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JRené BOURGEOIS
DOCTEHU KN DROIT
AVOCAT A LA COUU D'aPI'EI.
Du Mouvement Communal
DANS
le Comté de Champagne
aU^ Mr* et ^ni"^ Siècles
m^
rt
PARIS
Imprimerie Henri Jouve
15, Rue Racine, 15
1904
\^fBSITV Ol^'''
PREFACE
En ces temps où le mouvement de décentralisa-
tion littéraire, qui est un des côtés les plus loua-
bles des Actions Régionalistes, amène les esprits à
être des autonomes en littérature et à se soustraire
aux règles du goût à la mode, c'est-à-dire aux lois
forgées par les pontifes plus ou moins éminents
des écoles admises ; au moment où des cénacles se
forment pour chercher à reconstituer l'esprit par-
ticulier de chaque province, à le libérer de Tunité,
de l'uniforme sans originalité dont certains le vou-
draient voir revêtu, il nous a paru intéressant de
rechercher et de réunir les éléments d'une de ces
questions qui aident à se faire une idée sur une
époque de la vie provinciale.
Nous l'avons fait aussi parce que nous aimons
beaucoup notre province. Cette dilection nous la
Bourgeois i
11
devons surtout à notre père dont les travaux ont
souvent réjoui Tàine des passionnés d histoire locale
et c'est pour continuer la tradition qu'il nous lègue
que nous avons choisi, comme thème historico-juri-
dique de notre travail, le « Mouvement Communal
dans le Comté de Champagne aux xii^ et xtu" siè-
cles ».
Nous n'avons étudié que les communes accor-
dées par les comtes parce que, au contraire de
ce que Ton remarque ailleurs et en particulier dans
les possessions des seigneuries ecclésiastiques de
Champagne, à Reims, à Sens où les lattes énergi-
ques, victoires péniblement acquises Ci, répressions
sanglantes, marquent la formation des groupements
communaux, parce que disons-nous, sous l'auto-
rité directe des comtes de Champagne la commune
est créée, ofTerte par les comtes eux-mêmes qui
accordèrent, en somme, une faveur au lieu de faire
une concession à des révoltés.
C'est ce caractère particulier que nous avons
voulu dégager dans notre étude parce qu'il est
une preuve de la politique habile et libérale des
comtes de Champagne, parce qu'il donne au Cham-
penois d'alors pourvu qu'il fut bien gouverné, avec
une autorité ferme mais consciente des besoins
sociaux, l'aspect d'un laborieux et d'un énergique,
— 111 —
ennemi à la fois de la révolution et de la servi-
tude, type que les ehangements de gouvernement
et les Ihéories subversives, pas plus qu'une cen-
tralisation outrée, ne sont parvenus à détruire.
Pierry-Epernay, 29 février 1904.
SOURCES
Vers ijSj les Bénédictins de la congrégation de
Saint-Maur préparèrent une Histoire de la Cham-
pagne. Dom de Launay, dom Beaussonnet, dom
Taillandier, chargés d'en amasser les éléments, par-
coururent les archives locales encouragés et sou-
tenus par les autorités civiles, par dWguesseau
lui-même en 1^41 (i)^ lorsque les dépositaires de ces
trésors historiques se montraient récalcitrants à en
dévoiler le contenu. De i;;57 à 1^82 parmi les reli-
gieux figure dom Rousseau, bénédictin deTabbaye
de Saint-Remy qui reçut le titre d'historiographe de
Champagne avec une pension.
A la même époque Levesque de la Ravaillière,
« un savant, dit un document de Tépoque, qui
joint, à la politesse du goût, l'érudition, le discer-
I . Contre le chapitre de Reims qui refusait la commu-
nication de ses manuscrits.
lO
iiement et rexactitude » rédigeait une Histoire de
Champai^ne.
Les manuscrits des Bénédictins et de Levesque
de la Ravaillière, sont réunis à la Bibliothèque
Nationale où ils forment la presque totalité des
i56 volumes dont se compose la collection dite
Topographie de Cliampagne.
C'est dans ces documents, étudiés folio à folio,
que nous avons puisé la matière de notre travail
sur le mouvement communal en Champagne.
BIBLIOGRAPHIE
Albéric de Trois-Foxtaines. — Chronique .
D'Arbois de Jubainville.— Histoire des Ducs et des Com-
tes de Champagne.
Augustin Thierry. — Lettres Inédites sur l'histoire de
France.
— Considérations sur l'Histoire de France.
BoNVALOT (Ed.). — Le Tiers-Etat d'après la loi de Beau-
mont et ses Filiales.
BouRQUELOT.— Histoire de Provins.
— Etudes sur les Foires de Champagne, sur la nature,
l'étendue et les règles du commerce qui s'y faisait
aux xiie, xiiie et XI ve siècles.
BouTioT (Th.)- —Histoire de la ville deTroyes et de la
Champagne Méridionale .
Brequigny. — Ordonnances.
Du Gange.— Glossaire. V» Commune.
Caric— Histoire de la Ville deMeaux.
EsMEiN. — Cours d'histoire du droit Français.
GuizoT. — Histoire de la civilisation en France .
Laferrière. — Histoire du di'oit Français.
l'A
Achille Luchaire. — Les Communes Françaises sous les
Capétiens directs.
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Thouret. — Observations sur l'Histoire de France.
Vallet de ViRiviLLE. — Arcliivcs Historiques de l'Aube.
ViOLLET (Paul). — Les Communes Françaises au moyen
âge. Extrait des mémoires de l'Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres
Wauters. — Les Libertés Communales.
DU
MOUVEMENT COMMUNAL
DANS LE
COMTE DE CHAMPAGNE
AUX Xlie ET Xllie SIÈCLES
INTRODUCTION
I. — Statistique historique et géographique
abrégée de la Champagne jusqu'à sa formation
deyinitii'e en Comté.
Quelle que soit rorigiiie étymologique (i) du mot
Champagne, cette appellation est immuable depuis
le vi^ siècle. Grégoire de Tours parle de la Cam-
pania Remensis (2), de Troyes situé en Champa-
gne, Trecas Campaniœ urbem (3).
1. Le mot Champagne est susceptible de deux explica-
tions : il vient, soit du latin Campania, plaine, explication
que sembleraient justifier les vastes étendues de terrain plat
qui environnent Châlons et Troyes, soit du celtique Kann-
pann, blanc pays, définition exacte si l'on songe que la Cham-
pagne véritable est la Champagne dite Pouilleuse où la craie
esta fleur de terre.
2. Grég. Tur. IV, 17.
3. Grég. Tur. Mil, i3.
- .4-
Au-dessus des Comtes, il y avait en Champa-
gne, à répoque mérovingienne, les Ducs. Le pre-
mier que l'on connaisse s'appelait Lupus (i), il
appartenait à cette aristocratie, amie des lettres
quoique barbare, qui au milieu de réj^ouvantable
ruine de la littérature et de la civilisation romaine
sut accueillir et récompenser le poète Fortunatus
dont la reconnaissance s'exhalait en ces termes :
(( Que les grands hommes de l'antiquité, que les
noms élevés d'autrefois cèdent tous la place ; ils
sont vaincus par les mérites du duc Lupus. En toi
seul tu réunis les vertus et le génie du sage Sci-
pion, du prudent Caton et de l'heureux Pompée.
Consuls ils ont été les soutiens de Rome, Duc tu
ramènes Rome au milieu de nous ».
Ce duc était fonctionnaire austrasien et n'avait
donc sous son administration que la partie austra-
sienne de la Champagne, Chàlons-sur-Marne et
Reims ; Troyes était devenu ville de Bourgogne lors
du second partage de l'empire frank après la mort
de Clotaire h' en 56 1.
Pendant la période Carlo vingienne (2), l'Aus-
trasie est comme la Neustrie rayée de la carte des
Gaules ; on voit surgir un royaume de Bourgogne
1. D'Arbois de Jubainville. Histoire des Ducs et des Com-
tes de Champagne. Tome I, page 22.
2. D'A. de Jubainville. Loc. cit. Tome I, page 07.
10
nouveau et qui ayant le Rhône et la Saône pour
limite occidentale ne peut comprendre Troyes et
ainsi disparaissent les raisons politiques qui avaient
fait scinder en deux la Champagne.
Dès lors le Comté de Troyes (les ducs ont fait
place aux Comtes), prenant peu à peu de vastes
proportions, englobe une grande partie delà Cham-
pagne mérovingienne et lui adjoint de nouveaux
territoires, et, en même temps que la Royauté féo-
dale crée une nouvelle France, on voit se former
aussi une Champagne nouvelle dont Troyes devint
la capitale.
Le premier Comte de Troyes est Abdéram, il
n'avait aucun droit transmissible à ses héritiers.
Le second fut Eudes de France (854-8"8) ; il béné-
ficia du droit que s'étaient arrogés les seigneurs,
après la mort de Charles le Chauve de faire pas-
ser de leur propre autorité, sur la tête de leurs
enfants, les offices qu'ils tenaient eux-mêmes du
roi (i) ; ce n'était donc plus à tilre viager que le
Comté de Troues appartenait à la maison de
France quand des mains d'Eudes il passe dans
celles de Robert.
Robert, roi de France, conserva le Comté de
I, L'édit de Kiersy-sur-Oise, rendu par Charles le
Chauve, n'a pas, comme on le dit quelquefois, consacré
l'hérédité des offices.
— i6 —
Troyes qu'il transmit en mourant à Herbert II,
comte de Vermandois, son gendre, en 923. Il devait
rester dans cette maison jusqu'en 10 19, date de la
mort d'Etienne, dernier comte de Vermandois titu-
laire du Comté de Champagne.
Les possessions de la maison de Vermandois-
Champagne s'étendaient (i) alors dans les diocè-
ses de Paris, de Soissons, de Reims, de Chàlons-
sur-Marne, de Sens, d'Auxerre et de Langres.
Eudes de Blois succéda à Etienne de Verman-
dois dont il était cousin au cinquième degré, alors
que le roi Robert n'en était que le parent au sep-
tième degré. Eudes avait comme parent des droits
supérieurs à ceux de Robert ; mais à cette époque
le droit de succession aux fiefs en ligne collatérale
n'était point encore parfaitement établi, et le roi
pouvait prétendre qu'Etienne, étant parent trop
éloigné, le Comté de Champagne se trouvait sans
héritier et devait faire retour au domaine royal.
I. D. A. de Jubainville. Loc. cit., t. I, p. 186.
Diocèse de Paris: Abbaye de Lagny.
Diocèse de Soissons : Oulchy, Château-Thierry.
Diocèse de Reims: Epernay et probablement Fismes.
Diocèse de Chàlons-sur-Marne : Vertus, Vitry-le-Fran-
çois et Saint-Dizier.
Diocèse de Sens : Provins et Auxon.
Diocèse d'Auxerre: Une partie du ïonnerrois, c'est-à-dire
au moins Chaource et Sainte-Vertu qui déjà au ix« siècle
dépendaient du Comte de Troyes.
— 17 —
Eudes, très actif, se mit rapidement en possession
de la succession en liti<^e, et Robert, bien qu'à
regret, dut lui donner l'investiture du Comté de
Champagne en 1019(1).
En II25, Hugues, à qui appartenait Troves, se
retira du monde en laissant ses possessions à son
neveu Thibaut II qui avait déjà hérité de tous les
biens d'Etienne-Henri comte de Blois, de Chartres
et de Meaux.
I, D'A. de Jubainville. Loc. cit., t. II, p. 34.
Principales possessions de la Maison de Blois en Cham-
pagne de 1019 à 1090 :
Bar-sur-Aube à partir de 1077, Binson près Epernay, La
Celle arrondissement de Coulommiers, Charleville arrondis-
sement d'Epernay, Charmentray arrondissement de Meaux,
Château-Thierry, Chàtillon-sur-Marne arrondissement de
Reims, Croissy arrondissement de Meaux, Donchery arron-
dissement de Sedan, Epernay, Gournay-sur-Marne arron-
dissement de Pontoise, Margery arrondissement de Vitry-
le-François ; Montieramey arrondissement de Troyes, Mon-
tier-en-Der arrondissement de Vassy, OuIchy-le-Château,
Poivre arrondissement d'Arcis, Provins, Reims possédé
momentanément par Eudes vers 1022, Romaines arrondis-
sement d'Arcis, Rosnay arrondissement de Bar-sur-Aube,
Rouilly Saint-Loup arrondissement de Troyes, Rosoy-en-
Brie arrondissement de Goulommiers, Sézanne arrondisse-
ment d'Epernay, Saint-Florentin arrondissement d" A uxerre,
Sainte-Savine arrondissement de Troyes, Troyes, Yassy,
Vaucouleurs arrondissement de Commercy, Yentelay arron-
dissement de Reims, Vertus, Villiers arrondissement de
Tonnerre, Vitry-en-Perthois.
~ i8 — ^
Dans sa ^i^"" lettre, saint Bernard donne à
Thibaut le titre de comte de Champagne; mais ce
prince ne le prend jamais et sMntituIe la plupart
du temps cornes Blesensis (i) : comte de Blois.
Ce n'est qu'à la mort de Thibaut II, en iiSa, que
le comté de Champagne et de Brie fut définitive-
ment organisé. Jusque-là les possessions de la Mai-
son de Blois en Champagne et en Brie ne sem-
blent qu'un accessoire ; mais, quand au xii* siè-
cle les comtes de Blois durent céder le pas à la puis-
sance des comtes d'Anjou, ils visèrent à s'étendre
du côté de Paris où ils étaient sans rivaux et y
parvinrent avec une habileté persévérante. En
II 52 Troyes devient fief dominant et forme avec
ses dépendances le lot de l'aîné des lils de Thil^aut
à qui Blois et Chartres doivent homuiage.
Le comté de Champagne, avec Troyes pour capi-
tale, est défmitivement fondé et ne subit que de
très légères modifications jusqu'à sa réunion à la
Couronne.
En 1152(2), le comté de Champagne, comme tous
les grands liefs, se composait de deux sortes de
biens territoriaux : le domaine propre (3) et les fiefs.
Constituaient le domaine propre les localités où le
1. Bourquelot.i//i;/o//'^ de Provins, T. II, p. 379.
2. D'Arbois de Jiibainville, Loc. cit. Tome II, p. /|2i.
3. On ditencorele domaine proche.
-- 19 —
comte possédait la seigneurie immédiate ; étaient
fiefs celles où il n'avait que la suzeraineté.
Le domaine propre était, en Champagne, divisé
en Châtellenies ou Prévôtés qui avaient chacune
pour chef-lieu le principal centre de population,
point spécialement fortifié où se trouvait une for-
teresse qualifiée de château à l'exclusion des autres
forteresses du même district.
Les Prévôtés des comtes ds Champagne étaient
en ii52 au nombre de vingt-huit, dont les chefs-
lieux sont aujourd'hui situés dans six départe-
ments :
Aisne, deux prévôtés: Château-Thierry, Oulchy.
Aube, neuf prévôtés : Bar-sur- Aube, Ervy, Isle-
Aumont, Mairy-sur-Seine, Payns, Pont-sur-Seine,
Rosnay, Troyes, Villemaur.
Haute-Marne, une prévôté : La Ferté-sur-Aube.
Marne, dix prévôtés : Bussy-le-Ghàteau, Chàtil-
lon-sur-Marne, Fismes, Epernay, Lacliy, Sézanne,
Mareuil-sur-Ay, Montfélix, A^ertus, Vitry.
Seine-et-Marne, cinq prévôtés : Bray-sur-Seine,
Coulommiers, Meaux, Montereau, Provins.
Yonne, une prévôté: Saint-Florentin.
Les ficfs qui relevaient du comte de Champagne
étaient au nombre de deux mille trente.
Le domaine propre des comtes était administré
par vingt-cinq prévôts, fonctionnaires temporai-
res et amovibles. A côté d'eux, dans treize prévô-
20
tés, on trouve des vicomtes qui étaient héréditai-
res et faisaient partie du baronnage féodal.
On les trouve à : Château-Thierry, Oulchy, Bar-
sur-Aube, Payns, Rosnay, Troyes, Mllemaur,
Chàtillon-sur-Marne, Mareuil-sur-Ay, LaFerté-sur-
Aube, Saint-Florentin.
Ce résumé géographique nous a paru utile pour
déterminer le cadre exact dans lequel nous voulons
étudier le mouvement communal.
§2. — Condition des habitants lorsque se dessine
le mouvement communal.
Le mouvement communal se manifesta vraisem-
blablement en Champagne avant Henri le Libé-
ral, mais de façon certaine sous son régne.
Ce prince, chef suprême de l'administration
dans ses Etats, s'acquittait de cette importante
fonction avec l'aide d'un conseil composé de ses
officiers et d'un certain nombre d'autres personnes,
clercs ou laïcs ; il avait l'habitude de faire écrire
au bas de ses chartes les noms des membres du
conseil présent ; on retrouve ainsi un sénéchal, un
connétable, un conseiller, des chambriers, des
maréchaux, un chancelier. Ce dernier avait sous
ses ordres un notaire attaché à la personne du
comte et des scribes qui résidaient dans certaines
21
villes ; il donne à la commune de Meaux un scri-
be qui jurera fidélilé au chancelier et à la commune.
Meaux. Art. 3(). « Scriptorem dabit cancellarius
communia' : quod si idoneus non videbitur majori
et scabinis, ad consilium eorum ponet alium.
Scriptor autem faciet lîdelitatem cancellario et
communia? ». Faisaient encore partie du conseil des
intimes du comte, des barons, des chanoines, tous
en assez grand nombre.
Pour son administration le comte était repré-
? sente dans les villes par ses prévôts.
La justice avait pour organes le tribunal du
comte et le tribunal des prévôts (i) qui rendait la
justice au nom du comte.
i Le tribunal du comte se composait du comte
I président et de deux de ses barons qui étaient pré-
sents ; mais ces derniers étaient souvent là à titre
purement consultatif. Le siège de la Cour d'Henri,
n'avait aucune fixité ; elle suivait le comte dans
tous ses déplacements et résidait là où il s'arrê-
tait.
A côté des prévôts étaient, nous l'avons vu plus
haut, dans certaines chàtellenies, des vicomtes.
On trouve en 1199, le premier règlement qui
détermine la limite des attributions respectives des
vicomtes et des prévôts ; mais établit-il un droit
I. D'Arbois de Jubainville, loc. cit., tome III, page i56.
Bourgeois a
22
nouveau ou n'est-il que la consécration d'un droit
ancien ? Il concerne d'ailleurs le vicomte et le pré-
vôt de La Ferté-sur-Aube et n'avait peut-être pas
l'étendue d'une réglementation générale.
En tout cas il en résulte que le prévôt était à
l'égard du vicomte dans une situation d'infériorité,
et que, le vicomte ayant une situation plus indé-
pendante que le prévôt, ce dernier représentait
plus directement les intérêts du comte dans la chà-
tellenie.
De plus si le prévôt peut quelquefois, au point
de vue de la justice, se trouver en concurrence
avec le vicomte, il avait seul l'administration
financière des domaines du Comte (i).
De droit commun, les habitants de la Champa-
gne étaient, au xn'^ siècle, taillables à merci et les
règlements qui déterminent au profit de certaines
personnes le montant de la taille, ou qui la suppri-
ment complètement, ont un caractère exceptionnel ;
la règle générale est l'assujettissement à une taille
arbitraire dont le chiffre est déterminé chaque fois
qu'on la lève par les besoins, Favarice ou la dis- j
crétion du seigneur. !
La plupart des habitants de Champagne étaient
aussi mainmortables.
Les mariages célébrés sans le consentement des !
I. D'Arbois de Jubainvillc. Loc. cit. Tome II, page [\'ii.
— 23 —
seigneurs entre deux serts de seigneuries diffé-
rentes donnaient lieu à une peine pécuniaire que
les feudistes désignent sous le nom de Ibrmariage ;
quand cette règle était supprimée, c'était seule-
ment au bénéfice des seris de deux seigneuries ; il
y avait alors entre-cours.
Le droit de suite, Tobligalion pour les hommes
de ne pas transporter leur résidence hors de la
seigneurie où ils étaient nés et le droit pour les
seigneurs de les y contraindre était aussi en vigueur
en Champagne à cette époque.
Tel était, rapidement esquissé, le régime sous
lequel vivaient les habitants de la Champagne lors-
que se dessina le mouvement communal.
CHAPITRE I
ORIGINES DU MOUVEMENT COMMUNAL
DANS LE COMTÉ DE CHAMPAGNE
Il y a lieu de distinguer des origines lointaines
et des origines immédiates.
Le mouvement communal en Champagne fut-il
le résultat, la suite d'anciens établissements, en
un mot vient-il directement d'institutions romaines
ou germaniques comme on Ta prétendu ou est-il
l'œuvre exclusive de la royauté? Nous dirons qu'il
n'est ni l'un ni l'autre et qu'il ne faut voir dans le
mouvement communal qu'une évolution normale,
logique, fruit de l'éducation sociale, des besoins
politiques et économiques de nos ancêtres à cette
époque, résultante aussi, non de la persistance des
institutions romaines, mais des coutumes et des
mœurs.
Orisirines immédiates ce seront les indications
contemporaines de ce mouvement, nous voulons
— 26 —
parler des privilèges, des afFranchissements parti-
culiers qui ont précédé et acconipagné les privi-
lèges, les affranchissements de masses ; ce seront
surtout les créations même de communes, ce
seront les chartes octroyées parles comtes.
§ I. — Origines Lointaines.
Les Municipalités du moyen âge nous viennent-
elles des institutions romaines ou germaniques ?
Des séries d'auteurs ont cru pendant longtemps, en
se fondant sur les travaux de Raynouard, que les
communes du midi avaient une origine romaine,
et en s'appuyant sur les récits d'Augustin Thierry,
que les communes du nord avaient une origine
germanique ; mais devant Tabsence de documents
relatifs à la constitution municipale des cités et des
bourgs pendant quatre cents ans, du vu' ou xf siè-
cle, il semble dillicile d'étayer cette opinion à l'aide
d'arguments décisifs ; on a pu se livrer à des sup-
positions, à des déductions ingénieuses, mais on
n*a pas fourni une preuve. On n'est jamais par-
venu à démontrer la perpétuité des institutions
romaines.
(( C'est en vain, dit J\I. Lucliaire (i), que Wau-
ters (2) a essayé de ramener l'attention sur le rôle
1. A, Luchaire. Les Communes françaises sous les Capé-
tiens directs, page 12.
2. Wauters. Les Libertés communales.
— 27 —
de rélémeiil romain, notamment ponr les princi-
pes essentiels du droit municipal et de la consti-
tution des biens conununaux. Ses affirmations
reposent tantôt sur une interprétation téméraire
des termes équivoques de la langue du moyen âge,
tantôt sur une conception trop étroite de l'histoire
des communautés urbaines, lesquelles ont leurs
racines dans un passé infiniment plus reculé que
ne se le figure riiistorien belge. La tradition
romaine ne suivrait pas d'ailleurs à rendre compte
de l'association militaire et civile fondée sur le ser-
ment et aboutissant à l'indépendance politique
des citoyens confédérés ».
Ce système est inapplicable à la Champagne,
moins soumise que les provinces du midi à l'in-
fluence et à l'administration romaines.
L'orig-ine germanique serait certainement plus
vraisemblable ; mais elle nous apparaît cependant
inadmissible.
Après que Clovis eut pénétré en Gaule, les Bar-
bares divisés, en tribus, subdivisées en centaines,
avaient des assemblées particulières dans les-
quelles ils se réunissaient pour régler ce qui était
relatif à l'intérêt de tous les membres de la cen-
taine ou de la tribu ; c'est là que la justice était
rendue par le chef, de l'avis de tous les hommes
libres ; ces réunions s'appelaient maUiim ou
placitum. On retrouve dans les villes et villages
— 28 —
de commune cette assemblée générale avec l'as-
sistance obligatoire.
Au surplus rinstitution des Scabini, faite par
Charlemagne, d'où sont venus plus tard les éche-
vins, espèce de juges tenant leur juridiction du
souverain, mais choisis par lui avec l'assistance du
peuple, témoigne que la vie municipale subsistait
encore de son temps.
Lors de la chute de l'empire franc, ces scabini
gardèrent le rang qui leur avait été attribué. « Au
x^ siècle (i) ceux auxquels les actes publics ou pri-
vés donnent le titre de scabini ne tiennent plus
rien de la réforme judiciaire à laquelle leur nom
se rattache, ils administrent en même temps qu'ils
jugent et leur droit de justice, en concurrence
avec la justice seigneuriale, reste comme une der-
nière garantie delà liberté civile».
/ Ainsi jusqu'après Charlemagne les municipali-
/tés furent indépendantes ; les campagnes commen=
/ çaient bien à subir la féodalité, mais les villes
I étaient encore libres de ce joug. Lorsqu'il leur fut
? imposé ce fut par des hommes qui se prétendaient
d'abord les représentants des empereurs, ses com-
tes ou gouverneurs en son nom ; ces comtes se
transformèrent ensuite en seigneurs comme les
I. Augustin TliieiTY. Considérations sur V Histoire de
France, p. 5.
— 29 —
comtes de Toulouse, de Paris, de Poitiers, de Blois,
que l'on voit apparaître aussitôt que la féodalité
se constitue ; cet asservissement, du reste, fut faci-
lité par les successeurs de Charlemagne lorsque
pressés par les circonstances, harcelés par les
incursions des Normands, trop faibles pour suivre
avec persévérance les idées centralisatrices et
administratives du grand empereur ils permirent
aux comtes qui les représentaient auprès des cités
de rendre leurs titres et leurs fonctions hérédi-
taires.
Les villes, sous les derniers Carolingiens, étaient »
donc entièrement tombées sous la domination des |
seigneurs ; cela résulte non seulement des droits F
incontestables que ces seigneurs s'étaient arrogés
sur la masse populaire, mais encore des luttes que
presque partout les communes entreprirent plus
tard pour conquérir leurs libertés. Il est évident
que si les communes avaient existé, les habitants
des villes n'auraient pas eu à combattre pour les
faire consacrer, plus encore pour les faire créer.
A^oici comment ïhouret (i) résume ce qu'était la
puissance des seigneurs des villes : « Quand les
comtes eurent changé leur magistrature en fiefs
héréditaires, ils se rendirent indépendants et sou-
I. Thouret. Observations sur l'Histoire de France. Livre 3,
par. I,
— 3o —
verains comme les autres grands vassaux et alors
ils exercèrent sur les bourgeois des villes la même
autorité que les seigneurs avaient acquise sur les
vilains de leur terre ». D'ailleurs cette persistance
du régime municipal que romanistes et germanis-
tes veulent voir dans les villes était, tout le monde
le reconnaît, disparue des campagnes où s'érigè-
rent cependant plus tard nombre de communes.
Les villes, les villages n'avaient donc plus de
' représentants administrateurs et juges, la chaîne
I est rompue entre les institutions germaniques et
les institutions communales, il n'y a plus de munici-
^ palités et de citoyens, il y a des sujets, des vassaux,
\ des vilains. c( Sans doute (i), certaines institutions
de l'époque franque (par exemple celle de la cen-
taine et des juges nommés éclievins) ont persisté
jusqu'au xn? siècle et se sont trouvées englobées
dans le régime communal. D'autre part plusieurs
articles de la législation civile, pénale et de procé-
dure que renferment nos chartes urbaines déri-
vent manifestement du droit germanique. Mais
tous les rapprochements qu'on a pu faire quant
au nombre, aux attributions, au mode d'élection
des magistrats municipaux, à la constitution des
assemblées, entre le régime des villes libres de
l'époque capétienne et les institutions signalées
I. A. Luchaire. Loc. cit., page i3.
— 3i —
chez les peuples germaniques avant et après Tin-
vasion, reposent encore sur des analogies proba-
blement accidentelles ; les textes qui établiraient
une dérivation certaine font toujours défaut ».
D'où vient donc le mouvement communal ? Ce
fut, selonnous, la résultante d'un faisceau de volon-
tés, d'idées, conséquences elles-mêmes de l'âge, si
nous pouvons ainsi parler, du plus d'expérience,
d'éducation politique et sociale des groupements
d'individus.
Ce qu'il y a de curieux en effet dans ce mou-
vement, c'est que, se produisant partout au même
moment, il ne fut cependant empreint d'aucune
solidarité intercommunale ; il faut donc chercher
en dehors d'une entente l'idée génératrice d'un
pareil ensemble. Cette idée est à notre avis l'œu-
vre de la tradition; on n'improvise pas plus un
peuple administrateur, juge, qu'un préfet, un ma-
gistrat, un député, j'entends compétents; il faut
une lente préparation et c'est parce que leurs ancê-
tres avaient eu la notion, la pratique d'une liberté
plus grande que les habitants des villes et villa-
ges du moyen âge réclamèrent pour eux l'auto-
nomie.
Si, en effet, nous nions qu'il y ait eu transmission
directe, officielle en quelque sorte, de pouvoirs
entre la civitas romaine ou la tribu germanique et
la municipalité du moyen âge, nous reconnais-
— 32 —
sons rinfluence certaine de ces institutions sur
celles dont nous nous occupons.
La commune a été dans l'évolution du peuple
français Torganisation logique, Tétape nécessaire
qui devait le mener d'un individualisme exagéré
et stérile à une association féconde en résultats
politiques, économiques et sociaux, et le guider,
par une communauté d'intérêts et de besoins, au-
delà du village, jusqu'à la conception du groupe-
ment provincial. Ce mouvement fut à la fois cen-
tralisateur et décentralisateur, il fallait que les
gens aient l'idée d'une centralisation moyenne,
la commune, pour parvenir à une centralisation
plus grande, la province, en attendant une centra-
lisation plus haute réalisée par l'idée de patrie et
d'une France dirigée par un pouvoir unique. Là
était l'enchaînement régulier, là était la construc-
tion normale de l'édifice national, et c'est pour
ravoir grandiosemcnt méconnu dans une hâte
admirable que Fœuvre de Charlemagne, œuvre
d'un génie plus avancé que son siècle, s'est écrou-
lée lamentablement, laissant tomber çà et là,
commeautant de débris, ces anciens fonctionnai-
res qui, usurpant les pouvoirs du chef suprême^,
devaient établirla tyrannie féodale sans rempla-
cer les intermédiaires administratifs qu'ils étaient
et agir avec un rigoureux absolutisme.- De là des
rivalités, des guerres, et les habitants rançonnés.
— 33 —
toujours occupés à relever des ruines amoncelées
à nouveau, perdirent au milieu de ce chaos sinon
le souvenir, du moins l'exercice de leurs libertés
municipales.
§ 2. — Origines immédiates.
On a longtemps attribué à la royauté et en par-
ticulier à Louis le Gros l'initiative des premiers
affranchissements de commune. Cette opinion
résultait de Texamen des chartes où le roi a ligure
comme intermédiaire entre les seigneurs et les
habitants dont il se constituait le souverain arbitre;
mais elle avait le tort de faire un ensemble de quel-
ques actes particuliers, sans remarquer suffisam-
ment combien le territoire soumis à l'autorité
royale était borné, combien il y avait loin d'un
gouvernement régulier à la polyarchie du moyen
âge où tout était privilège, loi particulière et où
le droit n'avait aucun caractère de généralité.
M. Esmein (i) dit combien peu était fondée la
thèse jadis classique reproduite dans le préambule
de la charte de 1814 (2), d'après laquelle l'éman-
1 . Esmein. Cours d'Histoire du Droit Français, 2" édition,
page 294..
2. u Nous avons considéré que, bien que l'autorité tout
entière réside en France dans la personne du roi, nos prédé-
-34-
cipation des villes en France avait été une œuvre
spontanée et voulue de la monarchie capétienne,
aurait été. due à son initiative et à son action. Le
caractère général et européen de l'émancipation
des villes au moyen âge sullit à montrer qu'il y a
là un produit naturel de la société féodale, une
réaction que devait forcément engendrer ce sys-
tème. On peut constater également, par le détail,
que la monarchie capétienne cherche plutôt à
réduire Témancipation municipale sur son propre
domaine : elle la favorisa, il est vrai, sur les domai-
nes de ses vassaux directs, mais sûrement parce
qu'elle y voyait un affaiblissement de ces derniers ;
elle essaya d'ailleui's de bonne heure de se faire la
protectrice et en même temps la tutrice des villes
privilégiées dans le royaume ; c'était étendre son
pouvoir. Bref quand les seigneurs féodaux furent
suffisamment réduits et disciplinés elle confisqua
sans vergogne l'autonomie municipale ; son action,
au surplus, fut absolument nulle en Champagne,
sur l'octroi des chartes de communes.
On s'est encore efforcé de faire provenir les
communes directement des associations de mar-
cesseurs n'avaient pas hésité à en modifier l'exercice, suivant
la différence des temps ; que c'est ainsi que les communes
ont dû leur affranchissement à Louis le Gros, la confirma-
tion et Textcnsion de leurs droits à Saint Louis et à Philippe
le Bel ».
— 35 —
chauds qui, partout où il y avait des transactions •■
commerciales conséquentes, se formèrent pour la !
défense de leurs droits.
Il y eut certes, en Champagne, un commerce
développé ; les foires de Champagne donnaient
lieu à des opérations commerciales de beaucoup
les plus importances du monde d'alors ; elles se
tenaient à Troyes, à Provins, à Bar-sur- Aube, à
Lagny et il s'y produisait un grand mouvement
d'argent ; ce qui le prouve c'est qu'elles étaient
prises au xip siècle pour terme de paiement (i).
Il y venait des marchands des Flandres, des mar-v
chands et surtout des changeurs italiens ; le témoi- \
gnagne nous en est fourni par ce fait que le Sénat |
de Rome, vers ii58 avait ordonné la frappe d'une
monnaie au type provinois (2).
Il y eut en Champagne, à Provins en parti-
culier, une autorité marchande. « Dans sa charte
de 1273, Henri le Gros parle des huit maîtres
de draperie auxquels étaient départis une auto-
rité et une juridiction pai'ticulières, une juridic-
tion de police sur le fait des métiers et des délits
qui se commettaient, avec la faculté d'élire ceux
qui devraient l'exercer selon des statuts particu-
liers». Mais ce règlement, le premier dans l'ordre
1. D'Â.rbois de Jubainville. Tome III, page 280.
2. Bourquelot. Histoire de Provins. Tome I, page 447-
L
— 36 —
chronologique, est bien postérieur à la création de
la commune de Provins et n'eut sur elle aucune
influence ; on peut en dire autant des associations
de marchands de la ville de Troyes, et cela vient de
ce qu'elles se sont confinées volontairement dans
un domaine exclusivement commercial. Que si
parmi les noms des magistrats communaux on
trouvait des noms de marchands, cela ne prouve-
rait encore rien ; il était tout naturel de mettre à la
tète de la commune ceux qui en étaient les pre-
miers par leurs aptitudes commerciales, leurs
richesses et leur renommée.
Les associations de marchands avaient en Cham-
pagne une influence moins grande que dans les
Flandres, et cela tient à ce que les comtes avaient
pris sous leur protection les foires dont ils tiraient
un revenu considérable, assurant Tobservance
rigoureuse des règlements, déployant une inces-
sante surveillance. Les foires sont une des matières
qui ont été le plus réglementées au moyen âge.
La juridiction sur les marchands était, auxir siè- ,
cle, exercée par le prévôt dans une loge de bois
établie au milieu du champ de foire et qu'on enle-
vait quand la foire était terminée. Une charte de
l'an II j(i (i) accorde les bois de ces loges auxmar-
I. Analyse, Bibl. Nat. Collection de Champagne. Topogra-
phie. Tome, i35, page 3o5.
-37 -
guilliers de Saint-Quiriacc de Provins qui s'en
serviraient pour réparer les bras des cloches. Au
xiir siècle apparaissent des fonctionnaires spéciaux, i
connus sous le nom de gardes des foires, custodes '
nuTidinariun ; ils étaient chargés delà police. Mais
il n'existait pas au moment des créations de com-
munes de ces associations légiférant, jugeant sur
ce qui avait trait au commerce, toute l'autorité
était alors entre les mains du comte. Nous avons
étudié avec attention l'ouvrage de M. Bourquelot
sur les foires de Champagne (i) qui est certai-
nement le meilleur, le plus documenté sur la ma-
tière, et nous avons pu nous convaincre que les
corporations des marchands champenois avaient
été complétemcnl étrangères au mouvement com-
munal.
Si nous refusons toute filiation entre les insti-
tutions romaines et germaniques et les communes
de la Champagne, si les corporations de marchands
ont été sans action sous leur obtention, qui donc
a été en Champagne le véritable auteur des com-
munes ? Sont-ce donc les comtes ?
Presque partout ailleurs nous pourrions hardi-
ment répondre non et nous serions d'accord en
I . Etudes sur les Foires de Champagne, sur la nature, l'é-
-y
tendue et les rcijles du commerce qui s'y faisait aux xif, A
xiii*^ et xiv siècles, par F. Bourquelot.
Bourgeois ^
— 38 —
cela avec les autorités en la matière, notamment
avec M. Luchaire. « D'ordinaire, dit-il (i), l'avé-
nemeiit de la bourgeoisie au rang de puissance
politique n'a pu avoir lieu pacifiquement. Ou bien
le seigneur a lutté contre ses sujets rebelles, ou
bien il a redouté la lutte et s'est incliné devant le
fait accompli ; il a fallu, en tout cas, que le peu-
ple eût conscience de sa force et imposât sa volonté.
C'est ce que prouvent les épisodes dramatiques
que les récits d'Aug. Thierry ont rendu à jamais
célèbres, l'énergie brutale avec laquelle nos Capé-
tiens du xn^ siècle reprimèrent les tentatives com-
munalistes faites sur certains points de leurs
domaines ; enfin ce sentiment unanime de répul-
sion et de colères que l'apparition des premières
communes souleva dans les rangs de la classe
noble et du clergé. » Malgré la grande autorité de
M. Luchaire, nous nous refusons à rester dans le
dilemme dans lequel il voudrait, au début de notre
citation, tenir renfermée la question communale
et nous dirons qu'en Champagne la création des
communes est due entièrement à la générosité et
à l'habileté des comtes.
I. A. Luchaire. Loc . r/V., page i6.
CHAPITRE II
CARACTERES PARTICULIERS DU MOUVEMENT COMMUNAL
DANS LE COMTÉ DE CHAMPAGNE.
RxilSONS POUR LESQUELLES LES COMTES ONT ÉTABLI
DES COMMUNES, LEUR FAÇON DE PROCÉDER
Ce qui caractérise le mouvement communal en
Champagne, c'est ral)sence de toute exaltation, de
tout seiilimeiit révolutionnaire (i) (2). On s'en
rend compte à lire toutes les histoires de la Cham-
pagne, surtout le livre admirable et si complet
I. Il ne faul pas oublier que notre travail porte unique-
ment sur les territoires de Chanqiagne placés entièrement
sous la domination du Comte.
'2. « 11 s'opère, au xui^ siècle, dans les provinces de
Clianq)agne et de Brie, un mouvement communal tout par-
ticulier ; Kl sans doute les seigneurs avaient laissé à leurs
vassaux une liberté assez grande pour se livrer fructueuse-
ment à l'industrialisme et cela suffisait dans un temps où
le besoin d'indépendance n'était guère qu'une passion d'in-
dividualité. » Guizot, Histoire de la civilisation en France,
tome 5.
-4o-
que M. D'Arbois de Jubaiuvillea fait d'après cet
aiilre ériidit consciencieux et plein talent qu'était
Levesque de la Ravaillère dont les manuscrits for-
ment plusieurs volumes de la colleclitui de CJuini-
pagne à la l^ihliollièque Nationale. Tous les histo-
riens sont d'accord pour représenter les Champe-
nois, si vaillants et si redoutables à rennemi,
connue une population paisible, amie de Tordre,
delà tranquillité et du pouvoir, facteurs indispen-
sables au développement pratique de leurs gran-
des aptitudes conunerciales. Aussi pas de ces
luttes intestines, pas de heurts violents, pas même
de pression exercée sur des comtes (i) (2).
De rexamen même des chartes il résulte que la
commune n'a pas été vivement désirée par les
Troyens et les habitants de la région ; la teneur
générale de la charte de Troyes accordée à Pro-
vins, Bar-sur-Seine, Villemaur, en est une preuve;
elle est conçue en termes tels qu'il en ressort que
1. u Sous la puissance immcdiale des comtes de Champa-
gne le bienfait de la liberté descend du seigneur à ses vas-
saux. )) Bourcpielot. Loc. cit., I, page 198.
2. « La maison de Champagne à la lin du xu^ siècle, est
déjà parvenue à un degré de puissance et de splendeur qu'une
polili(|ue liabile va encore rehausser. Tous ses membres
depuis Thibaut le vieux et Henri le Libéra) jusqu'à Thibaut III
et Tbibaut IV sont résolument à la tête du mouvement
d'émancipation sociale. » Bonvalot. Loc. cit., page i35.
-4t -
cet acto était Tocavrô spDiitané3 de ïliil)aut IV,
comte de Ciiampagiie, émanée de son propre mou-
vement et de sa seule volonté (i) ; le diplôme de
Tliiijaut ne contient pas un mot qui autorise à
croire que les hourg'eois eussent été consultés pour
Tobtenir. La commune, ailleurs le prix de tant
d'efforts et de sang-, semble s'être établie à Troyes,
Bar-sur-Seine, Provins, c'est-à-dire dans les villes
les plus riches au milieu de l'apathie, de l'indilTé-
rence ; n'en eût-on comme preuve que l'article 8
de la charte de Troyes, en i2 3o, dans laquelle on
prévoit la négligence des treize élus de la munici-
palité à choisir parmi eux le maire : « cil treze
esliront l'un d'aux a maeur chascun an dedans la
quinzaigne que je les aurai nomez et s'il ne l'avient
elleu dedans la quinzaigne je i elliroie l'un des
treze ». Il est certain que si les choses municipa-
les avaient eu un très grand intérêt pour les
bourgeois, s'ils avaient exigé la commune, ils s'en
seraient occupés avec ardeur, auraient surveillé
avec un soin jaloux l'exercice de leurs prérogati-
ves nouvelles, et le cas extraordinaire d'une grève
d'électeurs ne se tut point présenté à l'esprit des
comtes.
Ce qui prouverait encore non seulement impli-
I. Yallet de VirlviUe. Archives historiques de l'Aube,
page 382.
-42-
citement que les boiirg'cois n'ont pas exigé la
coniniune à ïroyes, mais qu'ils n'y tenaient pas
énormément c'est qu'ils prévoient sans amertume
le cas où elle n'existerait plus et combien de temps
après l'octroi de la charte de commune : deux ans !
La commune avait contracté envers un bourgeois
de Reims nommé Chasier, et Aveline, sa femme, un
emprunt à charge de soixante livres parisis de
rente viagère et constatait ainsi son obligation :
({ Ego major, nos scabini et omnes cives, totaque
communitas, » etc., notumlacimus.,., et terminait
en ces termes : « Si vero aliquocasu contigerit (juod
non esset communia in civitate Trecensi, nicliilo-
minus nos omnes, et successores nostri, unus-
quisque in solidum teneremur ad omnia promissa
observanda et ad ea tenenda, tani nos quam suc-
cessores nostros, quantum possumus, obligamus.
Actum anno gratiee millesimo ducentesimo trice-
simo secundo, Meuse Decembris » (i). Encore une
fois si la commune avait été péniblement acquise
par la ville de Troyes, celle-ci n'aurait pas pris si
délibérément parti de sa suppression. Et ce qui
s'est passé pour Troyes, la ville capitale, peut être
généralisé pour tout le comté, les Champenois
ayant déjà à cette époque une homogénéité due à
I. Carlulaire de la ville de Troyes, folios 8 et 9, cite dans
ç\ Arbois de Jubainvllle, tome V. page 020.
- 43 -
Tart avec lequel les comtes exerçaient leur auto-
rité, due à ces foires dispersées aux quatre coins
de leurs possessions et sur lesquelles ils étendaient
Tuniformité de leur surveillance, de leurrèirlenien-
tation, de leur protection.
Pour quelles raisons les comtes ont-ils accordé
des comnuines dont Tautonomie plus ou moins
grande était un amoindrissement de leur sou-
veraineté ?
A coup sûr les marchands qui venaient aux foi-
res de Champag'ue ne transportaient pas seule-
ment des marchandises, ils étaient également les
colporteurs des idées émancipât rices qui, en Flan-
dre particulièrement, agitaient les masses oppri-
mées et durent en faire à leurs collègues de Cham-
pagne des récits enthousiastes ; mais les comtes
eux aussi étaient au courant de ce qui était alors
les idées modernes, les idées réformatrices. Ils
n'étaient pas seulement des guerriers, mais des
administrateurs, ils n'étaient pas des batailleurs
mais des politiques ; ils n'allèrent pas à rencontre
du mouvement émancipât eur (i), et mettant en
pratique cette maxime qu'en politique il faut pré-
I. « Si ce mouvement fut peu sensible en Champagne, c'est
que les comtes furent assez habiles pour prévenir toute
émotion populaire par l'octroi de Chartes plus ou moins
libérales ». Poinsignon^ Histoire de la Champagne et de la
Brie, page 199.
-44-
voir, se rendant compte de ce que ces tendances
libérales avaient et auraient surtout d'irrésistible,
j loin d'aller à rencontre ils s'en emparèrent pour
5 les diriger et leur donner la satisfaction com})atible
avec le maintien de Tordre et la responsabilité du
pouvoir souverain. Ils n'ont pas été les créateurs
du mouvement communal, résultat de la tendance
des esprits et d'influences antérieures et extérieu-
res (nous voulons par ce dernier mot viser le
reflet qu'ont pu projeter sur nos communes, les
: communes étrangères à la Champagne), mais ils
ont eu l'habileté grande d'être les créateurs des
communes.
M. Luchaire (i) n'est pas assez compréhensif
quand il dit que « îa révolution communale est
un événement national », c'est plutôt un événe-
ment international, puisqu'il se produisit non seu-
lement en France, mais en Italie, en Allemagne,
dans les Flandres et c'est avec raison que M. Paul
Viollet (2) a écrit : (( La Commune est, au même
titre cjue la féodalité, un phénomène social indé-
pendant, quant à son essence, des races, des lan-
gues et des frontières ». C'était ce que nous avons
1. A. Luchaire. Loc.clt., page i/|.
2. P. Yioliet. Les communes frcmeaises au moyen âge.
Extrait des Mémoires de f Acadéniie des Inscriptions et Belles
lettres, tome 36, page 12.
- 4-^ -
appelé rétape nécessaire sur la voie du progrès,
c'était le groupement couiuiunal précédant le g'rou-
pement provincial.
Les communes voisines n'ont pas du reste été
sans inlluence sur les ncMres, soiî: que les luttes
énergiques des bourgeois d'une région aient donné
au triomphe de leurs revendications un écho plus
retentissant, soit que le côté pratique ou généreux
d'une charte ait apparu davantage dans certaines
parties du territoire : c'est la charte de Soissons,
manifestement imitée parla charte de Meaux, ainsi
qu'en témoigne le rapprochement entre elles deux,
et à défaut la lecture de l'article Sj de la seconde
qui renvoie en cas de difliculté d'interprétation au
témoignage et à la connaissance des jurés de
Soissons : « Si autem dissentio aliqua post modum
emerserit, videlicet de judicio sive de aliquo quod
non sit in liac cartàprœnotatum secundum cogni-
tionem et testimonium juratorum conmiuniœ
Suessionensis emendabitur » ; c'est la charte de
Beaumont que l'on peut^ de la mênie manière, se
convaincre avoir été copiée par les Chartes de la
Neuville-au-Pont, de Florent, où l'article 54 pres-
crit aux maires, échevins et jurés d'avoir recours,
en cas d'incertitude ou de lacune dans les textes,
au droit et aux coutumes de Beaumont : « Major
vero, scabini et jurati, de omnibus rébus quaenon
continentur in liac cartà et de quibus judicare
— 46 —
dubitavcrint et certi non fuerint, liabcbunt revo-
camentuniet recnrsnm ad jiis et consnetndines de
Bello-Monte.
Le mérite, l'hal)ileté des comtes a été de donner
satisfaction à Fopinion avant qu'elle ne Teiit exi-
g-ée ; ils octroyèrent du reste des communes dès
1 179, peut-être même avant, à un moment où le
mouvement communal s'esquissait seulement et
en tous cas était sinon inconnu, du moins avait
peu pénétré dans les mœurs et les aspirations des
Champenois, puisque après 1179 Foctroi de com-
nuines esta l'état d'exception, et que ce n'est qu'en
i23o et les quelques années suivantes que la créa-
tion de commîmes apparaît avec une intensité
merveilleuse. Cet intervalle vient donc à rapi)ui
de notre thèse que les populations champenoises
n'ont jamais désiré vivement la commune, sans
quoi auraient-elles attendu si longtemps sa réali-
sation, l'auraient-elles patiemment espérée de la
bonté de leur souverain et l'acuité de leurs désirs
n'eût-elle pas été telle que des troubles se fussent .
produits ? Et si les Champenois ont attendu, quelle
autre raison en donner que la sécurité et la liberté
dont ils jouissaient sous un gouvernement ferme,
protecteur et accommodant ?
I Cet esprit large et généreux des comtes se mani-
feste de bonne heure, à cette époque où la poigne
féodale se faisait si lourdement sentir aux épaules
\
- 47 -
populaires : il valut d'ailleurs à Ileuri, Tautcur de
la Charte de Meaux, le surnom de Libéral. Ce prince
en elFet, prodigue les alTranchissements particu-
liers, les exemptions individuelles, imité en cela de
ses successeurs : on les voit accorder des dispenses
personnelles el partielles de Tost et de la chevau-
chée, et cela souvent en reconnaissance de bons
services, à des maçons, à des boulangers. Un autre
bénéhce accordé par faveur particulière, mais plu-
tôt à un groupement d'individus, à une aggloméra-
lion, fut la taille par abonnement qui avait Tavan-
tage de substituera une taille arbitraire une rede-
vance fixe ; il y eut des communes c{ui luttèrent
surtout pour obtenir ce résultat, les Champenois le
tinrent de la libéralité des Comtes.
Pourquoi, en dehors de ces tendances libérales,
de cette connaissance exacte — on dirait aujourd'hui
de la situation politique — pourquoi les comtes ont-
ils obtempéré au désir latent de leurs bourgeois,
avant môme que ceux-ci ne l'aient formulé d'une
façon énergique ou menaçante ? Pour d'autres
motifs dont l'un est moins élevé que les autres.
C'est sous Thibaut IX, que non seulement fut à ,
son apogée, mais que se produisit surtout la créa. •;
lion de communes, principalement en i23o et les/
quelques années suivantes ; il est bon de s'éclai-
'v8 —
— ^'
rcr aux lumières de Thistoire de la Champagne à
cette époque. D'Aiboisde Jubainville rappelle (i)
la campag-ne terrible faite dans celte province con-
tre Thibaut par les barons coalisés. « Nous avons
déjà dit qu'ils étaient sous les nmrs de Troyes,
probablement vers la fin d'août ; ce fut là que la
guerre se termina, et si elle n'eut pas une issue
aussi malheureuse qu'on l'aurait pu craindre,
Thibaut le dut pour une bonne part à la fidélité
des habitants de Troyes. Les préliminaires de la
paix sont datés de septembre 1 280, l'acte par lequel
Thibaut institue la commune de Troyes est aussi
de septembre i23o, il est donc vraisemblable qu'il
fut la récompense de la fidélité des habitants de
cette ville. Celle des habitants de Provins qui,
après la défaite de l'armée champenoise sous leurs
murs, était restée inél)ranlable, reçut à la même
date, la même rémunération. La concession de
cette charte aux habitants d'Epernay, de Sézanne
et de Vertus, peut être considérée comme une
indemnité de la destruction de leurs villes pen-
dant la guerre ».
Ainsi les comtes ont accordé des communes
par reconnaissance, à la suite de faits de guerre ;
ils ont aussi pareillement agi dans l'intérêt de
leur sûreté personnelle ; ils avaient vu à l'œu-
I. Loc. cil, tome IV, p. 728.
-49-
vre les Cliampi^nois et savaient qu'ils pouvaient
compter sur leur lidélité jusqu'à la mort : villes
assiégées, villes détruites, désolation, ruines, rien
n'avait pu la fléchir ; en la comparant à la versa-
tilité féodale, comprenant que l'intérêt seul liait
à lui ceux dont il était suzerain, il voulut en dehors
d'eux constituer un bloc sur lequel il pourrait
sans crainte asseoir sa puissance et c'est dans ce
but, que pour se les attacher davantage, il réso-
jut d'augmenter la force de ses gens en leur accor-
dant plus de libertés.
Sentant de quelle utilité considérable pouvait
être pour lui les associations communales Thibaut
IV créa ce qu'il put de « communes de bourgeois
et de paysans auxquels il se fiait plus qu'à ses
chevaliers ».
Et qui est-ce qui nous fait cette révélation? C'est
un chroniqueur contemporain, le moine Alberic
de Trois-Fontaines « Cornes Campaniœ commu-
nias biirgensiumjecit et rusticoriim in qiiibus ma-
gis confidebat quam inmilitibus suis » (i). Voilà
donc un témoin irréfutable venant prouver que ce
sont les comtes qui ont créé les communes « fecit
communias » et il n'est question dans ses récits
I. Alberici Tr'nim Fontiam luonachi. chronicon, page 54 1,
sub anno i23i.
— 5o —
d'aucun soulèvement, cFaucune tendance révolu-
tionnaire.
La conliance en ses sujets, voilà pourquoi Thi-
baut donna une commune à Troyes en laSo et
depuis étendit cet avantage à un si grand nombre
de centres de population. Loin de nuire à ses
prérogatives féodales les habitants en devinrent
ainsi le plus ferme soutien.
Mais il V a. disions nous, un motif moins noble
auquel, il est vrai, les nécessités, les besoins de la
guerre, dont Targent est le nerf, apportent une
excuse ; c'est que, comme l'écrit Vallet de Viriville,
les institutions de commune de Thibaut sont de
véritables édits boursiers, et presque toujours les
chartes octroyées par le comte ont un caractère
de vénalité qui les déprécie. Ainsi (i) les bourgeois
de Troyes s'engagèrent à payer une rente de 3oo
livres par an, Chàtillon-sur-Marne etDormans 286,
Provins 25o, Villemaur ijo, Bar-sur-Seine ii;;,
La Ferté-sur-Aube 80. Ces chiffres sont assez cu-
rieux en ce qu'ils peuvent nous donner une idée de
rimportance comparative de ces localités. La valeur
intrinsèque des 3oo livres dues par la ville de
Troyes serait de 6.079 francs au pouvoir de
20.396 francs.
Loin donc de s'effrayer les comtes de Champa-
I. D'Arbois de Jubainville. hoc. cit., tome I\ , page 728.
01
gne n'hésitèrent pas à adopter ce nouveau mode
d'administration des villes et villages qui avait le
bon côté de rendre les chefs de la cité et tous
les habitants solidaires i)()ur lui fournir des trou-
pes et lui payer des impôts. Chaque habitant
avant cette constitution ne répondait que de sa
dette, ne payait que sa quote-part sans être tenu
de la solidarité avec les autres, il va en être autre-
ment ; désormais aussi la ville ou le village qui obte-
nait le droit de commune, s'engagea, sous des con-
ditions variables, à fournir au seigneur des soldats
qui formèrent la plus grande partie des troupes
mises sur pied. D'où facihtés plus grandes pour
le rassemblement des troupes et le recouvrement
des impôts.
Nous avons établi que ce sont les comtes qui ont
été, en Champagne, les créateurs des communes.
Leur façon de procéder était en général l'octroi
d'une charte, et de leur propre initiative, à une
agglomération d'habitants déjà existante; ou bien
fondant un village, une ville neuve ils lui accor-
daient en même temps le type communal, mais
une manière plus curieuse était l'association.
C'était un contrat imaginé du temps des fiefs et
par lequel le Comte obtenait la co-justice hono-
rifique et utile du lieu pour lequel il était fait, mais
avec obligation de défendre ce lieu contre toute
entreprise.
^ 52 —
Blanclic cjiii prit en main la direction du Comté
de (^liampagne pendant la minorilé de son iils
Thibanl W, tourna son attention sur les seigneurs
voisins de la frontière du côté de la Lorraine et du
Barrois, et se fit des alliés, des vassaux, de ceux
cpii rentouraient. C'est pour cela qu'elle fait avec
Louis, abbé de Saint-Vannes de ^^erdun, une asso-
ciation concernant le village de Chaudefontaine,
et sous la charge de défendre les religieux et les
biens du prieuré, convient que les revenus seraient
communs au Comte de Troyes et à l'abbé, que les
habitants seraient obligés de servir à l'armée sui-
vant l'usage de Sainte-lMenehould : elle leur donne
en même temps des lettres de commune. Blan-
che conclut avec le chapitre de Saint-Remy de
Reims un pareil traité pour le village de ^'illiers-
sur-Aisne, depuis Yilliers-en-Argonne en 1208; elle
acquérait par ce moyen du terrain et des soldats.
Enfin c'est à une association de ce genre que Flo-
rent doit sa charte.
Ainsi, nous lerépétons, encore, non seulement les
comtes de Champagne ne fuient pas hostiles à
l'établissement des communes, mais ils s'ingéniè-
rent à en lavoriser la création ; ils avaient d'ail-
leurs à leur égard une attitude bienveillante, et
cette attitude qui prouve une fois de plus que nos
communes n'ont pas été arrachées par la violence
ou imposées par une pression quelconque, se mani-
— 53 —
feste par la protection qu'ils leur accordent en
maintes circonstances vis-à-vis d'autorités ou de
populations étrangères au Comté. Où éclate en
particulier cette sollicitude, c'est dans Tacte par
lequel Thibaut lY se porte caution pour une dette
de la commune de Troyes dont nous avons parlé
plushaut, acte de i232 (i): « Si veropretaxati Major
Scabini et omnes cives totaque communitas Treca-
rumtotum pra^dictum redditum et totam conven-
tionem prtiedictam sicuti in litteris eorum inde con-
fectis continentur, non redderent, proût dictum
est, ego, Theobaldus Campanie et Brie Gomes Pala-
tinus, pra^nominatus, infra quindenam quando a
dictis Petroet Avelinâ, sive aliquo et parte eorum
submonerer, eisdem Petro et Avelinœ tenerer red-
dere, in quolibet anno, et cumprœdicto redditu..,
per deffeclum solutionis Majoris, Scabinormn et
civium et communitatis Trecarum, et inde posai
omnes res nieas in abandonum et in jus et in legem ».
Nous en avons fini avec les origines et le carac-
tère du mouvement communal en Champagne,
nous allons passer maintenant à l'examen détaillé
des chartes des communes elles-mêmes.
I. A . suprà, p. 38.
Bourgeois
CHAPITRE III
LES COMMUNES CHAMPENOISES d'aPRÈS LEURS
CHARTES
On a donné plusieurs définitions de la commu-
ne. Les uns (i) disent qu'elle est constituée par
rassemblée des bourgeois assermentés, et en effet,
on trouve dans certaines chartes le mot juraverunt,
mais ce n'était là qu'une formule ou une forme nul-
lement nécessaire à la constitution d'une com-
mune ; il est certain (2) que, dans les premiers
temps, ridée d'une entente réciproque confirmée
par serment a été pour un bon nombre de Fran-
çais la pensée qui se dégageait surtout du mot com-
mune, en sorte que communia et conjuratio étaient
pour ces hommes deux mots synonymes (3). Les
I. A. Luchaire. Loc^ cit., page Ix"] .
1. P. VioUet. Loc. cit., page 16.
3. Brcquigny. Ordonnances, préface, pages 2^, 20.
— 56 —
autres donnant une délinition trop étroite pour
être généralisée, mais qui s'appliquerait assez aisé-
ment à la Champagne à raison de Tintervention
du seigneur qui est exigée, écrivent en latin avec
Du Cange (i) : «Incolarum urbis aut oppidi univcr.
sitas, domino vel rege concedente, sacramento
invicem certisque legihus adstricta».
Nous adopterons un aperçu beaucoup plus large
avec M. VioUet (2) qui « ramène ce qu'il y a d'es.
sentiel dans Tidée de commune au droit d'un
groupe important d'habitants d'avoir des manda-
taires ou représentants permanents » chargés d'ad-
ministrer et de rendre la justice, représentants
permanents qui ne sont point du reste au moyen
âge armés de pleins pouvoirs, car les membres de
la commune interviennent souvent directement
dans les affaires importantes. Cette conception nous
permettra de ranger au nombre des communes
même les lieux dont les chartes ne prononcent pas
ce mot telles que laNeuville-au-Pont, Florent, admi-
nistrés par un maire et des jurés élus chaque
année par les habitants ; et les villes neuves telles
que Villiers-en-Argonne où modestement quatre
Jurés constituent la représentation des habitants ;
1. Du Cange. Glossaire. V" Commune, édition de Niort,
tome III. page /i52.
2. P. Yiollet, LoCyciL, page i4.
•^:
cl nous le ferons d'autant mieux que Ton y trouve
pour le moins le mol libcrfas, que Laferrière (t)
considère comme ayant la même compréhension
que le mot commune.
Les premières communes instituées en Champa-
gne le furent probablement par Thibaut II vers
Tan 1 1 36, dans les villages d'Herbisse et de Villiers
près de Troyes,par des lettres que détruisit le feu,
mais qui auraient été confirmées par arrêt du Con-
seil rendu en i6'jo.
I ne date certaine est celle de Tannée 1179 : Henri
le Libéral érigea en commune Meaux dont la charte
contient le mot communia : c'est le type parfait
de la commune.
Sous Thibaut III ce furent Bussv-le-(^hàtel, Ainau-
mont en 1200. Le mot commune n'y est point pro-
noncé, il est remplacé par le mot libertas : « hanc
concessi in posterum libertatem » ; il y a quatre
jurés (Bussy, art. ;, Ainaumont, art. 9) qui repré-
sentent les habitants et qui ont la justice puisque
par les articles 2 à Bussy et 4 à Ainaumont, le
Comte se réserve le vol, le rapt, l'homicide et le
meurtre ; c'est donc que les autres délits ne tom-
bent plus sous sa juridiction.
Blanche. en i2o3, accorde àlaNeuville-au-Pontune
commune avec des jurés et un maire éligibles pour
I. Laferrièro. ffis/oire dadroil français, tome IV, page 129.
— 58 —
un an parle vote de tous les habitants ; en 1208
d'accord avec ral)l)ave de Saint-Rcmy de Reims
elle donne une commune au village de Mlliers-en-
Argonne qu'elle a fondé.
C'est sous Thibaut IV que le mouvement com-
munal devait avoir une intensité extrême.
En 1226 Florent, appartenant au Comte et à
l'Eglise de Reims, reçoit des lettres de commune
au type de la Neuville-au-Pont, avec en plus du
maire et de dix jurés, sept échevins.
En 1226 également c'est la commune de Fismes,
puis en 1229 celle d'Escueil, toutes deux au type
de Meaux.
En 1280 c'est la charte de Troyes, charte essen-
tiellement champenoise, le premier monument en
français émané des comtes dont l'original soit
parvenu jusqu'à nous. Elle est donnée successive-
ment par ïhiliaut IV en i23o à Provins, en 1281
à Villemaur, La Ferté-sur-Aube, en 1284 à Bar-
sur- Seine.
Si l'on examine avec attention les chartes des
communes de Champagne, on remarque ])ien vite
qu'elles peuvent se classer en quatre groupes dif-
férents et bien tranchés, et c'est sous cet aspect
que nous les publierons dans nos preuves.
Le premier groupe comprendra les chartes de
Bussy-le-Chàtel, d'Ainaumont et de Villiers-en-
Argonne.
— •'>9 —
Le second les chartes de Meaux, Fismes, Ecueil.
Le troisième les chartes de ïroyes, Provins,
La Ferté-siir-Aube, Bar-sur-Seine.
Le quatrième groupe les chartes de la Neuville-
au-Pont et de Florent.
Ce qui nous a permis de les assembler ainsi,
c'est d'abord leur examen qui rend évident le clas-
sement que nous avons fait : Ainaumont et Yilliers
sont presque mot pour mot copiés sur Bussy-le-
Chàtel, la seule différence est que la corvée due
pour les travaux aux fortifications du château n'est
pas exigée à Yilliers ; de même Troyes, Provins,
la Ferté-sur-Aube et Bar-sur-Seine où les articles
sont textuellement les mêmes, sauf dans la fixation
de la redevance pour l'abandon par le comte de la
prévôté et de la justice ;de même encore la Neuville-
au-Pont et Florent : on voit seulement dans cette
dernière commune sept échevins en plus des maire
et jurés que possède la Neuville ; c'est aussi pour
le deuxième groupe le renvoi que l'une des char-
tes fait à l'autre comme chef de sens : Fismes et
Ecueil ont recours à la charte de Meaux.
Ces quatre groupes ont entre eux des différen-
ces bien tranchées tenant soit à la teneur générale,
à la forme de la charte et par suite de la commune,
soit au nombre ou au mode de nomination des
officiers municipaux, à la façon dont doit être rem-
pli le service de guerre, à la quotité des redevances
— 6o —
à fournir, au larif des ameudcs, toutes questions
que nous étudierons lorsqu'elles se présenteront
dans le cours de notre travail, mais avant dVnlrer
dans les détails nous voulons exprimer quelques
considérations générales.
Le deuxième groupe contient les chartes dont
le type répond aux idées que Ton a généralement
sur la commune ; on y voit en elTet cette espèce
de conjiu'alion, ce serment cjuc les habitants se font
de se porter mutuellement secours et assistance,
que Ton rencontre habituellement en dehors de
la Champagne au début de presque toutes les
communes et dans lequel nous ne voulons voir
qu'une forme et non un élément essentiel de la
constitution du corps communal ; on ne saurait, en
effet, refuser à ïroyes, à la Neuville-au-Pont le
caractère de commune et cependant il n'y est pas
cjuestion de ce serment.
Les chartes du premier groupe sont les moins
explicites, ce sont cependant bien des chartes de
commune ; elles n'accordent aux habitants que
quatre jurés.
Les chartes du troisième groupe rédigées en
français constituent un type de commune essen-
tiellement champenois. Trois choses les caractéri-
sent : les jurés parmi lesquels est choisi le maire
sont nomuiés par le comte alors que dans les
chartes des trois autres groupes ils sont électifs ; la
— Tu —
taille qui était jusqu'ici un impôt arbitraire ou de
répartition, devient un impôt de quotité par la
mise en jurée des habitants ; enfin, alors que les
autres chartes, si elles concèdent aux jurés le
droit de jug'er, retiennent les amendes pour le
comte, celles dont nous nous occupons abandon-
nent à la commune le produit des amendes sauf
les cas suivants : le meurtre, le rapt, le vol, sont
réservés aux comtes avec les amendes et confisca-
tions qui en sont la sanction, de même le cas de
duel lorsque l'un des champions est vaincu ; sur un
délit commis par un étranger, sur le délit de fausse
mesure qui donne lieu à une amende de 60 sous,
les bourg-eois de Troyes ne touchent que 20 sous.
En retour du reste de cette concession, Troves s'en-
gage à payer 3oo livres.
Les chartes du deuxième groupe accordaient
aux communes une indépendance telle qu'elles
avaient le droit de guerre ; on ne le trouve que là.
Constitution du corps communal.
§ I. — Etat des personnes.
Etaient bourgeois, membres de la commune
tous ceux qui habitaient l'enceinte de la ville ou
du village lors delà proclamation de la charte. En
— 62 —
étaient cependant exceptés les hommes du comte
tels à Troyes, article 3. « Et est asavoir que se
aucuns de mes homes ou de mes fievez ou de mes
gardes venient por demourer en la communité de
Troies li borjois de Troies n'en porront aucun rete-
nir se nest par mon assent ou par ma volenté ».
Les étrangers peuvent aussi faire partie de la
commune : les chartes de Bussy-le-Chàtel, Ainau-
mont, ^^illiers-en-Argonne accordent la commune
« hominibus manentibus et Jiiansuris » ; ils sont alors
astreints parfois au paiement d'un droit d'entrée :
àlaNeuville-au-Pont et à Florent^ art. ii et 17, ils
sonttenus au versement de deux deniers moyennant
lequel ils recevaient un lot de terre et une demeure
qui en faisaient des bourgeois, des communiers
« et ita libéré accipiet terram et Mansuram sicut
a Majore et Scabinis ei assinabitur. »
Bien que M. Luchaire (i) ait dit que « l'issue
de commune exigeait l'accomplissement d'un cer-
tain nombre de formalités gênantes, parfois même
onéreuses )),nous ne voyons pas qu'en Champa-
gne les bourgeois éprouvent la moindre difficulté
pour se retirer de la commune : ils peuvent partir
lilircment, les comtes leur accordent même un
sauf-conduit. «Quicumque ibidem mansurus advc-
neritct illinc recedere voluerit, conductum habebit
. I. A. Luchaire. Loc. cit.. page 55,
— 63 —
per quindcciiii dies » (Bussy-le-Chàtel, art. lo,
Ainaumont, art. r2,Villiers-eii-Arg'onne,art. io).Ni
la charte de Neuville, ni celle de Florent ne par-
lent d'un droit d'issue. Liberté complète à Troyes
et Chartes similaires. « Et est asavoir que se
aucuns de ceulx qui venront ester en la commune de
Troies sen veulent râler, ils sen iront sauvement
et franchement quant ils vorront, et averont con-
duit de nioy XV jors plainement » (Troyes 24. La
Ferté-sur-Anbe, 33).
Que les bourgeois soient anciens ou nouveaux,
ils ont toits les mêmes droits, sont soumis aux
mêmes charges ; le maire et les jurés veilleront jalou-
sement au maintien des premiers, à Taccomplis-
sement des seconds. Le comte de son côté proté-
gera les gens de la commune : si Tun d'eux subit
un dommage quelconque, est arrêté en dehors de
la commune, il doit faire son possilile pour le
délivrer et lui obtenir réparation du dommage
causé. « Et est assavoir que se aucuns de la com-
munité de Troies estoit aresté et pris en aucun lieu
por ma dete je lo sni tcnuz à délivrer lui et ses
choses du mien. Et cil estoit pris et aresté por
autre chose je lo sui tenuz a délivrer en bone foy »
(Troyes 23, La Ferté, 32).
Le bourgeois n'a droit à ce titre que s'il a un
domicile dans le lieu de commune : « Quicumque
il)i mansurus venerit, manentil)us et mansuris »,
- 64 -
sont les termes employés ; cela ressort aussi des
articles ii et 12 cités plus haut d'après lesquels
le nouveau venu qui a payé son droit reçoit une
demeure, mansuram ; M. Bonvalot (i) considère
le domicile comme un caractère essentiel de la
bourgeoisie.
L'interdiction de se marier en dehors de la sei-
gneurie, le tbrmariage en un mot était une des
lourdes charges qui pesaient sur les serfs au moyen
cage ; il en résultait que beaucoup restaient céliba-
taires, d\)ù un décroissement de population mena-
çant pour la sécurité des seigneurs et la pros- ,^
périté de leurs terres; aussi les chartes en décrè-
tent la suppression plus ou moins complète. iMeaux,
articles, le supprime imparfaitement : « Siquidem
homines de communia uxores cujuscumque potes-
tatis voluerint ducent, licentià tauien a dominis
requisità ; qiiod si dominus suus inde aliquem
implacitaverit per quinque solidos tantum emen-
dabitei ». Fismes, Ecueil, article 2, ne contiennent
que la première partie delà phrase et ne prévoient
pas ramendc, ce qui laisserait supposer que la
licence du seigneur n'était qu'une formalité.
I. Bonvalot. Le Tiers. Elut d'après la lui de Beaunwnt et
ses Filiales, page 33o.
— 65 —
§ 2. — Condition des biens dans la Commune.
Erigés en communes la ville, le village deviennent
un bien franc et libre, un bien commun à tous les
habitants et non plus chose du seigneur, un patri-
moine commun dans lequel est désignée la part
individuelle, le reste étant utilisé pour les besoins
et comme on disait alors les aisances de tous.
Le lot de chacun comprend une maison et un
lopin de terre (art. 1 1 et 1 7 de la Neuville et de Flo-
rent déjà cités). La demeure est pour le communier
et pour ses ayants-cause une propriété définitive
et incommutable, dont il peut non seulement jouir,
mais disposer souverainement d'après les divers
modes d'aliénation en se conformant aux prescrip-
tions de la charte locale : « Quicumque ibi domum
fecerit, eam vendere poterit sine destructionc : si
eam vero locare voluerit, eam locare poterit licet
alibi maneat si eam manu tenuerit » (Bussy Ic-Chà-
tel,Mlliers-en-Argonneart. 9, Ainaumont, art. 11);
« Et est assavoir que tuit cil de la commune de
Troies pueent et porront vandre et acheter eritaiges
et autres choses, si com ils ont fait davant »
(Troyes, art. la.La Ferté-sur-Aube 17); «Item om-
nes vos potestis emere et vendere libère » (La Neu-
ville, Florent, art. 3 et 4).
— 66 —
Outre leurs biens propres les bourgeois ont
leurs aisances, c'est-à-dire un droit de jouissance
sur le domaine communal : terrains vagues, pàquis,
les bois avec les usages divers qu'on en peut tirer,
les eaux avec leur utilisation ; ceux de Meaux ont
droit d'usage dans la forêt pour en tirer le bois
mort et les échalas pour les vignes a Usuarium
forestà de Maane, scilicet nemus mortuuin et sca-
rescellos ad vineas liominibus de communia con-
cedo » (Meaux art. 38). « A^obis perpetuo liabere
concedo aisancias vestras per totum posse meum
ad ea qua? vobis necessaria in pasturis (Neuville-
au-Pont, art. i). « Concedo etiam vobis usum
aquœ et bosci liberum sicut inter vos et liomines
vicinos religiosos et sfeculares divisum fuit » (Neu-
ville, art. 8). (( Concedo aisentias suas libéré in
aquis, nemoribus et terris sitis infra castellaniam
SanctcC Maneliildis ubicumque liomines Mauri-
montis liabent » (Florent, art. i). Les droits d'u-
sage des habitants sont ici bien déterminés, limi-
tés, il n'en était pas ainsi généralement. Les forêts
étant plutôt considérées au moyen âge comme des
obstacles aux progrès de l'agriculture et les sei-
gneurs ne voyant aucun inconvénient à ce que la
superficie boisée diminue par la multiplicité des
défrichements, elles étaient presque toutes livrées
aux habitants et à la pâture des bestiaux et cela
bien avant les communes ; c'est en partie ce à
-07-
quoi fait allusion Tarliclc 12 de la charte de
Troyes : « Tuit cil de la commune de Troies ont et
averont lor usaiges si come ils les ont eu davant. »
La chasse était un plaisir auquel les commu-
niers n'avaient pas le droit de se livrer, ce n'est
qu'exceptionnellement qu'ils le possèdent et la
seule charte qui en parle, à notre connaissance, est
celle de Bar-sur-Seine, art. 5 : « Et est asavoir
qu'il est par tôt garane tout com ma terre dure
par devers mon chàtel si com fans se comporte
et par devers Chassenay ils puent chacier là ou il
veulent ».
§ 3. — Administration et Justice.
Les chartes de commune sont à la fois une
Constitution et un Gode.
La commune est pour nous la réunion d'un
groui)e d'individus ayant des représentants avec
certains pouvoirs, ^'oyons quels sont ces repré-
sentants, leur mode de nomination et quels sont
leur rôle, leurs attributions, voire même leurs
émoluments.
La direction de la commune est confiée à des
officiers qui tout en conservant leur dénomination
latine ou germanique de maire, d'échevins ou de
jurés changent totalement de caractère : ce ne sont
— (3cS —
plus comme par le passé les simples ag-ents, les
simples })rép()sés adminislralifs et judiciaires du
comte; qu'ils soient nommés par le souverain ou, à
plus i'orte raison, qu'ils tiennent leurs fonctions de
l'éleclion populaire, ils ont des droits et des pou-
voirs nouveaux.
Rien de variable au reste, et souvent dans des
chartes numifestement imitées Tune de l'autre
comme le nombre, la diversité, la qualification, le
mode de nomination des officiers municipaux.
A Bussy-le-Châtel, à A'illiers-en-Argonne (art. 7),
à Ainaumont (art. 9), sont quatre jurés. Aucune
de ces chartes ne dit en termes formels que ces
échevins ou jurés fussent, électifs, mais il va de
soi (1) qu'ils Tétaient puisque le droit commun le
voulait ainsi et que ces chartes ne font à ce droit
aucune dérogation. D'ailleurs après avoir parlé des
quatre jurés. Blanche de Navarre, auteur de la
charte de A^illicrs, a soin d'ajouter immédiatement
qu'à elle, à l'abbé, et au couvent de Saint-Remyde
Reims appartiendra le choix du maire; son silence
au sujet du mode de désignation des jurés est assez
significatif pour ne pas avoir besoin de commen-
taire.
A Meaux il y avait cumulativement un maire,
des jurés et des échevins, articles 4? n? i5 ; à
I. D'Aibois de Jiibainville. Loc. cit., tome IV, page 7i5.
-69-
Fisnies, articles 6, ii, à Eciicil, articles ;;, 9, i3,
il n'est question que du maire et des jurés; le mode
de nomination n'est pas déterminé^ mais le mot
communia, rassemblée qui se réunit au son du
beffroi indique que le maire et les jurés étaient
nommés par la commune puisque le Comte ne
s'en est pas réservé le pouvoir. A Troyes, article 8,
La Ferté-sur-Aube, article 10, le Comte nommait
i3 jurés lesquels choisissaient l'un d'eux comme
maire. « Et est a savoir que je ou autres de mes
gens eslirons chascun an XIII homes de la com-
munité de Troies a bone fov et cil XIII esliront
l'un d'aux a maeur chascun an dedans la quin-
zaigne que je les aurai nomez. »
A la Neuville-au-Pont, article 9, le corps muni-
cipal tout entier procède de l'élection populaire :
(( In eàdem Mllà erunt jurati constituti assensu
omnium vestrum et Major similiter », de même à
Florent, article 9 : « In eàdem villa erit Major et
illum apponet communitas villcC singulis annis in
die Pentecostes ». Article 10 : «Item in eâdem Villa
erunt septem scabini et decem jurati quos Major et
Communitas Villœ eligent ». Ainsi règne là le
principe éminemment démocratique du suffrage
imiversel.
A la durée des fonctions on appliquait le prin-
cipe de l'annalité : « Eslirons chascun an » (Troyes,
art. 8) « Major et Jurati ultra annumnon remane-
Bourgeois 5
■o
bunt in ministeriis suis, nisi de voluntate vestrum»
(Neuville, art. 9, Florent, art. 12). Cette dernière
phrase prouve que les officiers municipaux étaient
récligibles. Ils prêtent à leur entrée en charge un
serment de fidélité au Comte de Champagne et à
la commune Bussy-le-Chàtel, Villicrs article 7,
Ainaumont, article 9; Mcaux,Fismes,Ecueil; «Etcil
XIII nomez jureront sor sainz que ma droiture et
celi de la commune de Troies garderont » (Troyes,.
article 9, La Ferté, article 12); « Jurati et Major
qui milii jurabunt fidelitatem w (Neuville, art. 9,
Florent, art. 9).
Les pouvoirs des ofTiciers municipaux sont
assez étendus ; ils sont d'ordre administratif, légis-
latif et judiciaire, puisqu'ils rendent la justicebasse^
moyenne et parfois haute, puisqu'ils édictentles
règlements nécessaires à lapolice et aubienpul)lic,
puisqu'enfui ils gouvernent et dirigent la com-
mune.
Administrateurs, les maires, échevins et jurés veil-
lent à la conservation des droits du seigneur «jura
mea conservabunt », sont même chargés de les réa-
liser, a Et cil NUI juré et li maires lèveront les
deniers de chascun » (Troyes, art. 10) ; « Et se je
ou mes gens avons mestier de chevaux ou de
cherrettes de Troies, il sera requis as maicur de
Troies, et si lo fera avoir à loier là où il les tro-
uera » (Troyes, art. 18), ils doivent remettre les-
:i
recettes, au comte où à ses sergents et en sont
responsables. « Jurati et Major de redditihus et
exercitibus vilhe meis respondent servientibus »
(Neuville, article 9. Florent, art. 11) ; ils veillent
aussi à la conservation des droits de la ville, au res-
pect et au maintien des privilèges et des fran-
chises de la communauté, ont soin qu'il ne soit
causé aucun dommage à leurs administrés ou en
exigent la réparation : « s'il mesavenoit dou cheval
il seroit renduz au regart des XII jurés et du
maieur, des deniers de ma censé (Troyes art.
18) ; ils donnent nous l'avons vu, la terre et la
demeure à Taubain qui vient habiter la commune
et qui veut en faire partie.
Législateurs, les ofiiciers municipaux ont le droit
de promulguer des règlements ou esgarts « cil
faisient esgart » (Troyes, art. 9); ce qu'ils édictent
sera stable et on y doit obéir : a Si quid per dispen-
sationem Majoris et Juratorimi et septem sapieur
tum Burgensium ad lionorem et utilitatem vilke
factum fuerit, stabile erit ». Dans cette sphère ils
ne peuvent être inquiétés pour leurs décisions,
pourvu qu'ils agissent de bonne foi, en respectant
les prescriptions de la charte et les droits du
comte.
Juges, les maire, jurés et échevins ont des pou-
voirs plus ou moins étendus suivant les chartes.
A Bussy, article 2, Ainaumont, article 4, \ illiers,
— 72 —
article 3, tous les délits sont de leur ressort à
l'exception du vol, du rapt, de riioniicidc et de
l'assassinat que le comte se réserve ; de même à
Meaux, Fismes, Ecueil, où leur est recommandé le
calme et l'iuipartialité :« Neminem propter amorem
vel coi>nati(uiem déport abunt, neminem propter
iniuiiciliani hedent ; sed rectum judicium facient
per omnia ^ecundum suam festimationem » ; à
Meaux (art. 22), le Comte se réserve en plus l'incen-
die, tout le reste appartient à la juridiction commu-
nale: « Omnia vero alia forisfacta Majoris et Jura-
torum erunt juslicianda et judicanda. » Pareille-
ment à Troyes : « Et est asavoir que li forfais des
homes et des femmes de la communauté de
Troies sont as borjois de Troies si com je les
soloie avoir. Et je relaing lo murtre et lo rat et
lo larrecin là ou ces choses seront conçues et
attaintes ». A Florent, à la Neuville-au-Pont les
jurés décident absolument sur tous les cas ; à la
Neuville la charte mentionne procuration du comte
pour tenir dans l'année trois plaids généraux : « Et
ego dabo procurationem Majori et juratis pro pla-
cito generali ter in anno » (art. 55).
La justice communale était obligatoire pour tous
les membres de la commune et nul n'en peut être
distrait si ce n'est de son consentement : «Omnes
alii juraverunt quod idem judicium quod prœdicti
statuti homines super hoc fecerunt et patientur et
concèdent » (Meaiix,art. 12). « Et se aucuns voloit
plaidoier aucun de la commune de Troies par plait
ou par autre manière je ne le porroie traveiller fors
de Troies » (Troyes, art. 6). « Nulîi Burgensium
de Ponte Sanclîe-lMarice licebit clamorem facere
ad aliani justiciam de alio Burgensi quamdiù aller
Yoluerit rectum facere per judicium vilhe » (La
Neuville, art. 25, Florent, art. 3o).
La base de la décision des échevins est la charte
du lieu avec recours, en cas de difficulté, à la
charte mère dite alors chef de sens. Meaux, art. Sj,
se réfère à Soissons ; Fismes, art. 29, Ecueil, art. 3o,
se réfèrent à Meaux ; Florent, art. 54, à la loi de
Beaumont.
Le jugement rendu par les juges municipaux a
une force singulière, puisqu'il ne peut être contre-
dit par le Comte ou ses officiers et que vis-à-vis
des parties il est stable, déiinitif,à moins d'un appel
immédiat : « Judicium Juratorum stabile erît. nisi
accepto consilio judicium coatradixerit » (La Neu-
ville-au-Pont, art. 33) ; « nisi statim contradicatur »,
(Florent , art. 1 3). Mais il arrivait déjà dans ce temps
qu'un plaideur enragé employât la voie de recours
qu'on appelait alors y?/ /srt/?oy>/^//c//, et que nous
appelons aujourd'hui la prise à partie et accusât
les maire, échevins et jurés de faux jugement ; il
encourait, au cas où il n'apportait pas la preuve,
ime amende de cent sous : « Si quis contradixerit
judicio jviraloriim et non c<)mprol)averit de falso
judicio per testinioniiim juratorum de Ponte
Sancta^-Mariœ reddet C solidos, si autem eos con-
vincere non poterit G solidos solvet et expensam
juratorum.» (Xeuville-au-Pont, art. 32). Si la preuve
du faux jugement est faite, ce sont les jurés qui
paient les cent sous. Protégé par cette amende
du C()lé du plaideur et du côté du juge, le pres-
tige de la municipalité ne pouvait être que main-
tenu et élevé en évitant qu'elle ne fût attaquée
inconsidérément ou qu'elle-même ne tombât dans
le cas de cette pénalité forte.
Les magistrats de la commune sont, encore sous
ce double aspect, protégés dans l'exercice de leurs
fonctions par des amendes de cent sous s'ils sont
victimes de coups, et s'ils sont blessés, parla mise
de leur agresseur à la discrétion du comte ; ils
subissent, par contre, le même châtiment s'ils se
rendent coupables de tels méfaits: « Siquis manus
violentas injecerit in Majorem vel juratos sine ictu
armorum C solidos reddet. Domino IV libras duo-
bus solidis minus, percusso XX solidos, Majori XII
denarios, Juratis XII denarios et si eum vulnerave-
rit, ipse et suaerunt in dispositione Domini. Simi-
liter si Juralus Burgensem verberaverit eo modo
plectetur (Neuville, Florent, art. 43).
Quand les officiers municipaux sont témoins,
leur déposition a plus de poids que celle des autres
"j^
cominuniers, elle vaut preuve irréffragable. Par
exemple en cas de mêlée. « Si misela in villa forte
facta fuerit, qui inde accusabitur se tertio se pur-
gabit et si unus juratorum miselam viderit reus
non poterit se purgare » (Bussy-le-Chàlel, Villiers
en Arg'onne, art. 8, Ainaumont, art. lo). A la Neu-
ville, art. 2 3, à Florent, art. 29 leur témoignage
seul est utile pour la réclamation d'une hérédité.
« Siquis intra fines de Ponte Sanctse-Mariœ heredi-
tatem inclamaverit, nisi testimonio Majoris et Jura-
torum probare poterit XX solidos reddet ; » dans
ces localités aussi la durée de leur témoignage est
fixée à un an. « Burgensis qui juratus extiterit post
terminum suum de omnibus qua3 audierit et vide-
rit juratinon poterit testimonium portare plus quam
per annum et diem » .
Les fonctions du maire et des jurés n'étaient pas
toujours des fonctions purement honorifiques, des
émoluments parfois y étaient attachés. Meaux et
Filiales, Troyes et chartes semblables n'en parlent
pas, mais les chartes de la Neuville et de Florent
nous donnent d'abondants détails : les officiers
municipaux sont exempts du droit de bourgeoisie
pour une maison et un jardin. « Et Major et Jurati
quamdiu in officiis suis remanebunt, singuli eorum
erunt liberi et quitti erunt de redditibus unius
mansurseet unius horti » (Neuville, art. 56, Florent,
art. 5;;). Quand ils tiennent les plaids généraux ils
-;6-
ont chaque fois trois sous ; un nouveau venu est-il
admis clans la commune, il paie un droit de deux
deniers, l'un est pour le maire, l'autre pour les jurés.
Ils touchent aussi sur les produits de justice; leur
prélèvement sur les amendes varie suivant Tim-
portance du délit : il est de six ou de douze deniers,
ce dernier chiffre étant le plus usité, sauf si la répa-
ration est due au maire ou au juré lui-même comme
au cas de blessure.
§ 4- — Redevances.
Si les comtes de Champagne ont l^ien voulu
réduire, par l'octroi des chartes, l'étendue de leur
souveraineté sur les villes et les campag^ncs, ils
n'ont pas renoncé à leurs attributions financières.
Les obligations des communes sont régularisées,
ne sont plus arbitraires, mais elles existent ; les
impôts étaient nécessaires pour entretenir le faste
de la Cour de Champag-ne et subvenir aux impor-
tants travaux d'utilité publique qui furent entre-
pris.
Les obligations des communes sont civiles, mili-
taires, pénales.
A Bussy-le-Chàtcl, à Villiers-en-Argonne(art. i)
est un droit de terrage ; à Meaux, à Fismes, à Ecueil
les hommes paient un impôt à tant par tète « cen-
sum capitalem ». A Troyes est établi un droit de
urée de six deniers j^ar livre de la valeur des meu-
— JJ —
blés, et de deux deniers par livre de la valeur des
immeubles : « Aurai en touz cels en cui je avoie
taille A^I deniers delà livre doumueblc fors qu'en
armeures et en robes faites a eus lor cors et fors
qu'en aisément dostel » (Troyes, art. i). On voit
qu'étaient exceptés de l'impôt les vêtements, les
arnmres et les objets d'utilité delà maison à moins
qu'ils ne fussent en métal précieux.
« Et est asavoir que vaissel ou l'en met vin et
tuit aisément d'or et d'argent seront prisié chas-
cun an aveuc les autres muebles et aurai de la
livre de léritaige, 2 deniers chascun an. » (Troyes,
art. 2). C'étaient, nous le savons, les maire et jurés
qui levaient cet impôt évalué sous la foi du serment
par les débiteurs « par lo sairement de ceulz qui
ce devront », de là lui vient son nom de jurée. Mais
ce serment n'était pas toujours suffisant ; on devait
essayer de frauder comme on le ferait aujourd'hui
avec l'impôt sur le revenu, aussi le maire et les
jurés peuvent-ils rectifier la déclaration faite par le
contribuable suivant leur bonne conscience. « Et
se li maires et li XII juré ou une partie d'aux jus-
qu'à trois ou plus avient sopesonnez aucuns de
ceulx qui averont juré à rendre VI deniers de la
livre dou mueble et II deniers de la livre de léri-
taig-e, ils lo porrient croistre selon lor boue cons-
cience, sauf ce que cil nen fera point damende qui
aura juré» (Troyes, art. 11).
- :8 -
C'étaient là les seuls impôts perçus dans les char-
tes des trois premiers i^roupes, ceux du quatrième
sont plus nombreux et plus détaillés. Les bour-
geois paient un droit annuel de bourgeoisie de
XII deniers à la Neuville-au-Pont, de 24 deniers à
Florent, payables en deux ternies. « Item Burgen-
sis qui in eàdem A illà domum vcl extra terminos
hortum habuerit, annuatim XII dcnarios reddet
scilicelin Xativitate Domini \I denarios et \l in
festo Joannis-Baptistce : » (Neuville-au-Pont, Flo-
rent, art. 2). Ils paient un droit de terrage: 2 gerbes
par 14 pour les terres défrichées à la Neuville : (dn
terra quœ extirpatur in bosco de XIV garbis duas
tantum accipiam, » (art. 5), et à Florent une gerbe
sur treize pour les terres incultes, essartées. «Item
burgenses de exsartis suis reddent pro terragio
tertiam decimam garljam » (art. 6); un droit de
préage dsll deniers par fauchées: «Deunaquàque
falcatà prati annuatim in Festo Sancli Remigii II
denarios mihi rcddentur» (La Neuville art. 3. Flo-
rent art. 5).
D'autres impôts en nature existaient encore; on
les voyait du reste dans les chartes du premier
groupe. A Bussy quiconque laboure la terre avec
un animal lui appartenant paie, outre deux sous,
un setier d'avoine : « Quicumqueterramexcoletpro-
prio animali duos solidos et unum sextariumavenœ
annuatim michi solvet in festo Sancti Remigii;
— :9 —
qui vero propriis nianibus Icintum duos solidos »
(Bussy, Ainaumont MUicrs, art. i). A Florent la
redevance est d'un semi-setier d'avoine ou d'une
poule suivant que le communier laboure avec ou
sans animal : « Insuper qui equo solo vel equis vel
alià bestià excolet terramdimidium sextarium ave-
nee ad mcnsuramSancta? Manehildis solvet infesto
Sancti Rcmigii in vendemiis ; qui vero bestià non
araljit solvet unam gallinamin dictofcsto,))(art.3j.
Il n'en est pas question à la Neuville.
Au moyen-àge les particuliers ne disposaient
pas toujours des capitaux sufïisants pour cons-
truire des moulins et des fours, et en tous cas les
seigneurs s'étaient réservés le droit d'en édifier;
aussi, que ce soit bienfait ou dépense, les comtes
de Champagne ne voulurent pas que les capitaux
ainsi utilitairement immobilisés cessassent de leur
rapporter et nous les voyons mentionner dans pres-
que toutes leurs chartes la banalité des fours et des
moulins. Fismes, art. 33,Ecueil, art. 34- A Troyes
les bourgeois enverront aux fours et moulins du
comte jusqu'à concurrence du nombre de ceux-ci,
dans une proportion qu'établissent les maire et
jurés. « Et est asavoir que li borjois de Troies
envoleront et moront à mes fours et à mes molins
a autel marchié comme as autres et s'il avenoit
que je n'eusse assez fours et molins à Troies, ils
ferront morre et cuire as regart des XII jurés
— 8o —
et dou maieur, selon ce qu'il venra soufiisamineiit
à mes fours et à mes molins et quant je aurai
fours et molins tant qu'il leur convenra as regart
des XII jurés et dou maieur il envoieront tuit
et morront ». (Troyes, art. 20, La Ferté 28, 29).
