(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Types d'architecture gothique, empruntés aux édifices les plus remarquables construits en Angleterre pendant les XII, XIII, XIV, XV, et XVI siècles"

f 



•À.*»'«aù'' 



L^^: 



1% 



.'.■•V 



t*ȔT:! 






■■tjà?^ 






^*» 



DRAWING • PAINTING» SCULPTURE • ARCHAEOLOGY 




«* 



H. CHANDLEE FORMAN COLLECTION 

Presented to the University of Maryland at 

Collège Park ^ 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

Lyrasis IVIembers and Sloan Foundation 



http://www.archive.org/details/typesdarchitectu02pugi 



t!^^ 



♦ TYIM^S 

b 1lrd)itc(tiuc (Potïjiquc . 




T^ ri:s 

b'^id)itcctuvc ^otljiquc 

KMrr.l XTKS 

Al \ I 1)11 in:s M s l'Li s iii:maii(,k vnLi;s toxsiiuris i:\ a\(,i,i:h:i{iu 
ri.xDWT Ms \ii.\iii,\FV. \v i;t \m sii;< ! i.s 

II' Ki.ri'.r<i:\ I r;;* 

t\ l'Lwsj i:LLVATi()\s,i ()iri:s 1:1 i>i: rviL>^ (;i:o>iiVhîai \ 

nr M \ \ii i;r. 

A t nMii.i. Il i; I, 1. 1 1 l)i: 1: r A lAtliiili; l.\ < o \<t i; t < i i(,\ n- a i kh l. 
I)l> ItiVKH'l- >.\r.l]TI..< m STYLE <><,IVAI.. 

I ■ ■ . '. 

A . >A . IM (; l\ . 

\\\> iiiTi < 1 1 viK ni:<ii t. ri: . 

ri;M)iiT \n: i/a.\(.i,.us v\\\ i . i)i;i.oi;i:l. i, ' «oi.ovi.ii ir tRTii>Li:Rii:. 

KT l'ir.i.ii; AMr M'i'iioiUTio.N i)i' lAirmî. 

i.A r.Mtiir. <,i;\iiiioi K r.i;M i; y\\\ i;oi)i:ru«»ii) l Jli. muuitki tk 
AMii.N n \>iu.\.\Aii:i. i;.N ai.i.i.macm: i.t jn iru.iK. 



DKixiK.Mi: voi-r:)ii: 



rvRiN . 

E.AOKIiinM-DUKlll 



iji:(u: . 

>IKMi: MAISON 



I o .) 



• • • • 



't^mM'H • . • ••^ '^ 



A/ A 

]/ol l 
■ f-oiic 



^WI^ mi^ IL'lMtli:^. 



Dans la prévision que le traité tout récemment conclu entre les gouvernements 
d'Angleterre et de France , en vue dassurer désormais les droits de la pro- 
priêlé littéraire et artistique , pourrait susciter quelqu' obstacle à la libre 
circulation de cette première traduction française des Types d'architecture 
GOTHIQUE , ouvrage commencé par feu Auguste Pugin , et continué par son 
/ils JFelby , jai cru devoir solliciter , de ce digne héritier des droits et des 
talents du célèbre architecte anglais , l'autorisation qxû m'était nécessaire , 
pour donner à ma publication toutes les conditions voulues par la nouvelle 
loi française. Grâce à l'obligeante intervention de M. Robert Hill , ami de 
l'auteur , mes démarches à ce sujet ont été couronnées du succès le plus 
complet; car., non content de ni accorder ., avec tout le désintéressement 
possible , l'autorisation de publier la traduction des œuvres de son père et 
des siennes , M. A. JFelby Pugin a bien voulu y joindre l'expression de 
ses vœux les plus gracieux pour la réussite de mon entreprise , ainsi que 
la promesse., si flatteuse pour moi., de m'envoyer bientôt en cadeau plusieurs 
dessins inédits d'un haut intérêt pour l'art chrétien. Or , comme l'unique 
moyen pour moi de répondre dignement à la confiance de M. Pugin, c'était 
de faire en sorte que les belles gravures, qui ont valu aux ouvrages de soti 



père et aux siens Ihonneur d'être mis au premier ramj parmi les productions 
arcliilectotiographiques de notre époque , ne perdissent pas trop de leur mérite 
originel par le fait de leur reproduction dans tnon établissement , je n'ai 
négligé aucun soin , ni reculé devant aucun sacrifice pour tâcher dy parvenir ; 
et , afin de savoir jtisquà quel point fai réussi à cet égard , fose faire ici 
appel à la parfaite compétence et à la libérale impartialité du savant directeur 
des Annales ARcnÉOLOGiQnES de France. 

Que M. le lieutenant-colonel Delobel me permette d'associer ici à l'expression 
de ma reconnaissance envers M. A. Uelhj Pvgin , celle de ma vive gratitude 
pour le service qu'il a bien votdu tue rendre , en consacrant à la traduction 
du texte de cet ouvrage une partie de ses loisirs littéraires. 



E. NOBLET. 



Lidgc , le 20 avril 18j2. 



CONSIDÉRATIONS 



L'AIICIIITECTURE GOTHIQUE 



ET SUR SON IMITATION PAU LES MODERNES; 



PRÉCÉDÉES D'DNE 



Notice sur les Œuvres archéologiques de feu Auguste Pugin. 



La mort est venue terminer la noble carrière d'Auguste Pugin au moment où il 
mettait au jour les premières livraisons du tome II des Types d'Architecture gothique. 
L'art chrétien a perdu en lui l'une de ses plus vives lumières, l'un de ses rénovateurs 
les plus habiles , surtout au point de vue de l'application pratique ; et cette perte eut 
été bien plus vivement sentie encore, si notre illustre ami ne nous avait laissé, en 
l'héritier de son nom et de sa science , non-seulement un digne continuateur de 
l'œuvre sainte et nationale à laquelle il a consacré sa vie d'artiste , mais encore un 
des archéologues chrétiens les plus savants et les plus féconds de notre époque, [i) 



( 1 ) De tous les archéologues et arcliilectcs modernes , Auguste Pugin est le premier qui ait , eu 
ce qui concerne le moyen âge , sérieusement compris et appliqué avec mélhode le principe que : 
Dans te domaine des arts d'imitation , un bon modèle est souvent plus utile que le traité le plus savani, 



Confonnémciit au désir que son père en mourant lui avait témoigne , M. A. A\'ciby 
Pugin s'est empressé d'achever la composition de ce second volume des Typvs-, il n'a 
néglige aucun soin pour le rendre digne en tous points du premier ; et le long rel;ird 
appelle dans sa publication est uniiiuemcnt dû à l'impossibilité où nous nous sommes 
trouvé , pour causes de santé et d'affaires , d'en terminer plus lot la i)artie lilléraire. 
En mettant aujourd'hui la dernière main à ce travail , nous considérons comme un 
devoir de rappeler brièvement ici les nombreux ouvrages dont feu notre illustre ami 
a enrichi l'architeclonograpliie du moyen âge. 

Longtemps avant que Pugin père se fût imposé la laborieuse lâche d'y pourvoir , les 
hommes de l'art avaient généralement senti le besoin d'avoir à leur disposition une 
collection de dessins géométraux , reproduisant d'une manière exacte et aulhcnlique 
les détails caractéristiques du style ogival. On avait alors déjà , il est vrai , publié de 
nombreux recueils de belles gravures , et dépensé force imagination et érudition en 
recherches historiques et en discussions scientifiques sur l'architectin'c chrétienne; mais, 
toutes précieuses qu'elles pussent être d'ailleurs pour les archéologues et pour les 
amateurs du grand monde , la plupart de ces publications n'étaient que d'une bien 
mince utilité aux architectes ; et , en effet , au point de vue de l'application , quel 
profit ces derniers pouvaient-ils tirer , soit de ces dessins en perspective et de ces 
vues d'ensemble dans lesquels les détails sont à peine accusés , soit de ces dissertations 



la théorie la plus transcendante. Il a , par ses travaux , rendu d'immenses services à la renais- 
sance du vrai style chrétien , et la voie qu'il a ouverte est, depuis lors, généralement suivie par 
tout ce que l'Angleterre, la France, l'Allemagne et la Belgique comptent de travailleurs sérieux en 
archéologie ; aussi cette noble science a-t-elle , depuis 20 ans , fait des progrès aussi rapides que cer- 
tains. Architecte avant tout , Pugin père préféra la science pratique à la théorie spéculative. Con- 
vaincu , par les preuves nombreuses qu'il en avait sous les yeux , que les œuvres savantes des ar- 
chéologues , ses devanciers , n'avaient point sufli pour donner aux architectes anglais des idées 
exactes sur le style ogival , il y pourvut en composant pour eux une série d'ouvrages qui consti- 
tuent une véritable encyclopédie de l'architecture chrétienne ; et c'est ainsi qu'il contribua beaucoup 
à former le goût de ses compatriotes et à mettre un terme aux choquantes hérésies dont ils s'é- 
taient rendus coupables en fait de construction et restauration d'édifices gothiques. 

