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Full text of "Étymologies dites inconnues; solutions de problèmes"

HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 



/•7 5-^ 



ÉTYMOLOGIES 

DITES INCONNUES 



A 



LE PUY-EN-VELAY. — IMPRIMERIE MARCHESSOU FILS 



T. PAVOT 



ÉTYMOLOGIES 

DITES INCONNUES 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



»H&#<8f ^ 



PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1891 

Tous droits réservés. 



PRÉFACE 



De temps à autre, à longs intervalles, l'Étymologie 
refait un peu florès, mais c'est seulement dans quel- 
ques paisibles soirées où l'on tue les heures, en toute 
innocence, ali moyen des petits papiers, des charades, 
des rébus. 

Elle y est traitée avec autant d'égards que l'Ana- 
gramme, ou le Logogriphe; parfois même, on la 
préfère à toute autre Devinette et la raison de cette 
faveur, c'est qu'en dépit de sa mine réservée, elle 
est bien plus accommodante que la plupart des ques- 
tionneuses. 

Celles-ci veulent une réponse exacte; il n'en est 
({\xune à pouvoir cadrer, il faut trouver le m.oi juste, 
la vraie découpure qui comble un vide dans les jeux 
de Casse-tête. 

Avec l'Étymologie de salon , au contraire, le la- 
beur est presque nul. Quelqu'un sait, ou se rappelle, 
et, sur le texte proposé, satisfait aussitôt la curiosité 
générale. Ou bien, Science et Mémoire n'y peuvent 
rien, et chacun a recours à son ingéniosité. Les opi- 
nions se croisent disparates, sensées ou folles, se- 



PREFACE 



rieuses ou plaisantes ; toutes se donnant pour accep- 
tables, — plausibles, au moins, si le Dictionnaire 
consulté a renvoyé les plaideurs dos à dos, en décla- 
rant que le terme en litige est d'origine inconnue. 

Or, cette affirmation de l'oracle est si fréquente 
que, d'un accord tacite, on cesse de l'interroger. La 
récréation se continue sans lui, c'est bien plus amu- 
sant; on aies coudées franches, on peut faire con- 
currence à l'orateur qui s'écriait : « Sous la Monar- 
chie, on fit une Hécatombe, mais sous la République, 
on fait des Hécatombes et des Myriatombes. )> 

Et, alors, on entend un bachelier émérite abuser 
ainsi de son érudition : 

— De la part d'un chef, une Invitation est toujours 
un ordre à exécuter, — qu'on le veuille ou non. — 
C'est le sens du latin Invittis, Malgré soi. 

— Ouailles vient de Ouïr, et désigne les fidèles 
qui écoutent la parole divine. 

— Vendémiaire, mal écrit, est pour Yentémiaire, le 
Mois où il fait du vent. 

— Dans un auto-da-fé, on brûlait les hérétiques, 
et le genre du supplice est indiqué par ces deux 
mots : DA FE, Par le feu. 

A ces doctes visées combien est préférable la naïve 
conception d'un lycéen de huitième qui, ayant appris 
à décomposer Lundi en Lunœ dies, trouvait sur-le- 
champ que Jeudi était le jour... du jeu. 

Voilà, certes, de grosses bévues en matière de phi- 
lologie, mais elles échappent, d'ordinaire, à la cri- 
tique, n'étant imprimées nulle part, avouées haute- 



PREFACE m 



ment de personne, signées d'aucun nom fameux. 
Aussi, à vouloir, avec ses souvenirs tout seuls, en 
composer un recueil, Técrivain passerait-il pour en 
avoir inventé plus de moitié. Et, de toutes façons, il 
se pourrait encore qu'il se trouvât bien vite à court 
de sujets. 

Aucune de ces malencontres n'est à craindre si, 
pour rassembler de curieux spécimens, il s'avise de 
relire avec soin nos lois, décrets et ordonnances sur 
le Langage, sur un être essentiellement ondoyant et 
divers auquel ne conviennent point des édits auto- 
ritaires, des codes draconiens, des formules admi- 
nistratives. 

Ce n'est pas seulement aux métamorphoses des 
signes de l'Alphabet que sont limitées les Incohéren- 
ces de rÉUjmologie officielle. La confusion est si bien 
partout qu'il serait, notamment, facile de bâtir un 
gros livre où Ton montrerait, pièces en mains, nos 
législateurs rivalisant de fantaisie avec l'académicien 
de salon. 

Aussi aventureux que lui, mais hélas! imposant 
leur autorité au personnel entier de nos Ecoles, ils 
disent : 

— Habiller signifie : Disposer, Mettre en état, il 
devrait s'écrire Abiller car il dérive de Bille : Du 
bois préparé, c'est du bois en bille . 

— Laict, orthographe du xiv^ siècle est grotesque, 
et Lécher est une forme insolite, puisque la consonne 
c du latin Lact [eni) doit se changer en voyelle i. 

— Flageolet (Haricot) est un barbarisme, car la 



IV PREFACE 



première l est une Épenthèsc sans explication; le 
mot ayant pour racine Phaseoletus. 

— Amande a perdu la lettre l de Amygdahim, et 
cette éclipse de la consonne est tout à fait anormale. 

— Mets est le participe Missiim, la Chose que l'on 
envoie à son voisin de table. 

— Ce n'est pas le latin : Curare, Salix, Ludere, 
c'est le germanique : Warjan, Sala, Luoder qui nous 
a donné : Guérir, Saule, Leurrer. 

Autant d'affirmations inexactes. Dire, en particu- 
lier, que Mets est le latin Missum vaut autant que 
tirer Ouailles du verbe Ouïr. 

Un autre mot traité avec le même sans-gène, c'est 
l'adjectif Gonvers auquel on donne pour provenance 
le latin : Conversus, avec la signification de... Con- 
verti. 

Converti!!! Yoilà, pourtant, ce que doit savoir 
l'élève bien discipliné, et ce qu'il enseignera, une 
fois professeur, à moins qu'un ukase ne survienne 
qui lui enjoigne de réformer sa conviction sur cet 
article de foi. > 

Les mots français, ignorés de nos linguistes, ne 
sont donc pas exclusivement ceux qu'ils ont bien 
voulu avouer leur être inconnus; il en est beaucoup 
d'autres encore qu'ils disaient avoir pratiqués de 
façon très intime, et dont ils n'ont, cependant, su 
dresser qu^miQ fausse généalogie. 

A droite et à gauche, les lacunes à combler étaient 
si nombreuses, que tous nos efforts laissent très 
incomplète l'œuvre de réparation. Peut-être même 



PREFACE 



jugcra-t-on que nous n'avons presque rien fait, en ce 
sens. Qu'importe ! si, de plus, on estime qu il ne 
serait pas malaisé de faire infiniment mieux. 

Avoir suggéré cette idée féconde suffirait à notre 
ambition. 

T. Pavot. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



Abri. Étymologie inconnue. B. 

Ce mot a exercé la patience de nombreux linguistes. 
Nous ne reproduirons de toutes les tentatives infruc- 
tueuses que Fhypothèse suivante, citée par Jal. 

Pierre Pithou, dans ses « Comtes de Champagne et de 
Brie », dit : 

« Abri... qu'encore, en tout événement, je déduirais 
plutôt de Arbi^e, selon notre prononciation : Abre. » 

Ce n'est pas d'un Arbre, mais d'un Fruit que nous 
avions projeté d'obtenir le terme proposé. 

En espagnol, Abricot est Albaricoque^ ainsi composé : 
Al, article arabe Le, et Prœ-cocia en latin : Fruits primes, 
Primeurs, d'où notre adjectif Précoce. 

D'où il résulte que Albari, Al-prœ eiAbrn sont identi- 
ques et représentent la venue hâtive. 

Et là ne se borne pas le sens de la préposition Prœ. De 
même que l'anglais Forward, Précoce, elle indique aussi 
la précession matérielle, l'état d'un objet qui en dépasse 
un autre, comme nous dirions, ici et là, une Avancée. 

C'est bien l'idée qu'on se fait d'un Abri, mais nous pen- 
sons qu'il faut chercher ailleurs. Le portugais A ôri^o et 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



le provençal Abync semblent indiquer le latin Aprkus, 
dérivé de Apmrc ouvrir. A ô/'i serait donc plutôt une baie y 
et, avec ce sens, il n'est, pour nous, qu'une autre forme 
du mot Havre : celtique Abei^, anglais Haven, latin 
Habulum. 

Abri a fait régulièrement Abrier qu'emploie Rabelais 
et qui, d'après Littré, existe encore en marine pour Inter- 
cepter, en parlant du vent. 

A ôrifer est une forme euphonique, afin d'éviter l'hiatus; 
on a de même donné un t à Clou, Bijou, dans la compo- 
sition de Clou-t-ier, Bijou-t-ier, et de bien d'autres mots : 
Tabac, Tabatière, etc. 

Acariâtre, Bréhaigne, origines inconnues. B. 

A ces deux mots nous ajouterons Hernie, non point 
qu'ils aient tous trois une commune étymologie, mais 
parce qu'ils sont rattachés l'un à l'autre par l'idée conte- 
nue dans ce résumé d'une observation générale : 

« Le malaise physique a pour effet ordinaire d'indispo- 
ser l'esprit. » 

Les sujets atteints de Hernie se nomment Hernieux 
que Rabelais écrivait Hergneux, désignant aussi par là 
un caractère atrabilaire, dyscole. Acariâtre, ce que nous 
qualifions aujourd'hui : un Hargneux, dérivé du vieux 
verbe français Hargner, se quereller. 

Ce mot, pour les étymologistes, provient du haut 
allemand Harmjan injurier, mais Nysten dit ceci : 

(( Hargne, vieux mot qui signifie Hernie, d'où Hargneux ^ 
qui désignait les individus atteints de hernie et a été 
ensuite employé dans le sens de Soucieux, d'Acariâtre, 
parce que les maladies qui ont leur siège dans l'abdomen, 
comme la hernie inguinale, affectent en général vivement 
le moral des malades. » 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



— Passons à Bréhaigne, que nous croyons proche voi- 
sin, de toutes manières, de Tinfirmité susdite, le siège 
le plus habituel de la hernie étant la région Ingui- 
nale. 

Bréhaigne s'applique aux femelles des animaux quand 
elles sont stériles. Nous divisons le mot en deux parties 
Bré-haigne. La première est admise en linguistique (de 
même que Bes, Béy Bar)^ comme le signe d'un défaut 
quelconque du terme auquel elle est unie. Dans le cas 
présent, le point maléficié est encore dans la cavité 
abdominale, dans le flanc, ou l'Aine corruption du vieux 
français Aigne qui vient lui-même du latin Inguinem. 

Rabelais nous offre un mot identique : Meshaing, Cha- 
grin, ennui — et fatigué Estropié — puis le verbe 
Méhaigner. 

Le breton a Mahignet estropié. 

— Cette idée qu'un souci a pour cause ordinaire une 
gêne corporelle nous conduit aisément à l'explication 
d'Acariâtre fait avec Acarus comme Opiniâtre avec Opi- 
nion. « Il est méchant comme une Gale » vient à l'appui 
de notre conjecture. 

Accoté, origine inconnue. B. 

S'Accoter, disent les dictionnaires, c'est s'Appuyer par 
côté. D'où l'on pourrait conclure que le mot vient de 
Accoster, mais il n'en est rien, à voir l'indécision des 
linguistes dans leur enquête. 

Il ne faut donc pas songer à d'autres termes ayant quel- 
que ressemblance avec Accoter, comme Accolade, Accoin- 
ter; alors on propose Cotir, qui est, selon nous le latin 
Quatere Frapper, mais en faisant toutes réserves. 

II nous semble qu'à force d'éliminations, il ne doive 
plus nous rester de ressources que dans l'ancien verbe 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



Accoiser Apaiser, qui; réfléchi, signifle Se reposer^ résul- 
tat de S'accoter. 

Le Genevois a Cottey Appui ; le Franc-Comtois dit Coûte, 
très proche du Wallon Keut Coi, coite, latin Quietus, en 
Berry Coué. Le Picard a l'expression A Vcoyette, A l'aise. 

Le vieux français Accoiser paraît valoir Accoiter, forme 
aussi voisine de Accoter que Moine de Monacal. 

Accoutré. Étymologie inconnue. B. 

Contre, Couteau en avant du soc, vient du latin Cul- 
trum — et Être accoutré, c'est avoir une mise ridicule, 
des habits mal Taillés, ou sembler mal vêtu parce que . 
l'on est soi-même difforme, travaillé Au Couteau (Ad 
Cultrum), bâti à coups de hache ; sculpté à coups de 
serpe ; comme on dit vulgairement. 

Affre (peur), que l'ancien français écrivait Affre, vient 
du vieil haut allemand Eiver. B. 

Dans le cours de nos recherches, nous nous sommes 
heurté si souvent à des termes germaniques que nous au- 
rions fini, à les accepter tous, par croire que notre nation 
n'est pas latine. Nous ne croyons pas aux largesses des 
Teutons, et nous voulons essayer ici de séparer Affre de 
Eiver. 

Si nous ne réussissons pas, nous serons plus heureux 
une autre fois. 

Affre, Effroi et Effraie sont pour nous des mots de 
sens identique. 

Effraie est le nom d'un oiseau, nommé aussi Orfraie, 
latin Ossifraga, qui brise les os. 

Effrayer, qui nous paraît tenir à Effraie, se disait 
jadis ^/fro^er, d'où le substantif ^^roi ; mais dans ces 
formes on nous indique quelque chose, non pas qui 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



VOUS Brise , mais qui nous Glace , vous fait Froid. 

Nous restons sur la première idée. Elle rend fort bien 
compte de Tun des effets de la terreur qui est de vous 
Casser les os — Et Tétymologie n'a rien à y perdre. 

De Effroi il n'est pas malaisé de faire Aff're qui a même 
signification et peut, croyons-nous, rester en compagnie 
de Français. 

Agio. « Venu vers la fm du xvii** siècle de Titalien 
Aggio. Droit de change. » B. 

Rabelais emploie Agiaux ou Agiots au sens de vaines 
Cérémonies, Relique, colifichets de peu de valeur, ce qui 
nous reporte au grec Hagios, Saint, avec l'idée de prati- 
ques hypocrites et 77'a/?c d'objets de piété, ou de Simonie. 

Aigrefin. Origine inconnue. B. 

« Aigrefin. Nom d'une petite monnaie qui avait cours 
en France, il y a plusieurs siècles. — Se dit aussi d'un 
homme qui fait des dupes. » (L'abbé Tuet.) 

Le Glossaire de Rabelais donne Aigrefins pour Aigles 
fins, monnaie d'or marquée d'un Aigle. 

Il est possible que l'escroc ait reçu son nom de la rapa- 
cité de V Aigle et de la Finesse du renard. 

Quant au changement des consonnes liquides l et r, il 
est normal dans les deux sens : Crible, de Cribrum; — 
Rossignol de Lusciniola. 

Airelle. Origine inconnue. B. 

« Les fruits du Vaccinium Myrtillus. Linné, que l'on 
rencontre partout dans les bois, et que l'on nomme spé- 
cialement Airelles, sont de petites baies de la grosseur 
des merises, d'une agréable acidité. Aigrelettes. «Nysten. 

Cette saveur caractéristique du fruit nous fait supposer 
que Airelle vient de Aigre par un diminutif du latin Acris. 



6 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

ayant donné Aigrelle^ puis Airelle comme Aigronem et 
Aironem ont représenté Toiseau appelé d'abord Aigre 
puis Héron, qui a pour dérivé Aigrette. 

Aise. Origine inconnue. B. 

Il semble que ce mot exprime l'état satisfaisant d'une 
chose bien étayée, soutenue par des Ais, en latin Assis. 

La finale ; Aisj aise vient de Acem dans : IMais, niaise 
de Nidacem, et c doux égale ss ou x. 

Que l'on prenne Assem, ou Axem, on a le féminin sup- 
posé Aùe, Appui, soutien. Avoir toutes ses Aises : trou- 
ver ceci Aisé, cela Malaisé, se comprennent au sens de 
bien ou tnal établi. Et n'être pas A Vaise c'est, dans n'im- 
porte quelle condition physique, morale ou pécuniaire. 
Être dérangé, troublé dans son équilibre. 

Rabelais usait même du terme Malaisé pour dire : Mal 
fait, mal bâti, qui n'est pas d'aplomb. 

Ajonc. Origine inconnue. B. 

Nous n'avons rien trouvé dans Littré sur l'étymologie 
de ce terme. 

Il nous semble qu'on serait assez bien guidé en prenant 
le lalin Aduncus, crochu, le qualificatif à^ Épineux s'ajou- 
tant presque toujours au mot Ajonc. 

On enseigne que j égale di. De cette façon, Aduncus, 
pour venir jusqu'au français, passerait par Adiuncus. 

Soit! mais nous ne ferons pas, de i voyelle la consonne 
j. Nous préférons sans que l'étymologie y perde rien, 
admettre la permutation de d kj, ce qui revient à laisser 
tomber la voyelle ajoutée et à tirer directement A^onc de 
Aduncus. 

Aliboron. Origine inconnue. B. 

Dans les « Matinées Senonoises » de l'abbé Tuet, et le 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



Dictionnaire de Litlré, on ne trouve que Tanecdote de 
Tavocat qui avait grossièrement fait de Alibi — un géni- 
tif Aliborum. De là, le mot français au sens d'ignorant, 
&\\ne. 

Littré ne donne cette petite histoire qu'avec toutes ré- 
serves, parce que, dit-il, le mot a aussi pour rôle de dé- 
signer Unj)ersonnage important. 

Cette idée pourrait bien tenir, si laconiquement énon- 
cée, à une simple réminiscence d'une fable de La Fon- 
taine où maître Aliboron, chargée de reliques 



S'imagina qu'on l'adorait; 
Dans ce penser il se carrait. 



AUboron est employé par Rabelais (livre 3, chapitre 20) 
et n'y a pas d'autre signification que celle d'Ane, d'igno- 
rant — celle que nous attachons aujourd'hui à Olibrius. 

Il est fort possible qu'il soit de la composition du grand 
Tourangeau qui, en qualité de polyglotte, n'aura pas été 
gêné de le composer avec des termes arabes — Ali (nom 
propre) et Boron'l Bête de somme, ou Chameau. 

Cette hypothèse nous est suggérée par l'étymologie que 
donne Littré, de Bouracan : Étoffe en poil de Chameau : 
Bourouk (d'un verbe Barak, s'agenouiller, attitude de 
l'animal quand on le charge). 

De Bourouk est peut-être né le latin Burricus^ relevé 
dans Isidore de Séville comme origine de Bourrique; 
encore une des appellations de maître Aliboron. 

Cependant nous donnerons plus loin une autre explica- 
tion pour Bourrique^ — et qui, du reste pourrait conve- 
nir d. Bourouk., car nous avons déjà vu un mélange d'a- 
rabe et de latin, à propos à' Abri. 



8 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Alléger. « Du latin Alleviare, puis Allevjare^ et par 
chute du V : Allejare d'où notre verbe. » 

Telle est Topinion de Fauteur du Dictionnaire étymo- 
logique. Nous pensons autrement. Le latin est Allevar^e 
et, pour nous, il y a tout simplement mutation du v en 
G (Gaînede Vagind). 

Nous prendrons un autre mot ayant légitimement la 
voyelle i, soit : Servientem. 

D'après la règle qui veut que la brève placée avant la 
tonique disparaisse, nous avons Serventem^ qui donne 
Servant^ et Sergent lettre pour lettre. 

Les finales Ant et Ent sont égales, venant toutes deux 
de la forme Eniem. Exemples : Ayant, de Habenlem^ Pru- 
dent, de Prudentem. 

Le G de Sergent n'est donc point par métamorphose 
d'uni disparu, mais par transformation normale du v de 
Serventem^ ce qu'il nous fallait établir. 

Aloyau. Origine inconnue. B. 

La masse des muscles qui donne V Aloyau est logée 
dans le creux que forment, des deux côtés des lombes, 
les saillies des apophyses épineuses et transverses. 

Recouvert par une aponévrose résistante, ce maniement 
nous parait avoir été nommé Aloyau de ce qu'il est em- 
prisonné. Emboîté, et répondrait aux deux mots latins 
Ad-Locellum, qui est Bans une bourse. 

Ce diminutif de Locus vient de Locare d'où le français 
Loyer, et Loger. 

Quant à la préposition Ad, elle est représentée par Al 
dans Rabelais qui écrit Alloyaudiers, Bons viveurs, ou 
Frères de V Aloyau. 

Altérer. Comment et Pourquoi Altéré a-t-il passé du 
sens de Changé à celui de Avoir soif? B. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 9 

Ce point, resté obscur jusqu'ici, peut être éclairci de la 
façon suivante : 

Parmi les expressions, toutes expliquées, dans lesquel- 
les Boire est suivi d'une comparaison : Boire comme une 
Éponge, un Templier, etc.. il en est une dont n'importe 
qui admet, sans examen, le bien-fondé; c'est : Boire 
comme un Saunier. 

Dans les Marais salants, on n'est pas plus un biberon 
qu'ailleurs, mais la soif provoquée par le Sel, fait suppo- 
ser qu'à vivre au milieu d'une atmosphère saturée de ce 
condiment, on est toujours disposé à lever le coude. 

C'est aussi par motif de Salure que Gargantua justifiait 
son appétence pour la dive liqueur. 

« Ponocrates remontrant que c'était mauvaise diète 
ainsi boire après dormir ; c'est, répondit-il, la vraie vie des 
Pères, car, de ma nature, je dors salé. » 

Et, par de copieuses libations, il se Dessalait, il se Dé- 
saltéraity il revenait à sa première condition, — ce que 
n'a jamais pu faire la femme de Loth Altérée, ou Changée 
en statue de Sel. 

Or, Nous avons soif, précisément lorsque les Sels de 
l'organisme sont, par déperdition de liquides, à l'état 
concentré dans le sang qui est Changé dans sa composi- 
tion normale ou altéré, les deux termes étant égaux de 
quelque façon qu'on les entende. 

Amadouer. D. Amadou. En Italien Ad Escare, venu 
deFsca, qui, de même qu'en latin, signifie Appât et Ama- 
dou. Cette comparaison de métaphores justifie l'origine 
du mot, bien qu'on ne puisse pas l'expliquer. — B. 

Le problème n'est pas insoluble. 

Le Bolet, champignon de la section des polyporés, 
comprend plusieurs espèces, parmi lesquelles : le Boleius 



10 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Agaricus, ou Bolet Amadouvier, et le Bolet Comestible (le 
cèpe) ou Boletus Esculentus. D'où le rapport de sens entre 
Appât et Amadou. 

D'autre part, Amadouer en Argot, signifie se grimer, 
parce que, jadis, les gueux usaient de ï Amadou pour se 
jaunir le teint, ce qui apitoyait les passants, les leurrait, 
les Appâtait. 

Amalgame. Origine inconnue. B. 

« Ce mot représente Algamala, nom corrompu du Mer- 
cure des philosophes. Le vrai terme est Algali » Glossaire 
de Rabelais. 

Ce qui confirme cette version, c'est que Algali se 
trouve dans le nom ô-'Algarotliy inventeur d'un oxychlo- 
rure d'antimoine qui était aussi appelé Mercure de 
vie. 

Il y a là une rencontre qui n'est pas très rare entre le 
nom d'un homme et quelque objet de sa profession, ou 
cette profession elle-même ; par exemple, être Ecrivain ei 
s'appeler Scribe. 

Amande. Étymologie connue. 

Le latin Amygdalum a donné deux formes en français : 
Y une, Amygdale, baptisée savante, parce que, pour l'ob- 
tenir, les lettrés sont allés contre les règles qu'ils avaient 
posées en transportant la tonique de y sur a ; l'autre 
est Amande qui étonne les linguistes, parce que l'on ne 
s'explique pas que l ait disparu, bien qu'ils sachent que 
la consonne finale ne persiste pas toujours; Abbé de 
Abbatem. 

Il reste donc Amygda, faisant Amagde par équivalence 
de Y ou I avec a : {Sans de Sine) — puis : Amade, par 
chute duc; comme dans Madeleine, de Magdalena. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 11 

Et Amade est devenu Amande par intercalation de n, 
de même que pour : Langouste, de Locusta. 

Amphigouri. Origine inconnue. B. 

Rien que par son préfixe, le mot dénonce sa prove- 
nance grecque. En français, il indique quelque chose de 
décousu, qui n'a ni queue ni tête, qui tend à droite et à, 
gauche : Amphi. La finale est Guros, Tour. Elle a donné 
Giron, Gironné, Girandole, Girie, Girouette, et aussi cette 
forme de verbe Virer. 

Un discours burlesque, fait de bric et de broc, est un 
Amphigou7'i. 

Amure. Origine inconnue. B. 

Il s'en faut de beaucoup que les termes usités dans la 
marine nous soient en majeure partie venus de Tétran- 
ger. Il en est dont Torigine se trouve, comme le fonds 
même de la langue française, dans le latin. 

Quel que soit le nom du cordage, Amwer a le sens de 
fixer une manœuvre à un point résistant, et à la seule 
inspection du mot, on a de suite cette idée qu'il veut dire 
attacher au J/wr. C'est d'autant plus rationnel, semble-t- 
il, que le point d'amure des voiles principales est porté à 
la muraille du bâtiment. 

Cependant Jal abandonne cette étymologie ; à Munis 
il préfère Mora^ du verbe Morari s'arrêter, considérant 
plutôt le résultat obtenu; la Fixité^ que le point de Fixa- 
tion. 

Il nous semble que cette manière de voir confondrait 
presque Amure et Donnant^ et l'un des termes devien- 
drait inutile. 

Andouiller. Origine inconnue. B. 

On appelle ainsi le bois du cerf, et le mot nous semble 

2 



12 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

correspondre à un composé latin : Ante Oculum, débor- 
dant rœii. 

Ouil est une forme régulière de Oculus, bien qu'elle ne 
soit pas indiquée dans ses vingt ou vingt-trois dérivés 
français, — et nous croyons Oculus en composition dans 
Andouilkr, par suite du synonyme anglais Antler. Selon 
nous, la finale Ler esiLeer, œillade. 

De cette façon, il y aurait exacte correspondance entre 
les trois thèmes : Latin, Français, Anglais. 

« Anicroche. Au seizième siècle Hanicroche. On le 
trouve dans Rabelais au sens de pique à crochet. L'éty- 
mologie de ce mot est inconnue ». B. 

Hani qui est inexpliqué est une autre forme d'un mot 
également employé par Rabelais, avec le sens de Crochet, 
cesiBaim, aujourd'hui Hain, de Hamus hameçon. 

Cela concorde avec la définition du terme wallon : 
« Hanicroche^ clou courbé à deux pointes. » 

Antilope. Origine inconnue. B. 

« Antilope^ de Antholops, animal inconnu dont le nom 
a été appliqué par les modernes à l'Antilope (de Anthos, 
ileur, et Ops^ regard) à cause de l'œil qui est, dans cet 
animal, d'une grande beauté, — genre de ruminants au- 
quel appartient la Gazelle. » Nysten). 

Bien que l'auteur considère cette étymologie comme 
une pure hypothèse, nous l'acceptons en faveur de la 
Gazelle, si chantée par les poètes. 

Antimoine. Origine inconnue. 

(( On a supposé à tort que le nom de ce métal venait 
de l'action énergique et funeste qu'il avait eu sur des 
Moines qui en étudiaient les propriétés. Il paraît être une 
altération assez facile d'ailleurs de larabe Athmoud 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 13 

antimoine, dont la forme propre est Ithmid, A son tour, 
Ithmid paraît une corruption du grec Stimmi. » (Nysten). 

Il est au moins certain que des moines se sont beau- 
coup occupés de cette substance, car le Kermès, une sul- 
fure d\A7îtimoine, préconisée par des Religieux, se nom- 
mait Poudre des Chartreux, bien que découvert par 
Olauber. 

C'est l'histoire (?) du mot Amérique^ dont par ailleurs, 
un des noms de TÉmétique reproduit un exemple en 
raccourci. Ce médicament est un tartrate double de Potasse 
et (ï Antimoine, mais on l'appelle couramment tartre 
Stilné, sans plus faire mention de la Potasse. Stibié est 
la traduclion française de Stimmi Antimoine. 

Ardillon. Origine inconnue. B. 

« Ancienne orthographe Hardillon petit bâton, puis 
tige, — diminutif de Harde Bâton » Littré. 

Il est à supposer que notre adjectif ^arrfi est de même 
origine, si l'on songe à Tarme naturelle des seigneurs de 
grand chemin, qui sont gens Hardis, munis d'un gour- 
din. 

A l'Article Hart, nous retrouverons A?'o?i//on. 

Ardoise. Origine inconnue. B. 

Il est peu de produits naturels utilisés par Tliomme 
qui n'aient dénommé quelque localité, surtout quand ces 
matériaux s'y rencontraient en abondance. 

Les Eaux, les Bois, les Pierres ont joué un grand rôle 
en ce genre, et M. Cocheris nous dit que l'Ardoise était 
en bas-latin Ardesia. De là sont venus : Ardisas (Gers). 
V Ardoise (Loir-et-Cher), et Ardo'tx (Ardèche). 

Le nom de ce dernier département appartient sans 
doute à la même famille. 



14 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Littré indique aussi le bas-latin Ardesia, et d'autres 
termes parmi lesquels le plus remarquable, à cause d'un 
rapport de coloration, est le mot normand Ardenne qui 
voudrait dire : Bluet. 

Argot. Origine inconnue. B. 

D'après ce qu'en dit Littré, toutes les probabilités sont 
pour Argutiis subtil, qui nous a donné Argutie ; l'ancien 
français avait Aî^gu querelle. 

Il ajoute : « Argot est le même que Ergot. » — Ceci 
dérangerait un peu l'habitude qu'on a généralement de 
rapporter ^r^/o^er kErgo Donc ! qui est l'aiguillon quand 
on discute. 

Au lieu de dire Argot, on prononce aussi, dans un cer- 
taine monde, Arguche et Arguce que M. Delvau explique 
par Argutie, ajoutant cette réflexion : « Nous sommes- 
bien prêts de l'étymologie véritable de ce mot tant con- 
troversé ; nous brûlons, comme disent les enfants. » 

Le latin Argutiœ donne Arguce comme Prudentia,, 
Prudence. 

Et l'adjectif Argutus fait Argot par chute de la finale : 
Bon, de ^ont/^^ et changement du u en : Ortie, de Urtica, 

Il faut noter que t suivi d'une voyelle peut donner c 
puis passer à ch. D'où Arguche pour Arguce. Nous ren- 
contrerons plus d'une fois ces transformations. 

Argousin. Surveillant, autrefois A /^o^aw5, corruption 
de l'espagnol A /^wazi/. B. 

II serait possible de faire venir le mot du latin. Consi- 
dérant que la fmale in s'ajoute à beaucoup de noms 
comme diminutif : Eagotin, Fortin etc. On aurait ici pour 
thème principal : Argous qui est la prononciation latine 
de Argus^ l'alguazil aux ordres de Junon. 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



On dit aussi que Alguazil est probablement A/ Vizir^ 
Le Vizir ; un des principaux officiers du Grand Seigneur. 

Armet. Origine inconnue. B. 

Arme est un de ces mots qui ne désigne rien d'une façon 
spéciale et qui s'applique à tout moyen, matériel ou non, 
pouvant servir à Tattaque ou à la défense. Par exception 
pour la tète qu'il était surtout important de protéger, on 
a fait le diminutif Armet, comme si Ton voulait dire que, 
de tout l'équipement, cette pièce fut la seule à mériter 
vraiment de s'appeler une Arme. 

Atre, c'est la partie de la cheminée où l'on fait le feu. 

Il parait que, jadis, on écrivait Asire ce qui rend 
compte de l'accent circonflexe dans âtre, de même que 
pour Pâtre, de Pastor. 

Notre mot viendrait donc de A^^rwm, Astre. Ce qui brille 
est une idée très naturelle pour désigner l'endroit où est 
la flamme. Mais, par grand amour de l'allemand, on est 
allé chercher un thème Astrih, dallage et, d'après cette 
trouvaille, Astrum serait égal à Pavé, 

C'est trop de complaisance. Que l'A ^-e soit d'habitude 
garni de pierres, soit! mais vouloir que, par cette consi- 
dération, Astrum puisse signifier : Caillou, c'est tout-à- 
fait inadmissible. 

Nous irons plus loin. Sans nier la valeur de Astrum, et 
de l'ancien français Astre, dont le sens absolu comme Lu- 
mière n'aurait besoin d'aucune aide exotique, nous dirons 
que nos préférences sont pour Atrum, noir, qui a fait 
Atria, Attires d'un logis, ainsi orthographié : Êtres, avec 
un accent que ne justifie pourtant pas le latin. 

Nous verrons, du reste, k Bastingages le peu d'impor- 
tance que Littré accorde à cette ponctuation. 



16 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Les AUres d'une maison ne sont autre chose que les 
Aires. Les différentes pièces habitables ont été nommées 
d'après un de leurs détails, comme Chambre, qui est sim- 
plement la Voûte de l'appartement, ou Caméra, la partie 
Cambrée. 

L'adjectif Atrum, noir, est le qualificatif obligé de la 
place Brunie par la fumée, et, si nous avons cette expres- 
sion : Faire une croix (une Craie) à la cheminée, c'est 
que sur un fond assombri, la marque Blanche était plus 
apparente qu'ailleurs. 

Bien qu'ils soient usités l'un pour l'autre : Atre, Foyer 
et Cheminée diffèrent essentiellement : VAtre est le point 
taché par la combustion, le Foyer, c'est le feu, et la Che- 
minée, le conduit pour la fumée. 

Attacher et Attaquer sont un seul mot. « Cette dou- 
ble forme provient du mélange de dialectes voisins au 
moyen-âge, et les verbes avaient les deux sens de Fixer 
et d'Assaillir, on disait aussi bien Elle Attaque au mantel 
une riche escarboucle que ; Ils s'Attachent à V ennemi. Du 
reste, s' Attaquer à Qi s'Attacher à sont identiques. » B. 

Plus tard, les simples Tacher et Taquer se sont partagé 
le terrain pour arriver aux significations actuelles : En 
marine Taquer c'est amarrer à un Taquet. 

« Un des sens primordiaux de Tache, petit clou, a dis- 
paru pour survivre dans Attacher. D'autre part, il n'est 
pas douteux que Tache, ce qui salit, ne soit une autre 
face du mot au sens de ce qui fixe ou se fixe. » Littré. 

Nous avons pris soin de résumer ces opinions parce 
que, en définitive, l'origine de Tacher est signalée inconnue. 

Une telle déclaration nous surprendrait si nous n'étions 
déjà convaincu de ceci : 

Nos étymologistes s'absorbent, se cantonnent dans 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 17 

Tétude d'un terme, pris isolément, et s'en préoccupent à 
ce point qu'ils font abstraction de leurs propres décou- 
vertes sur des sujets plus ou moins distants. 

Attache?' et Attaquer ne sont pas le seul doublet révélé 
aux lecteurs de leurs ouvrages. Allaiter et Allécher sont 
dans le même cas, mais Allécher est noté comme une 
forme tout à fait insolite. 

Nous pensons autrement et nous aurons plus d'une fois 
recours à cette permutation du c, réduction de ct, en 
CH, dont les linguistes auraient pu faire un légitime pro- 
fit, bien avant nous. 

Pour le moment, usons de ce qu'il nous ont appris. 

Attaquer égale Attacher^ et Allécher a même valeur, en 
philologie, que Allaiter, ce dernier ayant gardé le t, et 
l'autre le c, du groupe de consonnes ct. 

En conséquence. Tache a pour origine Tacta, Touchéy 
la Tache étant alors la marque laissée par V Attouchement. 

Tacta, réduit à Taca^ donne Tache : c étant égal à cii 
(Chien, de Canis). 

Atteler, Dételer, proviennent d'un radical Teler dont 
l'origine est inconnue. B. 

Teler représente, pour nous, le Telum latin, le trait 
qu'on lance, la Flèche. Or la flèche est aussi, chez nous, 
le Timon d'une voiture, et avec les prépositions : Ad ou 
De, on fait de Telum les deux sens : Atteler ou Dételer. 

Littré repousse cette explication, bien qu'il cite Prote- 
lum, attelage, parce qu'on ne trouve nulle part dans les 
textes Attelum, il préfère l'ancien mot Astelle, aujour- 
d'hui Attelle, pièce de bois formant le collier des chevaux. 

Aubaine. Droit de succession aux biens d'un Aubain 
(étranger non naturalisé). L'origine du mot Aubain est 
inconnue. B. 



18 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

La définition même de Aubaine nous dit d'où est venu 
AuBAiN. — C'est le latin Advena. 

Ici, A initial donne au, comme dans : Autour de Astur 
Le groupe de consonnes d v, s'est réduit à v, de même 
que ST s'est amoindri à t. v est égal à b : Vervex, Brebis. 

Donc Advena. ou Avena, représente Aubain très régu- 
lièrement. 

Aube, palette de roue hydraulique. Origine inconnue. B. 

(( Aube d'un bât. Carcasse d'un bât, faite de bois blanc. » 
(Glos. de Rabelais.) 

C'est le même bois qui servait à faire les Aubes de 
moulins à eau, et peut-être aussi les Auvents. 

Aube vient de Alba^ par changement de a en au, et ré- 
duction de deux consonnes à une seule : Sujet de Subjec- 
tus. 

Aumusse. Origine innconue. B. 

(( Aumusse en provençal Almussa, bas-latin Amucia, 
suédois Mœssa, hollandais Muts de l'ancien verbe Muozan 
Couvrir, Orner, » — Littré. 

On écrit Aumusse ou Aumuce à la mode provençale ou 
à la façon latine. C'est une fourrure que les chanoines 
portent sur le bras, mais il est un mot latin; Amictus, 
Amict, désignant en français le linge que le prêtre met 
sur ses épaules pour dire la messe. Bien que, de nature 
et d'emploi, V Amict diffère de V Aumuce, nous ferons venir 
ce dernier terme du même Amictus, parce que celui-ci 
était usité chez les Romains à propos de toute espèce de 
vêtement ou de parure. 

Et puis, parce que ce n'est pas une difficulté de linguis- 
tique ; 

A = AU : Saule, de Salix — i =: u Fumier, de fima- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 19 

rium — CT se réduit à c : (V. Attacher) — us, finale = e ; 
Tage, de Tagus. Donc A7/iic^M5 = Aumuce. 

Aune. Mesure, anciennement A/?îe, du gothique Aleina 
Aune. B. 

Les premières mesures dont Thomme se soit servi se 
rapportaient à quelque partie du corps, et Ton dit encore 
aujourd'hui : un Pied, un Pas, une Enjambée; mais le 
membre supérieur, qui s'appliquait plus aisément que 
l'inférieur aux objets à contrôler, était d'un emploi plus 
fréquent ; d'où les expressions courantes : un Doigt, un 
Pouce, une Poignée, un Empan, une Coudée, une Brasse... 



La Brasse valait cinq pieds ou 1™65. En défalquant 0"* 45, 
largeur du torse d'une épaule à l'autre, il reste i'^SO, (une 
Aune) pour longeur des deux bras, ou O^'ôO (une demi- 
aune) pour un seul, et, dans certaines localités, le peuple 
appelle encore son bras, sa Demi-aune, 

Or, en latin, Ulnœ, arum (pas de singulier) veut dire 
Les bras. Ce pluriel qui mathématiquement pourrait se 
traduire par le substantif A wwe^ semble en être également 
la raison étymologique. 

C'est d'un pluriel aussi, Brachia que, par transforma- 
tion normale, nous est \enu Brasse, autrefois Brace. 

Ulnœ fait Aune par un changemant de u en au, qui 
n'est indiqué nulle part, bien que Fauve soit le latin 
Eulvus. 

La consonne l, première du groupe ln, tombe comme 
dans : Aube, de Alba, et nous avons Aune de Ulnœ, avec 



20 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

une explication acceptable partout, et qui permet de 
laisser à l'écart le gothique Aleina, couramment accepté 
comme générateur du français Aune. 

Auvent. Origine inconnue. B. 

Auvent « en bas-latin Auventus et Aventus, ou Ante- 
vanna, en provençal Anvan; la première syllabe an étant 
la préposition ANTE ». Littré. 

Disons tout d'abord qyjiQAntevannay Qi Anvan traduisent 
bien Tidée qu'on se fait de ce petit toit qui est un Van ou 
une Vanne en saillie, mais Antevanna ne peut être la 
traduction de Auventus. A la rigueur, au serait égal à 
ANTE, que Vanna ne se relierait par à Ventus. 

Ce sont donc là, avec des signification pareilles, des 
termes dissemblables. 

Puisque Auventus et Aventus ne sont que du bas-latin, 
nous aurons mieux en i^renani Adventus qui, pour TÉglise, 
est VAvent. Ce qui arrive, ce qui s'avance. 

Albentem, Bois blanc^ peut donner Auvent, aussi nor- 
malement que Adventus ; l ou d tombant comme première 
du groupe de consonnes, etB étantégalàv; Fève de Faba. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 21 



B 



Babouin. Origine inconnue. B. 

Nous avons toute une série de mots de la même famille, 
se rattachant, soit au grec Bambdino, Bégmjer, — soit au 
latin Babœ, interjection d'étonnement, soit enfin à une 
onomatopée admise ^omv Babil. 

Ce sont : Babou, jeu d'enfants qui se font la moue, — 
Bébé qui est en anglais Babe et Baby, — Bambin, — Ba- 
bine et Babouine, les Lèvres chez les singes, les chiens, 
les ruminants, — ei Babouin un singe. 

« En Bourgogne, dit Littré, ce dernier terme désigne 
un Enfant au berceau. » 

Ce n'est pas le seul rapprochement que nous verrons 
s'établir entre l'homme et l'animal. 

Bâche. Origine inconnue. B. 

D'après Littré, il existe un mot normand Bâche, voulant 
dire Grosse Toile. Mais les bâches en Toile sont d'emploi 
récent, c'est de Cuir qu'on les composait généralement, 
et il en est toujours ainsi dans les contrées qui ont encore 
des diligences. C'est la peau tannée des ruminants qui fai- 
sait les Bâches, et l'écolier a peut-être raison d'appeler la 
valise où il met ses livres une Vache. — Bâche vient de 
Vacca, de même que Bachelier, et Baquetie, en Gascon, 
pour « Vaquette, monnaie du Béarn, marquée d'une 
Vache. » Rabelais. 

Quand à l'accentuation de a, elle semble peu impor- 



22 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

tante, vu le grand nombre de cas, où cette forme grave 
n'est commandée par rien dans le latin original. — Bâcler, 
par exemple, dérive de Baculare. 

N. Nous avons déjà trouvé le son de c doux (égal à s) 
passant à en. Nous arrivons maintenant à que — de Vache 
à Vaque. 

Bagarre. Origine inconnue. B. 

Littré ne donne point d'étymologie pour ce mot; il 
s'étonne seulement de l'incorrection avec laquelle cer- 
taines personnes l'emploient, le faisant masculin. « Il 
s'est trouvé dans le Bagar. » 

Cette physionomie n'est peut-être irrégulière qu'en 
apparence, il semble que le terme ainsi écrit est Bazar, 
qui a le sens de Tapage et auquel on pourrait aussi ratta- 
cher Bagou, la loquacité des marchandes. Le g et le j sont 
consonnes de même ordre. Ce sont des gutturales, ce 
qui ne les empêche point d'être en relations suivies avec 
la dentale z ; Jaloux, de Zelosus, — Gimgembre de Zin- 



II n'est donc pas impossible que Bagarre et Bazar soient 
le même mot. 

Baguenauder. Origine inconnue. B. 

C'est s'amuser à des choses vaines et frivoles. 

De là deux sens ; Perdre son temps — et Tuer le temps. 

On pourrait, pour la première acception, tirer le mot 
du latin : Bacca, Bague, et de l'espagnol Nada, Aucune. 
Ce serait alors, au jeu de Bagues, n'en avoir enfilé pas une 
seule. 

Mais il est facile de réunir les deux idées au moyen d'une 
récréation dont le Dictionnaire de Littré ne parle pas. 

Baguenauder, c'est manier un Baguenaudier, un petit 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 23 

jouet composé d'une tige métallique double, sur laquelle 
il faut embrocher une série d'anneaux, de telle manière 
qu'ils composent une Chaîne. 

Notre verbe vient alors de deux mots latins : Bacca, 
Bague et Nodare, Nouer. 

Équivalence de o et de au : [Orum et Aurum). 

Balafre. Origine inconnue. B. 

Rabelais dit BerlaffSj nous en concluons que ba et ber 
sont ce préfixe péjoratif que nous avons vu pour Bréhaigne. 

Lafre, c'est le latin Labra, Lèvres, par permutation 
entre les labiales, comme pour : Suif de Sébum. 

La balafre, qui est « une entaille dans le visage », 
est donc une bouche Mal faite, on Méchamment dessinée. 
Et quand, de nature, cet orifice est trop grand, on dit 
communément que c'est un Coup de Sabre. 

Balance. Du latin Bilancem, balance B. 

Balance se disait aussi Libra, venant de Libella, Niveau. 
De cette façon, le même mot a désigné l'instrument de 
pesage et l'ancienne unité de poids, la Livre. 

Équilibre : — Poids égaux. 

Balise. Origine inconnue. B. 

Étant connu que p latin donne b; Double de Duplex, 
nous rattacherons Balise — en marine Pieu indicateur 
— à Palus, et il représentera une forme féminine 
de notre mot Palis, clôture faite de Perches ou d'écha- 
las. 

Balle. Boule, du vieil allemand, Balla, (même sens). B. 
C'est une aubaine que nous rechercherons toujours, 
d'écarter de chez nous l'Allemand. 
Ici, que lui devons-nous? Pas le Mot, assurément. 



24 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

11 vient du latin Baculus, Bâton. La proposition peut 
sembler singulière, le vrai a souvent cette apparence. 

Établissons d'abord, pour les philologues, que nous ne 
faisons pas erreur. 

Baculus fait régulièrement Baclus; le groupe cl donne 
LL, comme son pareil gl dans Veiller de Vig'lare. Donc : 
Ballus = Balle. 

Et maintenant, pourquoi Bâton mène-t-il à Balle? C'est 
parce que Baculus, pièce de bois, fait : Bille, Tronc d^ar- 
bre ou Branche, de là ; Billot, et que, réduite encore, 
autant que Ton voudra, la substance ligneuse sera tou- 
jours une Bille, même façonnée comme une Balle, pour 
enfants ou pour hommes. Balle et Bille sont égaux. 

Balle, d'avoine. Origine inconnue. B. 

La racine de Balle est la même que celle de Paille, 
latin Palea. 

Paille <( tige desséchée des graminées céréales — et 
Enveloppe florale des graminées, séparée du grain ». 
Littré. 

Nysten écrit Baie, Bâle, Balle et dit : « Plusieurs auteurs 
donnent le nom de Balle à la réunion de toutes les écailles 
ou Paillettes qui environnent ou renferment les organes 
sexuels de chaque fleur graminée; telle est la Balle 
d'avoine. 

Palea donne Balle, par changement de p en b, et addi- 
tion d'un L comme dans : Feuille, de Folium. 

Bancal. Origine inconnue. B. 

A Bancal nous joindrons Bancroche qui est synonyme, 
et qui nous a aidé dans nos recherches; en ce sens qu'il 
nous a permis de mettre un peu d'ordre dans notre 
examen, et nous a conduit, crovons-nous, à la solution. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 25 

En admettant Bancal égale Bancroche, Cal = Croche. 
Il s'agit de jambe torse, et Croche donne à supposer que 
Ban est le substantif. 

Nous sommes confirmé, tout d'abord, dans cette idée, 
par Littré qui cite l'allemand Bein Jambe. Alors, Cal 
voudrait dire Tordu; mais il est impossible de lui trouver 
une telle signification en français. 

L'anglais nous donne Bandy-Legged, qui a les Jambes 
de travers. Avec cette leçon, il y a transposition com- 
plète, c'est maintenant Cal et Croche qui représentent le 
substantif, et Ban, la déviation. 

Dans le Midi, Ban-ban c'est un Boiteux, et un Bambin, 
n'est pas solide sur ses jambes qui Bégaient, ce qui est, 
en grec, le sens de Bambaïno. Une légère ressemblance 
dans la prononciation nous fait passer de Croche à Tan- 
glais Crutch, Béquille, et Quille de travers nous semble 
une traduction très passable de Banci^oche. 

Enfin, nous nous arrêtons à cette pensée, en voyant 
que Cal, masculin, et Cale, féminin, peuvent toujours 
avoir le sens à' Appui, de soutien, ce qui est l'office rendu 
par \di Béquille, et le rôle principal que jouent les ^amôe*. 

La philologie pure protestera peut-être contre cette 
restauration d'un Écloppé, mais nous essaierons encore, 
et par des procédés semblables, d'en remettre quelques- 
uns sur pied. 

Baratte. Origine inconnue. B. 

(( L'ancien français avait Barate, agitation ; en breton 
^«r»:: c'est un baquet. » Littré. 

Diez rattache Baratte à Baraterie, par le sens d'Agita- 
tion, de désordre. 

Dans Rabelais, Baratter c'est Tromper, Frauder, Fri- 
ponner; on y trouve aussi Baratteur, et Barat. 



26 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



L'anglais a Barter, Trafiquer, Troquer. Le passage se 
fait facilement d'une signification à l'autre. 

Nous essaierons de relier ces différents termes au latin 
facere, faire. 

Un Baratteur, ou A Barter est un Faiseur. Les con- 
sonnes initiales F et b sont de la même famille ; cela nous 
permet de considérer comme équivalents, au sens de 
Tripotage, de mouvement excessif, et par conséquent de 
désordre ; Baratter, et Farasser, ou Faradasser. 

Cette dernière locution n'est inscrite dans aucun voca- 
bulaire — elle est volante, parlée seulement, et se com- 
prend d'après l'italien Fara dase, Payer de sa personne, 
ou Se donner trop d'importance. 

En français le verbe Faire est un de ces mots — dit 
M. Bréal — qui, suivant les professions, se colorent des 
nuances les plus diverses, lesquelles finissent par y 
adhérer. « Dans la langue des sanctuaires antiques, Fa- 
cere équivaut à Sacrifier... Aujourd'hui, devant une table 
de jeu. Faire équivaut à Mettre son enjeu, tandis qu'au 
théâtre, entre artistes, c'est Représenter un rôle »... 

Voilà bien des raisons de soupçonner une parenté en- 
tre les termes que nous avons réunis, et nous sommes 
d'autant plus enclin à adopter Facere, que le latin nous 
donne Farrago, signifiant Mélange confus de choses dis- 
parates. 

Selon nous, Baratter, c'est Faire quelque chose de son 
métier, et la Baratte, c'est V Agitation obligée, puis Vins- 
trument nécessaire au battage du beurre. 

Baratte pourrait enfin venir de Bar, pièce de boisse- 
lerie qui entre en composition dans le mot Barrique. 

Barboter. Origine inconnue. B. 

On donne pour radical à la plupart des mots commen- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 27 

çant par Barb, le latin Barba, Barbe tels sont : Barbillon, 
Poisson ainsi nommé des filaments qu'il porte aux deux 
côtés de la gueule, et Barbeau, par la même raison ; 
Barbette, d'abord, une sorte de Guimpe, puis, Plate- 
forme d'un bastion ; Bebarbatif, qui a le même sens que 
Barbare, cruel, d'apparence farouche. Hirsute; et Bar- 
bouiller était jadis Se salir la Barbe. 

De là aussi le nom de Barbet, Chien à longs poils et 
qui, plus que tous les autres, est sujet à se Barbouiller. 

On peut admettre que Barbet a fait Barboter, comme 
Marmotte a donné, d'après Buffon, le verbe Marmotter. 

(Notons, en passant, la grande affinité qui existe en 
français entre m et b, soit par rapprochement, soit par 
permutation.) 

En l'absence des nombreux termes auxquels il se rat- 
tache naturellement, Barboter aurait pu être dérivé du 
Kymri Beriv que nous verrons à Bourbe. 

Barde, ancienne armure du cheval, aujourd'hui tran- 
che de lard dont on cuirasse le gibier. Origine inconnue. B. 

Barder a, selon nous, le même sens de Charger que 
nous verrons à Farde, puis à Harasser, auquel nous 
joindront Rosser. 

Hardes, qui autrefois était Fardes^ égal à Bardes, ex- 
plique la pièce qui couvrait le cheval, et celle dont on 
garnit maintenant le gibier. Du Revêtement, l'idée passe 
à ce que Ton porte, à la Charge imposée à la bête de 
somme qui est le Cheval Haras, le Roussin Bosse, ou le 
Mulet Bar dus. 

C'est de ce dernier mot ou de l'adjectif Bardas qui 
veut dire Sot (comme nous employons par métaphore le 
terme Ane), qu'est venu Barde. 



28 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Il était donc inutile de donner au français Bard 
(grande Civière), une origine allemande Bâra, Brancard. 
Du reste, avec une telle provenance, on ne comprend 
pas que notre mot ait un d. 

Barguigner. Origine inconnue. B. 

Le mot auquel les étymologistes ont jusqu'ici donné 
la préférence, est Bargain en anglais, Marchander, Chi- 
poter. « Mais, dit Littré, tous les textes vont à rencon- 
tre de cette finale Gain. » 

Dans Thistorique, en effet, on ne trouve que Guiner, 
Guigner ou Gigner. Dès lors, il nous semble qu'on s'est 
donné beaucoup de peine pour un terme que l'on avait 
sous la main, simplement composé de Bar et de Guigner 
(un verbe que nous aurons à examiner à son tour.) 

Bar est le préfixe que nous avons rencontré, à propos 
de Bréhaigne, ou mieux encore, le latin Bis^ comme dans 
Barlong ou Deux fois long ; — et Guigner, c'est Voir, Re- 
garder. 

Il n'en faut pas plus. Barguigner, c'est u Y regarder à 
deux fois ». 

Baril, Barrique. Origines inconnues. B. 

On peut citer l'anglais Bar, mesure, et Barrel, Baril, 
Canon ; l'espagnol Barriga, le Ventre (analogie de forme) ; 
le bas-latin et le portugais Barrica, le provençal Barri- 
qua. 

Dans tous ces termes nous trouvons une finale sans va- 
leur, et un radical persistant Bar qui est le latin Barra, 
ou le celtique Bar^ donnés par les étymologistes comme 
origine de Barre et Barreau. 

L'extension de sens d'une pièce de boisa l'espace qu'elle 
limite, nous l'avons précisément dans l'expression : u Le 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 29 

Barreau »; enceinte réservée où plaident les avocats. 

Nous la voyons mieux encore dans ce nom de tonneau ; 
un Fut, qui est le latin Fustis, Bâton. On disait très bien 
le Fût d'une lance, et maintenant, pour de la pierre, on 
dit le Fût d'une colonne. 

En conséquence, Barrique vient de Barre. 

Basane. Origine inconnue. B. 

<( Basane. Espagnol et portugais Badana, de l'arabe 
Bithanety Peau de mouton tannée ». Littré. 

Basque, Bisque. Origines inconnues. B. 

Basque d'habit a pour à\m.\ïi\xi\î Basquine de l'espagnol 
Basquina, Jupe ; c'est donc une mode propre aux habitants 
de la Biscaye, de la race des Ibères, établie sur les deux 
versants des Pyrénées, et de ce côté, confinant à la Gas- 
cogne, et c'est le même mot latin Vasco, le nom des Vas- 
cons, qui a fait Gascon, et Basque; ce dernier, par un 
changement, qui n'est pas très rare en étymologie, du v 
en B. 



I 



Nous userons de cette régulière permutation de lettres, 
pour dire que Bisque, coulis d'écrevisses, liquide épais; 
onctueux, vient du latin Viscum, Gui d'où l'adjectif Vis- 
queux, le suc de la plante fournissant la Glu. Visqueux et 
Gluant sont synonymes. 

Bisquer {autre terme inconnu), c'est être empêtré. En- 
glué. A certains jeux de cartes. Bisquer, c'est être emba- 
rassé, et l'italien a le mot Bisca, pour dire Tî^ipot. 



30 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Bascule. Origine inconnue. B. 

D'Aubigné écrit Bacule. C'est le jeu dans lequel deux 
vis-à-vis, Assis chacun au bout d'une planche en équili- 
bre, touchent alternativement le sol qu'ils Battent... de 
leur Assiette. 

Bastingages, Bateleur, Bâtir, Bâton. Origines in- 
connues. B. 

Tous ces mots sont rattachés par Littré à la même ra- 
cine Bât, anciennement Bast, d'où Bâton, au sens de 
Soutenir, Supporter. Le radical se trouve dans le grec, 
BastaXy Bête de somme. 

Pour bien des étymologistes, au contraire, ces termes 
ont des provenances différentes, et cette opinion semble 
tenir à ce que la lettre a porte tantôt l'accent, et tantôt 
en est démunie. 

Ainsi Bat, jadis Bast serait dérivé d'un latin fictif ou 
vulgaire Bastum, Selle ; tandis que Bateau, ancienne- 
ment Batel, serait le diminutif d'un radical Bat qui a 
persisté dans le latin mérovingien Bains, au vii^ siècle 
Bateau. 

Toutefois, il faut remarquer qu'ils ajoutent : « Ce mot 
d'origine germanique, comme la plupart de nos termes 
de marine, vient de l'anglo-saxon Bât, Bateau ». 

D'autre part, ils disent : « Batardeau, diminutif de l'an- 
cien français Basiard (Digue), dont l'origine est incon- 
nue ». 

Donc, ils admettent que Ba peut venir ou de Bâ, ou de 
Bas; dès lors, il nous semble que Littré est dans le vrai 
en attribuant la même provenance à des thèmes dont la 
première syllabe a, ou n'a pas, l'accentuation grave. 

Bastingages, Bâtir, Bâton, se relient à Bât, forme sim- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 31 

pie, par l'idée de Soutien, à Taide d'une métaphore quia 
tiré Bourdon^ Bâton du pèlerin, de Burdo, Ane qui est 
sans doute le métis que nous appelons Bardot. 

En résumé, il parait démontré que Bastonnade, Bâton 
et Batelier sont de même provenance, bien que débutant 
de trois façons différentes. 

Du reste, Bateau s'est dit autrefois Basteau; Bât donne 
un diminutif écrit ^a^me, Petite selle, eiBatelage est à la 
fois métier de Batelier et de Bateleur, anciennement Bas- 
teleur. 

Le radical de ce dernier mot est Bâton; tous les bate- 
leurs ayant une Baguette, prétendue magique, ou faisant 
des tours de Canne, comme le célèbre Bâtonniste Pradier, 
qui était un Bateleur. 

Bauche, Bauge. Origines inconnues. B. 

Littré donne les indications suivantes : « En Berry, 
Bauge est une Hutte. En français, le même mot désigne 
le giie Fangeux du Sanglier. Au sens de Mortier, on disait 
autrefois Bauche, du bas-latin Bugia ». 

D'où nous pouvons conclure que l'ancien mot Bauche, 
Atelier, qui existe encore dans Embaucher et Débaucher 
est identique à Bauge, comme Abri ou Réduit, fait en 
terre ou en pisé. 

Ensuite, Bauche : Mortier, explique Ébauche, premier 
essai d'un modelage en Argile, et, par extension, tout 
Projet à l'état naissant. 

Enfin Bugia nous semble avoir donné Bouge (comme 
Guvia, Gouge), plus régulièrement de toutes façons que 
le bas-latin Bulga, petit Sac. 

De Bouge est venu Bougette, Poche et Budget. Le sens 
aurait donc passé de Tirelire {en terre), à Gousset, puis à 
Argent de poche, ou de prévoyance. 



32 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Baudruche. Origine inconnue. B. 

Le latin Balierarius a fait Baudrier, qui était primiti- 
vement le nom de Fouvrier fabriquant des Baudrés, Cein- 
turons. La profession s'appelait Baudroirie. Une rue de 
Vitré (Ille-et- Vilaine) avait, et a peut-être encore, cette 
enseigne : Rue de la Baudrairie. 

La Baudrée était un vieux morceau de cuir, et une forme 
allongée de ce terme est Baudruche. 

Une autre physionomie du mot nous indique d'où il 
provient; c'est Peawfrwc/ie Pellicule, petite P^aw. 

Bavolet. Origine inconnue. B. 

Le Bavolet est une coiffure villageoise dont quelque 
partie flotte, ou est légèrement tenue comme la bande 
d'étoffe ou le ruban qui ornait par derrière les chapeaux 
de femmes. 

Littré fait venir ce mot de Bavoler, (Voler bas), terme 
de fauconnerie se disant de la perdrix qui voltige. 

Bedaine. Origine inconnue. B. 

« On disait autrefois Bedondaine, de Bis et Dondaine. 
La Dondaine était une machine de guerre, grosse et 
courte, qui lançait des pierres, et l'on a appelé les gros 
ventres des Dondaines, puis Bedondaines, puis Bedai- 
nes. Une femme corpulente s'appelle une Dondon ». Gui- 
char d. 

Dondon se trouve dans Littré, ainsi que Bedon, Tam- 
bour — et Ventre rebondi, mais il y est dit : « Bedaine, 
par la forme Boudaine, paraît se rapprocher de l'ancien 
français Boudin et Boudiné, Nombril ». 

Dans Rabelais : Boudiné est pour Boucque Bouche, 
c'est-à-dire une Dépression au heu d'une Saillie. La con- 
tradiction n'est qu'apparente. L'Omèi/ic étant la cicatrice 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 33 

dépnmép de la Boudiné, ce dernier mol pouvait également 
représenter FAppendice, et sa Fossette. 

Bègue. Origine inconnue. B. 

Dans Littré, « Bègue , ancien espagnol Vegue. On ne re- 
monte pas au-delà d'un radical Beg exprimant quelque 
infirmité et qu'on ne reconnaît pas dans les langues col- 
latérales ». 

Vegue a quelque ressemblance avec Vague^ et le latin 
Vagus pourrait avoir servi à qualifier Tindécision de la 
parole, mais il resterait toujours à expliquer pourquoi 
radjectif a qualifié l'embarras de la langue plutôt que la 
gêne d'un autre organe. 

Le mot Bègue est pour nous la Bouche^ en latin Bucca 
et vient de Beccus forme masculine peut-être, attribuée 
par Suétone aux Gaulois pour dire Bec. 

Nous verrons un terme presque pareil : Becque (à Bi- 
que), employé par Molière pour Bouc, ce qui fait com- 
prendre pourquoi ces deux idées Bêler et Bégayer appa- 
raissent dans le verbe de Rabelais, Becguetter, Bêler 
comme la chèvre. 

Bègue et Becque viennent régulièrement de Bucca, et 
sont identiques pour le sens; de même que ces deux au- 
tres formes Brigue et Brique ont le sens de Division. 

Beignet. Origine inconnue. B. 

(( Beignet y ancien français Begne qui est sans doute le 
même que Bigne, Tumeur, grosseur ». Littré. 

L'ancien français Begne, réveille des souvenirs d'en- 
fance. Qui n'a pas entendu quelque gamin batailleur ra- 
conter ses prouesses en refaisant ses gestes de pugilat et 
ponctuant chacun des coups de cette exclamation : Baign' ! 
Baign'? L'adversaire avait reçu une ^è^n^, autrement dit 



34 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

un Pochon, et Pocher, c'est faire une meurtrissure suivie 
à' Enflure. 

En Bretagne, le mot Bègne est très connu, mais il pa- 
raît qu'il est un peu partout, en France, employé cou- 
ramment. 

Voici ce que dit M. Delvau dans son Dictionnaire de la 
langue verte : 

« Beigne, Soufflet ou coup de poing dans Fargot du 
peuple qui emploie ce mot depuis des siècles. On dit aussi 
Beugne ». 

Ce n'est pas le seul exemple que nous ayons d'une 
communauté d'origine pour deux choses aussi dissem- 
blables qu'une Friandise et un Horion: Beignet et Beigne. 
Jadis, il en était ainsi pour Talmouse : Tarte, et Casse- 
museau. Ajourd'hui, nous avons encore un terme qui a 
ce double sens de Pâtisserie et de Tape sur le nez : Cro- 
quignole. 

Mais Beignet ne provient pas de l'onomatopée Baign'. 
De même que Bigne qui est l'état résultant d'un choc sur 
l'œil, et d'un gonflement qui explique Beignet, il a pour 
origine le latin Bis Oculus, dont nous montrerons les di- 
vers aspects à Bigle, le double de Bigne. 

Bélître. Origine inconnue. B. 

Un vieux verbe du xvi^ siècle est Bélistrery Mendier. Le 
Glossaire de Rabelais donne Bélistrandie et Bélistrerie, 
État de mendiant. 

