoyer quelqu'un au bemiquet, 
c'est-à-dire le ruiner; il est au bemiquet, 
pour dire il est ruiné. On disait autrefois 
bruniquet, dans le même sens ; 

Qni veut trouver son advantaiga ,... 

Il laut estre fourny de tout... 

Ou s'en aller à brunicquet^ etc. 

Le Mistere du vieil Testament , etc. A 
Paris, par maistre Pierre le Dm pour 
Geoifray de Mamef, s. d., in-iblio, 
f. .cxiii. v» col. 1, se. Des Marchands 
gatiatides et hysmaeîites <. 

AUer vous fault au brunicquet, 

j4ncien Théâtre francois^X. III, p. 264. 

Les passages suivants montrent qu'il 
ne faut pas toujours traduire comme 
Leroux : 

Mais aujourd'huy la finesse homicide 

Fait qu*un pagnolte ose attendre un Alcide, 



> Ce même passage se retrouve littéralement dans 
la Moratité de la vendition de Joneph , signât. G. li 
verso. 



u 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Qu'il en trionfe, el d'un rot de mousquet 
Le terrassant, l'envoyé au èoumiquet. 

Epistre heroi-camique à monseigneur le duc 
it Orléans , etc. {Les Œuvres du sieur de 
Saint- Amant, etc., éditde M. DC. LXI., 
in-i2, pag. 396.) 

La bouëtle aveu l'escrit je jette o brelinquet. 

Première et denxiesme Muse normande, p. 50. 

Voilà donc nos amoare au berniquet, (Le Dé- 
dain affecté [1724]. A Paria, chez Briasson, 
M. DCCXJLYUL, in-8% act. II, se. 6, pag. 45.) 

Une petite rente 

Qu*iin monsieur m'avoit fait , 

Mon coulant, ma branlante, 

Tout est au barniquet. 

Complainte d*une ravaudeute à son 
amant, (Œuvres poissardes de J.-J. 
Vadé, suivies de celles de l'Ecluse. A 
Paris, cher. Defer de Maisonoeuve, 
l'an iy.>1796, in-4S pag. 1 16.) 

Encore aujourd'hui Pon dit dans de 
certaines provinces^ à Bordeaux^ par 
exemple^ que cpielqu'un' est bernique, 
quand il est vétilleux et s'attache à des 
riens. 

Pour ce qui est de la racine de ces di- 
vers mots ^ il n'y a point à douter que 
ce ne soit nikH, nichil, dont nos ancê- 
tres avaient fait niquet ^ : 

Je 06 vous craiDgs de cela pas ang niquet, (Les 
cent Nouvelles nouvelles^ ooav. XCI.) 

Je ne trouvay aujourd'hui home 

Qui me donnast un seul nicquet. 

Parce du posté et de la tarte, dans VAn- 
cien Théâtre froncis y publié par 
M. TioUet le Duc, tom. II, pag. 6S. 
Cf. pag. 131. 



' n Nlquet est une ancienne monnoye, valant trois 
mailles ; elle est encore connue à D^on, où trois ni- 
quets valent dnq deniers toornota. Voyez le grand 
Coutumier, édlt delflOd, tom.I*%pag. WA.r^ Remar- 
quée fur le ch, !•', liv. II de la Confession de Sancy. 

On lit : Marquis de Triqueniques ou de trmx nic- 
quetsûam les Aventures du baron de Ftnuête^ llv. IV, 
chap. II. Cf. Gloê9. med, et inf. Latin., tom. IV, 
pag. 020, col. 2, v*' Niquetus. 



Ils y ont sealement ajouté une pros- 
tbèse dérivée de bren, dont nous avons 
déjà signalé le sens, qui indique mépris^ 
dédain. Quand ils voulaient témoigner ces 
sentiments à quelqu'un^ ils lui faisaient 
la nique ou le niquet : 

Perrin Cohen fist au suppliant, en soi moc- 
quant de lui, le niquet. (Lettres de rémission 
de Tan 1458 , conservées an Trésor des chartes, 
reg. 188, chap. xvi.) 

Besouille, s. f. Ceinture. De Pital. 
bezzi, de l'argent^ des deniers; mot 
lombard. 

BÉTE^ s. f. Dans ime certaine partie de 
billard frauduleuse^ dont on trouve les 
détails à l'article Etnporieur des Voleurs 
de Vidocq, tom. I", pag. 111-115, la 
bête est celui qui a, qui tient la queue. 

Bête ▲ cobnes, s. f . Foiu*chette. 

Bettandeb, V. a. Mendier. 

Bbubbe, s. m. Argent monnayé. 

(Se mettre la gueule dans le). 

Se fourvoyer. 

Bbubbe scb la têtb (Avoir du). Être 
couvert de crimes; proverbe ai^otique 
des voleiurs juifs. Ils disent en hébreu : 
c Si vous avez du beurre sur la tête , 
n'allez pas au soleil : il fond et tache. » 
Voyez les Voleurs de Vidocq, tom. 1", 
pag. 16. 

BEUBBtEBy S. m. Banquier. 

Dans le sens que beurre a dans l'argot, 
ce mot vient sans aucun doute du pro- 
verbe : Quand on manie le beurre, on a 
les mains grasses, qui signifie que quand 
il passe beaucoup d'argent par les mains, 
on en a toujours quelque bénéfice. Voyez 
le Dictionnaire du bas-langage, tom. I*% 
pag. 168. 

Beuglait, s. m. Bœuf. 

BiBLOT, s. m. Outil d*arti$an. 

BiBoif, s. m. Vieillard. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



45 



BicLiB, T. a. Voir. 

Ce verbe, qui faisait partie de Targot 
des brigands d'Orgères S vient^ à n^en 
pas douter^ de notre verbe bigler j qui 
signifie regarder en louche. 

BiDBT, s. m. Moyen de correspondance 
dont se servent entre eux des prison- 
niers habitant le même bâtiment^ mais 
séparés les uns des autres ; alluaon au 
bidet qui porte le courrier. 

BiDOCHs^ s. f. Bourse. (Toussaint le 
Mulâtre, tom. 11^ pag. 87.) 

Bna, V. n. Aller. Lat. via. 

Je m'en ^iVraj devant, 

Tant que pick pourront soustenir. 

Le Mûtere du met Testament par per- 
sonnages joué à PariSf etc. A Paris , 
par maislre Pierre le Dm pour Geof- 
fray de Mamef, s. d., in-folio, feuil- 
let .ccc. ▼", col. i.Dela Mort Tha- 
res et Bagathaa. 

Vifitoadia... commeDça à piquer de la botte et 
àaner du talon à sa jument , et vie, regardant s'ils 
le nrivoient {Propos rustiques et facétieux de 
Noël du Fail, cbap. x.) 

HaiS; suivant toute apparence^ vie est 
\à un adverbe^ comme dans deux autres 
phrases, qui sont des italianismes^ : 

... Maistre Pierre... monte à cheval sur sa ju- 



ment, et va vU avec des bottes et ses espérons. 
{Les Contes et joyeux devis ùe Bonav. des Pe- 
riers , nouv. XXV.) 

Le lendemain, elles le mirent dehors de bon ma- 
tin, et s'en va vie. (/6td., nouv. LXVI.) 

Bouchet et Oudin ^ donnent le même 
sens à ambier, qui a maintenant celui de 
fuir. David Ferrand se sert de ^embiar- 
der, pour s'enfuir : 

Ch'ez trop d'estat, enfans i la Caniere, 
Recheignez-vous de vostre devantel ; 
Car quelque fol ayant fait grande chère. 
Vous pourret bien bailler su le muzel. 
Pis s'embiarder comme une levriere. 

La Imictiesme Partie de la Muse normande, 
édit. de M. DC. LT., pag. 142. 

BiFFiN^ s. m. Chiffonnier. 

Autrefois fy fy, terme de mépris an- 
cien dans notre langue ^^ ou /|/î, avait la 
signification de gadouard, de vidangeur : 
on le voit par deux ordonnances , Tune 
du roi Jean 3, l'autre de Henri IV * ; à 
quoi il faut ajouter un passage de Ra- 
belais 6, deux vers d'une ancienne 
farce ^, les témoignages d'Etienne Pas- 
quier ^ et de Cotgrave, un article du Dic- 
tionnaire comique et un autre du Rabe- 
Ixsiana ». Leroux cite môme le vers sui- 



' Voya la relaUon de P. Leclair, pag. 18, not 2. 
' « Va via, baron, ladro. » etc. VImprompiu de la 

I ie dois faire observer que nous avions aotrefois 

' ^ nos d «ta avee la même siguification : 

I U tains provos le sliit vtoj, 

Une hace pendue au bras. 
I De Blancandm, Bis. de la Bibl. nat. 

n* 0987, foi. 257 recto, col. 2, v. 47. 

E Pus dlzia : « Fia a Tolossa salvar. « 
E raaltie *1 respoodia aenes tôt demorar : 
« Tncbos, vr a Mendavia, » etc. 

Histoire de la guerre de Navarre^ par Guil- 
laume Anelicr, pag. 2S2, v. 250a. 
I Chàesfi via fora las gsytas e la torrers. 

I ihid., ▼. sosa. 



> Seconde Partie des Recherches italiennes et fran- 
çaises, pag. 21, coi. I. 

a Voyez le Glossaire de du Congé, tom. m , 
pas. 281, col. 1. 

^ De Vestai des vuidangeur» appeliez tnaisirvsflfl» 
tu. UY d'une ordonnance de février 1S50. (Recueil 
des Ordonnances des rois de France de la troisième 
race, t. Il, pb S77, 578; Colleciion des meilleurs 
dissertations, etc., par M. Leber, t. XIX, p. 521.) 

4 Encyclopédiana, Paris, Paulin, 1845, grand in-8*, 
pag. 258. 

& « J'eus nng aultre procès bien ord et bien sale 
contre maislre P^ el ses suppostz, à ce quMlz n'eus- 
sent point à lire clandestinement les livres ds sen- 
tences de noyt, ■ etc. [Pantagruel, llv. II, ch. xvn.) 

6 Jncien Théâtre françois, publ. par M. "Viollel le 
Duc, tom. II, pag. 151. 

- Les Recherches de la France, liv. VIIT, cil. xxvi. 

<i CEuvres de Rabelais^ Paris, Louis Janet, 182S, 
in-8*,tom. ni,pag. 601. 



4i DICTIONNAIRE D'ARGOT. 

vant, dont il n'indique pas et dont j'ignore | tout à l'heure. Voyez le Mystère de saint 

l'auteur ; Cresinnet saint Crepinien^ publié... par 



Bon vespre, mestre^, curaire de latrines '. 

Il eût peut-être mieux fait de donner 
ce passage : 

On ne Toiit pasaeroit que pour un elietif tour- 
nebroche, ou un rtnsegodet, oo marmiton de la 
gadonarde, eoasine de messer>l>l. (Les Après^dis- 
nées du seigneur de Cholieres, édit. de ]â88, 
folk) 237 f erso.) 

On comprend que le môme nom ait 
étédomié à une classe d'industriels dont 
le métier a tant d'analogie avec celui des 
/ifisf seulement^ au lieu de redoubler le 
monosyllabe y on le fit précéder du mot 
biSf qui indique ce redoublement. 

On lit dans la Bible Guiot de Prtwins, 
V. 2582 : 



L. Dessalles et P. Cbabaille. A Paris, 
chez Silvestre, MDCGCXXXVIj in-8^ 
pag. 180. 

BiGOBNB^ s. m. Argot 

Ce mot 9 qui incontestablement estfor^ 
mé du latin bicomist a servi à désigner 
bien des choses^ entre autres un monstre 
sur lequel il existe une petite facétie du 
quinuème siècle ' ^ et un animal fantas- 
tique qui erre encore la nuit dans les «h 
virons de Tcmnay-Charente^ ou plutôt 
dans Pimagination des paysans de la 
Saintonge *. On comprend que les aigo- 



Fisicien sont apelé , 
Sanzyf ne sont-ii \wi nommé: 
Por ce a yf ou commeneement 
Por le vilain definemeiit; 
De/ doit tote lor huevre eslre, 
Et défi > doit fisique nestre. 

Fabliaux et contes^ édit. de Méon, 
tom. n.pag. 390. 

Dans un mystère du quinzième siècle, 
un démoniaque, entre autres propos in- 
cohérents, prononce /y quatre fois, après 
avoir dit deux fois un mot sale qui se rap- 
porte à l'une des matières manipulées 
par les industriels dont nous parlions 



> IHciùmnairt comique, elc. édit. de Pampelune. 
M. DGCC. LXXXYI., In-S*. pag. 51«. 

> On sait que ee mot désiipiaU une sorte de maladie ; 
oeoK qui en étalent atteints s'adressaient à saint Fia> 
en. Voyei le Glossaire de du Gange, au mot Ficus, 
tom. Ul, pag. 280. ool. S; et les remarques de le Ou- 
ehat sur le cliap. ii. liv. U, de la ConfeuUm de Sancy. 

L'expression proverbiale /aire la figue ^ dont tout 
le monde ooonait le sens, vient originairement de là. 
On la trouve déjà dans la Bible Guiot de Provins 
V. aM. {FabL et contes, tom. Il, pag. Slà.) Voyez 
encore le Glossaire de du Gange, tom. lU. pag. 279, 
col. t, au mot Ficha, n* 2. 



' Bigorne qui mange tous Us hommes guifinU U 
commandement de leurs femmes, réimprimée par 
Siivestre en ISàO, In-IS; elle porte» sur le recto et le 
verso du Utre, une gravure en bois passablement 
grossière, qui représente un animal impossible, ao- 
quel Je voudraiÉ, pour rhooneur de son nom, voir 
une belle paire de cornes. 

On trouve également le portrait et le Diet de Ut 
Bugome sur les murs du château de Ytlleneuve, 
bâti par Rigaud d'Aureille, maître dliôtel de Char- 
les VII. Le texte y présente de grandea dlfféreocei 
avec l'Imprimé, et il est suivi, entre autrea, du Dict 
de la Chiche Face. 

. 11 y a, dans A Select Collection o/old Plags, elc 
(London : Septimus Prowett, M. DCCa XXVII., 
In-s"), vol. XIL pag. 30f.do4,uneanclenMpièoeaB- 
glaise qui porte le titre de Chichevache and BgeorHc, 
Ce dernier nom se rapporte à une autre béte Imagi- 
naire, sur laquelle il existe encore un peUt poCme pu* 
hliépar M. Achille Jobinal, parmi les notes do tom. 1~ 
de ses Mystères inédits, pag. 990. SOI. On Ut dans la 
Fie de sainet Chrisloj(fte, sign. G iU recto, ool. 2 : 
Ta, que tu soys confondu, 
Orde, sanglante chiche face! 
» Voyez LeUres historiques, archéologiques et lU- 
téraires sur la Saintonge et sur CJunin, ... par R. P. 
Lessoo. La Rochelle, typographie G. Mareschal, IStt, 
in-8*, pag. 2àl-2(k7; f\ le Monde enchanté, tAc., par 
M. Ferdinand Denis. Paria, chei A. Pournter, IMS, 
in-S2, pag. 2S5. 

La bigorne était on animal connu en Italie: du 
moins Je lis dans la seconde Partie des Recherches 
d'Oudln. pag. 55, col. 2 : « Bigorne, animal feint; la 
biligomia. ■ . 

Pris au figuré, ce nom est devenu le synonyme de 
mensonge, ébJahU : 

LB GENTIL BOHIIB. 

Page, vien çà. Qui me bailla 
Ce cheval, qui est à ma femme? 



F 



DICTIONNAIRE IVAR60T. 



47 



liers^ pour qui la police éUdt une bète 
Doire, nom qu'au reste on lui a donné S 
raient distinguée par un mot qui empor- 
tait arec lui l'idée d'épouvantail ' . 
I Mais comment bigorne, après avoir été 
! employé comme synonyme de guet, de 
police, par ceux qui redoutaient cette 
ii»tituti<Mi, en est-il venu à signifier la 
langue qu'ils parlaient? Cela est arrivé 
I par suite de la suppression des mots qui 
lui donnaient ce sens : ainsi^ comme 
nous raiq[)rend un passage que nous 
afODs déjà cité à propos des archisup- 
pdts de rargot, on désignait ^jargon à 
romcailler Irigome, ce qu'il suffit main- 
tenant d'appeler bigame tout court pour 
être compris. 



LB FACE. 

Se ftut le roy . monssteor, mon ame! 
GoBBcy balHe de là hi^ùme! 

^aree joyeux à .11. penonnaget^ ^est à 
tçBVoir oog Gentil homme, son Page 
lôiael d«Yyenl laqpès. pag. 12. {Recueil 
de/oroet, utoralitéi ei amnoiM joyeux ^ 
etc. Paris, chei Tecbener, 1857, in-8«, 
tom. !•'.) 
< Dans la deux jâHeguhu, act III, se. 0, i>leriot, 
biiMit allQsloo an commissaire et anx archers, dit : 

Quoi ! raspect de la Mte MOMv 
Anroit-il pa de ta mémoire 
Eflacer ton ami Pierrot ? 

Le Thééire italien de Gherardi, tom. IH, 
pag.819- 

' Cest dans ce sens qne le seignenr de Cholieres 
teoe le nom de bigwnuê à de Tlellles femmes dé- 
tnoefaéfs. Voyes sa V« matinée. Tai encore entendu 
«ployer ce mot dans ce sens, da moins dans nn sens 



nooi ne saTons pas an Juste celai qa*il faat attri- 
taer à H^cme dans le passage solvant : 

Eila SQ vin IroobUy me monUt à la corne , 
Etéepis no me pat aver de may reion. 
'«iCet, qui ffl'entr'oolt appeler Diea bigorne^ 
ITcnleire, et me plaqait tout dret dans ma meton. 
Qumtnemme PorUe de la Mum nofmande^ 
pac85. 
On trooTe daçome, pour vieille^ dans les Histo- 
neUei dt Tailemami deêSéaum^l** édïUiom. lU, 
PH- 218. Ce mot ne serait-il point daronne rapproché 
dcNMnwi» 



Ce qui me confirme dans cette expli- 
cation de la signification primitive de ce 
mot^ c'est que les sergents de ville étaient 
encore désignés en 4841 par le Boim- 
quet de bigamaHx \ 

n n'est peut-être pas sans intérêt de 
savoir que les soldats d'infanterie de 
marine sont appelés par ceux des batail- 
lons terrestres bigomiaux ou bigre- 
niaux, ce qui occasionne en plus d'une 
circonstance un grand débit éè coups de 
sabre et de fleurets démouchetés; et 
qu'à Cherbourg et dans d'autres pelrls^ 
on donne le nom de bifomeanx à un co- 
quillage univalve^ espèce de limaçon de 
mer noirAti*e^ appelé aussi bigorne, vi- 
gneau, pilau^ bihou, guignette, etc., se- 
lon les localités*, limaçon qui s'attache 
aux rochers découverts à marée basse et 
à la coque des vaisseaux. Pour trouver la 
raison qui a fait donner ce surnom à ces 
mollusques, il suffit de se rappeler leurs 
cornes. Quant aux fantassins de marine , 
n'auront-ils point été nommés ainsi par 
les matelots, à cause de leur inaction 
dans les instants de calme? 

Voyez Arguche et Entrever. 

BiooTTEB, V. a. Prier. 

BiJouTiBR, ÈBB, s. Marchand, mar- 
chande , d'arlequins. Voyez ce mot« 

BlJOUTIBR BN CUIB, GBAVBUB EN CUIB, 

S. m. Savetier. 

Du temps de Louis XIII, orfèvre en 

cuir avait cours, avec le même sens, 

parmi le peuple : 

... Il appartient., ani MTetiers, vulgairement 
appelés orfèvres en euir^ (d'escrire) de ce qui dé- 
pend de rhonorable savaterie. (Les nouvelles ei 
plaisantes Imaginations de BruscanUHie , édit. 
de M. DC. XT. , folio 198 verso.) 



< De» Dangett de la prottitution, pag. 39. 
* Dictionnaire de marine à voilei, pag. 101. 



48 



DIGTIOUNAIRE D'ARGOT. 



▲steure k chacun à sa chervelle 
ProDostiquanl sus zun sujet aintel , 
Vechy Buquet , un couseux de semelle , 
Orfèvre en euir, fils de la grand Nouelle» 
Jadis passé docteur à su ponchel. 

Première et seconde Muse normande, p^ 24. 

La soppermillificoquentfeuse feste du Tillagede 
CaraiNini deraogeaye en su petit mot, qui sera don- 
nay à Girome Coquelivene, yeucolier estudiant à 
la claflhe de la cliinquiesme, demeurant queu nn 
or/^re en c«trnommayGriugoire.(Dir-netf/îe5ffie 
Partie de la Muse normande, 1644, pag. 319.) 

Voyez encore les Curiosités françaises 
et les Recherches françaises et italiennes^ 
au mot Orfèvre. 

Bille , s. f . Monnaie. 

Le tour ne serait bon sans bailler la couleur; 
Et si par adventure elles n'ont point de tii/e 
Qui les conlraiut d'aller en gaigner par la ville, 
Avant que cheminer il fauU sçavoir qui est 
Celuy qui les demande et tient le disner prest. 

Deploration et complaincte de la mère Car- 
dine de Paris^ etc. , à la suite de V Enfer de 
la mère Cardine, etc., réimpression in-8<>, 
pag. 52. 

URB4IN. 

Je le feroift bien Toirement ; mais je ne yeux 
qu'il face rien pour rien. 

RUFPlIt. 

Doua voilà d'accord : çà de la bille, 

(Les Esprits, comédie de Pierre TArrirey, 
actifs se. 3.) 

BONIFACB. 

Aft-tu |>a8 eo de la bille? 
{LeMorfbndu, comédie du mémci act. Y, 8C 7}» 

Ces instrumens 
Auraient esté les vestemeus 
Du mesme peste de soudrille 
Qui a sceu dénicher la aille 
De ce coffre, etc. 

Description de la ville d Amsterdam, 
mardi, pag. 104. 

Han , je suis bien en soin de tou staffere ichy, 
Car Nicolle Junon me promet de la bille, etc. 

Jugement de. Paris ^ etc., en I été de \ Inven- 
taire général de la Muse normande, p. 31. 

Nous avions aussi le mot hillon, qui 



avait cours dans toutes les acceptions que 
reçoit aujourd'hui le substantif numnaie : 

Je Taleve bien sans assai, 
Ne sans envoyer au hillon. 

Le Dit dou Florin, à la suite des Ckta- 

niques de sire Jean Froissarty édtt. 

du Panthéon littéraire , tom. III, 

pag. 504, col. 1. 

Vous en verriez establies 

Aux changes pour connesiablies. 

Et pour porter fondre au billon. 

Ibid,, pag. 505, col. 1. 

Il n*a tente ne pavillon 

Qu^il n'ayt laissé a ses amis; 

Et n*a plus qu*ung peu de bitton, etc. 

Le Petit Testament de Villon, v. 317. 

Enfans, haillon 
Force billon 
Pour conquérir telle pourprise, etc. 

Les Poésies de Guillaume Crétin , 
pag. 163. 

Puis que tu as desjà veu nos richesses et dos 
thresors... et combien nous avons d'or en billon,.., 
dy-moy lequel de tous les hommes tu estimes le 
plus heureux. {Les Œuvres de Ludan de Samo- 
sale,., traduites... parJ. B. (Jean Baudoin). A Pa- 
ris, chez Jean Richer, in-4°, folio 94 verso.) 

Si je monstroye une masse de plomb , et que 
je disse , « Ce billon d*or m'a esté donné par un 
tel prince,» ou m'estiroeroit un fol insensé.... A.insi 
quand on nous dit , « Voila queGaudefroy de Bil- 
lon a envoyé par deçà, » etc. {Traité des reli-^ 
ques , etc. , par Calvin. A Genève, par Pierre de 
la Rovere, M.DCI., in-: 2, pag. 46.) 

Furetière , parlant des éloges de com- 
plaisance, qu'il compare à ime monnaie, 
fait dire à l'un des personnages de son 
Roman bourgeois a qu'elle est aussi de- 
criée que toutes les espèces légères qu'on 
a ordonné de porter au billon. » Voyez 
rédition de Nancy ^ Jean-Baptiste Cusson, 
M. DCG. XÏIL, in-8% pag. 3i2, 313. 

Porter au billon^ dit Oudin , portar alla 
zecca. Voyez la seconde Partie des Re- 
cherches italiennes etfrançoises, pag. 56, 
col. 1. 



i 



• DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



49 



Les Espagnols avaient aussi et ont tou- 
jours le mot vellon, sur le sens duquel 
un de leurs savants s'est étrangement 
méprisa 

De billon sont venus les mots billon- 
neur et bilUmnv, que Von rencontre 
souvent dans les ordonnances des rois de 
France relatives aux monnaies : 

Qoe Dolx bUUmneurSy Ubietien, mereiers er- 
nais, qni orfevrez ne soit , ne se puissent mesler 
de tendre ne acbeler aucunes choses d'or ne d'ar- 
{^f, si ce n'es! poar billoii, ne affiner, se il n'en 
scongié et lettres du roy, ou des généraux mais- 
1res des momoies ; et se aucunsdes dessusdits soit 
tromé Cwant le contraire , que lesdils niestres 
poifsent toot depeder, et en? oyer è la monnoye 
pour biUott. (Statuts des orfèvres de la ville 
de Paris ^ donnés par le roi Jean en août 1305, 
art. 14; Ordonnances des rois de France de la 
/roiiiÀne race, tom. lll, pag. 13; Recueil des 
mtUSêurs dissertations y elc., par M. Leber, 
ton. XO, pag. 855.) 

Qae nnlz... ne s^ntrenoecte de faire courretaige 
d*or, d'argent ne de nul billon, quel qu'il soit, ne 
de Ulkmner en l'ostel, ne dehors, ne porter 
Idiletles parmy ledit royaume. (Ordonnance de 
I3à6,art 2; dans les Ordonnances des rois de 
fronce, etc. , tom. III , pag. 90.) 

Nous nous bornons à ces exemples; 
ceux qui en désireraient d'autres^ pour- 
ront recourir à la table des matières , au 
mi BilUm. 

Rabelais a donné le nom de billonneurs 
va fabricants de fausse monnaie^ qui 
phisanciennement avaient reçu celui d'ar- 
fineurs. Une lettre de Jacques Ckeur, peu 
connue^ nous montre un receveur des 
comptes ayant des accointances avec des 
orgmeurs, a par le moyen desquels fai- 
soit escus d'arginiies, lesquels employoit 
au payement des gens d'armes, ainsi que 



*• Veujoh ô Villon. Lo mismo que plala para 
snittr. • Dicdonario de anHgûedade$ dcl reiuo de 
ymitm^ poff D. ioié Yangnas y Miranda. Pamplona, 
ttM, m-ÊT^ ton. III, pag. Mft. 



des lingots qui sembloient d*or, mais qui 
n'estoient que du laiton doré, n 

Avant de dire adieu au mot bille, je 
croîs devoir faire remarquer qu'on l'em- 
ployait autrefois dans le sens de nombre, 
de multittkk : 

Si tuèrent le cappitaîne , 

Et d'autres Angloys belle liile. 

Les YigiUes de Cbarles TII. (Les Poé- 
sies de Martial de Paris, édit de 
Cousteller, f partie, pag. 32.) 

si vindrent à une bastille 
D' Angloys et de Portingaloys, 
Où là en mourut belle bille. 
Car de cent n*en escbappa troys. 

ibid., pag. iI9. 

De constilleurs, cranequiniers, 
Des gens du pays belle ^Ue, etc. 

Ibid., pag. 196. 

BiiLB (Se passer de). Ne pas recevoir 
sa part d'un vol. 

BiLLBMONT^ s. m. Billet. 

BiLou, s. m. Parties sexuelles de la 
femme. Voyez Bi$. 

BiNELLB^ s. f. Banqueroute. 

Il y a ici allusion à l'expression faire 
binet, qui signifie encore achever de brû- 
ler un bout de chandelle ou de bougie, 
ou^ comme dit Oudin, qui signale cette 
locution comme vulgaire^ attacher un pe- 
tit bout de chandelle sur le bord d'un 
chandelier ^ 

C'est trop escrit, c'est trop, cber infidelle ; 

Il faut finir avecques la cbandelle; 

Tdjfait binet pour me rendre en ce lieu , 

Il va s'csteindre, il tombe, il meurt; adieu. 

Epistre à monsieur le baron de ri/larnoul, 
à la fin. {Les Œuvres du sieur de Saint- 
Amant , etc. , édit. de M. DC. LXf. , 
in-12, pag. 304.) 



> Curiositez /rançoisea.m mot Binet. Voyez aussi 
la seconde Partie des Recherches italiennes ei/rau- 
çoiseSf pag. 50, col. 2. 



oQ 



DICTIONHAIRE D'ARGOT. 



£!le (madame Gorniiel) disoit que Sançuin, le 
médecin, faisoié binet do M. le duc d'Elbeuf, 
parce qu'il le fsisoit vivre par miracle après son 
apopletie. (Ui Historiettes de Tallemani des 
Féaux ^ édit. in-lS, tom. IX, pag. 56.) 

Semblable au binety ou bhile4oui, ou 
plutôt à celui qui s*en sert^ le binellier 
(banqueroutier) ne rend rien de ce qu'on 
lui a confié. Le plus souvent il n'arrive à 
faire binelle qu^après avoir brûlé la chan- 
delle par les deux bouts. 

BiNBLLiRB^ s. m. Banqueroutier. 

Au xvi* et au xvii* siècle , on em- 
ployait le mot saffranier ou saf (renier 
dans le même sens, et l'on disait aller 
au saffran pour faire banqueroute, 
comme saffraner pour ruiner, et estre 
au saffran, estre réduit au saffran, pour 
être ruiné, être misérable: 

Ce D'est pas toaf ; car nostre roy Charles, qui 
avoit tant de debles sur les bras... estolt au tapis 
et au safran sans ceste bonne guerre. { Hommes 
illustres et grands capitaines françoU^ ch. xx : 
M. Tadmiral de Cliastillon ; iiarmi les Œuvres de 
Brantôme, édit. du Panthéon Ultérairey tom. 1*% 
pag. 461, col. 1.) 

... La pauvreté luy aUoit saffraner, tout ainsi 
que la barbe, le reste du corps. (Le Divorce sa- 
tirique, à la suite du Journal de Henry lii, 
tom. r*, l'« partie, pag. 199.) 

... U me fera tant de bien que je ne seray jamais 
réduit au saffran. ( Mémoires des sages et 
royalles (Economies d'Estat, cliap. lxxxiy ; édit. 
aux VW Terds, tom. i*, pag. 403.) 

Le plus gueux , le plus saffranier, * 

Tant qu'il luy reste un seul denier. 
Jusqu'à rinfini recommence 
Une trompeuse expérience. 

Le Fayage dt Mercure , satyre , etc. 
Paris, chez Louis Cbamhoudry, 
M. DG. LIU., in^% liv. m, pag. 72. 

Je me snisTu d'écolier, ronseiller; de conseiller, 
ambassadeur; d'ambassadeur, saffranier; de sc^f- 
franier, matois. (La Cor^ession catholique de 
Saneg, Ut. l*', cbap. x.) 

Voyez encore la Satyre Ménippée, ha- 



rangue de Monsieur de Lyon (édit. de 
Paris, M. DCGC. XXL, tom. !•', pag. 424), 
le Dictionnaire de Cotgrave, les Recher- 
ches françaises et italiennes j et les Curio- 
sitez francmes^ aux mots Aller au saf- 
fran^ Saffran et Saffranier. 

Ce nom vient probablement aux ban- 
queroutiers de ce qu^on les assimilait aux 
traîtres, dont, comme chacun sait, on 
peignait la maison en jaune safran. 
L'hôtel du Petit-Boiu'bon fut longtemps 
stigmatisé de cette couleur infamante, en 
souvenir de la trahison du connétable. 
Voyez les Vies des grands capitaines 
estrangers, par Brant^kne , chap. xxviii 
[Œuvres complètes , pag. 77, coL i) ; 
VHisloire et recherches des antiquités 
de la ville de Paris, par Sauvai, liv. IV, 
pag. 25, 26; et les Historiettes de Talle- 
mont des Réaux, édit. in-12 , tom. I", 
pag. 427. 

BiPfBTTB, S. f. Le peuple n'appelle pas 
autrement une tête : « Quelle binette! 11 
a une drôle de binette , d etc. L'étymo- 
logie est ici facile à trouver. Le perru- 
quier de Louis XIV s'appelait Binet , ou 
le voit par ce passage du Livre commode 
des adresses (4691), que M. Edouard 
Fournier a reproduit dans son article de 
r Illustration, intittilé l'Almanach des 
adresses sous Louis XIV ^ : aM« Binet, 
qui fait les perruques du Roy, demeure 
rue des Petits-Champs, n Les perruques 
sorties de sa boutique s'appelaient bi- 
nettes; Saignes le dit positivement dans 
son livre De Paris ^ des mœurs ^ etc., 
Paris, Dentu, 4813, in-8% pag. 352 : 
a ... les médecins, les docteurs, les magis- 



' N» du 19 Janvier 1S50, pag. 47. Cet lntéres.<iaDt 
arUde a été reproduit dansleParit démoli du même 
auteur. (Paris, ISSft, in-12, pag. 15-68.) 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



51 



trats s'aperçui'ent qu'une binette donnait 
de la dignité^ indiquait la science , et en 
imposait à la multitude... d Or, désignant 
ainsi une perruque, binette désignait aussi 
la tête : il n'y a pas si loin de l'une à 
Tautre; de là le mot populaire. 

BiQui ET BOUC; s. m. Hermaphrodite. 

BiBBASSB, s. f. Vieille. 

La barbe, mot que l'on prononce berbe 
dans le sud-ouest^ à Saintes^ à Rochefort^ 
est l'attribut que l'on prête le plus habi- 
tuellement à la vieillesse. Sous Louis Xin, 
CD appelait barbasse une barbe laide et 
mal peignée ', comme est celle qui ac- 
compagne fréquemment la figure des 
vieilles fenmies. 

Ce qui a dû inspirer l'idée de changer 
en i la première voyelle de ce mot, c'est 
sans doute que les Italiens avaient déjà 
birba, dans le sens de gueuserie^ de ^na- 
liée. Ils avaient aussi barbeggia^ dans le 
sens de vieille baveuse, de radoteuse gui 
a de la barbe ; ce mot ne s'emploie plus 
aujourd'hui que pour désigner une sorte 
de chenille velue. 

BiBBAssKRiE, S. f. Vieillerie. 

BiRBB,s. m. Vieillard. 

BiBBE-DiBE, S. m. Grand-père. 

BiBLienii , S. m. Jeu des dés et co- 
quilles de noix. 

Bis, s. m. Parties sexuelles de la 
femme. 

U belle fi]le entre les bras, 

Et rirer le bis à plaisance, etc. 

Farce.., de foile Bobance^ etc. (Ancien 
Thédtre/ran^ois, publ. par M. Vi«1let 
le Duc, tom. II, pag. 377.) 

Ce mot pourrait bien venir du bohé- 



' Toyaa les Hùtorieilet de Tallemant des Réattx, 
é<ht 10-12, tom. IV, pag. 119; et le Cabinet saty- 
riqitt, édit de lOM, pag. 2S2. 



mien beo, qui a oBtIe signification, en 
même temps que celle de prison. Voyez 
The Zincali^ tom. II, pag. * 12. 

Ne serait-ce pas le même mot que Ra- 
belais met fréquemment dans la bouche 
de ses personnages, quand il les fait s'é- 
crier vray bis, comme dans l'ancien pro- 
logue et aux chapitres vi , lxix et l de 
son rv* livre? De plus, le mot bissae, 
employé dans la V* matinée du seigneur 
de Cholieres , ne viendraii-il pas de M< , 
dont il a le sens? 

Quoi qull en soit, le Jargùn donne 
bilùu avec la môme explication : je n'hé- 
site pas à croire que c'est le mot bis avec 
l'article provençal lou transposé. 

Enfin, il existe un ancien mot français 
qui appartient à la même famille; je veux 
parler de grobis^ qu^on lit dans ce pas- 
sage du Mistere de la passion Jesu-Crisi, 
se. De la Chananée et de sa fille : 

Or, je TOUS demande, mes dames, 
Qui vous Goucberoit sur ung banC| 
Seroit-ce tout ung, bis ou blanc; 
Mais qu*on vous serrast près de l'ayne 
Deux ou troys picotins d*aveine 
Pour repaistre vostre grobis ? 
Bien, bien, proficiat Tobis ; 
Cest bon mesiier quant on s'en vit. 

Édit. de Yerard, 1490, folio 4 verso, 
eoL 2, de la signature g iiïL 

Voyez River. 

BisARD, s. m. SoufRet de cheminée. 

Chacun fait le bitord. 
Portant la queue du regnard. 

Thresor de sentences dorées^ etc., par 
Gabriel Meurier. A Rouen, chei 
Nicolas Lescuyer.M.D.LXXVUI,, 
petit in-12, pag. 49. 

BiscÀYB, S. f. Bicétre. 

Cet hospice, dont la destination est 



M DICTIONNAIRE D'ARGOT 

bien connue, ne doit pas^ comme on 
pourrait le croire , son nom d'argot à ce 
quMl a de commun avec celui de la Bis- 
caye. II est certain qu'autrefois cette 
province avait une détestable réputation ; 
on le voit par ce passage du grand Dic- 
tionnaire historique de Moréri : a On 
donne aujourd'hui le nom de Bohémiens 
aux Biscayens et autres vagabonds qui 
courent le monde , et qui se mêlent de 
dire la bonne aventure au peuple igno- 
rant. » Art. Bohémiens. 

BxsTOUBNBj s. m. Cor de chasse. 

Gomme on le sait^ bestouméy dans no- 
tre ancienne langue, signifiait mal tourné, 
renversé, et servait à désigner l'église 
Saint-Benotty à Paris, parce que, con- 
trairement à Tusage universel, le mattre- 
autel était tourné vers Foccident, au lieu 
de l'être vers l'orient. 

Dans la première journée du Mistere 
de la passion Jesu-Crist, joué à Paris 
et à AngiêrSy scène de la Mutation de 
l'eau en vin, édit. de Verard^ folio signé 
e % recto, col. I, saint Jean dit à Archi- 
triclin: 

Mais yous betournès l'ordre toute , 

Car TOUS avez au derrenier 

Senry meilleur vin que au premier. 

Blasub, s. f. Verbiage, jactance. 

Ce mot, aujourd'hui bien connu et gé- 
néralement répandu, ne figure pomt en- 
core dans le Dictionnaire de l'Académie, 
et je le regrette; car il est en outre bien 
fait. Quoi de plus semblable, en effet, à 
une vessie gonflée de vent qu'un dis- 
cours pompeux et vide? 

M. de Balzac, qui en voulait aux jour- 
nalistes, leur attribuait, sinon la pater- 
nité, du moins l'usage habituel de ce 
mot: 



Lonsteao, Merlin et Finot prirent alors ouverte- 
ment la défense de ce système, appelé, dans t'arKot 
du journalisme, la blague. {Un grand homme de 
province à Paris, chap. xYx;tom.Il, pag. Iâ3.) 

Blague a tabac, s. f. Mamelle flasque 
et pendante. 

On a dit aussi besace, dans le même 
sens : 

Cependant vous vous ajustez. 

Et vostre gorge aux libertés 

Semble faire encor des menaces; 

Mais chaque jour nous regrettons 

Qu'il n'en reste plus que les traces. 

Et que vous ayez des besaces 

Où vous avez eu des te tons. 

La Fieille amoureuse, st. viii. {^Poé- 
sies de Chevreau, A Paris , chez An- 
toine de Sommaville, M. DC LVL, 
in-8% pag. 150.) 

Blaischb^ bleschE; s. m.' Petit mer- 
cier^ colporteur^ et par suite vagabond^ 
gueux. 

Ce mot^ qu'on trouve dès les premières 
lignes de la Vie généreuse des Mattois, 
passa plus tard dans notre langue avec 
le sens de trompeur , d'homme de mau- 
vaise foi : 

Le plus difficile est que les mandarins et lettrés 
usent de jargon comme les blaisches , tellement 
qu'ils ne s'entendent pas souvent eux-mesmes. 
(Chronologie septénaire, etc. A Paris, par Jean 
Riclier, M. D.CV., in-8% ann. 1604, fol. 442 
verso.) 

t^our cinq sons , j'ay un diamant , 
Un carrocbe et une litière, 
Deux marmousets et un rieur, 
Un trompeur enrichi d'un blesehe , 
Un chicaneur et un pipeur, etc. 

Les joyeux et attristez par la biaiufue. 
{La Gazette. A Paris, jouxte la oop* 
pie imprimée à Rouen par Jean Petit, 
1609, in.l2, pag. 67.) 

Et pois, monsieur, je ne sais pas ce qne c*est 

que de f^ire le blêche ; tous me donuez quinze écus 

I par an , j'aime mieux n'en gagner que dix et être 

I votre gendre. {,La Coquette ou r Académie des 



I 

i 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



53 



âamn [l$9l], act II, m. 7 ; dans U Théâtre Ua- 
lun de Gherardi, tom. Ul» pag. 122.) 

Comme Ta fait remarquer Huet^ bUs- 
chê vient bien de blas, bloc, blaeque, qui 
signifiait autrefois valaque ^ 

Ettachiét... qiie tout li Grieo... li firent feuté... 
fort leuleomt Johano» li rois de Blaquie et de 
Borgberie. Cil Joliannis rstoit unBBlas qui s'estoit 
itfeléK contre son père et contre son oncle. (De la 
Cwqwestede Constantinoble, par JofTroi de Vil- 
lehaidoaÎD et Henri de Vatenciennes , édit. de 
M.Parii. k Paris, chez Iules Renouard, 1838, in-8S 

Et quant ils Tîndrent devant Andrenoble,... si 
tircatles bannières Jobannis le £/ac seur les murs 
eliear les tois. (ibids^ pag. 115, S cxtu) 

... aonvielles li vinrent qoe Comain estoient 
CBtré en sa terre et Blachois. (Ibid. , pag. 170, 
Su.) 

The kinff of Hungri and of B/aske. 

jirdmr and MerUn, édit. de Turnbull, 
pag. 166, ▼.4485. 

Huet, après avoir invoqué deux auto* 
ritéspour établir que les Valaques étaient 
de fort méchantes gens ^, voit dans la 
mauvaise réputation de ce peuple l'ori- 
gine du mot blesche; je crois qu'il est 
dans rerreur» et voici comment j'expli- 
que ce terme. Les colporteurs qui sillon 
naient autrefois la France encore plus 
qu'aujourd'hui , étaient pour la plupart 
des Bohémiens, venus le plus souvent de 
la Valachie, où l'on en trouve^ dit de 
PeyssonneP, une prodigieuse multitude ; 



' Dkimnnaireetffmologiquêfédil de Jault, tom. I*% 
P^'SO, col. 2. Quant à Ménage, après avoir dit que 
Utùeke t'employait dans le sens & homme de peu de 
«mte. Il aJOQte : « De p)ÂÇ, qui sIgoUie stolidus, êu- 
^nti, iiêert. • Voyez le même DIcUonnairp, pag 200, 
«4- 1. a. Giois. med. et i^f. latin., tom. I, pag. 700, 
«A 1, f Bios. 

' Voyei FroissaH, llv. IV, chap. lxxxi et Lixxiii. 

^ Obtervatùms hisioriquet et géagraphiquet iwr 
lt»pnple$ horhareê gui ont habité le» bord» du Da- 
*»k H duPont'Susm, Paris, 1705, in-a% pag. 111, 

«t^clG. 



cela est tellement vrai que nos ancê- 
tres disaient le Bohême pour le marchand 
de vieux Itabits : 

Soit qu*au Boesme^ il te revende, 
Soit que pour servir d^une offrande 
Tu sois en lialie porté, 
Estendart de nouvelle bride, 
Rendant en Thonneur de la ligue 
Aux picorcurs la liberté. 

Satyre sur le pourpoint ttun courtisan, 
par le sieur de Sigognes. (Le Cabinet 
satirique, édit. de Paris, 1634^ in-S*, 
pag. 429.) 

Les Espagnols ont un mot qui me pa- 
rait^ comme à Huet^ frère de blesche, et 
dont le sens^ à quelque chose près^ est 
le même. C'est vellaco, bellaco, qui si- 
gnifie maraud, coquin, fourbe. Lazarille 
de Tormes, sortant de chez son premier 
maître, s'entendait dire par les voisins : 
a Tù vellaco y gaUofero ères, busca un 
amoà quien sirvas. n Dans la Satyre Me- 
nippée^ après la harangue de monsieur 
d'Aubray pour le tiers estât, un Espagnol 
a se leva le premier, et dict tout haut : 
Todos loi mataremos estos vellachos. n 
On lit dans une pièce de don Francisco 
de Quevedo : 

En casa de los bellacos , 
En el bolson de la borca , 
Por sangrador de la daga 
Me metieron i la aombrau 

Moxagon preso célébra la hermosura 
de su ita. 

Il ne faut pas manquer d'observer, ce- 
pendant, que ce mot se trouve déjà dans 
les poésies de l'archiprétre de Hita, qui 
florissait vers le milieu du xiv* siècle, 



* le retrouve ce mol dans on écrivain postérieur ; 
mais j*ai de la peine à me rexpllqoer : 

«... espérant plus de fortune dans une maison de 
bohème» et de fantaisies qu*à la cour de son maitre... 
il fit en sorte de se débaucher d'avec lui, • etc. Mé' 
moire» du due de SaintrSimon, ann. 1706, t V« p. 41. 



54 



DICTIONNAIRE D^AKGOT. 



c'est-à-dire longtemps avant l'époque à 
laquelle on fixe comniimément Tarrivée 
des Bohémiens en Europe : 

Eslando en su coyta dixo un cibdadano 
Que lomasen un ribaido , un beliaco romano.... 
Fueron à un hellaco muy grand et muy ardid. 
CoUccion de poesiat castellanas anterlores al 
siglow, etc.,tom. IV» pag. 15, n" 41 et 42 '. 

Nous avions autrefois dans notre lan- 
gue veillac, veillaqvs et veillaqueriey 
qui en est formé : 

Je sçay bien... que détestez toutes ces vieilla- 
queries. (Les Apres-disnees du seigneur de Cho- 
liereSf folio 58 recto.) 

... an pleure-pain» un vieillaque et un taquin. 
(ibid,, folio 67 recto.) 

Il ue se peut dire comnient ce veillac Satan fut 
esbalii. (Les Avantures du baron de Fœneste^ 
Ut. IV, cliap. IX ) 

Il médit qu'il... avoit un regret extrême d*aToir 
joué contre un gueux et un veillaque. {La Vie de 
Pedrille del Campo^ chap. x, pag. 168.) 

Il est si cliatouilleux que plus tost qu*il 

beust telles vieill<iquehes , il ne se pourroit 
jamais tenir que... il ne lui baillast cinquante 
poignaçades dans le cœur. {Opuscules divers de 
Pierre BourdeUle^ parmi les Œuvres complètes 
ée Brant&me, édit. du Panthéon littéraire, 
tom. II, pag. 493, col. 1.) 

Blang^ s. m. Il est fort difficile de se 
rendre compte de la signification et de 
Fétymologie de ce mot, que je trouve 
dans deux anciens ouvrages : 

Brouez-moy sur ces gours passans ; 
Advisez-moy bien tout le blanc. 

Jargon et johelin de rillon, ballade 1, 
coupl. 2. 

AGaiPPART. 

Boyrons-nous plus ? 

BaiFFAULT. 

Quant on vouldra. 
J'ay tousjours mon èlatic à ma tasse. 

Le premier Folume des catlwliques 
Œuvres et Actes des Apostrts, etc. 



' L'éditeur, D- Tomas Sanchez, traduit ce mot par 
oMtuto, taymado, et le dérive de pellax. Voyez Vin- 
dke alfabélico^ même volume, pag. 295. 



(A. Paris.) Ou les vend... par Arnoui 
et Charles les Angcliers frères, Iô4 I, 
in-folio, liv. I*% feuillet .xi. r**, col. 2. 

Blanc (Mangeur de), s. m. Homme 
qui vit aux dépens des filles de joie, qui 
les ruine. 

Autrefois, Ton disait laettrê à blanc 
pour dévaliser, ruiner : 

Sache que dernièrement allant à la picorée... je 
me ruay dans la case d'un pauvre manant, et« bob 
content de Ta voir m» à hlanc^ je violay aa fille et 
sa femme. {La seconde Partie du Courrier poUh- 
nois , etc. A Paris, chez la veufve Jean Kemj , 
M. DC. XLIX. , in-4«, pag. 6 et 6.) 

... ce ne sont donc pas mes gens qui vous ont 
voilé; car ils ne vous eussent laissé aller en «i boa 
équipage que vous estes, mais vous eussent mis 
au blanc, (Le facecieux Heveille-matm des es- 
prits melancholiques t édit. de M. DC. LIV., 
pag. 294.) 

Blanchbmont (Pivois de), s. m. Vin 
blanc. 

Blanchi , ik (Mal), s. Nègre, négresse. 

Blanchisseur, s. m. Avocat. 

Blanquette, s. f . Argenterie. 

Blanquetter, v. a. Argenter. 

Blard, s. m. Châle. 

Contraction de blavard, que l'on va voir. 

Blasé, ée, part. Enflé, ée. 

De Tallemand blasen, souffler, d'où 
blase, vessie (angl. bladder). 

Notre adjectif biaséy qui se dit du goitt 
ou d'un homme chez lequel ce sens est 
émoussé, altéré par des excès, vient de 
blazir, rendre bleu, et, au figuré, yi^/r, 
faner, meurtrir. 

Blavaed, blavb, blavim, s. m. Mon- 
choir de poche. 

Ce nom vient de la couleur de Pétoffe^ 
ordinairement bleuâtre, et paraît em- 
prunté au provençal. On lit dans un an* 
cien ouvrage écrit en cette langue : 

Inclino a blancor e so blavencs, 

I Saphir es peyra blavenca. 

Elue, dû las propr,, fol. 83 et 191. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



55 



BuTimsTs, 6. m. Voleur de luou- 



BiiKjiy DUBÈME^ BÈME, S. iH. Fro- 
mage. 

Le dernier de ces trois mots^ qui pa- 
rait être la racine ou plutôt le point de 
départ des deux autres^ n'a subi^ dans 
sa seconde forme^ d'autre altération que 
l'adjonction 6\e de Tarticle du. 

D'où vient rème ? Peut-être de rame* 
quin, mot par lequel on désigne une 
rôtie de fromage; peut-être aussi ranie- 
guin dérive-t^il de rèîney qui serait alors 
un mot populaire dédaigné par les écri- 
vains 1. 

Si l'on adopte cette dernière conjec- 
ture, qui me semble assez plausible, plus 
plausible que l'étymologie proposée par 
Ménage et déjà rejetée par le Duchat 2, il 
ne me reste qu'à indiquer la source de 
rème. Elle me paraît être la même que 
cdle de rame, dans quelque acception 
que Fon prenne ce mot, qui, quand il 
s'agit d'un aviron, se dit, en italien et en 
espagnol, TemOy et, en parlant de papier, 
risina dans cette première langue, et 
resma en castillan. Nous-mêmes, nous 
avions autrefois rayme dans ce dernier 
sens, conmie le prouve un compte de 
1390-1392 cité par D. Carpentier, au 
mot*ajwfl,n" 3. 



' Aa XIT« el att XV* siècle, les mots rente ^ re- 
«ri, ftmo/, étaieat employés pour désigner uoe es- 
pèce de soif, sans doute odui que ron appelle dans le 
midi n^en tame^ et dans le nord iuifen hranche. 
Voyn le Glossaire de dn Gange, tom.V, pag. (iOS, col. 2, 
m mol Kema, n* 2. On comprend très-bien que les 
argoUets aient fait dioix de ce terme pour indiquer 
lUKsulistance qnl rappelle le soif par l'aspect et sou- 
vent par le goût 

' Voyez le Dietionnaire étymologique , édit. de 
tailt, lom. n, pag. 980, col. 2. Plus haut, pag. 236, 
ooL 2, se Ht l'artiele BouUrame, mot par lequel 
00 déslgM un mets ou U entre do fronage. 



Plus ordinairement raime signifiait ra- 
méey feuillage: 

Moult a dur cuér qui en mai n^aime , 
Quant il ot chanter, sus la rahne, 
Ks oisiaus les dous chans piteus. 

Le Moman de la Rose, édit. de Méon, 
1om.r', pag. 6, T. 81. 

Quant il a osté les cosriai, 
Les tenailles et les martiax, 
Ben mistreiit le feu en la reùme. 

De ConneSert, par Gantiers, v. 267. 

{Nouveau Recueil de fabliaux, etc., 

tom.r% pag. 121.) 

... luy mirent nng chapeau de rame vert. 
{L'Histoire et plaisante cronicque du petii 
Jehan de Saintré , cbftp. n ; édit. de Goeuletto » 
tom. I"', pag. 9.) 

Raim se disait aussi d'ime seule bran- 
che, ramus : 

Trestol entesez s'arestait... 
Mais tant li moslre li i*eis Ros, 
Que cil r*a d*air entêtée 
Une sajetle Ixirbelée; 
£ deiables tant la conveie, 
Qu'à un gros raim fiert e glaceie. 

Chronique des ducs de Normande, 

par Benoit, tom. III, pag. 337, 

Y. 40806. 

Et par Dieu c*e$t un raim de lascheté, 
De chetif cuer et de mauvaise envie. 

Poésies morales et historiques tTEusta" 
che Deschamps ^ édil. de Crapelet, 
pag. 129. 

Maintenant quel rapport peut-il y avoir 
entre du fromage et des branches d'ar- 
bres? C^était sur des rameaux entrelacés, 
et l'usage n'en est pas encore perdu par- 
tout, qu'on plaçait le fromage frais pour 
le faire sécher : 

Vola un corb; si a véu 
Furmaiges qui dedens esleient, 
E seur une cloie giseient. 

D'un Corbel qui prist un /romaine, 
V. 4. {Poésies de Marie de France ^ 
lom. U, pag. 105, fabl. XIV.) 



36 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



fii epQilpyay Teiprit, et oorpsi^ussi, 
Aux cbofles plus à tel ange sortables... 
Ou à tyssir (pour frommaiges former) 
PaDÎers d*osier et fisceltti de jonc. 

Clément Marot, Eglogue au roy, v. 112. 

De cet usage sera venu au fromage le 
nom de rèmej comme y dans le départe- 
ment de la Gironde^ le nom de jonchée 
a été donné à une espèce de caillé qu'on 
étale stir du jonc y comme à Metz, il n'y 
a pas encore longtemps^ on donnait le 
nom de raima à un petit gâteau^ « parce 
qu'avant l'invention des grils et des tour- 
tières on faisoit cuire cette sorte de gâ- 
teau sur un petit rameau dépouillé de ses 
feuilles, poiu* empêcher qu'il ne fCit gâté 
par les cendres du foyer ^. » 

Cette explication me parait la seule 
véritable^ et Fon aurait tort de la laisser 
pour une autre que pourrait fournir un 
passage de le Grand d*Aussy. Cet auteur, 
parlant des pâtes de fruit qui se faisaient 
du temps d*Olivier de Serres, dit que 
quelquefois on leur donnait une figure 
quelconque ; en les pressant dans un 
moule^ et qu'alors on les nommait ror 
mage de Gènes '^^ 

Bleu, s. m. Manteau. 

Aujourd'hui bleu sert à désigner du vin, 
qu'on appelle à Paris/M^t ^ hleu^ à cause de 
sa qualité et de sa couleur, dans les lieux 
fréquentés par ceux qui parlent argot. 

Blond (Le beau). Le soleil. 

Bloquib, V. a. Voyez Abloquir. 

Blot, bon blot, s. m. Bon prix , bon 
marché. 

Ce mot n'est rien autre que blocy que 



' Dictionnaire e/ymo/o^igue, de Ménage, tom. II, 
pag. S77, eol. 2. 

* Histoire de la vie privée des François, etc. Paris, 
Simonnet, fl81&, io-S*, tom. II, pag. 326. 327. Voyez 
autti le Théâtre d'agricuUHrt,Um. U, iNig. 058 et825. 



Cotgrave écrit des deux manières, et dont 
j*ai déjà tâché de déterminer le sens pro- 
pre^ au mot abloquir. 

Blot appartenait encore à notre langue 
au milieu du xvit" siècle : 

Naute-somme est le blot et le provenu de toute 
Texpedition. {Explication des termes de marine 
employés dans les edicts, etc. k Paria, cliex Mi- 
chel Brunet, M. DC. XXXVIIll., in-8», pag. 5.) 

Blouse (Se mettre dans la)^ sb blou- 
SEB, V. pron. S^ tromper. 

Cette expression, empruntée au jeu de 
billard, est populûre depuis longtemps. 
On la retrouve dans Pluton Maliotier, IV* 
part.; pag.205; et dans une pièce de 1724, 
la Fausse Suivante, etc. Paris, Briasson, 
M. DCC. XXIX., in-8% act. I", se, 1^, 
pag. 13. Voyez aussi le Dictionnaire du 
bas-langage, tom. I«% pag. 97. 

Au xiii* siècle, à ce qu'il me semble, 
on disait mettre dans la corbeille pour 
tromper : 

Tuit li plusor 
Des lecheors eo font seignor; 

Il les esToille. 
Sauses les met en la corboiUe. 
Qui mis n*i est , pas ne se moitié, 

SansoQS les bat. 
De Rtehaut, t. 8 1 6. (Nouveau Recueil de 

fabliaux et contes, lom. I*', pag. 63.) 

Bobine, s. f. Grimace, figure ridicijde. 

Dans le langage populaire, au moins à 
Lyon, bobcy comme en provençal beba, 
signifie lippe, grosse lèvre, moue; ei/aire 
la bobe, &esi faire la moue, la grimace. 

Les bas Limousins disent dans le même 
sens fa las bobos i. Voyez le Dictionnaire 
deBéronie, pag. 7, col. 1. 

> On donnail aussi le nom de las bobos à une ma- 
ladie conlaïUeusf, apportée en Provence à la lin du 
XV* siècle. Voyex IMtton, Histoire de la ville d'Aï», etc. 
A AU, par Charles David, M. DC LXVl., in-foiîo, 
liv. IV, chap. î", pag. 340. Cf. Gloss. med. et in/. Lat,, 
tom. I, pag. 706, col. 3. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



57 



Cette expression existait déjà dans no- 
tre langue an xiv* siècle, en même temps 
que biaubert, qui en paraît dérivé : 

L*en «l'asseoit le premier sur les rens; 
Mais Ten méfait par derrière tes Mes, 
Je Dioquaj tel qm m*est ores moquans. 

Ballade de Téducation d*£uslache Des- 
champs. (Poésies morales et historiques 
d^Kustaehe Desehamps, etc. A Paris, de 
rimpriroerie de Crapelet, M. DCCC. 
XXXIL, iIl-8^ pag.34.) 

Et me prist aa ciier volenté 
Que , se Diex me donnoit sente, 
Contre oeini ung en feroie 
Où leurs bohes adreceroie. 

Branche attx royaux lignages, v. 141 . 
{Chron, nat.fr., lom. YU, pag. 1 1 .) 

Puis retoment faisant biaubert, 

Ibid,^ ▼. 3679. (Ibid.^ pag. 163.) 

Plus ordinairement bobert, bMers, 
semployail comme adjectif^ dans le sens 
de 50^.* 

Bien no leneis or por bobert. 
Li Dû de la Ttescie à prestre^ v. 396. 
(Aouv. Rec.de fabl, et contes, tom. 1*% 
pag. 89.) 

Voos n'estîés estons ne bobiers , 
Aies estiét sires des haubiers. 

Chronique de PhiGppe Moufbès^ ▼. 8784 ; 
tom. I*"', pag. 344. 

Tont ensi cil pappeGerbiers 
Ne ftt pas en la fin bobiers. 

ibid., ?. 15584 ; tom. H, pag. 128. 

En cel tans fist li rois Robiers, 
Ki ne fu ntoos ne bobiers, 
Henri, son fil, porter couronne. 

Jbid., V. 16014, pag. 143. Cf. ▼. 16845, 
pag. 173, etc. 

On disait SLnssi fottbert pour exprimer 
la inéroe idée : 

Nous avons trouvé un foubert. 

De Courtois d'jérras, v. 398. (Fa^/ÏAUx 
et contes, édil. de Méon, tom. P', pag. 
366.) 



Molt ot li rois mes pères fol conseil eifntbert. 
Li Romans de Berte aus grans pies, coupl. 
XXXIV, pag. 52. 

Bien vos puis tenir ^vrfobert. 

Roman de Tmbert, v. 825. {Nowf, 
Rec. de fabl. et contes, tom. I*S 
pag. 218.) 

BoBiNB; s. f. Montre. 
BoBiNo , s. m. Montre. Terme des ti- 
reurs parisiens. 
Bocal, s. m. Vitre. 

BOCGABD^ B01II8, BOXON^ LAUBB, S. m. 

Lupanar. 

Peut-être y avait-il à la porte de ces 
maisons, comme à la porte des cabarets^ 
qui n'étaient souvent que des maisons de 
débauche^ une enseigne, im rameau de 
laurier ou de buis (lat. buxus, ital. basso, 
esp. box) : d'où le nom de bouchon qui a 
été donné aux tavernes de bas étage. On 
lit dans la satire IV de Régnier : 

Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux 
Qui mettent à l'encan Thonneur dans les bordeaux, 
Et, ravalant Phœbus, les Muses et la grâce. 
Font un bouchon à vin du laurier du Parnasse. 

Peutrétre aussi les maisons de prostitu- 
tion étaient-elles ainsi nommées à cause 
du laurier ou du buis dont le plancher était 
jonché (Voyez Laure). Je veux parler de 
celles qui étaient montées dans le grand 
style, car dans les autres il n'y avait point 
d'autre couche que de la paille : d'où le 
nom depailleres qu'on leur a donnée et 
celui de paillard qui est resté dans notre 
langue comme synonyme AHmpudique, 
de débauché. 

Les dames disent, dans le Blason des 
armes et des dames : 

Mes jousies se font en parquetz 
D'herbe vert*, ou en litz parez. 

Les Poésies de Guillaume Coquillart, 
édit. de Coustelier, pag. 133. 



58 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



C'est sans doute de cette habitude de 
garnir les parquets des lieux de dél^anche 
de feuilles^ d'herbes et de fleurs, que leur 
est venu le nom de Château-Verd ^ , de 
Champ'Flory 2 ou de Campe de FlourSy 
qu'ils avaient pendant le moyen âge. 
Dans un ancien mystère, un bourreau, 
venant d'exécuter un martyr, dit : 

GeUé sera en ceste fosse ; 
Mais premier fault pillier Taudosse, 
Sou or, sou argent , son bagaige. 
Le tout nous a laissé pour gage, 
Maulgré ses dentz, au départir. 
Nous yroQs à Ronime partir 
A Campe de F/ours sur la gouge. 

L* Apocalypse sainct Jehan Zebe- 
(fée, etc., édil. de 1541, iu-folio, 
feuillet .iiii. verso, col. 2. 

Plus loin, Domitieu , ayant besoin de 
gens de sac et de corde, s'adresse à l'un 
des siens : 

Frila , je veux que nous trouvez 

Gens à sang, tyrans esprouvez, 

Gens qui ne leur cbault d^liomme bumaiu, 

Tousjours tenaos Tespée en main 

Pour persécuter bomnie ou femme, 

Gens qui n'ont bon renom ne famé, 

Gens orgueilleux, pervers, baukaires, etc. 



* Lei Rechtrchea de la France d*Estie»ne Pas- 
quirr, llv. VIII , eh. xxxv. 

* (^hnmp-Flory, mauvais lieu, rst nommé dans ane 
ordonnanoe de H. Aubriot , garde de la prévôté de 
l*arU, en dote du 15 septembre 1567. Voyez Histoire 
ei Hêeherchei de$ Antiqttités de la ville de Paris, 
par Sauvai, toro. III, pag. 652. 

On désignait originairement ainsi le Paradis- La 
m^re dt'Florf , voulant détourner son flis de Tidée 

qu'il n rti^ m* hii^f iiti r« lui dit t 

no \ni.U vnp,ï VOUS ooiés, 

J'.ti f ittitp Fhri}k n^enterrés, 

np vmm lit* virrrés Blanoeflor. 

ril rjiiirt lit! ri'çoit pecheor. 

Iji ïuU't n^im culenge droit , 

Lu Iri^» i^i'iK llx, orendroit. 

Ffyti- HHd BlanaJUn-t altfraniôslscher 
lUiiiian... beruusgegeben voo Imma- 
niï*1 nr'kker. Berlin, Im»! G. Reimer, 
litôJ^, lii'l2, pag. S5,v. 1023. 



Et Frita lui répond : 

J'entends bien vostre fantaisie , 
Et de quels gens vous fouit pourveoir. 
£n Campe de Flours vois pour veoir 
Si j'eu trouveray de la sorte 
Que demandez'. 

Ibtd.^ feuillet .vi. recto, col. 1. 

N« fust vostre mère nourrie 

En Campe de Plours, au bordeau? 

Ibîd.y feuillet .xxiiii. verso, coL 1. 

On lit ailleurs : 

Le counatable et Tadmiral 

Viennent, je n ay rien oublié ; 

Car j*ay la guerre publié 

En la place, soyezp«n seur, 

Du milieu de campe defleur. 

Dont plusieurs ont au cceur grant joye. 

La Fie de sainct Christofle, etc., sign. 
F iiii recto, col. 1. 

Dans le Dictionnaire qui est à la suite 
du Vice puni y on trouve le hoûis expliqué 
par le fouet : on peut croire ici à une an- 
tiphrase, ou à une allusion à une opéra- 
tion familière aux cordonniers^ qui polis- 
sent leurs semelles avec un morceau de 
buiSj ou bonis '^, C'est de là^ sans au- 
cim doute, que vient Texpression signalée 
par Oudin^ puis par Leroux^ « bailler, 
ou donner le buis, manière de parler 
parisienne^ dit ce dernier, qui signifie 
donner lé bon air à quelque chose, don- 



> Ce passage fera comprendre à merveille l'expres- 
sion italienne barone di campo di flore, qol signifie 
gueux, fripon, coupeur de bourses, Toutefoia, campo 
di flore n^étalt pas, cbmroe on pourrait le croire, tou- 
jours pris dans on sens fâcheux, puisque nous voyons 
ces mots employés comme nom propre par Boccaoe : 
« Era il castello d'uno de gli Orsini, Il qualesichia- 
mava Liello di Campo di flore^ » etc. (// Decamerone, 
giomat. V, nov. m.) Il existe encon^à Douai une rue 
dite Champ-Pleury. 

* « Cest ainsi quMI faut dire , et non pas huis, • 
Dictionnaire étymologique de Ménage, tom. !•' , 
pag. 222, col. 2. 

On trouve Bouys ou Buys dans les Bpilhetes de 
M. de ta Porte, Parisien, A Lyon, par Benoit RigauU, 
M. D. XQL, peut in-12, fol. 56 recto. 



I 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



ner un œil aisé, agréable... un beau tour 
à un discours, dorer la pilule. » 

Cest z^iiD tendre amant qui a fait jouer ste ma- 
cbine pour donner le bonis à mon cher père. 
[Uandre honp-e, se. î; Théâtre des Boule- 
tards, tom. l*'^ pag. 99.) 

Quelque certaine que paraisse Torigine 
de l'expression dont je viens de citer un 
exemple, il ne serait pas impossible cepen- 
dant que Ton ne préférât y voir une cor- 
raption d'une autre façon de parler usitée 
au XVI» siècle : je veux parler de bailler 
du cambouis, que Ton trouve dans la 
Farce du meunier de qui le diable em- 
forte l'ame en Enfer ^ 

Le meuufer, voyant les préparatifs que 
sa femme et le curé font pour le duper, 
s'écrie : 

A U^orde \ieille truande 1 
Vous me haillez du eambouys, 

Enlin, Ton disait aussi et Ton dit môme 
encore, au moins en Anjou, emboiser 
dans le même sens que donner le bouis : 

... lu te laissois embfnser par de:; godelureaux 
quin'étoieiit bons à rien. (Gongam ou V homme 
frodigieuXf etc. , toui. II, chap. ii, pag. 31.) 

Il emboîta les membres de la cour 

En leur doonaat de reocens tour à tour. 

Lt PorU feuille du Diable , ou Siàte de 
Philoianus , poëroe. {Pièces et anecdo- 
te* intéressantes, etc., seconde partie, 
pag. 292.) 

Est-ce ma faute, a moi, si madame Vemboise ? 
Les Mots à la mode , comédie de Boursault , 
>e. 16. 
Allons, adieu, mon bon des Grasatns, tout à 
vous, et em6ots6s-iDoi bien ces gena-là. {Buçë- 
nie Grandet^ par M. de Balzac. Paris, Charpen- 
tier, 1841, in-15, pag. Î26.) 

Mais il faut remarquer que bien aupa- 
w-ant, je veux dire dans les xii* et 



U Parts, de 

'«•ipag.iU. 



limprlmerie de Crapelet, 18S1, 



xui<> siècles, on disait boiser dans le 
sens de tromper: 

Eu est Melcis mes sire, li fors rois, justicîere; 
Jà ne li buisera'f, ne ne serai triciere. 

lÀ Romans d'Alixandre, par Lambert li Ton 
et Alejuiodre de Bernay, pag. 470, v. 11. 

Baudoin, dist Sébile, qui de rien ne U àoise^ 
Ottc mais ne peschastes por si riche vandoise. 

La Chanson des Saxons , tom. V, pag. 118. 

Arrière revendrai à nostre gent françoise, 
Qui moult par sont dolent que la Serve les boise, 
Li Romans de Berte aus grans pies, coupl. lxii, 
pag. 88. 

« Ces mots {boiser , et boidie qui en est 
venu), dit M. Paris, comme les bugia et 
bugiar italiens, ne paroissent dérivés de 
bucca et buccaior, charlatan. L'analogie 
de cette origine avec celle de tromper, 
trompeur, est évidente et curieuse. » 

M. Génin, dans son édition de la Ckanr 
son de Roland, pag. 369, veut que boiser 
vienne de ^allemand bOs, méchant, et 
qu'il ait donné naissance au mot boxeur : 
discuter de pareilles imaginations, serait 
leur attribuer une valeur qu'elles ne sau- 
raient avoir. 

Pour moi, je ne serais pas éloigné de 
croire que boiser n'est autre chose que 
le mot baiser au figuré, et que le pre- 
mier a été formé par allusion à l'acte du 
traître Judas. Boisier pour fraiser, qui se 
dit encore en Picardie, se trouve dans un 
ouvrage du xiii* siècle : 

Fel soie , se je plus li bois. 

Roman de ta Fioletle, pag. 57, v. 1085 
et not. 1. 

Li queos la boise .xx. foiz en .i. tenant. 

Roman de Guillaume d'Orange, Ms. de 
la Bibliothèque nationale, n* 6985 , 
fol. 204 recto, col. 2, v. 14. 

Voyez Rebouiser. 



60 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



BoccABi^ n. de 1. Beaucaîre. 

Bogue ^ s. m. Montre. 

Le bogue est, à proprement parler, 
l'enveloppe de la châtaigne, que les Ita- 
liens appellent bucda i. Comme par sa 
forme, et par la manière dont elle s'ou- 
vre, elle donnait l'idée d'une montre, les 
ai^otiers transportèrent le nom de bogue 
à cet objet, qui, comme on le sait, a éga- 
lement reçu du peuple celui d'oignon. 

Dans le patois normand, bogue et bo- 
guet sont usités dans le sens d'œi/, par 
une analogie facile à comprendre, et 
boguie veut dire chassie. 

BoouisTE, s. m. Horloger. 

Bois POURRI, s. m. Amadou. 

Bois TORTU, s. m. Vigne. 

Ce mot, recueilli par Oudin dans ses 
Curiositez françoises, se retrouve à cha- 
que instant dans les poésies légères des 
xvi« et xvii« siècles : 

Nous boirions dedans ta caloUe, 
Et par quelque chanson falotte 
Nous célébrerions la vertu 
Qu'on tire de ce bois tortu, 

La Vigncy v. 61. {Les Œuvres du sieur 
de Saint-Amanty etc., édit. de 
M. DCLXI., in-13, pag. 170.) 

Qu*arrive-il quand on a bu ? 
Une humeur plaisante et jolie : 
Aussi le jus du bois tortu 
Sera mon but toute ma vie. 

Nouvelles Parodies bacchiques,., re- 
cueilties et mises en ordre par 
Cfiristopfte Baltard, etc. , tom. II. 
A Paris, M.DGC.XIV., pag. 244. 



I « BUCCI4, BDCCio. Parte superficlale délie plante, 
e dfgU alberi, e fruUi. che serve loro quasi per vesta. 
Scorza. Lat. Cortex, » Le Origini délia lingua ita- 
liana compilata del «'* Egidio Menagio. In Parigi, 
apresso SebasUano Mabre-Cramoisi. M. DC LXIX., 
in-a*, pag. 108. 

On lit dans le Dictionnaire de Colgrave : a Bogue : 
as Bocque;... therough, or prickly rind ofa green 
chesnuU ■ 



Ce bois foible et tortu qui trouve son azile 
A Tabry de leurs murs, souvent est moins fertile 
Que le flanc bien-heureu\ de leur chère moitié. 
Les Essais poétiques du sieur de la Lstzerme, 
A Paris , chez la veufve François Tirga, 
M. DC. XXXIL, in-8*, pag. 3, part* 
phrase du psaume CXXYII '. 

Chantons : Vive Bacchus 
Et son aimable jus! 
Ce joli bois tortu 
Me contente. 

Chanson bacchique. {Naupeast Me- 
cueil d^ ariettes et chansons, de. 
A Rouen, chez Pierre Seger, 
in-12, pag. 88.) 

O quinte-essence de bois crossu! 

Si tousjours j*en beuvois de telle , 

Ce seroit un subject, sans plus, 

Pour me livrer en curatelle. 

Chanson joyeuse et recreatifve d'an 
bou disciple deBaochus. (L'Es&te des 
chansons amoureuses, RecueiUieê des 
plus exceUens poètes de ce temps, A 
Rouen, de Timprimerie de David 
Ferrant, M. DC. XIX., petit iii-12, 
pag. 208.) 

Beuvons des pommiers les liqueurs. 

Ou bien de la plante tortue. 

Faux'de-Fire d'Olivier Bassetin, etc. A 
Caen, de Timprim. de F. Poisson, etc., 
1821, in-8o, vau-de-Yire XV , pag. 7l. 

Boîte, s. f. Chambre. Voyez Boite. 

BotTE A GOBNEs, S. f. Chapeau. 

Boîte a Pandobe, s. f. Bdte conte- 
nant de la cire molle propre à prendre 
l'empreinte des clefs. 

Boiteux d'un chasse, adj. Borgne. 
Voyez Châssis. 

Bonbonnière A filous, s. f. Omnibus. 

Bonhomme, s. m. Saint. » 

Allusion aux images qui représentent 
les saints. 

Boniment, s. m. Long discours adressé 



« Uxor lua sicut vitis abnndans. » 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



6i 



à ceux que Ton désire se rendre favora- 
bles; annonce d'un charlatan ou d'un 
banquîste. 

Bo?(iQus^ s. m. Vieillard. 

Altération intentionnelle de bonhomme, 
qui a ce sens, au moins depuis Oudin. 
Yidocq nous apprend que bonique est un 
terme des voleurs normands. ( Les Vo- 
lemny tom. I*'^ pag. 27.) 

BoHiB^ V. a. Dire, assurer. 

l^euxmot du langage populaire, dont 
00 trouve un exemple dans la Resurrec- 
iMNi noitre Seigneur. Dieu, parlant à 
Mttgdelaine, lui dit : 

Famme, tout le Toir t'en diray : 
iUièoni lotez et séore, 
Ccfl4-dire que je t*asseure , 
Le attire suis qui agere 
Pois UMt, etc. 

Mystères inédits du quinzième siècle , 

pohliéi. .. par Achille Jubinal, etc., 

tom. n, pag* 373. 

BomouB (Vol au], s. m. Espèce de 
vol, décrite dans les Voleurs de Vidocq , 
tom. I", pag. 27-30. 

BoHJOuain, ou chbvàlibb obihpant, 
s. m. malfaiteur qui pratique le vol au 
bonjour. 

EkmiiB (Avoir à la]. Aimer. 

BoNHB (Être à la). Être aimé. 

BoHiiB (Être de la). Être heureux; 
ff tenue générique, dit Vidocq, et qui est 
employé pour exprimer toutes les situa- 
tions heureuses de la vie d'un voleur, d 

Toutes ces expressions sont empnm- 
téea à l'astrologie judiciaire, et se com- 
prendront mieux si l'on rétablit le subs- 
tantif keure, qui est sous-entendu. 
Autrefois on ne l'omettait jamais : 



i nuit qu*aTec li dus coucha , 
Vlton ta hone, on enfant engendra. 

Li Romans de Garin U Lofierain, coupl. xvi» 



tom. I*', pag. 49. Toyet aussi pag. 158, 
dernier vers; et tom. II, pag. 74. 

Moult furent de èonne heure né. 
Quant de pechié sont dechargié , etc. 

De la Demoiselle qui ne vot encuser son 
ami , etc. , y. 52. {Nouveau Recueil de 
fabliaux et contes, tom. II, pag. 130.) 

Diex erramment li > pardona, 
Que de toz ses péchiez plora : 
L'ore/u bone, et bons U termes. 

La Bible Guiot de Provins, ▼. 223S. 

{Fabliaux et contes , édit. de Méon , 

tom. II, pag. 379.) 

A bonne eure furent né et sont en gloire perdu- 
rable. {Les Quatre Temps de l'homme, par Phi- 
lippe de ifaTarre, manuscrit de la Bibliothèque na- 
tionale, fonds de Compile, n*" 62, folio 150 recto, 
col. 2.) 

Bîaus fu li temps, la lune luisoit der ; 
Li eure est bone et mult fist à loer. 

Extrait du Roman de Guillaume au court 

Nez, dans le Livre des Légendes, 

pag. 35a. 

Se vous convenant me tenez, 
Tous estes de bone heure nez. 

Le Livre de Zdtsignan, pag. 59, ▼. 1250. 

On disait autrefois^ dans notre langue, 
être dans ses bonnes, pour être de bonne 
humeur : 

... Quand il estoit en aes bonnes, il laUnisolt 
le françois, etc. {Les Contes et Joyeux devis de 
Bonav. des Periers, nouv. xyi.) 

Il demanda à boire eu ce godet riche où il fai- 
soit ses grands carroux ayec les conronnels, quand 
il estoit en ses bonnes. {Vies des grands capi- 
taines estrangers et françois , ch. xxxii : M. de 
Bure; Œuvres complètes de Brantôme, édit. du 
Panthéon littéraire, tom. I'', pag. 85, col. 2.) 

Je lui en jettois aucunes fois quelques traicts et 
attaques en l'air et à la Tollée... ainsi que Je 
le Toyois quelquefois en ses bonnes. (Ibid., 
ch. Lxi:Le comte d*Arembergue;i6t^., pag. 149, 
col. 2.) 

... Mademoiselle de Liroeuil , qui n*estoit pas ce 
jour en ses bonnes, ne fit pas grand cas de luy. 
{ffommes illustres et grands capitaines fran- 



Il s*agit ici de sainte Madeleinf. 



I 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



çoU: M. le conn^fitaMe meftsirê Anne de Xontmo- 
rency; <dkfem, pag. 312, col. 1.) 

Cette expression subsistait encore au 
xvii* siècle. Voyez les Curiositez fran- 
çoises, au mot Bon. 

BoHNBT jAuiiB^ S. m. Pîèce d'or; terme 
de l'argot des filles de joie, qu'on ex- 
plique facilement en le coupant en trois , 
bon et jaune. 

On disait de même vulgairement, du 
temps d'Oudin, bon et gros pour bien 
gros, fort gros. Voyez les Curiositez 
françoiseSy au mot Bon. 

Tout le monde comiait cette locution 
figurée et familière, avoir ta tête près du 
bonnet, être prompt, colère, se fâcher 
aisément pour peu de chose : 

un Picard a la teste près du bonnet. (Les Con- 
tes et joyeux devis de Bonav. des Perriers , 
nouT. IT.) 

Il veut bien que Ton sçaclie qu'il a la teste 

Al près du bonnet, qn'tl ne poiirroit jamais endu- 
rer qu'on liiy liât la part , etc. {Optiscules divers 
de Pierre de Bourdeille, parmi lea Œuvres corn- 
plèfes de Rrantôme, étlit. du Panthéon iitté- 
rairfi^ tom. H, pag. 492, col. l.) 

Je cojinoiR le seigneur Rodolphe il y a long- 
temps; il a la teste tasnprès du bonnet. (Les 
AprèS'disnérs du seigneur de Cholieres. A Paris, 
Qhex Jean Richer, 1588, in-12, folio 32 Terso.) 

Mais ce qu'on n'a pas dit, c'est qu'il y 
a ici un jeu de mots; en effet, dans la lo- 
cution clont il s*agit il n'est réellement 
pas qu(«stion do bonnet ^ mais do bontés 
et avoir la fHe prés du bonnet doit ôlre 
traduit pur avoir la tête près d'être 
bonne. 

lloNWKTKtîn, 8. m. Filou. 

l^uiitanU ttonneteurs cl tingt-deux mousque- 
laiio» ittiM'lN tt (.oiiim de mou&quelon à brûlc-pour- 
pulnt, i»n liinnt, pour mi dlverlir, les archers du 
guol iInnN Im ruOn do Paria. ( Pluton malto- 
^<i'r,rl«.,liC«l«»ue.M. IMîC.VllI., In-H, H' part, 
jMiM. in.) 



BOBDBL AMBULANT, S. m. FlACre. 

Il y avait autrefois des voitures de place 
disposées de manière â servir de lieux de 
rendez'vous. Dans une comédie de Dan- 
court, un cocher s'exprime ainsi : « Tant 
que j'aurons des glaces de bois, et qu'on 
ne verra le jour que par une lucacne, je 
ne manquerons pas d'être eo^ioyez. » 
La Femme dHntrigues, act. III, ac. 8. 

BossBMAB, s. m. Boaso. 

BossoiBS , s. m. Gorge , mot eno^unté 
au langage maritime. 

B0TT£S DE MBUF JOUBS, BOTTES BN GA« 

TBAu FEUILLETÉ, S. f. Bottes pcrcées. 

On comprend que des bottes qui ont 
des jours, soient de mauvaises bottes; 
mais pourquoi neuf? Sans doute parce 
qu'on aura trouvé plaisant d'accoler ce 
mot à un objet dont on voulait indiquer 
l'état de vétusté. 

BouANT, s. m. Cochon. 

Bouc, s. m. Cocu ; ital., becco. 

Oudin donne bocan, et le traduit par 
coglione, menchione, [La seconde Partie 
des Recherches italiennes et françoises^ 
pag. 59, col. 2.) 

Boucan, s. m. Lieu de débauche. 

La Bourbon dans son 6ouean 
Étale sa marchandise; 
Des vieux bijoux qu*elle prise, 
Elle vent faire un encan. 

NoupeUes Lettres de Madame la Jw- 

chesse d'Orléans, trad. par G. Brunet, 

pag. 283. 

cr On appelle ainsi, dit Ménage, à Paris 
et à Marseille un méchant bordel. Peut- 
être de buccus, comme lupanar de lupa. » 
— « Je crois, ajoute le Duchat, que ce 
lieu est ainsi appelé parce qu'on y étale 
la chair humaine, comme dans les boucans 
de l'Amérique. » Dictionnaire étymolo- 
gique, pag. 217, col. 4. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



63 



BoocAH, S. m. Bruit, tapage. 

(;tcrs et Phrygiens alloient faire 
Trop de tapage sur la (erre. 
Peur qa'il n'en fît pas au ciel : 
Ce fut un boucan sans pareil. 

ta Guerre de Troie, ch. VI, psg. 79. 

Ce mot désignait, dans l'origine, une 
espèce de danse, ainsi appelée du nom 
de son inventeur , musicien et maître à 
danser, qui, suivant Ménage, vivait en- 
core ^ 4645 % et dont il est fréquem- 
ment fait mention dans les écrivains du 
XVII' siècle : 

Thibaut se dit estre Mercure , 
El Torgueilleux Colin nous jure 
Qu'il est aussi bien Apollon 
Que Boccan est bon violon. 

Épigramine. {Les Œuvres du sieur de 
Saint' Amant ^ etc., édit. d'Orléans, 
M. DC. LXL, in-12, pag. 197.) 

Bocan n*a point tant de fredons... 
Que f ay d'envie que la reyne 
Tost à Paris le roy ramené. 

Les Jtegrets de Vabsence du roy, sans 
lieu ni date, in -4*, pag. 1, y. U. 

Au livre V de VHistoire comique de 
Francionj les musiciens qui jouent au 
ballet du roi sont appelés disciples de 
Boctm. Voyez l'édition de Rouen, 
M.Da XXXV., pag. 337. 

La danse dont Bocan est Tinvcnteur 
n'était pas moins célèbre : 

Force garçons comme bouquins... 
Dansoient à lentour la pavane. 
Les matassins et hi bocane. 

Le Virgile travesti, liv. II. 

Les tricotez et la cassandre» 

Le trémoussement et le saut , 

Ce sont les beaux pas qu'il vous faut; 

Un laquais vous les peut apprendre : 

' JMetfofmatrp itymologiqnii , édit. de Jault, 
tooL I» pag. 2M, eol. 1. 



Allet donc pendre au croc poches et violons , 
Boisvinets, bocans et ballons. 

Scarron , Récit de ballet, ta Belle danse. 

Encore aujourd'hui, parmi le peuple, 
donner un boucan ou donner une danse 
sont, à peu de chose près, synonymes. 

Quoi qu'il en soit de l'explication pré- 
sentée plus haut, il ne faut pas oublier 
que les lieux de débauche portent en ar- 
got le nom de boucan^ et qu'en italien 
far bordello signifie faire du bruit ^ du 
tintamarre. 

Après avoir fait remarquer que ce mot 
se trouve aussi dans les patois du Niver- 
nais et du BeïTy, MM. du Méril, qui Tat- 
tribuent au normand et l'expliquent par 
noise, querelie, pensent que «il vient 
sans doute du bouc, qui jouait un grand 
rôle au sabbat... . Selon du Gange, il vien- 
drait du grec pouxavrj , ce que rend peu 
probable l'absence d'un mot analogue 
dans l'ancien provençal et dans les au- 
tres patois qui auraient pu servir d'inter- 
médiaires.» (Dictionnaire du Patois nor^ 
mand, pag. 43, col. 2.) 

BoucAUT, s. m. Poison. Ital., boccone. 

Nous avions autrefois boucon dans le 
même sens : 

De trois choses Dieu nous garde : 

De estera de notaires. 

De qui pro quo d'apolbicquaires , 

Et de bouquon de Lombards frisquaires '. 

Vieux proverbe cité par Olivier Maillard, 
dans un passago rapporté par Henry 
Estienne. {Apologie pour Hérodote, 
liv. !•', ch; VII.) 

... n ne 8'en desftt pas à la mode d'Antoine de 
Levé... qui bailla le petit boucon gallant au cou- 
ronnel, elc. {Des Cmironnels allemands au ser- 



« Voyez luie variante de ce dicton, dans le Livre 
de» proverbes français, tom. V% paR. 7X1. L'adJecUf 



64 



mCTIONNAÏRE D'ARGOT. 



9100 de France, cb. xxxti : Le courouDet Rin- 
croq ; Œuvres complètes de Brantâmef édit. du 
Panthéon littéraire, tom. I"^, pag. 697, col. 1.) 

Vouft estes marié, ^.t mettez le doigt au trou ; 
oar T006 avez cbevauché la vieille qui se garde 
bien du bouguon. {Satyre Ménippée, harangue de 
monsieur le recteur Eoze.) 

L'aisassiu de glaive ou de balle 
Icy se loué à peu de fraiz ; 
Le bouccon, traistre en set apprests, 
S*y vend comme herbe en plaine balle. 

Rome ridicule y de Saint- Amant, édit. 
de H. DG. XLin^ in-«", pag. 46. 

Au XVI' et au xvii* siècle, boucon avait 
aussi le sens de bouchée^ de morceau^ 
qui lui appailenait dans le principe; et 
ce furent les Italiens à la suite des Médi- 
cis qui l'introduisirent^ avec cette accep- 
tion figurée, dans notre langue. C'est là^ 
du moins ; ce que rapporte Henri Es- 
tienne> qui fait ainsi parler Philausone et 
Celtophile : 

Qaant aux viandes d'Italie, dit le premier, je ne 
vous donnerai qo*un petit bouccon de cervelat.... 
Gel. Gomment, monsieur Philausone, estes-vous 
de ces gens-là ? baillez-vous le bouccon à ceux qui 
vont disner avec vous ? Hélas ! le disner leur couste 
bien clier. (Deux Dialogues du nouveau langage 
français UaUanizéj etc., sans Heu ni date, in-8^, 
pag. 297.) 

Je vous laisse donc à penser si un bon et friand 
bouccon, tombé entre les mains et puissaace de 
ces afiamés, ne fut pas goiistéet tasté à i>on escient. 
(Vies des Dames Ulustres : Bfadame Jeanne de 



friaquaire, qui termine le quatrain, est expliqué par 
ee passage de Tabbé de MaroUes : 

Mille François, mille Sarmates 
Ont esté réduits aux abhois. 
Nous les avons chargei pour une bonne fols. 
Et de leurs provinces >H«cate«, 
Ges nations peu délicates. 
Pour battre Alemans et Gaulois, 
Attaintes de nos lames plates, 
En ont bien eu sur les doigts. 

« Fritcateê, dit Taoteur, est un mot comique pour 
dire froides, lequel ne sied pas mal en la l>oucbe des 
soldats, qui exprimoient leurs pensées payement » 
Voyez le Suétone, etc., de la collection Nisard, 
pag. 752, cof. 2. 



France} Œuvfes complètes de Brantâme, édit. 
éuPanjU^éon littéraire yiom. ni, pag. 77, col. 2.) 
Maisft niaraut jouit de ce bouoên, qui estoit 
bien plus digne d'un galant homme que de luy. 
{Des Dames galantes, quatriesme discours ; ibid., 
pag. 333, col. h) 

Voyez encore le Dictionnaire de Ck)t- 
grave, et les stances du sieur de Sygo- 
gnes insérées dans le Cabinet satirique, 
édit. de M. DC. XXXIU., pag. 51 . 

Le substantif morceau lui-même s'em- 
ployait aussi dans le sens de poison : 

X.B BOULLERGER. 

Encore faire ne pourroye 

Mon cas tant que aye rencontrée 

En la bouteilJerie entrée , 

Se je puis en quelque vaisseau 

Mettre le dangereux morseau 

Ou pain aussi tout en ce point. 

Le Mistere du viet Testament par per- 
sonnages, etc. A Paris, par maislre 
Pierre le Dru ponrGeoffray de Bfar- 
nef , sans date, in-fol., feuillet .cvii. 
recto, col. 1, scène: Lepreparatifdu 
banquet de Pharaon, 

Au xii« siècle^ on se servait, dans le 
même sens^ du mot chaudeau (bouillon). 
Les meurtriers d'Alexandre complotant 
sa mortj l*im d'eux dit : 

Nous faisomes que sage , faisons-lui un eatuUei,.. 
A venin Tocirons , si abattrons son los. 

£i Romans ttAlixandre, pag. 270, v. 9-18. 

Bouchon^ s. m. Bourse. 

Ce mot me parait être un diminutif 
argotique de bouge , synonyme de gibe- 
cière, de poche^ qui a produit bougette, 
bien plus usitée sans compter le mot an- 
glais budget, qu'il y a un siècle encore 
Boyer rendait par bougette , une poche 
en cuir : 



Ains nienestreiis n*i fu venus 
A pié , c'a cheval n'en alast 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



68 



Eo ne OU Boge en niale. 



de la rioietU, |H|g. 306, v. 6590. 
• • 

De nettre noslre argent en botig^e 

Ou autfement en la bougtitt ,' 

Mieiik vault rafreschir la gorgcUe 

De oe qui est donné pour nous, 

L' Apocalypse saitiet Jehan Ztbedée , 
etc., édit. de 1541, in-folio, feuil- 
let .X. recto, col. 2. 

ywii Toolex Tiiider les gibecières d'autray pour 
KnpKr iM bouges, {Vf' Matinée du seigneur 
es Cholieres,) 

Devant avoit ^îngt-qualre mnlleU fort beaux, 
chargés de bahua, coffre^ et bouges, etc. {Vies 
éa grands capiittines esirangers et français , 
di. UT : Caesar Borgta ; Œuvres complètes de 
Brantâme^éàit éa PantMon littéraire, iom. V', 
|iig.!W,eol.l.) 

Quant Qoi mignons chaulx et testas 
Jouent au glic ou à la roynette , 
Ils emprunteront dix escuz 
DoBUS la def de leur bougette; 
Et baillent « quant ils sont sur champs , 
Leur bougeite.k Thostesse à garder. 
Et dient qn*il y a cent francz, 
Où il n*y a pas nng denier. 

Lu Drotelx nouveaux de Cogmllart, 
édit. de Coustelier, pag. 49, 50. 

Oilte mée n*a jamais iroulu que ce panrre 
bonaie... loit allé quérir sa bougette. (Pierre de 
fArirey, la Vefve, act. Ill, se. 2.) 

Pour avoir fermé tes bougetes 
Aux gueux qu'on appelle poètes... 
ITen as-tu pas eu dans le c. ? 

Sesnoa^laMatarmade, ▼. 06. 

Voyez encore les Recherches de la 
frtmce, d'Estienne Pasquier^ liv. VIII, 
dt n; le Dictionnaire étymologique de 
Ménage, édit. de Jault, tom. V% pag. ^30 3 
et YOrigine et formation de la langue 
française^ de M. A. de Chevalet^ I» part. 
Puis, Impr. impériale, M. DCGC. LIIL, 
iD**,pag.229. 

Pour en revenir à bouchon, au xvii* et 
au xTiii* siècle , le peuple se servait de 
fxmrson dans le même sens; et si Oudin 



a omis ce second mot dans ses CuriosS" 
tez françoiseSf il Ta recueilli dans ses 
BecJierches italiennes et françoises^ où 
bourson est rendu par borsettay borseito. 
L'emploi de ce substantif n'est pas rare : 

Mais maintenant, ô digne sire... 
Que vous portez en capuchon... 
Sapience de Salomoo... 
Et dans vostre joly bourcon 
Bel argent , qui n'est pas le pire. 

Au Roy, pièce burlesque, ▼. 21. {Les 
Rimes redoublées de monsieur Das^ 
soucj, A Paris, de l*imprimerie de 
Claude Nego, M. DCLXXI., io-12, 
pag. 23.) 

Tenex, ma fille, Toilà mon teiirioii; allés ache- 
ter tout ce qu'il voua faudra. {Léandre fiacre , 
parade de Salle, se. 4; Théâtre des boule^ 
vards, etc., tom. 1"**, pag. 11.) 

J'y mettrai bien mon bourçon. {La Pomme de 
Yurquie , parade du comte de Caylus, se 2 ; ibi- 
dem , tom. m, pag. 1 12.) 

Voyez Pouchon. 

BouGANADB^ S. f. CorTuption, action de 
corrompre avec de l'argent un témoin, 
une personne qui connaît un fait dont 
on craint la révélation. 

Ce mot a pour racine l'espagnol boca^ 
nada, coup, trait de vin, et signifie, à 
proprement parier, ce qu'on donne à 
quelqu*un pour boire. Le Dictionnaire 
.d'argot de 1848 donne coquer la bouca- 
nade dans ce sens. 

Dans notre langage populaire , boucor 
ner a le sens de faire tapage, de répri- 
mander, de gronder, etc. ; mais ce verbe 
vient de boucan, qui précède. 

Notre verbe boucaner, qui, comme on 
le sait, signifie préparer, faire sécher de 
la viande ou du poisson en les exposant 
longtemps à la fumée, et le substantif 
boucanier, qui est devenu le nom de cer- 
tains pirates de TAmériqu^, n'ent pas 

5 



66 DICTIONNAIRE D'ARGOT 

d'autre racine que le mot d'argot, qui 
dérive de hocca^ bouche. De là vient, en 
effet, boucane, qui signifie /wmec en fran- 
çais canadien, sans doute à cause de la 
cheminée qui l'absorbe. 

Boucaner a, il est vrai, une autre ac- 
ception ; mais nous ne nous en rendons 
pas parfaitement compte. Explique donc 
qui voudra ces vers : 

C'est boucaner de se tenir à ane. 

Le change est bon^ ainsi comme Ton dit. 

LaFUur des chansons^ édit. des Joyeusetez, 
pag. ixviij. 

Dans la seconde Partie des Recherches 
italiennes et françoises, d'Oudin, pag. 63, 
col. 51, on trouve boucaner expliqué par 
contrafare il becco ; mais je ne pense pas 
que cette interprétation puisse servir à 
déterminer le sens des vers qui précè; 
dent. Je suppose que le verbe boucaner 
qu'on y lit est un diminutif de bouquer, 
usité autrefois, dans le style familier, 
avec le sens de bouder : 



Voilà, morbleu, ce qui a'appelfe faire bouquet 
le parterre. {La Critique de V Homme à bonne 
fortune [i699], se. 4; Théâtre italien de Ghe- 
rardi, tom. Il, pag. 413.) 

AujourdTiui, à Lyon, on dit encore 
boucaner pour gronder, murmurer; mais 
qui peut dire si ce mot ne vient pas de 
boucan, bruit, tapage, plutôt qu'il ne se- 
rait un synonyme de fumer, pris au 
figuré? 

Bouchon, s. m. Cadet. 

Bouffarde, s. f. Pipe. 

BouPFABD£fi,v. a. Fumer. 

Nous avions autrefois boufer dans le 
sens de souffler, comme s'esbofir pour se 
dilater : 

li rois l'entent, boufe et sospire. 

Le Roman de Tristan, tom. l'c, pag. 92, 
▼. 1859. 



Ot le la dame, de rire s'esbofi 

La Mort de Garin le Loheraîn, t. 1476, 
édit. de M. Ed. du Méril, pag. 70. 

Plus tard, bouffer en vint à signifier 
être en colère, ou, conune on dit en ar- 
got, fumer : 

Le f^and écuyer se relera le net de desau.^ 
la table, regarda toute la compagnie toujours 
bouffant. {Mémoires du duc de Saint-Sàinon , 
ann. 1707; édit. in-S", tom. V, pag. 362.) 

Aujourd'hui on emploie bouffer, dans 
le langage populaire, avec le sens de 
manger. On disait autrefois bouffer : 

Je te le promets. 
Et cuide qu'il le bouffera 
Tout seul, et ne t'en gardera 
Jà morceau. 

Ancien Théâtre françois , pnbl. par 

M. Tiollet le Duc, tom. Il, pag. 1 66. 

BouFFARDiBBE, S. f. Cheminée, esta- 
minet, tabagie. 

Bougie, s. f. Canne. 

Ce n'est qu'avec une canne que les 
aveugles peuvent s'éclairer. 

Bouillon, s. m. Mauvaise affaire. 

... Il loi fit boire le calice amer de ce bouHUm, 
mot en usage dans la librairie ponr peindre l'opé- 
ration Tuneàte à laquelle s'étaient Itfréa Pendant et 
CaTalier en publiant le livre d'un débutant {Vn 
grand homme de province à Paris... par H. de 
Balzac, chap. xxxix. Paris, Hippoly te Souverain , 
1889, in-8 , tom. II, pag. 325.) 

Bouillon de chien, s. m. Pluie. 

BouisBouis, s. m. Marionnette. Ense- 
créter un bouisbouis, attacher tous les 
fils qui doivent servir à la faire moBvoir 
sur le théâtre; terme des fabricants de la 
rue du Clos-Bruneau. {Paris anecdote, 
par Alex. Privât d'Anglemont. Paris, 
P. Jannet, 1854, in-18, pag. 34.) 

Sous Louis XrV, le sculpteur en renom 
pour la fabrique des marionnettes et man- 
nequins à mouvement , demeurait assez 



DICTIONNAIRE D'ARGOT, 



t»7 



loin de là , rue de la Hnchette^ au Tam- 
bour. {Les Adresses de la ville de Paris, 
etc., par Abrabam du Pradel. A Paris, 
chez la veave de Denis Nian, M. DC. XCI.^ 
in-g-, pag, ^9.) 

Pour &ï revenir à bouisbouis, j^estime 
que ce nom est emprunté, par onoma- 
topée, au cri de Polichinelle, quand il 
appelle des spectateurs ou qu'il s'annonce 
à eux. 

BouLANGBA (le), S. m. Le diable. Voyez 
Moulin et Mulet. 

BouLs, s. f. Foire ou fête. 

Nous avion$ autrefois ce mot dans le 
même sens, ou peu s'en faut : 

Toz pn Toloit-il estr« en houle , 
In k Uveme oa en houle. 

De Saint Pierre et du Jougleor, v. 29. 
(Fabliaux et contes^ édit. de Méon» 
tom. III, pag. 283.) 

Ui tntrcs paceles ml rire , 
Aler as bamUs, as queroles. 

De tKmpereri qui garda sa chasteé 

par moult témptacions, etc., v. 1 1 94. 

{Noup, Hec. de fabliaux et contes, 

tom. II, pag. 39.) 

Ne quîert oîr que boule et feste. 

La Foie de Paradis, parmi les OEuvres 
complètes de Hutebeuf, tom. II, 
pâg. 3«. 

Lors n'ai talent de mener baiûes, 

la Vie sainte Marie FEgiptianne, 
mèmereeoeil, tom. II, pag. 121. 

En geut, en houles et en Teilles 
EnleiMk»t,ete. 

Jmstace met homme es folies, 
Bi bosdes et es ribaudtes. 

Le Roman de la Rose, édil. de Méon , 
tom. n, pag. 24, V. 4470. 

Et a*ele a trop grosses espaules, 
Por plaire as daaoes et as boules. 



De délié drap robe port. 

Ibid., pag. 438, v. 13523. 

Méon traduit ce mot par assemblée de 
danse, signification que Roquefort assi- 
gne à bault, baulles. Voyez son Glossaire 
de la langue romane, tom. I'%pag. i^i, 
col. 4. 

On trouve dans Tancienne germania 
bola avec le sens de feria, foire^ et^ dans 
le fourbesque, botta avec celui de ville. 

Boule au dos, boolb en doSj s. m. 



Boule jaunb^ s. f. Potiron. 

BouLEB^ V. n. Aller. 

Ce mot a été formé du verbe gascon 
boula, qui signifie voler, courir. 

Boulet a cotss^ boulet a queue, s. 
m. Melon. 

Boulin^ s. m. Trou fait dans une mu- 
raille. 

Boulin n'est pas de l'argot^ et ceux 
qtii ont recueilli les mots de ce jargon 
ont eu tort d'y comprendre ce substantif ; 
car ils Fauraient trouvé dans le Diction- 
naire de l'Académie, où il a quatre ac- 
ceptions. Le glossaire du tom. IV du 
Roman du Renart, où ce mot est au fé- 
minin, en donne ime cinquième, qui est 
celle de nombril : 

Cil juro le sainte bouline. 
Le nave au roi nouer fera. 

Le Roman du Renart, ton. IV, pag. 340, 
▼. 5296. 

Li dragons a juré le mort 
Et le bouline c*ains quinsaine 
Ert se gent de Noblon proçaine. 

Ibid,, pag. 382, v. 6252. 

Mais il paraît que Mécm a mal lu^ et 
que^ dans ces deux passages, il y a bou^ 
tiney qui se dit encore aujourd'hui en 
Picardie pour nombril. Voyez le supplé- 
ment au Roman du Renart, pag. 396. 

6. 



68 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



L'étymolog^e de boulin, qui s'est dit 
d'abord des pots de terre faits exprès 
pour servir de retraite à des pigeons, pour 
attirer des pigeons étrangers, puis des 
trous pratiqués dans un colombier, afin 
que les pigeons s'y retirent et y fassent 
leurs petits, enfin des trous faits à un 
mur pour recevoir les pièces de bois qui 
portent les échafaudages, et, par exten- 
sion, de ces pièces de bois même; cette 
étymologie a été bien indiquée par Mé- 
nage. (Dictionnaire étymologique, édit. 
de Jault, tom. I", pag. 225, col. 1.) 

Bouline, s. f. Bourse, collecte entre 
truqueurs. Voyez ce mot. 

BouLiNEB, V. a. Trouer la muraille. 

BouLii^BB, V. a. Voler. 

Ce mot, que donnent à Targot le Grand 
et Ragot de Grandval, est, s'il faut en 
croire Ménage, un terme de soldat, qui 
signifie dérober secrèlement. Suivant le 
Duchat, il vient de volinare, diminutif de 
volare^ en la signification de voler ou dé- 
rober ' ; mais aucun de nos étymologistes 
n'a songé à notre ancien mot bouler ou 
boler, qui, dès le xiii*' siècle, avait le 
sens d'attraper, duper ^ tromper : 

D*an bourgois vous acont la vie, 
Qui se vanta de granl folie, 
Que famé ne 1* poroil bouler, 

La SiÙHeresse, v. l.(FabUaiu et eon- 
tes, édit. deMéoD.toni. UI,pag. 451.) 

Bien est chetis et défoulés 
Huns qui si vilment est boules , 
Qui cuide que tel famé Paiine. 

tse Roman de la Rose, tom. If, pag. 28, 
V. 458Ô. Cf. ▼. 7913, etc. 

Si n^en sui mes si recéus 
Envers eus si cum ge soloie, 



Por ce que trop fort les bohie, 

/^r</.,pag.336,v.llS76. 



< DicU étynu, tom. !•', pag. 825, col. 1. 



N*ej(toit-ce pas bien boulé? (Zm Bigarrures et 

touches du seigneur des Accords A Paris, 

par Jean Richer, M. DC YlIL^inlS, Colio 165 
▼erso.) 

Boulier. To cog, foist^ beguUe^ deeehfe^ ea- 
«en, etc. (Cotgrave.) 

Peut-être ce mot fut-il choisi à cause 
de sa ressemblance avec le verbe voter, 
ou plutôt avec le gascon boula. Toujours 
est-il que bouler a dû être transformé eii 
bouliner par les forçats, familiers avec 
le langage nautique, où ce dernier mot 
est usité dans un autre sens. 

Aujourd'hui bouliner, qui ne s'emploie 
plus en argot que dans le sens de trouer 
une muraille, est resté avec sa significa- 
tion primitive parmi le peuple. Voyez le 
Dicdonnaire du bas-langage, tom. I**, 
pag. 118, où l'on trouve aussi boulineur, 
escroc , filou , voleur, mot que die éga- 
lement Ménage, qui récrit boulineux. 
On le voit encore sur une liste de vau- 
riens donnée dans V Histoire des Français 
des divers états, x vu» siècle, édit. gr. in-8», 
pag. 89, not. 24. Monteil y renvoie au 
Poêle extravagant, avec l'assemblée des 
filous et des filles de joie, Paris, Loyson, 
1670, chap. Théodore. 

BouLiNoiBE, s. f. Yillebrequin. 

BouLOTBR, V. a. Assister. 

BouQUBT, s. ni. Cadeau. 

Bourbon, s. m. Nez. 

BouBBONNAisB (la douuor à la). Regar- 
der d*im mauvais œil. 

BouBGEois, SE, s. et adj. Vulgaire, 
homme ou femme d'un esprit borné. 

Ce mot, qui était, il y a peu d'années, 
usité dans les ateliers d'artistes seule- 
ment, n'est pas né dTiier, comme on pour- 
rait le croire. Bien avant l'époque actuelle, 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



les gentOshommesetceux qui leur étaient 
attachés avaient fait de cette qualifica- 
tion Jadis si honorable, une épithète bles- 
sante même pour ceux qui ne pouvaient 
prétendre à un titre supérieur dans la hié- 
rarchie sociale. Déjà au jliW siècle^ Marie 
de France disait, à propos des railleries 
qui avaient accueilli Gracient à son pas- 
sage dans un bourg : 

Tex est custume de burgeis, 
SU'» ferrés gaires de cuiieis. 

