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Full text of "Études philologiques sur les inscriptions gallo-romaines de Rennes, le nom de peuple Redones"

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ÉTUDES PHILOLOGIQUES 



SUR LES 



INSCRIPTIONS GALLO-ROMAINES 



DE RENNES 



— LE NOM DE PEUPLE REDONES — 



PAR 



Robert MOWAT. 



(Extrait du tome VII des Mémoires de la Société Ârchéologiqiie du 

département^ dllle-et-Vilaine. ) 



PARIS 

LIBRAIRIE A. FRANCK, 
Rae Richelieu, 67. 



RENNES 

LIBRAIRIE YERDIER, 
Roe Motte-Fablet. 5. 



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DU MÊME AUTEUR : 



Noms propres anciens et modernes, étude d'onouatologie com- 
parer. — Paris, Librairiet Franck et Didier, 1869. — In-S». 



ÉTUDES PHILOLOGIQUES 



SUR LES 



INSCRIPTIONS GALLO-ROMAINES 



DE HENNES. 



t . •' 



— LE NOM DE PEVPLE REDONES. — 



Colligite fragmenta ne pereant. 

Les seuls spécimens d'épigraphie gallo-romaine que possède 
le Musée de Rennes consistent en deux fragments d^rnscrip^ 
lions provenant des démolitions exécutées dans le vieux mur 
d'enceinte pendant l'hiver de 1868, sur l'emplacement de la 
porte Saint-Michel, pour le prolongement de la rue Rallier. 

De ces deux fragments, le plus grand, c'est-à-dire celui qui 
porte six lignes mutilées b chacune de leurs extrémités, a été 
publié dans le vi* volume des Mémoires de la Société Archéo- 
logique d' Ille-el-Vilaine (p. 133), ainsi que dans le xvn^ volume 
de la Revue Archéologique (p. 246). Je me suis assuré, par 
un collalionnement attentif, que les deux lectures proposées 
ne sont pas parfaitement d'accord, ni entre elles, ni avec l'o- 



_4 - 

riginal. Quant \k Tautre fragfnent, réduit k sept lettres, dont 
deux presque effacées, il a été passé sous silence, ayant été 
jugé, sans doute, de, trop peu d'importance. Et cependant, si 
bref qu'il soit, on aurait tort de le laisser dans l'oubli, car 
l'interprétation de l'inscription à laquelle il a appartenu dé- 
pend éventuellement de cette pierre dédaignée. Il n'est nul- 
lement téméraire de supposer que le mur d'enceinte recèle 
encore dans ses flancs d'autres portions du même monument 
épigraphique, dont la restitution deviendra un jour possible 
k la suite de quelque heureuse circonstance que les ar- 
chéologues, désormais prévenus» ne manqueront pas de guet- 
ter. 

C'est ainsi qu'on s'attend, lors de la reconstruction pro- 
chaine de l'église de Monaco, k y retrouver des portions du 
fameuK Tropaeum Alpium dont Pline nous a heureusement 
conservé le texte, et dont quelques échantillons, récemment 
découverts k la Turbie parmi les voussoirs d'une ancienne 
porte fortifiée, viennent d'être déposés au Musée de Saint- 
Germain . 

Dans le cas d'inscriptions tronquées, comme celles de 
la porte Saint-Michel de Rennes, il ne suffit pas, aux personnes 
qui ne peuvent les étudier, sur place, d'en posséder une bonne 
transcription , pour arriver k reconstituer intégralement le 
texte. 

Ce n'est qu'k la condition de connaître le contour même 
de la cassure et l'aspect des parties^ dégradées qu'on sera 
en mesure de faire un choix raisonné des lettres k restituer. 
Disons-le en passant, c'est Ik un soin que négligent trop sou- 
vent les éditeurs de textes épigraphiques. 

D'après toutes ces considérations, il m'a semblé qu'il 
y aurait k la fois utilité et intérêt k réunir, dans une repré- 
sentation figurative exécutée' avec fidélité, les fragments lapi- 



— 5 — 

daires dont je viens de parler. J'ai pensé aussi que l'on me 
saurait gré de donner, par la même occasion, un dessin de 
rihscription de la porlq Mordelaise, d'après l'épreuve photo- 
graphique présentée par M. Goupil k la Société Archéologique. 
Bien des personnes apprendront sans doute avec étonnement 
que, malgré l'extrême facilité des moyens de vérification, 
cette inscription /si souvent publiée, n'a presque jamais été 
donnée d'une manière exacte dans tous ses détails; il y 
a tantôt suppression, tantôt addition de lettres-, d'autres 
fois, l'ordonnance linéaire fait défaut ou n'est indiquée que 
d'une manière erronée; qu'il me suffise, pour le moment, 
d'une simple énonciation. Par une singulière inadvertance, 
le savant éditeur du « Cartulaire de Redon » (Prolégom. 
p. cxxi) dispose sur trois lignes l'inscription de Gordien III; 
or, elle en a ctng, en réalité ; cela saute aux yeux de n'im- 
porte qui passe par la porte Mordelaise. 

Pour commencer, je vais faire connaître les fragments 
lapidaires de la porte Saint-Michel. Les caractères qu'on y 
voit tracés sont des capitales romaines d'un style extrê- 
mement pur et d'une facture soignée. On remarque que, sur 
chacun d'eux, la hauteur des lettres va en décroissant d'une 
ligne k la suivante, ainsi que cela se rencontre très-fréquem- 
ment dans répigraphie romaine. J'incline assez volontiers 
k croite que cette particularité ne doit pas être attribuée k un 
simple caprice du lapicide, mais qu'elle résulte de certaines 
habitudes techniques et conventionnelles auxquelles semblent 
faire allusion quelques passages d'auteurs anciens. Qu'il me 
soit permis d'en faire la citation in extenso. Dans le peu de 
lignes que Trebellius Pollion consacre au règne éphémère de 
l'usurpateur Âp. daudius Censorin/us, nous lisons ce qui 
suit : (t Exstat ejus sepulcrum in quo grandibus literis circa 
Bononiam incisi suntomnes ejus honores; ultimo tamen versu 
adscripto, feux àd omnià, imfelicissimus imperàtor. » De son 



— 6 — 

côté, Cicéron dit : « Uuic etiam Bomse videmus in basi sla- 
tuarum ma&imis lileris iDcisum, a gommuni sigili^ datas ^ » (1) 
et ailleurs : « In qua (t. e. basi) grandibus literis P. Âfricani 
nomen/ erat incisum, eumque Cakthagine gapta restituisse 
perscriptpm. )) (2) L'interprétation qui s'ofire le plus naturel- 
lement à l'esprit itprès une première lecture de ces passages, 
c'est que les inscriptions dont ils nous entretiennent étaient, 
depuis le commencement jusqu'à la fin, uniformément com- 
posées de grandes lettres-, cependant, en pressant davantage 
le texte, mais sans le forcer, on peut admettre que certaines 
portions étaient figurées en caractères plus grands que 
d'autres, dans l'intention de mieux mettre en évidence, soit 
le cunus honorum^ soit le nom du titulaire ou toute autre 
mention spéciale. Quoi qu'il en soit de cette question inci- 
dente, je reviens à nos fragments pour faire observer qu'ils 
paraissent être l'œuvre du même ouvrier; la nature de 
la pierre est identique pour chacun d'eux; enfin, circonstance 
non moins significative, les deux fragments gisaient dans 
le voisinage le plus immédiat quand on fit leur découverte. 
Tout concourt donc, a priori^ k nous les faire regarder comme 
contemporains l'un de l'antre, sinon comme débris d'un même 
monument. C'est ce qu'il convient d'examiner. 