A la Neuville les fours appartiennent aux moi-
nes de Moiremont, mais les liabilants pourront
moudre où ils voudront en payant le droit de
mouture : « Furni quocumquc erunt in villa, Eccle-
sia? iNIorimontis erunt ; de molendinis sic est
quod liomines villas vel ad molendina villcC vel
alilii ubi voluerint et potuerint, niolent, reddità
multurà » (Neuville, art. 6); à Florent (art. j) les
bourgeois cuiront la vingt-cinquième partie de leur
pain au four Ijanal et moudront où ils voudront :
« Burgenses coquent paneni sumin furno banali ad
viccsimam quintam partem et molent ubicumque
voluerint reddità multurà » . Le droit de mouture ( 1 )
consiste dans la retenue du vingtième des grains
d'après la charte de Bcaumont, c'est-à-dire dans
une mesure, un setier par vingt mesures ou
setiers.
Un des droits les plus importants du seigneur
était le droit d'ost et de chevauchée, et les comtes
qui au dire d'Alberic, comme nous l'avons rap-
porté, avaient plus de confiance dans leurs com-
I. Bonvalot. jLoc. c<V., page /126.
— 8i —
inunes que dans leurs vassaux, devaient avoir
particulièrement à cœur qu'il leur fût rendu avec
exactitude.
Riende variable comme les conditions du service
militaire pour les communes:
A Bussy-le-Chàtel, art. 6, àAinaumont, art. 8,
à Yilliers-en-x\rgonne, art. 6, le comte pent être
remplacé par quelqu'un de sa maison ; dans les
deux dernières communes les gens ne devront pas
dépasser la Marne : « Exercitumetcalvagiammeam
mihi facient si ego vel aliquis de domo meà prœ-
sens fuerit ». « Ita tamen quod Maternam non
transibunt ».
A jMeaux le comte pouvait convoquer la commune
dans tout le comtés pouvait mettre à la tête des
troupes, un des personnages de sa Cour qu'il dési-
gne : « Sciendum vero quod communia ubicumque
ei in terra meà mandavero per litteras pro negotio
meo veniet, sed postquam loco quem ei prccfixero
venerit, non procedet prousque aut me ipsum
pra^sentem, aut Senescallum, aut Buticularium,
aut Constabularum, aut Marescallum viderit qui
eos in ipsum negotium perducat » (art. 29). A
Fismes, art. 21, à Ecueil, art. 24 pas de limite:
« Homines istius communiaî in equitatibus et
exercitibus meis longe et prope mihi servire tene-
buntur ».
La charte de Troyes et les similaires entrent dans
— 82 —
les détails, elles limitent à soixante ans l'âge du
service personnel oblig-atoire, en laissant subsis-
ter le remplacement : « Je auray mon ost et ma clie-
vauchie si comme je avoie davant fors tant cpie
home de LX ans ou plus ni ira mie. Mais s'il a lo
pooir soiïlsant il y envolera por lui selonc son
pooir » (art. i4). Le comte dit d'ailleurs qu'il ne
convoquera pas les bourgeois pour les tracasser :
<( Et si promet en I)one foy que je ne semondroi
en ost ne en clicvaucliie por aux accoisonner fors
que por mon besoing » (art. i6). Il veut se réser-
ver des chevaux pour ses transports et sa cavale-
rie, aussi défend-il de les saisir. <( Et si veul que
chevaux à chevauchie ne armeures à ceulz de la
comnmne de Troies ne soient prisiés por deles
ne por pièges ne por autres amissions » (art. i j) ;
il a de plus le droit de réquisition (art. i8 déjà cité).
Enfin une fois un certain niveau de fortune le bour-
geois aura chez lui une arbalète et cinquante car-
reaux ou traits. « Et chascuns de la communité de
Troies qui aura vaillant XX livres aura arbaleste
en son ostel et quarriax jusqu'à L».
A la Neuville-au-Pont, le comte ne pouvait man-
der les bourgeois que pour un jour ou deux : « Bur-
genses vero in exercilum meum ibunl ita quod
in ipsà die vel in crastino apud Pontem Sancttie-
Mariœ revertentur » (art. 54). Florent, dispensé
du service de guerre pendant dix ans à partir de
— 83 —
la promulgation de la charte, ne le remplira ce
laps de temps écoule, qu'autant que toutes les
commîmes de la chàtellenie de Sainte-Menehould
auront été appelées, et ne sera tenu de demeurer
à l'expédition qu'autant que toutes celles-ci reste-
ront elles-mêmes, excepté Sainte-Mcnehould dont
les habitants pourront être retenus à la garde du
château ; si une seule quittait, Florent reviendrait
aussi : a Burgenses de Florentià liberi erunt ab
expeditione meà usque ad decem annos, sed post
decem annos tenebuntur ire ad expeditionem
meam sicut tenentur ire homines vilhe Sanctse
Manehildis, sed ipsi non tenebuntur ire in expedi-
tionem meam nisi omnes alise villœ de Chastellanià
Sancta.* Manehildis eant in expeditionem meam, et
si aliqua de dictis villis dictai chastellanife reman-
serit (excepta illà de vSanctà Manehilde quam ego
potero retinere ad custodiendum castrum) dicta
villa de Florentià similiter remanebit, et cum fuerit
in expeditionem, si aliqua dictarum villarum de
dicta Ghastellanià revertatur ipsa similiter revert e-
tur sine forisfacto et ego tenebor defendere eos
sicut burgenses meos de Sanctà Manechilde »
(art. 55).
On remarquera dans cette dernière phrase l'en-
gagement du comte de défendre la commune.
L'obligation de l'ost et de la chevauchée n'était
pas d'une rigueur intransigeante ; l'âge, nous
-84 -
Tavons vu, pouvait en dispenser. A Troyes les
marchands en étaient exempts en temps de foire :
« Et se je fé mon ost et ma chevauchie en temps
que foire sera, li changcors et li marchans qui
seront en foire embesoignccz il porront envoler
lionmie soufiisans por aux, sans amende » (art. i5).
Enfin une exemption qui ferait tressaillir d'aise
riionorable M. Piot et lui suggérerait peut être,
si ce modeste travail parvenait sous ses yeux, un
moyen nouveau d'encourager la repopulation : les
maris de Florent dont les femmes étaient encein-
tes, n'allaient pas en expédition : « Burgenses qui
uxores habent et jacentes de pueris liabuerint,
non tenentur ire in expeditionemmcam » (art. 59).
Malgré tout ce que les chartes contiennent de
libertés, il est encore des communes qui sont
assujetties à des corvées, mais qui se rattachent en
somme à Tost et à la chevauchée : c'est à Bussy-le-
Ghàtel, article 5, à Ainaumont, article 7, où les
habitants doivent travailler une semaine et sans
pouvoir se racheter, aux fortifications du château
« Unusquisque operabitur una septimana in anno
sine redemptione ad firmitatem castelli ».
Parmi les redevances il en était de pénales, ce
sont les amendes dont les comtes se sont en tout ou
en partie réservé les produits, nous les verrons
au paragraphe suivant.
— 85 —
§ 5. — Législation,
Nous avons dit que les chartes de commune
étaient non seulement une constitution mais un
code. Il est sans doute plus ou moins nettement
formulé, plus ou moins détaillé, mais la vie des
peuples n'était pas alors si compliquée qu'il dût y
avoir tant de choses à déterminer ; il semble bien
au reste, et cela concorde avec l'état des mœurs
violentes de cette époque, que les comtes se soient
plutôt préoccupés de la législation criminelle ; mais
on rencontre cependant, exprimés pêle-mêle, des
textes de législation civile, de législation pénale,
et de procédure civile et pénale.
Les chartes du premier groupe contiennent peu
de prescriptions civiles : la liberté de vendre ou de
louer la maison construite : Bussy, Villiers, arti-
cle 9 ; Ainaumont, article ii ; la redevance pour
les biens, article i ; et l'accord d'un sauf-conduit de
quinze jours pour l'habitant qui abandonne la com-
mune, — tous articles que nous avons déjà cités.
A Meaux elles sont plus nombreuses : Suppression
du formariage, article 2 ; obligation de payer le cens,
article 3. Si un homme de la commune est réclamé,
il pourra prouver à l'aide de deux témoins ou d'un
Bourgeois
— 86 —
juré qu'il Tail partie de lu commune : « Si quis liomi-
ncm. de communia suuni esse clamaverit et liomo
ille duos liomines legitimos sive nnum de juratis
habeat quod per dominum suum vel per anteces-
sores ejus in communiam se posuei'it, in commu-
nia, etiam nolente Domino remanebit » (art. i6). A
Fismes, article 12, à Ecueil, article 14, c'est le duel
qui décide. Si cet homme reconnaît le bien fondé
de la réclamation, il aura un délai de quinze jours
pour se transporter ailleurs, à moins qu'il ne pré-
fère rester dans la commune, le droit de son sei-
gneur étant sauf. « Item si quis liominem de com-
munia suum esse clamaverit et liomo euni Domi-
num suum esse cognoscat, XV dies induciashabebit
ut se et sua transférât in securitatem, et si voluerit
in villa remanere poterit salvo jure Domini sut »
(Meaux,art. i; ; Fismes, art. i3; Ecueil, art. i5).Si
quelqu'un doit prêter serment et qu'il soit obligé
de se transporter au loin pour ses affaires, il ne sera
pas tenu d'interrompre son voyage pour cela. « Si
quis alicui sacramentum facere debuerit et ante
arramiationem sacramenti se in negotium suum itu-
rumdixerit,propter illud faciendum de itinere suo
non remanelnt nec ideo incidet in emendam, sed
postquam redierit convenienter submonitus sacra-
mentum faciet » (Meaux, art. 19; Fismes, art. i5 ;
Ecueil, art. 17).
La charte de Troyes n'entre pas dans les détails ;
-8; -
il en est autrement de celles de la Neuville-aii-Pont
et de Florent.
On y remarque le pouvoir d'acheter et de vendre
librement (Neuville, art. 3, Florent, art. 4); il suf-
fisait de posséder une hérédité pendant un an et un
jour pour avoir un droit de propriété inattaquable.
« Si quis per annum et diem liereditatem suani
tenuerit sine contradictu hominis qui in villa ma-
neat, illani deinceps liberam tenebit » (Neuville,
art. 24, Florent, art. 29). Le créancier aie droit de
prendre un gage mobilier ou immobilier, mais il lui
faut le concours du maire et des éclievins. « Si
quis alterius liereditatem in vadio habuerit per
annum et diem illam servabit et post annum et
diem Majori et juratis monstrabit et illi ordinabunt
quid factum fuerit de hereditate » (Neuville, art. 34,
Florent, art. 35). « Aller alterius vadium accipere
non poterit nisi consensu Majoris et Juratorum »
(Neuville, art. 49, Florent^ art. 48). Le tavernier peut
prendre aussi des gages sur ses clients, mais seu-
lement dans sa maison. « Tabernario licebit tantum
in domo suà de rébus quas vendet vadium accipere
sed extra domum non licebit » (Neuville, Florent,
art. 5o).Si la terre paie des redevances elle est par
contre protégée par une série de pénalités contre
les atteintes des hommes et des animaux (La Neu-
ville, articles 39, ^o, ^i, 42, 4^, Florent, art. 39,
40,41,42,4-).
— 88 —
La législalion criminelle est Tobjet (Fiiue plus
longue attention de la part des comtes.
En principe Fétranger, Taubain est par rapport
au droit pénal, soiuiiis aux mêmes règles que le
bourgeois ; alors déjà les lois de police et de sûreté
s'appliquaient à tous ceux habitant le territoire
régi par elles. Par suite les étrangers, comme le
bourgeois, sauf pour les cas de meurtre, de rapt,
de vol et d'incendie, étaient justiciables du tribu-
nal communal ; cependant les comtes qui étaient
les protecteurs diligents dii commerce se sont
parfois réservé lajustice des marchands étrangers.
Cela est dit en termes exprès dans la charte de
Meaux : « Sciendum vero quod in foro Meldis jus-
titia mercatorum extraneorum niea erit sicut
solet » (art. 6). Cet article n'est pas reproduit dans
les chartes de Fismes et d'Ecueil.
A Troyes et filiales les étrangers sont justiciables
de la Commune. « Ettuit li forfait des gens estran-
ges qui ne sont de lajustice de la communité de
Troies sont as borjois de Troies » (art. 6).
Les chartes du premier groupe contiennent peu
de peines : l'amende simple, XII deniers ; pour le
sang répandu en duel ou autrement XV sous ; le
vaincu dans le duel paie 9 livres.
A Troyes la justice est concédée à la commune
avec ses produits, sauf quelques exceptions que
nous verrons.
-89-
Le deuxième et le quatrième groupe contien-
nent des règles plus nombreuses ; en voici la
nomenclature.
Non paiement du cens capital : 5 sous d'amende
(Meaux, Ecueil, art. 3, Fismes, art. 2).
Injure à un membre de la commune : les jurés
décident (Meaux, art. 4)«
Prêt de quelque chose aux ennemis de la com-
mune : mise à la discrétion delà commune (Meaux,
art. 9, Fismes, art. 5, Ecueil, art. 7).
Non obéissance à Tappel pour l'assemblée de
la commune : 12 deniers d'amende (Meaux, art. 14,
Fismes, art. 10, Ecueil, art. 12).
Transgression aux statuts de la commune : ban-
nissement (Meaux, art. 1 5, Fismes, art. 11, Ecueil,
art. i3).
Infraction de la Ville, 60 sous (Meaux, art. 23).
Dégâts dans les vignes, les champs et les prés :
le jour, remboursement du dommage et ^j sous 1/2,
la nuit, 60 sous d'amende (Meaux, art. 25).
Molences sur la route : sept sous (Meaux,
art. 2O).
Fausse mesure: 7 sous 1/2 (Meaux, art. 2j).
Sang répandu par la violence, i5 sous (Meaux,
art. 28).
Autres forfaits, 5 sous.
De ces délits ont été visés également dans les
chartes de la Neuville-au-Pont et de Florent.
— 90 —
Xon acqiiiltement des redevances : 2 sous (Neu-
ville art. 2 ; Florent art. 3) ; Injures, selon la gravité :
ex.: menteur, 5 sous, hors la loi 10 sous (La Neuville,
art. i3, 14, Florent, 21, 22).
Dégâts dans les vignes et les moissons : 5 sous
elle dommage, (Neuville, Florent, art. 89), dans les
jardins et vergers : 2 sous elle dommage (Neuville
et Florent, art. ^o) ; connnis par un étranger:
2 deniers ou 5 sous suivant qu'il déclare ou non
ignorer la loi du lieu (Neuville et Florent, art. 41);
commis par un enfant en dessous de quinze ans :
12 deniers (Neuville et Florent, art. 42e domo meà praesens fuerit.
7. — Quatuor jurati in villa erunt qui jura mea
et villcTe conservabunt.
8. — Si miscUa in villa forte facta fuerit^ qui
inde accusabitur se tertio purgabit et si unus jura-
torum misellam viderit, reus non poterit se pur-
gare.
9. — Quicumque domum i])i fecerit eam vendere
poterit sine destructione : si vero eam locare
avenœ ; de terris vero et pratis qiuno illis ad excolendum tra-
dcnlur pro singulis arpent, reddent quatuor denarios de
censu annuatim.
2. — Domos et \ ineas et terras sive prata qua' in culturam
rédigent expendent et vendent provoluntate suà.
3. — Forefactuni de LX solidis, quinque solidis termina-
l)ilur, illud de quinque Xll denarios complebitur.
— 109 —
voluerit, eam locare potcril licet alibi mancat si
eani manu tenucrit.
lo. — Quicumqiic ibidem mansurus advenerit,
et ille recidere voluerit, conductum habebit per
quindecim dies.
Ut autem hœ liliertas et consuetudines impos-
teriim firmiler observentur, in confirmationem
et testimonium prccdictorum prcesentem chartam
fieri Yolui,et sigillimei munimine roborari. Actum
Trecensis anno Domini àMillesimo ducentesimo
mense Oct. data per manuni Galleri Gancellarii,
nota Viilermi,
AINAUMOXT (i) I200.
Ego Theobaldus Trecensis Cornes Palatinus
notum facio tam presentil^us quani futuris quod
hominil)us ultra Ahisnani apud montem manen-
tibus et mansuris liane concessi in posterum lil^er-
tatem quain presenti Cartà plcnissimè continelur.
4 . — Planus clatnor ad prepositum quatuor denariis emen-
dabitur.
5. — Homines in pra;dictâ villa manentes nec in exercitum
nec in expedilionem ibunt nisi ego ipseprius assum.
6. — Si vadia duelli data fuerint pncposito, homines sine
piccposito coniposicionem facere poterunt inter se, sed factà
I. Bibliothèque Nationale. Collection de Chanq^agne.
Topofjraphic. Tome i3G, Folio 4^;, chiilres rouges, verso.
IIO
T. — Quicumque excolet terrain proprio ani-
mali duos solidos e1 uniim sextariiim avena^ aniiua-
tim michi solvet in feslo Sancti Remigii ; qui vero
pi'opriis nianibus, lantum duos solidos.
2. — Pro simplici eniendà XII denarios.
3. — Pro sanguine X^^ solidos.
4. — Furtum, Raptum,Honiicidium et Multrum
in manu meà réserve,
5. — Pro ducllo firmato uterque XII denarios
dahit ; et si sanguis iiierit fusus X\^ solidos.
(). — Si duellum victuui fuit, victus solvet IX
libras.
n. — Unusquisque operabiUir unà septimanà in
anno sine rcdeniptione ad lirmitateni castelli.
8. — Exercituni et calvagiani nieam niilii faeicnt
si ego vel aliquis de donio meà pr?esens fuerit,
ita tamen quod Maternam non transibunt.
9. — Quatuor Jurati in villa erunt qui mea jura
et villa" conservabunt.
10. — Si misela in villa forte facta fuerit qui
indè accusabitur se tertio se purgabit, et si inius
composicione uterque pncposito olTeret duos solidos et sex
denarios, quos pra^positus si voluerit accipiet et si eciam et
uterque reddet prœposito septem solidos etscx denarios si eos
voluerit accipere.
7. — Si duelluni viclam fuerit victus reddet C solidos.
8. — Qui in die fori homineni et sine ferro violenter per-
cusserit ita quod saaguis exe:it [)er LX solidos emendahit, et
siquis armo eniolito homineni iracunde percusserit in die
fori. de fori fado ciil in horie j)lacito comitis.
— III —
juratorum miselam viderit reus se purgare non
poterit.
II. — Quicumque ibi doiuuni fecerit eain ven-
dere poterit sine deslriictionc, si vero eam locare
voluerit eam locare poterit, si eani manu tenuit,
licet alibi maneat.
12. — Quicumque ibi mansurus advenerit et illinc
recedere voluerit conductum habebit per quinde-
cim dies.
Ut autem h?ec libertas et hœ consiietiidines in
posterum firmiter o])serventur in confirmationem
et testimonium pra^dictorum prcesentem Cartaui
fîeri voliii et sigilli niei muniminc rol)orari.
Actum Trecis anno Millesimo Ducentesimo
mense octobri. Datum per manum Galtieri can-
cellarii, Nota Alermi (i).
9 — Erunt autem homines liberi ubique in terra meà de
teloneo et pedagio ad me pertinente.
10. — Concessietiam hominibusprœdictœ villœut scabinos
habeant sex qui ad communia négocia ejusdem villae vocen-
tur et placitationibus prœpositi intersint.
11. — Constituiut nec miles, nec alius, hominem aliquem
pro convencione aliquà vel alià de causa ab eâdem villa revo-
care possit, nisi suus fuerit de corpore, vel in eo antiquam
taliam vel comendacionem habuerit pro quà in ipso scetam
habere dobeat.
1 2 . — Ad hoc aulcm lucrunl luijus rei testes Doniinus Ancel-
I En dessous est la signature G. de A ilhardouin.
— 112 —
VILLIERS-EX-ARGOXXE (i) 1208
Ego Blanclia Comitissa Trecensis Palatina,
iioliiin facio prpesentibus ac fuîiiTis quod Eg-o et
Al)l3asetGoiiveiitus Saiicti KcmigiiRcmeiisis apud
Mllers super Aisniain, ^'illanl Xovam constituen-
tes (2) omnibus in eàdem Mllà manentibus et
niansuris hanc concessinius in perpetuum liber-
tatem quœ in pr?esenti Cartà plenissime contine-
tur.
1 . — Quieunique terram excoletproprio animait
duos solidos et unum sextarium avente michi et
prœdictis Abl)ati et Conventui annualim solvet in
lus de Trianguellu, Malheus Rufus, Hugo de l^ilreio, Joceli-
nus de Clavi, Hugo Rage, Ertoldus Camerarius, Matiieus
tune temporis Ponciuni prœpositus et Benedictus de Ponti-
bus.
Actuni Pruvini anno ab bicarnatione Domini M" C" L"
XX^Vdata per manum Guillelmi Cancellarii, nota Gui-
1er mi.
1. bibliothèque Nationale. Collection de Champagne.
TojW(jraphie, tome 106, folio 188, chiffres rouges, recto.
2. La charte que nous publions ici est la charte de Com-
mune ; nous avons vu la charte de fondation du ■ village
qui a précédé de très peu celle-ci,
— ii3 —
fcstoSancli Reniigii ; qui vero propriis manibuslan-
tiim duos solidos dal^it.
2. — Pro simplici emcudà daljuut duodecim
denarios ; pro sang'uiue XA" solidos.
3. — Furtum, raptum, liomicidium et multrum
in manunostrà reservamus.
4. — Pro duello firmato utrinque XII denarios
dabit ; si sanguis fusus fuit XV solidos.
5. — Si duelium victum fuit, victus solvet IX
libras.
(). — Excrcitum et Calvachiam nieam etiani
facient si ego vel aliquis de domo prœsens fuit,
ita tamen quod Maternam non transibunt.
7. — Quatuor jurati inMllà erunt qui jura nos-
tra et N'illpe conservabunt ; et Ego et prœdicti
Abbas et Conventus Majorem nostrumad volunta-
tem nostramin Mllà ponemus.
8. — Si mi sella in Villa forte facta fuerit, qui
indè accusatus fuit se tertio se purgabit : si unus
Juratoruni niiselam viderit, reus non poterit se
purgare.
9. — Quicumque ibi doniuni feceriteani vendere
poterit sine destructione, si verô eam locare volue-
rit, locare poterit, sieam manu tenuit, licet alibi
maneat.
10. — Quicumque ibidem mansurus advenerit,
et illinc recedere voluerit, conductum habebit per
quindecimdies.
Ut autem litec libertas et licC consuetudines in
posterum firmiter observentur in conHrmationem
- ii4 -
et lestimoniiim prcedictoruin pi-îiesentem cartam
lieri volui et sigilli inei miiniinine roborari.
Actum apud S. Mciiold. anno Incarnati Verbi
millesimo ducentesimo octavo mense octobri-
Datum vacante Cancellaria.
Ih Groupe
Meaux(1179). — Fismes(1226).— Ecueil(1229).
MEAUX (i). — 1179
Ego Henricus Cornes Trecensis Palatinus notum
facio prcesentibus et futuris quod hominibus de
Meldis eommiiniam sub his punctis haberc con-
cessi.
I. — Primo. Juraverunt omnes semihi etMariœ
uxoii mefe Gomitissa" et Hcnrico filio meo et suc-
cessoribiis nieis in perpetuiiin lidelitatem servatu-
ros, juraverunt etiam se ad invicem alteruni alte-
ri bonà lîde pro posse suo auxilium collaturos ;
sunt auteni hœ institutiones communiae ipsius.
I. Bibliotlièque Nationale. Collection de Champagne. Topo-
graphie Tome 19. Folio 224. Recto-verso.
— Il() —
2. — Si quidein hoiiiiiics de commiiiiià iixores
cujiiscumque potestatis voluerint ducent, licen-
tià tamen a Dominis rcqiiisità ; quod si Dominus
suus inde aliqueni inn)lacitaverit pcr quiiiqiie
solidos tautum enicndal)it ci.
3. — Capitales homines censuni capitaleni debi-
tum Dominis suis persolvent, quein si die quà
deljuerinl non reddent, per quinque solidos emen-
dabunt.
4. — Si quis alicui de communia injuriam illa-
tam ad considerationem Scabinorum emendare
Yoluerit, communia inde ad illum et receptores
suos se verlet, ita tamen si receptatori malefaclo-
ris prius ostentum sit, et ipse emendari non fecerit.
5. — Si quis alicui Meldis ad mercatum venienti
iniVa laugam ejusdem villcC forisfecerit , audito
inde clamore, communia, inde ei auxilium conferet
quousque sibi et liomini condigne satisfactum sit,
nisi de hostibus communia^ fuerit.
6. — Sciendum vero quod in foro Meldis justi-
tia mercatorum extraneorum mea erit sicut solet.
7. — Nemo prcCter me hcmiinem qui alicui foris-
fecerit poterit apud Meldos conducere, nisi per
Majorem.
8. — Si homo extraneus cibos vénales adduxe-
rit Meldos, et discordia intérim inter communiam
et Dominumejus emerserit,quindecim dies inducias
habebit vendendi cibos allatos et transferendi num-
mos et alias res suos prieter cibos in securitatem
ii:
nisi ipse forisfaclum fecerit vel ciini illis fuerit qui
foris feccriiit.
9. — Xemo qui communiani juraverit, credet
vel accomodabit aliquid hostibus communitC quani-
diu discordia fuerit ; quam si quis fecisse compro-
batus fuerit justicia de eo fiet secundum conside-
rationem Scabinoriun.
10. — Si communia aliquando contra hostes
suos exierit, nemo de communia cum hostibus ejus
loquetur nisi de licentià illorum qui custodiunt
communiam.
11. — Ad hoc statuti homines juraverunt quod
neminem propter amorem vel cognationem depor-
tabunt, neminem propter inimicitiam Iccdent, sed
rectum judicium per omnia facient secundum
suam pestimationem.
12. — Omnes alii juraverunt quod idem judi-
cium quod prœdicti statuti homines super hoc
fecerint et patientur et concèdent.
i3. — Si cjuis de communia aliquid forisfecerit
et per juratos emendari voluerit, homines com-
municC exinde facient justitiam.
i4- — Si quis vero ad sonum pro congregandà
communia factimi non venerit duodecim dcnarios
emendabit.
i5. — Si quis de communia aliquid insipienter
agens prœceptorum communice transgressor exti-
terit, Major eum bannire poterit quamdiu sibi et
Juratis justum esse videbitur.
16. — Si quishominem de communia suum esse
Bourgeois 8
— ii8 —
clamavcrit et homo illc duos hoiniiies Ic^itinios
sive unuin de Juratis liabeat quod pcr Doiuinum
suum vel per antecessores ejiis in commiiniam se
posiierit, in communia eliam nolente Domino
remanebit.
17. — Item si quis hominem de communia cla-
maverit, et homo eum Dominum suum esse
cognoscat quindecim dies induciashabebit ut se et
sua transférât in securitatem. Et si voluerit in villa
remanere, poteritsalvo jure Domini sui.
18. — Sciendum etiam quod nullus prœter
Majorem hominem de communia capere poterit.
19. — Si qui alicui sacramentum facere debue-
rit et ante arramiationem sacramenti se in neg'O-
tium suum ilurum dixerit, proptcr illud facien-
dum de itinere suo non remanebit nec ideo inci-
det in eniendam; sed postquam redierit, conve-
nienler submonitus sacramentum faciet.
20. — Et si comnmnia pro auxilio meo vel expe-
dilione vclquàcumque de causa colleclam aliquam
vel misiam fecerit de aliquà re ad feudum perti-
nente, nihil in eâ patietur.
21. — Statulumest etiam quod nullus de Cas-
tellanis circa Meldos commorantibus nisi pcr me
in conniiunià se ponat.
22. — Dejustitià vero et Ibrisfaclis meis ita sta-
tutum est :
De furlo, murtro, raptu et incendio erit in arbi-
trio et dispositione meà ; et qui lia^c forisfacta
fccerint Pra^posito nieo tradentur. Si ]Major indc
— 119 —
posse habiieritnec de caetero in communia recipien-
tur nisi assensu Juratorum.
23. — Infractio vero urbis emendabitur LX soli-
des.
24. — De vadiis duclli ita stalutum est: si de
duello compositio sine ictu facta est Y solidos
emendabitur ; si post ictum compositio facta fuerit,
uterque dabit XXX solidos. Si duellum victum
fuerit, victusLX solidos persolvet.
25. — Si quis in vineà vel inagro velinprato vel
in aliquandohujusmodi, injustitiàmea ad damnum
alterius fuerit deprehensus, et possessor inde cla-
morem fecerit, possessori damnum suum restitue-
tur, et Justitiainde liabebitYII solidos et dimidiimi,
et si de nocte captus fuerit LX solidos emendabi-
tur.
26. — Si quis in chimino in alium manus vio-
lentes injecerit et clamor inde processerit, et de
hoc convictus fuerit, infracturam homini forisfac-
tor y 11 solidos emendabit forisfactum.
2j. — De falsà mensurà VII solidos emendabi-
tur et dimidium; et si die nominatà non reddide-
rit, V solidos de lege persolvet. Insuper et jurabit
quod de conscientià suà falsam mensuram non
habuerit : si autem hoc jurare noluerit in volun-
tate et dispositione meà erit de illo.
28. — Oui sano'uinem violenter fecerit X^" soli-
dos reddet pro forisfacto,aliorum vero preedicto-
rum forisfactorum sin2:ulum V solidos emendabi-
tur.
120
2Ç). — Scieiiduni prœterea qiiod communia ubi-
ciimque ei in terra meâ mandavcro i)er lilteras
pro negotio meo venict, sed postquam ad locum
qucm ei prcefixero venerit, non procedet prousque
ant me ipsum prœsentem aut Senescallum, aut
Bulicularium aut Constabularum aut Marescallum
viderit qui eos in ipsum negotium perducat.
3o. — Si ab aliquo de communia requisitum fue-
rit Theloneum et requisitor diem quo illud et unde
hal)ere debeat minime nominaverit, inde illi non
respondebitur et si diem nominaverit et illc dic-
tum ejus solà manu suà lîrmare voluerit V solidos
emendabit.
3 1 . — Hominesmihi depane, vino, carnibus etaUis
victualil)us die quà Meldis vcnerO;, et in crastino si
tamenibifuero, creditionem facient, et si intra XV
die s crédita non pedditero, nihil amplius milii cre-
dent, quousque ei crédita perso! ventur,
32. — In bac Ul^ertate communipe posui Char-
mentré et Bardou, salvo jure Domini Symaris et
Chamblery, et Cungi, et Nantoil et omnes alios
homines de potestateMeldorum in quil)usjustitiam
et talliam habui.
33. — Si ego de aUquo de communia vel de ipsà
connnunià clamorem fecero, Major inde mihi rec-
titudinem facict ubi volucro, infra ambitum civi-
tatis.
34. — De bomine communiae nullus manuni mor-
tuam hal)el)it.
35. — Homines communia; in pcrsonis suis eam
121
liabebiuit libertatrm quam liabebant anlequani
communia ficret.
36. — Scriptorem dabil Gancellarius comnmniie :
quod si idoneus non videbitur Majori et Scabinis,
ad consilium eorum ponet alium. Scriplor autem
faciet fidelitatem Gancellario et communiœ.
37. — Si autem disscntio aliqua post modum
emerscrit, videlicet de judicio sive de aliquo quod
non sit in hac cartà prsenotatum, secundum
cognitionem et testimonium juratorum Commu-
nia Suesionensis emcndabitur née proinde in me
forisfecisse reputabitur.
38. — Usuarium quoque quod homines de Meldis
in forestà de Maane auteâ habuerunt, scilicet
nemus mortuum ad comburendum, et searescel-
los ad vineas, hominibus de communia concedo
et si controversia inde orta fuerit, testimonio et
juramento quinque hominum de Meldis et qua-
tuor hominum de Columbario terminabitur quo-
rum nomina sunt Barth. de Poanci.
39. — Sciendum vero quod pro pcrmissione com-
munise reddentmihi vel Prpepositomeo homines de
conmiunià CXL libras annuatim in crastino Nata-
lis Domini.
40. — Sub preenotatis itaque constitutionibus
homines meos quicumque in praescriptà communia
fuerint, quitos et immunes a tallià et a placito
quod dieitur g-enerale in perpetuum omne con-
cedo ; salvo quidem jure mco per omnia tam in
122
his qu?e ad nieam fidelilalem, quaniin his quœ ad
castella mea pertinent.
4i. — Actum anno Verbi Incarnati Millesimo
Centesinio septuagesinio nono.
4i. — Ut autem haec oninia firnia et immutata
teneantur ad preces eorum juravit Dumbertius
de Ternances pro me et loco mei lia^c oninia per-
pétua tenenda : hoc siquidem i'actiim est lauda-
mento et assensu IMariœ uxoris nieee quod etiam
laudavit Ilenriciis filins mens sub testimonio prae-
dictorum.
FISMES (i) 1226.
Ego Theobaldns Campanife et Briœ Cornes Pala-
tinus, notum facio prpesentibns et fntnris, quod
Ego apud villam meam videlicet Fismes et omnibus
appenditiis ejus manentibns communiam concessi
et confirmavi in perpetunm tenendam.
I . — Primo juraA erunt homines se mihi et suc-
cessoribus meis in perpetuum fidelitatem serva-
turos. Juraverunt etiam se alterum alteri ad invicem
bona fide pro posse suo collaturos.
Sunt autem hee institutiones ipsius communiae.
I. Bibliothèque Nationale. Collection de Champagne
Topographie, Tome 16, chitTres rouges. Folios 27, 28, 29,
recto-verso.
— 123 —
2. — Si qiiidem liomines de communia uxores
cujiiscmnque potestatis voluerint, duccnt per
licentiam domiiii. Capitales liomines censum capi-
talem debitum dominis suis persolvent ; quem si
die quà debuerint non reddent per quinque solidos
emendabunt.
3. — Si quis alicui infra terminos communiœ
forisfccerit si ad presens forisfactum capi poterit
ad usum et consuetudines castelli ad Fismes emen-
dare tenebitur.
4- — Nenio praeter me liomines qui alicui de
coijmiunia forisfecerint poterit apud supradiclam
Yillam conducere nisi per Majorem.
5. — Si homo extraneus cibos vénales yel mer-
ces in supradictà villa adduxerit et discordia inté-
rim, inter communiam et dominum ejus emerserit,
quindecim dies inducias habebit vendendi allatas
cibos vel merces et transferendi nummos et alias
rcs suas in securitatem et etiam cibos allatos nisi
eos vendere poterit, nisi ipse forisfactum fecerit.
6. — Xemo qui communiam juraverit credet vel
accomodabit aliquid liostibus communiae quamdiù
discordia fuerit, quod si quis fecisse comprobatus
fuerit, justitia de eoiietsecundmn considerationem
juratorum.
7. — Quod si communia aliquando contra hos-
tes suos exieritnemo de communia cum liostibus
ejus loquetur nisi licentià illorum qui custodiunt
communiam.
8. — Ad hoc statuti liomines juraverunt quod
— 124 —
neminem propter amorem vclcognationem clepor-
tabiint, neminem propter inimicitiam lardent, sed
rectnm judicium facient per omnia ; omnes alii de
communia juraverunt quod idem judicium quod
prpedicti homines super eos fecerunt et patientur
et concèdent.
9. — Si quis de communia aliquid forisfecerit et
j)er juratos emendari voluerit, homines communiœ
exinde facient justitiam.
10. — Si quis vero ad sonum pro congrcgandà
communia factum non venerit duodecim denarios
emendabit.
11. — Si quis de communia aliquid insipienter
agens précceptorum communiœ transgressor exti-
terit, ]\Iajor eum l^annire poterit quamdiù sibi et
juratis justum esse videl)itur.
12. — Si quis hominem de communia suum
esse clamaverit, et liomo ei neg'averit se esse suum
hominem per gagia duelli a Domino convinci opor-
tebit nisi miles a tertio militum et per quatuor
armigeros probaverit hominem suum esse.
i3. — Item si quis hominem de communia ali-
queni clamaverit, et homo eum domiuum suum
esse cognoscat quindecim dies inducias habebit ut
se et sua transférât ad securitatem et si Aoluerit in
villa remanere potuerit, salvo jure doinini sui.
14. — Item sciendum est quod nuUus hominem
de communia capere poterit prœterMajorem.
i5. — Si quis vero de communia sacramentum
alicui de communia facere debuerit et ante arra-
I20
tioiiem sacranienti se in negotium suum iturum
dixcrit ad illud faciendum de itinere suo non
renianel)it née ideo incidet in emendani ; sed post-
quam redierit, convenienter submonitus sacra-
mentum faciet.
i6. — Si communia pro auxilio meo, vel pro expe-
ditione velqiiâcumque de causa coUectam aliquam
vel misiam fecerit de aliquâ re ad feodum meum
pertinente niliil in ea patietur.
l'j. — Statutum est etiam quod nullus de homi-
nibus meis vel de custodià meà, vel de feodis
meis qui in prœnominatà villa manere voluerit
in dicta communia nisi de assensu meo recipie-
tur.
i8. — De justitià meà vero et forisfactis meis
quee in preefatà villa retinui ita statutum est : fur-
tum, raptus, murtrmn per me tantum justilica-
buntur et qui haec forisfacta fecerint prpeposito
meo reddentur, si Major inde posse habuerit, nec
de Ccctero in communia recipientur nisi de assensu
meo:
19. — Omnia vero alia forisfacta Majoris et
Juratorum erunt justificanda et judicanda.
20. — Gagia duelli Majoris et Juratorum erunt,
sed victus in leg-e duelli meus erit.
21. — Homines istius communi^e in equitati-
bus et exercitibus meis longé et propé mihi ser-
vire teneijuntur et nisi venerint mihi emenda-
bunt .
22. — Homines istius communiœ mihi de pane
126
et vino et carnibus et aliis victualibus die quà in
prtefatà villa vcnero et in crastino si tantuni ibi
fuero creditionem facient et si infra quindecim dies
non reddidero niliil ampliiis niihi credent quous-
que eis crédita persolventur.
23. — In prœfatà villa censum sexaginla soli-
docum annualim cuni venditionibiis cl jusliciis
eoruni qufe in territorio de Fismes et octo sex-
tarios annonse quos in niolendino de Fismes habe-
bampro pane operariorum de Clauso nieo faciendo,
et seplem sextarios niediateni avenœ et niedia-
tem bladi qui subnionitari anniiatini pro aninio-
nitionibusfaciendis debebantur, et vineani meain
quse vocatur Claiisum pro quà vineàCelerioIgnia-
censi singulis annis très niodii albi vini tcmpore
vendemiœ debentur et castellano villœ similiter
quatuor niodii annuatini, hominibus dictœ com-
munise concessi, hoc retento quod prœfata tani
de blado quam de vino homines communicC per-
solvere tenebuntur :
24. — Et si de cœtero aliquid rcsiduuni ultra
quod dictuni est sive in censu sive in blado vel in
avenà aliquo tempore juveniretur, Major et Jurati
bonà fide et super sacramenta sua sine occasione
et forisfacto niilii reddere tenebuntur.
25. — Cœtera vero omnia quîe habebam tune
temporis istius communiae remanebunt.
26. — Si ego de aliquo de communia vel de ipsâ
totà communia clamorem fecero, Major commu-
— iq; —
nicC iiide milii rectitiidiiicm tcnel)il iiifra anil)itus
commiiniiv.
2j. — De honiinibiis communia? niillus mortiiam
manuin hahel)it.
28. — Ilomines islius commuiiiie de mortuis
manibus, de forism^aritagiis, de talleis, de toltis
de corveis et quantum ad me pertinet quicti erunt
et liberi.
29. — Si autem dissentio aliquà post modum
emerserit videlicet de judicio sive de alià re quœ
non sit in liàc cartà praînotata illud facient ad
usum et testimonium juratorum communiœ Mel-
densis.
30. — Extra praefatam communiam homines,
communia? cartam suam de communia monstrare
non compellentur.
3i. — Sciendum vero quod pro permissione
communiïe reddent mihi vel certo nuntio meo ho-
mines de communia et successoribus meis Centum
octoginta libras Turonensium annuatim in cras-
tino Natalis Domini infra communiam.
32. — Sub pra?notatis ilaque constitutionibus
omnes homines meos quicumque in prcescriptâ
communia fuerunt immunes et quitos a talHà et
ab omni aUà pravà exactione, salvis his cjUcC supe-
riùs sunt in perpetuum esse concedo.
33. — Si vero acquisiero infra castellarium de
Fismes molendinum vel furnum, homines de com-
munia tenebuntur coquere ad furnum meum et
ad meum molere molendinum ad taies consuetu-
— 128 —
(lincs quibus solel)ant coquerc et niolcre die quà
pra^scntcs litterae factse fiieruiit.
34. — Ilccc omnia vcro superius dicta tcnere et
olîscrvare in perpetuum in animam nieani juravi
feci ; successores vcro mci tali modo faccre et
jiirare teneliuntnr.
Qnod nt rai uni permaneat et firmum teneatur,
lilleris annotatani hanc cartamfieri volui et sig-illi
mei niuniminc rol)oratam.
Actuni Meldis anno Incarnali ^'^e^bi millcsimo
d^icentesinio vigesimo sexto, niense januario, die
Apparitionis Domini.
ECUEIL (i) 1229.
Ego Tlieolialdus Canipaniœ et Briee Cornes
Palatinus notum facio quod Ego apud villam
meam videlicet Escueil et in omnil^us appendiciis
ejus manentibus, conimuniani concessi, et con-
firmavi in perpetuum tenendam.
I. — Juraverunt liomines se miclii et succes-
sorilîus meis in perpetuum lidelitatem servaturos ;
juraverunt etiam se alterum alteri ad invieem
bona Ode pro posse suo auxilium servaturos.
I. Bibliolhèque Nationale. Collection de Champagne.
Topographie. Tome i5, folio i47 rectO; verso.
— 129 —
2. — Sunt aiitcm hee institutiones ipsius com-
iniiniœ. Siquidem homines communia uxores
ciijuscumquepotcstatis voluerint, diicent perlicen-
tiam Domini.
3. — Capitales homines eensuni capitale del)i-
tum Dominis snis persolvent, quem si, die quà
debiicrint, nonreddent per quinqiie solidos emen-
dabunt.
4. — Si qiiis alicui infra terminos commimise
forisfeceTit,si ad prcsens forisfactum capi poterit,
ad iisimi et consuetudines castelli de Escueil
emendari tenebitur.
5. — Nemo prœter me homines qui alicui de
communia forisfecerint, poterit apud supradic-
tam villam conducere nisipcr Majorem.
6. — Si homo extraneus cibos vénales vel mer-
ces in supradictâ villa adduxerit, et discordia inté-
rim inter communiam et Dominum ejus emerserit,
quindecim dierum inducias habebit vendendi alla-
tos cibos vel merces, et transferendi nummos et
alias res suas in securitatem, et etiam allatos
cibos, nisi eos vendere potuerit, nisi ipsi forisfac-
tum fecerit.
j. — Xcmo qui communiam juravit, credet vel
accomodabit aliquid hostibus communiœ quamdiu
discordia fuerit : quod si quis fccisse comprobatus
fuerit, justitia de eo fict secundum consideratio-
nem juratorum.
8. — Quod si communia contra liostes suos
exierit, ncmo de communia cum hostibus ejus
— i3o —
loquelur iiisi licenlià illorimi qui ciistodiiint com-
niuniam.
9. — Ad hoc statut! homines juraveruut quod
neminem propter amorem vel coguationem de-
porlal)unt, ncmincm propter inimicitiam lœdent,
sed rectum judicium facient per omnia.
10. — Omnesalii de communia juraveruut quod
idem judicium quod preedicti statuti homines^
super eos fecerint, et patientur, et concèdent.
iT. — Si quis de communia aliquid forisfecerit,
et per juratos emendari voluerit, homines commu-
niae exinde facient justitiam.
12. — Si quis vero ad sonum pro congregandà
communia factum non venerit, XII denarios emen-
dabit.
i3. — Si quis de communia aliquid insipienter
agens, pra?ceptorum communine transgressor exti-
terit. Major cum bannire poterit, quantum sibi
et juratis justum esse videbitur.
14. — Si quis hominem de communia suuni
esse clamaverit, et homo ei negaverit se esse suum
hominem per gagia duclH liominem a Domino con-
vincioportebit, nisi miles se tertio militum_, et per
quatuor armigeros probaverit hominem esse suum.
i5. — Item si quis hominem de communia ali-
quem clamaverit, ethomoeum Dominum suum esse
cognoscat, XV diebus inducias habebit, et se et
sua transférât ad securilatem, et si voluerit in
villa remanere, poterit salvo jure Domini sui.
— i3i —
16. — Item sciendum est quod luilhis liominetn
de comniunià capere poterit praeter Majorem.
i;. — Si quis vero de communia sacram.entum.
aliciii facere debiierit, et aiite arrationem sacra-
mcnti se innegotimii siium itm*mn dixerit propter
illiid faciendum de itinere suo non remanebit, née
ideo incidet in emendam; sed postqiiam redierit^
convcnienter submonitus, sacramentum faciet.
18. — Et si communia pro auxilio meo vel pro
expeditione vel quàcumque de causa, collectam
aliquam vel misiam fecerit de aliquà re ad feodum
meum pertinente, nichil in eà ponetur.
19. — Statutum est etiam quod nullus de liomi-
nibus meis vel de custodià, vel de feodis meis qui
in prœnominatà villa manere voluerit in dicta com-
munia nisi de assensu meo recipiatur.
'20. — De justitiàmeà vero et forisfactis meis
quee in prîefaîâ villa rctinui ita statutum est : fur-
tum, raptus, murtrum per me tantum judiciabun-
tur, et qui lifec forisfacta fecerint, Prœposito meo
tradentur.
21. — Si ]\Iajor inde posse liabuerit nec de
cœtero in communia recipientur nisi de assensu
mec.
22. — Omnia vero alla forisfacta, Majoris et
juratorum eruntjusticianda et judicanda.
23. — Gag'ia Duelli, Majoris et juralorum diclae
communice erunt, sed vie tus in lege duelli meus
erit.
24. — Homines istius communiœ in equitatibus
— l32 —
et cxcrcilibus meis longé et propè michi servire
tenebuntur et nisi venerint michi emendabunt.
25. — ITomines istius cominiinite michi de pane
et vino et carnilms et aliis victualibus die quà in
pra^fatà vilIà venero, ctin crastino, si tantum ibi
fucro, creditionem facient, et si infra quindecim
dies non reddidero nichil ampUùs michi credent
quousque crédita eis persolventur.
26. — GcTetera vero omnia qua^ habebam tune
temporis, hominilius communicie remanebunt, prse-
ter nemus meum de Escueil quod retineo in manu
me à.
27. — Si ego de aliquo de communia vel de
ipsâtotà communia clamorem fecero, Major com-
municC inde michi rectitudinem tencbitinfràambi-
tum communiœ.
28. — De homine communia? nullus morluam
manum habelîit.
29. — Ilomines istius communife de mortuis
manibus, de forismaritagiis, de Talleis, de Corveis,
A^arennis, Courmedilhis, Chavagiis quantum ad me
23ertinet quiti erunt et liberi.
30. — Si autem dissentio aUqua post modum
emerserit, videUcet de judicio, sive de aUquà re
quœ non sit in hàc cartà prccnotata, ilhul facient
ad usum et teslimonium juratorum homines com-
munipe Meldensis.
3i. — Extra communiam prœfatam homines
cartam suam de communia monstrare non com-
pelientur.
— i33 —
32. — Sciendum vero qiiod pro permissione
commiinite reddent niichi vel certo nuncio meo
homines de coniniunià et successoribiis meis octo-
g'iiita libras Priivinensiiim aiiniiatini in crastino
Xatalis Domini infra communiam.
33. — Sub prpenotatis itaque constutitioiiil)us
omnes homines meos quicumque in prescriptà
communia fuerint immunes et quitos a tallià et ab
omni pravà exactione salvis his qxise superiussunt
in perpetuum esse concedo.
34. — Si vero acquisiero infra Castellarium de
Escueil molendinum vel furnum, homines de com-
munia tenebuntur coquere ad furnum meum vel
ad meum molere molendinum ad taies consuetu-
dines quas solebant coquere et molere die quà pré-
sentes litterœ factae fuerunt.
35. — Hcec oia vero superius dicta tenere, obser-
vare in perpetuum in animam meam juravi feci.
36. — Successores vero mei tali modo facere ju-
rare tenebuntur. Quod ut ratum permaneat et
firmum teneatur, litteris annotatam hanc cartam
fieri volui et sigilli mei munimine roboratam.
Actmn Trecis anno Verbi Incarnati millesimo
ducentesimo vigesimo nono,mense Augusto.
Bourgeois
nie Groupe
Troyes (laSo). — Provins (i23o).
La Ferté-sur-Aube (i23i).
Bar-sur-Seine (1234).
TROYES, I230 (i).
I . — Gie Thiebauz de Clianipaigne et de Brie
cuens palazins faiz asavoir a toiiz ciaux qui sont
et qui seront qui ces lettres verront que je fran-
chis et quit touz mes hommes et mes fàmes de
Troies de totes toltes et de totes tailles par tele
I. Bibl. Nat. Collection de Champagne. Topographie.
Yolume 60, Folios 108, 109.
— i36 —
manière que aurai en touz cels en cui je a voie taille
et en tous cels hommes et famés qui de fors ven-
ront ester en la Communité de Troics, VI deniers
de la livre dou mueble fors quen armeures et en
robes faites aeus lor cors et fors qu'en aisément
dostel.
2. — Et est asavoir que vaissel on len met vin
et tuit aisément d'or etd'argent seront prisié chas-
cun an aveuc les autres muebles et aurai de la
livre de léritaige II deniers chascun an.
3. — Et est asavoir que se aucuns de mes
fievez ou de mes gardes venient por demourer en
la communité de ïroies li borjois de Troies nen
porront aucun retenir se nest par mon assent ou
par ma volenté.
4. — Et sil avenoit que aucuns homme ou famé
aucune de mes villes ou de mes fiez ou de mes
gardes venient ester en la communité de Troies
et li homme ou la famé qui vienront disoient que
il ne fust de mes villes ou de mes fiez ou de mes
gardes il seroit a ma volonté de retenir ou do
refuser et se je le refusoie, il auroit conduit de
moy il et les soies choses XV jours planièrement.
5. — Et est asavoir que se aucuns de la com-
munité de Troies veut paier XX liv. en lan, il
sera quites do serement et de la prise de celle
année vers moy et si lor doig et otroi la prévosté
et la justice de Troies et de lor terres et de leurs
vignes qui sont dedans leur finaige de Troies si
- i37 -
corne je la tenoie au jor que ces lettres furent faites
por CGC liv. de Provenisiens quil me renderont
chascun an à Penthecouste.
6. — Et est asavoir que li forfais des homes et
des famés de la Communité de Troiez et de touz
cels qui sont et seront estaigier en la justice de la
communité de Troies sont as borjois de Troies
si comme je les soloie avoir et tuit li forfait des
gens estranges qui ne sont de la justice de la Com-
munité de Troies sont as borjois de Troies jusqua
XX s. et li surplut iert miens et je retaing lo
murtre et lo rat et lo larrecin là ou ces choses
seront conçues et attaintes. Et si retaing lo cham-
pion vencu dont jauray m'amende as us et as cos-
tumes de Troies. Et si retaing la fauce mesure, de
laquelle jauray XL s. et li borjois de Troies en
averont XX s.
7. — Et est asavoir que je retaig la justice et
la garde de mes églises et de mes chevaliers et
mes lîevez et de mes vassal en tel manière que
se aucuns de ciaux de Troies ou de la justice de
la commune de Troies forfaisoit a aucun de ceulz
que je retaig, cest asavoir as clers ou as cheva-
liers ou à mes fievezouames vassal, dont plainte
venist a moy, je la dreceroie et l'amende seroit
moie et sera jugié l'amende as us et as costumes
de Troies par lo maeur et par les juré de Troies.
8. — Et est asavoir que je ou autres de mes
gens eslirons chascun an XIII hommes de la com-
munité de Troies a bone foy, et cil XIII esliront
— i38 — ,
l'un daux amaeurcliasciin an dedans la qiiinzai^ne
que je les aurai nomez et sil ne Tavient elleu
dedans la quinzaigue je i elliroie Fun des XIII.
9. — Et cil XIII nommé jureront sor sainz que
ma droiture et celi de la commune de Troies gar-
deront et governerontla ville et les affaire de la ville
a bone foy ; et ce que cil XII juré et li maire feront
par bone foy, il nen porront estre occoisonné ;
mais cil faisient jugement ou esgart qu'il ne fust
souflisans il seroit adrecié à mon esgart as us et
as costumes de Troies sauf ce qu'il ne lor costeroit
rien et nen ferient point d'amende cil qui aurient
fait lo jugement ou esgart.
10. — Et cil XII juré et li maires lèveront les
deniers de chascun Yl deniers de la livre du mue-
ble si comme il est dit devant et II deniers de la
livre de leritaige par lo sairement de ceulz qui ce
deveront.
11. — Et se li maires et li XII juré ou une par-
tie d'aux jusqu'à III ou plus, avient sopesonnez au-
cuns de ceulx qui averont juré a rendre Yl den.
de la livre du mueble et II den. de la livre de
leritaige, il le porrient ci»oistre selon lor bone cons-
cience sauf ce que cil nen fera point damende
qui aura juré. Et cil dit seront paie chascun un a
la feste saint Andricu.
12. — Et est a savoir que tuit cil de la commune
de Troies pueent et porront vendre et acheter eri-
taiges et autres choses si comme il ont fait devant
- i39 -
et ont et averont lor franchises et lor usaiges si
comme ils les ont eues devant.
i3. — Et se aucuns volait plaidoier aucun de la
commune de Troies par plait ou par autre manière
je ne le porroie traveiller fors de Troies, se pour
ma propre querele n'estoit, et celle querele seroit
terminée as us et as costumes de Troies.
i4- — Je auray mon ost et ma chevauchie si
comme je avoie devant, fors tant que home de LX
ans ou de plus ni irapas. Mais sila lo pooir soffi-
sant il y envolera pour lui selonc son pooir.
i5. — Et se je fé mon ost et ma chevauchie en
temps que foire sera, li changeurs et li marchans
qui seront en la foire embesoig'niez il porront en-
voler homme souffîsans por aux, sans amende. Et
se aucuns defalloil démon ost ou de ma chevauchie
cil qui defauroit le m'amenderoit.
i6. — Et si promet en boue foy que je nés se-
mondrai en ost ne en chevauchie por aux occoi-
sonner fors que por mon besoin^.
ij. — Et si veul que chevaux à chevauchies ne
armeures a ceulz de la commune de Troies ne
soient prisiés por detes ne pour pièges ne pour
autres omissions.
i8. — Et si je ou mes gens aurons mestier de
chevaux ou de cherrettes de Troies il sera requis
as maieur de Troies, et si lo iera avoir a loier là
ou il les trovera et paiera lo loier des deniers de
ma censé. Et sil mesavenoit don cheval il seroit
— i4o —
renduz as regart des XII jurés et du maieur, des
deniers de ma censé.
19. — Et chascuns de la Gomniunité de Troies
qui aura vaillant XX livres aura arbaleste en son
ostel et quarriax jusqu'à L.
20. — Et est a savoir que li borjois de Troies
envoieront et moront à mes fours et a mes moulins
a autel marchié com as autres et s'il avenoit que
je neusse assez fours et moulins a Troies, il ferront
morre et cuire as regart des XII jurés et du maieur,
selonc ce qu'il venra souffîsamment à mes fours
et à mes moulins et quant je aurai fours et mou-
lins tant qu'il lor convenra as regart des XII jurés
et don maieur, il i envoieront tuit et morront.
21 . — Et se aucuns des XIII elleuz est oit clieuz en
plait ou en guerre ou en escomeniement, por le
fait de la ville, li XII jures et li maires qui après
venront seront tenu à penre le fais sor aux, aussi
comme li XII jurés et li maires qui estient devant
lavoient sor aux.
22. — Et ge ne porrai mettre hors de ma main
nulles de ces choses.
2 3. — Et est asavoir que se aucuns de la Com-
munité de Troies estoit areste et pris en aucun
lieu por ma dete je lo sui tenuz a délivrer lui et
ses choses du mien. Et cil estoit pris et arreste
pour autre chose je lo sui tenuz a aidier et à déli-
vrer en boue foy.
24. — Et est a savoir que se aucuns de ceulx
qui venront ester en la commune de Troies sen
- i4i -
veulent râler, il seii iront sauvement et franche-
ment quant il vorront et averont conduit de moy
Xy jors plainement,
25. — Et est a savoir que mi sergens qui sont
à moy et cil qui ont mes Chartres ou les Chartres
de mes ancesseurs seront en la commune de Troies
se il welent et se il ne welent il seront en ma main
si comme devant.
26. — Et totes ces choses et toutes ces conve-
nances qui sont contenues en ces lettres ai je juré
a tenir por moy et por mes hoirs a aux et a leurs
hoirs parmenablement. Et por que ce soit ferme
et estable ai je fait ces 1res scellées de mon scel.
Et ce fu fait lan de grâce mil et CG et XXX on
movs de setembre.
PROVINS i23o (i)
I. — Gie Thiebaus de Champevine et de Brie,
cuens Palazins, fais a savoir a tou ceu qui sunt et
qui avenir sunt, qui ces lettres verront : que je
franchie et quit tous mes homes et mes famés de
Provins etdouvilois, si com la prévosté de Pro-
vins se contient, de toutes toltes^ de toutes tail-
I. Bibliothèque Nationale. Collection de Champagne.
Topographie^ vol. 26, folios lo^, 107, vol. i35, folio 299.
l42 —
les, par tel manière que je auray en touz ceu en
qui gie avoie tailles, et en tous ceulx homes et
famés qui deffors vanront ester en la commuine
de Provins, VI deniers de la livre du mueble
chacun an, fors que en armeures et en robbes
faites a eu leur cors et fors que en aisemens d'os-
tel.
2. — Et est a savoir que vaisscl ou Tan met
vin, et tuit aaisement d'or et d'argent seront pri-
sié chascun an avant les autres muebles et auraie
delà livre del Icriteige II deniers chascun an.
3. — Et est a savoir que se aucuns de mes hom-
mes, ou de mes fîèves, ou de mes gardes venoient
por demorer en la commune de Provins li bour-
geois de Provins n'en pourroient aucun retenir,
se n'est par mon assent ou par ma volenté et se il
avcnoit que aucuns home ou aucune famé de mes
villes, ou de mes fîèves, ou de mes gardes venoient
pour demeurer en la commune de Provins, et li
home ou la famé qui hi venroit disoit que il fust de
mes villes, ou de mes fîèves, ou de mes gardes, il
seroit esclarié à ma volonté dou retenir et dou
refuser, et se je le refusoie, il auroit conduit de
moy, il et les soes choses, XV jours pleinière-
ment.
4. — Et est a savoir que se aucuns de la Com-
mune de Provins viant paier XX liv. en l'an, il sera
quites dou serement et de la prise de celle années
vers moy ; et se leur doin et oltroy laprevosté et la
justice de Provins et dou vilois, si comme la prevos-
- i43 -
tez de Provins se contient, si coni je la tenoieau jour
que ces lettres furent faites pour G C L liv. de Pro-
venisiens que ils me rendront chascun an en la
foire de Mav.
5. — Et est ascavoir que li forfait des hommes
et des famés de la Commune de Provins sont et
seront aus bourgeois de Provins jusques à XX sols
et li seurplus sera mien ; et je retien le murtre et
le rapt et le larrecin là ou ces choses seront
cogneues et atteintes ; et si retien le champion
vaincu dont je aurai ma amende, aus us et aus
coustumes de Provins, et si retien la fausse mesure
de laquelle je aurai XV sols et li borgois de Pro-
vins en auront XX sols.
'j. — Et est a savoir que je retien la joutise et
la garde de mes églises et de mes chevaliers, de
mes fieves et de mes gyns, en tel manière, que se
aucuns de ces de Provins ou delà justice de la com-
mune de Provins forfait a aucuns de ces que je
retien, c'est a avoir aus clers, aus chevaliers, ou
à mes fieves ou a mes gyns, dont pleinte venist
a moi, gie ladreceroie, et l'amande seroit moie, et
seroit jugié l'amande aus us et aus coustumes de
Provins.
8. — Et est a savoir que ie ou autres de mes
gens eslirons chascun an XIII hommes de la com-
mune de Provins a bone foy, et cil XIII esliront
l'un daux a majeur, chacun an, dedans la quin-
zaine que je les aurez nommées ; et se il ne les
- i44 -
avoues élu dedans la quinzainue, je esliroie Tun
d'aus XIII ;
9- — Et cil Xlïl jureront seur sains que ma
droicture et celé de la commune de Provins gar-
deront et gouverneront la ville et les alTaires de la
ville a bone foy, et ce que cil XÏI juré et li mai-
res feront a bone foy, ils n'en pourront être achoi-
soné ; mais s'il faisoient jugement ou esgart qui
ne fust souflisans, il seroit adrecié a mon esgart
aus us et aus coustumes de Provins, sauf ce que il
ne leur cousterois néans, et n'en feroit point
d'amende cil qui auroient fait le jugement ou l'es-
gart.
10. — Et cil XII juré et li maires lèveront les
deniers de chascun \I den. delà liv. don mueble,
se comme il est dit devant, et II den. de la livre
del'eritaige parle serement deceuqui ce devront.
Et se li maires ouli juré, ou une partie deux jusques
a trois ou plus, avoit souppeçonneuz aucun de
ceulx qui auront juré a rendre VI den. delà liv. du
mueble et II den. delà liv. de l'eritaige, illepour-
roient croistre selond leur bone conscience, sauf
que cil nen fera point d'amende qui aura juré ; et
cil denier seront payé chascun an a la feste Saint-
Andri.
11. — Et est a savoir que tuit cil de la commune
de Provins puent et porront vendre et acheter
eritaiges et autres choses, si comme il ont fait
avant, et ont et auront leurs usaiges si comme il
les ont lieues devant.
— i45 —
12. — Et se aucuns voloit plaidoier de la com-
mune de Provins par plait ou par autre manière,
je ne le pourroie travaillier hors de Provins, se
pour ma proppre querelle n'estoit, et cette que-
relle seroit déterminée aus us et aus coustumes de
Provins.
i3. — Je aurai ma ost et ma chevauchiée si
comme je avoit devant, fors que tant quehoms de
LXansou de plus ne ira pas, mais se il ha povoir
souiïisent, il li envolera un homme pour lui selond
son povoir.
14. — Et se je semons ost ou chevauchiée en
temps que foire sera, li changeur et li marchent,
qui seront à la foireen besoingne, hi pourront en-
voier pour aus, sans amende, homes souffisans ;
et se aucuns deffalloit de mon ost ou de ma che-
vauchiée, cilz cpii deffaudrait s'amenderait a moi.
i5. — El si promet en bone foy cjuc je ne semon-
droi en ost ne en chevauchiée pour aus achoison-
ner fors que pour mon besoing.
16. — Et si veul que chevaux à chevauchier ne
armcures à ceilx de la commune de Provins ne
soient prinses pour debtes, ne pour pleiges, ne
pour autres amissions ; et se je ou mes gens avons
ou avoiens mestier de chevaus ou de charrettes de
Provins, il sera requis au majeur de Provins, et
cil le fera avoir a loier là ou il le trouvera, et
paiera le loier de deniers de ma sence, et se il
mesavenoit dou cheval, il seroit renduz au regart
des XII juré et du majeur, des deniers de ma sence.
— i46 —
i-. — Et chasciins de la commune de Provins
qui aura vaillent XX livres, aura aubelesteen son
liostel et quarriaus jusques a L.
i8. — Et est a savoir que li bour^ois de Provins^
cuirons et molront a mes fours et à mes molins,
et au tel marchie comme aus autres, et s'il ave-
noit que je ne heusse assez fours et molins a Pro-
vins, il feront moire et cuire au regart des xii jurez^
et dou majeur, selond ce qu'il convienra souf-
fisemment à mes fours et à mes molins ; et quant
je aurai fours et molins tant comme il leur convien-
dra au regart des XII juré et dont majeur, il hi cul
ront tuit et molront.
19. — Et se aucuns des XIîI esleus estoit cheuz
en plait ou en guerre ou en escomeniement, pour
le fait de la ville, le maire et li xii juré qui après
venront, seront tenus a panre le fait sur eux, enfln
come li maire et li XH juré qui estoient devant
Tavoient sur eux, et je ne pourrai mettre hors de
ma main nulle de ces choses.
20. — Et il est a savoir que se aucuns de la
commune de Provins estoit arrestez et pris en
aucun lieu pour ma debte, je le suis tenuz a déli-
vrer lui et ses choses dou mien ; et s'il étoit prins
ou arrestez pour autre chose, je le suis tenu a
aidier et délivrer en bone Iby.
21. — Et est a scavoir que se aucuns de ceulx qui
venront ester en la commune de Provins s'en
veullent râler, et s'en iront sauvement et franche-
— i47 —
ment, quant il voudront et auront conduit de
moy XV jours plcinnenicnt.
22. — Et est a scavoir que mi sergent qu'il sont
a moi ; et cil qui ont mes Chartres de mes ances-
seurs seront en la commune de Provins, et se il
vuellent, il seront en ma main si comme devant»
23. — Et ces convenances qu'il sunt devant
dictes ai je juré à tenir pour moi et pour mes hoirs
à eulx et à leurs hoirs, à touz jours. Et pour que ce
soit ferme chose et estable, je ai scellé en mon
scel en Tan de g-ràce M CC et XXX, mois de sep-
tembre .
LA FERTÉ-SUR-AUBE i23i (i) (2)
1. — Je Thiebauz de Champaignc et de Brie,
Cuens palatins faiz asavoir à toz ceas qui sont et
qui seront et qui ces lettres verront Que ie frain-
chis et quit toz mes homes et totes mes famés de
I Cette charte se trouve dans 1' « Inventaire de tous les
titres composant le Chartrier de la Ville et Communauté de
La Ferté-sur-Aube rangés et mis en ordre par Simon Bridât^
archiviste à Guy-sur-Aujou, à la diligence et par les soins
des sieurs Pierre BruUion Marie et Pierre-Candide-Martin
Sindie de la dite ville en Tannée i754 »•
Voir Guignard, Annuaire de F Aube, i85o, 2^ partie,
2. Bibl. Nat. Coll. de Champagne. Topo(j rapine. \ol.
III bis. F° 1 6 chiffres rouges recto^ verso.
— i48 —
la ferté sor aube de totes Toltes et de totes Tailles,
par tel mcnière que ie aurai en toz ces en oui le
avoie taille, et en toz ces qui defors venrront ester
en la communité de la ferté sor aube sis deniers
de la livre del mueble, fors que en armeures et en
Robes faites à eux lor cors, et fors qu'en aaise-
manz d'ostcl.
2. — Et est asavoir que vaissel où Ton met vin,
et tuit aaisemant d'or et d'argent seront prisié
chascun an avec les autres muebles : Et aurai de
la livre de Teritaige deux deniers chascun an.
3. — Et est asavoir que se aucun de mes homes
ou de mes fievez eu de mes gardes vienent por
demorer en la communité de la ferté sor aube, li
boriois de la ferté sor aube n'en porront aucun
retenir, se n'est par mon asant ou par ma volante.
4. — Et s'il avenoit que aucun hom ou aucune
famé de mes viles, ou de mes fiez, ou de mes gar-
des venient ester en la communité de la ferté sor
aube, et li hom ou la famé qui i venroit disoit que
il ne fust de mes viles, ou de mes fiez ou de mes
gardes, il seroit esclairié à ma volante d'el retenir
ou d'el refuser ; et si ie le refusoie il auroit conduit
de moi, il et les soes choses, quinze iorz plenière-
ment.
5. — Et est asavoir que se aucuns de la com-
nmnité de la ferté soi* aube vuet paier vint livres
l'an, il sera quites del sairement et de la prise de
celé année vers moi.
6. — Et si lor doing la prevosté et la iostise de
— i49 —
la ferté sor aube, et de lor terres et de lor vignes
qui sont es fignaige de la ferté sor aube, si com ie
la tenoie au ior que ces lettres furent fo, por qua-
tre vinz livres de provenisiens qu'il en randront
chascun an a pantecoste.
7. — Et est asavoir que li forfait des homes et
des famés de la communité de la ferté sor aube et
de toz ces qui sont et seront estaigier en la iostise
de la communité de la ferté sor aube sont as
boriois de la ferté sor aube iusqu'a vinz sols et li
soreplus c'est miens.
8. — Et ie retaing' le murtre et le rat et le lar-
ron là où ces choses seront queneues et ataigtes ;
et si retaing le champion vaincu dom i'aurai m'a-
mande as us et as costumes de la ferté sor aube ;
et si retaing la fause mesure dom i'aurai quarante
solz et li boriois en auront vint solz.
9. — Et est asavoir que ie retaing la iostise et
la garde de mes gglises, et de mes chevalliers, et
de mes fievez, et de mes geis, en tel menière que
se aucuns de ces de la ferté sor aube ou de la ios-
tise de la communité de la ferté sor aube forfasait
a aucun de ces que ie retaing, c'est asavoir as
clers ou as chevalliers, ou a mes fievez, ou a mes
geis, dom plainte venist a moi, ie la dreceroie et
l'amande seroit moie, et sera iugié l'amande as us
et as costumes de la ferté sor aube.
10. — Et est asavoir queie ouautre de mes genz,
eslirons chascun an treze homes de la communité
de la ferté sor aube à bone foi ; et cil treze eslirons
Bourgeois 10
lOO —
run d'aux à maior chasciin au, dedans la quinzai-
gne que ie les aurai nommez.
11. — Et sll ne l'avoient esleu dans la quinzai-
gne, ie i esliroie l'un des treze.
12. — Et cil treze nommé iureront sorsainz que
ma droiture et celi de la communité de la ferté
sor aube garderont, et gouverneront la vile et les
afaires de la vile a bone foi, et ce que cil doz&
iurié et li maires feront par bone foi, il n'en por-
ront être aquoisené.
i3. — Mes s'il fasoient ingénient ou esgart qui
ne fust sofisanz il seroit adrecié à mon esgart as
us et as costumes de la ferté sor aube, sauf ce que
il ne leur costeroit rien, et n'en feroient point
d'amande cil qui auroient fait le ingénient ou l'es-
gart.
14. — Et cil doze iurié et li Maires lèveront les
deniers de cliascun sis denier de la livre del mue-
ble si com il est dit davant et deux deniers de la
livre de Téritaige par le sairemcnt de ces qui ce
devront.
i5. — Et ie envolerai à ceste levée faire cuique
ie voldrai de par moi.
16. — Et se li maires et le doze iuré ou une par-
tie d'aux iusque a trois ou plus, avoient sopece-
neux aucun de ces qui auront iurié à raiidre sis
deniers de la livre del niucble et deux deniers de
la livre de Féritaige, il le porroient croistre selon
lor bone conscience, sauf ce que cil n'en fera point
— loi
d'aniande qui aura iurié : et cil deniers seront
paiéchascun an a la festc Saint-Andrié.
I j. — Et est asavoir que tuit cil de lacommunité
de la ferté sor aube puent et porront vandi*e et
acheter eritaig-cs et autres choses, si com ils on*,
fait davant.
i8. — Et ont et auront lor frainchises et lor usai-
ges si com il les ont aues davant.
19. — Et se aucuns voloit plaidoier a aucun de
la commune de la ferté sor aube, par plait ou par
autre menière, ie ne porroie travailler fors de la
ferté sor aube, se par ma propre qucrele n'estoit,
et celé querele serait terminé as us et as costumes
de la ferté sor aube.
20. — Je aurai mon ost et ma chevauchié, si
comie avoie davant, fors tantque liom de sexante
ans ou de plus n'iera mie: mais s'il a le pooir sofi-
sant il i envolera un home por lui, selonc son
pooir.
21. — Et se ie semoig ost ou chevanchié en tems
que foire sera, li cheengeor et li marcheant qui
seront en la foire embesoignié, i porront envoler
homes sofîsanz por aux sans amande.
23. — Et sCaucuns defailloit de mon ost ou de
ma chevauchié, cil qui defauroit le m'amandroit.
24. — ^ El si lor premet que ie ne les semonrai
en ost ne en chevauchié por aux aquoisener mes
que por mon besoig.
25. — Et si voil que chevaul a chcA^auchier ne
armeures à cens de la commune de la ferté sor
i52
aube ne soient prises por detes, ne por pièges, ne
por autres aniissions.
26. — Et se ie ou niesg-enz avons mcstier de che-
vaus ou de charrotesde la ferté sor aube, et cil le
fera avoir aloier là ou il le trovera, et paiera le
loierdes deniers de ma censé ; ets'ilniésavenoit del
chevaul, il seroit rcnduz au resgart des doze iurez
et del Maior des deniers de ma censé.
2;. — Et chascun de la commune de la ferté
sor aube qui aura vaillant vint livres, aura
arbeleste en son ostel, et quarrés iusque à cin -
quante.
28. — Et est asavoir que li boriois de la ferté
sor aube mouront et cuiront a mes forz et a mes
molins à au tel marchié com as autres.
29. — Et s'il avenoit que ie n'eusse assez forz
ou molins, à la ferté sor aube, il feroit moure et
cuire au resg'art des doze iurez et dou Maior,
selonc ce qu'il convenra solisamment à m^s forz
et a mes molins, et quant je auroi forz et molins
tant com il leur convenra au resgart des doze
iurez et dou maior, il i mouront et cuiront tuit.
30. — Et se aucun destreze esleuzetoit clieuz en
plait ou en guerre ou en escomniuniement por le
fait de la vile, li doze iurez et li maires qui après
venront seront tenuz à panre le fais sor aux aussi
comme li doze iuré etli Maires qui estoient davant
l'a voient sor aux.
3i. — Et ie ne porroie mettre fors de ma main
nulle de ces choses.
— i53 —
32. — Et est asavoir que se aucuns de la com-
mune de la fertc sor aube estoit arestez et pris en
aucun leu por ma dcte, ie le sui tenuz à délivrer,
et lui et les soes choses dou mien et se il estait pris
por autre chose, ie li sui tenuz à aidier et à délivrer
à bone foi.
33. — Et est asavoir que se aucuns de ces qui
venront ester en la commune de la ferté sor aube
s'en voloit râler, il s'en iroit sauvement et frain-
chement quand il voldroit ; et aura conduit de moi,
quinze iorz plenièrement.
34. — Et est asavoir que mi sergent qui sont à
moi et cil qui ont mes Chartres et les Chartres de
mes encessors, seront en la commune de la ferté
sor aube se il voelent et se il ne le voelent il seront
en ma main, si com davant.
35. — Totes ces choses et totes ces convenances
qui sont contenues en ces lettres ai ie iuré à tenir
por moi et por mes oirs à ceas de la ferté sor aube
et à lor oirs permainaublement.
Et por ce que ce soit ferme chose et estable ai
ie fait seeler ces lettres en mon seel : ce fut fait en
l'an de grâce Millesimo ducentesimo primo, Meuse
Januario.
— i54 —
BAR-SUR-SEINE (i234) (i)
I. — le Thiebauz de Ghampaigne et de Brie
Cuens Palatins faiz asavoir a tos ceas qui sont et
qui seront qui ces lettres verront que ic franchis et
quiet tos mes homes et mes famés de Bar-sur-Sei-
gne et de la Chastellenie de totes toltes et de totes
tailles par tel menière que ie aurai en tos ces en cul
ie avois taille et en tos ces homes et famés qui de
fors venront ester en la communité de Bar sur
Seigne et en la Chastellenie six deniers de la livre
de mueble fors qu'en armeures et en robbes faites
aulx leurs cors et fors qu'en aisément dliostel;
et est asavoir que vaissel ou Fen met vin et tuit
autre aisément d'or et d'argent seront prisié cha-
cun an avec les autres mucbles et aurai en la livre
de riiéritaige deux deniers chacun an, etc., (comme
l'affranchissement de Troyes).
1. — Etsileur doingetoctoi laPrevosté et laios-
tise de Bar sur Seigne et de la Chastellenie et de
leurs terres et de leurs vignes qui sont dedans le
finaige de Bar sur Seigne et de la Chastellenie si
I. Collection de Champagne. Topojraphie. Tome 3,
folio 9. Recto.
" — i55 —
corne ie la tenois au ior que ces lettres furent fai-
tes por cent et dix et sept livres de provenisiens
qu'ils me rendront chacun an à Pentecouste, etc.,
(ut suprà).
3. — Et estasavoir que ie ou autre de mes genz
eslirons chacun an treize homes de la Gommunité
de Bar sur Seigne et de la Ghastellenie à boue foi
et cil treize esliront l'un deaus à Maieur chacun an
dedans la quinzaigne que ie les aurai nohimez,
etc., {ut suprà).
4. — Et est asavoir que se aucun de ces qui venr-
ront ester en la communité de Bar sur Seigne et
delà Ghastellenie s'en veulent raller, ils s'en iront
sauvement et franchement et auront conduit de
mioi quinze iorz plenièrement.
5. — Et est asavoir que tuit cil qui sont mes
homes et mes famés de la Gomté de Ghampaigne
et de Brie penront escheville de Bar sur Seigne et
de la Ghatellenie et cil qui ne seront mi homes et
mes famés de la Gomté ni panront rien ; et est
asavoir qu'il est par tôt garane tant com ma terre
dure par devers mon chatel si com faus se com-
porte et par devers Ghassenay il puent chacier là
où ils veulent, etc., {ut suprà).
Et por que ce soit ferme chose et estable ai je
fait ces lettres seeler de mon seel. Ge fut fait en
l'an de grâce 1234 au mois de juin.
IV" Groupe
La Neuville-au-Pont (i2o3). — Florent (1226),
LA NEUVILLE-AU-PONT (i2o3) (i).
In nomine SanctcC et Individus Trinitatis. Ameti.
Ego Blaiicha Comitissa Trecensis Palatina,
omnibus praesentibus et futuris notuni facio quam
in terra meâ novam Villam constitui quœ vocatur
Pons Sanctœ Mariœ super Aisniam, juxta Sanctam
Manildem, in quà videlicet Villa posui Franchi-
siaset Coustumias quseinferiussubscribuntur.
I. — Statuo enim, delecti mei Burgenses de
Ponte Beatœ Mariée super Aisniam et vobis per-
I, Bibliothèque Nationale. Collection de Champagne.
Topographie. Tome i[\, folios 106, 107, 108, 109 recto,
verso, iio recto.
— i58 —
pcliio haberc concedo Aisancias vestras pertotum
possc nieuni ad ca quae vobis necessaria in pas-
turis.
2. — Item, Burgensis qui in eàdeni villa domum,
vel extra termines hortum habuerit, annuatim XII
denarios reddet scilicet in Nativitate Domini YI
denarios et VI in Festo Joannis Baptistre, et qui
intrà tcrtium diempost illum terminum VI dena-
rios non reddet, ipse emendabit forefactum per II
solidos.
3. — Item, omnes vos et quilibet alius potestis
quemcumque vobis emere'et vendere libère et
quiet i sine guionario vel aliquo tlieloneo persol-
vendo.
4. — De unaquàque falcatà prati annuatim in
Festo S. Remigiiduo denarii milii reddentur.
5. — In terra quœ extirpatur in bosco de XIV
garbis duas tantum accipiam.
6. — Furni quocumque erunt in Ailla, Ecclcsise
Morimontis erunt ; de molendinis sic est quod
homines Mllfe vel ad molcndina Mllœ vel alibi
ubi voluerint et potuerint, molent, rcddità mul-
turà.
7. — Item si quis accusât as est de dccimà vel
de terragio niale pagato, inde se purgabit per jura-
mentum.
8. — Concedo etiam vobis usum aquœ et bosci
liberum sicut inter vos (;t homines vicinos Reli-
giosos et sœculares divisum fuerit.
9. — In eàdcni Villa erunt juraticonstitutiassens.u
— l.KJ —
omiiiiiiîi vestruni et ■Major simililer qui mihijura-
bunt fidclitatein et de reddilihus et exercitibus
Vill?e, meis respondebunt servientibus, sed Major
et Jurati ultra annum non remanebunt in minis-
teriis. suis, nisi de voUmtate omnium vestrum.
10. — Item si alicui vestrum placuit ut aliquà
necessitate coactus sit vendere suam heredita-
tem I denarium dabit ille qui vendit et alium ille
qui émit, quorum Major habebit 1 et alium Jurati
11. — Si quis novum advencrit ibi mansurus,
in ingressu suo I denarium dabit Majori et alterum
Juratis, et ita libère accipiet terram et mansuram
et a Majori sicut ei dividetur.
12. — Statuo etiam quod ille eontra quem cla-
mor factus fuerit, si per duos legitimos testes con-
vicipossit, m solidos dabit, scilicet II solidos Domi-
no et XIÏ denarios Majori.
i3. — Si quis aliquem mendacem dixerit, et
inde clamor veniat ad Majorem et Juratos, si con-
victus sit testimonio duorum Burgensium, V soli-
dos reddet, Domino IV solidos et dimidium, et
Majori VI denarios, et si testes non liabet, aller
se purgabit juramento soins.
14. — Si aliquis dixerit aliquem ex legem vel ali-
quid quod sit œquum tali convicio deeem solidos
reddet, Domino VI solidos et illi quem conviciavit II,
Majori XII is XII, denarios et Juratet si testes non,
liabet, alter se purgabit juramento solus.
i5. — Si quis manum miserit in alium sine
armis XLV solidos reddet, Domino XXXVIII,
— iGo — .
Majori XII denarios, verl^erato V solidos et Jura-
tis XII denarios, et si verberatiis tesles non habet,
alter se purgal)it diioruin honiinum legitiniorum
juraniento etsuo.
16. — Si quis aliquem invaserit arniis molitis
sine ictu, si convictus est legitimo testimonio, LX
solidos reddet, Domino LVIII, Majori XII dena-
rios et Juratis XII et si leg-ilimo teslimonio con-
vici non possit juraniento duorum honiinum et suo
se purgabil. Et si ei plagani tecerit C solidos red-
det, W libras Domino, Majori X denarios, Juratis
XII et vulnerato XX solidos et expensam pro plagà
sanandà, et si testimonio convinci non possit, tes-
timonio septem Burgensium et suo se purgabit.
17. — "Wilnerato si abscideritmembrum vel eum
interfecerit, ipse et sua erunt in arbitrio Domini.
18. — Si quis se deffendendo alium j^ercusserit
vel sanguinem fecerit, testimonio duorum et suo
se purgabit et si alter voluerit bello resistere pote-
rit, et si membrum absciderit vel interfecerit se
deffendendo judicio se purgabit, et qui eum accu-
saverit solvet expensas judicii, et erit in disposi-
tione Domini.
19. — Si alter alterum in domo sua violenter
invadit, légitime convictus G solidos reddet,
Domino I\' libras et invaso XVIII solidos, Ma-
jori XII denarios, Juratis XII.
20. — De omnibus forefactis quibus reum pur-
gare convenit, testimonio Burgensium se purgabit.
31. — Clamans de omni falso clamore III soli-
— i6i —
dos solvet, Domino II solitlos, M^joi'i ^ I denarios
et Jurai is M.
22. — De hereditate falso inclanians XX solidos
reddet, Domino XVIII solidos, Majori XII dena-
rios, Juratis XII.
23. — Si quis intra fines de Ponte Sanctœ Mariée
hereditateni inclamaverit, nisi testimonio Majoris
et Juratorum probare poterit XX solidos prœdicta
consuetudine reddet, et si aller perdit per Judi-
cium, XX solidos reddet per eumdem modum.
24. — Si quis per dicm et annum hereditateni
suam tenuerit sine contradicto hominis qui in
villa maneat, eam deinceps liberam tenebit.
25. — Nulli Burg'ensium de Ponte vSanctae Mariœ
licebit clamorem facere ad aliam justiciam de alio
Burgensi quanidiu aller voluerit rectum facere
per Judicium Villte, et si super hoc damnuni
fecerit X solidos reddet et damnum restaurabit, de
quibus X solidis Dominus habebit VIII, Major XII
denarios cl Jurati XII : hoc autem dico salva Jus-
titia Chrislianitatis et salvà Justilià quam Ecclesia
Beatfe Maria^ Remensis hacten, us habuit in terris,
pralis et nemoribus suis.
26. — Bui'geiisis qui Juratus extiterit, post ter-
minum suum de omnibus quse audieril et viderit
Jurati non poterit testimonium portare plus quam
per annum et die m.
27. — Si quis accusaverit alium de incendio
domus, vel de furto, velde homicidio quocumque
modo fiât, vel de raptu, si de expensis et de hoc
l62
qiiod judicatimi fiicrit, plcigios dedcrit, accusatus
aqiiîr judieio se purg-alMt, et si securitatem non
dederit XX solidos solvetetsi accusatus in judieio
salvus fuerit, acciisator reddet expensas judicii et
IX libras.
28. — Quidquid faetum fuerit ante Juratos sal-
vum fuerit sine contradicto.
29. — Quilibet poterit probare solà manu suà
hoc quod vendidit usquc ad III solidos.
30. — Qui res suas alicui crediderit, per duos
ejusdeni Mllce testes leg-itimos usque ad X solidos
probabit. Si quis de rébus creditis réclamât super
alium plus quam decem solidos cum testimonio
Burg-ensium, alter bello contradicere poterit.
3i. — Si quis res aliénas attulerit ad Pontem
Sancta^ Mari?e,ille cujus res abstulit salvum tanien
conductum de villa accipiet.
32. — Si quis contradixerit judieio Juratoruni
et eos comprobaverit de falso Judieio, per testimo-
nium Juratoruni de Ponte Sanctœ jMariae reddent G
solidos, si autem eos convincere ^on poterit G
solidossolvet et expensam Juratorum, Domiuo LX
solidos, MajoriV solidos, Juratis XXXV.
33. — Judieium Juratorum stabile erit, nisi
accepto ccnsilio Judieium contradixerit.
34. — Si quis alteriis hereditatem in vadio
liabucrit,per annum et diem illamservabit et post
annum et diem Majori et juratis monstrabit et illi
ordinabunt quid faetum fuerit de hereditate.
35. — Si quis alicui extraneo injuriam fecerit si
— 1(33 —
comprobatiis fiicrit considcratione Majoris illud
emendabit, et si non fit comprobatus juramcnto
se purg-abit.
36. — Si qiiis Burgensis de Ponte Sanctae
MaricC mercatum infregerit Villœ G solidos solvet,
Majori XII denarios, Juratis XII, Verberato X
solidos, si Yiilneratiis fiierit XX solidos, Domino
vero reliquios.
37. — Si extraneus fregerit LX solidos solvet
Majori XII denarios, Juratis X, verberato XVIII
solidos, Domino autem reliquos.
38. — Si Borgensis villse extraneum hominem
verberaverit, XL solidos solvet, si extraneus Bur-
gensemeosdem solvet, Majori XII denarios, Jura-
tis XII, verberato L solidos. Domino reliquos.
36. — Si quis invcntus fuerit a custode colli-
gendo racemos alterius vineee, velsegetesalterius,
V solidos solvet, Domino IV solidos, Majori VI
denarios et custodi VI et si alius quam cusios eum
invenitcolligendosolus juramento se purgabit, et
sijurare noluerit V solidos reddet prœdiclo more
etdamnum restituct arbitrio Juratorum.
40. — Et si quis inventus in horto vel in virgulto
damnum allerius faciendo II solidos et VI denarios
reddet. Domino II solidos, Majori VI denarios et
damnum restaurabit arbitrio Juratorum.
4i- — Si vero extraneus inventus sit colligendo
in vineà, vel in horto, vel in virgulto, vel in sege-
tibus custodi dabit II denarios et Jurabit se nescire
consuetudinem MUœ, et si Jurare noluerit V soli-
— i64 —
dos solvet, Domino IV, Majori YI dcnarios etcus-
todi VI.
42. — Puer infra quindecim annos si inventus
fuerit similiter XII denarios solvet seciindum arbi-
trium Juraloriim.
43. — Si qiiis nianiis violentas injecerit in Majo-
rem vel Juratos sine ictu arniorum G solidos red-
det, Domino lY libras duobus solidis minus, per-
cusso XX solidos, Majori XII denarios, Juratis XII
et si eum Aulneraverit ipse et suaerunt in disposi-
tione Domini. Similiter si Juratus Burgensem ver-
beraverit eo modo plectetur.
44- — Mulier qua? mulieri convitia dixerit duo-
rum vel duarum testimonio convicta V solidos sol-
vet. Domino IV solidos, Majori ^^I denarios et ei
cui convitia dixerit \l et si nummos solvere nolue-
rit, lapides portabit adprocessionem die dominicâ
in camisià et si viro dixerit convitia testibus con-
victa V solidos solvet, et si vir convitia dixerit mu-
lieri V solidos reddet simili modo dividendos.
45. — Si quis extraneus infra metos Villae vene-
rit pro quocumque forefacto (excepto furto et
homicidio) securus recipietur, et tamdiu manebit
ibi quousque ad locum sibi securum statuatur, et
de furto et de homicidio licebit eum deffendere si
voluerit.
46. — Si quis de furto per suspicionem accusa-
tus sit, nisi testimonio duorum legitimorum homi-
num se excusaverit, aquœ judicio se purgabit.
47* — S^ ^P^i^ cl^ forefactis prsedictis solvere non
— i65 —
poterit, id qiiod habebit auferelur, etper annum et
dicm excliidetar de Villa, et si post annum et diem
reddire voluerit, forefactum emendabit arbitrio
Juratorum.
48. — Si armenta reperiantur in vineis sine incur-
sione XII denarios solvet et in segetibus siniili-
ter pecus YI denarios, Domino X denarios et custo-
di II, de VI Domino Y, custodi I et arbitrio Jura-
torum restaurabitur damnum.
49. — Aller alterius vadium accipere non pote-
rit nisiConsensuMajoris et Juratorum, et si absque
consensu eorum accepit X solidos solvet. Domi-
no ^ III, Majori XII denarios et Juratis XII.
50. — Tabernario licebit tantummodo in domo
suà de rébus quas vendet vadium accipere, sed
extra domum non licebit.
5i. — Item homines meos et liomines militum
meorum et ecclesiarum mearum in Mllà de Ponte
Sanctee Mariœ nuUo modo retinebunt, nisi esset de
voluntate Ecclesiarum et illorum quorum homi^
nés sunt.
52. — Si quid per dispensationem Majoris et
Juratorum et septem sapientium Burgensium ad
honorem et utilitatem Villae factum fucrit, stabile
erit.
53. — Si quis vero contradixerit XII denarios
Solvet, Domino VI et munitioni Villœ VI et factum
eorum ratum erit.
54. — Burgenses vero in exercitum meum ibunt
Bourgeois 1 1
— i66 —
ita qiiod in ipsà die vel in crastino apud Pontem
Sanctse Mariœ revertcntur.
55. — El ego dabo prociirationem Majori et
Juratis pro placito generali ter in anno singulis
yicil)us III solidos.
56. — Et Major et Jurati quamdiu in officiis suis
remanebunt, singuli eorum erunt liberi et quitti
erunt de redditibus unius mansurœ et uniiis horti.
5^. — Ut autem hœc omnia rata permaneant et
firma, pra?sentem Chartani fieri volui et sigilli mei
niuniniine roborari.
58. — Actuni publiée anno gratipe Millesinio
ducentesinio tertio niense Decenibri.
59. — Datiun apud Sparnacum per manuni
Galtieri Canecllarii mei.
FLORENT 1226 (1).
Thibaut IV
Ego Tiicobaldus Campania^ et Brife Cornes Pala-
tinus omnibus litterasirispecturis, in Domino salu-
tem.
I. — Noverint universi quod ego burgensibus
I, Bibliollik]vie Nationale. Collection de Champagne.
Topof/raphie. Tome 16. Folios 3i, 32, 33, 34, recto, verso ^
35 recto.
lO;
novte Villae de Florentià, commiini EcclesicC
Reincnsi etmiclii, conccdo aisentias suas liberi in
aqiiis, nemoribus, et terris sitis infra Castellaniam
SanctcC Manehildis iibiciiniqiie homines ^laiiri-
montis habeiit.
2. — Quilibet autem Biirgensis de eàdem vilIà
solvet anniiatini Ecclesiee Remensi et niichi in
Natali Domini XII denarios et in festo Sancti Jolian-
nis Baptistœ XII denarios siniiliter.