Xoi de Graelent, ▼. 191. (Poùies de 
Marie de France^ tom. I*% pag. 500.) 

Fraocioni racontant Finjure quMl reçut 
(Tim page dans la cour du Louvre, ajoute : 
i Alors luy et ses compagnons ouvrirent 
la boQche quasi tous ensemble pour 
m*appeller bourgeois; car c'est Tinjure 
que caste canaille donne à ceux qu'elle 
estime niais, ou qui ne suivent point la 
cour. Infamie du siècle^ que ces per- 
sonnes, ^os abjectes que l'on ne sçau- 
roit dire, abusent d'un nom qui a esté 
autrefois et est encore en d'aucunes villes 
si passionnément envié ! » V Histoire co- 
nque de Francion, etc. A Rouen^ chez 
Adrian Ovyn, M. DC. XXXV., în-8**, liv. 
IV, pag. 286. 

i Bourgeois , dit Oudin à ce mot, i. 
(c'est-à-dire) sot ou niais. » 

Dans la Fille savante (1690), se. de 
renrftlemcnt, un boutiquier nommé TArc- 
eiMSel, s*écrie : « Je vous dis, mon voi- 
sin, qu'il a l'insolence de me traiter de 
^rgeois. » (Le Théâtre italien de Ghe- 
rardi, tom. III, pag. 67.) Dans une autre 
pièceduméme Théâtre, leBanquerontier, 
on financier, Persillet, dit en colère à 
Cokxnbine : « Vous êtes une sotte et 
UDc nuil apprise de traiter de bourgeois 



un officier du roi de l'ancien collège... 
Moi, bourgeois! voïez, je vous prie, la 
simplicité et l'impertinence ! d (Même 
recueil que dessus, tom. I", pag. 437, 
438.) aNous autres gens de qualité, ditun 
autre personnage de comédie, nous di- 
sons fort peu de chose en peu de paroles ; 
il est trop bourgeois de se faire entendre. 
[Le Retour de la foire de Bezons [1695], 
se. 3; ibid.j tom. VI, pag. 172.) 

Tout le monde a dans la mémoire ces 
vers que Bélise adresse à Chrysale : 

Esl-il de petits corps uo plus lourd assemblage » 
Un esprit composé d*atomes plus bourgeois ? 

Le* Femmes savantes^ acL II, se. 7. 

Cette expression, atomes bourgeois, 
comme cette autre, air bourgeois^ est 
citée comme nouvelle dans le grand 
Dictionnaire des Précieuses, publié onze 
ans avant les Femmes savantes^ qui fu- 
rent jouées en i67î. Je trouve encore le 
mot qui nous occupe , dans une expres- 
sion proverbiale en usage au xiii« siècle ; 
mais j'avoue que je ne la comprends pas : 

Or le tenoav, si est bien drois 
Qtt*il face resne de bouijois 
Ains qu'il se parte de la courl. 

Le Roman du Aenart, supplémeot, va* 
riantes et corrections, pag. 3 1 4,v. 1 1 . 

BouBGuiGRON, S. m. Solcil. 

Dans les représentations de lanterne 
magique, l'artiste débute ordinairement 
parrexhibition du Créateur, qu'il annonce 
en ces termes : 

L' Père éternel 
Conduisant la lune et 1* soleil, 
Avec sa p*lit* barbe au menton. 

Saut*, Bourguignon. 

A ces mots , le soleil disparait , comme 



70 



DICTIONNAIRE D'AKGOT. 



si le proverbe qui termine la légende 
était un ordre direct. 

BouBBASQirE^ s. f. FouHIe générale. 

BouBRE-coQuiN^ S. Hi. Haricot. 

Bourbe dk soie, s. f. Femme de mau- 
vaise vie. 

BoiTBSicAUT, s. m. Bourse. 

Ce terme est devenu populaire. 

Bouse AILLE, s. f. Boue. 

B0USC4ILLEUB, S. m. Celui qui est 
chargé de ramasser la boue dans les rues. 

Bousiif, 8. m. Tapage. 

Ce mot vient de buccinay trompette, 
comme le passage suivant le prouve sans 
réplique : 

AdoDC Téissez belle assamblée 
De gens preslzà faire mellée, 
Et oîssez les tabourins, 
Trom{>ez, naqaires el bouzins. 

C'est U lÀvre eu bon Jehan duc de 
Bretaigne, v. Bk9, {Cftronique de 
Bertrand du Guesciin, par Cuvelier, 
tom. II,pag. 454.) 

BoussoLB, s. f. Tête. 

BOUSSOLB DE SINGE, DE BEFBOIDI,S. f. 

Fromage de Hollande. 

BouTBBNE, s. f. Boite carrée, qui sert 
à un jeu tenu par des filous, et décrit 
dans les Voleurs de Vidocq, tom. P', 
pag. 32-34. 

BouTEBNiEB, ÈBE, S. Hommc ou femme 
qui exerce le Iruc de la bouteme. 

Boutique (La), s. f. La Préfecture de 
police. 

Bouton, s. m. Passe-parlout. 

Bouton, s. m. Pièce de vingt francs; 
terme d'argot usité par les marchands de 
chevaux. 

Une pièce d'or est en effet une clef 
qui ouvre bien des portes. 

BouTANCBE, BOUTOQUB, S. f. Boutîque. 



BoxoN. Voyez Bouts, 

BoYE, s. m. Bourreau d'un bagne, 
forçat chargé d'administrer la baston- 
nade à ses compagnons. Ital., boia. 

Ce mot existait dans notre vieille lan- 
gue; du moins il a été employé par Ra- 
belais, liv. ÏV, chap. XLV : 

Adoncques, ou myllieu du grand brouet... le 
bourreau meit es membres honteux de Thacor une 
figue.... Yceux, avoir à belles dens Uré la ligue, la 
roonstroyent au boye apertement , etc. 

On lit dans le Dictionnaire de Cotgrave : 
a Boye, m. An executioner, a hang- 
man; » mais ce mot y est précédé de la 
croix qui le signale comme vieux ou peu 
usité. 

Bb4ise, s. f. Argent monnayé. 

Dans les Nouvelles Écosseuses^ chanson 
de Baptiste le Divertissant sur Pair : les 
Enfants de Versailles, on lit, huitième 
couplet : 

Vendant not* marchandise , 
La braise u* nous manque pas. 

Dans le Lyonnais, les paysans, surtout 
les vieilles gens, se servent vis-à-vis des 
personnes qui leur sont chères^ de Pex- 
pression de ma braise, comme on dit 
ailleurs mon trésor, 

Bbàncheb, V. a. Voyez Béquiller, 

Bbandtllante, s. f. Sonnette. 

Branlante, s. f. Chaîne. 

Ce mot, qui ne se trouve dans aucun 
dictionnaire d'argot, appartenait au lan- 
gage populaire du dernier siècle; du 
moins on le trouve dans la Complainte 
d'une ravaudeuse à son amant, que nous 
avons citée plus haut, à Particle Berniele. 

Chez nos ancêtres, il y avait un orne- 
ment d'orfèvrerie que Ton appelait bran- 
lant. Antoine de la Salle nous représente 
le petit Jehan de Saintré, <x luy et son 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



71 



destrier houssez d'un satin cramoisi^ tous 
couverts de branlants d'argent % » etc. 

Sans aucun doute, ces ornements de- 
vaient leur nom à cette circonstance qu'ils 
n'étaient fixés que par un point sur Tha- 
bity de manière à pouvoir se mouvoir à 
la moindre secousse, comme les « rabo- 
lures d'argent blanc branlants, » qui se 
trouvaient sur la robe du comte de Gha- 
rolais en 4446 ', et comme les ornements 
« d'orfaverie dorée branlant à force de 
l)esans, » qui se voyaient sur une couver- 
ture de cheval exécutée pour Philippe le 
Bon, duc de Bourgogne '. 

Brarlaute, s. f. Dent. 

BiANQCB^ s. m. Ane. 

EnccHre au xvii^ siècle^ les malades et 
blessés voyageaient dans une espèce de 
litière, garnie de brancards devant et der- 
rière, et portée par deux chevaux. Ce 
véhicule, encore usité en Sicile et ailleurs, 
portait le nom de brancard^ et il en est 
souvent question dans le Roman comique 
de Scarron *. Comme on peut se l'ima- 
giner, un pareil moyen de transport était 
uniquement à la portée des gens riches, 
au moins de la classe aisée; les gueux 
invalides, ou qui feignaient de Fétre, 
n'avaient pour tout brancard qu'un misé- 
rable roussin , auquel ils donnèrent, en 
Tabrégeant, le nom de la civière dont il 
tenait lieu. 

Brbf (Être). Être aux abois. 

BâfiDOCHE, s. f. Liard. 

Bbeloque, s. f. Pendule. 



' L'HiêUnn et plaisante cwnieque du petit Jehan 
it Saimtré, édit de GaeuIeUe , tom. n,cbap. XL, 

^ Ut Duct de Bourgogne,.. ]>Br le comte de La- 
iMOde, wooDde partie, tom. I<% pag. 120, vfi S85. 

'/èMi,pag. 202, 0*090. 

^ Voyei,fiitre antres endroits, P* parUe,cbap. vu, 
ialitolé VAvanhtre des brancards. 



Breloque est une corruption de ban- 
cloque, qui signifiait autrefois cloche du 
beffroi d'une commune : 

La hancloque prUt à &ODoer ; 
Gens commenchent à assembler. 

Roman cTEmtacfie le Moine, pag. 5. 

La signification primitive de ce mot 
s'étant perdue, oa se sera rejeté, pour 
s'en rendre compte, sur breloque, qtû 
avait cours depuis l(mgtemps dans le 
sens de bagatelle, de curiosUé de peu de 
valeur*. Dans une comédie du commen- 
cement du xvin* siècle, Arlequin pariant 
de pièces de moimaie, dit : « Quoi 1 en 
donnant de ces berloques, on a tout ce 
dont on a besoin? » {Arlequin sauvage , 
etc. A Paris, chez Charles Estienne Ho- 
chereau, M. DCC. XXll. , in-g», act. II, 
se. -4, pag. 51.) 

Dans notre langue, berloque ou bre- 
loque est usité parmi les militaires, et 
signitie batterie de tambour qui annonce 
les repas, les distributions, etc. Il n'y a 
pas à douter que ce mot n'ait la même 
origine que celui qui nous occupe; la 
question est de savoir s'il vient du terme 
d'argot, ou s'il lui a donné naissance : 
c'est ce qu'il nous est impossible de dé- 
cider. 

Encore aujourd'hui on dit, dans le 
peuple, d'une horloge, d'une pendule 
qui va mal, qui sonne continuellement 
sans s'arrêter, qu'elle but la breloque. 
Cette expression s'applique aussi, figuré- 
ment, à quelqu'un qui divague, qui ne 
sait ce qu'il dit; et d'Hautel a eu tort de 
l'omettre dans son Dictionnaire du bas- 
langage. 



' Voyez le Glossaire de du Gange, an mot But' 
Utga, et le Dict. étym. de Ménage, à Breluque. 



7a 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Brêmbs^ s. f. pi. Cartes à jouer. 

On peut alléguer que la brème est un 
poisson plat , et que c'est pour cette rai- 
son que les cartes ont été ainsi dési- 
gnées ; toutefois je pense qu'elles doivent 
leur nom d'argot aux emblèmes ou figures 
qui s'y trouvent. Voyez dans les Aventu- 
res du baron de Funeste, liv. IV, ch. xvi, 
l'anecdote d'une dame qui confondait ces 
deux mots^ et dans les Essais de Mon- 
taigne, liv. m, ch. IX, un passage où 
emblème est pris dans le sens primitif 
d^emblemaj qui signifie, en grec et en 
latin, ornement ajouté à un ouvrage. 

Au reste, il existait autrefois un jeu de 
la brème y dont parle d'Assoucy dans son 
Ovide travesty, fable m (l'Age d'pr) : 

Ils o*avoieiit soucy d'autre affaire 
Qu€ de dormir, faire graud* chère... 
Joûans à la mouche, à la hresme, 
A bieo el beau s'en va caresme, 
A croquignole, à coquimber, 
A je n'y tiens ny bois ny fer, 
A pille-nade, ioque fore. 
Et puis mille autres jeux encore. 

QEupres de monsieur £Assoucy. A Paris, 
chez Thomas Jolly, M. DC. LXVIII., 
in-12, pag. 11. 

BaâicB DE PAQUBLiN, S. f. Carte de 
géographie. 

Bb^mieb, s. m. Fabricant de cartes à 
jouer. 

Bbicoleb , V. n. Faire toute espèce de 
métier, être au service de tout le monde. 

Bbidb, s. f. Chaîne de forçat. 

Bridé (Être), v. p. Être ferré et prêt 
à partir pour le bagne. 

On sait qu'au figuré brider quelqu'un 
ou quelque chose, c'est s'en rendre mat- 
Ire , le conduire à son gré, le réprimer : 

... Un tas <le l>clis(res, qui contrefaisoyent lc« 
divioateiirs, pipans et abusans ainsi le simple po- 



polaire, à celle fin de se faire révérer de luy, et le 
Mder d'une crainte sous l'ombre, et prétexte de 
leur vaine et superstitieuse religion, etc. (Lu Dia- 
logues de Jacques Tahureau, etc. A Rouen, chez 
Nicolas Lescuyer, 1585, in-16. folio I (6 verso.) 

Nos grands sénats et législateurs françois... 
voyaus les abus en provenir par telles punitions , 
les ont un peu bridés, etc. (Des Dames gallanies, 
premier discours; Œuvres complètes de Bran' 
tàme, édit. du Panthéon littéraire^ lom. II, 
pag. 27â, col. 1.) 

D'un zèle simulé j*ai 6ridé le bon sire. 

L'Étourdi, act. Vf, se. 1. 

Voyez plusieurs autres acceptions de 
ce verbe dans les Curiosités françaises 
d'Oudin. 

Brider, v. a. Fermer. 

Dans le. Dictionnaire de Trévoux, au 
mot Argot f on trouve cette phrase en 
narquois : Brider la lourde sans tour- 
nante ^ ouvrir une porte sans clef. Il y a 
ici plus d'une erreur; la plus grave est 
d'avoir attribué à brider le contraire du 
sens qu'a ce mot. 

Bbiffeb, v. a. Manger. 

Depuis longtemps, ce mot est popu- 
laire: 

Oh! le bon appétit! Tenez, comme il bri0e! 
(Propos rustiques et facétieux de Jioe] du Fall, 
chap. ui.) 

Elle vous briffait en asne débatte, et Iramoit dn 
pyot en Urelarigot. (Les Apres-disnees du seigneur 
de Cholieres, A Paris, ciiez Jean Riclier, 1687, 
In-t2, fol. 165 reclo.) 

N'eussent pas eu le déplaisir étrange 
De les hriffcr sans l'aigre jus d*orange. 

Réponse de mademoiseUe Detcars à Sear- 
ron , parmi les épitres de cet auteur. 

Par le bon accueil de mon père , 
Et par sa table où lu fis chère... 
Trtn<|uas et briffas tout ton saou. 

Seconde Suite du Virgile trat^esti, liv. X. 

Toiiterots nous ne laissons pas, 
Trinqiians et bri/fans comme drôles, 
D'y faire nii aussi bon repas 



DICTIONNAIRE D>ARGOT. 



73 



Qa*«o paîsie faire entre deux pôles. 

ha. Chambre du deshauehé , dernière 
staDce. (Œuvres du sieur de Saint» 
Amant, édit. deM.DCLXI., iu-12, 
pag. 154.) 

Où dianlre a«-lu petcbé ce bouquin de Cantal , 
Gel ambre d'Achtron , ce dia|)alma brijfahle? 

Le Cantal, v. ^4. (Ibid,, pag. 292.) 

Qudin^ qui rapporte ce mot dans l'Ad- 
dition à ses Curiasiiez françoises^ le tra* 
duitpar manger avidement; autant en 
bit Cotgrave, qui signale ce verbe comme 
peu usité. J'ajouterai qu'en breton brifa 
a le même sens. 

Briffer a donné naissance à hriffaut^ 
iH»n de chien de chasse^ qui signifiait au* 
trefois gourmand, glouton, comme bri- 
fttuder s'employait dans le sens de tnan- 
ger^de dévorer : 

Qu*est donc h toille devenue?... 

Brifaut, tous l'aves brifaudte. 

Car fnst or la langue eschaudée 

^ ^ Sorgc par où pasMrent 

Là monel qui si cbier costerent ! 

De Conneberi, par Gautiers, ▼. 65. 
(Nouveau Recueil de fabliaux et con- 
tes, toni. I*', pag. 74.) 

fli font entre eulc diea d'un bri/auit. 
Le Martyre de S. Pierre et de S. Paul. 
(Mystères inédits du quinzième siècle, pu- 
bliés par Acbille Jubiual, tom. I«', pag. 74.) 

Bons beireb en brifaut é lou dogue que baie. 
Lou Getitllome gascoun,,. per Guillem Ader 
Gascoun, lib. I, pag. 16. 

J*ay beau crier holc , bole , 

Tay briffant, miraul , carmagnole. 

Ovide travesty, etc., fable ti : Lycaon 
cbaogé en loup. ( OEuvres de mon» 
sieur d'Assoucy. A Paris, cbes Tho- 
mas Jolly, M. DC. LXYIII.» in-12, 
pag. 26.) 

Dans les Epiihetes de 1/. de la Porte , 
Varisirn (A Paris, par Benoit Rigaud, 
iJ. D. XCII., petit in-12, fol. 81 verso). 



on trouve hriffaud parmi les épithètes 
données au chien. 

A en croire le P. Labbe, briffer aurait 
également donné naissance à notre, mot 
pifre^; mais je suis convaincu qu'il se 
trompe, et que ce dernier n'est autre 
chose que le nom d'une espère d'héré- 
tiques répandus en France et en Flandre 
dans les xii* et xiii* siècles', nom qui, 
du reste, se donnait, à cette époque, à 
tous les hérétiques possibles, sans dis- 
tinction de doctrine. C'est ainsi que Phi- 
lippe Mouskés, parlant des Albigeois, dit : 

Jà tant François ne sorent nnire; 
Et si esloyent sodomite, 
Pf/le^ rawardenc et irite. 

Chronique rime'e, etc., lom. II, pag. 382, 
▼. 22414. 

Jacques du Bois, qui cite Art^OTati^, le 
tire du grec Ppé^, enfant, à cause, ditr-il, 
de la voracité propre àPenfance'. Autant 
en fait L. Trippault, qui dit, pag. 54 de 
son Celt-hellenisme : a Briffault, ou 
Briphaulty de ppeepoç, infans.... Mais 
quand Beiffault ou Bbifau se prendra 
pour un goulu , et d'un qui mange des 
deux costez d'une tire comme l'on dict, 
alors je Testiraeroy estre dict a bifauci- 
bus. n 



' « Fifre... On dit aoui on gros bifire, qui est 
le mpsme, h cause de l'affinité do p et du b, et vient 
de brifer, manger avec avidité^ et de là brife, brl- 
faud, brifauder, » etc. ( I^s Et^mologUs de quelque» 
mot» firançois, etc. A Paris , cbez Guillaome Simon 
Benard, M. DC LXI., in-n, pag. 301, 802.) 

L*auteur du Moyen de Parvenir a employé ce mol 
en parlant des « plfrea dmbolisans, qui , suivant 
mêmes friponneries de doctrine que vous , dégénè- 
rent; » mais il est évident qu'il a voulu Jouer sur la 
ressemblance que présente p{fire avec j^fre^ et dm- 
balisant avec sffmbolitant, Voyex l'éditton de 17M, 
tom. !•% pag. 152. 

* Voyez le Glossaire de du Gange, an mot PifUf 
édit. in-a«, tom. Y, pa«^ S48, col. S. 

3 Jacobi Sylvii jmhianensi» in Ungnam GaUicam 
Itagoge, etc. Parisiis, ex oftidna Roberll SIephani, 
M. D. XXXI., in-4% pag. 18, col. t. 



74 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Bbigmann^ s. m. Sabre. 

Altération volontaire de briquet, terme 
ennprunté à l'argot par notre langue^ où 
ii désigne un sabre court et un peu re- 
courbé, à Pusage de l'infanterie. 

Les argotiers donnèrent d'abord à cette 
arme le nom de briquet , parce qu'elle 
est d'acier comme Tinstrument dont on 
se sert pour tirer du feu d'un caillou, et 
qu'un combat au sabre présente de Ta- 
nalogie avec cette opération, au moins 
quant au bruit qui en résulte. 

Brimabb, s. m. Bourreau. 

Ce mot, qui nous est donné par le Dic- 
tionnaire blesquin de la Vie généreuse 
des tnatiois, est autrement orthographié 
par Adrien de Montluc : 

Par ma nenda ! il faut promptement dous ôter 
de dessous les pâtes des chiens courans du bour- 
rftu f de peur que le brimort ne nous chasse les 
moticlies de dessus les épaules au cul d'une char- 
rette. {La Comédie des Proverbes ^ act. Il, 

80. IV.) 

Je soupçonne ce terme de n'être autre 
chose que le mot briseur y dénaturé par 
le changement de la dernière syllabe en 
mar : procédé encore usité de nos jours 
parmi les gamins de Paris. Les argotiers 
désignèrent d'abord celui qui rompait^ 
qui brisait , par le nom de brisemar, et 
ce nom s'altérant devint plus tard bri- 
mare et brimort. 

Bbimborion, s. m. Décoration. 

BfiiNGBAL, s. m. Sonnette. 

Bbiquemont, s. m. Briquet. 

Bbisant, s. m. Vent; mot formé de 
brise. 

Bbiseb , V. a. Escroquer. 

Bbisbub, EusE, s. Escroc; terme 
usité parmi les Auvergnats. 

Bbisdbb , 8. f . Escroquerie. 

Bbobéche, s. f. Liard. 



Bbocantb, s. f. Bague. 

S*il a au doys quelque brocart t, 
Gaultier en sera soudoie. 

Le Mistere du viei Testament, etc. A 
Paris, par maistre Pierre le Dru pour 
GeolTray de Mariief , sans date, in- 
folio, f. .cccxxvi. v% col. 2, se. De 
Hester. 

Le mot broquille, par lequel on dési- 
gne en argot une boucle d^oreille, est une 
variété de brocante. 

Bbodage, s. m. Écriture. 

Bbodanchedb a la plaqub, s. m. No- 
taire. 

Bbodeb, bbodaiicheb, v. a. Écrire. 

Klle dit toujours qu'elle va vous écrire, elle 
taille ses plumes ; car son écriture de cérénionie 
est une broderie qui ne se Tait pas en courant. 
(Madame deSévigné, lettre lti, du 17 juillet 
1680.) 

Cette princesse tous écrit de sa tielle écriture ; 
elle m'a montré la belle morale qu'elle vous a 
brodée, (La môme, lettre ltih , 24 juillet 1680.) 

Un ancien poète persan compare une 
broderie à de l'écriture : 

J*ai vu un sot gras, ayant une pelisse précieuse 
sur le corps, et un cheval arabe dessous , et ime 
étoffe fine d'Egypte sur la télé. Quelqu'un dit: 
- O S&di , comment trouves-tu cette étoffe de soie 
brodée sur cet animal ignorant? • Je dis : « c'est 
une viUine écriture qui est tracée (écrite) avec 
de l'eau d'or. » ( Gulistan , ou le Parterre de 
fleurs du cheikh Moslih-eddin Sddi de Ckiraz, 
trad. par N. Semelet. Paris, Imprimerie royale» 
M. DCCC. XXXIV, chap. Ui, pag. 233 , 233.) 

Brodancher s*emploie aussi en place 
de notre mot broder. 

Bbodeub, s. m. Écrivain. 

Bbodé, s. m. Melon. 

Bboque, s. f. Double liard, ancienne 
pi^ce de monnaie de peu de valeur. 

Et dotant que je sçny qu'on a cassé les cloques 
De S. Michel sonnant pour men enterrement , 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



73 



Je délaisse ô Trésor six liars avec deux braques, 
Afin qu*à les refondre yl aist soulagement. 

Testament de Tayaut, maistre gueu à Rouen, 
sC vu. <!« huietiêtme Partie de ia Muse 
normande, édit. de M. DC LV., pag. 145.) 

Encore aujourd'hui on appelle broehe 
un billei d'une somme peu considérable. 

Bboqcillb, s. f. Minute. Voyez Bro- 
etmte. 

Btouu^ V. n. Aller, marcher, courir. 

Genioi, qui se présente si souvent 
dans le Jargon et jobêlin de Villon, se 
trouve aussi plus d'une fois dans ie Mys- 
tère de la Passion. On lit dans la pre- 
mière journée : 

Pu» qu'il n'y a ne gain ne plue, 
Les dappcs deoouront en crue ; 
Ji n'y èrouraj dessus k pleine. 

Édition de Verard , folio qui suit ia 
sign. b. iiiiy recto, col. 1. 

Il finit hrwur..,. 

Brvmez au large, escarrissez. 

Besoin est d'aviser la porte. 

Le MUtere du viel Testament, feuillet 
cccxxv. r% col. 2. 

Un autre poète de la même époque 
adit; 

Qoand on vit qu'il chargeoit si bien. 
Et veU mon cousin le guet 
Taatoal de trouer If terrien. 

Le Playdoyer de CoquiUart, édit. de 
Coustelier, pag. 71. 

Je ne aérais point étonné que rabrouer 
et rebrotMser ne vinssent de brotter. Tou- 
jours est-il que je ne saurais accepter 
Fétymologie que Ménage assigne à ces 
deux verbes, dont le premier avait déjà 
cours au xvi* siècle : 

il les rabrouait fort, estant le seigneur du 
monde qui estoit un jcrand rabroueur, et sçavoit 
«Bssy bien brarer et rabrouer. ( Hommes illus- 
tres et grands capitaines françois : le coniies- 



table mcssire Anne de Montmorency ; Œuvres 
complètes de Brantôme, édit. du Panthéon lit- 
téraire, lom. i«% pag. 315, col. 1.) 

Je me voy rebroué en ma confusion. 

Les Amours de Taharin et d^ Isabelle , 
édit. des Joyeusetez, pag. 27. 

Bbuge, s. m. Serrurier; terme des vo- 
leurs de la haute pègre, emprunté à Ti- 
talien brugiare, brûler. 

Bbdgbbie , s. f. Serrurerie. 

BaoLÉ (être), v. p. Être découvert. 

On se rappelle qu'au jeu de cache-ca- 
che, les enfants disent au patient qu'il 
brûle quand il est près de l'objet de ses 
recherches, quand celiû-d est menacé 
d'être divulgué. 

Bbûlot, s. m. Pipe. 

Bbuhb, s. f.Nuit. 

Ce mot, que Bouchet donne à Targoi, 
a son équivalent, peutrétre même sa ra- 
cine, dans le fourbesque brwna, brunora. 
Il fait depuis longtemps partie de notre 
langue, comme on peut s'en assurer en 
recourant au Mystère de la Passion*, au 
Plaidoyer de Goquillart*, à une ancienne 
farce 3, au Thresor de Nicot et au Diction- 
naire de Gotgrave. 

Au xiv« siècle, on disait faire brun 
pour dire que le jour baissait : 

Adonc allnmerent-ils en leur ost grand'foison 
de fallots et de tortis , pour ce qu'il faisoit moult 
brun, {Chroniques de sire Jean Froissart, 
liv. 1'% part. I, chap. ocxcit, ann. 1346; édit. du 
Panth. litt,, tom. l", pag- 241. Cf. pag. 552, 
col. I et 2 ; pag. 590, col. 2 ; et pag. 649, col. 1.) 

Dans l'argot anglais, darhmans (homme 
sombre, obscur) signifie nuit. 
Bbutal, s. m. Canon. 



' £dl(. de Verard, 2* feuillet recto, col. 1, après ta 
sign. q liil, col. 1. 

> Les Poésiei de GuUtaume CoquiUaH, édit. de 
Cousteller, pag. 80. 

3 Ancien Théâtre français^ tom. III, pag. 257. 



76 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Bbutb^ adj. Dangereux; terme de Fan- 
cien argot maritime : 

Par CM, lecapiUÎDe de Hsle d'Isquie adTerlit 
par trois Tolées de canon qoe la merefltoit brutte 
(ib lisent de ces roots pour dire qu'il y a des cor- 
saires en mer) (Vies des grands capitaines es- 
trangers etfrançois, chap. i : Dragut; Œuvres 
complètes de Brantôme^ édit. du Panth, litt. , 
tom. I<r, pag. 111, col. 2.) 

A ce propos^ j e demanderai si quelqu^un 
sait ce que c'est que la mer Sauvage : 

Arec cet donse pinasses, il alla reconnoltre 
risie du costé des baleines rers la mer Sauvage. 
(Hémùires de Richelieu, liv. XVIH, pag. 465 du 
tom. VU de la 2** série de Ja collection de MM. Mi- 
chaud et Pottjoulat.) 

BauTANT; S. m. Tambour, 

BûcHB PLOMBANTS^ S. f. AlIumctte. 
Voyez Plomber. 

BocHBB, V. a. Frapper^ battre^ alle- 
mand, bocAen. 

Ce mot se trouve déjà, avec le même 
sens, dans les Chroniques de Froissart, 
tom. II, pag. 436, col. 2, et 673, coi. 4. 
Nous avions aussi autrefois le verbe bus- 
cier, buquer, dans le sens de frapper à la 
parte, d'appeler : 

N'on ne piiet entrer es osteus 
Sans buscitr u sacier le denque. 

Giesi du hontêus Menestertl, v. 10. 

(QEwres complètes de Buteieuf, 

lom. !•', pag. 341.) 

▲ l'uis de fer butqua, la porte est retentie. 

lÀ Romans de Bauduin de Sebourc, cb. xx, 
pag. 323 ; tom. Il, pag. 230. Cf. tom. 1% 
pag. 236, ▼. 1165. 

Tous armes et embastonnez busquerent k son 
huys très-fort, etc. {Chroniques d^Snguerran 
de Monstreletf toL 1*% chap. clxtii.) 

Qui est là? Vous buqués bien fort. 

Qttoy, que demande-vous ? 

Le Retraicif farce nouvelle... à lai per- 
sonnages, psg. il. (Recueil de far- 
ces ^ etc. Paris, chez Terheoer, 1837, 
Jn-8% tom. m.) 



Cest icy, bucque%, encor, enœr plus fort, etc. 
(La Vefve^ comédie de Pierre de i*Arivey,act IV» 

se. V.) 

On trouvera Tétymologie de ce verbe 
discutée dans le Dictionnaire de Ménage, 
tom. l'^^pag. 269, col.2. 

BuQUBH, V. a. Changer une pièce d'c»* 
ou d'argent, voler dans ime boutique en 
demandant de la monnaie. 

Ce mot me parait dériver de l'italien 
biMcare, espagnol buscar, quêter, cher- 
cher, ou plutôt de busquer, qui en est 
venu et qui avait le même sens : 

... il avoit faict plus de cas de garder soa 
chasteau... que d'aller aux champa busqtier nd- 
vantnre. ( Vies des grands capitaines estrançers 
et français, liv. I"', chap. lxu; Œuvres corn- 
pUlesde Brantôme, édit. du Panihéon HUé- 
raire, tom. !•% pag. 160, col. 1.) 

... faut noter le malheur de ce pauvre sei- 
gneur, que luy, qui... s'estoit toujours affiBCtionné 
à avoir quelque tion navire sur mer, qu'il envoyoîl 
ordinain*ment busquer fortune, etc. (Des /font- 
mes, deuxiesme part., chap. ti : M.deStrone; 
ibid., pag. 662, col. i.) 

Nous allons busquer fortune ailleurs. {La 
Comédie des Proverbes, act. III, se. 3.) 

Cependant un chacun se prend à sa chacune , 
Afin qu*en ce beau jour il busqué sa fortune* 
Description du 'vojrage de Saint'Cloud, satyre. 
(Le Parnasse satyrique du sieur TkeopkUe , 
M. DC. LX, petit iD-t2, pag. 218.) 

On trouve, dans le Dictionnaire de Got- 
grave, busquer j Tenàufartoshtfiyfiltehs 
prove, catch by book or crook^ et busquer 
fortune par to go seek his fortune. Oudin 
traduit cette dernière iocuticm par cher-- 
cher son avantage. 

BuBLiN, s. m. Bureau. 

BuiLUT , s. m. Moine. 

Toutefois craignant la furenr dangereuse du 
burlut..,, elle pria le marchand... de sortir par In 
fenestre, etc. (Lefacecieux ReveiUe-matin des 
esprits mélanchoUques , édit. de M. DC. LlV., 
pag. 226.) 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



77 



Ce mol, il est facile de le deviner^ vient 
du bureau dont sont vêtus les moines. 
Peut-être aussi faut-il voir là l'origine du 
mot bourru dans une expression par la- 
quelle on désignait, à Paris, un être ima- 
ginaire, que Pon appelait pour faire peur 
un enfants : 

Cet enltot qu'à peine poaToit-il avoir atteint 
l'aide de Iro» ans, reapondit en sou langage qne 
c'catiiit le mofne bouru, d'autant que l'on Iny 
parlait tomjoan de ce nom-là, pour luy donner 
de la crainte et de rapprehenaion. {Le /acecieux 
I^Mi<I^Ma/i» y etc. 9 pag.lti.) 

UotM» hauru dont on se mocque , 

A Paris Teffixiy des eofaos, 

Esprits bourbeux , je vous invoqoe, elc« 

Combat ^Ursine et de Perrete aux 
AMgutt'uu, satyre parle sieur deSy- 
gognes. (JLe Cabinet satyrique, édit. 
de Paris, M. DC. XXXHU., in-S^, 

Toitre bide et bideuse troigne 
QNnble de bonté et de rergogne 
Lésâmes de vos favoris. 
Et j'estime qu'il est croyable 
Qalls troaveroient moins éfroyable 
Ltmoyne bourru de Paris. 

StUjre contre une vieille ridée, par le 
aîeur de Mayoard. (/^iW., pag. 383.) 

i toute beure on te trouve ayant ta raze teste 
CoQfaie de la peau de quelque estrange beste... 
Pteaer dans le clocher, battre de porte en porte , 
El ae moimê bouru tenir fidèle escorte, 
Euaat toute la nnict mille charivaris. 

Ibid,^ pag. 33. 

Esprit Mot, esprit nocturne , 

Qui n'a Paris tout seul couru » 

Ainsi que le moine bourn. 

Lé Juif errant, satyre v. {V Espadon saty- 
rique, par le sieur d'Estemod. Cologne, 
M. DC LXXX., in-12, pag. 60.) 

Dans nombre d'autres passages , il est 
(PKstioa du moine boiuru : 



Je le vois, il me voit, et demande estonné 
^k moine bourru m'avoii point promené. 

Mathnrin Régnier, sau vu, i la fin. | 



Heureux temps , heureuse saison , 
Où n'estoit porte ny cloison... 
Moine bourru, uy loup-garou. 

Offide tra9esty en vers burlesques, la* 
ble tu : l'Age d'or. (QEui^res de mom- 
sieur tfjssoucjr, A Paris, chez Tho- 
mas JoUy, M. DC. LXVm., in-ia. 
P»g.ll.) 
Après avoir autant couru 
Quatre fois qu'un moine bourru. 
Toute lasse enfin eHe arrive. 

ibid^ fable xi : lo furieuse et remise en 
sa première forme. (Ibid., pag. 94.) 

Senesçay la sainte 

Est femme d'esprit; 

Si elle est enceinte , 

C'est de l'Antéchrist. 

On a veu chez elle 

Entrer le moine bourru, etc. 

Ms. de mon cabinet, fol. 105 recto. 
Ce moine bourru des rimeurs. 

Le Poète crotté, v. 44. (Les OEuvresau 
sieur de Saint-jimant, édit. de M. DC. 
LXI.,pag.222.) 

Enfin , un chapitre des Jeux de Pin- 
connu, est intitulé le Moyne bourru, sous 
le nom du Chevalier Inconnu, \oyet 
rédition de Rouen, Jacques Cailloué, 
M. DC. XXXXV., in-8% pag. 76. 

On disait encore, peut-être même plus 
fréquemment, moine bouri : 

Yods n'allez que la nuit, comme le moine 
hourU et les loupa garons. ( La Comédie des 
Proverbes, aet. !•', ac. t.) 

Bonrry, moine bonrry, certa fantaaima. (Se^ 
conde Partie des Recherches ittUiennes eifran- 
çoises, pag. 67, col. 2.) 

On employait aussi cette expression 
dans un sens proverbial et figuré, pour 
exprimer «une humeur mélancolique, 
un homme retiré, et de mauvaise con- 
versation \ » 



Curioeitez françoists, au mot Moine, V édit., 
pag. 270. 



78 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Ahéré d'une antre façon^ moine bourru 
est devenu tnoine beur et gribouri^ re- 
cueillis tous les deux par Gotgrave, gri- 
bùuiUi, employé par d'Assoucy^^ et^ 
iaurdy*, dont on faisait peur aux enfants^ 
comme du loup-garou^ Pour finir, je 
n'hésite point à rattacher au mot qui 
est le sujet de cet article , notre terme 
familier hurluberluy qui im semble com- 
posé de deux mots^ hurleur et buriut. 

Dès le xiT* siède , nous avions terri- 
bouris dans le sens de vacarme ^ de ta- 
page: 

...n inenoll nn tel ierribouris et tel bronillis» 
que il sembloit que tous les moines d'enfer dussent 
tout emporter, elc. (Chroniques de sire Jean 
FroUsartf liv. HT» dt. xiv, ann. 1388 ; édit. du 
Panih, litt., tom. n, pag. 404, col. 1.) 

BuTB^ s. f. Guillotine. 

BuTBR, V. a. Tuer. 

Pour se rendre compte de Torigine de 
cette oxprossion, il faut savoir qu'on ap- 
pelait bute, alors comme aujourd'hui^ 
une petite élévation de terre ou de ma- 
çonnerie où Ton plaçait un but pour tirer 
au blanc, et , dans un sens général, un 
pt^it tertre^ une petite élévation déterre. 
Do là, butr pour signifier l'exercice de 
TarqucbusOi comme on le voit pai* ce pas- 
mige des Essais do Montaigne, liv. II, 
ch. 14 : « P»u*co que ce sont nos exerci- 
W}^ que lu chasst^ • 1» paulme, la bute... 
il H'y nffootlonno, a etc. De là aussi le 
vioux nu>t butrf\ frapper au but, toucliei' 
U^ but, qu'on ue dismt guère qu^au jeu de 
blIlaiHl. 

Jo n'nl |Mis lo nmindro doute que ce 



• »<♦•.'. f'*tti rff» HtHh, II. #i./y.» |Mi«. 1*»» col. !. 
"^ ««•«♦•</ il# vktinwHë rAwM#«. A Paris, chea Sh 
iwm HMiaiHl, M. lu:. XtiVUK» ^^\ «om. V\ 



ne soit ce terme de joueur qui ait donné 
naissance au verbe de l'argot buter, qui 
exprime la même idée. 

Dans notre langue, ce mot, de même 
que frapper en la butte, signifiait aussi^ 
figurément et familièrement, tendre à 
quelque fin : 

Voilà bien frappé en la buUe 

Pour les faire tous tourmenter. 

VApoealjrpse samt Jebam Zebêdèe^ etc. 
A Paris , pour Amoul et Charles les 
Angeliers frères , mil cinq eens .xli. , 
in-folio, goth., feuillet .x. t>, eol. 2. 

...Tous les discours Tabariniques ne buttent 
qu'à la taTeme et à la maogeaiile, etc. {Seconde 
Partie du Recueil général des rencontres et 
guêstkmsde Tatortn. A Rouen, chez Dayid Fer- 
rand, M.DC.XXXIl., io-lS, pag. IM.) 

a Si j'étais à votre place, dit Golom- 
bine dans les scènes françaises à^ Arle- 
quin empereur dans la lune, je (miterois 
à quelque bon gros financier, » etc. {Le 
Théâtre italien d'E. Gherardi, tom. F. 
A Genève, chez Jacques Dentand, M. DC. 
XCV., in-8^pag. il.) 

« Si tu veux que je butte à toi comme 
à ma femme, dit Pierrot à Marinette, 
act. I*', se. 9, de la comédie des Souf- 
fleurs, il faut songer au ménage. » (Même 
recueil, tom. II, M. DG. XGVI., pag. I3.> 

Nicot rapporte encore une autre ac- 
ception du verbe buter, qu'on employait 
de son temps pour dire toudier d'un 
bout à autre chose, a Ainsi , le Nor- 
mand dit, ajoute-t-il, bute à Théritage 
d'im tel , ce que le François dit aboutit, 
ou tient d'un bout à tel héritage. » 

Au XIII* siècle, ce mot avait encore le 
sens de frapper : 

Séurement àttte à la porte. 

Le Roman de Rou, ▼. 10O70 ; ton. II, 
pag. 78. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



79 



A rhus èuia, cdc le tînt. 

Lai itEquiian, T. 285. {Poésies de 
Mttrie de Pranc», tom. I*', pag. 134. 

A la même époque ^ on disait égale- 
ment 9k%Uer dans plus d'un sens : 

PorçMi que avés Don Cbufel, 
Nm barons aves bien chufes 
&l eogigoiés «t aSutês. 

Le Paman du Penarf, supplément, etc., 
pag. 314, 1. 11. 

IVntaut le «onde a aètiUh etc. 

Ibid.t pag. 359. 



Bien refont leur partie sauve 
Li autre serjaiit, d'embraser 
Et de tout par terre raser. 
Liens et maisons où il %*abutemt. 

Branche des royau* Ugnages, parmi 
les Cfwoni^ues natioftaies/raièf aises, 
tom. YIII, pag. 417, ▼. 10,844. 

Buteur^ s. m. Bourreau. 

Il n'est pas hors de propos de faire re- 
marquer la ressemblance du mot d'ar- 
got avec butor, et l'emploi de bourreau 
comme synonyme de ce terme d'injure. 



Caiassu^ V. a. Tromper. 

Ce mot^ qui Tient du cabas dans lequel 
les Provençaux mettent des ligues et des 
rttsinsy signifiait dans Torigine dérobeTy 
amasser d'une façon illicite : sens que 
présentent les nombreux exemples rap- 
portés dans le Dictionnaire étymolo- 
gique de Ménage^ édit . de Jault, t. V\ 
p. 275, col. 3, et t. U, 2* part., p. 33. 

Gabi, cabot, s. m. Chien. Corruption 
de ektbauâ, qui avait la même significa- 
tion et qui a doimé naissance à clabauder, 
aboyer' : 



On les voit, quand la naît s*aprate... 

CUboMâan» par robseurlté : 

La mastina font moins de teapeite, «le 

V». LVlfl- (Zes PseoMfuea de David, mis 
en Ters françois , par Pbilippes des 
Portes, ele. A Paria, p«r Mamert 
Pâtisson, M. DCl., in-iS, folio 48 
▼erso.) 

Ili TCTlendionl sor la serée... 



Urid,, fol. 49 recto. 

AToir pour son exercice 
FoTM oyseaux et force abbols, 
Bt an menlea bien eonrantea 
Clabauder toutes ses rentes 



ClabauU et Briet par manière 

Presenrent des loups Tadventure. 

Notice et un mystère par personnages 
représenté à Trores vers la fin du 
XV* sièeie. {Bibliothèque de t École 
des chartes, ton. IVL, pag. 468.) 

... Il Ta respondre eo un abbai de ces clabaux 
de Tillage, bop, hop, liop. (Les Contes et Joyeux 
devis de Bonav. des Perriers , nouf . l?i.} 

Eli bien , clabaud par excellence , j'ai fait 
préparer un creuset de ta grandeur, où l'on te va 
jetter incessamment. {Les Souhaits, se. des ËM- 
ments; dans le Théâtre italien de Gherardi, 
tom. V, pag. 76.) 

Tous laissea l'Eglise et la France 
f A la merci de ce clabaud^ 
Que je voûarrions sus l'écbafaut, etc. 

Première Harangue des habitants de la 
paroisse de Sarcelles, à monseigneur 
t archevêque de Sens, etc. (Pièces et 
anecdotes intéressantes, etc., première 
partie, pag. 451.) 

Dans les Epithetes de M. de la Porte, 
Parisien, fol. 81 verso, on trouve, pour 



Par les cbamps et par les boiSi 

Discours sur la louange de la Tarin, etc. 
ilSld., fol. 189 recto.) 



80 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



le mot chien, celles de clabàïid ou cla- 
boudant. Cotgrave donne /a«6ati^ comme 
équivalent de clauhaut; il traduit ces 
mots par a gréai yelling eurr, et les in- 
dique comme peu uâtées. Eufin^ Oudin 
consigne clabaud dans la seconde Partie 
des Recherches italiennes et françaises, 
p. iiO, col. 4, et traduit ce mot par 
spelid di cane, item, abaiatore, gridatore. 

Pour ce qui est de Fétymologie de 
clabattdy Léon Trippault et Nicot tirent 
ce mot de Thébreu cheleb, opinion com- 
battue par le P. Labbe : a Clabaud^ dit- 
il, vient du son que font les chiens en 
clabaudant, clamatares, latratores, bau- 
batores, molossi, à clamando et hauban^ 
do : et c'est prendre beaucoup de peine 
sans sujet, que de naviguer en Palestine 
pour y chercher le mot hébreu cheleb^ 
chien ^ ou en Grèce pour en rapporter 
xXttfASoc, qui a les aureilles rompues et 
abbattuês. » Voyez les Etymologies de 
plusieurs mots français, eic., pag. 146. 

De l'Aulnaye dît aussi que clabauder 
vient probablement de clamare. Voyez 
le glossaire de son édition de Rabelais 
(Paris, Louis Janet^ 1823), tom. III, 
pag. 491. 

CAB£BifoiiT, s. m. Cabaret. 

GABRSTAïf , s. m. Officier de paix ou de 
police. 

Ce mot me paraltdériver decafre (diien), 
autant que de capitan (capitaine). 

Cabot, cabotin, s. m. Comédien, his- 
trion, bateleur. 

Ce terme vient de cabot, le débit des 
mauvais acteurs étant assimilé aux aboie- 
ments d*un chien. 

Cabotineb, V. n. Jouer la comédie. 

Cabbiolet, cachemibs d'osibb^ s. m. 
Hotte de chiffonnier. 



CACHBMiTTB, S. f. Cachot. 

Cachet de la. bépubliqob, s. m. Coup 
de talon de botte sur la figure. 

Daos 1m années dangisieuMB qoi uivirent la 
révolution de 1830, il était devena de mode à la 
place Maiibert et aux faubourgs, lorsque deux ci- 
toyeus s'étaieol baUns, que celui qui Avait terratté 
son adversaire, et qui le tenait gisant sous ses ge* 
nouxy lui donnAt, avant de le quitter, an coap de 
talon ferre sur le visage... Eût-on mangé le nez du 
vaincu... Teût-on laissé mort, il fallait encore le 
coup de talon : par là sealement on se montrut 
rbomme du siècle, Tbomme dn progrès. (Lesti- 
6res Penseurs, par Louis Veuillot Puis, Jacques 
Lecoffre et €>•, iSbO, in-is, liv. VU, eb. xiv, 
pag. 374, 376.) 

Cabbnnb, s. f. Chaîne de cou; anc. 
prov.y catal. et esp. Cadena. 

Il baylla k la Souche... une cliaisne de ds- 
qnante escus qu'il portoit au cou.... J'ay ooy &tre 
ce discours au bonbomme , feu lieutenant de U 
Tour-Blanche... qui estoit présent à Farrivée do- 
dict la Souche, qui faisoil si bien sa myne... qu'il 
ne iaisoit cas de penonne avecques sa bdle ea- 
denêj etc. ( Opuscules divers de Brantôme, parmi 
ses Œuvres complètes^ tom. Il, pag. 470, col. 1 
et 2.) 

Plus ordinairement le mot cadenne 
avait le sens de chaîne de force : 

Un diable s'apparut à loy... et luy dit... qu'il 
le delivreroit de la cadene où il estoit atta- 
ché, etc. {Hist. gêner, des larrons^ liv. I*, 
ch. XXXI.) 

Merintbe objectolt le malheur de quelques ms- 
ris... qui sont attachés à la cadene d'une miséra- 
ble fortune, etc. {invent, de tHist. des Usmms^ 
liv. II, cil. xviu.) 

ta Cadene^ dit Cotgrave, f. An iron 
ehain, ^. Provenç. » Et un peu plus loin : 
a Cathene : f. A chain, n etc. 

Voyez encore le livre second des Se- 
rées de Guillaume Bouchet, serée XIV, 
et la septième matinée de Cholieres. Dans 
le premier de ces deux ouvrages, il est 
question d'une dame qui, visitant les ga- 
lériens à Marseille, a leur demandoit 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



8i 



combien il y avoit quMls estoyent à la 
cadene, » 
Ce mot était nouveau en 4581^ époque 

I à laquelle parut le Celt-hellenisme de 
Léon Trippault ; j'y lis en effets pag. 76 : 
c Cboknb, qu'escrivons coustumierement 
ehttisne.,. Le François italianizé usera du 
mot eadene, pour la nouveauté seulle- 

^ ment, à mon advis. » 

De eadene est venu encadener, enchai- 

Der: 

H loyesloît à grief de voir tant de chrestiens 
encadenés et menés ei^claves, etc. (Vies des 
' çroMâi eapUaines, Dom Philippe II, roi d'Espai- 
gae; dans les Œuvres complètes de Brantôme, 
édit. du Panthéon littéraire ^ tom. K% pag. 121, 
eol.i.) 

Cadbt, s. m. Pince de voleur. 

GADicHoif; s. m. Montre. 

Càfaidk (La), s. f. La lune. 

Gagne, s. m. Cheval. 

Ce mot, donné par Vidocq, me paraît 
dérivé du slave KOHb ( kon'), génitif kohr 
[konia), et il est bien probable qu'il 
aura été importé dans l'argot par les Po* 
lonais. 

Gaghb, coorb, cognac, s. m. Gen- 
darme. Italien, eagnêtto, petit chien, et, 
au figuré, satelUte, rustre, coupe-jarrets. 

Dans notre ancienne langue, caigne, 
ou eagne, signifiait chien y chienne, au 
propre comme au figuré : 

phases, patsés, orde caigne que toos estes.... 
—a qui parlez- Yo»6 , in'amie ? — c'est à ce pail- 
lart diien , ma dame , qoi m'a fait tant de peine 
àt le quérir. ( Les cent Nouvelles nouvelles , 
nouf. ixTiii.) 

Scarron, au liv. V du Virgile travesti, 
donne le premier de ces noms aux 
Troyennes qui incendièrent la flotte 
d'Énée : 

Mais les cci^nes^ la chose dite, 
AToient sonné la retraite. 



Un poëte de la même époque appelle 

Venus la bonne cagne aux paillards appétits. 

Le Melon. {OEitvres du sieur Je Saint'- 
jémant, édit. de M. DC LXI., pag. 314.) 

La racine de caigne est évidemment 
caniê (chien), d'où est également sorti le 
vieux mot cagnot % qui a succédé à ke- 
non, bien plus ancien que lui *. 

Avant les gendarmes, les archers du 
guet avaient été appelés chiens courants 
et lévriers du bourreau, et c'est par ce 
dernier titre que le prévôt la Rapiniere 
est désigné dans un passage de la pre- 
mière suite du Roman comique, chap. xii. 
Oudin ne pouvait négliger cette expres- 
sion; aussi l'a-i-il consignée dans ses 
Curiositez françoises, aux mots Chien et 
Lévriers, sans prendre soin de citer aucun 
exemple. Il en eût trouvé, cependant, 
bon nombre, entre autres dans la Comé- 
die des Proverbes, act. Il, se. tv, et dans 
l'Histoire comique de Francion, liv. Il 
(édit. de Rouen, M.DC.XXXV., p. Hl). 

Poissenot, racontant l'enlèvement de 
la fille d'Othon II, empereur d'Allema- 
gne , par le fils du roi de Bohème , dit 
que <c l'infante Inthe ne fut peu troublée, 
voyant qu'on la menoit à telle haste sans 
sçavoir où... estans les Bohémiens telle- 
ment attentifs à se sauver, à cause des 
lévriers, qui leur estoient à la queue, 
qu'ils n'avoient loisir de la consoler, n 



« « Cagnot. A Utile dog ; and particularlg , a 
kind of unie dog-Jish, that haie» men extrtmelg, 
f Lan^ued. » Cotgra^e, à qoi l'on doit cet article, 
signale cagnot aussi bien ijue cagne et cagnasse, 
comme peu usités. 
* Là decleni ierent II kenon 

Con apiele garçons ritmos , 
A tous maus aprestés et baus* 

Chronique rimée de Philippe Monshis^ 
tom. n, pag, »a.\ v. 25Mo. 



8« 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



{LEst^ de Bénigne Paiêeenoi, leeQpde 
journée^ fol. 135 recto.) 

De méme^ chez nos voisins d'Italie on 
dit bracco di manigoldo (chien de bour- 
reau), pour archer, sergent, d'où le four- 
besque bracco, qui a le même sens. 

Cogne ei cognac pourraient être pré- 
sentés comme des variantes de cagne; 
toutefois je regarde ce3 deux premiers 
mots comme le résultat d'une allusion 
aux arbalètes de Cognac^ renonunées 
pour laisser partir difficilement le projec- 
tile dont on les avait chargées. Du temps 
d'Oudin^ on disait :d'un avare : « Il res- 
semble les arbalestes de Goignac ; il est 
de dure desserre '^ » dicton rapporté 
dans /a Comédie des Proverbes , act. III, 
se. VII, avec cette différence qu'elle donne 
arbalestriers au lieu d!arbalesies. Cogne 
viendrait alors, non pas d'une habitude 
de brutalité qu'on n'a jamais reprochée 
aux bons gendarmes, mais decagne^doni 
on aurait oublié le sens primitif, ou de 
Cognac, dont Porigine était de nature à 
se perdre encore plus vite. 

Gagou, s. m. Voleur solitaire. 

On voit par le Jargon qu'il y avait une 
QitégiHie de gueux portant ce nom-là. 
Après a'en être emparée, notre langue en 
étendit davantage la signification, et ea- 
gou servit à désigner un gueux quelcon- 
que: 

. . . tontes ces manières de gens ponrroieat 
bien passer le reste de leur Tie à la Cour de mi- 
racle et avec les cagoux, etc. (Les nouv, et plais. 
Imag, de BruscambiU, fol. 97 recto.) 

Les juges n'ont tant de placets... 
Le Port au foing tant de canailles i 
Ny les cagouts tant de médailles. 

Lfi Regrets de t absence du roy, maxa 
rinade in-4', ». 1. ni d., pag. 7. 



* CurioiiiezJrançoiMes, au mot JrbaletUa. 



Orta que par TOi MÎDctf «dits 

Les plus fois sont devenus sages... 

Que dans Paris chacun respire'. 

Que Ton n'y voit plus de cagota,,. 

Et que nos seigneurs les Viïota 

Ont transporté leur vaste empire 

Sur les degrez du Pont aux Choux , etc. 

Plainte de la Samaritaine star la perle 
de son Jacquemart, etc., v. 136. (Les 
Rimes redoublées df motuieur Bas- 
soucy, A Paris, 1^. DjC. LXXL, in-l'ii 
pag. 19 et 20.) 

Scarron [Virg. trav., liv. IV) compare 
à des cagous les compagnons d'Énée 
qui viennent de quitter Carthage : 

Délabrez, s'il en est au monde, 
Transis de froid, mourans de faim, 
Qu*on eût fouettez pour du pain , 
Pauvres d'habits comme de mine, 
Sales magazins de vermine, etc. 

Dans une comédie du même auteur, 
Dom Japhet d'Arménie , act. IFI, se. iv, 
un personnage en appelle un autre 
iruant, pied-plat, cagou, bigot. 

Ce mot , comme nous avons déjà eu 
Toccasion de le dire ailleurs % nous pa- 
raît n'être qu'une altération de cagof, 
nom que l'on donnait à une race de gens 
réputés malades, et pour cela tcniu 
comme en quarantaine. 

Caillasse, s. f. Caillou. 

Caillé, gayeb^ goyer^ s. m. Poisson. 

De ces trois formes la dernière pour- 
rait bien être la plus ancienne , et une 
altération d'im autre substantif, de^<^^, 
qui se disait d'un maquereau, dans le sens 
figuré du mot, dénomination peu honora- 
ble que Targot rend par poisson. Dans la 
se. XI, act. II, de la Fausse Coquette, 
Arlequin appelle Apollon 



' Histoire des races maudites de la France et de 
VEspagnct tom. !•% pa(^ S(S5. 



DICTIONNAIRE fi'AfIfiOT. 



f» 



Fnnc gorer des neuf juvencelles. 

Suite du Théâtre italien, etc., tom. Vf, 
A Genève, chez Jacques Denland, 
M. Da XCVII., iD.8% (wg. 146. 

Autre explication : nos ancêtres appe- 
laient caillierune espèce de vase à boire^ 
du genre des hanaps '. Or, comme le mot 
poisson était déjà employé à désigner 
une petite mesure de liquide et sans doute 
le vase dans lequel on la servait, n'est-on 
pas fondé à croire que les argotiers au- 
ront tiré parti du double sens de ce subs- 
tantif? 

Caîmard, s. m. Mendiant, 

Ge mot, dont Maurice de la Porte fait 
une épithète de beHstre, est bien ancien 
dans notre langue ; on le trouve dans des 
lettres de rémission de l'an 1392, où il 
est parlé de a un homme querant et de- 
mandant Taumosne, qui estoit vestuz 
d'un manteau tout plain de paleteaulx, 
comme un coquin ou caimant \ » 

Dans d'autres lettres du même genre, 
en date de 1466, on mentionne « ung 
coquin ou caymafU et bomme vaca- 
bont '. 9 

Ahl que il fait le quaymant 
£t le coquin! 

Mystère de saint Crespin et 
saint Crespinieny publié... par 
L. Dessalles çt P. Chabaille. 
A Paris, chez Silveslre, 
MDGCCXXXYI, in-8% n« 
journée, pag. 113. 

L'unoar est fort bon caymand. 

Les Poésies de Guillaume Crétin, édit. 
de Coustelier, pag. 22. 



* Voyet la laUe des moU techniques des CmnjtUs 
de VargemUrie des rtns de fronce, publiés par 
H. Dottfit d*Aroq, pag. S54. 

* Glouarium medûg et ii^/huée laiinitatis, édit. 
iD-4i*, tom. n, pag. 993, coi. S, au mot Coquinut. 

^ Md., tom. V, pag. UO, ool. 2, au mot Qtuu- 
tom. 



|1 n'est orgueil qw de 6en oofoMiu. 

Le Cry de joye p^r t^bU victoire ^i\tre ft^ 
traistres ennemis du roy de France, etc., 
édit des Joyetuetez, pag. 5. 

Laissons le luth, la lyre, et ces outils dÎTers 
Dont Apollon nous flatte : ingrate frénésie ! 
P^iis que pauvre et caymande qq voit la poésie. 

Mathurin Régnier, sat. it, ▼. 39. 

Enfin, aombse d'éorivaîns da x?ii« 
sièole ont employé caymand^ eaV^ aufras 
Tallemant des Réaux ' et le P. aa2^\ 

De ce mot est veau le verbe caymmk' 
der ou gmimainder, qu'on Ut partout, 
entre autres dans les AvanUures du èw^ 
de Fœneste, liv. IV, qh. %x ; et dans te 
Vida del Lazarillo de Tonne$. A Paris, 
M.PC.XVL, in-12, pag. 147 et 163. 

Si nous voulions rapporter les suImb 
expressions par lesquelles on a désigné, 
chez nous, les mendiants, il nous feur 
drait beaucoup de temps et non moins àè 
papier. Nous nous bornerons à eiter oette 
définition qui se trouve dans un ancie|i 
mystère s 

Je cuyde que cVst ung marchant 

De quelque estrange région. 

Qui % plus d'une légion 

Un metail qui soi^bz Tongle croçane. 

Le tiers Livre des Actes des Apostres, «^. 
de 154 1, feuillet .cv. recto, col. 2. 

Caisson, s. m. Tâle. 

Expression du langage militaire, siw^ 
tout employée dans cette locution : se 
faire sauter le caisson, se brûler la cçr^ 
velle. 

Galândhin B£ LE SABLB. Traîner sa mi- 
sère. 

Calé, ke, adj. Heureux, riche. 



» Historiettes, édit. In.l2, tom. V, pag. H8. 
» Us pieuMeê Récréations du rrverend père Ange* 
Un Gazée. Paris, i62S, in-12, pag. t2S. 



84 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Ce mot, que je dérive de ealley espèce 
de coiffure, est synonyme de coiffé, qui 
figure dans une expression proverbiale 
dont le sens est le même : 

Sainte Migorce 1 nous sommes nées coiffées, 

La Comédie des Proverbes, act n, se. iv. 

Càlkbâsse, s. f. Tête. 

Ce mot, que nous lisons dans le diction- 
naire argotique du Jargon, doit venir de 
l'espagnol cabeça, comme cabasset, qui 
servait à désigner une armure de tête % 
et qui avait cours bien des années après 
répoque où Henri Ëstienue l'indiquait 
comme tombé depuis longtemps en dé- 
suétude '. 

Si, au lieu de cabosse, qui a dû se dire 
dans le principe ', Targot a consacré cale- 
basse, c'est que l'objet ainsi désigné dans 
la langue ordinaire présentant une cer- 
taine ressemblance avec une tête, les ar- 
gotiers ont cru y voir la source du mot 
picaresque. Peulrêtre aussi ont-ils voulu 
tout simplement déguiser un mot répan- 
du parmi le peuple. Au reste, comme le 
remarque le P. Labbe, « calbace ou ca- 
lebasse pourroit bien venir de la mesme 
source *, » c'est-à-dire de cabeça, ou plu- 
tôt de caput. 

Calége, s. f. Espèce de fille puUique. 

Autrefois on disait calége pour calèche. 



> Voyez le Dictionnaire de Cotgrave, et le Cabinet 
êoiyrique, édit de M. DC XXXIIII.. in-8". pag. IM. 
* DiaL du nouv. lauy. fr. ilalian.f pag. 2^ 

3 11 est an moins certain que Ton disait caboche 
dès le XIII* siècle : 

Col ot greille, la teste grosse, 
Toote iert cornue la caboce. 

Le Roumanz de Claris et de Laris, Ms. de 
laBibl. imp. n' 7534S foL Ut Yerso, 
col. 1 , V. 8. 

4 Les Stffnotogies deplHeieurtfnoUfitmfoia^ etc.» 
pag. 100. 



Dans Lucain travesiy, la lune parlant au 
soleil, s'exprime ainsi, pag. 45 : 

Bîquei-moy vostre caUge, 
Et permettez qu*à mon tour 
Je chemine un peu de jour. 

.Te pense néanmoins que le mot d'argot 
vient de cale, qui se disait, à la même 
époque^ avec chaperdnnelte •, des filles 
du peuple et de la campagne^ à cause de 
la cale qui leur servait de coiffure * : 

Mesme si tost qu'un Talet , 

Une cale, un bairolet... 

Montroit au doigt ce grand homme, 

Son cœur sepanooissoit 

Lucain Iravestj, pag. 73. 
I^ cierc d'un procureur, assez gentil garçon... 
Racoustruit quelquefois uue assez jolie caUe, 
Servante du logis, d'assez bonne façon. 

I^ Cabinet satyrique. Paris, Pierre Billaioe , 
1618, pag. 602. 

Tallemant des Réaux rapporte dans ses 
Hisloriettes ^, le tour que joua Boutard 
quand a il entreprit de prouver que 
Gombaud, qui se picquoit de n'aimer 



* t... les faveurs des ehaperonnetes de Paris ne 
t'auront point guerdoné de quelque caruosité inju- 
rieuse, ■ etc. {ÏAtsJeux de V Inconnu, etc. A. Rouen « 
chez Jacques Cailloué, M.DC.XXXXV.. iri-8', pag. 68.) 

* «... en sa le»t« nvoit un gros bonnet blanc, qoe 
l'on appelle une colle, et nous autres appelons ca- 
lolte^ ou bonnette, blanche de layne, oooée ou bridée 
par dessoubz le menton. » Fies des dames illustres^ 
art. de la seconde reyne Jehanne, ( Œuvres com- 
plètes de Brantôme, édIt. du Panth. lilL, tom. II, 
pag. 205, col. 1.) 

Scarron dit dans un rondeau redoublé adressé à 
madame Radigue pour la remercier d'an pot de 
coings : 

Un matin ma servante à cale... 
Fit entrer dans ma chambre sale 
Votre laquais verd, jaune ou gris. 

Dans \tr Roman bourgeois^ un avocat demande qoe 
l'on institue des correcteurs de modes , « qui empé- 
cheroient, par exemple, que les formes des chapeaux 
ne devinssent hautes comme des pots à beurre, oa 
plattes comme des calles. v (£dit. de Nancy, 1715, 
pag. 400. Cf. le Jugement de Paris en vers burles' 
ques de M. DassoHcy, édit. de M. DC. XLIV., inA», 
pM. 8 ; et les Cvriosiiez françaises, au mot Cale,) 

^ Chap. CXLVII; 8" édit, tom. III, pag. â49. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



M 



qu'en bon lieu, cajolloit une petite eale 
cnsseuse. p 

âiakspere emploie eatlei avec le 
même sens que calège, dans la troisième 
partie de Henry VI, act. II, se. ii, et dans 
Othello, act. IV, se. ii. 

Galigulbb, V. a. Ennuyer. 

CalÂgula est un mélodrame romain, Cali- 
gnia qui nous caligala borriblement, la veine ao- 
tiqae n'éUui pas de la compétence d'un talent 
émmeromeut moderne pour ne pas nons caliguler 
en se faisant Eomaln. Qu'il n*y revienne plus, car 
le verbe est fait, c'est à lui qu'on le doit, etc. 
(L'Héritieryde Vkm^ Plutarque drolatique ^ bio- 
i;raphie de M. Alexandre Dumas. Paris , Uvlgue 
[1S43], grand in-8*, pag. 68._ Xes Supercheries 
Utiéraires dévoilées, parl.-M. Qoérard» tom. 1*'. 
Paris, 1847, ln-8% pag. 465.) 

Caixot, s. m. Teigneux. 

Le diflBanche el la fête y me joué de ses tours, 
Bdais ch'esl quand y me peut cscaper une hie 
Pour bioder les deniers o mitan des carfours 
Contre de grands caUujc qui cry de l'iau de vie. 
Première et seconde Muse normande , pag. 37 < 

L'étymologie de ce mot est bien facile 
à saisir : d'abord la maladie des callots 
les atteint au sommet de la tête ; ensuite 
on les soumettait, pour les guérir, à une 
opération communément appelée de la 
ealoUe. 

Galoqdet, s. m. Chapeau. 

Ce mot, dérivé de cale, dont nous avons 
doimé des exemples plus haut en note, 
est passé dans le langage populaire, sll 
faut en croire d'Hautel, qui le traduit par 
chapeau, bonnet, colifichets dont les fem- 
mes ornent leurs têtes. Voyez le Diction^ 
naire du bas-langage, tom. I",pag. 148. 

Calot, s. m. Coquille de noix , dé à 
coudre. 

Calvin, s. m. Raisin. 

CALviifB,8. f. Vigne. 

Vive le bonhomme Calvin ! 

Son nom, qui se termine en vin, 



Sa doctrine autorise ; 
Et certes ce vieux parpaillot , 
Qu*on tient pour le plus grand fallut 

De la nouvelle Église, 
ITeût jamais formé son troupeau. 
S'il n'eût chanté sur le tonneau : 
•• Eh ! bon, bon, bon, que le vin est boni 

Par ma foy! j*en veux boire. » 

Bianuscrit de mon cabinet, folio 165 
verso. 

Ce qui a vraisemblablement donné aux 
argotiers l'idée d'appeler la vigne du nom 
du grand hérésiarque de Genève, c'est, 
après la terminaison du nom de Calvin, 
la réputation d'ivrognerie qu'avaient les 
Suisses : 

Je gage de boire autant de vin qu'un Snisse, 
Pourveu que ce soit du vin sans eau. 
Le bon vin fait tout mon délice; 
Je gage de boire autant qu'un Suisse. 
Sevré du lait de ma nourrice, 
J*ay pris goùl au jus du tonneau. 
Je gage de boire autant qu'un Suisse , 
Pourvcu, etc. 

Même manuscrit, folio 314 recto* 

C'est un lutin amphibie, c'est le lutin qui te- 
vente les modes, et qui établit les manières du 
monde,... c'est luy qui fait, par exemple, que... les 
femmes, pour avoir quelque chose de masculin , 
portent au lieu de cravates des steinkerques et le 
poignard au bout; qu'elles fouettent les bouteilles 
de vin comme des Suisses, le ratafia et l'eau clai* 
rette comme nos jeunes ofliciers; qu'elles prennent 
du tabac en poudre comme des Espagnols, et que 
dana peu elles fumeront comme des Suisses. ( Les 
Bains de la porte Saint-Bernard [1696], act.I«% 
se. Ti ; dans le Théâtre UaUen de Gherardi, 
tom. VI, pag. 399.) 

Eh bien, Giidyil, lui dit le vieux major, quellA 
diable de discipline? Vous avez déjà lu la Bible de 
Genève ce matin. 

— J'ai In les litanies, dit Joho , branlant la téta 
avec tonte la gravité d'un ivrogne, etc. (Les Puri» 
tains d'Ecosse, 3* partie, chap. ii, traductioa de 
M. Defauconpret.) 

Camabdi, s. f. Mort. 
Ce qui frappe tout d'abord à la vue 
d'un squelette, tel que la mort a été 



86 



DiGTIONNAIRE D'ARGOT. 



personnifiée, est Tabsence de nez, qui 
donne à la face un aspect si hideux. 
Aussi Scarron jfait-ii dire à Énée, au 
liv. II de son Virgile travesti : 

Cherchoas la mort, quoique camuse , etc. 

Et un peu plus loin : 

La mort camuse les gripa, etc. 

Ali yi" \Vvtey le même écrivait!, racon- 
tatll la descende d'Énée aux enfers, dit : 

Il fut complimenté d'abord 
^r le Sommeil et par la Mort : 
Pour lui faire honneur, la eamarde^ 
Coutre sou humeur, fut gaillarde. 

Dans une requête adressée à la reine 
mère, par laquelle il lui demande à être 
son malade en titre d'office , il dit : 

Je voi la mort qui me muguette, 
Et qui ponlr me ravir me guette... 
Mais cette camarde est bien folle. 

On lit dans la Henriade travestie : 

Il ue sçait pas que la camarde 
Poire molle poiut ne lui garde. 

Ch.TIII,pag.l22. 

Bien à point te vint tel appui, 
Pauvre Biron! car la camarde 
Talloit, d*nn coup de hallebarde. 
Flanquer dans le triste manoir 
De PlutoQ au TÎsage noir. 

Ch. VIII. pag. 137. 

w Vbtts fa*aTez jàfhais songé à faire un^ fin, mon- 
sieur Piron... M Piron répondit ainsi : « Hélas! ma- 
ileihoiselle, Jn laisse ce soiti-là à la camarde, » etc. 
( Galerie de portraits du xviii* siècle, pnr Arsène 
Houssaye, 1" série, Paris, Charpentier, 1848, in-lî, 
l»g. 100.) 

Gahbuioli^, s. f. Chambre. Ane. pro- 
vençal, camlmoia, 

D'Haiitel , en rapportant ce mot , Tat- 
tribue au langage populaiire. il ajoute que 
« la eram6riofediimf/orri signifie^ en terme 



d'argot, la chambre d*iuie l)ersonne ri- 
che et fortunée. » ( Dict. du bas-lengage, 
tom. l", pag. 149.) 

Gambisioleuii,s. m. Voleur de cham- 
bre à Taide de fausses clefs ou d'effrac- 
tion. 

Ga&ibbousb,s. Domestique, servante. 

Leroux a recueilli ce mot dans son 
Dictionnaire comique, où, tout en le dé- 
signant comme un terme polisson, il le 
traduit par une expression moins décente 
encore. A l'en croire, cambrotise se ren- 
contrerait dans une pièce du Théâtre ita- 
lien. Voyez Combrousier. 

GAHBBonsE, cAMBRoussB, S. f. Gampa- 
gne, banlieue, province. 

On lisait dans la Patrie du 2 mars 1852, 
cette lettre d^un malfaiteur à un autre : 
a Je ne te conseille pas de casser ta 
caime (rompre ton banc) pour rappiquer 
à Paris. Rien à y faire. 

(( La rousse (les agents de police) y 
pousse comme des champignons, et 
même dans la cambrous&e ils viennent 
vous dénicher. Si tu es un peu tranquille 
et que tu puisses becqueter (manger), ne 
décarre pas (ne viens pas). Attends que 
le bon moment viemie : faut espérer que 
le démoc enquillera (que la démocratie 
triomphera), et alors tous les trucs seront 
lombem (tous les moyens seront bons) 
pour arriver à quelque chose. 

a Quant à moi, je maquille une aff (je 
guette une affaire), après laquelle j'es- 
père me débiner (partir) pour m'éloiguer 
de la rousse (de la police). Si ça réussit , 
j'aurai du carme à vioc (j'aiu*ai de Tar- 
gent pour ma vie), et je tâcherai de ne 
plus travailler et de vivre paisible. Rien 
de nouveau , sinon que Bonisson et Ta- 
fanet sont au plan (en prison), » etc. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



87 



CAMBtotisisË, s. m. Voleur de campa- 
gne; 
GiMÀLBoiiy s. m; Courtisan. 
Camblot, s. m. Marchand ambulant^ 
assimilé au chameau à cause de la charge 
que cet industriel porte le plus souvent 
sur le do6^ et qui le fait paraître bossu : 
drconfttance qui a valu aux contreban- 
diers d'être désignés^ en argot ^ par le 
nom de cet animal: 

Tbut le monde sait qu'en français le 
eamehi est une espèce d'étoffe faite or- 
dinairement de poil de chèrre ou de 
laine; elle doit son nom au poil de cha- 
meati dont elle se composait primitive- 
ment. Le défaut qu'avait le camelot de 
biie des plis^ le plus souvent ineffaça- 
bles, a donné naissance au proverbe il 
nt comme le camelot y il a pris son pli, et 
au mot cameloter y qu'on lit deux fbis 
dans la xiiii' serée de Bouchet, eu com- 
pagnie dérider et avec le sens de plisser. 

Camëlotui, V. n. Gueuser. 

Gooime nous l'indique le Dictionnaire 
biesquin de In Vie généreuse des Mat- 
toit, les merciers portaient en argot le 
nom de eoesmelotiers; et Pechon de Ruby 
nous apprend que cette sorte de vaga- 
bonds vivaient encore plus de leur indus- 
trie de gueux que de leur négoce. 

Nous n'avons trouvé cameloter que 
dans la seconde Partie des Recherches 
italiennes et françoises, d'Oudin^ qui 
ajoute: «Mot de narquois, baroneg- 
(jiare. » Voyez pag. 83, col. 2. 

CAMELOTTSy S. f. Toutecspèce de mar- 
chandises. Ce mot est devenu populaire. 

Camisolle, s. f. tjilei. 

CAMOurLs, s. f. Chandelle. Voyez Car 
mouflet. 

GàMOinrLtilaiiT^ s. m. Déguisement. 



CAMotjPLEB , V. a; Déguiscr. Ital., ro- 
muffare, seamuffare, se déguiser, se cOu- 
vrir« se ihasquer. 

Camouplbt, s. m. Chandelier. 

Dans notre langue, ce mot servait à 
désigtier une fumée épaisse qu'on souf- 
flait malicieusement au ne2 de quelqii'Uti 
avec un cornet de papier allumé, surtout 
dans les jours gras ' : 

Guide de mon esprit follet, 
Qui surtout chéris le buHesque , 
Soune-tnoi par un camouflet 
Un stile qtii soit bien grotesque. 

Scarroo, la Foire S, "Germai» ^ v. tS. 

Plus anciennement on disait cluiult 
fnoufjlet : 

Qui dormira qu'on le resveille , 

Ou qu'on Iiiy donne ung chault moujflet. 

Ou hardiement ung grant soufflet. 

Notice d'uti myalèrc par personnages 
représenté à Troyes ^eri la fin du 
\\* siècle. {BibUothètiue de V École 
des chartes, tom. III, pag. 459.) 

Je m'en liai, non de peur, mais pour faire 
Moi-même peur à ces esprits folets, 
Qui sur la face auroient mains ccmoufleis 
Sanglé sans doute. 

Le Porte-feuille du diable, ou Suite de Phi' 
lolanus, {Pièces et anecdotes intêressan' 
tes, etc., seconde partie, pag. 283.) 

CliaDmonflet, /umacAto. {Seconde Partie des 
Sech./r. et i^a/., pag. loi» col. 2.) 

Comme les camouflets se donnaient le 
plus souvent aux laquais endormis qu'on 
voulait réveiller^ ce mot signifia bientôt^ 
flgurément et familièrement, grande mor- 
tification , affront sanglant. Nous ne sa- 
vons dans quel sens Ta pris l*anonyme 
qui a donné V Histoire de Camovflet, 



* Voyez Uê Femmeê coputtes de Poisson , act. III, 
se. T. Flavie y donne un camouflet à Havlo, son 
mari* 



88 



DICTIONNAIRE D^ARGOT. 



souverain potentat de VempireéCEquh 
vopolis. Ëquivopolis, 1751 ^ in-iS. (Cata- 
logue de Méon, pag. 291, n" S543.) 

GA.MPHRB, S. m. £au-<le-vie. 

Camuse, s. f. Carpe, mot du Jargon, 

Caiiagb, s. m. Agonie, derrière lutte 
contre la mort. Voyez Caner, 

Cahapb, s. m. Lieu où se réunit une 
certaine classe d'individus dépravés. 

Canabd, s. m. Récit mensonger inséré 
dans un journal; feuille à l'usage du peu- 
ple, qu'on crie dans les ruea, et qui con- 
tient le plus souvent la relation d'un évé- 
nement inventé à plaisir. 

Ce mot vient d'un proverbe rapporté, 
d'après Cotgrave, par Oudin*, qui ex- 
plique vendre ou donner un canard à 
moitié, par mentir, en donner à garder, 
en faire accroire, et qui indique cette lo- 
cution comme vulgaire : 

Je 8ui8 r&cbé de ne vous avoir pas trailté comme 
mon eofanl; vous le méritiez mieux que ce don- 
neur de canart à moitié , qui nous proroetloit 
tant de châteaux en Espagne. (La Comédie des 
proverbes^ act. Ill, se. vu.) 

Un feuillet des |>apiers de Palepliate, qui fait 
voir que Tart de meutir el donner les bourdes et 
canes à moitié, se praliquoit anciennement aussi 
bien qu'eu cette saison. {Les Jeux de VInconnu, 
etc., êdit. de M. DC. XXXXV. , in-8% pag. 321; 
Nouvelle Histoire du temps, etc. A Paris, chez 
Marin le Cbé, 1605, in-12, pag. 118.) 

Parguieu I vous serez mis en cage. 

Vous estes un bailleur de canart. 

J'avons fait changer de langage 

Au moins à d'aussi fins renais. 

Ballet du courtisan et des matrones {\%\7), 
dans le Âecueil des plus excellents 
ballets de ce temps, A Paris, chez 
Toussaint du iJray, M. D.C.XII., in- 
12, pag. 19. 

Lanoue définit « un bailleur de bali- 



Curiositez /mnçoises, an mol Canard, 



vernes, ou de folie et de bourdes, tw»- 
detu» de canars à moitié. j> Voyez le 
grand Dictionnaire des rimes françoir 
ses, etc. A Genève, par Matthieu Ber- 
geon, cb.Ioc. xxiv., iii-8^, pag. 108, 
col. 3. 

Cotgrave, après avoir donné Bailler 
des canards à la moitié, et Bailleur de 
canards à la moitié , ou de febves à my^ 
croist, etc., consacre un article à Grâce 
desainct Canart, qu'il explique par the 
Bestowingofa thing which the Best ower 
cannol keep ; or, a favour done because 
one cannot do withal. 

Aune époque plus récente, c'est-à- 
dire au xvu* siècle, on employa les ex- 
pressions donner des canards et donneur 
de canards, en supprimant à moitié. 
Voyez le Dictionnaire italien et fran' 
çois de Veneroni (Vigneron), édit. de 
M. DCC. XXUI. , in-4^ au mot Canard. 

Je trouve dans un mystère une ex- 
pression qui correspond peutrétre à celle 
de vendeur de canards à moitié; c'est 
celle de prometteur de poires molles, em- 
ployée par l'auteur de V Apocalypse sainet 
Jehan Zebedée : 

Ce ne sont meschantz estradeurs , 
Ou promecteurs de poires molles. 

Feuillet .iz. t*, col. 3. 

On en rencontre la trace dès le xiii* 
siècle : 

Hai ! con me conduiriez, 
S*estoie en une enfermeté, 
Et con seroie à sauveté ! 
Vous me leriez poires molles. 

Le Jtoman du Renart^ tom. Il, pag. 25, 
V. 10324. 

Plus tard, vint l'expression promettre 
monts et merveilles, qui date du siècle 



i 



DICTIONNAIRE ©'ARGOT. 



89 



des découTertes géographique^, et qui 
n'a dû venir qu'après promeUre chiens 
el oiseaux, locution empruntée aux 
mœurs féodales : 

Or aperçal-il qn'au liea que Tabbé.-. lui promet- 
Uàtchkemset oiseouf, etc. {Les Contes et joyeux 
dem de Bonaoenture des Psriers, novr. CVI.) 

Autrefois les crieurs de canards étaient 
connus sous le nom de crieurs d'alma- 
michs. Dans la Thèse des dames (1695), 
act.II,sc. XIII, aMezzetin en crieur d'al- 
manachs, tenant en sa main plusieurs pa- 
piers, entre en criant;» et, contrefaisant 
les cris de Paris , il change de ton à cha- 
que différente chose qu'il crie. Voyez le 
Théâtre italien de Gherardi, tom. VI, 
pag. 63, e4. 

Cahabd sans plumes, s. m. Nerf de 
bœuf dont étaient armés les argousins. 

Cancaii , s. m. Espèce de danse ainsi 
nommée, soit parce que les exécutants 
imitaient la démarche et le cri de Toie, 
soit par suite du bruit qu'ils faisaient. 
£ocore aujourd'hui on d\i faire un grand 
cancan de quelque chose , c'est-à-dire 
faire beaucoup de bruit pour rien^. Voyez 
Chahuter, ^ 

Caîîkllb, s. f. Caen, ville de Normandie. 

C'est de ce mot qu'est venue l'expres- 
sion mettre en canelle, qui n'a pas tou- 
jours le sens que lui prête l'Académie, 
du moins s'il faut s'en rapporter au pas- 
sage suivant : 

L'on veut «oquiUer son loyer. 
Ou, faut* de pouvoir le payer, 
On met nos meubles en canelie. 

Complainte des filles auxquelles on noient 
tt interdire t entrée des Tfuûlleries à 
la brune, iQ-8',pag. 12. 



' i^Uonmaireduhao^ngage, tom. I*', pag. Ml. 



Je ne doute pas que le motif qui a fait 
choisir le nom argotique de Caen ne soit 
la ressemblance de son qu'il y a entre ce 
dernier et le mot encan. 

On sait qu'ordinairement mettre en ca- 
nelle veut dire briser en plusieurs petits 
morceaux : 

Le loup se sentant pris, pour se vouloir sauver 
entraine la pippe du haut en bas du rocher : U 
pippe se mit en canelle , et loi eut la vie sauve , 
pource qu'il tomba sur le loup, el le tua. {Les 
Àvantures du baron de Fœneste, liv. III, ch. vi.) 

On disait aussi devenir canelle^ pour 
tomber en morceaux : ^ 

Foreton en joue (d'une guitarre)» et après l'avoir 
essaya, pour voir si elle étoit aussi merveilleose 
que sou hôte le prétendoit, il laâditfrancheroeot... 
qu'elle étoil si vieille, qu'elle pouvoit facilement 
devenir canelle. {La Coterie des anti-façon» 
niers..,f première relation, etc. A Amsterdam, aux 
dépens de la Compagnie, M. DCCXVL, iii-13, 
pag. 110, lit.) 

Caneb, V. n. Agoniser, être près de 
mourir, tomber, mourir. 

Ce mot est emprunté aux mœurs de la 
cane et du canard, habitués à faire le 
plongeon, expression qui avait cours 
également dans le même sens : 

Laurent de Medicis... voyant mettre le feu à une 
pièce qui le regardoit, bien lui servit de /aire la 
cane; car aultrement le coup... luy donooit sans 
doubte dans l'estomach. (Montaigne, Essais ^ 
liv. !•', ch. XII.) 

La nef du fort Ilionée... 
Celle du fidèle Achatès... 
Faisoient en mer cent pirouettes; 
Qui pis est; la cane souvent. 

Scarron, le FirgiU travesti, liv. !*'• 

Plus d'on poisson du lac Trivie 
Par ce grand bruit perdit la vie, 
Et le petit fleuve du Nar 
En fit la cane ou le canard. 
Se plongeant au fond de sa source. 

Jbid., liv. va. 



9» 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Ni» débt jeanei, miis maitret driUet..» 
Leur firent faire à tous la cane; 
je dis la cane et le plongeon. 

Jacques Moreau, conlinuâlioii du hième 
ouvrage, liv. iX: 

Ddni Mré... qui ne douta pbihl k\u*\\ ne Hit ti- 
t'âtun cotip de pistolet; fit le plongeon, se détour- 
nant à côté, etc. (Scarron, la Précaution inuUU.) 

Devant cette grande ville 
Tous avez fait Ib canard. 

Manuscrit de mon cabinet, folio 72 irecto. 

Pompadour... fitlep^^TTi^eonau grand nionde,etc. 
{Mémoires du duc de Saint-Sifnon, anii. 1708, 
tom. V], pag. 199.) 

Oudin, qui a recueilli ^ dans ses Cu- 
riositez françoises , l'expression faire la 
cane ', la traduit parfaire le poltron, sens 
qu'a le verbe carier dans le langage po- 
pulaire ^ Je ne serais point étonné que ce 
mot ne dût cette forme à cette circons- 
tance que nous avions autrefois caler, 
caler la voile, avec la môme significa- 
tion : 

• 

Conrart... monte sur ses grands clievaux ; Çostar 
cale la voile, et lui demande pardon. (Les Histo- 
riettes de Tallemànt des Réaux, édlt. in-lî, 
lom.Vlt,pag. 12.) 

Cette superbe vertu enst-elle calé au plus fort 
()e sa monstre? (Montaigne, iG;*5sai5,liv. m, cl), xii.) 

Ce fut à luy à calter et faire, non dn prince, mais 
ilu simple gentilhomme. { Hommes illustres et 
fjrands capitaines françois, chap. xi : M. le prince 
(le Cundé; parmi les Œuvres complètes de Bran- 
tome, édit. du Panthéon littéraire, tom. 1", 
pag. 464 , col. 2.) 

Par ainsy chascun calla, et plus jamais n'en fut 
parlé. (Vies des Dames illustres, cli. ii : Cathe- 



' Voyez au mot Cane. 

On trouve faire le eahe dans Ife passage* suivant ; 
mais 11 est évident qu'il Q*y a là qu'un Jeu de mots, 
sans signification aucune : 

... « si quelqu'un te faict mine de ne luy pas 
plaire, fais le boisseau à même fin; ou si quelque 
autre te fait signe de demeurer, fais te cane que tu 
n*cn feras rien, » etc. (La Def/ense des outrages faites 
au sieur Guéridon, et Vempeschetnent de Mes voyages, 
etc. A Paris, clitz Estienne Perrin, M. DC. XUII., 
in-8«.pag. 19, 20.) 

* Dictionnaire du bas-langage, tom. 1% pag. 151. 



riiM de Médicis; <M., totn. Il» pag. 1^7, col. 3.) 
... la reyne Anne estoit une fine Bretonne... 
de sorte qu'il ["allut à madame de Bourbon calera 
et laisser â la l-eyne sa belle-sœur tenir son 
rang, etc. (llnd., madame Anne de France; ibid.^ 
pag. 179, col. 2.) 

Dans lë patois hormand^ ou l'on trouve 
caler avec son dérivé calard , poltron, 
existe aussi ca^rno/^ avec le sens de mort: 

Si t'en ay toucbé parolle. 
Je veux liieii que la (ruide Cagnotte 
Me {lisse rompre devant toy: 

M ose normande, pag. 34. 

Caneb la pegbbnne^ V. n. Mourir de 
faim. 

Caneb, v. n. Aller à la selle. 

On trouve ce knot, avec Tétoile qui 
Tindique comme familier, et la même 
traduction, dans la seconde Partie des Re- 
cherches françoises et italiennes^ pag. 84, 
col. i . Or, caner (faire le poltron) ei faire 
la cane me paraissent n'être que la même 
locution, avec cette différence au fond 
que sous une forme elle indique la cause, 
et sous l'autre Teflet. 

Caniche, s. m. Ballot carré à oreilles. 

Canton, s. m. Prison. 

Comme on peut le voir en recourant au 
Dictionnaire étymologique de Ménage, 
tom. I", pag. 298, le sens primitif de ce 
substantif est coin: 

Sus, peuples, sus, tos qnantoiû décorez 
De divers jeux. 

Cl. Marot, Ballade XIII. 

... mesmes qu'on nous avoit asseuré qu'on le 
vouloit tuer par les rues , où nous pensions nons 
battre à chHqne canton. {Des Couronnels françois, 
cliap. xvM : M. de Busày ; danà les Œutres com- 
plètes de Brantôme, édit. du Panthéon littéraire, 
tom. V, pas. 684, col. 2.) 

... ces supercheries d'armes sont cent fois pires 
que celles que l'on fait assassinant les personnea 
aux cantons des rues, ou en liii coing de bois, etc. 
{DUeouriàur tes duels; iM., pag. 7tt, col. 1.) 



DIGTIONMAIRB D'ARGOT. 



M 



Qaa niomme.». se regarde comnw égaré dans ce 
canton détourné de la nature. (Des Pensées de 
Pancai... i>ar M. V. Cousio. Paris, Ladrange» 1843, 
ia-«*, pag. 126» 278.) 

De canton est venu notre verbe can- 
tonner, terme de guerre qui signifie dis- 
tribuer^ loger des troupes dans un ou 
plusieurs villages : 

si ToB daigne ainsi cantonner 
D« notre légion famensc 
L'espèce faonnétement nombreuse... 
Bientôt notre troupe galante... 
Lcvra de brîilans étendards, etc. 

Les Ambulantes à la brune contre la 
dureté du temps, X la Cliiûe, 1769, 
In-gû, p^g. 14. 

CAiiTONïfiER,ÈRË, S. Prisounier, pri- 
sonnière. 

Cap (Doubler un). «Dans la langue des 
\'iveurs, doubler un cap dans ParL^, c'est 
faire un détour^ soit pour ne pas passer 
devai^t un créancier, soit pour éviter Ten- 
droii où 11 peut être rencontré. » (Vn 
grand ?tomme de province, à Paris..., 
par H. de Balzac^ chap. xxxiv;Paris^Hip- 
polyte Souverain^ 1839, in-8*, tom. II, 
pag. 220.) 

CAPJLHGtBii, V. a. Assassiner un com- 
plice pour s*appro^rier sa part de butirt. 

Capitainage, s. m. Agiotage. 

GAPitAins, s. m. Agioteur. 

Capitaineb, V. a. Agioter. 

Ce fnot; comme les deux précédents , 
a été formé par allusion aux capitaux 
mr lesquels on agiote habituellement. 

Capon, s. m. Membre de l'une des ca- 
tégories du compagnonnage argotique. 

«Gapons, dit le Jargon *, sont les écri- 
vains de la triperie, dont la plus part sont 
casseuxde hane et doubleux (coupeurs 
de bourses et voleurs). Ils ne sortent 



fidftt des JoyeUftez^ pag. 75. 



gueres des vergnes (des villes) ; ils tru- 
chent dans les pioUes (mendtettt dans les 
aubei^es),oii ils sont souvent à l'aguet 
pour mouchailler (regarder) s'ils trouve- 
ront quelque chose à descouvert pour le 
doubler; » etc. 

En italien ; on appelle nccapùàe un 
mendiant qui se contrefidt des plaies su^ 
le corps. 

Gapbb; s. m. Caroluft, ahcienntB pièee 
de monnaie. Voyez Carte. 

Cahante ^ s. f. Table. 

Cabcagno, s. m. Usurier. 

Cabdbuii.^ cuedeux, s. m. Commis- 
saire de police. 

Les derniers des archisuppôts de l'ar- 
got écrivent quart' d' œil, orthographe qui 
donnerait à penser que les malfaiteurs , 
loin de considérer cet utile fonctionnaire 
comme un lynx, un argus, ne veulent 
pas même lui accorder d^éire un borgne 
dans le royaume où ils ne demanderaient 
pas mieux que tout le monde fût aveu- 
gle. Mais je crois que Tun et l'autre de 
ces mots sont une corruption de cordeuii 
(ital., cordoglio), qu'on trouve dans le 
Dictionnaire de Cotgrave> expliqué par 
hearts-grief, teene, ar^guish, heartg sor^ 
raWf et que chagrin ne remplace qu'im- 
p^faitement : 

Cordϔl, douleur et ennuy, 
Ne produisent fleur ne fruit. 

D*aToir mauvaise femme est grand eordndl. 

Et d*eslre sans elle exiresme traTeil. 

Gabriel Meurier, Trésor de sentences doréês^ 
etc. A Koueii , chez Nicolas Lescuyer, 
M. D. LXXtX., petit lu- 12, pag. 40, 58. 

Ce qui achève de me confirmer dans 
cette opinion , c'est que l'on trouve en 
argot placarde au guart-d'oBtl, avec le 
sens de place aux exécuiiom : 



92 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Fare, fore, la marcaudière! 
Car nous serions béquinés; 
Sur la placarde au quart-d'aul... 
Rigaudons faut gambiller. 

Us Voleurs y tom. !•', pag. xxxîj. 

Une fois sur ce chemin, il me sead)le 
possible d'expliquer, mieux qu'on ne Ta 
fait^ l'expression proverbiale de quart 
df heure de Rabelais. Suivant moi^ il fau- 
drait lire cwdueilj et voir là une allusion 
à ce vers rapporté par maître François : 

Fanlte d'argent, c'est douleur sans pareille. 

On dit encore cardeuil pour habit noir, 
par allusion à l'ancien costume des com- 
missaires de police, et au deuil dont il est 
la livrée. 

Gabdin ALBj s. f. Lune. 

Terme des voleurs des provinces du 
nord^ né d'une allusion à une infirmité 
des femmes^ périodique comme la lune; 
infirmité qui portait autrefois le nom de 
cardinal, on devine pourquoi^ pour peu 
que Ton sache que les cardinaux sont 
vêtus de ronge. 

« * Le cardinal est logé à la motte, dit 
Oudin; i. cette femme a ses mois, vulg.» 
Curiositez françoises , au mot Cardinal. 

On lit dans une chanson et dans une 
autre pièce du dix-septième siècle : 

si Ton connoist dedans mes yeux 

Quelque chose de triste, 
Mon cardinal est paresseux, 

Et ne suit pas sa piste. 
S'il ne TÏeut, je suis aux abois : 

J*eu tremble, j*cn .soupire. 
Quand on Ta perdu pour neuf mots, 

A-t-on sujet de rire ? 

Ms. de mon cabinet, trois feuillels avant 
le 149*. 

L'ou m'a conté, belle Idalie, 
Qu*i|n certain cardinal , qui n'est pas dltalte , 



Tous avoit prise au dépourreu ; 
Que cette éminence importune , 
Qui va comme il plaist à la lune.... 
Fit daus un palais de satin 
Le plus grand désordre du monde. 

Stances enigmatiifues , etc. (L'ElUe des 
poésies Iteroiques et gaillardes de em 
temps, s. 1. ni d., in-12, pag. 80.) 

Gàbbb^ V. a. Voler à la care. 

Voyez Careur, ci-dessous. 

Cabeub, cHABiEUB^ S. m. Volour. 

Gomme on peut le voir dans Touvrage 
deVidocq^ lesargotiers désignent par 
le nom de careurs ou de voleurs à la care 
ces industriels, au pouce rond% qui, à 
l'aide d'une manœuvre connue, mais 
presque toujours employée avec succès^ 
parviennent à s'établir, dans une bouti- 
que, devant le tiroir du marchand^ pen- 
dant que celui-ci y recherche les pièces 
qui lui sont indiquées comme renfer- 
mant, sous du cuivre, de l'or ou de l'ar- 
gent. 

C'est cet examen, cette comparaison 
de monnaies avec un certain type, qui a 
valu au vol en question le nom de vol à 
la care^ et à ceux qui s'y livrent celui 
de careurs; et ce mot, comme l'autre^ 
vient de l'espagnol carear, dérivé lui- 
même de cara, qui, entre autres accep- 
tions, a celle de confronter, de comparer 
une chose avec tme autre. 

Un moment nous avons eu nous-mê- 
mes le mot care, que nous avions pris 
aux Espagnols : 

... et n'y vint plus, sinon dans le Louvre, mais 
eatonné, la veue basse, et la carre d'un homme tal 



> Us Voleurs, tom. 1", pag. 56-59. 

* Voyez, sur cette expression, la Satyre Menippée, 
harangue du sieur de Bieuz* Le peuple employait 
cette façon de parler, quand il ▼oulail dire qu*uii 
voleur avait l'adresse de couvrir du pouce une pièoe 
de monnaie dans un compte, et de la ramener à loi. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



93 



qu'A «ttoit (Qnatrfesme diieonra, sor M. de la 
Hooe» parmi les Œuvres complètes de Brantôme, 
édit. du Panth. Utt., tom. H, pag. 84, col. 2.) 

Cabibbti iBy V. a. Voler à la care. 

Ce verbe vient évidemment du bohé- 
mien chorripén, que Borrow traduit par 
evily wickedness, maidad. Voyez The 
Zincaliy tom. II , pag. "" M. 

Cabimaba. aJ'ai, dit Ménage^ une Sen- 
tence du Chàtelet de Paris du mercredi 
48 mai 1609, signée Cadenet, et rendue 
par Messire Jean leCamus^ chevalier...^ 
lieutenant civil de la Ville ^ Prévôté et 
Vicomte de Paris ^ dans le dispositif de 
laquelle il est fait mention d'une autre 
Sentence du Cbâtelet de Paris, en forme 
de Règlement, qui fait défenses aux Mar- 
chands Fripiers, et autres, de vendre des 
marchandises de leur commerce dans les 
Places publiques, et aux Sergens d'en 
vendre aucunes , à peine de cent livres 
d'amende : et dans laquelle il est fait 
mention d'un Exploit de saisie» par le- 
quel appert un nonuné Gillet, Sergent à 
verge, avoir été trouvé faisant vente frau- 
duleuse de plusieurs chaises, fauteuils 
et autres meubles y mentionnés, autre- 
ment dits Carimara, x> 

Le même lexicographe ajoute : a Et 
les libraires de Paris appellent un cari- 
mara de livres , un amas de livres qu'on 
vend en gros sans les examiner; ce que 
les jurisconsultes latins appellent aver- 
sione vendere \» 

Carifnara, effectivement, faisait par- 
tie de l'argot des libraires parisiens au 
xvii* siècle, et servait à désigner les bro- 
chures, les pamphlets, bref, ce qu^il y 
avait de moins considérable, de moins 



Victwnnaire étymologique ^ édit. de JaQlt, 
• 1*% P>B- MO, col. 1. 



important parmi les productions sden* 
tifiques ou littéraires. L'auteur d'une re- 
quête en faveur des bouquinistes, qui 
écrivait en 1697, parlant des volumes 
dont s'alimentaient les étalages, dit: 
a Ces livres sont de vieux fonds de ma- 
gazins de libraires, qu'on ne leur de- 
mande pas, le fretin (qu'ils appellent 
parmy eux carimara) des bibliothè* 
ques,]> etc. Voyez la Bibliothèque de rÊ- 
cote des Chartes, V série, tom. V, 1849, 
pag. 369. 

A ce que dit Ménage dans Tarticle 
que nous citions tout à l'heure, en Pi- 
cardie on appelait, de son temps, les 
Bohémiens des Carimara. Sans aucun 
doute, c'est à cause des objets de toute 
sorte qu'ils vendaient, soit conune vo- 
leurs, soit comme marchands de vieux 
habits qu'ils étaient également. Voyez ci- 
dessus l'article Blesehe. 

Enfin, on lit dans la Farce de maistre 
Pierre Pathelin : 

Ostez ces gens noirs. JUarmara, 
Carimariy cttrimara. 

Édit. de M. DCC. LXIL, pag. 53. 

Et dans Rabelais, liv. P% ch. xvii : 

Commencèrent à revenir et jurer les uns contre 
les autres par ris. Carymari, carymara. 

Dans ces deux ouvrages, le mot qui 
nous occupe est là pour indiquer confu- 
sion ; c'est une espèce d'etc. 

Mais quelle en peut être l'origine? A 
coup sûr, elle était italienne. Il y a, ou 
du moins il y avait , à Florence, une rue 
qui s'appelait la rue de Calimara, sans 
doute à cause de Varie di calimala, ou 
calimara^ qu'exerçaient ses habitants. 
Cet art, nonuné dans plusieurs passages 
d'auteurs florentins rapportés par Mé- 



94 



DIOTIONNAfRE D*A1160T. 



Rage^ coDfiùUdt; à œ qu'il panH, à ap- 
prêter d'une certaine liK^n les drapa de 
Fronce. Voyez YHisêoire du commerce 
mUre k Lsvani ci i* Europe... par G. B. 
Pepping. Paris ^ Imprimerie royale^ 
M. DGGG. XXX., mV, tom. 1» pag. 
934. 

Garlb, chàblb^ cablo, cabme, s. m. 
Argent monayé. 

Ges mots viennent de Curolus, espèce 
da monnaie bien souvent citée par Ra- 
belais ; elle était d'argent , portait un K , 
première lettro du nom latin de Ghaiv 
lesVni, sous le règne duquel elle avait 
été frappée, et valait iO deniers conune 
1b grand blanc. On en conserva longtemps 
le souvenir : 

Per« Carre), vénérable Fagot, 
O est le tems que tous la verte treille 
CaquQ avet chinq deroions, o uu pot 
De su bon vin qu'estet ^ udç oreiUe, 
Por trais liards, un charle â uu grelot ? 

Neufiesme Partie de la Muse normande, 
pag. 157. 

... par toutes les villes du royaume ne se poii- 
voient voir ni recouvrer, ni douzains ui earo- 
lii|, etc. {^Journal.,, de Henri ill, édition de 
M. D. C. C. XLVI., tom. I«% pag. 25, ann. 1577.) 

C'est une très-piteuse chance, 
Outre que quand on ne plaît plus, 
On vous vend pour un earolus. 

Le FirgUe trapejti, liv. III. 

Et pour calmer les doleapces 
De son cher petit lui us, 
Il lui donna cinq earolus. 

Suite du FirgUe tra9e*ti, liv, XII. 

Dassoucy commence ainsi la Guespe 
de cour : 

Q y a bien deux ans et plus 
Que certains vers de moy vous pristes, 
Pour lesquels quelques earolus. 
Grand monarque, vous me promistes. 

Lt Mwiuem$nt de Proserpine, de mon' 



sieur Bassouey, A fans, diec Pierre 
David, etc. M. DC. LIU., in-4«, 

pag. 70. 

A la même époque , on disait ftimiliè- 
rement et populairement^ il a des oaro- 
hiSy potip il est riche, il a force argent. 
Voyez les Curiosités françoises, au mot 
Carolus. 

Ménage a consacré un article très- 
étendu à ce substantif dans son Diction- 
naire étymologique, tom. I*', pag. 313, 
édit. de Jault. Voyez encore les Vaux-de- 
Vire d'Olivier Basselin, édit. de 4821 , 
pag. lli, not. 219. 

Carlink^ s. f. La mort. 

Allusion à l'absence de nez que Ton 
remarque dans les chiens carlins comme 
dans les squelettes. Voyez Camarde. 

Cabne y s. f . Viande gâtée. 

Ital., esp. et port., camcy anc. prov. et 
catal., carUy chair, viande. 

Cabotte (Tirer une), v. a. Escroquer 
au moyen d'une histoire. 

Cette locution est empruntée à Fita- 
lien, qui, depuis le xvni* siècle au moins^ 
a piantar carote, cacciar carote, avec la 
signification d*en faire accroire, d^en don- 
ner à garder, et carotaio dans le sens de 
menteur, de faiseur de contes. Nous 
avons aussi carotter et carotteur, pour ex- 
primer la même idée que nous rendrions 
en français par soutirer. 

On emploie aussi carotter pour dire 
jouer petit jeu, n'être point hardi au jeu; 
et Fon appelle vulgahrement carottier ce- 
lui qui joue mesquinement, qui craint 
de perdre. Voyez le Ptc^tonno^rtf du bas- 
langage, tom. !•% pag. 157. 

CuiooBLE , s. f. Fausse clef. 

Ce mot doit venir du bohémien carobi, 
que Borrow traduit par staple, ring, ar* 



DtCTiONNÀIRE D'ARGOT. 



9tt 



golla *, c'est-à-dire anneau. D'une part; 
les clefs sont généralement terminées 
par un anneau ; de l'autre^ les Bohémiens, 
qui faisaient un fréquent usage de rossi- 
gnols, qui en avaient en grand nombre*, 
les tenaient vraisemblablement réunis par 
un grand anneau , à la façon de nos ser- 
ruriers. On aura d'abord dit une carobi, 
une carouble , pour un anneau , un tronks- 
seau de fausses clefs; puis on aura em- 
ployé ce mot dans le sens qu'il a aujour- 
d'hui en argot. 

GàbooblbuR; eusE; s. Individu qui 
vole à Taide de fausses clefs. 

Carpe (Faire la). S'évanouir. 

Cette locution , en usage parmi le peu- 
ple, n'est complète que quand on dit 
faire la carpe pâmée; elle signifie alors, 
à s'en rapporter à l'Académie et à d'Hau- 
VA y feindre de se trouver mal; être indo- 
lent, nonchalant et paresseux; faire le 
damoiseau » le délicat , le sensible ^. 

On dit encore familièrement et figuré- 
ment, montrer des yeux de carpe pâmée, 
faire tœil de carpe: 

Faire les yeux doux. Montrer des yeux de carpe 
pâmée. Jouer de la prunelle. {Gongam, ou 
t* ffomme prodigieux, elc, tom. I«% |)ag. 76.) 

Un petii coup d*épée à porter en écbarpe. 
De quoi tnlntr la jambe tt faire Veùldc carpe i 
GakrieUe, par Emile Augier, act. Il, m. V. 

Cabqdois, COQUILLE, 8. m. et f. Hotte 
de chiffonnier. 

Autrefois, au moins dans certaines cir- 
constances, ces deux mots étaient syno- 



> The Zincali, tom. II, pag. * 2S. 

> n Iean-€barle8 (fameux capitaine de Bohèmes) 
a dit au Pailleur... que leur plua sûre invention 
pour ouvrir les portes, c*étolt d'avoir grand nombre 
de clefo;qu*il s'en trouvoit toujours quelqu'une pro- 
pre pour la ferrure. » {Les Hutarieites de TalUmant 
deê Riavx, édit. in-12, tom. X, pag. \h\.) 

3 IHetionmairt du haê-langage, tom. T', pag. I&7. 



nymes, et servaient à désigner la car- 
casse de l'écrevisse : 

Prenez escrevices cuites, et en ostfz la cliardes 
queues ; et le aarplus, (-'est asaavoir coquilles et 
charquoU^ etc. (Xe Menagier de Paris, tom. Il, 

pag. 170.) 