La Belgique a trouvé , sous le rapport de l'érudition , sinon sous celui du style littéraire , un 
digne élève de l'illustre de Caumont dans l'auteur de Vllistoire de notre architecture nationale ; mais 
elle attend encore un Pugin , et rien , à notre avis du moins , ne présage sa venue prochaine. 

T. 



.inlius cl si souvent Iiasardées sur l'oriiiine dr l'ogive, sur les caniclères qui iliiïciciieienl 
ciiiif l'iix les styles saxon cl noriiiantl ( 1 ) , enfin sur les prétentions rivales 
(le l'Allemagne, de la Franec et de l'Angleterre en ce (|ni concerne la priorité 
(l'invention du système ogival'? (2) Ce (pi'il fallait, et ce (pii mancpiait complètement 
alors aux eonslrueteurs et restaurateurs d'édifices gothiques, c'était un ouvrage dun 
prix peu élevé et dans lequel ils pussent trouver , comme modèles à suivre , une 
collection de spécimens, enqn'unlés aux constructions gotliiciucs encore existantes, 
copiés fidèlement d'ajjrès nature , rendus en épures exactement cotées, et embrassant 
dans leur ensemble tous les détails que comportent, dans les différents genres d'édifices, 
les périodes ou transformations successives de ce beau style. Ayant eu le i)remier 
l'idée d'une publication de cette nature, nous en communiquâmes le plan , dès 18IH , 
à Auguste Pugiu, lorsqu'il vint à Lincoln pour y dessiner (pielqncs édifices anciens 
(jui devaient figurer dans le tome V des Antiquités architectuiuks de lîritton , alors 
en cours de publication ; et cette idée fut si chaleureusement accueillie par lui, (pie 



( \ ) Dans l'ouvrage que M. Edmond Sharpe a publia , en 1810 , sous lo tilre de : The sevcn 
periods of cliurch architecture , cel archilecte prouve que, au lieu de cinq périodes admises dans 
rarchiteclure du moyen âge anglais par les architectes et archéologues , il faut en distinguer sept , 
savoir : la 1«. (saxonne), jusqu'en 1066 ; la 2«. {normande),àe t066à H-io; la 3». { transitionnelle) , 
dellib à 1190; la4«. (à lartcette), de H'JO à 1245; la b=. {géométrique), de 1215 à 1313; la 6-. 
(curviligne), de 1513 à 1560, et la T. (rectiligne) , de 1360 à 1330. 

ces divisions répondent à celles françaises , sauf la saxonne, qui est noire latine ou romane 
primordiale, cl \a curviligne , qui est noire renaissance. 

( Extrait des Annales auciiéolûgiûces de France. ) 

(2) Un des plus savants archéologues anglais, M. Gally Knighl , a reconnu, après de longues 
recherches, que, dans toutes les révolutions qui ont changé en France et en Angleterre la face de 
rarchileclure, la France a toujours eu la priorité. ^^^^^^^^ AncaKOLOCQUES. ) 

Nous doutons que les archéologues anglais admettent, sans réserve aucune, celle conclusion si 
absolue posée par M. Gally Knight, surtout en ce qui concerne les transformations successives du 
style ogival; car s'il est vrai, ainsi que le prétend M. A. Bcresford Hope , que le collège de 
Canlorbery et l'église de Cheadle sont construits dans le style anglais du ^7f'^ cl non dans celui 
français des Xf et XVl' siècles, il s'ensuit évidemment que la priorité apparlicnl aux Anglais 
en ce qui concerne le gothique terliaire. 

Il esl vrai de dire que ce gothique esl une dégénérescence relativement à celui des périodes 
précédentes , du moins en ce qui concerne les édilices ecclésiasliciues. _^ 

2 



MOUS en arrêtâmes la réalisation immcdiate sous le titre de Spécimens d'Architecture 
gothique. Suivant notre plan . chaque sujet représenté devait être accompagné d'une 
notice descriptive, et l'ouvrage, précédé d'un court essai sur la décadence de l'art 
chrétien en Angleterre , ainsi que sur les diverses tentatives faites par les modernes 
pour en amener la renaissance , serait terminé par un glossaire technique , puisé 
aux anciennes et meilleures sources, et ayant pour but de donner la clef de la 
lerminologie, jusque-là fort peu connue, des éléments de rarcliiteclurc du moyen âge. 

Il convient de faire remarquer ici que Pugin avait, dés 1816, publié en colla- 
boration avec M. F. Mackcnsie et sous le même titre de Spécimens d'architecture 
gothique, un ouvrage composé de Gl planches, dont les sujets étaient, en majeure 
partie , empruntés aux anciens édifices d'Oxford ; mais cet ouvrage , malgré son 
analogie avec celui que nous publiâmes ensuite sous le même litre , n'avait pas la 
même utilité que ce dernier au point de vue de l'application pratique ; car , outre 
que plusieurs sujets n'offraient d'autre intérêt que celui d'être curieux , tous n'étaient 
représentés qu'en perspective , et ne pouvaient conséqucmment pas servir de modèles 
aux architectes constructeurs et restaurateurs. 

Le grand succès obtenu par le premier volume des nouveaux spécimens engagea 
Pugin à en composer un second, lequel parut vers la fin de 1822. 

Aidé de M. John Britton pour la partie du texte , Auguste Pugin fit paraître , de 
1825 à 1828 , sous le titre de Spécimens des Antiquités architecloniqucs de la Nor- 
mandie , un beau livre à gravures contenant , entre autres sujets curieux , plusieurs 
édifices de l'ancienne architecture domestique de cette contrée , remarquables par la 
richesse de leur construction , et offrant un intérêt tout particulier aux artistes anglais, 
à cause de leurs dissemblances , quant aux détails , avec les édifices de même 
genre et de même âge qui existent encore en Angleterre. C'était une idée heureuse 
que celle qui avait engagé notre infatigable ami à composer cet ouvrage; car, par 
les moyens de comparaison qu'il fournissait ainsi à nos architectes cl archéologues , 
il leur ouvrait une voie toute nouvelle d'étude et de progrès ( 1 ). 



(1) La voie de comparaison, a dit Caylus , est pour l'antiquaire ce que les observations et 
l'expérience sont pour le physicien ; l'inspection de plusieurs nionumcns rapprochés avec soin en 
découvre l'usage , comme l'examen de plusieurs effets de la nature en dévoile le principe. 

Voir l'introduction écrite par M. Britton pour cet ouvrage de Pugin sur les monumens de la 

Normandie. Nous en publierons prochainement la traduction française. 

T. 



— vil — 



Nolons en passant , bien que celte production soit clnui!ïèi-c à rarcliéologie clirc- 
tienne, (pie Pugin puMia \cis la nuinc époiiuc, i\v KS^iô à 1828, les Moniitiiens 
publics de I.oihIivs iUiishr.s — le texte composé \r.\r .M. Hiilton et les |)lanclics ilcs- 
sinées par les élèves de notre illustfe ami , sous sa direction. 