3. — Insnper qui equo solo vcl equis vel aliâ
bestià excolet terrani dimidiuni sextariuni avenye
ad mensuram Sanctœ Manehildis solvet in festo
Sancti Remigii in vendcmiis, qui vero bestià non
arabit solvet unam g-allinam in dicto festo, et qui
infra tertium dieni post istos terminos, dictos dena-
rios, avenani et gallinam non reddiderit, ips3
eniendabit forisfactuni per II solidos.
4. — Et per hujusmodi redituni burgenses villse
eniere et vendere libère poterunt et quieti salvis
tamen investituris.
5. — Item si infra territorium ejusdeni villee
fuerint prata, pro unaquAque falcatà prati reddent
annuatini infesto S. JohannisBaptistœ II denarios
et qui infra terliuni dieni post istuni terminuni
non reddiderit, ipse eniendabit per II solidos.
6. — Item burgenses de exsarlis suis reddent
prt) Terragio tertiam decimam garbam pro prse-
mio suo et in campis dimittentur decimœ et ter-
ragia sine forisfacto.
7. — Burgenses coquent panem suumin furno
— i68 —
banali ad vicesimain quiiitam partem et moleiit
ubiciimque voluoriut reddita mulliira.
8. — Item si qiiis accusatiis fiierit de terragio
maie pagato, inde se purgabit per juramcntum
suiim.
y. — lu eàdem villa erit solus Major de eàdem
villa et illum appoiiet communitas villa? singulis
amiis in die Peutecostes qui Major iidelitatem
faciet EcclesicC Remensi et michi et Bm^gensibus.
10. — Item in. eàdem villa ertiat sep tem scabiiii
et decem jiirati quos Major et Gammuuitas villte
eligent.
11. — Major aiitem et scabiiii iufrà dictam vil-
lam ds om'.ilbu5 receptis villtTe coiiiputabu iitEccle-
siFe Rem^îisi et mlchl vel servieiiti Ecclesise Re-
niensis et meo, nec propter hoc extra habebunt de
praedictis rcditibus.
12. — Jiirali vero et scabini ultra annum non
remanebunt in ministeriis suis nisi de voluntate
communitatis villœ.
i3. — Judicium scabinorum stabile erit nisi
statim contradicatur.
14. — Si quis contradicerit judicio scabinorum
et eos comprobaverit de falso judicio, per judicium
decem juratorum ejusdem villœ, scabini reddent G
solidos Dominis villcC ; si autem eos convincere
non poterit reddet G solidos et expensas scabi-
norum, de quibus G solidis habebunt domini villas
LXXV solidos, Major V et scabini XX solidos.
10. — Rem quidquid factum fuerit vel dictuni
— 1^9 —
coram Majore et corani scabiiiis stabile erit sine
contradicto.
i6. — Insuper Major et Scabini quamdiù in
officiis suis remanebunt singuli eoruni liberi et
quieti erunt de II solidis Burgensium et serviens
villse similiter.
17. — Si quis in eâdem villa noviter mansurus
adveneritin ingressu suo dabitll denarios, Majori I
et Scabinis I et ita libéré accipiet terram et Man-
surani sicut a Majore et Scabinis ei assinabitur.
18. — Sialiquis vendiderit hereditatem,suanill
denarios dabit ille qui vendet et II ille qui émet,
quorum Major habebit medietatem et Scabini
aliam.
19. Ecclesia Remensis et ego pariter habebimus
Grangiam in eadem villa et Ecclesia Mam'imontis
habebit duo jornalia terrœ libéra ad faciendum ei
grangiam si voluerit, et nuUus prœter istos pote-
rit tenere hereditatem in eàdem villa vel ejus ter-
ritorio nisi nostri burgenses villœ.
20. — Item ille contra quem clamor fuerit fac-
tus, si pcr duos legitimos testes burgenses villse
convici poterit III solidos dabit, II solidos domi-
nis villee, scilicet Ecclesise Remensi et michi et
Majori VI denarios et scabinis YI denarios.
21. — Item si quis alteri dixerit tu mentiris et
Inde clamor venerit ad Majcrem et scabinos,
duos ad minus, si convictus sit testimonit) duorum
Burgensium qui hoc audierunt, V solidos reddet,
scilicet dominis villœ IV solidos et Majori VI dena-
i;o
rios et scabinis M denarios, et si conquerens tes-
tes non liabet, aller se puri^abit juraniento solus.
122. — Item si aliquis dixerit aliqueni exlegeni vel
aliqiiid quod sit a^quum tali eonvicio solvet X soli-
des, scilicet dominis vilhe VI solidos et illi quem.
conviciavit II solidos, Majori XII denarios et Sea-
binis XII, et si conquerens testes non habet aller
se purgabit juramento duorum burgensium villse
et suo.
23. — Item si quis manum miserit in alinm sine
armis per iram factam XLX solidos solvet, Dominis
villcC XXXVIII solidos, Majori XII denarios et sca-
Innis XII denarios et verberato quinque solidos, et
si verberatus testes non liabuerit, aller se purga-
bit juramento duorum Burgensium legitimorum et
suo.
24. — Item si quis invaserit aliquem armis mo-
lutissine ictu, si convictus fuerit legitimo testimo-
nio LX solidos solvet, videlicet Dominis villa? LVIII
solidos, Majori XII denarios et Scabinis XII et s^
legitimo testimonio convici non possit, juramento
duorum burgensium legitimorum et suo se pur-
gabit ; et si ei plagani fuerit C solidos reddet, vide-
licet Dominis villœ IV libras duobus solidis minus,
majori XII denarios et Scabinis XII denarios, et
vulnerato XX solidos et si legitimo testimonio
convici non possit juramento sex burgensium
villae et suo sepurgabit, et si vulnerator ei mem-
bruni al3seiderit, vel eum interfecerit, légitimé
convictus ipse et sua erunt in arhitrio Dominorum
vilhie.
25. — Item si quis se defendendo aliiim perçus-
sent vel sang-uinem fecerit testimonio duorum
Burgensium legitimorum et suo probabit quod
hoc fecit se defendendo, et si alter voluerit bello
resistere, poterit tantnmmodo contra reum et non
contra alium, et si ei niembruni al^sciderit, vel
eum intertecerit se deffendendo si nullus ex parte
vulnerati, vel mortui, eum bello de seditione con-
vincere voluerit, probabit quod hoc fecit se deffen-
dendo suo juramento et juramento sex burgen-
sium villee; quod si facere non poterit, ipse et sua
erunt in dispositione Dominorum villse.
26. — Item si alter alterum in domo sua inva-
serit légitime convictus C solidos reddet, Dominis
villœ IVlibras, invaso XVIII solidos, Majori XII
denarios et scabinis XII denarios, si vero convinci
non possit purgabit se septima manu Burgensium
villcC et suà.
2;. — Clamans de omni falso clamore III solidos
solvet, videlicet Dominis villae II solidos, Majori VI
denarios et scabinis VI denarios.
28. — Item de hereditate falso inclamans XX
solidos reddet, Dominis villœ XVIII solidos, Majori
XII denarios et scabinis XII denarios, et qui de
hereditate convictus fuerit, reddet XX solidos
supradicto modo dividendos.
29. — Si quis per diem et annum hereditatem
suam sitam intra fines villœ de Florentià tenuerit
ï'J-2
sine contradicto hominis maneiitis in eàdem villa,
eam liberam dcinceps tenebit, et si quis voluerit
in ipsâ hereditate aliquid reclamare, oportebit
quod probet se habere jus per testimonium Majo-
ris et Scabinoruni prœsentis anni vel superprete-
riti.
3o. — Item nullus Burgensium dictcC villee cla-
morem faciat ad aliani Justieiam de alio burgensi
quamdiù altcr Aoluerit rectum facere per Judiciiun
villpe, et si super hoc ei damnum fecerit, damnum
restituet et pro emendâ X solidos reddet, Dominis
villcT VIII solidos, Majori XII denarios et Scabi-
nis XII, salvà tamen in omnibus. justicià Chrislia-
nitatis.
3i. — Item si quis accusaverit alium de incen-
dio, vel de furto vel de homicidio quocumque
modo fiât, vel derapto, accusatus polerit resistere
per duellum, et si accusator noluerit, sed ante-
quam plagios dederit, renutere voluerit stultitiam
suam, XX solidos reddet, Dnis villpe XVIII soli-
dos, Majori XII denarios et Scabinis XII denarios.
32. — Si quis Burgensium dictœ viîlee de mur-
tro, de incendiO;, de raptu convictus fuerit, vel ali-
quid aliud fecerit propter quod res suse debeant
devolvi ad Dominos villœ, Burgensibus villse de
Florentià qui et bona sua crediderint vel pro ipso
fidejussionem subierunt, prius de bonis illius, si
légitime probaverint, satisfiet etresiduum erit in
manu Dominorum.
33. — Quilibel poteritprobere solà manu de rébus
- i:'3 -
suis creditis, iisqiie ad III solidos, et qui res suas
alicui crediderit, perduos légitimas testes burgen-
ses villcÇ probabit sine bello usque ad deeem soli-
des, si quis vero de rébus creditis reclamaverit
super alium plus quam deeem solidos cum testi-
monio duorum Burgensium legitimorum alter
bello contradicere poterit.
34. — Item si quis res aliénas attulerit in villa
de Florentià ille qui reclamabit obtinebit quantum
probare poterit per duos Icgitimos homines patriœ
nisi alter bello résistât, et si alter non habuerit
unde restituet ablata, id quod habet dabit recla-
manti nec in villa de Florentià remanebit nisi de
voluntate illius oui res abstulit, salvmii tamen con-
ductum de vilIà accipiet.
35. — Item si quis alterius hereditatem in vadio
habuerit per diem et annmii, illam servabit et post
annum et diem Majori et Scabinis monstrabit et de
ipsorum consilio vendetur.
36. — Item si quis alicui extraneo injuriam fece-
rit, si comprobatus fuerit, consideratione Majori s
et Scabinorum illud emendabit et si non sit com-
probatus juramento suo se purgabit.
Sj. — Item si quis Burgensis de Florentià mer-
catmn infregerit villse C solidos reddet, Majori
XII denarios scabinis XII denarios, Verberato X
solidos et si vulneratus fuit XX solidos et expensam
pro plagà sanandà Dominis vero reliquos, si extra-
neus infregerit LX solidos reddet, Majori XII dena-
rios, A^crberato XYIII solidos, Dominis reliquos.
- •:4-
38. — Ilenisi Burgensis villcC exlraneum homi-
hem Ycrbcraverit et convici possit per duos legi-
tinios testes Biirgeiises villœ, XL solides solvet et
si extraiieiis l)iirgensem tôt idem solvit, Majori XII
denarios, Scabinis XII deiiarios, verberato X soli-
des, Dominis villae reliqiios.
39. — Item si qiiis invciitus fiierit a custode
collig'eudo racemos alterius \ine?e vel segetes altc-
rius, V solidos reddet, Douiiuis villte IV solides
Majori M denarios et custodiVI denarios et passe
injuriam dannium suum et si alius quam custos
euminvenerit coUigendo, soins juramente sepur-
gabit, et si jurare noluerit Y solidos reddet prse-
dicto mode et damne restituet arljitrio Scabino-
rum.
40. — Si qui inventus fuerit in horto vel invir-
gulto damnum alteri facieude II solides et dimi-
dium reddet, Dominis villas II solides, Majori VI
denarios et damnum restituet arbitrie Scabino-
rum.
41. — Si vero extraneus inventus fuerit celli-
gendo in vineà, vel in horto, vel in virgulto, ve
in segetibus, custedi dabit II denarios et jurabit se
nescire consuetudinem villye, et si jurare noluerit,
V solides reddet Dominis villœ IV solides,
Majori \l denarios et custedi ^ I denarios.
42. — Pueri infra quindecim annos si inventi
fuerint similitcr XII denarios solvent.
4^« — Item si quis manus violentes injecerit in
Majorem vel Scabines, G solidos reddet, Dominis
i;o
villee IV liljras duobus solidis minus, perciisso
XX solidos, Majori XII denarios et si eos vulne-
raverit C solidos reddct et expensam pro plaga
sanandà ; similiter si Major vel Scabiiii Biirgensein
Yiiliieraverit velvulneraverint C solidos solvet prœ-
dicto modo.
44- — Mulier qiiaî mulieri conviciadixerit duo-
rum vel duarmntestimonio convieta V solidos sol-
vet, Dominis villfe IV solidos, Majori VI denarios
et oui convicia dixeritVI denarios, et si nummos
solvere noluerit, lapides portabit die dominica ad
processionemin camisià, et si viro dixerit convicia.
testibus convieta, cpiinque solidos solvet et si vir
mulieri convicia dixerit V solidos solvet simili-
modo diA'idendos.
45. — Item si quis extraneus infra metas villcC
venerit, vel fugerit pro quocumque forisfacto
tutus erit quamdiu paratus erit stare juri et reci-
pietur. Extraneos autem vocamus omnes illos qui
non sunt Burgenses villse.
46. — Item si quis de pœnispro prœdictis foris-
factis satisfacere non poteritid quod habet aufere-
tur ei, et per annum et diem excludetur a villa et
si post annum et diem redire voluerit, forisfactum
emendabit arl)itrio Scabinorum.
47. — Si armentum reperiatur in vineis sine
incursione, vel insegetibus, vel in pratis XII dena-
rios solvet, Dominis villœ X denarios, custodi II ;
simili modo pecus inventum solvet I denariuni
Dominis villœ et arbitrio Scabinorum illi quorum
- 1-6-
armeiita crunt vel pecudes restaurabuiit dainuuiii.
48. — Aller alterius vadium auferre non pote-
rit, nisi de consensu Majoris et Scabinorum et si
abs consensu eorum istud abstulerit, X solidos
solvet, Doniinis villœ VIII solidos, Majori XII
denarios et ScabinisXII denarios.
49. — Si aiitem alter alteri vadium dederit et
posteanegaverit se dédisse, si testimonio duorum
vicinoruni suoruni qui hoc viderint, convictus fue-
rit, III solidos solvet, Dominis villse II solidos,
Majori \l denarios et Scabinis VI denarios.
50. — Tabernariolicebit in donio suà pro rébus
quos vendet vadium capere, nisi debitor cxierit de
Tabernà sua de licentià Tabernarii antequam
Tabernarius capiat vadium ; sed extra domum non
licebit.
5i. — Mensurœ autem illœ bladi videlicet et
vini qucC currenl apu Bellum-Montem, current
apud Florentiam et non aliœ.
52. — ItemBurgensis qui Scabinus extiterit post
terminum suum de omnibus quae viderit et audie-
rit non poterit testimonium scabini portare plus
quam per annum et diem.
53. — Item si quid de rébus ad communitatem
villse pertinentibusdispensatione Majori et septem
Scabinorum et decem Juratorum, ad honorem et
utilitatcm villa? statutum fuerit, stabile erit, et si
quis contradixerit, XII denarios solvet, Dominis
villœ VI denarios, Majori, et Scabinis et juratis
^^J
VI dciiarios et nihiloiuinus factiim Majoris, Sca-
biiiorum et Jiiratoruni stal)ile crit,
54. — Major yero, Scabini et Jurati,cle omnibus
rc])us qua^ non continentur in liac Gai'tà et de qiii-
bus judicare diibitaverint et certi non fuerint, habe-
bunt revocamentum et recursum ad jus et consue-
tudines de Bello-Monte.
55. — Burgenses de Florent ià liberi erunt ab
expeditione meà usque ad deceni annos sed post
deceni annos tenebuntur ire ad expeditionem nieam
sicut tenentur ire homines villa" Sanctce Manehil-
dis, sed ipsi non tenebuntur ire in expeditionem
meam nisi omnes alicC villœ de ChastellaniàSanctce
Manehildis eant in expeditionem meam, et si ali-
qua de dictis villis dicttC Chastellaniee remanserit
(excepta illà de Sanctà Manehilde quam egopotero
retinere ad custodiendum castrum) dicta villa de
Florentià similiter remanebit, et cumfuerit in expe-
ditionem, si aliqua dictarum villarum de dicta
Chastellanià revertatur ipsa similiter revertetur
sine forisfacto et ego tenebor defendere eos sicut
Burgenses meos de Sanctà Manehilde.
56. — Si quis vero non ierit in expeditionem
meam ipse emendabit forisfactum, et si aliquis
pra^dicto termino decem annorum evoluto in expe-
ditionem meam non ierit, et quod pradicti anni
sint elapsi, vel quod in expeditionem meam non
tencretur ire se nescire pretenderit vel dixerit
quod citationem non audierit, vellegitimam excu-
sationem nonhabuerit, solà manusuàsc purgabit,
- i;8 -
et si J 11 rare noluerit duos solidoset dimidiuni red-
dct Dominis villse.
5^. — ... Burg-ensis Vilhv liabebit in eàdem villa
doiniim suam liberam et si prceter illaiii alios
domos sive terras in dicta villa vel ejus territorio
acquisierit, ipse de illis reditum debitum persolvet.
58. — Item Bnrgensis dictce villse de quocum-
que se purgare se debebit, per Burgenses villae se
purgabit, et nec aliquis admittetur ad portandum
testimoniuni pro Burgensi contra Burgenseni nisi
sit Burgensis villœ.
59. — Burgenses quiuxores habent et jacentes
de pueris habucrint, non tenentur ire in cxpedi-
tionem meam.
60. — Quidqnid decem Jnrati retuleiint pro
judicio septem Scabinis vilhr, totum stabilc erit et
Lex villae.
61. — Ego autem nt onmia supradicta rata per-
nianeant et firma teneantur litteris annotala sigilli.
niei feci mnniniine roborari.
62. — Actuni anno Gratine MCCXXVI.
Situation (|éo9rapliiquc
r!cs communes dont les chartes sont données aux preuves.
BussY-LE-CiiATEL. — Mame, arrondissement de Châlons,
cant. de Suippes.
AoAUMONT. — Ardennes, arrondissement deRéthel, cant. Châ-
teau-Porcien.
Villiers-en-Argo>ne. — Marne, arrondissement et canton
de.Sainte-Menehould .
Meaux. • — Seine-et-Marne.
FisMEs. — Marne, arrondissement de Reims.
EcuEiL, — Marne, Arrondissement de Reims, cant. Ville-
en-Tardenois.
Troyes. — Aube.
Provins. — Seine-et-Marne.
La Ferté-sur-Aube. — Haute-Marne, arrondissement
de Chaumont, cant. Chàteauvillain.
Bar-slr-Seine. — Aube.
La Neuville- au-Po>"t. — Marne, arrondissement et canton
de Sainle-Menchould.
Florent. — » » » »
TABLE DES MATIERES
Préface i
Sources v
Bibliographie ii
Introduction i3
§ I . — Statistique historique et géographique
abrégée de hi Champagne jusqu'à sa forma-
tion définitive en Comte i3
§ 2. — Condition des habitants lorsque se des-
sine le mouvement communal 20
Chapitre I. — Origines du mouvement communal
dans le Comté de Champagne aS
§1. — Origines lointaines 26
§2. — Origines immédiates 33
Chapitre II . — Caractères particuliers du mouve-
ment communal dans le Comté de Champagne. 39
Raisons pour lesquelles les comtes ont établi des
communes 39
Leur façon de procéder 39
Chapitre III. — Les communes Champenoises
d'après leurs Chartes 55
— i8o —
Constitution du corps communal 6i
§ I . — Etat des personnes 6i
§2. — Conditions des biens dans lacommune. 65
§3. — Administration et justice 67
§4- — Redevances ^6
§ 5 . — Législation 85
Fin du mouvement commvmal et Conclusion.. . 98
Listes des comtes de Champagne de la Maison
de Blois, jusqu'à la réunion du Comté à la
Couronne. io3
Preuves io5
§ I . — Chartes du premier groupe 10;;
§2. — Chartes du deuxième groupe .... ii5
§3. — Chartes du troisième groupe i35
§4- — Chartes du quatrième groupe .... i5j
Imp. H. Jouve, i5, rue Racine, Paris.
i: H RATA
Page II. IVibliographic, au lieu de Can'o, lire Carra.
Pao-c 20 ligne 22, au lieu de prcscnl, lire présents.
Pao-e 37, ligne 20, au lieu de sons leur obtention, lire sur
leur obtention.
Page ^2, ligne 12, au lieu de alirjuocasa, lire ali(/iio casa.
Page 53, ligne 12, au lieu de Gomes, lire Cornes.
Pao-e 76, ligne 3o, au lieu de urée, lire Jurée.
Pao-e 83, ligne 23. au lieu de Mancchilde, lire Manehilde.
Page 93. ligne 20. au lieu de oar. lire pour.
Pao-e 100, ligne 10, au lieu de royale, lire royal.
Page 116, ligne 28, au lieu de res suas, lire res suas.
Pao-e i3o, ligne t8. au lieu de cani bannire, lire e uni ban-
nir e.
Pao-e 1^3, ligne 17, au lieu de deffaudrait s'amenderait,
lire deffaudrait s'amenderait.
Pao-e i/i6, ligne 5, au lieu de cuirons, lire cuiront.
Pao-e i/i6, ligne 12^ au lieu de f/on^ ma/e«r, lire dou majeur.
Page i/jQ, ligne 19, au lieu de r/^//.çe.ç, lire yrjlises.
Page i5o, ligne i. au lieu de aa, lire an.
Pao-e i59, ligne 27. lire: Major i XII denarias et XII Juratis
et si...
Page 161, ligne 22, au lieu dchacten^ us habuil, lire hactenus
liabuit.
Pao-e 162, ligne 26. au lieu de alteriis, lire altérais.
Page i63, ligne i5, au lieu de L salidas, lire A' solidos.
Page 172, ligne 21, au lieu de dcnarios, lire denarios.
Page 172, ligne 3o, au lieu de probere, lire probare.
Page 173, ligne 2, au Vien de légitimas, Vive légitimas.
Page 170, ligne 21. au Meiidepœnis, lire pœnis.
Pao-e 176. lio-ne i3, au lieu de r/uos vendet lire quas vendet.
Page 17O, ligne 19, au lieu de apu Bellum, lire apud
Bellum .
ÉTUDE SUR LE PATOIS
DB LA
COMMUNE DE GAYE
ÉTUDE
SUE
LE PATOIS
DE
LA COMMUNE DE GAYE
Canton de Sézanne
(MARNE)
PAB
C. HEUILLARD
Ancien Professeur,
Lauréat et Membre de la Société d'Agriculture, Commerce, Sciences
et Arts de la Marne
Lei flears dsi obampi ont, ellsi aaiii,
lear grie» et leur ptrftun.
^t^^^^ta m -• n
SAINTE-MÉNEHOULD
LIBRAIRIE HEUILLARD
42, rue Chanzy, 42
1 903
PRINCIPAUX OUVRAGES CONSULTÉS
E. LiTTRÉ, Dictionnaire de la langue française, 4 vol. in-4° et un
supplément, Hachette et G'% éditeurs (abréviation correspon-
dante : Litt.).
W. Maigne d'Arnis, Lexicon manuale ad scriptores mediœ et infi-
mœ latinitatis, collection Migne, i vol. in-4*, Garnier frères, édi-
teurs. — Tous les mots de la basse latinité cités dans le présent
travail sont extraits de cet ouvrage.
Ch. Nisard, Etude sur le langage populaire ou patois de Paris,
I vol. in 8°, librairie A. Franck, 1872 (abréviation: N.). Ce patois,
aujourd'hui disparu, était parlé autrefois dans les ports situés
sur la Seine, dans les foires, les marchés, et était formé, d'après
l'auteur, d'un mélange de tous les dialectes des jDrovinces envi-
ronnant Paris : normand, picard, bourguignon et même wallon.
II a laissé plusieurs monuments écrits, dont les principaux sont
des mazarinades.
Mémoires de Claude Haton, contenant le récit des événements
accomplis de i553 à i58'2, principalement dans la Champagne et
dans la Brie : extraits fort étendus reliés par des analyses et
publiés par F. Bourquelot, 2 vol. in^*", Imprimerie impériale,
MDCCCLVii (abréviation : H.). — L'auteur, né en i535, fut long-
temps clerc de l'église Saiut-Ayoul de Provins et mourut, après
i6o5, curé du Mériot, près de Nogent-sur-Seine.
P. Tarbk, Recherches sur l'histoire du langage et des patois de
Champagne, 2 vol. in-8°, Reims, Imprimerie de P. Régnier, i85i,
abréviation : T.). — Dans le Glossaire qui forme le tome II de
son ouvrage, cet auteur indique les régions auxquelles appar-
tiennent les mots enregistrés par lui, en se servant des abrévia-
tions suivantes : a, Ardennes; — m, Marne et plus particuliè-
rement Reims ; — t, Troyes et département de l'Aube ; — l, Lan-
gres et département de la Haute-Marne ; — y, Yonne. Le même
mode de notation sera employé dans le présent travail; ainsi
T. t. m. signifiera : mot cité par Tarbé comme usité dans l'Aube
et dans la Marne.
A. Perrault-Dabot, Le Patois bourguignon, 1 vol. in-12, Dijon,
Lamarche, 1897 (abréviation : P.).
En outre des abréviations ci-dessus, on en trouvera
d'autres ayant pour objet de bien préciser le sens de cer-
tains termes relatifs à l'histoire naturelle, et plus particu-
lièrement à la botanique : dans ce cas, le nom scientifique
de l'espèce est, d'après l'usage adopté, suivi de l'indica-
tion abrégée de l'auteur qui l'a employé le premier. Ces
abréviations sont les suivantes :
L. : Linné ; — D- C. : de Gandolle ; — Jacq. : Jac-
quin.
— 3 —
Note sur l'emploi des abrévla.tions
Les mots étudiés dans le présent travail sont souvent
suivis de mentions abrégées se rapportant : i" à la pro-
nonciation ; — 2° aux formes semblables ou approchantes
relevées dans divers auteurs.
I. — Les indications relatives à la prononciation sont
formulées comme suit : a = [3], ce qui signitîe que la let-
tre a comprise dans le mot étudié doit être prononcée
avec la valeur marquée [3] dans le tableau des chiffres
adoptés pour figurer la prononciation.
2. — Pour ne pas étendre outre mesure les mentions
relatives aux formes notées dans les auteurs consultés, on
s'est dispensé — toutes les fois qu'il n'en pouvait résulter
aucune obscurité, c'est-à-dire lorsqu'il y avait identité
absolue entre la forme étudiée et celle à en rapprocher —
d'écrire cette forme une seconde ou une troisième fois.
Ainsi pour le mot nentille, page 5Ï, qui est présenté
comme suit : ' '
nentille (T. m. y. ; — Berry et picard, Litt.j,
il faut lire :
Tarbé, Marne et Yonne : nentille; — Beri'y et picard, nentille,
Littré,
et ainsi des autres qui se trouvent placés dans le même
cas.
CHAPITRE PREMIER
Particularités relatives à la prononciation
Un patois ne s'écrit pas, et par suite n'a pas d'ortho-
graphe ni môme d'alphabet.
L'alphabet français, auquel il faut bien recourir pour
donner au patois la forme écrite, se trouverait souvent
insuffisant pour figurer certaines nuances particulières
de prononciation ; le patois * présente d'ailleurs des
éléments phoniques complètement étrangers à l'alphabet
français.
En vue d'enlever le moins possible aux mots patois,
dans les listes qui suivront, la physionomie bien caracté-
risée que leur donne la prononciation, nous allons com-
mencer par étudier les particularités de prononciation
utiles à noter. A chaque nuance de prononciation obser-
vée, nous attribuerons un chiffre destiné à nous servir de
référence pour noter, chemin faisant, toutes les inflexions
que les combinaisons alphabétiques seules seraient
impuissantes à rendre.
I. — VOYELLES
1. — Voyelles simples, au moin» quant au son.
i, ou
Ces deux voyelles se comportant dans le patois comme en fran-
çais, les signes orthographiques ordinaires nous suffiront pour noter
les nuances de prononciation qu'elles présentent.
u
Celte voyelle, lorsqu'elle se présente à la fin d'une syllabe, ou
en fin de mot avant un e muet {rue, vue)^ se comporte comme en
français et doit être mise sur le même pied que les précédentes.
1. Pour éviter de continuelles redites, nous prévenons le lecteur, une fois
pour toutes, que le mot patois, quoique employé dans le sens général,
doit s'entendre du patois de Gaye.
— 6 —
Mais \h( qui se trouve dans le corps d'un mot entre une con-
sonne et une voyelle non muette se consonnifie et se prononce
comme la lettre v, avec laquelle le latin et le français l'ont très
longtemps confondue : ainsi nuage, ruelle.) tuer, se prononcent
en patois comme s'il y avait nvage, rvelle, tver. Cette prononcia-
tion particulière de Vu sera figurée par le chiffre 1.
Le français présente : l» l'a bref comme dans chat; — 2" Va
long comme dans râpe.
Représentant le premier par 2 et le second par 3, nous figure-
rons Va long du patois, beaucoup plus appuyé que celui du fran-
çais, de la manière suivante : [3].
Le patois donne d'ailleurs le son long à certains a que le fran-
çais fait brefs. Ainsi dans les mots casser.^ entasser, passer, quart,
retard et les finales en art, ard, tous les a se prononcent avec la
valeur marquée [3J.
o, au
Le français donne au son o deux valeurs différentes : 1° l'une
brève, comme dans poche (4) ; — 2° l'autre longue, comme dans
rôle, taupe (5).
L'd long du patois, plus appuyé que celui du français, sera repré-
senté par [5J.
Le patois allonge d'ailleurs certains o que le français fait brefs.
Ainsi dans les mots brioche, abominable, voter, or, bord, corps et
les finales en or, tous les o se prononcent [5].
Par contre, le patois donne très souvent la valeur de Vo bref à
la combinaison au, notamment : 1° dans la plupart des finales en
au et en eau ' ; exemples : étau, tableau, troupeau, (au = 4) ; —
2° dans le corps de certains mots, et seulement à titre d'excep-
tion ; exemples : Paul, Pauline, Laurent, Maurice, laurier
(au = 4).
e muet, eu
Dans la prononciation, Ve muet s'élide souvent, mais non tou-
jours. Lorsque deux syllabes muettes se suivent, comme dans la
phrase : Je le vois, un des deux e muets se prononce avec une
intensité de son équivalente à celle de la combinaison eu dans le
mot feu.
Il se présente donc : i° Ve muet élidé, sur lequel il n'y a pas
lieu d'insister ; — 2° Ve muet non élidé et son équivalent eu fermé
bref, qui se prononcent comme dans jeu, meule (6) ; — 3° eu
fermé long comme dans eux, jeûne (7) ; — 4" eu ouvert comme
dans fleur (8).
1. Au singulier seulement.
Le patois prononce ce dernier eu ouvrant la bouche avec exa-
gération; cette nuance spéciale du son eu sera figurée par [S].
é fermé et ses équivalents.
11 y a lieu de considérer : 1" i'é fermé bref, comme dans pavé
(9); — 2° I'é fermé long, comme dans année (10).
L'é fermé long n'existe guère en français que dans certaines
Vinales (année, giboulée^ joiamée) ei dans les pluriels des noms
en er (bei'gers, pommiers) . Outre ces cas, le patois s'en sert encore
dans certaines syllabes placées dans le corps, plus rarement à la
fin des mots ; exemples : ménage, témoin, décembre, mépris,
dé 1 (é = 10).
Le patois possède d'ailleurs un autre é fermé long qu'il prononce
d'une façon plus appuyée et légèrement traînante, et que nous
représenterons par [tO]. Il se rencontre :
1° Dans quantité de syllabes où le français écrit et prononce ïè
ouvert, soit bref, soit même long ; exemples : pèi^e, mère, frère,
fête, tête, bêche, mêler, grêler, rêver (è ou ê = [10]) ;
2* Dans de très nombreuses combinaisons en ai, ay, etc. : mai-
son, raison, chaise, crayon^ effrayer, essayer, balayer (ai ou
ay=[lO]).
ê ouvert et ses équivalents.
Notre attention se portera sur : J » l'é simplement ouvert, comme
dans mèche, fièvre, gilet et autres finales en et (le patois confon-
dant ce son avec celui de l'é fermé bref, nous le représenterons
également par 9); — 2° Vè largement ouvert, comme dans bière;
— 3° l'é ouvert long comme dans crête (ces deux dernières caté-
gories de sons se confondant à peu près dans le français, nous
représenterons l'une et l'autre par un chitfre unique : 11).
Quant à Vè ouvert du patois, figuré par è, ê, ai, aï, qui se
prononce d'une façon plus accentuée qu'en français et avec la
bouche très ouverte, nous le noterons ainsi : [il] ^. Exemples :
colère, verre, pierre, craie et les finales en aie^, braise, traire
(è, ai=[Hl)^
1 . A coudre.
2. Il peut arriver qu'une nuance de sens soit indiquée par la prononcia-
ciation de l'é, suivant qu'on le fait fermé ou bien ouvert. Ainsi dans le
mot bête, l'é se prononce [lU] pour signifier un animal, et [1 1] dans le sens
de sot, pauvre d'esprit, soit comme nom, soit comme adjectif. — Voir page
27 un autre cas où une nuance de sens est indiquée par une différence de
prononciation de l'é fermé.
3. Excepté mate (huche), où ai se prononce 9.
4. Dana le mot imbécile, le patois donne à l'é la valeur marquée [1i].
— La combinaison ai se prononce [H] dans maître, et [10] dans mai-
tresse ; ê se prononce [11] dans chêne, et [tO] d&ns frêne.
— 8 —
2. — Diphtongues et Voyelles' doubles.
Oi. oy
Le français prononce la diphtongue oi ou oy, soit brève : oua
(envoi), soit longue : ouâ (foie), en réunissant les deux sons dans
une seule émission de voix.
La prononciation oua étant inconnue dans le patois, nous n'avons
pas à nous y arrêter; quant à la prononciation oud, qui s'y trouve
avec la valeur de l'a long notée [3], nous la représenterons par le
chiffre 12. Exemples : pois, mois, pitois ' (oi = 12).
Le patois donne à la diphtongue oi d'autres valeurs inconnues
en français, savoir :
1° Oué (é avec la valeur notée 9), que nous écrirons 13 : moi^
toi, soi, loi, roi, charroi, doigt, croix^ toile, poisson^ moisson
(oi = 13);
2° Ouée (ée avec la valeur notée [10], que nous écrirons 14 :
poison, choisi, voyage, nettoyer, envoyer, tutoyer (oi, oy = 14);
3" Ouê ^ (ê avec la valeur notée [M], que nous écrirons 15 :
bois, choix, poivre, boire, armoire^ toison, patois (oi = 15),
Le patois dédouble quelquefois la diphtongue oi, dont la pre-
mière partie devient ou distinct, comme dans les mots croiser,
croisée, qui se prononcent à peu près crou-oiser, crou-oisée
(oi = 15). De même Broyés (nom d'un village voisin), se prononce
Brou-oyes (oy =12).
Dans quelques combinaisons en oy, le patois dédouble encore
la diphtongue, mais d'une autre manière : il prononce à part o et
y, ce dernier comme i simple. Exemples : moyen, doyen, noyer
(nom), qui se prononcent en patois moïen, doïen, noïer.
6é
Le patois fait de cette double voyelle une véritable diphtongue
dans le mot Noël, qu'il prononce en donnant aux lettres oë la
valeur que nous avons figurée 13.
éo
Autre combinaison dont le patois semble assez peu s'accommo-
der et qu'il simplifie volontiers. Des noms propres Léonie, Théo-
dore, Théophile, Théodoric, Cléophas, il fait Lonie^, Thodorc,
Thophile, Thodoric, ClophaSy quoiqu'il conserve la double voyelle
dans le nom Léon.
1 . Pulois.
2. Molière fait rimer boite avec bête (L'Ecole des Maris, act. 2, se. 8) ;
c'est que de son temps on prononçait ouè la diphtongue oi (une bouètej,
en 7 faisant entendre un è, tandis qu'aujourd'hui on y fait entendre un a.
Cette ancienne prononciation est encore celle de certaines provinces (Litt.j.
3. Prononcé Lon-nie (voir page 10).
— 9 —
ua, ué, ui, etc.
Pour ces combinaisons, voir ce qui a été dit page 6 sur la con-
soninfication de Vu.
ie (e muet)
En français, celle combinaison placée k la fin des mots se pro-
nonce C long comme dans vie, Ve ne servant qu'ù indiquer rallon-
gement de Vi et étant élidé d'emblée. Il existe dans le patois un
mot où cet e placé après i prend la valeur de Ve placé après une
consonne et ne s'élide pas. Ce mot : gabie (chassie) se prenonce
comme s'il y avait gabieu (eu = 6) : Vi, absorbé par Ve avec lequel
il forme diphtongue, ne s'entend pas plus que dans les mots
viande, chien^ etc.
ia, ié, iu, ieu
Il arrive assez fréquemment que dans la prononciation de ces
diphtongues, le patois fait entendre deux fois le son i, une pre-
mière fois long et distinct, une seconde fois bref et formant diph-
tongue avec la voyelle suivante. K\ns\ scier, sciure^ scieux (scieur),
piat (petit d'une pie), se prononcent comme s'il y avait scî-ier.,
scî-iure, scî-ieux, pî-iat.
3. — Voyelles nasales.
a) en lin de mot.
on
Cette voyelle présente en patois comme en français : l« un son
bref comme dans coton (16) ; — 2" un son long comme dans mon-
tagne (17).
an, en et leurs équivalents
En français, nous trouvons encore : 1' un son bref comme dans
pan (18) ; — 2° un son long comme dans échange (19). Le patois
admet aussi ces deux valeurs de an; mais dans un grand nombre
de mots il change en on bref (16) la prononciation de la finale an ou
en bref. Ainsi dans les mots an, van^ cadran, arpent^ champ, gland,
hareng, et dans les formes verbales je rends, je prends, etc., an,
en, se prononcent 16 *.
Au pluriel^ le son an reparaît parfois : ainsi le patois prononce
des champs, des arpents, comme en français. Mais dans les plu-
riels vans, harengs, cadrans, le son 16 persiste 2.
1. Le patois prononce à la façon du français les mots où le son final an
est long. Ainsi les mois banc, franc, présent, les gérondifs et «djeclifs
en ant se prononcent en donnant au son final an la valeur marquée 19. 11
n'y a guère d'exception que pour le mot croquant (cartilage) dont la finale
se prononce 16.
2. Dans un certain nombre de villages situés à l'est de Gaye, et notam-
— lO —
in, ain, e!n, et leurs équivalents
Dans le patois comme dans le français, nous relevons : 1° un
son bref comme dans sapin (20) ; — 2° un son long comme dans
singe (21).
un
Le patois ne donne en aucun cas à cette combinaison le son qui
lui est attribué en français : il la prononce tantôt comme in bref
(20), tantôt comme in long (21). Exemples : un{an = 20) ; lundi,
défunt (un = 21).
bj dans le corps des mots et spécialement dans la dérivation.
En français, les voyelles nasales se dénaturent dans la dériva-
lion, la voyelle simple génératrice revenant à sa valeur naturelle,
et l'n ou ïm s'articulant à part. Exemples : an (année), bon (bonne,
bonifier) ; fin (fine, finesse) ; grain (graine) ; un (une) ; parfum
(parfumer).
Nous allons étudier comment les choses se passent dans le patois
en pareil cas.
an
Dans le patois, lesjnots terminés par an se comportent dans la
dérivation exactement comme en français, même dans le cas où
la finale an est devenue on dans la prononciation (voir page 9).
Ainsi an, van, champ, donnent comme dérivés année (prononcé
a-nnée), vanner (va-nner), champêtre (am =19).
on
Contrairement à ce qui précède, les dérivés provenant de mots
en on conservent en patois la prononciation nasale. Ainsi bon,
son, bouton, savon, donnent bonne (bon-ne), sonner (son-ner),
boutonner (bouton-ner)^ savonner (savon-ner).
En générai, les mots présentant le groupe de lettres onn... ou
omm... se prononcent de la même manière. Ainsi dans les mots
tonner, couronne, bonnet, pomme, on, om se prononcent 16*.
ment à Pleurs, la prononciation on pour an, au lieu de se borner à la syl-
labe fiuale, se produit dans tous les cas, et réciproquement on prononce
toujours an pour on. Ainsi lampe, jambe, sonnent comme s'il y avait
lompe, jombe, et pompe, pont, ognon, comme s'il yavait pampe, pant,
ognan. 1'. Tarbé, dans une note relative au parler des communes deGour-
gançoii, Semoine et Salon, cite, entre autres particularités de prononciation,
celle qui nous occupe, avec les exemples /endre prononcé/o/idre, etyb«dre
prononcé _/endre. — 11 est permis de supposer que les habitants de ces
villages émettent dans les deux cas une seule nasale intermédiaire entre on
et an : il doit alors sembler à ceux qui n'ont pas la même habitude enten-
dre on quand il faudrait an, et vice versa.
1. Font exception les mots gomme, pommade, ({\x\ se prononcent g-ome,
pômade (ô = [5]).
— II —
in, ain ou ein, un, ien
Ces combiuaisons sont généralement traitées par le patois d'une
façon analogue h ce qui vient d'être noté pour la nasale on.
Exemples : gamin, malin, un, chien, donnent gaminne, malinne,
unne, chienne, où in, un, en se prononcent 20 K
oin
Celte diplitongue nasale présente deux valeurs : i" une brève
(c'est-à-dire avec in prononcé 20), que nous écrirons 22 (soin); —
2° une longue (c'est-à-dire avec in prononcé 21), que nous écri-
rons 23 (jointure).
Pour le patois, les dérivés provenant de mots terminés en oin
conservent dans la prononciation le même son nasal. Par exem-
ple, soin, loin, donnent soigner, éloigner, qui se prononcent
soingner, éloingner (oin = 22).
4. — Voyelles nasalisées.
Un grand nombre de voyelles qui ne sont pas nasales ou le sont
à peine en français deviennent franchement nasales en patois. Ce
fait se produit pour certaines voyelles placées devant m,, n, gn i
les voyelles sujettes à la modification nasale sont les suivantes :
1° qui se nasalise en on dans des mois comme les suivants :
fromage, promener^ rogner, trognon (o = on = 16);
2° e muet ou eu qui se nasalise également en on. Exemples :
cremaillée (crémaillère), cemeticre (cimetière), premier, rhuma-
tisse (rhumatisme), chenevière (chènevière), tous mots dans les-
quels e ou eu placé devant n ou m se prononce 16 (cron-maillée,
çon-metière, pron-mier, etc.);
3° e, ei, ai, è qui se nasalisent en in. Exemples -.peine, graine,
général, peigne, beignet, je mène, que je prenne, dénier (pour
denier)', dans ces mots é et ses équivalents placés devant n, gn se
prononcent in = 20 (pein-ne, gin-néral, etc.) ;
4° oi qui se nasalise généralement en oin. Exemples : avoine,
moine, Antoine, où la combinaison oi se prononce oin = 22. —
Cependant oi se nasalise en on dans poignée, poignet (oi = on
= 16).
La voyelle a subit rarement la modification nasale ; cette modi-
fication se rencontre pourtant dansle mot g-af/ne;" (a = an = 19).
Dans le mot maman. Va se nasalise en on, et comme an final
devient également on, il en résulte cette prononciation bizarre :
mon-mon (on = 16)2,
1 . Cependant fin fait fine, cousin fait cousine.
2, C\. îiiioQ écùi Uès BouveDt gangner, besongne, jrvrongne, pon-
gnard, qui présentent des cas de voyelles nasalisées comme celles dont il
est question ci-dessus.
— 12 —
Voyelles de valeur variable.
Une des singularités de la prononciation dans le patois, c'est
que certains e, muets quand ils suivent une syllabe sonore, se
changent en é fermés quand la syllabe qui précède est muette;
ces é fermés subissent d'ailleurs devant n la modification nasale
(voir page \ l). Eu voici quelques exemples :
Petit ou petit.
1. Le petit jardin. — Pron. L' petit jardin.
2. Un petit jardin. —Pron. Un p' lit jardin.
Regarder ou régarder.
1. Je regarde. — Pron. J'régarde.
2. 2ii regardes. — Pron. Ta regardes.
Génisse ou génisse.
1. La génisse. — Pron. La g'nisse.
2. Une génisse. — Pron. In-ne gin-nisse (in = 20).
Guenille ou guenille.
1. La guenille. — Pron. La gu'nille.
2. Une guenille. — Pron. In-ne guin-nille (in = 20).
Un autre fait à rapprocher des précédents, c'est la double valeur
de \'o de la syllabe com... dans les mots commode.^ commencer et
leurs dérivés.
En général, lorsque ladite syllabe est précédée d'une syllabe
muette, Vo se prononce comme en français, et, dans le cas con-
traire, il s'élide comme un simple e muet. Voici quelques exem-
ples :
Commode (adj.), incommode, raccommoder.
L'adjectif co?>imorfe se prononce toujours comme en français;
en raison de sa syllabe initiale sonore, incommode devient inqu-
mode dans tous les cas.
Par une raison semblable, il en est de même pour réqu'moder,
mot qui dans le patois repvésenle raccommoder.
Commode (nom), commodité.
i. La qu'mode. — La qu'modité.
2. Une commode. — Une belle commodité.
Commencer, commencement, recommencer.
i. La moisson qu'mence demain. — C'est un bon qu'mence-
ment.
— i3 —
2. La chasse commence, — Ce n'est que le commencement.
IlecoDDiieiicer, dont la première syllabe est muette, se pro-
nonce toujours comme en français.
L'habitude d'élider Vo appartient au dialecte bourguignon, qui
à'ûquemencé, quemode, pour commencer, commode (Litt,),
IL — CONSONNES
Les consonnes b,j, m, p, r, s, f, v, x^ z, se comportent dans le
patois absolument comme en français. Nous allons étudier séparé-
ment les particularités qui se rapportent à chacune des autres.
Le patois n'est pas toujours d'accord avec le français quant aux
h muettes ou aspirées qui commencent certains mots. C'est ainsi
qu'il dit : des-z-harengs (en = t6), j'haïs (je hais).
f final, q final
Ces lettres, en les supposant écrites dans le patois, sont muettes
à la fin de certains mots où le français les fait entendre. Exem-
ples : suif, soif, œuf, bœuf, coq, qui se prononcent sui, soi (oi =
13), ceu (œu = 6), bœu (œu = 6), co.
c dur, k, qu...
t devant ia, ié, etc.
C dur devant a, o ; k, qu... placés devant a, o, e, conservent le
son guttural que leur donne le français et que nous représente-
rons par 24.
Placés devant é, i, w, eu, ils prennent en patois un son forte-
ment adouci qui, n'ayant pas d'analogue dans ia proiK*nciation
française, est assez difficile à caractériser. Le même son, d'ail-
leurs, se retrouve identiquement dans un autre ordre de combi-
naisons ayant pour figure la lettre t suivie d'une diphtongue en i,
comme dans les mots mortier, tiers, savetier, que l'on prononce
dans beaucoup de pays à peu près comme s'il y avait morquier,
quiers, savequier. Par ce rapprochement, on peut se faire une idée
du son adouci des lettres gutturales dont il est question plus haut,
son que nous écrirons 25, Le patois le place dans des mots comme
ceux-ci : écu, cuir (u = 1); quitter, piquet, cœur (œu = 8) ;
queue (eu = 7) ; képi (é = 10) ; métier (é = 9). Dans tous ces
mots, c (dur), qu..., k, ti, se prononcent de la même façon,
avec la valeur notée 2o '.
1. Le son gulturil est conservé avec toute sa force dans la syllabe que
(bique, brique, boutique/, dans les infinitifs en qiier (piquer, marquer,
manquer) et dans les formes verbales qui dérivent de ceux-ci.
s.
- i4 -
g dur, gu...
d devant ia, ié, etc.
Le g dur devant a, o, et gu..., devant e muet ont le même son
gutluraf qu'en français ; nous représenterons ce son par 26.
Devant é ou ai, ay, i, u, ces lettres, comme c dur et ses équiva-
lents, prennent en patois un son très adouci, mais différent de
celui que nous venons d'étudier. Pour tâcher de le caractériser, nous
le rapprocherons de celui que l'on donne fréquemment à la lettre
d suivie de i comme dans les mots diable, cordier, amandier, dont
cette prononciation spéciale pourrait se figurer approximative-
ment comme suit : guiable, corguier, amanyuier. Ce son adouci
du g guttural, identique à celui de la combinaison di..., sera
représent»'' par le chifire 27. Le patois donne cette valeur à Tune
et à l'autre combinaison dans des mots comme les suivants : gui-
chet, guerre (le premier e == [H]) ; gueule (eu == 6) ; gai., Gaye
(ay = [Hj) ; aigu, Dieu (le bon) ; chaudière (è = [tO]) *.
1 5 devant les diphtongues ia, ié, io, ieu, ien
Le patois a une répugnance marquée pour donnera la consonne
i, quand elle se rencontre avec une diphtongue en i, le son natu-
rel qui lui appartient. Dans ce cas, il remplace constamment l
naturelle par II mouillées ('j/i...^ ou y, équivalent pour la pronon-
ciation : nous noterons par le chiffre 28 ce son commun à ill... et
à y, que le patois fait entrer dans des mots comme les suivants :
soulier, collier, salière (è=[10]), e^^caUer, lier, lieue (sou-
iller, cO'iller, etc.)
Il arrive même assez souvent que le patois, voulant à toute
force éviter les combinaisons lia, lié, etc., se tire d'affaire en sup-
primant une ou plusieurs lettres, comme dans les mots suivants :
chandier ^ (pour chandelier) ; tabier (pour tablier) \ sabière (a
= [3]) ; (è = [10]) (pour sablière) ; chapier (pour chapelier).
n devant les diphtongues ia, ié, etc.
Ce qui a été dit pour la consonne l s'applique également, lors-
qu'elle est placée dans les mêmes conditions, à la consonne n, que
le patois adoucit alors en gn (valeur que nous représenterons par
1 . En outre des syllabes en gue, le son guttural du g se conserve avec
toute sa force dans les infinitifs en giier (élaguer, droguer) et dans les
formes verbales qui dérivent de ces derniers.
2. Il y a une autre remarque à faire au s\ijet de la consonne l. Lorsque le
pronon V (élision de le ou la) précède une forme verbale commençant par
une voyelle ou une h muette, l se prononce très appuyée, comme si celte
lettre était double : Je Vai vu ; In l'as dit ; vous l'entendez, qui se pro-
noncent comme s'il y avait : je-l-l'ai vu ; tu-l-l'as dit ; vous-l-V enten-
dez.
3. Un des rares mots où le d, placé avant i, conserve le son natureL
Autres exemples analogues : comédien, étudier.
— i5 ~
29), comme dans les mois suivants : panier, ornière (è = [10]),
nièce (è = 9), chaudronnier (on = ^6), qui se prononcent
pagnier, orgnière, etc.
Dans les mots français en eau, finale que le patois transforme
à peu près constamment en iau (voir page 46), la substitution de
\'i à Ve ayant pour résultat d'amener en présence les lettres n eti,
l'adoucissement de ni en gn se produit comme plus haut. Exem-
ples : vanniau (pour vanneau), pruniau (poar pruneau), moiniau
(pour moineau), tous mots dans lesquels ni se prononce (jn = 29.
m. - DE L'ACCENT TOMQUE
a Dans tout mot de plusieurs syllabes, il y en a toujours une sur
« laquelle on appuie plus fortement que sur les autres. On appelle
c accent t072ique ou simplement accent cette élévation delà voix
€ qui, dans un mot se fait sur une des syllabes ; ainsi dans raison,
« Tacceni tonique est sur la dernière syllabe ; dans raisonnable,
€ il est sur l'avani-dernière. On appelle donc syllabe accentuée ou
« tonique celle sur laquelle on 'appuie plus fortement que sur les
« autres. L'accent tonique donne au mot sa pbysionomie propre
« et son caractère particulier; aussi l'a-lon justement appelé
a l'âme du mot. En français, l'accent n'occupe jamais que
« deux places : la dernière syllabe quand la terminaison est mas-
« culine (chanteur, aimer, finir), l'avant-dernière quand la termi-
« naison est féminine (raide^ perche, voyage)^. »
En rapprochant des mots tels que cigare et cigarette, Victor et
Victorine. il est facile de se rendre compte de la différence entre
l'a et l'o accentués de cigare et de Victor, et les mêmes lettres
atones de cigarette et de Victorine.
L'accent tonique se rencontre également dans le patois, où son
effet dans la prononciation est même plus marqué que dans le
français : la place de la syllabe accentuée est d'ailleurs dans le
patois celle qui vient d'être indiquée pour le français.
Le patois prononce d'une façon toute particulière la voyelle de
la syllabe accentuée ; après avoir attaqué très légèrement cette
voyelle dans le ton ordinaire de la phrase, la voix monte brusque-
ment, avec une aspiration presque imperceptible, à un ton sensi-
blement plus élevé, tout en prenant plus d'ampleur. Cette modu-
lation, bien distincte quoique très rapide, rompt à peine l'unité
dans l'émission du son ; l'effet e=t à peu près celui que produirait,
dans un exercice de vocalisation sur une voyelle donnée, une note
d'agrément de très peu de durée, précédant, en s'y liant intime-
ment, une note un peu plus élevée et beaucoup plus soutenue,
1 . Aug. Brachel : Grammaire historique de la Langue française.
— i6 —
abstraction faite, bien entendu, de ce qui précéderait et de ce qui
suivrait la double note en question.
Dans certains cas, d'ailleurs, la prenaière des deux notes altère
plus ou moins le son pur de la voyelle à prononcer. Cela a lieu
surtout pour les voyelles qui se prononcent la bouche très ouverte,
comme è, eu ouvert long, qui s'attaquent plutôt en a qu'en é ou
en eu. C'est ainsi que crête donne quelque chose comme cr(a)êtef
beurre quelque chose comme b(a)eurre, Va se prononçant très
bref et un peu assourdi, ê et eu la bouche très ouverte (valeurs
marquées [11] et [8].
Les syllabes accentuées en o bref et o long, comme dans les mots
poche, sabot, (jaule^ présentent une dénaturation analogue du son
en a; mais dans ce cas le dernier est à peine distinct et plutôt
intermédiaire entre a et o.
L'effet de l'accent tonique est assez atténué dans le corps de la
phrase ; il n'acquiert toute son intensité qu'à la fin des membres
de phrase et surtout des phrases, où il se fait sentir même dans
les monosyllabes. Le relèvement du ton et l'amplification de la
voix sur la dernière syllabe accentuée, joints à un léger traine-
ment sur la même syllabe, se traduisent par une sorte de chant
qui Constitue ce qu'on appelle Vaccent de chaque village.
Cet accent local, quoique très prononcé à Gaye, est loin d'y
atteindre le maximum; il est beaucoup plus fort dans nombre de
villages situés à l'est de Gaye, tels que Marigny, Thaas, Faux-Fres-
nay, etc.
— 17 —
TABLEAU RÉCAPITULATIF
DES CHIFFRES EMPLOYÉS POUR FIGURER
LA PRONONCIATION
CHIFFRES
VALEURS
1
u consoonifîô ea v.
2
a bref.
3
â long.
13]
â long pluj appuyé.
4
bref.
5
6 long.
[5J
(5 long plus appuyé.
6
e muet, eu fermé bref.
7
ed fermé long.
8
e« ouvert.
[8]
eu exagérément ouvert.
fi
é fermé bref.
10
é fermé long.
[10]
é fermé long plus appuyé et légèrement traînant.
11
è largement ouvert, ê ouvert long.
[11]
è exagérément ouvert.
12
oi ■= oud (d ^^ 3).
13
oi = ouê (é = 9).
14
oi = ouêe {é — [10]).
15
oi = oué (ê = [11]).
16
on bref.
17
0)i long.
18
an bref.
19
on long.
20
in bref.
21
in long.
!2
oin bref (in = 20).
23
oin long (in = 21).
24
c dur, k, qu.. ..
25
Les mêmes arec une valeur ipéciale.
26
g' dur, gu...
27
Les mêmes avec une valeur spéciale.
28
m..., y.
29
gn.
CHAPITRE II
Particularités grammaticales
I. — DU NOM
Sur le Genre
Le patois donne le genre masculin à certains noms féminins en
français, et réciproquement.
' Noms masculins en patois :
âme (â = [3]) : âme.
fromi, (0 = 16) : fourmi. — Baïf, dans ses Mœurs et Ensei-
gnements, donne au mot fourmi le genre masculin :
Tout Testé chanta la cigale
Et l'hyver elle eut la faim vale ;
" Demande à manger au fourmi...
image : image. — Ronsard donne le genre masculin à ce nom:
Elle, dessus ton rivage.
Ressemble à un bel image
Fait de porphyre veineux.
oie (oi =1 15) : oie. — Oie se dit d'une façon générale aussi bien
pour le mâle que pour la femelle ; pour cette dernière, on em-
ploie quelquefois le féminin fantaisiste oise.
oubli (i bref) : oublie (espèce de pâtisserie).
r'ioge : horloge.
statu (w bref) : statue.
toison (oi =r 15) : toison.
Noms féminins en patois :
argent : argent.
cemetière (le 1" e = 16, ti = 25, è = [10]) ; cimetière.
centime : centime.
chancre : chancre.
chanve : chanvre. — La Fontaine fait encore chanvre du fémi-
nin dans sa fable V Hirondelle et lespetils Oiseaux.
été : été.
évangile : évangile.
— tio —
hiver : hiver.
légume (g = 27) : légume.
ouvrage : travail.
panache : lilas.
paraphe : paraphe.
poison (oi := 14) : poison. — Poison (du latin po/io, potionem)
a été longtemps du féminin en français ; Malherbe lui donne
encore ce genre.
2. — Sur le INombre.
En général, le patois ne lient pas compte de la règle de forma-
tion du pluriel dans les noms en ai, et dit des mais, des tour-
nais.
Par contre il dit au singulier un chevau * (au = 4) et souvent
un animau (au = [oj) ; — (Berry, un animau, Litt.) ; à plus forte
raison ces noms font au pluriel des chevaux (au = [o]) et des ani-
maux (au = [5]).
Quelques noms ne s'emploient qu'au pluriel ou prennent au
pluriel un sens tout difl'érent de celui qu'ils ont au singulier.
Exemples :
arignées : toiles d'araignée.
gestes (le l*^-" e = fil]) : manières, cérémonies.
houbilles {h asp.) : hardes.
pampilles : guenilles.
qu'mencements : fiançailles.
simplicités : actes et dires d'un fou.
II. — DE L'ARTICLE
Dans les, des, e se prononce 10,
Le français supprime l'article devant les noms pris dans un
sens partitif et précédés d'un adjectif : de bon pain, de vieux
habits. Le patois conserve toujours l'aticle et dit : du bon pain,
des vieux habits.
1. Dans le vieux français, au singulier, le cas sujet était chevals ou
chevaus (de caballus), et le cas régime cheval (de caballum) :
Il mist le pié fors de l'estrier por descendre, et li cevaus fu grans et haus.
[Aucassin et Nicolette).
11 tint son ceval par le resne et s'aniie par le main. {Id.).
Le français ayant dans la suite abandonné k cas sujet pour s'en tenir
au seul cas régime, la forme chevaus est tombée au singulier \ mais beau-
coup de patois l'ont conservée.
21 —
III. —DE L'ADJECTIF
1. — Adjectifs qaalltlcatirg.
Grand est toujours invariable au féminin lorsqu'il précède le
nom : la grand femme, des grands maisons. — Dans le vieux
français, dont la grammaire suivait le latin sur beaucoup de
points, les adjectifs comme grand, mortel, fort (grandis, inor-
talis, fortis) n'avaient, comme en latin, qu'une seule forme pour
le masculin et le féminin :
A ma table servait l'on devant mes chevaliers d'une
grant fiole de vin et d'une grant fiole d'eaue. (Joinville).
La fut la desconflture si grans... . {Id.).
Il vindrent a la cité de Rodestoc, qui ère poplée de Grieus,
moût riche et moût forz. (Villehardouin).
Au xiv® siècle, le français, avec plus de souci de l'uniformité
que de la logique, a fait rentrer ce petit groupe d'adjectifs dans
la règle générale de formation du féminin, sauf quelques rares
exceptions concernant grand (grand'mère, grand.' chose, etc.). Il
reste donc acquis que ce qui a l'air d'une irrégularité dans le
patois n'en a pas moins autrefois représenté la règle.
Lorsqu'il n'est pas suivi du nom, grand fait grante au féminin ;
la maison est grante.
Neû (neuf); — (bourguignon, picard, Berry, new, Litt.) fait
neuve.
On dit veuve au masculin comme au féminin : un homme
veuve ; — il est veuve. — La forme veuf ne se trouve pas en
français avant le xvi* siècle ; au moyen âge, on disait veve au
masculin comme au féminin.
yif, hâlif, font vife^hdtife.
Chéti (chélif) ; — (é = 10) ; — (bourguignon cheti^ Litt.), fait
chclie.
Malin fait malinne (in = 20).
Gentil (Berry genti, gentie., Litt.), fait gentie. — Dans l'an-
cienne langue, gentil, de même que grand et pour la même
raison, ne changeait pas au féminin :
Quant il virent Nicolete si bêle... molt 11 demandèrent qui
ele estoit, car molt sanbloit bien gentix femme et de haut.
(Aucassin et Nicolctte).
Sec (normand sec, sèque, Litt.) fait sèque.
Gai (g = 27) ; — (Berry gai, gaitte, Litt.) fait gaitte.
Cru fait ci'ute.
Dans l'adjectif entier, on fait sonner \'r linale au masculin
— 22 —
comme dans fier, ce qui donne entière (li = 25, è = [H]) au mas-
culin comme au féminin.
Défunt est invariable au féminin lorsqu'il précède le nom :
défunt ma tante.
2. — Adjectifs détermluatlfs.
Adjectifs numéraux
a) Cardinaux ;
Un (un =. 20), unne (un = 20); — tois (oi = 12); — quate;
— guit 1 (u =^ 1) ; — quator (o = [5]) ; dix-huit (u = i).
A noter quelques contractions : doûtois, pour deux ou trois ; —
trôquate^ pour trois ou quatre.
b) Ordinaux :
Premier (e = i6) ; — toisième (è = [10]) ; — quatrième ; —
yuitième ' ; — quatorzième ; — trentième * ; — centième '.
Adjectifs démonstratifs
Singulier. — Cte (masculin et féminin).
Pluriel. — C'tes (e = 10) ; — (masc. et féminin).
Cte et c'tes s'emploient presque toujours avec là: c'te patjs-ld ;
— de maison-là; — c'tes gens-là.
Cte peut être regardé comme une forme syncopée de cet,
cette, en vieux français cest, cist, icist (ecciste).
On pourrait aussi en tirer simplement l'origine du latin iste,
et dans ce cas, il serait préférable d'écrire ste, comme le fait
Commines dans ce passage de sa correspondance :
Sy en est cy est, vous le sarez avant avoir ste lettre.
Adjectifs possessifs
Singulier. — Noute, voûte (ou bref), yeux (eu = 7) : notre,
votre, leur.
Pluriel. — Aies, tes, ses (e = 10), nous, vous (ou long), yeiix
(eu =^ 7) : mes, tes, ses, nos, vos, leurs.
Noute., voûte, sont des formes du Berry (Litt.).
Leur vient du latin illorum : la prononciation ill... ou y, qui
serait de droit au milieu du mot (voir page 14), est assez insolite
au commencement ; quant à la transformation de la finale eur en
eux, elle est à peu près constante dans le patois (voir page 46).
1 . Le f final est muet devant un nom commençant par une consonne :
guit francs. On le fait entendre : 1° devant un nom commençant par une
voyelle ou une h muette : guit arpents, guit liommes ; 2° quand guit
est mis pour guitième : le guit du mois.
2. Le t conserve ici le son naturel qu'il a dans l'alphabet.
— 93 —
Adjectifs iiilerrogatifs
Singulier. — Queu ? (qu = 25, eu = 7) devant une consonne ;
— queul? queulle ? devant une voyelle ou une h muette : quoi?
quelle?
Pluriel. — Queux ? (eu = 7) : quels? quelles?
Queu, queulle, queux sont des formes du Berry (Lilt ). —
Le moi queu n'est pas rare dans Joinville; en voici un exemple :
Pour ce qu'il afiert a la matière vous dirai-je queus gens
sont li Bédouin.
En patois, les adjectifs interrogatifs se construisent toujours
avec que, sans qu'il y ait lieu de distinguer entre l'interrogation
directe et l'interrogation indirecte. Exemples :
Queu jour que tu partiras? — Quel jour partiras-tu?
DiS'inoi queu jour que lu partiras. — Dis-moi quel jour tu
partiras.
Adjectifs indéfiais
Queuque ou quioque, queuques ou quioques (qu = 2d) :
quelque, quelques ; — même (ê = [10]) : même ; — aute (au =:
[5]) : autre; — chèque (è z=. [10]) : chaque; — tiun (masculin
inusité), féminin nunne (an z=z 20) : nul, nulle (nunne part).
Queuque^ pour quelque.^ appartient au Berry (Litt.). — Notre
patois emploie rarement queuque, le rapprochement de deux syl-
labes muettes dans le même mot étant d'un assez pauvre effet :
il préfère quioque, qui paraît avoir été formé en vue d'éviter cet
inconvénient.
Nun, pour nul, vient de la Bourgogne (Litt., N.).
La forme française moderne chaque (du latin quisque) a été
précédée des suivantes : quesque., chesque,chasque.C'esi\'ane de
ces formes que le patois a conservée.
IV. — DU PRONOM
Pronoms personnels
Tu. — L'n de tu s'élide devant une voyelle. Exemples : Vas de
la chance; — Viras à la ville.
Nous. — Nous sujet se dit je : je courons, pour noî<s courons.
Employé comme complément, il conserve la forme nous : tu
nous écriras.
Il, ils, elle, elles. — Il s'abrège en i, sauf devant une voyelle :
i court, i part ; — il a couru, il est parti.
Ils prend également la forme i, sauf devant une voyelle, oîi il
fait il, sans aucune liaison de Vs, supposée écrite, avec la voyelle
qui suit : i couront (ils courent) ; il ont couru (ils ont couru).
- 24 -
Elle (sujet) prend la forme aile dans les phrases affirmatives :
aile saity et la forme a dans les phrases négatives : a ne sait pas.
La forme elle reparaît dans la tournure interrogative : sait- elle ?
Elles (sujet) prend les mêmes formes dans les mêmes cas
(toujours pas de liaison de Vs devant une voyelle) : aile parlant
(elles parlent) ; — aile ont parlé (elles ont parlé) ; — ane parle-
ront pas (elles ne parleront pas) ; — vetiont-elles ? (viennent-
elles?)
Littré donne la forme y ou i pour il comme appartenant au
wallon et au berrichon ; la forme aile pour elle est également du
Berry.
Elle (complément construit avec une préposition) conserve la
forme elle au singulier, mais prend au pluriel la forme eux,
comme s'il s'agissait de représenter un nom masculin : ma sœur
travaille pour elle ; — mes sœurs travaillant (travaillent)
pour eux (elles).
Le. — Le, mis à la place d'un adjectif, s'exprime par y : Es-tu
content ? — Je n'y suis guère (pour Je ne le suis guère).
Les. — Dans le pronom les, e se prononce 10 comme dans
l'article.
Lui, leur. — Lui, complément indirect placé avant le verbe
s'exprime par y : Vy parleras (pour tu lui parleras).
Leur, pluriel du précédent, s'exprime par yeux : f yeux dirai
(pour je leur dirai). — Lew\ pronom personnel, est, au point de
vue de l'étymologie, exactement le même mot que leur, adjectif
possessif : voir ce dernier (page 22) pour l'explication de la forme
yeux, commune à l'un et à l'autre dans le patois.
Lui. placé après le verbe et construit avec une préposition,
prend la forme li : je n'irai pas sans li (pour Je n'irai pas sans
lui). — Exemple de li pour lui :
Quant il yssoit de sa maisson, il avoit dou mains deus ou
trois cens blans capprons autour de li. (Froissart).
En. — Lorsque le pronom en se trouve placé après le verbe, il
prend dans la prononciation le soij de on bref, noté 16: demandes-
en, donne-y -en (en= 16).
Lorsque en se trouve combiné avec me ou moi, le patois dit
toujours moi d'abord et place ensuite un s euphonique : donne-
moi-z-en (en == 16), pour donne-m'en.
Pronoms démonstratifs
Le c'ti ou le ceul : celui ; — la c'ti ou la ceulle : celle ; — les
c'ti ou les ceusses : ceux, celles ; — celle-là : celui-ci, celle-là ;
— ceux-l-là : ceux-là, celles-là ; — ça : cela.
Les combinaisons en ci ne sont pas usitées,
C'ti paraît avoir la même origine que c'te ou ste (voir page 22).
— 25 —
Le vieux français avait au cas sujet la forme icil, plus tard
cil ou ccl, dont celui représentait le cas régime. Toutes
ces formes, et avec elles la forme ceul du patois, viennent de
eccille (ecce ille).
Pronoms possessifs
Le tieti, la tienne (ti = 25) : le lien, la tienne ; — le noûte^ la
noûte : le nôtre, la nôtre ; — le voûte, la voûte : le vôtre, la
vôtre; — les noûtes, les voûtes : les nôtres, les vôtres.
Le noûtCf le voûte sont des formes berrichonnes (Lilt.),
Pronoms relatifs ou conjonctifs
Qui. — Qui coDJonctif, employé comme sujet, se prononce
comme en français ;' mais le patois lui fait subir l'élision de Vi
devant une voyelle ou une h muette : j'ai un cousin qu'a été en
Amérique (pour qui a été).
Dont, lequel, qui complément d'une préposition. — Ces
tournures sont inconnues au patois, qui les supplée en employant
que dont il complète le sens, soit au moyen d'un complément
indirect ou d'un adverbe, soit à Taide d'un adjectif possessif.
Exemples : je connais l'homme que son père est venu (dont le
père est venu) ; — j'ai vu le garçon que vous y avez donné un
tambour (à qui vous avez donné un tambour) ; — j'ai un pré
que je mettrai mes moutons dedans (dans lequel je mettrai mes
moutons).
Pronoms interrogatifs
Qui? (qu — 25, i long) ; — quoi? (qu = 24, oi = 13) (prend
souvent la forme quo lorsqu'il ne termine pas la phrase) ; —
lequeul, laqueulle, lesquels, lesqueulles ? (qu = 25) : lequel,
laquelle, lesquels, lesquelles?
A noter la prononciation particulière àe qui interrogatif, tout à
fait différente de la prononciation de qui simplement conjonctif.
Après les pronoms interrogatifs, que l'interrogation soit directe
ou non, le patois introduit toujours qui ou que, suivant le sens :
qui qui parle ? (qui parle ?) ; — à qui que tu parles ? (à qui
parles-tu ?) — quo que tu dis ? (que dis-tu ?) ; — dis-moi lequeul
que tu veux (lequel tu veux).
Pronoms indéfinis
Chécun (é = 10, c = 25, un = 20) : chacun ; — an (an=19) :
on ' ; — queuqu'un (qu = 25, eu ^7, un = 20) : quelqu'un ; —
1. Ou, forme berrichonne de on (Lilt.), s'emploie dans les environs de
Dormans. On cite une phrase, évidemment forgée de toutes pièces dans
quelqu'un des villages situés aux confins de la région où fleurit la forme ou,
que l'on y fait revenir avec une insistance plaisante : quand ou fait ce
qu'où peut, qu'où dit ce qu'on sait et qu'où donne ce qu'ou-z-a, ou-
z-a rien de pus à vous demander.
— 26 —
neusun (eu = 7, un = 21) : aucun ; — tortous : tous; — ration
(à = [3]) : rien ; —'rien en tout ' : rien du tout.
Chécun : bourguignon, champenois et genevois (Litt.). — Voir
l'adjectif chèque pour chaque, page 23.
Queuquun : normand (Lilt.).
An ou en pour on : ces formes se trouvent souvent dans les
auteurs du xui^ et du xiv^ siècle :
Lfi fol avoit bien la finance, si comme l'en disoit en Au-
vergne, de cent mil frans, et tout perdi sur ung jour corps
et avoir. (Froissart).
Aucun {de aliquis unus) a pris très tard le sens négatif que le
français lui attribue d'une façon à peu près constante. Neusun^
qui provient du vieux français nuls ou nus (nullus) combiné avec
un, présente une forme mieux appropriée au sens négatif.
Tortous^ que le patois n'emploie qu'au pluriel et comnae pro-
nom, a été sous diverses formes {trestuit, trestout^ tretous), em-
ployé dans l'ancienne langue comme adjectif et comme pronom.
Tortout ou irestout vient de transtotum, mot dans lequel la par-
ticule trans ajoute à totum une valeur augmentative et lui fait
signiOer tout sans exception, absolument tout.
Ration est probablement le même que le' nom ration, celui-ci
s'entendant avec l'acception spéciale qui est passée dans le verbe
rationner. Il s'agirait d'une ration tellement mesurée qu'elle se
trouverait réduite à rien.
V. — DU VERBE
conjugaison du verbe A VOIR
MODE INDICATIF
PRÉSENT.
J'ai (ai = 9).
ras (a = [3].)
Il (aile) a (a = 2).
J'ons.
Vous avez (c = 9).
11 (aile) ont.
J'ai.
Tu as.
Il (elle) a.
Nous avons.
Vous avez.
Ils (elles) ont.
J'avais (ai =: [H))-
T'avais Id.
Il (al]e)avait(ai=9).
IMPARFAIT.
J'avais,
Tu avais.
Il (elle) avait.
J'avains (ain = 21).
Vous avez (e ^ 10).
ll(alle)auiDt(aiD = 2i).
Nous avions.
Vous aviez.
Ils (elles) avaient.
J'ai.
T'as.
Il (aile) a.
PASSÉ INDÉFINI S.
J'ai.
J'ons.
Vous avez (e^9)^
Il (aile) ont.
Tu as.
Il (elle) a.
Nous avons.
Vous avez.
Ils (elles) ont.
J'avais.
T'avais.
Il (aile) avait
PLUS-QUE-PABFAIT.
J'avais.
J'avains.
Vous avez (e =: 10)^
Il (aile) avaint.
Tu avais.
11 (elle) avait.
Nous avions.
Vous aviez.
Us (elles) avaient y
1 . \Jn 6nale de rien se lie fortement au mot en.
2. Le passé défini n'existe pas dans le patois.
— 2-7 —
rUTUB SIMPLE.
J'arai (a = 2).
T'aras.
Il (aile) ara.
J'arons.
Vous arez (e == 10).
Il (aile) aront.
J'aurai.
Tu auras.
Il (elle) aura.
Nou.^ aurons.
Vous aurez.
Us (elles) auront.
FUTUR ANTERIEUn.
J'arai.
T'aras.
Il (aile) ara.
J'arons.
Vous arez.
Il (aile) aront.
MODE CONDITIONNEL
PRÉSENT.
J'arais (a z=2 ; ai =] 1)
T'arais.
Il (aile) arait (ai = 9)
J'arains (ain ^21).
Vous arez (e ^ 10).
!l(alle)araiDt(ain =21).
J'aurais.
Tu aurais.
Il (elle) aurait.
Nous aurions.
Tous auriez.
Ils (elles) auraient.
J'arais,
T'arais.
Il (aile) arait.
J'arains.
Vous arez.
Il (aile) araint.
J'aurai.
Tu auras.
Il (elle) anra.
Nous aurons.
Vous aurez.
Ils (elles) auront^
PASSÉ.
J'aurais.
Tu aurais.
Il (elle) aurait.
Nous aurions.
Vous auriez.
Il3(elles)auraienty
MODE IMPERATIF «
Ai (ai = 9).
Aie.
*
Ayons (on = 16).
Ayez (e = 9).
Ayons.
Ayez.
MODE SUBJONCTIF
PRÉSENT.
PASSÉ '.
Qne j'ayeoaaie (ai = 11).
Qae t'aye oa aies (Id.)
Qa'il(aile)ayeooait(ai=9)
Que j'aie.
Que tu aies.
Qu'il (elle) ait.
Quej'ayeou aie. \
Que t'ayesouaies. j
Qu'il (aile) aye 00 ait. f .
Que j'aie.
Que tu aies.
Qu'il (elle) ait.
Que j'ains.
Que nous ayons.
Que j'ains. i'^
Que nous ayons.
Qae vous ayez oiifz(e=10)
Qu'il (aile) aint.
Que vous ayez.
Qu'ils (elles) aient.
Que vous ayez ou ez. \
Qu'il (aile) aint. /
Que vous ayez.
Qu'ils (elles) aient
MODE I
NFINITIF
PRÉSEUT.
PABTICIPl PRÉSKNT.
Avoir (ci =s 13). | Avoir.
Ayant. | Ayant.
PASSÉ.
PABTICIPE PASSÉ.
Avoir évu. | Avoir eu.
Éva, ayant évu. | Eu, ayant en.
Rema
rques.
Dans vous avez, présent de l'indicatif, ez se prononce bref (9) ;
dans vous avez, imparfait de l'indicatif, ez se prononce long (10) :
celte différence de prononciation de l'e fermé exprime, dans tous
les verbes, la nuance de sens qui distingue le présent du passé.
Les finales ains, aint, dans favains, il avaint, farains, que
j'ains, reproduisent pour le son celles du bourguignon moderne
(faivein, vos aivein, el aivein) : l'ancien dialecte bourguignon
terminait les mêmes personnes en ien.
1. En général, la voyelle qui termine l'une quelconque des formes de
l'impératif se prononce très brève. Il n'y a guère à excepter que la
deuxième personne du singulier des verbes où la voyelle finale est suivie
d'un e muet : joue, remue, el des verbes en indre : plains, rejoins,
etc.
2. L'imparfait et le plus-que-parfail manquent.
— 28 —
Ara, nrait (arni(), contraclions de avéra, avcroit^ sont des
formes d'origine bourguignonne qui oui, jusque vers le xiii« siè-
cle, figuré dans l'ancienne langue :
Et puisque j'arai la teste caupée, jamais ne parlerai a
Nicolete me douce amie que je tant aim.
{Aucassin cl Nicoletle).
Évu ou aivu est formé très naturellement de l'infinitif bour-
guignon aivoy (avoir), comme valu de valoir, voulu de vouloir^
etc.
Formes à noter du verbe ETRE
T'es (e = 10).
Il (aile) est (e=10).
Je sons.
Vous étos (r=[10]).
I (aile) sont.
J'étains.
Vous êtez (ez := 10).
II (aile) étaint.
Je serons.
Vous serez (ez=: 10).
Tu es.
Il (elle) est.
Nous sommes.
Vous êtes.
Ils (elles) sont.
Nous étions.
Vous étiez.
11.^ l'elles) étaient.
Nous serons.
Vous serez.
Ête(è = [IO]).
I (aile) seraint.
Sei (ei = 9).
Seyoiis(ey = 9,cn=f6)
Seyez (ey = 9,ez = 9).
Que je sels (li =11).
(jue tD seis (ei =:; 11).
Qu'i (aile) seit (ei = 9).
(joe je sains.
Qqc vous seyez CD sez(ez=10)
Qu'i (aile) saint.
Être.
Ils (elles) seraient.
Sois.
Soyons.
Soyez. '^
Que je sois.
Que tu sois.
Qu'il (elle) soit.
Que nous soyons.
Que vous soyez.
Qu'ils (elles) soient.
Remarques.
On dit quelquefois par abréviation : il 'tait, aile 'tait, pour il
était, elle était.
D'après Vaugelas, qu'il soit, qu'ils soient, se prononçaient sait,
saient : c'est une prononciation encore usitée en Normandie
(Litt.).
3. — Revue rapide des quatre conjugaisons.
A. — Verbes en er.
Formes à noter d'un verbe régulier en er
Je parlons (on =17).
I (aile) parlonl (IJ.)
Je parlains. ^
Vous parlez (e = IO).
I (aile) parlaiut.
Jons parlé.
Nous parlons.
Ils (elle>l parlent.
Nous parlions.
Vous parliez.
Ils (elles) parlaient.
Nous avons parlé.
Il (aile) avaint parlé.
Quand j'ai évu parlé.
Parlons (on = 16).
Que je parlains.
(Joe vous parlez (ez = 10).
Qu"i (aile) parlaint.
: PARLER
Ils (elles) avaient parlé.
Quand j'eus parlé.
Parlons.
Que nous parlions.
Que vous parliez.
Qu'ils (elles) parlent.
Remarques sur certains verbes.
Verbes en ayer, eyer, oyer, uyer. — En patois, ces verj)es
conservent toujours l'y, même devant un e muet : je paye, je
balaye, f envoyé, j'envoyerai, j'essayerai.
J'envoyerai est une forme d'origine bourguignonne qui a per-
sisté longtemps dans le français :
J'envoyerai devers mon frère, et luy ferai sçavoir de mes
nouvelles.
(Gommines).
Cette forme se trouve encore dans Rabelais et dans Montaigne.
— 29 —
Verbes en ier . — La remarque sur la prononcialioii de certai-
nes diphtongues en i (voir page 9) trouve une nouvelle applica-
tion dans la conjugaison des verbes de cette catégorie. Vi dédou-
blé (d'abord î long, puis second i bref formant diphtongue avec
la voyelle suivante, s'y fait entendre partout, même devant
un e muet : foblie (oblî-ie) : j'oublie ; —j'épie (épî-iej : j'épie ;
— je crierai (crî-ierai) : je crierai.
Le verbe lier, en raison de sa forme, donne lieu à une obser-
vation d'un autre genre : toutes les fois que le radical li formerait
une diphtongue en se joignant à la terminaison, l'adoucissement
signalé page 14 se produit. Ainsi on prononce je lie^ je lierai, lie,
comme en français ; mais li prend le son 28 dans les formes sui-
vantes : je lions (j' yonsj : nous lions ; — je linins (j' yains) :
nous liions; — j'ai lié (j'ai yéj : j'ai lié; — lions, liez (yons,
yez) : lions, liez.
Verbes dont l'avant-dernière syllabe est muette a l'infinitif,
MOINS CEUX EN elcv, eter. — En général, ces verbes conservent
Ve, même devant une syllabe muette : je levé, j'eleve, je sevré,
je sèmerai (l'avant-dernier e se prononce 6 : je leuve, etc.).
Pourtant, dans mener et ses dérivés, la syllabe muette suit la
même règle qu'en français ; mais \'è subit la moditication nasale
(voir page 11) : Je mèney je promènerai (è = 20;.
Verbes en eler, eter. — Toutes les fois que la consonne précé-
dant l'e muet peut s'appuyer sur l ou. t sans amener une trop
forte cacophonie, le patois élide l'e et conjugue comme dans les
exemples suivants x je renouv'le, je renouv'lerai; — je mus'le,
je mus'lerai; — fenjav'le, fcnjav'lerai ; — je fur'te, je fuf fe-
rai ; — je feuill'tej je feuiWterai ; — je botVle, je bott'lerai.
Le français, éiant une langue écrite en même temps qu'une
langue parlée, est souvent obligé d'avoir des formes pour la satis-
faction de l'œil ; c'est le cas pour je renouvelle, je feuillette, etc.
Le patois^ étant une langue exclu5,ivement parlée, crée ses formes
pour l'oreille seule ; l'e muet des verbes comme enjaveler, fure-
ter ne compte pas, et l'infinitif de ces verbes, supposé écrit
enjavler, furter, conduit naturellement aux formes j'enjavle,
je furte.
Toutefois, certains verbes étant tout à fait réfractaires à ce pro-
cédé, le patois les conjugue comme le français. Exemples : épeler
(appeler) : j'épelle, j'èpellerai ; — geler : je gèle, je gèlerai ; —
éjeter (acheter) : j'éjète, j'éjèterai.
Pour le verbe je/er, le patois se tire dalfaire d'une troisième
manière : il change l'e en i devant une syllabe muette et dit je
jite, je jiterai "ponr je jette, je jetterai. — 11 est à remarquer, du
reste, queje/e/' se à'\\. jiter en berrichon (Litt.) et que dans l'an-
cienne langue on trouve souvent des formes en ji ou gi :
Jus se gilerent a sos pez.
{Vie de S^-Léger).
— 3o —
Et seur ces cercles gietent peaus de moutons, que l'on
apele peaus de Damas.
(Jolnville).
Aller. — Je vas, je vons, fai été, que f aile.
B. — Verbes en ii'.
Dans tous ces verbes, le patois supprime iV de l'infinitif. Ainsi
il dit : fini, couri, mouri,bâti, noirci (oi = 13), choisi (oi = 14),
blanchi, au lieu de finir, courir, mourir, bâtir, noircir, choisir,
blanchir.
Formes à noter d'un verbe régulier en ir : FINI (finir).
Je tinisfon?.
I (aile) finissonl.
Je tinissain».
Vous finissez (6:^10).
Noua finissons. . | I (aile) finissaint.
Ils (elles) unissent. I Que je linissains.
Nous (missions. 1 Qae vous flDissez(e = 10).
Ils (elles) finissaient.
Que nous finissions.
Que TOUS finissiez.
Qu'ils (elles) finissent.
Vous finissiez. | Qu'i (aile) finissaint.
Remarques sur certains verbes.
Veni (venir). — Je vienrai ; viens (en = 20).
Teni (tenir). — Je tienrai (ti = 25) ; tiens (en = 20).
Les formes vienrai, tienrai, ou vêtirai, fenrai, étaient usitées
dans l'ancien français ; c'est pour éviter le rapprochement peu
harmonieux des lettres nr qu'on a plus tard intercalé entre elles
un d euphonique. Exemple analogue : le nom cendre, du latin
cinis, cinerem.
Bouli (bouillir). — Je boulons, je boulais, je boulains, je
bourai, que je boule, j'ai boulu.
Menti (mentir). — Je mentis, je mentissais.
Mouri (mourir). — Je moûrai.
Couri (courir). — Je courrai (ou fait entendre les deux r).
Senti (sentir). — Je sens (en = 16),. /'ai sentu.
Ouvri (ouvrir). — J'ai ouvri.
Oflfri (offrir). — J'ai offri.
Couvri (couvrir). — J'ai couvri.
Souffri (souffrir). — J'ai soufjfri.
Haï (haïr). — L'h est partout muette et le tréma persiste tou-
jours : j'haïs.
G. — Verbes en oir et en re.
Inutile de donner la conjugaison, même abrégée, d'un verbe,
qui serait la reproduction des précédentes.
Remarques sur certains verbes.
Pouvoir. — Je peux (eu = 6), i peut (eu = 6), quejepeuve,
que je pouvains.
— 3i —
Vouloir. — Je veux (eu = 7), i veut (eu = 7), je vourai^
que je veule (eu ^ 6), que je voulains.
Valoir. — Je vaurai (au = [3]), que je vale. — Au sujet des
formes vourai et vaurai, voir ce qui a été dit page 30 touchant
vienrai et tienrai ; quoique la raison d'euphonie n'ait pas la
même importance dans le cas présent, c'est la seule qui explique
la présence du d dans je voudrai, je vaudrai.
Savoir. — Je sarai^ que je save, savant. — Ce qui a été dit
sur arai (page 28) s'applique de tout point à la forme sarai.
Essire, essiéter (asseoir). — J'essis ou j'essiéle, j'essié-
tons, j'ai essis ou essiété.
Voir. — Je voirrai, que je voye. — Voirra est une forme du
bourguignon moderne (N.), que le français admettait encore au
ivi« siècle :
Qui voudra voir une jeunesse prompte
A suivre en vain l'objet de son malheur
Me vienne lire, il voirra ma douleur.
(Ronsard).
Verbes en dre et en tre. — Dans le patois, un grand nombre
de ces verbes perdent Vr à l'infinitif. Ainsi le patois dit : coude,
crainde, descende, entende^ éteinde, fende., fonde., gcinde,
joinde, morde., peinde, pende, perde, plainde, ponde, prétende,
rende, répande, réponde, tende, teinde, tonde, vende, au lieu de
coudre, craindre, descendre, entendre, éteindre, fendre, fondre,
geindre, joindre, mordre, peindre, pendre, perdre, plaindre,
pondre, prétendre, rendre, répandre, répondre, tendre, teindre,
tondre, vendre ; — batte, coimatte (aï = [10]), été (ê = [îO]),
mette (e = 9), paraîte (aî= Jl]), au lieu de battre, connaître,
être, mettre, paraître.
D'autres, en moins grand nombre, perdent le d. Ainsi le patois
dit : moûre, preuve, comprenre, surprenre, au lieu de moudre,
prendre, comprendre, surprendre.
Verbes ex endre ou andre. — Au sujet de la prononciation de
je rends , f entends , je répands ' (en ou an = 16), voir page 9.
Verbes e.\ indre. — Ces verbes se conjuguent comme rendre,
c'est-à-dire conservent partout le d : je plaindons,jepLaindains,
j'ai plaindu, que je plainde, plaindant ; — j'éteindons, j'étein-
dais, etc.
Coude. — Ce verbe se conjugue comme les précédents : je
coudons, je coudais, j'ai coudu, que je coude, coudant.
Verbes terminés en rdre. — Dans les verbes comme morde
(mordre), perde (perdre), tarde (tordre), le patois intercale au
futur un e entre le d et l'r, absolument comme si l'infinitif était
1. Impossible, d'ailleurs, de confondre je répands (an = 16) avec je
réponds (on = 17),
— 32 —
morder, perdcr, tarder : je morderai, tu perderas, i tardera '
(e r= 6).
Boire. — Je buvons, ibuvont, que je boive.
Faire. — Que je faise. — Forme appartenant au bourgui-
gnon moderne (N.).
Vivre. — J'ai vi.
Suivre. — J'ai sut.
Moûre (moudre). — Je molons, je molais, fai molu, je
jnoûrni, que je mole^ niolant. — Ces formes, sauf moûrai, ont
conservé Vo du latin molerc ; le patois dit de même molin
pour moulin (voir page 52). Molu se trouve dans Cl. Haton :
Ne leur estoit permis qu'avec grand difficulté d'en ramener
molu ou à mouidre pour la fourniture de leurs maisons.
Prenre (prendre). — Je prennons (en = 20), je prenrai,
que je prennains (en = 20).
Reluire, cuire, nuire. — Dans ces verbes, toutes les fois
que le français adoucit r en s (prononcé z), le patois remplace s
par m.. . Exemples : je nuiilons (nul-illons) : nous nuisons ; —
i cuillait (cui-illait) : il cuisait ; — reluillant (relut-illant) :
reluisant.
4. — Verbes neutres.
Le patois conjugue tous les verbes neutres avec l'auxiliaire
avoir : il a venu; — il a parti; — il a tombé ; — il a niouru ; —
il a été (pour il est allé).
Les formes il a venu, il a parti, etc., expriment l'action de
partir ou d'aller, le fait de tomber ou de mourir : il a venu à
Pâques ; — il a mouru pendant fêté. S'il s'agit d'exprimer
l'état, la tournure française reparaît : il est venu pour trois
jours ; — il est mort depuis longtemps.
s. — Verbes réfléchis.
En patois, ces verbes se conjuguent toujours avec l'auxiliaire
avoir : je m'ai blessé ; — tu t'as sauvé ; — je nous ans reconnu ;
— aile s'ont battu *.
6. — Verbes unipersonnels.
Le pronom il se supprime dans faut, faura : il faut, il faudra ;
— y a, y ara ; il y a, il y aura 3.
1 . Tardera pour tordra se trouve «iasi être l'homonyme de tardera,
futur de tarder.
2. Ces participes, étant coujugués avec avoir, sont invariables (voir à
l'article : Du Participe).
3. Lorsque la phrase est négative, il vient n'y a, n'y ara, que le
patois prononce gna, gn'ara (voir page 14).
33 —
7. — Coiijugaisou interrogative.
Je sais-t'y '.'
Sais-tu ?
Sait-i ?
Sait-elle ?
on aile cait-y ?
Je savons-t'y ?
Savez-vous ? '
Savont-i ?
Savont-elles ?
ou aile saTont-y ?
J'ai-t'y su ?
As-tu su ?
A-t-i sa ?
A-t-elle su ?
ou aile a-t'y su ?
J'ons-l'y su?
Avez-vous su ?
ou a-vous su ?
Ont-i su ?
Ont-elles su ?
ou aile ont-v su ?
Je savais-t'y ?
Savais-tu ?
Savait-i?
Savait-elle?
ou aile savait-y ?
Je savains-t'y ?
Savez-vous ? (e = 10)
Savaint-y ?
Savaint-elles?
ou aile savaint-y ?
J'avais-t'y su ?
Avais-tu su ?
Avait-i su ?
Avait- elle su?
ou aile avait-y su ?
J'avains-t'y su ?
Avez-vous su ? (e = 10)
Avaint-i su ?
Avaint-elles su ?
ou aile avaint-y su ?
Je sarai-t'y ?
Saras-tu ?
Sara-t-i ?
Sara-t-elle ?
ou aile sara-t'y ?
Je sarons-t'y ?
Sarez-vous ? (e s= 10)
Saront-i ?
Saront-elles ?
ou aile 8aront-y 7
J'arai-t'y su ?
Aras-tu su ?
Ara-t-i su ?
Ara-t-elle su ?
ou aile ara- t'y su ?
J'arons-t'y su ?