On employait aussi ckarcois pour dé- 
signer^ soit la carcasse, le corps d'un 
poulet, dopt on a enlevé les membres 
et la chair, soit le même corps séparé 
seulement des membres : 

Pour faire perdriaalx de poacins, il convient 
avoir petites poulettes... copper les jambes et les 
cols, oster lea charcois, etc. {Le Memagier de Pa- 
ris, tom. Il, pag. 213.) 

Prenez voe poulies et leur couppez le gavion... 
et en tirez hors les cAarcoî5. (Ibid., pag. 213.) 

Pois ostez la gorge et les boyaiilx du pnucin... et 
Ken pourrez paistre àTune fois des eles, l'autre fols 
'des cuisses, puis au derrenierdu charquois. (fbid., 
pag. 306.) 

Le bas latin avait carcasium , carco- 
sium , que du Gange explique par cada^ 
ver, intestinum; et le vieux français, car- 
cas, qui désignait sans doute une pièce 
d'artillerie \ 

On voitipaintenantl'étymologie de no- 
tre mot carquois , wprès laquelle Ménage 
et le Duchat ont inutilement couru \ Au 
reste, il ne parait pas que ce mot soit 
bien ancien ; du moins il est certain que 
du XIII* au XVI* siècle on a employé dans 
le même sens toivre, queuvre, cuirie, 
cuirée, carcas et trousse : 

Li toivres ne 11 ars ne fu mie obliés. 

La Chaïuon d*Antioche , ch. V, cou pi. su; 
édit. de M. Paris , tom. II, pag. 36. L'un 
des Mss. porte cuevres. 



1 Prenez camaquins et cofrof, 

Coulouvrioes pareillement. 

La Fie de sainct ChriêU^, sign. H H 
verso, ool. 1. 
> DicL itgm, de la lang, fr., tom. II « pag. 314, 
col. 2. 



96 



DTGTIONNAIRE D^ARGOT. 



De fausse pApeUirdie entre 

Mains prelas quant honnor rcctievre , 

Et qui le fait vesque clamer. 

Dont trait carriax fors de son qttemre. 

La Descrissions et la plaîssance des reli- 
gions, st. XII. {OEuvres oomf^ies de 
Ruiebeuf, tom. I'% pag. 446.) 

Lor darz, lor an et lor cuirées 
Orent delez eus apoiées. 

Le Roman de la Rose , édit. de Méon , 
tODi. III, pag. 79, ▼. 15891. ^ 

Ont en lea de reliques tretes 
Lor cuiries et lor sajetes. 

y^ii/., pag. 87, ▼. 10082. 

Quant amours ot 07 mon cas, 

Et vit qu'à bonne fin tendi, 

Il remit sa flesche au carcas, etc. 

Excusation de maistre Alain , st. xiix. 
(Les OEuvres de maistre Alain Cfiar- 
fier, édit. d* André du Chesne, jtag. 
531.) 

Et de sa trousse où met ses dards pervers', 
Tira deux traictz d'ouvrages tous divers. ' 

Cl. Marot , Livre premier de la Métamor- 
phose, parmi ses OEuvres complètes, 
édit. de M. DGCC: XXIV., tom. Ilf, 
pag. e4. 

O vert laurier! tonsjours t*aura ma harpe , 
lia claire teste, et ma trousse en escharpe. 

/bid., pag. 73. 

Elle ■ a ceJQt dessus le flanc 
Sa trousse, et dans un bocage 
Ta chasser un cerf sauvage. 

Idem, ibid,, pag. 159. 

Sur le derrière de l'espanle gauche, chascoue 
d'elles ' portoit en escharpe une trouise ou car- 
quois d*or bniny^ etc. [Ballet comique de la 
reyne, dans le Recueil des plus excellents bal- 
lets de ce temps, etc., pag. iô9.) 

On employait cependant le mot car- 
quois dès le xvi* siècle : 



> mane. 

> Des nympheSi 



J!ai sons Taisselle |in carquois 
Gros de fledies non pareilles , 
Qui np font bruire leurs voix 
Que pou» les doctes onuUes. 

Ronsard, liv. I^*", ode iv. 

Mais revenons à Pargot. Je crois (pie 
le carquois du chi^nnier doit son nom 
à sa ressemblance avec une carcasse de 
poulet^ sinon plus^ au moins autant 
qu'à un étui à flèches.» Je crois aussi que 
le mot earcant^ par lequel on désigne, 
non-seulement en, Normandie, mais ail- 
leurs^ une mauvaise jument^ une rosse, 
et par suite une personne laide et mé- 
chante, vient, non pas d^ine analogie 
avec le carcan qui a tient le patient à la 
gorge sans qu'il puisse s'en débarras- 
ser %i> mais du charcois, dont nous 
avons rapporté des exemples au commen- 
cement de cet article. Il est vrai que nous 
avons encore contre nous les postillons 
et les valets d'écurie, qui, en train d'in- 
jurier leurs chevaux, ne manquent ja- 
mais d'accompagner l'épithète de carcan 
de celle dé voleur. 

Carton, cabtuche, s. m. et f. Prison. 

On disait autrefois mettre, retirer à 
quartier, pour mettre, retirer, serrer, 
mettre en sûreté. 

Cecy fait , il... met les manfeanit à cartier. 
( Histoire générale des larrons, liv. I*% ch. xxiv.) 

Cette considération m'estant venue en IVsprit, 
je me retiray à quartier. (L'Histoire comique de 
Francion, liv. IV; edit.de Rooen.M. DC. XXZV., 
m 287.) 

Tirez-vous à quartier pour un moment. (£7ile 
des esclaves [1735], etc. A Paris, Ifoël Pissot, etc. 
M. DCC. XXV., in-so, se. iv, pag. 49.) 

C4SCARBT, s. m. ECU dc trois livres. 
Gasquer, V. n. Donner aveuglément 
dans un piège. 



I Dietionnaire du patois normand, pag. 66, col. 1. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



97 



Ce mot n'est autre c^o^ que le verbe 
italien cascare^ tomber^ qui a donné 
naissance à notre substantif cascade. Ce- 
lui-ci, qui n> plus aujourd^ti que le 
sens de chute (Teauj avait aiitrefois une 
signification plua étendue, celle àd chute 
en général: 

De oe beau faisear de pâsade 
Qui vous causa telle caitêdcf 
Le corps est sant doute affolé. 

VArloste travesty en vers burlesques, A. 

Paris, che» ToussainctQuinet, 1650, 

m-4S I*' chant, pag. 34. 

Une ai belle promenade 
Tfe se dât faire sans cascade; 
Cependant cascade s'y fît, 
Piiif d'un carrosse s'y rompit, 

Scarron, épitre à mademoiselle Des- 
cars , le Yoyage de la Reine à la Barre, 
T. 17. 

... par la cascade que fit la mort du maréchal 
d'Hnmicres, Il eut le gouYemementde Lorraine, etc. 
(Mémùires de Saint-Simon ^ 1695, tom. I*% 
pig.367.) 

Peut-être aussi le mot cascade a-t-il à 
son tour donné naissance à cacade, que 
nos anciens auteurs, il faut bien le dire^ 
écrivent plus souvent cagade ou caguade : 

Gap s. Aroaod , lou Trabe Jiome! y'aboia Tîea 
pensai d'en faire autant; mais tout mon cas a'en 
b« en cagade. {Les Avantures du baron de Fte- 
meste, Kv. m, chap. xix.) 

Yoylà une belle reUrade , ou , pour mieux dire, 
coyoDDade ou caguade. {ly aucune» Retraàcies de 
guerre, M discours; dans les Œuvres complètes 
de Brantôme f édit. du Panthéon littéraire ^ 
tom. U, pag. 94,coK 1.) 

Casquette^ adj. Ivre^ gris. 

Ce mot doit son origine à une expres- 
sion proverbiale et figurée qui avait cours 
au xvi* siècle : 

... ils furent ensemble dans un cabaret boire 
quelques pots de bon vin..., dont ils s'en donnèrent 
ianquam sponsus ,\ ce qui] ? eut dire en bon fran- 



çois, jusqu'aun yeux ; si bien que ce malheureux 
Jean s'en donna dans le casque. {L'Art de plu- 
mer la poulie sans crier, ix'avanture, pag. 103.) 

CAssAnT; S. m. Biscuit de mer. 

CAsS4TfTE^ S. f. Noix^ dent. 

Casse-poitbine y s. m. Breuvage com- 
posé des résidus tombés des comptoirs 
des distillateurs. 

Cassée , v. a. Couper. 
— V. a. Manger. 

Qui n'a entendu^ dans la saison^ des 
femmes parcourir les rues de Paris, en 
criant à tue-téte : a Mangez, cassez la 
noix verte i » A coup sûr, c'est une in- 
vitation à briser les noix, qu'elles cas- 
sent tout en poussant leur cri; cependant 
il n'en est pas moins vrai qu'au xvi* siè- 
cle on disait familièrement casser pour 
manger, expression qui s'est conservée 
jusqu'à nos jours, où l'on dit casser la 
croûte dans le même sens : 

Lors lui firent commandement de se lerer de ta- 
ble et gagner au trot, sur peine de recevoir bientôt 
le paiement de sa trop grande témérité et har- 
diesse : « Oui-dà , dit-il , messieurs ; je le ferai , 
mais que j*aie disné. » Et cassait tousjours. (Les 
Contes et joyeux devis de Bonaventure des Pe- 
riers, nouv. cr.) 

Au siècle dernier, on disait casser la 
gigue pour manger le gigot : 

Leur champ se tient aux Porcherons, 
Où vont luronnes et lurons... 
Casser la gigue ou réclanche , etc. 

Les Porcherons, ch. !«'. (Amusemens 
rapsodi'poéùques, pag. 126.) 

Castug, s. m. Prison, chftteau. 

Castus, s. m. Hôpital. 

Dans mon opinion , la racine de ce mot 
et du précédent est notre mot château , 
caste l y avec une finale due à une allusion 
à la première parole que l'on adressait 
aux malades sur le seuil de Thôpital. 



98 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Qu'as-tu était aussi une expression 
usitée autrefois dans notre langue^ avec 
un sens particulier. Suivant Leroux, trou- 
ver du qu'aS'tu équivaut à trouver à dé- 
chanter, rencontrer plus de difficultés 
qu'on ne pensait . On lit dans une chanson 
du xvu* siècle : 

Du ton d*un apostre 
Il Iiiy dit : « Ma sœur. 
Quel soin est le vostrc. 
Ayant nu directeur? 

Telle couverture 
Sqait cacher tout le catUf 
Lanturla, » etc. 

Ms. de mon cabinet, folio t06 recto 
et verso. 

Scarron^ au liv. V de son Virgile tra- 
vesti^ fait dire à Pyrgo : 

Le personnage est bien joué... 
Kt quoique j*en sois bien camuse, 
Je trouve ki bien du qu'as^tn. 
Autant que feroit nez pointa. 

On rencontre dans le catalogue de 
Méon, pag. 426, quatorzième carton 
des miscellanies, l'indication d'une pe* 
tite pièce de 4020 environ, intitulée Le 
Qu'as-tu de la cour. 

Dans le Moyen de parvenir y tom. I*', 
pag. 101, on voit un ivrogne, parlant à 
un médecin , jurer par le saint sabre du 
castud y c'est-à-dire par le saint bâton ou 
la sainte croix de l' hôpital \ 

Dans un autre ouvrage peut-être plus 
ancien, le Monologue des nouveaulx 
sotz, l'auteur donne pour nourrir toutes 
les espèces de sots qu'il éniunère, entre 
autres choses. 



< Le conte da Mopeii de parvenir a été répété, à 
peu prte dans les mêmes termes, pag. 22 de VEntre- 
tien des bonnes compagnies, que je trouve relié avec 
U Fagabond, etc. A Paris, chef Jacques Villery, 
M. DG. XUV., in-r . 

V 



Cinquante-deux g^astus de trippes. 

V.95, p^g. 413. 

Je suis réduit à confesser que fignorc 
complètement le sens de gastus dans le 
vers qui précède. 

Cavaler (Se) , V. pr. S'enfuir. 

Nous savons, par un passage du Moyen 
de parvenir^, que.rara/cr était synonyme 
de chevaucher : se cavaler voulait donc 
dire, dans le principe, aller à cheval sur 
soi-même. Or, c'est précisément ce que 
font certains animaux, qui, quand ils 
' fuient, ont la queue entre les jambes, 
expression dont on se sert, au figuré, 
pour signaler la frayeur ou la lâcheté : 

Les archers Yoyans qn'ils s*e8toient addressez à 
leur maistre, prennent la fuitte en mesme temps, 
la queue entre les jambes; ils commencèrent à 
daniser la courante de Poitou, et le bransle de sortie. 
(Suitle de V inventaire gênerai de Vhistoire des 
larrons, liv. ill, cli. x.) 

On disait aussi eavaler, dans le sens 
de poursuivre : 

Estant liay en France pins qo'homme qui fust 
jamais ftvory du roj... il a esté guetté, eavalté, 
vendu, attenté et conjuré de toutes feçons, etc. 
(BrantAme,De5 Hommes, 2* partie, chap. vu ; dans 
ses Œuvres complètes, édit. du Panthéon litté- 
raire, tom. I*', pag. 656 , col. 1.) 

Après ravoir longtemps guetté et cavallé^ ne le 
pouvant attrapper aux champs, s*estant retiré à la 
ville de Bresse, il se détermine de l'y aller tuer. 
(Discours sur les duels; ibid., pag. 7S4 , col. 2.) 

Le verbe chevaler (plus anciennement 
cheveler) , auquel on serait tenté d'attri- 
buer le même sens, en avait un diffé- 
rent : 

Tant Tont batu et clievelé. 
Que cil le lor a créante, etc. 

De Saint Pierre et dujougleor, v. 396. 

( Fabliaux et contes , édit. de Méon, 

tom. m, pag. 293.) 



£dit. de 175^ tom. H, pag. 2M. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



se 



. . . jamais OM pcnoane tceinëe d6 fui tant ehe- 
valée par un juge pour catre rarprise, etc. {Les 
Recherches de la France d*Estienne Pasqtiier, 
JiT. VI, dop. V» édit de M. OC. IXV.y pa^. 471, C.) 

Catalkbie (Grosse), s. f. Cureupsd'é- 
gouts. 

On sait que ces utiles et modestes ou- 
vriers portent des bottes fortes, comme 
les cuirassiers et les carabiniers. 

Cavalot, s. m. Pièce de menue mon- 
naie. 

Si c*esl an François, il dira : 
* Ventre» leste, sang, je renie. 
Itfoust^ur, comme est-ce qu'il ira ? 
Je suis dans Yotre compagnie 
Depuis Palestre et Cresceotin, 
Sans que de paye ou de butin 
Un seul cavatot j*en rapporte. » 

Les Lolx de Haechus, etc. {Recueil 
de pièces en prose , ies plus agrea^ 
bies de ce temps , etc. , 4* paHîe. 
A Paris, cbez Charles de Sercy, 
M. DC. LXI., in-8', pag. 437.) 

CAVi , 8. m. Dupe. 

n semblerait que ce mot a été formé 
dans le but de rappeler le mot populaire 
enfoncé. 

Cbintubb [ Parler sous la). Donner de 
l'argent; terme de l'argot du Châtelet 
de Paris, au xiv« âècle. 

Itmi Im quarte de tin de bîenTemie, le parler 
destous la ceinture , et telles truffes sont defTen- 
dues, etc. [L* Instruction de la geôle du Chastelet 
de Paris [1372], dans la Collection des meilleurs 
dissertations, notices et traités particuliers 
relatifs à Vhistoire de France ^ etc., tom. XIX, 
pag. 172.) 

M. C. Leber dit en note : a Les cor- 
dons de la bourse ou de Tescarcelle qui 
tenait lieu de poches, et qu'alors on por- 
tait au côté^ étaient attachés sous là 
ceinture, et le sac pendait au bas. Cette 
expression , parler sous la ceinture^ pou- 



vait donc signifier : s'adresser à la boofse, 
demander de l'argent; tel est du moins 
le sens qu'elle présente dans le cas ac- 
tuel. » 

Gkntbb, s. m. Nom propre. Centre à 
Vestorgue, faux nom. 

Cebclb, s. m. Argent monnoyé. 

Ce mot, qui est une altération volon- 
taire de carie, que nous avons déjà vu, 
fait allusion à la forme des pièces de 
monnaie. 

CsBCLii, s. m. Tonneau. Fourbeaque, 
Cerehiosa. 

Cbep-volant, s. m. Femme qui attire 
les enfants dans les allées ou dans des 
lieux écartés, pour les dépouiller. 

Comme ces misérables se donnant 
l'apparence de domestiques, de là le nom 
detf«r/(scrf). 

(Vol au), s, m. Vol qui con- 
siste à escamoter aux petites filles lein*s 
boucles d'oniUles. ( Le Moniteur «siesr « 
sely n« du dimanche 30 octobre iSttS, 
pag. 1206, col. 2.) 

CHAHOTBa, V. n. Faire du tapage poiv 
s'amuser. 

Ce verbe, qui, à proprement pu'ler, 
signifie crier comme un chat^huant, vient 
du nom de cet oiseau, autrefois appelé 
chahn ou cahu : 

Janin Janot, mais quel oysel es-tu? 
Es-tu pinchon, linot, merle, ou eaAn A 

Chanson du xv* sîèclt, ( Faux^e-Fire 

d'OlMer BasseUit, édit. de M. Louis 

Dubois, pag. 16S.) 

Nos ancêtres donnaient ainsi le nom 
de Cahu à tme divinité quils prêtaient 
aux musulmans : 



Coiemenl a juré Mahomet et Celtu. 
La Chanson d^Anliocha^ cb« V9CI 
tom. II, pag. ta, 

7. 



ipl. IX ; 



MO 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



eu dotricr iîiîcot, lor rcfiiet ont rompui; 
Ifaîf trop efifbroe li lioages Calau» 

Ia Jloman ttjétuéis dé Carthage, Mi. de 

la Bibliothèque DAlionale n* 7191, fol. 

S9 Teno, col. 3, t. 28. 

Voudras-tu croire Mahom et Caltu? 

Le Roman ttAuberi U Bourgoin, Reims , 
1849, in-r, pag. 31. Cf. pag. 33. 

Mahom redaime et ApoUn, 
Baratrooy Margot et CtJtu. 

De Blaneandin, Bis. de la Bibl. nat., 
n* 6987, fol. 265 veno, col. 3, ▼. 34. 

Bs en avaient fait également le nom 
d'un diable, mentionné avec Jupiter et 
Baratron dans le Mystère de sainte Barbe. 
Voyez les Manuscrits français de la Bi- 
bliothèque du Roi, par M. Paulin Pai*is, 
tom.Vn.pag. 375. 

Dans le Blaisois, on donne encore aux 
paysans le nom de chahuts \ nous ne sa- 
vons pour quelle raison. Ceux de la Bre- 
tagne (on ne l'oubliera pas de sitôt) étaient 
appelés chouans, variante de chahut et 
de eaku , usitée en Anjou ' et employée 
par Ronsard : 

Xet chouans, annonceun de mauvaise atentnre, 

Ne fl*y vienneat percher, mais les rossigoolets, etc. 

Metogue m, ou chant pastorai lur ies noce* 

Je Mgr, Charles, due de Lorraine^ et de 

M* Claude, fille du roy Henry li. 

Dans le Beaujolais, les gens de la plaine 
chantent aux montagnards qui descen- 
dent chaque année pour vendanger : 

Mootignard, 
Quien caignard 3, 

' PMt-étie faïU-U rapporter à ce mot le sabatan- 
tu eoHf, one Je trouve dans un poème du xiv« siè- 
cle, peut-être par erreur d'impression : 

Jamais Je ûe serroie ne traans ne cahut, 
» lÀ âormans de Bauduin de Seboure, 

ch. XII, V. 2\k ; tom. !•', pag. 885. 
> Diet. étym, de Ménage, tom. !«', pag. 378, ool. I. 
^ rateétnt, casanier: 

Rooi voyons aitfoiud'IiQy trais sortes de noblesse s 



Tourne le c. vers ton molatt. 
Tou, you, you, yoo, montagnard. 

Ce you you m'a tout l'air d'être une 
imitation du cri du chat-huant^ qui, dès 
le XI* siècle, était employé chez nous 
quand on voulait huer quelqu'un ' ; et il 
est possible qu'il y ait là une allusion 
aux canards de Savoie, dont parle Rabe- 
lais, liv. II, chap. xii» ou plutôt auxrAo»- 
gnards de Dauphiné, hérétiques dont il 
est dit un mot dans le Sealigerana*. 

n est facile maintenant de se rendre 
compte de ce qu'a pu être dans l'origine 
la dàxïse appelée chahut. C'était, suivant 
toute apparence, un branle pendant 
l'exécution duquel un ou plusieurs dan- 
seurs faisaient entendre le cri de l'oiseau 
des ruines, très-usité dans les bals, même 
au siècle dernier', stirtout pendant le 
carnaval ^ 



L'une aux armes s'adonne, et l'antre s'aparcsse 
Caignarde en sa maison, etc. 

Ltê CEuvree françoûtes de Joaehim du Bel- 

lay, etc., édir. de M.D. XCVII., in42, fol. 

508 versa 

' « Tonc chrisliani una voce oonclamantes hu ku, 
in risum magnum mot! sunt. » Bernard. Tbesaur., 
de Acquieitione Tervœ tancies, cap. |L.\X1L {Ber, 
Itat, ScripL, tom. VU, co!. "718, D.) 

> £diL de Cologne, M.DCXCV., in-8*, pag. 87. es. 

3 «... pour lui, il alla dans tous les baux... et fai- 
sant hou hou k tout le monde, comme ils font pour 
l'ordinaire, » etc. (Les Bals des bois, parmi les CCm- 
vres badines eompUttes du comte de Cayluêt tom. X, 
pag. 118.) 

4 Enfin tous ces Andbaochus..* 
Soient hues comme montre-culs. 

Les Loix de Bacchus, etc. {Becueil de 
pièces en prose, les plus agréables de 
ce temps, 4* parUe. A Paris, chez 
Charles de Sercy, M. BC. LXI., in-S*, 
pag. 427 ) 

Nous supposons que les vers qui précèdent se rap- 
portent aux plaisants de carnaval, époque de fannée 
où les galopins des cuisines royales se présentaient 
nus à leurs maîtres, le Jour de carême prenant. 
Voyez on compte de lUft dans un registre des Ar- 
chives nationales, coté M dans la série K, folio Yi^\ 
xilil recto. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT- 



lOi 



Chahdtbub^ busi^ 8. Tapageur^ tapa- 
geuse. 

CflAMBBBDBB; CHAXBEBTEB , V. a. ReU- 

Terser, abattre, briser. 

Ce mot y qui fait partie de Pargot ma- 
ritime et qui a été recueilli à ce titre dans 
le Dictionnaire de marine à voiles , pag. 
176^ est également usité dans le langage 
fiimilier des ports de mer. 

GflLAMBAU , s. m. Femme de mauvaise 
tournure. 

Les passages suivants indiquent suffi- 
samment que ce n'est pas d'aujourd'hui 
que certaines femmes ont été comparées 
an navire du désert : 

LoD^e et droite comme un ormeau , 
SOe entre i grands pas de chameau 
A trois petites révérences. 

Satyre contre une dame maigre, par le 
sieur de Sjfgognes. (Le Cabinet laijri- 
que^ édit de M.DC. XXXIIII. , pag. 
333.) 

Jeune beauté qui en rougeur surpasse 
Le front Termeii d'une vineuse tasse, 
Qni as les dens plus belles qu'un ratteau, 
Bref tout le corps comme le dromadaire, 
Geste beauté ne doit-elle pas plaire ? 

Ibid,j pag. 354. 

Toftre teste ressemble au marmouzet d'un cistre... 
Tostre longue encolure à celle d'un chameau. 

Sonnet contre une vieiiie courtisanne , par le 
■ de Sjgognes. (/5iV., pag. 377.) 



Chaxbau, cbocbttb^ dbomadàibb^ 

liARTEBHB; MABSOIV^ BBIf ABB^ S. m. et f. 

Contrebandier. 

Ces diverses dénominations nous mon- 
trent le contrebandier la charge au dos, 
cheminant la nuit^ traversant les rivières^ 
eî se frayant un passage souterrain. 

GHAIfGEAIfTE^ S.f. LuUe. 

Chahoirb^ bssb^ s. Rentier^ ère. 
Chautbb^ V. n. Parler. 



Un passage de Mattlûeu Paris^ relatif 
à Guillamne de l'Isle^ vicomte de Nor- 
tbampton» montre à quel point cette ex- 
pression est ancienne dans notre langue. 
Ayant pris un bouvier, ce baron le fit 
lier et le conduisit avec lui dans sa mai- 
son, affirmant, avec im horrible jtirement 
( pour parler le langage vidgaire et usuel), 
dit l'écrivain, qu'il le ferait chanter. Il 
fit donc, ajoute-t-il , torturer le bouvier, 
qui avait été mis en prison '. 

On employait encore chanter dans le 
même sens, au xvii« siècle : 

Le lendemain, le lieutenant criminel... lui dit 
qu'il ne a'agiuoit pas de déguiser plus loog-temps 
la vérité... mais qu'il ailoit le faire dhonler Imbb 
autrement qu'il n'avoit fait., qu'on ailoit loi don- 
ner la question bien rigoureusement. (VÀrt de 
plumer la pinUle sam erier^ xiv* avuitaire» 
pag. 148.) 

Mais l'usage de cette expression n'é- 
tait point limité à la torture; on l'em- 
ployait aussi comme synonyme de par- 
1er: 

Dieu et luy partiront ensemble 
Ce denier-là , si bon leur semble... 
Ji si bien chanter ne saivont. 
Ne pour crier ne pour brester. 

Xa Farce de maistre Pierre Pathetim^ 
édit. de Coostelier, pag. 29. 

Je TOUS donne cest oeil à traire, 
8i il en a plus ou n'en aura, 
Ji si bien efianter ne sçaura. 

/&fi/.,pag.39. 

Plus ordinairement chanter s'employait 
dans le sens de dire, qu'il a conservé : 

Et que dbMtoir 
Le mandement? 

Le Miitere du Fiel Testament ^ etc. y 
feuillet cxxvii verso, col. 2. — JMb- 
ralité de la vendition de Joseph, 
feuillei signé O. ii verso. 



> Historia mqgor^ sab ann. tSSO; éd. Lond. iOM, 
pag. 9Sa, Un. 0. 



lot 



DICTIONNAIRE D^ARGOT- 



Que deux gcM mort à rie de mort 

FiMseot retournés? etc. 

La Vengenee nostre seigneur Jesu^ 
ehritt, etc. Purts , Jeao Petit, sain 
date, 1«* jownée, feuillet qoi suit la 
iigu. c iiiif Teno. ooU 1. 

lUk qou ne eAaJt/es-fom de tes aoneaui? 
(Areaii^re Uat^iiiU du seignewr de Ckolieres.) 

Si l'or est aussi maufait que le ckantes, est!-» 
mes»TOueque l'usage d*iceluy euftt esté permist etc. 
(/Wd.). 

Au MMB de Jupiter, Uissca-noui eu repos , 
Et ne nous dunntez plus d'impertioeuts propos. 

V Étourdi, act. I*"", se. vui. 

On disait autrefois chanter pouillesei 
chanter injure^ pour dire des injures, 
6X|MPes8ioQs qu^Oudin signale comme vul- 
gaires: 

Un certain cavalier normand... 
Les poursuivit assez longtemps, 
Leur cAanimjiI force pouiûêê, 

GhansoB du zviii* siècle t Ms. de mon 
cabinet, folio 143 verso. 

Obllgei-nMi donc» madame, de me chanter 
poûiUeM par une lettre. (Lettre du comte de Bussy, 
de 1078, parmi les siennes, édU. de M. DCC. XI.. 
tom. 111, peg. 479.} 

Ttt leroii revenu pour lui ehaHttr wjurt. 

Lu éêut Arltqumt (1091), act. III, se. xiv. 
(Atf TlUàif ittklÀm du Gharwrdi^ ton. III, 
ptg. 387.) 

CtiANTBE (Faire)^ v. a. Soutirer de 
TarKont au moyen de menaces. 

Re mot est depuis longtemps dans 
notre langue populaire. On lit dans les 
Guriositeu frinçoises ; « Ml le faut faire 
t^lmnU^r, 1. (tîW-àdire) il faut qu'il parle 
ou qu'il rtmfensê, vulg. » Mais cet exem- 
ple iM^rait |M)U concluant; si Oudin ne di- 
milt tuiHuita : « U faut chanter plus haut^ 
I. il fnui offrir davantage de la mar^ 
vhaiulhf*;s\\\^. » On comprend maintenant 



que le chant qu'on provoque est uoe of- 
fre d'aigent. 

A l'époque où écrivait Oudin y on em- 
ployait dans la même acception parler, 
dont chanter n'est que la traduction en 
argot: 

Pour revenir à rbnmeur de la belle, 
lie compagnon ne put rien tirer d*eUe 
Qiril ne parlât. Chacun s^ait ce que c*«st 
Que de pewUr : le lecteur, s'il lui plaît. 
Me permettra de dire ainsi la cbose. 
Gulphar l^OTic parle, et si bien qu'il propose 
Deux cens écus. 

Contes de la Foolaioe. [A Femme avare ga- 
lant escroc.) 

On disait encore parler français : 

Et de plus je vous donne 
Quatre raille ducats eu l'épousant. Je crois, 
Quoy que vous en disiei, que c'est parler français. 
La Femme juge et partie, comédie par A. J. 
Moniilcury, act IV, ac ii. 

Chapon, s. m. Moine. 
Gbablot^ s. m. Le boiureau. 

Maître Cbarlot vient d'arriver. 

Qui la fut bientôt saluer; 

La corde au cou , lui dit : « Madame, 

Je vous jure dessus mon ame. 

C'est aujourd'hui qu'il faut danser ; 

Ma salle est déjà préparée. » 

Chanson nouvelle de madame Lescom^ 
bat^ etc. {Nouveau Recueil d^ ariettes 
et chansons^ etc. A Rouen, cbcs 
Pierre Soyer, sans date, in-l), 
pag- 4) 

Ce nom^ qui est devenu populaire^ au 
moins depuis 1760 % a été donné à Texé- 
cuteur des hautes œuvres, sans doute 
parce que, à l'exemple des anciens charla- 
tans du Pont-Neuf 9 il ne travaille que sur 
un échafaud^ et qu'il débite Vherbe à tous 



> Au mol Jean-GmllMum*, réditeor de U ifo- 

raugue du capitaine de la Carbonnade aux solda ta 
de M. le Prince en 1615, écrit en note : « Le bourreau 
nvoit ce nom en ce temps-U, comme aujourd'huy 

\M, CharioLv {Reaieil Jt. A Paris, M. DCC.LXI., 

I ln-«*, pag. 185.) 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



103 



ffftoiur^. Dutempsd'Oiidin^on disait éga- 
lement : a Vous êtes un Charles, par al- 
lusion de charlatan, c'est-à-dire un dis* 
cottreur, un abuseur par belles paroles *. 
Du temps de David Ferrand , il y avait 
à Rouen im équarnsseur^ nommé ou sur- 
nommé Chalot, je ne sais trop lequel : 

Comme j*alets pu viUe que le |nis 
A su peut pré là ô Chaloi ùcorche... 
Jis reiicoutris un i;rand peuple en amas 
Qui s>n allet le chemin ste ta croche. 

Cin^mcsmt Partie de la Muse normande, 
pag. 107. 

On a également donné le nom de char- 
iots aux voleivs^ sans doute parce qu'on 
les voit tôt ou tard solir (vendre) de Pon- 
guent sur l'échafaud : 

Sur la placarde au quart-d^œil. 
Rigaudons faut gamhiller, 
Allumés de tout's ces largues... 
Et de ces c/tarloit, bons drilles. 
Qui viennent y goupiuer. 

La Aiareaadière, coiipl. xzx et xiir. 

( Les yoleurs, par Vidocq , tom. T', 

pag. xxxiij.) 

Comme on le verra plus loin^ les vo- 
leurs se sont aussi appelés garçons de 
campagne. Or^ le mot karle signifiait au- 
trefois jNiysan; a Karli rusticum sonat^ r> 
est-il cKt dans la Chronique de Saint-Ber- 
lin^. Le continuateur de Guillaume de 
Nangis, racontant une révolte de pay- 
sans^ s'exprime ainsi : « Capitaneum 
quemdam de villa quœ Mello dicitur^ ms- 



I Ondln traduit cette expression par vne corde 
dont om pend un ma{faieteur. Voyez les Cunositez 
JfamfoUeê^ an mot Herbe. 

* Cur. fr., au mot Charles; seconde Partie det 
Betkêrtkes it^iennes ei françoises^ pag. 90, col. 1< 
Vm ekarle y est traduit par vn fttrbo^ un ceretttno. 

* Histoire généaioçifve des maisons de Gnines^ 
ée Gand^ cte., par André du Gbesne, preuves du 
Ht. l», pag. 14. 



ticum magis astutum ordînarunt, scilicet 
Guillermum dictum karle \ » 

Mais revenons à l'acception la plus ré- 
pandue du mot chariot. 

Avant la révolution, dit M«^Quitard, on 
donnait au bourreau^ par euphéhiisme, 
la dénomination de maitre à danser, et 
on le désignait même ainsi sur les regis- 
tres de la chambre de la grande chancel- 
lerie. Rabelais^ ajoute-t-il^ l'appelait Ta- 
veugfe qui fait danser, parce qu'il exécute 
aveuglément les arrêts de la justice*. Un 
autre écrivain facétieux le compare, en 
ces termes^ à un musicien : a Jecroirois... 
que le fils de M. Jean Guillaume seroit 
fort bon musicien ; car^ depuis qu'il a pris 
la mesure du col d'un pauvre patient^ il 
fait bander la chanterelle sur un ton si 
haut^ que bien souvent l'harmonie de la 
corde, qui bande trop fort, convertit toute 
la musique en soupirs et sincope^. o 

Enfin, au xvii* siècle, danser par haut 
se disait par métaphore au lieu d*étre 
pendu. Voyez les Curiosités françaises, 
au mot Danser, et la seconde Partie des 
Recherches italiennes et françaises , pag. 
149, col. 2. 

Le bourreau a été aussi comparé à un 
jardinier par le même écrivain facétieux 
que nous citions tout à l'heure : « Il ne 
faut pas, dit-il, aller chez les princes pour 
rencontrer le meilleur jardinier de Paris, 



' Guill. Piang. Contin,^ sub ano. 1968. Le rédac- 
teur des graodes Chroniques de France appelle ce 
paysan Guillaume Cale. Voyez l*édlUoQ de M. P . 
Paris, tom. VI, pag. 110. 

* Diclionnaire des Proverbes français, pag. 3B9. 

Celte explication est mauvaise ; et M. Quitard se 
fût bien gardé de la donner pour peu qu*U eût su, ce 
qui n'est pas diflictie à trouver, que les anciens mé- 
nétriers qui faisaient danser étalent aveoglfs. 

3 La seconde Partie des questions et rencontres de 
Tabarin, paff. 125 do Recueil gênerai des œuvres et 
fantasies de TaftAnn. A Rouen, ctiez David Ferrand, 
M. DC XXXII., in-12, pag. 77. 



104 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



vous vlj en sçnriez trouva de plus ex- 
pert que le fik de maistre Jean Guillaume ; 
et sll vous prend un.deaîr de le voir, 
allez-vous-en à la Grève : c'est un jardin 
ordinaire^ 4 n'a point si toA planté son 
arbre, qu'au bout de deux heures vous y 
voyez du fruict. Diable! c'est une mau- 
vaise chose que de faire des cabrioles en 
Fair^ etquand H faut qu'un pauvre homme 
aille, malgré soy^ faire la sentinelle à 
Montfaucon^ ou qu'il est contraint dMer 
garder les moutons à la lune '. » 

Chaabiagb, s. m. Action de voler 
quelqu'un en le mystifiant. 

Les charrieurs vont ordinairement deux 
de compagnie ; l'un se nomme l'Améri- 
cain, et l'autre le Jardinier, soit parce 
que c'est lui qui connaît et qui cultive 
les simples , soit qu'il tire des carottes. 

Le mot de charriage me semble em- 
prunté à notre vieille langue, du moins 
je l'y trouve avec le sens d'embarras : 

L'un lui afTerme : « Elle a mille ducatz, • 

Où ooc ne fut advertye du cas ; 

L'un dist : «Il est fort sçavantet bien riche,» 

Où il n'a pas vaillant une bouriche. 

Voyez comment, faisant lelz quarriages. 

Souvent on est trompé es mariages. 

La Légende de JI/« Pierre Faifett, chap. xliv, 
pag. 98. Cf. tes Noels bourguignons de 
B. de jla Monnoye, édit. de 1842, pag. 
263 , au root Cairiaige, 

On disait autrefois charrier pour mar-' 

cher, agir ; 

Cette Puisieux élait bien épÎDeuse... il falloit, 
comme vous dites, charrier bien droit avec elle. 
( Lettre do madame de Sévigné au comte de Bussy, 
du 13 octobre 1677.) 

Charbieub, s. m. Espèce de voleur qui 
pratique le charriage. 

I La première Partie désœuvrés et questions de Ta- 
barin, que»t.XUV,png. T7 du volume cité plus haut 

II est encore question du lUs de Jean Guillaume, 
quetL l»% pag. 90, et dans le Testament de Tabarin, 
pag. 164 du même recueil. 



En bohénûen, ckor, dkoro, signifie 
larron. Voyez The Zincali^ tom. D, 

pag. 'as. 

Chabbo!! , s. m. Voleur. 

Même étymologie que ci-dessns. 

Chasse, s. m. Œil. Chasse à Vestar^ 
gue, œil louche. 

Chasse-Noble, s. m. Chasse-coquin, 
suisse de porte. 

Chasseb des beluits , V. n. Pleurer. 

Châssis, s. m. Yeux. 

Châssis, que le peuple emploie dans le 
sens de conserves , de lunettes , et qu'il 
prend aussi pour la vue, les yeux', doit 
naissance à une allusion aux fenêtres, 
comme le fourt)esque balchi, qui signifie 
yeux. 

On lit dans une vieille chanson de 
geste : 

Blont ot le poil, menu recercdé. 
Ample yiare et le front fenêtre*. 

Roman ttAubrî le Bourguignon , à la suite 
de celui deFieroAras, pag. 174, col. 1, 

Chastaignes (Peler). Avoir du bien- 
être. 

HItODK. 

Tantost en Judée serons..* 
De Hierusalem aprochons. 



I Dictionnaire du bas-langage, tom. I*', pag. 180. 

' Guillaume de Malmesbury dit de Guillaume le 
Bâtard : « SI qnis vero desiderat sdre oorporis cjas 
qualitatem, noverit eum fuisse corpore quadrato, co- 
lore nifo, crioe subflavo, fronle fenestrato, » etc. 
[De Gestis regnm jénglorum, 11b. IV, cap. i, apud 
Henr. Savile, JRerum Jnglicarum Scriptares post 
Bedam pnecipni, etc. Franoof., M. DCI., in4olio, 
pag. 12ft, lig. 58.) 

Je me suis laissé d*autant plus facilement aller à 
citer ce passage, qu'il n*est pas même rapporté dans 
le Glossaire de du Cange. Voyez tom. 111, pag- 228, 
col. 3, au mot Fenestrare, et pag. 2SS, au motFenes- 
tratus. 

Je ne serais point étonné qa4r son tour chassie 
n*eât produit chassie, humeur gluante qui s'amasse 
sur le bord des paupières; mais il est bien sûr que 
ce dernier mot ne peut avoir Tétymologie que lai 
prêtent Ménage et le Duchat. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



lOK 



Xay grand him que nous y soyons 
Pour menger ces bons grans morceaqy. 
Nous ne meogons que pain el aulx * 
A passer ces haultes moutaignes. 

ADBASCUS. 

Cela n'est pas peler chastaignet. 

Tu seignes du bee, Narinart. 

Qoel gueux à porter l'estendart 

Soûl» une vieille capeline ! 

Le MUtere de lajeonceptiott, naiivîeé^ 
mariage et annonciation de la be^ 
noitte vierge Marie, fueil. Ixxiiii r^ 
col. 2. De Herode et de la pertecw 
tion des Innoeens, 

L'expression parer chasiaignes , qui 
est peutrêtre plus ancienne^ paratt avoir 
eu un autre sens : 

A cui parés-yoviÈ ces ehastaignes ? 
Qui me puet faire plus d*engaignes? 

Le Roman de la Rote, édit. de Méon, 
ton. II, pag. 201, ▼.8547. 

A cul parés-^ouB tel chataingne P 

Ibid., tom. in,pag. Il4,v. 16658. 

Chat, s. m. Concierge de prison. 

Chat foubbb^ s. m. Juge, greffier. 

Cette expression^ qui n'est point rap- 
portée dans les dictionnaires d'ai^ot^ 
mais qui cependant est employée dans 
ce sens par ceux qui parlent ce jargon, 
fiiîsait partie du langage vulgaire du 
xTii* siècle. On trouve en effet, dans les 
Curiositez françaises : a * Chat fourré^ i. 
un juge lasehe et paresseux. Item, un 
docteur y par dérision de la fourreure 
qu'il portey'^vXg. » 

C'est dans ce dernier sens qu'il faut 
prendre cette manière de parler dans ce 
passage de V Histoire comique de Fran- 
cion, liv. m : 

Let courtisans... s'ettonnerent des chaperons de 
ces ehaf/owrez, et eomparerent la grande escar- 
celle que porte le recteur, à celle où maistre Gonio 



mettait 868 inatroneDS pour faire te toors de 
passeiMsse. (£dit. de M. DC. XXXV., pag. 236.) 

Mais je ne pense pas que Je costume 
seul ait donné naissance à cette appella- 
tion^ et je suis d'avis qil'elle est paie- 
ment le fruit d'uù jeu 3e mots qui route 
sur le' nom de Minos et sur eehii des 
chatSj appelés familièrement minet, mi- 
non, minou. Où lit dans le Moyen de co- 
gnoistre les filous d*une lieue loing sans 
lunettes, au conunencement : «Quand 
vous verrez un Allemand contrefaiet^ un 
homme bigarré comme im valet de car- 
reau ^ ou leroy de picque... un Uinos 
de palais... imaginez-vous de voir autant 
de filous, » etc. 

De ce mot est venu celui de chaffou- 
rer, emjdoyé, entre autres^ par Brantôme^ 
dans le sens de griffonner, qui est bien 
le verbe de greffier : 

. . . ratissoyt le papier, chav^ourroyt le par- 
chemin, etc. (Rabelais, Ht. I*% chap. x.) 

Les uns en ont parlé encore d'autre façon diver- 
sèment, et... je m'en rapporte à eux, sans m'amu- 
ser d'en ehqffourer le papier. (Des Bom^nes^ 
deuxième parUe, premier discours; Œuvres eom- 
plèles de Brantâme, tom. I", pag. 577, col. 2.) 

Puisqu'il me faut parler des dames, je ne veux 
m'amnser aux anciennes , dont les histoires sont 
toutes pleines, et ne serait qu'en cAa/^otcrer le pa- 
pier. (Fies cfes Dames illustres flrançoisu et es- 
trangèreSf repartie, ch. i"; ibid.^ tom. Il, 
pag. 105, col. i.) 

... j'ay desliberé de ne chqfourer mon papier 
de si petites personnes, etc. {Des Dames gallan- 
tes, quatriesme discours; ifrid., pag. S36, col. 2.) 

Par suite^ on a dit chafourrer dans le 
sens de noircir : 

Ce Tillageoys, voyant que ce More ne sonnoit 
mot. Ta dire à ses compagnons : « Il faut bien que 
ce soit quelque porteur de masqoarade et de 
moumon , qu'il s'est ainsi noircy et chajwrré. > 
(xxix* serée de Boochet.) 

... ils barbouillèrent et luy cAaif//btfrereitf toot 
le visage. {Journal du règne du rei Henri ill, 
ami. 1589; tom. I«% pag. 117.) 



i06 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Rabelais^ qui avait trouvé dans la bi- 
bliothèque de Saint-Victor le chaffouré 
des procureurs (liv. II, cbap. vu), range 
les cha/fourcurs de parchemin parmi les 
gens soumis à Jupiter. Voyez la Pania- 
grueline Prognostication, chap. v. 

Chatte, s. f. Écu de six livres; terme 
anciennement usité panni les prostituées. 

Chaud (Être). Se défier. 

Dans notre ancienne langue, l'adjectif 
cauty dérivé du latin cautus^ s'employait 
dans le sens de sage^ prudent , circons- 
pect y aviné y acceptions qui sont égale- 
ment celles du mot latin, et qu'on re- 
trouve dans notre adjectif cauteleux : 

CummeDt ne la secs- lu tromper? 
Tu es tant subtil et tant cault. 

La Hislere de la conception^ nativité, 
mariage j et annouciation de la ùe- 

foiste vierge Marie , etc. , imprimé 
ouvellemenl à Paris, par Alain Lo- 
Irian, sans date, in>4*', fueiUxxiii 
r%col \, Enfer, 

Et là... sceiit que les Allennands s'estoient accor- 
dés avecqnes l'empercnr, qui tin et caut.., enten- 
dit plus tost à un accord qu'à un hasard de guerre. 
{nommes illustres et grands capitaines fran- 
çais : le grand roy Henry II ; parmi les Œuvres 
complètes de Brantôme , édit. du Panthéon lit- 
téraire, tom. !•', pag. 305, coL 1) 

On disoit qu'il avoit appris d'estre ainsy dissi- 
mulateur, de son grand favoi7 Albert Gondy... qui 
astoit un Florentin , fin , caut et corrompu , triii- 
quart , grand menteur et dissimulateur. (Ibidem : 
Ctiarles IX, roy de France; ibid., pag. 560, 
col. 1.) 

Caut signifiait aussi chaud : 

Mont par faisoit angousex caut. 
Car li solax estoit niout haut. 

De Narcisus, v. 633. (Fabliaux et 
contes f édit. de Méon, tom. IV, 
pag. 163.) 

Si mangoil en coupes d*or fines 
Soupes en vin, et fist moult caut, 

La Chronique rimée de Philippe MouS" 
kéSf tom. II, pag. 355, y. 21670. 



Pour le caut osta son huvet. 

Renartle nouvel, y. 174. {Le Roman 
(f a Renaît, tom. IV, pag. 131.) 

Si caus i\ï l'oison qu'il dist wis. 

ld,y V. 3191. {Ibid,, pag. 253.) 

Cil dedens gietent caude poi, 
Ole caut et ardant métal. 

M, V. 3586. {Ibid,, pag. 270.) 

C'est ce double sens de caut qui a 
donné naissance au mot d'argot. 

Chaude-lakce, s. f. Gonorrhée. 

Chaubiir, v. a. Perdre. 

Chemise de conseilles , s. f. Linge 
volé. 

En créant cette expression, les malfai- 
teurs ont voulu donner à entendre que le 
linge volé saisi sur eux^ et retenu par la 
justice, servait à faire des chemises à 
leurs juges. 

Chenapan, s. m. Vaurien, bandit. 

JKuu voleux, eun ch'napan, eun boudre. 

Le Coup d* œil purin f pag. 37. 

Ce mot, qui est bien français, puisqu'on 
le trouve dans le dictionnaire de l'Acadé- 
mie, où il est signalé comme populaire, 
m'a tout Tair d'être un transfuge de l'ar- 
got. En tous les cas, comme le fait re- 
marquer un traducteur du siècle dernier S 
il vient de Fallemand sehnapphans. 

Chêne (Abattre ou faire suer un). Tuer 
un homme. 

Cette expression dérive d'un proverbe 
que nous trouvons dans le Dictionnaire 
de Cotgrave* et dans le Trésor de sen-- 
tences dorées, de Gabriel Meurier, où il est 
ainsi conçu : a Petit homme abbat bien un 
grand chesne, et douce parolle grand 



' Histoire universelle de Jaque-Auguste de Thou, 
Uv. X; trad. fr., tom. Il, pag. 232, not. 1. 
* Aux mots CkesHS, ërdnd, H Petit, 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



101 



îre. » Oudin , qiti viTÛt un siècle après 
l'auteur que oous venons de citer, rap- 
porte également le proverbe « petit 
homme abbat grand chesne , x> et y joint 
ce commentaire : «Un petit homme en 
tué un grande ou bien surmonte un grand 
danger. liemy un homme de basse condi* 
lion en mine un grand. > Yoyex les Cu- 
riasitez françaises, an mot Chesne, 

Dans l'ancienne Germania^ àrboly qui 
signifie arbre en castillan^ avait le sens 
de enerpo (corps). 

Pour ce qui est de suer, on comprend 
qu'il s'agit ici de l'efTusion du sang assi- 
milée à la sueur. 

Chbniqueur^ s. m. Terme d*argot ma- 
ritime, par lequel on désigne un homme 
qui s'adonne à la boisson des liqueurs 
fortes. {Dictionnaire de inarine à voiles y 
pag.192.) 

Cheku, cREifATBE, adj. Bou. 

«Mot fort usité à Paris^ dit Leroux^ 
en la place de bon, délicat, exquis, de 
bon goùt^ délicieux, admirable. Voilà 
du vin gui est bien chenu, etc. 

Ce terme) qui, dans sa signification pro- 
pre en français, veut dire tout blanc de 
vieillesse y aura sans doute été dans Tori- 
gine appliqué au vin S dont l\me des 
qualités les plus essentielles^ pour être 
bon, est d'être vieux, et qui en avait une 
de plus s'il était gris : 

Quel Tin buvez-YOus ? ~ Crri«. {les Contes et 
joyeux devis de Sonav.desPerierSt doot. lx.) 

QuiUoDS le Port de Pille... 
Et nous en boirons tant 

De ee bon vin gris^ 
Que nos bourses tariront icy. 

Chanson nouvelle d'une jeune fille de 



> Nlcot et Cotgrave, qui rapportent rezprettîoo de 
vin cA«j»i», la traduisent Tun parmim'y u^iW, l*autre 
f>ar muciduM vmum, vin rooisL 



dtfstellcnitttf et de trois jeaies boanMt 
se disant hermites. {Le Trésor dts 
cliansons nouvelles, ., A Paris, chez 
Pierre Des-Hayes, sans date, in-12, 

Tea bairtis aveiiq mes amis... 

Kt dirais, l>euvant men vin gris : 

« Biche o descry qui a fait grand perte. » 

Sur le rabms des loujs, ballade, st. 3. 
{9^'mgt-siziesme partie de la Muse 
normande, pag. 430, 43t.) 

Du vin, on aura plus tard étendu Tépi- 
thète de chenu à toutes sortes d'autres 
choses, aux qualités desquelles le temps 
n'ajoute rien. 

Chbnu rbluit, adv. Bonjour. 

Chbivu sobgub, adv. Bonsoir. 

Ghbnumbnt, adv. Bien , à men^eille. 

Fanandels, en cetle piolle 
On vit chcnumenL 

Chanson d^argot, 

... j*vous dis ce que je vous dis, oomme ii 
j'pourais être encore plus chemanini 

Vote, etc. 
{Lettres de la Grenouillère^ par Vadé, parmi wes 

Œuvres poissardes^édii. de 179e, in*4% p. 134.) 

Cheb, adj. Rude. 

Chbb^ adj. Haut^ élevé. 

Italien, chiaro, illustre^ fameux; du 
latin clarus. 

CH^aAncBy s. f. Ivresse. Fourb., cAio- 
renza. 

Dans le même jargon , chiarire signi- 
fie boire ; chiaristante, buveur; chiarito, 
ivre; chiaritore, ivrogne ; ehiaroei chia- 
rosoy vin. Chiaro est évidemment la ra- 
cine de tous les autres mots. 

Chbval db bbtoub , s. m. Récidiviste, 
celui qui est conduit au bagne pour la 
seconde fois ; terme emprunté à l'indus- 
trie des maîtres de poste. 

Chbtalibb n'iNDusTRiB, S. m. Homme 
qui vit d'adresse, d'expédients. 

A l'exemple de Vidocq, qui a compris 



108 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



cette expression dans ses Voieurs, nous 
la recueillerono pour en dire un mot. 

Au xvii* siècle^ l'expression chevalier 
d'industrie était déjà connue et consa- 
crée; elle désignait surtout les coureurs 
de brelans : 

Grand auiheur de la confrairie 
Des chevaliers de t industrie.,* 
Adorable roy de Ttinii... 
En noy, ton pauvre Lazarille... 
Influé un traict de ta darté. 

Le Voyûge de Sens, v. 93. {Poésies 
et lettres de M, Dassouejr, etc., A 
Paris, chez Jean-Baptiste Loyson, 
M. DC. LUI., petit in-12,pag. 139.) 

Tous vous laites nommer monsieur le chevalier. 
Et TOUS êtes de ceux dout ia chevalerie 
N'eut jamais à Paris d*ordre que Vindustrie. 

La Fille capitaine , comédie de . Montfleury 
(lfi97), act.r%scTxii. 

Bénicheur de fenTettei, ehevalier â^industrie , 
qai Ta chercher quelqae bon nid , quelque femme 
qui loi fane sa fortune. {Gtmgam^ eu V Homme 
prodigieux, etc., 2* édition. A Paris, ches Pierce 
Pranlt, M. DCCXIII., in-8% tom. I*', pag. 99.) 

... gâtez par leore camarades , par les femmes, 
parlescAet;a/tor«(rtndttf^rie,etc.(rMd., pag.Ul.) 

n existe dans le Nouveau Recueil de 
divertissements comiques, d'Oudin^ Pa- 
ris^ Guillaume deLuynes, 1670^ in-i2, 
une nouvelle intitulée le CJievalier de 
Vindustrie. 

Quant au Passe-Partout gâtant , par 
Mr. ***, chevalier de l'ordre de l'industrie 
et de la gibecière, volume petit rorii, pu- 
blié en Hollande sous la rubrique de 
Constantinople^ il est sans date^ maison 
peut en toute sûreté de conscience l'at- 
tribuer à la même époque. Voyez le Ca- 
talogue de la Bibliothèque de feu M. Jé- 
rôme Bignony Paris, 1^48, pag. 131, 
n* 1844; et le XIY« Catalogue de livres 
rares et curieux de M. Edwin Tross, 
Paris, 1854, pag. 21, n* 2720. 



Cheville (Vendre à la), v. a. Reven* 
dre en gros et en demi-gros la viande 
dépecée; expression en usage parmi les 
bouchers de Paris. 

Gheveoit , s. m. Récidive. 

Allusion aux chevrons qui témoignent 
des années de service d'un soldat. 

CHBViioNNii (Être), v. p. Être en réci* 
dive, être noté comme voleur. 

Chibbb, GiBBB, s. m. Membre viril; 

au propre, saucisse, boudin. 

'Enfin tant tracassasmes à (astons, qn'en Tespaee 
de vingt quatre heures... parrinsmes an vray do- 
micile des diahles : ce que cognusmes tant à leois 
hurlements, qu*aox... grandes chaudières quiet» 
toyent dessus les feux , à la manière et semhlahki 
façon que les voyex à la Offres, an quartier des 
saoldces et boudins. {Le Supplément du CathoU- 
corif etc., cSiap. m ; k la suite de la Satyre Menip- 
pée, etc. À Paris, chez N. Delaugle et ches Dalibon, 
M. DCCe. XXIV., in-SS tom. II, pag. 261.) 

En style d'argot maritime, le moi 
guibre s'emploie en parlant du nez d'un 
individu, lorsque cette partie du visage 
a une proéminence marquée. Voyez le 
Dictionnaire de marine à voiles, pag. 
414. 

Chic, s. m. Habileté, métier, savoir- 
&ire, fini. 

Ce mot, qui fait partie de l'argot des 
ateliers de peintres, était en usage dès le 
xTii* siècle : 

ruse de mots de Fart, je meta en mai^e hic; 
Tespcre avec le terni que j'entendrai le chic. 

Les Satyres de du Lorens^ saL xii, pag. 97. 

La Discorde, qui sait le eUc, 
En fait faire un décret public. 

La Henriade travestie, cfa. Y, pag. S8. 

Quoi qu'en puissent dire Ménage et le 
Duchat, chic^ comme chicane, chiche, 
chicot, etc., vient de l'espagnol chieo, 
qui signifie peftt. 

Chicanb (Grinchir à la) , v. a. Voler à 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



109 



quelqu'un sa montre ou sa bourse en 
mettant la main derrière soi. 

Cette locution vient sûrement du verbe 
chicaner, qui avait cours, au xvii* siècle, 
dans le sens de ne point procéder fran- 
chement. Voyez les Curiasiiez françaises^ 
à ce mot. 

On donnait autrefois le nom de chicane 
aa jeu de la paume à cheval , auquel 
du Cange a consacré une dissertation '. 
M. raian fait venir ce mot du Levant*, 
ce que je crois sans peine, puisque la 
chose y était en usage. Voyez V Histoire 
des sultans mamlouks, etc., trad. par 
M. Et Quatremère, tora.l^', 1" partie, 
pag. 433, 132. 

Chicaid, chicaudaro, adj. Élégant, 
paré, de grand style. 

Ce mot, usité surtout dans les ateliers 
de peintres, où le substantif chique et le 
irerbe chiquer sont encore plus répan- 
das, serait bien ancien s'il « estoit venu 
d'un nommé Chiquart, car on dit brave 
conune Chiquart. » On le disait du moins 
du temps de Guillaume Bouchet, au- 
quel nous avons emprunté cette phrase, 
qui fait partie de la xxv« de ses Serées. 

Chibh (Du). De Teau-de-vie. 

Je lis dans un couplet du xvii* siècle : 

Pour tenir un chîen 
De taille jolie, 
Va remède certain 
C*est de Teau de vie. 
la petite de St-Martin 
En avalle soir et matin. 

Ms. de mon cabinet, folio 139 Terao. 

On a donc pu dire, dans le peuple, de 
la liqueur de chien pour de Veau^e-vie ; 



» Voyes le dernier volume de son Gloaialre de la 
UmB latinité, iNig. S^39. 

* Clottaire des moUfrançaia tirée de Varabe^ elC 
Farii, cbez Benjamin nnprat, 1847, fn-8*. 



et cette expression aura pris faveur ^ à 
cause du proverbe qui dit que le chien 
est Tami de Thomme. 

Au XVI 11^ siècle, on disait du sacré 
chien. Voyez Mémoires inédits de ma- 
dame la comtesse de Genlis, etc. A Paris, 
chez Ladvocat, M.DCCC.XXV., in^, 
tom. I", pag. 236, 237. 

Chipfardb, s. f. Pipe. 

Chiffbrton, s. m. Chiffonnier. 

Chiffon, s. m. Mouchoir. 

Chiffon, chiffon bougâ, s. Langue. 

Balancer le chiffon rouge, parler. Le 
cant anglais désigne également la langue 
par l'expression red rag. 

Faisons encore observer, sans nous ha- 
sarder à en tirer aucune conclusion, 
qu'en bohémien chipe ou chipi signifie 
langue. Voyez The Zincali, tom. II ^ 
pag. * 34. 

Chiffonnibb, s. m. Voleur de mou- 
choirs. 

Chifbbnau, chinfoignau, ghinfbb- 
NBAu, m. Coup, ornement de tète. 

Je m'asseure qa'il sçait bien à qnoy a'en tenir, 
car il eut de bona chtf rénaux, (La ComedU des 
proverbe, act. IH, se. vu. ) 

Ce fanfaron de Ferrandine, 
Qui pare son affeiue mine 
D*an grand et TÎIain chin/reneaa^ etc. 

Le Passage de Gibraltar, etc. ( tes 
( œuvres du sieur de Saint' Amant ^ 
édit de M. DC. LXJ., pag. 419.); 2 

Nous voyons pourtant souvent ici des maris qui 
portent de vilains chinfoigncaux sur leur télé. 
(Descente de Metselin aux enfers [1689], dans 
U Théâtre italien de Gherardi, tom. il. a Paris, 
chez Pierre Wilte, M. DCCXVII., in-8% pag. 397.) 

Voyez, à l'art. Escarper, une citation 
de Brantôme. 

Chipettb, s. f. Tribade. 

Voyez plus haut, au mot CMffon^ l'é- 
tymologie tirée du bohémien. 



410 



DICTIONNAIRE EFARGOT. 



ChipiB; 8. f . Prude^ dédaigneuse. 
Au XIII* siècle^ nousavions cAtpoedans 
le sens de grimace, d'orynetï : 

Il D*ot si bêle dame jusque^ à le Dinoe; 
8Bg« fu et courtoise, sans t>obaii, sans chipoe, 

Li Romitnt «fe Berte mu grans piés^ conpl. 
zxxtxt, pag. 49. 

Chiqvb, s. f. Église. Allemand^ kireke. 

J'imagine que ce mot vient de Técos- 
sais kirk^ que les archers de la garde 
écossaise de nos rois ont dû faire enten- 
dre plus d'une fois à des oreilles françai- 
ses. On sait que ces étrangers pariaient 
notre langue de feçon h donner à rire à 
nos ancêtres pendant les xvi« et xvii« siè- 
cles. Voyez dans le Jardin de plaisance 
HJleur de retkorirque , etc.^ feuillet .Iv. 
verso, col. 9, une Balade de deux Es- 
cossaifs, et dans le Cabinet satyrique, etc. 
(A I^iri^y jouxte la coppie imprimée à 
BoOon. M. I)C.XXXHlI,,in-8<^), pag. 717, 
te Teeiameni d'un KcossoiSy satyre par le 
sifur do Hygognoa. Cos deux pièces sont 
écrites dans le patois e^rercÂe-yrançoû 
que parUiont les Écossais qui habitaient 
parmi nous. 

(IntgtiKHi V. a. nattix\ 

{\o voilm oxpriuio plus particulière- 
nit^nt raoUoa du h*apper dru et menu , 
d*N(hninlsitHtr une giH^lo de coups. On le 
Initivo dans Itm Uentilkoume gasctm, 
iVKi\i^r\ umU osl-ro avec la mémo accep- 
littut 

«'AlyNft hiii (MMitftU*, iUu, \\m, dit» loii Oaseoun; 
ai|MMl «tlUMlM ||VU4 Ml quiiii» lorr» soun. 

U 11, iMg. M. 

Au %s\\'' ultVltw ou disait» dans le 
Uw^m^^ vmIhwIi'^. vhiq^ri t\ rkifuef, pour 
^M 4 |i#/«/« ^n pr¥ t^ h /W«i expression 
iH^muiih^it par tnidlu dans mvt CurhsileM 



françùisBs , et que je retrouve dans une 
pièce de 1725 : 

Chiquet à chîquet^ dans quelques dhaines 
d*aiinéefl, etc. {L'Bériîier de viUa§e, etc. À Pa- 
rité cliei BriaMoa, M. DCC. XXIX. » in-8*, se vit, 
pag. 37.) 

De là notre verbe déchiqueter, mettre 

en petits morceaux^ et déchiqueté, plus 

usité que chiqueté, qui Tétait aussi dans 

le même sens : 

La royoe estoit dans une licliere à la Trançoyse » 
Teslue de satin blauc chiqueté, etc. {L'entrée de 
larofne et de nossM^neurs les enffans de 
France en la vUU et cUé d*Àngoulesme; dans le 
Bulletin de la Société archéologique et historique 
de la Charente. Année 1845. Angoulème, de l'ini- 
prim0rie de J. Lefraiieet 0«, IS45, m-S% pig. 129.) 

Cholette^ s. f . Demi-litre. 
Ghohir. Voyez Chaumir. 
Choper^ V. a. Prendre. 
Chopin^ s. m. Coup, vol. 
Ce mot est ancien dans notre langne, 
du moins dans le premier sens : 

Je sauré bien fere choptnt, 

£e Botn€ut du Renoffp SQppiéflKilti etCy 
pag. 165. 

aAQUXir. 
Jkesu , tien ce cop à la chance. 
Qui t*a féru? car le me compte. 

KALQUZir. 

Ha! faalx roy, que ta scèt de honte!... 

Mais il te convient deviner 

Qui t'a donné si gros chopin, 

La Passion de Rostre Seigneur, parmi 
les Mystères inédits du quinzième 
siècle , publiés... )iar Achille Jubi- 
nal, etc., tom. Il, pag. 201. 

De Ut le verbe choppiner, frapper, bat* 
tre, que l'on trouve un peu plus loin 
dans le même ouvrage : 

Malquin, tu es mauvais ribaus. 
Quant tu Tas ainssy choppiné, 

Ibid,^ pag. 221. 

Nous avions autrefois, dans notre lan* 
gue, le verbe choper, ou plutôt chopper^ 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



ili 



qtti est incontestablement de la même 
frmille, et qui signifie kemrter du pied 
eanire quelque ehae : 

Sus, galoppin! qu'on le gallope, 
Rcdresioos cest asne qui choppe, 

CI. Marol, épitres, !!▼. U, qtmtnetme 
tpistre dn coq à taine. 

Hais il est împoesible quMIs ayent failty en ce 
poÎDct, Mssi biea qu'Us oui ehoppé en one mil- 
itasse d'autres , etc. (Les Apres-disnees du sei- 
fmêur de CkoUeres^ fol. 154 recto.) 

... les chiniifieBt... n'ont laissé pierre k re- 
muer, pour ne Cure ehopper, s'ils pouToient. 
(Ambroise Paré , Au lecteur, parmi ses œuvres , 
éâiL ée Malgaigne, tont l*', pag. i2» ool. I.) 

Comme toi de ce mariage 
Jt connois uset l'avaDtage; 
Mais sur rengagement d'un pas si sérîeui» 

Où Ton voit choper tant de monde , 
Souffre que ma raison, avant que je réijonde, 
Je consulte un peu mieux. « 

Les deux Arlequins (1691), act. I*', 
se. v.*(Le Thédire italien de Glte^ 
rardi, tom. III, pag. 273.) 

Aujourd'hui^ ehoper, en argot, signifie 
prendre; ou plutôt c'est un autre mot 
dérivé de ehopin, dans le sens que le bi- 
gorne a donné à ce substantif, qui, comme 
notre terme coup, s'applique également 
aux actions htunaines. Un voleur parlant 
français dirait, après avoir commis un vol, 
qu'il a fait un coup, un bon coup. 

Chobbe, s. f. Clique, séquelle. 

Oa lai dit qu'il falloit qne Margot, c'étoit son 
nom, se fit huguenote. « Bien, dit-elle, il faut doue 
qo^ile soit de cette cAorre-là, puisque vous le 
Toaiex. > {Les Historieties de TaliemoMt deg 
Réaux, édit io-lS, tom. VU, pag. 193.) 

A ce passage M. Monmerqué écrit en 
note : € Mot de jargon, terme de mé- 
pris que nous n'avons vu nulle part. 
Peut- être faut-il prendre cette expression 
comme chorée, danse. Rabelais s^est servi 
du mot ehorea dans ce dernier sens. 



( Voyez le glossaire des Œuvres de Ror 
belaiSy Janet, 18^.) » 

De notre côté , nous ferons observer 
qu'en ancien castillan coro signifiait 
bande, clique : 

Seûor rey, corrieron Moros 
£1 primer lunes de Mayo; 
E mas iresios que un rrayo... 
Fiieronse para Gilena: 
Salyô luego en ora buena 
Quien desordenô sus cor«w. 

Dezir de Ruy Paes de Bibera. ( Can- 
cionero de Baena, tom. I*', pag. 315, 
col. 2.) 

Oudin, dans la seconde Partie des Re- 
cherches italiennes et françaises^ pag. i 07, 
col. 2, donne ckore, qu'il traduit par 
eharo et qu'il signale comme peu usité. 
Quant à la racine de ce mot, sans enta- 
mer ici une dissertation qui nous mène- 
rait beaucoup trop loin, nous renverrons 
à l'article Chora de la nouvelle édition du 
Glossaire dedu Gange, tom. H, pag. 333, 
col. 3, etc. 

Chouette, adj. Joli, excellent. 

Je me figure que cette expression ré- 
sume une comparaison ainsi exprimée 
par Rabelais, liv. Ili, chap. xiv : « Ma 
femme sera coincte et jolye comme une 
belle petite chouette. » 

CflOUEitr, suBiN, s. m. Couteau ; boh., 
chory. [TheZincaU, tom. H, pag. ^"63.) 
— Surin miie^, jonc long d'environ cin- 
quante centimètres, et à l'une des extré- 
mités duquel est solidement adaptée ime 
boule de plomb. 

GiooGNB , s. f. Palais de justice , pré- 
fecture de police. 

Nos ancêtres, je ne sais pourquoi *, ap- 

> M. le Bom de Lincy a emprunté à on manuscrit 
de la Bibliothèque oalionale une e&plteatioa qui est 



112 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



pelaient canies de la cigogne ce que nous 
appelerions aujourd'hui balivernes : 

Cependant Panurge leur contoyt les Cables de 
Tarpin, les exemples de saint Nicolas, et le amie 
delaeiguoingne. (Rabelais, lif. ll,chap.xux.) 

Soroeltes, et comptes de la eigoigne, Gomme 
l'on dict. (L'Esté de Bénigne P<Hssenot, fol. 4 1\) 

Seigneur docteur, ce q«ie je vous dis ne sont 
point des contes de la cieoigne, {La Comédie des 
proverbes^ act. Il, se. ii.) 

J'appréhende qu'on ne croye que tout ce que 
j'ai rapporté jusqu'à présent ne passe pour des 
contes de la cigogne , on de ma Mère-1'Oye , à 
cause que cela semble trop ridicule ou trop extra- 
Tagant. (Le Roman bourgeois, édit. de Nancy, 
I713,ln-8S pag. 237.) 

Sous le titre de Contes de la sigoigne, 
on trouve dans le Ms. de la Bibl. nat. 
n" 7237% fol. 30, une satire de neuf stan- 
ces contre un personnage du temps, 
peut-être, dit M. P. Paris, le poète Sigo- 
gnes. (Les Manuscrits francois de la Bibl. 
du Roi, tom. VU, pag. 101.) 

Je conjecture que les malfaiteurs ayant 
conmiencé par qualifier ainsi les réquisi- 
toires dirigés contre eux, les dépositions 
des témoins à charge, leurs propres ré- 
ponses, et jusqu'aux plaidoyers de leurs 
avocats , s'habituèrent ensuite à donner 
le nom de Cigogne au lieu où tout cela 
86 débitait. 

Par une coïncidence des plus singuliè- 
res, les bandits et boulangers de Zagori , 
en Albanie, appellent, dans leur argot, 
la maison du juge XsXéxiv (cigogne). 

Cigale, cigub, s. f. Pièce d'or. 

Claquer, v. n. Mourir; terme usité 
parmi les loreltes parisiennes, qui font 
ainsi allusion à l'explosion de quelque 
chose qui crève. 

Ces dames ont voulu sans doute rem- 



loin de me satlaliiire. Voyez le lÀvn dts Proverbei 
françaii, tom. II, pag. 59. 



placer un plus vilain mot, qu'elles pro- 
noncent cependant quelquefois, par 
exemple , quand elles veulent dire qu'un 
bienfaiteur de Tune d'elles est mort. Que 
Ton cherche le synonyme de claquer 
quand il s'agit d^un fouet, et l'on aura ce 
mot, que potir rien au monde je ne vou- 
drais écrire. 
Clabiragb, s. m. Bruit. 

... je le couvre de ma ptau, afin que nos veains 
ne sets tentais de leur clarinage. (La Farce des 
Quiolars, édit. de Tediener, pag. 9.) 

Ce mot, qui n'est peutrétre que patois, 
vient sûrement de clarin, sonnette qu'on 
attache au cou des animaux en pftture. 
Au XIII* siècle, un mercier, annonçant sa 
marchandise, dit : 

J*ai beaz clareins k mètre à vachei. 

D'un Mercier, ▼. 83. (Proverbes et dictons 
populaires aux xcii« et xvt* siècles, pu- 
bliés... par G. A. Crapelet,pag. 152. 
— Fabliaux inédits tirés du manuscrit 
de la Bibliothèque du Roi, r** 1830 ou 
1239, par A. C. M. Robert Paris, 
1834, ia-8% pag. 8.) 

Nos voi«ns avaient un instrument de 
musique appelé claranery : 

be bard a sovne 

Of divers myostrelsee, 
Of trompes, pypes, and claraneries, etc. 

Sir Cleges, t. 98. (Bîetrieal Romances, 
poblisbed by Henry Weber, toI. I, 
pag. 335.) 

Clou , s. m. Prison. 

Clou (Être au). Être en prison. 

Allusion au mont-de-piété , où les ha- 
bits engagés sont, du moins à ce que 
croit le peuple,, accrochés à des clous, 
comme chez leurs propriétaires. 

L'expression être au clou, demeurer 
pendue au clou , n'est pas moderne : 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



113 



El pendant U proeèt les bons marte demoarerent 
em b prîsoa, attendans là sentence diffinitiTe qui, 
pour le nombre infini d^euli , en est taillée âe de- 
wumrer pendue au elau. (Les cent Nouvelles 
fuwpeMei, nooY.ion.) 

GocANeEs ou hk ROBiGifOLB. Jeu des 
coquUlesde noix^ à l'aide duquel les tû* 
pons font des dopes. Voyez /è5 Voleurs, 
de Vidocq, tom. I*', pag. 74-76. 

On lit, dans un pamphlet du dernier 
siècle^ ce passage^ qui parait se rapporter 
à ce mot : 

Qoe de choees intéressantes à^ire encore, si 
BOQS Toulions décrire l'histoire des cocancheurSf 
des trois la Calprenede, de leurs ressorts, des ins- 
pecteurs de police et de leurs ressources! (La Ga- 
»U€iiotrf,etc.,M.DCC.LXXXlV.,in-8%pa«.29l.) 

GocASSB^ adj. Fin. 

CocAssERiB^ S. f. Finesse. 

CocBEMAB; s. m. Cocher. 

Coco ( Se passer par le ), v. a. Manger. 

On sait qu'on appelle noix, parmi le 
peuple^ cette nodosité protubérante qui 
se trouve siur la partie antérieure du cou : 
de là le mot de coco, par lequel on dé- 
agne, chez nous^ ime espèce de noix 
destroiHques. 

On dit plus ordinairement le nceud du 
cou ou de la gorge, d'où se dénouer po\ir 
se casser le cou. 

L'esdne li est frainte, et li cos desnoés, 

Li Romans d^Alisandre, pag. 148, ▼. 15. 

S'il faut en croire Pautemr d'une histoire 
universelle du xiv« siècle^ quand Adam 
eut goûté du fruit défendu, il le jeta, mit 
lamainàsa gorge, et arrêta le morceau au 
passage, a Et por ce, ajoute l'écrivain, 
dient li plusors que de ci avient que li 
homme ont encoires le not ens es gor- 
ges. » (Ms. de la Bibl. nat. n** 6829^-», 
fol. 3 recto.) 

Goubuhe db labd, s. f. Brosse. 



Le premier de ces mots, que MM. du 
Méril écrivent quouane , a cours , dans 
l'arrondissement de Saint-Lô, avec le 
sens de gazon. On voit que c'est la même 
figure. 

On donne encore le nom de couenne, 
non-seulement dans l'arrondissement de 
Caen, mais à Paris et ailleurs , à un indi- 
vidu béte ou poltron. 

CoFFiEB, B8C0FFIBB, V. a. Tucr, assBS- 
siner. 

La racine de ces mots est l'italien 
scuffia (coiffe), dont nos ancêtres ont bit 
scoffion et escoffion, qu'on lit dans VHep- 
tameron de la reine de Navarre, nouv. xiv ; 
dans le Laquais, de Pierre de FArivey, 
act. V, se. V ; dans r Héritier ridicule, de 
Scarron , act. IV, se. v; dans l'Étourdi, 
de Molière, act. V, se. xiv, etc., et que 
l'on n'employait plus à la fin du xvii* siè- 
cle: 

11 y a beanx jours que le mérite n'est plus mon- 
noyé courante; 11 faut le renvoyer ans siècles des 
seô^ons etdesvertugadins. (Les Souhaits [169S], 
se. des souhaits; dans le Théâtre italien de Ghe - 
rardi, tom. v, pag. 29.) 

Coffier, escoffier veulent donc dire 
coiffer , et, par métaphore , donner un 
coup sur la tête, assommer. 

Au XIV* siècle, coiffe, synonyme A'es^ 
coffion, avait au figuré le sens de s&uf-- 
flet, de coup sur la tête : 

Les assistans dirent qoe ledit Jehan gaignoit bien 
à avoir deux bulTes ou coiffes. (Lettres de rémis- 
sion de Fan 1378, citées par D. Carpeutier, Glos» 
sar. med, et inf. Xa/., tom. IT, pag. 422, col. 2, 
au mot Coi/e^a.) 

Par ma foy! a bien pou me tient 
Qae tu n'as deux coups pour les velles, 
Et deux coiffes pour tes chandelles. 

C'est le Dit du gieu des det, w. 202. 
(Poésies morales et hisloriqites d^Eus • 
tache lyeschamps, pag. 78.) 



u 



DlCTIONNAIllE D'ARGOT; 



On dit encore eicoffion dans le sens 
figuré de horion, de mauvais coup. « // a 
reçu $on escoffion, ajoute dUautel^ t>our 
il a reçii une volée de coups de bftton. » 
Voyez le Dictionnaire du bas-langage, 
tom. !•', pag. 361. 

Plus tard , coiffe fut remplacé par le 
root calotte^ encore usité parmi le peu- 
ple, qui se sert également d'escoffier. 

Sous Louis XllI, on disait avoir sur son 
toqueif pour être battu . 

On a su par cette aventure que la dame avoit eu 
nir soÀ ioquet. (Les Historiettes de Taltemant 
4es Héau», édit. inl2, tom. Y» pag. 87.) 

On sait ce que Ton entendait autrefois 
par tofuet : 

Aa belle-MKUr eut le bouquet 

Qu'elle avoit mU aur um toquet. 

y^yagû </« Poris à la Hoche- Guion^ eu 
v¥ri hurttsqws^ etc. À la Haye, etc., 
iu-ia,ch. V, pag. 123. 

CouNic^ g. m. Gendarme. Voyez Ca- 

fine. 

CooNADK, K. f. Gendarmerie. 
CouNK, K. m.Gondarme. Voyez Cagne. 
UoLAi, ou (lOMN^ s. m. Cou. 
(loLtioR, A. m. Prison. 
Ch^iiioiit Murot a employé ce mot dans 
|0 \\\t\m niMU : 

|»iiU M« Imvn HliaiUmaiitut du lirge, 
gui itMiii«Mi>r lue IV it au U» cW/i>^t 
lliMi iHalliMUiKtUi par U voye où Je vint. 

VKitfte, I ta fin. 

(iiMiKhiNN. NM. n. IVisonnior^ ^re« 

CtiMM, V. H. hommr, 

NtlhMiHHil 0(1 mol vltnit do conferre, 
\\\\\\\ lo |miH(«lpo oui MU\tm; & moins 
ms TiMi n'y vulV uiio ahiHWlatiou de col- 



Colletin était autrefois synonyme de 
colkts de manteau court: 

Ainsi les deux plus mu Uns 
Festoient sous leurs colletws. 

Lucain tnwesty, pag. 57. 

Les quatre coniiniasairea[ef talent Testua]dep<nu'- 
points et cliausses de diiinas vio^ety coUetind^ ma- 
roquin blanc... Le sergent de ladite eslection, d«* 
pourpoint et chausses de satin gns, coUeUn dn 
maroquin Tiolet... Le capitaine en chef, d'onpour* 
point de satin incarnat découpé, couyert d*on cot- 
tetin de yeloux gris à manches pendantes, elc. 
{Entrée d'Henry IV à Rouen le 16 octobre lô96 ; 
dans le Cérémonial françois, édit. in-fol., tom. l*% 
pag. 947.) 

On peut croire que colletin est devenu 
en argot l'équivalent de force, soit à cause 
du collier dit de force , en>ployé pour 
dresser les chiens , ou plutôt à cause de 
la ressemblance qui Aurait existé entre 
le vêtement appelé colletin et la camisole 
de force employée pour les criminels et 
les aliénés. 

Coloquinte^ s. f. Tête. 

GoLTiGÉ, part, passé. Pris^ arrêté; 
ital., colto. 

Comble^ cqmbee, gombeieux, com- 
BB|0T; s. m. Chapeau. 

La germania possède cùmbre avec le 
sens d'alto, épithète qui convient parfai- 
tement à un chapeau , en raison de la 
place qu'il est destiné à occuper. En four- 
besque^ un chapeau^ un bonnet s'ap- 
pelle tetto, toit. 

Combbousier^ kbe, s. Paysan^ pay- 
sanne; terme des forains, ou marchands 
qui suivent les foires. 

CoHME^ s. m. Commerce. 

Comptée ses chemises. Vomir. 

Cette expression me semble venir du 
mot hoquet, par lequel on désignait en 
argot ie paquet que portaient les gueux. 



DICTiONNAÎttÈ D'ARGOT. 



lis 



Voyez le Dictionnaire blesquin de la Vie 
généreuse des Mattois , édit. des Joyeu^ 
»etez, pag. 49. 

Au xvn* siècle, on disait aussi vulgai- 
rement rendre compte pour rendre gorge, 
vomir '. On. disait aussi, dans le même 
sens, appeler tiuet et tirer du cœur. A 
la suite de cette première expression, 
Oudin , qui les rapporte Tune et Tautre ', 
dit : a La voix de ceiuy qui rend gorge 
approche du mot. D'autres disent : 

c *Huguet apporte la jatte pour un qui 
vomit y vulg. x> 

Comte de la cabuche, s. m. Geôlier 
de la prison. 

Ce mot nous est donné par le Dict. 
argot du Jargon. 

Congé de castgs, s. m. a Celui^ dit le 
Dictionnaire argotique du Jargon, qui 
porte les saletez de Thospital à la ri- 
vière, o 

Conee vient de l'Italien concio, qui, 
entre autres sens, a celui de parfuma. 

CAns,s. f. Mort. 

GÔRiB^ y. n. Mourir. 

▲dieu bon temps; la piencbe est conie. 

Seixiesme Partie de la Muse ttormande, 
pag. 266-268. {Refrain d'un cant 
ryaL) 

De là Texpression proverbiale et po- 
j^ulaîre^ envoyer à Cône, pour faire moU" 



Il • les dcQts comme une fourquefiere, 
le nez camus ainchin qu'un cabouën... 
Qui ne le cret y le zent^eye à Cone^ 
Qui ne creret dtos su triboùillement 
L^autecbrist né opres de Babyione. 

Dixstptietme Partie de la Muse normande, 
iMg. 283. 



' Cur. fr.^ au mot Compte. 
* ibéd.^ au mot Huel. >- Seconde Partie dea Rech, 
UaL et franc., pag. 599, ooU 1. 



Au xvi* siècle, on donnait le ik)m de 
conards aux membres d'une confrérie 
établie à Rouen , et dont le but était sur^ 
tout de pratiquer des mystifications, 
d'attraper le monde; « car, dit Phisto- 
rien des conards, sans distinction de 
rang, de sexe, de fortune et de nais- 
sance, du sacré même, ou du profane, 
tous pouvaient avoir maille à partir avec 
les conards, qui , encore, s'en prenaient 
de préférence aux plus huppés. Or, point 
de sottise , point de peccadille, point de 
déconvenue, point d'action incongrue, 
pour peu qu'elle eût fait bruit et prêtât à 
rire le moins du monde, qui ne dût tri- 
but à ces railleurs en titre d'oflice, qui 
ne devint justiciable de ce tribonid 
inexorable autant que bouffon; qui ne 
fût inscrit sur ses rôles, et ne relevât de 
ses bruyantes assises'. j> 

De là, conard devint synoiiyme de 
trompeur : 

Yoyti Paulin presentemeat. 
Le conard, te decepveur fol. 

Le neuviesme Livre des Actes des Apos^ 

très, édit. de 1541, folio .c. Uvi. 

reclo, col. 1. 

Je n^ai pas non plus le moindre doute 
que le mot cozen, que Johnson traduit 
par to cheatf io trick, to defraud, ne 
vienne de conard ou d'une racine com- 
mune. 

La eône est donc celle qui prend au 



* Histoire dei conards de Rouen^ par M. A. Flo- 
quet. (Bibliothèque de l'École des Charles ^ tom. !•% 
pjig. 109.) Voyex encore une lettre insérée dans la 
collection Leber, tom. IX, pag. 364; THistoire du 
grotesque, de FIO^l (Geschichte de$ Groteskekomis- 
c/i«ii,etc., Ueguitz und Leipzig, I78tt, io-8*),pag. 
297-30.') ; un article de l'abbé Lebeuf dans le Mercure 
de France , Juillet 1725 ; enlin les Triomphes de Cab- 
baye des conards, la première leçon des matines, 
Paris, i«48, réimpression faite chez Panckoucke a 
dix-buit exemplaires. 



146 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



dépourvu, qui attrape son inonde^ rôle 
qui se rapporte parfaitement à celui de 
la mort. Dans une ancienne enseigne 
lyonnaise, on la voyait avec une trom- 
pette, d^où le nom de Mort qui trompe 
que porte encore un certain endroit du 
quai Saintr-Antoine. Il y avait là, comme 
Ton voit , des armes parlantes. 

CoNDÉ, s. m. Permission de tenir des 
jeux illicites. 

CoNDi (Grand) , s. m. Préfet de dé- 
partement, et, plus anciennement, in- 
tendant de province. 

— (Petit), s. m. Maire. 

— (Demi-), s. m. Adjoint de maire. 

Il est facile de reconnaître le mot es- 
pagnol conde (comte). Qixani k condé y 
permission, ce doit être une altération 
de congé qui avait le même sens , et qui 
aura pris cette forme à cause des dés qui 
font le plus souvent partie des jeux pro- 
hibés ^ et du magistrat qui octroie la 
permission et la signe. 

CoNOBBEB, v. a. Connaître. 

Ce mot vient incontestablement du 
verbe italien eonoscere , dont le parfait 
défini est conobbi. 

Consolation , s. f . Eau-de-vie. 

En 1679, on appelait ainsi du poison : 

Le roi mérite de grandes loûangps de la recher- 
che qnMl Tait faire de ces prétendus donneurs de 
consolation .* c'est ainsi que les appelloit la Temme 
qui débitoit le poison. (Lettre du comte de Bussy 
au premier préident Brulart, parmi les lettres du 
premier, édit. de M. DCCX1., tora. IV, pag. 3 1 ) 

CoNTBB-PORTEUR, S. m.Fîlou, cscroc. 

Ce mot, que nous a conservé Bouchet, 
avait cours autrefois dans notre langue 
avec la sigmficaticm de colporteur, dont 
il est une corruption : 

Entr'aalres pièces l)eUe8 à voir, estoil ane, qaant 



Ullixes Talla descouvrir en guise de marclianl ou 
contreporteur, etc. {ffommes illustres el grands 
capitaines françois : le grand roy François; 
parmi les Œuvres compl. de Brantôme^ édit. du 
Panthéon littéraire, tom. l*', pag. 25â, col. f .) 

Il y avoit aussy une autre viande en papier... 
que des revendeurs portoyent par les rues, et les 
crioyent Nouvelles, nouvelles! Ladicte dame eo 
rournissoit les contreporteurs^ etc. (Satyre Me- 
nippée, suite de la harangue de monsieur d'JLubray 
pour le tiers estât.) 

Les revendeurs de livres qui les portent à leur 
col parla Tille, sont appeliez contre-porteurs ^ 
d'un mot corrompu, au lien de colporteurs. 
( Les Recherches de la France d^Estienne Pas- 
quier, lif. YIII, chap. l\ii.) 

«Tai dit, avec le savant président, que 
contreporteur est un mot corrompu de 
colporteur; ces vers de Rabelais nous 
prouvent que Tun est plus ancien que 
Tautre : 

Oncq de Pythias le tréteau 
Ne reudit par son chapiteau 
Respouse plus seure et certaine ; 
Et croîroys qu'en ceste fontaine 
y soyt iiommemeut colpoitrté 
Et de Delphes cy transpourté. 

Liv. Y, chap. i.rvi. 

Quoi qu'il en soit, on trouve colporteur, 
aussi bien que contreporteur, dans le 
Dictionnaire de Cotgrave, qui les donne 
tous deux comme synonymes de bisouart, 
et les traduit, au moins le premier^ par 
a paultry pedlar. Si le contreporteur a 
reçu ce nom, c'est, dit-il, parce qu'il 
porte son paquet ou fardeau devant lui. 
Nicot se contente de donner contrepor- 
teur, et de le traduire par cireuitor. 

On disait aussi contreporter dans le 
sens de colporter : 

D'un petit commencement de marchandise, qai 
estoit de contreporter des aiguillettes , ceintures 
et espingles, un homme estoit devenu fort riclie. 
( Les Contes et joyeux devis de Bon€n>enture des 
Periers, nouvelle lv.) 

CopiN, s. m. Camarade; terme de Par- 



DECTIONNAIRE D'ARGOT. 



il7 



got de collège^ dont on trouve une dé- 
6nition dans le Magasin pittoresque, 
iom. VI (année 1838), pag. 48, col. 2 S 
et dont M. Alired Danger a donné une 
assez longue explication dans sa Revue 
dramatique du journal ie Pays, n^ du 
lundi 19 novembre 1849 ^ 

Dans le patois normand , du moins 
dans le jargon employé par David Fer- 
rant ^ copin avait le sens de cochon : 



Met dix eoppins et leur mère coppine. 

Refrain d*un eant ryal de la troittesme Par- 
tie Je la Muse normande ^ pag. 59-61. 

Sq inen fumier encore je nourris 

Un gros copin, que qtieuqiie fais je casche 

De ses soudars mille fais pu hardis 

▲ picorer mes dindots et ma vasque 

Qu'à batailler, armez souz leu casaque. 

Qtiatriejme Parité de la Muse normande, 
pag. 87. 

L'origine de cette expression me pa- 



• « Les dieUonnalres n'aundent-ils pas dû admettre 
ce mot, qui est vieux comme la langue, et qui n'est 
pas tout à lait tombé en désuélude ? Demandez-en la 
déâollioo à un collégien : il vous dira que son copain 
cat le camarade inséparable avec lequel il partage ses 
petites provisions, ses êemaines (les sous distribués 
le samedi et le dimanche), avec lequel il vit en corn- 
aanaoté de biens. — Cest surtout parmi les petits 
qall 7 a des copains, au collège comme ailleurs. Dans 
quelques collèges, faisant est synonyme de copain. 

« Ouvrez ensuite un glossaire de l'anden français, 
V0IIS trouverez : Compain^ compagnon , associé, co- 
t, commensal. 



« Hé, caitis glous, enfruns campams! 

De peu manf^er est -on plus sains ; 

Et si en fait-on bons amis 

Souvent de chou qu'on despent mains. » 
Miserere du Reclus^ str. XLTII. 
« Quieooque a parlé la langue des lycées, qui- 
e a eu une bonne mère pour lui apporter des 
pàlés et des pots de confitures, se rappelle le copin. 
Le eopin était le parasite, le firelon , le partageux de 
eeCle époque.... Paresseux, très-vaurien, gibier de 
prison , écrasé sous les retenues et les pensums, dé- 
sespoir des parenti et des professeurs* le copin ne 
poaaèdalt que ce qu'il prenait aux autres; il n'avait 
que ce talent, mais il l'avait de prendre sans rendre, 
et de Tivre sur le commun, » etc. 



ralt devoir se trouver dans la locution pro- 
verbiale et populaire, camarades comme 
cochons, qu^Oudin traduit ^v grandement 
familiers \ et que d'Hautel a eu tort d'o- 
mettre dans son Dictionnaire du bas-lan- 
gage, car elle a cours encore dans le 
peuple. 

Coq, s. m. Cuisinier. 

La racine de ce mot n'est douteuse 
pour personne ; c'est le mot latin coquus, 
dont nous avons fait tout d'abord 911^110:^ 
qui subsista jusqu'au xyi« siècle*^ et 
dont les Anglais ont fait cook. Les cui- 
siniers des navires ne sont pas désignés 
autrement que par le nom de coq. 

GoQUEB^ V. a. Dénoncer. 

Dans le langage populaire^ à Lyon, 
par exemple, coquer signifie baiser, em- 
brasser, « comme fait le coq les pou- 
les '. » De là l'acception que l'argot 
donne à ce mot, par allusion à l'action 
de Judas Iscariote. 

COQUSH Le. LOFFITUDE, V. a. DOUnCT 

l'absolution. 

Coquer le poivbb, v. a. Empoi- 
sonner. 

CoQUEDR, s. m. Dénonciateur, celui 
qui donne des affaires à la police. 

CoQUEUBDE bille, S. m. Bailleur de 
fonds. 

CoQuiLLABD, S. m. Pèlerin. 

Cotgrave donne ce mot avec la défi- 
nition suivante : « Shelly^ full of shelts. » 
Qui de nous n'a vu des pèlerins avec leur 
robe et leur chapeau semés de coquilles t 

Au XV* siècle, ce mot se prenait aussi 
dans le sens de drôle, de ribaud : 



I Cur./h, au mot Camarades, 
> On lit cuysinier dans Rabelais, Uv. IV, chap. Xh 
et dans la xxv* seiée de Bouehet. 
3 Vingt-troisième serée de Boucbet. 



ii'^nî. n e je :r:cpe dans les Miracles 
^ le -ii--^:rû:-. «xot la rédaction est 

j fr rytz aidis rien ne prouve 

^ __".-••-- t: ie sens que lui attribue 

' - . T^*-_' tr_' çriplje, et tout semble 

:_T r** r irrcie équivaut kpay- 

' ^ .:u. - Lr i^iZi >r:5 passages suivants : 

.»'» • 14» ir - l^a Be carM 
.^ ':~ar-> iA->.ri.re a furie e à fleel. 

"• . rf .* -V.-xt-» Fcf^iosme , coiipl. cvi, 
^ ./~;t .'a* JtJ ducs de Norman- 

... itf 3rt.'ii. uim- m, pag. 573.) 

* -,. ri—»:- m- "«nr a<un i< rage, 

T "--i^. t Tijiiir 11 -t Jrrot- 

r-. .-^^ nraiu P^. pn?. t74, t. Zt\ \ . 

r. :i ; :« iï r/îrrL;-il pas de la cor- 

_ '' -:.7.«rf lia ^'li-Tô? Voyez sur les 

- -- : Hïi û r:cif< i Orite redevance , 

-;~- .. • c TU --fa kre, le Glossaire de 

^ *-- -. ^'^^^ Lm^ •!- çii^. t>^, col. 2 , au 

S!. *.-..-? ni rcL 1.1* OirvOy Corvis, 

-.-*- rï iTie : .c iScCit de lire, on est 

. :.^- tt- Tb'UL'iiifff à r>rf'f«ii le mot 

, ^ • • ;• ^ juïii> £ ^\i<î!r une autre éty- 

_^ __, ^'t iH :ti OffTiJii. A laquelle nous 

- — .:- î' «5 n-^r^r. 

■' " . a:> niu f^i.»!.--^ ;"l5T»elînc, quire- 

^ '.',-v ;.L u :u;it j; 'rJ* Sainl-Louîs et 

..^ »i ::: ^ nn.-^ i^'ev ks nies projetées 

* ^" ^ ' ^ . ^ r.i '> v.c< ..',^. oo t«narquesur 

,1 ..T. % m L>.::\ ui r.»:îH •' t-ta . nommé ct)rW/- 

_ . .- - -**•**.; ♦^ti*-' Pi i iL-siT: îe trajet de Paris 



. « „ -«^ p. .:-• s ft,f - '.m.vi«. J^ CTOis plutôt 
-< «>^ ^'^f*^ it ^'^t> lit t*ii à:;jDn Dominés parce 

. .« r- -•« i-u' -T i:*«:fr •! noft d'autroi. Pé- 
r- ^ «i.« .n m ïr-nl- t» '*k st^voe (|Ui B*était 
**. ••.•.-» ••-> • fr '^ni'c. |i».il i« rriiqais iflifNW> 
T> • «t-w iMT Miiunnr '«t <«r«i»raiD o^bam silli 

m ...r, II. «i-.- *• itthT r^ac- l^ïrwpch. Opéra, 

„. v^- -f- .. \r\n, ". i.tC. "T». «OB. IS65.) 

« --«»«.« if- h. ..-«a. ni, pag. 160, 

;*•*. « \v- siT»f. » wcplp lui «voit imposé 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 

k Corbeil. « «Tu la quelque part, ajoute 
H. Alf. Bonnardoty que ce coche servit ^ 
$ous Henri IV^ à transporter des morts ^ 
victimes d'une épidémie. Le nom de 
corbillard resta depuis aux voitures fu- 
nèbres'.» "* 

GoBHAifT; AjvTB^ 8, Bœuf, vache; 
fùurb. y cornante y cornuio^ cornuia, 

CoBNEB^ v. n. Puer, sentir mauvais. 

Ancienne expression française : 



Je leur ferois Tolontiers encores une autre ques- 
tioo, à-fçavoir-moD où ils avoyent le nez... quand 
îb ne truuToyeot bim le gibbier sinon qu'il comast 
lin peu, c'est-à-dire... qu*il ne fust un peu puant. 
( Benrf Estienne, Apologie pour Uéfodoté, Hv. !•', 
chap. xxTin, pag.'éSl, 432.) 

On lit dans le Dictionnaire de Cot- 
grave : a Corner... Ta stink, or smell 
musUly, as méat that hath taken wind ; » 
et dans les Cur. franc. d'Oudin : « * Cor- 
ner, qui se dit de la chair, 'u sentir mau- 
vais, estre puante ou cor rompue. Vulg. » 
Les Italiens disent dans le même sens 
sonore il comOf sonner du cor. 

CoHNET n'ÉPicES^ S. m. Capucin. 

Cornichon, s. m. Veau. 

Gomme on le sait^. ce mot ne se dit 
pas seulement des petits concombres 
propres à confire dans le vinaigre , mais 
encore il a cours parmi le peuple pour 
désigner un niais , un homme simple et 
naïf. Si le légume doit son nom à sa res- 
semblance avec de petites cornes , je ne 
vois pas qu'il en présente aucune avec 
ceux dont on veut rire : d'où je conclus 
que^ dans ce sens, cornichon n'est autre 



le nom de Corbillard. » Boqoefort, HûUrire de la vie 
privée des Françoiê, etc.. par le Grand d'Aussy. Pa- 
rt5, Laurent-Beaupré, IBIS, în-S", tom. I"', pag. 108, 

DOL I. 

> HisUfirt tettittique et archéologique de la gravure 
em Fram/ce^ elc Paris, Deflor^ne neveu, 1049, in-S», 
PH.6I. 



HO 

chose que le mot d'arçot pris au figuré. 
On sait combien , dans no(re ancienne 
langue^ veau était usité dans un sens ana- 
logue à celui que l'on donne à son équi- 
valent picaresque : 

Par Dieu, Panurge le veati, Pannrge le plonrart, 
Panorge le criart. (Rabelais, liv. IV, chap. xix.) 

'».veau cocquart, cornart, escorné..i ▼iens ici 
nous ayder, grand veau plonrart, etc. (ihid.^ 
cliap. Wî.) 

... ils deviennent animaux fantastiques et rê- 
veurs, comme la plupart de nos savans, qui sont 
tant veaux que les diables, aux heures de recréa* 
tions, en font des contes pour rire. {Le Moyen <fe 
parvenir, édir. de 1764, tom. l*^ pag. 152.) 

Je dis que ce fat estoit tant niais, tant veau de 
dime. Ane de plat pa;y.s, sot d'outre mesure, ba- 
daud * de Pans , et besUon de si grnnde consé- 
quence, qu'il pensoit que ce mot animal fust à 
dire teste: ( iàid., pag. 3^3 '.) 

On a également donné le nom de cor- 
nichon aux maris trompés par leurs fem- 
mes, soit à cause de leur sottise^ ou plu- 
tôt en raison des cornes qui sont leur 
attribut: 

La procu relise lui fit des avances qn*il n*ent pas 
l'esprit d'entendre.... Quand elle vit cela, elle lui fit 
une querelle d'Allemand, et elle obligea maître Jean 
Cornichon à le remplacer par un autre dont elle 
tira dans la suite de bons services. (Le Tour de 
carnaval... par M. d'AlIainval. A Paris, chez Bien- 
venu, M. DCC. XXVII., in-8', se. ni, pag. 15.) 

Il y avait autrefois un jeu de corni- 
chon va devant^ qui consistait à courir 
les uns après les autres, à folâtrer, et à 
s'entre-jeter des mottes. Voyez les Contes 



' On sait à combien de dissertations Toriglne de 
oe mot a donné lieu; on la trouve dans le passage 
suivant : 

Guy, mon varlet m'apelle un veau, 
Badin, badault, ainsi que veolt 

Le Sourd, ion valet et Vyvtrongne, farce 
à trois personnages, ete., pag. 7. 
( Rectteil de farte», ntoralitét et ser- 
mom joyeux, etc. Paris, chex Te- 
cbener, 1837, in-8% tom. III.} 
> Voyez encore les EstaU de Michel de Montaigne, 
liv. I*', chap. xxxvu. 



«0 DICTIONNAIRE D'ARGOT 

fTEutrapely chap. xxi* et Virale ira- 
vesii. Ut. VU. Le seipieur de Cbolieres 
|>ariey dans sa sepdèuie matinée ^ du jeu 
de la conikèe ^ qfà vœ parait être le 
aràiie. 

CoEFACLT* $. m. PgI. 

Ce tenue, qui nous est donné par Bou- 
cthet. HK parait venir de l'espagnol 
ctk^niM» a.>rpï>; en tous les cas, il est sy- 
aott>Ufee de ^our vgordo, ffros\ qu'on lit 
datts W Jnuyim « ainsi que mmrmouzet, 
qui dooue bien Tidêe d*un pot avec pieds 
etoreiUec^ 

iAMivKTTE« s. f. JtHine sodomite. 

Terme autrt^d^ usité au bagne, et dé- 
rt\e de Htalk^ rarralt», courbé. 

Ooviit vai» . :j^ UK Melon. 

i\^Ks KX uKxe^ s. m. Paresseux. 

i\>rvKaïr. s* m. Jambe. Fourb., ramo 
^nhuieau. bram^lK'K 

lAU'UH' . s. ttu Montrt^ ; terme des 
/ifvav*a#^\ 

iH^ $ait q^K» iv iHun a été donné à des 
tKuK^tw x^Hïue* d\\Uemagne» qui, au 
tKHA ^W 5i^uwHT llHHirv . fiait entendre le 

W\ fc^w^ iMfc v^aii» s* f. Brosse. 
V'vMik\i^ v^^^^^'** ^^^^^^* Chercher à 
l^uu^ \UH^ vhq>*\ 
t^ vus't vv««.«N<#\ on le sait, signifie 

V ; Ivuà vtrt >vv#> K\Hi:rHt , a^ume en espa- 

\ \\xl ^^lix vKml^ w uhU qui a ilonné 
vk^iKvwKV *vi ^t^'tv *\***t *\ qui Wt partie 

\% %VI IW« ^*^ ^^ ^ ''^ ^'^^^ ^ 
è^ V ^ ^^* ** f^^ ''^^^^ 



«t Phil. Rottx, M. DCC LXXVL, 

io-8°, pag. 173. 

// 120115 en a coulé, dit d'Hautel, pour il 
nous a dit des gascoraïades , des mente- 
ries'. 

CouBBE, s. f. Épaule. 

Mot de la Vie généreuse des Mattois et 
du Jargon. Du temps de Bouchet, il 
avait la signification de jambe; et Ton 
disait de celui qui était mal partagé de 
ce côté-là, qu*il avait des courbes malinr 
grès. 

CouBEusB, s. f. Plume à écrire. 

CouBTANGB (La). LaCouTtille, quartier 
de la commune de Belleville4ez-Paris. 

GoDBT-BouiLLOii (Le grand). La mer. 

GOUBBIEB DK HAUTE-MONT (Lc). DicU. 

Cette expression, rapportée par Bou- 
chet, convient à merveille à Mercure, le 
dieu des voleurs, à qui Dassoucy fait 
dire par Pluton : 

Haul coarrier de haute importance^ 
Dit-i], de qui la dili^nce 
Est notoire à tous mes EiUts, 
Courrier d'en haut, courrier d*en bas, 
Par», trotte, cours, va viste, vole, etc. 

Le J(anssement de Proserptne, ch. i«'; 
édiL de M. DC LUI., in4% pag. 12. 

Cousin B db tbnoàngb, s. f. Femme 
avec laquelle on va au cabaret. 

... M. de Tàuloe se fit ^gratigner à la place de sa 
tomsme de vendange. (Histoire de Guillaume, 
cocker^ parmi les Œuvres ftadines compUtles du 
CfNtkie de Caylus, tom. X, pag. 23.) 

CoiTUBAssE, s. f. Couturière, femme 
grêlée, 

La coM/iiraxse se jette sur elle, etc. (Histoire de 
Gmllaume^ cocher^ parmi les Œuvres badines 
cmnj^eiies dn comte de Cafflus,iom, X, pag. 22.) 

Cbacmbr, V. a. PSurler. 



lheti*mmmire dm bae-lamgage^ tom. 1% pag. 243. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



12t 






n n'est point rare que ceux qui font 
Yun fassent l'autre en même temps > 
an grand ennui des patients ibrcés de 
les écouter. Je pense toutefois que ce 
mot vient de la constante habitude des 
mauvais sujets de dire des craes ou men- 
songes. Leroux donne cracher dans le 
même sens comme familier, et cite deux 
passages dans lesquels ce verbe est em- 
ployé^ l'un de Scarron^ l'autre de Desma- 
rets. £n voici deux plus anciens^ que je 
tire de la quatrième et de la septième 
matinée du seigneur de Cholieres. Dans 
le premier^ il dit d'un docteur juriste que 
€ il n'y avoit que pour luy à cracher des 
subtilitez^ d etc. Dans l'autre^ parlant de 
deux jeunes fripons dont l'un voulait en- 
seigner à l'autre une oraison qui char- 
mait les chiens^ a Un jour^ dit-il^ comme 
il repassoit seul devant ces chiens^ il 
commença à cracher ses gros mots 
d'exorcisme; mais les chiens n'en tin- 
drent pas grand compte^ » etc. 

Tabouret^ au chapitre xix de ses Bi- 
garrures et touches, parle a d'un gros 
Ramînagrobis qui avoit promis à sa par- 
tie de le faire absoudre; car il devoit tamt 
cracher de loix^ qu'il feroit perdre ha- 
leine à son adversaire, o ( Édit. de Paris > 
M. D. CVIil., in-i2, folio 137 r*. ) 

Caacqsb au bassin , V. a. a C'est ^ dit 
Leroux^ donner de l'argent qu'on vou- 
dront en quelque sorte ne pas donner, b 
Définition beaucoup plus juste que celle 
que présentent Oudin ', Cotgrave et les 
réviseurs du Dictionnaire de l'Académie. 
Les uns et les autres donnent l'exprès 
sion comme 



> Curioêitn françoiui, lo mot Baein. — Second* 
Partie de$ Recherchée italiennes et françoiêee, pag. 



Pour ce qui est du sens propre de cra- 
cher au bassin^ c'est ce qu0 font^ avec 
plus ou moins de grimaces^ ceux à qui 
l'on vient de Urer une dent; toutefois R»- 
bêlais^ dans Tancien prologue de son li- 
vre IV^ donne une autre explication de 
cette même phrase. 

On la trouve employée dans les Contes 
cPEutrapel, chap. i"; dans les Histo- 
riettes de Tallemamt des Réaux, tom. X, 
pag. 469} et dans Léandre grosse, pa- 
rade de de Moy, se. ix. (Théâtre des 6<w- 
levards, tom. III, pag. 253.) 

Cbahpeb^ V. n. Fuir. 

Il y a ici allusion à la contraction ner- 
veuse qu'éprouve à la jambe et au pied 
quelqu'un qui court. Nous avions autre- 
fois le verbe crampir dans le sens de 
plier, de courber : 

L'on oil overs et l'autre doi, 
L'un pié eranpi et Tautre droit. 
S'est apoiez delez un toit. 