Bélistre est dérivé du latin Balatrones, Gens sans aveu, 
vagabonds ou débauchés. Avec le préfixe défavorable ^a, 
et LatrOy Voleur, notre mot français signifie donc Méchant 
Larron. 

Bercer. Origine inconnue. B. 



' SOLUTIONS DE PROBLÈMES 35 

Bercer a donné Fancien français ^e?'* eiBer, Berceau, 
qui se trouvent dans Rabelais. Littré indique, pour éty- 
mologie du verbe, le latin Bercellus, Bélier (machine de 
guerre), de Berciare, Frapper, mais il pense qu'on doit 
préférer Vei^sare. 

Versare a le sens de Bemuer, comme on le voit dans 
le conseil d'Horace : 

Noctumâ versate manu, versate diurnâ. 

Ce que l'en peut traduire ainsi : 

Et de nuit et de jour, Remaniez vos œuvres. 

Il représente Berciare^ qui est le va-et-vient, imprimé 
à la poutre dont on battait un obstacle, oscillation ana- 
logue à celle de Bercer^ ou encore à celle de la cloche 
Bêle que porte le Bélier. 

Ces rapprochements pourraient servir à rallier Bercer 
au latin Vervex qui avait donné le vieux français Berbis. 
Même à l'état d'immobilité, le Berceau conserve ce trait 
de parenté quand on le compare, en tant qu'Abri, à Ber- 
cail — et, comme Aspect, à la mangeoire des Brebis^ la 
Crèche, autre terme désignant aussi un Berceau ou un Re- 
fuge pour les enfants. 

Berge, Origine inconnue. B. 

Littré cite, sans y attacher grande confiance, le kimri 
Bergod, Bord, et le bas-latin Berga, de l'allemand Ber- 
gen^ Défense. 

Bord, et Défense, c'est aussi le sens de l'anglais Verge, 
mais il faut n'y voir que le latin Virga, Baguette pouvant 
servir de ligne de démarcation et représentant aussi Ber- 
god et Bergen. 

Le vrai synonyme de Berge c'est Marge, et les poètes, 



36 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

comme Ovide, Stace, Macer employaient Margo pour 
Bord de rivière, et Plage maritime. 

C'est la partie du sol qui Émerge de Feau. La lettre m 
donne b : (Marbre de Marmor) a devient e : (Tel, de 
Talis)^ et Margo fait également Marge et Berge deux ter- 
mes identiques. 

Bergeronnette. '\L\iiévdlem.eiii Petite bergère. Le peu- 
ple a donné ce nom à un oiseau qui court dans les prés.) 
B. 

C'est également l'opinion de Toussenel qui dit que ces 
noms de Bergerette et de Bergeronnette sont venus de ce 
que les Hoche-queue accompagnent les bestiaux aux pâtu- 
rages. 

Nous l'avions consulté parce que nous doutions de 
l'étymologie Bergère, et en le lisant avec attention, nous 
croyons qu'il a fait, lui aussi, erreur sur ce point. 

« On les a nommées Lavandières, pour leur façon de 
battre VEau de leur queue, quand elles se promènent sur 
les feuilles des nénuphars.... La bergeronnette jaune se 
promène sur les herbes flottantes des rivières.... Tous 
les genres fréquentent la Grève, les Bords des Buisseaux, 
des Étangs, des Fleuves.... Elles nichent à terre dans les 
fissures des ponts, des digues.... Beaucoup d'entre elles 
passent l'hiver en France, sous les Berges des quais. » 

Ceci nous confirme dans notre idée première que cet 
oiseau est surtout un Biverain, et que ce n'est point Ber- 
gère qui fut sa marraine, mais tout simplement Berge ; 
d'où l'on a fait Bergerette et Bergeronnette, comme Gor- 
gerette, de Gorge; et Vigneron, de Vigne. 

Berlingot (friandise). — Le mot est considéré comme 
historique, et serait pour une douceur venue de Berlin. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 37 

Voyons si, avec une autre origine, il ne serait pas tout 
aussi bon. Il s'agit d'une masse saccharine étirée en lin- 
got d'abord, et que Ton sectionne ensuite. 

Or le préfixe her qui vaut br^e (berloque ou breloque) 
a ce sens de division qui existe dans brevet^ brise, bri- 
gade, brève, etc. 

De cette façon, berlingot signifierait : fragment d'un 
lingot de sucre. 

Berner. « Faire sauter dans un Berne (manteau). — 
La même action se disait chez les Romains Sagatio, de 
Sagum, manteau. L'origine de l'ancien français Berne 
est inconnue » B. 

Un terme vulgaire qui a eu son temps, c'est Bernons, 
Manteau à capuchon ; trait d'union entre Berne et Bur- 
nous, mot apporté d'Afrique par les voyageurs : (Arabe, 
Bornos, même sens, espagnol Albornos.) 

Besicles, « ancien français Bericle (hypothèse Bery- 
clus), du latin Beryllus, trouvé dans les textes du moyen- 
âge avec le double sens de cristal et de lunettes, » B. 

Le Béryl est une pierre précieuse de couleur verte, 
d'un emploi fort douteux en fait de Besicles, n'eût-on que 
sa teinte à lui objecter. S'il nous faut accepter Beryllus, 
c'est à condition d'y voir — par assimilation courante de 
cl en //, — une autre forme du fictif Beryclus qui, pas 
plus que l'indéniable Bericle, n'est le Béryl. 

Bericle, en efi'et, est composé (comme Barlong, deux 
fois long) avec ber qui vaut bis. Et Besicle, identique à 
Bericle, n'est autre chose que bis-oculus, bin-ocle, instru- 
ment pour les deux yeux. 

Besogne, Besoin, Soin. Origine inconnue. B. 
Littré ne donne pour chacun de ces mots rien qui soit 



38 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

très clair. Il ne conclut pas, mais présente des observa- 
tions dont il y a grand profit à tirer pour élucider la ques- 
tion. 

C'est d'abord Besogne qu'il dit être une autre forme de 
Besoin. Celui-ci, en effet, ne diffère de l'autre en italien 
que par sa terminaison masculine Bisogno, le premier 
étant Bisogna. 

Ces deux termes ressemblent si bien au français que 
le Bis latin s'impose de suite à l'idée, et que Besoin 
apparaît comme un composé de Soin. 

A Soin (inexpliqué) nous trouvons cette mention : An- 
cien français Sogne. Voilà qui établit, une fois de plus, 
l'identité entre Besogne et Besoin^ et fait penser à un 
verbe Sogner^ sans doute perdu, mais qui est actuelle- 
ment Soigner^ et se retrouve dans Besogner. 

Nous remarquons alors que Soin est en espagnol Suéno 
qui veut dire aussi Sommeil; que ce dernier mot est en 
Saintonge Songhe, presque le même que le provençal 
Songe ^ et l'italien Sogno, Rêve. 

Dès lors, il semble évident que Soin a donné Songer et 
Soigner. 

On est confirmé dans cette supposition par cette ré- 
flexion de Littré sur le verbe Songer. « qui, dit-il, a deux 
sens, absolu ou relatif, Songer, ou songer à, le second 
pouvant provenir du premier ; mais il y a aussi une in- 
fluence de Songe dans Soin. » 

Cela n'est point douteux. Tout ce qui nous occupe vive- 
ment l'esprit nous tient compagnie même pendant le 
sommeil, on y pense le jour, on y songe la nuit, et l'on 
reprend au matin, en s'éveillant, l'idée avec laquelle on 
s'était endormi la veille. Ce sont les projets qui vous han- 
tent aussi tenaces que l'on exécute avec le plus de Soin. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 39 

L'origine de Soin est donc Songe, non pas le Sommeil 
proprement dit, le repos, mais au contraire Tactivité de 
la pensée. 

Besogne et Besoin sont d'ordre plus matériel. De leur 
nature, que ce soit un labeur quelconque [Besogne) ou 
une gêne, une misère physique [Besoin], ce sont des 
Trouble-sommeil. Comme étymologie, le Bis latin doit, dès 
lors, être pris dans sa plus mauvaise acception, celle que 
nous avons déjà notée pour les préfixes Béy Bès, Bar. 

Bête comme une huître. 

Plus d'un animal nous sert de terme de comparaison 
pour les qualités et surtout pour les défauts de l'homme. 
Il n'y a qu'à citer quelques épithètes, et de suite on leur 
trouve un complément dans la momenclature des êtres 
inférieurs; Têtu, Fidèle, Lent, Muet, Bavard, Étourdi, 
Rusé, Paresseux, Gourmand, Maigre, Dodu, Myope, 
Aveugle, etc., etc. 

Ces jugements sont parfois discutables, c'est ainsi que 
l'auteur de V Ornithologie passionnelle blâme cette façon 
de s'exprimer : « Gai comme un Pinson. » 

Ailleurs, il écrit ceci : « On dit bête comme une Oie, et 
l'on a grand tort. L'oie n'est pas aussi bête qu'elle en a 
l'air, elle est même l'emblème du paysan rusé. » 

Mais si VOie ne peut être ainsi qualifiée, il y a au moins 
quelque raison pour que l'épithète soit appliquée à 
VHuttrey en ce sens que l'organe de la pensée manque 
chez ce mollusque. Il est classé par les zoologistes dans 
la classe des Acéphales , c'est-à-dire des animaux qui 
n'ont pas de Tête, et c'est bien assez pour justifier le dicton. 

Biche. Origine inconnue. B. 

Biche ne serait, dit Littré, qu'une autre prononciation 



40 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

de Bique. 11 montre cependant quelque scrupule à admet- 
tre cette altération, parce qu'il y a en blason : Bisse en 
même temps que Biche, pour signifier Serpent. Le seul 
semblant d'explication qu'il émette, c'est qu'autrefois les 
noms d'animaux se transportaient communément de l'un 
à l'autre, et peut être, alors. Biche vient-il de l'anglais 
Bitche, Chienne. 

Ce langage du blason Biche pour Serpent, (peut-être 
aussi une corruption de Bisse qui serait le vrai terme), 
nous était inconnu, mais ces deux mots rapprochés réveil- 
lent un souvenir. 

En Nouvelle-Calédonie, on pêche en grande quantité 
le Trépang, une Holothurie comestible, dont les Chinois 
sont amateurs, et qui est de forme allongée, figurant un 
tronçon de Serpent de belle taille. Il se peut que cet 
Échinoderme ait eu pour nom Bisse, autrefois, mais dans 
toute la colonie on ne l'appelle que Biche de mer. 

Quant à la femelle du cerf, nous donnerons comme 
origine à son nom de Biche, le même mot Beccus, déjà 
mentionné à Bègue. 

Les animaux ont fourni, eux-mêmes, les éléments de 
leur appellation, et la Biche peut très bien avoir reçu la 
sienne de son cri, de même que la pie ou Jacasse, la 
Grenouille ou Baine, le Sansonnet ou Chansonnet, etc. 

Bielle. Origine inconnue. B. 

C'est le nom d'une tige servant à communiquer le 
mouvement entre deux pièces d'une machine. 

Le terme latin est Vehiculum, composé de voyelles 
brèves et pouvant être accentué sur l'une ou l'autre. D'où 
les formes : Véhicule — l'anglais Vehicle, et la finale de 
Mani-velle 

Bielle égale Vielle. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 41 



Biffer. Origine inconnue. B. 

i\ous croyons que Biffer et Effacer ont la même éty- 
mologie, et pour cela, nous nous appuyons précisément 
sur l'explication donnée à propos du second verbe. 

« Effacer, le sens originaire est faire disparaître une 
Face, une figure, à Taide de ratures. » 

Les signes graphiques sont représentatifs d'une idée. 
En les Faisant, on manifeste sa pensée, en les Défaisant, 
on la supprime. C'est donc toujours Facere que nous 
avons dans Face et Effacer. 

Le mot latin, nous le trouvons encore dans Biffer oix il 
n'est plus que la dernière syllabe comme dans Chauffer 
qui est Faire, rendre Chaud, Cale facere : Chaud- 
faire. 

Biffer est alors, pour nous, la réunion de Bis et de 
Facere, le préfixe ayant, comme presque toujours, un 
sens défavorable. 

Par là. Biffer c'est Défaire, et c'est ce que veut dire 
aussi Effacer. 

Ex facere et Bis facere ou Effacer et Biffer, nous 
paraissent identiques. 

Le Trait, résultat de l'action de Biffer, a servi à dénom- 
mer une étoffe Rayée : Biffe, puis à désigner les Plis d'un 
tissu : Desbiffer c'était les déranger. Rebiffer les remettre 
en état. En Argot, Se rebiffer est dit pour se présenter 
avec avantage, et par conséquent être en bonne position 
afin de regimber, de protester plus ou moins énergique- 
ment. 

Bigarrer, Bigarade. Origines inconnues. B. 

Nous trouvons dans Rabelais : Garré pour Bigarré et 
Carreau, Taureau-pie. Ces deux mots répondent au fran- 
çais actuel Vair, Varié de couleurs, d'où Vairon celui 



42 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

qui a les deux yeux de nuances différentes. C'est le latin 
Varius qui donne Garré par le changement ordinaire du 
V en G. 

Proprement, Garré signifie tacheté et Bigarré indique 
que les couleurs sont au nombre de deux. C'est pour cela 
qu'une cerise Blanche d'un côté, Rouge de l'autre, se 
nomme Bigarreau. 

La robe du taureau peut avoir ces deux couleurs, mais 
si le rouge est remplacé par le Noir, on dit un Taureau- 
pie par comparaison avec le plumage de la Pie. 

La Bigarade, Orange amère qui sert à confectionner 
le curaçao, a deux variétés, l'une à chair Blanche, l'au- 
tre à pulpe Rouge. 

Bigle. Origine inconnue. B. 

Être Bigle, c'est avoir la vue déviée, les yeux tournés 
dans deux directions. 

Le mot vient alors de Bis Oculus, pareil à l'espagnol 
Bis Ojo, Louche. 

Bioculus pour Bis Oculus^ (comme Biennal pour Bis 
Annalis) présente un hiatus lo qui se réduit à i. Biculus 
se contracte régulièrement en Bic'lus, le groupe cl de- 
vient GL comme dans Aveugle, de Aboc'lus — et Biclus 
donne Bigle. 

Ceci démontré, nous reprenons biclus qui doit nous 
donner l'étymologie de Beignet. 

1° La consonne latine / peut se changer en n : (Marne 
de Margula)^ donc cl égale gn, ce qui n'est indiqué nulle 
part, nous avons alors : Bigle Biclus Bigne. 

2° La voyelle i fait e (Besace de Bisaccia). 

Le résultat de toutes ces mutations estBegne, ancienne 
orthographe de Beignet, que nous avions annoncé venir 
de Bis Oculus. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 43 



Nous ^'abandonnerons pas Bigle sans faire quelques 
observations sur Oculus ou Oclus. 

L'exemple de Aveugle Aboclus indiquait ici Bieugle; 
avec cette forme, eu représentant o bref, nous l'aurions 
également fait disparaître et nous arrivions toujours à 
Bigle. 

Nous ne l'avons pas prise parce qu'il n'y a rien de fixe 
dans les transformations de Oclus qui a donné Ouil pour 
finale à Péouil, ancien français de Pou, latin Pedoculus. 

Par là nous pensons que Uclus n'a pas le monopole 
dans la production de Ouil, et que Oclus lui est égal en 
certains cas. C'était encore à noter. 

Nous voyons en somme qu'un même mot latin Oclus 
peut avoir en français les aspects les plus divers, comme 
il apparaît dans la terminaison des quatre termes : Bi- 
gle, 'Qi-gnCy ks-eugle, Fé-ouil. Nous y ajouterons : 
Bes-^c/e et Bin-ocle. 

Bigot. Origine inconnue. B. 

Bigot, faux, dévot, hypocrite, de l'anglais By God 
(Glos. de Rabelais). 

« Selon Cambden, les Normands furent appelés Bigots, 
parce que leur duc Raoul refusa de baiser les pieds de 
Charles-le-Simple, en signe de vasselage pour l'investi- 

Iture du duché de Normandie, en disant : No by God! 
(Non par Dieu!). De là, le Roi prit occasion de l'appeler 
Bigod ou Bigot, et ce nom passa ensuite à ses sujets ». 
(l'abbé Tuet.) 



44 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Fr. Michel dit que Bigot anecdotique est douteux, 
parce que le mot est commun aux langues romaines et 
propose Wisigothy qui, en effet, peut donner Bigot. 

D'un peuple à l'autre, on ne se gêne guère pour se 
qualifier en mal. Un créancier se nomme indifféremment 
Juif, Arabe, voire Anglais; dans les tripots, l'escamoteur 
est un Grec. Pour divers motifs, on use encore d'autres 
termes : Huron, Aztèque, Gascon, Velche, Savoyard, etc., 
etc. 

Et, l'Étymologie s'y prêtant, il n'est pas impossible 
que Wisigoth ait fait Bigot. 

Bijou. Origine inconnue. B. 

Le mot doit se comprendre divisé : Bi-jou. 

De même que Jeu, et le provençal Joe; cette finale ^oi^ 
est le latin Joeus, et nous la retrouvons dans le diminu- 
tif Joi^e^. 

Ainsi Bijou est composé de Bis et de Joeus. 

Cette visée n'est pas nouvelle. Ménage proposant Bis- 
Jocare^ disait que c'était pour un objet qui brillait en 
divers sens. 

D'autres ont voulu que Bis fût le breton Bis (pluriel 
Bisied)^ Doigt. Le mot alors aurait proprement signifié 
le Joyau de la main. 

Nous pensonsque l'acception est plus générale, et nous 
écartons ce mélange de breton et de latin. 

D'autre part, tout bijou n'est pas un joyau, un Bril- 
lant, et si l'indication de Ménage nous parait accepta- 
ble, c'est à la condition de prendre bis pour deux, qua- 
lité double attribuée au Jouet, au Hochet. 

Bijou, c'est l'ornement par excellence, c'est, en affaire 
de toilette, le grand préféré, le Jou-jou de la vanité. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 45 



Bilboquet. Origine inconnue. B. 

Le Glossaire de Rabelais donne Bille égale à Boule, 
ou Balle. On trouve de plus Boucque et Boquet du latin 
Bucca, Creux, embouchure, puis Boquer Cogner, heur- 
ter. 

Nous en avions conclu que Bilboquet voulait dire Boule 
qui a un Trou, ou que Ton Heurte, mais nous nous trom- 
pions sur le dernier terme dont le sens est très clair 
avec l'expression anglaise, le jeu étant ainsi décrit : 
Cup and Bail. Le Boquet Bucca, le Creux est la légère 
Cupule qui existe quelquefois au gros bout du man- 
che, et sur laquelle la Bille doit rester en équilibre. 

Pour les exercices du jongleur, cette petite dépres- 
sion est remplacé par un véritable Godet monté sur pied 
et le tout figure très bien ce que l'anglais désigne ici 
sous le nom de Cup, une Coupe. 

Bille et Billard. Origine inconnue. B. 

Si Ton prend comme dans Rabelais Bille pour Balle : 
(Bille-vezée, Balle soufflée), les deux mots s'expliquent 
comme appartenant à un jeu de Boules. Mais nous trou- 
vons un verbe Biller, ainsi défini : s'Appuyer sur un 
bâton [Bille) ou bien encore jouer au Billard. 

En somme. Bille représente deux objets : un morceau 
de bois, une Branche de n'importe quelle longueur, ainsi 
qu'on le voit par Billot — et un Tronçon façonné au tour, 
arrondi, mais conservant toujours ce nom de Bille. 

Ainsi, la Boule et la Queue pour la faire rouler sont 
des Billes, et le Billard est le meuble sur lequel on joue 
aux Billes. 

Notre mot français vient de Baculus, (Bâton), contracté 
en Bac' lus, puis Ballus, déjà vu, à Balle. 

A donne i (Cerise, de Cerasus)^ et Ballus fait Bille. 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



Bille^ qui est aussi un jouet d'enfant, a pour dénomi- 
nation équivalente, alors, Cannette, un abrégé de Canne 
(un bâton encore). 

Billevesée. Origine inconnue. B. 

Dans Rabelais, Billevesée est pour Balle soufflée, pleine 
de vent; au figuré : Sornette. 

Nous avons vu l'égalité de Bille et de Balle; quant à 
Vesée, nous ne trouvons que ces rapprochements à faire : 
Vèze, Pibole et Pipeau, instruments à vent; les deux 
premiers ayant, en outre du tuyau (ou Pipe)^ un sac à 
air, une Vessie, qui est la Vèze, latin Vesica, 

Bimbelot. Origine inconnue. B. 

Bimbelotier, marchand, fabricant de bagatelles d'où 
Bimbelotte, chose de nulle valeur, de l'italien Bimbo et 
Bambolo, poupée, enfant. (Glossaire de Rabelais.) 

Bibelot, objet de fantaisie, et par extension chose de 
peu de valeur, est une corruption de Bimbelot (Delvau). 

Le mot aurait donc pour radical Bambin. 

Bique. Origine inconnue. B. 

Bique, nom familier de la chèvre , semble être le fémi- 
nin de Bouc, dont Nodier dit que les Grecs, qui l'appe- 
laient communément Tragos, l'avaient aussi nommé 
Bekkos — italien Becco. 

De là, le mot Becque, dans Molière, Ecole des femmes 
Acte IV, scène VI. 

Et, sans doute, il faut bien qu'à ce Becque cornu 
Du tour qu'elle a joué quelque jour soit venu. 



Bique est analogue à Bègue. 

Bis (pain bis). Origine inconnue. B. 

Littré dit : Bis, qui est d'un gris brun. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 47 

Il est curieux de voir que ce mot est traduit en breton, 
par gris y et en anglais par broivn. 

En italien, bis se dit bijio qui nous semble être le qua- 
lificatif beige donné à la laine ayant sa couleur naturelle, 
non blanchie, terme encore. 

Beige et bijio pourraient venir du latin piceus, sombre, 
obscur — ou brun. 

Bise, Biseau. Origine inconnue. B. 

Villehardouin, cité par Littré, ayant écrit « un vent 
qu'on appelle byse », nous avons cherché Buse qui est 
le nom du tuyau de sortie de Y air dans un soufflet, et se 
nomme Buzon, en espagnol. 

Un simple courant d'air n'était pas une explication 
suffisante de Bise qui est un vent âpre, piquant, et nous 
avons alors pensé à un autre terme Bisse, serpent, men- 
tionné déjà à propos de Bicue. 

Bisse se rattacherait, paraît-il, à... l'ancien haut alle- 
mand Bize, morsure, en patois lombard Bisia^ avec un 
diminutif ^me/, Aiguillon d'abeille. 

L'anglais a to bite, Mordre. 

Un dérivé de Bise c'est Biseau qui se dit en espagnol 
Bisel (à rapprocher du lombard Bisiel) et en anglais 
Bevel. 

Ce dernier terme signifie oblique, or, Littré dit qu'en 
grec le Biseau se nommait Diedron, angle dièdre. C'est 
exactement le sens de Biais, en latin Bifacem, et ce si- 
gnalement de l'outil, ou des pièces taillées sur son mo- 
dèle, ne va pas à rencontre de l'origine proposée, puis- 
que l'angle étant aigu, se trouve dans les meilleures con- 
ditions pour pénétrer, entamer, ou Mordre. 

Blague. « Les étymologistes se sont lancés tous avec 



48 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

ardeur à la poursuite de ce chastre et tous sont rentrés 
bredouille ». Delvau. 

D'après Tauteur du dictionnaire de la langue verte, 
on serait inutilement remonté jusqu'à Ménage. 

Nous pensons qu'il faut y voir le provençal Plag, qui 
est Plaid ou Plaidoyer. Le p et le b permutant avec faci- 
lité, on aurait : Blag, mensonge; Blague, la bouche qui 
ment, le Sac à malices parlées, puis toute espèce de réci- 
pient pour le tabac. 

On pourrait enfin tirer de là Bagou, en argot Bagoul, 
qui est peut-être Bajoue^ mais qui semble plutôt dû à 
une métathèse de l. Blagou, Bagoul, puis Bagou forment 
une série d'apparence assez rationnelle. 

Le provençal Plag est le latin Placitum, Plaidoirie, et 
le Midi est bien capable de nous avoir dotés du terme 
en question. 

Blason. Origine inconnue. B. 

« Blason se prend également en bonne et en mauvaise 
part, pour l'éloge ou le blâme. Dans ce dernier cas, on 
disait : Contre-blason. Blasonner : louer ou critiquer. » 
(Glossaire de Rabelais.) 

On pourrait donc, au sens d'une critique, voir dans 
Blason un dérivé de l'ancien français Blasmer. Pour 
l'autre face du mot, l'anglais a Blazon, Blason, éclat, du 
verbe to Blaze, Briller. 

Blesser, Blet, Blottir. Origines inconnues. B. 

A l'article précédent, nous avons vu que ^/a*o>i pouvait 
être pris en mauvaise part comme /?eïrmMre, par exemple. 

C'est pour ce motif qu'aux trois expressions assem- 
blées ici, nous joindrons encore Blaser qi;i, pour nous, 
équivaut à Blesser. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 49 

Raisonnons d'abord sur l'anglais BloWy un Coup. 

Blet se dit d'un fruit mow, or le résultat d'un choc est 
d'amollir, de blesser. 

Cet adjectif, dit Littré, est représenté dans plusieurs 
langues par des termes presque semblables, même en 
breton qui a Blôd : mou, délicat, blasé. 

Ceci nous rappelle qu'en Bretagne les petits marau- 
deurs trouvant parfois trop dures les pommes qu'ils ont 
dérobées, les rendent de plus facile composition en les 
Heurtant contre une pierre, ce qu'ils appellent Bloncer ; 
de plus, ils traitent de Blèche, le camarade qui caponne, 
qui est mollasse de caractère. 

Le résultat donné par le choc se produit, naturellement, 
dans le fruit qui mûrit, il devient plus tendre, il arrive 
même à Blettir, ce que le Genevois prononce Blassir et 
Blessir. 

Dans le Berry, Mûrir se dit Blesser, et, en provençal, 
Blesir c'est se faner, flétrir, ce qui est un des sens de 
Blason. 

Enfin, en anglais, Blet se traduit par Mellow qui, en 
tant que verbe, signifie Mûrir, et Amollir. Et notre adjec- 
tif qui est en breton mou et blasé^ se rattache assez facile- 
ment à Blaser par un autre mot anglais to Blunt, Émous- 
ser, affaiblir. 

Blaser, Blesser, Blet nous semblent donc faire partie 
de la même famille. Il faut aussi en rapprocher Blottir 
(se), venu de Blot, Perchoir, en langage de fauconnerie, 
et qui est signalé de provenance inconnue. 

« De cette acception spéciale [Percher) il est venu, par 
extension de sens, à signifier en général se ramasser, se 
tapir ». 

— On ne sait pas non plus d'où vient : se Tapir qui a 



50 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

grande ressemblance avec Taper. Or, une tape, a blow, ont 
pour effet de rencogner un objet, et adressés à un animal, 
par exemple, le font se ramasser, se Tapir ^ se Blottir. 

Nous concluons que tous ces mots qui ont un air de 
famille, et un sens analogue, parfois même identique, 
peuvent se rattacher au latin Plectere Frapper. 

Lep et le b se valent, le groupe et devient tt (Assiette, 
de Assecta) et Pleetere donne régulièrement Blettir qui 
rend compte des autres formes ; Blesser, Blottir. 

A ce dernier appartiendrait enfin cette locution : En 
bloc, en tas ; Frapper et Tasser se relient de cause à 
effet. 

Bleu, d'origine germanique Blao. B. 

Nous ne pouvons admettre cette provenance, puisque 
Bleu avait un diminutif Bleuet, aujourd'hui Bluet, et 
qu'une forme féminine de ce dernier terme esiBluette. 

La Bluette est expliquée par son ancienne orthographe 
Belluette, dériver de Bellue i^our Berlue, et avoir eu pour 
sens primitif Étincelle. 

En pressant légèrement sur le globe oculaire, ce qui 
dérange la vue, on aperçoit de ces lueurs ou Phosphènes 
dont la couleur est Bleue. 

Donc, l'adjectif est né du substantif, venu lui-même du 
latin Bis-Lucere . 

Blond. Origine inconnue. B. 

On peut supposer que Blond vient du latin Blandum, 
agréable, ce qui est le sens du mot anglais Fair tradui- 
sant, les deux mots ; agréable et blond. 

Cette couleur n'a pas cessé de plaire dans l'ancien pays 
des Latins, témoin la vogue du Blond vénitien, une rareté 
chez les peuples bruns. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 31 

Nous avons une comparaison très usitée : « Elle est 
blonde comme les blés ». Blé ou Bled vient du latin Abla- 
turUy pour Ablandum qui serait plus logique, et, selon 
nous, Blandum a fait blond, par simple changement de a 
en 0, comme dans Fiole, de Phiala. 

Blouse. Origine inconnue. B. 

En examinanant le mot Blesser et ses congénères, nous 
étions arrivé par analogie de sens à y rattacher Bloc. 

Nous voici de nouveau en présence d'un terme de la 
même tribu, à la quelle nous le rallions ainsi : Bloc^ 
Blocage y Blocade, Blaude. 

Dans plusieurs provinces : Blaude, c'est la la Blouse, 
vêtement où vous êtes enfermé. Bloqué ou Tapi. 

Nous ne répéterons pas ce que nous avons indiqué à 
propos de l'enchaînement des idées, nous ferons seule- 
ment ici cette remarque : 

Bloquer est une locution en usage au jeu de billes, et 
qui se comprend mieux au moyen de Blocus^ Impasse, 
que par l'examen de la table actuelle du billard dont les 
coins ont été modifiés. 

Mais autrefois, cet angle était troué, et le coup d'adresse 
était de faire passer dans cette ouverture la bille adverse 
qui tombait dans une Bourse en filet. 

Cette manœuvre s'appelait Bloquer ou Blouser. 

Bobine. Origine inconnue. B. 

On donne pour définition de la bobine : Petit cylindre 
de bois, à rebords, servant à dévider du fil, de la soie. 

Nous avons lieu de croire que c'est là une acception 
secondaire du mot en question, car le diminutif Bobi- 
nette n'a rien à voir avec les occupations d'une coutu- 
rière. Ensuite, le correspondant anglais ^oôôm veut dire 
surtout, ainsi que bob : perruque à nœuds. 



52 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Pour nous, Bohine, c'est la coque, la masse enroulée 
que composent n'importe quels filaments, et que les 
tourneuses de rouets appellent une Poupée. 

Comparer : Emboliner et enjôler. 

Sur la quenouille, le lin n'a aucune disposition symé- 
trique, il y est en paquet, et cet aspect informe est éga- 
lement celui du premier chiffon venu que tortillent les 
enfants pour s'en faire une Poupée. 

Nous arrivons ainsi à retrouver dans Bobine le latin 
Pupa petite fille. 

Par équivalence de P et de B, et changement normal 
de U en (Ortie, de urtica)^ nous avons le radical bob 
qui égale poup. Les désinences qu'on peut y ajouter 
n'ont pas d'importance. 

Sur un navire, l'arrière se nomme la Poupe, et il est 
probable que c'est à cause des Figures ou Cariatides qui 
ornaient cette partie du bâtiment. 

Un diminutif français de pupa, c'est Pupille, jeune 
fille. Si le même mot désigne aussi, dans l'œil, l'ouver- 
ture variable de l'iris, c'est, croyons-nous, parce que, se 
plaçant assez près pour se mirer dans cet encadrement, 
on y voit ses traits amoindris comme ceux d'une Poupée, 

La Pupille a un autre nom : prunelle dérivé, comme 
couleur, de pjnme, le fond du miroir étant sombre. 

Bombe. Origine inconnue. B. 

Nodier considère ce mot comme une onomatopée et ne 
rappelle, que pour le critiquer, le Bomba de quelques au- 
teurs, — une certaine coquille servant de trompette, pro- 
bablement, celle que nous appelons Buccin. 

A défaut de Bomba, le latin nous offre Bombus, Bour- 
donnement, Bombalium, Instrument de musique, à 
percussion, dans le genre des cymbales, et Bombitare, Re- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 53 

tentir ou résonner. Voilà qui est bien suffisant pour ex- 
pliquer Bombe, bruit du projectile. 

Notons encore que, de Bombitare est venu le verbe Bon- 
divy expression qui s'applique tout aussi convenablement 
aux courbes du son, à ses rejaillissements contre un obs- 
tacle, — et à l'élan d'un gymnasiarque pour franchir une 
barrière. 

Anciennement Bondir avait exactement le sens du la- 
tin Bombitare. 

Border. Ce verbe serait, dit-on, d'origine néerlandaise : 
Bordy Limite. Nous voudrions lui en trouver une autre, à 
cause d'une note recueillie dans Littré, et qui donne à 
réfléchir. 

Disons d'abord que, jadis, on appelait Borde une petite 
métairie à l'extrémité d'une ville, et que le propriétaire, 
avait le titre de Bordelier. 

De cette situation au point le plus reculé des lieux ha- 
bités, est venu le sens attaché à Bord, Bordure, et une au- 
tre forme de Border, c'est parait-il. Broder^ ou orner le 
bord d'une étoffe. 

C'est cette transposition de lettres qui nous a frappé, 
parce que Littré dit que Bord est égal à Borne par l'inter- 
médiaire de l'ancien français ^oc^we, — et que, au lieu de 
Borne, nous trouvons dans Rabelais Bonde : Les bondes 
d'Hercule, ce qui est aussi une métathèse de Bodne. 

Or, il est connu que Bonde représente deux choses : l'o- 
rifice d'un tonneau et la rondelle qui le bouche. 

Nous voyons alors dans le vieux français Bodne une 
contraction de Bodine ou Boudiné, déjà rencontré à Be- 
daine. 

Là, nous avons expliqué comment le même terme pou- 



54 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

vait, sans contradiction, être employé pour une partie 
pleine f et pour une autre, creuse. 

Au moyen de toutes ces dérivations et de ces mutations 
de lettres, on pourrait donc relier Borne — qui explique 
Bord — à Bedaine et à Boudin^ sans faire de contre-sens. 

Bosse. Origine inconnue. B. 

Dans la synonymie donnée par Littré, on trouve : Bo- 
che ^ picard ; Bosche normand, et le bas-breton Bos, Bosen, 
Tumeur pestilentielle. 

Nous ferons un rapprochement entre le breton et le si- 
milaire latin Bos, voulant dire Bœuf, sans rien conclure 
pour l'étymologie, nous bornant, d'abord, à laisser entre- 
voir nos suppositions. 

La faune de notre pays s'est notablement modifiée de- 
puis l'invasion romaine. Jules César, au livre IV De bello 
gallico, parle d'un ruminant V Aurochs, dont quelques in- 
dividus — dit Toussenel — errent dans les forêts de la 
Lithuanie. C'était le taureau géant, habitant la Gaule, 
VUrus à qui César donne une taille voisine de celle de 
l'éléphant. 

A côté de V Aurochs se voyait un autre herbivore qu'on 
ne retrouve plus qu'en Amérique et qui, comme lui, est 
cité dans le compte-rendu des chasses royales de Charle- 
magne, c'est le Bison. Et quel est le lecteur de Feminore 
Cooper qui ne s'est régalé — en imagination — d'une 
Bosse de bison? 

Cette proéminence ressemble à une poche, un sac, une 
Bourse, ce qui nous ramène au sens du bas-breton, Bos, 
Tumeur, quelque chose de gonflé, de boursouflé. 

« Boursoufler se dit en valaque : Bos unfla, littérale- 
ment : Enfler {unfla), comme une Bourse [Bas) ». 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 55 

11 nous semble donc que Ton puisse prendre pour ori- 
gine de Bosse ou le bas-breton, ou le valaque, ou le latin 
qui ont, tous trois, un terme identique se prêtant au sens 
voulu, car tous les animaux ont fourni, d'eux-mêmes, les 
éléments de leur appellation. 

Bot. Origine inconnue. B. 

L'espagnol a boto, et le wallon, bot qui veut dire émoussé. 
Ce sens existe pareillement dans Tallemand butze ou but- 
zen que Diez proposait, avec raison peut-être, pour bosse. 

De même que le pied bot tassé en massue, la Bosse of- 
fre, en effet, une surface mousse et les deux mots pour- 
raient avoir même provenance. 

Bouc. Origine inconnue. B. 

Nous savons maintenant que les Grecs disaient Bekkos 
et, d'autre part, que le latin Bucca, Bouche, peut expliquer 
Bègue, Bique Qi Biche. Par mêmes raisons, ^owc n'est plus 
un inconnu. 

Les Allemands ont un mot pareil au nôtre : Bock, en 
langue franque c'est Buk; en italien Becco, en celtique 
Bouch; — d'après Ménage, qui dii aussi que Buccus se 
trouve dans la loi salique. 

En P>ance, Bock s'emploie pour Bière, ce que M. Rozan 
explique ainsi : « Chez les Allemands, Etre heurté du bouc, 
signifie : Avoir trop bu. On s'enivre avec la bière nou- 
velle, annoncée dans les journaux avec une vignette qui 
est une Tête de bouc, enseigne de beaucoup de brasse- 
ries ». 

Cette bière s'appelle alovs Bocks-bier ; nous ne pronon- 
çons que la première partie du composé, le reste... nous 
l'avalons. 



56 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Boudin. Origine inconnue. B. 

Ce mot a déjà été mentionné à Bedaine, avec Tinter- 
médiaire Boudiné. Il vient du latin Botellus, Boyau. 

Si nous laissons tomber la finale, comme pour Castel, 
de Castellum, il nous reste Botel ou Boudin, par change- 
ments connus de o en ou ; de t en d ; de e en i, de l en n. 
[Locare, iunc, Ceim, libella donnent : Lower, cZonc, Cire, 
niveau). 

Bouffer, Bouffir. Onomatopées. B. 

Bouffir c'est Enfler, c'est ce que tentait de faire la Gre- 
nouille voulant devenir aussi grosse que le Bœuf. Ce ré- 
sultat peut tenir à ce que l'on mange trop, et c'est là un 
des sens de Bouffer que nous expliquerons à Buffet. 

Nous dirons seulement, ici, que les deux verbes en 
question ne sont point des Onomatopées, ou autrement 
dit : des mots formés d'après un son naturel, comme, 
par exemple, Croasser pour le cri du Corbeau. 

Bourbe. Origine inconnue. B. 

Littré donne le bas-breton Bourbou, le kymri Beriu 
(ébullition), et Borvo, Bourbon (FArchambaut). 

Ce Borvo est cité dans le Dictionnaire des noms de lo- 
calités de M. Cocheris, comme représentant une divinité, 
et, — de même que Tiior a fait Tourotte (Oise) ; Jupiter, 
Jeumont; Esus, Oisemont... — ce dieu oublié a fait Bour- 
bon et Bourbe. 

La Bourbe^ c'est la boue dont dont l'eau bouillonne par 
piétinement, et produit des Bulles^ comme un liquide 
actionné par la chaleur. 

Dans les pays intertropicaux, les Européens sont sou- 
vent tourmentés par une éruption vésiculaire qui s'ap- 
pelle Bourbouilles. 



I 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 57 

Bourde (mensonge). Origine inconnue. B. 

Une Bourde n'est pas seulement un mensonge, c'est 
une fausseté si grossière qu'on refuse d'y croire, de prime 
abord. C'est énorme de bêtise, c'est une Anerie, inter- 
prétation qui nous conduit à voir dans Bourde le latin 
Burdo, Bardot, mulet. Ane. 

Le peu d'assurance du hâbleur à débiter des Bourdes 
avait donné Bourder. 

« Ce verbe, dit Nodier, signifiait : Rester court en chaire^ 
parceque le prédicateur, en cet état, ne forme plus qu'un 
murmure, nn Bourdonnement. Il est à regretter que cette 
expression soit perdue ». 

Ceci nous dispense de chercher une origine à Bowdon 
qui se rattache à Burdo par le bruit de sonnailles des 
bêtes de somme. 

On dit des Tintements ou à.Q^ Bourdonnements d'oreille. 

Bourreau, Burette. Origines inconnues. B. 

Interrogé directement sur ces deux mots, le Diction- 
naire de Littré n'est pas plus explicite que le recueil 
d'Étymologies classiques, mais en y faisant quelques 
excursions nous sommes arrivé à croire que Bourreau et 
Burette pouvaient se relier l'un à l'autre, bien qu'ils 
n'aient point un air de famille. 

A l'article Bourreau, on trouve une anecdote sur un 
certain Borel, d'humeur assez féroce, mais cela ne 
compte pas, parait-il, bien que Bourreau soit en pro- 
vençal : Borel. 

— Selon nous. Bourreau dérive du latin Burra, Bure 
de couleur rousse. Le bourreau, c'est l'homme rouge, dont 
le vêtement de grosse laine est, dans Rabelais, Bureau et 
Bourreau; — de même encore le moine y est appelé 
Bourri. Nous verrons également que la teinte indiquée a 



58 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

servi à désigner Bourrique^ mentionnée déjà à propos de 
Aliboron. 

— Par raison analogue, Burette c'est le vase de couleur 
brune, au d'ocre rouge. Nous remplaçons souvent ainsi les 
véritables noms des objets par un détail de leur compo- 
sition ou de leur fabrication, nous disons : une Pâte ten- 
dre, du Biscuit pour des Figurines en porcelaine, — une 
Terre cuite pour un Buste, — un Plâtre pour un Bas- 
relief, un beau Marbre pour une Statue. Nous resterons 
donc sur cette conclusion : Burette c'est une poterie cou- 
leur de bure rousse. 

La parenté entre Burette qï Bourreau est encore établie 
par Fusage que le tourmenteur juré faisait des pintes, 
des brocs, des Buires dans la Question de Teau. Et nous 
trouvons une relation de même nature en examinant le 
vieux nom de l'exécuteur des Hautes-OEuvres. C'était le 
Boie, or le latin Boiœ veut dire Carcan. 

Bo'iœ a été aussi donné comme origine à Buire, mais 
nous sommes contraire à cette proposition. Burette et 
Buire (en breton huiren) ont un synonyme plus écourté, 
en Bretagne, c'est Buie qui pourrait venir du latin Bugia 
(vu à l'article Bauche). Avec le sens de ten^e molle, le 
vase étudié ici compléterait, par la mention de sa sub- 
stance, sa physionomie ébauchée par la couleur, dans 
Burette. 

L'enchaînement des idées est curieux en partant du 
terme simple Burra : Laine de couleur rousse. La nuance 
donne : Buire, Bourreau, Boron, Bourrique. La substance, 
c'est : Bure, Bureau, et Bourre qui mène à Bourrer ^?LYmT 
de bourre, et aussi, au figuré, accabler de reproches et 
même de coups. Par cette dernière acception, Bourrer est 
synonyme de Bourreler qui est office du Bourreau. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 59 

Bourrique. On donne pour origine à ce mot le latin 
d'Isidore de Séville : Burricus où nous ne pouvons man- 
quer de voir encore Burra, d'autant mieux que la Bour- 
rique, ou Tâne, se nomme parfois Roussm d'Arcadie. 

Cela nous permet d'éclaircir le doute exprimé par 
M. Delvau quand il dit : « Bourrique a Robespierre. — 
Animal aussi fantastique que la bête du Gévaudan, et 
que le peuple se plaît à mettre à toutes les sauces, sans 
qu'on sache pourquoi : Bête, Saoul, Méchant comme la 
Bourrique k Robespierre ». 

La locution s'emploie surtout pour l'ivrogne dont on 
dit vulgairement : « Il est saoul comme la bourrique à 
Robespierre ». Or, cette monture (Sterne aurait dit ce 
dada) n'est autre que la Guillotine qui, rouge de sang, 
déversait au ruisseau le trop plein de son indigestion de 
tigre. 

Bousculer. Origine inconnue. B. 

Suivant Littré, Bousculer est pour Bouteculer. 

D'après cette version, nous devons penser que le verbe 
inconnu n'est pas autre chose que cul buter dont la pre- 
mière syllabe n'a pas besoin d'explication. Quant à Buter ^ 
il avait, dans l'ancien français le sens général de Heurter, 
frapper. 

Un équivalent, déjà rencontré, c'est Basculer. 

Bouse, Boue. Origines inconnues. B. 

Pour Boue, Littré regarde comme probable le kymri 
Baiv ; — pour Bouse , il indique, mais avec doute, le bas- 
breton Bouzilei Bouzel^ et il ajoute que Paré disait i?OMë 
pour Bouse : « Prenez de la Boue de vache, de la lie de 
vin... » 

C'est cette dernière remarque qui nous a fait réunir les 



60 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

deux mots afin de leur donner une commune origine. 

Nous la connaissons maintenant. C'est le bas-latin 
Bugia admis pour Bauche, la hutte en mortier^ et qui peut 
donner les deux formes : Boue et Bouse. 

On appelle Boue la terre diluée^ latin Lutum en français 
Lut, enduit mou, servant au chimiste à boucher un vase. 
La Bouse a même consistance, ainsi que le Bousin qui 
est la surface tendre des pierres de taille. 

Braire. Origine inconnue ; diminutif Brailler. B. 

D'après Nodier, ce serait une onomatopée du cri de 
l'âne. 

Rabelais disait Braisler (Brailler) pour Braire et ces 
deux termes se traduisent en anglais par : Brawl et Bray; 
en Kymri c'est Bragal; autant de mots qui sembleraient 
donner raison à Nodier. 

Mais, suivant Littré, le bas-latin avait Bragire et nous 
pouvons nous en tenir là. Par chute de la consonne 
médiale G, on obtient Braire de Bragire, comme Plaire 
de Placera. 

Branche. Origine inconnue. B. 

« C'est un des mots que Diez rattache au celtique 
Brech, qui, en breton, signifie Bras. Le bas-latin a Branca 
leonisy pied de lion (botanique) » Littré. 

Le latin est aussi restreint de sens que le breton, mais 
se rapproche plus du français, et la disposition des 
doigts en éventail nous fait supposer que Branca, pour 
Branche, est le grec Branchia, les branchies des animaux 
aquatiques, ramifiées comme des peignes, et figurant 
assez bien l'ensemble appelé Branchage. 

A Broncher, nous verrons une note de Littré qui jus- 
tifie cette interprétation. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 61 



Brande. Origine inconnue. B. 

La Brande c'est la Bruxjère, anciennement Bruière, 
diminutif du breton Brug (même sens), et que Nodier 
pense avoir été ainsi nommée de ce que ses tiges, sou- 
ples et grêles, bruissent au moindre vent. 

Un rien Vagite, or — pour Brande^ — on peut citer le 
provençal Brandar Remuer, si Ton ne veut pas de notre 
verbe Brandir qui signifiait proprement : Agiter une 
épée, un brand, mot d'origine germanique... dit-on. 

Branler. Origine inconnue. B. 

Ce verbe serait une autre forme de brandir. 

D'après Littré, brandir a donné brandiller (osciller), 
par un intermédiaire brandeler qui, contracté, est bran- 
ler. 

De là, le terme marin Branles, Hamacs, et le comman- 
dement : Branlebas! qui veut dire, au propre. Décrocher 
les branles et, par extension : Songer à toute autre chose 
qu'à dormir. 

Braquemart. Origine inconnue B, 

Mart est abréviation de Marteau, et désigne toute arme 
aussi maniable que l'outil percuteur. Quant à la première 
partie du mot, on a voulu y voir le grec Brakus^ court. 

Nous pensons qu'il faut préférer l'anglais Brake^ bri- 
ser, qui contient le radical br dont nous donnerons une 
explication à Brigue. 

Braquer. Origine inconnue. B. 

Tout en donnant le Scandinave Braka Abaisser, mettre 
dessous, Littré trouve que le peu de clarté du sens rend 
cette étymologie douteuse. 

Braquer, c'est mettre un canon en position de tirer ; 
on trouverait peut-être l'explication du verbe dans le 



62 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

terme marin Embraquer ou Abraquer. ce qui est : Mou- 
voir la pièce dans le plan horizontal. Pour le vertical, 
on manœuvre peut-être encore la culasse avec des ans- 
pects et^ alors, la fin du pointage est marquée par le choc 
du coin qu'on enfonce sous le canon. 

Il se pourrait que cette opération dernière, définitive, 
résumant tout le travail d'ajustage, eût accaparé com- 
plètement la signification collective de Braquer ^ et, dès 
lors, Braka (Mettre dessous) aurait droit d'être accepté 
comme étymologie. 

Cependant, il n'est pas impossible que Braquer et ses 
composés soient tout simplement dérivés de Bras, vu les 
grands efl'orts que nécessite la manœuvre d'un canon. 

Bredouiller. Origine inconnue. B. 

Bre préfixe (de même que Bery Bar, Bes, Bis), a, d'or- 
dinaire, un sens péjoratif; il indique un défaut, un 
manque. 

Bouille, vient du latin Ductile. ^ 

Être ductile, c'est, pour un métal, pouvoir passer faci- 
lement à la filière, et, pour un aliment, franchir aisé- 
ment l'isthme du gosier. La parole doit aussi pouvoir 
couler, fluer sans gène, sans embarras; sinon, elle est 
saccadée, précipitée, indistincte, non ductile : Alors, on 
Bredouille, 

Breloque. Origine inconnue. B. 

M. Bescherelle dit : « Battre la breloque, — Battre la 
caisse d'une manière rompue. Le décousu de cette bat- 
terie, impropre à la marche, a donné lieu au dicton 
populaire : Battre la breloque, pour Déraisonner. » 

M. Génin, ayant remarqué que ce signal précédait sou- 
vent une distribution de vivres, en a conclu que Bre- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 63 

loque était ironiquement la portion donnée à chaque 
homme, et équivalait à Brimbelle, groseille noire, en 
latin Belluga, au sens de Ration. 

Ces explications nous sont données par M. Rozan, mais 
ne sont point pour nous contenter, — nous en ferons 
cependant quelque profit. 

La Breloque, de même que les sonneries de quartier, 
indiquerait parfois que la bouche à mieux à faire que de 
causer. Dans ce but, manger est un bon moyen. 

Adoptant cette manière de voir, Breloque nous semble 
vouloir dire : Assez parlé ! Conversation rompue ! (Tou- 
jours la particule Bre, ^lusiLoqui). De là, le sens de pro- 
pos décoususy contenu dans l'expression : Battre la bre- 
loque. 

Mais le mot désigne, en outre, un brimborion qui bal- 
lotte au bout d'une chaîne de montre, et, par son mou- 
vement saccadé, rappelle celui de la batterie de tambour. 
Cette première analogie se renforce du rapport qui existe 
entre une Loque et le latin Loqui, Parler. 

Bî^e (Briser, Rompre) suppose agitation, et une loque 
c'est une chose qui pend. Une breloque est donc un objet 
suspendu qui s'agite, comme la Langue dans la conver- 
sation : aussi l'Argot emploie-t-il cette locution : Remuer 
ou Balancer le chiffon pour : Bavarder, ce qui établit la 
parenté entre loque et Loquace : 

Voltaire avait raison : « C'est le peuple ignorant qui 
a formé les langages. » 

Bretauder. Origine inconnue. B. 

« Bretauder y c'est Tondre inégalement : Bre, préfixe 
préjoratif, et Tauder, ou Tondir, du latin fonder e, dont 
le participe passé Tonsus a donné Tousel et Touse, jeune 
garçon et jeune fille. » Littré. 



64 SOLUTIONS DE PROBLEMES 

Bribe. Origine inconnue. B. 

« Briber Manger goulûment, mendier, quêter des bri- 
bes (des miettes). Espagnol Bribar Mendier. » Glos. de 
Rabelais. 

« Le picard, dit Littré, a les mots Brnber Manger; 
Brife Morceau de pain, et Brifard Mangeur. » 

Bribe français, et Brife picard, nous semblent être de 
régulières transformations du latin Brevis qui a donné 
Bref au sens de : petit, écourté, émietté. 

Bricole. Origine inconnue. B. 

« Vient du bas-latin Bricola^ machine à lancer les pier- 
res. Lemot a désigné ensuite le bond que fait le projectile; 
— puis les cordes de Tengin ; — et enfin n'importe quel 
lien servant à une opération quelconque. L'ancien fran- 
çais Bric^ Piège pour les animaux, se rattache peut-être 
à un radical allemand Brech Rompre. » Littré. 

Nous dirons à Brigue nos raisons pour préférer à une 
origine allemande une provenance latine; Bric et Bricole 
étant de la même famille que Braca. 

Brigue. Origine inconnue. B. 

« Ce mot a pour dérivés Brigade et Brigand, d'an 
radical Brig qu'on ne peut rattacher à rien de connu 
d'ailleurs. » 

C'est tout ce que nous apprend Littré, ajoutant que 
l'italien Briga veut dire Querelle; — et que Brigand 
était autrefois Soldat à pied, appartenant à une troupe : 
Brigade. 

Le radical peut se dérober matériellement, il se révèle 
du moins par ses effets, et nous pouvons en parler, nous 
en faire une idée, comme on juge par ses résultats le 
vent qu'on ne voit pas. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 65 

Nous avons déjà noté des termes : Bredouiller, Bre- 
tander où Ton devine le sens primitif contenu dans Bri- 
gue et ses dérives, ainsi que dans cette particule : Bre, 
Ber... qui a presque toujours une signification de Dé- 
sordre, de Désarroi. 

Dans ces occasions, c'est toujours Bre, Bri, Bray avec 
ou sans transposition de r, que nous rencontrons, de 
prime abord; par exemple, dans les formes les plus 
simples : Bref y écourté ; Bris, Cassure ; Braie, Culotte 
courte; et Ton pourrait adopter comme origine d'une 
très nombreuse lignée le Brau provençal venu, dit-on, 
des langues germaniques, signifiant Brave aujourd'hui, et 
Violent, autrefois. 

D'autres pensent qu'il serait mieux encore de choisir 
le haut-allemand Bristan, regardé comme nous ayant 
donné Biaiser, et représenté en anglais par to Brake. 

Le signe br serait alors indice de Rupture, séparation 
matérielle ou, figurément, de quelque état désordonné. 

C'est ainsi que, de Brake y nous passerions à Braque y 
Chien fou. Un écervelé ; puis à Brique Morceau ; à Brigue, 
Cabale, (en italien : Brigay Querelle) ; Brigand qui s'y 
rattache forcément, et à Brigade ou subdivision d'un 
corps d'armée. 

Mais, de même que nous avons déjà relié Bribe à Brevisy 
nous essaierons de tirer Brigue du latin plutôt que de 
l'allemand ou de l'anglo-saxon. 

Nous avons à dessein réuni les expressions ci-dessus 
pour nous bien pénétrer de leur sens général, et nous y 
joindrons deux ou trois autres qui nous touchent de près 
comme compatriotes et entrent de plein droit dans notre 
sujet. 

La Bretagne est le pays bretaudé par la nature, c'est 



66 : SOLUTIONS de problèmes 

Finis terrœ, \q' Finistère, la région Bracata, écourtée; et 
ses habitants se nommaient Britones, ceux de la Grande- 
Bretagne étaient dits : Brigantes. 

Or, de Braca qui, comme toute la série, contient l'idée 
de sectionnement^ l'Étymologie peut obtenir, en outre de 
Braie, la Rupture nommée Brèche, dont le diminutif est 
Bréchet, creux de V estomac; — à comparer avec l'anglais 
Breast Gorge. Nous savons, en effet, que la voyelle latine 
A persiste, ou se change en e, en i, etc. D'autre part, 
nous avons vu à Bègue l'équivalence des finales che^ 
que, gue. 

Donc, Braca nous donne régulièrement Braque (puis 
Bracon, Braconnier, etc.) — Brique et ses dérivés; enfin : 
Brigue et sa suite nombreuse. 

Et, tout cela, sans rien demander à l'allemand. 

Brimborion. Origine inconnue. B. 

Littré cite : Brimborion Marchandise de messe, et Brim- 
borions prières mal débitées, égalisant Brimborlum et 
Breviarium, Bréviaire. 

Comme pour Bribe, nous retrouvons ici, dans les ternies 
mentionnés, le latin Brevis, chose écourtée, ou de peu de 
valeur. 

Rabelais a Brimbelette, pour Misère, Babiole, Bribe, ce 
qui donne aux deux termes une parenté commune. 

Brin. Origine inconnue. B. 

On trouve au glossaire de Rabelais : BrenBTm. Pas un 
bren, pas du tout. 

En Berry, c'est pareil, dit Littré, il faut y ajouter ^rari 
de scie ou Sciure de bois. 

Ces trois expressions désignent toutes choses menues, 
de valeur nulle, à négliger d'ordinaire, en raison de leur 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 67 

état infime ou de leur réduction en miettes, en petits 
débris. 

Brioche. Origine inconnue. B. 

On ne trouve rien dans Littré, sinon que certaine frian- 
dise Griotte était vulgairement appelée Brioche. 

Mais le mot ne désigne pas, en français, seulement une 
pâtisserie ; il s'emploie aussi au sens de Bévue et, par là, 
il peut avoir une explication. 

Be, Bre, sont préfixes indiquant un défaut, comme 
dans : Bègue, Bréhaigne. Bis est dans le même cas ; par 
exemple, en Espagnol où Bis-ojo veut dire : Louche, qui 
a les yeux dirigés de deux côtés. 

En italien Œil c'est Occhio et, en le faisant précéder de 
BeVy nous avons l'équivalent de Bévue, qui est Brioche. 

Enfin, le mot appartient encore au sens que nous avons 
indiqué pour Brigue, et peut très bien avoir servi primi- 
tivement comme indication d'une Violence quelconque 
appliquée sur Vœil. Le résultat est un Gonflement, et nous 
avons déjà vu, à Beignet, cette Tuméfaction dont nous 
retrouvons le dessin dans la forme de la Brioche. 

Brise, terme de marine, venu, vers la fin du xvii^ siè- 
cle, de l'anglais Breeze, Brise. B. 

Après ce que nous avons dit à Brigue, nous pouvons 
voir dans Brise la même idée que dans les autres mots 
venant de Braca, dont une forme est précisément Brise, 
par changement de a en i, de c en s. (Cerise, et Voisin, de 
Cerasus, et Vicinus). 

La brise est un vent violent qui fracasse, et il en est 
[une, aux Açores, qu'on appelle : le Charpentier. 

Brise, pouvant se rattacher au latin, est le substantif 
[qui a fait Briser, puisque Braca existe sans Bracare. 



68 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Broc. Origine inconnue. B. 

Cependant le Dictionnaire étymologique cite Brochet, 
venu de Broche qui était l'ancien nom donné au poisson, 
à cause de sa tête pointue; idée qui se retrouve dans 
l'anglais Pike, à la fois Pique ^ lance et Brochet. 

C'est par une semblable métaphore que le Broc a été 
baptisé. 

En Italien, dit Littré, on l'appelle Brocca\ la forme la 
plus habituelle est Broche. C'est un vase à goulot. La can- 
nelle d'un tonneau se nommait aussi une Broche. 

Ainsi, Broc et Broche c'est chose pointue; les termes 
sont identiques et, pourtant, quel écart dans le sens 
attaché par l'usage à l'un et à l'autre ! 

C'est la plus petite partie qui a servi à dénommer le 
tout. — De même, c'est seulement la couleur du poil qui 
a fait appeler un quadrupède : Bourrique. 

Brocanter. Origine inconnue. B. 

Ce mot s'explique par ce que nous avons dit de Broc 
Broche, d'où il est dérivé. Il signifie Commercer, ce qui 
n'est qu'une extension du sens primitif, la Broche, ou le 
Croc, servant à l'étalage des marchandises. On dit d'un 
objet de peu de valeur qu'il fut acheté au Décrochez-moi 
çà, et il est peu de magasins qui n'aient un Crochet auquel 
sont appendas, en attendant d'être classés, tous les 
papiers de valeur. 

Une Broche, c'est un billet à ordre d'une petite somme. 
Brocante et Broquille sont termes d'Argot, pour choses 
de peu de prix ; Bricole, qui a même signification, conduit 
de Broc à Bric-à-Brac métier de revendeur, et en fait des 
termes équivalents. 

Du reste, nous avons, l'expression : de Bric et de Broc 
employée pour tout ouvrage peu soigné et qui tient à 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 69 

Brocher, Coudre rapidement un livre, d'où: Aller vite en 
toute occupation, travaillera la légère. 

Tous ces mots sont reliés Tun à l'autre, ne différant 
que parle changement fantaisiste d'une lettre, licence 
fort commune dans le langage courant. 

En français, Brocanter reste, en général, attaché aux 
transactions d'intérêt médiocre, mais il peut avoir une 
portée plus étendue, comme il apparaît avec Broke, dans 
l'anglais : Shipbroker, Courtier maritime. 

Broncher. Origine inconnue. B. 

« L'ancien français disait Bronche pour BranchCy et 
l'italien a Bronco, Tronc. » Littré. 

En conséquence, Broncher serait se heurter le pied 
contre une Souche. Après l'explication que nous avons 
donnée pour Branche, il nous plaît beaucoup de lui ren- 
contrer comme similaire Bronche, organe de la respira- 
tion, de même que les Branchies, et, aussi bien que 
celles-ci, figurant par des ramifications ce qu'on appelle 
le Branchage. 

Brouir. Origine inconnue. B. 

Ce verbe s'emploie pour marquer l'action du soleil sur 
les jeunes pousses qu'il brûle. 

Brouir a même origine que Brûler. Il ne faut que pous- 
ser plus loin l'élagage du latin perustulare 
ayant donné b . r û . . . 1er. 
où la consonne L, placée entre deux voyelles est en bonne 
condition pour s'éliminer. 

Alors, Brûer devient Brouir^ par changement de u en 
ou : (Loup, de Lupus) et l'exemple Affirmare ayant^ en 
français, deux finales ; Affermir et Affirmer. 



70 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Bruine. Origine inconnue. B. 

Le mot latin auquel on pense de suite c'est pruina, ge 
lée blanche, qui a même caractère de ténuité que la 
Bruine, petite pluie fine. Cependant, Littré hésite à l'ac- 
cepter malgré le milanais jonwna (même sens que ^rwina) 
par cette raison que le passage du jo au 6 est difficile à jus- 
tifier. L'étonnant c'est qu'il cite brugnon venu du latin 
prunus par des intermédiaires. 

L'un deux est sans doute l'italien brugna, mais ce bru- 
gna a (comme brugnon) pi'unus -pour ancêtre, et l'on ne 
voit pas pourquoi le latin n'est pas franchement avoué 
quand il ne manque pas, par ailleurs, d'exemples du pas- 
sage de p à B : Perustulare, Brûler — Caput, Cabus — 
Duplex, Double, etc, etc. 

Inutile d'éviter ce qui est permis; en conséquence, 
nous garderons Pruina. 

Bruire. Origine inconnue. B. 

Littré indique l'ancien catalan Brugir. Nodier range 
Bruire avec Bruit et Bruissement dans les plus belles 
onomatopées de la langue. Il est probable, dit-il aussi, que 
du même son radical est venu le nom de la Bruyère dont 
les tiges grêles Bruissent au moindre vent. 

Buffet. Origine inconnue. B. 

Le texte de Littré peut servir à trouver une explica- 
tion. Il dit : « Buffet : ancien français, coup sur la joue 
et soufflet pour le feu: provenant d'un radical signifiant 
Enfler les joues et qui se trouve dans Bouffer : proven- 
çal et espagnol Buffar, Souffler ; italien Buffare, Souffler 
et plaisanter. Bouffer et Pouffer sont égaux. » 

D'où il résulte que c'est l'italien qui nous a donné Bouf- 
fon ; nous en avons tiré l'adjectif 5ow^e joint à Opéra et, 



I 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 71 

de Tautre sens du mot Buffare, nous avons fait : Bouffer j 
BouffiyBoufflissure. L'Argot y a trouvé Xo. Bouffarde [^i^o), 
et même Bouffavdïère Estaminet et Cheminée. 

Mais, de plus, tandis que nous gardions Bouffer^ verbe 
neutre (des manches bouffantes) le peuple s'en servait avec 
sa primitive signification &' Enfler les joues, et le substi- 
tuait à Manger, le faisant, comme ce dernier, neutre et 
actif, — tout aussi bien que Bâffrer, copain de Bouffer, 
et reproduction du Bauffrer de Rabelais. 

Dès lors, il semble assez naturel qu'on ait appelé Buf- 
fet le meuble où l'on serre ce qui peut QivQBuffé om Bouffé, 
tout ce qui est de nature à gonfler les joues. 

Et Bouffer, — vu les comparaisons souvent faites entre 
l'appétit de l'homme et celui des animaux : une faim 
Canine — dévorer comme un tigre, — n'est pas autre 
chose, pour nous, que Manger comme un bœuf. 

Les autres sens sont par dérivation. 