Kncouragé par le succès de ses précédentes publications cl plus ipio jamais coii- 
\aincu de la haute utilité pratiipie de tout ouvrage conçu dans le même genre et 
stn- le même plan (pie les Spécimens, Auguste Pugiu se remit à l'œuvre cl fit pa- 
raitre, en janvier 18^28, le tome 1 du présent ouvrage. Si Ton compare les Spé- 
cimens aux Tj/pes , on trouve, il est vrai, cpi'unc même idée, un même principe a 
présidé à leur composition, cl (pie le dernier, ainsi (pie nous l'avons dc'jà dit, n'est, 
à proprement parler, que la continuation, le eomplémcnl du premier; inai.s on doil 
rcconnaitre, en faveur des Types, un plus grand (ini dans l'exécution grapbiquc, un 
clioix plus licureux des sujets cl un groupement de ceux-ci p!ut(Jl eoordoimé d'après 
la situation géographique des édifices qu'ils reiiroduisent , que d'après tout autre 
classement méthodi(iuc qu'on aurait pu leur donner; et c'est précisément à cause de 
cette disposition des planches, (pie l'on crut nécessaire de mettre en tète du premier 
volume des Types Vessai qu'on y a lu et d'accompagner chaque sujet d'une notice 
historique et descriptive ( 1 ). 

En 1850 , notre illustre ami mit sous presse un recueil de fties illustrées des 
inonu7ncnts gothiques , considérés par lui comme des types en leur genre. Cet ouvrage 
se compose de 25 planches , gravées sur pierre par M. Joseph i\ash , élève de Pu- 
gin , d'après des esquisses faites d'a[)rès nature sous la direction du maître , et ac- 



( 1 ) M. Willson prend ici pour une qualité ce que nous considérons comme un défaut. A notre 
avis , le groupement géograpliique n'a sa raison d'être dans un ouvrage d'arcliéologie que quand 
l'auteur a pour but de constater les influences locales et extérieures que cette science a subi(!s 
dans la contrée que l'on considère. Hors de là, la meilleure méthode à suivre est celle du grou- 
pement des sujets d'après leurs genre , style et âge respectifs ; et cela , afin d'en faciliter l'étude 
comparée , de faire mieux saisir les caractères architectoniques de chaque époque et de répandre 
plus de lumière sur toutes les nuances qui ont marqué les transitions. Si M. Willson avait suivi 
cette marche , il eût senti la convenance , pour atteindre le but purement pratique que s'était 
proposé Pugin , de faire dans le texte des Types une plus grande part à la critique technique , et 
il se serait , par contre , étendu avec moins de complaisance sur des faits historiques et généalo- 
giques qui n'ont d'autre mérite que de flatter les familles dont les noms, titres et blasons y sont 

mentionnés. 

T. 



foiiipngnces d'un texte ileseripiif dû à la plume de M. \V. II. Leeds. Le but de cette 
publication était de satisfaire au désir manifesté par plusieurs souscripteurs aux Types 
d'avoir la représentation complète et en perspective de quelques-uns des édifices dont 
ce dernier ouvrage n'avait donné que des élévations et coupes géoméirales et 
partielles , ou qui n'y figuraient que pour quelques traits de détail. Ces dessins pitto- 
resipies pouvaient assurément offrir de l'intérêt aux gens de goût et aux feseurs de 
collections , mais ils eussent été un bors-d'œuvre dans le cadre purement teclinique 
(les Types ; ils en eussent dénaturé le caractère exclusivement scientifique , et c'est 
pourquoi l'auteur crut devoir en faire un ouvrage à part. 

Auguste Pugin publia , de 18-28 à 1851 , sous le titre de Ornements golhiqucs , 
un recueil composé de 100 planclies litbograpbiées et ayant pour sujets un grand 
nombre de fragments et spécimens de sculpture sur bois , appartenant aux différents 
âges et variétés du style gotbique , empruntés à d'anciens édifices religieux et civils , 
et dont la plupart sont assez remarquables par la beauté du dessin et de l'exécution , 
pour mériter à tous égards de servir de modèles aux artistes modernes. On peut rc- 
procber à cet ouvrage l'absence de toute métbode dans le classement des sujets, d'où 
résulte une certaine difficulté pour trouver ce (pi'on y cbercbe ou ce qu'on y fait 
diei'cber ])ar d'autres. 

Dans le courant de la même année , 1831 , notre infatigable ami mit la dernière 
main à un nouvel ouvrage, auquel il donna le titre de Gables, et qui consiste en ôl 
planclies accompagnées d'un texte descriptif et représentant une collection de pignons 
en cbarpenle ornementale. Il se trouve parmi ces Gables plusieurs spécimens extrême- 
ment curieux de l'arcbiteclure domestique des XV"" et XV!""" siècles , de cette époque 
où la ricbe bourgeoisie avait coutume de manifester son opulence par l'édification de 
magnifiques maisons en ebarpente de cliéne, toute couverte de sculptures et dont les claires- 
voies de membrure étaient revêtues d'un plâtrage blanc. C'est surtout à Coventry , ville 
bien connue de l'antiquaire anglais pour ses nombreuses maisons de ce genre , que 
l'auteur a eboisi les principaux sujets de cette collection; mais il a aussi emprunté 
à la cité française d'Abbeville quelques spécimens particulièrement remarquables en 
ce qu'ils offrent le mélange curieux de l'ornementation Renaissance greffée sur des 
membres purement gotbiques. Grâce aux plancbes de cet ouvrage si parfaitement 
dessinées sous la direction de Pugin, par M. B. Ferrey , son élève, les annales de 
l'art conserveront les formes de ces précieuses reliques de l'arcbitecture domestique du 
moyen âge , longtemps ajircs que les originaux auront à jamais disparu sous les coups 



du temps et plus encore sous l'ii^fntif^iiltle marteau do l'école moderne , de celte 
école qui ne nous semble si empressée de dénaturer ou détruire les édifices 
élevés par nos pères , (jnc parce qu'elle n'en comprend ni la beauté réelle , ni la 
\aleur bislorique. 

ICnfin, ainsi que nous l'avons dit en commençant celle notice, lorsque la mort 
vint, en décendjre 1832, enlever Auguste Pugin aux arts et à ses amis , il travaillait 
au second volume des Types que nous publions aujourd'bui , après im long retard 
que nous regrettons d'autant plus que nous en avons été la cause involontaire. 

Fidèle au but d'utilité pratique que s'était proposé son père, M.Welby Pugin (1) 
s'est astreint à enq)runler la jjlupart des sujets de ce volume aux cbàtcaux et autres 
édilices domestiiiues des dernières périodes du style gotliique. On conçoit combien 
il lui eût été plus facile de le composer de types plus grandioses , en mettant à 
contribution nos splendidcs eatbédrales et les belles églises collégiales si nombreuses 
encore en Angleterre; mais c'eût été faire fausse route, car les modèles de ce genre 
ne manquent point à nos arcliitcctes; ils peuvent aisément aller les étudier dans nos 
principales villes , sans compter qu'il en existe déjà de nombreuses et belles 
descriptions ; tandis que ce qui leur manque souvent pour se guider dans leurs travaux 
de construction et de réparation, ce sont précisément les types de ces détails à la fois 
si variés , si riebes et si curieux qui font la beauté caractéristique des cbàtcaux et 
grandes maisons du moyen âge, et dont l'étude, d'après nature, leur ])résentc de 
grandes difficultés, qui proviennent, non pas de la rareté de ces nobles reliques du 
temps passé , mais bien de ce qu'elles sont dispersées à de grandes distances les 
imes des autres , loin des routes battues , et souvent eaebécs dans les retraites les 
moins connues des débris de nos anciens domaines seigneuriaux ou religieux ; 
et que , par conséquent , cette étude d'après nature exigerait , pour être complètement 
et utilement faite , des ressources et de longs pèlerinages qui ne sont point à la 
portée du plus grand nombre de nos jeunes artistes. 



(1) Archilecle plus émincnl encore que le fut son père, M. Welby Pugin est en même temps 

l'un des archéologues les plus illustres de l'Angleterre ; et c'est ajuste titre que le savant directeur 

des Annales ARcnÉoLociQUES de France lui a décerniî le sceptre de la renaissance ogivale en Angleterre. 