Le Roman du Renart, édit. de Méon, 
tom. I", pag. 52, ▼. 1372. \ 

On disait aussi se recrampir, au moins 
à Rouen^ pour se roidir : 

Y font mille fâchons de faire; 
No len verra la langue traire, 
Teurdre les pieds, grincher les dents, 
Croiser les gambes en dedans. 
Et te raerampir en arrière. 

Le Cochonnet ou Jeu de boule^ en tète 

de \ Inventaire gênerai de la Muse 

normande, pag. 28. 

Crapoucin , s. m. Mot par lequel le 
peuple désigne injurieusement im enfant 
ou un homme faible et de petite taille. 

Dans son esprit^ crapoucin est le di- 
minutif de crapaud, autre terme d'injure 
qui a le même sens ; mais je crois que le 
premier de ces deux mots a en mênae 



l%i 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



terap$ unç autre racine , et je la trouve 
dans une expression souvent employée 
par nos pères quand ils voulaient parier 
d'une bonne cuisine : 

Lî faostes aporla et du pain et du vin , 

Kt de la char lalée, et .j. bon cras pouchin. 

Li Bomans de Bauduin de Secoure, ch. vui, 
▼. !33;ioin.I", pag. 207. 

Comme Ton voit , par un travail que 
BOUS nous bornons à indiquer, un mot^ 
peut-être d'amitié dans le principe^ est 
devenu un terme d'injure quand on s'est 
imaginé qu'il avait une autre origine. 

Craquelin, s. m. Menteur. 

Ce mot^ qui, dans le langage ordinaire^ 
désijgne une sorte de gâteau, a été formé 
du verbe craquer , dont on se sert fami- 
lièrement pour dire menlir , donner des 
bourdes y débiter des gasconnades^ qui 
sont elles-mêmes appelées des crocs : 

Il ne babille, il ne craque 
Qu'ecliptiquc ou zodiaque. 

Lucatn travesty, pag. 165. 

Maintenant, quelle est Torigine de cror 
quèr dans ce sens? Faut-il y voir une al- 
lusion au bruit de Tongle contre la dent, 
que les Orientaux du moyen âge tou- 
chaient du doigt quand ils voulaient af- 
firmer solennellement une chose? Du 
moins nos anciens poèmes l'assurent : 

Sire, bien tous croi seur les Diex; 
Mais assés vous querroie miex 
Se vous Tongle burtiés au dent. 

Cest li Jus de saint Ktcholai^ v. 198. 

( Théâtre français au moyen âge , 

pag. 1«7.) 

Sa loi jnre« et en a son dent dou doit hurté, 
Que tout melra pour tout, ou ce iert recouvré. 
* ' Borna fi de Beuves de Commarchis , manuscrit 
de TArsenal, belles- IcUres françaises in- 
foiio, d"" 175, folio 183 verso, col. 2, v. 8. 



Por Totroier fiert son doi à sa dant. 

Li Moinages Benouart^ manuscrit de la 
Bibliothèque nationale n* 6985, folio 
.133 verso, col: 2, v. 38. 

Son doit burte à son dent : là ne faut nul hostage, 
\\ ne s*en perjurast pour tout Por de Cartage. 

lÀ Bomans de Bauduin de Sebourcj cb. xxii, 
V. 178; tom. II, pag. 280*. 

Li amirault ont accordé, 

Ottroié, promis et juré, 

(jomme procureurs du soudan ; 

Chascun mist le doy en son dan. 

Si comme leur guise le donne, etc. 

La Prise d'jéiixandre, manuscrit de la 
Bibliothèque nationale, supplément 
français n» 43, folio ce »t recto, 
col. 3, V. 15. 

Charles Nodier, qui avait peut-être, en 
fait d'argot , plus de connaissances que 
nioi, dit, dans un article Variétés du Bul- 
letin dû bibliophile % que le nom de Cra- 
cus, fils de rencliantcrcsse Cracas, s'est 
conservé dans ce jargon pour désigner 
un menteur et un charlatan. Je puis dire 
que je n'ai jamais trouvé ce mot dans 
aucun dictionnaire d'argot. 

Il est vrai que nous avons en français 
le substantif craqueur, qui se dit dans le 
même sens : 

Ch* est le plaisir d oùyr le potiuage 
De cheux qui sout dans leu palier craqueux. 
Fingt-troisiesme Partie de la Muse nor- 
mande , pag. 375. 

Mais à la fin aveuq tout leu craquage 
Et les canchons de ces bellards calleux, 
Quand o payer après lou badinage 
Que sans argent deviennent marmiteux , 
Qu'il faut poyer o bien laisser un gage. 

Ibid. 



< Recourez à la suite pour Texplication de cet usage. 
Voyez encore cb. xxii, v. 727; tom. Il, pag. 296 1 et 
le Chevalier au Cygne, eic,^ tom. II, pag. 390, v. 
I4&43-6; pag. 434, V. 15599. 

* N« 4, 3* série, mars 1836, pag. 05, n*4. 



DICTlONNAIBp lyiRppT. 



m 



Quand jl ont bien conrn la bougueneUe, 
A »ii pallais'vont faire Icu relrette ,' 
Où ses erntfnettx mentent si proprement, 
Qii o crait leu dire estre chose certaine. 

Fingt-cinifuiesme Partie de la Muse nor- 
mande, pag. 403. 

MKZZETIH. 

Ces divinitez sont trompeuses. 

ÀHLEQÛtM. 

Il est vrai, ce sont des croqueuses, 

La Ceinture de Venus, par le Sage, 
acl. l*', se. !▼. 

Peut-être aussi Nodier a-t^il voulu par- 
ler de notre craquelin y qui peut bien 
avoir été un mot populaire. Dans VExil 
de Mardi grau, ou Arrest donné en la cour 
de Riflasorefs, establie en la royalle 
ville de Saladois, etc. (A Lyon, par les 
supposts de Caresme, 4603, in -8**), 
pag. 19 et 21 , le procureur général au 
ressort de la cour souveraine de Sala- 
dois est appelé Craquelin Popelin. A 
coup sûr, ce doit être l'un dés ancêtres 
de Monsieur de Crac , que Gollin d*Har- 
leville nous montrait dans son petit cas- 
tel, à la fin du siècle dernier. 

Aujour4Tiui , au centre du l)eau pays 
qui donna le jour au très-véridique ho- 
bereau, à Moncrabeau, département (Je 
Lot-et-Garonne, canton de Francescas, il 
y a une maison nommée l'Hôtel de Cror 
covie, dont le maître, qui est un cafetier, 
délivre, moyennant quelques sous, des 
brevets de hâbleurs, que les mauvais 
plaisants envoient, par la voie de la 
poste, aux menteurs de leur connais- 
bance. Voici le modèle de cette pièce, 
qui peut donner une idée de la littérature 
Stitirique des beaux esprits du lieu : 

LA MÈTB GtiftoALR DB MONCBABBAC 
A NOTRB BIKR-AIIIÈ, SALUT. 



fait savoir que demAs hng-tempi wnu wm$ 
étiez exercé dans le Noble Art de maltraiter 
toute sorte de vérités, à amplifier les récits , en 
augnkeniant et diminuant aux faits qui arri» 
vent en ce monde terrestre, et que, par des sue- 
ces heureux, fruit d'une iTnagination féconde 
et brillante, vous étiez parvenu à inventer des 
vérités qui n'ont Jamais existé, à créer des his- 
toires qui, sans vous (immatriculé par principes 
de naissanee à dégobiller des mélhode« de la Cra- 
que), auraient resté éternellement dansVcublif 
et qu'enfin, après une multiplicité d'expériences 
répétées plusieurs fois par jour, vous vous étiet 
acquis, en ce genre de Littérature, un nom des 
plus illustres; PfOUS, toujours zélés à mainte- 
nir et accroître la haute réputation de notre 
OrdrCy en le remplissant de bons et idoines Su- 
jets ; parfaitement convaincus des talens rares 
que la nature vous a si libéralement prodigués 
en toute sorte dementeries : sans en être requis 
ni priés, avons jugé à propos de vous incorpo- 
rer dans notre Diète , et vous recevoir en Frère 
bicn-aimé, comme il parait plus amplement par 
les Lettres- Pat entes que nous vous envoyons, en 
vous exhortant à persévérer toujours dans une 
si noble occupation; à faire même des progrèi 
rapides , et à nous instruire, dans Voccasion , 
des Sujets qui, comme vous , pourraient faire 
honneur à notre Ordre, afin de les y incorpo- 
rer, s*ils le mentent. Fait et passé dans noire 
Diète générale tenue à Moncrabeau, sur le fort 
de Riqué, ce jour du mois 

de mil huit cent 

Par Nosseigneurs les ORiciers-Généraiix de la 
Dièle: 

Secrétaire. 



Nos Officiers et 
menid 



Commissaires au départe 
nous ayant 



LBTTBBS-PATBITTBS DB LA TBÈS-TÊBIDIQUB COim 
DE VONCRABEAtr, KN FOBKB DB PBIVILÊGE. 

NOUS, GRAND ARCHICHANCELIER DB LA DlàT^ 

GÉNÉRALE DB MONCRABEAU, et CD cctle qualité Sei- 
gneur Baut-Justicier de la ville et faubourgs de 
Cracovie, Contrôleur-Q^iiéral de toutes les vérités 
qui se disent en ce baSianonde, Cher-rondé de tous 
les Hâbleurs, .Menteurs» NouveUi«tes, Bourgeois 
sans occupation, et autres personnes désœuvrées 
qui sVxei*cent dans le bel Art de mentir finement, 
sans porter préjudice à autre qu'à la vérité, doitt 
nous faisons profession d'être ennemis-jurés : f 
tous ceux qui ces présentes Lettres verront, Sa/fi< 
et Joie, surtout Bainepour la vérité! 

Avons reçu les très-bumbles supplications de 
plusieurs de nos Chevaliers et Officiers de la Diète, 
qui nous ont souvent exposé que le sieur 

« habitant de 

désirant d'être agrégé dans la Diète, s'exerçait do- 



Ul "•• 



saojardmâuPalahH 
^M Ton appelait l*arbre 
tm&tàes meoteries débi- 
e, oo parce que les 
Qt là pendant les 
rmuwfr ir Piao^aie. Voyci le Diction' 
«^ »* W'vm^ fonçais, de Qui- 

>- MBW flflfil milif ivio^ ai ban» de KniriD, 
tÊmtUm qu'il « m fc i , Ibk lei lundis et Tea- 
jB^hâpràiK, M PiMiioyil, tons rartme de 
^*nnr.. «si gw b i in ëes «niYelles supposées 
. -ft»^ BuiititMlr fif faoi pofiliqaet fC de Trais dé- 
: tHt ce 4i'oB leur dit , etc. 
owicBn. Ani quatre Elo- 
ges Qntie-SaisoDS. 4444. 
t^ ^ iiH.. 







de faim, 
passant leur vie 
ulcère de Craeopie, 

^* « * "^^ £« MemnaJe travestie, VII» chant « 

•^ -^ * pi^ 106. 

.-.-..- a* — ^laisrevaioos à l'étymologie de cror 

^^^^ ^^^ T --«^i/i. ..XI plutôt de croi;, dcmt ce substan- 

« ^ ^ 9>«. wi^»* if A <ft^ formé. Gomme ce dernier nx>t, 

*-* *^' '•*'' vrriabîe onomatopée^ rend assez bien le 

"7 . ^tt Jrut ie qneSqne chose qui se casse^ on 

^ ^« ... ( ^Bh. e 7î*jm.-fi^^ vraisemblablement Icnsqne 

'^•** "*• n«!qtt^m <fisMt une eassade ou faisait 

^ *'""^ in rrfcrt rvputé peu Téiidiquey à peu jwès 

.^ . > r. ;s»-n .jinow î présent les matelots^ dans des 

•. .^ i...J»»«^ .x>'«.u^<aDL'«s semblables 9 font entendre 

: -^. "t*-%A*« t>. ix-nairîancos de m>et de crac. Le 

.. N--Hit- ,ii,t ^:«s:fcfiie'. OU te saît, était un mot 

*^ ♦• jKsle. iiiiî> Jî :sty^ Êunilier, avec le sens 

^ -p j* "^- w «t^HMiUf fomr pànsmmier, ou pour 

\....- ^ «-^^ 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



lis 



Il vonlot me eootèr comme on l'aToit pipé ; 
Qu*an Ytlet, du sommeil ou de vin occupé , 
Sous couleur d*>!ler foir une femme malade , 
L'avoit gelentement payé d'une cassadé. 

Math. Régnier, lat. x. 

Voyez encore d'autres exemples de ce 
mot dans la Vraye Histoire comique de 
Francion, édit. de la Haye, M. DCGXXI., 
ÎD-^, liv. IX , tom. n , pag. 181 ; et dans 
un curieux recueil intitulé la Floresta 
spagnolOy ou le plaisant Bocage , conte- 
nant plusieurs comptes, gosseries, bro- 
cards, cassades, et graves sentences de 
personnes de tous estais • Lyon, J. Di- 
dier, 1600, in-lâ. 

Quelles sont l'origine et la signification 
primitive de ce mot? De la Noue va nous 
l'apprendre : a Donner une cassade , dit^ 
il^ c'est comme donner des bourdes pour 
tromper. Il est tiré du jeu de la prime, 
où par fois celuy qui a mauvais jeu es- 
tonne son compagnon d'un gros renvy, 
et luy &it quitter par ceste feinte. L'Ita- 
lien dit cacciata, qui vient du verbe 
chasser, comme s'il vouloit dire qu'on 
baille la chasse à son ennemy, le faisant 
retirer. Et de là on a fait le mot de cas- 
sade, qu'on prend un peu en autre signi- 
fication que celuy dont il dérive. » ( Le 
grand Dictionnaire des rimes françoi-- 
seSf etc. A Genève, par Matthieu Ber- 
geon, cl3.lDC.XXIV., in-8% pag. 33, 
col. 3.) 

L'expression j> t'en casse, manière de 
parier basse, qui correspond à vraiment, 
c'est bien pour toi, tu n*as qu'à fy at- 
tendre, est évidemment de la même fa- 
mille. 

Cmavate, s. f. Aro-en-ciel. 

Gbàvate db chanvre , s. f. Corde de 
potence. 



Cette expression avait cours à Rome, 
dans ce sens; nous voyons en efTet dans 
Pétrone que le sort ayant amené , au ti- 
rage d'une loterie, le mot cravate^ l'on 
apporta une corde de potence ^ 

CaéiTBUR, s. m. Peintre. 

Credo, s. m. Potence. 

Anagramme de corde, ou plutôt allu- 
sion aux prières que le prêtre fait réciter 
au patient. 

On disait autrefois credo au lieu de 
crédit : 

... la moralité conteDoit des aeignears qui por. 
toient le drap d'or à credo et emportoient le drap 
d'or gur leurs espaules, elc. (Journal dun bottr- 
geois de Paris sous FrançoU /*', etc. ; Parie, 
Jules Renouard, 1864, iii-S% pag. 13.) 

CaipiNE, s. f. Bourse. 

S'il est certain que bourse vient de pi^paa 
qui signifie cuir, il y a tout lieu de croire 
que, dans Torigine, on donnait le nom de 
crépine aux bourses de cuir. On sait que 
saint Crépin estle patron des cordonniers, 
et c'est de là que sont venues les expres- 
sions populaires de lance de saint Crépin 
pour dire une alêne, et de Saint-Crépin 
pour désigner les outils d'un compagnon 
cordonnier, et, par similitude, ceux de 
toute autre sorte de profession ' : 

Notre corps, notre lioupetande 

Compotse notre Saint-Crespiu, 

Complainte des fiUet auxquelles on 
vient it interdire Centrée des Ttuùl- 
leries, à la brune, in-8**, pag. 12. 

Cette dernière expression, à son tour. 



> « Cervical! ofOa oollaris allata est v T. Petronii 
Jrbiiri Satjfricon^ cap. LTi. 

> Voyez le DicUoonaire de Cotgra?e et les Curio» 
Mitez firançaiset^ aux mots Lance et Saint Cresptn^ et 
les Escraignes dyannaises recueillies par le sieur des 
Accords. A Paris, par leao Richer, 1008, iD-12, 
folio 90 verso. 



126 



DICTIONNAIRE d'ARGOT. 



en a produit d'autres qui sont également 
devenues proverbiales. G'estainsi que l'on 
£t : c'est tout son Saint-Crépin, pour c'est 
tout son avoir, porter tout son Saint-Cré" 
pin, perdre tout son Saint- Crépin. Voyez 
le Dictionnaire des proverbes français , 
de Quitard, pag. 274. 

Cbeux^ s. m. Logis, maison. 

On appelait ainsi autrefois les cavernes 
et les retraites des animaux , surtout le 
terrier du renard : 

Des crues de la montagne de la voisinité 
De devers les herbeges se sunt conirevalé. 
Li Romans ttÂltxandre, pag. 289, y. 1 5. 

iSi crues et es crevices se mucent et enduient. 
lbîd.y pag. 294, ¥. 34. 

A tant resailli en son crues. 

Le Roman du Renart^ tom. II, pag. 160, 
V. 13886. 

Çtr quand il pleut , et le soleil des cieiitx 

{[e reluyt point» tout homme est soucieux , 
I toute beste en son creu» se retire, etc. 

Cl. Marot, Rondeaux, liv. VI, rond. x. 

Geic-gboc. a ta santé. 

Baccbus, qui vois nostre desbauche... 
PïïS ce tabac, ton seul eucens... 
Par la nuijesté de ce broc. 
Par masse, toppe, cric et croc, 
Eeçoy-uous dans rbeureiise troupe 
Des francs chevaliers de la Coupe. 

La De«baucbe. (Les OEuvres du sieur de 
Saint' Amant, édit. de M. DC. LXI., 
iu-l?,pag. 141.) 

On voit partout, oyt, 
Chanter, crier ripaille, 
Gogaille, 
Cric croc, masse, taupe à qui boit. 

Le Cabinet des cfiansons plaisantes et 
récréatif t^es.,. A Paris, chez Pierre 
Des-Hayes... M. DC. XXXI., iu- 
12, pag. 4. 

Dans les Faux Moscovites, de Poisson^ 



se. XI ^ trois fîloiis, répondant à l'un 
d'eux qui a fait un loi^g jargon en coup- 
pant les viandes , et les présentant aux 
autres, » disent cracq, cricq, crocq. 

Cbiche^ s. f. Pièce d'argent. 

On trouve dans la seconde Partie des 
Recherches italiennes etfrançoiseSy d'Ou- 
din^ pag. 142, col. 2^ cricaille traduit 
par danari et précédé d'une étoile , qui 
indique ce mot comme vulgaire. U est 
ancien. 

Grand mercys, ii y a cUquaiUe, 

La Fie de sainct Christofle, feuillet 
signé D iiii Terso, col. 2. 

Par ma foy ! tout iroit de plat. 
Qui n'auroit argent et cUquaille. 

jtncien Théâtre français, tom. tll, pa^. 
44. Cf. i>ag. 459. * 

Quand je seray plus garny de cliquailte. 
Vous eu aurez. 

Cl. Marot, Rondeaux, liv. I«<^, rond. XXT. 

Quand ce fol enfant et mal-conselllé haMt 
suampartem de hxreditate... ideo statim il en 
a faict de la cliquaille, (Michel Mtnot , paiabole 
de TEnfant prodigue; cité par Henri Èstienne, Àpo» 
logie pour Hérodote, liv. !•", chap. xxxi.) 

Tout y grouille à présent; on y court, on travaille 

Partout à qui nii^ux mieux pour gaigner la cUcaiUe, 

Deploration et comptaincte de la mère Cardine 

de Paris, etc., réimpression iu-8°, pag. 47. 

Le même Oudin cite^ dans une autre 
de ses compilations^ un proverbe vul- 
gaire qui paraît se rapporter à criche • 
c'est triste qui n^a criste, qu^il tiraduit 
par qui n a point d'argent est mélancoli- 
que. Voyez les Curiositez françaises au 
mot Triste, et ci-après au mot Croix. 

Le mot qui nous occupe est^ à n'en 
pas douter^ le substantif allemand JSTrvu/- 
zerymaX prononcé, ou plutôt mal saisi 
par les gens du peuple. 

Gaie, gbiqnollb^ s. f. Viande. Grec^ 




DIGtIdNNAIRE b'ARGOt. 
xpésc; Iborb., créa, creata, ereatura, 



i^, 



criulfa; germ.^ crioja. Bouchet rend crie 
par lardy »alé. 

DansTintroduclion que M. Eugène Sue 
a placée en tête du tom. II de la Corres- 
pondance de Heturi d'Escoubleau de Sot/r- 
dis, archevêque de Bordeaux ^ il est 
question , pag. Ixij^ d'un marché de cette 
ville nommé de la Clye. Nous ne le con- 
naissons pas; mais ne serait-ce point le 
marché de la crie y c'est-à-dire de la viande ? 
Peut-être aussi était-ce uii endroit ainsi 
nommée à cause de la criée que Pon y 
faisait de certaines denrées. On trouve 
dans le Catalogue des rolles gascons y nor- 
mans et françois, de Thomas Carte, 
tom. I«', pag. 124 , n** 99 , l'indication 
suivante : a De inquirendo super coii- 

cessione ofBcii vocati levigeirage et /al jT""'"vi • * i- ' i- 

...... . • V. 'Il j »f- «es qu ils avaient tire un lièvre, parce 

ene m civitate Vasatensi, Gaillardo Mi- ^ ' *^ 



O Tiii-algre, bon vin-aigre, 
Sabion à couvrir les vins ! etc. 

Chanson nouvelle de tous les cris de P«- 
ris. (L'EslUe du recueil des eiutnsoas 
amoureuses, etc. A Rouen, «ie rim- 
primerie de David Ferrant, M. DC. 
XIX., |)elitin-i2, pag. 15S.) 

Les autres criaient au voleur après le ta- 
vemier qui frelatait son vin. Peu à peu 
le peuple s'habitua à considérer ces deux 
phrases comme exprimant la même idée. 
On disait aussi autrefois crier vinaigre y 
comme on le voit par Rabelais, liv. O, 
chap. xxYi , qui nous montre Garpalim 
poussant ce cri après une chasse heu- 
reuse ; mais là il s'agit de tout autre chose 
que de vol. « C'étoit, dit le Ducbat, la 
coutume en Languedoc, entre les chas- 
seurs, de s'écrier l'un à l'autre vinaigre. 



chell , in recompensatione dampnornm 
suorum, ratione guerrse,» A. D. 1348. 
Là il est plus que probable qu'il s'agit du 
droit exclusif de crier telle ou telle mar- 
chandise, droit auquel étaient attachés 
des honoraires plus ou moins considé- 
rables. 

CiusA AU viiiÀi&RB, V. n. Crier au vo- 
leur. 

Lorsque, dans les tavernes, on servait 
de mauvais vin, les consommateurs ne 
manquaient pas de se plaindre ; les uns 
criaient au vinaigre S en contrefaisant 
les marchands des rues, qui allaient ré- 
pétant : 



^ « Dt tfob iovltes CD on bftncqaet» Il ne 8*eQ 
trottven paa deux de mesme goust : Tan vent du 
bbuw, raatre du clairet; celuy demande du verjus, 
pantrecnV au vinaigre ^v etc. {Le Carabinage et mo" 
igmane midaieegue, eto., par le sieor Brachlr d*A- 
nomy [ Richard de Romany ]. A Par|Si chef la veufve 
de MoDsU^cell, M. DC. XVl., in-S% avant- 
) 



que la vraie sauce de cet animal est le 
vinaigre. D 

Crignolibb, bbe, s. Boucher, bou- 
chère. Voyez Crie, 

Criquis,s. f. Eau-de-vie. Voyez ci- 
dessus, à Fart. Cric-croc. 

Croix, s. f. Ëcu de six livres. 

Que diable est cy? en ma pocbette 

Il n*y a plus double ny croix. 

Des Joyeux et attristez par la blamquê, 
{^La Gazette, A Paris, jouxte la cop- 
pie imprimée à Rouen par Jean Pe- 
tit, 1609, iii-12, pag. 69.) 

De là croix y avec la signification dV- 
genl en général : 

Il partit de son royaame , «t , D*ayant pat faict 
la RMûtié de son chemin J'arg^t luy faut; dont 
Tut contraiuct d*emprunpter lesbajiues deniadame 
la duchesse de Savoy e et ma<)ame la marquise do 
Montrerrat... qu'il engagea très-bien. Et, par ainsy 
nn peu remplumé^ poursuit son chf^min d'"M au- 
dace très-asseurée... envoyé ses mare&chaux des 
logis et fourriers devant, la croix en maio, Aar- 



128 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



quer les logis comme il leur plaist, sans aucune 
rencontre ny résistance de porte fermée. {Vies des 
grands capitaines eslrangers el françoUf II' li- 
yre, chap. i"^: Charles Y III, roi de France ; parmi 
les Œuvres complètes de Brantôme, tom. T', 
ing. i81,col. 2.) 

Je sçay bien que la croix toujours devant fera 
Que vostre petit frère au change florira. 

Deploratiùn et complainele de la mère Car- 
dine de Parit^ etc. , à la suite de t Enfer de 
la mère Cardine, réimpression de Caron, 
pag. 48. 

hdOïs les Esprits y comédie de Pierre 
deTArivey, act. !•% se. m^ un certain 
Ruffin, voulant être payé d'avance, dit : 
a Je ressemble aux archevesques , je ne 
marche point si la croix ne va devant. » 

Tout le monde connaît cette jolie épi- 
gramme de Mellin de Saint- Gelais : 

Un cbarlalan disoit en plein marché 

Qu^il monstreroit le diable à tout le monde; 

Si n*y eust nu|, tant fust-il empesché. 

Qui ne courust pour voir Tasprit immonde. 

Lors une bourse afisez large et profonde 

n leur de^ptoye, et leur dit : « Geni de bien , 

Ouvrez vos yeux. Voyez, y a-l-il rien ? 

— Non,» dit quelqu'un des plus près regardans. 

« Et c^esty dit-il, le diable, oyez-vous bien ? 

Ouvrir sa bourse, et ne voir rien dedans. 

OEuvnes poétises de Mellin de S,'Gelait, 
etc. A Paris, M. DCC. XIX., in- 12, 
pag. 71. 

La véritable^ la dernière raison^ que 
ni Mellin ni son charlatan n'ont dite^ 
c'est que la présence du diable dans une 
bourse résultait de l'absence de la sacro- 
sainte croix, telle que Tentendaient les 
argotiers et ceux qui disaient de quel- 
qu'un dépourvu d'argent qu'il n'avait ni 
croix ni pile, expression en usage ^ au 
moins depuis Oudin. Voyez ses Ourio- 
sitéz françoisesy au mot Croix. 

Il y avait autrefois des ducats à la 
croiseite : 



Si me semble-il que ce n*est point l'esttt des 
gens de guerre de soufler le charbon, entendu qu'ils 
sont le plus souvent assez mal fournis de ducats à 
la croisetle pour faire la multipliceUon. (Les Dia- 
logues de Jaques Tahur$au , etc. A Rouen , chez 
Nicolas Lesaiyer, 1685, folio 144 recto.) 

Le mot craisette seul servait plus an- 
ciennement à désigner une petite pièce 
de monnaie: 

Plus ne ieny ycy repos, 

Que ma bource est ml garnie... 

Y nT a miîlbn ni croisete. 

Le Geu dej trois fvys. {Mystère inédits 
dm quinzième sièek, publiés... par 
AriiHIe Jubinal, tom. II, pag. 94.) 

Cbollb^ s. f. Écnelle. 

Dans notre ancienne langue^ erole, 
crolle y signifiait ébranlement y secousse , 
tremblement y et crouler pour remuer : 

Ctsi tout par vostre crolle et par vostre bochier. 
Du Fiait Jtenart de Dammartin contre F'oiron 
son roncin , v. 20. ( Nouveau Recueil de 
contes, dits, fabliaux, etc., tom. I^'t 
pag. 24.) 

... ce peuple de Paris... crcuLani et bouilUuit 
tout de mutination, etc. {Vies des grands capi- 
taines , etc. , liv. II , chap. [lkxvii : M. le ma- 
resclial de Montmorency ; dans les Œuv, compl, 
de Brantôme, édit. du Panth, litt., tom.r% 
pag. 333, col. 2.) 

Au diable l'un des habttans qui osa crouler ni 
remuer, etc. {Ibid., pag. 334, col. 1.) 

Les mendiants^ il y a deux ou trois 
siècles, portaient une écuelle à couvercle 
mobile qu'ils agitaient pour avertir qu'elle 
était vide : aussi Shakspere Pappelle-i-il 
clack^ish. Yoyez Measurefor Mettsure, 
act. IK, se. II. 

On lit dans une autre vieille comédie 
anglaise, intitulée The Family of Love 
(1608) : 

[dUh? 

Gan you tbink I get my living by a bell and a dock* 
— By a bell and a clack-dish ? bow's that? 
— iWhy, by begging, sir, etc.; 



On lit enpore, dans le supplément de 
Hénderson au Troilus and Cresseid de 
Ghaucer : 

Thiis sbalt thou go b^Ring from bout to bous, 
Witli eupfB mud ct^ppir^ like • Laiarpus. 

Enfin un jeu de scène est ainsi indiqué 
dans la seconde partie de Kifig Edward 
lYy gui est de 1619 : . 

Enfer Mc«. Blagué very poorly, begging wUli 
hcr htsket and a claihdish. 

On trouve encore dan; la collection de 
Ray yn vieux proverbe qui fait allusion 
à cette ancienne coutume des mendiants 
anglais : • 

Bm chpt kis disk at a wrong maii*s door. 



Le mot groileSf grouUes, par lequel on 
désigne populairement, en Normandie^ 
à Ljon et à Bordeaux, de mauvais sou- 
liers, me semble également venir de 
erol/e, dont il serait une corruption cau- 
sée par la survivance de grouiller, qui 
a toujours cours chez nous parmi le peu- 
ple, dans le sens de se mouvoir y de re- 
muer*^ etc. En effet, un mauvais sou- 
lier, n'étant plus retenu au talon par le 
quartier, est toujours en mouvement, 
pour peu que le pied qu'il chausse remue. 

C'est également là le cas pour la chaus- 
anre dite claque, dont le nom a la même 
origine que le elack-dish, dont il était 
question il n'y a qu'un instant. 

Cbohpib , s. f. Pomme de terre. 

Ce mot, qui fait partie du langage po- 
polaire, vient de Fallemand Grundbijrne, 
et l'on en doit l'importation, soit aux ou- 
vriers d'outre-Rhiu , qui pullulent chez 

■ Tojci la t>icUon»ai9t 4u boê-langage, tom. U, 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. iS» 

nous, soit aux enYabisseiirs de 1814 et 
1815. Quels que soient les gens à qui 
nous avons cette obligation, il ne paiâlt 
pas qu'ils parlassent très-purement; car 
Grundbimey qui signifie poire de terre, 
n'est point usité en bon allemand dans 
ce sens-là. 

Si l'on en croyait MM. du Méril, Jl 
faudrait recourir à cet idiome pour re- 
trouver la racine d'un synonyme de 
crompir, de tartoyfflef tarliffle, que ces 
messieurs attribuent au patois normand, 
tandis que Roquefort en fait un mot de 
la langue romane'. Pour nous, nous ne 
croyons pas que tartiffle ait rien de com- 
mun s\ec Kartoffei; nons pensons plu- 
tôt que notre mot populaire est issu de 
l'italien tartofaio ou (artu/olo, truffe, 
nom que la pomme de terre porte encore 
à Lyon, dans le Beaujolais, et dans bien 
d'autres provinces. 

Voyez, au sujet de notre mot tartifle, 
le Théâtre d'agriculture d'Olmcr de Ser- 
res, édit. de la Société d'agriculture du dé- 
partement de la Seine, tom. P% pag. cxlv, 
not. 3. 

Cbossb^ caossBUB, s. m. Ministère 
public. 

<( Ce mot signifie encore, dit l'Acadé- 
mie à propos du premier, certain bftton... 
dont les enfants se servent... pour pous<» 
ser une balle, une pierre*, etc. Dana 
cette acception ce mot a vieilli, ainsi que 
ses dérivés crosser et cro$seur. — Il si- 
gnifie, figurémentet familièrement, trai« 
ter quelqu'un avec le plus grand mépris. 
Cest un homme à crosser.» Dans cet 
exemple, cros:^er veut dire bétonner. 



I Glossaire de la langue romane, tom. II , pag. 6ÛS, 
col. 2. 

> Voyei les HistorieUes de Tallemani dm Méam^ 
édit. in-is, tom. VU , pag. I6«. 



130 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



maltraiter, ce que fait au figuré le mi- 
nistère public à l'égard des malfaiteurs 
dont il a mission d'exposer les faits et 
gestes devant la police correctionnelle 
ou le jury. 

Cbosse, cbossin^ s. m. Receleur. (His- 
toire des brigands... d* Or gères, pag. 15, 
en note.) 

Faut-il voir dans ce mot un souvenir 
dés caorsins du moyen âge? 

Cbuchon (Sucer le). Boire. 

On sait que toute la semaine 
L*arlisan, sans reprendre haleine... 
Des six jours se fait un carême , 
Pour pouvoir aller le septième 
Sucer, comme on dit, le cruchon, 
Clianter la mère Gaudichon ', etc. 

Les Porcheron», cb. I"^. {Amusements 
rapsodi-poétitjues, pag. 127.) 

Cbottb d'bbmite, s. f. Poire cuite; 
mot du Jargon. 

Cbucifix A BEssoBT; S. m. Pistolct^ 
fusil. 

Cette expression fait maintenant partie 
du langage populaire; du moins on la 
retrouve sous la plume d'un écrivain qui 
aflEecte d'employer des locutions trivia- 
les : nous voulons parler de Tauteur du 
Calendrier du père Duchesne, ou le 
Prophète sac à diable ; almanack pour 
la présente année 1791 *, qui dit; 



* Cette chanson est fort ancienne ; mais il est sûr 
qtfaatrefois on disait Vamy Baudichon : 

« Nota qu'ils vont au temple chantant Vamy 
Baudichon, ma dame, » (Xa f^eugtnce no9tre sei- 
gtuur JesucrUi par parsonnages, bie» au long, 
troisième Journée. Paris, Jehan Petit, sans date, iu- 
follo, sign. I ii recto, col. I.) 

On Ut dans le dictionnaire de Cotgrave, au mot 
MibaudickoH : « Faire le mib. Ta do a thing 
/oolUkly, or Ul-favouredly , unhandtomly to go 
about ii. » 

* A Paris , de Tlmprimerie du Père Ducbesne, etc., 
in- 18, pag. S6. (Prédictions véritables et remarqua^ 
bln du Père DucheêtUi etc. Mola de mai.) .;., . 



a Godet le Limonadier ; Godet a aban- 
donné ses bavaroises... pour jouer du 
crucifix à ressort dans le bois de Vin- 
cennes. » 

CuisiNB; s. f. Préfecture de police. 

CuisiNiBB , s. m. Employé de la pré- 
fecture de police. 

Cuit (Être), v. p. Être condamné. 

Culbute, s. f. Culotte; mot né d'un 
rapprochement avec un autre mot dont 
le sens est différent, et d'une intention 
de conserver au terme ainsi modifié mie 
étymologie reoonnaissable. En effet, pour 
les argotiers, une culbute était une diose 
à y bouter le cul. 

Dans le x\w siècle, nos aïeules por- 
taient une partie de costume ainsi nom- 
mée : 

MOHSIXUR JOSSE. 

Voyons par quel endroit ce mémoire dcbule. 

GRipra*. 
Premièrement, \iugt francs pour une cuUbuU,.., 

MADAME BRfCB. 

Pour une culebute! oh bon Dieu ! qu*est-€e là ? 

Boursault, les Mots à la mode, se. iv. 

J'ay aojourd'huy ¥û ma nièce qui avoit nue cotte 
bandée à la serpente et le chaperon à la culbute^ 
c'est maintenant la mode.... J*ay vu ime dame par 
la ville qui porte un rabat où il y a cinq étages de 
dentelles À la guimbande. {Les Débats et face- 
ciexises Rencontres de Gringalet et de Guillot 
GorgeUf son maistre, édit. des JoyeuseteZy pag. i«.) 

Culotte , s. f. Partie de débauche, 
orgie; allusion à une pipe. 

Nous nous sommes donné une fameuse culotte 
monarchique et religieuse, dit un des écrivains les 
plus célèbres de la littérature romantique, t^nr le 
seuil de la porte. (Un Grand homme de province 
à Paris... par B. de Balzac, chap. \x\xi. Pa- 
ris, Hippolyte Souverain, I8S9, in-8**, tom. III, 
pag. 259.; 

CupiDON, S. m. Chiffonnier. 

Il y a certainement de la poésie à trans- 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



431 



former «in» la boite d'un chiffonnier 
en un carquois, et son crochet en un 
dard. 

GumiBux, s. m. Juge d'instruction^ 
président de tribunal. 

Nous ne nions pas que ce mot ne soit 
notre adjectif curieux; toutefois nous 
devons faire remarquer qu'autrefois on 
appelait cwriaux les gens de cour : 

Prince, li hou» qui sulfiomce iostriiit , 



▼ît lîement, et n'eust c'un seul piin cuit; 

Mais euriaus en gr«n( dolcur de court. 

De la Douleur qui peut advenir à ceux ijui 
suivent cour de prince ^yr, 25. (Poésies 
morales et fiistoriques d'Eustache Det" 
champs, édil. de Crapelet, pag. 46.) 

On sait qu'Alain Chartier a composé 
un petit traité en prose intitulé le Curial, 
et qu'au xu** siècle Jean de Salisbury et 
Gautier Mapes en ont écrit chacun un 
qui porte pour titre : De Nugis curialium • 



D 



Dab£^ bssb^ dàbcchb, s. roi^ reine. 

Ces mots sont employés^ avec le sens 
de père^ de mère, dans cette traduction 
argotique de la Mère Micliel: 

LA OABUCBm mCBBLOir. 

C'est la «/n^ttc/itf Michelon 
Qu*a Pomaqué son grerfier, 
Qui jacte par la venterne 
Qui le lui refilera. 
Le dab Lusiucru 
Lui dit : • Dabuche Michelon, 
Allez ! Tot* greffier n*est pas poaui({ué. 
U eti dans le rouloo 
Qui fait la chasse aux tretoni. 
Avec un bagafre de ferlange 
Et on buchon de satou. » 

Dabot^ s. m. Préfet de police. 

Au XVI* et au xvii* siècle, dabo était 
employé dans le langage populaire avec 
la signification de mcdlre du logis: 

Or je hearteray tout bellement à la porte, qu'il 
ne nroseroil refuser, pour ce qu'il sçait... que je 
suis ledabo, ( Le Morfondu^ comédie de Pierre 
de FArifey, act. III. se. t.) 

M. de la Mesangè're n'est point de cet 
avis quant au sens de dabo, qu'il écrit 
udavo ou davotyT» et qu'il dérive du 
latin davus, nom que les comiques don- 



naient à im valet très-simple qui servait 
à l'intrigue de leurs pièces. Suivant lui, 
«être le davo dans une maison, c'*est être 
chargé de tout ce que les autres ne veu- 
lent pas faire.» (Dict. des prov. franc., 
r édit., pag. 446.) 

Oudin, auquel nous avons pris Tex- 
plicationdu mot dabo donnée plus haut, 
ajoute que Ton disait: il est toujours le 
dabo, pour il perd d'ordinaire pour toute 
la compagnie i. Dans cette phrase, 
comme ailleurs, il est évident que dabo 
procède de la même racine, et vient du 
futur du verbe dare, donner. 

Dans le cant anglais, dabe a le sens 
ai expert, de consommé dans Fart de 
mal faire. A rum dabe se dit d'un in- 
dividu passé maître en fait de filouterie 
et de vol , etc. Veut-on exprimer qu'un 
individu est très-versé en quelque chose? 
on se sert de cette phrase : He is a dabe 
at il. 

Dalle , s. f. Écu de six francs. 

On appelait ainsi une monnaie fia- 



CuruMtlez (rançoises, addlUon à la lin. 



U. 



m 



DICTIONNAIRE D'ABttOT, 



mande d'une valeur d'environ einq fr. '. 

... quiconque parleroit de paix... payerait à la 
bourse d<^ ruiiioo certaine quantité de dales, pour 
]*entretf*nement des docieurs. (Harangue de mon- 
sieur d'Aubray pour le tiers estai ; dans la Satyre 
M^nippée.éAM. de M. DCCC XXlV.,iih8SlotD. Il, 
pag. 163, I6i.) 

Victor Palma Cayet parle « des mi- 
notiers de Paris, auxquels l^s agents 
d'Espagne donnoient un minot de bled 
et une dalle de 45 sols par sepmaine. d 
{Chronoloffie novenaire, etc., 3* part. 
A Paris, par Jean Richer, M. DG. VIII., 
in-8% fol. 297 verso, ann. 1594.) 

On faisait encore usage du mot riche- 
dalle, traduction matérielle de l'alle- 
mand Reichlhaler (écu d'Empire) : 

Il m'a coulé dU richedaies. 
Pour avoir eu servietes sales, etc. 

Virgile travesti^ liv. !•'. 

J'allois un de ces jours en guise d*un cadet, 
Quoy que je sois l'aisné, sur un petit bidet, 
lequel , ne pesant pas un double rissedale, 
^eressembluil Bayard, Ragot ni fiucepliale. 

Llmporlunité à une damoiselle. {Le Parnmsu 

salyrique du sieur Théophile, M. DO. XL., 

peut in-12, pag. 311.) 

f Oanseuh, s. m. Dindon '. 
Daho, s. m. Membre viriL 

DaBDANTi petit DAB04NT, S. m. 

^our. 
Dabon, onnb, g. Père, mère. 

DaBON de hk BAILLE, DB LA BOUStE, 

9« m. Préfet de police. 

Dabonnb du DABDA19T, S. f. Vénus, 
mière de l'Amour. 

Darouy que Leroux et d'Hautel rap- 
portent au vieux langage, dans lequel il 
avait, disent-ils, la signification de vieil- 



> ■Date, 
Cotgrave. 

' £}ictioHtuûr» 
pac.S72. 



J FlenUsh eoyne worth about 46 t. » 
du [ba9 ' langage ^"tiiom. !•', 



lar4Jtn et rusé, ert aujourd'hui le so» 
briquet que les ouvriers donnent à leur 
bourgeois % et se dit aussi d'im cordon- 
nier. 

Au XVII' siècle, on appelait darioMie 
une duègne entremetteuse, nom que je 
80upçonned*étre un diminutif de daro»n«. 
ùmsAmadisde Gaule , tom.PSchap.i", 
laconfidente d'Elisenne, mère dAmadis, 
femme de Périon des Gaules, est ainsi 
nommée. Scarron, au livre iV de son 
Virgile travesti , a bien précisé le rOle 
assez peu digne des dariolettes, quand il 
a dit de la sœur de Didon, v. 54 ; 

Qu'en cas de la nécessité. 
Elle eût été dariolette. 

Dans rhistoriette de la princesse de 
Gonti, Tallemant emploie ce moi pour 
désigner le rôle que joua n.ademoiselle 
de Vitry dans l'affaire où la princesse de 
GontietBellegardeen vinrent aux prises: 
c( Mademoiselle de Vitry , confidente de 
mademoiselle de Guise, était la dario- 
letie \ » 

Au XVII* siècle, dariolet signifia aussi 
maquereau : ce qui définit mieux encore 
le vrai sens de dariolette. Régnier, dans 
sa satire V, parlant de certain pédant 
perverti, dit, v. 192: 

Ce critique, changeant d*humeurs et de cerYeav, 
De son pédant qu'il fut, devint son maquertau. 

Un peu plus loin , v. 200, parlant du 
même homme: 



* Voyez lei Cabaret» deParU^ etc.; Paris, Deloog- 
champ», 1821, in-i8, pag. 30 On lit dans on livre 
plus ancien : « ]| élolt maître de tout, Jnsqu*à ma- 
nier rargprit de la daroHne, sans compte ni me- 
sure. • {Histoire de GviUaume, cocher, parmi lea 
(Buvret badinet compteUe» du comte de Cajflw^ 
tom. X , pag. 69.) Voyez encore le Tableau parlant, 
(l*Ausi^aume (1769), se. vin. 

* £dU. in-ia, tom. I«S pag. 12&. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



133 



Donc, la metinc Terta le dreasint tu pottlat, 
D* vertnein qu'il fut, le rtoà darioUu 

Autre exemple : 

l*ay <Hty parler et incontar lie beaneonp dé filles 
qiri, en terTant leuradamet «t roaistreasi'ft de do» 
rioUU$$, vooloient aosay taster de leurs mor- 
ceaux. ( Des Dnmes gallanlés, it* discours, 
art. 1; parmi les Œuvrrs eomplèiei de Braniémêy 
édit. du Panihéim lUtéraire, tom. Il, pag. 328, 
col. I *.) 

Venons à l'étymologie que quelques- 
VBM ont donnée à ce mot. 

Le Duchat, dans une note sur cette 
phrase de Rabelais, «mais les darioles 
d'Amiens sont meilleures à mon goust % » 
dit : « Les darioles sont de petites tartes 
ridées par-dessus de bandelettes de pâte, 
et ce pourroit bien être de là qu'elles 
auroient eu leur nom, comme dans 
Amadis la confidente d'Elisenne celui de 
darioktte, de quelque habit riolé que 
portoit cette jeune fille. » M. Roland de 
ViUarceattx, dans son Histoire de la sui- 
vante moderne^ y nous dit : « Dariolette, 
emj^loyé plus tard comme un des nom- 
breux synonymes de soubretie, a eu 
d'abord la mission particulière de dési- 
gner les suivantes de roman... mais si 
l'on veut faire remonter l'étymologie 
plus loin, l'embarras commence. Est-ce 
lu diminutif de dariole ( gàleau d'une 
certaine espèce)? ou fautr-il croire, avec 
j6 ne sais quel étymologiste, que les 
deux mots viennent de disregulata, 
parce que la dariolette est vêtue d'un 
costume riolé ou rayé , de même que la 
dariole est traversée par des bandes de 
pâte?» 



DàVPPB, ir01ISBIG5£UB LB DAUPHIN, 

S. m. Pince. 

H est à croire que, dans le principe, on 
disait seulement dauphin , nom donné 
à la pince à cause de son extrémité four- 
chue^ qui la faisait ressembler à la queue 
de ce poisson, dont la représentation se 
voyait partout, principalement sur les 
enseignes. De là aussi le nom de pigeon 
volant, synonyme, en argot, de won- 
seigneur le Dauphin. Plus tard, la signi- 
fication étymologique de ce dernier mot 
s'étant perdue, il s'augmenta d'un autre 
mot , qui a presque fait oublier l'autre ; 
car aujourd'hui, pour désigner une pince, 
on se sert plus volontiers de monseigneur. 

DÉBACLEfi^ DEBOUCLBB, V. B. Ouvrir. 

Voyez Bâcler, 

Débinage, s. m. Médisance, calomnie. 

Débineb, V. a. Médire, calomnier. 

Ce verbe, qui existe aussi dans le lan- 
gage populaire^ mais avec un sens diffé- 
rent • , celui de ruiner , est certainement 
de la même famille que bineile et binel- 
lier, que nous avons déjà vus. Ce n'est 
même que le mot du bas langage dont 
nous venons de faire mention , avec cette 
seule différence que Targot l'emploie au 
figuré: en effet, rttificr^/7tt't<rt, c'est 
aussi causer la perte de l'honneur, du 
crédit, de la réputation des gens. 

Débiner existe encore dans l'arron- 
dissement de Vire, avec le sens de ruiner, 
au physique et au moral. 

DfiCANiLLEB, V. U. Sc SBUVCr. 



» Brantôme avait «léjfc employé ce mot dan» le 
prfinirr discoun, môme volume, pag. 38Ô,col. 2; 
ami* t« pasMige ou II se lrou\e ne donue aucune lu- 
mière sur iOn vrai âeos. 

> Pantagruel, liv. IV , ch. xi. 

3 JUpm fwwfeUâf mai iMft, pag. SIS. 



' D'HaolH le traduit par décrottre , aller en déca^ 
dence, perdre ta fortune, ton emploi, set ret- 
tourcet, te laitter aller en gneniUet; mais II ne me 
parait pas a\oir rencontré Juste, d'aulanl qu'au-des- 
sous oii lit: « H est tout débiné^ pour dire, il a un 
bnl)il tout déguenillé; il est dans la pénurie, dans la 
besoin ■ Voyez le Dictionnaire dn bat-lanyage, 
tom. !•', pag. 37S. 



IM 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Ce mot, dérivé de canille, prononcia- 
tion picarde de chenille t , fait allusion 
à la métamorphose de la larve en papil- 
lon, qui alors prend des ailes ; on le re- 
trouve dans les patois de la Normandie , 
du Berry et d'autres provinces. 

DÉGABBADE, S. f. SortJC. 

Décabbbr, V. n. Partir, s'en aller. 

Ce mot doit être de la famille du verbe 
acarer, que Brantôme emploie dans le 
sens de mettre en présence, et dont il fait 
le synonyme de confronter : 

Il s'excnst fort aa^gj quand il envoya prier la 
reyne de ne faire mourir ce mallieareux qu*il ne 
f U8t premièrement acaré à hiy et arironté , etc. 
( Hommes illtutres et grands capitaines françois, 
cliap. XY : M. de Guyse le Grand; dans les Œuvres 
complètes de Brantôme^ édit. du Panthéon litté- 
raire, tom. !•% pag. 436, col. 1.) 

Les Espagnols, à la langue desquels 
récrivain que nous venons de citer a 
tant emprunté, avaient pareillement les 
verbes acarar et acarear, dont le sens 
est le même, et qui n'étaient déjà plus en 
usage au commencement du siècle der- 
nier; ils ont encore carear, avec la même 
signification. Dans tous ces mots, comme 
dans le terme d'argot, auquel je retran- 
cherais un r, la racine est cara, figure; 
d'après cette étymologie, décarer devrait 
donc signifier s'éloigner , disparaître de 
devant la face de quelqu'un. 

L'ancien jargon avait autrefois escarrir 
avec le même sens : 

Zaris. Que resle-t-il? 

Baratba. Prendre du meilleur et escarrir,.,, 

Brouf z au large, escarrtssez ; 

Besoin e.st d'aviser la porte. 

Lt Mtstere du Vieil Testament parper- 

sonnageSf etc., fueillet .cccxxv. r«, 

col. 2. De tester. 



^ Lrit iLtffmûlogiet de plusieurt mots françoi».,, 
du 11 F, PiJtnppe Labbe, etc., pag. 135. 



Voyez Carreur. 

Dbcabrbb de bellb, V. n. Sortir do 
prison sans jugement. 

DècHs, s. f. Dépense, déficit* Apocope 
de déchet. 

Décloueb , V. a. Dégager, retirer des 
effets du mont-de-piété. 

On se rend aisément compte de cette 
expression quand on sait que mettre au 
clou signifie engager , mettre au mont* 
de-piété. Dans la classe ouvrière et même 
parmi les étudiants des écoles de Paris , 
nombre d'individus , Tété venu , aa lieu 
de suspendre leurs effets d'hiver à des 
clous dans leurs chambres , les portât à 
l'établissement de la rue des Blancs- 
Manteaux , ce qui , pour eux , remplit le 
même but, avec cet avantage que ces 
hardes seront préservées des vers. 

Dbcboche-moi-ça, s. m. Boutique de 
fripier. [Paris anecdote, pag. 79.) 

Dbdubailleb, V. a. Déferrer. Voy. Dur. 

Défigeb , V. a. Réchauffer. 

Dêfleubtb la picouse. Voler le linge 
étendu sur les haies. 

DÉFBiMoussBB, V. B. Défigurcr, gâter 
la figure. 

DbFBUSQUBB , DÉFBUSQUIISBB , V. B. 

Déshabiller. 

Ces mots appartenaient au langage po- 
pulaire; du moins nous retrouvons le 
second dans la suite du Virgile travesti , 
liv. XI, où Jacques Moreau dit de Ca- 
mille : 

Elle le poiirsuivoit alors. 
Pour lui voler son justaucorps ; 
Et, s'enfooçant fort dans l'armée , 
Elle siiivoit de près Corée, 
Afin de le défrusquiner. 

DÉGOULINEB, V. u. Coulcr, tomber 
goutte à goutte. 



ï 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



435 



6. Laartnt au \opâ retint, 
LAchant des soupirs plus de viogt; 
Pleurs de ses jeux dégoulinerentm 

Vojtige de Paris à la Moche-Guion, en 
vert httrtetques, etc. A la Haye, etc., 
in- 12, chap. \r, pag. 164. 

Ce verbe existe aussi dans les patois de 
la Normandie et du Berry. 

Nous avions autrefois découler, dans le 
niéme sens que dégouliner : 

... dégoulant dcc larmes de Joie de tout le 
peuple , avons continué te serrice divin. ( Cor» 
rtspondmnce de Henri d'Bscoubleau de Sour^ 
dif» etc., tom. Il; Paris, M DCCC XXXIX , in-4% 
peg. Ixviij.) 

Degui , s. m. Domino. 

On reconnaît, sous cette apocope, le 
mot déguisement , qui se rapporte par- 
faitement à une autre espèce de dominos. 

DÉLiGB^ s. f. Diligence^ voiture publi- 
que. Apocope de ce premier mot. 

DÉLOGE. Voyez Prendre Jacques Dé- 
loge. 

DÉMAQUiLLEB j V. a. Défaire. Voyez 
Maquiller, 

DsMABGEB, DÉMUEGBR,v.a. S'en aller. 

De ces deux expressions la seconde est 
la plus ancienne : 

Tenira Yoiaot tout son butin 
D'être brisé prendre le train... 
A grands pas démurge et se sauve. 

Les Poreherons, ch. IT. {Âmuntments 
rapsodi-poe'tiques, pag. 1 68.) 

Mon enfant, 
Démurge le camp. 

Les Adieux grivois ( attribués à 
M. de Voltaire. N»89.) — U 
Chansonnier français , ou Re- 
cueil de chansons, ariettes, vau- 
devilles et autres couplets choi- 
sis, in-8*. I. recueil, pag. 230. 

Cependant démarger peut revendiquer 
l'antériorité y mais sous une autre forme; 



en effet, notre ancieime langue avait des- 
marcher, d'où le mot d'argot est issu : 

Laquelle beneysson eocores vous prie qne, sur 
le point de desmarcher pour faire vos armes.. . 
vous-mesme^.. faictes, elc. {L'Histoire et plai" 
santé cronicque du petit Jehan de Saintré^ etc., 
cliap, XXVI ; édit. de Guealeite, tom. II, pag. 101, 
lOÎ.) 

... fut ordonné que quand naadamoisdie de 
Pentiievre yiendroit... que maditte dame demnr* 
cheroU trois pas au devant d'elle, ete. ( Les Hon- 
neurs de la cour, par la vicomtesse de Fumes, à 
la suite des Mémoires sur ^ancienne chevalerie... 
par M. de la Corne de Sainte-Palaye. A Paris, chei 
N. BonaT. Duchesne, M. DCC. LIX., iû*S% tom. II, 
pag. 193) 

Voyre, qui vouidra desmarcher 
Matin pour faire diligence. 
Ce me semble, rintelligence 
n ne fault point icy muser. 

Moralité de la vendition de Joseph , si* 
gnalure R iii. verso. 

Puys desmarcha deux carreaulx avant en 
bonne modestie... et feut cette salutation de loos 
desmarchans observée en tout le détours du bal, 
etc. (Rabelais , liv. Y, chap. xxt. ) 

Adonc il commença à courir après, et les fis! 
desmarcher, etc. ( Le Cameron.,. en f rançons, 
par Laurent de Premier faict. On les rend à Paris... 
par Françoys Regnauld , etc. , M. D. xli., io-8*, 
Iliii* nouyelle, fueill. cUxt verso.) 

Dbhi-aune^ S. f. Bras. 

Ce mot, qui vient de Thabitude qu'on 
a de mesurer les étoffes avec le bras, 
existait déjà chez nous du temps d'Oudin, 
qui traduit tiemie aulne par un hraccio. 
Yoyeilsi seeonéle Partie des recherches 
italiennes et françoises, pag. 40^ col. i. 

Plus loin, pag. 445, col. â, comme 
dans les Curiositez françaises, au mot 
Crucifix, on trouve/ntre le demy crucifix, 
expression vulgaire expliquée par de^ 
mander taumosne : 

Vous savex qae les crucifix ont les bras oa- 
Terls, et un demy cmcilix est celuy qui tend le 
chapeau i un autre et liiy demande Taumosne , 
car il n*ouvre que la moitié du bras. (Kecueil ^e- 



196 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



nêral dêà fÉUvres et/antattes de Tabarin. 
A Rouen, chat Itav/d rerraat, M. DC. XXXII., 

• in- 12, |»ag. 74. première partie des œuTres et ques- 
tions do Tabarin, n** xu.) 

Dbmi-strog , s. m. Demi-setiw. 
DÉMOLiB , V. a. Tuer. • 

PeTsnt lui la grande Faticheuse» 
J^ii tel ut lit ide, k la dent oriuse, 
Âmeue de tons les |>ays 
Xcs mortels qu'elle a démaiis, * 

ta Henriade travestie, elc.» ch. Vil, 
' pag* 103. L*auleur •igQal«{ comme 
étant de l'argol le verbe démolir, et 
l'explique. 

DiMORGATtiR; V. n. Démordre, se ren- 
dre à une observation. \k)yei Morguner. 

Dbnatllr (Saint-), n. de i. Saint-Uenis. 

Déplaisquer, V. a. Découvrir | retirer 
des objets d'une cachette. 

Cette expression dérive de cette autre 
imtf^e en plan^ qui est devenue popu- 
laire et qui signifie mettre en gage ^, c*e8t- 
à-dire dans un endroit où l'objet est serré 
et hors de vue. 

DéFONER, V. a. Aller à la selle. 

A première vue, ce mot semble venir 
directement du latin deponere; je crois 
cependant qu'il dérive de notre ancien 
mot ponant, qui avait cours parmi le peu- 
ple dans le sens de derrière; ou qu'il vient 
du verbe paner, usité au xiii» siècle avec 
la signification de pondre : 

Tex gruz se Tont plus repoiiant 
Que gel i nés qui vont /»onant,.., 
ftpelarl soveut se rcponeni,- 
Deable covenl quanqu*il fionent, 

Dâ êêuitê Leocadt , par Gautier de 
Coiusi, T. 1275. {Fahl'aux et contes, 
édlL de Méou, tom. I'*', pag. 312.} 

Pinte parla, qui plus savoil. 
Gelé qui les gros ùksponnmt. 



* Voyez le Dictionnaire du bai-langage , tom. II, 
ag . 239. 



, Le Roman du Eehart% édit. àh 
•tom-K, pag. 51, t. 1333. 

Net tout bas ; iné* qu' la poule en pûHMi, 

Le- Coup ^aiifMtrin, pag. M. 

Desentiflage , S. m. Divorce, dé- 
sunion. • . 

DésRpniFLBB, vt a. 'Divorcer. Voyet 
Enttfler. 

Desticotter, V. a. DéVIdér, parler. 

Qu'pn detticotte le narqfloîs» 

En pictant du pivoy cbinalre, 

£t qu'on eiitrdlle qiiefquefuii 

D omis de baie trois ou qoalre. 

Les Loix de ffacèfiits, prince de Nyse, rof 
des Indes et dira des buveurs, ode 
burlesque. {La Quatriesme Partie du 
Becueil de pièces en prose, etc.; Paris, 
Charles de 5erry, ele.« M. DC hXh, 
in- 12, pag. 433.) 

Desticofter vient, à n'en pas douter, 
du substantif asticot. 

Détaffer, V. a. Aguerrir, rendre har- 
di, audacieux, entreprenant. Voyez Ta/. 

Drtaroquer, ▼. a. Démarqtler, enlever 
la marque de l'épaule, du linge. Voyez 
Taroqver. 

Détourne (Grinchissage à la), s. m. Vol 
dans l'intérieur des boutiques. 

Détourneur, EUSB, s. ni.etf. Individu 
qui pratique le vol ci-dessus. 

Dbvidaob, s. m. Long discours. 

Dévidage a l'estobgub, s. m. Accu- 
sation. Voyez Eslorgue, 

Dévider, v. a. Parler, parler long- 
temps. 

Dbvidbr lb jar. Parler argot. 

Dbvidbr a l'rstorgur. Mentir. Voyez 
Estorgue, 

On employait autrefois le verbe dévi- 
der dansle sens d^expliquer, qui, étyrao- 
logiquement parlant, a presque la même 
signification : 



DICTtONMAIRE D'ARGOT. 



181 



Yolie moDfliêiir, i)ni dépeint mon eiprit juste et 
qn&rréy enmpo^é , é()idié ; l'a très-bien dévidé, 
comiBAdisoil erttedUblesse^ (Lettre de madame 
40 5éfigiié^dii6it^il«71.) 

• 

DÉTiDBUB^ BusÉ, S. Gauseuf^ causeuse. 

Dbvibbgsb^ V. a. Bépucelei*. ttal'., dis- 
verginare. • 

NouB avioni autrefoia desvirginer: 

Les rîeh^ pareles vaillanz... 
Sunt leidtMDent de^irginéu 
Et par force de»|{HC«lée8. 

Benoll, {^rwii^ue des ducs de Hwnwndie, 
tom V0^ii^ 33, V. 863. 

...je Vêj TeoappHer lel«à aucunes filles es- 
Umê depirglnées^ et aitcnnps renini(*s prises à 
force. (Des Dames gallantes; parmi les Œuvres 
œmtplèiis de Brantôme , édit. du Panthéon Ut* 
téraire, tom. Il, pag. 241, col. 2.) 

... j'en alifgiierois plusieurs exemples de pin- 
siears desvirginées en telles eofance», etc. (Des 
Pâmes galianUs,^ quatriesme disooon ; ifikU , 

DfABLB^ 8. m. Agent provocateur^ ten- 
tateur. 

Le preTost desrobe, prenant nn pauvre inno- 
ceot, et le mettant en un cachot sans lu y dire 
poarqnoy ; et au bout de trois oo quatre Jours qu'il 
le lirDt en une cliaisne , envoyé un diable de ceux 
de la prison, luy dire qu'il est accusé de fair** de la 
Um*e monnoyiv et qu'il y a dix tomoius qui oui 
déposé ronire luy, mais que pour la considération 
d'aucuns siens amis il le mettra un soir en liberté, 
a'il luy veut donner cent pistules pour contenter les 
teamoings, et faire en sorte qu'ils se taisent. De 
quoy le pauvre innocent t'spouranté, vend jusqu'à 
la diemisi» qu'il |»orte pour sortir de tant d'afflic- 
tion. (L Antiquité des larrons., par don Garcia. 
▲ Paris, cliezToussainctduBray, M. OC. XXIII. » 
111-12, pag. 101, 102.) 

DtioiiNiBii^ S. m. Moutardier. 

Qui ne connaît la moutai*de de Dijon ? 

Son histoire n'est pas moins connue 
depuis les recherches que lui a consa 
crées un écrivain fortement exercé aux 
trav-aux de l'érudition ^, ce qui ne l'a pas 

> Eêsmi sur l'hùtoire de la moutarde de D^on; 



empêché de tndter son sujet d'iihe ma* 
nière plaisante, comme il convenait. 

DiLiGKNCK DR RoMB^ S. f. Langue. 

Avec cet instrument on peut aller plus 
Iqin encore^ surtout en y joignant Âé 
l'argent. 

DiNDOBNTBB^ S. m. Infirmier. 
. Jà ne puis me fendre compte de la ra- 
cine de ce mol; iuais je $oupçonne qull 
n'est poiiil étranger à une expression 
dont je trouve un exemple dans un an- 
cien fabliau : 

Li preudom, kî fait la dorntUe, 
Eacouie, si enient et orelle. . 

Du Prestre 9* on porte^ v. ISS. (FaBHiÊUi 
et contes, édit.. de Méoii, tom. IY« 
pa|. 26.) 

Lî muririers qui fet la domoitie. 
An lit aqueurr, etc. 

J)e fSmpereri, eie., v. 1629. ( Noweau 
tteeueil de fabliaux el contes, tom. U, 
l>ag. M.) 

Tos me faites or la domeille. 
Qui ici vos vois aresnant. 

Le Roman du Renart, tom. lit, pag. 66, 
▼.21574. 

... et appella Montbieru qui falsoit la dorme- 
veille, etc. {Les cent Nouvelles nùuvêitês, 

nOUV. LXHt.) 

L'infirmier serait donc celui qui, 
chargé de garder des dindons en cage, 
ne dormirait jamais que d'im œil. Dana 
une facétie du xvi* siècle, le nom d« 
Dindo est donné à un apothicaire : 

Itfm , donne et laisse k sire Dindo CanisÉilli 
son a|H)tbicaire... la vessie de son poiireean^ pour 
en faire une chausse à doimer clysieres. (For* 
mulaire fort récréatif... /aict par Bredin la 
Cocu, etc., édit. des Joyeuselez, pag. 160.) 

Mais peut-être dindomier n'est- il autre 



Dijon, E. Jobard, 1854. Celte brochure, de vingt-dnq 
pugrs au piu8. a été examinée dans VAthentsum 
frattçais; Paris, samedi 25 novembre 1954, pag. 1106. 
001.3. 



13» 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



chose que le mot dindonmer altéré en 
vue dVn/e, qui signifie p(w/«. 

Dix-huit^ s. m. Soulier remonté ou 
ressemelé^ ou plutôt redevenu neuf; d'où 
son nom grotesque Aedix-huit^ ou deux 
fois neuf, (Paris anecdote y pag. 155.) 

DoMiff08,s. m. Dents. 

DoNMBB (Se la). Fuir. 

La se rapporte ici à la clef des champs^ 
expression synonyme de liberté. 

DoNNBB DB l'aib (Sc), V. pr. S'cnfuîr, 
s'évader. 

DoBANCHEB^ V. B. Dorcr. 

Peut-être a-t-on modifié la terminai- 
son de ce verbe par allusion à la couleur 
de l'orange. 

DossiÈBE y s. f . Fille publique du der- 
nier étage. 

Il est à croire que ce mot vient de 
dauffe, et que , dans l'origine, on a dit 
daufftère. Voyez le premier de ces deux 
mots. 

DosaiÈBE DE SÀTTB , S. f. Chaisc. 

DouBLB CHOLBTTB, S. f. Litre. 

Doubles ventbbnbs, s. f. Lunettes. 
Voyez Ventfsme. 

DoocB, s. f. Soierie. 

DoucBTTB y s. f. Lime. 

Douille, s. f. Cheveu. 

Ce mot n'est autre chose qu*un ancien 
adjectif français, issu de delicatusy et 
usité dès le xiii® siècle dans le sens de 
mou, de flasque, et, par métaphore, 
de triste y d'abattu: 

Sa naîn a mis de haut en bas , 
S*a eoooDU^ le *** du prestre. 
Or ne set-il que ce puet estre, 
Por ce que il le trueve doUte^ 
Se c'est chauduns ou c'est andoille 
C'on i ait mis por essuer. 

U Fabtl J'jéUftîl, ▼. 813. {FtthUattx et 

contes,. édïL de Méon , tom. III, 

p<g. 351.) 



Ne TOUS reroaingnent oeil , ne vis... 
Où par tout ne soit t.. planté ; 
Si ne soient ne mol ne tloille. 

Les quatre Sonhais S. Martin, v. 100. 
(làid. , tom. IV, pag. 389.) 

Tote baiene et tote doilie 
Convint méismes à tranchien 

De Connebert^ ▼. \b.{Nouçeau Reeneil 

de fabliaux et contes, etc., tom. I*', 

pag. 113.) 

Lors vint tandis qu*il eslecient, 
Et li vilains rudes et doiiles 
Regarde aval viers ses andoilles, etc. 

Le Roman du Reaart^ tom. IV, pag. 18 , 
V. 488. 

De doille nous avons fait douillet, dont 
l'argot, comme on va le voir, s'est em^ 
paré. 

Douille, s. f. Argent. 

Ce mot ne viendrait-il pas de ce que 
la monnaie blanche ressemble aux ligues 
tapées, que Ton appelle douillettes k 
Paris? 

Douillet, s. m. Crin. 

DouiLLUBE, s. f. Chevelure. 

Dbagon (Faire voler le). Se mettre en 
campagne. 

Fo fait serment les uns aux aatres, que ae au- 
cun d*eulx estoit pour ce pris, ils feroient qu'il se- 
rolt délivré, et pour ce... se aesemblerolent à S. In« 
noceot. Et après ce se fussent yceulx départis , et 
par aulcun d'iceulx enst esté/at< vouUr le dra» 
gant sans ce que ledit de Louvres feust onquet da 
conÂict , etc. (Lettres de rémission de l'an 138S, 
dans le Trésor des chartes, reg. 138, ch. 335.) 

Six jours après je la trouvay hors la porte de 
Montmartre, sur un cheval de hast, jambe deçà , 
jambe delà, qui rioit à gorge deaployée, e^ s*en al- 
ioit avec les chassemarées, pour avec eux... faire 
voler son dragon , et retourner en son pays. 
(Œuvres eamplètes (FAmbroise Parëf liv. XIX , 
chap. XXV ; édit. de Malgaigne, tom. Ill, pag. 53 , 
col. 3.) 

Cette expression est née d'ime alla- 
sion à Pusage où l'on était autrefois de 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



139 



porter un dragon devant le roi quand il 
se mettait en campagne. Voyez le Glos- 
saire de du Gange, tom. II, pag. 936, 
ooL S, et nos Recherches sttr le com- 
mercCy la fabrication et tusage des étof- 
fes de soiCy etc., tom. II, pag. 135^ en 
note, et 307, not. 1. 

On employait encore autrefois le mot 
dragon dans le même sens que nous 
donnons aujourd'hui à chimère : 

le me fais àe&dragùM anisi binn que les an* 
très. (Lettre de madame de Sétigné du 9 férrier 
1671.) 

Le chaud tous faisoit disparottre, et nourrissoit 
toi» Tcift dragons. ( La même , lettre du S sep- 
tembre 1671. ) 

fooges à Yoos, ma chère eufant, ne ? oos faites 
pmni de dragons. (La même, lettre de juin 
1677.) 

Dbagueub, S. m. Escamoteur, charla- 
tan, banquiste. 
DaiLLBy s. m. Soldat. 

Nul de tous eei affiquets 
Dont ou pare nos driiiei... 
Cela se faisoit- il du temps 
De Jean de Yen? 

Cbaoson du xtii* siècle, Ms. de mon 
cabinet, fol. 144 ter recto. 

On employait aussi drille dans le sens 
de garçon : 

Non, je veuxy ma fiUe, 
EprouTcr ce driUe. 

VEcoLt de* amours grivois, M. DCG. 
XLIV., se. i. 

Se peut-il qu*une honnête fille... 
En franche serrante sliabille? 
Cest pour Tamour de quelque driUe. 
I6id., se. T. 

Rester garçon encor, garçon ? oh, oh! queux drille ! 
Dufrcsoy, La Coquette de f^itlage , act 1'% 
se. !▼. 

Ce mot vient certainement de soudard , 



assertion qui ne peut manquer de paraî- 
tre étrange^ quand on ne sait pas que 
ce dernier mot a produit soudrille avec 
le même sens : 

Pampholigot... les laisse en leur plein et en- 
tier effect... non pour autres raisons que pour estre 
très-neceaiaires et secourables aux soldarts, so^ 
drilles, pionniers et gonjarta. {Les nouVî et plais. 
Imagm, de BruscamMUt éàii. de M.DCXV., 
in-13, fol. 194 recto.) 

On dit que quelques bons esprits 
Ordonnèrent qu'on fist des grilles 
Pour se garantir des soudrillet 
Du redoutable Jean de Vert. 

Scarron, Typhon^ ch. II. 

Casse la garde de toudrtiles, etc. 

Le même, la Mazarimade^ t. 97. 

On se rend facilement compte du sen« 
tiraent qui a fait délaisser la première 
syllabe de ce mot , comme si elle en eût 
formé un autre. Ainsi écourté, soudrilU 
est devenu français^ bien qu'il ne s'em- 
ploie plus aujourd'hui que dans certaines 
locutions très-familières. 

DfiOGUB, s. f. Femme laide ou dé- 
sagréable. 

Dans notre ancienne langue, nous 
avions drague avec un sens presque iden- 
tique : 

Gelé fresaie, celé drague 

Gîtons en mer isoelemenl. 

De FEmpereri qui garda ta cluuteé par 
moult temptaeions, v. 1868. {Nouveau 
Recueil de fabliaux et contes, lom. Il, 
pag. 60.) 

Faut^il voir dans cette expression une 
allusion au hareng qui est sec et qui a tme 
odeur désagréable? Ce qu'il y a de cer- 
tain» c'est que si, dans notre langue, on 
appelle harengaison le temps du passage 
et de la pèche du hareng, en Normandie 
et en Picardie on le nomme droguerie^ 



140 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



et les bateaux^ drogtteurs. Voyez, ExplU 
cation des termes de marine employez 
dans les édicts, etc. A Paris, chez Michel 
Bninet, M. DG. XXXVillI., m-4% pag. 5. 

DBOGusa,Y.n. Attendre. 

Ce verbe, qui est une métaphore^ est 
emprunté au jeu de la drogue, usité sur- 
tout parmi les soldats. 

Droouerib, s. f. Demande. 

Dmogueur db la B4tiTB, S. m. Es- 
croc qui soutire de l'argent à Taîde d'une 
histoire. 

Due, s. m. Fer; fourbi, duroso. 

DuBAiLLB, DUEB, S. f. Pierre. 

S'il faut en croire Oudin ', Leroux et 
â*Hautel, on donnait vulgairement aux 
pierres le nom de miches de saint 
Étieume, parce que ce saint fut lapidé. 
Dans un ancien mystère, un bourreau lui 
erie: 

Tpnf2, prieur des mal prisée, 
▼oilà dfli miches de mal an. 

Le second Uçre des Actes des Aposires, 
fettillel ,Wu r*, col. 1. 

On appelait aussi les pierres miches du 
etmveni militaire , expression que Cot- 



grave traduit par hnllèfs, or stones. De 
même, dans leur fourbesqué, lés Italiens 
appellent une pierte àrtone di ealcùsa , 
pain de terre, on pan di S, Stefano, pain 
de saint Etienne. 

DUBG ABBlQUFMOTft, DVBB À ÉIFLB^ S. f. 

Pierre à briquet, pierre à feu. 

DuRB, s. f. Terre. 

Ce mot , ou plutdt l'expression cou- 
cher sur la dure, dans laquelle il est 
employé, fut depuis longtemps partie 
de notre langue. Je le trouve eu effet 
dans V Apologie pour Hérodote^ liv. V'^ 
chap. XXX.VI (L'an M. D. LXVi. au mois 
de Novembre. In-8'',pag. 533); dans les 
Essais de Montaigne, liv. V% chap. xl; 
dans les Vies des dames illustres de 
Brantôme, art. de Marguerite, reine de 
Navarre (Œuvres complètes ^ édit. du 
Panthéon littéraire, tom. II, pag. i85» 
coL i ) ; dans les Dames gallantes, du 
même auteur ( i6irf., pag. id5, col. %); 
dans la satire II de Régnier, etc.; et nos 
anciens lexicographes, tels que Cotgrave 
et Oudin, n'ont pas manqué de le re- 
cueillir. 



£ 



Eau d'affb, s. f. Eau-de-vie. 

Le mot d'affe, qu'il conviendrait mieux, 
ce me semble, d'écrire aff, est l'abré- 
viation d'affaire, que l'on employait au- 
trefois pour désigner del'eau-de-vie^ je 
ne sais pourquoi : 

L'un lui TA quérir Ha Tin, r«titre du rogonw 
et de «/«//aire, etc. (Ces Bals des 6015, 4* av»*!!- 
tiire, parmi Ifg Œ"vres' badinex compleltes du 
comte de Caylus, lom. X, pag. 104.) 



» Cur. yV., an mot Miche. — Sec. Pari, des Meeh. 
iial. eljt,, pag. 369, col. 2. 



Une circonstance qui a pu contribuer 
à la formation de l'expression d^eau 
d'à f Je y c'est qu'il y avait autrefois de 
l'eau de nafe ou de naphe, dont il est 
fait mention dans Boccace ( Décaméron, 
journée lU, nouv. x); dans la Vieille 
courtisane de Joachim du Bellay ' , et dans 
Rabelais (liv. 1'% chap. lv). Voyez dans 
l'édition Variorum de ce dernier auteur, 
tom. II, pag. 367, un long commentaire 



> CEuvres françoues^ etc., édit de M. D. XCVIL, 
iu-12, fol. ft49 recto. 



DICTIONNAIRE lyABGOT. 

sur ce mot , qua Cetgrave, d'accord avec 
les Bénédictins , éditeurs du Glossaire de 
du Gange % rend par orange flower wor 
ter. 

Sous Louis xm, cette eau était encore 
connue* U en est parlé dans le Ballet 
du Courtisan et des Matrones (A Paris^ 
éhez Toussainct du Bray, M. DC. XII.) ^ 
pag. 75, et dans les Lettres de Ma/herbe 
à Peiresc (Paris, Biaise, M. DCCC. XXH., 
in-S*") , pag. 508, pu je lis : a Le roi^ par 
caresse, lui jeta quelques gouttes d'eau 
de naf/e au visage dans la chambre de 
la reine. » Lettre du 19 décembre 1626. 

Nous avions autrefois affleux, dans un 
sens qui n'a pas bien été déterminé, que 
jesadie: 



n'a pas encore longtemps que regnoit en la 
▼illed'A.ngi*rs no bon a/fieux i)e cliiendrnt, nommé 
awMtre Pierre Fai-feo, etc. ( Les Contes et joyeux 
devis de Bonav, des Periers, nouT. x&t.) 

ÉcoBné^ is, s. Accusé, accusée sur 
h sellette. 

ËGoansBfV. a. Injurier. 

La racine de ce mot est bien ancienne, 
et se trouve dans l'ancien hautrallemand. 
Voyez' le Glossarium Germanieum de 
Wacbter, au mot Scheren, Les Proven- 
çaux avaient esquem, esquam, isquem, 
esqnema, les Catalans escam; les An- 
glais ont A;om^ les Espagnols tfscarnio, 
les Portugais eseameoy et les Italiens 
Mcherno, schéma, scomo. En ancien 
français nous avions eschamir, escher- 
nir, dans le sens de berner, moquer, rail- 
ler, comme les Provençaux escarnir, es- 
quemir; les Anglais ont encore to scorn, 
les Catalans tscamir, les Espagnols et 
les Portugais escamecer, et les Italiens 



• Tom. lY , pag. 690, col. 1 , V ffantia. 



sehemire, avec la oféme significatioi), 
ou peu s'en faut. 

Escliarn , escharnir et eschemir, étaient 
depuis longtemps tombés en désuétude '^ 
au moins parmi les gens qui se piquaient 
4e bien parler, quand apparurent escome 
et escumer, qui en dérivaient, ou que 
l'on avait pris à l'italien, si répandu en 
France au xvi* siècle. A cette époque, 
la dernière forme du vieux mot esvharn 
n'était pas fort ancienne dans la langue» 
car Henri Estienne reproche a à ces mes- 
sieurs les amateurs de la novalité » l'em- 
prunt d'escorne, dont nous avions l'équi- 
valent chez nous *. Cette forme fut ac- 



' Le dernier exemple du second de ces deux ver- 
lies que je connaisse , se trouve dans la NatwUé et 
moêtm Hiiiwmr Jefus-Chriêi : 

De Tomme ancien uckamir 
Nui bien ne l'en pourroit venir. 

Myttèret inédiudu Vf* tiiele, ton. U, 
IMig. as. 

n parait cependant quVjconier, dans le sens de 
mépnur^ avait déjà cours au xiv* et au XV* siècle « 
si uous avons bien compris les passages solvants: 

N^afiert à roi , s*il ne se het , 
K*il voisl de t>ouzon eicamef 
En tel lia sacs et par si noir. 

Menari fe nouvel , v. 27ft3. ( Le Momçn 
du Renari^ édit. de Méon, tpm. IV. 
pag. 2Sb. Voyez aussi pa|^ WS\ coi. 8.; 

L'autre question, en efTect , 
Est telle : Cug Mucé guo};uelu 
Treuve sa femme seur le faict \ 

Assavoir mon se s*est mieulx faiel 
A luy d'appeler ses vobins... 
Pour sa povre Temme eacarner, 

Leê Proietz nouveaulx de CoquillaH, 
édit de CoUAlelier, pag. M. 

' Traieté de la cof\fbrmité du language ftan^me 
avec le grec... duquel Taiiteor et imprimeur ni 
Henri Estlene, flisde feu Robert Estiene, sans Ifeu 
ni date, Id-S*, troisième feuillet recto et verso dé 
la préfiioe. 

Dans un autre ouvrage, parlant dV«cAffnrtr, le 
même écrivain dit : 'i Les Italiens en ont faict leur 
fchemire , les Espagnols leur escameerr, » elc* Voycx 
Project du Hi^e intiiiUé De la PrecellcnCp fu ^a* 



14S 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



cueillie d'autant plus volontiers, qu'il 
était plus facile d'attribuer à escome et 
à escomer une étymologie plausible. 
C'est ce que fit le savant qui vient d'être 
cité^ alors qu'il aurait pu mieux faire : 
«On pense, dit-il àescomOf qu'il vient 
du deshonneur que reçoit le taureau qui, 
avec la victoire, perd aussi les cornes, 
tellement qu'il demeure «corna^o*. » 

Bouchet croyait aussi que corne était 
la racine des mots en question ; c car 
nous disons, fait observer cet écrivain, 
celuy-là estre demeuré escorné^ ou avoir 
souffert une escome, qui ne se peut re- 
vanger, et est demeuré sans defence, les 
cornes augmentans la hardiesse '. » 

Les passages suivants serviront à rec- 
tifier ce que celui de Bouchet renferme 
d'inexact : 

si ainsi est <pie ceox qui reçoiveDt escome en 
lenr mariage, sont appelez oornards... je coiicius 
que les femuies ne peuveDi estre cornardées. 
(Matinée yi du seigneur de Cliolieres.) 

... fen ay veu et cognu une dame à laquelle 
un grand prince... fit ceste escome ^ d'intro- 
duire et apposter un cordelier d^aller ti-onver suu 
mary, etc. (Des Dames gallantes, premier dis- 
cours; dans les Œuvres complèies de Brantôme^ 
édit. du Panthéon littéraire ^ tom. IIl^ pag. 200, 
col. 1.) 

Le prevost de Rouen cependant, irrité contre ce 
voleur, à cause de Vescome qu'il a?oit fait à ses 
archers, résolut .. d'en tirer raison, etc. {inven- 
taire gênerai de l* histoire des larrons, Ut. 11, 
cliap. III.) 

Cette première écorne le mortifia fort. (Mé» 



gage françois, etc. A. Paris , par If amert Pâtisson... 
M. D. LXXIX., In.8«, pag. 3ia 

* Deux Dialogues du nouveau langage firançois 
italianizé, etc., sans Heu ni date, in-a% pag. 91. 

Le mot eseomé , dans ce sens , est bien vieux chez 
nous: 

Escorchié Tout comme buef eseomi. 

Jourdaint de Blaivie» , v. Iil28 ; édit. du 
D' Conrad Hofmann, pag. 221 
> Livre premier det Serées de Guillaume Bou" 
cfttff , Tint* serée. 



moires du dite de SoêniSimeH, année 1706; 
édit. in-8'', tom. V, pag. 69 '.) 

ËcBEvissB; s. f. CSardinaL 

On lit dans une chanson composée 
sur Dubois, archevêque de Cambrai ^ 
lors de sa promotion au cardinalat : 

Admirons Sa Sainteté, 

Qui transforme en écreriste 

Un vilain crapaud crotté. 

Nouvelles Lettres de Madame la duchesse 
d'Orléans^ trad. par G. Bruuet. Paris, 
Cliarpentier, 1853, iu-i2, pag. 2S8. 

Édbedon db TB0I8 PIEDS, S. m. Paille 
siu* laquelle couchent les indigents et les 
prisonniers. [Paris anecdote^ pag. 128.) 

Effaboucheb, V. a. Voler. 

Ce verbe est une altération de notre 
vieux mot/rottcAter, frogier^frouger, qtiî 
signifiait fructifier, profiter, gagner : 

Vous aves effarouché mon portefeiiitle. (Th. 
Gautier, Fortunio; Paris^ CharpenUer 1S4S, iD-12, 
pag. 62.) 

Ahî, ders! plus ne frouger€Uy 
N'a clergie plus n'entendras. 

Le Roman du Renart, suppl., var. et cor., 
pag. 51. 

Sire, ne me deves mon mehaing reprochier, 
Quar onques nule beste ne poez chevauchier 
Qui puisse desor vous amender m frouelùer. 

Du Plaît Renart de Dammartin contre Vairon 
son roncift, v. 17. {Nouveau Recueil de 
contes, diUffahliaux, etc., mis au jour... par 
Achille Jubinal. Paris, chez Challamel, 
1842, in-8*, tom. 11, pag. 23.) 

L*ost se rapresie lendemain , 
Car n*a espoir de \kfrogier. 

Branche des royaux lignages , v. 6669. 
( Chroniques nationales françaises, 
tom. VU, pag. 274.) 

Égbugboib^ s. m. Chaire à prêcher. 
Allusion à la matière et à la forme des 



* Plus loin , pag. VA , sous l'année 170*7 , on trouve 
un exemple du mot écorné employé dans le sens 
(Camoindri^ 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



443 



petits vaisseaux dans lesquels on égruge 
du sel^ du sucre^ etc. 

ÉuxiB DE HtssAJtD, S. m. Eau-de-vie. 

Emballu y y. a. Arrêter. 

Tout étaot ainsi cooTenu, nous famés embalés, 
bommes et fcmines, dans une grande charette, es- 
cortée d'un gros de gaUMiers, l'épée en ban- 
dooillere. (Homnff soit qui mal y pense, ou 
BisMre des filles eeleires du xtiii* sieeU, A 
LCMidrcs» M nCC LXI, in-8«, 1" partie» pag. 70.) 

Emblàmb, 3. f. Tromperie. 

Emblemib^ V. a. Tromper. 

Ce mot et le précédent, que Vidocq 
indique comme tombés en désuétude^ 
sont une dérivation du nom des Bohèmes, 
qui étaient « qui sont encore passée maî- 
tres en fait de tromperie. Aujourd'hui, 
à Lyon , parmi le peuple, bohème, qu^on 
prononce boime, est synonyme d!enjô- 
levr, i^ hypocrite; et faire le bohème s'em- 
ploie couramment au lieu d'enjôler, de 
tromper. Il est à croire que, dans l'ori- 
gine, on disait aussi enbohemer pour ex- 
primer la même idée. 

Emplatbe, s. f. Empreinte. 

Gomme on emploie aussi du plâtre 
pour prendre des empreintes, de là le 
choix de la finale du mot d'argot, qui 
pourrait bien n'être qu'une allusion aux 
emplâtres de poix de Bourgogne pres- 
crits dans certaines maladies. 

EliiPBOSEUB j s. m. Pédéraste. Voyez 
Praye. 

Ercabadb, s. f. Entrée. 

Encabbbb, V. a. Entrer. Voyez Careur, 

Ehdobmi, s. m. Juge. 

EnnoBMiB , V. a. Étourdfar, tuer. 

A la deaxieme courae, le seigneur de Loiselench 
altaînt Saintré à la bufre,telleinent que a bien peu 
mVendormil. {V Histoire et plaisante croniC' 
que du petit Jehan de Saintré, etc., édit. de 
GodUette, cliap. L, toro. U , pag. 334, 333.) 

Eudossb, s.f. Épaule« 



EfïFAiiT DE choeub, S. m. Paiu de 
sucre. 

Enflée, s. f. Vessie. 

Enfbimeb , V. a. Envisager. 

Engabteb, V. a. Voler , prendre, sai- 
sir, empoigner, mettre la main dessus. 

Ce grand moosiea... a troufé son garçon qui 
H afait enganlé mille écus, etc. {Honny soit qtU 
mal y pense, etc., i" partie, pag. 59.) 

Quoique Irès-adiniré parles mères de laroille» 
ce jeune homme modèle était méprisé par les ou- 
vrières de sa sœur, et surtout par la demoiselle de 
comptoir, qui (>endant longtemps avait espéré Teii- 
ganter, {La Femme supérieure,., par H. de Bal- 
zac ; Paris, Verdet, 183S, in-8", tom. I*', seconde 
partie, chap. iv» pag. 182.) 

Autrefois , on employait le mot gant 
dans le sens de main : 

lÀ escoufles i fu Hubiers, 
Qui toudis a les geuis ouviers 
Pour prendre, aussi comme ont li preitres. 
Renan le nouvel, v. 147. (Le Roman du 
Renart, tom. IV, pag. 130.) 

Engbailleb, bsgbaillbb, bsbailleb^ 
V. a. a Engrailler Fornie^ prendre la 
poule avec un haim, » dit le Dictionnaire 
argotique du Jargon. 

Cette expression a été formée par allu- 
sion à Vengrélure , terme de blason qui 
se disait d'une bordure dentelée, ajoutée 
tout autour de certaines pièces honora- 
bles de reçu. Engrailler Vomie était 
donc Vengréler avec un hameçon. 

Vient maintenant esgrailler, que nous 
trouvons également dans le même vo^ 
lume, au mot Prendre. Ce verbe me pa* 
ratt venir de grêlée, qui, dans notre an- 
cienne langue, se disait du chant des 
poules 1, ou plutôt de grailler , dont la 



Grelce de gelyns , tarbe de ceroel«. 
JYeytiz que mou»»ire Gauler de Ribelet' 
fDortheJUt à madame Dyvnieie de JVoun- 
ckenty pur aprite de longwage, Ms. Arun* 
dd, Mutée Britannique, n* 230. 



144 



piCTIONNi^inS D'ARGttT-. 



fjgnifioetîoD était plus étendue : « Grail^ 
ter^ dit Cotgrave, qui signale ce mot 
oorome peu usité, to wind an korn Aot- 
lowly; to, blur a irumpel; to speak 
hçarsly, çr wUh a broken voice, or cry 
likearook.n 

si tu ne grailiet |»luf en pie, 
Bref, M lu ii>i plut' morfondu... 
Va prendre un elieval i la poète. 

Les Cheptliet dt M* Adam , menuîsiâr de 
Neprn. A Paris , chez Toussai iicl Qui- 
net, M. DC. XUT.« ii|r4% peg- 7^- 

Esgroiller Vomie aurait donc été ima- 
giné pour indiquer la suppression du 
cbant de- ce volatil^, que l'on obteniail 
aftiement en lui tordant le cou : ce que 
ne manquait pas de faire le matois^ 
quand il s'en était emparé. En tous les 
cas^ Ve^graiUer de Targot ne parait avoir 
net de commun que la physionomie 
avec le verbe que Gotgrave traduit par to 
êlwle, or itfaddU wilh tkefeet, or legs. 

Autrefois ugraillm- avait également 
ooors j au moins à Rouen, avec le sens 
A'éearter, d'ecarguilier , et se disait sur- 
tpnt en parlant des yeux : 

T l'allcft piaffant aveaque leu dentellf ; 

Le Main dessu la banque, en etgraiUtiiU le «eo. 

tM Gante, ▼. 17. {Cîm^esme Partie de la Mute 
natmande, pag. 113.) 

Dans un petit gardin que madame Tellure, 
tour ailryer nos ayeua, aUiffé de verdure, 
Btl celle source d*iau, dool le soc gracieux 
TH^ iail lequcr la lippe et esgrailler le zyeux. . 
JUe Ifjrdropotes, ▼. 13. (Vunslesme Partie 
de la Mme normande, pag. 188.) 

ti ••! leu taini jannastre et le xyeux tgraillez. 
Sur t arrivée des Polonoit, ▼. M. {Trei* 
zletme Partie de la Mute normande, 
pag. 219.) 

Beete ^srailler, qui se rapporte sans 



doute à Teffet que prodtût lliaipeçDn 
sur le bec de la pouje ainsi prise. 

EtvusvEB (S')y V. p. Être tourmenté par 
la faim. 

Erquiller, V. a. Entrer. 

EnQUILLEB UNB THUKE OB CAMBLOm. . 

Cacher entre ses 'cuisses une pièce d'é- 
toffe. 

Les janibes sont ici assimilées à des 
quilles ; nom que cette partie de notre 
individu porte parmi le peuple. 

EiisbciÎ|t£b> V. a. Voyez Bouisbauis. 

EnTiBaBj PETIT-MONDE^ PIÈCE ^ S. Len- 
tille. 

Ce légume doit sot premier nom à une 
allusion à la lune , et les autres à de$ 
comparaisons ftu globe de la terre et à 
des pièces de monnaie. 

Entipfle^ s. f. Église. Voyez Aniiffe, 
Entonne. 

Entifflbbj V. a. Marier. 

Entifflement^ s. m. Mariage. 

Entolbb^ V. a. Entrer dans une mai- 
son avec Tintention d'y voler. 

EBTOiitiB^ s. f. Église. 

Il est à croire que ce substantif e^ le 
résultat d'un jeu de mots qui roule sur le 
double sens d*en/onn^^ que Ton disait ^ 
dans Tune et Tautre acception^ des ffens 
d*Église et des musiciens : 

Pour nombrer Ict vprtus d*un moine. 
Il faut qu'il soit ord el gourmand... 
Qu'il se cre^e à table eu beuvaut * 

Et en mangeant comme un |K>urocau. 
Pourveu qu'il sçache un peu de chant , 
C'est assez, il est bon et beau. 

jipotogie pour Hérodote, liv. l**", cbap. ax ». 



■ Un peu plus loin , Ht* orl EsUenne cite une longue 
pièce de vers contre les moines» dana laquelle to 
poète leur dit : 

Mais pour le service dlTln 
Vouii faites service de vin , 
En fredonnant vos dona aeoordt. 
Enfla, chap. xaix, le rnenf iorivaln rapporte Vifj- 



DKÎTIONNAIRE D'ARGOT. 



lAd 



SçavaiM docttairs, grands $01106111*8 'd'orgues. 
Très-beaux el bons camllooneurs. 
Bous cliantres et bons entonneurs, 

Ovide travesty, etc. , fable tu : Le Déluge. 
(OEuvrts de monsieur (tAssoitcy, A Pa« 
lis,M.DC.^XVIH., in-12, pag. 13.) - 

Pour celny qui eonduisoit la musique, c*estoit 
■n bomaie tout*à-rait teiferable... pour la quantité 
lie predeux sapliûsqui reluisoientsur son visage... 
et qui.;, faisoieot bien voir» en l'Iionneur de la vigne, 
combien ce grand musicien estoit excellent par des- 
sin tous les autres eft Tart A*enionner. {Les Avan- 
iurts d'italie de M. d^Assoucy. A Paris, de l'Im- 
primerie d*Antoifie de Rafllé, M. DC. LXXVII., 
ÎMl, pag. 19.) 

Dumesnil, chantre, antonneur de vin, au caba- 
ret. {Calendrier du Père. Duchesne , etc,^ aima- 
naeh pour la présente' année 1791... A Paris, in-18, 
pag. 43. Patrons de décembre, 4 dn mdis.) 

Il eust esté bon* ohaiUre, il eritORue Wen, c'est 
ime tUimiÊn au double sens (festonner, i. il boit 
bien, {Curiositei fra^çmses , au 'mot Chantre, 
Yoyes aussi Jnlomier») 

La réputation qu'avaient les gens d'É- 
glise d'aimer à entonner était si répan- 
due , que l'on disait aussi boire Sautant 
et d'autel : 

Il Toulnt soupper tout à loisir, et firent très- 
grmnt chiere, qui pas ne se passa sans 6otre (f au- 
tamt et d^autel. (Les cent Nouvelles nouvelles, 

▼. TH.) 



Plus tard, on chantait : 

Boire a la capucine , 
Cest boire pauvrement ; 
Boire à la celestine , 
Cest boire largement; 
Boire à la jacobine , 
.Cest chopine i chopine; 
Mais boire en cordelier, 
Cest vuider le cellier. 

Parodie de Cadmus. (NouvelU* Parodies 

bacchiques,,, recueillies et mises en 

ordre par Christophe BaUard , tom. 

!«'. A Paris, M. DCC. XIV., in-8», 

pag. 33.) 

Dans le cant anglais^ église se dit au- 

Mologle qn'oo avait trouvée kpretlbyter^ c'est 4-dire 
nrm alita Môens ter. 



tem , parce qu'en effet c'est là le tu au- 
tem, la fin de bien des choses * : 

Je y estoys, dis! Gargantua, et bien tost en sçau- 
rez le tu autem. (Rabelais, Ûy. I*^ cb. Un.) 

... c'est la -le tu autem de ces messieurs. (Ma- 
dame deSévignéi lettre du 15 avril 1085.) 

Mais tout le tu autem, j'ai su le découvrir. 

Arlequin Esope (1691), act. !•', se. iT. {Le 
Théâtre italien de Gherardi, etc., édtl. de 
M. DCC., tom. I**-, pag. IHI.) 

Entonnoib, s. m. Gosier. 

Faut-il me voir ky rednit 
À n'avoir rien, ny cru, ny cuit, 
Que fa menestre et la salade ;- 
Et qui pis «t que du vin uoir, 
Ou du iin jaune, doux et fade, 
^ Qui faict rechigner V entonnoir? 

La Rome ridicule, caprice. M. DC. XLIII.» 
in-8*, st. LxviK, pag. 36. 

Entbavagb^ s. m. Conception. 
En tbavebsb , adv. Aux travaux forcés 
à perpétuité. 

EnTBEYEB^ ENTEBVBB, EirrBAYEB, V. a. 

Entendre. «Enterver, dit Cotgrave, to 
understand. ) Barrag. » Ancienne ger- 
mania, entrevar^ entruchar. 

Je trouve ce mot , avec la même ac- 
ception, dans une de nos vieilles chansons 
de geste : 



Uns maus leciere, que Dex puist maléir... 
Ot et enterve queqe Kalles a dit. 
La Chevalerie Ogier de Danemarche, tem. I*', 
pag. 42, V. 998. 

Je le trouve également dans une pièce 
dramatique de la même époque environ, 
ou postérieure de bien peu ; mais j'avoue 
que là je n'en comprends pas le sens : 

En vous ne se marie 



I Lrs leçons dn bréviaire se terminent par tu au- 
tem. Domine, miserere nostri^ comme le Roman de 
Uom et Rimenhild, Voyez l'éd. de if>45, pag. ou, 

10 



iw; 



DICTiONNAlHE D'ARGOT. 



M*anic qui \ou» rnlerve. 

Miracle de Théophile ^ par Rutebeuf. 
( Théâtre français au moyen âge , 
I>ag. 151.) 

Roquefort, il est vrai , prétend que ce 
mot signitie soustraire , enlever adroite^ 
ment, étant dérivé, dit-il après Barbazan, 
du latin invertere \ Là-dessus il cite ce 
passage de CoquiUart : 

Partir, dire adieu à la fille. 
Est-on prest, la bouche laver» 
De mesme le trou, la cheviUe 
Tenir ferme pour enterver. 

Le Monologue des Perrucques, pag. 167. 

A mon tour , je citerai cet autre pas- 
sage, de beaucoup postérieur au [^cè- 
dent : 

Un autre jeune cervelle 
Fut descouvert sans chandelle 
Comme il alloit enUrver 
Une nymphe à son lever. 

La Caballe des matois. ( la Gazette. Â 
Pari», 1609, in-12,pag. 57.) 



Après ces deux passages, je crains 
bien de me rendre un compte exact de To- 
rigine de ce verbe, dérobé à l^argot , en 
voyant le détestable usage que l'on a fait 
de comprendre, équivalent français à'en- 
terver; à moins cependant qu'il ne faille 
expliquer ce dernier par entrevoir , voir 
. entre : ce qui reviendrait au même. 

Toutefois, tel ne me paraît pas être le 
sens d'entraver dans la locution argoti- 
que qui a donné lieu à cet article. Oigi- 
nairement ce verbe- n'a pas dû avoir 
d'autre signification que celle quHl a 
dans notre langue actuelle, et sans aucun 
doute on ne l'employait que dans cette 
phrase : entraver bigorne ou arguche^ 



c'est-à-dîrc embarrasser la police. Main- 
tenant cette expression signifie entendre 
l'argot, comme rouscailler bigorne \eui 
dire parler ce jargon; mais, dans le prin- 
cipe, cette seconde phrase argotique n'a- 
vait d'autre sens que celui de rtmer la 
police, c'est-à-dire la tromper, n>ti« ayant 
bien pu faire rouscaille , comme boue a 
produit bouscaille et bouscaiUeur, Voyez 
Arguche et Bigorne. 
Épatagb, s. m. Embarras. 
Épater, v. a. Étonner, éblouir. (Pttris 
anecdote jpstf^. 85.) 

Épatbur, s. m. Homme qui fait de 
Pembarras. 
ÉpicB-riwBTTB, s. m. Épicier. 
Ëpicer, v. a. Railler. 
Éponge d'ob, s. m. Avoué. 
Dans la Coquette ou C Académie des 
dames (1691), act. I*', se. vu, Nigaudm, 
assesseur au présidial de Beauvais , est 
appelé éponge à sottise. Voyez le Théâ- 
tre italien de Gherardi, tom. III, pag. 47. 
Épouseb la veuve. Être pendu. 
Cette locution > qui fait partie de l'an- 
cien argot, était populaire depuis long- 
temps, au dernier mot près. Dans la 4' 
journée du Mistere de la passion de Jé- 
sus Crist, scène du crucijiment de Jésus , 
Orillart dit aux deux larrons destinés à 
servir de compagnons au Sauveur : 



Le beau gibet espouserés 

Pour estrc de nopces tous troys. 

Édit. de Yerard, 1490, fol. D 3 verso, 
col. 2. 

Louis XI, écrivant à M. de Bressnire an snjet 
d'un certain Buisson, annonce son intention de 
« faire les fireparatifs des nopces du galiant avec 
une potence. » {Œuvres compl. de Bramtéme^ 
tom. l*%M»ag. 193, col. i.) 



Gio»i.deiaiangueromane,um.v\vg.m,poi>t. \ « * Espouser une potcuce OU une roué. 



DICTIONNAIRE D'AUGOT. 

dit Oudin, se faire pendre ou rouer, 
vulg. J» 

Époussb la FoucANDiÈaE. Jeter ce 
qu'on a volé. 

Le mot épouser est ici une altération 
d'époufer, que Ton trouve dans le Diction- 
naire argot-françois du Vice puni, et qui 
faisait autrefois partie du langage popu- 
laire avec le sens de glisser, de dérober : 



En batifolant... je lairois tomber mon cbiftiel 
conlre terre... Vous ne mauqueriez jamais de bais- 
ser la tête, pour voir ce que c'est. Aussitôt , uioy, 
je m'époujfe derrière tous : vous vous retournez , 
et à la reiiconire je tchis accroche, eC vous baille un 
coup de groiiin. ( Le Grand Sophy [1689] ; dans 
le Théâtre italien de Gherardi, lom. Il , pag. 
331.) 

ËteoT (Bander ou fendre T). S'enfuir 
d'un pied léger^ disparaître à la vue^ s'é- 
clipser^ prendre de la poudre d'escam- 
pette. 

Mais, sans répoudre , Margot 
Soudain aae fradit t argot, 

Parn, des Mus. , cité par P. J. Leroux. 
( Dictionaaire comique , tom. l'S 
pag. 66.) 

Mon^ fendant F ergot , à slendret je m'enfile, etc. 
Qttatriesme Partie de la Muse normande, 
F«g. 82. 

La métaphore populaire je me la 
casse, je me la brise j pour dire^^ me 
sauve, répond^ ce me semble , à celle-ci. 

Argotique ou non, l'expression dont 
nous venons de rapporter des exemples 
n'a pas été recueillie par Oudin , qui a 
consacré un article à bander l'ergot, dans 
ses Curiosités françoiscs, au mot Ergot^ 
et dans la seconde Partie des Recherches 
ilaliennes et françaises, pag. 210, col. i. 
Dans ce premier recueil , comme dans le 
second, cette locution est expliquée par 



1^7 

fuir, marcher visfe^ et signalée comme 
vulgaire. 

Es, s. m. Escroc. 

Autrefois, on employait familièrement 
la seconde moitié de ce dissylabc , dans 
le sens de fier- à -bras, de tapageur, sans 
doute par analogie avec le croc, mousta- 
che relevée au-dessus des coins de la 
bouche : 



Ce diable... venoit-pour vous manger le cœur au 
ventre, suivi de quatre ou cinq grands crocs de ses 
amis. {L'Amant poussif, parade de de Moy, se. xii; 
dans le Théâtre des boulevards, tom. Il, pag. 53.) 

Guise, en croc, en vrai la Tulipe^ 
Tint aux états fumant sa pipe. 

La Henriade travestie, etc., chap. m, 
P«g. 48. 

Aujourd'hui le peuple a pris l'habitude 
d'employer croc comme aphérèse d'^jç- 
croc. Voyez le Dictionnaire du bas-lan- 
gage, tom. I", pag. 259; et le Diction- 
naire du patois normand, pag. 75, col. i. 

C'est peut-être ici le lieu d'apprendre 
à beaucoup de monde qu'au xvi« siècle 
on disait alonger l's pour grossir un 
compte : 

Il n'est pas bon avoir de tels hostes, parce que 
nous mourrions de faim, si nous avions à vivre du 
gain ordinaire qu*on fait avec eux , et n'aUmgis- 
sions Vs, tantoat d'un grand blanc, et maintenant 
d*un autre. {Les Escoliers, par Pierre de l'Ari- 
vey, acl. 1*% se. viii.) 

a Cette expression proverbiale, dit 
M. de la Mésangère, peint la ruse de ces 
expéditionnaires qui, payés à tant la 
page, allongeaient les lettres à queue ^ 
avant qu'une ordonnance eût réglé que 
chaque page contiendrait au moins vingt 
lignes'.» 



« Dictionnaire des proverbes français, 2* édlt. 
pag. 26, 27. 



10. 



us 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Allonger les w, suivant Furetière, si- 
gnifie convertir en francs l'abréviation 
qui ne représente que des sols. 

ËsBAsiR, v. a. Assassiner. 

Il n'est pas difficile de se rendre cx)mpre 
de l'origine de ce mot , qui signifiait au 
propre ébranler par la base, renverser de 
sa base. Autrefois nous avions esbaser ' 
dans ce sens^ et plus anciennement ba- 
sir avec le sens de mourir; témoin ces 
deux vers que l'auteur du Mistere de la 
pctësion de Jesuscrist met dans la bouche 
de l'un des quatre tyrans qui gardaient 
le Sauveur en croix : 

Je n*oy plus nos gens murmurer; 
lli sont 6asis, n'en parlez plus. 

Édit. de Terard, 4* journée, 4« feuillet v», 
col. 1, après lasign. f iiii. 

On lit aussi basir dans ces deux pas- 
sages du Testament de Pathelin : 

Je suis 6astf se Dieu ne ro'ayde. 

Édit de Coustelier, pag. 117. 

Ha, nostre Dame de Monfort ! 
Le bon jnaistre Pierre est hast. 

ibid.f^^, 145. 

On retrouve dans Tancienne Germania 
le même mot, et dans le fourbesque 
sbasire avec la même signification '. 

L'ancien argot avait bezarder avec le 
sens de mourir; il est bezardé, comme 
nous l'apprend Bouchet^ signifiait il est 
mort. Je pense qu'à proprement parler, 
cette expression correspondait à cette au- 
tre : il a rendu le dernier souffle, il a 
expiré. 

Esbàttbe dans la tignb (S') , V. pr. 
Chercher à voler dans la foule. 

' Voyez Cotgrave, à ce mot, qu*il signale comme 
aoranné ou peu usité. 
> Voyea le vocabalaire de Juan Hidalgo, au mot 



EsBiGNEB (S'), V. pr. S*esquiver. 

Et l'amant , qui s' sent morveux , 
S*es6igne, cic. 