Arez-vous su 7
Aront-i su ?
Aront-elles su ?
ou aile aront-y su ?
8. — Deux règles d'accord dont le patois ne tient pas compte.
l» Le patois dit : C'est eux, c'est tes frères, au lieu de : Ce
sont eux, ce sont tes frères.
2° Après c'est moi qui, c'est toi qui, c'est nous quif etc., le patois
met toujours le verbe à la troisième personne du singulier : C'est
moi qu'a répondu; — c'est toi qu'a parlé; — c'est nous qu'a
chanté.
VI. - DU PARTICIPE
Le participe passé conjugué avec avoir est toujours inva-
riable.
VII.
DE L'ADVERBE
1. — Adverbes simples.
esprès (è = 10) : exprès.
pire : pis. — La forme pis n'est jamais employée : ainsi on dit
tant pire et non tant pis .
dehors : dehors.
lavou, là (Berry, vou^ évou : où, Litt.) : où.
tout, bientoût, tantoût (Berry, tout, bentoût, tantoût, Litt.):
tôt, bientôt, tantôt.
1 . On dit aussi par abréviation sa-vous ?
môme en a-vous ?
— Ai>ez vous s'abrège de
- 34 -
quioquefois (qui = 25, oi =13) : quelquefois,
aujord'hui (bourguignon aujod'hui, Lilt.) : aujourd'hui.
toujou (Berry, LUI.) : toujours.
enco (bourguignon, Litt.) : encore,
pus (bourg, jow, Berry /)«s, Litt.) : plus.
putoût : plutôt.
attenant : à côté.
mont : moult, beaucoup. — Cette forme de moull (du latin
multian) se trouve dans le Roman de la Rose :
Se tu as la voix clere et saine,
Tu ne dois mie querre essoine
De chanter, se l'on t'en semont,
Car bel chanter abelist mont.
amicablement : amicalement. — Amicabiliier, qui se trouve
dans le bas latin, explique amicablement.
2. — Locution» adverbiales.
tout là : tout ici près.
dans le temps : autrefois.
à c't'heure, à présent, de ce moment-ci : maintenant.
après ce temps-ci : bientôt.
en d'ici : en deçà.
à fait : complètement.
au drait : en face.
plein, tout plein : beaucoup. — Ces deux adverbes sont à
rapprocher du vieux mot plenté, grande abondance (du latin
plcnitudo) :
Hez, sire asne, car chantez :
Belle bouche rechignez ;
Vous aurez du foin assez,
El de l'avoine a plenté.
{Prose de l'âne).
Tout plein se trouve dans Joinville :
Il couru seur tout plein de Sarrazins qui tenoient mon sei-
gneur Raoul de Vasnau.
très bien (è = [10]j; (T. m. t.) : beaucoup.
bel et bien : pas mal.
d'à pièce (è = [10]) : de beaucoup. — Le mot pièce se ren-
contre souvent dans l'ancienne langue avec le sens de grand
espace (de temps) :
— 35 —
Et come il vint là où il estoient assemblé à sa riere garde,
si leur couru sus, et les chaça une grant pièce ariere.
(Villehardouin).
Quant nous avions granl pièce despulé, si rendoit sa sen-
tence. (Joinville).
De ce mot pièce venait piéça (pièce a), signifiant depuis'long-
temps, qui se trouve encore dans Rabelais.
Notre locution d'à pièce est formée également du mot pièce,
mais avec le sens d'espace en général ; elle emporte l'idée d'une
grande différence entre les deux termes d'une comparaison :
I n'est d'à pièce si grand que son frère, c'est-à-dire : Il s'en faut
de beaucoup qu'il soit aussi grand que son frère.
p't'tête (ê = [\0]) : peut-être.
point-n-en tout : point du tout.
en étendis : pendant cela.
d'assidue : assidûment.
à cause ? pouquoi ? : pourquoi ?
par vou ? : par où.
de d'iavou ? : d'où?
non pune : non plus. — 11 y a dans cette locution une redon-
dance de la négation qui paraît au moins bizarre.
si tellement : si ou tellement. — Encore un pléonasme qui
ne saurait se justifier.
ne... mais, ne... pus mais : ne... plus. — 3fais, du latin
magis, avait le sens de plus dans le vieux français :
Ja non podra mais Deu laudier.
[Vie de saint Léger).
Et Grent bataille de leur chevaliers à pié, dont il avoient
bien deus cenz qui n'avoient niais nul cheval.
(Villehardouiji).
Il no vivra pas mais longtemps. (H.).
Le patois a conservé mais dans le même sens ; il l'emploie assez
rarement construit avec ne, et beaucoup plus souvent construit
par pléonasme avec joas ou pus : n'y en a mais guère ; — je ne
vois mais rien ; — i n'ira pas mais loin ; — i ii'a pus mais
grand'chose, pus mais rien.
Dans les tournures où le français emploie ne... que avec le sens
de seulement, le patois intercale toujours mais ou pus mais avant
que : je ne resterai mais qu'un jour., ou je ne resterai pus mais
qu'un jour, au lieu de : je ne resterai plus qu'un jour.
piène-piène (è = 20) : tout doucement. — Cette locution ne
peut venir que de l'italien piatio, doucement, dont la répétition
— 3G —
exagère le sens. Cl. Hatoii emploie cette locution comme nom, sous
la forme pian pian •
Le roy, ayant à la rencontre mondit sieur de Guyse avec
telle force, reprint ses sens et ne courut plus, ains chemina
le pian pian pour attendre ses gardes ordinaires.
3. — Remarques particnlières.
OÙ conjonctif. — Cet adverbe donne lieu à la même observation
que le pronom dont (voir page 25). Le patois en rejette l'emploi
et le remplace par que combiné avec y : c^est unne foire qu'an y
voit très bien de marchands (où l'on voit beaucoup de mar-
chands).
Adverbes interrogatifs. — Les adverbes interrogatifs la ou
lavou, parvoUj quand (pron. kaii dans ce sens), combien, com-
menty à cause oupouquoi, sont toujours-suivis de que, comme nous
l'avons déjà vu pour les adjectifs et les pronoms interrogatifs ; là
que tu vas ? ou lavou que tu vas ? — quand que lu vienras ? —
dis-moi combien que t'en veux ? — sais-tu comment que je ferai ?
VIIL ~ DE LA PRÉPOSITION
1. — Prépositions simples.
pou, pour: pour.
pa, par : par.
cheux (Berry, Litt.) : chez.
devant : avant, devant.
derrier : derrière. — Cl. Haton dit derrier.
Ce que voyant bien le meurtrier qui le suyvait, par derrier
le dos luy deslascha entre les deux espauUes sa pistolle
pleine de bouletz d'acier et de plomb,
drès (è = 10); — (Berry, Litt.) : dès.
avé, avec (picard, avé, Litt.) : avec.
su (bourg, et normand, Litt.) : sur.
vé, vec : près de. — Vè est du pur bourguignon :
Lé sarjan qui étein plantai
Vé sai pote ansin que deu mai
Su ce pairole s'embruire
Pu for qu'on ne seroo dire.
(La Monnoye, L'EbauJisseman dijonnoi.
— Cité par Perrault-Daboij.
- 37 -
v'la>,là (Berry vela,\M.) : voilà.
après (è = 10) : après. — Celte préposition s'emploie souvent
d'une façon abusive pour exprimer qu'une chose lient à une autre -.
la clef est après la porte (poav sur la porte) ; — il a écrit après
le mur (pour sur le mur).
2. — Locations prépositives-
attenant de : à côté de. — Le français dit couramment atte-
nant à ; la tournure attenant de, aujourd'hui à peu près aban-
donnée, a élé également d'un usage général autrefois et se trouve
encore dans La Fontaine :
... Celui de l'hôte était
Contre le mur, attenant de la porte.
(Contes : Le Berceau).
La patois dit toujours attenant de pour signifier à côté de, et
jamais attenant à.
au drait de : en face de.
en place de : au lieu de.
tant qu'à : jusqu'à.
pou quant à : quant à. — Encore un pléonasme à rappro-
cher de ceux qui ont été signalés au chapitre de l'adverbe.
par vé : du côté de.
3. — Remarques particulières.
A. — Le patois emploie à, et non de, pour exprimer la posses-
sion : la maison à Pierre ; — la fille à Louis. Cette tournure ap-
partient au vieux français :
Se tu femme vix avoir, je te donrai le ûUe a un Roi ou a
un Conte.
(Aucaisin et Nicolelte).
De. — Cette préposition se redouble avant là ou lavou :i sort
de delà; — de delà iau, c'est-à-dire au-delà de l'eau, de Vautre
côté de l'eau (se dit en parlant d'un quartier du village situé au-
delà de la rivière) ; — de de lavou que tu deviens ? (d'où
viens-tu ?)
Dans. — Lorsque dans est suivi d'un mot commençant par une
voyelle, c'est toujours l'n, et non l's, qui se lie avec cette voyelle.
Ainsi le patois prononce dan-nun puits, — dan-nunne maison
(un = 20).
Par, pour, avec. — Les formes par, pour, avec s'emploient
devant les pronoms personnels moi, toi, soi, li, nous, vous, eux,
etc. : par moi, pour toi, avec nous, etc. Ailleurs le patois dit pa,
1. On dit n'en v'ià pour en voilà.
— 38 —
pou, «ue, même devant une voyelle, — La même remarque s'ap-
plique à la préposition patoise vec ou vé (près de) ; viens vec moi ;
— va vé ton père.
IX. - DE LA CONJONCTION
1. — CoDjonctions simples.
pisque : puisque.
quoque (qu = 24) : quoique. — S'emploie surtout dans la
locution quoque ça (malgré cela), ce qui en ferait plutôt une pré-
position qu'une conjonction.
quante : quand. — On prononce quante^ même devant une
coasonne : quante vous venez.
don (on = 16) : donc.
2. — Locutions conjonctives.
devant que : avant que.
pace que : parce que.
pou que : pour que.
et pis : Et puis.
et si : et pourtant. — Cette tournure, aujourd'hui vieillie, était
autrefois fréquente en français. En voici un exemple tiré de Cl.
Haton :
Ledit Seigneur (le cardinal de Bourbon, archevêque de
Sens, mort en 1557) a bien sceu jouer des haulx bois et si
n'estoil ménétrier, car il vendit tous les grands haux bois ou
peu s'en faut appartenant à son archevesché.
Elle se trouve encore dans Molière :
Madame Jourdain. — J'ai la tête plus grosse, que le poing,
et .si elle n'est pas enflée.
{Le Bourgeois gentilhomme, acte 3, scène 5).
mais que (ai = [10]) : quand (avant un verbe au futur). — Cette
locution est exclusivement réservée pour le temps futur et gou-
verne le subjonctif. Le patois, comme le français, dit au présent
quante i vient (quand il vient), au passé qualité il a venu (quand
il est venu) ; pour exprimer le futur, il se sert toujours de la locution
mais que., avec le verbe au subjonctif : mais qu'i vienne (quand il
viendra).
Voici deux passages de Froissart oia ce trouve cette tournure :
1. — Nous manderons aux villains des villages, mais que
nous aions trouvé fort pour nous tenir, que ils nous paient ;
autrement nous leur ferons guerre.
- 39 -
2. — Nennil, dit Ghisebrès ; mais que je aie parlé à mon-
signeur, on les metera tout jus.
Claude Haton emploie souvent cette locution, qu'il écrit mes
que : mes qu'il fust de retour.
P. Tarbé donne des dialogues, accompagnés de glossaires^ se
rapportant à divers patois de la Champagne; la locution mais
que ou 7nès que figure dans un seul, celui de Sommepy : et pi
ed' main, mes que tout soit er' venu...
3. — Remarque partlcalière.
Si. — L'i de si ne s'élide jamais, même devant il ou i ; i
vienra si i veut.
DE L'INTERJECTION
Voici une liste d'interjections et de formules interjectives cer-
tainement très incomplète, les expressions de ce genre variant à
l'indni, surtout dans le patois :
Bolâ ! (à == [3]) : exprime la plainte.
Holà don! exprime également la plainte,
et quelquefois l'étonnement.
Hê .' (è = [11]) ■' marque l'étonnementjsert
aussi pour appeler.
Hé là ! marque l'étonnement (se répète
généralement : hê là ! hé là .')
Eh ben ! (en = 20) : pour appeler l'atten-
tion.
Eh ben mais.' ) (ai = [10]) : exprime l'é-
Ben mais ! \ tonnement.
Loup-garou ! marqae le mécontentement.
A moi ! exprime l'étonnement.
Hardi ! pour encourager.
Habile ! pour faire dépêcher.
Sacré mâtin ! exprime la contrariété.
Chou! pour appeler un cbien.
Toû ! pour chasser les poules.
Patatrac ! onomatopée pour peindre le
fracas.
Coucouricou ! onomatopée pour imiter le
cri du coq.
Bisco ! pour faire enrager.
,p,. o- \ ^ à peu près vides
\vÂ) ' ^^ '®°'' '® ^
Eh Dieu !
Pardié !
Pardi !
Dame !
Ma foi!
sent d'une fa-
çon plus ou
moins
nale.
machi-
A noter, en outre, la formule exclamative nom de garce ! qui
remplace, lorsqu'on s'adresse à une femme ou à une fille, le banal
nom de Dieu ! dont il est comme une féminisation.
CHAPITRE III
Particularités lexicologiques
I. — PRÉFIXES ET SUFFIXES
PRENANT^DNE FORME OD AYANT ONE VALEUR SPÉCIALE EN PATOIS
1. — PréOxes.
é pour a, du latin ad.
Le préfixe latin ad, marquant le but, la tendance, se présente
sans altération dans des mots comme adjoint, adjuger. Le pa-
tois conserve dans ces mots la forme ad; il a même|le mot ad-
journer dans le sens du français ajourner.
Dans le français, le d est rarement conservé : ou cette consonne
tombe purement et simplement, ou elle se confond avec la voyelle
initiale du radical, qui, dans ce cas, devient double. Exemples :
avaler, apporter, allumer, afficher.
Le patois, surtout dans les verbes, remplace presque constam-
ment le prélixe a par é: les mots ci-dessus deviennent ainsi éva-
ler, éporter, élumer, éficher. Voici une liste de mots présentante
même substitution :
ébaisser, rébaisser (ai = [10]) : abaisser, rabaisser.
ébandonner (on = 16) : bourg, eôanrfenai/. Litt.) : aban-
donner.
ébatte, rébatte (bourg, aibaitre, Litt.) : abattre, rabattre.
ébreuver : abreuver.
écompagner : accompagner.
écoter : accoter.
écoucher : (bourg, écoucher, Litt.; escoucher, H.)}: [accou-
cher.
écouri, récouri : accourir, raccourir.
écoutumer (bourg, écoutumé, Litt.) : accoutumer.
écrocher, écroc, récrocher (bourg, écrôché, Litt.) : accro-
cher, accroc, raccrocher.
édouci, rédouci (bourg, édouci, Litt.) : adoucir, radoucir.
éfaibli (bourg, éfoibli, Litt.) : affaiblir.
éfamer (bourg, éf'aimai, Litt.) : atTamer.
éfût : affût.
égrandi, régrandi : agrandir, ragrandir,
éjuster, réjuster : ajuster, rajuster.
- 42 -
élonger, rélonger (bourg, clongé, Litt.) : allonger, rallonger.
élumer, réiumer (bourg, élemai, Litt.). — Le bourguignon a
le mot élemôte, allumette; notre patois a dû avoir autrefois une
forme approchante, remplacée depuis longtemps déjà parla foi'me
française allumette *.
émener, rémener, (bourg, émené, Litt.) : amener, ramener.
éminci : amincir.
émuser (bourg, émusôte, Litt.) : amuser.
énoncer, énonce : annoncer, annonce.
épeler, répeler (bourg, aipelai, Litt.) : appeler, rappeler.
épentis ; appentis.
épétit (le second é = 10) : appétit.
éplati : aplatir.
éporter, réporter (bourg, épotai, Litt.) .-apporter, rapporter.
éprenre, éprenti (bourg, éprarre, éprenti, Litt.) : apprendre,
apprenti.
éprivoiser : apprivoiser.
éprêter (é = [H]) bourg, aiprôtai., Litt.) : apprêter.
êprocher, reprocher (bourg, éprôchai, Litt.) : approcher.
éracher : arracher. — La forme erracher ou esracher n'est
pas rare dans le vieux français :
Fain, qui ne voit ne blé ne arbres,
Les erbes en arrache pures
As Irenchans ongles, as dens dures.
(Roman de la Rose).
Cette forme venait de exradicare^ tandis que la forme arra-
cher, la seule qui se soit maintenue dans le français moderne
vient de abradicare : la partie commune à l'un et à l'autre vient
de radix, racine.
éranger, réranger : arranger, rarranger.
érêter [è = [10]) ; (bourg, érétai, Lilt.) : arrêter.
ériver (bourg, errivé, Litt.) : arriver.
érondi : arrondir.
essembler, ressembler ^ (bourg, essemblè., Litt.) : assem-
bler, rassembler.
essommer (om r= 16) : assommer.
étache : attache. — Bas latin estachia.
1. On dit encore élumotte à Faui-Fresaay.
2. Dans ce sens, le premifiT e de ressembler se prononce 9. Quand ras-
sembler sigmCie avoir de la ressemblance, le premier e s'élide : r'sembler.
Il y a un proverbe où les deux mois se trouvent rapprochés : Qui se i^es-
semble se ressemble.
- 43 -
étacher, rétacher (bourg, ctaiché, Litt.) : attacher, rattacher.
— Bas latin estachare.
étSiquer {bourg, étaquai, Litt.) : attaquer.
ételer {esteler, H.) : atteler.
étende ', (bourg, ctandre^ Litt.) : attendre.
étirer : attirer.
étraper (bourg, éti'aipai, Litt.) : attraper.
évaler (bourg, évaulai, Litt.) : avaler.
évancer (bourg, évancé, Litt.) : avancer.
éverti : avertir.
réfraîchi (aï = [10]) : rafraîchir.
réjeuni : rajeunir.
rémasser, rémassis (a = [3]) ; ramasser, ramassis.
révigoter : ravigoter.
Sur le modèle des mots emener, e'couri (amener, acconrir),dont
le sens est mener, courir à ou vers la personne qui parle, le patois
a formé toute une série de verbes dont voici quelques-uns : écon-
duire, échasser, étralner^ ébider, c'est-à-dire conduire, chasser,
traîner, bider (galoper) à ou vers la personne qui parle.
Le préfixe é peut encore marquer l'extension, comme dans
étremper, tremper complètement.
Sans doute par analogie, le patois, surtout dans les verbes,
donne souvent le son é à la syllabe initiale a ou ha, sans que
celle-ci provienne du préfixe a ou ad. Exemples :
ébri, ébriter (bourg, aibri, Litt.) : abri, abriter.
écabit : acabit.
hébiller : habiller. — Malgré habit.
hébituer : habituer. — Malgré habitude.
Cette déformation atteint jusqu'au nom i^ro^pre Agathe, que le
patois change en Egathe.
La prédilection du patois pour lé préfixe e est d'ailleurs telle
qu'il l'introduit dans des mots où sa présence ne s'explique guère,
comme :•
éronce : ronce,
écréme (e = 6) : crème.
érâce (â = [3]) : race.
éboutonner (on = 16) : boutonner. — Dans le sens de fixer
les boutons d'un vêtement. Pour les autres acceptions, comme
lorsqu'il s'agit d'une plante dont les boutons se forment, on dit
boutonner comme en français.
éboutonnière (ni = 29; è := [lO]) : boutonnière.
1. Étendre, dans le sens qu'il a en français, se dit en patois rétaler.
- 44 -
re.
Le préfixe re a en patois le même sens réduplicatif qu'en fran-
çais; il est à remarquer toutefois que le patois abuse volontiers
de ce préfixe. Partout où le français a deux mots, l'un simple,
l'autre avec le préfixe re, le patois n'emploie que le second.
Exemples :
rétamer : étanier, rétamer,
récurer : écurer, récurer.
reluire : luire, reluire.
réconter : conter, raconter.
Voici d'autres mots où le patois introduit, sans que le motif en
apparaiîso bien nettement, la particule re :
rebiner : biner.
recurer (c = 25) : curer (un puits, un fossé, etc.).
rembrasser : embrasser.
réparpiller : éparpiller.
réchever : achever.
rébêti (ê = [H]) : abêtir.
relaver : laver (la vaisselle).
rétaler : étaler, étendre.
Le préfixe re peut d'ailleurs, sans la moindre nécessité et sans
in,térêt pour le sens, s'adapter à presque tous les verbes. Ainsi on
dira : Combien que ça va me recoûter ? Je vourais bien savoir
combien qu'i va me redemander. Coûter, demander, sans plus,
rendraient suffisamment ce qu'il s'agit de dire. Le seul sens, si
sens il y a, qu'il soit dans ce cas possible d'attacher à la particule
re, serait l'expression vague de quelque chose ressemblant à
la mauvaise humeur et à la fatigue : re exprimerait ainsi, non la
répétition de l'idée marquée par le verbe qu'il accompagne, mais
un nouvel ennui s'ajoutant à d'autres supportés précédemment
sous une forme quelconque.
2. — Suffixes.
ot, otte pour et, ette; — osse pour esse.
Les suffixes et, ette, qui ont généralement en français une
valeur diminutive, sont rares dans le patois*.^ qui les remplace le
plus souvent par ot et otte. Exemples :
biquot (nivernais bigot, Litt.) : biquet.
cachette (bourg, caichôte, Litt.) : cachette.
i. Le patois conserve la finale ette dans les mots suivants : bavettCf
manchette, allumette, liuiettes (besicles), tablette, pincettes. — Par un
renversement inattendu de sa tendance générale, il dit échevel pour
écheveau.
- 45 -
couvot (liourg. côvô, coiwcau, I,ill.) : couvel.
fauchot : fauchel (râteau à double rangée de deuts eu boU).
luotte (u = 1) : luette.
miotta (basse Normandie, miot, Litt.) : miette.
orgelot : orgelet (compère-loriot).
poulotte : poulette.
queuillotte (qu = 25, eu = 7) : petite queue.
râclotte (à = [3]) : raclette.
sifflot (picard, chiflot, bourg, subiô, Litt.) ; sifflet. — Bas-
latin, siblotus, siffLotus : sifflet.
tinotte : tinette.
Il y a d'ailleurs beaucoup d'autres mots, diminutifs et noms
d'instruments dérivés d'un verbe, auxquels le patois donne les
finales ot et otle^ tels que :
briquot : morceau de brique.
eruchotte : petite crucbe.
écrochotte : tout ce qui peut servir à accrocher un objet.
devidot : dévidoir.
lôchotte (ô = [5]) : loche (petit poisson).
lunotte : étoile. — A la lettre petite lune. — Le bourguignon
a la forme luguôfe (Litt.), mais dans le sens de lunette.
nageotte : nageoire.
pellotte : pelle à feu. — Diminutif de pelle.
perçotte : outil pour percer'.
planchot : bout de planche. -
poîrotte : fruit de l'aubépine. — Diminutif de poire, ce fruit
ayant la forme d'une petite poire.
prêchotte (è = [10]) : chaire à prêcher.
rigolot : petite rigole, fossé minuscule pour l'écoulement de
l'eau.
sucrot : friandise en sucre.
Le patois donne encore la finale ot à certains mots qui se pré-
sentent en français avec la finale on :
bouchot (ou long) ; bouchon (servant à boucher)
champignot : champignon.
dindot : dindon.
grillot : grillon.
•
1. Les bonnes femmes disaient autrefois aux enfants : « Si Injures, ou
si lu dis des menteries, monsieur le curé le percera la langue », et elles
avaient soin d'ajouter : a avec sa perçotte. » C'est évidemment un souvenir de
l'ordonnance de saint Louis contre les blasphémateurs.
- 46 -
Le patois substitue de même la lettre o à la lettre e dans le mot
paiivrosse (o = [3]); — (T. t.) ; pauvresse, mendiante.
ois pour oir.
Beaucoup de noms d'instruments se forment en français par
l'addition au verbe de la terminaison oir : le patois transforme
cette finale en ois (oi = 15) :
curois (c = 25) : ustensile pour nettoyer {curer) le soc de la
charrue.
essommois (om = 16) : assommoir (ratière).
mirois (Berry mirouéj Litt.) : miroir.
mouchois (Berry mouchoiié^ Litt.) : mouchoir.
passois (a = [3]) : ustensile en osier pour passer le grain.
rasois (a = [3]) : rasoir.
semois : semoir.
terrois : terroir.
eux pour eur.
La finale eur, indiquant une action ou une profession, est rem-
placée dans le patois par eux.
casseax : (a = [3]) : casseur.
chanteux : chanteur.
chasseux : chasseur.
couvreux : couvreur,
danseux : danseur.
dénicheux : dénicheur.
faucheux : faucheur.
laboureux : laboureur.
mentaux : menteur.
pêcheux (ê = [10]) : pêcheur.
porteux (picard, Litt.) : porteur.
scieux (scî-eux) : scieur.
voyageux (oy = 14): voyageur,
vendangeux : vendangeur.
euse pour ure.
Le patois adoucit volontiers la finale ure en euse. Ainsi il dit :
peleuse : pelure.
châtreuse (â = [3]) : châtrure (reprise grossière).
chieuse : chiure (de mouche),
couvreuse : couverture (de livre).
iau pour eau.
Dans le vieux français^ les mots provenant d'une forme latine
- 4: -
terminée en ell... (..ellus,.. ella,.. ellum,.. elUs)ava'ieni plusieurs
finales bien distinctes, parmi lesquelles une en eis, nus, eaus ou
iaus pour le cas sujet au singulier, une en aus, caus ou iaus pour
le cas régime au pluriel. Voici quelques exemples de finales eo
iaus ou taux (quelquefois iax) :
Lors feras chastiaus en Espaigne
Et auras joie de noient,
(Roman de la Rose).
Miex vodroie a cotiaux d'acier
Pièce a pièce estre despeciés.
(id).
Lors remaint Nature en sa forge,
Prent ses martiaus et fîert et forge.
(Id.).
Vos ne me sarés ja demander or ni argent, cevaux ne pale-
froj^s, ne vair, ne gris, ciens ne oisiax que je ne vos doinse.
(Aucassin et Nicolettej.
Ainraerigos Marcel... print son chemin pour venir à
Aloise, dalès Saint Flour, qui est uns biaus castiaulx de
l'evesquede Clermont.
(Froissart).
Depuis longtemps, le français a laissé tomber ces finales en mu,
que le patois a gardées. Exemples ;
biau* (Berry, picard, Litt.) : beau. — Du latin bellus. — Au
moyen âge, biau entrait dans la formation de beaucoup de noms
propres. Exemples : li quens Garins de Biaucaire (Aucassin et
Nicolette); — Rogiers de Biaufortj li visconUs de Byaumont, li
sires de Biaugeu (Froissart.)
boissiau (oi = 13, au = 4) ; — (Berry bossiau, Litt.) : bois-
seau. — Du bas latin bussellus, bissellus.
chapiau (au = 4); — (picard capiau, Litt.) : chapeau. — De
capeUus, diminutif de capa.
chantîau (ti = 2.5, au = 4) ; — (Berry, Litt ) ; chanteau (de
pain bénit). — Du bas \aLiincanteUus, dérivé du latin cantus, coin,
côté.
châtiau (â = [3], ti = 25, au = 4) ; — (picard caLiau, Litt.) :
château. — Du latin castellum, diminutif de caslrum, lieu for-
tifié.
cisiaux (au = [5]) : ciseaux. — Du bas latin ciselliis.
1. Alise proaouce 4 lorsque biau suit le nom : le tem/js est biau ; ei [5]
lorsqu'il précède le nom ; im biau temps, ou qu'il est placé av-aot un
verbe : vous avez biau dire, biau faire.
- 48 -
coutiau (li = 25, au = 4); (picard et Berry, Litl.) : couteau,
— Du bas latin cultcUus, diminutif de cutter.
flau (au = [o]) ; — (normand, Litt.) : fléau (à battre). — Du latia
ftageltum^ fouet, lléau. — Par un procédé dont il est coutuniier,
le patois a fait disparaître la lettre l pour éviter la combinaison li
(voir page 14).
mantiau (ti = 25, au = 4) : manteau. — Du latin mantcllum.
martiau (ti = 2o, au = 4); (picard, Litt.). — Du bas latin mar-
tus, marleltus.
morciau (au = 4) : morceau. Du bas latin morcellus, diminutif
de morsiis^ morsure.
musiau (au =4); — (Hainaut, Litt.) : museau. — Du bas latin
musum, muselliim.
oisiau (oi = 14, au = 4); — (Berry, Litt.) : oiseau. — Du bas
latin aiiceltus (pour avicellus)., diminutif de avis, oiseau.
piau (au = 4); ~ (Berry, normand et picard, Litt.) : peau. —
Du latin peltis, même sens.
siau (au = 4) ; — (genevois et Berry, Litt.) : seau. — Du bas
latin sitella^ diminutif de situla.
vanniau (ni = 29, au = 4): — (Berry vcuiniau, italien wan-
nello^ Litt.) : vanneau.
viau (au = [5]); — (Berry, picard, Litt.) : veau. — Du latin
vitellus, diminutif àeviiulus.
Aux mots de cette liste il y a lieu d'ajouter les suivants, bien
qu'ils ne proviennent pas d'une forme latine en ell... :
cordiau (di = 27, au =: 4) : cordeau.
cuviau (c = 23, au = 4) : cuveau, cuvier.
gâtiau (ti = 2b, au = 4) : gâteau.
iau (au := [o]) ; — (picard, Litt.) : eau. — Du latin aqua, en pas-
sant par les formes aiguë, aiwe^ ave, ève eiièwe (yave dans Frois-
sart qui, du reste, emploie aussi aiguë). C'est sans doute par une
permutation entre u ou w et w qu'on est arrivé à la prononciation
iaue ou iau *.
1. Le mot iail, à cause de sa forme particulière, donne lieu à plusieurs
singularités de prononciation :
Lorsqu'il y aurait lieu de le faire précéder de l'article la (élidé en V),
apparaîtrait la combinaison Viau, qui est de celles que le patois rejette tou-
jours (voir page 14) ; ainsi prononce-t-il iau ou yau : laii est chaude ; —
ne troublez pas iau.
Pour le mot iau précédé de la préposition de, il peut se présenter deux
cas :
1° Si la préposition de a le sens partitif, le patois dit d'iau pour de Viau),
en conservant au rf fa valeur alphabétique naturelle, ou de yau: Donne-
moi d'iau; — i demande de yan (Ve final de demande s'élide).
2° Lorsque la préposition de n'a pas le sens partitif, le patois prononce
- 49 -
moiniau (oi = 13, ni = 29, au = 4) ; — (Berry, picard moi-
yneaii, Litt.): moineau, et eu général oiseau de petite taille.
pruniau (ni = 29, au ■= 4) ; — (Berry peurniau, Litt.) : pru-
neau.
II. - MOTS
NK DIFFÉRANT DD FRANÇIIP QUE PAR LE CHANGEMENT, LE DÉPLACEMENT,
LA SUPPRESSION OU L'aDDITION d'unE LETTRE OU d'uN SON
Ces différences superficielles, qui altèrent à peine la physionomie
générale du mot, portent la plupart du temps sur les voyelles.
Les voyelles, qui tiennent dans le langage une place comparable à
celle des parties molles, chair et sang, dans l'organisme, présen-
tent une sorte de lluidité relative qui en rend l'altération fré-
quente ; les consonnes, qui sont comme le squelette du mot, pos-
sèdent, par ce fait même, une fixité et une stabilité beaucoup plus
grandes.
Parmi les consonnes, il y a cependant lieu d' excepter, à ce
point de vue, les lettres l et r, qui l'une et l'autre, mais principa-
lement cette dernière, sont l'objet de nombreuses altérations sous
forme de déplacements, de suppressions et d'additions.
1. — Cbangement d'ane lettre ou d'uu son.
Noms.
a pour e (prononcé è) :
argot (Berry et genevois, Litt.) : ergot. — La forme argot,
seule connue du vieux français, était encore en usage au
XVI* siècle.
Les coqs bataillent du bec et des argots.
(Amb. Paré, Animaux. — Cité par Litiré).
cornaille : corneille. — La forme cornaille appartient égale-
ment à l'ancienne langue :
En temps comme il se dementoit,
Lieve sa teste et venir voit
Une cornaille à la volée.
{Roman du Renard).
les lettres J'i, dans la combinaison à'iau, avec la valeur notée il : un siau
d'iau; — un verre d'iau.
Dans eau-de-vie, eau de Colonne (Cologne), eau de Javel, le patois
prononce eau et non iau.
On dit de la bé-iau (belle eau), toujours pour éviter la rencontre da l et i.
4
— 5o —
gearbe (picard garbe, Lill.) : gerbe. — Le bas latin a les
formes garba eljarba, qui expliquent gearbe.
gearme : germe.
hâ (h aspirée ; â = [3]) : haie. — Bas latin haga, haya,
haie.
harbe {h muette) ; — (Berry, Litt.) : herbo.
harminette (h muette) : — belette. — Bas latin armellina,
hermine.
harse (/i asp.) : herse.
métail : méteil. — Le bas latin, entre autres formes tirées de
mixium, mêlé, a mestallum, qui correspond à métail, et mestel-
lum, à méteil. Cl. Haton dit métail au singulier, et mestaux ou
métaux au pluriel :
Il (le blé froment) ne fut si cher en Champaigne, Bour-
gongne et Lorraine, où on faict en habondance des seigles,
mestaux et orges.
parche (bourg, et Berry, Litt.) -. perche (dans le sens de long
bâton). — On dit perche dans le sens de poisson et dans celui de
mesure agraire.
pie-griâche (â = [3]) : pie-grièche. — On ditpfe-grW^e dans les
environs.
sarpe (bourg, et genevois, Litt.) = serpe. — Bas latin charpa,
instrument de fer propre à tailler ; sarpa, sarcloir ; sarpia, faux.
trasse : tresse.
varge (bourg, et Berry, Litt.) : verge.
é ou ai pour a :
braisier (ai = [11]) : braisier. — Formé par imitation de
braise.
clairté (ai = 9) : clarté. — Formé par imitation de clair.
grais (a = 9) : gras (de la jambe). — Sans doute formé par imi-
tation de graisse.
jers (e = [H]): jars.
mémelle : mamelle.
serment (genevois et provençal, Litt.) : sarment. — Bas latin
sermens, sarment.
e pour é ou è :
chèvrefeuille (e de che = 6) : chèvrefeuille.
élevé (e de le = 6): élève; — se dit le plus souvent dans le
sens d'enfant en général.
février (e de fe = 6) : février.
lièvre (li = 28, e de lie = 6) : lièvre.
r'clamation: réclamation.
— 5i —
é pour e :
besoin : besoin.
dénier (é = 20, ui = 29) : denier.
grenier (é = 20, ni = 29) : grenier.
marguerite (gu = 27) : marguerite.
menuisier (é = 20, u = 1) : menuisier.
i pour e, é, ai> ei :
arignée : araignée. — On trouve airignée dans Mathurin
Régnier :
Quand au flamber du feu, trois vieilles rechignées
Vinrent à pas contez, comme des airignées,
(Sat. XI).
cileri ; céleri.
giole (o = 4) ; — ^Hainaut geiole, Litt.) : geôle.
lissive (italien liscivcij Litt.) : lessive. — Du latin lixivia.
lizard (Berry, Litt.) : lézard.
marichal (bourg, mairichau, Litt.) : maréchal. — Bas latin
malischalkus , palefrenier, garçon d'écurie.
oriller (bourg, orillier^ Litt.) ; oreiller.
pipie (genevois pipi, fém., Litt.) : pépie.
vlllée : veillée. — Voir vUler pour veiller, page 60.
villeuse : veilleuse, id.
virglas : verglas.
é ou ai pour i :
clairinette : clarinette. — Formé par imitation de clair (à
cause du son clair).
déligence: diligence (voiture).
mélieu (li = 28) ; — (Berry meilieu, mélieu, Litt.) : milieu.
• himenr (N.) : humeur.
jiment (T. t.): jument.
pipître: pupitre.
pitois (T. I. ; bourg, pitô, fouine, Litt.): putois.
riban (S. ; wallon et Berry, Litt.) : ruban. — Le bas latin a les
deux mois rubanus, qui explique ruban, etribanus, qui explique
riban. — La forme riban est encore dans la langue du xvi® siècle :
Je voudrois estre le riban
Qui serre ta belle poitrine.
(Ronsard).
— 52 —
u pour i :
jocrusse : jocrisse.
lunotte (Berry lunette, lunotte, Litt.) : linotte.
i pour eu :
fillette: feuillette. — Fillette se dit en Bourgogne pour feuil-
lette (P.)
o pour e (prononcé è) :
vosce (T. 1. ; Berry, Litt.) : vesce.
o pour ou :
ampole (provençal ampola, Litt.) : ampoule. — Bas latin
ampollata^ burette :
La saincte ampolle, qui est auprès de Reyns, qui jamais
n'avait esté remuée de son lieu, luy fut apportée jusques en
sa chambre, au Plessis. (Commines).
gôdron (ô ^ [5]) ; — (genevois et Berry goclron, Litt.) : gou-
dron.
gormandise : gourmandise. — Voir le mot gormand pour
gourmand, p. 58.
gormes (Berry gorme, Litt.) :' gourmes (oreillons).
jornée (Berry, Litt.) ; journée. — Bas latin jornata, journée.
moliu (Berry, wallon, picard, provençal, Litt.) : moulin. —
Bas latin molendinum, molina, molinum ; moulin, tous mots
venant du latin molere, moudre. — Cl. Haton écrit molin :
Lequel oncle, n'ayant à Genefve aultre moyen de s'oc-
cuper, print à ferme les molins de la ville.
polie (genevois, Litt.) : poulie.
pômon (genevois ^oimon, Litt.): poumon.
torment (picard, Berry, provençal, Litt,) : tourment. — Du
latin tormentum.
ou pour o :
adous (Berry, Litt.) : ados.
brousse (wallon brouchey Litt.) : brosse.
broussée : brossée,
bouyau (au = 4): boyau.
clous (Berry, Litt.) : clos. — Usité seulement dans un nom de
lieudit : Clous-Caillat pour Clos-Caillut.
coûté : côté :
El de ce cousté y eut une grant fuyte des Bourguignons.
(Commines).
— 53 —
dous (Berry, Lilt.) : dos,
doussière (è ^ [10]) : dossière (pièce d'un harnais de limon).
— De dous pour dos.
fousse (Berry, Litt.) : fosse.
foussé (Berry foussi';, bourg, faussai, Litt.) : fossé. — Le bas
latin a fossatum (fossé) et foussatum (foussé).
gousier : gosier. — Rabelais a formé de ce mot le nom de
Grandgousier, l'un de ses principaux personnages.
houyau (au = 4) : boyau. — Diminutif de /loue, ce qui explique
la forme hou.
mbuleton (genevois, Litt.) : molleton. — De mol ou mou.
moutte (Berry, Litt.) : motte.
mouyeu : moyeu.
ous (Berry, Litt.): os.
rousée : rosée. — Le français a longtemps usé de la forme
rousée :
Si s'escorça par le rousée qu'ele vit grand sor l'erbe et s'en
ala aval le gardin.
(Aucassin et Nicolette).
Tendre ot la char comme rousée,
Simple fu cum une espousée.
(Roman de la Rose).
Passant par l'aër, de peur de la rousée.
(Rabelais).
La nuict ensuivant (28-29 avril 1578) fut fortfresche, qui
sans pleuvoir donna une grande rousée sur la terre.
(Cl. Haton).
roûtie (Berry, Litt.) : rôtie (tranche de pain rôti).
roûti: rôti. — Voir roûti pour rôtir, page 61.
soubriquet (qu = 25) : sobriquet. — La forme soubriquet a
été longtemps employée en français :
Le soubriquet de tremblant duquel le douziesme roy de
Navarre Sancho feut surnommé... (Montaigne).
u pour ou :
util (T. m. t.; Berry util, bourg, uti, Litt.) : outil. — Du latin
utile.
tuche : touche. — Voir tucher pour toucher, page 61.
ou pour u :
bouis (T. m. ; Berry et picard, Litt.) : buis.
- 54 -
u pour é :
subile (T. t.): sébile,
u pour e :
fumelle (T. a.; Berryet picard, Litt.): femelle.
ou pour e (prononcé è) :
oustafier : estafier (terme de mépris employé dans un sens fort
vague).
e (prononcé é) pour ou :
fergon: fourgon (de four). — Voir fergonner pour fourgon-
ner, page 61 .
eu pour u :
rheume (N. ; — provençal, espagnol et italien reuma^ Litt.) ;
rhume. — Du latin rheuma.
o pour a :
tarticolis : torticolis, — Il est à remarquer que le patois dit
de même tarde pour tordre (voir page 61).
au pour a :
faune : fane.
au pour ai :
lauche (au = [5]) ; — (T. m.) : laîche.
eu pour ou :
deuve'(eu = 6) ; — (wallon dèwe, Litt.) : douve.
reuille (eu = 7) : rouille.
ai pour oi :
draite : droite.
endrait (Berry endrel, pays natal, Litt.) : endroit (d'une
étoffe). — Endroit (d'une étoffe) et endroit (localité) sont un seul
et même mot, venant de en et de droit : les deux mots (en droit)
sont souvent séparés dans l'ancienne langue. Endroit, dans le
premier sens, signifie ce qui est droit, ce qui est du vrai côté ;
dans le sens de localité, il signifie ce qui est sur le droit chemin,
dans la direction vraie (voir Littré, au mot endroit).
fraid, fém. (Berry fret, la fret, Litt.): froid:
Et endurer e granz chalz e granz freiz.
(Chanson de Roland).
oi pour é, ai :
déchoit (oi = 13): déchet. — D'après Littré, déchet est la pro-
nonciation normande de déchoit, du verbe déchoir.
— 55 —
froi (oi = 13) : frai. — Lillré, au mot frai, indique celle éty-
mologie : frai, ou froi^ ou froie^ de l'ancien verbe froier^ du
lalin fricare, frotter.
mortoise (oi = 15) : mortaise.
roie (oi = 15) ; (T. m. ; — P.; — bourg, wallon et picard,
Litt.) : raie (sillon de terre) :
Les gluys estoient forlz etespez, et n'en povaient recueillir
qu'es royes où ilz le faisoienl tomber avec des pancaux ou
petits balais. (Cl. Haton).
tOie (oi = 15); — T. a.) : taie (d'oreiller). — Bas latin, toya,
taie d'oreiller.
oi pour o :
poitiron (oi = 13) : potiron. — On àiipoiuron dans les envi-
rons de Montmirail.
o pour oi :
motié (ti = 25, é = 10) : moitié.
pognard (o = 16) : poignard. — Cl. Haton écrit pongnard.
Ils avaient tous espees à leurs cynctures et pongnards sur
les reins, aux pommeaux d'or.
pognée (0 = 16) : poignée. — Cl. Haton écrit pongnée.
Et de grand despit qu'il eut s'arrachea une pongnée de sa
barbe.
o pour eu :
tillol (genevois et Berry, Litt.) : tilleul. — Bas latin tillioluSy
vieux français tillocl, du latin tiliola, diminutif de tiiia, tilleul.
en pour ai :
enguillôe (gu = 27, u := 1) : aiguillée. — Voir enguiller pour
enfiler (une aiguille) page 109.
en pour in :
enflammation (N. ; — genevois, Litt.) : inflanunalion.
in pour eau :
boulin : bouleau. — On dit boule dans les environs de Mont-
mirail.
in pour i :
vertingo (T. 1.) : vertige.
ou pour on :
boûdou : bondon. — Faut-il voir dans cette forme un dérivé
de boude, nombril? (voir page 73).
— 56 —
ou pour è :
âammoûche -. ûammèche.
1 pour t :
pirouelle (bourg, pirouelle, toton. Litt.) : pirouette ; — petit
toton.
n pour t :
arbalêne (è = il) : arbalète. — Il s'agit proprement ici d'une
espèce d'arc primitif que les enfants fabriquent avec du bois
flexible et un bout de corde ; la flèche se fait en roseau avec une
pointe en bois de sureau.
c (dur) pour g (dur) :
vacabond (N. ; — Berry, normand, Litt.) : vagabond.
g (dur) pour c (dur) ou q :
grègue (i) : i grec. — Le son g (dur) se retrouve dans le mot
grègues, qui n'est qu'une forme de grec : grègues^'culoUes à la
grecque (Litt.).
guille (gu = 27) ; — (genevois, Litt.) : quille. — Bas latin :
guilla, quille.
gn pour n :
échigne (bourg, échaigne, Litt.) : échine.
ch pour c (dur) :
chalandre : calandre (charançon).
c (dur) pour ch :
carogne (o == 16) ; — (picard carongne, Litt.) : charogne.
ch pour g (doux) ;
franche (wallon frinche, Litt.) : frange.
ch pour c (doux) ou s :
chep (pron. ché) : cep.
écrevîche (picard, Litt.) : écrevisse.
frêchure (ê = [10]) : fressure.
Hz... desterrèrent le cœur, frescheure et entrailles du feu
petit roy Françoys second. (Cl. Haton).
têchon (ê = [lOj) ; — (T. m.) : 1. débris de vase : du latin tes-
tum, objet de terre cuite, couvercle ; — 2. crâne : du latin testa^
vase de terre cuite, puis crâne ou tête.
- 5; —
n pour 1 :
mélinot : mélilot.
nentille (T. m. y; — Berry et picard, Lilt.) : lentille.
ômenette (ô = 5) : omelette.
caneçon (T. 1. ; — picard, Litt.) : caleçon.
1 pour ill... :
boulie : bouillie. - Voir bouli pour bouiUir, page 62.
culerée ; cuillerée. — Malgré cuiller.
maloche : mailloche.
médalle : médaille. - Bas latin medalea, medalla : monnaie :
Eschaufaux furent moût somptueusement et richement
dressez dedans ladite grande salle du Palais, peinctz et diap-
prez de diverses couleurs, avec plusieurs statues et médalles
de toutes sortes et de tout sexe. (d. Haton).
tréUs(é = 10) ; (provençal treslitz, Lilt.) : treillis (étoffe) :
Mesmement les gentilshommes et justiciers, lesquels encores
qu'ilz fussent habillez richement, faisoient place auprès d'eux
aux artisans de tous mestiers et les importunoient. feussent-
il3 porchers et vachers, de s'asseoir auprès d'eux, avec leurs
euesdres et habitz de tiretaine et de treslis.
^ (Cl. Haton).
ill... pour gu :
baillette : baguette.
ou pour g (dur) :
ouêpe (ê = [10]) ; (T. m. ; genevois uoMépe, picard yépe,w^èpe;
champenois gouêpe, Lilt.) : guêpe. - Du latin vespa, guêpe.
t pour d :
glante : glande.
vouète : vouède, guède ou pastel (isatis tinctoria, L.).
ill... ou y pour 1 :
ustensille : ustensile. - Litlré, au mot ustensile, indique
cette étvmologie : du latin ustensilia, choses dont on peut se
servir, de u^i- La forme régulière serait utensille, au femmm,
représentant le pluriel neutre, avec VI mouillée.
yard (T. m.) : liard.
yeue -. lieue.
n pour d :
rendition : reddition.
— 58 —
d pour s :
sarradin (le 1" a = [5]) : sarrasin.
Adjectifs.
a pour e (prononcé è)
gearmain : germain (cousin germain, cousine germaine).
é pour e :
dangereux : dangereux.
petit : petit (dans certain cas : voir page 12).
ou pour o :
estroupié : estropié.
grous (Berry grous, groiisse, Litt.) : gros.
o pour ou :
gormand (bourg, gorman ; Berry gormand, Litt.) : gour-
mand.
vermoulu (bourg, varmôlu^ Litt.) : vermoulu. — Voir page 32
les formes du verbe moure (moudre), dont vermolu est dérivé.
ai pour oi :
adrait (Berry et normand aclret^ Litt.) : adroit.
drait (Berry et picard dret, Litt.) : droit.
étrait (genevois et Berry étret, étrette, Litt.) : étroit. — Etreit,
qui est resté la forme normande d'étroit, était dans l'ancienne
langue, sous l'orthographe estreit, la forme dialectique de Paris et
de l'Ouest (Lit!., au mot étrécir, Étym.). — La Fontaine, ayant, il
est vrai, la main forcée par la rime, s'est servi de la forme ar-
chaïque étrète dans le Combat des Rats et des Belettes.
fraid (Berry /rerf, Lilt.) ; froid.
ey pour oy :
croyable, incroyable (eu = 9) : croyable, incroyable. — Voir
creire pour croire, page Ol.
eu pour u :
enrhoumé : enrhumé. — Voir rheume pour rhume, page 54.
(dur) pour ch :
cafouin : chafouin, sournois.
— 09 —
Verbes.
a pour e (prononcé é), ai :
bagner, v. a.' (picard, Litt.) : baigner. — Du latin balneare,
même sens ; bas latin bagnatuSy mouillé :
Et fisent tant qu'il rapassèrent la rivière en grant malaise,
car elle estoit grosse pour le plouviage, par quoy il y en eut
assés de bagniés et des Englès noiiés.
(Froissart).
Bèze dit que plusieurs prononçaient au xvi« siècle bagner
(Littré).
charcher, v. a. (Berry charcher, bourg, charchai, Litt.) :
chercher. — Bas latin chargare, sarchare, chercher.
esharber (pron. essarber) : esherber. — De harbe pour herbe,
voir page 50.
étarnuer, v. n. (bourg, étarnué, Litt.) : éternuer.
gearcer, v. n. : gercer. — Littré, en discutant l'étymologie
du mot gercer, cite, entre autres, une îorme jarser qui est l'équi-
valant de la nôtre.
gearmer, v. n. {)iaina.al j amer, Litt.) : germer.
harser, v. a. : herser. — De harse pour herse, voir page 50.
trabucher, v. n. (normand trabuquer, Litt.) : trébucher.
ê pour â :
flêner, v. u. (ê = [10]) : flâner.
é pour e :
peser, v. a. : peser.
répasser, v. n. (a = [3]) passer pour la seconde fois au même
endroit. — Répasser est pour le vieux mot rapasser, qui avait le
même sens : voir la citation de Froissart ci-dessus ; voici un autre
exemple :
L'exploicl fait, les vainqueurs rappassèrent la rivière de
Marne au Bac-à-Pinsson, et de là gangnèrent la rivière de
Seine à Nogent. (CI. Haton).
Le patois dit repasser dans tous les autres sens, comme repasser
une leçon, un outil, du linge, etc.
rétourner, v. n, (Berry ratourner, Litt.) : prendre au retour
le chemin déjà suivi à l'aller, — Rétourner correspond à l'ancien
mot ratourner, comme répasser à rapasser.
Dans les autres sens, le patois dit retorner pour retourner:
exemples : retorner du foin, un habit, la salade, se retorner, etc.
1. V. a. : verl)e actif; — v, n. : verbe neutre; — v. réf. : verbe ré-
fléchi.
— 6o —
e pour é :
dégoutter, Vv n. : dégoutter.
démanger, v. n., : démanger,
dévider, v. a. : dévider.
réclamer, v. a; : réclamer.
i pour a :
harnicher, v. a. : harnacher, et par extension, habiller. — Bas
lalin arnisium, arnixium, harnais.
é pour i :
émaginer, v. a. (N. ; — provençal emaginar, Litt.) : imaginer.
i pour é, ei :
licher, plus souvent relicher, v. a. (7'elicher,T.\.m.; — Rerry
licher^ Litt.) : lécher.
réviller, v. a. : éveiller. — Bas latin evîgilare^ éveiller.
viller, v. a. : veiller. — Du latin vigilare, veiller.
o pour ou :
oblier, v. a. (bourg, obliai, Berry oblier, Litt.) : oublier. —
Du latin oblivisci :
Estant ledit prescheur à faire son sermon, n'oblya la
charge qu'on luy avoit baillée. (Cl. Haton).
torner, v. a. (Berry et picard torner, bourg, tounai, Litt.) :
tourner. — Du latin tornare, travailler au tour :
Tornat sa teste vers Espaigne la grant.
(Chanson de Roland).
Il s'en tome, et quant Aucassin l'en voit aler, il le rapela.
(Aucassin et Nicotette).
tûpmenter, v. a. : tourmenter. — Woir toi'ment pour tourment,
page 52.
trover, v. a. (wallon trové, bourg, trôvai, Berry et picard
treuver, Litt.) : trouver :
Si se repensa que s'on le trovait ileuc, c'on le remenrait
en le ville pour ardoir. {Aucassin et Nieolette).
Tant soutilla, visa et ymagina que il y trova le chemin.
(Froissarr).
ou pour o :
brousser, v. a : brosser. — Voir brousse pour brosse, page 52.
estroupier, v. a. : estropier.
— 6i —
outer, V. a. (Berry oûter, Lilt.) : ôter.
roûti, V. n. (Berry roûlir, Litt.) : rôtir.
... Mais encore refusèrent à manger la chair rouslie, bardée
de lard. (H.).
u pour ou : '
tucher, v. a. : toucher.
eu pour u :
heurler, v. n. (N. ; — picard, normand heuler, Litt.) : hurler.
— Au commencement du xvii« siècle, on disait souvent heurler :
Il se leva heurlant comme un homme furieux.
(Scarron. — Cité par Littré).
e (prononcé è) pour ou :
fergonner, v. n. (bourg, feurguenai, Litt.) : fourgonner
(remuer avec un fourgon).
ft pour au ;
miâler, v. n. (â = [3]); — (Berry miâler, genevois mialer,
Litt.) : miauler.
a pour o :
tarde, v. a. : tordre.
ei, ai pour oi :
creire, v. a. (ei = [11]); — (Berry, provençal, Litt.) : croire. —
Du latin credere.
réfraidi, v. a. (Berry refrédir, Litt.) : refroidir.
ey pour oy :
breyer, v. a. (ey = [10]); — (T. 1.; Berry brayer, hréyer^
Litt.) : broyer.
neyer, v. a. (ey = [10]) ; — (T. t. 1. m. ; — picard et Berry
neyer, genevois nayer, Litt.) : noyer.
pleyer, v. a. (ey = [10]) ; — Berry pleyet: plier el ployer,
Litt.) : plier, ployer.
eu pour ai :
eumer v. a. (N.) : aimer.
eu pour a :
enteumer, v. a. (Berry entonier, Lilt.) : entamer.
en pour a :
emmouracher (s*;, v. réf. : s'amouracher.
— 62 —
é, ei pour i :
déminuer, v. a. (u = 1); — (Berry, Litt.) : diminuer.
gueigner, v. a. (gu = 27, ei = 20) ; (picard guenier, Litt.) :
guigner.
in pour on :
ringer, v. a. : ronger.
c (dur) pour g (dur) :
aucmenter, v. a. : augmenter . — Bas latin aucmentarej
augmenter.
gn pour n :
devigner, v. a. : deviner.
échigner, v. a. : écliiner. Le peuple prononce volontiers échi-
gner (Littré).
n pour gn :
assiner, v. a. (N. ; Berry, Litt.): assigner.
L'auberge enfin de l'hyménée
Lui fut pour maison assinée.
(La Fontaine : La Discorde).
siner, v. a. (N. ; — Berry, Litt.) : signer.
r pour g (dur) :
meurler : V, n. : meugler. — Dans les environs de Montmirail,
on dit beurler, qui est à beugler ce que meurler est à meu-
gler.
p pour c (doux) :
super, V. a. : sucer.
iU... pour s (prononcé z) :
aiguiller, raiguiller, v. a. (g =27, u = 1) : aiguiser, rai-
guiser.
1 pour 111... :
bouli, v. n. (picard boulir, bolir, Litt.) : bouillir.
piâler, v. n. (â = [3]); — (genevois, Litt.) : piailler,
111... ou y pour 1 :
rouiller, v. a. (ou bref) : rouler (passer le rouleau sur une
terre labourée). — Voir rou pour 7'oule ou rouleau, page 65,
yer, v. a. : lier.
— 63 —
ill... pour r :
contralier, v. a. (li = 28) ; — (Berry, Litl.) : contrarier, -r-
Contralier se trouve dans le vieux français concurremment avec
contrarier :
Ainsi fu cist plaiz requis. Moût fu contraliiez de ceux qui
vousissent que l'oz se departist.
(Villehardouin).
1 pour r :
engouffler (s'), v. réf. : s'engouffrer. — Littré démontre que
gouffre est le même que golfe : ce qui justifie la présence de l.
z pour 1 :
bzuter, v. a. : bluter. — Se dit au figuré dans le sens de
parler longuement et d'une façon peu distincte.
s pour X :
escuser, v. a. (c = 2o) ; — (N. ; provençal escusar, Litt.) :
excuser. — La forme escuser se rencontre souvent dans les écrits
du xii^ et du xm« siècle.
espliquer, v. a. (N.; italien, esplicare, Litl.) : expliquer. —
D'après Litlré, expliquer a été refait sur le lalin {explicare), la
forme d'origine étant esployer.
2. — Déplacement d'une lettre ou d'an son.
Noms.
berbis(N.; — T. m. — Berry, picard, Litt.). — Bas-latin/ ôe?'-
bica, berbix : brebis, du latin, vervex, bélier. — La forme ber-
bis se rencontre constamment jusqu'au xii« siècle. — A rapprocher
les mots berger., bergerie., bercail.
bertelle (Berry, Litt.) : bretelle.
chadron (Normand cardron, Litt.) : chardon.
échadre : écharde (dans le sens primitif de piquant de char-
don). — De chadron pour chardon. Le patois emploie surtout le
mot échadre pour désigner deux plantes épineuses : le panicaut
champêtre (eryngium campestre, L.) et la centaurée chausse-trape
(centaurea calcitrapa, L.).
feurlon (T. m.) -. frelon.
ferdaine (ai = 20 ; — (N.) : fredaine.
guerlot (gu = 27) : grelot.
guenrdin (gu = 27); — (bourg, guerdin, Litt.) : gredin.
pimpernelle (picard, Litt.) : piraprenelle.
- 64 -
queurson (<ju = 25) ; — (picard, kerson, L'\H.) : cresson. —
Bas latin, qiiersoneria, cressonnière.
3. — Suppression d'une lettre ou d'un son.
Noms.
é :
loquence (T. t. m.) : éloquence (s'applique aux gens qui par-
lent d'abondance et ont le verbe haut), — Du latin loqui.
marcage : marécage.
range : rangée.
e :
derrier : derrière.
poussier (T. t, 1. m.) : poussière.
eu :
essi (e = 10); — (Berry, aissis, Litt.) : essieu. — Essi parait
venir directement du latin axis, tandis que la forme essieu ne peut
se rattacher qu'au diminutif axiculus.
i :
cusine (c = 2b) ; (bourg, cusène^ Litt.) : cuisine. — Bas latin
cusina.
cusinier (c = 25, ni = 29); — (bourg, cusenei, Litt.) : cuisi-
nier.
o :
reloge, masc. (Berry, reloge, masc, bourg, reloge, Litt.) :
horloge.
c :
sucession (e = 10); — (N.) : succession.
d:
genre (T. m. ; — bourg., jarre; provençal, genre, Litt,) :
gendre. — Genre, pour gendre, se trouve dans le vieux français.
t:
digession, indigession (e=10); — (genevois digession,
Litt.) : digestion, indigestion.
1:
âtier (â == [3]) : atelier (se prend surtout dans le sens d'une en-
— 65 —
treprise difficile à diriger). — Suppression des lettres el pour éviter
la combinaison li (voir page 14)',
bier : bélier.
bourrier (ou long) : bourrelier.
chandier : chandelier.
chapier : chapelier.
épingue (N. ; — genevois, Litt.) : épingle.
gife (N.) : gifle.
musière (è = [10]) : muselière,
onque (N.) : oncle.
puie, parapuie (u =: 1) : pluie, parapluie.
râtier (â = 3)* : râtelier.
roa (T. t.) : roule ou rouleau (instrument d'agriculture).
sabière (a =[3], è = 10) : sablière (carrière de sable).
sanguier (gui = 27) : sanglier.
saux, fém. (T. m. a.; — normand saiix; Berry saulx (pron.
sd), Litt. : saule.
Les premiers qui abordèrent à l'Arche-Fendue reconnurent
les saux de la prairie là où le dixenier Barder disoit estre lés
ennemis (H.).
tabier : tablier.
tonnier (on = 16)^ : tonnelier.
trèfe (N.) : trèfle. — Bas latin treffa, trèfle.
il (mouillé) :
seu, masc. : seuil.
âbre (â = [3]); — (T. y. m. a.; — bourg., genevois et picard
abre; Berry âbi'e, Litt.) : arbre.
cède : cercle (de tonneau, de roue, etc.).
chanve, fém. (Berry c/iam6e, fém. ; picard cant'<?, fém., Litt.):
chanvre. — Bas latin, chambe, chanaba, chanava^ d\i [dt'm can-
nabis ; aucune de ces formes ne paraît propre à amener une r.
gas (a= [3]); (picard ga; Berry g as j Litt.) : gars.
maîte (aï = [11]; picard mète, Litt.) : maître (seulement dans
quelques locutions : maîte d'école, maîte d'hôtel^ etc.).
1. La même remarque s'applique aux mots bier, bourrier, chandier,
chapier, musière, râtier, sabière, sanguier, tabier, tonnier.
2. Dans âtier, râtier, le t conserve sa valeur naturelle.
3. N conserve ici sa valeur naturelle.
5
— 6G --•
mécrédi (genévois^, bourg, et picard mëcredi, Litt.) : mer-
credi.
pédrix, pédriau (wallon piétri, perdrix; Berry perdriaii,
perdreau, Litt.) : perdrix, perdreau.
pédrigon : perdrigon.
souci (genevois, Berry et normand, Litt.) : sourcil.
Adjectifs.
i ;
bileux : bilieux. — On trouve dans le bas lalin bilosus, qui
correspond à bileux.
b:
ostiné (N. ;— T. m.) : obstiné^ têtu.
d :
tenre (N. ; — T. t. m. ; — bourg, tarre; provençal, tenrCy Litt.) :
tendre.
r :
clai (lait) : petit lait. — Clai est mis pour clair ; — on dit clai
pour clair, dans le sens général du mot, à Sainte-Menehould et
dans les environs.
prope (N.; — bourg, prôpe, Litt.) : propre,
paure (Berry, picard, Litt.) : pauvre. — Le u tombe lorsque
trois consonnes se rencontreraient : mon paure vieux ; le paure
cher homme; le paure petit. Partout ailleurs on ait pauvre : le
pauvre homme; ma pauvre enfant.
Verbes.
i :
cusiner, v. n. (c ^ 25) : cuisiner.
Voir, page 31, la liste des verbes en dre^ qui perdent le d à l'in-
finitif.
sâcler, v. a. (wallon, sdcléj Litt.) : sarcler (ne se dit guère que
dans le sens particulier de couper les chardons dans les avoines).
Le bas latin donne en même temps les formes sarclare, sar-
cleare, sarcolàre, sarculare, qui sont en faveur de sarcler, et
saclare, qui est en faveur de sâcler.
Il y a lieu d'ajouter ici :
.- 67 -
1» Les verbes en ir qui perdent r à l'infinilif (voir page 30).
2* Les verbes en cire et en fre qui perdent également 7* à l'in-
finitif et dont la liste se trouve page 31.
b:
Ostiner (s'), v. réf. : s'entêter.
1;
gifer, v. a. : gifler. — (Voir gife pour gifle, page 65.)
s :
bâculer, v, n, (â = [3], c = 25) : basculer, — Littré rattache
basculer k bascule, en îaisa.nl remarquer que la vraie forme de ce
dernier devrait être bacule.
4. — Addition d'ane lettre ou d'un son.
Noms.
é:
bandée : bande, troupe.
arichal (fil d') : fil d'archal. — Fil d'archal est une locution
souvent estropiée en fil cVaréchal ou fil (Varichal, ou même, du
temps de Vaugelas, fil de rtchar (Litt.).
u :
artuison : artison. — On a dit autrefois artuison en français.
Littré cite cette phrase du Glossaire du P. Labbé (xiv« siècle) ; Ar-
tuison^ c'est ver de drap.
bagle : bague.
lait-1-aigre : lait caillé (lait aigre).
lameçon : hameçon. Lameçon est formé par une agglutina-
tion abusive de l'article V avec le nom hameçon. Les mots fran-
çais loriot (de oriolus), lierre (de hedera), luette (de uvetta) ont
été formés par le même procédé et méritent la même critique.
loquet (qu = 2o) : hoquet '. — Même remarque que pour le pré-
cédent.
1. Voici en passant une recette dvt crû pour se débarrasser du hoquet
Répéter six fois de suite, sans s'arrêter, ces vers (?) peu cabalistiques :
Loquet,
BilLoquet,
Saut' la ru',
Je o* l'ai pas.
— 68 —
u :
hume (h asp.) : hure (et lête eu général). *
r :
sangsure (picard sangsurnë, sangsure, Litl.) : sangsue.
c (dur) :
courlic : courlis.
malfaicteur : malfaiteur. — Pour expliquer la présence du c,
il sérail facile de faire intervenir le latin malefactor, mais cela
ne prouverait absolument rien, ni étant ac transformé, et le c ne
pouvant par suite que faire double emploi.
t :
pochetée : pochée (aussi bien si le mot poche s'applique à une
poche de vêtement qu'à une cuillère à servir),
. s :
tousse (Berry, tousse ou tusse, Litt.) : toux. — Du latin tussis.
Adjectifs.
1 :
ébouriflé : ébouriffé.
ridelé -. ridé.
d:
déchevelé : échevelé. — On a dit aussi deschevelé (Litt.) ;
cette dernière forme est dans Rabelais,
Verbes.
n :
bleuni, v. a. : bleuir.
t :
empocheter, v. a. : empocher. Voir pochetée ci-dessus : ces
deux mots paraissent formés de pochette plutôt que de poche.
rebecqueter (se], v. réf. : se rebecquer, regimber.
rebrousseter, v. a. : rebrousser.
qu :
trique'r, v. a. (T. y.) : trier.
en :
enaigri, v. a. : aigrir..— Le mot enaigrir est aujourd'hui
- 69 -
tout à fait vieilli et inusité en français. Ce n'est pas sans quelque
étonnement qu'on le rencontre sous la plume sévère de Malherbe;
il est vrai que le passage où il figurait n'a pas été maintenu :
Ta douleur, Cléophon, sera donc incurable,
Et les sages discours
Qu'apporte à l'adoucir un ami secourable,
L'enaigrissent toujours.
(Varianle à la première strophe de la céJèbre
Ode à du Périer : édition Hachette, collection
des Grands Ecrivains).
III. - MOTS NE PRÉSENTANT QUE PEU OU POINT
DE RESSEMBLANCE AVEC LE FRANÇAIS
Noms.
adre (a= 2); — (jadre, T. t.) : œuf sans coquille, dont toute
l'enveloppe consiste en une mince pellicule. — Se dit harde (avec
\'h aspirée) dans les environs de Vitry.
affairée (ai = 9) : s'emploie surtout dans la locution unne bonne
affairée, signifiant une grande quantité.
âgées (â = [3]) : êtres ou aîtres. Connaître les âgées, c'est-à-
dire connaître les êtres, la disposition des différentes pièces
d'une maison.
aîné (aî = [10]) ; — (T. m.) : marc de raisin ; eau-de-vie d'aine:
eau-de-vie de marc. — Bas latin, acinus, pépin de raisin ; esna, marc
de raisin.
{Joigne (oi = 22) : aveline. — Le mot aloigne est une contrac-
tion d'aveline, dans laquelle la syllabe ve est totalement disparue.
aloignier (oi = 22) : avelinier.
alondre (T. t. m.) : hirondelle. — Dans l'ancienne langue, le
nom de cet oiseau était aronde ou ironde^ qui ont pris ensuite les
formes diminutives arondelle ou irondelle; ce dernier ayant repris
\'h du latin hirundo, est devenue la forme moderne /li'/oyide^ie.
Alondre, qui n'est pas sans analogie avec la forme provençale
yrundre (Lilt.), paraît être une déformation à'aronde : ce der-
nier subsiste encore en français dans l'expression à queue d'à-
ronde.
alumelle : lame de couteau. — Mot français qui s'appliquait
à une lame quelconque (de couteau, d'épée, etc.), complètement
vieilli et tout-à-fait inusité aujourd'hui en dehors des patois. Ce
mot, dont la vraie forme devrait être alemelle ou allemelle, vient
de à et de lamelle, diminutif de Lame.
anglas (a = [3]) ; — {anglois, T. m.) : tarte en prunes. — Ce mot
ne peut être qu'une déformation d'Anglais ; la forme anglais^ citée
— 70 —
par P. Tarbé, ajoute beaucoup de poids à cette hypothèse. Ce qui
vient encore à l'appui, c'est qu'on pose couramment la question
suivante aux bambins barbouillés de rouge par le jus des prunes
cuites : « Tu l'as don battu avé les Anglais? » La couleur rouge
paraît être pour quelque chose daqs l'allusion aux soldats anglais,
qui ont si longtemps occupé nos provinces.
aoûtat (pron. a-ou) : animal presque microscopique de couleur
rouge, qui s'introduit sous la peau et cause de vives démangeai-
sons. — Sans doute d''août (que le patois prononce a-oût), ces bes-
tioles étaqt inconnues en dehors de la saison deg grandes cha-
leurs,
ariâtu (â = [3]) : jeu d'enfants. — Ce mot, quis'appliqueaujeu
des quatre coins (joué à cinq entre quatre arbres placés en carré),
ne pourrait-il venir du latin aries, arietem^ bélier, à cause des
bonds et des chocs qui s'y succèdent sans interruption?
arlequin (qu = 25); — (erlequin, feu follet, revenant,
T. a, m.) : feu follet. — Les feux follets, qui se montrent la nuit;
le plus souvent dans le voisinage des sépultures^ et que leur ex-
trême légèreté rend très mobiles, fuyant quand on en approche
et semblant poursuivre celui qui les fuit, ont de tout temps exercé
une vive impression sur l'imagination des bonnes gens de la cam-
pagne. Le mot arlequin est à rapprocher de la menée ou mesnie
à'Hellequin ou Herlequin, danse des esprits du sabbat dans les
contes populaires du moyen âge, et de VErl-Kœnhj^ ou roi des
aulnes de la ballade allemande. Les hannequets de la légende
argonnaise, « petits hommes qui se promènent sous bois pendant
la nuit avec des flammes rouges en guise de chapeau* », doivent
appartenir à la même famille, tout du moins au point de vue de
Tétymologie.
armona (o = 16) ; — (T. 1.; bourg, et genevois armana^ Litt.) :
almanach. — Corruption très répandue du mot almanaçh,
assin ou accin (dans la désignation des propriétés rurales, pn
écrit habituellement acc/?2, mais on prononce ascin ou acin (in =
20) : enclos attenant géuçralement à la maison d'habitation. —
Du bas latin ascinus, propriété murée, enclos; du verbe latin
accingere, entourer, enceindre,
aunelle : aune (arbre).— Ce diminutif féminin est le seul mot
employé par le patois pour désigner l'aune.
audivi (T. m.) : root employé seulement dans la locutioo avoir
Vaudivi, qui signifie avoir la hardiesse, prendre l'initiative. -- ^u
latin audere, oser.
bacâilleux (u — [3]) -.celui quibacâille, — Voir bacdiller, page
103,
bacot (a =5= 2) : bgtte d* paills. — Ce mot s'applique dans notr«
patois à une botte de paille (paille de blé ou de seigle) bifasci-
\, A. Thwiriet, La Ghanoinesee.
— 71 —
culf'e, c'est-à-dire avec moitié des épis tournée d'un côté et moitié
de l'autre. Dans les environs de Vitry, on dit haquolor pour si-
gnifier battre légèrement le blé en frappant les épis par poignées
sur un tonneau ou un baquet. Est-ce là l'origine du mot bacot^
que dans ce cas il vaudrait mieux écrire baquot? La difficulté est
que le mot bacot, tel que notre patois l'entend^, s'applique à la
paille complètement séparée du grain. Bacot ne doit d'ailleurs
pas s'employer partout dans le même sens, puisque P. Tarbé
donne les mots suivants : bacot (t.)j botte de paille non battue;
bacocher (t.), battre le blé légèrement; bacottée (m.), fourrage
pour les brebis.
badrée : marmelade, farine ou toute autre substance délayée
dans l'eau. — Vieux mot français.
En lait doulx pour les flancs et badrees du couvent
pour l'année. (Compte de 1505, Saint-Omer. — Cité par
Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne Langue française).
bagnole (T. m.) : maisonnette de chétive apparence.
baillot : émouchet, sorte d'épervier. — Peut-être du bas latin
badius, baius, fauve, bai-brun (italien baio)^ à cause de la couleur
fauve du plumage. — On dit rabaillet dans les environs de
Vertus.
balle : berceau en osier. — Peut se rapprocher de banne, pa-
nier ou manne en osier.
barlues : tiges et épis que l'on ramasse avec le grand rftteau
ou r'tiaxc (voir page 95). — On dit aussi réyrainées.
basigueule (gu = 27) : petit herpès des lèvres. — La dernière
partie du mot s'explique toute seule; la première présente beau-
coup plus de difficulté.
basquotte : écope. — De basquer (voir ce mot, page 103).
bassière (a = [3J, è = [10]) ; (T. m. 1.) ; vin trouble et désa-
gréable au goût qui finit le tonneau. — De bas, adjectif.
battotte : plateau rond en bois avec un long manche, que l'on
introduit dans la baratte ou serène pour battre le beurre. — De
batte (battre) et du suffixe oite servant à former des noms d'ins-
truments (voir page 4o).
berdinotte : jeu de tonneau.
bestial (ti = 25); — (T. m.; — Berry, Litt.) : bétail. — Bas
latin bestiale, bétail.
... Et de n'aller courir ny prendre par les champs, fermes
et métairies, aucuns chevaux, juraens, bœufs, vaches et aul-
tre bestial.
(Déclaration du roi Charles IX (28 août 1572), citée par
Cl. Haton).
— 72 —
Le menu bestial, comme brebis et moutons, eut fort à souf-
frir. (Cl. Haton).
bêtot (ê = [iO]) : jeune animal ou animal de petite taille. — De
bêlCy avec le suffixe diminutif ot. On dit bétin, même sens, dans
les environs de Montmirail.
bouillotte : petite lucarne et plus particulièrement petite ou-
verture pratiquée dans le bas d'une porte de poulailler. — De
beûiller, regarder curieusement (voir page 104), cette sorte de
minuscule fenêtre éveillant l'idée d'un œil ouvert.
beûtier (ti = 25) ; — (T. m.) : conducteur de bœufs. — Le pa-
tois compose volontiers des dérivés en faisant intervenir la lettre t,
sans se préoccuper de ce qu'exigerait la filiation du mot. — Voir
coxitiauter, page 105; dépiauter, page 101.
bicêtre (ô = [10]) : fou, ou tout au moins idiot, imbécile. — Ce
nom vient de l'établissement d'aliénés situé à Bicêtre, près de
Paris; on a dit un bicêtre pour un écbappé de Bicêtre.
biguë (g = 27) : cousin (insecte), moustique.
bilbâtiaux (â = 3, ti = 25) : ramassis d'objets de peu de
valeur.
bilot (T. m.) : oie. — Le mot biiot s'applique à l'espèce en gé-
néral ; pour désigner plus particulièrement la femelle, on dit
hilolte.
biron : âne. — Ce nom donné à l'animal à longues oreilles
peut être rapproché à'Aliboron.
bitard : oiseau auquel parait avoir été attribué un rôle assez
fantastique dans les récits du temps passé. Dans le domaine des
faits réels, c'est la grande outarde ; le mol bitard vient du bas
latin bistarda pour avislarda, outarde : ce dernier mot signifie
oiseau lent, à cause de la marche pesante de l'outarde.
blosse {balossey sorte de prune, T. m.) : espèce de prune :
Environ quinze jours avant de vendanger, il feit par chas-
cuna matinée des brousliars assez gros et espès, qui en-
graissèrent lesdits raisins en telle sorte qu'estans au temps
des vendanges, les grains se trouvèrent gros comme petites
blosses. (H.).
boite (oi = 13) : saveur particulière qui caractérise un vin. —
De boii'e.
bouchère (è = [10]); — (T. t. m.) : sac de toile que l'on sus-
pend à la tête des chevaux pour leur faire manger l'avoine.
bouchon (ou bref) ; — (namurois bouchon^ bourg, boucho,
Lilt.) : buisson. — Buisson vient du latin buxus^hais, et signifiait
à l'origine touffe de buis; si bouchon n'est pas une altération
de buisson, sa forme permet de le rattacher directement à l'alle-
mand Busch, buisson.
- 73 -
bouchot : bouchon ; couvercle; porte de tour. - Du verbe
boucher.
boude (T. t. m.) : nombril; baisure d'un pain. — Bas latin
bodellus, nombril. Le vieux français avait le mot boudiné à^ns
le même sens ; on dit boudette dans les environs de Mont-
mirail.
boulois (oi = 15) : bouille, long bâton terminé par une masse
de bois, et servant à troubler l'eau pour la pêche. - Pour bouloir,
du verbe bouler^ troubler l'eau.
boulu : bœuf bouilli. - C'est le participe passé du verbe bouli
(pour bouillir) employé substantivement (voir page 30).
bourserole : nom que le patois donne à deux plantes : la
scabieuse des champs (scabiosa arvensis, L.), et la centaurée
jacée (centaureajacea^L.).
bousquin (qu = 25); - (bisquinet, T. t.) : jeu d'enfant où l'on
se sert de deux bâtons, l'un long et mince, l'autre gros et court,
ce dernier appelé plus spécialement bousquin.
boyeux (oy = 15 : bouê-ieux) : charretier qui va chercher du
bois dans les forêts situées à une assez grande distance du village.
- Du mot bois avec le suffixe eux pour eur, le tout réuni par un
procédé de dérivation ultra-fantaisiste.
brassot : ce qu'on peut porter sous un bras. - De bras ; le
patois, comme le français, a le mot brassée, signifiant ce quon
peut porter entre les deux bras.
brisaque (T. 1. m.) : qui abime tout - Dérivé fantaisiste de
briser.
brochets (ets = [il]) : dents longuement saillantes des vieux
sangliers. — Du latin brocchus ou broccus, dent saillante.
brochois (oi = 15) : petit marteau dont l'un des bouts présente
deux courtes branches rapprochées qu'on passe sous la tête d un
clou pour l'arracher. - De brocchus ou broccus, d où viennent
également broche, brochette, broquette, ce dernier désignant une
sorte de clou.
brognotte (o = 16) : jeune pousse d'un chou dont latêteavait
été précédemment coupée. - A rapprocher de brocoli, sorte de
chou, dont le nom, qui s'emploie aussi pour désigner les jeunes
pousses d'un vieux chou, vient du mot italien 6roccoit, au singulier
droccoio, diminutif de brocco, rejeton ou branche pointue. La
forme et le sens du bas latin broca, pointe (voir le mot suivant)
se retrouvent donc ici.
broque (T. a. m.) : dent. - Bas latin, broca, dent, pointe.
(Voir le mot brochets, ci-dessus).
brouat (bruant, crécelle de lépreux, T. t.) : crécelle. - On dit
aussi brouin dans les environs.
buat (u = 1) : étui que le faucheur porte à la ceinture et qui
contient la pierre à aiguiser dans un peu d'eau. - Bas latin buare.
- 74 -
arroser, mouiller. A rapprocher des mots huer, lessiver (vieux
français), buée, buanderie.
bûjllasse (pron. bû-illasse) : buse. — Déformation curieuse
et assez difficile à expliquer du mot buse. Il y a dans le patois un
certain nombre de mots où s (prononcé s) devient ill..,
(aiguiller pour aiguiser, réiiller pour attiser, reluillani pour
reluisant, etc.). Cette transformation {bûille pour buse) étant
admise, la finale asse peut y avoir été ajoutée comme dans
beaucoup de mots français où elle est le plus souvent péjo-
rative : paperasse, tignasse, populace, etc.
busotte : burette à huile. — C'est le mot burette ayant subi
une double transformation : 1° adoucissement de r en s comme
dans les finales ure changées en euse (voir page 4G) ; 2» change-
ment de eite en otte, très fréquent dans le patois (voir page 44).
caget ; dressoir en osier pour les cuillers. — Le mot cage a
servi par extension, pour désigner toute sorte d'ouvrages en osier ;
ou l'applique particulièrement à un panier long et plat servant à
porter le beurre et les œufs au marché. Caget est un diminutif du
mot cage pris dans ce sens.
cageotier (ti = 25) : vannier, fabricant de paniers. — De cage,
sorte de panier : voir le mot précédent.
cailleberda : sorte de confiture faite avec les baies de sureau.
— La première partie du mot se rapporte évidemment au jus du
fruit qui se prend en gelée ou se caille; la seconde partie s'expli-
que moins facilement : on dit bertas, tout court, même sens, dans
les environs de Vertus.
calandeau (au = 4) : petit cheval. — Ce mot se prend dans un
sens assez peu favorable.
cale : bonnet. — Vieux mot aujourd'hui tout à fait inusité en
français, et dont le sens suîjsiste seulement dans le diminutif
calotte.
calmande : femme de mauvaise mine.
cani : caneton. — De cane.
canotte : nom donné par le patois à plusieurs plantes aqua-
tiques : le populage des marais [callha palustris, L.), le nénu-
phar blanc (nymphœa alba, L.) et le nénuphar jaune (nymphasa
luiea, L.). — Diminutif de cane, les plantes dont il s'agit vivant
dans l'eau.
carapie (T. m.) : charogne. — De caro, chair.
carcan (an = 16) : vieux cheval.
carcanier (ni = 29) ; équarrisseur. — De carcan.
carne (ou carme) : charogne. — Du latin caro, carnem,
chair. Carme est une forme altérée du même mot : les deux
s'emploient surtout comme termes de mépris.
carniau (ni s= J9, au = 4); — (T. m.) : soupirail, petite fenê-
tre. — Ce mot est le même que créneau : le bas latin a dans ce
- ^5 -
dernier gens les formes harneus, kernellusy quarn«llHs, quer-
nellus.
çarniaux (ni = 29) : cerneaux. — La double altération que
présente la forme patoise a déjà été étudiée et peut se passer
d'explication.
carriau (a = [3]) : carreau. — Cette forme s'emploie surtout
dans le sens de planche de jardin.
casse (a == [3]) ; — (T. t. m.) : bassin en cuivre à longue tige
servant à puiser de l'eau, — Du bas latin cassa^ poêlon, à cause
de la forme. A rapprocher de casserole.
cellier (lli = 28) : dressoir. — Du bas latin caliclare, calicla-
rium, buffet, dressoir, venant de calix, vase.
cemetière fém. (e = 16, ti — 25, è = [lOj) ; — (Berry ceme-
iière, bourg, cemeteyre. Litt.) ,- cimetière. — Du latin cœme-
terium, forme dans laquelle ce peut donner au moins aussi bien e
que i.
cérug-ien ."médecin. — Déformation du mot chiricrgien, déjà
représenté dans le iias latin par les formes cerurgicus et ceru-
siciis.
chabin : peau de mouton teinte en bleu dont on garnit les
colliers des chevaux de trait ou de labour.
chadronnet (on _^ 16); —(normand Berry, chardonnet, L,):
chardonneret. — Voir chadron \)Q\xv chardon., page 63.
çhaguin (gu =s: 27) : mauvais couteau.
chahouître : ce mot bizarre s'est employé pour désigner un
jeune garçon habillé à la diable et à la lignasse ébouriffée. — A
rapprocher de houîte ou houltit (voir page 8o), dont le sens
rend très bien l'aspect d'une tête mal peignée.
çhaillée : camomille puante {anthémis cotula, L,).
charculot (c = 2d) ; — (T. t. m.) : le dernier éclos de la cou-
vée, et par extension le plus jeune de la famille, le dernier-né.
— On dit culçt dans d'autres villages.
cbarqueue (qu = 23) : pj'êle, — La syllabe char paraît être
une contraction de cheval ; le mot charqueue serait alors la tra-
duction du mot savant equisetum, prêle, signifiant crin ou queue
de cheval.
. châsière(â= [3]), è = [10]); — (T. t.) : espèce d'armoire à
claire-voie en osier pour sécher les fromages. — De caseus, fromage.
cbâtelot (â = [3]) : espèce de grappe formée par la réunion
accidentelle de plusieurs fruits : cerises^ prunes, noix, noisettes, etc.
— Littré définit ainsi l'une des acceptions du mot châtelet :
jeu auquel les enfants jouent en assemblant des noix ou des mar-
rons en pyramide ; peut-être est-ce l'origine de notre mot chdle-
lôt. Dans d'autres localités, on dit (rochetet, môme sens.
cbaussas : bas. — Usité surtout dans la locution Liasses de
- 76 -
chausses (li = 28), jarretières formées d'une bande d'étolTe nouée
autour de la jambe.
cheneveux (Berry cheneveu, Litt.) : chèaevis. — Cl. Haton
écrit cheneveix.
chîta : scieur de long auvergnat ou limousin. — Formé du
mot scier, tel que le prononcent les Auvergnats.
chorrou (o = [5]); — (charrous,T.i. ; — houvg. charroi, Liii.):
charrier, drap de grosse toile qui dans la lessive enveloppe la char-
rée. — C'est une variante du nom charrier, de charrée^ proba-
blement dérivé de cineratay cendrée (Litt.).
chons : rillons. — On trouve dans Godefroy : chaon, partie
du lard qui ne fond pas à la poêle et se grille. A rapprocher
encore de chaillon, lardon (patois de Sainte-Ménehould).
clacot : tout objet qui claque; — au pluriel, ce mot se dit
surtout du rhinanlheou cocrisie {rhinanihus crista galli, L.), plante
qui, étant sèche, claque, c'est-à-dire fait du bruit quand on la
remue.
claque, fém. (à = [3]) : fouet. — De claquer, dont claque ne
dilfère que par l'allongement de Va.
claviau (au = 4) : claveau^ clavelée. — Du latin clavellus,
diminutif de claous, doa : maladie caractérisée par des pustules
en forme de clou.
clive (T. a. m.) : crible. — Le latin cribrum ne peut guère ren-
dre compte de la forme ciiue, qui d'ailleurs se retrouve dansbeau-
coup de patois.
clochottes : ancolie. — Diminutif de cloche, à cause de la
disposition des fleurs, qui pendent comme autant de petites clo-
ches.
cloque : espèce d'ampoule formée par une brûlure, une piqûre
d'ortie, etc. — De cloche (picard cloque, Litt.).
clouclourde : coquelourde {anémone pulsatilla, L.).
cochet : robinet en bois. — Sans doute le même que cochet,
petit coq, à cause de la forme qui imite vaguement une tête d'oi-
seau.
cochounot : cloporte. — Cloporte se dit aussi porcellion en
français : cochonnot est un diminutif de cochon, comme porcel-
lion est un diminutif de porc.
cogniau (o = 16, au = 4) ; — (T. t.) ; petit pain ou gâteau qui
s'offre à la fête de Noël, et, par extension, tout cadeau fait à l'oc-
casion de Noël. — Bas latin coniadum, cuneus, gâteau :
Despens de froment. Pour le3 coigniaux aux dames, à
Noël. (1288. Compte du Paraciet_, f 14. Archives de l'Aube.
— Cité par Godefroy).
colée (T. m.) : le contenu d'un sac de grain. — De col, les sacs
pleins de grain se portant sur le dos et le cou.
— 77 —
coquassier (T. m. ; — Berry, Litt.) : coquetier. — C'est le
mol coquetier, conservé dans sa partie essentielle et affublé d'une
désinence fantaisiste (on est tenté de dire cocasse). Liltré tire
coquetier de coquet, diminutif de coq : ne peut-on pas, sans irré-
vérence pour un linguiste aussi autorisé, proposer pour étymo-
logie le mot coque (œufs en coque, c'est-à-dire non cassés) ? Le
patois a le mot enfantin coco, dans le sens d'oîuf, qu'il paraît dif-
ficile de rattacher à coq.
côrasse (6 = [5], a = 2) ; — (T. m.) : grenouille verte (plus
grosse que la rainette). — Ce mot est généralement précédé de
raine -. raine côrasse. — Onomatopée présentant beaucoup d'ana-
logie avec le verbe coasser, qui exprime le cri de la grenouille.
cornot : angélique sauvage. — A cause de la tige creuse qui
sert à faire des cors ou cornets primitifs dans lesquels les enfants
soufflent pour en tirer des sons plus bruyants qu'harmonieux.
Cornot se dit encore pour une raison analogue de la trachée-artère
provenant d'une volaille, etc., où les enfants soufflent pour taire
rendre un son aux cordes vocales.
cornu : assemblage de pièces de bois qui se placent à l'avant
et à l'arrière d'une voiture à moisson. — Cet appareil présente
deux branches en forme de cornes : d'où son nom.
corpiau (au = 4) : copeau. — Copeau venant très vraisembla-
blement de couper {cauper dans le vieux français), on se demande
pourquoi le patois a introduit une r dans ce mot.
cossats (a = 3) : cosses vides de pois, de haricots, etc.
courgées : se dit de bandes qui se détachent sur un fond en
prenant une nuance plus accentuée, comme les marques laissées
sur la peau par les coups de fouet, les bandes jaunâtres qui se
dessinent sur un nuage chargé de grêle. — Du latin cor'rigia,
lanières, dérivé de corium, cuir, le sens original étant la trace
d'un coup de fouet, dont la partie essentielle est une lanière de
cuir.
courgeon {courjon., Chalon-sur-Saône, P.) : lanière de cuir
simple ou composée formant la partie principale d'un fouet. —
Même origine que le précédent. A rapprocher du mot escourgée.
coûtelée : ce que le faucheur abat d'un coup de faux. — De
couteau, la faux jouant le rôle d'un gigantesque couteau.
couversiaux : les deux cartons qui forment la couverture
d'un livre. — De couvrir, avec une finale propre au patois.
cremaillée (e = 16) ; — (picard crémaillé, champenois cra-
maille, Litt.) : crémaillère. — Le bas latin a les formes cremaLle-
ria, cramaculus, crammale, qui correspondent la première au
français crémaillère, et les autres aux différentes variantes indi-
quées.
crincherelle : crécerelle (oiseau de proie). — Variante assez
peu éloignée de la forme française.
- :8 -
crignasse : crinière ou chevelure. — De crin, avec le suffixe
péjoratif asse.
cule (c = 25) : ne s'emploie que précédé de l'adjectif grousse;
grousse cule, lourdaude. — Etymologie trop facile qu'il n'est
pas besoin d'indiquer plus clairement.
culeret (c = 25) : plaque de boue qui se ramasse derrière les
jupes par le mauvais temps. — Même observation que pour le
précédent.
curée (c = 25) : maladie des jeunes enfants consistant en plaies
très étendues qui couvrent tout ou partie du visage. — De cuir :
on dit cuirée dans les environs de Montmirail.
dagône (T. t. m.) : couenne de lard. — Godefroy le déûnit
simplement peau.
daguenelle : fruit desséché et ridé. — Godefroy définit ainsi
le mot daguenelles : pommes et poires séchées au soleil ou au
four que l'on mange en Carême.
damas, damâiller : prune, prunier. — Vient du pnmier de
Damas, rapporté d'Orient par les Croisés, et dont le nom géné-
ralisé a été appliqué à toute sorte de prunes et de pruniers.
darneillement (ei = [10]) : vertige. — De darnu, voir p. 100.
— P. Tarbé donne les mots darnie, dernerie, demuerie (T. t. m.),
qu'il définit maladie du mouton^ vertige.
davêne (ê = [10]) : sorte de prune très acide à peau vert-jau-
nâtre.
degouttière (ti = 25, è = [10]) : gouttière. — Du verbe dégout-
ter^ pour dégoutter (voir page 60).
dépointis : pièce de terre située transversalement par rap-
port aux aboutissants. — De dépointer, sortir de terre le soc ou
la pointe de la charrue quand on arrive à l'extrémité du champ,
déri (é = 10) : doigtier. — De doigt (nivernais det, Litt.), qui
a donné également dé (à coudre), du latin digitale, venant de
digitus, doigt.
devignotte : devinette. — De devigner pour deviner (voir
page 62), avec le suffixe otte pour ette.
drate (genevois darte, Litt.) : dartre. — Le patois a retaillé
ce mot à sa façon en déplaçant l'une des 7' et en supprimant l'autre.
dronniau (on = 16, ni=29, au = 4): nom que le patois donne
au cornouiller des haies (cornus sanguinea^ L.). — • Peut-être de
troène^ en admettant une confusion d'espèces dont le patois pré-
sente d'ailleurs des cas assez nombreux {blé ^onv seigle^ pois ^ouv
haricot^ etc.). Le picard dit driniau pour troène (Litt.), ce qui
paraît venir à l'appui de celte supposition.
ébranculotte : sorte de balançoire qui se fait en attachant
ensemble les branches pendantes de deux saules voisins. — Voir
s'ébranculer, page 108.
— 79 —
écalat (T. t.; — bourg, cala, calât, P.; — caillot^ noix, T.
m.) : uoix. — Du mot écale, brou de la noix, qui est uo doublet
d'écaillé.
