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Full text of "Étude sur le patois de la commune de Gaye, canton de Sézanne, Marne"















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JRené BOURGEOIS 

DOCTEHU KN DROIT 
AVOCAT A LA COUU D'aPI'EI. 



Du Mouvement Communal 



DANS 



le Comté de Champagne 



aU^ Mr* et ^ni"^ Siècles 



m^ 



rt 



PARIS 

Imprimerie Henri Jouve 

15, Rue Racine, 15 
1904 






\^fBSITV Ol^''' 







PREFACE 



En ces temps où le mouvement de décentralisa- 
tion littéraire, qui est un des côtés les plus loua- 
bles des Actions Régionalistes, amène les esprits à 
être des autonomes en littérature et à se soustraire 
aux règles du goût à la mode, c'est-à-dire aux lois 
forgées par les pontifes plus ou moins éminents 
des écoles admises ; au moment où des cénacles se 
forment pour chercher à reconstituer l'esprit par- 
ticulier de chaque province, à le libérer de Tunité, 
de l'uniforme sans originalité dont certains le vou- 
draient voir revêtu, il nous a paru intéressant de 
rechercher et de réunir les éléments d'une de ces 
questions qui aident à se faire une idée sur une 
époque de la vie provinciale. 

Nous l'avons fait aussi parce que nous aimons 
beaucoup notre province. Cette dilection nous la 

Bourgeois i 



11 



devons surtout à notre père dont les travaux ont 
souvent réjoui Tàine des passionnés d histoire locale 
et c'est pour continuer la tradition qu'il nous lègue 
que nous avons choisi, comme thème historico-juri- 
dique de notre travail, le « Mouvement Communal 
dans le Comté de Champagne aux xii^ et xtu" siè- 
cles ». 

Nous n'avons étudié que les communes accor- 
dées par les comtes parce que, au contraire de 
ce que Ton remarque ailleurs et en particulier dans 
les possessions des seigneuries ecclésiastiques de 
Champagne, à Reims, à Sens où les lattes énergi- 
ques, victoires péniblement acquises Ci, répressions 
sanglantes, marquent la formation des groupements 
communaux, parce que disons-nous, sous l'auto- 
rité directe des comtes de Champagne la commune 
est créée, ofTerte par les comtes eux-mêmes qui 
accordèrent, en somme, une faveur au lieu de faire 
une concession à des révoltés. 

C'est ce caractère particulier que nous avons 
voulu dégager dans notre étude parce qu'il est 
une preuve de la politique habile et libérale des 
comtes de Champagne, parce qu'il donne au Cham- 
penois d'alors pourvu qu'il fut bien gouverné, avec 
une autorité ferme mais consciente des besoins 
sociaux, l'aspect d'un laborieux et d'un énergique, 



— 111 — 

ennemi à la fois de la révolution et de la servi- 
tude, type que les ehangements de gouvernement 
et les Ihéories subversives, pas plus qu'une cen- 
tralisation outrée, ne sont parvenus à détruire. 



Pierry-Epernay, 29 février 1904. 



SOURCES 



Vers ijSj les Bénédictins de la congrégation de 
Saint-Maur préparèrent une Histoire de la Cham- 
pagne. Dom de Launay, dom Beaussonnet, dom 
Taillandier, chargés d'en amasser les éléments, par- 
coururent les archives locales encouragés et sou- 
tenus par les autorités civiles, par dWguesseau 
lui-même en 1^41 (i)^ lorsque les dépositaires de ces 
trésors historiques se montraient récalcitrants à en 
dévoiler le contenu. De i;;57 à 1^82 parmi les reli- 
gieux figure dom Rousseau, bénédictin deTabbaye 
de Saint-Remy qui reçut le titre d'historiographe de 
Champagne avec une pension. 

A la même époque Levesque de la Ravaillière, 
« un savant, dit un document de Tépoque, qui 
joint, à la politesse du goût, l'érudition, le discer- 



I . Contre le chapitre de Reims qui refusait la commu- 
nication de ses manuscrits. 



lO 



iiement et rexactitude » rédigeait une Histoire de 
Champai^ne. 

Les manuscrits des Bénédictins et de Levesque 
de la Ravaillière, sont réunis à la Bibliothèque 
Nationale où ils forment la presque totalité des 
i56 volumes dont se compose la collection dite 
Topographie de Cliampagne. 

C'est dans ces documents, étudiés folio à folio, 
que nous avons puisé la matière de notre travail 
sur le mouvement communal en Champagne. 



BIBLIOGRAPHIE 



Albéric de Trois-Foxtaines. — Chronique . 

D'Arbois de Jubainville.— Histoire des Ducs et des Com- 
tes de Champagne. 

Augustin Thierry. — Lettres Inédites sur l'histoire de 
France. 

— Considérations sur l'Histoire de France. 
BoNVALOT (Ed.). — Le Tiers-Etat d'après la loi de Beau- 
mont et ses Filiales. 

BouRQUELOT.— Histoire de Provins. 

— Etudes sur les Foires de Champagne, sur la nature, 
l'étendue et les règles du commerce qui s'y faisait 
aux xiie, xiiie et XI ve siècles. 

BouTioT (Th.)- —Histoire de la ville deTroyes et de la 

Champagne Méridionale . 
Brequigny. — Ordonnances. 
Du Gange.— Glossaire. V» Commune. 
Caric— Histoire de la Ville deMeaux. 
EsMEiN. — Cours d'histoire du droit Français. 
GuizoT. — Histoire de la civilisation en France . 
Laferrière. — Histoire du di'oit Français. 



l'A 

Achille Luchaire. — Les Communes Françaises sous les 

Capétiens directs. 
PoiNsiGNON. — Histoire de la Champagne et de la Brie. 
Thouret. — Observations sur l'Histoire de France. 
Vallet de ViRiviLLE. — Arcliivcs Historiques de l'Aube. 
ViOLLET (Paul). — Les Communes Françaises au moyen 

âge. Extrait des mémoires de l'Académie des 

Inscriptions et Belles-Lettres 
Wauters. — Les Libertés Communales. 



DU 

MOUVEMENT COMMUNAL 



DANS LE 



COMTE DE CHAMPAGNE 

AUX Xlie ET Xllie SIÈCLES 



INTRODUCTION 

I. — Statistique historique et géographique 
abrégée de la Champagne jusqu'à sa formation 
deyinitii'e en Comté. 

Quelle que soit rorigiiie étymologique (i) du mot 
Champagne, cette appellation est immuable depuis 
le vi^ siècle. Grégoire de Tours parle de la Cam- 
pania Remensis (2), de Troyes situé en Champa- 
gne, Trecas Campaniœ urbem (3). 

1. Le mot Champagne est susceptible de deux explica- 
tions : il vient, soit du latin Campania, plaine, explication 
que sembleraient justifier les vastes étendues de terrain plat 
qui environnent Châlons et Troyes, soit du celtique Kann- 
pann, blanc pays, définition exacte si l'on songe que la Cham- 
pagne véritable est la Champagne dite Pouilleuse où la craie 
esta fleur de terre. 

2. Grég. Tur. IV, 17. 

3. Grég. Tur. Mil, i3. 



- .4- 

Au-dessus des Comtes, il y avait en Champa- 
gne, à répoque mérovingienne, les Ducs. Le pre- 
mier que l'on connaisse s'appelait Lupus (i), il 
appartenait à cette aristocratie, amie des lettres 
quoique barbare, qui au milieu de réj^ouvantable 
ruine de la littérature et de la civilisation romaine 
sut accueillir et récompenser le poète Fortunatus 
dont la reconnaissance s'exhalait en ces termes : 
(( Que les grands hommes de l'antiquité, que les 
noms élevés d'autrefois cèdent tous la place ; ils 
sont vaincus par les mérites du duc Lupus. En toi 
seul tu réunis les vertus et le génie du sage Sci- 
pion, du prudent Caton et de l'heureux Pompée. 
Consuls ils ont été les soutiens de Rome, Duc tu 
ramènes Rome au milieu de nous ». 

Ce duc était fonctionnaire austrasien et n'avait 
donc sous son administration que la partie austra- 
sienne de la Champagne, Chàlons-sur-Marne et 
Reims ; Troyes était devenu ville de Bourgogne lors 
du second partage de l'empire frank après la mort 
de Clotaire h' en 56 1. 

Pendant la période Carlo vingienne (2), l'Aus- 
trasie est comme la Neustrie rayée de la carte des 
Gaules ; on voit surgir un royaume de Bourgogne 



1. D'Arbois de Jubainville. Histoire des Ducs et des Com- 
tes de Champagne. Tome I, page 22. 

2. D'A. de Jubainville. Loc. cit. Tome I, page 07. 



10 



nouveau et qui ayant le Rhône et la Saône pour 
limite occidentale ne peut comprendre Troyes et 
ainsi disparaissent les raisons politiques qui avaient 
fait scinder en deux la Champagne. 

Dès lors le Comté de Troyes (les ducs ont fait 
place aux Comtes), prenant peu à peu de vastes 
proportions, englobe une grande partie delà Cham- 
pagne mérovingienne et lui adjoint de nouveaux 
territoires, et, en même temps que la Royauté féo- 
dale crée une nouvelle France, on voit se former 
aussi une Champagne nouvelle dont Troyes devint 
la capitale. 

Le premier Comte de Troyes est Abdéram, il 
n'avait aucun droit transmissible à ses héritiers. 

Le second fut Eudes de France (854-8"8) ; il béné- 
ficia du droit que s'étaient arrogés les seigneurs, 
après la mort de Charles le Chauve de faire pas- 
ser de leur propre autorité, sur la tête de leurs 
enfants, les offices qu'ils tenaient eux-mêmes du 
roi (i) ; ce n'était donc plus à tilre viager que le 
Comté de Troues appartenait à la maison de 
France quand des mains d'Eudes il passe dans 
celles de Robert. 

Robert, roi de France, conserva le Comté de 



I, L'édit de Kiersy-sur-Oise, rendu par Charles le 
Chauve, n'a pas, comme on le dit quelquefois, consacré 
l'hérédité des offices. 



— i6 — 

Troyes qu'il transmit en mourant à Herbert II, 
comte de Vermandois, son gendre, en 923. Il devait 
rester dans cette maison jusqu'en 10 19, date de la 
mort d'Etienne, dernier comte de Vermandois titu- 
laire du Comté de Champagne. 

Les possessions de la maison de Vermandois- 
Champagne s'étendaient (i) alors dans les diocè- 
ses de Paris, de Soissons, de Reims, de Chàlons- 
sur-Marne, de Sens, d'Auxerre et de Langres. 

Eudes de Blois succéda à Etienne de Verman- 
dois dont il était cousin au cinquième degré, alors 
que le roi Robert n'en était que le parent au sep- 
tième degré. Eudes avait comme parent des droits 
supérieurs à ceux de Robert ; mais à cette époque 
le droit de succession aux fiefs en ligne collatérale 
n'était point encore parfaitement établi, et le roi 
pouvait prétendre qu'Etienne, étant parent trop 
éloigné, le Comté de Champagne se trouvait sans 
héritier et devait faire retour au domaine royal. 

I. D. A. de Jubainville. Loc. cit., t. I, p. 186. 

Diocèse de Paris: Abbaye de Lagny. 

Diocèse de Soissons : Oulchy, Château-Thierry. 

Diocèse de Reims: Epernay et probablement Fismes. 

Diocèse de Chàlons-sur-Marne : Vertus, Vitry-le-Fran- 
çois et Saint-Dizier. 

Diocèse de Sens : Provins et Auxon. 

Diocèse d'Auxerre: Une partie du ïonnerrois, c'est-à-dire 
au moins Chaource et Sainte-Vertu qui déjà au ix« siècle 
dépendaient du Comte de Troyes. 



— 17 — 

Eudes, très actif, se mit rapidement en possession 
de la succession en liti<^e, et Robert, bien qu'à 
regret, dut lui donner l'investiture du Comté de 
Champagne en 1019(1). 

En II25, Hugues, à qui appartenait Troves, se 
retira du monde en laissant ses possessions à son 
neveu Thibaut II qui avait déjà hérité de tous les 
biens d'Etienne-Henri comte de Blois, de Chartres 
et de Meaux. 

I, D'A. de Jubainville. Loc. cit., t. II, p. 34. 

Principales possessions de la Maison de Blois en Cham- 
pagne de 1019 à 1090 : 

Bar-sur-Aube à partir de 1077, Binson près Epernay, La 
Celle arrondissement de Coulommiers, Charleville arrondis- 
sement d'Epernay, Charmentray arrondissement de Meaux, 
Château-Thierry, Chàtillon-sur-Marne arrondissement de 
Reims, Croissy arrondissement de Meaux, Donchery arron- 
dissement de Sedan, Epernay, Gournay-sur-Marne arron- 
dissement de Pontoise, Margery arrondissement de Vitry- 
le-François ; Montieramey arrondissement de Troyes, Mon- 
tier-en-Der arrondissement de Vassy, OuIchy-le-Château, 
Poivre arrondissement d'Arcis, Provins, Reims possédé 
momentanément par Eudes vers 1022, Romaines arrondis- 
sement d'Arcis, Rosnay arrondissement de Bar-sur-Aube, 
Rouilly Saint-Loup arrondissement de Troyes, Rosoy-en- 
Brie arrondissement de Goulommiers, Sézanne arrondisse- 
ment d'Epernay, Saint-Florentin arrondissement d" A uxerre, 
Sainte-Savine arrondissement de Troyes, Troyes, Yassy, 
Vaucouleurs arrondissement de Commercy, Yentelay arron- 
dissement de Reims, Vertus, Villiers arrondissement de 
Tonnerre, Vitry-en-Perthois. 



~ i8 — ^ 

Dans sa ^i^"" lettre, saint Bernard donne à 
Thibaut le titre de comte de Champagne; mais ce 
prince ne le prend jamais et sMntituIe la plupart 
du temps cornes Blesensis (i) : comte de Blois. 

Ce n'est qu'à la mort de Thibaut II, en iiSa, que 
le comté de Champagne et de Brie fut définitive- 
ment organisé. Jusque-là les possessions de la Mai- 
son de Blois en Champagne et en Brie ne sem- 
blent qu'un accessoire ; mais, quand au xii* siè- 
cle les comtes de Blois durent céder le pas à la puis- 
sance des comtes d'Anjou, ils visèrent à s'étendre 
du côté de Paris où ils étaient sans rivaux et y 
parvinrent avec une habileté persévérante. En 
II 52 Troyes devient fief dominant et forme avec 
ses dépendances le lot de l'aîné des lils de Thil^aut 
à qui Blois et Chartres doivent homuiage. 

Le comté de Champagne, avec Troyes pour capi- 
tale, est défmitivement fondé et ne subit que de 
très légères modifications jusqu'à sa réunion à la 
Couronne. 

En 1152(2), le comté de Champagne, comme tous 
les grands liefs, se composait de deux sortes de 
biens territoriaux : le domaine propre (3) et les fiefs. 
Constituaient le domaine propre les localités où le 



1. Bourquelot.i//i;/o//'^ de Provins, T. II, p. 379. 

2. D'Arbois de Jiibainville, Loc. cit. Tome II, p. /|2i. 

3. On ditencorele domaine proche. 



-- 19 — 

comte possédait la seigneurie immédiate ; étaient 
fiefs celles où il n'avait que la suzeraineté. 

Le domaine propre était, en Champagne, divisé 
en Châtellenies ou Prévôtés qui avaient chacune 
pour chef-lieu le principal centre de population, 
point spécialement fortifié où se trouvait une for- 
teresse qualifiée de château à l'exclusion des autres 
forteresses du même district. 

Les Prévôtés des comtes ds Champagne étaient 
en ii52 au nombre de vingt-huit, dont les chefs- 
lieux sont aujourd'hui situés dans six départe- 
ments : 

Aisne, deux prévôtés: Château-Thierry, Oulchy. 

Aube, neuf prévôtés : Bar-sur- Aube, Ervy, Isle- 
Aumont, Mairy-sur-Seine, Payns, Pont-sur-Seine, 
Rosnay, Troyes, Villemaur. 

Haute-Marne, une prévôté : La Ferté-sur-Aube. 

Marne, dix prévôtés : Bussy-le-Ghàteau, Chàtil- 
lon-sur-Marne, Fismes, Epernay, Lacliy, Sézanne, 
Mareuil-sur-Ay, Montfélix, A^ertus, Vitry. 

Seine-et-Marne, cinq prévôtés : Bray-sur-Seine, 
Coulommiers, Meaux, Montereau, Provins. 

Yonne, une prévôté: Saint-Florentin. 

Les ficfs qui relevaient du comte de Champagne 
étaient au nombre de deux mille trente. 

Le domaine propre des comtes était administré 
par vingt-cinq prévôts, fonctionnaires temporai- 
res et amovibles. A côté d'eux, dans treize prévô- 



20 

tés, on trouve des vicomtes qui étaient héréditai- 
res et faisaient partie du baronnage féodal. 

On les trouve à : Château-Thierry, Oulchy, Bar- 
sur-Aube, Payns, Rosnay, Troyes, Mllemaur, 
Chàtillon-sur-Marne, Mareuil-sur-Ay, LaFerté-sur- 
Aube, Saint-Florentin. 

Ce résumé géographique nous a paru utile pour 
déterminer le cadre exact dans lequel nous voulons 
étudier le mouvement communal. 



§2. — Condition des habitants lorsque se dessine 
le mouvement communal. 



Le mouvement communal se manifesta vraisem- 
blablement en Champagne avant Henri le Libé- 
ral, mais de façon certaine sous son régne. 

Ce prince, chef suprême de l'administration 
dans ses Etats, s'acquittait de cette importante 
fonction avec l'aide d'un conseil composé de ses 
officiers et d'un certain nombre d'autres personnes, 
clercs ou laïcs ; il avait l'habitude de faire écrire 
au bas de ses chartes les noms des membres du 
conseil présent ; on retrouve ainsi un sénéchal, un 
connétable, un conseiller, des chambriers, des 
maréchaux, un chancelier. Ce dernier avait sous 
ses ordres un notaire attaché à la personne du 
comte et des scribes qui résidaient dans certaines 



21 

villes ; il donne à la commune de Meaux un scri- 
be qui jurera fidélilé au chancelier et à la commune. 
Meaux. Art. 3(). « Scriptorem dabit cancellarius 
communia' : quod si idoneus non videbitur majori 
et scabinis, ad consilium eorum ponet alium. 
Scriptor autem faciet lîdelitatem cancellario et 
communia? ». Faisaient encore partie du conseil des 
intimes du comte, des barons, des chanoines, tous 
en assez grand nombre. 

Pour son administration le comte était repré- 
? sente dans les villes par ses prévôts. 

La justice avait pour organes le tribunal du 
comte et le tribunal des prévôts (i) qui rendait la 
justice au nom du comte. 

i Le tribunal du comte se composait du comte 
I président et de deux de ses barons qui étaient pré- 
sents ; mais ces derniers étaient souvent là à titre 
purement consultatif. Le siège de la Cour d'Henri, 
n'avait aucune fixité ; elle suivait le comte dans 
tous ses déplacements et résidait là où il s'arrê- 
tait. 

A côté des prévôts étaient, nous l'avons vu plus 
haut, dans certaines chàtellenies, des vicomtes. 

On trouve en 1199, le premier règlement qui 
détermine la limite des attributions respectives des 
vicomtes et des prévôts ; mais établit-il un droit 

I. D'Arbois de Jubainville, loc. cit., tome III, page i56. 
Bourgeois a 



22 

nouveau ou n'est-il que la consécration d'un droit 
ancien ? Il concerne d'ailleurs le vicomte et le pré- 
vôt de La Ferté-sur-Aube et n'avait peut-être pas 
l'étendue d'une réglementation générale. 

En tout cas il en résulte que le prévôt était à 
l'égard du vicomte dans une situation d'infériorité, 
et que, le vicomte ayant une situation plus indé- 
pendante que le prévôt, ce dernier représentait 
plus directement les intérêts du comte dans la chà- 
tellenie. 

De plus si le prévôt peut quelquefois, au point 
de vue de la justice, se trouver en concurrence 
avec le vicomte, il avait seul l'administration 
financière des domaines du Comte (i). 

De droit commun, les habitants de la Champa- 
gne étaient, au xn'^ siècle, taillables à merci et les 
règlements qui déterminent au profit de certaines 
personnes le montant de la taille, ou qui la suppri- 
ment complètement, ont un caractère exceptionnel ; 
la règle générale est l'assujettissement à une taille 
arbitraire dont le chiffre est déterminé chaque fois 
qu'on la lève par les besoins, Favarice ou la dis- j 
crétion du seigneur. ! 

La plupart des habitants de Champagne étaient 
aussi mainmortables. 

Les mariages célébrés sans le consentement des ! 

I. D'Arbois de Jubainvillc. Loc. cit. Tome II, page [\'ii. 



— 23 — 

seigneurs entre deux serts de seigneuries diffé- 
rentes donnaient lieu à une peine pécuniaire que 
les feudistes désignent sous le nom de Ibrmariage ; 
quand cette règle était supprimée, c'était seule- 
ment au bénéfice des seris de deux seigneuries ; il 
y avait alors entre-cours. 

Le droit de suite, Tobligalion pour les hommes 
de ne pas transporter leur résidence hors de la 
seigneurie où ils étaient nés et le droit pour les 
seigneurs de les y contraindre était aussi en vigueur 
en Champagne à cette époque. 

Tel était, rapidement esquissé, le régime sous 
lequel vivaient les habitants de la Champagne lors- 
que se dessina le mouvement communal. 



CHAPITRE I 



ORIGINES DU MOUVEMENT COMMUNAL 
DANS LE COMTÉ DE CHAMPAGNE 



Il y a lieu de distinguer des origines lointaines 
et des origines immédiates. 

Le mouvement communal en Champagne fut-il 
le résultat, la suite d'anciens établissements, en 
un mot vient-il directement d'institutions romaines 
ou germaniques comme on Ta prétendu ou est-il 
l'œuvre exclusive de la royauté? Nous dirons qu'il 
n'est ni l'un ni l'autre et qu'il ne faut voir dans le 
mouvement communal qu'une évolution normale, 
logique, fruit de l'éducation sociale, des besoins 
politiques et économiques de nos ancêtres à cette 
époque, résultante aussi, non de la persistance des 
institutions romaines, mais des coutumes et des 
mœurs. 

Orisirines immédiates ce seront les indications 
contemporaines de ce mouvement, nous voulons 



— 26 — 

parler des privilèges, des afFranchissements parti- 
culiers qui ont précédé et acconipagné les privi- 
lèges, les affranchissements de masses ; ce seront 
surtout les créations même de communes, ce 
seront les chartes octroyées parles comtes. 

§ I. — Origines Lointaines. 

Les Municipalités du moyen âge nous viennent- 
elles des institutions romaines ou germaniques ? 
Des séries d'auteurs ont cru pendant longtemps, en 
se fondant sur les travaux de Raynouard, que les 
communes du midi avaient une origine romaine, 
et en s'appuyant sur les récits d'Augustin Thierry, 
que les communes du nord avaient une origine 
germanique ; mais devant Tabsence de documents 
relatifs à la constitution municipale des cités et des 
bourgs pendant quatre cents ans, du vu' ou xf siè- 
cle, il semble dillicile d'étayer cette opinion à l'aide 
d'arguments décisifs ; on a pu se livrer à des sup- 
positions, à des déductions ingénieuses, mais on 
n*a pas fourni une preuve. On n'est jamais par- 
venu à démontrer la perpétuité des institutions 
romaines. 

(( C'est en vain, dit J\I. Lucliaire (i), que Wau- 
ters (2) a essayé de ramener l'attention sur le rôle 

1. A, Luchaire. Les Communes françaises sous les Capé- 
tiens directs, page 12. 

2. Wauters. Les Libertés communales. 



— 27 — 

de rélémeiil romain, notamment ponr les princi- 
pes essentiels du droit municipal et de la consti- 
tution des biens conununaux. Ses affirmations 
reposent tantôt sur une interprétation téméraire 
des termes équivoques de la langue du moyen âge, 
tantôt sur une conception trop étroite de l'histoire 
des communautés urbaines, lesquelles ont leurs 
racines dans un passé infiniment plus reculé que 
ne se le figure riiistorien belge. La tradition 
romaine ne suivrait pas d'ailleurs à rendre compte 
de l'association militaire et civile fondée sur le ser- 
ment et aboutissant à l'indépendance politique 
des citoyens confédérés ». 

Ce système est inapplicable à la Champagne, 
moins soumise que les provinces du midi à l'in- 
fluence et à l'administration romaines. 

L'orig-ine germanique serait certainement plus 
vraisemblable ; mais elle nous apparaît cependant 
inadmissible. 

Après que Clovis eut pénétré en Gaule, les Bar- 
bares divisés, en tribus, subdivisées en centaines, 
avaient des assemblées particulières dans les- 
quelles ils se réunissaient pour régler ce qui était 
relatif à l'intérêt de tous les membres de la cen- 
taine ou de la tribu ; c'est là que la justice était 
rendue par le chef, de l'avis de tous les hommes 
libres ; ces réunions s'appelaient maUiim ou 
placitum. On retrouve dans les villes et villages 



— 28 — 

de commune cette assemblée générale avec l'as- 
sistance obligatoire. 

Au surplus rinstitution des Scabini, faite par 
Charlemagne, d'où sont venus plus tard les éche- 
vins, espèce de juges tenant leur juridiction du 
souverain, mais choisis par lui avec l'assistance du 
peuple, témoigne que la vie municipale subsistait 
encore de son temps. 

Lors de la chute de l'empire franc, ces scabini 
gardèrent le rang qui leur avait été attribué. « Au 
x^ siècle (i) ceux auxquels les actes publics ou pri- 
vés donnent le titre de scabini ne tiennent plus 
rien de la réforme judiciaire à laquelle leur nom 
se rattache, ils administrent en même temps qu'ils 
jugent et leur droit de justice, en concurrence 
avec la justice seigneuriale, reste comme une der- 
nière garantie delà liberté civile». 
/ Ainsi jusqu'après Charlemagne les municipali- 
/tés furent indépendantes ; les campagnes commen= 
/ çaient bien à subir la féodalité, mais les villes 
I étaient encore libres de ce joug. Lorsqu'il leur fut 
? imposé ce fut par des hommes qui se prétendaient 
d'abord les représentants des empereurs, ses com- 
tes ou gouverneurs en son nom ; ces comtes se 
transformèrent ensuite en seigneurs comme les 



I. Augustin TliieiTY. Considérations sur V Histoire de 
France, p. 5. 



— 29 — 

comtes de Toulouse, de Paris, de Poitiers, de Blois, 
que l'on voit apparaître aussitôt que la féodalité 
se constitue ; cet asservissement, du reste, fut faci- 
lité par les successeurs de Charlemagne lorsque 
pressés par les circonstances, harcelés par les 
incursions des Normands, trop faibles pour suivre 
avec persévérance les idées centralisatrices et 
administratives du grand empereur ils permirent 
aux comtes qui les représentaient auprès des cités 
de rendre leurs titres et leurs fonctions hérédi- 
taires. 

Les villes, sous les derniers Carolingiens, étaient » 
donc entièrement tombées sous la domination des | 
seigneurs ; cela résulte non seulement des droits F 
incontestables que ces seigneurs s'étaient arrogés 
sur la masse populaire, mais encore des luttes que 
presque partout les communes entreprirent plus 
tard pour conquérir leurs libertés. Il est évident 
que si les communes avaient existé, les habitants 
des villes n'auraient pas eu à combattre pour les 
faire consacrer, plus encore pour les faire créer. 
A^oici comment ïhouret (i) résume ce qu'était la 
puissance des seigneurs des villes : « Quand les 
comtes eurent changé leur magistrature en fiefs 
héréditaires, ils se rendirent indépendants et sou- 

I. Thouret. Observations sur l'Histoire de France. Livre 3, 
par. I, 



— 3o — 

verains comme les autres grands vassaux et alors 
ils exercèrent sur les bourgeois des villes la même 
autorité que les seigneurs avaient acquise sur les 
vilains de leur terre ». D'ailleurs cette persistance 
du régime municipal que romanistes et germanis- 
tes veulent voir dans les villes était, tout le monde 
le reconnaît, disparue des campagnes où s'érigè- 
rent cependant plus tard nombre de communes. 
Les villes, les villages n'avaient donc plus de 
' représentants administrateurs et juges, la chaîne 
I est rompue entre les institutions germaniques et 
les institutions communales, il n'y a plus de munici- 
^ palités et de citoyens, il y a des sujets, des vassaux, 
\ des vilains. c( Sans doute (i), certaines institutions 
de l'époque franque (par exemple celle de la cen- 
taine et des juges nommés éclievins) ont persisté 
jusqu'au xn? siècle et se sont trouvées englobées 
dans le régime communal. D'autre part plusieurs 
articles de la législation civile, pénale et de procé- 
dure que renferment nos chartes urbaines déri- 
vent manifestement du droit germanique. Mais 
tous les rapprochements qu'on a pu faire quant 
au nombre, aux attributions, au mode d'élection 
des magistrats municipaux, à la constitution des 
assemblées, entre le régime des villes libres de 
l'époque capétienne et les institutions signalées 

I. A. Luchaire. Loc. cit., page i3. 



— 3i — 

chez les peuples germaniques avant et après Tin- 
vasion, reposent encore sur des analogies proba- 
blement accidentelles ; les textes qui établiraient 
une dérivation certaine font toujours défaut ». 

D'où vient donc le mouvement communal ? Ce 
fut, selonnous, la résultante d'un faisceau de volon- 
tés, d'idées, conséquences elles-mêmes de l'âge, si 
nous pouvons ainsi parler, du plus d'expérience, 
d'éducation politique et sociale des groupements 
d'individus. 

Ce qu'il y a de curieux en effet dans ce mou- 
vement, c'est que, se produisant partout au même 
moment, il ne fut cependant empreint d'aucune 
solidarité intercommunale ; il faut donc chercher 
en dehors d'une entente l'idée génératrice d'un 
pareil ensemble. Cette idée est à notre avis l'œu- 
vre de la tradition; on n'improvise pas plus un 
peuple administrateur, juge, qu'un préfet, un ma- 
gistrat, un député, j'entends compétents; il faut 
une lente préparation et c'est parce que leurs ancê- 
tres avaient eu la notion, la pratique d'une liberté 
plus grande que les habitants des villes et villa- 
ges du moyen âge réclamèrent pour eux l'auto- 
nomie. 

Si, en effet, nous nions qu'il y ait eu transmission 
directe, officielle en quelque sorte, de pouvoirs 
entre la civitas romaine ou la tribu germanique et 
la municipalité du moyen âge, nous reconnais- 



— 32 — 

sons rinfluence certaine de ces institutions sur 
celles dont nous nous occupons. 

La commune a été dans l'évolution du peuple 
français Torganisation logique, Tétape nécessaire 
qui devait le mener d'un individualisme exagéré 
et stérile à une association féconde en résultats 
politiques, économiques et sociaux, et le guider, 
par une communauté d'intérêts et de besoins, au- 
delà du village, jusqu'à la conception du groupe- 
ment provincial. Ce mouvement fut à la fois cen- 
tralisateur et décentralisateur, il fallait que les 
gens aient l'idée d'une centralisation moyenne, 
la commune, pour parvenir à une centralisation 
plus grande, la province, en attendant une centra- 
lisation plus haute réalisée par l'idée de patrie et 
d'une France dirigée par un pouvoir unique. Là 
était l'enchaînement régulier, là était la construc- 
tion normale de l'édifice national, et c'est pour 
ravoir grandiosemcnt méconnu dans une hâte 
admirable que Fœuvre de Charlemagne, œuvre 
d'un génie plus avancé que son siècle, s'est écrou- 
lée lamentablement, laissant tomber çà et là, 
commeautant de débris, ces anciens fonctionnai- 
res qui, usurpant les pouvoirs du chef suprême^, 
devaient établirla tyrannie féodale sans rempla- 
cer les intermédiaires administratifs qu'ils étaient 
et agir avec un rigoureux absolutisme.- De là des 
rivalités, des guerres, et les habitants rançonnés. 



— 33 — 

toujours occupés à relever des ruines amoncelées 
à nouveau, perdirent au milieu de ce chaos sinon 
le souvenir, du moins l'exercice de leurs libertés 
municipales. 



§ 2. — Origines immédiates. 

On a longtemps attribué à la royauté et en par- 
ticulier à Louis le Gros l'initiative des premiers 
affranchissements de commune. Cette opinion 
résultait de Texamen des chartes où le roi a ligure 
comme intermédiaire entre les seigneurs et les 
habitants dont il se constituait le souverain arbitre; 
mais elle avait le tort de faire un ensemble de quel- 
ques actes particuliers, sans remarquer suffisam- 
ment combien le territoire soumis à l'autorité 
royale était borné, combien il y avait loin d'un 
gouvernement régulier à la polyarchie du moyen 
âge où tout était privilège, loi particulière et où 
le droit n'avait aucun caractère de généralité. 
M. Esmein (i) dit combien peu était fondée la 
thèse jadis classique reproduite dans le préambule 
de la charte de 1814 (2), d'après laquelle l'éman- 

1 . Esmein. Cours d'Histoire du Droit Français, 2" édition, 
page 294.. 

2. u Nous avons considéré que, bien que l'autorité tout 
entière réside en France dans la personne du roi, nos prédé- 



-34- 

cipation des villes en France avait été une œuvre 
spontanée et voulue de la monarchie capétienne, 
aurait été. due à son initiative et à son action. Le 
caractère général et européen de l'émancipation 
des villes au moyen âge sullit à montrer qu'il y a 
là un produit naturel de la société féodale, une 
réaction que devait forcément engendrer ce sys- 
tème. On peut constater également, par le détail, 
que la monarchie capétienne cherche plutôt à 
réduire Témancipation municipale sur son propre 
domaine : elle la favorisa, il est vrai, sur les domai- 
nes de ses vassaux directs, mais sûrement parce 
qu'elle y voyait un affaiblissement de ces derniers ; 
elle essaya d'ailleui's de bonne heure de se faire la 
protectrice et en même temps la tutrice des villes 
privilégiées dans le royaume ; c'était étendre son 
pouvoir. Bref quand les seigneurs féodaux furent 
suffisamment réduits et disciplinés elle confisqua 
sans vergogne l'autonomie municipale ; son action, 
au surplus, fut absolument nulle en Champagne, 
sur l'octroi des chartes de communes. 

On s'est encore efforcé de faire provenir les 
communes directement des associations de mar- 

cesseurs n'avaient pas hésité à en modifier l'exercice, suivant 
la différence des temps ; que c'est ainsi que les communes 
ont dû leur affranchissement à Louis le Gros, la confirma- 
tion et Textcnsion de leurs droits à Saint Louis et à Philippe 
le Bel ». 



— 35 — 

chauds qui, partout où il y avait des transactions •■ 
commerciales conséquentes, se formèrent pour la ! 
défense de leurs droits. 

Il y eut certes, en Champagne, un commerce 
développé ; les foires de Champagne donnaient 
lieu à des opérations commerciales de beaucoup 
les plus importances du monde d'alors ; elles se 
tenaient à Troyes, à Provins, à Bar-sur- Aube, à 
Lagny et il s'y produisait un grand mouvement 
d'argent ; ce qui le prouve c'est qu'elles étaient 
prises au xip siècle pour terme de paiement (i). 
Il y venait des marchands des Flandres, des mar-v 
chands et surtout des changeurs italiens ; le témoi- \ 
gnagne nous en est fourni par ce fait que le Sénat | 
de Rome, vers ii58 avait ordonné la frappe d'une 
monnaie au type provinois (2). 

Il y eut en Champagne, à Provins en parti- 
culier, une autorité marchande. « Dans sa charte 
de 1273, Henri le Gros parle des huit maîtres 
de draperie auxquels étaient départis une auto- 
rité et une juridiction pai'ticulières, une juridic- 
tion de police sur le fait des métiers et des délits 
qui se commettaient, avec la faculté d'élire ceux 
qui devraient l'exercer selon des statuts particu- 
liers». Mais ce règlement, le premier dans l'ordre 



1. D'Â.rbois de Jubainville. Tome III, page 280. 

2. Bourquelot. Histoire de Provins. Tome I, page 447- 



L 



— 36 — 

chronologique, est bien postérieur à la création de 
la commune de Provins et n'eut sur elle aucune 
influence ; on peut en dire autant des associations 
de marchands de la ville de Troyes, et cela vient de 
ce qu'elles se sont confinées volontairement dans 
un domaine exclusivement commercial. Que si 
parmi les noms des magistrats communaux on 
trouvait des noms de marchands, cela ne prouve- 
rait encore rien ; il était tout naturel de mettre à la 
tète de la commune ceux qui en étaient les pre- 
miers par leurs aptitudes commerciales, leurs 
richesses et leur renommée. 

Les associations de marchands avaient en Cham- 
pagne une influence moins grande que dans les 
Flandres, et cela tient à ce que les comtes avaient 
pris sous leur protection les foires dont ils tiraient 
un revenu considérable, assurant Tobservance 
rigoureuse des règlements, déployant une inces- 
sante surveillance. Les foires sont une des matières 
qui ont été le plus réglementées au moyen âge. 

La juridiction sur les marchands était, auxir siè- , 
cle, exercée par le prévôt dans une loge de bois 
établie au milieu du champ de foire et qu'on enle- 
vait quand la foire était terminée. Une charte de 
l'an II j(i (i) accorde les bois de ces loges auxmar- 

I. Analyse, Bibl. Nat. Collection de Champagne. Topogra- 
phie. Tome, i35, page 3o5. 



-37 - 

guilliers de Saint-Quiriacc de Provins qui s'en 
serviraient pour réparer les bras des cloches. Au 
xiir siècle apparaissent des fonctionnaires spéciaux, i 
connus sous le nom de gardes des foires, custodes ' 
nuTidinariun ; ils étaient chargés delà police. Mais 
il n'existait pas au moment des créations de com- 
munes de ces associations légiférant, jugeant sur 
ce qui avait trait au commerce, toute l'autorité 
était alors entre les mains du comte. Nous avons 
étudié avec attention l'ouvrage de M. Bourquelot 
sur les foires de Champagne (i) qui est certai- 
nement le meilleur, le plus documenté sur la ma- 
tière, et nous avons pu nous convaincre que les 
corporations des marchands champenois avaient 
été complétemcnl étrangères au mouvement com- 
munal. 

Si nous refusons toute filiation entre les insti- 
tutions romaines et germaniques et les communes 
de la Champagne, si les corporations de marchands 
ont été sans action sous leur obtention, qui donc 
a été en Champagne le véritable auteur des com- 
munes ? Sont-ce donc les comtes ? 

Presque partout ailleurs nous pourrions hardi- 
ment répondre non et nous serions d'accord en 



I . Etudes sur les Foires de Champagne, sur la nature, l'é- 



-y 

tendue et les rcijles du commerce qui s'y faisait aux xif, A 
xiii*^ et xiv siècles, par F. Bourquelot. 

Bourgeois ^ 



— 38 — 

cela avec les autorités en la matière, notamment 
avec M. Luchaire. « D'ordinaire, dit-il (i), l'avé- 
nemeiit de la bourgeoisie au rang de puissance 
politique n'a pu avoir lieu pacifiquement. Ou bien 
le seigneur a lutté contre ses sujets rebelles, ou 
bien il a redouté la lutte et s'est incliné devant le 
fait accompli ; il a fallu, en tout cas, que le peu- 
ple eût conscience de sa force et imposât sa volonté. 
C'est ce que prouvent les épisodes dramatiques 
que les récits d'Aug. Thierry ont rendu à jamais 
célèbres, l'énergie brutale avec laquelle nos Capé- 
tiens du xn^ siècle reprimèrent les tentatives com- 
munalistes faites sur certains points de leurs 
domaines ; enfin ce sentiment unanime de répul- 
sion et de colères que l'apparition des premières 
communes souleva dans les rangs de la classe 
noble et du clergé. » Malgré la grande autorité de 
M. Luchaire, nous nous refusons à rester dans le 
dilemme dans lequel il voudrait, au début de notre 
citation, tenir renfermée la question communale 
et nous dirons qu'en Champagne la création des 
communes est due entièrement à la générosité et 
à l'habileté des comtes. 

I. A. Luchaire. Loc . r/V., page i6. 



CHAPITRE II 



CARACTERES PARTICULIERS DU MOUVEMENT COMMUNAL 

DANS LE COMTÉ DE CHAMPAGNE. 

RxilSONS POUR LESQUELLES LES COMTES ONT ÉTABLI 

DES COMMUNES, LEUR FAÇON DE PROCÉDER 



Ce qui caractérise le mouvement communal en 
Champagne, c'est ral)sence de toute exaltation, de 
tout seiilimeiit révolutionnaire (i) (2). On s'en 
rend compte à lire toutes les histoires de la Cham- 
pagne, surtout le livre admirable et si complet 

I. Il ne faul pas oublier que notre travail porte unique- 
ment sur les territoires de Chanqiagne placés entièrement 
sous la domination du Comte. 

'2. « 11 s'opère, au xui^ siècle, dans les provinces de 
Clianq)agne et de Brie, un mouvement communal tout par- 
ticulier ; Kl sans doute les seigneurs avaient laissé à leurs 
vassaux une liberté assez grande pour se livrer fructueuse- 
ment à l'industrialisme et cela suffisait dans un temps où 
le besoin d'indépendance n'était guère qu'une passion d'in- 
dividualité. » Guizot, Histoire de la civilisation en France, 
tome 5. 



-4o- 

que M. D'Arbois de Jubaiuvillea fait d'après cet 
aiilre ériidit consciencieux et plein talent qu'était 
Levesque de la Ravaillère dont les manuscrits for- 
ment plusieurs volumes de la colleclitui de CJuini- 
pagne à la l^ihliollièque Nationale. Tous les histo- 
riens sont d'accord pour représenter les Champe- 
nois, si vaillants et si redoutables à rennemi, 
connue une population paisible, amie de Tordre, 
delà tranquillité et du pouvoir, facteurs indispen- 
sables au développement pratique de leurs gran- 
des aptitudes conunerciales. Aussi pas de ces 
luttes intestines, pas de heurts violents, pas même 
de pression exercée sur des comtes (i) (2). 

De rexamen même des chartes il résulte que la 
commune n'a pas été vivement désirée par les 
Troyens et les habitants de la région ; la teneur 
générale de la charte de Troyes accordée à Pro- 
vins, Bar-sur-Seine, Villemaur, en est une preuve; 
elle est conçue en termes tels qu'il en ressort que 



1. u Sous la puissance immcdiale des comtes de Champa- 
gne le bienfait de la liberté descend du seigneur à ses vas- 
saux. )) Bourcpielot. Loc. cit., I, page 198. 

2. « La maison de Champagne à la lin du xu^ siècle, est 
déjà parvenue à un degré de puissance et de splendeur qu'une 
polili(|ue liabile va encore rehausser. Tous ses membres 
depuis Thibaut le vieux et Henri le Libéra) jusqu'à Thibaut III 
et Tbibaut IV sont résolument à la tête du mouvement 
d'émancipation sociale. » Bonvalot. Loc. cit., page i35. 



-4t - 

cet acto était Tocavrô spDiitané3 de ïliil)aut IV, 
comte de Ciiampagiie, émanée de son propre mou- 
vement et de sa seule volonté (i) ; le diplôme de 
Tliiijaut ne contient pas un mot qui autorise à 
croire que les hourg'eois eussent été consultés pour 
Tobtenir. La commune, ailleurs le prix de tant 
d'efforts et de sang-, semble s'être établie à Troyes, 
Bar-sur-Seine, Provins, c'est-à-dire dans les villes 
les plus riches au milieu de l'apathie, de l'indilTé- 
rence ; n'en eût-on comme preuve que l'article 8 
de la charte de Troyes, en i2 3o, dans laquelle on 
prévoit la négligence des treize élus de la munici- 
palité à choisir parmi eux le maire : « cil treze 
esliront l'un d'aux a maeur chascun an dedans la 
quinzaigne que je les aurai nomez et s'il ne l'avient 
elleu dedans la quinzaigne je i elliroie l'un des 
treze ». Il est certain que si les choses municipa- 
les avaient eu un très grand intérêt pour les 
bourgeois, s'ils avaient exigé la commune, ils s'en 
seraient occupés avec ardeur, auraient surveillé 
avec un soin jaloux l'exercice de leurs prérogati- 
ves nouvelles, et le cas extraordinaire d'une grève 
d'électeurs ne se tut point présenté à l'esprit des 
comtes. 

Ce qui prouverait encore non seulement impli- 

I. Yallet de VirlviUe. Archives historiques de l'Aube, 
page 382. 



-42- 

citement que les boiirg'cois n'ont pas exigé la 
coniniune à ïroyes, mais qu'ils n'y tenaient pas 
énormément c'est qu'ils prévoient sans amertume 
le cas où elle n'existerait plus et combien de temps 
après l'octroi de la charte de commune : deux ans ! 
La commune avait contracté envers un bourgeois 
de Reims nommé Chasier, et Aveline, sa femme, un 
emprunt à charge de soixante livres parisis de 
rente viagère et constatait ainsi son obligation : 
({ Ego major, nos scabini et omnes cives, totaque 
communitas, » etc., notumlacimus.,., et terminait 
en ces termes : « Si vero aliquocasu contigerit (juod 
non esset communia in civitate Trecensi, nicliilo- 
minus nos omnes, et successores nostri, unus- 
quisque in solidum teneremur ad omnia promissa 
observanda et ad ea tenenda, tani nos quam suc- 
cessores nostros, quantum possumus, obligamus. 
Actum anno gratiee millesimo ducentesimo trice- 
simo secundo, Meuse Decembris » (i). Encore une 
fois si la commune avait été péniblement acquise 
par la ville de Troyes, celle-ci n'aurait pas pris si 
délibérément parti de sa suppression. Et ce qui 
s'est passé pour Troyes, la ville capitale, peut être 
généralisé pour tout le comté, les Champenois 
ayant déjà à cette époque une homogénéité due à 

I. Carlulaire de la ville de Troyes, folios 8 et 9, cite dans 
ç\ Arbois de Jubainvllle, tome V. page 020. 



- 43 - 

Tart avec lequel les comtes exerçaient leur auto- 
rité, due à ces foires dispersées aux quatre coins 
de leurs possessions et sur lesquelles ils étendaient 
Tuniformité de leur surveillance, de leurrèirlenien- 
tation, de leur protection. 

Pour quelles raisons les comtes ont-ils accordé 
des comnuines dont Tautonomie plus ou moins 
grande était un amoindrissement de leur sou- 
veraineté ? 

A coup sûr les marchands qui venaient aux foi- 
res de Champag'ue ne transportaient pas seule- 
ment des marchandises, ils étaient également les 
colporteurs des idées émancipât rices qui, en Flan- 
dre particulièrement, agitaient les masses oppri- 
mées et durent en faire à leurs collègues de Cham- 
pagne des récits enthousiastes ; mais les comtes 
eux aussi étaient au courant de ce qui était alors 
les idées modernes, les idées réformatrices. Ils 
n'étaient pas seulement des guerriers, mais des 
administrateurs, ils n'étaient pas des batailleurs 
mais des politiques ; ils n'allèrent pas à rencontre 
du mouvement émancipât eur (i), et mettant en 
pratique cette maxime qu'en politique il faut pré- 

I. « Si ce mouvement fut peu sensible en Champagne, c'est 
que les comtes furent assez habiles pour prévenir toute 
émotion populaire par l'octroi de Chartes plus ou moins 
libérales ». Poinsignon^ Histoire de la Champagne et de la 
Brie, page 199. 



-44- 

voir, se rendant compte de ce que ces tendances 
libérales avaient et auraient surtout d'irrésistible, 
j loin d'aller à rencontre ils s'en emparèrent pour 
5 les diriger et leur donner la satisfaction com})atible 
avec le maintien de Tordre et la responsabilité du 
pouvoir souverain. Ils n'ont pas été les créateurs 
du mouvement communal, résultat de la tendance 
des esprits et d'influences antérieures et extérieu- 
res (nous voulons par ce dernier mot viser le 
reflet qu'ont pu projeter sur nos communes, les 
: communes étrangères à la Champagne), mais ils 
ont eu l'habileté grande d'être les créateurs des 
communes. 

M. Luchaire (i) n'est pas assez compréhensif 
quand il dit que « îa révolution communale est 
un événement national », c'est plutôt un événe- 
ment international, puisqu'il se produisit non seu- 
lement en France, mais en Italie, en Allemagne, 
dans les Flandres et c'est avec raison que M. Paul 
Viollet (2) a écrit : (( La Commune est, au même 
titre cjue la féodalité, un phénomène social indé- 
pendant, quant à son essence, des races, des lan- 
gues et des frontières ». C'était ce que nous avons 

1. A. Luchaire. Loc.clt., page i/|. 

2. P. Yioliet. Les communes frcmeaises au moyen âge. 
Extrait des Mémoires de f Acadéniie des Inscriptions et Belles 
lettres, tome 36, page 12. 



- 4-^ - 

appelé rétape nécessaire sur la voie du progrès, 
c'était le groupement couiuiunal précédant le g'rou- 
pement provincial. 

Les communes voisines n'ont pas du reste été 
sans inlluence sur les ncMres, soiî: que les luttes 
énergiques des bourgeois d'une région aient donné 
au triomphe de leurs revendications un écho plus 
retentissant, soit que le côté pratique ou généreux 
d'une charte ait apparu davantage dans certaines 
parties du territoire : c'est la charte de Soissons, 
manifestement imitée parla charte de Meaux, ainsi 
qu'en témoigne le rapprochement entre elles deux, 
et à défaut la lecture de l'article Sj de la seconde 
qui renvoie en cas de difliculté d'interprétation au 
témoignage et à la connaissance des jurés de 
Soissons : « Si autem dissentio aliqua post modum 
emerserit, videlicet de judicio sive de aliquo quod 
non sit in liac cartàprœnotatum secundum cogni- 
tionem et testimonium juratorum conmiuniœ 
Suessionensis emendabitur » ; c'est la charte de 
Beaumont que l'on peut^ de la mênie manière, se 
convaincre avoir été copiée par les Chartes de la 
Neuville-au-Pont, de Florent, où l'article 54 pres- 
crit aux maires, échevins et jurés d'avoir recours, 
en cas d'incertitude ou de lacune dans les textes, 
au droit et aux coutumes de Beaumont : « Major 
vero, scabini et jurati, de omnibus rébus quaenon 
continentur in liac cartà et de quibus judicare 



— 46 — 

dubitavcrint et certi non fuerint, liabcbunt revo- 
camentuniet recnrsnm ad jiis et consnetndines de 
Bello-Monte. 

Le mérite, l'hal)ileté des comtes a été de donner 
satisfaction à Fopinion avant qu'elle ne Teiit exi- 
g-ée ; ils octroyèrent du reste des communes dès 
1 179, peut-être même avant, à un moment où le 
mouvement communal s'esquissait seulement et 
en tous cas était sinon inconnu, du moins avait 
peu pénétré dans les mœurs et les aspirations des 
Champenois, puisque après 1179 Foctroi de com- 
nuines esta l'état d'exception, et que ce n'est qu'en 
i23o et les quelques années suivantes que la créa- 
tion de commîmes apparaît avec une intensité 
merveilleuse. Cet intervalle vient donc à rapi)ui 
de notre thèse que les populations champenoises 
n'ont jamais désiré vivement la commune, sans 
quoi auraient-elles attendu si longtemps sa réali- 
sation, l'auraient-elles patiemment espérée de la 
bonté de leur souverain et l'acuité de leurs désirs 
n'eût-elle pas été telle que des troubles se fussent . 
produits ? Et si les Champenois ont attendu, quelle 
autre raison en donner que la sécurité et la liberté 
dont ils jouissaient sous un gouvernement ferme, 
protecteur et accommodant ? 

I Cet esprit large et généreux des comtes se mani- 
feste de bonne heure, à cette époque où la poigne 
féodale se faisait si lourdement sentir aux épaules 



\ 



- 47 - 

populaires : il valut d'ailleurs à Ileuri, Tautcur de 
la Charte de Meaux, le surnom de Libéral. Ce prince 
en elFet, prodigue les alTranchissements particu- 
liers, les exemptions individuelles, imité en cela de 
ses successeurs : on les voit accorder des dispenses 
personnelles el partielles de Tost et de la chevau- 
chée, et cela souvent en reconnaissance de bons 
services, à des maçons, à des boulangers. Un autre 
bénéhce accordé par faveur particulière, mais plu- 
tôt à un groupement d'individus, à une aggloméra- 
lion, fut la taille par abonnement qui avait Tavan- 
tage de substituera une taille arbitraire une rede- 
vance fixe ; il y eut des communes c{ui luttèrent 
surtout pour obtenir ce résultat, les Champenois le 
tinrent de la libéralité des Comtes. 

Pourquoi, en dehors de ces tendances libérales, 
de cette connaissance exacte — on dirait aujourd'hui 
de la situation politique — pourquoi les comtes ont- 
ils obtempéré au désir latent de leurs bourgeois, 
avant môme que ceux-ci ne l'aient formulé d'une 
façon énergique ou menaçante ? Pour d'autres 
motifs dont l'un est moins élevé que les autres. 

C'est sous Thibaut IX, que non seulement fut à , 
son apogée, mais que se produisit surtout la créa. •; 
lion de communes, principalement en i23o et les/ 
quelques années suivantes ; il est bon de s'éclai- 



'v8 — 



— ^' 

rcr aux lumières de Thistoire de la Champagne à 
cette époque. D'Aiboisde Jubainville rappelle (i) 
la campag-ne terrible faite dans celte province con- 
tre Thibaut par les barons coalisés. « Nous avons 
déjà dit qu'ils étaient sous les nmrs de Troyes, 
probablement vers la fin d'août ; ce fut là que la 
guerre se termina, et si elle n'eut pas une issue 
aussi malheureuse qu'on l'aurait pu craindre, 
Thibaut le dut pour une bonne part à la fidélité 
des habitants de Troyes. Les préliminaires de la 
paix sont datés de septembre 1 280, l'acte par lequel 
Thibaut institue la commune de Troyes est aussi 
de septembre i23o, il est donc vraisemblable qu'il 
fut la récompense de la fidélité des habitants de 
cette ville. Celle des habitants de Provins qui, 
après la défaite de l'armée champenoise sous leurs 
murs, était restée inél)ranlable, reçut à la même 
date, la même rémunération. La concession de 
cette charte aux habitants d'Epernay, de Sézanne 
et de Vertus, peut être considérée comme une 
indemnité de la destruction de leurs villes pen- 
dant la guerre ». 

Ainsi les comtes ont accordé des communes 
par reconnaissance, à la suite de faits de guerre ; 
ils ont aussi pareillement agi dans l'intérêt de 
leur sûreté personnelle ; ils avaient vu à l'œu- 

I. Loc. cil, tome IV, p. 728. 



-49- 

vre les Cliampi^nois et savaient qu'ils pouvaient 
compter sur leur lidélité jusqu'à la mort : villes 
assiégées, villes détruites, désolation, ruines, rien 
n'avait pu la fléchir ; en la comparant à la versa- 
tilité féodale, comprenant que l'intérêt seul liait 
à lui ceux dont il était suzerain, il voulut en dehors 
d'eux constituer un bloc sur lequel il pourrait 
sans crainte asseoir sa puissance et c'est dans ce 
but, que pour se les attacher davantage, il réso- 
jut d'augmenter la force de ses gens en leur accor- 
dant plus de libertés. 

Sentant de quelle utilité considérable pouvait 
être pour lui les associations communales Thibaut 
IV créa ce qu'il put de « communes de bourgeois 
et de paysans auxquels il se fiait plus qu'à ses 
chevaliers ». 

Et qui est-ce qui nous fait cette révélation? C'est 
un chroniqueur contemporain, le moine Alberic 
de Trois-Fontaines « Cornes Campaniœ commu- 
nias biirgensiumjecit et rusticoriim in qiiibus ma- 
gis confidebat quam inmilitibus suis » (i). Voilà 
donc un témoin irréfutable venant prouver que ce 
sont les comtes qui ont créé les communes « fecit 
communias » et il n'est question dans ses récits 



I. Alberici Tr'nim Fontiam luonachi. chronicon, page 54 1, 
sub anno i23i. 



— 5o — 

d'aucun soulèvement, cFaucune tendance révolu- 
tionnaire. 

La conliance en ses sujets, voilà pourquoi Thi- 
baut donna une commune à Troyes en laSo et 
depuis étendit cet avantage à un si grand nombre 
de centres de population. Loin de nuire à ses 
prérogatives féodales les habitants en devinrent 
ainsi le plus ferme soutien. 

Mais il V a. disions nous, un motif moins noble 
auquel, il est vrai, les nécessités, les besoins de la 
guerre, dont Targent est le nerf, apportent une 
excuse ; c'est que, comme l'écrit Vallet de Viriville, 
les institutions de commune de Thibaut sont de 
véritables édits boursiers, et presque toujours les 
chartes octroyées par le comte ont un caractère 
de vénalité qui les déprécie. Ainsi (i) les bourgeois 
de Troyes s'engagèrent à payer une rente de 3oo 
livres par an, Chàtillon-sur-Marne etDormans 286, 
Provins 25o, Villemaur ijo, Bar-sur-Seine ii;;, 
La Ferté-sur-Aube 80. Ces chiffres sont assez cu- 
rieux en ce qu'ils peuvent nous donner une idée de 
rimportance comparative de ces localités. La valeur 
intrinsèque des 3oo livres dues par la ville de 
Troyes serait de 6.079 francs au pouvoir de 
20.396 francs. 

Loin donc de s'effrayer les comtes de Champa- 

I. D'Arbois de Jubainville. hoc. cit., tome I\ , page 728. 



01 



gne n'hésitèrent pas à adopter ce nouveau mode 
d'administration des villes et villages qui avait le 
bon côté de rendre les chefs de la cité et tous 
les habitants solidaires i)()ur lui fournir des trou- 
pes et lui payer des impôts. Chaque habitant 
avant cette constitution ne répondait que de sa 
dette, ne payait que sa quote-part sans être tenu 
de la solidarité avec les autres, il va en être autre- 
ment ; désormais aussi la ville ou le village qui obte- 
nait le droit de commune, s'engagea, sous des con- 
ditions variables, à fournir au seigneur des soldats 
qui formèrent la plus grande partie des troupes 
mises sur pied. D'où facihtés plus grandes pour 
le rassemblement des troupes et le recouvrement 
des impôts. 

Nous avons établi que ce sont les comtes qui ont 
été, en Champagne, les créateurs des communes. 

Leur façon de procéder était en général l'octroi 
d'une charte, et de leur propre initiative, à une 
agglomération d'habitants déjà existante; ou bien 
fondant un village, une ville neuve ils lui accor- 
daient en même temps le type communal, mais 
une manière plus curieuse était l'association. 

C'était un contrat imaginé du temps des fiefs et 
par lequel le Comte obtenait la co-justice hono- 
rifique et utile du lieu pour lequel il était fait, mais 
avec obligation de défendre ce lieu contre toute 
entreprise. 



^ 52 — 

Blanclic cjiii prit en main la direction du Comté 
de (^liampagne pendant la minorilé de son iils 
Thibanl W, tourna son attention sur les seigneurs 
voisins de la frontière du côté de la Lorraine et du 
Barrois, et se fit des alliés, des vassaux, de ceux 
cpii rentouraient. C'est pour cela qu'elle fait avec 
Louis, abbé de Saint-Vannes de ^^erdun, une asso- 
ciation concernant le village de Chaudefontaine, 
et sous la charge de défendre les religieux et les 
biens du prieuré, convient que les revenus seraient 
communs au Comte de Troyes et à l'abbé, que les 
habitants seraient obligés de servir à l'armée sui- 
vant l'usage de Sainte-lMenehould : elle leur donne 
en même temps des lettres de commune. Blan- 
che conclut avec le chapitre de Saint-Remy de 
Reims un pareil traité pour le village de ^'illiers- 
sur-Aisne, depuis Yilliers-en-Argonne en 1208; elle 
acquérait par ce moyen du terrain et des soldats. 
Enfin c'est à une association de ce genre que Flo- 
rent doit sa charte. 

Ainsi, nous lerépétons, encore, non seulement les 
comtes de Champagne ne fuient pas hostiles à 
l'établissement des communes, mais ils s'ingéniè- 
rent à en lavoriser la création ; ils avaient d'ail- 
leurs à leur égard une attitude bienveillante, et 
cette attitude qui prouve une fois de plus que nos 
communes n'ont pas été arrachées par la violence 
ou imposées par une pression quelconque, se mani- 



— 53 — 

feste par la protection qu'ils leur accordent en 
maintes circonstances vis-à-vis d'autorités ou de 
populations étrangères au Comté. Où éclate en 
particulier cette sollicitude, c'est dans Tacte par 
lequel Thibaut lY se porte caution pour une dette 
de la commune de Troyes dont nous avons parlé 
plushaut, acte de i232 (i): « Si veropretaxati Major 
Scabini et omnes cives totaque communitas Treca- 
rumtotum pra^dictum redditum et totam conven- 
tionem prtiedictam sicuti in litteris eorum inde con- 
fectis continentur, non redderent, proût dictum 
est, ego, Theobaldus Campanie et Brie Gomes Pala- 
tinus, pra^nominatus, infra quindenam quando a 
dictis Petroet Avelinâ, sive aliquo et parte eorum 
submonerer, eisdem Petro et Avelinœ tenerer red- 
dere, in quolibet anno, et cumprœdicto redditu.., 
per deffeclum solutionis Majoris, Scabinormn et 
civium et communitatis Trecarum, et inde posai 
omnes res nieas in abandonum et in jus et in legem ». 
Nous en avons fini avec les origines et le carac- 
tère du mouvement communal en Champagne, 
nous allons passer maintenant à l'examen détaillé 
des chartes des communes elles-mêmes. 

I. A . suprà, p. 38. 



Bourgeois 



CHAPITRE III 



LES COMMUNES CHAMPENOISES d'aPRÈS LEURS 

CHARTES 



On a donné plusieurs définitions de la commu- 
ne. Les uns (i) disent qu'elle est constituée par 
rassemblée des bourgeois assermentés, et en effet, 
on trouve dans certaines chartes le mot juraverunt, 
mais ce n'était là qu'une formule ou une forme nul- 
lement nécessaire à la constitution d'une com- 
mune ; il est certain (2) que, dans les premiers 
temps, ridée d'une entente réciproque confirmée 
par serment a été pour un bon nombre de Fran- 
çais la pensée qui se dégageait surtout du mot com- 
mune, en sorte que communia et conjuratio étaient 
pour ces hommes deux mots synonymes (3). Les 

I. A. Luchaire. Loc^ cit., page Ix"] . 

1. P. VioUet. Loc. cit., page 16. 

3. Brcquigny. Ordonnances, préface, pages 2^, 20. 



— 56 — 

autres donnant une délinition trop étroite pour 
être généralisée, mais qui s'appliquerait assez aisé- 
ment à la Champagne à raison de Tintervention 
du seigneur qui est exigée, écrivent en latin avec 
Du Cange (i) : «Incolarum urbis aut oppidi univcr. 
sitas, domino vel rege concedente, sacramento 
invicem certisque legihus adstricta». 

Nous adopterons un aperçu beaucoup plus large 
avec M. VioUet (2) qui « ramène ce qu'il y a d'es. 
sentiel dans Tidée de commune au droit d'un 
groupe important d'habitants d'avoir des manda- 
taires ou représentants permanents » chargés d'ad- 
ministrer et de rendre la justice, représentants 
permanents qui ne sont point du reste au moyen 
âge armés de pleins pouvoirs, car les membres de 
la commune interviennent souvent directement 
dans les affaires importantes. Cette conception nous 
permettra de ranger au nombre des communes 
même les lieux dont les chartes ne prononcent pas 
ce mot telles que laNeuville-au-Pont, Florent, admi- 
nistrés par un maire et des jurés élus chaque 
année par les habitants ; et les villes neuves telles 
que Villiers-en-Argonne où modestement quatre 
Jurés constituent la représentation des habitants ; 

1. Du Cange. Glossaire. V" Commune, édition de Niort, 
tome III. page /i52. 

2. P. Yiollet, LoCyciL, page i4. 



•^: 



cl nous le ferons d'autant mieux que Ton y trouve 
pour le moins le mol libcrfas, que Laferrière (t) 
considère comme ayant la même compréhension 
que le mot commune. 

Les premières communes instituées en Champa- 
gne le furent probablement par Thibaut II vers 
Tan 1 1 36, dans les villages d'Herbisse et de Villiers 
près de Troyes,par des lettres que détruisit le feu, 
mais qui auraient été confirmées par arrêt du Con- 
seil rendu en i6'jo. 

I ne date certaine est celle de Tannée 1179 : Henri 
le Libéral érigea en commune Meaux dont la charte 
contient le mot communia : c'est le type parfait 
de la commune. 

Sous Thibaut III ce furent Bussv-le-(^hàtel, Ainau- 
mont en 1200. Le mot commune n'y est point pro- 
noncé, il est remplacé par le mot libertas : « hanc 
concessi in posterum libertatem » ; il y a quatre 
jurés (Bussy, art. ;, Ainaumont, art. 9) qui repré- 
sentent les habitants et qui ont la justice puisque 
par les articles 2 à Bussy et 4 à Ainaumont, le 
Comte se réserve le vol, le rapt, l'homicide et le 
meurtre ; c'est donc que les autres délits ne tom- 
bent plus sous sa juridiction. 

Blanche. en i2o3, accorde àlaNeuville-au-Pontune 
commune avec des jurés et un maire éligibles pour 

I. Laferrièro. ffis/oire dadroil français, tome IV, page 129. 



— 58 — 

un an parle vote de tous les habitants ; en 1208 
d'accord avec ral)l)ave de Saint-Rcmy de Reims 
elle donne une commune au village de Mlliers-en- 
Argonne qu'elle a fondé. 

C'est sous Thibaut IV que le mouvement com- 
munal devait avoir une intensité extrême. 

En 1226 Florent, appartenant au Comte et à 
l'Eglise de Reims, reçoit des lettres de commune 
au type de la Neuville-au-Pont, avec en plus du 
maire et de dix jurés, sept échevins. 

En 1226 également c'est la commune de Fismes, 
puis en 1229 celle d'Escueil, toutes deux au type 
de Meaux. 

En 1280 c'est la charte de Troyes, charte essen- 
tiellement champenoise, le premier monument en 
français émané des comtes dont l'original soit 
parvenu jusqu'à nous. Elle est donnée successive- 
ment par ïhiliaut IV en i23o à Provins, en 1281 
à Villemaur, La Ferté-sur-Aube, en 1284 à Bar- 
sur- Seine. 

Si l'on examine avec attention les chartes des 
communes de Champagne, on remarque ])ien vite 
qu'elles peuvent se classer en quatre groupes dif- 
férents et bien tranchés, et c'est sous cet aspect 
que nous les publierons dans nos preuves. 

Le premier groupe comprendra les chartes de 
Bussy-le-Chàtel, d'Ainaumont et de Villiers-en- 
Argonne. 



— •'>9 — 

Le second les chartes de Meaux, Fismes, Ecueil. 

Le troisième les chartes de ïroyes, Provins, 
La Ferté-siir-Aube, Bar-sur-Seine. 

Le quatrième groupe les chartes de la Neuville- 
au-Pont et de Florent. 

Ce qui nous a permis de les assembler ainsi, 
c'est d'abord leur examen qui rend évident le clas- 
sement que nous avons fait : Ainaumont et Yilliers 
sont presque mot pour mot copiés sur Bussy-le- 
Chàtel, la seule différence est que la corvée due 
pour les travaux aux fortifications du château n'est 
pas exigée à Yilliers ; de même Troyes, Provins, 
la Ferté-sur-Aube et Bar-sur-Seine où les articles 
sont textuellement les mêmes, sauf dans la fixation 
de la redevance pour l'abandon par le comte de la 
prévôté et de la justice ;de même encore la Neuville- 
au-Pont et Florent : on voit seulement dans cette 
dernière commune sept échevins en plus des maire 
et jurés que possède la Neuville ; c'est aussi pour 
le deuxième groupe le renvoi que l'une des char- 
tes fait à l'autre comme chef de sens : Fismes et 
Ecueil ont recours à la charte de Meaux. 

Ces quatre groupes ont entre eux des différen- 
ces bien tranchées tenant soit à la teneur générale, 
à la forme de la charte et par suite de la commune, 
soit au nombre ou au mode de nomination des 
officiers municipaux, à la façon dont doit être rem- 
pli le service de guerre, à la quotité des redevances 



— 6o — 

à fournir, au larif des ameudcs, toutes questions 
que nous étudierons lorsqu'elles se présenteront 
dans le cours de notre travail, mais avant dVnlrer 
dans les détails nous voulons exprimer quelques 
considérations générales. 

Le deuxième groupe contient les chartes dont 
le type répond aux idées que Ton a généralement 
sur la commune ; on y voit en elTet cette espèce 
de conjiu'alion, ce serment cjuc les habitants se font 
de se porter mutuellement secours et assistance, 
que Ton rencontre habituellement en dehors de 
la Champagne au début de presque toutes les 
communes et dans lequel nous ne voulons voir 
qu'une forme et non un élément essentiel de la 
constitution du corps communal ; on ne saurait, en 
effet, refuser à ïroyes, à la Neuville-au-Pont le 
caractère de commune et cependant il n'y est pas 
cjuestion de ce serment. 

Les chartes du premier groupe sont les moins 
explicites, ce sont cependant bien des chartes de 
commune ; elles n'accordent aux habitants que 
quatre jurés. 

Les chartes du troisième groupe rédigées en 
français constituent un type de commune essen- 
tiellement champenois. Trois choses les caractéri- 
sent : les jurés parmi lesquels est choisi le maire 
sont nomuiés par le comte alors que dans les 
chartes des trois autres groupes ils sont électifs ; la 



— Tu — 

taille qui était jusqu'ici un impôt arbitraire ou de 
répartition, devient un impôt de quotité par la 
mise en jurée des habitants ; enfin, alors que les 
autres chartes, si elles concèdent aux jurés le 
droit de jug'er, retiennent les amendes pour le 
comte, celles dont nous nous occupons abandon- 
nent à la commune le produit des amendes sauf 
les cas suivants : le meurtre, le rapt, le vol, sont 
réservés aux comtes avec les amendes et confisca- 
tions qui en sont la sanction, de même le cas de 
duel lorsque l'un des champions est vaincu ; sur un 
délit commis par un étranger, sur le délit de fausse 
mesure qui donne lieu à une amende de 60 sous, 
les bourg-eois de Troyes ne touchent que 20 sous. 
En retour du reste de cette concession, Troves s'en- 
gage à payer 3oo livres. 

Les chartes du deuxième groupe accordaient 
aux communes une indépendance telle qu'elles 
avaient le droit de guerre ; on ne le trouve que là. 



Constitution du corps communal. 

§ I. — Etat des personnes. 

Etaient bourgeois, membres de la commune 
tous ceux qui habitaient l'enceinte de la ville ou 
du village lors delà proclamation de la charte. En 



— 62 — 

étaient cependant exceptés les hommes du comte 
tels à Troyes, article 3. « Et est asavoir que se 
aucuns de mes homes ou de mes fievez ou de mes 
gardes venient por demourer en la communité de 
Troies li borjois de Troies n'en porront aucun rete- 
nir se nest par mon assent ou par ma volenté ». 

Les étrangers peuvent aussi faire partie de la 
commune : les chartes de Bussy-le-Chàtel, Ainau- 
mont, ^^illiers-en-Argonne accordent la commune 
« hominibus manentibus et Jiiansuris » ; ils sont alors 
astreints parfois au paiement d'un droit d'entrée : 
àlaNeuville-au-Pont et à Florent^ art. ii et 17, ils 
sonttenus au versement de deux deniers moyennant 
lequel ils recevaient un lot de terre et une demeure 
qui en faisaient des bourgeois, des communiers 
« et ita libéré accipiet terram et Mansuram sicut 
a Majore et Scabinis ei assinabitur. » 

Bien que M. Luchaire (i) ait dit que « l'issue 
de commune exigeait l'accomplissement d'un cer- 
tain nombre de formalités gênantes, parfois même 
onéreuses )),nous ne voyons pas qu'en Champa- 
gne les bourgeois éprouvent la moindre difficulté 
pour se retirer de la commune : ils peuvent partir 
lilircment, les comtes leur accordent même un 
sauf-conduit. «Quicumque ibidem mansurus advc- 
neritct illinc recedere voluerit, conductum habebit 

. I. A. Luchaire. Loc. cit.. page 55, 



— 63 — 

per quindcciiii dies » (Bussy-le-Chàtel, art. lo, 
Ainaumont, art. r2,Villiers-eii-Arg'onne,art. io).Ni 
la charte de Neuville, ni celle de Florent ne par- 
lent d'un droit d'issue. Liberté complète à Troyes 
et Chartes similaires. « Et est asavoir que se 
aucuns de ceulx qui venront ester en la commune de 
Troies sen veulent râler, ils sen iront sauvement 
et franchement quant ils vorront, et averont con- 
duit de nioy XV jors plainement » (Troyes 24. La 
Ferté-sur-Anbe, 33). 

Que les bourgeois soient anciens ou nouveaux, 
ils ont toits les mêmes droits, sont soumis aux 
mêmes charges ; le maire et les jurés veilleront jalou- 
sement au maintien des premiers, à Taccomplis- 
sement des seconds. Le comte de son côté proté- 
gera les gens de la commune : si Tun d'eux subit 
un dommage quelconque, est arrêté en dehors de 
la commune, il doit faire son possilile pour le 
délivrer et lui obtenir réparation du dommage 
causé. « Et est assavoir que se aucuns de la com- 
munité de Troies estoit aresté et pris en aucun lieu 
por ma dete je lo sni tcnuz à délivrer lui et ses 
choses du mien. Et cil estoit pris et aresté por 
autre chose je lo sui tenuz a délivrer en bone foy » 
(Troyes 23, La Ferté, 32). 

Le bourgeois n'a droit à ce titre que s'il a un 
domicile dans le lieu de commune : « Quicumque 
il)i mansurus venerit, manentil)us et mansuris », 



- 64 - 

sont les termes employés ; cela ressort aussi des 
articles ii et 12 cités plus haut d'après lesquels 
le nouveau venu qui a payé son droit reçoit une 
demeure, mansuram ; M. Bonvalot (i) considère 
le domicile comme un caractère essentiel de la 
bourgeoisie. 

L'interdiction de se marier en dehors de la sei- 
gneurie, le tbrmariage en un mot était une des 
lourdes charges qui pesaient sur les serfs au moyen 
cage ; il en résultait que beaucoup restaient céliba- 
taires, d\)ù un décroissement de population mena- 
çant pour la sécurité des seigneurs et la pros- ,^ 
périté de leurs terres; aussi les chartes en décrè- 
tent la suppression plus ou moins complète. iMeaux, 
articles, le supprime imparfaitement : « Siquidem 
homines de communia uxores cujuscumque potes- 
tatis voluerint ducent, licentià tauien a dominis 
requisità ; qiiod si dominus suus inde aliquem 
implacitaverit per quinque solidos tantum emen- 
dabitei ». Fismes, Ecueil, article 2, ne contiennent 
que la première partie delà phrase et ne prévoient 
pas ramendc, ce qui laisserait supposer que la 
licence du seigneur n'était qu'une formalité. 

I. Bonvalot. Le Tiers. Elut d'après la lui de Beaunwnt et 
ses Filiales, page 33o. 



— 65 — 



§ 2. — Condition des biens dans la Commune. 

Erigés en communes la ville, le village deviennent 
un bien franc et libre, un bien commun à tous les 
habitants et non plus chose du seigneur, un patri- 
moine commun dans lequel est désignée la part 
individuelle, le reste étant utilisé pour les besoins 
et comme on disait alors les aisances de tous. 

Le lot de chacun comprend une maison et un 
lopin de terre (art. 1 1 et 1 7 de la Neuville et de Flo- 
rent déjà cités). La demeure est pour le communier 
et pour ses ayants-cause une propriété définitive 
et incommutable, dont il peut non seulement jouir, 
mais disposer souverainement d'après les divers 
modes d'aliénation en se conformant aux prescrip- 
tions de la charte locale : « Quicumque ibi domum 
fecerit, eam vendere poterit sine destructionc : si 
eam vero locare voluerit, eam locare poterit licet 
alibi maneat si eam manu tenuerit » (Bussy Ic-Chà- 
tel,Mlliers-en-Argonneart. 9, Ainaumont, art. 11); 
« Et est assavoir que tuit cil de la commune de 
Troies pueent et porront vandre et acheter eritaiges 
et autres choses, si com ils ont fait davant » 
(Troyes, art. la.La Ferté-sur-Aube 17); «Item om- 
nes vos potestis emere et vendere libère » (La Neu- 
ville, Florent, art. 3 et 4). 



— 66 — 

Outre leurs biens propres les bourgeois ont 
leurs aisances, c'est-à-dire un droit de jouissance 
sur le domaine communal : terrains vagues, pàquis, 
les bois avec les usages divers qu'on en peut tirer, 
les eaux avec leur utilisation ; ceux de Meaux ont 
droit d'usage dans la forêt pour en tirer le bois 
mort et les échalas pour les vignes a Usuarium 
forestà de Maane, scilicet nemus mortuuin et sca- 
rescellos ad vineas liominibus de communia con- 
cedo » (Meaux art. 38). « A^obis perpetuo liabere 
concedo aisancias vestras per totum posse meum 
ad ea qua? vobis necessaria in pasturis (Neuville- 
au-Pont, art. i). « Concedo etiam vobis usum 
aquœ et bosci liberum sicut inter vos et liomines 
vicinos religiosos et sfeculares divisum fuit » (Neu- 
ville, art. 8). (( Concedo aisentias suas libéré in 
aquis, nemoribus et terris sitis infra castellaniam 
SanctcC Maneliildis ubicumque liomines Mauri- 
montis liabent » (Florent, art. i). Les droits d'u- 
sage des habitants sont ici bien déterminés, limi- 
tés, il n'en était pas ainsi généralement. Les forêts 
étant plutôt considérées au moyen âge comme des 
obstacles aux progrès de l'agriculture et les sei- 
gneurs ne voyant aucun inconvénient à ce que la 
superficie boisée diminue par la multiplicité des 
défrichements, elles étaient presque toutes livrées 
aux habitants et à la pâture des bestiaux et cela 
bien avant les communes ; c'est en partie ce à 



-07- 

quoi fait allusion Tarliclc 12 de la charte de 
Troyes : « Tuit cil de la commune de Troies ont et 
averont lor usaiges si come ils les ont eu davant. » 
La chasse était un plaisir auquel les commu- 
niers n'avaient pas le droit de se livrer, ce n'est 
qu'exceptionnellement qu'ils le possèdent et la 
seule charte qui en parle, à notre connaissance, est 
celle de Bar-sur-Seine, art. 5 : « Et est asavoir 
qu'il est par tôt garane tout com ma terre dure 
par devers mon chàtel si com fans se comporte 
et par devers Chassenay ils puent chacier là ou il 
veulent ». 

§ 3. — Administration et Justice. 

Les chartes de commune sont à la fois une 
Constitution et un Gode. 

La commune est pour nous la réunion d'un 
groui)e d'individus ayant des représentants avec 
certains pouvoirs, ^'oyons quels sont ces repré- 
sentants, leur mode de nomination et quels sont 
leur rôle, leurs attributions, voire même leurs 
émoluments. 

La direction de la commune est confiée à des 
officiers qui tout en conservant leur dénomination 
latine ou germanique de maire, d'échevins ou de 
jurés changent totalement de caractère : ce ne sont 



— (3cS — 

plus comme par le passé les simples ag-ents, les 
simples })rép()sés adminislralifs et judiciaires du 
comte; qu'ils soient nommés par le souverain ou, à 
plus i'orte raison, qu'ils tiennent leurs fonctions de 
l'éleclion populaire, ils ont des droits et des pou- 
voirs nouveaux. 

Rien de variable au reste, et souvent dans des 
chartes numifestement imitées Tune de l'autre 
comme le nombre, la diversité, la qualification, le 
mode de nomination des officiers municipaux. 

A Bussy-le-Châtel, à A'illiers-en-Argonne (art. 7), 
à Ainaumont (art. 9), sont quatre jurés. Aucune 
de ces chartes ne dit en termes formels que ces 
échevins ou jurés fussent, électifs, mais il va de 
soi (1) qu'ils Tétaient puisque le droit commun le 
voulait ainsi et que ces chartes ne font à ce droit 
aucune dérogation. D'ailleurs après avoir parlé des 
quatre jurés. Blanche de Navarre, auteur de la 
charte de A^illicrs, a soin d'ajouter immédiatement 
qu'à elle, à l'abbé, et au couvent de Saint-Remyde 
Reims appartiendra le choix du maire; son silence 
au sujet du mode de désignation des jurés est assez 
significatif pour ne pas avoir besoin de commen- 
taire. 

A Meaux il y avait cumulativement un maire, 
des jurés et des échevins, articles 4? n? i5 ; à 

I. D'Aibois de Jiibainville. Loc. cit., tome IV, page 7i5. 



-69- 

Fisnies, articles 6, ii, à Eciicil, articles ;;, 9, i3, 
il n'est question que du maire et des jurés; le mode 
de nomination n'est pas déterminé^ mais le mot 
communia, rassemblée qui se réunit au son du 
beffroi indique que le maire et les jurés étaient 
nommés par la commune puisque le Comte ne 
s'en est pas réservé le pouvoir. A Troyes, article 8, 
La Ferté-sur-Aube, article 10, le Comte nommait 
i3 jurés lesquels choisissaient l'un d'eux comme 
maire. « Et est a savoir que je ou autres de mes 
gens eslirons chascun an XIII homes de la com- 
munité de Troies a bone fov et cil XIII esliront 
l'un d'aux a maeur chascun an dedans la quin- 
zaigne que je les aurai nomez. » 

A la Neuville-au-Pont, article 9, le corps muni- 
cipal tout entier procède de l'élection populaire : 
(( In eàdem Mllà erunt jurati constituti assensu 
omnium vestrum et Major similiter », de même à 
Florent, article 9 : « In eàdem villa erit Major et 
illum apponet communitas villcC singulis annis in 
die Pentecostes ». Article 10 : «Item in eâdem Villa 
erunt septem scabini et decem jurati quos Major et 
Communitas Villœ eligent ». Ainsi règne là le 
principe éminemment démocratique du suffrage 
imiversel. 

A la durée des fonctions on appliquait le prin- 
cipe de l'annalité : « Eslirons chascun an » (Troyes, 
art. 8) « Major et Jurati ultra annumnon remane- 

Bourgeois 5 



■o 



bunt in ministeriis suis, nisi de voluntate vestrum» 
(Neuville, art. 9, Florent, art. 12). Cette dernière 
phrase prouve que les officiers municipaux étaient 
récligibles. Ils prêtent à leur entrée en charge un 
serment de fidélité au Comte de Champagne et à 
la commune Bussy-le-Chàtel, Villicrs article 7, 
Ainaumont, article 9; Mcaux,Fismes,Ecueil; «Etcil 
XIII nomez jureront sor sainz que ma droiture et 
celi de la commune de Troies garderont » (Troyes,. 
article 9, La Ferté, article 12); « Jurati et Major 
qui milii jurabunt fidelitatem w (Neuville, art. 9, 
Florent, art. 9). 

Les pouvoirs des ofTiciers municipaux sont 
assez étendus ; ils sont d'ordre administratif, légis- 
latif et judiciaire, puisqu'ils rendent la justicebasse^ 
moyenne et parfois haute, puisqu'ils édictentles 
règlements nécessaires à lapolice et aubienpul)lic, 
puisqu'enfui ils gouvernent et dirigent la com- 
mune. 

Administrateurs, les maires, échevins et jurés veil- 
lent à la conservation des droits du seigneur «jura 
mea conservabunt », sont même chargés de les réa- 
liser, a Et cil NUI juré et li maires lèveront les 
deniers de chascun » (Troyes, art. 10) ; « Et se je 
ou mes gens avons mestier de chevaux ou de 
cherrettes de Troies, il sera requis as maicur de 
Troies, et si lo fera avoir à loier là où il les tro- 
uera » (Troyes, art. 18), ils doivent remettre les- 



:i 



recettes, au comte où à ses sergents et en sont 
responsables. « Jurati et Major de redditihus et 
exercitibus vilhe meis respondent servientibus » 
(Neuville, article 9. Florent, art. 11) ; ils veillent 
aussi à la conservation des droits de la ville, au res- 
pect et au maintien des privilèges et des fran- 
chises de la communauté, ont soin qu'il ne soit 
causé aucun dommage à leurs administrés ou en 
exigent la réparation : « s'il mesavenoit dou cheval 
il seroit renduz au regart des XII jurés et du 
maieur, des deniers de ma censé (Troyes art. 
18) ; ils donnent nous l'avons vu, la terre et la 
demeure à Taubain qui vient habiter la commune 
et qui veut en faire partie. 

Législateurs, les ofiiciers municipaux ont le droit 
de promulguer des règlements ou esgarts « cil 
faisient esgart » (Troyes, art. 9); ce qu'ils édictent 
sera stable et on y doit obéir : a Si quid per dispen- 
sationem Majoris et Juratorimi et septem sapieur 
tum Burgensium ad lionorem et utilitatem vilke 
factum fuerit, stabile erit ». Dans cette sphère ils 
ne peuvent être inquiétés pour leurs décisions, 
pourvu qu'ils agissent de bonne foi, en respectant 
les prescriptions de la charte et les droits du 
comte. 

Juges, les maire, jurés et échevins ont des pou- 
voirs plus ou moins étendus suivant les chartes. 
A Bussy, article 2, Ainaumont, article 4, \ illiers, 



— 72 — 

article 3, tous les délits sont de leur ressort à 
l'exception du vol, du rapt, de riioniicidc et de 
l'assassinat que le comte se réserve ; de même à 
Meaux, Fismes, Ecueil, où leur est recommandé le 
calme et l'iuipartialité :« Neminem propter amorem 
vel coi>nati(uiem déport abunt, neminem propter 
iniuiiciliani hedent ; sed rectum judicium facient 
per omnia ^ecundum suam festimationem » ; à 
Meaux (art. 22), le Comte se réserve en plus l'incen- 
die, tout le reste appartient à la juridiction commu- 
nale: « Omnia vero alia forisfacta Majoris et Jura- 
torum erunt juslicianda et judicanda. » Pareille- 
ment à Troyes : « Et est asavoir que li forfais des 
homes et des femmes de la communauté de 
Troies sont as borjois de Troies si com je les 
soloie avoir. Et je relaing lo murtre et lo rat et 
lo larrecin là ou ces choses seront conçues et 
attaintes ». A Florent, à la Neuville-au-Pont les 
jurés décident absolument sur tous les cas ; à la 
Neuville la charte mentionne procuration du comte 
pour tenir dans l'année trois plaids généraux : « Et 
ego dabo procurationem Majori et juratis pro pla- 
cito generali ter in anno » (art. 55). 

La justice communale était obligatoire pour tous 
les membres de la commune et nul n'en peut être 
distrait si ce n'est de son consentement : «Omnes 
alii juraverunt quod idem judicium quod prœdicti 
statuti homines super hoc fecerunt et patientur et 



concèdent » (Meaiix,art. 12). « Et se aucuns voloit 
plaidoier aucun de la commune de Troies par plait 
ou par autre manière je ne le porroie traveiller fors 
de Troies » (Troyes, art. 6). « Nulîi Burgensium 
de Ponte Sanclîe-lMarice licebit clamorem facere 
ad aliani justiciam de alio Burgensi quamdiù aller 
Yoluerit rectum facere per judicium vilhe » (La 
Neuville, art. 25, Florent, art. 3o). 

La base de la décision des échevins est la charte 
du lieu avec recours, en cas de difficulté, à la 
charte mère dite alors chef de sens. Meaux, art. Sj, 
se réfère à Soissons ; Fismes, art. 29, Ecueil, art. 3o, 
se réfèrent à Meaux ; Florent, art. 54, à la loi de 
Beaumont. 

Le jugement rendu par les juges municipaux a 
une force singulière, puisqu'il ne peut être contre- 
dit par le Comte ou ses officiers et que vis-à-vis 
des parties il est stable, déiinitif,à moins d'un appel 
immédiat : « Judicium Juratorum stabile erît. nisi 
accepto consilio judicium coatradixerit » (La Neu- 
ville-au-Pont, art. 33) ; « nisi statim contradicatur », 
(Florent , art. 1 3). Mais il arrivait déjà dans ce temps 
qu'un plaideur enragé employât la voie de recours 
qu'on appelait alors y?/ /srt/?oy>/^//c//, et que nous 
appelons aujourd'hui la prise à partie et accusât 
les maire, échevins et jurés de faux jugement ; il 
encourait, au cas où il n'apportait pas la preuve, 
ime amende de cent sous : « Si quis contradixerit 



judicio jviraloriim et non c<)mprol)averit de falso 
judicio per testinioniiim juratorum de Ponte 
Sancta^-Mariœ reddet C solidos, si autem eos con- 
vincere non poterit G solidos solvet et expensam 
juratorum.» (Xeuville-au-Pont, art. 32). Si la preuve 
du faux jugement est faite, ce sont les jurés qui 
paient les cent sous. Protégé par cette amende 
du C()lé du plaideur et du côté du juge, le pres- 
tige de la municipalité ne pouvait être que main- 
tenu et élevé en évitant qu'elle ne fût attaquée 
inconsidérément ou qu'elle-même ne tombât dans 
le cas de cette pénalité forte. 

Les magistrats de la commune sont, encore sous 
ce double aspect, protégés dans l'exercice de leurs 
fonctions par des amendes de cent sous s'ils sont 
victimes de coups, et s'ils sont blessés, parla mise 
de leur agresseur à la discrétion du comte ; ils 
subissent, par contre, le même châtiment s'ils se 
rendent coupables de tels méfaits: « Siquis manus 
violentas injecerit in Majorem vel juratos sine ictu 
armorum C solidos reddet. Domino IV libras duo- 
bus solidis minus, percusso XX solidos, Majori XII 
denarios, Juratis XII denarios et si eum vulnerave- 
rit, ipse et suaerunt in dispositione Domini. Simi- 
liter si Juralus Burgensem verberaverit eo modo 
plectetur (Neuville, Florent, art. 43). 

Quand les officiers municipaux sont témoins, 
leur déposition a plus de poids que celle des autres 



"j^ 



cominuniers, elle vaut preuve irréffragable. Par 
exemple en cas de mêlée. « Si misela in villa forte 
facta fuerit, qui inde accusabitur se tertio se pur- 
gabit et si unus juratorum miselam viderit reus 
non poterit se purgare » (Bussy-le-Chàlel, Villiers 
en Arg'onne, art. 8, Ainaumont, art. lo). A la Neu- 
ville, art. 2 3, à Florent, art. 29 leur témoignage 
seul est utile pour la réclamation d'une hérédité. 
« Siquis intra fines de Ponte Sanctse-Mariœ heredi- 
tatem inclamaverit, nisi testimonio Majoris et Jura- 
torum probare poterit XX solidos reddet ; » dans 
ces localités aussi la durée de leur témoignage est 
fixée à un an. « Burgensis qui juratus extiterit post 
terminum suum de omnibus qua3 audierit et vide- 
rit juratinon poterit testimonium portare plus quam 
per annum et diem » . 

Les fonctions du maire et des jurés n'étaient pas 
toujours des fonctions purement honorifiques, des 
émoluments parfois y étaient attachés. Meaux et 
Filiales, Troyes et chartes semblables n'en parlent 
pas, mais les chartes de la Neuville et de Florent 
nous donnent d'abondants détails : les officiers 
municipaux sont exempts du droit de bourgeoisie 
pour une maison et un jardin. « Et Major et Jurati 
quamdiu in officiis suis remanebunt, singuli eorum 
erunt liberi et quitti erunt de redditibus unius 
mansurseet unius horti » (Neuville, art. 56, Florent, 
art. 5;;). Quand ils tiennent les plaids généraux ils 



-;6- 

ont chaque fois trois sous ; un nouveau venu est-il 
admis clans la commune, il paie un droit de deux 
deniers, l'un est pour le maire, l'autre pour les jurés. 
Ils touchent aussi sur les produits de justice; leur 
prélèvement sur les amendes varie suivant Tim- 
portance du délit : il est de six ou de douze deniers, 
ce dernier chiffre étant le plus usité, sauf si la répa- 
ration est due au maire ou au juré lui-même comme 
au cas de blessure. 

§ 4- — Redevances. 

Si les comtes de Champagne ont l^ien voulu 
réduire, par l'octroi des chartes, l'étendue de leur 
souveraineté sur les villes et les campag^ncs, ils 
n'ont pas renoncé à leurs attributions financières. 
Les obligations des communes sont régularisées, 
ne sont plus arbitraires, mais elles existent ; les 
impôts étaient nécessaires pour entretenir le faste 
de la Cour de Champag-ne et subvenir aux impor- 
tants travaux d'utilité publique qui furent entre- 
pris. 

Les obligations des communes sont civiles, mili- 
taires, pénales. 

A Bussy-le-Chàtcl, à Villiers-en-Argonne(art. i) 
est un droit de terrage ; à Meaux, à Fismes, à Ecueil 
les hommes paient un impôt à tant par tète « cen- 
sum capitalem ». A Troyes est établi un droit de 
urée de six deniers j^ar livre de la valeur des meu- 



— JJ — 

blés, et de deux deniers par livre de la valeur des 
immeubles : « Aurai en touz cels en cui je avoie 
taille A^I deniers delà livre doumueblc fors qu'en 
armeures et en robes faites a eus lor cors et fors 
qu'en aisément dostel » (Troyes, art. i). On voit 
qu'étaient exceptés de l'impôt les vêtements, les 
arnmres et les objets d'utilité delà maison à moins 
qu'ils ne fussent en métal précieux. 

« Et est asavoir que vaissel ou l'en met vin et 
tuit aisément d'or et d'argent seront prisié chas- 
cun an aveuc les autres muebles et aurai de la 
livre de léritaige, 2 deniers chascun an. » (Troyes, 
art. 2). C'étaient, nous le savons, les maire et jurés 
qui levaient cet impôt évalué sous la foi du serment 
par les débiteurs « par lo sairement de ceulz qui 
ce devront », de là lui vient son nom de jurée. Mais 
ce serment n'était pas toujours suffisant ; on devait 
essayer de frauder comme on le ferait aujourd'hui 
avec l'impôt sur le revenu, aussi le maire et les 
jurés peuvent-ils rectifier la déclaration faite par le 
contribuable suivant leur bonne conscience. « Et 
se li maires et li XII juré ou une partie d'aux jus- 
qu'à trois ou plus avient sopesonnez aucuns de 
ceulx qui averont juré à rendre VI deniers de la 
livre dou mueble et II deniers de la livre de léri- 
taig-e, ils lo porrient croistre selon lor boue cons- 
cience, sauf ce que cil nen fera point damende qui 
aura juré» (Troyes, art. 11). 



- :8 - 

C'étaient là les seuls impôts perçus dans les char- 
tes des trois premiers i^roupes, ceux du quatrième 
sont plus nombreux et plus détaillés. Les bour- 
geois paient un droit annuel de bourgeoisie de 
XII deniers à la Neuville-au-Pont, de 24 deniers à 
Florent, payables en deux ternies. « Item Burgen- 
sis qui in eàdem A illà domum vcl extra terminos 
hortum habuerit, annuatim XII dcnarios reddet 
scilicelin Xativitate Domini \I denarios et \l in 
festo Joannis-Baptistce : » (Neuville-au-Pont, Flo- 
rent, art. 2). Ils paient un droit de terrage: 2 gerbes 
par 14 pour les terres défrichées à la Neuville : (dn 
terra quœ extirpatur in bosco de XIV garbis duas 
tantum accipiam, » (art. 5), et à Florent une gerbe 
sur treize pour les terres incultes, essartées. «Item 
burgenses de exsartis suis reddent pro terragio 
tertiam decimam garljam » (art. 6); un droit de 
préage dsll deniers par fauchées: «Deunaquàque 
falcatà prati annuatim in Festo Sancli Remigii II 
denarios mihi rcddentur» (La Neuville art. 3. Flo- 
rent art. 5). 

D'autres impôts en nature existaient encore; on 
les voyait du reste dans les chartes du premier 
groupe. A Bussy quiconque laboure la terre avec 
un animal lui appartenant paie, outre deux sous, 
un setier d'avoine : « Quicumqueterramexcoletpro- 
prio animali duos solidos et unum sextariumavenœ 
annuatim michi solvet in festo Sancti Remigii; 



— :9 — 

qui vero propriis nianibus Icintum duos solidos » 
(Bussy, Ainaumont MUicrs, art. i). A Florent la 
redevance est d'un semi-setier d'avoine ou d'une 
poule suivant que le communier laboure avec ou 
sans animal : « Insuper qui equo solo vel equis vel 
alià bestià excolet terramdimidium sextarium ave- 
nee ad mcnsuramSancta? Manehildis solvet infesto 
Sancti Rcmigii in vendemiis ; qui vero bestià non 
araljit solvet unam gallinamin dictofcsto,))(art.3j. 
Il n'en est pas question à la Neuville. 