Désaugiers, Parodie de la Fesiale, act. II, 
7* couplet. 

L'ancienne germania avait, dans le 
même sens , pinarse, qui me paraît être 
le même mot , et le fourbesque a encore 
sbignare avec la signification de courir, 
de s'en aller. 

On trouve dans le Morfondu, comédie 
de Pien»e de PArivey, act. P*", se. iv, une 
expression qui me semble proche pa- 
rente de s'esbigner : c'est faire un pigne, 
qui a le même sens, a J'entends hurter à 
la porte, escoutez 1 Retirez-vous, de par 
Dieu , c'est luy raesme ; retirez-vous tost , 
faites un pigne. » Voyez les Curiositez 
françoises, au mot Peigne. 

Esbigner s'emploie aussi en Norman- 
die dans le sens de tuer. 

ËsBBouFFfi, s. m. Embarras , plus de 
bruit que de besogne. 

Ce mot , qui existe aussi dans le patois 
de l'arrondissement de Vire et dans la 
langue provençale, où esbrouf a le sens 
de bruit , de tapage^ vient de l'italien 
sbruffa, sbruffo, que le Dictionnaire de 
Veneroni rend par bouffement, qui n'a 
pas trouvé place dans celui de l'Académie. 

Ce mot se joint, en argot , à des verbes 
dont il modifie le sens, comme dans ces 
locutions : pesciller d'esbrouffe, travail-- 
1er à Vesbrouffe, qui signifient arracher, 
prendre^ voler avec violence. Ici, comme 
ailleurs, l'argot suit exactement le fran- 
çais, et Ton peut reconnaître, sous f/M- 
ciller d'esbrouffct l'expression voler d'au- 
torité, qui avait cours au xvii*^ siècle : 

Les arcbera l'eDcorrrerent, pour avoir volé la 
maison d'un bourgeois d*authorité. (L* Histoire 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



449 



eoMlTue de FraneUm^ IW. il, édit. de Roueo, 
M. DC. XXXV.,îll-8% pag. 112.) 

EsBROuFFEUB, £VSE^ S. FaisBUT^ cuse 
d'embarras. 

EfCAFFB, s. f. Terme de collège^ qui 
signifie^ selon le Dictionnaire de Tré- 
voux^ coup de pied au cul, coup de pied 
au ballon. On en avait fait le verbe es- 
caffer. 

E$caffe doit venir i'escafignon, nom 
d'une ancienne chaussure légère comme 
l'escarpin. Aujourd'hui le peuple dit en- 
ccMre domier un coup de soulier, pour un 
coup de pied au derrière, 

EscâMPBTTB (Prendre de la poudre d'). 
Fuir, déguerpir. 



Ptuueiirs, sans lamlioiir, ni trompelte, 
Prirent la poudre d'escampette. 

La Henriade travestie , etc. , ch. 
|»«. 35. 



n. 



Cette expression ; qui est devenue 
populaire, a succédé h faire escampe, à 
escamper, à s'escamper, qu'on trouve 
dans Cotgrave, dans la Noue et dans les 
Curiosile* françoisesy avec l'étoile et la 
note qui les désignent comme vulgaires. 

Chevils escamper et lasser. 

Le Roman deRou,y. 0287; tom. II, 
pag. 42. 

Afiieorez-Toas que si le gentilhomme nVu^t si 
losl eseampé^ il estoit très- mal. ( Des Dames gai- 
ianieSf sixiesiiie discoure ; parmi les Œuvres corn- 
piétés de Brantôme ^ t'dil. du Panthéon litté- 
raire, tom. H, pag. 411, col. I.) 

Les Italiens ont conservé scampare et 
scampo. 

On disait également prendre Vescampe 
et faire escampativos : 

Il eot une fois un Ucquais dV\uTergne qui lui 
«Toit dcsrobé dix ou douze esrus, et àyoii pris 
reseampe. {Les Contes facecievx du sieur Gau» | * Voyez liv. II, ctiap. v. 



tontf, etc. A Paris, par Jeao Richer, 1608, in-n, 
folio 22 verso.) 

Festina, prioclpal, jesuis las d'attendre ; je m'en 
vais/atre un petit escampativos. (La vrayeBiê- 
taire comique de Francion, édit. de Leyde, 
in-8°, t«>m. !•% pag. 227.) 

Ah! je ToiM j prends donc, madame ma femme ! 
et TOUS faites des escampativos pendant que je 
dors. (George Dandin, act. III, se. ▼m.) 

On sait que plus tard on désignait par 
le nom d* escampativos des fêtes noctur- 
nes^ qui^ suivant la chronique scanda- 
leuse, avaient lieu h la cour de Louis XVI. 

Enfin, on disait, au moins depuis Ra- 
belais ', et l'on dit encore campas du 
congé donné à des écoliers, etc. : 

Je suis ayse comme au collège 

Les escoliers qui ont campos. 

Le Divorce du mariage, salyre X. 
(L'Espadon satyri^tte^ etc., édit. de 
M. DC. LXXX., petit iu-12, pag. tOl.) 

Vous jouirez d*uii grand repos. 
Les dimaucbes aurez campos. 

Le Firgile travesti ^ liv. III. 

Ne prens pu si souvent de tay-mesme campos, etc. 
Première et seconde Muse normande, pag. 40. 

Mille agios sont à ma fanlazie; 

Pirs quVscolier je n'ay point de campos, 

Dix-sepliesme partie de la Muse normande, 
pag. 285. 

II est vray que j*allis a sie faire derraine... 
Dans un batel de vin ; mais il était campos. 

Dix-neufiesme Partie de la Muse normanda^ 
1444, pag. 318. 

Voyez dans le Dictionnaire éiymologi^ 
que de Ménage^ tom. V\ pag. 294^ au 
mot Campos, un passage curieux de du 
Boulay. 

Esc ANNE (A V), Fuyons. Expression du 
dictionnaire de VHiatoire des brigands 
d^Orgeres. 



150 DICTIONNAIRE D'ARGOT 

EscAPEB^ V. a. Assassiner. Voyez Es- 
earper. 

ESCAFOVCHS, ESCAPOUCHEUR, S. 111. 

Assassin; terme des voleurs du midi 
de la France, 

EscAPoncHER, V. a. Assassiner; terme 
des voleurs du Midi. Voyez Escarper. 

Escargot ; s. m. \agabond. 

Comme cet animal^ le vagabond porte 
sa maison avec lui. 

KsGARPRy s, m. Assassin. 

FsGARPK-sEZiouB, S. m. Suîcide. 

KscAUPER, v. a. Assassiner. Ancien 
provençal et languedocien moderne*, «- 
carpir, 

(Vest sans aucun doute de ce dernier 
mot quo vionl notre verbe éckàrpery qui 
signifie di^vhirrry mettre en pièces , et non 
pas. ronnuo le voudrait l'Académie, 
/(lire vne grande blessure avec vn coûte- 
tas, un sabre, etc. De là vient aussi 
(hvharpîr, expression rrjelée par cette 
ronipagnio et employt^ par Molière : 



Aiitli^ fl IVuftiUlin. à l't^lat il" wurmui^,.. 
Oui k \^ •/fi'Artif ir fu Ur U \^\w •»«. 

|.'f\i*Mn/i» art» V, se, xiv. 

VXit^ iHalt nuMuo *i usittk^ au xvii» sît"^ 
olo» quHUulin» qwi Ta rtHueiUie et tra- 
duite \m »W(Hrn*y, slihrr, no la point 
i«ainu<HMhmtMvtoiU\ «^nH> ck* hasst^se 
\\\\ do dOî»uOtudo, Yow» la .w. PuH.des 
Kfi^. il^K rê h\. p^» Hî^^ ^h4. I, 

Au \>u* mNU\ ^«^ dksait rt*«p<v une 
^^'*0*/»# 4 iu^ /yM #â*, |Hmr U^ latins lui 
\\Mm\'V do^ ^HHIJVt dVjHV. ot la iiHKie 






fc V» 4< 



vA 



A»y«^ |u*4i*%>»«»^ M^ W 



Vs.V 



teUes escharpes et telles lit rées pour qui en vou- 
dr<.it porter, etc. {Opuscules divers de Pierre de 
DourdeHl€f parmi les Œuvres complètes de Bran- 
tôme, édit. du Panthéon littéraire, tom. II, 

pag. 492, col. 2.) 

Recevoir une écharpe rouge de la main 
du bourreau y se disait autrefois, au Heu 
d'être roué : 

Je tremble comme un joueur de harpe, 

Lequel reçoit la rouge escknrpe 

De la main d'un raesser bourreafU. 

Le Divorce du mariage , satyre X. (i Es- 
padon satyri^tie, par le sieur d'Estcr- 
Dod, etc. A Cologne, chez Jean d'Escri- 
merie... M. DC. LXXX., petit in-l2, 
pag. 102.) 

EscL0T,s. m. Sabot. 
Ce mot a été emprunté à notre vieille 
langue : 

Depuys, je ve-dz qu'elle desehauissa «ng de ses 
esclos, nous les nommons sabolz. (Rabelais, liv. Ili, 
chap. KTii.) 

Us firent tant qu'ils le firent approclier d'un 
grand moncean de souliers de burlie, alias de sa- 
bots, qu'ils disent en ce pays-là des esclops, etc. 
[Les Conter et jopettx devis de BonateMure des 
Periers, doot. lxxxi.) 

... le temps passé, il ne passoit de France en Es- 
pagne aucuns gentils-hommes... ains tous pauvres 
et misérables gens des fhmtieres de Gaseongne et 
de Bearne, qui portoyent sur la leste des petites 
tocques blanches... et des esclots, et sabots au 
lieu d« souliers. {Antipatia de los Franceses y 
ff5|NiM0lrt, etc. A Rouen, chez Jaques Cailloûe, 
M. oa XXVIU, in-12, pag. 338 «.) 

Ce raot est resté dans le patois gascon. 
Cotgrave, qui le rapporte, le signale 
comme toulousain. 

EscLOTiBR, àRB, S. Saboticr, èrc. 

EscoFFiEB , V. a. Tuer, assassiner. 

i> mot est devenu populaire. 

EscovTK, s. f. Oreille; terme du dic- 
tkamaire du Jargon. 



« U tette du docteur Carlos Garcia, placé en re- 
ligtf^K p^^ie : « y udos çapatos de eno en los pies, que 
<^U(i^ «4h« lUman esclops, » 



blCTIONNAIRE D^ARGOT. 



151 



EsciLAGHE^ S. m. Passe-port. Escrache 
tarte, faux passe-port. 

EscBAGBEH, T. 8. Demander le passe- 
port à im voyageur. 

EsGANACXB^ V. II. Rire. 

La racine de ce mot, qui nous est 
donné par le dictionnaire du Jargon, est 
l'itaben ganascia, mâchoire^ d'où est 
venu sganaseiare, rire à gorge déployée^ 
se rompre les mâchoires à force de rire. 
Gomme on le voit^ nous différons radi- 
calement d'opinion avec M. £. du Méril, 
qui tire êsganaeer du grec fé^o;, joie \ 

EsGABn^ ESQUE (Faire V). Détourner à 
son profit partie d*un vol. 

On disait autrefois escorter^ dans le 
sens de s'approprier le bien d'autrui : 

...ilaToit connoissancc de certains arrêts qui 
eondanmoient k mort les comptables qni écar- 
toient ks deniers dii roU {UArt de plumer la 
poulie sans crier, x. avanture, pag. 112, 1I3.) 

Si, comme je suis porté à le croire, il 
y a, dans faire Vesgard, une allusion à 
esgarer, qui sera venue modifier une se- 
conde fois faire Vescart, il faudra enle- 
ver le g final, ou le remplacer par un t ; 
ce qui, après tout, est de bien mince 
mportance. 

EsPAOHOL, s. m. Pou. 

Nos ancêtres appelaient pou espagnol 
un insecte encore plus dégoûtant, si c'est 
possible : 

Ces pimx espagnols avoient pris nn domicile 
ëminent dans les usses et dans tes soarcils et le 
rond des cheveax, siège de la couronne. {Confes- 
sion catholique du sieur de Sancy^ iiv. I«% 
chap. ▼.) 

Espalier, s. m. Clerc de procureur. 

nous demevrions foits deux dans une boutique 
de procnrenr; il y estoit espalier^ c'est à dire 



clerc, et moi laquais ' . (Le Tour de carnaval, etc., 
par M. d'ANainTal. A Paris, chez BienTenu, 
M. DCC. XXVll., in-S'', se. m, pag. 14.) 

Le sens propre du mot espalier était 
galérien. Suivant le Dictionnaire de Tré- 
voux, tom. m, pag. 4394, ce substan- 
tif, en termes de marine, désignait le 
rameur qui tenait le bout de la' rame et 
qui donnait le mouvement aux autres, 
a... les deux premiers (forçats), dit un 
écrivain plus spécial, qui mairiertt le 
giron des rames joignantes Tespialle s'ap^ 
pellent Espalliers, qui sont ceux qui don- 
nent la vogue au reste', n 

Regnard a fait usage du mot etpaliêr 
dans ce dernier sens : 

GinoiTTB, à M. Tout-à-bas (maître de trictrac) : 
Quoi ! vous montrez, monsifur, un Ici art dansPa> 
Et l'on ne vous a pas fait présent eu galère [ris, 
D'un I)revet d'espaUer? 

Le Joueur^ act. I*', se. x. 

Bien avant Regnard, Rabelais avait 
fait usage i'espalier; seulement i! ortho- 
graphie ce mot d'une façon différente : 

Hespaillier, !io gentil compaignon ! ainsi, mon 
amy. (Uv. m, cliap. xix.) 

Hespailliers, hau! jectez le ponfal. (Liv. IV « 
cliap. xxY.) 



I DicL du patois normand , introd., pag. XCIY. 



1 JASMIN. 

Qu'appelles-tu bouUque? Achève prompteroent. 

LA FBDILLADE. 

Il faut la nommer telle, et non pas autrement : 
C'est ctiez un procureur où Je suis tout à faire. 
J*y sourrre presqu*autanl qo*un forçat en galère; 
Car depuis 1« matin , Jusqu'à minuit et plus. 
Je ne cesse d*aglr et tracer dans les ni<«. 

Dialogue de plusietêrs laquais touchant le» 
conditions de ce temps ^ etc., en vers bur- 
lesques. A Paris, M. DCC. XVl.,in-«', pag.0. 

2 Delà Construction d*une gallaire et de son équi- 
page. Par I. Hobier, etc. A Paris , par Denys Lan- 
glois, M. DC. XXH., in-8S pag. M. 

Auparavant on lit, pag. 20 : n Au-dessous sont 
rartillerie et les privez, et ce costé-lè s'appelle la 
cornitlcy et les forçats cornillien, qui sont d'autant 
plus misérables qu'ils sont esloignez de Tespalle et 
des espalliers. » 



IM 



DICTIONNAIRE IVARGOT. 



On disait aussi espalier (Topera, dans le 
sqns défigurant, de comparse : 

Elle étoit alors simple espalier dP opéra , c'est à 
dire, chuileuse et danseuse de chœurs, etc. {La 
Gazette noire, M. DCC. LXXXIV., Jif8<>, peg. 178.) 

Esquinte^ s. m. Abîme. 

EsQtiiKTBB^ V. a. Fracturer^ briser. 
Ancien provençal ^ esquissar, esquinsar, 
esguintar; catalan, esquinsar. 

Gomme esquinte^ correspond au mot 
abtmer, qui, dans le langage Gunitier^ se 
dit pour gâter, endommager beaucoup, 
le substantif abime fut traduit en argot 
par un mot dérivé de ce verbe. 

Esquinter est passé dans le patois 
normand avec le sens à!assommer, de 
tuer. 

EsQDTPOT^ s. m. Bourse. 

... faisons bourse commune; mettez le produit 
de tos actes dans Vesquipot. (Histoire de Guit- 
tourne» cocher, parmi 1rs Œuvres badines com- 
plet tes du comte de Caytus, tom. X, pag. 43.) 

A la même époque, au lieu de cracher 
au bassin, on disait cracher à Vesquipot : 

On entend basse et violons 
Roiifller fomne des aquilons; 
Car d*instrumeDs nouvelle clique 
S'est depuis joinle à la musique , 
Qui fait cracher à Vesquipot 
Quiconque boit à son écol. 

Les Porcherons, ch. II. (Amusemtns 
rapsoM-poctiqttes , pag. 143.) 



ËsTAFFioN, S. m. Chat. Mot formé 
A^estaffe, qui , dans le langage populaire, 
signifie mauvais coup, à peu près comme 
estafilade. Voyez le Dictionnaire du bas- 
langage, tom. l*', pag. 363. 

Estampiller, v. a. Marquer un cri- 
minel d'un fer chaud. 

EsTAPHB , s. f. 

... J4! tirois Vestapheàt toutes les donzelles du 



quartier, etc. (£e Compère Matthieu» ^ùm. l^, 
cbap. IX.) 

Dans le langage populaire, nous Pavons 
dit plus haut, estaffe s'emploie poiir 
taloche, m&mifle^ mauvais coup. 

ESTAPHLB, ESTABLE, S. f. PoulC. 

Ce mot me paraît Porigine de deux 
termes français, qui, dans le principe, 
ont dû signifier voleur de poules^ marau- 
deur. Nous voulons parler dé coureur 
d'esiaffeei d'esta/fier, mot auquel Oudin 
donne poiv synonyme compagnon de la 
courte epée, et qu'il traduit par coupeur 
de bourses \ 

Comme oa le voit, nous distinguons 
estai fier , terme d'injin«, du dérivé de 
Fitalieu staffiere, que nos dictionnaires 
rendent par e^ajfier et vaM de pied. 

Quant à l'autre e^pteision, on la trouve- 
employée dans le livre IX de la Suite du 
Virgile travesti : 

Pour TOUS, préparez vos épaules 
A mille et mille coups de gau^e^, 
Coureurs ifesiafe, enfans trouvés, etc. 

Le mot galier, dont Rabelais a fait 
usage *, et qu'Oudin traduit par mescUant 
frippon^, présente au fond le même sens 
ffà'estaffier et coureur d*estafe; je n'en 
veux pour preuve que Tétymologie, et 
ce passage de Tlnvective de Crétin sur la 
Journée des Éperons, en 1513 : 



Seigneurs du sang , barons et chevaliers... 
Pei mettez- TOUS à ces godons, gaUUrs, 
Gros godsUiers, houspaillicrs, poulaillers, 
Prendre palliers au françoys heiitaige? 

Les Poésies de Guillaume Crétin , édil. de 
M. DCC. XXIII., pag. 169. 

I Cur. franc., au molBst^ffiert sous rartielc i?sp^«. 
— Sec. Part, dex Rech. iiat. et/r., pag. 222, eol. S. 
" Voyez le nouveau prologue du livre IV. 
^ Curiosilez françoises , au mot Gallier. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



ii3 



EaroQUE, s. m. Esprit^ finesse, ma- 
lice. 

En italîea, haveré stùccoy ewi dire avoir 
de la vigueur^ de la bonne volonté. Chei 
nous^ depuis longtemps, estoc ^ après 
avoir signifié rapière^ ne se dit'plus que 
de la pointe d'une épée, d'un sabre, dans' 
cette phrase familière : frapper d'estoc et 
de taille^ frapper de la pointe et du 
tranchant, qui s'employait aussi au figuré, 
ce qu'a tort de ne point dire l'Académie. 
Je lis en effet dans les Curiosités fraû- 
foises, an mot estoc : « Prendre d'estoc 
et de taille, i. de toutes sortes de façons. » 

Au-dessus de cet article, je trouve ce- 
lui-ci : a De son estoc, i. de son propre^ 
de soy mesme. b Mais, dans cette accep- 
tion, le mot estoc sort d'une Yacine diffé- 
rente^ et vient de l'allemand ou du hol- 
landais 5/oci, saxon slocy anglais stocks 
qui signifie au propre le tronc, le c<Hps 
d'une plante. 

EsTORGUE, s. m. Fausseté, méchanceté. 
Italien^ storto^ de travers. 

— ( Centre à F ) , s. m. Sobri- 
quet^ faux nom. 

— (Chasse à 1'), s. m. Œil lou- 
che. 

Les Italiens , pour regarder de travers j 
disent guardar storto. 

— (Dévider à), v. a. Mentir. 
EsTBADE, s. f. Boulevart. Ital., strada, 

me. 

C'est à propos de ce mot, introduit 
dans notre langue par les Italiens au 
XVI» siècle, qu'Henri Estienne s'emporte 
de cette façon contre les novateurs : 
« CELT. Il faut bien dire qu'ils soyent 
ensorcelez, de laisser les mots qui sont 
de leur langue naturelle et maternelle, 
et lesquels ils entendent bien , pour en 



prendre des estrangers, lesquels ils n'en- 
tendent qu'à demi, et ne sçavent p):onon- 
cer qu'à demi. Mais sçavez-vous qu'il y 
a ? puis que voys n'osez rire quand vous 
estes à la cour en eyant ces escorcheurs» 
usans de leurs mots si tnal escorchez... 
Estrade et extrade en sont bien. Car ils 
disent. Battre festrade^ ou Battre Vex- 
trade, au lieu de dire Battre la strade: 
estant stradê... le mot* Italien, dont on 
s*est voula servir. CËL. Je sçay que 
slrada lest le mot Italien : mais je vou- 
drois.bien qu'en passant vous m'appris- 
ses d'où il vient. Car je ne pense pas 
qu'il soit tiré du langage Latin. PHIL. Si 
est. CEL. Je trouve ce/La, estre assez vray- 
semblable : car il me souvient qu'on dit 
Via strata. PHIL. Cela est fort commun : 
mais je vous apprendrai quelque chose 
qui n'est pas ainsi conununc : c'est qu'au 
dernier aage de la langue Latine on a dict 
aussi strata, sans adjouster via. Pour le 
moins il me souvient de l'avoir leu en 
l'historien Ëutrope en ceste significa- 
tion. » (Deux Dialogues du nouveau lan- 
gage François italianizé, etc., pag. 31 , 
32.) 

Aujourdlmi, dit l'Académie, le mot 
estrade, chemin, n'entre que dansées 
locutions usitées autrefois parmi les gens 
de guerre, battre V estrade et batteurs 
d'estrade. N'en déplaise à l'illustre com- 
pagnie, on disait encore courir l'estrade 
dans le sens de courir la campagne^ de 
voler, et aller à l'estrade dans celui de 
décharger son ventre. Il est vrai qu'Ou- 
din, qui rapporte ces locutions , signale 
la dernière comme vulgaire. Voyez les 
Curiositezfrançoises, au mot Estrade; 
et la sec. Part, des Bech. ital. et fr., 
pag. 229, col. 2. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



154 

E8tiiAiiG0«ft.LES^ ▼. a. Étrangler. An- 
cien provençal et catalan^ estrangolar; 
portugais^ estrangular; \ia\.,8irangvlare. 

On voit^ dans les Curiotites françaises 
d'Oudin^ cpi'on donnait le nom de poires 
d'estrangmlien ktïn% sorte de poires fort 
mauvaise % et qu'on disait^ par allusion^ 
faire manger des poires d'estranguilion 
pour étrangler. 

EsTUQCE , S. f. Part dans un vol. 

ÉTOfiFFB, ÉTOUFFoiK, s. f. TaWed'hôte 
où Pon joue Técarté, et où tout est fermée 
dans la crainte de la police. 



Étoubdib, y. a. Sofficiter. 

Étoubdisseub , EUSE^ S. SoIUciteuT , 
euse. 

Êtbe (En), V. pr. S'adonner au vice 
contre nature, être des amateurs que la 
pudeur défend de spécifier. 

ÉTBOif DE MOUCHE, S. m. Circ. 

Cette expression se trouve dans le 
grand Testament de Villon, vers !i96: 

Item, pour ce que le seellenr 
Maint estron de mouscht a masché. 
Donne, car homme est de valleur, 
Son seau davantage craché. 



Fadage, s. m. Partage entre voleurs. 

Fade, s. f. Part dans un vol. 

Fadeb, y. a. Partager des objets volés. 

Ce verbe vient indubitablement du 
fourbesque far de sei, qui a la même si- 
gnification. 

Faffe, s. m« Toute espèce de papier. 

Fafiot, s. m. Papier blanc. 

Ces mots me paraissent formés par ono* 
matopée. 

Fagot, s. m. Forçat. 

On sait que les forçats étaient toujours 
liés deux à deux. 

Faignant, te, adj. Fainéant, te. 

Faignant, fort en usage dans le peu- 
ple de Paris comme terme d'injure, sem- 
ble n'être autre chose que notre mot fai- 
néant, et il est presque sur qu'il en est 
ainsi; cependant il est à remarcpier que 
se feindre avait cours autrefois dans le 
sens de refuser : 



' n Estrangiiillon. Poire d'es. ji choak-pear. Pomme 
d^estranguUloD. A crab , or wildiog. » Cotgrave. 



. Dès que Beliv cfia a'âuagne. 
Il n*i a un sol qui sefagne; 
De totes pars les envaïssent, elc. 

Le Roman de Brut, (om. I*% pag. 145, 
V. 3058. 

D*als noire ne vous fagntés. 

Ibid., V. 12731; tom.I", pag. 190. 

Cil les sievent à entenchon ; 
Cui caut, jà n'i metront saison ; 
D*an9 sievir nient ne sefengnent, 

D'Jtis et de Prophelias , Ms. de la BÎM. 

nat. n» 7191, fol. 89 recto, eol. 2, 

V.37. 

Communément tretuit le plaignent, 
Sachiez que mie ne s*en falgnent. 

Le Rottmanz de Claris et de Loris, Ms. de 

la Bibl. nat. n- 75345, fol. 161 recto, 

eol. 2, V.26. 

Voyez le glossaire des T^oëk bourgui- 
gnons de B. de la Monnoye^ au mot 
Fointe. 

Faibb lîKE MAISON EiïTiÈBE. Eu assas* 
siner tous les habitants, sans réserve, et 
y voler tout ce qui s'y trouve. ( Histoire 
des brigands.., d'Orgeres, pag. 33, not. i .) 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



155 



FaIBÏ des gâtés, DÏS POITRIEBS. Vo- 

1er des gens ivres. 

Faibe la tortue. Jeûner. 
Faibb do sihonet. 

Marcher en domp Rodrigue, et sous gorge rouller 
Quelques airs de Guedron; mentir, dissimuler i 
Faire du simonnet à la porte du Louvre, 
Sont les i>erfections duiil aujonrd'buy se couvre 
La noblesse francoi.se , etc. 

Le Banquet des M uses , on /es divers satires 
du sieur jiuvray, etc. A Rouen, David Fer- 
rand,M. DC. XXTIIL, in-S», pag. 159, 
V. 21. 

Faire lk tap, le tapin, le singe. 
Être exposé, être attaché au carcan ou 
aa potean. 

Faisa?it, s. m. Camarade; terme de 
l'argot de cdlége. 

Voyez Copin. 

M. Sainte-Beuve, parlant des emprunts 
faits par Molière au Pédant joué de son 
camairade de* collège Cyrano de Berge- 
rac, s'exprime ainsi : «... comme Ta 
remarqué spirituellement M. Auger, en 
agissant de la sorte avec son ancien ca- 
marade, il ne semblait guère que pro- 
longer cette coutume de collège, par 
laquelle les écoliers sont faisants et met* 
tent leur gain de jeu en commun. » (Cri- 
fifres etportraitSy tom. Hl, pag. 150.) 

Paisevr , s. m. Intrigant, faiseur d'af- 
faires peu honorables. 

Ce mot est devenu populaire. 

Farandel, s. m. Compagnon. 

FAHFOurNBR, V. a. Priser. 

Fanfouineur, eose, s. Prlseur, euse. 

Faraudec, s. f. Mademoiselle. 

Faraudeke, s. f. Madame. 

Le dictionnaire argotique du Jargtm 
donne faraude pour ce mot et le précé- 
dent. 

Fabgue , s. f. Charge. 



FARonsHSHT, s. m. Chargement. 

FABGUER,v.n. Rougir. 

En ancien provençal, ybrjftfr./or^ttar, 
signifiait forger^ c'est-à-dire donner une 
forme au fer ou à quelque autre ntétal, 
après l'avoir fait rougir dans une four- 
naise. Il n'est point malaisé de se rendre 
compte comment l'argot, ne considérant 
que la première partie du travail du for- 
geron, a pu employer le verbe f arguer y 
d'abord dans le sens de rougir un métal 
au feu, puis de rougir toute espèce de 
chose, enfin de devenir rouge. 

Farguer; dans le dictionnaire des Vo- 
leurs de Vidocq ", est expliqué par char- 
ger, sans autre développement qui in- 
dique qu'il s'agit de telle ou telle accep- 
tion de ce verbe. Dans cette incertitude, 
nous nous abstiendrons d'en rechercher 
la racine. 

Farot, s. m. Monsieur. 

Ce mot, que nous fournit le diction- 
naire du Jargon , serait mieux écrit fa- 
raud. Voyez Pharos. 

On disait autrefois farauder dans le 
sens défaire le monsieur : 

Leur champ se tient aux Porcheroos, 
Où vont luronnes et lurons... 
Farauder, rire et gigoter. 

Les PorekerûfU, eh, P'. {Amusmnens 
rapsodi-poéit^ues, pag. 126.) 

Fassolette, s. f. Mouchoir de poche. 
Ital. , fazzûio , fazzoletto; germ., fazo. 

Fauchants, faucheux, s. m. Ci* 
seaux. 

Fauche-ardent, s. m. Mouchettes. 

Faucher, v. a. Couper. 

Ce verbe avait encore une autre signi- 
fication en argot; mais j'avoue que je ne 
saurais la déterminer exactement. Je 



* Tom. I*S pag. l«0. 



15« DICTIONNAIRE D'ARGOT 

laisse donc à un plus habile à expliquer 
ces vers : 



EoGloos donc ceUe autra nié. 
Où diable vai»-je? Toti s*y tuë... 
Je tombe de fièvre eo chaud mal : 
Ce soDtdes souleiieurs t\u\ fauchent , 
Tandis que le* mioni embauchent ; 
Et j*auroii lieu de me fâcher, 
Si ces gens- là m*alloieot /auc/ifr. 

L'Embarras de la foire de Beaitcaire, 
pag. 19 et 30. 

Fauchrb le gband pbé. Être aux ga- 
lères. 

Je TOUS trouTerai trop heureux, aï ron ne vous 
condamne qn'k faucher le grand pré, (Le Sage , 
ai Blas, Ht. II, chap. t.) 

Fâughbb dans le PONT; V. n. Donner 
aveuglément dans un piège ^ être dupe 
aux jeux de cartes. 

On sait que, dans l'argot des grecs, 
faire un pont, faire le pont , c'est cour- 
ber quelques-unes des cartes^ et les cour- 
ber de telle sorte que celui contre qui 
on joue ne pourra guère couper qu'à 
Tendroit qu'on veut. Telle est du moins 
la définition que l'Académie donne de 
cette expression^ tom. 11^ pag. 456, col. i . 

Fauchube , s. f . Coupure. 

Feblampieb , s. m. Homme sans aveu , 
mendiant, voleur du dernier étage. 

Ce mot, qui est^ dit^n^ une altération 
de frère lampier, et qui servait dans l'o- 
rigine à désigner l'homme chargé du soin 
des lampes dans les communautés reli- 
gieuses», devint, par suite, synonyme 
& homme de néant , Aq pied plat , de mal- 
heureux : 

Tu es un beau frelempier, c'est bien à toy que 
je YOudroU rendre compte 1 (£a Comédie desPro^ 
verbes, aci. 1*"*, se. th.) 



' Ctiriositez frauçoiset f au mot Prtlampier, ^ Se- 
conde Parité de» Recherches fntnçohei et italiennes, 
pag. 201 , col. 2. 



CtAfireUmpiediAk sont toujoort à lanterner au- 
tour d'une fille. (La Critique de V Homme à bonne 
fortune [1690], se. ii; dans le Théâtre italien de 
Gherardi, tom. H, pag. 406.) 

Hé bien! elle est amoureuse d'un ^nnAferlam- 
pié, etc. {La Précaution inutile [1692], act. il , 
se. it; ibid., tom. Il, pag. 582.) 

Que faut-il que de vous Ton juge, 

Vous voyant être le refiige 

Sans fin, d'un i^ri»in frelampier 

Qu'on appelle grand lantarnier ? 

Troistesme Harangue des habiteutt de la 
paroisse de Sarcelles, à monseigneur 
t archevêque de Paris, au sujet des mi- 
racles , etc. ( Pièces et anecdotes inté- 
ressantes, etc., r* partie, pag. 1 4 7.) 

Si l'on peut s'en rapporter à Brossette^ 
ce mot serait ime création de la femme 
de Jérôme Boileau, frère aine de Boileau 
Despréaux. En effets au vers 358 de la 
satire X , qui lui est relatif : 

Il faut voir de quels mots elle enrichit la langue, 

le commentateur ajoute : « Cette femme 
avoit un talent tout particulier pour in- 
venter des noms ridicules et des injures 
populaires : comme un grdnd frelampier ; 
un epetier, pour un homme d'épée; une 
grande bacoule; une pimbesche , une 
grande orbesche, etc. » 

En dépit de cette assertion, je crois 
que frelampier remonte bien plus haut 
que la femme de Jérôme Boileau , mais 
qu'originairement ce mot avait une 
forme un peu différente. Ce qui me le 
fait supposer, c'est que notre langue 
avait autrefois/re/o/7e dans le sens de lam- 
beau, de morceau : 

Sa pelz s'envole \\hr frelopes. 
Tant ont li chien Renart tiré 
Qu'en treute lieus Pont-il navré. 

Le Roman du Renart , supplément , etc. , 
png. 141. 

Le dictionnaire argotique du Jargon 



i 

L 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



15t 



donne kferlampier la signification d'ha- 
bile à couper ses fers : il est facile de 
voir qne c'est la première syllabe de ce 
mot qui Ta déterminée. 

Fbbtaugb^ F£btillb^ fbbtille^ s. f. 
PaiUe. 

Cela êtloit bien deu à Mico, et d'aTantage... 
pour fain; ooacher un homme à Terre , ou sur la 
freUtUy ou sur la dure, pour n'estre al)eftté. {Se- 
rées de Guillaume Bouchel, liv. l", onziesme 
aérée.) 

Det pré d*ici repèse ammaillôtai 
Sa XtifretitU. 

Les 'Noël* bourgulgnont , édit. de 
M. F. Ferliault ; Paris , Lavigoe , 
t842,in-l2,pag. 70. 

Cotgravey qui a recueilli ce mot^ le 
signale comme appartenant au barra- 
gooin^ c'est-à-dire à l'argot. 

Noos avions autrefois dans notre lan- 
gue fertille avec le sens de menu : 

Dnipi de soye, eipioeries ezquûes, 
BhucheU, estainf^, et menerie fertille, 
Qu'oD estimoit vailoir d*escuz cent mille. 

Les Poésies de Martial de Paris, 2« partie , 
pag. 177. 

D'où peut venir cet adjectif^ ou plutôt 
le substantif de Targot? Peutrétre de 
fretin , que Roquefort explique par a les 
bleds et grains qui sont sur les bords des 
cbamps ' ; » peut-être de frette, terme 
d*armoiries^ que Ton dit aussi du com- 
ble d'un toit , a qui ^ ajoute le P. Me- 
nestrier^ se fait le plus souvent de per- 
ches croisées et entrelassées conune les 
firettes du blason ^ » 

Je me demande pourquoi le savant 
jésuite n'a pas songé au chaume^ si sou- 

s Clogtttire de la langue romane, tom. I*% pag. 6ftS, 
col. 1. 

* Dieiûmnaire étymologique, etc.,édlt de Jaolt, 
ton. 1*% pag. «M, 001.1. 



vent employé à couvrir les habitations ; 
et pourquoi le Duchat^ après avoir tra- 
duit par rasé l'adjectif fretlé qui se 
trouve au prologue du livre IV de Rabe- 
lais , et dans la traduction de Pline le 
Naturaliste, par du Pinet , liv. XXXIV, 
chap. VIII , n'a pas ajouté ^n, délié, qui 
se rapprochaient davantage de la racine 
de ce vieux mot. 

Enfin, pour tout dire, je ne serais 
point étonné que notre ancien substantif 
frestelf par lequel on désignait une flûte 
de Pan, n'en fût également sorti : 

Trompent flaiot, iahon,frriel 
Estoient bien eo lor saisou. 

Les Tournois de Chauvenci, ▼• 1336, 
pag. 65. 

Là s^assUt Pan y le dux dei bestes, 

Et tint un fretel de rosiaux , 

Si cbaleroeloit li danziaux. 

Philippe de Vitry, Métam. d*Ovide, Ms. 
cité par Koquefort, Gloss, de la langue 
romane, tom. I*^, pag. 643, col. 1 . 

De la paille au roseau il n'y a pas si 
loin. 

Fbbtillàntb, s. f. Plume. 

Festilliante, s. f. Queue. 

C'est en remuant la queue que les 
chiens font fête à ceux qu'ils affection- 
nent. 

Fêtb (Être de la]. Être heureux. 

FicELEB , V. a. Habiller. 

FicHEB , V. a. Bailler, donner. 

FiCHEE LA COLLE GOUBDEMENT. oC'est, 

dit le dictionnaire argotique-françois du 
Jargon, estre bon trucheur en perfec- 
tion. » — « * Donner ou ficher la colle, 
dit Oudin , i. persuader, cajoller, en faire 
croire, mot de jargon ". » 



■ Curiotitez firançoiêes, au mot Colle. A cette ex- 
plicatioD OadiD ajoute : * La colle est franche, L U 



158 



DICTIONNAIKE D'AUGOT. 



. . . fichésAay bien vôtre cote et qu'elle soil 
franclie. {La Comédie des Proverbes , act. III, 
se. Tii.) 

Cette phrase^ qu'Oudin et Adrien de 
Mpntluc donnent comme étant de l'ar- 
got^ était populaire sous Louis XIII , au 
moins à Rouen : 

ht chiicaneiir a biau/c/Mr ia colie, 

Sea proçais ii^est sans inonDais sur le roUe. 

La diiiesme Partie de la Muse normande , 
pag. 171. 

... une foule iipportuiu! 
De gens, en payant quatre sous, 
Viennent plus alonger les cous 
Qu'on ne fait en cradtant des coies. 

Description de ia vil/e d^ Amsterdam en 
ters ittrUsques, vendredi, pag. 271. 

Suivant toute apparence, cette locu- 
tion a été empruntée à l'argot des com- 
pagnons menuisiers. Il nous en est resté 
le mot colle, qui signifie populairement 
une bourde, une menterie, une chose 
controuvée à plaisir. Une facétie com- 
mune à bord des navires^ c'est, lors- 
que quelqu'un de Féquipage va racon- 
ter une histoire, de cracher derrière un 
morceau de papier et de le coller au 
mât : on exprime par là qu'on s'attend 
à des colles» 

FlÈVfiB GBBÉBRALE, S. f. AcCUSatioU 

dont le résultat, si elle est prouvée, doit 
être l'application de la peine de mort. 

On retrouve peut-être la trace de celte 
expression , sur laquelle je n'ose pas don- 
ner un avis, dans une anecdote relative 
à M. de Fourqueux, nommé contrôleur 
général à la place de M. de Galonné : 
a M. de Fourqueux étoit à sa campagne. 



menterie est bonne ou pemtasive. Le même autenr, 
dam la sec. Pari, des Reek, itaL et fr., pag. 113, 
col. 2, dit : t« Cmi UDecollei 1. una 6tfyta, una in- 
ventiotut. 



près de Saiut-Germaiu. Un exprès partit 
à l'instant pour lui apporter un billet de 
la part de M. de Montmorin, portant 
seulement qu'il s'étoit rendu chez lui 
poiu* lui parier de la part du roi. M. de 
Fourqueux reçut ce billet à deux heures 
et un quart, et en même temps un autre 
billet de M. le maréchal de Noailles, qui 
lui annonçoit le renvoi de M. de Calonne ; 
il passa ausitôt dans la salle où étoit toute 
sa famille, et dit : a J'ai làfièvre bien fort, d 
On prit ces mots au sérieux , et sur les 
questions qu'on lui fit, a Ce n'est pas in- 
a térieurement , dit-il ; elle est dans ma 
a poche, o Alors il lut les deux billets»» etc. 
(Tableaux de la bonne compagnie de Ver-- 
sailles et de Paris.,, par M. le ch.deB. 
A Paris, chez tous les marchands de nou- 
veautés, M. DCC. LXXXVIÏ., in-8% 
pag. 160, 461.) 

FiGNABD, S. m. Derrière. 

Fignard, que Vidocq écrit |»t^fiârd^ 
n'est autre chose qu'une altération vo* 
lontaire de la seconde partie de trou fi-- 
gnon, qu'on trouve dans le Moyen de Par- 
venir, édit. de 1754, tom. !•% pag. 105; 
et tom. II, pag. 236. 

FiGUBBR, V. n. Jouer le principal rôle 
dans un charriage^ être exposé. 

Filasse, s. f. Chevelure, cheveux. 

FiLBB , V. a. Aller à la selle. Voyez 
Prouas. 

FiLBB UN smvB, V. a. Suivre quel- 
qu'un. 

FiLOGHB , s. f. Bourse. Voyez Fouille. 

Pour décrocher une filoehe. 
Ou s'en va tout droit en prisou : 
Aussi le prudent Altaroche 
Ne m'a vole qu'une chanson, 
Saas mettre la maiu dans ma poche. 

Épigramroe de Lacenaire , citée par 
M. C. Roques, dans le Dictionnaire 



DICTlOxNNAIRE D'AKGOT. 



159 



de la convtrsaiion et de la lecture , 
tom. LXIIl (il* (lu supplément); Paris, 
MDCa:XUX,ia-8Spag. 406, col. 1. 

FiuKHB ▲ j£uif^ S. f. Bourse vide. 
Filou, s. m. « Un pipeur ou voleur, » 
dit Oudin. 

Les étymologistes se sont épuisés en 
canjectinres pour trouver la racine de ce 
mot. Les uns , comme Caseneuve, le dé- 
rivent du vieux mot allemand ^//en, qui, 
dans OUrid et Notker, signifie battre et 
fouetter; le métier des filous étant, dit 
ce savant, de prendre de l'argent pour 
battre le monde. D'autres tirent Jilou du 
grec «tX^iTTiç ou ©ijXr.Tr.ç, qui, suivant Hé- 
sychius, signifie un voleur; d'autres, 
enfia, du flamand fyilj qui veut dire un 
méchant, un vaurien', 

A mon sens, filou est un mot d'argot, 
introduit dans notre langue peu de temps 
avant r époque où écrivait Oudin, dont les 
Curiosilez françaises parurent en 1640. 
En effet, ce terme ne se rencontre ni 
dans Nicot ni dans Colgrave ; et il existe 
un arrêt du parlement de Paris, en date 
du 16 août 1623, dans lequel les voleurs 
âpnt qualifiés d'hommes hardi» se disant 
Jilous ^ Quelques années plus tard, on 
voit paraître ce mot sur le titre d*un ro- 
man comique peu connu ^, et dans le 
deuxième livre de V Histoire comique de 
Francion, dont la seconde édition est 
de Paris, P. Mllaine, 1633, in-8' ^ ; mais 



* Voyez la dernière édition do Dictionnaire de 
Ménage, tom. !•', pag. 59a. 

* Emoi tiir tes mœurs du XYtl* siècle, par M. F. 
Barriècv, précédant les Mémoires inédits du comte de 
Brienne; Paris, Pouthieu et C", 1828, in-8', tom. !•', 
pac. 151. 

* Les Amours folastres et récréatives du Filou et 
de Bûkinette, dédiez aai amoureux de œ tempa ; 
Bourg-eo-Bresse, J. Tainlurier, 1429, petit in-12. 

4 Voyez celle de Rouen , chez Âdrian OTyn , 

u. ne xxvn io-a*. i«r. im. 



peut-être dans le premier de ces deux 
ouvrages ie moifilou n'a-t-il pas la même 
signification qu'aujourd'hui. Ce qu'il y a 
de sûr, c'est que nous le trouvons em- 
ployé, avec un sens différent, dans une 
facétie imprimée en 4616 ', et ailleurs*. 
Au milieu de ce siècle, le mot/f/oti, td 
que nous Fentendons aujourd'hui, fai- 
sait donc déjà partie de notre langue 
comme substantif, et Ton vit successive- 
ment paraître l'Intrigue des fUoux, par 
deTEstoile, 1648, in-4<^; V Etrange ruse 
d'unjiloux habillé en femme, ayant duppé 
un jeune homme, d'assez bon lieu, sous 
apparence de mariage ^, et la Moustache 
des filous , arrachée^ par le sieur du Lo- 
rent, in-8°, en vers*, sans oublier la 
Blanque des illustres filoux du mesme 
royaume de Cogueterie, qui se trouve à la 



* BeilesOreilles et Poltronesqoe ayant dit à Joly 
Barby, qui Tient de chanter une chanson : n Tu n*eo 
sçay pat d'avanlage? » ceiui-cl répoud : « Si fay; 
mais c^est un second guéridon et un autre filou. » 
Voyez le Carabinage et maloiserie soldatesque, 
pan- 76. 

> « N*ont-il8 plus souvenance du Filou et de la Vache 
à Collas? • eie. La Deffénse des outrages faites on 
sieur Guéridon , etc., pag. 4. 

Nous entendroBS chanter 6t braire 
Tes prouesses sur le Jllou, 

Le Paranymphe de la vieille qui fit un 
bon office, satyre il. ( V Espadon «•* 
lyrique t par le sieur d*£sternod... k 
Cologne, chez Jean d'EscrImerie, etc., 
Bf . DC. LXXX, pi'tlt ln-12, pag. ».\ 
Le filou était donc une chanson ou plutôt un air 
de musique, comme le guéridon , ainsi appelé da 
nom de son auteur. Quant à la floche à Collas, qui 
entre dans une expression proverbiale encore en 
usage, ce rera sans doute la chanson de Colas contre 
les protestants, en vo^ue au commencement du xvu* 
siècle, \oyez Journal du règne de Henri IK, par 
M. Pierre de I fitoile. A la Haye, chez les frèrea Vail- 
lant, MDCCXU., in-8^ tom. III, pag. 293, aun. 1(106. 
^ CaL'ilogue la Valliere en trois volumes, tom. Il, 
pag. 577, n" iO de Part. 3915. 
4 Ibid., pa;;. 518, n* 25 du même article. 
Ifous u*aTO0s pas lu cette pièce; mais nous sommes 
fondé à croire qu*il y est fait allusion à une mode du 
temps, où Ton portait des moustaches à laftlouse. 



460 



DrCTMONNAIRE D'ARGOT. 



suite de la Nouvelle Histoire du Temps, 
ou la Relation véritable du royaume de 
la Coqueterie, etc. A Paris^ chez Marin le 
Ché, i655, iu-i2, pag. 99-144. . 

Enfin ; à la fin du xVii* siècle^ nous 
voyons /iioux comme adjectif, qualité 
qu'il a perdue depuis : 

Cest de quelque cousine 
Pour TOiM tirer chez^soi, sans doute un IruiiJUoiix, 

Les deux Arlequins (1091), act. If, «c. ▼. (i> 
Théâtre itmiieti de Gherarai, tom. III, 
pag. 285.) 

Mais quelle est la racine de ce mot ? 

Nous Usons dans la nouvelle LXXXl' 
des Contes et joyeux devis de Bonaven- 
ture des Périers^ Du coupeur de bourses, 
et du curé qui avoit vendu son blé : 
a ... il (le curé) n*eut pas plus tost las- 
ché la gibecière^ que cet habile hillot 
ne la lui eust enlevée. » Dans l'édition 
du Panthéon littéraire^, comme dans 
celle qui porte le nom de Charles No- 
dier*, on dit, pour commenter et ex- 
pliquer hillot : a Selon la Monnoye, ce 
mot est écrit à la gasconne pourfillot, 
garçon , d'où l'on a Mi Jllou, » 

Ce que dit le dernier critique que je 
viens de nommer, quoique exact, est 
bien loin d'être complet et satisfaisant. 
D'abord , il eût dû dire, ce me semble, 
que cet exemple de remploi de hillot 
dans ce sens n'était point unique; en ef- 
fet, en voici d'autres : 

Doncqiiea, pour donner fin à de teb Tenerables 
kUlots, je ne yeux oublier une bonne partie d'en- 
tre eux, etc. {Les Dialogues de Jaques Tahu- 
reau, etc. A Rouen, chez Nicolas Lescuyer, etc., 



* tes vieux Conteur» françaU^ etc., pag. 270, 
not.5. 

* Parti, librairie de Cb. GoMClio, M DCCC XU, 
in-ia, pag. 270, not. 2. 



1585, in- 16, fof. 82 Terso: La viedes advocals, et 
autres practiàens.) 

... la cour de Thouloose, entendant que Irsfo- 
reats et Aontai^snea Pyrénées leur prodiiiMicnt 
tant lie hiUots, brigandit, voleurs et bandimliere... 
Rendirent à ce deguerpi:$sement des barbes. {Les 
Apresdisnées du seigneur de ChoUeres, édit. de 
1588, Ibl. 195 recto.) 

U est parfaitement juste qo?ea gascon' 
hiNot veut dire JK5 , garçon : 

.. il cria au valet: « Ostê-nié d'aquiou, hillot, 
iou n'en podi maye. » (Ze% Aventures du banm 
de Fœneste, jiT. IV, cbap. i?.} 

Mais il fallait dir» aussi qu'au xv« si^ 
de ce nom de Billots était surtout em- 
ployé à désigner les Gascons : 

Du costé de Veronne, à la porte des cbampy. 
Eussiez veu les HiUotz, comme beaulx chiens cou- 

chans. 
Couchez le long des mtirs, descochant si souvent, 
Que Bfarquetz n'osent plus bouter le oez au vent. 
Le Voyage de F'ênUe, parmi les OEmres de 
Jean Marot, édit. de Coustelier, psg. 143. 
(La Prise du Chasteau de Pes^uiere,) 

Débat y eut prins sans propos, 
Entre les Normans et HiUotz. 

I6id,,]psi. ihO. 

Il en fut de même dans le siècle sui- 
vant : 

J'avois un jour un vallet de Gascogne, 
Gourmand , yvrongne , et asseuré menteur, 
Pipeur, larron, jiireur, blasphémateur, 
Sentant la hart de cent pas à la ronde , 
Au demeurant , le meilleur filz du monde , 
Prisé, loué, foil estimé des filles 
Par les bordeaux , et beau joueur de quilles. 

Ge vénérable hiliot fut adverty 
De quelque argent que m^aviez deparly, etc. 

Cl. Marot, Épures, liv. 1«', ép. xiv. 

Or nous savons que chez nos ancêtres, 
les Gascons passaient pour de grands 
vauriens, à telles enseignes qu^au 
XVII® siècle on disait chez nous gascon 



DICTIONNAIRE D'ARGOT* 



161 



pour enèiin au roi, gascànner pour 
prendre , dérober^ saladô de Gasêon au 
Ji^u de carde ', etc. Un poète avait-il à 
parler d'un filou? 11 le dépeignait comme 
Gascon, en le faisant jurer par cap de 
IHou : 

Un marin ce* nouireau filuii / 
Qui ne juroit qae cap de Vtou,\. 
ReDCQiitftt des^s uoe butte 
* Le dieu def r'ii et des attraiUa 

Ovide en keile humeur, de W Dajsouey, 
etc., «lit. de M. DC. L., in.4', pag. 9 1 . 
• Les amours d-*Apol1on et de Dapbiié. 

Le même rimeur emploie lamoi filiot, 
.qui est gascon à une lettre près : 



Je ne suis Turc oy parpaillot , 
Je suis un dieu fort hmi/Uiot. 

Jbid.] 



paç. 104. 



On sdt maintenant ce qu'il faut pen- 
ser de rétymologie attribuée au mot 
hillot par Roquefort ( Gloss, de la laur- 
gue romane, tom. !•', pag. 754, col. 1), 
qui le dit pris du nom que les Lacédé- 
moniens donnaient à leurs esclaves. 

FiLOcsE, s. f. Poche. Voyez Fouille. 

FiLSÀNOB, s. f. Filoselle. 

FiOLBB, V. a. Boire. 

TaTons pris la liberté, 
Dauphine, tnfiolant l' rogome, 
De boire à votre santé. 
Sans oablier monsieur votre homme. 

Chanson poissarde sur le mariage de 
M. le Dauphin. ( Le Chansonnier fran^ 
fois, ou Recueil de chausoos, ariettes, 
vaudevilles et antres couplets choisis. 
L recueil, pag. 47.) 

Le mot rogome, que Ton vient de lire , 
n'est plus de l'argot, surtout depuis que 

■ Voyei plus loin, art. Rober et Salade, Dans noe 
lettre de madame de Séviené, en date du 8 avril 1689, 
oo Iroove d^ gaseoH avec le sens de menUur. 



r Académie Ta recueilli , tout en le signa- 
lant comme populaire. Je le retrouve dans 
un poème écrit ei\ patois de Rouen : 

Cheux d'anottit, c est tout jus de fumier, 
Ct 1' «anciens, ch' étoit tout rogome. 

Coup d'çpil purin, pag. 14. En note, ro- 
game est expliqué par eau-de-ine de vin. 

Je trouve c^ mot orthographié difté- 
reitlment dans un ouvrage' de la même 
époque : 

Que va dire le roi Henri, 
Qui boit le rogum près d'ici ? 

La Henriade travestie, cb. IV, pag. 58. 

FiQUEB, v. a. Plonger, comme quand 
on dit plonger un couteau dan» le cœur. 
ltal.,/î<?af^, ficher, enfoncer. 

Nous avions autrefois la même expres- 
sion : 

Mais U sajele barbelée... 
Fu si dedcuz mon cxxtrfiehie. 
Qu'il n'en pot esire hors sachie. 

I^ Boman de la Rose, édit. de Méon, 
tom. I«', pag. 69, V. 1723. 

Fiche ton arc ce qu'il pourra /c//«r, 
O dieu Phebus! le mien \e fichera. 

Cl. Marot, Livre premier de la Métamor- 
phose, parmi ses œuvres complètes, édit. 
de M. DCCC. XXIY., tom. lU. pag. 64. 

Cupido, dieu d'aymer. 
Ficha ce traicl, etc. 

Ihid., pag. 65. 

On trouve ce mot à tout moment dans 
le recueil de David Ferrand : 

Tl ont rompu les ferremens 
De qui al étet attaquée... 
Car d'une terrible fachon 
A ly avet été fiquée. 

Complainte des haèilansde Sainte JVieaise 
sur la perte de leur boise, en télé d« 
V Inventaire gênerai de la Musa nor- 
mande, pag. 20. 

11 



i03 



DICTIOiNNAIRE D'ARGOT. 



La doubln quîtrnne esl Uemcurée ; 
Mais voye< où a i*cilfifiue. 

Ibid,, pag. 29. 

Sainte Barge, que via troU belles criatures!... 
Dis; je pense pourtant qui sont invervelex 
D*étre ichy accourus comme folle enrôlez... 
Poar leu/^ue/' o point ste pomme que vecby. 

Jugement de Paris, etc. {Ibîd., pag. 31.) 



Veiti il ne sera pas jusques zo cbambrieres 
Qui M viennent fiquer leur dais dans ta brelierc. 

Ibid>^ p«g« 32* 

Cb*est pourquoy je resous de m'en debrenesquer, 
Ste pomme d'or icy daus k% pâtes fiquer. 

Ibid. 

Flac, flacul , S. m. Sac. 

On a dit flasque pour flaccan, comme 
on le voit par Rabelais, qui, liv. V, 
chap. X , parle de « ung flasque de sang 
Greal, chouse divine et à peu de gens 
congnue, o et par Dassoucy, dans l'un 
des ouvrages duquel on lit que « le bon 
Bacchus joûoit du flasque \}i On a 
donné également ce nom, en France et 
en Angleterre*, aux poires à poudre, que 
l'on désigne encore ainsi dans certaines 
de nos provinces, et qui sont le plus sou- 
vent en cuir et flexibles, comme les bou- 
teilles primitives et les botas espagnoles 
de nos jours : 

... ce n'esloit que petib mescbans canons, tant 
mal montés, qu'on appelloit à la Luquoise, en 
forme d'une espaule de inonton; et \e flasque , 
qu'on appelloit ainsy, estoit de mesmes... comme 
de quelque cuir bouilly o» de corne , etc. {Des 
Couronnels fiançois, cii. vi : M. de Strozze; 
parmi les Œuvres complètes de Brantôme, 
édit. do Panthéon littéraire, tom. 1«% pag. 646, 
col. 2.) 

Les argotiers voulant transporter le 



' Le Jugement de Paris, etc. A Paris, chez Toas- 
itioet Qalnet, M. DC. XLYIII., in>if, pag. 12. 

> Voyei Sbakapere* Love's Labotn'i Losi, act. Y, 
Bc n. 



mot sac dans leur jargon , procédèrent 
de la môme façon , et remplacèrent le 
substantif par un de ses atûibuts , un^ 
de ses propriétés , qui est d'être flasque, 
ou plut6t>toc ou flaôquB, comme on disait 
du temps de Cl. Marot et plus tard. Tout 
le monde connaît le layd Tetin^ qui 
commence ainsi : 

Tetin , qui ne as que la peau, 
Tetio flac, tetin de drapeau. 

Les vieilles femmes et seiches ne s'addressent 
gueres à ces grauds ventres, qui sont /Kocçues et 
mois, (xxvi* serée de Boucbet.) 

Vous dites que nous autres bonnes gens avons 
nos outils tous cassez , flaques et brisez. {Les 
Apresdisnées du seigneur de Cholieres. A Paris, 
chez Jean Richer, 1588, in-12, folio 169 verso.) 

Frappé d*un roauTais vent , je demeure sans cœur, 
Flac, equené, transi, sans force et sans vigueur. 

Le Cabinet saijrriqite, édit. de 1634, pag. 214. 

Dans la cinquième partie de la Muse 
normande , pag. 95, on trouve une a Mis- 
sive du bon fieu Gringore Flacul à sa 
bonne mère Lorencbe, demeurant queux 
la bonne mère Sara, » etc. L'auteur au- 
rait-41 inventé ce nom pour indiquer que 
celui auquel il appartenait était porte- 
sac î 

On emploie aussi en argot flac d'aï, 
pour désigner une sacoche en argent; il 
est facile de voir qu'il entre dans cette 
expression le mot albert abrégé. 

Flacqueb, V. a. Aller à la selle. 

Ce mot est emprunté à notre langage 
populaire, où, depuis le xyi"» sièle, il si- 
gnifie jeter, lancer avec bruit, comme 
on ferait d'une truellée de mortier. 
« Flacquer, dit Cotgrave, tomake a thing 
to flap , slamp, or clap , bf/ casiing it 
molently against a wally or ground^. » 



■ Avant cet article, le nièiM le&ieoaca^ vrêU 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



163 



L'auteur ajoute que ce mot est en usage 
à Jersey; remarque oiseuse, si Ton con- 
sidère que ftaeguer, employé deux fois 
par récrivain spirituel auquel on doit le 
Moyen de parvenir '^ a été, dans le siè- 
cle suivant, recueilli par Ant.Oudin, qui 
accok à ce verbe l'étoile^ et la note vuïg. 
C'eei de Jlaegiierf je n'en doute pas, 
que vient notre mot flanquer ^ qu'on em- 
pkne maintenant, avec le même sens, 
dans le langage familier. Toutefois ce 
dernier mot est assez ancien , car on le 
lit dans un ouvrage du xvii® siècle : 

Alon le bon homme luy flanque,., 
Gerlain* baisera entre les dents, etc. 

Le Sénateur trompe par sa femme, par le 
flieur de Barthelot. (LeCabinet satyrique, 
édit. de Itt. DG. XXXinL, pag. 611 .) 

Flambant^ TB , adj. Propre, beau, su- 
perbe. 

Cette expression date probablement de 
l'époque où l'on portait de riches habits , 
flamboyants d'or et d'argent. Ronsard 
s'adressant à Henri II ^ qui venait de pro- 
mulguer son ordonnance somptuaire du 
14 août 1549, l'apostrophe ainsi dans 
une de ses odes : 

Le velours, trop comninn en France, 
Sous toy reprend son vieil honneur, 
Tellement que la remonirance 
Nous a fait voir la différence 
Do valet et de son seigneur, 
Et du muguet chargé de soje 
Qui à les princes s'esgaloit, 



donné oelu^ci : « Mettre à la flac. To empiy a pune 
{of tke tounâ an empty pune tnakei ) aUo, as Plae- 
quer; ct^ ntddtnlff {and wUh a Attfry } to ruin, east 
aoiM, overtkïïvw. » 

■ « Il se fourvoya... et se mit à pisser roide contre le 
▼isage du dormeur, et y flaqumt des ondes d*urine si 
fort sur le minois, qu'il réveilla. » CÊdit. de 17M, 
tom. !•% pag. 226.) 

«V Manasséi lui nt^flaquer ce foormage mou dans 
le bagottUer si proprement, qu'il entra tout » (/6t- 
dem^ tom. II, pag. 54. j 



El, riche en di-aps de soye» alioit 
Faisant flamber loute la voye. 

jiu roy Henry II sur set ûrdonnancfs 
faites tan M, D. £., 5" iiv. des Odes de 
Ronsard, ode V*, st. vxit*. 

Flambant fait maintenant partie du 
langage populaire, où Ion dit d'un ob- 
jet quelconque qui est dans toute sa frai- 
cheur> dans toute sa nouveauté^ qu'il est 
\jQ\xi flambant neuf. Voyez le Diction- 
noire du bas-langage, tom. I*% pag. 394. 

Flambé, bb^ part. Perdu, ue; ruiné, 
ée, sans ressource. 

Tout est flambé, (ont est fondu. 

La Prison de Monsieur Dassoucy, etc. 
A Paris, de riuiprimerie d'Antoine de 
Rafflé , M. DC. LXXIV. , petit io-1 2 , 
pag. 65. 

Tout est flambé, la Ligue est morte. 

La Henriade travestie, ch. X, pag. 1 54. 

Flambe, flambergb, s. f. Ëpée, sabre 
de cavalerie. 

Il y a ici un souvenir de notre mytho- 
logie nationale, oùFloberge, Froberge, 
Flamberge, ouvrage du fameux armurier 
Véland, figure conune ayant appartenu au 
duc Bégon, du Roman de Garin le Lohe- 
rené, puis au roi païen Anthénor, ensuite 
à Maugis d'Aigremont, qui la donna à son 
cousin Renaud de Montatiban. C'est sans 
doute au roman des aventures de ce der- 
nier, qui fait partie de la Bibliothèque 
bleue, et qui depuis longtemps est entre 
les mains du peuple, qu'est due cette 
expression ', dont l'emploi, dans notre 



> n Mais si une fote Je luy fais essayer ocste-cy, plus 
tranchante que Flambage ou Doraodal, je le fen- 
dray Jusques à l'estomacb. » [Les Jaloux, comédie de 
Pierre de TArivey , acL V, se vj.) 

Quand Us sont attachez à leurs pfece.^ de fer. 

Et qu'ils ont au coslé (comme on pédant sa verge) 



11. 



\ei 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



langue^ a lieu seulement dans le style 
plaisant et familier, et dans cette seule 
; mettre fiamberge au vent : 



Mettons ftamùerge auvent^ et bravoure en campagne. 
V Étourdi, act III, se. ▼. 

Je mets fiamberge awvent^ et, plus prompt qu'un 
J*en fais le moulinet, j'en estocade Pair. [esclair. 
Les Visions. {Les OEuvres de Soiat-Amant^ 
édiude M. DC. LXr., pag. 78.) 

Toutefois y Poisson n'a pas craint de 
faire dire à THôtesse, dans VAprès-saupé 
des auberges, se. y: 

Non, Don, Ton ne craint point icy ^àire flamherge. 

Pareillement Saint-Amant a dit^ dans 
son Passage de Gilbraliar : 

Tout leur fait joug, et leur fiamberge 
Ne sçait que c'est que de faillir. 

Les Œuvres du sieur de Saint» Jmant , 
édit. de M. DC. LXI., pag. 419. 

et d'Esternod, dans sa satyre XV ( VHi- 
poerisie d^une femme, etc.) : 

Déjà en pension estoyent tous mes habits, 
Sayons, cappes, bonnets, pistolets, t\ fiamberge, 
L'Espadon satjrrique, pag. 158. 



Enfin ^ on 
XVII* siècle : 



lit dans une comédie du 



Je suis icy dans une auberge , 
Et les guerriers porUns /am^er^^ 
Ont toujours droit, chemin faisant... 
De se payer des arrérages. 

La Naisiance d'Amadis (1694), se. vu. {Le 

Théâtre italien de G/terardij tom. V, 

pag. 94.) 



Joyeuse. Dnrandal, Haoleelaire et Fiamberge, 

Ils présument qnUls sont tombez de paradl», etc. 

L'Ambition de certains courtisans nouveaux ve- 

nus^ satyre I. (L* Espadon aatyrique^ par le 

sirar d*Esternod, etc. A Cologne, chez Jean 

d'EscrImerie... M. DC. LXXX., petit in-12, 



Autrefois les filous ne marchaient ja- 
mais qu'avec un couteau , sans lequel ils 
n'eussent pu accomplir leurs exploits : 

Chacun vit de son meslier... 

Le filou de son couteau , 

Le ladre de sa cliquette. 

Poésies et lettres de M, Dassoney, etc. 
A Paris , chez Jean-Baptbte Loyson, 
M. DC. LUI., petit in-12, |)ag. 114. 

Suivant le témoignage d'un écrivain 
de notre temps ^ et Soldat de la petite 
flambe, c'est la même chose que Cheva^ 
lier de la petite epée. En terme d'argot^ 
ajoute-tril, la petite flambe, comme la 
petite épée, désigne un couteau à l'usage 
des coupeurs de bourses ; et c'est pour 
cela qxx^élre flambé se dit dans le même 
sens qu'être ruiné *. » 

Flàusique, s. Flamand, Flamande. 

Flanche^ gband flanche, s. f. Le jeu 
de la roulette et du trente et un. 

Flancheb, V. n. Jouer franchement. 

Ce verbe vient d'une locution popu- 
laire, à la franquette , à la bonne fran- 
quette, qui signifie franchement, ingé- 
nwnent, et dont on a fait par corruption 
à la flanquette, à la bonne flanquette* 
Voyez le Dictionnaire du bas-tangage , 
tom. n^ pag. 407. 

Eh ! tetigué , ne lantiponnex point davantage , et 
confessez à la franquette que v's êtes médecin. 
(Molière , le Médecin nuilgré /ni, act. I»', se. vi.) 

J'aime qu*on aille à la franquette, 

El ne connais point réu'quettte. 

La Guerre de Troie, travestie, etc. A An- 
gouléme , de rimprimerie de F. Tre- 
meau, 18l8,in-18, ch. II, pag. 24. 

Ces bons gros et gras villageois , 
Tous à la bonne franquette. 



» Dictionnaire des proverbes français^ etc., par 
P. M. QuitanI, pag. 399. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



165 



Groyoîent bien qu'elle ferait cboii 
De te rendre bergerette. 

Le Retour de Jeannette, 5* couplet. 
{Nouveau Recueil «T ariettes et cfian- 
ions, etc. A Rouen, chez Pierre 
So)cr, sans date, in- 12, pag. 57.) 

Flaquet, s. m. Gousset; mot du /ar- 
gon. 

Nous avions autrefois fasqtte, facque, 
dans le même sens : 

En ftOD saye afoyt plus de vingt et six petites 
bougettes et /ai^iiex, toujours plaines, etc. (Ra- 
belai», liv. II, cliap. xti.) 

(Il) écriroit deux ou trois cents recettes, pour 
diverses maladies ; desquelles il prenoit un nom- 
bre, qu'il mettoit en \à/aeque de son saye. {Les 
Contes et joyeux devis de Bonaventure des Pe- 
rierSf nouv. lxi.) 

Il tire un feston de sa facque, etc. {IMem, 

BOUV. LXXXIII.) 

Flbub ob mabie, s. f. Virginité. 

On se rappelle peut-être toutes les 
belles choses que l'auteur des Mystères 
de Paris a dites sur la poésie de Pargot % 
à propos de ce mot, dont il fait le nom 
de la Goualeuse^ Tune de ses héroïnes. 
Plus versé dans la matière^ il eût hésité 
à se prononcer dans ce sens^ et en y ré- 
fléchissant un peu^ comme je l'ai fait^ il 
eût vu^ dans le nom que l'argot donne à 
la virginité^ une légère altération qui en 
dénature la signification première^ plus 
conforme aux habitudes du jargon. On 
l'aura en retranchant une seule lettre^ la 
dernière^ et en lisant yfeiir de mari : ce 
qui est moins poétique^ il est vrai , que la 
leçon de Vidocq et de M. Eugène Sue^ 
mais encore bien moral pour de l'argot. 

Au reste^ il est à remarquer que la 
virginité^ par une métaphore gracieuse, 
a toujours été appelée fleur chez nous : 

' Première série , cliap. u. 



Dolente ! sans conseil, mar vis onqoes le jor 
Que premier vis d*Ugon l'acointance et Tamor, 
Por coi je perderai la iialtesse et Tonor 
Du dus qui enlrpsait veut que Faie.à signor ; 
Aios mesura, se Dieu plaist, cil qui en ot lëflor, 

Beatris, coup], m. {Le Romancero franeois^ 
p«g. 32, 33.) 

Les ftors del pucelage a prises, 
Flors i dona et flors i prist. 

Partonopeus de Blois, tom. !•% pag. 45, 
▼. 1299. 

Flic^ flique^ fligue a dard, s. m. 
Sergent de ville. 

Nous avions autrefois le premier de 
ces mots dans notre langue, avec le sens 
de flèche^ dont il semble une altération : 

Ne les lo{;ez point parmi yKrc^fi^i; 
Dedens jambons les fault nourrir. 

y4neien Théâtre fran cois ^Xom, I'*', pag. 316. 

Cotgrave traduit flic par a jert^ or 
jerk ; a iwang y a dash^ a slat, a slamp; 
alsOy an arrow or shafl; mais^ bien que 
le mot dardy qui fait partie de la troi- 
sième de ces expressions d'argot^ puisse 
faire croire à l'intention d'employer flic 
dans l'une des acceptions qu'il avait 
dans la bouche des honnêtes gens^ je 
suispei*suadé que flic y flique, fligue, sont 
des altérations de friquet , ternie in- 
jurieux par lequel on désigne, encore 
aujourd'hui, les mouchards. L'addition 
qui vient après fligue est une allusion à 
répée des sergents de ville, ou plutôt 
aux flèches des archers primitifs. Voyez 
Raille. 

Fligadieb, s. m. Sou. 

Flotiebb, flou, floustibbb, adv. 
Rien. 

Ce dit, il Talloit déflorer; 

Mais quand ce vitit au perforer.. . 



166 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Il ne trouve plus que floutîere. 

Ovide travtsty, ftble X : Les Amours de 
Jupiter et d'io. (Œuvres de monsieur 
d'jissoucy, A Paris, cbez Thomas JoUy, 
M. DC. LXVIIL, in-12, pag. 91.) 

Dans un autre de ses ouvrages, le 
même d'Assoucy, après avoir rapporté 
ces vers, ajoute : 

Cecy est sans doute bien pire que le langage des 
lialles ; mais je délie le François le plus pur d'ex- 
primer si l)ien cette action que ce langage de PArty, 
qui ii*e$l commun qu'à ceux qui cntriment Mir le 
IJgourt et le passe Ligourt. {Les Avanturcjs d*ita» 
lie de monsieur d*Assoucy. A Paris, «le IMmpri- 
roerie d'Auloine de RaOlé, M. DC. LXXVII., in-1), 
pag. 35à, 256.) 

Flotierey flousHere, du moins flou, 
sont formés par onomatopée, et repré- 
sentent le son d'une flilte, qui est pris 
ici comme symbole d'une chose vaine. 
Peut-être même, dans le principe, ajou- 
tait-on la pantomime et faisait-on le geste 
d'un homme qui joue de cet instrument, 
à peu près comme de nos jours les plai- 
sants de bas étage font la nique en simu- 
lant avec leur main une espèce de trom- 
pette, dont ils ont Pair de sonner avec le 
nez; geste d'origine italienne, dont l'intro- 
duction chez nous ne doit pas remonter 
plus haut que le xvi« siècle : «Voulez-vous 
en France braver un homme ? dit Estienne 
Pasquier; vous dites que vous le ferez 
bien camus , ou que vous lui y rendrez le 
nez plat comme une andouille. Au rebours 
ritalien dit tanto di naso, représentant 
un demy pied de nez par sa main, qu'il 
attache au bout de son nez '. » 

Quoi qu'il en soit, au temps de Pas- 
quier et même auparavant, on disait : 
a Soufflez, soufflez de belles, pour il 
n'en est rien; et, plus tard, « Soufflez, 



« les Recherches de la France, liv. VIII, chap, xxvi. 



menestriers, Tespousée passe, pour dé- 
sapprouver ou se moquer de ce qu'un 
autre dit; ou bien pour donner à enten- 
dre qu*un homme dit des hyperboles, et 
se vante hors de raison '. » 



Agrippart, compte à monseigneur 
Comment, loy estant jeune eoboi, 
Monté dessus ung elepbant, 
La grand tour Bab«l eschella. 

B&IFFADE.T. 

Soufflez fort. 

AOKIFFART. 

Par Dieu ! voy-le-là. 
Il sçail bien si je meolz ou non. 

Le ein^uiêsme Livre des Actes des cpos" 
très, feuillet .ce. i. verso, col. 7, 

Que retorisiens soyent riches. 
Chantres, ne galans sans soucy, 
Souflês, y n'en font que les biches. 

Le Pèlerin passant, monologue seul, com- 
posé par maistre Pierre Taserie, édit. de 
Techener, pag. 6. 

... le roi lui ayant demandé des nouvelles de 
ses paroissiens, il loi dist qu'il ne lenoit pas à les 
bien prescher, qu'ils ne fussent gens de bieo. Et le 
roi rayant interrogé s'ils se goiivemoient pas bien : 
« En ma présence, dist-il , ils font bonne raine et 
« mauvais Jeu, et sont prests de faire tout ce qne je 
<i leur commande ; mais si tost que j*ai le c. 
« tourné, soufflez, sire. > Ce qui fust pris en bonne 
part de lui, comme n'y allant point à la malice, 
non plu^ qu'es rencontres qui lui estoient coustu- 
mieres en ses presches ; car si on eust aperçu qu'il 
eust équivoque de propos délibéré sur ce root de 
stmfJUZt qui, outre sa première signification, te 
prend en langage du commun peuple, pour cela 
aussi qui dit autrement de belles , c'est-à-dire il 
rCen est rien , on lui eust appris à souffler d'une 
autre sorte. Et pois, sonnes, tabourin. {Les Contes 
et joyeux devis de Bonaventure des Periers, 
nouv. cxTii '.) 



' Curiotitez françoisee , an mot Soufflez* Voyes 
ao8<:i la Seconde partie des Recherches françoites et 
italiennes, pag. 527, col. 2. 

* Cstifl histoire, dont le héros est le emé de Brou , 
que Bonaventure des Periers nous fait connaître dans 
plusieurs autres contes , est également rapportée par 
Henri Estienne, dans Y Apologie pour HérodoU , 
chap. xxxvi. 



m G'«BtMt ce que je tooIoU dire : voilà jnsfe- 
ment ma conceplioo : si je ne l'ay ainsin exprimé» 
ee D'est que faulte de langue. » Soufflez. {Essais de 
Montaigne^ Uf. Ht , ehap. tiii.) 

Au temps d'Oudin , on ne disait pas 
seulement souffles, menestriers : l'es- 
pausée passe; mais encore « du flux , in- 
terjection, pour donner à entendre que 
l'on n'accorde pas ce qu'un autre dit , 
vulg. » Voyez les Curiositez françaises, 
au mot Flux. 

FtoTTàNT, s. m. Poisson. 

fiouchet donne nageant avec le môme 
sens. 

Flotter, v. n. Nager. 

Flotteur, euse, s. Nageur, nageuse. 

Flouk, s. f. Assemblée. 

Nous avions autrefois flot, flo, dans 
le même sens : 

Grant /lot de gant après s'arive. 

Guillaume Guiart, Branche des royaux 
lignages^ y. 1031 ; dans les Chroniques 
nationales françaises, cdil. de Verdière, 
lom. VU, pag. 65. 

Refait Tenir à grant flo gent 
Li roys qui »Vn va vers Nogent. 

Id,, V. 1046. {Ihid,) 

Gens d'armes les portes aprodient , 
En espoir que leur yZo s*i ûere. 

M, V. 1421. {Ibid, pag. 80.) 

Puis lor tramist par huit ouverz 
Grant /o d'Anglois de fer couverz. 

/</.,v. 1692. (/*.,pag. 90.) 

Gomme on le voit, \e floue de Targot 
vient originairement de fluctus , et n'est 
nullement l'anagramme défoule, qui en 
est peutrétre venu, bien que sa forme 
accuse une autre source; mais il n'y au- 
rait rien d*étonnant à ce que flo, floue, 
se fût transformé en foule par suite de 
l'analogie que Ton trouvait entre cespre- 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 167 

miers mots et fouler, qui est donné 
pour racine à foule par Ménage et d'au- 
tres étymologistes. Quoi qu'il en soit, 
avant de se servir du verbe affluer ^ qu'on 
emploie aujourd'hui en parlant d'une 
multitude, on disait autrefois /wer ; 



Les metz qu*on eut, rarompter par parolle 
On ne sçniiroit, ne redigiT par rolte; 
Car l'habundance y fut tant superflue, 
Je croy le bien de tout Angers yflnè, 

La Légende de maislre Pierre Fai/eu , 
chap. XLViir. 

Flouer, v. a» Filouter au jeu. 

Il y a tout à croire que cette expres- 
sion vient du flux on flus, jeu de cartes, 
le premier de ceux auxquels jouait Gar- 
gantua', et dont il est question dans le 
passage suivant : 

Yotilés-vous troys heures ou quatre 
Dancer, chanter ou vous esbalre 
A beaux, dex, au glic ou au flux ? 

Le Mistere de la Passion Jhesus-Crist , 

4^ journée; édit de Verard, feuillet i 2 

verso, col. 1 . 

Plus tard , ce mot servait à désigner, 
à certains jeux, une suite de plusieurs 
cartes de même couleur : 

Mais nous n*avons pas faict mention de celuy 
qui cria : J*ay flus^ pensant estre eucores au jeu 
de cartes. (Apologie pour Hérodote ^ li?. l*\ 

ciiap. xxix.} 

Tout le bien que sçauroit te désirer ma rime... 
C'est que tu puisses prendre en joiiant à la prime, 
Sur tous les assisUns, le plus exceUcat >7iii. 

Les Chevilles de M* Adam, menuisier de Ne» 
vers, A Paris, chez Toussaioct Quinet, 
M. DC. XLIV., in-4*, pag. 17. 

De ce mot est également venue Vex- 
pression faire flus, s'en aller : 

» Rabelais, liv. 1*, chap. xxii. Voyez aus&i le 
chap. Il de la Pantagmeline Pronottieation, 



i&8 



DICTIONNAIRE ITARGOT. 



ValeU de pique, faites >?ifj; 
La France , qui vous congédie, 
Yeut que vous ne luy serviez plus 
Qu'à vendanger en Normandie. 

Cassation de Soudrilles. (Les Œupres 
du âieur de Scùnt-Àmant, édit de 
M. DC. LXI.9 ini2, pag. 173.) 

Du ris, hélas! il n*eu e&t plus. 
Soit avec ou sans équivoque : 
Pois, febve et lentille ont fait fias, etc. 

Les Nobles, TrioleU. {Ihid^ pag. 3ô8.) 

FloumEj flume, s. f. Femme; corrup- 
tion et apocope Aq Jumelle ^ que le peu- 
ple emploie encore au lieu de femelle : 

Quant ia/umelle est si très-naturelle 
Qu*elle tire à elle aulcun par aroytié, 
Du doulx meffaict tous les dieux ont pitié. 

Eptstre des dames de Paris, aux courlisans 
de France estons pour lors en Italye , 
V. 36. (Les Poésies de Jean Marot , édit. 
de Couslelier, pag. 197.) 

Ces garçouuiaux et ctsfumelles 
Ont appris des chansons nouveUcs. 

Pièces et anecdotes intéressantes, etc., 
V partie, pag. 17. 

Ces garçons aveuc ces fitmelles 
Allont dauser des rilornelles. 

/^fV.,pBg. 18. 

Les mftles se sont envolez , MoDsieur, je n'avons 
déoiclié que les /umelles. (Dancoart, le Tuteur, 

se. XVI.) 

FoGNEB , V. a. Aller à la selle. 
On lit dans la xvi* Nouvelle de Bona- 
venlure des Periers : 

Car elle fongna ao clerc plus d'un jour et une 
nuict, et le menaça fort et ferme. 

Ici fongner se prend pour gronder^ 
faire la mine. LaMonnoye^ dans les notes 
de son édition (in-1 2, tom. T", pag. 166), 
pense que foin y que l'on emploie dans le 
sens de bran, fi, etc., vient de fogner 
avec son sens argotique. 



Dans sa nouvelle xviii% des Periers 
emploie encore ce mot : « 0, de par le 
diable! dit-il en f(mgnafii;i^ et une fois 
de plus dans la xli*^ « de mode^ il lui 
fongna bien gros. » 

A la même époque on trouve /onpnorjr 
à côté de hongnqrs, comme si ces deux 
mots eussent eu un sens différent : 

Grongnars,yôR^ii<ir«, hongnars je prive; 

Les biens leur sont mal employez. 

Bon temps , ballade. ( Les Œtwres de 
maistre Roger de CoHerjre^ etc. Paris » 
M. V. XXX.VI.[x536], in-i6. feuil- 
let signé I.) 

FoiBON^ FoiAOu, s. m. Postérieur^ 
derrière. 

Foncer^ fouquer^ v. a. Donner. 

Le premier de ces deux mots^ dont le 
second n'est qu'une corruption , est sou- 
vent employé par nos anciens auteurs : 

Pensez de bien foncer. 

Le Mistere du viel Testament p f. 
.ccxuLXV recto, col. 2. De Besier. 

Au faict d'amours beau parler n*a plus lieu, 
Car sans argent vous parlez en bebrieu ; 
Et, fussiez-vous le plus beau fils du monde, 
Il fault foncer, ou je veux qu'on me tonde 
Si vous mettez jamais pied à l'estrieu. 

Les Poésies de Jean Marot, iv* roodeau ; 
édit. de Coustelier, pag. 224. 

' S'il plaist, s'il est beau, il suffit, 
S'il est pitxligue de ses biens. 
Que pour le plaisir et déduit 
l\ fonce, et qu'il u'espargne rien. 

Les Droitz nouveauU, de CoquiUart, édit. 
de Coustelier, pag. 25. 

Mais que on lui fonce le salaire. 
Elle aura son gaige exprez. 

litid., pag. 5&. 

Mais il n*a pas souvent ar(;ent, 
11 ne scet que c'est que /bncer. 

ibid., pag. 62. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



469 



n fiiilloit qa*n vint sus ou jus 
Le fournir à son appétit ; 
Car qui va fonce 'de quiius, 
Prester d'appétit seusitif , 
Il se monstroit ardant, basiif, etc. 

Le PlaydoyerdeCoquitlart. (/^ô/., pag. 74.) 

Xaiotenant, par ce que je n'a j peu lui foncer les 
milliera qu'elle deroandott... elle a donné entrée à 
Moachion. (Xes Œuvres de Xncian, traduction de 
Jean Baudoin, folio 73 recto.) 

n se peut que rAcadémie ait raison de 
dire que foncer est un verbe neutre; 
mais deux^ au moins , des exemples que 
nous venons de citer prouvent qu'autre- 
fois il n'en était pas toujours ainsi. De 
méme^ s'il faut l'en croire , on n'emploie 
plus guère foncer que dans cette phrase 
familière qui a vieilli : foncer à l'appoinr 
/emen^^ fournir aux dépenses nécessaires. 
On la trouve déjà dans les Curiositez 
françaises y avec le sens de donner de 
Vargent y et avec l'astérisque et la note 
qui la signalent comme familière et vul- 
gaire. 

On a dit aussi /on^fer à V appointements 
ce qui est peut-être une corruption de 
foncer : 

si me semble-il que ce n'est point Testât des 
gens de guerre de soufler le charbon, entendu 
qu'ils sont le plus souvent assez mal fournis 
de ducats à la croisetle pour faire la multiplica- 
tion. LE DEu. lis ne laissent pour cela de s'en roes- 
ter, car ils trouvent tousjonrs quelque bon nyais 
qui leur ayde k fonder à Vappoinclement. {Les 
MHalogues de Jaques Tahurt^au, etc. A Rouen, 
dicx Nicolas Lescuyer, 1685, in-n, folio 144 recto.) 

Fondant, s. m. Beurre. 
FonDHiËBB, s. f. Poche. 
FoNFÉ, FONFiÈBE, S. f. Tabatière. 
Nous avions autrefois fovffe, dans le 
sens de bagatelle, d'inuliliié: 

Bref, c'est en ce licii qu'on s'étouffe 
])e faire acbapl du (\ue\({nefoitffe. 



Laquelle loge, avant partir. 
Les gens souvent au repentir. 

Description de la vitte d'Amsterdam en 
vers Surlesqites, jeudi, pag. 179. 

le Roose-gracbt possède encore 
Une maison qui le décore 
D'autant éefouffes et bijous, 
Que ce joli amuse-fous, etc. 

lùid,^ vendredi, pag. 244. 

FoBBSQUB^ S. m. Marchand forain. 

FOBÊT, FOBÉT MoNT-BUBIN, MONT- 

TBCBiN, S. m. Cloaque de ville. . 

11 est à croire qu'ici forêt n'est autre 
que notre ancien mot fores , rapporté 
par Oudin dans la seconde partie de 
ses Recherches italiennes et françaises^ 
pag. 255, col. i, et traduit par fuori^ 
dehors. Reste Uont-rubin, que donne le 
Dictionnaire argotique du Jargon ^ ou 
Mont-trubin, qu'on lit pag. 12 de la 
Responce et complaincte au grandCoesre. 
Ce doit être Montrouge, près de Paris, 
où il y avait peut-être un cloaque des- 
tiné à recevoir les immondices de la 
grande ville, et dont le sol semé de car- 
rières présentait nombre de cachettes, 
comme celle où le pauvre marcandier 
avait placé son argent. 

Les Italiens employaient dans le 
môme sens le mot Civillarif nous ne 
savons pourquoi : 

Krano allora per quella contrada fosae, néUe 
quali i lavoratori di que' canipi facevan volar la 
contesta a CiviUari, \\cr ingrassare i campi loro. 
(// Decameron di messer Giovanni Boecacci, 
giorn. VIII, nov. ix.) 

L'expression votar la contessa a Gvil- 
lari ne rappelle-t-elle pas celle dont se 
servent nos voisins d'outre-Manche, to 
pay a visit to Mrs Jones? 

FoBFANTB, s. m. Hàbletir, charlatan , 
fourbe, a Mot d'argot , dérobé à l'italien. 



ITO 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



dit Nodier^ et qu'il faut laisser à l'italien 
et àTai^ot'. » 

Nous n'avons trouvé jor jante dans au- 
cun dictionnaire d'argot; mais en re- 
vanche nous l'avons souvent rencontré 
dans nos anciens écrivains français : 

Seigneurs, estoupez vos oreilles, 

Ctforffault dit fiaes merveilles. 

L« Mfartirê dé S, £tietie, ( Myilères iné- 
dits du (juinzième siècle, publiés... par 
Achille Jubinal, tom. I"", pag. 19.) 

!• voot atfeure que tellB est ceste terre... qae la 
Pooerople de Philippe en Thrace, islesdes forfans^ 
des larrons, des brignans, des meurtriers et assas- 
•iDeurt. (Rabelais, lif. iv,cliap. lxti.) 

• . . Messer Camille, auquel je maoïle qu'il est 
un/ar/an/, etc. ( Les Apresdisnées du seigneur 
de Cholieres, fol. 231 recto.) 

Dans les deux Dialogues du nouveau 
langage f rançon italianizé, etc., Celto- 
pbiie, ou plutôt Henri Estienne, consent 
à l'adoption, par notre langue, du mot 
italien forjante^ comme à celle de pol- 
trône. Voyez pag. 62-64. Plus loin, 
pag, 71, il déclare qu'il ne voudrait em- 
ployer forfant, menestre, etc., qu'en 
parlant à un Italien d'un de sa nation. 

Malgré la tolérance de Henri Estienne, 
forfanl n'a pas eu le même sort que pol- 
tron, qui est devenu bien français; et 
Nicot put dire longtemps après : a For- 
fant... est pur italien , qui dit Ferrante, 
Pour un caymand, mesehant et mauvais 
garçon. » Mais si nous avons laissé perdre 
f&rfanty comme on le sait, nous avons 
retenu forfanterie^ qui est toujours en 
usage dans le sens de fanfaronnade ou 
de fanfaronnerie, 

FouAiLLERi v. n. Craindre, manquer 
de résolution au moment de l'exécution 
d'un mauvais coup. 



' Sxam, erit. des dict. de la lang. franc» paf;. 180. 



Fouille, pouillouse, foulle, pe- 
louse, FiLocHE, s. f. Poche, suivant le 
Jargon y et, selon Boucbet, gibecière. 

Car il aUrapoit Tung par les jambes, l'aultre par 
les espaules , l'aultre par la besace, l'aultre par la 
fouiUouse, Tautre par l'escbarpe. (Rabelais, 
liv. rs cbap. xKWiii.) 

Plus d'aubert n'esto>t en f&mllouse pour soUi- 
citer et ponrsuyvre. {Id., liv. III, chap. xu.) 

Je ne veux pas dire que ce soit pour des damoi- 
sals , c'est |)Our getter Tescu dedans jusques à ce 
qu'on soit an logis, pour la descharger en la /bût/- 
louse; car à Paris il fait fort dangereux mettre 
l'argent dans sa pochette, oh porter bonrae. (Ma- 
tio<^e m du seigneur de Cbolieres.) 

Le Duchat, qui, dans son commen- 
taire sur Rabelais , cite trois vers de la 
troisième journée du Mystère de la Pas- 
sion , où se trouve le mot foulle, vers 
que nous avons déjà rapportés, dit que 
fouillouse vient defolliculosa, fait de /fa/- 
lis ' ; je crois plutôt que ce substantif a 
été formé de notre verbe /(mi7/tfr. Oa- 
din, qui a consigné/outï/oti^f dans Ib se- 
conde Partie de ses Recherches italiennes 
et françoises , dit que c'est un mot d'ar- 
got^ et le traduit par sacoceia. Mieux 
eût valu peut-être donner le fourbesque 
foglia, qui équivaut à fouillouse. 

H existe encore un jeu auquel se di- 
vertissent les écoliers, notamment les 
polissons des rues, et qui consiste à in- 
troduire autant de billes que l'on peut 
dans un petit trou en terre que Ton ap- 
pelle le pot : cela s'appelle jouer à la 
faillouse, sans doute à cause de ce pot^ 
ou poche. Voyez le Dictionnaire du bas- 
langage ^ tom. II, pag. 66, 67. 

Foub, s. m. Fausse poche dans la- 



< Voyez aussi le Dictionnaire étymologique de 
Ménage, édit de Jault, tom. l", pag. 690, col. t. Od 
trouve dans CIoéron follieultu avec la signlUcatioD 
de petit êac de cuir. . 



l 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



171 



quelle les enguilleuêes cachent les pro- 
duits de leurs vols. 

FouB BANAL, S. iH. Omiiibus. 

PooBBi , s. m. Jeu qui cache un piège. 

FocBCHu^ s. m. Bœuf. 

FovBGAT^ 8. m. Marchand , receleur^ 
chez lequel les voleurs déposent et ven- 
dent le produit de leurs larcins. 

Golgrave explique forças par a seisure, 
or sale ofgoodSy upon éxecution^ et ajoute 
que ce mot est normand. Nous ajouterons 
noas-méme qu'il vient deforgager, an- 
cien terme de droit qui équivaut à rache- 
ter un gagêf se dégager , se délivrer, etc. 
Les receleurs ont reçu ce nom de leurs 
{NPatîques, parce que, dans rorigine^ et 
même encore maintenant, ils prennent 
en gage des objets volés, dont ils s'occu- 
pent d'opérer la vente. Aujourd'hui le 
peuple, dans certaines villes, à Lyon 
par exmnple, n'a pas cessé d'appeler les 
marchands de meubles d'occasion et les 
fripiers, des revendeurs de gages. Au 
reste, ce dernier root avait autrefois, 
et a conservé dans quelques provinces , 
comme en Normandie, lesensd'avo/r, 
de ce gui appartient : 

Biuu sir, por Dieu merci, fet-nous render nos gach. 

Le Privilège aux Bretons, «t. vni. (Jongleurs et 

trouvères,,, publ. par A. Jtibinal, pag. 53.) 

Je ne Touidroie jamais amer un cheTalier, car il 
«e Tanteroit plus tost et gaberoit de moy, et me 
demanderoit mes gages à engager. (Lt Menagier 
de J^arit, Um. l", pag. 162.) 

C'est donc bien à tort que l'éditeur de 
ce dernier ouvrage dit en note : « Peut- 
être faudroit-il bagues, effets, joyaux. » 

FouBGUEB, V. a. Vendre à un fourgat 
des objets volés. 

FocBLiNBUB, s. m. Yolcur. 

Farligner, ou, comme on disait aussi 



au xTii* riècle, fortiner i, c'est sortir, 
tirer hors de la ligne droite, et non 
pas dégénérer de la vertu de ses ancê- 
tres, faire quelque action indigne de la 
vertu de ses aïeux ^ comme le veut l'A- 
cadémie ifourlineur est donc tout à fait 
Féquivalent du terme déioumeur, par le- 
quel on désigne ceux qui font métier de 
voler dans l'intérieur des boutiques. 

FOUBMTLLANTE, S. f. FoulC. 
FOUBMILLOH, FBIMION , PUHION, S. m. 

Marché. 

U est facile de se rendre compte de 
Fétymologie de ce mot, qui est formé 
d'une allusion aux fourmis , à leur nom- 
bre, et à leurs allures vives et affairées. 
Henri Estienne, après avoir essayé de 
démontrer (ce dont il eût bien fait de se 
dispenser) que notre moimarmaille vient 
du gvec fjLup(Aax£(;, fourmis, ou bien de 
(jkupfjLaKiot, qui en tire son origine, ajoute 
avec beaucoup plus de raison : a Gonmie 
aussi quand nous voulons parler d'une 
grande troupe de personnes de basse 
qualité , qui sont comme entassées les 
unes sur les autres, nous disons : U y en a 
une fourmilliere. » ( Deux Dialogues du 
nouveau langage françois , italianisé, 
pag. 376.) 

Ma foi, madame, je d6 doute pas que ?ousn*aysi 
aiie/otff7iillt«r0 d'appas. {Le Phénix [lOtl], se. 
du Colonel; dans le Théâtre italien de Qh^' 
rardi, tom. III, pag. 368) 

Et vous, la crème des beautez, 
Fourmilliere d'appas, tombeau des libériez. 

Les Souhaits, se. des Elemens. {IhU., tom. ▼, 
pag. 71.) 

Cependant une fourmilliere 
De traits tombe sur le Troien. 

Jacques Moreau , Suite du Virgile tra- 
vesti, liv. X. 



* Voyez le DldiooDaire de Cotgrav«, à Poriiner et 
Foriigner, 



178 

Nous avions autrefois /remtofij dans le 
sens de fourmi, eifourmillière se disait 
frommiere eifremiliere : 

Ceuls qui longtemps ont à court demouré. 
Qui sont pounreu, compère au fremion, 

La Fourmi et te Critfiut, ▼. 19. (Poésies 
morales et historiques etEustache Des- 
champs, édil. de Crapelet, pag. 192.) 

Dormi longtemps ont en leur yromm/ere, 
Sanz eulx mouvoir li froumi remuant. 

Le Lion et Us Fourmis, v. I. (/^4/.,pag, 
189.) 

Et tous leurs soldats crioient à Tarma... et les 
Tuyoit-on sortir de leurs tentes et petites loges, 
drus comme fourmillons lorsqu'on descouvre 
leurs fourniillieres , pour secourir leurs compa- 
gnons qu'on degosilloit comme montons. {Voyage 
de Mets [1552] ; parmi les Œuvres compL d'Am- 
broise Paré, éd. de Malgaigue» tom. lir, pag. 703, 
col. 2.) 

...les lingnenots de Poictou, Angonmois et 
Xainctonge (qui en ont esté ÏA/remilliere on pé- 
pinière), tousjonrs ciierent fort après luy, etc. 
{Hommes illustres et grands capitaines fran^ 
çois, chap. \& : M. l'admirai de Chastillon ; parmi 
les Œuvres complètes de Brantôme, édil. du Pan- 
théon littéraire, tom. !•', pag. 449, col. 2.) 

Enfin ^ l'on disait fremiller au lieu de 
fourmiller. Voyez la seconde Partie des 
Recherches italiennes et françoises , 
pag. 262, col. i. 

FouBOBB, s. f. Fouille. Terme des for- 
çats et des ai^ousins. 

FouBOBBB, V. a. Fouiller les effets des 
forçats. 

Ce mot vient de Fitalien fuorarobba, 
ôlez la chemise j qu'on disait %\a les ga- 
lères pour faire dépouiller la chiourme. 

FiiaIcbe, s. f. Cave. 

Fbaun, nb, s. Frère, sœur. Esp., 
frayle, 

Fbanc-bourgbois, s. m. Escroc qui 
soutire de Targent à l'aide d'une histoire. 

Frasic de campacwb, s. m. Associé 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



d'une bande de voleurs, qui va en tout 
temps à la découverte et fait son rapport 
journalier. 

Fbanc db maison, s. m. Individu qui 
reçoit chez lui les voleurs qui n'ont point 
de domicile, recèle les effets dérobés, et 
va lui-même, dans loccasion, voler et 
assassiner avec eux. (Histoire des bri-- 
gands... d'OrgereSj pag. 1^, i5, not. 4.) 

Fbancilloii, adj. Français. 

Fbangih y HE, s. Frère, sœur. Frangin 
dabcy oïiiAiài frangine dabusche, tante. 

Fbappabt (Père), s^ m. Marteau. 

Fbeluqdet, s. m. Pièce de monnaie. 

... ses hostes... avoient... despendu la somme et 
indulgence de quarante-quatre freluquets de trois 
blancs la pièce. {La nouvelle Fabrique des excel- 
lens traits de vérité, édit. de 1853, pag. 39.) 

Fbbbot de la cuqub, s. m. Filou. 

Le premier de ces mots est un diminu- 
tif du mot /r«r^ , par lequel on désignait 
les moines; on s'en servait souvent dans 
le sens de compagnon : 

Un jour, ce gentil frérot.,, ayant vn la table 
préparée pour le disner des officiers du roy, atten- 
dit qu'un s'assist. {Les Contes et joyeux devis de 
Bonaventure des Periers, nouY. cr.) 

Fbetin, s. m. Poivre. 

Fbig-fbac (Faire) , v. a. Faire effrac- 
tion. Onomatopée. 

Fbileux, buse, adj. Poltron, pol- 
tronne. 

Le peuple dit d'un homme brave, qu'i7 
n'a pas froid aux yeux; et Shakspere 
fait dire à Hotspur, d'un lÂche : a What 
a frosty-spirited rogue is this?» (Firsl 
Part ofKing Henry IV, act II, se. m.) 

Fbimeb, v. a. Envisager. 

Fbimoussb, s. f. Figure, mine. 

y Dits TOUS portez fort bien aussi, 
Comme on voit à \oire frimonze. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



«73 



Qa*an prendroit pour une tahnouze. 

Première Harangué des habitans de Sar- 
ctUês à monseigneur tarchevéqna de 
Paris, {Pièces et anecdotes intéres' 
tantes, elc^ F* partie, pag. (U).) 

Près de ces lieux oh dos monarques 
Toot gîter, quand il platt aux Parques... 
Où de tartes et de talmooses 
On se barbouille \tsfrimotues,.. 
Des Espagnols paroissoit l'ost 

La Henriade tropestie, cb. YI0, pag. 117. 

Ce mot^ cpiî^ comme on voit^ est passé 
dans le langage populaire , n'est autre 
chose que firlimwise, frelinumse , que 
l'on- employait familièrement autrefois 
dans le même sens : 

Il me semble que je reconnois celte/re/ifiumse, 
on je me trompe. (Scènes fraoçoiaes du Divorce; 
dans In Suite du Théâtre italien, etc., tom. m. 
A Genève, chez Jacques Dentand , M. DC. XCVIl., 
in^*.peg.ît2.) 

Stnt TOt* jIrmiloMse, ]e ne tous aurois pardienne 
pas recosDu. {Leandre magicien, parade de 
Salle, se. Tn; dans le Théâtre des boulevards ^ 
tom. II, pag. 204.) 

Quoi qu'en dise Oudin^ qui déclare ce 
root fait à plaisir', il n'est pas invrai- 
semblable qu'il ne soit formé àefila et de 
oitit, auxquels Borrow donne la même 
signification 3. Ce qui est bien sûr, c'est 
que nous avions autrefois mouse dans le 
sens de face, défigure : 

Item, a Jehan Raguier je donne... 
Tous les jours une talemouze 
Poar bouter et fourrer sa mouse. 

Le grant Testament de François Villon, 
huil. zcT, ▼. 106S. 

De là plamuse , platnouse, pour sfntf- 
0eL Voyez les Curiosités françoises^ ai- 
dition finale, à ce mot. 



Malgré ce qui précède, je n'oserais as- 
surer que notre mot moue vienne du ro» 
mani; car il était usité longtemps 'avant 
Pépoque à laquelle on attribue l'appari- 
tion des bohémiens en France : 

Tuit dl amis si s'enfoîreni. 
Et me firent trestuit la moe. 
Quant il me virent sous la roe 
De Fortune envers abatu. 

Le Roman de la Rose, édit. de Méoni 
tom. Il, pag. 1S1,¥. 8077. 

Ne por lor moes desguisées 
Ne lor semblassent estre Leies. 

Ibid,, pag. 220, t. 8976. 

Ce vous fait en folie encorre 

Et faire les tors et les moes 

Par les poudres et par les boes. 

Jhid,y pag. 226, v. 9122. 

L'en li devroit faire la moe , 
Quant il celé fontaine loë. 

Ibid,, tom. m, pag. 271, ▼. 20607. 

Je dois également dire que no.iis 
avions, antérieurement au xvi* siècle, le 
moi frume y que du Gange tire du bas la- 
tin ynimen ', et dont la signification ne 
s^écartait guère de celle de moe et de 
frime : 

De biaus mos conter et reirere 

Ne se doit-on mie retrere... 

Dont bien se doivent e«joïr 

Li bons , quar c'est droiz et constome ; 

Mais li mauTès en font la yrume 

Esraument que il dire l'oent. 

Le Lay d'Aristoie, ▼. 1. {Fabliaux et 
contes, édit. de Méon, tom. III, 
p»g. 96.) 

Or a Ricbaut mué costume, 
Li lecheor en font grant frume. 

De Richatit, t. 498. {Nouveau Recueil de 
fabliaux et contes^ lom. I*', pag. 53.) 



* Cufiotitez françotses, k ce mot. 
> The Zincali^ tom. Il, pag. * 46 et* 71. Le colonel 
Harriot écrit mite. Voyei an mot Face, 



> G^osf. med. et inf. Latin,, tom. Ifl, pag. 424, 
col. S. 



i74 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Et Renan li a reipondu : 
N'en fêles jà ehiere ne frume» 

Le Roman du Men<wl, tom. I*% pag. 355^ 
t. 6896. 

Renart,qui let 4e tantes /mute/, 
Lî esracha quatre des plumes. 

Ibid., tom. II, pag. 161» v. U917. 

Nous avions paieiliement, dès le 
xni* siècle^ /rtffw> ênfnmê, moto fonnés 
defrume, et qui signifiaient désagréable ^ 
renfrogné, etc. : 

Li deables... 
lÀ/ruiu, li fel, li annuieux, 
Par son barat m*a si soupris 
Qu*an son laz m'a iacié et pris. 

Comment Theophilut vint à penUance^ à 
la suite des QRuvret complètes tU Âutt' 
Seuf, tom. n, pag. 304. 

Vers Dieu sont enfrun et vilain. 

La Descr'usions et la piaisanee des reli- 
gions, st VIU. (/*«/., tom. I«', pag. 
444.) 

St si gentemeni redoit boivre» 
Qa6 sor soi n'en espande goûte ; 
Car por enfrume^ ou par trop gloute , 
L'en porroit bien aucuns tenir 
Qui celi verroit avenir. 

Le Roman de la Rose^ tom* II, pag. 443, 
V. 13624. 

Vilains enfnms, fd et estons, 
Tant gaignent cil qui font por vos. 

Le Roman du Renart, tom. fV, pag. 19, 
V. 611. 

De son corps n'est pas trop enfrumté 

laid», suppl. et variantes, pag. 359. 

Encor en tienent la coostnme 
Du Leu li vilain enfrume, 

Dou Leu et de COne, par Jean de Boves, 

V. 63. (Fahl, et contes, tom. III, 

pag. 55.) 

U enfrtm de Toi. (Proverbes et dictons popu- 
laires.. * aux xui* et xiv* t/iècUs, publiés par G. A. 
Crapelet,pag.54.) 



Aujourd'hui jrinu a remplacé frmue, 
et se dit dans le langage populaire^ où il 
signifie lesemblant^ la mine que Ton fait 
de quelque chose : 

Je le vueil bien : or va boa eire 
Qu'ils soient ostea et mis en terro , 
Et que plus on n'en fwœ/rime. 

Le Mistere du Fiel Testammtt, finiillet 
Gccxv. reeto, ooU 2« De Bestêt. 

Pourquoi toutes ces fraimes-lkf A quoi est-ce 
que ça vous aart ? ( Molière , le Médecin malgré 
M> act. |f , se. Ti.) 

... puisqu'il a fait la frime de mourir, il faut 
qu'il acbeve de bonne grâce. (Le Tombeau de 
M* André, comédie, se. iY;dan8/^ Théâtre 
italien, etc. , tom. II. A Génère, eliez lacquas oen* 
land, M. DC. XCVI., in-8*, pag. 14.) 

Après avoir rapporté ce mot^ Gotgrave 
ajoute : a II n'en fit point de frime ^ he 
shewed no passing , he seemednot (o be 
moved, at it, n 

FatMonssEB, t. a. Tricher au jeu, pré- 
parer les cartes, ou, pour parler plus 
proprement, se donner les^tire*. 

Fbimousseub , Buss, s. Celui ou celle 
qui triche au jeu. 

Fbipieb , s. m. Verre. 

Ce mot, qui nous est fourni par le Jar- 
gon^ vient évidemment de friper^ comme 
gobelet de gober. 

Le premier de ces deux verbes était 
autrefois usité , avec la même acception 
que le second S dans le langage familier, 
comme le fait remarquer Oudin en le 
stigmatisant d^un astérisque : 

Les dieux du liquide élément. 
Conviez chez un de leur troupe, 



* On employait «pendant aussi f^per dans 1« 
même sens qu^aujourd'hui : 

t II y a un livre nouveau sous ta presse, touchant 
la manière de coodre un falbala, qol pourra être 
frippé et manié sans qu*il y paroisse. » {La Thèse des 
dames, ele. 11608], act. Il, se xiii; dans le Thiàire 
italien de Ghentrdif tom. VI, pa^ 56.) 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



175 



Sur le point àtjripper la soupe, 

ScronI laisis d'estonncoient. 

Lt Pauage de Gibraltar, caprice herol- 
comique. {Les OEupres du siemt de 
Sûmt Jmmt, «dit de M. DG. LXL| 
iB-19tPH-4Sl*) 

Ma muae à la fin du souper 
Faict un ragoust de tous vos restes, 
Qu'elle baille au temps à /Hpêr. 