Butor. Oiseau de proie. Mot d'origine inconnue. B. 

Littré cite le bas-latin Butorius, le vieux liégois Puttoir 
et l'anglais Bittern, anciennement Buteor. Il ajoute « on 
a dérivé Butor de Bos-Taurus à cause de son cri, mais 
cela ne peut se soutenir devant les formes ici réunies 
qui, d'ailleurs, remontent à un radical inconnu. » 

Quel étrange énoncé ! Il est plus incompréhensible que 
le mot lui-même. Travaillons sans lui. 

Le Butor que, vu son naturel réfractaire à la domesti- 
cation, on a comparé à la Buse (pour le même motif qua- 
lifié de stupide] ne peut avoir étymologiquement le latin 
Buteo (oiseau de proie) comme origine ; la finale r ne s'ex- 
pliquerait pas. 

Toussenel accepte Botaurus. » Le butor, dit-il, a contre 
lui son effroyable chant qui est tout simplement un beu- 



72 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

glement de Taureau^ ce qui a fait croire autrefois à l'exis- 
tence de cavernes éoliennes situées au fond des eaux... 
Le butor se plaît au plus épais des fourrés des roseaux... 
Si les linguistes avaient demandé conseil aux gamins 
de Lorraine pour le baptiser, ils Tauraient appelé le Bœuf 
d'eau. » 

D'après cela, il faut réellement placer Butor entre le 
latin Butorius et les synonymes, liégois ou anglais, venus 
du français comme : Buteor et Puttoir, -par exemple. 

Quant à Bittern, évidemment dérivé de Bitter, amer, 
il a tout Fair de ne point s'appliquer à l'oiseau, mais 
bien à l'homme de méchante humeur, qu'on appelle 
aussi un Butor. 

Les Dictionnaires donnent Bubere, Bouffer, cri du butor. 

Bouffer, interprété comme nous avons fait pour Biffer, 
ce serait Faire, Imiter le bœuf. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 73 



C 



Cabaret. Origine inconnue. B. 

Même déclaration dans Littré, mais, à Cabas dont la 
provenance est également notée incertaine, nous lisons : 
« on est disposé à y voir le radical celtique Cab (hutte), 
d'où Cabane. » 

Cabanon, Cabine, Cabinet ont même souche, étant tirés 
de : Cajoanna, latin; Caèiii, anglais ; Gabinetto, italien; et 
il ne faut pas grand effort pour y rattacher Cabaret. 

Il se pourrait fort bien que tous les mots cités fussent 
dérivés de Caput, par une extension de sens indiquée 
dans notre article suivant. 

Chef, Capuchon, Capote, Cabine, Cabaret, vont toujours 
élargissant la signification du radical, et l'on ferait un 
long chapitre, s'il fallait mentionner seulement tous les 
intermédiaires entre ceux-là et une Capitale. 

Cabaret, ayant un r, peut-être attribué à Caper ou Ca- 
pra, la Tête de bouc servant d'enseigne aux buvettes, les 
liquides capiteux mettant d'ordinaire en Verve, du latin 
Vervex. 

Cabas. Origine inconnue. B. 

Littré hésite entre le radical celtique Cab, qu'il aper- 
çoit dans Cabane, et l'adjectif latin Capax {qui contient). 
Mais, comme ailleurs, il cite le vieux français Cabasset, 
espèce de petit Casque, et diminutif de Cabas, on peut 



74 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

prendre ce dernier mot pour un dérivé de Caput^ Tête — 
analogie de forme avec la coiffure. 

Cabas, par l'espagnol Capacho, est proche parent de 
Caboche. 

Cabotage. « On indique, pour étymologie, l'italien 
Capo, ou l'espagnol Cabo^ Cap. Aller de cap en cap; mais 
c'est douteux ». Littré. 

Si l'explication n'est pas acceptable, malgré sa bonne 
apparence, on pourrait attribuer à Caboter une origine 
historique : Cabot (Jean) navigateur vénitien (1497) , qui eut 
un fils (Sébastien), marin également, au service de l'Espa- 
gne (1526). L'italien dit Cabotaggio] l'espagnol, Cabotage. 

En résumé, cette dernière hypothèse nous ramène tou- 
jours au latin Caput, les noms propres de Cabot ou Cha- 
bot ayant cette signification : qui a une grosse Tête — ou 
un gros Cap, d'après l'expression : De pied en cap. 

On a, dès lors, quelque raison de conclure que Caboter 
c'est : naviguer d'un Cap à l'autre. 

Cafard. Origine inconnue. B. 

« Caphart, et Caphard : Hypocrite, dissimulé. Ce mot 
paraît venir de l'hébreu Caphar Cacher, couvrir ; les Turcs 
appellent Cafar un renégat. Caphar dum était jadis un 
manteau à Coqueluchon ». (Glos. de Rabelais.) 

« Cafard, Hypocrite, vient peut-être de l'arabe Cafar a, 
Nier. Le Duchat le dérive de Capa, puis Capha d'où vint 
Caphardum Manteau à capuchon ». (L'abbé Tuet). 

Ducange donne aussi Caphardum et c'est là, aussi d'a- 
près Littré, l'étymologie la plus raisonnable. 

Nous trouverons encore mentionné le capuchon à pro- 
pos de Cagot, terme équivalent, comme sens, à celui de 
Cafard. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 75 

Cagot. Origine inconnue. B. 

Le Glossaire de Rabelais dit : « Cagots, moines men- 
diants revêtus de la Cagoule (Cucullus). — On donne 
encore ce nom, à certains hérétiques du Béarn, descen- 
dants des Sarrazins et, ces gens étant sujets au goitre et 
à la ladrerie, le mot Kagot a cette signification de Goi- 
treux et de Ladre. » 

En breton, les Kakous sont les Lépreux. En grec, Kakos 
a aussi le sens de malingre. 

Les ladres, les goitreux, portaient la cagoule des moi- 
nes (faux dévots). Ceux-ci se cachaient pour des motifs à 
eux connus; les autres se voilaient par ordonnance de 
police pour que la vue de leurs infirmités n'excitât pas 
le dégoût des passants. 

Caïeu. Origine inconnue. B. 

Étant donné, d'une part, qu'il s'agit d'un bourgeon nais- 
sant à Vaisselle des bulbes, et, parfois, dans leur subs- 
tance même (Safran), — et, d'autre part, que Cavea, 
Cage peut, par chute du v médial, donner Caïe, nous pre- 
nons le latin Caveatus, Encagé, d'où viendra Caïeu, le 
bourgeon qui naît en Cage. 

Caillou. Origine inconnue. B. 

Le latin Calculas a donné Calcul^ accepté bien qu'il ait 
■ conservé la brève u venant après la longue a. 
' En conséquence, nous sommes autorisé à garder aussi 
la finale us, et ce n'est pas une grande licence puisque 
pius a fait pieux. Nous avons donc toute latitude pour 
traiter Calculas comme le veut le français Caillou, qui en 
vient. 

Il se contracte en Calculas d'où le c médial disparait, de 
même que dans Punctum, Point. Reste donc Callus qui 



76 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

devient régulièrement Caillou, par passage ordinaire de 
A et de u aux diphtongues ai et ou. 

La dernière forme latine obtenue, par suite de réduc- 
tions normales, est un adjectif voulant dire : épais, épi- 
thète qui convient au Caillou, de toutes façons, puisqu'il 
sert souvent de Cale. 

En Normandie, Cail, c'est un durillon, l'accent est alors 
sur A de Calculus. 

Califourchon. Origine inconnue. B. 

Nous ne trouvons pas d'autre renseignement que 
celui-ci, c'est qu'on a dit aussi Cafourchon. 

Nous préférons l'expression actuelle qui ne nous paraît 
pas inexplicable. Être à Califourchon c'est se tenir dans 
la posture d'un cavalier, le Fourchon calé, soutenu, bien 
en selle. 

Le Fourchon, c'est l'écart des jambes comparées à une 
Fourche^ quelquefois même à une paire de Pincettes; 
analogie de forme. 

Et, du reste, au lieu de : Monter un cheval, ne dit-on 
pas : V Enfourcher? 

Câlin. Origine inconnue. B. 

Bien que les adjectifs expriment une façon d'être, un 
état, ils n'en conservent pas moins, à l'occasion, le sens 
d'une action, soit simple, soit réfléchie. Si nous exa- 
minons il^w tin, nous y voyons, suivant les circonstances : 
le caractère disposé au mouvement, l'individu qui pousse 
à la rébellion, et l'enfant qui se révolte. 

Analysé de la sorte. Câliner nous apparaît comme le 
diminutif de Caler. 

L'Être Câlin, c'est celui qui se cale; c'est le marmot qui 
s'accroche à vous ; qui se pend à votre main ; qui s'appuie 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES ' 77 

sur VOS genoux etveutyêtrea^^^'^; qui aime qu'on \e porte 
à bras, qu'on lui évite toute fatigue, et dont la diplomatie 
arrive au but : se faire Câliner. 

Les moyens qu'il emploie, le résultat qu'il obtient, expli- 
quent facilement que, de l'idée première : Supporter, on 
soit passé à celle de Caresser^ — et de Câliny à Enjôleur. 

Calotte. Origine inconnue. B. 

« Ce mot, dit Littré (sans se prononcer), est diminutif 
de Cale, écrit Calle dans Brantôme. » 

A propos de Bancal, nous avons déjà vu ce terme, et 
noté l'équivalence de Cal et de Cale. 

Le verbe Caler of^re de singulières dérivations de sens. 
11 veut bien dire Soutenir par un moyen quelconque, mais 
Vappui ne se fait pas toujours sans effort, ni dans une 
direction unique. De là, ces deux autres significations : 
Frapper et Enfoncer. 

Par exemple, pour Caler un meuble lourd, on emploie, 
avec avantage un coin de bois qui permet, par coups suc- 
cessifs, d'obtenir l'aplomb voulu. Par cette manœuvre 
aussi, on soulève un corps pesant. 

Mais on peut faire effort inversernent, pour régler la 
descente d'un fardeau et c'est encore Caler que nous trou- 
vons usité dans cette circonstance. En marine. Caler un 
mât, ou des vergues, c'est les Abaisser. 

Nous disons avec la même idée : « Cette menace l'a fait 
Caler, — a rabattu son caquet )>. 

Abaisser a pour correspondant Enfoncer, mettre dans 
un creux^ ce qui est encore une manière de consolider, 
d'où cette expression : Le navire cale de tant de pieds dans 
l'eau et, à l'intérieur, la Cale est la partie basse et creuse 
du bâtiment. 

Par là, s'explique Calotte tape fortement appuyée, et 



78 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

aussi coiffure en godet, posée sur le haut de la tête. 

En Argot, Caloquet c'est un chapeau ; Calot, un dé à 
coudre, Callot un teigneux : puis, du couvre-chef, on 
passe à la rondeur protégée. La tête' étant une boule. 
Calot est une grosse bille, et Calots ce sont des yeux en 
boules de loto. 

Le durillon, à surface courbe, que déterminent certains 
travaux manuels est le Cal, en latin Callus épais, qui 
nous ramène à Cale soutien, éjjaisseur quelconque {Cail- 
lou, par exemple), mise sous un pied de table. 

Camion. Origine inconnue. B. 

On ignore également d'où est venu le latin Camitem qui 
est, en français : Jante. 

A notre avis, le radical de ces deux mots — et de bien 
d'autres, est dans le grec : Kamnein, Peiner, travailler. 

Voyager, Faire effort. Devenir las, sont des idées insé- 
parables — sauf, bien entendu, par dérivations de sens, 
comme nous le verrons à Motte, comme nous le constate- 
rons également ici. 

Notons, avant tout, que Trimer a aussi ce double sens 
de Labeur et de Marche; que le paysan picard, fatigué 
par la route [odos, en grec), dit : Je suis hodé; et que, en 
espagnol, Cama, c'est le fond d'un chariot. 

On s'explique alors assez facilement pourquoi la Jante, 
qui supporte tout le poids de la charge (étant cette courbe 
de la roue dont une partie est toujours pressée entre le 
sol et le rayon vertical) s'appelle Camitem^ en latin. 

Le Camion, chariot pour les fardeaux très lourds, a 
naturellement Cam pour radical. Il en est de même pour 
Camelus, Chameau; Caméra, Voûte, — puis Chambre (le 
détail ayant servi à dénommer l'ensemble). 

Un Four, c'est Caminus, toujours à cause de la résis- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 79 

tance des voûtes. Camimis est aussi la Route, le chemin 
ce qui s'entend fort bien — mais, de plus, c'est la Chemi- 
née et, cette fois, toute idée de pénible eifort a disparu. 

Ce dernier terme semble tout à fait étranger à Camion, 
il est néanmoins de même provenance. C'est presque aussi 
évident que pour cette égalité : faire une Volte, ou faire 
une Voûte, — ou encore, pour rester dans notre sujet, 
quand on dit, après une longue course : Je suis rompu. 
Au féminin, ce qualificatif est traduit par le latin rupta 
qui est la Route. 

Camus. Camard. Camouflet. Origines inconnues. B. 

Ces trois expressions nous semblent n'en faire qu'une : 
Camouflet est un coup sur la face, et Camus ou Camard 
est l'état de celui qui a reçu le horion. 

La finale mard est de fantaisie pour mus^ celle-ci repré- 
sente la figure : Muse (ancien français) à.' o\x Museau ; et 
Mouflet est le diminutif de Mufle qui est aussi le visage 
de l'homme, en langage trivial, par une analogie plus 
ou moins justifiée avec le Mufle des animaux. 

Littré dit « Au xv^ siècle, il y avait chaud mouflet, qui 
semble composé de chaud et d'une transformation de 
mufle en mouflet. » 

A ce compte, la syllabe ca serait abréviation du latin 
Calidusy chaud, ce qui n'éveille pas nécessairement l'idée 
d'un coup, et n'explique aucun des mots que nous avons 
cru devoir réunir. 

Du reste, Littré ne cite chaud mouflet que pour mémoire, 
et non comme une solution. 

En effet, mufle, ainsi que nous le verrons à la lettre 
M, a servi à désigner des objets très divers et, notam- 
ment, les bouts de manche fourrés et les manchons, ce 
qui fait comprendre chaud mouflet, en l'absence de 



80 



SOLUTIONS DE PlU)HLEMi:S 



toute idée de violence. Or Camouflet est une brutalité 
quelconque. 

Au lieu d'y voir un représentant de Calidus (chaud), 
CA nous paraît être, par apocope, la première syllabe de 
Casser^ en souvenir d'une pâtisserie Talmouse, nommée 
aussi : Casse-museau qui a grand air de famille avec 
Camuse. 

En résumé, Camouflet serait un coup qui casse la figure; 
Camus^ c'est l'homme qui, de nature, ou par accident, a 
le nez cassé; et Camard est de même signification, à un 
degré plus élevé, sans doute, puisque la Mort, qui man- 
que totalement de nez, se nomme, en Argot, la Camarde. 

Caniveau. Origine inconnue. B. 

On appelle ainsi une pierre creusée en rigole pour 
l'écoulement de Teau; c'est un Canal ou un Cheneau, 
deux termes pareils venus du latin Canalis, Chenal. 

L'absence d'un diminutif comme : Canigellus n'empê- 
che pas de rattacher Caniveau, de même que ses analo- 
gues, à Canna, Roseau, Tuyau, Conduit. 

Canton. Origine inconnue B. 

Ce mot provient, comme Décanter, de Canthus Angle. 

<( Dans l'ancien français, dit Littré, on écrivait Cant, 
espagnol et italien Canto. Le terme a passé par celte 
filiation : bord en Kymri, rebord et coin en allemand, 
coin en langues romanes. Aujourd'hui, c'est Portion de 
pays délimitée. — Dans les métiers, on dit mettre de 
Cant (sur le côté) ou de Champ. La meilleure orthogra- 
phe serait Chant. » 

Capilotade représente, dit-on, l'espagnol Cabirotada, 
même signification. 
Chez nous, ce mot a deux sens : Ragoût et Éreintemeni^ 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 81 

réunis par cette idée : Hacher (de la viande), — ei Hacher 
de coups : soit quelqu'un, soit sa réputation. Cette der- 
nière acception doit être française, car Rabelais emploie 
Cabiroiade seulement avec la physionomie que le terme 
avait, sans doute, en espagnol : Ragoût de chevreau. 

Cabirotade s'est peut-être ensuite transformé facile- 
ment en Capilotade, mais notre expression peut bien tenir 
au latin Capillare, en français Chapeler, Battre frapper 
sur la tête : Caput\ ou, ce qui revient au même, se 
prendre aux cheveux Capillus, se mettre en capilo- 
tade. 

De la chevelure, qui peut ne pas être intéressée dans 
la bagarre, Texpression passe aux vêtements lacérés y 
mis en lambeaux, efTilochés, ayant Tair échevelé. 

Carat. Suivant les uns, ce mot est venu de Titalien 
Carato (même sens); selon d'autres, de Tarabe Qiraty 
lequel aurait servi d'intermédiaire entre le grec Kera- 
tion (Silique du Caroubier) et le français Carat. 

M. Rozan (A travers les mots) est plus explicite : « Le 
Carat est proprement le nom d'un arbre le Kouara, ori- 
ginaire d'Afrique. Ce petit fruit rouge, marqué de noir 
en son milieu, est enfermé dans une coque extrême- 
ment dure et, comme il est d'une grosseur presque 
constante, et ne varie guère de poids quand il est sec, 
les sauvages s'en servirent pour peser l'or. Le Carat 
passa ensuite dans l'Inde où il devint l'unité de poids 
des pierres précieuses, et surtout des diamants. Le 
Carat représente 4 grains ou 21 centigrammes, envi- 
ron ». 

Catimini. Origine inconnue. B. 

Le mot vient, dit Littré, du grec Katamenia, une 



82 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



indisposition périodique que Ton cache avec soin. 
Il cite, de plus, comme ayant même désinence : 
Brouillamini qui, dans le langage des maréchaux, est 
une singulière corruption du latin : Bolus Armetiiœ, Bol 
d'Arménie, une argile ocreuse rouge de nature tonique 
et astringente, qui servait d'emplâtre. 

Cauchemar est expliqué : La Vieille qui presse, ou 
qui cauche (ancien français). D'après Ménage, on disait 
aussi Cauche vieille, Rabelais a, dans le même sens, Cau- 
quemarre qu'il emploie également pour Sorcière. 

La première partie du terme est très claire, tout autant 
que la correspondante en anglais : Night-mare, et en alle- 
mand : Nacht-mai% qui représente la Nuit, le temps où 
l'on est oppressé. 

Il n'y a de semblable — dans les diverses langues : (le 
français de jadis, celui d'aujourd'hui, l'anglais, et l'alle- 
mand) — que la terminaison et nous voudrions l'expli- 
quer. 

Pour les uns, Mar, c'est un démon; pour d'autres, un 
animal fantastique ; dans le Lyonnais, c'était une Vieille, 
chez l'anglais Mai^e esiune Jument; et cela concorde avec 
l'allemand Mar, radical de notre mot Maréchal (ferrant 
les chevaux), et du breton Marh, Cheval. 

Un blanc coursier passe souvent au milieu des rêves, s'il 
faut en croire certains opuscules intitulés : La clef des son- 
ges, et, à la rigueur, on pourrait lui laisser l'épithète de 
fantastique, n'était la difficulté restante la Vieille, la Sor- 
cière, justiciable aussi de cette finale uniforme Mar. 

Mais l'embarras disparait si nous reportons de la Bête 
à la Mégère tous les titres mentionnés. 

C'est la Sorcière, pratiquant le sabbat, qui est l'être 
fantastique, le démon, la vieille qui cauche le Lyonnais, 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 83 

la misérable enfin si sèche et si maigre que nous appe- 
lons Haridelle, traduction de l'anglais Mare. 

Célibat. Origine difficile, dit Littré qui s'est donné 
beaucoup trop de peine pour arriver à une hypothèse 
dont il doute lui-même. Mais, il cite le latin CœlibatuSy 
également écrit Coelibatus, et nous en rapprocherons un 
mot de Rabelais : Coelivage : qui va au ciel. 

Les deux termes sont identiques comme composition, 
et le sens est le même. En catholicisme, le Célibat est le 
chemin qui conduit au ciel. 

Vage qui est dans : Vagabond, et bat qui se retrouve 
dans : Acrobate, sont particules de mouvement ; Vagor^ 
latin, eiBaïno, grec, signifiant tous deux maixher. 

Chaland (pratique). Origine inconnue. B. 

Comme Marchand, venu d'un participe présent, Cha- 
land représente le latin Calentem dont l'infinitif a fait 
Chaloir, d'où Chalant qui existe dans nonchalant. Calere 
veut dire : Être plein de feu, Prendre souci. Être 
affairé. 

Un magasin achalandé est celui où le travail ne chôme 
pas, où la pratique afflue, où clients et patron se don- 
nent du mouvement principe de chaleur. 

Châlit. Origine inconnue. B. 

Châlit y aujourd'hui : Bois de lit, d'une façon générale, 
avait, d'après Littré, le sens particulier de : Lit de pa- 
rade. Le mot serait alors composé de : lit, et de cha 
venu d'un verbe roman Catar Voir, — mentionné aussi 
pour l'étymologie de Èchafaud. 

A Catar^ nous préférons Chas que nous expliquons 
plus loin, sans que Châlit perde en rien le sens de : Lit 
exposé à la vue. 



84 SOLUTIONS DK PROBLÈMES 

Chamailler. Origine inconnue. B. 

Après Capilotade et Camouflet, on peut supposer que 
Chamailler n'est pas seulement se disputer en paroles, 
mais bien aussi argumenter des mains et surtout viser 
la tête (comme Beignet et Brioche nous l'ont également 
montré). Aussi, de Chamade et Camail, proposés par 
Littré, le dernier terme nous semble-t-il devoir être 
préféré. 

Le Camail ou Capmail était une Chape de Mailles, cou- 
vrant la tête et les épaules, et cette armure n'était pas 
de trop à une époque où se Chamailler était à l'ordre du 
jour, où l'on se daubait sur le camail. 

Dans le même sens que Chamailler, Rabelais emploie 
Chapoter, Cogner, battre — et, à l'occasion de débat en 
paroles seulement, peut-être faudrait-il rapprocher de 
ce dernier terme le verbe Chipoter. 

Chambranle. Origine inconnue. B. 

Le Chambranle est représenté par les bordures ou enca- 
drements de trois côtés d'une porte ou d'une fenêtre. 

Dans cet agencement, la pièce de bois s'offre, par sa 
dimension étroite, de Champ (ou de Chant), et c'est sur 
cette partie que s'articule le Branle : le Volet ou la 
Porte qui doit remuer librement. 

On dit aussi le Chambranle d'une Cheminée, parce que 
la forme est la même que pour une porte, ou encore à 
cause du paravent mobile qu'on y peut annexer. 

Charivari. Origine inconnue. B. 

Ce mot est un casse-tête qui a, sans succès, exercé la 
patience de beaucoup d'écrivains. On a découvert des à- 
peu-près, on en a même inventé, et le tout n'a fait que 
grossir le pêle-mêle des propositions rebutées presque 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 85 

aussitôt qu'émises. Le nombre de ces opinions avortées 
est si grand qu'une de plus n'y sera point sensible, 
n'augmentera point le désordre, et cela nous décide à 
courir la mauvaise fortune en bonne compagnie. 

Ce sont surtout des ustensiles de cuisine qui compo- 
sent l'orchestre d'un Charivari. Or, parmi les synonymes 
indiqués, se trouve un bas-latin Chalvaricum que l'on 
peut mettre en relations avec Caldaria, Chaudière; 
(V égale D : Glaive, de Gladius). 

Ou bien, on prendrait Calvaria^ venant de calvus, 
Chauve ; les noces de vieillards étant celles que l'on tam- 
bourine avec le plus d'entrain. 

Mais on aurait mieux — du moins nous le croyons — 
avec un autre terme cité : Chalivari, que nous écrivons 
Chali-vari. Ce serait, alors, culbuter le lit, le Châlit^ 
meuble capital du nouveau ménage, ce serait le Chavirer ^ 
et faire, comme dit le marin, un Chamber dément com- 
plet. 

Chas, Chassie. Origines inconnues. B. 

Ces deux mots viennent l'un de l'autre. La chassie est 
une humeur sécrétée sur le bord des paupières, ou le 
chas, l'encadrement de l'œil, le châssis, du latin capsa. 

Mais l'anglais appelle le chas d'une aiguille ; eye, un 
œil; en espagnol, la chassie est lagana, à rapprocher du 
breton lagad, les yeux; et, en Argot, chas^ chasse, chassue, 
s'emploient aussi pour œil. Avec ces acceptions : anglaise, 
espagnole, et argotique, on pourrait donc considérer 
chas, comme l'organe de la vue lui-même, et alors, le 
rattacher au verbe choisir qui, au moyen âge, n'avait que 
le sens d.'aj)ercevoir, et nous a donné choix assez ressem- 
blant à chas. 

Mais nous croyons que c'est là seulement une extension 



86 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

de ridée première. Barreau, fût, nous ont montré qu'un 
même mot peut servir à désigner un entourage, et l'objet 
entouré. Aussi, pour nous, chas (d'où chassie) n'est, 
comme châsse et châssis, qu'un des nombreux dérivés de 
capsa, caisse. 

Chaton. Anciennement chaston, à l'origine caston, de 
l'allemand Kasten (chaton). 

Le fruit du châtaignier a une enveloppe qui s'appelle 
chaton et, en anglais, la châtaigne se dit chestnut, Noix 
à coffret [chest, caisse). 

Tous ces mots : français, anglais, allemand, sont donc 
semblables. 

Mais il se présentait une petite difficulté. La Botanique 
donne pour répondants à Chaton : amentum et catulus, 
et ce dernier terme est le diminutif /)e^i^ chat, en français 
un chaton. 

Quel rapport y avait-il entre le fruit et l'animal? On 
trouve dans Littré l'indication suivante : 

« Le Chaton, épi long et flexible, composé de fleurs 
nombreuses, a été ainsi nommé par comparaison avec la 
fourrure du chat. » 

Cela nous met à l'aise pour rendre au latin un 
mot français attribué avec trop de générosité à l'alle- 
mand. 

Chat, de catus^ a fait le diminutif chaton, ou bien 
encore, celui-ci vient, dans sa forme ancienne : Caston 
de castanum, châtaignier. [Castanum existe en botanique 
pour castanea). 

Chauve-souris. 

Assez longtemps sur la foi des traités.., spéciaux, nous 
avons admis l'étymologie de Chauve-souris au sens de 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 87 

Soiu'is dont les ailes, membraneuses, sont Chauves, 
dépourvues de plumes. 

Diez avait proposé Souris-Chouette , en s'appuyant sur 
le wallon Chawe-Sori. Mais Littré n'admet pas cette 
explication parce que Chauve-Souins se trouve être, dans 
les plus anciens textes : Calves So?'ices, ce qui n'aurait 
pas eu lieu si Chauve était une corruption d'un terme 
autre que Calvus. 

Malgré cette opinion du grand philologue, nous pensons 
que l'indication de Diez est précieuse et qu'elle n'a failli 
que pour n'avoir pas été scrutée à fond. 

Il y a, en français, un verbe peu usité : Chauvir, qui 
s'applique aux animaux à oreilles longues et pointues : 
Ane, Mulet, pour marquer le mouvement du cornet acous- 
tique. On dit : Chauvir de U oreille. 

Et, pour ce dernier terme, nous lisons dans Rabelais : 
Chauver ou Chouer, ce qui rend très probable, comme 
racine : Choue, le simple de Chouette, et l'ancien nom de 
l'oiseau dont les plumes, aux côtés de la tête, figurent 
des oreilles de chat. 

Le Chouer de Rabelais a donné, sans doute, Chouant 
dont nous avons fait Chat-huant, — enBerry, Chavant, et 
Chavoche à rapprocher de Chevêche qui, autrefois, se 
disait pour Tête, cette partie du corps étant, chez la 
chouette, des plus remarquables par sa grosseur et sa 
conformation. 

Le vol des oiseaux nocturnes, ditToussenel, a ce carac- 
tère particulier « d'être lourd, l'aile est silencieuse ». 
Donc, l'allemand Chouch auquel on rattache le nom de 
ces rapaces : Choue, Chouette, Chouc, Choucas, ne s'op- 
pose point à ridée d'une Onomatopée que rend très plau- 
sible, du reste, le verbe picard Chuer, Parler bas. 



88 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Tous les termes que nous avons cités à propos de Chau- 
vir sont, pour nous, en étroite parenté avec Chauve-souris. 
Ici, Chauve ne signifie pas dépilé; d'ailleurs, l'animal 
fournit aux Néo-Calédoniens assez de poils pour qu'ils en 
fassent des cordelettes. 

La Roussette n'est donc point chauve^ mais un détail 
très notable dans sa physionomie est, comme pour la 
chouette, le grand développement de l'appendice auricu- 
laire ; ce qui lui a valu un nom caractéristique, justifiant 
la proposition de Diez : c'est celui d'ÛREiLLARD. 

Chut et Chuchoter (anciennement Chucheter), donnés 
comme des Onomatopées doivent, à notre avis, de même 
que le picard Chuer, avoir pour principe le frôlement 
sourd produit par le vol de la Choue. 

Chiper. Ce verbe bien connu des collégiens veut dire : 
Faire de petits larcins. Les objets dérobés étant de minime 
importance, on a supposé que chiper dérivait de ciccum, 
chose de peu de valeur. 

On a pensé aussi à rattacher le mot à Sheppard, le ban- 
dit de Londres. Mais, d'après M. Larchey, chiper n'est 
qu'une forme de notre vieux mot choper. 

Cette parenté directe met donc à néant les astucieuses 
prétentions du fameux larron d'outre-Manche. A notre 
avis, chiper est de nationalité française, et d'autant mieux 
qu'il nous semble avoir pour répondant latin capere, 
prendre. 

De ce thème on obtient régulièrement choper et chiper 
par changements : 

1° De c en c/i [canis^ chien) ; 

2° De a en o {phiala, fiole) ; — ou de a eni {cerasum^ 
cerise). 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



Il est à remarquer que capere donne, tout d'abord, cha- 
pevy terme inconnu, mais qui est en composition dans 
CuAP (ard) er, exactement comme mouche?^ et baver dans 
mouch (ard) er et bav (ard) er. 

Choucroute. Corruption de Tallemand SauerKraut.^. 

La corruption est assez forte, en effet. Les anglais qui 
ont emprunté le même mot à l'Allemagne Font au moins 
traduit juste Sourkrout — mot à mot: aigre-chou. 

C'est du chou blanc fermenté dans la saumure ; Sauer^ 
Sour est, chez nous, Tadjectif Sw% Suri; Suret, Surette. 

Mais nous n'y regardons pas toujours de bien près pour 
gaver notre vocabulaire courant d'un argot très à la mode 
aujourd'hui, et, avec de l'allemand ou de l'anglais de cui- 
sine, on dote, à tout propos, la langue française d'un 
arlequin de plus. 

C'est à vue de nez qu'on a composé Choucroute — heu- 
reusement sans le couronner d'un accent circonflexe ; 
seule réserve logique dans la confection d'un mot où l'on 
a rendu : Aigre par Chou, et celui-ci par Croûte. 

Choyer. Origine inconnue. B. 

Ici, n'ayant trouvé nulle part un semblant d'aide, nous 
avons raisonné de la façon suivante : Ployer, Noyer 
venant de Plicare, Necare, nous devons avoir pour Choyer 
quelque chose comme Chocare, ou Cocare. 

La transformation de ce verbe hypothétique nous don- 
nait Choquer, sens peu d'accord avec celui de Choyer. 

Mais CH français est c en latin : (Chose, de Causa); par 
là, nous avions Coquer qui nous faisait songer à Coquet- 
terie, commerce affectueux où Choyeripeui trouver place. 

Nous étions sur la piste ; il fallait maintenant rencon- 
trer Coquer. Vaines recherches dans maint glossaire; 



90 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

cependant celui de Rabelais nous donna Coquarl, et Co- 
quardeau : Galantin, ce qui nous persuadait que Coquer 
devait exister ou avait existé. 

Et, en effet, il se prélasse dans les dictionnaires de l'Ar- 
got. Celui de M. Larchey dit : « Coquer — Embrasser. » 
— Celui de M. Delvau est plus explicite. Voici Tarticle 
dans son entier : « Coquer — V. A. Dénoncer — dans Tar- 
got des voleurs qui ont emprunté à Targot lyonnais ce 
mot qui signifie Embrasser, comme fit Judas Iscariote 
pour Jésus ». 

Coquer, ou faire le Coq, voilà donc pour l'étymologie 
de Choyer. Ce serait tout si, par la note transcrite plus 
haut, nous ne nous trouvions engagé d'un autre côté. 

Coquer \Q\\.i dire, aussi, /)e/2oncer. Quel rapport y a-t-il, 
en ce sens, avec le Coq ? Celui-ci : Quand Pierre renia son 
maître, le coq révéla de suite sa trahison : Gallus Can- 
tavit. 

Sur ce point, les quatre Évangélistes sont d'accord. 

Ciron. Étymologie inconnue. B. 

« Chez les anciens naturalistes, ce mot désignait des 
insectes parasites des êtres vivants, et Linné les a fait 
entrer dans son genre Acajous avec les mites, et appelait 
Acarus Siro la mite du fromage ». Nysten. 

Les substances où Ton rencontre cet animalcule micros- 
copique sont de nature caséeuse, épaisse, onctueuse. On 
en a trouvé dans le Cérumen ainsi nommé de son analo- 
gie, comme consistance, avec la Cire. 

De là, Ciron. 

Ciseau. Origine inconnue. Ancienne forme Cisel. B. 
Le vieux français Cisel se retrouve dans l'anglais Ch'i- 
sel, et le breton Guisel; c'est le ciseau simple du menui- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 91 

sier ou du sculpteur — d'où est venu le verbe Ciseler. 
Notre pluriel Ciseaux (de couturière, de tailleur), se 
dit, en anglais : Scissors, nous avons aussi le terme Scis- 
sion, ce qui donne pour Forigine cherchée Scissum — de 
Scindere, Scinder. 

Civière. Origine inconnue. B. 

De même que Bi^anche a donné Brancard, le latin 
Cippus Cep a fait Civière, par une forme hypothétique 
Cipparia. 

Le changement normal de p en v : (Cœpa, Cive) expli- 
que cette transformation. On voit par là combien il est 
facile de construire des radicaux fictifs, et il faut s'éton- 
ner que celui-là n'existe pas dans un dictionnaire où, 
pourtant, ils ne sont pas rares. 

Cloche, du latin mérovingien Clocca dont l'origine est 
inconnue. B. 

Ce substantif se trouve dans la locution : Aller à clo- 
che-pied, qui vaut autant que Clocher, ou Boiter, en mar- 
chant. 

De plus, Clocher est l'édifice où sont les Cloches; de là 
son nom. 

Nous revenons ainsi au point de départ, mais après 
avoir établi une relation entre une Cloche et Boiter, ou 
Clocher, qui est le latin Claudicare. 

Le verbe, qui est tout, dans cette recherche, peut 
venir également bien de Cloppicare, dérivé, dit-on de 
Cloppus, en grec Choloïpos, Boiteux; et qui nous avait 
donné Cloper existant encore dans Clopin-clopant, Clo- 
piner et Ecloppé. 

Nous avons alors deux thèmes pour un, appliqués au 
balancement latéral d'un estropié de la jambe. 



92 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Ce mouvement est analogue à celui de la cloche mise 
en branle. 

Cette oscillation aussi est figurée, dans le sens ve)'ticali^a,T 
l'extrémité libre du membre inférieur que l'on a replié, 
pour sauter à Cloche-pied. 

L'origine de Clocca est donc Cloppicare, en provençal 
Clopcar^ le groupe pc s'étant apparié sur c, (comme ct 
dans : Assecta, a donné tt pour Assiette). 

La cloche, c'est l'engin qui cloche. 

Cloporte, anciennement clausporte , altération de 
Clausporc : Porc enfermé, enclos. 

Pourquoi cette dénomination ? 

Nous voyons, au Dictionnaire d'Étymologie que, si 
l'animal s'est appelé, en grec, en latin : Petit porcy et se 
nomme encore ainsi en Champagne, en Dauphiné, dans 
l'Anjou, il a été également désigné par Petit âne. 

Les Anglais, eux, disent Wood-louse, Pou de bois, et, 
comme apparence extérieure, c'est le terme le plus juste. 
Ailleurs, on a peut-être remarqué, plutôt, la forme re- 
plète de l'insecte, ou sa rétivité quand on l'excite, pour 
le qualifier Porc ou Ane. Dès lors, ces titres divers ont 
en eux-mêmes peu d'importance. 

Il en est autrement de l'adjectif Clos qui existe en 
français, ainsi que dans l'espagnol Cloporto et qui peut 
s'expliquer de deux façons : 

Ou bien, parce que chez tous les individus de l'espèce, 
des lames, fixées à la base des pattes thoraciques, for- 
ment une Poche où sont logés les œufs et même les 
petits ; 

Ou bien, parce que le Cloporte du commerce (qui est 
une variété assez distincte) ayant le corps parfaitement 
convexe, se met en boule, dès qu'on le touche. Les deux 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 93 

extrémités de Tinsecte se rejoignent alors avec assez 
d'exactitude pour que les appendices de la partie posté- 
rieure soient à peine visibles. 

En cet état, l'animal ressemble à une pilule, il est 
réellement clos de toutes parts, ce pour quoi on le nomme 
Cloporte. 

Cocasse. Origine inconnue. B. 

D'après une citation de Littré, Cocasse qui veut dire 
plaisant, étrange, signifie proprement : Coquille, comme 
on le voit par cet extrait de R. Belleau : 

de rouges limaces, 

Et d'autres, dans le creux de leurs tendres Cocasses. 

Reste à trouver le rapport entre ce substantif et l'ad- 
jectif qui nous semble appartenir au langage de l'Argot, 
métaphorique par excellence. 

Cocasse est souvent un euphémisme usité pour Ridi- 
cule, et l'on a défini le Ridicule « Un défaut de propor- 
tions. » Le manque de symétrie, en quoi que ce soit, le 
désaccord, est un phénomène qui nous frappe toujours 
et, parfois, si vivement que notre esprit ne va pas au- 
delà, et que, sans réfléchir, nous rions par exemple d'un 
Borgne, d'un Boiteux, d'un Bossu. C'est irraisonné : 
Quelqu'un glisse sur le pavé, a des gestes fous pour se 
retenir, et s'étale dans le ruisseau, voilà tout d'abord les 
spectateurs en gaieté. 

Avec cette idée, il se pouvait que Cocasse fût, en Argot, 
le sobriquet de quelque individualité difforme. Il n'en 
est point qui y soit spécifiée; cependant, en recueillant 
çà et là quelques indications consignées par MM. Delvau 
et Larchey, nous voyons que Cocasse veut dire : rusé; 



94 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

que Escargot c'est un homme mal fait, et aussi un Vaga- 
bond non pas sans asile, mais qui porte sa maison sur 
son dos. 

Et tous ces traits, nous les rencontrons chez l'esclave 
phrygien Ésope : contrefait — bossu, et malin... comme 
un singe, dirait-on aujourd'hui. 

Coche. (Entaille.) Origine inconnue. B. 

Si Conque^ Coque, et Corhe (Petit bateau) sont venus 
du latin Concha Coquille, c'est : le premier, par traduc- 
tion littérale, et les deux autres, par lois d'étymologie, 
sans doute, mais le dernier, surtout par analogie de forme 
avec le vase creux et courbe dont la coche (entaille) pour- 
rait être le moule. 

L'encoche d'un arc représente le profil d'une moitié 
de coquille, et cette excavation mérite plus que tout 
autre détail le nom de Conque. 

Il est manifeste que c'est, non par les courbures exté- 
rieures, mais par la cavité qui la creuse que la Conque 
est caractérisée. Cet enfoncement, seulement indiqué 
dans la coche ou Vencoche, est plus marqué dans recocher 
(Ricocher) ; un boulet fait son empreinte sur le sol, re- 
bondit, et coche la terre plus loin, pour recommencer. 
Il Ricoche, soit que l'on considère la courbe dessinée à la 
surface du terrain, — ou Varc qu'il décrit d'un point de 
contact à l'autre, par Ricochet. 

Coche (Truie). Origine inconnue. B. 

Aucun étymologiste n'a voulu admettre l'hypothèse de 
Diez qui trouvait Entaille dans ces appellations : Cochon, 
et Coche. Nous croyons pourtant que la raison est de son 
côté. 

Au point de vue physiologique, le porc ainsi que la 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 95 

truie diffèrent de leurs congénères, bons seulement à 
engraisser : le Cochon et la Coche. Ceux-ci ne sont plus 
des sujets entiers, ils ont subi une opération qui a laissé 
une cicatrice, une coche. Par là, le Porc est devenu un 
cochon, et la Truie (Troja) est passée à l'état de coche; 
aussi le latin Tappelait-il, alors, Scrofa qui est : Scrohsy 
scrobis, analogue pour le sens à Coche, entaille, creux 
dépression. 

Cochevis. Origine inconnue. B. 

Ce mot aurait pu rentrer dans ce que nous avons dit à 
propos de Coche Entaille. 

Le Cochevis, ou alouette crêtée, doit être le même 
oiseau que le Mauvis, alouette huppée. 

Pour Mauvis, Tétymologie indiquée est Malurn Vitis, 
fléau de la vigne. Cocher la vigne, c'est-à-dire : creuser 
le grain de raisin, taxe également le Cochevis de rava- 
geur, et nous fait croire, à nouveau, que les deux noms 
appartiennent au même individu. 

Colimaçon, « ou Limaçon avec la particule co dont le 
sens reste obscur, si tant est qu'elle en ait un. » Littré. 

Dire d'un escalier qu'il est en Colimaçon, c'est donner 
l'idée qu'il a une disposition en Spirale. C'est aussi la 
forme de la Vis d'Archimède qu'on appelle Limace. 

Or, cette dernière dénomination est inexacte parce que 
la Limace n'est point contournée. Cette réflexion sur un 
abus du langage nous permet de supposer que Colimaçon 
et Limaçon ne sont qu'arbitrairement employés l'un pour 
l'autre. 

Limas, ou Limace, c'est le mollusque rampant, qui n'a 
pas de Coquille, Limaçon est un diminutif, comme sont 
dans leur genre : Glaçon, Chausson. 



96 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Colimaçon, c'est le Limaçon avec co {quille) ; co est là 
pour Coque, ou, si la contraction semblait trop forte, il 
représenterait la conjonction Cum Avec, la chose qui fait 
corps avec le Limaçon. 

Compagne. V. Parpaing. 

Complot. Origine inconnue. B. 

Les réformateurs de l'orthographe, à l'œuvre depuis 
1887, ne laisseront probablement pas subsister des ano- 
malies dans le genre de Bonhomme voisinant avec Bon- 
homie. Les lettres inutiles auront vite disparu et l'on ne 
se demandera plus d'où vient Complot, quand on écrira 
Pelote et Peloton comme on les prononce : Plote, et Plo- 
ton (militaire) que les anglais disent : Platoon. 

A notre avis, Comploter n'a pas d'autre sens primitif 
que celui de se réunir, former un noyau. 

C'est la même idée qui se retrouve au fond du mot Con- 
vention, assemblée, et aussi de Conspirer, Respirer grou- 
per. La signification de Délibérer, de s'entendre sur le 
motif qui a nécessité la réunion, est dérivée de l'action 
préalable de s'Attrouper. 

Il est encore entre Comploter et Conspirer une autre 
relation figurée par V Enroulement de la pelote — et la Spi- 
rale des trachées (organes respiratoires). Mais nous n'in- 
sisterons pas sur cet aperçu qui comporterait trop de dé- 
veloppements et nous dirons simplement que Comploter, 
c'est faire pelote, s'assembler, se grouper. 

Concierge. Origine inconnue. B. 

Littré indique seulement Consergius trouvé dans un 
texte de 1106, et qui représenterait un bas-latin Conser- 
vius, venu de Servire, comme Sergent, de Serviens. Mais 
cette étymologie lui semble défectueuse parce que Con- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES "^7 

cierge ne serait ainsi que Serviteur, au sens général, et 
que ce domestique devait avoir des fonctions particu- 
lières. 

Dans Tesprit du linguiste, il y a donc cette division 
(qu'il n'accepte pas) Con-sergius. Nous la croyons bonne, 
nous écrivons Con-cierge et, sur le thème dédoublé de la 
sorte, nous faisons notre enquête. 

Un portier et un cierge semblent, tout d'abord, ne point 
aller ensemble, cependant, après avoir lu que Cierge dé- 
rive du latin Cereus (Cera, Cire), un peu de jour se mon- 
tre et l'on se souvient qu'au bon vieux temps, on appe- 
lait : une Cire ce qui, dans le langage actuel, est une 
Bougie, ou une Chandelle. 

Concierge signifierait-il : Serviteur chargé du luminaire? 
Cet office de porte-flambeau n'est-il qu'une hypothèse ? 
Pas le moins du monde. 

Mercier, dans son « Tableau de Paris », et M. V. Foùîp- 
nel [Les cris de Paris) citent, avec détails, les porte-falots 
du XVII® siècle « stationnant d'ordinaire près du Louvre, 
du Palais, des lieux d'assemblée, dans les carrefours, sur 
les places publiques, et dont les flambeaux étaient de cire 
jaune. » 

C'étaient bien là des Porte-cierges, — attendant la pi*â- 
tique, avec des Cierges, des Con-cierges, sans qu'il y ait 
d'entorse infligée àl'étymologie. Et, de nos jours encore, 
n'est-ce pas en compagnie de bougeoirs garnis que le 
Portier — qui tient, sans savoir pourquoi, au titre de 
Concierge, attend, le soir, ses locataires pour leur remet- 
tre, avec leur clef, leur Chandelle allumée? 

Console. Origine inconnue. B. 

En architecture, la Console est une pièce qui soutient 
un balcon, une corniche ; quelquefois, des vases, des dta- 



98 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



tuettes, et, dans ce dernier emploi, ce peut-être aussi un 
meuble d'appartement. 

Le mot vient du latin Consolidare Affermir, consolider. 
Littré dit que, dans le Berry, Console est pour Consoude. 

Ce dernier terme désigne une plante indigène, de na- 
ture astringente, et à qui la médecine attribuait, jadis, 
la vertu de réunir, de Consolider les vaisseaux rompus. 

Il est donc établi, de toutes façons, que Console a pour 
origine Consolidare. 

Le mot pourrait venir de Consoler, qui est Soutenir 
moralement; — ou de Solum, le Sol, la terre ferme; ou de 
Solus celui qui se tient tout seul..., tant sont nombreux 
les dérivés d'un radical unique. 

Convers. Du latin Conversus, converti. B. 

Voilà une de ces déclarations qui ne nous convertiront 
pas à l'orthodoxie patentée. 

Convers et converse se disent de gens attachés au ser- 
vice d'une communauté religieuse, vivant dans cette com- 
pagnie, sans en faire partie. Le mot vient du latin Con- 
versari, fréquenter quelqu'un, vivre avec une autre 
personne, être de son intimité, lavoir souvent. Ce sens, 
tout en expliquant l'adjectif en cause, rend fort bien 
compte de l'expression anglaise : Conversation criminelle 
— que nous raillons sottement comme un euphémisme 
inventé par quelque prude hypocrite, et dont la signifi- 
tion est plus sensée que celle, toute française, de Conver 
sation pour : Colloque ou échange de propos. 

Copeau. Origine inconnue. B. 

Ce terme vient évidemment du verbe grec Koptô : Cou- 
per, comme il est indiqué par : Syncope, Apocope... 
Le latin Colpus, qui a donné Colp, puis Coup^ nous 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 99 

étant plus proche voisin, avait été proposé pour expliquer 
Copeau, mais les tentatives ont été infructueuses, et le 
mot français n'a pu être classé. 

En Berry, il se dit Coupeau, en Normandie, Coipeau, 
et semble, ditLittré, dérivé de Couper, mais le philologue 
s'étonne que, dans tous les patois, on ne rencontre que 
Coi, Cou, et jamais Co/ de Colpus. 

Eh ! bien, c'est un indice que le latin n'a pas fait Copeau. 
La ressemblance entre lui et Couper est seulement celle 
qui existe entre Koptô et Colpus, et la confusion a été 
d'autant plus facile qu'on a cette première idée : Un 
copeau est le résultat d'une coupe. 

De là est venue l'erreur des linguistes qui, pourtant, 
nous disent que un Coup c'est, en picard, Coper et, en 
bourguignon, Copai. 

Là non plus la lettre l de Colpus n'est pas représentée, 
et son absence y est plus singulière que dans les syno- 
nymes de Copeau. 

C'est, pour nous, une preuve que les deux significations 
se sont, de bonne heure, fondues en une seule, l'idée 
passant du Coup, qui détache, au copeau, la partie 
détachée. 

Du reste, il est dit que « Couper, c'est proprement 
donner un Coup, à l'aide d'un instrument tranchant », 
et cela justifie notre façon de voir qui est de faire remonter 
au grec le double sens des deux mots français. 

Ainsi, Diacopè, c'est une découpure, et Ékkopè, une 
écope. Dans le premier cas, la section intéresse toute 
l'épaisseur ; on coupe, — dans le second, elle est limitée, 
ne fait qu'un creux, on a enlevé un copeau. 

Coq. Ce mot est considéré comme une onomatopée et 
a, pour dérivés : Cochet, Cocarde, Coquet, etc. 



tOO SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Mais il n'a pas été le seul à désigner le roi de la basse- 
<;our. Les latins l'appelaient Gallus. — « Nous avons dit 
autrefois Gai. » (Nodier). — et, dans le Glossaire de Ralre- 
lais, on trouve Gau. 

C'est à Gallus, et à ses diminutifs, qu'il faut rattacher 
bien des expressions taxées, ou d'origine inconnue, ou de 
provenance allemande (comme gai, gai réjoui). Nous 
disons très bien : Être gai, être amoureux comme un Coqy 
•et puisque, étant donné le caractère de l'animal, nous 
avons tiré de ce fonds tout le manège de la Coquetterie^ 
il n'y a point de difficultés à relier à Gallus des termes 
dans le genre de : Gaillard, Galand, et leurs pareils : 
Gaulois au sens d'égrillard; le vieux verbe Qaller, se 
^iivertir; les bons compagnons de jadis, et leurs amies : 
Gallois et Galloises; les Galantines de volaille « avec 
rognons et crestes de Coq », etc., etc. 

Nous avons lu quelque part que Galetas venait de 
Galata, l'un des beaux quartiers de Constantinople, nous 
aurions été beaucoup moins surpris d'apprendre que le 
mot désigne tout simplement un Poulailler. 

Coquecigrue. Origine inconnue. B. 

Littré dit : « A Coque on a ajouté Faguè, Fredouille, 
Luirie, aussi inconnus que la finale Cigrue, et tous ces 
mots ont été probablement composés par plaisan- 
terie. » 

Coquecigrue est un de ces animaux fantastiques crées 
par l'imagination de Rabelais. D'après un Glossaire, il 
faudrait voir ici l'assemblage d'un Coq, d'un Cygne et 
d'une Grue, ou peut-être simplement : coqs et grues. 

Coquin. Origine inconnue. B. 

De nos jours, ce terme s'emploie en mauvaise part, 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 101 

mais quelque fois aussi, on s'en sert avec une idée de 
flatterie : c'est un Coquin, un Coquet, un petit Coq. 

Au sens de Fripon, il vient de Coquus Cuisinier [Coq, 
en marine). « C'est un mendiant volontaire, dit Pasquier, 
qui halène ordinairement les cuisines que les latins 
nommaient Coquinas. » 

M. Rozan incline à croire que le bas-latin Coquinus 
(hauteur de cuisine, meurt-de-faim) a engendré Coquin 
car on dit : Malesuada famés, la faim est mauvaise con- 
seillère. 

Cette dérivation de sens a toute raison d'être admise 
quand nous voyons quel discrédit comporte l'expression 
de Cuistre, en latin Cocistro^ Cuisinier, ou celle de Vilain, 
qui proprement est Villageois. 

Notons encore que Fripon vient du vieux français 
Friper, Manger, et que le mauvais cuisinier est aussi 
bien appelé Fripe-sauce que Gâte-sauce. 

Corme. Origine inconnue. B. 

La Corme, fruit du Sorbier (famille des Rosacées), 
s'appelait, en vieux français. Cor et, dans le Berry, 
Corbe. 

Littré indique le latin Cornum Cormier, ce qui donne 
même radical à corme, et à cornouille fruit d'un arbrisseau 
de la famille des Capri foliacées, et qu'en Bourgogne on 
nomme Courgelle, de corniculum. Petite corne, à cause de 
sa configuration. 

Coryium fait corme par permutation régulière entre n 
et M : Carpinus, Charme. 

Cosse, Écosser. Origine inconnue. B, 

« C'est le nom vulgaire de Gousse. » Nysten. 

Le mot viendrait alors du milanais Gussa, par change- 



102 SOLUTIONS DE PROBLÊMES 

ment ordinaire de g en c : [Gengiva, Gencive), et de u 
en : [Urtica, Ortie). 

La Gousse y {gosse, au xvi^ siècle) ressemble, une fois 
ouverte, à la pochette oblongue dite gousset; on appelait 
ainsi la pièce d'armure placée sous Faisselle ; aujourd'hui 
c'est le double d'étoffe de la chemise, dans le même point, 
que l'on nomme Gousset, de même, du reste, que le creux 
axillaire lui-même. 

Au milanais Gussa, nous préférons le latin Coccum, 
Graine, fruit, en général. Nous avons vu ce radical entrer 
en composition dans pré-coce, au sujet d'Abricot. (Article 
Abri) . 

Coterie. Origine inconnue. B. 

Cette expression vient de Coter, Indiquer le prix, 
noter, de Quotum Quotité. 

La Coterie est la compagnie dont les membres sont 
cotés de valeur égale, jugés au même taux « Ils sont de 
la même coterie. » 

Littré dit : « C'est un mot ancien. Une coteria était une 
société de villageois unis pour tenir les terres d'un sei- 
gneur. — Bas- latin : Cota, cabane. » 

Cota doit avoir donné l'anglais cottage. 

Cotir. Origine inconnue. B. 

« Cotir est usité dans les Côtes-du-Nord pour Fêler, 
casser. Étymologie inconnue ». Littré. 

Dans d'autres parties de la Bretagne aussi, ce verbe est 
fréquemment employé. Dans le Morbihan, on cotit une 
pomme, c'est la meurtrir, la bloncer, et : Il est coti 
signifie II est mort. 

En outre, Casser ne va pas sans quelque bruit plus ou 
moins fort; aussi, quand il joue avec un canon de sureau 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 103 



dont Tair comprimé détonne en chassant une bourre, 
le gamin satisfait dit : // a bien cotil... 

C'est là une extension de sens, de même que Claquer 
pour mourir, ou encore Crever, latin crepare Craquer; 
— proprement le mot veut dire : Frapper, c'est Cutir 
en espagnol, et nous le retrouvons, chez nous, dans Per- 
cuter. 

C'est donc le latin Quatere qui donne Cotir, par chan- 
gement rég ulier entre gutturales, puis mutation de a en 
: blandusy Blond. 

Couette vient du latin Culcita Matelas, coussin, — 
lequel donne aussi Couchette. 

Nous allons ici contre les idées reçues parce que, dit- 
on, Coucher vient de Collocare et se disait jadis Colcher. 

Mais cet ancien verbe nous semble être le même que 
Caucher, cité à Cauchemar; et représentant calcare Fou- 
ler, presser, sens qui s'applique également : au songe 
qui nous oppresse, au lit que l'on foule, et au coussin que 
l'on comprime. 

Et puis, il y a certain vers de La Fontaine : « Tout est 
aux écoliers couchette et matelas » qui nous persuade 
que nous ne faisons par erreur en voyant dans Culcita 
Couette et Couchette. 

D'autre part, l'étymologie ne nous contredit en rien. 
Culcita donne Couchette dont le diminutif, par contrac- 
tion, est Couette. 

Couffe, Panier, vient de Cophinus (même sens). 

Le provençal a serré le latin de plus près que nous, 
en faisant de Cophinus un couffin, tandis que nous en 
avons tiré : Coffre par changement de n en r ; Diaconem. 
Diacre. 



104 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Courge. Origine inconnue. B. 

En anglais, le mot est Gourd, et, par le fait. Courge 
n'est qu'une variante de Cucurbita dont les étymologis- 
tes ont fait Gourde. 

Mais, ayant obtenu cette dernière forme, ils s'en sont 
tenus là, considérant que, seule, elle était normale, et 
ont jeté l'interdit sur Courge, tout aussi bon, pour le 
moins, que Gourde. 

De Cucurbita la finale ita donne e muet. Reste Cucurb 
qui devient Cu'urb et, par contraction, Courb ou Courg-e. 

C'était là, paraît-il, le point délicat : « Une labiale (b) 
NE DOIT PAS devenir gutturale {g). » Nous savons ce qui 
en est de cette prétendue loi, en contradiction avec la 
mutation, admise (bien que qualifiée d'insolite) entre F 
et H : Foris, Hors. Bismalva donne Guimauve. 

Qu'on le veuille ou non, toutes les labiales peuvent 
devenir gutturales, et b ici s'est transformé en g. 

Il aurait passé à dentale d dans : Gourde mais, par 
chance, après lui, Cucurb'ta présentait un t qui a pu ser- 
vir. 

Toutefois, il nous étonne que l'on ait mis Courge au 
rebut ; on aurait pu utiliser la ressource imaginée pour 
Déluge, Tige et consorts, la métamorphose illogique delà 
voyelle i en consonne j, puis en g. 

A l'exemple : Tibia, Tibja, Tige, on n'avait qu'à ajou- 
ter Cucurbita, Cucurbfa, Courge, ce spécimen n'eut pas 
embelli la collection, mais il ne l'aurait nullement dépa- 
rée. 

Coussin. On donne pour racine à ce mot le latin Cul- 
cita, et il aurait pour représentant Culcitinum, qui est une 
forme supposée. 

Ce thème étant douteux, nous en avons cherché un 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 105 

autre pouvait nous offrir, de droit, la consonne finale n, 
et le groupe ss ou son équivalent. 

Le résultat de notre enquête c'est Coccinus : de cou- 
leur écarlate, et Ton voit, de suite, qu'il est égal à Coussin, 
pour Tétymologie. 

Quant à ce qui est du sens, nous savons déjà, par 
l'exemple de Burette, Bourrique, etc., que la couleur sert 
à désigner plus d'un objet et nous pourrions, ici, nous 
contenter de cette raison. 

Mais il y a mieux à faire et nous appuyons notre pro- 
position de cette note de M. Rozan : 

« Les lits de festins (chez les Romains) étalaient toutes 
les magnificences. Les Coussins étaient recouverts de 
pourpre brochée en or... » 

Nous prenons cette indication, très précieuse, à la 
page même où l'auteur parle de Coussin qu'il fait venir, 
comme tout croyant bénévole, — du hciiî Culcitinum ! 

Couteau, du latin Cultellus, s'est dit d'abord Coltel, 
puis Coutel. 

La finale de Coutelas aurait, d'après les celtisants, une 
signification en langue bretonne : Coutel-las. Couteau du 
meurtre. Il y a, dans le Finistère, une localité du nom de 
Daoulas, mot que l'on traduit par : deux meurtres. 

Crécelle. Origine inconnue. B. 

Nodier met ce mot au nombre des onomatopées. (A ce 
titre, le latin Crepitaculum était encore plus expressif). 
Il lui donne pour origine le nom d'un oiseau : Krex, 
ainsi nommé de son cri sinistre, et ce qui fait croire qu'il 
a raison c'est que la Crécerelle, Prie-grièche (ou Pie 
grecque) de Buffon, est, en anglais : Shrew, — du verbe 
shriek, Pousser des cris perçants. 



106 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

C'est par le même procédé que, dans certaines locali- 
tés Où la grenouille s'appelle Raine et Rainette^ on lui 
donne aussi le nom de Cresselle, ne trouvant pas les deux 
autres assez imitatifs. 

Crédence, Littré définit le mot ainsi : Buffet, Garde- 
manger, Tablette où se déposait les burettes. 

Emile Souvestre dit que, dans le breton du pays de 
Vannes, Credenz, c'est une Armoire. 

Armoire et Garde-manger donnent à supposer que le 
breton et le français ont pour origine le latin Credere, 
Confier. 

Creuset. Origine inconnue. B. 

On trouve dans Littré que la forme primitive était 
Croiseul qui désignait une sorte de lampe à quatre becs 
avec deux mèches placées en croix. 

Cette étymologie par Crux (croix) est confirmée si, à 
l'ancien français croiseul, nous comparons l'anglais Cî^u- 
cible, Creuset. 

Croquemitaine. Ce mot composé s'explique avec le 
sens admis pour Mitaine, Miton ou c?emi-(gant), mais avec 
un radical qui n'est pas l'allemand Mit. 

Croquemitaine est formé de Croquer, considéré comme 
onomatopée, bien que croc, Dent, puisse être rapporté 
au grec keras, Corne, — et d'un terme fort répandu : alle- 
mand mœdchen; flamand Medjen, anglais Maiden; espa- 
gnol Mezquino, italien Meschino, français du moyen âge 
Meschin et Meschine : petit garçon et petite fille. 

Meschine est le latin Medianus qui fait régulièrement : 
Médian, Mitoyen et Mitaine. 

Tous les synonymes cités ont cette provenance, ce qui 
est manifeste, d'abord, par la syllabe initiale et les fina- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 107 

les, ensuite, par renchaînement souvent constaté des 
consonnes suivantes : d, t, s, c, ch (dch, tch). 

Le radical est Médius qui est demi ou mi : Moitié. — 
Idée d'amoindrissement : (Mitaine et Miton), et, par con- 
séquent, de petitesse : (Meschin, Meschino, Mezquino, 
d'où Mesquin). Petit et jeune sont équivalents, et l'an- 
glais Maiden veut dire Vierge, frais, neuf. Le premier dis- 
cours d'un orateur se nomme Maiden speech. 

Ce même mot a, de plus, comme l'ancien français Mes- 
chine, le sens de Servante. Le latin avait pour : Serviteur 
de la dernière condition le terme Mediastinus, dont nous 
avons fait: Médiastin, la cloison mitoyenne des poumons. 

Donc, quelque soit le thème, national ou étranger, que 
l'on examine, c'est toujours le latin Médius qui est en 
position de l'expliquer. Croquemitaine, c'est l'Ogre qui 
mange les petits enfants. 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



109 



D 



Dague. Origine inconnue. B. 

Au mot Attacher, nous avons trouvé le participe de 
Tangere; et, de Tacta, nous avons eu Tache et TaquSy 
nous en tirons aussi Dague. 

c latin égale g français : Naricare, Narguer ; et nous 
ajoutons que le t donne un d. 

Pour ce dernier point, il semble y avoir désaccord entre 
les auteurs : les uns admettent le passage du t initial à 
D, les autres le réservent au t mérfia/. Les premiers disent : 
Donc vient de Txinc, les seconds prétendent qu'il nous 
arrive &q Ad tune, Adonc en vieux français. 
'^ Mais nous ne sommes d'aucune école et nous ne nous 
rangeons pas, surtout, parmi ceux qui regardent Arf tune 
comme un seul mot où t serait médiat, il est initial tout 
aussi bien là que dans Tune tout seul ; t égale d. 

Du reste, la place occupée par une consonne n'a pas 
d'effet marqué sur ses permutations ; et l'égalité ci-des- 
sus, nous l'appliquerons encore à d'autres mots comme 
I' Dartre ou Dertre, que nous verrons à Tartre. 

Dague est le latin Tacta. C'est l'objet qui touche, qui 
frappe, qui taque. Le jeune cerf est nommé Daguet, de 
son armure de tête, et, en rapprochant notre mot fran- 
çais de l'anglais Stag Cerf, nous pensons revoir le t latin 
de Tacta Touche, ou du Staccato italien, au sens de mou- 
vement saccadé, brusque : le coup de dague. 



110 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Dalle. Origine inconnue. B. 

Le même mot latin : Tegula qui a donné Tuile, fait 
Dalle : par changement de t en d (Tune, Donc), ^- de e 
en A [Remus, Rame), et assimilation de gl en ll ( Vig'lare, 
Veiller). 

Le thème primitif Tegula s'est contracté, comme Vigi- 
lare, et s'est réduit à Teg'la. 

Dartre. Origine inconnue. B. 

Le mot est, autant que possible, expliqué à Tartre. 

Décruer. Origine inconnue. B. 