Le fragment que je désigne par le n® 1 sur la planche I 
porte, en trois lignes, les lettres 

...HON... 
...VSDIV... 
...I 

Il n'y a aucune hésitation possible pour celles de la première 
ligne et pour les deux premières de la deuxième ligne; mais 

(1) Vêrr. 8, 8, «8. 
(a) Verr. 2, 4, 34. 



— 7 — 

le D et le I, presque entièrement emportés par l'usure, 
exigent une inspeetion plus attentive; on peut cependant les 
reconnaître encore, ainsi qu'une amorce du Y; de la troisième 
ligne il ne subsiste qu'un faible vestige, représenté par 
un petit trait vertical placé au-dessous du S, et appartenant 
soit k un I, soit au jambage de droite d'un N. Dans les 
groupes ...fton.. vs div..^ je reconnais les lambeaux d'une 
formule dédicatoire bien familière aux épigraphistes : In honih 
rem domus divinae — en l'honneur de la divine famille 
(k savoir, impériale). 

En la disposant d'après la coupe que j'ai adoptée, il est 
facile de constater que l'on tombe parfaitement en lignes, 
c'est-k-dire que l'en-tête d'une ligne correspond, sur la même 
verticale, à celui de la ligne voisine*, c'est Ik une épreuve qui 
garantit la justesse de la restitution. Nous possédons une 
ligne entière et, comme conséquence, nous connaissons du 
même coup, très-approximativement, la dimension de l'in- 
scription dans le sens horizontal*, elle devait avoir, marges 
comprises, environ 60 ou 65 centimètres. Quant au surplus 
du texte, il faut, dans l'état actuel des choses, nous résigner 
a l'ignorer; le bloc que nous avons sous les yeux nous a 
révélé tout ce qu'il est capable de donner par lui-même, et 
la question est résolue au point de vue intrinsèque. 

Si l'on veut aller plus loin et se former une idée de l'âge 
et de la destination probables du monument, il ne reste guère 
plus, pour se maintenir sur le terrain des inductions légi- 
times, qu'un moyen indirect d'information-, c'est de prendre 
connaissance des textes épigraphiques, complètement détermi- 
nés, où se rencontre la formule m honorem domus divinae^ et 
d'en inférer les cas auxquels elle est applicable. 

On ne s'attend pas k ce que je rassemble ici tous ces 
textes, car ils sont assez nombreux *, je me bornerai donc k 



f 

— 8 — 

reproduire quelques-uns de ceux x)ù la formule se montre, 
soit explicitement en toutes lettres, soit elliptiquement sous 
la forme habituelle des sigles m. h. d. d. 

. \° Pro Salute Aug(asti|, In honorem I)(oinus) Diivinae), Soli Invicto 
Mylhr(ae), Hilarus Àug(usti) Lib(ertus) Tab(ulariu8) Pr(oYinciae) N(orici), 
£t Ëpicetus Ark(arius} Aug(usti) N(oslri), Tem(plum) Yetastate Con1(apsuni 
Sàmpta Sao Guih Pictnra Rere(cerunt), Imp(eratore) D(oniino) N(ostro) 
Gordiano Aug(a6to) Et Aviola (consulibus), C(aio) Roin(iHo) D(ecarione), 
N(amerio) Licin(io) Marcello Pat(re), ])(ie) YIII K(«lendas) Julias. 

{JHuratori, Thesaur. Yet. Inscript. CCCLX, 4.) 

2<> In Honore Domus Divinae, Dis Matrabus, .Yicani Yici Pacis. 

(Gruter, Corp. Inscript. \Cll, 1.) 

Z° In Honorem Domus Divinae, Nautae Aruranci Aramici Scholam De 

Suo Instruxerunt L(oco) D(ato) D(ecreto) D(ecarionam. ) 

{Orelli, Inscr. Lat. Sel. Collect. n» 365.) 

i° In Honorem Domus Divine, (tic) Ex Decrelo Ordinis Salins Sumelo- 

cennensis, Curam Agent(ibns) Jul(io) Dextro Et G(aio) Turran(io) Mar- 

ciano îî Yiris Gi(vium ) 

{Orelli, ib. n» 5248.) 

50 In H(onorem) D(omus) D(ivinae), Dae (sic) Lune {tic) Marcelinus 

Plaoidiiius D(ecurio) C(iYium] R(omanorum) Mog(ontiaci) Et Martinia 

Martiniame (sic) Ex Yoto P(osuerunt), J(ulio) Tacito Et Aemiliano 

Cos(uUbus.) 

{Orelli, îb. n» 4980.) 

Je m'arréie, afin de ne pas multiplier outre mesure mes 
citations-, mais pour épargner des recherches fastidieuses aux 
personnes qui désireraient une plus grande variété dé rensei- 
gnements, je donne les indications suivantes, dont le nombre 
pourrait être encore augmenté : 

Gruter^ vu, 5-, xii, 10-, xxxiv, 7-, un, iO-^ lv, 10-, lxii, 
4-5 LXiv, 65 Lxxii, 4^ cviii, 1; cxii, 12; CLxm, 5. 

Orelli, 178-, 180; 181; 325; 403; 404; 929; 1986; 



— 9 — 

4983 î 8027-, 5238^ 5241-, 5247; 5783-, 5784; 5786; 6803; 
6804; 7151; 7259. 

Buebner, Corp. Inscript. Lat. t. ii, 3221, 3231. 

Mommsen, Inscript. Helv., 14. 

D'après Tanalogie de la majorité de ces exemples, il est 
légitime de conclure que notre fragment appartenait proba- 
blement à un monument votif dont la date devait être com- 
prise entre les années 171 et 246 de notre ère, et très-vrai- 
semblablement dans la dernière partie de cette période. Il 
résulte, en effet, d'une observation due a M. Henzen, que la 
formule m honorem domus divinae apparaît pour la première 
fois en 171, et qu'elle tombe en désuétude vers 246. 