M. Welby Pugin, a dit M. Didron aîné , ressuscite le moyen ûge, corps et âme; il est aussi poète 

qu'architecte; il a mis une pensée dans chacune des pierres brutes et sculftdcs de l'église de 

Cheadle , son chef-d'œuvre. 

T. 

3 






On trouvera donc dans ce tome II de nombreux types de portes , fenêtres , 
foyers , cheminées et autres membres de l'arcliitecture civile et domestique du 
moyen âge; et, parmi ces détails, ceux que nous recommandons tout particulièrement 
à l'attention des architectes, ce sont les fenêtres, parce que c'est surtout dans 
l'imitation de ce trait caractéristique du style gothique qu'ils rencontrent les plus 
grandes difficultés et commettent les plus grosses hérésies. Il leur est généralement 
assez facile d'adapter In plupart des autres trai(s de ce style aux convenances des 
habitations modernes ; mais que d'obstacles sérieux et souvent même insurmontables , 
quand il s'agit pour eux d'approprier, par exemple, à une construction conçue dans 
le goût du XIV° ou du XV siècle , un système de fencstralion qui ne nuise point au 
eomfort des appartements ! et cela est si vrai, qu'il existe à peine encore un seul ancien 
château , une seule vieille abbaye ou grande maison dont le fenêtrage primitif n'ait 
point été mutilé ou défiguré sous prétexte d'amélioration ; tandis , d'un autre côté , 
qu'il est bien rare de rencontrer un édifice moderne , en style gothique , dont le sys- 
tème des fenêtres ne laisse beaucoup 5 désirer sous le rapport de la correction. Que 
de fois l'homme de goût n'est-il pas choqué à la vue de l'absurde fenêtrage d'une bâtisse 
dont tous les autres membres architectoniques sont d'ailleurs convenablement traites ! 
Or , comme les fenêtres et leurs dépendances constituent un des caractères essentiels 
de la vieille architecture chrétienne , il est évident que de la pureté de leur agence- 
ment dépend essentiellement aussi la beauté de l'ensemble , le mérite absolu de toute 
construction de l'espèce. Il serait injuste toutefois de rendre nos architectes modernes 
responsables de toutes les fautes commises à cet égard et de les attribuer uniquement 
à leur manque de goût et de talent; et, en effet, il existe maintenant pour eux, dans 
la composition d'un édifice gothique , des difficultés nombreuses qui n'existaient pas 
pour leurs devanciers des siècles passés, ainsi que tendent à le faire comprendre les 
quelques considérations que voici : 

Dans les anciens châteaux, les fenêtres extérieures étaient généralement fort étroites , 
très-petites et ne consistaient qu'en un seul jour : le castel de Herstmonceaux , 
la tour de Guy au château de Warwick et les tours de Raglan nous en fourniront 
ci-après de remarquables exemples. Ce genre de fenêtres donnait aux édifices plus de 
solidité et une apparence de plus grande force défensive ; et c'était surtout en vue de 
la défense contre toute attaque venant de l'extérieur que les fenêtres étaient presque 
toujours fort élevées au-dessus du sol , et que , loin de chercher à se ménager des 
vues sur le paysage ou sur les localités environnantes , on établissait généralement le 



— XI — 

fenètragc des principaux corps dclogis à l'inlôricur des cours cl préuux enclos de murs. 
Mulgré les incoiivonients inhérents à un loi dispositif, la force de Hiabilude , et sans doute 
aussi la vanité des propriétaires, en firent continuer l'iipiilication longtemps après que 
les causes qui en avaient nécessité l'adoption eurent complètement disparu; et c'est 
ainsi que le progrès social qui s'accomplit au temps d'Elisabeth et de Jacques I" , en 
ce qui concerne la stabilité des institutions politiques et la police intérieure du royaume, 
n'amena aucun changement immédiat dans les constructions seigneuriales relativement 
à ce genre de précautions défensives. L'orgueil des ancieimes familles s'attachait à 
conserver les appin-ences des privilèges de la féodalité. Les maisons de campagne ne 
cessèrent point d être iiilourées de fossés munis de ponts-levis, et flanquées de simu- 
lacres de tourelles défensives; on ceignit, comme par le passé, les cours et jardins 
de murailles solides; et les fenêtres, quoique devenues très-grandes et nombreuses à 
l'excès , conservèrent néanmoins encore leurs épais meneaux en pierre et leur solide 
grillage en fer. ( 1 ) 

Les verrières de ces fenêtres étaient composées de très-petites pannes de verre 
blanc ou de couleur; et comme cellesei étaient montées en des résilles de plomb, 
leur agencement dans les différents jours n'offrait aucune difficulté , (lucllcs que 
pussent être d'ailleurs les dimensions et les subdivisions de la baie. Quand on vou- 
lait , chose rare alors, se ménager un moyen d'ouverture ou de ventilation à travers 
une fenêtre , on se contentait de monter sur gonds et pentures l'armature do riiii 
des compartiments. Sauf de rares exceptions , ce mode de fenestration resta en usage 
jusqu'au règne de Charles II , époque à partir de laquelle les fenêtres subdivisées en 
jours étroits par des meneaux et croisillons de pierre furent remplacées par les châssis 
oblongs en bois de chêne empruntés à la Renaissance , e'esl-à-dire au nouveau style 
italico-français. (2) Quelques années plus tard, les progrés réalisés par linduslrie verrière 



(1) Les grands appartements du château de Hardwick, noble spécimen de l'architecture du temps 
d'Elisabeth et qui est maintenant la propriété du duc de Devonshire, sont éclairés par une profu- 
sion de fenêtres de ce genre, encore garnies de leurs anciennes verrières. Grâce au bon goût de 
ses propriétaires successifs, ce château a conservé sa physionomie primitive et n'a subi jusqu'à ce 
jour que d'insignifiantes modifications. 

(2) L'emploi des fenêtres rectangulaires, divisées en croix simple, double ou triple par des 
croisillons , ne commença , dit M. Schayes , à se montrer qu'au X1V« siècle , et il devint général , 
à partir du siècle suivant, jusqu'au XVIII^ 



XII 



amenùreiil l'us.'igc des grands carreaux ; et , bicnlùt après -, rinvcnlion des châssis ù 
coulisses et à coiilre-poids vint compléter la réforme de ce membre arclntectoni(|ue 
dans les conslructious civiles et domestiques. C'est aussi à partir de cette é|)0(iue 
que l'on se mit à l'œuvre pour transformer en grandes baies rectangulaires, propres 
à encadrer des châssis de menuiserie , un grand nombre de ces fenêtres anciennes qui 
lésaient le plus bel ornement des vénérables maisons et châteaux de nos pères.... et ces 
odieuses mutilations étaient aloi's considérées comme des preuves de. bon goût! (1 ) 
De nos jours la plupart des artistes qui firent les premières tentatives pour amener 
la renaissance du style ogival s'inquiétèrent fort peu des règles et exigences du 
fenètrage de ce style , bien que , nous le répétons , c'en soit un des traits les plus 
caractéristiques. Les fenêtres pseudo-gothiques qu'ils imaginèrent reçurent les formes 
les plus hideuses et les plus incommodes. L'ogive aiguë qui, de toutes les ogives , 
est assurément celle qui se prête le moins aux convenances des appartements domes- 
tiques , fut cependant celle qu'ils choisirent de préférence pour l'amortissement des 
baies. Les fenêtres n'étaient pour eux qu'un trait secondaire , un simple accessoire 
qui venait tant bien que mal se caser sur 1 echiciuier des façades ; et c'est ainsi que 
l'on vit de monotones rangées, de longues fenêtres rectangulaires en simple menui- 
serie , prendre place d'une manière quelconque au milieu d'une incroyable prolusion 
de contreforts , créneaux et pinacles — témoignage évident de l'impuissance de ces 
artistes à saisir les rapports harmoniques qui existent si manifestement entre les dif- 
férents membres et traits de l'architecture gothique , et , par conséquent , à savoir 
imprimer à l'ensemble de leurs compositions ce beau caractère d'unité synthétique 
qui commande notre admiration à l'aspect des chefs-d'œuvre de l'art chrétien. Avec 
des éléments si discordants , il n'est point , on le conçoit , d'harmonie d'effet pos- 
sible , et c'est , en effet , là ce qui heurte l'homme de goût à l'aspect de ces cons- 
tructions hybrides , dont nous |)ourrions , hélas ! citer ici trop d'exemples , si le 
désir de ne blesser personne ne nous en empêchait. 