Écrue se dit, pour crue, de toute substance qui n'a 
point subi de préparation. Chez les Romains, crudum 
corium, Cuir cru, était le cuir non tanné. 

De même, du fil, ou un tissu qui n'a pas été soumis à 
l'action de l'eau s'appelle écru, et le verbe Décruer veut 
dire : Lessiver le fil cru, le débarasser de sa crudité. 

Développer. Envelopper, formés d'un radical velop 
dont on ignore l'origine. B. 

Ce radical français velop, dont la provenance est incon- 
nue, répond au latin volub dans : Volubilis, Enroulé. L'é- 
quivalence est complète, lettre pour lettre, entre Velop, 
Volub j et Volum, — celui-ci dans : Volumen. 

Volume a désigné d'abord un rouleau de parchemin. 
Ensuite, cette forme arrondie, cette circonférence qui pou- 
vait beaucoup s'agrandir, a donné pour la partie circons- 
crite l'idée de dimension, — autre face du mot et la seule 
qui ait persisté. 

Aujourd'hui, un Volume est l'espace occupé par un 
corps, la forme qu'il peut avoir ne faisant pas question. 

Le même mot se dit aussi d'un livre qui représente, en 
plus ou moins de pages, le long feuillet de jadis, le volu- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 111 

men dont la vraie traduction QsiRôle. Ce dernier, sauf au 
théâtre où il est de peu d'épaisseur, ne peut guère être 
compris comme Rouleau. C'est généralement un registre 
d'inscriptions assez. . . volumineux, il ne s'agit que de s'en- 
tendre. 

Dîner, — anciennement Disner ; dans le latin du ix* siè- 
cle; Disnare dont l'origine est inconnue. B. 

« L'Italien a les deux formes desmare et disinare, il est 
probable, dit Littré, qu'il s'agit du deuxième repas di- 
cœnare ». 

L'explication n'étant pas donnée comme certaine, nous 
ne l'adopterons pas. Nous remarquons, d'abord, que dans 
beaucoup de localités, le Dîner est le repas du soir^ celui 
que l'on prend après Cessation du travail journalier ; — 
puisque nous n'avons pour nous guider que Desinare, 
Disinare, Disnare. Par ces motifs, di cœnare n'est pas 
acceptable, et nous lui préférons un verbe plus près que 
lui de l'italien desinare, c'est Desinere, Cesser. 

Que le repas soit : du matin, du midi, ou de la soirée ; 
qu'il soit chiffré : premier, ou deuxième, c'est toujours 
interruption du labeur, repos, réfection des forces, et ce ré- 
pit souhaité peut bien avoir reçu un nom spécial : le Dîner. 

Disette. Origine inconnue. B. 

Nous ne pouvons que faire cette réflexion : Le mot 
Diète que k. Paré écTiwdiiiDiette, signifie régime et cepen- 
dant est d'habitude compris comme abstinence complète 
d'aliments. 

Il serait alors possible que Diette et Disette fussent le 
même mot. A certaine époque, on a abusé de la lettre s, 
et elle n'aurait persisté ici que comme supprimant l'hia- 
tus Di-ette. 



112 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

A moins que le radical ne soit desum, de déesse^ Manquer 
de... 

Dodu. Origine inconnue. B. 

Pour des mots qui ont l'air d'être de la même famille 
que cet adjectif, et qui sont : Dodo^ Dodiner^ Dodeliner y 
Littré dit qu'on peut les rapporter à l'expression enfan- 
tine : dodo, et permet libre carrière à toutes les conjec- 
tures. 

Nous en profiterons pour tirer un sens général de tous 
ces termes en nous occupant du suivant qui offre Une 
apparence de contexture latine. 

Dodeliner, comme toute la série, semble mettre en 
scène le dos. Le verbe est employé par Rabelais, au lieu 
de Bercer et Remuer la tête d'une façon particulière, et il 
a encore aujourd'hui cette double intention. Par le fait, 
c'est la seconde qui est origine de la première. 

Le latin delineare peut se traduire par dessiner, et 
Dodeliner serait, — à la suite de ces oscillations où la 
tête s'incline de plus en plus, quand on s'endort assis, — 
le terme disant que la ligne du dos fait de mieux en mieux 
relief, que le Dos se dessine. 

Dodiner n'est qu'un abrégé de Dodeliner et indique, de 
même : soit la saillie pins prononcée des épaules, soit le 
balancement de la tête. C'est ce mouvement qui reparaît, 
en va-et-vient, dans le bercement usité pour faire dormir, 
amuser, dodiner l'enfant. 

Dodu c'est alors avoir le dos rond, ce qui suppose que, 
par ailleurs, on a de l'embonpoint, d'où la portée géné- 
rale de cet adjectif qui n'est pas cantonnée, comme pour 
ventru, mafflu, à telle ou telle partie du corps, mais s'é- 
tend, de même que pataud, à qualifier tout l'individu. 

Ce qui nous fait croire que dodu vient de dos, c'est que 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 113 



t 'anglais nous présente un mot paraissant avoir le même 
adicai : dodge qui signifie Tergiverser. 
Du reste, S est dentale comme d ; dès lors, Dos, au lieu 
de faire dosu, ou dossu, peut, normalement, se transfor- 
mer en dodu. 

Dôme, venu vers le xv' siècle de l'italien Domo (Cou- 
pole d'Église). B. 

Notre mot français représente le latin domus. Maison. 

Que le sens se soit rétréci de toute l'habitation à la 
voûte, cela n'a rien qui surprenne quand nous voyons, 
à l'inverse, cette courbe d'un édifice caméra, partie cam- 
brée, étendre sa signification jusqu'à désigner la cham- 
hre, dans son entier. 

Dorloter. Origine inconnue. B. 

Dans Rabelais, Dorelot c'est nn enfant gâté, et l'abbé 
Tuet dit : Doî^oter^ se dorloter, c'est se traiter délicate- 
ment, chercher ses aises, — du vieux mot français dore- 
loi, Mignon. On trouve enfin dans Littré : dorelot, Favori, 
joli cœur et diussi joyau. 

Bijou, trésor ont pareillement ces deux acceptions, et 
il est possible que, primitivement, le dorelot ait été un 
Lot, une petite pièce d'or, un hochet d'orfèvrerie. Il faut 
cependant noter aussi le bas-breton dorloi, dorlô, Cares- 
ser, très plausible, dit Littré. 

L'anglais darling, favori, préféré, semble être l'égal 
des mots cités, et sa racine dear, Cher, rend probable 
notre hypothèse pour : Chose précieuse comme de l'Or. 

Douve. Origine inconnue. B. 

C'est la planche dont se fait le corps d'un tonneau. 
Elle se dit aussi douelle, et nous y voyons le latin Dolium. 
Le V de Douvelle, et du dérivé Douve, est intercalaire. 



114 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

On nomme également douve un fossé d'écoulement 
pour les eaux. Dolium peut encore être accepté ici, soit 
à cause de la forme en àQxm-barrique du canal, soit que 
cette excavation n'ait été, tout d'abord, que la tonne 
enterrée, comme réservoir, dans les jardins. 

Le breton Douez a ces deux acceptions, grande et 
petite ; Fossé de fortification, et Lavoir. Bien que le mot 
ressemble à notre français, nous croyons pourtant que 
Douez vient de dour, Eau qui est peut-être, lui-même, 
le grec Udor (même sens). 

La Douve est encore le nom vulgaire de deux renon- 
cules qui croissent dans les marais. 

Drap, du latin Di^appum dont l'origine est incon- 
nue B. 

L'anglais To wrap, Envelopper, se rapproche de notre 
mot qui avait, jadis, même signification ; on disait : Un 
dra'p linge. 

Cela semble indiquer que Drap n'était pas un tissu 
particulier, mais seulement un qualificatif, au sens d'en- 
veloppe ; et le grec trepôy tourner, pourrait bien être 
l'origine du terme proposé. 

Dupe. Origine inconnue, B. 

Le Glossaire de Rabelais donne Duppe pour Huppe; 
en Berry, l'oiseau se nomme Dube; enfin, M. Cocheris 
dit ceci : 

« Il y a des mots français à qui le d a été ajouté par 
corruption : Coq d'Inde et poule d'Inde ont fait Dinde, 
Dindon. C'est aussi par corruption que nous disons Dupe, 
au lieu de d'Huppe ; en prenant comme qualificatif le 
nom d'un animal connu pour sa niaiserie. » 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES ' 115 



E 



Éblouir. Origine inconnue. B. 

Ce mot qui, au xiv'' siècle, était Esbleuir, est fait avec 
bleu déjà expliqué. 

Le mécanisme inoffensif, par lequel on peut se procu- 
rer des bluettes, rend compte de cette expression : Faire 
voir trente-six chandelles. Un coup violent sur l'œil a 
nécessairement ce résultat : on est ébloui... Fort heu- 
reusement, c'est au figuré que le verbe s'emploie presque 
toujours. 

Ébouriffer. Origine inconnue. B. 

Nous agirons pour ce mot comme nous avons fait à 
Biffer, regardant la finale fer comme équivalente à 
facere dont l'idée, c'est-à-dire VactioUy est modifiée en 
sens contraire par le préfixe É, latin ex. — L'union de 
ces deux extrêmes nous représente donc Défaire. 

La partie intermédiaire Bouri, c'est burra le tas de 
laine, la bourre et, par anologie, la chevelure; le verbe 
signifiant Mettre les cheveux en désordre. 

Ébouriffer est ainsi décomposé : E-bouri-fer. Du latin 
au français, un r a disparu, mais Burra a donné bure, à 
côté de bourre. D'autre part, nous avons un F en plus, 
mais Cophinus a fait coffre et le b de Sibilare a été rem- 
placé par deux f dans : siffler. 



116 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Ébrouer (s') — Rabrouer. Origines inconnues. B. 

Nous prenons Brouet, diminutif de l'ancien français 
brou (bouillon), italien brodo, venu du bas-latin Brodum. 

Nous notons que brou est aussi l'origine de brouée, 
Brouillard qui est, en Berry, Berouée. 

Le peuple a cette expression : Une brouée de toux, 
mot qui fait image en ce qu'il assimile les mucosités 
bronchiques à un épais brouillard, et qu'il est aussi une 
onomatopée du bruit ronflant qui précède l'expuition. 

Chez le cheval, c'est ce phénomène bi^uyant^io'mikun 
trémolo de l'encolure que l'on désigne par le verbe 
s'Ébrouer. 

Enfin, c'est également ce grondement sourd et cette 
légère trépidation d'une colère maîtrisant encore la 
parole et le geste, qui se confondent, au sens de menace, 
dans la locution : Babrouer quelqu'un, ou Bebrouer, 
comme dit le Picard. 

Écarquiller. Origine inconnue. B. 

Le mot vient de écarter et quilles, ce dernier terme étant 
vulgairement usité pour jambes, par analogie de forme. 

Ce qui confirme cette opinion, c'est que, pour écar- 
quiller, l'anglais emploie une périphrase : To spread 
wide the legs, Ouvrir largement les jambes. 

Par restriction de sens, on dit Écarquiller les yeux, 
le verbe ne signifiant plus que : Ouvrir largement. 

Échauffourée. Composé de ex et du vieux français 
Chauffourer dont l'origine est inconnue. B. 

Littré pense que l'adjectif chaud entre dans la con- 
texture de ce mot. Le Glossaire de Rabelais donne 
(( Chauffourrer et Chaffourer, comme font les Chauffour- 
niers dans leurs fours à chaux. — Défigurer. » 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 117 

Au sortir d'une bagarre, on dit couramment : « Il y 
faisait chaud. Cet adjectif et le substantif Chaux ont 
même racine Cal^ de Calere, Avoir de la chaleur. 

Échine. C'est la ligne médiane du dos où font saillie 
les apophyses épineuses des vertèbres. Anciennement, 
le mot s' écri\diii Eschine qui est dans Rabelais, et signifie 
Hérisson. Ce porc-épic s'appelait en grec Échinos, d'où 
les naturalistes ont fait échinodermes : animaux rayon- 
nés, parmi lesquels figure l'Oursin. 

C'est donc le grec, et non l'allemand Skina, qui a donné 
le français Echine. 

Échouer. Origine inconnue. B. 

Le mot veut dire : Être jeté à la côte, et nous y voyons 
le verbe Echoir, Tomber, qui est le latin Cadere avec 
prosthèse de e, comme dans Espérer de Sperare, 

Dans certaines localités, oi se prononce ouÉ ; on dit : 
Voué7'e pour voir ; Moue pour moi. 

Éclabousser. Origine inconnue. B. 

Ce verbe qui veut dire : Faire rejaillir de la boue, est 
composé de Eclat et de bousser, ou Bouser qui n'est pas 
français partout, mais qui est apparent dans bousiller. 

C'est, dit-on, l'allemand Skleitan, Rompre, qui a donné 
éclat, anciennement esclat; et nous avons vu Boue à l'ar- 
ticle Bouse. 

De cette façon, l'étymologie peut donc être établie, 
cependant nous faisons nos réserves, quant à la partie 
allemande. Absolument, une telle provenance n'est 
jamais pour nous plaire, et puis, il vaut toujours mieux 
qu'un mot ne soit pas de deux nationalités. Éclair est le 
latin clarus, et nous rattachons à ce radical Éclat, même 
au sens de bruit. 



118 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

En disant que Éclat est un son clair y nous employons 
un adjectif appartenant à la fois à l'ouïe et à la vue; 
mais cette association est aussi acceptable et aussi com- 
préhensible que celles de Son aigre. Voix rude, qui unis- 
sent les phénomènes acoustiques aux sensations du goût 
et du toucher. 

Éclanche. Origine inconnue. B. 

Littré dit qu'on a proposé, pour expliquer ce mot, le 
haut-allemand Hlancha, Flanc, et que le Wallon appelle 
Clincha di vai, une Longe de veau. 

Nous avons un terme de boucherie : Flanchet, qui est 
l'analogue de ces expressions, puis le mot flèche (de 
lard), pareil à l'anglais /^e^A, Chair. Et nous voyons, dans 
ces thèmes de nationalité diverses, le latin flaccus, Mou, 
ce qui est un des caractères distinctifs entre la chair et 
les autres tissus — et aussi entre le Flanc et les autres 
parties du corps. 

On appelle Éclanche l'épaule de mouton séparée du 
corps, du côté, du Flanc de l'animal, É-clanche. 

Écoutille. Origine inconnue. B. 

D'après Littré, Écoutille se dit, en anglais; Scuttle, 
qui viendrait du français. D'autre part, ajoute-t-il, Scu- 
tum Bouclier, en latin, ne peut être accepté parce que le 
mot français est relativement récent et ne saurait, dès 
lors, en être tiré. Il faut, conclut-il, préférer le verbe 
Écouter. 

Nous avons cherché Scuttle, et ne lui avons pas trouvé 
la signification d' Écoutille. Comme terme marin, il veut 
dire Saborder, et pourrait alors être l'analogue de Scu- 
tum bouclier, en tant que Mantelet de sabord. 

Cette considération ne va pas à rencontre du sens : 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 119 

Écouter. Ce n'est pas la première fois que nous rencon- 
trons un terme ayant (comme Barreau et Fût^ par exem- 
ple), deux aspects : Encadrement et Espace encadré. 

Donc, à lui seul, Scutum pourrait représenter la fer- 
meture et Fouverture; la pièce qui clôt et le châssis 
qu'elle remplit. 

Ce dernier est ici VÉcoutille, en anglais Hatchway, 
Claire-voie, et Guichet où l'on peut se mettre aux Écou- 
tes. Et, en réalité, une Écoutille est l'ouverture faite pour 
communiquer, de toutes façons, d'un étage à l'autre, sur 
un navire. 

Écran, anciennement Escran. Origine inconnue B. 

h' Ecran est un rideau roulé, ou tendu sur un châssis. 
Quelle que soit la disposition de cet ustensile, l'étoffe 
glisse par une fente, ou bien le cadre se meut dans une 
rainure. Le mot veut donc dire : qui sort du cran, latin 
crena, Entaille. 

En anglais, c'est screen qui représente peut-être notre 
ancien mot escran, à moins qu'il ne soit parent de sci^ew. 
Celui-ci peut être rattaché a écrou latin Scrobs, qui est 
encore un cireux, et que nous avons déjà trouvé au sens 
de encoche. V. Coche 2. 

Écrou. Registre de prison. Origine inconnue. B. 

Étant donné que Écrou (de vis) est une pièce creuse, 
filetée, s'opposant au déplacement d'une tige, il est à 
supposer que Écrouer veut dire. Mettre dans un cachot, 
ou sous les verrous; soit d'après la forme de l'écrou, soit 
à cause de sa destination. 

Le registre où s'inscrivent les incarcérations est dit 
Livre des écrous, et, par abréviation, Écrou. 

Comme provenance latine, Écrou pourrait (en plus de 



•|20 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

scrobs, Fosse), être pris de Accurvatus qui, dans Rabe- 
lais, se traduit par accroué^ pour accroupi. 

La pièce de fer présente, en effet, une courbe, une spi- 
rale correspondant aux tours d'hélice de la vis, et il est 
probable que c'est en raison de cette disposition contour- 
née qu'on a fait : écrou, en français, et : Screw, en an- 
glais; c'est-à-dire : chez nous, le creux où la vis entre, 
et, chez nos voisins, la vis elle-même. 

Cela ne change en rien la signification d'emprisonne- 
ment : Être écroué vaut autant que être vissé. 

Édredon, anciennement Éderdon, de l'allemand ei- 
derdunen. B. 

On appelle Édredon le duvet de certains palmipèdes 
et, notamment, de VEider. 

Le mot allemand est donc composé : du nom de Foi- 
seau Eider, et de dunen qui est égal à dumet (aujour- 
d'hui duvet) employé par Rabelais pour traduire le latin 
dumetum. 

Émoustiller. Origine inconnue. B. 

Ce verbe signifie : Exciter à la gaité, à la bonne hu- 
meur. Le jus de la treille produit cet effet, et le vin doux, 
ou le Moût, est le latin mustum. 

Dans Rabelais, Amoustillé veut dire : Bien pourvu, sur- 
tout de vin, de moust. 

Empeigne. Origine inconnue. B. 

Dans la chaussure, c'est la pièce qui retient le pied, 
qui l'enveloppe, Y emprisonne, et Rabelais disait empeigne 
pour empêtré. 

Comme le verbe Empêcher, ce mot vient donc du latin 
impingere : embarrasser quelqu'un dans quelque chose. 

Empeigne est égal à empoigné qui est : Saisi avec le 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 121 

Poing. Si Tétymologie diffère pour les deux mots, du 
moins le sens est le même. 

Engouer. Origine inconnue. B. 

Ce verbe est composé de : En, et d'un radical Gav^ 
qui est dans : gavion, Gosier, et que nous retrouverons 
à Jauge (réuni à Jabot. — Article Jalon). 

Être engoué, physiquement, c'est avoir la gorge embar- 
rassée, gavée, comme le serait la poche stomacale par 
excès d'aliments. 

Au moral, c'est être plein, hanté d'une opinion favorite, 
enthousiaste pour une chose ou une personne, ce qui fait 
qu'on en parle sans cesse ; on en a plein la bouche. 

Bouche et Gosier sont si voisins que l'interprétation 
reste la même, que Ton prenne, pour racine de Engouer, 
l'italien gabata, Écuelle, ou le latin du moyen âge gauia. 
Joue. Les deux mots sont identiques, gabata étant égal à 
gauta par chute du b médiat, et mutation de aa en au. 

Traité différemment, Gabata devient gab'ta puis gatta 
qui est la Gatte d'un navire — et la Jatte des ménagères. 

Enlizer. Origine inconnue. B. 

Le mot voulant dire : Enfoncer dans des sables mou- 
vants, — par conséquent, dans un mélange de terre et 
d'eau, — nous lui donnons, comme provenance, le latin : 
In, En, et Lutum, Boue. 

T latin égale s (avec son de z) dans : Arbousier, de 
arbutus, il vaut z dans Lez, de latus. 

Lutum fait donc régulièrement Lize. 

Enticher. Origine inconnue. B. 

Littré dit que la forme propre de ce verbe est Entécher 
— Tacher, et qu'il vaut Entacher. Il avertit de ne pas le 
confondre avec Enticier, Exciter. 



122 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



C'est donc, comme radical, le fictif Tactare que nous 
avons donné pour Attacher et Attaquer. 

Etre entiché d'une idée, c'est être possédé, pris, tenu 
par elle, et y persister s' j fixer ^ l'avoir à demeure comme 
une étiquette ou un tic. 

Épargner. Origine inconnue. B. 

L'anglais dit to Spare^ Ménager, et spare est aussi 
l'adjectif : parcimonieux. Spare-room signifie : Chambre 
d'ami (chambre de réserve). 

Entre Spare et Épargner il y a quelques dijfférences 
qui ne doivent par nous arrêter longtemps. La voyelle 
initiale É se trouve, chez nous, dans beaucoup de mots 
dont le radical débute par sp : Épars, de Sparsus. Le 
groupe GN nous indique dans l'original cherché, un n à 
doubler d'un g français intercalaire, comme dans : Ligne, 
de Liriea. Nous arrivons ainsi à Spernere, Mépriser. 

Un tel sens peut, tout d'abord, paraître singulier, mais 
il y a si peu de distance entre ces idées : Épargne et 
Lésine; Économie et Avarice; la limite est si faible entre 
l'éloge et le blâme, en affaires d'argent, que le verbe 
latin n'a pas de peine à se faire admetttre. Et il est, ici, 
d'autant mieux à sa place qu'il veut dire aussi : Séparer, 
mettre de côté — donc Épargner. 

Épater est un verbe qui a deux sens diamétralement 
opposés. 

1° Donner du pied. — Une tige terminée d'un bout par 
une croix transversale fait une sorte de chandelier pou- 
vant se tenir droit. La tige est épatée. On dit, de même, 
d'un nez aplati, qu'il est en pied de marmite. 

2° Casser le pied. Par exemple : Épater un verre. Épater 
quelqu'un c'est presque l'équivalent de cette expression : 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 123 

Cela VOUS casse bras et jambes — ou : cela vous démonte. 

Ergot. Origine inconnue. B. 

Littré pense que Argot et Ergot sont équivalents et les 
fait venir de argutus, rusé. 

La finesse de l'esprit, Vacuité est une idée qui passe 
aisément de là dans le domaine matériel et le sens de 
l'adjectif latin est acceptable, en s'appliquant à l'arme 
naturelle du coq, à son ergot. 

Sur l'arbre, le tronçon pointu d'une branche cassée se 
nomme également un ergot. 

Escamoter. Origine inconnue. B. 

Si nous décomposons ce mot, nous avons Esca et moter. 

Motare, latin, est fréquentatif de moverey Mouvoir. 
Esca, c'est l'appât : Noix, noisette, ou muscade^ comme 
dit l'artiste, en faisant prestement passer la boulette 
deci, delà, partout. 

Escamoter, c'est déplacer ce qui appâte la curiosité des 
goheurs. 

Escogriffe. Origine inconnue. B. 

Pour écot, on disait jadis : escot, latin quotum, la Cote- 
part. 

Mais on nous enseigne que c'est le haut-allemand 
(encore?) qui nous aurait donné Griffe. 

Nous lui préférons le latin graphium, poinçon qui sert 
pour la greffe, ou stylet du scribe, du greffier, des Grip- 
peminauds de Rabelais. 

Cet ustensile aigu représente fort bien aussi ce qu'on 
appelle la griff'e des animaux et, par métaphore, les 
ongles, puis la Main de l'homme. 

En conséquence, Escogriffe, qui agrippe la mise, serait 
celui dont nous disons qu'il sait tirer son épingle du jeu. 



124 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Estaminet. Origine inconnue. B. 

On a supposé Étamine^ étoffe quelconque couvrant les 
tables, et ayant dénommé la salle, comme la Bure d'un 
pupitre a fini par désigner la pièce où il est casé : un 
bureau. 

Mais nous pensons que ce mot Estaminet vient des 
Vases, Pots et Gobelets qui, naguère encore, étaient géné- 
ralement en Étain (stannum), ancien français Estain. Le 
verbe Étamer nous semble plus près que Etamine du mot 
à déchiffrer. Il répond plus justement à l'idée d'un éta- 
blissement où la chose importante est plutôt un broc 
plein qu'un tapis tout sec. 

Étancher. Origine inconnue. B. 

« Jadis, Etancher voulait dire : Fermer une plaie, faire 
cesser l'écoulement sanguin. » Littré. 

Cela nous engage à considérer Etancher de même ori- 
gine que étançon, anciennement estance, venu du latin 
Stare : se tenir solidement, et servir d'appui. Ce double 
sens, nous le retrouvons dans l'anglais; Stanch : ce qui 
est ferme, et to Stanch., Étancher. 

Stance (poésie) contient aussi cette idée de : Chose 
complète, déterminée, arrêtée. 

Étioler. Origine inconnue. B. 

« L'Étymologie, longtemps cherchée, est donnée par le 
normand : s'Etieuler^ Pousser en chaume, ou en Eteule^ 
venu du latin stipula^ Paille. » Littré. 

Étiquette. Origine inconnue. B. 

On cite d'ordinaire le commencement d'une formule 
répétée, dit-on, sur des liasses de procédure : « Ici est la 
question [Est hic quœstio) entre tel et tel » ; mais on ne 



SOLUTIONS DE PROBLÊMES 125 

le fait que, comme Littré, pour s'accorder à juger cette 
étymologie assez fantaisiste. 

Malheureusement, l'histoire du mot s'arrête là, on n'y 
ajoute aucun renseignement positif, ce qui laisse toute 
latitude aux enquêtes et aux conjectures. 

Alors, nous disant que Étiquette est un objet que l'on 
flxe^ nous songeons à certain parasite dont la bouche, 
garnie de crochets, le fait solidement adhérer au corps 
des autres animaux, c'est le Ricin^ vulgairement nommé 
tique. 

Par changement régulier de a en i, ce dernier mot 
nous représente Taque et Tache, déjà vus, au sens de : 
attaquer égal à attacher. 

Tiquette est diminutif de tique, et la voyelle É qui le 
précède dans Étiquette est peut-être venue de l'anglais : 
A ticket dont la prononciation est exactement iS'-H^wç^^e. 
Le substantif ticket est, du reste, fait avec tick qui est le 
nom de l'insecte tenace. 

Étouffer, Étuver. 

Ces deux mots ne sont pas des réfractaires à l'Êtymo- 
logie. Dans tous les dictionnaires, ils ont un dossier com- 
plet, mais, nulle part, nous ne voyons établir entre eux 
un rapprochement qui nous semble, pourtant, inévita- 
ble. Cette lacune tient à ce l'on a dû se tromper dans la 
généalogie du verbe Étouffer. 

Il est indiqué par plusieurs auteurs comme dérivé du 
grec Tuphos (vapeur) que l'on signale aussi dans le pro- 
vençal Touffe, dans l'espagnol Tufo {même sens), et il 
serait composé de : es et d'un radical fictif Touffçr. 

On peut, d'abord, opposer à cette manière de voir 
l'explication de Typhus, dans Nysten : « Les anciens 
donnaient ce nom à diverses maladies qui n'avaient 



126 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

d'autre caractère commun qu'un état de Stupeur [Tu- 
phos). » 

En second lieu, dans le grec, le provençal et l'espa- 
gnol cités, on ne trouve aucune trace de la lettre s ayant 
dû faire partie de l'ancienne composition probable Es- 
touff'er. 

Enfin, notre idée, que Étouffer est Étuver, vient de la 
comparaison des termes wallons donnés par Littré; 
pour ÉTOUFFER : Sitofé, Stofé, — et pour Étuve : Sitouf. 

Notre croyance devient une certitude quand nous lisons 
ces nomenclatures dressées par le même linguiste : 

Étuve, — du latin Stuba, italien Stufa, espagnol 
Estufa. 

Étuver, — italien Stufare^ espagnol Estofar et Estu- 
far. 

Ce mot espagnol est bien notre verbe Étouffer. 

Étriquer. Origine inconnue. B. 

Ce verbe est fait de l'adjectif étriqué qui veut dire : 
N'avoir pas l'ampleur voulue. C'est donc le même sens 
que étroit^ régulièrement venu de strictus dont la forme, 
dite anormale, est étriqué et pourrait être étriché. 

Nous savons en effet que les finales; que, gue et che 
sont équivalentes, et que cette dernière peut venir de 
CTUS par chute simple du t comme dans : Lécher, de 
Lactare, ou Cacher, de Coactare. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 127 



I 



Fagot. Origine inconnue. B. 

La première idée qui vienne^ c'est que Fagot est bran- 
che de hêtre (Fagus) puis, assemblage de cotrets de 
toute provenance. 

Diez ne veut pas de fagus qui, d'après lui, donnerait 
fayot, et non fagot. 

Mais, entre le latin et nous, il y a un intermédiaire, 
ritalien fagotto, qui supprime cette prétendue difficulté 
de linguistique, et, en somme, nous pouvons très bien 
avoir fait comme nos voisins, avoir tiré de fagus le Fagot 
qui, outre son acception courante, est dans Rabelais, le 
basson, de même que l'italien fagotto. 

Ensuite, nous trouvons que Fagus a donné fau et fou : 
branche de Hêtre, d'abord; puis, branche en général. De 
fou nous avons fait Fouet. 

Un terme identique à ce dernier c'est fouée : faisceau 
de branches, donc : un fagot. Mais ce mot ayant aussi 
les significations suivantes : Feu de nuit pour la chasse 
aux oiseaux — et Flambée^ (Une bonne fouée, dit le Nor- 
mand), on le fait venir de Focus, Foyer. 

Nous n'en croyons rien, parce que fou est branche de 
HÊTRE, et fouée une réunion de branches qui, enflam- 
mées, constituent le Foyer. Celui-ci n'est, au propre ou 



128 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

au figuré, que la place sans physionomie spéciale où se 
trouve le feu. Le Foyer n'existe pas sans le combustible. 
C'est le bois brûlé qui est focus; intact encore, il est 
fagus^ ou Fagot. 



D'habitude, les dictionnaires traduisent Fagotto par 
Haut-bois, c'est à tort, à moins que par haut l'on n'en- 
tende long. 

Notre mot, calqué par l'anglais : Hautboy et par l'ita- 
lien : Oboey est l'instrument dont le son est haut, tandis 
que le Fagotto, faisant des parties d'accompagnement, 
est le Bas-son. 

Fanfreluche, de l'italien Fanfaluca, vétille. B. 

« Ce mot, dit l'abbé Tuet, qui le note deux fois dans le 
Roman de la Rose., est très vieux chez nous pour : Baga- 
telles. Au propre, ce sont des flammèches qui s'élèvent 
en l'air quand on brûle des feuilles de papier. » 

Le terme est composé de : Fan que nous aurons occa- 
sion de voir pour Enfant, — et de : frelu, égal à grelu, 
ancien français que nous retrouverons aussi, et dont le 
sens n'a rien d'obscur. 

Choses légères, ou bagatelles pour les enfants^ telle est 
la signification de Fanfreluches. 

Fantasque, pour fantasche, du latin moyen-âge fan- 
tasticus, capricieux, désordonné. B. 

Dans Rabelais, on trouve Fantesque qui serait un terme 
italien signifiant : Servante et Entremetteuse. 

L'adjectif représente, en somme, le mot Fante que 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 129 

nous verrons à Infanterie, c'est-à-dire : Jeune garçon, ou 
jeune fille ; infant ou infante. 

Un fantasque est celui qui est décousu en actions, qui 
passe à chaque instant d'un projet à un autre, et imite 
V enfant dont parle Horace, dans son épître aux Pisons : 
« Il se fâche, il s'apaise pour rien, et mutaturin horas : et 
change à toute heure. » 

Farde, anciennement Fardeau en général. Origine 
inconnue. B. 

Littré dit ceci : « Farde, bordage; en marine : Fargue; 
portugais Farda, Habit. On passe du sens de vêtement à 
ce qui est porté, et l'on a fardaggio, Bagage du soldat. A 
Rouen, Farder, c'est porter une charge. » 

Cela nous explique Fardeau venu de fardaggîo, et 
aussi pourquoi les hardes se sont nommées jadis Fardes. 
On comprend enfin le terme marin fargue Revêtement. 

Mais à quel mot premier rattacher la double significa- 
tion? A l'allemand Herde Troupeau, d'où serait venu 
harde, — ou à l'arabe faras, Troupe de chevaux, en fran- 
çais : haras? 

L'un et l'autre se valent si l'on considère, d'abord, que 
Farder égale Harasser auquel nous joindrons, plus tard. 
Rosser, — et, d'autre part, que ce sont les animaux qui 
nous fournissent les éléments du costume : Harde, c'est 
à la fois : Vêtement et Troupeau de biches; Haire, c'est 
une chemise de crinj et aussi le nom du jeune Cerf; 
Robin désigne un porteur de robe, plus le Mouton cause 
première des jupes en laine; une coiffure s'est appelée 
Ourson^ une autre Castor, etc. 

Ainsi envisagé Farde, forcément synonyme de Harde y 
semble désormais n'être plus un déclassé, et le vêtement 
pouvant être aussi léger que... le tatouage en Polynésie, 



130 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

il y a lieu d'estimer comme plus complet, en fait de cos- 
tume de civilisées, le masque dont on recouvre le visage, 
sous le nom de fard. 

Farfadet. Origine inconnue. B. 

La mutation régulière du p latin en F : [Prœsaga, Fre- 
saie), nous montre dans far la préposition par, employée 
(de même que chez les Romains : per), à marquer le plus 
haut point d'intensité; et Fade, c'est vapidus ténu, léger, 
sans consistance. 

Le Farfadet est cette lueur tout à fait vague, très indé- 
cise qu'on nomme un Feu follet. 

Farfouiller, composé de Fouiller, et d'un préfixe far 
dont l'origine exacte est inconnue. B. 

Nous avons, à Farfadet, dit notre opinion sur cette 
particule Far, et nous pensons qu'elle est très admissi- 
ble, d'après le sens même que l'on donne à Far fouiller , 
qui est « fouiller dans une chose et la mettre en désordre. » 
Littré. 

C'est donc Fouiller , à l'excès, intention qui est bien 
celle du mot latin per. 

Le changement, normal, du reste, de p en F, semble 
avoir été déterminé, en outre, par une sorte d'attraction 
due à la présence de l'initiale dans : Fouiller, de même 
que dans Fade, composant de Farfadet. 

Faribole. Origine inconnue. B. 

Ce mot s'emploie pour désigner toute chose, vaine, 
sans valeur, mais le plus souvent, à l'occasion des niai- 
series parlées, de contes mal débités et de nul intérêt, 
de propos insignifiants lancés en Vair. Il nous semble 
composé, comme : Parabole, Hyperbole, d'une finale grec- 
que de naissance, puis latine : bola, de ballein Projeter, 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 131 

— 

— et du verbe fari Parler. Fariboles y Discours jetés au 
vent. 

D'autre part, avec le changement bien connu de p en f; 
puis, celui de a en i [Cerasum, Cerise), nous pouvons 
avoir : Faribole égale Parabole dont la signification est 
pareille, en langage familier. 

Notons, d'ailleurs, que Parabola est, en français, parole, 
et que Faribole contient le verbe fari. Parler. 

Il ne serait même pas impossible que Fai^i se fût scindé, 
pour encastrer bula, de cette façon : Fa-bula-ri qui est : 
Conter des fables, et qu'un rétablissement des parties 
disjointes eût donné ce thème fictif: Faribiila, d'où Fari- 
bole. 

Félon, du latin /e//onem dont l'origine est inconnue. B. 

D'après le sens de Traîtrise, attaché au mot félon, en 
vieux français fel, il est à croire qu'il dérive du latin /al- 
tère, Tromper. 

Le breton a fal. Mauvais, semblable au provençal fais 
qui est notre adjectif /awa?, autrefois : traître, méchant, 
inexorable. — « Ah! faulse mort! » — dit Rabelais. 

Feuillette. Origine inconnue. B. 

D'après Littré, Feuillette est un diminutif corrompu de 
fiole, en latin phiala; car, pour Feuillette, on dit aussi 
fillette qui est également : Tonneau, et Petite mesure 
pour les liquides. 

I D'autre part, nous avons vu que fagus, le Hêtre, avait 
donné en français une forme fou. Or, ce dernier mot tra- 
jiuit aussi le latin folium, Feuille (par exemple dans 
Wougère) et appartient encore à follis (Ballon, chose lé- 
gère) qui nous a donné l'adjectif : fou. 
Par un double radical, Feuillette se trouve donc en re- 



132 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



lation avec le Bois y matière première de la Tonne , et peut, 
dès lors, être considéré comme un simple dérivé de 
Feuille. 

Fief, de Fancien haut-allemand Feod (Biens, avoir, 
proprement Bétail). B. 

Littré donne du Fief la, définition suivante : « Domaine 
noble, relevant du seigneur d'un autre domaine, concédé 
sous condition de foi et hommage ». 

Par là, il nous semble naturel de rendre au latin ce 
qui est à lui, et de faire venir Fief de Fœdus, Alliance ; 
au sens de : Biens tenus par contrat. 

L'allemand n'a pas le monopole des transformations 
d'une dentale d en labiale f. Viduus et Modus ont fait : 
Veuf et Mœuf; d'autre part, oe donne ie {Cœlum, Ciel). 
Donc Fœdus est en français. Fief, sans avoir à remonter, 
ou à descendre, jusqu'à l'allemand. 

Filou. Origine inconnue. B. 

« On a proposé l'anglais Fellow qui, dans les localités 
du Sud, a le sens injurieux de misérable, mais le pié- 
montais dit : filon, et Diez y voit le latin Filum, Fil. » 
Littré. 

Pour bien des motifs, cette dernière supposition a les 
meilleures chances d'être la seule vraie. Le mot filou ne 
pouvait manquer d'avoir sa place dans l'Argot, et M. Del- 
vau en dit ceci : — « Filou, malin, rusé, dans l'Argot du 
peuple qui continue à employer ce mot avec le même sens 
qu'au xvii^ siècle ». 

Sans doute ! Filou vient de fil, et que d'expressions, ou 
d'anecdotes on pourrait rappeler pour justifier cette ori- 
gine ! Avoir le fil. Être adroit ou... ficelle; il y a aussi les 
ficelles du métier qui sont àQ^ruses. Filer, c'est décamper 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 133 

vite, comme Tétoile filante dont le point brillant, rapide- 
ment déplacé, sillonne l'air à'\mfil; c'est aussi FoZer, par 
un jeu de mots que le vol de l'étoile a pu inspirer, mais 
dont la signification vient plus logiquement de l'emploi 
du fil dans certaines manœuvres de larron. 

— A propos de l'ingéniosité des voleurs d'Outre-Man- 
che, on a cité le fil à grain de plomb, lancé comme un 
appât entre les mâchoires béantes d'un porte-monnaie. 
Celui-ci refermé, est réintégré en poche, et le Filou tire 
doucement sur la ligne pour amener à lui le saumon d'ar- 
gent. 

— Une chambre est dévalisée ; la cheminée est impra- 
ticable, les fenêtres sont closes, la porte est fermée, en 
dedans, au verrou. Le voleur a disparu; comment? par 
où? — Par la voie ordinaire. Il avait jeté, en cravate, sur 
la tète du verrou, un fil de soie dont il tenait les deux 
bouts, en refermant la porte ; tirant alors sur ce collet, 
il a mis la targette à poste fixe, puis, emporté sa ficelle 
halée par un seul brin. 

Filou a donc bien pour origine fil, ainsi que l'avait sup- 
posé Diez, et c'est d'accord avec l'idée de finesse notée 
par M. Delvau à toutes les époques d'emploi du terme. 
Les autres sens : Suivre, Voler, s'Échapper, ne sont que 
par extension. 

Pour conclure, inscrivons : Retors qui s'entend d'un fil 
tordu, et d'un Esprit finassier. 

Fion. 

Dans son « Tableau de Paris »/ Mercier conte ceci : 

« Un Français enseignait à des mains royales à faire des 

boutons. Quand c'était fini, l'artiste disait : A présent. 

Sire, il faut lui donner le fion... Le mot revint dans la 

tête du Roi, il se mit à compulser tous les dictionnaires. 



134 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

et il n'y trouva pas le mot. Il appela un Neuchâtelois qui 
était à sa cour, et lui dit : Apprenez-moi ce que c'est que 
le fioriy dans la langue française. — Sire, répondit l'autre, 
le fion c'est la bonne grâce ». 

C'est vrai, mais pourquoi? Voici : En Argot, fion y c'est 
\di. dernière main mise à un ouvrage, et fionner s'est dit 
autrefois finionner : Achever, Finir avec soin. 

Finionner a maintenant une autre forme : fignoler. 
Dans l'argot des coulisses, dit M. Delvau, fignolade est 
une roulade, une vocalise infiniment prolongée. 

Le Fion c'est l'enjolivement final. 

Flageolet. — Sorte de flûte. — Variété de Haricot. 

Grand embarras dans les classes de Troisième, de Se- 
conde et de Rhétorique ! Les Traités et Précis d'Étymolo- 
gie patronnent également, comme origine de Flageolet : 
ici, flautiolus; là, phaseoletus. 

Le Vrai n'étant pas double, l'une des propositions est 
assurément fausse. Laquelle choisir ? Ni l'une ni l'autre ; 
elles se valent. 

Dans l'Évangile selon saint X, flautiolus est un dérivé 
FICTIF de : flautus, thème supposé pour : flauta, un italien 
DOUTEUX n'ayant pour lui que l'apparence d'être relié à : 
Flare, Souffler, par un intermédiaire introuvable flatuare. 
Malgré son néant, Flautiolus aurait créé (par le fantai- 
siste changement de lo en jo) le provençal Flaujol, d'où 
l'ancien français : Flajol, — et Flageol, qui disparut au 
XVI® siècle en nous laissant son diminutif flageolet. 

D'après l'autre... Évangéliste : Phaseoletus est issu de 
phaseolus qui est : Fageole à Cambrai; Fayole à Fauci- 
gny ; Fajole à Genève : Fiageole à Lyon ; — et Fayol un 
peu partout en France. 

Toutes ces formes sont correctes. Le peuple dit Fayot, 



I 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 135 

avec un t final que pourraient critiquer les puristes, mais 
Fayot n'est pas en question ici. 

Il s'agit de I^lageolet qu'il faut faire venir dephaseolus. 
L'inventeur dit ceci : 

« La lettre l s'est glissée fort rarement dans les mots, 
cependant, j'en citerai un exemple qui paraît être unique, 
et qui n'est, au fond, qu'un affreux barbarisme. Je veux 
parler du Haricot connu sous le nom de flageolet, latin 
phaseoleiiis, diminuiiî de phaseolus... » 

11 est déjà bien curieux qu'on nous dise : « L'Épenthèse 
de L est ra?-e, cependant, en voici un exemple qui paraît 
être unique. » Si l'intercalation de l est ?'a?'e, c'est qu'elle 
existe quelquefois, témoin: Esclandre, de Scandalum; — 
c'est donc pour une autre cause que flageolet serait uni- 
que en son genre? 

Et, en effet, voici le plus singulier de l'histoire : ce bar- 
barisme, jugé affreux — nous n'allons pas contre — a été 
commis par un Savant. 

Flageolet ne tient pas plus de phaseolus que Haricot de 
faba. Employé, ici, comme qualificatif, il est, d'ailleurs, 
forcément de la même famille que : flageolet (instrument), 
et flageoler, Verbe neutre. 

Le radical à trouver doit, en conséquence, rendre 
compte de ces acceptions diverses. 

Quand on dit : « Mes jambes flageolent », on ne veut 
pas donner à entendre qu'elles passent à l'état de tiges 
grimpantes comme celles des Papillonacées, mais bien 
qu'elles deviennent molles; le support est flasque, flaccus 
en latin. De même, quand le Haricot est d'une espèce ten- 
dre, on l'appelle Flageolet, — et l'instrument du même 
nom est celui qui a des sons doux. 

Avec flaccus on peut composer — suivant un mode très 



136 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

connu, — le diminutif dont aurait besoin pour Flageolet, 
sans avoir à déplorer cette fameuse épenthèse de l, tan- 
tôt rare et parfois unique. 

Flâner. Origine inconnue. B. 

Dans une chanson de Nadaud (le titre exact nous man- 
que) il est question d'un voyageur en ballon qui dit : 

Je plane, 

Et dans l'immensité je flâne. 

L'idée nous semblait divertissante d'aller flâner dans 
les nuages ; puis, le mot, rapproché de sa rime planer y j 
nous parut très juste en nous faisant penser slux Planètes, 
astres errants, comme l'indique l'étymologie grecque. 

Dès lors, en raison de la mutation régulière du p latin 
en F français, nous voyons parité entre /*/aner qui est errer 
— et Flâner qui est se promener sans but, à l'aventure. 

Quant à l'accent circonflexe, il est sans importance. 
Dans beaucoup de localités, tous les a sont graves. Le 
Morbihannais dit : laver pour laver, et le dictionnaire 
nous montre de nombreux dérivés qui n'ont pas la ponc- 
tuation du radical : bateleur, de Bâton , batardeau, de Bas- 
tard (digue) ; appas pluriel de Appât. 

Flatter. Origine inconnue. B. 

Littré dit : Flatter, c'est caresser du plat de la main. 

L'anglais a : Fiat qui signifie : plat, uni, et aussi, comme 
verbe : to Fiat, Aplanir, ce qui, au figuré, représente 
Apaiser. 

C'est ainsi que l'on calme souvent les vivacités d'un 
cheval. En le caressant du plat de la main, on arrive à le 
rendre plus souple, à le maîtriser. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 137 

A Flâner, nous avons noté cette équivalence de fia et 
de pla. 

Ici, le fictif Flatter (aplatir) serait, avec Flatter, dans 
le même rapport que notre adjectif jo/a^ avec le corres- 
pondant anglais fiât auquel nous ajouterons : to Flatter, 
Laminer ; orthographe pareille au français Flatter, Ca- 
resser. 

Flèche. 

Nous avons mentionné ce mot àÉCLANCHE, lui trouvant 
une parenté avec Flanc et l'anglais Flesh (chair), dans 
le latin flaccus, mou. 

Ce n'était là qu'une des multiples physionomies de ce 
radical très simple, auquel nous laissons peut-être encore 
une voyelle de trop : Fia. 

Flèche peut désigner une bande de lard, et le trait déco- 
ché par un arc, parce que les deux objets ont même 
forme, étant plus longs que larges. 

Cette dérivation de sens unit donc Farme de jet, qui n'a 
rien de mou, avec une substance qui a cette qualité, et il 
faut remonter plus haut que cette comparaison de la 
Forme pour voir que, foncièrement, le rapport est tou- 
jours justifié. 

La racine Fia est dans : Souffler (latin flare), et nous 
la retrouvons dans : flabellum, l'Éventail qui met Vair en 
mouvement. Le va-et-vient de ce fluide, c'est la Respira- 
tion à laquelle concourent certaines parties molles dont 
le Flanc fait partie, au même titre que le cuir souple dans 
la contexture d'un Soufflet. 

Du reste, il n'était pas difficile, avec Souffler, d'arriver 
à l'idée de mollesse, contenue dans : boursouflé, ou encore 
essouflé, équivalent à : Être sur le flanc. 

Si nous reprenons Flare, nous en tirons flatus, d'où 



138 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

nous avons eu la flûte^ instrument à vent, voisin du Fla- 
geolet {flaccus), et aussi la finale flet de Sifflet. 

Or, ce bruit aigu est celui de la Flèche qui vole, et dont 
l'appellation paraît être une véritable onomatopée du son 
produit dans son parcours. Cette ressemblance, cette 
imitation du bruit, est plus marquée encore avec l'an- 
glais Flitch, ou l'allemand Flitsch. 

Cette simple esquisse de linguistique — outre qu'elle 
montre comment des significations, très diverses en appa- 
rence, peuvent être rapportées à une commune origine, 
— nous permet de rendre au latin : flaccus ce que l'on 
aurait bien voulu attribuer au germanique : flitsch. 

Fougère, du latin Filicariay est un mot qui, pour être 
compris, doit être décomposé en Fou-gèrcy de même que 
son générateur Fili-caria. 

Nous avons trouvé fou à Fagot, il représentait fagus. 
Hêtre; ici, il veut dire feuille. Dans Rabelais, le jeu de 
Colin-maillard est Chapi fou, parce que l'on se couvrait 
le chef d'un linge ou d'une feuille de papier. 

Alors, nous disons : Fili-caria est la transposition du 
grec Kaî^yo-Phyllon ; non point que la Fougère soit de 
la famille de l'OEillet ; il ne s'agit, pour le moment, que 
d'Étymologie et non point de Botanique. 

En linguistique, les deux termes : Filicaria et Karyo- 
phyllon sont identiques. 

La noix, Karuon, a servi à désigner les fruits d'une 
forme analogue à la sienne, plus ou moins arrondis, d'où 
Caryopse. Or, les organes de fructification, pour la Fou- 
gère, sont des amas tassés en boule, de petites noisettes. 
C'est donc la plante dont les feuilles portent des capsules 
assimilées à une Caryopse, c'est ce que dit Filicaria. 

Le rapprochement intime du latin et du grec n'est 



I 



I 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 139 

point une hypothèse de notre part. Il existe, en effet, une 
autre plante, une Myrtinée, qui porte ce nom : Caryo- 
phyUoiiy d'où vient régulièrement Girofle, et il est impos- 
sible de ne pas voir, dans Giro, le caryon qui est la finale 
de Fougère — plus l'égalité, au sens de Feuille^ des deux 
syllabes Fou et Fie. 

Mais il est bien certain que, de prime abord, ces trois 
masques Caryophyllée, Girofle, et Fougère ne semblent 
pas pouvoir s'appliquer à un même type graphique. 

Fouler, k pour dérivé la Foule. 

Le substantif, dit Littré, désigne : et l'action Foulage, et 
l'agglomération d'individus qui se foulent les uns les autres. 

Notons qu'il en est de même du verbe Presser, et de 
son dérivé la presse dont les deux significations sont 
identiques à celle de foule. 

Fraise (terme de boucherie). Origine inconnue. B. 

La Fraise, grande collerette de dentelles, du temps de 
Henri IV, est le Freso espagnol. 

Ce collet, à rebords frisés, offrait, avec ses cannelures, 
ses contours en sens divers, une configuration assez ana- 
logue à celle d'un mésentère de veau pour que l'un et 
l'autre eussent même appellation. Fraiser et friser, c'est 
toujours plisser. 

Frange. 

Il est incontestable que le latin possède un terme 
Fimbria équivalent à notre français, mais, pour arriver 
à ce dernier, on a dû transposer, de droite à gauche, la 
consonne r d'une quantité qui nous parait exagérée. 

Ensuite, le g français a été présenté comme un pro- 
duit de la voyelle i transformée en z, ce que nous consi- 
dérons comme une erreur. 

10 



140 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Pour obtenir : Frange y nous prendrons un autre 
thème : Fragmen qui répond au sens voulu de déchirure, 
par : Fragment. 

Fragmen devient frange par simple métathèse dans 
le groupe gm, comme pour : Étang qui est stagnum; 
— la liquide m étant, d'ailleurs, égale à n : Nappe de 
mappa. 

Frapper. Vient du Scandinave Hrappa, Rudoyer d'où, 
par extension. Frapper. B. 

Le verbe, en latin, est Verberarey et nous ne voyons 
aucune difficulté a en obtenir Frapper. 

Le thème est ramené à Verbare : par chute de la brève 
E avant la tonique, et réduction des trois consonnes rb r 
à deux : R B, de même que pour : Planche, de Plancta. 

F = \: Bœuf, de Bovem V 

R a changé de place avec E* 

comme pour : Brebis, de Vervex R 

A = E*: Rame, de Remus 

P=: B : Troupe, de Turba . . B 

P. . . . (duplication) Paille, de Palea. 

ER = la finale latine ARE 

Nous pouvons donc laisser de côté le Scandinave hrappa. 

Fredaine. Origine inconnue. B. 

En anglais, free veut dire : libre y et aussi, licencieux; 
de même que, chez nous, libertiny qui signifiait seule- 
ment affranchiy s'est augmenté du sens de débauché. 

Notre moi Fredainey Écart de conduite, peut être venu 
de Freedom liberté, franchise. Ils ont, tous deux, le 
même radical dans le latin frangere. Briser ; ce qui est : 
Se rendre librey s'Affranchir. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 141 

Frelampier. « Homme de peu et qui n'est bon à rien. » 
Dans Rabelais, le mot est écrit Ferlampier, pour : Frère 
lampier, chargé des lampes. — Homme de néant. 

Autrefois, un des bas offices, au théâtre, était de mou- 
cher les chandelles, et nous aurons occasion d'utiliser 
cette remarque quand nous en serons à Méchant. 

Freluquet. Origine inconnue. B. 

C'est un dérivé de Freluche, et l'on peut le compren- 
dre d'après le sens attribué à Fanfreluche, ou bien on 
peut considérer sa finale comme un diminutif égal à 
celle de friquet, du vieux français fric, vif, hardi. 

Cette terminaison est ajoutée à l'ancien mot fi^elu, 
frêle. On disait : Parler frelu (M. Delvau) pour : Causer 
doucement, ou de façon légère. 

Certains freluquets de nos jours ont été nommés : des 
frôleursy et, dans le Berry, Frôler se dit Frêler. 

Fidèle a même sens que grêle et, à fi^elu correspond, en 
Argot, g7'elu (Blé), par allusion à la gracilité de cette 
graminée. 

Par là. Freluquet et Greluchon se tiennent la main, 
car ils ont comme lettre initiale, cette ressemblance que 
F est le double r (gamma), ou le digamma éolique, l'an- 
cien V latin qui donne ;: G (Gaine, de vagina) — et F 
(Bœuf, de bovem). 

Du reste, nous n'en sommes plus à prouver que les 
Labiales se changent, toutes, en Gutturales. 

Fretin. Origine inconnue. B. 

Ce mot est le même que Frai (de poisson), et tous 
deux se traduisent en anglais par Fry. 

Au sens de menu, qui est celui de fretin, c'est le latin 
friatum, brisé, concassé, — donnant directement, par 



142 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

chute régulière de la brève i, nos deux formes : Frai et 
Fretin. 

Frette. Origine inconnue. B. 

La Frette est un lien de fer dont on munit le moyeu 
des roues, la tête d'un pieu, la culasse d'un canon, etc. 

Le petit fer, ou Taiguillette, qui garnit le bout d'un 
lacet se nomme ferret, pouvant donner le verbe : ferreter 
identique à Fretter, par simple transposition de r, comme 
dans : Frapper, de Verberare. 

D'ailleurs, le latin nous offre ferratus, cuirassé de fer, 
et ce thème est égal à Frette. 

Frime. Origine inconnue. D. Frimousse. B. 

Nous pensons que Frime est abrégé de Frimousse qui 
s'est dit aussi : Frimeuse. 

Par ce mot, on entend une Mine éveillée, et l'on peut 
le comprendre ainsi formé : 

Mouse, ancien français : muse, Bouche (d'où museau), 
est pris pour la face. — Fri représente l'anglais free (li- 
bre) ou le provençal fric (Vif, hardi), qui était, dans l'an- 
cien français : frique. Le moineau franc s'appelle encore 
Friquet. 

La Frimousse est une figure intelligente, malicieuse, la 
frime est une Grimace, une ruse, une espièglerie. 

Nous retrouvons ici les équivalences de free, de franc, 
notés à Fredaine, et dérivés, comme sens, du latin fi-an- 
gere, pour s'Affranchir. 

Fringale. Corruption de Faim valle; l'origine de valle 
est inconnue. B. 

On a dit aussi Faim calle et, comme il s'agit d'un irré- 
sistible besoin de manger observé chez l'homme, mais le 
plus souvent, chez le cheval, on a supposé que calle 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 143 

représentait ca6a//w5, OU que ya//e était le latin t)a/irfa,forte. 

Littré pense qu'il vaut mieux accepter le breton gwally 
mauvais j dont Torthographe expliquerait les formes 
diverses : gale, calle, valhy et dont le sens concorde avec 
ridée de malaise. 

Toutefois, il n'est pas impossible, croyons-nous, que 
Faim calle veuille dire : Faim de cheval, si l'on y com- 
pare Boulimie où nos étymologistes voient : Une faim 
de bœuf. 

L'appétit des animaux a plus d'une fois servi à carac- 
tériser celui de l'homme : Manger comme un loup; Avoir 
une faim canine , un estomac d'autruche etc. 

Fringant, dérivé de Fringuer dont l'origine est incon- 
nue. B. 

Par changement de a en i [cerasuSy Cerise), le verbe 
latin franger e donne : Fringuer; et son participe présent 
frangentemy Fringant. 

Le sens de Briser convient ici pour ce que l'on nomme 
habituellement : une mine fringante, des allures de brise- 
tout, un air casseur. Et le mot s'entend mieux encore, 
appliqué au naturel d'un cheval trop vif. 

Frise. Origine inconnue. B. 

La Frise est la partie ondulée de l'entablement, entre 
la corniche et l'architrave, et aurait pour représentant 
l'italien: fregio. D'autre part, l'Espagnol dit : Frisar pour 
Friser (les draps.) 

Nous pouvons remonter plus haut, et nous avons le 
choix entre : Fricare, Frotter et/?%ere, Avoir froid, qui, 
tous deux, peuvent donner /^mer, par changement d'une 
gutturale : c ou g en dentale s : vicinus, Voisin — fraga^ 
Fraise. 



144 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Nos radicaux, qui semblent se tenir à distance l'un de 
l'autre, aboutissent, cependant, au même phénomène : 
Le plissement d'un corps, crispé par la chaleur ou par le 
froid, de même qu'on voit les plantes pareillement influen- 
cées par le soleil ou la gelée. 

Voilà pourquoi Friction et Frisson répondant à un seul 
thème frictionem égal, dit Littré, à frigitionem, composé 
fictif de frigere, Avoir froid ; — mais qui viendrait tout 
aussi bien, selon nous, à^frictus, participe passé de Fri- 
care Frotter. 

En considération de Fregio, nous optons pour FrigerCy 
comme origine de notre verbe Friser. Mais nous croyons 
que le grec est la racine commune de tous ces mots. Une 
bribe d'Homère a dû rester dans bien des mémoires, à 
cause d'une curieuse inversion de la préposition epi, dans 
cette fin de vers : ekeuato ponton epi phryx : Le frisson 
s'étendit sur la mer. 

Littré dit encore : « En latin, Phrygio était un brodeur 
et, en grec, la, frise se nommait Zoophor os parce que, d'ha- 
bitude on y sculptait des animaux. Jadis, Friser voulait 
dire décorer. 

Ces inégalités d'une surface d'ornement sont l'image 
arrêtée des ondulations d'un corps souple qui frissonne, 
qui frise. 

Aussi, soit parce qu'elle décore, soit parce qu'elle /?o^fe, 
a-t-on nommé frise, la bande de toile qui, dans les théâ- 
tres, traverse la scène d'une coulisse à l'autre. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 145 



G 



Galet. Origine inconnue. B. 

« L'arc kjallet était une petite arbalète servant à lan- 
cer des balles de moyenne grosseur. Jallet et Gallei sont 
égaux ». Glos. de Rabelais. 

Littré dit : « Galet, ancien français galy terme gaélique 
pour Caillou ». 

Ce dernier mot, nous l'avons expliqué, et le latin callus, 
ou simple, ou contracté de calculus, donne gai et, par 
conséquent Galet. 

Gamin. Origine inconnue, B. 

Le Gamin est défini : Petit garçon qui passe son temps 
k jouer et à polissonner dans les rues. 

D'après M. Delvau : « Ce mot né à Paris, spécial aux 
parisiens des faubourgs, a commencé à s'introduire dans 
notre langue sous la Restauration, et peut-être même un 
peu auparavant, — bien que V. Hugo prétende l'avoir 
employé le premier, dans Claude Gueux, c'est-à-dire en 
1834 ». 

Le terme étranger qui se rapproche le plus de Gamin, 
c'est l'anglais game (jeu), mais Littré donne à notre mot 
une autre origine. (Supplément, 1877.) 

Elle serait allemande : Gemeiner, Simple soldat. 

« Pendant les guerres du xviii^ siècle, les Français se 



146 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

servaient de ce terme, de l'autre côté duRhin, et disaient : 
Un caporal et quatre gamins. — Ce qui, d'abord, signi- 
fiait : soldat, s'est ensuite appliqué à l'ouvrier en sous- 
ordre; puis, au jeune apprenti, au gamin de Fatelier. 

Gargouille. Origine inconnue. B. 

La première partie du mot se trouve expliquée dans 
Littré : « Garg est une modification d'un radical Gorg, 
comme le montre lltalien : Gargagliare, et Gorgogliare. 
Ce radical appartient à toutes les langues romanes. » 

Nous avons, en français : Gargarisme qui est de signi- 
fication assez claire pour que l'on puisse voir dans Garg 
un conduit quelconque : Entonnoir buccal, Gosier, Gou- 
lot, etc. 

De plus, les termes imaginés par Rabelais : Gargfa- 
melle, Gargantua « qui étaient de grand Gousier », ne per- 
mettent guère de douter que Garg ne soit une Rigole, une 
gorge, et, du reste, il a employé un autre mot qui, lui, du 
moins, a une terminaison insignifiante : Gargareon qui 
est : Gavier, Gavion et Gosier, dit le Glossaire, 

— D'autre part, Ollita, en Colombie (et peut-être ail- 
leurs), est un i^eiiipot de terre. C'est le diminutif du latin 
Olla dont nous avons fait : oille (pour traduire olla — po- 
drida), — et ollaire, pierre dont on fait de la poterie. 

Le radical Garg, avec ollita, nous donne : Gargoulette, 
pot ayant un goulot; et avec olla, un appareil de plus 
grand format, ou la Gargouille . 

Il faut rapprocher de ces mots : Gargote, — et Gorge 
dont le latin Gurges est visible dans l'allemand : Gurgel- 
mittel. Gargarisme. 

Gargousse. Origine inconnue. B. 

D'après Littré, c'est une corruption de Cartouche, 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 147 

en italien cartoccioy Cornet de papier, du latin charta. 

La Gargousse ne diffère de la cartouche que par le 
volume, et, en anglais, c'est un même mot qui désigne 
Tune et Fautre : cartridge où reparait charta dont nous 
avons fait : charte et carte. 

Malgré Texplication de Littré, et l'espèce d'appoint que 
nous y avons fait au moyen de l'anglais cartridge, nous 
ne croyons pas, cependant, à l'origine : charta. Nous 
savons bien que le t latin peut donner c en français, et 
que, dès lors, il pourrait passer à cette autre gutturale g. 
Mais cette transformation de Chart en Garg, nous sem- 
ble une manœuvre, sinon hasardeuse, du moins inutile, 
puisque ce radical Garg existe réellement, et qu'il a été 
expliqué à Gargouille. Or, ici, il se comprend tout aussi 
bien, au sens de : Chose creuse comme un pot. Récipient 
de taille, et suffit à rendre compte de gargousse. 

Voici, enfin, une dernière hypothèse à faire : Gargousse 
égalerait : War ou Gar-gussa, la gousse j le cornet, le sa- 
chet pour la guerre. 

Gauche. Forme féminine de gaitc, à l'origine gale, et 
qui répond au haut-allemand Welk, faible. B. 

A propos de Regarder que les étymologistes rattachent, 
aussi, au germain Warten, Veiller, Littré dit : « La lutte 
entre la Latinité et le Germanisme appartient à la. patho- 
logie, car notre langue est essentiellement latine ». 

Cet avis nous est toujours présent, et, chaque fois que 
c'est possible, nous écartons l'allemand pour faire place 
au latin. 

Ici, nous avons plus d'une raison pour ne pas vouloir 
de Welk, anglais Week. 

D'abord parce que gauche, c'est link chez le Teuton, et 



I 



148 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

left, chez l'Anglais, deux termes sans rapport étymologi- 
que avec notre adjectif. 

En second lieu, parce que nous disions autrefois : Se- 
nestre et Dextre, comme les Romains, et que si, mainte- 
nant, nous avons droit, de même provenance que Dextre, 
il serait plus que singulier que Gauche ne fût pas latin, 
^ussi. 

C'est de Calcare que nous ferons venir notre mot. Il a 
donné l'ancien français caucher, Presser, fouler, d'où le 
sens de contusion, et, par suite, di Affaiblissement, de débi- 
lité, idée qui se retrouve partout dans la qualification de 
la main gauche et que nous exposerons à : Pote. 

Par transformations normales de c en g [acutus, aigu), 
— de A en I [cerasus, cerise), Calcare, qui a fait caucher, 
donne gauchir; d'où l'adjectif ^awc/îe, à l'origine gale. 