Je passe maintenant k Texamen du fragment n® 2 de la 
planche I. Toutes les lettres tracées dans l'intérieur de Taire 
que l'on a sous les yeux sont d'une netteté qui ne laisse rien 
k désirer; je ne m'occupe donc que de celles qui, se trouvant 
tout près du bord de la pierre, sont partiellement oblitérées 
et nécessitent quelques mots d'explication. La première lettre 
de la ligne supérieure est certainement un H dont il ne reste 
plus que le jambage de droite, et dont la barre a été effacée 
par l'usure; l'autre jambage devait se trouver sur un fragment 
absent. Au-dessous de ce H et k la ligne suivante, on voit un 
trait oblique qui figure le bras droit d'un V; sur cette même 
ligne, mais au bord opposé, se montre un petit trait horizon- 
\ii\ qui peut appartenir k la traverse d'unT; sur la troisième 
ligne, le N est précédé d'une trace verticale très-faible qui 
parait être le jambage d'un I; le  de cette même ligne est 
suivi d'une lettre dont il ne reste qu'un jambage surmonté 
d'une amorce horizontale, de telle sorte qu'on peut compléter 
par la pensée, soit un E ou un F, soit un P ou un R. Les 
trois dernières lignes n'ont sur leurs bords aucune lettre 
incertaine. L'ensemble des caractères dont la lecture est 
assurée se réduit donc k : 



— 10 — 

...HONOR... 

...VINAEE... 

...INIMA... 

...OSTVMI.. 

..EETAVGQ... 

• JTASRIED.. 

C*cst encore à la formule in honorem domus divinae que je 
rapporte le groupe complet honor^ de la ligue supérieure, et 
le groupe partiel, vinae^ de la deuxième*, mais le cas actuel 
diffère de celui du fragment n"" 1 en ce que les positions 
relatives .des quatre membres de la formule se trouvent no- 
tablement modifiées dans le champ épigraphique*, pour satis* 
faire aux exigences du cadre, notre deuxième alinéa doit être 
pris sur la lettre initiale du mot divinae^ tandis que précé- 
demment c'est le M du mot domus qui a servi d'en-tête k la 
deuxième ligne* 

La facilité et le succès avec lesquels la formule vient de se 
prêter a nos essais de restitution, en passant par répreuve de 
deux coupes différentes, sont de nature à inspirer confiance 
dans la sincérité de la lecture que nous proposons, tant pour 
le fragment n^ 1 que pour le fragment n'^ 2. Non-seulement 
nous possédons la ligne supérieure dans son intégrité littérale, 
mais, en donnant aux lettres restituées le style des lettres 
existantes, nous arrivons à déterminer très-approximativement 
la longueur de cette ligne, c'est-a-dire la laideur de façade 
de rinscription. En tenant compte des marges, on peut esti- 
mer que cette dimension était d'environ 60 ou 65 centi- 
mètres^ c'est la même largeur que, par des motifs analogues, 
nous avons attribuée à la façade de l'inscription dont le frag- 
ment n"" 1 faisait partie^^ c'est aussi la même largeur que l'on 
obtient en mesurant l'inscription de Gordien III. Dès mainte- 
nant se présente a l'esprit une question que nous posons sous 



- n — 

toutes réserves des résultats auxquels conduiraient éventuelle- 
ment de nouveaux éléments d'information. Nous avons dit 
que la nature de la pierre parait absolument la même pour 
chacun des deux blocs; outre cette identité physique, nous 
ayons aussi constaté l'identité de style des lettres qui y sont 
tracées; voici qu'à présent nous découvrons sur Tun et sur 
Tautre Tèxistence simultanée de toute une phrase caracléristi* 
que, et, subséquemment, la preuve que les deux façades étaient 
de même largeur. N'y a-t-il pas là des motifs suffisants pour 
présumer que nous avons sous les yeux deux fractions d'un 
seul et même texte qui- était répété sur les faces oppo- 
sées d'un monument unique, par exemple, d'un ex-voto à base 
carrée? Bien plus, cette hypothèse aurait pour effet d'expli- 
quer comment la coupe linéaire de la formule dédicaloire s'est 
faite de deux manières différentes; le lapicide, ayant sans 
doute reconnu tardivement que la hauteur des lettres qu'il 
avait adoptée pour le tracé de la première façade n'était pas 
en rapport avec l'espace disponible, et ne voulant pas com- 
mettre la même faute sur la deuxième façade, avait pris le 
parti de changer le module des lettres, et comme la longueur 
des lignes était la même dans l'un et dans l'autre cas, une 
différence avait nécessairement dû s'ensuivre dans les alinéas. 
Quant aux mots qui suivaient la formule dédicatoire, j'a- 
voue que jusqu'à présent toutes mes tentatives de restitution 
sont demeurées infructueuses; mais j'espère qu'un autre, plus 
heureux que moi, pourra tirer parti des résultats acquis pour 
combler d'autres lacunes. Je dois cependant ajouter quelques 
observations qui, sans jeter en ce moment un grand jour sur 
le corps du texte, ne seront peut-être pas absolument inutiles. 
D'après la place disponible, le nombre de lettres qu'on peut 
inscrire dans la partie laissée en blanc, en tête de chacune 
des lignes suivantes, est de deux ou trois lettres au plus, selon 
le cas; ainsi, le groupe ostvmi^ de la quatrième ligne, appelle 



— 12 — 

évidemment à sa gauche un P complémentaire qm ne laisse 
plus de place que pour une seule lettre*, ce devait être, très* 
vraisemblablement, la sigle initiale d'un des prénoms usités 
dans la nomenclature romaine, L(ucius), P(nblius), M(ar- 
eus), etc. En effet, Posiumi appartient soit à la déclinaison de 
Postumus, soit a celle de l'une des formes dérivées Postumius, 
ou Postumianus; or, le nom gentilice Postumius est incom- 
parablement plus usité qu'aucun des surnoms Postumus ou 
Postumianus^ et, de plus, on sait qu'en règle le prœnomen 
était immédiatement suivi du nom de famille, et non pas du 
cognomen. Il s'agit donc ici d'un Postumius, et ainsi se trouve 
écartée l'hypothèse que l'on serait tenté de faire en attribuant 
h M. Latinius Cassianus Postumus le fragment épigrapbique 
n** 2. D'ailleurs, le règne de cet empereur (258-267) est pos- 
térieur a l'époque (ann. 24Ç), où la formule in honorem do- 
mus divinae avait cessé d'être en usage. 

Je passe k la sixième ligne, itasried, et j'observe que le 
groupe itas forme le deuxième tronçon du mot civ-itas^ dont 
la première partie, ctv, renferme précisément les trois lettres 
nécessaires pour occuper la place vacante en tête de la ligne. 
Quant au groupe ried, la seule restitution qui me paraisse 
possible consiste, à rétablir en entier le mot riedonum^ que je 
lis pour redonum. 