Au moyen-àge les particuliers ne disposaient 
pas toujours des capitaux sufïisants pour cons- 
truire des moulins et des fours, et en tous cas les 
seigneurs s'étaient réservés le droit d'en édifier; 
aussi, que ce soit bienfait ou dépense, les comtes 
de Champagne ne voulurent pas que les capitaux 
ainsi utilitairement immobilisés cessassent de leur 
rapporter et nous les voyons mentionner dans pres- 
que toutes leurs chartes la banalité des fours et des 
moulins. Fismes, art. 33,Ecueil, art. 34- A Troyes 
les bourgeois enverront aux fours et moulins du 
comte jusqu'à concurrence du nombre de ceux-ci, 
dans une proportion qu'établissent les maire et 
jurés. « Et est asavoir que li borjois de Troies 
envoleront et moront à mes fours et à mes molins 
a autel marchié comme as autres et s'il avenoit 
que je n'eusse assez fours et molins à Troies, ils 
ferront morre et cuire as regart des XII jurés 



— 8o — 

et dou maieur, selon ce qu'il venra soufiisamineiit 
à mes fours et à mes molins et quant je aurai 
fours et molins tant qu'il leur convenra as regart 
des XII jurés et dou maieur il envoieront tuit 
et morront ». (Troyes, art. 20, La Ferté 28, 29). 
A la Neuville les fours appartiennent aux moi- 
nes de Moiremont, mais les liabilants pourront 
moudre où ils voudront en payant le droit de 
mouture : « Furni quocumquc erunt in villa, Eccle- 
sia? iNIorimontis erunt ; de molendinis sic est 
quod liomines villas vel ad molendina villcC vel 
alilii ubi voluerint et potuerint, niolent, reddità 
multurà » (Neuville, art. 6); à Florent (art. j) les 
bourgeois cuiront la vingt-cinquième partie de leur 
pain au four Ijanal et moudront où ils voudront : 
« Burgenses coquent paneni sumin furno banali ad 
viccsimam quintam partem et molent ubicumque 
voluerint reddità multurà » . Le droit de mouture ( 1 ) 
consiste dans la retenue du vingtième des grains 
d'après la charte de Bcaumont, c'est-à-dire dans 
une mesure, un setier par vingt mesures ou 
setiers. 

Un des droits les plus importants du seigneur 
était le droit d'ost et de chevauchée, et les comtes 
qui au dire d'Alberic, comme nous l'avons rap- 
porté, avaient plus de confiance dans leurs com- 

I. Bonvalot. jLoc. c<V., page /126. 



— 8i — 

inunes que dans leurs vassaux, devaient avoir 
particulièrement à cœur qu'il leur fût rendu avec 
exactitude. 

Riende variable comme les conditions du service 
militaire pour les communes: 

A Bussy-le-Chàtel, art. 6, àAinaumont, art. 8, 
à Yilliers-en-x\rgonne, art. 6, le comte pent être 
remplacé par quelqu'un de sa maison ; dans les 
deux dernières communes les gens ne devront pas 
dépasser la Marne : « Exercitumetcalvagiammeam 
mihi facient si ego vel aliquis de domo meà prœ- 
sens fuerit ». « Ita tamen quod Maternam non 
transibunt ». 

A jMeaux le comte pouvait convoquer la commune 
dans tout le comtés pouvait mettre à la tête des 
troupes, un des personnages de sa Cour qu'il dési- 
gne : « Sciendum vero quod communia ubicumque 
ei in terra meà mandavero per litteras pro negotio 
meo veniet, sed postquam loco quem ei prccfixero 
venerit, non procedet prousque aut me ipsum 
pra^sentem, aut Senescallum, aut Buticularium, 
aut Constabularum, aut Marescallum viderit qui 
eos in ipsum negotium perducat » (art. 29). A 
Fismes, art. 21, à Ecueil, art. 24 pas de limite: 
« Homines istius communiaî in equitatibus et 
exercitibus meis longe et prope mihi servire tene- 
buntur ». 

La charte de Troyes et les similaires entrent dans 



— 82 — 

les détails, elles limitent à soixante ans l'âge du 
service personnel oblig-atoire, en laissant subsis- 
ter le remplacement : « Je auray mon ost et ma clie- 
vauchie si comme je avoie davant fors tant cpie 
home de LX ans ou plus ni ira mie. Mais s'il a lo 
pooir soiïlsant il y envolera por lui selonc son 
pooir » (art. i4). Le comte dit d'ailleurs qu'il ne 
convoquera pas les bourgeois pour les tracasser : 
<( Et si promet en I)one foy que je ne semondroi 
en ost ne en clicvaucliie por aux accoisonner fors 
que por mon besoing » (art. i6). Il veut se réser- 
ver des chevaux pour ses transports et sa cavale- 
rie, aussi défend-il de les saisir. <( Et si veul que 
chevaux à chevauchie ne armeures à ceulz de la 
comnmne de Troies ne soient prisiés por deles 
ne por pièges ne por autres amissions » (art. i j) ; 
il a de plus le droit de réquisition (art. i8 déjà cité). 
Enfin une fois un certain niveau de fortune le bour- 
geois aura chez lui une arbalète et cinquante car- 
reaux ou traits. « Et chascuns de la communité de 
Troies qui aura vaillant XX livres aura arbaleste 
en son ostel et quarriax jusqu'à L». 

A la Neuville-au-Pont, le comte ne pouvait man- 
der les bourgeois que pour un jour ou deux : « Bur- 
genses vero in exercilum meum ibunl ita quod 
in ipsà die vel in crastino apud Pontem Sancttie- 
Mariœ revertentur » (art. 54). Florent, dispensé 
du service de guerre pendant dix ans à partir de 



— 83 — 

la promulgation de la charte, ne le remplira ce 
laps de temps écoule, qu'autant que toutes les 
commîmes de la chàtellenie de Sainte-Menehould 
auront été appelées, et ne sera tenu de demeurer 
à l'expédition qu'autant que toutes celles-ci reste- 
ront elles-mêmes, excepté Sainte-Mcnehould dont 
les habitants pourront être retenus à la garde du 
château ; si une seule quittait, Florent reviendrait 
aussi : a Burgenses de Florentià liberi erunt ab 
expeditione meà usque ad decem annos, sed post 
decem annos tenebuntur ire ad expeditionem 
meam sicut tenentur ire homines vilhe Sanctse 
Manehildis, sed ipsi non tenebuntur ire in expedi- 
tionem meam nisi omnes alise villœ de Chastellanià 
Sancta.* Manehildis eant in expeditionem meam, et 
si aliqua de dictis villis dictai chastellanife reman- 
serit (excepta illà de vSanctà Manehilde quam ego 
potero retinere ad custodiendum castrum) dicta 
villa de Florentià similiter remanebit, et cum fuerit 
in expeditionem, si aliqua dictarum villarum de 
dicta Ghastellanià revertatur ipsa similiter revert e- 
tur sine forisfacto et ego tenebor defendere eos 
sicut burgenses meos de Sanctà Manechilde » 
(art. 55). 

On remarquera dans cette dernière phrase l'en- 
gagement du comte de défendre la commune. 

L'obligation de l'ost et de la chevauchée n'était 
pas d'une rigueur intransigeante ; l'âge, nous 



-84 - 

Tavons vu, pouvait en dispenser. A Troyes les 
marchands en étaient exempts en temps de foire : 
« Et se je fé mon ost et ma chevauchie en temps 
que foire sera, li changcors et li marchans qui 
seront en foire embesoignccz il porront envoler 
lionmie soufiisans por aux, sans amende » (art. i5). 
Enfin une exemption qui ferait tressaillir d'aise 
riionorable M. Piot et lui suggérerait peut être, 
si ce modeste travail parvenait sous ses yeux, un 
moyen nouveau d'encourager la repopulation : les 
maris de Florent dont les femmes étaient encein- 
tes, n'allaient pas en expédition : « Burgenses qui 
uxores habent et jacentes de pueris liabuerint, 
non tenentur ire in expeditionemmcam » (art. 59). 

Malgré tout ce que les chartes contiennent de 
libertés, il est encore des communes qui sont 
assujetties à des corvées, mais qui se rattachent en 
somme à Tost et à la chevauchée : c'est à Bussy-le- 
Ghàtel, article 5, à Ainaumont, article 7, où les 
habitants doivent travailler une semaine et sans 
pouvoir se racheter, aux fortifications du château 
« Unusquisque operabitur una septimana in anno 
sine redemptione ad firmitatem castelli ». 

Parmi les redevances il en était de pénales, ce 
sont les amendes dont les comtes se sont en tout ou 
en partie réservé les produits, nous les verrons 
au paragraphe suivant. 



— 85 — 



§ 5. — Législation, 

Nous avons dit que les chartes de commune 
étaient non seulement une constitution mais un 
code. Il est sans doute plus ou moins nettement 
formulé, plus ou moins détaillé, mais la vie des 
peuples n'était pas alors si compliquée qu'il dût y 
avoir tant de choses à déterminer ; il semble bien 
au reste, et cela concorde avec l'état des mœurs 
violentes de cette époque, que les comtes se soient 
plutôt préoccupés de la législation criminelle ; mais 
on rencontre cependant, exprimés pêle-mêle, des 
textes de législation civile, de législation pénale, 
et de procédure civile et pénale. 

Les chartes du premier groupe contiennent peu 
de prescriptions civiles : la liberté de vendre ou de 
louer la maison construite : Bussy, Villiers, arti- 
cle 9 ; Ainaumont, article ii ; la redevance pour 
les biens, article i ; et l'accord d'un sauf-conduit de 
quinze jours pour l'habitant qui abandonne la com- 
mune, — tous articles que nous avons déjà cités. 

A Meaux elles sont plus nombreuses : Suppression 
du formariage, article 2 ; obligation de payer le cens, 
article 3. Si un homme de la commune est réclamé, 
il pourra prouver à l'aide de deux témoins ou d'un 

Bourgeois 



— 86 — 

juré qu'il Tail partie de lu commune : « Si quis liomi- 
ncm. de communia suuni esse clamaverit et liomo 
ille duos liomines legitimos sive nnum de juratis 
habeat quod per dominum suum vel per anteces- 
sores ejus in communiam se posuei'it, in commu- 
nia, etiam nolente Domino remanebit » (art. i6). A 
Fismes, article 12, à Ecueil, article 14, c'est le duel 
qui décide. Si cet homme reconnaît le bien fondé 
de la réclamation, il aura un délai de quinze jours 
pour se transporter ailleurs, à moins qu'il ne pré- 
fère rester dans la commune, le droit de son sei- 
gneur étant sauf. « Item si quis liominem de com- 
munia suum esse clamaverit et liomo euni Domi- 
num suum esse cognoscat, XV dies induciashabebit 
ut se et sua transférât in securitatem, et si voluerit 
in villa remanere poterit salvo jure Domini sut » 
(Meaux,art. i; ; Fismes, art. i3; Ecueil, art. i5).Si 
quelqu'un doit prêter serment et qu'il soit obligé 
de se transporter au loin pour ses affaires, il ne sera 
pas tenu d'interrompre son voyage pour cela. « Si 
quis alicui sacramentum facere debuerit et ante 
arramiationem sacramenti se in negotium suum itu- 
rumdixerit,propter illud faciendum de itinere suo 
non remanelnt nec ideo incidet in emendam, sed 
postquam redierit convenienter submonitus sacra- 
mentum faciet » (Meaux, art. 19; Fismes, art. i5 ; 
Ecueil, art. 17). 

La charte de Troyes n'entre pas dans les détails ; 



-8; - 

il en est autrement de celles de la Neuville-aii-Pont 
et de Florent. 

On y remarque le pouvoir d'acheter et de vendre 
librement (Neuville, art. 3, Florent, art. 4); il suf- 
fisait de posséder une hérédité pendant un an et un 
jour pour avoir un droit de propriété inattaquable. 
« Si quis per annum et diem liereditatem suani 
tenuerit sine contradictu hominis qui in villa ma- 
neat, illani deinceps liberam tenebit » (Neuville, 
art. 24, Florent, art. 29). Le créancier aie droit de 
prendre un gage mobilier ou immobilier, mais il lui 
faut le concours du maire et des éclievins. « Si 
quis alterius liereditatem in vadio habuerit per 
annum et diem illam servabit et post annum et 
diem Majori et juratis monstrabit et illi ordinabunt 
quid factum fuerit de hereditate » (Neuville, art. 34, 
Florent, art. 35). « Aller alterius vadium accipere 
non poterit nisi consensu Majoris et Juratorum » 
(Neuville, art. 49, Florent^ art. 48). Le tavernier peut 
prendre aussi des gages sur ses clients, mais seu- 
lement dans sa maison. « Tabernario licebit tantum 
in domo suà de rébus quas vendet vadium accipere 
sed extra domum non licebit » (Neuville, Florent, 
art. 5o).Si la terre paie des redevances elle est par 
contre protégée par une série de pénalités contre 
les atteintes des hommes et des animaux (La Neu- 
ville, articles 39, ^o, ^i, 42, 4^, Florent, art. 39, 
40,41,42,4-). 



— 88 — 

La législalion criminelle est Tobjet (Fiiue plus 
longue attention de la part des comtes. 

En principe Fétranger, Taubain est par rapport 
au droit pénal, soiuiiis aux mêmes règles que le 
bourgeois ; alors déjà les lois de police et de sûreté 
s'appliquaient à tous ceux habitant le territoire 
régi par elles. Par suite les étrangers, comme le 
bourgeois, sauf pour les cas de meurtre, de rapt, 
de vol et d'incendie, étaient justiciables du tribu- 
nal communal ; cependant les comtes qui étaient 
les protecteurs diligents dii commerce se sont 
parfois réservé lajustice des marchands étrangers. 
Cela est dit en termes exprès dans la charte de 
Meaux : « Sciendum vero quod in foro Meldis jus- 
titia mercatorum extraneorum niea erit sicut 
solet » (art. 6). Cet article n'est pas reproduit dans 
les chartes de Fismes et d'Ecueil. 

A Troyes et filiales les étrangers sont justiciables 
de la Commune. « Ettuit li forfait des gens estran- 
ges qui ne sont de lajustice de la communité de 
Troies sont as borjois de Troies » (art. 6). 

Les chartes du premier groupe contiennent peu 
de peines : l'amende simple, XII deniers ; pour le 
sang répandu en duel ou autrement XV sous ; le 
vaincu dans le duel paie 9 livres. 

A Troyes la justice est concédée à la commune 
avec ses produits, sauf quelques exceptions que 
nous verrons. 



-89- 

Le deuxième et le quatrième groupe contien- 
nent des règles plus nombreuses ; en voici la 
nomenclature. 

Non paiement du cens capital : 5 sous d'amende 
(Meaux, Ecueil, art. 3, Fismes, art. 2). 

Injure à un membre de la commune : les jurés 
décident (Meaux, art. 4)« 

Prêt de quelque chose aux ennemis de la com- 
mune : mise à la discrétion delà commune (Meaux, 
art. 9, Fismes, art. 5, Ecueil, art. 7). 

Non obéissance à Tappel pour l'assemblée de 
la commune : 12 deniers d'amende (Meaux, art. 14, 
Fismes, art. 10, Ecueil, art. 12). 

Transgression aux statuts de la commune : ban- 
nissement (Meaux, art. 1 5, Fismes, art. 11, Ecueil, 
art. i3). 

Infraction de la Ville, 60 sous (Meaux, art. 23). 

Dégâts dans les vignes, les champs et les prés : 
le jour, remboursement du dommage et ^j sous 1/2, 
la nuit, 60 sous d'amende (Meaux, art. 25). 

Molences sur la route : sept sous (Meaux, 
art. 2O). 

Fausse mesure: 7 sous 1/2 (Meaux, art. 2j). 

Sang répandu par la violence, i5 sous (Meaux, 
art. 28). 

Autres forfaits, 5 sous. 

De ces délits ont été visés également dans les 
chartes de la Neuville-au-Pont et de Florent. 



— 90 — 

Xon acqiiiltement des redevances : 2 sous (Neu- 
ville art. 2 ; Florent art. 3) ; Injures, selon la gravité : 
ex.: menteur, 5 sous, hors la loi 10 sous (La Neuville, 
art. i3, 14, Florent, 21, 22). 

Dégâts dans les vignes et les moissons : 5 sous 
elle dommage, (Neuville, Florent, art. 89), dans les 
jardins et vergers : 2 sous elle dommage (Neuville 
et Florent, art. ^o) ; connnis par un étranger: 
2 deniers ou 5 sous suivant qu'il déclare ou non 
ignorer la loi du lieu (Neuville et Florent, art. 41); 
commis par un enfant en dessous de quinze ans : 
12 deniers (Neuville et Florent, art. 42e domo meà praesens fuerit. 

7. — Quatuor jurati in villa erunt qui jura mea 
et villcTe conservabunt. 

8. — Si miscUa in villa forte facta fuerit^ qui 
inde accusabitur se tertio purgabit et si unus jura- 
torum misellam viderit, reus non poterit se pur- 
gare. 

9. — Quicumque domum i])i fecerit eam vendere 
poterit sine destructione : si vero eam locare 



avenœ ; de terris vero et pratis qiuno illis ad excolendum tra- 
dcnlur pro singulis arpent, reddent quatuor denarios de 
censu annuatim. 

2. — Domos et \ ineas et terras sive prata qua' in culturam 
rédigent expendent et vendent provoluntate suà. 

3. — Forefactuni de LX solidis, quinque solidis termina- 
l)ilur, illud de quinque Xll denarios complebitur. 



— 109 — 

voluerit, eam locare potcril licet alibi mancat si 
eani manu tenucrit. 

lo. — Quicumqiic ibidem mansurus advenerit, 
et ille recidere voluerit, conductum habebit per 
quindecim dies. 

Ut autem hœ liliertas et consuetudines impos- 
teriim firmiler observentur, in confirmationem 
et testimonium prccdictorum prcesentem chartam 
fieri Yolui,et sigillimei munimine roborari. Actum 
Trecensis anno Domini àMillesimo ducentesimo 
mense Oct. data per manuni Galleri Gancellarii, 
nota Viilermi, 



AINAUMOXT (i) I200. 

Ego Theobaldus Trecensis Cornes Palatinus 
notum facio tam presentil^us quani futuris quod 
hominil)us ultra Ahisnani apud montem manen- 
tibus et mansuris liane concessi in posterum lil^er- 
tatem quain presenti Cartà plcnissimè continelur. 

4 . — Planus clatnor ad prepositum quatuor denariis emen- 
dabitur. 

5. — Homines in pra;dictâ villa manentes nec in exercitum 
nec in expedilionem ibunt nisi ego ipseprius assum. 

6. — Si vadia duelli data fuerint pncposito, homines sine 
piccposito coniposicionem facere poterunt inter se, sed factà 

I. Bibliothèque Nationale. Collection de Chanq^agne. 
Topofjraphic. Tome i3G, Folio 4^;, chiilres rouges, verso. 



IIO 

T. — Quicumque excolet terrain proprio ani- 
mali duos solidos e1 uniim sextariiim avena^ aniiua- 
tim michi solvet in feslo Sancti Remigii ; qui vero 
pi'opriis nianibus, lantum duos solidos. 

2. — Pro simplici eniendà XII denarios. 

3. — Pro sanguine X^^ solidos. 

4. — Furtum, Raptum,Honiicidium et Multrum 
in manu meà réserve, 

5. — Pro ducllo firmato uterque XII denarios 
dahit ; et si sanguis iiierit fusus X\^ solidos. 

(). — Si duellum victuui fuit, victus solvet IX 
libras. 

n. — Unusquisque operabiUir unà septimanà in 
anno sine rcdeniptione ad lirmitateni castelli. 

8. — Exercituni et calvagiani nieam niilii faeicnt 
si ego vel aliquis de donio meà pr?esens fuerit, 
ita tamen quod Maternam non transibunt. 

9. — Quatuor Jurati in villa erunt qui mea jura 
et villa" conservabunt. 

10. — Si misela in villa forte facta fuerit qui 
indè accusabitur se tertio se purgabit, et si inius 

composicione uterque pncposito olTeret duos solidos et sex 
denarios, quos pra^positus si voluerit accipiet et si eciam et 
uterque reddet prœposito septem solidos etscx denarios si eos 
voluerit accipere. 

7. — Si duelluni viclam fuerit victus reddet C solidos. 

8. — Qui in die fori homineni et sine ferro violenter per- 
cusserit ita quod saaguis exe:it [)er LX solidos emendahit, et 
siquis armo eniolito homineni iracunde percusserit in die 
fori. de fori fado ciil in horie j)lacito comitis. 



— III — 

juratorum miselam viderit reus se purgare non 
poterit. 

II. — Quicumque ibi doiuuni fecerit eain ven- 
dere poterit sine deslriictionc, si vero eam locare 
voluerit eam locare poterit, si eani manu tenuit, 
licet alibi maneat. 

12. — Quicumque ibi mansurus advenerit et illinc 
recedere voluerit conductum habebit per quinde- 
cim dies. 

Ut autem h?ec libertas et hœ consiietiidines in 
posterum firmiter o])serventur in confirmationem 
et testimonium pra^dictorum prcesentem Cartaui 
fîeri voliii et sigilli niei muniminc rol)orari. 

Actum Trecis anno Millesimo Ducentesimo 
mense octobri. Datum per manum Galtieri can- 
cellarii, Nota Alermi (i). 



9 — Erunt autem homines liberi ubique in terra meà de 
teloneo et pedagio ad me pertinente. 

10. — Concessietiam hominibusprœdictœ villœut scabinos 
habeant sex qui ad communia négocia ejusdem villae vocen- 
tur et placitationibus prœpositi intersint. 

11. — Constituiut nec miles, nec alius, hominem aliquem 
pro convencione aliquà vel alià de causa ab eâdem villa revo- 
care possit, nisi suus fuerit de corpore, vel in eo antiquam 
taliam vel comendacionem habuerit pro quà in ipso scetam 
habere dobeat. 

1 2 . — Ad hoc aulcm lucrunl luijus rei testes Doniinus Ancel- 

I En dessous est la signature G. de A ilhardouin. 



— 112 — 



VILLIERS-EX-ARGOXXE (i) 1208 



Ego Blanclia Comitissa Trecensis Palatina, 
iioliiin facio prpesentibus ac fuîiiTis quod Eg-o et 
Al)l3asetGoiiveiitus Saiicti KcmigiiRcmeiisis apud 
Mllers super Aisniain, ^'illanl Xovam constituen- 
tes (2) omnibus in eàdem Mllà manentibus et 
niansuris hanc concessinius in perpetuum liber- 
tatem quœ in pr?esenti Cartà plenissime contine- 
tur. 

1 . — Quieunique terram excoletproprio animait 
duos solidos et unum sextarium avente michi et 
prœdictis Abl)ati et Conventui annualim solvet in 



lus de Trianguellu, Malheus Rufus, Hugo de l^ilreio, Joceli- 
nus de Clavi, Hugo Rage, Ertoldus Camerarius, Matiieus 
tune temporis Ponciuni prœpositus et Benedictus de Ponti- 
bus. 

Actuni Pruvini anno ab bicarnatione Domini M" C" L" 
XX^Vdata per manum Guillelmi Cancellarii, nota Gui- 
1er mi. 

1. bibliothèque Nationale. Collection de Champagne. 
TojW(jraphie, tome 106, folio 188, chiffres rouges, recto. 

2. La charte que nous publions ici est la charte de Com- 
mune ; nous avons vu la charte de fondation du ■ village 
qui a précédé de très peu celle-ci, 



— ii3 — 

fcstoSancli Reniigii ; qui vero propriis manibuslan- 
tiim duos solidos dal^it. 

2. — Pro simplici emcudà daljuut duodecim 
denarios ; pro sang'uiue XA" solidos. 

3. — Furtum, raptum, liomicidium et multrum 
in manunostrà reservamus. 

4. — Pro duello firmato utrinque XII denarios 
dabit ; si sanguis fusus fuit XV solidos. 

5. — Si duelium victum fuit, victus solvet IX 
libras. 

(). — Excrcitum et Calvachiam nieam etiani 
facient si ego vel aliquis de domo prœsens fuit, 
ita tamen quod Maternam non transibunt. 

7. — Quatuor jurati inMllà erunt qui jura nos- 
tra et N'illpe conservabunt ; et Ego et prœdicti 
Abbas et Conventus Majorem nostrumad volunta- 
tem nostramin Mllà ponemus. 

8. — Si mi sella in Villa forte facta fuerit, qui 
indè accusatus fuit se tertio se purgabit : si unus 
Juratoruni niiselam viderit, reus non poterit se 
purgare. 

9. — Quicumque ibi doniuni feceriteani vendere 
poterit sine destructione, si verô eam locare volue- 
rit, locare poterit, sieam manu tenuit, licet alibi 
maneat. 

10. — Quicumque ibidem mansurus advenerit, 
et illinc recedere voluerit, conductum habebit per 
quindecimdies. 

Ut autem litec libertas et licC consuetudines in 
posterum firmiter observentur in conHrmationem 



- ii4 - 

et lestimoniiim prcedictoruin pi-îiesentem cartam 
lieri volui et sigilli inei miiniinine roborari. 

Actum apud S. Mciiold. anno Incarnati Verbi 
millesimo ducentesimo octavo mense octobri- 
Datum vacante Cancellaria. 



Ih Groupe 



Meaux(1179). — Fismes(1226).— Ecueil(1229). 



MEAUX (i). — 1179 



Ego Henricus Cornes Trecensis Palatinus notum 
facio prcesentibus et futuris quod hominibus de 
Meldis eommiiniam sub his punctis haberc con- 
cessi. 

I. — Primo. Juraverunt omnes semihi etMariœ 
uxoii mefe Gomitissa" et Hcnrico filio meo et suc- 
cessoribiis nieis in perpetuiiin lidelitatem servatu- 
ros, juraverunt etiam se ad invicem alteruni alte- 
ri bonà lîde pro posse suo auxilium collaturos ; 
sunt auteni hœ institutiones communiae ipsius. 

I. Bibliotlièque Nationale. Collection de Champagne. Topo- 
graphie Tome 19. Folio 224. Recto-verso. 



— Il() — 

2. — Si quidein hoiiiiiics de commiiiiià iixores 
cujiiscumque potestatis voluerint ducent, licen- 
tià tamen a Dominis rcqiiisità ; quod si Dominus 
suus inde aliqueni inn)lacitaverit pcr quiiiqiie 
solidos tautum enicndal)it ci. 

3. — Capitales homines censuni capitaleni debi- 
tum Dominis suis persolvent, quein si die quà 
deljuerinl non reddent, per quinque solidos emen- 
dabunt. 

4. — Si quis alicui de communia injuriam illa- 
tam ad considerationem Scabinorum emendare 
Yoluerit, communia inde ad illum et receptores 
suos se verlet, ita tamen si receptatori malefaclo- 
ris prius ostentum sit, et ipse emendari non fecerit. 

5. — Si quis alicui Meldis ad mercatum venienti 
iniVa laugam ejusdem villcC forisfecerit , audito 
inde clamore, communia, inde ei auxilium conferet 
quousque sibi et liomini condigne satisfactum sit, 
nisi de hostibus communia^ fuerit. 

6. — Sciendum vero quod in foro Meldis justi- 
tia mercatorum extraneorum mea erit sicut solet. 

7. — Nemo prcCter me hcmiinem qui alicui foris- 
fecerit poterit apud Meldos conducere, nisi per 
Majorem. 

8. — Si homo extraneus cibos vénales adduxe- 
rit Meldos, et discordia intérim inter communiam 
et Dominumejus emerserit,quindecim dies inducias 
habebit vendendi cibos allatos et transferendi num- 
mos et alias res suos prieter cibos in securitatem 



ii: 



nisi ipse forisfaclum fecerit vel ciini illis fuerit qui 
foris feccriiit. 

9. — Xemo qui communiani juraverit, credet 
vel accomodabit aliquid hostibus communitC quani- 
diu discordia fuerit ; quam si quis fecisse compro- 
batus fuerit justicia de eo fiet secundum conside- 
rationem Scabinoriun. 

10. — Si communia aliquando contra hostes 
suos exierit, nemo de communia cum hostibus ejus 
loquetur nisi de licentià illorum qui custodiunt 
communiam. 

11. — Ad hoc statuti homines juraverunt quod 
neminem propter amorem vel cognationem depor- 
tabunt, neminem propter inimicitiam Iccdent, sed 
rectum judicium per omnia facient secundum 
suam pestimationem. 

12. — Omnes alii juraverunt quod idem judi- 
cium quod prœdicti statuti homines super hoc 
fecerint et patientur et concèdent. 

i3. — Si cjuis de communia aliquid forisfecerit 
et per juratos emendari voluerit, homines com- 
municC exinde facient justitiam. 

i4- — Si quis vero ad sonum pro congregandà 
communia factimi non venerit duodecim dcnarios 
emendabit. 

i5. — Si quis de communia aliquid insipienter 
agens prœceptorum communice transgressor exti- 
terit, Major eum bannire poterit quamdiu sibi et 
Juratis justum esse videbitur. 

16. — Si quishominem de communia suum esse 

Bourgeois 8 



— ii8 — 

clamavcrit et homo illc duos hoiniiies Ic^itinios 
sive unuin de Juratis liabeat quod pcr Doiuinum 
suum vel per antecessores ejiis in commiiniam se 
posiierit, in communia eliam nolente Domino 
remanebit. 

17. — Item si quis hominem de communia cla- 
maverit, et homo eum Dominum suum esse 
cognoscat quindecim dies induciashabebit ut se et 
sua transférât in securitatem. Et si voluerit in villa 
remanere, poteritsalvo jure Domini sui. 

18. — Sciendum etiam quod nullus prœter 
Majorem hominem de communia capere poterit. 

19. — Si qui alicui sacramentum facere debue- 
rit et ante arramiationem sacramenti se in neg'O- 
tium suum ilurum dixerit, proptcr illud facien- 
dum de itinere suo non remanebit nec ideo inci- 
det in eniendam; sed postquam redierit, conve- 
nienler submonitus sacramentum faciet. 

20. — Et si comnmnia pro auxilio meo vel expe- 
dilione vclquàcumque de causa colleclam aliquam 
vel misiam fecerit de aliquà re ad feudum perti- 
nente, nihil in eâ patietur. 

21. — Statulumest etiam quod nullus de Cas- 
tellanis circa Meldos commorantibus nisi pcr me 
in conniiunià se ponat. 

22. — Dejustitià vero et Ibrisfaclis meis ita sta- 
tutum est : 

De furlo, murtro, raptu et incendio erit in arbi- 
trio et dispositione meà ; et qui lia^c forisfacta 
fccerint Pra^posito nieo tradentur. Si ]Major indc 



— 119 — 

posse habiieritnec de caetero in communia recipien- 
tur nisi assensu Juratorum. 

23. — Infractio vero urbis emendabitur LX soli- 
des. 

24. — De vadiis duclli ita stalutum est: si de 
duello compositio sine ictu facta est Y solidos 
emendabitur ; si post ictum compositio facta fuerit, 
uterque dabit XXX solidos. Si duellum victum 
fuerit, victusLX solidos persolvet. 

25. — Si quis in vineà vel inagro velinprato vel 
in aliquandohujusmodi, injustitiàmea ad damnum 
alterius fuerit deprehensus, et possessor inde cla- 
morem fecerit, possessori damnum suum restitue- 
tur, et Justitiainde liabebitYII solidos et dimidiimi, 
et si de nocte captus fuerit LX solidos emendabi- 
tur. 

26. — Si quis in chimino in alium manus vio- 
lentes injecerit et clamor inde processerit, et de 
hoc convictus fuerit, infracturam homini forisfac- 
tor y 11 solidos emendabit forisfactum. 

2j. — De falsà mensurà VII solidos emendabi- 
tur et dimidium; et si die nominatà non reddide- 
rit, V solidos de lege persolvet. Insuper et jurabit 
quod de conscientià suà falsam mensuram non 
habuerit : si autem hoc jurare noluerit in volun- 
tate et dispositione meà erit de illo. 

28. — Oui sano'uinem violenter fecerit X^" soli- 
dos reddet pro forisfacto,aliorum vero preedicto- 
rum forisfactorum sin2:ulum V solidos emendabi- 
tur. 



120 

2Ç). — Scieiiduni prœterea qiiod communia ubi- 
ciimque ei in terra meâ mandavcro i)er lilteras 
pro negotio meo venict, sed postquam ad locum 
qucm ei prcefixero venerit, non procedet prousque 
ant me ipsum prœsentem aut Senescallum, aut 
Bulicularium aut Constabularum aut Marescallum 
viderit qui eos in ipsum negotium perducat. 

3o. — Si ab aliquo de communia requisitum fue- 
rit Theloneum et requisitor diem quo illud et unde 
hal)ere debeat minime nominaverit, inde illi non 
respondebitur et si diem nominaverit et illc dic- 
tum ejus solà manu suà lîrmare voluerit V solidos 
emendabit. 

3 1 . — Hominesmihi depane, vino, carnibus etaUis 
victualil)us die quà Meldis vcnerO;, et in crastino si 
tamenibifuero, creditionem facient, et si intra XV 
die s crédita non pedditero, nihil amplius milii cre- 
dent, quousque ei crédita perso! ventur, 

32. — In bac Ul^ertate communipe posui Char- 
mentré et Bardou, salvo jure Domini Symaris et 
Chamblery, et Cungi, et Nantoil et omnes alios 
homines de potestateMeldorum in quil)usjustitiam 
et talliam habui. 

33. — Si ego de aUquo de communia vel de ipsà 
connnunià clamorem fecero, Major inde mihi rec- 
titudinem facict ubi volucro, infra ambitum civi- 
tatis. 

34. — De bomine communiae nullus manuni mor- 
tuam hal)el)it. 

35. — Homines communia; in pcrsonis suis eam 



121 

liabebiuit libertatrm quam liabebant anlequani 
communia ficret. 

36. — Scriptorem dabil Gancellarius comnmniie : 
quod si idoneus non videbitur Majori et Scabinis, 
ad consilium eorum ponet alium. Scriplor autem 
faciet fidelitatem Gancellario et communiœ. 

37. — Si autem disscntio aliqua post modum 
emerscrit, videlicet de judicio sive de aliquo quod 
non sit in hac cartà prsenotatum, secundum 
cognitionem et testimonium juratorum Commu- 
nia Suesionensis emcndabitur née proinde in me 
forisfecisse reputabitur. 

38. — Usuarium quoque quod homines de Meldis 
in forestà de Maane auteâ habuerunt, scilicet 
nemus mortuum ad comburendum, et searescel- 
los ad vineas, hominibus de communia concedo 
et si controversia inde orta fuerit, testimonio et 
juramento quinque hominum de Meldis et qua- 
tuor hominum de Columbario terminabitur quo- 
rum nomina sunt Barth. de Poanci. 

39. — Sciendum vero quod pro pcrmissione com- 
munise reddentmihi vel Prpepositomeo homines de 
conmiunià CXL libras annuatim in crastino Nata- 
lis Domini. 

40. — Sub preenotatis itaque constitutionibus 
homines meos quicumque in praescriptà communia 
fuerint, quitos et immunes a tallià et a placito 
quod dieitur g-enerale in perpetuum omne con- 
cedo ; salvo quidem jure mco per omnia tam in 



122 

his qu?e ad nieam fidelilalem, quaniin his quœ ad 
castella mea pertinent. 

4i. — Actum anno Verbi Incarnati Millesimo 
Centesinio septuagesinio nono. 

4i. — Ut autem haec oninia firnia et immutata 
teneantur ad preces eorum juravit Dumbertius 
de Ternances pro me et loco mei lia^c oninia per- 
pétua tenenda : hoc siquidem i'actiim est lauda- 
mento et assensu IMariœ uxoris nieee quod etiam 
laudavit Ilenriciis filins mens sub testimonio prae- 
dictorum. 



FISMES (i) 1226. 



Ego Theobaldns Campanife et Briœ Cornes Pala- 
tinus, notum facio prpesentibns et fntnris, quod 
Ego apud villam meam videlicet Fismes et omnibus 
appenditiis ejus manentibns communiam concessi 
et confirmavi in perpetunm tenendam. 

I . — Primo juraA erunt homines se mihi et suc- 
cessoribus meis in perpetuum fidelitatem serva- 
turos. Juraverunt etiam se alterum alteri ad invicem 
bona fide pro posse suo collaturos. 

Sunt autem hee institutiones ipsius communiae. 

I. Bibliothèque Nationale. Collection de Champagne 
Topographie, Tome 16, chitTres rouges. Folios 27, 28, 29, 
recto-verso. 



— 123 — 

2. — Si qiiidem liomines de communia uxores 
cujiiscmnque potestatis voluerint, duccnt per 
licentiam domiiii. Capitales liomines censum capi- 
talem debitum dominis suis persolvent ; quem si 
die quà debuerint non reddent per quinque solidos 
emendabunt. 

3. — Si quis alicui infra terminos communiœ 
forisfccerit si ad presens forisfactum capi poterit 
ad usum et consuetudines castelli ad Fismes emen- 
dare tenebitur. 

4- — Nenio praeter me liomines qui alicui de 
coijmiunia forisfecerint poterit apud supradiclam 
Yillam conducere nisi per Majorem. 

5. — Si homo extraneus cibos vénales yel mer- 
ces in supradictà villa adduxerit et discordia inté- 
rim, inter communiam et dominum ejus emerserit, 
quindecim dies inducias habebit vendendi allatas 
cibos vel merces et transferendi nummos et alias 
rcs suas in securitatem et etiam cibos allatos nisi 
eos vendere poterit, nisi ipse forisfactum fecerit. 

6. — Xemo qui communiam juraverit credet vel 
accomodabit aliquid liostibus communiae quamdiù 
discordia fuerit, quod si quis fecisse comprobatus 
fuerit, justitia de eoiietsecundmn considerationem 
juratorum. 

7. — Quod si communia aliquando contra hos- 
tes suos exieritnemo de communia cum liostibus 
ejus loquetur nisi licentià illorum qui custodiunt 
communiam. 

8. — Ad hoc statuti liomines juraverunt quod 



— 124 — 

neminem propter amorem vclcognationem clepor- 
tabiint, neminem propter inimicitiam lardent, sed 
rectnm judicium facient per omnia ; omnes alii de 
communia juraverunt quod idem judicium quod 
prpedicti homines super eos fecerunt et patientur 
et concèdent. 

9. — Si quis de communia aliquid forisfecerit et 
j)er juratos emendari voluerit, homines communiœ 
exinde facient justitiam. 

10. — Si quis vero ad sonum pro congrcgandà 
communia factum non venerit duodecim denarios 
emendabit. 

11. — Si quis de communia aliquid insipienter 
agens précceptorum communiœ transgressor exti- 
terit, ]\Iajor eum l^annire poterit quamdiù sibi et 
juratis justum esse videl)itur. 

12. — Si quis hominem de communia suum 
esse clamaverit, et liomo ei neg'averit se esse suum 
hominem per gagia duelli a Domino convinci opor- 
tebit nisi miles a tertio militum et per quatuor 
armigeros probaverit hominem suum esse. 

i3. — Item si quis hominem de communia ali- 
queni clamaverit, et homo eum domiuum suum 
esse cognoscat quindecim dies inducias habebit ut 
se et sua transférât ad securitatem et si Aoluerit in 
villa remanere potuerit, salvo jure doinini sui. 

14. — Item sciendum est quod nuUus hominem 
de communia capere poterit prœterMajorem. 

i5. — Si quis vero de communia sacramentum 
alicui de communia facere debuerit et ante arra- 



I20 

tioiiem sacranienti se in negotium suum iturum 
dixcrit ad illud faciendum de itinere suo non 
renianel)it née ideo incidet in emendani ; sed post- 
quam redierit, convenienter submonitus sacra- 
mentum faciet. 

i6. — Si communia pro auxilio meo, vel pro expe- 
ditione velqiiâcumque de causa coUectam aliquam 
vel misiam fecerit de aliquâ re ad feodum meum 
pertinente niliil in ea patietur. 

l'j. — Statutum est etiam quod nullus de homi- 
nibus meis vel de custodià meà, vel de feodis 
meis qui in prœnominatà villa manere voluerit 
in dicta communia nisi de assensu meo recipie- 
tur. 

i8. — De justitià meà vero et forisfactis meis 
quee in preefatà villa retinui ita statutum est : fur- 
tum, raptus, murtrmn per me tantum justilica- 
buntur et qui haec forisfacta fecerint prpeposito 
meo reddentur, si Major inde posse habuerit, nec 
de Ccctero in communia recipientur nisi de assensu 
meo: 

19. — Omnia vero alia forisfacta Majoris et 
Juratorum erunt justificanda et judicanda. 

20. — Gagia duelli Majoris et Juratorum erunt, 
sed victus in leg-e duelli meus erit. 

21. — Homines istius communi^e in equitati- 
bus et exercitibus meis longé et propé mihi ser- 
vire teneijuntur et nisi venerint mihi emenda- 
bunt . 

22. — Homines istius communiœ mihi de pane 



126 

et vino et carnibus et aliis victualibus die quà in 
prtefatà villa vcnero et in crastino si tantuni ibi 
fuero creditionem facient et si infra quindecim dies 
non reddidero niliil ampliiis niihi credent quous- 
que eis crédita persolventur. 

23. — In prœfatà villa censum sexaginla soli- 
docum annualim cuni venditionibiis cl jusliciis 
eoruni qufe in territorio de Fismes et octo sex- 
tarios annonse quos in niolendino de Fismes habe- 
bampro pane operariorum de Clauso nieo faciendo, 
et seplem sextarios niediateni avenœ et niedia- 
tem bladi qui subnionitari anniiatini pro aninio- 
nitionibusfaciendis debebantur, et vineani meain 
quse vocatur Claiisum pro quà vineàCelerioIgnia- 
censi singulis annis très niodii albi vini tcmpore 
vendemiœ debentur et castellano villœ similiter 
quatuor niodii annuatini, hominibus dictœ com- 
munise concessi, hoc retento quod prœfata tani 
de blado quam de vino homines communicC per- 
solvere tenebuntur : 

24. — Et si de cœtero aliquid rcsiduuni ultra 
quod dictuni est sive in censu sive in blado vel in 
avenà aliquo tempore juveniretur, Major et Jurati 
bonà fide et super sacramenta sua sine occasione 
et forisfacto niilii reddere tenebuntur. 

25. — Cœtera vero omnia quîe habebam tune 
temporis istius communiae remanebunt. 

26. — Si ego de aliquo de communia vel de ipsâ 
totà communia clamorem fecero, Major commu- 



— iq; — 

nicC iiide milii rectitiidiiicm tcnel)il iiifra anil)itus 
commiiniiv. 

2j. — De honiinibiis communia? niillus mortiiam 
manuin hahel)it. 

28. — Ilomines islius commuiiiie de mortuis 
manibus, de forism^aritagiis, de talleis, de toltis 
de corveis et quantum ad me pertinet quicti erunt 
et liberi. 

29. — Si autem dissentio aliquà post modum 
emerserit videlicet de judicio sive de alià re quœ 
non sit in liàc cartà praînotata illud facient ad 
usum et testimonium juratorum communiœ Mel- 
densis. 

30. — Extra praefatam communiam homines, 
communia? cartam suam de communia monstrare 
non compellentur. 

3i. — Sciendum vero quod pro permissione 
communiïe reddent mihi vel certo nuntio meo ho- 
mines de communia et successoribus meis Centum 
octoginta libras Turonensium annuatim in cras- 
tino Natalis Domini infra communiam. 

32. — Sub pra?notatis ilaque constitutionibus 
omnes homines meos quicumque in prcescriptâ 
communia fuerunt immunes et quitos a talHà et 
ab omni aUà pravà exactione, salvis his cjUcC supe- 
riùs sunt in perpetuum esse concedo. 

33. — Si vero acquisiero infra castellarium de 
Fismes molendinum vel furnum, homines de com- 
munia tenebuntur coquere ad furnum meum et 
ad meum molere molendinum ad taies consuetu- 



— 128 — 

(lincs quibus solel)ant coquerc et niolcre die quà 
pra^scntcs litterae factse fiieruiit. 

34. — Ilccc omnia vcro superius dicta tcnere et 
olîscrvare in perpetuum in animam nieani juravi 
feci ; successores vcro mci tali modo faccre et 
jiirare teneliuntnr. 

Qnod nt rai uni permaneat et firmum teneatur, 
lilleris annotatani hanc cartamfieri volui et sig-illi 
mei niuniminc rol)oratam. 

Actuni Meldis anno Incarnali ^'^e^bi millcsimo 
d^icentesinio vigesimo sexto, niense januario, die 
Apparitionis Domini. 



ECUEIL (i) 1229. 



Ego Tlieolialdus Canipaniœ et Briee Cornes 

Palatinus notum facio quod Ego apud villam 

meam videlicet Escueil et in omnil^us appendiciis 
ejus manentibus, conimuniani concessi, et con- 
firmavi in perpetuum tenendam. 

I. — Juraverunt liomines se miclii et succes- 
sorilîus meis in perpetuum lidelitatem servaturos ; 
juraverunt etiam se alterum alteri ad invieem 
bona Ode pro posse suo auxilium servaturos. 



I. Bibliolhèque Nationale. Collection de Champagne. 
Topographie. Tome i5, folio i47 rectO; verso. 



— 129 — 

2. — Sunt aiitcm hee institutiones ipsius com- 
iniiniœ. Siquidem homines communia uxores 
ciijuscumquepotcstatis voluerint, diicent perlicen- 
tiam Domini. 

3. — Capitales homines eensuni capitale del)i- 
tum Dominis snis persolvent, quem si, die quà 
debiicrint, nonreddent per quinqiie solidos emen- 
dabunt. 

4. — Si qiiis alicui infra terminos commimise 
forisfeceTit,si ad prcsens forisfactum capi poterit, 
ad iisimi et consuetudines castelli de Escueil 
emendari tenebitur. 

5. — Nemo prœter me homines qui alicui de 
communia forisfecerint, poterit apud supradic- 
tam villam conducere nisipcr Majorem. 

6. — Si homo extraneus cibos vénales vel mer- 
ces in supradictâ villa adduxerit, et discordia inté- 
rim inter communiam et Dominum ejus emerserit, 
quindecim dierum inducias habebit vendendi alla- 
tos cibos vel merces, et transferendi nummos et 
alias res suas in securitatem, et etiam allatos 
cibos, nisi eos vendere potuerit, nisi ipsi forisfac- 
tum fecerit. 

j. — Xcmo qui communiam juravit, credet vel 
accomodabit aliquid hostibus communiœ quamdiu 
discordia fuerit : quod si quis fccisse comprobatus 
fuerit, justitia de eo fict secundum consideratio- 
nem juratorum. 

8. — Quod si communia contra liostes suos 
exierit, ncmo de communia cum hostibus ejus 



— i3o — 

loquelur iiisi licenlià illorimi qui ciistodiiint com- 
niuniam. 

9. — Ad hoc statut! homines juraveruut quod 
neminem propter amorem vel coguationem de- 
porlal)unt, ncmincm propter inimicitiam lœdent, 
sed rectum judicium facient per omnia. 

10. — Omnesalii de communia juraveruut quod 
idem judicium quod preedicti statuti homines^ 
super eos fecerint, et patientur, et concèdent. 

iT. — Si quis de communia aliquid forisfecerit, 
et per juratos emendari voluerit, homines commu- 
niae exinde facient justitiam. 

12. — Si quis vero ad sonum pro congregandà 
communia factum non venerit, XII denarios emen- 
dabit. 

i3. — Si quis de communia aliquid insipienter 
agens, pra?ceptorum communine transgressor exti- 
terit. Major cum bannire poterit, quantum sibi 
et juratis justum esse videbitur. 

14. — Si quis hominem de communia suuni 
esse clamaverit, et homo ei negaverit se esse suum 
hominem per gagia duclH liominem a Domino con- 
vincioportebit, nisi miles se tertio militum_, et per 
quatuor armigeros probaverit hominem esse suum. 

i5. — Item si quis hominem de communia ali- 
quem clamaverit, ethomoeum Dominum suum esse 
cognoscat, XV diebus inducias habebit, et se et 
sua transférât ad securilatem, et si voluerit in 
villa remanere, poterit salvo jure Domini sui. 



— i3i — 

16. — Item sciendum est quod luilhis liominetn 
de comniunià capere poterit praeter Majorem. 

i;. — Si quis vero de communia sacram.entum. 
aliciii facere debiierit, et aiite arrationem sacra- 
mcnti se innegotimii siium itm*mn dixerit propter 
illiid faciendum de itinere suo non remanebit, née 
ideo incidet in emendam; sed postqiiam redierit^ 
convcnienter submonitus, sacramentum faciet. 

18. — Et si communia pro auxilio meo vel pro 
expeditione vel quàcumque de causa, collectam 
aliquam vel misiam fecerit de aliquà re ad feodum 
meum pertinente, nichil in eà ponetur. 

19. — Statutum est etiam quod nullus de liomi- 
nibus meis vel de custodià, vel de feodis meis qui 
in prœnominatà villa manere voluerit in dicta com- 
munia nisi de assensu meo recipiatur. 

'20. — De justitiàmeà vero et forisfactis meis 
quee in prîefaîâ villa rctinui ita statutum est : fur- 
tum, raptus, murtrum per me tantum judiciabun- 
tur, et qui lifec forisfacta fecerint, Prœposito meo 
tradentur. 

21. — Si ]\Iajor inde posse liabuerit nec de 
cœtero in communia recipientur nisi de assensu 
mec. 

22. — Omnia vero alla forisfacta, Majoris et 
juratorum eruntjusticianda et judicanda. 

23. — Gag'ia Duelli, Majoris et juralorum diclae 
communice erunt, sed vie tus in lege duelli meus 
erit. 

24. — Homines istius communiœ in equitatibus 



— l32 — 

et cxcrcilibus meis longé et propè michi servire 
tenebuntur et nisi venerint michi emendabunt. 

25. — ITomines istius cominiinite michi de pane 
et vino et carnilms et aliis victualibus die quà in 
pra^fatà vilIà venero, ctin crastino, si tantum ibi 
fucro, creditionem facient, et si infra quindecim 
dies non reddidero nichil ampUùs michi credent 
quousque crédita eis persolventur. 

26. — GcTetera vero omnia qua^ habebam tune 
temporis, hominilius communicie remanebunt, prse- 
ter nemus meum de Escueil quod retineo in manu 
me à. 

27. — Si ego de aliquo de communia vel de 
ipsâtotà communia clamorem fecero, Major com- 
municC inde michi rectitudinem tencbitinfràambi- 
tum communiœ. 

28. — De homine communia? nullus morluam 
manum habelîit. 

29. — Ilomines istius communife de mortuis 
manibus, de forismaritagiis, de Talleis, de Corveis, 
A^arennis, Courmedilhis, Chavagiis quantum ad me 
23ertinet quiti erunt et liberi. 

30. — Si autem dissentio aUqua post modum 
emerserit, videUcet de judicio, sive de aUquà re 
quœ non sit in hàc cartà prccnotata, ilhul facient 
ad usum et teslimonium juratorum homines com- 
munipe Meldensis. 

3i. — Extra communiam prœfatam homines 
cartam suam de communia monstrare non com- 
pelientur. 



— i33 — 

32. — Sciendum vero qiiod pro permissione 
commiinite reddent niichi vel certo nuncio meo 
homines de coniniunià et successoribiis meis octo- 
g'iiita libras Priivinensiiim aiiniiatini in crastino 
Xatalis Domini infra communiam. 

33. — Sub prpenotatis itaque constutitioiiil)us 
omnes homines meos quicumque in prescriptà 
communia fuerint immunes et quitos a tallià et ab 
omni pravà exactione salvis his qxise superiussunt 
in perpetuum esse concedo. 

34. — Si vero acquisiero infra Castellarium de 
Escueil molendinum vel furnum, homines de com- 
munia tenebuntur coquere ad furnum meum vel 
ad meum molere molendinum ad taies consuetu- 
dines quas solebant coquere et molere die quà pré- 
sentes litterœ factae fuerunt. 



35. — Hcec oia vero superius dicta tenere, obser- 
vare in perpetuum in animam meam juravi feci. 

36. — Successores vero mei tali modo facere ju- 
rare tenebuntur. Quod ut ratum permaneat et 
firmum teneatur, litteris annotatam hanc cartam 
fieri volui et sigilli mei munimine roboratam. 

Actmn Trecis anno Verbi Incarnati millesimo 
ducentesimo vigesimo nono,mense Augusto. 



Bourgeois 



nie Groupe 

Troyes (laSo). — Provins (i23o). 

La Ferté-sur-Aube (i23i). 

Bar-sur-Seine (1234). 



TROYES, I230 (i). 



I . — Gie Thiebauz de Clianipaigne et de Brie 
cuens palazins faiz asavoir a toiiz ciaux qui sont 
et qui seront qui ces lettres verront que je fran- 
chis et quit touz mes hommes et mes fàmes de 
Troies de totes toltes et de totes tailles par tele 



I. Bibl. Nat. Collection de Champagne. Topographie. 
Yolume 60, Folios 108, 109. 



— i36 — 

manière que aurai en touz cels en cui je a voie taille 
et en tous cels hommes et famés qui de fors ven- 
ront ester en la Communité de Troics, VI deniers 
de la livre dou mueble fors quen armeures et en 
robes faites aeus lor cors et fors qu'en aisément 
dostel. 

2. — Et est asavoir que vaissel on len met vin 
et tuit aisément d'or etd'argent seront prisié chas- 
cun an aveuc les autres muebles et aurai de la 
livre de léritaige II deniers chascun an. 

3. — Et est asavoir que se aucuns de mes 
fievez ou de mes gardes venient por demourer en 
la communité de ïroies li borjois de Troies nen 
porront aucun retenir se nest par mon assent ou 
par ma volenté. 

4. — Et sil avenoit que aucuns homme ou famé 
aucune de mes villes ou de mes fiez ou de mes 
gardes venient ester en la communité de Troies 
et li homme ou la famé qui vienront disoient que 
il ne fust de mes villes ou de mes fiez ou de mes 
gardes il seroit a ma volonté de retenir ou do 
refuser et se je le refusoie, il auroit conduit de 
moy il et les soies choses XV jours planièrement. 

5. — Et est asavoir que se aucuns de la com- 
munité de Troies veut paier XX liv. en lan, il 
sera quites do serement et de la prise de celle 
année vers moy et si lor doig et otroi la prévosté 
et la justice de Troies et de lor terres et de leurs 
vignes qui sont dedans leur finaige de Troies si 



- i37 - 

corne je la tenoie au jor que ces lettres furent faites 
por CGC liv. de Provenisiens quil me renderont 
chascun an à Penthecouste. 

6. — Et est asavoir que li forfais des homes et 
des famés de la Communité de Troiez et de touz 
cels qui sont et seront estaigier en la justice de la 
communité de Troies sont as borjois de Troies 
si comme je les soloie avoir et tuit li forfait des 
gens estranges qui ne sont de la justice de la Com- 
munité de Troies sont as borjois de Troies jusqua 
XX s. et li surplut iert miens et je retaing lo 
murtre et lo rat et lo larrecin là ou ces choses 
seront conçues et attaintes. Et si retaing lo cham- 
pion vencu dont jauray m'amende as us et as cos- 
tumes de Troies. Et si retaing la fauce mesure, de 
laquelle jauray XL s. et li borjois de Troies en 
averont XX s. 

7. — Et est asavoir que je retaig la justice et 
la garde de mes églises et de mes chevaliers et 
mes lîevez et de mes vassal en tel manière que 
se aucuns de ciaux de Troies ou de la justice de 
la commune de Troies forfaisoit a aucun de ceulz 
que je retaig, cest asavoir as clers ou as cheva- 
liers ou à mes fievezouames vassal, dont plainte 
venist a moy, je la dreceroie et l'amende seroit 
moie et sera jugié l'amende as us et as costumes 
de Troies par lo maeur et par les juré de Troies. 

8. — Et est asavoir que je ou autres de mes 
gens eslirons chascun an XIII hommes de la com- 
munité de Troies a bone foy, et cil XIII esliront 



— i38 — , 

l'un daux amaeurcliasciin an dedans la qiiinzai^ne 
que je les aurai nomez et sil ne Tavient elleu 
dedans la quinzaigue je i elliroie Fun des XIII. 

9. — Et cil XIII nommé jureront sor sainz que 
ma droiture et celi de la commune de Troies gar- 
deront et governerontla ville et les affaire de la ville 
a bone foy ; et ce que cil XII juré et li maire feront 
par bone foy, il nen porront estre occoisonné ; 
mais cil faisient jugement ou esgart qu'il ne fust 
souflisans il seroit adrecié à mon esgart as us et 
as costumes de Troies sauf ce qu'il ne lor costeroit 
rien et nen ferient point d'amende cil qui aurient 
fait lo jugement ou esgart. 

10. — Et cil XII juré et li maires lèveront les 
deniers de chascun Yl deniers de la livre du mue- 
ble si comme il est dit devant et II deniers de la 
livre de leritaige par lo sairement de ceulz qui ce 
deveront. 

11. — Et se li maires et li XII juré ou une par- 
tie d'aux jusqu'à III ou plus, avient sopesonnez au- 
cuns de ceulx qui averont juré a rendre Yl den. 
de la livre du mueble et II den. de la livre de 
leritaige, il le porrient ci»oistre selon lor bone cons- 
cience sauf ce que cil nen fera point damende 
qui aura juré. Et cil dit seront paie chascun un a 
la feste saint Andricu. 

12. — Et est a savoir que tuit cil de la commune 
de Troies pueent et porront vendre et acheter eri- 
taiges et autres choses si comme il ont fait devant 



- i39 - 

et ont et averont lor franchises et lor usaiges si 
comme ils les ont eues devant. 

i3. — Et se aucuns volait plaidoier aucun de la 
commune de Troies par plait ou par autre manière 
je ne le porroie traveiller fors de Troies, se pour 
ma propre querele n'estoit, et celle querele seroit 
terminée as us et as costumes de Troies. 

i4- — Je auray mon ost et ma chevauchie si 
comme je avoie devant, fors tant que home de LX 
ans ou de plus ni irapas. Mais sila lo pooir soffi- 
sant il y envolera pour lui selonc son pooir. 

i5. — Et se je fé mon ost et ma chevauchie en 
temps que foire sera, li changeurs et li marchans 
qui seront en la foire embesoig'niez il porront en- 
voler homme souffîsans por aux, sans amende. Et 
se aucuns defalloil démon ost ou de ma chevauchie 
cil qui defauroit le m'amenderoit. 

i6. — Et si promet en boue foy que je nés se- 
mondrai en ost ne en chevauchie por aux occoi- 
sonner fors que por mon besoin^. 

ij. — Et si veul que chevaux à chevauchies ne 
armeures a ceulz de la commune de Troies ne 
soient prisiés por detes ne pour pièges ne pour 
autres omissions. 

i8. — Et si je ou mes gens aurons mestier de 
chevaux ou de cherrettes de Troies il sera requis 
as maieur de Troies, et si lo iera avoir a loier là 
ou il les trovera et paiera lo loier des deniers de 
ma censé. Et sil mesavenoit don cheval il seroit 



— i4o — 

renduz as regart des XII jurés et du maieur, des 
deniers de ma censé. 

19. — Et chascuns de la Gomniunité de Troies 
qui aura vaillant XX livres aura arbaleste en son 
ostel et quarriax jusqu'à L. 

20. — Et est a savoir que li borjois de Troies 
envoieront et moront à mes fours et a mes moulins 
a autel marchié com as autres et s'il avenoit que 
je neusse assez fours et moulins a Troies, il ferront 
morre et cuire as regart des XII jurés et du maieur, 
selonc ce qu'il venra souffîsamment à mes fours 
et à mes moulins et quant je aurai fours et mou- 
lins tant qu'il lor convenra as regart des XII jurés 
et don maieur, il i envoieront tuit et morront. 

21 . — Et se aucuns des XIII elleuz est oit clieuz en 
plait ou en guerre ou en escomeniement, por le 
fait de la ville, li XII jures et li maires qui après 
venront seront tenu à penre le fais sor aux, aussi 
comme li XII jurés et li maires qui estient devant 
lavoient sor aux. 

22. — Et ge ne porrai mettre hors de ma main 
nulles de ces choses. 

2 3. — Et est asavoir que se aucuns de la Com- 
munité de Troies estoit areste et pris en aucun 
lieu por ma dete je lo sui tenuz a délivrer lui et 
ses choses du mien. Et cil estoit pris et arreste 
pour autre chose je lo sui tenuz a aidier et à déli- 
vrer en boue foy. 

24. — Et est a savoir que se aucuns de ceulx 
qui venront ester en la commune de Troies sen 



- i4i - 

veulent râler, il seii iront sauvement et franche- 
ment quant il vorront et averont conduit de moy 
Xy jors plainement, 

25. — Et est a savoir que mi sergens qui sont 
à moy et cil qui ont mes Chartres ou les Chartres 
de mes ancesseurs seront en la commune de Troies 
se il welent et se il ne welent il seront en ma main 
si comme devant. 

26. — Et totes ces choses et toutes ces conve- 
nances qui sont contenues en ces lettres ai je juré 
a tenir por moy et por mes hoirs a aux et a leurs 
hoirs parmenablement. Et por que ce soit ferme 
et estable ai je fait ces 1res scellées de mon scel. 

Et ce fu fait lan de grâce mil et CG et XXX on 
movs de setembre. 



PROVINS i23o (i) 



I. — Gie Thiebaus de Champevine et de Brie, 
cuens Palazins, fais a savoir a tou ceu qui sunt et 
qui avenir sunt, qui ces lettres verront : que je 
franchie et quit tous mes homes et mes famés de 
Provins etdouvilois, si com la prévosté de Pro- 
vins se contient, de toutes toltes^ de toutes tail- 

I. Bibliothèque Nationale. Collection de Champagne. 
Topographie^ vol. 26, folios lo^, 107, vol. i35, folio 299. 



l42 — 

les, par tel manière que je auray en touz ceu en 
qui gie avoie tailles, et en tous ceulx homes et 
famés qui deffors vanront ester en la commuine 
de Provins, VI deniers de la livre du mueble 
chacun an, fors que en armeures et en robbes 
faites a eu leur cors et fors que en aisemens d'os- 
tel. 

2. — Et est a savoir que vaisscl ou Tan met 
vin, et tuit aaisement d'or et d'argent seront pri- 
sié chascun an avant les autres muebles et auraie 
delà livre del Icriteige II deniers chascun an. 

3. — Et est a savoir que se aucuns de mes hom- 
mes, ou de mes fîèves, ou de mes gardes venoient 
por demorer en la commune de Provins li bour- 
geois de Provins n'en pourroient aucun retenir, 
se n'est par mon assent ou par ma volenté et se il 
avcnoit que aucuns home ou aucune famé de mes 
villes, ou de mes fîèves, ou de mes gardes venoient 
pour demeurer en la commune de Provins, et li 
home ou la famé qui hi venroit disoit que il fust de 
mes villes, ou de mes fîèves, ou de mes gardes, il 
seroit esclarié à ma volonté dou retenir et dou 
refuser, et se je le refusoie, il auroit conduit de 
moy, il et les soes choses, XV jours pleinière- 
ment. 

4. — Et est a savoir que se aucuns de la Com- 
mune de Provins viant paier XX liv. en l'an, il sera 
quites dou serement et de la prise de celle années 
vers moy ; et se leur doin et oltroy laprevosté et la 
justice de Provins et dou vilois, si comme la prevos- 



- i43 - 

tez de Provins se contient, si coni je la tenoieau jour 
que ces lettres furent faites pour G C L liv. de Pro- 
venisiens que ils me rendront chascun an en la 
foire de Mav. 

5. — Et est ascavoir que li forfait des hommes 
et des famés de la Commune de Provins sont et 
seront aus bourgeois de Provins jusques à XX sols 
et li seurplus sera mien ; et je retien le murtre et 
le rapt et le larrecin là ou ces choses seront 
cogneues et atteintes ; et si retien le champion 
vaincu dont je aurai ma amende, aus us et aus 
coustumes de Provins, et si retien la fausse mesure 
de laquelle je aurai XV sols et li borgois de Pro- 
vins en auront XX sols. 

'j. — Et est a savoir que je retien la joutise et 
la garde de mes églises et de mes chevaliers, de 
mes fieves et de mes gyns, en tel manière, que se 
aucuns de ces de Provins ou delà justice de la com- 
mune de Provins forfait a aucuns de ces que je 
retien, c'est a avoir aus clers, aus chevaliers, ou 
à mes fieves ou a mes gyns, dont pleinte venist 
a moi, gie ladreceroie, et l'amande seroit moie, et 
seroit jugié l'amande aus us et aus coustumes de 
Provins. 

8. — Et est a savoir que ie ou autres de mes 
gens eslirons chascun an XIII hommes de la com- 
mune de Provins a bone foy, et cil XIII esliront 
l'un daux a majeur, chacun an, dedans la quin- 
zaine que je les aurez nommées ; et se il ne les 



- i44 - 

avoues élu dedans la quinzainue, je esliroie Tun 
d'aus XIII ; 

9- — Et cil Xlïl jureront seur sains que ma 
droicture et celé de la commune de Provins gar- 
deront et gouverneront la ville et les alTaires de la 
ville a bone foy, et ce que cil XÏI juré et li mai- 
res feront a bone foy, ils n'en pourront être achoi- 
soné ; mais s'il faisoient jugement ou esgart qui 
ne fust souflisans, il seroit adrecié a mon esgart 
aus us et aus coustumes de Provins, sauf ce que il 
ne leur cousterois néans, et n'en feroit point 
d'amende cil qui auroient fait le jugement ou l'es- 
gart. 

10. — Et cil XII juré et li maires lèveront les 
deniers de chascun \I den. delà liv. don mueble, 
se comme il est dit devant, et II den. de la livre 
del'eritaige parle serement deceuqui ce devront. 
Et se li maires ouli juré, ou une partie deux jusques 
a trois ou plus, avoit souppeçonneuz aucun de 
ceulx qui auront juré a rendre VI den. delà liv. du 
mueble et II den. delà liv. de l'eritaige, illepour- 
roient croistre selond leur bone conscience, sauf 
que cil nen fera point d'amende qui aura juré ; et 
cil denier seront payé chascun an a la feste Saint- 
Andri. 

11. — Et est a savoir que tuit cil de la commune 
de Provins puent et porront vendre et acheter 
eritaiges et autres choses, si comme il ont fait 
avant, et ont et auront leurs usaiges si comme il 
les ont lieues devant. 



— i45 — 

12. — Et se aucuns voloit plaidoier de la com- 
mune de Provins par plait ou par autre manière, 
je ne le pourroie travaillier hors de Provins, se 
pour ma proppre querelle n'estoit, et cette que- 
relle seroit déterminée aus us et aus coustumes de 
Provins. 

i3. — Je aurai ma ost et ma chevauchiée si 
comme je avoit devant, fors que tant quehoms de 
LXansou de plus ne ira pas, mais se il ha povoir 
souiïisent, il li envolera un homme pour lui selond 
son povoir. 

14. — Et se je semons ost ou chevauchiée en 
temps que foire sera, li changeur et li marchent, 
qui seront à la foireen besoingne, hi pourront en- 
voier pour aus, sans amende, homes souffisans ; 
et se aucuns deffalloit de mon ost ou de ma che- 
vauchiée, cilz cpii deffaudrait s'amenderait a moi. 

i5. — El si promet en bone foy cjuc je ne semon- 
droi en ost ne en chevauchiée pour aus achoison- 
ner fors que pour mon besoing. 

16. — Et si veul que chevaux à chevauchier ne 
armcures à ceilx de la commune de Provins ne 
soient prinses pour debtes, ne pour pleiges, ne 
pour autres amissions ; et se je ou mes gens avons 
ou avoiens mestier de chevaus ou de charrettes de 
Provins, il sera requis au majeur de Provins, et 
cil le fera avoir a loier là ou il le trouvera, et 
paiera le loier de deniers de ma sence, et se il 
mesavenoit dou cheval, il seroit renduz au regart 
des XII juré et du majeur, des deniers de ma sence. 



— i46 — 

i-. — Et chasciins de la commune de Provins 
qui aura vaillent XX livres, aura aubelesteen son 
liostel et quarriaus jusques a L. 

i8. — Et est a savoir que li bour^ois de Provins^ 
cuirons et molront a mes fours et à mes molins, 
et au tel marchie comme aus autres, et s'il ave- 
noit que je ne heusse assez fours et molins a Pro- 
vins, il feront moire et cuire au regart des xii jurez^ 
et dou majeur, selond ce qu'il convienra souf- 
fisemment à mes fours et à mes molins ; et quant 
je aurai fours et molins tant comme il leur convien- 
dra au regart des XII juré et dont majeur, il hi cul 
ront tuit et molront. 

19. — Et se aucuns des XIîI esleus estoit cheuz 
en plait ou en guerre ou en escomeniement, pour 
le fait de la ville, le maire et li xii juré qui après 
venront, seront tenus a panre le fait sur eux, enfln 
come li maire et li XH juré qui estoient devant 
Tavoient sur eux, et je ne pourrai mettre hors de 
ma main nulle de ces choses. 

20. — Et il est a savoir que se aucuns de la 
commune de Provins estoit arrestez et pris en 
aucun lieu pour ma debte, je le suis tenuz a déli- 
vrer lui et ses choses dou mien ; et s'il étoit prins 
ou arrestez pour autre chose, je le suis tenu a 
aidier et délivrer en bone Iby. 

21. — Et est a scavoir que se aucuns de ceulx qui 
venront ester en la commune de Provins s'en 
veullent râler, et s'en iront sauvement et franche- 



— i47 — 

ment, quant il voudront et auront conduit de 
moy XV jours plcinnenicnt. 

22. — Et est a scavoir que mi sergent qu'il sont 
a moi ; et cil qui ont mes Chartres de mes ances- 
seurs seront en la commune de Provins, et se il 
vuellent, il seront en ma main si comme devant» 

23. — Et ces convenances qu'il sunt devant 
dictes ai je juré à tenir pour moi et pour mes hoirs 
à eulx et à leurs hoirs, à touz jours. Et pour que ce 
soit ferme chose et estable, je ai scellé en mon 
scel en Tan de g-ràce M CC et XXX, mois de sep- 
tembre . 



LA FERTÉ-SUR-AUBE i23i (i) (2) 



1. — Je Thiebauz de Champaignc et de Brie, 
Cuens palatins faiz asavoir à toz ceas qui sont et 
qui seront et qui ces lettres verront Que ie frain- 
chis et quit toz mes homes et totes mes famés de 

I Cette charte se trouve dans 1' « Inventaire de tous les 
titres composant le Chartrier de la Ville et Communauté de 
La Ferté-sur-Aube rangés et mis en ordre par Simon Bridât^ 
archiviste à Guy-sur-Aujou, à la diligence et par les soins 
des sieurs Pierre BruUion Marie et Pierre-Candide-Martin 
Sindie de la dite ville en Tannée i754 »• 

Voir Guignard, Annuaire de F Aube, i85o, 2^ partie, 

2. Bibl. Nat. Coll. de Champagne. Topo(j rapine. \ol. 
III bis. F° 1 6 chiffres rouges recto^ verso. 



— i48 — 

la ferté sor aube de totes Toltes et de totes Tailles, 
par tel mcnière que ie aurai en toz ces en oui le 
avoie taille, et en toz ces qui defors venrront ester 
en la communité de la ferté sor aube sis deniers 
de la livre del mueble, fors que en armeures et en 
Robes faites à eux lor cors, et fors qu'en aaise- 
manz d'ostcl. 

2. — Et est asavoir que vaissel où Ton met vin, 
et tuit aaisemant d'or et d'argent seront prisié 
chascun an avec les autres muebles : Et aurai de 
la livre de Teritaige deux deniers chascun an. 

3. — Et est asavoir que se aucun de mes homes 
ou de mes fievez eu de mes gardes vienent por 
demorer en la communité de la ferté sor aube, li 
boriois de la ferté sor aube n'en porront aucun 
retenir, se n'est par mon asant ou par ma volante. 

4. — Et s'il avenoit que aucun hom ou aucune 
famé de mes viles, ou de mes fiez, ou de mes gar- 
des venient ester en la communité de la ferté sor 
aube, et li hom ou la famé qui i venroit disoit que 
il ne fust de mes viles, ou de mes fiez ou de mes 
gardes, il seroit esclairié à ma volante d'el retenir 
ou d'el refuser ; et si ie le refusoie il auroit conduit 
de moi, il et les soes choses, quinze iorz plenière- 
ment. 

5. — Et est asavoir que se aucuns de la com- 
nmnité de la ferté soi* aube vuet paier vint livres 
l'an, il sera quites del sairement et de la prise de 
celé année vers moi. 

6. — Et si lor doing la prevosté et la iostise de 



— i49 — 

la ferté sor aube, et de lor terres et de lor vignes 
qui sont es fignaige de la ferté sor aube, si com ie 
la tenoie au ior que ces lettres furent fo, por qua- 
tre vinz livres de provenisiens qu'il en randront 
chascun an a pantecoste. 

7. — Et est asavoir que li forfait des homes et 
des famés de la communité de la ferté sor aube et 
de toz ces qui sont et seront estaigier en la iostise 
de la communité de la ferté sor aube sont as 
boriois de la ferté sor aube iusqu'a vinz sols et li 
soreplus c'est miens. 

8. — Et ie retaing' le murtre et le rat et le lar- 
ron là où ces choses seront queneues et ataigtes ; 
et si retaing le champion vaincu dom i'aurai m'a- 
mande as us et as costumes de la ferté sor aube ; 
et si retaing la fause mesure dom i'aurai quarante 
solz et li boriois en auront vint solz. 

9. — Et est asavoir que ie retaing la iostise et 
la garde de mes gglises, et de mes chevalliers, et 
de mes fievez, et de mes geis, en tel menière que 
se aucuns de ces de la ferté sor aube ou de la ios- 
tise de la communité de la ferté sor aube forfasait 
a aucun de ces que ie retaing, c'est asavoir as 
clers ou as chevalliers, ou a mes fievez, ou a mes 
geis, dom plainte venist a moi, ie la dreceroie et 
l'amande seroit moie, et sera iugié l'amande as us 
et as costumes de la ferté sor aube. 

10. — Et est asavoir queie ouautre de mes genz, 
eslirons chascun an treze homes de la communité 
de la ferté sor aube à bone foi ; et cil treze eslirons 

Bourgeois 10 



lOO — 

run d'aux à maior chasciin au, dedans la quinzai- 
gne que ie les aurai nommez. 

11. — Et sll ne l'avoient esleu dans la quinzai- 
gne, ie i esliroie l'un des treze. 

12. — Et cil treze nommé iureront sorsainz que 
ma droiture et celi de la communité de la ferté 
sor aube garderont, et gouverneront la vile et les 
afaires de la vile a bone foi, et ce que cil doz& 
iurié et li maires feront par bone foi, il n'en por- 
ront être aquoisené. 

i3. — Mes s'il fasoient ingénient ou esgart qui 
ne fust sofisanz il seroit adrecié à mon esgart as 
us et as costumes de la ferté sor aube, sauf ce que 
il ne leur costeroit rien, et n'en feroient point 
d'amande cil qui auroient fait le ingénient ou l'es- 
gart. 

14. — Et cil doze iurié et li Maires lèveront les 
deniers de cliascun sis denier de la livre del mue- 
ble si com il est dit davant et deux deniers de la 
livre de Téritaige par le sairemcnt de ces qui ce 
devront. 

i5. — Et ie envolerai à ceste levée faire cuique 
ie voldrai de par moi. 

16. — Et se li maires et le doze iuré ou une par- 
tie d'aux iusque a trois ou plus, avoient sopece- 
neux aucun de ces qui auront iurié à raiidre sis 
deniers de la livre del niucble et deux deniers de 
la livre de Féritaige, il le porroient croistre selon 
lor bone conscience, sauf ce que cil n'en fera point 



— loi 

d'aniande qui aura iurié : et cil deniers seront 
paiéchascun an a la festc Saint-Andrié. 

I j. — Et est asavoir que tuit cil de lacommunité 
de la ferté sor aube puent et porront vandi*e et 
acheter eritaig-cs et autres choses, si com ils on*, 
fait davant. 

i8. — Et ont et auront lor frainchises et lor usai- 
ges si com il les ont aues davant. 

19. — Et se aucuns voloit plaidoier a aucun de 
la commune de la ferté sor aube, par plait ou par 
autre menière, ie ne porroie travailler fors de la 
ferté sor aube, se par ma propre qucrele n'estoit, 
et celé querele serait terminé as us et as costumes 
de la ferté sor aube. 

20. — Je aurai mon ost et ma chevauchié, si 
comie avoie davant, fors tantque liom de sexante 
ans ou de plus n'iera mie: mais s'il a le pooir sofi- 
sant il i envolera un home por lui, selonc son 
pooir. 

21. — Et se ie semoig ost ou chevanchié en tems 
que foire sera, li cheengeor et li marcheant qui 
seront en la foire embesoignié, i porront envoler 
homes sofîsanz por aux sans amande. 

23. — Et sCaucuns defailloit de mon ost ou de 
ma chevauchié, cil qui defauroit le m'amandroit. 

24. — ^ El si lor premet que ie ne les semonrai 
en ost ne en chevauchié por aux aquoisener mes 
que por mon besoig. 

25. — Et si voil que chevaul a chcA^auchier ne 
armeures à cens de la commune de la ferté sor 



i52 



aube ne soient prises por detes, ne por pièges, ne 
por autres aniissions. 

26. — Et se ie ou niesg-enz avons mcstier de che- 
vaus ou de charrotesde la ferté sor aube, et cil le 
fera avoir aloier là ou il le trovera, et paiera le 
loierdes deniers de ma censé ; ets'ilniésavenoit del 
chevaul, il seroit rcnduz au resgart des doze iurez 
et del Maior des deniers de ma censé. 

2;. — Et chascun de la commune de la ferté 
sor aube qui aura vaillant vint livres, aura 
arbeleste en son ostel, et quarrés iusque à cin - 
quante. 

28. — Et est asavoir que li boriois de la ferté 
sor aube mouront et cuiront a mes forz et a mes 
molins à au tel marchié com as autres. 

29. — Et s'il avenoit que ie n'eusse assez forz 
ou molins, à la ferté sor aube, il feroit moure et 
cuire au resg'art des doze iurez et dou Maior, 
selonc ce qu'il convenra solisamment à m^s forz 
et a mes molins, et quant je auroi forz et molins 
tant com il leur convenra au resgart des doze 
iurez et dou maior, il i mouront et cuiront tuit. 

30. — Et se aucun destreze esleuzetoit clieuz en 
plait ou en guerre ou en escomniuniement por le 
fait de la vile, li doze iurez et li maires qui après 
venront seront tenuz à panre le fais sor aux aussi 
comme li doze iuré etli Maires qui estoient davant 
l'a voient sor aux. 

3i. — Et ie ne porroie mettre fors de ma main 
nulle de ces choses. 



— i53 — 

32. — Et est asavoir que se aucuns de la com- 
mune de la fertc sor aube estoit arestez et pris en 
aucun leu por ma dcte, ie le sui tenuz à délivrer, 
et lui et les soes choses dou mien et se il estait pris 
por autre chose, ie li sui tenuz à aidier et à délivrer 
à bone foi. 

33. — Et est asavoir que se aucuns de ces qui 
venront ester en la commune de la ferté sor aube 
s'en voloit râler, il s'en iroit sauvement et frain- 
chement quand il voldroit ; et aura conduit de moi, 
quinze iorz plenièrement. 

34. — Et est asavoir que mi sergent qui sont à 
moi et cil qui ont mes Chartres et les Chartres de 
mes encessors, seront en la commune de la ferté 
sor aube se il voelent et se il ne le voelent il seront 
en ma main, si com davant. 

35. — Totes ces choses et totes ces convenances 
qui sont contenues en ces lettres ai ie iuré à tenir 
por moi et por mes oirs à ceas de la ferté sor aube 
et à lor oirs permainaublement. 

Et por ce que ce soit ferme chose et estable ai 
ie fait seeler ces lettres en mon seel : ce fut fait en 
l'an de grâce Millesimo ducentesimo primo, Meuse 
Januario. 



— i54 — 



BAR-SUR-SEINE (i234) (i) 



I. — le Thiebauz de Ghampaigne et de Brie 
Cuens Palatins faiz asavoir a tos ceas qui sont et 
qui seront qui ces lettres verront que ic franchis et 
quiet tos mes homes et mes famés de Bar-sur-Sei- 
gne et de la Chastellenie de totes toltes et de totes 
tailles par tel menière que ie aurai en tos ces en cul 
ie avois taille et en tos ces homes et famés qui de 
fors venront ester en la communité de Bar sur 
Seigne et en la Chastellenie six deniers de la livre 
de mueble fors qu'en armeures et en robbes faites 
aulx leurs cors et fors qu'en aisément dliostel; 
et est asavoir que vaissel ou Fen met vin et tuit 
autre aisément d'or et d'argent seront prisié cha- 
cun an avec les autres mucbles et aurai en la livre 
de riiéritaige deux deniers chacun an, etc., (comme 
l'affranchissement de Troyes). 

1. — Etsileur doingetoctoi laPrevosté et laios- 
tise de Bar sur Seigne et de la Chastellenie et de 
leurs terres et de leurs vignes qui sont dedans le 
finaige de Bar sur Seigne et de la Chastellenie si 



I. Collection de Champagne. Topojraphie. Tome 3, 
folio 9. Recto. 



" — i55 — 

corne ie la tenois au ior que ces lettres furent fai- 
tes por cent et dix et sept livres de provenisiens 
qu'ils me rendront chacun an à Pentecouste, etc., 
(ut suprà). 

3. — Et estasavoir que ie ou autre de mes genz 
eslirons chacun an treize homes de la Gommunité 
de Bar sur Seigne et de la Ghastellenie à boue foi 
et cil treize esliront l'un deaus à Maieur chacun an 
dedans la quinzaigne que ie les aurai nohimez, 
etc., {ut suprà). 

4. — Et est asavoir que se aucun de ces qui venr- 
ront ester en la communité de Bar sur Seigne et 
delà Ghastellenie s'en veulent raller, ils s'en iront 
sauvement et franchement et auront conduit de 
mioi quinze iorz plenièrement. 

5. — Et est asavoir que tuit cil qui sont mes 
homes et mes famés de la Gomté de Ghampaigne 
et de Brie penront escheville de Bar sur Seigne et 
de la Ghatellenie et cil qui ne seront mi homes et 
mes famés de la Gomté ni panront rien ; et est 
asavoir qu'il est par tôt garane tant com ma terre 
dure par devers mon chatel si com faus se com- 
porte et par devers Ghassenay il puent chacier là 
où ils veulent, etc., {ut suprà). 

Et por que ce soit ferme chose et estable ai je 
fait ces lettres seeler de mon seel. Ge fut fait en 
l'an de grâce 1234 au mois de juin. 



IV" Groupe 



La Neuville-au-Pont (i2o3). — Florent (1226), 



LA NEUVILLE-AU-PONT (i2o3) (i). 



In nomine SanctcC et Individus Trinitatis. Ameti. 

Ego Blaiicha Comitissa Trecensis Palatina, 
omnibus praesentibus et futuris notuni facio quam 
in terra meâ novam Villam constitui quœ vocatur 
Pons Sanctœ Mariœ super Aisniam, juxta Sanctam 
Manildem, in quà videlicet Villa posui Franchi- 
siaset Coustumias quseinferiussubscribuntur. 

I. — Statuo enim, delecti mei Burgenses de 
Ponte Beatœ Mariée super Aisniam et vobis per- 

I, Bibliothèque Nationale. Collection de Champagne. 
Topographie. Tome i[\, folios 106, 107, 108, 109 recto, 
verso, iio recto. 



— i58 — 

pcliio haberc concedo Aisancias vestras pertotum 
possc nieuni ad ca quae vobis necessaria in pas- 
turis. 

2. — Item, Burgensis qui in eàdeni villa domum, 
vel extra termines hortum habuerit, annuatim XII 
denarios reddet scilicet in Nativitate Domini YI 
denarios et VI in Festo Joannis Baptistre, et qui 
intrà tcrtium diempost illum terminum VI dena- 
rios non reddet, ipse emendabit forefactum per II 
solidos. 

3. — Item, omnes vos et quilibet alius potestis 
quemcumque vobis emere'et vendere libère et 
quiet i sine guionario vel aliquo tlieloneo persol- 
vendo. 

4. — De unaquàque falcatà prati annuatim in 
Festo S. Remigiiduo denarii milii reddentur. 

5. — In terra quœ extirpatur in bosco de XIV 
garbis duas tantum accipiam. 

6. — Furni quocumque erunt in Ailla, Ecclcsise 
Morimontis erunt ; de molendinis sic est quod 
homines Mllfe vel ad molcndina Mllœ vel alibi 
ubi voluerint et potuerint, molent, rcddità mul- 
turà. 

7. — Item si quis accusât as est de dccimà vel 
de terragio niale pagato, inde se purgabit per jura- 
mentum. 

8. — Concedo etiam vobis usum aquœ et bosci 
liberum sicut inter vos (;t homines vicinos Reli- 
giosos et sœculares divisum fuerit. 

9. — In eàdcni Villa erunt juraticonstitutiassens.u 



— l.KJ — 

omiiiiiiîi vestruni et ■Major simililer qui mihijura- 
bunt fidclitatein et de reddilihus et exercitibus 
Vill?e, meis respondebunt servientibus, sed Major 
et Jurati ultra annum non remanebunt in minis- 
teriis. suis, nisi de voUmtate omnium vestrum. 

10. — Item si alicui vestrum placuit ut aliquà 
necessitate coactus sit vendere suam heredita- 
tem I denarium dabit ille qui vendit et alium ille 
qui émit, quorum Major habebit 1 et alium Jurati 

11. — Si quis novum advencrit ibi mansurus, 
in ingressu suo I denarium dabit Majori et alterum 
Juratis, et ita libère accipiet terram et mansuram 
et a Majori sicut ei dividetur. 

12. — Statuo etiam quod ille eontra quem cla- 
mor factus fuerit, si per duos legitimos testes con- 
vicipossit, m solidos dabit, scilicet II solidos Domi- 
no et XIÏ denarios Majori. 

i3. — Si quis aliquem mendacem dixerit, et 
inde clamor veniat ad Majorem et Juratos, si con- 
victus sit testimonio duorum Burgensium, V soli- 
dos reddet, Domino IV solidos et dimidium, et 
Majori VI denarios, et si testes non liabet, aller 
se purgabit juramento soins. 

14. — Si aliquis dixerit aliquem ex legem vel ali- 
quid quod sit œquum tali convicio deeem solidos 
reddet, Domino VI solidos et illi quem conviciavit II, 
Majori XII is XII, denarios et Juratet si testes non, 
liabet, alter se purgabit juramento solus. 

i5. — Si quis manum miserit in alium sine 
armis XLV solidos reddet, Domino XXXVIII, 



— iGo — . 

Majori XII denarios, verl^erato V solidos et Jura- 
tis XII denarios, et si verberatiis tesles non habet, 
alter se purgal)it diioruin honiinum legitiniorum 
juraniento etsuo. 

16. — Si quis aliquem invaserit arniis molitis 
sine ictu, si convictus est legitimo testimonio, LX 
solidos reddet, Domino LVIII, Majori XII dena- 
rios et Juratis XII et si leg-ilimo teslimonio con- 
vici non possit juraniento duorum honiinum et suo 
se purgabil. Et si ei plagani tecerit C solidos red- 
det, W libras Domino, Majori X denarios, Juratis 
XII et vulnerato XX solidos et expensam pro plagà 
sanandà, et si testimonio convinci non possit, tes- 
timonio septem Burgensium et suo se purgabit. 

17. — "Wilnerato si abscideritmembrum vel eum 
interfecerit, ipse et sua erunt in arbitrio Domini. 

18. — Si quis se deffendendo alium j^ercusserit 
vel sanguinem fecerit, testimonio duorum et suo 
se purgabit et si alter voluerit bello resistere pote- 
rit, et si membrum absciderit vel interfecerit se 
deffendendo judicio se purgabit, et qui eum accu- 
saverit solvet expensas judicii, et erit in disposi- 
tione Domini. 

19. — Si alter alterum in domo sua violenter 
invadit, légitime convictus G solidos reddet, 
Domino I\' libras et invaso XVIII solidos, Ma- 
jori XII denarios, Juratis XII. 

20. — De omnibus forefactis quibus reum pur- 
gare convenit, testimonio Burgensium se purgabit. 

31. — Clamans de omni falso clamore III soli- 



— i6i — 

dos solvet, Domino II solitlos, M^joi'i ^ I denarios 
et Jurai is M. 

22. — De hereditate falso inclanians XX solidos 
reddet, Domino XVIII solidos, Majori XII dena- 
rios, Juratis XII. 

23. — Si quis intra fines de Ponte Sanctœ Mariée 
hereditateni inclamaverit, nisi testimonio Majoris 
et Juratorum probare poterit XX solidos prœdicta 
consuetudine reddet, et si aller perdit per Judi- 
cium, XX solidos reddet per eumdem modum. 

24. — Si quis per dicm et annum hereditateni 
suam tenuerit sine contradicto hominis qui in 
villa maneat, eam deinceps liberam tenebit. 

25. — Nulli Burg'ensium de Ponte vSanctae Mariœ 
licebit clamorem facere ad aliam justiciam de alio 
Burgensi quanidiu aller voluerit rectum facere 
per Judicium Villte, et si super hoc damnuni 
fecerit X solidos reddet et damnum restaurabit, de 
quibus X solidis Dominus habebit VIII, Major XII 
denarios cl Jurati XII : hoc autem dico salva Jus- 
titia Chrislianitatis et salvà Justilià quam Ecclesia 
Beatfe Maria^ Remensis hacten, us habuit in terris, 
pralis et nemoribus suis. 

26. — Bui'geiisis qui Juratus extiterit, post ter- 
minum suum de omnibus quse audieril et viderit 
Jurati non poterit testimonium portare plus quam 
per annum et die m. 

27. — Si quis accusaverit alium de incendio 
domus, vel de furto, velde homicidio quocumque 
modo fiât, vel de raptu, si de expensis et de hoc 



l62 

qiiod judicatimi fiicrit, plcigios dedcrit, accusatus 
aqiiîr judieio se purg-alMt, et si securitatem non 
dederit XX solidos solvetetsi accusatus in judieio 
salvus fuerit, acciisator reddet expensas judicii et 
IX libras. 

28. — Quidquid faetum fuerit ante Juratos sal- 
vum fuerit sine contradicto. 

29. — Quilibet poterit probare solà manu suà 
hoc quod vendidit usquc ad III solidos. 

30. — Qui res suas alicui crediderit, per duos 
ejusdeni Mllce testes leg-itimos usque ad X solidos 
probabit. Si quis de rébus creditis réclamât super 
alium plus quam decem solidos cum testimonio 
Burg-ensium, alter bello contradicere poterit. 

3i. — Si quis res aliénas attulerit ad Pontem 
Sancta^ Mari?e,ille cujus res abstulit salvum tanien 
conductum de villa accipiet. 

32. — Si quis contradixerit judieio Juratoruni 
et eos comprobaverit de falso Judieio, per testimo- 
nium Juratoruni de Ponte Sanctœ jMariae reddent G 
solidos, si autem eos convincere ^on poterit G 
solidossolvet et expensam Juratorum, Domiuo LX 
solidos, MajoriV solidos, Juratis XXXV. 

33. — Judieium Juratorum stabile erit, nisi 
accepto ccnsilio Judieium contradixerit. 

34. — Si quis alteriis hereditatem in vadio 
liabucrit,per annum et diem illamservabit et post 
annum et diem Majori et juratis monstrabit et illi 
ordinabunt quid faetum fuerit de hereditate. 

35. — Si quis alicui extraneo injuriam fecerit si 



— 1(33 — 

comprobatiis fiicrit considcratione Majoris illud 
emendabit, et si non fit comprobatus juramcnto 
se purg-abit. 

36. — Si qiiis Burgensis de Ponte Sanctae 
MaricC mercatum infregerit Villœ G solidos solvet, 
Majori XII denarios, Juratis XII, Verberato X 
solidos, si Yiilneratiis fiierit XX solidos, Domino 
vero reliquios. 

37. — Si extraneus fregerit LX solidos solvet 
Majori XII denarios, Juratis X, verberato XVIII 
solidos, Domino autem reliquos. 

38. — Si Borgensis villse extraneum hominem 
verberaverit, XL solidos solvet, si extraneus Bur- 
gensemeosdem solvet, Majori XII denarios, Jura- 
tis XII, verberato L solidos. Domino reliquos. 

36. — Si quis invcntus fuerit a custode colli- 
gendo racemos alterius vineee, velsegetesalterius, 
V solidos solvet, Domino IV solidos, Majori VI 
denarios et custodi VI et si alius quam cusios eum 
invenitcolligendosolus juramento se purgabit, et 
sijurare noluerit V solidos reddet prœdiclo more 
etdamnum restituct arbitrio Juratorum. 

40. — Et si quis inventus in horto vel in virgulto 
damnum allerius faciendo II solidos et VI denarios 
reddet. Domino II solidos, Majori VI denarios et 
damnum restaurabit arbitrio Juratorum. 

4i- — Si vero extraneus inventus sit colligendo 
in vineà, vel in horto, vel in virgulto, vel in sege- 
tibus custodi dabit II denarios et Jurabit se nescire 
consuetudinem MUœ, et si Jurare noluerit V soli- 



— i64 — 

dos solvet, Domino IV, Majori YI dcnarios etcus- 
todi VI. 

42. — Puer infra quindecim annos si inventus 
fuerit similiter XII denarios solvet seciindum arbi- 
trium Juraloriim. 

43. — Si qiiis nianiis violentas injecerit in Majo- 
rem vel Juratos sine ictu arniorum G solidos red- 
det, Domino lY libras duobus solidis minus, per- 
cusso XX solidos, Majori XII denarios, Juratis XII 
et si eum Aulneraverit ipse et suaerunt in disposi- 
tione Domini. Similiter si Juratus Burgensem ver- 
beraverit eo modo plectetur. 

44- — Mulier qua? mulieri convitia dixerit duo- 
rum vel duarum testimonio convicta V solidos sol- 
vet. Domino IV solidos, Majori ^^I denarios et ei 
cui convitia dixerit \l et si nummos solvere nolue- 
rit, lapides portabit adprocessionem die dominicâ 
in camisià et si viro dixerit convitia testibus con- 
victa V solidos solvet, et si vir convitia dixerit mu- 
lieri V solidos reddet simili modo dividendos. 

45. — Si quis extraneus infra metos Villae vene- 
rit pro quocumque forefacto (excepto furto et 
homicidio) securus recipietur, et tamdiu manebit 
ibi quousque ad locum sibi securum statuatur, et 
de furto et de homicidio licebit eum deffendere si 
voluerit. 

46. — Si quis de furto per suspicionem accusa- 
tus sit, nisi testimonio duorum legitimorum homi- 
num se excusaverit, aquœ judicio se purgabit. 

47* — S^ ^P^i^ cl^ forefactis prsedictis solvere non 



— i65 — 

poterit, id qiiod habebit auferelur, etper annum et 
dicm excliidetar de Villa, et si post annum et diem 
reddire voluerit, forefactum emendabit arbitrio 
Juratorum. 

48. — Si armenta reperiantur in vineis sine incur- 
sione XII denarios solvet et in segetibus siniili- 
ter pecus YI denarios, Domino X denarios et custo- 
di II, de VI Domino Y, custodi I et arbitrio Jura- 
torum restaurabitur damnum. 

49. — Aller alterius vadium accipere non pote- 
rit nisiConsensuMajoris et Juratorum, et si absque 
consensu eorum accepit X solidos solvet. Domi- 
no ^ III, Majori XII denarios et Juratis XII. 

50. — Tabernario licebit tantummodo in domo 
suà de rébus quas vendet vadium accipere, sed 
extra domum non licebit. 

5i. — Item homines meos et liomines militum 
meorum et ecclesiarum mearum in Mllà de Ponte 
Sanctee Mariœ nuUo modo retinebunt, nisi esset de 
voluntate Ecclesiarum et illorum quorum homi^ 
nés sunt. 

52. — Si quid per dispensationem Majoris et 
Juratorum et septem sapientium Burgensium ad 
honorem et utilitatem Villae factum fucrit, stabile 
erit. 

53. — Si quis vero contradixerit XII denarios 
Solvet, Domino VI et munitioni Villœ VI et factum 
eorum ratum erit. 

54. — Burgenses vero in exercitum meum ibunt 

Bourgeois 1 1 



— i66 — 

ita qiiod in ipsà die vel in crastino apud Pontem 
Sanctse Mariœ revertcntur. 

55. — El ego dabo prociirationem Majori et 
Juratis pro placito generali ter in anno singulis 
yicil)us III solidos. 

56. — Et Major et Jurati quamdiu in officiis suis 
remanebunt, singuli eorum erunt liberi et quitti 
erunt de redditibus unius mansurœ et uniiis horti. 

5^. — Ut autem hœc omnia rata permaneant et 
firma, pra?sentem Chartani fieri volui et sigilli mei 
niuniniine roborari. 

58. — Actuni publiée anno gratipe Millesinio 
ducentesinio tertio niense Decenibri. 

59. — Datiun apud Sparnacum per manuni 
Galtieri Canecllarii mei. 



FLORENT 1226 (1). 
Thibaut IV 



Ego Tiicobaldus Campania^ et Brife Cornes Pala- 
tinus omnibus litterasirispecturis, in Domino salu- 
tem. 