( 1 ) C'est ainsi que vers la fin du XV11« siècle on défigura le fenôtrage de l'une des façades du 
château de Herstmonceaux. L'auteur du Foyage en Grande Bretagne , publié en 1742 (voir tome III, 
page 37, ô"'^. édition), loue très-fort, à propos du châloau de Burleigh , près Stamford , le goût 
exquis et le génie archilectonique de Jean, comte d'Exetcr , mort en 1700; et cela, parceque ce 
personnage avait transformé le vieux fenètrage gothique de son caslel en grandes et laides fenêtres 
du genre ici en question. Grûce à Dieu, on a depuis lors fait justice de cette profanation , et rendu 
à ce splcndide édifice une grande partie de sa physionomie primitive. 



XIII 



Grâce au jïraïul mouvement nreliéolojiique qui s'est produit depuis quelque temps 
en Europe, gn'iee surtout, eu ce qui eoucerne l'Angleterre, à rexcellente direction 
ii la fois scientifique et itinlique cpie les illustres Pugin et quelques autres archi- 
tectes et archéologues éminenls ont su imprimer à l'école dont ils sont les chefs , 
grâce enfin à la réforme du govit qui en a été la conséquence naturelle , il s'est 
manifesté, dans ces dernières années , un iclour bien marqué vers les traditions de 
l'art goliiicpie . et c'est surtout dans les constructions et restaurations les plus récentes 
que plusieurs architectes de cette école ont fait preuve d'une grande habileté en ec 
qui concerne la fenestration. A l'appui de cette assertion , nous mentionnerons 
ici avec éloge des fenêtres à meneaux et croisillons en pierre , garnies de châssis 
de bronze ou de cuivre , qui sont de fort bon goût et que nous préférons de 
beaucoup à ces autres fenêtres généralement en usage et qui consistent , soit en 
verrières montées dans des encadrements de bois peinturé de manière à simu- 
ler la pierre , soit en châssis de menuiserie fixés en arriére de meneaux de pierre ; 
cl cela , parce qu'une fenêtre tout en boiserie n'a généralement pas assez d'ampleur, 
n'est pas suffisamment étoffée dans ses détails pour simuler convenablement la pierre , 
tandis que celle en boiserie encadrée par des meneaux et traverses de pierre est , au 
contraire , d'une lourdeur qui contraste désagréablement avec le style si simple , si 
léger et si svclle de l'ancienne fenestration. On a construit et l'on construit encore 
beaucoup de fenêtres gothiques entièrement en fonte de fer ; mais comme pour pro- 
duire l'effet voulu , il ne suffit pas de copier les lignes d'un réseau , mais qu'il faut 
encore que ces lignes soient bien proportionnées et étoffées , il arrive que ces fenêtres 
en fonte ne sont , le plus souvent , que le squelette de ce qu'elles devraient être pour 
satisfaire aux régies de l'art et aux lois du bon goût. Notons , enfin , en ce qui con- 
cerne le fenêtrage à la gothique , que la substitution des volets de fermeture aux an- 
ciens barreaux de fer est aussi une cause de difficultés pour l'arehiteele moderne. 

Dans les habitations du moyen âge, le nombre des cheminées était Irès-reslreint ; 
fort peu d'appartements étaient pourvus de foyer , et dans les types les plus anciens 
qui soient parvenus jusqu'à nous , le tuyau de chaque cheminée s'élevait isolément 
au-dessus des combles en forme d'une svelte tourelle. Dans les périodes postérieures , 
on rencontre , il est vrai , des souches composées de 2 ou 5 tuyaux ; mais , sauf de 
rares exceptions , telles , par exemple , que la belle souche multiple que nous avons 
vue à Eastbarsham ( tome 1 , pi. 65 des Types ) , il est de tait que les cheminées 
sont maintenant beaucoup plus nombreuses qu'elles l'étaient au moyen âge , et c'est là 

4 



une source d'embarras sérieux pour nos archilcctcs modernes de lecole gothique. 
Pour lever cette difficulté , quelques-uns d'entre eux ont essaye de diminuer , iui 
moyen de souches multiples formant tourelles , le nombre apparent des cheminées; mais 
il est résulté de ce dispositif un très-grave inconvénient que voici : la fumée , étant 
ainsi accumulée en un foyer unique , sort du tuyau en masse si condensée que la 
lourelle-souche en est bientôt noircie et complètement défigurée; au lieu de servir à 
l'ornementation de l'ensemble, elle devient alors une souillure, une tache qui nuit 
à l'effet général de l'édifice. Pour éviter l'inconvénient de mettre en évidence de 
nombreux tuyaux de cheminée, il ne suffit donc pas de les réunir simplement en 
faisceaux , car il n'arrive que trop souvent qu'après quelque temps d'occupation ces 
ciieminées, si bien dissimulées sur le plan de l'architecte, se trahissent d'une façon 
déplorable en flétrissant l'édifice qui les recèle. C'est là une considération impor- 
tante sur laquelle nous appelons tout particulièrement l'attention des architectes. 

Le porche fermé , à deux entrées latérales et de largeur suffisante pour livrer 
passage aux voitures , constitue à nos yeux un des membres de l'architecture go- 
thique dont nous devrions plus souvent tirer parti. Sous le rapport de l'utilité et 
de la commodité , il est évidemment supérieur au péristyle classique si bien battu 
par la pluie, si bien ouvert à tous les vents; aussi l'a-t-on appliqué avec succès 
comme entrée principale à plusieurs grands châteaux de construction récente. Nous 
n'avons à la vérité rencontré aucun porche de ce genre dans les anciens manoirs 
et hôtels ; mais , comme la convenance d'un tel appendice est incontestable , on 
pourrait , nous semble-t-il , sans notable violation de style et moyennant quelques 
modifications à y introduire , adopter pour types de l'espèce , soit les porches colla- 
téraux de nos grandes églises gothiques, soit l'ordre inférieur des belles tours isolées 
ou appliquées qui servent d'entrée à la plupart des grands édifices civils et domes- 
tiques du moyen âge. ( 1 ) 

On a , depuis quelques années , construit en ce pays un si grand nombre de 



( 1 ) Nous citerons comme exemples de porches de ce genre celui appeliî Galilde qui se trouve au 
transsept du monastère de Lincoln, le porche nord de la cathédrale de Hereford, et celui , également 
nord, de l'église de Grantham , dans le Lincolnshire. Il va sans dire que, pour obtenir l'effet voulu, 
il faut construire les porches dont nous conseillons ici l'adoplion dans de bonnes conditions 
d'étendue et de solidité. 