An point où je suis parvenu, je demande h entrer dans 
quelques développements au sujet de ce nom de peuple sur 
lequel se concentre l'intérêt principal de la question. La men- 
tion des Redones est, en effet, tellement rare en épigraphie, 
qu'on n'en connaît jusqu'à présent qu'un seul autre exemple, 
celui de l'inscription de Gordien III, à la porte Mordelaise, 
et encore cette mention ne figure-t-elle que sous la forme 
d'une sigle, R, longtemps regardée comme énigmatique. 

Et d'abord, il faut rendre compte de la présence d'un i 
dans la première syllabe d'un mot que l'on est habitué 



- 13- 

à orthographier Redones; rexplicaiion la plus commode con- 
siste à attribuer celle anomalie lout simplement à Tignoranee 
ou k rinadverlance du lapicide*, on rencontre souvent des 
formes d^éfectueuses de ce genre, comme habiet pour habet, 
lumphieis pour lumpheiSy etc. Je crois cependant pouvoir pré- 
senter une explication qui satisfera des esprits plus exigeants. 
Que le nom des Redones ait, dans certaines circonstances, ëté 
prononcé et écrit Riedones^ c'est ce que laisse clairement 
entrevoir la leçon Tvi^^ovei; que Wilberg, et plus tard M.L. 
Renier, ont adoptée dans leurs éditions de Ptolémée. Il est 
même remarquable que Tédition de Jodocus Hondt(iim5(erd., 
éd. 1605, p. 47), porte dans la partie latine la forme Riedones 
en regard de T^aovsç. Nous allons voir qu'il est pos^ble de 
confirmer la légitimité de ces inductions par des considéra-^ 
lions d'un autre ordre. 

Ce que Ton connaît de la phonétique gauloise se réduit à si 
peu de chose, qu'on ne peut guère en parler qu'à l'aide de 
rapprochements empruntés aux idiomes congénères. Or, on sait 
que, dans les langues néo-celtiques, le e long est sujet k se 
diphthoDguer, et que, notamment en irlandais, cette voyelle 
se change souvent en ta (Zeuss, Grammatie. Celtic, p. 21 et 
113)*, exemples : lat. rêgula=irl. riagol, lat. Rhênus=:irl. 
Rian, b.-bret. Iec'h=irland. liac. Il est extrêmement pro- 
bable que, dans les dialectes gaulois, le e long dégénérait en 
un son bivocal très-voisia du ta irlandais-, en effet, des in- 
scriptions et des monnaies de la Gaule montrent que le 
groupe tt servait k la transcription du e latin : MiiRiTO=me- 
rito, LiiPiDi=^Lepidi, TASGiiTios=Tasgetius, RiiM08=Remus. 
Entre les diphthongues ta et tt, il y a évidemment place pour 
le son bivocal te; si maintenant l'on songe qne le nom du 
char que les Gaulois appelaient reda (improprement orthogra- 
phié rheda) subsiste encore dans l'irlandais rtad, on n'hésitera 
pas k admettre que Riedones soit une variante dialectale de 



- 14 ~ 

Reionei, avant-courrière de la forme 'Aidons, fournie par des 
monnaies carolingiennes. Un degré d'accentuation plus énèr- 
gi({ue me parait en avoir fait sortir la forme Raedonum qni 
se lit (1) sur un mannscrit du x® siècle (cfr. B^irappa, Biterrae^ 
Baetertae; rheda^ et sa variante rhaeda, citée par M. de Bel- 
loguet, n*" 40). En regard de la diphtbongaison indigène eh 
te, iU je dois signaler le son bivocal ot, oe, oa, importé 
par les Bretons insulaires, auxquels on est redevable de la 
forme Roazon, nom de Rennes, la ville des Redones en bas- 
breton . 

J'at rendu compte du groupe épigrapbique Ried, que je 
regarde comme le radical de /{iedontim-, je vais maintenant 
donner les raisons pour lesquelles je préfère la terminaison 
onum ^ toutes celles qu'on peut gramnraticalement imaginer 
pour les divers déterminatifs du mot cititas^ tels que Redo- 
nicà^ Redonensis^ Redonensium. J'ai d'abord, en faveur dé la 
construction eivitas Riedonùm^ l'analogie des cas similaires, 
civitas Pictonunty eivitas Lingonum^ etc., etc., suivant un 
usage pour ainsi dire constant, non-seulement dans Tépigra-> 
pbie contemporaine (2), mais aussi dans des documeùts écrits 
à une date postérieure. La Notice des Provinces et des Cités de 
la Gaule^ rédigée sous Honorius (395-423), construit invaria- 
blement le mot civitas avec le génitif pluriel d'un nom eth- 
nique. Un fait remarquable qui, je crois, est resté inaperçu 
jusqu'à présent, c'est que tous les noms de peuples terminés 
en -efuîtim, et la liste en est nombreuse dans la Notice y ont, 

(t) Guérard, Essai SDr les divis. lerritor. de la Ganle, note de la 
page .15. . 

(a) OrelH, Inscript. latin, ampl.^collect. 189; 248; 1096. -- Muruttori, 
Nov. Thés. Yet. Insc. lxit, 1; cnn, 1; hxli, l;.HLiy, 4; iu.xxxix, 1. 
— Huebner^ Corp. Insc. Lat., t. II, 2517, 1180. Notez cependant deux cas 
exceptionnels, etvitas Arueitana et civUajf Pompelonensis^ dans l'épigra- 
ptaie hispino-ihomaine {op, eit\ 953, 2958). 



- 15 - 

sans exception, pour radical un nom de ville; exemples : 
Lugdunensium, Turnacensium, tandis que, dans les noms de 
peuples qui n'ont pas cette terminaison, le radical ne repré- 
sente aucun nom de lieu connu à cette époque-, exemples : 
Turonum^ Santonum. C'est qu'en effet, ^ la terminaison 
-ensfe s'attache une idée essentiellement locative, habitative; 
les thèmes sur lesquels ont été formés les adjectifs Carthagi*- 
ntensis, Aiheniensis, ont un caractère topologique tout aussi 
manifeste que les mots alriensis, coslremts, hortensis^ dérivés 
de alrium^ castmm^ hortus. 