I. — Noverint universi quod ego burgensibus 

I, Bibliollik]vie Nationale. Collection de Champagne. 
Topof/raphie. Tome 16. Folios 3i, 32, 33, 34, recto, verso ^ 
35 recto. 



lO; 



novte Villae de Florentià, commiini EcclesicC 
Reincnsi etmiclii, conccdo aisentias suas liberi in 
aqiiis, nemoribus, et terris sitis infra Castellaniam 
SanctcC Manehildis iibiciiniqiie homines ^laiiri- 
montis habeiit. 

2. — Quilibet autem Biirgensis de eàdem vilIà 
solvet anniiatini Ecclesiee Remensi et niichi in 
Natali Domini XII denarios et in festo Sancti Jolian- 
nis Baptistœ XII denarios siniiliter. 

3. — Insnper qui equo solo vcl equis vel aliâ 
bestià excolet terrani dimidiuni sextariuni avenye 
ad mensuram Sanctœ Manehildis solvet in festo 
Sancti Remigii in vendcmiis, qui vero bestià non 
arabit solvet unam g-allinam in dicto festo, et qui 
infra tertium dieni post istos terminos, dictos dena- 
rios, avenani et gallinam non reddiderit, ips3 
eniendabit forisfactuni per II solidos. 

4. — Et per hujusmodi redituni burgenses villse 
eniere et vendere libère poterunt et quieti salvis 
tamen investituris. 

5. — Item si infra territorium ejusdeni villee 
fuerint prata, pro unaquAque falcatà prati reddent 
annuatini infesto S. JohannisBaptistœ II denarios 
et qui infra terliuni dieni post istuni terminuni 
non reddiderit, ipse eniendabit per II solidos. 

6. — Item burgenses de exsarlis suis reddent 
prt) Terragio tertiam decimam garbam pro prse- 
mio suo et in campis dimittentur decimœ et ter- 
ragia sine forisfacto. 

7. — Burgenses coquent panem suumin furno 



— i68 — 

banali ad vicesimain quiiitam partem et moleiit 
ubiciimque voluoriut reddita mulliira. 

8. — Item si qiiis accusatiis fiierit de terragio 
maie pagato, inde se purgabit per juramcntum 
suiim. 

y. — lu eàdem villa erit solus Major de eàdem 
villa et illum appoiiet communitas villa? singulis 
amiis in die Peutecostes qui Major iidelitatem 
faciet EcclesicC Remensi et michi et Bm^gensibus. 

10. — Item in. eàdem villa ertiat sep tem scabiiii 
et decem jiirati quos Major et Gammuuitas villte 
eligent. 

11. — Major aiitem et scabiiii iufrà dictam vil- 
lam ds om'.ilbu5 receptis villtTe coiiiputabu iitEccle- 
siFe Rem^îisi et mlchl vel servieiiti Ecclesise Re- 
niensis et meo, nec propter hoc extra habebunt de 
praedictis rcditibus. 

12. — Jiirali vero et scabini ultra annum non 
remanebunt in ministeriis suis nisi de voluntate 
communitatis villœ. 

i3. — Judicium scabinorum stabile erit nisi 
statim contradicatur. 

14. — Si quis contradicerit judicio scabinorum 
et eos comprobaverit de falso judicio, per judicium 
decem juratorum ejusdem villœ, scabini reddent G 
solidos Dominis villcC ; si autem eos convincere 
non poterit reddet G solidos et expensas scabi- 
norum, de quibus G solidis habebunt domini villas 
LXXV solidos, Major V et scabini XX solidos. 

10. — Rem quidquid factum fuerit vel dictuni 



— 1^9 — 

coram Majore et corani scabiiiis stabile erit sine 
contradicto. 

i6. — Insuper Major et Scabini quamdiù in 
officiis suis remanebunt singuli eoruni liberi et 
quieti erunt de II solidis Burgensium et serviens 
villse similiter. 

17. — Si quis in eâdem villa noviter mansurus 
adveneritin ingressu suo dabitll denarios, Majori I 
et Scabinis I et ita libéré accipiet terram et Man- 
surani sicut a Majore et Scabinis ei assinabitur. 

18. — Sialiquis vendiderit hereditatem,suanill 
denarios dabit ille qui vendet et II ille qui émet, 
quorum Major habebit medietatem et Scabini 
aliam. 

19. Ecclesia Remensis et ego pariter habebimus 
Grangiam in eadem villa et Ecclesia Mam'imontis 
habebit duo jornalia terrœ libéra ad faciendum ei 
grangiam si voluerit, et nuUus prœter istos pote- 
rit tenere hereditatem in eàdem villa vel ejus ter- 
ritorio nisi nostri burgenses villœ. 

20. — Item ille contra quem clamor fuerit fac- 
tus, si pcr duos legitimos testes burgenses villse 
convici poterit III solidos dabit, II solidos domi- 
nis villee, scilicet Ecclesise Remensi et michi et 
Majori VI denarios et scabinis YI denarios. 

21. — Item si quis alteri dixerit tu mentiris et 
Inde clamor venerit ad Majcrem et scabinos, 
duos ad minus, si convictus sit testimonit) duorum 
Burgensium qui hoc audierunt, V solidos reddet, 
scilicet dominis villœ IV solidos et Majori VI dena- 



i;o 



rios et scabinis M denarios, et si conquerens tes- 
tes non liabet, aller se puri^abit juraniento solus. 

122. — Item si aliquis dixerit aliqueni exlegeni vel 
aliqiiid quod sit a^quum tali eonvicio solvet X soli- 
des, scilicet dominis vilhe VI solidos et illi quem. 
conviciavit II solidos, Majori XII denarios et Sea- 
binis XII, et si conquerens testes non habet aller 
se purgabit juramento duorum burgensium villse 
et suo. 

23. — Item si quis manum miserit in alinm sine 
armis per iram factam XLX solidos solvet, Dominis 
villcC XXXVIII solidos, Majori XII denarios et sca- 
Innis XII denarios et verberato quinque solidos, et 
si verberatus testes non liabuerit, aller se purga- 
bit juramento duorum Burgensium legitimorum et 
suo. 

24. — Item si quis invaserit aliquem armis mo- 
lutissine ictu, si convictus fuerit legitimo testimo- 
nio LX solidos solvet, videlicet Dominis villa? LVIII 
solidos, Majori XII denarios et Scabinis XII et s^ 
legitimo testimonio convici non possit, juramento 
duorum burgensium legitimorum et suo se pur- 
gabit ; et si ei plagani fuerit C solidos reddet, vide- 
licet Dominis villœ IV libras duobus solidis minus, 
majori XII denarios et Scabinis XII denarios, et 
vulnerato XX solidos et si legitimo testimonio 
convici non possit juramento sex burgensium 
villae et suo sepurgabit, et si vulnerator ei mem- 
bruni al3seiderit, vel eum interfecerit, légitimé 



convictus ipse et sua erunt in arhitrio Dominorum 
vilhie. 

25. — Item si quis se defendendo aliiim perçus- 
sent vel sang-uinem fecerit testimonio duorum 
Burgensium legitimorum et suo probabit quod 
hoc fecit se defendendo, et si alter voluerit bello 
resistere, poterit tantnmmodo contra reum et non 
contra alium, et si ei niembruni al^sciderit, vel 
eum intertecerit se deffendendo si nullus ex parte 
vulnerati, vel mortui, eum bello de seditione con- 
vincere voluerit, probabit quod hoc fecit se deffen- 
dendo suo juramento et juramento sex burgen- 
sium villee; quod si facere non poterit, ipse et sua 
erunt in dispositione Dominorum villse. 

26. — Item si alter alterum in domo sua inva- 
serit légitime convictus C solidos reddet, Dominis 
villœ IVlibras, invaso XVIII solidos, Majori XII 
denarios et scabinis XII denarios, si vero convinci 
non possit purgabit se septima manu Burgensium 
villcC et suà. 

2;. — Clamans de omni falso clamore III solidos 
solvet, videlicet Dominis villae II solidos, Majori VI 
denarios et scabinis VI denarios. 

28. — Item de hereditate falso inclamans XX 
solidos reddet, Dominis villœ XVIII solidos, Majori 
XII denarios et scabinis XII denarios, et qui de 
hereditate convictus fuerit, reddet XX solidos 
supradicto modo dividendos. 

29. — Si quis per diem et annum hereditatem 
suam sitam intra fines villœ de Florentià tenuerit 



ï'J-2 

sine contradicto hominis maneiitis in eàdem villa, 
eam liberam dcinceps tenebit, et si quis voluerit 
in ipsâ hereditate aliquid reclamare, oportebit 
quod probet se habere jus per testimonium Majo- 
ris et Scabinoruni prœsentis anni vel superprete- 
riti. 

3o. — Item nullus Burgensium dictcC villee cla- 
morem faciat ad aliani Justieiam de alio burgensi 
quamdiù altcr Aoluerit rectum facere per Judiciiun 
villpe, et si super hoc ei damnum fecerit, damnum 
restituet et pro emendâ X solidos reddet, Dominis 
villcT VIII solidos, Majori XII denarios et Scabi- 
nis XII, salvà tamen in omnibus. justicià Chrislia- 
nitatis. 

3i. — Item si quis accusaverit alium de incen- 
dio, vel de furto vel de homicidio quocumque 
modo fiât, vel derapto, accusatus polerit resistere 
per duellum, et si accusator noluerit, sed ante- 
quam plagios dederit, renutere voluerit stultitiam 
suam, XX solidos reddet, Dnis villpe XVIII soli- 
dos, Majori XII denarios et Scabinis XII denarios. 

32. — Si quis Burgensium dictœ viîlee de mur- 
tro, de incendiO;, de raptu convictus fuerit, vel ali- 
quid aliud fecerit propter quod res suse debeant 
devolvi ad Dominos villœ, Burgensibus villse de 
Florentià qui et bona sua crediderint vel pro ipso 
fidejussionem subierunt, prius de bonis illius, si 
légitime probaverint, satisfiet etresiduum erit in 
manu Dominorum. 

33. — Quilibel poteritprobere solà manu de rébus 



- i:'3 - 

suis creditis, iisqiie ad III solidos, et qui res suas 
alicui crediderit, perduos légitimas testes burgen- 
ses villcÇ probabit sine bello usque ad deeem soli- 
des, si quis vero de rébus creditis reclamaverit 
super alium plus quam deeem solidos cum testi- 
monio duorum Burgensium legitimorum alter 
bello contradicere poterit. 

34. — Item si quis res aliénas attulerit in villa 
de Florentià ille qui reclamabit obtinebit quantum 
probare poterit per duos Icgitimos homines patriœ 
nisi alter bello résistât, et si alter non habuerit 
unde restituet ablata, id quod habet dabit recla- 
manti nec in villa de Florentià remanebit nisi de 
voluntate illius oui res abstulit, salvmii tamen con- 
ductum de vilIà accipiet. 

35. — Item si quis alterius hereditatem in vadio 
habuerit per diem et annmii, illam servabit et post 
annum et diem Majori et Scabinis monstrabit et de 
ipsorum consilio vendetur. 

36. — Item si quis alicui extraneo injuriam fece- 
rit, si comprobatus fuerit, consideratione Majori s 
et Scabinorum illud emendabit et si non sit com- 
probatus juramento suo se purgabit. 

Sj. — Item si quis Burgensis de Florentià mer- 
catmn infregerit villse C solidos reddet, Majori 
XII denarios scabinis XII denarios, Verberato X 
solidos et si vulneratus fuit XX solidos et expensam 
pro plagà sanandà Dominis vero reliquos, si extra- 
neus infregerit LX solidos reddet, Majori XII dena- 
rios, A^crberato XYIII solidos, Dominis reliquos. 



- •:4- 

38. — Ilenisi Burgensis villcC exlraneum homi- 
hem Ycrbcraverit et convici possit per duos legi- 
tinios testes Biirgeiises villœ, XL solides solvet et 
si extraiieiis l)iirgensem tôt idem solvit, Majori XII 
denarios, Scabinis XII deiiarios, verberato X soli- 
des, Dominis villae reliqiios. 

39. — Item si qiiis invciitus fiierit a custode 
collig'eudo racemos alterius \ine?e vel segetes altc- 
rius, V solidos reddet, Douiiuis villte IV solides 
Majori M denarios et custodiVI denarios et passe 
injuriam dannium suum et si alius quam custos 
euminvenerit coUigendo, soins juramente sepur- 
gabit, et si jurare noluerit Y solidos reddet prse- 
dicto mode et damne restituet arljitrio Scabino- 
rum. 

40. — Si qui inventus fuerit in horto vel invir- 
gulto damnum alteri facieude II solides et dimi- 
dium reddet, Dominis villas II solides, Majori VI 
denarios et damnum restituet arbitrie Scabino- 
rum. 

41. — Si vero extraneus inventus fuerit celli- 
gendo in vineà, vel in horto, vel in virgulto, ve 
in segetibus, custedi dabit II denarios et jurabit se 
nescire consuetudinem villye, et si jurare noluerit, 
V solides reddet Dominis villœ IV solides, 
Majori \l denarios et custedi ^ I denarios. 

42. — Pueri infra quindecim annos si inventi 
fuerint similitcr XII denarios solvent. 

4^« — Item si quis manus violentes injecerit in 
Majorem vel Scabines, G solidos reddet, Dominis 



i;o 



villee IV liljras duobus solidis minus, perciisso 
XX solidos, Majori XII denarios et si eos vulne- 
raverit C solidos reddct et expensam pro plaga 
sanandà ; similiter si Major vel Scabiiii Biirgensein 
Yiiliieraverit velvulneraverint C solidos solvet prœ- 
dicto modo. 

44- — Mulier qiiaî mulieri conviciadixerit duo- 
rum vel duarmntestimonio convieta V solidos sol- 
vet, Dominis villfe IV solidos, Majori VI denarios 
et oui convicia dixeritVI denarios, et si nummos 
solvere noluerit, lapides portabit die dominica ad 
processionemin camisià, et si viro dixerit convicia. 
testibus convieta, cpiinque solidos solvet et si vir 
mulieri convicia dixerit V solidos solvet simili- 
modo diA'idendos. 

45. — Item si quis extraneus infra metas villcC 
venerit, vel fugerit pro quocumque forisfacto 
tutus erit quamdiu paratus erit stare juri et reci- 
pietur. Extraneos autem vocamus omnes illos qui 
non sunt Burgenses villse. 

46. — Item si quis de pœnispro prœdictis foris- 
factis satisfacere non poteritid quod habet aufere- 
tur ei, et per annum et diem excludetur a villa et 
si post annum et diem redire voluerit, forisfactum 
emendabit arl)itrio Scabinorum. 

47. — Si armentum reperiatur in vineis sine 
incursione, vel insegetibus, vel in pratis XII dena- 
rios solvet, Dominis villœ X denarios, custodi II ; 
simili modo pecus inventum solvet I denariuni 
Dominis villœ et arbitrio Scabinorum illi quorum 



- 1-6- 

armeiita crunt vel pecudes restaurabuiit dainuuiii. 

48. — Aller alterius vadium auferre non pote- 
rit, nisi de consensu Majoris et Scabinorum et si 
abs consensu eorum istud abstulerit, X solidos 
solvet, Doniinis villœ VIII solidos, Majori XII 
denarios et ScabinisXII denarios. 

49. — Si aiitem alter alteri vadium dederit et 
posteanegaverit se dédisse, si testimonio duorum 
vicinoruni suoruni qui hoc viderint, convictus fue- 
rit, III solidos solvet, Dominis villse II solidos, 
Majori \l denarios et Scabinis VI denarios. 

50. — Tabernariolicebit in donio suà pro rébus 
quos vendet vadium capere, nisi debitor cxierit de 
Tabernà sua de licentià Tabernarii antequam 
Tabernarius capiat vadium ; sed extra domum non 
licebit. 

5i. — Mensurœ autem illœ bladi videlicet et 
vini qucC currenl apu Bellum-Montem, current 
apud Florentiam et non aliœ. 

52. — ItemBurgensis qui Scabinus extiterit post 
terminum suum de omnibus quae viderit et audie- 
rit non poterit testimonium scabini portare plus 
quam per annum et diem. 

53. — Item si quid de rébus ad communitatem 
villse pertinentibusdispensatione Majori et septem 
Scabinorum et decem Juratorum, ad honorem et 
utilitatcm villa? statutum fuerit, stabile erit, et si 
quis contradixerit, XII denarios solvet, Dominis 
villœ VI denarios, Majori, et Scabinis et juratis 



^^J 

VI dciiarios et nihiloiuinus factiim Majoris, Sca- 
biiiorum et Jiiratoruni stal)ile crit, 

54. — Major yero, Scabini et Jurati,cle omnibus 
rc])us qua^ non continentur in liac Gai'tà et de qiii- 
bus judicare diibitaverint et certi non fuerint, habe- 
bunt revocamentum et recursum ad jus et consue- 
tudines de Bello-Monte. 

55. — Burgenses de Florent ià liberi erunt ab 
expeditione meà usque ad deceni annos sed post 
deceni annos tenebuntur ire ad expeditionem nieam 
sicut tenentur ire homines villa" Sanctce Manehil- 
dis, sed ipsi non tenebuntur ire in expeditionem 
meam nisi omnes alicC villœ de ChastellaniàSanctce 
Manehildis eant in expeditionem meam, et si ali- 
qua de dictis villis dicttC Chastellaniee remanserit 
(excepta illà de Sanctà Manehilde quam egopotero 
retinere ad custodiendum castrum) dicta villa de 
Florentià similiter remanebit, et cumfuerit in expe- 
ditionem, si aliqua dictarum villarum de dicta 
Chastellanià revertatur ipsa similiter revertetur 
sine forisfacto et ego tenebor defendere eos sicut 
Burgenses meos de Sanctà Manehilde. 

56. — Si quis vero non ierit in expeditionem 
meam ipse emendabit forisfactum, et si aliquis 
pra^dicto termino decem annorum evoluto in expe- 
ditionem meam non ierit, et quod pradicti anni 
sint elapsi, vel quod in expeditionem meam non 
tencretur ire se nescire pretenderit vel dixerit 
quod citationem non audierit, vellegitimam excu- 
sationem nonhabuerit, solà manusuàsc purgabit, 



- i;8 - 

et si J 11 rare noluerit duos solidoset dimidiuni red- 
dct Dominis villse. 

5^. — ... Burg-ensis Vilhv liabebit in eàdem villa 
doiniim suam liberam et si prceter illaiii alios 
domos sive terras in dicta villa vel ejus territorio 
acquisierit, ipse de illis reditum debitum persolvet. 

58. — Item Bnrgensis dictce villse de quocum- 
que se purgare se debebit, per Burgenses villae se 
purgabit, et nec aliquis admittetur ad portandum 
testimoniuni pro Burgensi contra Burgenseni nisi 
sit Burgensis villœ. 

59. — Burgenses quiuxores habent et jacentes 
de pueris habucrint, non tenentur ire in cxpedi- 
tionem meam. 

60. — Quidqnid decem Jnrati retuleiint pro 
judicio septem Scabinis vilhr, totum stabilc erit et 
Lex villae. 

61. — Ego autem nt onmia supradicta rata per- 
nianeant et firma teneantur litteris annotala sigilli. 
niei feci mnniniine roborari. 

62. — Actuni anno Gratine MCCXXVI. 



Situation (|éo9rapliiquc 

r!cs communes dont les chartes sont données aux preuves. 



BussY-LE-CiiATEL. — Mame, arrondissement de Châlons, 
cant. de Suippes. 

AoAUMONT. — Ardennes, arrondissement deRéthel, cant. Châ- 
teau-Porcien. 

Villiers-en-Argo>ne. — Marne, arrondissement et canton 
de.Sainte-Menehould . 

Meaux. • — Seine-et-Marne. 

FisMEs. — Marne, arrondissement de Reims. 

EcuEiL, — Marne, Arrondissement de Reims, cant. Ville- 
en-Tardenois. 

Troyes. — Aube. 

Provins. — Seine-et-Marne. 

La Ferté-sur-Aube. — Haute-Marne, arrondissement 
de Chaumont, cant. Chàteauvillain. 

Bar-slr-Seine. — Aube. 

La Neuville- au-Po>"t. — Marne, arrondissement et canton 
de Sainle-Menchould. 

Florent. — » » » » 



TABLE DES MATIERES 



Préface i 

Sources v 

Bibliographie ii 

Introduction i3 

§ I . — Statistique historique et géographique 
abrégée de hi Champagne jusqu'à sa forma- 
tion définitive en Comte i3 

§ 2. — Condition des habitants lorsque se des- 
sine le mouvement communal 20 

Chapitre I. — Origines du mouvement communal 

dans le Comté de Champagne aS 

§1. — Origines lointaines 26 

§2. — Origines immédiates 33 

Chapitre II . — Caractères particuliers du mouve- 
ment communal dans le Comté de Champagne. 39 
Raisons pour lesquelles les comtes ont établi des 

communes 39 

Leur façon de procéder 39 

Chapitre III. — Les communes Champenoises 

d'après leurs Chartes 55 



— i8o — 

Constitution du corps communal 6i 

§ I . — Etat des personnes 6i 

§2. — Conditions des biens dans lacommune. 65 

§3. — Administration et justice 67 

§4- — Redevances ^6 

§ 5 . — Législation 85 

Fin du mouvement commvmal et Conclusion.. . 98 

Listes des comtes de Champagne de la Maison 
de Blois, jusqu'à la réunion du Comté à la 

Couronne. io3 

Preuves io5 

§ I . — Chartes du premier groupe 10;; 

§2. — Chartes du deuxième groupe .... ii5 

§3. — Chartes du troisième groupe i35 

§4- — Chartes du quatrième groupe .... i5j 



Imp. H. Jouve, i5, rue Racine, Paris. 



i: H RATA 



Page II. IVibliographic, au lieu de Can'o, lire Carra. 

Pao-c 20 ligne 22, au lieu de prcscnl, lire présents. 

Pao-e 37, ligne 20, au lieu de sons leur obtention, lire sur 
leur obtention. 

Page ^2, ligne 12, au lieu de alirjuocasa, lire ali(/iio casa. 

Page 53, ligne 12, au lieu de Gomes, lire Cornes. 

Pao-e 76, ligne 3o, au lieu de urée, lire Jurée. 

Pao-e 83, ligne 23. au lieu de Mancchilde, lire Manehilde. 

Page 93. ligne 20. au lieu de oar. lire pour. 

Pao-e 100, ligne 10, au lieu de royale, lire royal. 

Page 116, ligne 28, au lieu de res suas, lire res suas. 

Pao-e i3o, ligne t8. au lieu de cani bannire, lire e uni ban- 
nir e. 

Pao-e 1^3, ligne 17, au lieu de deffaudrait s'amenderait, 
lire deffaudrait s'amenderait. 

Pao-e i/i6, ligne 5, au lieu de cuirons, lire cuiront. 

Pao-e i/i6, ligne 12^ au lieu de f/on^ ma/e«r, lire dou majeur. 

Page i/jQ, ligne 19, au lieu de r/^//.çe.ç, lire yrjlises. 

Page i5o, ligne i. au lieu de aa, lire an. 

Pao-e i59, ligne 27. lire: Major i XII denarias et XII Juratis 

et si... 

Page 161, ligne 22, au lieu dchacten^ us habuil, lire hactenus 

liabuit. 

Pao-e 162, ligne 26. au lieu de alteriis, lire altérais. 

Page i63, ligne i5, au lieu de L salidas, lire A' solidos. 

Page 172, ligne 21, au lieu de dcnarios, lire denarios. 

Page 172, ligne 3o, au lieu de probere, lire probare. 

Page 173, ligne 2, au Vien de légitimas, Vive légitimas. 

Page 170, ligne 21. au Meiidepœnis, lire pœnis. 

Pao-e 176. lio-ne i3, au lieu de r/uos vendet lire quas vendet. 

Page 17O, ligne 19, au lieu de apu Bellum, lire apud 
Bellum . 



ÉTUDE SUR LE PATOIS 



DB LA 



COMMUNE DE GAYE 



ÉTUDE 



SUE 



LE PATOIS 



DE 



LA COMMUNE DE GAYE 

Canton de Sézanne 

(MARNE) 



PAB 



C. HEUILLARD 

Ancien Professeur, 

Lauréat et Membre de la Société d'Agriculture, Commerce, Sciences 

et Arts de la Marne 



Lei flears dsi obampi ont, ellsi aaiii, 
lear grie» et leur ptrftun. 



^t^^^^ta m -• n 



SAINTE-MÉNEHOULD 

LIBRAIRIE HEUILLARD 

42, rue Chanzy, 42 

1 903 



PRINCIPAUX OUVRAGES CONSULTÉS 



E. LiTTRÉ, Dictionnaire de la langue française, 4 vol. in-4° et un 
supplément, Hachette et G'% éditeurs (abréviation correspon- 
dante : Litt.). 

W. Maigne d'Arnis, Lexicon manuale ad scriptores mediœ et infi- 
mœ latinitatis, collection Migne, i vol. in-4*, Garnier frères, édi- 
teurs. — Tous les mots de la basse latinité cités dans le présent 
travail sont extraits de cet ouvrage. 

Ch. Nisard, Etude sur le langage populaire ou patois de Paris, 

I vol. in 8°, librairie A. Franck, 1872 (abréviation: N.). Ce patois, 
aujourd'hui disparu, était parlé autrefois dans les ports situés 
sur la Seine, dans les foires, les marchés, et était formé, d'après 
l'auteur, d'un mélange de tous les dialectes des jDrovinces envi- 
ronnant Paris : normand, picard, bourguignon et même wallon. 

II a laissé plusieurs monuments écrits, dont les principaux sont 
des mazarinades. 

Mémoires de Claude Haton, contenant le récit des événements 
accomplis de i553 à i58'2, principalement dans la Champagne et 
dans la Brie : extraits fort étendus reliés par des analyses et 
publiés par F. Bourquelot, 2 vol. in^*", Imprimerie impériale, 
MDCCCLVii (abréviation : H.). — L'auteur, né en i535, fut long- 
temps clerc de l'église Saiut-Ayoul de Provins et mourut, après 
i6o5, curé du Mériot, près de Nogent-sur-Seine. 

P. Tarbk, Recherches sur l'histoire du langage et des patois de 
Champagne, 2 vol. in-8°, Reims, Imprimerie de P. Régnier, i85i, 
abréviation : T.). — Dans le Glossaire qui forme le tome II de 
son ouvrage, cet auteur indique les régions auxquelles appar- 
tiennent les mots enregistrés par lui, en se servant des abrévia- 
tions suivantes : a, Ardennes; — m, Marne et plus particuliè- 
rement Reims ; — t, Troyes et département de l'Aube ; — l, Lan- 
gres et département de la Haute-Marne ; — y, Yonne. Le même 
mode de notation sera employé dans le présent travail; ainsi 
T. t. m. signifiera : mot cité par Tarbé comme usité dans l'Aube 
et dans la Marne. 

A. Perrault-Dabot, Le Patois bourguignon, 1 vol. in-12, Dijon, 
Lamarche, 1897 (abréviation : P.). 

En outre des abréviations ci-dessus, on en trouvera 
d'autres ayant pour objet de bien préciser le sens de cer- 
tains termes relatifs à l'histoire naturelle, et plus particu- 
lièrement à la botanique : dans ce cas, le nom scientifique 
de l'espèce est, d'après l'usage adopté, suivi de l'indica- 
tion abrégée de l'auteur qui l'a employé le premier. Ces 
abréviations sont les suivantes : 

L. : Linné ; — D- C. : de Gandolle ; — Jacq. : Jac- 
quin. 



— 3 — 

Note sur l'emploi des abrévla.tions 

Les mots étudiés dans le présent travail sont souvent 
suivis de mentions abrégées se rapportant : i" à la pro- 
nonciation ; — 2° aux formes semblables ou approchantes 
relevées dans divers auteurs. 

I. — Les indications relatives à la prononciation sont 
formulées comme suit : a = [3], ce qui signitîe que la let- 
tre a comprise dans le mot étudié doit être prononcée 
avec la valeur marquée [3] dans le tableau des chiffres 
adoptés pour figurer la prononciation. 

2. — Pour ne pas étendre outre mesure les mentions 
relatives aux formes notées dans les auteurs consultés, on 
s'est dispensé — toutes les fois qu'il n'en pouvait résulter 
aucune obscurité, c'est-à-dire lorsqu'il y avait identité 
absolue entre la forme étudiée et celle à en rapprocher — 
d'écrire cette forme une seconde ou une troisième fois. 
Ainsi pour le mot nentille, page 5Ï, qui est présenté 
comme suit : ' ' 

nentille (T. m. y. ; — Berry et picard, Litt.j, 

il faut lire : 

Tarbé, Marne et Yonne : nentille; — Beri'y et picard, nentille, 
Littré, 

et ainsi des autres qui se trouvent placés dans le même 
cas. 



CHAPITRE PREMIER 
Particularités relatives à la prononciation 



Un patois ne s'écrit pas, et par suite n'a pas d'ortho- 
graphe ni môme d'alphabet. 

L'alphabet français, auquel il faut bien recourir pour 
donner au patois la forme écrite, se trouverait souvent 
insuffisant pour figurer certaines nuances particulières 
de prononciation ; le patois * présente d'ailleurs des 
éléments phoniques complètement étrangers à l'alphabet 
français. 

En vue d'enlever le moins possible aux mots patois, 
dans les listes qui suivront, la physionomie bien caracté- 
risée que leur donne la prononciation, nous allons com- 
mencer par étudier les particularités de prononciation 
utiles à noter. A chaque nuance de prononciation obser- 
vée, nous attribuerons un chiffre destiné à nous servir de 
référence pour noter, chemin faisant, toutes les inflexions 
que les combinaisons alphabétiques seules seraient 
impuissantes à rendre. 



I. — VOYELLES 

1. — Voyelles simples, au moin» quant au son. 

i, ou 

Ces deux voyelles se comportant dans le patois comme en fran- 
çais, les signes orthographiques ordinaires nous suffiront pour noter 
les nuances de prononciation qu'elles présentent. 

u 

Celte voyelle, lorsqu'elle se présente à la fin d'une syllabe, ou 
en fin de mot avant un e muet {rue, vue)^ se comporte comme en 
français et doit être mise sur le même pied que les précédentes. 

1. Pour éviter de continuelles redites, nous prévenons le lecteur, une fois 
pour toutes, que le mot patois, quoique employé dans le sens général, 
doit s'entendre du patois de Gaye. 



— 6 — 

Mais \h( qui se trouve dans le corps d'un mot entre une con- 
sonne et une voyelle non muette se consonnifie et se prononce 
comme la lettre v, avec laquelle le latin et le français l'ont très 
longtemps confondue : ainsi nuage, ruelle.) tuer, se prononcent 
en patois comme s'il y avait nvage, rvelle, tver. Cette prononcia- 
tion particulière de Vu sera figurée par le chiffre 1. 



Le français présente : l» l'a bref comme dans chat; — 2" Va 
long comme dans râpe. 

Représentant le premier par 2 et le second par 3, nous figure- 
rons Va long du patois, beaucoup plus appuyé que celui du fran- 
çais, de la manière suivante : [3]. 

Le patois donne d'ailleurs le son long à certains a que le fran- 
çais fait brefs. Ainsi dans les mots casser.^ entasser, passer, quart, 
retard et les finales en art, ard, tous les a se prononcent avec la 
valeur marquée [3J. 

o, au 

Le français donne au son o deux valeurs différentes : 1° l'une 
brève, comme dans poche (4) ; — 2° l'autre longue, comme dans 
rôle, taupe (5). 

L'd long du patois, plus appuyé que celui du français, sera repré- 
senté par [5J. 

Le patois allonge d'ailleurs certains o que le français fait brefs. 
Ainsi dans les mots brioche, abominable, voter, or, bord, corps et 
les finales en or, tous les o se prononcent [5]. 

Par contre, le patois donne très souvent la valeur de Vo bref à 
la combinaison au, notamment : 1° dans la plupart des finales en 
au et en eau ' ; exemples : étau, tableau, troupeau, (au = 4) ; — 
2° dans le corps de certains mots, et seulement à titre d'excep- 
tion ; exemples : Paul, Pauline, Laurent, Maurice, laurier 
(au = 4). 

e muet, eu 

Dans la prononciation, Ve muet s'élide souvent, mais non tou- 
jours. Lorsque deux syllabes muettes se suivent, comme dans la 
phrase : Je le vois, un des deux e muets se prononce avec une 
intensité de son équivalente à celle de la combinaison eu dans le 
mot feu. 

Il se présente donc : i° Ve muet élidé, sur lequel il n'y a pas 
lieu d'insister ; — 2° Ve muet non élidé et son équivalent eu fermé 
bref, qui se prononcent comme dans jeu, meule (6) ; — 3° eu 
fermé long comme dans eux, jeûne (7) ; — 4" eu ouvert comme 
dans fleur (8). 

1. Au singulier seulement. 



Le patois prononce ce dernier eu ouvrant la bouche avec exa- 
gération; cette nuance spéciale du son eu sera figurée par [S]. 

é fermé et ses équivalents. 

11 y a lieu de considérer : 1" i'é fermé bref, comme dans pavé 
(9); — 2° I'é fermé long, comme dans année (10). 

L'é fermé long n'existe guère en français que dans certaines 
Vinales (année, giboulée^ joiamée) ei dans les pluriels des noms 
en er (bei'gers, pommiers) . Outre ces cas, le patois s'en sert encore 
dans certaines syllabes placées dans le corps, plus rarement à la 
fin des mots ; exemples : ménage, témoin, décembre, mépris, 
dé 1 (é = 10). 

Le patois possède d'ailleurs un autre é fermé long qu'il prononce 
d'une façon plus appuyée et légèrement traînante, et que nous 
représenterons par [tO]. Il se rencontre : 

1° Dans quantité de syllabes où le français écrit et prononce ïè 
ouvert, soit bref, soit même long ; exemples : pèi^e, mère, frère, 
fête, tête, bêche, mêler, grêler, rêver (è ou ê = [10]) ; 

2* Dans de très nombreuses combinaisons en ai, ay, etc. : mai- 
son, raison, chaise, crayon^ effrayer, essayer, balayer (ai ou 
ay=[lO]). 

ê ouvert et ses équivalents. 

Notre attention se portera sur : J » l'é simplement ouvert, comme 
dans mèche, fièvre, gilet et autres finales en et (le patois confon- 
dant ce son avec celui de l'é fermé bref, nous le représenterons 
également par 9); — 2° Vè largement ouvert, comme dans bière; 

— 3° l'é ouvert long comme dans crête (ces deux dernières caté- 
gories de sons se confondant à peu près dans le français, nous 
représenterons l'une et l'autre par un chitfre unique : 11). 

Quant à Vè ouvert du patois, figuré par è, ê, ai, aï, qui se 
prononce d'une façon plus accentuée qu'en français et avec la 
bouche très ouverte, nous le noterons ainsi : [il] ^. Exemples : 
colère, verre, pierre, craie et les finales en aie^, braise, traire 
(è, ai=[Hl)^ 

1 . A coudre. 

2. Il peut arriver qu'une nuance de sens soit indiquée par la prononcia- 
ciation de l'é, suivant qu'on le fait fermé ou bien ouvert. Ainsi dans le 
mot bête, l'é se prononce [lU] pour signifier un animal, et [1 1] dans le sens 
de sot, pauvre d'esprit, soit comme nom, soit comme adjectif. — Voir page 
27 un autre cas où une nuance de sens est indiquée par une différence de 
prononciation de l'é fermé. 

3. Excepté mate (huche), où ai se prononce 9. 

4. Dana le mot imbécile, le patois donne à l'é la valeur marquée [1i]. 

— La combinaison ai se prononce [H] dans maître, et [10] dans mai- 
tresse ; ê se prononce [11] dans chêne, et [tO] d&ns frêne. 



— 8 — 

2. — Diphtongues et Voyelles' doubles. 
Oi. oy 

Le français prononce la diphtongue oi ou oy, soit brève : oua 
(envoi), soit longue : ouâ (foie), en réunissant les deux sons dans 
une seule émission de voix. 

La prononciation oua étant inconnue dans le patois, nous n'avons 
pas à nous y arrêter; quant à la prononciation oud, qui s'y trouve 
avec la valeur de l'a long notée [3], nous la représenterons par le 
chiffre 12. Exemples : pois, mois, pitois ' (oi = 12). 

Le patois donne à la diphtongue oi d'autres valeurs inconnues 
en français, savoir : 

1° Oué (é avec la valeur notée 9), que nous écrirons 13 : moi^ 
toi, soi, loi, roi, charroi, doigt, croix^ toile, poisson^ moisson 
(oi = 13); 

2° Ouée (ée avec la valeur notée [10], que nous écrirons 14 : 
poison, choisi, voyage, nettoyer, envoyer, tutoyer (oi, oy = 14); 

3" Ouê ^ (ê avec la valeur notée [M], que nous écrirons 15 : 
bois, choix, poivre, boire, armoire^ toison, patois (oi = 15), 

Le patois dédouble quelquefois la diphtongue oi, dont la pre- 
mière partie devient ou distinct, comme dans les mots croiser, 
croisée, qui se prononcent à peu près crou-oiser, crou-oisée 
(oi = 15). De même Broyés (nom d'un village voisin), se prononce 
Brou-oyes (oy =12). 

Dans quelques combinaisons en oy, le patois dédouble encore 
la diphtongue, mais d'une autre manière : il prononce à part o et 
y, ce dernier comme i simple. Exemples : moyen, doyen, noyer 
(nom), qui se prononcent en patois moïen, doïen, noïer. 

6é 

Le patois fait de cette double voyelle une véritable diphtongue 
dans le mot Noël, qu'il prononce en donnant aux lettres oë la 
valeur que nous avons figurée 13. 

éo 

Autre combinaison dont le patois semble assez peu s'accommo- 
der et qu'il simplifie volontiers. Des noms propres Léonie, Théo- 
dore, Théophile, Théodoric, Cléophas, il fait Lonie^, Thodorc, 
Thophile, Thodoric, ClophaSy quoiqu'il conserve la double voyelle 
dans le nom Léon. 

1 . Pulois. 

2. Molière fait rimer boite avec bête (L'Ecole des Maris, act. 2, se. 8) ; 
c'est que de son temps on prononçait ouè la diphtongue oi (une bouètej, 
en 7 faisant entendre un è, tandis qu'aujourd'hui on y fait entendre un a. 
Cette ancienne prononciation est encore celle de certaines provinces (Litt.j. 

3. Prononcé Lon-nie (voir page 10). 



— 9 — 
ua, ué, ui, etc. 

Pour ces combinaisons, voir ce qui a été dit page 6 sur la con- 
soninfication de Vu. 

ie (e muet) 

En français, celle combinaison placée k la fin des mots se pro- 
nonce C long comme dans vie, Ve ne servant qu'ù indiquer rallon- 
gement de Vi et étant élidé d'emblée. Il existe dans le patois un 
mot où cet e placé après i prend la valeur de Ve placé après une 
consonne et ne s'élide pas. Ce mot : gabie (chassie) se prenonce 
comme s'il y avait gabieu (eu = 6) : Vi, absorbé par Ve avec lequel 
il forme diphtongue, ne s'entend pas plus que dans les mots 
viande, chien^ etc. 

ia, ié, iu, ieu 

Il arrive assez fréquemment que dans la prononciation de ces 
diphtongues, le patois fait entendre deux fois le son i, une pre- 
mière fois long et distinct, une seconde fois bref et formant diph- 
tongue avec la voyelle suivante. K\ns\ scier, sciure^ scieux (scieur), 
piat (petit d'une pie), se prononcent comme s'il y avait scî-ier., 
scî-iure, scî-ieux, pî-iat. 

3. — Voyelles nasales. 

a) en lin de mot. 

on 

Cette voyelle présente en patois comme en français : l« un son 
bref comme dans coton (16) ; — 2" un son long comme dans mon- 
tagne (17). 

an, en et leurs équivalents 

En français, nous trouvons encore : 1' un son bref comme dans 
pan (18) ; — 2° un son long comme dans échange (19). Le patois 
admet aussi ces deux valeurs de an; mais dans un grand nombre 
de mots il change en on bref (16) la prononciation de la finale an ou 
en bref. Ainsi dans les mots an, van^ cadran, arpent^ champ, gland, 
hareng, et dans les formes verbales je rends, je prends, etc., an, 
en, se prononcent 16 *. 

Au pluriel^ le son an reparaît parfois : ainsi le patois prononce 
des champs, des arpents, comme en français. Mais dans les plu- 
riels vans, harengs, cadrans, le son 16 persiste 2. 

1. Le patois prononce à la façon du français les mots où le son final an 
est long. Ainsi les mois banc, franc, présent, les gérondifs et «djeclifs 
en ant se prononcent en donnant au son final an la valeur marquée 19. 11 
n'y a guère d'exception que pour le mot croquant (cartilage) dont la finale 
se prononce 16. 

2. Dans un certain nombre de villages situés à l'est de Gaye, et notam- 



— lO — 



in, ain, e!n, et leurs équivalents 

Dans le patois comme dans le français, nous relevons : 1° un 
son bref comme dans sapin (20) ; — 2° un son long comme dans 
singe (21). 



un 



Le patois ne donne en aucun cas à cette combinaison le son qui 
lui est attribué en français : il la prononce tantôt comme in bref 
(20), tantôt comme in long (21). Exemples : un{an = 20) ; lundi, 
défunt (un = 21). 

bj dans le corps des mots et spécialement dans la dérivation. 

En français, les voyelles nasales se dénaturent dans la dériva- 
lion, la voyelle simple génératrice revenant à sa valeur naturelle, 
et l'n ou ïm s'articulant à part. Exemples : an (année), bon (bonne, 
bonifier) ; fin (fine, finesse) ; grain (graine) ; un (une) ; parfum 
(parfumer). 

Nous allons étudier comment les choses se passent dans le patois 
en pareil cas. 

an 

Dans le patois, lesjnots terminés par an se comportent dans la 
dérivation exactement comme en français, même dans le cas où 
la finale an est devenue on dans la prononciation (voir page 9). 
Ainsi an, van, champ, donnent comme dérivés année (prononcé 
a-nnée), vanner (va-nner), champêtre (am =19). 

on 

Contrairement à ce qui précède, les dérivés provenant de mots 
en on conservent en patois la prononciation nasale. Ainsi bon, 
son, bouton, savon, donnent bonne (bon-ne), sonner (son-ner), 
boutonner (bouton-ner)^ savonner (savon-ner). 

En générai, les mots présentant le groupe de lettres onn... ou 
omm... se prononcent de la même manière. Ainsi dans les mots 
tonner, couronne, bonnet, pomme, on, om se prononcent 16*. 

ment à Pleurs, la prononciation on pour an, au lieu de se borner à la syl- 
labe fiuale, se produit dans tous les cas, et réciproquement on prononce 
toujours an pour on. Ainsi lampe, jambe, sonnent comme s'il y avait 
lompe, jombe, et pompe, pont, ognon, comme s'il yavait pampe, pant, 
ognan. 1'. Tarbé, dans une note relative au parler des communes deGour- 
gançoii, Semoine et Salon, cite, entre autres particularités de prononciation, 
celle qui nous occupe, avec les exemples /endre prononcé/o/idre, etyb«dre 
prononcé _/endre. — 11 est permis de supposer que les habitants de ces 
villages émettent dans les deux cas une seule nasale intermédiaire entre on 
et an : il doit alors sembler à ceux qui n'ont pas la même habitude enten- 
dre on quand il faudrait an, et vice versa. 

1. Font exception les mots gomme, pommade, ({\x\ se prononcent g-ome, 
pômade (ô = [5]). 



— II — 

in, ain ou ein, un, ien 

Ces combiuaisons sont généralement traitées par le patois d'une 
façon analogue h ce qui vient d'être noté pour la nasale on. 
Exemples : gamin, malin, un, chien, donnent gaminne, malinne, 
unne, chienne, où in, un, en se prononcent 20 K 

oin 

Celte diplitongue nasale présente deux valeurs : i" une brève 
(c'est-à-dire avec in prononcé 20), que nous écrirons 22 (soin); — 
2° une longue (c'est-à-dire avec in prononcé 21), que nous écri- 
rons 23 (jointure). 

Pour le patois, les dérivés provenant de mots terminés en oin 
conservent dans la prononciation le même son nasal. Par exem- 
ple, soin, loin, donnent soigner, éloigner, qui se prononcent 
soingner, éloingner (oin = 22). 

4. — Voyelles nasalisées. 

Un grand nombre de voyelles qui ne sont pas nasales ou le sont 
à peine en français deviennent franchement nasales en patois. Ce 
fait se produit pour certaines voyelles placées devant m,, n, gn i 
les voyelles sujettes à la modification nasale sont les suivantes : 

1° qui se nasalise en on dans des mois comme les suivants : 
fromage, promener^ rogner, trognon (o = on = 16); 

2° e muet ou eu qui se nasalise également en on. Exemples : 
cremaillée (crémaillère), cemeticre (cimetière), premier, rhuma- 
tisse (rhumatisme), chenevière (chènevière), tous mots dans les- 
quels e ou eu placé devant n ou m se prononce 16 (cron-maillée, 
çon-metière, pron-mier, etc.); 

3° e, ei, ai, è qui se nasalisent en in. Exemples -.peine, graine, 
général, peigne, beignet, je mène, que je prenne, dénier (pour 
denier)', dans ces mots é et ses équivalents placés devant n, gn se 
prononcent in = 20 (pein-ne, gin-néral, etc.) ; 

4° oi qui se nasalise généralement en oin. Exemples : avoine, 
moine, Antoine, où la combinaison oi se prononce oin = 22. — 
Cependant oi se nasalise en on dans poignée, poignet (oi = on 
= 16). 

La voyelle a subit rarement la modification nasale ; cette modi- 
fication se rencontre pourtant dansle mot g-af/ne;" (a = an = 19). 

Dans le mot maman. Va se nasalise en on, et comme an final 
devient également on, il en résulte cette prononciation bizarre : 
mon-mon (on = 16)2, 

1 . Cependant fin fait fine, cousin fait cousine. 

2, C\. îiiioQ écùi Uès BouveDt gangner, besongne, jrvrongne, pon- 
gnard, qui présentent des cas de voyelles nasalisées comme celles dont il 
est question ci-dessus. 



— 12 — 



Voyelles de valeur variable. 



Une des singularités de la prononciation dans le patois, c'est 
que certains e, muets quand ils suivent une syllabe sonore, se 
changent en é fermés quand la syllabe qui précède est muette; 
ces é fermés subissent d'ailleurs devant n la modification nasale 
(voir page \ l). Eu voici quelques exemples : 

Petit ou petit. 

1. Le petit jardin. — Pron. L' petit jardin. 

2. Un petit jardin. —Pron. Un p' lit jardin. 

Regarder ou régarder. 

1. Je regarde. — Pron. J'régarde. 

2. 2ii regardes. — Pron. Ta regardes. 

Génisse ou génisse. 

1. La génisse. — Pron. La g'nisse. 

2. Une génisse. — Pron. In-ne gin-nisse (in = 20). 

Guenille ou guenille. 

1. La guenille. — Pron. La gu'nille. 

2. Une guenille. — Pron. In-ne guin-nille (in = 20). 

Un autre fait à rapprocher des précédents, c'est la double valeur 
de \'o de la syllabe com... dans les mots commode.^ commencer et 
leurs dérivés. 

En général, lorsque ladite syllabe est précédée d'une syllabe 
muette, Vo se prononce comme en français, et, dans le cas con- 
traire, il s'élide comme un simple e muet. Voici quelques exem- 
ples : 

Commode (adj.), incommode, raccommoder. 

L'adjectif co?>imorfe se prononce toujours comme en français; 
en raison de sa syllabe initiale sonore, incommode devient inqu- 
mode dans tous les cas. 

Par une raison semblable, il en est de même pour réqu'moder, 
mot qui dans le patois repvésenle raccommoder. 

Commode (nom), commodité. 

i. La qu'mode. — La qu'modité. 

2. Une commode. — Une belle commodité. 

Commencer, commencement, recommencer. 

i. La moisson qu'mence demain. — C'est un bon qu'mence- 
ment. 



— i3 — 

2. La chasse commence, — Ce n'est que le commencement. 

IlecoDDiieiicer, dont la première syllabe est muette, se pro- 
nonce toujours comme en français. 

L'habitude d'élider Vo appartient au dialecte bourguignon, qui 
à'ûquemencé, quemode, pour commencer, commode (Litt,), 



IL — CONSONNES 

Les consonnes b,j, m, p, r, s, f, v, x^ z, se comportent dans le 
patois absolument comme en français. Nous allons étudier séparé- 
ment les particularités qui se rapportent à chacune des autres. 



Le patois n'est pas toujours d'accord avec le français quant aux 
h muettes ou aspirées qui commencent certains mots. C'est ainsi 
qu'il dit : des-z-harengs (en = t6), j'haïs (je hais). 

f final, q final 

Ces lettres, en les supposant écrites dans le patois, sont muettes 
à la fin de certains mots où le français les fait entendre. Exem- 
ples : suif, soif, œuf, bœuf, coq, qui se prononcent sui, soi (oi = 
13), ceu (œu = 6), bœu (œu = 6), co. 

c dur, k, qu... 
t devant ia, ié, etc. 

C dur devant a, o ; k, qu... placés devant a, o, e, conservent le 
son guttural que leur donne le français et que nous représente- 
rons par 24. 

Placés devant é, i, w, eu, ils prennent en patois un son forte- 
ment adouci qui, n'ayant pas d'analogue dans ia proiK*nciation 
française, est assez difficile à caractériser. Le même son, d'ail- 
leurs, se retrouve identiquement dans un autre ordre de combi- 
naisons ayant pour figure la lettre t suivie d'une diphtongue en i, 
comme dans les mots mortier, tiers, savetier, que l'on prononce 
dans beaucoup de pays à peu près comme s'il y avait morquier, 
quiers, savequier. Par ce rapprochement, on peut se faire une idée 
du son adouci des lettres gutturales dont il est question plus haut, 
son que nous écrirons 25, Le patois le place dans des mots comme 
ceux-ci : écu, cuir (u = 1); quitter, piquet, cœur (œu = 8) ; 
queue (eu = 7) ; képi (é = 10) ; métier (é = 9). Dans tous ces 
mots, c (dur), qu..., k, ti, se prononcent de la même façon, 
avec la valeur notée 2o '. 

1. Le son gulturil est conservé avec toute sa force dans la syllabe que 
(bique, brique, boutique/, dans les infinitifs en qiier (piquer, marquer, 
manquer) et dans les formes verbales qui dérivent de ceux-ci. 



s. 

- i4 - 

g dur, gu... 
d devant ia, ié, etc. 

Le g dur devant a, o, et gu..., devant e muet ont le même son 
gutluraf qu'en français ; nous représenterons ce son par 26. 

Devant é ou ai, ay, i, u, ces lettres, comme c dur et ses équiva- 
lents, prennent en patois un son très adouci, mais différent de 
celui que nous venons d'étudier. Pour tâcher de le caractériser, nous 
le rapprocherons de celui que l'on donne fréquemment à la lettre 
d suivie de i comme dans les mots diable, cordier, amandier, dont 
cette prononciation spéciale pourrait se figurer approximative- 
ment comme suit : guiable, corguier, amanyuier. Ce son adouci 
du g guttural, identique à celui de la combinaison di..., sera 
représent»'' par le chifire 27. Le patois donne cette valeur à Tune 
et à l'autre combinaison dans des mots comme les suivants : gui- 
chet, guerre (le premier e == [H]) ; gueule (eu == 6) ; gai., Gaye 
(ay = [Hj) ; aigu, Dieu (le bon) ; chaudière (è = [tO]) *. 

1 5 devant les diphtongues ia, ié, io, ieu, ien 

Le patois a une répugnance marquée pour donnera la consonne 
i, quand elle se rencontre avec une diphtongue en i, le son natu- 
rel qui lui appartient. Dans ce cas, il remplace constamment l 
naturelle par II mouillées ('j/i...^ ou y, équivalent pour la pronon- 
ciation : nous noterons par le chiffre 28 ce son commun à ill... et 
à y, que le patois fait entrer dans des mots comme les suivants : 
soulier, collier, salière (è=[10]), e^^caUer, lier, lieue (sou- 
iller, cO'iller, etc.) 

Il arrive même assez souvent que le patois, voulant à toute 
force éviter les combinaisons lia, lié, etc., se tire d'affaire en sup- 
primant une ou plusieurs lettres, comme dans les mots suivants : 
chandier ^ (pour chandelier) ; tabier (pour tablier) \ sabière (a 
= [3]) ; (è = [10]) (pour sablière) ; chapier (pour chapelier). 

n devant les diphtongues ia, ié, etc. 

Ce qui a été dit pour la consonne l s'applique également, lors- 
qu'elle est placée dans les mêmes conditions, à la consonne n, que 
le patois adoucit alors en gn (valeur que nous représenterons par 

1 . En outre des syllabes en gue, le son guttural du g se conserve avec 
toute sa force dans les infinitifs en giier (élaguer, droguer) et dans les 
formes verbales qui dérivent de ces derniers. 

2. Il y a une autre remarque à faire au s\ijet de la consonne l. Lorsque le 
pronon V (élision de le ou la) précède une forme verbale commençant par 
une voyelle ou une h muette, l se prononce très appuyée, comme si celte 
lettre était double : Je Vai vu ; In l'as dit ; vous l'entendez, qui se pro- 
noncent comme s'il y avait : je-l-l'ai vu ; tu-l-l'as dit ; vous-l-V enten- 
dez. 

3. Un des rares mots où le d, placé avant i, conserve le son natureL 
Autres exemples analogues : comédien, étudier. 



— i5 ~ 

29), comme dans les mois suivants : panier, ornière (è = [10]), 
nièce (è = 9), chaudronnier (on = ^6), qui se prononcent 
pagnier, orgnière, etc. 

Dans les mots français en eau, finale que le patois transforme 
à peu près constamment en iau (voir page 46), la substitution de 
\'i à Ve ayant pour résultat d'amener en présence les lettres n eti, 
l'adoucissement de ni en gn se produit comme plus haut. Exem- 
ples : vanniau (pour vanneau), pruniau (poar pruneau), moiniau 
(pour moineau), tous mots dans lesquels ni se prononce (jn = 29. 



m. - DE L'ACCENT TOMQUE 

a Dans tout mot de plusieurs syllabes, il y en a toujours une sur 
« laquelle on appuie plus fortement que sur les autres. On appelle 
c accent t072ique ou simplement accent cette élévation delà voix 
€ qui, dans un mot se fait sur une des syllabes ; ainsi dans raison, 
« Tacceni tonique est sur la dernière syllabe ; dans raisonnable, 
€ il est sur l'avani-dernière. On appelle donc syllabe accentuée ou 
« tonique celle sur laquelle on 'appuie plus fortement que sur les 
« autres. L'accent tonique donne au mot sa pbysionomie propre 
« et son caractère particulier; aussi l'a-lon justement appelé 
a l'âme du mot. En français, l'accent n'occupe jamais que 
« deux places : la dernière syllabe quand la terminaison est mas- 
« culine (chanteur, aimer, finir), l'avant-dernière quand la termi- 
« naison est féminine (raide^ perche, voyage)^. » 

En rapprochant des mots tels que cigare et cigarette, Victor et 
Victorine. il est facile de se rendre compte de la différence entre 
l'a et l'o accentués de cigare et de Victor, et les mêmes lettres 
atones de cigarette et de Victorine. 

L'accent tonique se rencontre également dans le patois, où son 
effet dans la prononciation est même plus marqué que dans le 
français : la place de la syllabe accentuée est d'ailleurs dans le 
patois celle qui vient d'être indiquée pour le français. 

Le patois prononce d'une façon toute particulière la voyelle de 
la syllabe accentuée ; après avoir attaqué très légèrement cette 
voyelle dans le ton ordinaire de la phrase, la voix monte brusque- 
ment, avec une aspiration presque imperceptible, à un ton sensi- 
blement plus élevé, tout en prenant plus d'ampleur. Cette modu- 
lation, bien distincte quoique très rapide, rompt à peine l'unité 
dans l'émission du son ; l'effet e=t à peu près celui que produirait, 
dans un exercice de vocalisation sur une voyelle donnée, une note 
d'agrément de très peu de durée, précédant, en s'y liant intime- 
ment, une note un peu plus élevée et beaucoup plus soutenue, 

1 . Aug. Brachel : Grammaire historique de la Langue française. 



— i6 — 

abstraction faite, bien entendu, de ce qui précéderait et de ce qui 
suivrait la double note en question. 

Dans certains cas, d'ailleurs, la prenaière des deux notes altère 
plus ou moins le son pur de la voyelle à prononcer. Cela a lieu 
surtout pour les voyelles qui se prononcent la bouche très ouverte, 
comme è, eu ouvert long, qui s'attaquent plutôt en a qu'en é ou 
en eu. C'est ainsi que crête donne quelque chose comme cr(a)êtef 
beurre quelque chose comme b(a)eurre, Va se prononçant très 
bref et un peu assourdi, ê et eu la bouche très ouverte (valeurs 
marquées [11] et [8]. 

Les syllabes accentuées en o bref et o long, comme dans les mots 
poche, sabot, (jaule^ présentent une dénaturation analogue du son 
en a; mais dans ce cas le dernier est à peine distinct et plutôt 
intermédiaire entre a et o. 

L'effet de l'accent tonique est assez atténué dans le corps de la 
phrase ; il n'acquiert toute son intensité qu'à la fin des membres 
de phrase et surtout des phrases, où il se fait sentir même dans 
les monosyllabes. Le relèvement du ton et l'amplification de la 
voix sur la dernière syllabe accentuée, joints à un léger traine- 
ment sur la même syllabe, se traduisent par une sorte de chant 
qui Constitue ce qu'on appelle Vaccent de chaque village. 

Cet accent local, quoique très prononcé à Gaye, est loin d'y 
atteindre le maximum; il est beaucoup plus fort dans nombre de 
villages situés à l'est de Gaye, tels que Marigny, Thaas, Faux-Fres- 
nay, etc. 



— 17 — 

TABLEAU RÉCAPITULATIF 

DES CHIFFRES EMPLOYÉS POUR FIGURER 
LA PRONONCIATION 



CHIFFRES 


VALEURS 


1 


u consoonifîô ea v. 


2 


a bref. 


3 


â long. 


13] 


â long pluj appuyé. 


4 


bref. 


5 


6 long. 


[5J 


(5 long plus appuyé. 


6 


e muet, eu fermé bref. 


7 


ed fermé long. 


8 


e« ouvert. 


[8] 


eu exagérément ouvert. 


fi 


é fermé bref. 


10 


é fermé long. 


[10] 


é fermé long plus appuyé et légèrement traînant. 


11 


è largement ouvert, ê ouvert long. 


[11] 


è exagérément ouvert. 


12 


oi ■= oud (d ^^ 3). 


13 


oi = ouê (é = 9). 


14 


oi = ouêe {é — [10]). 


15 


oi = oué (ê = [11]). 


16 


on bref. 


17 


0)i long. 


18 


an bref. 


19 


on long. 


20 


in bref. 


21 


in long. 


!2 


oin bref (in = 20). 


23 


oin long (in = 21). 


24 


c dur, k, qu.. .. 


25 


Les mêmes arec une valeur ipéciale. 


26 


g' dur, gu... 


27 


Les mêmes avec une valeur spéciale. 


28 


m..., y. 


29 


gn. 



CHAPITRE II 
Particularités grammaticales 



I. — DU NOM 



Sur le Genre 



Le patois donne le genre masculin à certains noms féminins en 
français, et réciproquement. 

' Noms masculins en patois : 

âme (â = [3]) : âme. 

fromi, (0 = 16) : fourmi. — Baïf, dans ses Mœurs et Ensei- 
gnements, donne au mot fourmi le genre masculin : 

Tout Testé chanta la cigale 
Et l'hyver elle eut la faim vale ; 
" Demande à manger au fourmi... 

image : image. — Ronsard donne le genre masculin à ce nom: 

Elle, dessus ton rivage. 
Ressemble à un bel image 
Fait de porphyre veineux. 

oie (oi =1 15) : oie. — Oie se dit d'une façon générale aussi bien 
pour le mâle que pour la femelle ; pour cette dernière, on em- 
ploie quelquefois le féminin fantaisiste oise. 

oubli (i bref) : oublie (espèce de pâtisserie). 

r'ioge : horloge. 

statu (w bref) : statue. 

toison (oi =r 15) : toison. 

Noms féminins en patois : 

argent : argent. 

cemetière (le 1" e = 16, ti = 25, è = [10]) ; cimetière. 
centime : centime. 
chancre : chancre. 

chanve : chanvre. — La Fontaine fait encore chanvre du fémi- 
nin dans sa fable V Hirondelle et lespetils Oiseaux. 
été : été. 
évangile : évangile. 



— tio — 

hiver : hiver. 

légume (g = 27) : légume. 

ouvrage : travail. 

panache : lilas. 

paraphe : paraphe. 

poison (oi := 14) : poison. — Poison (du latin po/io, potionem) 
a été longtemps du féminin en français ; Malherbe lui donne 
encore ce genre. 

2. — Sur le INombre. 

En général, le patois ne lient pas compte de la règle de forma- 
tion du pluriel dans les noms en ai, et dit des mais, des tour- 
nais. 

Par contre il dit au singulier un chevau * (au = 4) et souvent 
un animau (au = [oj) ; — (Berry, un animau, Litt.) ; à plus forte 
raison ces noms font au pluriel des chevaux (au = [o]) et des ani- 
maux (au = [5]). 

Quelques noms ne s'emploient qu'au pluriel ou prennent au 
pluriel un sens tout difl'érent de celui qu'ils ont au singulier. 
Exemples : 

arignées : toiles d'araignée. 

gestes (le l*^-" e = fil]) : manières, cérémonies. 

houbilles {h asp.) : hardes. 

pampilles : guenilles. 

qu'mencements : fiançailles. 

simplicités : actes et dires d'un fou. 



II. — DE L'ARTICLE 

Dans les, des, e se prononce 10, 

Le français supprime l'article devant les noms pris dans un 
sens partitif et précédés d'un adjectif : de bon pain, de vieux 
habits. Le patois conserve toujours l'aticle et dit : du bon pain, 
des vieux habits. 



1. Dans le vieux français, au singulier, le cas sujet était chevals ou 
chevaus (de caballus), et le cas régime cheval (de caballum) : 

Il mist le pié fors de l'estrier por descendre, et li cevaus fu grans et haus. 

[Aucassin et Nicolette). 

11 tint son ceval par le resne et s'aniie par le main. {Id.). 

Le français ayant dans la suite abandonné k cas sujet pour s'en tenir 
au seul cas régime, la forme chevaus est tombée au singulier \ mais beau- 
coup de patois l'ont conservée. 



21 — 

III. —DE L'ADJECTIF 

1. — Adjectifs qaalltlcatirg. 

Grand est toujours invariable au féminin lorsqu'il précède le 
nom : la grand femme, des grands maisons. — Dans le vieux 
français, dont la grammaire suivait le latin sur beaucoup de 
points, les adjectifs comme grand, mortel, fort (grandis, inor- 
talis, fortis) n'avaient, comme en latin, qu'une seule forme pour 
le masculin et le féminin : 

A ma table servait l'on devant mes chevaliers d'une 
grant fiole de vin et d'une grant fiole d'eaue. (Joinville). 

La fut la desconflture si grans... . {Id.). 

Il vindrent a la cité de Rodestoc, qui ère poplée de Grieus, 
moût riche et moût forz. (Villehardouin). 

Au xiv® siècle, le français, avec plus de souci de l'uniformité 
que de la logique, a fait rentrer ce petit groupe d'adjectifs dans 
la règle générale de formation du féminin, sauf quelques rares 
exceptions concernant grand (grand'mère, grand.' chose, etc.). Il 
reste donc acquis que ce qui a l'air d'une irrégularité dans le 
patois n'en a pas moins autrefois représenté la règle. 

Lorsqu'il n'est pas suivi du nom, grand fait grante au féminin ; 
la maison est grante. 

Neû (neuf); — (bourguignon, picard, Berry, new, Litt.) fait 
neuve. 

On dit veuve au masculin comme au féminin : un homme 
veuve ; — il est veuve. — La forme veuf ne se trouve pas en 
français avant le xvi* siècle ; au moyen âge, on disait veve au 
masculin comme au féminin. 

yif, hâlif, font vife^hdtife. 

Chéti (chélif) ; — (é = 10) ; — (bourguignon cheti^ Litt.), fait 
chclie. 

Malin fait malinne (in = 20). 

Gentil (Berry genti, gentie., Litt.), fait gentie. — Dans l'an- 
cienne langue, gentil, de même que grand et pour la même 
raison, ne changeait pas au féminin : 

Quant il virent Nicolete si bêle... molt 11 demandèrent qui 
ele estoit, car molt sanbloit bien gentix femme et de haut. 

(Aucassin et Nicolctte). 

Sec (normand sec, sèque, Litt.) fait sèque. 

Gai (g = 27) ; — (Berry gai, gaitte, Litt.) fait gaitte. 

Cru fait ci'ute. 

Dans l'adjectif entier, on fait sonner \'r linale au masculin 



— 22 — 

comme dans fier, ce qui donne entière (li = 25, è = [H]) au mas- 
culin comme au féminin. 

Défunt est invariable au féminin lorsqu'il précède le nom : 
défunt ma tante. 

2. — Adjectifs détermluatlfs. 

Adjectifs numéraux 

a) Cardinaux ; 

Un (un =. 20), unne (un = 20); — tois (oi = 12); — quate; 

— guit 1 (u =^ 1) ; — quator (o = [5]) ; dix-huit (u = i). 

A noter quelques contractions : doûtois, pour deux ou trois ; — 
trôquate^ pour trois ou quatre. 

b) Ordinaux : 

Premier (e = i6) ; — toisième (è = [10]) ; — quatrième ; — 
yuitième ' ; — quatorzième ; — trentième * ; — centième '. 

Adjectifs démonstratifs 

Singulier. — Cte (masculin et féminin). 

Pluriel. — C'tes (e = 10) ; — (masc. et féminin). 

Cte et c'tes s'emploient presque toujours avec là: c'te patjs-ld ; 

— de maison-là; — c'tes gens-là. 

Cte peut être regardé comme une forme syncopée de cet, 
cette, en vieux français cest, cist, icist (ecciste). 

On pourrait aussi en tirer simplement l'origine du latin iste, 
et dans ce cas, il serait préférable d'écrire ste, comme le fait 
Commines dans ce passage de sa correspondance : 

Sy en est cy est, vous le sarez avant avoir ste lettre. 

Adjectifs possessifs 

Singulier. — Noute, voûte (ou bref), yeux (eu = 7) : notre, 
votre, leur. 

Pluriel. — Aies, tes, ses (e = 10), nous, vous (ou long), yeiix 
(eu =^ 7) : mes, tes, ses, nos, vos, leurs. 

Noute., voûte, sont des formes du Berry (Litt.). 

Leur vient du latin illorum : la prononciation ill... ou y, qui 
serait de droit au milieu du mot (voir page 14), est assez insolite 
au commencement ; quant à la transformation de la finale eur en 
eux, elle est à peu près constante dans le patois (voir page 46). 

1 . Le f final est muet devant un nom commençant par une consonne : 
guit francs. On le fait entendre : 1° devant un nom commençant par une 
voyelle ou une h muette : guit arpents, guit liommes ; 2° quand guit 
est mis pour guitième : le guit du mois. 

2. Le t conserve ici le son naturel qu'il a dans l'alphabet. 



— 93 — 

Adjectifs iiilerrogatifs 

Singulier. — Queu ? (qu = 25, eu = 7) devant une consonne ; 
— queul? queulle ? devant une voyelle ou une h muette : quoi? 
quelle? 

Pluriel. — Queux ? (eu = 7) : quels? quelles? 

Queu, queulle, queux sont des formes du Berry (Lilt ). — 
Le moi queu n'est pas rare dans Joinville; en voici un exemple : 

Pour ce qu'il afiert a la matière vous dirai-je queus gens 
sont li Bédouin. 

En patois, les adjectifs interrogatifs se construisent toujours 
avec que, sans qu'il y ait lieu de distinguer entre l'interrogation 
directe et l'interrogation indirecte. Exemples : 

Queu jour que tu partiras? — Quel jour partiras-tu? 

DiS'inoi queu jour que lu partiras. — Dis-moi quel jour tu 
partiras. 

Adjectifs indéfiais 

Queuque ou quioque, queuques ou quioques (qu = 2d) : 
quelque, quelques ; — même (ê = [10]) : même ; — aute (au =: 
[5]) : autre; — chèque (è z=. [10]) : chaque; — tiun (masculin 
inusité), féminin nunne (an z=z 20) : nul, nulle (nunne part). 

Queuque^ pour quelque.^ appartient au Berry (Litt.). — Notre 
patois emploie rarement queuque, le rapprochement de deux syl- 
labes muettes dans le même mot étant d'un assez pauvre effet : 
il préfère quioque, qui paraît avoir été formé en vue d'éviter cet 
inconvénient. 

Nun, pour nul, vient de la Bourgogne (Litt., N.). 

La forme française moderne chaque (du latin quisque) a été 
précédée des suivantes : quesque., chesque,chasque.C'esi\'ane de 
ces formes que le patois a conservée. 



IV. — DU PRONOM 

Pronoms personnels 

Tu. — L'n de tu s'élide devant une voyelle. Exemples : Vas de 
la chance; — Viras à la ville. 

Nous. — Nous sujet se dit je : je courons, pour noî<s courons. 
Employé comme complément, il conserve la forme nous : tu 
nous écriras. 

Il, ils, elle, elles. — Il s'abrège en i, sauf devant une voyelle : 
i court, i part ; — il a couru, il est parti. 

Ils prend également la forme i, sauf devant une voyelle, oîi il 
fait il, sans aucune liaison de Vs, supposée écrite, avec la voyelle 
qui suit : i couront (ils courent) ; il ont couru (ils ont couru). 



- 24 - 

Elle (sujet) prend la forme aile dans les phrases affirmatives : 
aile saity et la forme a dans les phrases négatives : a ne sait pas. 
La forme elle reparaît dans la tournure interrogative : sait- elle ? 

Elles (sujet) prend les mêmes formes dans les mêmes cas 
(toujours pas de liaison de Vs devant une voyelle) : aile parlant 
(elles parlent) ; — aile ont parlé (elles ont parlé) ; — ane parle- 
ront pas (elles ne parleront pas) ; — vetiont-elles ? (viennent- 
elles?) 

Littré donne la forme y ou i pour il comme appartenant au 
wallon et au berrichon ; la forme aile pour elle est également du 
Berry. 

Elle (complément construit avec une préposition) conserve la 
forme elle au singulier, mais prend au pluriel la forme eux, 
comme s'il s'agissait de représenter un nom masculin : ma sœur 
travaille pour elle ; — mes sœurs travaillant (travaillent) 
pour eux (elles). 

Le. — Le, mis à la place d'un adjectif, s'exprime par y : Es-tu 
content ? — Je n'y suis guère (pour Je ne le suis guère). 

Les. — Dans le pronom les, e se prononce 10 comme dans 
l'article. 

Lui, leur. — Lui, complément indirect placé avant le verbe 
s'exprime par y : Vy parleras (pour tu lui parleras). 

Leur, pluriel du précédent, s'exprime par yeux : f yeux dirai 
(pour je leur dirai). — Lew\ pronom personnel, est, au point de 
vue de l'étymologie, exactement le même mot que leur, adjectif 
possessif : voir ce dernier (page 22) pour l'explication de la forme 
yeux, commune à l'un et à l'autre dans le patois. 

Lui. placé après le verbe et construit avec une préposition, 
prend la forme li : je n'irai pas sans li (pour Je n'irai pas sans 
lui). — Exemple de li pour lui : 

Quant il yssoit de sa maisson, il avoit dou mains deus ou 
trois cens blans capprons autour de li. (Froissart). 

En. — Lorsque le pronom en se trouve placé après le verbe, il 
prend dans la prononciation le soij de on bref, noté 16: demandes- 
en, donne-y -en (en= 16). 

Lorsque en se trouve combiné avec me ou moi, le patois dit 
toujours moi d'abord et place ensuite un s euphonique : donne- 
moi-z-en (en == 16), pour donne-m'en. 

Pronoms démonstratifs 

Le c'ti ou le ceul : celui ; — la c'ti ou la ceulle : celle ; — les 
c'ti ou les ceusses : ceux, celles ; — celle-là : celui-ci, celle-là ; 
— ceux-l-là : ceux-là, celles-là ; — ça : cela. 

Les combinaisons en ci ne sont pas usitées, 

C'ti paraît avoir la même origine que c'te ou ste (voir page 22). 



— 25 — 

Le vieux français avait au cas sujet la forme icil, plus tard 
cil ou ccl, dont celui représentait le cas régime. Toutes 
ces formes, et avec elles la forme ceul du patois, viennent de 
eccille (ecce ille). 

Pronoms possessifs 

Le tieti, la tienne (ti = 25) : le lien, la tienne ; — le noûte^ la 
noûte : le nôtre, la nôtre ; — le voûte, la voûte : le vôtre, la 
vôtre; — les noûtes, les voûtes : les nôtres, les vôtres. 

Le noûtCf le voûte sont des formes berrichonnes (Lilt.), 

Pronoms relatifs ou conjonctifs 

Qui. — Qui coDJonctif, employé comme sujet, se prononce 
comme en français ;' mais le patois lui fait subir l'élision de Vi 
devant une voyelle ou une h muette : j'ai un cousin qu'a été en 
Amérique (pour qui a été). 

Dont, lequel, qui complément d'une préposition. — Ces 
tournures sont inconnues au patois, qui les supplée en employant 
que dont il complète le sens, soit au moyen d'un complément 
indirect ou d'un adverbe, soit à Taide d'un adjectif possessif. 
Exemples : je connais l'homme que son père est venu (dont le 
père est venu) ; — j'ai vu le garçon que vous y avez donné un 
tambour (à qui vous avez donné un tambour) ; — j'ai un pré 
que je mettrai mes moutons dedans (dans lequel je mettrai mes 
moutons). 

Pronoms interrogatifs 

Qui? (qu — 25, i long) ; — quoi? (qu = 24, oi = 13) (prend 
souvent la forme quo lorsqu'il ne termine pas la phrase) ; — 
lequeul, laqueulle, lesquels, lesqueulles ? (qu = 25) : lequel, 
laquelle, lesquels, lesquelles? 

A noter la prononciation particulière àe qui interrogatif, tout à 
fait différente de la prononciation de qui simplement conjonctif. 

Après les pronoms interrogatifs, que l'interrogation soit directe 
ou non, le patois introduit toujours qui ou que, suivant le sens : 
qui qui parle ? (qui parle ?) ; — à qui que tu parles ? (à qui 
parles-tu ?) — quo que tu dis ? (que dis-tu ?) ; — dis-moi lequeul 
que tu veux (lequel tu veux). 

Pronoms indéfinis 

Chécun (é = 10, c = 25, un = 20) : chacun ; — an (an=19) : 
on ' ; — queuqu'un (qu = 25, eu ^7, un = 20) : quelqu'un ; — 

1. Ou, forme berrichonne de on (Lilt.), s'emploie dans les environs de 
Dormans. On cite une phrase, évidemment forgée de toutes pièces dans 
quelqu'un des villages situés aux confins de la région où fleurit la forme ou, 
que l'on y fait revenir avec une insistance plaisante : quand ou fait ce 
qu'où peut, qu'où dit ce qu'on sait et qu'où donne ce qu'ou-z-a, ou- 
z-a rien de pus à vous demander. 



— 26 — 

neusun (eu = 7, un = 21) : aucun ; — tortous : tous; — ration 
(à = [3]) : rien ; —'rien en tout ' : rien du tout. 

Chécun : bourguignon, champenois et genevois (Litt.). — Voir 
l'adjectif chèque pour chaque, page 23. 

Queuquun : normand (Lilt.). 

An ou en pour on : ces formes se trouvent souvent dans les 
auteurs du xui^ et du xiv^ siècle : 

Lfi fol avoit bien la finance, si comme l'en disoit en Au- 
vergne, de cent mil frans, et tout perdi sur ung jour corps 
et avoir. (Froissart). 

Aucun {de aliquis unus) a pris très tard le sens négatif que le 
français lui attribue d'une façon à peu près constante. Neusun^ 
qui provient du vieux français nuls ou nus (nullus) combiné avec 
un, présente une forme mieux appropriée au sens négatif. 

Tortous^ que le patois n'emploie qu'au pluriel et comnae pro- 
nom, a été sous diverses formes {trestuit, trestout^ tretous), em- 
ployé dans l'ancienne langue comme adjectif et comme pronom. 
Tortout ou irestout vient de transtotum, mot dans lequel la par- 
ticule trans ajoute à totum une valeur augmentative et lui fait 
signiOer tout sans exception, absolument tout. 

Ration est probablement le même que le' nom ration, celui-ci 
s'entendant avec l'acception spéciale qui est passée dans le verbe 
rationner. Il s'agirait d'une ration tellement mesurée qu'elle se 
trouverait réduite à rien. 



V. — DU VERBE 

conjugaison du verbe A VOIR 

MODE INDICATIF 



PRÉSENT. 



J'ai (ai = 9). 

ras (a = [3].) 
Il (aile) a (a = 2). 

J'ons. 

Vous avez (c = 9). 
11 (aile) ont. 



J'ai. 
Tu as. 

Il (elle) a. 

Nous avons. 
Vous avez. 
Ils (elles) ont. 



J'avais (ai =: [H))- 

T'avais Id. 

Il (al]e)avait(ai=9). 



IMPARFAIT. 

J'avais, 

Tu avais. 

Il (elle) avait. 



J'avains (ain = 21). 
Vous avez (e ^ 10). 
ll(alle)auiDt(aiD = 2i). 



Nous avions. 

Vous aviez. 

Ils (elles) avaient. 



J'ai. 
T'as. 
Il (aile) a. 



PASSÉ INDÉFINI S. 

J'ai. 



J'ons. 

Vous avez (e^9)^ 

Il (aile) ont. 



Tu as. 
Il (elle) a. 

Nous avons. 
Vous avez. 
Ils (elles) ont. 



J'avais. 
T'avais. 
Il (aile) avait 



PLUS-QUE-PABFAIT. 

J'avais. 



J'avains. 

Vous avez (e =: 10)^ 

Il (aile) avaint. 



Tu avais. 
11 (elle) avait. 

Nous avions. 

Vous aviez. 

Us (elles) avaient y 



1 . \Jn 6nale de rien se lie fortement au mot en. 

2. Le passé défini n'existe pas dans le patois. 



— 2-7 — 



rUTUB SIMPLE. 



J'arai (a = 2). 

T'aras. 

Il (aile) ara. 

J'arons. 

Vous arez (e == 10). 

Il (aile) aront. 



J'aurai. 
Tu auras. 
Il (elle) aura. 

Nou.^ aurons. 

Vous aurez. 

Us (elles) auront. 



FUTUR ANTERIEUn. 



J'arai. 

T'aras. 

Il (aile) ara. 

J'arons. 
Vous arez. 
Il (aile) aront. 



MODE CONDITIONNEL 



PRÉSENT. 



J'arais (a z=2 ; ai =] 1) 

T'arais. 

Il (aile) arait (ai = 9) 

J'arains (ain ^21). 
Vous arez (e ^ 10). 
!l(alle)araiDt(ain =21). 



J'aurais. 

Tu aurais. 

Il (elle) aurait. 

Nous aurions. 

Tous auriez. 

Ils (elles) auraient. 



J'arais, 
T'arais. 
Il (aile) arait. 

J'arains. 

Vous arez. 

Il (aile) araint. 



J'aurai. 
Tu auras. 
Il (elle) anra. 

Nous aurons. 

Vous aurez. 

Ils (elles) auront^ 



PASSÉ. 

J'aurais. 

Tu aurais. 

Il (elle) aurait. 

Nous aurions. 
Vous auriez. 
Il3(elles)auraienty 



MODE IMPERATIF « 



Ai (ai = 9). 



Aie. 



* 


Ayons (on = 16). 
Ayez (e = 9). 


Ayons. 
Ayez. 




MODE SUBJONCTIF 


PRÉSENT. 


PASSÉ '. 


Qne j'ayeoaaie (ai = 11). 
Qae t'aye oa aies (Id.) 
Qa'il(aile)ayeooait(ai=9) 


Que j'aie. 
Que tu aies. 
Qu'il (elle) ait. 


Quej'ayeou aie. \ 
Que t'ayesouaies. j 
Qu'il (aile) aye 00 ait. f . 


Que j'aie. 
Que tu aies. 
Qu'il (elle) ait. 


Que j'ains. 


Que nous ayons. 


Que j'ains. i'^ 


Que nous ayons. 


Qae vous ayez oiifz(e=10) 
Qu'il (aile) aint. 


Que vous ayez. 
Qu'ils (elles) aient. 


Que vous ayez ou ez. \ 
Qu'il (aile) aint. / 


Que vous ayez. 
Qu'ils (elles) aient 


MODE I 


NFINITIF 


PRÉSEUT. 


PABTICIPl PRÉSKNT. 


Avoir (ci =s 13). | Avoir. 


Ayant. | Ayant. 


PASSÉ. 


PABTICIPE PASSÉ. 


Avoir évu. | Avoir eu. 


Éva, ayant évu. | Eu, ayant en. 




Rema 


rques. 





Dans vous avez, présent de l'indicatif, ez se prononce bref (9) ; 
dans vous avez, imparfait de l'indicatif, ez se prononce long (10) : 
celte différence de prononciation de l'e fermé exprime, dans tous 
les verbes, la nuance de sens qui distingue le présent du passé. 

Les finales ains, aint, dans favains, il avaint, farains, que 
j'ains, reproduisent pour le son celles du bourguignon moderne 
(faivein, vos aivein, el aivein) : l'ancien dialecte bourguignon 
terminait les mêmes personnes en ien. 



1. En général, la voyelle qui termine l'une quelconque des formes de 
l'impératif se prononce très brève. Il n'y a guère à excepter que la 
deuxième personne du singulier des verbes où la voyelle finale est suivie 
d'un e muet : joue, remue, el des verbes en indre : plains, rejoins, 
etc. 

2. L'imparfait et le plus-que-parfail manquent. 



— 28 — 

Ara, nrait (arni(), contraclions de avéra, avcroit^ sont des 
formes d'origine bourguignonne qui oui, jusque vers le xiii« siè- 
cle, figuré dans l'ancienne langue : 

Et puisque j'arai la teste caupée, jamais ne parlerai a 
Nicolete me douce amie que je tant aim. 

{Aucassin cl Nicoletle). 

Évu ou aivu est formé très naturellement de l'infinitif bour- 
guignon aivoy (avoir), comme valu de valoir, voulu de vouloir^ 
etc. 



Formes à noter du verbe ETRE 



T'es (e = 10). 

Il (aile) est (e=10). 

Je sons. 

Vous étos (r=[10]). 

I (aile) sont. 
J'étains. 

Vous êtez (ez := 10). 

II (aile) étaint. 
Je serons. 

Vous serez (ez=: 10). 



Tu es. 

Il (elle) est. 
Nous sommes. 
Vous êtes. 
Ils (elles) sont. 
Nous étions. 
Vous étiez. 
11.^ l'elles) étaient. 
Nous serons. 
Vous serez. 

Ête(è = [IO]). 



I (aile) seraint. 
Sei (ei = 9). 
Seyoiis(ey = 9,cn=f6) 
Seyez (ey = 9,ez = 9). 
Que je sels (li =11). 
(jue tD seis (ei =:; 11). 
Qu'i (aile) seit (ei = 9). 
(joe je sains. 

Qqc vous seyez CD sez(ez=10) 
Qu'i (aile) saint. 

Être. 



Ils (elles) seraient. 
Sois. 
Soyons. 
Soyez. '^ 

Que je sois. 
Que tu sois. 
Qu'il (elle) soit. 
Que nous soyons. 
Que vous soyez. 
Qu'ils (elles) soient. 



Remarques. 

On dit quelquefois par abréviation : il 'tait, aile 'tait, pour il 
était, elle était. 

D'après Vaugelas, qu'il soit, qu'ils soient, se prononçaient sait, 
saient : c'est une prononciation encore usitée en Normandie 
(Litt.). 

3. — Revue rapide des quatre conjugaisons. 



A. — Verbes en er. 
Formes à noter d'un verbe régulier en er 



Je parlons (on =17). 
I (aile) parlonl (IJ.) 
Je parlains. ^ 
Vous parlez (e = IO). 
I (aile) parlaiut. 
Jons parlé. 



Nous parlons. 

Ils (elle>l parlent. 

Nous parlions. 

Vous parliez. 

Ils (elles) parlaient. 

Nous avons parlé. 



Il (aile) avaint parlé. 
Quand j'ai évu parlé. 
Parlons (on = 16). 
Que je parlains. 
(Joe vous parlez (ez = 10). 
Qu"i (aile) parlaint. 



: PARLER 

Ils (elles) avaient parlé. 

Quand j'eus parlé. 

Parlons. 

Que nous parlions. 

Que vous parliez. 

Qu'ils (elles) parlent. 



Remarques sur certains verbes. 

Verbes en ayer, eyer, oyer, uyer. — En patois, ces verj)es 
conservent toujours l'y, même devant un e muet : je paye, je 
balaye, f envoyé, j'envoyerai, j'essayerai. 

J'envoyerai est une forme d'origine bourguignonne qui a per- 
sisté longtemps dans le français : 

J'envoyerai devers mon frère, et luy ferai sçavoir de mes 
nouvelles. 

(Gommines). 



Cette forme se trouve encore dans Rabelais et dans Montaigne. 



— 29 — 

Verbes en ier . — La remarque sur la prononcialioii de certai- 
nes diphtongues en i (voir page 9) trouve une nouvelle applica- 
tion dans la conjugaison des verbes de cette catégorie. Vi dédou- 
blé (d'abord î long, puis second i bref formant diphtongue avec 
la voyelle suivante, s'y fait entendre partout, même devant 
un e muet : foblie (oblî-ie) : j'oublie ; —j'épie (épî-iej : j'épie ; 
— je crierai (crî-ierai) : je crierai. 

Le verbe lier, en raison de sa forme, donne lieu à une obser- 
vation d'un autre genre : toutes les fois que le radical li formerait 
une diphtongue en se joignant à la terminaison, l'adoucissement 
signalé page 14 se produit. Ainsi on prononce je lie^ je lierai, lie, 
comme en français ; mais li prend le son 28 dans les formes sui- 
vantes : je lions (j' yonsj : nous lions ; — je linins (j' yains) : 
nous liions; — j'ai lié (j'ai yéj : j'ai lié; — lions, liez (yons, 
yez) : lions, liez. 

Verbes dont l'avant-dernière syllabe est muette a l'infinitif, 
MOINS CEUX EN elcv, eter. — En général, ces verbes conservent 
Ve, même devant une syllabe muette : je levé, j'eleve, je sevré, 
je sèmerai (l'avant-dernier e se prononce 6 : je leuve, etc.). 

Pourtant, dans mener et ses dérivés, la syllabe muette suit la 
même règle qu'en français ; mais \'è subit la moditication nasale 
(voir page 11) : Je mèney je promènerai (è = 20;. 

Verbes en eler, eter. — Toutes les fois que la consonne précé- 
dant l'e muet peut s'appuyer sur l ou. t sans amener une trop 
forte cacophonie, le patois élide l'e et conjugue comme dans les 
exemples suivants x je renouv'le, je renouv'lerai; — je mus'le, 
je mus'lerai; — fenjav'le, fcnjav'lerai ; — je fur'te, je fuf fe- 
rai ; — je feuill'tej je feuiWterai ; — je botVle, je bott'lerai. 

Le français, éiant une langue écrite en même temps qu'une 
langue parlée, est souvent obligé d'avoir des formes pour la satis- 
faction de l'œil ; c'est le cas pour je renouvelle, je feuillette, etc. 
Le patois^ étant une langue exclu5,ivement parlée, crée ses formes 
pour l'oreille seule ; l'e muet des verbes comme enjaveler, fure- 
ter ne compte pas, et l'infinitif de ces verbes, supposé écrit 
enjavler, furter, conduit naturellement aux formes j'enjavle, 
je furte. 

Toutefois, certains verbes étant tout à fait réfractaires à ce pro- 
cédé, le patois les conjugue comme le français. Exemples : épeler 
(appeler) : j'épelle, j'èpellerai ; — geler : je gèle, je gèlerai ; — 
éjeter (acheter) : j'éjète, j'éjèterai. 

Pour le verbe je/er, le patois se tire dalfaire d'une troisième 
manière : il change l'e en i devant une syllabe muette et dit je 
jite, je jiterai "ponr je jette, je jetterai. — 11 est à remarquer, du 
reste, queje/e/' se à'\\. jiter en berrichon (Litt.) et que dans l'an- 
cienne langue on trouve souvent des formes en ji ou gi : 

Jus se gilerent a sos pez. 

{Vie de S^-Léger). 



— 3o — 

Et seur ces cercles gietent peaus de moutons, que l'on 
apele peaus de Damas. 

(Jolnville). 

Aller. — Je vas, je vons, fai été, que f aile. 

B. — Verbes en ii'. 

Dans tous ces verbes, le patois supprime iV de l'infinitif. Ainsi 
il dit : fini, couri, mouri,bâti, noirci (oi = 13), choisi (oi = 14), 
blanchi, au lieu de finir, courir, mourir, bâtir, noircir, choisir, 
blanchir. 

Formes à noter d'un verbe régulier en ir : FINI (finir). 



Je tinisfon?. 

I (aile) finissonl. 

Je tinissain». 

Vous finissez (6:^10). 



Noua finissons. . | I (aile) finissaint. 

Ils (elles) unissent. I Que je linissains. 
Nous (missions. 1 Qae vous flDissez(e = 10). 



Ils (elles) finissaient. 
Que nous finissions. 
Que TOUS finissiez. 
Qu'ils (elles) finissent. 



Vous finissiez. | Qu'i (aile) finissaint. 

Remarques sur certains verbes. 

Veni (venir). — Je vienrai ; viens (en = 20). 

Teni (tenir). — Je tienrai (ti = 25) ; tiens (en = 20). 

Les formes vienrai, tienrai, ou vêtirai, fenrai, étaient usitées 
dans l'ancien français ; c'est pour éviter le rapprochement peu 
harmonieux des lettres nr qu'on a plus tard intercalé entre elles 
un d euphonique. Exemple analogue : le nom cendre, du latin 
cinis, cinerem. 

Bouli (bouillir). — Je boulons, je boulais, je boulains, je 
bourai, que je boule, j'ai boulu. 

Menti (mentir). — Je mentis, je mentissais. 

Mouri (mourir). — Je moûrai. 

Couri (courir). — Je courrai (ou fait entendre les deux r). 

Senti (sentir). — Je sens (en = 16),. /'ai sentu. 

Ouvri (ouvrir). — J'ai ouvri. 

Oflfri (offrir). — J'ai offri. 

Couvri (couvrir). — J'ai couvri. 

Souffri (souffrir). — J'ai soufjfri. 

Haï (haïr). — L'h est partout muette et le tréma persiste tou- 
jours : j'haïs. 

G. — Verbes en oir et en re. 

Inutile de donner la conjugaison, même abrégée, d'un verbe, 
qui serait la reproduction des précédentes. 

Remarques sur certains verbes. 

Pouvoir. — Je peux (eu = 6), i peut (eu = 6), quejepeuve, 
que je pouvains. 



— 3i — 

Vouloir. — Je veux (eu = 7), i veut (eu = 7), je vourai^ 
que je veule (eu ^ 6), que je voulains. 

Valoir. — Je vaurai (au = [3]), que je vale. — Au sujet des 
formes vourai et vaurai, voir ce qui a été dit page 30 touchant 
vienrai et tienrai ; quoique la raison d'euphonie n'ait pas la 
même importance dans le cas présent, c'est la seule qui explique 
la présence du d dans je voudrai, je vaudrai. 

Savoir. — Je sarai^ que je save, savant. — Ce qui a été dit 
sur arai (page 28) s'applique de tout point à la forme sarai. 

Essire, essiéter (asseoir). — J'essis ou j'essiéle, j'essié- 
tons, j'ai essis ou essiété. 

Voir. — Je voirrai, que je voye. — Voirra est une forme du 
bourguignon moderne (N.), que le français admettait encore au 
ivi« siècle : 

Qui voudra voir une jeunesse prompte 
A suivre en vain l'objet de son malheur 
Me vienne lire, il voirra ma douleur. 

(Ronsard). 

Verbes en dre et en tre. — Dans le patois, un grand nombre 
de ces verbes perdent Vr à l'infinitif. Ainsi le patois dit : coude, 
crainde, descende, entende^ éteinde, fende., fonde., gcinde, 
joinde, morde., peinde, pende, perde, plainde, ponde, prétende, 
rende, répande, réponde, tende, teinde, tonde, vende, au lieu de 
coudre, craindre, descendre, entendre, éteindre, fendre, fondre, 
geindre, joindre, mordre, peindre, pendre, perdre, plaindre, 
pondre, prétendre, rendre, répandre, répondre, tendre, teindre, 
tondre, vendre ; — batte, coimatte (aï = [10]), été (ê = [îO]), 
mette (e = 9), paraîte (aî= Jl]), au lieu de battre, connaître, 
être, mettre, paraître. 

D'autres, en moins grand nombre, perdent le d. Ainsi le patois 
dit : moûre, preuve, comprenre, surprenre, au lieu de moudre, 
prendre, comprendre, surprendre. 

Verbes ex endre ou andre. — Au sujet de la prononciation de 
je rends , f entends , je répands ' (en ou an = 16), voir page 9. 

Verbes e.\ indre. — Ces verbes se conjuguent comme rendre, 
c'est-à-dire conservent partout le d : je plaindons,jepLaindains, 
j'ai plaindu, que je plainde, plaindant ; — j'éteindons, j'étein- 
dais, etc. 

Coude. — Ce verbe se conjugue comme les précédents : je 
coudons, je coudais, j'ai coudu, que je coude, coudant. 

Verbes terminés en rdre. — Dans les verbes comme morde 
(mordre), perde (perdre), tarde (tordre), le patois intercale au 
futur un e entre le d et l'r, absolument comme si l'infinitif était 

1. Impossible, d'ailleurs, de confondre je répands (an = 16) avec je 
réponds (on = 17), 



— 32 — 

morder, perdcr, tarder : je morderai, tu perderas, i tardera ' 
(e r= 6). 

Boire. — Je buvons, ibuvont, que je boive. 

Faire. — Que je faise. — Forme appartenant au bourgui- 
gnon moderne (N.). 

Vivre. — J'ai vi. 

Suivre. — J'ai sut. 

Moûre (moudre). — Je molons, je molais, fai molu, je 
jnoûrni, que je mole^ niolant. — Ces formes, sauf moûrai, ont 
conservé Vo du latin molerc ; le patois dit de même molin 
pour moulin (voir page 52). Molu se trouve dans Cl. Haton : 

Ne leur estoit permis qu'avec grand difficulté d'en ramener 
molu ou à mouidre pour la fourniture de leurs maisons. 

Prenre (prendre). — Je prennons (en = 20), je prenrai, 
que je prennains (en = 20). 

Reluire, cuire, nuire. — Dans ces verbes, toutes les fois 
que le français adoucit r en s (prononcé z), le patois remplace s 
par m.. . Exemples : je nuiilons (nul-illons) : nous nuisons ; — 
i cuillait (cui-illait) : il cuisait ; — reluillant (relut-illant) : 
reluisant. 

4. — Verbes neutres. 

Le patois conjugue tous les verbes neutres avec l'auxiliaire 
avoir : il a venu; — il a parti; — il a tombé ; — il a niouru ; — 
il a été (pour il est allé). 

Les formes il a venu, il a parti, etc., expriment l'action de 
partir ou d'aller, le fait de tomber ou de mourir : il a venu à 
Pâques ; — il a mouru pendant fêté. S'il s'agit d'exprimer 
l'état, la tournure française reparaît : il est venu pour trois 
jours ; — il est mort depuis longtemps. 

s. — Verbes réfléchis. 

En patois, ces verbes se conjuguent toujours avec l'auxiliaire 
avoir : je m'ai blessé ; — tu t'as sauvé ; — je nous ans reconnu ; 

— aile s'ont battu *. 

6. — Verbes unipersonnels. 

Le pronom il se supprime dans faut, faura : il faut, il faudra ; 

— y a, y ara ; il y a, il y aura 3. 

1 . Tardera pour tordra se trouve «iasi être l'homonyme de tardera, 
futur de tarder. 

2. Ces participes, étant coujugués avec avoir, sont invariables (voir à 
l'article : Du Participe). 

3. Lorsque la phrase est négative, il vient n'y a, n'y ara, que le 
patois prononce gna, gn'ara (voir page 14). 



33 — 



7. — Coiijugaisou interrogative. 



Je sais-t'y '.' 
Sais-tu ? 
Sait-i ? 
Sait-elle ? 

on aile cait-y ? 

Je savons-t'y ? 
Savez-vous ? ' 
Savont-i ? 
Savont-elles ? 

ou aile saTont-y ? 

J'ai-t'y su ? 
As-tu su ? 
A-t-i sa ? 
A-t-elle su ? 

ou aile a-t'y su ? 

J'ons-l'y su? 
Avez-vous su ? 

ou a-vous su ? 