La Home ridicuie, caprice. M. DC.XUII., 
in-S*, st. LVn, pag. 31 . 

De là friponnier et fripon, dont le 
premier est employé avec le sens de 
gcmrmand, dans un ancien mystère , où 
un sergent dit à Fempereur Vitellîus : 

Hendct-votts , malstre fripomttier, 

0« da corps tous tirerej Taoïe^ 

La f^engenee nostre seigneur JetucriH 
par parsoanages , etc. Paris, Jehan 
Petit, sans date, in-foUo, 2* f. veno, 
col. 2, après la signature j iiii, 4* 
journée. 

On lit dans une satire et dans une co^ 
médie du xvii* siècle : 

Oie^tn de curé, hardy, porter le nom. 
Latin de cabarvt, estalon de taverne, 
Epicure gourmand que le ventre gouverne , 
Marmiloa de cnysine, indigne escornifleur. 
Des bacchiques liqueurs friponnier receleur ? 

Les Satyres du sieur de CourvaL-SoU' 
net, etc. A Paris, chez Kolet Bou- 
tonaè, M. DC. XXI., In-r, sat. Il, 
pag- 36. 

Cet yHpOR>derj-là n'aToieot pat la patience 
qo*on leur nt des petits fromages, etc. {Le Phénix 
[1091], se. des Matrones. (Le Théâtre italien de 
Qknardij ton. lll, pag. 174.) 

Quant a fripon, s'il faut en croire Henri 
Estienne^ ce mot n'avait cours , de son 
temps , que dans le quartier latin , à Pa- 
ris : 

Il j a plusieurs mois que Tautre partie de la ▼ille 
n'entend pas^ si Tcx position ne lu y est apportas de 
là. Car eommeni peurent sçavoir les marchands de 
la rue S. Denys que c'est à dire «n jtfppin» un fnp- 



pon, «Il poste etpoUiqner ' ? (Deti* Dialogues 
du Hùuvettu langage français UaHanizé, etc., 
pag. «44.) 

On lit dans une pièce de la même épo- 
que : 

Baillex-moy, je vous prie, la def 
De la cave et du celier... 
Je m*y monstreray diligent ; 
JTay taxkfrippon d*ini collège. 

Ancien Théâtre franeois , lom. I*', pag. 
183. 

De là le moi friponnerie , qui se disait 
aussi dans le sens de friandise, de pdtiS' 
série légère. On appelait des friponnes 
ces 'petites boîtes rondes et plates dans 
lesquelles se vend encore aujourd'hui le 
ootignac d'Orléans; de là sans doute sera 
dérivé le mot de friponnerie, fms dans le 
sens où Tallemant l'emploie^ tom* II, 
pag. 95^ et tom. IX, pag. 454» de ses 
Historiettes. 

9 En Anjou, dit un illustre romancier, 
Xafrippe, mot du lexique populaire , ex- 
prime l'accompagnement du pain , de- 
puis le beurre étendu sur la tartine, 
frippe vulgaire, jusqu'aux confitures d'al- 
berges, la plus distinguée des frippes*. s 



■ Dans les Curioeitex françoiteê^ mis Poste est tra- 
duit par un desbaueké^ et Potier p%t faire de» des- 
bouches^ courir au lieu d*e»iudier; dans la seconde 
Partie des Recherches italiennes et françoiees da 
m^e auteur. Poster et Postiquer sont également 
rendus par faire la deshauche , scavallart. Voyes 
pag. lUl , col. 1 et 2. 

On Ut dans ks Hommes Ulutlrst et grands eapi- 
taints français, à propos Un petit fol Thony : 

« Au commencement il estoit un petit idiot, nyais 
et fat ; mats II ftitsi bien appris, repassé, dressé, alam- 
biqué, raffiné, qointessencié par les nattretées, posti- 
queries, champisseries, gallanteries et friponneries de 
la cour, et teçons et Instructions de ses gouverneurs 
la Faroe et Guy, quHl s'est faict appeller le premier 
fol du nom. >> (Keprise de la vie d'Jntuâe Montmo- 
rencg, parmi les CÊuvres complètes de Brmmtâme, 
édit. du Panthéon littéraire, Vool I*% pag 930, col. I.) 

* Eugénie Grandet Paris, Charpentier, fSai, 
in-I2, pag. Ita. 



176 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Avant /n>er, qui nous |i suggéré ces 
divei'Ses remarques, nous trouvons des- 
friper dans deux de nos anciens poèmes : 

Mes DB m'eatuet plaindre et gémir... 
Quant de ma biaaté me sovieot, 
Qui ces valez faisoH ti-iper; 
Tant les hlsoie dej/riper^ 
Que ce nlert se merreille non. 

te Roman de la Rose, édit. de Jtféon, 
tom. II, pag. 416, r. 12969. 

Soyés tous seiirs qull n*y fait nul 
Et moins que au temps d*Herode Agripe, 
Ne quant leur geret leur defrippe 
Et ilz oDt yeux de Magdelaine, etc. 

Lu Resolucion tt amour», st. XLI; petit 
iD-4*'» s. 1. oi d., avaut-deniier feuillet 
recto. 

L'éditeur du premier de ces poèmes a 
omis ce mot dans son glossaire final; Ro^. 
quefort, qui Ta recueilli dans le sien, le 
traduit par faire de folles dépensas, pro- 
diguer, dissiper. 

Nous avions aussi frapaille , frepaille, 
dans le sens de bouches inutiles : 

La geut Herbert ne sont mie frapaille, 

li Romans de Raoul de Cambrai, coupl. 
xux, pag. 43. 

Lî garchon e Veltrefrapaitle^ etc. 

Le Roman de Rou, ▼. 13077 ; tom. Il, 
pag. 211. Cf. Roman de Brut, tom. II, 
pag. 189, en note. 

Si ne soiomes pas tenu , 

En Testor ne en la bataille , 

Ne por garçon ne ^r frapaille, 

Li Roumans de Guilliaume de Palemef 
Ms. de la Bibl. de T Arsenal , B.-L. fr., 
in-4*, n« 178, fol. 93 recto, col. 1, 
V.28. 

Je n'hésite pas à rattacher à ce mot 
l'expression de frire frapart, par laquelle 
on désigne un moine libertin; on la 
trouve déjà dans Rabelais^ liv. II ^ chap. 
xxxiv. 



FfiipouiLLE, s. m. Misérable; littétca- 
lement, qui gobe des poux. 

On disait autrefois ^ dans )e style fami- 
lier^ fripper pour gober, manger^ nous 
venons de le voir tout à Pheure, et poux 
se disait pouilles : , 

Ce cassé de povUles, c'est à dire pouxtn Bovr- 
gognQ,ira fondre leê testons. (£e< Bigarrures et 
touches du seigneur des Accords,. . A Paris, par 
Jean Richer, M. D. CVIII., io-12, folio 73 verso <.) 

Les pouils sont suffisants pour faire Vacquer la 
dictature de Sylla. {Essais de Hooftaigoe, Ut. il, 
chap. XII.) 

. .. et faisoit, au-dessos de sa teste , signe de tuer 
des pouils. {Ibid,^ li? . II, èbap. xxui.) 

Fouilles était également usité, comme 
il l'est encore aujourd'hui, dans le sens 
de reproches : 

Parroy les injures et pouitUs qu'il dit à son 
père... furent qu'il luy reprocha qu'il luy avoit 
soubstraict et ravy sa femme dame Elisabeth de 
France, etc. [Vies des grands capitaines, chap. lt; 
dans les Œuvres complèCes de Brantâme, édit. 
du Panthéon littéraire, tom. I«% pag. I2ô, col. 2.) 

... il est permis, tant qu'ils Ten«iangent, de dire 
tous les mots, pouilles et injures à tous les pas- 
saDS qui Tont et viennent sur les chemins. {Des 
Dames gallantes, 6* discours; iM,, tom. II» 
pag. 422, col. 2.) 

De là sans doute l'expression prover- 
biale , figurée et populaire , chercher à 
quelqu'un des poux à la iéte^ lui faire une 
mauvaise querelle, lui chercher chicane 
à propos de rien^ et dans le dessein de 
s'en débarrasser. 

Fripouille n'est pas le seul mot dans 
lequel le verbe friper soit entré comme 
élément. Sans parler de Fripellippes y 
nom de l'un des cuisiniers de Panta- 
gruel *, nous avions autrefois /njpc-/aii- 
dit, mot par lequel les écoliers dési- 



' Cotgrave , qui a recoeilU pouilles qu'il traduit 
par lice, dit aussi que c'est un mot hoorguignon. 
* lUbelais, liv. IV, chap. XL. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT 

paient entre eux ceux de leurs camarades 
qui frustraient les régents d'un salaire ou 
présent a[^lé landit ou landg; et nous 
. avons encore fripe-^anee , auquel TAca- 
démie* donné la aignificatîon de goinfre , 
de goulu y que Brantôme a étendue; jus- 
qu'à en faiie un synonyme de libertin : 



•^ je pre84geay... que la dainoiscUe serait an 
jour quelque boiioe fripe-sauce^ etc. (Des Da- 
mes g^llantes, quatriesine discours; ^ians les 
Œuvres compl, de Brantâme, tom. Il, pag. 331, 
col. 2.) 



Fbiqust^ s. m. Mouchard^ terme des 
Toleurs de la Cité, à Paris. 

Ce mot y qui, au propre » est le nom 
d'un oiseau', du moineau de la plus pe- 
tite espèce, était usité autrefois dans un 
sens que I^n peut déterminer à l'aidé 
des passages suivants : 



177 



N'es- lu point touroiiré, quand lu vois un bourfou , 
Ou effronté ftiqmet faire ici du profond ? 

A Monsieur de tOiivier, satyre. {Le Parnasse 

satjrrique 4u sieur Theoplùle, M. DC. LX., 

petit in-12f pag. 124.) 



Nigandio, uft petit yW^uel de chicane. {La CO'. 
queite ou l'Académie des dames [1691], act. I*'', 
8C. vri; dans le Théâtre itaHen de Gkerardi, 
tom. 111, pag. 47.) . 



Faisé, s. m. Juif. 

Fbit (Être), v. p. Être condamné. 

PrOLEB , FBOLLER SUfi LÀ BALLE ^ V. n. 

4 Médire. 

Frôler vient sûrement de l'ancien mot 
froilon, qui, du temps de Nicot ', se disait 
aussi bien que frelon, resté dans notre 
langue, et que l'on employait figurément 
dans le sens de médisant : 



Cest amy estoit un^ fricquetf 

Ung gorgias, comme on peult croire. 

Le Plajrdoyer de-Coquillart, parmi ses 
Poésies, édit. de Coustelier, pag. 70. 

Je m'en allay emmy la ville 

Pour moDSU*er que yesXoye/ncquet. 

Le Monologue de la Botte de foing, 
{26id., pag. 144.) 

Je vous estois miste, friquet , 
Habillé comme ung gentilhomme. 

Le Monologue du Pujs. (Ibid*^ pag. 154.) 

n D*e8t ny goutteux ny apoplectique, il fait la 
figée à tout tant de Jriquets et enatez, qui ne sça- 
irent pas à moitié que c'est qu'ils font. (Les Apres' 
disnées du seigneur de Cholieres, fol. 16 verso.) 

... j*ay une petite /rt^ue^^e au logis qui com- 
mence desjà à vouloir flairer le melon à la queue. 
{Seconde Farce tabarinique, dans la seconde 
Partie du Recueil gênerai des rencontres et 
questùms de Tabarin. Â Houen, chez David Fer- 
rant, M. DC. XXXIU in-12, pag. 221.) 



Toy-meame, cher amy Olivier, qui carresses 
Du Pamasside mont les pucelles déesses, 



Certainement si j'eitsse appréhendé les fireslons 
picquans, les meschantes cantharides, les veni- 
meuses araignées , les hommes stoicques et rébar- 
batifs, qui par !e poinçon de la vivacité de leur 
esprit veulent se graver un renom immortel dans 
lebiasme d*autruy... je n'eusse jamais faict voir le 
jour à ce facétieux discours. ( Le Carabinage et 
matoiserie soldatesque, etc., avant-propos, 
2'-' feuillet verso.) 

Pour le reste, c'est une allusion à la 
balle des colporteurs, dont l'argot a été 
longtemps la langue, à telles enseignes 
que l'on disait aussi mercerie et draperie^ 
dans le même sens : 

Et Dieu sait comment H plut sor sa mercerie, 
{Les Contes et joyeux devis de Bonav, des Pe- 
riersy nouv. XII.) 

Plusieurs en nos cours en ay-je veu tels qni, 
craignans de parler des hommf^de peur de la tou- 
che, se mcttoient sur la draperie des pauvres da- 
mes, etc. {hes Dames galtantes, 6* discours; 
parmi les Œuvres complètes de Brantâme, tom. 
II, pag. 414, col. 2.) 



' Voyez son Thresor de la langue françoyse, 
pag. S02, col. 2. On trouve « Freslon ou Froilon » 
dans les Epithetes de M, de la Porte parisien. A 
Lyon, par Benoist RIgaad, M. D. XQl., peUt in-U, 
fol. 18S verso. 

12 



ils 



DICTiOiNNAIRE D'ARGOT: 



froller sur la balle signifie donc , à 
proprement parler» bourdonner, piquer 
à la manière des frelons , sur le dos de 
quelqu'un. Aujourd'hui , on dit égale- 
ment, en argot, dans le même sens, toin- 
ber sur la bosse. 

On a dit aussi, par corruption, /(m/er 
sur la balle : 

Et y enrores pour mieux fouler tu notie ballet 
Nn za fait à l'entrôe un privey vitemeDl ; 
(«hela a decaulé du depis nottc halle, 
Pour che qu*eu y entrant no n'y sent que le bren. 
L' entrée et estât de neuf cens Espagnofs et 
Dunkerqnoys dans le hallage de la ville de 
Rouen, etc., st. tlxvl. {Vingt-dettxiesme 
Partie de la Muse normande, pag. 36C.) 

Vexipvessïoxïjaspiner sur Vorgue, qui 
s'emploie dans le sens de parler sur le 
compte de quelqu'un , surtout quand on 
le fait en mal, est une variante Ae^ froller 
sur la balle; mais ce ne peut être qu'à 
une époque moderne qu'on aura ainsi 
substitué au panier des anciens merce- 
lots Forgue des Orphées de carrefour, 
qui , on le sait , portent également leur 
instrument sur le dos. 

Frotin, s. m. Billard. 

FKOiiFnou, s. m. Passe-partout. Ono- 
matopée. 

Frusqur, frusquin, s. m. Habit, 

II vise à ta déconfiture, 
A la perle de ta fressure, 
De ton bandeau, de ton/rusquin. 
Du moule de tou cazaquin. 

Le Virgile travesti. H?. XII. 

Dans le langage populaire , frusquin 
signifie plus ordinairement patrimoine, 
bagage, trousseau , tout ce que Von a de 
vaillant S ou , comme auraient dit nos 



aïeux, ce que Ton a /îroucA^ ', c'est-à-dire 
gagné. 

« Mai j' baroîs tout man Saint-QiépinD, a 
Disoit lundi V chafetier Rupinu, 
« Pour avé sfe piécbe-Ià moulaiye: ■ 
— « Net mai V dernier sout d' men frusqmum, » 
Réponout su saulart d* Gobin, 
m Quand je n* décrois maqoer gonlaiye.» 
« Ni d' trouais jours m* détremper l* boudinn. • 
Le Coup (t ail purin, etc. A Tôle et à Rouen, 
M. DCC. LXXIU., ia-8o, pag. 6. 

Ailleurs, Gervais a employé frusquin 
dans le sens A* argent en poche : 

J*en érons-ty pus defrusquinnP 

Itid., 



Dictionnaire du bat-langage, tom. I'% pAg* 412. 



Mais l'on dit plus volontiers saini-firus- 
quin : 

Priam, cet homme sans pareil... 
Mit sous bonne et fidèle garde* 
Ses vaisseaux et son saint-Jrusquin. 

La Guerre de Troie, ^, III, pap. 41. 

... MamseUe lavotte et sa mère furent an bout 
de temps sur mes erocbeto, que mon saint^frus' 
quin s'en alloit petit à petit, etc. ( Histoire de 
Guillaume, cocher, parmi les Œuvres badines 
complettes du comte de Cayluêf ton. X, |Mg. 59.) 

FausQuiNEUR , s. m. Tailleur. 

FuEiLLARs, s. m. « Brigands, dit Ro- 
quefort , qui furent ainsi nommés d'une 
branche d'arbre qu'ils portaient à leurs 
chapeaux pour signe de ralliement, ou 
parce qu'ils vivaient dans les bois ; de /b- 
lium '. 

Ce mot était usité dans le xvr siècle : 

Compagnons, escoulez mon dire : 
Je suis bourreau, et xous fueillars. 

L'Apocalypse sainct Jehan ZeUdée,t\t., 
cdit. de 1641, feuillet .iiii. r«yOQL 1. 



' Voye« ci -dessus, an mot ^/aroueher. 
* Glossaire de ta langue romane^ tom. I*', pag* 59$i 
col. 2. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



i79 



JaMioe, ^m gttîeres ne rcgnc, 

Ira chercher en la garenne 

his/ou/lars, et les happerons. 

Dktier présenté à monseigneur de Nas' 
sau^ au retour de France , pièce attri* 
buée à Cl. Marot , dans Fédit. d'An- 
«m de 1539, imprimée chei Jean 
Slaels, st. IX. 

n me parait tout aussi vraisemblable 
que ce mot vient de fouille , que nous 
«vous vu {dus haut^ la poebe des gens 
étant le but de tous les voleurs , grands 
ou petits. Toutefois^ je suis assez porté à 
donner /o/fitm pour racine au mot espa* 
gùol fullero par lequel nos voisins dési- 
gnent un grec, ou joueur de profession , 1 
qui fait usage de cartes biseautées ou de 
dés pipés > les cartes ayant pu être assi- 
milées aux feuillets d'un livre. Voyez à 
ce dernier mot. 

L'ancien argot anglais avait fullam, 
avec la signification defatuc dés: 

Let Tultures grip tby guis! for gourd, and fuUam 

holds, 
And high and low beguile the rich and poor. 
Slwkspere, Merrjf fV'tves of Windsor ^ actl, 

iC. III. 

FoMÉ (Être), v. p. Être tout à fait sans 
ressources. 

Cette expression vient de l'aspect que 
présentent les misérables^ dont les ha- 
bits, flétris par un long usage et par les 
injures du temps, prennent une teinte 
sombre, comme s'ils eussent été exposés 
à la fumée. 

Il ne faut point chercher d'autre expli- 
cation à /limer, ou fumer sa»» tabac ou 
sans pipe^ expression usitée parmi le 
peuple dans le sens d'avoir de la colère, 
du dépit, de Vimpalience, etc. 

Si commença à soy fumer, et couleur cbangier. 
{Us cent nouvelles nouvelle*, nouv. XU.) 



On luy met le pain ea la i 

Kt eacoire fault <|u*ti s'enfume. 

Seconde journée du Misiere dé la passion 
Jesu Crisl, se. de la Prinse des /or- 
rons; édit de Verard, t" fueillel 
recto, col. I, après la signature K iiii. 

Le faict est Irop apparoissant, 
Pharè$, qui vouldra si s*enfttme, 

Jèid., fol. signé n 3, recto, col. 1. 

A ! Bignol, il est courageuU 

Pour un homme aTaiitiireaU, 

Et terrible quant il se fume, 

V AventureuU , farce nouvelle a .IIII. 
personnages, etc., pg. 19. (Recueil 
de farces^ moralités et sermons joyeux, 
etc. Paris, chez Techener, 1837, in-^**» 
lom. lU.) 

Paîctes tousjours que Ton se fume. 
Ainsi qu*avez acoustumé. 

Zej Droitz nouveauh dt Coqmllart^ 

parmi ses Poésies, édit. de Coustelicr, 

pag.6. 

Bref, je n*ay point acoustumé 
Qu'il soit en cest tsXdXfumé, 
Quelque chose a dessus le cueur. 

Le Mistere du Fiel Testament^ elc, feuil- 
let cciii ¥•, col. 2. On règne de David, 

De Mifumée^ mauvaise bumeiu*, ei fu- 
meux, chagrin 9 dont on trouve des 
exemples dans le même ouvrage et ail- 
leuurs : 

€e follastre est en 9^% fumées. 

Le Mistere du Fiel Testament, feiiâlet 
cccxii verso, col. l, sc.</e Goumaj et 
Micet, 

Haro ! quel dyable ! il esX fumeux. 

On n'osera tanlost mot dire. 

Mistere de la passion Jesu Crist, 4* jour- 
née , scène du Crucifiement de Jcsus , 
2* feuillet recto, col. 2 , & la suite de la 
signature G iiii. 

Mon pourpoint est de vieille soye. 

Desrompu et tout decassé, 

Et me nomme-on, où que je soye, 

12. 



180 



Le ^euâvnat/umeus cissé, 

Miuce d'argent, pour tout comprendre. 

Le Monologue des Perraeques , v. 17. 
{Les Poésies de Coquiiiart, pag. 165.) 



Plus anciennement^ on disait^ en place 
de fumer, noircir ^ devenir noir y taindre, 
et autres équivalents : 

D*iK et de mautelant nereist com cfaarbonier. 

La Chanson des Saxons , lom. I*', pg. 252. 

De mau talent noirci et mua sou visage. 

Li Romans ttAlixandre, pag. lô,\'. 16. 

D'ire et de mautalent prîst sa face à noircir. 

Ibid.y pag. 22, ▼. 16. 

Cil entant la parole, une pièce pensa, 
Fremist et devint noirs , et de paor trembla. 

Ihid,, pag 68, v. 24. 

Auberîs l'ot, st taint corne carbon. 

Roman d'Aubri le Bourguignon , a la suite 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 

du Roman provençal de Fîerabrat, pag. 
165, col. 1. 

De mautelant est tains comme diarbon. 

Roman de Gérard de Fienne , même vo- 
lume, pag. 1 66* col. 2. 

El coms trembla e sospira , e devenc trist e ners. 
Histoire de la croisade contre Us liêrétiques 
albigeois, pag. 568, v. 8410. 

C^est par suite du double sens du verbe 
fumer qu'on a dit petonner pour pester, 
être en colère, jeter feu et flamme : 



La fameuse Sorbonne 

Parle, murmure, et de rage petontte 

Contre l'Hymen. 

Le Portefeuille du diable^ ou suite de Philo ' 
tanus , poëme. ( Pièces et anecdotes inté- 
ressantes, etc., seconde partie, pag. 289.) 

Voyez Péter. 
FuHEBON, s. m. Jambe. 



Gaffe ^ s. f. Guet. 

Je n'ai pas le moindre doute que ce 
mot ne vienne de l'allemand gaffen, que 
les dictionnaires traduisent par regarder 
la htyuche ouverte ou avec une curiosité 
stupide, bayer, badauder. 

Gaffe a gayê , s. f. Gendarmerie ou 
garde municipale à cheval. 

Gaffe de soroub^ s. m. Gardien de 
marché^ patrouille grise. 

Gaffe (Être en), oaffeb^ v. Guetter^ 
être en faction, faire sentinelle. 

Dans l'argot maritime^ gftffer signifie 
prendre, s'emparer de. Voyez Diction" 
naire de marine à voiles, pag. 366. 

Gaffeub , s. m. Sentinelle, guetteur. 

Gagner les gigoteaux. Fuir^ s'en* 
fuir. 



l\ y pust un Hfrdof ' qu*etet le capitaine 
De ceux-là qui ont leu brais taillées par lambiaux. 
Qui d^un coup de mousquet qu*ul gambelaridaîne , 
Stila qui le tirit gaignit les gigotiaux. 

Jm vingt' (fuatriesme Partie de la Muse nor- 
mande (1648) pag. 395. 

Ly en a biaucoup qui soûl de nottc bie, 
Qu'ei'cst desjà gaignè les gigotiaux, 

wngt'cinquiesme Partie de la Muse nor* 
mande, pag. 399. 

On a dit aussi gagner au trot et au 
pied, gagner le camp, la colline, le taH" 
lis, la guérite : 

Lors lui firent commandement de se lever de ta- 
ble et gagner au trot. {Les Contes rtjoyettx de- 
vis de Bonaveniîire des Periers, uouv. cv.) 

... le plus vaillant le gaigna au pied, etc. 



< Ce mot, par lequel on désignait les Allemands et 
les Suisses, se trouve déjà dans Rabelais , liv. Il , 
chap. Il, et prologue dn Hv. m. 



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181 



(HMoirê de restai de la Fnmee,.. mm$ le règne 
de FtançoU If. par Régnier, sieur de la PtaBdie, 
ëdit. de lS3Gi« loin. II, pag. 6 ) 

... nons trouvâmes... Montgon , qui gagna la 
camp seul et dtî Ytlease comme il pot. {Mémoires 
de Saint-Simon^ année 1696, tom. )*% pag. 372.) 

Mais c'est bien pis encor, quand ce prince apaise 
Ne trouve point Vobjet dont il est embrazé, 
Qu'on luy dit que Procris a gaîgnè la eofûie. 

Poésies de Chevreau. A Paris, cbez Antoine 
de Sommaville, M. DC. LYL, in-8<>, pag. 
107. 

... il fut contraint de gagner le taillis par une 
coort de derrière , etc. (Le facétieux Réveille- 
matin des esprits melancholiques , édit. de 
M. DC. LIV., pag. 129.) 

Voyez encore le Virgile travesti, 
liv. IV. 

Galapiat^ s. m. Fainéant , vagabond. 

Gervais a employé ce mot, dans le sens 
de laquais : 

Di»*niai, cfa'est-ile eone rosse 
Que l' sienn que deux grands galapias. 
Pou r déferger de son camsse, 
Soutiennent cbécunn pa d*sous V bras? 

Le Coup tt œil purin, pag. 37. 

Ce mot, qai existe dans nombre de nos 
patois provinciaux, a reçu plus d'une 
forme : ainsi Ton dit galapian dans l'ar- 
rondissement de Bayeux , galapiot dans 
le Berry, et ganipion dans le départe- 
ment de l'Orne, sans parler de noire mot 
galopin. Peut-être ganipion est-il un di- 
minutif du féminin de guenipe. On sait 
que dans les campagnes de la Saintonge 
et de PAunis il règne une croyance à des 
esprits qu'on nomme ganipodes. 

Galette, s. f. Homme sans intelli- 
gence. 

Ce mot est devenu populaire. 

Galiotte, gave (Faire une). Complot 
entre deux joueurs qui s'entendent pour 
faire perdre ceux qui parient contre un 
de leurs compères. [ 



Galucre, s. m. Galon. 
Galochkb, v« a. Galonner. 
Gambilleb , V. n. Danser. 

O je dansion Iretoo, chVtct dans une granchc, 
AGn que no pu mieux çambiller et sauter. 

Première et seconde Muse uormaude, pag. 31. 

— Dotiziesnie Partie de la Muse normande, 

pag. 204. 



Ta mère, en te seyant, t'ira les ios lequer, 
Et tout en gambillant t acroquer à la taite. 

Première et seconde Muse normande, pag. 37. 

Chà, Crcspin! pren ta belle cazaque... 
Et labucquant su ten tambour de basque , 
GambiUe aincbin comme un saiimartineL 

Quatriesme Partie de la Muse normande , 
pag. 78. 

Mais gambiller se disait plus ordinai- 
rement des mouvements des pendus^ agi- 
tant leurs jambes dans l'espace : 

SBCONn 8DI88E. 

Li «ira, mon foi, un grand plaisir d'y regartar 
pendre sti Limonsin. 

PREMIER 8U18SS. 

Oui , de li foir gambiller les pieda en haut te- 
vant tout le monde. 

Molière, Monsieur de Pourceaugnae, 
act. lU, se. m. 

PourBacbaumonl, sa jeune enfance 
Le doit sauver de cette loy, 
De gambiller sous la potence 
Pour avoir irrité son roy. 

Ms. de mon cabinet» folio 67 vcno. 

Au rrsie, en vous pcndaut témoignez du coumge, 

Faites la rliose avec honneur, 
Sans gambiller des pieds ou changer de visage, etc. 
Scarron, Stances à mademoiselle du Ludê, 

Il me semble qu'il n'est pas hors de 
propos ici de faire remarquer que, long- 
temps auparavant, on disait danser haut 
pour être pendu : 

Sans joie le vi haut haler^ 
£l de sa pance saoïilf r 



lf« 



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Huans et pies et coriietlles. 

Le BomûH du Menart, supplémeul, etc., 
pag. 48, V. 238. 

Cotgrave traduit gambier et gambil- 
1er {il signale ce dernier comme peu 
usité) par to wag tke legs in sitting^ as 
children use to do , et il ajoute qu'en Pi- 
cardie ce mot avait également cours dans 
le sens de marcher, & aller. Oudin rend 
gambiller psLT sgatnbetlare, tempellar con 
le gambe. Voyez seconde Partie des lie- 
cherches italiennesetfrançoises, pag. 269, 
col. 2. 

Enfin, dans le langage maritime, gam- 
biller signifie se hisser, se transporter à 
l'aide de ses jambes oié de ses mains le 
long d'un cordage. Voyez Dictionnaire 
de marine à voiles, pag. 390. 

On appelait autrefois gambille Pinfir- 
mité d^un boiteux. Voyez un exemple de 
ce terme employé en ce sens, dans la 
Mère rivale, parade de de Moy, se. i". 
(Théâtre des boulevards, tom. III ^ pag. 
143.) 

De là gambi, gambillard, boiteux : 

Lé borgeire ai trôtai 
Ne furent pa gambie. 

Les I<ioëU bourguignons de B. de la 
Mouuoye, édit. de I842, pag. 24. 

Un Toiévode de Sviatopolk cria atix soldats de 
Novgorod qu'ils avaieut Tair de charpentiers , et 
que leur maître gambillard les ameuoit apparem- 
ment bâtir des maisons à Kier. En cfTet, laroslaf 
était Iwiteux. {Histoire de Russie, etc., par Le- 
VMque. Paris, 1812, in-8*, tom. l«, pag. 193.) 

Gambilleur, euse, s. Danseur, dan- 
seuse. 

Gambilleub, euse, de toubtousb, s. 
Danseur, danseuse de corde. 

Gange, s. f. Clique. 

Ce mot, qui a son équivalent dans 



l'anglais §fmg, dcmt le sens oslie waème, 
me parait emprunté à ^allemand, eomme 
notre terme gangue, qui se dît des subs- 
tances pierreuses ou autres qui accom- 
pagnent ou enveloppent les métaux dans 
le sein de la terre. 

Gance enlre aussi dans deux locutions 
d'argot, mais, à ce qu'il me semble, dans 
le sens qu'il a en français : 

A la bonne heure pour la France... 

Pourvu que messieurs les filous 

Ne voiis lattUrne/H pas la gancê ? 

La Chronique scandaleuse ôu Paris ritfi- 
cule, par Ch. le Petit. Cologne, P. de 
la Place, 1668, petit in- 12, arl. da la 
Halle. 

Auprès de tant de valeureux, 
Qu*éloient les sept braves ou preux 
Qui devant Thèbcs d'importance 
Se fichèrent, dil-on, la gance? 

Les Poreherons, eh. IV. (jimuiemems 
roffsodi'poétiques, jiag. 158.) 

GANDtLLE, OUINDBELLE, S* f. Ëpée. 

On disait autrefois godille : 

L'autre... va chercher son beau*ritra, if-le trouTe 
dans un des apparteniens du roi, habillé à Teapap 
gnole , avec la godille et la rondache : cet équi* 
page le fit rire. {L'Art de plumer la poulie sans 
crier, xyi. avaotore, pag. 18â.) 

On trouve guindrelle dans la Henriade 
travestie, où ce mot est attribué à Targot : 

Le peuple « animé d'un faux xéle. 
Contre moi lira la guindrelle. 

Ch. II, pag. 23» 24. 

Quand le peuple k son roi rebello 
Eengaiuera-t-il la guindrelle? 

Ch. X, pag. 162. 

Notre soldat avoit tiré sa guindrelle. {Bisiôire 
de Guillaume, cocher, parmi les Œuvres eem* 
plettes du comte de Caylus, tom. X, pag. 23.) 

Gandin d'altàque, s. m. Décoration , 
marque d'honneur, de dignité. 



1^^^ 



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183 



Ce mot est fondé sur te double accei^ 
û&tk êe déeonaion , qui signifie aussi un 
diàssis en toile peinte, destiné à ftgorer 
le Ueu où se passe la scène d'une pièce 
de théAtre. Les argotiers ayant déjà fait 
usage de gandin dans un sens^ voulu- 
rent également l'employer dans l'autre , 
en y ajeutant une kx;ution adverbiale qui 
déterminât ce sens. Voyez Gaudîneur. 

GaBÇON , 6ABÇ0N Bï CAMBBOUSE^ S. m. 

Voleur de campagne. 

GABDE-flANGBB (I^e). Le derrière. 

Cette expresâon n'est pas nouvelle; 
on trouve dans les Curiositez françcrises : 
tf le Garde manger, i. le privé, vulg. » 

GAK60T , s. m. Gargote , petit cabaret 
ok Vofù donne à manger à bas prix ^ où 
l'on fait gargoter la marmite : 

Poarveo que nouf ayons de qttoy foire gargoter 
la marmite, c*eêt le principal. {Recueil gênerai 
des caquets de V accouchée, 7* journée, édil. de 
Metz, pag. 229.) 

Ce verbe, de la même famille que gar- 
gariser y gargarisme f etc., est formé 
par allusion au murmure d'une marmite 
qui bout, murmure que Ton pourrait 
appeler guttural. 

Gabgde, gabgoine, s. f. Bouche. 
Provençal, garg (gorge, gavion); grec, 
YapY«p60JV. 

Ce radical a également fourni gargate, 
gargatelle, gargaty, à notre ancienne 
langue: 

Vois, dîct li quens, por les trumiab... 
Por le gargate, pour les dens, 
Com cilcuncbie toulesgens! 

Roman ttEustac/te le Moine ^ pag. 59, 
V.163I. 

II faut, pour faire gens Tenir, 
A plaine gargote crier. 

Le Mislere tin Fiel Testament, etc., feuil- 



let .ceeiiit. %", col. 2. Des complaintes 
de la royne Vasti. 

Ce roi 

Lui darde un coup de javelot, 
Qui, lui volant droit dans la bouche, 
La gargate à jamais lui bouche. 

Seconde Suite du firgiU travesti , liv. X. 

Tel est duux aux boyaux, qui blesse la gargate. 

Le Meiiecin pédant^ sa lyre. (Poésies diverses 
dn sieur Pitretierc A. E. P, A. A Paris, 
chez Guillaume de I.uyne, M. DC. LIX./ 
petit in- 12, pag. 6.) 

Je vous couperay \q gargaty. 

La Parce du Savetier à ,v, personnages , 
etc., pag. 7. {Ree. de farces ^ moralités 
et sermons joyeux f etc., lom. III.) 

El de quoy dyabîe servez-vous , 
GargateUe? 

Ancien T/téàtre français, tom. HT, pag. 307. 

Nous devons encore au radical en 
question, outre les noms de Gargantua 
et de sa mère Gargamelle^ un substantif 
exactement semblable à ce dernier, subs- 
tantif dont on trouve des exemples dans 
nos écrivains facétieux, entre autres dans 
le pseudonyme Garguille, qui lui doit 
son nom : 

Le froid humide dn dernier voyage de Com|iie- 
gne m'ayant enroué la gargamelle, comme une 
charetle mal graissée, etc. (Les Chansons de 
Gaultier Garguille. A Paris, chez Frençois 
Targa, M. DC XXXIL, petit in-12. Auxcusieux 
qui chérissent la Scène Françoise.) 

Ce fait, prend sa serpe, et puis sap , 
D*un seul coup luy cuuppc -le cap 
Rasibus de la gar gamelle, 

Ovide travesiy, etc., fable X.: les Amours 
de Jupiter el d'Io. ( Œuvres de mon- 
sieur dt Assoucy. A Paris, chez Thomas 
Jolly, M. DC. LXVIU., in- 1 2, pag. 29.) 

Arlequin, Arlequin! ce maraut-lh me fait ton- 
jours érailler la gargamelle après lui. (Leandre 
ambassadeur, parade de Salle, se. ii; dans le 
Théâtre des boulevards, tom. m, pag. 66.) 



184 



DICTIONNAIRE jyARGOT. 



A soti tour , ce mot a donné naissanee 
à degargameleft employé , sinon inventé 
par Dassoucy : • 



Je veiiK qu'on me degargamelU^ 
S*il eu npportoit cuùse ou aisle. 

Im Gtiespe de cour au rof, v. It 1. {Pq^- 
sUs et Lettres tU M. Dassoucy, etc. 
A Paris \ chez Jeaa-Baptkte Loyson , 
- M.DC.LIir., petit in- 12» pag. 131.) 

Gotgrave^ qui a recueilli gargamelle et 
gargote y donne gargassane comme sy- 
nonyme de ce dernier^ qu'il signale 
comme picard. Autant en avait fait, 
avant lui , Henri Estienne , qui s'exprime 
ainsi dans son Projet du livre intitulé 
de la Precellence du langage françois^ 
a II y a aussi des dialectes dont aucuns 
mots sont comme descriez , sinon qu'on 
en use comme par joyeuseté. Et en 
ce nombre sont plusieurs des Picards, 
comme Caboche pour la teste : (d'où 
vient Cabochard four Testu, ou testard : 
c'est-à-dire Opiniastre) Gargathe^ pour 
Gorge. » 

GabnaffE; garnafle, s. f. Ferme, 
grange, maison de paysan. 

Gabnafieb, s. m. Campagnard, fer- 
mier, villageois. 

La racine de ce mot paraît être, à pre- 
mière vue, gueme , qu'on lit dans une 
chanson normande du xiv* siècle : 

Ils n*onl laissé porc ne oue. 
Ne gueme ne guernellier, 
Tout entour nostre cartier. 

Faux-dt-rire d'Olivier Bassetin, de. A 

Caen, de rimprimerie de F. Poissuu... 

1821, iu-d*, pag. 178. 

M. Louis du Bois, Péditeur et le com- 
mentateur de celte pièce, traduit, d'a- 



• A Pari», par Mainert Pâtisson.. 
ln-8", pag. 199. 



M D. LXXIX, 



près M. Pluquet, le second (^ vers que 
nous venons de citer, par a ni poule, 
ni poulailler, » et fait remarquer plus 
loin que a ces mots , qui en effet ne se 
trouvent %\ dans les Glossaires ni dans les 
Dictionnaires anciens ou nouveaux, semr 
blent dériver de Gallina. » 

Garnafier serait donc synonyme de 
marchand de poulets. 

Toutefois, je crois que garnafier vient 
dejarnaffe, jarretière, et que ce nom a 
été donné aux paysans en raison de l'u- 
sage où ils étaient d'attacher ainsi leurs • 
guêtres. Dans la quatrième journée du 
Misiere de la passion Jesu Crist, se. du 
Crucifiment de Jésus, Centurion propose 
quelqu'un pour porter la croix du Sau- 
veur : 

Yecy ung païsanl de vilaige 

Qui s*eD vient droit en la cité : 

11 sera de nécessité 

Qu'on le charge de ceste croix , etc. 

(Icy va Griffon quérir Spnon.) 

Yien çà, vien, bonhomme à la guêtre. 

Édit. de Yerard, feuillet £i r®, col. 2. 

Gau, got, s. m. Pou. Germ., gao; 
fourb., gualtino. 

Gredins, qui n*avez que les os, 
Sans nos joiieui's gens tres-devols... 
Scriez-vous pas mangez desgotfu? 

Les Avantures de monsieur (CMsoucy^ 
tom. I«^ A Paris , chez Claude Audi- 
ncl, M. DC. LXXVIf M in-1 2, pag. 80. 

Gaudineur, s. m. Décorateur. 

J'attribue Torigine de ce mot aux bos- 
quets, aux bois, aux feuillages, que les 
décorateurs retracent le plus souvent , et 
qui, dans notre ancienne langue, por- 
taient le nom de gaudine : 

Cil arhrc vert par cvs gaudiétes, 
Lor paveillons et lur corùucs 



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185 



De ]or rains sor eas estêndôient, etc. 

Le Boman de ta Rote^ édit. de MéoD, 
lom. II, pag. 198, v. 8473. 

Ge votts doing de lire congîé... 
Eu prés, eu jardins, en gaudines, 

Uid.,^^.Ai6,\. 13710. 

Renart regarde en la gattdine 
El \oit le roi et la roïoe, 
Tant baron voit et tantes bestes. 
Li bois fremist comme lempestes. 

Le Roman du Renart , tom. II, pag. 62, 
▼. 11249. 

Tant chemine 
Par bois, par plain et p»r gattdine... 
Que il vint ainz midi sonaut 
Treslot droit au chMiel Renart. - 

Uid.y tom. II, pag. 343, v. 18953. 

Ce mot venait de gaut, qui avait la 
même signification. 

A donc recorna une fois... 
Si durement et si très-baut 
Qu'en retentirent bos et gattt. 

Chronique de Philippe Mouskès, tom. I", 
pag. 309, V. 7814. 

Gaclb^ s. m. Cidre. 

Qui ne connaît les vendanges de Nor- 
mandie, qui se font à coups de gaule? 

Gavé, gaviolb, part. Ivre; c'est-à- 
dîre , à proprement parler , rempli jus- 
qu'au gavion ou gosier : 

Lors je dismc tretous : « V'Ià notte bomme gavay. 
Kingt-troisiesme Partie de la Muse normande 
(1647) pag. 317. 

Gavion db lddib, s. m. Dupe? 

Si trouver me puis sus 1c banc 
Et quelque gavion de iudie. 
Croyez que je ne fauldray mie 
A abalre pain lnrî;cmcnt. 

Ancien Théâtre francois , tom. III, pag. 
438. 

Gay (Être). Être drôle, laid. 



Gayej, s. m. Cheval. 
Gay&ris y s. f. Cavalerie. 
Gazon ^ 6. m. Perruque. 

Cbacun me fait un compliment 
D*uu air railleur eu s'en allant : 
Bon loir, bon soir, monsieur Baptiste; 
Yotfe gazon \oXi& rend Taif triste. 

Les Disgrâces de porter perruque, cltan- 
son de Baptiste le Divertissant, sur l^tr: 
Ah! ma (qH vive les chepeux! 

Gens de lbttbes (Société de). Espèce 
de voleurs. 

Il y a à Clermont en AuTcrgne une société que 
Ton appelle société de gens de lettres. Ce sont 
des voleurs qui écrivent aux particuliers de cette 
Tille, quMs doiveut porter telle somme à des en- 
droits désigné:), ou s'attendre à périr par le feu, le 
fer ou le poison. On les a épiés, et l'on n*a fait en- 
core que des démarches inutiles pour saisir quel- 
qu'un de ces brigands. {Tableaux de la bonne 
compagnie de Versailles et de Paris .. par M. le 
cil. de B***. A Paris, chez tous les marchands de 
nouveautés, M. DCC. LXXXVIl., in-S", pag. 89.) 

Geobobt, S. m. Pourpoint. 

Ce georget est comme si je TaTois commandé. 
(La Contédie des proverbes, act. III, se. nr.) 

Gkbbablb, S. m. Homme qui doit être 
condamné. 

Gebbement^ s. m. Jugement. 

Gbbbeb , V. a. Juger^ condamner. 

D'où peut venir cette expression? Je 
l'ignore. Peut-être bien d'un proverbe 
mal appliqué, mieux vaut le lien que la 
gerbe, dont on voit le vrai sens dans le 
Verger d* honneur : 

Cbesnes, coliers, afifiuetz, pierreries, 
Ainsi qu'on dit en un commun proverbe. 
Tant eu avoir que c'estoil diablerie. 
Brief, mieulx valait le lycn que la gerbe. 

On sait ce queveutdireen françaislemot 
(jerber, usité surtout parmi les tonneliers 
et les marcliands de viu, dans le sens de 



iW 



ACTIONNAIRE D'ARGOT. 



mettre dans une eave^ danê un magOêinj 
des tonneaux les un» tut les antres. 

Gehbebib^ s. f. TribonaL 

Gebbur , s. m. Juge. 

Gbt, gbti y jBTBy s. m. Jonc. 

Il est facile ée ae rendre compte de 
cette transformation du mot français: 
ponr la dénaturer, on aura commencé 
par rallonger et par dire j>^<m; puis on 
aura diminué ce dernier mot, .et fait get, 
ùa plntôC Jet^ qui, bientdt augmenté, 
sera devenu geti eijeté. 

Ce qui aura donné lieu vraisemblable- 
ment à celte dernière forme, c'est que le 
jonc se jette le plus souvent sous le bras, 
eoname une serviette , terme ai^tique 
qni désigne uie canne. Voyez Serviette, 

GiBBBNB. Guibray, dans le départe- 
ment de l^Ome. 

Atrtrefoîs Fon disait Gibray : 

La foyre ay veue à Lyon et Anvers, 
Lendit, Gihray et autres lieux divan. 

Let Poésies de Jean, Marot, édil. de Cons- 
telier, pag. 31. 

GiBBB, S. m. Voyez Chibre. 
Nom avions autrefois gibreHn : 

Le bruyt avez d'eslre fourbisserresses, 
Membres ravir comme rapinerresses 
Poar les loger en «ostre gibrelin, 

Lês OEtivres de maisire Roger dé Colle^ 
rye, elc. Parts, M. V. XXX. VL, in- 
lA, ail recto du feuillet qui suit L iiij. 

GiuioifT , S. m. Gilet. 

GiBFLE, 6IB0FLE, GiROKDB, adj. Agréa- 
ble, aimable. 

Cet adjectif, dont on ne fait usage 
qu'en parlant d'un homme ou d'une 
femme, me paraît venir de gif Je, giffie, 
qui signifiait autrefois j'cm^ ; 

Craissios qui dort sor les roisoles. 
Qui borse a dure et giffes moles , 
A plui tttit bien por son avoir, 



Que II las n'ait por son savoir. 
Qui au cruisel tote nuit vrille. 

De seinie Leocade, v. 1093. (Fabliaux 
et contes, édil. de Méon, tom. 1*% 
pag. 30S.) 
Por qo? as-tu jà lessi oevre?... 
Bst-co por eoercssier les gives ? 

Les quatre Souhais S. Martin, V. 37. 
(lèid., tom. IV, pag. 387.) 

Les venu Eure, Noie et Zephire» 
S*eboiifVeBt , mais non pas de rtre. 
Oui bien à force de souffler, 
Ce qui fait leurs giffies enîer. 

Le Virgile travesti, liv. 11. 

De là giffard, qui se disait dans le 
sens àe joufflu, et qu'on trouve dans le 
Livre de la taille de Paris pour Tan 4292, 
accolé au nom d'une femme ', et, dans 
les Miracles de la Vierge, avec la signifi- 
cation métaphorique de servante de aMh 
sine : 

NU a torcbe-pot ne giffarde. 

Tant ait dessous povre fardel, 

Qui n*ail cuevrechief et hardel. 

Et qui ne vuetUe estre fardée. 

Liv. I*% cbap. xxxiii. {Gloss, med, et inf, 
Latinitatis, édit in-4% tom. III, pag. 
419, col. 1 ; Gloss. de la langue rom,, 
tom. I«S pag. 687, col. 1.) 

De là aussi Pexpression Jean Gif^d 
trompette de Calais, qu'on disait vulgai- 
rement d'une personne qui avait les joues 
enflées ■. 

Le peuple, qui appelle un gros réjoui 
un homme dont la figure présente ce ca- 
ractère, y voit l'indice d'un naturel bon 
et aimable. 

Giffe a donc produit girfie , qui lui- 
même a donné naissance à ffirojle et à 
gironde, à moins que l'on ne préfère voir 
dans le second de ces quatre mots une 



' « Geneviève la Glfarde. » Paris sous Philippe U 
Bel.,, par H. Géraud , pag. 31, col. 1. 
* Curiositex ftrançoiseSf au mol Jean, 



MCTIONNAIHE D'ARGOT. 



MT 



oootractioiè da troisième. Qim cela soit 
ouaoQ, notre lengne populaire acenaervé 
gif^^ avec le sens de gif fis, de amp 
SUT la jmie ' : ce qui vient à l'appui de 
notre explication. 

Ëa Iburbesque ^ Gironda sert à dési- 
gner la Vierge Marie, qui a toujours été 
représentée fraîche et aimable, surtout 
quand elle tient son fils entre ses bras. 

GiaovLiaiB, s. f. Amabilité. 

GfBM.LB, eY, adv* Oui, trè&-bien. 

GiiREi» V. *. Avoir, posséder; mot 
du Jargon. 

GiVEBiiKUB, s. m. Vagabond qui passe 
toute la nuit dans la rue ; ternie des co- 
chers parisiens. 

Nous croyons que ce mot vient d'un 
ancien mot français, dont nous avons 
des exemples dans les passages suivants : 

Bues mal iverntz 

En mars est lassex, 

Si chict ea la Toie , etc. 

De Mûrco et de SaUmotts, at. XXIII. 
(Nouveau Recueil de fméUaux et 
contes, tom. I*', pag. 419.) 

Tons Taorez «i Kheure présente, 
Anaiiyat, c'est bien raison. 
S'il n>st au temple en oraison , 
Je vous dy, ou en la laverue; 
Car croyez que sa bouciie y 'verne 
L'uoç àts bous piunt de la ville. 

Le htytietme Lhre des Jetés êeê Apoe^ 
très, f. .G. xviii. r% col. 1. 

61.ACR, GLACIS, S. m. Verre à boire. 

Ces mots dérivent sûrement de l'aile- 
Biand Glass, plutôt que de l'anglais gUus, 
issu de l'anglo-saxon glxs. 

GuBB, airvET, olinet, s. m. Diable. 

Ce mot vient sûrement de glvue ou 



> m Donner à quêlqu*un une giroj/tée à cinq 
ftuitlts. Pour lui donner un soufQet. >» {Dietionnaire 
dH bue-ltmqage, tom. If, pag. 14.) 



gliv0 (|^). On lit dans le JIomm d'A» 
lexandre : 

Dme, âkt If itadraîiity tige estai et SMtiM, 
Bieu Tavés recousue i pers fil et à ^iîttê. 

Chronique des dues de Normandie, par Be- 
noit, tom. II, pag. 616, en note, col. 2, 
T. 11. 

. . . TOUS avezestudië en médecine, si me sem- 
Mf-il ^ae tmie eatmNni à prefldve tes liomiiitf 
à la fiu et au file, iMfoelle chose vohs laiclss 
par vostre sens, etc. (Le Cameron,.. in/rtm^ 
çoys, par Laarens de Premier- faict. On les rend 
ài Paris. . . par Françoys RegnauM, M.D^.sli.y. i»-ê^, 
nouv. hxix, Tueil. cclxxxTii recto.) 

On voit que nos ancêtres comparaient 
l'esprit du mal à un chasseur à la glu^ 
ou plutôt à un médecin. Bouchet tra- 
duit le guelier te gmi99e par le* avwe9 iê 
coupent la gorge; mais c'est mal dit : 
car, de Taveu dudii Bouchet, gausser 
vent dire manger. 

On donnait autrefois le nom de guie- 

tiers à une certaine classe de gêna aui^ 

vant les armées : 

... et estoient Anglois quatre mille hommes d'ar* 
mes et neuf mille archers, «ans les petaulx, tufTet 
et guieliers. {les Chroniques de sire Jean Frois- 
sarl, li?. 1", part, i'", chap. cxxvii ; édit. du Panth. 
litt., tom. I*% pag. lie, col. i et noT. 1.) 

Glissant, s. m. Savon. 

GoBBLiN , s. m. Dé à coudre dont on se 
sert pour escamoter une petite boule de 
liège, escamotage cpii s'appelle la robi- 
gnole. 

Ce mot est un diminutif de gobet^ qui 
a également produit gobeau et gobelet ^ 
par lesquels on désigne non-seulement 
des vases à boire ^ mais la coupelle du 
gland. On nomme aussi gobelet Pherbe 
dite plus ordinairement bassinet, d'autant 
que sa fleur a la forme d'un petit bassôn 
ou gobelet. 

Ce qui a pu déterminer Targot au 
choix de la finale de gobelin, au lieu de 



J88 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



toute autre, c'est que ce mot était en 
usage autrefois parmi le peuple avec 
la signification d'esprit, de démon, que 
l'anglais hobgohlm , qui en est venu , a 
retenue en partie. Tout le monde con- 
naît ce passage du livre V de Y Histoire 
ecclésiastique d'Orderic Vital, dans le- 
quel le moine de Saint-Évroul parlant 
de saint Taurin, évêque d'Évreux, et 
d'un démon qu'il chassa d'un temple de 
Diane, ajoute : «Huncvulgus/yoôe/tnttw 
appellat'. j> 
Ce mot a subsisté longtemps chez nous : 

Le pape fut un petit surpris, pensant qu'il alioit 
tirer Je gobelin de sa manche. (Les Contes et 
Joyeux devis de Bonaventure des Periers, 
nouv. vu.) 

• ••et si connut, par inspiration divine, la 
grande et merveilleuse propriété d'icelle, qtii estoit 
de contraindre les gobelinSj etc. {Ibid., nouv. XV.} 

... je le prie, par ces présentes , qu'il n'oublie 
pas à conjurer... abismer ces meschants gohelins, 
vermeniers, etc. (/Wd , nouv. XV.) 

De petits Amours une bande 
Dansoit auprès la sarabande. 
Et , leur faisant maints tours malins , 
Rîoient comme des gobelins, 

LaHenriade travestiûyéi, IX, pag. I4". 

On dit encore aujourd'hui, en Norman- 
die, goubeiin, pour fantôme , revenant. 

GoBBLius (Le docteur). Recruteur de 
dupes pour les maisons de jeux, terme 
usité dans l'argot des joueurs au xviii* 
siècle. 

a Les dames qui tiennent le tripot, 
dît de Chevrier, ont soin d'avoir. . . un 
homme à tous les spectacles, que par 
dérision on appelle le docteur Gobelius : 



* Voyez le recueil de du Cliesnc, intitulé HuUtria 
riormnnnorumScnptorcs anliqui^ pag. L5G; le Glos- 
saire rti'du Can-^e, nu mol Gobelinns; la première 
partie des fUymologks françoiscs , du l\ Lahbr , 
pag. 262; le Dktiouimim clymologlquc de 5Ifr.;tî4f, 
ton», l", pa-. 081, ci:I. 2, etc. 



celui-ci n'a d'autre emploi que d'exami- 
ner à POpera ou à la Comédie les étran- 
gers qui ont l'air ennuyé; il les aborde, 
leur nomme une duchesse ou une mar- 
quise... et finit par leur proposer un 
soupe agréable. Comme le Parisien passe 
avec justice pour être naturellement poli, 
un inconnu qu'on prévient attribue à sa 
qualité les attentions qu'on a pour lui... 
suit son guide, et fait son compliment à 
la maîtresse de la maison, qui a toujours 
sa réponse prête dans un livret qu'elle 
lui présente '. » 

GoBELOT, s. m. Ciboire. 

Ce mot avait originairement le sens de 
gobelet , de verre : 

Et rpiay! Bacu, roen tretou, men falot, 
Qui aux cabarets produits tant de merveille, 
Quiteron-nou ten \XetànX gobeloi ? 

Neufiesme Partie Je la JUiue normande, 
pag. 156. 

Comme gobelet, ce mot eat un dimi- 
nutif de gobeau, qui avait cours au 
XVI» siècle : 

Le duc de Moscovie devoit anciennement cette 
révérence aux Tartares. . . qu'il. . . leur presentoit 
un gobeau de lait de jument. (Sssais de Montai- 
gne, liv. I", cbap. xLviii.) 

De gobelot est venu gobeloter, terme bas 
et populaire, qui signifie boire du matin 
au soir, s'établir dans un cabaret, s'eni- 
vrer^: 

Tu t*amuses toujours à gobeloter au cabaret, et 
tu ne songfs pas à ce qui se passe. {Le Chapeau 
de Fortunntus, parade de Fournier[l7l2], se. 111; 
dans le Théâtre des boulevards^ etc. tom. m, 
pag. 312.) 

GoBE-HODcnBRiE, S. f. Pranc-uutçou- 
nerie. 



* Le Colporteur^ hhtoire morale et critique, etc. 
A Londres, chez Jean Nourse. L'An de la vérilé, 
in-t2, pag. 72, IZ, 

> Uiclianmiirc du biu-langage , lom. II, pag. 16. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



i89 



GoBBsoN^ S. m. Verre à boire. 
GoBE-PBUNE^ S. m. Tailleur. 

Je voulus oui vair disner se ze^tafiers 
Sans table : des tapis font leu tables qiiemuncs; 
T s*acbicheDt aiiicbin coume ses coiistiiriers, 
Quand dessu Ifu zetaux y vont gobant Us prunes. 

Sur t arrivée des Poionnois^ st. XI. {Trei- 
xiesme Partie de la Muse normande, pag. 
219.) 

Voyez Piquepou, etc. 

GoDDEM^ s. m. Anglais. 

Cette expression, qui n'est autre chose 
qu'un juron usité de l'autre c^té de la 
Manche^ est devenue populaire pour dé- 
signer un Anglais. 

Nos ancêtres disaient godon : 

Cryant (fui vive aux godons d'Angleterre... 
Pennettes-vous à ses godons galUers, 
Gros godalliers, houspailliers. pouUalliers, 
Prendre palliers au franqoys heritaige ? 

Invective sur... U journée des Espérons 
[1513], V. 33 et 67. { Us Poésies de Guil- 
laume Crétin^ édit. de M.DCC.XXIII. , 
pag. 168, 169.) 

Ils ont chargé Tarlellerye sus mer, 
Force bisquit et chascnu ung bydon, 
Et par la mer jusquVn Bisquaye aller 
Pour couronner leur petit roy godon. 

Chanson .normande du xv« siècle. (Vaux- 
de'Vire d'Olivier liasselin, etc. A Caeu, 
1821, in-8°, chanson xiv, pag. 173.) 

Ne craignez point, allez battre 
Ces godonSf planches à poys, etc. 
iBid,, pag. 177. 

GoDiLLEB , V. n. Éprouver un accès de 
priapisme. 

Ce mot, qui est mal écrit dans tous 
les dictionnaires d'argot, existait dans 
notre ancienne langue avec la significa- 
tion de remt^r, bouger : 

Bien me cuida Lictart tuer; 
Mes je me soi bien remuer 



Et gandillier et tressaillir. 

Le Roman du Aenart, tom. II, pag. 286, 
V. 17345. 

Mult les véissiés gondillier, etc. 

Le Roman de Brut , tom. II, pag. 71, 
T. 9926. Un manuscrit porte gandillier. 

Maint pas fait en vain 
Qui trace putain , 
Tant ele gandille. 

De Marco et de Salemons^ st. XII. 
{Nouv, Rec, de fabliaux et contes, 
tom.P»-, pag. 417.) 

Dons Odiels venc pongeu per lo camil ; 
Auc no vistes oulh vilh que si gandil, etc. 

Roman de Gérard de Rossillon, pag. 65. 

De même que brandir vient de bran, 
brand (glaive), ainsi godiller dérive sû- 
rement de ^ai/c^iï/e, épée, et signifie, au 
propre, brandir^ agilcr comme une épée. 

Nos mariniers ont godiller, ou plutôt 
goudiUer, dont ils se servent pour indi- 
quer le travail de quelqu'un qui gou- 
verne un batelet avec une seule rame, 
placée à l'arrière dans une sorte de 
creux, et appelée ^o£^t7/^, goudille, {Dic- 
tionnaire de marifte à voiles, pag. 399, 
400.) 

GoHBBBGEB, V. a. Coiuptcr. 

GoNZE , ESSE, s. Homme, femme ; maî- 
tre, maîtresse. 

Elle va ramasser dans les ruisseaux des halles 
Les bons mots des courtauds, les pointes triviales, 
Dont au bout du Pont-Neuf, au sou du tambourin, 
Monté sur deux tréteaux, l'illustre Tabarin 
Amusoit autrefois et la nymphe et \egonze 
De la cour de miracle et du cheval de bronze. 

La Fontaine, Ragotin, act. IV, se. m. 

Le dictionnaire fourbesque explique 
gonzo fSLvminchione, villano; toutefois, 
ce mot est de bon italien : 



J'JO 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Costei mi ha per g^nzo, 
Varchi, la Sascara^ etc. Fireoxe, Sarmar- 
telli, 1568,in-8*« 

Han giudizio, e non aon gonù 
Quei Toscant bevitori. 

Franct§coKeài,Baaco iu Toscane, v. 303. 

{Opere^ ecc. MiUno, 1809-1811, iD-8% 

vol. I, pag. 7.) 

Spbzzaverro, bravo veuetian. 

pio m*ha aidao a fcde , e si me par veder che 
despogieremo un' altard'un gofto, per veslire ho« 
norar no' altro, corne sarave a dir ste osse i tempi 
el da dove manca danari besogna supHr con Pin* 
zegno saveazo clie sarà sta coza, co se iiD rombo 
che resta in paltan , cbe sbttta par quaoto el sa 
con le schiame a rultima el resta gonzo. (La Spa- 
ptoUu, eeoMdia del S. Searpella bergamasco, etc. 
In Vinegia, appresso Domenico de Farri , M D LXI^ 
iii-8% aot. 11, pag. le.) 

GossELiii^ S. m. Veau mort-né^ enfant 
qui vient de naître. 

GoT. Voyez Gau. 

GeTHOif , s. f . FiMe de joie ; abréviai- 
tion de Marguerite , dont on a égalem^ol 
fait Margot, usité dans le même sens : 

ne nostre temps on personnage... • eu le piic«- 
Itge de sa propre Margot : ainsi appelloit-il sa 
garse-sœur. {Lei ApresdUnées eu seigneur de 
Cbolieres. k Paris, cbes Jean Ricber, 168g, in-l), 
folio 44 verso.) 

Prenons, si Tan veii<, pour eopie 
8le balle ^for^oMa-loupie, 
Votre Madame Unigentrus. 

Harangue des habitans de la paroisse de 
Sarcelles, elc {PUees et anecdotes iit- 
téressantes, seconde partie» pag. 174.) 

GouALEB^ V. a. Chanter. 

Ce mot doit venir de notre ancien 
verbe goguayer, jouer, ou plutôt de ga^ 
gailky jeu : 

Cependant ce bon frère ayant apperceu dei«i 
besui iKHirceaux se goguayant sur un fumier, 
attendit que la femme fust revenue. {Apologie 
pour Hérodote, liv. l« chap xxxix.) 



Dos le uMUfi elle se ncitoit à jotier et à Caire go- 
gaille avec ses voisines. [L'Histoire comique de 
Francion , n* livre; édit. de Rouen, chez Adriau 
Ovyn, M. DC. XXXV., in-8% pag. 74.) 

Outre ces mots, Cotgrave donne gogo, 
goguer, gogues, se guouguer, guogueiie, 
qui sont tous de la même famille. 

Avec te temps, ^o^yer devint goailler 
ou gouayer, encore usité parmi le peu- 
ple dans le sens de plaisanter, de raHler. 
Les habitants d'Avize, petite ville du dé- 
pvtement de la Marne, arrondissement 
d'Épemay, excdlaient, à ce qu'il parait, 
dans ce genre d'exercice : aussi de bonne 
heure les appela-t-on les goaiUeurs d'A- 
vize. 

On lit dans la Pipe cassée: 

Tiens I veut-il jpM gouayer le sonda? 

Œuvres de rade, «te, édit. de 17»«, ni-4*, 
pag. 24. 

Çà! tu gouayesf c'est un abbé. 

/^'^.,pag. 26. 

On dit aussi populairement gouaille, 
au lieu de mensonge, de vetiHage ; a C'est 
p't-étre d'ia gouaille que vous m'repous- 
sez, » dit un personnage des œuvres de 
l'Édusc ■ . Plus anciennement, Tauteiu* de 
la Lettre de M. Gilles sur les parades a 
fait usage de ce mot dans le même sens. 
Voyez le Théâtre des boulevards , tom. 
I", pag. viij. 

Si queut-zun v'noit vous dire 
Qu* les gratieus'tés que j'Iàchons 
C'est zeune nagnier* de goua'tir,^ 
J'vous pri' teo grac* 
Qu'il ait eun' giffl', etc. 

Les A propos de la folle , etc. 
MDCCLXXYI, in-S*, pag. M. 

A ce mot se rattachent goguelu, que 

' Voyez le recueil cl*dessu8 , pag. tM. 



^IttLXAlY^'^n^ 



19 






à*- TTT Ol- 

C»t: II: HT c: 




kt-Acee 



à^ soi^ roDvmir . os- i^jaa 
XQO: £s: ^s/f; ou »" w. mam 
lui- Dannmu . €: ai' m o* ir 
rei. i. I mains- o- v- mèœl §- 

Gocci. 7 : flb- G 

niK uoD MHmutr iHe: eri orai' o» ir 

oovtii'. . pue? muuc i*' 

momr^ muoi.- «svirt . ei qk:. «hb b- 

Lu fpM?' «£ 1^ M3i£àft* a: ovmjc . 

jUlt» y. tSt: MMM «l«: aBK OBK OL 
IiUlin'«l> HCII: iàt: ft^ TT* Ji r.t» . 

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192 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



familier, d'une femme malpropre et lre«^ 
désagréable, et, par suite, d'une con- 
reuse, d'une femme de mauvaises 
mœurs * : 

HaÎDtenant, celui qui aura une belle femme 
s'ira accointer de sa chambrière , qui sera un 
touillon, un salisson, une gaupe. {Les neuf Mati- 
nées du Beigneur de Cholieres, édit. de 1586, 
fol. Uo reclo, mat. v : Des laides et belles fem- 
mes.) 

S'il y a dans ma cuisine quelque bon morceau... 
le galant en refait son nez, comme s'il falloit que 
je luy donnasse du salaire pour aToir fourby cette 
gaupe. (V Histoire comique de Francien , 
liv. YIII ', édit. de M. DC. XXXY., pag. 561.) 

Contente-toy de ton flambeau 
Pour réchauffer froide cuisine... 
Ardre bouquins, gaupes tenter. 

Ovide en belle humeur, pag. 93, 94. 

lAwf^oiïM y gaupe , marchons. 

Tartuffe, act. I*', se i. 

Voici ce que dit Léon Trippault, au 
moi Paillarde de son Crlt-hellenisme^ ou 
Etymologie des mots françois tirez du 
grœc * ; a Au demeurant, je ne veux ici 
omettre que les anciens Gaulois appel- 
loient les paillardes gaupes, lequel mot 
je recerche de gausape. Et ainsi gaupe , 
diction prinse des couvertures où cou- 
choient en guerre les paillardes. » Ce mot 
gausapa ou gausape désignait propre- 
ment l'épais manteau militaire sur lequel 
couchaient les soldats en campagne \ A 
co compte, la gaupe aurait été une cou- 
verture, une coucliette à soldats. Ce qu'il 
y a d'étonnant, et ce qui donnerait pres- 
que raison à Trippault contre Ménage, 
qui tire ce mut de l'itiilien galuppa, et 



' Dii'tionuaiir du haslnngagt^ tom. It, pag- 9. 

* A Orlean», par £lo> Gibier, 1581, in>8*, pag. 23S. 

^ Voyfï, pour les divers*»» acceptions de ce mot, 
Hornre, Sut, H, 8. 10; Pline, Hisl. nal., liv. VIU, 
rh. \Lvm, l.x\ili; Ovide, de Jrte amande, liv. II, 
900; Pétrone, SatyHcon, XXVIII ; Perse. VI, W, etc. 



contre de l'Anlnaye, qui y voit un dérivé 
de wasp , guêpe , bourdon ', c'est que 
l'obscène métaphore présentée par l'ex- 
plication du premier se retrouve dans 
l'expression paillasse à soldats , employée 
aussi par Vadé pour désigner une gaupe, 
et consignée dans le Dictionnaire du 
bas-langage, aussi bien que dans le Nou- 
veau diclionnaire proverbial , satirique et 
burlesque^ etc., par A. Caillot *, avec le 
sens de fdle ou femme qui se livre à tout 
venant. 

GouGNOTTE, s. f. Fcmmc ou fille qui 
abuse des personnes de son sexe, d'où 
le verbe gougnotter. 

GoLiLLAFFHE, S. m. Goulu, gourmand. 

Leudemain, es\eillez comme chats en grenier. 
Fallut encor sauller de vin ces langues saffres. 
restions, ten père et may, à oostre astre à plettrer. 
Cependant qu'aval lest notte bien ces galaffres. 

Septiesme Partie de la Muse normande , 
pag. 130. 

Nous avions autrefois goulias avec le 
même sens : 

Plus avant à la porte aux Paintres 

Vis le galiffre de Braudas , 

Qui engouloit sans nulles fainles 

Enclumes de fer à grand tas, 

Deuotaut que tels gouiias 

£a France out fait grand mengerie , etc. 

L'Entrée dii roy Charles FUI à Paris^ 
le S juillet 1484, ou retour de sou sacre 
à Rheims, st. LXXIIL {Le Cérémonial ^ 
français, édit. in-fqlio, tom. I**, pag. 
214, 2lâ.) 

Dans l'origine, ce mot s*a^>pliquait sur- 
tout aux clercs, qui, sans respect pour 
leur tonsure, menaient une vie vagabonde 
et désordonnée, pareille à celle des jon- 
gleurs, auxquels ils sont assimilés dans 



> Œuvres de Rabelais^ édit. de 1823, tom. HF, 
pag. m. 

> A Paris» chex Dauvin, 1826, iDl2, pag. ftSS. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



193 



la plupart des textes rassemblés par du 
Gange ' . Deux autres passages^ recueillis 
par M. JérAlne Fiction dai\s les registres 
du parlement de Paris ^ serviront à com- 
pléter Tarticle du savant lexicographe. 
Dans V\m, le procureur de Tévéque ré- 
clamant tin nommé Simonnet^ de Ck>ndé- 
sor-Mame, accusé d'être un joueur de 
fiiux dés et un meneur de fillettes, re- 
pousse cette imputation : et II n'est pas 
gouliQri, diMi; car la vie d'un gouliart 
est qui gist es foins ^ putier publique, vi- 
vons de queitu *, ce que n'est pas Simon- 
net ', » etc. Dans Tautre extrait^ où il 
s'agit encore d'un clerc nommé Perrin 
Barbereau, réclamé par l'évéque de Paris^ 
« le procureur du roi dit que Barbereau 
est gouliart, boulier publique , et a mené 
une Qllette publique par le pays et ves- 
qui de ce qu'elle a gaignié^D ajoutant 
c qu'il est espieur de chemin , comme 
appert par sa confession^ et est joueur de 
dez publiquement, et en tous cas d'au- 
telle vie comme ceulx de la pippée ^, » etc. 

Goulu, s. m. Poêle. 

GoupiNEB, V. a. Voler. 



* Glon. med. et it^f. Latin., tom. III, po^ 530, 
coL !,▼• GottffftfiM, n*l. 

* /W(f., tom. y, pag. 5SS> ool. 8, y Qumiut; pag. 
9M , col. S, T* Qtutstuariuë, etc. 

^ lUttoéfs, rtf^ coté i. 4780 , fol. A5 yeno , Inndl 
ilJaovterMOO-l. (ScctJodicdesiLrchivesiiAUooaleb) 

* CrlmiDel, ref(. coté x. 8847, fol. 77 recto, ven- 
dradl, MJalol4a2. 

On lit dans an antra registfe da même parlement 
(MaUnéea, reg. eot. x. 4784, folio 71 recto, 89 février, 
1M44): «Entre Robin Ph*. appelant, d*une part, et le 
procarear da roy, d'autre part. L'appelant dist que il 
«et dcre et de bonne vie, et que le balHl eetolt allé èi 
priaou • où II parloit à certains prisonniers, et il le 
manda là, et l'arresta et le tint trois jours ; et lors lut 
exposa qu'il estoit des compagnons de la pipée ^ et 
•voit estéà Goerreville avec ces deux priM>nniers,que 
de œ estoleot accusés . et ooltre que il avoll induit 
Galllot Paian à appeler de lui, dist que il requist con- 
seil, mais il n'en ot point... Il fust eslargi , et pendant 
le jôar le bailli le condempna pour la pipée à so*, et 
pour rantre à io. > 



J*ai roulé de vwgae en veigne. 
Pour apprendre kg^upiner, 

Lm MarcanJièrt, ▼. 1. {Let Voleurt, 
ton. P'y pag. xxîx.) 

Ce verbe est une altération de gouspi- 
ner, mot formé de gauêpin, qui^ dans 
le langage du peuple, signifie vagabon- 
d^r, faire le polisson ^ jouer dans les mes 
à la manière des petits enfants et des 
écoliers. Voyez le Dictionnaire du bas- 
langage, tom. Il, pag. 21. 

Gouan, s. m. Fourberie, métier de fri- 
pon. 

Pechon de Ruby, au début de la Vie 
généreuse des gueux et bœmiens, dit 
d'un petit mercier dans la compagnie 
duquel il commença à courir le monde : 
(K U n'estoit coesme, n'ayant parvenu à 
ce degré; ains estoit simple blesçhe... 
toutesfois entervoii le gourd* » 

Comme jobelin, dont la signification 
parait être la même, gourd se disait du 
jargon , des mines à Taide desquels les 
argotiers dupaient les simples : en effet, 
gourd, qui n'est plus usité qu'en pariant 
des mains ^, avait cours autrefois dans 
notre langue, comme en latin % dans le 



> a J'ay les mains si gowrdee et si pesantes, qa'il 
m'est Impossible d'en &rire, » etc. {Portrait étun 
tNConfiM, dans le Reeueit de piecee en prote les pim 
agreaSles de ce temps, etc., quatrième parUe. A Paris» 
cbez Charles de Sercy, M. DC. LXI., In-S*, pag. 827.) 

On lit dans an fabliau, que l'on peat faire remonter 
jusqu'au xiu* siècle : 

Mains a bêles, ne plaines, non gordee. 

De Riehaut, t. 798. ( Nouveau Recueil 
de fabliaux et eontee, tom. I*'* pag. 02. ) 

* Quintilien avait oui dire que ce mot venait de 
Pespagnol : « Gurdœ, qaos pro stolldls aocepit tuI- 
gus, ex Hispania doxisse originem audivi, » etc. (/im- 
tit. orai,t llb. 1, cap. T.) Quoi qu'il en soit, les Espa- 
gnols ont encore ra4iectif ^ottfo, gros, gras. Voyei ce 
que dit, au soJet de ce mot, le R. P. de Larramendi, 
dans son Diecionario trilingue, tom. I*% pag. 808, 
ool. 2. Naturellement il e»t en opposition avec 
M. Edélestand du Méril, qui incline vers l'islandais. 

13 



194 

sens A*épaU , de lourd i de stupide, d* hé- 
bété : 

Brayhault, Br«3fbatilt ! il est si gûttrt, 
Qu'i ne «cet de quel pié marcher. 

Misten ife h passion Jkesus-Crist, se. de 
la Prinne des larrotu, édit de Yerard, 
feuillet âgné Kiiii Teno, col. 2. 

Jb toalroie de grans cops ferir 
SUI s*eehine qui est si gûutde» 

La Pûêskm HCéire Sûgnéutj parmi les 

Mjstèru inédits du zv' siècle, tom. Il, 

pag. 190» 191. 

Guerre est de Dieu le graot flaeil 

Bk le mailet de sa justice, 

Qui es! aux bous paix et coaseil, 

Et terreur au gourt et au nice. 

Lt Pusse temps Jtoysivttè de maisirt Ro' 
bêrî Gagum, etc. Mil cccc. ixxi.n. au 
moys de décembre. Petit in-8«, folio 
signé Bi, recto. 

Dans ce sens-là ^ gmurd a produit enr 
f9wrdit et dégourdir, que nous avons 
conservés ; tandis que nous avons perdu 
fordoier^ qui avait cours autrefois avec 
Celui de rudotBTf de maltraiter: 

Por quoi li faitei tel contraire?... 
Or ne Talés plus gordoiant, 

tê MaUhan de ta Èose, édit. de Méon, 
lom. Vf pag. 134, ▼. 3315. 

NoUi avions aussi, à la même époque. 
In Vf rbe mgordelir : 

U txiharains eit trop engordelis, 
Qui il dcmtiDe et destniit ses amius. 

tÀ Mamans de Garin U Lofterain, tom. II, 

pag, 130, Lai variantes donnent en- 

grondeUs et eno^goitiis. 

Main ce verbe, qui signifie devenir 
fiuhMnt , dérivait d'une autre acception 
ri(i VMÏ\(ivMf gourd , qui voulait dire éga- 

{Hhluiff fl* ^ poésie icdtidinave ^ prolégomcuos , 

tlN||. Iliftt tKli< i.' 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



lement gros, riche, puissant, bon, sur- 
tout dans le jargon : 

Brouez-moy sur cesgours passans. 

Jargon et jobelin de fillon, baHaJe I, 

st. II, V. 1. 

Mignonnes qui si bien faignea 
Pour FUtretenir les plus gourds. 
Les plus frisques, les mieulx pignez, 
On dit que plus vous ne daignez 
Porter tissus, ne gris, ne vers. 

Les Droitz nowfeauU de CoquiUati^ 
parmi ses poésies, pag. 17. 

Le nom de noa aultres gorfiers 
Est escript aux huys par fourriers. 
Mon nom THonueste Fortuné, 
Souvent gourd, et bien guerdonné. 

Le Blason des armes et des dames, dans 
le même volume , pag. 124. 

Cest la façon du temps qui court , 
De ses varleiz dymeocherés 
Qui sont vestus sur le fourt, 
De nous appeler tous Joannes, 

Le Monologue du Pujs, au même lieu « 
pag. 154. 

Sur le gourt, comme on le voit ail- 
leurs, signifiait sur un grand pied, riche- 
înent : 

Par devers moy, j*espere sur le gourt 
Monstrer largesse en tome esjoyssance 
D'avoir le roy. 

Les OEuures de Jean Matot, édil. 
de Cousteiier, pag. 125. 

Fortune envoya le milourt 

Jouer aux cbamps maisgreeslencé... 

La dame me veit sur le gourt 

Gay et gaillard selon la mode. 

Monologue du Résolu. {Us OMwtres de 
maistre Roger de Collen-e, etc. Paria, 
M. V. XXX. VL, in-io", au Verso du 
feuillet signé D.) 

Ainsi que je le disais il n'y a qu'un 
instant, ^Oî«rd se prenait aussi dans le 
sens de bon : 



fiérgér qui a sa toupie, 
D« sa boQleilt« coppie 
Plaine de gourde pie. 
Il est bien pdé. 

Nativité de nostre Seigneur Jhesu- 
christ par personnages, etc. Paris, 
SilTestrei \S3% in- 16) sign. B. iii. 
recto. 

Ma bouteiUe n'est point remplie 

De gourde pie à ce matio. 

Lt Mistere du Fiel Testament par pet- 
ionnagts, etc. Paris, Pierr|» le Dru 
pour GeofTniy de llamef, sans date, 
in-folio, se />e la tour Babel t feuillet 
xlv reclo, co). 1. 

Crians rois bois, j*aTalltoDS gourde pie. 

Première et seconde Muse normande^ pag. 1 1 . 

DaBS le dielier eatet la gourde pie, etc. 

La dixiesme Partie de la Muse normande , 
pag. 180. Cf. pag. 412, 427, 458. 

Nous n'en finirions pas si nous vou- 
UotiB rapporter tous les passages de nos 
anciens écrivains^ oùTadliectif^ottfc^est 
employé dans un sens ou dans un autre. 
Nous citerons encore^ cependant^ ces vers 
de deux mystères y qui offrent des exem- 
ples peu communs d'une locution où le 
root ^a cpiestion figure avec une accep- 
tion nouvelle : 

Noos Tadjourueron de main mise 

Et le herseron de si goart. 

Qu'il sèn bien gary du lourt 

S'il ne cognoist qu'il a mal faict. 

La tierce Journée du Mistere de la passion 
Jhesus-Crist, Paris, Antoine Vcrard, 
1490, in-folio, 2* feuillet verso, col. 2, 
après la signature r iiii. 

Pous&ex de gourd; 
Le faLx est leré, autant vault. 

V Apocalypse sainct Jehan Zehedée^ etc. , 
feuillet .xiLvi. recto, col. 2. . 

Au risque d'être accuse de prolixité, 
nous donnerons encore ce passage de Co- 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 195 

quiliart, à cause de la lumière quil 



donne sur ^origine du mot d'argot ^ 
nous occupe : 

Pier de la plus gourde pie. 
Mon sonbait t«roiNfl pis b^tt^ 
TrenchcÉ» du gourt. 

Le Monologue des perrueques, parmi les 
Poésies de Coquillartp pag. 1 69. 

Dans ce dernier passage, il est évident 
que irencher du gourt signifie trancher 
du grand, c'est-à-dire donner de soi 
une idée exagérée, tromper sur oe que 
Fon est. Le mot d'at^ot goumt, auquel 
nous allons arriver, a donc pu naître de 
Tune comme de l'autre acception prin- 
cipale de gourd y dont il vient certaine- 
ment. 

GODRD, s. m. Pot. 

Cette épithète (car ce mot n^est autre 
chose que noUre ancien mot fouftl, es- 
pagnol gûrdo) se donnait autrefois à des 
vases : 

Au cLetet du lit, pour tous jeux. 
Pend ung benoistier qui est gourd^ 
Avec ung asperges joyeulz. 
Tout plain a'eaue benoisté de coul*. 

Les Droitz nouveautx de Coquillart, ptrini 
ses Poésies, pag. OOé 

Le mot gourde, par lequel on dé- 
signe en français une coui^ vidée et 
séchée, où Ton met du vin ou des li- 
queurs pour se réconforter en voyage, 
ne vient pas, comme on pourrait le 
croire, de la même racine, mais bien 
de cucurbila , qui produisit d'abord co- 
hourde. Le vieux dictionnaire latin-fran- 
vais, publié par le P. Labbe, donne « eu* 
curbila, cohorde'; » celui de (Jotgrave, 



f Les ttymologies deplutieitrs motsjrançois^ etc., 
pag. «97. 

13. 



1% 



DICTIONNAIRE D^ARGOT. 



« cohourde : f. A gourd , » et celui d'Ou- 
din : a cohourde^ zt^ca '. On a dit aussi 
caorde, eogarde, eahourde et cour 
courde : 

Poor aToir des eaordes et ponpons, fauU plan- 
ter en bonne terre et crasie deax ou trois pans de 
parfont (Le Ménagier de Paris, tom. HT, 
pag. 273.) 

On trooYe des eogordes, cocombres, etc. 
( Traité d'Emmanuel Piloti sur le passage dans la 
î^rre sainte [1420], à la Koite dn Chevalier au 
C^gne, édit de M. de AeifTenberg, tom. !•% 
pag. 346. Voyez aussi pag. 347.) 

J*ay mb mon cueur en une lourde, 
Qui est très-belle bacelotte; 
Mais elle a la mameloUe 
Aussi grosse que la eahourde. 

L'Art et science de rhétorique j^our faire 

rigmes et ballades, par Henry de Croy. 

Paris, Ant. Verard, 1493, in-folio, 

sign. a iiii recto. 

Je changeray toutes les cboses... 

Tos coueourdes en des melous. 

Le Ravissement de Proserpine de mon- 
sieur Dassoucy, etc., édit. de M. DC. 
LUI., in-4o, pag. 28. 

GooBDEMBRT, adv. Beaucoup. 

Lors i par moy si gourdement me traite.. . 
Qa'enbreluché par la caleur du vin, 
A men qualit falut prendre me n*erre. 

Première et seconde Muse normande, pag. 23. 

Par un autre air ànaàrtai gourdement 
Le grand ballet de la folie bumaine. 

yingt'ànqttiesme Partie de la Muse nor» 
niante (1649), pag. 403. 

GooBBEB; V. a. Tromper, duper, filou- 
ter, fourber, voler. 

Ce mot, qui est donné à l'argot par 
Bouchet et par Cotgrave, faisait partie du 
langage populaire, sinon à la même épo- 
que, où cependant ledit Bouchet ne se 

« Sec, Pari, des Rech, itaU effr., pag. 115, col. 2. 



faisait pas scrupule de l'employer, du 
moins dans le siècle suivant : 

Le marchand pensant que ce fussent gens attitrés 
pour gaurrer sa chasuble... Ta aussi après le 
curé. {QîHnziesme serée.) 

Tantost après Toicy arriver les maistres cordon- 
niers... se dontans qu'ils estoyent gourréSf etc. 
(Ibid.) 

Pourtant quand je resonge o trelz fetx par un garde. 
Qui ont ainsi gourré notte po^re mestier, [garde 
No voudret bien qui fussent o champs à prendre 
Goume queuques marmots à l'ombre d'un poumier. 
Complaintibtts Savatores in eiecdonis gardon, 

st. XIL ( Quatortiesme Partie de la Muse 

normande, pag. 239.) 

Pour gourrer les paufres gens 
Qui leur babil veulent croire. 

Le Parnasse des Muses, cité par Leroux. 
{Dictionnaire comique, tom. I^, pag. 
588.) 

On connaît une pièce intitulée Ar- 
lequin gouré, comédie en im acte, en 
prose, avec des divertissements par Fa- 
rin de Hautemer, jouée à la foire Saint- 
Laurent en 1750. Voyez Anecdotes dra- 
matiques ^ Paris, 1775, în-12, tom. I«*, 
pag. 100. 

Aujourdliui gourer s'est conservé dans 
le patois des arrondissements de Bayeux 
et de Mortagne, avec le sens de trom- 
per; et dans l'arrondissement de Vire, 
ainsi que dans bien d'autres endroits, 
même en dehors de la Normandie, avec 
la signification de vexer, de rudoyer, de 
bourrer. Chez nous, goure est un mot de 
droguiste qui se dit de toute drogue fal- 
sifiée, et goureur désigne celui qui falsi- 
fie les drogues, comme celui qui trompe 
dans un petit commerce, dans im 
échange. M. Piban fait venir ce mot du 
Levant. Voyez Glossaire des mots fran- 
çais tirés de l'arabe, etc. Paris, chez Ben- 
jamin Duprat, i847, în-8*\ 



i 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



497 



Gonspm , s. m. Recors. 

Ce mot, fait pour désigner un mal- 
heureux qui ne mange ^ qui ne gagne 
que du pain, serait mieux écrit gousse- 
pain. Dans le langage du peuple, on ap- 
peDe gousse ou gotusepin un petit polis- 
son , un enfant d'humeur dissipée, qui 
ne fait que jouer dans les rues. Voyez le 
Dieiionnaire du bas-langage, tom..II, 
pag. 2i. 

Nous avons eu aussi mengue-pain et 
gruge-pain : 

Cheste mains-chi, troanderie 

Est Domoiée et coqutnerie, 

Hoguiuele < par non le claia 

Et qui appelle Mengue-pain. 

Le Pèlerinage de U'vie fuimaine, de Goil- 
laume de Guilleville, cité dans le Gioi- 
sarium mediœ etinfimœ Latiiùtatis, édit 
in-4<>, tom. II, pag. 593, col. 3. 

La maman. Madame Pantin, 
Et Fontenai , le gruge-pain. 
Se rangèrent dans une place, etc. 

Le Voyage à la Moche-Guion, eh. lY, 
pag. 74. 

Menjue-painy à l'époque à laquelle ap- 
partient la première de ces deux cita- 
tions, même auparavant, équivalait à 
mendiant : 

Menjue-pain! — Diez! qui m*apele? 
— Tien çà, vuide ceste escuele. 

Les Crieries Je Paris , par Guillaume 
de la Tilleneuve. (Proverbes et die- 
ions populaires aux xia* et xiv* 
siècles, pag. 141.), 

GoDssEB, Y. a. Manger. 



> Ce mot semble être de la même famille que celui 
dont on avait fait un sobriquet pour les Artésiens : 
t< Ceux de la ville d'Arras, dit Brantdme, ont esté de 
grands causeurs de tout temps, et les appelloit-on 
hauguineurs, et fout des rencontres qu*on appelle 
des rehus d'Amis, w {Hommes illustres et grands ca- 
pitaines français^ reprise de la vie d*Anne de Mont- 
morency ; dans les Œuvres complètes de Brantôme, 
édit du Panthéon littéraire, tom. 1*', pag. SSl, col. 1.) 



Quant nous goussasmes les harena 
Que nous trouTasmea au caignard. 

Le premier Volume du triua^kant Mystère 

des Jetés des Apostres^ etc. Paris, 

M. D. xL, in-4s i^ cxxii verso, coL 2. 

L'édit. de 1541, f. cv Terso, col. 2, porte 

jouatmes* 

Ce verbe, que Bouchet attribue à Tar- 
got, appartient en réalité au langage 
populaire de son époque. Nous lisons 
en effet dans le dictionnaire de Got- 
grave : «Gousser. To eat, ravine, devour; 
to stuff, or flll with meai; » avec la 
croix qui indique que ce verbe étût su- 
ranné ou peu usité. 

Dans un autre dictionnaire, nous trou- 
vons gousseur conune épithète de save^ 
tiery avec bobelineux, rebobelineur et 
macherivet. Voyez lesEpithetes deM.de 
la Porte parisien. A Lyon, par Benoist 
Rigaud, M. D. XQI., petit in-iî, fofio 
368 verso. 

Je lie suis point éloigné de penser que 
gousser ne vienne de gos , qui, en an- 
cien provençal, signifiait chien , comme 
en catalan $ros, en espagnol gozque,ei 
en portugais gozo, et qui a produit gos- 
set, petit chien, gossoUj roquet, et 
gossa, chienne \ Nous avions autrefois 
gauces dans Pun de ces trois derniers 
sens: 

Renars, qui moult d^englen sa voit. 
Au roy trois menestreus avoit 
Pourchaciez pour lui solacier,.. 
C'ert Martinés li filz Martin, 
Et uns gouces filx le mastin ; 
Filz Tibiert le cat fu li tien. 
Yers la cuisine Tolentiers 
Près de son père se traioit, etc. 

Le Roman du Renart, supplément, va- 
riantes et corrections^ pag. 22, v. 539. 



» Voyez le Lexique roman de M. Raynoaard, 
tom. 111, pag. 488, ool. 1. 



àto:acobo«tûe,-U' 
coorde, cogorde, 
eourde : 

on ttOO»" -1 y, 

SLisetteaVa- 

Aussi grosse q^ • 

j:Art et 5c 

rigtnes *' 

Paris, > 

siga. av 

Je c*iançera> 

Vos COMCOMï « 









Go 1 




DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



199 



•^appelle un passage de VAleoDandre de 
i^ucien : 

U &'a86ocie un homme pins infâme que lui , un 
.Honographe de Bysanee, nommé Coceonas, en 

nre «le ceai qui fi^reot dans les jeun pMimi at 
toufi deoi courant le pays exercent leurs talents 
.iiiposteurs et vivent aux dépens des gens gras 

est ainsi qu'en langage du métier on appelle les 
•!«»na du ▼nlgaire). 

On disait autrefois à graisse d'argent 
pour à force d^ argent : 

. . . l*Bstr8ncards faisoit ses aflïiîres à graisse 
d'argents (Les Avimi¥reê du baron de FœMste, 
Ut. lY,cliap. t.) 

Gbà8-dqubi£^ a. m. Plomb. 

Ce nom a dû être donné d'abord à oe- 
lui que Pon employait pour lea couver- 
tures de maison. 

Gbas-doublier^ s. m. Plombier. 

Gbatouillb, obatte, s. f. Gale. 

On sait qu^il existe ime variété de 
cette hideuse maladie^ connue depuis 
longtemps sous le nom de graielleK 
C'est de là que seront venus les deux 
mota d'argot, qui, d'ailleurs, expriment 
bien la démangeaison que la gale fait 
éprouver. 

Dès le XIV* siècle^ on appelait grate^ 
leux ceux qui étaient atteints de la gra- 
telle, témoins ces vers du Testament de 
Jean de Meung, v. 181 : 

l\ devient froid et sec, baveux et rou pieux, 
Roingneux et grateleux et merencolieux. 

Le Homan de la Rose, édit, de Méon, tom. lY, 
pag. 10. 

Gbatousb, s. f. Dentelle. 

Ce mot vient du provençal , où il a 
le sens de rdpe, comme grattugia en 
itatien, et gratusa, graiusia, en bas 
latin. 



i Gratelle : f. Iteh, or icurf. » CotgraTe. 



Nous avions autrefois^ dans notre lan- 
gue, les mots gratuise, râpe, et gratui* 
ser, rftper. 

. . .Et gecle l'en avec du fin frommage esmié à 
la gratmse. (Le Mémgiei^ de PmrU, to». il, pag. 

262.) 

. . .gettes du Tiail froaamage de pieasa ou autre, 
^raltiis^ dessus c^Dea li^rbe». (/M.» m* M-) 

Gbattoir^ s, m. Rasoir. 

Gbb, obbs^ 8. m. Cheval. 

Terme des brigands d'Orgère^ et des 
volevyrs de campagne de la Normandie. 
Dans la langue des Gypsiei anglais, gri 
a la même signification, comme gra^ 
gras et graste, dans celle des Gitajdos de 
l'Espagpe, Voyez le mémoire du colonel 
Harriot, au mot Horse, et le vocabulaire 
de Borrow (the Zinc(nli, tom- Hj pug- 
*50et*51). 

Dans VEdda (tom. II, pag.STÎ), le 
cheval de Sigurth s'appelle Grani, de 
groTy gris pommelé. C^est encove ainsi, 
ajoute M. du Méril {Hist. de la poème 
Scandinave, pcolég., pag. 134, not. I, 
135) , qu'on appelle en islandais les che- 
vaux de cette couleur. 

Enfin l'adjectif grof est une des épi- 
thètes que nos anciens troubadours don* 
nent aux chevaux : 

Davalet per la 'scala plus que lo pas, 
E poiet al peiro o *1 cbaTsl grqs, 

Rotma de Qérard de Rçuiihiff pag, 197» 

Le mot grès, mais non pas le même, 
entrait dans une locution vulgaire et tant 
soit peu argotique, dont le couplet sui- 
vant présente un exemple r 

Cette petite arrogante 
Qui me tient sous sa merci» 
GroQde quand je loy présente 
Des olives de Poissi : 



aoo 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Cett trop feire de regt?u7 
Je veux luy casier du grès, 

IL Livre de elumsons pour daneer H 
pour boire, k FUrtf , pir Pieife Bal- 
lard... 1627, u-««, folio 3S verM. 

Toomant non le aeia, aaîâ la dim|m, 
A ce dieu qm ii*cst paa eunuque. 
Qui ooBBne un barbe oowt aprei; 
Blaii elle luy easie du gm. 

Ovide t» belle humeur de W Dassot^jr, 

édit. de M. DC L., u-4«, pa^. 115. 

Zes umours de Jupiier et dio. 

Nous loy faisons la nique , et ne la craignons guère , 
Bt pour le sieur Caron, nous loy cassons du grès. 
Sur taffuire que monsieur de Biekemont eut 
è ilomc, tan mil mm cens tOÊSuntcdeÊt» ^ 
V. 45. {Let Mime* redoublées d§ monsieur 
Dassoucf, A Paris, de rimprimerie de 
Claude Nego, etc. M. DC. LXXI., in-lS , 
peg. 1830 

Je ne sait pas do latin, malt pour da grès \ )*en 
ۥ186. {La Vaeke et le Feoii, parade de Salle, 
ic II ; dam le ThéOtre des BouUvards^ tom. II, 
m- *73.) 

cCasser du grez^ dit Oudin, i. (c'esi- 
àrdîre) faire peu de cofUe de quelqu*iin, 
vulg. B 

GbbG; s. m. Filou qui exerce son in- 
dustrie au jeu. 

La mauvaise réputation des Grecs ne 
date pas d'aujourd'hui; chez les Ro- 
oiains, ils passaient pour des intrigants et 
des chevaliers d'industrie : a Quid mihi , 
diiCicéron^ nunc vos, tanquam alicui 
Gneculo otioso et loquaci, et fortasse 
docto atque erudito, questionculam im- 
ponitis?» {De Oratore, lib. I, cap. xxii.) 



' il loi fout un mari, noo pas on pédagogue; 
Et, ne voulant savoir le fraie ni le latin. 
Elle n*a pas besoin de monsieur Trissotio. 
Xcf Femmes savantes^ aet Y, se. ni. 

Cest lii raocienne et légitime prononciation, eommc 
dans échecs, legs. Ces passages nous montrent que, 
du temps de MoUère et plot tard, le peuple la rete- 



Ailleurs, le grand orateur romain ap* 
pelle la Grèce menteuse {Grmeia me»-^ 
dax), semblable en cela à saint Jéiéme , 
<(ui, dans son épttre X ad Furiam, dit : 
€ Impostor et Gnecus est» 

Écoutons maintenant Juvénal : 

Cramma tiens, Hietor, géomètres, pictor, aliptes, 
Augur, scbœtiobates, medicus, magus : omnia novit. 
GrMculds esuriens, in cœlum juiteris, ibit >. 

Sat lU, V. 76. 

Dans les constitutions de Catalogne, 
le nom de Grecs est donné à certaines 
bandes errantes qui, sous celui de Bo- 
hémiens, couraient le pays* ; et, dans la 
Chronique de Bertrand du Gueselin, les 
Grijùie sont nommés comme des infi- 
dèles: 

li rois de Bel-Marine li dit à baute voix : 

« Roy d'Espaigne , dit-il , assez bien vous c ongnois ; 

Toujours avez amé Sarrazins et Grijois, 

Édit. de la Collection des Documents inédits, 

publiée par le Gouvernement» tom. U, pag. 

69, V. 15316. 

Au XIII* siècle, nos ancêtres avaient 
déjà ce mot; mais ils employaient plus 
volontiers Griffons^ assiinilant ainsi les 
Grecs aux démons porte-griffes, et ils dé- 
signaient les mécréants par l'expression 
de gent grifaigne, où M. Paris voit le 
féminin de griffon '. En même temps 
ils disaient : « Là plus traiteurs sont en 
Gresce ^. n Au xvi" siècle, on appelait 
grec un courtisan très-adroit ^. A la même 



' Voyez, pour d'autres textes analogues, le grand 
DIetionoaire de FaœiolaU et Forcelliol. 

» Voyez liv. IX, Ut 18, n- L 

' La Chanson dTJntioche, tom. I*', pag. 68, en 
note; et pag. 84. Cf. Gloss. med, et inf. Latin. ^ 
V* Griffones, tom. III. pag. 567, col. 2. 

* Proverbes et dictons populaires.*, aux xni* et 
XIV" siècles,,, par G. A. Crapelet, pag. 71. "Le Livre 
des Proverbes français, tom. 1*% pag, 195. 

& « Il «st Grec Hé is a most crejtff^ or subtil t 
lier, » Cotgrave. 



i 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



^1 



époque avait cours un autre proverbe 
rapporté dans le Trésor de sentences do- 
rées , de Gabriel Meurier, et ainsi conçu : 
a n n'y eut jamais Grec de malice net '. b^ 
Dans le français de nos jours , on dit 
figuréroent et familièrement, èise gfec 
en quelque chose^ d'un homme qui y 
est fort habile^ trop habile : 

Àh ! pour les grimaces, ]*y suis grec, etc. (La 
Cause cf«r/emfiief[l687], se. do More, dans le 
TkMre tta/ien de Gherardi, tom. 11. pag. 19.) 

Uue femme au peu grecque doit verser des lar- 
mes sans s'attendrir. {U Phénix [1691], act. II, 
se. I, dans le même Thédire^ tom. III, pag. S41.) 

Mon gendre est grec dans son métier, etc. 
JrUquln traîtani, par d*OnieYal, act. 1*% 
se IZ. 

ABGOT DES 6ABCS. 

Un passage des Avantwes du baron 
de Faneste nous fait conndtre en partie 
Targot des grecs à la fin du xyV siècle : 

Tons les traits de cartes que j'abols appris des 
laqoès de M. de Boquelaure : y entendois la carte 
ooarte, la longue, la cirée, la pliée, les semences, 
U poncée, les marques de toute sorte, Tatrappe, la 
rîpousse, le coude, le tour du petit doigt, la man- 
che, lou cbappeau , Tange et lou mirait. (£dit. de 
leDnchat,tom. 1", pag. 25. Cf. le Triomphe du 
berlan, où sont déduites plusieurs des trompe- 
ries du Jeu, etc., par le capitaine I. Perradie. Pa- 
ris, X. Guillemot, 1&S5, pet in-8* } 

A la même page, d'Aubigné parle du 
jeu le truq, d'où vient peut-être le mot 
true, dont nous aurons à parler plus loin. 
Dans la comédie de de la Forge^ la Joueuse 
dupée (un acte en vers^ 1664)^ ce même 
jeu est appelé le trut. Voyez pag. 15. 
A la pag. 5^ on y trouve la liste de toutes 
les tricheries qui se faisaient au jeu à 
cette époque. 

En 1670^ le catalogue des trucs pra- 

' Voy« te Livre de$ Proverteê françaie, tom. !•', 
pag IM. 



tiques par' les grecs était déjà étendu^ 
s'il faut en croire cette recommandation 
de cehii qui avait dépouillé d'Assoucy : 
m Jouant aux cartes, dit-il , gardei*vous 
de la ftte, de la toque , de la marque^ du 
pont, de la veille, de la ponce, de la tuilie, 
de la brèche , de ki reserve et du double 
écart.» Voyez les Avantures de monsieur 
d'Assoucijf tom. I*% ehap. m , pag. 93. 
Ceux qui chercheraient des renseigne- 
ments sur les maisons de jeu au xvrii* 
siècle en trouveront dans V Histoire des 
Grecs, ou de ceux qui corrigent ta for^ 
tunâ au jeu (par P. Rousseau), à Lon- 
dres, chez Nourse, etc., M. DCC. LVIII., 
iiKS*, et dans le Colporteur, de Ghe- 
vrier, pag. 71-73. Pour ce qui est du jar- 
gon des joueurs' à cette même époque, 
on peut consulter avec succès le Cheva- 
lier joueur, de Dufresny. Voici im frag* 
ment de la se. v, act. IV : 

Je viens de gagner jusqu'à m'en lasser ;j*al fait 
sept mains eomplèles avec les cartes de reprise, 
réjouissance double, triple, rien ne tenoit devant 
moi. Madame ; la ronde étoit de douze coupeurs, je 
prends couleur au seize de couche et de iMlle à par- 
tie forcée. Madame; je suis laissé d'abord, à carte 
simple ma main vient, je fais la proTençale *, on 
coupe, je donne, ma droite est portée au cbaiide- 
lier, etc. 

Les joueurs espagnols ont, ou du 
moins avaient aussi leur argot : on peut 
le voir par le chapitre xux de Don (^'« 



' An 1111* siècle, U y avait un Jeu appelé U prcven" 
cel, nommé, avec beaucoup d'antres, dans un poème 
de 1285: 

Après le vin s'entr*aoointerent 
U uni à rentre, et enoerehlerent 
Qui idt faire le beguignaiget 
L*ermite, le pelerignaige, 
J^ pnwencel, le robardel , 
Bereoglier ot le chapelet. 
Ou aucuns gieus pour esgaler 
Et pour les navrez apaler 
Qui sont foulé et mehaignié. 
Let Tournoie de Ckauvenci, v. «351, pag. IM. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



ûhotfe, oii Sancho juge une affaire de 
jeu. On y parle du barato, sorte d'écu 
de gratification donné par le gagnant 
ù rassîstaat qui prenait son parti. Ces 
risêistants, suivant M. Louis Viardot, se 
iiomnmieut baratero$ ou minmesj et se 
divisiùeiit r^n pedagogos ou ganfos, ceux 
qui faiâamnt Téducation des joueurs no- 
vices , et en doncaireSy ceux qui les diri- 
geaient et décidaient des coups douteux. 
(î On appelait aussi barato , dit M. Viar- 
dotj ce que donnaient les joueurs pour 
Jes caries et la lumière aux maîtres des 
maisons de jeu, tenues aussi bien par 
de glands seigneurs que par de pauvres 
hères, et qui avaient une foule de noms^ 
tels que tablages, tablagerias, cascu de 
eonversaciony leneraSyfnandrachos, etin 
eierrùs^guriios. 

Un peu plus loin^ il est parlé des mo- 
dorros, filous experts qui empoignaient 
les joueurs de minuit au matin pour les 
écoreher vifs : <t Ces modorros, dit M. 
Yiardat , passaient à dormir la moitié de 
la nuit, et venaient^ comme des troupes 
fî'atches^ tomber à minuit sur les joueurs 
ùchaufîéSj qu'ils achevaient aisément de 
dcpûuiller. C'est ce qu'ils nommaient^ 
dans leur jargon^ se réserver pour la glane 
{(fttcdarse a la espiga). 

Dans Don Pablo de Ségovie {le grand 
Tacam de Quevedo^ traduit par M. Ger- 
mond de Lavigne ') , on lit au chapitre 
Axiiij pa^. 303 et suivantes, des détails 
sur les ruses et l'argot des joueurs en Es- 
pagne : If Passons au langage mainte- 
nant, dit Pablo, qui vient de raconter ses 
ruses. Donner la mort à quelqu'un si- 
gnifk^ lui gagner son argent; on appelle 



FjitIi, CUirIn Waréf, 184S, in•8^ 



reflux un mauvais coup donné à un ami. 
Les simples d'esprit étant notre meilleure 
ressource, nous appelons doublea, par 
opposition, ceux qui les raccolent. Blamc 
est le synonyme de l'honune sans malice, 
bon conmie le pain; notr, la qualification 
de celui qui a oublié la délicatesse. » 

Ailleurs, chap. xiv, pag. 172, on lit: 
« Don Torribio et lui parlèrent quelques 
instants en jargon de Bohême, » etc. 

Sur quoi M. Germond de Lavigne dit 
en note, pag. 381 : « Jargon de Bohême, 
germania. C est le nom de ce langage 
sans origine, sans feu ni lieu, ni famille, 
qui prend dans tous les pays le même 
rang honteux , et qui hante en Espagne, 
en France et ailleurs, les tripots, les t^- 
pis-francs et les lieux de bas-étage: 
Vargot. » 

Qui donc obligeait l'écrivain que nous 
venons de citer, à parler de ce qu'il no 
savait pas? 

Greffier, griffon, griffard, s. m. 
Chat. 

Qa'est-ce qu'un greffier?... Un liomnie qui joue 
de la grirfe; car il a jotié tantost extreoieoient 
bien de la sienne sur l'argent que l'on a estallé des- 
sus son banc {L'Histoire comique de Francion, 
liy. IV ; édit. de Rouen, M. DC. XXXV., pag. 2S3. ) 

D'un autre côté, il faut se souvenir 
que TofScier de justice que désigne le 
premier des trois noms inscrits en tète 
de cet article portait un chaperon fourré, 
au moins dans les cérémonies. U me suf- 
fira de citer ce passage d'une relation du 
5 juillet 1484: 

Iceux conseillers, ^ff^ri et secrétaires, no- 
taires de ladite cour, ayant toox ohapperons four* 
rez , etc. (Le Ceremonkil françois , édit. in-folio 
tom. 1", pag. 224.) 

A ce propos , je veux faire remarquer 



I 



DICTIONNAIRE D'AKGOT. 



^3 



que les gens de lot oui été fréquemment 
traités de grijfons : 

L» antres minUtres des juges sont les sergens, 
que Ton peut appeler les liarpyesetyiiZ/onjdu 
peuple. {Histoire de V Estât de France, par 
Hegeier sieor de la Planche. Paris, Tecliener, 1836, 
In^,toiii.ll,pag.74.) 

Voyez plus loin , au mot Griffier. 

Gbeffib y V. a. Dérober finement. 

Ce mot^ qui se trouve déjà dans le 
Jargon et Jobelin de Villon , n'est rîen au- 
tre qu'une altération du verbe griffer y 
usité dans Targot moderne avec la signi- 
fication de saiiir, de prendre. Il Tavait 
déjà du temps de Cotgrave, qui traduit 
également griffer par io seize, or catch 
al viokfUtg, greedily, and wrongfully. 

Grblu^ s. m. Blé. 