La finale are n'est pas seule à représenter er, infinitif 
de notre première conjugaison — et, d'autre part, elle 
concourt avec ère, ire, à nous donner la désinence : m : 
Affirmer et Affermir sont tous deux : Affirmare. — Nous 
avons de même Hourder et Ourdir, Tabler et Établir, 
Renforcer et Renforcir, etc. 

N. Gauche veut dire faible parce que la rectitude (pour 
un arbre) est signe de bonne santé, de force. Le tronc 
s'élève directus, droit de la terre. S'il est faible, on dit 
qu'il gauchit, ce qui est : Incliner de n'importe quel 
côté. — Anciennement, cacheure voulait dire Écra- 
sement. 

Gerfaut, anciennement Gerfauc, à l'origine Gerfalc. 
(Allemand Gerfalk, Gerfaut.) B. 

Gerfaut possède une étymologie latine. — C'est un Fau- 
con, falco, et ce nom lui vient de la courbure de son bec, 
ou de celle de son aile, en forme de Faux, latin falcem. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 149 

u Le plus remarquable individu de l'espèce, dit Tous- 
senel, est le gerfaut, tournoyant dans les airs, décrivant 
des cercles. » 

Cette manœuvre se dit, en latin : Gyrare qui a donné : 
Giron, Girie, etc., et la première syllabe Ger — de Ger- 
fauc — aujourd'hui : Gerfaut. 

Gibecière. Gibier. Origines inconnues. B. 

La Gibecière ou Carnassière (provençal carnazza, du latin 
carnem, Chair), est un sac où le berger met son pain, et 
le chasseur, son gibier. 

C'est donc un Garde-manger^ mot à traduire par cibo- 
rium — une Coupe, puis le Ciboire qui renferme les hos-' 
ties, aliment spirituel. 

Dès lors, Cibariaj Vivres est en français : Gibier, par 
changement de c en g : Filicaria, Fougère. 

Ayant le mot fondamental, nous pouvons comprendre 
les autres termes, comme lui, titrés inconnus, forcément, 
puisqu'ils en dérivent. 

Gibelotte, ragoût de venaison ; Gibet, l'engin quelcon- 
que (Cheville, croc, fourche) auquel on suspend le produit 
de sa chasse — et où, jadis, on pendait le gibier de 
potence. 

Au sens de Cheville, de clou, gibet a pour diminutif : 
gibelet, Petit foret, et représente un Pic ou un Piton, 
noms que l'on donne aux montagnes. Gibel est le nom 
moderne de l'Etna. 

Gibraltar est la Montagne de Tarik : Gebel al Tarik. 

Gigogne. 

Bien que les étymologistes ne citent point, comme 
nous l'avons fait pour Gibier, de mots débutant par ci, 
en latin, et donnant gi, en français, nous n'hésitons 



150 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



pas à voir ici Foiseau Ciconia, en si grande vénéra- 
tion chez tous les peuples, tant ancien que modernes. 

Toussenel dit : « Pour les Romains et les Grecs, c'était 
l'emblème de la piété filiale, de la chasteté, de la fidélité 
conjugale et de la gratitude ; trop de vertus hélas ! pour 

une bête seule Voici la vérité sur la Cigogne, toute 

la vérité et rien que la vérité : c'est le modèle des aman- 
tes, des épouses et des mères. Elle adore les enfants... 
Elle rivalise de vigilance avec l'Oie et le Cygne sauvage, 
pour la garde du domicile de l'homme... etc. » 

Cet extrait nous suffit pour estimer que notre conjec- 
ture en linguistique est assez fondée, et comprendre le 
pourquoi de ce titre : Gigogne donnée à une Femme en- 
tourée de bambins. 

De plus, la surveillance exercée par foiseau, du haut 
de son perchoir, explique comment, en Argot, Cigogne 
est le palais de justice (Le juge d'instruction s'appelle le 
Curieux). Quant au procureur général, c'est le Dab de 
la Cigogne. 

Dab vient du latin archaïque Dubenus, pour Dominus, 
Seigneur. 

Gigue. (Jambe.) Origine inconnue. — D. Gigot (pro- 
prement cuisse de mouton). B. 

Anciennement, Gigue était un instrument à cordes, un 
violon : Geig en allemand, Giga en italien. 

C'était encore le nom de Vair vif, à deux temps, joué 
par f artiste, et aussi, celui de la danse exécutée sur cette 
musique. L'air et la danse étaient originaires d'Ecosse. 

Pour expliquer le passage de Violon à Jambe, on peut 
supposer que la Gigue avait un diminutif : gigot, même 
instrument sous une forme réduite : (la Pochette, ou vio- 
lon de poche), et que, sa configuration rappelant celle 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 151 

d'un cuissot d'animal, on s'en est servi pour désigner 
aussi la cuisse du mouton. 

Ce genre de comparaison existe toujours. En Argot, on 
lit au Dictionnaire de M. Larchey : Jambon, Violon. Allu- 
sion de forme. — « H y avait longtemps que je n'avais 
entendu racler du jambon en pleine rue. » Th. Gautier. 

Pour aller de l'animal à l'homme , Gigue et Gigot 
n'avaient pas à franchir grande distance et, s'ils ne s'ap- 
pliquent pas aujourd'hui à notre espèce d'une façon 
décente, l'un d'eux, cependant, n'a pas été tout à fait sup- 
planté. On le retrouve dans Gigotter, Remuer vivement 
les jambes ; — non point Danser, mais ce que les Anglais 
appellent : Kick, Donner des coups de Pieds. 

Il ne serait pas impossible que Gigue fût le laiim Jugum. 
On dit : une Paire de jambes; — on passait sous le Joug, 
ou par les Fourches (caudines), et nous avons vu la finale 
de Califourchon représenter le point d'union des jambes. 
Injonction des tiges d'une paire de pincettes. 

Gille. C'est le surnom d'un Pitre. Le mot veut dire : 
qui est couvert d'un gilet, casaque sans manches que le 
bouffon endosse pour parader sur les tréteaux. Ici, le 
vêtement a nommé l'homme à l'inverse de jaquette, 
dérivé de Jacques, nom commun chez les paysans. 

Gilet est le latin Cilicium, étoffe en poil de chèvre (de 
Cilicie), à l'usage des soldats et des pauvres. 

Saint Gilles était peut-être habillé comme eux. Toujours 
est-il qu'en latin il s'appelle ^gidius. Égide, bouclier. 

Au sens de protection, Gilet et Bouclier se valent, et 
Gille a bien pour patron Saint Gilles. 

Givre (Le). Origine inconnue. B. 

C'est le même mot que Givre (Serpent) ; forme régu- 



152 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

lière — dit-on — : Guivre; bourguignon Vivre, du latin 
Vipertty Vipère. 

Le Givre est cette légère couche de glace qui tapisse 
nos vitres, de dessins à lignes serpentines. L'humidité qui 
s'y dépose fait des goutelettes descendant en zig-zag, et 
le froid solidifie le trait mouillé qu'elles ont laissé sur 
leur passage. 

Gober. Avaler, vient du celtique Gob , Bouche. Le 
substantif a disparu de l'usage courant, tout en persis- 
tant dans la locution : Tout de gob, aujourd'hui : Tout de 
gOy librement, sans obstacle. B. 

Cependant l'auteur de cette note regarde Goberger et 
Gogo, comme étant d'origine inconnue. 

La racine Go, ou Gob, se retrouve dans plusieurs ex- 
pressions avec le sens fondamental de Avaler, au propre 
ou au figuré, et l'on peut s'aider de ce radical pour éta- 
blir la parenté entre la souche et divers rameaux qui y 
tiennent par l'une de ces analogies : Manger, Boire, Être 
crédule à l'excès. 

Gober quelqu'un, c'est le trouver grandement à ?>ovigoût, 
et Se gober est : Se complaire. Se délecter de soi-même. 

Avoir tout en abondance, à bouche que veux-tu? se dit : 
Avoir à gogo {kgob gob), et l'on appelle un Gogo l'homme 
qui avale toute espèce de bourdes. 

Gobbe, bol pour appâter les animaux, se trouve aussi 
dans « l'Argot parisien » au sens de Calice, et comme 
diminutif de : Gobelet, anciennement Gobel, d'où est venu 
Gobelotter : Aller de taverne en cabaret, boire à petits 
coups. 

Gobet (dans Littré) désigne un morceau de viande quel- 
conque et, en même temps, un niais, de là un Gobeur et 
se. Goberger. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 153 

Gobichonnery diminutif de gobiner, c'est se régaler, dit 
M. Larchey qui cite aussi : Gobilleur, Juge d'instruction, 
qui avale les réponses du prévenu. Nous avons encore un 
verbe et un substantif pour le phénomène... inverse. 

Le latin Gahata, composé de trois brèves, peut prendre 
l'accent sur le premier a, les deux autres disparaissant. 
Alors Gab donne Gob; — une autre forme est le proven- 
çal Gauta, en français : Joue. 

Goder. Gosier. Origines inconnues. B. 

Par chutes répétées, la goutte d'eau, Gidta, creuse un 
corps dur et y fait un Godety qui est le latin Guttus. 

Ce dernier terme a donné gueuse, égal, par Guttur, à 
gousier, devenu ensuite gosier. 

En second lieu, Godet a fait le verbe Goder, qui est neu- 
tre et veut dire : Faire des godets, en parlant d'une étoffe 
mal ajustée, ayant des plis, des creux. 

Voilà un des sens de Goder. 

L'autre (qui est contenu dans le fréquentatif Godailler, 
Boire à l'excès, et dont le rapport avec godet, puis burette 
s'établit facilement), a peut-être existé, jadis, au propre, 
comme il existe encore aujourd'hui au figuré, dans le lan- 
gage des couturières. 

Faire boire l'étoffe, c'est coudre de façon qu'une pièce 
lâche et une tendue arrivent au même point. Autrement 
dit : la pièce à godets demande à Boire. 

Nous pensons qu'il faut ajouter à Goder cet autre terme 
inconnu: Godelureau qui nous semble être le Luron friand 
du godet, le joyeux buveur. 

Ce n'est.pas l'acception actuelle, qui serait plutôt : Coq 
de village, mais celle-ci n'empêche pas l'autre, pas plus 
qu'elle ne s'oppose au sens accepté aussi de fripon. Le 



154 SOLUTIONS DE PROBLEMES 



Godelureau peut fort bien être de taille à aimer tout en- 
semble : le Vin, le Jeu, les Belles. 

Goderon ou Godron. Origine inconnue. B. 

L'adjectif godronné qualifie, en anatomie, une dispo- 
sition alternante de bosselures et de brides, analogue à 
la moulure d'orfèvrerie appelée : Godron. 

Dans une étoffe, ce serait une fronce, ou un froncis. 

Par là, Godron est pour Goderon, et vient du verbe 
Goder. 

Godille. Littré signale ce mot comme étant d'origine 
inconnue. 

Nous pensons que l'on peut expliquer ce terme en 
s'aidant de sa définition : « Aviron placé à l'arrière d'une 
embarcation. » 

En marine, on le désigne ainsi : Aviron de queue. 

Ce dernier substantif est, en latin Cauda, et Coda qui 
a passé dans la langue musicale, pour titrer un air final. 

Godille est un diminutif de coda ou codex, et vaut 
autant que codicile qui est : addition à un testament. 

C'est simplement par dérivations de sens que, venus 
d'une même souche. Godille et Codicille paraissent étran- 
gers l'un à l'autre, bien que nous les apercevions déjà 
similaires dans la position qu'ils occupent définitive- 
ment, celle d'appendice. 

En latin, Caudexei Codex sont, chacun. Tronc d'arbre. 

Le premier fait l'adjectif : Caudeus, objet en jonc très 
mince et, par cette figure, nous arrivons à cauda, Queue. 

Le second pouvait, comme substance ligneuse, devenir 
une table, et se présente comme tablettes... pour écrire 
(De même, l'écorce Liber nous a donné le Livre). 

Codex a donc fait : codicille, note complémentaire, 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 155 

surajoutée et peut, d'autre part, aboutir à Godille : Avi- 
ron de queue. 

Les mots ne perdent jamais entièrement leur cachet 
primitif, et il peut arriver — comme dans le cas actuel 
— qu'en dépit de tous leurs masques, ils se dénoncent 
eux-mêmes parents irrécusables. 

Godiveau. Origine inconnue. B. 

Un point sur lequel on s'accorde c'est que le veau 
jouait le premier rôle dans la composition du mets. Il 
ne s agit plus, alors, que de déterminer le sens de godi 
qui est gode dans godebillaux, tripes de bœuf. 

Tout d'abord, Tripe (v. trompe) est venu du grec 
trepô, (tourner). C'est : enroulement, circonvolution, et, 
pour cela, le bas peuple appelle le cerveau : les boyaux 
de la tête. 

Or, présenter des courbures alternées de saillies et de 
dépressions, c'est goder qui se dit d'une étoffe cousue en 
froncis. Godron qui est une moulure d'orfèvrerie était 
aussi le pli en S, qu'on imprimait aux jabots, aux man- 
chettes — d'où l'adjectif godronné pour les grandes col- 
lerettes, aux rebords contournés à l'instar de la fraise 
du veau. 

Ce n'est pas, dit-on, cette partie de l'animal qu'on 
utilise pour le godiveau, ce serait le m. Peu importe! 
Cette glande, également bien nommée inde, a des lobes 
séparés par des rainures dont le trait serpente comme 
les onduleux sillons de l'intestin et du cerveau. L'idée 
foncière est donc toujours la même. 

Goëmon. Origine inconnue B. 

Littré trouve ce mot dans le « Catholicon » de Laga- 
deuc, où il est écrit Gounou. Le gallois possède Givymon 



156 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

pour varech qui est en anglais : Sea-weed, Plante de la mer. 
Ainsi interprété, Goëmon peut se reconstituer avec deux 
mots du breton moderne : Gue, Arbre et Mor, Mer. 

Goguenard. Goguette. Origines inconnues. B. 

Dans Rabelais, Goguelu est un Railleur, du vieux mot 
Gogue, Plaisanterie. 

Il y aurait peu à faire pour tirer Gogue du latin j'ocws 
Jeu. De plus, nous avons vu, à Gober, un mot qui semble 
avoir formé ceux qui nous occupent : Gogo, l'individu 
que Ton plaisante. 

Il n'y a donc que l'embarras du choix. 

Goret. Diminutif de Gore qui signifie truie, dans notre 
ancienne langue, et dont l'origine est inconnue. B. 

Nous n'avons pas examiné, à leur place, les mots tout 
aussi ignorés, comme provenance : Baron, Garçon, nous 
réservant d'en parler à l'occasion de Goret qui, selon 
nous, comprend, au point de vue de Fétymologie, ces 
deux autres termes, si étrangers que, de prime abord, 
tous trois paraissent être l'un à l'autre. 

Pour établir notre proposition, nous prenons Verrat^ 
dérivé de l'ancien français Ver (porc), qui est le latin 
verres. 

Dans l'espace porcine, Ver est l'individu mâle, de 
même que l'homme s'appelait Vir. 

— Le monosyllabe Ver fait régulièrement : Bar qui, 
en provençal, est exactement le mari. « Bar y dit M. Rozan, 
est venu d'un mot (latin, celtique, ou allemand, peu 
importe) qui désignait Vhomme, dans sa plus large et 
meilleure acception. » 

Grammaticalement, Bar était sujet, le régime était 
baron. Au lieu de Bar, on employait aussi : Bers — et Ber. 



i 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 157 

— Par transformation, normale encore, Fier donne Gar 
— d'où gars, Garçon, homme vigoureux : un rude gasl 

— Toujours par mutations régulières, Ver devient Gor, 
forme masculine non indiquée, mais dont le féminin est 
GorCy Truie — et le diminutif, Goret, Petit du porc. 

Le breton moderne nous fournit enfin une nouvelle 
preuve de Timportance de Ver, au sens général de mâle. 
Un Porc, c'est Hoh, et ce mot est uni à lai : un Veau, 
pour composer : Hoh-lay : Taureau. 

Pour terminer, nous ajouterons à notre série de réfrac- 
taires, assez maniables en somme : Jars, le mâle de 
rOie, qui, en picard se nomme : Gars. 

Goujat. Origine inconnue. B. 

Goujat est le masculin de Gouge employé par Rabelais 
et autres vieux auteurs pour désigner une Fille, une 
joyeuse commère. 

Il est admis maintenant que les deux termes veulent 
dire, Fun : jeune garçon; l'autre : jeune fille. 

Les avis ne sont partagés que sur la provenance. 
MM. Lefèvre et L. Couture tiennent pour le latin gau- 
diurriy venu jusqu'au français par l'intermédiaire du pro- 
vençal : gau, gauch, et du guiennais : Goye, goi, Enfant 
(Ldijoie de la famille). 

D'autres, auxquels Littré parait se joindre, citent Goje 
(Servante chrétienne), tiré de l'hébreu Goï : Peuple (Goim, 
les Gentils). Notre mot serait alors importé du Midi de la 
France qui a été beaucoup habité par les Juifs. 

Il est à noter que le latin n'a pas de grandes probabi- 
lités en sa faveur, si l'on réfléchit que Gouge et Goujat 
sont, aujourd'hui, qualifications injurieuses, ne s'accor- 
dant point avec gaudium. Ces appellations répondent 



158 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



mieux au terme de Gentils, une aménité des discussions 
religieuses. 

Le Goi de Guyenne, qui semble avoir pour ancêtre le 
Goï hébraïque, serait préférable, selon nous, sans croire 
cependant le problème résolu. 

Dans le choix que nous faisons, peut-être sommes-nous 
influencé par le souvenir d'une petite scène observée en 
Provence. 

Au bord d'un ruisseau, des blanchisseuses interrom- 
pent leur travail pour invectiver un gamin qui se tient 
respectueusement... à distance, et, le bras allongé, l'in- 
dex étendu, pointant les femmes l'une après l'autre, 
paraît faire un calcul mental. 

Pourquoi cette mauvaise humeur des Lavandières du 
Béai? Recherche inutile. Nous n'y pensions plus, quand 
— naturellement — nous avons rencontré cette notice 
dans Toussenel : « Depuis le dénombrement d'Egypte, 
les Juifs haïssent qu'on les compte du doigt. » 

Qui sait si le hasard, un jour ou l'autre, ne nous ser- 
vira pas aussi bien pour Goujat? 

Gourgandine. Origine inconnue. B. 

Ce mot sur lequel nous ne trouvons que des indications 
douteuses, nous paraît composé de deux termes français: 
Goure, Drogue avariée, ou falsifiée, et : Gandine la paral- 
lèle horizontale de Gandin. 

Ce qui nous fait croire que cette déclassée est une 
baptisée du fameux Boulevard, c'estque, pour les Anglais, 
c'est une citadine. Ils traduisent Gourgandine ^diV une pé- 
riphrase : Woman of the town. Femme d'une grande ville. 

Gourmand. Origine inconnue. B. 

Les auteurs s'accordent (sans expliquer le mot) , à recon- 



J 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 159 

naître que Gourmand est (comme provenance) étranger 
à Gowmet. 

Et, d'autre part, il n'aurait, dit-on, aucun rapport avec 
Gourmander, de sorte qu'il reste isolé, en compagnie du 
substantif Gourmandise. 

Il faut donc qu'il établisse sa filiation, sans l'aide d'au- 
cun voisin, et nous ne pouvons nous guider que d'après 
le sens partout accepté : Homme qui mange beaucoup. 

Manger est dans la finale mand, abréviation de man- 
ducare. 

Gour pourrait être le bourguignon Gouri, Goret, mais 
nous avons mieux : 

C'est gourd, qui signifie, en provençal, gras; en espa- 
gnol g7'os. La Gourde est la piastre forte; le Gourdin est 
un bâton trapu. 

Notre adjectif, ses synonymes, et leurs dérivés, con- 
tiennent l'idée d'Abondance, de plénitude, et l'Argot, 
saisissant toutes ces images, les a condensées dans un 
adverbe qui répond à notre visée. Au lieu de beaucoup, 
il dit Gourdement. 

Dès lors, pour nous. Gourmand est expliqué. Ratta- 
chons-le maintenant à Gourmander, bien que personne 
ne veuille admettre un tel rapport. 

Littré cite cette phrase d'un auteur d'il y a quatre siè- 
cles, E. Deschamps, parlant d'une « souffrance qui vient, 
aux approches du soir, pour son corps nuire et gour- 
mander ». 

N'est-ce donc pas là, malgré Littré lui-même, l'équiva- 
lent des expressions : Le chagrin ou la maladie \q ronge; 
Un mal affreux le dévore ? 

Par extension de sens, Gourmander a signifié : Tracas- 
ser, tourmenter, malmener, et n'a plus représenté que 



160 SOLUTIONS DE PROBLÊMEIS 

cette idée de mauvais traitement. Encore, Gourmander 
quelqu'un, n'est-ce que le réprimander vertement. 

Pour un cheval, au contraire, le verbe est très actif et 
veul dire : Manier rudement. C'est pour cela que plus d'un 
linguiste le rattache â gourmer, de signification pareille, 
mais venu d'un autre radical que Gourmand. 

Gourme. Origine inconnue. B. 

Ce mot désigne, chez l'enfant, les croûtes de lait ; et, 
chez le cheval, une tumeur survenant au contour du 
maxillaire inférieur, région où se place la Gourmette, 
ainsi nommée de Gourme. 

Il a même provenance que : Grumeau et Grume, saillie 
ronde ou bosselée. Il représente Groume, par transposi- 
tion de R comme dans : Ogre, de orcus. 

Maîtriser au moyen du mors fixé par la Gourmette, c'est 
Gourmer qui se dit aussi pour : Malmener quelqu'un, de 
toutes façons : par gestes ou en paroles. 

Et, dans ce dernier cas, au lieu de : Gronder, le peuple 
emploie Groumer, identique à Gourmer. 

A Gourme se rattachent : Gourmade, Coup de poing, et 
Gourmé : qui a l'air raide, comme maintenu en bride ou 
par la gourmette. 

Grabuge. Origine inconnue. B. 

Le Galbe, italien garbo, ornement d'architecture (un 
médaillon, peut-être), signifie Gentillesse, pour Rabelais 
qui l'écrit Garbe. Le mot a voulu dire ensuite : Prestance, 
bonne mine. 

De Garbo l'italien a fait garbuglio, en français garbouil^ 
par altération : grabuge; les plus anciennes formes étant : 
garbuge et galbuge, Bruit, querelle. On avait aussi : Gra- 
heauy Dispute, et Grabeler, Discuter. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 161 

Le sens a passé de Garbo à Garbuglio; comme, en 
français, de Mine à Menacer qui ont, en latin, même 
racine. 

Au lieu de Grabeler, Débiter de mauvaises raisons, ou 
faire Tapage, on dit quelquefois : Faire du Galbanum. 

Graillon. Origine inconnue. B. 

D'après Littré, ce mot peut venir de deux thèmes, sui- 
vant le sens qu'on y attache. 

S'il s'agit d'une mucosité que l'on expectore avec bruit, 
on fait une comparaison avec Grailler, Crier comme la 
graille, nom vulgaire de la Corbine : Graillant ou Graillot. 

Si, d'autre part, il est question de l'odeur de viande 
brûlée, Graillon est rattaché à l'ancien français Grail, un 
Gril. 

Gredin. Origine inconnue. B. 

Quelques auteurs, dit M. Rozan, auraient fait venir 
Gredin du sanscrit, en passant par le celtique greedy. 
Pauvre hère qui a faim, — angldiis greedy, Vorace, avide. 

« Gredin. Mot très injurieux, vient de gradin. Autre- 
fois, chez les grands seigneurs, des valets du dernier 
ordre se tenaient toujours sur les degrés (gradins), de 
l'escalier, sans jamais entrer dans l'appartement. On les 
nommait Gredins, et leur nom est devenu une injure. » 
L'abbé Tuet. 

Étudiant ce mot, Littré conseille de le comparer à l'ita- 
lien Gretto, Avarice, venu du moyen haut-allemand Grit, 
Avidité. 

L'italien ne semble pas, comme sens, tenir en quelque 
façon à notre mot, mais il a, de même que son radical, 
un grand air de parenté avec Grigou. 

Gredin peut très bien être accepté pour : Placé sur 



162 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

un gradin^ si l'on considère qu'on a fini par prendre en 
mauvaise part des termes qui, tout d'abord, ne méri- 
taient pas cette indignité : Cuistre, Coquin, Pleutre, 
Vilain, etc. 

Grègue. Anciennement Grégesque venu de l'italien 
grechesco, proprement; Chaussure à la grecque. B. 

Nous voyons par là d'où provient l'ancienne orthogra- 
phe, donc, le terme moderne est directement tiré du 
latin grseca qui fait Grégue, comme Naricare a donné 
Narguer. 

Grêle. Anciennement Gresle mot dont le radical Grès... 
se retrouve dans Grésil. L'origine de ce radical commun 
Grès... est inconnue. B. 

La consonne s dans : Grésil et le vieux français Gresle^ 
est le G du latin gracilis, Chose menue ; de même que 
Vicinus a fait Voisin. 

Gracilis est, par chute de la finale is : Grésil (lettre pour 
lettre), ou : Gresle^ aujourd'hui Grêle, par transport de 
l'accent tonique sur la première voyelle a. 

Gribouiller. Origine inconnue. B. 

Un Gribouillage y c'est une mauvaise peinture, — et 
aussi, une écriture défectueuse. De même, en anglais, to 
Scrawl signifie Gribouiller et Griffonner. Ces deux verbes 
ont donc un sens unique : Être maladroit en SiTi graphique. 

Et c'est ainsi que l'entendent les écoliers qui, au lieu 
d'employer Gribouiller disent : Scribouiller, Être un piè- 
tre scribe. 

Du reste, que l'on prenne Grib, ou son identique Grif, 
nous avons pour représentant : le latin Graphium, Poin- 
çon du greffier. 



à 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 163 

Quant à la terminaison, elle n a pas, ici, plus d'impor- 
tance que dans Barbouiller déjà vu. 

Littré indique, pour étymologie, l'allemand Graben 
qui est précisément : Écrire. — Alors, ce sont les éco- 
liers qui ont raison, — avec lui, tout en pensant au latiriy 
et non au germain. 

Grouiller. Origine inconnue. B. 

Le verbe a deux sens ; Bruire et Bouger. Ainsi Ton dit : 
Les intestins grouillent; — Le terrain grouille. 

Dans la première acception, on pourrait le rattacher à 
l'onomatopée qui a fait, en latin, nommer le Geai : Gra- 
culus d'où nous avons tiré : Graille et Grolle. (Les noix 
sent dites Grollièresy parce que les Grolles, ou Corneilles, 
en sont friandes et les abattent avec entrain). 

Mais le bruit et le mouvement sont, d'ordinaire, insé- 
parables, ou, du moins, le premier dépend du second. 
Grouiller a donc pour signification essentielle Bouger. 

Littré dit que Grouiller est une forme récente, relati- 
vement. Dans son historique, tout se rapporte au verbe 
Crouler que le langage populaire aurait altéré. En Berry, 
Grouller, c'est s'affaisser, en parlant d'un terrain qui 
s'éboule, d'une berge qui s'effondre. 

« Ce berrichon, si voisin du français, est la traduction 
patoise de Crouler , anciennement Crouller qui, par le 
provençal Crotlar, conduit à un bas-latin Co-rotulare. » 
Littré. 

Grume. Origine inconnue. B. 

Ce terme est dérivé, comme Grumeau, du latin gru- 
muSj italien gruma, espagnol grumo, Croûte qui se forme 
au fond des tonneaux. 

Par similitude d'aspect, la Grume est l'Écorce du bois. 



^64 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

la subsiditice grumelée, ou rabeteuse. Un tronc, des bran- 
ches, abattus et gardant leur écorce, sont du bois en 
grume, ce que les anglais traduisent par : in the rough; 
dans le rugueux. 

Gruyer, Gruerie. « La Gruerie signifiait la juridic- 
tion que le roi exerçait de temps immémorial sur les bois 
du domaine d'autrui. Ce mot a fort défrayé les étymolo- 
gistes; Gallon et bien d'autres le font venir de grue,... 
H. Estienne et Nicod, de drus; Borel, de druide. D'aucuns 
le dérivent de l'allemand, de gruen ou groen, vert, viri- 
dis d'où l'on aurait fait verdier synonyme de gruyer. 
Ménage le fait remonter à gru, fruit des forêts. » Intei^- 
médiaire du 25 avril 1889. 

De tous les auteurs cités, c'est Gallon qui, seul, nous 
semble avoir raison. 

A l'égal du héron, la grue est — comme dirait Tousse- 
nel — titrée en familisme, et, de même qu'il existait des 
héronnières, il y avait aussi, pour les grues, des localités 
où sur des massifs de vieux chênes, ces oiseaux nichaient 
en société. C'étaient des Gruyères (?) ou des grueries, et 
le garde forestier avait, sans doute, comme devoir 
particulier de veiller sur ces remises, car l'auteur de 
V Ornithologie passionnelle dit : « Au moyen âge, en Europe 
et dans l'Asie, en tout temps, en tout lieu, le vol de la 
grue a été considéré comme vol royal ou impérial de pre- 
mière classe... » 

Gruerie dérivé de Grue fait de gruyer un terme aussi 
français que verdier tenant, pour sa part, à verdure. Il 
est donc bien inutile — sauf par grand amour pour le 
Teuton, — de vouloir souder ces deux appellations au 
moyen de VaXlem3iïid gruen on groen. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 165 

Guenille, Guenon. Origines inconnues. B. 

Pour ces deux mots, qui nous semblent devoir être rap- 
prochés, Littré fait plusieurs citations qui ont bonne ap- 
parence mais que, cependant, il ne juge pas concluantes. 

Telles qu'elles sont, et personne n'en présentant de 
meilleures, nous tâcherons d'en tirer parti. 

Guenille serait pour : Gonille venu de l'ancien français 
Gone, Robe, en flamand : Quene. 

Là, nous voyons l'anglais Gown, Vêtement de femme ; 
et le participe passé gone : Parti, avancé, perdu; ce qui 
donnerait l'origine de Robe, plus, le sens d'usé k : Gue- 
nille. 

Ce mot semble avoir été usité, à toute époque, pour 
Étoffe ou Lambeau qui pendille. Du Gange disait : Gue- 
nelles de banières pour : Banderolles de drapeaux. Dans 
certaines localités on est guené, quand les habits sont 
fripés par l'averse ; en Normandie Guener, c'est Mendier, 
(Être mis comme un mendiant^ pensons-nous). 

On appelle une loque un Guenillon, et nous regardons ce 
terme comme diminutif de Guenon; épithète de femme, 
ou laide, ou ragoûtante à l'égal de la femelle du Singe. 

Ce passage de sens : d'un objet inerte à un être vivant, a 
plus d'un exemple; lorsque, notamment, on qualifie de 
cette façon une personne malpropre : « C'est un vrai tor- 
chon ! » 

D'autre part, on a proposé, pour expliquer Guenon, 
l'ancien haut-allemand Quena, femme, semblable au fla- 
mand Queue, (indiqué déjà pour Guenille). Et de Quene est 
venu, pensons-nous, Queen, Reine. 

Quoi qu'il en soit, Guenon se disait : en italien, Monna, 
abrégé de Madonna, Dame. Enfin, Diez offre, pour étymo- 
logie du français, Winja, Amie. 



166 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Par son double v, ce terme Winja, est orthographié à 
pouvoir être admis comme parent de Guenon, et aussi de 
cette coureuse : Gouine à qui M. Delvau attribue pour 
aïeule une Anglaise célèbre. 

Mais nous croyons qu'il faut remonter beaucoup plus 
haut que la Nell Gwinn de Charles II, car si nous compa- 
rons notre Vendredi, Jour de Vénus, (Veneris Dies) , avec 
le breton correspondant : Bi-Guiner, nous avons tout lieu 
de supposer que Gouine descend en ligne directe de 
rOlympe; le grec Gunè, femme, ayant donné, sans doute, 
le latin Venus. 

Quelle que soit Forigine qu'on veuille adopter pour le 
mot Guenille, on trouve partout le même radical. Le mot 
est cosmopolite, allemand, anglais, flamand ou grec; il 
n'est pas inconnu. 

Guérir. 

Bien que tous les étymologistes fassent venir ce mot de 
l'allemand Warjan Protéger, nous donnons la préférence 
au latin Curare, employé, par Ovide en particulier, au sens 
de : Soigner un malade, une blessure. 

Le c donne g dur : Naricare, Narguer; la voyelle u fait 
E : Junicem, Génisse ; la finale are égale m : Affirmare, 
Affermir. 

Donc, Curare aboutit à notre verbe : Guérir. 

Guêtre. Origine inconnue. B. 

En anglais, ce mot est Gaiters dérivé de Gait, Démar- 
che, allure. 

Il est supposable que nous avons pris ce terme à nos 
voisins, de même que Redingote, Ridicule, et tant d'au- 
tres. 

L'idée de Guêtre et celle de Marche sont presque insé- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 167 

parables. Comme expression : Prendre ses guêtres, vaut 
autant que : Se mettre en route. 

Toutefois, il se pourrait que le radical de Guêtre fût 
latin ; vadere veut dire : Marcher, eivadiim est un Gué. 

Guigner. Origine inconnue. B. 

Dans Littré, nous ne trouvions que ce renseignement à 
l'historique, c'est que Guigner (Regarder du coin de Toeil) 
avait aussi le sens de Farder. 

Cette note, qui ne précisait rien, nous parut, de prime 
abord, des plus stériles, tandis qu'elle vaut réellement 
beaucoup mieux que son apparence. 

Guigner n'est obscur que parce qu'il est resté avec la 
seule signification de : Regarder d'une façon spéciale. 
Une idée le reliait évidemment à Farder qui était le fait 
prnicipal, aujourd'hui mis de côté, et c'est dans ce der- 
ner terme que l'on devait chercher l'étymologie d'en- 
semble. 

Alors, Guigner nous parut être une conséquence de 
Farder. Autrement dit : C'est pour jouer de la prunelle, 
que l'on se maquille, et, si le jeu ne rapporte rien, c'est 
qu'alors, on a ce que l'Italien appelle Le mauvais œil, 
traduction passable de Guignon ou de Guigne . 

Arrivons donc au maquillage, la cheville ouvrière. 
Guigne la cerise noire est, comme étymologie, le mot 
anglais : Wine, Vin. La mention de ce liquide, français 
par excellence, mais contemporain du déluge, et chanté, 
depuis, par tous les poètes, nous remet aussi en mémoire 
les débuts de l'art dramatique, alors que Thespis, au 
dire d'Horace, promenait sur des chars ses acteurs bar- 
bouillés de lie. 

Ainsi, voilà le premier Fard employé au théâtre : La 
lie de vin dont on se faisait une tête, comme, de nos 



168 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



jours, les enfants se font un masque avec le jus des Gui- 
gnes. Comment ne pas croire, alors que Guigner, Gui- 
gnon et Guigne ne soient pas proches parents, grâce à 
Fancêtre commun : Vinum — Wine — Vin? 

Et c'est l'anglais encore qui a levé nos derniers dou- 
tes, en reproduisant les deux sens de Guigner par deux 
substantifs issus d'une même souche, assurément : Lees, 
la Lie, et Leer, une Œillade. 



A Wine nous rattacherons le mot Guimbarde, Chariot 
long à quatre roues. Bard, ancien français Bar, était 
une civière, un engin pour transporter les fardeaux et la 
Guimbarde aurait eu, selon nous, pour emploi spécial, 
le transport des Vins. 



Un autre mot signalé inconnu, c'est Charade, provençal 
Charrade, Charrette. Il est fort possible que ce divertis- 
sement ait eu, comme la naissante comédie, un Char 
pour berceau. 

Guinguette. Origine inconnue. B. 

On sait que le g français a, dans la langue anglaise, 
un représentant assez ordinaire, c'est w : Wasp, Guêpe; 
Wade, Gué; Win, Gain; etc. Aussi, avec l'idée qu'on se 
fait d'une guinguette, est-il naturel de penser qu'on y peut 



t 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 169 

comme au cabaret, boire du Vin, et que Tanglais Wine, 
le breton Giiin entrent en composition dans Guinguette. 

L'article de Littré nous a confirmé dans notre suppo- 
sition, et nous avons été surpris de ne pas le voir con- 
clure, tant les renseignements qu'il donne conduisent le 
lecteur jusqu'à la plus complète évidence. 

Il dit seulement : « Guinguette paraît venir de Guin- 
guet ou Ginguet », et il renvoie à ce dernier mot où il 
consigne simplement cet historique de Pasquier : 

« Il y a des mots qui naissent entre nous, par hasard, 
et auxquels le peuple donne cours, sans savoir pourquoi. 
En 1554, nous eusmes des vins infiniment verds que l'on 
appela Ginguets. En 1557, il survint un mal de tête ac- 
compagné d'une continuelle fluxion de pituite par le 
nez, que l'on nomma Coqueluche. Il est impossible de 
rendre compte de l'un et de l'autre. » 

La chose est claire : Guinguette vient de guinguet et 
celui-ci, de guin, tvine, Vin. 

On dit aussi Vinochet pour : du petit vin; guinguet 
n'existe plus; il a été remplacé, dans l'argot, par ginglet 
qui se travestit aussi en ginglard et même reginglard. 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



171 



H 



Habiller. Le latin Habilis signifie : Propre, dispos, 
convenable : Dès lors, on comprend, de suite, que, par 
exemple, en boucherie, Habille?' une pièce de viande 
soit : la préparer pour l'étalage, lui donner bonne appa- 
rence. 

Habiller c'est toujours : Disposer pour le mieux, or, 
on obtient ce résultat par des moyens qui peuvent abso- 
lument différer, tant sont variables, avec les sujets, les 
conditions du bien. Habiller un lapin, c'est le Dépouiller ^ 
mais Habiller un homme, ce sera le Vêtir. 

Ces deux acceptions du verbe ne semblent en désac- 
cord que parce que nous avons restreint à la seule écono- 
mie de la toilette la valeur primitive du mot, et qu'il n'a 
plus, — en dehors de certaines professions, — que le sens 
de Costumer. 

De toutes façons, il a bien pour origine : Habilis. C'est 
si évident que nous n'en parlerions pas, si l'on n'avait 
voulu lui composer une légende. 

On a prétendu qu'il « devrait s'écrire Abiller, sans n; 
il n'aurait aucun droit à cette initiale, parce qu'il dérive- 
rait de Bille. On dit du bois en bille pour du bois pré- 
paré, destiné à être mis en planches ». Voilà! 

C'est une erreur, mais nous n'y insisterons pas. Ayant 

12 



172 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

montré que Bille est le latin baculus Bâton, il serait bien 
inutile de prouver qu'il n'a rien à voir avec Habiller. 

Hanter. Origine inconnue. B. 

Après une minutieuse enquête, où nous n'avons pu 
relever le plus léger indice, nous nous guidons sur le 
sens du mot pour en établir la provenance. 

Le Français a imité les Romains pour obtenir des 
divers temps d'une conjugaison, soit d'autres verbes, soit 
des substantifs. C'est ainsi que Marchander a été fait avec 
Marchand, qui est le participe présent mercantem, de 
Mercari, Trafiquer. Par procédé analogue, nous tirons 
Hanter du latin habentem ou haventem, de même que l'on 
avait haveat pour habeat. 

La voyelle a passe à diphtongue au; le v disparaît, 
comme dans : Ouailles^ de ovicula; la finale em tombe : 
(Lait, de lact[em) ; — et Haventem se trouve être : hauent 
qui perd encore la voyelle e faisant hiatus. 

Pour résultat, nous avons Haunt qui est, en anglais, 
notre verbe Hanter. 

Donc, celui-ci n'a même pas eu besoin que la voyelle a 
fût modifiée pour exister tel que nous le connaissons. 

Le sens est exact : Hanter c'est : Avoir, posséder ferme, 
occuper avec ténacité. 

Harasser. Rosser. Origines inconnues. B. 

Ces deux verbes ont la même signification : Accabler : 
d'ennui, ou de fatigue, pour le premier — de coups ou 
de mauvais traitements, pour le second. 

Le sens actuel nous semble secondaire. Proprement, 
c'est : Surcharger une bête de somme. Haras est l'arabe 
Farasy Cheval; Rosse n'est pas venu de l'allemand, mais 
du latin Russus, italien rosso, français Roux dont le dimi- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 173 

nutif est roussin, terme que nous avons vu, précisément 
comme couleur, équivaloir à Bourrique. 

Hardes. Anciennement Fardes dont l'origine est in- 
connue. B, 
Le mot a été expliqué à Farde. 

Haricot (fève). Origine inconnue. B. 

Ce mot nous parait devoir être divisé comme Abri-cot. 
La finale étant le latin coccum se place ici d'autant mieux 
qu'il s'agit d'un fruit qu'on écosse. 

Quant à l'autre partie : Bari, on pourrait y voir Hart, 
Bâton, tuteur de la plante, mais il est préférable de 
prendre : Hœrere, Se fixer, le haricot étant une légumi- 
neuse grimpante, adhérant aux supports. 

— Au sens de ragoût. Haricot est également signalé 
INCONNU. D'après M. Génin, ce serait une corruption de 
Haligote, Petit morceau, dérivé d'un verbe Haligoter, 
Mettre en pièces. Mais Littré dit que le plus ancien texte 
donne Haricot, et qu'il s'agit de Mouton haché. 

Nous pensons alors que la pièce de viande ainsi cuisi- 
née était ce qu'on appelle, en bloc, le rognon de mouton, 
parce que le rein est, toujours et partout, décrit comme 
ayant la forme d'un haricot. 

Haridelle. Origine inconnue. B. 

Le sens défavorable du mot Rosse n'existe point dans 
l'acception primitive du terme Roux, roussin; dès lors, i^ 
est naturel, malgré son discrédit, de voir dans Haridelle 

tun dérivé de Haras, Cheval. 
La même expression s'emploie aussi pour une Femme 
grande, sèche, décharnée. Ce rapprochement a déjà été 
noté pour : Cauchemar. 



174 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Dans Rabelais, on trouve Hardelle, féminin de Hardeau 
Garçon. 

Haro. Origine inconnue. B. 

« Haro est un dérivé du verbe celtique Haren (Crier, 
appeler en aide), et il est le même que son homonyme 
Harau qui signifie Secours. On trouve dans le « Vieux 
Testament en vers » : « Harau, Harau. Je me repens. » 
Quitard. 

A défaut de cette note, nous aurions pu dériver Haro 
de Hart dont le sens, au propre ou au figuré, est dans le 
latin hœrere. Au lieu de Haro! Nous crions maintenant : 
Arrête ! 

Hart {aussi Harde) , Corde. Origine inconnue. B. 

Nous avons vu que Ardillon, jadis Hardillon, venait de 
Harde, Petit bâton. Or, la Hart (aussi Harde], est le lien 
d'osier, ou d'autre bois pliant, qui serre les fagots, d'où, 
par analogie, la corde pour étrangler les criminels. 

Harty Harde et Farde étant égaux, sont, avec variations 
de sens, le mot arabe : Faras qui, en plus de : Cheval, 
veut dire : Troupe de chevaux; par conséquent, Réunion, 
Compagnie, Association. De là, l'idée de Liaison repré- 
sentée dans l'emploi de la Hart. 

Nous avons dit pourquoi le latin Hserere serait ici très 
admissible. 

Haschischin. Le haschisch, composition dont le chan- 
vre est la base, enivre comme l'opium et excite comme 
l'alcool. Ceux qui en faisaient usage, les Haschischin, for- 
maient, au xiii^ siècle, en Palestine, une secte aveuglé- 
ment dévouée au Vieux de lamontagne. Fanatisés par lui, 
ils poignardaient ses ennemis, et, surtout, les chefs des 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 175 

Croisés. Leur nom aurait passé, en français, sous cette 
forme : Assassin. 

Telle est la conclusion, ne varietur, de nos dictionnai- 
res d'étymologie. Il y a, cependant, bien des années déjà 
qu'un écrivain, Arabe de naissance, a déclaré qu'il n'exis- 
tait entre haschischin et assassin aucun rapport philologi- 
que, et que, dans son pays, assassin (juste comme nous 
l'écrivons), est simplement le pluriel régulier du mot : 
Assij Garde du corps. 

Hère. Origine inconnue. B. 

Le mot peut venir de Jler, — pluriel Hers^ en latin 
Herus, Maître, seigneur, pris en mauvaise part, comme 
le sont Rosse et Haridelle. Ou bien, ce serait Haire qui, 
dans Rabelais, désigne : au propre, le Cerf faisant son 
bois, et, au figuré, un pauvre diable, un gueux. 

Cette dernière étymologie est la plus probable, au sens 
de misérable, si l'on considère, pour le Cerf, que les mé- 
tamorphoses de son armure de tête sont des crises dou- 
loureuses et que, de six mois à un an, il se nomme : Hère 
ou Haire. 

Heurter. Origine inconnue. B. 

Nous dirons plus loin pourquoi nous pensons que Hure 
vient de Urus, Ure, Bœuf sauvage. 

Heurter, en italien Urtare, est, à notre avis, la façon de 
combattre de l'animal, de même que arietare était celle 
du Bélier, aries. 

Nous trouvons, du reste, que, rappelant le verbe an- 
glais : to Hurt, certains auteurs le rattachent à un mot 
kymri : Hwrdh, voulant dire à la fois : Bouc et Choc, et 
il est possible que, de là, fût venu : Hourd qui, dans Ra- 
belais, est usité pour Heurt, choc, combat. Cela n'exclut 



176 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

pas UrtarBy tant la ressemblance est grande entre les 
synonymes indiqués, — étant acceptée, d'ailleurs, la fré- 
quente permutation de noms entre individus de l'espèce 
animale. 

Hibou. Origine inconnue. B. 

Littré dit que ce mot est une Onomatopée. Le latin 
donne BuhOy assez semblable à notre français, mais les 
étymologistes ne veulent pas qu'il y ait concordance , parce 
que, outre les prohibitions édictées, par eux, contre cer- 
taines mutations de consonnes, ils ont imaginé, pour ces 
lettres, des devoirs de position. Par exemple : b initial 
DOIT persister : Béat, de Beatus. 

Mais nous ne croyons à l'absolu, ni de cette loi, ni des 
autres; quand, surtout, on nous montre que Guimauve est 
Bis-malva... 

Nous considérons d'abord que Bubo est le seul thème 
dont puisse venir Hibou. On n'en a proposé aucun autre 
dans une langue quelconque. 

Puis, nous soupçonnons une étroite parenté — exis- 
tant, d'ailleurs, au sens d'Abri — entre Botte et Hotte, 
Boîte et Hutte, Bouge et Huche. 

Enfin, regardant (et à bon droit) sans valeur la place 
d'une consonne, n'importe où dans un mot, nous mettons 
à profit ce fait patent, prouvé pour nous, que : Toutes les 
LABIALES peuvent devenir GUTTURALES, et nous n'avons qu'à 
changer b initial en h pour avoir régulièrement : Hibou, 
de Bubo. 

L'équivalence de h et de b nous est indiquée encore par 
Heuse, aujourd'hui Houseaux. On disait jadis : Courte- 
Heuse pour Courte-Botte y ou, par métaphore : Courte- 
Cuisse y Individu court de jambes. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 177 

Homard. Anciennement Homar; mot d'origine ger- 
manique : (danois Hommer^ Homard). B. 

Ayant trouvé, dans Rabelais : Homard; Gammare, du 
grec kammarosj nous avons consulté le latin qui nous a 
répondu par : cammarus. L'occasion est trop bonne pour 
ne pas l'utiliser, en retirant au Danois le patronage de 
notre mot. 

H Étant une gutturale de même que c, la permutation 
est réglementaire entre ces deux consonnes, et nous avons 
ainsi, pour le signe h, une provenance à enregistrer en 
sus des indications officielles. 

Le terme, latin ou grec, existe dans notre langue... 
coloniale. Il n'est pas de marin qui, par exemple, pas- 
sant à Taïti, n'y ait mangé de très belles écrevisses appe- 
lées : Camarons. 

Houe. Ce mot viendrait, dit-on, du moyen haut-alle- 
mand Houwe (même sens). 

C'est une surprise, quand nous voyons Houlette tiré 
d'un diminutif agoletta, fait avec agolum. 

La houlette, malgré son emploi en poésie, est, cepen- 
dant, sous une forme réduite, le même instrument que 
la Houe. L'engin, pour être enrubanné, tenu par les ber- 
gers de Florian, n'en est pas moins de la même famille 
que le Hoyau, manié par le laboureur. 

C'est toujours : un manche avec un fer de bêche, et, 
puisque son représentant est agoletta, il n'y a point de 
difficultés à faire venir la Houe de agolum. 

Comme on l'a souvent noté, la dernière syllabe donne 
E muet ; les deux premières font Hou d'après l'exemple 
même de Houlette. La réunion des tronçons est donc le 
mot cherché : Houe. 



178 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Houille. Origine inconnue. B. 

Littré donne le bas-latin Hullœ qui, à notre avis, est 
Huile, anciennement Uile^ d'abord oi/venu, par l'espa- 
gnol olio, du latin oleum. 

Notre idée s'appuie de ce qui est connu du Charbon 
fossile, qualifié, suivant ses divers états : Houille sèche, 
maigre — ei grasse. Dans la fabrication du gaz d'éclairage, 
ce corps donne, par distillation, un liquide onctueux : 
Huile de houille. 

C'est là, en petit, la reproduction d'un phénomène 
naturel : La lente distillation souterraine à laquelle nous 
devons les Huiles minérales, les Bitumes fluides ; et le 
Pétrole, ainsi nommé parce qu'il découle des fentes de 
Rochers : {petra, Pierre, et oleum, Huile.) 

La Houille la meilleure est celle qui est la plus grasse; 
c'est donc de VHuile qu'elle contient qu'est venue son 
appellation. 

Houspiller. Origine inconnue. B. 

« La forme ancienne est Houcepigner, puis Houssepll- 
ler : Pigner ou Piller la housse, le vêtement de dessous, 
comme on dit : Tomber sur le casaquin. » Littré. 

Le pillage ne se faisant pas sans accompagnement de 
violences, il faut ajouter au verbe Piller, le sens de mal- 
traiter, comme il apparaît dans le cri : Pille ! Pille ! pour 
exciter un chien de garde, — et dans le résultat, qui est 
de mettre les hardes, au moins, en Pillots. 

Dans Pigner, égal à Piller, on peut voir : ou le Poing 
(pugnus), ou le Peigne (pecten) que les cinq doigts repré- 
sentent. Une Peignée c'est jeu de mains. Une Trépignée 
c'est la même manoeuvre, à sa troisième puissance ; ou 
bien, le mot est une contraction de Tréper et de Pigner, 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 179 

par fusion des deux syllabes pareilles. Ce serait, alors, à 
Taction du Poing, ajouter celle des Pieds. 

Cet ancien verbe Tréper, Piétiner, nous est donné 
comme d'origine néerlandaise : Trippen. Nous préférons 
Trépied, latin Tripodium. Le nombre trois, comme nous 
essaierons de le montrer plus loin, a toujours été signe 
de grande importance. Dans une bataille à coups de 
talons, il est certain que ti^ois pieds vaudraient beaucoup 
plus que deux. 

Humer. Origine inconnue. B. 

Humer qui est : Avaler un liquide en retirant son haleine, 
a même provenance étymologique que : Humecter^ Humi- 
dité, le latin humor, Substance fluide. 

Nous employons le terme fluide, parce que humer se 
dit aussi pour Respirer des parfums, ce qui est toujours 
une Absorption. 

Hure. Origine inconnue. B. 

D'après Littré : « Hure a désigné le poil de la tête, puis 
la tête de l'animal, et enfin, celle de l'homme. L'adjectif 
huré voulait dire hérissé. Hurebec était l'ancien nom de 
la Chenille. En wallon, le Hérisson se dit Ureson. » 

Cette tête d'animal dont la crinière est en désordre 
nous rappelle le ruminant, d'aspect farouche, que César 
mentionne dans La guerre des Gaules, VUrus, et dont le 
nom fait, suivant nous le substantif /fwre. 

On peut rapprocher de ce mot l'anglais Hair, Chevelure 
— et du wallon Ureson, le français Ourson, tant à cause 
de la similitude des termes que de l'apparence également 
hirsute des individus. 

Enfin, nous avons le verbe Horripiler dont le résultat 
est de faire dresser le poil sur la hure. Par le fait, le mot 



180 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

^ \ 

signifie que les Cheveux [se dressent d'horreur, mais j 

toutes ces expressions se tiennent, et la cause de Y horreur ] 

peut très bien être dans la vue d'une chose horrible, c'est- ! 

à-dire d'une tête échevelée comme celle de Méduse. \ 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 181 



Infanterie, Fanfaron, Forfanterie. 
Nous réunissons ces trois mots parce qu'ils nous parais- 
sent tous contenir un même radical, le latin Fari, Parler. 
Nous trouvons dans Littré : 

— Infanterie. On a dit aussi: Fanterie, de Faute ^ petit 
garçon, valet. Fantassin; ce qui est une apocope de 
Infantem, Enfant. 

— Fanfaron. En espagnol For faute y Coquin. Il y aurait 
aussi dans la même langue Faufarvou. 

— Forfanterie. Venu d'un terme vieilli : For faute. 
Fripon, et aussi : Hâbleur, charlatan. Le wallon dit 
Forvauter, se Vanter outre mesure. 

Dans Rabelais, For faut signifie également : Scélérat et 
Menteur; il y est donné comme participe présent de 
For faire. 

Il est certain que Forfanterie a été employé pour Délit, 
acte de violence, mais cela nous paraît être une extension 
assez naturelle du sens primitif qui, du reste, est seul 
demeuré. De Menteur à Fripon, il n'y a que la main. En 

I conséquence, Fétymologie du Glossaire de Rabelais ne 
nous gêne point, et nous garderons notre radical Fari, 
pour rendre compte des termes proposés. 
I 



182 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

infanterriy Enfant, composé de : m et fantem : Qui ne 
parle pas encore. — Infant désignait le fils puîné des 
Rois d'Espagne et de Portugal. Nous supposons qu'une 
garde particulière était attachée à la personne du petit 
prince, et que ce corps militaire a reçu le nom de Infan- 
teria. De là : Infanterie, puis, fanterie, fantassin, fantoche, 
par aphérèse de la particule m. Enfin, le langage puéril 
diFanfan où nous retrouvons toujours le latin fari. [Fan 
vaut maintenant, à lui tout seul, Infant). 

— D'après cela. Fanfaron est donc Fan-faron, celui 
qui parle comme un enfant, sans réflexion, qui dit des 
folies — ou en fait — qui se conduit comme un bambin. 

— L'espagnol Forfante traduisant Fanfaron, et ayant 
pour dérivé Forfanterie, les deux mots français doivent 
avoir, au fond, un point de ralliement. C'est encore le 
même verbe fari, ici précédé de for qui est notre ancien 
fors, En dehors. Forfanterie c'est l'étalage toute en 
faconde, l'extravagance en paroles ou dans les gestes; 
V Expression seulement extérieure, la mimique de qualités 
qui vous font défaut ; imposture qu'un emprunt encore 
fait à l'espagnol rend parfaitement : la hâblerie. 

For pourrait être aussi far, égal à par (latin per) et 
marquant l'excès. 

Ingambe. 

Se dit pour alerte. Le latin a Gamba, Jarret chez les 
animaux. L'expression a passé à l'homme; Rabelais 
écrit Gambayer, Étendre les jambes ; nous avons Gam- 
bade; — en Argot, Gambiller c'est Danser. Enfin, notre 
adjectif ingambe est représenté en italien par ingamba 
qui peut être traduit par : Enjambée — ou : Qui est 
bien sur jambes. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 183 



Jable. Origine inconnue. B. 

Ayant trouvé qm/auge (de gabata, Vase creux), se disait 
d'une Rigole pour plantation d'arbustes, nous pensions, 
d'abord, pouvoir rattacher au même mot latin Jable qui 
est une Rainure à Fextrémité intérieure des douves, pour 
encastrer le fond du tonneau ; — mais la présence de la 
consonne l restait inexplicable. 

En fin de compte, nous croyons qu'il faut envisager, 
non la forme de la Feuillure (il faut entendre : Fouillure) 
mais bien sa destination qui est de maintenir, de Saisir 
solidement. Dans cette vue, Jable serait le latin capulus. 
Poignée, dérivé de Capere, Prendre. 

Le thème réduit normalement à Cap' lus donne Jable, 
par changement de c en j comme pour : Jante, de cami- 
iem. 

Jabot. Origine inconnue. B. 

Ce mot est, au sens d'Estomac, de Récipient, le latin 
gabata, ^.cmqWq^ jatte. 

Pour Écuelle^ le breton dit : gaved; nous avons le verbe 
Gaver : Emplir le jabot des volailles ; un terme populaire, 

k c'est Gavion, Gosier. 
En Basse-Bourgogne, un petit baril se nomme Gabiot, 
ce qui explique comment, dans quelques localités mari- 



184 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Jachère. Terre labourable non ensemencée, du latin 
gascaria dont l'origine est inconnue. B. 

Le mot peut être dérivé de Jacere, Jucher — et Gésir, 
Être inerte. Ce qui nous le fait croire c'est l'anglais 
Falloiv-groundj Terre tombée, déchue. 

Les deux verbes to Fall et Jacere sont pareils, au sens 
d'Abandon, de délaissement, et, s'il existait un verbe 
français d'où pût venir Jachère, ce serait Jacher, une tra- 
duction logique de Jacere, toute aussi rationnelle que 
Gésir, et Jucher. 

Jale, Jauge. Origines inconnues. B. 

Comme à Jalon, et pour raisons analogues, nous rat- 
tachons ces deux mots à Gauge et Galoon qui sont, en 
anglais, mesures de capacité, — mais nous ne le faisons 
que pour comparer. 

Ayant nombres d'exemples du passage des labiales à 
gutturales. Jauge peut fort bien se dériver du latin ga- 
bata, car on appelle Jauge la tranchée longitudinale creu- 
sée pour planter les arbustes en ligne ; et c'est par déri- 
vation de sens qu'on désigne, par le même nom, la tige 
dont on mesure l'intérieur d'un tonneau. 

Inversement, Jale nous représente, d'abord, la gaule 
pour jauger^ puis, par extension de l'idée, le Vase taré, 
la grande Jatte de contenance connue, mesurée. 

Jalon. Origine inconnue. B. 

Le double v anglo-saxon devient (comme le v latin) un 
G, dans une foule de mots; War, Wasp, Wade, Win... 
Sont : Guerre, Guêpe, Gué, Gain; et le g peut s'adoucir 
en j : gaudere. Jouir. 

Ces exemples nous font dériver Jalon du terme Walu, 
Bâton, proposé pour générateur de Waule, puis Gaule. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 185 

Le jalon n'est pas autre chose qu'une gaule. La France 
était fort boisée jadis, et le latin Gallia aurait pu être ex- 
pliqué dans ce sens : Pays couvert de forêts. 

Galles, nom d'une principauté, en Angleterre, est une 
traduction française de Wales (pays des Welsh, ou Gallois) . 

Jaquemart. Origine inconnue. B. 

Le nom de Jacques, très commun sans doute autrefois 
à la campagne, avait servi, comme Pierre, à désigner le 
paysan et, au xiv^ siècle, Jacques Bonhomme fit la Jac- 
querie. 

Dans cette troupe irrégulière, l'uniformité du costume 
était, par tradition, aussi complète que, par ordonnance, 
elle l'est dans nos armées, et le vêtement court que por- 
taient les révoltés fut, d'après eux, appelé un Jaque, d'où 
nous avons fait Jacquetie. 

L'armement était plus varié. Fléaux, Bâtons, Manches 
d'instruments, garnis ou non,... se seraient fort mal prê- 
tés aux classifications, et on les engloba sous le titre, 
assez vague lui-même, de Mart, Engin quelconque pour 
mai'teler. 

BraquemarteiColichemarde sont de la même famille 
que Jacquemart qui nous semble vouloir simplement dire : 
Arme du paysan, du Jacques. 

Le mot a été aussi appliqué à des horloges mécaniques, 
dans lesquelles on voyait s'approcher d'un timbre une 
figurine d'homme, qui y frappait l'heure marquée au ca- 
dran, puis se retirait. 

D'aucuns disent que les coups étaient donnés avec un 
marteau, et sont contredits — mais sans importance, au 
point de vue étymologique — par certain passage d'une 
plaidoirie de M^ Picard, défendant un littérateur, en no- 
vembre 1888. 



186 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

L'allégation plus que gauloise, c'est-à-dire flamande, 
nous paraît être seulement un argument ad hominem. 

Jars, Jargon. Origines inconnues. B. 

Nous avons expliqué Jars à l'article Goret. 

Voar Jargon, voici ce que dit Nodier : « L'Oie mâle s'ap- 
pelle un Jars, et ce mot a produit une expression fort usi- 
tée. De Jars et du celtique comps. Langage (en construc- 
tion gomps ou gon), l'on a fait Jargon, Jargonner, Parler 
comme des Oies. » 

Nodier doit avoir raison ; En breton, Gonz, c'est la Pa- 
role ; d'autre part, si nous demandons notre mot aux 
dictionnaires anglais, nous trouvons : Gibberish, dérivé 
de gib qui est : Oie. 

L'espagnol a Jerigonza, et le provençal moderne, Ger- 
gonz. 

Javelot. Origine inconnue. B. 

L'italien dit Giavoletto, diminutif de gavela ou gavella 
qui est, en français : Javelle, Poignée de sarments. 

Javelot est donc un des brins de la Javelle, le bois lé- 
ger qui peut servir comme arme de trait, soit à l'état na- 
turel, soit garni comme une pique. Il serait représenté 
dans le moyen haut-allemand par gabilot qui nous sem- 
ble être tout simplement notre cabillot marin, un di- 
minutif du javelot, comme dimensions, en longueur 
surtout. 

Dans tous ces termes : Français, Italien, Allemand, 
nous voyons le latin Capulus que nous avons proposé 
pour Jable, Poignée. 

Le G fait j : [Camitem, Jante) ; p = v : {Cupa, Cuve) ; 
u devient e [Junicem, Génisse), la finale donne e muet ; 
donc, Capulus égale Javelle, 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 187 

Jocrisse. Origine inconnue. B. 

Jocrisse a pour racine : Jocus, Jeu, en provençal Joe, en 
anglais Jokey Plaisanterie, — et désigne : le Pitre dont la 
fonction est d'amuser les badauds, — ou le Benêt dont 
chacun se joue. 

Dans cette dernière acception, il a pour pendant Jobard, 
un mot de vieille souche, car on trouve, au même sens : 
Jobelin, dans Rabelais; Job^ dans du Fail et d'Aubigné, 
au rapport de M. Delvau. 

Il remonte peut-être au Job de l'Écriture, car, en Ar- 
got, Joberie c'est Niaiserie, Simplicité de cœur et d'esprit. 
Cette indication nous rappelle Benedictus qui se traduit 
en français par : Bénit et Benêt. 

Jucher. Origine inconnue. B. 

Le normand diiHucher. D'après Littré, notre verbe est 
aussi : Terme marin pour gésir y et le Juchoir serait le plan- 
cher où les volailles se retirent pour reposer, la nuit. 

Alors, de même que pour Jachère, l'origine serait ici le 
latin Jacere. C'est, du moins la conclusion que nous 
croyons devoir tirer de la note ci-dessus. Il ne nous man- 
que, pour avoir Jucher, que la transformation de a en u. 
Elle n'est pas indiquée dans les Alphabets ad hoc; ce- 
pendant Sacchaimm donne Sucre. 

Il serait, en effet, assez singulier — les voyelles étant 
signalées comme : devant descendre la gamme a, e, i, o, 
u, et ne point la remonter — que a ne fît pas u, quand u 
donne a {Truncare, Trancher). 

Continuons. Dans Jucher nous voyons encore une trans- 
formation normale de Tactare, Toucher qui, d'après Lit- 
tré, vaut : se toucher, se retirer. A l'article Toucher, nous 
expliquerons ces significations, en apparence seulement, 
contradictoires. 



188 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



Disons seulement ici : a latin égale u, que l'on prenne 
pour : Jucher, soit Jacere, soit Tactare. Avec ce dernier 
terme, le passage de t (dentale) à j est tout aussi normal 
que celui de t à c autre gutturale : dans : Tremere, Crain- 
dre. Tactare latin est préférable à Tallemand Zuchon 
(Se retirer), proposé bien que, pour en avoir Jucher, il 
faille, — Proh Pudorî — transformer z en j, une dentale 
en gutturale; mutation prétendue insolite, c'est-à-dire à 
laquelle il n'est pas bon de reconnaître la mise en libre 
pratique. Pourtant, Zelosus faii jaloux, de l'aveu même 
des étymologistes qui n'en sont pas à une contradiction 
près. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 189 



Laie (zoologie). Origine inconnue. B. 