maisons de campagne en slyle golliiciue , ipie l'aspi'i't ^i'iummI de [ilusieurs localiii-- 
en il été complètement cliangé ; et cela se eoneoit : les éléments «le ee slyle étunt 
susceptibles d'une foule de combinaisons diverses, l'artiste qui sait les appli(|uer avec 
goût et discernement peut en tirer de bien autres effets de paysage que n'en savent 
produire, dans nos froids climats surtout, les monotones pastiches de l'areliiteeture 
grecque et romaine, et moins encore les pauvres et insipides compositions de l'école 
moderne. Un autre avantage essentiel de l'art gothique, sous le rapport des effets pitto- 
resques , c'est qu'il se plie admirablement aux constructions de tout genre et de toute 
proportion, depuis la sublime cathédrale, le splendide palais et l'élégant château jusqn'auv 
fabriques rustiques les plus modestes, telles que fermes, granges, chaumières, etc. 
Aussi avons-nous maintenant en Angleterre plusieurs villages qui jouissent d'une quasi 
célébrité artistique par le seul fait des constructions golhiiiues ipii y ont été 
récemment élevées ; et à ce propos nous ferons remaniutr à nos jeunes arciiitectes 
combien il est essentiel, dans toute composition gothique, de considérer avant tout quel 
est le but à atteindre , afin de ne pas tomber dans l'absurde ou le ridicule , en 
prenant pour modèle d'un édifice à construire un autre édifice qui n'a rien de 
commun avec le premier sous le triple rapport de la destination , des proportions 
et de la situation. C'est pour avoir perdu de vue ce principe fondamental , dicté 
par le goût et par le simple bon sens , que maints faiseurs pseudo-gothiques ont à 
la fois compromis leur réputation et enrayé dans sa marche la renaissance de l'art 
chrétien, en élevant ces pastiches à proportions extravagantes, ces châteaux pygniées . 
ces cottages colosses , ces hospices informes (|ui blessent l'œil de l'homme de goût , 
enfin ces abbayes hybrides qui n'ont rien de commun avec nos anciennes retraites 
pieuses, si pleines de solennité et de recueillement, que leur unique approche suffisait 
souvent pour faire rentrer le calme dans l'àme la plus agitée par les passions du 
monde, et ramener dans la voie du Seigneur le pèlerin qui s'en était écarté. (1) 



(1) Parmi les causes qui s'opposeront longtemps encore, surtout en France et en lîelgique , au 
large progrès de la renaissance gothique dans les constructions civiles et privées, il en est une, 
à notre avis, très-importante à considérer, et qui consiste dans la crainte, conçue par certains 
esprits ombrageux, qu'il pourrait bien se trouver parmi les plus ardents promoteurs du grand 
mouvement archéologique actuel plus d'un ultramonlain grand seigneur ou haut dignitaire de l'Eglise , 
pour lesquels ce mouvement n'est qu'une machine de guerre politique , c'est-à-dire que , sous leur 



— XVI 



J,c retour vers les traditions artistiques de nos |)ères ne se borne plus aux édifices 
de tout genre ; on comnicnce à coniiirendre aussi que rien ne justifie l'abandon 
complet depuis un siècle de ces jardins à la française , dans lesquels les chefs-d'œuvre 
de l'art se mariaient si heureusement aux beautés de la nature , et qui avaient pour traits 
caractéristiques des terrasses, cascades, fontaines, statues, escaliers, balustrades, etc. 
On avait, à la vérité, dans ce genre de jardins, poussé jusqu'à l'extravagance le luxe 
artistique , la profusion des fabriques , les jeux artificiels et les règles de la symétrie : rien 
assurément n'était moins naturel que ces parterres compassés et à contours géométriques , 
ces allées d'arbres taillés aux ciseaux, ces tonnelles, baies et labyrinthes profilés et 
torturés en formes de vases , d'animaux , de pyramides , etc. ; et la laideur de 
toutes ces bizarreries était d'autant plus choquante que leur étendue était plus consi- 
dérable. Tout en désapprouvant donc les excès du vieux style jardinier , on doit 
cependant reconnaitre que, lorsqu'il était contenu dans de justes bornes et appliqué 
avec intelligence surtout aux alentours immédiats d'une habitation , il ne manquait ni 
de grandeur ni de beauté réelles , sans compter que , sous le double rapport de la 
commodité et de la mise en scène pittoresque des bâtiments, il offrait des ressources 
qui manquent complètement aux jardins modernes. Le XVIIP siècle n'a laissé, dans 
sa rage d'innovations, subsister que bien peu de jardins du genre architectural; mais, 
grâce aux gravures anciennes et surtout au grand nombre de plans et de vues que nous 
en ont laissés Hollar, Burghers , Kip, Samuel et Nalhaniel Buck, nous sommes à 
même de pouvoir apprécier combien des jardins de ce genre peuvent ajouter à la beauté 
et au comfort d'une maison de campagne , lorsqu'ils sont bien disposés et traités dans 
de justes proportions. On nous objectera sans doute que cette question est ici un liors- 
d'œuvre, attendu que les jardins architecturaux n'appartiennent point au style gothique , 
et que ce sont les artistes de la Renaissance qui les ont inventés. (1) Celte objec- 



enthousiasme pour l'art chrétien , pourrait bien se cacher l'espoir d'amener insensiblement la société 
moderne à un rcbroussement de quelques siècles vers le passé. 

Comme nous ne croyons pas à la possibilité de faire remonter les fleuves vers leurs sources, 
nous ne partageons pas cette crainte , et nous croyons que l'art chrétien mérite d'être étudié et 
préféré à tout autre pour lui-même et sans y attacher aucune arrière-pensée. 

T. 

(1) Ou plutôt renouvelés de l'antiquité romaine, car, ainsi que le fait très-justement remarquer 
M. Schayes dans son Ilisloire de C Architecture en Belgique , les jardins des villas de l'ancienne 
Rome avaient une dislribulion absolument semblable à celle des jardins français des XVI« et XVII' 



— XVII — 



lion est fondée , mais scultMiicnt jusqu'à un certain point; car il est inrnnicsi;.l)lc .pic 
les cliàtcnux et les maisons seigneuriales du moyen âge élaicnl embellis par des jardins 
enclos de murs, ainsi (pio le prouvent les descriptions rpi'en oui faites Leland cl 
autres écrivains ; et d'ailleurs les observations qui précèdent n'ont d'autre but que de 
faire comprendre combien il serait facile d'imaginer, pour les édifices gothiques, des 
jardins arehilecluraux dont les sujets d'ornementation , tels que galeries , fontaines , 
escaliers , balustrades , etc. , seraient conçus cl exécutés en parfaite harmonie de 
style avec les édifices eux-mêmes. 

Jusqu'à ce jour la renaissance de l'art chrétien a fait si peu de progrés dans nos 
cités que l'on y voit même encore construire de nouvelles églises en style gréco-roniam 
abâtardi. Celte perversion du govil esl d'autant plus surprenante, que l'on est géné- 
ralement d'accord pour reconnaître que le temple classique ne peut se prêter aux 
exigences du culte chrétien qu'à la seule condition d'en sacrifier la sévère pureté par 
des annexes discordantes et par de nombreuses sophistications intérieures cl extérieures 
du plus mauvais goût. Pour être juste , hàtons-nous de mentionner ici , comme d'ho- 
norables exceptions parmi nos cités anglaises , celles d'Oxford et de Cambridge , où 
l'on a élevé , depuis quelques années , plusieurs édifices gothiques aussi remarquables 
par leur grandeur que par la beauté de leur composition. Dans le but de diminuer 
les chances d'incendie , on a introduit dans la nouvelle législation relative aux con- 
structions urbaines plusieurs dispositions qui font obstacle au libre développement de 
la renaissance gothique. C'est ainsi, par exemple, qu'il n'est plus permis d'embellir 
comme autrefois les façades extérieures par des encorbellements pittoresques , ni de 
les décorer de riche charpenteric à sculptures ; mais ces restrictions ne sont cepen- 
dant pas de nature à rendre impossible, pour un architecte d'intelligence et de goùi . 
1-emploi avantageux des immenses ressources du style gothique, pour venir enfin 



siècles, caaienl des parterres de lleurs dont les allées liaient bordées de buis taillés en figures 
d-hommes et d'animaux; et ceux de ces jardins qui avaient une certaine étendue étaient décorés 
de théâtres de gazon, de manèges et d'hippodromes entourés d'arbres, ainsi que de ces pavillons, 
treilles grottes, statues, bassins , canaux , fontaines el autres ornements arlhliques dont André 
Lenôtre a su tirer si habilement parti dans la composition des magnifiques, trop magnifiques jard.ns 
royaux de France. 