Ont-i su ? 
Ont-elles su ? 

ou aile ont-v su ? 



Je savais-t'y ? 
Savais-tu ? 
Savait-i? 
Savait-elle? 

ou aile savait-y ? 

Je savains-t'y ? 
Savez-vous ? (e = 10) 
Savaint-y ? 
Savaint-elles? 

ou aile savaint-y ? 

J'avais-t'y su ? 
Avais-tu su ? 
Avait-i su ? 
Avait- elle su? 

ou aile avait-y su ? 

J'avains-t'y su ? 
Avez-vous su ? (e = 10) 



Avaint-i su ? 
Avaint-elles su ? 

ou aile avaint-y su ? 



Je sarai-t'y ? 
Saras-tu ? 
Sara-t-i ? 
Sara-t-elle ? 

ou aile sara-t'y ? 

Je sarons-t'y ? 
Sarez-vous ? (e s= 10) 
Saront-i ? 
Saront-elles ? 

ou aile 8aront-y 7 

J'arai-t'y su ? 
Aras-tu su ? 
Ara-t-i su ? 
Ara-t-elle su ? 

ou aile ara- t'y su ? 

J'arons-t'y su ? 
Arez-vous su 7 



Aront-i su ? 
Aront-elles su ? 

ou aile aront-y su ? 



8. — Deux règles d'accord dont le patois ne tient pas compte. 

l» Le patois dit : C'est eux, c'est tes frères, au lieu de : Ce 
sont eux, ce sont tes frères. 

2° Après c'est moi qui, c'est toi qui, c'est nous quif etc., le patois 
met toujours le verbe à la troisième personne du singulier : C'est 
moi qu'a répondu; — c'est toi qu'a parlé; — c'est nous qu'a 
chanté. 



VI. - DU PARTICIPE 

Le participe passé conjugué avec avoir est toujours inva- 
riable. 



VII. 



DE L'ADVERBE 



1. — Adverbes simples. 

esprès (è = 10) : exprès. 

pire : pis. — La forme pis n'est jamais employée : ainsi on dit 
tant pire et non tant pis . 

dehors : dehors. 

lavou, là (Berry, vou^ évou : où, Litt.) : où. 

tout, bientoût, tantoût (Berry, tout, bentoût, tantoût, Litt.): 
tôt, bientôt, tantôt. 



1 . On dit aussi par abréviation sa-vous ? 
môme en a-vous ? 



— Ai>ez vous s'abrège de 



- 34 - 

quioquefois (qui = 25, oi =13) : quelquefois, 
aujord'hui (bourguignon aujod'hui, Lilt.) : aujourd'hui. 
toujou (Berry, LUI.) : toujours. 
enco (bourguignon, Litt.) : encore, 
pus (bourg, jow, Berry /)«s, Litt.) : plus. 
putoût : plutôt. 
attenant : à côté. 

mont : moult, beaucoup. — Cette forme de moull (du latin 
multian) se trouve dans le Roman de la Rose : 

Se tu as la voix clere et saine, 
Tu ne dois mie querre essoine 
De chanter, se l'on t'en semont, 
Car bel chanter abelist mont. 

amicablement : amicalement. — Amicabiliier, qui se trouve 
dans le bas latin, explique amicablement. 

2. — Locution» adverbiales. 

tout là : tout ici près. 

dans le temps : autrefois. 

à c't'heure, à présent, de ce moment-ci : maintenant. 

après ce temps-ci : bientôt. 

en d'ici : en deçà. 

à fait : complètement. 

au drait : en face. 

plein, tout plein : beaucoup. — Ces deux adverbes sont à 
rapprocher du vieux mot plenté, grande abondance (du latin 
plcnitudo) : 

Hez, sire asne, car chantez : 
Belle bouche rechignez ; 
Vous aurez du foin assez, 
El de l'avoine a plenté. 

{Prose de l'âne). 

Tout plein se trouve dans Joinville : 

Il couru seur tout plein de Sarrazins qui tenoient mon sei- 
gneur Raoul de Vasnau. 

très bien (è = [10]j; (T. m. t.) : beaucoup. 
bel et bien : pas mal. 

d'à pièce (è = [10]) : de beaucoup. — Le mot pièce se ren- 
contre souvent dans l'ancienne langue avec le sens de grand 
espace (de temps) : 



— 35 — 

Et come il vint là où il estoient assemblé à sa riere garde, 
si leur couru sus, et les chaça une grant pièce ariere. 

(Villehardouin). 

Quant nous avions granl pièce despulé, si rendoit sa sen- 
tence. (Joinville). 

De ce mot pièce venait piéça (pièce a), signifiant depuis'long- 
temps, qui se trouve encore dans Rabelais. 

Notre locution d'à pièce est formée également du mot pièce, 
mais avec le sens d'espace en général ; elle emporte l'idée d'une 
grande différence entre les deux termes d'une comparaison : 
I n'est d'à pièce si grand que son frère, c'est-à-dire : Il s'en faut 
de beaucoup qu'il soit aussi grand que son frère. 

p't'tête (ê = [\0]) : peut-être. 

point-n-en tout : point du tout. 

en étendis : pendant cela. 

d'assidue : assidûment. 

à cause ? pouquoi ? : pourquoi ? 

par vou ? : par où. 

de d'iavou ? : d'où? 

non pune : non plus. — 11 y a dans cette locution une redon- 
dance de la négation qui paraît au moins bizarre. 

si tellement : si ou tellement. — Encore un pléonasme qui 
ne saurait se justifier. 

ne... mais, ne... pus mais : ne... plus. — 3fais, du latin 
magis, avait le sens de plus dans le vieux français : 

Ja non podra mais Deu laudier. 

[Vie de saint Léger). 

Et Grent bataille de leur chevaliers à pié, dont il avoient 
bien deus cenz qui n'avoient niais nul cheval. 

(Villehardouiji). 

Il no vivra pas mais longtemps. (H.). 

Le patois a conservé mais dans le même sens ; il l'emploie assez 
rarement construit avec ne, et beaucoup plus souvent construit 
par pléonasme avec joas ou pus : n'y en a mais guère ; — je ne 
vois mais rien ; — i n'ira pas mais loin ; — i ii'a pus mais 
grand'chose, pus mais rien. 

Dans les tournures où le français emploie ne... que avec le sens 
de seulement, le patois intercale toujours mais ou pus mais avant 
que : je ne resterai mais qu'un jour., ou je ne resterai pus mais 
qu'un jour, au lieu de : je ne resterai plus qu'un jour. 

piène-piène (è = 20) : tout doucement. — Cette locution ne 
peut venir que de l'italien piatio, doucement, dont la répétition 



— 3G — 

exagère le sens. Cl. Hatoii emploie cette locution comme nom, sous 
la forme pian pian • 

Le roy, ayant à la rencontre mondit sieur de Guyse avec 
telle force, reprint ses sens et ne courut plus, ains chemina 
le pian pian pour attendre ses gardes ordinaires. 

3. — Remarques particnlières. 

OÙ conjonctif. — Cet adverbe donne lieu à la même observation 
que le pronom dont (voir page 25). Le patois en rejette l'emploi 
et le remplace par que combiné avec y : c^est unne foire qu'an y 
voit très bien de marchands (où l'on voit beaucoup de mar- 
chands). 

Adverbes interrogatifs. — Les adverbes interrogatifs la ou 
lavou, parvoUj quand (pron. kaii dans ce sens), combien, com- 
menty à cause oupouquoi, sont toujours-suivis de que, comme nous 
l'avons déjà vu pour les adjectifs et les pronoms interrogatifs ; là 
que tu vas ? ou lavou que tu vas ? — quand que lu vienras ? — 
dis-moi combien que t'en veux ? — sais-tu comment que je ferai ? 



VIIL ~ DE LA PRÉPOSITION 

1. — Prépositions simples. 

pou, pour: pour. 

pa, par : par. 

cheux (Berry, Litt.) : chez. 

devant : avant, devant. 

derrier : derrière. — Cl. Haton dit derrier. 

Ce que voyant bien le meurtrier qui le suyvait, par derrier 
le dos luy deslascha entre les deux espauUes sa pistolle 
pleine de bouletz d'acier et de plomb, 

drès (è = 10); — (Berry, Litt.) : dès. 

avé, avec (picard, avé, Litt.) : avec. 

su (bourg, et normand, Litt.) : sur. 

vé, vec : près de. — Vè est du pur bourguignon : 

Lé sarjan qui étein plantai 
Vé sai pote ansin que deu mai 
Su ce pairole s'embruire 
Pu for qu'on ne seroo dire. 

(La Monnoye, L'EbauJisseman dijonnoi. 

— Cité par Perrault-Daboij. 



- 37 - 

v'la>,là (Berry vela,\M.) : voilà. 

après (è = 10) : après. — Celte préposition s'emploie souvent 
d'une façon abusive pour exprimer qu'une chose lient à une autre -. 
la clef est après la porte (poav sur la porte) ; — il a écrit après 
le mur (pour sur le mur). 

2. — Locations prépositives- 
attenant de : à côté de. — Le français dit couramment atte- 
nant à ; la tournure attenant de, aujourd'hui à peu près aban- 
donnée, a élé également d'un usage général autrefois et se trouve 
encore dans La Fontaine : 

... Celui de l'hôte était 

Contre le mur, attenant de la porte. 

(Contes : Le Berceau). 

La patois dit toujours attenant de pour signifier à côté de, et 
jamais attenant à. 

au drait de : en face de. 

en place de : au lieu de. 

tant qu'à : jusqu'à. 

pou quant à : quant à. — Encore un pléonasme à rappro- 
cher de ceux qui ont été signalés au chapitre de l'adverbe. 

par vé : du côté de. 

3. — Remarques particulières. 

A. — Le patois emploie à, et non de, pour exprimer la posses- 
sion : la maison à Pierre ; — la fille à Louis. Cette tournure ap- 
partient au vieux français : 

Se tu femme vix avoir, je te donrai le ûUe a un Roi ou a 
un Conte. 

(Aucaisin et Nicolelte). 

De. — Cette préposition se redouble avant là ou lavou :i sort 
de delà; — de delà iau, c'est-à-dire au-delà de l'eau, de Vautre 
côté de l'eau (se dit en parlant d'un quartier du village situé au- 
delà de la rivière) ; — de de lavou que tu deviens ? (d'où 
viens-tu ?) 

Dans. — Lorsque dans est suivi d'un mot commençant par une 
voyelle, c'est toujours l'n, et non l's, qui se lie avec cette voyelle. 
Ainsi le patois prononce dan-nun puits, — dan-nunne maison 
(un = 20). 

Par, pour, avec. — Les formes par, pour, avec s'emploient 
devant les pronoms personnels moi, toi, soi, li, nous, vous, eux, 
etc. : par moi, pour toi, avec nous, etc. Ailleurs le patois dit pa, 

1. On dit n'en v'ià pour en voilà. 



— 38 — 

pou, «ue, même devant une voyelle, — La même remarque s'ap- 
plique à la préposition patoise vec ou vé (près de) ; viens vec moi ; 
— va vé ton père. 



IX. - DE LA CONJONCTION 

1. — CoDjonctions simples. 

pisque : puisque. 

quoque (qu = 24) : quoique. — S'emploie surtout dans la 
locution quoque ça (malgré cela), ce qui en ferait plutôt une pré- 
position qu'une conjonction. 

quante : quand. — On prononce quante^ même devant une 
coasonne : quante vous venez. 

don (on = 16) : donc. 

2. — Locutions conjonctives. 

devant que : avant que. 

pace que : parce que. 

pou que : pour que. 

et pis : Et puis. 

et si : et pourtant. — Cette tournure, aujourd'hui vieillie, était 
autrefois fréquente en français. En voici un exemple tiré de Cl. 
Haton : 

Ledit Seigneur (le cardinal de Bourbon, archevêque de 
Sens, mort en 1557) a bien sceu jouer des haulx bois et si 
n'estoil ménétrier, car il vendit tous les grands haux bois ou 
peu s'en faut appartenant à son archevesché. 

Elle se trouve encore dans Molière : 

Madame Jourdain. — J'ai la tête plus grosse, que le poing, 
et .si elle n'est pas enflée. 

{Le Bourgeois gentilhomme, acte 3, scène 5). 

mais que (ai = [10]) : quand (avant un verbe au futur). — Cette 
locution est exclusivement réservée pour le temps futur et gou- 
verne le subjonctif. Le patois, comme le français, dit au présent 
quante i vient (quand il vient), au passé qualité il a venu (quand 
il est venu) ; pour exprimer le futur, il se sert toujours de la locution 
mais que., avec le verbe au subjonctif : mais qu'i vienne (quand il 
viendra). 

Voici deux passages de Froissart oia ce trouve cette tournure : 

1. — Nous manderons aux villains des villages, mais que 
nous aions trouvé fort pour nous tenir, que ils nous paient ; 
autrement nous leur ferons guerre. 



- 39 - 

2. — Nennil, dit Ghisebrès ; mais que je aie parlé à mon- 
signeur, on les metera tout jus. 

Claude Haton emploie souvent cette locution, qu'il écrit mes 
que : mes qu'il fust de retour. 

P. Tarbé donne des dialogues, accompagnés de glossaires^ se 
rapportant à divers patois de la Champagne; la locution mais 
que ou 7nès que figure dans un seul, celui de Sommepy : et pi 
ed' main, mes que tout soit er' venu... 

3. — Remarque partlcalière. 

Si. — L'i de si ne s'élide jamais, même devant il ou i ; i 
vienra si i veut. 



DE L'INTERJECTION 



Voici une liste d'interjections et de formules interjectives cer- 
tainement très incomplète, les expressions de ce genre variant à 
l'indni, surtout dans le patois : 



Bolâ ! (à == [3]) : exprime la plainte. 

Holà don! exprime également la plainte, 
et quelquefois l'étonnement. 

Hê .' (è = [11]) ■' marque l'étonnementjsert 
aussi pour appeler. 

Hé là ! marque l'étonnement (se répète 
généralement : hê là ! hé là .') 

Eh ben ! (en = 20) : pour appeler l'atten- 
tion. 

Eh ben mais.' ) (ai = [10]) : exprime l'é- 

Ben mais ! \ tonnement. 

Loup-garou ! marqae le mécontentement. 

A moi ! exprime l'étonnement. 

Hardi ! pour encourager. 

Habile ! pour faire dépêcher. 



Sacré mâtin ! exprime la contrariété. 
Chou! pour appeler un cbien. 
Toû ! pour chasser les poules. 
Patatrac ! onomatopée pour peindre le 

fracas. 
Coucouricou ! onomatopée pour imiter le 

cri du coq. 
Bisco ! pour faire enrager. 

,p,. o- \ ^ à peu près vides 

\vÂ) ' ^^ '®°'' '® ^ 



Eh Dieu ! 
Pardié ! 
Pardi ! 
Dame ! 
Ma foi! 



sent d'une fa- 
çon plus ou 
moins 
nale. 



machi- 



A noter, en outre, la formule exclamative nom de garce ! qui 
remplace, lorsqu'on s'adresse à une femme ou à une fille, le banal 
nom de Dieu ! dont il est comme une féminisation. 



CHAPITRE III 
Particularités lexicologiques 



I. — PRÉFIXES ET SUFFIXES 

PRENANT^DNE FORME OD AYANT ONE VALEUR SPÉCIALE EN PATOIS 

1. — PréOxes. 

é pour a, du latin ad. 

Le préfixe latin ad, marquant le but, la tendance, se présente 
sans altération dans des mots comme adjoint, adjuger. Le pa- 
tois conserve dans ces mots la forme ad; il a même|le mot ad- 
journer dans le sens du français ajourner. 

Dans le français, le d est rarement conservé : ou cette consonne 
tombe purement et simplement, ou elle se confond avec la voyelle 
initiale du radical, qui, dans ce cas, devient double. Exemples : 
avaler, apporter, allumer, afficher. 

Le patois, surtout dans les verbes, remplace presque constam- 
ment le prélixe a par é: les mots ci-dessus deviennent ainsi éva- 
ler, éporter, élumer, éficher. Voici une liste de mots présentante 
même substitution : 

ébaisser, rébaisser (ai = [10]) : abaisser, rabaisser. 

ébandonner (on = 16) : bourg, eôanrfenai/. Litt.) : aban- 
donner. 

ébatte, rébatte (bourg, aibaitre, Litt.) : abattre, rabattre. 

ébreuver : abreuver. 

écompagner : accompagner. 

écoter : accoter. 

écoucher : (bourg, écoucher, Litt.; escoucher, H.)}: [accou- 
cher. 

écouri, récouri : accourir, raccourir. 

écoutumer (bourg, écoutumé, Litt.) : accoutumer. 

écrocher, écroc, récrocher (bourg, écrôché, Litt.) : accro- 
cher, accroc, raccrocher. 

édouci, rédouci (bourg, édouci, Litt.) : adoucir, radoucir. 

éfaibli (bourg, éfoibli, Litt.) : affaiblir. 

éfamer (bourg, éf'aimai, Litt.) : atTamer. 

éfût : affût. 

égrandi, régrandi : agrandir, ragrandir, 

éjuster, réjuster : ajuster, rajuster. 



- 42 - 

élonger, rélonger (bourg, clongé, Litt.) : allonger, rallonger. 

élumer, réiumer (bourg, élemai, Litt.). — Le bourguignon a 
le mot élemôte, allumette; notre patois a dû avoir autrefois une 
forme approchante, remplacée depuis longtemps déjà parla foi'me 
française allumette *. 

émener, rémener, (bourg, émené, Litt.) : amener, ramener. 

éminci : amincir. 

émuser (bourg, émusôte, Litt.) : amuser. 

énoncer, énonce : annoncer, annonce. 

épeler, répeler (bourg, aipelai, Litt.) : appeler, rappeler. 

épentis ; appentis. 

épétit (le second é = 10) : appétit. 

éplati : aplatir. 

éporter, réporter (bourg, épotai, Litt.) .-apporter, rapporter. 

éprenre, éprenti (bourg, éprarre, éprenti, Litt.) : apprendre, 
apprenti. 

éprivoiser : apprivoiser. 

éprêter (é = [H]) bourg, aiprôtai., Litt.) : apprêter. 

êprocher, reprocher (bourg, éprôchai, Litt.) : approcher. 

éracher : arracher. — La forme erracher ou esracher n'est 
pas rare dans le vieux français : 

Fain, qui ne voit ne blé ne arbres, 

Les erbes en arrache pures 

As Irenchans ongles, as dens dures. 

(Roman de la Rose). 

Cette forme venait de exradicare^ tandis que la forme arra- 
cher, la seule qui se soit maintenue dans le français moderne 
vient de abradicare : la partie commune à l'un et à l'autre vient 
de radix, racine. 

éranger, réranger : arranger, rarranger. 

érêter [è = [10]) ; (bourg, érétai, Lilt.) : arrêter. 

ériver (bourg, errivé, Litt.) : arriver. 

érondi : arrondir. 

essembler, ressembler ^ (bourg, essemblè., Litt.) : assem- 
bler, rassembler. 

essommer (om r= 16) : assommer. 

étache : attache. — Bas latin estachia. 

1. On dit encore élumotte à Faui-Fresaay. 

2. Dans ce sens, le premifiT e de ressembler se prononce 9. Quand ras- 
sembler sigmCie avoir de la ressemblance, le premier e s'élide : r'sembler. 
Il y a un proverbe où les deux mois se trouvent rapprochés : Qui se i^es- 
semble se ressemble. 



- 43 - 

étacher, rétacher (bourg, ctaiché, Litt.) : attacher, rattacher. 
— Bas latin estachare. 

étSiquer {bourg, étaquai, Litt.) : attaquer. 

ételer {esteler, H.) : atteler. 

étende ', (bourg, ctandre^ Litt.) : attendre. 

étirer : attirer. 

étraper (bourg, éti'aipai, Litt.) : attraper. 

évaler (bourg, évaulai, Litt.) : avaler. 

évancer (bourg, évancé, Litt.) : avancer. 

éverti : avertir. 

réfraîchi (aï = [10]) : rafraîchir. 

réjeuni : rajeunir. 

rémasser, rémassis (a = [3]) ; ramasser, ramassis. 

révigoter : ravigoter. 

Sur le modèle des mots emener, e'couri (amener, acconrir),dont 
le sens est mener, courir à ou vers la personne qui parle, le patois 
a formé toute une série de verbes dont voici quelques-uns : écon- 
duire, échasser, étralner^ ébider, c'est-à-dire conduire, chasser, 
traîner, bider (galoper) à ou vers la personne qui parle. 

Le préfixe é peut encore marquer l'extension, comme dans 
étremper, tremper complètement. 

Sans doute par analogie, le patois, surtout dans les verbes, 
donne souvent le son é à la syllabe initiale a ou ha, sans que 
celle-ci provienne du préfixe a ou ad. Exemples : 

ébri, ébriter (bourg, aibri, Litt.) : abri, abriter. 

écabit : acabit. 

hébiller : habiller. — Malgré habit. 

hébituer : habituer. — Malgré habitude. 

Cette déformation atteint jusqu'au nom i^ro^pre Agathe, que le 
patois change en Egathe. 

La prédilection du patois pour lé préfixe e est d'ailleurs telle 
qu'il l'introduit dans des mots où sa présence ne s'explique guère, 
comme :• 

éronce : ronce, 

écréme (e = 6) : crème. 

érâce (â = [3]) : race. 

éboutonner (on = 16) : boutonner. — Dans le sens de fixer 
les boutons d'un vêtement. Pour les autres acceptions, comme 
lorsqu'il s'agit d'une plante dont les boutons se forment, on dit 
boutonner comme en français. 

éboutonnière (ni = 29; è := [lO]) : boutonnière. 

1. Étendre, dans le sens qu'il a en français, se dit en patois rétaler. 



- 44 - 

re. 

Le préfixe re a en patois le même sens réduplicatif qu'en fran- 
çais; il est à remarquer toutefois que le patois abuse volontiers 
de ce préfixe. Partout où le français a deux mots, l'un simple, 
l'autre avec le préfixe re, le patois n'emploie que le second. 
Exemples : 

rétamer : étanier, rétamer, 

récurer : écurer, récurer. 

reluire : luire, reluire. 

réconter : conter, raconter. 

Voici d'autres mots où le patois introduit, sans que le motif en 
apparaiîso bien nettement, la particule re : 

rebiner : biner. 

recurer (c = 25) : curer (un puits, un fossé, etc.). 

rembrasser : embrasser. 

réparpiller : éparpiller. 

réchever : achever. 

rébêti (ê = [H]) : abêtir. 

relaver : laver (la vaisselle). 

rétaler : étaler, étendre. 

Le préfixe re peut d'ailleurs, sans la moindre nécessité et sans 
in,térêt pour le sens, s'adapter à presque tous les verbes. Ainsi on 
dira : Combien que ça va me recoûter ? Je vourais bien savoir 
combien qu'i va me redemander. Coûter, demander, sans plus, 
rendraient suffisamment ce qu'il s'agit de dire. Le seul sens, si 
sens il y a, qu'il soit dans ce cas possible d'attacher à la particule 
re, serait l'expression vague de quelque chose ressemblant à 
la mauvaise humeur et à la fatigue : re exprimerait ainsi, non la 
répétition de l'idée marquée par le verbe qu'il accompagne, mais 
un nouvel ennui s'ajoutant à d'autres supportés précédemment 
sous une forme quelconque. 

2. — Suffixes. 

ot, otte pour et, ette; — osse pour esse. 

Les suffixes et, ette, qui ont généralement en français une 
valeur diminutive, sont rares dans le patois*.^ qui les remplace le 
plus souvent par ot et otte. Exemples : 

biquot (nivernais bigot, Litt.) : biquet. 
cachette (bourg, caichôte, Litt.) : cachette. 

i. Le patois conserve la finale ette dans les mots suivants : bavettCf 
manchette, allumette, liuiettes (besicles), tablette, pincettes. — Par un 
renversement inattendu de sa tendance générale, il dit échevel pour 
écheveau. 



- 45 - 

couvot (liourg. côvô, coiwcau, I,ill.) : couvel. 

fauchot : fauchel (râteau à double rangée de deuts eu boU). 

luotte (u = 1) : luette. 

miotta (basse Normandie, miot, Litt.) : miette. 

orgelot : orgelet (compère-loriot). 

poulotte : poulette. 

queuillotte (qu = 25, eu = 7) : petite queue. 

râclotte (à = [3]) : raclette. 

sifflot (picard, chiflot, bourg, subiô, Litt.) ; sifflet. — Bas- 
latin, siblotus, siffLotus : sifflet. 

tinotte : tinette. 

Il y a d'ailleurs beaucoup d'autres mots, diminutifs et noms 
d'instruments dérivés d'un verbe, auxquels le patois donne les 
finales ot et otle^ tels que : 

briquot : morceau de brique. 

eruchotte : petite crucbe. 

écrochotte : tout ce qui peut servir à accrocher un objet. 

devidot : dévidoir. 

lôchotte (ô = [5]) : loche (petit poisson). 

lunotte : étoile. — A la lettre petite lune. — Le bourguignon 
a la forme luguôfe (Litt.), mais dans le sens de lunette. 

nageotte : nageoire. 

pellotte : pelle à feu. — Diminutif de pelle. 

perçotte : outil pour percer'. 

planchot : bout de planche. - 

poîrotte : fruit de l'aubépine. — Diminutif de poire, ce fruit 
ayant la forme d'une petite poire. 

prêchotte (è = [10]) : chaire à prêcher. 

rigolot : petite rigole, fossé minuscule pour l'écoulement de 
l'eau. 

sucrot : friandise en sucre. 

Le patois donne encore la finale ot à certains mots qui se pré- 
sentent en français avec la finale on : 

bouchot (ou long) ; bouchon (servant à boucher) 

champignot : champignon. 

dindot : dindon. 

grillot : grillon. 

• 

1. Les bonnes femmes disaient autrefois aux enfants : « Si Injures, ou 
si lu dis des menteries, monsieur le curé le percera la langue », et elles 
avaient soin d'ajouter : a avec sa perçotte. » C'est évidemment un souvenir de 
l'ordonnance de saint Louis contre les blasphémateurs. 



- 46 - 

Le patois substitue de même la lettre o à la lettre e dans le mot 
paiivrosse (o = [3]); — (T. t.) ; pauvresse, mendiante. 

ois pour oir. 

Beaucoup de noms d'instruments se forment en français par 
l'addition au verbe de la terminaison oir : le patois transforme 
cette finale en ois (oi = 15) : 

curois (c = 25) : ustensile pour nettoyer {curer) le soc de la 
charrue. 

essommois (om = 16) : assommoir (ratière). 

mirois (Berry mirouéj Litt.) : miroir. 

mouchois (Berry mouchoiié^ Litt.) : mouchoir. 

passois (a = [3]) : ustensile en osier pour passer le grain. 

rasois (a = [3]) : rasoir. 

semois : semoir. 

terrois : terroir. 

eux pour eur. 

La finale eur, indiquant une action ou une profession, est rem- 
placée dans le patois par eux. 
casseax : (a = [3]) : casseur. 
chanteux : chanteur. 
chasseux : chasseur. 
couvreux : couvreur, 
danseux : danseur. 
dénicheux : dénicheur. 
faucheux : faucheur. 
laboureux : laboureur. 
mentaux : menteur. 
pêcheux (ê = [10]) : pêcheur. 
porteux (picard, Litt.) : porteur. 
scieux (scî-eux) : scieur. 
voyageux (oy = 14): voyageur, 
vendangeux : vendangeur. 

euse pour ure. 

Le patois adoucit volontiers la finale ure en euse. Ainsi il dit : 

peleuse : pelure. 

châtreuse (â = [3]) : châtrure (reprise grossière). 

chieuse : chiure (de mouche), 

couvreuse : couverture (de livre). 

iau pour eau. 
Dans le vieux français^ les mots provenant d'une forme latine 



- 4: - 

terminée en ell... (..ellus,.. ella,.. ellum,.. elUs)ava'ieni plusieurs 
finales bien distinctes, parmi lesquelles une en eis, nus, eaus ou 
iaus pour le cas sujet au singulier, une en aus, caus ou iaus pour 
le cas régime au pluriel. Voici quelques exemples de finales eo 
iaus ou taux (quelquefois iax) : 

Lors feras chastiaus en Espaigne 
Et auras joie de noient, 

(Roman de la Rose). 



Miex vodroie a cotiaux d'acier 
Pièce a pièce estre despeciés. 



(id). 



Lors remaint Nature en sa forge, 
Prent ses martiaus et fîert et forge. 

(Id.). 

Vos ne me sarés ja demander or ni argent, cevaux ne pale- 
froj^s, ne vair, ne gris, ciens ne oisiax que je ne vos doinse. 

(Aucassin et Nicolettej. 

Ainraerigos Marcel... print son chemin pour venir à 
Aloise, dalès Saint Flour, qui est uns biaus castiaulx de 
l'evesquede Clermont. 

(Froissart). 

Depuis longtemps, le français a laissé tomber ces finales en mu, 
que le patois a gardées. Exemples ; 

biau* (Berry, picard, Litt.) : beau. — Du latin bellus. — Au 
moyen âge, biau entrait dans la formation de beaucoup de noms 
propres. Exemples : li quens Garins de Biaucaire (Aucassin et 
Nicolette); — Rogiers de Biaufortj li visconUs de Byaumont, li 
sires de Biaugeu (Froissart.) 

boissiau (oi = 13, au = 4) ; — (Berry bossiau, Litt.) : bois- 
seau. — Du bas latin bussellus, bissellus. 

chapiau (au = 4); — (picard capiau, Litt.) : chapeau. — De 
capeUus, diminutif de capa. 

chantîau (ti = 2.5, au = 4) ; — (Berry, Litt ) ; chanteau (de 
pain bénit). — Du bas \aLiincanteUus, dérivé du latin cantus, coin, 
côté. 

châtiau (â = [3], ti = 25, au = 4) ; — (picard caLiau, Litt.) : 
château. — Du latin castellum, diminutif de caslrum, lieu for- 
tifié. 

cisiaux (au = [5]) : ciseaux. — Du bas latin ciselliis. 

1. Alise proaouce 4 lorsque biau suit le nom : le tem/js est biau ; ei [5] 
lorsqu'il précède le nom ; im biau temps, ou qu'il est placé av-aot un 
verbe : vous avez biau dire, biau faire. 



- 48 - 

coutiau (li = 25, au = 4); (picard et Berry, Litl.) : couteau, 
— Du bas latin cultcUus, diminutif de cutter. 

flau (au = [o]) ; — (normand, Litt.) : fléau (à battre). — Du latia 
ftageltum^ fouet, lléau. — Par un procédé dont il est coutuniier, 
le patois a fait disparaître la lettre l pour éviter la combinaison li 
(voir page 14). 

mantiau (ti = 25, au = 4) : manteau. — Du latin mantcllum. 

martiau (ti = 2o, au = 4); (picard, Litt.). — Du bas latin mar- 
tus, marleltus. 

morciau (au = 4) : morceau. Du bas latin morcellus, diminutif 
de morsiis^ morsure. 

musiau (au =4); — (Hainaut, Litt.) : museau. — Du bas latin 
musum, muselliim. 

oisiau (oi = 14, au = 4); — (Berry, Litt.) : oiseau. — Du bas 
latin aiiceltus (pour avicellus)., diminutif de avis, oiseau. 

piau (au = 4); ~ (Berry, normand et picard, Litt.) : peau. — 
Du latin peltis, même sens. 

siau (au = 4) ; — (genevois et Berry, Litt.) : seau. — Du bas 
latin sitella^ diminutif de situla. 

vanniau (ni = 29, au = 4): — (Berry vcuiniau, italien wan- 
nello^ Litt.) : vanneau. 

viau (au = [5]); — (Berry, picard, Litt.) : veau. — Du latin 
vitellus, diminutif àeviiulus. 

Aux mots de cette liste il y a lieu d'ajouter les suivants, bien 
qu'ils ne proviennent pas d'une forme latine en ell... : 

cordiau (di = 27, au =: 4) : cordeau. 

cuviau (c = 23, au = 4) : cuveau, cuvier. 

gâtiau (ti = 2b, au = 4) : gâteau. 

iau (au := [o]) ; — (picard, Litt.) : eau. — Du latin aqua, en pas- 
sant par les formes aiguë, aiwe^ ave, ève eiièwe (yave dans Frois- 
sart qui, du reste, emploie aussi aiguë). C'est sans doute par une 
permutation entre u ou w et w qu'on est arrivé à la prononciation 
iaue ou iau *. 

1. Le mot iail, à cause de sa forme particulière, donne lieu à plusieurs 
singularités de prononciation : 

Lorsqu'il y aurait lieu de le faire précéder de l'article la (élidé en V), 
apparaîtrait la combinaison Viau, qui est de celles que le patois rejette tou- 
jours (voir page 14) ; ainsi prononce-t-il iau ou yau : laii est chaude ; — 
ne troublez pas iau. 

Pour le mot iau précédé de la préposition de, il peut se présenter deux 
cas : 

1° Si la préposition de a le sens partitif, le patois dit d'iau pour de Viau), 
en conservant au rf fa valeur alphabétique naturelle, ou de yau: Donne- 
moi d'iau; — i demande de yan (Ve final de demande s'élide). 

2° Lorsque la préposition de n'a pas le sens partitif, le patois prononce 



- 49 - 

moiniau (oi = 13, ni = 29, au = 4) ; — (Berry, picard moi- 
yneaii, Litt.): moineau, et eu général oiseau de petite taille. 

pruniau (ni = 29, au ■= 4) ; — (Berry peurniau, Litt.) : pru- 
neau. 



II. - MOTS 



NK DIFFÉRANT DD FRANÇIIP QUE PAR LE CHANGEMENT, LE DÉPLACEMENT, 
LA SUPPRESSION OU L'aDDITION d'unE LETTRE OU d'uN SON 

Ces différences superficielles, qui altèrent à peine la physionomie 
générale du mot, portent la plupart du temps sur les voyelles. 
Les voyelles, qui tiennent dans le langage une place comparable à 
celle des parties molles, chair et sang, dans l'organisme, présen- 
tent une sorte de lluidité relative qui en rend l'altération fré- 
quente ; les consonnes, qui sont comme le squelette du mot, pos- 
sèdent, par ce fait même, une fixité et une stabilité beaucoup plus 
grandes. 

Parmi les consonnes, il y a cependant lieu d' excepter, à ce 
point de vue, les lettres l et r, qui l'une et l'autre, mais principa- 
lement cette dernière, sont l'objet de nombreuses altérations sous 
forme de déplacements, de suppressions et d'additions. 



1. — Cbangement d'ane lettre ou d'uu son. 

Noms. 

a pour e (prononcé è) : 

argot (Berry et genevois, Litt.) : ergot. — La forme argot, 
seule connue du vieux français, était encore en usage au 
XVI* siècle. 

Les coqs bataillent du bec et des argots. 

(Amb. Paré, Animaux. — Cité par Litiré). 

cornaille : corneille. — La forme cornaille appartient égale- 
ment à l'ancienne langue : 

En temps comme il se dementoit, 
Lieve sa teste et venir voit 
Une cornaille à la volée. 

{Roman du Renard). 

les lettres J'i, dans la combinaison à'iau, avec la valeur notée il : un siau 
d'iau; — un verre d'iau. 

Dans eau-de-vie, eau de Colonne (Cologne), eau de Javel, le patois 
prononce eau et non iau. 

On dit de la bé-iau (belle eau), toujours pour éviter la rencontre da l et i. 

4 



— 5o — 

gearbe (picard garbe, Lill.) : gerbe. — Le bas latin a les 
formes garba eljarba, qui expliquent gearbe. 

gearme : germe. 

hâ (h aspirée ; â = [3]) : haie. — Bas latin haga, haya, 
haie. 

harbe {h muette) ; — (Berry, Litt.) : herbo. 

harminette (h muette) : — belette. — Bas latin armellina, 
hermine. 

harse (/i asp.) : herse. 

métail : méteil. — Le bas latin, entre autres formes tirées de 
mixium, mêlé, a mestallum, qui correspond à métail, et mestel- 
lum, à méteil. Cl. Haton dit métail au singulier, et mestaux ou 
métaux au pluriel : 

Il (le blé froment) ne fut si cher en Champaigne, Bour- 
gongne et Lorraine, où on faict en habondance des seigles, 
mestaux et orges. 

parche (bourg, et Berry, Litt.) -. perche (dans le sens de long 
bâton). — On dit perche dans le sens de poisson et dans celui de 
mesure agraire. 

pie-griâche (â = [3]) : pie-grièche. — On ditpfe-grW^e dans les 
environs. 

sarpe (bourg, et genevois, Litt.) = serpe. — Bas latin charpa, 
instrument de fer propre à tailler ; sarpa, sarcloir ; sarpia, faux. 

trasse : tresse. 

varge (bourg, et Berry, Litt.) : verge. 

é ou ai pour a : 

braisier (ai = [11]) : braisier. — Formé par imitation de 
braise. 

clairté (ai = 9) : clarté. — Formé par imitation de clair. 

grais (a = 9) : gras (de la jambe). — Sans doute formé par imi- 
tation de graisse. 

jers (e = [H]): jars. 

mémelle : mamelle. 

serment (genevois et provençal, Litt.) : sarment. — Bas latin 
sermens, sarment. 

e pour é ou è : 

chèvrefeuille (e de che = 6) : chèvrefeuille. 
élevé (e de le = 6): élève; — se dit le plus souvent dans le 
sens d'enfant en général. 

février (e de fe = 6) : février. 
lièvre (li = 28, e de lie = 6) : lièvre. 
r'clamation: réclamation. 



— 5i — 

é pour e : 
besoin : besoin. 

dénier (é = 20, ui = 29) : denier. 
grenier (é = 20, ni = 29) : grenier. 
marguerite (gu = 27) : marguerite. 
menuisier (é = 20, u = 1) : menuisier. 

i pour e, é, ai> ei : 

arignée : araignée. — On trouve airignée dans Mathurin 
Régnier : 

Quand au flamber du feu, trois vieilles rechignées 
Vinrent à pas contez, comme des airignées, 

(Sat. XI). 

cileri ; céleri. 

giole (o = 4) ; — ^Hainaut geiole, Litt.) : geôle. 
lissive (italien liscivcij Litt.) : lessive. — Du latin lixivia. 
lizard (Berry, Litt.) : lézard. 

marichal (bourg, mairichau, Litt.) : maréchal. — Bas latin 
malischalkus , palefrenier, garçon d'écurie. 
oriller (bourg, orillier^ Litt.) ; oreiller. 
pipie (genevois pipi, fém., Litt.) : pépie. 
vlllée : veillée. — Voir vUler pour veiller, page 60. 
villeuse : veilleuse, id. 

virglas : verglas. 

é ou ai pour i : 

clairinette : clarinette. — Formé par imitation de clair (à 
cause du son clair). 

déligence: diligence (voiture). 

mélieu (li = 28) ; — (Berry meilieu, mélieu, Litt.) : milieu. 
• himenr (N.) : humeur. 

jiment (T. t.): jument. 

pipître: pupitre. 

pitois (T. I. ; bourg, pitô, fouine, Litt.): putois. 

riban (S. ; wallon et Berry, Litt.) : ruban. — Le bas latin a les 
deux mois rubanus, qui explique ruban, etribanus, qui explique 
riban. — La forme riban est encore dans la langue du xvi® siècle : 

Je voudrois estre le riban 
Qui serre ta belle poitrine. 

(Ronsard). 



— 52 — 

u pour i : 
jocrusse : jocrisse. 
lunotte (Berry lunette, lunotte, Litt.) : linotte. 

i pour eu : 

fillette: feuillette. — Fillette se dit en Bourgogne pour feuil- 
lette (P.) 

o pour e (prononcé è) : 
vosce (T. 1. ; Berry, Litt.) : vesce. 

o pour ou : 

ampole (provençal ampola, Litt.) : ampoule. — Bas latin 
ampollata^ burette : 

La saincte ampolle, qui est auprès de Reyns, qui jamais 
n'avait esté remuée de son lieu, luy fut apportée jusques en 
sa chambre, au Plessis. (Commines). 

gôdron (ô ^ [5]) ; — (genevois et Berry goclron, Litt.) : gou- 
dron. 

gormandise : gourmandise. — Voir le mot gormand pour 
gourmand, p. 58. 

gormes (Berry gorme, Litt.) :' gourmes (oreillons). 

jornée (Berry, Litt.) ; journée. — Bas latin jornata, journée. 

moliu (Berry, wallon, picard, provençal, Litt.) : moulin. — 
Bas latin molendinum, molina, molinum ; moulin, tous mots 
venant du latin molere, moudre. — Cl. Haton écrit molin : 

Lequel oncle, n'ayant à Genefve aultre moyen de s'oc- 
cuper, print à ferme les molins de la ville. 

polie (genevois, Litt.) : poulie. 
pômon (genevois ^oimon, Litt.): poumon. 
torment (picard, Berry, provençal, Litt,) : tourment. — Du 
latin tormentum. 

ou pour o : 
adous (Berry, Litt.) : ados. 
brousse (wallon brouchey Litt.) : brosse. 
broussée : brossée, 
bouyau (au = 4): boyau. 

clous (Berry, Litt.) : clos. — Usité seulement dans un nom de 
lieudit : Clous-Caillat pour Clos-Caillut. 
coûté : côté : 

El de ce cousté y eut une grant fuyte des Bourguignons. 

(Commines). 



— 53 — 

dous (Berry, Lilt.) : dos, 

doussière (è ^ [10]) : dossière (pièce d'un harnais de limon). 
— De dous pour dos. 

fousse (Berry, Litt.) : fosse. 

foussé (Berry foussi';, bourg, faussai, Litt.) : fossé. — Le bas 
latin a fossatum (fossé) et foussatum (foussé). 

gousier : gosier. — Rabelais a formé de ce mot le nom de 
Grandgousier, l'un de ses principaux personnages. 

houyau (au = 4) : boyau. — Diminutif de /loue, ce qui explique 
la forme hou. 

mbuleton (genevois, Litt.) : molleton. — De mol ou mou. 

moutte (Berry, Litt.) : motte. 

mouyeu : moyeu. 

ous (Berry, Litt.): os. 

rousée : rosée. — Le français a longtemps usé de la forme 
rousée : 

Si s'escorça par le rousée qu'ele vit grand sor l'erbe et s'en 
ala aval le gardin. 

(Aucassin et Nicolette). 

Tendre ot la char comme rousée, 
Simple fu cum une espousée. 

(Roman de la Rose). 

Passant par l'aër, de peur de la rousée. 

(Rabelais). 

La nuict ensuivant (28-29 avril 1578) fut fortfresche, qui 
sans pleuvoir donna une grande rousée sur la terre. 

(Cl. Haton). 

roûtie (Berry, Litt.) : rôtie (tranche de pain rôti). 
roûti: rôti. — Voir roûti pour rôtir, page 61. 
soubriquet (qu = 25) : sobriquet. — La forme soubriquet a 
été longtemps employée en français : 

Le soubriquet de tremblant duquel le douziesme roy de 
Navarre Sancho feut surnommé... (Montaigne). 

u pour ou : 

util (T. m. t.; Berry util, bourg, uti, Litt.) : outil. — Du latin 
utile. 
tuche : touche. — Voir tucher pour toucher, page 61. 

ou pour u : 
bouis (T. m. ; Berry et picard, Litt.) : buis. 



- 54 - 

u pour é : 

subile (T. t.): sébile, 

u pour e : 
fumelle (T. a.; Berryet picard, Litt.): femelle. 

ou pour e (prononcé è) : 

oustafier : estafier (terme de mépris employé dans un sens fort 
vague). 

e (prononcé é) pour ou : 

fergon: fourgon (de four). — Voir fergonner pour fourgon- 
ner, page 61 . 

eu pour u : 

rheume (N. ; — provençal, espagnol et italien reuma^ Litt.) ; 
rhume. — Du latin rheuma. 

o pour a : 

tarticolis : torticolis, — Il est à remarquer que le patois dit 
de même tarde pour tordre (voir page 61). 

au pour a : 
faune : fane. 

au pour ai : 
lauche (au = [5]) ; — (T. m.) : laîche. 

eu pour ou : 

deuve'(eu = 6) ; — (wallon dèwe, Litt.) : douve. 
reuille (eu = 7) : rouille. 

ai pour oi : 

draite : droite. 

endrait (Berry endrel, pays natal, Litt.) : endroit (d'une 
étoffe). — Endroit (d'une étoffe) et endroit (localité) sont un seul 
et même mot, venant de en et de droit : les deux mots (en droit) 
sont souvent séparés dans l'ancienne langue. Endroit, dans le 
premier sens, signifie ce qui est droit, ce qui est du vrai côté ; 
dans le sens de localité, il signifie ce qui est sur le droit chemin, 
dans la direction vraie (voir Littré, au mot endroit). 

fraid, fém. (Berry fret, la fret, Litt.): froid: 

Et endurer e granz chalz e granz freiz. 

(Chanson de Roland). 

oi pour é, ai : 

déchoit (oi = 13): déchet. — D'après Littré, déchet est la pro- 
nonciation normande de déchoit, du verbe déchoir. 



— 55 — 

froi (oi = 13) : frai. — Lillré, au mot frai, indique celle éty- 
mologie : frai, ou froi^ ou froie^ de l'ancien verbe froier^ du 
lalin fricare, frotter. 

mortoise (oi = 15) : mortaise. 

roie (oi = 15) ; (T. m. ; — P.; — bourg, wallon et picard, 
Litt.) : raie (sillon de terre) : 

Les gluys estoient forlz etespez, et n'en povaient recueillir 
qu'es royes où ilz le faisoienl tomber avec des pancaux ou 
petits balais. (Cl. Haton). 

tOie (oi = 15); — T. a.) : taie (d'oreiller). — Bas latin, toya, 
taie d'oreiller. 

oi pour o : 

poitiron (oi = 13) : potiron. — On àiipoiuron dans les envi- 
rons de Montmirail. 

o pour oi : 
motié (ti = 25, é = 10) : moitié. 
pognard (o = 16) : poignard. — Cl. Haton écrit pongnard. 

Ils avaient tous espees à leurs cynctures et pongnards sur 
les reins, aux pommeaux d'or. 

pognée (0 = 16) : poignée. — Cl. Haton écrit pongnée. 

Et de grand despit qu'il eut s'arrachea une pongnée de sa 
barbe. 

o pour eu : 

tillol (genevois et Berry, Litt.) : tilleul. — Bas latin tillioluSy 
vieux français tillocl, du latin tiliola, diminutif de tiiia, tilleul. 

en pour ai : 

enguillôe (gu = 27, u := 1) : aiguillée. — Voir enguiller pour 
enfiler (une aiguille) page 109. 

en pour in : 
enflammation (N. ; — genevois, Litt.) : inflanunalion. 

in pour eau : 

boulin : bouleau. — On dit boule dans les environs de Mont- 
mirail. 

in pour i : 
vertingo (T. 1.) : vertige. 

ou pour on : 

boûdou : bondon. — Faut-il voir dans cette forme un dérivé 
de boude, nombril? (voir page 73). 



— 56 — 

ou pour è : 
âammoûche -. ûammèche. 

1 pour t : 

pirouelle (bourg, pirouelle, toton. Litt.) : pirouette ; — petit 
toton. 

n pour t : 

arbalêne (è = il) : arbalète. — Il s'agit proprement ici d'une 
espèce d'arc primitif que les enfants fabriquent avec du bois 
flexible et un bout de corde ; la flèche se fait en roseau avec une 
pointe en bois de sureau. 

c (dur) pour g (dur) : 
vacabond (N. ; — Berry, normand, Litt.) : vagabond. 

g (dur) pour c (dur) ou q : 

grègue (i) : i grec. — Le son g (dur) se retrouve dans le mot 
grègues, qui n'est qu'une forme de grec : grègues^'culoUes à la 
grecque (Litt.). 

guille (gu = 27) ; — (genevois, Litt.) : quille. — Bas latin : 
guilla, quille. 

gn pour n : 

échigne (bourg, échaigne, Litt.) : échine. 

ch pour c (dur) : 
chalandre : calandre (charançon). 

c (dur) pour ch : 
carogne (o == 16) ; — (picard carongne, Litt.) : charogne. 

ch pour g (doux) ; 
franche (wallon frinche, Litt.) : frange. 

ch pour c (doux) ou s : 

chep (pron. ché) : cep. 

écrevîche (picard, Litt.) : écrevisse. 

frêchure (ê = [10]) : fressure. 

Hz... desterrèrent le cœur, frescheure et entrailles du feu 
petit roy Françoys second. (Cl. Haton). 

têchon (ê = [lOj) ; — (T. m.) : 1. débris de vase : du latin tes- 
tum, objet de terre cuite, couvercle ; — 2. crâne : du latin testa^ 
vase de terre cuite, puis crâne ou tête. 



- 5; — 

n pour 1 : 

mélinot : mélilot. 

nentille (T. m. y; — Berry et picard, Lilt.) : lentille. 

ômenette (ô = 5) : omelette. 

caneçon (T. 1. ; — picard, Litt.) : caleçon. 

1 pour ill... : 
boulie : bouillie. - Voir bouli pour bouiUir, page 62. 
culerée ; cuillerée. — Malgré cuiller. 
maloche : mailloche. 
médalle : médaille. - Bas latin medalea, medalla : monnaie : 

Eschaufaux furent moût somptueusement et richement 
dressez dedans ladite grande salle du Palais, peinctz et diap- 
prez de diverses couleurs, avec plusieurs statues et médalles 
de toutes sortes et de tout sexe. (d. Haton). 

tréUs(é = 10) ; (provençal treslitz, Lilt.) : treillis (étoffe) : 

Mesmement les gentilshommes et justiciers, lesquels encores 

qu'ilz fussent habillez richement, faisoient place auprès d'eux 

aux artisans de tous mestiers et les importunoient. feussent- 

il3 porchers et vachers, de s'asseoir auprès d'eux, avec leurs 

euesdres et habitz de tiretaine et de treslis. 

^ (Cl. Haton). 

ill... pour gu : 
baillette : baguette. 

ou pour g (dur) : 
ouêpe (ê = [10]) ; (T. m. ; genevois uoMépe, picard yépe,w^èpe; 
champenois gouêpe, Lilt.) : guêpe. - Du latin vespa, guêpe. 

t pour d : 

glante : glande. 

vouète : vouède, guède ou pastel (isatis tinctoria, L.). 

ill... ou y pour 1 : 
ustensille : ustensile. - Litlré, au mot ustensile, indique 
cette étvmologie : du latin ustensilia, choses dont on peut se 
servir, de u^i- La forme régulière serait utensille, au femmm, 
représentant le pluriel neutre, avec VI mouillée. 
yard (T. m.) : liard. 
yeue -. lieue. 

n pour d : 
rendition : reddition. 



— 58 — 

d pour s : 
sarradin (le 1" a = [5]) : sarrasin. 

Adjectifs. 
a pour e (prononcé è) 
gearmain : germain (cousin germain, cousine germaine). 

é pour e : 
dangereux : dangereux. 
petit : petit (dans certain cas : voir page 12). 

ou pour o : 
estroupié : estropié. 
grous (Berry grous, groiisse, Litt.) : gros. 

o pour ou : 

gormand (bourg, gorman ; Berry gormand, Litt.) : gour- 
mand. 

vermoulu (bourg, varmôlu^ Litt.) : vermoulu. — Voir page 32 
les formes du verbe moure (moudre), dont vermolu est dérivé. 

ai pour oi : 

adrait (Berry et normand aclret^ Litt.) : adroit. 

drait (Berry et picard dret, Litt.) : droit. 

étrait (genevois et Berry étret, étrette, Litt.) : étroit. — Etreit, 
qui est resté la forme normande d'étroit, était dans l'ancienne 
langue, sous l'orthographe estreit, la forme dialectique de Paris et 
de l'Ouest (Lit!., au mot étrécir, Étym.). — La Fontaine, ayant, il 
est vrai, la main forcée par la rime, s'est servi de la forme ar- 
chaïque étrète dans le Combat des Rats et des Belettes. 

fraid (Berry /rerf, Lilt.) ; froid. 

ey pour oy : 

croyable, incroyable (eu = 9) : croyable, incroyable. — Voir 
creire pour croire, page Ol. 

eu pour u : 
enrhoumé : enrhumé. — Voir rheume pour rhume, page 54. 

(dur) pour ch : 
cafouin : chafouin, sournois. 



— 09 — 

Verbes. 

a pour e (prononcé é), ai : 

bagner, v. a.' (picard, Litt.) : baigner. — Du latin balneare, 
même sens ; bas latin bagnatuSy mouillé : 

Et fisent tant qu'il rapassèrent la rivière en grant malaise, 
car elle estoit grosse pour le plouviage, par quoy il y en eut 
assés de bagniés et des Englès noiiés. 

(Froissart). 

Bèze dit que plusieurs prononçaient au xvi« siècle bagner 
(Littré). 

charcher, v. a. (Berry charcher, bourg, charchai, Litt.) : 
chercher. — Bas latin chargare, sarchare, chercher. 

esharber (pron. essarber) : esherber. — De harbe pour herbe, 
voir page 50. 

étarnuer, v. n. (bourg, étarnué, Litt.) : éternuer. 

gearcer, v. n. : gercer. — Littré, en discutant l'étymologie 
du mot gercer, cite, entre autres, une îorme jarser qui est l'équi- 
valant de la nôtre. 

gearmer, v. n. {)iaina.al j amer, Litt.) : germer. 

harser, v. a. : herser. — De harse pour herse, voir page 50. 

trabucher, v. n. (normand trabuquer, Litt.) : trébucher. 

ê pour â : 
flêner, v. u. (ê = [10]) : flâner. 

é pour e : 

peser, v. a. : peser. 

répasser, v. n. (a = [3]) passer pour la seconde fois au même 
endroit. — Répasser est pour le vieux mot rapasser, qui avait le 
même sens : voir la citation de Froissart ci-dessus ; voici un autre 
exemple : 

L'exploicl fait, les vainqueurs rappassèrent la rivière de 
Marne au Bac-à-Pinsson, et de là gangnèrent la rivière de 
Seine à Nogent. (CI. Haton). 

Le patois dit repasser dans tous les autres sens, comme repasser 
une leçon, un outil, du linge, etc. 

rétourner, v. n, (Berry ratourner, Litt.) : prendre au retour 
le chemin déjà suivi à l'aller, — Rétourner correspond à l'ancien 
mot ratourner, comme répasser à rapasser. 

Dans les autres sens, le patois dit retorner pour retourner: 
exemples : retorner du foin, un habit, la salade, se retorner, etc. 

1. V. a. : verl)e actif; — v, n. : verbe neutre; — v. réf. : verbe ré- 
fléchi. 



— 6o — 

e pour é : 
dégoutter, Vv n. : dégoutter. 
démanger, v. n., : démanger, 
dévider, v. a. : dévider. 
réclamer, v. a; : réclamer. 

i pour a : 

harnicher, v. a. : harnacher, et par extension, habiller. — Bas 
lalin arnisium, arnixium, harnais. 

é pour i : 
émaginer, v. a. (N. ; — provençal emaginar, Litt.) : imaginer. 

i pour é, ei : 

licher, plus souvent relicher, v. a. (7'elicher,T.\.m.; — Rerry 
licher^ Litt.) : lécher. 
réviller, v. a. : éveiller. — Bas latin evîgilare^ éveiller. 
viller, v. a. : veiller. — Du latin vigilare, veiller. 

o pour ou : 

oblier, v. a. (bourg, obliai, Berry oblier, Litt.) : oublier. — 
Du latin oblivisci : 

Estant ledit prescheur à faire son sermon, n'oblya la 
charge qu'on luy avoit baillée. (Cl. Haton). 

torner, v. a. (Berry et picard torner, bourg, tounai, Litt.) : 
tourner. — Du latin tornare, travailler au tour : 

Tornat sa teste vers Espaigne la grant. 

(Chanson de Roland). 

Il s'en tome, et quant Aucassin l'en voit aler, il le rapela. 

(Aucassin et Nicotette). 

tûpmenter, v. a. : tourmenter. — Woir toi'ment pour tourment, 
page 52. 

trover, v. a. (wallon trové, bourg, trôvai, Berry et picard 
treuver, Litt.) : trouver : 

Si se repensa que s'on le trovait ileuc, c'on le remenrait 
en le ville pour ardoir. {Aucassin et Nieolette). 

Tant soutilla, visa et ymagina que il y trova le chemin. 

(Froissarr). 

ou pour o : 
brousser, v. a : brosser. — Voir brousse pour brosse, page 52. 
estroupier, v. a. : estropier. 



— 6i — 

outer, V. a. (Berry oûter, Lilt.) : ôter. 
roûti, V. n. (Berry roûlir, Litt.) : rôtir. 

... Mais encore refusèrent à manger la chair rouslie, bardée 
de lard. (H.). 

u pour ou : ' 

tucher, v. a. : toucher. 

eu pour u : 

heurler, v. n. (N. ; — picard, normand heuler, Litt.) : hurler. 
— Au commencement du xvii« siècle, on disait souvent heurler : 

Il se leva heurlant comme un homme furieux. 

(Scarron. — Cité par Littré). 

e (prononcé è) pour ou : 

fergonner, v. n. (bourg, feurguenai, Litt.) : fourgonner 
(remuer avec un fourgon). 

ft pour au ; 

miâler, v. n. (â = [3]); — (Berry miâler, genevois mialer, 
Litt.) : miauler. 

a pour o : 
tarde, v. a. : tordre. 

ei, ai pour oi : 

creire, v. a. (ei = [11]); — (Berry, provençal, Litt.) : croire. — 
Du latin credere. 
réfraidi, v. a. (Berry refrédir, Litt.) : refroidir. 

ey pour oy : 

breyer, v. a. (ey = [10]); — (T. 1.; Berry brayer, hréyer^ 
Litt.) : broyer. 

neyer, v. a. (ey = [10]) ; — (T. t. 1. m. ; — picard et Berry 
neyer, genevois nayer, Litt.) : noyer. 

pleyer, v. a. (ey = [10]) ; — Berry pleyet: plier el ployer, 
Litt.) : plier, ployer. 

eu pour ai : 

eumer v. a. (N.) : aimer. 

eu pour a : 
enteumer, v. a. (Berry entonier, Lilt.) : entamer. 

en pour a : 
emmouracher (s*;, v. réf. : s'amouracher. 



— 62 — 

é, ei pour i : 

déminuer, v. a. (u = 1); — (Berry, Litt.) : diminuer. 
gueigner, v. a. (gu = 27, ei = 20) ; (picard guenier, Litt.) : 
guigner. 

in pour on : 
ringer, v. a. : ronger. 

c (dur) pour g (dur) : 

aucmenter, v. a. : augmenter . — Bas latin aucmentarej 
augmenter. 

gn pour n : 

devigner, v. a. : deviner. 

échigner, v. a. : écliiner. Le peuple prononce volontiers échi- 
gner (Littré). 

n pour gn : 

assiner, v. a. (N. ; Berry, Litt.): assigner. 

L'auberge enfin de l'hyménée 
Lui fut pour maison assinée. 

(La Fontaine : La Discorde). 
siner, v. a. (N. ; — Berry, Litt.) : signer. 

r pour g (dur) : 

meurler : V, n. : meugler. — Dans les environs de Montmirail, 
on dit beurler, qui est à beugler ce que meurler est à meu- 
gler. 

p pour c (doux) : 
super, V. a. : sucer. 

iU... pour s (prononcé z) : 

aiguiller, raiguiller, v. a. (g =27, u = 1) : aiguiser, rai- 
guiser. 

1 pour 111... : 

bouli, v. n. (picard boulir, bolir, Litt.) : bouillir. 
piâler, v. n. (â = [3]); — (genevois, Litt.) : piailler, 

111... ou y pour 1 : 

rouiller, v. a. (ou bref) : rouler (passer le rouleau sur une 
terre labourée). — Voir rou pour 7'oule ou rouleau, page 65, 
yer, v. a. : lier. 



— 63 — 

ill... pour r : 

contralier, v. a. (li = 28) ; — (Berry, Litl.) : contrarier, -r- 
Contralier se trouve dans le vieux français concurremment avec 
contrarier : 

Ainsi fu cist plaiz requis. Moût fu contraliiez de ceux qui 
vousissent que l'oz se departist. 

(Villehardouin). 

1 pour r : 

engouffler (s'), v. réf. : s'engouffrer. — Littré démontre que 
gouffre est le même que golfe : ce qui justifie la présence de l. 

z pour 1 : 

bzuter, v. a. : bluter. — Se dit au figuré dans le sens de 
parler longuement et d'une façon peu distincte. 

s pour X : 

escuser, v. a. (c = 2o) ; — (N. ; provençal escusar, Litt.) : 
excuser. — La forme escuser se rencontre souvent dans les écrits 
du xii^ et du xm« siècle. 

espliquer, v. a. (N.; italien, esplicare, Litl.) : expliquer. — 
D'après Litlré, expliquer a été refait sur le lalin {explicare), la 
forme d'origine étant esployer. 

2. — Déplacement d'une lettre ou d'an son. 
Noms. 



berbis(N.; — T. m. — Berry, picard, Litt.). — Bas-latin/ ôe?'- 
bica, berbix : brebis, du latin, vervex, bélier. — La forme ber- 
bis se rencontre constamment jusqu'au xii« siècle. — A rapprocher 
les mots berger., bergerie., bercail. 

bertelle (Berry, Litt.) : bretelle. 

chadron (Normand cardron, Litt.) : chardon. 

échadre : écharde (dans le sens primitif de piquant de char- 
don). — De chadron pour chardon. Le patois emploie surtout le 
mot échadre pour désigner deux plantes épineuses : le panicaut 
champêtre (eryngium campestre, L.) et la centaurée chausse-trape 
(centaurea calcitrapa, L.). 

feurlon (T. m.) -. frelon. 

ferdaine (ai = 20 ; — (N.) : fredaine. 

guerlot (gu = 27) : grelot. 

guenrdin (gu = 27); — (bourg, guerdin, Litt.) : gredin. 

pimpernelle (picard, Litt.) : piraprenelle. 



- 64 - 

queurson (<ju = 25) ; — (picard, kerson, L'\H.) : cresson. — 
Bas latin, qiiersoneria, cressonnière. 

3. — Suppression d'une lettre ou d'un son. 

Noms. 

é : 

loquence (T. t. m.) : éloquence (s'applique aux gens qui par- 
lent d'abondance et ont le verbe haut), — Du latin loqui. 
marcage : marécage. 
range : rangée. 

e : 
derrier : derrière. 
poussier (T. t, 1. m.) : poussière. 

eu : 

essi (e = 10); — (Berry, aissis, Litt.) : essieu. — Essi parait 
venir directement du latin axis, tandis que la forme essieu ne peut 
se rattacher qu'au diminutif axiculus. 

i : 

cusine (c = 2b) ; (bourg, cusène^ Litt.) : cuisine. — Bas latin 
cusina. 

cusinier (c = 25, ni = 29); — (bourg, cusenei, Litt.) : cuisi- 
nier. 

o : 

reloge, masc. (Berry, reloge, masc, bourg, reloge, Litt.) : 
horloge. 

c : 

sucession (e = 10); — (N.) : succession. 

d: 

genre (T. m. ; — bourg., jarre; provençal, genre, Litt,) : 
gendre. — Genre, pour gendre, se trouve dans le vieux français. 

t: 

digession, indigession (e=10); — (genevois digession, 
Litt.) : digestion, indigestion. 

1: 

âtier (â == [3]) : atelier (se prend surtout dans le sens d'une en- 



— 65 — 

treprise difficile à diriger). — Suppression des lettres el pour éviter 
la combinaison li (voir page 14)', 

bier : bélier. 

bourrier (ou long) : bourrelier. 

chandier : chandelier. 

chapier : chapelier. 

épingue (N. ; — genevois, Litt.) : épingle. 

gife (N.) : gifle. 

musière (è = [10]) : muselière, 

onque (N.) : oncle. 

puie, parapuie (u =: 1) : pluie, parapluie. 

râtier (â = 3)* : râtelier. 

roa (T. t.) : roule ou rouleau (instrument d'agriculture). 

sabière (a =[3], è = 10) : sablière (carrière de sable). 

sanguier (gui = 27) : sanglier. 

saux, fém. (T. m. a.; — normand saiix; Berry saulx (pron. 
sd), Litt. : saule. 

Les premiers qui abordèrent à l'Arche-Fendue reconnurent 
les saux de la prairie là où le dixenier Barder disoit estre lés 
ennemis (H.). 

tabier : tablier. 

tonnier (on = 16)^ : tonnelier. 

trèfe (N.) : trèfle. — Bas latin treffa, trèfle. 

il (mouillé) : 
seu, masc. : seuil. 



âbre (â = [3]); — (T. y. m. a.; — bourg., genevois et picard 
abre; Berry âbi'e, Litt.) : arbre. 

cède : cercle (de tonneau, de roue, etc.). 

chanve, fém. (Berry c/iam6e, fém. ; picard cant'<?, fém., Litt.): 
chanvre. — Bas latin, chambe, chanaba, chanava^ d\i [dt'm can- 
nabis ; aucune de ces formes ne paraît propre à amener une r. 

gas (a= [3]); (picard ga; Berry g as j Litt.) : gars. 

maîte (aï = [11]; picard mète, Litt.) : maître (seulement dans 
quelques locutions : maîte d'école, maîte d'hôtel^ etc.). 

1. La même remarque s'applique aux mots bier, bourrier, chandier, 
chapier, musière, râtier, sabière, sanguier, tabier, tonnier. 

2. Dans âtier, râtier, le t conserve sa valeur naturelle. 

3. N conserve ici sa valeur naturelle. 

5 



— 6G --• 

mécrédi (genévois^, bourg, et picard mëcredi, Litt.) : mer- 
credi. 

pédrix, pédriau (wallon piétri, perdrix; Berry perdriaii, 
perdreau, Litt.) : perdrix, perdreau. 

pédrigon : perdrigon. 

souci (genevois, Berry et normand, Litt.) : sourcil. 

Adjectifs. 

i ; 

bileux : bilieux. — On trouve dans le bas lalin bilosus, qui 
correspond à bileux. 

b: 
ostiné (N. ;— T. m.) : obstiné^ têtu. 

d : 

tenre (N. ; — T. t. m. ; — bourg, tarre; provençal, tenrCy Litt.) : 
tendre. 

r : 

clai (lait) : petit lait. — Clai est mis pour clair ; — on dit clai 
pour clair, dans le sens général du mot, à Sainte-Menehould et 
dans les environs. 

prope (N.; — bourg, prôpe, Litt.) : propre, 

paure (Berry, picard, Litt.) : pauvre. — Le u tombe lorsque 
trois consonnes se rencontreraient : mon paure vieux ; le paure 
cher homme; le paure petit. Partout ailleurs on ait pauvre : le 
pauvre homme; ma pauvre enfant. 

Verbes. 
i : 
cusiner, v. n. (c ^ 25) : cuisiner. 



Voir, page 31, la liste des verbes en dre^ qui perdent le d à l'in- 
finitif. 



sâcler, v. a. (wallon, sdcléj Litt.) : sarcler (ne se dit guère que 
dans le sens particulier de couper les chardons dans les avoines). 
Le bas latin donne en même temps les formes sarclare, sar- 
cleare, sarcolàre, sarculare, qui sont en faveur de sarcler, et 
saclare, qui est en faveur de sâcler. 

Il y a lieu d'ajouter ici : 



.- 67 - 

1» Les verbes en ir qui perdent r à l'infinilif (voir page 30). 
2* Les verbes en cire et en fre qui perdent également 7* à l'in- 
finitif et dont la liste se trouve page 31. 

b: 

Ostiner (s'), v. réf. : s'entêter. 

1; 

gifer, v. a. : gifler. — (Voir gife pour gifle, page 65.) 

s : 

bâculer, v, n, (â = [3], c = 25) : basculer, — Littré rattache 
basculer k bascule, en îaisa.nl remarquer que la vraie forme de ce 
dernier devrait être bacule. 

4. — Addition d'ane lettre ou d'un son. 
Noms. 

é: 

bandée : bande, troupe. 



arichal (fil d') : fil d'archal. — Fil d'archal est une locution 
souvent estropiée en fil cVaréchal ou fil (Varichal, ou même, du 
temps de Vaugelas, fil de rtchar (Litt.). 

u : 

artuison : artison. — On a dit autrefois artuison en français. 
Littré cite cette phrase du Glossaire du P. Labbé (xiv« siècle) ; Ar- 
tuison^ c'est ver de drap. 

bagle : bague. 

lait-1-aigre : lait caillé (lait aigre). 

lameçon : hameçon. Lameçon est formé par une agglutina- 
tion abusive de l'article V avec le nom hameçon. Les mots fran- 
çais loriot (de oriolus), lierre (de hedera), luette (de uvetta) ont 
été formés par le même procédé et méritent la même critique. 

loquet (qu = 2o) : hoquet '. — Même remarque que pour le pré- 
cédent. 



1. Voici en passant une recette dvt crû pour se débarrasser du hoquet 
Répéter six fois de suite, sans s'arrêter, ces vers (?) peu cabalistiques : 

Loquet, 
BilLoquet, 
Saut' la ru', 
Je o* l'ai pas. 



— 68 — 

u : 
hume (h asp.) : hure (et lête eu général). * 

r : 

sangsure (picard sangsurnë, sangsure, Litl.) : sangsue. 

c (dur) : 

courlic : courlis. 

malfaicteur : malfaiteur. — Pour expliquer la présence du c, 
il sérail facile de faire intervenir le latin malefactor, mais cela 
ne prouverait absolument rien, ni étant ac transformé, et le c ne 
pouvant par suite que faire double emploi. 

t : 

pochetée : pochée (aussi bien si le mot poche s'applique à une 
poche de vêtement qu'à une cuillère à servir), 

. s : 
tousse (Berry, tousse ou tusse, Litt.) : toux. — Du latin tussis. 

Adjectifs. 

1 : 
ébouriflé : ébouriffé. 
ridelé -. ridé. 

d: 

déchevelé : échevelé. — On a dit aussi deschevelé (Litt.) ; 
cette dernière forme est dans Rabelais, 

Verbes. 

n : 
bleuni, v. a. : bleuir. 

t : 

empocheter, v. a. : empocher. Voir pochetée ci-dessus : ces 
deux mots paraissent formés de pochette plutôt que de poche. 
rebecqueter (se], v. réf. : se rebecquer, regimber. 
rebrousseter, v. a. : rebrousser. 

qu : 
trique'r, v. a. (T. y.) : trier. 

en : 

enaigri, v. a. : aigrir..— Le mot enaigrir est aujourd'hui 



- 69 - 

tout à fait vieilli et inusité en français. Ce n'est pas sans quelque 
étonnement qu'on le rencontre sous la plume sévère de Malherbe; 
il est vrai que le passage où il figurait n'a pas été maintenu : 

Ta douleur, Cléophon, sera donc incurable, 

Et les sages discours 
Qu'apporte à l'adoucir un ami secourable, 
L'enaigrissent toujours. 
(Varianle à la première strophe de la céJèbre 
Ode à du Périer : édition Hachette, collection 
des Grands Ecrivains). 



III. - MOTS NE PRÉSENTANT QUE PEU OU POINT 
DE RESSEMBLANCE AVEC LE FRANÇAIS 

Noms. 

adre (a= 2); — (jadre, T. t.) : œuf sans coquille, dont toute 
l'enveloppe consiste en une mince pellicule. — Se dit harde (avec 
\'h aspirée) dans les environs de Vitry. 

affairée (ai = 9) : s'emploie surtout dans la locution unne bonne 
affairée, signifiant une grande quantité. 

âgées (â = [3]) : êtres ou aîtres. Connaître les âgées, c'est-à- 
dire connaître les êtres, la disposition des différentes pièces 
d'une maison. 

aîné (aî = [10]) ; — (T. m.) : marc de raisin ; eau-de-vie d'aine: 
eau-de-vie de marc. — Bas latin, acinus, pépin de raisin ; esna, marc 
de raisin. 

{Joigne (oi = 22) : aveline. — Le mot aloigne est une contrac- 
tion d'aveline, dans laquelle la syllabe ve est totalement disparue. 

aloignier (oi = 22) : avelinier. 

alondre (T. t. m.) : hirondelle. — Dans l'ancienne langue, le 
nom de cet oiseau était aronde ou ironde^ qui ont pris ensuite les 
formes diminutives arondelle ou irondelle; ce dernier ayant repris 
\'h du latin hirundo, est devenue la forme moderne /li'/oyide^ie. 
Alondre, qui n'est pas sans analogie avec la forme provençale 
yrundre (Lilt.), paraît être une déformation à'aronde : ce der- 
nier subsiste encore en français dans l'expression à queue d'à- 
ronde. 

alumelle : lame de couteau. — Mot français qui s'appliquait 
à une lame quelconque (de couteau, d'épée, etc.), complètement 
vieilli et tout-à-fait inusité aujourd'hui en dehors des patois. Ce 
mot, dont la vraie forme devrait être alemelle ou allemelle, vient 
de à et de lamelle, diminutif de Lame. 

anglas (a = [3]) ; — {anglois, T. m.) : tarte en prunes. — Ce mot 
ne peut être qu'une déformation d'Anglais ; la forme anglais^ citée 



— 70 — 

par P. Tarbé, ajoute beaucoup de poids à cette hypothèse. Ce qui 
vient encore à l'appui, c'est qu'on pose couramment la question 
suivante aux bambins barbouillés de rouge par le jus des prunes 
cuites : « Tu l'as don battu avé les Anglais? » La couleur rouge 
paraît être pour quelque chose daqs l'allusion aux soldats anglais, 
qui ont si longtemps occupé nos provinces. 

aoûtat (pron. a-ou) : animal presque microscopique de couleur 
rouge, qui s'introduit sous la peau et cause de vives démangeai- 
sons. — Sans doute d''août (que le patois prononce a-oût), ces bes- 
tioles étaqt inconnues en dehors de la saison deg grandes cha- 
leurs, 

ariâtu (â = [3]) : jeu d'enfants. — Ce mot, quis'appliqueaujeu 
des quatre coins (joué à cinq entre quatre arbres placés en carré), 
ne pourrait-il venir du latin aries, arietem^ bélier, à cause des 
bonds et des chocs qui s'y succèdent sans interruption? 

arlequin (qu = 25); — (erlequin, feu follet, revenant, 
T. a, m.) : feu follet. — Les feux follets, qui se montrent la nuit; 
le plus souvent dans le voisinage des sépultures^ et que leur ex- 
trême légèreté rend très mobiles, fuyant quand on en approche 
et semblant poursuivre celui qui les fuit, ont de tout temps exercé 
une vive impression sur l'imagination des bonnes gens de la cam- 
pagne. Le mot arlequin est à rapprocher de la menée ou mesnie 
à'Hellequin ou Herlequin, danse des esprits du sabbat dans les 
contes populaires du moyen âge, et de VErl-Kœnhj^ ou roi des 
aulnes de la ballade allemande. Les hannequets de la légende 
argonnaise, « petits hommes qui se promènent sous bois pendant 
la nuit avec des flammes rouges en guise de chapeau* », doivent 
appartenir à la même famille, tout du moins au point de vue de 
Tétymologie. 

armona (o = 16) ; — (T. 1.; bourg, et genevois armana^ Litt.) : 
almanach. — Corruption très répandue du mot almanaçh, 

assin ou accin (dans la désignation des propriétés rurales, pn 
écrit habituellement acc/?2, mais on prononce ascin ou acin (in = 
20) : enclos attenant géuçralement à la maison d'habitation. — 
Du bas latin ascinus, propriété murée, enclos; du verbe latin 
accingere, entourer, enceindre, 

aunelle : aune (arbre).— Ce diminutif féminin est le seul mot 
employé par le patois pour désigner l'aune. 

audivi (T. m.) : root employé seulement dans la locutioo avoir 
Vaudivi, qui signifie avoir la hardiesse, prendre l'initiative. -- ^u 
latin audere, oser. 

bacâilleux (u — [3]) -.celui quibacâille, — Voir bacdiller, page 

103, 

bacot (a =5= 2) : bgtte d* paills. — Ce mot s'applique dans notr« 
patois à une botte de paille (paille de blé ou de seigle) bifasci- 

\, A. Thwiriet, La Ghanoinesee. 



— 71 — 

culf'e, c'est-à-dire avec moitié des épis tournée d'un côté et moitié 
de l'autre. Dans les environs de Vitry, on dit haquolor pour si- 
gnifier battre légèrement le blé en frappant les épis par poignées 
sur un tonneau ou un baquet. Est-ce là l'origine du mot bacot^ 
que dans ce cas il vaudrait mieux écrire baquot? La difficulté est 
que le mot bacot, tel que notre patois l'entend^, s'applique à la 
paille complètement séparée du grain. Bacot ne doit d'ailleurs 
pas s'employer partout dans le même sens, puisque P. Tarbé 
donne les mots suivants : bacot (t.)j botte de paille non battue; 
bacocher (t.), battre le blé légèrement; bacottée (m.), fourrage 
pour les brebis. 

badrée : marmelade, farine ou toute autre substance délayée 
dans l'eau. — Vieux mot français. 

En lait doulx pour les flancs et badrees du couvent 
pour l'année. (Compte de 1505, Saint-Omer. — Cité par 
Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne Langue française). 

bagnole (T. m.) : maisonnette de chétive apparence. 

baillot : émouchet, sorte d'épervier. — Peut-être du bas latin 
badius, baius, fauve, bai-brun (italien baio)^ à cause de la couleur 
fauve du plumage. — On dit rabaillet dans les environs de 
Vertus. 

balle : berceau en osier. — Peut se rapprocher de banne, pa- 
nier ou manne en osier. 

barlues : tiges et épis que l'on ramasse avec le grand rftteau 
ou r'tiaxc (voir page 95). — On dit aussi réyrainées. 

basigueule (gu = 27) : petit herpès des lèvres. — La dernière 
partie du mot s'explique toute seule; la première présente beau- 
coup plus de difficulté. 

basquotte : écope. — De basquer (voir ce mot, page 103). 

bassière (a = [3J, è = [10]) ; (T. m. 1.) ; vin trouble et désa- 
gréable au goût qui finit le tonneau. — De bas, adjectif. 

battotte : plateau rond en bois avec un long manche, que l'on 
introduit dans la baratte ou serène pour battre le beurre. — De 
batte (battre) et du suffixe oite servant à former des noms d'ins- 
truments (voir page 4o). 

berdinotte : jeu de tonneau. 

bestial (ti = 25); — (T. m.; — Berry, Litt.) : bétail. — Bas 
latin bestiale, bétail. 

... Et de n'aller courir ny prendre par les champs, fermes 
et métairies, aucuns chevaux, juraens, bœufs, vaches et aul- 
tre bestial. 

(Déclaration du roi Charles IX (28 août 1572), citée par 
Cl. Haton). 



— 72 — 

Le menu bestial, comme brebis et moutons, eut fort à souf- 
frir. (Cl. Haton). 

bêtot (ê = [iO]) : jeune animal ou animal de petite taille. — De 
bêlCy avec le suffixe diminutif ot. On dit bétin, même sens, dans 
les environs de Montmirail. 

bouillotte : petite lucarne et plus particulièrement petite ou- 
verture pratiquée dans le bas d'une porte de poulailler. — De 
beûiller, regarder curieusement (voir page 104), cette sorte de 
minuscule fenêtre éveillant l'idée d'un œil ouvert. 

beûtier (ti = 25) ; — (T. m.) : conducteur de bœufs. — Le pa- 
tois compose volontiers des dérivés en faisant intervenir la lettre t, 
sans se préoccuper de ce qu'exigerait la filiation du mot. — Voir 
coxitiauter, page 105; dépiauter, page 101. 

bicêtre (ô = [10]) : fou, ou tout au moins idiot, imbécile. — Ce 
nom vient de l'établissement d'aliénés situé à Bicêtre, près de 
Paris; on a dit un bicêtre pour un écbappé de Bicêtre. 

biguë (g = 27) : cousin (insecte), moustique. 

bilbâtiaux (â = 3, ti = 25) : ramassis d'objets de peu de 
valeur. 

bilot (T. m.) : oie. — Le mot biiot s'applique à l'espèce en gé- 
néral ; pour désigner plus particulièrement la femelle, on dit 
hilolte. 

biron : âne. — Ce nom donné à l'animal à longues oreilles 
peut être rapproché à'Aliboron. 

bitard : oiseau auquel parait avoir été attribué un rôle assez 
fantastique dans les récits du temps passé. Dans le domaine des 
faits réels, c'est la grande outarde ; le mol bitard vient du bas 
latin bistarda pour avislarda, outarde : ce dernier mot signifie 
oiseau lent, à cause de la marche pesante de l'outarde. 

blosse {balossey sorte de prune, T. m.) : espèce de prune : 

Environ quinze jours avant de vendanger, il feit par chas- 
cuna matinée des brousliars assez gros et espès, qui en- 
graissèrent lesdits raisins en telle sorte qu'estans au temps 
des vendanges, les grains se trouvèrent gros comme petites 
blosses. (H.). 

boite (oi = 13) : saveur particulière qui caractérise un vin. — 
De boii'e. 

bouchère (è = [10]); — (T. t. m.) : sac de toile que l'on sus- 
pend à la tête des chevaux pour leur faire manger l'avoine. 

bouchon (ou bref) ; — (namurois bouchon^ bourg, boucho, 
Lilt.) : buisson. — Buisson vient du latin buxus^hais, et signifiait 
à l'origine touffe de buis; si bouchon n'est pas une altération 
de buisson, sa forme permet de le rattacher directement à l'alle- 
mand Busch, buisson. 



- 73 - 

bouchot : bouchon ; couvercle; porte de tour. - Du verbe 

boucher. 

boude (T. t. m.) : nombril; baisure d'un pain. — Bas latin 
bodellus, nombril. Le vieux français avait le mot boudiné à^ns 
le même sens ; on dit boudette dans les environs de Mont- 

mirail. 

boulois (oi = 15) : bouille, long bâton terminé par une masse 
de bois, et servant à troubler l'eau pour la pêche. - Pour bouloir, 
du verbe bouler^ troubler l'eau. 

boulu : bœuf bouilli. - C'est le participe passé du verbe bouli 
(pour bouillir) employé substantivement (voir page 30). 

bourserole : nom que le patois donne à deux plantes : la 
scabieuse des champs (scabiosa arvensis, L.), et la centaurée 
jacée (centaureajacea^L.). 

bousquin (qu = 25); - (bisquinet, T. t.) : jeu d'enfant où l'on 
se sert de deux bâtons, l'un long et mince, l'autre gros et court, 
ce dernier appelé plus spécialement bousquin. 

boyeux (oy = 15 : bouê-ieux) : charretier qui va chercher du 
bois dans les forêts situées à une assez grande distance du village. 
- Du mot bois avec le suffixe eux pour eur, le tout réuni par un 
procédé de dérivation ultra-fantaisiste. 

brassot : ce qu'on peut porter sous un bras. - De bras ; le 
patois, comme le français, a le mot brassée, signifiant ce quon 
peut porter entre les deux bras. 
brisaque (T. 1. m.) : qui abime tout - Dérivé fantaisiste de 

briser. 

brochets (ets = [il]) : dents longuement saillantes des vieux 
sangliers. — Du latin brocchus ou broccus, dent saillante. 

brochois (oi = 15) : petit marteau dont l'un des bouts présente 
deux courtes branches rapprochées qu'on passe sous la tête d un 
clou pour l'arracher. - De brocchus ou broccus, d où viennent 
également broche, brochette, broquette, ce dernier désignant une 
sorte de clou. 

brognotte (o = 16) : jeune pousse d'un chou dont latêteavait 
été précédemment coupée. - A rapprocher de brocoli, sorte de 
chou, dont le nom, qui s'emploie aussi pour désigner les jeunes 
pousses d'un vieux chou, vient du mot italien 6roccoit, au singulier 
droccoio, diminutif de brocco, rejeton ou branche pointue. La 
forme et le sens du bas latin broca, pointe (voir le mot suivant) 
se retrouvent donc ici. 

broque (T. a. m.) : dent. - Bas latin, broca, dent, pointe. 
(Voir le mot brochets, ci-dessus). 

brouat (bruant, crécelle de lépreux, T. t.) : crécelle. - On dit 
aussi brouin dans les environs. 

buat (u = 1) : étui que le faucheur porte à la ceinture et qui 
contient la pierre à aiguiser dans un peu d'eau. - Bas latin buare. 



- 74 - 

arroser, mouiller. A rapprocher des mots huer, lessiver (vieux 
français), buée, buanderie. 

bûjllasse (pron. bû-illasse) : buse. — Déformation curieuse 
et assez difficile à expliquer du mot buse. Il y a dans le patois un 
certain nombre de mots où s (prononcé s) devient ill.., 
(aiguiller pour aiguiser, réiiller pour attiser, reluillani pour 
reluisant, etc.). Cette transformation {bûille pour buse) étant 
admise, la finale asse peut y avoir été ajoutée comme dans 
beaucoup de mots français où elle est le plus souvent péjo- 
rative : paperasse, tignasse, populace, etc. 

busotte : burette à huile. — C'est le mot burette ayant subi 
une double transformation : 1° adoucissement de r en s comme 
dans les finales ure changées en euse (voir page 4G) ; 2» change- 
ment de eite en otte, très fréquent dans le patois (voir page 44). 

caget ; dressoir en osier pour les cuillers. — Le mot cage a 
servi par extension, pour désigner toute sorte d'ouvrages en osier ; 
ou l'applique particulièrement à un panier long et plat servant à 
porter le beurre et les œufs au marché. Caget est un diminutif du 
mot cage pris dans ce sens. 

cageotier (ti = 25) : vannier, fabricant de paniers. — De cage, 
sorte de panier : voir le mot précédent. 

cailleberda : sorte de confiture faite avec les baies de sureau. 
— La première partie du mot se rapporte évidemment au jus du 
fruit qui se prend en gelée ou se caille; la seconde partie s'expli- 
que moins facilement : on dit bertas, tout court, même sens, dans 
les environs de Vertus. 

calandeau (au = 4) : petit cheval. — Ce mot se prend dans un 
sens assez peu favorable. 

cale : bonnet. — Vieux mot aujourd'hui tout à fait inusité en 
français, et dont le sens suîjsiste seulement dans le diminutif 
calotte. 

calmande : femme de mauvaise mine. 

cani : caneton. — De cane. 

canotte : nom donné par le patois à plusieurs plantes aqua- 
tiques : le populage des marais [callha palustris, L.), le nénu- 
phar blanc (nymphœa alba, L.) et le nénuphar jaune (nymphasa 
luiea, L.). — Diminutif de cane, les plantes dont il s'agit vivant 
dans l'eau. 

carapie (T. m.) : charogne. — De caro, chair. 

carcan (an = 16) : vieux cheval. 

carcanier (ni = 29) ; équarrisseur. — De carcan. 

carne (ou carme) : charogne. — Du latin caro, carnem, 
chair. Carme est une forme altérée du même mot : les deux 
s'emploient surtout comme termes de mépris. 

carniau (ni s= J9, au = 4); — (T. m.) : soupirail, petite fenê- 
tre. — Ce mot est le même que créneau : le bas latin a dans ce 



- ^5 - 

dernier gens les formes harneus, kernellusy quarn«llHs, quer- 
nellus. 

çarniaux (ni = 29) : cerneaux. — La double altération que 
présente la forme patoise a déjà été étudiée et peut se passer 
d'explication. 

carriau (a = [3]) : carreau. — Cette forme s'emploie surtout 
dans le sens de planche de jardin. 

casse (a == [3]) ; — (T. t. m.) : bassin en cuivre à longue tige 
servant à puiser de l'eau, — Du bas latin cassa^ poêlon, à cause 
de la forme. A rapprocher de casserole. 

cellier (lli = 28) : dressoir. — Du bas latin caliclare, calicla- 
rium, buffet, dressoir, venant de calix, vase. 

cemetière fém. (e = 16, ti — 25, è = [lOj) ; — (Berry ceme- 
iière, bourg, cemeteyre. Litt.) ,- cimetière. — Du latin cœme- 
terium, forme dans laquelle ce peut donner au moins aussi bien e 
que i. 

cérug-ien ."médecin. — Déformation du mot chiricrgien, déjà 
représenté dans le iias latin par les formes cerurgicus et ceru- 
siciis. 

chabin : peau de mouton teinte en bleu dont on garnit les 
colliers des chevaux de trait ou de labour. 

chadronnet (on _^ 16); —(normand Berry, chardonnet, L,): 
chardonneret. — Voir chadron \)Q\xv chardon., page 63. 

çhaguin (gu =s: 27) : mauvais couteau. 

chahouître : ce mot bizarre s'est employé pour désigner un 
jeune garçon habillé à la diable et à la lignasse ébouriffée. — A 
rapprocher de houîte ou houltit (voir page 8o), dont le sens 
rend très bien l'aspect d'une tête mal peignée. 

çhaillée : camomille puante {anthémis cotula, L,). 

charculot (c = 2d) ; — (T. t. m.) : le dernier éclos de la cou- 
vée, et par extension le plus jeune de la famille, le dernier-né. 

— On dit culçt dans d'autres villages. 

cbarqueue (qu = 23) : pj'êle, — La syllabe char paraît être 
une contraction de cheval ; le mot charqueue serait alors la tra- 
duction du mot savant equisetum, prêle, signifiant crin ou queue 
de cheval. 

. châsière(â= [3]), è = [10]); — (T. t.) : espèce d'armoire à 
claire-voie en osier pour sécher les fromages. — De caseus, fromage. 

cbâtelot (â = [3]) : espèce de grappe formée par la réunion 
accidentelle de plusieurs fruits : cerises^ prunes, noix, noisettes, etc. 

— Littré définit ainsi l'une des acceptions du mot châtelet : 
jeu auquel les enfants jouent en assemblant des noix ou des mar- 
rons en pyramide ; peut-être est-ce l'origine de notre mot chdle- 
lôt. Dans d'autres localités, on dit (rochetet, môme sens. 

cbaussas : bas. — Usité surtout dans la locution Liasses de 



- 76 - 

chausses (li = 28), jarretières formées d'une bande d'étolTe nouée 
autour de la jambe. 

cheneveux (Berry cheneveu, Litt.) : chèaevis. — Cl. Haton 
écrit cheneveix. 

chîta : scieur de long auvergnat ou limousin. — Formé du 
mot scier, tel que le prononcent les Auvergnats. 

chorrou (o = [5]); — (charrous,T.i. ; — houvg. charroi, Liii.): 
charrier, drap de grosse toile qui dans la lessive enveloppe la char- 
rée. — C'est une variante du nom charrier, de charrée^ proba- 
blement dérivé de cineratay cendrée (Litt.). 

chons : rillons. — On trouve dans Godefroy : chaon, partie 
du lard qui ne fond pas à la poêle et se grille. A rapprocher 
encore de chaillon, lardon (patois de Sainte-Ménehould). 

clacot : tout objet qui claque; — au pluriel, ce mot se dit 
surtout du rhinanlheou cocrisie {rhinanihus crista galli, L.), plante 
qui, étant sèche, claque, c'est-à-dire fait du bruit quand on la 
remue. 

claque, fém. (à = [3]) : fouet. — De claquer, dont claque ne 
dilfère que par l'allongement de Va. 

claviau (au = 4) : claveau^ clavelée. — Du latin clavellus, 
diminutif de claous, doa : maladie caractérisée par des pustules 
en forme de clou. 

clive (T. a. m.) : crible. — Le latin cribrum ne peut guère ren- 
dre compte de la forme ciiue, qui d'ailleurs se retrouve dansbeau- 
coup de patois. 

clochottes : ancolie. — Diminutif de cloche, à cause de la 
disposition des fleurs, qui pendent comme autant de petites clo- 
ches. 

cloque : espèce d'ampoule formée par une brûlure, une piqûre 
d'ortie, etc. — De cloche (picard cloque, Litt.). 

clouclourde : coquelourde {anémone pulsatilla, L.). 

cochet : robinet en bois. — Sans doute le même que cochet, 
petit coq, à cause de la forme qui imite vaguement une tête d'oi- 
seau. 

cochounot : cloporte. — Cloporte se dit aussi porcellion en 
français : cochonnot est un diminutif de cochon, comme porcel- 
lion est un diminutif de porc. 

cogniau (o = 16, au = 4) ; — (T. t.) ; petit pain ou gâteau qui 
s'offre à la fête de Noël, et, par extension, tout cadeau fait à l'oc- 
casion de Noël. — Bas latin coniadum, cuneus, gâteau : 

Despens de froment. Pour le3 coigniaux aux dames, à 
Noël. (1288. Compte du Paraciet_, f 14. Archives de l'Aube. 
— Cité par Godefroy). 

colée (T. m.) : le contenu d'un sac de grain. — De col, les sacs 
pleins de grain se portant sur le dos et le cou. 



— 77 — 

coquassier (T. m. ; — Berry, Litt.) : coquetier. — C'est le 
mol coquetier, conservé dans sa partie essentielle et affublé d'une 
désinence fantaisiste (on est tenté de dire cocasse). Liltré tire 
coquetier de coquet, diminutif de coq : ne peut-on pas, sans irré- 
vérence pour un linguiste aussi autorisé, proposer pour étymo- 
logie le mot coque (œufs en coque, c'est-à-dire non cassés) ? Le 
patois a le mot enfantin coco, dans le sens d'oîuf, qu'il paraît dif- 
ficile de rattacher à coq. 

côrasse (6 = [5], a = 2) ; — (T. m.) : grenouille verte (plus 
grosse que la rainette). — Ce mot est généralement précédé de 
raine -. raine côrasse. — Onomatopée présentant beaucoup d'ana- 
logie avec le verbe coasser, qui exprime le cri de la grenouille. 

cornot : angélique sauvage. — A cause de la tige creuse qui 
sert à faire des cors ou cornets primitifs dans lesquels les enfants 
soufflent pour en tirer des sons plus bruyants qu'harmonieux. 
Cornot se dit encore pour une raison analogue de la trachée-artère 
provenant d'une volaille, etc., où les enfants soufflent pour taire 
rendre un son aux cordes vocales. 

cornu : assemblage de pièces de bois qui se placent à l'avant 
et à l'arrière d'une voiture à moisson. — Cet appareil présente 
deux branches en forme de cornes : d'où son nom. 

corpiau (au = 4) : copeau. — Copeau venant très vraisembla- 
blement de couper {cauper dans le vieux français), on se demande 
pourquoi le patois a introduit une r dans ce mot. 

cossats (a = 3) : cosses vides de pois, de haricots, etc. 

courgées : se dit de bandes qui se détachent sur un fond en 
prenant une nuance plus accentuée, comme les marques laissées 
sur la peau par les coups de fouet, les bandes jaunâtres qui se 
dessinent sur un nuage chargé de grêle. — Du latin cor'rigia, 
lanières, dérivé de corium, cuir, le sens original étant la trace 
d'un coup de fouet, dont la partie essentielle est une lanière de 
cuir. 

courgeon {courjon., Chalon-sur-Saône, P.) : lanière de cuir 
simple ou composée formant la partie principale d'un fouet. — 
Même origine que le précédent. A rapprocher du mot escourgée. 

coûtelée : ce que le faucheur abat d'un coup de faux. — De 
couteau, la faux jouant le rôle d'un gigantesque couteau. 

couversiaux : les deux cartons qui forment la couverture 
d'un livre. — De couvrir, avec une finale propre au patois. 

cremaillée (e = 16) ; — (picard crémaillé, champenois cra- 
maille, Litt.) : crémaillère. — Le bas latin a les formes cremaLle- 
ria, cramaculus, crammale, qui correspondent la première au 
français crémaillère, et les autres aux différentes variantes indi- 
quées. 

crincherelle : crécerelle (oiseau de proie). — Variante assez 
peu éloignée de la forme française. 



- :8 - 

crignasse : crinière ou chevelure. — De crin, avec le suffixe 
péjoratif asse. 

cule (c = 25) : ne s'emploie que précédé de l'adjectif grousse; 
grousse cule, lourdaude. — Etymologie trop facile qu'il n'est 
pas besoin d'indiquer plus clairement. 

culeret (c = 25) : plaque de boue qui se ramasse derrière les 
jupes par le mauvais temps. — Même observation que pour le 
précédent. 

curée (c = 25) : maladie des jeunes enfants consistant en plaies 
très étendues qui couvrent tout ou partie du visage. — De cuir : 
on dit cuirée dans les environs de Montmirail. 

dagône (T. t. m.) : couenne de lard. — Godefroy le déûnit 
simplement peau. 

daguenelle : fruit desséché et ridé. — Godefroy définit ainsi 
le mot daguenelles : pommes et poires séchées au soleil ou au 
four que l'on mange en Carême. 

damas, damâiller : prune, prunier. — Vient du pnmier de 
Damas, rapporté d'Orient par les Croisés, et dont le nom géné- 
ralisé a été appliqué à toute sorte de prunes et de pruniers. 

darneillement (ei = [10]) : vertige. — De darnu, voir p. 100. 
— P. Tarbé donne les mots darnie, dernerie, demuerie (T. t. m.), 
qu'il définit maladie du mouton^ vertige. 

davêne (ê = [10]) : sorte de prune très acide à peau vert-jau- 
nâtre. 

degouttière (ti = 25, è = [10]) : gouttière. — Du verbe dégout- 
ter^ pour dégoutter (voir page 60). 

dépointis : pièce de terre située transversalement par rap- 
port aux aboutissants. — De dépointer, sortir de terre le soc ou 
la pointe de la charrue quand on arrive à l'extrémité du champ, 

déri (é = 10) : doigtier. — De doigt (nivernais det, Litt.), qui 
a donné également dé (à coudre), du latin digitale, venant de 
digitus, doigt. 

devignotte : devinette. — De devigner pour deviner (voir 
page 62), avec le suffixe otte pour ette. 

drate (genevois darte, Litt.) : dartre. — Le patois a retaillé 
ce mot à sa façon en déplaçant l'une des 7' et en supprimant l'autre. 

dronniau (on = 16, ni=29, au = 4): nom que le patois donne 
au cornouiller des haies (cornus sanguinea^ L.). — • Peut-être de 
troène^ en admettant une confusion d'espèces dont le patois pré- 
sente d'ailleurs des cas assez nombreux {blé ^onv seigle^ pois ^ouv 
haricot^ etc.). Le picard dit driniau pour troène (Litt.), ce qui 
paraît venir à l'appui de celte supposition. 