On peut affirmer que toute forme dérivée d'un nom ethnique 
par l'addition du suffixe -ensis appartient à la latinité de la 
décadence*, c'est au commencement du vu* siècle, et tout an 
plus vers la fin du vi'', qu'apparaissent dans les écrits de 
Grégoire de Tours, de Fortunat, d'Isidore de Séville, les 
formes barbares, telles que Lingonensis^ Turonicensis et 
Turonensis. De l'époque gallo-romaine ^ l'époque franque, 
une révolution grammaticale s'opère dans la nomenclature 
territoriale de la Gaule, et aux anciennes dénominations, 
dvilas Redonum, civitas Lugdunensium^ civitas Senonum, se 
substituent les locutions moins concrètes, civitas Redonensis^ 
civitas Lugdunensis^ civitas Senonensis^ qui désignent des cir- 
conscriptions politiques, tandis que les dénominations propre- 
tnent topographiques prennent plutôt les terminaisons -icus, 
'iacus; exemple : urbs Redonica, pagus Redonicus^ urbs Part- 
siaca^ pagus Parisiacus. Tels sont du moins les résultats de 
la comparaison que chacun peut faire comme moi en mettant 
en regard, d'un côté, la Notice des Provinces et des Cités, et, 
de l'autre, la Liste des divisions territoriales de la Gaule 
Franque, telle qu'elle a été dressée par Guérard {op. dt., 
p. 144-154). II ne s'agit ici, bien entendu, que des carac- 
tères généraux de la transformation subie par le langage géo- 
graphique, sur lequel agirent, tout comme sur la langue cou- 



— 16 — 

rante, des causes très-complexes de confusion. Quelques cas 
exceptionnels qui se rencontrent çk et Ik ne diminuent point 
la portée des propositions que je viens d'émettre^ sans m'at- 
tacher à les relever tous, je me contente de mentionner les 
expressions urbs Redonum^ dvitas Redonica^ pagus Redonicuê 
et pagiLS Redonensis^ qui se rencontrent tour-à-tour dans le 
Cartplaire de Redon. 

Dç toutes ces considérations, il ressort une conclusion que 
je reliens pour ce qui concerne notre fragment épigraphique 
n^ 2 : sous peine d^anachronisme, on doit s'interdire de resti- 
tuer sur un monument qui date du ui^ siècle une quelconque 
des formes Riedonensis^ Riedonensium^ Riedonica k la suite 
du mot civitas. > 

Malgré la longueur de la digression dans laquelle je suis 
entré, je n'aurai pas sujet de la regretter si je suis parvenu à 
éclaircir les points de philologie et de géographie historique 
qui se sont incidemment présentés. Pour compléter ces notions, 
il y aurait à expliquer Torigine du nom de lieu Redonas et à 
rechercher Tétymologie de l'ethnique Redones; mais pareille 
étude trouvera mieux sa place dans une note rejetée en 
dehors du cadre de ce Mémoire. 

J'aborde maintenant Tinscription de la porte Mordelaise, en 
invitant mes lecteurs à se reporter au dessin de la planche II. 
Quoique la pierre soit assez fruste, ils reconnaîtront sans 
peine que l'irrégularité du tracé accuse une main-d'œuvre peu 
soignée. L'ouvrier avait si mal pris ses mesures que, pour ne 
pas dépasser l'encadrement a double moulure dont on voit 
encore de$ vestiges dans le coin inférieur dé droite, il s'est 
trouvé dans la nécessité de réduire k des proportions exiguës 
la lettre o qui termine chacun des mots Antonio et Pio. 

En venant, après tant d'autres, parler k mon tour de ce 
monument, je me propose en partie de montrer comment la 
question a été traitée par quelques-uns de ceux qui s'en sont 



— 17 - 

occupés. Cette élude rétrospeciîve comporte un enseignement 
curieux. 

Dès 1740, Muratori, Tun des fondateurs de la science épi- 
graphique, consigna Tinscriplion de Gordien IHf dans son 
Nov. Thesaur. Veter Inscr, (p. mlxxv, 5), d'après une copie 
qui lui fut communiquée par Bimard de la Bastie. On a peine 
k comprendre que jusqu'à présent aucun archéologue breton 
ne paraisse avoir soupçonné l'existence de cette importante 
mention dans un recueil réputé classique en la matière» 
Je répare cette injuste omission en reproduisant la propre 
annotation de l'auteur*,' pour l'avoir méconnue, la plupart des 
commentateurs venus après Muratori se sont égarés dans 
les plus malencontreuses conjectures. Il faut dire toutefois 
que, par une erreur dont le célèbre épigraphiste n'est sans 
doute pas responsable, sa copie est fautivement partagée 
en trois lignes, tandis que l'original en comporte cinq. 

ce IMP.CâES.M.AMTOMIO II 60RDIAN0.PI0.FEL. A VG || P. M. TR. P. COS. 

« o.R. Id est : Ordo Rodonum (sic), Decnrionum videlicet. 
« Redonum Civilas olim Gallise Celticse Urbs, Condate a Plo- 
« lomeo appellatur. Lapis hic posiius fuit Ânno Christi 239. » 
Non-seulement la mention de Muratori resta ignorée, mais 
aucun de ceux qui se firent les historiens de l'inscription de 
Gordien III ne se préoccupa d'en donner, avant tout, une 
copie fidèle. L'abbé Gallet (l)ne tient nul compte des alinéas, 
mais en revanche introduit arbitrairement neuf lettres en plus, 
aux deuxième, septième et huitième mots. — « imp.gaesar.m. 

ANTONIO GORDIANO PIO FELIGI AVGVSTO P.M.TR.P.COS.O.R. » — 

Ogée, réédité avec un fâcheux ne varietur par Marteville (2), 
et recopié avec trop de confiance par d'autres auteurs encore, 
ramène à trois le nombre des lignes de l'original, supprime 



(1) Dora Morice, Hist, de Bret. (t. I, col. 859). 

(2) Dict. de Bret,, édit. 1780 <t. IV, p. 19); édit. 1813 ft. II, p. U6). 



— 18 - 

rinitiale du prénom M(arcus) et donne une traduction plus 
que libre des lettres finales o.r. — « imp.cles.ântonio. jjgor* 
DiANO.pio.FËL.AVG.p.M. || TR .p.GOS.o.R. ie. civitas Redonii. • 
— Une faute de coupe, identique ï celle de Muratori, dépare la 
leçon introduite par M. de Courson dans son récent ouvrage. 
(Cart. de Redon^ Prolég., p. cxxi.) 

Les signes o.r*. ont successivement signiflé Offerunt Rhe- 
doues ou Optimales Rhedonensis (Gallet)-, Omnes Romani 
(de Robien); Oppidum Rhedonense, ou Ordo Rhedonensium 
(voir Marteville, op. cit.)-, Ordo Rhedonensis (Bizeul). (1) 

Antérieurement k Muratori, quelques auteurs avaient i^arlé 
de l'inscription de Gordien HI. Elle a été exactement trans*- 
crite, mais sans indication de coupe épigraphique, en 1736, 
par P. Hévin {Quest, et observât, concernant les matières fio^ 
daleSyp. 55), et, en 1707, par dom Lobineau [Hist. de Rret.^ 
t. II, col. 2), qui lit oppidum Rhedonense dans les lettres o. r. 
Enfin, d'après une communication que je dois h l'obligeance 
de notre savant confrère M. André, j'apprends qu'il en a été 
fait mention par Bertrand d'Ârgenlré {Hist. de Rret., 1588, 
^ édit., p. 19 recto) ^ le céièbre historien-magistrat reproduit 
fautivement cette inscription ainsi qu'il suit : c imperatori 

CAESARI M. ANTONIO GORDIANO PIO.FEL. AVGVST.P.M.T.R.P.COSS. 