T. 



fliasser ilc nos rues la laideur , la nuclilc et la nionoloiiiu qui caractérisent si géné- 
ralement les constructions domestiques de l'école moderne ; et cela sans troubler le 
moins du monde la police de nos villes , ni compromettre la sécurité publique. C'est 
assez dire que nous avons l'espoir fondé de voir bientôt s'accomplir une grande 
réforme à cet égard . dans notre ar.ebitecture civile et domestique ( 1 ) ; et c'est parce 
(jue nous sommes convaincus qu'il suffirait , pour assurer le plein succès de cette 
réforme , de construire une seule de nos rues ou squares dans le goût du X^''' 
ou du XVP siècle , que nous nous sommes attacliés , MM. Pugin et moi , 
à ne donner comme Types, dans ce second volume, ([ue des sujets d'une grande 
pureté de style, tt, par conséquent, exempts de toute ornementation renaissance, 
bien que plusieurs d'entre eux appartiennent cependant aux tout derniers temps de 
l'ère ogivale. Ce fut au commencement du XVr siècle et sous le patronage de Henry VIII, 
que Jean de Padoue et quelques autres artistes étrangers introduisirent en Angleterre 
les premiers germes du style dit de la Renaissance. En noire pays , de même qu'en 
France , il s'établit alors un genre mixte qui consistait à surcliarger les principaux 
membres du style gothique de celte luxueuse ornementation à l'italienne que caraclérisait 
tout parliculièremcnt une profusion de colonnes, pilastres, entablements et frontons, 
plus ou moins imités des cinq ordres classiques , mais n'en ayant ni les proportions , 
ni la sévérité, ni la pureté. Ce genre mixte dura tout un siècle , pendant lequel l'ogive 
fut peu à peu remplacée par le plein cintre, et les fenêtres perdirent les riches 



( 1 ) Depuis que M. Willson a écrit ces lignes , son espoir s'est complètement réalisé , ainsi qu'on 
en peut juger d'après l'extrait suivant d'une lettre écrite en 1847 par M. Didron aine : 

» De notre temps le gothique est violemment combattu en France par les corporations oOicielles ; 
» en Angleterre , il entre haut et fier dans le parlement, à la chambre des lords et des communes , et 
» s'empare d'un édifice trois ou quatre fois plus vaste que l'Hôlel-de-Ville actuel de Paris, et il le construit, 
» le sculpte , le peint , le décore , le meuble entièrement du soubassement au faitage. Sur les chemins 
» de fer , on rencontre de nombreuses stations en style gothique , et ce ne sont pas assurément les 
» moins belles. Dans les campagnes et dans les villes, des maisons, châteaux et palais s'élèvent en 
» style ogival; enfin les innombrables églises, collèges, écoles et hôpitaux, bâtis peut-être par 200 
» architectes , et principalement par M. A. W. Pugin , sont tous en style gothique. Sur la surface 
» des trois Boyaumes-Unis , c'est une ardente émulation de constructions seigneuriales , civiles , 
)> religieuses et privées en style ogival. » 

T. 



moulures et les cU'f^ants réseaux , auxquels elles élaienl redevables de leur lieaulé 
jusqu'alors sans égale parmi lous les systèmes connus de fencstratioii ; mais , loin de 
réduire les fenêtres aux |)etitcs |)roportions ([ui sont de règle dans l'areliiteetonique 
romaine , les artistes anglais adoptèrent , au contraire; , pour leclairagc des grands 
a|)parlemcnts , d'énormes l'enèlrcs rectangulaires et divisées en de nombreux comparti- 
ments par des meneaux et croisillons en pierre. Ce genre de fenètrage constitue même 
un trait autoclitlione de l'areliiteelure civile et domestiiiue de l'Angleterre à cette époque , 
car on ne les rencontre point dans les édiliees contemporains des autres contrées. 
Sur le eonliiicnt, aux W" et \V'' siècles, les fenêtres étaient généralemeiil de mé- 
diocre grandeur, et leur subdivision se bornait au simple croisement à angle droit d'un 
meneau et d'un croisillon. Dans leurs Spécimens les plus anciens , les fenêtres de 
cette dernière espèce sont, à l'extérieur, souvent ornées de dais et pinacles richement 
sculptés, tels qu'on en voit encore au palais de justice de llouen et à d'autres édiGces 
construits à la même époque dans les provinces occidentales de la France. ( 1 ) 

L'Angleterre possède encore un grand nombre de superbes maisons parfaiiemenl 
conservées, et qui datent des règnes d'Iillisabetli et de Jacques 1". Elles ont, dans leurs 
plans et dans leur composition générale , un cachet de grandeur et de beauté qui mé- 
rite toute notre admiration; et, cependant, il faut bien le reconnaître , le style mixte 
qui y prévaut est un signe de décadence; il accuse un premier pas dans cette voie 
de mauvais goût qui nous a menés , de chute en chute , à la dépravation actuelle. 
Il est à souhaiter que l'on ne néglige aucun soin pour conserver longtemps encore 
dans leur intégrité originelle des édifices tels que ceux de Auddley-end (2) , 



( 1 ) Voir les Antiquités architecloniques de la \ormandie par Auguste Pugin. Les exemplaires illustrés 
du XV siècle des Chroniques de Froissarl montrent que ce style de fenêtres était alors fort U la 
mode dans les constructions civiles et domestiques de la France ; il en reste d'ailleurs encore de 
nombreux Spécimens, notamment au château de Josselin, tondu par la reine Anne de Bretagne au 
commencement du XV1= siècle. 

Ce fut sous le règne de François I" , contemporain de Henry VHI , que l'architecture italienne 
s'introduisit en France. 

(2 ) Situé dans l'Essex , fondé par Thomas comte de Suffolk , maintenant résidence de lord braybrook. 
Cet édifice figure, au tome II des Antiquités Architecturales de Britton , dans son état primitif el 
dans son état actuel. Commencé en 1605 et achevé en 1616, il eut pour architecte Bernard Janscn, 
artiste flamand. 



XX — 



Longleiil ( I ), Ilaifield (2), Burleigh (5), Ilardwick (4), Bolsocvcr (fi), WoIIaton (G), et 
maints autres du même genre que l'on pourrait citer ici ; car ce sont là non-seulement 
des preuves authentiques de 1 c(al de i"iircliilcclurc au temps où ils furent élevés , mais 
encore de curieuses pages de notre histoire nationale , à cause des événements inté- 
ressants dont ils furent le tiiéàlrc. Il e^t bien entendu que nous n'avons nulle intention 
de les proposer aux artistes contemporains comme des modèles à imiter sans réserve ; 
on peut , sans doute , y trouver matière à de bons enseignements, mais on doit repousser 
sans merci leur mode d'ornementation, que nous considérons comme absolument vicieux. 
Et, en effet, les cinq ordres classiques, alors même qu'on les applique avec toute 
l'élasticité de l'école romaine, sont tout-à-fait incompatibles avec le style gothique; la 
discordance qui résulte de leur mélange n'est que trop visible dans toutes les construc- 
tions du genre renaissance. Que l'on respecte ces édifices malgré leurs défauts, qu'on 
les conserve à cause de leur caractère historique, rien de mieux ; mais la criti(pie ne 
pourrait user de trop de sévérité pour réprimer à leur naissance toutes tentatives qui 
auraient pour but de nous ramener aux errements de cette déplorable époque de 



(1) Dans le Witlshire, résidence actuelle du marquis de Batli. Son architecle fut Jean Thorpe , 
qui l'acheva en 1579. — Voir le tome II des antiquités architecturales de Brilton. 

(2) Dans le Herlfordshire , appartient au marquis de Salisbury, fut fondé vers 1609 par son aïeul 
Robert Cecil , comte de Salisbury et lord haut-trésorier sous Jacques l". Un incendie a récemment 
détruit l'aile occidentale de ce château , qui est construit en briques. 

(5) Dans le Northamptonshire , fondé vers 1585 par l'illustre ministre William Cecil, seigneur de 
Burleigh et lord haut-trésorier sous Elisabeth. C'est un des plus magnifiques châteaux du royaume; 
il est resté dans la famille du fondateur, et le marquis d'Exeter en est le propriétaire actuel. 

(i) Fondé par Elisabeth , comtesse de Shrewsbury, sous le règne d'Elisabeth. — Voir sa description 
au tome V de la Magna Britannia de Lysons. 