ébranculotte : sorte de balançoire qui se fait en attachant 
ensemble les branches pendantes de deux saules voisins. — Voir 
s'ébranculer, page 108. 



— 79 — 

écalat (T. t.; — bourg, cala, calât, P.; — caillot^ noix, T. 
m.) : uoix. — Du mot écale, brou de la noix, qui est uo doublet 
d'écaillé. 

échauffiture : échauffement (de l'intestinj, — De échauffei'y 
avec une finale inusitée ea français, ou tout au moins réservée à 
d'autres mots. 

échelotte : sorte de petite échelle qui se place : 1» dressée sur 
le devant d'une voiture à moisson ; 2° suspendue aux solives d'une 
cuisine pour recevoir des provisions de ménage. — De échelle 
avec le suffixe diminutif otte pour ette. 

éclache : flaque d'eau. — Le radical de ce mot se retrouve 
dans le français éclabousser et le patois églajoler (voir ce der- 
nier, page 108). 

éclavolle : plante qui se mange en salade au printemps. — 
C'est la laitue vivace (lactuca perennis , L.). 

écliche : ricochet. — Peut se rapprocher d'éclache (voir ci- 
dessus). 

écouflotte : vieille masure qui menace ruine. — Du verbe 
écoufler (voir ce mot, page 108), avec le suffixe otte. 

écourseulée(eu = 6) : ce qui remplit un tablier dont on rejoint 
les coins. 

écrâche (â=[3]) : enveloppe extérieure; exemples : brou déta- 
ché de la noix, coquille d'œuf vide. 

éfutiaux (ti=25) : petits objets sans utilité. — Peut-être de 
futilis, futile. 

égrape : agrafe. — Bas latin agrappa, agrafe ; le patois, selon 
son habitude, a remplacé ici le suffixe a par e. Liltré, qui rap- 
proche agrafe de grappin, dit que dans les textes du xv« siècle on 
trouve agrappe. 

emboisure (oi=lo) : placard (armoire qui fait partie de la 
boiserie d'une pièce). — De en et de boiser. 

émoûchis : botte de paille de seigle incomplètement battue. 

— Voir le verbe émoûcher, page 109. 

émusotte (bourg, émusôtej Litt.) : amusette. — Voir émiiser 
pour amuser, page 42. 

enteumotte : entame (d'un pain). — Voir enteumer pour enta- 
mer , page 61. 

entrappe (T. t.) : ce qui embarrasse la marche, et par exten- 
sion, enfant qui se jette dans vos jambes, puis enfant en général. 

— De en et de trappe, piège. — Voir entrapper, page 110. 
envargée (T. t.) : mèche de fouet. — De en et de varge pour 

verge (voir page 50). 

épalonuiau (ni = 29, au = 4) : palonnier, — Le patois a ici 
ajouté abusivement le préfixe é, comme dans éronce, érdce, etc., 
et changé la finale du mot palonnier. 



— 8o — 

épantiau (li=25, au = 4) : épouvanlail. — Now épanter pour 
épouvanter, page HO. 

équiaettes (qu = 25) : courbature résultant d'une marche 
excessive. — Ce mot se rattacherait assez naturellement au verbe 
échiner; mais l'existence de mots analogues dans d'autres patois 
rend cette étymologie douteuse. P. Tarbé cite l'expression 
avoir les queignas^ avoir des courbatures (t.); Perrault-Dabot 
donne les formes cdgnias, cagniâts^ écagniârds, toujours dans le 
même sens et il les fait dériver de cagnard, bonmie indolent, 
qu'il rapproche de s'acagnarder^ la grande fatigue ayant pour 
résultat d'obliger à l'immobilité. Tous ces mots se rattacheraient 
au latin canis, chien, et il cite à l'appui de son opinion ce fait 
que dans l'Yonne on dit avoir les chiens pour avoir les cdgniats. 

érocheux : tireur à l'oie. — Yo\r érocher, page HO. 

éroûsois : arrosoir. — Voir rousée pour rosée, page 53j — 
éroûser pour arroser, page IH. 

esclot : galoche. — Le mot esclofs est dans Rabelais avec le 
sens de sabots : « Comme font les Limousins à bels esclots. > On 
dit esclous dans d'autres villages. 

essiétot : tout ce qui peut servir à s'asseoir; s'applique non- 
seulement à un siège quelconque, mais à tout ce qui peut en faire 
l'oftice, comme le tronc d'un arbre abattu, un bloc de pierre, une 
botte de paille, le revers d'un fossé, etc. — B'essiéter pour asseoir 
(voir page IH), avec le suffixe ot, qui indique l'instrument d'une 
action. 

estragot (T. t. y.) : escargot. 

estribaud (T. t.) : toupie commune, — Peut-être du latin 
turbOy toupie ^. 

estroubillon (estorbeillon, T. t.) : tourbillon. — Toujours le 
préfixe parasite é ou es, et nouvel exemple de déplacement de la 
lettre r. 

ételle : attelle (partie du collier des chevaux où les traits sont 
attachés), — Voir ételer pour atteler, page 43. 
étorniau (ni = 29, au = 4) : étourneau. 

étranglons : partie dure qui se trouve au milieu des fruits à 
pépins. — Du verbe étrangler. 

évalon : gorgée. — De évaler pour avaler (pdige 43). 

évugle (bourg, éveugle, Litt.) : aveugle. 

évuglotte (à 1') : à l'aveuglette. 

fafillotte : cil. — Paraît être le même que papillotte; le fran- 
çais a le verhe papillotter, qui se dit en parlant des yeux et ex- 
prime qu'on ne peut les fixer par suite d'un mouvement involon- 
taire, dans lequel les cils ont une large part, 

1 . Il y a bien encore le grec xpiuw, tourner ; mais l'influence directe du 
grec sur le patois paraît fort problécaatique. 



— 8i — 

faignant (ai = 10) : fainéant — Faignant, que l'on est porté 
à regarder comme une prononciation vicieusede fainéant, com- 
porte une autre explication. Le verbe bas latin se fîngere, se 
ménager, travailler mollement, était devenu en vieux français se 
faindre, dont le participe présent, employé comme nom, aurait 
seul survécu. 

faînôtte (ai = [10]) : faîne. — Diminutif en oUe comme le 
patois en présente un grand nombre. 

fambrou : espèce de grand panier sans anse servant à porter 
du fumier, de l'herbe, etc.— De fambrer, vieux mot patois signi- 
fiant fumer (voir page 145). 

fambrousée : le contenu d'un fambrou. 

farreux (a = [3]) : ouvrier qui préparait le chanvre. — Du 
bourguignon far, fer, les outils employés pour ce travail étant en 
fer. On a dit ferreux dans d'autres localités ; il est question d'un 
nommé Jehan Gillet, ferreux de chanvre, dans un c registre des 
procès venus et escheuz » devant le maieur de la seigneurie de 
Désiré* (13 novembre io36). 

fenasse : se dit de plusieurs espèces du genre brome qui 
poussent dans les prairies artificielles et donnent un foin dur et 
cassant. — Du latin fenum, foin, avec le suffixe péjoratif asse. 

fêteilleus : (ê = [10], ei = [10]) : invité qui vient à la fête 
patronale. — De fcte. avec un suffise en eill... fréquent dans le 
patois. Voir les noms noceilleux, page 89, harbeiller, page Si, 
et les verbes coureiller, page 103, honteiller, page tl3, verdeil- 
ler, page H 9, etc. 

fevre (e de fe = 6) : fève. — En dehors des formes verbales 
je levé, je semé (voir page 29), le patois a plusieurs mots où se 
rencontrent deux syllabes muettes consécutives : fevre, lièvre, 
sevré, etc. — On trouve dans le bas latin la forme faberra, fève, 
qui peut expliquer la présence de r dans fevre. 

fiate (fiete., T. m.) : confiance. — Du latin fides, foi. La forme 
fiate a donné lieu à un jeu de mots souvent répété pour expri- 
mer la déVmiice: N'y apoint de fiate, c'est comme dans /e « Pater « 
des Xormands (allusion au mol fiat du Pater). — On à'd fiette 
dans beaucoup de localités de la Marne. 

fient (T. a. m.) : fumier, — Bas latin fiens, fumier. Fiente, 
excrément, est une autre forme du même mot. Voici, à propos du 
mot fient, une remarque assez curieuse. A Gaye, on dit couram- 
ment mou connue du fient; dans les environs de La Ferté-Gau- 
cher, on se sert d'une locution beaucoup plus hardie : être tout 
fienty c'est-à-dire tout mouillé. 

fillot, flllelle (picard fillole, bourg, fillô, Berry filial, fil- 
Lole, Litt.) : tilleul, filleule. — De filiolus, fiUola, diminutifs de 
filius, filia, fils, fille. On a longtemps prononcé fillol (Littré). 

1. Aujourd'hui commune du Gaull-la-Forêt (Marne). 



— 82 — 

flu (de paille) : fétu. — Fin vient de fistula, luyaii, et j'èlu de 
festuca, brin de paille : fistula et festuca peuvent d'ailleurs avoir 
une origine commune. 

forière (è = [10]) : se dit de quelques raies qu'on laboure en tra- 
vers au bout d'un champ lorqu'il est impossible d'entrer sur le 
champ voisin peur faire retourner l'attelage. — Sans doute du 
latin foris^ hors, la formée étant à l'extrémité et presque hors de 
la pièce. 

fouire : foire (diarrhée). 

fouirône (ù = [b]) : foirolle, plante {mcrcurialis annua, L.). 
— Dérivé du précédent, à cause des propriétés purgatives de cette 
plante, 

fourchotte (T. t. m.) : petite fourche, se prolongeant en vrille, 
formée par la vigne. — De fourche avec le suffixe diminutif olte 
pour elle. 

fournette : petit réduit ménagé au-dessous d'un four. — Dimi- 
nutif de four. 

foussotte : fossette (de la nuque). 

franche : se dit des épis ou panicules de l'avoine. — Peut- 
être le même que frange, les grains étant pendants comme les 
filets dont la réunion compose une frange. Le patois dit d'ailleurs 
franche pour frange (voir page 36). 

frayon (ay=[10]); — (froyon, T. m.) : incommodité résultant 
d'une marche prolongée dans la saison des chaleurs. — Du latin 
fricare, frotter, devenu froier en vieux français, et frayer dans 
la langue actuelle. 

freuillon (eu = 7) : fruit parvenu à maturité sans avoir pris 
son développement normal; — enfant chétif. — C'est certaine- 
ment un diminutif de fruit ; je n'ai trouvé dans la basse latinité 
aucune forme pouvant conduire à freuillon. 

fromag'eot : le patois donne ce nom à deux espèces du genre 
mauve {nialva sylvestris^ L., et malva rotundifolia, L). — Dimi- 
nutif de fromage, à cause de la forme des fruits. 

fromentière (li=25, è = [10]j : terre oùl'ou a récolté du blé 
ou froment. 

fromi, masc. (o = 16); — (bourg, frémi, Berry, /'romi, Litt.) : 
fourmi. 

fûchot ou fûchau (au = 4) : barreau de chaise, de cage ; tra- 
verse d'échelle. — Sans doute variante du mot fuseau, à cause de 
la forme : 

Ledit seigneur, prenant ladittc lime, tua le rat en sa cage, 
par entre deu.x fuschaux. 

(Cl. Haton). 

gabie (pour la prononciation, voir page 9) : chassie. 



— 83 — 

galarme (Brie, galarme, vent d'ouest, Litt.) : galerne (vent 
du nord-ouest). — Bas latin yalaverna, vent d'ouest; celtique ou 
bas-breton gwalern (Litt.). 

garnoche : motte de terre et de gazon desséché. — Il y a 
évidemment un rapport entre ce mot et le mot gazon ; toute forme 
intermédiaire manque pour indiquer le passage de l'une à 
l'autre. 

gaulotte : jeu primitif qui se joue les yeux bandés et dont les 
accessoires sont une gaule et un œuf couvi; le joueur revient à la 
charge tant qu'il n'est pas arrivé à casser l'œuf avec la gaule. — 
Diminutif de gaule. 

geindeux (T. m.) : qui se plaint continuellement. — De geinde 
pour geindre. 

gelon : petite gelée. — Diminutif de gel, gelée. 

gigier (T. 1. m.; — Hainaut, genevois, Berry, lorrain, picard, 
Litt.) : gésier. — Du latin gigeria, gésier, qui conduit plutôt à 
gigier qu'à gésier. 

gland (an = 16) : bâton légèrement flexible servant à fixer les 
poignées de paille dans les couvertures en chaume. 

glas, toujours au pluriel (a = 2); — (T. t. m.) : iris ou glaïeul. 

— C'est le latin gladiolus (de gladiuSy glaive, à cause de la forme 
des feuilles), réduit à la première syllabe, — On dit glages dans 
les environs de Montmirail. 

glingotte : sonnette. — De gUnguer, sonner (voir page H2). 

glingue : s'emploie dans cette locution : c'est de la glingue, 

c'est-à-dire une chose sans valeur, malgré des dehors tapageurs. 

— De glinguer, sonner, comme le précédent : à rapprocher de 
clinquant. 

glousse : (T. m.) : poule couveuse. — Du latin glocire, expri- 
mant le cri de la poule qui appelle ses petits. 

gnole ; coup. — Peut-être abréviation de iorgnole, dans le 
sens particulier de coup. 

gobelée : le contenu d'un gobelet. — Ce mot parait dérivé, 
non de la forme moderne gobelet, mais du vieux français gobel, 
venant du latin cupella, diminutif de cupa, coupe. 

gomichon (o = 16) : espèce de gâteau. — Victor Hugo, dans 
Notre-Dame de Paris, emploie camichon dans le même sens. 

gort : conduit pour l'eau. — Littré, au mot rigole, cite le vieux 
mot gort, qu'il fait dériver de gurgcs., gouffre. 

gorgeri : gosier, gorge. — L'addition de la syllabe ri au mot 
gorge ne s'explique guère. 

goulafre (T. m.; — lorrain, Litt.) : glouton, goinfre. — Du 
latin gula, gueule. Littié donne gouliajre dans le même sens. 

gourite : bouche (en très mauvaise part). — Du latin gxda, 
gueule. 



— M — 

gravière (è = [lO]) : plante fourragère (jarosse). — La furnie 
dravière paraît beaucoup plus répandue qa^ gravière. 

greumelets (els^[H]): sorte debouillie oùlafarine se retrouve 
en grumeaux. — Du latin grnmus^ grumeau. 

grillon: usité seulement dans la locution senti le grillon^pouv 
sentir le grillé. 

gripet : montée raide et courte. — De grimper (wallon griper); 
la forme griper se trouve quelquefois pour grimper (Litt.). 

groûselle : (Berry, Litt.) : groseille. 

groûsier : groseillier. 

guêche (gu = 27; ê= [10]): liège et plus particulièrement bou- 
chon de liège. — C'est le mot liège mal prononcé. 

guerlette (gu = 27) ; — T. t.) : brebis vieille et maigre. — 
Bas latin gercis, brebis, ou gregaria, bergerie, du latin grex^ 
gregem^ troupeau. 

gueuleton : bobo à la lèvre. — De gueule, mis pour bouche. 
hacot (/( asp.) : chicot, ce qui reste du bois coupé, d'une dent 
cassée, etc. 

hallier (/t muette; Ui = 28) : hangar. — De halle. 

hante (/i asp.); — (hante., manche, bois de lance, T. t. m.) : 
manche de faux. — Godefroy donne le mot aanter, emmancher. 
Autre mot à rapprocher : ente, manche de pinceau. 

harbélette {h muette) : plante qui se mange en salade; c'est 
la valérianelle, appelée aussi mâche ou doucette. — A la lettre 
petite herbe (voir harbe pour herbe, page 50). La même plante 
s'appelle éclairioite dans les environs de Montmirail, orillette à 
Sainte-Ménehould : ce dernier offre une ressemblance frappante 
avec celui de valerianella auricula, D. G., donné par les bota- 
nistes à une espèce du genre valérianelle. 

harbeiller, ère (h muette; ei=^[10]), è^=[10J) : celui ou celle 
qui ramasse des herbes dans les champs. — ûe harbe pour herbe, 
avec la terminaison en eill... commune dans le patois. 

harcélier (/» muette ; li = 28) : qui fatigue par des obsessions 
réitérées. — 'Voir harceler, page 112. 

haricandier {h muette, di = 27) : homme qui exerce un mé- 
tier pénible et peu lucratif; se dit en particulier d'un petit culti- 
vateur. — On dit harcotier, même sens, dans les environs d'Éper- 
nay; ce dernier nous conduit comme origine au verbe harceler 
(voir page 112), dans le sens de s'épuiser en etïorts inutiles. Une 
preuve qu'il en est bien ainsi^ ce sont les mots suivants, enregis- 
trés par P. Tarbé et signifiant petit cultivateur : hannoyeux et 
hanotier, qui peuvent s'écrire anoieux et anotier. Ces derniers 
se rattachent évidemment à anôier (voir page 103), qui, comme 
harceler, a le sens de s'épuiser en efforts inutiles. 

hat {h asp.) : chacune des enjambées qu'on fait pour mesurer 
approximativement une dislance. — \o\r hat er, page 113. 



— 85 — 

hautons (/t asp.); ^T, a, m.): menus grafns et autres débris 
qui restent après le nettoyage du blé. — Bas latin halto, hauto, 
même sens, 

havot (/( asp.) : crochet à plusieurs branches dont on se sert 
pour retirer les seaux tombés an fond d'un puits. — Bas latin ha- 
vêtus, croc, crochet. 

hâyet {h muette; â=[5]): porte de jardin en ramilles. — Ce 
mot est évidemment un diminutif de hâ (haie). Le patois, se sou- 
ciant fort peu de la logique, prononce la hâ (h asp. et Vhâxjet (h 
muette); le français en use d'ailleurs de même pour les mots 
héroinej héroïque {h muette), dérivés de héros (h aspirée). 

heurlons {h asp.) : hurlements. — De heurler pour hurler 
(Voir page 61). 

hiarre (h asp. ; a=[3j); — Berry hierre, liarre; bourg, liare^ 
Litt.) : lierre. — Du latin hedera; la forme hiarre est plus con- 
forme à Tétymologie que lierre; le français a d'abord écrit ïierre 
ou l'hierre avant l'agglutination malencontreuse de l'article. Le 
patois emploie le plus souvent ce mot au pluriel : des hiarres. 

hoque {h asp.) : éclat de souche. 

houbilles (/t asp.) : bardes. 

houîte {h asp.) : grosse butte cylindrique formée dans les 
marécages par la réunion des racines de carex. — On dit houXtre 
dans les environs. 

houlant (/» asp.) ; — {houlier^ vagabond, débauché, T. m.) : 
étranger de mauvaise mine^ vagabond. 

houlis {h asp.) : grain de poussière ou particule très fine qui 
voltige dans l'air : avoir un houlis dans l'œil. — Du verbe houler, 
remuer en tous sens (voir page 113), l'action de remuer fortement 
soulevant la poussière et les corpuscules légers. 

houssot {h asp.) : houx. — Forme diminutive du mot houx. 

jauniot (ni = 29) : jaunet (pièce d'or). 

jonnette (on = 16) : jonquille. — Est-ce le même que jon- 
quille avec une terminaison diflférente? Jonnette, nom propre, se 
disait pour Jeannette. 

jouque (T. m.) : perchoir. — De jouquer pour jucher (voir 
page 113). 

joute (ou bref) : plante {bette ou poirée). 

lacandis : amas de liquide répandu. — Evidemment de lac, 
quoique ce radical puisse paraître bien ambitieux lorsqu'il s'agit 
tout bonnement d'un seau d'eau renversé. 

laitice : belette. — Probablement de lait, à cause de la cou- 
leur blanchâtre du pelage, qui, paraît-il, tourne au blanc dans 
certaines saisons. — La laitice, redoutée ici pour les ravages 
qu'elle exerce dans les poulaillers, l'est, paraît-il, bien davantage, 



— 86 — 

mais pour des raisons d'un ordre tout différent, par les paysans 
du Bas-Maine = 

... Et le soir, quelle terreur quand, sur la lisière du bois 
profond, au loin il entendait pleurer le cor et se lamenter la 
groUe : — c'est que là-bas, là-bas, au plus mystérieux de la 
forêt, le diable, courbant la futaie comme de l'herbe, chas- 
sait la laitice, la lailice au pelage blanc et aux gros yeux 
rouges. 

(Gilbert Augustin-Thierry, Le Capitaine Sans-Façon). 

lampe ou lance : plante de la famille des graminées [aira 
cœrulca, L.). 

lanceriau (au = 4) : porc coureur, c'est-à-dire qui n'est pas 
encore engraissé. — De lance, ou d'élancé, à cause de la forme 
effilée du corps de ces animaux, si on la compare à celle qu'il 
doit prendre par la suite. 

lanvaux (au = [5]) : envoyé (orvet, petit serpent sans venin). 

— L'orthographe envoyé est celle de Littré ; d'autres écrivent 
anvoie. Lanvaux est, à peu de chose près, le même que ce der- 
nier, avec agglutination abusive de l'article. Exemples de cas ana- 
logues : 1° dans le français^ lierre, luette; — 2" dans le patois, 
lameçon, loquet. 

lavier : évier. — Lavier est une forme vicieuse très répan- 
, due et qui s'explique par une intervention injustifiée du verbe 
laver. 

leignet (ei = 20); — ( lig not, T. U):\ïseron. — Ce nom s'appli- 
que au liseron des haies (convolvulus sepium, L.)et au liseron des 
champs (convolvulus arvensls, L.). — De ligne, à cause des 
tiges grimpantes filiformes. 

lêne (ê = 10) : nielle des blés (agrostemma githago, L.). 

levain : nom que l'on donne à plusieurs grosses chenilles du 
genre sphinx. — De lever^ ces chenilles portant au repos la tête 
relevée ; c'est d'ailleurs la même particularité qui leur a valu le 
nom de sphinx dans le langage savant, leur tête relevée les 
ayant fait comparer aux sphinx égyptiens. 

lôveux : marchand en gros de beurre, œufs et volailles, qui 
sur un marché enlève d'un coup une grande quantité de denrées. 

— De lever. 

liarde (li = 28) : salamandre. — Paraît être une contraction 
de lizard, pour lézard (voir page 51). 

longuezelle : en général, tout objet d'une très grande lon- 
gueur et d'une très faible largeur; se dit plus particulièrement 
d'une pièce de terre très longue et très étroite. 

losin (T. a.) : lambin. — Est-ce une déformation de Longis, 
Longin au cas régime, personnage légendaire qu'on croyait au 
moyen âge avoir percé le flanc du Christ, et dont le nom, à cause 



- 8:7 - 

de sa ressemblance avec long, a fini par êlre employé dans le 
sens de latnbin? 

luizarne (T. y.) : luzerne. 

mâlot (A = [3]) : sorte d'abeille sauvage. — De ?nd/e, à cause de 
la ressemblance de cet insecte avec les faux-bourdons ou abeilles 
mâles. Le nom de mâlot s'applique d'ailleurs à d'autres espèces 
dans certaines localités. Littré dit qu'on le donne au taon dans 
certaines provinces ; P. Tarbé lo définit grosse mouche, bourdon 
(a. m.). 

mangeotin : diminutif assez bizarre de mangeur, s'appliquant 
aux enfants d'une famille nombreuse, dont chacun représente 
une bouche à nourrir. 

maon : celui qui articule difficilement ; muet. — Onomato- 
pée. 
mârange (à = [3]) : mésange. 

marchâts (à = [3]) : nom de plusieurs lieuxdils marécageux. 
— Bas latin marcasium, marchesium., marais. 

marcoû (T. t. m.) : matou. — Marcou s'est dit autrefois en 
français et s'y trouve encore au xvi" siècle : 

Et de nuict n'alloit point criant 
Comme ces gros marcoux terribles 
En longs miaudemens horribles. 

(Du Bellay, Épilaphe de Belaud). 

D'après Littré, marcou se dit encore à Rouen. 

niargot : plante, grande marguerite (clirysanthemum leucan- 
themum, L.). 

matachon : flocon (exemple : de neige). — On dit maiot dans 
les environs d'Epernay. 

menriture : état de dépérissement. — De meure (voir page 
101). 

mette : métal de cloche. — Autre forme du mot métal. 

meûson (genevois meuron^ Lilt.) : mûron (fruit de plusieurs 
espèces du genre ronce). — A rapprocher de meux pour mûr 
(voir page 101). 

michotte : pain plus petit que les autres et devant être mangé 
le premier de la fournée. — Diminutif de miche. Littré donne le 
mot michotte avec cette définition : petite miche de pain de 
deux livres qu'on donne aux vendangeurs dans la basse Bour- 
gogne. 

mijoue : cachette de fruits. — Voir ynijouer, page 113. 

mine, minon : chatte, chaton. — Variantes des formes fran- 
çaises minet, minette. — Le mol minon sert également à désigner 
les chatons qui constituent l'inflorescence de certains végétaux 
(saule, noisetier, etc.). 



— 88 — 

mini : celte forme sert pour appeler un chat et se répète géné- 
ralement : Mini, mini. C'est une sorte de vocatif de minon ; on 
dit : Mine, mine, quand il s'agit d'une chatte. 

minonne (on =^ 16) -. menotte. — Exemple de dérivation irré- 
guiière opérée sur la langue parlée, c'est-à-dire uniquement pour 
l'oreille, et comme si le primitif était min au lieu de main. 

montier (ti = 25) : nom d'un lieudit où se trouvait jadis un 
couvent. — Du latin monasterium, qui a donné les deux formes 
ci-après : 

1. Monsfier (x« siècle) : 

Si sen intrat in un raonstier. (Vie de Saint-Léger). 

2. Moustier (xiii^ siècle) : 

Et quand il (saint Louis) revenoit du moustier, il noua 
envoioit querre. 

(Joinville). 

Montier est une forme simplifiée de moustier. — A comparer 
l'anglais minster, monastère, cathédrale, et l'allemand Munster ^ 
cathédrale. 

moque (N. ; — bourguignon moque, Litt.) : moquerie. — Em- 
ployé surtout dans cette locution : faire la moque, c'est-à-dire 
faire une attrape. 

môrée (ô = [5]) : espèce de gâteau qu'on fait cuire aussitôt le 
four chaud et avant le pain. — De Maure ou More, à cause de la 
couleur noire de la croûte, brûlée par la vive chaleur. — Le 
même se dit ferlade à Faux-Fresnay. 

mosselotin : petit bourgeois, petit rentier ordinairement 
domicilié à la campagne. — Diminutif de monsieur. 

mouillons : plante de la famille des graminées (phalaris 
arundinacea, L.). — De mou, soit parce que la plante en ques- 
tion habite les terrains humides, soit à cause de la consistance 
molle de sa tige et de ses feuilles. 

moulotte (Berry mojelte, Litt.) : jaune d'œuf. — Littré donne 
dans le même sens moyeu avec cette annotation : terme qui vieil- 
lit. Il le rattache au vieux français mioel et au provençal muioly 
dont moulotte parait être un diminutif. 

moutonne (on = 16) : peau de mouton taillée en carré et gar- 
nie de sa laine, que Ton met aux jeunes enfants, sous leurs vête- 
ments, pour absorber l'urine. 

musotte : musaraigne. — Du latin mus, rat, souris, avec le 
suffixe diminutif otie : la musaraigne présente une grande res- 
semblance extérieure avec la souris, tout en étant de taille un 
peu plus petite. 

m'zole : plante de la famille des crucifères {iberis amara, L.). 



- 89 - 

— Cette plante est encore appelée neige^ parce que, tleurie, elle 
forme une touffe arrondie d'une blancheur colalante. 

nâse (à = [3]) : niorve (humeur qui s'écoule dos fosses nasales), 

— Du latin nasus, nez. 
nénin (in = 21) : teton. 

nêpe, nêpier (è = [10]); —(Hainaut nepe, Bresse ?ièpic, lâlt.) : 
nèfle, nétlier. — Les formes latines mespilum, nèfle, mespilus, 
néflier, sont devenues dans le bas lalin nespila^ nespilus^ qui 
expliquent iiêpe et nêpier. 

neûillon (eû = 7) : noyau. — C'est une variante du mot fran- 
çais. 

nivier ; lambin, flâneur. — De niveler^ pris dans un sens 
spéfàal (voir page 114). 

noceilleux (ei^[<0]) : invité d'une noce. — De noce, avec le 
suffixe en eill... propre au patois : voir fêteilleux, page 8l. 

nombarde : petite prune noire qui mûrit en septenibre, — 
Littré donne norberte dans le même sens ; on dit noberte dans 
les environs de Vertus. — On serait tenté, surtout en raison delà 
forme norberte, de chercher dans le nom Norbert l'origine des 
mots cités; mais saint Norbert figurant au calendrier à la date 
du 11 juillet, il faut renoncer à cette explication. 

nozole : petit noyer ; nom de plusieurs lieuxdits où se trou- 
vent des noyers. — Diminutif d'une forme contractée et altérée de 
noyer. 

occupe (c = 25) : occupation. 

ôlusses (ô = [o]) : copeaux très minces qui se produisent en 
rabotant le bois. 

ormiau (au = 4) : plante, reine-des-prés {spirœa ulmaria., L.). 

— S'emploie surtout au pluriel : des ormiaux. — Diminutif du 
mot orme, à cause de la ressemblance des feuilles ; le mot sa- 
vant uZmaria vient du latin uimus, orme, et signifie à feuilles 
d'orme. 

orugle : plante de la famille des crucifères fsinapis alba, L.)- 

— Le mot or entre certainement dans orugle et s'explique par la 
couleur jaune des fieurs : c'est peut-être ongle d'or, la forme des 
pétales ayant quelque ressemblance avec celle d'un ongle. 

orvale : plante de la famille des labiées (salvia sclarea, L.). 

ostrille (Berry orlruge, Litt. ) : ortie. — Déformation assez 
bizarre du mot ortie, où il est surtout difficile d'expliquer la pré- 
sence de Vs ; le latin urtica, ortie, ne peut en tous cas y aider eu 
rien. 

oûchelots : c'est une forme patoise pour osselets ; elle s'ap- 
plique à une tranche de pain avec quelques os et... de la viande 
autour, que les enfants allaient autrefois demander dans les 
noces. 



— 90 — 

oûsière (è = [10]) ; — (ozière, T, t. ; — bourg, osière, P.) : 
osier. — Le bas lalin, à côté du niascutiii osellus, a les formes 
féminines osella, oseria, qui sont en faveur du patois. 

paillotte : menue-paille (enveloppes de l'épi qui se séparent 
du grain par le vannage). — Diminutif de paille. 

paillon : petite paillasse qui garnit le fond d'un berceau. — 
Dq paille. 

pâlotte : battoir à lessive; — dent inoisive. — Forme patoise 
de palclle, dérivé du latin paia, pelle, et servante désigner diffé- 
rents objets de forme plate. 

pampîUes : guenilles, vêtements en lambeaux. — Peut se 
rapprocher de pampres, les parties déchirées des vêtements pen- 
dant à la façon des feuilles sur un rameau de vigne. 

panache, fém. : c'est le nom que le patois donne au lilas. — 
Sauf le changement de genre, c'est le même que le français pa- 
nnc/ic, à cause des fleurs dont les bouquets {tlnjrses) présentent 
la disposition d'un panache. 

paneau (au = 4) ; — {penot, bout d'aile, T. t.) : espèce de 
balai formé par les plumes du bout de l'aile d'une oie. — Du 
latin penna, plume. Voir au mot voie pour raie., page 55, une 
phrase tirée de Cl. Halon où figure ce mot. 

pantaillon : nom que l'on donne en plaisantant à un jeune 
garçon. —Est-ce une déformation du nom Pantaléonl 

paou (Berry papou, Litt.) : pavot. 

papinière (ni = 29, è=[10j) ; — (papinette, cuiller de bois, T. 
m. a.) : espèce de cuiller en bois à long manche qui sert pour 
faire la cuisine. — On dit jjapin et papinette dans les environs 
d'Epernay, 

pâquette (â = [5] ; qu = 23) : fleur qui s'ouvre vers Pâques 
(espèces à fleurs jaunes du genre primevère). — De PdqiiesK 

parme : barbe de blé. — On se sert dans les environs du dimi- 
nutif jt;a/'moi/e, complètement inconnu à Gaye. 

pasène (è = flOJ) : patience (herbe). — Pasène ne peut être 
qu'une autre forme du moi patie)ice. 

passe (a^=[3]) : dans les jeux de jet, ligne que le pied du joueur 
ne doit pas dépasser. — De pas., le joueur devant se placer en 
recul d'un pas sur la ligne dont il s'agit. 

patarafe, fém. (N.) : parafe. — Allongement fantaisiste du 
mol paraphe par l'intercalation de la syllabe ta, qui paraît venir 

1. Le français a le moi pâquerette, qui, d'après Littré, s'est écrit joas- 
qiiette, mais qui s'applique à la petite marguerite blanche, dont les fleurs 
se montrent à peu près toute l'année : aussi rejelte-t-il pour ce dernier 
l'étyraologie tirée du mot Pâques, et adopte-t-il pasquier, ancienne 
forme de pâtis. 



— 91 — 

là pour amener une allusion à la main (patte) qui trace la signa- 
ture. — \o]v patif/oches, ci-dessous. 

pataud : terme de mépris employé quelquefois par les cultiva- 
teurs pour désigner les vignerons. 

patigoches : écriture informe et à peine lisible. Ce mot ne 
semble-t-il pas indiquer une écriture comme celle qu'on tracerait 
avec la main (patte] gauche? 

patouillat (T. m. t.) : liquide répandu en patouillant. — 
\ oir patouiller, page 114. 

paulis (au = [5]) ; ensemble d'objets jetés çà et làau hasard. — 
De pauler, répandre çà et là (voir page H4). 

perge : délivre (en parlant des vaches). — C'est une autre 
forme du moi purge. 

piat (proa. pî...ial) ; — (piaux, petits la pie, T. m.) : jeune 
pie. — Diminutif du mot pie. 

pichelottée : réunion d'objets enfilés en forme de chapelet ; 
exemple : uune pichelottée de raines. — Peut-être û& ficher., qui 
présente avec enfiler quelque analogie de sens, en admettant la 
mutation de 1'/" initiale en p. Cette mutation, fort rare entre mots 
de la même langue, l'est beaucoup moins de langue à langue ; 
exemples : le latin pellis, peau, et l'allemand Fell, même sens; 
le latin piscis, poisson, et l'allemand Fisch, même sens : une mu- 
tation semblable a pu se produire de dialecte à dialecte. — Voir 
placheville, page 92. 

picoton : parole agressive, insinuation blessante. — De 
piquer. 

pierrotte : 1. petite pierre ; — 2. plante : grémil des champs 
(liihospermun arvense, L.). — Diminutif de pierre. Le sens de 
lithospermum (graine de pierre) correspond assez exactement à 
celui de pierrotte. 

pingre : grosse limace grise qui habite les lieux sombres et 
humides, comme les caves. — Peut-être dérivé de pingere, 
peindre, à cause des bandes plus sombres qui tranchent sur le 
fond gris-jaunâtre de la peau. On dit peintre dans les environs 
de Montmirail, ce qui parait venir à l'appui de cette hypothèse. 

pin-mar (in ^ 21, a ^= [3]) : pic mar (piciis médius, L.). 

pipion : canule. — De pipe, dans le sens de tuyau. 

pique : piquette (boisson faite de marc de raisin et d'eau). — 
Dépiquer^ à cause de la saveur acide de cette boisson. — Y en a 
unne pique, c'est-à-dire un nombre trop grand pour être évalué, 
comme celui des grains de raisin qui entrent dans un tonneau de 
pique. 

pisserotte : fontaine dans laquelle l'eau, après s'être élevée à 
uue certaine hauteur, retombe dans un bassin. Ce nom est sur- 
tout appliqué à une fontaine de ce genre qui existe sur la princi- 
pale place de Sézanne. — Etymologie facile. 



- 92 — 

placheville : clifoire (jouet denfanl formi^ d'une lige creuse 
de sureau et servant à lancer de l'eau). — Je crois me souvenir 
d'avoir entendu le mot flachoire dans le même sens ; en tous cas, 
il existe dans certains parlers un verbe flacher dans le sens de 
jaillir : 

Si tost que la veine dudit homme fut ouverte et que le 
sang commença à flacher, ledit M* Loys apperceut que cet 
homme estoit malade de peste. 

(CI. Haton). 

Le mot placheville paraît se rattacher à ce verbe flacher^ dont 
r/'apu se changer en jo (voir au mo\, picheloftée) . — Le même 
instrument s'appelle ^'i^fer/o/ (de jiyler ou gicler) dans les envi- 
rons de Montmirail. 

plâtrée : le contenu d'un plat. — Rien ne justifie la présence 
de Vr dans ce mot, dont la forme régulière serait platée. Une 
ancienne forme platelée, qui se rapproche un peu de celle de 
notre patois, est citée par Littré au moi platée : platelée paraît 
d'ailleurs dérivé de plateau plutôt que de plat. 

pieux {pilous, mauvaises terres, T. m.) : friche, terrain resté 
inculte depuis longtemps. — De pilosus, velu, à cause des herbes 
courtes et rudes qui couvrent les terres calcaires incultes. — On 
dit jaloux dans les environs de Châlons. PleuXy ploux pourraieni 
s'écrire peleux, peloux, mais l'e muet ne s'y fait jamais entendre; 
ces mots sont à rapprocher de pelouse, qui a la même origine, 
mais où l'e muet se prononce quelque peu. 

pochot (un) — (T. m. t.) : diminutif de un peu, quelque 
chose comme un petit peu. — Du latin paucus, peu ; — à rap- 
procher de l'italien poco, même sens. 

popiin (poplin, T. L] poupier^T. m.) : peuplier. — Du latin 
populus, dont poplin paraît être un diminutif; on peut remar- 
quer que le patois emploie la même finale in dans boulin, pour 
bouleau (voir page 55). 

portière (ti=2o, è=[lO]) : espèce defanon que les oies grasses 
portent sous le ventre. — De porter. 

pougeole (T. t,) : gourme (maladie des chevaux consistant 
dans l'engorgement des glandes et l'écoulement d'un liquide vis- 
queux par les narines). 

pouillère (è = [10]) : fente d'une jupe. 

pouillet : plante (serpolet, thymus serpyllum^ L.). — De 
puLegium, nom attribué par les botanistes à une espèce d'ua 
genre voisin, la menthe pouliot (mentha pulegium, L ). Contre 
son habitude, le patois met ici et pour ot. 

pourcélière (li=28, è = [10J) : toit à porcs. — De pourceau. 



- 9'3 - 

poûti (peutil, fumier, T. l. \peutils, fourrages,!, m.) : paille, 
fourrages, fumier qui garnissent une exploilation rurale. 

promenottas (o := 16) : lisières avec lesquelles on soutient les 
jeunes enfants qui ne savent pas encore marcher. — De promener 
avec le suffixe otle, qui exprime l'instrument d'une action. 

pruse (Berry prue^ picard prule, Litt.) : présure. — Littré 
rattache l'italien presura à preso, pris, qui correspond assez bien 
à pruse. 

putra (T. m.) : purin. — Bas latin putramen, pourriture. — 
On àii puta dans les environs. 

quart : arête (d'une poutre, d'une brique, d'un bloc de pierre, 
etc.) ; — orge à six quarfs : escourgeon, orge à six rangs de 
grains. De quatre, chacune des faces d'un solide ayant le plus 
souvent quatre côtés. 

queignat (qu = 25; ei = 20) : enfant malingre, et plus particu- 
lièrement fillette chétive. 

quelongne (qu = 24) : quenouille. — Le bas latin a les formes 
colucuLa et conucula, qui sont l'une et l'autre des diminutifs du 
latin coius, quenouille : la première conduit à quelongne, et la 
seconde à quenouille. 

queurse (qu = 25); — (picard keuche, queusse, Litt.) : queux 
(pierre à aiguiser), et, par analogie, partie compacte et comme 
cireu.«e du pain imparfaitement levé. 

quinche (qu = 2o) : chacun des quatre lobes charnus qui forment 
l'intérieur d'une noix. — Sans doute une forme de cuisse, par analo- 
gie; Littré cite queusse (bourg.), et Tarbé queuche (t.) dans le 
sens de cuisse. 

raguin (gu = 27) : mauvais violon. — Littré donne le verbe 
vaguer, terme de marine, signifiant déchirer par le frottement, 
et qui, d'après Diez, aurait pour origine le Scandinave raka, frot- 
ter, dont le sens de raguin s'accommode assez bien, à moins qu'on 
ne préfère le rattacber simplement au français racler. 

raine (ai = 20) : grenouille. — Du latin rana, même sens. Le 
français s'est longtemps servi du mot raine, aujourd'hui vieilli et 
hors d'usage, dont le sens s'est conservé dans le diminutif rai- 
nette. 

ramonât (o = 16) : ramoneur. — De ramoner, dérivé lui-même 
du vieux français ramon, venu du latin ramus, branche. 

raton (â=[3]); — (T. m ) : gratin (ce qui s'attache au fond de la 
marmite). — Du latin radere, gratter, racler, qui a également 
donné râteau. Raton a pour synonyme rrgrainon (voir page 
94); il est à remarquer que le patois exprime par le verbe 
régrainer (voir page 116), le travail fait avec le râteau. 

recassis (a = [3]) : se dit d'une prairie artificielle qu'on laboure. 
— Voir le verbe recasser^ P'^ga Ho. 



- 94 - 

réfourrée : Ja quantité de fourrage qu'on donne aux ani- 
maux pour un repas. — Bas latin fodrum, fourrage. 

régrainée (ai = 20) : se dit des tiges, épis, etc., qui se ramas- 
sent dans les dents d'un râteau ; une régrainée est ce qui emplit 
le râteau à chaque fois qu'on le vide. — Voir le verbe régrainer^ 
page 116. 

régrainon (ai = 20; T. t.): gratin, synonyme àQ raton. — Voir 
ce dernier. 

rejardellis : rejetons qui poussent sur les racines d'un arbre. 
— Voir rejardellery page 116. 

relavotte : lavette (chiffon dont on se sert pour laver la vais- 
selle). — De relaver, voir page 44. 

rémoleux : rémouleur. — Le patois traite les dérivés de 
rcmourc (émoudre), comme ceux de moure (mouàre), el dit rémo 
leiix comme il dit molin^ molu, vermoiii., etc. ; tous ces mots 
proviennent d'ailleurs d'une source unique, qui est le latin mola, 
meule. 

rembleur : lueur d'un incendie. 

remouron : plante. — On pourrait croire que le sens de ce 
mot correspond à celui de mouron en français : il n'en est rien ; 
le patois l'applique à une véromque (veronica hedericfolia, L.). 

révisement, révisotte : changement brusque d'avis, façon 
d'agir en désaccord complet avec tous les précédents. — De se 
réviser pour 5e raviser. 

rheumatisse (eu = 16) : rhumatisme. — Du laWarkennialis- 
nius, même sens. 

rinciaux : tiges grimpantes du pois cultivé. — Le même que 
7inceau, ievme d'architecture, et dérivé comme lui de ramicellus^ 
diminutif de ramus, branche. 

ringeon (rongeon, ringeon., P.) : trognon de pain rongé, 
reste d'une pomme ou d'une poire dans laquelle on a mordu tant 
qu'on a pu le faire. — De ringer pour ronger^ voir page 62. 

rîtelot : roitelet. 

robin : taureau. — Robin-Mouton est bien connu; robin dans 
le sens de taureau, l'est beaucoup moins. Liltré le donne cepen- 
dant avec cette dernière acception, qui, d'après cela, n'est pas tout 
à fait étrangère au français. Mais elle y est d'un emploi fort res- 
treint, tandis que le patois use constamment du mot robin, au 
point que c'est le seul mot dont il dispose pour désigner un tau- 
reau. — Dans les environs de Montniirail, on dit godin pour dési- 
gner le même animal. 

rommiot (om = 16) : râle (bruit produit dans la respiration 
par le passage de l'air à travers les mucosités des poumons). — 
De rommeler, voir page 118. 

ronneux (on = 16) : grognon. — De ronner, voir page 118. 



— 90 — 

roûchée : averse. — On diî boussée dans les environs de Dor- 
mant, hûlre à Sainte-Ménehould. 

rougerelle : rougeole. 

roug-erolle : plante (melampyrum arvense, L.). — De rouge, 
à cause des feuilles florales, qui sont d'une belle couleur rouge. 

rougeriau (au = 4) : rougeur très vive que présente le ciel au 
lever et plus rarement au coucher du soleil. — De roiKje. 

roulées (T. m. t.) : O'ufs de Pâques, tout cadeau fait à l'occa- 
sion de Pâques. — Sans doute de rouler^ parce qu'il s'agit d'œufs 
qu'un rien fait rouler. 

rouotte : bas-côté d'une grange. — Sans doute diminutif de 
rue, car il s'agit d'un espace long et étroit. 

rousiau : roseau. 

rousse (de la) : taches de rousseur. 

r'tîau (ti = 25, au = 4) : grand râteau qui sert pour la moisson. 
— C'est une contraction du mol râteau, avec la finale iau pour 
eau. 

ru ; ruisseau. — Du latin rivus. — Le Ru, employé d'une façon 
absolue, désigne la rivière du pajs, dont le nom, la Superbe ou 
les AugeSf n'est presque jamais prononcé. 

ruelle, ruellotte : roue de charrue. — Diminutifs de roue. 

sâclot (à=5) : sarcloir, — Voir sâcler pour sarcler, page 66. 

saillon : seau en fer-blanc. — C'est, à une lettre près, la 
forme bourguignonne saillo., seau (Littré). 

sain (ain ^= 21); — {sahin, T. a.) : saindoux. — Bas latin 
sainum^ saginum, graisse de porc. 

saquet (qu =• 25); — (T. m.) : cahot. — Du latin succutere, 
secouer. A rapprocher de l'anglais to shakej secouer. 

sarnuise : saumure. — Saumure est formé du latin sal^ sel, 
et mwr/f/, saumure. Il y a saumuire dans le vieux français, sar- 
moire dans d'autres patois de la Marne ; mais nulle part n'appa- 
rait Vn de notre patois, dont il faut renoncer à expliquer la pré- 
sence. 

sarpotte (T. t. y.) : serpette. — Diminutif de sa yjo/? pour serpe. 
(Voir page oO.) 

selle : siège en bois à trois pieds sans dossier. — Vieux mot 
français aujourd'hui à peu près inusité dans ce sens. — Du latin 
sella, dérivé de sedere, être assis. 

sellotte : même sens que le précédent ; — se dit en outre d'une 
selle de cheval. — Forme diminutive de selle. 

saivatte : fauvette des roseaux. Littré donne dans le même 
sens effarvatte, et resle muet sur l'étymologie. 

sauteriau (au final = 4); — (Berry, Litt.j : sauterelle. — C'est 
sauterelle transformé en un mot masculin, la finale iau étant 
pour eau. 



- 96 - 

serène (è = 20) : baralle. — Sans doute du latin sérum, petit 
lait. 

seri : séran (instrument pour peigner le chanvre). 

seu, fém. (T. m. ; sou, seu. P.) : toit à porcs. — Du latin suile, 
ou du bas latin sudis, signifiant l'un et l'autre ctable à porcs, et 
dérivés de sus, porc : 

Après son disner et avant que monter à cheval, se prom- 
meaa es environs le logis dudit curé, et cheminant en sa 
court, ouyt crier des petits couchons en une seu à porcz. 

(H.). 

seuiJlon (eu = 7) ; — (T. m. t. a.): sureau. — Diminutif du 
vieux mot français seu, dérivé de sabucus, autre forme du latin 
sambucus, sureau. — C'est un des mots qui revêtent dans le 
patois la plus grande diversité de formes. P.Tarbé,rien que pour 
la Champagne, enregistre les suivants : scillon^ seuillon, scuillety 
stnmion, seu, seus^ sueur, suzaitiy suzon. Et la liste n'est pas 
complète, car on dit suîlon dans les environs de Montmirail. 

sevré (e = 6) : sève. — Forme analogue à celle de fevre pour 
fève (voir page 81). 

siautée (au = 4) : le contenu d'un seau. — De siau pour seau, 
avec un l parasite, 

sinot (T. m. a.) : grenier à foin. 

s'mot : sommet (d'un arbre, d'un clocher, etc.). — C'est une 
variante du mot sommet, avec substitution de la finale ot à la 
finale et. 

soûlant : ivrogne. 

soûlot : reste de pain. — De soûl^ dans le sens de rassasié. 

soussette : barbe d'un toit. — Est-ce sous avec une terminai- 
son diminutive, quelque chose comme petit dessous ou petit 
espace sous le toit? Voici une autre explication : dans les environs 
de Sainte-Ménehould, on donne aux longues stalactites de glace 
qui pendent au bord des toits par la gelée, le nom de sucettes, 
mot qui paraît avoir quelque rapport avec soussette. La difficulté 
est que sucette doit venir du verbe sucer., auquel le patois donne 
la forme super (voir page 62). 

soûtri (soutretj T. t.) : le premier lit de paille au fond de la 
grange. — Des mots latins sub^ sous et stratum, supin de ster^ 
nere, étendre, joncher. 

suotte {suettc, T. t.) ; chouette (oiseau de nuit). 

taclou : espèce de fusil primitif. Cette arme, bien connue des 
enfants de tous pays, se compose d'un tube en bois de sureau 
vidé de sa moelle et d'un piston en bois : à chaque bout du tube 
on introduit une balle en étoupe mâchée; l'une de ces balles, 
poussée par le piston, chasse l'autre avec bruit par l'eifet de la 



— 97 — 

compression de l'air. — Bas latin tacla, vieux français tacle, irait, 
Qèche : le mol ^acie ayant servi à désigner un projectile, convient 
parfaitement pour expliquer taclou. — Le même appareil s'ap- 
pelle p'tard, p'taud dans d'autres villages. H. Tarbé donne, tou- 
jours dans le même sens, les formes taperet, taporieu (1. t.). 

tahu : nuage isolé. 

tanchette : plante de la famille des crucifères (thlaspi bursa 
pastoris, L.). 

tantesse (e de te = [11] : femme d'un certain âge (se prend 
en mauvaise part). — Sans doute de tante. 

tardivet : tard venu , le dernier d'une couvée ou d'une 
famille. 

tardois (oi = 15) : bâton avec lequel on serre la corde qui 
maintient une voiture de récoltes. — De tarde pour tordre (voir 
page 61) avec le suffixe ors pour oir. 

teignons (ei = 20) : capitules de la bardane. 

tendon : nom que le patois donne à la bugrane à fleurs roses 
(onajiis spinosa, L., et ononis repens, L.). La bugrane à fleurs 
jaunes (orionis natrix, L.), s'appelle /endon jaune. 

terris (terris, aire de grange, T. m.) : couche de terre et de 
mortier soutenues par un lattis et remplaçant un plancber. — De 
terre. 

teteux : tout jeune enfant. — De ieler. 

tièble (ti = 25) : rucher. 

tillot : paille de chanvre. — De tiUer, séparer les fibres du 
chanvre de la paille, venant de tilia, tilleul, arbre à l'écorce 
fibreuse, dont le nom a été étendu à toute écorce fibreuse et en 
particulier à celle du chanvre. 

tocbo : piquette. 

toquée (qu = 24) : touffe épaisse. — A rapprocher de troche 
(voir page 98), 

toquet : bourrelet (d'enfant). 

toupette:!. houppe (de bonnet, de calotte) ; — 2. huppe 
(alouette à toupette). — Bas latin toppus^ touife, botte, paquet. 

toupot : endroit d'un champ où la récolte pousse beaucoup 
plus forte et plus touffue. — Même origine que le précédent. 

traciot : mal blanc. 

traie (aie = [10]) : la quantité de lait qu'on trait en une fois. — 
C'est une autre forme du français traite^ comme lui dérivée de 
traire. 

traînard (aï = [11]) : nom donné à plusieurs graminées ram- 
pantes ressemblant au chiendent. — De traîner, ou plutôt se traî- 
ner, dans le sens de ramper. 

traînasse (ai^[H]) : autre herbe rampante ; c'est la coronille 
(coronilla varia, L.). — Même origine. 

7 



_ 98 - 

trempée : pain émietté et trempé dans du vin. — De trem- 
per. 

triolot (T. y. t.) : chariot pour aider les petits enfants à mar- 
cher. — La forme iriolon est employée dans les environs. — Voir 
le verbe triôler, page 119. 

troche : pied ou toufTe, en parlant des plantes. — Bas latin 
irocha, bouquet, assemblage. Troche a été employé dans l'an- 
cienne langue. 

trove : trouvaille. — De trover pour trouver, voir page GO. 

varbée : coup de tête (au sens moral). 

varge : ivraie. — Dérivés : vargeux (voir page 102) et envar- 
ger (voir page 1 10). 

vaux, fém. : Tespace en largeur qu'un faucheur abat à cha- 
que passée. 

ver : verrat. — Bas latin verres, même sens. 

verdelle : pentui-e. — Du latin verlere, tourner. 

verteau (au = 4) : petite boule forée en terre cuite, que les 
fileuses mettaient à leurs fuseaux pour les faire mieux tourner. 
— Le mot verteau est vieilli aujourdhui, le fuseau ayant disparu 
devant le rouet, abandonné à sou tour depuis que les machines 
ont remplacé la fileuse. On dit encore cependant : grous comme 
un verteau, c'est-à-dire d'un très faible volume, en parlant d'un 
fruit, d'une pomme de terre, etc. — Le bas latin verieolus, 
même sens, adonné naturellement dans le vieux français vertels 
ou verteaus au cas sujet et vei'tel oa. verteau au cas régime, seul 
conservé lorsque le français a cessé d'admettre la déclinaison du 
nom : encore la désinence en el a-t-elle été abandonnée de bonne 
heure. Rabelais écrit vertoil, qui se rattache à un procédé de 
formation un peu différent. Tous ces mots ont pour radical lelatin 
vertere, tourner. 

vessou (T. 1.) : sorte de hoyau à lame mince et plate, — Bas 
latin fossoriumyfossorius, houe, pioche, du latin fodere, fossum, 
creuser. Le bourguignon fessou, indiqué par Perrault-Dabot, 
représente la vraie forme; on prononce d'ailleurs fzou dans les 
environs. Littré donne le mot fossoir dans le même sens. 

villeuses : veillotes (tleurs de colchique). 

villotiei' (li = 25) : habitant de la ville. — C'est un équivalent 
de citadin, qui a été refait sur le thème populaire ville, rempla- 
çant le thème cité, trop savant pour le patois. 

vinaigrette : usité dans la locution avoir la vinaigrette, qui 
signifie ressentir des aigreurs remontant de l'estomac dans la 
gorge. 

virée : glissade. — De virer signifiant glisser (voir page 132). 

vodre {vordre, bois, bosquet, broussaille, T. m.) : nom donné 
à plusieurs espèces du genre saule qui forment de très gros buis- 
sons dans les prés humides, sur le revers des fossés, etc. 



— 99 — 

volette : claie eu osier dont il existe deux types : un assez 
petit et rond sur lequel on met égoutler les fromages, un beaucoup 
plus grand et ovale sur lequel on fait sécher les fruits. — Littré 
donne ce mot dans le sens de petite claie sur laquelle on épluche 
la laine, et le regarde comme une autre forme de volet. 

z'guë (g = 27) : ciguë. — C'est le mot ciguë avec éjision del'i. 

Adjectifs. 

bajolé : qui présente un mélange de plusieurs couleurs voyan- 
tes. — Paraît être une variante de bariolé, par la chute de ï'r et 
la consonnification de Vi, comme dans singe, de simia, vendange, 
de vindemia. 

balé : se dit d'un chemin dont la boue sèche et disparaît après 
l'hiver ou après une grosse pluie. — Peut-être abréviation de 
balayé. 

barrée : se dit d'une vache dont le pelage- présente des raies 
de deux couleurs différentes : blanc et noir, blanc et rouge. — 
Bas latin barraius, rayé : barrati fratres, frères barrés, nom 
donné aux Carmes à leur arrivée en France sous saint Louis, à 
cause de leurs habits rayés alternativement de noir et de blanc. 

berdennier(en=20, ni= 29) : qui exige beaucoup de temps, 
en parlant d'un travail : c'est berdennier. — Voir le verbe ber- 
denner, page 104. 

boclu : raboteux. — On ne peut dire qu'il y ait là une onoma- 
topée, puisqu'il ne s'agit pas de rendre un son ; cependant les 
lettres rudes et heurtées de ce mot peignent bien l'idée à expri- 
mer. 

bouchonnière (école) — (ni=29, è=[10]):écolebuissonnière. 
— De bouchon pour buisson, voir page 72. 

bouchot (estragot) : se dit d'un escargot recouvert de l'oper- 
cule sous lequel il passe l'hiver. — Pour bouché. 

casque: dur, coriace; se dit d'un pain, d'un gâteau que la 
cuisson a fait trop durcir. 

chafrogneux (o=16) : difficile sur la nourriture. — Du vieux 
français frogner, qui signifiait froncer la bouche, le front, ensigne 
de mécontentement. 

cholératée : ne s'emploie qu'au féminin et s'applique aux 
pommes de terre malades, qui, une fois atteintes, se corrompent 
totalement. 

contralieux (li = 28) : qui aime à contrarier. — Voir confra- 
lier ^o\ir contrarier, page 63. 

cormellé : se dit des plantes dont le développement normal 
a été arrêté en pleine croissance, par exemple en parlant des 
légumes que les jardiniers disent bouclés. — Sans doute de niel, 
mellem, miel, à cause de l'aspect des rameaux dont le feuillage, 



— lOO — 

en cessant de s'allonger, se ramasse sur lui-même et forme des 
paquets jaunâtres ayant un peu l'air d'être enduits de miel : on 
dit emmiellé, môme sens, dans d'autres localités; le préfixe cor, 
dont le sens est difficile à préciser, pourrait bien être simplement 
augmentatif. 

cosaquée : mot qui remonte à l'invasion de 1814, et dont on 
s'est servi longtemps en parlant des femmes qui avaient subi les 
violences des Cosaques. 

creyot (ey= 9): crédule. — De c/Yire pour croire (voir page 61). 

darnu : qui a le vertige. — Doit être une forme de tournis, 
qui a été autrefois adjectif sous la forme torneis (Litt. au mot 
tournois, Etym.). Voir clarneiller, page 106. — On dit derne dans 
d'autres villages. 

dôleux : qui se plaint continuellement. — Du verbe se dou- 
loir (Berry se doter, Litt.), venant du latin dolere. 

donnot^(on = 16) : qui donne volontiers : i n'est pas donnât. 

douillet : douillet. 

ébroqué (qu = 24) : brècbedent. — De e pour ea;, préfixe sépa- 
ralif, et de broque pour dent (voir page 73). 

emmierlé : se dit du blé (ou froment) atteint de la rouille et 
épiant mal. — Emmierlé doit être pour emmiellé (sans doute en 
raison de la couleur) ; il est à rapprocher de cormellé, qui s'ap- 
plique aux légumes et exprime un accident analogue (voir page 
99). 

emputi : empuanti. — C'est une syncope de ce dernier. 

émusot : qui aime à flâner, à s'amuser. — De émuser pour 
amuser {\Q\v page 42j, 

essonrô : préoccupé, rêveur. — Sans doute de songe (voir 
sonreux, page f02.) 

façu : qui a une large face. — Formé de face avec le suffixe u 
comme barbu de barbe, cornu de corne, etc. 

ferrât (écalal) : variété de noix dont la coquille est extrême- 
ment dure. — De fer. 

frîlot : frileux. 

gabieux : chassieux. — De gabie, chassie (voir page 82). 

gai : se dit d'un objet en deux parties, comme un outil et son 
manche, lorsque ces deux parties ont trop de jeu, c'est-à-dire ne 
s'ajustent pas assez exactement. 

gàilleux (T. m.) : mollasse, qui tombe en une masse à demi 
li(}uide. — Voir dégâilier, page 106. 

grandissimille : superlatif (on pourrait dire superlatif multi- 
ple) de grand, usité surtout dans cette locution : au grandissl- 
mile galop. 

houdri : se dit du linge qui se couvre d'une foule de petites 
taches noires dues à la moisissure. — On dit camoussé, même 



— lOI — 

sens, dans les environs de Montmirail. P. Tarbé donne le mot 
hoxidri avec un sens analogue : bois houdri, mauvais à employer, 
pourri (m.). 

maugracieux (a=[3]); — (Berry, Litt.) : désagréable (en par- 
lant des personnes). — De mau pour mal, et de gracieux dans le 
sens à'agréable. 

maumeux : pas assez mûr — De mau pour mal, et de meux 
pour mûr (voir ci-dessous) : à la lettre mal mûr. 

meure (T. m.) : qui a peu de valeur, qui est en mauvais état. 
— Du latin minor, minorem; c'est un doublet de moindre. On a 
employé autrefois la forme mendre, plus voisine de moindre : 

... Le ramon et balay en la main, comme la mendre 

de toutes. 

(Griselidis). 

Par contre, on trouve assez souvent dans Froissart le verbe 
amenrir pour amoindrir, formé exactement sur le modèle de 
menre. 

Je ne dy mies que nous afoiblissons ni amenrissons l'ire- 
tage de monsigneur de Flandres. 

Menre a le sens original de moindre dans la phrase suivante, 
extraite d'une lettre-circulaire des arbalétriers de Sézanne, 1413, 
citée par P. Tarbé : 

C'est assavoir un cerf d'argent qui aura les cornes dorées 
pour le premier et meilleur joiiel^ et une biche d'argent pour 
le second et menre joiiel... 

maux (bourg, meur; Berry meur., meux, fém. meuse, Litt.) : 
mûr. — Le latin maturus avait d'abord donné meur., en deux syl- 
labes, qui est devenu meur, puis mûr. C'est la forme meur que 
le patois a conservée, en changeant la finale eur en eux, selon 
son habitude. 

morellé : se dit du vin atteint d'une maladie qui en fait virer 
la couleur du rouge au noir en lui donnant une saveur désagréa- 
ble. — De Maure ou More, à cause de la couleur noire : le nom 
morelle, qui appartient à un genre de plantes de la famille des 
solanées, a la même origine et signifie la noire (Litt.). 

nâcheux : difficile sur la nourriture. — On dit nâreux dans 
d'autres villages. 

neuilleux (eu de neu = 7) : pierreux, en parlant d"un fruit, et 
surtout d'une poire. — De neuillon pour noyau (voir page 89), 
les pierres formant comme autant de petits noyaux. 

put {peut, T. 1. ; put, T. m. t.; bourg, peut, put, P.) : vilain, 
laid, désagréable. — Put est un vieux mot français dérivé du latin 



— I02 — 

putidus, puant, qui se retrouve dans le nom donné autrefois à un 
pont de Cliâlons (Pont Pute-Savate, rue Croix-des-Teinturiers). 

Renart fait comme pute beste. 

(Roman du Renard). 

On l'appelait, par ung surnom et mocquerie qu'on luy 
avait donné, la belle Hélaine, d'aultant qu'il estoit put et 
laict et tout couperosé par le visage. 

(H.). 

râpeux (à = [3]) : rude au toucher. — De râpe. 

récouflé : écrasé par une charge trop lourde, une coiffure 
trop large. — Voir écoufler, page 108. 

régrûlé : morfondu par le froid. 

rembardi : entièrement ou presque entièrement couvert. — 
Le même (avec le réduplicatif en plus) que le français bardé, 
venant des bardes ou bandes de lard àonl on couvre une volaille, 
un rôti, etc. 

rembattu : harassé, rendu de fatigue ; — se dit aussi de celui 
qui a fini sa tâche ou sa journée. — De battre, la fatigue excessive 
rendant le corps aussi douloureux que si l'on avait été battu. 

renchu (T. t.) : retombé. — Réduplicatif de chu, participe 
passé de choir, tomber. 

résoud^ fém. résoude (T. m.) : dispos, bien portant. — C'est 
une Tariante de résolu^ dans le sens de décidé. 

rocleux (hocqueleux, enrhumé, (T. m.) : qui tousse souvent. 

— De roder., tousser (voir page 118). 

roussiau, fém. roussiaute (au ^ 4) : roux. — C'est le français 
rousseau avec le suffixe iau pour eau. 

sonreux : songeur, rêveur. — Voir essonré, page 100. 

tassu (a = 2J : charnu, serré, compacte. — Sans doute une 
forme de tassé. 

tillotté : haché, mis en miettes. — De tilloty paille de chan- 
vre, qui se brise très facilement. 

vargencé ; se dit d'une plaie qui présente plusieurs couleurs. 

— De varius, varié, le même qui a servi à former variole ; le g 
paraît être i consonnifié (voir bajoLé, page 99). 

vargeux : qui contient de l'ivraie (grain, pain vargeux). —De 
varge pour ivraie, page 98. 

Verbes, 

adrer, v. n. : pondre un adre, en parlant des poules. — Voir 
adre, page 69. 

andeiller, v. a. (ei = [10]) : passer le grand râteau entre les 
andains d'avoine ou d'orge. — De andain. 



— io3 — 

anôïer, v. n.(ô = [o]) : se livrer envers quelqu'un à des obses- 
sions réitérées cl fatigantes; — chercher à faire une chose dont on 
n'est pas capable, en revenanlcontinuellementàlacharge; s'épuiser 
en efforts inutiles. — Le vieux français disait ennoier ou anoier, 
dans le sens d'ennuyer. 

Ci se volt taire Faus semblant; 
Mais Amers ne fait pas semblant 
Qu'il soit ennoiés de l'oir . 

(Roman de la Rose). 

... Ils veoient que il luy anoioit et que il parloit de bon 
cuer et tout acertes. (Froissart). 

L'italien a le mot annoiarc dans le même sens. 

Anoïer (o bref) se trouve également comme verbe actif et 
avec le sens pur et simple d'ennuyer^ dans le patois de nom- 
breuses localités de la Champagne. Quoique notre mot ««dier pré- 
sente un sens plus compliqué, il parait cependant être le même, 
la première acception emportant l'idée d'ennui, et les autres dif- 
féi'ant seulement de la première en ce que celui qui anôie s'at- 
taque aux choses et non aux personnes. 

arguïonner, v. a. (g=27, on=16) : taquiner. — L'idée d'ai- 
guille ou d'aiguillon servant à piquer se rapporte tellement au 
sens de C3 mot qu'il ne paraît pas trop osé de l'y rattacher. Il y a 
cependant là une r qui semble embarrassante; mais le patois fait 
quelquefois un emploi bizarre de cette lettre. Voir au mot cor- 
piaUy page 77. 

bacâiller, v. n. (â=[3]) : barguigner, parler pour ne rien dire. 
— Bas latin barcaniare, marchander, négocier, être long à se 
décider. 

baloquer, v. n. : se dit du bruit que le mouvement lait faire à 
un objet pas ou mal fixé ; exemple : les chocs d'un outil contre 
les parois d'une boite dans laquelle il est enfermé. ■— Paraît une 
forme de ballotter. 

bâreiller, v. n. (â=[3], ei=[10]) : aller ça et là, marcher dans 
tous les sens : le vent bareille, c'est-à-dire change de direction 
à chaque instant. — Probablement de varier, avec le suffixe eiller, 
qui a ici un sens fréquentatif. 

basquer, v. a. rejeter l'eau avec une écope, que le patois 
appelle basquoUe (voir ce mot, page 71). 

bêcher, v. n. (T. t. m.) ; éclore, en parlant d'un jeune oiseau 
qui brise la coquille pour sortir de l'œuf. — De bec. 

berdâcler, v. n. (â=[3]) : remuer des objets qui fontdubruit; 
s'agiter bruyamment et à vide. — Onomatopée. 

béquiUer, v. n. (qu=2o) : paître, en parlant des oiseaux qui 
coupent l'herbe avec le bec, comme les oies, etc. — De bec. 



— io4 — 

berdenner, v. n. (en =20) : passer beaucoup de temps pour 
mener à fin un travail minutieux. 

beûiller, v. n. (T. t. 1.) : regarder curieusement en ouvrant de 
grands yeux et en approchant la tête le plus possible. — JD'après 
La Monnoye, beûiller viendrait de bœuf et slgniReraiit regarder de 
près et comme avec de gros xjenx de 6o?M/'(Perrault-Dabot). 

bider, v. n. : galoper. — Verbe correspondant pour le sens au 
nom français bidet : 

Mais de leur malheur toutesfois 
Elles ouyrent quelqu'un venir 
Qui d'une vessie pleine de pois 
Les en fit toutes enfouir ; 
Et de bider et de courir. 

(Coquillart, Enqueste. — Cité par Godefroy). 

biffer, v. a. : 1. gonfler; 2. avaler. — Sans doute pour bouffer 
dans les deux sens. 

bossiller, v. a. : bosseler, cabosser. — Tous ces mots viennent 
de bosse. 

brouillasser, v. n. : bruiner. — De brouillas^ ancienne forme 
du mot brouillard. 

Quelque orage toujours qui s'esiève à ta perle, 
A, comme d'un brouillas, ta personne couverte. 

(Régnier, Epître I). 

broussiner, v. n. : bruiner. — Variante du précédent. 

caler, v, a. : coiffer. — De cale^ bonnet (voir page 74). 

câpi (se), V. réf. (â=[3]) : se tapir. — Le même que tapir, sauf 
la première lettre. 

chaguiner, v. n. (gu=27) : tailler du bois avec un mauvais 
couteau. — De chaguin^ mauvais couteau (voir page 75). 
chapigner (se), v. réf. : se chamailler, s'attaquer, lutter : 

Sur lequel (de Sérelle) descendit le bourreau..., et ayant 
remis la main à luy, se chapignèrent l'ung Taultre. (H.). 

chareiller, v, a. (a := [5], ei = [10]) ; — (Berry charreyer, 
Litt.) : charrier. — Bas latin charreagiare^ du latin carrus, char. 

chaureiller, v. a. (au = [5], ei = [10]) : produire une vive 
sensation de chaleur sur la peau. — De chaud. 

chesser, v. a. : sécher. — Prononciation vicieuse par trans- 
position de sons. 

cheurler, v. n. : boire avidement et sans modération, même 
de l'eau. — C'est san.=. doute une onomatopée imitant le son que 
produit l'ingurgitation précipitée d'une grande quantité de liquide. 



— io5 — 

chevêtrer, v. a, (ê = [H]) : habiller. — Du chevêtre o\i licou, 
qui est la première pièce du harnachement des chevaux. 
choquer, v. n. : sucer son pouce, en parlant des jeunes enfants. 

— Lillré, au mot aucer, Etym., cite la forme picarde chuker, 
sucer, dérivée du latin sugere. 

choûler, v. n. : flairer avec bruit en parlant, par exemple, 
d'un chien de chasse. — Paraît être une onomatopée. 

claquer (â=[5]) : 1. v. n. : faire du bruit avec un fouet; — 
2. V. a. : donner des coups de fouet et par extension,, punir. — C'est 
le même que ciaçuer, puisqu'on dit /aire claquer son fouet, mais 
avec l'a bref changé en a très long. 

cleigner, v. a. (ei = 20) : pencher, incliner. — Il y a dans le 
bas latin une forme clinare pour inclinare, de laquelle descend 
cleigner. 

clicoter, v. n. : pétiller, produire une suite de petits bruits, 
comme de la paille ou des ramilles qui prennent feu. — Onoma- 
topée : on dit clicarder k Sainte-Ménehould dans le même sens. 

cliver, v. a. (T. a. m.) : cribler. — De clive pour crible (voir 
page 76). 

. cloquer, v. n. : 1. se dit d'un des cris de la poule (lorsqu'elle 
demande à couver) ; — 2. exprime le bruit que rend un œuf gâté 
lorsqu'on l'agite. — Onomatopées. 

coinner, v. n. (oin = 23) : pousser un cri perçant et nasillard 
comme celui du canard. — Onomatopée. 

coqueter^ v. a. : 1. cocher ; — 2. pousser des cris d'effroi à la 
vue d'un animal ou d'un objet suspect, comme font les poules, les 
dindes, etc. — De coq. Tout en admettant avec LiLtré que cocher 
ou caucher vient non de coq, qu'il rejette formellement, mais du 
latin calceare, fouler, presser, ou est bien forcé de rattacher co- 
qtieter à coq. 

corder (se), v. réf. : s'accorder. — Du latin cor^ cordeniy 
cœur. Le patois donne toujours à ce terme la forme pronominale; 
d'autres parlers ont corder, verbe neutre : ces gens cordent bien; 
un tel ne corde pas avec son voisin. 

corneiller, v. a. (ei=[10]) : donner des coups de corne. — De 
corne, avec le suffixe patois eiller. On dit cornicher dans les en- 
virons de Montmirail. 

coureiller, V. a. (ei=[10]):poursuivreen courant. — DecounV, 
avec le suffixe patois eiller. 

courser, v. a. : même sens que le précédent. — Du latin cur- 
sum, supin de currere, courir. 

coutiauter, v. a. (ti=2o) : blesser ou tuer à coups de couteau. 

— Dérivation irrégulière de coutiau pour couteau, par addition 
de la lettre parasite t : voir siautée, page 96, dépiauter, page 107. 

crâler, v. n. {â=[3]) : (T. t. m.) : produire un son criard et mo- 
notone; se dit : 1' du bruit que des chaussures neuves font dans 



— io6 — 

Ja marche; 20 d'un des cris de la poule. Il s'emploie aussi dans 
cette locution : i ne peut plus crâler (il ne peut plus parler), au 
sujet d'une personne fortement enrouée. — Onomatopée. 

cultonner, v. n. (on = 16) : s'occuper à de menues besognes 
qui prennent beaucoup de temps. 

daguiner, v. a. (gu=2'7) ; taquiner. — C'est une autre pronon- 
ciation de taquiner. Voir drimer pour trimer, page- 107. 

dardeiller, V. n. (ei= [10]): tituber, chancelercommeunhomme 
ivre. — On dit chamboler, même sens, dans les environs dn 
Sainte-Ménehould. 

darneiller, v. u. (ei=[10]); — (T. t.) : tourner, perdre l'équi- 
libre par l'effet du vertige. — Doit être une forme de tournoyer 
(voir darnu, p. 100). — Le précédent pourrait bien être le môme 
mot avec une légère différence de prononciation. 

débiller, v. a. : déshabiller. — Habiller, qui se dit hébiller 
en patois, auraitdonné déshébiller ou déhébiller ; cesderniers man- 
quant par trop dharmonie, le patois s'est tiré d'affaire par une 
syncope qui n'est pas sans hardiesse. 

débûûdonner, v. n. : sortir à flots pressés comme le liquide 
qui sort d'un tonneau dont ou a enlevé la bonde. — Du préfixe 
séparatif dé, et de boûdon pour bondon (voir page 55). 

décarrer, V. n. (a=;[3]) : décamper précipitamment. Peut-être 
de dé, préfixe séparatif, et du latin carriis, char. 

décreûiller, v. a. (eu ^ 7) : faire tomber ce qui était retenu 
par les branches d'un arbre. — Voir encreûiller, page 109. 

dôdemniser, v. a. (em = am) : indemniser. — C'e^ le même 
mot refait avec dé séparatif au lieu de in négatif, ce qui est la 
même chose au fond. 

dégâiller,v.n. (â = [3^) : former une boue liquide, comme dans 
le dégel; surtout usité dans la locution : ça dégâille. — Voir 
gâilleux, page 100. 

dégrimonner, v. a. (on = 16) : dégrader, en parlant d'un mur: 
— se dégrimonner : prendre de la peine, faire de grands efforts. 
On dit dans les environs se dégrimonner de pleurer, ce qui re- 
vient à se faire du mal, se tuer à force de pleurer. 

déhober, v. n. : quitter la place, s'en aller. — A rapprocher 
de l'alleiuand hehen, lever, qui se prend familièrement dans le 
sens de se retirer, s'en aller. Cl. Haton dit fiober dans le même 
sens ; 

. . . Fut faict le ban par les carrefours que nul ne hobast 
de sa maison sous peine de la hart. 

déhoter, v. a. (T. m.) : débourber (en parlant d'un chariot, 
d'une voilure, etc.). — Voir enlwter, page 109. 

demicher, v. a. (demisser, hacher, émietter, T. t.) : découper 
en petits morceaux. — De mica, mie ou miette. 



— lO^ — 

dépairer, v. a. : déparier, séparer deux objets qui formaient 
une paire. — Tiré directement du mol paire^ avec le préfixe sépa- 
ratif (lé. 

dépatouiller, v. n. : former un mélange d'eau et de boue; 
usité surtout dans la locution : ça dépatouille. — Même sens que 
dégàiller (voir page 106], sauf que l'eau occupe une plus grande 
place dans le mélange. Voir patouillat, page 91, et patouiller, 
page H 4. 

dépiauter, v. a. (au= 4) : dépouiller. — Dérivé irrégulier de 
piau^ pour peau, dont nous avons déjà trouvé des exemples : 
siaufée, coutxauter. 

dépiquer, v. n. : aboutir (en parlant d'un champ) : tel champ 
dépique su tel aide, su un chemin^ etc. — De dé séparatif et de 
piquer; en labourant, on cesse de piquer, c'est-à-dire d'enfoncer 
le soc de la charrue, lorsqu'on arrive à l'extrémité du champ. 

dérayer, v. n. (ay=[10]) : quitter la raie, c'est-à-dire la ligne, 
la direction vraie. — De raie. iNe doit pas être confondu avec le 
mot moderne dérailler, qui vient de rail. 

dériver, v. a. : ouvrir un passage en fauchant sur les côtés 
d'un pré dont la limite se confond avec les prés voisins. — De dé 
et de rive. 

désoûcheler, v. a. : désosser. — De dé et de ous pour os (voir 
page 53). 

détôïer, v. a. (ô = [5]) : retirer du bourbier. — Voir enrôler, 
page 110. 

détoyer, v. a. (oy=15) •. enlever la taie, par exemple, d'un 
oreiller, d'un lit de plume. — De toie pour taie (voir page oo). 

détrâcer, v. a. (â = [3]) : faire disparaître la race (se dit d'une 
espèce animale ou végétale). — De race: il y a lieu de remarquer 
le t dont rien ne justifie la présence dans ce mot. Le patois dit de 
même entrâcer (voir page HO). 

détrapper, v. a. : dépêtrer. — Voir enlrapper, page 110. 

déverser, v. a. (pron. déverser) : usité dans la locution se dé- 
verser le pied, qui signifie se tourner le pied, prendre une en- 
torse. On dit dans d'autres villages, avoir un divers. L'origine 
commune à ces deux expressions est le latin vertere, versum, 
tourner, 

drimer, v. n. : courir, trimer, se fatiguer beaucoup. — Pro- 
nonciation particulière de trimer. Voir daguiner pour taquiner, 
page 106. 

ébôner, v. n. (ô = [3]) : dans les jeux de jet, tirer les places 
avant de commencer la partie. — Du bas latin bona, home, bonare, 
planter des bornes, l'opération en question ayant lieu entre les 
deux limites ou bornes du jeu : la passe, qui est le point d'où l'on 
joue (voir page 90), et le but qu'il s'agit d'atteindre-, le 
joueur qui dans cette épreuve a mis le plus près du but joue le 



— io8 — 

premier, et ainsi de suite. La lettre r a été introduite plus tard 
dans le mot borne, qui s'est longtemps dit bonne ou bosne. 

ébranculer (s'), v. réf. (c =; 25) : se suspendre par les bras en 
tirant de toutes ses forces et en faisant agir le reste du corps par 
son poids. — De bras et de cul. 

ébuter^ v. n. : synonyme à.'ébôner (voir page 107). De but. 

écafiller, v. a. : écaler. — C'est écaler afflublé d'une dési- 
nence probablement fantaisiste ; Perrault-Dabot cite écalofer dans 
le même sens. 

éçarner, v. a. : retirer les cerneaux de la coquille. — De é pour 
ex, préfixe séparatif, et de çarniaux pour cerneaux (voir page TS). 

écoler, v. a. (T. m.) : instruire, faire la leçon : ça m'a école 
(cela m'a servi de leçon). — De école. 

écolier, v. a. : attacher les rameaux de la vigne sur l'échalas 
ou sur le treillage. — Du préfixe é pour a et de coller. 

écoufler, v. n. : s'effondrer, en parlant d'une toiture, etc. 

écouver (s'), v. réf. (T. t.) : s'accroupir. — Bas latin cubarCy 
couver. 

écramouler, v. a. : écrabouiller. ~ Comme écrabouiller^ 
c'est un augmentatif d'écraser. 

édarner, v. a. : assommer. — De darnu (voir page 100). 

éfanner, v. a. ; couper le haut des feuilles dans les jeunes blés 
trop forts. — De é pour ex, et de faune pour fane (^roir page 54). 

éflûiller, v. a. : effeuiller. — Déformation assez bizarre d'e/- 
feuiller. 

églâiller (â = [3]) : i. v. n., seditducri de la pie; — 2. v. a., 
par extension, interpeller d'une façon provocante. 

ég'lajoler, V. a. : éclabousser. — Littré, au mot éclabousser 
cite une ancienne forme, éclaboterj qui d'ailleurs ne se rapproche 
pas davantage d'églajoler ; mais il est à remarquer que tous ces 
mots ont un radical commun. — A rapprocher d'éclache, flaque 
d'eau (voir page 79) et aussi de l'allemand schlabbern, jeter de 
la bave. 

égosser, v. a. : faire des mines à un très jeune enfant pour 
l'exciter à rire. — Peut-être forme de agacer, faire des aga- 
ceries. 

égraper, v. a. : agrafer. — De égrape pour agrafe (voir 
page 79). 

éider, v. a. (Berry aider, ajider, Litt.) : aider. — La forme 
berrichonne aider est employée dans beaucoup de régions, entre 
autres dans les environs de Montmirail ; c'est cette forme qu'em- 
ploie notre patois, mais avec le préfixe é pour a. 

éjeter, v. a. (bourg, échetaiy Litt.) : acheter. — É pour a, et 
j pour ch, 

élêner, v. a. (ê = [lOj) : arracher la nielle dans les champs de 



— 109 — 

seigle ou de blé, — De é pour ex, et de lène pour nielle (voir 
page 86). 

élîsser, v. a. : frayer, mettre en train (se dit surtout d'une 
glissade ou virée : voir page 98). — De Ligse. 

émioler, v. a. : émietter. 

émoûcher, v. a. : battre légèrement et incomplètement du 
seigle, comme s'il s'agissait seulement de chasser les mouches avec 
le fléau. — De é pour ex, et de mouche. 

émouver, v. a. : mettre en mouvement, forcera se remuer (en 
parlant des personnes). — C'est émouvoir, pris au sens matériel, 
et transporté de la troisième conjugaison à la première. 

empruser, v. a. : mélanger de présure, en parlant du lait. — 
De pruse pour présure (voir page 93). 

emputi (s'), v. réf. : s'empuantir. — Syncope. 
encleigner, v. a. (ei = 20) : essanger (la lessive). 
encreûiller, v. a. (eu ^7) : jeter dans les branches d'un arbre 
un objet qui y reste engagé. 

enguiller, v. a. (gu=27) : enfiler (une aiguille). — Voir en- 
guillée pour aiguillée^ page 55. 

enhoter, v. n. : rester embourbé (en parlant d'un véhicule). — 
Littré, au mot cahoter, Etym., ayant besoin d'un verbe hoterpour 
expliquer Aii/iofer, forme wallonne de cahoter, dit qu'on ne connaît 
pas de verbe hoter, à moins qu'on ne le rattache à hotte. Le verbe 
en question semble apparaître, mais toujours en combinaison, dans 
nos mots enhoter et déhoter, dont l'idée est assez voisine de ca- 
hoter, puisque dans un cas comme dans l'autre il s'agit d'un elFet 
produit par les fondrières ou ornières profondes si communes 
jadis sur les chemins mal entretenus. On a pu comparer ces fon- 
drières à des hottes, en raison de leur profondeur: ce qui nous 
ramène à la supposition de Littré. 

enhuiler (s'), v. réf. : se dit des noix trop vieilles, qui prennent 
un goût d'huile rance. — De huile. 

ennouer, V. a. (en=19) : embarrasser l'entrée du gosier, en 
parlant des aliments d'une déglutition difficile. — DénoueUé, qui se trouve aussi 
dans l'ancienne langue. 

redonder, v. n. : rebondir ; se dira, par exemple, d'une 
balle à jouer. — Le mot français recloruler exprime la répétition 
d'une idée, le retour sur ce qui a déjà été dit; le patois exprime 
quelque chose d'analogue dans le domaine des faits matériels, 
puisque l'objet qui redonde suit de nouveau un trajet déjà par- 
couru. 

réfaler, v. a. : rattraper au vol un objet qui tombe. — Littré, 
au mot affaler^ cite le bas-breton affala ou a^efa, retomber, dont 
le sens concorde assez bien avec celui de réfaler. On dit avec le 
même sens récharder dans les environs de Montmirail, et reciper 
à Sainte-Ménehould. 

réfourrer, v. a. : donner le fourrage aux animaux. — De 
fowTage. 

refrogner, v. a. : usité seulement dans la locution refrogner 
le nez, qui signifie faire la grimace, prendre une mine renfro- 
gnée. — De l'ancien verbe français frogner, qui signifiait froncer 
la bouche, le front. (Voir chafrogneux, page 99). 

régrainer, v. a. (ai = 20); — (T. t.) : i. ramasser avec un 
râteau; — 2. détacher en raclant. — Le premier sens vient de 
grain; le second en est une extension et se dit surtout dans la 
locution régrainer le pot, qui signifie gratter, enlever le gratin ou 
régrainon (voir ce dernier, page 94). 

rejardeller, v. n. : produire déjeunes pousses. — Il y a, dans 
la langue spéciale des eaux-et-forêts, un y evhe jardiner signiliant 
couper les arbres au fur et à mesure qu'ils dépérissent ou qu'ils 
ont atteint le volume que l'on recherche. De nombreux rejetons 
surgissant bientôt autour de la souche des arbres coupés, il est 
possible que rejardeller soit un réduplicatif fréquentatif de jar- 
diner, entendu dans le sens de la définition ci-dessus. 

rejonfler, v. n. : saillir en forme de bourrelet, comme, par 
exemple, la nuque d'une personne très grasse au-dessus des vête- 
ments. — Mot difficile à expliquer sous cette forme. Dans les envi- 
rons, on dit rejoufler, qui peut se rapprocher de joue. 

relafer, v. a. : engloutir, faire disparaître en avalant. — A 
rapprocher de laper. 

r«ncharger, v. a. : faire de pressantes recommandations : 



— 117 — 

je Vai bien renchargé de s'occuper de vousj c'est-à-dire je lui ai 
bien recommandé, etc. — De charger^ dans le sens de confier une 
tâche. 

rencurer; v. a. : usité seulement dans la locution rencurer 
l'école^ qui signifie rapporter ce que font les autres. — C'est pro- 
bablement une forme d'accif.çer, avecl'éternel et oiseux préfixera. 

renfermi, v. a. : raffermir. — C'est une simple variante. 

rentoyer, v. a. (oy = 15) : remettre dans la taie. — De toie 
pour taie (voir page 55). Voir aussi le contraire détoyer^ p. 107. 

répaiser, v. a. (ai = [\0]) : apaiser. — iîepawer est pour ejoai- 
ser (bourg, époizé^ Litt,), bas latin epacare. 

répetiser, v. a. ; rapetisser. — Cl. Haton écrit rapetiser : 

Il Bezela fut trouvé auprès des murailles de Provins, où. 
l'eaue l'avoit quitté, après qu'elle fut rapetisée. 

répièceter, v, a. : rapiécer. 

réquerséli (se)^. v. réf. (qu = 25) : se ratatiner, se dessécher. 
— Probablement de queurse (voir page 03), à cause de la con- 
sistance. 

réqu'moder, v. a. : raccommoder. 

réquiller, v. n. (qu = 2d) : retourner prendre son travail au 
commencement^ comme par exemple en fauchant; — faire un 
détour, être obligé d'allonger son chemin, — On dit accueillir^ 
même sens, dans d'autres régions de la Champagne. 

ressuer, v. n. (u = 1) : ressécher. — Voir essuer, page 111. 

rétenri, v. n. : devenir tendre. — De tenre pour tendre (voir 
page 66). 

retieurcer, v. a. (ti = 23) : donner le troisième labour à la 
terre. — Bas latin retertiare, labourer pour la troisième fois, du 
latin tertiuSy troisième. 

rétiller, v. a. : attiser. — Changement de s en ill.,., commun 
dans le patois après un i. 

rétondi, v. u. : retentir. — Autre forme de retentir, qui se 
trouve dans Rabelais. 

retrancher, v. a. : donner le second labour à une jachère. — 
De trancher : à la lettre, c'est trancher ou couper une seconde 
fois. 

reûiller, v. a. (eu = 7) : ne s'emploie que dans la locution 
reûiller les yeux, qui signifie ouvrir de grands yeux. — On a dit 
autrefois en français rouiller les yeux. Il est probable que rouil- 
ler et reûiller sont pour rouler : ce qui appuie cette opinion, 
c'est que dans les environs de Vitry-le-François on dit reûiller 
dans le sens de rouler., passer le rouleau sur une terre labourée. 

revenger, v. a. (Berry revanger., Litt.) : venger. — Cette 
forme, employée dans la vieille langue jusqu'au xiii* siècle, a été 



— ii8 — 

depuis abandonnée pour revancher et est aujourd'hui lionteuse- 
ment classée parmi les locutions vicieuses. 

rifler, v. a. : ratler, faire disparaître vivement. — Bas latin 
rifflare, enlever par force. Voir érifler (page HO). — A rappro- 
cher de l'anglais io rifle, dévaliser, piller. 

rocler, v. n. : tousser. — A rapprocher du latin raucus, 
enroué : il y a dans Cl. Haton un mot rocque, enroué, qui est la 
traduction de raucus ;. 

... Par après, entroient en une toux si grande que rien 
plus, jusques à rendre le sang par le nez à force de tousser 
el demeuroient si rocques et enrouez qu'on ne les ouyoit 
quasi parler. 

rommeler^ v. n. : râler, produire un bruit particulier en res- 
pirant. — Paraît devoir se rattacher à grommeler , à cause du 
bruit produit dans les deux cas; on trouve dans Montaigne rom- 
meler avec le sens de grommeler. 

ronner, v. n. (on = 17) : bourdonner, murmurer. — Onoma- 
topée. 

sîmer, v. n. (T. t. m.) : suppurer. 

sombrer, v. a. (ï. t. 1.) : donner le premier labour à une 
jachère. — De sombre, ce premier labour se donnant dans la sai- 
son où le ciel est encore généralement sombre. 

sorger^ v. a. : guetter, épier ; le chat sorge la souris. — A 
rapprocher de l'allemand Sorge^ dans le sens d'atlention. 

sûter, v. n, (T. t.) : pleurnicher. — Peut-être une onomatopée 
(répétition d'une sorte d'aspiration nasale qui peut se figurer 
approximativement par sii, su...). 

tabourer (T. t. a. 1.) : 1. v. n., faire du bruit en frappant; — 
2. V. a. se dit des élancements causés par un mal, comme un pana- 
ris, un mal blanc, etc. : ça me taboure. — Tabourer a signifié 
autrefois battre le tambour ; le tambour lui-même s'est appelé 
labour, du bas lailuitaburnum. 

taguer, v. n. (gu = 26) : — (daguer, être essoufflé, T. t.) : 
tirer la langue, haleter par l'effet de la chaleur et de la soif ; se 
dit des chiens, des volailles, etc. 

taugner, v. a. (au = [5]); — (T. m. a.) : battre, rosser. 

tiller, V. a : cueillir. — Le même que quiller (voir page 115). 

tôcher, v. a. (ô = [3]) : frapper à coups de tête, en parlant des 
animaux (béliers, veaux, etc.). — Perrault-Dabot et Littré citent 
le mot bourguignon /ôcA.ai, frapper, qui est ici pris dans un sens 
particulier. 

tolli, V. a. : enlever, ôter. — Du bas latin iollire pour tôl- 
ière, enlever. Le verbe tollir était très usité dans l'ancienne 
langue : 



— "9 — 

Si li tolil lo blanc osberc legier. 

(Chanson de Roland). 

Et fu leur conseuz teus que si tost corne il verroienl le 
jour, qu'il s'iroient combatre a eus en rivage pour tolir leur 
vaisseaus. (Villehardouin). 

Le remède qui luy sembloit le plus convenable pour ce 
faire esloit de tollir les presches des huguenots. 

rCl. Haton). 

Le patois n'emploie plus tolli qu'à l'inlinitif et au futur, et 
encore dans un sens spécial : an ne peut pas vous tolli ça ; — an 
ne vous tollira pas ça, en parlant d'un droit qui ne saurait être 
méconnu. 

tonfer, v. n. : se faire entendre(enparlant, en soupirant, etc.), 
s'emploie surtout dans cette phrase : i n'a pas tonfé, c'est-à-dire 
il n'a fait entendre aucun bruit. — Peut-être une onomatopée. 

traînebaler, v. a. (ai = '21) — {trinqueballery T. m. ; Berr}' 
trinqueballery Litt.) : trimbaler. — Les formes trinqueb aller, 
triballement se trouvent dans Rabelais. 

trépercer, v. a. (T. t. m.) : mouiller d'outre en outre, — De 
tré pour /?'a«s, à travers, et de percer. 

triôlor, V. a. (ô = [5]) : promener de droite et de gauche. — 
Voir triolut, page 98. 

trîler, v. n. : produire un bruit strident et continu, dont un 
des types est celui que produit un métier à bas. — Encore une 
onomatopée on ne peut mieux trouvée. 

trocher, v. n. (bourg. Iroché., pousser des tiges, Litt.) : 
s'étendre, former une touffe (en parlant des plantes). — De iroche, 
voir page 98. 

verdeilier, v. a. (ei = [10]) : verdoyer; tacher de verdure. — 
De uerrf, ancienne orthographe de vert (en latin viridis). 

verder, v. n. (T. t. m. ; — verder, veurder. P.) : être pro- 
jeté en l'air avec force; subir un mouvement rapide, aussi bien 
dans le sens circulaire que dans le sens recliligne ; — par exten- 
sion, sauter, bondir, courir avec une extrême rapidité.— Du latin 
vertere, tourner, qui s'applique même dans le cas d'un mouve- 
ment en ligne droite, ce mouvement se subdivisant généralement 
en une série de rotations très rapides. 

vionner, v. u. (on = 1") — (Morvan. P.) : vibrer, produire 
un bourdonnement sourd et continu, comme celui des mouches, 
de la pierre lancée par une fronde, d'une balle sur la fin de son 
trajet, d'un fil télégraphique, etc. — Onomatopée ; — on dit 
viorner dans d'autr3s localités. Perrault-Dabot cite cette dernière 
forme comme usitée dans l'Yonne ; mais vionner peint mieux le 
bourdonnement. 



— 120 — 

IV. — MOTS AGGLUTINÉS OU COMPOSÉS ; - LOCUTIONS 

DIVERSES 

1. — Mots agginilués. 

Le patois agglutine, parfois plusieurs mots qu'il réunit en un 
seul. Le principal efïet qui se produit dans ce cas est de faire 
perdre l'accent tonique à tous les mots composants, le dernier 
seul excepté. Ainsi dans le mot charaban, Va de c/ior qui, dans 
ce mot séparé, aurait un son plein et un peu allongé, se prononce 
très bref et sans aucun relief, de sorte que les deux a donnent 
quelque chose comme ceux du mot tabatière. Voici une liste de 
quelques mots de ce genre : 

IN OMS. 

charaban (an == 16) : char-à-bancs. 

crouettéjésus (é = [10]) : alphabet. — Devrait s'écrire croix- 
de- Jésus ; mais le patois agglutine entièrement les trois mots en 
leur donnant une prononciation conforme à l'orthographe adop- 
tée. On disait au moyen âge croix de par Dieu ; on dit encore 
croiselte dans les environs de Montmirail. Toutes ces expressions 
viennent de la croix qui autrefois figurait toujours en tête de l'al- 
phabet. 

essuyamain (ain = 20) ; essuie-mains. 

filfer : lil de fer. 

foussafient (ou bref et atone) : fosse à fumier. 

misérendô (o = 4) : hotte de mendiant ou de petit marchand 
ambulant. — Vouv misère-en-dos. 

ouâgoutte (â= [3]) : celui qui n'y voit pas ou presque pas. — 
Pour voit-goutte. 

painm'nit (ain = 21, i de nit long) : pain bénit. — Change- 
ment de b en m avec élision complète de l'é. — Voir iaum'nile, 
iauniuitier, page 146. 

pommenéterre : pomme de terre. — Dans cette agglutina- 
tion, le mot de se trouve complètement dénaturé etàpeinerecon- 
naissable. 

poulagueule (gu = 27) : gourmand. — Facile à décomposer 
en pou (pour) la gueule. 

ratd'iau (d'i = 27, au = 4} : rat d'eau. — A remarquer l'ef- 
fet de l'agglutination sur le mot iau qui se prononce partout ail- 
leurs au long [4] ; ici les deux mots se réunissant, au se prononce 
bref (4), comme dans les mots de plusieurs syllabes en iau: cou- 
iiau, vanniaUf eic. (voir page 48). 

reineglaude (ei = [H]) : prune de reine-claude. 

reineglaudier (ei = [11]), di = 27) : prunier de reine-claude. 

vivargent : mercure ou vif-argent. 