échauffiture : échauffement (de l'intestinj, — De échauffei'y
avec une finale inusitée ea français, ou tout au moins réservée à
d'autres mots.
échelotte : sorte de petite échelle qui se place : 1» dressée sur
le devant d'une voiture à moisson ; 2° suspendue aux solives d'une
cuisine pour recevoir des provisions de ménage. — De échelle
avec le suffixe diminutif otte pour ette.
éclache : flaque d'eau. — Le radical de ce mot se retrouve
dans le français éclabousser et le patois églajoler (voir ce der-
nier, page 108).
éclavolle : plante qui se mange en salade au printemps. —
C'est la laitue vivace (lactuca perennis , L.).
écliche : ricochet. — Peut se rapprocher d'éclache (voir ci-
dessus).
écouflotte : vieille masure qui menace ruine. — Du verbe
écoufler (voir ce mot, page 108), avec le suffixe otte.
écourseulée(eu = 6) : ce qui remplit un tablier dont on rejoint
les coins.
écrâche (â=[3]) : enveloppe extérieure; exemples : brou déta-
ché de la noix, coquille d'œuf vide.
éfutiaux (ti=25) : petits objets sans utilité. — Peut-être de
futilis, futile.
égrape : agrafe. — Bas latin agrappa, agrafe ; le patois, selon
son habitude, a remplacé ici le suffixe a par e. Liltré, qui rap-
proche agrafe de grappin, dit que dans les textes du xv« siècle on
trouve agrappe.
emboisure (oi=lo) : placard (armoire qui fait partie de la
boiserie d'une pièce). — De en et de boiser.
émoûchis : botte de paille de seigle incomplètement battue.
— Voir le verbe émoûcher, page 109.
émusotte (bourg, émusôtej Litt.) : amusette. — Voir émiiser
pour amuser, page 42.
enteumotte : entame (d'un pain). — Voir enteumer pour enta-
mer , page 61.
entrappe (T. t.) : ce qui embarrasse la marche, et par exten-
sion, enfant qui se jette dans vos jambes, puis enfant en général.
— De en et de trappe, piège. — Voir entrapper, page 110.
envargée (T. t.) : mèche de fouet. — De en et de varge pour
verge (voir page 50).
épalonuiau (ni = 29, au = 4) : palonnier, — Le patois a ici
ajouté abusivement le préfixe é, comme dans éronce, érdce, etc.,
et changé la finale du mot palonnier.
— 8o —
épantiau (li=25, au = 4) : épouvanlail. — Now épanter pour
épouvanter, page HO.
équiaettes (qu = 25) : courbature résultant d'une marche
excessive. — Ce mot se rattacherait assez naturellement au verbe
échiner; mais l'existence de mots analogues dans d'autres patois
rend cette étymologie douteuse. P. Tarbé cite l'expression
avoir les queignas^ avoir des courbatures (t.); Perrault-Dabot
donne les formes cdgnias, cagniâts^ écagniârds, toujours dans le
même sens et il les fait dériver de cagnard, bonmie indolent,
qu'il rapproche de s'acagnarder^ la grande fatigue ayant pour
résultat d'obliger à l'immobilité. Tous ces mots se rattacheraient
au latin canis, chien, et il cite à l'appui de son opinion ce fait
que dans l'Yonne on dit avoir les chiens pour avoir les cdgniats.
érocheux : tireur à l'oie. — Yo\r érocher, page HO.
éroûsois : arrosoir. — Voir rousée pour rosée, page 53j —
éroûser pour arroser, page IH.
esclot : galoche. — Le mot esclofs est dans Rabelais avec le
sens de sabots : « Comme font les Limousins à bels esclots. > On
dit esclous dans d'autres villages.
essiétot : tout ce qui peut servir à s'asseoir; s'applique non-
seulement à un siège quelconque, mais à tout ce qui peut en faire
l'oftice, comme le tronc d'un arbre abattu, un bloc de pierre, une
botte de paille, le revers d'un fossé, etc. — B'essiéter pour asseoir
(voir page IH), avec le suffixe ot, qui indique l'instrument d'une
action.
estragot (T. t. y.) : escargot.
estribaud (T. t.) : toupie commune, — Peut-être du latin
turbOy toupie ^.
estroubillon (estorbeillon, T. t.) : tourbillon. — Toujours le
préfixe parasite é ou es, et nouvel exemple de déplacement de la
lettre r.
ételle : attelle (partie du collier des chevaux où les traits sont
attachés), — Voir ételer pour atteler, page 43.
étorniau (ni = 29, au = 4) : étourneau.
étranglons : partie dure qui se trouve au milieu des fruits à
pépins. — Du verbe étrangler.
évalon : gorgée. — De évaler pour avaler (pdige 43).
évugle (bourg, éveugle, Litt.) : aveugle.
évuglotte (à 1') : à l'aveuglette.
fafillotte : cil. — Paraît être le même que papillotte; le fran-
çais a le verhe papillotter, qui se dit en parlant des yeux et ex-
prime qu'on ne peut les fixer par suite d'un mouvement involon-
taire, dans lequel les cils ont une large part,
1 . Il y a bien encore le grec xpiuw, tourner ; mais l'influence directe du
grec sur le patois paraît fort problécaatique.
— 8i —
faignant (ai = 10) : fainéant — Faignant, que l'on est porté
à regarder comme une prononciation vicieusede fainéant, com-
porte une autre explication. Le verbe bas latin se fîngere, se
ménager, travailler mollement, était devenu en vieux français se
faindre, dont le participe présent, employé comme nom, aurait
seul survécu.
faînôtte (ai = [10]) : faîne. — Diminutif en oUe comme le
patois en présente un grand nombre.
fambrou : espèce de grand panier sans anse servant à porter
du fumier, de l'herbe, etc.— De fambrer, vieux mot patois signi-
fiant fumer (voir page 145).
fambrousée : le contenu d'un fambrou.
farreux (a = [3]) : ouvrier qui préparait le chanvre. — Du
bourguignon far, fer, les outils employés pour ce travail étant en
fer. On a dit ferreux dans d'autres localités ; il est question d'un
nommé Jehan Gillet, ferreux de chanvre, dans un c registre des
procès venus et escheuz » devant le maieur de la seigneurie de
Désiré* (13 novembre io36).
fenasse : se dit de plusieurs espèces du genre brome qui
poussent dans les prairies artificielles et donnent un foin dur et
cassant. — Du latin fenum, foin, avec le suffixe péjoratif asse.
fêteilleus : (ê = [10], ei = [10]) : invité qui vient à la fête
patronale. — De fcte. avec un suffise en eill... fréquent dans le
patois. Voir les noms noceilleux, page 89, harbeiller, page Si,
et les verbes coureiller, page 103, honteiller, page tl3, verdeil-
ler, page H 9, etc.
fevre (e de fe = 6) : fève. — En dehors des formes verbales
je levé, je semé (voir page 29), le patois a plusieurs mots où se
rencontrent deux syllabes muettes consécutives : fevre, lièvre,
sevré, etc. — On trouve dans le bas latin la forme faberra, fève,
qui peut expliquer la présence de r dans fevre.
fiate (fiete., T. m.) : confiance. — Du latin fides, foi. La forme
fiate a donné lieu à un jeu de mots souvent répété pour expri-
mer la déVmiice: N'y apoint de fiate, c'est comme dans /e « Pater «
des Xormands (allusion au mol fiat du Pater). — On à'd fiette
dans beaucoup de localités de la Marne.
fient (T. a. m.) : fumier, — Bas latin fiens, fumier. Fiente,
excrément, est une autre forme du même mot. Voici, à propos du
mot fient, une remarque assez curieuse. A Gaye, on dit couram-
ment mou connue du fient; dans les environs de La Ferté-Gau-
cher, on se sert d'une locution beaucoup plus hardie : être tout
fienty c'est-à-dire tout mouillé.
fillot, flllelle (picard fillole, bourg, fillô, Berry filial, fil-
Lole, Litt.) : tilleul, filleule. — De filiolus, fiUola, diminutifs de
filius, filia, fils, fille. On a longtemps prononcé fillol (Littré).
1. Aujourd'hui commune du Gaull-la-Forêt (Marne).
— 82 —
flu (de paille) : fétu. — Fin vient de fistula, luyaii, et j'èlu de
festuca, brin de paille : fistula et festuca peuvent d'ailleurs avoir
une origine commune.
forière (è = [10]) : se dit de quelques raies qu'on laboure en tra-
vers au bout d'un champ lorqu'il est impossible d'entrer sur le
champ voisin peur faire retourner l'attelage. — Sans doute du
latin foris^ hors, la formée étant à l'extrémité et presque hors de
la pièce.
fouire : foire (diarrhée).
fouirône (ù = [b]) : foirolle, plante {mcrcurialis annua, L.).
— Dérivé du précédent, à cause des propriétés purgatives de cette
plante,
fourchotte (T. t. m.) : petite fourche, se prolongeant en vrille,
formée par la vigne. — De fourche avec le suffixe diminutif olte
pour elle.
fournette : petit réduit ménagé au-dessous d'un four. — Dimi-
nutif de four.
foussotte : fossette (de la nuque).
franche : se dit des épis ou panicules de l'avoine. — Peut-
être le même que frange, les grains étant pendants comme les
filets dont la réunion compose une frange. Le patois dit d'ailleurs
franche pour frange (voir page 36).
frayon (ay=[10]); — (froyon, T. m.) : incommodité résultant
d'une marche prolongée dans la saison des chaleurs. — Du latin
fricare, frotter, devenu froier en vieux français, et frayer dans
la langue actuelle.
freuillon (eu = 7) : fruit parvenu à maturité sans avoir pris
son développement normal; — enfant chétif. — C'est certaine-
ment un diminutif de fruit ; je n'ai trouvé dans la basse latinité
aucune forme pouvant conduire à freuillon.
fromag'eot : le patois donne ce nom à deux espèces du genre
mauve {nialva sylvestris^ L., et malva rotundifolia, L). — Dimi-
nutif de fromage, à cause de la forme des fruits.
fromentière (li=25, è = [10]j : terre oùl'ou a récolté du blé
ou froment.
fromi, masc. (o = 16); — (bourg, frémi, Berry, /'romi, Litt.) :
fourmi.
fûchot ou fûchau (au = 4) : barreau de chaise, de cage ; tra-
verse d'échelle. — Sans doute variante du mot fuseau, à cause de
la forme :
Ledit seigneur, prenant ladittc lime, tua le rat en sa cage,
par entre deu.x fuschaux.
(Cl. Haton).
gabie (pour la prononciation, voir page 9) : chassie.
— 83 —
galarme (Brie, galarme, vent d'ouest, Litt.) : galerne (vent
du nord-ouest). — Bas latin yalaverna, vent d'ouest; celtique ou
bas-breton gwalern (Litt.).
garnoche : motte de terre et de gazon desséché. — Il y a
évidemment un rapport entre ce mot et le mot gazon ; toute forme
intermédiaire manque pour indiquer le passage de l'une à
l'autre.
gaulotte : jeu primitif qui se joue les yeux bandés et dont les
accessoires sont une gaule et un œuf couvi; le joueur revient à la
charge tant qu'il n'est pas arrivé à casser l'œuf avec la gaule. —
Diminutif de gaule.
geindeux (T. m.) : qui se plaint continuellement. — De geinde
pour geindre.
gelon : petite gelée. — Diminutif de gel, gelée.
gigier (T. 1. m.; — Hainaut, genevois, Berry, lorrain, picard,
Litt.) : gésier. — Du latin gigeria, gésier, qui conduit plutôt à
gigier qu'à gésier.
gland (an = 16) : bâton légèrement flexible servant à fixer les
poignées de paille dans les couvertures en chaume.
glas, toujours au pluriel (a = 2); — (T. t. m.) : iris ou glaïeul.
— C'est le latin gladiolus (de gladiuSy glaive, à cause de la forme
des feuilles), réduit à la première syllabe, — On dit glages dans
les environs de Montmirail.
glingotte : sonnette. — De gUnguer, sonner (voir page H2).
glingue : s'emploie dans cette locution : c'est de la glingue,
c'est-à-dire une chose sans valeur, malgré des dehors tapageurs.
— De glinguer, sonner, comme le précédent : à rapprocher de
clinquant.
glousse : (T. m.) : poule couveuse. — Du latin glocire, expri-
mant le cri de la poule qui appelle ses petits.
gnole ; coup. — Peut-être abréviation de iorgnole, dans le
sens particulier de coup.
gobelée : le contenu d'un gobelet. — Ce mot parait dérivé,
non de la forme moderne gobelet, mais du vieux français gobel,
venant du latin cupella, diminutif de cupa, coupe.
gomichon (o = 16) : espèce de gâteau. — Victor Hugo, dans
Notre-Dame de Paris, emploie camichon dans le même sens.
gort : conduit pour l'eau. — Littré, au mot rigole, cite le vieux
mot gort, qu'il fait dériver de gurgcs., gouffre.
gorgeri : gosier, gorge. — L'addition de la syllabe ri au mot
gorge ne s'explique guère.
goulafre (T. m.; — lorrain, Litt.) : glouton, goinfre. — Du
latin gula, gueule. Littié donne gouliajre dans le même sens.
gourite : bouche (en très mauvaise part). — Du latin gxda,
gueule.
— M —
gravière (è = [lO]) : plante fourragère (jarosse). — La furnie
dravière paraît beaucoup plus répandue qa^ gravière.
greumelets (els^[H]): sorte debouillie oùlafarine se retrouve
en grumeaux. — Du latin grnmus^ grumeau.
grillon: usité seulement dans la locution senti le grillon^pouv
sentir le grillé.
gripet : montée raide et courte. — De grimper (wallon griper);
la forme griper se trouve quelquefois pour grimper (Litt.).
groûselle : (Berry, Litt.) : groseille.
groûsier : groseillier.
guêche (gu = 27; ê= [10]): liège et plus particulièrement bou-
chon de liège. — C'est le mot liège mal prononcé.
guerlette (gu = 27) ; — T. t.) : brebis vieille et maigre. —
Bas latin gercis, brebis, ou gregaria, bergerie, du latin grex^
gregem^ troupeau.
gueuleton : bobo à la lèvre. — De gueule, mis pour bouche.
hacot (/( asp.) : chicot, ce qui reste du bois coupé, d'une dent
cassée, etc.
hallier (/t muette; Ui = 28) : hangar. — De halle.
hante (/i asp.); — (hante., manche, bois de lance, T. t. m.) :
manche de faux. — Godefroy donne le mot aanter, emmancher.
Autre mot à rapprocher : ente, manche de pinceau.
harbélette {h muette) : plante qui se mange en salade; c'est
la valérianelle, appelée aussi mâche ou doucette. — A la lettre
petite herbe (voir harbe pour herbe, page 50). La même plante
s'appelle éclairioite dans les environs de Montmirail, orillette à
Sainte-Ménehould : ce dernier offre une ressemblance frappante
avec celui de valerianella auricula, D. G., donné par les bota-
nistes à une espèce du genre valérianelle.
harbeiller, ère (h muette; ei=^[10]), è^=[10J) : celui ou celle
qui ramasse des herbes dans les champs. — ûe harbe pour herbe,
avec la terminaison en eill... commune dans le patois.
harcélier (/» muette ; li = 28) : qui fatigue par des obsessions
réitérées. — 'Voir harceler, page 112.
haricandier {h muette, di = 27) : homme qui exerce un mé-
tier pénible et peu lucratif; se dit en particulier d'un petit culti-
vateur. — On dit harcotier, même sens, dans les environs d'Éper-
nay; ce dernier nous conduit comme origine au verbe harceler
(voir page 112), dans le sens de s'épuiser en etïorts inutiles. Une
preuve qu'il en est bien ainsi^ ce sont les mots suivants, enregis-
trés par P. Tarbé et signifiant petit cultivateur : hannoyeux et
hanotier, qui peuvent s'écrire anoieux et anotier. Ces derniers
se rattachent évidemment à anôier (voir page 103), qui, comme
harceler, a le sens de s'épuiser en efforts inutiles.
hat {h asp.) : chacune des enjambées qu'on fait pour mesurer
approximativement une dislance. — \o\r hat er, page 113.
— 85 —
hautons (/t asp.); ^T, a, m.): menus grafns et autres débris
qui restent après le nettoyage du blé. — Bas latin halto, hauto,
même sens,
havot (/( asp.) : crochet à plusieurs branches dont on se sert
pour retirer les seaux tombés an fond d'un puits. — Bas latin ha-
vêtus, croc, crochet.
hâyet {h muette; â=[5]): porte de jardin en ramilles. — Ce
mot est évidemment un diminutif de hâ (haie). Le patois, se sou-
ciant fort peu de la logique, prononce la hâ (h asp. et Vhâxjet (h
muette); le français en use d'ailleurs de même pour les mots
héroinej héroïque {h muette), dérivés de héros (h aspirée).
heurlons {h asp.) : hurlements. — De heurler pour hurler
(Voir page 61).
hiarre (h asp. ; a=[3j); — Berry hierre, liarre; bourg, liare^
Litt.) : lierre. — Du latin hedera; la forme hiarre est plus con-
forme à Tétymologie que lierre; le français a d'abord écrit ïierre
ou l'hierre avant l'agglutination malencontreuse de l'article. Le
patois emploie le plus souvent ce mot au pluriel : des hiarres.
hoque {h asp.) : éclat de souche.
houbilles (/t asp.) : bardes.
houîte {h asp.) : grosse butte cylindrique formée dans les
marécages par la réunion des racines de carex. — On dit houXtre
dans les environs.
houlant (/» asp.) ; — {houlier^ vagabond, débauché, T. m.) :
étranger de mauvaise mine^ vagabond.
houlis {h asp.) : grain de poussière ou particule très fine qui
voltige dans l'air : avoir un houlis dans l'œil. — Du verbe houler,
remuer en tous sens (voir page 113), l'action de remuer fortement
soulevant la poussière et les corpuscules légers.
houssot {h asp.) : houx. — Forme diminutive du mot houx.
jauniot (ni = 29) : jaunet (pièce d'or).
jonnette (on = 16) : jonquille. — Est-ce le même que jon-
quille avec une terminaison diflférente? Jonnette, nom propre, se
disait pour Jeannette.
jouque (T. m.) : perchoir. — De jouquer pour jucher (voir
page 113).
joute (ou bref) : plante {bette ou poirée).
lacandis : amas de liquide répandu. — Evidemment de lac,
quoique ce radical puisse paraître bien ambitieux lorsqu'il s'agit
tout bonnement d'un seau d'eau renversé.
laitice : belette. — Probablement de lait, à cause de la cou-
leur blanchâtre du pelage, qui, paraît-il, tourne au blanc dans
certaines saisons. — La laitice, redoutée ici pour les ravages
qu'elle exerce dans les poulaillers, l'est, paraît-il, bien davantage,
— 86 —
mais pour des raisons d'un ordre tout différent, par les paysans
du Bas-Maine =
... Et le soir, quelle terreur quand, sur la lisière du bois
profond, au loin il entendait pleurer le cor et se lamenter la
groUe : — c'est que là-bas, là-bas, au plus mystérieux de la
forêt, le diable, courbant la futaie comme de l'herbe, chas-
sait la laitice, la lailice au pelage blanc et aux gros yeux
rouges.
(Gilbert Augustin-Thierry, Le Capitaine Sans-Façon).
lampe ou lance : plante de la famille des graminées [aira
cœrulca, L.).
lanceriau (au = 4) : porc coureur, c'est-à-dire qui n'est pas
encore engraissé. — De lance, ou d'élancé, à cause de la forme
effilée du corps de ces animaux, si on la compare à celle qu'il
doit prendre par la suite.
lanvaux (au = [5]) : envoyé (orvet, petit serpent sans venin).
— L'orthographe envoyé est celle de Littré ; d'autres écrivent
anvoie. Lanvaux est, à peu de chose près, le même que ce der-
nier, avec agglutination abusive de l'article. Exemples de cas ana-
logues : 1° dans le français^ lierre, luette; — 2" dans le patois,
lameçon, loquet.
lavier : évier. — Lavier est une forme vicieuse très répan-
, due et qui s'explique par une intervention injustifiée du verbe
laver.
leignet (ei = 20); — ( lig not, T. U):\ïseron. — Ce nom s'appli-
que au liseron des haies (convolvulus sepium, L.)et au liseron des
champs (convolvulus arvensls, L.). — De ligne, à cause des
tiges grimpantes filiformes.
lêne (ê = 10) : nielle des blés (agrostemma githago, L.).
levain : nom que l'on donne à plusieurs grosses chenilles du
genre sphinx. — De lever^ ces chenilles portant au repos la tête
relevée ; c'est d'ailleurs la même particularité qui leur a valu le
nom de sphinx dans le langage savant, leur tête relevée les
ayant fait comparer aux sphinx égyptiens.
lôveux : marchand en gros de beurre, œufs et volailles, qui
sur un marché enlève d'un coup une grande quantité de denrées.
— De lever.
liarde (li = 28) : salamandre. — Paraît être une contraction
de lizard, pour lézard (voir page 51).
longuezelle : en général, tout objet d'une très grande lon-
gueur et d'une très faible largeur; se dit plus particulièrement
d'une pièce de terre très longue et très étroite.
losin (T. a.) : lambin. — Est-ce une déformation de Longis,
Longin au cas régime, personnage légendaire qu'on croyait au
moyen âge avoir percé le flanc du Christ, et dont le nom, à cause
- 8:7 -
de sa ressemblance avec long, a fini par êlre employé dans le
sens de latnbin?
luizarne (T. y.) : luzerne.
mâlot (A = [3]) : sorte d'abeille sauvage. — De ?nd/e, à cause de
la ressemblance de cet insecte avec les faux-bourdons ou abeilles
mâles. Le nom de mâlot s'applique d'ailleurs à d'autres espèces
dans certaines localités. Littré dit qu'on le donne au taon dans
certaines provinces ; P. Tarbé lo définit grosse mouche, bourdon
(a. m.).
mangeotin : diminutif assez bizarre de mangeur, s'appliquant
aux enfants d'une famille nombreuse, dont chacun représente
une bouche à nourrir.
maon : celui qui articule difficilement ; muet. — Onomato-
pée.
mârange (à = [3]) : mésange.
marchâts (à = [3]) : nom de plusieurs lieuxdils marécageux.
— Bas latin marcasium, marchesium., marais.
marcoû (T. t. m.) : matou. — Marcou s'est dit autrefois en
français et s'y trouve encore au xvi" siècle :
Et de nuict n'alloit point criant
Comme ces gros marcoux terribles
En longs miaudemens horribles.
(Du Bellay, Épilaphe de Belaud).
D'après Littré, marcou se dit encore à Rouen.
niargot : plante, grande marguerite (clirysanthemum leucan-
themum, L.).
matachon : flocon (exemple : de neige). — On dit maiot dans
les environs d'Epernay.
menriture : état de dépérissement. — De meure (voir page
101).
mette : métal de cloche. — Autre forme du mot métal.
meûson (genevois meuron^ Lilt.) : mûron (fruit de plusieurs
espèces du genre ronce). — A rapprocher de meux pour mûr
(voir page 101).
michotte : pain plus petit que les autres et devant être mangé
le premier de la fournée. — Diminutif de miche. Littré donne le
mot michotte avec cette définition : petite miche de pain de
deux livres qu'on donne aux vendangeurs dans la basse Bour-
gogne.
mijoue : cachette de fruits. — Voir ynijouer, page 113.
mine, minon : chatte, chaton. — Variantes des formes fran-
çaises minet, minette. — Le mol minon sert également à désigner
les chatons qui constituent l'inflorescence de certains végétaux
(saule, noisetier, etc.).
— 88 —
mini : celte forme sert pour appeler un chat et se répète géné-
ralement : Mini, mini. C'est une sorte de vocatif de minon ; on
dit : Mine, mine, quand il s'agit d'une chatte.
minonne (on =^ 16) -. menotte. — Exemple de dérivation irré-
guiière opérée sur la langue parlée, c'est-à-dire uniquement pour
l'oreille, et comme si le primitif était min au lieu de main.
montier (ti = 25) : nom d'un lieudit où se trouvait jadis un
couvent. — Du latin monasterium, qui a donné les deux formes
ci-après :
1. Monsfier (x« siècle) :
Si sen intrat in un raonstier. (Vie de Saint-Léger).
2. Moustier (xiii^ siècle) :
Et quand il (saint Louis) revenoit du moustier, il noua
envoioit querre.
(Joinville).
Montier est une forme simplifiée de moustier. — A comparer
l'anglais minster, monastère, cathédrale, et l'allemand Munster ^
cathédrale.
moque (N. ; — bourguignon moque, Litt.) : moquerie. — Em-
ployé surtout dans cette locution : faire la moque, c'est-à-dire
faire une attrape.
môrée (ô = [5]) : espèce de gâteau qu'on fait cuire aussitôt le
four chaud et avant le pain. — De Maure ou More, à cause de la
couleur noire de la croûte, brûlée par la vive chaleur. — Le
même se dit ferlade à Faux-Fresnay.
mosselotin : petit bourgeois, petit rentier ordinairement
domicilié à la campagne. — Diminutif de monsieur.
mouillons : plante de la famille des graminées (phalaris
arundinacea, L.). — De mou, soit parce que la plante en ques-
tion habite les terrains humides, soit à cause de la consistance
molle de sa tige et de ses feuilles.
moulotte (Berry mojelte, Litt.) : jaune d'œuf. — Littré donne
dans le même sens moyeu avec cette annotation : terme qui vieil-
lit. Il le rattache au vieux français mioel et au provençal muioly
dont moulotte parait être un diminutif.
moutonne (on = 16) : peau de mouton taillée en carré et gar-
nie de sa laine, que Ton met aux jeunes enfants, sous leurs vête-
ments, pour absorber l'urine.
musotte : musaraigne. — Du latin mus, rat, souris, avec le
suffixe diminutif otie : la musaraigne présente une grande res-
semblance extérieure avec la souris, tout en étant de taille un
peu plus petite.
m'zole : plante de la famille des crucifères {iberis amara, L.).
- 89 -
— Cette plante est encore appelée neige^ parce que, tleurie, elle
forme une touffe arrondie d'une blancheur colalante.
nâse (à = [3]) : niorve (humeur qui s'écoule dos fosses nasales),
— Du latin nasus, nez.
nénin (in = 21) : teton.
nêpe, nêpier (è = [10]); —(Hainaut nepe, Bresse ?ièpic, lâlt.) :
nèfle, nétlier. — Les formes latines mespilum, nèfle, mespilus,
néflier, sont devenues dans le bas lalin nespila^ nespilus^ qui
expliquent iiêpe et nêpier.
neûillon (eû = 7) : noyau. — C'est une variante du mot fran-
çais.
nivier ; lambin, flâneur. — De niveler^ pris dans un sens
spéfàal (voir page 114).
noceilleux (ei^[<0]) : invité d'une noce. — De noce, avec le
suffixe en eill... propre au patois : voir fêteilleux, page 8l.
nombarde : petite prune noire qui mûrit en septenibre, —
Littré donne norberte dans le même sens ; on dit noberte dans
les environs de Vertus. — On serait tenté, surtout en raison delà
forme norberte, de chercher dans le nom Norbert l'origine des
mots cités; mais saint Norbert figurant au calendrier à la date
du 11 juillet, il faut renoncer à cette explication.
nozole : petit noyer ; nom de plusieurs lieuxdits où se trou-
vent des noyers. — Diminutif d'une forme contractée et altérée de
noyer.
occupe (c = 25) : occupation.
ôlusses (ô = [o]) : copeaux très minces qui se produisent en
rabotant le bois.
ormiau (au = 4) : plante, reine-des-prés {spirœa ulmaria., L.).
— S'emploie surtout au pluriel : des ormiaux. — Diminutif du
mot orme, à cause de la ressemblance des feuilles ; le mot sa-
vant uZmaria vient du latin uimus, orme, et signifie à feuilles
d'orme.
orugle : plante de la famille des crucifères fsinapis alba, L.)-
— Le mot or entre certainement dans orugle et s'explique par la
couleur jaune des fieurs : c'est peut-être ongle d'or, la forme des
pétales ayant quelque ressemblance avec celle d'un ongle.
orvale : plante de la famille des labiées (salvia sclarea, L.).
ostrille (Berry orlruge, Litt. ) : ortie. — Déformation assez
bizarre du mot ortie, où il est surtout difficile d'expliquer la pré-
sence de Vs ; le latin urtica, ortie, ne peut en tous cas y aider eu
rien.
oûchelots : c'est une forme patoise pour osselets ; elle s'ap-
plique à une tranche de pain avec quelques os et... de la viande
autour, que les enfants allaient autrefois demander dans les
noces.
— 90 —
oûsière (è = [10]) ; — (ozière, T, t. ; — bourg, osière, P.) :
osier. — Le bas lalin, à côté du niascutiii osellus, a les formes
féminines osella, oseria, qui sont en faveur du patois.
paillotte : menue-paille (enveloppes de l'épi qui se séparent
du grain par le vannage). — Diminutif de paille.
paillon : petite paillasse qui garnit le fond d'un berceau. —
Dq paille.
pâlotte : battoir à lessive; — dent inoisive. — Forme patoise
de palclle, dérivé du latin paia, pelle, et servante désigner diffé-
rents objets de forme plate.
pampîUes : guenilles, vêtements en lambeaux. — Peut se
rapprocher de pampres, les parties déchirées des vêtements pen-
dant à la façon des feuilles sur un rameau de vigne.
panache, fém. : c'est le nom que le patois donne au lilas. —
Sauf le changement de genre, c'est le même que le français pa-
nnc/ic, à cause des fleurs dont les bouquets {tlnjrses) présentent
la disposition d'un panache.
paneau (au = 4) ; — {penot, bout d'aile, T. t.) : espèce de
balai formé par les plumes du bout de l'aile d'une oie. — Du
latin penna, plume. Voir au mot voie pour raie., page 55, une
phrase tirée de Cl. Halon où figure ce mot.
pantaillon : nom que l'on donne en plaisantant à un jeune
garçon. —Est-ce une déformation du nom Pantaléonl
paou (Berry papou, Litt.) : pavot.
papinière (ni = 29, è=[10j) ; — (papinette, cuiller de bois, T.
m. a.) : espèce de cuiller en bois à long manche qui sert pour
faire la cuisine. — On dit jjapin et papinette dans les environs
d'Epernay,
pâquette (â = [5] ; qu = 23) : fleur qui s'ouvre vers Pâques
(espèces à fleurs jaunes du genre primevère). — De PdqiiesK
parme : barbe de blé. — On se sert dans les environs du dimi-
nutif jt;a/'moi/e, complètement inconnu à Gaye.
pasène (è = flOJ) : patience (herbe). — Pasène ne peut être
qu'une autre forme du moi patie)ice.
passe (a^=[3]) : dans les jeux de jet, ligne que le pied du joueur
ne doit pas dépasser. — De pas., le joueur devant se placer en
recul d'un pas sur la ligne dont il s'agit.
patarafe, fém. (N.) : parafe. — Allongement fantaisiste du
mol paraphe par l'intercalation de la syllabe ta, qui paraît venir
1. Le français a le moi pâquerette, qui, d'après Littré, s'est écrit joas-
qiiette, mais qui s'applique à la petite marguerite blanche, dont les fleurs
se montrent à peu près toute l'année : aussi rejelte-t-il pour ce dernier
l'étyraologie tirée du mot Pâques, et adopte-t-il pasquier, ancienne
forme de pâtis.
— 91 —
là pour amener une allusion à la main (patte) qui trace la signa-
ture. — \o]v patif/oches, ci-dessous.
pataud : terme de mépris employé quelquefois par les cultiva-
teurs pour désigner les vignerons.
patigoches : écriture informe et à peine lisible. Ce mot ne
semble-t-il pas indiquer une écriture comme celle qu'on tracerait
avec la main (patte] gauche?
patouillat (T. m. t.) : liquide répandu en patouillant. —
\ oir patouiller, page 114.
paulis (au = [5]) ; ensemble d'objets jetés çà et làau hasard. —
De pauler, répandre çà et là (voir page H4).
perge : délivre (en parlant des vaches). — C'est une autre
forme du moi purge.
piat (proa. pî...ial) ; — (piaux, petits la pie, T. m.) : jeune
pie. — Diminutif du mot pie.
pichelottée : réunion d'objets enfilés en forme de chapelet ;
exemple : uune pichelottée de raines. — Peut-être û& ficher., qui
présente avec enfiler quelque analogie de sens, en admettant la
mutation de 1'/" initiale en p. Cette mutation, fort rare entre mots
de la même langue, l'est beaucoup moins de langue à langue ;
exemples : le latin pellis, peau, et l'allemand Fell, même sens;
le latin piscis, poisson, et l'allemand Fisch, même sens : une mu-
tation semblable a pu se produire de dialecte à dialecte. — Voir
placheville, page 92.
picoton : parole agressive, insinuation blessante. — De
piquer.
pierrotte : 1. petite pierre ; — 2. plante : grémil des champs
(liihospermun arvense, L.). — Diminutif de pierre. Le sens de
lithospermum (graine de pierre) correspond assez exactement à
celui de pierrotte.
pingre : grosse limace grise qui habite les lieux sombres et
humides, comme les caves. — Peut-être dérivé de pingere,
peindre, à cause des bandes plus sombres qui tranchent sur le
fond gris-jaunâtre de la peau. On dit peintre dans les environs
de Montmirail, ce qui parait venir à l'appui de cette hypothèse.
pin-mar (in ^ 21, a ^= [3]) : pic mar (piciis médius, L.).
pipion : canule. — De pipe, dans le sens de tuyau.
pique : piquette (boisson faite de marc de raisin et d'eau). —
Dépiquer^ à cause de la saveur acide de cette boisson. — Y en a
unne pique, c'est-à-dire un nombre trop grand pour être évalué,
comme celui des grains de raisin qui entrent dans un tonneau de
pique.
pisserotte : fontaine dans laquelle l'eau, après s'être élevée à
uue certaine hauteur, retombe dans un bassin. Ce nom est sur-
tout appliqué à une fontaine de ce genre qui existe sur la princi-
pale place de Sézanne. — Etymologie facile.
- 92 —
placheville : clifoire (jouet denfanl formi^ d'une lige creuse
de sureau et servant à lancer de l'eau). — Je crois me souvenir
d'avoir entendu le mot flachoire dans le même sens ; en tous cas,
il existe dans certains parlers un verbe flacher dans le sens de
jaillir :
Si tost que la veine dudit homme fut ouverte et que le
sang commença à flacher, ledit M* Loys apperceut que cet
homme estoit malade de peste.
(CI. Haton).
Le mot placheville paraît se rattacher à ce verbe flacher^ dont
r/'apu se changer en jo (voir au mo\, picheloftée) . — Le même
instrument s'appelle ^'i^fer/o/ (de jiyler ou gicler) dans les envi-
rons de Montmirail.
plâtrée : le contenu d'un plat. — Rien ne justifie la présence
de Vr dans ce mot, dont la forme régulière serait platée. Une
ancienne forme platelée, qui se rapproche un peu de celle de
notre patois, est citée par Littré au moi platée : platelée paraît
d'ailleurs dérivé de plateau plutôt que de plat.
pieux {pilous, mauvaises terres, T. m.) : friche, terrain resté
inculte depuis longtemps. — De pilosus, velu, à cause des herbes
courtes et rudes qui couvrent les terres calcaires incultes. — On
dit jaloux dans les environs de Châlons. PleuXy ploux pourraieni
s'écrire peleux, peloux, mais l'e muet ne s'y fait jamais entendre;
ces mots sont à rapprocher de pelouse, qui a la même origine,
mais où l'e muet se prononce quelque peu.
pochot (un) — (T. m. t.) : diminutif de un peu, quelque
chose comme un petit peu. — Du latin paucus, peu ; — à rap-
procher de l'italien poco, même sens.
popiin (poplin, T. L] poupier^T. m.) : peuplier. — Du latin
populus, dont poplin paraît être un diminutif; on peut remar-
quer que le patois emploie la même finale in dans boulin, pour
bouleau (voir page 55).
portière (ti=2o, è=[lO]) : espèce defanon que les oies grasses
portent sous le ventre. — De porter.
pougeole (T. t,) : gourme (maladie des chevaux consistant
dans l'engorgement des glandes et l'écoulement d'un liquide vis-
queux par les narines).
pouillère (è = [10]) : fente d'une jupe.
pouillet : plante (serpolet, thymus serpyllum^ L.). — De
puLegium, nom attribué par les botanistes à une espèce d'ua
genre voisin, la menthe pouliot (mentha pulegium, L ). Contre
son habitude, le patois met ici et pour ot.
pourcélière (li=28, è = [10J) : toit à porcs. — De pourceau.
- 9'3 -
poûti (peutil, fumier, T. l. \peutils, fourrages,!, m.) : paille,
fourrages, fumier qui garnissent une exploilation rurale.
promenottas (o := 16) : lisières avec lesquelles on soutient les
jeunes enfants qui ne savent pas encore marcher. — De promener
avec le suffixe otle, qui exprime l'instrument d'une action.
pruse (Berry prue^ picard prule, Litt.) : présure. — Littré
rattache l'italien presura à preso, pris, qui correspond assez bien
à pruse.
putra (T. m.) : purin. — Bas latin putramen, pourriture. —
On àii puta dans les environs.
quart : arête (d'une poutre, d'une brique, d'un bloc de pierre,
etc.) ; — orge à six quarfs : escourgeon, orge à six rangs de
grains. De quatre, chacune des faces d'un solide ayant le plus
souvent quatre côtés.
queignat (qu = 25; ei = 20) : enfant malingre, et plus particu-
lièrement fillette chétive.
quelongne (qu = 24) : quenouille. — Le bas latin a les formes
colucuLa et conucula, qui sont l'une et l'autre des diminutifs du
latin coius, quenouille : la première conduit à quelongne, et la
seconde à quenouille.
queurse (qu = 25); — (picard keuche, queusse, Litt.) : queux
(pierre à aiguiser), et, par analogie, partie compacte et comme
cireu.«e du pain imparfaitement levé.
quinche (qu = 2o) : chacun des quatre lobes charnus qui forment
l'intérieur d'une noix. — Sans doute une forme de cuisse, par analo-
gie; Littré cite queusse (bourg.), et Tarbé queuche (t.) dans le
sens de cuisse.
raguin (gu = 27) : mauvais violon. — Littré donne le verbe
vaguer, terme de marine, signifiant déchirer par le frottement,
et qui, d'après Diez, aurait pour origine le Scandinave raka, frot-
ter, dont le sens de raguin s'accommode assez bien, à moins qu'on
ne préfère le rattacber simplement au français racler.
raine (ai = 20) : grenouille. — Du latin rana, même sens. Le
français s'est longtemps servi du mot raine, aujourd'hui vieilli et
hors d'usage, dont le sens s'est conservé dans le diminutif rai-
nette.
ramonât (o = 16) : ramoneur. — De ramoner, dérivé lui-même
du vieux français ramon, venu du latin ramus, branche.
raton (â=[3]); — (T. m ) : gratin (ce qui s'attache au fond de la
marmite). — Du latin radere, gratter, racler, qui a également
donné râteau. Raton a pour synonyme rrgrainon (voir page
94); il est à remarquer que le patois exprime par le verbe
régrainer (voir page 116), le travail fait avec le râteau.
recassis (a = [3]) : se dit d'une prairie artificielle qu'on laboure.
— Voir le verbe recasser^ P'^ga Ho.
- 94 -
réfourrée : Ja quantité de fourrage qu'on donne aux ani-
maux pour un repas. — Bas latin fodrum, fourrage.
régrainée (ai = 20) : se dit des tiges, épis, etc., qui se ramas-
sent dans les dents d'un râteau ; une régrainée est ce qui emplit
le râteau à chaque fois qu'on le vide. — Voir le verbe régrainer^
page 116.
régrainon (ai = 20; T. t.): gratin, synonyme àQ raton. — Voir
ce dernier.
rejardellis : rejetons qui poussent sur les racines d'un arbre.
— Voir rejardellery page 116.
relavotte : lavette (chiffon dont on se sert pour laver la vais-
selle). — De relaver, voir page 44.
rémoleux : rémouleur. — Le patois traite les dérivés de
rcmourc (émoudre), comme ceux de moure (mouàre), el dit rémo
leiix comme il dit molin^ molu, vermoiii., etc. ; tous ces mots
proviennent d'ailleurs d'une source unique, qui est le latin mola,
meule.
rembleur : lueur d'un incendie.
remouron : plante. — On pourrait croire que le sens de ce
mot correspond à celui de mouron en français : il n'en est rien ;
le patois l'applique à une véromque (veronica hedericfolia, L.).
révisement, révisotte : changement brusque d'avis, façon
d'agir en désaccord complet avec tous les précédents. — De se
réviser pour 5e raviser.
rheumatisse (eu = 16) : rhumatisme. — Du laWarkennialis-
nius, même sens.
rinciaux : tiges grimpantes du pois cultivé. — Le même que
7inceau, ievme d'architecture, et dérivé comme lui de ramicellus^
diminutif de ramus, branche.
ringeon (rongeon, ringeon., P.) : trognon de pain rongé,
reste d'une pomme ou d'une poire dans laquelle on a mordu tant
qu'on a pu le faire. — De ringer pour ronger^ voir page 62.
rîtelot : roitelet.
robin : taureau. — Robin-Mouton est bien connu; robin dans
le sens de taureau, l'est beaucoup moins. Liltré le donne cepen-
dant avec cette dernière acception, qui, d'après cela, n'est pas tout
à fait étrangère au français. Mais elle y est d'un emploi fort res-
treint, tandis que le patois use constamment du mot robin, au
point que c'est le seul mot dont il dispose pour désigner un tau-
reau. — Dans les environs de Montniirail, on dit godin pour dési-
gner le même animal.
rommiot (om = 16) : râle (bruit produit dans la respiration
par le passage de l'air à travers les mucosités des poumons). —
De rommeler, voir page 118.
ronneux (on = 16) : grognon. — De ronner, voir page 118.
— 90 —
roûchée : averse. — On diî boussée dans les environs de Dor-
mant, hûlre à Sainte-Ménehould.
rougerelle : rougeole.
roug-erolle : plante (melampyrum arvense, L.). — De rouge,
à cause des feuilles florales, qui sont d'une belle couleur rouge.
rougeriau (au = 4) : rougeur très vive que présente le ciel au
lever et plus rarement au coucher du soleil. — De roiKje.
roulées (T. m. t.) : O'ufs de Pâques, tout cadeau fait à l'occa-
sion de Pâques. — Sans doute de rouler^ parce qu'il s'agit d'œufs
qu'un rien fait rouler.
rouotte : bas-côté d'une grange. — Sans doute diminutif de
rue, car il s'agit d'un espace long et étroit.
rousiau : roseau.
rousse (de la) : taches de rousseur.
r'tîau (ti = 25, au = 4) : grand râteau qui sert pour la moisson.
— C'est une contraction du mol râteau, avec la finale iau pour
eau.
ru ; ruisseau. — Du latin rivus. — Le Ru, employé d'une façon
absolue, désigne la rivière du pajs, dont le nom, la Superbe ou
les AugeSf n'est presque jamais prononcé.
ruelle, ruellotte : roue de charrue. — Diminutifs de roue.
sâclot (à=5) : sarcloir, — Voir sâcler pour sarcler, page 66.
saillon : seau en fer-blanc. — C'est, à une lettre près, la
forme bourguignonne saillo., seau (Littré).
sain (ain ^= 21); — {sahin, T. a.) : saindoux. — Bas latin
sainum^ saginum, graisse de porc.
saquet (qu =• 25); — (T. m.) : cahot. — Du latin succutere,
secouer. A rapprocher de l'anglais to shakej secouer.
sarnuise : saumure. — Saumure est formé du latin sal^ sel,
et mwr/f/, saumure. Il y a saumuire dans le vieux français, sar-
moire dans d'autres patois de la Marne ; mais nulle part n'appa-
rait Vn de notre patois, dont il faut renoncer à expliquer la pré-
sence.
sarpotte (T. t. y.) : serpette. — Diminutif de sa yjo/? pour serpe.
(Voir page oO.)
selle : siège en bois à trois pieds sans dossier. — Vieux mot
français aujourd'hui à peu près inusité dans ce sens. — Du latin
sella, dérivé de sedere, être assis.
sellotte : même sens que le précédent ; — se dit en outre d'une
selle de cheval. — Forme diminutive de selle.
saivatte : fauvette des roseaux. Littré donne dans le même
sens effarvatte, et resle muet sur l'étymologie.
sauteriau (au final = 4); — (Berry, Litt.j : sauterelle. — C'est
sauterelle transformé en un mot masculin, la finale iau étant
pour eau.
- 96 -
serène (è = 20) : baralle. — Sans doute du latin sérum, petit
lait.
seri : séran (instrument pour peigner le chanvre).
seu, fém. (T. m. ; sou, seu. P.) : toit à porcs. — Du latin suile,
ou du bas latin sudis, signifiant l'un et l'autre ctable à porcs, et
dérivés de sus, porc :
Après son disner et avant que monter à cheval, se prom-
meaa es environs le logis dudit curé, et cheminant en sa
court, ouyt crier des petits couchons en une seu à porcz.
(H.).
seuiJlon (eu = 7) ; — (T. m. t. a.): sureau. — Diminutif du
vieux mot français seu, dérivé de sabucus, autre forme du latin
sambucus, sureau. — C'est un des mots qui revêtent dans le
patois la plus grande diversité de formes. P.Tarbé,rien que pour
la Champagne, enregistre les suivants : scillon^ seuillon, scuillety
stnmion, seu, seus^ sueur, suzaitiy suzon. Et la liste n'est pas
complète, car on dit suîlon dans les environs de Montmirail.
sevré (e = 6) : sève. — Forme analogue à celle de fevre pour
fève (voir page 81).
siautée (au = 4) : le contenu d'un seau. — De siau pour seau,
avec un l parasite,
sinot (T. m. a.) : grenier à foin.
s'mot : sommet (d'un arbre, d'un clocher, etc.). — C'est une
variante du mot sommet, avec substitution de la finale ot à la
finale et.
soûlant : ivrogne.
soûlot : reste de pain. — De soûl^ dans le sens de rassasié.
soussette : barbe d'un toit. — Est-ce sous avec une terminai-
son diminutive, quelque chose comme petit dessous ou petit
espace sous le toit? Voici une autre explication : dans les environs
de Sainte-Ménehould, on donne aux longues stalactites de glace
qui pendent au bord des toits par la gelée, le nom de sucettes,
mot qui paraît avoir quelque rapport avec soussette. La difficulté
est que sucette doit venir du verbe sucer., auquel le patois donne
la forme super (voir page 62).
soûtri (soutretj T. t.) : le premier lit de paille au fond de la
grange. — Des mots latins sub^ sous et stratum, supin de ster^
nere, étendre, joncher.
suotte {suettc, T. t.) ; chouette (oiseau de nuit).
taclou : espèce de fusil primitif. Cette arme, bien connue des
enfants de tous pays, se compose d'un tube en bois de sureau
vidé de sa moelle et d'un piston en bois : à chaque bout du tube
on introduit une balle en étoupe mâchée; l'une de ces balles,
poussée par le piston, chasse l'autre avec bruit par l'eifet de la
— 97 —
compression de l'air. — Bas latin tacla, vieux français tacle, irait,
Qèche : le mol ^acie ayant servi à désigner un projectile, convient
parfaitement pour expliquer taclou. — Le même appareil s'ap-
pelle p'tard, p'taud dans d'autres villages. H. Tarbé donne, tou-
jours dans le même sens, les formes taperet, taporieu (1. t.).
tahu : nuage isolé.
tanchette : plante de la famille des crucifères (thlaspi bursa
pastoris, L.).
tantesse (e de te = [11] : femme d'un certain âge (se prend
en mauvaise part). — Sans doute de tante.
tardivet : tard venu , le dernier d'une couvée ou d'une
famille.
tardois (oi = 15) : bâton avec lequel on serre la corde qui
maintient une voiture de récoltes. — De tarde pour tordre (voir
page 61) avec le suffixe ors pour oir.
teignons (ei = 20) : capitules de la bardane.
tendon : nom que le patois donne à la bugrane à fleurs roses
(onajiis spinosa, L., et ononis repens, L.). La bugrane à fleurs
jaunes (orionis natrix, L.), s'appelle /endon jaune.
terris (terris, aire de grange, T. m.) : couche de terre et de
mortier soutenues par un lattis et remplaçant un plancber. — De
terre.
teteux : tout jeune enfant. — De ieler.
tièble (ti = 25) : rucher.
tillot : paille de chanvre. — De tiUer, séparer les fibres du
chanvre de la paille, venant de tilia, tilleul, arbre à l'écorce
fibreuse, dont le nom a été étendu à toute écorce fibreuse et en
particulier à celle du chanvre.
tocbo : piquette.
toquée (qu = 24) : touffe épaisse. — A rapprocher de troche
(voir page 98),
toquet : bourrelet (d'enfant).
toupette:!. houppe (de bonnet, de calotte) ; — 2. huppe
(alouette à toupette). — Bas latin toppus^ touife, botte, paquet.
toupot : endroit d'un champ où la récolte pousse beaucoup
plus forte et plus touffue. — Même origine que le précédent.
traciot : mal blanc.
traie (aie = [10]) : la quantité de lait qu'on trait en une fois. —
C'est une autre forme du français traite^ comme lui dérivée de
traire.
traînard (aï = [11]) : nom donné à plusieurs graminées ram-
pantes ressemblant au chiendent. — De traîner, ou plutôt se traî-
ner, dans le sens de ramper.
traînasse (ai^[H]) : autre herbe rampante ; c'est la coronille
(coronilla varia, L.). — Même origine.
7
_ 98 -
trempée : pain émietté et trempé dans du vin. — De trem-
per.
triolot (T. y. t.) : chariot pour aider les petits enfants à mar-
cher. — La forme iriolon est employée dans les environs. — Voir
le verbe triôler, page 119.
troche : pied ou toufTe, en parlant des plantes. — Bas latin
irocha, bouquet, assemblage. Troche a été employé dans l'an-
cienne langue.
trove : trouvaille. — De trover pour trouver, voir page GO.
varbée : coup de tête (au sens moral).
varge : ivraie. — Dérivés : vargeux (voir page 102) et envar-
ger (voir page 1 10).
vaux, fém. : Tespace en largeur qu'un faucheur abat à cha-
que passée.
ver : verrat. — Bas latin verres, même sens.
verdelle : pentui-e. — Du latin verlere, tourner.
verteau (au = 4) : petite boule forée en terre cuite, que les
fileuses mettaient à leurs fuseaux pour les faire mieux tourner.
— Le mot verteau est vieilli aujourdhui, le fuseau ayant disparu
devant le rouet, abandonné à sou tour depuis que les machines
ont remplacé la fileuse. On dit encore cependant : grous comme
un verteau, c'est-à-dire d'un très faible volume, en parlant d'un
fruit, d'une pomme de terre, etc. — Le bas latin verieolus,
même sens, adonné naturellement dans le vieux français vertels
ou verteaus au cas sujet et vei'tel oa. verteau au cas régime, seul
conservé lorsque le français a cessé d'admettre la déclinaison du
nom : encore la désinence en el a-t-elle été abandonnée de bonne
heure. Rabelais écrit vertoil, qui se rattache à un procédé de
formation un peu différent. Tous ces mots ont pour radical lelatin
vertere, tourner.
vessou (T. 1.) : sorte de hoyau à lame mince et plate, — Bas
latin fossoriumyfossorius, houe, pioche, du latin fodere, fossum,
creuser. Le bourguignon fessou, indiqué par Perrault-Dabot,
représente la vraie forme; on prononce d'ailleurs fzou dans les
environs. Littré donne le mot fossoir dans le même sens.
villeuses : veillotes (tleurs de colchique).
villotiei' (li = 25) : habitant de la ville. — C'est un équivalent
de citadin, qui a été refait sur le thème populaire ville, rempla-
çant le thème cité, trop savant pour le patois.
vinaigrette : usité dans la locution avoir la vinaigrette, qui
signifie ressentir des aigreurs remontant de l'estomac dans la
gorge.
virée : glissade. — De virer signifiant glisser (voir page 132).
vodre {vordre, bois, bosquet, broussaille, T. m.) : nom donné
à plusieurs espèces du genre saule qui forment de très gros buis-
sons dans les prés humides, sur le revers des fossés, etc.
— 99 —
volette : claie eu osier dont il existe deux types : un assez
petit et rond sur lequel on met égoutler les fromages, un beaucoup
plus grand et ovale sur lequel on fait sécher les fruits. — Littré
donne ce mot dans le sens de petite claie sur laquelle on épluche
la laine, et le regarde comme une autre forme de volet.
z'guë (g = 27) : ciguë. — C'est le mot ciguë avec éjision del'i.
Adjectifs.
bajolé : qui présente un mélange de plusieurs couleurs voyan-
tes. — Paraît être une variante de bariolé, par la chute de ï'r et
la consonnification de Vi, comme dans singe, de simia, vendange,
de vindemia.
balé : se dit d'un chemin dont la boue sèche et disparaît après
l'hiver ou après une grosse pluie. — Peut-être abréviation de
balayé.
barrée : se dit d'une vache dont le pelage- présente des raies
de deux couleurs différentes : blanc et noir, blanc et rouge. —
Bas latin barraius, rayé : barrati fratres, frères barrés, nom
donné aux Carmes à leur arrivée en France sous saint Louis, à
cause de leurs habits rayés alternativement de noir et de blanc.
berdennier(en=20, ni= 29) : qui exige beaucoup de temps,
en parlant d'un travail : c'est berdennier. — Voir le verbe ber-
denner, page 104.
boclu : raboteux. — On ne peut dire qu'il y ait là une onoma-
topée, puisqu'il ne s'agit pas de rendre un son ; cependant les
lettres rudes et heurtées de ce mot peignent bien l'idée à expri-
mer.
bouchonnière (école) — (ni=29, è=[10]):écolebuissonnière.
— De bouchon pour buisson, voir page 72.
bouchot (estragot) : se dit d'un escargot recouvert de l'oper-
cule sous lequel il passe l'hiver. — Pour bouché.
casque: dur, coriace; se dit d'un pain, d'un gâteau que la
cuisson a fait trop durcir.
chafrogneux (o=16) : difficile sur la nourriture. — Du vieux
français frogner, qui signifiait froncer la bouche, le front, ensigne
de mécontentement.
cholératée : ne s'emploie qu'au féminin et s'applique aux
pommes de terre malades, qui, une fois atteintes, se corrompent
totalement.
contralieux (li = 28) : qui aime à contrarier. — Voir confra-
lier ^o\ir contrarier, page 63.
cormellé : se dit des plantes dont le développement normal
a été arrêté en pleine croissance, par exemple en parlant des
légumes que les jardiniers disent bouclés. — Sans doute de niel,
mellem, miel, à cause de l'aspect des rameaux dont le feuillage,
— lOO —
en cessant de s'allonger, se ramasse sur lui-même et forme des
paquets jaunâtres ayant un peu l'air d'être enduits de miel : on
dit emmiellé, môme sens, dans d'autres localités; le préfixe cor,
dont le sens est difficile à préciser, pourrait bien être simplement
augmentatif.
cosaquée : mot qui remonte à l'invasion de 1814, et dont on
s'est servi longtemps en parlant des femmes qui avaient subi les
violences des Cosaques.
creyot (ey= 9): crédule. — De c/Yire pour croire (voir page 61).
darnu : qui a le vertige. — Doit être une forme de tournis,
qui a été autrefois adjectif sous la forme torneis (Litt. au mot
tournois, Etym.). Voir clarneiller, page 106. — On dit derne dans
d'autres villages.
dôleux : qui se plaint continuellement. — Du verbe se dou-
loir (Berry se doter, Litt.), venant du latin dolere.
donnot^(on = 16) : qui donne volontiers : i n'est pas donnât.
douillet : douillet.
ébroqué (qu = 24) : brècbedent. — De e pour ea;, préfixe sépa-
ralif, et de broque pour dent (voir page 73).
emmierlé : se dit du blé (ou froment) atteint de la rouille et
épiant mal. — Emmierlé doit être pour emmiellé (sans doute en
raison de la couleur) ; il est à rapprocher de cormellé, qui s'ap-
plique aux légumes et exprime un accident analogue (voir page
99).
emputi : empuanti. — C'est une syncope de ce dernier.
émusot : qui aime à flâner, à s'amuser. — De émuser pour
amuser {\Q\v page 42j,
essonrô : préoccupé, rêveur. — Sans doute de songe (voir
sonreux, page f02.)
façu : qui a une large face. — Formé de face avec le suffixe u
comme barbu de barbe, cornu de corne, etc.
ferrât (écalal) : variété de noix dont la coquille est extrême-
ment dure. — De fer.
frîlot : frileux.
gabieux : chassieux. — De gabie, chassie (voir page 82).
gai : se dit d'un objet en deux parties, comme un outil et son
manche, lorsque ces deux parties ont trop de jeu, c'est-à-dire ne
s'ajustent pas assez exactement.
gàilleux (T. m.) : mollasse, qui tombe en une masse à demi
li(}uide. — Voir dégâilier, page 106.
grandissimille : superlatif (on pourrait dire superlatif multi-
ple) de grand, usité surtout dans cette locution : au grandissl-
mile galop.
houdri : se dit du linge qui se couvre d'une foule de petites
taches noires dues à la moisissure. — On dit camoussé, même
— lOI —
sens, dans les environs de Montmirail. P. Tarbé donne le mot
hoxidri avec un sens analogue : bois houdri, mauvais à employer,
pourri (m.).
maugracieux (a=[3]); — (Berry, Litt.) : désagréable (en par-
lant des personnes). — De mau pour mal, et de gracieux dans le
sens à'agréable.
maumeux : pas assez mûr — De mau pour mal, et de meux
pour mûr (voir ci-dessous) : à la lettre mal mûr.
meure (T. m.) : qui a peu de valeur, qui est en mauvais état.
— Du latin minor, minorem; c'est un doublet de moindre. On a
employé autrefois la forme mendre, plus voisine de moindre :
... Le ramon et balay en la main, comme la mendre
de toutes.
(Griselidis).
Par contre, on trouve assez souvent dans Froissart le verbe
amenrir pour amoindrir, formé exactement sur le modèle de
menre.
Je ne dy mies que nous afoiblissons ni amenrissons l'ire-
tage de monsigneur de Flandres.
Menre a le sens original de moindre dans la phrase suivante,
extraite d'une lettre-circulaire des arbalétriers de Sézanne, 1413,
citée par P. Tarbé :
C'est assavoir un cerf d'argent qui aura les cornes dorées
pour le premier et meilleur joiiel^ et une biche d'argent pour
le second et menre joiiel...
maux (bourg, meur; Berry meur., meux, fém. meuse, Litt.) :
mûr. — Le latin maturus avait d'abord donné meur., en deux syl-
labes, qui est devenu meur, puis mûr. C'est la forme meur que
le patois a conservée, en changeant la finale eur en eux, selon
son habitude.
morellé : se dit du vin atteint d'une maladie qui en fait virer
la couleur du rouge au noir en lui donnant une saveur désagréa-
ble. — De Maure ou More, à cause de la couleur noire : le nom
morelle, qui appartient à un genre de plantes de la famille des
solanées, a la même origine et signifie la noire (Litt.).
nâcheux : difficile sur la nourriture. — On dit nâreux dans
d'autres villages.
neuilleux (eu de neu = 7) : pierreux, en parlant d"un fruit, et
surtout d'une poire. — De neuillon pour noyau (voir page 89),
les pierres formant comme autant de petits noyaux.
put {peut, T. 1. ; put, T. m. t.; bourg, peut, put, P.) : vilain,
laid, désagréable. — Put est un vieux mot français dérivé du latin
— I02 —
putidus, puant, qui se retrouve dans le nom donné autrefois à un
pont de Cliâlons (Pont Pute-Savate, rue Croix-des-Teinturiers).
Renart fait comme pute beste.
(Roman du Renard).
On l'appelait, par ung surnom et mocquerie qu'on luy
avait donné, la belle Hélaine, d'aultant qu'il estoit put et
laict et tout couperosé par le visage.
(H.).
râpeux (à = [3]) : rude au toucher. — De râpe.
récouflé : écrasé par une charge trop lourde, une coiffure
trop large. — Voir écoufler, page 108.
régrûlé : morfondu par le froid.
rembardi : entièrement ou presque entièrement couvert. —
Le même (avec le réduplicatif en plus) que le français bardé,
venant des bardes ou bandes de lard àonl on couvre une volaille,
un rôti, etc.
rembattu : harassé, rendu de fatigue ; — se dit aussi de celui
qui a fini sa tâche ou sa journée. — De battre, la fatigue excessive
rendant le corps aussi douloureux que si l'on avait été battu.
renchu (T. t.) : retombé. — Réduplicatif de chu, participe
passé de choir, tomber.
résoud^ fém. résoude (T. m.) : dispos, bien portant. — C'est
une Tariante de résolu^ dans le sens de décidé.
rocleux (hocqueleux, enrhumé, (T. m.) : qui tousse souvent.
— De roder., tousser (voir page 118).
roussiau, fém. roussiaute (au ^ 4) : roux. — C'est le français
rousseau avec le suffixe iau pour eau.
sonreux : songeur, rêveur. — Voir essonré, page 100.
tassu (a = 2J : charnu, serré, compacte. — Sans doute une
forme de tassé.
tillotté : haché, mis en miettes. — De tilloty paille de chan-
vre, qui se brise très facilement.
vargencé ; se dit d'une plaie qui présente plusieurs couleurs.
— De varius, varié, le même qui a servi à former variole ; le g
paraît être i consonnifié (voir bajoLé, page 99).
vargeux : qui contient de l'ivraie (grain, pain vargeux). —De
varge pour ivraie, page 98.
Verbes,
adrer, v. n. : pondre un adre, en parlant des poules. — Voir
adre, page 69.
andeiller, v. a. (ei = [10]) : passer le grand râteau entre les
andains d'avoine ou d'orge. — De andain.
— io3 —
anôïer, v. n.(ô = [o]) : se livrer envers quelqu'un à des obses-
sions réitérées cl fatigantes; — chercher à faire une chose dont on
n'est pas capable, en revenanlcontinuellementàlacharge; s'épuiser
en efforts inutiles. — Le vieux français disait ennoier ou anoier,
dans le sens d'ennuyer.
Ci se volt taire Faus semblant;
Mais Amers ne fait pas semblant
Qu'il soit ennoiés de l'oir .
(Roman de la Rose).
... Ils veoient que il luy anoioit et que il parloit de bon
cuer et tout acertes. (Froissart).
L'italien a le mot annoiarc dans le même sens.
Anoïer (o bref) se trouve également comme verbe actif et
avec le sens pur et simple d'ennuyer^ dans le patois de nom-
breuses localités de la Champagne. Quoique notre mot ««dier pré-
sente un sens plus compliqué, il parait cependant être le même,
la première acception emportant l'idée d'ennui, et les autres dif-
féi'ant seulement de la première en ce que celui qui anôie s'at-
taque aux choses et non aux personnes.
arguïonner, v. a. (g=27, on=16) : taquiner. — L'idée d'ai-
guille ou d'aiguillon servant à piquer se rapporte tellement au
sens de C3 mot qu'il ne paraît pas trop osé de l'y rattacher. Il y a
cependant là une r qui semble embarrassante; mais le patois fait
quelquefois un emploi bizarre de cette lettre. Voir au mot cor-
piaUy page 77.
bacâiller, v. n. (â=[3]) : barguigner, parler pour ne rien dire.
— Bas latin barcaniare, marchander, négocier, être long à se
décider.
baloquer, v. n. : se dit du bruit que le mouvement lait faire à
un objet pas ou mal fixé ; exemple : les chocs d'un outil contre
les parois d'une boite dans laquelle il est enfermé. ■— Paraît une
forme de ballotter.
bâreiller, v. n. (â=[3], ei=[10]) : aller ça et là, marcher dans
tous les sens : le vent bareille, c'est-à-dire change de direction
à chaque instant. — Probablement de varier, avec le suffixe eiller,
qui a ici un sens fréquentatif.
basquer, v. a. rejeter l'eau avec une écope, que le patois
appelle basquoUe (voir ce mot, page 71).
bêcher, v. n. (T. t. m.) ; éclore, en parlant d'un jeune oiseau
qui brise la coquille pour sortir de l'œuf. — De bec.
berdâcler, v. n. (â=[3]) : remuer des objets qui fontdubruit;
s'agiter bruyamment et à vide. — Onomatopée.
béquiUer, v. n. (qu=2o) : paître, en parlant des oiseaux qui
coupent l'herbe avec le bec, comme les oies, etc. — De bec.
— io4 —
berdenner, v. n. (en =20) : passer beaucoup de temps pour
mener à fin un travail minutieux.
beûiller, v. n. (T. t. 1.) : regarder curieusement en ouvrant de
grands yeux et en approchant la tête le plus possible. — JD'après
La Monnoye, beûiller viendrait de bœuf et slgniReraiit regarder de
près et comme avec de gros xjenx de 6o?M/'(Perrault-Dabot).
bider, v. n. : galoper. — Verbe correspondant pour le sens au
nom français bidet :
Mais de leur malheur toutesfois
Elles ouyrent quelqu'un venir
Qui d'une vessie pleine de pois
Les en fit toutes enfouir ;
Et de bider et de courir.
(Coquillart, Enqueste. — Cité par Godefroy).
biffer, v. a. : 1. gonfler; 2. avaler. — Sans doute pour bouffer
dans les deux sens.
bossiller, v. a. : bosseler, cabosser. — Tous ces mots viennent
de bosse.
brouillasser, v. n. : bruiner. — De brouillas^ ancienne forme
du mot brouillard.
Quelque orage toujours qui s'esiève à ta perle,
A, comme d'un brouillas, ta personne couverte.
(Régnier, Epître I).
broussiner, v. n. : bruiner. — Variante du précédent.
caler, v, a. : coiffer. — De cale^ bonnet (voir page 74).
câpi (se), V. réf. (â=[3]) : se tapir. — Le même que tapir, sauf
la première lettre.
chaguiner, v. n. (gu=27) : tailler du bois avec un mauvais
couteau. — De chaguin^ mauvais couteau (voir page 75).
chapigner (se), v. réf. : se chamailler, s'attaquer, lutter :
Sur lequel (de Sérelle) descendit le bourreau..., et ayant
remis la main à luy, se chapignèrent l'ung Taultre. (H.).
chareiller, v, a. (a := [5], ei = [10]) ; — (Berry charreyer,
Litt.) : charrier. — Bas latin charreagiare^ du latin carrus, char.
chaureiller, v. a. (au = [5], ei = [10]) : produire une vive
sensation de chaleur sur la peau. — De chaud.
chesser, v. a. : sécher. — Prononciation vicieuse par trans-
position de sons.
cheurler, v. n. : boire avidement et sans modération, même
de l'eau. — C'est san.=. doute une onomatopée imitant le son que
produit l'ingurgitation précipitée d'une grande quantité de liquide.
— io5 —
chevêtrer, v. a, (ê = [H]) : habiller. — Du chevêtre o\i licou,
qui est la première pièce du harnachement des chevaux.
choquer, v. n. : sucer son pouce, en parlant des jeunes enfants.
— Lillré, au mot aucer, Etym., cite la forme picarde chuker,
sucer, dérivée du latin sugere.
choûler, v. n. : flairer avec bruit en parlant, par exemple,
d'un chien de chasse. — Paraît être une onomatopée.
claquer (â=[5]) : 1. v. n. : faire du bruit avec un fouet; —
2. V. a. : donner des coups de fouet et par extension,, punir. — C'est
le même que ciaçuer, puisqu'on dit /aire claquer son fouet, mais
avec l'a bref changé en a très long.
cleigner, v. a. (ei = 20) : pencher, incliner. — Il y a dans le
bas latin une forme clinare pour inclinare, de laquelle descend
cleigner.
clicoter, v. n. : pétiller, produire une suite de petits bruits,
comme de la paille ou des ramilles qui prennent feu. — Onoma-
topée : on dit clicarder k Sainte-Ménehould dans le même sens.
cliver, v. a. (T. a. m.) : cribler. — De clive pour crible (voir
page 76).
. cloquer, v. n. : 1. se dit d'un des cris de la poule (lorsqu'elle
demande à couver) ; — 2. exprime le bruit que rend un œuf gâté
lorsqu'on l'agite. — Onomatopées.
coinner, v. n. (oin = 23) : pousser un cri perçant et nasillard
comme celui du canard. — Onomatopée.
coqueter^ v. a. : 1. cocher ; — 2. pousser des cris d'effroi à la
vue d'un animal ou d'un objet suspect, comme font les poules, les
dindes, etc. — De coq. Tout en admettant avec LiLtré que cocher
ou caucher vient non de coq, qu'il rejette formellement, mais du
latin calceare, fouler, presser, ou est bien forcé de rattacher co-
qtieter à coq.
corder (se), v. réf. : s'accorder. — Du latin cor^ cordeniy
cœur. Le patois donne toujours à ce terme la forme pronominale;
d'autres parlers ont corder, verbe neutre : ces gens cordent bien;
un tel ne corde pas avec son voisin.
corneiller, v. a. (ei=[10]) : donner des coups de corne. — De
corne, avec le suffixe patois eiller. On dit cornicher dans les en-
virons de Montmirail.
coureiller, V. a. (ei=[10]):poursuivreen courant. — DecounV,
avec le suffixe patois eiller.
courser, v. a. : même sens que le précédent. — Du latin cur-
sum, supin de currere, courir.
coutiauter, v. a. (ti=2o) : blesser ou tuer à coups de couteau.
— Dérivation irrégulière de coutiau pour couteau, par addition
de la lettre parasite t : voir siautée, page 96, dépiauter, page 107.
crâler, v. n. {â=[3]) : (T. t. m.) : produire un son criard et mo-
notone; se dit : 1' du bruit que des chaussures neuves font dans
— io6 —
Ja marche; 20 d'un des cris de la poule. Il s'emploie aussi dans
cette locution : i ne peut plus crâler (il ne peut plus parler), au
sujet d'une personne fortement enrouée. — Onomatopée.
cultonner, v. n. (on = 16) : s'occuper à de menues besognes
qui prennent beaucoup de temps.
daguiner, v. a. (gu=2'7) ; taquiner. — C'est une autre pronon-
ciation de taquiner. Voir drimer pour trimer, page- 107.
dardeiller, V. n. (ei= [10]): tituber, chancelercommeunhomme
ivre. — On dit chamboler, même sens, dans les environs dn
Sainte-Ménehould.
darneiller, v. u. (ei=[10]); — (T. t.) : tourner, perdre l'équi-
libre par l'effet du vertige. — Doit être une forme de tournoyer
(voir darnu, p. 100). — Le précédent pourrait bien être le môme
mot avec une légère différence de prononciation.
débiller, v. a. : déshabiller. — Habiller, qui se dit hébiller
en patois, auraitdonné déshébiller ou déhébiller ; cesderniers man-
quant par trop dharmonie, le patois s'est tiré d'affaire par une
syncope qui n'est pas sans hardiesse.
débûûdonner, v. n. : sortir à flots pressés comme le liquide
qui sort d'un tonneau dont ou a enlevé la bonde. — Du préfixe
séparatif dé, et de boûdon pour bondon (voir page 55).
décarrer, V. n. (a=;[3]) : décamper précipitamment. Peut-être
de dé, préfixe séparatif, et du latin carriis, char.
décreûiller, v. a. (eu ^ 7) : faire tomber ce qui était retenu
par les branches d'un arbre. — Voir encreûiller, page 109.
dôdemniser, v. a. (em = am) : indemniser. — C'e^ le même
mot refait avec dé séparatif au lieu de in négatif, ce qui est la
même chose au fond.
dégâiller,v.n. (â = [3^) : former une boue liquide, comme dans
le dégel; surtout usité dans la locution : ça dégâille. — Voir
gâilleux, page 100.
dégrimonner, v. a. (on = 16) : dégrader, en parlant d'un mur:
— se dégrimonner : prendre de la peine, faire de grands efforts.
On dit dans les environs se dégrimonner de pleurer, ce qui re-
vient à se faire du mal, se tuer à force de pleurer.
déhober, v. n. : quitter la place, s'en aller. — A rapprocher
de l'alleiuand hehen, lever, qui se prend familièrement dans le
sens de se retirer, s'en aller. Cl. Haton dit fiober dans le même
sens ;
. . . Fut faict le ban par les carrefours que nul ne hobast
de sa maison sous peine de la hart.
déhoter, v. a. (T. m.) : débourber (en parlant d'un chariot,
d'une voilure, etc.). — Voir enlwter, page 109.
demicher, v. a. (demisser, hacher, émietter, T. t.) : découper
en petits morceaux. — De mica, mie ou miette.
— lO^ —
dépairer, v. a. : déparier, séparer deux objets qui formaient
une paire. — Tiré directement du mol paire^ avec le préfixe sépa-
ratif (lé.
dépatouiller, v. n. : former un mélange d'eau et de boue;
usité surtout dans la locution : ça dépatouille. — Même sens que
dégàiller (voir page 106], sauf que l'eau occupe une plus grande
place dans le mélange. Voir patouillat, page 91, et patouiller,
page H 4.
dépiauter, v. a. (au= 4) : dépouiller. — Dérivé irrégulier de
piau^ pour peau, dont nous avons déjà trouvé des exemples :
siaufée, coutxauter.
dépiquer, v. n. : aboutir (en parlant d'un champ) : tel champ
dépique su tel aide, su un chemin^ etc. — De dé séparatif et de
piquer; en labourant, on cesse de piquer, c'est-à-dire d'enfoncer
le soc de la charrue, lorsqu'on arrive à l'extrémité du champ.
dérayer, v. n. (ay=[10]) : quitter la raie, c'est-à-dire la ligne,
la direction vraie. — De raie. iNe doit pas être confondu avec le
mot moderne dérailler, qui vient de rail.
dériver, v. a. : ouvrir un passage en fauchant sur les côtés
d'un pré dont la limite se confond avec les prés voisins. — De dé
et de rive.
désoûcheler, v. a. : désosser. — De dé et de ous pour os (voir
page 53).
détôïer, v. a. (ô = [5]) : retirer du bourbier. — Voir enrôler,
page 110.
détoyer, v. a. (oy=15) •. enlever la taie, par exemple, d'un
oreiller, d'un lit de plume. — De toie pour taie (voir page oo).
détrâcer, v. a. (â = [3]) : faire disparaître la race (se dit d'une
espèce animale ou végétale). — De race: il y a lieu de remarquer
le t dont rien ne justifie la présence dans ce mot. Le patois dit de
même entrâcer (voir page HO).
détrapper, v. a. : dépêtrer. — Voir enlrapper, page 110.
déverser, v. a. (pron. déverser) : usité dans la locution se dé-
verser le pied, qui signifie se tourner le pied, prendre une en-
torse. On dit dans d'autres villages, avoir un divers. L'origine
commune à ces deux expressions est le latin vertere, versum,
tourner,
drimer, v. n. : courir, trimer, se fatiguer beaucoup. — Pro-
nonciation particulière de trimer. Voir daguiner pour taquiner,
page 106.
ébôner, v. n. (ô = [3]) : dans les jeux de jet, tirer les places
avant de commencer la partie. — Du bas latin bona, home, bonare,
planter des bornes, l'opération en question ayant lieu entre les
deux limites ou bornes du jeu : la passe, qui est le point d'où l'on
joue (voir page 90), et le but qu'il s'agit d'atteindre-, le
joueur qui dans cette épreuve a mis le plus près du but joue le
— io8 —
premier, et ainsi de suite. La lettre r a été introduite plus tard
dans le mot borne, qui s'est longtemps dit bonne ou bosne.
ébranculer (s'), v. réf. (c =; 25) : se suspendre par les bras en
tirant de toutes ses forces et en faisant agir le reste du corps par
son poids. — De bras et de cul.
ébuter^ v. n. : synonyme à.'ébôner (voir page 107). De but.
écafiller, v. a. : écaler. — C'est écaler afflublé d'une dési-
nence probablement fantaisiste ; Perrault-Dabot cite écalofer dans
le même sens.
éçarner, v. a. : retirer les cerneaux de la coquille. — De é pour
ex, préfixe séparatif, et de çarniaux pour cerneaux (voir page TS).
écoler, v. a. (T. m.) : instruire, faire la leçon : ça m'a école
(cela m'a servi de leçon). — De école.
écolier, v. a. : attacher les rameaux de la vigne sur l'échalas
ou sur le treillage. — Du préfixe é pour a et de coller.
écoufler, v. n. : s'effondrer, en parlant d'une toiture, etc.
écouver (s'), v. réf. (T. t.) : s'accroupir. — Bas latin cubarCy
couver.
écramouler, v. a. : écrabouiller. ~ Comme écrabouiller^
c'est un augmentatif d'écraser.
édarner, v. a. : assommer. — De darnu (voir page 100).
éfanner, v. a. ; couper le haut des feuilles dans les jeunes blés
trop forts. — De é pour ex, et de faune pour fane (^roir page 54).
éflûiller, v. a. : effeuiller. — Déformation assez bizarre d'e/-
feuiller.
églâiller (â = [3]) : i. v. n., seditducri de la pie; — 2. v. a.,
par extension, interpeller d'une façon provocante.
ég'lajoler, V. a. : éclabousser. — Littré, au mot éclabousser
cite une ancienne forme, éclaboterj qui d'ailleurs ne se rapproche
pas davantage d'églajoler ; mais il est à remarquer que tous ces
mots ont un radical commun. — A rapprocher d'éclache, flaque
d'eau (voir page 79) et aussi de l'allemand schlabbern, jeter de
la bave.
égosser, v. a. : faire des mines à un très jeune enfant pour
l'exciter à rire. — Peut-être forme de agacer, faire des aga-
ceries.
égraper, v. a. : agrafer. — De égrape pour agrafe (voir
page 79).
éider, v. a. (Berry aider, ajider, Litt.) : aider. — La forme
berrichonne aider est employée dans beaucoup de régions, entre
autres dans les environs de Montmirail ; c'est cette forme qu'em-
ploie notre patois, mais avec le préfixe é pour a.
éjeter, v. a. (bourg, échetaiy Litt.) : acheter. — É pour a, et
j pour ch,
élêner, v. a. (ê = [lOj) : arracher la nielle dans les champs de
— 109 —
seigle ou de blé, — De é pour ex, et de lène pour nielle (voir
page 86).
élîsser, v. a. : frayer, mettre en train (se dit surtout d'une
glissade ou virée : voir page 98). — De Ligse.
émioler, v. a. : émietter.
émoûcher, v. a. : battre légèrement et incomplètement du
seigle, comme s'il s'agissait seulement de chasser les mouches avec
le fléau. — De é pour ex, et de mouche.
émouver, v. a. : mettre en mouvement, forcera se remuer (en
parlant des personnes). — C'est émouvoir, pris au sens matériel,
et transporté de la troisième conjugaison à la première.
empruser, v. a. : mélanger de présure, en parlant du lait. —
De pruse pour présure (voir page 93).
emputi (s'), v. réf. : s'empuantir. — Syncope.
encleigner, v. a. (ei = 20) : essanger (la lessive).
encreûiller, v. a. (eu ^7) : jeter dans les branches d'un arbre
un objet qui y reste engagé.
enguiller, v. a. (gu=27) : enfiler (une aiguille). — Voir en-
guillée pour aiguillée^ page 55.
enhoter, v. n. : rester embourbé (en parlant d'un véhicule). —
Littré, au mot cahoter, Etym., ayant besoin d'un verbe hoterpour
expliquer Aii/iofer, forme wallonne de cahoter, dit qu'on ne connaît
pas de verbe hoter, à moins qu'on ne le rattache à hotte. Le verbe
en question semble apparaître, mais toujours en combinaison, dans
nos mots enhoter et déhoter, dont l'idée est assez voisine de ca-
hoter, puisque dans un cas comme dans l'autre il s'agit d'un elFet
produit par les fondrières ou ornières profondes si communes
jadis sur les chemins mal entretenus. On a pu comparer ces fon-
drières à des hottes, en raison de leur profondeur: ce qui nous
ramène à la supposition de Littré.
enhuiler (s'), v. réf. : se dit des noix trop vieilles, qui prennent
un goût d'huile rance. — De huile.
ennouer, V. a. (en=19) : embarrasser l'entrée du gosier, en
parlant des aliments d'une déglutition difficile. — DénoueUé, qui se trouve aussi
dans l'ancienne langue.
redonder, v. n. : rebondir ; se dira, par exemple, d'une
balle à jouer. — Le mot français recloruler exprime la répétition
d'une idée, le retour sur ce qui a déjà été dit; le patois exprime
quelque chose d'analogue dans le domaine des faits matériels,
puisque l'objet qui redonde suit de nouveau un trajet déjà par-
couru.
réfaler, v. a. : rattraper au vol un objet qui tombe. — Littré,
au mot affaler^ cite le bas-breton affala ou a^efa, retomber, dont
le sens concorde assez bien avec celui de réfaler. On dit avec le
même sens récharder dans les environs de Montmirail, et reciper
à Sainte-Ménehould.
réfourrer, v. a. : donner le fourrage aux animaux. — De
fowTage.
refrogner, v. a. : usité seulement dans la locution refrogner
le nez, qui signifie faire la grimace, prendre une mine renfro-
gnée. — De l'ancien verbe français frogner, qui signifiait froncer
la bouche, le front. (Voir chafrogneux, page 99).
régrainer, v. a. (ai = 20); — (T. t.) : i. ramasser avec un
râteau; — 2. détacher en raclant. — Le premier sens vient de
grain; le second en est une extension et se dit surtout dans la
locution régrainer le pot, qui signifie gratter, enlever le gratin ou
régrainon (voir ce dernier, page 94).
rejardeller, v. n. : produire déjeunes pousses. — Il y a, dans
la langue spéciale des eaux-et-forêts, un y evhe jardiner signiliant
couper les arbres au fur et à mesure qu'ils dépérissent ou qu'ils
ont atteint le volume que l'on recherche. De nombreux rejetons
surgissant bientôt autour de la souche des arbres coupés, il est
possible que rejardeller soit un réduplicatif fréquentatif de jar-
diner, entendu dans le sens de la définition ci-dessus.
rejonfler, v. n. : saillir en forme de bourrelet, comme, par
exemple, la nuque d'une personne très grasse au-dessus des vête-
ments. — Mot difficile à expliquer sous cette forme. Dans les envi-
rons, on dit rejoufler, qui peut se rapprocher de joue.
relafer, v. a. : engloutir, faire disparaître en avalant. — A
rapprocher de laper.
r«ncharger, v. a. : faire de pressantes recommandations :
— 117 —
je Vai bien renchargé de s'occuper de vousj c'est-à-dire je lui ai
bien recommandé, etc. — De charger^ dans le sens de confier une
tâche.
rencurer; v. a. : usité seulement dans la locution rencurer
l'école^ qui signifie rapporter ce que font les autres. — C'est pro-
bablement une forme d'accif.çer, avecl'éternel et oiseux préfixera.
renfermi, v. a. : raffermir. — C'est une simple variante.
rentoyer, v. a. (oy = 15) : remettre dans la taie. — De toie
pour taie (voir page 55). Voir aussi le contraire détoyer^ p. 107.
répaiser, v. a. (ai = [\0]) : apaiser. — iîepawer est pour ejoai-
ser (bourg, époizé^ Litt,), bas latin epacare.
répetiser, v. a. ; rapetisser. — Cl. Haton écrit rapetiser :
Il Bezela fut trouvé auprès des murailles de Provins, où.
l'eaue l'avoit quitté, après qu'elle fut rapetisée.
répièceter, v, a. : rapiécer.
réquerséli (se)^. v. réf. (qu = 25) : se ratatiner, se dessécher.
— Probablement de queurse (voir page 03), à cause de la con-
sistance.
réqu'moder, v. a. : raccommoder.
réquiller, v. n. (qu = 2d) : retourner prendre son travail au
commencement^ comme par exemple en fauchant; — faire un
détour, être obligé d'allonger son chemin, — On dit accueillir^
même sens, dans d'autres régions de la Champagne.
ressuer, v. n. (u = 1) : ressécher. — Voir essuer, page 111.
rétenri, v. n. : devenir tendre. — De tenre pour tendre (voir
page 66).
retieurcer, v. a. (ti = 23) : donner le troisième labour à la
terre. — Bas latin retertiare, labourer pour la troisième fois, du
latin tertiuSy troisième.
rétiller, v. a. : attiser. — Changement de s en ill.,., commun
dans le patois après un i.
rétondi, v. u. : retentir. — Autre forme de retentir, qui se
trouve dans Rabelais.
retrancher, v. a. : donner le second labour à une jachère. —
De trancher : à la lettre, c'est trancher ou couper une seconde
fois.
reûiller, v. a. (eu = 7) : ne s'emploie que dans la locution
reûiller les yeux, qui signifie ouvrir de grands yeux. — On a dit
autrefois en français rouiller les yeux. Il est probable que rouil-
ler et reûiller sont pour rouler : ce qui appuie cette opinion,
c'est que dans les environs de Vitry-le-François on dit reûiller
dans le sens de rouler., passer le rouleau sur une terre labourée.
revenger, v. a. (Berry revanger., Litt.) : venger. — Cette
forme, employée dans la vieille langue jusqu'au xiii* siècle, a été
— ii8 —
depuis abandonnée pour revancher et est aujourd'hui lionteuse-
ment classée parmi les locutions vicieuses.
rifler, v. a. : ratler, faire disparaître vivement. — Bas latin
rifflare, enlever par force. Voir érifler (page HO). — A rappro-
cher de l'anglais io rifle, dévaliser, piller.
rocler, v. n. : tousser. — A rapprocher du latin raucus,
enroué : il y a dans Cl. Haton un mot rocque, enroué, qui est la
traduction de raucus ;.
... Par après, entroient en une toux si grande que rien
plus, jusques à rendre le sang par le nez à force de tousser
el demeuroient si rocques et enrouez qu'on ne les ouyoit
quasi parler.
rommeler^ v. n. : râler, produire un bruit particulier en res-
pirant. — Paraît devoir se rattacher à grommeler , à cause du
bruit produit dans les deux cas; on trouve dans Montaigne rom-
meler avec le sens de grommeler.
ronner, v. n. (on = 17) : bourdonner, murmurer. — Onoma-
topée.
sîmer, v. n. (T. t. m.) : suppurer.
sombrer, v. a. (ï. t. 1.) : donner le premier labour à une
jachère. — De sombre, ce premier labour se donnant dans la sai-
son où le ciel est encore généralement sombre.
sorger^ v. a. : guetter, épier ; le chat sorge la souris. — A
rapprocher de l'allemand Sorge^ dans le sens d'atlention.
sûter, v. n, (T. t.) : pleurnicher. — Peut-être une onomatopée
(répétition d'une sorte d'aspiration nasale qui peut se figurer
approximativement par sii, su...).
tabourer (T. t. a. 1.) : 1. v. n., faire du bruit en frappant; —
2. V. a. se dit des élancements causés par un mal, comme un pana-
ris, un mal blanc, etc. : ça me taboure. — Tabourer a signifié
autrefois battre le tambour ; le tambour lui-même s'est appelé
labour, du bas lailuitaburnum.
taguer, v. n. (gu = 26) : — (daguer, être essoufflé, T. t.) :
tirer la langue, haleter par l'effet de la chaleur et de la soif ; se
dit des chiens, des volailles, etc.
taugner, v. a. (au = [5]); — (T. m. a.) : battre, rosser.
tiller, V. a : cueillir. — Le même que quiller (voir page 115).
tôcher, v. a. (ô = [3]) : frapper à coups de tête, en parlant des
animaux (béliers, veaux, etc.). — Perrault-Dabot et Littré citent
le mot bourguignon /ôcA.ai, frapper, qui est ici pris dans un sens
particulier.
tolli, V. a. : enlever, ôter. — Du bas latin iollire pour tôl-
ière, enlever. Le verbe tollir était très usité dans l'ancienne
langue :
— "9 —
Si li tolil lo blanc osberc legier.
(Chanson de Roland).
Et fu leur conseuz teus que si tost corne il verroienl le
jour, qu'il s'iroient combatre a eus en rivage pour tolir leur
vaisseaus. (Villehardouin).
Le remède qui luy sembloit le plus convenable pour ce
faire esloit de tollir les presches des huguenots.
rCl. Haton).
Le patois n'emploie plus tolli qu'à l'inlinitif et au futur, et
encore dans un sens spécial : an ne peut pas vous tolli ça ; — an
ne vous tollira pas ça, en parlant d'un droit qui ne saurait être
méconnu.
tonfer, v. n. : se faire entendre(enparlant, en soupirant, etc.),
s'emploie surtout dans cette phrase : i n'a pas tonfé, c'est-à-dire
il n'a fait entendre aucun bruit. — Peut-être une onomatopée.
traînebaler, v. a. (ai = '21) — {trinqueballery T. m. ; Berr}'
trinqueballery Litt.) : trimbaler. — Les formes trinqueb aller,
triballement se trouvent dans Rabelais.
trépercer, v. a. (T. t. m.) : mouiller d'outre en outre, — De
tré pour /?'a«s, à travers, et de percer.
triôlor, V. a. (ô = [5]) : promener de droite et de gauche. —
Voir triolut, page 98.
trîler, v. n. : produire un bruit strident et continu, dont un
des types est celui que produit un métier à bas. — Encore une
onomatopée on ne peut mieux trouvée.
trocher, v. n. (bourg. Iroché., pousser des tiges, Litt.) :
s'étendre, former une touffe (en parlant des plantes). — De iroche,
voir page 98.
verdeilier, v. a. (ei = [10]) : verdoyer; tacher de verdure. —
De uerrf, ancienne orthographe de vert (en latin viridis).
verder, v. n. (T. t. m. ; — verder, veurder. P.) : être pro-
jeté en l'air avec force; subir un mouvement rapide, aussi bien
dans le sens circulaire que dans le sens recliligne ; — par exten-
sion, sauter, bondir, courir avec une extrême rapidité.— Du latin
vertere, tourner, qui s'applique même dans le cas d'un mouve-
ment en ligne droite, ce mouvement se subdivisant généralement
en une série de rotations très rapides.
vionner, v. u. (on = 1") — (Morvan. P.) : vibrer, produire
un bourdonnement sourd et continu, comme celui des mouches,
de la pierre lancée par une fronde, d'une balle sur la fin de son
trajet, d'un fil télégraphique, etc. — Onomatopée ; — on dit
viorner dans d'autr3s localités. Perrault-Dabot cite cette dernière
forme comme usitée dans l'Yonne ; mais vionner peint mieux le
bourdonnement.
— 120 —
IV. — MOTS AGGLUTINÉS OU COMPOSÉS ; - LOCUTIONS
DIVERSES
1. — Mots agginilués.
Le patois agglutine, parfois plusieurs mots qu'il réunit en un
seul. Le principal efïet qui se produit dans ce cas est de faire
perdre l'accent tonique à tous les mots composants, le dernier
seul excepté. Ainsi dans le mot charaban, Va de c/ior qui, dans
ce mot séparé, aurait un son plein et un peu allongé, se prononce
très bref et sans aucun relief, de sorte que les deux a donnent
quelque chose comme ceux du mot tabatière. Voici une liste de
quelques mots de ce genre :
IN OMS.
charaban (an == 16) : char-à-bancs.
crouettéjésus (é = [10]) : alphabet. — Devrait s'écrire croix-
de- Jésus ; mais le patois agglutine entièrement les trois mots en
leur donnant une prononciation conforme à l'orthographe adop-
tée. On disait au moyen âge croix de par Dieu ; on dit encore
croiselte dans les environs de Montmirail. Toutes ces expressions
viennent de la croix qui autrefois figurait toujours en tête de l'al-
phabet.
essuyamain (ain = 20) ; essuie-mains.
filfer : lil de fer.
foussafient (ou bref et atone) : fosse à fumier.
misérendô (o = 4) : hotte de mendiant ou de petit marchand
ambulant. — Vouv misère-en-dos.
ouâgoutte (â= [3]) : celui qui n'y voit pas ou presque pas. —
Pour voit-goutte.
painm'nit (ain = 21, i de nit long) : pain bénit. — Change-
ment de b en m avec élision complète de l'é. — Voir iaum'nile,
iauniuitier, page 146.
pommenéterre : pomme de terre. — Dans cette agglutina-
tion, le mot de se trouve complètement dénaturé etàpeinerecon-
naissable.
poulagueule (gu = 27) : gourmand. — Facile à décomposer
en pou (pour) la gueule.
ratd'iau (d'i = 27, au = 4} : rat d'eau. — A remarquer l'ef-
fet de l'agglutination sur le mot iau qui se prononce partout ail-
leurs au long [4] ; ici les deux mots se réunissant, au se prononce
bref (4), comme dans les mots de plusieurs syllabes en iau: cou-
iiau, vanniaUf eic. (voir page 48).
reineglaude (ei = [H]) : prune de reine-claude.
reineglaudier (ei = [11]), di = 27) : prunier de reine-claude.
vivargent : mercure ou vif-argent.