Gabluchon^ s. m. Souteneur de filles. 

Ce mot était populaire autrefois. Ma- 
dame Cassandre, daps la Mère rivale, 
parade de de Moy, se. vi, appelle Nico- 
las > son amant, chien de greluchon. 
Voyez le Théâtre des boulevards, tom. 
III^ pag. 156. On lit ailleurs : 

Un eiMim de ces animaux rongeurs que Ton 
nomme guerluchont, assiégeoit continuellement 
sa maison, la pilloit, et partageoit toutes les faveurs 
de la danseuse. (Recueil de ces dames, parmi les 
Œuvres badine* eompUttes du comte de Caylus, 
tom. XT, pag. 33.} 

Gr^iuchans lorgner leurs donselles, 
Celles-ri jouer les fidelles 
Et rendre dupes de leur jeu 
Le pauvre milord pot au feu. 

Les Parekêroms, eh. I*'. (JmuêêmeiH 
rapsodi'poétiqueSf etc., pag. 127.) 

SitAt que la brate Fanchon 
Toit aux prises son grebtchtmf 
Elle vous prend à la cra^utte 
Le beau mignon, etc. 

M/rf., ch. III. {Ibid,, pag. 147.) 

Berlin fol mal mené par te ^relmekim, etc. (£a 



Gazette noire, M. DCC. UXXlV., in•S^ {«g. i«4, 
uoL a.) 

Zamore blanc 1 don Guerluehon de Brédal ai- 
chelieu de louage! (Edmond et Iules de Concourt, 
la Lurette, Paria. Deutii, lSS3,sana pagination, 
art. 11^ le Loret.) 

Le Dictionnaire de Trévoux définit ce 
mot par a Freluquet, jeune étourcti ou 
petit gueux, en prenant greluchon pour 
diminutif de grelu (qui aurait signifié 
gueux). » 

Ce doit être bien plutôt un dérivé du 
nom de ce fameux saint Greluchon (le 
même que saint Guignolet)^ que Pierre 
Viret nomme Guerluchon \ et auquel 
Henri Estienne donne le même nom, en 
nous détaillant les attributions quelque 
peu priapiques du patron '. 

De Chevrier donne ces curieux rensei- 
gnements sur les greluchons : a C'est, 
dit-il , le nom qu'on donne aux amants 
qui vivent et jouissent aux dépens de ce- 
lui qui paye, et qu'en terme de Tart on 
nomme le monsieur. Croirait-on que 
quand ce guerluchon ne suffit pas, il est 
dupé lui-même par une troisième espèce 
appelée farfadet ^ ? » 

Gervais emploie le mot haria dans le 
sens de souteneur : 

Cachés tout Ce herpins à*haria»h^ 
Qui vo rongneut tou vo morcias. 

Ifi Coup d'œilpuria, pag. 61. 

Grelucbonnsb , V. a. Se conduire en 
greluchon. 



' Draité de la vraye et de la Jàuste religion ^ 
liv. VII, chap. XX XT. 

' Jpologie pour Hérodote. La Haye, 17S5, tom. II, 
pag. 25S. —Hisioire mMgé* dès diffèrenU culteM, par 
Dulaure, Paris, 1825, ïn-if, tom. II, pag. 27a. 

3 Le Colporteur, histoire morale et critique, etc. 
Londrps, chez Jean Noursp, Tan de la vérité, in-12, 
note au bas de la pag. laS. 

* Gervais écrit ici en noie : • Frippona d soute- 
neurs. • 



S04 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Parmi eux on voit un Monbion, Ame vile qui 
gréluchonne une Tleille Henrain, etc. {La Ga- 
setle noire, M. hCC. LXXXIV., in-8% pag. 275.) 

Gbbnieb ▲ COUPS DE SABBE^ S. m. Fille 
à soldats. 

Nous avions autrefois, dans notre 
langue^ deux expressions analogues^ rap- 
portées par Cotgrave au mot Grenier. 
Voici de l'une d'elles un exemple qui ne 
s'accorde guère avec la définition don- 
née par ce lexicographe ' : - 

SoafTrirez-Tous, messieurs, qu'une femme... de- 
vienne un grenier à coups de poing? {Le Di- 
vorce [1688], act. III, se. dernière; dans le Théâ- 
tre italien de Gherardi, tom. II, pag. 149.) 

Gbbnieb a lentilles^ s. m. Visage 
marqué de la petite vérole. 
Gbenouilleb^ V. a. Boire. 

Pour galoper à la guinguette , 
Où se grenomiU la piquette. 

Les Porcherons, ch. I*'. {Amusanens 
rapsodi'poétiques, pag. 128.) 

Tel en chemin a cbanté pouille, 
Qui rendu là, dès qu*il grenouille,,. 
Change aussitôt du noir au bUuc. 

Ibid,, ch. r^ {Ibid,, pag. 129.) 

GbenU; s. m. Blé. 

Gbenuse^ s. f. Farine. Fourb.^po/v6- 
rosa. 

Gbève (Ange de), s. m. Crocheteur, 
pendu. 

Voyez ci-dessus, au mot Anguer^ pag. 
il, col. 1. 

On lit dans une comédie de Jodelle : 

FLORIMOMO. 

Laquais , trouve des crocheteurs. 

PIIBRB. 

J'y vois, monsieur, et, quant à eux , 



' « Grenier à coups de poing. A knave, one that 
o/ten detervet to be pomelUd, » 



Ils voleront bien tost ici ; 
N*ont-iIs pas des ailes aussi ? 

L'Eugène, act. III, se. ut, 

Gbiffieb, s. m. Greffier. 

On se rappelle les vers dans lesquels 
Clément Marot donne le nom de griffon 
au greffier du Cbfttelet : 

Aiusi (peu près) au juge devisay, 
Et en pariant un griffon advisay, 
Qui de sa croche et ravissante pâte 
Escrivoit là l'an, le jour et U date 
De ma prison , et ce qui pouvoit duyre 
A leur propos, pour me fascher et nuyre. 

X*J?ff/tfr(i526), V.454. 

Le griffon donc en son livre doubla 
De mes propos ce que bon lui sembla. 

llnd., V. 482. 

Ailleurs, le même Marot dit : 

Temoing le griffon d*Angonlesme, 
Qui respondit argent en pouppe, 
En lieu d*yvre comme une souppe. 

Épures, liv. II, ép. 12. 

On lit dans la nouvelle LXVIII de Bon. 
des Periers : 

... il est escrit en Genèse. — Geneiel dist le 
juge, TOUS mêla baillez belle. C*est nn^riffom 
grifTant; U demeure à Nismet; je le eumoia 
bien, etc. 

De là vient notre verbe griffonner. 

Gbimoibe, gbihoibe mouchique, s. m. 
Code pénal, livre de police dans lequel 
sont inscrits tous les gens suspects, ainsi 
que les condamnations prononcées contre 
eux. 

Le mot grimoire y par lequel on dési- 
gne en français le livre dont on dit que 
les magiciens se servent pour évoquer 
les démons, signifiait ^rammatre, dans 
rorigine : aussi écrivait-on ainsi, aussi 
bien que grammaire. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



905 



Dans le Martyre de saint Pierre et de 
saint Paul, un diable, évoqué par Simon 
le Magicien , dit : 

Je Tos bien lire le grammaire : 
Alom i Ij; il dous appelle. 

Mystères inédits du quinsième sièeU, pa- 

bliés... par Achille Jubinal, tom. I*', 

pag. 69. 

Toaa de grand cueur, sans en rien leur doulloir, 
Vont recompter cfaascnn en sa partye 
Ijtnvt faitz et dits, leur aller et partye... 
Ce gandissint an monde ih ont aprinses; 
Mais pensent bien que plus nVn soit menwire 
En nul endroit, es loix, ne en grammoire. 

La Légende de maitre Pierre Faifeu, édit. 
de Coustelier, pag. 19. 

Plus loin, Bourdigné raconte que son 
héros, étant à Nantes, 

Se fist traiter en bomme de sçavoir, 
Leur promettant à leur faire asçavoir 
Chooses cachées, chouses hors de mémoire 
Qui excédent et logicque et grammoyre, 

Ihid», chap. XIX, pag. 60, 51. 

Aussi a-il leu le gnmoire$ 
Et aprîns k clerc longue pièce. 

La Farce de maistre Pierre Patiielin, 
édit. de M. DCC. LXII., pag. 14 '. 



* On Ut en Tariante grandmairt, qui Indique la 
vraie prononciation de oe mot; aussi d'Aublgné a-til 
pu dire: 

• ... oetle giammere, qui Tient de grandie mater, 
tiendrolt tous ses eofans en paix , » etc. {^Leê Avan- 
tmree du baron de Fœneste, liv. ni, chap. xxn.) 

« M. Gervals, philosophe de Magné... mainUent 
que tontes les guerres ne sont nées que faute de 
grammaire. Si nous eussions suivi grandem matrem, 
nous eussions bien parié, partant bien nous nous 
lîissions entendus. » ( Xa Confession catholique du 
sieur de Sancg, llv. U, chap. il.) 

On prononçait encore ce mot ainsi en 1672, date de 
la première représentation des Femmes savantes, 
comme on le voit par une réplique de Martine. Bé- 
lise lui ayant dit, act il, se. Ti: 

Veux-tu toute ta vie offenser la {;rammaire? 
la servante répond : 

Qui parle d^offenser grand'mère ni graod-père ? 

Enfin, en 1711, Dangeau publia h Paris, rn un vo- 
lume \n^x des Essais de granmaire, ouvrage très- 
curieux, dont le titre prouve que l*ancienne pronon- 



Une chose à remarquer^ c'est que ce 
mot est resté longtemps du genre fémi- 
nin , qu'il avait encore sous Louis Xin ; 

Le cor-de-noy-Diea, quand j'oy parler, difoit-il, 
de diableme, de sypogronde, de vmltebre, de thon- 
lat , je pense que ce sont des mots de la grinuHre. 
{Les Bigarrures et touches du seigneur des Ac- 
cords , chap. nu; à Paris, chez lean Richer, 
M. D. CVIII., in-12, foao 32 Terso.) 

Mais je trouve en ma grimoire 

Que la foire 
Jamais ne le quittera. 

Gatisscrie par le sieur de Sygognes. (Le 
Caèinet satjrigue , édit. de M. DC. 
XXXnn.,pag.206.) 

Voyez encore le Dictionnaire de Cot- 
grave^ à ce mot. 

La raison pour laquelle grammaire a 
été transformé en grimoire, quand le pre 
mier de ces mots a été affecté au livre des 
sorciers^ qui sans doute gesticulaient en 
le lisant ' , c'est que grimoire se prenait 
déjà dans le sens de grimace : 

Ce nés, qui s^ût Fart de grimoire. 
Est diapré et plein d'histoire, 
Comme un hast d'asne , un macaron , 
Une garde damasquinée, etc. 

Contre une vieille fille, satyre. (Le Par- 
nasse saijrrique du sieur Théophile, 
M. DC. LX., petit in-12, pag. 18S. — 
L'Espadon satyrigue, par le sieur d'Ea- 
temod, etc. A Cologne, chez Jean d*Es- 
crimerie, etc. M. DC. LXXX., petit 
in-12, pag. 74.) 

Dans cette acception^ grimoire devait 
sa terminaison à un rapprochement co- 
mique avec ^ammotre, rai^rochement 
d'autant plus facile à opérer qu'il n'avait 



ciaUon de oe dernier mot s'était maintenue 
après Molière. 

I Dans un endroit du Mietere du Fiel Testament 
ait l*on voit « comme Saul se déguise pour parler à 
uoe devine, » on lit : « Irg fait ung tas de minée et 
cor^juremens. » Voyez Tédition de Pierre le Dm 
pour Geoffray de Marnef, foL dll reeto, ooL 1. 



206 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



lieu qu'aux dépens de l'orthographe^ dont 
le peuple fait si bon marché , ou plutôt 
qu'il ne connaît pas. En effet, avant gri- 
moire nous avions grimounrt, dans le 
sens de grimace, de grimacier, dès le 
XIII* siècle : 

Ole fist moult Xtgrlmouart. 

Du Pescheor de Pont'Seur-Saine , \, 51. 
(FabViûtLt et contes^ édit. de Méon, 
tom. m, pag. 473.) 

Je me trouvaj eo une plaine, 
Là où je soiiffry mainte paine 
Qui me iist maistre grimouart. 

Farce,», du Gaudisseur, etc. {ancien 
Théâtre français , publ. par M. Tioliet 
le Duc, tom. Il, pag. 296.) 

Diaprés ce qui précède, on voit qu'il 
existe deux racines à grimaud^ qui se 
disait, par mépris, des écoliers des bas- 
ses classes , et qui , suivant l'Académie, 
se dit quelquefois d'un mauvais écri- 
vain * : 

... à difficulté seroy-je recea en la première 
classe des peUtz grimaulXy qui eu mou eage vi- 
rile estoys... réputé le plus sçaTant dudict siècle. 
(Rabelais , liv. Il, chap. tiii.) 

Pays y accourut le maistre d'eschole, avecques 
toos tes pedaguogoes, grimaulx et esclioliers. 

(/d., liv. IV^ClMip. XLTIII.) 

I*ai ou! dire à la Brosse^ que quand il étott ré- 
gent de troisième en Bonrgogne, il eût fouetté ses 
$rtmaux^ s*ils n'eussent mieux fait* {La Confes- 
sion catholique de Sanc§, liv. il, cliap. i".) 

D*abord pour donner des leçons 
A.MLgrimaud* et petits garçous^ 
Il apprend si bien la grammaire... 
Que le mot le plus discordant,.. 
Il le conjugue y ete. 

Le Foyagt de Mercure, etc. A Paris, 
chet Louis Chamboudry , M. DC. LUI., 
in-4°, liv. m, pag. 50. 



' A en croire Oadto, ce mot servait aussi à dési- 
gner uh liommi* mal fait. Voj-ez les Curiositiz/ran- 



Aymez-vous ce muet idole , 

Ce petit moucheron d*eseole, 

Ce marmouset et cegriman? 

VAntimarîage d^un cousin et d'une cou" 
sine de Paris, satyre III. {VRspadon 
satjriiftsê, édit. de M. DC. LXXX. , 
petit in- 12, pag. 3S.) 

Le moindre grimauîd^ tel qu^îl est. 
Vous montre à Theure quUI lui plaîL 

V Embarras de ia foire de Btauemre, 
p«g. 11. 

Ménage et le Duchat, qui m sont 
évertués à chercher la racine de grimaud, 
n'y ont pas plus réussi que pour tant 
d'autres. Voyez le Dictionnaire étymo- 
logique, tom. I*', pag. 702, col. 2. 

GaiNCRS, s. m. Voleur. 

Le Grinehe, terme d'argot, signifiant voleur^ a 
servi de titre à un journal montagnard qui a fnit 
paraître deux numéros au mois de juin 1848; U n'a 
pas été déclaré au bureau de la librairie^ et il eat 
devenu introuvable. (Journaux depuis la révo' 
lution de 1848, par G. Brunet; dans le Diction- 
naire de la conversation et de la lecture^ tom. 
LXIII, 11* dn supplément, pag. 278, col. 1.) 

Gbinchib, y. a. Voler. 

Ce mot vient sans aucun doute de Ti- 
talien grancire, aggrancire, gripper, ac- 
crocher, prendre ; ou plutôt du four- 
besque grandre, dérober, voler. 

Gbiivgalet, 8. m. Homme faible, de 
petite taille. 

Au moyen ftge, on appelait ainsi une 
sorte de chevaux : 

Les armes reçut un valet, 
Uns autres prist lou gringalet. 

Do Chevalier à tEspée, v. 224. {NoU" 

veau Recueil de fabliaux et conirs , 

tom. 1", pag. 134.) 

A loi de veneour se mainlient et si fet, 
Et si estoit monter dessus .1. gringalet ^ 
Qui lambléure va assez mieuU c*uu mulet. 

Chronique de Bertrand du Guettlin, tom. H, 
pag. 193, V. 18957. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



207 



On lit guingalet dans un poème de la 
fin du XII* siècle : 

A une brance par la reinè 
Ol le guingalet arresné. 

Mree et Enide, par Cbrestien de Troyes, 
maniiscrit de la Bibliothèque natio- 
nale, folio 150 verso, col. 2, v. 16. 

Mais il doit y avoir en-eur dans le ma- 
nuscrit. En effets dans un autre ouvrage 
du même trouvère, je retrouve ce mot 
nombre de fois, et toujours écrit grin- 
galet. Voyez Perceval le Gallois, ma- 
nuscrit de la même bibliothèque, sup- 
plément français , n^ 430, fol. 41 recto, 
col. 2, V. 14; fol. 65 verso, col. 1, v. 7 ; 
fol, 73 verso, col. 2, v, 6; fol. 86 recto, 
col. 2, v. 9, etc. 

Gbtnte, s. f. Figure désagréable. 

Ce mot doit venir de l'italien grinta 
(ride), moi qui, en fourbesque, signifie 
leigne et tête. 

Gripis, s. m. Meunier. 

A proprement parler, gripis est un 
mot populaire, synonyme de voleur, 
qu'on affecta d'abord aux gens de loi, 
aux officiers ministériels, aussi bien que 
gripeminit gripHout ei grapignan^ qui 
en sont des variantes : 

Où qu*va tout not blei, je Vo 2en prie? 
Où qu^cVest qui va? Tien, mai, j*parie 
Qu chVst m gripis de chanchelier, 
Qui lïoure à tas dans sen grenier. 

Le Coup {tmil purin, pag. 17, 18. 

Net pi V là sen cousin Grip^tmt ' 
Qui t'happeroit aveucque sVescorte. 

Ihid., pag. 48. 

Dans un extrait de llnventaire des 
meubles et effets trouvés dans le maga- 
sin d'une des harangères de la halle, pu- 

* Gerrais écrit en note, à ce mot t « Sergent. » 



blié par l'Ecluse', figure un Traité des 
accommodements y par Gripis, procu- 
reur% Je me bâte d'ajouter que cet ou- 
vrage faisait partie de a un ballot de livres 
fort curieux imprimés dans le royaume 
de la Lune. z> 

On lit dans le Calendrier du Père Du- 
chesne... almanaeh pour la présente at^ 
née 1791 , pag. 34 : a Raînville, procureur, 
grlpeminiyriie du Fouare. » Ces officiers 
ministériels étaient déjà ainsi désignés 
dans le siècle précédent, comme on le 
voit par les scènes françaises d'Àrtequin 
Mercure galant. 

Le peuple, comme je l'ai dit plus haut , 
leur donnait aussi le nom de grapignan, 
que porte l'un d'eux dans les scènes 
françaises de la Matrone d'Epkese : 
(( Quoi , dit le procureur la Ruine plaidant 
pour un clerc , ce beau nom de Qrifonet 
va devenir la fable et la risée publique 1 
Et comme les procureurs ne passent au- 
jourd'hui que pour des Orapigfians, led 
clercs ne passeront à l'avenir que pour 
des Grifonets ? b ( Arlequin Ffoiée, dmi 
le Tliéâlre italien de Gherardi , tom. P^ 
A Genève, chez Jacques Dentand, 
M. DG. XCV., in-8% pag. 158 et 247.) 
On voit ailleurs a ... le laquais du pre- 
mier clerc de M. Grapignan, procureur, 
qui fait des pièces satyriques sous des 
noms supposés ' ; » et on lit ce vers parmi 
ceux de Gacon : 

Eofi», nous expulsons et Fr... et P«..giiany 
Qui, plus voleurs que Grapignan, 



t Le Difenncr de la Râpée... A la Giciioilillere* 

sans date» inis. 

Dans un autre livre de la mène espère ao troave 
chet^lier de (a grippe, Voyei Rieke-enfmewU, rtc. 
A Paris, IWl. in-H, pag. Î5. 

» Les Etrennes de la Saint* Jemn , pamt les Œu- 
vres compiettes du comte de Cifffl^», tOBl. X, pag. 4«*. 



908 



DICTIONNAIRE li'ARGOT. 



Nous voloienl pendaot leur recete. 

Lt PoiU sans fard, pag. 214. 

Ce mot se rencontre aussi dans le pa- 
tois bouif[iiignon : 

Çà dan lé main dé grapeignan 

Qae lé pistôle, 

LfȎcnrMe* 

Lu Noè'U bourguignon! de Bernard de 

la Monnoye, édiL de F. FertiaiilL 

Paris, Lavigne, 1S42, in-12, pag. 74. 

Enfin, il existe une comédie en vers 
gascons, par le sieur de Glarac du Ver^ 
net en Foix^ intitulée Arlequin gascaut 
ou Grapignany procureur, coumedio. 
Toulouso^ Boudo^ 1985 (pour 4685) , 
in-12 '; et un opuscule qui porte ce titre : 
le Triomphe de la Basoche et les Amours 
de maistre Sebastien Grapignan. Paris ^ 
de Luyne, 1698% petit in-12. 

Dans une chanson du recueil de Bap- 
tiste le Divertissant sur les corps de mé» 
tiers, le diable qui arrive d'enfer pour 
enlever les artisans fripons se nomme 
Gripis. Les premiers qu'il emporte sont 
les meuniers : 

Un diable est sorti d'enfer 
Pour fiûre le tour du monde, 
Enfoyé de Lucifer 
Pour ramasser dans sa ronde 
Nombre de corps de métiers. 
Commençons par les meuniers. 
Qui prennent double mouture 
Monteront dans la voiture. 

Tel est le premier couplet; le cin- 
quième se rapporte aux tisserands : 



' Le sujet de cette comédie, divisée en dix scènes, 
est la vente qae le procureur Coquinieros fait à Ar- 
lequin de sa charge. Voyez Reeueii d*oputcHleê et de 
firagmentt en verspeioU, par G. BruneL Paria, Gayet 
et Lebrun, 1880. in-i8, pag. 106. 

* On trouve des exemplaires qui portent : Parié, 
«« Patois, AT. Brunett 1008. Voyex Catalogue de 
beaux Uvreê de M. de L***"*, etc. Paris, L. Po- 
tier, 1848, In-r, pag. 54, n« «as. 



Gripis ne tV>uY>liera pas. 
Tisserand plein de malice, 
11 faudra sauter le pas; 
On connaît ton injustice, 
Nous volant d'un air subtil * ' t 

La moitié de notre fil : 
Laisse là ta navette. 
Et monte dans la cbarrelfe. 

Bien longtemps avant l'époque de B^h 
tiste le Divertissant^ qui chutait au s^ 
cle dernier^ les meuniers passaient pour 
des maîtres fripons, a Fidelle comme un 
metisnier^ dit Otidin à ce mot^ dans ses 
Curiositez françoises^ i. (c'est-à-dire] tor- 
ron. n Rabelais accole cette épithète peu 
flatteuse au nom des meuniers^ et les 
range parmi les gens soumis à Mercure '• 

Nous lisons ailleurs : 

Nous prirons pour muniers» munieres. 
Qui dérobent sacli par les geoUes, 
Qu'i puissent choir en leurs rivières 
Ou qu*i trébuchent entre deux meules. 

Sermon jof eux des JV, vens, v. 66» 
pag. 8. {Recueil de farces^ moraiiiés et 
sermons joyeux, etc., tom. I'*^.} 

Prions pour ces loyaux muniert 
Que tous chascuns disent larons, 
Qu*i puissent aller tous mitres 
En paradis à reculons. 

Sermon d'un cartier de mouton, ▼• 155 » 
pag. 9. {Ibid.) 



... al TOUS aviez endos dans on grand sac im 
•ergent, un rouanier, un tailleor« un procarevr» 
qui est-ce de ces quatre qui «ortiroit le premAaTt 
si on luy faisoit ouverture ?... Le premier qui sor- 
tiroit du tac... c'est on larron, mon maistre; il 
n'y a rien de plus asseuré que ce que je dis. (in- 
ventaire des Œuvres de Tabarin , etc. A Pa- 
ris, elles Pierre Rocollet et Anthoine Estoc, 
H. DC. XXIIL, petit îh-13, pag. 127, 128, faatasie 
et dialogue ZLVII.) 

... la chose la plus bardie du monde » c'est la 
cliemise d'un niensuier... parce qu'elle praid tons 
les jours un larron au collet. (Question tabarini- 



> Liv. III, cbap. u. ^ProHostàeatkm pantapruetime 

chap. V 



[ 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



209 



gwelUfin, dans lé Rectieil général des Œuvres 
et/antaises de Tabarin, édit. de Rouen, Dafid 
Perrant, lft32, in-n, psg. 9S.) 

Aux meotnieft (est enjoint |Mr ledit arrest) d*t« 
Toir un cerUid recoin dans leur meule pour attra- 
per la farine, et de prendre double monture ; et en 
cas de recherche» et qu'on les appelle larrons., ils 
seront tenus d'avoir «n mulet qu'ils appelleront le 
diable, et le sac sera appelé raison, et se sauTeront 
par serment, levant la main jusques au ciel s'ils 
peuvent avoir ces mots , Le grand diable m'em- 
porte^ je n'en ai pris que par raison. {L'Aima- 
naeh prophétique du sieur Tabarinpour Van- 
née 1623, édit. des /oyeu 5e/e2, pag.9.— £e5 Ar- 
rests admirables et authentiques du sieur Ta- 
ftoriii, dans le même recueil, psg. 8.) 

Plus haut ^ on lit le passage suivant^ 
qui témoigne d'une fourberie analogue 
pratiquée par les tailleurs de Fépoque : 

Aux coDstariers est enjoint par ledit arrest de 
dérober par où ils eu pourront avoir, et pour cet 
effet auront deux coiTres, on desquels ils appelle- 
ront la rué et l'autre l'œil , alin qu'estant enquls 
a'H n'est rien demeuré, qu'ils puissent dire avec 
vérité qu'il n'y en est point resté autant qu'on en 
poarroit mettre dans le coin de Tosil, et que le 
reste a esté jeté à la rue. (L'Almanach propheti' 
qwt etc., pag. 9^Xes ArresU admirables, etc., 

Voyez l'article Mulet. 

Grippe -Jisus, s. m. Gendarme; 
terme des voleurs du nord de la France 
et des marins , par lequel on voudrait 
faire croire que les gendarmes ne met- 
tent jamais la main que sur des innocents. 

Gris^ s. m. Vent. 

Dans la langue des Gitanos, ce mot si- 
gnifie froid, sens que le Jargon accorde 
également à grisj et , du temps d'Oudin, 
on disait familièrement t7/at^ gris, ou 
on vend du gris^ poun7/atï grand froid'. 



' CmriosUex fntnçaiseê, pag. 3&0. Bord, qui a re- 
cueilli griê, auquel il donne le même sens, dit que ce 
mot vient de xpu<K,/i'i>ii«. Voyex son DictUmnaire 
det termes du vieux françoUt à la suite du DicUon- 
naire de Ménage, tom. Il, deuxième parUe, pag. lia, 
col. S. 



Si le romani a donné naissance à ce mot, 
je crois que gris , lorsqu'il a le sens de 
vent, dérive d'ime autre source. Dans 
notre ancienne langue^ comme dans le 
français de nos jours^ quoi qu'en dise 
l'Académie^ bis veut dire gris. Les argo- 
tiers^ voulant désigner la bise^ prirent ce 
mot dans une autre acception qu'il se 
trouvait avoir^ et passèrent de là à un 
synonyme auquel ils s^arrétèrent. 

On lit dans le portrait de Quaresme- 
prenant; par Rabelais^ un passage où gris 
figure avec son sens propre et ai^otique 
tout à la fois : « Ses habillements^ diUl, 
sont joyeulx; tant en faczon, comme 
en couleur; ^car il porte gris et firoid : 
rien d'avant , et rien d'arrière^ les man- 
ches de mesmes.» Liv. IV^ ch. xxxix. 

On sait que^ dans notre langue^/atre 
grise mine à quelqu'un est une expres- 
sion figiu'ée et familière qui vaut autant 
comme lui faire mauvaise mine : 

... voyant que ces dépenses étoient fort à 
cliarge à sou csconomie, commença de fah-e ce 
qu'on appelle grise mine. (La Coterie des Anti- 
façonniers, première relation, pag. 168.) 

Cette expression dérive du gris de l'ai^ 
got; on va le voir : 

Puis que la dame nous fait gris 
Et que Ton nous met en mespris, 
Puis que noslre osle nous rechine. 
Desloger but, c'en est le signe. 

Les divers Propos etjofeuses rencontres 
d^ung prieur et ttung cordelier en 
manière de coq à tosncy édit. des 
Joyeusetez, psg. xxj. 

Faire grise mine est donc synonyme 
éd faire froide mine, dont on se sert plus 
volontiers aujourd'hui. 

On disait encore danser le irihori de 
Grisélidis pour trembler de froid. Voyez 

U 



210 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



ie facétieux Réveille-matin des esprits 
mélancholiques ^ édii. de M. DC. LIY., 
pag. 154. 

GiiiYB , s. f. Guerre, garde. 

Dans notre ancienne langue, cet adjec- 
tif signifiait méchante, fâcheuse : 

Mn quant fgè n venir la ^p§ , 
Qai contre nous teoce et estrive, 
Je fui tantost tomes en fuie, 
Por sa riote qui mVnnuie. 

Le Ronmn de la Hosê , idit. de Uéon , 
ton. rs pag. 144, ▼. 3567. 

GaivB, OBiTiEB, S. m. Soldat, ou, 
comme on disait déjà du temps de Dan- 
court, apprenti maréchal de France'. 

Nul doute que ce mot ne vienne d'ime 
locution populaire, ainsi rapportée par 
Oudin : «Il fait comme les grives, il vit 
d'air, i. ( c'est-à-dire ) il mange peu. » 
Voyez les Curiosités françoises, au mot 
Grive. 

Q ne me paraît pas moins certain que 
nos mots grivois et griveler ne viennent 
du terme d'argot*, et l'étymologie con- 
signée dans le Dictionnaire de Ménage 
manque tout à fait de fondement. On sait 
que grivois avait autrefois, dans notre 



" La Parisienne^ comédie, se xiv. 

* Henri IV n*auralt-il point employé one expres- 
sion d*argot quaud il disait à Sully : «... ne me pro- 
mcltez-vous pas d'estre bon mesnager, et que vous et 
moy couperons bras et Jambes à madame Grive~ 
lie? M etc. {Mémoires âet sages et roy ailes «économies 
tVEstaU, de Henry le Grand, cliap. LXVI, tom. V, 
pag. S25. 

On donnait aussi l*épithëte de grivelée à une espèce 
de ponte: 

n est venn un gentilastre.* 
Tuer ma poule grivelée, 
Ortie qnt ponnolt tes gros «nia. 

Parce nouvelU de CaHn, etc. ( jéncien 
ThéAire françoiSy publ. par M. VIollet 
le Bue, tom. If, pag. 880.) 

Cette dtaUon établit clairement la parenté qui 
exlsle entre griveler et plwner la poule ^ qne noos 
Terrons plus loin. 



langue, le même sens que grive et gn- 
vier en argot. Jacques Moreau , décri» 
vant, au livre VΠde la suite du Virgile 
travesti i le bouclier d'Énée, dit de ce 



n Ixindit donc bien autrement 

Quand il vit presque au mène instant 

L'intrépide et fiere Clelte 

A ses yeux faire la folie 

De passer i nage dans Peau 

Pour conserver sa belle peau 

De la libidineuse nge 

De ce tyran brute et sauvage , 

Toujours prêt, comme le grivois^ 

De brusquer un friand minois. 

Dans la Fille savante (1690) , se. de 
Penrôlement, Mezzetin, déguisé en ser- 
gent, s'écrie : «Ma foi, vive la pipe! 
c*estle salut du grivois.tVoyei le Tkéâire 
italien de Gherardi, tom. m, pag. d9. 

Pour t*avoir, le grivois te gnette. 

L'École des amours grivois, M. DCC. 
XUV., SC.X". 

Par la sambleu, quoique grivois. 
Je suis constant comme un bourgeois. 

Ibid., se. II. 

Grivois avait également la signification 
de voleur y comme le prom« le neuvième 
couplet d'ime chaasm du raciieil de Bap- 
tiste le Divertissant sur les corps de mé- 
tiers : 

Orfèvres, marchands drapiers, 
Epiciers, aussi droguistes, 
Vous-mêmes, pettU mcrcieri, 
Grimaud vous suit i la piste; 
Car vous êtes des grivois 
Avec tous vos petits poids 
Et la fausse mesure, etc. 



Voyez l'article Grivois, de M. Edouard 
Foumier, au supplément du Diction- 
naire de la Conversation, 3" livraison , 
pag« 413. 



L 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



311 



811 nous est permis de revenir à Ter- 
ticle d'Oudin , rapporté en tète de celui- 
ci, nous ferons observer que si les grives 
vivent d'air, elles ne sont pas sans y ajou- 
ter fréquemment des substances moins 
éthéréea. Soûl comme uns griv$ se dit de 
quelqu'un qui Test ocMnpléiement'; et 
déjà, au xvi« siècle, la r^utation d'ivro- 
gnerie de ce pauvre oiseau était établie : 



et grùm grands fmssei. 
La seconde EpUire de t Amant vert à ma* 
dame Marguerite Aitgutte , fol. B verso 
du premior livre éts iUustrationt de 
Gaule, e(c. (Lyon, fêr E»U Baland, s. d.), 
à k fia d« voiiuM. 

Delà TexpressioD prendre la grive f 
qui me parait avoir signifié m soûler : 

C'eo est bit, et vous voili griie; 
La grive aéra bien-tôt prise, 
La beouêe pareiUeiiMiit 
Sot prise eo un moment. 

L'Embarras de ta foire de Beaucaire, 
Y. 25, pag. 2. 

(}ju>if]HBi,fi. m. Porc. 

En fourbesque, le môme animal est ap- 
pelé grugnatUep et en germania grunerUe. 
Gnmdim nous est donné par Boùchet, à 
l'époque duquel ce mot, ou du moins un 
équivalent qui s'en rapproche beaucoup, 
avait cours dans le vul^e : 

Peut-estre ta deein s^avoir pourquoy qnel- 
qaaiiiM aont veaUia maiiiteiMnt an valeta de pie- 
qae» et ont la barbe griftlée comme est la peau 
bruftlée de4'animal grondeur. (Le Caraàinage et 
maMiehe êoldaUêque, elc, par le neur Diacbîr 
d'Amomy, cbap. r*", pag. 5.) 

Gros (Il y a), exp. fig. et prov. C'est 
certain. 

Locution abrégée de cette autre : il y 
a gros à parier. 



■ Voyei aoe tettce de 
3 février 1072. 



de Sévigné, du 



Gsos poiwTu, s. m. ArdiB¥éque* 

Gboupeb, V. a. Saisir, appréhender au 
corps. 

Nous avions autrefois gruper, qui, du 
temps de Gotgrave, était déjà suranné, 
et que ce lexicographe traduit par ta 
seize, gripe, graspe, ajoutant cette phrase 
que Targot pourrait revendiquer : a Je 
vous gruperai au truc, / shall take you 
nappitig, or catch you as you go by. On 
trouve aussi : a * Gruper, uncinare^ » dans 
la seconde Partie des Recherches ita- 
liennes et françaises d'Oudin , pag. 287, 
col. S. 

Bien avant le xvii* siècle, gruper fai* 
sait partie du jargon; ou le lit dans celui 
de Villon, ballade i et iv, et on le re- 
trouve dans la scène du Mystère de la 
Passion où les sergents de PHale, d'Anne 
et de Caîphe, parlent exclusivement ce 
langage. Il est vrai de dire qu'auparavant 
Tun des dérivés de ce mot sort d'une 
bouche plus élégante : 

Pour mettre mignons en alaine 
Vecy fine espice sucrée. 
Et tel y laissera la layne* 
Qui n'en aura jà la gntpée, 

Édit. de Yerard, folio B 2 verso, col. 2, 

se. de la Mondanité de la Magda^ 

laine. 

On trouve dans Coquillart : 

L*ung est rusé, Vkuirt grappe, 
L'ung est fort et l'autre huppé. 

Le Monologue de la Botte de foing, édit. 
de Gouatelier, pag. 147. 

Enfin je lis dans les Repeues franches, 
v. 816 ; 

Je vis ià lanl de mirlifioqiwa, . 
Tant d'ameçons et tant d'afiicques, 
Pour aUraper les plus buppei. 
Les plus rouges y «ont gruppez. 

14. 



319 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 




Voy. encore Bibebis» fir. ni, di.xTm. 

GcsnAK»^ s« m. Bbsac» sahml le 

Jmgm ; poêk, seloa les dktkmaiies 

GciMux» «ciMKQci^ s« f. Jambe* 










^^^^ fH^ iM #MMmI <Ali CWftt dl^ $MMfS MT 

1 \ « K>ale «ffiMKxice que e*est noe 



Qw Je cnias biea qui ne saisi bresiiUis. 

IftÊifiesme Partie de la Muse normande, 

lé mtraD en cadanche, et Gardioet Rlichaat 
FcKct des bons en Ttir de sa ^mbe d*alloûelte , 
El Bcaest Gui^iiolet sautant comme ud crapaut 
fil ^air nr les ^mièans ste fifartine PalleCte. 

DiMi-meti^sme Partie de la Muse normande 
[16441 PH- 322. 

Noos avicms autrefois le veite ffibth 
Ur; mais à vrai dire j'ignore le sens qall 
arait an juste : 

I^or en avant Boalt grani déport 
Ahci de boî se vos volei, 
B dant mal dont tous giSolez, 

De CEmtjMrtri qui garda sa ehasteé 

jmr moaù temptaeions, ▼. 462. (iVoir. 

9wam Mecneil de fManx et comtes, 

Uml n, pag 16.) Un autre numoscril 

lionne domi si vos dolez, 

GxxMsmiMy s. m. Guichetier. 
GcaucxK (Artîe du gros). Pain noir. 
Voyea Aritm. 

I Appeiait*on ainsi cette sorte de pain à 
de sa ressemblance avec Gros Guil- 
, acteor de l'hôtel de Bourgogne, 
qui jouait la figure enfarinée? S'il faut 
ai cioire Piganiol \ il avait été bou- 
langer. 

te employait aussi autrefois l'expies- 
I Àmik ^rw GmUloMme dans une accep- 
tiott obscène, sans doute à cause de la 
reseoibiance de ce dernier mot avec 
f^u^^ usité dans de certaines provinces 
«née le seos de broche, de fausset : 

MMttl je leTcdis les nuds, je fii loger iea 

jt caaloMbî k ^rof Gul/Zaiime, je n- 

ij lacèMMM» de madame, (tes BigneU du 

ftm ^mllmmmy «le., édîL de Tecliraer, pag. 5.) 



v^ȉ ^ tii i < i\ m m % WiN**^t* u| > t fc 



Gci?(AL« s. m. Juif. 



Ux. l\»liim.UI,pi«.S86. 



kàttÊTifae de Paris, édit de 17S5, 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



213 



Ce mot, ancien dans notre langue, 
paratt avoir signifié gueux : 

Toin eit dou mouton fa-ge un priettre 
Et un abé d*an cornabus» 
D'un mais loudier bien un rendoi , 
Et on ereaque d*un guinau, 

le Roman du Menart, édit de Méon, 
tom. IV, pag. 112, V. 3072. 

On sait que, du temps de Rabelais, les 
guenanx de Saint- Innocent, à Paris, 
étaient renonmiés en gueuserie; cet au- 
teur en parle en trois endroits de son 
ouvrage : 

. . . Grandgoasfer son père penscyt qoe feussent 
pouli, etloy diat : « nea, mon bon eiz, nous as^tn 
apporté josques icy des eapanriersde Montagu? 
le n'entendoys que là tu feissea résidence. • A- 
dopcques Ponocratea respondist : « Seigneur, ne 
pensez qne je l'aye mis on colliege de pouillerye 
qn'on nomme Montagu ; mlenlx l'eusse voulu met- 
tre entre les gwnaulx de Sainet'Innocent,9etc. 
(Lir. 1*', cliap. xxiLYii.) 

... il disoyt que (Paris) c*estoyt nne bonne ville 
pour Tifre, mais non pour mourir, car les guC' 
naulx de Sainct-Innoeent se chauiïoyent le cul 
des oesemens des mortz '. (Liv. Il, chap. yii.) 

En l'aultre, ung tas de cometz tous plains de 
pnlces et de poulx , que il empruntoyt des gue- 
naulx de Sainct'Jnnoeent, etc. (chap. xvi.) 

Plus tard, l'expression guenaux S. In- 
noeent , sans cesser de se rapporter à des 
gueux, servit à désigner la vermine dont 
ces gens-là étaient ordinairement cou- 
verts. Voyez les Curiosités françaises, 
au mot Guenaux. 



> La duchesse d'Orléans, mère du régent, écrivait, 
le 5 mal 1712 : « Je ne puis souffrir ni le thé, ni le 
café, ni le chocolat. Ce qui me feroit plaisir, ce leroit 
qne bonne soupe à la bière ; mais (fest ce qu*on ne 
peut se procurer Ici : la bière en France ne vaut 
rien. » ( Nouvelle» lettres de madame la duchetee 
d'Orléans^ etc., trad- par G. Brunet. Paris, Char- 
penUer, 18SS, 10-12, pag. ae.) 

Les soupes à la bière do charnier des Innocents 
éUient cependant fameuses; mais s'agluait-il bien 
de ce qu*almait la princesse palattne? Je croirais 
plutôt que celle renommée avait sa source dans le 
reproche adressé aux voisins du cimetière, de faire 
leur cuisine avec les débris des bières des morts. 



Ce dernier mot seul se disait aussi dans 
le même sens : 

VoDs voQlez me priver d*uii si predenx joyao 
qu'est la barbe » parce qu'il y a des guenaux qui 
prennent leur repaire es forests harbesques. (Les 
Apresdisnées du seigneur de Cholieres. k Paris, 
chez Jean Richer» 1588, iD-13» folio 194 Terso.) 

Le Duchat pense que guenau pourrait 
bien venir de canis, comme canaille; 
mais il n'ose l'assurer '. Borel, à ce que 
Ton prétend, dérive le même mot de 
queux, coquus^f a ce qui, dit de l'Aul- 
naye, est ridicule '. x> Pour moi, je pense 
que guenault, de quelque manière qu'on 
récrive, est le masculin de guenon, et a 
dû désigner, dans l'origine, un singe 
mâle, espèce d'animal que Ton sait 
friand de vermine : ce qui devait tout 
naturellement faire naître une assimila- 
tion entre lui, les gueux et une caste si- 
gnalée par sa malpropreté. 

Outre guinal , que l'on retrouve dans 
le fourbesque guigna, qui a le même 
sens, guenon a produit guenippe, terme 
par lequel on désigne une fenune mal- 
propre, maussade, et de la lie du peuple; 

On se dissipe 
Après telle guenippe. 

Les OEuvres de Jean Marot, édit. de 
Consteller, pag. 200. 

Qui sait même si le mot guenille n'au- 
rait pas la même origine? 

Ce qui a valu à guinau ou guenauU 
la forme qu'on lui a donnée, c'est qu'il 



' Dictionnaire étymologique de Ménage édit de 
Jantt, tom. !•% pag. ^IS, col. 1. 

> C'est gueux que Borel dérive de çimimp, et non 
guenault, que je n'ai point trouvé dans son Dictioi^ 
naire des termes du vieux français. (Deuxième par- 
tie dn tom. II du Dictionnaire étymologique cité 
plus haut, pag. 118, col. 1.) 

3 œuvres de RabelaU, édit. de 1823; ln-8*, tom. III, 
pag. 259. 



2U 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



étistaK itncieimement amn un autre mot 
presque semblable pour la physionomie 
et le sens. Je veux parler de quinaud , 
diminutif de quin^ anciennement usité 
chez nous avec le sens de singe : 

... da put 
Duquel je suis, demeurent esbahiz 
Avecques moy le quln et la marmotte, etc. 

La première EpUire de tJmani ttert à ma* 
damé Marguerite Auguste. {Le premier 
Livre dee lUusirations de Gaule et sin- 
gularité» de Troyes , Douvellement im- 
primées. Lyon, par Estienoe Baland, 
MUS date, tig;aatnre A ij verso , à la fin 
dtt volume *.) 

Quinaud sig;nifiait donc^ à proprement 
parler, un magot, un singe qui fait la 
moue, la quine, et, par suite , tme créa- 
ture laide ou contrefaite : 

Les medaUlM apcieDoea noui représentent So- 
crates pour un des plus laids quinaux qu'on enst 
sceu penser. (Les neuf Matinées du seigneur de 
Oholieres» édit. de 1586, folio 134 recto, mât V : 
Des lakdes et belles femmes.) 

... un nain de demy-coudée , le plus laid qui- 
naut que la terre porta. {IM., folio 140 veno.) 

Prepdeton sou U ooutinaut 
Yeu teni Pan per un quinau, 
Quand permo de quelque pastouro 
Ftedouno de sa cresladouro. 

Le Ramelet moundi, abenluro amourouso, 
V. 55, {Las Obros de Pierre Goudeùn , 
etc. A Toulouse, M. DCCXIII., in-12, 
pag. S.) 



■ Ce mot, à oe qu'il paraît, était usité bien anté- 
rlenrement h Jean le Maire de Belges; en effet, daus 
le lUmandu RenarU figure un singe nommé Mimne- 
quin. : 

A Monnequin, le fii Martin 
Le singe, qui bien sot lettn... 
Estolt H offioM donnés 
D*eaerlre à eourt, etc. 

Lf Roman du Renart, supplément, etc., 
pag. 22, V. 527. 

On sait que mono en espagnol, et momut en italien, 
■iffiiUlent singe, C*est une eboae corleaae qoe de voir . 
Ménage dériver ^<fiati< de ptlA«ciiJ. | 



Aeo*s aqnel ou eonlioant 
Ses qui l'amour serio quitêoui, 

Mascarado d'un orb e de sa guido, v. 75. 
(M«., pag. 12.) 

Mais ces deux acceptions de qukuxud 
n'étaient point les seules qu'eût oe mot; 
il en avait une troisième, omiâe, il est 
vrai, par Nîcot et Cotgrave, qui l'ont re- 
cueilli ', mais dont il existe de nombreux 
exemples. Au figuré, ;ifliiaff< signlflail 
confus, interdit : 

Comment Panoige feit^natif^ TAngloys, qui 
arguoyt par signes. (Rabelais, liv. II, cbap. m.) 

Je me recueily sans mot dire, 
Tout quinau et tout marmiteux. 

VEpistre du biau fy de Paty, attribuée 
i Clément Marot, st. n. 

Lors levant la queue; du cbeval , monstra qn« 
c'estoit une jnment , et par ce rooien demeurèrent 
quinaux tous les autres vilaini ses advenaires. 
{l'Esté de Bénigne PaUsenot, etc. A Paris, cbez 
Claude Micard, lôS3, petit in-12, folio 109 verso.) 

... il falloit bien qu'elles (leurs raisons) fussent 
peremptoires et très-bien alambicquées, s'il ne par- 
lolt bien à eux et les ravaudoit et rendoit ^iiiiimix 
comme il falloit. (Hommes illustres et grands ea- 
pitaines françois .* M. le connestable messire Anne 
de Montmorency; dans les Œuvres complètes de 
Brantôme, édit. du Panthéon lUtéreàTe^ toro. !•% 
pag. 316, col. 2.) 

Bien que maistre Denys, sçavant en la scuHurSt 
Fist-il, avecq*son art , guinaùde la nature... 
Si ne pourroit-il faire , avecq' tous ses efforts , 
De ces trois corps tronquez une figure entière. 

Régnier, satire XI, v. AS, 

Dans ce sens-là, quinaut, ou plutôt 
quinaud y était synonyme de camus, as^ 
pect que présentent les singes, et qui se 
disait des gens surpris, confondus, at- 
trapés : 



I « Quinaud, e'ett un Singe ou MarmoL 7W et«i» 
laid (finaud : un laid Marmot, w Nloot, pag. 691, 
ool. S. 

« i* Quinaud : m. An Ape, or Monkeg ; and kenee 
a defomed, or iU fswnred ervoltfffv. • Ootgrave, 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



215 



Les prestrM cbanloieDl en Feglise 
De cueur Te Deum laudamus, 
A oi|;ues, selon ce la guise , 
Dont Angloys estoient bien camm. 

Les PoësUt de Martial de Paris, etc., 
2» [lartie, pig. 77. 

Or M ranll-tl pas demander se nomeigDeiir le 
ooré UA bien eomm de se yeoir ainsi detgarny de 
ses instromens. (Les cent Nouvelles nouvelles ^ 
nouT. LXIV.) 

Après un curé camus ^ on peut bien 
citer saint Quinaut^ que Ton chercherait 
peut-être vainement dans le calendrier^ 
mais que l'on est sûr de trouver dans le 
Roman de Fauvel '• 

S'il fallait s'en rapporter au Ghssaire 
de la langue romane, tom. 11^ pag. 430, 
col. i, quituiud signifierait également 
gueux; je dois confesser que je n'ai ja- 
mais rencontré ce mot avec ce sens-là^ 
et, suivant toute apparence, Roquefort 
s'est contenté de copier Borel. Voyez le 
Dictionnaire étymologique de Ménage , 
tom. 11^ 2" partie, pag. 182, col. 2. 

GoiNAL (Grand), s. m. Mont de piété. 

GuiNALîSBB, V. a. Circoncire. 

GumcBB, s. f. Guinguette, cabaret 
hors de de la ville^où le peuple va boire 
les dimanches et les jours de fête '., 

Le mot de guinguette, dont guinche 
est une altération , se disait autrefois dans 
le sens qu'il a aujourd'hui et dans celui 
de grisette, de femme galante : 

Il faodra que Je m'en retourne à pied, comme 
une guinçuette qui vient de souper en ville. (Le 
Ballet des xxiv. heures [1712]... A Paris, chex 
Jean Pepingné, etc., U, DCC. XXni., in-S"", !'• par^ 
tie, se. VI, pag. 21.) 

Allons, allona, allons à la guinguette , allons. 
{IM.f ir partie, se. m, pag. 32.) 



* Xfs Mamiaeritê françois de la BiMiotkique du 
roi, tom. 1**, pag. S26. 

' Yoyec let Cabarets de Paris, etc. Paris, Delong- 
diamps, 1811, In-iS, pag. 171 . 



Ces gentils compagnons 

Qui les fêtes, k la guinguette. 

Régalant facile grisette 

▲▼ee trois maudits violons. 

Pour Toinon , Nicolle ou Peretle, 

A bou marché font des chansons. 

Hamilton, Lettre à M. de Mimeore, da- 
tée de Sceaux, !•' juillet 1706. 

Pour en revenir au premier sens de 
guinguette, on employait aussi ce mot 
comme adjectif, et l'on disait maison 
guinguette : 

Cet homme éUit retiré à Anfeuil ; le malade a 
emprunté une nudson guinguette que Samuel 
Bernard a dans ce village. {Journal historique et 
anecdotique du règne de Louis XV, par E. J. F. 
Barbier. A Paris, chez Jules Renouard et 0«, 
M. DCCC. XLVUI., ln-8% tom. l« pag, Ifto, 
jninmt.) 

L'éditeur dit en note : a Le mot guif^ 
guette^ qui était alors tout nouveau, dé- 
signait également un cabaret, et les pe- 
tites maisons simples et propres que 
quelques personnes possédaient dans les 
faubourgs de Paris et aux environs. » 

Ce qui précède n'est point exact, au 
moins dans sa première partie; en effet, 
nous lisons daûs Gongam, ou VHomme 
prodigieux^ etc., 3* édition (à Paris, chez 
Pierre Prault, H DCCXin, in-8*), tom. I*', 
pag. 73, 74 : « Le cours, les jardins pu« 
blics, les cloîtres et jardins des religieux, 
les guinguettes, les Thuilleries, n etc. 

D'où peut venir guinguette^ Sans au- 
cun doute, du petit vin qu'on buvait dans 
ces cabarets , vin vert et ftpre , qiju faisait 
ginguer, ou , comme on dit encore, don- 
ser les chèvres '. Cette sorte de vin, dèt 
le xvi« siècle, s'appelait ginguetis : 

En l'an mil cinq cens cinquante quatre, noua 
eusmes des vins infiniment verds, que Ton appela 



> DictUmnairt du bas langage, tom. I*', pag. 195. 



2i6 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



gingvetis. (Des Recherches de la France d'És- 
timne Pasquier, lif . VIII, chip, xiiii.) 

Plus tard, on disait d'tm Vin fort petit 
Bt mauvais : ail est parent d^in roulier 
d'Orléans nonmié Ginguet^; ^-ei le bon 
gros SaintrAmand, pariant d'un vieux 
fromage d'Auvergne, s'exprimait ainsi : 

Par luy le vert ginguet tût U figue an muscat , 
Bar luy le plus gros Tin semble si délicat, 
Que le piot du ciel, dont on fait tant de conte, 



811 estoit Uaoc auprès, en rougiroit de honie. 

l^ Cantal^ v. 9. {Les OEuvres du sieur de 
Saint-Amant ^ édit. de M. DC. LXI., pag. 
291.) 

Gy, oibollb, adv. Oui. 

J'estime que jy n'est autre chose que 
\ejy première lettre d'tïa, qui remplaçait 
oe mot latin dans certains actes de pro- 
cédure. 

Gytbb, V. a. J'ai ; expression du Jargm. 



H 



Habitonme, s. f. Habitude. 

Halènes, s. f. Terme générique qui 
sflrt aux voleurs pour désigner tous les 
instruments de leur profession. 

Hane^ s. f. Bourse. 

Il va comme la tramontane, 
Après avoir cassé la hanne 
De ce grand né qui prend le soin 
De lui donner chasse de loiii. 

L'Embarras de la foire de Beaucaire , 
pag. 14. 

Casser la hane, couper la bourse, est 
une expression du Jargon^ prise dans un 
sens métaphorique ; et qui ^ au simple^ 
signifie casser la marmite *, c'est-à-dire 
dter les moyens cPeanstence. En effet, 
outre le mot hanap, dont la signification 
est bien connue , le peuple avait autre- 
fois, au moins à Rouen, hanetle, dont il 
usait dans le même sens; et nous avions 
hane et hanety par lesquels on désignait 
un ustensile de cuisine, probablement 
une marmite ; 



■ Curiotitez françoiees, au mot Parent. 
* Marmyon (marmite) se disait aussi dans le i 
de bourse. Voyez plus loin, à ce mot. 



Et le marchand à débiter se mocque. 
Car tout joyeux les chalands il affroque , 
Lorsqu'il a pris deux coups de bon vin frait. 
C'est le moyen de vider sa hanetu. 

Première et seconde Muse normande, dans 
. Vlnventaire gênerai de la Muse nor» 
mande, de David Ferrand,pag. Itt. 

Et pour cuire nostre viande, noiu prendrons le 
chauderon en la viez Monnoie, 1es|ttelles an bout 
de la rue aux Parcheminiers, le pot de cuivre ou 
parvis Nostre Dame, le gril en la Hartelerie, le 
hanet en fia&4à-lie, etc. {Un Esbatemeni du ma^ 
riaige des .Mi. JUt Hemon, ùû les enseignes de 
plusieurs hosteU de la vUU de Paris sont iiom- 
mes, dans les notes des Mystères inédits du çtsin- 
ùème siècle^ publiés par Achille Jubinal , ton. II, 
pag. 37a.) , 

Fault pos, paelles, chauderons... 

Croches hanes; car se ce ne fust, 

L'en s*ardist la main à saichier 

La char du pot, sans Tacrochier. 

Le Mirouer de mariage, parmi les Poe- 
sies morales et historiques ttEustaclu 
Desc/iamps, etc. A Paris, de Timpri- 
merie de Crapelet, M DCCG XXXII, 
in-8% pag. 211. 

Les croches hanes du passage précé- 
dent doivent être indubitablement la 
même chose que les hanieroekes dont 
parle Rabelais dans le prologue de son 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



MT 



livre m : « Esguisoyent vooges, picques, 
rançons^ hallebardes^ hanicroches,%eic. 

Le même auteur, parlant de la jument 
de Gargantua, liv. 1*^, cbap. xvi, dit que 
« elle estoyt poy plus poy moins grosse 
comme la pile Sainct-Hars auprès de Lan- 
gés, et ainsi quarrée, avecques les iMran- 
cars ny plus ny moins ennieroches que 
les espicz au bled. » 

Voilà pour le sens propre du mot; 
pour ce qui est du figuré, on sait qu'Aa- 
lUeroeke, et non pas anicroche^ comme 
PAcadémie a tort de l'écrire, signifie dif- 
fieuUé, embarras. Déjà, du temps de Ra- 
belais, ce mot parait avoir eu ce sens; du 
nxiDS je trouve parmi les beaulx livres 
de ta librairye de Sainei^Vietor, liv. Il, 
cbap. VII : a Les hanierochemens des con- 
fesseurs, B que je traduis par a les seru- 
putes^ les objections des confesseurs. » Le 
Duchat, qui a tenté d'expliquer hani- 
croche, ne s'en est pas tiré à son hon- 
neur. Yoyes le Dictionnaire étymologi- 
que de Ménage, tom. I*', pag. 64, col. â. 

Enfin ce mot, au moins parmi le peu- 
ple de Rouen, parait avoir signifié baga-- 
telle : 

Qucques grimauls ne creignants le trespu 
En brinballant o rechever tallocbe, 
ÀTest lié cet bandei > autour des bras; 
Biais de% tyrans les culbutant en bas, 
Lan firent bien rendre ches fiannicroches. 

Gnqtùetme Parité de la Muse normande, 
pag. 110. 

No va nnds pieds, no maque équercbement; 
Biais oncor rien d*aulieulle henieroehe, 
8*on ne veyet partout faute d'argent. 

DÙB^eptiêsme Partie de la Muse nçrmande, 
pas. 287. 

Hàppeb I.E TAILLIS, phr. fig. Fuir, 
s'évader. 



de drap déchiré. 



Molière s'est servi de cette expresrion 
quand, dans le Dépit amoureux, act. Y, 
se t**> il fidt dire à HascariUe : 

Tant pis ! 
J*e& serai meins leyv à gagner le taiilis^ 

Sans doute Molière n'aura pas voulu 
employer happer, pour éviter un hiatus 
très-réel pour Toreille, bien que masqué 
aux yeux. Toutefois il faut observer qu'on 
lit dans la suite du Virgile travesti : 

Aronoe gagna le taillis. 

Il est à croire que ce verbe dérive du 
mot harpe, qui signifiait autrefois hanche : 

Da beaf quatre (condltlont), c'eil asaaToIr : la 
harpe > large, courte et ouferte, etc. (Le Ménagier 
de PariSf etc., toip. Il» pag. 73.) 

On appelait, en termes de vénerie , un 
chien bien harpe celui qui avait les han- 
ches larges et grosses. 

Outre réquivalent gagner le taillis, le 
français d'autrefois avait encore gagner 
les bois, qui se disait dans le même sens : 

Il est trai que, ses jours passés. 

Aulx trois Mores ou Morequin 

Tint rnesire Jen Yirdinquin 

Pour une fille desbaucher. 

Quant se vint à se deschauser, 

Y dict qu*il n'avoyt grand blanc nul 

Lora loy convint ouvrir le cul 

Au plus tost, et gaigner les boys, 

Jehan de Lagny^ badin, mesire Jehan, etc., 
farce joyeuse à sis persooiiaiges, pag. 37. 
(Recueil de farces, moralités et ser» 
mons joyeux, etc., tom. II.) 

Plus anciennement, on disait, pour 
s'enfuir, fere le tor guichoin, c*est-è-dire. 



< On disait aussi , dans le même sens, are (arcs) z 
On 11 (an roi de Frise) amalne un bon corant 
Im teste ot maigre, et si ot regart lier... [destrier... 
Larges les art, et le cors molt Irgier. 

Jtoman d'Aubri le Bourgnignon, h la snile de 
celui de Fierabras , pag. 185, col. 2. 



8I« DICTIONNAIRE D'ARGOT 

j'imagine^ le iimr du guichet, expression 
qui m'a bien Tair d'avoir appartenu au 
jai^on : 



KenàTia/et te lorgmchois, 
Qui n*ii cure de scjounier... 
D'aulre part a torné sa chiere, 
Foui t*€n eat li mal trichierc, 

Vb Roman du Menari , édit. de MéoB » 
tom. V% pag. 362, y. 9470. 

Happin j HÀBTff^ HUBiN, S. iH. Chien. 

Lui, pour accomplir la sentence , 
S*en alla, sur ma conscience... 
Faire achat d*un vilain mâtin... 
On le remet doue nne fois 
Encor dessus le protocole. 
Où Messieurs, pour donner la cole 
Au corps du meslier dulouseur, 
Lui dirent,' en tant qu*aggresseur : 
« Nous ordonnons que voire cloche 
Sera remise en votre poche; 
Et quant à Tégard du hapin, 
Nous rabandonnons au destin, » etc. 

Description de la viile d Amsterdam ^ en 
vers burlesques,,, par P. le Jolie. A 
Amsterdam , chez Jacques le Curieux , 
Tan M. DG. LXYL, petit in-l2, pag. 
165, 166, mercredi. 

PAHTAGaUBL. 

Quel docteur! quel maistre habin! 

PROSSaPUIB. 

Et laissez vivre mon corbin , 
Mon crapaolt, mon bouc escomé. 

Là huftiesme Livre des Actes des Apas- 
tresy feuillet .c. iiii verso, col. 1. 

Dans le Roman du Renart figure un 
chien nommé Harpin, au milieu d'un 
grand nombre d'autres. Voyez l'édition 
de Méon, tom. !•% pag. 358, v. 9488. 

Ronsard se sert fréquemment du mot 
harpauij dont- il fait im nom de chien, 
et qu'Oudin traduit par can di pastore * : 

El loy, Harpaut, qui le soulois défendre 
Coniie les loups, maintenant faut apprendre 

' Seconde Partie des Reckerches italiennes et/ran- 
foiM«,pag.20S,ool.l, 



D'estre humble et doux et ne plus «bboyer. 

Eclogue III. Monologue ou chant pastoral. 
(Œuvres^ Paris, N. Buon, 1623, in-folio, 
pag. 8t6, col. 2.) 



Atant le joar peu à peu s^embruuit, 
Et le pasteur comme le jour finit 
Son chant rural, desenfla sa musette, 
I>edani sa main empoigna sa boulette t 
Chassant devant le troupelet menu, 
Harpaut, son chien, et son bélier cornu. 

Ibid, {OEuvres, pag. 820, col. 2.) 

D'autres fois le poète emploie le mol 
harpaut comme un substantif synonyme 
de chieuy alors que, selon Maurice de la 
Porte, le premier de ces mots, comme 
joubard, était une épithète du second' : 

Seulement mes harpaux qui gardent mon troupeau, 
Gourent après vosire ombre et aboyent sur Teau. 

Le Cyclope amoureux. (Ibid,, tom. I***, pag. 
835, col. 2.) 

Quant à hubin, ce n'est autre chose 
que le nom de saint Hubert, ce patron 
des chasseurs, qu'on représente toujours 
suivi d'une meute* Dans l'ancienne mo- 
narchie argotique, il y avait une catégo- 
rie de gueux qui disaient avoir été mor- 
dus des loups ou des chiens enragés, et 
qui mendiaient avec un faux certificat 
attestant qu'ils allaient à Saint-Hubert ou 
qu'ils en venaient. 

Voyez ZorMn, Lubin. 

Habeng (Faire des yeux de). Crever 
les yeux. 

Se tenuz i es ne bailliez , 
Tu i seras a tel despens 
C'on i*i fera iex de liarens^ 
Qu'il te seront andui brochié. 

Le Roman du Renart^ supplément, va- 
riantes et corrections^ pag. 47, v. 213. 



' Le» Bpithetes de Ht. de la Porte Pariêien. A 
Lyon, par Benoist Rigaud, M. D. XCII., peUt in 12, 
folio 81 verso. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



319 



A la même époque environ , on jouait 
à Tarare^ à la fin du carême^ un jeu qui 
s'appelait eoper les AarvfM.Voyezdes let- 
tres de rémission deranid67^ conservées 
dans le Trésor des chartes^ registre 97, 
ch. 373 j et citées dans le Glossaire de 
dtt Cange^ sous le mot Copare; édit. 
in-4% tom. n, pag. 588, col. 3. 

Habicoxbdr^ s. m. Bourreau. 

Ce mot ne date pas d'aujourd'hui, 
mais de Tépoque où Texécuteur des hau- 
tes œuvres rompait, écartelait : 

Gardei bien qu'il ne s'échappe ^ H feroit un 
haricot de nos scientifiques substances. ( Cyrano 
de Bergerae, le Fédantjoué, act. I*', se. vu. ) 

Lorsqu'on ne verra plus que côtes enfoncées, 
Que gigauts décharnés , qu*échines fracassées , 
Quel haricot, morbleu, de jambes et de bras I 

ArUqmn Jason, (Le Théâtre italien, etc. A 

Genève, diez Jacques Dentant, M. DC 

XCV.,iji-S",pag. 173.) 

Haricot est resté dans la langue culi- 
naire, et se dit d'une espèce de ragoût 
fait ordinairement avec de petits mor- 
ceaux de mouton et des navets. Les ama- 
teurs trouveront dans le Dictionnaire de 
Cotgrave trois recettes pour l'accom- 
nooder. 

Après la définition que l'on vient de 
lire^ il semblerait qu'haricot dût venir 
du mot ariee, ou plutôt d'art , attribué 
par Roquefort à notre ancienne langue, 
dans laquelle il aurait eu le même sens \; 
cependant iln*en est rien ^ et c'est ail- 
leurs qu'il faut chercher la racine d'Ao- 
rieot. pris dans le sens que nous venons 
d'indiquer. Je la trouve dans le mot Aa- 
rigoif harligotf haligote^, qui existait 



> GUmaire de la langue romane^ tom. !•% pag. 8S, 
eol. i. 
' On lioaYe eneon herifaut comme nom de vête- 



dans notre ancienne langue avec la signi- 
fication de lambeau, àe pièce, demor* 
ceau, et dont ont été formés^ sans parler 
d^algotatus , d'alligotatm, recueillis dans 
le Glossaire de du Gange % harigoté, ha^ 
ligoté et dehoHgoté: 

Troii cos II donc qui molt l'ont estoné, 
Si que li hiaumes fn tos harigoiit, 

La Mort de Garin le Loherain , pag. 6) , 
V. 1298. 

Lors demsnde que c^estoit 
Qu'il ert ainsi haUgote^ 

La Bourte pleine de sens, x, 248. {Fa» 
bliaux et contes, tom. III, pag. 47.) 

Et jon voil, disi Renars, ma cote 
Soit partie, et harligote 
D'une chape à jacobin, etc. 

Le Couronnement Henart , v. 1215. {Le 

Roman du Henart, édit. de Méon, 

tom. lY, pag. 44.) 

Et li chevalier tuit monté, 

Detaillié et dehaligoté,,. 

Les enmaignent joie faisant, etc. 

Les Tournois de Chauvenei, pag. 138t 
V. 4283. 

Mouit par estoil Perars hideus, 
Haligotet et détailliez , 
Fenis et frapez et mailliez. 

ll>id., pag. 148, V. 3976. 

Le nom d* Arlequin , s^il ne vient pas 
tout entier d'Aar%o^, lui doit certaine- 
ment ime partie de sa physionomie. 

Il est encore une expression que je 
n'hésite point à rattacher au mot qui 
nous occupe^ c'est la locution proverbiale 



En aucune place m*avient 
Que aucuns prendomme me vient 
Por esoouter cbançon ou note. 
Qui tost m'a donnée sa eote. 
Son gardeoors, son herigaut^ elOi 

De ta Maaille, ▼. 22. {Jongleurs et trou» 
vire», pag. lOi, -^ Fabliauat o» contes, 
édit. deRenoaard, tom. Il, pag. S0S.) 
« Tom. !•», pag. 188, col. S, ▼• Algotatm, et alti* 
gotatm vestes. 



MO DICTIONNAIRE D'ARGOT. 

boire à tire larigot K S'il faut en croire 
certains auteurs, entre autres Noël Taille- 
pied % elle est d'origine normande. Au 
xiii« siècle, Tarchevéque Eudes Rigaud fit 
présent à la ville de Rouen d'une cloche 
à laquelle resta son nom. Cette cloche 
était d'une grandeur et d'une grosseur 
telles, que ceux qui la mettaient en mou- 
vement ne manquaient pas de boire 
abondamment pour reprendre des forces. 
De là rhabitude de comparer ceux qui 
buvaient beaucoup, aux sonneurs chargés 
de tirer la Rigaud. Quelque crédit qu'ait 
obtenu cette explication , depuis Taille- 
pied jusqu'à M. Monteil, qui l'a repro- 
duite en modifiant quelque peu le nom 
de la fameuse cloche de Rouen ', il n'en 
est pas moins vrai que cette explication 
est fausse. Varigot, dans le proverbe en 
question, signifie membre, bras, et boire 
à tire tarigot, boire à force. Que l'on 
recoure au petit volume intitulé ie Face- 
deux ReveUle-matin, éd. de M. DC. LIV., 
pag. 253, et l'on y trouvera.;otitfr de l'art- 
got dans un sens qui nous donne raison. 
Enfin, et pour tout dire, je considère 
notre mot ergot comme fÀre à! haricot, 
ouy si l'on aime mieux, comme une troi- 
sième forme dece substantif, qui figure 
dans deux expressions données pour vul- 
gaires par Oudin^. 



' ■ Et pour rappaifter, luy doonoient à boyre à 
Hrelarigoi,» etc. (Rabelais, liv. !•', chap. viii. Cf. 
llv. U, chap. xxviii.) 

» Recueil des antiquilez et aingularitez de la ville 
de Rouen; Rouen, 1687, in-8-, cbap. xlv, pag. 155. 

Voyez encore les Faux-de-Fire d*Olivier Basse- 
lin^ édIL de 1821, vaux-de-vlre xxy et xxvii, et nol. 
177; pag. 86-88, 00. 

3 Histoire des Français des divers étais, etc., 
toin. IV, xvii« siècle. Paris, w. Coquebert, 1847, 
grand ln-««, chap. lyi, pag. 208, 207. 

Voyeï, pour une autre explication. Dictionnaire,., 
depUtin-ehant, etc., par M. Joseph d'Ortigue. Parts, 
J.-P. Mlgne, 1863, gr. in-S», col. 737. 738. 

4 Curiotitez Jrançoises, pag. 148, art Bander 



Hàrnats ds grivb, s. m. Uniforme, 
fourniment. 

Harnois, s. m. Chair, viande. 

Ce mot, donné par le Dictionnaire 
blesquin de la Vie généreuse des mat- 
lois, n'est que l'abrégé d'une expression 
plus étendue qui se trouve dans un an- 
cien mystère : 

AORirPÀET. 

J*ay bon appétit de manger, 
Mes maschoueres sont à délivre : 
Quel signe esse? 

omrvFOV. 
Signe de nwrt. 
Qui auroit lua-noys de gueuUe, 

Le premier Litre des Mies des Aposires^ 
feuillet .xxvii. r®, col. 1. 

On donnait aussi ce nom à la nature 
de la femme : 

Entre les cas où il senfoit l'avoir conrroacée, loi 
declaira comment il estoit bien recors qu'il l'avoit 
troublée plusieurs foiz, et très^-aouvent, de ce qu'il 
n*aToit beaoigné sur son hamoys, que l'en puet 
bien appeller cuyr à chair, etc. {Les cent Nou- 
velles nouvelleSf nouv. xc.) 

Et la poTre malade... Iny pardonnoit... sans aa- 
voir les raisons qui avoient meu et induit son mary 
à non luy fourbir son hamoys, etc. (Ibidem,) 

Plus anciennement on appelait ainsi 
familièrement les parties sexuelles de 
l'homme : 



Chascune qui les va nomant , 
Les apele ne sai comment, 
Borces, hernois, riens, piches, pines, 
Ausinc cum ce fussent espines. 

Le Roman de ta Rose , édit. de Méon , 
lom.II, pag. 142, V. 7179. 

Habpb, s. f. Barreau de fer. 
Il n'est pas nécessaire de faire ressor- 
tir la ressemblance que présente une 



VErgotf et * se dresser sur les Ergots, On disait plus 
volooUers argot : 
La femme incontinent montant sur ses argots, 
« Je t*ay tout apporté, » dirolt-elle en colère, etc. 
L'Avare duppé, ou VHomme de paille (1802), 
act, !•% se ni. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



321 



grille avec une harpe ; mais il n'est peut- 
être point hors de propos d'indiquer les 
autres acceptions qu'a ce mot dans la 
langue proverbiale et populaire des xvi^* 
ctxYU* siècles^ d'autant plus que l'on 
y pourra trouver l'une des raisons d'être 
du terme d'argot. 

a Jouer de la harpe^ dit Oudin à ce 
dernier mot^ i. (c'est) desrober : parce 
qu'en joûafU de la harpe on a les mains 
crochues. Vulg. 9 Suivant sa mauvaise 
habitude^ ce lexicographe n'a cité au- 
cun exemple à l'appui de son explica- 
tion^ dont la Justesse est d'ailleurs fort 
contestable; et cependant ils ne man- 
quent pas. En voici quelques-uns : 

Tous preoa grand plaisir que tos maint fre- 
doneot à la harpe. {TroUieme Matinée du seir 
gneturde CkoUeres, fol. 00 recto.) 

Riffe rafle qui pot, que cadeun asarpe 

E jogiM ab looscinc dits, ooum om dits, de la harpe, 

Lou GentiUme Gaseouny etc., per GuiUem 

Ader Gascoun. Imprimât à Tolose par Ra- 

mond Colomiés... Tan 1610, in-8^ lib. II, 

paf.44. 

Qu'auroîent fait de plus des filous? 
Tu sais donc jouer de la harpe? 

Jacques Moreau, suite du FîrgUe travesti. 
Ut. XII, à la fio. 

C'est lors que l'on est nanty qu'il fant craindre 
la harpe, comme à cette heure que noos afons 
attrimé au paaseligourt et fait une bonne grifelée; 
il faal le pelé, gagnier le haut, et mettre les quilles 
à son col (La Comédie des Préverbes^ act. II, 
se IT.) 

Qepton de Boesme effironté , 
Gogneu par sa subtilité , 
Habille joueur de la harpe, etc. 

La Casearette, satyre par le sieur de 

SygDgnes. {Le Cabinet salyrique, édit. 

de Paris , M. DC. XXIin. , in-8% pag. 

695.) 

Mais je veux Teocharger aussi < 



Apollon. 



Qu*il en prenne plus de soucy S 
S*il faut qu'un jour il s y remette, 
Qu*il ne fit de celuy d* Admette , 
Lors que le patron des mattois , 
Portant cinq crocs au lien de doits 
Qui faisoieut le saut de la carpe , 
Joiia sur ses bœufs de la harpe. 

Le Fromage, ▼. 41. {Les ORuvres du 

sieur de Saint-Amant, édit. de M. DC. 

LXL, pag. 156.) 

On peut encore lire dans les scènes 
françaises ^Arlequin en deuil, dans le 
Peintre par amour, Thistoire tragi-co- 
mique du père d'Arlequin , pendu pour 
avoir trop bien joué de la harpe. Voyez la 
Suite du Théâtre italien, tom. III ^ pag. 
461-163. 

De là le vieux mot happart, qui avait 
cours dans le sens de voleur : 

Geste eschielle éust mestîer 

D*avoir de plus fors escbellons ; 

Car quant telz happars escbellons , 

11 y cbiet ung très-grant dangier. 

Le Mistere du Fiel Testament par person^ 
nages , etc. Paris , par maisire Pierre 
le Dru pour Geoffray de Marnef, in« 
folio, sans date, f. .cccaii verso, col. 2. 

Après l'article que nous avons rap- 
porté plus haut; Oudin donne celui-ci :^ 
a Craindre la harpe, i. (c'est) avoir peur 
d'être pris. » S'il ne mentionne pas cette 
locution comme populaire, il la signale 
cependant comme telle par Tastérisque 
qui précède la phrase. 

Sans doute le mot harpe qui s'y trouve 
ne fait en rien allusion, quant au fond, 
à l'instrument de ce nom , ni aux bar- 
reaux de fer dont la réunion en présente 
l'image; toutefois, je ne répondrais pas 
que les grilles ne dussent leur nom d'ar- 
got à l'emploi habituel d'une expression 



D*un Iroapeatt, en Brie. 



«s 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



dont on avait perdu le sens étymologi- 
que. Je veux parler de happer , ou plu- 
tôt de harper^ forme primitive du mot 
qui a continué à vivre latéralement avec 
l'autre '. Outre ce mot^ nous avons 
encore harpon y qui est bien connu ^ et 
harpis (croc), que je trouve dans Us 
Œuvres de Luciam, traduites par Jean 
Baudoin, folio 64 verso, et qui est encore 
usité parmi les mariniers du Rhône et 
de la Saône. 

Dans le Dictionnaire de Richelet (Ge- 
nève, 1688, in-4®), je trouve encore: 
a Harpigner (mot bas et burlesque) pour 
se battre, d dont voici deux exemples ti- 
rés d'un écrivain du bon temps : 

k \à ÛD lui et la dame se quereUereut tout de 
bon; car, l'ayant rencontrée en une Tisite, ils se 
harpignerent. [Les Historiettes de TalUmant 
des Beaux, édit. in-12^ tom. Tll, pag. 43.) 

La comtesse et elle se harpignerent; les autres 
ne dirent rien. (JMd., pag. J4l.) 

On disait aussi, dans le même sens, 
kmrpomiUery s'il faut s'en rapporter au 
P. Labbe ', et harpaiUer, usité du temps 
de d'Hautel, qui a recueilli ce verbe 
dans son Dietsarmaire du bas-langage y 
tom. D, pag. 42. Au xv* siècle, on em- 
{doyait herpaille avec la signification de 



Ymy fut que «este tmandaille, 
Maintes gens brigans^ de ▼iUaig»i 



' Voyez le Roman de la Fiolelie, pag. S2ft ; le fa- 
bUau eu Chevalier au barizel, v. 9» S (Fabliaux et 
C9titet, édit. de Méon, tom. l'\ pag. 289) ; le Mma» 
comique , deuiiéme parUe, chap. ex, etc. 

<i Ceit folie M harper aux femmes et aux bestes, » 
dit un vieux proverte rapporté par Gabriel Meueler, 
dans son Trésor de tentences dorées. Voyez eocore 
k Dietiomnaire du boê-langage, tom. H» pag. as. 

> LetStgmologieêdef^MÊiewnmots/nmçoiifiSe., 
pag. ttS. 

^OiIglDalrement employé pour dédgner one espèoe 
de fantassins {Gloss. med, et inf. Latin. , tom. I, 
pag. 773, ool. 2etS, Y" BriganeU» Brigandi, Brigan- 
tes)^ œ mot était déjà pris en mauvaise part à la lin 



Coquins et grant taz de hêrpoiiU, 
Qui firent le meurtre et oultraige. 

Les FigUles de Charles Fil, édit. de 
G)ustelier, pag. 30. 

Si luy dirent et remonstrerent... 
Que les Tariez n*estoient qu'/ierpailie, 
Plus empeschans que soolageaos , 
Tous adonnez à la mengeaille 
Et à destruire povres gens. 

Ihid^ p^. 169, 170. 

iHeeqnes et à Saimla-Enmne... 
Avoit grand liorpailU et vermine , 
Ne n*y demouroit coq ne poulie. 

IM., pag. 193. 

Mais il est fort possible que ce mot 
vienne d'une autre racine, du grec iptr^i^» 
ou plutôt du latin herpès, employés en 
médecine pour désigner toute espèce de 
dartres. 

Harpion, s. m. Main. 

Ce mot, que nous lisons dans le Jar^ 
goHf doit venir de ritaUeo, où arpioBe, 
arpieone, veut dire crochet, crampon. 
Maintenant airpien signifie pied en argot , 
et le même mot, dans le langage du 
peuple, sert à désigner les pieds d'une 
volaille. Sous Louis XIII, on disait vul- 
gairement d'tm voleur qu'il avait les 
mains faites eu chapon rôti'. Tallemant 
des Réaux, parlant duducd'Ângoulâme, 
qui ne fit toute sa vie que griveUer, ra« 
conte cette anecdote : a Le cardinal de 
Richelieu , en kii donnant à commander 
un corps d'armée, eut bien la cruauté de 
lui dire : a Monaieur, le Roi entend que 



do iiT* siècle. A cette époqae , un certain GoUlot 
laillart ayant dit d*un nommé Perrln le Goox qn*U 
avait été • bon compagnon et 6npa«a, » le soas-l>ailU, 
qui avait reçu la plainte, le somma de le prouver. 
Guillot offrit le combat, le Juge refusa : de là appel. 
(Registres du parlement de Paris, conseil et plaidoi- 
ries, re^ coté x 1477, folio 516 reclo, lundi a mai 
isoa. SecUon judiciaire des Arctilves nationales.j 

■ Voyez les Curiositez franroises, aux mots Cha'- 
pott et Main. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



223 



a vous VOUS absteniez de. ... b Et en disant 
cela ilfaisoit avec la main la patte de cha- 
pon rAti, lui voulant dire qu'il ne falloit 
pasgriveller'.D 

Antérieurement à cette époque^ on 
donnait le nom de harpes aux pattes 
d'un chien et aux doigts, s'il faut s'en 
rapporter à Cotgrave^ qui traduit V harpe 
d'un chien par a dogs clawy orpato, et 
qui ajoute : li mania très bien ses har-^ 
pes. He stirred his fingers very nitnbly. 
De même les Anglùs avaient dans leur 
jai^on populaire l'expression pickers and 
stealerSy avec la signification de doigts : 
c'est ainsi du moins que le docteur John- 
son et la plupart des commentateurs ex- 
pliquent ces mots dans ce passage d'fTam- 
Ut, act.niy se. m: 



My lord, you once did love i 



Aad do ttill» by Ûieaiù pickers and siealert, 

M. 6ui2ot a donc mal compris le texte 
en traduisant ainsi la réplique d'Ham- 
let : a Et je vous aime encore^ ou je 
veux être un coquin. » Voyez Œuvres 
complètes de Shakspeare^ etc. A Paris ^ 
chez Ladvoeat, M. DCCC. XX.-XXIL, 
in-S**, tom. P', pag. 286. 

Haut db tibe^ s. m. Haut-de-chausses. 

Hactb (Être de la). Être heureux. 

Cette expression^ empruntée à Tastro- 
logie judiciaire, était synonyme de cette 
autre^ itre de la bonne, que nous avons 
déjà vue: 

IVostre compaîgpon, Toyant sa dame en cest 
c«lat , pftat de bonne hewrt img graden congé 
fMMir peu de jours, {lu cent PfauvelUt nou- 
velleSf nouT. Vlll.) 



* Lu aUiorietUê de TaUemant de» Réaux, édit 
in-12, tom. r% pag. 219, 220. 



On lit à la table : 



La baictîesme noureUe parle d'aog compaignon 
pîcart demourant à Brucelles , lequel eugrolua la 
lille de son maistre; et à ceste cause prtnt congié 
de hauUe heure et Tint en Picardie aoy marier. 

Ainsi que l'on vient de le voir^ haulte 
heure était synonyme de bonne heure^ 
sens que présente cette expression dans 
un autre passage du même recueil et 
ailleurs: 

Vous n'afei garde... il est enoores assez hault 
heure. (Nout. lxxxi.) 

... et les eoferme-on là dedans... èhascune 
nuyt de haulle heure^ et le matin les laissent les 
Sarasins dehors de 6oeii heure. (A Surpey oj 
Bgifpi and Syria , ondertaken in tlie year 1422, 
by Sir Gilbert de Laonoy, Knt.» etc.^ dans l'iir- 
chaeologiar tom. XXI, pag. 317.) 

Plus tard, au contraire^ mais nous ne 
savons à quelle époque^ haulte heure 
signifia tard, sens qu'Oudin donne à 
cette locution ' : 

(Le connétable élaul allé) jusqu'à dire que M. de 
Randan estoit un petit gallant et un mignon de 
cour, et qu'il dormoit jusqu'à midy... (M. deGalK 
répondit ) que a*il dormoit ainsy haute heure ^ 
que telle estoit sa coutume et tel son naturel quand 
il estoit à la corn". (Discours sur les duels, dans les 
Œuvres complètes de Mranlémt^ édit da Pan- 
ihéon Uttéraiie, tom. !«', pag. 781, coi. 1.) 



HuuUe heure correspondait ainsi ài 
autre expresâon, également rapportée 
dans les Curiosités françaises, où on Ut^ 
quelques lignes au-dessus : a sur le hault 
du jour, le jour estant bien advancé,9 

Les adjecttfs bon, haulte, n'étaient pas 
les seules épithètes que l'on accollftt au 
mot heure pris dans le sens astrologique; 
on l'appelait aussi maie , fort , dure : 

Jam Tero yaleraciens puella... cum de poita 
egrederetar, uno carruca» effracto axe, omnes 
mala liera dixerunt. » (S. Greg. TVron., Hist 
ecctes. Franc, lib. VI, cap. xlv.) 



Curioeiiez franroiêeg, au mot Haulte, 



134 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Et ait Landerictts contfistatas spirilu, et cmb- 
motus lacrymiSi dicens : « Tarn tnala hora te tî- 
derunt oculi roei.(0«i/a reg. Franc.,oèp, xxxt; 
apud da Cbesoe, Bisi. Franc. Script, ^ tom. I, 
W- 713, C.) 

Cesle pucele de maie ore iiasqui. 

Li Bornons de Garin le Lolterain^ ooupl. 
xxxiv, tom. I", pag. U7. 

Comme il fot dit il fut fait, en la malle heure. 
{les cent Nouvelles nouvelles, nouv. LXXXI.) 

As dames et as damoiselles 
A molt elure cure fumes nées. 

Lot du Trot, v, ^76. 

Lasse! défont heure née... 

lYiste, dolente, esplourée... 

Dame de toute langour, 

Que n*est ma vie finée ? 

Le Lay du très-bon coimestahle Bertrand 
du Guesclin, v. 1. {Poésies mondes et 
historiques itEustaclie Deschamps 
édit. de Crapelet, pag. 151.) 

Las! de dure heure m'espousas; 
Je n*ay mari ne compaignon. 

LeMirouer de mariage. {Ibid^ pag. 220.) 

Haute-hont^ n. de 1. Voyez Goubbibb 

DE HAUTE-MONT. 

Hautocheb^ V. n. Monter. 

Hatbe^ jle eBAND Haybe. Dieu. 

Selon toute apparence, le ToutrPijds- 
sant doit ce nom à l'aspect que présente 
Jésus-Christ sur la croix : « Hayre^ dit 
Cotgrave^^nin, /e//, horridjghmUy.fi 
Dans la première suite du Virgile tror- 
vesti, liv. X^ Ënée 

voyant ce Tarquitte, 
Qui de vivre paroissoit quitte... 
D*une apostrophe seulement 
U gracieuse son cadavre , 
Erâanqué, livide et fort /uiçre^. 



Toutefois, Rabelais semble aYoir cm 
que le nom de Havre avait été donné à 
Dieu dispensateur de la grâce, à cause 
du mot qui termine le nom de ce port: 
« Avre de. grâce, s'escria Rondibilis, que 
me demandez-^vous ' ? d On voit que nous 
sommes loin d'être d'accord avec la plu- 
part des commentateurs, qui assurent 
que cette expression est une exclama- 
tion des mariniers languedociens deman- 
dant un bon vent, aouro. 

Puisque nous venons de prononcer le 
nom de Languedociens, il est à propos 
de faire observer que, dans leur langue^ 
havre signifie forgeron : 



On disait également have^ comme ai^onrd^hai : 

n y avoU deux serviteurs 
En un logis, Tun plein de bave .. 
L'autre, pasle , deffait et hat>e^ 
Estoit traicté comme un esclave. 

Les Touches du seigneur des Aceorie^ 
éd. de 1008, tn-12, fol. Si recto. 



ne roundéle daurade» 

Andlle deu pais que lou havre Yulcain... 
A hourgat é batut, etc. 

Lou GeatUame Gaseoun.,, per Guillem Ader 
Gascoun, lib. UII, pag. 104. 

HiBBEUx (Parler aux). 

S'il y a Goustume do pays... quiconque ne prend 
un bref ou certificat des juges en la vicomte de 
Lyon, que le vulgaire dit parler aux Hetnieux, 
au lieu de dire un brtf, et le navire se perd ou 
sumerge en la ooste, le tout est applicable au sei- 
gneur da lieu. {Les Us et coutumes de ta 
fiter, etc., par Cleirac. A Rouen, chei Jean Yiret, 
M. DC. LXXI., in-4% pag. 234.) 



Hebmofle, s. m. Hermite. 

Si trovai qatre huaniax... 
Qui erent filz Hubert TEscofle, 
Un molt rdigieus hermojle 
Qui par eest paîs qniert les pès, etc. 

Le Bomaa du Benart, tom. III, pag. 320| 
V. 28601. 

Hebfb, hbbplis, s. m. Liard. 

Cette pièce de monnaie, souvent rongée 
de vertrde-gris, doit son nom à sa ressem- 
blance avec une dartre, appelée en espa- 
gnol, comme en latin et en grec, herpe. 

^ Ltv. II, chap. xxxfi. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



«B 



Nous n*m(m trouvé le premier de ces 
mots que dans A» Vie généreuse ies 
Maiiais', et dans le Dictionaaire blesquio 
qui termine ce volume. 

Quant à la finale du second, ce n'est 
autre chose que le nom d'une monnaie 
mentionnée par Tabourot : a II y a long- 
temps^ dit-il^ que j'ay leu la valeur des 
monnoyes^ qui fut mise en lumière un 
certain temps qu'on les descrioit. Ula ridé 
vaux deux plis. » {Les Bigarrures et Tau- 
ehes du seigneur des Accords, édit. de 
M. D. CVni., in-i2, fol. 60 recto.) 

HiBORDEiLB y S. f. Ck)mmis voyageur. 

HocQQBT> s. m. C'est ^ suivant le Dic- 
tionnaire Mesquin^ le paquet que por- 
taient les gueux. 

Il y a toute apparence qu'on lui avait 
donné ce nom à cause du bftton auquel 
ces braves gens le tenaient suspendu 
pendant leurs fréquentes pérégrinations^ 
bAton appelé hocquet : 

Icellal Caton getta an nen bastoo à bergier, ap- 
pelle luKquet, an suppliant. (Lettres de rémission 
de rannée 1404 ; dans le Trésor des chartes , fol. 

6S»dl. CGCXLYI.} 

Adam Michiel, pastear, de son hocquet on bas- 
tOD à bergier, et le suppliant de son hocquet i 
picqoe, etc. (Lettres de rémission de l'an 1410; 
Tiée, des chartes» foL 105, ch. xit ».) 

On pourrait croire que le mot hochet 
n'était^ vers la même époque^ qu'une 
variante de hocquet, et désignait la même 
chose ; le passage suivant permet d'en 
douter. C'est un berger qui parle : 

J'ay advisé ung antre don 
Qui est gorgîas et doulcet... 

Mon hochet 
Si très-bien faiet que t'est merfeillei, 
Qui dira dit dit aux oreilles. 

' Ces deux dtatlona nou^sont foomies par le Glos- 
saire de du Cange^ édit in-a% tom. m, pag. 005, 
col. 3, tonUmo^ Uoqueim, n* 1. 



Au moins quant l'enbnt ploren» 

Le hochet le rapaisera» 

Et se taira sans faire pause. 

Le Mistere de la conception^ nativité^ 
maria fe, et annoneiation de la benotete 
vierge Marie , etc. Imprimé nouvelle- 
ment i Paris, par Alain Lotrian, sans 
date, in-4*, folio lixr*, coL f, se. De$ 
pastoureauU. 

Hocquet f auquel je me hâte de reve- 
nir^ m'a tout l'air d'être le radical de 
hoqueUm^ vêtement de dessus à l'usage 
des gardes de la manche^ des archers du 
grand prévôt et du chancelier^ et de bien 
d'autres classes de gens : 

S*ot auqueton riche et frois, 
Ki tous estoit bendés d*orfirois. 

Rwnan de la Fiolette, pag. 8S, T. 1704. 
Je ne chomme point. 
Je boutonne mon hocqueton. 

Le second Livre des Actes des Apostres , 
feuillet .xl. verso, col. 1. 

U y a environ deulx moys 
Que mesire Jehan Virdinquin 
Vint descouvrir son maroquin , 
Sans marabes ne sans testons ; 
Mais il laissa le hoqueton , 
Et gaignyst chemin o plus tosL 

Jehan deLagny^ badin, mesire Jenan, etc., 

farce joyeuse à sis personDSges,pag. 20. 

(Recueil de farces, moralités et sermons 

joyeux^ etc. Paris, ches Tecbener, 1837» 

io-S% tom. II.) 



Il s'habille en berger, endosse un hoqueton. 

Le Loup devenu berger» ( Fables de la Fon* 
taine» liv. ni, fabl. xii.) 

Il monruY, et c'est tout vous dire... 
J'en ai pris le noir Itocqueton, 

Le Firgile travesti, vers la fin du liv. III. 

UoMABD^ S. m. Anglais. 
Homme de lbttbes, s. m. Faussaire. 
HÔPITAL; s. m. Prison. 
Ce mot avait autrefois le sens d'a«- 
berge , de ^onit ; on le v<»t par im extrait 

15 



3RBD 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



des registres du pariement de Paris ^ re- 
levé par M. Jérôme Pichon. 

Catherine de la Court occupait depuis 
quatre ans une maison située au bout de 
la cour Robert de Parts; elle payait 
cinq sous par semaine à son h6te, et tenait 
taverne. Jehan de Chevreuse et Guillaume 
Cholet, héritiers du propriétaire^ avaient 
loué la maison à Catherine pour 4399; 
mais ils y mirent un autre. Plainte au 
prévôt^ qui déboute la demanderesse. 

d L'amiral Jehan de Chevreuse et la 
veuve de feu Guillaume Cholet dient que 
Katherine, sans autorité du roy ne du pre* 
vost de Paris, a voulu créer unbospital 
d'ommes et de femmes en la maison des- 
sosdicte, où il avoit femmes et hommes 
couchans soubz un tect et soubz une cou- 
verture, qui faisoient leurs matines des 
vespres jusques au matin; et crioient tel- 
lement qu'il sembloit que ce fust un mo* 
tet de Beausse» et y avoit souvant aumus- 
ses données et coiffes, et estdent de la 
parroisse 8. Merry ; et y avoit distribu- 
tion de mereaulx et merelles, et estoient 
paiez tout sec, et pour quittance avoient 
signes manuelz; et y estoient donnez ho- 
rions, tellement que Ton ne povoit dor- 
mir en la rue jusques en Baillehoe. Si se 
trahirent Jehan de Chevreuse et plusieurs 
autres devers le prevost, pour ce qu'ilz 
avoient le ressort de Glatigny, Tiron et 
plusieurs autres ; [et] y avoit aucuns pour 
faire le guet en la ville, autres aux portes 
de Paris ^ comme de S. Anthoine, du 
Temple, de S- Victor, et autres. Si fut, 
informacion précédant^ dit à Katherine 
que elle se partist et alast tenir son col- 
lege ailleurs '. » 



' Plaidoiries, matinées, reg. coté X 478S, folio 76 
Moto, mardi M Jénier IMO (Mot, N. s.) 



HoussiRE (Jean de T ) , s. m. Pièce de 
bois dont ]b& chauffeurs ae servaient, 
eomme d'un bélier^ pour enfoncer les 
portes des maisons. 

HtJBiRS f s. m. pi. Membres de Tune 
des anciennes catégories de gueux ^ que 
l'auteur du Jargon définit ûnsi : 

Hubins sont ceux qui se disent avoir esté mor- 
dus des loo^ oa cbkm enrages; Us trimeH (veya- 
gent) ordinairement avec une lugue(lettre), oooime 
ils bient (vont) à S. Hubert ou quMls en viennent, 
qu'ils ficlient anx ratichm» (donnent aux prêtres) 
pour les recommander dans les cotifies (églises). 
Us fichent un ragot (quart d'écu) au grand eoesic. 

Husa , V. a. Appder, siffler. 

Ce verbe, qui nous est fourni par la 
Respance et complaimte au grand eoesre^ 
et qui^ conséquemment y se disait enoore 
au XVII' siède, est un ancien mot fran- 
çais employé dans cette acc^on dès 
le XIII'' ; 

Devant lai la bisse saittî , 
Il la hua, si puinst i IL 

Le Lai de Gracient, v. 203. {Poésies de 
Marie de France^ tom. I*"", pag. 500.) 

De tttlei pan les kiens huèrent. 

Dou Bues et dou Leu, v. 48. {tbid., tom. U, 
pag. 377, fabl. XOV.) 

Cil gluz et laz et rois fut tendre 
Por les sauvages bortes prendre. 
Et lors kuia les chiens premiers, 
Dont nus n iert annl cousmasiers. 

AomttH de ia Âose^ édit. de BCéoû, ton. 
lUf pag. 261, V. 20341. 

Mon frère Laxare 

Porte baulte care , 

Ses chiens fme et hai*e, etc. 

Mistere de ia psusion de JhesÊU-Crut^ 
ire journée, se. de /a œtmenion du 
LsLiare^ édit. de Terard, 3^ feuillet 
recto, col. 1, qai suit k ésniUet signé 
fiiiî. 

L*AV1U0L1 OS SlJKEVSALaM. 



Gohin! 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



ni 



Tpus aves beau /iif^r. 
Si vous ni*avez de ceste lutte. 

Le premier Livre des Actes des Apostres^ 
feuillet ail. Teno, ool. 3. 

Tu as beau huer. 
Il dort, ne luj fais pas grant bruit. 

Le second Livre , etc. , feuillet .uivii. 
recto, col. 2. 

Notre mot huer, qui se dit des cris de 
dérision (pi^ime réunioa de gens fait 
entendre contre quelqu'un , n'est que le 
même verbe pris au figuré. 11 était usité 
dans cette acception à la même époque : 

fie chii afairet est mms^ 

Tous li mous me devra huer. 

Du Prestre c^on porte, y. 528. {Fabliaux 
et eoniesy Uit deMéoB, ton. lY, pag. 
36.) 

Toal vif ma verres enfoîr, 
Se ge sui pris après la fuite ; 
Si croi-ge que j'auroie suite, 
Si seroie pris en fuiant, 
Tout li monde mirait Aiômf • 

Ze Roman de U liûse, édit. àtt Néon, 
tom. II, pag. 413, ▼. 12908. 

li cstnMige le moquent, et li sien le defuicnt; 
lieia cil qui dn sien vivent le ramponent et hident. 
Le Testament de iehsm do Meun, ▼. 186. 
(Ibid., tom. IV, pag. 10.) 

iroe^-vos quel honte il vos dieni 
Cil vilain <|ai si fort vos AiiMitl? 

lêMomeMdsi Aenart, ton. V, ptg. 63, 
V. 1672. 

De là vient indubitablement l'expres- 
sion appeler Huet pour siffler quel- 
qu'un, expression que l'on prenait le 
plus souvent à la lettre^ en donnant le 
aom d'Huei k celui que Fou voulait 
huer: 

Et à Roûpfi, y eut un autrâ docteur en lliéolo- 



gic, qui prescha publiquement... et M pntchanl 
dit que s'il ne le sçavoit monstrer, qu'il vou- 
loit qu'on VappelUut MuêL Et au conlempt de 
ce, quand on voyoit aucuns de ladite religion, on 
les appelloii Huets^ et mesmement les jeunes 
enfans de TUniversité le crloient à haute voix, 
quand ils les voyoieot (Histoire de Charles VI» 
roy de France... par Jtnn luveoal des Urains, 
édit. de Denys Godefroy, in-folio, pag. 63, ann. 
M. CCCLXXXYIP.) 

Je vevlK qu'on m* appelle Huet, 
Se de moy il a ji touraoys. 

Ancien Théâtre fran^, pobl. par 
M. YioUet le Duc, tom. II, pag. 126. 



Mais je parieray k tous cas 
Avec[ques] les grans advocatz, 
Ou que l'on m'appelle Huet, 



'appelle Huet, 

Ibid., pag. 337, 238. 

Nous avons vu précédemment^ à Par- 
ticle Compter ses chemises , que l'on ba- 
sait autrefois appeler Huet, au lieu de 
vomir: c'est sans doute à cette droons* 
tance qu'est dû le nom d'un vin, proba- 
blement détestable^ que l'on recueillait 
autrefois dans les environs de Gou* 
tances : 

U Normandie... est teamoin de ceste maxime; 
là où ne croist vin que de haute branche, c'est à 
savoir pommé et poiré... de tous leurs divers 
complans , les Normands ont une rime vulgaire : 



> Après avoir rappocté une anecdote de 136*, n- 
lative à des Irères prêcheurs appelés Huets à cause 
de leur opinion sur Timmacnlée conception, Adrien 
de Valois itfoote : « C'est apparemment pour la 
même raison qu'on a appelé les calvinistes en France 
Huguenote i comme qui dIroU des HueU, des Hur 
guets ^ qui étoit no nom de mépris et de dérision 
qu'on donnoit autrefois aux hérétiques. • {Fait- 
êiana, etc. A Paris, M. DC. ZGilU., fn-6', pag. U».) 

C'est encore à cause -de la significalioo satirique 
donnée ici au mot Huet^ que, pour direi« suis tout 
bêle, je suis tout Huet, on disait au XVII*sièQle : 
Je suis tout évéque d*Avranckes, Or, Huet l'était 
alors. Voyes le Journat kUtorique de Collé, Paris , 
1805, ln-8% tom. !•', pag. 17, iW»; le Ch^f^œuvre 
d'un inconnu, édit. de Paris, IBOl, in-6», tom. 1'', 
pag. 16, et tom. H, pag. 448, 44»; et les Œuvres 
complètes d' Alexis Piron, puM. parEigolet de Ju- 
vigny, loin. VIII, pag. 328., 

16. 



i» 



TranchelMyaa d'Avrindies 

Et romp-clieiDture de Laval , 

Ont mandé à Huei de Coustanchei 

Que Cogiiihou aura le gai. 

Devis sur la vigne, vin et vendanges 
ifOrL de Suave, etc. Parii, Vincent 
Sertenas, 1649 , in-8% sign. £ ij verso 
et E iij recto. 

Enfin ; on a encore donnée dans le 
peuple, le nom de Huet au diable. Voyez 
la Chronique du Religieux de Saint-De- 
nys, liv. VIII, chap. viii^- ami. 1387; 
tom. F, pag. 492. 

HuGBBMBRT^ adv. Beaucoup , victo- 
rieusement. 

Ce mot, que j'ai entendu sortir de la 
bouche de gens du peuple, doit être un 
terme d'argot. On le trouve dans le plai- 
doyer du seigneur de Humevesne : 

Qnand le soleil est eooché, toutes bestes sont à 
l'ambre; je n'en Teolx pas estre créa, si je ne le 
prooTe hugrement, ( Rabelais , édit. de Claude 
Ifourry, U?. Il, cbap. ix.) 

HniLB, S. f. Argent monnayé. 

n faudra que vostre bouru fiose les frais de 
▼ostre curiosité ; il faut de la pecune , il faut de 
l'Affile. (La fauue Coquelle [1694], act. II, 
se. Tii; dans le Théâtre italien de Gherardi, 
tom. Y, pag. 442.) 

... le Fanal des peuples... étant parvenu à tirer 
un peo d*huile des ooCTres du roi , Toortoirac en 
attrapa quelques gouttes. (Les Hbree Penseîors, 
par UMiis Veuillot. Paris , Jacques Lecoiïre et €*«, 
1S50, in-18, lir. Il, n** xfi, pag. 118.) 

Le cani bl, dans le même sens, oil of 
palme (huile de palmes, de mains). Tho- 
mas Moore a fait usage de cette expres- 
sion dans ime chanson qu'il place dans 
la bouche de lord Castlereagh travesti en 
cocher: 

ou o/paMs tbe thing fhat flowing 
Sets the naves and lelloes going. 

Tfiepoelicttl îVorks ofTh, Moore; Paris, 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 

Enfin , où nous dirions graisser la 



patte, le fourbesque dit huiler les grif- 
fes, oleccare le cerre. 

Au xiii* siècle, on disait fourrer la 
main: 

Ly advocas de la dame ne savoit mot sonner, 
Car avierse partie faisoit à redouter, 
Et se li avoit-on la main vc\n fourrer, 

Moman du Chevalier au Cygne, v. 173. 
{Chronique rimée de Philippe Mouskés , in- 
troduction au tom. n, pag. mi.) 

Mais revenons au mot huile, qui nous 
a fourni l'occasion de faire ces remar- 
ques. 

On Ta également employé dans le sens 
de coups : 

• .. ils trouTerent à propos pour son bien de le 
graisser d'une huilU tout à fait merveilleuse pour 
le réduire : ce qui s'execnta à bons coups de nerfs 
de bœuf, dont il fut regallé. (L'Art de plumer la 
poulie sans crier, n. aventure, pag. 104.) 

Tout le monde connaît l'hiûle de cot- 
terets'; c'est ce qu'au xyi* siècle on 
appelait facétieusemeut du roux de 

billy : 

Les gardes lors eurent grand' envie de loy bailler 
du roux de billff, dont les lardons ' sont de bois , 
et de le faire crochetear. (GuiUattme Bouchet, 
treote-quatriesme serée.) 

Huile a encore servi à désigner le vin , 
d'où Texpression populaire pomper les 
huiles, pour dire faire débauche de vin , 
se griser, boire à l'excès. C'est là, du 
moins, ht définition qu'en donne d'Hau- 
tel, tom. II, pag. 52. Du temps d'OudiQ, 
l'on disait de l'huile de septembre, et 



< Voypx les Curiosiiez/rançoiaet, au mot Huile; 
et le Dictionnain du boê-lattgaçe, tom. Il, pag. M. 

* Ces lardons sont des cbeviltes. Voyes un autre 
exemple de ce mot employé avec cette acception 



B.«dry. 1835. ï toi. ia-«». I0«. Il, '£^'Q y^^~il ^i^^é^T, ^SSÏSS 
p.». 127. |i>i«.eo. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



metire de Vkuile dans la lampe pour du 
vin dans le verre. Voyez les Curiositez 
françaises, toujours au même endroit. 

Eufin, huile est rendu par soupçon, 
dans les Voleurs de Vidocq, tom. P% 
pag. M6. 

HuisTAi DB Vabânne^ 8. f. Fève; ex- 
pression du Jargon. Voyez Bahbillon 
DB Vabannb. 

HuBi^ ÉE, adj. Grossier^ ère. 

On trouve fréquemment ce mot dans 
la Vie généreuse des Mattois, après ou 
avant des substantifs dont il ne parait 
pas modifier le sens d'une façon notable. 
Ainsi, pag. 6 Je lis aubet huré; pag. 9, 
eoesmeMier huré; pag. ii, peaux hu- 
res; pag. A3f rivage huré et violante 
la hurette ; pag. 44 , hures cagoux. Tou- 
tefois, s'il faut en croire l'article du Dic- 
tionnaire blesquin destiné à expliquer la 
seconde de ces expressions ', huré signi- 
fierait ^rossî^r. Dans ce sens-là, cet ad- 
jectif est emprunté à notre vieille langue, 
comme on peut le voir par le diction- 
naire de Cotgrave, où il est traduit par 
Maring, rude, unhemb'd, bristly, hor- 
rid, like a wild boars head. 

En voici quelques exemples : 

Sttréei ont les testes et barbes et grenons. 

lÀ Romans ttAUxandre, pag. 337, ▼. 21. 

S'il a graDt tonp, il est hurés; 
S'il est oautes, il est pelés. 

Ridhotê tiu Mondes publiée en tête du 
Roman de la âtanekiae, [Mg. viix. 

Estant procbe de la porte 
D'un TÎeux huré paysant, 
Je luy ay dit de la sorte : 
« Fait-OQ vendange céans ? » 

Chanson plaisante de la complainte du 
sieur de la Marmiiie, sur les peines 



qt^il a endurées estant à vandanger, 
avec plusieurs fiUes. (L'MsUte dos 
chansons les plus beUu du temps pré' 
sent.,: A Paris, cbes Pierre Des- 
Hayes, M.DC.XXXI., iniS, pag. 99.) 