— 121 — 

2. — Mots composés. 

Noms. 

âbre-cabri : suite de nuages blancs en forme d'arbre double 
qui va du bord septentrional au bord méridional de l'horizon et 
qui est regarde comme un signe de pluie pour le lendemain. 

bois-joli (oi = lo) : bourdaine (rhamnus frangula, L.). 

bec-aigu (g = 27) : se dit d'un enfant nmladif, d'une jeune 
fille maigre et chétive. 

bête-à-pain (ê = [H]), ain = 20): bête appartenant à l'espèce 
humaine. 

bonnes-grâces : garniture en étoffe que l'on suspend autour 
du manteau d'une cheminée, 

calottes-de-curé : aconit /'acom7u?n napellus, L.). — A cause 
de la forme des fleurs, qui d'ailleurs ressemblent plutôt à un 
capuchon qu'à une calotte. 

chadron-meurlon : espèces de grande taille appartenant aux 
genres chardon et cirse. 

charche-pain : mendiant. 

chasse-colées : garçon meunier. — Le mot cotée signifie sac 
de grain (voir page 70). 

coq-d'Inde : bruche, sorte de charançon qui vit dans les 
pois et les lentilles. 

crachat-de-coucou : sorte de bave blanche et mousseuse que 
l'on trouve sur les pousses de certains arbres et sur plusieurs 
plantes herbacées : celte bave est sécrétée par la larve d'un in- 
secte nommé aphrophore écumeuse. 

croque-avoine (oi = 22) : celui qui fait des démarches pour 
un jeune homme en vue d'un mariage. — On dit pique-avoine 
dans les environs de Monlmirail. 

crotte-d'âne (â = [3]) : sorte de beignet. — Ainsi nommé de 
sa forme sensiblement cubique, qui est aussi celle des crottes 
d'âne. 

crottes-de-chat : fruits de la viorne mentiane (viburnum 
lantana, L.). 

crotte-de-pie : menue monnaie d'argent, pièce de 20 ou 
50 centimes. — A cause de la couleur blanche et de la forme 
ronde. 

devant-de-gilet ; flèche de lard. — A cause de la forme. 

égratignant-chat, mordant-chat : nom que donne un 
enfant au camarade qui l'a égratigné ou mordu. 

épine-blanche : bois de Sainte-Lucie {prunus mahaleb, L.). 

épine-noire : prunelier (prunus spinosa, L.). 

fort-en-diable (di = 27, a = [3]) : sorte d'étoffe très solide. 

guère-ne-vaut (gu = 27^ è = [11]) •. vaurien. 



— 122 

gueule-de-loup (gu = 27) : muflier (antirrhinum majus, 
L.). 

harbe-blanche : nom donné par le patois à trois espèces bien 
ditlerentes : le cerfeuil bâtard (chœrophyllum iemulum, L.), l'as- 
périile à l'esquinanoie (asperula cynancliica^ L.), el l'ansérine 
blanclie {chenopodium albiun, L.). 

harbe-i-cochoa : renouée des oiseaux (poiygonum avicu- 
lare, L,). 

barbe -fromentée : espèces de genre hoaque (holcus lanatus, 
et holcus mollis, L.). 

barbe de Saint-Jean (an = 18) : armoise (artemisia vulga- 
ris, L.). 

harbe-aux-oies (oi = i^):avgenVioe(potenliLlaanse7nna,L.). 

haut-bonnet : champignon (morille à pied élevé et à chapeau 
de forme conique). 

long-j'y-vas : flâneur, celui qui n'avance pas en besogne. — 
Peut-être jeu de mots sur le nom Longis ou Longin : voir au 
mot losin, page 86. 

mange-pain : ténébrion, insecte noir qui se cache sous les 
sacs de farine, dans les huches à pain, etc. 

marchand de faire-voir : montreur de curiosités. 

navet-bâtard : bryone (bryonia dioica, Jacq.). 

nentilles-ramées ; lentilles mélangées de seigle. 

ognons -de-lis (pron. H) : lis. 

œil de-chat : nigelle {nigella arvensis, L.). 

œil-de-crapaud : petite pièce d'or de 5 ou 10 francs. — A 
cause de la couleur jaune et de la forme ronde. 

orge à six quarts : escourgeon. 

pain-de-sarradin : foie (lorsqu'il est cuit, ce qui lui donne 
quelque ressemblance avec du pain noir). — Voir sarradin pour 
sarrazin, page 58. 

panais-bâtard : berce branc-ursine (heracleum sphondy- 
lium, L.). 

patte-d'oie : nom donné à plusieurs espèces du genre géra- 
nium. 

pied-de-réchaud : se dit de quatre gerbes placées de manière 
que les épis d'aucune ne touchent la terre et forment le premier 
lit des douzaines (tas de treize gerbes), que l'on fait dans les 
champs après la moisson. 

pois-ronds : petits pois. 

pomme-d'orange : orange — Bas latin pomerancia (pour 
pomn aurantia), orange : l'allemand dit de même Pomeranze. 

poule-grasse : plante de la famille des composées (lapsana 
communis, L.). 



— 123 — 

queue-de-loup (qii = 2'6) : vipérine (echium vulgare^ L.). 

queue-de rat (qu = 25) : nom donné à plusieurs espèces des 
genres vulpin et fléole. 

rose-à-bâton : rose trémière {althsea rosea). 

rose-à-mille-feuilles : pivoine à grosses fleurs rouges. 

rose-de-mai : narcisse à fleurs blanches (narcissus poeticus, 
L.). 

sainfoin-bâtard : vulnéraire [anthyllis vulneraria, L.). 

saute-aux-prunes : ne s'emploie guère que précédée de 
l'adjectif grand et s'applique à un jeune garçon bien découplé et 
dépourvu de timidité. 

scieux-de-long ; insectes qui voltigent par bandes en mon- 
tant et descendant alternativement. — Du mouvement de la scie 
et de ceux qui la manœuvrent, reproduit par les insectes en ques- 
tion. 

sort-dent, maso. : dent qui fait saillie en avant de la mâ- 
choire. — Tout en faisant dent du féminin, comme dans le fran- 
çais moderne, le patois fait sort-dent du masculin ; le mot dent 
(du masculin latin dens^ dentem) a d'ailleurs été du masculin 
dans l'ancienne langue française, et ditFérents patois, notamment 
ceux de la Lorraine, lui donnent encore ce genre. 

soupe-en-vin : fumeteri-e {fumaria officinalis, L.). 

traîne -chorrou : se dit d'un jeune enfant qui marche à 
quatre pattes et dont les habits traînent à terre. — Le mot chor- 
rou, s'appliquant à un linge de grandes dimensions (voir page 16), 
se trouve ici par exagération. 

trompe-chat ! soupe qui se fait avec du lait fortement étendu 
d'eau. 

Verbe. 

entre-hiverner, v. a. : labourer à l'automne une terre où a 
été récoltée une céréale d'hiver (blé, seigle, etc.). — De entre et 
de hiver, ce labour étant le seul qu'une terre placée dans ces con- 
ditions reçoive entre deux hivers. 

3. — Locuilous diverses. 

à bricou : se dit au sujet d'un enfant qu'une personne porte 
sur son dos et qui a les bras passés autour du cou de cette per- 
sonne, comme lorsqu'on joue à bon vinaigre. — On dit à cabidos, 
même sens, dans les environs de Montmirail. 

à boucheton (T. t.) ; à plat ventre, sur la bouche. 

à ce matin, à ce soir, demain au matin^ hier au soir : 
ce malin^ ce soir, demain matin ', hier soir, 

1. Le patois prononce demain-n-aii matin, en liant fortement Vn, et 
demain au soir, sans aucune liaison. 



— 124 — 

à l'écoi (oi = 13) : à ral)ri du vent. — On dit dans d'autres 
endroits à la coi ; ces locutions viennent du latin quietus, coi, 
tranquille {ad quictam). 

l'allée et la revénée (é de vé = 20) : se dit d'une double 
gille, appliquée sur chaque joue. 

l'année, la semaine passée : l'année, la semaine dernière. 

Tannée, la semaine qui vient : l'année, la semaine pro- 
chaine. 

à ouâchat (â = [3]) : à quatre pattes (à la façon des chats). 

à l'ôlusse (ù = [o]); — (T. t. m.) : en fraude, se dit des bois- 
sons vendues ou transportées sans que les droits aient été ac- 
quittés. 

à rebours vent : contre le vent. 

à ta mode, à la mode à c't'aute : comme tu dis, comme 
dit cet autre. 

avoir de l'action ; être actif, s'occuper de son alTaire. 

avoir des attraits à queuqu'un : avoir de la ressemblance 
avec quelqu'un. 

avoir belle *. se trouver dans de bonnes conditions pour réus- 
sir : Vas belle cUériver, tu arriveras facilement. 

avoir la bête (ê = [10]) : avoir l'onglée, ce qui est doulou- 
reux comme si on était mordu par une bête. 

avoir bonne façon : avoir bonne mine. 

avoir l'emport (o = [b]) : être victorieux, l'emporter. 

avoir somme (om = JG) : avoir sommeil. 

ça dit bien ; c'est intéressant à lire (en parlant d'un livre). 

ça m'en est ; cela me gêne, me prive. 

casser son sabot : se dit d'une jeune personne qui a fait... 
un faux pas. 

c'est bien empleyé (ey = [iO]) : c'est bien fait. 

le cède du cou : la clavicule. — Voir cède pour cercle, 
page Gd. 

civilité pourciale : locution qu'on emploie quelquefois pour 
caractériser le sans-gêne et le manque de savoir-vivre de certaines 
gens. 

cousin d'après gearmain ; cousin issu de germain. — Voir 
gearmain pour germain, page 38. 

cris de Merlusaine (ai = 20) : cris horribles. — Merlusaine 
est certainement une corruption de Mélusine. On peut s'étonner 
de trouver ici la trace de la fameuse magicienne, le château de 
Lusignan étant situé en Poitou. Mais la légende de Mélusine, qui 
a été fort probablement renouvelée au onzième siècle, devait s'ap- 
pliquer auparavant à une fée de l'époque gauloise. 

de belle : se dit pour exprimer qu'il ne faut pas compter sur 



120 

une chose. Exemple : / voura de belle, c'esUi-dire : // ne faut 
pas compter qu'il voudra. Avec la négation, celle locution revient 
naturellement au sens affirmatif : / ne voura pas de belle., c'est- 
à-dire : Il est à peu près certain qu'il voudra., ou Lion : Pour- 
quoi ne voudrait-il pas ? 

de c'que : du temps que. Exemple : Il a venu de c' que J'étais 
parti. 

de coin : de travers. 

décrocheux d'andouilles : se dit par plaisanterie d'un indi- 
vidu grand et niais. 

de quart en coin : d'un angle à l'angle opposé, eu diago- 
nale. 

écoliers de Paris : nom que les enfants donnent aux flo- 
cons de neige, sans doute à cause du grand nombre de ces der- 
niers. 

en écouvotte : usité dans la locution virer en écouvotta, qui 
signifie glisser (sur la glace) en prenant, un peu après le dépari, 
la position accroupie. — Voir virer pour glisser, page 132, et 
s'écouver pour s'accroupir, page 108. 

en premiers, en derniers (ni = 29) : dans les premiers 
temps, dans les derniers temps. 

en rémôtise (ô = [5]) : çà et là; seditsurtout des ustensiles de 
ménage sortis de leur place liabituelle et laissés à traîner au hasard. 
Paraît être une corruption de la locution latine a remotis, à Técart, 
quoique le sens ne concorde pas d'une façon bien exacte. 

ête à blanc d'iau (ê = [10], d'i = 27, au = [oj) : être tout 
trempé de sueur. 

ête au filet (ê= [10],) : ne plus tenirqu'àun fil. — Se disait 
surtout au jeu du tir à l'oio-, lorsque l'oie, à force d'être frappée, 
avait le cou rompu et ne restait suspendue qu'à l'aide du fil repré- 
senté par la trachée-artère et l'œsophage. 

ête au soufflot : être à bout de souffle. 

faire labre fourchu (à = [3]) : se tenir les pieds en haut, la 
tête en bas. 

faire le chien *. fêter la tin d'un travail, par exemple de la 
moisson. — Ou dit faire le chien d'août^ même sens, dans les en- 
virons de Montmirail. 

faire d'esprès (è = 10) : faire exprès, 
faire midi .' faire ia sieste. 

faire l'œil de pédrix : commencer à prendre une couleur 
grisâtre, en [)drlatit des avoines en voie de maturité. 

faire pareil, faire pareil que... : faire de même, faire de 
même que... 

faire redeveni : (pr. r'dev'ni) : faire endêver, faire perdre 
la tête. 



— laG — 

faire de la toile (oi= 13) : se débattre convulsivement, comme 
dans l'açonie. — Du mouvement de va-et-vienl de la navette. 

homme d'état ; homme qui exerce un état, c'est-à-dire une 
profession manuelle autre que la culture^ comme charron, maré- 
chal, etc. 

i fait de i'essui (u = [i]) : tout se ressèche. 

il'tait temps de loger : il était temps de se sauver, de se 
mettre à l'abri ; il n'y aurait plus fait bon longtemps. 

i va se mette après : il se gardera bien de faire cela. — 
Cette tournure ne s'emploie qu'iroriiquement. 

je coinptè que oui : je crois bien que non. — Même obser- 
vation que pour le précédent. 

i n'est pas dérobé : il ressemble à son père (en pariant d'un 
enfant). 

je m'étonne bien si... : je me demande si... 

je sais beaucoup : est-ce que je sais? c'est-à-dire, au fond, 
je ne sais pas. — Â remarquer le sens particulier de l'adverbe 
beaucoup, que le patois emploie seulement dans cette locution 
(pour exprimer le sens ordinaire de beaucoup en français, le 
patois dit très bien^ fout plein : voir page 34). Ce sens à peu près 
négatif de beaucoup est à rapprocher de la locution de belle 
(voir page 124), formée de même avec le mot beau ou belle et 
présentant également un sens négatif sans la forme négative. 

jouer au gagne-pétit (a = 19) : jeu de mots à propos d'un 
autre jeu, qui se devine assez. 

manger le sucre de la terre : vivre dans l'oisiveté et le 
bien-être, se nourrir délicatement et plantureusement. 

n'y ai pas guieu(n'y == 29, gui == 27) : il n'y a pas mayen. 

pas de métiers 1 (ti = 25) : il ne manquait plus que cela ! — 
Mestier, en vieux français, avait le sens de besoin, utilité : 

Ja li corners ne nos avreit mestier. 

{Chanson de Roland). 

Et si fisi mètre pain et car et vin, et quanque mestiers 
lors fu. (Aucassin et Nicolette). 

Je m'en irai devant, tenir nostre gens qui sont moût esfreé, 
qui grand mestier en ont. (Villehardouin). 

L'exclamation pas de métiers! signifie donc à la lettre : il n'y 
avait pas besoin de cela, ce qui équivaut à cette formule ironique : 
il ne manquait plus que cela ! 

pleuvoir à bouteilles : se dit lorsque la pluie forme en 
tombant dan.s l'eau de grosses bulles qui ressemblent à de petites 
bouteilles. 

pou faire à ça : pour venir à bout de cette difliculté. 



— 127 — 

prenre le cou dans la ports : accepter du premier coup 
une demande en mariage. 

que ça seit : malgré cela, quoi qu'il en soit. 

ration au monde de Dieu (di = 27) : rien du tout, rien de 
rien. — Voir page 138. 

repleyer les alênes : ranger ses outils à la fin d'une jour- 
née ou d'un travail. - A dû se dire dabord des savetiers ambu- 
lants très nombreux autrefois, qui rassemblaient leurs outils et 
leur matériel chaque fois qu'ils déménageaient leur atelier rudi- 
mentaire. 

reprenre son vent : reprendre haleine, se reposer. 

le roux du feu : la lueur accompagnée de chaleur que pro- 
jette un foyer. 

se faire vivre : chercher sa nourriture. — A table, on dit 
couramment à un invité : faiS-toi vivre, faites^vons vivre, pour 
l'engager à se servir et à manger selon son appétit. 

senti le renclous : sentir le renfermé, le moisi. — 9e dit 
surtout au figuré : ainsi, en parlant d'une jeune personne qiti se 
marie de très bonne heure, ou dira : a ne sentira pas Le ren- 
clous. — De clore : voir clous pour clos, page 52. 

si ça s'édresse : s'il arrive par hasard. 

toute la sainte jornée : du matin au soir. - Voir page 138. 

tu fais des dents : tu bayes, tu parles mal à propos. 

v'ià le prieux (c'est-à-dire celui qui prie) : formule primitive 
d'invitation que l'on adresse à un convive en lui montrant le plat 
servi sur la table. . 

V a de l'à-dire : il y a une grande différence. - Peut s ex- 
pliquer ainsi : U manque bien des choses ; il y abeaucoupàdire. 
y en a pou unne sonnette (un = 20, on= 16) : il y en a 
pour une grosse somme. 



V. - MOTS FRANÇAIS CORROMPUS 

Dans les listes qui précèdent, on s'est, autant que possible, 
borné aux mots de formation spontanée et remontant au moyen 
â-e A côté de ces mots, le patois, à une époque plus récente, en 
a'admis d'autres qui lui manquaient et qu'il a empruntes à la 
langue française, non sans les tran^former souvent d une façon 
plus ou moins heureuse, changeant, supprimant ou déplaçant 
les lettres qui le gênaient. Ou peut d'ailleurs constater dans plu- 
sieurs de ces mots une tendance à faire rentrer dans le moule 
d'un mot déjà connu une consonnance appartenant à un terme 
iusque-là inconnu. Cette tendance apparaît d'une façon eviden e 
dans des mots tels que creusotn, sauliche, valsovienne (voir la 
liste ci-après). 



— 128 — 

Noms. 
agacia : acacia, 
arcôme, masc. ; alcôve. 
assassin : assassinat. 

bamboche (T. 1 ): chaussure légère (babouche). 
baromète : baromètre. 
belzamine : balsamine. 

bilberquin {vuilberquin., T. m.) : vilebrequin. 
brandouillère (è = [10]) : bandoulière. 
bronequin (o = 16, qu = 2'6) : brodequin, 
camamenne (en = 20) : cameline. 

carbonade, fém. (o = 16) : carbonate (de potasse ou de 
soude). 

carcul (le second c = 25) : calcul. 

cataplasse : cataplasme. 

caticliîme : catéchisme. 

chat-viant : chat-huant. 

chigorée : chicorée. 

coUidor : corridor. 

Colonne (eau de*) : eau de Cologne. 

colra : colza. 

creusote : créosote. 

crincaillier, crincaillerie : quincaillier, quincaillerie. 

cylingre : cylindre (trieur). 

églédon (T. 1. m.) : édredon. 

égrouelles : écrouelles. 

esqu'lette (T. 1.) : squelette. 

feu-nomen (o = [5]) : phénomène lumineux (bolide). 

gravate : cravate. 

guimauche : guimauve. 

hiarre-Thérèse (è = [HJ) : lierre terrestre. 

bouppelandre : houppelande. 

luméro : numéro, 

mairerie : mairie. 

manne : malle. 

orcaisse (c = 25, ai = \ii]) : orchestre. 

palefermier : palefrenier. 

phormacie, phormacien : pharmacie, pharmacien. 

physolomie : physionomie. 

1. Ici le mot eau conserve toujours sa forme propre, sans jamais deve- 
nir iaii. 



— 129 — 

poriginelle : polichinelle. 

potographe : pholagraphe. 

pourcéline : porcelaine. 

précepteur : percepteur. 

résipère, révipère (è = [HJ) : érysipèle. 

ruta : rutabaga, 

sautiche : scottish (danse). 

sautier (ti = 25) ; — (T. a.) : psautier. 

semeçon : séneçon. 

sersifis (T. m.) : salsifis. 

souris-chaude (T. t. m.) : chauve-souris. 

tarât : tarare (van). 

tôpin : topinambour, 

tourti (blé de) : blé de Turquie, maïs, 

trémuise (u = [1]) : trémie. 

turbôntine : térébenthine. 

valsovienne (en = 20) : varsovienne (danse). 

ventrilogue : ventriloque. 

Adjectifs. 

catholiques (mouches) : cantharides. 
célébrale (fièvre) : fièvre cérébrale. 
glimeux' : venimeux, 
postige : postiche. 

Verbes. 

chaurer, v. a, : chauler. 

tarater, v. a. : vanner au tarare {tarât : voir ci-dessus). 



VI. - MOTS, FRANÇAIS OU NON, QUI PRENNENT EN PATOIS 
UNE VALEUR A PART 

Il n'est pas rare que le patois donne au sens des mots d'autres 
limites que le français, même lorsqu'il s'agit de mots où la forme 
française est respectée. Il peut y avoir tantôt extension, tantôt 
restriction du sens admis ; parfois même, la valeur du mot se 
trouve modifiée du tout au tout. 

Suit une liste de mots présentant Tune ou l'autre de ces par- 
ticularités : 

1. Ce mol, qui n'est autre que venimeux mal prononcé, a servi a refor- 
mer le mot glime, qui à son tour remplace venin : la glime (venin) du 
crapaud. 

9 



— i3o — 

1. — Mots n'admettant en patois que la seule acception Indiquée 

par la déllnltlou. 

Noms. 

blé : seigle. — En patois, le véritable blé est appelé froment. 

chapechute : mésaventure. — Le vrai sens de chapechute est 
bonne aubaine {chape (riche vêtement ecclésiastique) chute 
(tombée), bonne à ramasser pour celui qui la trouve. C'est ainsi 
qu'il s'eutend dans le vers de La Fontaine : 

Messer loup attendait chape-chute à la porte. 

Le patois prend toujours chapechute dans un sens défavorable, 
se rencontrant eu cela avec un des plus connus parmi nos écri- 
vains du jour : 

Cette précaire situation fut encore aggravée par un con- 
cours de malechances et de funestes chapechutes. 

(A. Theuriet, La Chanoinesse). 

chef-d'œuvre : coup de maladresse. — Comme le précédent, 
se prend toujours en mauvaise part. 

définition : la fin d'une chose. 

drapiau (au = 4); — (drapais^ drapeaux, drapelets, T. 1. t. 
m.) : lange en toile. — Dans le sens où il s'emploie en français, 
le mot drapeau ne change pas de forme. 

épitaphe : écriteau quelconque. 

fratres (e = H) ; barbier (le fratres). — Cette forme plurielle 
employée au singulier paraît au moins bizarre. 

gadouille : boue. 

gestes (e de ge = [11]) : manières, cérémonies. 

gloire (oi = 15) : amour du iuxe, surtout dans les vêtements. 

gueux (gu = 27, eu = 6) : scélérat. — En français, le mot 
misérable présente une déviation de sens analogue, puisqu'il 
signifie en même temps celui qui est dans la misère et celui qui 
est digne de mépris. 

hanap (/i asp.,2> final muet) : toute espèce de vase, quelle 
qu'en soit la forme, la matière ou la contenance. — C'est un 
vieux mot français, dont le sens était grand vase à boire, aujour- 
d'hui à peu près inusité. — Bas latin hanapus, kanaphus, vase à 
boire. 

jambette : chacun des deux montants qui forment les côtés 
d'une cheminée. 

lices : perches transversales fixées par des harts d'osier de 
chaque côté d'une haie morte. — Bas latin lichia, palissade, bar- 
rière, 

monciau (au = 4) j petit tas pi'ovenant d'un andain ramassé. 



— i3i — 

nuée (u = \) orage. — Le mot nuée s'emploie quelquefois en 
français dans le sens d'orage ; mais cette acception y est rare. Le 
patois, au contraire, en fait un grand usage et n'a même aucun 
autre terme pour exprimer l'idée d'orage. 

pays : village. — Même remarque que pour le précédent *. 

plaine (ai = 20) : partie élevée et sèche dans un marais ; le 
contraire est noue, qui désigne un bas-fond. 

pois (oi = 12) : haricot. — Les vrais pois sont appelés pois 
ronds (voir page 122). 

pourpier : nom improprement donné à plusieurs espèces du 
genre renoncule, et spécialement à la renoncule rampante {ranun- 
culus repens, L.). 

rêveux (ê = 10) : radoteur. — De rêver, dans le sens de dire 
des choses déraisonnables. 

séné : nom improprement donné à la moutarde des champs 
(sinapis arvensis, L.) : séné jaune ; — et à la ravenelle (raphanus 
raphanistruniy L.) : séné blanc. 

simplicités (é = 10) : actes et dires d'un fou. — De simple, 
signifiant simple d'esprit, niais. 

tonnelle (pron. tônelley ô = [5]) : paillasson de cantonnier. 

viorne : clématite des haies {clematis vitalba, L.). 

Adjectifs. 

badin : qui aime à jouer ; se dit d'un enfant ou d'un jeune 
animal. — De badiner , avec un sens un peu détourné. 

délibéré : libéré, quitte, débarrassé. 

étrang^e : étranger ; ne s'emploie que dans cette locution : en 
étrange pays. — Étrange (du latin extraneus) a été autrefois fort 
employé en français dans le sens d'étranger ; 

Nicholete laiie ester, que ce est une caitive qui fu amenée 
destrange terre. {Aucassin et Nicolette). 

Des ennemys estranges, quant le dedans est uny, ou s'en 
deffent aiseeraent. (Commines). 

Durant qu'on traictoit la paix, il feit composition de sa 
rangon, estant fasché d'estre si longtemps captif en pays 
estrange. (Cl. Haton). 

faquin (qu = 23) : coquet. 

frappé : toqué. — Toqué et frappé^ c'est tout un ; le sens 

1. En général, il est à remarquer que lorsqu'il exista en français plu- 
sieurs synonymes pour rendre la même idée, le patois en adopte un seul 
et s'y tient d'une façon exclusive. Ainsi il dit garçon, et jamais fils ; 
chair, et jamais viande, etc. 



l32 

commun à l'un et à laulre est celui-ci : qid a reçu un coup à 
la tête, qui a la tète fêlée. — Le patois dit toujours taper^ dans 
le sens que le français exprime par frapper. 

glorieux : coquet. — Voir le mot gloire, page 130. 

habile : leste, 

indigne : insupportable. 

intrigant : adroit, inventif. 

loup : gourmand, ivrogne. 

malencontreux : qui ne donne pas satisfaction. 

malin : méchant. 

ouvrier : laborieux. 

savant : qui possède quelque instruction. 

veule : abattu par la chaleur. 

Verbes. 

confonde, v.a. : briser, abîmer. 

crier, v. n. : pleurer. — Le sens français de crier se rend par 
d'autres verbes : hôler, voir page 113, et quelquefois gueuler. 
' évancer (s'), v. réf. : se dépêcher. 

gravi, V. n. : grimper (aux arbres). 

mépriser (queuqu'un), v. a. : dii'e du mal de quelqu'un. 

nuire, v. n. : gêner. La Fontaine emploie nuire dans le même 
sens : 

Prends ton pic et me romps ce caillou qui te nuit. 

{Le Charretier embourbé). 

outrager, v. n. : user sans modération, détruire une chose 
utile. — Bas latin uUragium., ce qui passe les bornes de la mo- 
dération. Le mot outrager est pris ici dans son sens matériel et 
étymologique : c'est proprement agir outre, passer les bornes du 
juste et du raisonnable : 

Ceux où il n'y en avoit point de logez aydoient à les 
nourrir aux aultrez où ils esLoient logez, et y faisaient 
aultant de despense et oultrago qu'ils eussent faict aux 
villages. (CI. Haton). 

rabâcher, v. n. (à = [3]) (Berry rabâter, Litt.) : remuer avec 
grand bruit. ' 

rêver, v. n. (ê = [10]) : radoter. 

virer, v. n. (T. t. m. a.) : glisser. — Bas latin virare, tour- 
ner, retourner, dérivé du latin vertere, tourner : le sens habituel 
de virer est celui de glisser sur la glace., jeu dans lequel on va et 
'vient allernativement dans les deux sens. 



— i33 — 

o _ Mots ponr lesquels le patois admet plusieurs sens, la riéUnltlou 
' donnée ne correspondant quà une acception partlcnliere 

Noms. 

aiguilles (g = 27, u == 1) : plante de la famille des ombelli- 
fères (scandix pecten Veneris, L.)- 

atner : fiel. 

alignées : toiles d'araignées. 

baveux (T. m.) : qui cause à tort et à travers. 

bique : trépied. - Le français a dans le même sens le mot 
chèvre dont bique est l'équivalent. 

biquot : bêta. 

blonde : bonne amie, 

bouquets (qu = 25, est = [il]) : ûeursen général, même non 
cueillies. 

bracelet : pain en forme de couronne, dans lequel on peut 

passer le bras. ^ 

bûche : passerelle primitive, faite d'un simple tronc d arbre. 

butte : petit tas que l'on fait provisoirement avec le foin à 
moitié sec. 

carnaval : masque (homme déguisé). 

casquette (qu = 25) : grand chapeau de paille que les femmes 
portaient pour les travaux des cha.nps et qui se fabriquait au 
village. , ; 

chameau (T. m.) : gros nuage. 

chandelle : lumière quelconque, qui peut aussi bien être une 
bouKie, ou même une lampe. - Le mot chandelle (en latin 
camlela, de candere, être ardent) n'a pas toujours eu le sens 
restreint que le français lui donne aujourd'hui, et au moyen âge 
il s'appliquait à tous les modes d'éclairage. 

chandelles : fruit du fusain ou bonnet carré (evonymus m- 

ropseus, L.). 

chapiau (au = 4) : croûtes de lait (du chapiau). 

cot'ri (i bref) : ce mot, qui présente on certain rapport de 
sens avec le mot français coterie, s'emploie aux deux genres. 
Cot'rL féminin, signifie L'ami et ne s'emploie guère qu'en adres- 
sant la parole à quelqu'un, qui peut être et est, en effet, le plus 
souvent un homme ou un jeune garçon : entends-tu, la cotn Y 
Le mot coVri, ainsi employé, a dû être propagé par les anciens 
compagnons du devoir, qui se servaient de cette désignation 
entre eux. - CoVri, masculin, signifie camarade : il est sorti 
avec un de ses coVris ; - c'est des grands cot'ris.ll peut aussi 
bien, dans ce dernier sens, s'appliquer à des jeunes filles et rede- 
Tient alors féminin, mais sans changement dans la prononcia- 
tion. 



— i34 — 

crayon (ay = [10]) : morceau de craie en forme d'œuf que Ton 
met dans un nid pour que les poules aillent y pondre. 
cuillers : plantain d'eau {alisma plantago^ L.). 

dinde : chapeau haut de forme. — Cette acception est d'ori- 
gine tout à fait moderne, la coiffure dont il s'agit datant seule- 
ment d'un siècle environ. En voici, je crois, l'origine. L'idéal, 
pour une volaille grasse, est qu'elle soit toute jaune de graisse. 
Un mendiant portant un vieux haut de forme ramassé Dieu sait 
où et tout passé, rencontra un loustic qui, avisant la teinte jaune- 
noirâtre du couvre-chef, lui dit : « En v'ià unne belle dinde, toute 
jaune de graisse ». Le mot parut sans doute drôle aux assistants, 
qui le répétèrent et réussirent si bien à lui faire un sort qu'on a 
continué à s'en servir, 

double-décalitre : autre sobriquet du chapeau haut de forme, 
au moins aussi bien trouvé et aussi juste que le classique < tuyau 
de poêle ». 

douzaine : tas de douze (ou plutôt treize) gerbes qu'on laisse 
quelque temps dans les champs après la moisson. 

épine : aubépine. — Le patois applique le nom à'épîne 
blanchCy non à l'aubépine, ^ais au bois de Sainte-Lucie (voir 
page 121), qui, par parenthèse, n'est pas du tout épineux. 

état : se dit de toute profession manuelle autre que la culture : 
maçon, charpentier, charron, maréchal, etc. 

falot ; poignée de paille allumée. 

fierté : acidité. 

fousse (ou long) : fondrière marécageuse. — Pour fosse. 

framboise ; mûre (fruit de la ronce bleue). 

fumelle : chanvre mâle. 

gendarmes : pellicules blanches qui se trouvent en suspension 
dans les dernières bouteilles d'un tonneau de vin. 

gobelets : campanules à grandes tleurs. 

idée : se dit pour exprimer une très petite différence. Exemple : 
la corde est unne idée trop courte. Pour appuyer encore davan- 
tage, on dit quelquefois : unne petite idée. 

jeton : essaim; — par analogie, faire un jeton : faire une 
fugue. 

loup : gourmand, et particulièrement ivrogne. 

maison : la principale pièce de l'habitation, 

mâle ; chanvre femelle. 

mars (pron. mdr) : semailles du printemps. 

mécanique : machine. 

menu : botte de paille brisée ramassée après le battage. 

moiniau (ni = 29, au = 4) ; oiseau de maçon. 



— i35 — 

monde : le inonde^ les gens, l'espèce humaine, par opposi- 
tion aux animaux. 

mou (T. m.) : s'emploie comme nom pour désigner un temps 
mou, c'est-à-dire humide ou pluvieux ; ainsi on dit couramment : 
ça ne vaut rien de labourer pa le mou. 

muillet : jacinthe. — Pour muguet, par une confusion d'es- 
pèces assez fréquente dans le patois. 

musique : instrument de musique. 

nombre, fém. : synonyme de douzaine (tas de gerbes). 

œillet : bleuet. 

ouvrier, oustafier : quidam. 

pelote : balle à jouer. 

quartier (ti s» 23) : le quart d'un arpent *. 

qu'mencements : ûauçailles. 

queues (d'une charrue) — (qu = 23) ; mancherons. 

raisons (ai = [lOJ) : propos, injures. 

tarte : tartine. 

teigne (ei = 20) : cuscute, 

temps : la voûte céleste. Il est haut comme le temps, c'est-à- 
dire il est extrêmement orgueilleux, — Temps a eu autrefois la 
même valeur en français : 

Y avoit au plus hault lieu du temps, en l'endroit que 
monte le soleil aux plus grands jours d'esté, ung aultre signe, 
en manière de flambeau de feu. 

(Cl. Haton). 

Oiseau bleu, couleur du temps, 
Vole à moi promptement. 

(Mme d'Aulnoy, Contes de Fées). 

tour, masc. : touret, rouet. 

tuyau : cheminée. 

villeuses : veillotes (fleurs de colchique). 



1. L'arpent local comprentit 100 perches de 20 pieds carrée et représen- 
tait une superficie de 42 ares 21 centiares. L'arpent se divisait encore en 
quatre quartiers, et c'est au quartier que l'on rapportait généralement l'éva- 
luation approximative des parcelles de peu d'étendue. Ainsi on disait, et on 
dit encore aujourd'hui, au moins dans le langage couraut : un demi-quar- 
tier, un quartier, un quartier et demi, un demi-arpent, une moitié 
de cinq quartiers (c'est-: -dire deux quartiers et demi), trois quar- 
tiers, un arpent, cinq, six, sept quartiers, deu.x arpents. Au-dessus, 
on compte par arpents et demi- arpents. — En outre du quartier ordinaire, 
il y a encore le quartier parisis, d'un quart plus grand que le premier. 



— i36 — 



Adjectifs. 



confessé (e := [lOJ) : brisé, en parlant d'un objet fragile (vase, 
assiette, etc.). — Allusion probable à la confession finale. 

dressé : qui est sur pied; — levé. 

fier (T. a. m. 1.) : acide, âpre au goût (en parlant du vin, des 
fruits, etc.). 

franc : qui paie volontiers son écot. — Sens pouvant être rap- 
proché de celui-ci : franc du collier, en parlant d'un cheval qui 
tire de toutes ses forces. 

gueulard (gu = 27) : rapporteur (terme d'écolier). — De gueu- 
ler, crier, se plaindre. 

méchant (é = [10]) : désagréable au goût. 

roulé (ou long) : versé (en parlant d'une récolte). 

serré (usité dans la locution serrée nuit ou nuit serrée, qui 
signifie nuit pleine, sans aucun reste de jour. 



Pour estre jà la nuict serrée. 



(Cl. Haton). 



simple : bête, idiot, fou. 
vif : leste. 



Verbes. 



bâiller, v. n. (â = [3]) : béer, rester inactif. 

baver, v. n. (T. m.) : parler mal à propos, dire des sottises. 

consommer, V. a. : abîmer. 

croiser, v, n. : se dit des oisons lorsque leurs ailes se rejoi- 
gnent et se croisent sur le dos. 

curer^ v. a. (c = 23) : enlever le fumier de dessous les ani- 
maux. — On dit monder, même sens, dans beaucoup d'autres loca- 
lités de la Champagne. 

devéni, v. n. (é = 20); — (T. 1. m.) : venir, revenir. J'en 
deviens, ^ourfen reviens. 

dicter, v. a. : rédiger; exemple : dicter une lettre. 

Les soldats catholicques le regrettèrent (ort et en son hon- 
neur firent une chanson fort bien faicte et dictée. 

(Cl. Haton). 

écheniller (s'), v. réf. : perdre son ardeur, s'éteindre peu à 
peu (en parlant du feu). 

écouter, v. a : obéir. 

élonger (les dents), v. a. : les agacer, en parlant de la sensa- 
tion produite par l'oseille, les fruits verts, etc. . 

émasser (a = [3]): l.v. a. ramasser les andainsen petits tas 



- i3: - 

appelés monciaux; — 2 v. n. former un amas de pus, en parlant 
d'un mal. 

éplaudi (un enfant), v. a. : l'approuver, lui donner raison. 

équarri, v. a. (a = [3]) : enlever par morceaux. — Allusion au 
travail des ouvriers qui équarrissent une poutre^ une solive, etc., 
en enlevant une notable partie du bois. 

hacher, V. a. {h asp.); abîmer. 

jurer, v. a. : gronder. — On dit jurer queuqu'un, tournure 
inconnue en français. 

penser (se), v. réf. : penser, se dire à soi-même. — Le vieux 
français donnait également la forme réfléchie au \GYhe peiiser : 

Si se pensa qu'ele ne remaaroit plus dès que s'ele estolt 
acusee. 

(Aucassin et NicoletteJ. 

renoncer, v. n. : se dit d'un oiseau qui quitte son nid pour 
n'y plus revenir. 

retrousser, v. a. : 1. finir avec soin, donner un cachet d'élé- 
gance, en parlant d'un travail: c'est retroussé, c'est bien retroussé^ 
pour c'est soigné, c'est fait dans la perfection. — 2. prendre, enle- 
ver, surtout dans le sens de voler : an y a retroussé sa bourse^ 
son panier, elc. ; — 3. enlever, en parlant de la mort : il a été 
tout retroussé, c'est-à-dire il est mort bien vite. 

ruer, V. e. (u=l); — (T. m. a.): jeter avec force (une pierre, un 
bâton, etc.). — Bas latin ruere, lancer, prér-ipiler. Ruer, aujour- 
d'hui vieilli en français dans ce sens, y était fréquent autrefois : 

De ses caviax a caupés, 
La dedans les a rués. 

(Aucassin et Nicolette). 

Leur force faisoit voiler les esclats de lances en l'air, chas- 
cun d'eux désarçonnant son homme de la selle des chevaux 
sans savoir le ruer par terre. 

(Cl. Haton). 

soigner (se), v. réf. (ci = 22) : se dépêcher. 

tanner, v. a. : abîmer, meurtrir, en parlant d'un fruit, 
pomme, poire, etc., quia subi un choc. 

vêler, V. n. (ê = [10]) : s'écrouler tout à coup par le milieu, en 
parlant d'une voiture de foin ou de gerbes. — Métaphore par 
comparaison avec une vache qui vêle. On dit débousseler, même 
sens, dans les environs de Sainte-Ménehould. 



— i38 — 

VU. - NOTES SUR LE LANGAGE DES FEMMES 
ET DES ENFANTS 

Il ne saurait être question de dresser un vocabulaire spécial 
des termes employés par les femmes, le fond du langage étant le 
même pour les deux sexes. Ce que l'on peut signaler de propre au 
langage féminin, ce sont certaines tournures empreintes d'exagé- 
ration et de prolixité. En voici quelques exemples : 

La locution interjective à moi! qui se présente sous la forme 
excessive d'un appel au secours, n'exprime rien de plus que 
l'étonnement pur et simple : A moi! la belle maison! 

Une autre locution interjective, holâ don! qui marque propre- 
ment la plainte ou la douleur, est, elle aussi, souvent employée 
pour exprimer l'étonnement. Il y a là une double exagération, car 
l'émotion serait déjà l'exagération de l'étonnement, et la douleur 
est encore une forme exagérée de l'émotion. 

Les locutions ration au monde de Dieu (rien du tout), toute la 
sainte jornée (du matin au soir), ne faire œuvre de ses dix 
doigts (ne rien faire du tout), semblent mettre en pratique l'art 
de dire peu de choses en beaucoup de mots. 

Quand, dans un récit, on veut appuyer sur l'action exprimée par 
un verbe, on répète ce verbe comme dans la phrase suivante : [ 
chantait, je te chante «t je te chante^ et je te rechante enco; ces 
tournures délayées sont surtout communes dans le langage fémi- 
nin. En outre, ce dernier présente souvent des parenthèses oiseu- 
ses, comme le pau're cher homme, la paure bonne femme. 



Si les lignes qui précèdent ne paraissent par exemptes d'un peu 
"de critique, nous arrivons sur un autre terrain où les femmes 
trouveront, grâce à leur rôle de mamans, une ample revanche. 
Ce sont elles, en elfet, qui, de même qu'elles guident les premiers 
pas des bébés, leur apprennent à balbutier ces premiers mots 
informes devant aboutir graduellement aux combinaisons les plus 
compliquées du langage. 

Les procédés du langage enfantin, outre qu'ils sont partout les 
mêmes, sont fort peu variés. Le plus usité consiste à former des 
noms par la répétition de la principale syllabe : il peut d'ailleurs 
y avoir transposition de lettres ou même introduction d'éléments 
tout à fait étrangers au mot français ou patois servant de thème. 

Laissant de côté des mots comme bobo ', coco *, lolo *, dodo, ^, 
toutou, cocotte, on peut citer les suivants, un peu moins connus ; 

diadia (di = 27) : cheval. 

1. Le premier o = 4, le dernier o = [5]. 
%. Les deux 0=4. 



— i39 — 

gagât : gâteau. 

nonnon : mouchoir de poche. 

pon-pon : pomme. 

poupoue : soupe. 

toto * : soulier. 

Pour les terbes, le procédé est le même, sauf que l'on ajoute 
faire avant le nom généralement formé d'une syllabe redoublée : 

faire bibi : embrasser. 

faire doux-doux : caresser avec quelque chose de doux. 

faire gentie : caresser avec la main. 

faire joujou : se promener. 

faire si-sî : s'asseoir. 

Le verbe béber (é = 10) : tomber, se forme directement par la 
répétition de la syllabe bé : il est à remarquer que, dans ce cas, 
le thème adopté est non le radical, qui contient l'idée principale, 
mais simplement la terminaison avec un lambeau du radical. 

Tous ces mots rentrent dans le langage du premier âge. Plus 
tard il en apparaît d'autres d'une formation un peu moins rudi- 
mentaire, tels que : 

bébelle : quelque chose de beau. 

biller : habiller. 

lûiâ : tout ce qui se porte tenu en l'air, exemples : un bâton, 
une baguette, un roseau. -^ Vient sans doute du cierge pascal, 
qu'on porte en chantant alléluia. 

mini, minon : chat. 

minonne : menotte. 

néterre : pomme de terre. 

On est forcé de se borner aux généralités en ce qui concerne le 
langage enfantin ; il y a, du reste, beaucoup d'arbitraire dans la 
langue adoptée par chaque famille et qui se renouvelle pour cha- 
cun des enfants. Les bébés, dans leurs premiers essais de langage, 
en bégayant, zézayant, labdacisant ou transposant les lettres de 
la façon la plus imprévue, produisent à l'infini des déformations 
qui sont ensuite répétées par les parents ou par les aînés, puis 
reprises par l'enfant, et servent quelquefois pendant très longtemps 
de truchement entre le petit et les grands. 

Voici maintenant, en dehors des termes de caresse d'usage cou- 
rant (mon mignard, mon trésor, ma cane, mon chou^ mon lapin, 
mon chat, etc.), quelques mots dont les mamans se servent en 
s'adressant aux enfants : 

fouûon : qui s'agite comme un fou. 
1. Les deux = 4. 



— i4o — 

papifou ' : même sens que le précédent. 

boudaut : ventre. 

ta belle main ; ta main droite. 

bac : interjection exprimant le dégoût, employée pour empê- 
cher l'enfant de toucher quelque chose de sale. 

pattes d'agneau : stalactites malpropres qui pendent sous le 
nez des enfants qu'on ne mouche pas assez vite. 

Il y a encore des formules grondeuses ou ironiques : 

le bel oisiau I 

le biau gibier I 

le bel ouvrier ! 

le biau meuble ! 

le bel util 1 

le bel écabit ! 

le put monstre I 

le put-ocre 1 (T. t.) 

Ce dernier seul a Besoin d'une explication ; il signifie : le 
vilain ! 



VIII. - LES TRANSFORMATIONS DU PATOIS 

Comme toute langue parlée, le patois se transforme continuel- 
lement ; le moindre changement dans les habitudes de la popula- 
tion, la plus petite amélioration dans les conditions générales de 
la vie ont pour conséquence forcée un remaniement partie! du 
vocabulaire, le mot tombant de lui-même, au moins dans son sens 
propre, lorsque disparaît avec l'objet l'idée que le mot servait à 
exprimer. En voici quelques exemples : 

1. — Jusque vers 1860, on se servait à peu près exclusivement 
pour l'éclairage d'une lampe en cuivre à tricorne et à bec, que 
l'on nommait chandelle (voir ce mot, page 133) et qui se suspen- 
dait par une longue crémaillère à un clou fiché dans une solive ; 
on y brûlait l'huile de navette du crû, qui donnait très peu de 
lumière et beaucoup de fumée. Cet antique appareil ayant disparu 
devant des formes plus modernes de lampes, à huile d'abord et à 
pétrole ensuite, tous les noms d'accessoires qui s'y rapportaient 
ont été abandonnés : voir ci-après les mots luceron, rétillotte. 

1 . Est-ce un souvenir de la fête et du pape des fous, en si grand honneur 
au moyen âge ? Voici le refrain d'une vieille chanson qui, de son côté, 
pourrait n'être pas sans rapport avec le moi papifou. : 

Le pape dans son fauteuil 

Qui rit, qui rit qui. 
Le pape dans son fauteuil, 

Qui rit comma un fou. 



- i4ï - 

2. — Autrefois on cultivait beaucoup le chanvre à Gaye et dans 
les environs, non pour l'industrie, mais pour la consommation 
ménagère et surtout en vue de la production de la toile. Vers 
1850, la surface ensemencée en chanvre alla en diminuant chaque 
année, et aux environs de 1860, elle fmit par tomber à rien. Les 
mots qui se rapportaient à la culture du chanvre et au travail de 
la filasse jusqu'à sa transformation en toile, encore connus de la 
génération actuelle, sont déjà devenus d'un emploi assez rare ; !a 
génération suivante les ignorera complètement. Un seul, le mot 
çhèneoière, qui désignait un terrain de très bonne qualité propre 
à la culture du chanvre, est resté d'un emploi courant, quoique 
depuis quarante ans au moins aucune des anciennes chènevières 
n'ait plus vu de chanvre. Quant aux autres, farreux, quelongne, 
vert eau, roise^ iiiler, tillot, mâcher, etc., ils sont déjà aux trois 
quarts oubliés. 

3. — Avant l'invention des allumettes chimiques, ce n'était pas 
une petite affaire d'allumer du feu. On avait bien les allumettes de 
paille de chanvre ou tillots dont on soufrait le bout, mais il s'agis- 
sait de les allumer. Un travail préparatoire consistait à faire brû- 
ler des chiffons, que l'on soustrayait bien vite au contact de l'air 
en les enfermant dans une sorte de boîte, le plus souvent un vieux 
sabot auquel était adapté un couvercle tournant fixé par une vis. 
Ces chiffons incomplètement brûlés portaient le nom û'émorce; 
quand on voulait avoir du feu, on découvrait i'émorce, puis on 
prenait une pierre à fusil avec laquelle on frappait à coups redou- 
blés sur un morceau de fer ou d'acier (quand on ne se frappait 
pas sur les doigts) en tâchant de diriger les étincelles sur l'emo/'ce ; 
lorsque celle-ci finissait par présenter un point rouge^ on appro- 
chait vivement l'allumette soufrée, et l'on touchait à la fin de 
l'opération, sauf toutefois le ras où le feu refusait de prendre. Le 
mot émorce (voir ci-après) correspondant à une chose morte, est 
également en train de tomber dans l'oubli. 

4. — Le jeu du tir à l'oie, autrefois très en vogue, a été petit 
à petit abandonné vers 1870. Le mot érocheux (voir page 80), 
qui se rapporte à ce jeu, est d'un emploi bien rare aujourd'hui et 
iie peut .s'appliquer qu'aux récits du temps passé ; le mot érocher 
(voir page ilO) survit encore, ne s'appliquant pas exclusivement 
au jeu dont il s'agit. 

5. — Avant la loi de 1836 sur les chemins vicinaux, il n'existait 
en dehors des grandes routes que des chemins mal entretenus où 
les ornières se creusaient chaque année davantage. J'ai souvent 
entendu dire dans mou enfance que les cultivateurs du premier 
quart, on pourrait presque dire de la première moitié du xix« siè- 
cle, menaient leur grain au marché de Sézanne non en voiture, 
mais sac par sac à dos de cheval. A la même époque, les meuniers 
étaient obligés de faire amener à dos d'âne les sacs de blé au 
moulin; le nom de bat-Vâne (Martin-bâton dans La Fontaine) 



— l4a — 

appliqué au valel qui conduisait les ânes, a disparu, le rôle n'ayant 
plus été tenu faute de raison d'être, aussitôt que les villages ont 
été reliés par un réseau de chemins bien entretenus. 

11 est d'ailleurs à remarquer qu'en général le patois tend à lais- 
ser certaines formes tomber peu à peu en désuétude pour les 
remplacer au fur et à mesure par d'autres plus rapprochées du 
français. 

Cette tendance suffirait à elle seule pour faire prévoir l'absorp- 
tion totale du patois par le français. D'autres causes, telles que la 
centralisation administrative, l'extrême diffusion de l'enseigne- 
ment primaire, la facilité et la rapidité des communications, le 
passage obligé de tous les jeunes gens par la caserne, concourent 
d'ailleurs puissamment au même résultat et ne peuvent qu'accé- 
lérer encore l'unification du langage. 

En l'absence de tout document écrit, il est assez difficile de 
remonter aux formes mortes du patois. Quelques termes ont sur- 
vécu, grâce à des locutions ou à des phrases entières restées usi- 
tées dans leur ensemble malgré la chute de tel ou tel mot pris 
isolément. Enfin j'ai gardé le souvenir d'un certain nombre de 
formes employées par les vieillards que j'ai connus dans mon 
enfance. De là deux catégories de mots : dans la première figure- 
ront quelques rares expressions remontant au moins à un siècle 
et demi ; la seconde, un peu plus riche, comprendra des mots 
encore usités dans la première moitié du xix» siècle et dispams 
vers 1850 avec ceux qui les avaient jusque-là préservés d'un nau- 
frage complet. 

1« Mots antérircrs au xix« siéclb. 

amin : ami. — Ch. Nisard, qui cite amin, le regarde comme 
étant du patois bourguignon. Littré, au mot ami, donne la forme 
bourguignonne aimin, même sens. — Le mot amin a survécu 
grâce à une anecdote qui s'est répétée pendant très longtemps, 
sans doute à cause d'un cri du cœur tout à fait typique. Un bon- 
homme du temps jadis disait à sa femme au milieu de la nuit : 
« Elume don la chandelle^ je compte que je vas mouri. — ffél 
mon bon amin, répond la femme, tu mourras bien sans chan- 
délie. » 

gazou, ouarloup : loup-garou (mots probablement distincts, 
mais paraissant séparés seulement par une légère nuance de sens). 
Gazou est pour garouy avec mutation de r en z, comme dans les 
mots étudiés ci-après, page 144 ; ouarloup contient le mot loup, 
et sa première syllabe correspond au warou de la forme wallonne 
lèwaroUy ou à la forme normande varou (Litt.). — Ces mots, 
presque oubliés aujourd'hui^ le seraient certainement tout à fait 
s'ils ne figuraient pas dans une vieille histoire sur les Indiots (voir 
ci-après) que l'on raconte encore quelquefois. 

gobette : truie. — Mot resté dans la locution agneau de go- 



— i43 — 

bette, qui désigne un petit cochon, et, par analogie, un enfant 
malpropre. 

indiot (di = 27) : a dû signifier ignorant. — Ch. Nisard, citant 
la forme indiot pour idiote la présente comme du patois bourgui- 
gnon. Le mot idiot (du latin idiota, ignorant, sans instruction) 
n'a pris qu'assez tard le sens de dépourvu d'intelligence qu'il a 
aujourd'hui ; dans les monastères, on appelait jadis idiots les 
frères convers qui ne savaient pas lire (Litt.). Indiot n'est plus 
connu dans la région que parce qu'à tort ou k raison, on donnait 
autrefois aux habitants de Villeneuve-Saint- Vistre le nom d'Indiots, 
qui s'est perpétué jusqu'en ces derniers temps. 

ouâra (à=[3]) : mot dont il est assez difticile de bien préciser 
le sens. — Le mot ouâra est encore employé dans cette compa- 
raison : reûiller les yeux * comme un oûara (l'n ne se lie pas) 
qui se dit assez couramment, sans que personne à Gave connaisse 
maintenant le sens du mot ouâra. Voici ce que j'ai pu trouver 
concernant ce mot : A Sézanne, la population se partage en deux 
catégories bien tranchées et plutôt hostiles lune à Tautre : les 
vâras (vignerons) et les cardeux (rentiers, commerçants, ouvriers 
etc.) ; chacun des noms vara et cardeux est un terme de mépris 
qu'on se rejette d'un camp à l'autre. Un vigneron constate-t-il 
quelques dégâts dans une de ses vignes, il s'en prend aux car- 
deux : c C'est enco ces tas de cardeux qii'aront fait ça. — 
Taisez-vous, tas de vâras, » répondront les cardeux interpellés. 
J'ai retrouvé dans Cl. Haton le mot cardeux opposé à vigneron^ 
sans toutefois que ce dernier ait pris la forme vâra. — C'est une 
explication telle quelle du moi vâra, ouâra (ou si l'on veut wara)\ 
mais il faut prendre le vàra au moment où il est bien en colère 
contre son ennemi le cardeux pour, s'en tenant à cette explica- 
tion, trouver un sens à la comparaison reûiller les yeux comme 
un ouâra. 

peuchot (eu=7) ; poucet (diminutif d& poncé). — Bourguignon 
peuce, pouce ; picard, peuce, peuche^ pouce. — La forme peuchot 
serait totalement oubliée aujourd'hui sans un vieux jeu de nour- 
rice encore pratiqué qui consiste à faire répéter aux enfants les 
mots ci-après, en touchant à chaque mot avec la main droite un 
des doigts de la main gauche ; 

Peuchot {[q pouce), liche-pot (\'iadex)y grand-doigt (le majeur), 
excepté (?? — l'annulaire), petit-cousin (le petit doigt). 

Tochot (roche, rocky rocquet : chemise, sarrau (T. m. t. a.): 
blouse, sarrau. — Bas latin roquetum, sarrau, blouse. A rappro- 
cher de l'allemand Rock, vêtement. Ce mot s'est conservé dans 
un vieux dicton rimé : 

1. Voir page 117. 



- i44 - 

Gaye, mon pauvre Gaye, 
Quante j'y étais, 
Des rochots j'en avais 
Tois neùs, lois vieux, 
Tois réqu'modés tout à neû, 
Et de la toile au tisserand 
Pou' en faire enco autant. 

2' Mots encore dsités dans la première moitié du xix« siècle. 

Parmi ces mots, il y a lieu de mettre à part ceux où la lettre 
r s'adoucissait en s ou ;:, adoucissement beaucoup plus fréquent 
dans le vieux patois que dans le patois a^ctuel. Exemples : 

pèze (è = 9) : père. 

mèze (è = 9) : mère. 

frèze (è = 9) : frère. 

tabouser : frapper. — Aujourd'hui tabourer (voir page 118). 

égaser : égarer, dans le sens d'épouvanter, faire fuir la vo- 
laille. — Aujourd'hui égarer, 

essise : asseoir (aujourd'hui essire ou essîéter). 

poisotte : fruit de l'aubépine. — Aujourd'hui poirotte (voir 
page 45). 

P. Tarbé, d'après Grosley, donna une liste de mots encore 
usités à Troyes dans le xviii^ siècle ; on y trouve des mots comme 
les suivants : coutiizière, écuzie, récuzer pour couturière, écurie, 
récurer. Dans une autre liste, se rapportant au patois de Gour- 
gançon et des environs, figurent les mots pèze, mèze, frèze, pour 
père, mère, frère. 

Charles Nisard signale également la mutation de r en : ; il ex- 
plique que cette altération, originaire du Berry et de la Bour- 
gogne, avait été apportée à Paris par les marchands de bois, de 
charbon et de vin de la Bourgogne et de l'Auxerrois, les mariniers 
de la haute Seine et de l'Yonne, et qu'elle avait fini par passer de 
la langue du peuple dans celle des gens bien élevés. Voici quel- 
ques-uns des nombreux exemples qu'il en donne d'après plusieurs 
pamphlets en langue vulgaire du xvii« siècle : boize, cuzé, dozmi, 
hcuzeux, pazaiHj poize, affaize, apzanti, histoize, vézitéy au lieu 
de boire, curé, dormir, heureux, parrain, poire, affaire , apprenti, 
histoire, vérité. 

Froissart emploie assez souvent des formes où r est remplacé 
par s (prononcé z) ; en voici un exemple : 

.... Mais vinrent jusques au captai et l'environnèrent, et 
s'arresterent dou tout sur lui, et le prisent et embracierent de 
fait entre yaus par force. 

Enfin on trouve dans le bas latin, à une époque où les formes 



— i45 — 

nouvelles ne sont que des mots français latinisés (1492), rasitaSj 
pour raritas, l'areté. 

C'est donc en bonne et nombreuse compagnie que nos aïeux 
prononçaient s pour /• ; le français moderne a d'ailleurs conservé 
la forme berrichonne chaise (pour chaire, du latin cathedra, 
siège), dont la formation est analogue à celle de tous les mots 
rappelés ci-dessus. 

Voici d'autres mots tombés en désuétude, ou dont la forme s'est 
modifiée : 

bat-l'âne : garçon meunier (voir page 141). 

brouotte : brouette. 

Cadet : nom que l'on donnait au second fils d'une famille et- 
qu'il portait à la place de son prénom. 

cale de Moïse : bonnet de forme assez élevée, en laine gri- 
sâtre, que portaient les vieillards. — Voir cale pour bonnet, 
page 74. 

chiennet (en = 20) : chenet. 

choir, chu ; tomber, tombé. 

clinque : jambe. 

coûte : côte (os). 

Doudou : nom que l'on donnait au quatrième fils d'une famille 
et qu'il portait à la place de son prénom. — Ce nom, déjà rare à 
Gaye vers 1830, a cessé d'y être usité un quart de siècle au moins 
avant ses corrélatifs Cadet et Lami ; mais il s'est conservé jus- 
qu'en ces derniers temps dans de nombreuses localités de la Cham- 
pagne. 

émorce (pour amorce) : chiffons à demi-brûlés dont on se 
servait autrefois en guise d'amadou (voir page 141). 

fambrer : fumer (une terre). — Du bas latin fimare, fumer : 
la lettre b a été intercalée par euphonie pour éviter la rencontre 
trop dure des deux consonnes 7?i et r après la chutede l'a médian. 
Exemples analogues : chambre^ de caméra ; nombre, de numerus; 
humble, de humilis. 

foui, s'enfoui : fuir (en parlant d'un tonneau, d'un vase). — 
Foui, pour fuif mais dans le sens général du mot fuir, se trouve 
dans Commines : 

Tel perdit ses ofSces et estatz pour s'en estre fouy, et 
furent donnez a d'autres, qui avoient fouy dix lieues plus 
loing. 

fremer (e = 16): fermer. — Fremer pour fermer se disait 
dans l'ancienne langue : 

Ele vint aupostis, si le deffrcma, si s'en isci parmi les rues 
de Biaucaire. (Aucassin et Nicolctte). 

•10 



— i4C — 

guernier (ni = 29) : grenier. — Le patois actuel dit grenier 
(é = 20, ni = 29). 

iaum'nite : eau bénite. — \' oiv painm'nif, page 120. 

iaum'nitier (ti = 2oJ -. bénitier. 

itou (T. y.) : aussi. 

Lami (quelquefois Mimi) ; nom que l'on donnait au troisième 
fils d'une famille^ et qu'il portait à la place de son prénom 

luceron : petit ustensile qui se suspendait sous les anciennes 
lampes à tricorne pour recevoir l'huile qui en découlait. — Du 
latin lucerna, lampe. 

marde : m...ot de Cambronne. — L'ancienne forme a survécu 
dans le composé fouille -marde, insecte qui vit dans les excré- 
nients. 

nouviau (au = 4) : nouveau. 

piclier, pichat : pisser, pissat. 

rétillotte : tibia de poulet cassé par un bout dont on se servait 
pour remonter la mèche des anciennes lampjes à tricorne. — De 
rétiller pour attiser (voir page HT) avec le sufTise otte ^owv elle, 
indiquant un nom d'instrument. 

révallée : arrière pièce sans fenêtres qui servait de laiterie ou 
de cellier. 

router (T. y.) ; ôter. — On dit ouler dans le patois actuel 
(voir page CI). 

sarpent (en = 16) : sans doute pour serpent ; ce mot s'em- 
ployait exclamativement : sarpenl de gamin ! dont le sens est à 
peu près : maudit gamin! 

sicher : sécher. — Du latin siccare, sécher. 

truper : piétiner. — Bas latin trepare, danser, gambader ; 
vieux français treper\ oe dernier se trouve encore dans Rabelais 

var (a= 4) : près de. — Les seules formes usitées par le patois 
actuel sont vé el vec (voir page 36). 

venredi (T. m. a.) : vendredi. — La forme venredi est rigou- 
reusement étymologique : Veneris dies. Le d de vendredi a un 
rôle euphonique analogue à celui du b dans chambre (voir au mot 
fambrer ci-dessus). On trouve venredy dans Froissart, 

A cette liste on peut ajouter la locution ci-après : 

d'où vient que... ? remplacée aujourd'hui par son équiva- 
lent pouçMoi que...? La tournure d'où vient que se trouve dans 
La Fontaine : 

Mais d'où vient qu'au renard Esope accorde un point, 
C'est d'exceller en tours pleins de matoiserie ? 

(Le Loup el le Renard, livre XI, fable vi). 



CHAPITRE IV 
Coup d'œil rétrospectif 



I. — LE PATOIS N'EST AUTRE CHOSE QU'UN RESTE 
DE LA LANGUE DU MOYEN AGE 

Chaque patois eonstiliie une langue peu compliquée dont le 
vocabulaire, borné à l'expression d'un assez petit nombre d'idées 
concrètes, était adapté aux besoins de gens simples qui, pour la 
plupart, restaient toute leur vie attachés au sol natal. Pendant 
que le français, qui fut à l'origine un patois comme les autres, 
évoluait rapidement et devenait une langue raffinée sous la plume 
des écrivains et dans la bouche des orateurs et des gens du 
monde, les patois restaient dans une stagnation voisine de l'im- 
mobilité. Les patois ont été de tout temps en retard sur la 
marche générale de la langue, et ce retard est devenu de plus en 
plus sensible à mesure que le français se polissait davantage. 

Dans les pages qui précèdent, on a pu se rendre compte que la 
vieille langue vit toujours dans le patois, et que nombre de détails 
contraires aux habitudes da français actuel s'expliquent, soit par 
leur rapprochement avec des textes du moyen âge^ soit par leur 
conformité avec tel ou tel dialecte. 

La trame du patois, comme celle du français, est formée, en 
presque totalité, d'éléments latins ou bas latins ; l'influence de 
l'époque franque n'y a laissé que de vagues traces figurées par 
quelques mots très clair-semés ; exemples : glinguer, guêner, 
ouinner. 



II. - RAPPORTS DU PATOIS DE GAYE AVEC LES PARLERS 
DES PAYS ENVIRONNAiNTS 

Jusqu'à la Révolution, la région limitée à l'ouest et au nord- 
ouest par les collines qui servent de contreforts au plateau de la 
Brie, et située entre Sézanne et Fère-Champenoise, avait Troyes 
pour centre administratif, judiciaire, ecclésiastique, etc. ; elle 
resta même comprise dans le diocèse de Troyes jusqu'en 1822. 
Toutes les traditions du passé rattachaient cette contrée aux pays 
arrosés par la haute Seine et par l'Aube ; aujourd'hui encore on 
dit couramment à Gaye « la Rivière », d'une façon absolue, pour 
désigner l'Aube. Je me souviens de plusieurs prénoms particuliersau 
martyrologe troyen, évidemment puisés dans l'ancien paroissien 
du diocèse de Troyes, comme ayant appartenu à des vieillards 



— i48 — 

nés vers 1780 : l.yé, Mâtie, Tanclie. Le langage courant s'étanl 
formé sous l'caipire de cette attraction, il faut s'attendre à ce 
qu'il en porte la trace, et, de fait, notre patois présente beaucoup 
plus d'affinité avec les parlers de l'Aube qu'avec ceux de la 
Marne. 

Il serait certainement exagéré et même faux de dire que le 
patois de Gaye n'a que des rapports vagues et lointains avec ceux 
des autres régions de la Marne ; mais il est à remarquer que là 
où tel patois de la Marne possède un terme à lui, le nôtre a sou- 
vent pour terme correspondant un mot français. En voici quelques 
exemples : 



Mots communs 

au patois de Gaye 

et au français. 

aucmenter (augmen- 
ter). 
avoine, 
avoir peur, 
balai. 

brûler. 

crapaud. 

chaise. 

chat 
chenet. 

émonder. 
entonnoir, 
éteule. 
lassé'. 

noisetier. 

pie. 

porte. 

retarder. 

terrine. 

tombereau. 

troubler. 

vigne. 



Mois équivalents dans difTérents 
patois de la Marne. 



amender (environs de Châlons, de 
Vitry, de Sainte-Ménehould). 

aveine (environs de Montmirail). 

resongner Id. 

ramon, vieux (environs de Sainte- 
Ménehould). 

chouquer (environs de Chûlons, de 
Vitry, de Sainte-Ménehould). 

bo (environs de Vitry et de Sainte- 
Ménehould). 

chayère {environs de Vitry et de 
Sainte-Ménehould). 

chet (environs de Sainte-Ménehould). 

cheminon (environs de Vitry et de 
Sainte-Ménehould). 

botter (environs de Montmirail). 

anchette (environs d'Epernay). 

étoule (environs de Châlons). 

hodé (environs de Châlons, de Vitry 
et de Sainte-Ménehould). 

caurier , côraignier (environs de 
Châlons et de Vitry). 

agace (environs de Châlons et de 
Reims). 

hus (environs de Sainte-Ménehould). 

retarger (environs de Montmirail). 

têle Id. 

barrot Id. 

troublir (environs de Dormans). 

veigne (Barbonne et autres vignobles 
entre Champagne et Brie). 



1. Le patois dit toujours lassé, et ne se sert jamais des formes las ou 
fatigué. 



— i49 — 

En mettant à part le français, avec lequel il se rencontre pour 
les trois quarts environ de son vocabulaire, on peut dire qu'en ce 
qui regarde le surplus, le patois de Gaye a ses racines tournées 
vers le midi, et qu'il paraît situé vers la limite d'une zone soumise 
à diverses influences linguistiques venant du sud de la Cliampa- 
gne, et même de la Bourgogne et du Berry. 

Les notes de Tarbé montrent que beaucoup de mots usités à 
Gaye le sont également dans l'Aube. 

L'influence bourguignonne ressort d'un assez grand nombre de 
faits dont voici les principaux : 

i" Flexions ains, aint à l'imparfait de l'indicatif et au présent 
du conditionnel ; 

2" Formes verbales j'arai, je sarai, je voirai, fenvoyerai, évUf 
etc.; 

3" Remplacement du préfixe a par é; 

4° Remplacement des suffixes et, elle par ot, otte ; 

5" Prononciation z pour r, qui à une certaine époque s'est 
étendue bien au-delà de la Bourgogne, mais qui tire son origine 
de cette province et du Berry ; 

6° Substitution de n à f ; nwie, nentille ; 

1° Transformation de i en in : amin, indiot (mots du vieux 
patois). 

Il serait facile d'allonger cette liste ; je préfère m'en tenir au 
fait que voici : 

Depuis longtemps, j'étais intrigué par des formes telles que far- 
reux (a=[3]), étarrer (a=[3]), patarrer (le second a=[3]), dans 
lesquelles j'entrevoyais l'idée de fer pourle premier, etcelle déterre 
pour les deux autres, mais oîi la présence de ïa long me déroutait 
complètement. Les recherches faites en vue de ce travail m'ont fait 
découvrir : 1° que le bourguignon dit far pour fer et tarre pour 
terre; 2" que les a du bourguignon placés comme ils le sont dans 
les mots far et tarre se prononcent avec un allongement qui est 
la principale caractéristique de l'accent bourguignon (Perrault- 
Dabot). Cette double constatation, en levant toute difficulté, m'ap- 
portait en même temps un argument de premier ordre en faveur 
de la part qui revient au dialecte bourguignon dans la formation 
du patois de Gaye. 

Quant à l'influence du Berry, il est facile de relever, au cours 
de la présente étude^ nombre de mots berrichons oiTrant une res- 
semblance et même souvent une identité remarquables avec les 
nôtres. 

Notre patois a également subi, mais à un degré bien moindre, 
l'influence de plusieurs autres dialectes de la langue d'oil, parti- 
culièrement du normand, du picard et du wallon. 



— 100 — 



III. — TRAITS QUI DONNENT AU PATOIS DE GAYE 
SA PHYSIONOMIE PARTICULIÈRE 

Voici, pour terminer, un résumé rapide des traits qui donnent 
au patois de Gaye sa physionomie particulière. 

1. — Prononciation. 

Notre patois présente plusieurs singularités de prononciation 
qui ont été étudiées dans le chapitre P'. 

2. — Mots considérés séparément. 

Il y a dans le patois des séries de mots dont la forme présente 
un aspect à part ; exemples : 

i° Série des noms en ou : chorrou, fambrou, taclou, vessou: 

2" Série des formes verbales en Hier, illant pour iser, isant : 
aiguiller (aiguiser), réliller (attiser), reluillant (reluisant), cuil- 
lant (cuisant). 

3' Série des verbes eu eiller (ei=[iO]) : andeiller, bâreiller, 
charreillery chaureiller, corneille^', coureiller-, fousseiller, hon- 
teiller, puceiller, vercleiller. — Ces formes paraissent bien pro- 
pres à notre patois ; on peut en rapprocher la forme berrichonne 
charreyer citée par Littré. Il y a d'ailleurs dans la basse latinité 
un certain nombre de verbes d'un type analogue, comme ei'beiare, 
faire paître les herbes ; — festeiare, festoyer ; — glandeiare, 
conduire les porcs à la glandée ; — guarreiare, guerroyer — 
nauleiare, noliser ; — peleiare, se quereller ; — rusqueiare, 
écorcer ; — undeiare, ondoyer. 

4° Série des noms en eiller et en eilleux (ei=[10]):/iar6etiier, 
noceilleux, fêteilleux. 

5' Série des verbes en eûiller : beûiller, encreûiller, décreùil- 
ler,reûiller. 

6° Série des verbes en ôier : anôier, entôïer, détôier. 

Le patois possède quelques onomatopées originales : qutler^ 
trîlery ronner, raouler, vionner. 

Il tire le présent du subjonctif du présent de l'infinitif dans cer- 
tains verbes où le français transforme plus ou moins ce dernier; 
la seule modification admise par le patois est le changement de 
ou en eu dans le cas où la syllabe aloue de l'infinitif devient accen- 
tuée dans la conjugaison. Ainsi le patois dit : que je peuve, que 
je veule, que falle, que je vale, que je faise, que je save. 

Il forme aussi avec le préfixe é pour a, sur le modèle émener, 
écouri pour amener^ accourir, un certain nombre de verbes qui 
n'ont pas de correspondants en français, tels que ébider, échas- 
ser, étralner. 

De même, aux diminutifs en of, otte, correspondant générale- 



— loi — 

ment à des mots français en cl, etle^ il ajoute d'autres diminutifs 
facultatifs qu'il forme suivant le besoin du moment : d\i oinol, du 
cafiot, unne gaminotte pour du petit vin, dupetil café, une petite 
gamine. 

Le suffixe in sert aussi à former des diminutifs, également facul- 
tatifs à l'occasion : voir, comme exemples rentrant dans cette 
catégorie, mangeofin, page 87 ; mosselotin, page 88. 

Il compose des dérivés rien que pour l'oreille, sans s'inquiéter, 
et pour cause, de la forme écrite des mots, ce qui donne parfois 
naissance à des combinaisons assez bizarres : beûtier, coutiauter, 
dépiauter, siautée, tarater, parrinage, minonne, boyeux. 



La lettre r paraît avoir souvent été une cause d'embarras pour 
le patois, surtout lorsqu'elle se trouverait répétée dans deux syl- 
labes voisines ; il se livre dans ce cas à divers tours de force qui 
peuvent rentrer dans trois catégories : 

d" Suppression de l'une des deux r : pédrix, mécrédi; 

2° Transformation complète du mot avec élimination d'une r : 
draie pour dartre, pruse pour présure; 

3" Intercalation d'une lettre-tampon comme dans les futurs je 
morderai,je perderai, je tarderai (tordrai)^ où Ve muet^ qui a 
l'air de faire rentrer ces verbes dans la première conjugaison, n'a 
d'autre but que d'éviter le rapprochement des deux r. 

3. — Construction. 

La construction générale de la phrase est la même qu'en fran- 
çais; voici cependant quelques points sur lesquels le patois s'écarte 
du français : 

{° La locution conjonctive mais que, signifiant lorsque ou 
quand^ se construit avec le subjonctif; 

2° Les adjectifs, pronoms et adverbes interrogatifs sont tou- 
jours construits avec un qui ou un que parasite; en général, les 
tournures interrogatives diffèrent du français et sont souvent 
pléonastiques. 

3" Les verbes exprimant des mouvements du visage sont tous 
actifs : reûiller les yeux, refrogner le nez, greigner les dents. 

Dernière remarque : noire patois offre un certain nombre de 
tournures qui, bien que revêtant la forme affirmative, expriment 
un sens négatif, ou tout au moins ironique et fortement dubitatif, 
comme dans les phrases suivantes : 

Il ira de belle. 
Je sais beaucoup. 
Je compte que oui. 
I va se mette après. 



APPENDICE 



I. — PRÉNOMS 
1. — nommes. 

Adophe : Adolphe. 

Alfred, Fédot : Alfred. 

Arsène (è = 20) : Arsène. 

Auguste (Au = 4, g = 27) : Auguste. 

Bastien (a = [3], ti = 25) : Sébastien. 

Bâtisse (a = 2, i long) : Baptiste. 

Broise (ou-oi : oi = Ib) : Ambroise. 

Colas (a = [3]) : Nicolas. 

Didier (le second di = 2'7) : Didier. 

Faustin (au = 4) : Faustin. 

Fédéric ; Frédéric. 

Félis (é = 10, i long, s sonne) : Félix. 

Glaude (au = [5]) : Claude. 

Oustin (G = 27) : Augustin. 

Jean (ean = 10) » : Jean. 

Julien (li = iî8) : Julien. 

Laurent (au = 4) : Laurent. 

Lexandre : Alexandre. 

Mathieu (thi = 25) : xMathieu. 
. Médé : Amédée. 

Mertii : Myrtil. 

Natole : Anatole. 

Nésime : Onésime. 

Noré : Honoré. 

Paul (au = 4) : Paul. 

Phlippe : Philippe. 

Phyrin : Zéphyrin. 

Polyte : Hippolyte. 

Prien : Cyprien. 

Rapion (vieux) : Sérapion. 

Tanislas : Stanislas. 

1 . Dans la Saint- Jean (fête), ean se prononce 19. 



- i54 - 

Thodore (le 2" o = [5]) : Théodore. 

Tliodoric : Théodoric. 

Tliophile : Théophile. 

Titile : Aristide. 

Totôme (o = 4, ô = [5]) : Chrysostôme. 

Ugène (è = [11]) : Eugène. 

Uphrase (a = [3]) : Euphrase. 

Yéyé (vieux) : Lyé. 

Zachari (i bref) : Zacharie. 

Zidore (o = [SJ) : Isidore. 

2. — Feiumes. 

Armante : Armande. 

Armantine : Armaiidine. 

Aurélie (Au = 4) : Aurélie. 

Babet (rieux) : Elisabeth. 

Berthile : Berthilde. 

Cicile : Cécile. 

Clora : Clara. 

Clotide : Clotilde. 

Delaïde (vieux) : Adélaïde. 

Doxie : Eudosie. 

Egathe : Agathe. 

Filicitée : Félicité. 

La Flore (vieux) ; — (o = [5]) : Flore. 

Qenevière (le 1" e = 16, è = [10]) : Geneviève. 

Gestrude (vieux) : Gerlrude. 

Goton (vieux) ^ : Marguerite. 

Gustine (G = 27) : Augustine. 

Hélène (è = 20) : Hélène. 

Jonnette (vieux) ; — (on = 16) : Jeanne, Jeannette. 

Julienne (li = 28, en = 20) : Julienne. 

Lalie : Eulalie. 

Lisa : Élisa. 

Lonie (o = 16) : Léonie. 

La Louise, Louisette (vieux) : Louise. 

Marguerite (gu = 27) : Marguerite. 

Marijonne (vieux) : Marie-Jeanne. 



1. De Marguerite sont venus Margot, Margoton : Goton est une 
abréviation de ce dernier par tipplicalion d une aphérèse très familière au 
patois. 



lOD 

Mathile : Malbilde. 

Mélie •' = 10) : Amélie ou Emilie. 

Mentine : Clémentine. » 

Nannette (vieux) ; — (an = 19) : Anne ou Anuelle. 

Nastasie : Anastasie. 

Nonôre (o = 16, ô = [o]) : Éléonore. 

Pauline (au = 4) : Pauline. 

Phémie (é = 10) : Euphémie. 

Phérine (é = 9) : Zéphyrine. 

Phonsine : Alphonsine. 

Phrasie (a ■= [3]) : Euphrasie. 

La Rose, Rosette (o = [o]) : Rose. 

Sandrine : Alexandrins. 

Ugénie (é = 20) : Eugénie. 

Zoée ; Zoé. 



11. — iNOMS DONNÉS PAR LE PATOIS AUX HABITANTS 
DES LOCALITÉS VOISINES 

Les gens de Gaye sont appelés par leurs voisins et s'appellent 
eux-mêmes les Gayons (G = 27, ay = [H]). Us donnent les noms 
ci-après aux habitants des localités voisines : 

Allemant : les Allemandiots (A = [3]), di = 27, ots = [o]). 

Angluzelles : les Angluziots. 

Barbonne : les Barbonnots. 

Broyés : les Broyats (pron, Brou-oi-iats : oi = 12, at£ = [3]). 

Chichey : les Ohichetons. 

Conn antre : les Connantrats. 

Fère-Cbampenoise : les Ferions. 

Fontaine-Denis : les Fontenats. 

Fresnay : les Fresnotiers (ti = 25). 

La Chapelle-Lasson : les Chapelats. 

Linlbes ; les Linthats. 

Linlhelles : les Linthellats. 

Marigny (en patois Marégny ; é =: 20) : les Marégniots. 

Péas : les Pectats. 

Pleurs : les Pleuriots. 

Queudes ; les Queudiers (qu = 25; di = 27). 

Saudoy ; les Saudotiers. 

Sézanne : les Sézannois (oi = 15). 

Saint- Remy ; les Saintremyats. 



- i56 — 

Saint-Saturnin : lesEtorr)iots(duilêlreun surnom reposant sur 
un jeu de mots). 

Thaas : les Thaaïoas. 

Villeneuve-Saint- Vistre : les Villeneuviots (surnom : les 
Indiots, voir page 143). 

Vindey : les Vindotiers. 

Gaye est situé entre deux grandes régions : la Brie, qui s'étend 
à l'ouest de Sézanne, et dont il appelle les habitants les Briatu, et 
la Champagne, que les gens de Gaye font commencer à Fère- 
Champenoise, et dont ils appellent les habitants les Champenois. 

Voici un vieux dicton rimé se rattachant au sujet qui nous 
occupe : 

Linthes et Linthelles, 
Pleurs et Courcelles, 
Gaye et Marigny, 
La Chapelle et Marsangis : 
Tout a été ch, . . dans le même nid. 



III. — QUELQUES DICTONS 

1 . — C'est la pelle qui se moque du fergon. 

La pelle (à enfourner) et le fourgon concourent à la même 
besogne et se valent entre eux. Le dicton ci-dessus s'applique à 
ceux qui font remarquer chez les autres un défaut pouvant leur 
être reproché à eux-mêmes. 

2. — Faire du poussier pa la boue. 

Faire des embarras, chercher à paraître plus qu'on n'est en 
réalité. 

3. — A la Saint-Gazin, mais qu'an tonde les viaux. 
C'est-à-dire à une époque qui ne viendra jamais. 

4. — Vaut mieux aller à la maie qu'au médecin. 

On gagne sous tous les rapports à avoir bon appétit et bonne 
santé. 

5. — Au ne prend pas deux fois des oisiaux dans le 
môme nid. 

Les trucs qui ont déjà servi sont éventés et ne valent plus rien. 

6. — N'avoir que son c. . . et ses dents. 

Entrer en ménage sans autre apport que ses avantages naturels. 

1. — Faut savoir qui qui l'a pondu, qui qui l'a couvé. 
Coup droit visant les gens curieux, qui trouvent qu'on ne leur 
donne jamais assez de détails. 



— i57 — 

8. — Faire l'.ino pou avoir du son. 

Faire le bon apôtre, se montrer plus bête qu'on ne l'est en 
réalité, en vue d'en tirer un profit 

9. — Ça chante le coq. 

Se dit d'une chose exposée à un grand danger, comme un vase 
ou un autre ustensile à être brisé, etc. Ce dicton doit provenir de 
ce que l'on regardait comme un très mauvais présage le cri de la 
poule imitant le chant du coq. 

10. — Demande à un chai, si i veiU du beurre. 
C'est-à-dire tu peux offrir, il n'y a pas de danger que tu sois 

refusé, 

a. — Mais que je sels cantonnier, tu no monteras pas 
dans ma brouette. 
Tu refuses de faire quelque chose pour m'obliger : vienne l'oc- 
casion, et j'agirai de même à ton égard. 

12. — lia unne maladie de renard : i mangeraitbienunne 
poule. 

13. — Il est hébillé comme un renard : la piau vaut 
mieux que la bête. 

14. — A la Saint-Simon (28 octobre), 
Maigre mouche et gras mouton. 

15. — Noël au pignon, 
Pâques au tison. 
Ces quatre derniers peuvent se passer d'explication. 

16. — Saint-Martin, 

Saint-Tormentin, 

Ce dicton se répétait surtout dans les mauvaises années où la 
récolte manquait et où les pauvres laboureurs n'en devaient pas 
moins trouver de l'argent à la Saint-Martin pour payer le maré- 
chal, le charron, le bourrelier, etc. 

17. — Bon voyage et bon vent : 

La paille au c. . et le feu dedans. 
Souhait ironique de bon voyage où la bienveillance n'occupe 
qu'une place extrêmement restreinte. 

18. — C'est la monture du Portugal : 
La bête su l'animal. 
Autre dicton ironique, d'ailleurs dépourvu de sens et reposant 
uniquement sur une rime qui n'a certes rien à voir avec la 
raison. 

19. — Ça va sans dire, comme les matines de l'évêque 
de Gaye. 



— i58 — 

Ce dicton, inconnu à'Gaye, au tnoius pour les générations de 
riieure actuelle, a dû s'appliquer à l'un des abbés crosses et 
mitres de l'ancienne abbaye de Bénédictins, dont plusieurs ont 
porté en même temps le titre d'évêque, 

20. — C'est comme les chiens de Bannes, qui vont à la 
noce sans ête priés. 

Inutile d'essayer une explication de ce dicton, qui, au fond, n'a 
aucun sens, le sans-gêne attribué aux chiens de Bannes étant 
commun â toute la race canine. 

21 . — Ça reluit comme le coq de Mœurs. 

Le clocher de Mœurs a sans doute été pourvu, à une époque 
difficile à fixer, d'un coq tout neuf dont le brillant aura donné 
lieu au dicton ci-dessus, qu'on a conservé l'habitude de répéter. 

22. — Il arait évu un grain de navette entre les fesses, 
ça arait fait de l'huile. 

On admet que le fait de courir un grand danger ou d'éprouver 
une grande peur produit un resserrement particulier qu'il est 
assez naturel de regarder comme porté à l'extrême dans les cas 
graves : une idée analogue se retrouve dans le mot détresse. — 
Le patois de Sainte-Menehould possède l'adjectif détroit, dont le 
sens correspond à celui du nom détresse. 



IV. — QUELQUES COMPARAISONS 

Suer comme un bœuf blanc. 

Vif comme un chien de filoml). 

Ça y va comme un tabler à unne vache. 

I s'y entend comme unne vache à ramer des choux. 

I s'y connaît comme un âne aux étoiles. 

Ça glingue comme unne mie de pain dans un bonnet de coton. 

S'enfermer comme des mangeux de poules. 

Dégourdi comme un crapaud entortillé dans unne mitaine. 

Embarrassé comme unne glousse avé treize poulets. 

Dévot comme un quartier de chien. 

Rougeaud comme les fesses d'un œuL 

Rouge comme un ch. . .x. 

Gras comme un cent de clous. 

Ça t'est défendu comme le Pater aux ânos. 

Chanter comme un oracle. 



— i59 — 

V, — QUELQUES TEXTES EN PATOIS 

1. — Un vieux conte de la veillée >. 

La Baillette-de-Six-Mille. 

Y avait unne fois un marichal qu'avait un garçon de seize ou 
dix-sept ans, qui n'avait pas enco tuché un util. Un jour le père a 
dit au garçon : « Mais à c't'beure lu dois être fort, prends un 
martiau et éïde-moi k forger. )■> Au premier coup de martiau, 
patatrac 1 v'Ià Tenclume émiolée. Le père en a réjeté unne aule et 
il a dit : « Voyons voir si ça ira mieux à présent. Vlan I au pre- 
mier coup, v'ià enco l'enclume qui vole en mille morciaux. » Si 
c'est comme ça que tu travailles, qu'a dit le père, je ne peux pas 
t'occuper, l'arais bientoùt fait de me ruiner. Le garçon a 
répondu : « Pisque c'est comme ça, je vas voyager. »Ilaqu'meac6 
pa se faire faire unne baillette qui pesait six mille, et pis il a 
parti. En route il a rencontré Songis, un homme qu'était la tête 
en bas et les jambes en l'air, et i y a dit : « Quo que tu fais là ? » 
L'aute a répondu : « Je songe. — Et quo que tu songes? — .le 
songe que y en a un là-bas qui culbute les montagnes. « La Bail- 
lelte-de-Six-Mille a dit : « Allons le trover ; je serons lois bons 
gaillards ensemble. » Quante il ont érivé attenant de li, il ont 
essayé si il en feraint bien autant, et il ont pu aussi culbuter les 
montagnes du premier coup. La îiailiette-de-Six-MilIe a dit à Son- 
gis de songer enco ; i s'a remis à songer, et i yeux a dit qu'il en 
voyait un qu'érachait les âbres avé son petit doigt. Il ont été le 
trover aussi, et il ont essayé de faire pareil à li; il en ont venu 
tout de suite à bout. Après ça, il ont parti tous les quate 
ensemble pou charcher de l'ouvrage, 1 s'ont édressé dans un cbà- 
tiau, là qu'an yeux a donné du bois à couper. Quante l'ouvrage a 
été faite, il ont été pou se faire payer ; mais comme an n'avait 
point d'argent à yeux donner, an yeux a dit d'élende un peu et 
an yeux a demandé si i voulaint bien recurer un puits qu'an 
yeux a montré. Mais c'était pou se débarrasser d'eux : i n'ont pas 
putoùt été descendus tortous au fond qu'an a bouché l'entrée du 
puits avé unne grousse meule de molin. Mais la Baillette-de-Six- 
Mille a enlevé la meule et Ta fait verder à pus de cent pieds en 
Tair. A bien fallu les payer ; mais en place d'argent, an yeux a 
offri un vieux cbâtiau qu'était attenant de là et lavou que per- 
soune ne demeurait. 11 ont bien voulu ; mais i ne savaint pas que 
le Pélit-Bonhomme-Carré venait de temps en temps faire un tour 
dans yeux châliau. Là nous quate ouvriers qu'emméiiageont et 
qui se remettont à charcher de l'occupe. Y en avait tois qui 

1 . Autrefois on se réunispail beaucoup pour la veillée, et les conteurs 
avaient fort à faire pendant les longues soirées d'hiver. Il y avait là toute 
une littérature parlée, aujourd'hui en train de disparaître. 



— i6o — 

devdint aller travailler pendant que l'autre resterait là pou faire 
la cusine. Le premier jour, il ont fait rester Songis; pendant qu'il 
était tout seul, le Pétit-Bonbomme-Carré a venu et i y a demandé 
quo qu"i faisait là ; il a répondu qu'i faisait la cusine. L'aule, qu'é- 
tait le diable en personne^ a tombé dessus, i y a foulu unne 
broussée et i l'a laissé avé la figure toute bacbée En rentrant, ses 
camarades y ont dit : « Ben ! ah ça! quo que c'est que t'as? » 11 
a mieux eumé garder sa volée pour li, et il a réconté qu'en allant 
queri du bois, i s'avait ébranculé trop fort après le tas de bûches, 
et qu'y en avait trôquate qui y avaiut dégringolé su le tAchon, 
Le lendemain il ont fait rester Culbute-Montagnes, qu'a aussi été 
quelongné pa le Pétit-Bonhomme-Carré. I n'a pas non pune 
voulu dire le fin mot ; v'ià ce qu'il a réconté aux autes : « Y avait 
un lacandis attenant du puits; ça m'a fait virer en voulant tirer 
un siau d'iau, et je m'ai élarré su la pierre du puits, qui m'a fait 
c'te gnole-là. Le toisième, qu'a enco évu le même tour, a dit 
qu'i s'avait laissé tomber pa la trappe du grenier en allant queri 
des ognons. En voyant ce qui se passait, la Baillette-de-Six -Mille 
a dit aux autes : « Vous n'êtes tortous que des propes à rien ; je 
vas rester à mon tour. » Étant en train de faire la cusine, il a 
reçu aussi la visite du Petit- Bonhomme-Carré, qu'a voulu tomber 
su li ; mais il a été pus leste que le diable. Drès qu'il l'a éperçu, 
i n'a fait ni unne ni deux, il a empongné sa baillette et i s'a mis 
à taper dessus, je te tape et je le tape, en veux-tu n'en v'ià, et pis 
n'en v'Ià enco, si bien si biau que le diable a été tout épanlé et 
qu'il a couru se càpi sous un grous tas de fagots. La Bai!lette-de- 
Six-Mille a dit : e Toi, tu me payeras ça. » Quante les autes ont 
rentré, i yeux a dit : c Je l'ai vu, le c'ti qui vous a si bien 
érangé. Venez avec moi, je vons culbuter c'te tas de fagots-là : i 
s'a fourré dessous. » Le tas de fagots culbuté, il ont trové dessous 
un grand trou fait comme un puits et il ont dit : « Sûrement le 
diable est caché là-dedans. » Il ont voulu aller l'y joinde ; mais 
fallait pouvoir descende et remonter. Il ont pris unne grand 
corde ; an en étachait un après la corde^ et les tois autes le des- 
cendaint dans le puits. Les tdis premiers ont remonté l'un après 
l'aute sans avoir sentu le fond du puits ; la Baillette-de-Six-Mille 
a descendu à son tour, et quante il a été au bout de la corde, ses 
compagnons s'ont dit : « Mais c't animau-là, i nous en fait voir de 
toutes les couleurs ; si je coupains la corde 1 » I l'ont fait comme i 
l'avaint dit, et v'ià la Baillette-de-Six-Mille qui descend tant et 
tant qu'à la tin il érive dans l'autre monde. Dans le pays lavou 
qu'i se trovait, c'était le jour de la fête ; an rencontrait tout plein 
de monde, et il a demandé à des gens du pays si i ne connais- 
saint pas le Pétit-Bonhomme-Carré et si i ne voulaint pas y dire 
lavou qu'i demeurait Tout le monde connaissait bien le Bon- 
homme ; mais personne n'a voulu y dire lavou qu'i demeurait. La 
Baillette-de-Six-Mille s'en va se promener su la fête, et i demande 
à unne marchande de poires : « A-vous des poires qui font 



— i6i - 

pousser des cornes? » La marchande a répondu qu'oui; il aéjeté 
des poires et un peu après il en a fait cadeau à quioques jeunes 
filles. Drès qu'aile en ont évu mangé, yeux a poussé à chécunne 
unne grand paire de cornes su le front. Quante aile ont vu ça, les 
v'ià lortoutes parties à crier comme des Madeleines ; la Baillette- 
de-Six-Mille yeux a dit : e Ne criez pas tant ; vous n'avez qu'à me 
dire lavou que demeure le Pélit-Bonhomme-Carré, et vous cor- 
nes tomberont. » En effet, aile 3' ont dit, et yeux cornes ont 
tombé. Sans perde de temps, la Baillette-de-Six-Mille a couru 
cheui le diable, i y a foutu unne broussée enco pus rude que la 
première fois, si bien que de ce coup-là i l'a tué. Après il a pris 
sa charge d'or et d'argent, et pis il a revenu au trou parvou qu'il 
avait descendu : y avait là un aigle qui l'a éïdé à remonter ; mais 
en érivant i n'a pus retrové ses compagnons. 

2. — Une histoire dn temps jadis. 

L'Église des Indiots *. 

Dans le temps, y avait à Villeneuve unne dinde qu'a été ponde 
en cachotte dans les ostrilles qui poussaint entre les piliers de 
l'église, et après aile s'a mis à couver. Quante queuqu'un passait, 
aile sifflait ; les ostrilles étaint si tellement grantes qu'an ne 
voyait rien en tout. Le sacristain, en passant par là un soir, a 
entendu siffler et il a été épanlé ; le v'ià qui court au triple galop 
cheux le maire pou y réconter la chose. En un rien de temps, la 
nouvelle a fait le tour du pays, et v'ià tous mes Indiots qui 
venont se ressembler vé l'église. La dinde s'a mis à siffler drès 
qu'aile a entendu du monde, et les Indiots ont évu peur d'évancer 
davantage. Le maire a dit : « C'est un ouarloup », un aute : 
« C'est un gazou. » Il ont charché un moyen de ne pas laisser 
yeux église si près du diable, et i n'ont rien trové de mieux que 
de la reculer. Mais comment s'y prenre ? I s'ont décidé à faire 
faire unne grousse corde bien longue, pou l'étacher après l'église 
et ételer tout le monde du pays après. Les v'ià tortous ébranculés 
après la corde : i tiraint, i tiraint tant qu'i pouvion de ses limites a donné nais- 
sance à divers mémoires extrêmement intéressants de MM. d'Arbois 
de Jubainville.Maxe \VerlyetP. deSaint-Ferjeux ; nous y renvoyons 
le lecteur. Quaiit à son chef-lieu, on ne s'en est pas encore occupé; 
pour nous, nous avons tout lieu de croire que c'était la ville qui 
fut dans la suite le chef-lieu des doyenné et archidiaconné du 
Bassigny, c'est-à-dire Is-en-Bassigny. 

8. Bassigny à la rescousse ! 

C'était le cri de guerre des comtes de Chuiseul; et c'est une des 
preuves sur lesquelles le P. Vignier s'appuie pour baser son opi- 
nion que les sires de Choiseul sont les descendants et les succes- 
seurs des anciens comtes du Bassigny de la première race (vi''- 
x'= siècles). 