— 121 —
2. — Mots composés.
Noms.
âbre-cabri : suite de nuages blancs en forme d'arbre double
qui va du bord septentrional au bord méridional de l'horizon et
qui est regarde comme un signe de pluie pour le lendemain.
bois-joli (oi = lo) : bourdaine (rhamnus frangula, L.).
bec-aigu (g = 27) : se dit d'un enfant nmladif, d'une jeune
fille maigre et chétive.
bête-à-pain (ê = [H]), ain = 20): bête appartenant à l'espèce
humaine.
bonnes-grâces : garniture en étoffe que l'on suspend autour
du manteau d'une cheminée,
calottes-de-curé : aconit /'acom7u?n napellus, L.). — A cause
de la forme des fleurs, qui d'ailleurs ressemblent plutôt à un
capuchon qu'à une calotte.
chadron-meurlon : espèces de grande taille appartenant aux
genres chardon et cirse.
charche-pain : mendiant.
chasse-colées : garçon meunier. — Le mot cotée signifie sac
de grain (voir page 70).
coq-d'Inde : bruche, sorte de charançon qui vit dans les
pois et les lentilles.
crachat-de-coucou : sorte de bave blanche et mousseuse que
l'on trouve sur les pousses de certains arbres et sur plusieurs
plantes herbacées : celte bave est sécrétée par la larve d'un in-
secte nommé aphrophore écumeuse.
croque-avoine (oi = 22) : celui qui fait des démarches pour
un jeune homme en vue d'un mariage. — On dit pique-avoine
dans les environs de Monlmirail.
crotte-d'âne (â = [3]) : sorte de beignet. — Ainsi nommé de
sa forme sensiblement cubique, qui est aussi celle des crottes
d'âne.
crottes-de-chat : fruits de la viorne mentiane (viburnum
lantana, L.).
crotte-de-pie : menue monnaie d'argent, pièce de 20 ou
50 centimes. — A cause de la couleur blanche et de la forme
ronde.
devant-de-gilet ; flèche de lard. — A cause de la forme.
égratignant-chat, mordant-chat : nom que donne un
enfant au camarade qui l'a égratigné ou mordu.
épine-blanche : bois de Sainte-Lucie {prunus mahaleb, L.).
épine-noire : prunelier (prunus spinosa, L.).
fort-en-diable (di = 27, a = [3]) : sorte d'étoffe très solide.
guère-ne-vaut (gu = 27^ è = [11]) •. vaurien.
— 122
gueule-de-loup (gu = 27) : muflier (antirrhinum majus,
L.).
harbe-blanche : nom donné par le patois à trois espèces bien
ditlerentes : le cerfeuil bâtard (chœrophyllum iemulum, L.), l'as-
périile à l'esquinanoie (asperula cynancliica^ L.), el l'ansérine
blanclie {chenopodium albiun, L.).
harbe-i-cochoa : renouée des oiseaux (poiygonum avicu-
lare, L,).
barbe -fromentée : espèces de genre hoaque (holcus lanatus,
et holcus mollis, L.).
barbe de Saint-Jean (an = 18) : armoise (artemisia vulga-
ris, L.).
harbe-aux-oies (oi = i^):avgenVioe(potenliLlaanse7nna,L.).
haut-bonnet : champignon (morille à pied élevé et à chapeau
de forme conique).
long-j'y-vas : flâneur, celui qui n'avance pas en besogne. —
Peut-être jeu de mots sur le nom Longis ou Longin : voir au
mot losin, page 86.
mange-pain : ténébrion, insecte noir qui se cache sous les
sacs de farine, dans les huches à pain, etc.
marchand de faire-voir : montreur de curiosités.
navet-bâtard : bryone (bryonia dioica, Jacq.).
nentilles-ramées ; lentilles mélangées de seigle.
ognons -de-lis (pron. H) : lis.
œil de-chat : nigelle {nigella arvensis, L.).
œil-de-crapaud : petite pièce d'or de 5 ou 10 francs. — A
cause de la couleur jaune et de la forme ronde.
orge à six quarts : escourgeon.
pain-de-sarradin : foie (lorsqu'il est cuit, ce qui lui donne
quelque ressemblance avec du pain noir). — Voir sarradin pour
sarrazin, page 58.
panais-bâtard : berce branc-ursine (heracleum sphondy-
lium, L.).
patte-d'oie : nom donné à plusieurs espèces du genre géra-
nium.
pied-de-réchaud : se dit de quatre gerbes placées de manière
que les épis d'aucune ne touchent la terre et forment le premier
lit des douzaines (tas de treize gerbes), que l'on fait dans les
champs après la moisson.
pois-ronds : petits pois.
pomme-d'orange : orange — Bas latin pomerancia (pour
pomn aurantia), orange : l'allemand dit de même Pomeranze.
poule-grasse : plante de la famille des composées (lapsana
communis, L.).
— 123 —
queue-de-loup (qii = 2'6) : vipérine (echium vulgare^ L.).
queue-de rat (qu = 25) : nom donné à plusieurs espèces des
genres vulpin et fléole.
rose-à-bâton : rose trémière {althsea rosea).
rose-à-mille-feuilles : pivoine à grosses fleurs rouges.
rose-de-mai : narcisse à fleurs blanches (narcissus poeticus,
L.).
sainfoin-bâtard : vulnéraire [anthyllis vulneraria, L.).
saute-aux-prunes : ne s'emploie guère que précédée de
l'adjectif grand et s'applique à un jeune garçon bien découplé et
dépourvu de timidité.
scieux-de-long ; insectes qui voltigent par bandes en mon-
tant et descendant alternativement. — Du mouvement de la scie
et de ceux qui la manœuvrent, reproduit par les insectes en ques-
tion.
sort-dent, maso. : dent qui fait saillie en avant de la mâ-
choire. — Tout en faisant dent du féminin, comme dans le fran-
çais moderne, le patois fait sort-dent du masculin ; le mot dent
(du masculin latin dens^ dentem) a d'ailleurs été du masculin
dans l'ancienne langue française, et ditFérents patois, notamment
ceux de la Lorraine, lui donnent encore ce genre.
soupe-en-vin : fumeteri-e {fumaria officinalis, L.).
traîne -chorrou : se dit d'un jeune enfant qui marche à
quatre pattes et dont les habits traînent à terre. — Le mot chor-
rou, s'appliquant à un linge de grandes dimensions (voir page 16),
se trouve ici par exagération.
trompe-chat ! soupe qui se fait avec du lait fortement étendu
d'eau.
Verbe.
entre-hiverner, v. a. : labourer à l'automne une terre où a
été récoltée une céréale d'hiver (blé, seigle, etc.). — De entre et
de hiver, ce labour étant le seul qu'une terre placée dans ces con-
ditions reçoive entre deux hivers.
3. — Locuilous diverses.
à bricou : se dit au sujet d'un enfant qu'une personne porte
sur son dos et qui a les bras passés autour du cou de cette per-
sonne, comme lorsqu'on joue à bon vinaigre. — On dit à cabidos,
même sens, dans les environs de Montmirail.
à boucheton (T. t.) ; à plat ventre, sur la bouche.
à ce matin, à ce soir, demain au matin^ hier au soir :
ce malin^ ce soir, demain matin ', hier soir,
1. Le patois prononce demain-n-aii matin, en liant fortement Vn, et
demain au soir, sans aucune liaison.
— 124 —
à l'écoi (oi = 13) : à ral)ri du vent. — On dit dans d'autres
endroits à la coi ; ces locutions viennent du latin quietus, coi,
tranquille {ad quictam).
l'allée et la revénée (é de vé = 20) : se dit d'une double
gille, appliquée sur chaque joue.
l'année, la semaine passée : l'année, la semaine dernière.
Tannée, la semaine qui vient : l'année, la semaine pro-
chaine.
à ouâchat (â = [3]) : à quatre pattes (à la façon des chats).
à l'ôlusse (ù = [o]); — (T. t. m.) : en fraude, se dit des bois-
sons vendues ou transportées sans que les droits aient été ac-
quittés.
à rebours vent : contre le vent.
à ta mode, à la mode à c't'aute : comme tu dis, comme
dit cet autre.
avoir de l'action ; être actif, s'occuper de son alTaire.
avoir des attraits à queuqu'un : avoir de la ressemblance
avec quelqu'un.
avoir belle *. se trouver dans de bonnes conditions pour réus-
sir : Vas belle cUériver, tu arriveras facilement.
avoir la bête (ê = [10]) : avoir l'onglée, ce qui est doulou-
reux comme si on était mordu par une bête.
avoir bonne façon : avoir bonne mine.
avoir l'emport (o = [b]) : être victorieux, l'emporter.
avoir somme (om = JG) : avoir sommeil.
ça dit bien ; c'est intéressant à lire (en parlant d'un livre).
ça m'en est ; cela me gêne, me prive.
casser son sabot : se dit d'une jeune personne qui a fait...
un faux pas.
c'est bien empleyé (ey = [iO]) : c'est bien fait.
le cède du cou : la clavicule. — Voir cède pour cercle,
page Gd.
civilité pourciale : locution qu'on emploie quelquefois pour
caractériser le sans-gêne et le manque de savoir-vivre de certaines
gens.
cousin d'après gearmain ; cousin issu de germain. — Voir
gearmain pour germain, page 38.
cris de Merlusaine (ai = 20) : cris horribles. — Merlusaine
est certainement une corruption de Mélusine. On peut s'étonner
de trouver ici la trace de la fameuse magicienne, le château de
Lusignan étant situé en Poitou. Mais la légende de Mélusine, qui
a été fort probablement renouvelée au onzième siècle, devait s'ap-
pliquer auparavant à une fée de l'époque gauloise.
de belle : se dit pour exprimer qu'il ne faut pas compter sur
120
une chose. Exemple : / voura de belle, c'esUi-dire : // ne faut
pas compter qu'il voudra. Avec la négation, celle locution revient
naturellement au sens affirmatif : / ne voura pas de belle., c'est-
à-dire : Il est à peu près certain qu'il voudra., ou Lion : Pour-
quoi ne voudrait-il pas ?
de c'que : du temps que. Exemple : Il a venu de c' que J'étais
parti.
de coin : de travers.
décrocheux d'andouilles : se dit par plaisanterie d'un indi-
vidu grand et niais.
de quart en coin : d'un angle à l'angle opposé, eu diago-
nale.
écoliers de Paris : nom que les enfants donnent aux flo-
cons de neige, sans doute à cause du grand nombre de ces der-
niers.
en écouvotte : usité dans la locution virer en écouvotta, qui
signifie glisser (sur la glace) en prenant, un peu après le dépari,
la position accroupie. — Voir virer pour glisser, page 132, et
s'écouver pour s'accroupir, page 108.
en premiers, en derniers (ni = 29) : dans les premiers
temps, dans les derniers temps.
en rémôtise (ô = [5]) : çà et là; seditsurtout des ustensiles de
ménage sortis de leur place liabituelle et laissés à traîner au hasard.
Paraît être une corruption de la locution latine a remotis, à Técart,
quoique le sens ne concorde pas d'une façon bien exacte.
ête à blanc d'iau (ê = [10], d'i = 27, au = [oj) : être tout
trempé de sueur.
ête au filet (ê= [10],) : ne plus tenirqu'àun fil. — Se disait
surtout au jeu du tir à l'oio-, lorsque l'oie, à force d'être frappée,
avait le cou rompu et ne restait suspendue qu'à l'aide du fil repré-
senté par la trachée-artère et l'œsophage.
ête au soufflot : être à bout de souffle.
faire labre fourchu (à = [3]) : se tenir les pieds en haut, la
tête en bas.
faire le chien *. fêter la tin d'un travail, par exemple de la
moisson. — Ou dit faire le chien d'août^ même sens, dans les en-
virons de Montmirail.
faire d'esprès (è = 10) : faire exprès,
faire midi .' faire ia sieste.
faire l'œil de pédrix : commencer à prendre une couleur
grisâtre, en [)drlatit des avoines en voie de maturité.
faire pareil, faire pareil que... : faire de même, faire de
même que...
faire redeveni : (pr. r'dev'ni) : faire endêver, faire perdre
la tête.
— laG —
faire de la toile (oi= 13) : se débattre convulsivement, comme
dans l'açonie. — Du mouvement de va-et-vienl de la navette.
homme d'état ; homme qui exerce un état, c'est-à-dire une
profession manuelle autre que la culture^ comme charron, maré-
chal, etc.
i fait de i'essui (u = [i]) : tout se ressèche.
il'tait temps de loger : il était temps de se sauver, de se
mettre à l'abri ; il n'y aurait plus fait bon longtemps.
i va se mette après : il se gardera bien de faire cela. —
Cette tournure ne s'emploie qu'iroriiquement.
je coinptè que oui : je crois bien que non. — Même obser-
vation que pour le précédent.
i n'est pas dérobé : il ressemble à son père (en pariant d'un
enfant).
je m'étonne bien si... : je me demande si...
je sais beaucoup : est-ce que je sais? c'est-à-dire, au fond,
je ne sais pas. — Â remarquer le sens particulier de l'adverbe
beaucoup, que le patois emploie seulement dans cette locution
(pour exprimer le sens ordinaire de beaucoup en français, le
patois dit très bien^ fout plein : voir page 34). Ce sens à peu près
négatif de beaucoup est à rapprocher de la locution de belle
(voir page 124), formée de même avec le mot beau ou belle et
présentant également un sens négatif sans la forme négative.
jouer au gagne-pétit (a = 19) : jeu de mots à propos d'un
autre jeu, qui se devine assez.
manger le sucre de la terre : vivre dans l'oisiveté et le
bien-être, se nourrir délicatement et plantureusement.
n'y ai pas guieu(n'y == 29, gui == 27) : il n'y a pas mayen.
pas de métiers 1 (ti = 25) : il ne manquait plus que cela ! —
Mestier, en vieux français, avait le sens de besoin, utilité :
Ja li corners ne nos avreit mestier.
{Chanson de Roland).
Et si fisi mètre pain et car et vin, et quanque mestiers
lors fu. (Aucassin et Nicolette).
Je m'en irai devant, tenir nostre gens qui sont moût esfreé,
qui grand mestier en ont. (Villehardouin).
L'exclamation pas de métiers! signifie donc à la lettre : il n'y
avait pas besoin de cela, ce qui équivaut à cette formule ironique :
il ne manquait plus que cela !
pleuvoir à bouteilles : se dit lorsque la pluie forme en
tombant dan.s l'eau de grosses bulles qui ressemblent à de petites
bouteilles.
pou faire à ça : pour venir à bout de cette difliculté.
— 127 —
prenre le cou dans la ports : accepter du premier coup
une demande en mariage.
que ça seit : malgré cela, quoi qu'il en soit.
ration au monde de Dieu (di = 27) : rien du tout, rien de
rien. — Voir page 138.
repleyer les alênes : ranger ses outils à la fin d'une jour-
née ou d'un travail. - A dû se dire dabord des savetiers ambu-
lants très nombreux autrefois, qui rassemblaient leurs outils et
leur matériel chaque fois qu'ils déménageaient leur atelier rudi-
mentaire.
reprenre son vent : reprendre haleine, se reposer.
le roux du feu : la lueur accompagnée de chaleur que pro-
jette un foyer.
se faire vivre : chercher sa nourriture. — A table, on dit
couramment à un invité : faiS-toi vivre, faites^vons vivre, pour
l'engager à se servir et à manger selon son appétit.
senti le renclous : sentir le renfermé, le moisi. — 9e dit
surtout au figuré : ainsi, en parlant d'une jeune personne qiti se
marie de très bonne heure, ou dira : a ne sentira pas Le ren-
clous. — De clore : voir clous pour clos, page 52.
si ça s'édresse : s'il arrive par hasard.
toute la sainte jornée : du matin au soir. - Voir page 138.
tu fais des dents : tu bayes, tu parles mal à propos.
v'ià le prieux (c'est-à-dire celui qui prie) : formule primitive
d'invitation que l'on adresse à un convive en lui montrant le plat
servi sur la table. .
V a de l'à-dire : il y a une grande différence. - Peut s ex-
pliquer ainsi : U manque bien des choses ; il y abeaucoupàdire.
y en a pou unne sonnette (un = 20, on= 16) : il y en a
pour une grosse somme.
V. - MOTS FRANÇAIS CORROMPUS
Dans les listes qui précèdent, on s'est, autant que possible,
borné aux mots de formation spontanée et remontant au moyen
â-e A côté de ces mots, le patois, à une époque plus récente, en
a'admis d'autres qui lui manquaient et qu'il a empruntes à la
langue française, non sans les tran^former souvent d une façon
plus ou moins heureuse, changeant, supprimant ou déplaçant
les lettres qui le gênaient. Ou peut d'ailleurs constater dans plu-
sieurs de ces mots une tendance à faire rentrer dans le moule
d'un mot déjà connu une consonnance appartenant à un terme
iusque-là inconnu. Cette tendance apparaît d'une façon eviden e
dans des mots tels que creusotn, sauliche, valsovienne (voir la
liste ci-après).
— 128 —
Noms.
agacia : acacia,
arcôme, masc. ; alcôve.
assassin : assassinat.
bamboche (T. 1 ): chaussure légère (babouche).
baromète : baromètre.
belzamine : balsamine.
bilberquin {vuilberquin., T. m.) : vilebrequin.
brandouillère (è = [10]) : bandoulière.
bronequin (o = 16, qu = 2'6) : brodequin,
camamenne (en = 20) : cameline.
carbonade, fém. (o = 16) : carbonate (de potasse ou de
soude).
carcul (le second c = 25) : calcul.
cataplasse : cataplasme.
caticliîme : catéchisme.
chat-viant : chat-huant.
chigorée : chicorée.
coUidor : corridor.
Colonne (eau de*) : eau de Cologne.
colra : colza.
creusote : créosote.
crincaillier, crincaillerie : quincaillier, quincaillerie.
cylingre : cylindre (trieur).
églédon (T. 1. m.) : édredon.
égrouelles : écrouelles.
esqu'lette (T. 1.) : squelette.
feu-nomen (o = [5]) : phénomène lumineux (bolide).
gravate : cravate.
guimauche : guimauve.
hiarre-Thérèse (è = [HJ) : lierre terrestre.
bouppelandre : houppelande.
luméro : numéro,
mairerie : mairie.
manne : malle.
orcaisse (c = 25, ai = \ii]) : orchestre.
palefermier : palefrenier.
phormacie, phormacien : pharmacie, pharmacien.
physolomie : physionomie.
1. Ici le mot eau conserve toujours sa forme propre, sans jamais deve-
nir iaii.
— 129 —
poriginelle : polichinelle.
potographe : pholagraphe.
pourcéline : porcelaine.
précepteur : percepteur.
résipère, révipère (è = [HJ) : érysipèle.
ruta : rutabaga,
sautiche : scottish (danse).
sautier (ti = 25) ; — (T. a.) : psautier.
semeçon : séneçon.
sersifis (T. m.) : salsifis.
souris-chaude (T. t. m.) : chauve-souris.
tarât : tarare (van).
tôpin : topinambour,
tourti (blé de) : blé de Turquie, maïs,
trémuise (u = [1]) : trémie.
turbôntine : térébenthine.
valsovienne (en = 20) : varsovienne (danse).
ventrilogue : ventriloque.
Adjectifs.
catholiques (mouches) : cantharides.
célébrale (fièvre) : fièvre cérébrale.
glimeux' : venimeux,
postige : postiche.
Verbes.
chaurer, v. a, : chauler.
tarater, v. a. : vanner au tarare {tarât : voir ci-dessus).
VI. - MOTS, FRANÇAIS OU NON, QUI PRENNENT EN PATOIS
UNE VALEUR A PART
Il n'est pas rare que le patois donne au sens des mots d'autres
limites que le français, même lorsqu'il s'agit de mots où la forme
française est respectée. Il peut y avoir tantôt extension, tantôt
restriction du sens admis ; parfois même, la valeur du mot se
trouve modifiée du tout au tout.
Suit une liste de mots présentant Tune ou l'autre de ces par-
ticularités :
1. Ce mol, qui n'est autre que venimeux mal prononcé, a servi a refor-
mer le mot glime, qui à son tour remplace venin : la glime (venin) du
crapaud.
9
— i3o —
1. — Mots n'admettant en patois que la seule acception Indiquée
par la déllnltlou.
Noms.
blé : seigle. — En patois, le véritable blé est appelé froment.
chapechute : mésaventure. — Le vrai sens de chapechute est
bonne aubaine {chape (riche vêtement ecclésiastique) chute
(tombée), bonne à ramasser pour celui qui la trouve. C'est ainsi
qu'il s'eutend dans le vers de La Fontaine :
Messer loup attendait chape-chute à la porte.
Le patois prend toujours chapechute dans un sens défavorable,
se rencontrant eu cela avec un des plus connus parmi nos écri-
vains du jour :
Cette précaire situation fut encore aggravée par un con-
cours de malechances et de funestes chapechutes.
(A. Theuriet, La Chanoinesse).
chef-d'œuvre : coup de maladresse. — Comme le précédent,
se prend toujours en mauvaise part.
définition : la fin d'une chose.
drapiau (au = 4); — (drapais^ drapeaux, drapelets, T. 1. t.
m.) : lange en toile. — Dans le sens où il s'emploie en français,
le mot drapeau ne change pas de forme.
épitaphe : écriteau quelconque.
fratres (e = H) ; barbier (le fratres). — Cette forme plurielle
employée au singulier paraît au moins bizarre.
gadouille : boue.
gestes (e de ge = [11]) : manières, cérémonies.
gloire (oi = 15) : amour du iuxe, surtout dans les vêtements.
gueux (gu = 27, eu = 6) : scélérat. — En français, le mot
misérable présente une déviation de sens analogue, puisqu'il
signifie en même temps celui qui est dans la misère et celui qui
est digne de mépris.
hanap (/i asp.,2> final muet) : toute espèce de vase, quelle
qu'en soit la forme, la matière ou la contenance. — C'est un
vieux mot français, dont le sens était grand vase à boire, aujour-
d'hui à peu près inusité. — Bas latin hanapus, kanaphus, vase à
boire.
jambette : chacun des deux montants qui forment les côtés
d'une cheminée.
lices : perches transversales fixées par des harts d'osier de
chaque côté d'une haie morte. — Bas latin lichia, palissade, bar-
rière,
monciau (au = 4) j petit tas pi'ovenant d'un andain ramassé.
— i3i —
nuée (u = \) orage. — Le mot nuée s'emploie quelquefois en
français dans le sens d'orage ; mais cette acception y est rare. Le
patois, au contraire, en fait un grand usage et n'a même aucun
autre terme pour exprimer l'idée d'orage.
pays : village. — Même remarque que pour le précédent *.
plaine (ai = 20) : partie élevée et sèche dans un marais ; le
contraire est noue, qui désigne un bas-fond.
pois (oi = 12) : haricot. — Les vrais pois sont appelés pois
ronds (voir page 122).
pourpier : nom improprement donné à plusieurs espèces du
genre renoncule, et spécialement à la renoncule rampante {ranun-
culus repens, L.).
rêveux (ê = 10) : radoteur. — De rêver, dans le sens de dire
des choses déraisonnables.
séné : nom improprement donné à la moutarde des champs
(sinapis arvensis, L.) : séné jaune ; — et à la ravenelle (raphanus
raphanistruniy L.) : séné blanc.
simplicités (é = 10) : actes et dires d'un fou. — De simple,
signifiant simple d'esprit, niais.
tonnelle (pron. tônelley ô = [5]) : paillasson de cantonnier.
viorne : clématite des haies {clematis vitalba, L.).
Adjectifs.
badin : qui aime à jouer ; se dit d'un enfant ou d'un jeune
animal. — De badiner , avec un sens un peu détourné.
délibéré : libéré, quitte, débarrassé.
étrang^e : étranger ; ne s'emploie que dans cette locution : en
étrange pays. — Étrange (du latin extraneus) a été autrefois fort
employé en français dans le sens d'étranger ;
Nicholete laiie ester, que ce est une caitive qui fu amenée
destrange terre. {Aucassin et Nicolette).
Des ennemys estranges, quant le dedans est uny, ou s'en
deffent aiseeraent. (Commines).
Durant qu'on traictoit la paix, il feit composition de sa
rangon, estant fasché d'estre si longtemps captif en pays
estrange. (Cl. Haton).
faquin (qu = 23) : coquet.
frappé : toqué. — Toqué et frappé^ c'est tout un ; le sens
1. En général, il est à remarquer que lorsqu'il exista en français plu-
sieurs synonymes pour rendre la même idée, le patois en adopte un seul
et s'y tient d'une façon exclusive. Ainsi il dit garçon, et jamais fils ;
chair, et jamais viande, etc.
l32
commun à l'un et à laulre est celui-ci : qid a reçu un coup à
la tête, qui a la tète fêlée. — Le patois dit toujours taper^ dans
le sens que le français exprime par frapper.
glorieux : coquet. — Voir le mot gloire, page 130.
habile : leste,
indigne : insupportable.
intrigant : adroit, inventif.
loup : gourmand, ivrogne.
malencontreux : qui ne donne pas satisfaction.
malin : méchant.
ouvrier : laborieux.
savant : qui possède quelque instruction.
veule : abattu par la chaleur.
Verbes.
confonde, v.a. : briser, abîmer.
crier, v. n. : pleurer. — Le sens français de crier se rend par
d'autres verbes : hôler, voir page 113, et quelquefois gueuler.
' évancer (s'), v. réf. : se dépêcher.
gravi, V. n. : grimper (aux arbres).
mépriser (queuqu'un), v. a. : dii'e du mal de quelqu'un.
nuire, v. n. : gêner. La Fontaine emploie nuire dans le même
sens :
Prends ton pic et me romps ce caillou qui te nuit.
{Le Charretier embourbé).
outrager, v. n. : user sans modération, détruire une chose
utile. — Bas latin uUragium., ce qui passe les bornes de la mo-
dération. Le mot outrager est pris ici dans son sens matériel et
étymologique : c'est proprement agir outre, passer les bornes du
juste et du raisonnable :
Ceux où il n'y en avoit point de logez aydoient à les
nourrir aux aultrez où ils esLoient logez, et y faisaient
aultant de despense et oultrago qu'ils eussent faict aux
villages. (CI. Haton).
rabâcher, v. n. (à = [3]) (Berry rabâter, Litt.) : remuer avec
grand bruit. '
rêver, v. n. (ê = [10]) : radoter.
virer, v. n. (T. t. m. a.) : glisser. — Bas latin virare, tour-
ner, retourner, dérivé du latin vertere, tourner : le sens habituel
de virer est celui de glisser sur la glace., jeu dans lequel on va et
'vient allernativement dans les deux sens.
— i33 —
o _ Mots ponr lesquels le patois admet plusieurs sens, la riéUnltlou
' donnée ne correspondant quà une acception partlcnliere
Noms.
aiguilles (g = 27, u == 1) : plante de la famille des ombelli-
fères (scandix pecten Veneris, L.)-
atner : fiel.
alignées : toiles d'araignées.
baveux (T. m.) : qui cause à tort et à travers.
bique : trépied. - Le français a dans le même sens le mot
chèvre dont bique est l'équivalent.
biquot : bêta.
blonde : bonne amie,
bouquets (qu = 25, est = [il]) : ûeursen général, même non
cueillies.
bracelet : pain en forme de couronne, dans lequel on peut
passer le bras. ^
bûche : passerelle primitive, faite d'un simple tronc d arbre.
butte : petit tas que l'on fait provisoirement avec le foin à
moitié sec.
carnaval : masque (homme déguisé).
casquette (qu = 25) : grand chapeau de paille que les femmes
portaient pour les travaux des cha.nps et qui se fabriquait au
village. , ;
chameau (T. m.) : gros nuage.
chandelle : lumière quelconque, qui peut aussi bien être une
bouKie, ou même une lampe. - Le mot chandelle (en latin
camlela, de candere, être ardent) n'a pas toujours eu le sens
restreint que le français lui donne aujourd'hui, et au moyen âge
il s'appliquait à tous les modes d'éclairage.
chandelles : fruit du fusain ou bonnet carré (evonymus m-
ropseus, L.).
chapiau (au = 4) : croûtes de lait (du chapiau).
cot'ri (i bref) : ce mot, qui présente on certain rapport de
sens avec le mot français coterie, s'emploie aux deux genres.
Cot'rL féminin, signifie L'ami et ne s'emploie guère qu'en adres-
sant la parole à quelqu'un, qui peut être et est, en effet, le plus
souvent un homme ou un jeune garçon : entends-tu, la cotn Y
Le mot coVri, ainsi employé, a dû être propagé par les anciens
compagnons du devoir, qui se servaient de cette désignation
entre eux. - CoVri, masculin, signifie camarade : il est sorti
avec un de ses coVris ; - c'est des grands cot'ris.ll peut aussi
bien, dans ce dernier sens, s'appliquer à des jeunes filles et rede-
Tient alors féminin, mais sans changement dans la prononcia-
tion.
— i34 —
crayon (ay = [10]) : morceau de craie en forme d'œuf que Ton
met dans un nid pour que les poules aillent y pondre.
cuillers : plantain d'eau {alisma plantago^ L.).
dinde : chapeau haut de forme. — Cette acception est d'ori-
gine tout à fait moderne, la coiffure dont il s'agit datant seule-
ment d'un siècle environ. En voici, je crois, l'origine. L'idéal,
pour une volaille grasse, est qu'elle soit toute jaune de graisse.
Un mendiant portant un vieux haut de forme ramassé Dieu sait
où et tout passé, rencontra un loustic qui, avisant la teinte jaune-
noirâtre du couvre-chef, lui dit : « En v'ià unne belle dinde, toute
jaune de graisse ». Le mot parut sans doute drôle aux assistants,
qui le répétèrent et réussirent si bien à lui faire un sort qu'on a
continué à s'en servir,
double-décalitre : autre sobriquet du chapeau haut de forme,
au moins aussi bien trouvé et aussi juste que le classique < tuyau
de poêle ».
douzaine : tas de douze (ou plutôt treize) gerbes qu'on laisse
quelque temps dans les champs après la moisson.
épine : aubépine. — Le patois applique le nom à'épîne
blanchCy non à l'aubépine, ^ais au bois de Sainte-Lucie (voir
page 121), qui, par parenthèse, n'est pas du tout épineux.
état : se dit de toute profession manuelle autre que la culture :
maçon, charpentier, charron, maréchal, etc.
falot ; poignée de paille allumée.
fierté : acidité.
fousse (ou long) : fondrière marécageuse. — Pour fosse.
framboise ; mûre (fruit de la ronce bleue).
fumelle : chanvre mâle.
gendarmes : pellicules blanches qui se trouvent en suspension
dans les dernières bouteilles d'un tonneau de vin.
gobelets : campanules à grandes tleurs.
idée : se dit pour exprimer une très petite différence. Exemple :
la corde est unne idée trop courte. Pour appuyer encore davan-
tage, on dit quelquefois : unne petite idée.
jeton : essaim; — par analogie, faire un jeton : faire une
fugue.
loup : gourmand, et particulièrement ivrogne.
maison : la principale pièce de l'habitation,
mâle ; chanvre femelle.
mars (pron. mdr) : semailles du printemps.
mécanique : machine.
menu : botte de paille brisée ramassée après le battage.
moiniau (ni = 29, au = 4) ; oiseau de maçon.
— i35 —
monde : le inonde^ les gens, l'espèce humaine, par opposi-
tion aux animaux.
mou (T. m.) : s'emploie comme nom pour désigner un temps
mou, c'est-à-dire humide ou pluvieux ; ainsi on dit couramment :
ça ne vaut rien de labourer pa le mou.
muillet : jacinthe. — Pour muguet, par une confusion d'es-
pèces assez fréquente dans le patois.
musique : instrument de musique.
nombre, fém. : synonyme de douzaine (tas de gerbes).
œillet : bleuet.
ouvrier, oustafier : quidam.
pelote : balle à jouer.
quartier (ti s» 23) : le quart d'un arpent *.
qu'mencements : ûauçailles.
queues (d'une charrue) — (qu = 23) ; mancherons.
raisons (ai = [lOJ) : propos, injures.
tarte : tartine.
teigne (ei = 20) : cuscute,
temps : la voûte céleste. Il est haut comme le temps, c'est-à-
dire il est extrêmement orgueilleux, — Temps a eu autrefois la
même valeur en français :
Y avoit au plus hault lieu du temps, en l'endroit que
monte le soleil aux plus grands jours d'esté, ung aultre signe,
en manière de flambeau de feu.
(Cl. Haton).
Oiseau bleu, couleur du temps,
Vole à moi promptement.
(Mme d'Aulnoy, Contes de Fées).
tour, masc. : touret, rouet.
tuyau : cheminée.
villeuses : veillotes (fleurs de colchique).
1. L'arpent local comprentit 100 perches de 20 pieds carrée et représen-
tait une superficie de 42 ares 21 centiares. L'arpent se divisait encore en
quatre quartiers, et c'est au quartier que l'on rapportait généralement l'éva-
luation approximative des parcelles de peu d'étendue. Ainsi on disait, et on
dit encore aujourd'hui, au moins dans le langage couraut : un demi-quar-
tier, un quartier, un quartier et demi, un demi-arpent, une moitié
de cinq quartiers (c'est-: -dire deux quartiers et demi), trois quar-
tiers, un arpent, cinq, six, sept quartiers, deu.x arpents. Au-dessus,
on compte par arpents et demi- arpents. — En outre du quartier ordinaire,
il y a encore le quartier parisis, d'un quart plus grand que le premier.
— i36 —
Adjectifs.
confessé (e := [lOJ) : brisé, en parlant d'un objet fragile (vase,
assiette, etc.). — Allusion probable à la confession finale.
dressé : qui est sur pied; — levé.
fier (T. a. m. 1.) : acide, âpre au goût (en parlant du vin, des
fruits, etc.).
franc : qui paie volontiers son écot. — Sens pouvant être rap-
proché de celui-ci : franc du collier, en parlant d'un cheval qui
tire de toutes ses forces.
gueulard (gu = 27) : rapporteur (terme d'écolier). — De gueu-
ler, crier, se plaindre.
méchant (é = [10]) : désagréable au goût.
roulé (ou long) : versé (en parlant d'une récolte).
serré (usité dans la locution serrée nuit ou nuit serrée, qui
signifie nuit pleine, sans aucun reste de jour.
Pour estre jà la nuict serrée.
(Cl. Haton).
simple : bête, idiot, fou.
vif : leste.
Verbes.
bâiller, v. n. (â = [3]) : béer, rester inactif.
baver, v. n. (T. m.) : parler mal à propos, dire des sottises.
consommer, V. a. : abîmer.
croiser, v, n. : se dit des oisons lorsque leurs ailes se rejoi-
gnent et se croisent sur le dos.
curer^ v. a. (c = 23) : enlever le fumier de dessous les ani-
maux. — On dit monder, même sens, dans beaucoup d'autres loca-
lités de la Champagne.
devéni, v. n. (é = 20); — (T. 1. m.) : venir, revenir. J'en
deviens, ^ourfen reviens.
dicter, v. a. : rédiger; exemple : dicter une lettre.
Les soldats catholicques le regrettèrent (ort et en son hon-
neur firent une chanson fort bien faicte et dictée.
(Cl. Haton).
écheniller (s'), v. réf. : perdre son ardeur, s'éteindre peu à
peu (en parlant du feu).
écouter, v. a : obéir.
élonger (les dents), v. a. : les agacer, en parlant de la sensa-
tion produite par l'oseille, les fruits verts, etc. .
émasser (a = [3]): l.v. a. ramasser les andainsen petits tas
- i3: -
appelés monciaux; — 2 v. n. former un amas de pus, en parlant
d'un mal.
éplaudi (un enfant), v. a. : l'approuver, lui donner raison.
équarri, v. a. (a = [3]) : enlever par morceaux. — Allusion au
travail des ouvriers qui équarrissent une poutre^ une solive, etc.,
en enlevant une notable partie du bois.
hacher, V. a. {h asp.); abîmer.
jurer, v. a. : gronder. — On dit jurer queuqu'un, tournure
inconnue en français.
penser (se), v. réf. : penser, se dire à soi-même. — Le vieux
français donnait également la forme réfléchie au \GYhe peiiser :
Si se pensa qu'ele ne remaaroit plus dès que s'ele estolt
acusee.
(Aucassin et NicoletteJ.
renoncer, v. n. : se dit d'un oiseau qui quitte son nid pour
n'y plus revenir.
retrousser, v. a. : 1. finir avec soin, donner un cachet d'élé-
gance, en parlant d'un travail: c'est retroussé, c'est bien retroussé^
pour c'est soigné, c'est fait dans la perfection. — 2. prendre, enle-
ver, surtout dans le sens de voler : an y a retroussé sa bourse^
son panier, elc. ; — 3. enlever, en parlant de la mort : il a été
tout retroussé, c'est-à-dire il est mort bien vite.
ruer, V. e. (u=l); — (T. m. a.): jeter avec force (une pierre, un
bâton, etc.). — Bas latin ruere, lancer, prér-ipiler. Ruer, aujour-
d'hui vieilli en français dans ce sens, y était fréquent autrefois :
De ses caviax a caupés,
La dedans les a rués.
(Aucassin et Nicolette).
Leur force faisoit voiler les esclats de lances en l'air, chas-
cun d'eux désarçonnant son homme de la selle des chevaux
sans savoir le ruer par terre.
(Cl. Haton).
soigner (se), v. réf. (ci = 22) : se dépêcher.
tanner, v. a. : abîmer, meurtrir, en parlant d'un fruit,
pomme, poire, etc., quia subi un choc.
vêler, V. n. (ê = [10]) : s'écrouler tout à coup par le milieu, en
parlant d'une voiture de foin ou de gerbes. — Métaphore par
comparaison avec une vache qui vêle. On dit débousseler, même
sens, dans les environs de Sainte-Ménehould.
— i38 —
VU. - NOTES SUR LE LANGAGE DES FEMMES
ET DES ENFANTS
Il ne saurait être question de dresser un vocabulaire spécial
des termes employés par les femmes, le fond du langage étant le
même pour les deux sexes. Ce que l'on peut signaler de propre au
langage féminin, ce sont certaines tournures empreintes d'exagé-
ration et de prolixité. En voici quelques exemples :
La locution interjective à moi! qui se présente sous la forme
excessive d'un appel au secours, n'exprime rien de plus que
l'étonnement pur et simple : A moi! la belle maison!
Une autre locution interjective, holâ don! qui marque propre-
ment la plainte ou la douleur, est, elle aussi, souvent employée
pour exprimer l'étonnement. Il y a là une double exagération, car
l'émotion serait déjà l'exagération de l'étonnement, et la douleur
est encore une forme exagérée de l'émotion.
Les locutions ration au monde de Dieu (rien du tout), toute la
sainte jornée (du matin au soir), ne faire œuvre de ses dix
doigts (ne rien faire du tout), semblent mettre en pratique l'art
de dire peu de choses en beaucoup de mots.
Quand, dans un récit, on veut appuyer sur l'action exprimée par
un verbe, on répète ce verbe comme dans la phrase suivante : [
chantait, je te chante «t je te chante^ et je te rechante enco; ces
tournures délayées sont surtout communes dans le langage fémi-
nin. En outre, ce dernier présente souvent des parenthèses oiseu-
ses, comme le pau're cher homme, la paure bonne femme.
Si les lignes qui précèdent ne paraissent par exemptes d'un peu
"de critique, nous arrivons sur un autre terrain où les femmes
trouveront, grâce à leur rôle de mamans, une ample revanche.
Ce sont elles, en elfet, qui, de même qu'elles guident les premiers
pas des bébés, leur apprennent à balbutier ces premiers mots
informes devant aboutir graduellement aux combinaisons les plus
compliquées du langage.
Les procédés du langage enfantin, outre qu'ils sont partout les
mêmes, sont fort peu variés. Le plus usité consiste à former des
noms par la répétition de la principale syllabe : il peut d'ailleurs
y avoir transposition de lettres ou même introduction d'éléments
tout à fait étrangers au mot français ou patois servant de thème.
Laissant de côté des mots comme bobo ', coco *, lolo *, dodo, ^,
toutou, cocotte, on peut citer les suivants, un peu moins connus ;
diadia (di = 27) : cheval.
1. Le premier o = 4, le dernier o = [5].
%. Les deux 0=4.
— i39 —
gagât : gâteau.
nonnon : mouchoir de poche.
pon-pon : pomme.
poupoue : soupe.
toto * : soulier.
Pour les terbes, le procédé est le même, sauf que l'on ajoute
faire avant le nom généralement formé d'une syllabe redoublée :
faire bibi : embrasser.
faire doux-doux : caresser avec quelque chose de doux.
faire gentie : caresser avec la main.
faire joujou : se promener.
faire si-sî : s'asseoir.
Le verbe béber (é = 10) : tomber, se forme directement par la
répétition de la syllabe bé : il est à remarquer que, dans ce cas,
le thème adopté est non le radical, qui contient l'idée principale,
mais simplement la terminaison avec un lambeau du radical.
Tous ces mots rentrent dans le langage du premier âge. Plus
tard il en apparaît d'autres d'une formation un peu moins rudi-
mentaire, tels que :
bébelle : quelque chose de beau.
biller : habiller.
lûiâ : tout ce qui se porte tenu en l'air, exemples : un bâton,
une baguette, un roseau. -^ Vient sans doute du cierge pascal,
qu'on porte en chantant alléluia.
mini, minon : chat.
minonne : menotte.
néterre : pomme de terre.
On est forcé de se borner aux généralités en ce qui concerne le
langage enfantin ; il y a, du reste, beaucoup d'arbitraire dans la
langue adoptée par chaque famille et qui se renouvelle pour cha-
cun des enfants. Les bébés, dans leurs premiers essais de langage,
en bégayant, zézayant, labdacisant ou transposant les lettres de
la façon la plus imprévue, produisent à l'infini des déformations
qui sont ensuite répétées par les parents ou par les aînés, puis
reprises par l'enfant, et servent quelquefois pendant très longtemps
de truchement entre le petit et les grands.
Voici maintenant, en dehors des termes de caresse d'usage cou-
rant (mon mignard, mon trésor, ma cane, mon chou^ mon lapin,
mon chat, etc.), quelques mots dont les mamans se servent en
s'adressant aux enfants :
fouûon : qui s'agite comme un fou.
1. Les deux = 4.
— i4o —
papifou ' : même sens que le précédent.
boudaut : ventre.
ta belle main ; ta main droite.
bac : interjection exprimant le dégoût, employée pour empê-
cher l'enfant de toucher quelque chose de sale.
pattes d'agneau : stalactites malpropres qui pendent sous le
nez des enfants qu'on ne mouche pas assez vite.
Il y a encore des formules grondeuses ou ironiques :
le bel oisiau I
le biau gibier I
le bel ouvrier !
le biau meuble !
le bel util 1
le bel écabit !
le put monstre I
le put-ocre 1 (T. t.)
Ce dernier seul a Besoin d'une explication ; il signifie : le
vilain !
VIII. - LES TRANSFORMATIONS DU PATOIS
Comme toute langue parlée, le patois se transforme continuel-
lement ; le moindre changement dans les habitudes de la popula-
tion, la plus petite amélioration dans les conditions générales de
la vie ont pour conséquence forcée un remaniement partie! du
vocabulaire, le mot tombant de lui-même, au moins dans son sens
propre, lorsque disparaît avec l'objet l'idée que le mot servait à
exprimer. En voici quelques exemples :
1. — Jusque vers 1860, on se servait à peu près exclusivement
pour l'éclairage d'une lampe en cuivre à tricorne et à bec, que
l'on nommait chandelle (voir ce mot, page 133) et qui se suspen-
dait par une longue crémaillère à un clou fiché dans une solive ;
on y brûlait l'huile de navette du crû, qui donnait très peu de
lumière et beaucoup de fumée. Cet antique appareil ayant disparu
devant des formes plus modernes de lampes, à huile d'abord et à
pétrole ensuite, tous les noms d'accessoires qui s'y rapportaient
ont été abandonnés : voir ci-après les mots luceron, rétillotte.
1 . Est-ce un souvenir de la fête et du pape des fous, en si grand honneur
au moyen âge ? Voici le refrain d'une vieille chanson qui, de son côté,
pourrait n'être pas sans rapport avec le moi papifou. :
Le pape dans son fauteuil
Qui rit, qui rit qui.
Le pape dans son fauteuil,
Qui rit comma un fou.
- i4ï -
2. — Autrefois on cultivait beaucoup le chanvre à Gaye et dans
les environs, non pour l'industrie, mais pour la consommation
ménagère et surtout en vue de la production de la toile. Vers
1850, la surface ensemencée en chanvre alla en diminuant chaque
année, et aux environs de 1860, elle fmit par tomber à rien. Les
mots qui se rapportaient à la culture du chanvre et au travail de
la filasse jusqu'à sa transformation en toile, encore connus de la
génération actuelle, sont déjà devenus d'un emploi assez rare ; !a
génération suivante les ignorera complètement. Un seul, le mot
çhèneoière, qui désignait un terrain de très bonne qualité propre
à la culture du chanvre, est resté d'un emploi courant, quoique
depuis quarante ans au moins aucune des anciennes chènevières
n'ait plus vu de chanvre. Quant aux autres, farreux, quelongne,
vert eau, roise^ iiiler, tillot, mâcher, etc., ils sont déjà aux trois
quarts oubliés.
3. — Avant l'invention des allumettes chimiques, ce n'était pas
une petite affaire d'allumer du feu. On avait bien les allumettes de
paille de chanvre ou tillots dont on soufrait le bout, mais il s'agis-
sait de les allumer. Un travail préparatoire consistait à faire brû-
ler des chiffons, que l'on soustrayait bien vite au contact de l'air
en les enfermant dans une sorte de boîte, le plus souvent un vieux
sabot auquel était adapté un couvercle tournant fixé par une vis.
Ces chiffons incomplètement brûlés portaient le nom û'émorce;
quand on voulait avoir du feu, on découvrait i'émorce, puis on
prenait une pierre à fusil avec laquelle on frappait à coups redou-
blés sur un morceau de fer ou d'acier (quand on ne se frappait
pas sur les doigts) en tâchant de diriger les étincelles sur l'emo/'ce ;
lorsque celle-ci finissait par présenter un point rouge^ on appro-
chait vivement l'allumette soufrée, et l'on touchait à la fin de
l'opération, sauf toutefois le ras où le feu refusait de prendre. Le
mot émorce (voir ci-après) correspondant à une chose morte, est
également en train de tomber dans l'oubli.
4. — Le jeu du tir à l'oie, autrefois très en vogue, a été petit
à petit abandonné vers 1870. Le mot érocheux (voir page 80),
qui se rapporte à ce jeu, est d'un emploi bien rare aujourd'hui et
iie peut .s'appliquer qu'aux récits du temps passé ; le mot érocher
(voir page ilO) survit encore, ne s'appliquant pas exclusivement
au jeu dont il s'agit.
5. — Avant la loi de 1836 sur les chemins vicinaux, il n'existait
en dehors des grandes routes que des chemins mal entretenus où
les ornières se creusaient chaque année davantage. J'ai souvent
entendu dire dans mou enfance que les cultivateurs du premier
quart, on pourrait presque dire de la première moitié du xix« siè-
cle, menaient leur grain au marché de Sézanne non en voiture,
mais sac par sac à dos de cheval. A la même époque, les meuniers
étaient obligés de faire amener à dos d'âne les sacs de blé au
moulin; le nom de bat-Vâne (Martin-bâton dans La Fontaine)
— l4a —
appliqué au valel qui conduisait les ânes, a disparu, le rôle n'ayant
plus été tenu faute de raison d'être, aussitôt que les villages ont
été reliés par un réseau de chemins bien entretenus.
11 est d'ailleurs à remarquer qu'en général le patois tend à lais-
ser certaines formes tomber peu à peu en désuétude pour les
remplacer au fur et à mesure par d'autres plus rapprochées du
français.
Cette tendance suffirait à elle seule pour faire prévoir l'absorp-
tion totale du patois par le français. D'autres causes, telles que la
centralisation administrative, l'extrême diffusion de l'enseigne-
ment primaire, la facilité et la rapidité des communications, le
passage obligé de tous les jeunes gens par la caserne, concourent
d'ailleurs puissamment au même résultat et ne peuvent qu'accé-
lérer encore l'unification du langage.
En l'absence de tout document écrit, il est assez difficile de
remonter aux formes mortes du patois. Quelques termes ont sur-
vécu, grâce à des locutions ou à des phrases entières restées usi-
tées dans leur ensemble malgré la chute de tel ou tel mot pris
isolément. Enfin j'ai gardé le souvenir d'un certain nombre de
formes employées par les vieillards que j'ai connus dans mon
enfance. De là deux catégories de mots : dans la première figure-
ront quelques rares expressions remontant au moins à un siècle
et demi ; la seconde, un peu plus riche, comprendra des mots
encore usités dans la première moitié du xix» siècle et dispams
vers 1850 avec ceux qui les avaient jusque-là préservés d'un nau-
frage complet.
1« Mots antérircrs au xix« siéclb.
amin : ami. — Ch. Nisard, qui cite amin, le regarde comme
étant du patois bourguignon. Littré, au mot ami, donne la forme
bourguignonne aimin, même sens. — Le mot amin a survécu
grâce à une anecdote qui s'est répétée pendant très longtemps,
sans doute à cause d'un cri du cœur tout à fait typique. Un bon-
homme du temps jadis disait à sa femme au milieu de la nuit :
« Elume don la chandelle^ je compte que je vas mouri. — ffél
mon bon amin, répond la femme, tu mourras bien sans chan-
délie. »
gazou, ouarloup : loup-garou (mots probablement distincts,
mais paraissant séparés seulement par une légère nuance de sens).
Gazou est pour garouy avec mutation de r en z, comme dans les
mots étudiés ci-après, page 144 ; ouarloup contient le mot loup,
et sa première syllabe correspond au warou de la forme wallonne
lèwaroUy ou à la forme normande varou (Litt.). — Ces mots,
presque oubliés aujourd'hui^ le seraient certainement tout à fait
s'ils ne figuraient pas dans une vieille histoire sur les Indiots (voir
ci-après) que l'on raconte encore quelquefois.
gobette : truie. — Mot resté dans la locution agneau de go-
— i43 —
bette, qui désigne un petit cochon, et, par analogie, un enfant
malpropre.
indiot (di = 27) : a dû signifier ignorant. — Ch. Nisard, citant
la forme indiot pour idiote la présente comme du patois bourgui-
gnon. Le mot idiot (du latin idiota, ignorant, sans instruction)
n'a pris qu'assez tard le sens de dépourvu d'intelligence qu'il a
aujourd'hui ; dans les monastères, on appelait jadis idiots les
frères convers qui ne savaient pas lire (Litt.). Indiot n'est plus
connu dans la région que parce qu'à tort ou k raison, on donnait
autrefois aux habitants de Villeneuve-Saint- Vistre le nom d'Indiots,
qui s'est perpétué jusqu'en ces derniers temps.
ouâra (à=[3]) : mot dont il est assez difticile de bien préciser
le sens. — Le mot ouâra est encore employé dans cette compa-
raison : reûiller les yeux * comme un oûara (l'n ne se lie pas)
qui se dit assez couramment, sans que personne à Gave connaisse
maintenant le sens du mot ouâra. Voici ce que j'ai pu trouver
concernant ce mot : A Sézanne, la population se partage en deux
catégories bien tranchées et plutôt hostiles lune à Tautre : les
vâras (vignerons) et les cardeux (rentiers, commerçants, ouvriers
etc.) ; chacun des noms vara et cardeux est un terme de mépris
qu'on se rejette d'un camp à l'autre. Un vigneron constate-t-il
quelques dégâts dans une de ses vignes, il s'en prend aux car-
deux : c C'est enco ces tas de cardeux qii'aront fait ça. —
Taisez-vous, tas de vâras, » répondront les cardeux interpellés.
J'ai retrouvé dans Cl. Haton le mot cardeux opposé à vigneron^
sans toutefois que ce dernier ait pris la forme vâra. — C'est une
explication telle quelle du moi vâra, ouâra (ou si l'on veut wara)\
mais il faut prendre le vàra au moment où il est bien en colère
contre son ennemi le cardeux pour, s'en tenant à cette explica-
tion, trouver un sens à la comparaison reûiller les yeux comme
un ouâra.
peuchot (eu=7) ; poucet (diminutif d& poncé). — Bourguignon
peuce, pouce ; picard, peuce, peuche^ pouce. — La forme peuchot
serait totalement oubliée aujourd'hui sans un vieux jeu de nour-
rice encore pratiqué qui consiste à faire répéter aux enfants les
mots ci-après, en touchant à chaque mot avec la main droite un
des doigts de la main gauche ;
Peuchot {[q pouce), liche-pot (\'iadex)y grand-doigt (le majeur),
excepté (?? — l'annulaire), petit-cousin (le petit doigt).
Tochot (roche, rocky rocquet : chemise, sarrau (T. m. t. a.):
blouse, sarrau. — Bas latin roquetum, sarrau, blouse. A rappro-
cher de l'allemand Rock, vêtement. Ce mot s'est conservé dans
un vieux dicton rimé :
1. Voir page 117.
- i44 -
Gaye, mon pauvre Gaye,
Quante j'y étais,
Des rochots j'en avais
Tois neùs, lois vieux,
Tois réqu'modés tout à neû,
Et de la toile au tisserand
Pou' en faire enco autant.
2' Mots encore dsités dans la première moitié du xix« siècle.
Parmi ces mots, il y a lieu de mettre à part ceux où la lettre
r s'adoucissait en s ou ;:, adoucissement beaucoup plus fréquent
dans le vieux patois que dans le patois a^ctuel. Exemples :
pèze (è = 9) : père.
mèze (è = 9) : mère.
frèze (è = 9) : frère.
tabouser : frapper. — Aujourd'hui tabourer (voir page 118).
égaser : égarer, dans le sens d'épouvanter, faire fuir la vo-
laille. — Aujourd'hui égarer,
essise : asseoir (aujourd'hui essire ou essîéter).
poisotte : fruit de l'aubépine. — Aujourd'hui poirotte (voir
page 45).
P. Tarbé, d'après Grosley, donna une liste de mots encore
usités à Troyes dans le xviii^ siècle ; on y trouve des mots comme
les suivants : coutiizière, écuzie, récuzer pour couturière, écurie,
récurer. Dans une autre liste, se rapportant au patois de Gour-
gançon et des environs, figurent les mots pèze, mèze, frèze, pour
père, mère, frère.
Charles Nisard signale également la mutation de r en : ; il ex-
plique que cette altération, originaire du Berry et de la Bour-
gogne, avait été apportée à Paris par les marchands de bois, de
charbon et de vin de la Bourgogne et de l'Auxerrois, les mariniers
de la haute Seine et de l'Yonne, et qu'elle avait fini par passer de
la langue du peuple dans celle des gens bien élevés. Voici quel-
ques-uns des nombreux exemples qu'il en donne d'après plusieurs
pamphlets en langue vulgaire du xvii« siècle : boize, cuzé, dozmi,
hcuzeux, pazaiHj poize, affaize, apzanti, histoize, vézitéy au lieu
de boire, curé, dormir, heureux, parrain, poire, affaire , apprenti,
histoire, vérité.
Froissart emploie assez souvent des formes où r est remplacé
par s (prononcé z) ; en voici un exemple :
.... Mais vinrent jusques au captai et l'environnèrent, et
s'arresterent dou tout sur lui, et le prisent et embracierent de
fait entre yaus par force.
Enfin on trouve dans le bas latin, à une époque où les formes
— i45 —
nouvelles ne sont que des mots français latinisés (1492), rasitaSj
pour raritas, l'areté.
C'est donc en bonne et nombreuse compagnie que nos aïeux
prononçaient s pour /• ; le français moderne a d'ailleurs conservé
la forme berrichonne chaise (pour chaire, du latin cathedra,
siège), dont la formation est analogue à celle de tous les mots
rappelés ci-dessus.
Voici d'autres mots tombés en désuétude, ou dont la forme s'est
modifiée :
bat-l'âne : garçon meunier (voir page 141).
brouotte : brouette.
Cadet : nom que l'on donnait au second fils d'une famille et-
qu'il portait à la place de son prénom.
cale de Moïse : bonnet de forme assez élevée, en laine gri-
sâtre, que portaient les vieillards. — Voir cale pour bonnet,
page 74.
chiennet (en = 20) : chenet.
choir, chu ; tomber, tombé.
clinque : jambe.
coûte : côte (os).
Doudou : nom que l'on donnait au quatrième fils d'une famille
et qu'il portait à la place de son prénom. — Ce nom, déjà rare à
Gaye vers 1830, a cessé d'y être usité un quart de siècle au moins
avant ses corrélatifs Cadet et Lami ; mais il s'est conservé jus-
qu'en ces derniers temps dans de nombreuses localités de la Cham-
pagne.
émorce (pour amorce) : chiffons à demi-brûlés dont on se
servait autrefois en guise d'amadou (voir page 141).
fambrer : fumer (une terre). — Du bas latin fimare, fumer :
la lettre b a été intercalée par euphonie pour éviter la rencontre
trop dure des deux consonnes 7?i et r après la chutede l'a médian.
Exemples analogues : chambre^ de caméra ; nombre, de numerus;
humble, de humilis.
foui, s'enfoui : fuir (en parlant d'un tonneau, d'un vase). —
Foui, pour fuif mais dans le sens général du mot fuir, se trouve
dans Commines :
Tel perdit ses ofSces et estatz pour s'en estre fouy, et
furent donnez a d'autres, qui avoient fouy dix lieues plus
loing.
fremer (e = 16): fermer. — Fremer pour fermer se disait
dans l'ancienne langue :
Ele vint aupostis, si le deffrcma, si s'en isci parmi les rues
de Biaucaire. (Aucassin et Nicolctte).
•10
— i4C —
guernier (ni = 29) : grenier. — Le patois actuel dit grenier
(é = 20, ni = 29).
iaum'nite : eau bénite. — \' oiv painm'nif, page 120.
iaum'nitier (ti = 2oJ -. bénitier.
itou (T. y.) : aussi.
Lami (quelquefois Mimi) ; nom que l'on donnait au troisième
fils d'une famille^ et qu'il portait à la place de son prénom
luceron : petit ustensile qui se suspendait sous les anciennes
lampes à tricorne pour recevoir l'huile qui en découlait. — Du
latin lucerna, lampe.
marde : m...ot de Cambronne. — L'ancienne forme a survécu
dans le composé fouille -marde, insecte qui vit dans les excré-
nients.
nouviau (au = 4) : nouveau.
piclier, pichat : pisser, pissat.
rétillotte : tibia de poulet cassé par un bout dont on se servait
pour remonter la mèche des anciennes lampjes à tricorne. — De
rétiller pour attiser (voir page HT) avec le sufTise otte ^owv elle,
indiquant un nom d'instrument.
révallée : arrière pièce sans fenêtres qui servait de laiterie ou
de cellier.
router (T. y.) ; ôter. — On dit ouler dans le patois actuel
(voir page CI).
sarpent (en = 16) : sans doute pour serpent ; ce mot s'em-
ployait exclamativement : sarpenl de gamin ! dont le sens est à
peu près : maudit gamin!
sicher : sécher. — Du latin siccare, sécher.
truper : piétiner. — Bas latin trepare, danser, gambader ;
vieux français treper\ oe dernier se trouve encore dans Rabelais
var (a= 4) : près de. — Les seules formes usitées par le patois
actuel sont vé el vec (voir page 36).
venredi (T. m. a.) : vendredi. — La forme venredi est rigou-
reusement étymologique : Veneris dies. Le d de vendredi a un
rôle euphonique analogue à celui du b dans chambre (voir au mot
fambrer ci-dessus). On trouve venredy dans Froissart,
A cette liste on peut ajouter la locution ci-après :
d'où vient que... ? remplacée aujourd'hui par son équiva-
lent pouçMoi que...? La tournure d'où vient que se trouve dans
La Fontaine :
Mais d'où vient qu'au renard Esope accorde un point,
C'est d'exceller en tours pleins de matoiserie ?
(Le Loup el le Renard, livre XI, fable vi).
CHAPITRE IV
Coup d'œil rétrospectif
I. — LE PATOIS N'EST AUTRE CHOSE QU'UN RESTE
DE LA LANGUE DU MOYEN AGE
Chaque patois eonstiliie une langue peu compliquée dont le
vocabulaire, borné à l'expression d'un assez petit nombre d'idées
concrètes, était adapté aux besoins de gens simples qui, pour la
plupart, restaient toute leur vie attachés au sol natal. Pendant
que le français, qui fut à l'origine un patois comme les autres,
évoluait rapidement et devenait une langue raffinée sous la plume
des écrivains et dans la bouche des orateurs et des gens du
monde, les patois restaient dans une stagnation voisine de l'im-
mobilité. Les patois ont été de tout temps en retard sur la
marche générale de la langue, et ce retard est devenu de plus en
plus sensible à mesure que le français se polissait davantage.
Dans les pages qui précèdent, on a pu se rendre compte que la
vieille langue vit toujours dans le patois, et que nombre de détails
contraires aux habitudes da français actuel s'expliquent, soit par
leur rapprochement avec des textes du moyen âge^ soit par leur
conformité avec tel ou tel dialecte.
La trame du patois, comme celle du français, est formée, en
presque totalité, d'éléments latins ou bas latins ; l'influence de
l'époque franque n'y a laissé que de vagues traces figurées par
quelques mots très clair-semés ; exemples : glinguer, guêner,
ouinner.
II. - RAPPORTS DU PATOIS DE GAYE AVEC LES PARLERS
DES PAYS ENVIRONNAiNTS
Jusqu'à la Révolution, la région limitée à l'ouest et au nord-
ouest par les collines qui servent de contreforts au plateau de la
Brie, et située entre Sézanne et Fère-Champenoise, avait Troyes
pour centre administratif, judiciaire, ecclésiastique, etc. ; elle
resta même comprise dans le diocèse de Troyes jusqu'en 1822.
Toutes les traditions du passé rattachaient cette contrée aux pays
arrosés par la haute Seine et par l'Aube ; aujourd'hui encore on
dit couramment à Gaye « la Rivière », d'une façon absolue, pour
désigner l'Aube. Je me souviens de plusieurs prénoms particuliersau
martyrologe troyen, évidemment puisés dans l'ancien paroissien
du diocèse de Troyes, comme ayant appartenu à des vieillards
— i48 —
nés vers 1780 : l.yé, Mâtie, Tanclie. Le langage courant s'étanl
formé sous l'caipire de cette attraction, il faut s'attendre à ce
qu'il en porte la trace, et, de fait, notre patois présente beaucoup
plus d'affinité avec les parlers de l'Aube qu'avec ceux de la
Marne.
Il serait certainement exagéré et même faux de dire que le
patois de Gaye n'a que des rapports vagues et lointains avec ceux
des autres régions de la Marne ; mais il est à remarquer que là
où tel patois de la Marne possède un terme à lui, le nôtre a sou-
vent pour terme correspondant un mot français. En voici quelques
exemples :
Mots communs
au patois de Gaye
et au français.
aucmenter (augmen-
ter).
avoine,
avoir peur,
balai.
brûler.
crapaud.
chaise.
chat
chenet.
émonder.
entonnoir,
éteule.
lassé'.
noisetier.
pie.
porte.
retarder.
terrine.
tombereau.
troubler.
vigne.
Mois équivalents dans difTérents
patois de la Marne.
amender (environs de Châlons, de
Vitry, de Sainte-Ménehould).
aveine (environs de Montmirail).
resongner Id.
ramon, vieux (environs de Sainte-
Ménehould).
chouquer (environs de Chûlons, de
Vitry, de Sainte-Ménehould).
bo (environs de Vitry et de Sainte-
Ménehould).
chayère {environs de Vitry et de
Sainte-Ménehould).
chet (environs de Sainte-Ménehould).
cheminon (environs de Vitry et de
Sainte-Ménehould).
botter (environs de Montmirail).
anchette (environs d'Epernay).
étoule (environs de Châlons).
hodé (environs de Châlons, de Vitry
et de Sainte-Ménehould).
caurier , côraignier (environs de
Châlons et de Vitry).
agace (environs de Châlons et de
Reims).
hus (environs de Sainte-Ménehould).
retarger (environs de Montmirail).
têle Id.
barrot Id.
troublir (environs de Dormans).
veigne (Barbonne et autres vignobles
entre Champagne et Brie).
1. Le patois dit toujours lassé, et ne se sert jamais des formes las ou
fatigué.
— i49 —
En mettant à part le français, avec lequel il se rencontre pour
les trois quarts environ de son vocabulaire, on peut dire qu'en ce
qui regarde le surplus, le patois de Gaye a ses racines tournées
vers le midi, et qu'il paraît situé vers la limite d'une zone soumise
à diverses influences linguistiques venant du sud de la Cliampa-
gne, et même de la Bourgogne et du Berry.
Les notes de Tarbé montrent que beaucoup de mots usités à
Gaye le sont également dans l'Aube.
L'influence bourguignonne ressort d'un assez grand nombre de
faits dont voici les principaux :
i" Flexions ains, aint à l'imparfait de l'indicatif et au présent
du conditionnel ;
2" Formes verbales j'arai, je sarai, je voirai, fenvoyerai, évUf
etc.;
3" Remplacement du préfixe a par é;
4° Remplacement des suffixes et, elle par ot, otte ;
5" Prononciation z pour r, qui à une certaine époque s'est
étendue bien au-delà de la Bourgogne, mais qui tire son origine
de cette province et du Berry ;
6° Substitution de n à f ; nwie, nentille ;
1° Transformation de i en in : amin, indiot (mots du vieux
patois).
Il serait facile d'allonger cette liste ; je préfère m'en tenir au
fait que voici :
Depuis longtemps, j'étais intrigué par des formes telles que far-
reux (a=[3]), étarrer (a=[3]), patarrer (le second a=[3]), dans
lesquelles j'entrevoyais l'idée de fer pourle premier, etcelle déterre
pour les deux autres, mais oîi la présence de ïa long me déroutait
complètement. Les recherches faites en vue de ce travail m'ont fait
découvrir : 1° que le bourguignon dit far pour fer et tarre pour
terre; 2" que les a du bourguignon placés comme ils le sont dans
les mots far et tarre se prononcent avec un allongement qui est
la principale caractéristique de l'accent bourguignon (Perrault-
Dabot). Cette double constatation, en levant toute difficulté, m'ap-
portait en même temps un argument de premier ordre en faveur
de la part qui revient au dialecte bourguignon dans la formation
du patois de Gaye.
Quant à l'influence du Berry, il est facile de relever, au cours
de la présente étude^ nombre de mots berrichons oiTrant une res-
semblance et même souvent une identité remarquables avec les
nôtres.
Notre patois a également subi, mais à un degré bien moindre,
l'influence de plusieurs autres dialectes de la langue d'oil, parti-
culièrement du normand, du picard et du wallon.
— 100 —
III. — TRAITS QUI DONNENT AU PATOIS DE GAYE
SA PHYSIONOMIE PARTICULIÈRE
Voici, pour terminer, un résumé rapide des traits qui donnent
au patois de Gaye sa physionomie particulière.
1. — Prononciation.
Notre patois présente plusieurs singularités de prononciation
qui ont été étudiées dans le chapitre P'.
2. — Mots considérés séparément.
Il y a dans le patois des séries de mots dont la forme présente
un aspect à part ; exemples :
i° Série des noms en ou : chorrou, fambrou, taclou, vessou:
2" Série des formes verbales en Hier, illant pour iser, isant :
aiguiller (aiguiser), réliller (attiser), reluillant (reluisant), cuil-
lant (cuisant).
3' Série des verbes eu eiller (ei=[iO]) : andeiller, bâreiller,
charreillery chaureiller, corneille^', coureiller-, fousseiller, hon-
teiller, puceiller, vercleiller. — Ces formes paraissent bien pro-
pres à notre patois ; on peut en rapprocher la forme berrichonne
charreyer citée par Littré. Il y a d'ailleurs dans la basse latinité
un certain nombre de verbes d'un type analogue, comme ei'beiare,
faire paître les herbes ; — festeiare, festoyer ; — glandeiare,
conduire les porcs à la glandée ; — guarreiare, guerroyer —
nauleiare, noliser ; — peleiare, se quereller ; — rusqueiare,
écorcer ; — undeiare, ondoyer.
4° Série des noms en eiller et en eilleux (ei=[10]):/iar6etiier,
noceilleux, fêteilleux.
5' Série des verbes en eûiller : beûiller, encreûiller, décreùil-
ler,reûiller.
6° Série des verbes en ôier : anôier, entôïer, détôier.
Le patois possède quelques onomatopées originales : qutler^
trîlery ronner, raouler, vionner.
Il tire le présent du subjonctif du présent de l'infinitif dans cer-
tains verbes où le français transforme plus ou moins ce dernier;
la seule modification admise par le patois est le changement de
ou en eu dans le cas où la syllabe aloue de l'infinitif devient accen-
tuée dans la conjugaison. Ainsi le patois dit : que je peuve, que
je veule, que falle, que je vale, que je faise, que je save.
Il forme aussi avec le préfixe é pour a, sur le modèle émener,
écouri pour amener^ accourir, un certain nombre de verbes qui
n'ont pas de correspondants en français, tels que ébider, échas-
ser, étralner.
De même, aux diminutifs en of, otte, correspondant générale-
— loi —
ment à des mots français en cl, etle^ il ajoute d'autres diminutifs
facultatifs qu'il forme suivant le besoin du moment : d\i oinol, du
cafiot, unne gaminotte pour du petit vin, dupetil café, une petite
gamine.
Le suffixe in sert aussi à former des diminutifs, également facul-
tatifs à l'occasion : voir, comme exemples rentrant dans cette
catégorie, mangeofin, page 87 ; mosselotin, page 88.
Il compose des dérivés rien que pour l'oreille, sans s'inquiéter,
et pour cause, de la forme écrite des mots, ce qui donne parfois
naissance à des combinaisons assez bizarres : beûtier, coutiauter,
dépiauter, siautée, tarater, parrinage, minonne, boyeux.
La lettre r paraît avoir souvent été une cause d'embarras pour
le patois, surtout lorsqu'elle se trouverait répétée dans deux syl-
labes voisines ; il se livre dans ce cas à divers tours de force qui
peuvent rentrer dans trois catégories :
d" Suppression de l'une des deux r : pédrix, mécrédi;
2° Transformation complète du mot avec élimination d'une r :
draie pour dartre, pruse pour présure;
3" Intercalation d'une lettre-tampon comme dans les futurs je
morderai,je perderai, je tarderai (tordrai)^ où Ve muet^ qui a
l'air de faire rentrer ces verbes dans la première conjugaison, n'a
d'autre but que d'éviter le rapprochement des deux r.
3. — Construction.
La construction générale de la phrase est la même qu'en fran-
çais; voici cependant quelques points sur lesquels le patois s'écarte
du français :
{° La locution conjonctive mais que, signifiant lorsque ou
quand^ se construit avec le subjonctif;
2° Les adjectifs, pronoms et adverbes interrogatifs sont tou-
jours construits avec un qui ou un que parasite; en général, les
tournures interrogatives diffèrent du français et sont souvent
pléonastiques.
3" Les verbes exprimant des mouvements du visage sont tous
actifs : reûiller les yeux, refrogner le nez, greigner les dents.
Dernière remarque : noire patois offre un certain nombre de
tournures qui, bien que revêtant la forme affirmative, expriment
un sens négatif, ou tout au moins ironique et fortement dubitatif,
comme dans les phrases suivantes :
Il ira de belle.
Je sais beaucoup.
Je compte que oui.
I va se mette après.
APPENDICE
I. — PRÉNOMS
1. — nommes.
Adophe : Adolphe.
Alfred, Fédot : Alfred.
Arsène (è = 20) : Arsène.
Auguste (Au = 4, g = 27) : Auguste.
Bastien (a = [3], ti = 25) : Sébastien.
Bâtisse (a = 2, i long) : Baptiste.
Broise (ou-oi : oi = Ib) : Ambroise.
Colas (a = [3]) : Nicolas.
Didier (le second di = 2'7) : Didier.
Faustin (au = 4) : Faustin.
Fédéric ; Frédéric.
Félis (é = 10, i long, s sonne) : Félix.
Glaude (au = [5]) : Claude.
Oustin (G = 27) : Augustin.
Jean (ean = 10) » : Jean.
Julien (li = iî8) : Julien.
Laurent (au = 4) : Laurent.
Lexandre : Alexandre.
Mathieu (thi = 25) : xMathieu.
. Médé : Amédée.
Mertii : Myrtil.
Natole : Anatole.
Nésime : Onésime.
Noré : Honoré.
Paul (au = 4) : Paul.
Phlippe : Philippe.
Phyrin : Zéphyrin.
Polyte : Hippolyte.
Prien : Cyprien.
Rapion (vieux) : Sérapion.
Tanislas : Stanislas.
1 . Dans la Saint- Jean (fête), ean se prononce 19.
- i54 -
Thodore (le 2" o = [5]) : Théodore.
Tliodoric : Théodoric.
Tliophile : Théophile.
Titile : Aristide.
Totôme (o = 4, ô = [5]) : Chrysostôme.
Ugène (è = [11]) : Eugène.
Uphrase (a = [3]) : Euphrase.
Yéyé (vieux) : Lyé.
Zachari (i bref) : Zacharie.
Zidore (o = [SJ) : Isidore.
2. — Feiumes.
Armante : Armande.
Armantine : Armaiidine.
Aurélie (Au = 4) : Aurélie.
Babet (rieux) : Elisabeth.
Berthile : Berthilde.
Cicile : Cécile.
Clora : Clara.
Clotide : Clotilde.
Delaïde (vieux) : Adélaïde.
Doxie : Eudosie.
Egathe : Agathe.
Filicitée : Félicité.
La Flore (vieux) ; — (o = [5]) : Flore.
Qenevière (le 1" e = 16, è = [10]) : Geneviève.
Gestrude (vieux) : Gerlrude.
Goton (vieux) ^ : Marguerite.
Gustine (G = 27) : Augustine.
Hélène (è = 20) : Hélène.
Jonnette (vieux) ; — (on = 16) : Jeanne, Jeannette.
Julienne (li = 28, en = 20) : Julienne.
Lalie : Eulalie.
Lisa : Élisa.
Lonie (o = 16) : Léonie.
La Louise, Louisette (vieux) : Louise.
Marguerite (gu = 27) : Marguerite.
Marijonne (vieux) : Marie-Jeanne.
1. De Marguerite sont venus Margot, Margoton : Goton est une
abréviation de ce dernier par tipplicalion d une aphérèse très familière au
patois.
lOD
Mathile : Malbilde.
Mélie •' = 10) : Amélie ou Emilie.
Mentine : Clémentine. »
Nannette (vieux) ; — (an = 19) : Anne ou Anuelle.
Nastasie : Anastasie.
Nonôre (o = 16, ô = [o]) : Éléonore.
Pauline (au = 4) : Pauline.
Phémie (é = 10) : Euphémie.
Phérine (é = 9) : Zéphyrine.
Phonsine : Alphonsine.
Phrasie (a ■= [3]) : Euphrasie.
La Rose, Rosette (o = [o]) : Rose.
Sandrine : Alexandrins.
Ugénie (é = 20) : Eugénie.
Zoée ; Zoé.
11. — iNOMS DONNÉS PAR LE PATOIS AUX HABITANTS
DES LOCALITÉS VOISINES
Les gens de Gaye sont appelés par leurs voisins et s'appellent
eux-mêmes les Gayons (G = 27, ay = [H]). Us donnent les noms
ci-après aux habitants des localités voisines :
Allemant : les Allemandiots (A = [3]), di = 27, ots = [o]).
Angluzelles : les Angluziots.
Barbonne : les Barbonnots.
Broyés : les Broyats (pron, Brou-oi-iats : oi = 12, at£ = [3]).
Chichey : les Ohichetons.
Conn antre : les Connantrats.
Fère-Cbampenoise : les Ferions.
Fontaine-Denis : les Fontenats.
Fresnay : les Fresnotiers (ti = 25).
La Chapelle-Lasson : les Chapelats.
Linlbes ; les Linthats.
Linlhelles : les Linthellats.
Marigny (en patois Marégny ; é =: 20) : les Marégniots.
Péas : les Pectats.
Pleurs : les Pleuriots.
Queudes ; les Queudiers (qu = 25; di = 27).
Saudoy ; les Saudotiers.
Sézanne : les Sézannois (oi = 15).
Saint- Remy ; les Saintremyats.
- i56 —
Saint-Saturnin : lesEtorr)iots(duilêlreun surnom reposant sur
un jeu de mots).
Thaas : les Thaaïoas.
Villeneuve-Saint- Vistre : les Villeneuviots (surnom : les
Indiots, voir page 143).
Vindey : les Vindotiers.
Gaye est situé entre deux grandes régions : la Brie, qui s'étend
à l'ouest de Sézanne, et dont il appelle les habitants les Briatu, et
la Champagne, que les gens de Gaye font commencer à Fère-
Champenoise, et dont ils appellent les habitants les Champenois.
Voici un vieux dicton rimé se rattachant au sujet qui nous
occupe :
Linthes et Linthelles,
Pleurs et Courcelles,
Gaye et Marigny,
La Chapelle et Marsangis :
Tout a été ch, . . dans le même nid.
III. — QUELQUES DICTONS
1 . — C'est la pelle qui se moque du fergon.
La pelle (à enfourner) et le fourgon concourent à la même
besogne et se valent entre eux. Le dicton ci-dessus s'applique à
ceux qui font remarquer chez les autres un défaut pouvant leur
être reproché à eux-mêmes.
2. — Faire du poussier pa la boue.
Faire des embarras, chercher à paraître plus qu'on n'est en
réalité.
3. — A la Saint-Gazin, mais qu'an tonde les viaux.
C'est-à-dire à une époque qui ne viendra jamais.
4. — Vaut mieux aller à la maie qu'au médecin.
On gagne sous tous les rapports à avoir bon appétit et bonne
santé.
5. — Au ne prend pas deux fois des oisiaux dans le
môme nid.
Les trucs qui ont déjà servi sont éventés et ne valent plus rien.
6. — N'avoir que son c. . . et ses dents.
Entrer en ménage sans autre apport que ses avantages naturels.
1. — Faut savoir qui qui l'a pondu, qui qui l'a couvé.
Coup droit visant les gens curieux, qui trouvent qu'on ne leur
donne jamais assez de détails.
— i57 —
8. — Faire l'.ino pou avoir du son.
Faire le bon apôtre, se montrer plus bête qu'on ne l'est en
réalité, en vue d'en tirer un profit
9. — Ça chante le coq.
Se dit d'une chose exposée à un grand danger, comme un vase
ou un autre ustensile à être brisé, etc. Ce dicton doit provenir de
ce que l'on regardait comme un très mauvais présage le cri de la
poule imitant le chant du coq.
10. — Demande à un chai, si i veiU du beurre.
C'est-à-dire tu peux offrir, il n'y a pas de danger que tu sois
refusé,
a. — Mais que je sels cantonnier, tu no monteras pas
dans ma brouette.
Tu refuses de faire quelque chose pour m'obliger : vienne l'oc-
casion, et j'agirai de même à ton égard.
12. — lia unne maladie de renard : i mangeraitbienunne
poule.
13. — Il est hébillé comme un renard : la piau vaut
mieux que la bête.
14. — A la Saint-Simon (28 octobre),
Maigre mouche et gras mouton.
15. — Noël au pignon,
Pâques au tison.
Ces quatre derniers peuvent se passer d'explication.
16. — Saint-Martin,
Saint-Tormentin,
Ce dicton se répétait surtout dans les mauvaises années où la
récolte manquait et où les pauvres laboureurs n'en devaient pas
moins trouver de l'argent à la Saint-Martin pour payer le maré-
chal, le charron, le bourrelier, etc.
17. — Bon voyage et bon vent :
La paille au c. . et le feu dedans.
Souhait ironique de bon voyage où la bienveillance n'occupe
qu'une place extrêmement restreinte.
18. — C'est la monture du Portugal :
La bête su l'animal.
Autre dicton ironique, d'ailleurs dépourvu de sens et reposant
uniquement sur une rime qui n'a certes rien à voir avec la
raison.
19. — Ça va sans dire, comme les matines de l'évêque
de Gaye.
— i58 —
Ce dicton, inconnu à'Gaye, au tnoius pour les générations de
riieure actuelle, a dû s'appliquer à l'un des abbés crosses et
mitres de l'ancienne abbaye de Bénédictins, dont plusieurs ont
porté en même temps le titre d'évêque,
20. — C'est comme les chiens de Bannes, qui vont à la
noce sans ête priés.
Inutile d'essayer une explication de ce dicton, qui, au fond, n'a
aucun sens, le sans-gêne attribué aux chiens de Bannes étant
commun â toute la race canine.
21 . — Ça reluit comme le coq de Mœurs.
Le clocher de Mœurs a sans doute été pourvu, à une époque
difficile à fixer, d'un coq tout neuf dont le brillant aura donné
lieu au dicton ci-dessus, qu'on a conservé l'habitude de répéter.
22. — Il arait évu un grain de navette entre les fesses,
ça arait fait de l'huile.
On admet que le fait de courir un grand danger ou d'éprouver
une grande peur produit un resserrement particulier qu'il est
assez naturel de regarder comme porté à l'extrême dans les cas
graves : une idée analogue se retrouve dans le mot détresse. —
Le patois de Sainte-Menehould possède l'adjectif détroit, dont le
sens correspond à celui du nom détresse.
IV. — QUELQUES COMPARAISONS
Suer comme un bœuf blanc.
Vif comme un chien de filoml).
Ça y va comme un tabler à unne vache.
I s'y entend comme unne vache à ramer des choux.
I s'y connaît comme un âne aux étoiles.
Ça glingue comme unne mie de pain dans un bonnet de coton.
S'enfermer comme des mangeux de poules.
Dégourdi comme un crapaud entortillé dans unne mitaine.
Embarrassé comme unne glousse avé treize poulets.
Dévot comme un quartier de chien.
Rougeaud comme les fesses d'un œuL
Rouge comme un ch. . .x.
Gras comme un cent de clous.
Ça t'est défendu comme le Pater aux ânos.
Chanter comme un oracle.
— i59 —
V, — QUELQUES TEXTES EN PATOIS
1. — Un vieux conte de la veillée >.
La Baillette-de-Six-Mille.
Y avait unne fois un marichal qu'avait un garçon de seize ou
dix-sept ans, qui n'avait pas enco tuché un util. Un jour le père a
dit au garçon : « Mais à c't'beure lu dois être fort, prends un
martiau et éïde-moi k forger. )■> Au premier coup de martiau,
patatrac 1 v'Ià Tenclume émiolée. Le père en a réjeté unne aule et
il a dit : « Voyons voir si ça ira mieux à présent. Vlan I au pre-
mier coup, v'ià enco l'enclume qui vole en mille morciaux. » Si
c'est comme ça que tu travailles, qu'a dit le père, je ne peux pas
t'occuper, l'arais bientoùt fait de me ruiner. Le garçon a
répondu : « Pisque c'est comme ça, je vas voyager. »Ilaqu'meac6
pa se faire faire unne baillette qui pesait six mille, et pis il a
parti. En route il a rencontré Songis, un homme qu'était la tête
en bas et les jambes en l'air, et i y a dit : « Quo que tu fais là ? »
L'aute a répondu : « Je songe. — Et quo que tu songes? — .le
songe que y en a un là-bas qui culbute les montagnes. « La Bail-
lelte-de-Six-Mille a dit : « Allons le trover ; je serons lois bons
gaillards ensemble. » Quante il ont érivé attenant de li, il ont
essayé si il en feraint bien autant, et il ont pu aussi culbuter les
montagnes du premier coup. La îiailiette-de-Six-MilIe a dit à Son-
gis de songer enco ; i s'a remis à songer, et i yeux a dit qu'il en
voyait un qu'érachait les âbres avé son petit doigt. Il ont été le
trover aussi, et il ont essayé de faire pareil à li; il en ont venu
tout de suite à bout. Après ça, il ont parti tous les quate
ensemble pou charcher de l'ouvrage, 1 s'ont édressé dans un cbà-
tiau, là qu'an yeux a donné du bois à couper. Quante l'ouvrage a
été faite, il ont été pou se faire payer ; mais comme an n'avait
point d'argent à yeux donner, an yeux a dit d'élende un peu et
an yeux a demandé si i voulaint bien recurer un puits qu'an
yeux a montré. Mais c'était pou se débarrasser d'eux : i n'ont pas
putoùt été descendus tortous au fond qu'an a bouché l'entrée du
puits avé unne grousse meule de molin. Mais la Baillette-de-Six-
Mille a enlevé la meule et Ta fait verder à pus de cent pieds en
Tair. A bien fallu les payer ; mais en place d'argent, an yeux a
offri un vieux cbâtiau qu'était attenant de là et lavou que per-
soune ne demeurait. 11 ont bien voulu ; mais i ne savaint pas que
le Pélit-Bonhomme-Carré venait de temps en temps faire un tour
dans yeux châliau. Là nous quate ouvriers qu'emméiiageont et
qui se remettont à charcher de l'occupe. Y en avait tois qui
1 . Autrefois on se réunispail beaucoup pour la veillée, et les conteurs
avaient fort à faire pendant les longues soirées d'hiver. Il y avait là toute
une littérature parlée, aujourd'hui en train de disparaître.
— i6o —
devdint aller travailler pendant que l'autre resterait là pou faire
la cusine. Le premier jour, il ont fait rester Songis; pendant qu'il
était tout seul, le Pétit-Bonbomme-Carré a venu et i y a demandé
quo qu"i faisait là ; il a répondu qu'i faisait la cusine. L'aule, qu'é-
tait le diable en personne^ a tombé dessus, i y a foulu unne
broussée et i l'a laissé avé la figure toute bacbée En rentrant, ses
camarades y ont dit : « Ben ! ah ça! quo que c'est que t'as? » 11
a mieux eumé garder sa volée pour li, et il a réconté qu'en allant
queri du bois, i s'avait ébranculé trop fort après le tas de bûches,
et qu'y en avait trôquate qui y avaiut dégringolé su le tAchon,
Le lendemain il ont fait rester Culbute-Montagnes, qu'a aussi été
quelongné pa le Pétit-Bonhomme-Carré. I n'a pas non pune
voulu dire le fin mot ; v'ià ce qu'il a réconté aux autes : « Y avait
un lacandis attenant du puits; ça m'a fait virer en voulant tirer
un siau d'iau, et je m'ai élarré su la pierre du puits, qui m'a fait
c'te gnole-là. Le toisième, qu'a enco évu le même tour, a dit
qu'i s'avait laissé tomber pa la trappe du grenier en allant queri
des ognons. En voyant ce qui se passait, la Baillette-de-Six -Mille
a dit aux autes : « Vous n'êtes tortous que des propes à rien ; je
vas rester à mon tour. » Étant en train de faire la cusine, il a
reçu aussi la visite du Petit- Bonhomme-Carré, qu'a voulu tomber
su li ; mais il a été pus leste que le diable. Drès qu'il l'a éperçu,
i n'a fait ni unne ni deux, il a empongné sa baillette et i s'a mis
à taper dessus, je te tape et je le tape, en veux-tu n'en v'ià, et pis
n'en v'Ià enco, si bien si biau que le diable a été tout épanlé et
qu'il a couru se càpi sous un grous tas de fagots. La Bai!lette-de-
Six-Mille a dit : e Toi, tu me payeras ça. » Quante les autes ont
rentré, i yeux a dit : c Je l'ai vu, le c'ti qui vous a si bien
érangé. Venez avec moi, je vons culbuter c'te tas de fagots-là : i
s'a fourré dessous. » Le tas de fagots culbuté, il ont trové dessous
un grand trou fait comme un puits et il ont dit : « Sûrement le
diable est caché là-dedans. » Il ont voulu aller l'y joinde ; mais
fallait pouvoir descende et remonter. Il ont pris unne grand
corde ; an en étachait un après la corde^ et les tois autes le des-
cendaint dans le puits. Les tdis premiers ont remonté l'un après
l'aute sans avoir sentu le fond du puits ; la Baillette-de-Six-Mille
a descendu à son tour, et quante il a été au bout de la corde, ses
compagnons s'ont dit : « Mais c't animau-là, i nous en fait voir de
toutes les couleurs ; si je coupains la corde 1 » I l'ont fait comme i
l'avaint dit, et v'ià la Baillette-de-Six-Mille qui descend tant et
tant qu'à la tin il érive dans l'autre monde. Dans le pays lavou
qu'i se trovait, c'était le jour de la fête ; an rencontrait tout plein
de monde, et il a demandé à des gens du pays si i ne connais-
saint pas le Pétit-Bonhomme-Carré et si i ne voulaint pas y dire
lavou qu'i demeurait Tout le monde connaissait bien le Bon-
homme ; mais personne n'a voulu y dire lavou qu'i demeurait. La
Baillette-de-Six-Mille s'en va se promener su la fête, et i demande
à unne marchande de poires : « A-vous des poires qui font
— i6i -
pousser des cornes? » La marchande a répondu qu'oui; il aéjeté
des poires et un peu après il en a fait cadeau à quioques jeunes
filles. Drès qu'aile en ont évu mangé, yeux a poussé à chécunne
unne grand paire de cornes su le front. Quante aile ont vu ça, les
v'ià lortoutes parties à crier comme des Madeleines ; la Baillette-
de-Six-Mille yeux a dit : e Ne criez pas tant ; vous n'avez qu'à me
dire lavou que demeure le Pélit-Bonhomme-Carré, et vous cor-
nes tomberont. » En effet, aile 3' ont dit, et yeux cornes ont
tombé. Sans perde de temps, la Baillette-de-Six-Mille a couru
cheui le diable, i y a foutu unne broussée enco pus rude que la
première fois, si bien que de ce coup-là i l'a tué. Après il a pris
sa charge d'or et d'argent, et pis il a revenu au trou parvou qu'il
avait descendu : y avait là un aigle qui l'a éïdé à remonter ; mais
en érivant i n'a pus retrové ses compagnons.
2. — Une histoire dn temps jadis.
L'Église des Indiots *.
Dans le temps, y avait à Villeneuve unne dinde qu'a été ponde
en cachotte dans les ostrilles qui poussaint entre les piliers de
l'église, et après aile s'a mis à couver. Quante queuqu'un passait,
aile sifflait ; les ostrilles étaint si tellement grantes qu'an ne
voyait rien en tout. Le sacristain, en passant par là un soir, a
entendu siffler et il a été épanlé ; le v'ià qui court au triple galop
cheux le maire pou y réconter la chose. En un rien de temps, la
nouvelle a fait le tour du pays, et v'ià tous mes Indiots qui
venont se ressembler vé l'église. La dinde s'a mis à siffler drès
qu'aile a entendu du monde, et les Indiots ont évu peur d'évancer
davantage. Le maire a dit : « C'est un ouarloup », un aute :
« C'est un gazou. » Il ont charché un moyen de ne pas laisser
yeux église si près du diable, et i n'ont rien trové de mieux que
de la reculer. Mais comment s'y prenre ? I s'ont décidé à faire
faire unne grousse corde bien longue, pou l'étacher après l'église
et ételer tout le monde du pays après. Les v'ià tortous ébranculés
après la corde : i tiraint, i tiraint tant qu'i pouvion de ses limites a donné nais-
sance à divers mémoires extrêmement intéressants de MM. d'Arbois
de Jubainville.Maxe \VerlyetP. deSaint-Ferjeux ; nous y renvoyons
le lecteur. Quaiit à son chef-lieu, on ne s'en est pas encore occupé;
pour nous, nous avons tout lieu de croire que c'était la ville qui
fut dans la suite le chef-lieu des doyenné et archidiaconné du
Bassigny, c'est-à-dire Is-en-Bassigny.
8. Bassigny à la rescousse !
C'était le cri de guerre des comtes de Chuiseul; et c'est une des
preuves sur lesquelles le P. Vignier s'appuie pour baser son opi-
nion que les sires de Choiseul sont les descendants et les succes-
seurs des anciens comtes du Bassigny de la première race (vi''-
x'= siècles).
9. Mil tors de roue, toute la lieue de Bassigny, et à la
fin tombe par le chemin.
Jean Le Bon, né à Autreville, auteur assez prolixe qui vivait au
xvi« siècle, cite dans ses Adages, mais sans commentaire, ce dicton
qui, sans doute, fait allusion à la longueur de la lieue du pays :
1 . Recherches sur les principales communes de l'arrondissement de Lan-
gres, p. 78.
tandis qu'elle correspond généralement à 4 kilomètres, en Bussi-
gny elle valait mille mètres de plus.
10. Le tumulte du Bassigny.
Le Ron a publié, en l.i73, l'histoire des troubles religieux et
poliliqufis qui ont agilrà cette époqiie celle partie de la Champa-
gne méridionale; il a intitulé son livre : Le tumulle du Basslgnij
appaisc cl esleincl par riiauloviié, conseil elvigilence de Monsei-
fineur le Cardinal de Lorraine.... ^ Ce titre a passé eu proverbe,
du moins assez longtemps, car notre pays a été réellement l'un des
plus remuants de l'est de la France. Il faul dire aussi qu'il était
l'un des plus exposés, puisqu'il a été jusqu'en 1737 frontière de la
Lorraine.