V.R., » et la rapportant k l'an 244, la développe de cette ma- 
nière : Imperatori Caesari Marco Antonio Gordiano . Pio . 
Felici . Augusto . Pontifici Maximo . Tribunitia potestate . ConsuU» 
Quinctum . Rhedonen . 

Je termine ce résumé bibliographique en disant que je n'ai 
encore rencontré qu'une seule leçon exacte de tous points, 
celle que M. E. Desjardins yient de donner dans son édition 
de la Carte de Peutinger (p. 27). (2) 

(1) Soc, Archéologique de Francet Congrès de Nantes en 1856 (t. xx, p. 124). 

(2) M. L. Renier s'est également occupé de Tinscription de Gordien ÎII, 



— 19- 

Pour ma part, je me tiens k la version de Muratori, et je 
développe de la manière suivante la fin de l'inscription : 
P[ontifici) ii[aximo)^ Tj\{%bunicia) P{olestaté), Cos(tiïf), 0{rdo) 
l^(edonum). 

Le choix que je fais de la forme Redonum est justifié par 
ce que j'ai dit précédemment au sujet du fragment lapidaire 
n"" 2-, d'ailleurs, une foule d'inscriptions montrent le mot ordo 
écrit en toutes lettres et suivi d'un ethnique au génitif plu- 
riel {Gruter^ cclxxvii, 5-, cglxxxiv, 4-, Huebner, 1046, 1184, 
1923, 4463). Mais, en tant que sigle signifiant ordo, la 
lettre est extrêmement rare^ j'en signale un autre exemple 
dans l'épigraphie hispano- romaine {Huebner, 863). 

Les sigles tr.p. signifient Iribunicia poiestate ou tribuni" 
ciae potestatis (en sous-entendant soit functus, soit munere 
fun€tus\ car on trouve ces deux locutions développées de 
la sorte [Orell,, 248, 958, 959). La forme orthographique 
Iribunicia par un c est préférable à Iribunitia^ par un t; c'est 
ce que montrent copieusement les plus anciennes inscriptions 
(Or«K., 648, An, Chr, 47; 859, An. Chr. 66-, 968, ^n. Chr. 
228). Un titulus de l'an 222 de notre ère {Orell, 957) exhibe 
la notation du t ; il prouve qu'à cette' époque la prononciation 
gutturale de ci- et dentale de ti- commençait à s'altérer sous 
l'influence d'une voyelle suivante, et que ces sons, essentiel- 
lement distincts en principe, se sont confondus, non pas l'un 
dans l'autre, mais tous deux dans un troisième, le son sif- 
flant. Le mot tribufUcia ne peut passer eu français que sous 
la forme tribunice; ainsi le veut l'analogie des mots adventi- 
cttts, facticius^ novicius^ patricius, devenus adventice, factice^ 

dans V Annuaire de la Société des Antiquaires de France, 1848, oavrage qoe 
J'aurais certainement consulté avec fruit si J'avais pu en trouver un exem- 
plaire â la Bibliothèque de la ville. 



— 20 - 

novice^ patries. L'adjectif tribunicienne ou tribunitienne, géné- 
ralement usité, est donc de formation incorrecte. 

En consé()uence, je traduis l'inscription de la porte Morde- 
laise ainsi qu'il suit : A l'empereur César Marc Antoine 
Gordien, pieux, heureux^ auguste, pontife suprême, revêtu 
de la puissance tribunice^ Consul^ VOrdre [dècurional) des 
Rédons, 

Il s'agit Ik, évidemment, d'un hommage public rendu à 
l'empereur par le corps politique le plus élevé des Redones; 
mais a quelle occasion? Le texte est muet sur ce point. Ce 
silence me parait trop significatif pour ne pas renfermer l'in- 
dice que je cherche. En effet, les seuls grands événements 
qui puissent donner lieu k un acte officiel sans y être men- 
tionnés, sont un changement de gouvernement, une accession 
au trône, la prise de possession par le prince régnant d'une 
nouvelle prérogative, d'une nouvelle attribution (cfr. Orelli, 
n^ 5563). Or, il se trouve que précisément notre inscription, 
par la mention qu'elle porte du consulat de Gordien-le-Pieux, 
appartient k la première année de son règne, l'an 239 de 
notre ère. Elle réunit donc tous les caractères d'une promul- 
gation officielle de l'avènement de ce prince. Si je ne m'a- 
buse, ma conjecture peut devenir le point de départ d'une 
règle propre k déterminer, dans certains cas, l'âge d'inscrip- 
tions qui ne portent point de date, mais qui sont assimilables 
k celle de Gordien par la teneur de leur contexte. Ce n'est 
pas le lieu de m'engager dans de pareilles recherches^ je me 
borne k indiquer les inscriptions de Probus, de Carus, d'Âuré- 
lien et de Constance {Huebner, 2071, 3660; Gruler, cclxxvï, 
ccLxxxiv, 4). Je ferai cependant exception pour une inscrip- 
tion (1) qui a un rapport tellement immédiat avec celle de 

(1) Huebner f Corp. Insc. Lat., t. II» S070. 



— 2i — 

Gordien III, qu'on ne saurait lui trouver un meilleur pendant. 
La voici : 

FVRIAE . SABINIAE . TRANQVILLI 

NAE.AVG 

CONI VGI . IMP . CAES . M . ANTONII 

GORDIANI . PII . FEL . AVG . ORDO . M . FLOR . ILIBER 

RITA^I . DEVOTVS . NVMINI . M AIESTATIQ VE 

SVMPT V . PVBLICO . POSVIT 

D.D. 

Le groupe m. flor/, qui vient après ordo, signifie municipii 
Florenlii^ et nous donne le nom romain de Tancienne Iliber- 
ris, aujourd'hui Grenade; les sigles d. d. représentent la 
formule décréta decurionutn. 

Par son mariage avec Gordien III, Tranquillina devenait 
impératrice, événement qu'Eckhel place dans l'année 241 *, le 
tilulus se rapporte, d'après ma thèse, à la promulgation de 
Cet avènement, et son âge se trouve déterminé en consé- 
quence. 

Quelques personnes ont déjà fait la remarque que la pierre 
de Gordien, sans avoir subi de retaille, a les mêmes dimen- 
sions que d'autres voussoirs de la porte Mordelaise, et se 
fondent sur ce fait pour conjecturer que ces voussoirs sont 
des monuments du même genre, dont Tinscription serait 
tournée k l'intérieur de la maçonnerie; peut-être même la 
pierre de Gordien est-elle revêtue d'une autre inscription sur 
sa face opposée. J'enregistre cette opinion qui n'a rien de 
déraisonnable en soi, et qui est de nature à provoquer de 
nouvelles découvertes, quand arrivera le moment de déplacer 
les voussoirs de la porte Mordelaise. 