9. Mil tors de roue, toute la lieue de Bassigny, et à la 
fin tombe par le chemin. 

Jean Le Bon, né à Autreville, auteur assez prolixe qui vivait au 
xvi« siècle, cite dans ses Adages, mais sans commentaire, ce dicton 
qui, sans doute, fait allusion à la longueur de la lieue du pays : 

1 . Recherches sur les principales communes de l'arrondissement de Lan- 
gres, p. 78. 



tandis qu'elle correspond généralement à 4 kilomètres, en Bussi- 
gny elle valait mille mètres de plus. 

10. Le tumulte du Bassigny. 

Le Ron a publié, en l.i73, l'histoire des troubles religieux et 
poliliqufis qui ont agilrà cette époqiie celle partie de la Champa- 
gne méridionale; il a intitulé son livre : Le tumulle du Basslgnij 
appaisc cl esleincl par riiauloviié, conseil elvigilence de Monsei- 
fineur le Cardinal de Lorraine.... ^ Ce titre a passé eu proverbe, 
du moins assez longtemps, car notre pays a été réellement l'un des 
plus remuants de l'est de la France. Il faul dire aussi qu'il était 
l'un des plus exposés, puisqu'il a été jusqu'en 1737 frontière de la 
Lorraine. 

Une chose à noter, c'est que les Lingons, nos ancêtres, avaient 
été jadis pour beaucoup dans la frayeur qu'inspiraient aux Romains 
les invasions, les attaques, le nom même des Gaulois: de là leur 
tumiiltus oalliciis Au w" slède avant ViTe chrétienne. Ce lumul- 
tus, — qui dans le sens propre du mol veut dire Irouhle. émotion, 
souU'veinent, et c'est dans ce dernier sens que Le Bon a employé 
le mol tumulte — spécifiait chez les Romains une guerre funeste 
qui menaçait l'empire : graviorem esse lumuKum quam bel- 
lum, nous dit Cicéron 2. Et, en effet, on voit que, lorsqu'un 
tumuUus élait décrété, « toute autre fonction que celle des armes 
cessait; alors les sénateurs, les magistrats, les prêtres même, qui 
étaient, par état, dispensés de servir, quittaient leur robe pour 
prendre le casque et l'épée. Quod bcllo vacationes valent, tiimiil- 
tus non valent. C'était dans ces sortes de guerres, que le Sénat 
rendait un décret f[ui donnait tout pouvoir aux consuls ; il élait 
conçu en ces termes comme le rapporte Salluste : darcnt operam 
consiilens ne quid rcspublica detrimenti caperet, c'est-à-dire 
« que les consuls feraient en sorte que la république n'éprouvât 
aucun dommage'. » C'était, suivant l'usage des Romains, donner 
aux consuls une autorité souveraine à Rome et à l'armée *. 

11. Les vins du Bassigny. 
Les vins du Bassigny avaient de la répuLaliun dés le xm" siècle ; 
aujourd'hui encore ceux de Coiffy et des environs figurent parmi 
les plus estimés du département. 

12. Les vins de Bassigni et de Lorraine ne portent point 
d'eau, ny l'eau de vin. 
Ainsi parlait Jean Le Bon au xv« siècle. Est-ce une louange ou une 
critique relativement aux vins ? Nous préférons y voir une louange, 

1. Lyon, Hipault. 1573, in-8. 

2. Philipp. 8, n. 3. 

3. Salluste, Bell. Caldin , c. 27. 

i. Boinvilliers, Diction, dns .itttiquilés de Furgault. 



quand ce ne serait que par ospril de clocher. Mais pour l'eau, 
nous déclarons hardiment que celle des sources de nos coteaux 
jurassiques du Bassigny est à peu près sans rivale. 

BELLES-ONDES 

Moulin sur le territoire et au nord de Rolainpoiit, village situé 
dans les environs de Langres et dépendant du canton de Neuili}'- 
l'Evêque. 

13. Belles-Ondes 

Bat as dépens de teut 1' monde ; 

Sans l'homme nô 

Belles Ondes n's'rôt pas à d'sus du Vernô. 

Aulrc version : 

Meulin d'Belles-Ondes 

Bâti au dépens de teut l'monde, 

Et sans l'homme nô 

Belles-Ondes n'serôt pas à d'sus du Vernô. 

Ce qui signifie : Belles-Ondes, ou Moulin de Belles-Ondes bat 
ou bdli aux dépens de tout le monde; cl sans l'homme noir, 
Belles-Ondes ne serait pas au-dessus du Veiviois. Le Vernois est 
une petite prairie en haut de laquelle s'élève le moulin en ques- 
tion. 

Ce dicton, que chacun répète encore de nos jours, fait allusion 
à un incident passé il y a plus d'un siècle. Le 22 novembre 1016, 
le chapitre de Langres avait repris aux curés de Rolamponl leurs 
domaines qu'ils possédaient de toute ancienneté ; ceux-ci ne 
purent que se soumettre; les titres prouvant leurs droits avaient 
été perdus. Mais en 1700, par le plus grand des hasards, ces anciens 
titres furent retrouvés... entre les mains d'un élève de l'école, qui 
les avait apportés en classe pour s'exercer à la lecture des écri- 
tures. Le curé d'alors, nommé Guillaume, en possession des bien- 
heureuses archives, s'empressa d'intenter un procès au Chapitre : 
l'allaire se dénoua dix ans plus tard par la condamnation définitive 
du Chapitre qui, en outre de la restitution de tous les biens, dut 
ver.ser 2o.000 livres d'indemnité au curé de Holampont. Celui-ci, 
— c'est riionime noir du dicton — employa cette somme à la cons- 
truction du moulin de lielles-Ondes. 

BIARONNE 

Nous avons tout lieu de croire que ce nom de localité est haut- 
marnais ; Leroux de Lincy ' prétend que ce doit être Biarne, dans 
le Jura; mais nous penchons plutôt pour Bicrne, commune d'une 
centaine d'iiabilants du canton de Juzennecourt, arrondissement 
de Chaumont. 

1. Livre des proverbes français, lome 1, p. 211. 



14. C'est l'ambassade de Biaronne, trois cents chevaux 

et une mule. 

Oudin, qui cite ce dicton, prévienl qu'il y a là un jeu de mois 
et qu'il laut entendre en tout quatre personnes : trois hommes 
sans chevaux et une femme '. Le populaire affectionne ce genre 
de jeu de mots, nous en verrons dans la suite plusieurs exemples. 

BLÉCOURT 

Conunune dans le canton et à 12 kilomètres de Joinville, arron- 
dissement de Wassy. 

15 C'est lafée de Blécourt. 

Une légende raconte que deux fées entreprirent de hâtir des 
églises; l'une à Blécourt, l'autre dans un village voisin. Comme 
elles n'avaient qu'un seul marteau, elles convinrent de s'en servir 
alternativement -. On comprend que l'ouvrage n'avança pas 
rapidement, toutes fées qu'étaient les constructeurs : de là le dic- 
ton : c'est la fée de Blécourt ou c'est comme la fée de Blécourt. 

16. Les bacoués de Blécourt. 
Cette épilhète injurieuse — qui équivaut à bas coués, c'est-à- 
dire ayant la queue bas plantée, ou aijanl la queue basse peut- 
être 

Comme un renard qu"une poule aurait [iris, — 

est appliquée aux Blécourlois sans que nous en sachions la vraie 
raison ; il est même prohable qu'il n'y en a point de bonne. 

Mais, nous y songeons, on appelle hacouè le poisson que la 
science appelle Chabot de ririere {Cottus gobiO; L.) et auquel une 
tête, large et démesurée, a valu le nom vulgaire de Têtard. Dès 
lors, cette épithète de bacoués appliquée aux habitants de Blécourt, 
ne signifierait-elle pas simplement les fortes têtes Y 

17. Les navets de Blécourt. 

Peu de produits potagers ont eu autrefois autant de réputation 
dans la contrée que les navets de Blécourt ; malheureusement, ils 
la perdent peu à peu. A ce propos, nous ne pouvons omettre de 
citer de cette décadence une explication que nous avons trouvée 
dans un ouvrage dont nous tairons le titre et l'auteur; elle est assez 
originale et fait bien pendant au glas funèhre qu'en présense des 
chemins de fernaissant, entonnait en 1836, en l'honneur de l'agri- 
culture, l'auteur des Recherches historiques sur L'arrondissement 
de Langrcs: « Cette décadence tient, sans doute, à la multiplication 
des comices agricoles et à celle des encouragements et récompenses 
donnés à l'agriculture, » Quoi qu'il en soit, l'abbé Crépin a consa- 

1. Antoine Oudin. Curiosilés frauçoises . . . Paris, 1640, ia-12. 

2. La Uaule-Marne ancienne et moderne, page 197, 



— 9 — 

cré aux navels de Blécourt une des plus belles pages de sa Notice 
historique sur le village '. 

BOURBONNE-LES-BAINS 

Chef-lieu de canton de rarrondissenient de Langres, connu dans 
le monde entier pour ses eaux minérales ot thermales. 

18. Les bains de Bourbonne ou les eaux de Bourbonne. 
La célébrité méritée de ces eaux salutaires date de longtemps ; 
ainsi que le prouvent de nombreuses inscriptions, les bains de 
Bourbonne attiraient en foule les (iallo-Romains, comme elles 
avaient certainement, attiié Icsdaulois antérieurement. 

BOURGOGNE 

L'une des plus célèbres provinces de l'ancienne France ; elle a 
contribué pour petite partie à la formation de notre département 
de la Haute-Marne, c'est pour cette raison que les dictons qui la 
concernent nous intéressent et doivent être mentionnés dans notre 
recueil. 

19. Bonnes toiles sont en Bourgogne. 
Ce dicton figure dans les Dits joyeuv du pays, qui paraissent 
avoir été imprimés pour la première fois vers l'an loOO, et qui 
le furent depuis dans les Œuvres de Guillaume Coquillarf-. 

20. Ducs de Bourgogne, grands ducs d'Occident. 

Courtépée, dans sa Descriplioii du duché de Boufijogue^ roippeWe 
que les puissants princes qui ont régné sur cette province au 
xv"= siècle, étaient généralement connus, surtout en Orient, sous la 
glorieuse dénomination de grands ducs d'Occidc it. Quand à eux, 
ils préféraient parfois le titre plus positif et rabelaisien de ducs 
du meilleur vin de la Chrétienté. 

21. Bourgogne, la mer des eaux. 
Ainsi disait-on autrefois à cause du grand nombre de rivières 
considérables qui ont leur source dans cette province. 

22. Ecuïer de Bourgogne. 
On trouve ce dicton au nombre de ceux qui étaient les plus 
répandus au xui^ siècle, d'après le Dict de l'Apostoile, manuscrit 
de cette époque. 

23. Il a passé par la Bourgogne, 
Il a perdu toute vergogne. 
Cette réputation, si peu honorable pour la province, n'est éta- 

1. Chaumont, 1858, in-8, page 58. 

2. Paris, 1597, in-S. 

3. Nouvelle édilioQ, ia-8, tome II, 



— 10 — 

l)lie que sur le dire de deux tHrangers : Giovanni Florio, dans le 
(liardino de rco'calionc, imprimé à Londres en l.j91 ; el Gomès 
de Trier, dans son Jardin de récréations, traduit du précédent et 
imprimé à Amsterdam en ICI 1, Voilà de quoi rassurer les Bour- 
euif^'nons sur la portée de la sentence, mais il faut avouer qu'on 
di-ait antérieurement : 

24. Li plus renoié en Borgoigne, et reni Dieu 
se ne dit voir. 

C'est-à-dire ; les plus rcnieiirs sont en Bourgogne, car on y dit 
à tout propos : je renie Dieu it je ne dis }^rai. 

Ce dicton date du xiii» siècle ; il figure dans le Dicl de l'Apos • 
loile. Ainsi, au moyen-âge, on ne faisait pas grand fond sur la 
parole d'un Bourguignon. Les choses ont changé certainement 
depuis : la preuve c'est le proverbe que nous donnons plus loin 
sous le nuim-ro 30. 

25. Le sirop de Bourgogne ou, en patois, le sireup de 

Bregogne. 

Cliacun connaît, au moins de nom, ce sirop qui, dans le monde, 
est appelé plus communément le oln de Bourgogne, ou simple- 
ment le Bourgogne. 

26. Vin vert, riche Bourgogne, 

Ce dicton est assez répandu dans la proTince, surtout dans le 
pays vignoble. Il rappelle évidemment cette opinion des bons vigne- 
rons que pour avoir de bon vin, du vin qui se garde mieux et 
dont le bouquet soit plus développé, il faut récolter le raisin un 
peu vert. 

27. Le charbon de Bourgogne, 

IJans le siècle dernier ou appelait ainsi la pustule maligne, 
sans doute parce qu'elle était plus commune dans cette province 
qu'ailleurs, peut-être aussi parce que c'est là qu'elle avait été le 
mieux observée. On peut consulter à ce sujet un ouvrage du clii- 
lurgien Jean-François Tliomassin, intitulé : Dissertation sur le 
charbon de Bourgogne ou la pustule maligne. Mémoire couronne 
par l^ Académie de Dijon. Besançon, 1780; in-S'\ Autre édition : 
Besançon, 1782 ; in-S". 

La pustule maligne est désignée vulgairement en Haute-Marne, 
et peut-être ailleurs, sous le nom de puce inaliijnc 

28. La bise est la mère nourrice de Bourgogne. 

Courtépée cite ce dicton, en ajoutant au sujet de la bise, que 
« c'est le vent qu'honoraient les Celtes sous le nom de Circius, à 
qui Auguste dédia un temple '. » Quant à nous, hal)ilants des 
sommets hauts-marnais sur lesquels les vents régnent en maîtres, 

1. Description de la Bourg., tome II, page 357. 



nous n'ollViroiis jamais nos aclions de grAces, commo, les Celles 
et les Romains, à la bise. 

Dans certaines localités du pays de Langres, on désigne parfois 
la bise sous le nom de Mademoiselle de Nancy ; c'est probable- 
ment à cause de sa direction. 

29. Il regarde en Bourgogne si la Champagne bri:ile. 

Kxpression plaisante par laquelle on indique qu'une personne 
a les ijeux de cane, comme on dit en Hanlc-Marne, c'est-à-dire 
qu'elle louche. 

En Picardie et en Hainaut, il existe une expression semblable : 
/ ricelle en Cliainpagne, si ['Picardie brûle '. 

BOURGUIGNONS 

On appelle ainsi, comme chacun sait, les habitants dn la Hour- 

gog-ne. 

30. A la Bourguignotte. 

Cela peut se traduire : à la manière des Bourouignons. Gollut 
donne de celte expression Texplication suivante ; à l'en croire, 
cola signifierait : portant croix et éoharpe de Bourgogne -. 

31. Après le coup, Bourguignon sage. 

Nous devons la connaissance de ce dicton à Jean Le Bon qui, 
croyons-nous, fut le premier à l'appliquer aux Bourguignons. On 
lit, en effet, dans Commines : « Ces deux ducs étaient sages après 
le coup, comme l'on dit des Bretons et géncrallement des Fran- 
çois^. » 

Nonobstant ce passage du célèbre historien, passage qu'il igno- 
rait peut-être, llilaire Le Gai donne du dicton l'origine suivante, 
très hasardée à notre avis : « Ce dicton doit certainement son 
origine aux étourderies de Charlesle-Téméraire, duc de Bour- 
gogne, tué devant Nancy en l't~l. Seulement je trouve qu'il n'est 
guère exact, car Gharles-le-Téméraire n'était en gi'méral sage ni 
avant ni après le coup. Les habitants de la Bourgogne ne ressem- 
blent nullement à leur ancien duc, et il serait souverainement 
injuste de leur ap[ilii|uer cet injurieux dicton *. » 

32. Bourguignon salé. 
Voilà une des expressions proverbiales les plus anciennes et les 
plus répandues ; mais on n'en est pas mieux instruit sur son ori- 
gine. De toutes les opinions émises à cet égard, la plus vraisem- 
blable, celle qui paraît la meilleure, dit 1-eroux de Lincy •", c'est 

1. Dictionnaire rouchi, page 117. 

2. Dictionnaire de Trévoux, verbo Dourguignolle. 

3. Leroux, Livre desprov. franc., tome I, p. 120. 

4. Hilaire Le Gai, Petite encyctop., page 102. 

5. Livre des prov. franc., tome I, page 214. 



celle qu'a propost-e Le Duchal. « Bourguignon salé est une allusion 
au porleut" de cette espèce de petit casque ancien qu'on nommait 
salade. De là l'équivoque qui a donné lieu au proverbe. L'ancien 

dicton portait : 

Bourguignon salé, 

L'épée au côlé, 

La barbe au menlon, 

Saute Bourguignon. 

D'oîi il est visilile que le sobriquet de Bourguignon salé regarde 
l'ancienne milice bourguignonne. Ce sobriquet, au reste, en veut 
à l'opiniâtreté ou tête dure des Bourguignons, qu'effectivement 
D'Aubigné traite de Bourguignons trsius ' ». 

Les curieux qui voudraient étudier cette question, déjà bien des 
fois débattue, pourront consulter les auteurs suivants : Pasquier, 
Recherches, livre l, cb. 9. — De Serre, Inventaire'de l'histoire de 
Paris, règne de Cbarles VIL — La Monnoie, NoHs bourguignons, 
glossaire. — Méry, Histoire des proverbes, tome II, page 318. — 
Encyclopédie catholique, verbo Bourguignons. — Dictionnaire 
de Trévoux, même mot. — Hilaire Le Gai, Encyclopédie des pro- 
verbes, p. 121. — Magasin pittoresque, année 1837, page 78, — 
enfin et surtout Peignot, dans une dissertation spéciale, imprimée 
à Dijon en 1830. 

33. Bourguignon têtu. 
Cette injurieuse qualification se rattacbe à la précédente comme 
nous venons de le voir. 

34. Dévotion de Bourguignon 
Ne vaut pas un bouchon. 

Ce dicton nous rappelle quelque peu celui que nous avons donné 
sous le numéro 24. Leroux de Lincy, dans son Livre des Proverbes, 
cite une version plus complète qu il a puisée dans un manuscrit 
de la Bibliothèque nationale- : 

Pitié de Lombard, 
Labour de Picard, 
Humilité de Normand, 
Patienche d'Alemant, 
Larghece de François, 
Loyauté d'Anglais, 
Dévocion de Bourguignon, 
Ces huit coses ne valent pas un bouchon. 

35. Coup de Bourguignon par derrière. 
Voici en quels termes Fleury de Bellingen ^ parle de ce pro- 
verbe : « Il est venu de ce que Charles de Gontaut, duc de Birou, 

1 . Ducaliaiia, page 470. 

2. Fonds français, manuscrit 2566. 

3. Etymologie des prov, franc., page 52. 



— 13 — 

mareschal de France, ayant fait tirer son horoscope à un fameux 
astrologue de son temps, cet homme lui dit de se donner garde 
d'un coup de Bourguignon par derrière, désignant par là quelle 
devait être sa lin. Dans la suite, ce maréchal ayant étti convaincu 
d'avoir conspiré contre l'Etat, fut condamna à avoir la tête tran- 
chée à la Bastille à Paris. Après les premiers interrogatoires, il 
demanda de quel pays était le bourreau de Paris. Ayant appris 
qu'il était bourguignon, il se crut perdu, et dit que c'étoit fait de 
lui. Ce n'est que depuis ce temps là qu'on a parlé d'un coup de 
Bourguignon par derrière K » 

36. La parole d'un Bourguignon 
Vaut une obligation. 
Ce dicton flatteur, contre-partie de celiii qui porte le numéro 24, 
n'est cité, à notre connaissance, que par Saint-Julien de Balleure, 
dans ses Mélanges historiques. M. Abel Jeandet le rappelle dans 
ses Lettres à M. le rcdaclcur en chef du Courrier de Saune-et- 
Loire sur la Longévité humaine'^. 

37, A la manière de Bourgogne sur le lourd. 

Nous empruntons ce dicton aux Adages français de Jean Le 
Bon. Il faut croire qu'à cette époque, les Bourguignons ne pas- 
saient pas pour avoir l'esprit délié; mais depuis, ils ont fait leurs 
preuves. 

38. Il a le nez bourguignon ou c'est un Bourguignon, 

voyez son nez. 

L'effet de l'usage du sirop de Bourgogne, — usage immodéré, 
s'entend, — est de colorer le nez ; ce n'est pas que les autres s«rop5 
n'agissent de même. Le dicton tend donc à insinuer que les Bour- 
guignons sont les plus fervents amateurs du jus de la treille ; cela 
se conçoit facilement quand ce jus est (;elui de treilles telles que 
les leurs. 

BRACANCOURT 

Ancien couvent de Minimes, situé à la source de la Biaise, sur 
le territoire de la commune de Blaise-sur-Blaise, arrondissement 
de Chaumont, canton de Vignory. 

39. Les bons hommes de Bracancourt. 

Ce dicton ne tire pas son origine des excellentes qualités des 
habitants de Bracancourt; il rappelle seulement que le monastère 
de Bracancourt abritait des Minimes, des Bons-hommes, comme 
les appelait Louis XI, 

Ce monastère avait été fondé en 1 49G par Jean de Baudricourt, 

1. Leroux de Lincy, Livre des prov. franc, tome I, page 2lo. 

2. Chalon-sur-Saône, 1857 ; in-8, page 13. — Brochure tirée à 100 exem- 
plaires. 



— w — 

gouverneur de Bourgogne, seigneur de Bluiso, Mirbel, elc, inaré- 
clial lie Friiace, cl par Aune de Beaujeu, sa femme. 

BRICON cl BROTTES 

Bricon csl une conununc du canlou de Chaleauvillain, arrondis- 
seinenl de CliaumouL ; BroLlcs, un village des caulon et arrondis- 
sement de Chaumont. 

40. Défiez-vous du pain de Brottes, du vin de Bricou 
et de la jugerie de Chaumont. 

Ce dicton, tout répandu qu'il est dans la région cliaumontaise, 
est fort ancien; il s'applique au pain, au vin et à la jugerie des 
siècles passés. Se délier aujourd'hui du pain de Brottes, du vin de 
Bricon cl de la jugerie de Chaumont, ce serait, certes, aiéconnailre 
trois excellentes choses. 

CERIZIÈRES 

Commune du canton de Uoulaiacourt, arrondissement de Wassy. 

41. Les hannetons de Cerizières. 

Les uns disent que ce ûicton provient de ce qu'à Cerizières les 
hannetons sont plus multipliés que partout ailleurs ; mais d'autres, 
ce sont assurément de mauvaises langues, prétendent qu'il rap- 
pelle que les habitants du village font plus de bruit que de beso- 
gne. 11 est vrai qu'on ajoute que ce dicton a été fabriqué dans 
l'un des villages voisins, jaloux, sans aucun doute de Cerizières, 
et que les habitants de ce dernier village, pour se venger du qua- 
lificatif injurieux probablement, servent à leurs hôtes des pâtés de 
hannetons le jour de la Saint-Didier, fête patronale de la paroisse. 

CHALINDREY 

Conimune imporlanlc du canton de Longeau, arrondissement 
de Lan grès. 

42. Les sorciers de Chalindrey. 

Cette ({ualilication parait avoir été surtout fondée sur la croyance 
où Ion était dans les siècles derniers que la plupart des habitants 
de Chalindrey avaient commerce avec le FcuUelcul, un diable 
rouge qui résidait sur la colline de Cognelot, voisine du village. 

Il y a une quantité de villages en France dont les habitants sont 
de toute antiquité qualifiés de sorciers ; la Haute-Marne eu compte 
plusieurs, mais il n'est pas facile d'assigner l'époque où ces dictons 
ont pris naissance, quoique l'origine eu soit invariablement la 
même. 

CHALVRAINES 

Goinuiune du canton, canton de Saint-Blin, arrondissement de 
Chaumont. 



— 1 — 

43. Clialvraines, 

La belle plaine, 

Pour un demi écu on a la course d'un lièvre. 

Aiilrc versiuii : 

A Clialvraines 
La grandplaine, 
Sans fontaine ni prairie, 
Malheur à qui s'y marie. 
Ces dictons fort anciens font aikisioti à la topographie de la 
commune. Autrefois le village n'abritait qu'une population de car- 
riers et de cloutiers, mais d'agriculteurs peu ou point, vu le man- 
que d'eau suffisante. Aujourd'hui le proverbe a tort, car le terri- 
toire est bien cultivé et ceux qui s'y marient ne sont pas plus 
malheureu.x qu'ailleurs ; mais l'industrie de la clouterie n'existe 
plus à Chaivraines. 

CHAMPAGNE 

L'une des principales provinces de l'ancienne France ; elle a 
fourni au département de la Haute->[arne la presque totalité de 
son territoire. Les dictons et proverbes qui la composent sont 
nombreux; nous allons en indiquer quelques-uns en les classant 
par ordre alphabétique du premier mot. 

44. Attrape ça, Champagne; c'est du lard ! 
C'est ce qu'on dit en plaisantant à quelqu'un à qui il est arrivé 
du désagrément, une mésaventure. Ici le mot Champagne est 
probablement pris dans le sens familier que nous lui verrons au 
numéro 46. 

45. Boire à la grande tasse de René de Champagne. 
Ironie qui rappelle l'une des horreurs qu'enfantèrent les guerres 
de religion du.xvi» siècle. « Parmi ceux qui se distinguèrent alors 
par leur zèle féroce, on doit citer... un certain René de Chainpa- 
gne, seigneur de Péchereul (Aube), qui attirait chez lui les pro- 
testants ou ceux qu'il croyait favorables à leurs opinions et les fai- 
saient noyer la nuit dans nn vivier, placé dans la cour de son 
château. H appelait cela faire boire ses liâtes à la f/rande tasse. 
Charles L\, visitant la Champagne, peu après la Saint-Barthélémy, 
alla voir ce château déjà célèbre par les atrocités qui s'y étaient 
commises; en contemplant ce vivier où tant d'infortunés avaient 
péri, il demanda en riant à llené combien de Huguenots avaient 
bu à la grande tasse. 11 ne m'en souvient pas, répondit-il, je n'ai 
pas chargé ma mémoire de semblables misères'. ■> 

46. C'est Champagne. 
Le dictionnaire de Trévoux, verbo Cliampagne, fait remarquer 
qu'on donne assez facilement le nom pur et simple de Cliampa- 

1. F. Kagoa el Fabre d'Olivet, Précis de l'hlsl, de Champ., page 113. 



— 16 — 

fjiie à un donicslique qui est originaire de celte province. Cette 
habitude de désigner par son nom de province un domestique aux 
siècles derniers n'était pas exclusive aux Champenois, nous voyons 
en ellet une foule de valets désignés sous les noms de Picard, 
Comtois, etc., pour la même cause. 

47. Cliampague pouilleuse. 
Voilà le surnom le plus vulgaire elle plus souvent jeté à la face 
des habitants de notre province. Comme la plupart des surnoms 
injui-ieux, celui-ci est entaché d'ignorance et d'injustice. D'une 
part, en etl'et, ce n'est pas la Champagne entière, mais une partie 
seulement qui, géograpliiquement parlant, peut recevoir ce sobri- 
quet, c'est le tei'riloire compris entre Vitry-le-François et Sézanne. 
D'autre pari, le qualiticatif s';ipplique au sol qui ne produit, c'est- 
à-dire ne produisait pas pouillc, et non aux habitants; si, en effet, 
le sol n'est pas aussi fertile que celui du reste de la province, ses 
habitants ne sont pas moins soigneux et de leur corps et de leur 
chevelure que les autres Fran(;ais, ils sont même bien supérieurs 
à cet égard à une foule de Français principalement du centre et 

du midi. 

48. Chevaliers de Champagne. 

Tout le monde connaît le sens de ce dicton ; il suffit que nous 
rappellions qu'il remonte au moins au xni^ siècle puisqu'il est 
mentionné dans le Dict.de rAposloille '. 

49. De l'arbre d'un pressoir 
Le manche d'un cernoir, 

« Ce proverbe, dit JNicod, est particulier aux Champenois qui, 
en leur langage, appellent arhrc la plus grosse pièce de bois d'un 
pressoir, et cernoir un petit instrument dont on fait les cerneaux. 
Ce mesme proverbe s'applique à ceux qui, faisant quelque ouvrage, 
le touchent et le retouchent tant qu'ils le réduisent quasi à l'ien, 
comme ferait un charpentier, lequel repasseroit si souvent la coi- 
gnée sur cette grosse pièce du pressoir appelée arbre, qu'enfin il 
la réduiroit si petite qu'elle ne seroit plus propre qu'à faire un 
manche de cernoir". » 

50. En Picardie sont li bourdeeur 

Et en Champaigne li buveur. 

C'est ainsi que débute le Clerc de Troyes dans le Roman dn 

renard contrefait qui date de la fin du xiv siècle, début qui trace 

un portrait singulièrement peu flatté des Champenois; jugez-en : 

En Picardie sont li bourdeeur, 
El eu Champaigne li buveur : 
El si sonl li bon despancier, 
El si sont bou convenancier. 

1. Leroux de Lincy, Le Livre des prov., loine 1, page 2i9. 

2. Leroux de Lincy, Livre des prov., lome I, page 38. 



Tel/, n'a vaillunl un angeviu 
Qui chascuu jor viaul boire vin, 
Et viaut suir la compaigiiic 
El lanl boire que laingue lie ; 
El quant .se vint aus cos donner 
Us se sevcnl bien remuer. 

51. Foires de Champagne. 
Au moyen- ùgc, les foires dcTro3'es, de Bar-sui'-Auljc cl en gêné 
rai de la Champagne, étaient parmi les plus célèbres et les plus 
importantes de toute la France. Inutile d'entrer ici dans des détails 
(jui seraient hors de propos; nous dirons seulement que iM. Assier 
a publié un opuscule intitulé : « Ce f/ii'uii cppixnait aux foires 
de Troycs et, de la Champagne au xni" siècle, suivi d'une Notice 
h islorujue sur les foires de Troijes, de la Champagne et de la Bric'.» 

52. Foy de gentilhomme, un aultre gage vault mieux! 

Nous osons à peine déclarer que ro proverbe est spécialement 
champenois, Jean Le l?on, qui l'a cité le [)remier, au xvio siècle, 
l'a justilic par cette exposition : « Pour autant que la plusparl 
irompcel n'en a point (de foy), ce maistre proverbe en est venu 
en la haulte Champaig-ne -. » 

53. Il est du régiment de Champagne, 

Voici, selon Méry ^, l'origine de ce dicton qui, du reste, n'a 
avec notre province qu'un simple rapport de nom. Dans un des 
bals donnés à Versailles en 1747, à l'occasion des noces du Dau- 
phin, père de Louis XVI, un particulier s'était mis sur une ban- 
quette destinée à d'autres personnes; l'olticier des gardes du corps 
de service voulut le déplacer : il résista. L'oflicier insistant, le 
(piidaiu, excité d'impatience, lui répondit avec vivacité: u Je m'en 
i'..., Monsieur, et si cela ne vous convenait pas, je suis un tel, 
colonel du légiment de Champagne. » Cette querelle lit du bruit. 
Un instant après, une dame que l'on voulait l'aire changer de 
place, se voyant tracassée, s'écria : « Enfin, vous ferez ce que vous 
voudiTz, mais je suis du régiment de Champagne. » 

Dans une certaine circonstance, le grand Frédéric ayant rt.mar- 
qué dans son ajipartement un officier l'ranijais qui avait négligé 
de [)rcn(lre runiforme, lui dit : <' Qui êtes- vous donc, monsieur? 
— Le marquis de Beaucourt. — Et de quel régiment? — Du régi- 
ment de Champagne, sire. — Ah! oui, de ce régiment oi'i l'on se 
f . . . de l'ordre *. 

54. Il regarde on Bourgogne si la Champagne brûle. 

Dicton populaire par Icijuel on caractérise une personne (jui 

1. Puiis. 18ûS, in-i:. 

2. Leroux do Lincy, Livre tics proc, tome II, page Si. 

3. Histoire des proccrbes, tome II, page 1 7'J. 

4. QmldTd, Diction, des proverbes. 1 



— 18 — 

cane, comme disent généralement les Hauts-Marnais, c'esl-à-dire 
qui jonche *. En Ilainanl, il existe nn dicton à peu près semblable : 
/ rivcllc en Chanipat/jie, si. l'Picanlie brûle -. 

55. Il sait les foires de Champagne. 

On employait ce piovccbe pour dire de quelqu'un qu'il était 
Jiabile en affaires et (]u'il connaissait à fond les choses dont ou 
l'entretenait 3. Dans le cas opposé, on se servait de la contre-partie 
tout aussi répandue : Il ne sait pas les foires de Champagne''. 

56. La Brie est la Chambrière de Champagne. 

Nous ne voyons pas trop quel est le sens attaché dans ce dicton 
au mot cliambrierc; est-ce celui de servante ou de pourvoyeuse ou 
encore de trésoriérc? Tarbé, dans l'un des ouvrages duquel nous 
avons relevé le dicton, est muet à cet égard ^^ 

57. La Champagne est gaulée. 

Oudin qui rapporte ce proverbe, dit qu'il signifie Loul est ren- 
versé, tout est perdu, tout est détruit. Peut-être a-t-il mis Cliam- 
pagne pour campagne; peut-être aussi ce proverbe rappelait-il les 
désastres dont nos malheureuses contrées ont été le théâtre au 
xvi" et au xvu" siècle. 

58. La noblesse maternelle de Champagne. 
En Champagne et en Brie, comme aussi en Lorraine et dans le 
duché de Bar, la femme noble, épouse d'un roturier, jouissait du 
privilège de transmettre la noblesse à ses enfants et à leur posté- 
rité. On a publié de nombreuses études pour et contre la noblesse 
maternelle; mais, quelle que soit l'origine de ce privilège, qu'il 
résulte ou non d'un abus ou d'une interprétation fausse des textes 
des Coutumes, il est un fait indéniable, c'est qu'il a maintes et 
maintes fois reçu son application. 

59. Le droit de Champagne. 

On appelait ainsi le droit que les auditeurs des comptes préle- 
vaient autrefois sur les baux à ferme de la province de Champagne^. 

60. Le vin de Champagne ou simplement le Champagne. 
Rien de plus universellement connu, estimé et prôné que ce 
produit dont il est inutile que nous entretenions longuement nos 
lecteurs. Faisons remarquer que cette réputation date au moins du 
xv° siècle. 

1. Hilaire le Gai, Petite encyclopédie des prov., p. 110. 

2. Dictionnaire Rouchi, page 117. 

3. Crapeiet, Prov. et Dictons populaires, page 125. 

4. Hilaire le Gai, Peiile encyclopédie des prov., page 143. 

5. Recherches sur t'hist. du langage et des patois en Champagne, tome 11, 
page 218. 

6. Besclierelle, Dictionnaire national, vcrLo Champagne . 



— 19 — 

61. Les belles femmes en Champagne. 

Ce proverbe llalLcur poLir les Chaiii[)ciioises se trouve dans les 
Dils joyeux de Paris, quionlélé iniprimés vers liiOO cl réimprimés 
dans les Œuvres de Guillaume Coquillart '. Au xiiie siècle, la 
palme de la beauté, à en croire le DU de l' AposloiUe n'apparte- 
nait pas encore à notre province, car ce recueil affirme que : les 
plus belles famés sont en Flandres '-. Pour notre part, nous som- 
mes persuadés que ce qui était vrai au xvi' siècle est encore vrai 
de nos jours; nous en appelons à nos lectrices champenoises... 
si nous en avons. 

62. Les eaiies de Brie 
Bonnes à toute vie : 
Celles de Champaigne 
A toutes font peine. 
En citant ce dicton dans ses Adarjrs français, Le Bon ajoute : 
« Exposition. Les routiers l'ont par expérience qu'en la Brie leurs 
chevaux eugressent, et tout le contraire en Champagne. » A cette 
lumineuse explication, nous n'avons rien à retrancher ni à ajouter. 

63. Les procès de Champaigne et la monnoye de Paris. 
C'est encore à Le Bon que nous empruntons ce dit, mais nous 
n'en comprenons pas bien le sens. Peut-rtre veut-il signifier que 
dans notre province, les procès étaient autrefois aussi communs 
que la monnaie parisis l'était dans le royaume ; dans ce cas, nous 
nous serions laissé détrôner, depuis b xvi« siècle, par les Nor- 
mands. Peut-être aussi le dicton fait-il allusion à la monnaie de 
l'aris qui tant de fois a été altérée par les rois, toujours à court 
d'argent, et, dès lors, faudrait-il traduire : les procès de Cham- 
pagne valent tout autant que la monnaie de Paris, c'est-à-dire rien 
ou peu de chose. Nous opinerions volontiers dans ce dernier sens, 
nous souvenant du dicton sur \a jugeric de Chaumont. 

64. Tant en Brie qu'en Champagne 

Il n'y a de pain qui ne le gagne. 

Il ne nous souvient plus où nous avons recueilli ce proverbe, dû 

certainement à la sagesse d'un Champenois ou d'un Briard, sans 

cela on s'expliquerait mal que les deux provinces fussent venues 

figurer dans l'expression de cet axiome moral, vrai en tous lieux. 

65. Teste de Champagne n'est que bonne^ 

Mais ne la choque point personne. 

Nous sommes redevables de ce proverbe à l'ouvrage suivant, 

trop curieux pour que nous n'en donnions pas le titre in-extenso : 

Proverbes en rimes ou Rimes en proverbes, tirés en substance tant 

de la lecture des bons livres que de la façon ordinaire de parler, 

1. Paris 1o97; in-8. 

'2. Le Roux de Lincy, Livre des prov. français, tome I, page '227. 



— 20 — 

et accommodés en distiques, etc. , par M. Le Duc; Paris, 1665 ; ia-12, 
» volumes. Quant à sa valeur et à son luit, l'auteur nous dit lui- 
même que c'est un « Ouvrage utile et divertissant, à l'honneur de 
la langue française, et pour montrer qu'elle ne le cède eu prover- 
bes, non plus qu'en son idiome, aux étrangers. » 

CHAMPENOIS 

Habitants de la Champagne. Outre les dictons précédents qui 
leur sont appliqués, pour la plupart, nous connaissons encore les 
suivant?. 

66. Deux moutons et un Champenois font trois bêtes. 
Nous n'avons trouvé ce proverbe que dans Ililaire Le Gai qui n'a 
point cité ses autorités ' ; mais on voit que ce n'est qu'une géné- 
reuse extension donnée au fameux dicton que nous mentionnons 
plus loin sous le n" G'J. 

67. Gars normand, fille champenoise, 
Dans la maison toujours noise. 

S'il est l'auteur de ce proverbe, il faut que Le Duc, qui lu ver- 
sifié dans son « Proverbes en rimes ou Rimes en proverbes », ait 
eu maille à, partir avec quelque champenoise et qu'il ne soit point 
sorti du débat à son avantage : rapprochez, en effet, de celui-ci le 
proverbe que nous avons cité précédemment n" tib ! Parlant des 
gars normands, le proverbe qui nous occupe relevait, certes, de 
M. Canel ; voici comment le juge cet auteur : ■< C'était pour le 
xvii'' siècle, que le livre intitulé Les proverbes en rimes s'exprimait 
ainsi. De nos jours, les gars normands n'ont ])lus la réputation 
d'être noiseurs; aussi le proverbe n'est-il plus en usage. « Si un 
normand peut ainsi s'inscrire en faux conire le proverbe, a for- 
tiori un champenois, n'est-ce pas? 

68. Les Champenoises demoiselles ont anobli 
leurs maris. 
C'est une allusion à la légendaire origine de la noblesse mater- 
nelle - : la noblesse de Champagne aurait péri, dit-on, presque 
toute entière à la bataille de Fonteuay en 8il ; en récompense de 
son courage et pour réparer le vide ainsi fait dans ses rangs, il fut 
déridé que dorénavant les enfants mâles des demoiselles nobles de 
cette province, mariées à des roturiers, seraient anoblis par leur 
seule naissance. C'est ce qu'on exprimait en disant : Selon la cou- 
tume de Cliampagnc, le ventre anoblit. 

69. Quatre vingt-dix-neuf moutons et un Champenois 

font cent bêtes. 
Le voilà donc enfin arrivé ce fameux, cet écrasant dicton que 

1. Petite encyclopédie des proverbes, p. 140. 

2. Voir ci-dessus, n" 58. 



l'un jotle à la face de quiconque a eu le mallieur de naîlre sur les 
rives de l'Aube, de la Marne ou de leurs tributaires, s"appelùt-il 
Colbert, Mabiilon, Turenne ou Joinville. Nos lecteurs nnli-cham- 
poiois, si nous en avons, seraient trop triomphants de nous voir 
prendre au sérieux cette qualificalion, si voisine de l'injure ; nous 
ne leur donnerons pas le réjouissant spectacle d'une réfutation 
inutile pour eux et pour nous. Mais nous oHVirons aux amateurs 
de curiosités parémiulogicjucs rindicaliiui des travaux littéraires et 
autres auxquels a donné lieu le sus-dit proverlie : Méry, Histoù^e 
des proverb/s, tome III, page t37. — Dicllonnairc de Tréooiix, 
vcrbo Cliampa'jne. — Hilaire Le fiai, ppli le encyclopédie des pro- 
verbes, page 140. — Le Messdfjer de la HaïUe-Marne, n» 873. — 
Mercure de France, janvier, juin, septembre et novembre 1728. — 
Croslc)', Mémoires de l'Académie de Troyes, tome II, page 10 ^ — 
ïlei'kiison. Discours sur le prorerbe..., imprimé en 1810. — Van 
der Burcb, OU moulons et un i'hampcnois, tableau en un acte, 
joué au Gymnase dramatique en 1838. — Etc., etc. 

A rapprocher de ce proverbe celui-ci : La nience de Chûlons, 
c'est-iVdire la simplicité des habitants de Châlons-sur-Marne, — 
M. Canel, dans son Blason populaire de la Normandie, cite un 
pendant à notre proverbe : qiialre-iiingl-dix-neuf pigeons el un 
Normand fonl cent voleurs. D'autre part, il nous souvient d'avoir 
vu, nous ne savons plus quelle province (probablement le Berry), 
s'emparer à son profit de notre UO moutons...; c'était sans doute 
avant la loi qui garantit la propriété littéraire qu'eut lieu ce pla- 
giat ! 

70. Veulz-tu la cognoissance avoir 
Des Champenois et leur nature... 

Tels sont les deux premiers vers d'un portrait des Champenois, 
fait au XIV* siècle par Eustache Deschamps, champenois lui-même. 
Comme il se rapproche beaucoup des dits, nous le donnerons ici 
en entier, d'après P. Tarbé - : 

Veulz-tu la cognoissance avoir 
Des Champenois eL leur nature ? 
Pleines gens sont, sans dfcepvoir, 
Qui aiment justice et droicture. 
Nulz d'eulzgraut estât ne procure 
Et ne peuvent souffrir dangier. 
S'ilz ont à boire et à mangier. 
Content sout de vivre eu franchise : 
Et ne se sevent avancier. 
Toute gent n'ont pas cette guise. 

Bien veulent faire leur debvoir 
Envers chascune créature, 

1. Les liéflexions ont été reproduites par Caylus dans ses Œuvres. 

2. Recherches sur r histoire du langage et du patois en Champagne, 
tome 1, page 76. 



— 2-1 — 

Servir, sans milliii decepvoir 
Tous cculz ijui ne leur font injure. 
Mais (|ui mal Unir fuit, je vous jurn, 
Qu'ilz veulent leurs forfaits vengier 
Paine metlre à eulz revon^ier; 
Soient séculier ou d'église, 
Sans la riote, commencicr : 
Toute gens n'out pas cette g\iise. 

CHARMOILLES 

Village du canloii de Netiill}" l'Evêque, arrondissement de Lan- 
grès ; il csl situé sur la Coudre, affluent du Val-de-Gris. 

71. 11 montera bientôt la Minguée. 
Celle expression est employée à Charmoillcs pour dire qu'une 
personne est sur le point de mourir. Elle provient de ee que, près 
du cimetière du village se trouvait, il y a une centaine d'années, 
une maison habitée par un nommé Minguet. 

72. On te mènera à la ruelle aux loups. 

Ce diclon servait autrefois, et peut-être sert-il encore à l'époque 
actuelle, à faire peur aux enfants récalcitrants : on les menaçait 
ainsi de les conduire dans un lieu, situé près du village, où l'on 
jetait les bètes mortes et on, par suite, les loups venaient fréquem- 
nient à la pâture. 

CHASSIGNY 

Village du canton de Prauthoy, arrondissement de Langres. Son 
église est bâtie sur un point si élevé que la llèclie se voit presque 
de tous les points de l'horizon à une distance de 20 â 20 kilomè- 
tres. On dit de celle Hèche : 

73. A Chassigny, 5 cloclierS;, 400 cloches. 

C'est un jeu de mots qu'il faut écrire : cinq clochers dont qiia- 
Ire sans cloches. Ces derniers sont de petits clochetons qui, aux 
quatre angles du clocher flanquent la flèche de rédilice. Cette 
pai'ticularit*' d'ornementation se retrouve dans les églises de plu- 
sieurs autres villages du département et, par suite, la plupart de cbs 
villages jouissent d'un diclon semblable à celui de Chassigny. 

CHATEAU VILLAIN 

Petite ville, chef-lieu de canton de l'arroùdissement de Chau- 
mont; elle est éloignée du chef-lieu du département d'environ 
20 kilomètres. 

74. La surprise de Chastel-Villain. 

Jean Le I5on a inséré dans ses Adages françois ce dit qui fait 
sans doute allusion à la prise de Châteauvillaia par les Anglais en 
l43(j : ils y entrèrent par trahison et massacrèrent toute la popu- 
lation. 



— 23 — 

CHAUMONT 

Chef-lieu du déparlement de la llaute-Mariie. C'est une ville qui 
a joué un rùjo, iinportanl dans l'histoire de la contrée. Le Bon, qui 
l'a haiiilée iongtcnips et qui, du reste, était né dans les environs, 
nous a conservé sur cette ville un assez grand nonihre de dictons. 
Chose singulière, presque tous sont marqués an coin de la mau- 
vaise humeur ou du parti pris! Un Cliaumontais les déclarerait 
nés à Lanières : on sait, en effet que, de toute anticjuité, les villes 
de Chaumout et de Langres furent rivales et que parfois la rivalité 
les armèrent l'une contre l'autre unguibus etrostro. 

75. A Chaumont, 
Dragées d'amydon. 
Ce ne peut T-lre que l'assonnancc seule qui a présidé à la créa- 
lion de ce dicton qui se répète encore de nos jours; mais nous ne 
voyons pas à quel évènenient il peut faire allusion. 

76. Autrefô on aivôt dit : 
Les Lainguois ont ben d' l'esprit. 
Mas hôdeu les Chaaumonnois 
L'empotieu sus les Lainguois. 
Ainsi commence une chanson satirique paloisc contre les Chau- 
montais, chanson que l'on dit avoir été composée par un Langrois. 
S'il en était ainsi, on pourrait fixer la date de sa fabrication à 
1792, à la suite de la fameuse campagnr de Chaumont dont nous 
parierons au n" 83. Mais cette chanson qui se chante sur l'air de 
Monsieur et Madame Denis (c'est un indice qu'elle est de la fin du 
xviTi« siècle) ne serait-elle pas tout simplement une des productions 
de la mère Guignnrd, la muse populaire de la rue de CIwignes, 
dont les refrains firent les délices de Chaumont et des environs au 
commencement de ce siècle. Quoi qu'il en soit, voici les deux pre- 
miers couplets de cette chanson, renvoyant pour les autres à l'His- 
toire di; chaumont et à la Ilaulc-Marnr anrienne et moderne de 
Jolibois. 

Au t refus on aivôt dit ; 
Les Laicguois ont ben d'I'esprit. 
Mâs hôdeu les Chaaumonnois, 
N'en prenez -eu qu'un, ou prenez-en trois, 
Mus hôdeu les Chaaumonnois 
L'empotieu sus les Laiiif^uois. 
Ai Laiugues y fait IVorl, dil-ou; 
Mas y lait chaaud ai Chaaumont, 
Ca, quand bigc veut venter, 
Pou ben Taitraiper, Terapoichi d'entrer, 
Ca, quanl bige veut venter. 
Las polieus on y fait freraer. 

La traduction nous semble quelque pou utile. " \ulrefois on avait 
(lit : Les Langrois ont bien de Tespril. .Mais aujourd'hui les Chau- 



— '24 — 

montais, que vous en preniez un ou que vous en preniez trois, 
l'etnporlenl sur les Langrois. 

« A. I,augres, il fait froid, dit-on; mais il fait chaud iïChanmonl. 
rar, lorsque la bise veut soufller, pour bien l'attraper, l'empêcher 
d'entrer, on fait fermer les portes de la ville. » 

77. C'est un enfant de Chaumont 
Belle entrée et la fin non. 

Nous avons trouvé ce dit dans les Proverbes en rimes ou Rimes 
en proverbes de Le Duc. L'auteur des Adages françois s'était bien 
pjardé de l'oublier dans son recueil ; seulement, loin de se torturer 
l'esprit pour le mettre en distique, il l'insère tel qu'il avait cours 
dans la région qui fut depuis la Haute-Marne: Enfans de Chau- 
monl, beau commencement et peule fin. Le mot peitle est un 
terme patois (|ui peut se traduire en français par vilaine, laide, 
mauvaise. 

Ce proverbe est encore très usité dans la région; mais, depuis 
l'époque de Le Bon. on lui a fait subir une amputation, on se con- 
tente de dire d'une manière générale et non plus en l'appliquant 
à la progéniture chaumontaise : Bée commencement et peule fin. 
On trouve an sujet de ce dernier dicton une étude très curieuse 
dans le journal Le Messar/cr de la Haute-Marne, n" 6oO (10 avril 

1833;. 

78. Chaumont-en-Bassigny, 

Capitale des bas esprits. 

Voilà un (hcton que nous sommes surpris de ne trouver consi- 
gné dans aucun recueil parémiologique : c'est pourtant l'un des 
plus répandus de ceu.x qui concernent Chaumont. 11 n'est pas 
difficile de se persuader que ce dicton n'est qu'une satire échappée 
de l'esprit caustique de quelque Langrois ckaumontophobe. Les 
Cliaumontais ont donné droit de cité au dicton, mais après lui 
avoir fait subir ime légère moditication qui leur a paru nécessaire 
pour sacrifier à la Vérité; ils disent : 

Chaumont -en- Gassi^'^ny, 
Capitale des beaux esprits. 

Pour nous, qui sommes du Bassignv, nous aurions mauvaise 
gr'ice à combattre cette nouvelle i'ornuile. 

79. Chaumont le poli. 

Les anciennes géographies — dit l'abbé Godard — je ne sais si mes 
compatriotes l'ont remarqué, glissent toujours, dans les quelques 
liffnes consacrées à Cbaumont, cette observation llatleuse : Les 
habitants sont honnêtes et polis ^ En composant cette notice, j'ai 
lu mille petits faits qui m'expliquent (;e témoignage singulier. 

1. Voir les anciennes éditions de Vosgien ; le Dictionnaire de La Marli- 
nière; l'Histoire de Champagne de Baugier, etc. 



— 20 — 

Passait-il ;\ Ciiaumont un prince du sang, un personnage considé- 
rable ou seulement distingué, aussitôt on députait le maire et les 
(■clievins pour le saluer. Voulait-il honorer la ville de sa présence, 
alors la cavalerie allait au-devant de lui, on lui présentait les vins 
de la ville, etc. ' 

80. Défiez-vous du pain de Brottes, du vin de Bricon 

et de la jugerie de Chaumont. 
Nous renvo^'ons à ce que nous avons dit de ce dicton à l'article 
consacré à Bricon où nous l'avons déj?i cité. 

81. Draps de Chaumont 

Un historien moderne do Chaumont mentionne la draperie de 
cette ville comme importante, remarquable et fort estimée dès le 
xive siècle -. Bien que cette industrie ait disparu depuis assez long- 
temps de Chaumont, les géographes n'en continuent pas moins i"! 
en doter cette ville. 

82. Droguets de Chaumont. 

Le droguet est une espèce d'étoffe de laine dont la trame est 
ordinairement de fd et de coton. « Les meilleurs droguets et les 
plus en vogue, dit le Dictionnaire de Bescherelle, sont ceux de 
Chaumont (Haute-Marne) et de Langres. » Néanmoins, il en est 
actuellement dos droguets comme des draps. 

83. Gantf. de Chaumont. 

La fabrication des gants de peau forme la principale industrie 
de Chaumont; elle y date d'une cinquantaine d'années au plus, 
et cependant notre chef-lieu tient le premier rang en France pour 
la ganterie et ses annexes. Honneur donc k l'importateur de cette 
industrie à laquelle Chaumont et les environs doivent en grande 
pai'tie leur prospérité; honneur k M. Tréfousse ! 

Antérieurement à la fabrication des gants de peau, Chaumont 
avait acquis quelque renom dans celle des gants de laine : témoin 
le !\'oel dit de Cliauihonl où cette ville et les cités circonvoisines 
délilent devant le Christ nouveau-né, lui offrant chacune les meil- 
leurs produits de son territoire ou de son industrie. 

Ce Noël est trop typique et trop topique pour que nous résis- 
tions au plaisir de le rapporter en entier ; d'ailleurs, il fait con- 
naître des spécialités hautc-marnaises que nous avons omis de 
mentionner en leurs lieu et place. Voici donc cette pièce curieuse 
et k peu prés inconnue. 

1 . Godard, Histoire et tableau de l'église Saint-Jean-Baptisle, page 10S. 

2. Jolibois, Histoire de Chaumont, page 80. 



— 26 — 



LE NOËL DE CHAUMONT 



A In veuue rie Xoel 
.Notre pnnion doit accourir 
l'our oUVir A l'Enfaul nouvel 
L'n don projire a le réjouir. 

Cliaumont d'abord offre a. l'Enfnnt 
Dc^ li.i- drapé> aussi des j^ants. 
A sa uière un double corset, 
.•\u [lére un babil de drocruot. 

Jonchery vient (jui n'oHVe rien, 
Et qui ne. possède aucun bien ; 
Ine chicane il veut cbanter. 
Personne ne veut l'écoutor. 

Ellffigneil arrive soudain 

.\vci- un cent de i^renouilles en main; 

L'Enfant recule eu les voyant, 

Se serre contre sa maman. 

Sarcicourt arrive k son tour 
Avec un panier de rambours; 
I.'Enfant les refuse de loin. 
Ils ont damné le genre humain. 

Buxières', si fertile en fruits 
Eli ollre des verts et des cuits : 
.lûsejih les trouve beaux et bons, 
En rendant grûce de ces dons. 

VillierS suit Buxières à grands pas 
.Avec quatre fromages gras ; 
l'n tel cadeau dans la saison 
Sera toujours trouvé fort bon. 

Monisaon apporte un gros navet 
Avec un beau cochon de lait ; 
Joseph trouve beau ce présent 
Uui peut produire un gros argent. 

Valdelancourl arrive enfin 
I.a llrili' et le violon en main; 
Il ollre lie faire danser; 
L'Enfant dit qu'il faut les chasser. 



Aulreville - pour son cadeau 
(Mire a l'Enliint un piaeonneau ; 
Il n est ni gras ni bien dodu. 
Mais il est tel qu'on l'a vendu. 

Bricon n'ose offrir de son vin 
Ou'on -ait être ni bon ni lin ; 
Il ollre des vo;ux très ardents 
Pour l'Enfant et pour ses parents. 

Semouliers n'a ni pain ni vin. 

Il apporte du sarrazin. 

Avec des vesces et des pois 

Pour le bii'uf et l'âne un erand mois. 

Richebour^ présente pour don 
iJes trulles d un très i;rand renom ; 
L'Enfant s'amuse a les rouler. 
Joseph court les ramasser. 

Blesson ville ^ olfie un long fasot 
Propre a faire bouillir le pot. 
Des fruits ramassés tians les bois 
-Avec des navets et dos pois. 

Châtcauvillain porte pour don 
De sou vin que l'on dit si bon; 
Un baril de Cùle-Paulin 
Qu'on pi-end, dit-il. pour Chambertin. 

Orges qui sait bien que son vin 
Ne vaut pas du Côte-Paulin, 
Offre une truitelle à l'Enfant : 
C'est un a.ssez joli présent. 

A la porte on entend frapper, 
C'est Brotte> qui désire entrer ; 
11 offre h l'Enfant des vairons. 
N'ayant jamais d'autres poissons. 

Pour nous, prions le Saint Enfant 
D'accepter nos creurs pour présent. 
Et tous d'accord chantons : Noël, 
.Noël, Noël. Noël, Noël. 



84. Il revient de la campagne de Chaviinont. 
I.ors de Ja formation dti département de la Haute-Marne, il y 
eiiL, durant quelque temp.s, incertitude sur le choix du chef-lieu : 
Langres et Clianniont .se disputèrent cet honneur ; mais enfin, 
celte dernière ville fut préférée comme plus centrale. Les Langrois, 
dépités de cette préférence, résolurent de s'emparer de vive force 
de radniinistralion départementale et de la ramener dans les murs 
de leur cité. Dans la nuit du 21 au 22 août 1792, ils s'arment et 
marchent sur Ghauraon'i au nombre d'environ 300, conduisant 
avec eux deux pièces de canon. Mais leur projet avait été éventé : 
ils trouvèrent prévenus leurs rivaux qui les attendaient. Les Chau- 



1. Buxières- les-^illicrs, commune des canton et arrondissement de 
Chaumont. 

2. Aulreville, commune du canton de Juzennecourt, arroiidissemenl de 
Chaumont. 

.3. Blessouville, commune du canton de Chùteauvilloin, arrondissement 
de Chaumont. 



— 27 - 

moulais, loin de profiler de la surprise de ceux qui croyaieul les 
surprendre, les reçurent en amis el bons voisins, les logèrent, les 
admirenl h leurs tables, et les renvoyèrent restaurés, mais non 
satisfaits. 

Depuis ce temps, lorsque queli(uiin l'ait une sottise à Langres, 
on dit pai' l'onm^ de pioverlie : // revientde la campagne de Chmi- 
mont^ 

85. La diablerie de Chaumont. 

La diablerie de Chaumont était une fêle curieuse, bizarre, qui 
accompagnait une fête religieuse, le Grand-Pardon. 

En 1475, le pape Sixte IV, à la demande de l'évêque Jean de 
Montniirel, son référendaire secret, ayant érigé en collégiale 
l'église paroissiale de Chaumont, aci;orda à tous les fidèles con- 
fessés et vraiment repentants qui visiteraient cotte église le jour 
de la nativité de Saint-Jeau-Raplisle, quand cette fête tomberait 
un dimanche, indulgence très plénière et entière rémission de 
tous leurs péchés, de quelque nature qu"ils pussent être. C'est cette 
solemnité qui reçut le nom de Grand-Pardon ; elle revient do sept 
en onze ans. 

Suivant riiabituiin du moyen-âge, cette fête religieuse fut l'oc- 
casion de manifestations grotesques et licencieuses : quinze 
théâtres, dressés sur divers points de la ville, représentèrent le 
mystère ou la légende de Saint-Jean, avec accompagnement de 
diables, de diablesses, de sauvages, de sarrasins, qui, depuis le 
jour des Rameaux, avaient le droit de parcourir les campagnes, 
levant sur les habitants un impôt forcé en beurre, œufs, poides. 
vin, argent. Le métier de diable était fructueux et des plus recher- 
chés ; une preuve, c'est le dire de celle bonne femme de la ville, 
que nous a ctfnservé la tradition : Si piail ai Dieu el ai lai Sainte 
Vierge, nonle homme serai diabe ai lai saint Jean, el fpeurrons 
payi teutles nous detles. 

Depuis que la Révolution a mis fin aux bénéfices ecclésiastiques, 
la diablerie de Chaumont a disparu, nuiis le (irand-Pardon est 
resté : c'est une des grandes fêles de Chaumont, où elle attire une 
masse de visiteurs tant de la Haute-Marne que des départements 
circonvoisins-, 

86, Le camion va à la lanterne à Chaumont. 
Le Roux de Lincy, qui cite ce dicton d'après Le Ron, avoue 
n'en pas comprendre le sens 3. >{ous pouvons faire comnje lui, i 
moins que rex[)Iication pure et simple ne se trouve dans les deux 
dits suivants. 

1. Jolibois, Histoire de Chaumont, p. 27G. 

2. Godard, Histoire et Tableau de l'église Saint- JeanBaptisle, pa'^d 131. 

3. Livre des l'roverbes français, tome I, page 221. 



— 28 — 

87. Le pavé de Chaumont n'est fait que pour les 

avocats. 

Dit rapporté par \.c Ron cl iju'oii poiil prendre dans deux sens : 
d'nnc part, il peut signifier que la ville était si mal pavée que leur 
fréquentation n'était possible que pour les avocats, gens qui ne se 
piquaient point de délicatesse: d'autre part, il peut spécifier qu'au 
.wi" siècle, les avocats étaient fort luimlireiix k Cliaiimunt et y 
régnaient ou prétendaient y régner en niiiUres. 

88. Le pavé de Chaumont porte médecine. 

li'i, le sens réel ne fait pas le moindre doute. Le dicton nous 
apprend nettement que la voirie de Cliauinont était des plus déplo- 
rables; il n'y a donc pas lieu de s'étonner que Le Bon, qui a inséré 
ce dit dans ses Adages jrancoh n'y ait joint aucune cxposilimi. 

89. Les diables de Chaumont. 

On a quelquefois donné ce surnom aux Cliaumontais ; mais celte 
appellation ne lire pas à conséquence, on voit de suite que c'est 
une simple extension de la Diablerie. 

90. L'officialité sont les jours de caresmé-prenant 
de Chaumont. 
Le Bon, auquel nous devons la connaissance de ce dicton, 
ajoute : « CommcnUnrcs : car elle ne parle que de grasses matiè- 
res, n On sait qu'il était autrefois dans l'habitude de réserver pour 
les audiences des jours gras ou de Carême-prenant le.s affaires 
grasses, autrement dites gauloises. Il parait qu'à Chaumont, l'offi- 
inalité faisait à chaque séance concurrence à l'audience annuelle 
de dame Jnslice. 

GHOISEUL 

Petite commune du canton de Clefmont, arrondissement de Chau- 
mont. C'est de ce village dont elle posséda la seigneurie jusque 
vers le milieu du xv siècle, que sortit la famille des de Choiseul, 
l'une des plus illustres de la noblesse de France. 

91. Tant que le gros chien de Choiseul à temps aboiera 

Et que le petit de Merrey à temps jappera, 

Jamais grêle sur ces deux villages ne cherra. 

Le gros chien de Choiseul et le -pelil chien de Merrey désignent, 
eu égard à leurs dimensions, les cloches de ces deux villages. On 
est, ou plutôt on était persuadé jusqu'à ces derniers temps, dans 
toutes nos communes rurales, qu'à l'approche des nuées, le seul 
moyen de se préserver de la grêle el de la foudre était de sonner 
les cloches. A Choiseul et à Merrey, ce préjugé superstitieux était 
fondé sur une légende qui date du xvi" siècle et que nous ne rap- 
porterons pus à cause de sa longueur ^ Quoi qu'il en soit, les habi- 

1. Voir au sujet de celte légende, La Haute-Marne, page 3'Jo. 



— 29 — 

tanls de ces deux villages n'avaient garde de laisser leurs cloches 
muettes en temps d'orage, et ils défient, dit-on, de citer une seule 
fois où la grrie ait ravage leurs champs, jus(iu'cn 1826 du moins. 
A cette l'poque, un arrêté de préfecture ayant interdit d'une 
manière absolue les sonneries en temps d'orage, on s'abstint 
désormais; mais cette même année, le 17 juin, comme pour rap- 
peler aux oublieux la prophétie et sa valeur, une grêle terrible 
s'abattit sur tout le Bassigny dont loutes les cultures lurent rava- 
gées, détruites : aussi, à entendre les Choisc'ulais et les Merrèicns 
d'alors, la seule cause de ce sinistre fut le mépris qu'on lit de la 
prophétie du xvi« siècle. 

COIFFY 

Sous ce nom on désigne deux communes, très rapprochées, rie 
l'arrondissement de Langres, mais appartenant à deux cantons 
dilterents : Coijj'\i-la-Villc ou Coiffij-le-Das dans le canton de 
Varennes, et Coiffy-lc-Chdlcau ou Coiffij-lc-Haul dans le canton 
de Bourbonne-les-Bains. 

92. Les vins de Coiffy. 

('/est une des espèces des vins les plus estimés et les plus recher- 
chés de l'arrondissement de Langres; ils appartiennent, d'ailleurs, 
à ceux que l'on appelle les vins de l'Aviancc. 

CORGEBIN 

Hameau de la commune de Brottes, à 4 kilomètres de Chau- 
mont. C'était autrefois le siège d'une commandcrie de l'ordre de 
Malte. 

93. Devenir les garses et les guenons de Gorgebuyn. 

11 appert, par là, que la population féminine de Corgebin était 
assez mal famée au temps de Le Bon, qui nous a transmis ce dic- 
ton. Quelque fondé qu'ait pu être ce renom, nous sommes heu- 
reux de dire que le dicton et ses motifs sont complètement 
inconnus aujourd'hui. 

CORLÉE 

Va\g des plus minimes et des plus luunblcs communes de i'ar- 
rondisscment de Langres. 

94. Loin de parler des Dieux la langue si perlés, 
Il parle simplement comme on parle à Corlée. 
Ce dicton, dont la forme tout au moins est récente puisqu'elle 
est duc à M. L'iluillier, rédacteur de l'ancien journal Le McssiUjcr 
de la Haule-Marnc ^n'> du 3 mar.. ISÔo); ce dicton, disons-nous, 
signifie, sans figure, (juc l'on parle fort mal le français : à Corlée, 
en effet, comme du reste dans tous les villages de La contrée, il y 
a quelque cinquante ans. on parlait à peu près exclusivement 
patois. 



— 30 — 
CRÉMAIGNON 

Ruisseau peu iinporlaut qui coule sur le lei'riloire de Neuilly- 
l'Evêque et qui se jeLte dans le Grand-Lyé ou Val-de-Gris. Il sert 
de limite entre ce territoire cl celui d'Orbigny«,au-Val d'après un 
acte d'aborneuieiit fait en 1630. 

95. Grand comme lai bonne de Crémoignon. 

C'est-à-dire grand comme la borne de Crémaiynon. Ce dit rap- 
pelle qu'autrefois une grosse et grande borne avait été placée près 
du Crémaignon pour fixer les finages des villages de Neuilly et 
d'Orbigny-au-Mont. 

DAMPIERRE 

L'un des principaux villages du canton de Neuilly-l'Evêque, 
arrondissement de Lai;gres. 

,96. Les buveurs ou les ivrognes de Dampierre. 

Ce dicton accusateur n'a pas besoin de commentaires. On pré- 
tend qu'il a été vrai autrefois; nous ne sommes pas en mesure de 
prouver, mais nous sommes persuadés qu'il est actuellement con- 
Irouvé. 

DAMRÉMONT 

Village du canton de Bourbonne, arrondissement de Langres. 

97. Damrémont, les beaux garçons. 

De tous nos dictons topiques, c'est le seul ou à peu près qui con- 
tienne une louange à l'égard des habitants; et encore ne faudrait- 
il pas probablement faire trop de recherches sous peine de voir 
la louange devenir une ironie. Quoi qu'il en soit, nous aimons 
mieux nous en tenir au premier sens, et déclarer que nos compa- 
triotes de Damrémont, qu'ils soient borgnes ou bancals, sont des 
Antinoiis... aux yeux de leurs bonnes amies. 

DANCEVOIR 



Commune du canton d'Arc-en-Barrois, arrondissement de Cliau- 
mont. 

98. Si tu veux das bées feilles voi, 

Y faut aller ai Dancevoi ; 

Mas pou las aivô pucelles, 

Faut las prenre ai lai mamelle. 

Certes, il serait triste de penser que ce dicton ait jamais été 

vrai; et il faut n'y voir qu'une méchante boutade à l'encontre des 

beautés de Dancevoir. Néanmoins, d'aucuns affirment que c'est un 

dicton historique et qu'il rappelle des désordres, conséquences de 

l'état où se trouva aux xvi" et xvn« siècles Dancevoir, alors place 

de guerre et Ville très commerçante. 



— 31 — 

EUFFIGNEIX 
Commune des canloii et arrondissement de CIiaumoMl. 

99. Les grenouilles d'Euffig-neix. 

Eufiigneix n'a nulicinent, en Ilaule-Marno, le monojjole des 
grenouilles ; celles de ce village n'ont pas un plus grand renom 
que leur^ congénères des autres communes du déparlement; si, 
néanmoins, elles méritent ici une mention spéciale, c'est simple- 
ment parce qu'elles figurent dans le Noël de Chaumonl (voir 
no 83). 

Les grenouilles, en Haute-Marne, ne fréquentent que les eaux 
claires et courantes des rivulets qui sillonnent de leurs méandres 
les prairies au sol incliné de nos vallons; elles sont donc a-jssi 
loin de celles des autres régions qui habitent presqu'exclusivemeut 
des mares à eaux croupissantes, elles en sont aussi loin que les 
coquettes et proprettes citadines le sont de grossières et malpro- 
pres villageoises. On comprend facilement dès lors que celles-là 
(les grenouilles haute-marnaises) sont dans notre département 
un mets apprécié; tandis que partout ailleurs nombre de Français, 
à l'instar des Anglais, reculent d'horreur à la vue d'un plat de 
crapauds femelles. 

FARINCOURT 

Village du canton de Fays-Billot, arrondissement de Langres ; 
il était situé sur la frontière même du département, à quelques 
mètres de la Haute-Saône. 

100. Il regarde du côté de Farincourt, ou il a les yeux 

à la Farincourt. 
Ce dit populaire signifie : il louche. Il a pris naissance, évidem- 
ment, hors du village dont il fait mention : c'est à Langres que 
nous l'avons recueilli. 

GENRUPT 

Commune du canton de Bourbonne-les-Bains, arrondissement 
de Langres. 

101. Si Montcharvot l'vôt Icul, 
Genrupt s'rôt tôt foutu. 
Montcharvot est un village voisin de Genrupt et du même can- 
ton que lui. Le dicton fait allusion à la situation topographique 
des deux communes, dont Tune est sur le sommet de la montagne 
et l'autre au pied. 

GUISE 

Nous entendons parler ici, non point de la ville de Cuise qui est 
située dans le département de l'Aisne, mais de cette branche de la 
famille ducale de Lorraine dont les membres s'illustrèrent sous le 
titre de ducs de Guise et qui appartiennent àl'histoire de la Haute- 
Marne, comme ayant été, depuis le xvi« siècle, seigneurs de la ville 



— 32 — 

de Joinville doiil ils habilèrenl le cliâleau et donl le domaine rele- 
vaiii, fut érigé en leur faveur en principauté en avril 1531. 

102. A chacun son tour. 

Ce dicton fut pris coninie devise par les ducs de Guise ; voici 
ce que Fleury de Bellingen dit à ce sujet : Geste devise, que prit 
la maison de Guise dans le temps de la Ligue, fut interprétée 
diversement. Ceux qui n'estoient pas de leurs amis, l'attribuoient 
au dessein qu'ils avoient formé de s'emparer de la couronne de 
France, qu'ils publièrent leur appartenir, parce que Hugues Capet, 
dont estoit la maison régnante, l'avoit enlevée à Cliarles, duc de 
Lorraine, dont ils prétendoient descendre. Mais le peuple, qui 
estoit attacbé à la maison de Guise et qui ne pénétroit pas si 
avant, l'attribuoit à l'inconstance des choses du monde. Il la regar- 
doit comme si elle avoit voulu dire : « Si tu as aujourd'bui l'advan- 
lage sur moy, si tu me bas ou si tu m'abaisses, je tascherai de m'en 
rcvancber et de te battre à mon tour '. » 

103. Adieu, paniers, vendanges sont faites. 
C/est k Brantôme^, que nous empruntons l'bistoriette qui, sui- 
vant lui, a donné naissance à ce proverbe : Le grand prieur de 
Lorraine, François de Guise, envoya en course, vers le Levant, 
deux de ses galères, sous la charge du capitaine Beaulieu, l'un de 
ses lieutenants ; il y alla, estant brave et vaillant. Quand il fut vers 
l'Archipel, il rencontra un grand vaisseau vénitien, bien armé et 
bien riche ; il commença à le canonner. fllais il lui rendit si vigou- 
reusement le change, que de la première volée, il lui emporta 
deux de ses bancs avec leurs forçats et son lieutenant qui pourtant 
eut le loisir de dire ce seul mot : Adieu, paniers, vcndaïujcs sont 
faites, et puis mourut, et Beaulieu se retira. Depuis cela passa en 
proverbe^. Cet épisode eut lieu en IboT. 

104. Ceux de Guise mettent les rois de France et 
leurs enfants en chemise. 
Brantôme, dans ses Hommes illustres françois, prétend que ce 
pi'opos est dû cl François II, parce que le grand duc de Guise s'était 
enrichi sous son règne et sous celui d'Henri H, son père. Mais, si 
l'on en croit Bayle, ce serait François L'' qui le premier aurait eu 
le pressentiment du danger que les Guise lerdient courir à la mai- 
son régnante de France, et cela dés l'époque où il érigea la terre 
de Guise en duché-pairie, c'est-à-dire en lo2!?. On rapporte à ce 
propos le quatrain suivant^ : 

1. Fleury de Beiliiig ii, El\ii:iohgic des proverbes, pa^^c 179. — Leroux 
de Liiicy, Livre des l'rov. franc, tome II, page 16. 
i. Brantôme, Les Dames (ialardes françoises. 

3. Le Roux de Lincy, Livre des Prov. franc., loine II. p. 7. 

4. Leroux de Lincy, Livre des l'rov. franc , tome II, page 48. 



— 33 — 

François premier préilil ce point 
Que ceux do la maison de Giuse 
Mettraient ses enfants en pourpoint 
El sou pauvre peuple en chemise. 

105. Il ne chassera jamais les Anglais hors de France. 

L'illusUe l'^i'aiiçois de (iitisc, proinicr pciiico do Juiiivillc, ayant 
pris Calais en liiiJS, acliuva ainsi de ciiasser les Aiij,'lais lioi.-i de l;i 
Fi'aiicc, où ils avaient gafd»j des possessions depuis plus de doux 
cents ans. Cette victoire, une des plus mémorables dont il soit 
question dans nos annales, lui valut la réputation, très ruériloe 
d'ailleurs, de grand honiiue de guerre. «■ Si bien, dit Hrantùine, 
que c'estoit un vieux proverbe parmy nous, quand nous voulions 
mésestinfier un capitaine et liomme de guerre, on disait : // ne 
chassera jamais les Anrjlais hors de France. » 

106. Les princes lorrains ressemblent les coursiers de 
Naples qui sont longs et tardifs à venir, mais qui 

venant sur l'àga sont très bons. 
lîiaiiirinic prête ce proverbe à François i'^'" et en fait i'applica- 
liim à Louis de Lorraine, cardinal de Guise, qui avait employé sa 
jeunesse plus aux plaisirs qu'aux alFaircs ; mais il s'appliqua si 
Ijicn plus tard à ces dernières, qu'il mourut, en Io73, avec la 
réputation d'un très sage prélat '. 

107. Quand ceux de Guise auront écossé le Roy, ils se 

prendront à sa peau mesme. 
On trouve ce proverbe dans une pièce de raniiée l'Hi-j; elle fait 
allusion à ce que les Guise, [)ar Icui' manière do gouverner, avaient 
l'ait [lerdre au jeune roi l-'ranrois 11 rc.-[)éranoe de joindre un jour 
au royaume de France celui d'Ecosse, appartenant à la reine Marie 
SUiail, sa i'emuic -'. 

lOS. Souvenez vous de Iz courtoisie de Metz. 
On >ait que le fameux FraïK^ois de (iuise, premier prince de 
.joinville, dél'endit Vixillaminent la ville de Metz ojntre les cent 
mille bonimes de Cbarles-Qiiiut. 1! traita avec tant d'bumanité les 
pauvres soldats ennemis que le froid avait force de rester en 
arrière, lors de la retraite des Impériaux, qu'il gagna le cojur 
même des vaincus. Peu de temps après, riùnperoiir ayant pris 
d'as-aut la ville de Tbérouanue, les l''rançais qui avaient soutenu 
le siège n'eurent besoin, pour écliappci' au massacre, ijiie de s'é- 
crier : lionne guerre, comp ignons, ionvenez-voiisile ta courtoisie 
de Metz '\ 

1. Féricl, \utcs lilslortqncs sur Jjiiiii /-;, page 184. 

ï. Méry, llisl. des pruo., tome II, page il'i. 

3. ^'érifi, Xoics lii^loi iques sur Joinville, pa^e 121. 






109. Vespres de Sicile, matines de France. 

Pensonne n'ignore que, .sous le nom Vêpres Siciliennes on dési- 
gne la révolte des Sicilicn.s contre le joug des Français et le mas- 
sacre de ces derniers qui s'ensuivit, révolte et massacre qui com- 
mencèrent le 30 mars 1282, au moment où les cloches de 
J'alerme sonnaient l'office des Vêpres. Ce que l'on sait moins, c'est 
que dès i'612, l'expression Matines de France et, plus particuliôre- 
mant, celle de Matines parisiennes désignèrent le massacre de la 
Saint-Bartliélemy, par allusion à l'heure (une heure et demie du 
matin) où la cloche de Saint-Germain l'Auxerrois, sur l'ordre de 
Catherine de Médicis, donna le signal de l'iiécatombe des protes- 
tants. 

Les Matines de b'rance sont trop intimement liées à l'histoire des 
Guise pour que nous ayons passé sous silence ce dicton que rap- 
porte Le Bon et qui montre que par ses contemporains et môme 
par les partisans des Guise — Le Bon était médecin du cardinal 
de Guise — la Saint-Barthélémy était assimilée au massacre des 
Français en Sicile. 

HARRÉVILLE 

Commune du canton de Bourmont, arrondissement de Cliau- 
mont: sur la Meuse et près de la frontière, vers le département 
des Vosges. 

110. Les Chanteurs d'Harréville ou Harréville-les- 

Chanteurs. 

Certains auteurs ont pensé que ce dicton tirait son origine des 
offices qui se faisaient dans l'ancien priearé d'Harréville, offices 
qui auraient eu une certaine célébrité dans la contrée, comme 
celle des fameuses lamentations de la Semaine-Sainte qui avaient 
donné lieu à \di promenade de Longchamps, près Paris. Mais il n'en 
est rien ; le dicton, en effet, rappelle simplement qu'Harréville 
avait la spécialité de fournir à toute la région des chanteurs de 
Sainl-}il(berl, sorte de colporteurs qui s'en allaient sur les places 
publiques, surtout les jours de fêtes paroissiales, chantant le can- 
tique de Saint-Hubert, le grand guérisseur de la rage, vendant ce 
cantique illustré de belles gravures aux couleurs voyantes et sur- 
tout vendant à beaux deniers comptant le remède Saint-Hubert. 

HAUTE-BORNE 

La Haute-Borne est un magnifique monolithe historique qui se 
trouve à \'6 kilomètres de Joinville dans le canton de Chevillon, 
sur le territoire de Fontaines. 11 est chargé d'une inscription 
romaine qui a exercé la sagacité de nombreux archéologues. 

111. C'est comme l'abri de la Haute-Borne. 

On prétend, et la chose a été affirmée sérieusement par des 
personnes des plus sensées, que de quelque côté qu'on se place 



— 3o — 

auprès de la Haute-Borne, ou ne sauiail éviter la pluie, môme 
quand le vent la chasserait obliquement contre la pierre et qu'on 
serait à l'opposé. 

Cette croyance que rappelle le dicton se retrouve attachée à la 
plupart des menhirs. Or, la Haute-IJorne a passé pendant long- 
temps et elle passe encore dans l'esprit de bien des gens pour un 
menhir ; les fouilles qu'on a faites ces années dernières au pied 
de la Haute-Borne et aux environs ont prouvé d'une manière 
péremptoire que le monolithe fut tout au moins utilisé comme 
l'un des piliers d'un aqueduc complètement disparu qui conduisait 
l'eau à une ville gallo-romaine, située sur le sommet d'une mon- 
tagne voisine, le Chàtelct. 

HAUTE-MARNE 

Sous ce titre du département, nous classons quelques dictons et 
proverbes qui, bien qu'ils ne se rapportent pas à quelque portion 
du territoire, doivent néanmoins iigurer dans notre recueil, soit 
parce qu'ils rappellent des faits qui se sont passés en Haute-Marne, 
soit parce qu'ils sont dus à des Haul-Marnais ou créés à propos de 
l'un d'eux. 

112. A Galas, Forkatz et Piccolomini libéra nos, 

Domine. 

En 1636, des bandes armées à la solde de l'Empire et que com- 
mandaient Galas, Forkatz et Piccolomini forcèrent la frontière 
française dégarnie, du reste, de troupes, et envahirent la France 
de la Picardie à la Bourgogne, Le Bassigny fut sillonné en tous 
sens par ces ravageurs qui y commirent des exactions et des atro- 
cités de toutes sortes : le curé d'Hortes, Macheret, nous a dressé 
sous forme de Journal, un récit véridique de tous les faits et 
méfaits dont il fut témoin k cette époque. On comprend, après 
l'avoir lu, que nos ancêtres terrifiés, ne sachant plus à quel saint 
se vouer pour se préserver du péril, se soient adressés à Dieu 
même et aient ajouté aux litanies ce verset lypi({ue : A Galas 
forkals et Piccolomini liberanos, Domine. Bien des siècles aupa- 
ravant, une addition semblable avait déjà été faite ; il s'agissait, 
cette fois des Normands : .1 furorc Xormanorum libcra nos, 
J)u)jiinc retentit pendant de longues années au ix^ siècle sous la 
voûte des églises françaises. 

113. Faites des perruques. 
Tout le monde connaît ce proverbe, mais ce que tout le monde 
ne sait pas c'est que : 1° il est une traduction parodiée du nmt 
d'Appelles ne siitor ullrn crcpidam ; 2" qu'il est dû à Voltaire ; 
3" enfin que c'est un enfant de la Haute-Marne, Charles André, qui 
y a donné lieu. Voici comment les auteurs expliquent la chose : 
André, originaire de Langrcs, exerçait à Paris l'honnête profession 
de perruquier-coiffeur. L'n beau matin, il se réveilla poète; il se 



— 36 — 

met donc à versifier el bientôt donne le jour à une tragédie sous 
le litre tout de circonstance de Tremblement de terre de Lisbonne : 
c'était en 17o7. Son oiuvre parachevée, il la dédia à Voltaire par 
une épilrc dicaloire où il appelle le grand écrivain: Monsieur cl 
cher confrère. Celui-ci s'en regarda comme outragé, et certes, il 
y avait de quoi, car jamais élucubration plus burlesque n'était sor- 
tie d'un cerveau humain. Faites des pcr/';/(/î;cs, répondit-il à André, 
et le mot est resté, détrônant le vers de Boileau : 

Soyez plutôt maçon si c'est votre métier. 

114. 11 n'a point de volcan dans la poitrine. 

Expression pittoresque pour désigner un artiste qui manque de 
verve et d'inspiration. Elle est de Laurent Guyard, le célèbre sculp- 
teur qui fut tout à la fuis le compatriote, l'élève et l'émule de 
Bouchardon. 

115. Il vaut mieux faire rire les gens que de les 

ruiner. 

C'était la maxime favorite de l'acteur comique Déchanet, origi- 
naire de Langres, mieux connu sous son nom de théâtre Dcscssdrls ; 
on a gravé cette phrase au bas de ses portraits. Elle se l'approchc 
de ce mot de Louis .\II que l'on cite souvent : J'aime mieux voir 
mes courtisans rire de mes épargnes, que mon peuple s'aflligcr 
de mes dépenses. 

116. Les extrêmes se touchent. 

Rien n'est plus connu que ce proverbe; aussi, ne le citons-nous 
que pour y rattacher, comme application, une anecdote duiit le 
héros fut un Langrois, Etienne-Claude de Marivelz, littérateur et 
savant qui fut guillotiné le 2.j février 17!.li. Etienne-Claude pre- 
nait le titre de baron. Un jour qu'il se rencontra, au seuil d'un 
salon avec M. de Montmorency, le laquais annonça : Messieurs les 
barons de Montmorency et de Marivelz. Ce dernier, s'ell'açant 
devant le grand seigneur : Voilà, Monsieur le baron, la preuve 
que les extrêmes se touchent, dit-il, faisant allusion à son titre 
personnel et au titre de premiers barons chrétiens que les Mont- 
morency possédaient de toute antiquité. 

Les auteurs mettent généralement cette répartie dans la bouche 
de M. de Montmorency et en font ainsi, de iine et délicate qu'elle 
était, une insigne grossièreté : c'est méconnaître étrangement l'ur- 
banité qui distinguait, caractérisait la société française à la lin du 
.\vni8 siècle. t> 

117. Où les Rheistres ont passé, on n'y doibt point de 

dismes. 

Ce dicton so trouve dans les AdafjCS franrois de Le Bon. C'est 
une allusion aux ravages commis en lo6s dans nos contrées, par 
les Reitres qui, au nombre de 10,000 sous la conduite de Casimir, 
prince d'Orange et de Volfgang, duc des Deux-Ponts, envahirent 



— 'il — 

la Champagne pour se porter au secours des protestants. Ils pas- 
sèrent près de Langres ; mais, trouvant celte ville fortement défen- 
due, ils la tournèrent et allèrent occuper Rolampont, Nogent, etc., 
pillant, rançonnant, ruinant le pays : c'était au mois de janvier. 
Le 23 mars, la paix fut conclue à Longjumeau, et les reitres repri- 
rent le chemin de l'Allemagne, continuant de plus belle leur 
œuvre de dévastation; ils pillèrent et incendièrent entre autres 
villages de notre région, ceux d'Hortes, de .Marcilly, d'Andilly, de 
PIcsnoy, de Celles, etc. Ce sont ces méfaits qui donnèrent lieu au 
proverbe qui nous occupe. 

118. Si le loup vient, qui nous défendra? 

Un employait autrefois ce proverbe à l'i'-gard des ('vèqucs qui ne 
résidaient pas dans leur diocèse. Il parait que ce fut l'évêque de 
Langres, Sébastien Zamet, qui reçut ce reproche et cela de la part 
d'un Langrois que certains auteurs prétendent bien à tort, suivant 
nous, être une espèce de fou. Voici, d'après la Vie de Sébastien 
Zamet, à quelle occasion la phrase fut prononcée. A peine avait- 
il pris possession de son siège épiscopal, que Zamet se disposa à 
gagner la Cour dans un équipage rappelant plus le duc et pair que 
le pasteur des âmes. Les chevaux étaient déjà attelés au carosse, 
lorsque ce fou se présenta devant l'évêque. « Eh bien, lui dit celui- 
ci, veux-tu donc mander quelque chose à la Cour? » A quoi le 
pauvre d'esprit répondit en patois, non sans sagesse et avec beau- 
coup d'à-propos : « V aillez don ai Paris y Ma, si /' leup venint, 
qui qu nous défendrai? » Ce mot fut, parait-il, un trait perçant qui 
alla au co'ur de l'évêque, si bien que le voyage ne se fit pas. Le 
proverbe est resté, mais nous doutons qu'il ait jamais plus produit 
le même effet. 

HUMES 

Village au confluent de la Mouche et de la Marne, canton et 
arrondissement de Langres. 

119. A Humes, 5 clochers et 400 cloches. 

Nous renvoyons le lecteur à l'article consacré à Chassigny où 
nous avons rapporté un dicton semblable. 

IS-EN-BASSIGNY 

Commune près des sources de Rognon, canton de Nogent, arron" 
dissement de Chauniont : c'est un ancien chef-lieu de doyenné et 
d'archidiaconné, 

120. Les belles filles d'Is. 

Il ne faudrait pas se trop hâter de prendre ce dicton au pied de 
la lettre, non pas que nous voulions médire des traits et des 
formes des Issoises, mais c'est que le dicton suivant nous donne 
étrangement à rélléchir sur le sens qui pourrait être attaché à ce 
mot de belles. 



— ::i.s — 

121. C'est une fille d'Is. 

Nous avons fréquemineiil entendu prononcer cetLe phrase dans 
nn sens injurieux à Rencontre des Issoises. Une de celles-ci a-l-elle 
une conduite légère et en exprimez-vous do l'étonnement : mais, 
c'est vnc fille dis, répond-on d'une manière péremptoire. Nous 
ignorons comment et pourquoi cette réputation ; et, pour notre 
part, nous afiîrmons que lis jeunes tilles d'Is de notre connais- 
sance sont des dragons de vertu. 

JOINVILLE 

Chef-liou de canton de l'arrondissement de Wassv; sur la Marne 
C'est l'une des villes les plus reniarquahles de la Haute-Marne par 
ses souvenirs historiques : le sire de Joinville et les Guise l'ont 
rendue i jamais célèbre. 

122. Jainveille, 
Peute veille, 
Peutes gens, 
Peute nation d'éfants, 
Grand pot-au-feu et rin d'dans. 
Ce qui se traduit par Joinville, vilaine ville, vilaines gens, 
vilaine nation d'enfant^, firnnd pot-au-feu et rien dedans. Nous 
n'avons pas découvert l'origine ni la raison de ce dicton ; mais ce 
que nous pouvons dire, c'est que la ville est coquettement liâtie en 
amphithéâtre sur le penchant d'une colline et que ses maisons 
blanches et gaies s'avancent jusque sur les bords de la Marne ; 
quant à l'hospitalité des Joinvillois, nous ne pouvons on parler en 
connaissance de cause, mais évidemment elle doit être comme 
celle si appréciée des autres Haule-Marnais, franche et large, d'an- 
ciens même disent trop large. 

123. Les C... de Joinville. 

Il y a ici évidemment une médisance ou une calomnie iï l'égard 
de la fidélité des épouses joinviiloises; mais il y a encore plus 
évidemment de la mauvaise humeur ou plutôt de la fatuité de 
voisins, on s'en convaincra aisément quand nous aurons donné h; 
dicton dans son entier : Les bvaguards de Saint-Dizier font jouer 
les fiUev.rs de Wassy et danser les c... de Joinville. Mais, au fait, 
l'histoire apporte un semblant de preuve à l'appui du sobriquet 
désagréable pour les hommes mariés de .Joinville; ne nous apprend- 
elle pas qu'à Joinville, outre les droits de chevet et de colliage, a 
tlori longtemps la clievavcliêe de l'dne'^ Nous renvoyons le lecteur 
curieux de détails sur ces droits et chevauchée, à un article l'oit 
intéressant publié par Ed. Hi'ocard dans le Messager de la Haule- 
.)larne in" du 28 décembre 1852). 

JONCHERY 

Commune des arrondissement et canton de Chaumont. 



— ;î'.) — 

124. Jonchery vient qui n'offre rien 
Et qui ne possède aucun bien ; 
Une chicane il veut chanter, 
Personne ne veut l'écouter. 

Celle sli'ophe du A'o'/ de Cliaiimoni u'csl guère k I';ivanUi|a;e de 
Joiicheiy ; elle insinue qu'à répo(iuc où ce Noël fui coiuposi-, non 
seulement les Joncheriacois ne roulaient pas sur l'or, mais qu'ils 
étaient fort enclins aux procès. Ceci, du reste, est le corollaire 
oljliii'é de cela : c'est dans les pays les plus pauvres que l'on est le 
|)lus âpre au gain, nécessairement; et, par conséquent, c'est là 
que dame Juslice possède ses plus fervents visiteurs. 

LAFERTÉ-SUR-AUBE 

Village du canton de Chàleauvillain, arrondissement de Cliau- 
mont; comme l'indique son nom, l'Aube passe à proximité. 

125. C'est comme les Matines de Laferté. 

Il y avail autrefois à Laferlé-sur-Aube un prieuré convenluel 
dépendant de Clairvaux, sous l'invocation de Saint-Eugende. !1 
parait que le service religieux n'y fui pas toujours parfaitement 
fail, car on dil encore d'une promesse faile solennellement et 
qu'on ne lient pas, c'est comme les Matines de Laferté, rappelant, 
dil-on, par là, que tous les jours le prieur faisait sonner les 
màlines, mais qu'on ne les disait jamais. 

LANQUES 

Village, situé sur le Rognon, dans le canton de Nogent, arron- 
dissement de Chaumont. 

126. Si t'n'avôs ni pain ni sau, 
T'resterôs ai Nainvau. 
Le Ninvau est une colline au nord-esl de Langi'es; elle est 
complélemenl boisée, et sur son plaleau se voient les resles admi- 
l'ablement conservés d'un camp romain. Un esprit, dil-on, avait 
élu domicile en ce lieu, et faisait périr toute personne qui s'appro- 
chait de son repaire, à moins qu'elle ne fût munie de pain cl de 
sel. De là le dicton qui se présente parfois encore sous cette autre 

forme : 

Pou aller ai Nainvau, 
Faut aivoi pain et sau. 

ÎNous avons pulilié, il y a quelque dix ans, sous le litre l'Esprit 
du Ninvau, la légende en question et un épisode auquel elle 
donna lieu au siècle dernier; nous y renvoyons le lecteur (|ui 
voudrait avoir là-dessus quelques détails'. 

1. Le Mnvau. Nogent, 1878, in-S". 



— 40 — 

LA MOTHE 

Ville forte qui s'élevait siu" les frontières de la Lorraine et qui, 
prise en IGiLi par les Français, fut détruite de fond en comble par 
ordre de xMazarin. Ses ruines se voient encore sur le territoire 
dOulremécourt, dans le canton de Bourmont, arrondissement de 
Chaumont. 

127. Motha immota manet, dum terra immota rnanebit. 
C'était une vieille tradition, parmi les habitants de la ville, que 

jamais elle ne serait prise ni ruinée, et c'est ce qui avait donné 
lieu au dicton latin qu'on peut traduire ainsi : La Mothe sitbsis- 
tcra autant que le monde. Triste eiFet des vicissitudes humaines, 
nous devrions dire în-ftames ! En 16 i-5, un chanoine de Langres, 
Etienne Courtet, composait une pièce de ;<07 vers latins sur la 
destruction de La Mothe, et, par un cruel jeu de mots, il l'inti- 
tulait : Molha cmola. 

128. Motha meos tulerat lapides, sed et illa sepulchro 

Motha remota suo nunc ibi tota jacet. 
Le voyageur qui, traversant Outremécourt, visite l'église, peut 
lire, gravé sur une pierre, du côté de la sacristie, ce distique dont 
voici le sens : Ln Mothe a fourni jnes pierres, et désormais cette 
ville, enfermée comme en un sépulcre, git ici toute entière. C'est, 
en eil'et, de La Mothe que les habitante d'Outremécourt et des vil- 
lages voisins ont pendant loiigtemps tiré les pierres nécessaires à 
leurs construclions, exploitant comme une carrière les ruines de 
la cité. 

LANGRES 

Langres, chef-lieu d'arrondissement et siège de l'Evêché de hi 
Ilaute-.Marne, est l'une des villes les plus intéressantes de France, 
tant par son rôle dans les temps passés que par celui qu'elle est 
appelée à jouer actuellement. Si, en effet, Langres fut la capitale 
des Lingons et devint plus tard le siège de l'une des pairies ecclé- 
siastiques avec litre de duché, c'est aujourd'hui une place forte 
des pins importantes de la région de l'est, c'est le principal rem- 
p.irt de la France contre une invasion allemande. 

129. Coutellerie de Langres. 

Il est peu de produits locau.x plus universellement connus que 
la coutellerie de Langres, fondée qu'elle est, du reste, sur une 
antiquité qui date au moins du xv siècle. Les archives de la 
ville, en elf'et. contiennent des documents qui prouvent qu'à Lan- 
gres il y avait une corporation de couteliers dès celle époque: 
nous lisons, par exemple, dans un registre de 1427 que le Corps 
de Ville (c'est comme qui dirait de nos jours le conseil municipal) 
sollicitant la faveur et l'appui du duc de Bourgogne, Philippe-le- 
Bon, lui offrit une dague et une épée, fabriquées par la corpora- 
tion des couteliers Langrois. Cette corporation dont les membres 



— 41 — 

l'ésidaieiit dans i^no. rue spéciale qui a conservé le nom typique 
de nie de la Coulcllcrù;, avait alors une importance réelle, à en 
juger par les statuts qu'elle se donna et dont elle demanda Tappro- 
bation en 1457. Nous renvoyons pour ces statuts et pour l'histori- 
que de la coutellerie lancrroise h l'excellent petit opuscule paru en 
1870 -. Notice sur les Cûuleliers de Langres au moyen-âge par 
M. A. Durand. 

Nous avons découvert dernièrement deux documents en l'hon- 
neur de la coutellerie de Langres, (Jocuments passés inaperçus 
jusqu'ici et que nous nous ferions un cas de conscience de ne pas 
divulguer de suite. 

Le premier nous est fourni par l'ouvrage de Bulliard : « Avi- 
cepiologie françoise ou Traité général de toutes les ruses dont on 
peut se servir pour prendre les oiseaux qui se trouvent en France, 
avec une collection considérable de figures et de pièges nouveaux 
propres à ditférentes chasses ' » Dans la première des trente- 
quatre planches de l'ouvrage figurent les couteaux nécessaires k 
l'oiseleur et sur la lame de l'un d'eux brille le nom de Langres. 