Une chose à noter, c'est que les Lingons, nos ancêtres, avaient
été jadis pour beaucoup dans la frayeur qu'inspiraient aux Romains
les invasions, les attaques, le nom même des Gaulois: de là leur
tumiiltus oalliciis Au w" slède avant ViTe chrétienne. Ce lumul-
tus, — qui dans le sens propre du mol veut dire Irouhle. émotion,
souU'veinent, et c'est dans ce dernier sens que Le Bon a employé
le mol tumulte — spécifiait chez les Romains une guerre funeste
qui menaçait l'empire : graviorem esse lumuKum quam bel-
lum, nous dit Cicéron 2. Et, en effet, on voit que, lorsqu'un
tumuUus élait décrété, « toute autre fonction que celle des armes
cessait; alors les sénateurs, les magistrats, les prêtres même, qui
étaient, par état, dispensés de servir, quittaient leur robe pour
prendre le casque et l'épée. Quod bcllo vacationes valent, tiimiil-
tus non valent. C'était dans ces sortes de guerres, que le Sénat
rendait un décret f[ui donnait tout pouvoir aux consuls ; il élait
conçu en ces termes comme le rapporte Salluste : darcnt operam
consiilens ne quid rcspublica detrimenti caperet, c'est-à-dire
« que les consuls feraient en sorte que la république n'éprouvât
aucun dommage'. » C'était, suivant l'usage des Romains, donner
aux consuls une autorité souveraine à Rome et à l'armée *.
11. Les vins du Bassigny.
Les vins du Bassigny avaient de la répuLaliun dés le xm" siècle ;
aujourd'hui encore ceux de Coiffy et des environs figurent parmi
les plus estimés du département.
12. Les vins de Bassigni et de Lorraine ne portent point
d'eau, ny l'eau de vin.
Ainsi parlait Jean Le Bon au xv« siècle. Est-ce une louange ou une
critique relativement aux vins ? Nous préférons y voir une louange,
1. Lyon, Hipault. 1573, in-8.
2. Philipp. 8, n. 3.
3. Salluste, Bell. Caldin , c. 27.
i. Boinvilliers, Diction, dns .itttiquilés de Furgault.
quand ce ne serait que par ospril de clocher. Mais pour l'eau,
nous déclarons hardiment que celle des sources de nos coteaux
jurassiques du Bassigny est à peu près sans rivale.
BELLES-ONDES
Moulin sur le territoire et au nord de Rolainpoiit, village situé
dans les environs de Langres et dépendant du canton de Neuili}'-
l'Evêque.
13. Belles-Ondes
Bat as dépens de teut 1' monde ;
Sans l'homme nô
Belles Ondes n's'rôt pas à d'sus du Vernô.
Aulrc version :
Meulin d'Belles-Ondes
Bâti au dépens de teut l'monde,
Et sans l'homme nô
Belles-Ondes n'serôt pas à d'sus du Vernô.
Ce qui signifie : Belles-Ondes, ou Moulin de Belles-Ondes bat
ou bdli aux dépens de tout le monde; cl sans l'homme noir,
Belles-Ondes ne serait pas au-dessus du Veiviois. Le Vernois est
une petite prairie en haut de laquelle s'élève le moulin en ques-
tion.
Ce dicton, que chacun répète encore de nos jours, fait allusion
à un incident passé il y a plus d'un siècle. Le 22 novembre 1016,
le chapitre de Langres avait repris aux curés de Rolamponl leurs
domaines qu'ils possédaient de toute ancienneté ; ceux-ci ne
purent que se soumettre; les titres prouvant leurs droits avaient
été perdus. Mais en 1700, par le plus grand des hasards, ces anciens
titres furent retrouvés... entre les mains d'un élève de l'école, qui
les avait apportés en classe pour s'exercer à la lecture des écri-
tures. Le curé d'alors, nommé Guillaume, en possession des bien-
heureuses archives, s'empressa d'intenter un procès au Chapitre :
l'allaire se dénoua dix ans plus tard par la condamnation définitive
du Chapitre qui, en outre de la restitution de tous les biens, dut
ver.ser 2o.000 livres d'indemnité au curé de Holampont. Celui-ci,
— c'est riionime noir du dicton — employa cette somme à la cons-
truction du moulin de lielles-Ondes.
BIARONNE
Nous avons tout lieu de croire que ce nom de localité est haut-
marnais ; Leroux de Lincy ' prétend que ce doit être Biarne, dans
le Jura; mais nous penchons plutôt pour Bicrne, commune d'une
centaine d'iiabilants du canton de Juzennecourt, arrondissement
de Chaumont.
1. Livre des proverbes français, lome 1, p. 211.
14. C'est l'ambassade de Biaronne, trois cents chevaux
et une mule.
Oudin, qui cite ce dicton, prévienl qu'il y a là un jeu de mois
et qu'il laut entendre en tout quatre personnes : trois hommes
sans chevaux et une femme '. Le populaire affectionne ce genre
de jeu de mots, nous en verrons dans la suite plusieurs exemples.
BLÉCOURT
Conunune dans le canton et à 12 kilomètres de Joinville, arron-
dissement de Wassy.
15 C'est lafée de Blécourt.
Une légende raconte que deux fées entreprirent de hâtir des
églises; l'une à Blécourt, l'autre dans un village voisin. Comme
elles n'avaient qu'un seul marteau, elles convinrent de s'en servir
alternativement -. On comprend que l'ouvrage n'avança pas
rapidement, toutes fées qu'étaient les constructeurs : de là le dic-
ton : c'est la fée de Blécourt ou c'est comme la fée de Blécourt.
16. Les bacoués de Blécourt.
Cette épilhète injurieuse — qui équivaut à bas coués, c'est-à-
dire ayant la queue bas plantée, ou aijanl la queue basse peut-
être
Comme un renard qu"une poule aurait [iris, —
est appliquée aux Blécourlois sans que nous en sachions la vraie
raison ; il est même prohable qu'il n'y en a point de bonne.
Mais, nous y songeons, on appelle hacouè le poisson que la
science appelle Chabot de ririere {Cottus gobiO; L.) et auquel une
tête, large et démesurée, a valu le nom vulgaire de Têtard. Dès
lors, cette épithète de bacoués appliquée aux habitants de Blécourt,
ne signifierait-elle pas simplement les fortes têtes Y
17. Les navets de Blécourt.
Peu de produits potagers ont eu autrefois autant de réputation
dans la contrée que les navets de Blécourt ; malheureusement, ils
la perdent peu à peu. A ce propos, nous ne pouvons omettre de
citer de cette décadence une explication que nous avons trouvée
dans un ouvrage dont nous tairons le titre et l'auteur; elle est assez
originale et fait bien pendant au glas funèhre qu'en présense des
chemins de fernaissant, entonnait en 1836, en l'honneur de l'agri-
culture, l'auteur des Recherches historiques sur L'arrondissement
de Langrcs: « Cette décadence tient, sans doute, à la multiplication
des comices agricoles et à celle des encouragements et récompenses
donnés à l'agriculture, » Quoi qu'il en soit, l'abbé Crépin a consa-
1. Antoine Oudin. Curiosilés frauçoises . . . Paris, 1640, ia-12.
2. La Uaule-Marne ancienne et moderne, page 197,
— 9 —
cré aux navels de Blécourt une des plus belles pages de sa Notice
historique sur le village '.
BOURBONNE-LES-BAINS
Chef-lieu de canton de rarrondissenient de Langres, connu dans
le monde entier pour ses eaux minérales ot thermales.
18. Les bains de Bourbonne ou les eaux de Bourbonne.
La célébrité méritée de ces eaux salutaires date de longtemps ;
ainsi que le prouvent de nombreuses inscriptions, les bains de
Bourbonne attiraient en foule les (iallo-Romains, comme elles
avaient certainement, attiié Icsdaulois antérieurement.
BOURGOGNE
L'une des plus célèbres provinces de l'ancienne France ; elle a
contribué pour petite partie à la formation de notre département
de la Haute-Marne, c'est pour cette raison que les dictons qui la
concernent nous intéressent et doivent être mentionnés dans notre
recueil.
19. Bonnes toiles sont en Bourgogne.
Ce dicton figure dans les Dits joyeuv du pays, qui paraissent
avoir été imprimés pour la première fois vers l'an loOO, et qui
le furent depuis dans les Œuvres de Guillaume Coquillarf-.
20. Ducs de Bourgogne, grands ducs d'Occident.
Courtépée, dans sa Descriplioii du duché de Boufijogue^ roippeWe
que les puissants princes qui ont régné sur cette province au
xv"= siècle, étaient généralement connus, surtout en Orient, sous la
glorieuse dénomination de grands ducs d'Occidc it. Quand à eux,
ils préféraient parfois le titre plus positif et rabelaisien de ducs
du meilleur vin de la Chrétienté.
21. Bourgogne, la mer des eaux.
Ainsi disait-on autrefois à cause du grand nombre de rivières
considérables qui ont leur source dans cette province.
22. Ecuïer de Bourgogne.
On trouve ce dicton au nombre de ceux qui étaient les plus
répandus au xui^ siècle, d'après le Dict de l'Apostoile, manuscrit
de cette époque.
23. Il a passé par la Bourgogne,
Il a perdu toute vergogne.
Cette réputation, si peu honorable pour la province, n'est éta-
1. Chaumont, 1858, in-8, page 58.
2. Paris, 1597, in-S.
3. Nouvelle édilioQ, ia-8, tome II,
— 10 —
l)lie que sur le dire de deux tHrangers : Giovanni Florio, dans le
(liardino de rco'calionc, imprimé à Londres en l.j91 ; el Gomès
de Trier, dans son Jardin de récréations, traduit du précédent et
imprimé à Amsterdam en ICI 1, Voilà de quoi rassurer les Bour-
euif^'nons sur la portée de la sentence, mais il faut avouer qu'on
di-ait antérieurement :
24. Li plus renoié en Borgoigne, et reni Dieu
se ne dit voir.
C'est-à-dire ; les plus rcnieiirs sont en Bourgogne, car on y dit
à tout propos : je renie Dieu it je ne dis }^rai.
Ce dicton date du xiii» siècle ; il figure dans le Dicl de l'Apos •
loile. Ainsi, au moyen-âge, on ne faisait pas grand fond sur la
parole d'un Bourguignon. Les choses ont changé certainement
depuis : la preuve c'est le proverbe que nous donnons plus loin
sous le nuim-ro 30.
25. Le sirop de Bourgogne ou, en patois, le sireup de
Bregogne.
Cliacun connaît, au moins de nom, ce sirop qui, dans le monde,
est appelé plus communément le oln de Bourgogne, ou simple-
ment le Bourgogne.
26. Vin vert, riche Bourgogne,
Ce dicton est assez répandu dans la proTince, surtout dans le
pays vignoble. Il rappelle évidemment cette opinion des bons vigne-
rons que pour avoir de bon vin, du vin qui se garde mieux et
dont le bouquet soit plus développé, il faut récolter le raisin un
peu vert.
27. Le charbon de Bourgogne,
IJans le siècle dernier ou appelait ainsi la pustule maligne,
sans doute parce qu'elle était plus commune dans cette province
qu'ailleurs, peut-être aussi parce que c'est là qu'elle avait été le
mieux observée. On peut consulter à ce sujet un ouvrage du clii-
lurgien Jean-François Tliomassin, intitulé : Dissertation sur le
charbon de Bourgogne ou la pustule maligne. Mémoire couronne
par l^ Académie de Dijon. Besançon, 1780; in-S'\ Autre édition :
Besançon, 1782 ; in-S".
La pustule maligne est désignée vulgairement en Haute-Marne,
et peut-être ailleurs, sous le nom de puce inaliijnc
28. La bise est la mère nourrice de Bourgogne.
Courtépée cite ce dicton, en ajoutant au sujet de la bise, que
« c'est le vent qu'honoraient les Celtes sous le nom de Circius, à
qui Auguste dédia un temple '. » Quant à nous, hal)ilants des
sommets hauts-marnais sur lesquels les vents régnent en maîtres,
1. Description de la Bourg., tome II, page 357.
nous n'ollViroiis jamais nos aclions de grAces, commo, les Celles
et les Romains, à la bise.
Dans certaines localités du pays de Langres, on désigne parfois
la bise sous le nom de Mademoiselle de Nancy ; c'est probable-
ment à cause de sa direction.
29. Il regarde en Bourgogne si la Champagne bri:ile.
Kxpression plaisante par laquelle on indique qu'une personne
a les ijeux de cane, comme on dit en Hanlc-Marne, c'est-à-dire
qu'elle louche.
En Picardie et en Hainaut, il existe une expression semblable :
/ ricelle en Cliainpagne, si ['Picardie brûle '.
BOURGUIGNONS
On appelle ainsi, comme chacun sait, les habitants dn la Hour-
gog-ne.
30. A la Bourguignotte.
Cela peut se traduire : à la manière des Bourouignons. Gollut
donne de celte expression Texplication suivante ; à l'en croire,
cola signifierait : portant croix et éoharpe de Bourgogne -.
31. Après le coup, Bourguignon sage.
Nous devons la connaissance de ce dicton à Jean Le Bon qui,
croyons-nous, fut le premier à l'appliquer aux Bourguignons. On
lit, en effet, dans Commines : « Ces deux ducs étaient sages après
le coup, comme l'on dit des Bretons et géncrallement des Fran-
çois^. »
Nonobstant ce passage du célèbre historien, passage qu'il igno-
rait peut-être, llilaire Le Gai donne du dicton l'origine suivante,
très hasardée à notre avis : « Ce dicton doit certainement son
origine aux étourderies de Charlesle-Téméraire, duc de Bour-
gogne, tué devant Nancy en l't~l. Seulement je trouve qu'il n'est
guère exact, car Gharles-le-Téméraire n'était en gi'méral sage ni
avant ni après le coup. Les habitants de la Bourgogne ne ressem-
blent nullement à leur ancien duc, et il serait souverainement
injuste de leur ap[ilii|uer cet injurieux dicton *. »
32. Bourguignon salé.
Voilà une des expressions proverbiales les plus anciennes et les
plus répandues ; mais on n'en est pas mieux instruit sur son ori-
gine. De toutes les opinions émises à cet égard, la plus vraisem-
blable, celle qui paraît la meilleure, dit 1-eroux de Lincy •", c'est
1. Dictionnaire rouchi, page 117.
2. Dictionnaire de Trévoux, verbo Dourguignolle.
3. Leroux, Livre desprov. franc., tome I, p. 120.
4. Hilaire Le Gai, Petite encyctop., page 102.
5. Livre des prov. franc., tome I, page 214.
celle qu'a propost-e Le Duchal. « Bourguignon salé est une allusion
au porleut" de cette espèce de petit casque ancien qu'on nommait
salade. De là l'équivoque qui a donné lieu au proverbe. L'ancien
dicton portait :
Bourguignon salé,
L'épée au côlé,
La barbe au menlon,
Saute Bourguignon.
D'oîi il est visilile que le sobriquet de Bourguignon salé regarde
l'ancienne milice bourguignonne. Ce sobriquet, au reste, en veut
à l'opiniâtreté ou tête dure des Bourguignons, qu'effectivement
D'Aubigné traite de Bourguignons trsius ' ».
Les curieux qui voudraient étudier cette question, déjà bien des
fois débattue, pourront consulter les auteurs suivants : Pasquier,
Recherches, livre l, cb. 9. — De Serre, Inventaire'de l'histoire de
Paris, règne de Cbarles VIL — La Monnoie, NoHs bourguignons,
glossaire. — Méry, Histoire des proverbes, tome II, page 318. —
Encyclopédie catholique, verbo Bourguignons. — Dictionnaire
de Trévoux, même mot. — Hilaire Le Gai, Encyclopédie des pro-
verbes, p. 121. — Magasin pittoresque, année 1837, page 78, —
enfin et surtout Peignot, dans une dissertation spéciale, imprimée
à Dijon en 1830.
33. Bourguignon têtu.
Cette injurieuse qualification se rattacbe à la précédente comme
nous venons de le voir.
34. Dévotion de Bourguignon
Ne vaut pas un bouchon.
Ce dicton nous rappelle quelque peu celui que nous avons donné
sous le numéro 24. Leroux de Lincy, dans son Livre des Proverbes,
cite une version plus complète qu il a puisée dans un manuscrit
de la Bibliothèque nationale- :
Pitié de Lombard,
Labour de Picard,
Humilité de Normand,
Patienche d'Alemant,
Larghece de François,
Loyauté d'Anglais,
Dévocion de Bourguignon,
Ces huit coses ne valent pas un bouchon.
35. Coup de Bourguignon par derrière.
Voici en quels termes Fleury de Bellingen ^ parle de ce pro-
verbe : « Il est venu de ce que Charles de Gontaut, duc de Birou,
1 . Ducaliaiia, page 470.
2. Fonds français, manuscrit 2566.
3. Etymologie des prov, franc., page 52.
— 13 —
mareschal de France, ayant fait tirer son horoscope à un fameux
astrologue de son temps, cet homme lui dit de se donner garde
d'un coup de Bourguignon par derrière, désignant par là quelle
devait être sa lin. Dans la suite, ce maréchal ayant étti convaincu
d'avoir conspiré contre l'Etat, fut condamna à avoir la tête tran-
chée à la Bastille à Paris. Après les premiers interrogatoires, il
demanda de quel pays était le bourreau de Paris. Ayant appris
qu'il était bourguignon, il se crut perdu, et dit que c'étoit fait de
lui. Ce n'est que depuis ce temps là qu'on a parlé d'un coup de
Bourguignon par derrière K »
36. La parole d'un Bourguignon
Vaut une obligation.
Ce dicton flatteur, contre-partie de celiii qui porte le numéro 24,
n'est cité, à notre connaissance, que par Saint-Julien de Balleure,
dans ses Mélanges historiques. M. Abel Jeandet le rappelle dans
ses Lettres à M. le rcdaclcur en chef du Courrier de Saune-et-
Loire sur la Longévité humaine'^.
37, A la manière de Bourgogne sur le lourd.
Nous empruntons ce dicton aux Adages français de Jean Le
Bon. Il faut croire qu'à cette époque, les Bourguignons ne pas-
saient pas pour avoir l'esprit délié; mais depuis, ils ont fait leurs
preuves.
38. Il a le nez bourguignon ou c'est un Bourguignon,
voyez son nez.
L'effet de l'usage du sirop de Bourgogne, — usage immodéré,
s'entend, — est de colorer le nez ; ce n'est pas que les autres s«rop5
n'agissent de même. Le dicton tend donc à insinuer que les Bour-
guignons sont les plus fervents amateurs du jus de la treille ; cela
se conçoit facilement quand ce jus est (;elui de treilles telles que
les leurs.
BRACANCOURT
Ancien couvent de Minimes, situé à la source de la Biaise, sur
le territoire de la commune de Blaise-sur-Blaise, arrondissement
de Chaumont, canton de Vignory.
39. Les bons hommes de Bracancourt.
Ce dicton ne tire pas son origine des excellentes qualités des
habitants de Bracancourt; il rappelle seulement que le monastère
de Bracancourt abritait des Minimes, des Bons-hommes, comme
les appelait Louis XI,
Ce monastère avait été fondé en 1 49G par Jean de Baudricourt,
1. Leroux de Lincy, Livre des prov. franc, tome I, page 2lo.
2. Chalon-sur-Saône, 1857 ; in-8, page 13. — Brochure tirée à 100 exem-
plaires.
— w —
gouverneur de Bourgogne, seigneur de Bluiso, Mirbel, elc, inaré-
clial lie Friiace, cl par Aune de Beaujeu, sa femme.
BRICON cl BROTTES
Bricon csl une conununc du canlou de Chaleauvillain, arrondis-
seinenl de CliaumouL ; BroLlcs, un village des caulon et arrondis-
sement de Chaumont.
40. Défiez-vous du pain de Brottes, du vin de Bricou
et de la jugerie de Chaumont.
Ce dicton, tout répandu qu'il est dans la région cliaumontaise,
est fort ancien; il s'applique au pain, au vin et à la jugerie des
siècles passés. Se délier aujourd'hui du pain de Brottes, du vin de
Bricon cl de la jugerie de Chaumont, ce serait, certes, aiéconnailre
trois excellentes choses.
CERIZIÈRES
Commune du canton de Uoulaiacourt, arrondissement de Wassy.
41. Les hannetons de Cerizières.
Les uns disent que ce ûicton provient de ce qu'à Cerizières les
hannetons sont plus multipliés que partout ailleurs ; mais d'autres,
ce sont assurément de mauvaises langues, prétendent qu'il rap-
pelle que les habitants du village font plus de bruit que de beso-
gne. 11 est vrai qu'on ajoute que ce dicton a été fabriqué dans
l'un des villages voisins, jaloux, sans aucun doute de Cerizières,
et que les habitants de ce dernier village, pour se venger du qua-
lificatif injurieux probablement, servent à leurs hôtes des pâtés de
hannetons le jour de la Saint-Didier, fête patronale de la paroisse.
CHALINDREY
Conimune imporlanlc du canton de Longeau, arrondissement
de Lan grès.
42. Les sorciers de Chalindrey.
Cette ({ualilication parait avoir été surtout fondée sur la croyance
où Ion était dans les siècles derniers que la plupart des habitants
de Chalindrey avaient commerce avec le FcuUelcul, un diable
rouge qui résidait sur la colline de Cognelot, voisine du village.
Il y a une quantité de villages en France dont les habitants sont
de toute antiquité qualifiés de sorciers ; la Haute-Marne eu compte
plusieurs, mais il n'est pas facile d'assigner l'époque où ces dictons
ont pris naissance, quoique l'origine eu soit invariablement la
même.
CHALVRAINES
Goinuiune du canton, canton de Saint-Blin, arrondissement de
Chaumont.
— 1 —
43. Clialvraines,
La belle plaine,
Pour un demi écu on a la course d'un lièvre.
Aiilrc versiuii :
A Clialvraines
La grandplaine,
Sans fontaine ni prairie,
Malheur à qui s'y marie.
Ces dictons fort anciens font aikisioti à la topographie de la
commune. Autrefois le village n'abritait qu'une population de car-
riers et de cloutiers, mais d'agriculteurs peu ou point, vu le man-
que d'eau suffisante. Aujourd'hui le proverbe a tort, car le terri-
toire est bien cultivé et ceux qui s'y marient ne sont pas plus
malheureu.x qu'ailleurs ; mais l'industrie de la clouterie n'existe
plus à Chaivraines.
CHAMPAGNE
L'une des principales provinces de l'ancienne France ; elle a
fourni au département de la Haute->[arne la presque totalité de
son territoire. Les dictons et proverbes qui la composent sont
nombreux; nous allons en indiquer quelques-uns en les classant
par ordre alphabétique du premier mot.
44. Attrape ça, Champagne; c'est du lard !
C'est ce qu'on dit en plaisantant à quelqu'un à qui il est arrivé
du désagrément, une mésaventure. Ici le mot Champagne est
probablement pris dans le sens familier que nous lui verrons au
numéro 46.
45. Boire à la grande tasse de René de Champagne.
Ironie qui rappelle l'une des horreurs qu'enfantèrent les guerres
de religion du.xvi» siècle. « Parmi ceux qui se distinguèrent alors
par leur zèle féroce, on doit citer... un certain René de Chainpa-
gne, seigneur de Péchereul (Aube), qui attirait chez lui les pro-
testants ou ceux qu'il croyait favorables à leurs opinions et les fai-
saient noyer la nuit dans nn vivier, placé dans la cour de son
château. H appelait cela faire boire ses liâtes à la f/rande tasse.
Charles L\, visitant la Champagne, peu après la Saint-Barthélémy,
alla voir ce château déjà célèbre par les atrocités qui s'y étaient
commises; en contemplant ce vivier où tant d'infortunés avaient
péri, il demanda en riant à llené combien de Huguenots avaient
bu à la grande tasse. 11 ne m'en souvient pas, répondit-il, je n'ai
pas chargé ma mémoire de semblables misères'. ■>
46. C'est Champagne.
Le dictionnaire de Trévoux, verbo Cliampagne, fait remarquer
qu'on donne assez facilement le nom pur et simple de Cliampa-
1. F. Kagoa el Fabre d'Olivet, Précis de l'hlsl, de Champ., page 113.
— 16 —
fjiie à un donicslique qui est originaire de celte province. Cette
habitude de désigner par son nom de province un domestique aux
siècles derniers n'était pas exclusive aux Champenois, nous voyons
en ellet une foule de valets désignés sous les noms de Picard,
Comtois, etc., pour la même cause.
47. Cliampague pouilleuse.
Voilà le surnom le plus vulgaire elle plus souvent jeté à la face
des habitants de notre province. Comme la plupart des surnoms
injui-ieux, celui-ci est entaché d'ignorance et d'injustice. D'une
part, en etl'et, ce n'est pas la Champagne entière, mais une partie
seulement qui, géograpliiquement parlant, peut recevoir ce sobri-
quet, c'est le tei'riloire compris entre Vitry-le-François et Sézanne.
D'autre pari, le qualiticatif s';ipplique au sol qui ne produit, c'est-
à-dire ne produisait pas pouillc, et non aux habitants; si, en effet,
le sol n'est pas aussi fertile que celui du reste de la province, ses
habitants ne sont pas moins soigneux et de leur corps et de leur
chevelure que les autres Fran(;ais, ils sont même bien supérieurs
à cet égard à une foule de Français principalement du centre et
du midi.
48. Chevaliers de Champagne.
Tout le monde connaît le sens de ce dicton ; il suffit que nous
rappellions qu'il remonte au moins au xni^ siècle puisqu'il est
mentionné dans le Dict.de rAposloille '.
49. De l'arbre d'un pressoir
Le manche d'un cernoir,
« Ce proverbe, dit JNicod, est particulier aux Champenois qui,
en leur langage, appellent arhrc la plus grosse pièce de bois d'un
pressoir, et cernoir un petit instrument dont on fait les cerneaux.
Ce mesme proverbe s'applique à ceux qui, faisant quelque ouvrage,
le touchent et le retouchent tant qu'ils le réduisent quasi à l'ien,
comme ferait un charpentier, lequel repasseroit si souvent la coi-
gnée sur cette grosse pièce du pressoir appelée arbre, qu'enfin il
la réduiroit si petite qu'elle ne seroit plus propre qu'à faire un
manche de cernoir". »
50. En Picardie sont li bourdeeur
Et en Champaigne li buveur.
C'est ainsi que débute le Clerc de Troyes dans le Roman dn
renard contrefait qui date de la fin du xiv siècle, début qui trace
un portrait singulièrement peu flatté des Champenois; jugez-en :
En Picardie sont li bourdeeur,
El eu Champaigne li buveur :
El si sonl li bon despancier,
El si sont bou convenancier.
1. Leroux de Lincy, Le Livre des prov., loine 1, page 2i9.
2. Leroux de Lincy, Livre des prov., lome I, page 38.
Tel/, n'a vaillunl un angeviu
Qui chascuu jor viaul boire vin,
Et viaut suir la compaigiiic
El lanl boire que laingue lie ;
El quant .se vint aus cos donner
Us se sevcnl bien remuer.
51. Foires de Champagne.
Au moyen- ùgc, les foires dcTro3'es, de Bar-sui'-Auljc cl en gêné
rai de la Champagne, étaient parmi les plus célèbres et les plus
importantes de toute la France. Inutile d'entrer ici dans des détails
(jui seraient hors de propos; nous dirons seulement que iM. Assier
a publié un opuscule intitulé : « Ce f/ii'uii cppixnait aux foires
de Troycs et, de la Champagne au xni" siècle, suivi d'une Notice
h islorujue sur les foires de Troijes, de la Champagne et de la Bric'.»
52. Foy de gentilhomme, un aultre gage vault mieux!
Nous osons à peine déclarer que ro proverbe est spécialement
champenois, Jean Le l?on, qui l'a cité le [)remier, au xvio siècle,
l'a justilic par cette exposition : « Pour autant que la plusparl
irompcel n'en a point (de foy), ce maistre proverbe en est venu
en la haulte Champaig-ne -. »
53. Il est du régiment de Champagne,
Voici, selon Méry ^, l'origine de ce dicton qui, du reste, n'a
avec notre province qu'un simple rapport de nom. Dans un des
bals donnés à Versailles en 1747, à l'occasion des noces du Dau-
phin, père de Louis XVI, un particulier s'était mis sur une ban-
quette destinée à d'autres personnes; l'olticier des gardes du corps
de service voulut le déplacer : il résista. L'oflicier insistant, le
(piidaiu, excité d'impatience, lui répondit avec vivacité: u Je m'en
i'..., Monsieur, et si cela ne vous convenait pas, je suis un tel,
colonel du légiment de Champagne. » Cette querelle lit du bruit.
Un instant après, une dame que l'on voulait l'aire changer de
place, se voyant tracassée, s'écria : « Enfin, vous ferez ce que vous
voudiTz, mais je suis du régiment de Champagne. »
Dans une certaine circonstance, le grand Frédéric ayant rt.mar-
qué dans son ajipartement un officier l'ranijais qui avait négligé
de [)rcn(lre runiforme, lui dit : <' Qui êtes- vous donc, monsieur?
— Le marquis de Beaucourt. — Et de quel régiment? — Du régi-
ment de Champagne, sire. — Ah! oui, de ce régiment oi'i l'on se
f . . . de l'ordre *.
54. Il regarde on Bourgogne si la Champagne brûle.
Dicton populaire par Icijuel on caractérise une personne (jui
1. Puiis. 18ûS, in-i:.
2. Leroux do Lincy, Livre tics proc, tome II, page Si.
3. Histoire des proccrbes, tome II, page 1 7'J.
4. QmldTd, Diction, des proverbes. 1
— 18 —
cane, comme disent généralement les Hauts-Marnais, c'esl-à-dire
qui jonche *. En Ilainanl, il existe nn dicton à peu près semblable :
/ rivcllc en Chanipat/jie, si. l'Picanlie brûle -.
55. Il sait les foires de Champagne.
On employait ce piovccbe pour dire de quelqu'un qu'il était
Jiabile en affaires et (]u'il connaissait à fond les choses dont ou
l'entretenait 3. Dans le cas opposé, on se servait de la contre-partie
tout aussi répandue : Il ne sait pas les foires de Champagne''.
56. La Brie est la Chambrière de Champagne.
Nous ne voyons pas trop quel est le sens attaché dans ce dicton
au mot cliambrierc; est-ce celui de servante ou de pourvoyeuse ou
encore de trésoriérc? Tarbé, dans l'un des ouvrages duquel nous
avons relevé le dicton, est muet à cet égard ^^
57. La Champagne est gaulée.
Oudin qui rapporte ce proverbe, dit qu'il signifie Loul est ren-
versé, tout est perdu, tout est détruit. Peut-être a-t-il mis Cliam-
pagne pour campagne; peut-être aussi ce proverbe rappelait-il les
désastres dont nos malheureuses contrées ont été le théâtre au
xvi" et au xvu" siècle.
58. La noblesse maternelle de Champagne.
En Champagne et en Brie, comme aussi en Lorraine et dans le
duché de Bar, la femme noble, épouse d'un roturier, jouissait du
privilège de transmettre la noblesse à ses enfants et à leur posté-
rité. On a publié de nombreuses études pour et contre la noblesse
maternelle; mais, quelle que soit l'origine de ce privilège, qu'il
résulte ou non d'un abus ou d'une interprétation fausse des textes
des Coutumes, il est un fait indéniable, c'est qu'il a maintes et
maintes fois reçu son application.
59. Le droit de Champagne.
On appelait ainsi le droit que les auditeurs des comptes préle-
vaient autrefois sur les baux à ferme de la province de Champagne^.
60. Le vin de Champagne ou simplement le Champagne.
Rien de plus universellement connu, estimé et prôné que ce
produit dont il est inutile que nous entretenions longuement nos
lecteurs. Faisons remarquer que cette réputation date au moins du
xv° siècle.
1. Hilaire le Gai, Petite encyclopédie des prov., p. 110.
2. Dictionnaire Rouchi, page 117.
3. Crapeiet, Prov. et Dictons populaires, page 125.
4. Hilaire le Gai, Peiile encyclopédie des prov., page 143.
5. Recherches sur t'hist. du langage et des patois en Champagne, tome 11,
page 218.
6. Besclierelle, Dictionnaire national, vcrLo Champagne .
— 19 —
61. Les belles femmes en Champagne.
Ce proverbe llalLcur poLir les Chaiii[)ciioises se trouve dans les
Dils joyeux de Paris, quionlélé iniprimés vers liiOO cl réimprimés
dans les Œuvres de Guillaume Coquillart '. Au xiiie siècle, la
palme de la beauté, à en croire le DU de l' AposloiUe n'apparte-
nait pas encore à notre province, car ce recueil affirme que : les
plus belles famés sont en Flandres '-. Pour notre part, nous som-
mes persuadés que ce qui était vrai au xvi' siècle est encore vrai
de nos jours; nous en appelons à nos lectrices champenoises...
si nous en avons.
62. Les eaiies de Brie
Bonnes à toute vie :
Celles de Champaigne
A toutes font peine.
En citant ce dicton dans ses Adarjrs français, Le Bon ajoute :
« Exposition. Les routiers l'ont par expérience qu'en la Brie leurs
chevaux eugressent, et tout le contraire en Champagne. » A cette
lumineuse explication, nous n'avons rien à retrancher ni à ajouter.
63. Les procès de Champaigne et la monnoye de Paris.
C'est encore à Le Bon que nous empruntons ce dit, mais nous
n'en comprenons pas bien le sens. Peut-rtre veut-il signifier que
dans notre province, les procès étaient autrefois aussi communs
que la monnaie parisis l'était dans le royaume ; dans ce cas, nous
nous serions laissé détrôner, depuis b xvi« siècle, par les Nor-
mands. Peut-être aussi le dicton fait-il allusion à la monnaie de
l'aris qui tant de fois a été altérée par les rois, toujours à court
d'argent, et, dès lors, faudrait-il traduire : les procès de Cham-
pagne valent tout autant que la monnaie de Paris, c'est-à-dire rien
ou peu de chose. Nous opinerions volontiers dans ce dernier sens,
nous souvenant du dicton sur \a jugeric de Chaumont.
64. Tant en Brie qu'en Champagne
Il n'y a de pain qui ne le gagne.
Il ne nous souvient plus où nous avons recueilli ce proverbe, dû
certainement à la sagesse d'un Champenois ou d'un Briard, sans
cela on s'expliquerait mal que les deux provinces fussent venues
figurer dans l'expression de cet axiome moral, vrai en tous lieux.
65. Teste de Champagne n'est que bonne^
Mais ne la choque point personne.
Nous sommes redevables de ce proverbe à l'ouvrage suivant,
trop curieux pour que nous n'en donnions pas le titre in-extenso :
Proverbes en rimes ou Rimes en proverbes, tirés en substance tant
de la lecture des bons livres que de la façon ordinaire de parler,
1. Paris 1o97; in-8.
'2. Le Roux de Lincy, Livre des prov. français, tome I, page '227.
— 20 —
et accommodés en distiques, etc. , par M. Le Duc; Paris, 1665 ; ia-12,
» volumes. Quant à sa valeur et à son luit, l'auteur nous dit lui-
même que c'est un « Ouvrage utile et divertissant, à l'honneur de
la langue française, et pour montrer qu'elle ne le cède eu prover-
bes, non plus qu'en son idiome, aux étrangers. »
CHAMPENOIS
Habitants de la Champagne. Outre les dictons précédents qui
leur sont appliqués, pour la plupart, nous connaissons encore les
suivant?.
66. Deux moutons et un Champenois font trois bêtes.
Nous n'avons trouvé ce proverbe que dans Ililaire Le Gai qui n'a
point cité ses autorités ' ; mais on voit que ce n'est qu'une géné-
reuse extension donnée au fameux dicton que nous mentionnons
plus loin sous le n" G'J.
67. Gars normand, fille champenoise,
Dans la maison toujours noise.
S'il est l'auteur de ce proverbe, il faut que Le Duc, qui lu ver-
sifié dans son « Proverbes en rimes ou Rimes en proverbes », ait
eu maille à, partir avec quelque champenoise et qu'il ne soit point
sorti du débat à son avantage : rapprochez, en effet, de celui-ci le
proverbe que nous avons cité précédemment n" tib ! Parlant des
gars normands, le proverbe qui nous occupe relevait, certes, de
M. Canel ; voici comment le juge cet auteur : ■< C'était pour le
xvii'' siècle, que le livre intitulé Les proverbes en rimes s'exprimait
ainsi. De nos jours, les gars normands n'ont ])lus la réputation
d'être noiseurs; aussi le proverbe n'est-il plus en usage. « Si un
normand peut ainsi s'inscrire en faux conire le proverbe, a for-
tiori un champenois, n'est-ce pas?
68. Les Champenoises demoiselles ont anobli
leurs maris.
C'est une allusion à la légendaire origine de la noblesse mater-
nelle - : la noblesse de Champagne aurait péri, dit-on, presque
toute entière à la bataille de Fonteuay en 8il ; en récompense de
son courage et pour réparer le vide ainsi fait dans ses rangs, il fut
déridé que dorénavant les enfants mâles des demoiselles nobles de
cette province, mariées à des roturiers, seraient anoblis par leur
seule naissance. C'est ce qu'on exprimait en disant : Selon la cou-
tume de Cliampagnc, le ventre anoblit.
69. Quatre vingt-dix-neuf moutons et un Champenois
font cent bêtes.
Le voilà donc enfin arrivé ce fameux, cet écrasant dicton que
1. Petite encyclopédie des proverbes, p. 140.
2. Voir ci-dessus, n" 58.
l'un jotle à la face de quiconque a eu le mallieur de naîlre sur les
rives de l'Aube, de la Marne ou de leurs tributaires, s"appelùt-il
Colbert, Mabiilon, Turenne ou Joinville. Nos lecteurs nnli-cham-
poiois, si nous en avons, seraient trop triomphants de nous voir
prendre au sérieux cette qualificalion, si voisine de l'injure ; nous
ne leur donnerons pas le réjouissant spectacle d'une réfutation
inutile pour eux et pour nous. Mais nous oHVirons aux amateurs
de curiosités parémiulogicjucs rindicaliiui des travaux littéraires et
autres auxquels a donné lieu le sus-dit proverlie : Méry, Histoù^e
des proverb/s, tome III, page t37. — Dicllonnairc de Tréooiix,
vcrbo Cliampa'jne. — Hilaire Le fiai, ppli le encyclopédie des pro-
verbes, page 140. — Le Messdfjer de la HaïUe-Marne, n» 873. —
Mercure de France, janvier, juin, septembre et novembre 1728. —
Croslc)', Mémoires de l'Académie de Troyes, tome II, page 10 ^ —
ïlei'kiison. Discours sur le prorerbe..., imprimé en 1810. — Van
der Burcb, OU moulons et un i'hampcnois, tableau en un acte,
joué au Gymnase dramatique en 1838. — Etc., etc.
A rapprocher de ce proverbe celui-ci : La nience de Chûlons,
c'est-iVdire la simplicité des habitants de Châlons-sur-Marne, —
M. Canel, dans son Blason populaire de la Normandie, cite un
pendant à notre proverbe : qiialre-iiingl-dix-neuf pigeons el un
Normand fonl cent voleurs. D'autre part, il nous souvient d'avoir
vu, nous ne savons plus quelle province (probablement le Berry),
s'emparer à son profit de notre UO moutons...; c'était sans doute
avant la loi qui garantit la propriété littéraire qu'eut lieu ce pla-
giat !
70. Veulz-tu la cognoissance avoir
Des Champenois et leur nature...
Tels sont les deux premiers vers d'un portrait des Champenois,
fait au XIV* siècle par Eustache Deschamps, champenois lui-même.
Comme il se rapproche beaucoup des dits, nous le donnerons ici
en entier, d'après P. Tarbé - :
Veulz-tu la cognoissance avoir
Des Champenois eL leur nature ?
Pleines gens sont, sans dfcepvoir,
Qui aiment justice et droicture.
Nulz d'eulzgraut estât ne procure
Et ne peuvent souffrir dangier.
S'ilz ont à boire et à mangier.
Content sout de vivre eu franchise :
Et ne se sevent avancier.
Toute gent n'ont pas cette guise.
Bien veulent faire leur debvoir
Envers chascune créature,
1. Les liéflexions ont été reproduites par Caylus dans ses Œuvres.
2. Recherches sur r histoire du langage et du patois en Champagne,
tome 1, page 76.
— 2-1 —
Servir, sans milliii decepvoir
Tous cculz ijui ne leur font injure.
Mais (|ui mal Unir fuit, je vous jurn,
Qu'ilz veulent leurs forfaits vengier
Paine metlre à eulz revon^ier;
Soient séculier ou d'église,
Sans la riote, commencicr :
Toute gens n'out pas cette g\iise.
CHARMOILLES
Village du canloii de Netiill}" l'Evêque, arrondissement de Lan-
grès ; il csl situé sur la Coudre, affluent du Val-de-Gris.
71. 11 montera bientôt la Minguée.
Celle expression est employée à Charmoillcs pour dire qu'une
personne est sur le point de mourir. Elle provient de ee que, près
du cimetière du village se trouvait, il y a une centaine d'années,
une maison habitée par un nommé Minguet.
72. On te mènera à la ruelle aux loups.
Ce diclon servait autrefois, et peut-être sert-il encore à l'époque
actuelle, à faire peur aux enfants récalcitrants : on les menaçait
ainsi de les conduire dans un lieu, situé près du village, où l'on
jetait les bètes mortes et on, par suite, les loups venaient fréquem-
nient à la pâture.
CHASSIGNY
Village du canton de Prauthoy, arrondissement de Langres. Son
église est bâtie sur un point si élevé que la llèclie se voit presque
de tous les points de l'horizon à une distance de 20 â 20 kilomè-
tres. On dit de celle Hèche :
73. A Chassigny, 5 cloclierS;, 400 cloches.
C'est un jeu de mots qu'il faut écrire : cinq clochers dont qiia-
Ire sans cloches. Ces derniers sont de petits clochetons qui, aux
quatre angles du clocher flanquent la flèche de rédilice. Cette
pai'ticularit*' d'ornementation se retrouve dans les églises de plu-
sieurs autres villages du département et, par suite, la plupart de cbs
villages jouissent d'un diclon semblable à celui de Chassigny.
CHATEAU VILLAIN
Petite ville, chef-lieu de canton de l'arroùdissement de Chau-
mont; elle est éloignée du chef-lieu du département d'environ
20 kilomètres.
74. La surprise de Chastel-Villain.
Jean Le I5on a inséré dans ses Adages françois ce dit qui fait
sans doute allusion à la prise de Châteauvillaia par les Anglais en
l43(j : ils y entrèrent par trahison et massacrèrent toute la popu-
lation.
— 23 —
CHAUMONT
Chef-lieu du déparlement de la llaute-Mariie. C'est une ville qui
a joué un rùjo, iinportanl dans l'histoire de la contrée. Le Bon, qui
l'a haiiilée iongtcnips et qui, du reste, était né dans les environs,
nous a conservé sur cette ville un assez grand nonihre de dictons.
Chose singulière, presque tous sont marqués an coin de la mau-
vaise humeur ou du parti pris! Un Cliaumontais les déclarerait
nés à Lanières : on sait, en effet que, de toute anticjuité, les villes
de Chaumout et de Langres furent rivales et que parfois la rivalité
les armèrent l'une contre l'autre unguibus etrostro.
75. A Chaumont,
Dragées d'amydon.
Ce ne peut T-lre que l'assonnancc seule qui a présidé à la créa-
lion de ce dicton qui se répète encore de nos jours; mais nous ne
voyons pas à quel évènenient il peut faire allusion.
76. Autrefô on aivôt dit :
Les Lainguois ont ben d' l'esprit.
Mas hôdeu les Chaaumonnois
L'empotieu sus les Lainguois.
Ainsi commence une chanson satirique paloisc contre les Chau-
montais, chanson que l'on dit avoir été composée par un Langrois.
S'il en était ainsi, on pourrait fixer la date de sa fabrication à
1792, à la suite de la fameuse campagnr de Chaumont dont nous
parierons au n" 83. Mais cette chanson qui se chante sur l'air de
Monsieur et Madame Denis (c'est un indice qu'elle est de la fin du
xviTi« siècle) ne serait-elle pas tout simplement une des productions
de la mère Guignnrd, la muse populaire de la rue de CIwignes,
dont les refrains firent les délices de Chaumont et des environs au
commencement de ce siècle. Quoi qu'il en soit, voici les deux pre-
miers couplets de cette chanson, renvoyant pour les autres à l'His-
toire di; chaumont et à la Ilaulc-Marnr anrienne et moderne de
Jolibois.
Au t refus on aivôt dit ;
Les Laicguois ont ben d'I'esprit.
Mâs hôdeu les Chaaumonnois,
N'en prenez -eu qu'un, ou prenez-en trois,
Mus hôdeu les Chaaumonnois
L'empotieu sus les Laiiif^uois.
Ai Laiugues y fait IVorl, dil-ou;
Mas y lait chaaud ai Chaaumont,
Ca, quand bigc veut venter,
Pou ben Taitraiper, Terapoichi d'entrer,
Ca, quanl bige veut venter.
Las polieus on y fait freraer.
La traduction nous semble quelque pou utile. " \ulrefois on avait
(lit : Les Langrois ont bien de Tespril. .Mais aujourd'hui les Chau-
— '24 —
montais, que vous en preniez un ou que vous en preniez trois,
l'etnporlenl sur les Langrois.
« A. I,augres, il fait froid, dit-on; mais il fait chaud iïChanmonl.
rar, lorsque la bise veut soufller, pour bien l'attraper, l'empêcher
d'entrer, on fait fermer les portes de la ville. »
77. C'est un enfant de Chaumont
Belle entrée et la fin non.
Nous avons trouvé ce dit dans les Proverbes en rimes ou Rimes
en proverbes de Le Duc. L'auteur des Adages françois s'était bien
pjardé de l'oublier dans son recueil ; seulement, loin de se torturer
l'esprit pour le mettre en distique, il l'insère tel qu'il avait cours
dans la région qui fut depuis la Haute-Marne: Enfans de Chau-
monl, beau commencement et peule fin. Le mot peitle est un
terme patois (|ui peut se traduire en français par vilaine, laide,
mauvaise.
Ce proverbe est encore très usité dans la région; mais, depuis
l'époque de Le Bon. on lui a fait subir une amputation, on se con-
tente de dire d'une manière générale et non plus en l'appliquant
à la progéniture chaumontaise : Bée commencement et peule fin.
On trouve an sujet de ce dernier dicton une étude très curieuse
dans le journal Le Messar/cr de la Haute-Marne, n" 6oO (10 avril
1833;.
78. Chaumont-en-Bassigny,
Capitale des bas esprits.
Voilà un (hcton que nous sommes surpris de ne trouver consi-
gné dans aucun recueil parémiologique : c'est pourtant l'un des
plus répandus de ceu.x qui concernent Chaumont. 11 n'est pas
difficile de se persuader que ce dicton n'est qu'une satire échappée
de l'esprit caustique de quelque Langrois ckaumontophobe. Les
Cliaumontais ont donné droit de cité au dicton, mais après lui
avoir fait subir ime légère moditication qui leur a paru nécessaire
pour sacrifier à la Vérité; ils disent :
Chaumont -en- Gassi^'^ny,
Capitale des beaux esprits.
Pour nous, qui sommes du Bassignv, nous aurions mauvaise
gr'ice à combattre cette nouvelle i'ornuile.
79. Chaumont le poli.
Les anciennes géographies — dit l'abbé Godard — je ne sais si mes
compatriotes l'ont remarqué, glissent toujours, dans les quelques
liffnes consacrées à Cbaumont, cette observation llatleuse : Les
habitants sont honnêtes et polis ^ En composant cette notice, j'ai
lu mille petits faits qui m'expliquent (;e témoignage singulier.
1. Voir les anciennes éditions de Vosgien ; le Dictionnaire de La Marli-
nière; l'Histoire de Champagne de Baugier, etc.
— 20 —
Passait-il ;\ Ciiaumont un prince du sang, un personnage considé-
rable ou seulement distingué, aussitôt on députait le maire et les
(■clievins pour le saluer. Voulait-il honorer la ville de sa présence,
alors la cavalerie allait au-devant de lui, on lui présentait les vins
de la ville, etc. '
80. Défiez-vous du pain de Brottes, du vin de Bricon
et de la jugerie de Chaumont.
Nous renvo^'ons à ce que nous avons dit de ce dicton à l'article
consacré à Bricon où nous l'avons déj?i cité.
81. Draps de Chaumont
Un historien moderne do Chaumont mentionne la draperie de
cette ville comme importante, remarquable et fort estimée dès le
xive siècle -. Bien que cette industrie ait disparu depuis assez long-
temps de Chaumont, les géographes n'en continuent pas moins i"!
en doter cette ville.
82. Droguets de Chaumont.
Le droguet est une espèce d'étoffe de laine dont la trame est
ordinairement de fd et de coton. « Les meilleurs droguets et les
plus en vogue, dit le Dictionnaire de Bescherelle, sont ceux de
Chaumont (Haute-Marne) et de Langres. » Néanmoins, il en est
actuellement dos droguets comme des draps.
83. Gantf. de Chaumont.
La fabrication des gants de peau forme la principale industrie
de Chaumont; elle y date d'une cinquantaine d'années au plus,
et cependant notre chef-lieu tient le premier rang en France pour
la ganterie et ses annexes. Honneur donc k l'importateur de cette
industrie à laquelle Chaumont et les environs doivent en grande
pai'tie leur prospérité; honneur k M. Tréfousse !
Antérieurement à la fabrication des gants de peau, Chaumont
avait acquis quelque renom dans celle des gants de laine : témoin
le !\'oel dit de Cliauihonl où cette ville et les cités circonvoisines
délilent devant le Christ nouveau-né, lui offrant chacune les meil-
leurs produits de son territoire ou de son industrie.
Ce Noël est trop typique et trop topique pour que nous résis-
tions au plaisir de le rapporter en entier ; d'ailleurs, il fait con-
naître des spécialités hautc-marnaises que nous avons omis de
mentionner en leurs lieu et place. Voici donc cette pièce curieuse
et k peu prés inconnue.
1 . Godard, Histoire et tableau de l'église Saint-Jean-Baptisle, page 10S.
2. Jolibois, Histoire de Chaumont, page 80.
— 26 —
LE NOËL DE CHAUMONT
A In veuue rie Xoel
.Notre pnnion doit accourir
l'our oUVir A l'Enfaul nouvel
L'n don projire a le réjouir.
Cliaumont d'abord offre a. l'Enfnnt
Dc^ li.i- drapé> aussi des j^ants.
A sa uière un double corset,
.•\u [lére un babil de drocruot.
Jonchery vient (jui n'oHVe rien,
Et qui ne. possède aucun bien ;
Ine chicane il veut cbanter.
Personne ne veut l'écoutor.
Ellffigneil arrive soudain
.\vci- un cent de i^renouilles en main;
L'Enfant recule eu les voyant,
Se serre contre sa maman.
Sarcicourt arrive k son tour
Avec un panier de rambours;
I.'Enfant les refuse de loin.
Ils ont damné le genre humain.
Buxières', si fertile en fruits
Eli ollre des verts et des cuits :
.lûsejih les trouve beaux et bons,
En rendant grûce de ces dons.
VillierS suit Buxières à grands pas
.Avec quatre fromages gras ;
l'n tel cadeau dans la saison
Sera toujours trouvé fort bon.
Monisaon apporte un gros navet
Avec un beau cochon de lait ;
Joseph trouve beau ce présent
Uui peut produire un gros argent.
Valdelancourl arrive enfin
I.a llrili' et le violon en main;
Il ollre lie faire danser;
L'Enfant dit qu'il faut les chasser.
Aulreville - pour son cadeau
(Mire a l'Enliint un piaeonneau ;
Il n est ni gras ni bien dodu.
Mais il est tel qu'on l'a vendu.
Bricon n'ose offrir de son vin
Ou'on -ait être ni bon ni lin ;
Il ollre des vo;ux très ardents
Pour l'Enfant et pour ses parents.
Semouliers n'a ni pain ni vin.
Il apporte du sarrazin.
Avec des vesces et des pois
Pour le bii'uf et l'âne un erand mois.
Richebour^ présente pour don
iJes trulles d un très i;rand renom ;
L'Enfant s'amuse a les rouler.
Joseph court les ramasser.
Blesson ville ^ olfie un long fasot
Propre a faire bouillir le pot.
Des fruits ramassés tians les bois
-Avec des navets et dos pois.
Châtcauvillain porte pour don
De sou vin que l'on dit si bon;
Un baril de Cùle-Paulin
Qu'on pi-end, dit-il. pour Chambertin.
Orges qui sait bien que son vin
Ne vaut pas du Côte-Paulin,
Offre une truitelle à l'Enfant :
C'est un a.ssez joli présent.
A la porte on entend frapper,
C'est Brotte> qui désire entrer ;
11 offre h l'Enfant des vairons.
N'ayant jamais d'autres poissons.
Pour nous, prions le Saint Enfant
D'accepter nos creurs pour présent.
Et tous d'accord chantons : Noël,
.Noël, Noël. Noël, Noël.
84. Il revient de la campagne de Chaviinont.
I.ors de Ja formation dti département de la Haute-Marne, il y
eiiL, durant quelque temp.s, incertitude sur le choix du chef-lieu :
Langres et Clianniont .se disputèrent cet honneur ; mais enfin,
celte dernière ville fut préférée comme plus centrale. Les Langrois,
dépités de cette préférence, résolurent de s'emparer de vive force
de radniinistralion départementale et de la ramener dans les murs
de leur cité. Dans la nuit du 21 au 22 août 1792, ils s'arment et
marchent sur Ghauraon'i au nombre d'environ 300, conduisant
avec eux deux pièces de canon. Mais leur projet avait été éventé :
ils trouvèrent prévenus leurs rivaux qui les attendaient. Les Chau-
1. Buxières- les-^illicrs, commune des canton et arrondissement de
Chaumont.
2. Aulreville, commune du canton de Juzennecourt, arroiidissemenl de
Chaumont.
.3. Blessouville, commune du canton de Chùteauvilloin, arrondissement
de Chaumont.
— 27 -
moulais, loin de profiler de la surprise de ceux qui croyaieul les
surprendre, les reçurent en amis el bons voisins, les logèrent, les
admirenl h leurs tables, et les renvoyèrent restaurés, mais non
satisfaits.
Depuis ce temps, lorsque queli(uiin l'ait une sottise à Langres,
on dit pai' l'onm^ de pioverlie : // revientde la campagne de Chmi-
mont^
85. La diablerie de Chaumont.
La diablerie de Chaumont était une fêle curieuse, bizarre, qui
accompagnait une fête religieuse, le Grand-Pardon.
En 1475, le pape Sixte IV, à la demande de l'évêque Jean de
Montniirel, son référendaire secret, ayant érigé en collégiale
l'église paroissiale de Chaumont, aci;orda à tous les fidèles con-
fessés et vraiment repentants qui visiteraient cotte église le jour
de la nativité de Saint-Jeau-Raplisle, quand cette fête tomberait
un dimanche, indulgence très plénière et entière rémission de
tous leurs péchés, de quelque nature qu"ils pussent être. C'est cette
solemnité qui reçut le nom de Grand-Pardon ; elle revient do sept
en onze ans.
Suivant riiabituiin du moyen-âge, cette fête religieuse fut l'oc-
casion de manifestations grotesques et licencieuses : quinze
théâtres, dressés sur divers points de la ville, représentèrent le
mystère ou la légende de Saint-Jean, avec accompagnement de
diables, de diablesses, de sauvages, de sarrasins, qui, depuis le
jour des Rameaux, avaient le droit de parcourir les campagnes,
levant sur les habitants un impôt forcé en beurre, œufs, poides.
vin, argent. Le métier de diable était fructueux et des plus recher-
chés ; une preuve, c'est le dire de celle bonne femme de la ville,
que nous a ctfnservé la tradition : Si piail ai Dieu el ai lai Sainte
Vierge, nonle homme serai diabe ai lai saint Jean, el fpeurrons
payi teutles nous detles.
Depuis que la Révolution a mis fin aux bénéfices ecclésiastiques,
la diablerie de Chaumont a disparu, nuiis le (irand-Pardon est
resté : c'est une des grandes fêles de Chaumont, où elle attire une
masse de visiteurs tant de la Haute-Marne que des départements
circonvoisins-,
86, Le camion va à la lanterne à Chaumont.
Le Roux de Lincy, qui cite ce dicton d'après Le Ron, avoue
n'en pas comprendre le sens 3. >{ous pouvons faire comnje lui, i
moins que rex[)Iication pure et simple ne se trouve dans les deux
dits suivants.
1. Jolibois, Histoire de Chaumont, p. 27G.
2. Godard, Histoire et Tableau de l'église Saint- JeanBaptisle, pa'^d 131.
3. Livre des l'roverbes français, tome I, page 221.
— 28 —
87. Le pavé de Chaumont n'est fait que pour les
avocats.
Dit rapporté par \.c Ron cl iju'oii poiil prendre dans deux sens :
d'nnc part, il peut signifier que la ville était si mal pavée que leur
fréquentation n'était possible que pour les avocats, gens qui ne se
piquaient point de délicatesse: d'autre part, il peut spécifier qu'au
.wi" siècle, les avocats étaient fort luimlireiix k Cliaiimunt et y
régnaient ou prétendaient y régner en niiiUres.
88. Le pavé de Chaumont porte médecine.
li'i, le sens réel ne fait pas le moindre doute. Le dicton nous
apprend nettement que la voirie de Cliauinont était des plus déplo-
rables; il n'y a donc pas lieu de s'étonner que Le Bon, qui a inséré
ce dit dans ses Adages jrancoh n'y ait joint aucune cxposilimi.
89. Les diables de Chaumont.
On a quelquefois donné ce surnom aux Cliaumontais ; mais celte
appellation ne lire pas à conséquence, on voit de suite que c'est
une simple extension de la Diablerie.
90. L'officialité sont les jours de caresmé-prenant
de Chaumont.
Le Bon, auquel nous devons la connaissance de ce dicton,
ajoute : « CommcnUnrcs : car elle ne parle que de grasses matiè-
res, n On sait qu'il était autrefois dans l'habitude de réserver pour
les audiences des jours gras ou de Carême-prenant le.s affaires
grasses, autrement dites gauloises. Il parait qu'à Chaumont, l'offi-
inalité faisait à chaque séance concurrence à l'audience annuelle
de dame Jnslice.
GHOISEUL
Petite commune du canton de Clefmont, arrondissement de Chau-
mont. C'est de ce village dont elle posséda la seigneurie jusque
vers le milieu du xv siècle, que sortit la famille des de Choiseul,
l'une des plus illustres de la noblesse de France.
91. Tant que le gros chien de Choiseul à temps aboiera
Et que le petit de Merrey à temps jappera,
Jamais grêle sur ces deux villages ne cherra.
Le gros chien de Choiseul et le -pelil chien de Merrey désignent,
eu égard à leurs dimensions, les cloches de ces deux villages. On
est, ou plutôt on était persuadé jusqu'à ces derniers temps, dans
toutes nos communes rurales, qu'à l'approche des nuées, le seul
moyen de se préserver de la grêle el de la foudre était de sonner
les cloches. A Choiseul et à Merrey, ce préjugé superstitieux était
fondé sur une légende qui date du xvi" siècle et que nous ne rap-
porterons pus à cause de sa longueur ^ Quoi qu'il en soit, les habi-
1. Voir au sujet de celte légende, La Haute-Marne, page 3'Jo.
— 29 —
tanls de ces deux villages n'avaient garde de laisser leurs cloches
muettes en temps d'orage, et ils défient, dit-on, de citer une seule
fois où la grrie ait ravage leurs champs, jus(iu'cn 1826 du moins.
A cette l'poque, un arrêté de préfecture ayant interdit d'une
manière absolue les sonneries en temps d'orage, on s'abstint
désormais; mais cette même année, le 17 juin, comme pour rap-
peler aux oublieux la prophétie et sa valeur, une grêle terrible
s'abattit sur tout le Bassigny dont loutes les cultures lurent rava-
gées, détruites : aussi, à entendre les Choisc'ulais et les Merrèicns
d'alors, la seule cause de ce sinistre fut le mépris qu'on lit de la
prophétie du xvi« siècle.
COIFFY
Sous ce nom on désigne deux communes, très rapprochées, rie
l'arrondissement de Langres, mais appartenant à deux cantons
dilterents : Coijj'\i-la-Villc ou Coiffij-le-Das dans le canton de
Varennes, et Coiffy-lc-Chdlcau ou Coiffij-lc-Haul dans le canton
de Bourbonne-les-Bains.
92. Les vins de Coiffy.
('/est une des espèces des vins les plus estimés et les plus recher-
chés de l'arrondissement de Langres; ils appartiennent, d'ailleurs,
à ceux que l'on appelle les vins de l'Aviancc.
CORGEBIN
Hameau de la commune de Brottes, à 4 kilomètres de Chau-
mont. C'était autrefois le siège d'une commandcrie de l'ordre de
Malte.
93. Devenir les garses et les guenons de Gorgebuyn.
11 appert, par là, que la population féminine de Corgebin était
assez mal famée au temps de Le Bon, qui nous a transmis ce dic-
ton. Quelque fondé qu'ait pu être ce renom, nous sommes heu-
reux de dire que le dicton et ses motifs sont complètement
inconnus aujourd'hui.
CORLÉE
Va\g des plus minimes et des plus luunblcs communes de i'ar-
rondisscment de Langres.
94. Loin de parler des Dieux la langue si perlés,
Il parle simplement comme on parle à Corlée.
Ce dicton, dont la forme tout au moins est récente puisqu'elle
est duc à M. L'iluillier, rédacteur de l'ancien journal Le McssiUjcr
de la Haule-Marnc ^n'> du 3 mar.. ISÔo); ce dicton, disons-nous,
signifie, sans figure, (juc l'on parle fort mal le français : à Corlée,
en effet, comme du reste dans tous les villages de La contrée, il y
a quelque cinquante ans. on parlait à peu près exclusivement
patois.
— 30 —
CRÉMAIGNON
Ruisseau peu iinporlaut qui coule sur le lei'riloire de Neuilly-
l'Evêque et qui se jeLte dans le Grand-Lyé ou Val-de-Gris. Il sert
de limite entre ce territoire cl celui d'Orbigny«,au-Val d'après un
acte d'aborneuieiit fait en 1630.
95. Grand comme lai bonne de Crémoignon.
C'est-à-dire grand comme la borne de Crémaiynon. Ce dit rap-
pelle qu'autrefois une grosse et grande borne avait été placée près
du Crémaignon pour fixer les finages des villages de Neuilly et
d'Orbigny-au-Mont.
DAMPIERRE
L'un des principaux villages du canton de Neuilly-l'Evêque,
arrondissement de Lai;gres.
,96. Les buveurs ou les ivrognes de Dampierre.
Ce dicton accusateur n'a pas besoin de commentaires. On pré-
tend qu'il a été vrai autrefois; nous ne sommes pas en mesure de
prouver, mais nous sommes persuadés qu'il est actuellement con-
Irouvé.
DAMRÉMONT
Village du canton de Bourbonne, arrondissement de Langres.
97. Damrémont, les beaux garçons.
De tous nos dictons topiques, c'est le seul ou à peu près qui con-
tienne une louange à l'égard des habitants; et encore ne faudrait-
il pas probablement faire trop de recherches sous peine de voir
la louange devenir une ironie. Quoi qu'il en soit, nous aimons
mieux nous en tenir au premier sens, et déclarer que nos compa-
triotes de Damrémont, qu'ils soient borgnes ou bancals, sont des
Antinoiis... aux yeux de leurs bonnes amies.
DANCEVOIR
Commune du canton d'Arc-en-Barrois, arrondissement de Cliau-
mont.
98. Si tu veux das bées feilles voi,
Y faut aller ai Dancevoi ;
Mas pou las aivô pucelles,
Faut las prenre ai lai mamelle.
Certes, il serait triste de penser que ce dicton ait jamais été
vrai; et il faut n'y voir qu'une méchante boutade à l'encontre des
beautés de Dancevoir. Néanmoins, d'aucuns affirment que c'est un
dicton historique et qu'il rappelle des désordres, conséquences de
l'état où se trouva aux xvi" et xvn« siècles Dancevoir, alors place
de guerre et Ville très commerçante.
— 31 —
EUFFIGNEIX
Commune des canloii et arrondissement de CIiaumoMl.
99. Les grenouilles d'Euffig-neix.
Eufiigneix n'a nulicinent, en Ilaule-Marno, le monojjole des
grenouilles ; celles de ce village n'ont pas un plus grand renom
que leur^ congénères des autres communes du déparlement; si,
néanmoins, elles méritent ici une mention spéciale, c'est simple-
ment parce qu'elles figurent dans le Noël de Chaumonl (voir
no 83).
Les grenouilles, en Haute-Marne, ne fréquentent que les eaux
claires et courantes des rivulets qui sillonnent de leurs méandres
les prairies au sol incliné de nos vallons; elles sont donc a-jssi
loin de celles des autres régions qui habitent presqu'exclusivemeut
des mares à eaux croupissantes, elles en sont aussi loin que les
coquettes et proprettes citadines le sont de grossières et malpro-
pres villageoises. On comprend facilement dès lors que celles-là
(les grenouilles haute-marnaises) sont dans notre département
un mets apprécié; tandis que partout ailleurs nombre de Français,
à l'instar des Anglais, reculent d'horreur à la vue d'un plat de
crapauds femelles.
FARINCOURT
Village du canton de Fays-Billot, arrondissement de Langres ;
il était situé sur la frontière même du département, à quelques
mètres de la Haute-Saône.
100. Il regarde du côté de Farincourt, ou il a les yeux
à la Farincourt.
Ce dit populaire signifie : il louche. Il a pris naissance, évidem-
ment, hors du village dont il fait mention : c'est à Langres que
nous l'avons recueilli.
GENRUPT
Commune du canton de Bourbonne-les-Bains, arrondissement
de Langres.
101. Si Montcharvot l'vôt Icul,
Genrupt s'rôt tôt foutu.
Montcharvot est un village voisin de Genrupt et du même can-
ton que lui. Le dicton fait allusion à la situation topographique
des deux communes, dont Tune est sur le sommet de la montagne
et l'autre au pied.
GUISE
Nous entendons parler ici, non point de la ville de Cuise qui est
située dans le département de l'Aisne, mais de cette branche de la
famille ducale de Lorraine dont les membres s'illustrèrent sous le
titre de ducs de Guise et qui appartiennent àl'histoire de la Haute-
Marne, comme ayant été, depuis le xvi« siècle, seigneurs de la ville
— 32 —
de Joinville doiil ils habilèrenl le cliâleau et donl le domaine rele-
vaiii, fut érigé en leur faveur en principauté en avril 1531.
102. A chacun son tour.
Ce dicton fut pris coninie devise par les ducs de Guise ; voici
ce que Fleury de Bellingen dit à ce sujet : Geste devise, que prit
la maison de Guise dans le temps de la Ligue, fut interprétée
diversement. Ceux qui n'estoient pas de leurs amis, l'attribuoient
au dessein qu'ils avoient formé de s'emparer de la couronne de
France, qu'ils publièrent leur appartenir, parce que Hugues Capet,
dont estoit la maison régnante, l'avoit enlevée à Cliarles, duc de
Lorraine, dont ils prétendoient descendre. Mais le peuple, qui
estoit attacbé à la maison de Guise et qui ne pénétroit pas si
avant, l'attribuoit à l'inconstance des choses du monde. Il la regar-
doit comme si elle avoit voulu dire : « Si tu as aujourd'bui l'advan-
lage sur moy, si tu me bas ou si tu m'abaisses, je tascherai de m'en
rcvancber et de te battre à mon tour '. »
103. Adieu, paniers, vendanges sont faites.
C/est k Brantôme^, que nous empruntons l'bistoriette qui, sui-
vant lui, a donné naissance à ce proverbe : Le grand prieur de
Lorraine, François de Guise, envoya en course, vers le Levant,
deux de ses galères, sous la charge du capitaine Beaulieu, l'un de
ses lieutenants ; il y alla, estant brave et vaillant. Quand il fut vers
l'Archipel, il rencontra un grand vaisseau vénitien, bien armé et
bien riche ; il commença à le canonner. fllais il lui rendit si vigou-
reusement le change, que de la première volée, il lui emporta
deux de ses bancs avec leurs forçats et son lieutenant qui pourtant
eut le loisir de dire ce seul mot : Adieu, paniers, vcndaïujcs sont
faites, et puis mourut, et Beaulieu se retira. Depuis cela passa en
proverbe^. Cet épisode eut lieu en IboT.
104. Ceux de Guise mettent les rois de France et
leurs enfants en chemise.
Brantôme, dans ses Hommes illustres françois, prétend que ce
pi'opos est dû cl François II, parce que le grand duc de Guise s'était
enrichi sous son règne et sous celui d'Henri H, son père. Mais, si
l'on en croit Bayle, ce serait François L'' qui le premier aurait eu
le pressentiment du danger que les Guise lerdient courir à la mai-
son régnante de France, et cela dés l'époque où il érigea la terre
de Guise en duché-pairie, c'est-à-dire en lo2!?. On rapporte à ce
propos le quatrain suivant^ :
1. Fleury de Beiliiig ii, El\ii:iohgic des proverbes, pa^^c 179. — Leroux
de Liiicy, Livre des l'rov. franc, tome II, page 16.
i. Brantôme, Les Dames (ialardes françoises.
3. Le Roux de Lincy, Livre des Prov. franc., loine II. p. 7.
4. Leroux de Lincy, Livre des l'rov. franc , tome II, page 48.
— 33 —
François premier préilil ce point
Que ceux do la maison de Giuse
Mettraient ses enfants en pourpoint
El sou pauvre peuple en chemise.
105. Il ne chassera jamais les Anglais hors de France.
L'illusUe l'^i'aiiçois de (iitisc, proinicr pciiico do Juiiivillc, ayant
pris Calais en liiiJS, acliuva ainsi de ciiasser les Aiij,'lais lioi.-i de l;i
Fi'aiicc, où ils avaient gafd»j des possessions depuis plus de doux
cents ans. Cette victoire, une des plus mémorables dont il soit
question dans nos annales, lui valut la réputation, très ruériloe
d'ailleurs, de grand honiiue de guerre. «■ Si bien, dit Hrantùine,
que c'estoit un vieux proverbe parmy nous, quand nous voulions
mésestinfier un capitaine et liomme de guerre, on disait : // ne
chassera jamais les Anrjlais hors de France. »
106. Les princes lorrains ressemblent les coursiers de
Naples qui sont longs et tardifs à venir, mais qui
venant sur l'àga sont très bons.
lîiaiiirinic prête ce proverbe à François i'^'" et en fait i'applica-
liim à Louis de Lorraine, cardinal de Guise, qui avait employé sa
jeunesse plus aux plaisirs qu'aux alFaircs ; mais il s'appliqua si
Ijicn plus tard à ces dernières, qu'il mourut, en Io73, avec la
réputation d'un très sage prélat '.
107. Quand ceux de Guise auront écossé le Roy, ils se
prendront à sa peau mesme.
On trouve ce proverbe dans une pièce de raniiée l'Hi-j; elle fait
allusion à ce que les Guise, [)ar Icui' manière do gouverner, avaient
l'ait [lerdre au jeune roi l-'ranrois 11 rc.-[)éranoe de joindre un jour
au royaume de France celui d'Ecosse, appartenant à la reine Marie
SUiail, sa i'emuic -'.
lOS. Souvenez vous de Iz courtoisie de Metz.
On >ait que le fameux FraïK^ois de (iuise, premier prince de
.joinville, dél'endit Vixillaminent la ville de Metz ojntre les cent
mille bonimes de Cbarles-Qiiiut. 1! traita avec tant d'bumanité les
pauvres soldats ennemis que le froid avait force de rester en
arrière, lors de la retraite des Impériaux, qu'il gagna le cojur
même des vaincus. Peu de temps après, riùnperoiir ayant pris
d'as-aut la ville de Tbérouanue, les l''rançais qui avaient soutenu
le siège n'eurent besoin, pour écliappci' au massacre, ijiie de s'é-
crier : lionne guerre, comp ignons, ionvenez-voiisile ta courtoisie
de Metz '\
1. Féricl, \utcs lilslortqncs sur Jjiiiii /-;, page 184.
ï. Méry, llisl. des pruo., tome II, page il'i.
3. ^'érifi, Xoics lii^loi iques sur Joinville, pa^e 121.
109. Vespres de Sicile, matines de France.
Pensonne n'ignore que, .sous le nom Vêpres Siciliennes on dési-
gne la révolte des Sicilicn.s contre le joug des Français et le mas-
sacre de ces derniers qui s'ensuivit, révolte et massacre qui com-
mencèrent le 30 mars 1282, au moment où les cloches de
J'alerme sonnaient l'office des Vêpres. Ce que l'on sait moins, c'est
que dès i'612, l'expression Matines de France et, plus particuliôre-
mant, celle de Matines parisiennes désignèrent le massacre de la
Saint-Bartliélemy, par allusion à l'heure (une heure et demie du
matin) où la cloche de Saint-Germain l'Auxerrois, sur l'ordre de
Catherine de Médicis, donna le signal de l'iiécatombe des protes-
tants.
Les Matines de b'rance sont trop intimement liées à l'histoire des
Guise pour que nous ayons passé sous silence ce dicton que rap-
porte Le Bon et qui montre que par ses contemporains et môme
par les partisans des Guise — Le Bon était médecin du cardinal
de Guise — la Saint-Barthélémy était assimilée au massacre des
Français en Sicile.
HARRÉVILLE
Commune du canton de Bourmont, arrondissement de Cliau-
mont: sur la Meuse et près de la frontière, vers le département
des Vosges.
110. Les Chanteurs d'Harréville ou Harréville-les-
Chanteurs.
Certains auteurs ont pensé que ce dicton tirait son origine des
offices qui se faisaient dans l'ancien priearé d'Harréville, offices
qui auraient eu une certaine célébrité dans la contrée, comme
celle des fameuses lamentations de la Semaine-Sainte qui avaient
donné lieu à \di promenade de Longchamps, près Paris. Mais il n'en
est rien ; le dicton, en effet, rappelle simplement qu'Harréville
avait la spécialité de fournir à toute la région des chanteurs de
Sainl-}il(berl, sorte de colporteurs qui s'en allaient sur les places
publiques, surtout les jours de fêtes paroissiales, chantant le can-
tique de Saint-Hubert, le grand guérisseur de la rage, vendant ce
cantique illustré de belles gravures aux couleurs voyantes et sur-
tout vendant à beaux deniers comptant le remède Saint-Hubert.
HAUTE-BORNE
La Haute-Borne est un magnifique monolithe historique qui se
trouve à \'6 kilomètres de Joinville dans le canton de Chevillon,
sur le territoire de Fontaines. 11 est chargé d'une inscription
romaine qui a exercé la sagacité de nombreux archéologues.
111. C'est comme l'abri de la Haute-Borne.
On prétend, et la chose a été affirmée sérieusement par des
personnes des plus sensées, que de quelque côté qu'on se place
— 3o —
auprès de la Haute-Borne, ou ne sauiail éviter la pluie, môme
quand le vent la chasserait obliquement contre la pierre et qu'on
serait à l'opposé.
Cette croyance que rappelle le dicton se retrouve attachée à la
plupart des menhirs. Or, la Haute-IJorne a passé pendant long-
temps et elle passe encore dans l'esprit de bien des gens pour un
menhir ; les fouilles qu'on a faites ces années dernières au pied
de la Haute-Borne et aux environs ont prouvé d'une manière
péremptoire que le monolithe fut tout au moins utilisé comme
l'un des piliers d'un aqueduc complètement disparu qui conduisait
l'eau à une ville gallo-romaine, située sur le sommet d'une mon-
tagne voisine, le Chàtelct.
HAUTE-MARNE
Sous ce titre du département, nous classons quelques dictons et
proverbes qui, bien qu'ils ne se rapportent pas à quelque portion
du territoire, doivent néanmoins iigurer dans notre recueil, soit
parce qu'ils rappellent des faits qui se sont passés en Haute-Marne,
soit parce qu'ils sont dus à des Haul-Marnais ou créés à propos de
l'un d'eux.
112. A Galas, Forkatz et Piccolomini libéra nos,
Domine.
En 1636, des bandes armées à la solde de l'Empire et que com-
mandaient Galas, Forkatz et Piccolomini forcèrent la frontière
française dégarnie, du reste, de troupes, et envahirent la France
de la Picardie à la Bourgogne, Le Bassigny fut sillonné en tous
sens par ces ravageurs qui y commirent des exactions et des atro-
cités de toutes sortes : le curé d'Hortes, Macheret, nous a dressé
sous forme de Journal, un récit véridique de tous les faits et
méfaits dont il fut témoin k cette époque. On comprend, après
l'avoir lu, que nos ancêtres terrifiés, ne sachant plus à quel saint
se vouer pour se préserver du péril, se soient adressés à Dieu
même et aient ajouté aux litanies ce verset lypi({ue : A Galas
forkals et Piccolomini liberanos, Domine. Bien des siècles aupa-
ravant, une addition semblable avait déjà été faite ; il s'agissait,
cette fois des Normands : .1 furorc Xormanorum libcra nos,
J)u)jiinc retentit pendant de longues années au ix^ siècle sous la
voûte des églises françaises.
113. Faites des perruques.
Tout le monde connaît ce proverbe, mais ce que tout le monde
ne sait pas c'est que : 1° il est une traduction parodiée du nmt
d'Appelles ne siitor ullrn crcpidam ; 2" qu'il est dû à Voltaire ;
3" enfin que c'est un enfant de la Haute-Marne, Charles André, qui
y a donné lieu. Voici comment les auteurs expliquent la chose :
André, originaire de Langrcs, exerçait à Paris l'honnête profession
de perruquier-coiffeur. L'n beau matin, il se réveilla poète; il se
— 36 —
met donc à versifier el bientôt donne le jour à une tragédie sous
le litre tout de circonstance de Tremblement de terre de Lisbonne :
c'était en 17o7. Son oiuvre parachevée, il la dédia à Voltaire par
une épilrc dicaloire où il appelle le grand écrivain: Monsieur cl
cher confrère. Celui-ci s'en regarda comme outragé, et certes, il
y avait de quoi, car jamais élucubration plus burlesque n'était sor-
tie d'un cerveau humain. Faites des pcr/';/(/î;cs, répondit-il à André,
et le mot est resté, détrônant le vers de Boileau :
Soyez plutôt maçon si c'est votre métier.
114. 11 n'a point de volcan dans la poitrine.
Expression pittoresque pour désigner un artiste qui manque de
verve et d'inspiration. Elle est de Laurent Guyard, le célèbre sculp-
teur qui fut tout à la fuis le compatriote, l'élève et l'émule de
Bouchardon.
115. Il vaut mieux faire rire les gens que de les
ruiner.
C'était la maxime favorite de l'acteur comique Déchanet, origi-
naire de Langres, mieux connu sous son nom de théâtre Dcscssdrls ;
on a gravé cette phrase au bas de ses portraits. Elle se l'approchc
de ce mot de Louis .\II que l'on cite souvent : J'aime mieux voir
mes courtisans rire de mes épargnes, que mon peuple s'aflligcr
de mes dépenses.
116. Les extrêmes se touchent.
Rien n'est plus connu que ce proverbe; aussi, ne le citons-nous
que pour y rattacher, comme application, une anecdote duiit le
héros fut un Langrois, Etienne-Claude de Marivelz, littérateur et
savant qui fut guillotiné le 2.j février 17!.li. Etienne-Claude pre-
nait le titre de baron. Un jour qu'il se rencontra, au seuil d'un
salon avec M. de Montmorency, le laquais annonça : Messieurs les
barons de Montmorency et de Marivelz. Ce dernier, s'ell'açant
devant le grand seigneur : Voilà, Monsieur le baron, la preuve
que les extrêmes se touchent, dit-il, faisant allusion à son titre
personnel et au titre de premiers barons chrétiens que les Mont-
morency possédaient de toute antiquité.
Les auteurs mettent généralement cette répartie dans la bouche
de M. de Montmorency et en font ainsi, de iine et délicate qu'elle
était, une insigne grossièreté : c'est méconnaître étrangement l'ur-
banité qui distinguait, caractérisait la société française à la lin du
.\vni8 siècle. t>
117. Où les Rheistres ont passé, on n'y doibt point de
dismes.
Ce dicton so trouve dans les AdafjCS franrois de Le Bon. C'est
une allusion aux ravages commis en lo6s dans nos contrées, par
les Reitres qui, au nombre de 10,000 sous la conduite de Casimir,
prince d'Orange et de Volfgang, duc des Deux-Ponts, envahirent
— 'il —
la Champagne pour se porter au secours des protestants. Ils pas-
sèrent près de Langres ; mais, trouvant celte ville fortement défen-
due, ils la tournèrent et allèrent occuper Rolampont, Nogent, etc.,
pillant, rançonnant, ruinant le pays : c'était au mois de janvier.
Le 23 mars, la paix fut conclue à Longjumeau, et les reitres repri-
rent le chemin de l'Allemagne, continuant de plus belle leur
œuvre de dévastation; ils pillèrent et incendièrent entre autres
villages de notre région, ceux d'Hortes, de .Marcilly, d'Andilly, de
PIcsnoy, de Celles, etc. Ce sont ces méfaits qui donnèrent lieu au
proverbe qui nous occupe.
118. Si le loup vient, qui nous défendra?
Un employait autrefois ce proverbe à l'i'-gard des ('vèqucs qui ne
résidaient pas dans leur diocèse. Il parait que ce fut l'évêque de
Langres, Sébastien Zamet, qui reçut ce reproche et cela de la part
d'un Langrois que certains auteurs prétendent bien à tort, suivant
nous, être une espèce de fou. Voici, d'après la Vie de Sébastien
Zamet, à quelle occasion la phrase fut prononcée. A peine avait-
il pris possession de son siège épiscopal, que Zamet se disposa à
gagner la Cour dans un équipage rappelant plus le duc et pair que
le pasteur des âmes. Les chevaux étaient déjà attelés au carosse,
lorsque ce fou se présenta devant l'évêque. « Eh bien, lui dit celui-
ci, veux-tu donc mander quelque chose à la Cour? » A quoi le
pauvre d'esprit répondit en patois, non sans sagesse et avec beau-
coup d'à-propos : « V aillez don ai Paris y Ma, si /' leup venint,
qui qu nous défendrai? » Ce mot fut, parait-il, un trait perçant qui
alla au co'ur de l'évêque, si bien que le voyage ne se fit pas. Le
proverbe est resté, mais nous doutons qu'il ait jamais plus produit
le même effet.
HUMES
Village au confluent de la Mouche et de la Marne, canton et
arrondissement de Langres.
119. A Humes, 5 clochers et 400 cloches.
Nous renvoyons le lecteur à l'article consacré à Chassigny où
nous avons rapporté un dicton semblable.
IS-EN-BASSIGNY
Commune près des sources de Rognon, canton de Nogent, arron"
dissement de Chauniont : c'est un ancien chef-lieu de doyenné et
d'archidiaconné,
120. Les belles filles d'Is.
Il ne faudrait pas se trop hâter de prendre ce dicton au pied de
la lettre, non pas que nous voulions médire des traits et des
formes des Issoises, mais c'est que le dicton suivant nous donne
étrangement à rélléchir sur le sens qui pourrait être attaché à ce
mot de belles.
— ::i.s —
121. C'est une fille d'Is.
Nous avons fréquemineiil entendu prononcer cetLe phrase dans
nn sens injurieux à Rencontre des Issoises. Une de celles-ci a-l-elle
une conduite légère et en exprimez-vous do l'étonnement : mais,
c'est vnc fille dis, répond-on d'une manière péremptoire. Nous
ignorons comment et pourquoi cette réputation ; et, pour notre
part, nous afiîrmons que lis jeunes tilles d'Is de notre connais-
sance sont des dragons de vertu.
JOINVILLE
Chef-liou de canton de l'arrondissement de Wassv; sur la Marne
C'est l'une des villes les plus reniarquahles de la Haute-Marne par
ses souvenirs historiques : le sire de Joinville et les Guise l'ont
rendue i jamais célèbre.
122. Jainveille,
Peute veille,
Peutes gens,
Peute nation d'éfants,
Grand pot-au-feu et rin d'dans.
Ce qui se traduit par Joinville, vilaine ville, vilaines gens,
vilaine nation d'enfant^, firnnd pot-au-feu et rien dedans. Nous
n'avons pas découvert l'origine ni la raison de ce dicton ; mais ce
que nous pouvons dire, c'est que la ville est coquettement liâtie en
amphithéâtre sur le penchant d'une colline et que ses maisons
blanches et gaies s'avancent jusque sur les bords de la Marne ;
quant à l'hospitalité des Joinvillois, nous ne pouvons on parler en
connaissance de cause, mais évidemment elle doit être comme
celle si appréciée des autres Haule-Marnais, franche et large, d'an-
ciens même disent trop large.
123. Les C... de Joinville.
Il y a ici évidemment une médisance ou une calomnie iï l'égard
de la fidélité des épouses joinviiloises; mais il y a encore plus
évidemment de la mauvaise humeur ou plutôt de la fatuité de
voisins, on s'en convaincra aisément quand nous aurons donné h;
dicton dans son entier : Les bvaguards de Saint-Dizier font jouer
les fiUev.rs de Wassy et danser les c... de Joinville. Mais, au fait,
l'histoire apporte un semblant de preuve à l'appui du sobriquet
désagréable pour les hommes mariés de .Joinville; ne nous apprend-
elle pas qu'à Joinville, outre les droits de chevet et de colliage, a
tlori longtemps la clievavcliêe de l'dne'^ Nous renvoyons le lecteur
curieux de détails sur ces droits et chevauchée, à un article l'oit
intéressant publié par Ed. Hi'ocard dans le Messager de la Haule-
.)larne in" du 28 décembre 1852).
JONCHERY
Commune des arrondissement et canton de Chaumont.
— ;î'.) —
124. Jonchery vient qui n'offre rien
Et qui ne possède aucun bien ;
Une chicane il veut chanter,
Personne ne veut l'écouter.
Celle sli'ophe du A'o'/ de Cliaiimoni u'csl guère k I';ivanUi|a;e de
Joiicheiy ; elle insinue qu'à répo(iuc où ce Noël fui coiuposi-, non
seulement les Joncheriacois ne roulaient pas sur l'or, mais qu'ils
étaient fort enclins aux procès. Ceci, du reste, est le corollaire
oljliii'é de cela : c'est dans les pays les plus pauvres que l'on est le
|)lus âpre au gain, nécessairement; et, par conséquent, c'est là
que dame Juslice possède ses plus fervents visiteurs.
LAFERTÉ-SUR-AUBE
Village du canton de Chàleauvillain, arrondissement de Cliau-
mont; comme l'indique son nom, l'Aube passe à proximité.
125. C'est comme les Matines de Laferté.
Il y avail autrefois à Laferlé-sur-Aube un prieuré convenluel
dépendant de Clairvaux, sous l'invocation de Saint-Eugende. !1
parait que le service religieux n'y fui pas toujours parfaitement
fail, car on dil encore d'une promesse faile solennellement et
qu'on ne lient pas, c'est comme les Matines de Laferté, rappelant,
dil-on, par là, que tous les jours le prieur faisait sonner les
màlines, mais qu'on ne les disait jamais.
LANQUES
Village, situé sur le Rognon, dans le canton de Nogent, arron-
dissement de Chaumont.
126. Si t'n'avôs ni pain ni sau,
T'resterôs ai Nainvau.
Le Ninvau est une colline au nord-esl de Langi'es; elle est
complélemenl boisée, et sur son plaleau se voient les resles admi-
l'ablement conservés d'un camp romain. Un esprit, dil-on, avait
élu domicile en ce lieu, et faisait périr toute personne qui s'appro-
chait de son repaire, à moins qu'elle ne fût munie de pain cl de
sel. De là le dicton qui se présente parfois encore sous cette autre
forme :
Pou aller ai Nainvau,
Faut aivoi pain et sau.
ÎNous avons pulilié, il y a quelque dix ans, sous le litre l'Esprit
du Ninvau, la légende en question et un épisode auquel elle
donna lieu au siècle dernier; nous y renvoyons le lecteur (|ui
voudrait avoir là-dessus quelques détails'.
1. Le Mnvau. Nogent, 1878, in-S".
— 40 —
LA MOTHE
Ville forte qui s'élevait siu" les frontières de la Lorraine et qui,
prise en IGiLi par les Français, fut détruite de fond en comble par
ordre de xMazarin. Ses ruines se voient encore sur le territoire
dOulremécourt, dans le canton de Bourmont, arrondissement de
Chaumont.
127. Motha immota manet, dum terra immota rnanebit.
C'était une vieille tradition, parmi les habitants de la ville, que
jamais elle ne serait prise ni ruinée, et c'est ce qui avait donné
lieu au dicton latin qu'on peut traduire ainsi : La Mothe sitbsis-
tcra autant que le monde. Triste eiFet des vicissitudes humaines,
nous devrions dire în-ftames ! En 16 i-5, un chanoine de Langres,
Etienne Courtet, composait une pièce de ;<07 vers latins sur la
destruction de La Mothe, et, par un cruel jeu de mots, il l'inti-
tulait : Molha cmola.
128. Motha meos tulerat lapides, sed et illa sepulchro
Motha remota suo nunc ibi tota jacet.
Le voyageur qui, traversant Outremécourt, visite l'église, peut
lire, gravé sur une pierre, du côté de la sacristie, ce distique dont
voici le sens : Ln Mothe a fourni jnes pierres, et désormais cette
ville, enfermée comme en un sépulcre, git ici toute entière. C'est,
en eil'et, de La Mothe que les habitante d'Outremécourt et des vil-
lages voisins ont pendant loiigtemps tiré les pierres nécessaires à
leurs construclions, exploitant comme une carrière les ruines de
la cité.
LANGRES
Langres, chef-lieu d'arrondissement et siège de l'Evêché de hi
Ilaute-.Marne, est l'une des villes les plus intéressantes de France,
tant par son rôle dans les temps passés que par celui qu'elle est
appelée à jouer actuellement. Si, en effet, Langres fut la capitale
des Lingons et devint plus tard le siège de l'une des pairies ecclé-
siastiques avec litre de duché, c'est aujourd'hui une place forte
des pins importantes de la région de l'est, c'est le principal rem-
p.irt de la France contre une invasion allemande.
129. Coutellerie de Langres.
Il est peu de produits locau.x plus universellement connus que
la coutellerie de Langres, fondée qu'elle est, du reste, sur une
antiquité qui date au moins du xv siècle. Les archives de la
ville, en elf'et. contiennent des documents qui prouvent qu'à Lan-
gres il y avait une corporation de couteliers dès celle époque:
nous lisons, par exemple, dans un registre de 1427 que le Corps
de Ville (c'est comme qui dirait de nos jours le conseil municipal)
sollicitant la faveur et l'appui du duc de Bourgogne, Philippe-le-
Bon, lui offrit une dague et une épée, fabriquées par la corpora-
tion des couteliers Langrois. Cette corporation dont les membres
— 41 —
l'ésidaieiit dans i^no. rue spéciale qui a conservé le nom typique
de nie de la Coulcllcrù;, avait alors une importance réelle, à en
juger par les statuts qu'elle se donna et dont elle demanda Tappro-
bation en 1457. Nous renvoyons pour ces statuts et pour l'histori-
que de la coutellerie lancrroise h l'excellent petit opuscule paru en
1870 -. Notice sur les Cûuleliers de Langres au moyen-âge par
M. A. Durand.
Nous avons découvert dernièrement deux documents en l'hon-
neur de la coutellerie de Langres, (Jocuments passés inaperçus
jusqu'ici et que nous nous ferions un cas de conscience de ne pas
divulguer de suite.
Le premier nous est fourni par l'ouvrage de Bulliard : « Avi-
cepiologie françoise ou Traité général de toutes les ruses dont on
peut se servir pour prendre les oiseaux qui se trouvent en France,
avec une collection considérable de figures et de pièges nouveaux
propres à ditférentes chasses ' » Dans la première des trente-
quatre planches de l'ouvrage figurent les couteaux nécessaires k
l'oiseleur et sur la lame de l'un d'eux brille le nom de Langres.
Le second document est bien plus important, car il prouve
d'une manière indéniable, pérempioire, la diffusion de la coutel-
lerie langroise dans tous les mondes et la haute estime qu'elle a
su y acquérir. Ce document se réduit à un mol; c'est le mol sous
lequel on désigne — nous a-t-on dit — le couteau dans le langage
des escarpes : un laingre.