Littré indique le bas-latin : Lea, Leha, Lefa, trois ter- 
mes égaux en étymologie, et donnant le mot Laie. 

Il y a, dans Rabelais, cette expression de vénerie : 
Laisse, Fiente de Sanglier. 

Le thème simple Lea veut aussi dire Lionne. D'un ani- 
mal à l'autre, le changement de noms est noté pour fré- 
quent. 

D'autre part, Lefa pourrait être lœva, Sinistre ou ter- 
rible, et la Laie est fort dangereuse quand elle défend 
ses marcassins. 

Laiton. Origine inconnue. B. 

Le cuivre a différents noms de couleurs. On le dit 
rouge, à l'état naturel, — jaune d'or ou Chrysocale, allié 
au zinc et au plomb — et, par un autre dosage avec les 
mêmes métaux, on obtient le Laiton. 

Nous pensons que ce mot est le latin lacteum couleur 
du Lait. Quand ce liquide est de bonne qualité, il n'est 
pas blanc, il est plus ou moins jaune. 

Lambeau. Anciennement Lambel, forme qui existe 
encore en blason. L'origine de ce mot est inconnue. B. 

Par addition de la consonne m — comme dans Lam- 
bruche, de labrusca, — le substantif Lambeau vient de 
labellum, diminutif de labia, Lèvres. 



190 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Le radical est Labi, Tomber, chanceler, être incertain 
comme tout ce qui flotte; et existe dans labra, Lèvres, 
labaruniy Drapeau, — d'où le sens de : Partie détachée : 
Lambeau; ou d'une Bande (brisure, en blason, Lambet). 

Nous retrouvons, sans changement, labra dans : Dé- 
labrer, mettre en lambeaux. 

Lambourde, Lambrequin. Origines inconnues. B. 

Bien que d'emplois différents, ces deux mots sont réu- 
nis parce qu'ils sont essentiellement des Plaques, des 
lambris : simples, pour les lambourdes^ découpés, pour 
les lambrequins, que l'on peut faire aussi avec de la Tôle 
ou'des Étoffes. 

Ils représentent, l'un et l'autre, des termes composés 
dont la première partie : [lam et lambr) est le latin la- 
mina, Lame, et aussi, en vieux français, lambre, d'où 
lambins. 

Restent Bourde et Equin qui sont : BurdOy Ane ou 
mulet, et Equus, Cheval. 

En charpentage et en menuiserie, les noms d'animaux 
ne nous surprennent pas dès qu'il s'agit d'un fardeau à 
supporter, ou d'une pièce à consolider, on dit : Chevalet, 
Chèvre, Chevron, Poutre... Ce dernier terme est l'ancien 
nom de la Jument, en latin Equula, et chez les Romains, 
Equuleus, était une Pièce de bois. 

Lambr-equin se trouve donc expliqué et, par analogie, 
Lam-bourde cesse aussi d'être un inconnu. 

Landier. Origine inconnue. B. 

De même que Loriot, Lierre (qui sont pour Oriot, ierre, 
avec prosthèse de l), Landier est pour Andier, latin ande- 
ria, dit M. Cocheris. 

Le landier est un gros chenet, il se nomme, en anglais : 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 191 

Andirony ce qui, croyons-nous, veut dire : Fer {Iron) mis 
en avant [And] du feu. 

Pour Andouiller, nous avons déjà traduit And par la 
préposition ante, Devant, et nous nous servons de iron 
(Métal) pour expliquer ier, ou le latin eriay par œsy œrisy 
Airain. 

Lapin, Lapereau. Dérivés d'un radical commun Lap 
dont Torigine est inconnue. B. 

C'est également ce que dit Littré. Comme ce radical 
désiré ne se trouve pas dans notre langue, nous le cher- 
chons à l'étranger, et croyons le voir dans l'anglais Lap, 
Bout d'oreille. 

Le cornet acoustique est fortement développé chez le 
lapin, et il nous plairait beaucoup que l'animal eût été 
dénommé d'après lui-même , ce qui, dans notre opinion, 
est de règle générale dans la nature. 

Mais , comme notre langue est surtout latine , nous 
abandonnons l'anglais Lap pour le radical Lep, de même 
valeur étymologique, de même portée en nomenclature 
rationnelle, et que nous avons dans : Lepusy leporis, 
Lièvre. 

Pour le philologue, Levraut et lapereau sont identi- 
ques, et, comme signalement, le nom du quadrupède 
n'est pas mauvais. Lepus peut être considéré égal, par 
fusion, à Levis Pes (Pied léger). C'est la même idée que 
dans Vulpes (pour Volvipes) le Renard aux pieds véloces. 

Lèche (de pain). Origine inconnue B. 

« Ce mot ne vient pas de Lécher, parce que, jadis, il 
s'écrivait lesche. Le catalan a llescar, Couper menu. — 
Lèche : provençal lisco, lesco; italien lisca. » Littré. 

Nous n'avons pour nous guider que l'italien Lisca que 



192 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

nous retrouvons dans laîche^ autre forme : laische qui 
serait — dit-on — l'ancien haut-allemand lisca^ Fougère. 

Ce terme germanique nous apparaît dans l'espagnol 
Helecho relié, par Fitalien felce^ au latin fîlicem, Fougère. 

En allemand, Laîche se dit : Segge qui est pareil à 
l'anglais : Sedge, Glaïeul, latin gladiolus, diminutif de 
gladius dont nous avons fait glaive. 

De plus, à côté de : Fei^n, l'anglais nous offre : Brake 
qui veut dire, à la fois : Fougère et Brisoir. 

Gladiolus et Brake se rattachent, par le sens d'instru- 
ments de division, au catalan : llescar. Couper menu, les 
deux plantes Glaïeul et Fougère ayant des feuilles allon- 
gées et minces, en forme de lames. 

Une tranche de pain, taillée chichement, a cette min- 
ceur et cette étroitesse qui l'on fait comparer à la feuille 
finement découpée de la Fougère. 

En conséquence, Lèche et Laîche nous sont venus du 
latin filis par l'italien felce, et l'espagnol Helecho (chan- 
gement de F en H : Foris, Hors) ; — (de c en ch : Canis, 
Chien). De ce mot espagnol, ils ne représentent plus que 
la finale : Lecho : Lèche ou Laîche. 

Lécher. Mot d'origine germanique (allemand lecken 
Lécher). B. 

n faut faire une restitution de ce verbe au latin Lactare 
Téter. Du reste, nous avons : Allécher que l'on rattache 
k un terme Allectare, obtenu probablement du participe 
passé Allectus (de Allicio), — ou composé de Ad lactaire, 
ce qui revient au même pour l'Étymologie. 

La voyelle a égale e : [Nasus, Nez) ; ct réduit à c, donne 
CH : [Flectere, Fléchir). 

Donc Lactare vaut Lécher. 



à 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 193 

Lège. Mot d'origine hollandaise : Leeg, vide. B. 

Il nous plait infiniment d'avoir le moins de créanciers 
possible, et le latin est toujours celui que nous préférons. 

Nous lui restons débiteurs du mot Lège qui est levis 
par simple changement de v en g : {Vulpes, Goupil). 

Si Ton est allé emprunter leeg au hollandais, c'était 
pour ne pas se déjuger, en montrant que le v latin 
donne, malgré qu'on en ait, le G français. 

Nous pouvons reprendre ici un mot que nous avons 
cité à Hibou, pour une première contradiction de nos 
linguistes. Guimauve nous en révèle une seconde. Il vient 
de Bis-malva qui aurait fait : Vimauve. Et, cependant, on 
ne veut pas que le g de neige soit le v de nivis. Et, natu- 
rellement, Lège ne devait pas dériver de levis. 

Leurrer. On fait venir leurre d'un terme allemand 
luoder contracté en luod'r. 

Il nous est impossible de ne pas voir, dans ce thème 
germanique, le latin ludere^ Se moquer. 

Par contraction, nous avons lud're qui donne Leurrer. 

La voyelle u devient eu : {juvenis, Jeune) ; le groupe 
DR s'apparie en rr, de même que tr dans : petra, Pierre. 

Liais. Origine inconnue. B. 

Le Liais est un calcaire compacte, d'un grain fin et 
Serré, ce qui donne à penser que le mot dérive de Lier. 
C'est, d'ailleurs, l'opinion de Le Goarant, cité par Littré. 

Étymologiquement, Liais viendrait d'un latin fictif : 
ligacem, de même que Niais est obtenu de nidacerri. 

Liard. Origine inconnue. B. 

« En 1430, Guigne-Liard, de Crémieux, en Viennois, 
frappa les premiers liards qui n'eurent, d'abord, cours 
qu'en Dauphiné. Louis XI les rendit communs par tout le 



194 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

royaume, et leur conserva le nom du premier ouvrier : 
LIARD. » L'abbé Tuet. 

C'est aussi l'explication de Littré. 

Libertin. On appelait libertinus l'esclave qui était 
affranchi, libéré. 

Littré dit que aux « Actes des apôtres », il est fait men- 
tion d'une : Synagogue d'affranchis, libertinorum, ce qui 
fut traduit, en français, par : Synagogue des libertins, et 
les lecteurs de cette version soupçonnèrent ces affranchis 
de n'être pas parfaitement orthodoxes. De là, en français, 
le sens de libertin^ qui est exclusivement celui d'Homme 
rebelle aux croyances religieuses. — Puis, par une tran- 
sition facile, l'idée de blâme passa du domaine religieux 
dans l'ordre moral... Et c'est ainsi que libertin s'est 
écarté de son origine. 

L'écart, pensons-nous, n'est pas dans l'acception 
moderne, il existe, tout entier, dans l'interprétation 
fausse et l'accusation très gratuite, émises au xvi** siècle, 
à propos du texte libertinorum. 

Nous sommes, au contraire, revenus à la véritable signi- 
fication du latin libertinus, Affranchi, qui ne reconnaît 
plus de maître. 

Lice, tournoi. Origine inconnue. B. 

Lice et Lisse (Tapisserie de haute lisse), sont un seul 
mot, le latin Licium, Trame. 

C'est de la tenture, qui enfermait l'arène des joutes, 
que la Lice (Tournoi) a pris son nom. On se trouvait en 
champ clos, une fois entré dans la Lice. 

Lie. Origine inconnue. B. 

On cite le bas-latin Lias vini d'où notre mot pourrait 
venir, — puis l'anglais Lees. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 195 

Ce dernier terme tient peut-être, à to Lie qui est gésir, 
la même idée se retrouvant dans le dépôt, le sédiment, 
venu de sedere. 

Après ce que nous avons dit de Guigner, nous pensons, 
vu l'emploi joyeux que Ton faisait du résidu des ton- 
neaux, que Lie vient de Ixta admis pour expliquer : 
Faire chère lie — ou Être en liesse^ en joie : lœtitia. 

Lige. Origine inconnue. B. 

L'homme lige est défini : celui qui promet à son Sei- 
gneur toute fidélité contre qui que ce soit, sans restric- 
tion, et l'on pense de suite au latin ligatus, lié (par son 
serment). Mais ce ne serait, dit-on, qu'une hypothèse 
parce que le Scandinave Lidi^ lidius, égal à lige, voulait 
dire : Compagnon d'armes. 

Alors Lige ne peut être qu'une autre forme de leiide, 
(en latin mérovingien : leudes) — d'origine germanique : 
leute compagnon du roi. 

Lingot. Origine inconnue. B. 

Le mot qui se rapproche le plus de Lingot, c'est linguet, 
désignant un objet qui, par sa forme allongée, et son 
mouvement, figure la langue. 

Par le fait, le linguet est une languette de fer, et si, par 
lingot, on entend quelque métal plus précieux, il n'en 
reste pas moins, pour l'un et l'autre, de simuler grossiè- 
rement la Langue, /in^wa. 

Telle est l'idée que, de prime abord, on se fait du mot 
en question. Cependant, il en est une qui parait meil- 
leure, c'est que lingot serait l'anglais ingot (même sens) 
de : in, dans, et got, de l'ancien geotan, couler. En sou- 
dant notre article à ce composé nous aurions eu V ingot; 
comme il y avait jadis Vierre, Voriot, etc. ; et « Lingot 



196 



SOLUTIONS DE PROBLEMES 



aurait donné, vers 1440, le bas-latin lingotus ». Ducange. 
Voilà donc, deux étymologies pour une; la dernière 
nous paraît à préférer. 

Loche. Origine inconnue. B. 

La Loche est un poisson de mer. Étant donné que 
Lucius, Brochet, entre dans la composition de Merluche, 
anciennement merluce, nous avons, du même mot latin : 
Loche, pour le changement de u en o : urtica, Ortie. 

Nous remarquons ici que c doux est devenu ch. Pour 
Merluche, il y a un intermédiaire merluce, et Ton pourrait 
croire toute française la modification de sonorité. 

Il n'en est rien ; la gutturale provient tout aussi bien 
du c doux que du c dur. Elle peut même venir de s, et 
nous verrons à Morgue l'équivalence^ dans le latin, de 
Morsum et de Mulcum, ce qui nous permet de tirer Loche, 
directement de lucius, sans l'aide de merluce. 

Entre c doux et ch, l'intermédiaire français est toujours 
à supposer, si l'on veut. Il existe ou non, mais son 
absence ne supprime pas la parenté entre la sifflante s 
(dentale) et le ch, du clan des gutturales. 

Losange. Origine inconnue. B. 

Nous trouvons dans Rabelais : Losanger, lozangier 
pour : Flatter, Caresser, louer, du latin laudare. 

En langage héraldique, la louange avait, sans doute, 
pour signe le quadrilatère nommé aujourd'hui le et 
autrefois la losange. 

De façon analogue, on a figuré par des chevrons les 
services militaires d'une certaine durée. 

Toujours est-il que Losange est terme de blason, au 
sens de louange. 

Le mot est venu faire double emploi dans le langage 



I 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 197 

scientifique qui avait déjà Rhombe, pris au grec de même 
que bien d'autres expressions usitées en Géométrie : 
Théorème, Hypoténuse, Scolie, Dièdre, Trapèze, Poly- 
gone... 

Losange a pour origine : laus qui avait fait l'ancien 
français : los radical du mot cherché. 

Louchet. Origine inconnue. B. 

En breton Loïi est une Cuillier ; la Truelle se dit : Lou- 
vaçzon, Cuiller du maçon. 

On pourrait rattacher au celtique le mot français Lou- 
chet, une Bêche, s'il n'avait pour voisin un ustensile de 
forme analogue, la Louche, Cuiller à pot, qui nous paraît 
venir, de même que l'adjectif louche, du latin luscus, 
Borgne. 

La signification primitive n'a pas été conservée chez 
nous. Par louche^ on entend simplement quelqu'un qui 
regarde de travers, tandis que le sens exact est : N'avoir 
qu'wn œil. 

La cuiller à pot représente cet œil unique. En songeant 
que la forme ronde suffît, à elle seule, pour que l'on dise : 
Un œil de bouillon, l'œil d'une aiguille, un œil de pou- 
dre... il n'est pas difficile de relier la louche — et, par 
conséquent, le louchet — au latin luscus, Borgne. 

Luron. Origine inconnue. B. 

L'homme déluré, anciennement déleurré, étant celui 
qui ne se laisse plus leurrer, le Luron est celui qui sait 
manier le leurre, Tromper son monde. 

Lutin. Origine inconnue. B. 

Pour Lutin, Rabelais écrit luitin et luiton qui, sans 
doute, viennent, comme Luire, de lucere. Le mot répon- 



198 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

drait alors à l'idée que le peuple se fait parfois des Feux- 
follets. 

« Jusque dans le xvii® siècle, on a dit Luiton et, aussi, 
Nuiton, les démons venant tourmenter les humains pen- 
dant la nuit. » Littré. 

De même que nous avons adopté Luire pour luiton, 
nous prendrons Nuire pour nuiton. 

Ces deux sens de : malfaisant et de lumineux, peuvent 
se confondre dans la conception de Farfadet. — De même, 
du reste, que celles de nuit et de clarté, si Ton veut, par 
là, désigner une Lueur nocturne. 



I 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 199 



M 



Mâche. Origine inconnue. B. 

Cette plante porte aussi les noms de Doucette et Bour- 
ceite. 

Pour Mâche, le latin nous offre d'abord malaca, molle, 
douce, Doucette. En faisant disparaître Tl, ainsi que nous 
l'avons exposé à Tarticle Houe, nous avons maache et, 
par contraction, Mâche. 

Mais il est un autre terme d'où peut encore venir ce 
mot, c'est mactea que nous verrons à propos de Mai. La 
raison en est que les autres formes de mactea, qui sont : 
matiya et mattea, désignent, comme elle, ce que Ton 
mange, le Mets, et que la mâche est une Valérianée comes- 
tible. 

Le titre de Bourcette lui est donné parce que, en tant 
que valérianée, elle est de la famille des Dipsacées, plan- 
tes à feuilles opposées, sans stipules, dont les bases réu- 
nies forment une petite coupe, une sorte de bourse où 
Teau samasse. 

Mâchefer. Origine inconnue. B. 

On nomme ainsi la scorie qui sort du Fer, battu sur 
l'enclume. 

La finale s'expliquant toute seule, nous dirons que 
Mâche vient du latin mastigare , Frapper, qui donne 
Mâcher. 



200 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Mâchicoulis. Origine inconnue. B. 

On écrit aussi Mâchecoulis pour désigner des galeries 
saillantes d'où les assiégés pouvaient, par des ouvertures 
inférieures, apercevoir le pied des ouvrages attaqués, et 
faire tomber sur Tennemi toutes sortes de projectiles, 
solides ou liquides. 

Ainsi expliqué, Mâchicoulis représente le couloir^ ou la 
chose coulante; l'Ouverture ou l'Engin qui servait à Meur- 
trir, à mâcher l'assaillant. 

Macle (cristallographie). Origine inconnue. B. 

Macle est aussi terme de Blason et, des deux parts, il 
est représenté par le latin macula, Maille, qui est un des- 
sin de lignes se croisant. Le nom de Macles a été précisé- 
ment donné à des pierres qui cristallisent en forme de 
croix. Une sorte très régulière se nomme Staurotite, et 
se trouve en grande quantité à Baud (Morbihan). 

Là demeurait peut-être cette famille dont parle Littré 
et qui, ayant des Macles dans ses terres, en portait le 
signe dans ses armoiries. 

Macreuse. Origine inconnue. B. 

C'est le nom vulgaire de YAnas noir, un Canard qui 
passe les trois quarts de son existence sur la mer. 

Toussenel dit : « Sa chair est un piètre régal et peut 
se manger, sans péché, dans les jours d'abstinence. » 

Nous en concluons qu"il est maigre autant que possible, 
et, comme origine du nom qu'il porte, nous prendrons le 
latin : macris, Maigre. 

Magnanerie. Origine inconnue. B. 

Une Magnanerie est un établissement où l'on élève le 
Ver à soie qui, dans le Midi, se nomvdQMagnany Magniaux 
ou Magnaud. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 201 

On nourrit cette chenille avec des feuilles de mûrier, 
la consommation est énorme, car l'avidité du Magnan, 
aussi remarquable que celle du Man (larve du hanneton), 
ne se ralentit jamais, pas même quand il est mortelle- 
ment atteint par l'affection parasitaire dite muscardine. 

Selon nous, c'est sa voracité qui a fait nommer l'in- 
secte : Magnan^ le Mangeur. Dans le Hainaut, au lieu de : 
Manger, on dit : mégner, migner, et mougner. 

Magnan a donné Magnanerie, à la fois : usine spéciale 
— et art d'élever la larve du Bombyx. 

Magnan est aussi le nom du Chaudronnier nomade, en 
italien magnano. 

Les cuves, les bassins sont des pièces importantes de 
Toutillage des Magnaneries, lors du dévidage des cocons, 
flottant sur l'eau tiède de grands vases métalliques. 

Il est, alors, probable que le chaudronnier a été bap- 
tisé d'après le ver à soie ; de même que nous avons vu 
Baudrier désigner à la fois : un artisan et le motif de son 
industrie. 

Magot. Origine inconnue. B. 

D'après le Glossaire de Rabelais, Magot est une corrup- 
tion de macault, grosse bourse. Gibecière. 

Dans Macault, nous voyons cet autre vieux terme fran- 
çais : Maque, Marchandise, qui a fait maquignon; l'an- 
glais make (en langage commercial, confectionner) ; l'alle- 
mand mseckler , Entremetteur; — autant d'expressions 
ayant rapport à un négoce quelconque et au gain qu'on 
en peut retirer. 

Un Magot, en sac, n'a point de forme déterminée, régu- 
lière, et ressemble, dans sa tournure, à ces torses trapus 
des divinités de l'Extrême-Orient, qu'on appelle des Ma- 



202 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

gots (comme on dirait des pochades) et dont le nom, vui 
leur laideur, est synonyme de singe. 

Avec Thistoire du Veau d'or., on s'explique assez bien 
que ridée à' argent et celle d'un Dieu soient confondues 
dans ce terme unique : magot, l'Idole de l'avare. 

Mai, qui se dit aussi : Maie, Mait, Met, Mée, c'est 1î 
huche au pain, et c'est aussi le Pétrin — puis, la Table] 
sur laquelle on dispose, pour le presser, le marc de raisin. 

Le rôle de réservoir, de garde-manger, n'est que par 
dérivation de sens, l'ustensile est, avant tout, machine 
pour le foulage, ce qui est la principale signification du 
latin mactare. Fatiguer, tourmenter, — et l'intention des 
termes français : Pétrin, Pressoir. 

Le substantif répondant à Maie, et à ses synonymes, 
est Mattya, maitea, mactea. 

— Ce dernier a donné Mait; comme lact{em), Lait. 

— Les deux autres ont fait Met; comme cattus. Chat. 
De plus, le t médiat pouvant disparaître [rota. Roue), ils 
expliquent aussi les formes : Maie, Mée, Mai. Enfin, ty, 
ou TE, suivis d'une voyelle, pouvant devenir s, cette con- 
sonne s'ajoute à Met, et nous montre mattea sous cet 
aspect : Mets qui est son sens réel. 

Tous ces termes, égaux à Mactea, dérivent du même 
verbe mactare qui, proprement, veut dire : Tuer, immo- 
ler les animaux que Ton mange. 

Un radical unique représente donc : VAliment — la 
Façon de le préparer — et le Meuble (garde-manger) où 
on le serre. 

Malotru. Anciennement malostru, en provençal malos- 
iruc; du latin astrutus, dérivé de : astrum qui est dans 
Pétrone, au sens de Sort, de Chance. B. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



203 



Le Glossaire de Rabelais indique maie astructus, Mal 
bâti, mal vêtu, manant. 

Cette dernière leçon rend mieux compte du provençal 
malastruc. Asirum, qui pourrait être accepté, vaut moins 
que structusj construit. Être mal fait, au moral ou au 
physique, est Tidée de notre mot actuel : « Personne 
maussade, ou mal bâtie. » 

Mammouth. Origine inconnue! B. 

Bien que les naturalistes aient signalé des caractères 
différentiels entre le Mammouth et Mastodonte, les deux 
dénominations n'en font qu'une. 

Mastodonte, tiré du grec [mastos et odous) veut dire : 
Qui a des dents mamelonnées. Mammouth, venu de l'an- 
glais, est composé de : mam, abréviation de mamma, 
Mamelle, et de : mouth, Bouche. 

Manigance. Origine inconnue. B. 

Manicare a donné Manier, et manicantia devrait faire 
maniance mais les consonnes ihédîales tombent ou per- 
sistent, suivant le besoin, et, /de Manica on a eu Mani- 
que, et non pas Manie. • 

Ici le radical est manus. La Manigance est, au propre 
ou au figuré : Un tour de main. 

Manivelle. Origine inconnue. B. 

La Manivelle est une pièce coudée à deux angles, mise 
en mouvement par la main que représente, ici, mani. 

Pour la seconde partie : « Le latin vellere, auquel on 
peut songer, n'a pas un sens satisfaisant, » dit Littré. 
Aussi, dans Fe//e,''nous voyons le mot : vehiculum, déjà 
étudié à Bielle, et dont une autre forme est Vielle. 

Marc (de raisin). Origine inconnue. B. 

Sur le mot lui-même, Littré ne donne rien qui soit 

14 



204 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

clair. L'explication peut se trouver à Marcescent, bien 
qu'il n'y soit pas fait d'allusion à Marc, ce qui est assez 
singulier. 

« Marcescent vient de marcesco, verbe inchoatif de 
marceo, Se flétrir, dérivation de la grande famille Mar, 
Mourir, — et, au sens actif : Flétrir, broyer. La racine 
sanscrite la plus voisine est Marj, Frapper, détruire. » 

Un verbe grec, qui a le même sens que marceo et le 
même radical, mar^ c'est Mara:inô dont Balzac a tiré un 
nom de femme flétrie : La Marana. 

Le mot latin dont on peut faire venir marCj Résidu 
d'une substance pressurée, c'est marcor, État d'une chose 
fanée. 

Marcor, perdrait sa finale, comme plumbum (Plomb), 
et l'on aurait l'étymologie cherchée. 

Marcassin. Origine inconnue. B. 

« Le jeune sanglier conserve le nom de marcassin aussi 
longtemps qu'il porte la livrée, cinq à six mois environ. 
Vers l'automne, il renonce à la robe de l'enfance et prend 
le titre de Bête rousse. » Toussenel. 

D'où l'on peut conclure qu'à six mois seulement, l'ani- 
mal a le poil de couleur uniforme, et qu'avant cet âge, 
sa livrée est de teintes variées, autrement dit marquetée, 
ce qui l'a fait nommer Marcassin. 

Maringouin. Origine inconnue. B. 

C'est une petite mouche [moustique) qui pullule dans 
les pays chauds, mais que l'on est exposé à rencontrer 
aussi à Terre-neuve, en Suède, etc. 

Où que ce diptère existe, l'eau lui est indispensable, 
douce ou saumâtre, mare ou marécage, d'où la première 
partie de son nom : Marin. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 205 

L'insecte a été rangé dans la classe des Culex, mot 
dont un composé fictif : culicinus^ a fait Cousin, et peut 
donner : couin (égal à gouin) par chute de la médiale s, 
comme dans : Centième, de centesimus. 

Marin-gouin c'est donc : Le Cousin des marais. 

Marjolet. Origine inconnue. B. 

Le Marjolet était un jeune élégant. De même que Ton 
dit un Muguet, un Muscadin^ du nom de quelque parfum 
en vogue, on avait pensé ici à la marjolaine qui a pu 
être à la mode. Dans le répertoire des Rondes enfanti- 
nes, il en est toujours une qui mentionne les « Compa- 
gnons de la Marjolaine ». 

Cependant, Litiré donne comme plus probable l'italien 
Mariolo qui est le partenaire de mariole, Marionnette, et 
désigne un efféminé. 

Le sens est bon et l'orthographe de Marjolet passe, 
grâce à la confusion longtemps maintenue entre i et j. 

Nous disons : confusion, parce que nous ne croyons 
nullement aux permutations entre Voyelles et Consonnes. 

Par exemple, dans la synonymie de Marjolaine, nous 
voyons bien : latin majorana; italien maiorana, mais, 
ici, il y a chute de j, et passage de a à la diphtongue ai 
(ala, Aile). L'allemand dit majoran comme le latin; et 
l'anglais, marjoram; nulle part il n'y a Mario égalant 
Marjo. 

Marmot, dérivé comme Marmaille d'un radical marm... 
dont l'origine est inconnue. B. 

Comme nous l'avons vu à Babouin, le visage de l'enfant 
a été comparé à celui de plusieurs animaux. On dit : c'est 
un petit singe; Il a la mine éveillée d'une souris, etc. 

Dès lors, on peut rapprocher Marmot de marmotte 



206 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

dont Tancien nom était marmontain, Rat de Montagne. 

La Marmotte est un hibernant, elle dort longuement, 
et le marmot fait comme elle. 

Cela dit, nous passons à l'examen des termes qui ont 
pour radical : mam.!.i en nous rappelant que, à propos 
de Biche, Littré a fait cette remarque : « Les noms d'ani- 
maux permutaient facilement, jadis, de l'un à l'autre. » 

D'autre part, Buffon, parlant du Rat de Montagne, 
disait de sa façon de boire : il marmotte, d'où le verbe 
marmotter. 

(Le changement régulier de m en b donne Barboter; 
Rabelais employait ià?'èofe/er pour : Marmotter, auquel 
nous joindrons Marmonner tout aussi près que lui de 
l'adjectif latin montanum, en composition dans marmon- 
iain). 

De ce bruit d'un liquide agité par un museau, on passe 
à celui que produit l'ébullition dans une marmite. . 

Revenons à Marmot, anciennement le nom du Singe 
qui s'appelle, en breton, marmouz, et nous aurons mar- 
mouset, Figure de souris, de rat, ou d'autre bestiole. 
Jfrtr est la première partie de marmotte/ et Mouset, un 
diminutif dé muse (Bouche), ancien français devenu : 
musel, -puis, niuseau.' 

Enfin, à l'origine allemande musse, Loisir, nous préfé- 
rons, pour Muser, notre vieux mot : muse, qui fait clai- 
rement, du Musard, un Badaud s'en allant partout bouche 
bée. 

Maroufle, Maraud. Origines inconnues. B. 

Nous avons rappelé à Marmot l'afTmdté qui existe entre 
M et B. 

D'autre part. Mari et le chat mâle, (enlPicardie, mar- 
lou), contiennent le radical latin mar [eni], titre de valeur 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 207 

qui entre aussi en composition dans les deux mots à 
l'étude. 

Par une filière facile à suivre, on passe successivement 
de Mor à : Bar^ Ver, Gar que nous avons vus égaux de 
sens, à l'article Goret. 

Ici, Maraud c'est THomme pris en mauvaise part, la 
finale ayant cette intention dans : Rougeaud, Pataud, 
Salaud. 

Maroufle dit quelque chose de plus, c'est THomme- 
Loup, ulfus, mot d'origine germanique, dit-on, Wolf, 
bien que cette forme soit semblable k vulpes, Renard, et 
que le v latin puisse tomber comme le w allemand. Vul- 
filas est en français : Ulfilas. 

Maroufle est donc exactement le picard ifar-/ow et, 
conséquemment, aussi notre terme : (yar-ow. Cela con- 
firme la parenté de 1/ar avec Gar, et, par lui, avec Var. 
Nulle part, cependant, n'est indiquée cette relation possi- 
ble de M français avec v d'une langue étrangère. C'est 
d'autant plus singulier que v est une labiale comme b, et 
que les rapports entre m et b sont de notoriété publique. 

Matelot. Origine inconnue. B. 

D'après Jal, Matelot ne vient pas de Mât. 

Nous le rattachons alors à Mater, d'où matois; Celui qui 
sait venir à bout de mainte difficulté. 

C'est là une des nécessités de la profession de marin ; 
un vrai matelot est assez ingénieux pour trouver, dans 
les pires circonstances, quelque moyen de se débrouiller. 

Matois. Origine inconnue. B. 

Le jeu d'échecs, dit M. Rozan, tire son nom du persan 
Schach, Roi, et la locution : Schach mat signifie le Roi est 
mort. . 



208 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

L'espagnol a matar, Tuer, et, chez nous, mater, c'est 
Vaincre, deux sens assez voisins pour qu'ils puissent se 
confondre dans Matois : l'homme assez habile pour tuer 
le Roi aux échecs, ou vaincre son adversaire à tout autre 
jeu. 

Il ne serait pas surprenant, vu l'espagnol matar, que 
Mater, fût encore le verbe latin mactare, Tuer. 

Matou. Origine inconnue. B. 

De même qu'à Matois, on peut assigner, comme prove- 
nance à matou le verbe Mater, Faire mat, ce qui comporte 
l'idée de finesse, d'habileté, très justifiée pour le chat. 

Le chat mâle est appelé en Picardie : malou, et marlou 
que nous avons vu à Maroufle. Il a encore un autre nom 
assez commun c'est Marcou, et, pour ce terme, nous al- 
lons chercher une explication. 

Littré dit qu'il est venu d'un nom d'homme. 

Voilà qui nous surprend. Ce serait le contraire de ce 
qui est arrivé à d'autres animaux que l'on a personnifiés 
aussi, mais qui fournissaient eux-mêmes les éléments de 
leur sobriquet. Prenons quelques exemples, précisément 
dans les Dictionnaires d'Étymologie « maître Regnard, 
(littéralement le cruel] désignait le Renard; on l'appelait 
aussi Goupil (latin vulpes). Le Bélier était dit belhi (de sa 
clochette bêle). VAne toujours gai (ou baud, français du 
xi^ siècle) reçut le surnom de : Maître Baudet, ou Bau- 
douin... » 

C'est là ce qui peut mettre en doute que le Chat ait fait 
exception à une règle que nous avons toutes raisons de 
croire générale, et nous établirons que Marcou lui appar- 
tient en propre, et n'est donc point hérité d'un certain 
Marc, parfaitement inconnu, du reste. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 209 

Selon nous, la dernière syllabe cou veut dire : Queue 
(de cauda). Dans les patois dlUe-et-Vilaine, de Berry et 
de Saintonge, on dit: Une roue. — Mar est, sinon l'ortho- 
graphe, du moins, la prononciation de marc (Signe) an- 
cienne monnaie. (On dit peut-être encore, à la Martini- 
que, Un sou rnarqué). — J/ar est pour marc dont le c est 
inutile, le mot auquel il est uni : cou, commençant par 
cette consonne-là. 

Le chat serait donc l'animal qui a la Queue tachetée. A 
ce compte Marcou reproduirait exactement le nom de l'a- 
nimal, en grec : Ailouros, composé de : oura, Queue, et 
aïolos, bariolé. 



Nous sommes persuadé que tous les animaux se sont 
dénommés par eux-mêmes, c'est-à-dire : d'après quelque 
indice particulier tiré : soit de leur cri, ou de l'allure ; 
soit de leurs habitudes ou de la livrée, soit de toute autre 
circonstance inhérente à leur individu ou au genre de vie. 

Bien que des linguistes, très recommandables, d'habi- 
tude, disent que la Pie, Jacasse, a pour parrain Jacques; 
que l'Ours aurait eu, dans le même rôle, Martin, et le 
Moineau, un petit Pierre, ou Pierrot, nous refusons abso- 
lument d'y croire, parce que le fait serait inexplicable, et 
que, du reste, le contraire s'observe journellement : 
L'Homme baptisé de noms d'Animaux. 

— Notre yerhe Jacasser est une Onomatopée. Les anglais 
disent : chatter, Faire fracas. Si leur mot n'est pas imita- 
tif comme le nôtre, il n'en contient pas moins l'idée d'un 
Bj'uit sec. 



210 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

— L'ours a reçu le nom de Martin^ d'un radical mart 
qui est en composition dans : Braquemart, Jaquemart, 
Colichemarde, marteau, Armes de combat, mal définies, 
mais maniables comme un marteau, et nous employons 
le verbe Marteler, tout aussi bien pour la manœuvre ra- 
pide d'un sabre que pour celle d'un bâton. 

Or, l'Ours, exhibé en public, est toujours muni d'un 
solide gourdin, un mart, et, par un heureux pléonasme, 
on le désigne souvent ainsi : Martin-bâton. 

— Le Moineau (A revoir), aurait été ainsi nommé de 
Moine [seul], et l'on cite, pour cela, un texte biblique : 
Passer solitarius in tecto. On l'appelle aussi Friquet, de 
fricare. Frotter, se trémousser, — puis être vif, ou frk 
(mentionné à Freluquet). 

C'est Toussenel qui donne cette étymologie et il ajoute : 
« Le langage du moineau franc brille peu par l'élé- 
gance et la distinction, mais il est expressif, c'est le 
pépiement. » 

Nodier examine ce mot et ses dérivés. A Pépier, il dit : 
« C'est du cri naturel des Moineaux, ou plutôt de tous les 
jeunes oiseaux, que ce mot a été formé. On a dit autre- 
fois : pipier; les italiens ont : pipire, comme les latins ; 
les espagnols ont : Piar ». 

Pépier^ pipier et, surtout, Piar, nous semblent suffi- 
sants pour exi^liquer Pierre . 

— Il y aurait à montrer pourquoi on dit : Un Martin- 
pécheur et un Martinet. Si nous le faisons, nous partirons 
de ce point que le mot martinet désigne un instrument 
de fustigation, un petit mart, et n'est point diminutif de 
ce prénom : Martin. 

Mais il faut nous borner. 'L'article serait trop long si 
nous passions en revue tous les individus de l'espèce ani- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 211 

maie, premiers auteurs des noms qu'ils portent. Nous 
aurons occasion de revenir sur ce sujet. 

Mauvais. Origine inconnue. B. 

La finale aïs répondant, pour Fordinaire, à une forme 
latine acem, nous prenons l'adjectif (dérivé de malva, 
Mauve), dont les botanistes ont fait Malvacée, soit malva- 
ceam. 

Cette résolution nous débarrasse des combinaisons : 
Maie vlsuSy Maie volens. Mal vu, Malveillant... qui, du 
reste, sont partout repoussées. 

L'adjectif que nous adoptons donne mauvais. 

La Mauve est, en grec, malachè : Plante émolliente, 
d'où l'épithète malakos, — en français : moïc, ce qui, 
pour un homme, n'est pas précisément une qualité. 

Méchant et Méchanceté. 

Si bien d'accord qu'on semble être aujourd'hui sur la 
provenance de ces mots : [meschéant, — de méchoiî") on 
sent, à lire l'article de Littré, qu'il y a du vague, par-ci, 
par-là, dans le dossier de l'adjectif. 

« C'est, dit-il, le xiv^ siècle qui l'a inauguré. La lan- 
gue avait mauvais; donc, méchant, au sens moral, ne lui 
était pas nécessaire. Mais Méchant s'établit, il n'a d'a- 
bord aucune rivalité avec Mauvais. — Il n'en est plus de 
même quand il passe au sens moral, et, dès lors, les au- 
teurs de synonymes ont à chercher en quoi méchant et 
mauvais s'accordent et diffèrent. » 

M. Bréal ajoute en note : « Il faut remarquer, en ou- 
tre, la formation bizarre du mot Méchanceté. La vraie 
forme était Meschéance. C'est, dit Scheler, comme si on 
se permettait de forger un Substantif: Médisanceté. » 

En effet, Méchanceté est de singulière tournure. On ne 



212 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

trouve pas d'autre mot français avec cette finale ceté. 
Aucun participe ant, aucun adjectif ent ne donne un 
substantif ainsi terminé. Ce sont toujours des formes 
comme : Vaillance, Prudence, et, ici, Ton devrait avoir 
Méchance. 

Or, méchance existe; c'est malchance, l'opposé de 
Chance (cadentia) qui, sans autre signification première 
que : hasard, est resté avec le sens de hasard heureux. 

Donc, le français n'avait pas plus besoin de Méchan- 
ceté, après avoir fait passer l'adjectif dans le monde 
moral, qu'il ne lui était utile d'avoir, tout d'abord, mé- 
chant, ayant déjà mauvais. 

Méchant et Méchance (malchance) sont en parfaite cor- 
rélation. Mais, avec une commune origine, ils ont eu 
fortunes diverses. Méchance est resté avec le sens de 
malheur, tandis que méchant, qui veut dire aussi : de piè- 
tre condition, s'est augmenté de l'idée de perversité. 

On avait alors méchant et mauvais qui donnaient : Mé- 
chance et... Là, il semble n'y avoir plus de correspon- 
dance. A Mauvaiseté, qui n'eût pas été plus étrange que 
Méchanceté, on a préféré ce dernier terme — dont la 
contexture étrange tiendrait à Meschantise existant, dit 
Littré, au xvi*' siècle, et venu de meschant. 

Dès lors, nous sommes fixé : 

Rabelais appelle un Homme de rien : Frelampier 
(Frère lampier). Jadis, au théâtre un des bas offices était 
de Moucher (mêcher) les chandelles. Et, de nos jours, 
l'ouvrier maladroit est qualifié de méchant. 

Ce dernier terme est le participe présent de Mêcher, 
avec la seule différence (insignifiante) d'accentuation. 
L'idée a passé d'une position sociale infime à un état 
moral vicieux. (C'est l'histoire de : Coquin, Pleutre, Vi- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 213 

lain, etc.) Et c'est en apparence seulement que notre 
adjectif appartient à Malchance. 

A-t-on voulu, en créant Méchanceté^ de si anormale tour- 
nure, réunir : méchance et méchantise, en greffant sur un 
seul tronc les deux boutures : ce et tise, faisant ainsi : 
Méchan-ce-tise, puis méchanceté? Cela nous semble pro- 
bable. 

Quant à la fusion des deux sens primitifs en un seul, 
et à notre proposition de voir dans notre épithète un 
dérivé de Mêcher, elles sont confirmées par l'anglais : 
Wicked (adjectif) et Wick (substantif), voulant dire, le 
premier : méchant, et le second : Mèche. 

Merise. Origine inconnue. B. 

Scheler donne le latin Meserasus, Merisier, qui est 
Mé-cerisier, mauvais arbre donnant des fruits sauvages. 

C'est, alors, l'italien marasca qui représente la merise 
ou Cerise aigre dont on fait le marasquin. 

Mets. Mess. Messe. 

Pour Mets, le Dictionnaire étymologique donne mis- 
sum (proprement^ ce que Ton sert, ce que l'on envoie). 

— Après ce que nous avons dit à l'article Mai, nous 
ne saurions accepter l'explication officielle, qui, du reste, 
ne signifie rien. Nous avons montré que le mot est en 
latin Mattya, Mattea, Mactea; nous avons indiqué les 
formes variées que le français avait tirées du radical, 
et parmi ces dérivés nous avons rencontré mets. 

Nous y ajoutons Mess et Messe, venus également de 
mattya, la consonne t, dans certaine position, étant 
sifflante comme c ou ss. Soit : Patience, de patientia, 

— Le terme anglais Mess, — que nous pouvions deman- 
der au latin tout aussi bien que n'importe qui, — n'est 



214 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

pas une Table ; mensa. 11 n'a ce sens que par dérivation, 
comme chez nous quand on dit : Une bonne table, pour : 
de bons aliments. Mets est la vraie traduction de : mess à 
rapprocher de méat (viande), tous deux étant le latin 
mattya, morceau de choix. 

— La Messe peut être représentée par le latin du v^ siè- 
cle missa^ sans que cette haute antiquité lui soit un titre 
pour être un rejeton authentique de mittere, Envoyer. 
Envoyer quoi? — Ce n'est pas, non plus, mensa, la Table 
sainte, c'est Valiment mystique, la victime immolée, le 
Mets divin. Aussi dit-on le Sacrifice de la Messe. 

Mièvre. Origine inconnue. B. 

Nous ferons ici application du procédé de syncope, 
employé pour le mot Houe, c'est-à-dire que, dans le mot 
latin qui, selon nous, a donné notre adjectif, nous 
commencerons par supprimer l, Consonne entre deux 
voyelles. 

Nous prenons Muliebris Efféminé; après retranche- 
ment, nous avons : Muiebris. Dans ce cas, il est dit que, 
fort souvent, — chez les latins eux-mêmes, imités, en 
cela, par nous, — la rencontre de u et d'une autre voyelle 
amène la chute de la première. Donc, u disparait. 

En conséquence, Muiebris devient miebris qui fait Miè- 
vre, comme febrïs, Fièvre. 

Mijaurée. Mijoter. Origines inconnues. B. 

Pour Mijoter, Littré dit que 7nije est une des formes 
de Mie {mica) et pense que : Cuire à petit feu, c'est 
réduire en mie. 

A Mijaurée, il cite le normand Jorer, Parer, hdi Mijau- 
rée serait alors une Coquette aimant la parure. Mie j orée. 

Le même sens existerait avec : Mije aurée {Mije pour 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 215 

Mie contraction de amie), et aurée ayant des bijoux d'Or 
[aurum]. 

Nous préférerions cette dernière solutio^i, parce que 
Mie répond, de toutes façons, à mica, Parcelle de pain, 
et abréviation aussi de a-m\cçL. 

Cette, union des deux acceptions, nous la retrouvons 
dans miette qui est : Un p^eu de mie, et, de plus, un 
terme d'affection, en Provence, où Miette c'est la Petite 
amie. 

Mince. Origine inconnue. B. 

Littré dit qu'il ne faut pas penser au latin minutus, à 
cause de l'accent. Il propose le gothique minz et mins, 
puis, l'anglais mint, Monnaie ; le danois minze (même 
sens) parce que notre adjectif a désigné, jadis, une petite 
pièce d'argent. 

Nous trouvons, plus près de nous, d'aussi bons repré- 
sentants qui ont cette qualité d'être alliés au latin. Minus, 
Moins, est traduit, en provençal, par mei/w, mens eimenz, 
et nous pouvons d'autant mieux accepter cette origine 
que, chez nous, les adjectifs ont valeur d'adverbes. Nous 
disons : Courir vite^ Couper mince, etc. 

Minet. Origine inconnue. B. 

Le verbe latin minare signifie : Menacer, Miner et 
Mener. Ce triple sens, venu d'un même radical : Mina (ou 
manus) peut s'expliquer de cette façon : 

Le visage est une énigme qui a ses secrets comme la 
mine souterraine. Tantôt, il cache nos pensées, et tantôt 
les dévoile, d'où les expressions : Mine ouverte. Mine en 
dessous, applicables, aussi aux réserves du sous-sol. 

L'air qu'on se donne (ou la mine que l'on prend) est 
assez éloquent, malgré le plus complet mutisme, pour 



216 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

être, parfois, impérieux, pour Menacer et, par une ordi- 
naire conséquence, àeveniv persuasif ^ Mener. 

Si, comme radical, on veut adopter Manus (la main). 
Mener, Miner et Menacer se comprennent naturellement, 
— et la mobilité si remarquable, tant de la Main que de 
la Figure, fait ces deux termes égaux comme agents du 
langage universel ou de gestes. 

Quoi qu'il en soit, de ces considérations, minare ne se 
disait que de jeunes animaux pour mener. — En Berry, 
Menin, c'est l'enfant qu'on ne veut pas laisser aller seul, 
que l'on mène, qui est petit, faible comme un jeune ani- 
mal à surveiller, et que l'on choie. 

De là, par une facile association d'idées voisines, les 
noms de minet et minon donnés au chat, et à quelqu'un 
de préféré. 

Mignon est le même que minon. On disait les Mignons 
ou meninsàw Roi. 

Moellon. Origine inconnue. B. 

Bien que Moellon soit qualifié : pierre tendre, il ne vient 
pas de moelle, dit Littré, parce que, au xiv^ siècle, le 
mot s'écrivait : Moilon, en deux syllabes. 

Il dériverait alors de mola. Meule, ou de moles Masse, 
et nous semble être un diminutif du français môle qui 
(masculin), est une Jetée en pierres, et (féminin) un corps 
informe. 

Moignon. Origine inconnue. B. 

Le moignon n'est pas exclusivement l'extrémité cica- 
trisée, c'est aussi tout ce qui reste du membre amputé ; 
c'est donc une partie diminuée, amoindrie. 

Le mot est venu de Moindre, latin minor, comme Oin- 
dre et Poindre ont donné oing et poing : « Oignez vi- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 217 

lain, il vous poindra. Poignez vilain, il vous oindra. » 

Moineau. « Anciennement moinely moisnel, contraction 
de moissonel diminutif de l'ancien français moisson (moi- 
neau) qui est le latin ûciif muscionem, proprement Oiseau- 
mouche. » B. 

Nous avions déjà mentionné, pour Moineau, la propo- 
sition de monosy solitaire, nous réservant de revenir sur 
la question. La note ci-dessus dihoxxiii k muscionem dérivé 
hypothétique de musca, mouche. 

Pour être dans le vrai, il faut, croyons-nous, s'en tenir 
au vieux français moisson j et entendre, par là, l'oiseau 
qui pille le grain, ou moissonneur. En effet, dans le patois 
Cambrésis, on le nomme misseron. D'autre part, l'anglais 
nous offre deux termes excellents, dont le dernier con- 
firme encore notre opinion : un substantif sparroio (de 
spary quereller; ou piailler; et une forme adjective; 
croppedy de crop qui veut dire : Moisson. 

Moise. Origine inconnue. B. 

Les moises sont des pièces de bois plates, assemblées 
deux à deux par des boulons, et servant à maintenir la 
charpente. Ce sont des tablettes, de petites tables et le 
mot représente le latin mensa; comme Toise, tensa. 

Monnaie. Vient du latin Moneta qui est aussi le nom 
donné à Junon, parce qu'elle avertit les Romains d'un 
tremblement de terre. Il est probable que des médailles 
furent faites à l'efïigie de la Déesse, et servirent aux 
transactions courantes. On a dit alors une monnaie comme, 
à d'autres époques : un louis, un ducat, un frédéric, un 
liard. 

Morailles. Origine inconnue. B. 

Ce mot désigne une sorte de tenailles pour pincer le 



218 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

nez des chevaux, et est dérivé, comme moraillon, du 
même radical : Mordre auquel appartient mors la pièce 
de fer mordue. 

Morgue. Origine inconnue. B. 

Morgue, quel que soit le sens qu'on y attache, a tou- 
jours, au fond, la même signification : c'est le Visage (en 
vieux français), — un certain air du Visage, chez le vivant, 

— ou le Visage d'un mort, exposé dans un Édifice public 

— qu'on appelle aussi Morgue, sa destination étant de 
servir aux constatations, aux reconnaissances. De là, on 
avait fait le vçrbe Morguer qui, en langage policier, était 
examiner attentivement les traits d'un prisonnier. 

Morgue vient du latin morsus, et, pour arriver à notre 
mot, nous allons suivre une; filière dont les passes nous 
sont offertes (à leur insu, et en grande partie), par les 
ÉtymologistQs eux-mêmes. 

Pour cela, nous avons : fait la série suivante : Mors, 
Morsel, Morce, Morche, Marque, Morgue. 

Le Mors se comprend comme : Chose mordue; Morsel 
est l'ancienne forme de morceau, et, le même terme que 
le provençal mursel (dérivé de morsellum)^ jadis musel en 
français, puis Museau. 

Nous voilàj du passifs arrivés à Vactif; de la chose 
mordue à celle qui mord; à la bouche, partie prise pour 
le tout et servant, comme mufle, à (iésigner le Visage. 

Notons, avant de poursuivre, qne' de Morsel à Morceau, 
la lettre s est devenue c. Nous'avons cette dernière con- 
sonne dans Morce en composition pour Amorce (Objet 
exposé aux morsures) et que Rabelais écrivait Esmorche. 

Nous avons fait un pas de plus : c est maintenant ch. 

Or, nous avons vu (à Attacher) l'équivalence des grou- 
pes CHE et QUE. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 219 

On a Marque dans Remorque qui est le moyen de 
traîner un bateau par le nez ou, comme on dit pour un 
cheval, de le conduire parla^^we. 

Nous savons que Remorque est le latin remulcum. 
Mulcum est participe de mulgere^ Traire, donc Tirer. 
Mais le mode naturel de Traire ou tirer le lait, c'est Téter, 
office de la Bouche, du Museau, égalés à Visage. 

De toutes façons, comme sens et comme étymologie, 
Mulcum vaut morsum; et Morque est le même mot que 
Morgue, car nous avons déjà noté Tégalité des finales : 
QUE et GUE à Tarticle Brigue. 

Mortaise. Origine inconnue. B. 

On appelle Mortaise une entaille faite dans le bois, 
pour recevoir un tenon. L'évidement pourrait donner à 
croire que c'est là une partie morte y mais Littré, sans 
rien conclure, avertit toutefois qu'il ne faut pas songer 
à cette dérivation. 

L'usage de la Mortaise est, en effet, de retenir, de 
mordre le tenon. La permutation facile entre t et d, plus 
la finale aise nous font clairement voir dans Mortaise le 
latin mordacem, mordant. 

Morue, Merlan. Origines inconnues. B. 

En histoire naturelle, la Morue se nomme Morrhua; 
elle appartient au genre gadus (en anglais cod) qui com- 
prend aussi le Merlan, G. Merlangus, et la Merluche 
G. Merlunius. 

Ce dernier poisson ressemble beaucoup à la Morue 
nommée en Hainaut Molue, terme que M. Baudry croit 
une forme dégénérée de merlus ou Merluche : Marislucius 
Brochet de mer. 

15 



220 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Motte, Se moquer, Moquette. Origines inconnues. B. 

Nous faisons dériver Motte du latin mactea que nous 
avons vu à Mai, et nous y rattacherons se moquer ainsi 
que Moquette. 

L'intention de réunir une Maie, une Motte, une Moque- 
rie et une Moquette, sous un titre unique, ne serait 
surprenante que si Ton oubliait combien sont multiples 
les variations de sens, ces changements d'aspect qui ne 
laissent même pas toujours à Tenquête, entre mots divers 
le simple fil conducteur d'une lettre initiale commune. 

Par là, nous voulons dire que le rapport avec la souche 
peut être ou naturel ou artificiel, établi par une brindille 
légitime, si menue qu'elle soit; ou simplement par la 
soudure de la greffe. 

Mais les mots que nous nous sommes proposés ne 
diffèrent que comme signification actuelle; foncière- 
ment; ils contiennent une même idée, celle d'un 
Choc. 

Disons, d'abord, pour nous mettre en règle avec les 
permutations de lettres, que a égale o : {phiala. Fiole) 
et que ct s'assimile en tt : [assecta, Assiette) . 

En conséquence Mactea fait Motte, qui est, dans toutes 
les circonstances : Chose tassée. 

D'autre part, nous avons vu (à Attacher) : tactare 
donner comme finales : quer, et cher. 

Par mêmes motifs, Mactea fait Moche, usité en Breta- 
gne pour : Motte de beurre (Substance mise en tas). 

De Mactea, nous avons donc aussi : Moque et le dimi- 
nutif moquette qui sont dans Rabelais pour : moquerie. 

A Sobriquet, nous reproduirons la note de Littré 
expliquant que Surnom plaisant est dérivation d'une 
dMivQ Plaisanterie, ou jeu de mains : un coup donné sous 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 221 

le menton. Moquerie s'entend de la même façon et 
appartient encore à mactare. Frapper. 

Quant à Moquette, tissu foulé aux pieds, il échappe 
d'autant moins au radical commun que son nom général 
est tapis, (Taper) appellation doublement méritée, car 
Moquette et Tapis sont battus y d'abord, par le piétine- 
nement des visiteurs, puis, à coups de houssine pour 
redevenir présentables. 

Moue. Ce mot que l'on fait venir du néerlandais Moive 
a même origine latine que Meute — le participe mota^ de 
moverBy Mouvoir. 

Rabelais dit Mouer pour S'agiter, et Mouée pour la 
Foule ; enfin, il a Moe qui est : Mine, Moue, Visage. 

On sait que la figure est un théâtre des plus mobiles, et 
l'on ne pouvait mieux faire que de la désigner par un 
terme qui marque le mouvement. 

Le diminutif de Moue, c'est mouette un oiseau de mer 
à longues ailes, et d'un vol puissant, nous dit l'histoire 
naturelle. Son nom seul ferait deviner que la Mouette est 
supérieurement organisée pour se mouvoir. 

Mouron. Origine inconnue. B. 

Mouron se dit aussi Séneçon. 

D'après Nysten, il y a deux Mourons : Le vrai, est une 
primulacée qu'on a employée contre la morsure des ani- 
maux enragés. 

L'autre est une caryophyllée qui se nomme vulgaire- 
ment : Mouron des oiseaux, ou Morgeline : [mordue, man- 
gée par les poules), en anglais Chicken-Weed, Herbe à 
volailles. 

Enfin le Séneçon est une Synanthérée, et s'appelle en 
espagnol, Yerba cana. 



2212 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Il n'y a donc, pour ces trois plantes de familles diffé- 
rentes, que deux noms, et, pour qu'ils soient synonymes, 
il faut qu'il existe un signe commun aux trois espèces. 
L'étymologie de Séneçon nous le montre. 

Le Séneçon — en latin Senecio, de Senex, Vieux, à 
cause de la blancheur de ses aigrettes, qui tranche sur 
la verdure de la belle saison ; d'où Yerba cana, Herbe 
blanche — était, en grec, Hériguéron : Le vieillard du 
printemps. 

Nous supposons alors que Mouron contient l'idée de 
moribond, éveillée par une apparence sénile, et signifie : 
Qui est sur le point de mou?'ir, ou, comme dit le peuple : 
Qui est au mouroir, qui semble dépérir. 

Mouton. Origine inconnue. B. 

Les étymologistes, après avoir fait dériver du latin 
mollis l'adjectif mo/ (et mollet, dans sa double acception), 
puis, molleton, et toute la série des mots qui indiquent 
le caractère de Mollesse, s'arrêtent à Mouton qui est, ce- 
pendant, de bonne composition, comme naturel et comme 
toison. 

De plein droit, Mouton égale Molton; en italien, il 
s'appelle moltone, et le bélier s'est, d'abord, nommé mul- 
ton. — Pour Molleton, le genevois dit moultone, et notre 
substantif, qui désigne une étoffe, aurait toute raison de 
s'appliquer aussi à l'animal que les latins qualifiaient : 
laniger, Porte-laine. — Et, puisque Mouton, ancienne- 
ment multon, vient de l'italien multone, nous voulons y 
voir multum qui nous a donné moult (beaucoup) et multi- 
tude. 

Moult n'est pas le seul adverbe qui soit né de l'agglo- 
mération de bestiaux; Trop est dans le même cas, et 
représente troupeau, Troupe qui est le latin turba. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 223 

Mufle. Origine inconnue^ B. 

« L'allemand a Muffel, Chien à grosses lèvres pendan- 
tes ». Littré. 

Par analogie dans la conformation du museau, le nom 
du Chien s'est appliqué à ce trait de la physionomie 
chez d'autres animaux ; comme le Mouflon. 

Cette masse, renflée autour de Forifîce buccal, repré- 
sente aussi ces poignets en fourrure qui garnissent l'ex- 
trémité libre des manches de vêtement. Les Anglais di- 
sent muff pour : Mufle et Manchon. 

Nous avons de même, en français, un gant : le Moufle 
dont la forme mafflue se retrouve dans : moufle, Vase 
employé en chimie ; et moufle, Système de poulies assem- 
blées dans une même chape. 

Nous rattacherons à ces mots un autre terme, dit 
d'origine inconnue : Camouflet, équivalent de casse- 
museau, et l'adjectif mouflard (un chien dans Florian), 
désignant une personne qui a le visage plein et re- 
bondi. 

Les fréquentes mutations entre b latin et m français 
nous montre dans : Mufle cette autre forme Buffle qui 
est bubulus. 

Muser. Origine inconnue. B. 

Le musard c'est le badaud, spectateur ^ôa^i de tous les 
spectacles en plein vent; c'est le gamin dépêché en com- 
missions, et qui ne revient plus, s'arrêtant bouche bée aux 
vitrines des magasins ; c'est le désœuvré qu'on appelle 
un gobe-mouches. 

Le verbe Muser nous vient donc du substantif muse, 
vieux français pour bouche, et duquel on a fait aussi 
museau. 



224 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Musser. Origine inconnue. B. 

Toussenel dit, à propos du Roitelet domestique : « Les 
gamins de Lorraine, ayant remarqué la manie de fure- 
tage ténébreux qui caractérise cette espèce curieuse, 
'appellent Mussot, comme qui dirait : Qui passe dans 
Itoutes les musses (couloirs de Souris, mus) ». 



I 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 225 



N 



Nantir, proprement Saisir, dérivé de Tancieii français 
Nam (gage) qui est d'origine germanique, wam, prise. B. 

Le latin Nanciscor a même sens : Prendre, obtenir, 
gagner, et le participe nactus (que Plante écrit nanctus, 
forme archaïque) veut dire : qui possède, qui est muni. 

Au vieux français nam y il faut ajouter namp. Rabelais 
disait namptir, orthographe qui induirait à supposer une 
transformation de non emptunij chose non achetée, objet 
saisi. Mais on sait que le p s'est parfois intercalé (domp- 
ter, de domitare) ; — on peut donc s'en tenir à nanctus 
ayant donné nanti par chute du c, comme de punctum à 
Point. 

Par épenthèse du p, on a nanpti, et cette consonne 
ajoutée détermine le changement de n en m. Namptir, 
verbe, explique le substantif namjo réduit ensuite à nam. 

Nèfle. Du latin Mespilum, d'oii Nesfle. B. 

Il est une autre appellation du fruit, non inscrite aux 
Dictionnaires, et, cependant, préférable à nèfle ^ c'est 
Mesles, employé couramment en Bretagne, et qui se 
trouve aussi dans Rabelais. 

Nèfle vient cependant de Mespilum, par changement 
de M en N : (mappa, Nappe), et de p en f : {prœsaga, 
Fresaie). 



226 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Niche (malice) — Nique. Les deux mots n'en font m 
qu'un. Selon M. Brachet, l'origine est germanique (Sué- 
dois nickj malice) ; suivant d'autres, ce serait l'allemand 
nickerij branler la tête. 

Nous préférons le latin nictarey cligner, faire signe des 
yeux. Il n'y a pas désaccord pour le sens, et nicta donne 
niche et nique, comme tacta (de tactare) est tache et taquCy 
par chute du t : (fléchir, de flectere). 

Noise. Bruit, fâcherie, du latin nausea. Dégoût ; d'où 
le sens de fâcherie, de querelle. B. 

Jadis, on faisait venir Noise de noxa, Dommage causé, 
ce qui conduit mieux à l'explication de Dispute. 

Unius ob noxam et furias Ajacis Oilei. V. 

L'anglais noise signifie : Bruit, fracas, et n'a point de 
rapport avec la nausée. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 227 







Omelette. Origine^inconnne. B. 

« Rabelais écrit, par fantaisie (dit le Glossaire), Home- 
laicte au lieu de Omelette qui a pour étymologie vulgaire : 
Œufs mêlés ». 

Toute vulgaire qu'elle soit, elle vaut mieux que celle 
mentionnée par Littré : « Une des formes les plus ancien- 
nes étant amelette (puis alumele), on avait supposé âme : 
le dedans de Tœuf ». 

Orine. Syncope pour Origine (Rabelais). 
On dit pour la volaille : C'est de la grande Orine, de 
la grande Race. 

Orseille. Origine inconnue. B. 

« L'Orseille (Esp. Orchilla). Pâte d'un rouge violet, 
employée en teinture, et préparée en Auvergne avec 
divers lichens, entr'autres, le Roccella tinctoria ». Nysten. 

Cette note est complétée par l'indication suivante de 
Littré : « Orseille, et aussi lorchely du lichen Rocella, 
ainsi nommé de Federico Rucellaï, ou Oricellari qui , 
vers 1300, introduisit en teinture l'usage de ce lichen ». 

Otage. Les Étymologistes ne nous semblent pas très 
heureux dans leur accord unanime à donner comme 
origine à ce mot : Obsidaticum. 



228 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Il pouvait être considéré comme : Partie enlevée, ôtée 
à l'ennemi, puisque l'on disait oster et ostage; — ou 
comme : Gage délivré par Vennemi^ ancien français Ostj 
du latin hostis. 

Mais le provençal ayant ostatge, il fallait donner la 
raison de cette répétition du t. C'est alors qu'on a sup- 
posé ce latin : obsidaticum régulièrement contracté en 
obs'daticum, et, par le retour (dit insolite) de d à t, on a 
obstaticurriy puis ostaticum, et enfin Ostatge et Otage. 

Toute opération malaisé, douteuse^ était évitée en pre- 
nant de suite obsiaticum, du verbe Obstare qui contient le 
sens d'Opposant, d'Ennemi, d'Adversaire. 

Ouate. Origine inconnue. B. 

Littré dit que tous les synonymes des autres langues 
viennent, ici, de notre mot^ même l'anglais luadj et l'ita- 
lien ovata proposé par Diez qui le rattache à Ovum, CEuf, 
à cause de la rondeur des bourrelets faits avec la ouate. 
Il préfère l'opinion de La Monnoye qui regarde Ouate 
comme un diminutif de Oue^ oie : [Ouette, ouatte). 

Nous avons reproduit tout l'article parce que, Littré 
n'y étant pas affirmatif, on peut douter d'une origine qu'il 
accepte avec plus de condescendance que de véritable 
conviction. 

Nous n'acceptons pas Oue, et tenons pour bonne l'indi- 
cation ovata, avec cette restriction^ cependant, que ce 
n'est pas un dérivé de Ovum. 

Ouate est de même provenance que ouailles. Ovata c'est 
la toison frisée (en boules, si l'on veut), de la Brebis : Ovis. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 229 



Page (masculin). Origine inconnue. B. 