En même ieaigp& on appelait hure une 
tète mal peignée, et comme si ce fust la 
hure d'un vieil sanglier * : n 

La Tielle sousliere la latre. 
Si commence à sorcillier. 

Le Roman des Aventures de Fregutp 
ptg. 149. 

Lors leva li vilaîos la kure. 
Porte ses yex et sVs behure. 

Le Roman de la Rose, édit. de Méon , 
tom. I*', pag. 151, ▼. 3741. 

Et li Tilains croie la /turc» 

/^fii., pag.65,v. 15587. 

n fut étonné que deux anges , 
JTentens de tribolation. 
Lui montrent la commission 
Qu'ils sToient de saisir sa hure, 

P. le Jolie, Description de la ville dAm»- 
lerdam, lundi, pag. 26. 

Faire une hure avait cours avec le 
sens défaire une grimace, prendre un 
air hérissé : 

Li pors les voit, s'a les sords le^és. 
Les ies roelle, si rebiffe du nés, 
Fet une Imre, etc. 

Li Romans de Garin U Loherain , tom. Il, 
pag. 229. 



Voiyexpag. M, col.l. 



Huré s'est conservé dans le patois nor- 
mand, dans le sens de hérissé, qui a la 
tête comme une hui^e. 

Anciennement on disait chez notis, 
hurepé, herupé, avec la même significa- 
tion: 



< Le Livre du Cuer d'amours espris, parmi les 
OBuvftM compUtes du roi René, édIt. deM. levleomte 
de Qaatio>Barbes, tom. III, pag. 12. 



1 



i3b 



DICTIONNAIRE ITARGOT. 



Ço fod nos hllém hufêpêt , si oot un poreeint 
de peb entar les relm.— Ttr pilosDs, et zona pelli- 
œa acemctitf renibus. {Li quart lAvre» du RoU^ 
eliap. l*', f. Tift, pag. 345.) 

Là péussiés véir tant vieos dras depanés 
Et tante longe barbe et tant cbiéi hwepét, 

Im Chanson tCAïuioche^ ch. YIII} coupl. xxi ; 
tom. Il, pag. 221. 

A tant ès-YOs que isiir voit... 
Un vilain trestot herttpé, 

La Mule sanz frain, v.. 504. (Noui^au 

Recueil de fabUaux et contes, tom. I'*", 

W. 17.) 

On disait aussi hurecMé, dans le sens 
de hérissé : 

Caveus ot Ions et hureeldés. 

Du Chevalier au harizel, ▼. 055. {Fa- 
hliaux et contes, édit. de Méon , tom. 
I«% pag. 230.) 

Huré a donné naissance au mot huron, 
dont nous avons fait le nom d'un peu- 
ple, et qui^ dans le principe, signifiait 
sauvage : 

Et de quoy en avoy-tn peur 



Pour teoir nng tai de ribaadaille, 
De hurons, ang iaa de merdaitlo? 

Le septianm lÀvro dos Aetti doi AfOÊtrai^ 
f. Uxxiiii recto» col. !• 

Icy chemine par le boys, et en ahemteant toII 
Martin avec Thermite; puis il dit : 

Cest Martîo, foy qne doy Mahon; 

Je le Toy, luy et un huron^ 

Tous à genoux en oraison. 

Le Mystère de la vie et hystoire de mon- 
seigneur sainct Martin, etc., édit. de 
1841, in-ie, 3* fenillet verse dti ca« 
hier ligné D i. 

Si je puis tenir le knron 

Qui noilre Uartin a destoomé. 

Tellement aéra atloomé 

Que luy feray son dieu regnier. 

Ibid., feuillet signé E. i. 

De trestous oes villains hurons,.. 
J'avoye de disme et de blé. 

Ancien Théâtre français ^ tom. lU, pag. 
416. Ci. pag. 412. 

Dans le patois normand^ hurtm a 
cours avec la signification de sauvage^ 
à'étourdi qui ne respecte ni les usages ni 
les convenances. 



I 



IciCÀiLLB^ iciGO, adv. Ici; exprès^ 
sions du Jargon. 

Ingommodb y s. m. Réverbère. 

Il ne faut pas oublier que ce sont des 
malfaiteurs qui parlent. 

IifcoNOBB^, ÉE, part. Inconnu, ue. 

Insinuant, s. m. Apothicaire. 

Insolpé, adj. Insolent. 

Irvalidb, s. m. Pièce de quatre sous. 

On lit dans le Dictionnaire françois par 
P. Richelet ' : « Piège db quateb sous. 



' Suivant la copie Imprimée à Genève, chez Jean 



La monnoie que Pon nommoit pièce de 
quatre sous quand je composois le corps 
du Dictionnaire ne vaut à cette heure 
que trois sous et demi. C'est ainsi que 
l'a voulu le Roi notre sire par sa décla- 
ration du 28. de Mars de Tannée 4679, 
et par un arrêt du Conseil d'État, du 29 
avril de la même année. Le peuple de 
Paris» en goguenardant, appelle quelque- 
fois cette pièce un Invalide, n 
Ce passage, que Pon fera bien de rap- 



Hermann Wlderbold, M DC LXXVm, In4*, tom. I*, 
pag. 47, remar(|ue8 sur la lettre P. 



DICTIONNAIRE D*ARGOT. 

prodier d'un autre des Mémoires du 
comte de Maurepas ', nous explique un 
irers de la comédie des Deux Arlequins 
(leW), ad. H, se. V, où Arlequin cadet 
dit au garçon rôtisseur Piquelard : 



t3l 



Tien, prens cet invalide^ à ma santé va boire. 

le Théâtre italien de Gherardi, tom. III, 
' pag.287. 

C'est le même esprit qui avait fait 
donner à certain conseiller au parlement 
le nom de iestim rogné du palais ^ parce 
que, dit Tallemant, auquel nous devons 
cette anecdote, il n'avait pointde lettres. 
Voyez ses Historiettes , tom. V, pag. 62. 
Cette expression fit fortune, à te qu'il 
parait ; car Ûudin lui donna place dans 
ses Curiosités françoises^ et dans ses 
Recherches italiennes et françaises ^, où 
on lit : a // est comme les Testons roignes, 
sans lettre. » 

IsoLÀGE, s. m. Abandon. 

IsoLBB, V. a. Abandonner. 

Il faut voir, dans ce mot, une altéra- 
tion d'un ancien verbe français fréquem- 
ment employé dès le xii'' siècle : 

Or Tolt U rcîs Henris que vus les asoUz, 

leben des h. Thomas von Canterbury, AU' | 



franzôsiseh , herausgegeben von Immanne! 
Bekker. Berlin, 1838, in-8% pag. 127, v.9. 

Molt stti esgarée, 
Quant jou reroainc id si êsseidêe. 

Le Roman étAnsiis de Carthage^ Ms. de la 
Bill. nat. n* 7191, fol. ÎS recto, col. î, 
V.37. 



De tous mes boîns amis est mes corps esseuîet. 
Li Romans de Baiiduin de Sebourc, cb. IV, 
V. 410; tom. I*', pag. 110. 

Mais qaant elle fa essetdiée, 
Adont a dolour damcnéê. 

L'Ifutoire du Châtelain de Couey^ pag. 
234, V. 7078. 

U flt tant par ses esplez, qoll seatist qne noatre 
belle fille soyoit do l'erbo au coing d'nn bol», of- 
smlée de toutes gens. (Le» cent Nowelles fMW- 
velles, nooT. XXIV.) 

On lit encore abseulé dans la Chroni- 
que de Monstrelet , année 4436; édit. de 
M. DCIII. , in-folio, fol. 33 recto. 

On est autorisé à croire qnUsoler était 
un mot nouveau dans notre langue 
quand Boursault fit s^ comédie des 
Mots à la mode : 

VkBAMtL JOSSE.' 

Isolés,' ah! messieurs, le joli mot! il charme. 
Qui jamaii avant elk, a l'âge où la voilà. 
Avec tant de justesse a placé ce mot-là? 
Isolés! 

Se viif . 



jACQUBLiifB, S. f. Sabre de cavalerie, 
mot de la langue du soldat. 

De tout temps, les guerriers ont per- 
sonnifié le principal instrument de leur 
profession en lui donnant un nom. Pour 
ne parler que de l'époque moderne, per- 
sonne n'ignore ceux de Tépée de Ghar- 

» Parte, 1791, ln-8% pag. 182. 

* Voyez au mot Teston, 

3 Swonde partie, pag. 5M, coî. 2. 



lemagne, du glaive de Roland, d'Olivier, 
et des autres chevaliers célèbres du 
moyen âge. A la fin de cette époque, les 
militaires avaient encore cetle habitude; 
J'en ai pour garant Brantôme, dont voici 
les paroles : 

Geste espëe me faict ressouTenir d'un de nos 

Ivieuv capilaîDesdtt Piedmonl, que j'ai cognea, 
qui pourtant ae fawoii pas pins grands miracles 
de son espée qtfim autre , et disoit : « Qnteooqne 



93S 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



«on aflSiire à moy, U iioft Ou'il ait afrairv k Mar- 
tine qna me voylè au cMté (appellaot sod espée 
MartinB) ; et quieonqoe me la betoignera (mant 
de Tauttre moteaUaad qoi commenoe par/), qu'il 
die liardlment qu'il aura besolgiié la meilleure «• 
pée de France. (Bodmnontades espagnoUi, parmi 
les (Suvrei complètes de Brantôme, édit du 
Panthéon Uttiraire^ ton. U, pag. 16, col. 2.) 

Jacques Délogb. Voyez Prendre Jac- 
ques Déloge. 

Jacteb, V. n. Parler. 

Ce mot^ venu du latin jaetare, existait 
dans notre ancienne langue avec, le 
mtade sens : 

J'ai ony parler d'aocmn, lesquels se sont aiosy 
Jaetéi et vantés d'avoir donné ainsy ces grâces de 
vie, etc. (Discours sur les duels, parmi les Œuvres 
complètes de Brantôme , édit. du Panthéon Ut 
téraire, tom. 1", pag. 747, col. a.) 

. .« si J'en eusse eschappé, je m'en fusse allé 
jaetant et vantant par tout le monde de m'estre 
battu contre le plus brave et vaillant prince de la 
chresUenté, etc. (JMd., pag. 777, col. 2.) 

Nous avons conservé^ comme on le 
mi 9 jactance j avec le sens de vanterie. 

Jaffe^ jaflb, s. f. Potage^ soupe. 

S'il faut en croire MM. du Méril , dans 
le patois normand^ j'aj^^?, comme jiffe , 
signifie êcuffUt '. Or^ nous savons que 
giffe^ en ancien français^ signifiait joue. 
Si àoncjaf/e a jamais eu^ au propre, le 
même sens, on peut croire que celui de 
potage, de soupe, lui est venu de la même 
manière que la signification de manger 
gloutonnement, avec avidité, a été appli- 
quée au verbe bouffer, dont le sens pro- 
pre est ei^er ses joues *. Marot a dit dans 
sa deuxième Épltre du coq à Tasne : 

Mais Ronme tandis bouffera 
Des chevreauU à la chardonnette. 

£pitlres, liv. Il, ép. xi. 



■ Diction, du paL norm., pag. iSO, col. 2. 

> Voyei le Dictionn, du bas-langage, tom. I*', 
pag. lie. On trouve bo^ffemenM^ avec le sens de 
souffles , de tempêtes , dans le Livre premier de la 
Métamorphose d'Ovide, de Cl. Marot, v. 119. 



Jafle, qui n'appartenait plus à l'tfgot 
à l'époque où parut le Jargon *, y fut réin- 
tégré plus tard; du moins il figure, avec 
une légère variante orthographique, dans 
le dictionnaire de 4847. 

On disait anssi^ au moins dans un fau- 
bourg de Rouen 4 Jafflier pour jatte, 
écuelle : . 

Chia me forchet parfais i la serce. 
D'aller Uen loin faire la ptoorée , 
Et ftuse Inort en un jour vairement, 
Sans \r. secours d'un jafflier de mettes ; 
Mais l'avallant , bientost fendit le vent 
Le recapé du grtbus des Croates. 

La dixiêsmê Partie de la Musencrmomle, 
pag. 180. 

Je dois ajouter qu'il y avait à la fin 
du XVI* siècle une espèce de morue 
connue sous le nom de mor%te de Japhe^ 
soit qu'elle vint de Jaffa en Palestine, 
soit que l'on en flt la soupe : 

Il y a en ceste isie de l^errilingaio un grand 
fleuve où l'on prend en tout temps du harang 
sor, aussi grand pour le moins que les fNorues 
de Japhe. ( La Fabrique des exceUens traits 
de vérité t édit. de 18&3, pag. là.) 

Jàffibb, s. m. Jardin. 

Ce mot, que je trouve dans les édi- 
tions modernes du Jargon^ doit, à pro- 
prement parler^ désigner un jSrdin pota- 
ger. Jaffe on jafle, en ancien argot, se 
disant pour potage, il a paru] tout sim- 
ple de dire jafjler pour potager. 

Jàkbb de Dieu, s. f. Jambe prépa- 
rée de manière à ce qu'elle parût cou- 
verte d'ulcères; expression attribuée aux 
anciens argotiers dans la trentième serée 
deBouchet, iniiixûée des Pauvres et des 
mendians. 

D'abord j'avais pensé qu'il y avait ici 



' « Du potage B*appelolt de la Jafle, à présent &f 
la menestre. « (fidlt des Joyeusetez^ pag. 02.) 



DICTIONNAIRE DTARGOT. 



isa 



comiption, et qae Ton avait d& dire, 
dans Torigine» /am6tf dé gueux; mais je 
n'ai point tardé à rejeter cette supposi* 
tioD, et je me suis arrêté à lidée que 
les anciens mendiants, étalant «une 
jambe gangrenée, estiomen4e, sphace- 
lëe, flstuleuse, cbancreuse» » étaient 
vraisemblablement dans l'habitude de re- 
commander leur pauvre jambe de Dieu, 
comme ipii dirait affligée par Mieu. Ce 
qu'il y a de sûr, c*est qu'en fourbesque 
on dit également gandMi di Dio pqur une 
jambe toute gâtée. 

Au XVI' siècle, une main a croustele- 
vée et ulcérée, » comme en présentaient 
souvent les gueux, s'aillait Mo^fi de 
gorre* Voyez la xxvii* serée de Bou- 
chet. Or, il y avait aussi une prépara- 
tion magique connue sous le nom de 
tnain de gUnre : 

l« eompoM les talismans, les anneaax magi- 
qges, b Tolaote, la main de gloire, et la baguette 
de Volcaio, etc. {La fausse Coquette [1694], 
ad. II, se. m; dans le Théâtre italien de Ghe- 
rardi, tom. V, pag. 437.) 

Cette main de gloire, sur laquelle on 
peut consulter un curieux article du Dic- 
tionnaire de Trévoux , pouvait bien, dans 
Torigine, n'être qu'un bras de cadavre 
destiné à des opérations magiques. En 
eflét, « îl y peut avoir environ trois cens 
ans, dit Damai, qui écrivait à la fin du 
XVI* siècle, selon ce que nous avons leu 
dans un ancien statut manuscrit, que dans 
la ville de Bourdeaus se rencontra une 
troupe de voleurs de nuict, enchanteurs 
et sorciers, lesquels desroboient les égli- 
ses, et desenterroient les petits enfans, 
desquels ils prenoient les bras, et en- 
trans aisément aux maisons tenans à la 
main de la lumière enchantée, ils estoient 



veut, et non^pas leur lumière recogneu6 ; 
oeox du logis n'avoient «ul pouvoir de 
dire mot. Ils iqrenoient librement les 
clefedes armoires, emportoient tout l'ar- 
gent', et s'en tetoumoient en toute li- 
berté; finalement ils furent surprins, me- 
nés à la maison de ville, couiknnez par 
les maire et jurats à estre pendus et exa> 
cutez à mort. Us avoieot desenterré un 
prestre pour luy avoir ses habits \ a 

Ja>bb an l'àib, s. f. Potence. 

Jab, s. m. Argot. 

Il n'est, je pense, nullement besoin de 
dire que nous avons ici la {Mremière syl- 
labe de jargon, qui avait autrefois la 
même signification. On dit proverbiale* 
ment entendre lejar^nvétrejln, riué, 
adreit : 

Ali dame! ponr nn mari , comment ponrroit-OB 
faire si Ton ne ly donnoii dn galtMinum? n faodrolt 
n'enleiidre pas le jar. (Le MauvaU Exemple. 
parade de Salle, se. tu ; dans le Théâtre det boU' 
levards, etc., tom. III, pag. 254.) 

Pou lé ceux qui sont de queoque branque > 
Qui nVii/ffii/ point noi* jars k fond, 
Ch*ett oncor dia d'neuf qu*no vo flanque. 

Le Coup ttatlpurim, pag. 7. 

Il existe une petite pièce de 4622, in- 
titulée les Matinées des courtisans ^ dé- 
dié aux braves esprits gui entendent le 
jars de la cour. Voyez le Catalogue de 
Méon,pag. 427. 

A l'époque où cette pièce parut, on 
ajoutait à la phrase qui termine le titre. 



■ Supplément des Chroniques de la noble ville et 
cité de Bourdeaus , par Jean Darnal , etc. A Bonr« 
dMus, par iac Millanges... M. DC. XX., in^«, fo- 
lio 27 verso. L'ancien statut cité par Damai forme le 
S 4S de loj Càusiumas de la villa de Bordeû^ pu- 
bliées par les frères Lamothe. Voyes Coutumes du 
ressort du parlement de Guienne, etc., tom. I*', 
pag. S7, 38. 

>£tat 



234 



DICTIONNAIRE D'ARGOT, 



un membre fondé sur le double sens de 
farsj qui signifie aussi le mâle d'un vo- 
latile de nos basses-cours; quand on 
voulait parler d'un homme expert, on di- 
sait : il entend le jars, il a mené les oies. 
Voyez les Curiosité z françoisesy au mot 
Jars, 

Suivant Nodier, <r le radical far ou 
Jars désigne un oison ^ et la terminaison 
gon est dérivée du mot celtique comps, 
qui signifie langage. » Cette étymologie^ 
rapportée par M. Quitard, lui paraît 
d'autant plus probable, ajoute-t-il^ «que 
jargon s'est dit originairement du bruit 
que font les oisons '. » 

Cette dernière preuve malheureuse- 
ment n'en est pas une, car c'est justement 
la chose en question. J'ai beau rechercher 
dans les plus anciens monuments de no- 
tre langue, je n'y trouve rien qui indi- 
que que le moi jargon ou gergon, comme 
on disait aussi autrefois, et le verbe qui 
en est venu , aient jamais servi à dési- 
gner le cri de l'oison, à moins que Pon 
ne prenne dans ce sens quelques mots 
de Boucbet, qui ne sont rien moins que 
concluants *. Partout il s'agit d'autre 
chose que des oies : 

Quant tu, fet-i], rien n*en saveies, 
Ne sa parole n'entendeies , 
He niant n*eateit aujarguns. 
Tu n'en doit jà aveir respnos. 

Dou Vilain qtU norri une cftoe, ▼.27. 

(Poésies de Marie de France, tom. Il, 

pag. 234, fabl. XLVni.) 

n court un gergon 
Que humains auront rédemption. 

L'Incarnation et nativité de nostre taul" 

« Dictionnaire étymologique , historique et anec' 
dotique de» proverbes français , etc. Paris, P. Ber- 
trand , etc., 1842, in-8*, pag. 471. 

» « Le Jargon, ou le cry,ou le chant des bestes. » 
(Tom. n, pag. M.) 



peur et redemptnir Jêsuehrist, im-ttëo, 
MM lieu ni date, fol xliiii veno. 

Fascherye du monde tant grande et véhémente 
n'entrera désormais à mon esperit, qœ je ■• 
passe, seoUenent le lùjwaijargonner en wonjar- 
gounoys puerii. (Rabelais, Ut. III, diap. xviu.) 

N'entendens ce gergon, et estimans que, en 
icellny pays, festin on nommast ererailles , ete. . 
(M.f li?. Yy chap. xTi.) 

Par la royne des Andoaiilesl dist Panurge, toa- 
tes les hieroglyphieqaes d'Egypte n'approucharent 
jamais iJ» ce Jargon, (Id,, iM., chap. «rm.) 

▲ifiri. 
C'est bien dit, 
On ne sçaurail mieuU jargammr, 

ha tierea Journée dé la pauitu Jésus» 
Crist, édit. deTerard, 3^ feuillet verso, 
col. 2, après la signature v iiii. 

Il eut un oode lymosin... 

C'est ce qui le faict, je me vante, 

Gergonner en lymosinois. 

La Farce de maîstre Pierre Pathelin , 
édit. de M. DCG. LXII., pag. 66. 

Ung jour de apvril, comme nng vroy catholîoqae, 
Que les oyseanli commencent yar^onier, etc. 

La Légende de maistre Pierre Fal/eu, pag. 14. 

Jargon , gergon , jergon, viennent de 
l'italien gergoj sergo, qui a probable- 
ment donné naissance à l'espagnol geri^ 
gonza , dont le sens est le ni^me. 

Jardihbb sua lb tapis yeat. Jouer 
dans un tripot. 

Autrefois , quand <m jouait à la pamne^ 
on osait d'une métai^iore analogue: 

Quand il sut que Fouquet ponvoit être bien es* 
chauffé à talonner la bourre, il tinteulraraii 
jeu de paume, ete. {Lu Contes etjoyeu» devts 
de Bonaventure des Periers, nouv. XII.) 

Testonner la bourre équivaut ici à 
povsser Fétev/y balle de bourre. 

Jabgolieb^ s. m. Normand. 

Dans le Martyre de saint Denis et de 
ses compagnons, Humebrouet, Tundes 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



93S 



sergents da prévôt Fescennin y dit à De* 
nis> qui était grec ; 

Or 9Î! «itliiirt de pute afaîra, 
\itajargouiier au commissaire ; 
Tu yras ji à Pierre-Late. 

Mystères inédits du quinzième siècUf pu- 
bliés... par Achille Jubioal, tom. I'*", 
pag. 117. 

Gotgrave donne largouiller, qu'il tra- 
duit par io warble, ohirpe, or ehatter, et 
Jarguêut, qu'il rend par the weasan, or 
windpipe o/birds, whereoui they warble. 
Là aùiement est la racine de jargolier, 
qui sera devenu le nom des Normands 
en raison de leur patois. 

Cotgrave donne aussi le mot jargoi, 
qui se disait d'une sorte d'habit grossier à 
Fusage des gens de la campagne : or, il 
y a toute apparence qu'autrefois, comme 
aujourd'hui. Pans était peuplé de Nor- 
mands, qui conservaient leur costume 
villageois ; ce que font encore les mar- 
chands de melons établis, dans la saison, 
•n coin des rues. Si ce costume était le 
jargot, aa peut croire qu'il est entré 
dans la composition dejargolier. 

iÂAQOLLB, n. de L Normandie. 

jAaNAVFB, s. f. Jarretière. 

Jaspin, adv. Oui. 

Jaspiuihent, s. m. Aboiement. 

Jaspiubb, V. a. Parler. 

U ne me parait pas douteux que ce 
verbe ne soit une altération de jasper^ 
qui se disait autrefois pom japper : 

Iiaîfiei ceste beste importune 
Tout son ton jasper i la lune : 
Cela n'arrette point son cours. 

A Monsieur E. Lhermite. ( Le Mapisse- 
memt de Proserpine, de monsieur Das- 
tooey, édit. de M. DC. LIII., m-4*, 
pag. 84.). 



Roquefort, dans son Glùuaire de U 
langue romane, et Leroux, dans son 
Dictionnaire comtque, ont donné place à 
jaspiner, comme appartenant au vieux 
langage ; plus certainement ce verbe se 
retrouve dans le rouchi et le patois nor- 
mand. lyHautel, qui le présente comme 
en usage parmi le peuple, veut aussi quil 
ait fait partie de notre vieille langue, se 
faisant ainsi l'écho de Leroux, dont l'au-^ 
torité en pareille matière est bien pen 
considérable. 

Javnbt, s. m. Louis, pièce d'or. 

Ce mot est passé dans le langage po- 
pulaire, au moins depuis Oudin, qui 
le traduit par un scudo (Poro. Voyez la 
seconde Partie des Recherches italiennes 
et françoises, pag. 307, col. 2. 

On disait aussi jâKiiMtf : 

J*arriTe à Rome, et chez les cardinanx 
Semé en entrant quantité dejauneaux. 
Persuadé que la plus belle entrée 
Se fait toujours par la porte dorée. 

Plùhtanus, poëme. {Pièces et anecdotes in- 
téreuanies, etc. , seconde partie, pag. 114.) 

Matthieu Paris, parlant de quelques 
abbés déposés par saint Anselme pour 
avoir acquis leurs abbayes de la main 
des laïques et à prix d'argent, ajoute : 
a La clémence du saintrsiége, qui ne 
manque jamais à personne, surtout 
quand le métal Jaune intervient, daigna 
rendre à ces pontifes et à ces abbés leurs 
anciennes dignités, et les renvoyer joyeux 
à leurs offices, d Voyez la grande Chro- 
nique de Matthieu Paris, traduite en 
français par A. Huiilard-Bréholles. Paris, 
Paulin, 1840, in-8% tom. P% pag. 440, 
ann. 1103. 

Le moine de Saint>Alban dit aliquid 



S36 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



mM* ; mais PauteuF de la Chronique 
de Laneroost appelle bien For fulvum 
metallum. Voyez l'édit. du Bannatyne 
Club^ pag. 153, ann. 1293. 

Au xTiii* siècle^ on disait proverbiale' 
ment et trivialement un rouget, pour 
dire une pièce éCor. En langage d'alchi- 
mie^ ajoutent les rédacteurs du Diction- 
naire de Trévoux, on appelle rouge la 
teintdre d'élixir arrivée au point de don- 
ner la couleur de l'or à l'amalgame. 

Jbar dv la Suie, s. m. Savoyard. 

JiAH DB LÀ VieifB, 8. m. Crucifix. 

Un curieux passage de la xviii* serée 
de Bouchet nous donne à penser que ce 
nom vient à la représentation de Jésu»- 
Christ sur la croix, de l'un des acteurs 
de bois du théâtre des marionnettes qui 
était ainsi désigné : 

Et... loy YODt dire... qn'OD trooToit tootjoare 
aai badineriei, batderiet et marioiiiiettee, Tabary, 
Jean des Vignes, et FraDC-à«tiipe, touijoure boi- 
teux , et le badîD es flircea de Franee, iKMaa : fai- 
sant tous oea contrefaila quelque tour de champi- 
cerie SQf les théâtres. 

Le même personnage est encore nom- 
mé dans un autre ouvrage du temps : 

Quand TOUS Terrez... un fatfteur de passe passe, 
Jean des Vignes et sa séquelle, un sauteur ei plai- 
aantin^... imaginez-Tous de Toir autant de fi- 
lous, etc. (Le Mogen de eognoistre les flous 
cf «ne lieue Mng sans lunettes, édit des Jogeu- 
setet.) 

Ce qui me confirme dans l'opinion que 
j'ai émise en commençant cet article, 
c'est qu'encore aujourd'hui le peuple, au 
lieu de jurer le nom de Dieu, dit nom 
éFun petit bonhomme de bois ! par allusion 

* Cette éptlhète était celle que Ton donnait plus 
baliitneUementàror: 

A rouge or espagnols passast-on la pralde. 
lÀ Romans d^JUaumdrs^ pag. 841, t. 27. 



à Jean des Vignes ou à quelqu'un de ses 
successeurs. 

Ce Jean des Vignes, ainsi nommé, sui- 
vant toute apparence, parce qu'on lui 
faisait jouer des rôles d*ivrogne, avait 
autrefois une célébrité dont nous retrou- 
vons la trace dans des proverbes où il est 
question de lui. C'est ainsi qu'on avait 
coutume de dire, quand on voyait quel- 
qu'un s'engager dans un mauvais pas : 
a II fait comme Jean des Vignes. » Lors- 
qu'on voulait parler d'un mariage illé- 
gal, qu'on rompait en justice quand on 
voulait, on disait : « C'est le mariage de 
Jean des Vignes, tant tenu, tant payé,» 
ou simplement, « C'est le mariage de 
Jean des Vignes \ » Enfin, s'agissaitnl 
de relations passagèfres avec une femme , 
on citait le mariage de Jean des Vignes, 
où chacun prend son paquet le lende- 
main*. On appelait aussi, par injure^ 
un homme sot et mal bftti, un Jean des 
Vignes : a Moi, pauvre sot, plus sot que 
Jean des Vignes jii dit d'Assoucy^. Au 
livre VII du Virgile travesti, Junon donne 
ce titre à Énée. 

Jean ! que dire sur Jean .' c*eBt un terrible nom, 
Que jamaii n'accompagne une épitbète honnête. 



' Voyez les HUiorieties de Tallemani des Âéaux, 
édIt. in-12, tom. VIII, pag. 20); tom. IX, pag. US. 

Ces deux proverbei sont rapportés ton. Il, 
paR. 89, 40, du Livre des Proverbes français , avec 
une explication complètement fausse, que M. le Roux 
de Uncy a tirée des Illustres Proverbes^ part III, 
pag. 121, et qui a été répétée dans le Dictionnaire des 
proverbes français de M. Quitard, pag. a74, 479. 

On lit dans une facétie du XTiii* siècle : 

« Madame CoitereU — Queu compte ! nous alloua 
la marier, vous dit-on. 

« Madame Rognon — Oui, à Jean des Vignes, *• etc. 
{Les Ecosseuses^ parmi les Œuvres badines complet'- 
tes du comte de Caglus^ tom. X, pag. 56S.) 

* Voyez les Curiositez Jrançoises, au mot Ma* 
riage. 

^ Les Avantures d'Italie de monsieur d*AsÊOueg^ 
k Paris, de l'imprimerie d'Antoine de Rafllé, 
M. DC. LXXVn., in-13, pag. 896. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



237 



Jmmn des rigntt, Jean logne »... Oà nii-jc ? Trou- 
Qu*en « beau chemin je m'arrèle. [vez bon 
M"** Deshoulières. A monsieur Cote, pour le 
jour de sajite^ 1690. 



Encore aujourd'hui, les joueurs de go- 
belet donnent à la petite poupée à la- 
quelle ils parlent^ qu'ils font mouvoir 
et qu'ils escamotent^ le nom de Jean de 
la Ville j qui n'est autre chose que celui 
du camarade de Tabary et de Franc-à- 
tripe légèrement altéré. 

Au XYii* siècle^ les protestants ont 
imité, sans doute sans le savoir, les ar- 
gotiers, en donnant le nom de Jean à 
Dieu 5 au moins à lliostie qui le repré- 
sente. .Voyez la Légende véritable de 
Jean le Blanc* (Hollande^ i682, petit 
mrii)j portée au Catalogue des livres... 
de M. dé Monmerqué, Paris^ L. Potier, 
4851, pag. 429, n* 1186. 

Pour ce qui est du nom de Jean en 
lui-même, il n'est devenu celui des bouf- 
fons, et n'a été donné aux sots, que 
parce qu'il est la traduction matérielle 
de l'italien zone ou sanni, qui a une si- 
gnification équivalente. Le nom de Sga- 
narelU, le mari berné, n'en serait-il pas le 
diminutif? Au zv" siècle , les martyrs de 
cette espèce étaient vulgairement dési- 
gnés par la dénomination de genins^ où 
il est facile de reconnaître un diminutif 
de Jean. Le duc de la Valliere avait, 
dans sa bibliothèque, un manuscrit de 



cette époque contenant huit feuillets et 
décoré d'une miniature, qui renfermait 
un conte assez plaisant de 348 vers, inti- 
tulé le ehemlier Genin \ On lit dans la 
Farce nouvelle d*ung mary jaloux : 



> M"* Desboollères aaratt pa ajouter Jean de let- 
Iw, qol «pour Tordinaire, dit Tallemant, est un 
aoimal mal idoine à toute autre cliose. • {Historiettes^ 
tom. IX, pag. 209; et lom. X, pog. 82.) 

* Ce nom est bien près de Jean Farine^ par lequel 
CD désignait, à l^époque, une espèce de bouffons : 
« Jean Farine... ou la Fleur s*en feraient (du man- 
teau d*un gentilhomme gascon ) un lionnet ; et à le voir 
blanchastre, il semble quMl soit desja enfariné, » etc. 
(Xei Jeux de Vlueonnu, elc. A Rouen, chei Jacques 
CaUioué, M. DC. XXXXV., ln-8«, pag. 158.) 



Pourroit-il estre vray ou falote 
Que ma femme m'ayt {ùijenin? 

Ancien Titédtre franeois , tom. I^, pag. 
133. 

Voyez encore le facecieux Réveille^ 
Matin des esprits melaneholiques, édit. 
deM. DC.LIV.,pag. 111. 
Jean db l'Houssine. Voyez Houssine. 
Jean (Faire le saint). Se décoiffer 
pour avertir ses compères de prendre les 
devants, et de se rendre au lieu convenu ; 
signal des emporteurs. 

Primitivement, faire le saint Jean et 
faire Parçon ou l'accent ont dû être sy- 
nonymes et exprimer le geste représenté 
par Murillo dans son tableau du petit 
saint Jean, dont le personnage tient l'in- 
dex courbé en arc. Plus tard, le signal 
ayant changé, la même expression aura 
été conservée pour désigner le nouveau. 
En fotœbesque, on dit Agnus Dei pour 
baccio le mani, formule de salut qui 
équivaut, en Italie, à ôter son chapeau, 
comme on fait chez nous. Or, il faut en- 
tendre par Agnus Dei la représentation 
de saint Jean tenant dans ses bras un 
agneau , et une croix à laquelle est atta- 
chée une banderole où on lit ces deux 
mots latins. C'est à cause de cette repré- 
sentation qu'on dit en italien guardar 
da Agnus Dei^ fOur regarder par-dessus 
VépaulCy comme fait l'agneau de saint 
Jean. 



> CaUlogue en trois yoI. in-8*, diessé par Guil- 
laume de Bure, tom. II, pag. 185, 286. n* 3848. 



t38 



UIG TIONNAiRE D'ARGOT. 



il est une autre dasee de réprouvés 
qui emploient également un signe pour 
se reconnaître; nous nous serions bien 
gardé d'en parler, si^ dans ce »gnal^ 
il n'entrait une révérence imperceptible 
qui rappelle le saint Jean. Voyez les Vo- 
leurs de Vidocq^ tom. II, pag. 165^ au 
mot 7an^. 

Jbrdsaleh (Lettre de). Voyez Lettre 
de Jérusalem. 

Jbsuite^ s. m. Dindon. 

Les argotiers, en créant cette expres- 
sion, se sont montrés plus justes que 
ceux qui ont donné le nom d'Amérique 
au monde découvert par Christophe Co- 
lomb. 

Jésus, s. m. Enfant dressé au vol et à 
la débauche. 

Jbu de DoiuNOs, s. m. Dents. 

Jeune homme (Avoir son). Être un peu 
gris, \oyez Ange gardien. 

JoB^ adj. Niais, sot, nigaud. 

Nous avons encore ici une vieille ex- 
pression française : 

... il aura plfls tost ooequit ee qM prétend » 
tvw m mot bien ceucbé... 4|ne psr ierrir et faire 
le mignon long-temps, qui est Toffice d'un jo^, ou 
caillette. (Noël du Fail » Propos rustiques etfor 
ceikusB, cbap. vi.) 

Hép pauvre Job , te sonvient-il pas qu'il me le 
promit la nuit? (la Con/ess'wn catholique de 
Sanctff lîT. H, chap. i^.) 

Enfin le bonjobe demary... loi répliqua. (Le 
/aeetieux ReveUie-nuUin des esprits mUancho» 
tiques, édit. de M. DG. LIV., pag. 113.) 

On euq)loyait cependant plus volon- 
tiers jobelin, jobelin bridé, jobelot et 
jobet , tous mots de la même famille : 

La Hotte.;, qui nCavoît daigné rire... de ce badin 
sans farine... dressa à notre >ofre/in bridé une 
bonne et gentille partie, etc. (Contes d'Butrapel, 
chap. XY.) 

le Teux dire qu*ooy, pourveu 



Que le aarié soit pourveu, 

Qui en est johelin bridé. 

Discours joyeux pour advmrtir la nouvelle 
mariée, de ce qu'elle doit/uite la pre- 
mière nuicu A Rouen, chez Loys Costéy 
s. d., in* 12, pag. 3, v. 93. 

... c'est dommage que tous n'avei non lo* 
oriase, je croy qu'il vous feroit bon Toir mener les 
poules pisser. Donnez-loy une serviette pour se 
torcher, il a manié de l'empois, ses doigts en sont 
englues. Aga frare Pierre, bé Jobelin bridé! il 
craint de dormir, de peur de pisser au Uct. (£ef 
Apresdisnées du seigneur de Cholieres. k Paris, 
chez Jean Richer, 1588, in-n, folio 23 recto.) 

... il y avoK la figure des cornes , ce qui estoit un 
présage très^nauvais pour le pauvre;ote/tn. (L'BiS' 
toire comique de Frandon, liv. VII; édit. de 
Rouen, M. DC. XXXV., pag. 443.) 

Tandis noatfejoMiii bridé... m mit gnaras à 
se coucher auprès de sa chaste |.ucine. (£e/ace- 
cietix ReveUle-matin, etc., pag. 1 14.) 

Il n*est qp.'un joBelin, il n'est qu*un Jean farine. 
d monsieur le marquis de Montjeu estant à 
Rome, requesite buriesque , v. 42. (Les Ri- 
mes redoublées de monsieur Dassouef. A 
Paris, M. DC. LXXL, ia-12, pi|(. 138 '.) 

leéllni suppliant oy et entendy que Pknv Vé- 
letin... le nommoit et appelloit, par maniam de 
injure et moquerie^^'odeto^, qui est à entendre, 
selon la manière et le langaige du pays {ff Artois)^ 
qu'a estoit un cbolif et meschant, et de peCICe m- 
Ireprinse. » Lettres de rémission de l'an 1454, da- 
tées par D. CarpeoUer. (Gloss. med. et inf. Latin., 
ton. III, pag. 694, S9S, V JobagUies, Joba- 
giWMS.) 

Hais Lubin» ce pattvrsy'tfAe/... 
Enfin ce plus sot que tout autre... 
PTest-il pas sur votre journal 
Marqué pour un original ? 

Poisson, le Sot vangé, se i**". 

Et GuîUemette , où avei-vous les yeux 
D'un tel jobet faire vostre amoureux? 

La Pleur ou tesUte de toutes les citansoms 
amoureuses, et airs de court... A Rouen, 
chez Adrien de Launay, 1S03, in-12, 
pag. 328. 



■ Pour le moi Jobelin, voyez encore Mémoires tou- 
chant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chan- 
toi... marquise de Sévigné, etc., par M. le baron 
Vfralckenaer, 5« partie. Paris, librairie de Flrmin Di- 
dot frèrp«, \M\ In-I2, pag. 456, 457. 



ConlMeir de finaoeien 
Et àejoheU Toit-OD» qui pour estre officiers 
Mesprisent U science, et soustiennent qu*au monde 
Il faut tant seulement bieo porter la rotonde ! 

Le Parnasse scUyrique du sieur Théophile ^ 
M. DG. LX., petit in-13, pag. 125. 

Voyez aussi les Curiosités françaises, 
aux mots Jobelin bridé et Jobet, qui se 
suivent; et la seconde Partie des Re- 
cherches italiennes et françaises, pag 
323/, col. 1. 

Eteûns le xva« siècle, on appela jabe- 
tins les beaux esprits qui donnaient la 
préférence au sonnet de Job, par Bense- 
Fade, sur celui d'Uranie, par Voiture. 
Le prince de Conti était à la tète du 
premier parti, et sa sœur, madame de 
LonguevUIe, s'était déclarée pour Tau* 
tre^ ce qui donna lieu à cette pointe : 

Les feniiiei sont unuûes, 
Et les maris aoni jobelins *. 

De jobelin on avait fait enjobeliner et 
jobelinocratie, comme jabiner de job 

Vous sçaves bien patelioer; 

Mais, pour mieida Venjobeiiner, 

Dictes-luy ce qu'il ne fut onc. 

Farce nouvelle d'wi savetier nommé Cal- 
bain, etc. (Ancien T/iédtre français ^ 
pnbt. par M. Violletle Duc, tom. II, 
pag. U8.) 

£t les scet très- bien ;o^f/i<r. 

Moralilédes Enfans de mainUttant, etc. 
{iSid., tom. Ul, pag. 47.) 

Ke m^enjoheline plus de ces contes à dor- 
mir deboQt (Le Carabinage et matoiserie sol- 
datesque^ chap. i*", pag. 4.) 

BnuD 9 dit-il , j'aîBMrois autant la Jobelinocratie 
du prince malaisé de la Rochelle. {Les Àvantures 
du baron de Fœneste, Iîy. Ill , chap. ixii.) 

Ob ëemandoit une fois quelle sorte de gouverne- 
■«Btc'étott que U Eocbelle : « CVst une /ofte/ino- 



DICTIONiNAIKE D'ARGOT. 

cratie, » répondit on gManl homme, {les His- 
toriettes de Tallemant des Réaux, tom. X, 
psg.74.) 

Le galant homme dont parle récrivain 
que nous venons de citer faisait sans 
doute allusion au passage de d'Aubigné, 
ou à quelque proverbe sur lequel celui- 
ci doit être fondé. 

Bien avant l'époque à laquelle nous 
reportent ces trois citations ^ notre lan- 
gue avait enjofnbarder et engarbarder, 
qui me senÂlent des rameaux de la 
même souche : 

Onques gens miex ne sorent prelaz enjombarder 
Que cil font qui leur etivres vueillent bien esgarder. 
Le Testament de Jehan de Meung, v. 819. (/> 

Roman de la Rose, cdit. de Méon, tom. IV, 

pag. 42.) 

Presque trestout li mondes en est engarbardèt. 

Ibid.y T. 1759. (Ibid., pag. 90.) 

On a maintenant la filiation et les al- 
liances du mot jobard, si usité aujour- 
d'hui dans le style familier, et qui est 
bien français, malgi*é que l'Académie 
n'ait pas cru pouvoir l'admettre aicore 
dans son Dictionnaire. 

JoBSLiN , s. m. Baragouin, jargon, ar- 
got, langage à l'aide duquel on attrape 
les jobards. 

CAYNU. 

Pour entendre sou jobelin. 
Amener le fault. 

pyLÀTK. 

Sos,Safaîn! 
Va-moy ce fol nattre quérir. 

La Vengence nosire seigneur Jesuctistpat 
parsonnages, etc. Paris , Jehan Petit , 
sans date , in-folio, sign. b iiii verso , 
col. 1 . Première journée. 



< 4;^iillai<d, INefientuniv. 
r MU., pag. 341. 



. ét$ Ffov^rbesfrançaû , 



Mais que dyable est-ce qu*il demande f 
Je u*eDtens point son jobeRn. 

Farce nouvelle de Colin, etc. (Ancien 

Théâtre françois , publ. par M. Viollet 

le Duc, tom. IT, pag. 399.) 



240 

JoBuiE^ 8. f. Niaiserie. 

Ceqai doosa Mjetà Faoteor deie nocqner de 
ter >o«erie,cte. (Septième Partie detaMuse 
MomuMcle^pig. 115.) 

TmU cUa n*at que ^njoierm. 

Dis-^piieme ParOe de la Mute mormande, 

PH. m. 
Au xiii« siècle, nous smom loberie, 
mais avec im sens difiërent, celui de 
fraude, de mensonge, qui apparteuaii 
encore à /^6e : 

Asses lor fist fodaz et joie.^ 

Car molt amoit clie?alerie« 

Ethaoittoole/oAerie. 

Le JhumanM de Clans et de LarU, Bfs. 
de la BibL nal. n* 75345, foL 100 Tewo, 
col. 2, ▼. 17, a. UL 150 recto, col. 1, 
▼. 17. 

JoLY (Se mettre en). S'arrêter; terme 
de Tanden ai^ot maritime. 

... Arrestereot leora galères; et n mirent tontes 
«» jolf (Cett on mot de galères qoe Ton use 
qoand elles ne Yogoent en ad? ant ny en arrière, et 
qu'elles root lialte), etc. (Vies des grands capi- 
taines estrangert et français, ehap. t : Dragot; 
PMii les Œuvres complètes de Brantâme, édit. 
du Panth. tut., tom. !•', pag. uo, col. i.) 

Jonc, s. m. Or. 

A mon sens, ce mot tfest autre cpie 
Tadjectif jatfne, dont la prononciation 
aura été altérée, soit avec intention, soit 
en passant par la bouche des Bohémiens 
ou autres étrangers. 

« Jonc, s'il faut en croire l'Académie, 
se dit aussi d'une espèce de bague dont 
le cercle est égal partout. » Au xvii» 
siècle, on désignait ainsi les anneaux de 
mariage: 

Pour vous guérir, il cooTiendroit, du Ludre, 
Que le pasteur au doigt vous mit \xajon. 
Vous avez l'air tendre, doux et lugubre : 
A la pigeonne il faudroit un pigeon. 

Let TqnrûionUmton^ per Benserade. {Ut- 
très de meuirs Roger de Moh$an, etc. A 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Paris, M. DGaxi.,».r.iB&i*» p^. 
lot; lellie de:Beoseraie en If aspt. 
IM7.) 

Avec cette signification, jour rient de 
ce que dans certains Ifenx, même à Pa- 
ris, on mettait im anneau de paiih an 
doigt de ceux qu'on mariait par condam- 
nation de rofBcialité. Ces mariages, 
pour Paris, se faisaient à Saiate-Marine': 
«C'est dans cette éfjlise, dit Dulaure 
d'après Saint-Foix, que l'on marie ceux 
que l'on condamne à s'épouser. Ancien- 
nement on les mariait avec im anneau 
de paille : était-ce pour marquer au mari 
que la vertu de celle qu'il épousait était 
bien fragile? Cela n'était ni poli ni cha- 
ritable... •. » 

Quoi qu'il en soit de cette explication , 
il est à remarquer qu'autrefois on don- 
nait le nom de verge à certains anneaux : 

Pennaus d*argent et bons et biaus, 

Et les ifergret et les aniaos, 

jij. on Jiij. en chascune main, etc. 

Le Biasme des famés, ▼• 13. {JomgUtws 

et trouvères, etc., pubL par A. Jubinal. 

Puis, 1835, in-8*, pag. 79.) 

Anneaulx, ou verge d'aliance, 
Où fut escript : «Mon cueur avez. » 

V Amant rendu cordelier^ etc.» st. 
CLXXXVI. 

Il m'envoya nne verge qu'il porioit an doigt, 
pour enseigne. {Croniquedu rog Logs unsiesme, 
par Pliilippe de Comniinea, chap. uv.) 

. . .luy miat au doigt médical une verge d*or 
bien belle, etc. (Rabelais, Uy. IU, cbap. xtd.) 

Voyez le Glossaire de du Cange, au 
mot Virga, nM, tom. VI, pag. 846, 
col. 3; et surtout le Dictwnn. étym. de 
Ménage, tom. Il, pag.^78, au mot iïoiit. 



< Piganfol de la Force, Description de Paris, etc. 
Paris, 1766, In-S». tom. !•% pag. 8M. 

> NouvelU Description des csmosiUs de PskHs. etc. 
Paris, 1786, in-i2. pag. 411. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



341 



JoNcasB^v. a.Troniper^attraper^ jouer. 

Ce mot, employé par Villon dans les 
ballades III et V de son Jargùn etjobetin^ 
se retrouve ailleurs ; 

Nous ptriasmes iariu, tara. 

Pois de monsieur, puis de intdanie, < 

Kt me mist-on en telle game 

Que la dame et la ^mberiere 

Me jonchèrent. Tune derrière, 

L*autr8 devant me regardoit; 

L'one fanoit, T^utre lardoyt. 

Le Monologue ie la Botte de f oing ^ {Les 

Poé'jtes de Guillaume Coquillart, édit. 

de Coustelier, pag. 143.) 

JoiicBERix, S. f. Tromperie^ attrape, 
aiensonge. 

Ce mot, qu'on lit dans la ballade V 
du Jorgan etjobelin de Villon, a été éga- 
lement employé par d'autres poètes du 
même temps : 

Dames de pensée amoureuse 
Font faire mille singeries... 
Aui fias esprtlz XeA joncheries , 
Les ruses, les termes nouveaulx. 

Le Blason des armes et des dames. (£e/ 

Poésies de Guillaume Coquillart, édit. 

de Coustelier, pag. 133.) 

Statuts ce sont joncheries. 

Coquillart, cité par Borel. 

Aux lions serrans sa main n*estoit tarie : 
Aussi chascun desiroit son service; 
Me n*il falloit user ^tjoneherit. 
Car congnoissoit ceux-là sans flaterie 
A qui le bien estoit deu et propice. 

Us Vigiles de Charles VU, édit. de Cous- 
telier, pag. 71. 

Il congneut bien la joncherie. 

Les Repeues franches, T. 336. 

Que fist-il? lors à peu de ptet 
S*advisa de granl jonclterie. 

Ibid., V. 349. 

JoHCHBUB, s. m. Filou. 

Ce mot était déjà en usage au my* siè- 



cle. Dans lin registre du parlement de 
Paris, consulté par M. Jérôme Pichon % 
Pévéque requérant que trois individus 
enfermés au Gbfttelet lui soient rendus 
comme clercs, « le procureur du roy dit 
que l'un des prisonniers, appelle Perrln 
Ôpurtauk, est mariez et ne scet lire, et est 
boulier, cabuseur, mal renommez; et, 
ajoute ce magistrat, appelle-l'en tekgens 
qu'il est j<mcheus , c'est à dire cabuseurs 
de gens, comme sont compaignon oiseux 
qui monstrent aux simples gens M. Piene 
du Cugnet ' , et après les mènent en la ta- 
verne , et se partent des tavernes en don- 
nant à entendre trufes et manscmges, et 
lessent les simples gens is tavernes, et 
convient qu'i payent Tescot. » 

S'il faut en croire d'Hautel ^, joneheur 
serait ime altération de jon^/evr. Je crois 
plutôt qu'il faut cbercber Torigine du 
terme d'argot dans ce passage de la bal- 
lade m du Jargon etjobelin : 

Les dupes sont privez de caire 

Sans faire haire, 

Ne haut braire, 
Mais planiez y sont comme joncs. 
Par les sires qui sont si longs. 

Joncs (Être sur les) , v. n. Être sur la 
paille, être en prison : 

Plantez aux burmes ?os picons 
De paoor les bisans si très-durs 



> Conseil et plaidoiries, manli 7 sept. 1888. CAnb. 
nat., reg. colé X 1474, f» 332 V.) 

> M. Pierre du Cugnet éUlt une figvre de plern 
placée dans Tun des coins de Téglise Notre-Dame, 
d^où son nom. 

Au xm* siècle, les curieux éUlent d^à exploités 
dans le même endroit : • Li vilains babulna, dit un 
écrivain de Tépoque, est cil kt va devant Nostre- 
Dame à Paris, et regarde les rois et dist : « Véa-là 
Pépin, vés-là CharlemaiDne. ■ Et on li coupe sa 
borse par derrière. » {Des xxia Manières de vilotnê. A 
Paris, chez Silvestre, M DCCCXXXllI, lo-8*, pag. la) 

^ Dictionnaire du bat^langage^ tom. II, pag. 88, 
au mot Joneheur, 

16 



942 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Et aoMÎ à*estre *ar Usjonez, 
EmmaocheK en coffre et gros mors. 

Le Jargon ei JoAelin de FiUan, ballade I, 
ooupl. m. 

Dans la seconde Journée du Mistere de 
la pasHon Jhesus-Crist, se. de te Prime 
des larrons, un sergent dit , en parlant 
d'eux : 

▲lions mettre ses gallans pondre 
Sar la belle paille jolye. 

Édit. de Verard, fol. K iiii verso, col. 2. 

JoBNB^ 8. m. Jour* 

JouBB nu VIOLON , V. H. ScicF ses fers; 
terme des argousins chargés de conduire 
les forçats au bagne. 

JoYitisB^ s. f. Épée. Germ.; joyosa. 

Tout le monde sait que Joyeuse était 
le nom de Tépée de Charlemagne et de 
Gaillaume au Court Nez^ auquel Tem* 
pereur l'avait 4onnée en l'armant cheva- 
lier. 

JuDAïsEik^ iOBAssRR; V. a. Eiubrasser 
pour tromper. 

Judas (Lepointde). Le nombre treize. 

JuDAssERiB^ S. f. Embrassemcut ^ ac- 
colade^ démonstration trompeuse d'ami- 
tié^ trahison. 



Judée (La petite). La préfecture de 
police. 

Est-ce parce qu'elle est située rue de 
Jérusalem, ou que les malfaiteurs la con- 
sidèrent comme peuplée de Judas? 

JuoB DE PAIX y s. m. Bâton. 
• 

MangiQ (Albert), ftgé de 34 ans, cocher, con- 
damné à mort Je 7 floréal an II, comme contre-ré- 
volutionnaire, ayant dit que les jacobins étaient 
tous des scélérats et des coqoins, et montrant un 
gros bâton (|n*il tenait à la main: Voilà un^ti^e de 
paix qui me servira à leur casser la barre du cou. 
{Dictionnaire des individus condamnés à mort 
pendant la révolution y par L. P. [Pradbomme]. 
Pari», an Y, iu-8S tom. II, pag. 531.) 

On employait aussi Je'rrfm« pour exprî- 
merime canne, un bâton. Voyez le Théâ- 
tre des boulet)ards, tom. III, pag. 260, 
261, 263, 258 et 261 •.» 

JuiLLBTisEB, V. a. Détrôner. 

Jumelles, s. f. Fesses, derrière. 

Jus DE BÉGLIS8E, 8. m. Nègre. 

Juste, s. f. Cour d^assises. 

Abréviation de justice. De même, dans 
la germania,7itô^a remplace l'espagnol 
justicia. 

JuxTA, JuxTE, prép. Près. Ane. fr., 
juxte Jouxte; lB,ï.,juxta. 



Lâbago, adv. Là-bas. 

Lago, adv. Ici. 

Laigre, s. f. Fête, foire. 

Ce mot n'est autre que Tadjectif alai- 
gre, dont la première lettre a disparu ab- 
sorbée par Va de Tarticle te, qui le pré- 
cédait la plupart du temps. 

Laine, s. m. Mouton. 

Le pi*overbe stupide comme Laine, 



dont on serait tenté de faire honneur 
au mouton, se rapporte à un célèbre par- 
tisan du temps de Louis XIII. Voyez le 
Livre des Proverbes français, tom. II , 
pag. 42. 

Lait a broder, s. m. Encre. 

Lance, s. f. Eau. Voyez Ànee. 



' Il y a ici erreur dans la pagination. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



2i3 



Lancequinbb^ V. a. Pleuvoir, pleurer. 

Landau à baleinbs^ s. m. Parapluie. 

Lakoibb, s. m. Commis aux barrières^ 
employé de Toctroi. 

Ce mot n'a rien de couunun que la forme 
avec landier, qui, dans notre langue, si- 
gnifie ehenet de cuiiine ; je le tire de lan- 
die, auquel Oudin donne pour équivalent 
haillon, chiffon, et qu'il traduit par s^rew- 
ga, rimbrensudo * : ^ndï^r voudrait donc 
dire, au propre, déguenillé, en haillons, 
aspect que présentaient les employés de 
l'octroi avant l'adoption de Puniforme. 

Ce mot de landie, que l'un des auteurs 
du Roman du Renart écrit aussi lendie, 
existait déjà au xiii* siècle, et avait une 
autre signification figurée pour laquelle 
je me bornerai à renvoyer à cet ouvrage, 
tom. III, pag. 20, v. 20312, et pag. 26, 
V. 20473. Voyez pareillement la Bouqni- 
nade, par Pierre de Ronsard, dans le Ca- 
hinetsatyrique, édit. de M. DC. XXXIIII., 
pag. 126; et de$ Dames gallantes , 
deuxième discours, parmi les Œuvres 
cofnplèles de Branlôme, édit. du Pan- 
théon litléraire, tom. II, pag. 300, col. 2; 
et pag. 304, col. i. On y lit landie et len- 
ailles dans des sens que les curieux pour- 
ront trouver en recourant à ces ouvrages. 

Landibbb, s. f. Boutique en foire. 

On sait que le Landit était une foire 
célèbre qui se tenait à Saint-Denis. Bour- 
digné , parlant des talents de Pierre Fai- 
feu , qui lui auraient valu des succès à la 
foire, dit au chap. m de sa Légende : 

11 gambadoit, il faisoit le badin; 
Oocq* on ne vit ung plus parfait landin. 

On appelait aussi landit un présent, 
une gratification, parce que, dans Tori- 



Sec, Pari* des Rtch» ital, eifr., pag. 33l, cok 2. 



gine, on en faisait à Poccasion de la foire 
de ce nom : 

Mercure avec d*avides mains... 
Met impost et taxes nouvelles... 
Sur les iandis, sur les estreimes. 

Ix Foyage de Mercure, etc. A Paris, 

chez Louis Chamhoudry» M. DC. LUI., 

in-4S liv. III, pag. 51. 

Landbbux, SB , adj. Infirme. 

Ce mot était en usage, dans le style fa- 
milier, sous Louis XIII, avec le sens de 
foible, demy malade, en mauvais estan. 
L'auteur d'tme chanson du temps fait dire 
à madame de Brancas : 

Dans ma roaison je n'ay point de beau-pcre. 

Helas ! pour mon malheur 
Je n'ay trouvé qu*un landreus de beau^rfrere, 

Un mary sans vigueur. 

Ms. de mon cabinet, fol. 54 recto. 

Landreux ressemble tellement à Tad- 
jectif basque landér (étranger), que le P. 
de Larramendi n'eût pas manqué de le 
rattacher à sa langue natale, comme il a 
fait pour ladre, dont il trouve l'origine 
dans une épiUiète que l'on donnait aux 
cagots, tenus non-seulement pour lé- 
preux; mais pour étrangei*s\ Pour moi, 
je préfère voir la racine de landreux dans 
Tespagnol landre^^ qui signifie glande ^ 
tumeur. 

On disait autrefois, chez nous, inalan, 
malen et malandre, dans le môme sens: 



Le ool ftt de bone i 

Si n*i ot bube ne malen. 

Le Roman de la Rote^ édit. de Méon, 
lom. ic'jpag. 24, ▼. 639. 



» Cutiositezfrançoites, au mot Landreux. 

» Voyez le Diceiotutrio tnlintfue, prol., fom. I*, 
pag. xxj , et V Histoire des races maudiUt de la France 
et de C Espagne, tom. 1", pag. 371, 578. 

3 Je trouve, chez nous, landre dans on ouvrage da 
XT* siècle; mats là ce mot semble avoir le mtaie sens 
que tente. Voyez le Jardin des ISobtes^ Hs. de la BU)J. 
nat. n" fi»ô3, folio su rvcto. 



16. 



2M 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Des malûnz la roife et Tcscorcc 
Cheoir li fet en un moment. 
• De tEmpereri qui garda sa ehasteé par 

mouU temptaeiont, ▼. 2774. (iVoKP. 

Rec. de fabliaux et contes ^ tom. II, 

pag. 88.) 

De tôt rcrbicr qu'en trueve en Macre 
Ne feroit l'en pastel ne jus 
Qui un malan ne botast jus. 

Ibid,, V. 3074. (ihii., pag. 97.) 

... une belle et honneste montare, saioe, nette, 
flans sur-oflt et sans ma/ontfre, etc. (Des dames 
galantes, parmi les Œuvres complètes de Bran- 
tôme, édit. du Panthéon littéraire, tom. II, 
pag. 242, col. 1. Voyei encore pag. 809, col. 2.) 

Tiennette n*a ni suros ni malandre. 

Contes de la FonUioe. Les Troqueurs, 

A la fin du siècle dernier, un pamphlé- 
taire, parlant d'un certain Landrieux, 
banquier d'un tripot, rappelait a Lan- 
drieux ou ladre-gueux.» Voyez la Gazette 
noire, pag. 262. 

Langue vbbte, s. f. Argot des joueurs. 

Dans le piologue d'un mélodrame de 
M. Marc Foumier, joué au théâtre de la 
Porte-Saint-Martin sous le titredesiVMtf* 
de la Seine, prologue intitulé la Langue 
verte, un personnage nommé Roncevaux 
donne à sa femme des leçons de cet ar- 
got. Voyez le feuilleton du ConsUtutianr 
nel, n*" du 14 juin 1852, col. 3 et 4. 

Lantbbnb (Vieille), s. f. Vieille cour- 



Lântebub (Radouber la). Babiller. 

... quand elle se met à radouber la lanterne 
(c'est une epithete enigmatique du babil), elle Te- 
loit perdre parole à cinquante bommes. {Les 
àpresdisnées du seigneur de ChoUeres, A Paris, 
ciiez Jean Richer, 1&88, in-i2, foUo 129 recto.) 

LANTiPOitiiBA, V. n. Tenir des discours 
frivoles, inutiles et importims. 
Il est populaiie : 



Faut tout dire sans barguigner. 

Et ne point taut lantiponner. 

Troisième Harangue des habitons de fa 
paroisse de Sarcelles à monseigneur 
Farcltepéque de Paris au su/et des 
miracles, etc. {Pièces et anecdotes in- 
téressantes, etc., 1'* partie, pag. 145.) 

Ce verbe, recueilli par TAcadémie, 
dont nous avons suivi la définition, n'a 
pas toujours été neutre ; j'en ai pour 
garant un écrivain du xvii' siècle : 

Cest trop lantiponner le beurre, il faut 
mettre la main à l'œuvre et eipédier la besogne. 
{Les Àvantures d^ Italie de monsieur dTAssoucp. 
A Paris, de rimprimerie d'Antoine de Rafflé, 
M. DC. LXXVn., in-12, pag. 406.) 

Lapin pbbeb, s. m. Gendarme; terme 
des voleurs normands. 

Labbin, lubin, s. m. Domestique. 

Nous avons ici harpin et hubin avec 
Tarticle le. Dans Tesprit des créateurs de 
ces mots, le domestique est le chien qtù 
suit son maître. 

Labbineeib, s. f. Domesticité, vale- 
taille. 

Labcotibr, s. m. Paillard. 

Labgub, s. f. Femme. 

Je crains bien qu'une pensée obscène 
n'ait présidé à la création de ce mot : ce 
qui me le f^t soupçonner, c'est que je lis, 
pag. 298 du livre d'Antoine Oudin ( ou 
pag. 232, si je prends l'édition de M. DC. 
LVI) ; « Loger au Large , d'une femme 
quia grand, etc.,» expression qu'il a 
ramassée dans les Contes et joyeux devis 
de Bonaventure des Periers ', si ce n'est 
en lieu pire. Or large se prononçait lar- 
gue à l'italienne et à l'espagnole dès le 
XIV* siècle : 



* La nouvelle XXXIU est intitulée de madame la 
Fourrière, qui logea le gentilhomme au large, Voye* 
encore la Confession Margot^ etc., dans VoMcien 
Théâtre françoia, lom. l«S pag. 074. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



245 



Ordre an concierge de llMMtel Monseigneor, en 
sa naison à Bruges, de faire faire plus tor^tie To- 
ratoîre de la chapielle de ladite maison. (Compte 
Henry Lippin [1385] ; dans les Ducs de Bout' 
gogne... par le comte de Laborde» 2* partie, 
tom. 1*', pag. 5, n° 29.) 

Lors Ton luy fait largue; et s'approchaut de 
cette damoiselle, etc. (Les Bscraignes dijon- 
naiset , recueillies par le sieur des Accords. A Fa. 
115, par Jean Bicher, 1608, io-12, folio 47 verso. ) 

Voyez encore le grand Dictionnaire 
des rimes, de la Noue^ pag. 54, col. 2. 

Labgubpé, s. f. Femme publique. 

On se rendra parfaitement compte de 
la formation de ce mot^ si l'on recourt 
à l'article largue, et si Fon écrit largue 
p..... le terme qui en est venu. 

Labtif^ labton. Voyez Artie. 

Labtonnieb, isBMy s. Boulanger, gère. 

Lascaillbb , V. a. Uriner; terme du 
Jargon, qui serait mieux écrite ce me 
semble, laneecaiiler. 

Latin , s. m. Argot. 

Ce mot signifiait autrefois langage : 

De tous oisiaus sot le latia. 

Le Moman de Thebes , Ms. de la Bibl. 
nat n"" 6987 , fol. 42 verso, col. 3, 
V. 19. 

Li oisiax dîsl en son latin, 

Li Lais de t Oiselet, v. 138. {Fabliaux 
et contes, édit de Méon, tom. III, 
pag. 119.) 

Certes, il set de maint latin. 

Le Boman de Tristan, tooi. 1"^ pag. 33, 
V. 599. 

Ijor josterent as Grius la jent de maint latis» 

Li Bomans ttAUxandre, pag. 223, v. 20. 

Almîrans, dis lo comte, enlendetz mos latis. 

Dcr Boman von Fieraàras, etc., ▼. 2487, 
pag. 76. 

Voyez le Glossarial Index de Charle- 
magne, pag. iOO, au mot Laianie; le Fo- 



cabolario délia Crusca, au mot Laiino, et 
les Canterbury Taies, tom. 11^ pag. 465, 

Laubb^s. f. Mauvais lieu^ lupanar. 
Voyez Boccard. 

En bas latin laura avait le sens de 
monastère. Voyez le Glossaire de du 
Gange, tom. IV, pag. i6, col. 2. 

Autrefois on disait fringuersur les lau- 
riers , dans le sens de far tatto venereo : 

Je ne sçay pas poorquoy elle le falsoit... si ce 
n'estoit qu'elle ne se vouloit encor rendre, et Ton- 
loit encor /riN^uer «tir les lauriers. (Des Dames 
gallantes, quatriesme discours ; dans les Œuvres 
complètes tie Brantôme, édit. du Panthéon Ut' 
téraire, tom. II, pag. S70, col. 1.) 

Lavagb, s. m. Vente. 

Barbet n'avait pas prévu ce lavage; il croyait 
au talent de Lucien. {Vn grand Homme de pro- 
vince à Paris... par H. de Balzac , cbap. XXXIX. 
Paris, Hippolyte Souverain, 1839, in-S'ttom. H, 
pag. 324.) 

Lavbb f V. a. Vendre, dépenser. 

... il me donna encore un groa éco, et vingt- 
quatre sols pour le rogome, que nous lavons 
chez M. de Capelain. (Histoire de GutiXaume, 
cocher, parmi les Œuvres badines completies 
du comte de Caylus, tom. X , pag. 230 

Voua avez pour quarante firancs de logea «t de 
billeta à vendre, et pour soizante fhmcs de livres 
à iaver au journal. (Vn grand Homme de pro- 
vince à Paris, etc., tom. Il, pag. 47.) 

Voyez Salir. 

Lazagnb , s. f . Lettre. 

On appelle lasagna^ en italien, ime 
espèce de mets de p&te, et l'on dit pro- 
verbialement corne le lasagne, comme les 
lasagnes, ni endroit ni envers, pour dire 
on ne sait ce que c'est. On comprend 
que, ignorants comme ils le sont pour la 
plupart, les gueux aient appliqué cette 
expression aux lettres, qui, d'ailleurs, 
sont loin d'être toujours lisibles. 

il y avait aussi des livres appelés di 
lasagne : 



246 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



M mew era presto im leggio da can> fatto di 
vitella fredda con un Hbro di lasagne, che hayeva 
le lettenB, e le note da caotare, di granelia di pepe. 
(FUa di GU). Franeeseo Hustiehi; daiia Yasari, 
Délie Vite de" più eccelenti pittori, etc. In Bolo- 
gne, M. DC. LXm., io^°, parle terza. vol. 11. pag. 
M.) 

Lazzi-Loffb^ s. m. Maladie honteuse. 

Lbon^ s. m. Président de cour d'as- 
sises. 

En fourbesque leone signifie puissant^ 
et leonizarre, avoir de la puissance. 

LsssivB^ s. f. Plaidoyer. 

LessivsuR; s. m. Avocat. 

Le défenseur et la défense ne pou- 
vaient être mieux désignés par des gens 
intéressés à sortir d'une accusation, d'une 
affaire , blancs comme neige. 

Lbttbb PB coDBOXfNE , S. f. Tassc. 

Ce mot nous est donné par Bouchet , 
qui nous apprend, dans un autre pajssage, 
qu^on désignait plus spécialement ainsi 
la tasse, ou écuelle, dont les lépreux 
étaient porteurs : 

On ne prouve gaerea da ladres saos barril,... 
que les jfnattois appellent le roûiUard...et sans leur 
Utln de couronne. (l^XXVi* aarée, tom. Ill, 
pag. 618.) 

A ce signe on reconnaissait cette classe 
de mendiants, comme les moines et les 
ecclésiastiques en général , à leur ton- 
sure ou ceuronney ou, mieux encore, aux 
lettres épiscopales qui témoignaient qu'on 
la leur avait donnée. 

On trouve lettres de couronne, otu au- 
tfe ordre de f Eglise, dans le Thresor de 
la Içaiguefrançoyse, de Nicot, avec cette 
définition : Tessera sanctm jurisdictio- 
ni$ poniificiXj Libati novacula verlicis 
elogium*, » 



' Pag. 871, col. a. Cf. Glo8». med. et û^. LaHn.^ 
tom. H, pag. 511, col. 1« v' Corona clerkatis. 



Le peuple, au langage dnquel l'argot 
a tant d'obligations, était d'autant plus 
poi*té à assimiler les lépreux à des moi- 
nes, que ces malheureux étaient, comme 
les religieux, soumis à la juridiction ecclé- 
siastique, et vivaient eu communauté. 

Lbttbe de Jébusalbm. Lettre écrite 
pour escroquer de Pargent. Voyez les Vo- 
leurs de Vidocq, tom. P^ pag. 340-883. 

LÈvfi-piBDS, s. m. Échelle, escalier. 

Lbvbub , s. m. Voleur qui dérobe la 
montre, la bourse, le mouchoir. ( Tous- 
saint le Mulâtre, par Antony Thouret , 
tom. Il, pag. 55, en note.) 

LÉzABD,s. m. Mauvaiscamarade.Voyez 
Zig. 

LiziNsa, V, a. Douter, hésiter au mo- 
ment de mettre une entreprise à fin, 
tromper au jeu. 

Lice, tibant doux, s. m. Bas de soie. 

LicHEB , V. a. Boire* 

Ce mot était en usage dans ce sens dès 
le XIII® siècle : 

Or ne set mes fors que trader 
Et tout engloutir et lecier. 

Chronique de Philippe Mouskès , v. 34. 

(Édit. de M. de Reiffenberg, tom. F", 

pag. 3.) 

On peut croire, cependant, que l'écri- 
vain ci-dessus voulait dire lécher ^ ce que 
donnerait à penser ce vers de Rutebeuf : 

L'en dit lechierres lèche; mes il sont mordeor. 

Des Jacobins, st. IX. {OEuvres compl, de Ru- 
tebeuf, tom. I", pag. 178.) 

Le passage suivant, où le même mot 
se retrouve, semble indiquer qu'au moins 
au XVI* siècle il s'employait avec le sens 
de goûter, de tâier : 

Et si je t'asseaie bien que j'aymerois encores 
mieux ne manger qne des ,choox et Ucher denx 
grains de tel avec Diogenes, etc. (Ut Dialogues 



DICTIONNAIRK D'ARGOT. 



247 



de Jaques Tahureav, «te., édit. de USâ» folio 
l&a yeno, second dialogue du dmnocritic,) 

Un Bourguignon facétieux^ voulant 
tourner en caricature le mot échevin, en 
foit lècke-wn : 

Ta rMBnnc ce caimao 
Que no hchevin con teigne 
Troi jor durao , etc. 

Les Noèis Bourguignons de Bernard de 
UMonnoye, publ. par F. Fertiault, 
p«g. 46. 

LiCHBOB, adj. Gourmand. 

Ce mot est bien ancien dans notre lan- 
gue; on le trouve dans une foule d^ouvra- 
ges des premiers temps de notre littéra- 
ture ! 

Tant est delicieus leehierres. 
Tant ot les Tolatjlea chieres. 

X« Jhmua dt ia Jtose^ édîL de Méon, 
tom. m, pag. 262, V. 20364. 

Bien vous redi por chose voire... 
Qu*i1 fait bon de tout essaier... 
Âusinc cum fait H hons fechierres 
Qui des moniaus est congnofssierres 
Et de pinson viandes teste, etc. 
Jàid., pag. 320, T. 21 S 15. 

Li Uohieirts fremist et art , 
Et lot se frit de iecherie. 

Le Roman du Renart, édit. de Méon, 
tom. I'% pag. 271, V. 7290. 

Car confiés et martir et angle... 
Font plus grant joie d*un peceur, 
D*un mescreant et d*nn leceur^ etc. 

Cfwoni^ue de Philippe Mouskès^ tom. J*', 
pag. 155, V. 3826. 

Filz à putain, licheor pautonier. 

Roman de Gérard de Vienne, à la suite 
de celui de Fierahrat, en provençal, 
pag. 166, col. 2. 

Lai on sap son caval, sela part cor : 
Je Ten traio foras .iij. lecaor. 

Roman de Gérard de Rossillon, pag, 14, 
V. 10. 

La basse latinité avait également le mot 
leccaioTy qui a donné lieu à un article du 



Glossaire de du Cange*; on y trouve, 
aussi bien que dans une autre compilation 
des bénédictins*/ que notre ancien mot 
Uchard correspondait à leccator : je dois 
dire que je n'ai jamais vu d'exemple de 
Uchard, dont je me garde bien, cepen-' 
dant, de contester Texistence, Si'trement 
c'était un mot populaire. 

Liège, s. m. Gendarme. Ital., lieve^ lé- 
ger. 

On sait que notre mot liège a la même 
racine : 

Fiïsans s'en vont aux miex foire. 
Aucun d*eus vousist ettre au liège, 

Branc/te des royaux Ugmages ^ v. 3110. 

( Chroniques nationales françaises , 

tom. Vin, pag. 121.) 

Lignante, s. f. Vie. 

Ce mot, qur se trouve dans le Diction- 
naire blesquin de la Vie généreuse des 
Mat lois, vient de la ligne, dite de vie, 
que les bohémiens consultaient sur la 
main de ceux auxquels ils disaient la 
bonne aventure : 

Je voy par cette limite de vie qoe vom aurex 
une grande maladie, ou les médecioe se porteront 
niieux que vous. (Xa Coniedie des Proverbes, 
act. Ill,sc. m.) 

Cette coupeure de la ligne vitale de vostre 
main gauche tous advertit de quelque notable et 
voisine indisposition. {Essais de Montaigne ^ 
iiv. 11, chap. xn.) 

LiGOTTANTE , LIGOTTE , 8. f. Corde. 

Esp.^ liga, jarretière; lat., ligare. 

Nous avions ce mot dans notre an- 
cienne langue : ^ 

Quant mes baubers sera prefrusié comme cote , 
Et mes escus fendus environ la ligoté,,. 
Ce dont vois el mesage, on dira : » Cil n'asote, » etc. 
Li Romans JtAlixandre, édit de M. Miche' 



> Gloeu med, et iitf. LaUn., édit ln-e«, tom. lY, 
pag. 52, coL 2 et 3. 

* Vet, eeripL et mon, ampt. CotteeL, tom. T, ta 
caplte. (Jfidfx onomast, voc. barbar, et egoUe,) 



248 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



laut, pag. 99, V. 4« Cf. Glost, med. et in/. 
Latin, ^ lom. IV, pag. 1 16, Col. 1, ?• Ugula, 



LiGotTBB^ V. a. Lier. 

LiLANGB. Lille en Flandre. 

LiLLOid^ s. m. Fil à coudre. 

LiKACB^ LiMB^ 8. f. €hemise. Fourb.^ 
germ. etrommany, /l'm/i. Voyez the Zifi- 
cali, tom. n, pag. "^63. 

Ce mot> que Ton fierait tenté de con- 
sidérer comme appartenant k la langue 
des bohémiens», existait bien longtemps 
en latin avant qu'ils «ussent fait leur 
apparition en Europe. Voyez le Glossaire 
de du Cange^ au mot Limas, tom. IV^ 
pag. 117, col. 2. 

LiMACiÈBB, s. f. Chemisière , lingère. 

Lima» DE, s. f . Hooune plat , sans cœur. 

LixB souBDB y s. f . Sournois. 

Ce mot, donné par le Dictionnaire 
d'argot de 1848, a été employé par Ra- 
belais, liv. P', chap. xxY, et fait partie 
depuis longtemps du langage populaire : 

Atttratfûis ToD ne Toyoit point 
TmI de chrocheteurs par le monde... 
D*faypocrttes, de iymes sourdes. 

Les Bailieurs des ordures du monde, 
▼. 4-lS. {La Gazette. A Paris , jouxte 
la coppie imprimée à Rouen par Jean 
Petit, 1609, in-12, pag. 32.) 

A tant se teut la lime sourde. 

Le Jugement de Paris en vers huries- 
ques de itf ' Dassoucy, X Paris , chez 
Toussainct Quinet, M. DC. XLYIU. , 
m-4», pag. 7. 

Et parce qu*un autre eut m plaoe, 
Ce lime sourd > de race en race 
A laisaé d*une trahison 
L'exemple et la punition. 

Jacques Moreau , la suite du Firgile tro» 
vesti, liv. Vni. 



Maron dit que ce limé sourd 
Ma œC endviit demeura eoiiri. 

J&id., liv. X. 

a Urne sourde, ditCotgcave, a drea- 
ming, site, malicious ktuive. » Oudin, qui 
rapporte aussi ce mot, le traduit par 
lourdaui. 

On lit dans un écrivain plus récent : 
a Lime sourde et Sainte ny touche '... 
perfas et nefas i ses fins sans bruit, en 
voulant faire accroire au genre humain 
qu'on est la meilleure personne du 
monde. » (Evénement des plus rares, oti 
CHistùire du sr. abbé comte de Bu- 
quoy, etc., 1719, in-12, fol. 6 verso.) 

LiMooÉBB, s. f. Chambrière. 

LmoNADBy s. f. Plat, assiette. 

Ce mot est le fruit d'tme allusion à un 
poisson excessivement plat, ou plutAt à 
l'expression proverbiale plat comme vm 
limande, à laquelle sa forme a donné lieu. 

Limande, dans notre langue du xvi* 
siècle, ne se disait pas seulement pour 
désigner un certam poisson, mais encore 
une pièce de bois de sciage, carrée en 
long et plate : 

un jour qu'il vit entrer ce lévrier, qui alloit à 
sa prise, il s'en va après, sans faire grand bruil, 
avec une grosse Umande carrée en sa main. (Les 
Contes et joyeux devis de Bonav, des Periers, 
nonv. XX.) 

LiMousiNB, s. f. Plomb. 

Ce mot, qui s'applique plus particu- 
lièrement au pfomb des couvertiwes, vient 
du nom d'une espèce de manteau appelé 
limousine, en usage parmi les rouUers, 
les maquignons et les paysans. 



CaUlIna. 



> On disait anssi mitouche : 

Tont' fille qui fait la mitouehe , 
Qoe Ton n* diroU pas qui s'y touche, ete; 

Chansons choisies, Genève, 1789, in-I8, 
tom. IV, pag. 306. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



240 



LiHOvsiNEOB , s. m. Voleur de plomb 
sur les toits. 

LiMousiNiBB, s. m. Maçon qui dresse 
les murs. 

LiNGBSj s. m. Couteau. 

Ou nous croira aisément quand nous 
dirons que ce nom vient de celui de la 
ville de Langres , dont la coutellerie est 
encore célèbre. De Lingones^nos ancêtres 
avaient fait Lengresy dont l'orthographe 
s'est conservée bien longtemps^ et qui se 
rapproche encore plus du mot d'argot : 

Coniel prUt qu'à Ostom ira, 
Et par i>ji^c/ trespassera... . 
A Lêagru Tinrent de hait soir.... 
Lengre siet sor le cief del mont, etc. 

Le Roman de Brut, tom. II, pag. 1S8, 
▼. 12,682 et suW. 

LiugbiB; V. a. Frapper à coups de 
couteau. 

LiNGBBBiE^ s. f. Coutellerie. 

LiNGBioTy s. m. Canif; bistouri , petit 
couteau. 

LmsPBÉ , s. m. Prince. 

Il y avait autrefois , dans la cathédrale 
de Paris, un enfant de chœur^ le plus 
ancien de ses camarades ^ que Ton ap- 
pelait vulgairement Vinspé, ou \e$péy non 
en raison de Vespirancei^'W avait de de- 
venir petit chanoine , mais du mot ins- 
pector ou inspecteur; parce que ce spé 
ou inspé avait en effet une manière d'ins- 
pection sur le reste des enfants de chœur. 
Voyez Explication,., des cérémonies de 
r Eglise , par dom Claude de Vert. A Pa- 
riS; chez Florentin Delaulne, M. DCCIX. 
— XIII., in-8*, tom. II, remarques sur le 
chap. II, pag. 305; Dictionnaire.,, de 
plain-ckant et de musique d'église, par 
M. J. d'Ortigue, Paris, Migne, 1853, 
in-***, col. 1389, 1390, art. Spe; et te 



Moniteur universel, n"" du 8 janvier 4854, 
pag. 30, col. 4 et 5 du feuilleton. 

LiTBEB, V. a. Avoir, posséder. 

LivbÊ BBS QUAiBB BOIS, S. m. Jou de 
cartes. 

Voyez la citation que nous avons don- 
née plus haut au mot Gobelius. 

On trouve lé Livre des Rois, avec la 
même interprétation, dans les Curiomtez 
françoises et dans la Sec. Part, des Heeh. 
ital etfr. d'Oudin, pag. 342, col. 1. 
. LocHB, s. f. Oreille , ainsi nommée à 
cause de sa forme. Voyez Louche. 

LocHBB, V. a. Écouter. 

LoFFB, LOFFiA, atlj. Imbédlc. 

Le premier de ces deux mots, que l'on 
devrait écrire lof, n'est autre chose que 
l'anagramme de fol. Toutefois il ne faut 
pas oublier que nous avions autrefois 
luffre, ivrogne, dont a été fait lifre-lo- 
fre, sobriquet^ désignant un Suisse ou 
un AUemand ' : 

. . . Jamais après toute «i vie il n'eu sera ai Ivffru 
ne gourmaDt à table en boyre et en manger. (Lu 
Evangilles des Connoillest Mit. des Joyeuselez, 
pag. 129.) 

Longe, s. f. Année. Fourb., longino. 

Longuette de tbep , s. f. Carotte de 
tabac. 

n serait superflu d'indiquer la racine 
du premier de ces mots, qui était autre- 
fois usitée adjectivement : 

Les bledi, les orges, les avoines... 

N'ont-elles pas leurs pailles blondes 

Ensemble longuettes et rondes? 

Louanges de la bosse , en faveur d'une 
maistressc. ( Le Cabinet satjrrique , 
cdit. de Paris, M. DC. XXIIU., in-8', 
pag. 650.) 

Enfourbesque , longoso veut dire sau- 
cisse, comme iongosa en espagnol. 



Voyes ci-dessos, pag. I8u, col. 3, en n«te. 



350 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



LoBGBFB. La Force ^ prison de Paris. 
LoRDANT; S. m. Portier; de lourde ^ 
porte. 

LOBGNB, LOBGNB'B, 8. BorgnO. 

Ce b, comme la dernière syllabe de Lor- 
cffféf est là pour indiquer la première 
lettre du mot. 

LoBQUB^s. m. As. 

LouBiON^ 6. m, Bonnet. 

LouBioNifiBB, BBBj S. Bonnetier, ère. 

LoucHB, S. f. Cuiller. 

Ce mot, comme loucear qui en dérive', 
doit venir du bas latin lochea, dont la si- 
gnification était la même '; il faisait par- 
tie de notre vieille langue, et n'est pas 
encore tout h fait tombé en désuétude. 
On peut même assurer qu'il s'est conservé 
dans les patois de Lille, de Cherbourg, 
de Rennes, de Nantes et de la Vendée. 
On lit dans un opuscule du xiv* siècle : 

Et le pot et la iouce 
Où la porée grouce. 

De VOuitiltement au vUlain, A Paris, 

chez SilfesUre, M. DCCCXXXUL, 

iii-8«, pag.9,v. 21. 

a Louche, dit Cotgrave, a little ladle, 
or great spoon. » Il ajoute que ce mot est 
picard, tandis que lotiche est normand. 
Avant Cotgrave, Charles de Bouvelles et 
Léon Trippault avaient signalé louche 
conmie picard : a Culier, dit le second 
de ces lexicographes, Parrhisii cochleare 
seu cochlear vocant instrumentum con- 
cavum.... BelgâBid per majorem synco- 
pam vocant louche y per V vocalem : 



' Voyez les Actes de saint Cyrfque dans les jécta 
SanctorufHt tom. III de juin, pag. SO. Cf. Gloss, tned. 
et inf. Latin,, tom. IV, pag. ifto, coi. 2. 
> Voyez quel louceor de pois ! 

le Dit du Bf^et, v. 101. {Fabliaux et 
conU», édit. de Méon, tom. III, 
pag, 207.) 



utrumque a cochleari pendet. n (Caroli 
Bouilli Samarobrini Liber de Différent 
tia vulgarium iinguarum, etc. Pari- 
siis, ex officina Roberti Stephani, M. D. 
XXXin., in-4% pag. 87.) 

Il est certain que louche avait cours au 
xvi^" siècle en Normandie; on lit dans un 
petit volume dont Tauteur était enfant 
de cette province : 

... il les mangeoit avec une louche potière, etc. 
(La nouvelle Fabrique des excellent traits de 
veHté, etc. Paris» P. Jaunet, 1S63, in*18, pag. 71.) 

... coramencerent à puiser dedans avec de lon- 
gues et larges louches poUeres, ou cuiller» de 
bois, etc. {Ibid,, pag. 136.) 

Oudin donne louche comme peu usité 
de son temps. Voyez Seconde Partie des 
Recherches italiennes et françoises , pag. 
344, col. 1. 

On employait aussi le mot louche ou 
louchet pour désigner un instrument à 
l'usage des pionniers et des cultivateurs : 

... et afin que les chevaux qui le portoient al- 
lassent plus seurement et à son aide, y avolent 
plusieurs laboureurs at manoavriers qui aHoient 
devant ladicte lictiere à tout louchez et autres 
instrumens, pour relTaire et abonnier les chemins. 
{Chroniques ^Bnguerran deMonstrelety vol. I**, 
chap. 3LVi,ann. 1414.) 

LouPEL, adj. Pouilleux; terme des 
floueurs parisiens. 

LouPBUR , s. m. Coureur, flâneur, fai- 
néant. 

Ce mot , qui, quoi qu'en dise un écri- 
vain de nos jours, n'a rien de commun , 
sinon la forme , avec notre mot loupe ', 



1 a Loupe, en langage dVgot, fainéantiie, qui 
rend le travail aussi Impossible que si Touvrler avait 
une loupe dans la paume de la main. » {te Fin à 
quatre soim, chap. l\i Le Camp de la Loupe; dana le 
BnlIeUn de la Société des gens de lettres , n* 2. — 
Février lf)40. — b" année, pag. &6, en note.) 

Aux xni* et xi^" siècles, on disait /strv la loupe 
dans le sens de se moquer de quelqu*un, parce que 
sans doute le railleur gonflait alors Tune de ses Joues : 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



351 



a été afiporté en France par les ouvriers 
flamands; il est maintenant dans Taigot 
des ouvriers et des artistes, ou , comme 
on dit j des rapins d'ateliers. Loupeur 
vient du hollandais looper ( coureur ), 
ioop (course), loopen (courir). L'allemand 
a lâufêr (coureur) > Lauf (course), /au- 
fiM (courir); le danois, Lœber (coureur), 
Lœben (course) ^ kebe (courir); enfin le 
suédcMS possède lôpare (coureur), lopp 
(course), lôpa (courir). Tous ces mots 
doivent avoir pour racine l'anglo-saxon 
lUàpan (islandais llaupa), courir. 

loupevr^ louper n'auraient-ils pas été 
déjà employés dans Targot du xvii* siè- 
cle? Ce qui nous le ferait penser, c'est 
que Pavillon donne le nom de loupine 
à M^^' de Saint-Christophe, chanteuse 
à rOpéra". Mais peut-être le poète, 
en bon latiniste comme on l'était alors, 
a-t-iltiré ce mot de lupa, qui se disait à 
Rome d'une fille débauchée. 

Louu)B,s. f. Porte. 

LouADiBB, ÈBE, S. Porticr, ère. 

LccABNB, s. f. Chapeau de femme. 

Autrefois en assimilait le capuchon des 
nioines à une fenêtre, d'où le proverbe : 
Défiez-vous des gens qui ne voyent le 
jour que par une fenêtre de drap ; pro- 



Et Reoart M a fet la lope. 

Le Roman du Henart, édit de Méon, tom. H, 
pag.». 
An départir lor /b te loupe» 

/Mtf., pag.M.v.ioât7. 
Faire cent loupée par derrière. 
/M., tom. IV, pag. 261. 

Et quant Baudulns Tôt , durement a*en foargoe ; 
En derrière II faii la loupe^ et paii le moe. 

Li Romane de Bauduin de Sebourc, ch. VI, 

V. «56; tom. !•', pag. 170. 

IVantret fols le ralllear tordait la Joae. Voyez dé 

la Sarimtê dn afppef , t. 196. {Nouv. Rec de/ahL et 

eonU$f too. 1*', pag. 314.) 

> OBuweê de PaviUon, édIt de 1730, tom. I« 



verbe, dit l'auteur du Dycatiana , pag; 
498, employé dès Tannée 1508 par Jean 
de Salhuse, évêque de Misnie. Guy Pa^ 
tin, dans une lettre de mai 1668, traite 
les moines de (estes encapuchonnéet^ qui 
ne voyent le monde que par unefenestre 
de drap \ 

On disait aussi les lucarnes du capu^ 
ehon: 

Que si elle monte en coura^ 
De faire en personne un veage, 
Soudain au galop tout fumant 
En carrosse \k va rouHant, 
La porte en Pair, sur mer, sur terre, 
Au milieu des feux de la guerre : 
Des coDtenaneci du manchon. 
Des tuquernes du capuchon, etc. 

la Gazelle, A Paris, jouite la coppta 
imprimée à Rouen par Jean Petit, 
1609»m-i2, pag. 14. 

LuDiB. Voyez Gavùm de Ludie. 

Luisant, s. m. Jour. 

Luisante, s, f. Lune, 

LuisABD, s. m. Soleil. 

LuisABDB, s. f. Lune. 

Lumignon (Le grand). Le soleil. 

Lune a douze quartiers (La). La roue 
sur laquelle on étendait les criminels con- 
damnés à mort. 

LuQUB, s. m. Certificat, faux certificat, 
passe-port. 

On trouve, dans le vocabulaire de Juan 
Hidalgo, Lucas avec le sens de naypes 
(cartes à jouer). 

n est à croire que la source de cette 
expression est dans le saint Vou de Lu^ 
ques (il Volto santo di Luca), représenta- 
tion miraculeuse de Notre Seigneur, bien 
connue chez nous, et qui figurait sur une 
enseigne de la rue des Lombards, à Pa- 



Toyec encore Oongam , ou V Homme prodi' 
gieu»^ ete., T édit, tom. !•', p^^. IS2. 



252 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



fis. Voyez Mystères inédits du quinzième 
sièele, publ. par Achille Jubinal^ tom. P% 
pag.37i. 

Porte-luque est un des mots par les- 
quels on désigne, en argot, un portefeuille. 

LuBON (Le). La sainte hostie. 

Suivant toute apparence, ce mot n'était 
dansTorigineque Tadjectif rond, précédé 
de l'article le. Plus tard , par une de ces 
altérations si fréquentes en argot, le rond 
devint luron , mot déjà répandu, devant 
lequel il fallut placer l'article, sans tenir 
compte de celui, qui se trouvait dans 
l'expression primitive. 

Pour ce qui est de ce dernier mot, 
tel qu'il existe dans notre langue, on en 
rencontre des exemples dès le xvi* siècle : 

Li wiiZf en chantant. 
Avant lure, lurele. 
Avant lure, luron. 
Mon Dieu, que je luys vray luron! 

Le Ftlz et r ExamjHateur, farce nouvelle 
à m personnages, etc., pag. 6. {Recueil 
de farces, moralités et sermons Joyeux, 
etc. Paris, chez Techener, 1837, in-8 , 
tom. m.) 

Nodier n'est pas «éloigné de croire 
que luron est fait de ce mimologisme 
commun du chant et de la danse, de ce 
tra deri dera qui supplée aux paroles et 
quelquefois à la musique dans les fêtes 
joyeuses du peuple , et qui a fourni aux 
vieux chansonniers, entre autres gais re- 
frains, luron, lurette et lalure\» 



' Bxamen critique des dictionnaires, pa^. 251, 
2»2. Pourquoi ne paa citer ausal bien ce passage , 
dans lequel un mauvais garnement, proposant d'at- 
taquer les domestiques des chanoines d'Angers, por- 
teurs du souper de leurs maîtres, lijoute qu'il faut 

Faire semblant de vouloir tout tuer. 
Sans rien frapper, mes les desUluer 
Tant seuUement des bribbes et lorreaux. 
Pour le soupper des oompalgoons lureasàx? 
Légende de M* Pierre Faifeu^ ctaap. xin. 



Partage qui voudra cette opinion ; pour 
moi , je vois dans luron un dérivé de no- 
tre ancien mot loure, qui signifie encore, 
en patois normand, cornemuse^ grosse 
musette. Dans ce même patois, ce mot 
s'emploie aussi dans le sens de gros ven- 
tre^ et l'on dit proverbialement de quel- 
qu'un qui a un gros deiTière, qu'il a un 
cul de loure, locution qui se rattache 
sans doute à I outre dont on se sert pour 
jouer de la cornemuse. 

Ce qui a pu également influer sur la 
forme du mot luron, c'est que nous avions 
autrefois levron, que nos vieux auteurs 
écrivaient leuron : 

En après les médecins nous apprennent que ces 
vieilles goutieres ramassent des humeurs si très- 
pernicieux et corrompus dans leur esgout , qne le 
jeune leuron, pensant fureter quelque proye de 
plaisir es forests d'Ericine, il s*embourbe en des 
puans , sales et infects roarests; {Les Matinées du 
seigneur de Choiieres, 7* mat. : De V Inégalité 
de l'aage des mariez), folio 199 recto. 

Llioste blanc comme un cygne et doux comme un 

mouton... 
Luy dit qu'elle avoit fait Narcisse un peu trop beau. 
Et que sa vie enGn s'en iroit à vau-l'eau, 
Si ce jeune levron venoit à reconnestre 
Par un excez d'amour tout ce qull pouvoit estre. 

Newcisse, poème héroi-eomique, v. 39. (Por- 
sies de Chevreau, A Paris, chez Antoine 
de Sommaville, M. DC LYI., in-8", pag. 38. 
Voyez encore pag. 48.) 

Maint paon vainement fit la roue 
Autour de ce jeune tendron; 
Maint la fleuré comme un levron. 
Au hazard d'avoir sur la joue. 

Leandre et Hero , ode burlesque de 
Scarron. 



Pourquoi passer sous silence godelureau^ si andcn 
dans notre langue? 

« DIz-tu mai des femmes, respoodit Pannrge, ho 
guodelureau,..7» (Rabelais, Uv. rv,chap. LXV.) 

« Ma foi, non godelmtou^ mon ami, » etc. {Contes 
d'Eutrapel , chap. ix) 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



253 



(iLe\ix)n^ dit Cotgrave^ a young, or 
Utile greyhound; aiso , a young wanton 
fellaw that{as a young greyhound) minds 
nothing but pleasure. o 

On disait proverbialement : « Il est af- 



famé comme un jeune levrm.i> Voyez le 
Dict. comiq. de Leroux, tom. II, pag. 85. 

Lycéb^ s. m. Prison. 

On y apprend de belles choses! 

Lyonnaise^ s. f. Soierie. 



M 



Hac^ màcchoux^ s. m. Amant^ sou- 
teneur d'une fille de joie. 

Le premier de ces deux mots est une 
abréviation d*un terme bien connu; et le 
second^ tout en dérivant de la même 
source, doit sa finale à un autre terme 
qui veut dire tndlet mulets dans nos pa* 
tois méridionaux et en espagnol , où ma- 
cbo a cette signification. 

MâgaboN; s. m. Traître, dénoncia- 
teur. 

Macabonneb , V. a. Trahir ses cama- 
rades. 

Maccabb, Macchabéb, s. m. Noyé. 

Je ne vois d'autre origine à cette ex- 
pression que la lecture du chap. xii du 
deuxième livre des Macchabées, qui a 
encore lieu aux messes des morts; ou 
plutôt c'est de là que sera venue la danse 
macabre, dont Targot aura conservé le 
souvenir dans les deux mots ci-dessus. 
Ils sont devenus populaires. 

Madbigb, s. f. Malice. 

Madbin, ine, adj. Malin, maligne. 

On a ici une combinaison de madré 
avec malin. 

Magot , s. m. Bourse. 

Ce mot, qu'Oudin écrit magaui% fait 
depuis longtemps partie du langage fa- 



' PnmUre Parlie dei Heckerches fitamfoiêeê etita- 
liennn, ptg. M7» ool. 2. 



milier, où il signifie amas d'argent caché : 

Ça mTroit jarer oomme un rat ; 
Mais v*là mon magot, je tous le propose. 

M, Champagne et mametette Simon, chan- 
son de parade. ( Les A propos de tafoiie, 
etc. MDGCLXXYI, in-8^ pag. 337.) 

Là il Tola de mftiRe, revint à Paris avec on 
bon fMLgot^ etc. (La Gazette noire ^ etc. 
M. Dec. LXXXIV., in-8% pag. 370.) 

Quelle est l'origine de ce mot? Je la 
vois dans la figure des vieilles pièces de 
monnaie que l'on trouvait eu terre^ et 
que^ dans certaines provinces^ dans le 
Boulonnais^ par exemple, on appelait des 
magots^ a moi, dit Ménage^ corrompu 
dUmago^. » 

IMaGNEUSE^ MAGNOCB; HAIflBUSB^ S. f. 

Fille de joie, femme qui se déprave avec 
des individus de son sexe. 

Sans doute la dernière de ces trois for- 
mes suffirait pour expliquer les deux au- 
tres, dont la seconde nous est donnée par 
le Jargon; toutefois je soupçonne quel- 
que allusion malveillante, et sans doute 
calomnieuse, à une communauté reli- 
gieuse de femmes. Je veux parler des Ma- 
gneuses^ qui devaient ce nom à celui de 
leur fondatrice ; Jeanne Canart, fille de 
Nicolas Colbert, seigneur de Magneux , 
et qui occupaient à Reims une maison 



> Dictionn> étym, de la tangue /htnçoiêe , édit de 
JaaU. tom. II, pag. 19S, col. 1 et 2. a. pag. 151, 
ool. 1, art Magot. 



254 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



créée en 1654, sous rinvocation de sainte 
Marthe. 

Dans le siècle suivant, ou dissii jouer 
à la magni-magno : 

Philippe est un joli gar con 

Qoi se soûle comme un cochon , 

Le soir, avec la Parabère... 

Sa grosse iille est du trio, 

EU' joue à la magni-magno 
Avec son propre père. 

NouveUes Lettres de Madame la du- 
chesse d'Orléans, trad. par G. Bru- 
net. Paris, Charpentier, 1853, in-12, 
P»g. n«. 

Malade y adj. Prisonnier, prisonnière. 

Maladie, s. f. Emprisonnement. 

Maloinb , s. f. Collège, pension. 

Ce sont, en effet, des lieux où Ton 
dîne assez mal. 

Malingbeb, V. a. Souffrir. 

Malingbeux^ s. m. L'auteur Am Jargon 
définit ainsi ce que Ton entendait autre- 
fois par ce nom : «Malingreux sont ceux 
qui ont des maux ou plaies, dont la plu- 
part ne sont qu'en apparence; ils tru- 
chentsur Tentiffe, c'est-à-dire ils feignent 
d'aller, les uns à S. Main, les autres fei- 
gnent avoir voué une messe en quelque 
part; quelques fois sont gros enflez^ et 
le lendemain il n'y paroist que floutiere 
(rien). Ilsmorfientgourdement (mangent 
beaucoup)^ quand ils sont dans les pioles 
(cabarets); là fichent deux combriez (piè- 
ces de vingt sous) au grand coesre. » 

Maltaise, s. m. Louis d'or. 

Maltousb^ s. f. Contrebande. 

Maltousibb, àBE, s. Contrebandier, 
ère. 

KUlvas, s. m. Mauvais sujet, vaurien, 
honmie de peu. 

Ce mot, dérivé du provençal, a été 
français de bonne heure : 



Ben soit prodome et chierir et amer, 
Et les ma/f^oi et plaissîer et grever. 

La Che9aUrie Ogier de Danemarclte, lom. 
Il, pag. 557, V. 13044. 

Malvai est populaire à Bordeaux et 
aux environs, où, comme Von sait, l'on 
parle gascon. 

Manche (Faire la). Faire la quête, 
mendier. 

Cette expression dérive de la manda, 
la buona manda des Italiens, qui dési- 
gnent ainsi la petite gratiGcation que 
demandent, non-seulement les courti- 
sanes, mais les ouvriers, les dcerone, et 
tout inférieur à son supérieur. De là le 
proverbe aimer mieux la manche que le 
brasj l'argent que les compliments '. 

Manette (M"'). Malle. 

On sait ce que c'est qu'une manne, et 
Ton saisit le calembourg. 

Mangeb, manobb le mobgbau , man- 
ger sue l^oegue, V. a. Révéler un crime 
ou un délit, dénoncer. # 

Allusion à Judas Iscariote, de qui Jé- 
sus disait, pendant qu'ils mangeaient 
ensemble : a C'est celui qui met la main 
dans le plat, qui me trahba. d Le mot 
coquer yqui s'emploie, au simple, au moins 
dans certaines provinces de France, pour 
baiser, embrasser, signifie également en 
argot dénoncer, toujours par allusion à 
Judas qui livra son mattre en le baisant. 

Mangeur de blanc, s. m. Souteneur 
de prostituées. Voyez Blanc. 

Mangeur de galette, s. m. Individu 
qui reçoit de l'argent pour trahir ses ca- 
marades. 

Manicle (Frère de la) , s. m. Filou, 
voleur, coupeur de bourse. 

Manicle, que l'Académie écrit ma»i- 



Vo>-e2 Rabelais, Uv. lit, cliap. m. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



25{> 



que, et explique par « espèce de gant 
ou de demi-gant que certains ouvriers se 
mettent à la main pour qu'elle puisse 
résister au travail , » signifiait autrefois 
brasseUt, ornement du bras, meMUes : 

Kt il est Tenaz à sod hostel , si s'est armez, puis 
revient devant le roi , sa ventaiUe abattue et ses 
m articles. {Le Roman de Lancelot du Lac, pag. 4 
de la publication du D' W. J. A. lonckbioet, fntî- 
tnlée U Roman de la Charrette, etc., La Haye, 
Belinfante frères, 1850, in-4^.) 

Pois abat la manicle de sa seneslre main, si 
rsgarde Tanelet que sa dame do» lie li otdoné, etc. 
(/(»W.,pag.32'.) 

Suivant toute apparence^ le mot d'ar- 
got vient du proverbe entendre la mani- 
cle ^ qui se dit pour être adroit ^ rusé, 
comprendre toutes les finesses. Voyez le 
Dictionnaire du bas4angage ^ tom. II, 
pag. i08. 

Marqob (A la); adv. A gauche. ItaL^ 
alla manea^ alla mancina. 

Un moment nous avons eu dans notre 
langue manque, avec le sens de gauche: 

Tu in*as ouvert le manque flanc 
Âvecqiies cest y voire blanc 
Qui monstre au bout cinq perles plus exquises 
Que d'Orient les perles tant requises. 

Joacbim du Bellay, vers lyriques, ode XI. (Les 
Œuvres françaises , etc. A Rouen , chez 
la vefve Thomas Mallard, M. D. XCVII., 
in-12, folio 102 verso.) 

MaquecéB; s. f. Maîtresse d'une mai- 
son de prostitution de bas étage. 

A la fin du siècle dernier, on disait 
maqua : 

La noble maqua accabla de politesses la dou- 
Telle présentée, etc. (La Oaxette noire, etc., 
M. DCC. LXXXIV., io-S**, pag. 84.) 

Du reste, il promet de forts honoraires pour la 
maqua.... L'adroite maqua vient rendre compte 
an financier de sa mission, (ibid., pag. 92.) 



* A la même époque, nous avions meniqaul dans 
le sens de voleur. Voyez li Fabliaux des ireces, v. SI. 
[ y'ntv. Ree.defabl. et contes i tom. I*', pag. 346.) 



Maqoi , s. m. Fard. 

Je crois avoir trouvé l'explication de 
c,e mot dans ce passage^ où Henri Es- 
tienne, parlant des femmes de son temps^ 
s^exprime ainsi par l'organe de deux in- 
terlocuteurs : « Celtophile. Portent-elles 
des mesmes masques^ dont on souloit 
user en farces et en momons? Phil. Non 
pas de mesme matière, mais de mesme 
façon :. car de tout le visage on ne letw 
voit queies yeux. Aucunes, après les avoir 
doublez de quelque toile neuve, ou de 
quelque peau fort déliée, la garnissent 
de certaines compositions propres pour 
corriger la trop grande rougeur ou pal- 
leur du visage.» (Deux Dialogues du 
nouveau langage François italianizéy etc., 
sans lieu ni date, in-8*, premier dialo- 
gue, pag. 156.) 

Masque a été employé comme syno* 
nyme de fard, et mwçrti^ s'est dit de 
Teffet de cette préparation : 

... il ne la voit le plus souvent qu'en peinture, 
j'entens peinture de fard, ou d*aulre telle masque 
de quoy ne se sçavent que trop reparer ses vieux 
idoles re vernis à neur. (Les Dialogues de Jacques 
TahureaUf etc. A Rouen, chez Kîeolas Lescaycr... 
1585, in- te, folio 12 ver^o.) 

Je me tay dn temps que telles caignes con- 
sument à se mirer, et oser de fards et ongens 
pour remplir leurs rides, et masquer leur visage 
sale et deshonneste. (ibid., folio 16 verso.) 

Comme on le voit, je soupçonne ma-^ 
quis d'être une corruption de masquis, 
mot que , cependant, je n'ai vu nulle 
part« Je ne suis pas, néanmoins, tel- 
lement ferme dans cette opinion, que 
je ne l'abandonnasse sans peine pour 
peu qu'il me fût démontré que maquis 
soit une apocope de maquignonnage^. 



'■ On disait aussi maquUmage^ comme on est fondé 
à le supposer par oe titre : Antimaquionage pour 
éviter la surprise dans Vemplette des chevavx, i 



256 



DICTIONNAIRE D'ARGOT. 



Voici des passages ou maquignonnée 
peut bien être eonsidéré comme syno- 
nyme àe^ fardée : 

Cette Tteiile rosse refaite et ma^gnonnée, ete. 
Le Divorce [1688], act. III, se. dernier*. {Le 
Théâtre italien de GherarA^ tom. III, pag. 146.) 

Nous Terrions dans un bal la précieuse Amala- 
sente, doyenne des coquettes, maquignomnée par 
mille souris compassés avec art, etc. (Phaeton, 
[1693], act. II, se. iT. {Ibidem, tom. III, pag. 410.) 

... on la décrasBoit en ce lieu , on lui adoucissoit 
la peau, on la btanchissoit, on la parfumoit; en on 
mot, on y maquignonnoit vne cendrilloD, comme 
on prépare un riche cheval,. {La Gaiette noire, 
M. DCC. LXXXIY., in-8% pag. 99.) 

On connaît les ruses des maquignons 
-pour donner à leur marchandise l'embon- 
point^ réclat qui lui manque; à ce q