Le second document est bien plus important, car il prouve 
d'une manière indéniable, pérempioire, la diffusion de la coutel- 
lerie langroise dans tous les mondes et la haute estime qu'elle a 
su y acquérir. Ce document se réduit à un mol; c'est le mol sous 
lequel on désigne — nous a-t-on dit — le couteau dans le langage 
des escarpes : un laingre. 

130. De Langres à Rome on va. 

Voilà, certes, un proverbe oij l'on ne s'attendait pas à voir 
figurer le nom de la cité langroise; nous aurions hésité grande- 
ment à l'enregistrer, si nous ne l'avions entendu nettement arli - 
culer, et cela à plusieurs reprises, en compagnie de celui-ci : Tu 
dors, Brulus, Roméo dans les /i?rs; aussi les donnons-nous sim- 
plement comme des curiosités, et non comme des proverbes. La 
plus ancienne formule du dicton travesti à l'honneur de Langres 
nous est fourni par le Trésor des Sentences qu'écrivit au xvi« siè- 
cle Gabriel Meurier : Quand langue a, à Rome va. 

131. Droguet de Langres. 

Rescherelle, dans son Dictionnaire national, verbo Droguet, 
assure que les droguels les plus estimés de France sont ceux de 
Chaumont et de Langres. Nous voulons bien le croire, puisqu'il le 
dit et que certainement il ne l'a pas inventé; on fera bien néan- 
moins de se reporter à ce que nous avons dit précédemment au 
sujet des d 93-94. 
6. Pharsale, lib. I, vers 397-398. 



— 48 — 

César rappelle à soy le camp fortifié 

Sur les plus dures roches de la pointe de Voges, 

Camp que les preux Langrois dans les plaines du Moge 

Oui souvent combattu, ont souvent délié, 

Lorsqu'il s'est avancé, par courses ou par feintes. 

Et qu'ils ont poursuivi avec leurs armes peintes. 

153. Les Langrois indomptés. 

Celle hoiinclr. qualilicalioii, comme disait Gaullierol, l'aiileur de 
V Anaalaae de Lcmjrcs, se trouve le vers suivant de nous ne savons 
plus quel poème de Pamphile : 

Indoniili longis armantur Lingones armis. 

(iaulllicrol le cite' pour réfuter l'opinion des auteurs qui tirent 
l'origine du mot ilncjon de la longueur des ianees et des javelots 
dont s'armaient ces Gaulois du pays de Langres. 

154. Les Langrois sur leur rocher 
Moitié fous, moitié enragés. 

A première vue ce sobriquet peut sembler injurieux et l'on est 
tenté de le considérer comme le produit de la mauvaise humeur 
de quelques voisins jaloux, tels que les habitants-de la cnpUalc des 
bas esprits. Mais en le rapprochant du précédent, on est disposé, 
comme nous l'avons dit à propos de l'expression Les fous de Lnn- 
gi'cs, à ne plus voir une injure dans ces qualifications do fou et 
d'cnragc. 

Vers 1836, un Langrois, qui a laissé des poésies non sans valeur, 
Abel Duvernois, composa une pièce de Ihéâlrc, vaudeville ou comé- 
die, sous le tilrc MoUié fou, vioiliê enrcujè. VMc fut représcnléc à 
Langres peut-être ou à Valencienncs ; il nous a été impossible de 
nous procurer le moindre vers, même le moindre détail sur cette 
pièce inléressanle qui eul, dit-on, plusieurs reprcsenlalions. 

155. L'esprit inventif des Langrois. 

C'est un recueil littéraire composé par un Cliaumonlais, imprimé 
et publié à Cbaumont qui nous fournit ce mot; les Langrois peu- 
vent dor.c l'accepter sans scrupule et s'en enorgueillir-. 

15 3. Stat Lingonum inconcussa fides. 

La foi des Laiifirois n'a jamais varié. Celle ma.xime historique 
était autrefois gravée sur la porte Saint-Didier de l'enceinte de 
Langres. riaulllierot rapporte qu'au fronton du ponl-levis de la 
même porte, on lisait aussi de son temps ce disli(|ue français, 
preuve du ro3'alisme ardent qui anima conslammcnl les Langroia^: 

Langres, sur ce rocher où le beau lys tleuronne, 
De son iioy très chiestien embrasse la couronne 

1 . L'AnasIasc de Lcngres, page 82. 

2. la HaulL-Marne, revue cliamper.oise, page 169. 

3. L'Anastaf^e de Levgres, page 537. 



— 49 — 

LA RIVIÈRE 

Humble village du canton de bourbonne, arrondissetiienl de 
l.îiugres ; il n'a guùic d'iiilérèl que par sa source ferrugineuse 
qu'on exploite quelque peu pendant la saison des bains de Hour- 

bonne. 

157. Le (iônement de La Rivière. 

Si nous donnons le dùnement sous le nom de l.a Uivii'-ro, ce 
n'est pas que nous voulions dire que c'est à !.a Hivière seulement 
que cette distraction populaire se pratique, nous savons par expé- 
rience qu'elle est répandue dans un grand nombre de villages de 
la Haute-Marne ; mais c'est que c'est à La Rivière que le dônement 
a, pour la dernière fois, provoqué les désordres auxquels nous 
sommes étonnés qu'il n'ait pas donné lieu plus souvent : voir les 
journaux baute-marnais des premiers jours de février iSiii. 

Le Dônemenl se pratique ainsi : les garçons et les filles de la 
commune se séparent en deux groupes, les garçons d'une part, les 
lillcs de l'autre. L'un va se placer généralement sur le sommet 
d'un coteau, l'autre au pied. Le groupe des filles ci-ie : Je donc, 
je donc, je dune! Le groupe des garçons répond : Oui dune! qui 
dône ! qui donc ! Le premier reprend : Monsieur X. . . Et les gar- 
çons répondent : Mademoiselle Y. . . ou Madame Z . . . 

On comprend que dans le cboix des noms, la chronique scanda- 
leuse de la commune contribue la première et que la malice, la 
inécbancelé, l'inimitié, la calomnie s'en donnent d'autant plus et 
mieux à cuîur joie que les auteurs des rapprochements de noms 
restent presque toujours inconnus. Ajoutez en outre ([ue le dùne- 
ment ou dànage se passe à la nuit tombée et hors du village, et 
vous admettrez facilement que les plus grands désordres, et les 
plus grands scandales puissent et doivent en résulter. Aussi existc- 
l-il un arrêté préfectoral, pris par M. de Froidefond en 18:j-i,qui 
fiu[)pc vigoureusement cette coutume abusive, en invoquant à la 
lois la morale et l'ordre public, 

LECEY 

Commune du canton de .Neuilly-l'Evéciue, arrondissement de 

Langres. 

153. Les fromages de Lecey. 

Le village de Lecey est un de ceux qui s'adonnent tout particu- 
lièrement à la fabrication des excellents fromages prtiisw, connus 
dans le commerce sous le nom de fronivjes de Lanjrcs ; voir 
au n" 133 ce que nous avons dit au sujet de ces derniers. 

LORRAINE 

Quoique kl Lorraine, longtemps notre redoutable voisine, n'ait 
contribué duc pour peu de chose à la formation du département 

4 



— bo — 

de la Ilaiilc-Mai-iic, nous croyons devoir citer ici les provcrljos el 
dicloiis princiiKuix relalifs à celle province et à ses iiabilaiits. 

159. C'est un poisson d'avril. 

Plusieurs des autrnirs qui ont voulu expliquer ce proverlie en ont 
vu l'origine dans la manière dont François II, duc de Lorraine, cl 
sa femme, retenus prisonniers au château de Bar, se sont éoliap- 
pés en traversant la Meuse à la nage le l"^'' avril 1624. C'està cause 
do celle circonstance que nous rapportons ici ce dicton si popu- 
laire. Nous n'entrerons à son égard dans aucun autre détail ; mais, 
fidèles à notre usage, nous terminons eu indiquant quelques sour- 
ces oVi le lecteur curieux trouvera d'intéressants renseignements : 
Vie de Charles V, duc de Lorraine, page 13. — Le Speclalcur ou 
Socrate moderne, tome T, pages 218-226. — Méry, UiHoirc des 
proverbes, tome II, page 188. — diclionnairc de Trévoux, édition 
de 172i, verbo avril. — Noël et Ciiarpentier, Dictionnaire des 
Invenlions, tome H, page 432 — Magasin pillorcsquc, année 1833, 
page o8, etc. 

160. Les carouses sont plus dangereux eu Lorraine 
qu'en Allemagne. 

Ainsi s'exprime Le Hon au xvi"' siècle. On appelait aloi's car- 
rousse une séance à table où l'on buvait plus que l'on ne man- 
geait ; voir le Dictionnaire de Trévoux à ce mot. C-'est tout ce que 
nous pouvons dire au sujet de ce proverbe dont nous ne co.Tipre • 
nons pas bien le sens. 

161. Les femmes hayent les arrêts do Lorraine, 
qui sont par semblant et au plus près du droict. 

Haijent veut dire haïssent. Le Bon, en citant ce dicton qui avait 
cours de son temps, a eu, comme pour le précédent, le tort de ne 
pas y joindre d'exposition ou de commentaire ; aussi n'en pou- 
vons-nous rien dire davantage. 

163. Les vins du Bassigny et de Lorraine ne portent 
point d'eau, ny l'eau de vin. 

Nous avons déjà donné, au mot liassign}j, ce dicton qui est tout 
à l'honneur des soui-ccs de cette région de la France. 

163. L'hiver passe par Lorraine en France. 

C'est encore un prover])e de Le Bon. Il fait sans aucun doute 
allusion à ce que la Lorraine étant à FFst de la France, elle est la 
première atteinte par l'hiver. Ce qu'il y a de certain, c"e-:t que la 
Haute-Marne n'est ordinairement frappée du froid ou des autres 
pliénomènes météorologiques connexes qu'après les "Vosges dont 
te climat, au reste, est plus âpre ; aussi appelle-t-on dans beau- 
coup de nos villages le vent de bise Mademoiselle de .^'ancij. 

164. Li meilleur danseur sont en Lolieraine. 

Ce proverbe avait cours au xiii' siècle, puisque nous le trouvons 



— 51 — 

dans le Dicl. de l'AposloiUe. Cette réputation s'est-elle conservt'-e 
jusqu'il nos jours, et, si elle existe encore, est-elle méritée? Nous 
ne sommes pas en mesure do le dire. 

165. Lorrain, mauvais chien, 
Traître à Dieu et à son prochain. 

Toi est le dicton injurieux qui do nos jours encore se jette le 
plus souvent à la face des Lorrains. Hilaire le Gai veut qu'il soit 
très ancien et le fruit de l'aniniosité qui existait entre eux et les 
habitants de la France royale*. Mais d'autres auteurs y voient Pex- 
pres^-ion de la haine du parti anti-ligiiour contre les cliefs de 
l'Union, les (iuise, princes lorrains-. 

166. Lorrain, prête-moi ton lard? — Non, ça s'use, 

Prête-moi ta femme? - Tiens, la voilà. 
« Quolibet par lequel on semble accuser les Lorrains de tout 
sacrifier à leur avarice. Il ne faut pas attacher à ces sortes do 
dictons plus d'imporlancc qu'ils n'en ont. » Ainsi s'exprime Hilaire 
Le Gai \ 

167. Mous comme c ., de Lorraine. 

« Cola veut tlire lâche et sans vigueur comme des Lorrains, 
termes do mépris que proféra le mignon Saint-Meg-rin, un jour 
que le roi Henri IH voulait l'empêcher de sortir du Louvre, l'aver- 
tissant que le duc de Mayenne et ceux de sa suite le guettaient 
pour le tuer. Ce gcnlilhommc bordelais, pour tf'moigner toute la 
mauvaise opinion (fu'il avait des princes lorrains, le traita de c. . . 
de Lorraine, forfanterie qui ne l'empêcha pas d'être poignardé le 
soir même du jour où le roi l'avait averti de se méfier d'eux. » On 
peut voir d'autres détails dans l'ouvrage de Méry '. 

MARCILLY 

Commune du canton de Varenncs, arrondissement de Lang-res. 

167. Les Meules de R^arcilly. 
Sur le territoire de Marciliy, on trouve et on exploite un grès 
siliceux, Ijlanc jaunâtre, à grains fins; sa dureté le rend propre à 
la confection de meules pour la coutellerie et la taillanderie. A en 
croire laGcof/raphiede iillaute-Marae deCarnandel, les meules de 
Marciliy sont fort estimées et sont exportées jusqu'en Amérique. 
Mais, outre que Carnandet est l'écrivain le plus sujet à erreui', il 
a confectionné sa géographie vers 186('. -Xous ne voulons pas dire 
par là que les meules de .Marciliy ne valent rien ; do fait, elles 
sont excellentes, comme du l'este celles qui proviennent du môme 

1. Pelile Encyclopédie des proverbes, pages 329-330. 

2. Bescherelle, Dictionnaire national, verbo Lorrain. 

3. Pelile Encyclopédie des l'rovcrOes, page 31'J. 
'i. Ilisloire des proverbe?, lome 111, page \'i'J. 



— 52 — 

banc géologique el (jue produisent quelques auU'cs villages baule- 
inarnais, tels que Celles, Provenchères-sur-Meuse, etc. 

L'exploilatiou de ce grès ne date pas d'hier ; dans les environs 
de Varennes elle exislait déjà au xii'' siècle, A celle époque, en 
eliet, nous voyons Foulques de Choiscul donner aux moines de 
Clairvaux le droit de prendre chaque année sur les terres de sa 
seigneurie dix meules à émoudre, deCiim mol ares lapldcas ad 
ferramcnta acumida iibicumquc pcr Icrram suam cffodcre voliie- 
riint. 

marne' 

i/une des principales rivières tributaires de la Seine ; elle prend 
sa source sur le territoire de Balesmes, au pied ot au sud-est de 
la montagne que couronne la ville de Langres; elle sort du dépar- 
lement près de Saint-Dizier, après avoir traversé la Haute-Marne 
du sud au nord, suivant presque son axe, el fournit un cours de 
130 kilomètres. 

168. Anguille de Marne. 

Ce n'est pas d'aujourd'hui que ce produit est renommi'',car c'est 
]c Dict de l'Aposloillc qui nous otfre ce dit et par consé({uent pro- 
clame la supériorité des anguilles de notre cours d'eau : or le DtcL 
de Lapostoille fut écrit, comme on sait, au xiir siècle. Les anguilles 
sont moins en faveur qu'autrefois, mais cela n'empêche pas celles 
de la .Marne d'être excellentes : Voir notre traiti', Les Poissons d; 
la Haulc-Mdvnc '. 

169. Entre les rivières d'Aulbe et de Marne, le fruit 

ensuit le ventre. 

Ain.~i s'exprimait la CoitUnne de Iroijes., faisant allusion nu pri- 
vilège insigne par lequel une demoiselle noble en Champagne 
transmettait la noblesse à ses enfants, même issus d'un roturier. 
Nous avons parlé précédemment de ce privivilège aux mots Cham- 
pagne, no ;i8, el Champenois, n" (38. 

170. Il ne sait d'autres mers que la Marne ou la S9ine. 

Ce dicton es!, emprunté à une poésie de Segrais que l'on cite 
souvent comme modèle de style simple. Heureux, dit le poète, 

Heureux celui qui vil du lait de ses brebis 

Et qui de leur toison voit (lier ses habits, 

Qui ne sait d'autres mes que \i Marue et la Seine 

El cioil que tout finit tii fuiil son domaine. 

171. Les Marnois. 

Il ne s'agit point ici dos habitants ni du déparlemcnt ni des 
rives de la Marrie, mais d'une espèce u de bateau médiocre qui 
vient de lîrie et de Champagne sur les rivières de Marne el de 

1. Chaumont, 1851. In-12. 



— 53 — 

Seiiio, en dcscendaiiL jiisqnes aux poiUs do Paris. Les plus grands 
ont 12 loises de long, ol 10 pieds do large au fond, el 18 sur le 
lioid, ipii est haut de 1- pieds. » Telle est la définition que le Dic- 
tionnaire de Trévou.'c donne du Maniois. On construisait de ces 
])aleaux à Saint-Dizier et aux environs. 

172. Tu ne trouveras pas de l'eau en Marne. 

Tout le monde euiinait ce proverlio, chacun y met, au lieu de 
Maine, le mot qui lui convient : la nior, la rivicre, lafotitaine, etc. 
Le Bon n'a pas oublié de rinsérer dans ses Adages français, mais 
l'imprimeur l'a défiguré, il lui l'ait dire : « Si lu allais au marne, 
lu n'y trouverais point d'enu '. » L'expression au marne n'a pas 
de sens ; évidemment, elle doit être remplacée par celle-ci : en 
Marne, qui, certes, n'est pas français, mais qui est un langréisme 
des plus purs. 

MERREY 

Petite commune du canton de Clefmonl, arrondissement de 
Chaumont. 

173. Le petit chien de Merrey. 
Par cette expression on entend la cloche de l'église du village; 
voyez ce qu'on a dit à l'article Clioiseul. 

MEUSE 

La Meuse, l'un des grands fleuves de l'Europe, prend sa source 
non loin du village de Meuse, en aval de Pouilly dans le canton 
de Bourbonne ; après un cours de oO kilomètres, elle quitte la 
Haute-Marne pour les Vosges. 

174. Les écrevisses de la Meuse. 
L'écrevisse était autrefois extrêmement commune dans les ruis- 
seaux et rivières delà Haute-Marne ; actuellement, soit parce qu'on 
a péché jusqu'aux jeunes sujets, ne laissant point ainsi aux pontes 
la possibilité de combler les vides, soit parce qu'une épidémie a 
frappé dans tous les cours d'eau le précieux crustacé, l'écrevisse 
tend à passer de plus en plus à l'étal de rareté. D'où qu'elles pro- 
viennent, les écrevisses de la Haute-Marne sont appréciées, recher- 
chées, mais aucunes ne le sont plus que celles de la Meuse et pour 
la délicatesse de leur chair et pour la grosseur remarquable 
qu'elles atteignent ; nous en avons vu qu'on aurait pris pour de 
petits homards tant pour la taille que pour la coloration. 

MOGE 

C'était l'un des douze pa(/i qui divisaient le territoire des 
Lingons, ou plutôt c'était un payas ecclésiastique, un doyenné, 
formé d'une partie du pagus Lingonicus. 

1 . Le Roux de Liucy, Livre des Prov. français, tome I, page 43. 



— 34 — 

175. Les vins du Moge. 

Ces vins pHiaisseiiL avoir joui pendant ionglcmps d'une certaine 
ri^pulalion. Ils no fipm-cnt pas, il est vrai, dans la Topograpliie 
des ]7(y»o/j/^'s de Jiillien, mais (iauUlierol les cite avec éloges i, 
comme aussi l'anlcu:' de rAlinanach de 1787- et pinsienrs autres 
écrivains lang-rois. 

MONTCHARVOT 

Village du canlon de Dourljonne, arrondissement de Langres. 

176. Les moutelles de Montcliarvot. 

On appelle mouLeUcs en Haute-Marne de petits poissons de S ;\ 
i;; centimètres de long au plus, k corps allongé, jaunâtre, taclié (ît 
jiointillé de brun, qui habitent les rivières peu profondes et cail- 
li)uteiiscs, sous les pieires desquelles ils se réfugient : ce sont les 
Loches des icbthyologues 3. ;\ionlcliarvot, à cause de son élévation, 
n'a aucun cours d'eau, les vraies moutelles y sont donc inconnue-;, 
les siennes sont simplement des haricois. 

17 7. Si Montcharvot l'vot l'cul, 
Genrupt s'rot tôt fontu. 

I.e lecteur voudra se reporter à l'article Gcnriipt où nou^ avoiis 
déjà donné et exjiliqué ce dicton. 

MONTSAON 

Commune des canton et arrondissement de Chaumont. 

178. Montsaon apporte un gros navet avec uu baau 

cochon de lait. 

A en croire ces deux vers du Xoci de Ckaumoiil, Montsaon se 
livrerait à l'élevage du porc et à la culture des navets, faisant pour 
cette dernière industrie concurrence à Saint-Geosmes (Voir infrii, 
n" 208). Nous n'y contredirons pas; mais nous craignons que la 
renommée de Montsaon, malgré le Noël, ne soit encore à faire. 

MONTSAUGEON 

Village du canton de Prauthoy, arrondi-ssement de f.angres. 
C'était autrefois le chef-lieu d'une des principales parties du 
domaine épiscopal de Langres, partie qui avait titre de comli' ; 
c'est probablement en souvenir de ce fait que Monlsaugeon est 
• [ualifié de ville par les iiabitants de la région. 

179. Les vins do Montsaugeon. 

.lullien les place dans la première chasse des vins rouges de Houi-- 

1. Anaslase de Lcngres, page 137. 

2. Almanach du diocèse de Langres pour 17!s7, à la lin du volume. 

3. Daguin, Les Poissons delà Ilaule-Morne, Cliaiimonl. 1891, in-i2. 



— 5;) — 

gognc, mais on scroiule ligne oL après ceux d'Aiibigny '. Défait, 
ils sont excellents. Us élaienl déjà lorL appréciés au xvt» siècle : 
(liiil. Flamciig l'appelle iiiKj r in. [riant , ronrjp ri rnyani-. 

NEUILLY-L'ÉVÉQUE 

Chef-lieu de canton de l'an'ondissemcnt de Langres. 

180, Les Phouriens de Neuilly. 

Ce surnom de Phouriens, lire son origine du nom du patron 
de la paroisse de Neuilly : Saint Sympliorieii, ([uo la plupart des 
liahilanls do la région, trop puristes cependiint pour accepter une 
superfétation, une redondance aussi notoire (Saint Symijlwi'ien), 
appelle simplement ,S'ai/ii Plwrien. Cette apocope de Sympliorien 
no date pas d'hier, du reste ; Paradin et Gaspard de Saulx- 
Tavannes ne disent-ils pas (|ue : « Bénigne, Tierce et Andoche, en 
la ville d'Autun, furent reçeus fort humainement d'un seigneur du 
paï.s, nommé Faustus, qui résidoit ordinairement en la ville de 
Saulx-Licu et le pria de baptiser l'koi'icn, son fîls-^ » 

181. J'sommes pas des saivants, mais j'aivons d'iai 

tête. 

Tel est le témoignage que se rendent i eux-mêmes les liabitants 
de Neuilly. Achiellement l'instruction primaire est répandue à 
profusion à Neuilly comme partout dans le département de la 
Haute-Marne; s'il n'y a pas de savants dans le vrai sens du mot. il 
n'existe plus d'illettrés nulle part. Dès lors, il n'y a plus que la 
seconde partie du dicton qui puisse èlre de mise, et l'on prétend 
qu'elle l'est. 

182. Que peut-il sort'r de bon de Neuilly ? 

Ce mot a été prononcé en 1842 par l'évêque de Langres, 
P.-L. Parisis, et il est resté accolé au nom de la commune. Quoi 
qu'il ait été dit à propos de littérature et de sciences, nous ne 
craignons pas de déclarer qu'il est fort inexact, car Neuilly et sou 
canton ont fourni un contingent d'hommes de sciences et de 
lettres, médecins, avocats, artistes, etc., voire même poètes, 
capables de montrer le mal-fondé du proverbe. 

Il y a dans la Normandie une localité, Vport, dont on dit la 
même chose : Que pcul-il sortir de bon d'Yporl ï 

183. S'i restôt ein creinque ! 

Cette expression proverbiale rappelle un é[)isode curieux de 
l'histoire religieuse de Neuilly. C'clail nu jour de .Mission ; les 
habitants se pressaient dans l'église, écoutant religieusement un 
prédicateur qui développait le thème du jugement dernier ; Le 

1. Juilieu, 'Jopog. des Vignobles, page 39. 

2. Flameng, l'/e et pasaion de Mgr saint Didier, pages 4i-i8. 

3. Alévioires de Gaspard de Saulx-Tavaimes , édit. BucLon, page ÎJC. 



pcclietir, dil il au cours de son sermon, le pécheur, surpris par la 
mon, est. comme un arbre que l'on coupe par le pied : sHl tombe 
à droite, il restera à droite ; s'il lombe à gauche, il restera à 
fiauche ; et ce sera pour l^é^ernité. Un iuiditeui", désireux de 
s'instruire sur lous les résultats poss.i]jles de la terrible journée : 
Ma, si restât ein creinque, q^iaqiCi d'cieinrni ? s'écria-i-il ; c'est' 
i'i-dire, mais s'il ne penche ni à droile ni à gauche, que devien- 
dra -t-il ? 

NOGlîNT 

Chef-lieu de canton de l'arrondissemenl de Chaumont. On 
l'appelle à Imi, même dans le pays, Noqent-le-Roi ; son vrai nom 
est No'jent-en-Baisigny, ou simplement Noqent (Haute-Mirnf.). 

184. Les Balibeus de Nogent-le-Bas. 

I-a ville est scindée en deux parties : sur le sommet de la mon- 
tagne, Nogent-le-Eaut ; au pied, Nogent-le-Bas. Dans tous les 
cercles habités ainsi fractionnés, il existe une rivalité entre les 
deux parties, rivalité qui est d'autaiit plus vive que les habitants 
sont moins âgés : la jeunesse des écoles pousse même les choses 
au point qu'elle en vient fréquemment aux mains et qu'elle se 
livre des batailles homéric^ues où les pierres jouent un grand rôle, 
faisant malheureusement parfois de dangereuses blessures. Nous 
disons avec intention balaiU''S homériques, car, à l'instar des 
héros d'Homère, les deux partis commencent toujours par s'invec- 
tiver. Ainsi, en était-il autrefois à Nogent : les Nogentais do la 
montagne traitaient, en particulier, de Balibeus leurs adversaires 
de la plaine. Il parait que c'est une sanglante injure que ce 
sobriquet, car elle mettait en rage les Nogentais de la ville l>asse ; 
néanmoins nous devons à la vérité de dire que le Balibeu est une 
plante fort intéressante qui foisonne dans les prés qui bordent la 
rivière nogcntaise,la Traire, c'est le Tragopogonpratensis de Linné, 
aiili'Cinriit dit le Snlsi/is des pi'és, espèce alimcnlair.) dont on 
mange en >alade les feuilles succulentes et savoureuses avant la 
lloraison '. 

185. Les Foiroux de Nogent-le-Haut. 

Si Icui's adversaires les taxaient de Balibeus, les Nogentais de 
la \illc basse Ilmu' n'-pondaient par un mot, certes, bien plus inju- 
rieux : l'olroux. Nous ne savons s'il est m'oessaire d'explii{iier c' 
qu'il aiguille au propre et au figuré ; cependant, nous dii-ons que 
t\d\i^ son sens propre il a servi à former le nom populaire, en 
liaule-Marne, de la Mercuriale, cette mauvaise herbe qui foisonne 
dans les jardins : blé foiroux, rappelant ainsi qu'elle est purga- 
tive-. (Juant au sens ligurt', foiroux, comme on le devine aisé- 

1. Daguin et Auhriol, Calalogue des plantes vasculaires do la Ilaule- 
Atarne, pa{;e 306. 

2. Dagn\u e\. Auhvlol, Calalogue des [.tanles vasculaii'es de ta llaule- 
Manie, page 397. 



— 0/ — 

iiionl, veut tliie pcurcur, couard, mais d'une couardise toile 
qu'elle lU'uihiit les cU'el-; de la .Mercuriale. 

186. Lss gaeules feignes de Nogent. 
Ceei n'est plus le produit di; la haine des Alonlaigu et des Capulels 
Nogentais. C'est une appellation dont les uns et les autres ont été 

do tés par leurs vois! IIS, proltalde ment en renierciment de ce que, pour 
recevoir dignement leurs luHes, les Nogentais ont l'habitude de 
mettre, comme on dit, les pelits pois dana les grands. .Mais, au 
l'ait, nous ouldions de dire que le dicton signifie en français : les 
gueules fuies, c"est-àdii'e les goiirmands suivant les uns, ou plulùt 
les gourmels, suivant nous, de Nogent. 

187. Les Panais de Nogent-le-Bas. 
Ce sobriquet est le frère jumeau de celui que nous avons donné 
ci-dessus, n° 184 ; il ne lui cède, paraît-il, en rien sous le rapport 
de l'injure; nous nous demandons pourquoi? Quoi qu'il en soit, il 
élait autrefois une coutume, grosse de menaces et toujours avant- 
coureur de scènes de pugilat : le jour de la fête patronale de 
Nogent-le-Bas, saint Germain, les jeunes gens de Nogent descen- 
daient dans la ville basse, en bataillon serré, portant au milieu 
d'eux un immense panais, suspendu à une perche en guise de 
drapeau. A celte provocation insigne, les jeunes gens de Nugent- 
le-Bas se groupaient et bientôt les deux troupes en venaient au.x 
mains. Ces moeurs et ces haines ont heureusement di'^paru depuis 
quelque quarante ans. 

188. Nogent-les-Couteaux ou la Coutellerie de Nogent. 

Ce dit rappelle que c'est à Nogent et autour de Nogent que sont 
groupées les usines baute-niarnaises qui s'adonnent à la fabrica- 
tion de cette belle et bonne coutellerie, connue à tort sous le nom 
de coulcUerïe de Lanrjrcs. 

Certes, la ville de Nogent ne possède aucun titre qui établisse 
l'existence, dans ses murs, de l'industrie coutelière à une époque 
aussi reculée qu'à l.angres. Mais il y a là une cause matérielle : 
les archives de la mairie n'ont rien (ranlérieiir à la fin du 
xvi» siècle. .Néanmoins, voici une preuve indirecte que la coutel- 
lerie était prosfjère à Nogent au xvii» siècle et, par conséquent, 
qu'elle s'y fabri([uait depuis bien longtemps déjà : c'est une lettre 
de Madame de Sévigné qui nous la fournit. Dans cette lettre, 
qu'elle écrivit d'Orléans à .M. de Coulanges, le mercredi II sep- 
tembre IC7o. elle dit : « A peine sommes-nous descendus ici que 
voilà vingt bateliers autour de nous, chacun faisant val jir la qualité 
des personne:-, qu'il a menées et la Itonlé de ses bateaux ; jamais 
les couteaux de logent ni les chapelets de Chartres n'oiU fait tant 
de bruit. >> Inutile d'insister davantage sur l'industrie nogcnlaise, 
nous renvoyons le lecteur à notre ouvrage : Nogent cl la coutel- 
lerie dans la Haute-Marne \ 

1. Nogent, 1877, in-8°. 



- 58 — 



ORGES 



(iomrniino du raiiton de (lliiUeaiivillain, arroridi^soriient de 

CliaiiiiKJiit. 

189. Les Truites d'Orges. 

Deux pelils riiis?eaiix, la Huit et les Unnais arrosent le terri- 
toire d'Orges; leur rciinioii constitue le ruisseau d'Orges qui tra- 
verse la conunune et va se jeter bientôt dans l'Aujon, rivière 
importante tributaire de l'Aube. L'Aujon, comme le ruisseau 
d'Orges, comme la plupart des cours d'eau de la Haute-Marne, est 
peuplé, entre autres poissons, de truites que prisent fort les gour- 
mets'. C'est pourquoi Fauteur du Noël de Chaumont n'a pas man- 
qué de faire figurer, parmi les présents olFerts au Cbrist nouveau 
n('', les liîcikllcs, c'est-à-dire les petites tiuiles, de la région ; 

Orges, qui sait bien que son vi.i 

Ne viut pas du Cote Paubu, . 

Offre une IruileHe à l'enfunl : 

C'est un assez joli présent. 

ORQUEVAUX 

(Commune du canton de Saint-Blin, arrondissement de Cluiu- 
mont. 

190. Ou trouve à Orque vaux 
Plus de sorciers que de chevaux. 

Nous ignorons complètement les faits sur lesquels est fondé, ou 
[jlniôt aux(incls fait allusion ce dicton. A l'article consacré à Cba- 
iinili'cy, nous avons fait reniar(|uer qu'en Haute-Marne, conime 
au reste dans tous les départements, il y a un certain nonil)re de 
villages qui, de temps immémorial, jouissent de la réputation 
d'être peuplés de sorciers. 

191. On trouve à Orquevaux 
Plus de put... que de chevaux. 

C'est la conséquece ol)ligée du dicton précédent. Du moment, 
en etfet, que nombreuses étaient les femmes qui s'adonnaient à la 
sorcellerie, nombreuses devaient être les femmes à ceinture 
dorée : celles-là n'avaient-elles pas l'babitude de se livrer aux 
diables et aux sorciers les jours, ou plutôt les nuits du sabbat ? 

PEIGNEY 

Village des canton cl arrondissement de Langres ; c'est un des 
lieux hal)iir's de la Haute-Marne dont il est fait mention le plus 
anciennement. 

192. Le beurre et le lait de Peigney- 
A ce dit ajoutons le suivant qui est mieux connu encore. 

1. Daguiu. Les Poissons de la Ilaule-Morne, Cliaumont, 1891, iG-i2. 



— 5') — 

193. Ls bon fromage de Peigney, 
I-e fromage de Peigney est un do ceux ([iii porloiit d;iin lo 00:11- 
moroo lo nom de fromages île Latifirea. La ropnlalion ilii lailagn; 
dn Poigucy el de ses deux dérivas ('"lait d(\jà solidement élahiie au 
siècle dei-niei- ; an monument de la liltératiire patoi-^e dn pays est 
là qni nous l'apprend : c'est Le ^ky|'!, de Pcinney, composé à la fin 
du siècle dernier. F-c refrain, ipii est dans toutes les bouclios, à 
l-angres et aux environs, est ainsi conçu : 

Peigney, pclioL viai^c, 
Qu'aiil si beii rcneumé 
Tant pou so;i hon l'rcumaige 
Que son bfiurrc el son lait. 

On doit au V. Ascicpiades une étude hisLoricD-philologique, 
exlrèmemcnt intéressante, sur ce lYoël; il en donne le texte com- 
[ilel el détermine avec une sagacité merveilleuse la date de la 

confeclion et l'aulcur de la chanson '. 

POULA.NGY 

Commune du canton de >t0genl, arrondissement do Chaumonl. 

194. Poulangy-ies-Nonnes. 

Cetlo appellation vient de ce (ju'à Poulangy était située une 
ald)ayc (|ue feinia la Convention et où étaient reçues exclusive- 
meiil !es (illes de noblesse, il fallait, pour y entrer, faire preuve 
de quatre degrés dn côté paternel et diî trois degrés du côli' 
maternel ; les dames religieuses avaient le titre de chaiioiiicsscs- 
r()??iifîsrs et jouissaient d'une préliendc. Nous avons donné dans 
la Reçue lihlorique cl nobiliaire un aperçu de l'histoire de celte 
maison religieuse sous le litre : Abbaije roijale el Chapitre noble 
(le Poulan(/ij ; cl nous en puldieron> loul prochainement l'Iiislo- 
rique complète, 

195. Les fous de Poulangy. 

Il n'y a, dans ce dicton, rien d'injurieux pour les habitants de 
l\)ulangy ; c'est simplen.enl un souvenir d'une faveur assez singu- 
lière dont jouissait le monasicrc de Poulangy : de temps immi''- 
morial, l'abbaye avait la réputation de guérir, au nom de son 
patron, les personnes atteintes d'aliénation mentale. Le traite- 
ment durait neuf jours, pendant lesquels ic malade restait interné 
à l'abbaye, sans ielatit)ns avec l'extérieur et assistant chaque joiu- 
<i certains oKices spéciaux. << Tous les jours après la Messe — dit 
le Cérémonial, de î'abbaye — le Prêtre bénira du pain et du vin 
]ioiir le malade, et les verges après les prières cy-après 

A quoi servaient ces verges? La piirase suivante de l'Oremus de 
leur bénédiction nous l'apprend : « Concède, quaîsumus, ut qui- 

1, Lan^;i'es, l87't, in-8". 



— GO — 

rdiiiquc llnqrUalua fucril his vivfjis pro iiio nomino, pcr liane 
IIagollali(Uiom tua inisericordia el l)Oiiilate suonini peccaloiiini 
casligalioiiom cl l'oinissionem mereatur accipero. » 

PRAUTHOY 

(",Iipf-lioii (le canton de l'arrondlssemenl de Langres. 

196. Ai Prauthoi y ai das diaichéyon. . . 
T'en srai quitieu pou baiser Pc... d'Mairion. 

Nuiis ne nous llallons pas d'avoir cilt' en cnlier ce diclon : il 
nous a passé de mémoire el il s'est même etïacé de celle des lial)i- 
lanls du pays. Il csl exprimé dans le vieux patois de Praullioy qui 
se faisait remarquer par sa rudesse et son énergie loul-à-l'ait 
inculte. Tout incomplet qu'il est, le diclon peut se traduire : A 
Pranllioy, il y a des noix...', lu en seras quille pour baiser 
le. . . de Marion. 

PROVENCHÈRES-SUR-MEUSE 

Commune du canton de Monligny, arrondissement de Langres. 

197. Les Meules de Provenchères. 

Les meules de Provenchères ne le cèdent en lien à celles de 
.Marcijly dont nous avons parlé précédemment ; (nous renvoyons 
en conséquence à l'article consacré à celles-ci, n° 167), 

RICHEBOURG 

Commune du canton d'Arc-en-Barrois, arrondissement de Chau- 
mont. 

198. Les Truffes de Richebourg. 

I.a trulFe est un régai des Dieux. A s'en rapporler aux gourmets 
et aux oies dont le foie a été converti en pâtés ou en terrines, ce 
cryptogame n'a de valeur qu'autant qu'il sort des bords fleuris 
(pi'arrosc la Dordogne. Certes, le Périgord est fécond en truffes, 
et en trulfes noires et parfumées que le savant botaniste, M. Clia- 
lin, a reconnu constituer une espèce spéciale qu'il a dénommée 
iuhcr melunosporum. 

Mais il n'y a pas que la Irulfe périgourdine ; il en existe d'autres 
non moins sérieuses, non moins noires, non moins parfumées, en 
particulier celle que le même M. Chatin a baptisée luber vnci- 
iialîim. Qette dernière a pour nous ceci d'intéressant qu'elle règne 
en maîtresse dans la Bourgogne et dans la Champagne, surtout 
dans les forêts du centre de la Haute-Marne, notamment dans les 
l)ois de Richebourg et ceux avoisinants. De là sa présence dans le 
îso'èl de Cfimimonl (Voir n" 83). 

i.a culture peut aider efficacement à l'introduction du luber 

1. Il y avait probablement là quelque chose comme : si tu en veux. 



— 01 — 

melansiwnim dans les lieux où cmil le lubcr ancinalum. Un 
essai porlanl siii- deux lieclarcs a clé l'ail, il y a une dizaine d'an- 
nées, en Haule-Marnc parle regi-ellé général Maiiin des Palliércs 
(lui. dans ce but, a opéré le reboisement en glands dits Irufficrs, 
lires des Basses-Pyrénées et du Poitou, d'un sol rocailleux situé à 
Aulrevillc, commune du canton de Juzcnnecourt, arrondissement 
de Cbaumont. 

Mais les pays qui produisent le lubcr uncinalum retirent de 
celui-ci un assez grand profit pour se passer volontiers du lubcr 
melanosporum : leur Iruiie est en raison de sa précocité, maîtresse 
des marcbés d'octobre à décembre. El puis, faul-il le dire, tel est son 
bon parfum, qu'on la mêle à la l-uiïe du Périgord, ce qui permet 
de la vendre aux connaisseurs le même prix que sa sœur du midi. 

RIVIÈRES 

Il V a deux villages nommés lUvicres dans la Haute-Marne, tous 
deux dans l'arrondissement de Langres ; mais l'un surnomme 
!e-Bois est dans le canton de Longeau, l'autre diL Ics-I'osses cd 
dans le canton de Prautboy. C'est de ce dernier qu'il s'agit. 
199. Les vins de Rivières. 
Ils sont bien connus dans la rég'ion et iigurenl, d'après Jullion', 
dans les bons vins rouges de deuxième classe. Leur rèputalmn 
date de quatre siècles au inoins, puisqu'ils sont cités dans le Mys- 
tère de Sainl-Didicr- : 

Ou vend du boa vin de Rivière, 
Duquel je voy boire une foys, 
A l'image de la Cyvière 
Qii'esl ferrée de cloux de boys. 

ROLA.MPONT 

Commune du canton de Neuilly-rEvéque, arrondissement de 
Langres : sur la Marne. 

203. Comme les gens de R'iampont, 
A table jusqu'au menton. 

Nous avons entendu dire nuiinlc el mainte fois ce dicton comme 
„n avertissement et un reprocbe à des enfants qui se tenaient mal 
à table. C'est probablement l'assonance qu, a amené 1^ lo "om 
deRolamponl; cepen-iant bien d'autres communes de la la te- 
Marne ont de même leurs noms terminés en on ou ont, t^miuin le 
;.,.of-lieu du deparlemenl; certes, celui-ci serait venu au heu de 
Uolampont dans le dicton, si un Langru.s en avait ele 1 auleui. 

1. Jullicn, Topog. des vignobles, pajic 3'J. 

2. Gu.l. Flameng, V>e el passion de Mgr S. DUUn; page 140. 



— 62 — 

SAINT-BLIN 

Clief-licu de canloii do rarroiidisseiiiciit de Cliauaiont. 

201. Les embeudés de Saint-Blin. 

Il parailrait que le canton de Saint-Blin est le pins riche en dic- 
tons satiriques; chaque village, dit-on, a le sien, luallieureuse- 
nienL pour notre œuvre nous n'avons im nous jirocurcr que celui 
relatif aux habitants du chef-lieu, l'ourquoi les appelle-t-on ctnhcu- 
(Ics, c'est-à-dire cnibcdainés, pourvus d'une grosse bedaine y 
l)uil-on prendre cette expression au filiysique ou au moral? l'ait- 
elle allusion à l'air d'omnipotence et de quant-à-moi que prennent 
fréquemment les habitants d'un clicf-Iieu ? Chi lo sa, si ce n'est 
les habitants de Saint-Lîlin eux-mêmes, ou mieux encore leurs 
voisins 

SAIKr-DIZIER 

Chef-lieu de canton de l'arrondissement de ^Vassy et, néan- 
moins, la ville la plus pcu[)l('e du d(''parteinent, la plus indir^triclle 
(métallurgie) et la plus commerçante (fonte, fer, bois). 

203. C'est un échappé de Saint-Dizier. 

203. Il est de Saint-Dizier. 

204. Va-t-en à Saint-Dizier. 

C'est à Saint-Dizier que se trouve lAsile départemental d'alii^- 
n6s de la Haute-Marne; de là les trois dictons ci-dessus. 

205. Les bateaux de Saint-Dizier. 

On construit à Saint-Dizier un grand nombre de bateaux desti- 
nés à naviguer sur la .Alarne et la Seine et à porter jusqu'à Paris 
les produits industriels de la contrée. Voir l'article consacré aux 
.Varnois, n° '.1\. 

206. Les braguards de Saint-Dizier font jouer 
les Auteurs de "Wassy et danser les c... de Joinville. 

Les habitants de Saint-Dizier no savent pas trop d'où leur vient 
ce sobriquet de b)rifjiia)'ds mais ils l'ont repoussé comme une 
injure jusqu'à ce (pic diverses Sociétés san-désideroises l'aient 
anobli en s'en parant. 

D'afirèsle Dictionnaire de Trévoux le mot braijard ou brarjuai'd 
voulait dire autrefois brave, ajuslc, miiinon ; liilaire le Gai lui 
donne le sens de vaniteux, glorieux'. Il y a là déjà de quoi clioi- 
sir et la [)lus mauvaise de ces acceptions, sauf pourtant celle de 
mignon, n'est pas bien redoutable. Mais cela lî'a pas satisfait l'au- 
teur du Précis de rilistoire de Sainl-^Dizicr ; il a imaginé que 
bragards n'est qu'une altération de la qualification de braves 
gars qui aurait été donnée aux habitants, à la suite du siège 

1 . liilaire le Gai, l'clilc Encyclopédie des prov., page 40. 



— tJ.J — 

mémorable de t'iii- où ils résislèrenl >i vigoureusement et avec, 
succès coiilrc Charles-Qiiint. 

Pour nous, il nous est rraiilai:L niuiiis possiltio d'ailiiiulUo celle 
ilallcu.'^e ex[)licalion que les San-U(vU(iorui3 ne sont pas les seuls 
qui aient été taxés de bvarjnnls : dès avant le siège de leur ville, 
Ctiassencuz citait déjà comme chose connue les brariuards d' An- 
fjers'. En réalité, le mot (jui nous occupe a une si^niiicalion liccn 
cieuse, sur la voie de laquelle metlrait suflisammeiit le mot IVan- 
çais braflUeUe, si le dicton rapporté en ciilier, comme nous le fai- 
sons ici, ne la disait d'une manière catégorique. 

SAINT-GEOSMES 

Village à peu de distance de Langres, canton et arrondissement 
de cette ville, 

207. Il danse comme le fou de Saint-Geosmes. 

Il y a quelque cinquante ans, vivait à Saint-Geosmes un malheu- 
reux idiot qui demandait raumônc aux passants et aux voyageurs 
sur la roule do Dijon, qui traverse le territoire du village. Il n'avait 
pour toute manière d'exciter la commisération que l'habitude 
d'exécuter trois ou quatre sauts lourds et brusques. De là est venu 
le dicton qu'on applique aux personnes peu lestes et aux mauvais 
danseurs. 

208. Les navets de Saint-Geosmes. 

Les navels de ce village jouissent dans toute la région d'une 
réputation absolue et méritée. Elle existait déjà au siècle dernier. 
iNous lisons, en effet, dans le Mercure de France (juillet 1763, 
page 132) que, dans la séance publique tenue le 23 février par 
l'Académie de Châlons-sur-Marne, M, Dosmarest lut un mémoire 
sur la Culture des raves el des navels dans la Guyenne, et (jue 
dans ce mémoire il engage à entreprendre cette culture dans la 
Champagne : on le fait, dit-il, déjà avec succès dans plusieurs 
paroisses de l'élection de Langres. 

SAINT-URBAIN 

Vdiagc du canton de Doulaincourt, arrondissement de Wassy; 
près de la rive droite de !a Marne, 

209. Les vins de Saint-Urbain. 
Le vignoble de Saint-I ibain est au.ssi apprécié dans le nord du 
département de la Haute-Marne que le sont les vins de r.Vmancc 
et du Monlsaugeonnais dans le sud. On ne peut nier qu'ils n'aient 
quelque valeur, 

SARCEY 

Village du canton de Nogent, arrondissement de Chaumont, 
1. Le Roux de Liucy, Livre des Proverbes, tome I, page 20 .3 



— Ci — 

210. Chachey, pitiot viaige, 
Qu'aut ben fort reneummé 
Tant pou son bon freumaige 
Que son beurre et son lait. 

Cc^l le rclriiiii il'iiiic cliaiisoii sur Sarccv ; on le cilc [taiiois eu 
iiiaiiièro de proverbe. Celte oliaiison n'a que le refrain de roni- 
iiiiiu avec le iNoël de l\'igiicy auquel, du reste elle esl postérieure. 
Nous ig-iioruiLS l'époque où elle a été composée ; ({uaut à sou 
auteur, le dernier couplet nous apprend quel il est : 

(Juiqifiji fuil ccV.e chanson ? 
(l'aul l'violonueux d'Leuvères, 
De Plongé ai Maindres aillant 
En passant par La l'ièro. 

C/esl-à-dire : Qui a faU celle chanson Y C'csl le violoititetir de 
l.oiiricrt s, alldiil ilc Poiilaiii/ij ii. Mandres en passaiH par La l'er- 
riere. Louvières, l'uulan;,--}" et iMaiidrcs, sont des villages du can- 
ton de Nogent ; La Perrière est un hameau dépendant de Nogent 
même. 

SARCICOURT 

Commune des canton el arrondissement de Cliatunonl. 

211. Les rambours de Sarcicourt. 

11 va quelque cinquante ans, les jardins et les vergers n'élaieuj^ 
point envahis par ces innombrables espèces d'arjjres fruitiers qu j 
chaque année vont s'augmcntanl encore. Ainsi, pour s'en tenir 
aux seuls pommiers, on n'entendait parler que de reinettes, de 
calvis (calville pour les puristes), de rambours cl de pommes d'Au- 
bcrive. Suivant les goûts, l'une ou Taulre espèce teuail la cord'i, 
mais eu général c'était le ramljour; aussi Sarcicourt, (pii veut 
ollVir au Christ enfant ce que son territoire produit de meilleur, 

Sar. icourt airive à son tour 
Avec un panier de rambour. 
L'Enfant les refuse de loin : 
Us ont damné le g.?nre liuinain'. 

SARREY 

Village du canton de Moulignyle-Uoi, arrondissement de Lan- 
grcs. 

212. Ç'aut comm'l'san d'Sarrey qui n'guarit d'ran. 

Ce qui sij^nilie : (."esl comme le Sailli de Sarreij qui ne guéril 
de rien. Ce dicton s'a[)plique à tout homme sans qualité et bon à 
lieu. .Nous ignorons quellc-cn peut être l'origine conmie aussi de 
(|ucl saint il s'agit. Le patron de la paroisse est saint Maurice. 

1 . \o\t le Xtël de Ciiauinonl, u" b3 ci- dessus. 



— 6ii — 

SAULON 

Kivière assez importante dans le sud du d('[)aileineut de lii 
Haule-Manie mais ((ui n'y coule que sui une lonf,'ueui' de 30 kilo- 
mètres ; elle prend sa source près du village de Saulles, canton de 
Kays-Hillot. 

213. Les carpes de Saulon. 

Elles ligureiit parn)i les plus estimées de la rt'gion, à cause de 
la grosseur considérable (Qu'elles atteignent*. 

SEMILLY 

Village du canton de Saint-Blin, arrondissement de Cliaiimoiil. 

214 Les Limaces de Semilly. 

Il est fort regrettable qu'en nous indiquant ce dicton, on in- 
nous ait pas en même temps donné son origine et sasignilication. 
Nul doute cependant qu'il ne s'agisse là d'une de ces grosses iujures 
populaires qui sont plutôt dans les mots que dans les clioses. 

SEMOUTIERS 

Commune des canton et arrondissement de Cliaumont. 

215. Semoutier n'a ni pain ni vin. 

Ce dicton n'est autre chose que le premier vers d'une strophe 
du Noël de Cbaumont que nous avons rapporté précédemment ; 
nous y renvoyons le lecteur (voir n" 82). 

SUIZE 

Rivière tributaire de la Marne: elle |>rend >a >ourro au .-ud de 
Voisines et se jette dans la Marne en amont de Cbaumont après 
un cours de 4o kilomètres. 

216. Les Truites de la Suize. 
La truite est un poisson de 2o à 30 centimètres de long, dont le 
dos est taché de brun et les tlancs sont couverts de taches d'un 
rouge plus ou moins foncé sur un fond variant suivant les sujets : 
blanc, gris, jaune, fauve et même brun. Elle se plait {)articulièrc:- 
ment dans les rivières peu profondes et dont les eaux limpides 
coulent sur un fond caillouteux. Avec la Suize ce poisson est servi 
à souhait; aussi les truites de la Suize sont-elles réputées parmi 
les meilleures. Une contrée du territoire de Cbaumont, vers la 
Suize, porte le nom significatif de Pdlé de Iniilcs'. 

1 . Suchaux, Annuaire de la Haule-Saône pour 184'2, page 283. 

2. Daguin, Les Poissons de la Haute-Marne, Chaumont, 1891, in-12. 



— 66 — 

THIVET 

Village du canton de Xogent, airoudissement de Cliauinoat. 

217. Les sorciers de Thivet. 

Nous ne pouvous que répéter ce que nous avons déjà dit aux 
articles consacrés à Chalindrey et à Orquevaux. 

VALDELANCOURT 

Commune du canton de Juzennecourt, arrondissement de Chau- 
mont. 

218. Les flûteurs et les violonneux de Valdelancourt. 

Sans le Nod de Chaumont (voir n° 82), nous aurions ignoré Icg 
aptitudes musicales des Valdelancourtois. La musique adoucit les 
mœurs, dit-on; Valdelancourt ne doit donc rien laissera désirer 
sous ce rapport. 

Toutefois, une réilexion amèrc nous vient importuner: Pour- 
quoi l'Enfant Jésus veut-il que l'on chasse les musiciens délégués 
par Valdelancourt? Serait-ce que leur liarmonie rappelle celle des 
'ameux artistes de iS'uremberg? Seraient-ils des émules du maître 
d'école illustré par le No'ci de Peiguey ? 

Si le rô de Pairis 
Ein aivôt lai c' naissance, 
I veurôt, je pairis, 
Ein faire lai dépense 
El veni prenre piaice 
Au leutrin de Peigney 
Aireu graind' allégresse 
Pour y chainter Noei. 

Pas je ne le veurôs 
Raipô au mail' d'écueule; 
Le rô l'eimmenerôL, 
Comm' i braille ein aiveule, 
Aiveu les tros gaich'neuts 
Qui l'dimanche au leutrin 
Bien mieux qu' les moigneuls 
Chaiutenl liair et pus fin, 

Mas, quaind s'rôt airrivé 
Le motet, ai Versailles, 
Si s'beutent ai chainter 
De Peigney les mervailles. 
Les princes, las princesses 
Et monsieur le Daôphin 
Devront sarrer les fesses 
El peus corre au bassin. 

VALROY 

Faubourg de Juinville, au sud de la montagne. 



— 67 — 

219. Vaurey, 
Vauran, 
Qui t'ai fait 
N'ai fait ran. 
Nous ne pouvons dire lorigine de ce dicton. Peut-ôlre fait-il 
allusion à un fait où Valroy n'a pas donné tout ce qu'on tHait en 
droit d'en attendre; peul-èti'e signifie-t-il que le faubourg a eu 
pendant longtemps fort peu d'importance? C'est un Joinvillois 
seul qui pourra trancher une aussi grave question. 

VARENNES 

ClieMieu de canton de l'arrondissement de Chaumont. 

220. Ci-gît, dessous ce rocher blanc, 

Le plus avare de Varennes, 
Qui trépassa le dernier jour de l'an 
De peur de donner des étrennes. 

Cette épitaphe satirique, qui se dit en nianière de proverbe, est 
extraite de quelques fragments d'une Anthologie; on voit au 
premier coup-d'œil que c'est la rime seule qui a valu à Varennes 
l'honneur d'y prendre place. 

221. Il est de Varennes celui-là. 
222. Il est de la Confrérie de Saint-Gengon. 

Ces deux expressions sont s3'nonyme3, seulement la première 
est à peine connue, tandis que la seconde se dit généralement. 
L'une et l'autre sont une allusion aux infortunes conjugales de 
saint Gengoul, que l'on nomme Gengon dans la Haute-Marne et 
qui, comme on sait, fut assassiné à Varennes, le H mai 860, par 
son épouse infidèle. 

VENELLE 

Petite rivière qui prend sa source à Vaillant, au pied du Mont- 
Saule et, au bout de quelques kilomètres, passe dans la Côte-d Or 
où, après s'être perdue dans les sables près de Veronncs elle repa- 
raît et va se jeter dans la Tille, tributaire de la Saône. 

223. Enfiler la Venelle. 

« On dit en proverbe, écrit Courtépée', en/iler la Venelle, pour 
dire s'échapper, prendre la fuite, ce cpii ne paraît pas venir de ce 
que la Venelle disparaît dans les sables; rien n'est plus naturel, et 
l'on ne dit guère une rivière qui s'enfile. Ce n'est donc pas de là 
qu'on doit tirer l'origine de ce proverbe, mais plutôt d'un fait 
dont la tradition s'est conservée à Selongey, auquel il est plus 
probable de la rapporter. Du temps que les Ecorcheurs, au 
nombre de 700, rôdaient autour de Selongey et de Cerneaux 

1 . Description du duché de Bourgogne, édit. in-S», t. II, page 252. 



— (18 — 

c'est-iï-dire en 1437, ou liicn cluranl les guerres de Cliarles-le- 
Ti-méraire, un corps d'eniTemis vint assiéger ce bourg-. Les iiabi- 
tanl^, soutenus d'une garnison, firent une sortie sur les assiégeants 
qui furent mis en déroute. Pour faire retraite, il fallait passer la 
Venelle, dont les bords, en cet endroit, étaient élevés; il ne s'otfrait 
((u'nn dr'filé fort étroit où se sauvèrent ceux des ennemis qui ne 
voulurent pas passer Tcan. C'est ce qui donna lieu de dii'e : Ils se 
sont échappés, ils ont cnfilr la Venelle; et depuis on a dit d'un 
poltron qu'il ne savait qu'enfiler la Venelle; et se sauver et enfiler 
la Venelle sont devenus synonymes. Tel est le sens dans lequel 
s'en est servi I-a Fontaine, dans sa fable Le Renard, te Loup et le 

Cheval : 

Ils vont, et le cheval, qu'à l'herbe on avait mis, 

Assez peu curieux de semblables arnis, 

Fut presque sur le point d'etifilcr la VennUe. » 

Tel est le récit de Courtépée; il a étt'' répété mot pour mot par 
Pistollet de Saint-Ferjeux dans ses Reclierclies sur l'arrrondissc- 
vient de Lnnrjres. 

Il nous serait agréable d'admettre cette explication comme 
article de foi, puisque la rivière, la Venelle, est notre compatriote : 
mais plusieurs raisons nous en empêchent. D'abord, si nous feuil- 
letons les dictionnaires modernes et anciens, nous trouvons que le 
mot Venelle G?,i français, qu'il signifie et signifiait couloii; passaf/e 
étroit, ruelle. Bien mieux, si nous interrogeons la toponymie 
française, nous découvrons que notre rivière n'a pas la propriété 
exclusive du nom de Venelle; par exemple, à Caen, il y a une 
trentaine de venelles: là, on nomme ainsi toute rue étroite 
servant de simple communication entre deux grandes voies; 
ailleurs on dit ruelle ou passage. 

dette acception normande du mot qui nous occupe nous parait 
indiquer le sens et l'origine du dicton : En/iler la Venelle, c'est 
fuir par une voie de côté, de traverse, pour se dérober plus vite 
et mieux aux atteintes des poursuivants. 

Rappelons, pour terminer ce long article, le terme populaire 
renfile, qui! y aurait évidemment intérêt philologique à rap- 
piorher de mot venelle. 

VILLIERS-LE-SEC 

Village des canton et arrondissement de Chaumont. 

224. Les fromages de "Villiers. 
I,es Chaumonlais sont très grands amateurs de fromages passés; 
mais pour eux, LangropJwbcs, ceux de la ville épiscopale ne peu- 
vent, ne doivent pas exister, il n'y a que les fromages de Villiers. 
De fait ceux-ci sont excellents et, bien que nous ne soyons pas 
Cliaumontais, nous déclarerons qu'ils égalent les fromages de 
Langres. Au reste, ne figurent-ils pas dans le Noël de Chauniont : 



— \][\ — 

Villiers suit Buxières à grands pas, 
Avec quatre fromages gras ; 
Un tel cadeau daus la saisou 
Sera toujours trouvé fort l)on. 

VRIE 

Il 111' nous a |);is été possibin de découvrir la commune, ou le 
hameau, ou le lieu-dit, auquel se rapporte ce nom. Mais une 
chose nous parait certaine cependant, c'est qu'il doit être en 
Haute-Marne, puisque le dicton dans lequel entre ce Vrie, nous 
provient de Le Bon. 

225. C'gst Jean de Vrie 

Qui so met dans l'eau pour la pluye. 
M. Diiplessis donne une variante qui ne dépend que de l'an- 
cienne manière d'orthograpliier : « C'est Jean Dciirie qui se met 
en l'eau pour la pluie. » Aujourd'hui on dit : 

Fin comme Gribouille 
Qui se cache dans l'eau de peur qu'il ne se mouille. 

"WASSY 

Chef-lieu do l'arrondissement nord du département de la Haute : 
Marne. 

226. Le Boucher de Wassy. 

Qualification par laquelle les auteurs protestants ont désigné le 
duc (le (illise à l'occasion du Massacre de Wassy. 

227. Le Massacre de "Wassy. 

Inutile de raconter ce mallieureu.'c événement, arrivé le 21 mars 
loiil ; il n'est personne qui ignore ce qu'il fût et quelles en ont été 
la portée et les suites. 

228. Les Flûteurs de "Wassy. 

Tout en renvoyant aux articles que nous avons consacrés au.\ 
C. .. de Joinvillc et aux Braguards de Sainl-Dizier qui figurent 
avec les Flùlcurs de Wassy dans le dicton entier, nous ferons 
cette remaquo que ces derniers sont les mieu.\ traités, on leur 
dnnne |iar là mémo des goûts artistiques dont ils ne peuvent se 
trouver otlensés : Les Braguavds de Sainl-Dizier font jouer les 
Flnieurs de HV/.s.si/ cl danser tes C . . . de Joinville. 



RÉCAPITULATION 

PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE 

DES PHOVEHnilS, DICTOSS, SOnn/Ofl-TS, ETC. 



Abri (V) de la Haute -Borne III 

A chacun son tour ^02 

A Clialvraines, la pranie plaine 43 

A Chassigny, 5 clochers, 400 cloches 73 

A Chaumont, dragées d'amydou T5 

Adieu, paniers, vendantes sont faites 103 

A furore Norraanorum libéra nos. Domine 112 

A Galas, Forkatz et Piccolomini libéra nos, Domine 112 

A Humes, 5 clocler?, 400 cloches 11^9 

Ai Laingues y fait frod, dit-on '6 

Ai Prauthoî y ai das diaicheuyons 193 

A la Bourguignotte 30 

A la manière des Bourguignons sur le lourd 37 

Anibassade (L') de Biaronne 14 

Angoulevent, prince des sols 2 

Anguil'es de Marne ''>^ 

Après le coup, Bourguignon sage • ■ • 31 

Armes (les) peintes des Lingons • '52 

A table jusqu'au menton -0 ^ 

Attrape ça, Champagne, c'est du lard 44 

Pacoués (les) de Blécourt ^^ 

Bains (les) de Bourbonne ^^ 

Balibeus (les) de Nogent-le-Bas 1*^4 

Banni, Banneu, lire lai quiôche ai mont ai veu 7 

BardocucuUus (le) des Lingons 1 50 

Dassigny, à la rescousse ^ 

Bateaux (les) de Saint-Dizier -^'■' 

Beaux (les) garçons de Damrémor-t , 9' 

Belles femmes sont en Champagne 6' 

Belles filles de Dancevoir ^^ 

Belles filles d'is -20 

Belles -Ondes, bat as dépens de teut l'monde 13 

Beurre (le) de Peigney ''^- 

Bise (la) est la mère nourrice de Bourgogne '2'^ 

Blé rie) du sol lingon '''^ 

Boire à la grande tasse de Reené de Champagne 45 

Bonnes toiles sont en Bourgogne ''• 

Bons hommes (les) de Bracancourt ^-^ 

Boucher (le) de Wassy -- ' 

Bourgogne (la) est la mère des eaux 

Bourg^ui^non salé • 

Bourguignon têtu 



— 72 — 

Braguanls (les) de Sainl-Dizier 206 

Brie (la) esl la chambrière de Champagne 50 

Buveurs (les) de Dampicrre 9tj 

Camion (le) va à la lanterne à Chaiimonl 80 

Carolet (le) d'Arc '-^ 

Carouses (les) sont plus dangereuses eu Lorraine Itln 

Carpes ■les) du Saulon 213 

Çaut comm' ISju d'Sarrey qui n'guaril d'ran 212 

C'est Champagne ^t> 

C'est Jean de Vrie qui se met dans l'eau pour !a pluye 225 

C'est la fée de Bienville 15 

C'est l'ambassade de Biaronne, 2U0 chevaux et une mule 14 

C'est comme l'abri de la Haute-Borne. 1 11 

C'est comme les mâtines de Laferté 125 

C'est un Bourguignon, voyez son nez 38 

C'est un coiil'rère de Saint-G^ngon 222 

C'est un échappé de Saint Dizier 2ir2 

C'est une fille d'Is 121 

C'est un enfant de Chaumont '' 

C'est un poisson d'avril I-'J-' 

Ceux de Guife mettent les rois de France et leurs enfants en chcmi.-e. K'-i 

Chachey, piliot viaige 21U 

Chalv raines, la belle p'aine '•3 

Champagne (le) ')'• 

Champagne (la) est gaulée ^' < 

Champagne (la) pouilleuse ^' 

(Champenoise (fille) ) ^~ 

Champenoises (les) demoiselles eut auoldi leurs maris. l'S 

Chanoines (les) de Langres l'ont bien 137 

Chanteurs (les) d'HarrévilJe 11»' 

Charbon (le) de Bourgogne 27 

Chaumont-en-Bassigny, capitale des bas esprits "ÎS 

Chaumont le ; oli ''!• 

Chevaliers de Champagne 48 

Chicane de Jonchery 124 

Chiens (les) de Choiseul et de Meriey ■'') 1^3 

Ci git, dessous ce rocher blanc 22(1 

Cochons de lait (Its) de Monlsaon , ''"^8 

C... (les) de JoinviUe 123 

Comme les gens de BolbUip'.'nl, à labié jus(iu"au menton 20.) 

Coulière de Saint Gengon 222 

Corsets (les) de Chaumont 83 

Coup de Bouigiiignon, par derrière 35 

Coutt aux (les) de Langres 129 

Couteaux ,'les) de Nogent 188 

Coutellerie ^laj de Langres 129 

Coutellerie (la) de Nogent 188 

Damréraoiit, les beaux gaiçons - •'" 

Défiez-vojs de pain de Brolles, di. vin de Bricon W, 80 

De Langres à B jme on va • ■ • 1 30 

Le l'arbre^d'un pressoir, le nianihe d'un ceninir 49 

Devenir les garses et l'S guenons de Corjuhyn 'J<j 



— 73 — 

Dévotion de Bourguignon ne vaut pas un houchon 3'i 

Dfiux moutons et un Champenois font trois biîles 60 

Diablerie (la) de Chaiimont «-^ 

Diables (les; de Chaumoul ^'J 

Dônement ^•''' 

Draps (les) de Chiumonl ■'^' 

Droguets de Chaumoit ^- 

— de Lingrcs '-ji 

Droit 'le) de Champagne '^9 

Ducs de Bourgogne grands dufS d'Occident 20 

Eauës (les) dô Brie bonnes à toute vie ^"2 

Echappé de Sainl-Dizier -^"2 

Ecreviïses (les) de la Meuse • • '"4. 

Ecuïer de Bourgogne 

Embeudés (les) de Sainl-Blin 2^ 

Enfant de Chaumont • • • J' 

Enfiler la Venelle -jf 

En Picardie sont li bourdeeurs, en Champagne h buveurs .-0 

Entre les rivières d'Aulbe et de Mnrne le fn.it ensuit le ventre. . . 169 

Entre Marcilly et Saron le fleuve d'Aube perd son nom ^^ 

Esprit (!') inventif des Langrois '•■'•^ 

Fagots de Blessonvillc ' 

Faites des perruques 

Fée (la) de IJienviUe • ^^ 

Femmes (les) bayent les arrêts de Lorraine l'j'^ 

Fille champenoise 

Filles 'les) de Dancevoir 

_ dis 1-20.121 

Fin comme Gribouille " 

Flùteurs (les) de Wassy 

_ de ValJelancourl 218 

Foires (les) de Champagne ' ' 

FoirouK (les) de Nogent-le-Hau t 1^'^' 

F'on (le) de Saint-Goosmes. 20^ 

Fouetter VAl eluia ; ^- 

Fous (les) de Langres 1 JS, 15!i 

— de Poulangy 

— de Saint-Dizier " "- 

Foy de gentilhomme, un autre gsge vaut mieux 5^, 

Fromages (les) de Langre? '_,J' 

— de Lecey "'„ 

1 r> • " ..1113 

— de Peignev 

— do Villiers 

Fruits (les) de Blessonvillc ' 

— de Buxieres 

83 
Gants (les) de Chaumont 

Gars normand, fille champenoise ' 

Garses (les) de Corgebi n ^L 

Grands comme la borne de Crémaignon |^|' 

Grenouilles (les) d'Enffigneix ; _' 

Gros (le) chien de ChoisenI ' ■ ' 



19.'J 



— 74 — 

Guenons (les) de Cor^cbin 93 

Gueules (les) feignes de Nogeut Igy 

Hannetons (les) de Cerizières 41 

ilarréville-les Chanteurs i\0 

Hiver (!') pafse par Lorraine en France 163 

11 a le nez bourguignon 38 

lia les 3'eux à la Fatincouri lOO 

Il a passé par la Bourgogne, il a perdu toute vergogne 23 

11 danse comme le fou de Saint-Geosmes 207 

II est de la confrérie de Saint Gengon 222 

Il est de Saint-Dizier 203 

11 est de Varcnnes, celui-là 221 

11 est du régiment de Champagne 53 

11 est écrit sur les portes d'Aujeurres 6 

Il moulera bientôt la Minguéc 71 

11 n'a point de volcan dans la poitrine 114 

11 ne chassera jamais les Anglais hors de France 105 

11 ne sait d'autres mers que la Marne ou la Seine 170 

Il ne sait pas les foires de Champagne 55 

Il [atle simplement comme on parle à Corlée 94 

11 regarde du côté de Farincourt 100 

11 reguide en Bourgogne si la Champagne brfde 29, 54 

Il revient de la campagne de Chaumont 84 

11 sait If s foiies de Champagne 53 

Il vaut mieux faire rire les gens que les ruiner 1 "5 

Indomiti Lingoncs 153 

I 1 wetle en Champagne, ii l'Picardie brfde 29 

Ivrognes (le?) de Dainpieire 96 

Jamais h s ccileaux de Nogent n'ont fait tant do bruit 188 

Jean de Vrie qui se met dans Teau pour la pluie 225 

Joinville, peutte ville 122 

J'sommes pas des saivants, mas j'aivons d'iai tête 181 

Jugerie (la) de Chaumont SO 

Laine (la) du pays de Langies 147 

Lait (le, de Ptigney i9'^ 

Langres est une Narbonne en France 13i 

Langres est la plus haute ville de France 135 

Langres la pucelle 136 

Langres sur ce rocher où ce beau lys lleuronne 150 

Langrois (les) indomptés 153 

Langrois (les)^sur leur rocher, moitié fous, moitié enragés 154 

Les extrêmes se touchent 110 

Les piinces Lorrains ressemblent les coursiers de Naples 106 

Lieue (la) du Bassiguy 9 

Limaces (les) de Semilly 21'* 

Li meilleur danseur sont en Loheraiue 164 

Li plus renoié sont eu Bourgogne 24 

Livre (la) lingon 1^6 

Loin de perler des Dieux la langue si perlée 94 

Lorrain, mauvais chien, traître à Dieu et à son prochain 165 

Lorrain, prête-moi ton lard? 166 



— 75 — 

Mademoiselle de Nancy 23 163 

Marnois (les) ] 7 1 

Massacre (le) de Wassy 227 

Mâtines (les) de Laferlé 1 25 

Meules (les) de Marcilly 16" ^ix 

— de Provenchères 197 

Moulin de Belles Ondes, bâti as dépens de teut le monde 13 

Mil lors de roue, toute la lieue de Bassiguy 9 

Mine (la) de Langres 146 

Molha immola 1 27 

Motha meos tulerat lapides 1 28 

Mous comme c . . . de Lorraine 1 67 

Moulelles (les) de Montcharvot 176 

Navets (les) de Bricon 17 

— de Blessonville 83 

— de Montsaon 178 

— de Saint-Geosmes 208 

Nez (le) Bourguignon 38 

Nobilis, famosa Lingonensis ecolesia 139 

Noblesse (la) maternelle de Champagne 58 

Nogent-les-Couleaux 188 

Officialité (L') sont les jours de Caresme-prcnant de Chaumont 90 

On lui a donné son cogneut 1 ÎO 

On le mènera à la ruelle aux loups 72 

On ne voit à Langres que prêtres et soldats 141 

Où les reitres ont passé, on ne doibt point de dismes 117 

Pain (le) de Brottes 40 

Panais (les) de Nogent-le-Bas 187 

Parole (la) d'un Bourguignon vaut une obligation 36 

Pavé (le) de Chaumont n'est fait que pour les avocats 87 

— . — porte médecine 88 

Peiguey , puliot viaige 193 

Petit (le) Chien de Merrey 1 73 

Phouriens (les) de Neuilly 180 

Pigeonneaux (les) d'Autreville 83 

Pois (les) de Blessonville 83 

— de Semoutiers 83 

Poisson d'avril l-'îS 

Pou aller ai Nainvau, faut aivoi pain et sau 120 

Poulangy-les-Nonnes 15-* 

Procès (les) de Champagne 63 

Put... (les) d'Orquevaux '^l 

Quand ceux de Guise auront écossé le loi ^Û7 

Quatre vingt-dix-neuf moutons et uu Champenois. '^9 

Que peut-il sortir de bon de Neuilly? 18- 

Qui a maison à Langres, a château en France l-''- 

Rambours (les) de Sarcicourl -l* 

Saies (les) des Liugons ' ^^ 

Sarcey, petit village 2^" 

Si le loup vient, qui nous défendra? '^^ 



— 76 — 

Sarraz n (le) de Semouliers 83, 21?) 

Seloo la Coutume de Champagne, le ventre anoblit 68 

Scmoulierà n'a ni pain ni vin 21. "j 

Si Monlcharvot l'vol l'cul ; 101, 177 

S'i rcsiùi ein creinque? 183 

Sirop (le) de Bourgogne 2o 

Si l'naivos pain ui sau, t's'ros resté ai Nainvau I^l) 

Si lu veux des belles filles voir, faut aller à Danc3voii' 98 

Sorciers (les) de Chalindrey 'i- 

— d'Orquevaux 1<''l 

— de Thivet 217 

Souvenez-vous de la courtoisie de Melz , 108 

Slat Liiigonum iuconcussa fides 1^6 

Surpriuse (la) de Ctiaslel Villain . 74 

Tant en Brie qu'eu Champagne 64 

Tant que le gros chien de Choiseul 'J 1 

Tapis (les) de Langres . 1 4'J 

Teste de Champenois n'est que bonne. <53 

Trulles (les) de Richebourg 198 

Truites (les) de la Suize 216 

— dOrges 18'J 

Tumulte (le) du Bassigny 10 

'J 'uniullus gallicus Kl 

Tu ne seras jamais un Farisot 143 

Tu ne liouvtras pas de Teau en Marne 172 

Vairons (les) de Brotles 83 

Va-l-en à Saint-Dizier 204 

^'aurey, Vauran, qui t'ai lait, n'ai l'ail rau 219 

\'ées- là Lergres en huuli assise 144 

Vêpres de Sicile, Màlines de France , 109 

Vesces (les) de Semouliers 83 

Veulz-tu lu cognoisfcsancc avoir, des Champenois et leur nature 7U 

Ville (la) di Montsaugeon ■279 

Vins (les) d'Aubigny 5 

— de Briîou 40,83 

— de Champagne 60 

— de Châleauvillaiu 83 

— de Coiily 92 

— de J'Amance 1 

— de Langres 1 15 

— de Monlsaugeon 179 

— de Rivières 199 

— de Saint-Urbain 209 

— d'Orges 83,189 

— du Bassigny 11 

— du Bassigny et de Lorraine ne portent point d'eau.... 12, 162 

— du Moge 173 

Vin vert, riehe Bourgogne 2tj 

Violouncux (les) de Valdelancourt 218 

\ œux (les) de Bricon 83 



Arcis-sur-Autie. — ImiuimciR' LtoN FRÉMONT. 




ëV^NgiI^e^ 



des Sobriquets caractépisant les Habitants de Villages Iioppains 



(Cet évangile se chantait par raillerie aux fêtes patronales). 

Inithim sancli evangelii secundum les vies goilloux. 

Da lo taps let, po faire enseutti les geas, on hauyant : 

Les tiu-crottés d'Moncéye, les Sauyes de Maihhelure, les paures gens d'Cham- 
pcnoux, les runes d'Erbévller. 

Les piaidhioux d'Soneinville, les bourriques de Bezainge, les bigots d'Athien- 
ville, les herr de Serres, les égooles de Drouville. 

Les loups d'Raîcot, les pauvres gens d'Hoïville, les vahhes rochats d'Remrain- 
ville, les mingeoux d'crême de L'noncot, les entarrcs d'Certhiu, les postillons 
de Velaine. 

Les grands louvetiers d'Romémont, les hoot-let-thieue d'Aî-si-Meuye, les bons 
prieurs de Bausserville. 

Les pendus d'iet Nùveville, les loups d'Licot, les Frimbeaux d'\'ille, les bocs 
d'Aîhelaut, les thieuvés d'Coyvller, les plein d'sope de Manancot. 

Les couchons de Beutecot, les fin-manres de Tonneau, les rôtisseurs de Ludres, 
les poussais de Vgnulles, les moo-saulx d'Barbonville. 

Les peutes gens d'Hoosonville, les loups d'Saint-Maîd, les maures gens 
d'Vélle, les loups d'NûvUers, les grand'paches de Saint Rmemoni. 

Les loups d'Farrère, les couchons d'Bayon, les poéres saches de Lorey, les 
ours de Vlaîcot, les botes de Baurville. 

Les poéres saches de Saint-R'niemont, les oua-oua d'Rozéres, les dombalau- 



les-rond-caillau d'Dombaîle, les gormands d'Vargenville, les booyaîs d'Senn- 
Colaîs. 

Les allemands de L'noncot, les gros mingeoux de ceréhhe de let Bauque, les 
farots d'Haroocot, les bancaouè de Smaîvllers, les rnaîds d'Fienvoo. 

Les harengs dCrevi, les voirès de Smaîvllers^ les crôos d'Crebsoo, les brooves 
gens d'Remrainville. 

Les bourriques d'Anthelupt, les couchons d'Vitrimont, les breulès de Smaî- 
vllers, les hoot-houppès d'Valhey, les geoos d'Einville, les monsues d'Athienville . 

Les choodroniers d'Ceintrey, les loups d'Peullegney, les couchons de Ghuise, 
les coucous d'Chaîvgnéye. les chairpaignes et pus les araîbes de Hheuyet, les 
orthiaîs d'Pîrreville, les chapons d'Ootrey, les mohhes de Thiérey. 

* 

Quelques sobriquets du canlon du Delme (patois messin) 

Les bûtes (ainsi que) les neur-bodattes de Puhhieux, les tahhons d'Hhaucot, 

les haouattes de Tincry. 

TRADUCTION 
Commencement du saint Evangile selon les vieux gouailleurs. 
En ce temps-là, afin de faire « ensotter » (rendre sots, berner) les gens, on appelait : 

Les cul-crottés de Moncel-sur-Seille, les soies de porc de Mazerulles, les pauvres gens de Cham- 
penoux, les ruinés d'Erbéviller. 

Les plaideurs de Sornéville, les bourriques de Bezange-la-Grande, les bigots d'Athienville, les 
messieurs de Serres, les égaux de Drouville. 

Les loups de la Grand'Racourt (Arracouit), les pauvres gens de Hoéville, les habits verts de 
Réméréville, les mangeurs de veau de Courbesseaux, les gros sabots de Gellenoncourt. 

Les trop pressés de Haraucourt, les rendormis de Buissoncourt, les réveillés de La Borde, les 
mangeurs de crème de Lenoncourt, les enterrés de Cercueil, les postillons de Velaine-sous Amance. 

Les grands louvetiers de Romémont, les haut-la-queue d'Art-sur-Meurthe, les bons prieurs de 
Bosserville. 

Les pendus de Laneuveville-devant-Nancy, les loups de Lupcourt, les frimbois de Ville-en-Ver- 
mois, les boucs d'Azelot, les cuveaux de Coyviller, les plein de soupe de Manoncourr-en-Vermois. 

Les porcs de Burthecourt-aux-Chênes, les fin-mauvais de Tonnoy, les rôtisseurs de Ludres, les 
pousseurs de Vigneulles, les mal-saouls (insatiables) de Barbonviile. 

Les laides gens de Haussonville, les loups de Saint-Mard, les gens de mauvaise foi de Velle-sur- 
Moselle, les loups de Neuviller-sur-Moselle, les grand'poches de Saint-Remimont. 

Les loups de Ferrières, les cochons de Bayon, les poires sèches de Lorey, les ours de Villacourt, 
les bêtes de Borville. 

Les poires sèches de Saint-Remimont, les goitreux de Rosières-aux-Salines, les Dombasle au 
rond-caillou de Dombasle-sur-Meurthe, les gourmands de X'arangéville, les braillards de Saint- 
Nicolas-de-Port. 

Les allemands de Lenoncourt, les gros mangeurs de cerises de La Borde, les fringants de Harau- 
court, les ban-coupé de Sommerviller, les renards de Flainval. 

Les harengs de Crévic, les taureaux de Sommerviller, les corbeaux de Courbesseaux, les braves 
gens de Réméréville. 

Les bourriques d'Anthelupt, les porcs de Vitrimont, les brûlés de Soninierviller, les haut-huppés 
de Valhey, les coqs d'Einville-au-Jars, les messieurs d'Athienville. 

Les chardonnerets de Ceintrey, les loups de Pulligny, les corbeilles et puis les arabes de Xeuilley, 
les jars de Pierreville, les chapons d'Auirey, les mouches de Clérey. 

» 



« 



Quelques sobriquets du canton de Delme (patois messin) 

Les bêtes (ainsi que) les noirs-nombrils de Puxieux, les blaireaux de Xocourt, les bêchoirs 
de Tincry. 



E:x:plicat.îons 

Moncel-sur-Seille. — Le nom de culs crottés indique que les travailleurs des 
champs en reviennent souvent, ayant le pantalon taché de boue, ce qui est dû à 
la déliquescence du sol en temps de dégel et à d'autres influences atmosphéri- 
ques qui en rendent « foireuse j la surface. 

Serres. — Les herr (et non hères) ce mot désigne des gens cossus, dont la 
fortune, due à la fertilité d'un territoire argilo-calcaire bien exploité, se traduit 
par la noblesse du maintien, empreint d'une certaine fierté, des propriétaires fon- 
ciers. 

Drouville. — Il est ici de tradition qu'aux banquets et festins, l'échanson 
doit emplir exactement au même niveau tous les verres, ce qui est constaté, con- 
trôlé, par le maître de maison, lequel se baisse pour mettre au point son regard 
scrutateur, d'où le nom d'égaux. Celui de « Thieu-thieu » également porté par 
les Drouvillois, n'a pas d'équivalent en français, l'auteur n'a pu en retrouver 
l'origine. 

Réméréville. — Les vahhes rachats ne sont autres que les habits en drap vert, 
inusable, portant des boutons en cuivre doré, dont la population a fait autrefois 
un long usage. 

Les cultivateurs du lieu — autre particularité — se réunissaient les après- 
midi, au Sénat, en une chambre d'un café d'où les manoeuvres étaient exclus 

et où 

Les rendez-vous de noble compagnie 

Se donnaient tous en cet heureux séjour. 

Courbèsseaux. — A l'imitation des Rambuvetais, les indigènes avaient un fai- 
ble pour la viande de veau, aussi faisaient-ils chaque année, à la fête patronale, 
une véritable boucherie de cet animal. 

Haraucourt. — Les farots (les fringants). Ce qui est dit plus haut sur Serres, 
est applicable à Haraucourt et l'appellation de trop pressés en est la confirmation ; 
plus les anciens du lieu possédaient, plus ils voulaient avoir; pressés de jouir, 
ils apportaient de la hâte dans leurs entreprises culturales. 

BuissoNCOURT. — Dit anciennement Buissoncourt-en-France, était pour les 
deux tiers de sa circonférence mamelonnée, entouré d'étangs et séparé de la 
Lorraine par un pont. La prairie dite le Grand-Etang est encore actuellement 
délimitée par de hautes bornes ornées de bas-reliefs représentant une crosse 
d'évêque. 

Un fossé profond reliait ces amas d'eau (il est visible derrière le presbytère) et 
on ne pouvait sortir du village, par le Nord-Est. qu'en passant sur un pont-levis. 



De là, le chemin conduit au château de Romémont et au fameux chêne géant du 
cantonnement de Froide-Terre. Cet arbre fait l'admiration des forestiers. 

Ainsi isolés, fortifiés, les habitants rassurés sur les attaques du dehors, 
menaient une existence de sybarites, c'est ce qui leur a valu le sobriquet de ren- 

dretriis. 

La Borde. — Ancien moulin sur la Rouane, certainement banal, de la sei- 
crneurie de Haraucourt, sur le territoire duquel La Borde est située, ses habitants 
participaient du caractère de ceux de la métropole ; on les nommait les réveillés ; 
quant au surnom de : Gros mangeurs de cerises, il était dû aux vergers entou- 
rant l'habitation et qui fournissaient aux amateurs de quoi faire sécher des cerises 
pour la provision hivernale. 

Lenoncourt. — Une particularité : lorsque des « pauvres d'argent, riches de 
peines w, des villages environnants sont à la veille de se marier, on dit qu'ils 
loueront le chapeau de commune de Lenoncourt. L'épithéte des mangeurs de 
crème, dont les indigènes avaient été gratifiés, n'a plus de raison d'être : L'in- 
dustrie minière s'étant implantée sur le territoire, tout le lait est livré sur place 
en nature, aux ouvriers des salines. 

Cercueil. — Construit dans une sorte de cuvette qui par les grandes pluies, 
devient très boueuse, le village est comme enterré ; au surplus son horizon ne 
s'étend pas jusqu'aux localités voisines (i). 

Romémont. — Le château de ce nom est environné de forêts, et a, de temps 
immémorial, appartenu à d'intrépides chasseurs de grand gibier, d'où le surnom 
de grands louvetiers. 

Art sur-Meurthe. — Les haut-la-queue ! {2). L'habituelle fréquentation de la 
ville de Nancy, par les citoyens de cette commune, leur faisait prendre un faux 
air de citadins vis-à-vis des gens du voisinage. 

BossERViLLE. — Lieu de retraite, de méditation pour les R. P. Chartreux, 
que la cloche appelait, pour ainsi dire à chaque heure du jour et de la nuit à la 
prière. 

Lupcourt. — Localité anciennement importante, avait le nom de Saint-Loup ; 
les habitants sont devenus les loups d'Licot. 

Ville-en-Vermois. — Les Frimhô de Ville, ceci, par assimilation aux gens du 
légendaire Fraimbois : Las d'accomplir souvent le trajet du village à leur église. 
Celle-ci commune aux gens de Ville et de Lupcourt est située sur une proémi- 
nence à 1500 mètres de Ville. Les indigènes décidèrent de l'en rapprocher... en 
la faisant avancer sur des pois de champ. 

(i) Peut-être aussi allusion au nom de la localité (N. D. L. R.) 

(2) Cela pourrait aussi vouloir dire les hauts Inquais, expression jadis employée en français 
(N. D. L. R.) 



— 5 — 

On se met à l'œuvre, un des travailleurs enlève sa blouse trempée de sueur et 
l'expose sur une haie; devenue légère par évaporation, le vent l'emporte, puis 
un passant la dérobe pendant une inattention des travailleurs. Le déshabillé 
ayant regardé vers la haie, n'ayant plus vu son vêtement, s'écria : « Je sattes déjà 
Ion, je nvois pu met blouse ». (Nous avons déjà fait du chemin — notre église a 
déjà cheminé — je n'aperçois plus ma blouse). 

A cette constatation, les travailleurs reprirent courage et se remirent de plus 
belle à pousser l'édifice. 

AzELOT. — En parlant d'un sac à diable, d'un individu qui se démène en fai- 
sant du vacarme, on dit au pays : t Ua enraigi di hoc d'Aihhelaut ! t. (Il est tur- 
bulent, capricieux, comme le bouc d'Azelot ! » 

CoYViLLER. — Curieuse locution : « C'est tomber juste, comme le maire de 
Coyviller ! » II est de tradition qu'un maire de l'endroit fit dans un sentier une 
chute qui mit avec une rare précision son nez en contact — proh pudor! — avec 
un de ces produits qui, dans les gares sont abrités au côlé des hommes. 

ToNNOY. — Les fin-manres ou les fourbes, ceux qui sont généralement infi- 
dèles à la parole donnée. 

LuDRES. — Pour avoir assisté au supplice de l'abbé iMarchal, prêtre qui périt 
par le feu, sur les instances d'une personne dont il avait, dit-on, dédaigné l'ami- 
tié, les habitants furent baptisés : les rôtisseurs. 

ViGNEULLES. — Les poussois ! une petite chapelle existait autrefois lieu dit aux 
Aviaux, ban de Vigneulles, sur un terrain dépendant de l'admodiation de Bar- 
bonville. On y honorait une statue miraculeuse de la Vierge. En gens qui vou- 
laient tout accaparer, les Barbonvillois s'en furent charger sur un chariot la 
fameuse statue, dans le but de l'installer sur un autel de leur église. Au cours du 

travail, ceux de Vigneulles s'armèrent en hâte de bâtons, de fourches et de 

courage, puis vinrent en bon ordre assaillir les ravisseurs sur lesquels ils frappè- 
rent d'estoc et de taille, ce qui les mit en fuite. 

En se sauvant à la débandade (alors qu'ils étaient venus en procession) les 
fuyards emmenèrent avec eux la précieuse Vierge et l'installèrent en place d'hon- 
neur dans leur petit temple. C'est en commémoration de ce fait, qu'on le solen- 
nise chaque année au 8 septembre. 

Depuis ce temps les habitants de Vigneulles sont désignés par le nom de pous- 
seurs ou mieux de poursuivants. Ceux de Barbonville sont dits: les moo-saulx 
(les mal-rassasiés). 

Barbonville (voir ce qui précède sur Vigneulles). — Une locution typique : 
On dit d'un homme intraitable, qu' « y fait comme 1 o tambour de Barbonville : 
(scander et rythmer) : Point, d'par, don ! Point, d^par, don ! » 



— 6 — 

Haussonville. — Voici en quels termes on apostrophait les habitants de ce 

village : 

Hoossonville, peuties gens, peutt affants, 

Blancs bonnats, têtes de couchenais ! 

Sain'T-Mard. — Les loups ! Le sens de ce sobriquet s'explique par ce que l'on 
dit de la fête communale de Saint-Mard : « Ça let fête ô veurriats ! » (c'est la fête 
aux verrous) ce qui indique de l'égoïsme chez les anciens habitants du lieu. 

Velle-sur-Moselle. — Les gens de mauvaise foi : En fréquents rapports avec 
leurs voisins de Tonnoy, les gens de Velle en auraient pris le caractère et les 
coutumes. 

Saint-Remimont. — Les tailleurs locaux, renchérissant sur le mode de coupe 
de leurs confrères des environs, donnaient aux basques de l'habit une longueur 
superflue, d'où le nom de grand' paches ! Celui de poères saches vient, tant des poi- 
riers sauvages qui ombrageaient le chemin passant à Herbémont, que de ceux 
— bien cultivés, ceux-ci — dont les habitants avaient tapissé la façade des mai- 
sons et dont ils faisaient sécher au four une forte partie des fruits, lesquels, ainsi 
préparés, servaient à guérir de la diarrhée. 

Neuviller-sur-Moselle. — Les loups : C'est le nom porté par la rue princi- 
pale, celle qui mène à Roville-devant-Bayon. 

ViLLACOURT. — Le nom à.'Ours, de nos jours encore « inséparé » de celui de 
la commune, ne doit pas être pris dans le sens d'hommes fuyant la société ; 

On sait que le bois de Villacourt n'est qu'un cantonnement de la grande forêt, 
dite de Charmes, laquelle donnait asile à des ours dont le dernier, tué par un 
chasseur en 1717, lut transporté en compagnie d'un chevreuil, à Neuviller, pour 
l'hôtel de S. A. R. 

Rosières-aux-Salines. — Les nombreux goitreux d'autrefois n'articulaient 
qu'avec des peines infinies les syllabes des mots. D'ordinaire, leur gosier 
n'émettait que le son confus de : Oua-oua. — Lors d'un voyage que fit, à Stras- 
bourg, le prince Louis Napoléon, les rosiéristes l'acclamèrent à la station du 
chemin de fer, en criant : « Vive . . . prinç . . . Louis . . . A . . . poléon ! — Vive . . . 
a gard'. . . ationale. . . dé Rouséééére ! » 

Dombasle-sur-Meurthe. — Les indigènes tiennent leur surnom de l'énorme 
caillou, cylindrique de forme et maintenant sérieusement écourté, qui sert de 
chasse-roue au coin de la rue CoUot. — Il n'est pas rare d'entendre un « Dom- 
balau » en déplacement sur un terrain calcaire, prétendre que le sol est inférieur 
de fertilité à celui caillouteux de Dombasle, ce qu'il exprime par ces mot : 
« Tot-ceu, let terre ne vô rin !... Y ny è-me seulemat in manre caillau ! » ( Ici, la 
terre est peu productive !... Elle ne contient pas seulement un mauvais caillou ! ) 



- 7 - 

Saint-Nicolas-du-Port. — Les gueulards (animaux sculptés de la corniche de 
la basilique) ont pu contribuer à doter les Portois du sobriquet de ce nom, mais 
on prétend aussi qu'il était anciennement d'habitude, parmi le peuple de cette 
ville, de beaucoup parler, bavarder, crier, sur des sujets de peu d'importance. — 
Les pâttireaux de Varangéville cherchaient noise à leurs voisins de la rive gauche 
en se réunissant en nombre pour leur crier sous le nez : 
Booyaî d'Senii'Colais, 

Tend tel ghieiile quand je / 

(Braillard de Saint-Nicolas. 

Ouvre ta g. . . (bouche) lorsque je !) 

SoMMERViLLER. — Le finage de Dombasle s'étendant jusqu'aux habitations de 
cette salifére localité, a servi de prétexte pour en désigner les gens sous le nom 
de Bancaoué (territoire coupé), mais il est une autre appellation d'un usage beau- 
coup plus fréquent, c'est celle de : les taureaux ou bien de : les brûlés, dont on les 
a gratifiés. 

A une date imprécise d'une époque où la superstition régnait souverainement 
parmi les manants, ceux de Sommerviller eurent toutes leurs bêtes à cornes 
malades pour avoir bu de l'eau du Sanon, eau contaminée par le chanvre qu'ils y 
avaient fait rouir. 

Un guérisseur proposa d'obtenir la cessation du mal en brûlant vif le taureau 
banal et en en répandant les cendres sur tous les représentants de l'espèce bovine. 
— Ce qui fut dit, fut fait, mais la tradition ne dit pas si l'opération fut suivie de 
succès. 

Valhey. — Les haut-huppés, les messieurs, les fringants, les coqs (comme à 
Einville) désignent des gens cossus, portant beau, bien heureux d'être « venus 
au monde après leurs pères » c'est-à-dire fortunés de naissance et exploitant des 
terres très productives et d'une culture assez facile, ce qui est le cas pour 
Valhey, Serres, Haraucourt et autres lieux dont le territoire fournit une pierre, 
offrant une cassure bleue, que l'on exploite pour fabriquer de la chaux hydrau- 
lique. 

Ceintrey. — Le nom de chardonnerets, dont les anciens ont, dès longtemps, 
fait application aux gens de Ceintrey, est justifié si l'on remarque les nombreux 
groupes de ces oiselets, voltigeant d'un chardon à l'autre, comme on en voit en 
traversant la Grande-Fin de Benney, laquelle comprend des terres de : Benney, 
Lemainville, Voinémont, Ceintrey et un peu Flavigny. Les nombreuses ^oh/o//«, 
qui en amènent au Madon les eaux et dont la charrue respecte les berges, don- 
nent à celles-ci l'humidité voulue pour la bonne croissance de plantes sauvages 
comprenant quantité d'échantillons du chardon de Lorraine. 



8 — 



PuLLiGNY. — Les loups sont ici les animaux en pierre, par la gueule desquels 
s'échappe l'eau des chanatles d'une ancienne habitation seigneuriale du lieu. Bien 
que ce nom ne doive pas être pris en mauvaise part, les pâtureaux de Pulligny, 
se rencontrant dans la prairie avec ceux de leurs voisins de Frolois, en ont été 
maintes fois invectives par ces derniers, ce à quoi les autres répliquaient en 
traitant de cochons ceux de Guise (Frolois) ; il s'ensuivait des batailles où les 
combattants se battaient comme pâtres (et non comme plâtre). 

Frolois. — Les femmes du lieu et même des villages environnants, s'en- 
tretenant en patois de Frolois, ne nomment pas autrement que « Guise » cette 
commune qui, à une époque lointaine, s'appelait Achain ou Acrain. 

On peut voir au moulin (autrefois seigneurial) une pierre gravée indiquant 
qu'en telle année t cette pierre a été posée, par mons. du Helder au nom de 
Mgr le duc de Guise ». 

PiERREviLLE. — L'élevage de l'oie s'est perpétué en cette localité au sol telle- 
ment pierreux qu'elle a pris le nom d'un dur minéral ; des jars (orth'mts) s'y 
voient toujours, comme dans l'ancien temps, à la tête de petites troupes de pal- 
mipèdes se rendant, d'une allure gauche, au Madon. lequel coule à quelques dé- 
camètres seulement des constructions. 

Clérey, — La commune fait sa fête au dernier dimanche d'octobre, en pleine 
saison de mortalité des mouches, ce qui a donné lieu au dicton « Y mingeront dx 
pa'Ué de mohhes t (Ils mangeront du pâté de mouches). 

Charmes-sur-Moselle. 



{Reproduction interdite). 



Vital Collet. 




Nancy. — Imprimerie Marcel Vagner, rue du Manège, 3. 

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Bourgeois, Hené 

Du mouvement communal dan 
le comté de Champagne 




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