Il est probable que Page est dérivé du latin pœgmum 
qui est le grec paignion, Nom de jeune esclave. 

D'autre part, la mutation fréquente de d en g permet- 
trait de faire venir Page du génili^ païdos : Enfant. 

Paillard, (arde). « Personne de vie dissolue ». Littré. 

Au Glossaire de Rabelais, Paillarder c'est : Se rouler, 
fainéanter dans le lit, sur la paillasse, ou la paille : palea. 

Tel est le sens primitif du verbe. — VEpeautre, une 
espèce de froment, offre aussi des dérivés qui ont eu 
même fortune que ceux de la paille. Un grabat se disait : 
peautre ; l'ancienne langue avait peautraille, Vaurien; 
dans la Brie, un mauvais drôle c'est : pauirain. 

En Bretagne, pautr désigne simplement le Garçon. 

Palétuvier. Origine inconnue. B. 

Le Manglier, ou Palétuvier, est un arbre qui croît dans 
les lagunes, et sur les bords fangeux de la mer, entre les 
tropiques. Ses branches inférieures, dépourvues de feuil- 
les, se recourbent pour s'implanter dans le limon, s'a- 
joutant, comme soutiens, à ses racines, et sont, comme 
elles, toujours humectées. 

Par le fait, le Palétuvier a constamment le pied dans 



230 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Teau chaude, et vit au milieu d'une bupe tiède, — dans 
une étuve humide. 

Ainsi considéré : Palétuvier nous apparaît formé de 
deux mots : Palus, Pieu, tronc, arbre, et : stuba, Étuve, 
que nous avons vu à Étouffer. 

Palonnier. Origine inconnue. B. 

Littré cite Palon, Pelle de bois, ou Spatule des ciriers; 
mot qui semble venir entre : palonnier, la Traverse où 
s'attachent les traits des chevaux, — et pal, ou Poteau. 

Ces trois mots désignent^ tous, des pièces de bois, d'une 
forme analogue, des bâtons, et dérivent également du 
même mot latin : palus. Pieu. 

Panader (se). Origine inconnue. B. 

Se Panader est le même verbe que : se Pavaner; Littré 
note qu'on a écrit Paonnader, ce qui ne laisse pas de doute 
sur une dérivation du mot Paon : latin pavonem. 

C'est Marcher avec ostentation, se Pavaner; une an- 
cienne danse s'appelait /^avawe. — « Les chevaliers, dit 
un auteur du xviii^ siècle, menaient la pavane sans quit- 
ter le harnais ni la cotte d'armes ; les hommes à pied, 
approchant des femmes, tendaient les bras et les mantes, 
en faisant la roue, comme les Coqs d'Inde ou les Paons ». 
Citation de M. Rozan. 

Se Panader pourrait avoir une autre étymologie dans : 
penna (plume) d'où est venu l'ancien français : pennache, 
aujourd'hui panache. 

Pour être différente d'origine, l'idée finale serait tou- 
jours la même : Étaler ses plumes comme le paon. 

Panne (de graisse, ou pièce de bois). Panneton. 
Ces mots, dits d'ORiGiNE inconnue, dérivent de Pan qui 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 231 

a donné panneau, et a le sens d'Étendue dans : empan, 
et celui d'Étoffe dans : panne. 

De fait, c'est toujours le latin pannus, Morceau, et Hail- 
lon. Un /3aw d'habit, [in pan de muTailie, le panneton d'une 
clef, panne de lard... sont des dimensions, régulières, ou 
non, déchiquetées sur les bords {haillon), ou ébouriffées 
à la surface [pannes). — Qu'une étoffe soit effilochée sur 
la tranche, ou sur un de ses côtés, c'est toujours une 
panne, Haillon dans un cas. Tissu particulier dans 
l'autre. 

Pantoufle. Venu de l'italien Pantofola (même sens). B. 

Dans Rabelais, ce mot est écrit Pantophle et M. P. Du- 
pont dit ceci : « D'après l'expression : Le liège de ses pan- 
iophles, on comprend pourquoi Rabelais se complaisait 
dans cette orthographe du terme que nous écrivons joan- 
toufle, et qu'il dérivait du grec : jmntos {Tout) et phellos 
(Liège) ». 

On fait allusion, ici, aux bons buveurs qui, disait-on, 
absorbaient assez de liquide pour sentir gonfle?^ le liège 
de leurs chaussures. 

Papelard. Origine inconnue. B. 

Littré dit : Papelard, qui mange le lard. 

En italien, Pappalardo signifie Goinfre, et aussi : Faux 
dévot. 

Notre mot est donc fait du latin : pappo, Manger, et 
lardum Lard. 

Les confréries de moines mendiants ne dédaignaient 
point les bons morceaux, et leur dévotion, par ailleurs, 
étant douteuse, on s'explique bien que le même terme 
ait qualifié un Gourmand et un Hypocrite. 



232 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Paquet. « Anciennement pacquet (d'où pacotille), 
vient, par un latin du moyen âge paccusy du celtique /)ac, 
paquet. Dérivés paqueter et empaqueter. » B. 

Le radical de ces mots, auxquels il faut joindre pacte 
et compacte j Compaing (V. à Parpaing), n'est pas le gaé- 
lique pac. Il se trouve dans le participe passé de impin- 
gere (déjà cité pour Empeigne). 

De impactus, les étymologistes ont fait impactare, em- 
pêcher. Or, impactare donne encore mieux empactery 
égal, pour l'oreille et l'intention, à empaqueter. 

Parage. (De haut parage.) Paraticum, dérivé de par, 
Égal, pair. — Parage. (Rivage de la mer.) Origine incon- 
nue. B. 

Il existe un autre parage : Le labour donné aux vignes 
avant l'hiver, et qui, soit comme égalisation du terrain, 
soit comme opération préparatoire a pour étymologie : 
par, Égal, ou parare. Disposer. A ces deux titres, c'est 
encore Paraticum. 

Il n'y a pas de raison pour que : Parage : le rivage de 
la m,er, ait, en philologie, un autre radical. Donc, tout ce 
que nous avons à chercher, c'est l'enchaînement des 
idées qui peuvent conduire de Parer à Côtes maritimes. 

Il est, tout d'abord, évident que, les bords de l'Océan 
étant de configurations très dissemblables, il faut écarter 
le sens de l'adjectif ^ar^ que l'on pourrait être tenté d'ad- 
mettre, en ne considérant que les grèves, où le flux et le 
reflux égalisent le sable. 

Parer, de même que tout verbe ( Verbum, Mot par 
excellence), nous off're les ressources les meilleures pour 
nous conduire à comprendre parage, dans ce qu'il sem- 
ble encore avoir d'un peu obscur. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 233 

Les diverses acceptions de Parer sont : Mettre en état 
convenable, — Orner, — Habiller (donc. Couvrir), — 
Éviter (donc. Protéger). 

Être paréy c'est : Etre prêt, — orné, — couvert, — à 
Vabri; autant d'expressions qui peuvent se passer d'é- 
claircissement. 

Parer un coup est de langage courant, et, quant à la 
parure, chacun sait quels manèges elle comporte. Une 
toilette ne se fait pas sans tours et détours, notamment, 
pour l'habilleuse qui contourne son œuvre sans cesse, qui 
Vatourne, comme on disait jadis ^ouv Parer, et dont nous 
avons conservé atours. 

Nous insistons sur ces dérivés de Tour, parce que con- 
tours, alentours et Parages ont, pour nous, même signi- 
fication dans la circonstance présente, et nous pouvons 
croire, maintenant, que l'explication désirée se dégagera 
seule de quelques citations. 

En marine. Parer la coque, c'est, suivant le cas, orner 
le navire, ou le garantir d'un abordage. — Parer la côte, 
c'est Véviter; c'est, par exemple. Faire le tour d'une 
pointe, d'un cap. 

Parage (au sens cherché) est donc, à notre avis, la terre 
ferme dont le bâtiment doit éviter, ou Parer le choc. 

Parpaing. Origine inconnue. B. 

Il existe, en marine, un verbe Perpigner qui est ainsi 
défini : Disposer les couples d'un bâtiment en construc- 
tion, et les placer ferpendiculairement à la quille. 

Parpaing nous semble devoir être lié, comme substan- 
tif, à Perpigner. C'est une pierre qui tient toute l'épais- 
seur du mur, et même le déborde ; elle est donc perpen- 
diculaire à l'axe de ce mur. 

Dans cette situation, le Parpaing peut être considéré : 



234 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

OU comme solidement tenu, ou comme un lien puissant, 
— ella seconde moitié du mot se trouve dans Empeigne 
que nous avons indiqué venir du latin impingere, Embar- 
rasser dans... Ici, la préposition, au lieu de m, est per 
signifiant : Tout à fait (V. Farfadet). 

Parpaing : Qui est pris, ou qui prend, complètement. 

— C'est à cause de Tidée d'assemblage, de liaison, que 
nous avons renvoyé à Parpaing ce que nous voulions 
dire de Compagne, féminin du vieux terme compaing, 
aujourd'hui copain. Dans cette forme compaing, nous 
voyons l'accusatif compaginem (jointure, union) qui, 
comme sens, et pourl'étymologie, nous paraît préférable 
à la proposition : cum pane (celui qui mange le même 
pain que vous) . 

Cette origine est cependant partout admise, bien que 
M. Brachet, qui Ta vulgarisée, ait présenté comme fic- 
tifs ; le latin cum panis, et le mérovingien companio. Il 
n'est affirmatif qu'en ceci, qui nous permet de nous en 
tenir à compaginem : « Le plus ancien exemple que l'on 
connaisse de ce mot, c'est compagn. » 

Patois. Origine inconnue. B. 

Ménage et La Monnoye font venir ce mot de jjatr^iensis, 
et.il devrait s'écrire patrois. Littré dit qu'en provençal : 
Pays : c'est pati, et que Compatriote, c'est patois. 
Comme origine, cela vaut mieux, croyons-nous, que 
Padoue mentionnée pour ville au langage incorrect. 

Patte. Origine inconnue. B. 

D'après Littré, Patte^ espagnol Pata, vient d'un radi- 
cal pat, qui se trouve aussi dans l'allemand Patsche, 
même sens. 

Ce radical, nous le voyons plus clairement encore dans 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 235 

le nom des disciples d'Aristote. Le maître donnait ses 
leçons en se promenanty et ses élèves reçurent le titre de 
Péripatéticiens qui contient pate'in, Marcher. Aussi Rabe- 
lais disait-il pâté pour patte, et la cinquième édition du 
Dictionnaire de l'Académie écrivait joa^e ]^o\\r patte. 

L'adjectif joa^^w a deux t, comme le substantif actuel, 
mais, dans les autres dérivés, on n'en trouve qu'un : 
Pataud, Patin, — et Patiner avec les pieds ; ou les mains 
que l'on appelle aussi de grosses pattes. De là, Patelin 
dont l'origine pourrait bien ne pas être historique. 
Citons encore : patrouille, autrefois patouille (en italien : 
pattuglia), et Patine la marque du passage du Temps, 
ou l'empreinte de sa main. 

Pavois. Origine inconnue, italien pavese, Bouclier, 
pavois. B. 

Pavois, anciennement Bouclier, d'où le sens de pro- 
tection, est aujourd'hui un terme de marine, désignant 
les parois du navire, au-dessus du pont qu'elles garan- 
tissent. Le terme a donc conservé, ici, sa signification 
primitive. 

« On disait aussi pavais (italien pavese), mais, une an- 
cienne forme française, relevée dans Ducange, est pa- 
vesme. » Littré. 

De cette indication dernière, on peut conclure que 
l'origine de pavois est le latin pavimentum. D'où notre 
adjectif pavimenteux, pour désigner, en anatomie, un 
épithélium disposé en Plaques, en Boucliers, en pavois. 
Du terme latin voulant dire : pavé, les anglais ont fait 
pavement. Trottoir. 

Pavois a donné pavoiser. Jadis, c'était les Écus armo- 
riés qui faisaient roffîce tenu, maintenant, par les Dra- 
peaux. 

16 



236 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Mais, en outre, pavois a donné pavillon. Nous n'igno- 
rons pas que nous sommes en désaccord, ici, avec cer- 
taine opinion qui assigne, comme mobilité, cette même 
provenance : papilionem, à Pavillon et à Papillon. 

Si gracieuse que paraisse l'image, nous ne saurions 
l'admettre parce qu'on n'y trouve point l'autre aspect de 
Pavillon y une Tente (chose tendue)., dont les parois, 
quelle que soit leur nature, ne doivent pas flotter, et dont 
la forme, souvent conique, explique pavillon d'instru- 
ment. 

Dans le rôle de tente, le pavillon est donc, comme le 
bouclier d'antan, comme le pavois marin, un revêtement^ 
un abri. Usité pour drapeau, il a encore même intention 
au figuré, quand on dit qu'il couvre la marchandise, 
qu'il protège nos nationaux. Dès lors, et de toutes fa- 
çons, il est (de même que son synonyme pavois) un 
dérivé du latin pavimentum, pavé. 

Nous sommes confirmé dans notre opinion par l'an- 
glais flag qui est un drapeau, et aussi une dalle, une gar- 
niture. 

N. C'est par le sens de revêtement, et non d'agitation 
que Papillon peut être rattaché à Pavillon. L'insecte est 
appelé Lépidoptère, et ce nom lui vient de ce que ses 
ailes sont couvertes, sur les deux faces, d'écaillés colo- 
rées, imbriquées comme les ardoises d'un toit, comme 
autant de petits boucliers. 

Pays. « En italien paëse, du latin pagensis dérivé de 
pagus, canton. Pagensis, réduit à pa[g)esis, donne pais 
par chute du g médial, et changement de e en i. D. 
paysan. » (Brachet). 

Il est beaucoup plus simple et, croyons-nous, plus 
rationnel de donner pour radical à pays, le substantif 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 237 

pagusj et de considérer paysan comme la traduction éty- 
mologique directe de paganus. 

Une valeur de a latin, c'est aij : (payer, de pacare); 
d'autre part, g égale s : (fraise, de fraga). Alors pag[us) 
est pays, lettre pour lettre, et pag-anus est pays-an. 

Si paganus perd le g médial, — comme il arrive pour 
ne[g)are, nier — nous avons pa-anus qui est exactement 
pay-en. 

Donc, le français pays, et même Titalien paèse, n'ont 
pas besoin du thème pagensis. Pagus suffit à leur genèse. 

Pêle-mêle. Anciennement Pesle-mesle. Proprement : 
Mêler, remuer avec une pelle. B. 

Il existe un autre mot qui, à l'origine, était Pesle, c'est 
Pêne, venu de Pessulum. 

Brouiller la serrure est peut-être faire plus de désor- 
dre que Remuer à la pelle différents objets. 

Pépin. Origine inconnue B. 

C'est faute d'avoir rationnellement expliqué le mot 
Pépie, que les Étymologistes se trouvent empêchés en 
présence de Pépin. 

Ils sont partis de cette idée que la Pépie, étant une 
maladie, représente le latin pituita. Toutefois, ils ont 
l'air de faire, là-dessus, quelques réserves. 

Nous trouvons au Dictionnaire : « Pépie, provençal 
pepida, italien pipita, portugais jt?emc?e; — du latin joi- 
tuita. D'où : pitvita, réduit à pivita, i^uis pivia qui donne : 
Pépie, par retour insolite rfe v à p. » 

Et Littré dit : « Pépie, wallon pépin, anglais joi/?, alle- 
mand pips, bas-latin pipita; du latin Pituita, mais ce 
changement duT eu p est singulier. » 

Donc, pituita ne vaut guère, de l'aveu même de ses 



238 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

protecteurs. D'autre part, le wallon pépin et l'espagnol 
pepita s'emploient indifféremment pour Pépie et Pépin. 
Il n'y a qu'un mot, dans chacune de ces deux langues, 
pour traduire \di graine d'un fruit et la maladie des oiseaux. 
Enfin, les Dictionnaires de Science naturelle donnent à 
l'une et à l'autre même étiquette latine : Pepita. 

Nous voici donc autorisé à écrire : Pépie égale Pépin, 
et le démontrer n'est pas une affaire épineuse. 

La Pépie consiste dans l'enchâtonnement — par une 
pellicule blanchâtre — de la langue des oiseaux, organe 
qui peut alors être comparé à la graine du Melon : j)^po- 

La langue a perdu sa souplesse, a pris la consistance 
du pépin, le malade ne peut plus boire, et meurt de la 
pépie. 



Maintenant que Pépin, l'enfant perdu, a son acte de 
naissance en règle, nous passerons en revue les divers 
sujets de cette féconde famille à laquelle il est rattaché. 

Nous avons déjà vu (à l'article Matou), que Pépier^ verbe 
neutre, était formé du cri des jeunes oiseaux, lequel 
peut être figuré par le radical pip, — et que, jadis, on 
disait aussi Pipier. 

De là sont venus : Pipions, ancien nom des Pigeons, 
— pépie, Maladie et pépin Graine, — piper. Chasser à la 
pipée, en imitant le cri des oiseaux, — pipeau, l'instru- 
ment qui contrefait leur chant et qui, étant un chalu- 
meau, s'appelait également pipe. 

La Pipe étant creuse, l'idée de Tuyau s'est agrandie 
jusqu'à désigner un Fût de liquide, on dit : une pipe de 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 239 

Vin, et il est curieux de voir, à travers ces pérégrinations, 
le radical venir nous remettre en mémoire la Soif causée 
par \a pépie. 

D'après Nodier, « chez les Grecs, Piô signifiait Bibo, de 
là le Piot de Rabelais et de nos anciens auteurs. Pinô, 
qui avait le même sens de boire, est devenu le nom fran- 
çais d'un raisin : Pineau ». 

Et il se demande si le Peperi des grecs, — d'où les 
latins ont fait piper, Poivre (une graine dont certains 
oiseaux sont plus que friands sur les lieux de produc- 
tion), — ne pourrait pas remontera la même racine pip, 
comme substance altérant et donnant la pépie ou la Soif. 

Quant à l'expression Piper les dés, elle se rattache, par 
le sens de 7'use, à la chasse aux oiseaux dont Montaigne 
aurait pu dire, comme de la Rhétorique : C'est une art 
mensongère et piperesse. Et, de plus. Piper un dé, c'est 
lui faire une pipe, un petit canal où Ton coule du plomb. 

« Boire, latin bibere, se rattache au grec Pinô par le 
sanscrit Pa (même sens). On trouve dans les Védas : 
Pib, d'où, par assimilation de consonnes : Bib, une 
reduplication. » Littré. 

L'Argot ne pouvait manquer de puiser à une source si 
généreuse. Il a pour les vieux buveurs : Bibard, Biberon, 
Bibassier, et le Cabaret de barrière, c'est une Bibine. 

Mais il a emprunté davantage à l'autre filon : Pib ou 
piv (l'espagnol joemo^a, Pépie). 

Cette forme a donné au gavroche son cri de Pi-ouitt ! 
la chanson du B'riquet, du moineau franc qu'il symbolise, 
dit Toussenel, et, dans son jargon encore, Pierrot veut 
dire : Vin blanc. 

D'une façon générale, le Vin, c'est pive on pivois, d'où : 
Se piff'er de vin, puis seulement Se piffer. 



240 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Le nez, qui prend la couleur du piot, est devenu Pif, 
— et Piton qui a donné le verbe pitanchcr, Boire à l'excès. 
Picton, Vin bleu, rappelle Tancien nom des Poitevins 
[Pictones), qui passaient pour fervents amis de la bou- 
teille, etc., etc. 

Enfin, comme pour donner raison à Nodier, Être tout 
à fait ivre, se dit : Être poivre. 

Percer. Origine inconnue. B. 

Percer nous semble avoir moins que perforer, la com- 
plète signification de Trouer, de Traverser; cependant il 
s'emploie aussi habituellement que lui, bien qu'on dût 
alors dire plutôt Transpercer. 

Les deux verbes que nous comparons ne diffèrent que 
par le nom de l'outil mis en usage : le Foret, ou la Scie. 

Dans l'italien persiari, nous voyons une forme persier, 
qui n'a peut-être jamais existé, mais qui est très fran- 
çaise, Sier ayant été la primitive orthographe de Scier, 
en latin secare. 

Perroquet. De l'italien Perrochetto. Dérivé Perru- 
che. B. 

Le Perroquet et sa partenaire la Perruche étant des 
oiseaux bavards, nous ferons venir le premier mot du 
latin : Per, qui marque l'excès ; et loquitari, fréquentatif 
de loqui. Parler. 

Le changement de l latin en r français est régulier, les 
deux consonnes étant des liquides : Lusciniola, Rossignol. 

Perruque. De l'italien Parruca. B. 

Ce mot est le même que Peluche, italien Pellucio dérivé 
du \dX\n pilum, poil. Les finales que et che sont égales, 
et les permutations entre r et l sont fréquentes. C'est 
ainsi que Pèlerin vient de Peregrinus. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 241 

En espagnol, un Perruquier y c'est peluchera; et le Pèle- 
rin est : peregrinoy tandis qu'en italien, c'est pellegrino. 

Dans les deux cas, c'est donc l'espagnol qui est resté 
fidèle au latin. Au pays d'origine, on a changé l en r, ou 
réciproquement, et nous avons suivi cet exemple. 

La coiffure, en France, a eu bien des modes. Les che- 
veux de l'homme, relevés sur les tempes, ont, à certaine 
époque, simulé de petites ailes et l'on disait : Être coiffé 
kVoiseau. 

De là (d'autres disent : d'un terme de Fauconnerie) est 
venue, au figuré, la locution : Être battu de Voiseau, 
analogue à celle d'aujourd'hui : Être défrisé. 

On a eu des Cadenettes; des Mèches, plates ou bou- 
clées... mais ce qui persistait, dans Xo. Perruque, c'était 
une queue plus ou moins fournie, et le tout a, pour équi- 
valent étymologique, : Perruchey nom d'un Volatile ainsi 
défini : Petit perroquet à longue queue. 

Perruque, Perruche et Peluche sont des égalités. Nous 
croyons, pour Perruche, au même sens que pour Perro- 
quet^ mais il y avait à noter aussi sa parenté avec Perru- 
que, à cause de ces expressions jumelles : Il radote, et : 
C'est une perruque. 

Petit. Origine inconnue. B. 

Diez rattache ce mot à un radical Pit^ voulant dire : 
étroit, pointu. 

Il faut donc entendre par là une atténuation quelcon- 
que, et non pas, uniquement, selon la verticale. 

C'est ainsi que Piton désigne : un Anneau avec une 
tige pointue, et aussi le sommet des montagnes, aux 
Antilles. En anglais, pitch offre de même le sens de 
hauteur; dans le Midi; Mon pitchoun c'est : Mon petit. 
Notre adjectif pourrait venir du laitin petium, Pièce, mor- 



242 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

ceau, dont il faut rapprocher le wallon petion, Aiguillon, 
etpitiCf Nain. 

Petit, faible, malheureux, sont termes de signification 
voisine, et l'anglais petty, Chétif, est de la même famille 
que le français piteux, en provençal pitos. 

Le changement, normal, entre les deux voyelles e, i, 
laisse toute valeur au radical Pit. 

Pile (ou face). Origine inconnue. B. 

Ce mot a donné lieu à des opinions très variées. Un 
passage de Borel, qui les résume toutes, se termine ainsi : 
« Pyle, ancien gaulois, signifiait un Navire... Or, en la 
première monnaie, qui fut celle de Janus ou de Noë, était 
représenté le Navire, ou Arche. » (Antiquités gauloises). 

Après cette citation, M. Rozan ajoute : « Il y avait, en 
effet, un Navire sur les anciennes monnaies romaines. En 
jouant à : Pile ou face; les enfants demandaient : Capita 
aut Navem, et nous disions autrefois : Chef ou Nef». 

Par là, nous comprenons pourquoi Littré, sans arriver 
à définir étymologiquement Pilote dit, cependant, qu'il 
ne vient pas de pilot diminutif de pile, au sens de Balise, 
ou perche indicatrice. 

Le gaulois Pyle, Navire, rend mieux compte du nom 
de Pilote donné au marin qui dirige le bâtiment. 

Pilori. Origine inconnue. B. 

Le Pilori était un poteau, dressé sur une plaque tour- 
nante, auquel étaient liés par un carcan les malfaiteurs 
condamnés à l'exposition en public. 

A cette explication, on joint ceile-ci : « Le mot est pro- 
bablement historique, et serait un composé : Puits-Lori, 
un puits possédé par un nommé Lori, et voisin de l'ins- 
trument de supplice. » 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 213 

Mais, dans Pilori, il nous semblait voir, au lieu de pu- 
teusy Puits, l'autre latin /}a/w5, Pieu, parce qu'il était assez 
naturel que pilori fût composé de termes révélateurs. 

Puis, son mouvement de giration nous fit penser à 
quelque radical comme dans : orienter, et enfin à la du- 
rée de l'exposition, comptée au sablier ; hora nous eût 
donné ores. 

En dernière analyse, nous croyons que le mot doit plu- 
tôt être divisé i^i-Zori. Nous faisions fausse route en nous 
le figurant ainsi : Pil-ori. 

Pi, c'est le Pieu auquel on était attaché, et lori, c'est 
la Courroie, en latin lorum. 

Le mot est écrit, en bas-latin : Pilloricum, et en proven- 
çal : espitlori où la première moitié est Espiel, Épieu, 
pour Poteau. 

Ces deux synonymes : le latin et le provençal semblent 
confirmer notre supposition. 

Pimbêche, Pimpant. Origines inconnues. B. 

Nous mettons ensemble ces deux mots, parce que, 
cherchant le premier, nous avons rencontré un terme 
dont l'interprétation peut expliquer le tout. 

C'est Pimpe, nom provençal de la Cornemuse. L'ins- 
trument nous a rappelé que V Anche exige du musicien 
des lèvres énergiques, et, avec la diff'érence des moyens, 
il serait tout aussi exact de dire : Pincer du Haut-bois, 
que Pincer de la Guitare. 

Une Pimbêche est la donzelle qui Pince du bec. Voilà 
pour le premier point. 

Pour le second : Une pimpe servant à faire danser, ex- 
plique que pimpant soit dit pour sautillant. 

Comme étymologie, il parait, suivant Littré, qu'au 



244 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

xvi^ siècle, on employait également joimper ei piper pour : 
Exceller en quelque chose. 

Le verbe serait alors de la même famille que Pipeau, 
auquel nous joindrons Pibole, la musette du Poitou, et 
Pibroch la Cornemuse écossaise. 

Pirouette. Origine inconnue. B. 

La Pirouette est un jeu d'enfant, une petite roue tour- 
nant en équilibre sur l'extrémité d'un axe, d'un pied. 
C'est également l'évolution d'un danseur qui fait des 
ronds de jambe, debout sur un pied. 

Pirouette est donc composé de deux mots : pied, et 
rouette (diminutif de roue) contractés en pirouette. C'est 
l'explication la plus plausible, mais les étymologistes 
font difficulté pour l'accepter et semblent plutôt croire à 
Girouette ou Berouette, aujourd'hui brouette. 

Aucun de ces mots ne rend l'idée de pirouette et nous 
gardons Pi égal à pied, comme nous l'avons pris pour 
valeur de pieu à Pilori. 

Pied ou Pieu, c'est pareil au sens de Tige, d'axe, de 
support. 

Par ailleurs, nous avons, en vénerie, le mot Pigache, 
appliqué au Sanglier ayant, à la trace, une pince plus 
longue que l'autre. C'est un signe relevé d'après le pied, 
une irrégularité. — Gâche est gale (gauche, mal dirigé) — 
et Pi c'est évidemment le pied, comme dans Pirouette. 
Sauf erreur. 

Pisser. Origine inconnue. B. 

Littré donne le provençal pissar, et l'italien picciare, 
ajoutant que ce verbe est probablement une onoma- 
topée. 

Nous pensons qu'il vient de pis, terme de boucherie 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 245 

désignant la partie inférieure du ventre de Tanimal, dans 
toute sa longueur. 

Outre la localisation, l'analogie de formes, sinon de 
fonctions, a, sans doute, conduit à faire un verbe pour 
ce commun phénomène de deux organes dissemblables : 
Le ruissellement d'un liquide. 

Pivot. Origine inconnue. B. 

« Ce mot est, en italien, Piva qui signifie Tuyau, en 
français jyipe. » Littré. 

Qu'il soit creux ou non, un morceau de bois peut servir 
de pivot. Pour combler l'intervalle entre Pipe et Pivot, 
les philologues demandaient un b intermédiaire. On le 
trouve en Poitou : Pibole, Musette, cornemuse. Le b se 
place entre le p et le v. 

Plaie. — Il n'y a pas d'hésitation à faire venir ce mot 
du latin plaga, dérivé lui-même du grec plèguè, Coup. 

Mais Plaga nous a donné aussi Plage, et nous étions 
curieux de savoir si le grec était encore ici le même. Il 
n'en serait rien ; on cite pelagos, Mer, la plage étant le 
terrain de l'Océan. 

Nous doutons de cette dernière étymologie pour deux 
raisons : d'abord, parce qu'il est au moins singulier de 
voir le grec, avec deux thèmes opposés, aboutir à une 
seule forme latine; — en second lieu, parce que Amyot 
écrit playe, au lieu de plage. 

Donc, en français P/aie et Plage, transformations nor- 
males du \dXmplagay sont seulement deux faces du même 
mot. 

Et alors Plage ne vient pas de Pelagos mais bien (de 
même que Plaie) de plèguè, Coup, hd, plage est le terrain 
battu par la mer. 



246 SOLUTIONS DE PROBLÊMES 

Planche. 

Ce mot vient du latin planctaj participe passé de 
PlangOy frapper. 

Par chute du t, comme dans : Fléchir, de flectere, on a 
planca qui égale Planche. 

Nous retrouvons, ici, ce que nous avons vu à Copeau, 
la fusion de ces deux sens : le coup qui détache un objet, 
et Vobjet détaché par le coup. 

Plaque. Mot d'origine germanique; flamand pkicke, 
lame de bois. B. 

A notre avis. Plaque vient du radical de Platea, Place. 

Nous avons déjà vu les transformations de c doux, ou 
de s, à Morgue, et Tune des finales produites était que. 
Par même raison qu'alors, Place nous mène à Plaque. 

Nous conclurions encore pareillement, avec le seul 
examen de thèmes qui ne difî'èrent que par leurs termi- 
naisons, et reconnaissent une commune provenance. 

Une Place, une Plaine, une Plaque sont choses plates y 
sans reliefs. 

Or, nous notons que, si Ton a fait dériver Plan de 
planusy on a tiré la forme féminine, plane (outil de 
menuisier), de platanus. 

Ce platanus est le nom d'un arbre, le Platane, ainsi 
nommé de son écorce qui se détache par places, ou en 
plaques, et, dans Rabelais, une plaque, c'est Plataine, 
d'où platine. 

Par là, nous considérons comme parfaitement égaux 
Place et Plaque, qui ont même provenance : l'adjectif /)/a^ 

Et celui-ci appartient, non pas à l'allemand platt, mais 
au grec plate qui est en composition dans : Omoplate. 
l'Os plat de l'épaule. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 247 

Pleige. Origine inconnue. B. 

Les substantifs : Pleige, caution; — Plaid et Placet : 
(de placitum) ne sont que des variations d'un thème 
unique : Placere, Plaire, ancien verbe français; Plaisir. 

La formule finale des jugements d'autrefois : Quia taie 
est nostrum placitum (Parce que tel est notre verdict) se 
traduit fort bien par : Tel est notice bon plaisir. Nous disons 
de même, quand on nous présente un argument de 
valeur : Cette raison me plaît, ou : Cette raison plaide en 
faveur de... 

Ceci entendu, nous voyons que Plaid (jadis Plait), du 
latin Placitum, désignait les assemblées féodales où se 
jugeaient les différends; — réunions faites, sans doute, 
avec Vagrément de tous, pour amener l'accord, le gré à 
gré entre les parties. Agrément et Plaisir ont même sens. 

Par la suite. Plaid a été pris pour Audience d'un tri- 
bunal, d'où le sens ultérieur de Plaidoyer, ancienne 
forme du verbe Plaider. 

Jusqu'ici, sauf intercalation de quelques aperçus, nous 
n'avons fait que reproduire le Dictionnaire d'Étymologie 
lui-même. Cependant, nous avons fait du chemin, et nous 
touchons au but. 

« En provençal, dit Littré, Plaider se dit Playejar, 
plaegar, et en catalan, c'est pledejar. » 

Du Catalan nous reprochons l'anglais Pledge et à la 
suite de cette identité nous lisons : Caution. 

En conséquence, dans ses extensions de sens, Plaid est 
allé jusqu'à nommer celui qui, de bonne grâce {placitum), 
répond, en justice, pour un autre. 



248 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



Nous ne croyons pas nous être trompé dans nos déduc- 
tions, malgré la note de Littré, où pleige reste en litige. 
Il dit que ce mot est, en bas-latin : plegium, plevius, pli- 
vium, pluvium; qu'il faudrait, pour l'expliquer, un radical 
en B ou en v; et que Diez avait proposé : prœbiumj Otage, 
(de prœbere). 

Or, Prxbium est, au moins, inutile, carie c donnant g, 
et celui-ci, v, on remonte de Pluvium à Plegium et, de 
là, à Placitum. 

Du reste, c latin donne directement g, en français^ et 
notre version supporte très facilement l'épreuve philolo- 
gique de la transformation des lettres. 

Les provenances d'un même radical peuvent avoir des 
finales si différentes, qu'il n'en faut pas conclure que 
deux mots, en apparence, étrangers, le soient réelle- 
ment; ces désinences variées tiennent à la chute : ici, 
d'une voyelle ; là, d'une consonne. 

Ainsi : Placitum a fait plac'tum d'où plait (comme Lait, 
de lactem) mais, si c'est le t qui tombe : {lactarey Lécher), 
nous avons : placium — plagium^ le bas latin plegium et 
le français Pleige. 

Pleutre. Origine inconnue. B. 

Nous ne trouvons sur ce mot rien qui puisse fixer les 
idées, eu égard à sa provenance. Ce terme qualifie, au 
moral, un individu de piètre valeur. 

Mais ce n'est pas la première fois que nous rencontrons 
une pensée de discrédit jointe à une expression qui, tout 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 249 

d'abord, n'avait en soi rien de mauvais que Findice d'une 
position sociale peu relevée. Telles sont les épithètes : 
Coquin, Cuistre, Fripon, Gredin. 

Cette considération nous amène à tirer Pleutre du 
latin : plaustrum, Chariot, au sens de : Valet de charrue. 

Le mot désigne alors un Villageois, et nous pouvons le 
comparer au wallon pleuit, plautre : un Champ. Jadis un 
Vilain n'était pas autre chose qu'un habitant de la cam- 
pagne. 

Poison. Vient du latin Potionem, et il n'y aurait pas 
lieu de s'occuper de ce mot, si l'article de Littré s'en 
tenait à l'Étymologie. Mais il signale deux genres d'ac- 
cidents qui donnent à réfléchir. 

« Poison, dit-il, est féminin d'origine; le peuple, fidèle 
à la tradition, dit : La poison. C'est avec le xvii^ siècle 
que le masculin commence. Pourquoi? On ne se l'expli- 
que guère, à moins de supposer que poisson, voisin de 
poison par la forme, l'a attiré à soi, et l'a condamné au 
solécisme. » 

Ce voisinage peut, en effet, n'avoir pas été sans 
influence, d'autant mieux que poisson était une Mesure 
de capacité pour les liquides et que : Avaler un poisson 
devait être, comme aujourd'hui, considéré, quelquefois, 
par certains esprits judicieux, tout aussi efficace que 
d'Avaler un poison. 

Cela dit, pour le changement de genre; il n'est pas 
étonnant que le mot ait été employé, avec une remar- 
quable fréquence, au xvii^ siècle où La Voisin, pour trafic 
de poisons, fut brûlée en place de Grève, 1680. 

En second lieu, ajoute Littré : « Poison n'a jamais dû 
signifier une substance vénéneuse, et longtemps la langue 
ne s'en est servi qu'en son sens étymologique de boisson. » 



250 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Il faut croire, cependant, que le peuple faisait une dis- 
tinction entre : Boisson et Poison (ou potion). L'une appar- 
tenait à Talimentation ordinaire; l'autre, au régime des 
malades. La première est jugée inoffensive, la seconde 
est suspectée, (quand on ne guérit pas), d'avoir empoi- 
sonné qui l'a bue. Toujours est-il qu'en vieux langage 
français, Empoisonner se disait pour Médicamenter, et 
la Potion s'appelait Empoisonnement. — On sait que 
les Grecs avaient un seul mot : pharmakon pour : Médi- 
cament, et Poison. 

Notons enfin que boisson et poison n'ont pas même pro- 
venance, de par l'Étymologie, tandis que potion et poison 
sont bien les deux formes d'un terme unique : potionem. 

En conséquence, nous pensons que, dès l'origine, l'idée 
d'un agent toxique s'est attachée à Poison^ en même temps 
que celle, plus générale, de boisson. 

Polisson. Origine inconnue. B. 

D'après Littré, le mot viendrait du latin politionem, 
et le sens primitif de polisson serait celui de Nettoyeur, 
de balayeur (Polir). 

Il serait assez curieux que la provenance fût la même 
pour la fausse tournure des femmes (le polisson); — 
c'est-à-dire, que l'idée première, au lieu d'être grivoise, 
se rattachât à celle de balayeuse^ Garniture des robes qui 
faisait, par derrière, sur le pavé, office de polisson. 

Poltron. De l'italien Poltrone. B. 

En français, il est beaucoup de mots par agencement 
de termes latins tronqués. Les jours de la Semaine ont 
tous des noms ainsi composés. 

Saumaise avait déjà émis cette opinion que Poltron 
était fait des premières syllabes de : pollex et de trun- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 251 

catus : Pouce tronqué, parce que, sous les empereurs 
Valens et Valentinien, plus d'un homme se serait mutilé 
de la sorte pour éviter le service militaire. 

Littré n'accepte '^pas cette explication et, pourtant, il 
dit qu'on appelait poltroiiy en terme de vénerie, le Fau- 
con auquel on avait rogné les ongles des doigts postérieurs. 

D'où il faut conclure que Saumaise s'est trompé sim- 
plement en ceci : l'indication de Yanimal amputé, et que 
son étymologie proposée est bonne. 

Pompe. Machine pour élever l'eau. Origine incon- 
nue. B. 

Dans Rabelais : Apopompée est le nom du bouc émis- 
saire des Juifs. Le mot est formé de : Apo, Loin de, et : 
pempô, ] envoie. 

La Pompe est la machine qui envoie, qui lance de l'eau. 

Pote. Potelé. Potiron. Origines inconnues. B. 

(( En Berry, PotroUy c'est le champignon, et la citrouille; 
dans le langage populaire, on dit poturon, le fruit ayant 
forme de ^pot. » Littré. 

Il y a toute apparence que cet état de rondeur a fait 
aussi appeler : Pote \xuq Main grosse et enflée, potelée 
souvent par le froid ; et cela nous fait songer à Potache, 
l'Écolier si communément affligé d'engelures. 

Et comme, dans ce cas, les doigts sont inhabiles, nous 
voyons que Ducange wom.m.Q pote la main gauche, de tout 
temps et partout, taxée de faible. 

Les latins l'appelaient smw^ra, mauvaise, ou Ideva, lisse 
(sans le cal du travail). L'italien] dit stanca, fatiguée, ou 
manca, manchote ; le provençal, senero, décrépite ; l'an- 
glais left, délaissée. Nous avons expliqué notre adjectif 
Gauche. 

17 



252 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Pou. Anciennement Pomî;, à l'origine Péouil. Vient du 
latin fïciiî peduculus qui seraâi une forme secondaire de 
pediculus. B. 

Si Ton s'arrête à ces indications, on se figure que joerfi- 
culus est diminutif de pied; on cherche le rapport qui 
peut exister entre l'insecte parasite et le terme botani- 
que, et l'on est conduit à penser que l'animal, perchant 
sur les brins emmêlés de la chevelure, ou bien y dépo- 
sant ses œufs en grappe, est dii pédiculaire parce qu'il 
vit sur pied (sur tige), avant et après son éclosion. 

Il n'en est rien. Le sens de tige est bien dans son nom 
de pediculus^ mais il s'agit d'un petit appendice figurant 
des cornes droites, et qu'il porte de chaque côté de la 
tête, près de Vœil. 

C'est ce qui est indiqué par les synonymes : pidocchio 
(italien), et piojo (espagnol). Le latin fictif dont il était 
besoin pour faire péouil serait alors pedoculus. 

Si l'on a pris peduculus, c'est à cause de certaine règle 
qui VEUT que ouil vienne de iicl, et non de ocl. Celui-ci ne 
pourrait donner que oily témoin justement : OEil, jadis 
Oilj de oculus réduit à oclus. 

Selon nous, oclus égale uclus, et, forcément, puisque 
Pedoculus, que nous supposons remplacer Pediculus, a, 
sur le fictif admis en linguistique, l'avantage de corres- 
pondre exactement avec l'italien et l'espagnol. 

Le vrai latin pediculus reparaît, comme forme savante 
dans pédiculaire le nom de la Maladie causée par l'inva- 
sion du parasite. D'allure scientifique sont également les 
termes de plantes : Pédicule et Pédoncule, faits : le pre- 
mier, siwec pe dis. Pied; l'autre, qnqq. pedum, Bâton, tige. 

Une étymologie pour l'Argot du ruisseau, c'est Ped- 
zouille, en provençal pezoill, Pouilleux. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 253 

Poulaine (Soulier à la). Origine inconnue. B. 
Le Glossaire de Rabelais dit que c'était une chaussure 
à pointe longue relevée, et que cette mode, venue de 
Pologne, dura depuis Charles V jusqu'à la fin du xv** siècle. 

Littré indique même provenance : « la Pologne s'ap- 
pelait Poullaine; l'italien pulena et le grec poulena signi- 
fiaient : Peau de Pologne. 

Il est une autre explication que nous ne savons à qui 
rapporter, mais qui nous est assez présente pour la re- 
produire. 

L'argument était que Poulaine voulant dire Pologne^ la 
formule : Soulier à la poulaine ne valait rien pour signi- 
fier : Chaussure à la polonaise, car c'est l'adjectif et non 
le substantif qui s'emploie toujours en pareilles circons- 
tances. 

On faisait alors venir le mot de : Poule, avec le sens 
de : bec de poule. L'avant des navires, terminé en pointe, 
se nommait : poulaine, et, par là, on s'exprimait correc- 
tement au moyen d'une comparaison en disant : un sou- 
lier à \sL poulaine ou comme une poulaine. 

Preux. Anciennement Preus; à l'origine, Pros; en ita- 
lien Pi'o. Mot dont l'étymologie est inconnue. B. 

Littré ne se prononce pas dans cette circonstance, — 
comme en bien d'autres. Sa modestie, qui est celle des 
grands savants, nous est naturellement étrangère et nous 
tenterons l'explication du mot énigmatique. 

Il y aurait apparence que la racine fût probus, car : 
Preuve, italien prova, latin proba, signifie : Valeur, cou- 
rage. On dit : Il a fait ses preuves; et la forme tronquée 
Pro a donné proesse, puis prouesse. Enfin, l'italien Pro 
veut dire aussi : beaucoup. C'est notre adverbe jorow qui 
vient — dit-on — de probe, Bien. 



254 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Malgré ces considérations, Vaidieciiî probus (qui pour- 
rait donner preus) , n'est pas admis, parce qu'il ne rend 
pas compte de la forme pros. 

Cherchons alors d'un autre côté. En récréation, les 
enfants disent : « Je suis lepreu, c'est moi qui commence^ » 
et l'on peut lire, au Glossaire de Rabelais : « Empreu, en 
premier; du grec : en et proios. » 

Par chute du t médial, Protos fait proos et, par con 
traction, pros qui est, dans notre langue, le premier en 
date; ou le preu. 

Proue était au xvi® siècle joroe et vient, dit-on, de l'es- 
pagnol /)roa. 

Nous avons déjà tiré deux formes analogues : Hoe et 
Houe du latin agolurriy parce que nous ne croyons pas 
qu'il y ait d'exceptions pour certaines consonnes médiates 
(entre deux voyelles) et que, dans cette situation, les li- 
quides peuvent disparaître aussi bien que les dentales t, 
et D, dans : rota. Roue; cauda, Coue. 

En conséquence. Proue est le latin picora qui, perdant 
R médial, a donné l'ancien français : proe, égal au terme 
3iCtnel proue ; la voyelle o du radical ipouxant persister, ou 
se changer en diphtongue. 

Provence, ou Province romaine, cela s'entend et l'on 
ne va pas plus loin. Cependant, Province par opposition 
à la Capitale d'un pays quelconque n'a pas d'autre étymo- 
logie que celle de Provence. C'est toniours provincia. 

Le mot latin a donc, en lui-même, une signification 
particulière, et une autre, qui n'est que par exten- 
sion. 

Province veut dire : pays conquis [Pro vincere, Précé- 
demment vaincu). En dehors de Rome, tout était Pro- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 255 

vince, comme Test aujourd'hui, chez nous, tout ce qui 
n'est pas Paris. 

Purée. Anciennement peurée^ à Forigine pevréey du 
latin piperata (proprement : Mets sm poivre). B. 

Nous ne pouvons admettre cette explication, parce que, 
de piperata si Ton peut faire piverata, on ne saurait arri- 
ver à PEURÉE que par une vocalisation de v en u (théorie 
fausse). 

La dérivation par piperata est donc imaginaire ; elle 
conduit, du reste, à un sens inexact : une purée n'est pas, 
proprement, un mets au poivre. 

Tant qu'à prendre un bas latin pour purée ou peurée 
(à la romaine pevrée), on peut s'en tenir kpurata : chose 
émondée, purifiée, épurée j ce qui est l'idée qu'on se fait 
d'un mets présenté en bouillie, et composé d'une subs- 
tance, tout d'abord, débarrassée de ses parties peu comes- 
tibles. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 257 



Q 



Quenotte. Diminutif de Tancien français Quenne 
(Dent) qui est d'origine germanique (islandais Kenna, 
Mâchoire). B. 

Pour nous, qui sommes convaincu que la tonique 
latine des auteurs est seulement la voyelle qui corres- 
pond, — après coup — à la tonique française, — nous 
voyons, dans Quenne, le latin canina accentué sur a. — De 
même, Sapphirus (qui a fait : Saphir), a donné aussi 5a/re 
(Couleur bleue). 

En prenant pour tonique la voyelle i nous avons créé 
une autre forme, qui est : canine, la Dent qui, chez quel- 
ques animaux, est la première à faire son apparition. 

Queue (futaille). Origine inconnue. B. 

Au sens de : Grand vase à mettre le vin, le latin nous 
ofîre cadus qui a donné le mot français queue, Tonneau. 

La queue d'un animal, c'est cauda, assez semblable à 
cadus pour que ces deux termes aient pu nous arriver 
avec une orthographe identique. 

Quinaud. Origine inconnue. B. 

Le mot s'écrivait aussi Quignaud. 

De même que pour Baguenaudier, nous pensions à no- 
dare, Nouer, et, en cherchant de ce côté, nous avons trouvé 
ceci, dans Littré : 



258 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

« NcEUD, picard naud; italien nodus, pour gnodus qui se 
retrouve dans l'anglais : knot, etTallemand : knoten. » 

Il n'y a donc pas d'erreur pour la dernière moitié du 
terme. Naud ou gnaud, c'est nodus. — Quant au sens de la 
première, il est contenu dans l'ancienne expression : Nouer 
Vaiguillette qui nous semble valoir : Faire qui-naud. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 259 



R 



Rafale. Origine inconnue. B. 

Une ancienne forme : Raflais, nous donne à croire que 
rafale vient du latin re-flare, Re-soufïler : Renforcement 
de la brise. 

Rainure. Origine inconnue. B. 

Rainure et Ruinure sont termes de menuiserie, desquels 
on peut rapprocher ro^nwre ; Coupure en rond. 

« Rainure dérive de Tancien français rain, Lisière d'une 
forêt ; allemand rain, Bord. » Littré. 

Selon nous, rain est le latin ramus qui est dans le dimi- 
nutif : ramicellus donné pour rainceau, forme ancienne de 
l'inceau. 

La Ruinure, faite dans un poteau pour encastrer la ma- 
çonnerie, entaille assez le bois pour dire qu'elle le ruine. 

Rancart. Supposera-t-on Rang et Quai't? demande 
Littré. 

Cette supposition nous semble être la seule vraie, — 
peut-être parce qu'elle concorde avec nos propres recher- 
ches qui nous avaient déjà mené aux mêmes aboutis- 
sants. Ceux-ci offrent, en effet, une explication assez 
vraisemblable du terme énigmatique. 

Nous admettons seulement, pour toute licence, que le 
G de rang a disparu comme inutile à la prononciation. 



260 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



Alors, le substantif, soudéàladjectif, a fait le composé : 
rancart égal à rang quart, ce qui nous reste à prouver. 

Quart est le latin quartus, quatrième, et, en français, 
cart a même consonnance et même signification ; on écri- 
vait Quaresme et Carême, Quarrefour et Carrefour ; « René 
des Quartes ou des Cartes. » (Lectures par Staaf). — 
(( Cartel est quartellus (quartier), diminutif de quartus, 
quart. » Littré. 

Ceci établi, voyons comment : Mettre une chose au 
7'an-quart c'est la reléguer aussi bas que possible. 

En blason, Écarteler, c'est partager Técu en quatre. 
En quatre seulement; si c'était en cinq, quatre ne pour- 
rait pas être le dernier terme. 

C'est ainsi, nous semble-t-il, que Rancart peut équi- 
valoir à rang quatrième, tout en conservant le sens de 
situation défavor^able pour l'objet ou l'individu mis de 
côté, à part, à V écart. 

Rapière. Origine inconnue. B. 

Certains auteurs ont proposé l'allemand ra/fen, rappen, 
Arracher. Le latin rapere ayant même sens, nous lui 
donnons la préférence. 

La Rapière est l'arme qu'on dégaine vivement, que Ton 
arrache du fourreau. 

Raquette. Origine inconnue. B. 

« Le nom ancien était Racheté représentant un dimi- 
nutif de racha, Paume de la main. » Littré. 

En chiromancie, il y a une ligne du poignet, appelée 
rascette. On avait, autrefois, un substantif : rache tenant 
à un verbe racher (qui se trouve dans Arracher) signi- 
fiant : Gratter, de y^a^ca (Gale), dont il faut rapprocher 
l'espagnol rasgo, Trait de plume, rature. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 261 

En dernière analyse, A^rac/ier viendrait du latin rac^ere, 
Raser, racler. 

Cela dit, nous pensons que tous les mots cités peuvent 
se confondre, ou se relier Tun à l'autre, en prenant n'im- 
porte lequel pour point de départ. Par exemple, ainsi : 

La Raquette a la forme de la Main, racha, siège habi- 
tuel de l'Éruption, rache (anglais rash) produite par la 
Gale, rasca dont le sarcopte trace, sous l'épiderme, un 
Sillon rasgOy et cause des démangeaisons obligeant à se 
Gratter, racher. 

La Raquette du cactus : (Figuier de Barbarie), est 
munie de piquants déliés tout aussi désagréables que 
VAcarus scabiel. 

Rater. Ce verbe a les acceptions suivantes : Manquer 
son coup, — et Prendre un rat (ou faire chat, ce qui 
semble parfaitement inexplicable sans un jeu de mots). 

Avant d'arriver à ce tour de gabegie (ceci est de l'Ar- 
got), disons que Rat, qui a donné rater, est attribué à 
l'allemand rato. 

Suivant notre habitude, de n'accepter le Teuton qu'à 
notre corps défendant, nous préférons voir ici une 
provenance latine, un radical Rad qui est dans radere, 
(gratter), dont nous avons eu râteau, ratisser, et l'an- 
cien verbe Rater (Effacer en rayant) signalé dC Origine 
inconnue. 

Nous savons que nous sommes en désaccord avec cer- 
tains étymologistes qui atribuent à l'accent circonflexe 
une valeur constante, mais d'autres (parmi lesquels Lit- 
tré) ne lui reconnaissent point cette importance, et nous 
en avons parlé à Bastingages. 

Ici, nous avons une preuve de plus de cette insigni- 
fiance de la ponctuation pour : râteau, anciennement 



262 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

rastel; puis, ratel (sans accent, de même que : ratisser, 
rature, etc.), et qui est, dans sa forme première, Téqui- 
valent du r aster d'Ovide : Outil à remuer la terre. 

— Après cet essai de restitution au latin, à la langue 
qui nous servait naguère encore à soutenir les thèses 
académiques, et avait cours un peu partout, nous pren- 
drons à Tabbé Desfontaines cette indication : que les 
Romains disaient ; Ratum habere. Avoir une conviction, 
et que, de là, est née cette locution : Avoir un rat, 
par un jeu de mots dû à la similitude du latin et du 
français. 

Être persuadé, Avoir une opinion arrêtée, c'est ce que 
signifiait Ratum habere, et nous disons : Avoir une idée 
fixe, ce qui s'entend : Être toqué. Avoir une araignée 
dans le cerveau, continuation de la métaphore : Avoir 
un rat, Être préoccupé, en bonne disposition pour Rater, 
par ailleurs. 

Notons que Rater peut toujours s'expliquer par le 
radical de raser (Effleurer seulement le but, ne pas l'at- 
teindre). 

— Une fois dévoyé, on ne s'est pas amendé. Loin de là, 
on a remplacé Avoir par Prendre, de même que l'on dit : 
Il a pris froid, au lieu de : Il a eu froid, et il paraît que, 
il y a un siècle, on employait cette expression pour une 
arme qui avait raté : « Ce pistolet a pris un rat. » 

Cela se comprendrait mieux d'un Chat que d'une Arme 
à feu, aussi, avec une apparence de logique (où va-t-elle 
se nicher!), cette locution du siècle dernier a-t-elle cédé 
la place à cette autre : Le pistolet a fait chat. 

Cette façon de parler serait peu claire sans ce qui la 
précède ; — et peut-être aurait-il mieux valu conserver 
la primitive qui unissait Rat et Ratum, parce que Rate 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 263 

présente encore aujourd'hui la double signification : 
Animal, et Pensée. 

Rate est à la fois : La femelle du raty et TOrgane à 
rôle incertain qui, pour l'Anglais, est la source des idées 
noires, du Spleen mot venu dn grec Splèn : la Rate. 

Ratine. Origine inconnue. B. 

L'étoffe appelée Ratine est de laine croisée, dont le 
poil est tiré en dehors ei frisé. Elle n'est donc pas unie, 
elle est rugueuse, elle râpe; et le mot appartient au 
même radical que rat, ou plutôt, c'est un dérivé tout 
français de l'ancien verbe rater Gratter, raturer, effacer. 

C'est la même idée qui a formé ces différents termes : 
Raty l'animal dont les dents grignottent; Râteau l'instru- 
ment dont les pointes raclent; Râtelier l'ustensile fait 
comme un râteau; Ratatinée, la pomme ridée comme 
le sable ratissé — et aussi l'autre sens : se Ratatiner, 
S'amoindrir, ce qui est une conséquence pour tout ce 
qui se l'ide ou se flétrit. 

Raz. Origine inconnue. B. 

Ce nom qui est celui d'un cap à l'extrémité nord du 
Finistère, en face de l'île de Sein, a surtout le sens de 
Courant rapide, soit dans un Canal, soit en pleine côte : 
Raz de marée. 

Ce mouvement est naturellement le plus accentué dans 
un espace resserré, dans un détroit, et Rabelais emploie 
Raze, pour Canal, égout, conduit. 

L'idée première est celle d'Écoulement impétueux; 
Raz, est le latin rasus, participe de radere qui signifie : 
Racler, emporter d'un brusque élan, et aussi : baigner, 
en parlant de la mer, ou d'un fleuve dont les eaux mobi- 
les rasent, détruisent les terres en bordure. 



264 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Le verbe grec Reôy Couler, semble être le commun 
radical de ces mots où la lettre r est initiale et donne 
idée d'un déplacement dans n'importe quelle direction : 
Rafler, Rapide, Re (dans les composés où Ton revient sur 
une chose faite), Rio, Rivière, Rigole, Rouler, Ruer, 
Ruine (Écroulement), etc. 

Rechigner. Dérivé de Bêche, anciennement Resche, 
de l'allemand Resche, rude, cassant. R. 

Nous préférons une autre origine, vu les affinités du 
français avec le latin. 

Rechigné — qui est, dans Rabelais rechiné, — veut 
dire maussade, mais c'est un sens secondaire, de même 
que chigner pour Pleurer, en Argot. 

Le peuple emploie le verbe chiner au lieu de peiner, 
Travailler dur, et le Chineur est, proprement, le porte- 
balle, ou l'industriel ambulant qui, un sac sur Véchine, 
s'en va brocanter, d'un endroit à l'autre. 

On sait que chignon (les cheveux réunis de derrière la 
tête) est une extension de sens (par chaignon), du latin 
catenionem. Chaînon des vertèbres, ce qui établit le rap- 
port entre échine et Chiner, Porter sur le dos. 

Dès lors. Rechigner est, suivant nous, le fait de celui 
qui se refuse à quelque corvée, qui ne se plie pas à une 
obligation, qui n'accepte pas un fardeau, qui ne veut pas 
s'échiner. Au figuré, c'est : Décliner une sujétion quel- 
conque, ne pas s'y prêter, avoir en un mot, comme 
protestation, l'attitude qu'on nomme un air rechigné. 

Renfrogner. Origine inconnue. R. 

Au rapport de Littré, c'est Re-frogner, le verbe simple 
étant le même q\xQ froncer , c'est-à-dire : Plisser le front. 
L'anglais a le même mot : to frown, Froncer le sourcil. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 265 

Requin. Origine inconnue. B. 

Littré dit que Requin a pour autre nom populaire 
Requiem, parce qu'il n'y a plus qu'à faire ses prières 
quand on est saisi par le squale. 

Le dictionnaire d'histoire naturelle donne Requin ou 
Requiem. 

Par le fait, Requiem, est l'appellation ordinaire dans 
les parages de la Floride où de hardis plongeurs vont, 
poignard en main, attaquer ce redoutable adversaire. 

Rêve. Endêver. Origines inconnues. B. 

Le Rêve n'est ordinairement qu'une revue de scènes 
réelles, ou imaginées à l'état de veille. Rêver vient du 
latin re videre, Revoir. 

Nous sommes confirmé dans cette idée par l'ancien 
français Desver, Songera... où nous retrouvons dis videre. 
Voir deux fois; et comme le rêve est un phénomène du 
sommeil, d'une période de tranquillité, Endêver, c'est 
Perdre le repos : in (négatif et desver)^ de même que 
infantem est in fantem. Qui ne parle pas. 

Mais on a dit aussi Desver, pour Endêver. Le sens alors 
est non plus : Revoir, voir une seconde fois, mais : Voir 
double, être tracassé au point d'en avoir la berlue. 

Ridelle. Origine inconnue. B. 

Les Ridelles sont les côtés d'une charrette, faits en 
forme de râtelier. 

Au mot Rater, nous avons vu que rider était un résul- 
tat du ratissage, mais ce n'était là qu'une dérivation de 
sens, et, bien que l'aspect d'une ridelle soit celui d'un 
râtelier, nous la rattacherons à ridere. Rire et Rider que 
nous examinerons à l'article Ris. 

Notre raison est celle-ci : Ridelle nous apparaît comme 



266 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

le féminin de rideau qui, d'abord, était ridel, étoffe 
plissée ou ayant des rides. 

Gomme usage et configuration, une ridelle est une 
barrière, un rideau; ou un objet ayant des raies, ou des 
rides, un rideau encore. 

Jadis on disait rudelle; la voyelle i égale u : [fimarium, 
Fumier), — mais on avait aussi rizelle ce qui, avec la 
forme actuelle ridelle, fait pendant aux deux orthogra- 
phes ris et rides (de veau). 

Rigole. Vient, dit-on, de l'italien rigoro filet d'eau, 
ruisseau. 

Nous pensons que, sans intermédiaire, on peut remon- 
ter au latin : rivulus pour avoir Rigole; v et u donnant, 
en français, g eto : [nivisy Neige ; urtica, Ortie). 

Ris (de veau). Corruption de Rides {de veau). B. 

C'est aussi ce que dit Littré. De plus, il fait cette 
remarque : « On appelle : risée, la Fressure. » 

Reste à savoir d'où viennent ces trois mots qui nous 
semblent avoir même racine : le latin Rider e, Rire. 

Sur toutes les parties du corps, les sillons marqués, ou 
rides de la peau, sont le résultat de plissements répétés. 

A la main, le nombre des quadrillages est en rapport 
direct avec l'activité de cet agent essentiellement souple. 
Le visage, théâtre mobile où viennent se déceler nos 
impressions et qui a, du reste, dans les fonctions de 
nutrition et de respiration, à remplir un rôle très actif, 
finit aussi, à la longue, par conserver à demeure les 
traces de ses fréquents plissages. 

La ride est passagère dans le sourire et parfois se 
creuse en fossette, mais à force de se reproduire, les ris 
font des marques, des traînées persistantes chez les 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 267 

Mimes, les grimaciers. C'est ainsi que le 7nre et la ride 
nous paraissent avoir, naturellement, une même étymo- 
logie. 

Cette communauté d'origine nous échappe, parce que 
c'est plutôt le souci que le plaisir qui nous ravine le front 
— et que se réjouir a pour équivalent se dérider; mais 
nous la retrouvons bien claire en ceci : par grand calme, 
en mer, si le vent ride l'eau, on dit que c'est une risée. 

Ris, Ride ou Risée peuvent donc s'appliquer logique- 
ment à ce corps glanduleux qui, chez le veau, est divisé 
en lobes multiples par de profondes rainures simulant 
des rides. 

Ris n'est donc point un mot altéré et, surtout, rider ne 
vient pas de l'allemand riden, plisser. 

Ronfler. Origine inconnue. B. 

D'après Littré, on a dit aussi Ronchier qui est tiré du 
grec ronchos, Ronflement. 

Ceci explique un mot, en laissant dans l'ombre celui 
que nous cherchons. Toutefois, cette simple note nous 
fait entrevoir que, tout en figurant par un terme bruyant 
le son perçu, les Grecs ont peut-être aussi voulu en indi- 
quer le point de départ. 

« Ce râle se passe tout entier dans l'arrière-bouche et 
les fosses nasales. » Nysten. 

Ronchos, qui est, en français, ronchus, peut provenir de 
rhin, Nez. Pour ronflement, l'anglais dit : snore dont il 
faut rapprocher : sneeze, Éternuer, et sneer. Ricaner, ou 
Narguer qui est, en latin, naricare, Froncer le Nez. 

Par là. Ronfler nous apparaît comme très proche de 
Renifler, venu, dit-on, de l'ancien verbe : nifler, dérivé du 
bas-allemand nif, Nez. 

D'autre part, Reni et Ron peuvent représenter le grec 



268 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

rhin^ comme Nar est : Narine, dans narguer. De la sorte, 
on composerait un de ces termes hybrides (dont Bigame 
est un exemple) qui serait mi-grec, mi-latin : Rhin-flare, 
Ronfler, ou Renifler, c'est-à-dire , Souffler avec bruit par 
le nez. 

Roquet, proprement Chien de Saint Roch." Allusion à 
la légende qui représente Saint Roch accompagné de son 
chien : Saint Roquet. B. 

Nous voyons^ au Dictionnaire étymologique, que, pour 
assimiler complètement Canaille et Racaille, on attribue 
pour racine à ce dernier terme Fallemand racA; (chien), 
dont Roquet pourrait être — dès lors — considéré comme 
un diminutif, sans l'aide de Saint Roch. 

Nous ne croyons pas du tout au transfert de noms, de 
l'homme à l'animal; c'est, au contraire, celui-ci qui, à tout 
propos, nous approvisionne de sobriquets pour l'espèce 
humaine. On dit du voisin : c'est un Ane, un Serin, un 
Ours, une Huître, un Roquet, une Buse, etc., etc., etc. 

Il nous serait trop facile de citer des noms propres qui 
n'ont d'autre origine que des qualificatifs de cette espèce. 
De là, plus tard, la rencontre d'appellations similaires 
dont le Roi de la création voudrait bien se donner comme 
le parrain. 

C'est l'aventure qui est arrivée à Saint Roch et au 
Roquet. A notre idée, il y avait, de part et d'autre, quel- 
que chose de rauque dans la voix, chez eux-mêmes, 
ou chez leurs ancêtres, premiers porteurs du nom 
caractéristique, et nous avons déjà montré que le pre- 
mier en date pour l'homonymie, ce n'était pas l'homme. 