Par une étrange similitude de destinée, c'est à la réédifica- 
tion des portes de la vieille enceinte qu*ont été également 
employés les débris épigraphiques découverts à Rennes, 

3 




--22 — 

après avoir peut-être servi plusieurs fois de matériaux à des 
constructioDs différentes élevées successivement dans le même 
voisinage. Il est k présumer que, suivant l'usage romain, les 
monuments dont nous ne possédons que des restes mutilés, 
bordaient la voie publique aux approches de la ville. 

On ne peut s'empêcher, en parlant de l'inscription de 
Gordien, d'exprimer une fois de plus le regret que la plus 
antique archive municipale de Rennes continue à être misé- 
rablement exposée à toutes les causes possibles de dégradation. 
Que de fois n'a-t-on pas vu les intérêts les plus vulgaires et 
les plus mesquins, ou }a manie irréfléchie de destruction 
d'un enfant, d'un passant malintentionné, anéantir ou mutiler 
les legs les plus précieux de l'antiquité! Qu'il me soit donc 
permis, pour conclure, de répéter la belle recommandation 
d'un Âpott^ : Colligite fragmenta ne pereant. 

La prochaine ouverture d'une salle d'antiquités au musée 
de la ville vient très-opportunément offrir a l'Administration 
municipale l'occasion de réaliser enfln le vœu des Rennais 
éclairés qui s'intéressent au passé de leur vieille cité. Caveant 
Consules, et, pour mieux faire que le Préteur, curent de mi-- 
nimis. 



Éttjmologie de « Redones. » — Ce mot a déjà exercé la sagacité 
des philologues; j'indique^ simplement pour mémoire, et sans en 
accepter aucune, les diverses solutions auxquelles on est arrivé par 
le recours aux idiomes congénères, gall. rwydd, « expeditus, faci* 
lis, prosper » ; irl. reidk, rédh, « ad ordinem redactus, planus » ; 
irl. riadhy vieux haut allem. raida, reita; nors. reid, « currus, 
vebiculum ». M. Moët de la Forte-Maison propose pour traduction, 
lanciers équestres {Dict, de Bretag,, t. Il, p. 514). Gliick démontre 
que la forme Rhedones renferme un h inorganique , attribuable 
seulement à Tinfluence de la transcription grecque, f = rh. D'ac- 
cord avec Zeuss, il suggère la paraphrase celeres, veloces, agiles, 
ou mieux, currihus utentes (Gr, Celt,, p. 50; Kelf. Nam., p. 149). 
M. Pictet préfère la signification habitants de la plaine (Bev, Arch,, 
t. XI, p. 114). Cette étymologie, quoique venue après les autres, 
est encore celle que j'admets le moins. En effet, il est avéré que le 
territoire des Bedones était, sous la domination romaine, couvert 
de profondes forêts entrecoupées de landes et de pâturages. Quand 
un pays présente un caractère aussi prédominant, ce n'est pas la 
notion de plaine qui a été choisie pour le désigner, si plat qu'il 
soit; en parieil cas, la configuration topographique disparait sous le 
manteau de la végétation. 

Dans le mot redones^ nous distinguons le radical red et la termi- 
naison ^oms. De celle-ci, je dirai seulement qu'elle est très-usitée 
dans la formation des noms de peuples celtiques, Santones, Pic- 
tone^, Stcessiones, Centrones, Lingones, Britones, etc. On est assuré 
par la transcription grecque, TY)^dov&ç, Savroveç, ainsi que par les 
exigences de la versification latine, que le o est bref, contrairement 
à ce que l'on observe dans les noms d'agents, decuriônes, petrô- 
nés, etc. Quant au radical red^ rhed, il figure dans un petit nombre 
de mots gaulois que les auteurs nous ont transmis. La signification 
de chacun de ces mots est déterminée si nettement, qu'il suffit de 




— at — 

les rapprocher entr'eiix poar en déduire la valeur idéologique de 
leur radical. Ainsi, le composé epo-redia nous est expliqué en ces 
termes par Pline (H. N., lib. UI, 21) : « Eporedias Galli honos 
equorum domitorés vocant, » Or, on sait que le premier élément, 
epo, signifie incontestablement finroç, equus; c'est donc au deuxième 
élément, redia, que se rapporte le sens de bonus domitor. En 
second lieu, Martial nous apprend que le ve-redus était le cheval 
de course, de chasse; or, ce mot est phonétiquement identique avec 
le gallois go-rwydd, pour gwo-^rwydd, par exemple, dans gorwydd- 
farch, cheval dressé. Enfin, d'après la description que Fortunat 
nous a laissée de la rheda gauloise, nous savons que c'était une 
espèce de voiture attelée à quatre cheyaux, sur deux de front; un 
pareil équipage suppose des animaux dociles, bien dressés, et diri- 
gés par un habile conducteur. Le passage de Fortunat mérite d'être 
textuellement reproduit (Poem. III, 22) : 

GurricuU genus est/memorat quod GaUia, rhedam, 
MoIUter incedens orbita sulcat humum. 
Exsiliens dupUci bijugo volat axe citato 
Alque movet rapidas Juncla quadriga rotas. 

Des trois mots eporedia, veredus, rheda, se dégage donc, pour 
le radical red, l'idée de dresser, assouplir, élever, en tant qu'il 
s'agit de l'éducation du cheval. 

Le nom des Redones est, en vertu de son radical, étroitement 
apparenté avec ces trois mots gaulois, avec le dernier surtout, ce 
qui ne veut pas dire qu'il soit synonyme de rhedarii, conducteurs 
des rhedae. En effet, cette espèce de véhicule parait avoir été d'un 
usage trop général par toute la Gaule pour qu'il soit raisonnable 
d'en faire l'attribution aux seuls Redones. Je crois plutôt que, «par 
ce dernier mot, il faut entendre un peuple adonné à l'élevage des 
chevaux, et renommé pour leur dressage. L'étymologie que je pro- 
pose est conforme à l'idée qu'on peut se faire du genre de vie d'une 
peuplade gauloise; elle nous révèle qu'à une époque reculée, Fin* 
dustrie chevaline était déjà, comme elle l'est encore de nos jours, 
en grand honneur dans le territoire rennais. 