130. De Langres à Rome on va.
Voilà, certes, un proverbe oij l'on ne s'attendait pas à voir
figurer le nom de la cité langroise; nous aurions hésité grande-
ment à l'enregistrer, si nous ne l'avions entendu nettement arli -
culer, et cela à plusieurs reprises, en compagnie de celui-ci : Tu
dors, Brulus, Roméo dans les /i?rs; aussi les donnons-nous sim-
plement comme des curiosités, et non comme des proverbes. La
plus ancienne formule du dicton travesti à l'honneur de Langres
nous est fourni par le Trésor des Sentences qu'écrivit au xvi« siè-
cle Gabriel Meurier : Quand langue a, à Rome va.
131. Droguet de Langres.
Rescherelle, dans son Dictionnaire national, verbo Droguet,
assure que les droguels les plus estimés de France sont ceux de
Chaumont et de Langres. Nous voulons bien le croire, puisqu'il le
dit et que certainement il ne l'a pas inventé; on fera bien néan-
moins de se reporter à ce que nous avons dit précédemment au
sujet des d 93-94.
6. Pharsale, lib. I, vers 397-398.
— 48 —
César rappelle à soy le camp fortifié
Sur les plus dures roches de la pointe de Voges,
Camp que les preux Langrois dans les plaines du Moge
Oui souvent combattu, ont souvent délié,
Lorsqu'il s'est avancé, par courses ou par feintes.
Et qu'ils ont poursuivi avec leurs armes peintes.
153. Les Langrois indomptés.
Celle hoiinclr. qualilicalioii, comme disait Gaullierol, l'aiileur de
V Anaalaae de Lcmjrcs, se trouve le vers suivant de nous ne savons
plus quel poème de Pamphile :
Indoniili longis armantur Lingones armis.
(iaulllicrol le cite' pour réfuter l'opinion des auteurs qui tirent
l'origine du mot ilncjon de la longueur des ianees et des javelots
dont s'armaient ces Gaulois du pays de Langres.
154. Les Langrois sur leur rocher
Moitié fous, moitié enragés.
A première vue ce sobriquet peut sembler injurieux et l'on est
tenté de le considérer comme le produit de la mauvaise humeur
de quelques voisins jaloux, tels que les habitants-de la cnpUalc des
bas esprits. Mais en le rapprochant du précédent, on est disposé,
comme nous l'avons dit à propos de l'expression Les fous de Lnn-
gi'cs, à ne plus voir une injure dans ces qualifications do fou et
d'cnragc.
Vers 1836, un Langrois, qui a laissé des poésies non sans valeur,
Abel Duvernois, composa une pièce de Ihéâlrc, vaudeville ou comé-
die, sous le tilrc MoUié fou, vioiliê enrcujè. VMc fut représcnléc à
Langres peut-être ou à Valencienncs ; il nous a été impossible de
nous procurer le moindre vers, même le moindre détail sur cette
pièce inléressanle qui eul, dit-on, plusieurs reprcsenlalions.
155. L'esprit inventif des Langrois.
C'est un recueil littéraire composé par un Cliaumonlais, imprimé
et publié à Cbaumont qui nous fournit ce mot; les Langrois peu-
vent dor.c l'accepter sans scrupule et s'en enorgueillir-.
15 3. Stat Lingonum inconcussa fides.
La foi des Laiifirois n'a jamais varié. Celle ma.xime historique
était autrefois gravée sur la porte Saint-Didier de l'enceinte de
Langres. riaulllierot rapporte qu'au fronton du ponl-levis de la
même porte, on lisait aussi de son temps ce disli(|ue français,
preuve du ro3'alisme ardent qui anima conslammcnl les Langroia^:
Langres, sur ce rocher où le beau lys tleuronne,
De son iioy très chiestien embrasse la couronne
1 . L'AnasIasc de Lcngres, page 82.
2. la HaulL-Marne, revue cliamper.oise, page 169.
3. L'Anastaf^e de Levgres, page 537.
— 49 —
LA RIVIÈRE
Humble village du canton de bourbonne, arrondissetiienl de
l.îiugres ; il n'a guùic d'iiilérèl que par sa source ferrugineuse
qu'on exploite quelque peu pendant la saison des bains de Hour-
bonne.
157. Le (iônement de La Rivière.
Si nous donnons le dùnement sous le nom de l.a Uivii'-ro, ce
n'est pas que nous voulions dire que c'est à !.a Hivière seulement
que cette distraction populaire se pratique, nous savons par expé-
rience qu'elle est répandue dans un grand nombre de villages de
la Haute-Marne ; mais c'est que c'est à La Rivière que le dônement
a, pour la dernière fois, provoqué les désordres auxquels nous
sommes étonnés qu'il n'ait pas donné lieu plus souvent : voir les
journaux baute-marnais des premiers jours de février iSiii.
Le Dônemenl se pratique ainsi : les garçons et les filles de la
commune se séparent en deux groupes, les garçons d'une part, les
lillcs de l'autre. L'un va se placer généralement sur le sommet
d'un coteau, l'autre au pied. Le groupe des filles ci-ie : Je donc,
je donc, je dune! Le groupe des garçons répond : Oui dune! qui
dône ! qui donc ! Le premier reprend : Monsieur X. . . Et les gar-
çons répondent : Mademoiselle Y. . . ou Madame Z . . .
On comprend que dans le cboix des noms, la chronique scanda-
leuse de la commune contribue la première et que la malice, la
inécbancelé, l'inimitié, la calomnie s'en donnent d'autant plus et
mieux à cuîur joie que les auteurs des rapprochements de noms
restent presque toujours inconnus. Ajoutez en outre ([ue le dùne-
ment ou dànage se passe à la nuit tombée et hors du village, et
vous admettrez facilement que les plus grands désordres, et les
plus grands scandales puissent et doivent en résulter. Aussi existc-
l-il un arrêté préfectoral, pris par M. de Froidefond en 18:j-i,qui
fiu[)pc vigoureusement cette coutume abusive, en invoquant à la
lois la morale et l'ordre public,
LECEY
Commune du canton de .Neuilly-l'Evéciue, arrondissement de
Langres.
153. Les fromages de Lecey.
Le village de Lecey est un de ceux qui s'adonnent tout particu-
lièrement à la fabrication des excellents fromages prtiisw, connus
dans le commerce sous le nom de fronivjes de Lanjrcs ; voir
au n" 133 ce que nous avons dit au sujet de ces derniers.
LORRAINE
Quoique kl Lorraine, longtemps notre redoutable voisine, n'ait
contribué duc pour peu de chose à la formation du département
4
— bo —
de la Ilaiilc-Mai-iic, nous croyons devoir citer ici les provcrljos el
dicloiis princiiKuix relalifs à celle province et à ses iiabilaiits.
159. C'est un poisson d'avril.
Plusieurs des autrnirs qui ont voulu expliquer ce proverlie en ont
vu l'origine dans la manière dont François II, duc de Lorraine, cl
sa femme, retenus prisonniers au château de Bar, se sont éoliap-
pés en traversant la Meuse à la nage le l"^'' avril 1624. C'està cause
do celle circonstance que nous rapportons ici ce dicton si popu-
laire. Nous n'entrerons à son égard dans aucun autre détail ; mais,
fidèles à notre usage, nous terminons eu indiquant quelques sour-
ces oVi le lecteur curieux trouvera d'intéressants renseignements :
Vie de Charles V, duc de Lorraine, page 13. — Le Speclalcur ou
Socrate moderne, tome T, pages 218-226. — Méry, UiHoirc des
proverbes, tome II, page 188. — diclionnairc de Trévoux, édition
de 172i, verbo avril. — Noël et Ciiarpentier, Dictionnaire des
Invenlions, tome H, page 432 — Magasin pillorcsquc, année 1833,
page o8, etc.
160. Les carouses sont plus dangereux eu Lorraine
qu'en Allemagne.
Ainsi s'exprime Le Hon au xvi"' siècle. On appelait aloi's car-
rousse une séance à table où l'on buvait plus que l'on ne man-
geait ; voir le Dictionnaire de Trévoux à ce mot. C-'est tout ce que
nous pouvons dire au sujet de ce proverbe dont nous ne co.Tipre •
nons pas bien le sens.
161. Les femmes hayent les arrêts do Lorraine,
qui sont par semblant et au plus près du droict.
Haijent veut dire haïssent. Le Bon, en citant ce dicton qui avait
cours de son temps, a eu, comme pour le précédent, le tort de ne
pas y joindre d'exposition ou de commentaire ; aussi n'en pou-
vons-nous rien dire davantage.
163. Les vins du Bassigny et de Lorraine ne portent
point d'eau, ny l'eau de vin.
Nous avons déjà donné, au mot liassign}j, ce dicton qui est tout
à l'honneur des soui-ccs de cette région de la France.
163. L'hiver passe par Lorraine en France.
C'est encore un prover])e de Le Bon. Il fait sans aucun doute
allusion à ce que la Lorraine étant à FFst de la France, elle est la
première atteinte par l'hiver. Ce qu'il y a de certain, c"e-:t que la
Haute-Marne n'est ordinairement frappée du froid ou des autres
pliénomènes météorologiques connexes qu'après les "Vosges dont
te climat, au reste, est plus âpre ; aussi appelle-t-on dans beau-
coup de nos villages le vent de bise Mademoiselle de .^'ancij.
164. Li meilleur danseur sont en Lolieraine.
Ce proverbe avait cours au xiii' siècle, puisque nous le trouvons
— 51 —
dans le Dicl. de l'AposloiUe. Cette réputation s'est-elle conservt'-e
jusqu'il nos jours, et, si elle existe encore, est-elle méritée? Nous
ne sommes pas en mesure do le dire.
165. Lorrain, mauvais chien,
Traître à Dieu et à son prochain.
Toi est le dicton injurieux qui do nos jours encore se jette le
plus souvent à la face des Lorrains. Hilaire le Gai veut qu'il soit
très ancien et le fruit de l'aniniosité qui existait entre eux et les
habitants de la France royale*. Mais d'autres auteurs y voient Pex-
pres^-ion de la haine du parti anti-ligiiour contre les cliefs de
l'Union, les (iuise, princes lorrains-.
166. Lorrain, prête-moi ton lard? — Non, ça s'use,
Prête-moi ta femme? - Tiens, la voilà.
« Quolibet par lequel on semble accuser les Lorrains de tout
sacrifier à leur avarice. Il ne faut pas attacher à ces sortes do
dictons plus d'imporlancc qu'ils n'en ont. » Ainsi s'exprime Hilaire
Le Gai \
167. Mous comme c ., de Lorraine.
« Cola veut tlire lâche et sans vigueur comme des Lorrains,
termes do mépris que proféra le mignon Saint-Meg-rin, un jour
que le roi Henri IH voulait l'empêcher de sortir du Louvre, l'aver-
tissant que le duc de Mayenne et ceux de sa suite le guettaient
pour le tuer. Ce gcnlilhommc bordelais, pour tf'moigner toute la
mauvaise opinion (fu'il avait des princes lorrains, le traita de c. . .
de Lorraine, forfanterie qui ne l'empêcha pas d'être poignardé le
soir même du jour où le roi l'avait averti de se méfier d'eux. » On
peut voir d'autres détails dans l'ouvrage de Méry '.
MARCILLY
Commune du canton de Varenncs, arrondissement de Lang-res.
167. Les Meules de R^arcilly.
Sur le territoire de Marciliy, on trouve et on exploite un grès
siliceux, Ijlanc jaunâtre, à grains fins; sa dureté le rend propre à
la confection de meules pour la coutellerie et la taillanderie. A en
croire laGcof/raphiede iillaute-Marae deCarnandel, les meules de
Marciliy sont fort estimées et sont exportées jusqu'en Amérique.
Mais, outre que Carnandet est l'écrivain le plus sujet à erreui', il
a confectionné sa géographie vers 186('. -Xous ne voulons pas dire
par là que les meules de .Marciliy ne valent rien ; do fait, elles
sont excellentes, comme du l'este celles qui proviennent du môme
1. Pelile Encyclopédie des proverbes, pages 329-330.
2. Bescherelle, Dictionnaire national, verbo Lorrain.
3. Pelile Encyclopédie des l'rovcrOes, page 31'J.
'i. Ilisloire des proverbe?, lome 111, page \'i'J.
— 52 —
banc géologique el (jue produisent quelques auU'cs villages baule-
inarnais, tels que Celles, Provenchères-sur-Meuse, etc.
L'exploilatiou de ce grès ne date pas d'hier ; dans les environs
de Varennes elle exislait déjà au xii'' siècle, A celle époque, en
eliet, nous voyons Foulques de Choiscul donner aux moines de
Clairvaux le droit de prendre chaque année sur les terres de sa
seigneurie dix meules à émoudre, deCiim mol ares lapldcas ad
ferramcnta acumida iibicumquc pcr Icrram suam cffodcre voliie-
riint.
marne'
i/une des principales rivières tributaires de la Seine ; elle prend
sa source sur le territoire de Balesmes, au pied ot au sud-est de
la montagne que couronne la ville de Langres; elle sort du dépar-
lement près de Saint-Dizier, après avoir traversé la Haute-Marne
du sud au nord, suivant presque son axe, el fournit un cours de
130 kilomètres.
168. Anguille de Marne.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que ce produit est renommi'',car c'est
]c Dict de l'Aposloillc qui nous otfre ce dit et par consé({uent pro-
clame la supériorité des anguilles de notre cours d'eau : or le DtcL
de Lapostoille fut écrit, comme on sait, au xiir siècle. Les anguilles
sont moins en faveur qu'autrefois, mais cela n'empêche pas celles
de la .Marne d'être excellentes : Voir notre traiti', Les Poissons d;
la Haulc-Mdvnc '.
169. Entre les rivières d'Aulbe et de Marne, le fruit
ensuit le ventre.
Ain.~i s'exprimait la CoitUnne de Iroijes., faisant allusion nu pri-
vilège insigne par lequel une demoiselle noble en Champagne
transmettait la noblesse à ses enfants, même issus d'un roturier.
Nous avons parlé précédemment de ce privivilège aux mots Cham-
pagne, no ;i8, el Champenois, n" (38.
170. Il ne sait d'autres mers que la Marne ou la S9ine.
Ce dicton es!, emprunté à une poésie de Segrais que l'on cite
souvent comme modèle de style simple. Heureux, dit le poète,
Heureux celui qui vil du lait de ses brebis
Et qui de leur toison voit (lier ses habits,
Qui ne sait d'autres mes que \i Marue et la Seine
El cioil que tout finit tii fuiil son domaine.
171. Les Marnois.
Il ne s'agit point ici dos habitants ni du déparlemcnt ni des
rives de la Marrie, mais d'une espèce u de bateau médiocre qui
vient de lîrie et de Champagne sur les rivières de Marne el de
1. Chaumont, 1851. In-12.
— 53 —
Seiiio, en dcscendaiiL jiisqnes aux poiUs do Paris. Les plus grands
ont 12 loises de long, ol 10 pieds do large au fond, el 18 sur le
lioid, ipii est haut de 1- pieds. » Telle est la définition que le Dic-
tionnaire de Trévou.'c donne du Maniois. On construisait de ces
])aleaux à Saint-Dizier et aux environs.
172. Tu ne trouveras pas de l'eau en Marne.
Tout le monde euiinait ce proverlio, chacun y met, au lieu de
Maine, le mot qui lui convient : la nior, la rivicre, lafotitaine, etc.
Le Bon n'a pas oublié de rinsérer dans ses Adages français, mais
l'imprimeur l'a défiguré, il lui l'ait dire : « Si lu allais au marne,
lu n'y trouverais point d'enu '. » L'expression au marne n'a pas
de sens ; évidemment, elle doit être remplacée par celle-ci : en
Marne, qui, certes, n'est pas français, mais qui est un langréisme
des plus purs.
MERREY
Petite commune du canton de Clefmonl, arrondissement de
Chaumont.
173. Le petit chien de Merrey.
Par cette expression on entend la cloche de l'église du village;
voyez ce qu'on a dit à l'article Clioiseul.
MEUSE
La Meuse, l'un des grands fleuves de l'Europe, prend sa source
non loin du village de Meuse, en aval de Pouilly dans le canton
de Bourbonne ; après un cours de oO kilomètres, elle quitte la
Haute-Marne pour les Vosges.
174. Les écrevisses de la Meuse.
L'écrevisse était autrefois extrêmement commune dans les ruis-
seaux et rivières delà Haute-Marne ; actuellement, soit parce qu'on
a péché jusqu'aux jeunes sujets, ne laissant point ainsi aux pontes
la possibilité de combler les vides, soit parce qu'une épidémie a
frappé dans tous les cours d'eau le précieux crustacé, l'écrevisse
tend à passer de plus en plus à l'étal de rareté. D'où qu'elles pro-
viennent, les écrevisses de la Haute-Marne sont appréciées, recher-
chées, mais aucunes ne le sont plus que celles de la Meuse et pour
la délicatesse de leur chair et pour la grosseur remarquable
qu'elles atteignent ; nous en avons vu qu'on aurait pris pour de
petits homards tant pour la taille que pour la coloration.
MOGE
C'était l'un des douze pa(/i qui divisaient le territoire des
Lingons, ou plutôt c'était un payas ecclésiastique, un doyenné,
formé d'une partie du pagus Lingonicus.
1 . Le Roux de Liucy, Livre des Prov. français, tome I, page 43.
— 34 —
175. Les vins du Moge.
Ces vins pHiaisseiiL avoir joui pendant ionglcmps d'une certaine
ri^pulalion. Ils no fipm-cnt pas, il est vrai, dans la Topograpliie
des ]7(y»o/j/^'s de Jiillien, mais (iauUlierol les cite avec éloges i,
comme aussi l'anlcu:' de rAlinanach de 1787- et pinsienrs autres
écrivains lang-rois.
MONTCHARVOT
Village du canlon de Dourljonne, arrondissement de Langres.
176. Les moutelles de Montcliarvot.
On appelle mouLeUcs en Haute-Marne de petits poissons de S ;\
i;; centimètres de long au plus, k corps allongé, jaunâtre, taclié (ît
jiointillé de brun, qui habitent les rivières peu profondes et cail-
li)uteiiscs, sous les pieires desquelles ils se réfugient : ce sont les
Loches des icbthyologues 3. ;\ionlcliarvot, à cause de son élévation,
n'a aucun cours d'eau, les vraies moutelles y sont donc inconnue-;,
les siennes sont simplement des haricois.
17 7. Si Montcharvot l'vot l'cul,
Genrupt s'rot tôt fontu.
I.e lecteur voudra se reporter à l'article Gcnriipt où nou^ avoiis
déjà donné et exjiliqué ce dicton.
MONTSAON
Commune des canton et arrondissement de Chaumont.
178. Montsaon apporte un gros navet avec uu baau
cochon de lait.
A en croire ces deux vers du Xoci de Ckaumoiil, Montsaon se
livrerait à l'élevage du porc et à la culture des navets, faisant pour
cette dernière industrie concurrence à Saint-Geosmes (Voir infrii,
n" 208). Nous n'y contredirons pas; mais nous craignons que la
renommée de Montsaon, malgré le Noël, ne soit encore à faire.
MONTSAUGEON
Village du canton de Prauthoy, arrondi-ssement de f.angres.
C'était autrefois le chef-lieu d'une des principales parties du
domaine épiscopal de Langres, partie qui avait titre de comli' ;
c'est probablement en souvenir de ce fait que Monlsaugeon est
• [ualifié de ville par les iiabitants de la région.
179. Les vins do Montsaugeon.
.lullien les place dans la première chasse des vins rouges de Houi--
1. Anaslase de Lcngres, page 137.
2. Almanach du diocèse de Langres pour 17!s7, à la lin du volume.
3. Daguin, Les Poissons delà Ilaule-Morne, Cliaiimonl. 1891, in-i2.
— 5;) —
gognc, mais on scroiule ligne oL après ceux d'Aiibigny '. Défait,
ils sont excellents. Us élaienl déjà lorL appréciés au xvt» siècle :
(liiil. Flamciig l'appelle iiiKj r in. [riant , ronrjp ri rnyani-.
NEUILLY-L'ÉVÉQUE
Chef-lieu de canton de l'an'ondissemcnt de Langres.
180, Les Phouriens de Neuilly.
Ce surnom de Phouriens, lire son origine du nom du patron
de la paroisse de Neuilly : Saint Sympliorieii, ([uo la plupart des
liahilanls do la région, trop puristes cependiint pour accepter une
superfétation, une redondance aussi notoire (Saint Symijlwi'ien),
appelle simplement ,S'ai/ii Plwrien. Cette apocope de Sympliorien
no date pas d'hier, du reste ; Paradin et Gaspard de Saulx-
Tavannes ne disent-ils pas (|ue : « Bénigne, Tierce et Andoche, en
la ville d'Autun, furent reçeus fort humainement d'un seigneur du
paï.s, nommé Faustus, qui résidoit ordinairement en la ville de
Saulx-Licu et le pria de baptiser l'koi'icn, son fîls-^ »
181. J'sommes pas des saivants, mais j'aivons d'iai
tête.
Tel est le témoignage que se rendent i eux-mêmes les liabitants
de Neuilly. Achiellement l'instruction primaire est répandue à
profusion à Neuilly comme partout dans le département de la
Haute-Marne; s'il n'y a pas de savants dans le vrai sens du mot. il
n'existe plus d'illettrés nulle part. Dès lors, il n'y a plus que la
seconde partie du dicton qui puisse èlre de mise, et l'on prétend
qu'elle l'est.
182. Que peut-il sort'r de bon de Neuilly ?
Ce mot a été prononcé en 1842 par l'évêque de Langres,
P.-L. Parisis, et il est resté accolé au nom de la commune. Quoi
qu'il ait été dit à propos de littérature et de sciences, nous ne
craignons pas de déclarer qu'il est fort inexact, car Neuilly et sou
canton ont fourni un contingent d'hommes de sciences et de
lettres, médecins, avocats, artistes, etc., voire même poètes,
capables de montrer le mal-fondé du proverbe.
Il y a dans la Normandie une localité, Vport, dont on dit la
même chose : Que pcul-il sortir de bon d'Yporl ï
183. S'i restôt ein creinque !
Cette expression proverbiale rappelle un é[)isode curieux de
l'histoire religieuse de Neuilly. C'clail nu jour de .Mission ; les
habitants se pressaient dans l'église, écoutant religieusement un
prédicateur qui développait le thème du jugement dernier ; Le
1. Juilieu, 'Jopog. des Vignobles, page 39.
2. Flameng, l'/e et pasaion de Mgr saint Didier, pages 4i-i8.
3. Alévioires de Gaspard de Saulx-Tavaimes , édit. BucLon, page ÎJC.
pcclietir, dil il au cours de son sermon, le pécheur, surpris par la
mon, est. comme un arbre que l'on coupe par le pied : sHl tombe
à droite, il restera à droite ; s'il lombe à gauche, il restera à
fiauche ; et ce sera pour l^é^ernité. Un iuiditeui", désireux de
s'instruire sur lous les résultats poss.i]jles de la terrible journée :
Ma, si restât ein creinque, q^iaqiCi d'cieinrni ? s'écria-i-il ; c'est'
i'i-dire, mais s'il ne penche ni à droile ni à gauche, que devien-
dra -t-il ?
NOGlîNT
Chef-lieu de canton de l'arrondissemenl de Chaumont. On
l'appelle à Imi, même dans le pays, Noqent-le-Roi ; son vrai nom
est No'jent-en-Baisigny, ou simplement Noqent (Haute-Mirnf.).
184. Les Balibeus de Nogent-le-Bas.
I-a ville est scindée en deux parties : sur le sommet de la mon-
tagne, Nogent-le-Eaut ; au pied, Nogent-le-Bas. Dans tous les
cercles habités ainsi fractionnés, il existe une rivalité entre les
deux parties, rivalité qui est d'autaiit plus vive que les habitants
sont moins âgés : la jeunesse des écoles pousse même les choses
au point qu'elle en vient fréquemment aux mains et qu'elle se
livre des batailles homéric^ues où les pierres jouent un grand rôle,
faisant malheureusement parfois de dangereuses blessures. Nous
disons avec intention balaiU''S homériques, car, à l'instar des
héros d'Homère, les deux partis commencent toujours par s'invec-
tiver. Ainsi, en était-il autrefois à Nogent : les Nogentais do la
montagne traitaient, en particulier, de Balibeus leurs adversaires
de la plaine. Il parait que c'est une sanglante injure que ce
sobriquet, car elle mettait en rage les Nogentais de la ville l>asse ;
néanmoins nous devons à la vérité de dire que le Balibeu est une
plante fort intéressante qui foisonne dans les prés qui bordent la
rivière nogcntaise,la Traire, c'est le Tragopogonpratensis de Linné,
aiili'Cinriit dit le Snlsi/is des pi'és, espèce alimcnlair.) dont on
mange en >alade les feuilles succulentes et savoureuses avant la
lloraison '.
185. Les Foiroux de Nogent-le-Haut.
Si Icui's adversaires les taxaient de Balibeus, les Nogentais de
la \illc basse Ilmu' n'-pondaient par un mot, certes, bien plus inju-
rieux : l'olroux. Nous ne savons s'il est m'oessaire d'explii{iier c'
qu'il aiguille au propre et au figuré ; cependant, nous dii-ons que
t\d\i^ son sens propre il a servi à former le nom populaire, en
liaule-Marne, de la Mercuriale, cette mauvaise herbe qui foisonne
dans les jardins : blé foiroux, rappelant ainsi qu'elle est purga-
tive-. (Juant au sens ligurt', foiroux, comme on le devine aisé-
1. Daguin et Auhriol, Calalogue des plantes vasculaires do la Ilaule-
Atarne, pa{;e 306.
2. Dagn\u e\. Auhvlol, Calalogue des [.tanles vasculaii'es de ta llaule-
Manie, page 397.
— 0/ —
iiionl, veut tliie pcurcur, couard, mais d'une couardise toile
qu'elle lU'uihiit les cU'el-; de la .Mercuriale.
186. Lss gaeules feignes de Nogent.
Ceei n'est plus le produit di; la haine des Alonlaigu et des Capulels
Nogentais. C'est une appellation dont les uns et les autres ont été
do tés par leurs vois! IIS, proltalde ment en renierciment de ce que, pour
recevoir dignement leurs luHes, les Nogentais ont l'habitude de
mettre, comme on dit, les pelits pois dana les grands. .Mais, au
l'ait, nous ouldions de dire que le dicton signifie en français : les
gueules fuies, c"est-àdii'e les goiirmands suivant les uns, ou plulùt
les gourmels, suivant nous, de Nogent.
187. Les Panais de Nogent-le-Bas.
Ce sobriquet est le frère jumeau de celui que nous avons donné
ci-dessus, n° 184 ; il ne lui cède, paraît-il, en rien sous le rapport
de l'injure; nous nous demandons pourquoi? Quoi qu'il en soit, il
élait autrefois une coutume, grosse de menaces et toujours avant-
coureur de scènes de pugilat : le jour de la fête patronale de
Nogent-le-Bas, saint Germain, les jeunes gens de Nogent descen-
daient dans la ville basse, en bataillon serré, portant au milieu
d'eux un immense panais, suspendu à une perche en guise de
drapeau. A celte provocation insigne, les jeunes gens de Nugent-
le-Bas se groupaient et bientôt les deux troupes en venaient au.x
mains. Ces moeurs et ces haines ont heureusement di'^paru depuis
quelque quarante ans.
188. Nogent-les-Couteaux ou la Coutellerie de Nogent.
Ce dit rappelle que c'est à Nogent et autour de Nogent que sont
groupées les usines baute-niarnaises qui s'adonnent à la fabrica-
tion de cette belle et bonne coutellerie, connue à tort sous le nom
de coulcUerïe de Lanrjrcs.
Certes, la ville de Nogent ne possède aucun titre qui établisse
l'existence, dans ses murs, de l'industrie coutelière à une époque
aussi reculée qu'à l.angres. Mais il y a là une cause matérielle :
les archives de la mairie n'ont rien (ranlérieiir à la fin du
xvi» siècle. .Néanmoins, voici une preuve indirecte que la coutel-
lerie était prosfjère à Nogent au xvii» siècle et, par conséquent,
qu'elle s'y fabri([uait depuis bien longtemps déjà : c'est une lettre
de Madame de Sévigné qui nous la fournit. Dans cette lettre,
qu'elle écrivit d'Orléans à .M. de Coulanges, le mercredi II sep-
tembre IC7o. elle dit : « A peine sommes-nous descendus ici que
voilà vingt bateliers autour de nous, chacun faisant val jir la qualité
des personne:-, qu'il a menées et la Itonlé de ses bateaux ; jamais
les couteaux de logent ni les chapelets de Chartres n'oiU fait tant
de bruit. >> Inutile d'insister davantage sur l'industrie nogcnlaise,
nous renvoyons le lecteur à notre ouvrage : Nogent cl la coutel-
lerie dans la Haute-Marne \
1. Nogent, 1877, in-8°.
- 58 —
ORGES
(iomrniino du raiiton de (lliiUeaiivillain, arroridi^soriient de
CliaiiiiKJiit.
189. Les Truites d'Orges.
Deux pelils riiis?eaiix, la Huit et les Unnais arrosent le terri-
toire d'Orges; leur rciinioii constitue le ruisseau d'Orges qui tra-
verse la conunune et va se jeter bientôt dans l'Aujon, rivière
importante tributaire de l'Aube. L'Aujon, comme le ruisseau
d'Orges, comme la plupart des cours d'eau de la Haute-Marne, est
peuplé, entre autres poissons, de truites que prisent fort les gour-
mets'. C'est pourquoi Fauteur du Noël de Chaumont n'a pas man-
qué de faire figurer, parmi les présents olFerts au Cbrist nouveau
n('', les liîcikllcs, c'est-à-dire les petites tiuiles, de la région ;
Orges, qui sait bien que son vi.i
Ne viut pas du Cote Paubu, .
Offre une IruileHe à l'enfunl :
C'est un assez joli présent.
ORQUEVAUX
(Commune du canton de Saint-Blin, arrondissement de Cluiu-
mont.
190. Ou trouve à Orque vaux
Plus de sorciers que de chevaux.
Nous ignorons complètement les faits sur lesquels est fondé, ou
[jlniôt aux(incls fait allusion ce dicton. A l'article consacré à Cba-
iinili'cy, nous avons fait reniar(|uer qu'en Haute-Marne, conime
au reste dans tous les départements, il y a un certain nonil)re de
villages qui, de temps immémorial, jouissent de la réputation
d'être peuplés de sorciers.
191. On trouve à Orquevaux
Plus de put... que de chevaux.
C'est la conséquece ol)ligée du dicton précédent. Du moment,
en etfet, que nombreuses étaient les femmes qui s'adonnaient à la
sorcellerie, nombreuses devaient être les femmes à ceinture
dorée : celles-là n'avaient-elles pas l'babitude de se livrer aux
diables et aux sorciers les jours, ou plutôt les nuits du sabbat ?
PEIGNEY
Village des canton cl arrondissement de Langres ; c'est un des
lieux hal)iir's de la Haute-Marne dont il est fait mention le plus
anciennement.
192. Le beurre et le lait de Peigney-
A ce dit ajoutons le suivant qui est mieux connu encore.
1. Daguiu. Les Poissons de la Ilaule-Morne, Cliaumont, 1891, iG-i2.
— 5') —
193. Ls bon fromage de Peigney,
I-e fromage de Peigney est un do ceux ([iii porloiit d;iin lo 00:11-
moroo lo nom de fromages île Latifirea. La ropnlalion ilii lailagn;
dn Poigucy el de ses deux dérivas ('"lait d(\jà solidement élahiie au
siècle dei-niei- ; an monument de la liltératiire patoi-^e dn pays est
là qni nous l'apprend : c'est Le ^ky|'!, de Pcinney, composé à la fin
du siècle dernier. F-c refrain, ipii est dans toutes les bouclios, à
l-angres et aux environs, est ainsi conçu :
Peigney, pclioL viai^c,
Qu'aiil si beii rcneumé
Tant pou so;i hon l'rcumaige
Que son bfiurrc el son lait.
On doit au V. Ascicpiades une étude hisLoricD-philologique,
exlrèmemcnt intéressante, sur ce lYoël; il en donne le texte com-
[ilel el détermine avec une sagacité merveilleuse la date de la
confeclion et l'aulcur de la chanson '.
POULA.NGY
Commune du canton de >t0genl, arrondissement do Chaumonl.
194. Poulangy-ies-Nonnes.
Cetlo appellation vient de ce (ju'à Poulangy était située une
ald)ayc (|ue feinia la Convention et où étaient reçues exclusive-
meiil !es (illes de noblesse, il fallait, pour y entrer, faire preuve
de quatre degrés dn côté paternel et diî trois degrés du côli'
maternel ; les dames religieuses avaient le titre de chaiioiiicsscs-
r()??iifîsrs et jouissaient d'une préliendc. Nous avons donné dans
la Reçue lihlorique cl nobiliaire un aperçu de l'histoire de celte
maison religieuse sous le litre : Abbaije roijale el Chapitre noble
(le Poulan(/ij ; cl nous en puldieron> loul prochainement l'Iiislo-
rique complète,
195. Les fous de Poulangy.
Il n'y a, dans ce dicton, rien d'injurieux pour les habitants de
l\)ulangy ; c'est simplen.enl un souvenir d'une faveur assez singu-
lière dont jouissait le monasicrc de Poulangy : de temps immi''-
morial, l'abbaye avait la réputation de guérir, au nom de son
patron, les personnes atteintes d'aliénation mentale. Le traite-
ment durait neuf jours, pendant lesquels ic malade restait interné
à l'abbaye, sans ielatit)ns avec l'extérieur et assistant chaque joiu-
<i certains oKices spéciaux. << Tous les jours après la Messe — dit
le Cérémonial, de î'abbaye — le Prêtre bénira du pain et du vin
]ioiir le malade, et les verges après les prières cy-après
A quoi servaient ces verges? La piirase suivante de l'Oremus de
leur bénédiction nous l'apprend : « Concède, quaîsumus, ut qui-
1, Lan^;i'es, l87't, in-8".
— GO —
rdiiiquc llnqrUalua fucril his vivfjis pro iiio nomino, pcr liane
IIagollali(Uiom tua inisericordia el l)Oiiilate suonini peccaloiiini
casligalioiiom cl l'oinissionem mereatur accipero. »
PRAUTHOY
(",Iipf-lioii (le canton de l'arrondlssemenl de Langres.
196. Ai Prauthoi y ai das diaichéyon. . .
T'en srai quitieu pou baiser Pc... d'Mairion.
Nuiis ne nous llallons pas d'avoir cilt' en cnlier ce diclon : il
nous a passé de mémoire el il s'est même etïacé de celle des lial)i-
lanls du pays. Il csl exprimé dans le vieux patois de Praullioy qui
se faisait remarquer par sa rudesse et son énergie loul-à-l'ait
inculte. Tout incomplet qu'il est, le diclon peut se traduire : A
Pranllioy, il y a des noix...', lu en seras quille pour baiser
le. . . de Marion.
PROVENCHÈRES-SUR-MEUSE
Commune du canton de Monligny, arrondissement de Langres.
197. Les Meules de Provenchères.
Les meules de Provenchères ne le cèdent en lien à celles de
.Marcijly dont nous avons parlé précédemment ; (nous renvoyons
en conséquence à l'article consacré à celles-ci, n° 167),
RICHEBOURG
Commune du canton d'Arc-en-Barrois, arrondissement de Chau-
mont.
198. Les Truffes de Richebourg.
I.a trulFe est un régai des Dieux. A s'en rapporler aux gourmets
et aux oies dont le foie a été converti en pâtés ou en terrines, ce
cryptogame n'a de valeur qu'autant qu'il sort des bords fleuris
(pi'arrosc la Dordogne. Certes, le Périgord est fécond en truffes,
et en trulfes noires et parfumées que le savant botaniste, M. Clia-
lin, a reconnu constituer une espèce spéciale qu'il a dénommée
iuhcr melunosporum.
Mais il n'y a pas que la Irulfe périgourdine ; il en existe d'autres
non moins sérieuses, non moins noires, non moins parfumées, en
particulier celle que le même M. Chatin a baptisée luber vnci-
iialîim. Qette dernière a pour nous ceci d'intéressant qu'elle règne
en maîtresse dans la Bourgogne et dans la Champagne, surtout
dans les forêts du centre de la Haute-Marne, notamment dans les
l)ois de Richebourg et ceux avoisinants. De là sa présence dans le
îso'èl de Cfimimonl (Voir n" 83).
i.a culture peut aider efficacement à l'introduction du luber
1. Il y avait probablement là quelque chose comme : si tu en veux.
— 01 —
melansiwnim dans les lieux où cmil le lubcr ancinalum. Un
essai porlanl siii- deux lieclarcs a clé l'ail, il y a une dizaine d'an-
nées, en Haule-Marnc parle regi-ellé général Maiiin des Palliércs
(lui. dans ce but, a opéré le reboisement en glands dits Irufficrs,
lires des Basses-Pyrénées et du Poitou, d'un sol rocailleux situé à
Aulrevillc, commune du canton de Juzcnnecourt, arrondissement
de Cbaumont.
Mais les pays qui produisent le lubcr uncinalum retirent de
celui-ci un assez grand profit pour se passer volontiers du lubcr
melanosporum : leur Iruiie est en raison de sa précocité, maîtresse
des marcbés d'octobre à décembre. El puis, faul-il le dire, tel est son
bon parfum, qu'on la mêle à la l-uiïe du Périgord, ce qui permet
de la vendre aux connaisseurs le même prix que sa sœur du midi.
RIVIÈRES
Il V a deux villages nommés lUvicres dans la Haute-Marne, tous
deux dans l'arrondissement de Langres ; mais l'un surnomme
!e-Bois est dans le canton de Longeau, l'autre diL Ics-I'osses cd
dans le canton de Prautboy. C'est de ce dernier qu'il s'agit.
199. Les vins de Rivières.
Ils sont bien connus dans la rég'ion et iigurenl, d'après Jullion',
dans les bons vins rouges de deuxième classe. Leur rèputalmn
date de quatre siècles au inoins, puisqu'ils sont cités dans le Mys-
tère de Sainl-Didicr- :
Ou vend du boa vin de Rivière,
Duquel je voy boire une foys,
A l'image de la Cyvière
Qii'esl ferrée de cloux de boys.
ROLA.MPONT
Commune du canton de Neuilly-rEvéque, arrondissement de
Langres : sur la Marne.
203. Comme les gens de R'iampont,
A table jusqu'au menton.
Nous avons entendu dire nuiinlc el mainte fois ce dicton comme
„n avertissement et un reprocbe à des enfants qui se tenaient mal
à table. C'est probablement l'assonance qu, a amené 1^ lo "om
deRolamponl; cepen-iant bien d'autres communes de la la te-
Marne ont de même leurs noms terminés en on ou ont, t^miuin le
;.,.of-lieu du deparlemenl; certes, celui-ci serait venu au heu de
Uolampont dans le dicton, si un Langru.s en avait ele 1 auleui.
1. Jullicn, Topog. des vignobles, pajic 3'J.
2. Gu.l. Flameng, V>e el passion de Mgr S. DUUn; page 140.
— 62 —
SAINT-BLIN
Clief-licu de canloii do rarroiidisseiiiciit de Cliauaiont.
201. Les embeudés de Saint-Blin.
Il parailrait que le canton de Saint-Blin est le pins riche en dic-
tons satiriques; chaque village, dit-on, a le sien, luallieureuse-
nienL pour notre œuvre nous n'avons im nous jirocurcr que celui
relatif aux habitants du chef-lieu, l'ourquoi les appelle-t-on ctnhcu-
(Ics, c'est-à-dire cnibcdainés, pourvus d'une grosse bedaine y
l)uil-on prendre cette expression au filiysique ou au moral? l'ait-
elle allusion à l'air d'omnipotence et de quant-à-moi que prennent
fréquemment les habitants d'un clicf-Iieu ? Chi lo sa, si ce n'est
les habitants de Saint-Lîlin eux-mêmes, ou mieux encore leurs
voisins
SAIKr-DIZIER
Chef-lieu de canton de l'arrondissement de ^Vassy et, néan-
moins, la ville la plus pcu[)l('e du d(''parteinent, la plus indir^triclle
(métallurgie) et la plus commerçante (fonte, fer, bois).
203. C'est un échappé de Saint-Dizier.
203. Il est de Saint-Dizier.
204. Va-t-en à Saint-Dizier.
C'est à Saint-Dizier que se trouve lAsile départemental d'alii^-
n6s de la Haute-Marne; de là les trois dictons ci-dessus.
205. Les bateaux de Saint-Dizier.
On construit à Saint-Dizier un grand nombre de bateaux desti-
nés à naviguer sur la .Alarne et la Seine et à porter jusqu'à Paris
les produits industriels de la contrée. Voir l'article consacré aux
.Varnois, n° '.1\.
206. Les braguards de Saint-Dizier font jouer
les Auteurs de "Wassy et danser les c... de Joinville.
Les habitants de Saint-Dizier no savent pas trop d'où leur vient
ce sobriquet de b)rifjiia)'ds mais ils l'ont repoussé comme une
injure jusqu'à ce (pic diverses Sociétés san-désideroises l'aient
anobli en s'en parant.
D'afirèsle Dictionnaire de Trévoux le mot braijard ou brarjuai'd
voulait dire autrefois brave, ajuslc, miiinon ; liilaire le Gai lui
donne le sens de vaniteux, glorieux'. Il y a là déjà de quoi clioi-
sir et la [)lus mauvaise de ces acceptions, sauf pourtant celle de
mignon, n'est pas bien redoutable. Mais cela lî'a pas satisfait l'au-
teur du Précis de rilistoire de Sainl-^Dizicr ; il a imaginé que
bragards n'est qu'une altération de la qualification de braves
gars qui aurait été donnée aux habitants, à la suite du siège
1 . liilaire le Gai, l'clilc Encyclopédie des prov., page 40.
— tJ.J —
mémorable de t'iii- où ils résislèrenl >i vigoureusement et avec,
succès coiilrc Charles-Qiiint.
Pour nous, il nous est rraiilai:L niuiiis possiltio d'ailiiiulUo celle
ilallcu.'^e ex[)licalion que les San-U(vU(iorui3 ne sont pas les seuls
qui aient été taxés de bvarjnnls : dès avant le siège de leur ville,
Ctiassencuz citait déjà comme chose connue les brariuards d' An-
fjers'. En réalité, le mot (jui nous occupe a une si^niiicalion liccn
cieuse, sur la voie de laquelle metlrait suflisammeiit le mot IVan-
çais braflUeUe, si le dicton rapporté en ciilier, comme nous le fai-
sons ici, ne la disait d'une manière catégorique.
SAINT-GEOSMES
Village à peu de distance de Langres, canton et arrondissement
de cette ville,
207. Il danse comme le fou de Saint-Geosmes.
Il y a quelque cinquante ans, vivait à Saint-Geosmes un malheu-
reux idiot qui demandait raumônc aux passants et aux voyageurs
sur la roule do Dijon, qui traverse le territoire du village. Il n'avait
pour toute manière d'exciter la commisération que l'habitude
d'exécuter trois ou quatre sauts lourds et brusques. De là est venu
le dicton qu'on applique aux personnes peu lestes et aux mauvais
danseurs.
208. Les navets de Saint-Geosmes.
Les navels de ce village jouissent dans toute la région d'une
réputation absolue et méritée. Elle existait déjà au siècle dernier.
iNous lisons, en effet, dans le Mercure de France (juillet 1763,
page 132) que, dans la séance publique tenue le 23 février par
l'Académie de Châlons-sur-Marne, M, Dosmarest lut un mémoire
sur la Culture des raves el des navels dans la Guyenne, et (jue
dans ce mémoire il engage à entreprendre cette culture dans la
Champagne : on le fait, dit-il, déjà avec succès dans plusieurs
paroisses de l'élection de Langres.
SAINT-URBAIN
Vdiagc du canton de Doulaincourt, arrondissement de Wassy;
près de la rive droite de !a Marne,
209. Les vins de Saint-Urbain.
Le vignoble de Saint-I ibain est au.ssi apprécié dans le nord du
département de la Haute-Marne que le sont les vins de r.Vmancc
et du Monlsaugeonnais dans le sud. On ne peut nier qu'ils n'aient
quelque valeur,
SARCEY
Village du canton de Nogent, arrondissement de Chaumont,
1. Le Roux de Liucy, Livre des Proverbes, tome I, page 20 .3
— Ci —
210. Chachey, pitiot viaige,
Qu'aut ben fort reneummé
Tant pou son bon freumaige
Que son beurre et son lait.
Cc^l le rclriiiii il'iiiic cliaiisoii sur Sarccv ; on le cilc [taiiois eu
iiiaiiièro de proverbe. Celte oliaiison n'a que le refrain de roni-
iiiiiu avec le iNoël de l\'igiicy auquel, du reste elle esl postérieure.
Nous ig-iioruiLS l'époque où elle a été composée ; ({uaut à sou
auteur, le dernier couplet nous apprend quel il est :
(Juiqifiji fuil ccV.e chanson ?
(l'aul l'violonueux d'Leuvères,
De Plongé ai Maindres aillant
En passant par La l'ièro.
C/esl-à-dire : Qui a faU celle chanson Y C'csl le violoititetir de
l.oiiricrt s, alldiil ilc Poiilaiii/ij ii. Mandres en passaiH par La l'er-
riere. Louvières, l'uulan;,--}" et iMaiidrcs, sont des villages du can-
ton de Nogent ; La Perrière est un hameau dépendant de Nogent
même.
SARCICOURT
Commune des canton el arrondissement de Cliatunonl.
211. Les rambours de Sarcicourt.
11 va quelque cinquante ans, les jardins et les vergers n'élaieuj^
point envahis par ces innombrables espèces d'arjjres fruitiers qu j
chaque année vont s'augmcntanl encore. Ainsi, pour s'en tenir
aux seuls pommiers, on n'entendait parler que de reinettes, de
calvis (calville pour les puristes), de rambours cl de pommes d'Au-
bcrive. Suivant les goûts, l'une ou Taulre espèce teuail la cord'i,
mais eu général c'était le ramljour; aussi Sarcicourt, (pii veut
ollVir au Christ enfant ce que son territoire produit de meilleur,
Sar. icourt airive à son tour
Avec un panier de rambour.
L'Enfant les refuse de loin :
Us ont damné le g.?nre liuinain'.
SARREY
Village du canton de Moulignyle-Uoi, arrondissement de Lan-
grcs.
212. Ç'aut comm'l'san d'Sarrey qui n'guarit d'ran.
Ce qui sij^nilie : (."esl comme le Sailli de Sarreij qui ne guéril
de rien. Ce dicton s'a[)plique à tout homme sans qualité et bon à
lieu. .Nous ignorons quellc-cn peut être l'origine conmie aussi de
(|ucl saint il s'agit. Le patron de la paroisse est saint Maurice.
1 . \o\t le Xtël de Ciiauinonl, u" b3 ci- dessus.
— 6ii —
SAULON
Kivière assez importante dans le sud du d('[)aileineut de lii
Haule-Manie mais ((ui n'y coule que sui une lonf,'ueui' de 30 kilo-
mètres ; elle prend sa source près du village de Saulles, canton de
Kays-Hillot.
213. Les carpes de Saulon.
Elles ligureiit parn)i les plus estimées de la rt'gion, à cause de
la grosseur considérable (Qu'elles atteignent*.
SEMILLY
Village du canton de Saint-Blin, arrondissement de Cliaiimoiil.
214 Les Limaces de Semilly.
Il est fort regrettable qu'en nous indiquant ce dicton, on in-
nous ait pas en même temps donné son origine et sasignilication.
Nul doute cependant qu'il ne s'agisse là d'une de ces grosses iujures
populaires qui sont plutôt dans les mots que dans les clioses.
SEMOUTIERS
Commune des canton et arrondissement de Cliaumont.
215. Semoutier n'a ni pain ni vin.
Ce dicton n'est autre chose que le premier vers d'une strophe
du Noël de Cbaumont que nous avons rapporté précédemment ;
nous y renvoyons le lecteur (voir n" 82).
SUIZE
Rivière tributaire de la Marne: elle |>rend >a >ourro au .-ud de
Voisines et se jette dans la Marne en amont de Cbaumont après
un cours de 4o kilomètres.
216. Les Truites de la Suize.
La truite est un poisson de 2o à 30 centimètres de long, dont le
dos est taché de brun et les tlancs sont couverts de taches d'un
rouge plus ou moins foncé sur un fond variant suivant les sujets :
blanc, gris, jaune, fauve et même brun. Elle se plait {)articulièrc:-
ment dans les rivières peu profondes et dont les eaux limpides
coulent sur un fond caillouteux. Avec la Suize ce poisson est servi
à souhait; aussi les truites de la Suize sont-elles réputées parmi
les meilleures. Une contrée du territoire de Cbaumont, vers la
Suize, porte le nom significatif de Pdlé de Iniilcs'.
1 . Suchaux, Annuaire de la Haule-Saône pour 184'2, page 283.
2. Daguin, Les Poissons de la Haute-Marne, Chaumont, 1891, in-12.
— 66 —
THIVET
Village du canton de Xogent, airoudissement de Cliauinoat.
217. Les sorciers de Thivet.
Nous ne pouvous que répéter ce que nous avons déjà dit aux
articles consacrés à Chalindrey et à Orquevaux.
VALDELANCOURT
Commune du canton de Juzennecourt, arrondissement de Chau-
mont.
218. Les flûteurs et les violonneux de Valdelancourt.
Sans le Nod de Chaumont (voir n° 82), nous aurions ignoré Icg
aptitudes musicales des Valdelancourtois. La musique adoucit les
mœurs, dit-on; Valdelancourt ne doit donc rien laissera désirer
sous ce rapport.
Toutefois, une réilexion amèrc nous vient importuner: Pour-
quoi l'Enfant Jésus veut-il que l'on chasse les musiciens délégués
par Valdelancourt? Serait-ce que leur liarmonie rappelle celle des
'ameux artistes de iS'uremberg? Seraient-ils des émules du maître
d'école illustré par le No'ci de Peiguey ?
Si le rô de Pairis
Ein aivôt lai c' naissance,
I veurôt, je pairis,
Ein faire lai dépense
El veni prenre piaice
Au leutrin de Peigney
Aireu graind' allégresse
Pour y chainter Noei.
Pas je ne le veurôs
Raipô au mail' d'écueule;
Le rô l'eimmenerôL,
Comm' i braille ein aiveule,
Aiveu les tros gaich'neuts
Qui l'dimanche au leutrin
Bien mieux qu' les moigneuls
Chaiutenl liair et pus fin,
Mas, quaind s'rôt airrivé
Le motet, ai Versailles,
Si s'beutent ai chainter
De Peigney les mervailles.
Les princes, las princesses
Et monsieur le Daôphin
Devront sarrer les fesses
El peus corre au bassin.
VALROY
Faubourg de Juinville, au sud de la montagne.
— 67 —
219. Vaurey,
Vauran,
Qui t'ai fait
N'ai fait ran.
Nous ne pouvons dire lorigine de ce dicton. Peut-ôlre fait-il
allusion à un fait où Valroy n'a pas donné tout ce qu'on tHait en
droit d'en attendre; peul-èti'e signifie-t-il que le faubourg a eu
pendant longtemps fort peu d'importance? C'est un Joinvillois
seul qui pourra trancher une aussi grave question.
VARENNES
ClieMieu de canton de l'arrondissement de Chaumont.
220. Ci-gît, dessous ce rocher blanc,
Le plus avare de Varennes,
Qui trépassa le dernier jour de l'an
De peur de donner des étrennes.
Cette épitaphe satirique, qui se dit en nianière de proverbe, est
extraite de quelques fragments d'une Anthologie; on voit au
premier coup-d'œil que c'est la rime seule qui a valu à Varennes
l'honneur d'y prendre place.
221. Il est de Varennes celui-là.
222. Il est de la Confrérie de Saint-Gengon.
Ces deux expressions sont s3'nonyme3, seulement la première
est à peine connue, tandis que la seconde se dit généralement.
L'une et l'autre sont une allusion aux infortunes conjugales de
saint Gengoul, que l'on nomme Gengon dans la Haute-Marne et
qui, comme on sait, fut assassiné à Varennes, le H mai 860, par
son épouse infidèle.
VENELLE
Petite rivière qui prend sa source à Vaillant, au pied du Mont-
Saule et, au bout de quelques kilomètres, passe dans la Côte-d Or
où, après s'être perdue dans les sables près de Veronncs elle repa-
raît et va se jeter dans la Tille, tributaire de la Saône.
223. Enfiler la Venelle.
« On dit en proverbe, écrit Courtépée', en/iler la Venelle, pour
dire s'échapper, prendre la fuite, ce cpii ne paraît pas venir de ce
que la Venelle disparaît dans les sables; rien n'est plus naturel, et
l'on ne dit guère une rivière qui s'enfile. Ce n'est donc pas de là
qu'on doit tirer l'origine de ce proverbe, mais plutôt d'un fait
dont la tradition s'est conservée à Selongey, auquel il est plus
probable de la rapporter. Du temps que les Ecorcheurs, au
nombre de 700, rôdaient autour de Selongey et de Cerneaux
1 . Description du duché de Bourgogne, édit. in-S», t. II, page 252.
— (18 —
c'est-iï-dire en 1437, ou liicn cluranl les guerres de Cliarles-le-
Ti-méraire, un corps d'eniTemis vint assiéger ce bourg-. Les iiabi-
tanl^, soutenus d'une garnison, firent une sortie sur les assiégeants
qui furent mis en déroute. Pour faire retraite, il fallait passer la
Venelle, dont les bords, en cet endroit, étaient élevés; il ne s'otfrait
((u'nn dr'filé fort étroit où se sauvèrent ceux des ennemis qui ne
voulurent pas passer Tcan. C'est ce qui donna lieu de dii'e : Ils se
sont échappés, ils ont cnfilr la Venelle; et depuis on a dit d'un
poltron qu'il ne savait qu'enfiler la Venelle; et se sauver et enfiler
la Venelle sont devenus synonymes. Tel est le sens dans lequel
s'en est servi I-a Fontaine, dans sa fable Le Renard, te Loup et le
Cheval :
Ils vont, et le cheval, qu'à l'herbe on avait mis,
Assez peu curieux de semblables arnis,
Fut presque sur le point d'etifilcr la VennUe. »
Tel est le récit de Courtépée; il a étt'' répété mot pour mot par
Pistollet de Saint-Ferjeux dans ses Reclierclies sur l'arrrondissc-
vient de Lnnrjres.
Il nous serait agréable d'admettre cette explication comme
article de foi, puisque la rivière, la Venelle, est notre compatriote :
mais plusieurs raisons nous en empêchent. D'abord, si nous feuil-
letons les dictionnaires modernes et anciens, nous trouvons que le
mot Venelle G?,i français, qu'il signifie et signifiait couloii; passaf/e
étroit, ruelle. Bien mieux, si nous interrogeons la toponymie
française, nous découvrons que notre rivière n'a pas la propriété
exclusive du nom de Venelle; par exemple, à Caen, il y a une
trentaine de venelles: là, on nomme ainsi toute rue étroite
servant de simple communication entre deux grandes voies;
ailleurs on dit ruelle ou passage.
dette acception normande du mot qui nous occupe nous parait
indiquer le sens et l'origine du dicton : En/iler la Venelle, c'est
fuir par une voie de côté, de traverse, pour se dérober plus vite
et mieux aux atteintes des poursuivants.
Rappelons, pour terminer ce long article, le terme populaire
renfile, qui! y aurait évidemment intérêt philologique à rap-
piorher de mot venelle.
VILLIERS-LE-SEC
Village des canton et arrondissement de Chaumont.
224. Les fromages de "Villiers.
I,es Chaumonlais sont très grands amateurs de fromages passés;
mais pour eux, LangropJwbcs, ceux de la ville épiscopale ne peu-
vent, ne doivent pas exister, il n'y a que les fromages de Villiers.
De fait ceux-ci sont excellents et, bien que nous ne soyons pas
Cliaumontais, nous déclarerons qu'ils égalent les fromages de
Langres. Au reste, ne figurent-ils pas dans le Noël de Chauniont :
— \][\ —
Villiers suit Buxières à grands pas,
Avec quatre fromages gras ;
Un tel cadeau daus la saisou
Sera toujours trouvé fort l)on.
VRIE
Il 111' nous a |);is été possibin de découvrir la commune, ou le
hameau, ou le lieu-dit, auquel se rapporte ce nom. Mais une
chose nous parait certaine cependant, c'est qu'il doit être en
Haute-Marne, puisque le dicton dans lequel entre ce Vrie, nous
provient de Le Bon.
225. C'gst Jean de Vrie
Qui so met dans l'eau pour la pluye.
M. Diiplessis donne une variante qui ne dépend que de l'an-
cienne manière d'orthograpliier : « C'est Jean Dciirie qui se met
en l'eau pour la pluie. » Aujourd'hui on dit :
Fin comme Gribouille
Qui se cache dans l'eau de peur qu'il ne se mouille.
"WASSY
Chef-lieu do l'arrondissement nord du département de la Haute :
Marne.
226. Le Boucher de Wassy.
Qualification par laquelle les auteurs protestants ont désigné le
duc (le (illise à l'occasion du Massacre de Wassy.
227. Le Massacre de "Wassy.
Inutile de raconter ce mallieureu.'c événement, arrivé le 21 mars
loiil ; il n'est personne qui ignore ce qu'il fût et quelles en ont été
la portée et les suites.
228. Les Flûteurs de "Wassy.
Tout en renvoyant aux articles que nous avons consacrés au.\
C. .. de Joinvillc et aux Braguards de Sainl-Dizier qui figurent
avec les Flùlcurs de Wassy dans le dicton entier, nous ferons
cette remaquo que ces derniers sont les mieu.\ traités, on leur
dnnne |iar là mémo des goûts artistiques dont ils ne peuvent se
trouver otlensés : Les Braguavds de Sainl-Dizier font jouer les
Flnieurs de HV/.s.si/ cl danser tes C . . . de Joinville.
RÉCAPITULATION
PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
DES PHOVEHnilS, DICTOSS, SOnn/Ofl-TS, ETC.
Abri (V) de la Haute -Borne III
A chacun son tour ^02
A Clialvraines, la pranie plaine 43
A Chassigny, 5 clochers, 400 cloches 73
A Chaumont, dragées d'amydou T5
Adieu, paniers, vendantes sont faites 103
A furore Norraanorum libéra nos. Domine 112
A Galas, Forkatz et Piccolomini libéra nos, Domine 112
A Humes, 5 clocler?, 400 cloches 11^9
Ai Laingues y fait frod, dit-on '6
Ai Prauthoî y ai das diaicheuyons 193
A la Bourguignotte 30
A la manière des Bourguignons sur le lourd 37
Anibassade (L') de Biaronne 14
Angoulevent, prince des sols 2
Anguil'es de Marne ''>^
Après le coup, Bourguignon sage • ■ • 31
Armes (les) peintes des Lingons • '52
A table jusqu'au menton -0 ^
Attrape ça, Champagne, c'est du lard 44
Pacoués (les) de Blécourt ^^
Bains (les) de Bourbonne ^^
Balibeus (les) de Nogent-le-Bas 1*^4
Banni, Banneu, lire lai quiôche ai mont ai veu 7
BardocucuUus (le) des Lingons 1 50
Dassigny, à la rescousse ^
Bateaux (les) de Saint-Dizier -^'■'
Beaux (les) garçons de Damrémor-t , 9'
Belles femmes sont en Champagne 6'
Belles filles de Dancevoir ^^
Belles filles d'is -20
Belles -Ondes, bat as dépens de teut l'monde 13
Beurre (le) de Peigney ''^-
Bise (la) est la mère nourrice de Bourgogne '2'^
Blé rie) du sol lingon '''^
Boire à la grande tasse de Reené de Champagne 45
Bonnes toiles sont en Bourgogne ''•
Bons hommes (les) de Bracancourt ^-^
Boucher (le) de Wassy -- '
Bourgogne (la) est la mère des eaux
Bourg^ui^non salé •
Bourguignon têtu
— 72 —
Braguanls (les) de Sainl-Dizier 206
Brie (la) esl la chambrière de Champagne 50
Buveurs (les) de Dampicrre 9tj
Camion (le) va à la lanterne à Chaiimonl 80
Carolet (le) d'Arc '-^
Carouses (les) sont plus dangereuses eu Lorraine Itln
Carpes ■les) du Saulon 213
Çaut comm' ISju d'Sarrey qui n'guaril d'ran 212
C'est Champagne ^t>
C'est Jean de Vrie qui se met dans l'eau pour !a pluye 225
C'est la fée de Bienville 15
C'est l'ambassade de Biaronne, 2U0 chevaux et une mule 14
C'est comme l'abri de la Haute-Borne. 1 11
C'est comme les mâtines de Laferté 125
C'est un Bourguignon, voyez son nez 38
C'est un coiil'rère de Saint-G^ngon 222
C'est un échappé de Saint Dizier 2ir2
C'est une fille d'Is 121
C'est un enfant de Chaumont ''
C'est un poisson d'avril I-'J-'
Ceux de Guife mettent les rois de France et leurs enfants en chcmi.-e. K'-i
Chachey, piliot viaige 21U
Chalv raines, la belle p'aine '•3
Champagne (le) ')'•
Champagne (la) est gaulée ^' <
Champagne (la) pouilleuse ^'
(Champenoise (fille) ) ^~
Champenoises (les) demoiselles eut auoldi leurs maris. l'S
Chanoines (les) de Langres l'ont bien 137
Chanteurs (les) d'HarrévilJe 11»'
Charbon (le) de Bourgogne 27
Chaumont-en-Bassigny, capitale des bas esprits "ÎS
Chaumont le ; oli ''!•
Chevaliers de Champagne 48
Chicane de Jonchery 124
Chiens (les) de Choiseul et de Meriey ■'') 1^3
Ci git, dessous ce rocher blanc 22(1
Cochons de lait (Its) de Monlsaon , ''"^8
C... (les) de JoinviUe 123
Comme les gens de BolbUip'.'nl, à labié jus(iu"au menton 20.)
Coulière de Saint Gengon 222
Corsets (les) de Chaumont 83
Coup de Bouigiiignon, par derrière 35
Coutt aux (les) de Langres 129
Couteaux ,'les) de Nogent 188
Coutellerie ^laj de Langres 129
Coutellerie (la) de Nogent 188
Damréraoiit, les beaux gaiçons - •'"
Défiez-vojs de pain de Brolles, di. vin de Bricon W, 80
De Langres à B jme on va • ■ • 1 30
Le l'arbre^d'un pressoir, le nianihe d'un ceninir 49
Devenir les garses et l'S guenons de Corjuhyn 'J<j
— 73 —
Dévotion de Bourguignon ne vaut pas un houchon 3'i
Dfiux moutons et un Champenois font trois biîles 60
Diablerie (la) de Chaiimont «-^
Diables (les; de Chaumoul ^'J
Dônement ^•'''
Draps (les) de Chiumonl ■'^'
Droguets de Chaumoit ^-
— de Lingrcs '-ji
Droit 'le) de Champagne '^9
Ducs de Bourgogne grands dufS d'Occident 20
Eauës (les) dô Brie bonnes à toute vie ^"2
Echappé de Sainl-Dizier -^"2
Ecreviïses (les) de la Meuse • • '"4.
Ecuïer de Bourgogne
Embeudés (les) de Sainl-Blin 2^
Enfant de Chaumont • • • J'
Enfiler la Venelle -jf
En Picardie sont li bourdeeurs, en Champagne h buveurs .-0
Entre les rivières d'Aulbe et de Mnrne le fn.it ensuit le ventre. . . 169
Entre Marcilly et Saron le fleuve d'Aube perd son nom ^^
Esprit (!') inventif des Langrois '•■'•^
Fagots de Blessonvillc '
Faites des perruques
Fée (la) de IJienviUe • ^^
Femmes (les) bayent les arrêts de Lorraine l'j'^
Fille champenoise
Filles 'les) de Dancevoir
_ dis 1-20.121
Fin comme Gribouille "
Flùteurs (les) de Wassy
_ de ValJelancourl 218
Foires (les) de Champagne ' '
FoirouK (les) de Nogent-le-Hau t 1^'^'
F'on (le) de Saint-Goosmes. 20^
Fouetter VAl eluia ; ^-
Fous (les) de Langres 1 JS, 15!i
— de Poulangy
— de Saint-Dizier " "-
Foy de gentilhomme, un autre gsge vaut mieux 5^,
Fromages (les) de Langre? '_,J'
— de Lecey "'„
1 r> • " ..1113
— de Peignev
— do Villiers
Fruits (les) de Blessonvillc '
— de Buxieres
83
Gants (les) de Chaumont
Gars normand, fille champenoise '
Garses (les) de Corgebi n ^L
Grands comme la borne de Crémaignon |^|'
Grenouilles (les) d'Enffigneix ; _'
Gros (le) chien de ChoisenI ' ■ '
19.'J
— 74 —
Guenons (les) de Cor^cbin 93
Gueules (les) feignes de Nogeut Igy
Hannetons (les) de Cerizières 41
ilarréville-les Chanteurs i\0
Hiver (!') pafse par Lorraine en France 163
11 a le nez bourguignon 38
lia les 3'eux à la Fatincouri lOO
Il a passé par la Bourgogne, il a perdu toute vergogne 23
11 danse comme le fou de Saint-Geosmes 207
II est de la confrérie de Saint Gengon 222
Il est de Saint-Dizier 203
11 est de Varcnnes, celui-là 221
11 est du régiment de Champagne 53
11 est écrit sur les portes d'Aujeurres 6
Il moulera bientôt la Minguéc 71
11 n'a point de volcan dans la poitrine 114
11 ne chassera jamais les Anglais hors de France 105
11 ne sait d'autres mers que la Marne ou la Seine 170
Il ne sait pas les foires de Champagne 55
Il [atle simplement comme on parle à Corlée 94
11 regarde du côté de Farincourt 100
11 reguide en Bourgogne si la Champagne brfde 29, 54
Il revient de la campagne de Chaumont 84
11 sait If s foiies de Champagne 53
Il vaut mieux faire rire les gens que les ruiner 1 "5
Indomiti Lingoncs 153
I 1 wetle en Champagne, ii l'Picardie brfde 29
Ivrognes (le?) de Dainpieire 96
Jamais h s ccileaux de Nogent n'ont fait tant do bruit 188
Jean de Vrie qui se met dans Teau pour la pluie 225
Joinville, peutte ville 122
J'sommes pas des saivants, mas j'aivons d'iai tête 181
Jugerie (la) de Chaumont SO
Laine (la) du pays de Langies 147
Lait (le, de Ptigney i9'^
Langres est une Narbonne en France 13i
Langres est la plus haute ville de France 135
Langres la pucelle 136
Langres sur ce rocher où ce beau lys lleuronne 150
Langrois (les) indomptés 153
Langrois (les)^sur leur rocher, moitié fous, moitié enragés 154
Les extrêmes se touchent 110
Les piinces Lorrains ressemblent les coursiers de Naples 106
Lieue (la) du Bassiguy 9
Limaces (les) de Semilly 21'*
Li meilleur danseur sont en Loheraiue 164
Li plus renoié sont eu Bourgogne 24
Livre (la) lingon 1^6
Loin de perler des Dieux la langue si perlée 94
Lorrain, mauvais chien, traître à Dieu et à son prochain 165
Lorrain, prête-moi ton lard? 166
— 75 —
Mademoiselle de Nancy 23 163
Marnois (les) ] 7 1
Massacre (le) de Wassy 227
Mâtines (les) de Laferlé 1 25
Meules (les) de Marcilly 16" ^ix
— de Provenchères 197
Moulin de Belles Ondes, bâti as dépens de teut le monde 13
Mil lors de roue, toute la lieue de Bassiguy 9
Mine (la) de Langres 146
Molha immola 1 27
Motha meos tulerat lapides 1 28
Mous comme c . . . de Lorraine 1 67
Moulelles (les) de Montcharvot 176
Navets (les) de Bricon 17
— de Blessonville 83
— de Montsaon 178
— de Saint-Geosmes 208
Nez (le) Bourguignon 38
Nobilis, famosa Lingonensis ecolesia 139
Noblesse (la) maternelle de Champagne 58
Nogent-les-Couleaux 188
Officialité (L') sont les jours de Caresme-prcnant de Chaumont 90
On lui a donné son cogneut 1 ÎO
On le mènera à la ruelle aux loups 72
On ne voit à Langres que prêtres et soldats 141
Où les reitres ont passé, on ne doibt point de dismes 117
Pain (le) de Brottes 40
Panais (les) de Nogent-le-Bas 187
Parole (la) d'un Bourguignon vaut une obligation 36
Pavé (le) de Chaumont n'est fait que pour les avocats 87
— . — porte médecine 88
Peiguey , puliot viaige 193
Petit (le) Chien de Merrey 1 73
Phouriens (les) de Neuilly 180
Pigeonneaux (les) d'Autreville 83
Pois (les) de Blessonville 83
— de Semoutiers 83
Poisson d'avril l-'îS
Pou aller ai Nainvau, faut aivoi pain et sau 120
Poulangy-les-Nonnes 15-*
Procès (les) de Champagne 63
Put... (les) d'Orquevaux '^l
Quand ceux de Guise auront écossé le loi ^Û7
Quatre vingt-dix-neuf moutons et uu Champenois. '^9
Que peut-il sortir de bon de Neuilly? 18-
Qui a maison à Langres, a château en France l-''-
Rambours (les) de Sarcicourl -l*
Saies (les) des Liugons ' ^^
Sarcey, petit village 2^"
Si le loup vient, qui nous défendra? '^^
— 76 —
Sarraz n (le) de Semouliers 83, 21?)
Seloo la Coutume de Champagne, le ventre anoblit 68
Scmoulierà n'a ni pain ni vin 21. "j
Si Monlcharvot l'vol l'cul ; 101, 177
S'i rcsiùi ein creinque? 183
Sirop (le) de Bourgogne 2o
Si l'naivos pain ui sau, t's'ros resté ai Nainvau I^l)
Si lu veux des belles filles voir, faut aller à Danc3voii' 98
Sorciers (les) de Chalindrey 'i-
— d'Orquevaux 1<''l
— de Thivet 217
Souvenez-vous de la courtoisie de Melz , 108
Slat Liiigonum iuconcussa fides 1^6
Surpriuse (la) de Ctiaslel Villain . 74
Tant en Brie qu'eu Champagne 64
Tant que le gros chien de Choiseul 'J 1
Tapis (les) de Langres . 1 4'J
Teste de Champenois n'est que bonne. <53
Trulles (les) de Richebourg 198
Truites (les) de la Suize 216
— dOrges 18'J
Tumulte (le) du Bassigny 10
'J 'uniullus gallicus Kl
Tu ne seras jamais un Farisot 143
Tu ne liouvtras pas de Teau en Marne 172
Vairons (les) de Brotles 83
Va-l-en à Saint-Dizier 204
^'aurey, Vauran, qui t'ai lait, n'ai l'ail rau 219
\'ées- là Lergres en huuli assise 144
Vêpres de Sicile, Màlines de France , 109
Vesces (les) de Semouliers 83
Veulz-tu lu cognoisfcsancc avoir, des Champenois et leur nature 7U
Ville (la) di Montsaugeon ■279
Vins (les) d'Aubigny 5
— de Briîou 40,83
— de Champagne 60
— de Châleauvillaiu 83
— de Coiily 92
— de J'Amance 1
— de Langres 1 15
— de Monlsaugeon 179
— de Rivières 199
— de Saint-Urbain 209
— d'Orges 83,189
— du Bassigny 11
— du Bassigny et de Lorraine ne portent point d'eau.... 12, 162
— du Moge 173
Vin vert, riehe Bourgogne 2tj
Violouncux (les) de Valdelancourt 218
\ œux (les) de Bricon 83
Arcis-sur-Autie. — ImiuimciR' LtoN FRÉMONT.
ëV^NgiI^e^
des Sobriquets caractépisant les Habitants de Villages Iioppains
(Cet évangile se chantait par raillerie aux fêtes patronales).
Inithim sancli evangelii secundum les vies goilloux.
Da lo taps let, po faire enseutti les geas, on hauyant :
Les tiu-crottés d'Moncéye, les Sauyes de Maihhelure, les paures gens d'Cham-
pcnoux, les runes d'Erbévller.
Les piaidhioux d'Soneinville, les bourriques de Bezainge, les bigots d'Athien-
ville, les herr de Serres, les égooles de Drouville.
Les loups d'Raîcot, les pauvres gens d'Hoïville, les vahhes rochats d'Remrain-
ville, les mingeoux d'crême de L'noncot, les entarrcs d'Certhiu, les postillons
de Velaine.
Les grands louvetiers d'Romémont, les hoot-let-thieue d'Aî-si-Meuye, les bons
prieurs de Bausserville.
Les pendus d'iet Nùveville, les loups d'Licot, les Frimbeaux d'\'ille, les bocs
d'Aîhelaut, les thieuvés d'Coyvller, les plein d'sope de Manancot.
Les couchons de Beutecot, les fin-manres de Tonneau, les rôtisseurs de Ludres,
les poussais de Vgnulles, les moo-saulx d'Barbonville.
Les peutes gens d'Hoosonville, les loups d'Saint-Maîd, les maures gens
d'Vélle, les loups d'NûvUers, les grand'paches de Saint Rmemoni.
Les loups d'Farrère, les couchons d'Bayon, les poéres saches de Lorey, les
ours de Vlaîcot, les botes de Baurville.
Les poéres saches de Saint-R'niemont, les oua-oua d'Rozéres, les dombalau-
les-rond-caillau d'Dombaîle, les gormands d'Vargenville, les booyaîs d'Senn-
Colaîs.
Les allemands de L'noncot, les gros mingeoux de ceréhhe de let Bauque, les
farots d'Haroocot, les bancaouè de Smaîvllers, les rnaîds d'Fienvoo.
Les harengs dCrevi, les voirès de Smaîvllers^ les crôos d'Crebsoo, les brooves
gens d'Remrainville.
Les bourriques d'Anthelupt, les couchons d'Vitrimont, les breulès de Smaî-
vllers, les hoot-houppès d'Valhey, les geoos d'Einville, les monsues d'Athienville .
Les choodroniers d'Ceintrey, les loups d'Peullegney, les couchons de Ghuise,
les coucous d'Chaîvgnéye. les chairpaignes et pus les araîbes de Hheuyet, les
orthiaîs d'Pîrreville, les chapons d'Ootrey, les mohhes de Thiérey.
*
Quelques sobriquets du canlon du Delme (patois messin)
Les bûtes (ainsi que) les neur-bodattes de Puhhieux, les tahhons d'Hhaucot,
les haouattes de Tincry.
TRADUCTION
Commencement du saint Evangile selon les vieux gouailleurs.
En ce temps-là, afin de faire « ensotter » (rendre sots, berner) les gens, on appelait :
Les cul-crottés de Moncel-sur-Seille, les soies de porc de Mazerulles, les pauvres gens de Cham-
penoux, les ruinés d'Erbéviller.
Les plaideurs de Sornéville, les bourriques de Bezange-la-Grande, les bigots d'Athienville, les
messieurs de Serres, les égaux de Drouville.
Les loups de la Grand'Racourt (Arracouit), les pauvres gens de Hoéville, les habits verts de
Réméréville, les mangeurs de veau de Courbesseaux, les gros sabots de Gellenoncourt.
Les trop pressés de Haraucourt, les rendormis de Buissoncourt, les réveillés de La Borde, les
mangeurs de crème de Lenoncourt, les enterrés de Cercueil, les postillons de Velaine-sous Amance.
Les grands louvetiers de Romémont, les haut-la-queue d'Art-sur-Meurthe, les bons prieurs de
Bosserville.
Les pendus de Laneuveville-devant-Nancy, les loups de Lupcourt, les frimbois de Ville-en-Ver-
mois, les boucs d'Azelot, les cuveaux de Coyviller, les plein de soupe de Manoncourr-en-Vermois.
Les porcs de Burthecourt-aux-Chênes, les fin-mauvais de Tonnoy, les rôtisseurs de Ludres, les
pousseurs de Vigneulles, les mal-saouls (insatiables) de Barbonviile.
Les laides gens de Haussonville, les loups de Saint-Mard, les gens de mauvaise foi de Velle-sur-
Moselle, les loups de Neuviller-sur-Moselle, les grand'poches de Saint-Remimont.
Les loups de Ferrières, les cochons de Bayon, les poires sèches de Lorey, les ours de Villacourt,
les bêtes de Borville.
Les poires sèches de Saint-Remimont, les goitreux de Rosières-aux-Salines, les Dombasle au
rond-caillou de Dombasle-sur-Meurthe, les gourmands de X'arangéville, les braillards de Saint-
Nicolas-de-Port.
Les allemands de Lenoncourt, les gros mangeurs de cerises de La Borde, les fringants de Harau-
court, les ban-coupé de Sommerviller, les renards de Flainval.
Les harengs de Crévic, les taureaux de Sommerviller, les corbeaux de Courbesseaux, les braves
gens de Réméréville.
Les bourriques d'Anthelupt, les porcs de Vitrimont, les brûlés de Soninierviller, les haut-huppés
de Valhey, les coqs d'Einville-au-Jars, les messieurs d'Athienville.
Les chardonnerets de Ceintrey, les loups de Pulligny, les corbeilles et puis les arabes de Xeuilley,
les jars de Pierreville, les chapons d'Auirey, les mouches de Clérey.
»
«
Quelques sobriquets du canton de Delme (patois messin)
Les bêtes (ainsi que) les noirs-nombrils de Puxieux, les blaireaux de Xocourt, les bêchoirs
de Tincry.
E:x:plicat.îons
Moncel-sur-Seille. — Le nom de culs crottés indique que les travailleurs des
champs en reviennent souvent, ayant le pantalon taché de boue, ce qui est dû à
la déliquescence du sol en temps de dégel et à d'autres influences atmosphéri-
ques qui en rendent « foireuse j la surface.
Serres. — Les herr (et non hères) ce mot désigne des gens cossus, dont la
fortune, due à la fertilité d'un territoire argilo-calcaire bien exploité, se traduit
par la noblesse du maintien, empreint d'une certaine fierté, des propriétaires fon-
ciers.
Drouville. — Il est ici de tradition qu'aux banquets et festins, l'échanson
doit emplir exactement au même niveau tous les verres, ce qui est constaté, con-
trôlé, par le maître de maison, lequel se baisse pour mettre au point son regard
scrutateur, d'où le nom d'égaux. Celui de « Thieu-thieu » également porté par
les Drouvillois, n'a pas d'équivalent en français, l'auteur n'a pu en retrouver
l'origine.
Réméréville. — Les vahhes rachats ne sont autres que les habits en drap vert,
inusable, portant des boutons en cuivre doré, dont la population a fait autrefois
un long usage.
Les cultivateurs du lieu — autre particularité — se réunissaient les après-
midi, au Sénat, en une chambre d'un café d'où les manoeuvres étaient exclus
et où
Les rendez-vous de noble compagnie
Se donnaient tous en cet heureux séjour.
Courbèsseaux. — A l'imitation des Rambuvetais, les indigènes avaient un fai-
ble pour la viande de veau, aussi faisaient-ils chaque année, à la fête patronale,
une véritable boucherie de cet animal.
Haraucourt. — Les farots (les fringants). Ce qui est dit plus haut sur Serres,
est applicable à Haraucourt et l'appellation de trop pressés en est la confirmation ;
plus les anciens du lieu possédaient, plus ils voulaient avoir; pressés de jouir,
ils apportaient de la hâte dans leurs entreprises culturales.
BuissoNCOURT. — Dit anciennement Buissoncourt-en-France, était pour les
deux tiers de sa circonférence mamelonnée, entouré d'étangs et séparé de la
Lorraine par un pont. La prairie dite le Grand-Etang est encore actuellement
délimitée par de hautes bornes ornées de bas-reliefs représentant une crosse
d'évêque.
Un fossé profond reliait ces amas d'eau (il est visible derrière le presbytère) et
on ne pouvait sortir du village, par le Nord-Est. qu'en passant sur un pont-levis.
De là, le chemin conduit au château de Romémont et au fameux chêne géant du
cantonnement de Froide-Terre. Cet arbre fait l'admiration des forestiers.
Ainsi isolés, fortifiés, les habitants rassurés sur les attaques du dehors,
menaient une existence de sybarites, c'est ce qui leur a valu le sobriquet de ren-
dretriis.
La Borde. — Ancien moulin sur la Rouane, certainement banal, de la sei-
crneurie de Haraucourt, sur le territoire duquel La Borde est située, ses habitants
participaient du caractère de ceux de la métropole ; on les nommait les réveillés ;
quant au surnom de : Gros mangeurs de cerises, il était dû aux vergers entou-
rant l'habitation et qui fournissaient aux amateurs de quoi faire sécher des cerises
pour la provision hivernale.
Lenoncourt. — Une particularité : lorsque des « pauvres d'argent, riches de
peines w, des villages environnants sont à la veille de se marier, on dit qu'ils
loueront le chapeau de commune de Lenoncourt. L'épithéte des mangeurs de
crème, dont les indigènes avaient été gratifiés, n'a plus de raison d'être : L'in-
dustrie minière s'étant implantée sur le territoire, tout le lait est livré sur place
en nature, aux ouvriers des salines.
Cercueil. — Construit dans une sorte de cuvette qui par les grandes pluies,
devient très boueuse, le village est comme enterré ; au surplus son horizon ne
s'étend pas jusqu'aux localités voisines (i).
Romémont. — Le château de ce nom est environné de forêts, et a, de temps
immémorial, appartenu à d'intrépides chasseurs de grand gibier, d'où le surnom
de grands louvetiers.
Art sur-Meurthe. — Les haut-la-queue ! {2). L'habituelle fréquentation de la
ville de Nancy, par les citoyens de cette commune, leur faisait prendre un faux
air de citadins vis-à-vis des gens du voisinage.
BossERViLLE. — Lieu de retraite, de méditation pour les R. P. Chartreux,
que la cloche appelait, pour ainsi dire à chaque heure du jour et de la nuit à la
prière.
Lupcourt. — Localité anciennement importante, avait le nom de Saint-Loup ;
les habitants sont devenus les loups d'Licot.
Ville-en-Vermois. — Les Frimhô de Ville, ceci, par assimilation aux gens du
légendaire Fraimbois : Las d'accomplir souvent le trajet du village à leur église.
Celle-ci commune aux gens de Ville et de Lupcourt est située sur une proémi-
nence à 1500 mètres de Ville. Les indigènes décidèrent de l'en rapprocher... en
la faisant avancer sur des pois de champ.
(i) Peut-être aussi allusion au nom de la localité (N. D. L. R.)
(2) Cela pourrait aussi vouloir dire les hauts Inquais, expression jadis employée en français
(N. D. L. R.)
— 5 —
On se met à l'œuvre, un des travailleurs enlève sa blouse trempée de sueur et
l'expose sur une haie; devenue légère par évaporation, le vent l'emporte, puis
un passant la dérobe pendant une inattention des travailleurs. Le déshabillé
ayant regardé vers la haie, n'ayant plus vu son vêtement, s'écria : « Je sattes déjà
Ion, je nvois pu met blouse ». (Nous avons déjà fait du chemin — notre église a
déjà cheminé — je n'aperçois plus ma blouse).
A cette constatation, les travailleurs reprirent courage et se remirent de plus
belle à pousser l'édifice.
AzELOT. — En parlant d'un sac à diable, d'un individu qui se démène en fai-
sant du vacarme, on dit au pays : t Ua enraigi di hoc d'Aihhelaut ! t. (Il est tur-
bulent, capricieux, comme le bouc d'Azelot ! »
CoYViLLER. — Curieuse locution : « C'est tomber juste, comme le maire de
Coyviller ! » II est de tradition qu'un maire de l'endroit fit dans un sentier une
chute qui mit avec une rare précision son nez en contact — proh pudor! — avec
un de ces produits qui, dans les gares sont abrités au côlé des hommes.
ToNNOY. — Les fin-manres ou les fourbes, ceux qui sont généralement infi-
dèles à la parole donnée.
LuDRES. — Pour avoir assisté au supplice de l'abbé iMarchal, prêtre qui périt
par le feu, sur les instances d'une personne dont il avait, dit-on, dédaigné l'ami-
tié, les habitants furent baptisés : les rôtisseurs.
ViGNEULLES. — Les poussois ! une petite chapelle existait autrefois lieu dit aux
Aviaux, ban de Vigneulles, sur un terrain dépendant de l'admodiation de Bar-
bonville. On y honorait une statue miraculeuse de la Vierge. En gens qui vou-
laient tout accaparer, les Barbonvillois s'en furent charger sur un chariot la
fameuse statue, dans le but de l'installer sur un autel de leur église. Au cours du
travail, ceux de Vigneulles s'armèrent en hâte de bâtons, de fourches et de
courage, puis vinrent en bon ordre assaillir les ravisseurs sur lesquels ils frappè-
rent d'estoc et de taille, ce qui les mit en fuite.
En se sauvant à la débandade (alors qu'ils étaient venus en procession) les
fuyards emmenèrent avec eux la précieuse Vierge et l'installèrent en place d'hon-
neur dans leur petit temple. C'est en commémoration de ce fait, qu'on le solen-
nise chaque année au 8 septembre.
Depuis ce temps les habitants de Vigneulles sont désignés par le nom de pous-
seurs ou mieux de poursuivants. Ceux de Barbonville sont dits: les moo-saulx
(les mal-rassasiés).
Barbonville (voir ce qui précède sur Vigneulles). — Une locution typique :
On dit d'un homme intraitable, qu' « y fait comme 1 o tambour de Barbonville :
(scander et rythmer) : Point, d'par, don ! Point, d^par, don ! »
— 6 —
Haussonville. — Voici en quels termes on apostrophait les habitants de ce
village :
Hoossonville, peuties gens, peutt affants,
Blancs bonnats, têtes de couchenais !
Sain'T-Mard. — Les loups ! Le sens de ce sobriquet s'explique par ce que l'on
dit de la fête communale de Saint-Mard : « Ça let fête ô veurriats ! » (c'est la fête
aux verrous) ce qui indique de l'égoïsme chez les anciens habitants du lieu.
Velle-sur-Moselle. — Les gens de mauvaise foi : En fréquents rapports avec
leurs voisins de Tonnoy, les gens de Velle en auraient pris le caractère et les
coutumes.
Saint-Remimont. — Les tailleurs locaux, renchérissant sur le mode de coupe
de leurs confrères des environs, donnaient aux basques de l'habit une longueur
superflue, d'où le nom de grand' paches ! Celui de poères saches vient, tant des poi-
riers sauvages qui ombrageaient le chemin passant à Herbémont, que de ceux
— bien cultivés, ceux-ci — dont les habitants avaient tapissé la façade des mai-
sons et dont ils faisaient sécher au four une forte partie des fruits, lesquels, ainsi
préparés, servaient à guérir de la diarrhée.
Neuviller-sur-Moselle. — Les loups : C'est le nom porté par la rue princi-
pale, celle qui mène à Roville-devant-Bayon.
ViLLACOURT. — Le nom à.'Ours, de nos jours encore « inséparé » de celui de
la commune, ne doit pas être pris dans le sens d'hommes fuyant la société ;
On sait que le bois de Villacourt n'est qu'un cantonnement de la grande forêt,
dite de Charmes, laquelle donnait asile à des ours dont le dernier, tué par un
chasseur en 1717, lut transporté en compagnie d'un chevreuil, à Neuviller, pour
l'hôtel de S. A. R.
Rosières-aux-Salines. — Les nombreux goitreux d'autrefois n'articulaient
qu'avec des peines infinies les syllabes des mots. D'ordinaire, leur gosier
n'émettait que le son confus de : Oua-oua. — Lors d'un voyage que fit, à Stras-
bourg, le prince Louis Napoléon, les rosiéristes l'acclamèrent à la station du
chemin de fer, en criant : « Vive . . . prinç . . . Louis . . . A . . . poléon ! — Vive . . .
a gard'. . . ationale. . . dé Rouséééére ! »
Dombasle-sur-Meurthe. — Les indigènes tiennent leur surnom de l'énorme
caillou, cylindrique de forme et maintenant sérieusement écourté, qui sert de
chasse-roue au coin de la rue CoUot. — Il n'est pas rare d'entendre un « Dom-
balau » en déplacement sur un terrain calcaire, prétendre que le sol est inférieur
de fertilité à celui caillouteux de Dombasle, ce qu'il exprime par ces mot :
« Tot-ceu, let terre ne vô rin !... Y ny è-me seulemat in manre caillau ! » ( Ici, la
terre est peu productive !... Elle ne contient pas seulement un mauvais caillou ! )
- 7 -
Saint-Nicolas-du-Port. — Les gueulards (animaux sculptés de la corniche de
la basilique) ont pu contribuer à doter les Portois du sobriquet de ce nom, mais
on prétend aussi qu'il était anciennement d'habitude, parmi le peuple de cette
ville, de beaucoup parler, bavarder, crier, sur des sujets de peu d'importance. —
Les pâttireaux de Varangéville cherchaient noise à leurs voisins de la rive gauche
en se réunissant en nombre pour leur crier sous le nez :
Booyaî d'Senii'Colais,
Tend tel ghieiile quand je /
(Braillard de Saint-Nicolas.
Ouvre ta g. . . (bouche) lorsque je !)
SoMMERViLLER. — Le finage de Dombasle s'étendant jusqu'aux habitations de
cette salifére localité, a servi de prétexte pour en désigner les gens sous le nom
de Bancaoué (territoire coupé), mais il est une autre appellation d'un usage beau-
coup plus fréquent, c'est celle de : les taureaux ou bien de : les brûlés, dont on les
a gratifiés.
A une date imprécise d'une époque où la superstition régnait souverainement
parmi les manants, ceux de Sommerviller eurent toutes leurs bêtes à cornes
malades pour avoir bu de l'eau du Sanon, eau contaminée par le chanvre qu'ils y
avaient fait rouir.
Un guérisseur proposa d'obtenir la cessation du mal en brûlant vif le taureau
banal et en en répandant les cendres sur tous les représentants de l'espèce bovine.
— Ce qui fut dit, fut fait, mais la tradition ne dit pas si l'opération fut suivie de
succès.
Valhey. — Les haut-huppés, les messieurs, les fringants, les coqs (comme à
Einville) désignent des gens cossus, portant beau, bien heureux d'être « venus
au monde après leurs pères » c'est-à-dire fortunés de naissance et exploitant des
terres très productives et d'une culture assez facile, ce qui est le cas pour
Valhey, Serres, Haraucourt et autres lieux dont le territoire fournit une pierre,
offrant une cassure bleue, que l'on exploite pour fabriquer de la chaux hydrau-
lique.
Ceintrey. — Le nom de chardonnerets, dont les anciens ont, dès longtemps,
fait application aux gens de Ceintrey, est justifié si l'on remarque les nombreux
groupes de ces oiselets, voltigeant d'un chardon à l'autre, comme on en voit en
traversant la Grande-Fin de Benney, laquelle comprend des terres de : Benney,
Lemainville, Voinémont, Ceintrey et un peu Flavigny. Les nombreuses ^oh/o//«,
qui en amènent au Madon les eaux et dont la charrue respecte les berges, don-
nent à celles-ci l'humidité voulue pour la bonne croissance de plantes sauvages
comprenant quantité d'échantillons du chardon de Lorraine.
8 —
PuLLiGNY. — Les loups sont ici les animaux en pierre, par la gueule desquels
s'échappe l'eau des chanatles d'une ancienne habitation seigneuriale du lieu. Bien
que ce nom ne doive pas être pris en mauvaise part, les pâtureaux de Pulligny,
se rencontrant dans la prairie avec ceux de leurs voisins de Frolois, en ont été
maintes fois invectives par ces derniers, ce à quoi les autres répliquaient en
traitant de cochons ceux de Guise (Frolois) ; il s'ensuivait des batailles où les
combattants se battaient comme pâtres (et non comme plâtre).
Frolois. — Les femmes du lieu et même des villages environnants, s'en-
tretenant en patois de Frolois, ne nomment pas autrement que « Guise » cette
commune qui, à une époque lointaine, s'appelait Achain ou Acrain.
On peut voir au moulin (autrefois seigneurial) une pierre gravée indiquant
qu'en telle année t cette pierre a été posée, par mons. du Helder au nom de
Mgr le duc de Guise ».
PiERREviLLE. — L'élevage de l'oie s'est perpétué en cette localité au sol telle-
ment pierreux qu'elle a pris le nom d'un dur minéral ; des jars (orth'mts) s'y
voient toujours, comme dans l'ancien temps, à la tête de petites troupes de pal-
mipèdes se rendant, d'une allure gauche, au Madon. lequel coule à quelques dé-
camètres seulement des constructions.
Clérey, — La commune fait sa fête au dernier dimanche d'octobre, en pleine
saison de mortalité des mouches, ce qui a donné lieu au dicton « Y mingeront dx
pa'Ué de mohhes t (Ils mangeront du pâté de mouches).
Charmes-sur-Moselle.
{Reproduction interdite).
Vital Collet.
Nancy. — Imprimerie Marcel Vagner, rue du Manège, 3.
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Bourgeois, Hené
Du mouvement communal dan
le comté de Champagne
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