Pour l'étymologie de Roquet, nous substituerons au 
germanique rack le latin raucus. Le verbe est raucare, 
Avoir la voix rude^ei une autre forme est raccare, Crier 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 269 

comme le tigre. Première personne de l'indicatif présent : 
racco. 

Pour Saint Roch, nous trouvons deux pendants à i^au- 
cus et rack, ce sont, d'après M. Belèze, Rochus, — et 
Raco, suivant Littré. 

Et les noms du saint, ou ne veulent rien dire, ou n'ont 
de sens que grâce à ceux de son dévoué compagnon. 

Roquette. L'étymologie admise pour roquette est le 
latin eruca (même sens) avec aphérèse, ce qui laisse : 
ruca. 

La plante est très commune dans les lieux déserts, et 
peut-être faut-il ajouter /9ier?'ewj?. C'est ce que semblent 
indiquer l'italien j^uchetta, l'espagnol ruqueia; et ce que 
dit assurément l'anglais rocket, de rocky (rocheux). 

Rouanne. Étymologie inconnue. B. 

La Rouanne est un instrument dont on se sert pour 
marquer les pièces de vin. 

11 est disposé de telle façon qu'il puisse tracer sur le 
bois des rainures, ou droites, ou cowrôes. Dans ce dernier 
cas, on applique sur la pièce à marquer la pointe métal- 
lique qui prolonge le manche et, par un tour de poignet, 
on décrit, avec la petite gouge excentrique, un cercle ou 
un demi-cercle, pour figurer les chiffres à boucle. Donc, 
Sept fols sur Dix, la Rouanne grave des roues. De là son 
nom. 

Rouir, mot d'origine germanique (hollandais roten. 
Rouir). B. 

Ce terme français est de provenance latine. L'action 
prolongée de l'eau sur les matières textiles a pour effet 
de les macérer, de les atténuer, de les ronger. Le sens et 



270 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

l'étymologie s'accordent pour attribuer à rodere, Corro- 
der, la genèse du verbe rouir. 

De même, audire et gaudere ont donné : Ouïr et Jouir. 

Roupie. Origine inconnue. B. 

Littré donne : Berry Ruiche, rouiche; Poitou : Russe , 
bas-latin Ropida, xiv^ siècle. 

Tous ces mots n'ont de ressemblance que dans l'initiale 
qui rappelle le grec reOy Couler. Mais la stillation du 
mucus nasal n'est pas, comme fait, plus à noter que celle 
de la salive ou des larmes. Il est probable que, si elle 
a reçu un nom, c'est à cause du dégoût que sa vue 
inspire. 

Par cette considération, nous croyons devoir choisir un 
terme qui existe en français et en espagnol : Rupia, 
identique à Roupie, et dérivé du grec rupos, Ordure, mal- 
propreté. 

Roussin. Dérivé de l'ancien français rous, ros, d'ori- 
gine germanique ros, Cheval. B. 

De son côté, Littré donne le bas-latin runcinus, italien 
ronzino, provençal roncin, et dit qu'au moyen âge, roncin 
était Cheval de charge. 

De plus. Ronce était, en latin, runcus, et un lieu cou- 
vert de ronces : runca. 

Enfin, comme, en botanique, on appelle roncinées des 
feuilles dont les lobes aigus se dirigent vers la base, on 
pense au Chardon piquant, et Ton se demande si l'Ane, 
ou Roussin d'Arcadie, n'a pas été plutôt baptisé par le 
latin que par l'allemand. 

A cet égard, notre incertitude est depuis longtemps 
dissipée. Le roussin, de même que la Bourrique, a été 
nommé d'après sa couleur rousse, et le mot est, ainsi que 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 271 

rousseau, dérivé de roux, italien rosso, latin r'ussus, Rouge 
foncé. 

On dit encore aujourd'hui : méchant comme un Ane 
rouge. 

Ruban. Origine inconnue. B. 

L'anglais dit : Ribbon et Riband. Band, c'est une Atta- 
che, et le raban (terme de marine) viendrait, dit-on, de 
Rope-band, Cordelette à usage de lien. 

On s'est rapproché davantage du mot Ruban (mais ce 
n'est encore qu'une hypothèse) en le faisant venir du 
latin rubusj Rouge, la couleur par excellence, qui aurait 
persisté comme désignation de l'espèce, quelle qu'en fût 
d'ailleurs la nuance, de même que nous avons : la Rose 
verte, le lilas blanc, etc. 

Les probabilités ne sont pas en faveur du latin rubus 
que nous ne voyons pas dans les termes anglais corres- 
pondants. Ruban ne doit pas vouloir signifier rouge; 
selon nous, il tient à notre verbe Riper qui est le latin : 
rapere : Enlever, et non l'allemand riban, Gratter. 

Nous remarquons d'abord la ressemblance entre l'an- 
glais riband, et l'allemand riban; nous notons ensuite 
que riper a un substantif ripe qui, dans les ateliers de 
menuiserie, désigne les déchets enlevés par le rabot, et 
le peuple dit également bien de ces longues bandes 
soyeuses : des Ripes ou des Rubans. 

Et l'adaptation si naturelle du sens de rapere à ripe, 
par l'action du rabot, nous empêche de voir dans : rabo- 
ter une autre forme de rabouter. Remettre bout à bout 
n'a aucun rapport avec râper ou raboter. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 273 



S 



Sabouler. Origine inconnue. B. 

Le latin Sabulonem^ Sablon, et saburra, Gros sable, 
peuvent donner, (Fun, directement, — l'autre, par per- 
mutation entre liquides r et l), un thème saboul menant 
au verbe en question, qui n'a pas de représentant latin. 
(Il en est de même pour : Sabler et terrasser dérivés de 
sable et de terre.) 

Rouler dans le sable, nous semble être le sens premier 
de Sabouler ; c'est une Violence avant d'être une Gron- 
derie. 

Safre. Origine inconnue. B. 

Ce mot a deux sens. Il désigne un Goinfre — ou bien 
un Oxyde de cobalt, de couleur bleue. 

Dans le premier cas, il dérive de sapor qui est le goût, 
la Saveur, la cause qui excite la gourmandise. Le Safre 
est l'homme peu difficile qui, en fait d'aliments, savoure 
plus la quantité que la qualité. 

Avec la seconde acception, Safre (de teinte bleue) 
vient de sapphirus accentué sur a. La tonique mise sur 
I donne : Saphir. 

Sagouin. Origine inconnue. B. 

Le latin Sagum désignait un manteau assez long pour 
que l'on pût berner, et, comme dimensions, il n'a rien 



274 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

perdu à faire une Sale, sorte de Limousine. Mais il a 
d'autres dérivés : Sayon, qui n'était plus qu'une Casa- 
que ouverte, et Sagum (français directement pris à notre 
langue-mère) qui est défini : « Ancien vêtement de guerre, 
court, et ne passant pas les genoux. » 

Marot écrivait : Sagon, appelant ainsi un Marmot et 
un Animal, comme il apparaît dans cette citation faite 
par Littré : 

« Combien que Sagon soit un mot, 
Et le nom d'un petit Marmot, 
Or, des bêtes que j'ai susdites, 
Sagon, tu n'es des plus petites. » 

Nous en concluons que Sagouin est Sagon que nous 
ferons venir de : sagum. Chemise courte, tunique assez 
ordinaire, comme seul équipement, des héros en bas 
âge, ou des citoyens en herbe. 

De leur Sagon, souvent sali, ils ont reçu le nom de 
sagouins, de même que la Robe a servi à qualifier les 
robins. 

Quant à l'emploi de Sagouin, à la fois pour : singe et 
enfant, ce n'est pas la première fois que nous notons 
ce rapprochement entre l'homme et son parent putatif. 
Babouin et Marmouset ont également eu cette bonne for- 
tune. 

Salmigondis. Origine inconnue. B. 

On appelle Salmigondis un ragoût de plusieurs vian- 
des réchauffées, et, par extension, le Mélange de pro- 
pos disparates, ou la Réunion de personnes prises au 
hasard. 

Le Salmigondis est donc un assemblage de mets di- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 275 

vers, déjà préparés au Sel (ou de Salmis), et ce ragoût 
a le droit d'être qualifié : Deux fois assaisonné (condi- 
tum), parTadjonction, à Salmis, de son équivalent gondis 
qui est le Conditum ci-dessus. 

Salmis. Origine inconnue. B. 

Le Sel est un produit de nécessité absolue, indispen- 
sable, dansTalimentationde tout ce qui vit. Cette subs- 
tance est si précieuse que, chez certaines peuplades, 
elle sert, comme la monnaie chez nous, à faciliter les 
échanges, et le Salaire n'a pas d'autre provenance que 
le latin Sal, parce que, chez les Romains, Salarium était 
la provision de sel qu'on donnait aux soldats. 

L'importance de ce radical est telle, que nombre d'ex- 
pressions, en français, ont pour signification unique : 
Chose assaisonnée au sel. Condiment par excellence au- 
quel on adjoint des auxilaires : (Sauge, Cerfeuil, poivre. 
Ail, Persil, etc.) mais qui n'a pas de véritable substitut. 

La sauce, quelle que soit sa composition, c'est salsa, 
Jus salé; le diminutif salsitia donne : Saucisse, Hachis 
salé. Dans Ennius, Mures est une sorte de poisson, et 
nous explique : saumure, le liquide composé de sel fondu 
et du Suc de la chair salée. 

Saumâtre, Saupiquet, Saunier, Saupoudrer, etc. sont 
également dérivés de sal, Sel. Et, bien qu'on attribue 
(sans explication) le sens de doré à : Saur, sauret, nous 
y voyons plutôt l'indication de : Conserve au sel, le 
hareng étant salé d'abord ; puis, fumé, donc, préparé au 
sel, de même que le Chou dont les allemands font leur 
Sauer-Kraut, Choucroute, Chou à la saumure (sauer) 
« laquelle, dit Nysten, laisse un arrière-goût acide, ana- 
logue à celui du bouillon aigri. » 

Saur est notre adjectif sur, suri, et l'anglais sour. 



276 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Aucun de ces termes n'a le sens de fumé, ou de doré. 

Il serait trop long de passer en revue les mots qui, 
débutant par 5a/, veulent dire seulement : préparé au spâ, 
comme, par exemple la Salade qui ne mérite cette appella- 
tion qu'après le brassage du végétal dans un liquide ou se 
trouve du sel. 

D'après ces considérations, Salmis ne représente que le 
mets salé, de haut goût; aussi le fait-on suivre, pour qu'il 
soit mieux entendu, de quelque nom de gibier : Salmis, de 
bécasse, àe pigeon, àQ grive, etc. 

Sansonnet. Diminutif de Samson. On sait combien de 
fois les animaux ont été désignés par des noms propres 
d'homme, nous appelons encore un Moineau : Pierrot, un 
Perroquet : Jacquot, diminutifs de Pierre et de Jacques. B. 

Malgré nombre d'exemples qui contredisent cette opi- 
nion, — et connus des Étymologistes eux-mêmes, on pen- 
che toujours vers cette croyance que les animaux n'ont 
été nommés que de seconde main. 

Nous pensons autrement. Les Êtres et les Choses ont 
un signe vocal tiré de leurs qualités propres. Nous en 
avons déjà parlé, à propos de Matou et, incidemment, 
nous avions cité Pierrot que nous avons retrouvé à Pépin. 

Nous avions aussi mentionné l'Ours, Martin, et nous 
émettions cette idée que, pour Martinet et Martin-pêcheur, 
il y avait fort à penser que c'étaient là des dérivés de 
mart, au sens général d'Arme, d'engin quelconque pour 
marteler. 

Nous reprenons ce sujet, en nous aidant, puisqu'il s'a- 
git, ici, d'oiseaux, de notes prises à Toussenel, un orni- 
thologiste des plus compétents. 

« Le Martinet a l'aile si longue, et le pied si court, qu'il 
ne peut plus se relever, une fois à terre. » 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 277 

En effet, dans ses impuissants efforts, il fouette le sol, 
de ses ailes éployées comme les brins d'un martinet en 
action. 

« Il existe une nombreuse famille naturelle d'oiseaux, 
que les savants appellent : Jacamars, tenant par leurs 
caractères aux Piverts et aux Martins-pêcheurs. Le Pivert^ 
c'est Pic vert : Armé d'un Pic, et coloré en vert. » 

Dans Jacamars, nous retrouvons le Jaquemart, Arme 
de combat, maniable comme un marteau, et il est proba- 
ble que, soit du bec, soit de l'aile, le Martin-pêcheur étour- 
dit, frappe ou heurte le poisson qu'il veut capturer. 

Sur plusieurs centaines de noms d'oiseaux, nous n'en 
avons pas trouvé un qui manquât à cette règle d'avoir 
été formé d'après un caractère de l'animal. Nous n'en 
exceptons même pas le Pétrel, ainsi appelé — dit-on — 
parce qu'il marche sur les eaux, comme saint Pierre. C'est 
là, selon nous, une particularité qui lui est commune 
avec bien d'autres volatiles marins, tandis qu'il en est 
une autre, mieux à portée d'observation générale. Le Pé- 
trel, dont l'œil est offusqué par la lumière du jour, niche 
dans des terriey^s, dans des trous, dans les anfractuosités 
que lui offrent les terrains pierreux. 

C'est de joefra, pierre, que \ieni Pétrel; et non dePetrus. 

Gobe-mouches, Guêpier, Engoulevent, Bergeronnette, 
Pélican, Pygargue, Serin, Loriot, etc., sont termes connus 
et qui, tous, s'expliquent de la façon que nous avons indi- 
quée, par une méthode très naturelle et des plus logiques. 

Pour le Sansonnet, quel rapport pourrait-on bien établir 
entre lui et le Samson de Dalila, ou le géographe français 
Sanson? Combien est meilleure, dans la circonstance 
actuelle, cette simple note de Toussenel : « Sansonnet, 
Chansonnet, qui babille sans cesse ». 



278 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



N'abandonnons pas le sujet sans dire un mot de Robin, 
sobriquet du Mouton. — Un Robin est quelqu'un qui porte 
robe. Ce dernier terme avait, à l'origine, le sens de vête- 
ment, en général. Le mouton, dont la laine nous approvi- 
sionne d'habits avait donc plus que tout autre animal (fût- 
il homme), le droit de s'appeler ^oôin. 

Sasse. Origine inconnue. B. 

La Sasse est une pelle creuse servant à vider l'eau des 
petites embarcations. 

Le G latin donne, en français : c, ch ou s, et le même 
mot : capsa a fait : Casse, Châsse et Sasse. 

Savate. Si nous nous occupons de ce mot, ce n'est pas 
qu'il soit sans origine connue, c'est qu'il nous est matière 
à observations. 

Disons d'abord qu'on fait dériver Sapin, de sapa. Sève. 
Cela confirme notre idée que les êtres et les choses ont 
fourni les éléments de leur appellation. On ne pouvait 
mieux faire que de nommer Sapin, l'arbre d'où la sève 
ruisselle. 

Arrivons à Savate. — Il parait qu'en espagnol, comme 
en basque, le mot se traduit par zapata (le danseur, c'est 
zapateador) . L'italien a ciabatta et ciavatta. Tous ces syno- 
nymes s'accordent avec un latin que nous supposons 
sapata. Semelle en bois de sapin. 

Il est permis de croire que, primitivement, la Savate 
n'était pas une chaussure... taciturne, car, parmi les pro- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 279 

positions faites pour établir la provenance d'un autre 
patin : le sabot (celui-là, assurément en bois)^ on rencon- 
tre : sabbatuniy Savate. Et comment ferait-on du Sabbat en 
savates, si cette chaussure n'était : ou en totalité {sabot)^ 
ou en partie {semelle), confectionnée avec du bois ? 

Sébile. Origine inconnue. B. 

Pour ce mot, on a proposé Za/nôi/ qui, dans la Perse, est 
un panier. Ménage y voyait sapella. Vase fait en bois de 
sapin. 

On pourrait le faire venir du latin capulus, dont le radi- 
cal est capere, Prendre (puiser?), d'autant que Capis était 
un Vase servant aux sacrifices. 

Un diminutif de cupa, Coupe, soit : cupula (cupule), 
donnerait régulièrement Sébile^ ce que fait aussi capulus. 

Serfouette, origine inconnue. B. 

Dans Rabelais, cet instrument de jardinage est écrit : 
Cerfouette et vient de : circum, Autour, çà et là, et fodere, 
Creuser, fouir. C'est l'outil qui sert à donner un léger 
labour, à remuer un peu la terre. 

Serpillière. Origine inconnue. B. 

Résumons Littré : « Serpillière^ genevois Charpilliére 
et Cherpillière; dans les textes anciens : Serapellina et 
Serampellina qui est le latin XerampelinuSy le grec Xeram- 
pelinosy proprement : Étoffe, feuille morte de vigne. Le 
moyen âge y voit une étoffe démodée, et le mot reste 
avec le sens de vieillerie. » 

Ampelos veut bien dire vigne, o^iXeros est notre adjectif 
sec qui, pour les plantes, équivaut à mort, mais il est 
singulier qu'une étoffe de prix (s'il faut croire qu'elle 
ait régné depuis les Grecs jusqu'au moyen âge), ait eu 
cette mauvaise fortune de venir confondre son nom avec 



280 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

celui de serpillière qui nous semble avoir une origine 
moins haute. 

Nous pensons qu'il faut s'aider ici du genevois char- 
pillièrey et du sens de notre mot qui représente une toile 
commune, le plus souvent lacérée, effilochée. 

En remontant seulement jusqu'au latin (qui a tant 
fait pour notre langue), nous prenons le verbe carpere, 
en vieux français : Charpir. De là est venu charpie qui 
peut se passer d'explication. 

Ensuite, nous avons Écharper, forme secondaire de 
l'ancien terme écharpir, Mettre en pièces, et nous pos- 
sédons mieux encore, c'est Echarpiller. 

On pourrait encore dériver le mot cherché de sarpere 
(Tailler) donné pour origine à Serpe, et qui, de même 
que charpie (à prendre de préférence) est, à notre avis, 
plus près de serpillière, comme élymologie et significa- 
tion, que Xerampelinos. 

Et puis, enfin, les expressions des anciens textes res- 
semblent si peu au terme actuel qu'ils doivent rester à 
part, ne désignant qu'une étoff'e riche, en Soie [sera) 
laquelle, en effet, est toujours sèche [Xeros). 

Sillet. Mot dont l'origine est inconnue. B. 

Le Sillet est une petite pièce d'ivoire ou de bois dur, 
placée transversalement au bout du manche d'un ins- 
trument à cordes, et sur lequel portent celles-ci. 

Ciller, terme de fauconnerie, s'écrivait également siller, 
et nous retrouvons les deux formes dans : Déciller et 
Dessiller. 

Nous pensons que Sillet provient de la forme Siller, 
et qu'il s'est ainsi nommé parce que, avec les cordes 
qui en partent, il a été comparé au Rebord des paupières, 
d'où émergent les cils. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 281 

Cela nous permet d'écarter pour Siller (faire son sillage) , 
le germanique Scandinave sila. Le latin Cilium nous 
suffît amplement, comme radical, pour nous donner 
ridée d'une ligne plus ou moins longue. 

Sobriquet. Soupape. Origines inconnues. B. 

Littré explique comment le sens actuel* de sobriquet 
n'est qu'une dérivation d'une mauvaise plaisanterie con 
sistant à donner un coup sous le menton, ou le briquet. 
On écrivait jadis Soubs briquet. Et il dit que c'est iden- 
tique à Soupape, composé de : sous, et de pape qui est la 
partie inférieure du menton. Enfin un troisième mot, 
ayant même signification, c'était Sous-barbe. 

Ce choc, qui faisait fermer la bouche, est représenté 
par la secousse alternative qui meut une soupape et, tout 
serait dit sur les deux mots en question, s'il ne nous 
restait à donner l'étymologie de Briquet et de Pape. 

D'après Littré, qui ne considère que briquet, ce terme 
serait pour béquet, diminutif de bec. 

D'avis contraire, nous croyons qu'on peut le prendre 
tel qu'il est. Brique étant, à l'origine, toute substance 
divisée, et même : Morceau de pain (en Bresse) ; le bri- 
quet est la Mâchoire inférieure qui bi^oie l'aliment. 

Quant à Soupape, sa finale peut se rattacher au latin : 
pappo (Manger), déjà vu à Papelard. 

Sot. Origine inconnue. B. 

Le mot français est écrit de la même façon : Sot, en 
picard, et en anglais — en wallon : So, sott; en hollandais : 
Zot; en portugais et en espagnol : Zote. On le fait venir 
du bas-latin sottus. 

Si nous examinons la préposition Sous, nous trouvons : 
wallon et bourguignon So (qui est Vadjectif wallon so) ; 



282 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

— puis, italien Sotto (qui est V adjectif latin sottus). 
Donc, les deux sortes de mots n'en font qu'une, bien que 

— ou parce que — pour la Préposition, on indique le latin 
subtus. 

Un Sot est un homme, d'esprit inférieur. 

Soubrette. Origine inconnue. B. 

« D'après Ed. Fournier, ce serait un mot de provenance 
espagnole : Sobre tarde, Sur le tard, à la brune; la sou- 
brette étant, primitivement, la servante entremetteuse 
qui, vers le soir, allait porter les lettres d'amour. » Littré. 

Étymologiquement, on ne voit guère le moyen de faire 
Soubrette avec Sobre tarde; il nous semble qu'il vaudrait 
mieux le tirer de deux mots français : sous et brette que 
nous ne désespérons pas d'expliquer. 

Brette est donné comme venant du Scandinave bredda, 
Épée, origine que nous croyons pouvoir ne pas accepter. 

Bret, et Brette, d'après Madame de Sévigné, s'em- 
ployaient pour Breton et Bretonne. Certaines armes, cer- 
taines bêtes de somme, issues de Bretagne, étaient assez 
estimées pour que l'on dît : des Haquenées brettes — 
et des Épées brettes, et, par abréviation, dans ce dernier 
cas : des Brettes. 

Ce n'est pas tout. Une Basse-bretonne était une Basse- 
brette. Or, avec le sens d'infériorité attaché au préfixe 
bas, Sous-brette, ou soubrette est une exacte traduction de 
basse-brette . 

On sait, d'ailleurs, qu'autrefois les gens en domesticité 
étaient souvent titrés d'après leur lieu d'origine. Cham- 
pagne et Picard étaient des noms de valets, très en 
usage; pour faire les courses, on avait un Basque; à la 
porte de l'hôtel ou dans l'antichambre, se tenait un 
Suisse, et il a pu être de mode de choisir — comme de 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 283 

dévouées servantes — des Bretonnes, des Basses-brettes, 
des soubrettes. 

Souche. Souchet. Origines inconnues. B. 

Le latin Soccus a donné : soc, Partie fondamentale de 
la charrue ; socque. Chaussure à haute semelle que por- 
taient, pour se grandir, les comédiens de l'antiquité; 
socle la pièce d'architecture qui sert de soutien. 

C'est le même rôle de support, la même situation à un 
rang inférieur, que nous retrouvons dans : souche, partie 
basse d'un tronc d'arbre, et dans le diminutif : souchet, 
pierre au-dessous du dernier banc des carrières. 

Le sens s'accorde avec l'étymologie pour faire venir 
Souche de soccus. 

Souille. Lieu bourbeux où se vautre le Sanglier. C'est 
le mot latin suite (Étable à porcs), venu du nom de 
l'animal : sus. 

Le verbe Souiller et ses dérivés ont, ainsi, une expli- 
cation toute naturelle, mais le mot souille a encore un 
autre sens, car Littré dit qu'il est employé, en Ille-et- 
Vilaine, pour taie d'oreiller, et l'on dit aussi une souie. 

Or, s'il faut voir, par là, que la Taie d'oreiller est la 
pièce de literie qui se souille le plus vite, en raison de son 
contact avec la chevelure, on peut penser également à 
l'empreinte, au C7^eux qu'elle conserve, grâce au poids 
de la tête, de même que le sol fangeux fait cuvette 
sous le corps du sanglier. 

Ce dernier sens, où l'idée de souillure n'existe pas, 
est celui qui est accepté en marine, lorsque, à mer basse, 
et sur fond vaseux, le bâtiment fait son creux que l'on 
appelle la Souille du navire, — ou, en anglais : bed, 
le Lit. 



284 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Souquenille. Origine inconnue. B. 

Le mot est défini : « Long surtout de grosse toile. 
Méchant habit. » Littré. 

Le vêtement n'est pas ainsi suffisamment déterminé. 
Molière disait Siquenille. On avait aussi, jadis, chique- 
nilley et ce terme peut être considéré comme le premier 
en date ; celui de Molière ne serait que par adoucisse- 
ment de la syllabe initiale. 

Nous pensons que cette syllabe a le même radical 
que chiche, le latin ciccum, Chose de peu de valeur. 
Quant au reste, Quenille, il nous est connu, c'est l'an- 
cien français gone. Robe, le flamand quene que nous 
avons vu intervenir à propos de Guenille. 

Chiquenille égale souquenille^ Vêtement délabré — ou 
à mettre en dessous. La définition de Littré : Surtout, peut 
encore s'entendre (malgré l'antagonisme des deux pré- 
positions : sous et sur)., d'une pièce d'habillement qu'on 
ne craint pas de salir, et qui n'est plus bonne qu'à pro- 
téger les autres. 

Sournois. Origine inconnue. 

Littré termine ainsi l'étude qu'il fait de ce mot : « Sour- 
nois tient à l'ancien français sorne, Crépuscule. En Poite- 
vin, sorgner, c'est se retirer dans un coin. » 

Ce terme du Poitou nous a fait penser à l'Argot qui 
possède sorgue, et mieux sorgne. On dit également sorge. 
Soirée. Au moyen âge, dit M. Larchey, c'était sorne : 
substantif iVwi^;, et adjectif A'bir. 

Sournois est donc le latin serenus qui a donné serein, 
Vapeur du soir, et a, logiquement, le sens de sombre. 

Sorne que l'argot a conservé pour : Soirée, a, comme 
opposition, un autre mot tout aussi bien fait, et qui est 
Jorne; le Jour. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 285 

Soutane. Venu de Titalien Sottana. B. 

(Sottana, soltane, Robe longue qui a passé des Sultanes 
aux françaises, puis, des femmes aux prêtres qui la nom- 
ment soutane. » Glos. de Rabelais. 

Littré indique aussi l'italien Sottana, du bas-latin sub- 
tana, le mot voulant dire, en italien : cotillon, Jupe de 
dessous, du latin subtus, sous. 

Cette opinion nous semble préférable à celle du glos- 
saire. La soutane peut, comme sujet d'étymologie, être 
assimilée à souquenille. 

Souverain. Suzerain. 

On estime que ces deux mots n'en font qu'un. Le 
premier serait Superanus et, pour l'autre, on aurait 
changé super en sa traduction française : sur, ou sus écrit 
suz. 

Mais on ne peut obtenir de cette façon que Suzain, et 
nous croyons, alors, que la finale des deux mots n'est 
pas seulement une forme adjective; mais bien, un mot 
significatif. Comme on prononce Souverain et Suzerain, 
nous voyons dans la dernière moitié : regnum, Règne, 
domination. -Swz représente la même idée que super qui 
n'a donné que souv, par régulières transformations. Ainsi 
interprétés, les deux mots français sont égaux; ils ne le 
sont pas, si l'on regarde comme nulle d'intention la finale, 
car Super n'a pu donner Suzer. 

Sparadrap. Origine inconnue. B. 

La finale du mot s'entend; il ne faut que s'occuper du 
reste. Pour être fixé sur le sens de Spara, nous nous 
aidons de l'anglais : cerecloth Toile (couverte) de Cire, et, 
dans spara, nous yo^onssparsa. Arrosée, imprégnée. Spa- 
radrap, c'est donc : Étoffe avec un enduit. 



286 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

La réduction de sparsa en spara est analogue à celle 
de tacta en taca pour : Tache. 

Stalle. Ce mot est l'un des représentants d'une nom- 
breuse famille, d'origine latine, et dont la souche est : 
Stare, ancien français : ester , être établi. 

C'est pourquoi l'anglais Stall est, non seulement, la tra- 
duction de Stalle, mais signifie encore : Étal, Étalage, 
Étable, Écurie, Échoppe, Boutique; autant de termes 
reproduisant le sens exact de stare, de même que les 
nôtres, auxquels on veut assigner (malgré leur évidente 
parenté) des provenances dissemblables. 

Ainsi, Ton fait venir Stall d'un thème ecclésiastique : 
stallum qui serait l'ancien haut allemand : stal, Siège. 

Ailleurs, ce stallum est cité pour Écurie, à propos de 
Étalon (jadis estalon, italien stallone), Cheval qui reste à 
l'écurie. 

Au sens de Mesure, on fait dériver étalon, encore de 
l'ancien haut allemand 5^i^i/^ Bâton. Fidèle au latin, l'an- 
glais écrit ici : stand, et, pour l'animal, il dit : stallion. 
C'est toujours Sta. 

Là est la vérité. Selon nous, Stabulum, par contraction 
stab'lum (d'où Étable, anciennement Estable) fdiii stallum, 
par assimilation, en ll, du groupe bl. 

D'origine latine, Stallum a, de toute évidence, pour 
radical : stare dont le sens est dans tous les termes déjà 
cités, et dans bien d'autres. 

Stalle ne veut pas dire : tabouret, c'est le Compartiment 
où l'on se tient, de même que étable est le Retrait pour 
l'animal qui ne travaille pas, par exemple Étalon. — 
11' Étal est la boutique à c^emewre, l'Établi, la table ^a?ee; 
et V étalon [qhcovo) est la mesure stable^ en anglais stand. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 287 

Une autre forme de Étaly c'est Ètauy Tinstrument qui 
rend immobile; toujours le latin stallum, et non Tallemand 
accepté, ou imposé : stock. 

Suie. Origine inconnue. B. 

Nous avons vu, à Souille, comment ce mot était relié 
à un autre terme usité dans Tllle-et-Vilaine : Souie, Taie 
d'oreiller. 

Cette dernière locution ne diffère de Suie que par l'ar- 
ticulation de la voyelle u en diphtongue ou. Le fait n'est 
pas rare ; nous disons : Purpurin et pourpre. 

A notre avis, il y a égalité entre Suie, Souie et Souille. 
A la rigueur, on pourrait prétendre que la suie tapisse 
les parois de la cheminée, comme la taie recouvre l'oreil- 
ler, mais l'autre sens vaut mieux. Elle salit les tuyaux 
de conduite, les encrasse, les souille. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 289 



Taloche. Origine inconnue. B. 

L'acception actuelle, qui est celle d'un coup donné du 
plat de la main sur la tête, a peut-être empêché de voir 
que le choc était localisé à Vœil, dans le mot Taloche. 

Ce terme a foncièrement le sens que nous avons indi- 
qué, à Beignet, pour bigne; puis, à Brioche, de même 
terminaison que Taloche. 

C'est encore Vœil (italien occhio) qui est en jeu, uni à 
l'ancien verbe français : taler qui voulait dire meurtrir, 
ayant sans doute pour représentant talus, Talon. Nous 
avons Talonner, augmentatif de taler aujourd'hui dis- 
paru comme forme simple. 

Tanguer. Origine inconnue. B. 

La Tangue, c'est le sablon, la cendre de mer, sur les 
côtes de la Manche, du Calvados, de l'Ille-et- Vilaine. 

« D'après M. Roulin, Tanguer, c'est donner de l'avant 
du navire dans la tangue, — puis, s'enfoncer dans l'eau, 
— et enfin, avoir le mouvement de plongeon. » — Littré. 

Nous pensons, vu l'état d'extrême division de la lan- 
gue, qui la fait nommer : cendre de mer, que le latin cor- 
respondant est tunsa, broyée. Nous avons vu l's de mor- 
sus donner même finale dure à Morgue. 



290 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Tante se disait autrefois Ante. En anglais c'esiAunt, en 
provençal : Amda; en lombard : Amida; en latin : Amita. 
Ce n'est guère qu'à la fin du xiii^ siècle, que Ante fit place 
à Tante, sans qu'on sache le motif de cette transformation. 

Littré pense qu'on a dit Tante pour ta tante, comme on 
a eu : Mamie pour ma amie (ma mie) ; mais pourquoi 
Tante plutôt que M' ante ou S' ante? demande plus d'un 
linguiste. 

Nous croyons que l'inventeur est tout simplement 
l'enfant en bas âge. 

Son babil est composé d'un grand nombre de Disylla- 
bes dont la seconde moitié est la répétition de la première. 
L'articulation des voyelles, toutes seules, paraît exiger 
trop d'efforts; quand nous les prononçons attentivement, 
l'une après l'autre, elles nous semblent, chacune, précé- 
dées d'une aspiration qui réclame la mise enjeu des par- 
ties profondes de la bouche. Ainsi, nos interjections sim- 
ples : Ha, Hé, Hi, Ho, Hue, s'écrivent comme s'énoncent 
lentement nos voyelles. 

Le son guttural est plus malaisé que les autres, aussi 
dira-t-on souvent : Un Sien, pour un Chien. Le dental 
est vite gagné; c'est à lui que, parfois, s'arrêtent, pour 
un temps, les termes comme Chien ; — Un Sat, un Sapeau 
seront pour chat et chapeau; et c'est encore à lui qu'ap- 
partient Tante, si semblable, dans sa forme, à Tonton 
pour oncle. 

Le mode labial est premier en date et, sans doute, 
c'est l'enfant qui s'est nommé lui-même : Bébé, aussi 
facile à dire que : Papa, ou Man-man. Un Gâteau, c'est 
Baba, et le Mal, Bobo, etc. 

Sauf deux ou trois, on peut accoupler de la sorte tou- 
tes les consonnes, et former le vocabulaire puéril, c'est- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 291 

à-dire : inventé par le bambin, et non par la nounou (ou 
tata), toujours accusée de parler mal. 

A la vérité, les grandes personnes ne font que répéter 
à Tenfant les verbes qui sont sa langue, à lui. Ce qu'il a 
entendu, il le traduit à sa façon, avec ses moyens pro- 
pres; à vous de retenir ce composé pour vous faire bien 
comprendre une autre fois. Il vous faut savoir que : 
Dormir, c'est dodo; un Chien, toutou; un Oiseau, fifi; du 
lait, lolo, et que le Grand plaisir (Mouvement, Prome- 
nade, Voyage imaginaire) c'est, n'importe comment. Aller 
à dada. 

Dada est un terme qui a fait son chemin, et si l'on 
demandait son origine, nous dirions que, comme bien 
d'autres mots employés journellement, il est né en même 
temps que : Man-man^ Papa^ Tante et Baba, — dans un 
berceau. 

Taper. Origine inconnue. B. 

« Ce verbe est, en espagnol Tapar, Boucher ; en islan- 
dais, Tappi; en Suédois Tapp. » Littré. 

L'anglais a tap, qui est notre substantif tape, d'où est 
venu tapon, égal à tampon. Le terme a donc deux sens; 
c'est un Coup, et c'est un bouchon. 

En marine, une tape d'écubier est un cône de bois que 
l'on enfonce à grands coups dans l'ouverture où passe la 
chaîne de l'ancre. L'entrée de l'eau est ainsi : bouchée, 
tamponnée. 

Il n'y a guère qu'un mot latin qui, avec le sens de tape, 
ressemble au nôtre c'est : tapes. Tapis ; mais il en est d'au- 
tres qui proviennent, comme lui, du grec tuptein (Frap- 
per) que nous préférons à tous les thèmes suédois, islan- 
dais, ou anglo-saxons. 

Typus, Type, est une médaille frappée. Tympanum, le 



292 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

même que typanum, est le Tambour, instrument à pet^- 
cussion. Tympanum nous a donné : Tympan et Tampon. 
— typanum a fait Tapon. 

Ces derniers termes ont la double signification de Frap- 
per et de Boucher. 

Taroupe. Origine inconnue. B. 

On appelle Taroupe une ligne de poils qui, croisant la 
racine du nez, va d'un sourcil à l'autre . 

Tar est une transposition de : fra contracté de tram; 
de même que Pour est métathèse de pro. — Oupe repré- 
sente le grec ops, Œil. 

Taroupe signifie donc : Entre les deux yeux. 

Tarte. Origine inconnue. B. 

D'après Littré, tarte provient, comme tourte^ du latin 
torta, gâteau plat, tourné en rond. 

Tarte et Tourte sont indiquées dans les Dictionnaires 
comme pâtisseries, mais il parait que, dans le Berry, la 
tourte n'est chose légère d'aucune façon. Littré dit que 
c'est un pain bis, de forme ronde, et du poids de 30 
à 40 livres. 

Tartre. Tertre. Origines inconnues. B. 

Tartre, dérivé du latin des alchimistes tartarum, n'a 
point de généalogie. 

Tertre a été l'objet d'une proposition : Teri^œ torus, qui 
paraît acceptable, après examen. Torus a donné le fran- 
çais tore, Moulure ronde à la base des colonnes, eitoron, 
assemblage de fils de caret tournés ensemble. D'après 
cela, terrœ torus serait un monticule de terre, plus ou 
moins arrondi. 

lartarum et Terrœ torus ont de grandes similitudes : 
d'appellation, d'abord; puis de constitution physique, la 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 293 

Ten^e de l'un ayant son analogue dans la Craie de l'autre 
qui est un dépôt terreux. Enfin, le tartre des tonneaux se 
dépose sous forme de petites masses, de tertres en minia- 
ture. 

Si nous ajoutons que Terre se dit Tarre, en Bourgui- 
gnon, nous sommes conduit à ne plus voir qu'un seul 
mot dans la question, et nous pouvons adopter lerrx 
torusy ou mieux, peut-être (afin d'avoir plus exactement 
la finale tre) l'adjectif teres, arrondi. 



Ce qui nous a fait mettre Tartre et Tertre sur le pied 
d'égalité, c'est un autre terme tout aussi inconnu, dit- 
on. Dartre qui, jadis, s'écrivait : Dertre. 

Nous le joignons aux deux autres, parce que, dans les 
tentatives pour lui établir une filiation, nous trouvons 
indiqué un radical anglo-saxon : TarZy Éruption, rattaché 
au sanscrit />ar</rw, Dartre. 

TarZy Éruption (donc, soulèvement)^ est un des sens de 
tartre et de tertre qui, toutes proportions gardées, sont 
figurés, comme inégalités d'une surface, par la Dartre. 

On pourrait enfin admettre que Tartre a gardé l'ini- 
tiale de Terre, et Dartre celle de Derme. 

— En résumé, nous croyons à l'égalité des mots : 
Tertre et Dartre (ou Dertre et Tartre)^ et nous disons 
que : Tertre est le latin Terrestris qui, syncopé ainsi : 
Ter (res) tris, donne le mot cherché, de même que Pe 
(des) tris a fait : Piètre. 



294 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 



Tintamarre. Origine inconnue. B. 

Pasquier le dérive de Tinter et de marre y parce que, dit- 
il, les vignerons s'annoncent l'heure de midi en sonnant 
sur leurs marres, ou Hoyaux. Littré dit même chose : 
« ... en frappant sur le fer de leurs marres. » 

Tintamarre est composé du latin : tintino, Tinter, et 
marra. Bêche. 

Tonne. Origine inconnue. B. 

Dans tous les patois, on rencontre ce nom, presque le 
même qu'en français : Tonna, Tynna, Tunna, et il est pos- 
sible, dit Littré, que ces formes ne soient que des varia- 
tions du latin tina, Cuvette. 

Il nous semble qu'il y a dans ces mots une sonorité qui 
peut faire songer à tonner. Ils retentissent sourdement 
comme le bruit lointain du tonnerre, et cet écho serait 
notablement renforcé si, au lieu d'une Tonne, on heurtait 
un Foudre. 

Bien que Tonnerre et Foudr^e soient distincts : l'un étant 
le Fracas, et l'autre, le Trait de feu, on les confond cepen- 
dant quand on dit que le Tonnerre est tombé sur un édi- 
fice. 

Ce qui nous porte à croire que Tonne est venu d'une 
Résonance, c'est le latin tonare. Tonner, et la comparai- 
son de tynna et tunna avec cet autre verbe : tinnire, Reten- 
tir. Citons enfin l'anglais tun (une tonne) que nous retrou- 
vons dans tune (ton, en musique). 

Toucher. Origine inconnue. B. 

« Toucher et Toquer sont deux formes du même mot. » 
— Littré. 

Alors, selon nous. Toucher répondrait au fictif latin 
tocare que nous avons en français dans Tocsin. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 295 

Mais les étymologistes n'acceptent pas cette dérivation; 
ils préfèrent Fallemand Zuchon, Se retirer, disant que, 
jadis. Se toucher, a signifié : S'échapper. On écrit de même 
aujourd'hui : « Il se mourait d'ennui. » 

Ces deux sens, opposés en apparence, peuvent, à notre 
avis, se concilier par l'interprétation de Se tapir ou Se 
rencogner. Un coin est à la fois l'objet frappé, et la cavité 
où il se loge ; Se tapir est l'effet consécutif à une tape, et 
Se toucher serait la suite d'une touche, d'un coup. 

Par là, Zuchon est dépossédé de ses prétentions d'au- 
teur, ce qui nous agrée fort. 

Quant au fictif taccare (espagnol et portugais : tocar), 
nous y voyons cet autre verbe fictif tactare (Toucher et 
Frapper), fait avec tacta par un procédé usuel chez les 
Latins eux-mêmes. 

Avec changement (normal) de a en o, et réduction du 
groupe CT en c, tactare devient tocare qui donne Toucher 
et Toquer. 

Résumons les formes obtenues du latin Tactare : Tacher 
et Taquer; Entécher, première forme pour Enticher; To- 
quer; Jucher et Toucher. C'est-à-dire que a latin a fait 
toutes les voyelles françaises, plus la diphtongue ou, ce 
qui, sans être admis officiellement, ne nous cause aucune 
surprise. 

Touffe germanique Toff. Toupet, même origine : 
Toff. Toupie, du germanique Top. B. 

Ici, nous allons essayer de relier, par extensions de 
sens, ces mots dits de provenance allemande, et que nous 
croyons appartenir au grec tuptein, Battre, déjà vu à 
Taper. 

Nous avons mentionné Type, Médaille frappée. A ce 
dérivé, nous ajoutons : typhus, la stupeur qui frappe cer- 



296 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

tains malades. Un état analogue est déterminé par 
le coup de chaleur d'une étuve, que Ton appelle 
touffeur. 

La transformation de y en ou est normale (byrsa^ 
bourse), et non moins régulière est la mutation entre les 
labiales p et F ou ph. 

— De Touffeur y nous pouvons donc passer à toupie j le 
jeu que Von fouette, et qui, se mettant à iowrwer^ est rond, 
alors même qu'il aurait des facettes, comme un dé, monté 
en toton. 

Ce jouet se nomme aussi Turbot, comme le Poisson. Il 
en était de même en Grèce : Rombos désignait l'un et l'au- 
tre, à cause de leur forme circulaire. Toupie, dit Littré, 
semble en rapport avec l'ancien français toupin. Ce der- 
nier terme, encore en usage dans le Midi, désigne nnpot, 
et c'est un vase arrondi. 

— Du mouvement giratoire, nous sommes arrivés à 
l'apparence convexe qu'il donne aux corps actionnés. 

Cette idée de courbure existe dans l'anglais top qui est : 
toupie et Sommet mousse; — dans le bourguignon topo 
et l'ancien français toupe, qui veulent dire : Toupet, le 
sens ayant passé de la rondeur de la tête à la pincée de 
cheveux qui lui reste. 

— Ceci n'est pas une hypothèse. Quelques auteurs don- 
nent : Zopf, Touffe de cheveux, et Topf, Toupie ; termes 
égaux, si nous considérons que la Tourbe (combustible) 
est, en allemand, Zurf, et en anglais, Turf. 

Enfin pour traduire notre mot toupet, nos voisins 
d'Outre-Manche disent : Fore-top : Ce qui est sur le som- 
met (de la tête). 

— De Toupe à Touffe, la transformation est trop nor- 
male pour qu'il soit besoin d'établir que les deux exprès- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 297 

sions sont identiques et ont un sens dérivé de top, Le 
haut du front. 

Trancher. Origine ineonnue. B. 

Au lieu de Trancher , Rabelais écrit Ironcher, latin trun- 
care, français Tronquer. 

De ce dernier verbe, nous avons le substantif tronc, 
dont le féminin tronche est, en Argot, la Tète tranchée. 
(Vivante, pouvant raisonner encore, on l'appelle Sor- 
bonne). 

Dans Rabelais, il y a égalité entre trou de chou, et 
trognon, tron de chou. Ensuite, nous trouvons Trogne et 
troigne (féminin de trognon), au sens de Mine, air du 
visage. Le sens arrive enfin à se restreindre jusqu'à ne 
plus viser que le nez de Tivrogne. 

Par toutes ses acceptions, tronquer se confond avec 
trancher. Nous disons même, à propos de la figure que 
Ton peut faire : Il tranche du grand seigneur. 

Étymologiquement, Trancher est une forme régulière 
de truncare. 

Après longue discussion, Littré admet, enfin, ce verbe 
latin et estime probable que, de là, viennent aussi les 
autres formes romanes. 

Transir. « Du latin transire Mourir, dans les textes 
latins du moyen-âge. — D'où Être transi de froid : Être 
mort de froid ». 

Le mot vient de Trans et de ire : Aller au delà (de la 
vie). 

C'est exactement cet autre terme : Trépasser, ancien- 
nement Trespasser, trans passus, Trépas. 

Il est encore un verbe qui veut dire : Aller au delà, 



298 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

mais ne s'emploie que dans Tordre moral, c'est Trans- 
gresser. 

Transir n'est plus en usage au sens de mourir, et ne 
sert qu'au participe passé pour marquer l'effet produit 
par un sentiment comme la crainte, ou une sensation de 
froid. 

Le Transit s'applique seulement aux marchandises, et, 
pour cette traversée, on dit transiter, qui est actif ou 
neutre. Toussenel se sert de la forme neutre pour indi- 
quer le passage d'une condition à une autre : « L'huma- 
nité transita de barbarie en patriarcat ». 

Traquer. Ce verbe qui, proprement, signifie : Tendre, 
Tirer un filet autour d'un bois, pour samr le gibier, vient 
du latin tractare qui a les mêmes sens de Traîner et de 
Manier — ou d'Être affairé, comme nous verrons à 
Tricher. 

Traquer, Trachir (normand) et Traiter sont, ainsi que 
Iricher, des formes normales de tractare, et ne doivent 
rien au néerlandais Trekken. 

Trémière. Origine inconnue. B. 

« Trémière, l'Alcée rose, malvacée, appelée aussi : Rose 
de Damas, — de mer, — d'outre-mer, — et Passe-rose. 
Le Goarant pense que c'est une corruption de Outre-mer 
à cause de la provenance de cette plante. » Littré. 

Il nous semble qu'il y a simplement, comme dans Tra- 
montane, contraction de trans. Au delà. Tra-mare (par 
delà les mers) fait régulièrement Trémière. 

Très (adverbe) .'Pu latin trans, par-dessus, au delà de ; 
d'où le sens postérieur de très. B. 
Nous avons une opinion différente. 
Il est bien certain que l'adverbe latin entre dans la 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 299 

composition de nombreux termes français — ou sans 
altération : (Transpercer, Translation), ou réduit à tré 
(Trémière, Tréfiler) — mais il nous semble pouvoir être 
souvent remplacé par le sens de Trois, latin très dont l'or- 
thographe et rintention peuvent alors beaucoup mieux 
concorder avec notre mot. 

Littré, tout en adoptant l'origine trans, dit, cependant, 
que T^rès signifiait jadis : Beaucoup, Dès, jusqu'à. 

Précisément, il n'y a point là l'essentielle physionomie 
de trans : Au delà; nous dirons donc : 

Au nombre Trois s'attache l'idée de Perfection, du plus 
haut terme que puisse atteindre une qualité quelconque. 

— Le sujet comporte trop de développements, nous ne 
ferons que de sommaires indications. 

Ab Jove principium. On aurait à citer le numéro Deus 
impare gaudet, de Virgile, pourl'Excellence : — aux cieux, 

— sur terre, — et dans les sciences^, de la Trinité, du 
Triumvirat — du Triangle — puis, l'indispensable con- 
dition, pour un plan, d'avoir trois points, et les vertus, 
hypothétiques ou non, accordées à tout ce qui est triple. 

Mais nous resterons sur notre terrain, n'ayant même 
pas à profiter de l'observation que, dans le langage cou- 
rant. Trois est la limite extrême pour un Accomplisse- 
ment : un, deux. Trois! et la chose doit être faite. 

Pour les qualités, il n'y a normalement que trois états : 
Positif, Comparatif, et Superlatif. Au-dessous, c'est le 
défaut; au delà, c'est Vexcès. On a donc le simple, le 
composé et le suprême, ce dernier étant le numéro trois, 
le degré le plus élevé que puisse atteindre le sujet; 
Superlatif le dit suffisamment et cette supériorité est 
marquée par l'adverbe Très. 

Dès lors, il est clair, pour nous, que ce n'est pas trans 

20 



300 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

qui a donné ce mot français, et qu'il y a lieu, pour tous 
ceux qui débutent par Très, Tre, ou Tr, de rechercher 
si, vraiment, ils suggèrent Tidée de Vau delà, ou seule- 
ment celle de perfection qui ne saurait se confondre 
avec rindice d'un excès. 

Tricher, anciennement Trécher est rattaché par les 
Étymologistes à Fallemand Trechen. 

Pour nous, ce mot vient du latin tractare qui veut dire : 
Traiter y et même Jouer, comme nous allons voir. Trac- 
tare donne trécher de même que Lactare : lécher. 

Faisons d'abord passer la lettre a (du début) par la 
série a, e, i..., nous aurons les deux autres voyelles : o et 
u pour finir l'article. 

Outre que a se maintient dans : Traiter j le patois nor- 
mand nous le montre encore plus net, dans cette phrase : 
Quéque fas à trachir par ilo ? Qu'est-ce que tu as à trai- 
ter (à faire) par là? — Le vieux français disait : trécher, 
et nous prononçons aujourd'hui : Tricher. 

La tricherie, ou, plus vulgairement la triche, c'est 
tractus qui se trouve, comme expression de Jeu, dans 
Sidoine Apollinaire : Verbera tractuum. Coups de dés. 

Étant connue l'équivalence des finales que et che, nous 
voyons dans triche (qui est un tour de bâton) ^ une autre 
forme de Trique, le cotret simple, la branche au naturel, 
tirée [tracta)^ arrachée de l'arbre. Tractus a, en effet, cette 
signification, aussi trouvons-nous dans Rabelais Trique- 
houses. Bottes usées, vieux houseaux, c'est-à-dire. Chaus- 
sures déchirées. 

Trique a désigné ensuite un morceau de bois quelcon- 
que : Triquet est l'échafaudage en triangle pour les cou- 
vreurs ; Trique balle, le Chariot qui porte de gros troncs 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 301 

d'arbre, et Littré dit que Tricot est un petit morceau 
de bois. 

Pour achever la liste des transformations en voyelles, a 
se change eô o et en u, et le radical Trac devient troc 
et truc qui sont : Traiter une affaire, et y Mettre de 
V adresse; Troquer et Truquer. 

Tricoter. Origine inconnue. B. 

« Il n'y a pas d'autre historique que Triquoteuse 
(xvi* siècle), ce qui fait croire que tricot est diminutif 
de trique, et serait l'Aiguille de bois ». Littré. 

Trimbaler. Origine inconnue. B. 

La lettre m se glisse parfois dans l'intérieur des mots, 
c'est ainsi que Lambrusque est fait du latin labrusca. 

Par là, Trimbaler nous représente tribaler qui est : 
baler Remuer, au superlatif tri : Très. Cet adverbe a été 
étudié — et baler, c'est le grec ballô (Lancer) , qui est 
dans ballistay la Batiste romaine. 

Trimbaler, c'est Remuer dans tous les sens. Rabelais 
disait triballe, pour Agitation. 

La consonne m n'est pas la seule qui s'intercale, on 
peut noter même intrusion [épenthèse] pour n : (Lan- 
terne, de laterna). De là, deux formes : Tringueballe et 
Triqueballe, ne désignant pas le même objet, mais for- 
més, cependant, de termes identiques : trique devenu 
trinque qui a fait Tringue. 

Triqueballe, c'est le Chariot pour trimbaler les grosses 
triques; Tringueballe, c'est la trique montée en bascule, 
comme le manche d'une pompe, et que l'on trimbale. 

En des sens et pour des buts différents, c'est tou- 
jours une Pièce de bois que l'on remue. 



302 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Trimer. Origine inconnue. B. 

« C'est marcher beaucoup et avec fatigue, pour rien. » 
Littré. 

Nous avons vu, à Camion, que ces deux idées de mar- 
che et de fatigue sont naturellement unies, mais qu'elles 
peuvent se disjoindre. Il en est de même ici : en Argot 
irimar, c'est la Grande route^ qui fatigue, mais on peut 
aussi trimer sans faire un Pas, rien que par contention 
d'esprit. 

Au point de vue étymologique, Trimer est composé 
de : tri qui, pour nous, égale : Très ou trois, et de meare, 
Passer, aller, circuler. C'est donc, de façon ou d'autre, 
se donner du mouvement^ de la peine. 

Nous ne reviendrons pas sur l'importance du nom- 
bre troisy marquant un summum; — nous dirons seule- 
ment que meare donne mer; l'hiatus ea se réduisant â 
E, comme eu s'est réduit à u dans : sûr, de se'urus pour 
securus. 

Tringle. Origine inconnue. B. 

On appelle Treille un agencement de feuillages sou- 
tenus par un treillis. Le treillis est défini : Assemblage en 
damier de tiges en fer ou en bois; donc, de tringles. 

Alors, le latin trichila, d'où est venu Treille, doit nous 
donner le mot cherché. Nous prenons trichila à sa der- 
nière transformation : tricla qui fait Trigle (comme secle 
a fait seigle), et, par épenthèse de n : (Langouste, de 
locusta), nous avons tringle. 

Trogne. Trognon. Origines inconnues. B. 

D'après le marquis de Paulmy, Trou, en Basse-Bre- 
tagne, veut dire visage, et c'est de là que serait venu 
trogne (même sens). 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 303 

L'emploi de ce terme n'est guère usité que pour dési- 
gner la face des buveurs et, là même, il est restreint à 
la partie le plus habituellement influencée par les liba- 
tions : Le Nez. 

Cet appendice peut prendre, alors, des formes bizarres, 
aussi irrégulières que celles d'un trognon, — le reste d'un 
fruit, après troncatures pour en détacher ce qui est man- 
geable. 

Ce que nous avons dit à Trancher, reporte du celtique 
au latin l'origine de trogne et du diminutif trognon. 

Trompe. Origine inconnue. B. 

Dans Littré, le même mot italien Tromba représente : 
Tromblon, Arme à feu ; — Trompe, Instrument à vent ; 
— Trompe d'éléphant; — Trombe, Météore; ces diffé- 
rentes formes ayant, pour point de ressemblance, d'être 
des tubes, recourbés ou droits. Un seul engin de musique : 
Trombe et Tromba, off*re l'aspect de la Cymbale et est, 
comme elle, à percussion. 

On a pensé que Trompe (ou tromba) était le latin tuba, 
Tube ou Trompette, mais on ne veut pas accepter cette 
proposition, tant il serait malaisé d'aller du latin au 
français. 

Du reste, à notre avis, tuba ne s'accorde point avec 
l'instrument à percussion : la Cymbale. Il faut un autre 
mot. 

Voyons si nous ne le trouverons pas dans le Diction- 
naire étymologique lui-même. Il dit : « Tromper (propre- 
ment. Jouer de la trompe) ; allusion aux charlatans et 
aux vendeurs d'orviétan, qui attiraient le public, à son 
de trompe, pour le duper; d'où le sens de Duper. » • 

Tromper c'était donc : Faire du bruit pour attirer la 
foule. Or, le latin possède un mot commun pour les 



304 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

deux termes : bruit et foule, c'est turba qui nous a 
donné Trouble et Tourbe. 

Si, de Turba, on peut faire Trombe , l'origine est trouvée ; 
or, ce mot français (qui a pour dérivé trombone) est venu, 
nous dit-on, de turbo, Tourbillon — avec simple épen- 
thèse de m. 

Eh bien, avec turba, la conclusion est la même ; Trombe 
en est obtenu aussi exactement que de turbo — et le 
sens de : Tournoyer, n'est pas même affaibli, car Id^gira- 
tion est un des plus ordinaires phénomènes d'une foule 
qui se meut. 

Par ces motifs, Turba, outre les mots cités a donné : 
Turbine, Turbot (Toupie et Poisson ronds) ^ etc.. parce 
qu'il est le seul terme ayant à la fois ces deux sens : 
Bruire et tourner, qui sont qualités propres â tout 
rassemblement populaire. 

— En conséquence, Turba fait troupe par simple 
transposition de r [Vervex, Brebis), — et permutation, 
naturelle, entre labiales ; b en p. Turba égale donc trupa 
ou troupe qui est, en itailen, troppo ; en provençal trop. 

De là, notre adverbe Trop qui est : troupeau. On dit de 
choses en quantité excessive : C'est par trop, — par 
troupe. 

— Trope, un tour de langage, nous rappelle, sans 
l'aide du grec, un des sens de turba, le Tourbillon. 

— « D'anciennes formes latines, dit Littré, voisines de 
Trope, ce sont : trepit et vertit que l'on trouve dans 
Diacre. » 

Alors, si nous prenons tripa espagnol et portugais, — 
tripe anglais, nous avons des équivalents du français : 
Tripes (un inconnu), et c'est encore tourner qui explique 
ce mot. Tripes, ce sont les enroulements, les Circon- 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 305 

volutions de l'intestin. La même configuration existe à 
la surface du cerveau que le peuple appelle grossière- 
ment : les Boyaux de la tête. 

Truffe. Origine inconnue. B. 

Truffe et Tartufe sont inséparables. 

Nous prenons, d'abord, dans les « Matinées sénonoises » 
de Tabbé Tuet, cette anecdote : 

« Molière, se trouvant, un jour, chez le nonce du Pape, 
avec deux ecclésiastiques dont l'air mortifié et hypocrite 
rendait assez bien l'idée qu'il avait alors dans la tête, en 
travaillant à sa comédie de F « Imposteur », on vint 
présenter à son Excellence des truffes à acheter. Un de 
ces dévots, qui savait un peu d'italien, à ce mot de truffes, 
sembla, pour les considérer, sortir tout à coup de son 
recueillement, et, choisissant saintement les plus belles, 
il s'écriait d'un air riant : Tartufoli, Signor Nuntio, 
Tartufoli! Molière prit de là l'idée de donner à son 
(( Imposteur » le nom de Tartufe. » 

D'après Littré, ce nom d'hypocrite a été emprunté par 
Molière au Tartufo du Malmantile de Lippi, dont le 
manuscrit circulait en France avant le Tartufe. 

C'est possible, car Molière prenait son bien n'importe 
où, le trouvant partout, et il est certain qu'avant lui, les 
deux idées de truffe et de ruse étaient étroitement 
associées, puisque Rabelais employait le verbe trupher 
pour : Railler, plaisanter. 

Pourquoi cela? Le curé de Meudon avait peut-être, 
comme l'abbé Tuet, son historiette d'un moine très dévot 
en cuisine. 

Toujours est-il que Truffe se dit en italien tartufo y et 
que la philologie ne cite pas d'intermédiaires de l'un à 
l'autre. Il faut donc admettre que le mot français est né 



306 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

spontanément, à l'audition du terme italien, et c'est 
celui-ci qu'on s'est proposé d'expliquer. 

Comme le produit périgourdin est un tubercule, on a 
dit que tarHufo venait de terrœ tuber. 

C'est presque cela, car l'espagnol dit : criadilla de 
tierra, et la première syllabe Tar peut représenter le 
latin terrœ; — mais, au lieu de tuber, nous pensons qu'il 
vaut mieux prendre tophus qui est : tuf en français, tofo 
en italien, tofos en espagnol, et qui, avec son orthographe 
latine, sert à désigner les Tubercules, ou nodosités des 
articulations goutteuses. 

Terrœ tophus donnerait régulièrement Tar-tufe, en 
italien Tar-tufo. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 307 



V 



Vampire. — Ce mot s'est introduit, dit-on, dans notre 
langage, à la suite de la publication des « Contes noc- 
turnes » d'Hoffmann. Il daterait, alors, du commencement 
du'^siècle actuel. 

Dans ridée de l'auteur, le Vampire est un être qui, la 
nuit, sort de la tombe pour aspirer le sang des vivants. 
Aussi le même nom a-t-il été donné à une grosse chauve- 
souris, accusée de prélever semblable tribut sur les gens 
endormis. Enfin, au figuré, on appelle Vampire tout 
Usurier qui s'engraisse du meilleur de votre avoir. 

Ce sont là des extensions et des dérivations du sens 
d'un radical qui, de lui-même, est plutôt bienfaisant que 
terrible. 

C'est, croyons-nous, l'italien Vampa^ ou la flamme. 

De même que pour Lutin et Farfadet, le sens de Vam- 
pire est dans cette Lueur, ce feu follet, que la supersti- 
tion suppose être une âme en peine. 

Selon nous toujours, Vampa est le latin Flamma qui 
nous a donné : flambe avec conservation des deux con- 
sonnes initiales, tandis que, dans Vampa, ce groupe s'est 
réduit (fait très ordinaire), à F qui égale v, de même que 
B est, d'autre part, substitut normal de p. 



308 SOLUTIONS DE PROBLÈMES 

Vase (féminin). Origine germanique, anglo-saxon vase^ 
Bourbe, vase. B. 

Nos Étymologistes n'indiquent aucune transformation 
de F latin en v français, bien que ces consonnes, étant 
toutes deux des labiales, fussent, chez les Romains, sou- 
vent équivalentes. Ainsi, un Prophète était : Vaticinus 
ou Faticinus. 

Cet exemple, entre bien d'autres, nous autorise à pren- 
dre pour correspondant de Vase un terme à initiale F, 
soit fœcem la Lie, le sédiment, le résidu boueux qui se 
dépose au fond des tonneaux. 

Vérin. Origine inconnue. B. 

Le Vérin est un appareil pour soulever, à petite hau- 
teur, de très lourds fardeaux. Il est représenté par l'adjec- 
tif latin virens, Verdoyant, vert, — et, au figuré : vigou- 
reux. 

Vermeil. Vermicelle. Ces deux mots ont même ori- 
gine. Le latin vermiculus, diminutif de vermis, ver, a 
donné l'italien vermicelli, d'où le français vermicelle. Ana- 
logie de formes. 

Mais vermiculus désignait aussi une gale causée par la 
vermine et qui, sur les chiens, se nomme rouge, rouget ou 
le pourpre. 

Vermeil est l'incarnat foncé, couleur vive de chair — 
puis, la teinte de l'argent doré. 

Vétille. Venu du piémontais Vetilia, Vétille B. 

Nous avons fait venir Vampa et Vase de deux mots 
latins débutant par F. Ici, nous agirons de même, en attri- 
buant pour origine à Vétille l'adjectif futilis qui, par 
transformations régulières, donne exactement le mot 
français, et en a le sens. 



SOLUTIONS DE PROBLÈMES 309 

Vielle. 

A la lettre B, nous avons montré Bielle venant de 
Vehiculum réduit à vic'lum, et nous l'avons donné comme 
pareil à Vielle. 

Pour ce dernier terme, on cite le latin du moyen âge 
Vitula qui n'est pas récusable, mais qu'on rattache à vitu- 
lari, se Réjouir. 

Nous pensons que tout autre est sa filiation, parce que, 
au milieu d'autres instruments bien qualifiés, vitula est 
accompagné de ^oco^a, joyeuse. Ce serait un pléonasme. 

Vielle doit donc avoir une signification personnelle, 
spéciale, intrinsèque, et, selon nous, le mot désigne un 
instrument joué de certaine façon, toute particulière, 
c'est-à-dire, au moyen d'une manivelle. 

Cette explication, d'accord avec le sens, et qui con- 
fond Vielle avec Bielle, n'enlève rien aux droits acquis de 
Vitula. 

La consonne t pouvant être transformation de c ; (car- 
cerem, Chartre), nous voyons dans i;i<7a le thème uic7wm, 
contracté de Vehiculum, — au lieu d'y reconnaître un 
dérivé de Viiulari. Voilà toute la difl'érence. 



Le Puy. — Imprimerie Marchessou fils. 



ly'i^à''^j'''::^^S3^^ 



PC Pavot, T 

2580 Stymologies dites inconnue; 

P38 



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