— 28 — 

Origine de « Redoms. » — Les formes Redones, Lingones, San^ 
tones, Namnetes, etc., qui prennent les inflexions de la 3*" déclinai- 
son latine, se sont, à une certaine époque, bifurquées dans la 
Ire déclinaison; mais, dans ce passage, elles ont perdu la significa- 
tion ethnique pour prendre, en échange, le sens topologique; c'est 
ce qu'on peut démontrer par une foule de citations. Dès Tan 400 
ou 401, le rédacteur de la Notice des Dignités employait, dans une 
acception purement géographique, l'accusatif pluriel féminin Bedo- 
nas : «c Prsefectus Lsetorum Francorum, Redonas, Lugdunensis ter- 
tiœ. » On connaît encore les passages suivants : « Imperator Redo- 
nas civitatem venit » {Annal. Eginh., ann. 824). — « Ad Redonas 
oppidum » {Chron. Fontan,^ ann. 850). — « Nomenoius Rhedonas 
et Namnetas capiens, partem murorum portasque earum destruxit » 
{Chron, Aquit. ap. Pertz, t. TI, p. 2S5). — « lerunt Rhedonas » 
{Chron, Brioc, ap, D, Morice^ t. I, col. 9). Grégoire de Tours et 
Frédégaire emploient à tout propos les locutions Lingonas civita- 
tem, Senonas civitatem, Suessonias civitatem, ou simplement Lin- 
gonas, Senonas, Santonas, Namnetas j ainsi que les datifs-ablatifs 
LingoniSy Santonis, Ces formes finissent par devenir indéclinables, 
témoin la légende Hredonis civriAS de quelques monnaies carolin- 
giennes. Les tournures périphrastiques, telles que civitas Bhedo- 
num^ étaient d'un usage trop incommode pour persister dans le lan- 
gage populaire; de là, l'origine d'un vocable simple, comportant à la 
fois la notion du pluriel et celle du genre féminin respectivement 
attachées à chacun des membres de la locution périmée. C'est ainsi 
du moins que j'explique les formes Bedonas, Namnetas, etc. Si 
l'on ne rencontre pas le cas direct Bedonae, cela tient certainement 
à ce que les cas obliques, étant d'un usage beaucoup plus fréquent, 
suffisaient à tous les besoins d'une langue qui abolissait de jour en 
jour le système de sa déclinaison. Remarquons aussi que le carac- 
tère essentiellement topologique des nouvelles formes les rendait 
dès lors aptes à recevoir la terminaison -ensis, incompatible avec 
les thèmes ethniques. En réalité, c'est de Bedonas, et non de 
Bedonesj que dérive l'adjectif Bedonensis. Dans cette terminaison, 
le son nasal en se laissait déjàr si faiblement percevoir, que la lettre 
n y est souvent omise; la notation du mot Lugdunesis {Gruter, 



M 



- 86 — 

çGGCxxYi, 5}^ que je choisis parmi cent exemples, et la transcription 
XQUT^ouvifidfa (Pialém.) indiquent assez clairement comment la pro- 
nonciation de 'éns'is a fini par se résoudre dans le son français 
-ais. 

De même, le nom moderne de Rennes provient directement de 
l'un des cas obliques {Redonas^ Redonis) de la forme topologique 
qui avait depuis longtemps supplanté Tethnique Redones. La trans- 
formation s'explique aisément. En effets la brièveté de la pénultième 
prouve que Taccent tonique était fixé sur la première syllabe; il 
en est résulté que les voyelles des syllabes suivantes, privées 
de l'appui de la voix, sont passées à l'état de muettes, Réd^nes ; 
mais les consounes médianes, ainsi mises en contact immédiat, ne 
pouvaient se prononcer sans une certaine accommodation, et le d 
ne tarda pas à se convertir en n, par assimilation aveo la voyelle 
suivante, Rén-nes, 

Par des procédés phonétiques qui lui sont propres, et dont Zeusa 
aamplement traité dans son ouvrage capital (Gramm, Celt,, V" édit., 
p 115 et p. 164), le breton armoricain fit subir une autre transfor- 
mation au nom de lieu Redonas, en l'amenant à la forme Roazon, 
Roazun, et voici comment. En premier lieu, le ê long de la pre- 
mière syllabe se diphthongue régulièrement en oa; c'est ainsi que 
les mots latins clèric-us, cer^a sont devenus en b.-bret. cloarec, 
coar. En second lieu, le d s'affaiblit en z) comparez, en effet, 
lat. ord-o avez bret. urz, vieux bret. hled avec bret. modem. 
bleiz « loup », et, parmi les noms propres, Judith avec Juzeth, 
{Chart. Coi\, ap., D. Mor., 378), Gaufridm^ Judieael (Chari. 
Roton., passim)y avec les formes modernes Jaffrez, Jézéquel. Des 
traces de cette prononciation sifflante se laissent même entrevoir 
dans le dialecte français de la Haute-Bretagne; c'est du moins 
ce que l'on peut inférer de certains passages d'un manuscrit du 
iBY^ siècle, le Missel de Michel Guibé, où on lit Morzelaise pour 
Mordelaise (Bullet. Asssac. Bret,, t. II, p. 168). Quant aux dési- 
nences latines -as, -is, le b.-bret. les a complètement laissé tomber. 

Une dernière observation, sur laquelle j'insiste tout particulière- 
ment. Je sais que quelques personnes, embarrassées de la présence 
d'un I & la suite de La lettre R dans la dernière ligne du fragment 



— 27 — • 

n^2, voudraient lire ce caractère comme si c'était un H à une seule 
haste. Mon attention s'est portée tout récemment encore sur ce 
point; or, la netteté du trait, ainsi que l'état de la surface environ- 
nante, sont tels qu'il m'est impossible d'y voir autre chose qu'un I. 
La vérité est qu'il existe deux petits éclats sur le bord gauche du 
trait de cette lettre, l'un au premier tiers environ, l'autre au second 
tiers de la hauteur. Ces éclats sont si minimes qu'on n'est pas sûr 
de les retrouver à l'estampage; ils s'étendent latéralement à deux 
millimètres au plus, et leur profondeur n'est pas le quart de celle 
du jambage; ils n'apparaîtraient sur un dessin que comme des 
points, ou tout au plus comme ces petits traits déliés qui servent 
de base aux extrémités des jambages. Sérieusement, on ne peut 
regarder ni l'un ni l'autre comme la traverse d'un H, même à l'état 
le plus rudimentaire ; encore faudrait-il que l'un d'eux fût à mi- 
hauteur de la haste. Il faut donc renoncer à la lecture d'un H et en 
prendre son parti; je dirais même, si je ne craignais de paraître 
jouer sur les mots, qu'il faut en tirer parti et accepter la présence 
inattendue du I à la place du H comme un nouvel élément d'étude 
de la phonétique gauloise. Quant à l'interprétation du texte, elle 
est étrangère à ce débat philologique et reste la méme^ quelle que 
soit la lecture adoptée. 

RoBBBT MOWAT. 



loip. Gatel, Rennes. 



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FRAGMENTS D'INSCRIPTIONS 

TROUVÉS DANS LES DÉMOLITIONS 

DE LA PORTE S^MICHELA RENNES 



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INSCRIPTION ENCASTRÉE 

DANS LA- PORTE BORDELAISE ■ 

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N.B.- «^.u^Em. fïcfiîflV a< tv.îW««sfi= \:'a ^'«^^■g^ ,^ e^Si.^b^V.'SSU»^^. 



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