(5) Dans le Derbyshire , appartient au duc de Portland , et eut pour architecte Hungtington 
Smithson. Les grands appartements sont depuis longtemps dépouillés de toute ornementation , mais 
sa haute tour carrée est encore à l'éiat d'habitation, ainsi que les écuries et ofllces. — Voir \a Mag7ia 
Britannia précitée et l'historique que le R D^ Pegge a écrit de ce château. 

(6) Près Nottingham. Commencé en 15; par sir Francis Willoughby et achevé en 1588, ainsi 
que l'indique l'inscription fixée dans l'entrée principale ; c'est peut-être le Spécimen le plus splendide 
des châteaux du temps d'Elisabeth. Il eut pour architecte Robert Smithson, mort en 1614 et enterré 
dans l'église de Wollaton , où l'on v&it encore son monument dans le collatéral sud du chœur. 
C'est par son fils que fut construit le chûteau de Bolsoever— Voir tome II des Antiquités Architec- 
turales de Brilton. 



ilcoiuloncc , de fiiifo rcii.'iitro t-c slyle liyhrido que le continent ii tro|i |(ii)glcni[)s (iiialilic 
(lu nom mensonger de Renaissance cl qui porte en Angleterre celui de style Elisabeth. 
Il est également bien entendu que les observations critiques que nous venons de faire 
sur notre architecture domestique, style Klisabeth , ne portent que sur les détails et 
sintout sur l'ornementation; car, sous le double nippoit des proportions générales 
et de la distribution , il est de nombreux édifices de ce genre qui laissent peu à 
désirer, et l'on en compte même plusieurs (jui joignent à la grandeur monumentale 
toutes les conditions qui constituent la conmiodité et le eomfort (1), conditions bien 
rarement remplies en tous temps , lieux et styles. limpruntons-leur donc ces bonnes 
qualités , mais gardons-nous bien de copier les atïreuscs caricatures des cinq ordres 
qui surchargent leurs façades! Les contours, les membres principaux du style Elisa- 
beth étant positivement gothiciucs , leur ornementation , bien cpi'on le conteste , doit 
absolument l'être aussi. Que ceux qui veulent faire quelqu'enq)runt aux édifices de ce 
style consultent donc , pour la partie ornementale , les reliiiues des époques antérieures : 
ils n'auront (juc l'embarras du choix pour y trouver de quoi remplacer avantageusement 
le système décoratif que les artistes de la Renaissance avaient emprunté à rarchitecture 
romaine pour en faire l'application la plus décousue et la moins rationnelle possible. 
Nous espérons que ces considérations pourront être de quelqu'utilité aux jeunes 
architectes, qui trouveront, dans les édifices du moyen âge , une infinie variété de style, 
«[ue l'on ne peut comprendre à fond et bien apprécier qu'au moyen d'études longues 
et laborieuses. Ils reconnaîtront que l'architecture de chacune des périodes successives 
de ce style, particulièrement de celles des XIII" , XIV et XV° siècles — é|)oques on 
prévalait le gothique à lancettes — se différencie de celle de la période précédente 
par un système particulier de moulures et autres détails secondaires dont l'étude coni- 



(1) Les édifices de ce genre avaient plus de grandeur, de régularité et de compacité dans leurs 
formes et distributions que ceux des périodes antérieures. La construction des escaliers lit alors un 
immense progrès : confinés jusque-là dans l'élroite cage d'une tourelle circulaire, ils étaient étroits 
et difliciles à monter; mais, sous Elisabeth et Jacques I", on construisit plusieurs grands escaliers 
en chêne à larges marches , à grands paliers et à rampes droites garnies de belles balustrades 
sculptées, où figuraient les armoiries du propriétaire et de sa famille. Entre autres exemples d'escaliers 
de cette époque, nous citerons ceux des châteaux de Hatfield et de Crcwe. — Voir, pour ce dernier, 
au tome II des .Iniiquilés de Briilon. 



parative importe autant que celle des membres principaux , si l'on veut parvenir à 
produire une œuvre irréprochable. 

Loin de nous la pensée d'exiger de nos architectes qu'ils s'astreignent à copier ser- 
vilement les modèles anciens : ce serait à la fois tomber dans l'absurde et tuer en eux 
toute heureuse inspiration ; ne faut-il pas d'ailleurs, de toute nécessité, que les édifices 
qu'ils sont chargés de construire satisfassent aux habitudes et aux besoins de la société 
moderne? Mais, quel que soit le style qu'ils adoptent, que ce soit le grec, le romain 
ou le gothique, une règle absolue dont ils ne peuvent dévier sans tomber dans l'ex- 
travagance et le mauvais goût , c'est la stricte observation des principes fondamentaux , 
ainsi que l'étude approfondie et comparée des monuments-types de chacun de ces styles. 
Tout écart, toute négligence à cet égard seraient d'autant plus blâmables que, mieux 
lotis que leurs devanciers , nos jeunes architectes ont maintenant à leur disposition des 
recueils de beaux modèles d'ensemble et de détails , qui constituent pour ainsi dire une 
anatomie complète de l'architecture gothique ; et ces précieux éléments d'étude et de 
succès , c'est en grande partie aux travaux et aux talents de feu Auguste Pugin qu'ils 
en sont redevables. 



Ed.-.James WILLSON. 



Newport, Lincoln, 1856. 



TYPES 



D'ARCHITECTURE GOTHIQUE. 



Table des Sujets cl Planches conlenas dans le deuxième volume, avec iodicalion 
de leur placement pour la reliure. 



2. 
3. 

4. 
5. 
6. 



10. 



Fro:stispice. Il reprcsenle l'intérieur du cabinet de travail d'un artiste 

du XV° siècle — composé et dessiné pour ce volume par 
M. A. W. Pugin. 
NORFOLK. Chapelle de Houghlon-in-the-Dale. 

I. Élévation, coupe et plan de la façade du couchant. 

II. Réseau de la fenêtre, niche et pinacle du sommet du gable 
d'idem. 
, III. Dais des niches qui flanquent le gable à sa naissance. 

IV. Niches qui cantonnent la fenêtre et la porte de la dite façade. 
V. Balustrade de couronnement du bas des combles ; autres 
détails. 
OXFORD Chapelle du collège de Merlon. 

I. Plan et coupe de la cage du clocher , en charpente ornementale. 

II. Détails d'idem, 

SUSSEX. Château de Hentmonceaux. 

I. Plan général, élévation de la façade du sud et détails y 

relatifs. 

II. Plans des divers étages du donjon sous lequel se trouve 

l'entrée principale. 



XXIV 

TYPES D'ARCHITECTURE GOTHIQUE. 

11- " HI. Elévation du donjon, coté du sud. 

12. » IV. Coupe et détails d'idem. 

15- " V. Fenêtre, meurtrière et détails d'idem. 

14- " VI. Couronnement à mâchicoulis et créneaux d'idem. 

WARWICKSHIRE. Château de Warickk. 

15- " I- Élévation, coupe et plans divers du donjm dit ih Guy. 

Château de Kenilvoorlh. 

16- " I- Plans, coupe et détails du vestibule octogone. 
17. " II. Façade et détails extérieurs d'idem. 

^^- " III- Coupes longitudinales (horizontale et verticale) de la grande 

salle des festins. 
1^- " IV. Elévation intérieure et coupe d'une fenêtre d'idem. 

'^0- " V. Réseau et détails de la même fenêtre. 

^^- " ^I- Elévation intérieure et plan d'une fenêtre en loge de la 

grande salle. 
-2. » VII. Élévation, coupe et plan d'une cheminée d'idem. 

MONMOUTHSHIRE. château de Ragland. 

^"'- " ^- P'»" général. Façade comprenant la porte principale du château, 

^'i- " II- Façade et coupe longitudinale de la grande salle des festins. 

^^- " III- Fenêtre en loge de la chambre à coucher d'apparat. 

26. .. IV. Détails d'idem. 

^^- " ^- 1^"<^ fenêtre des grands appartements situés dans la cour dite 

à la fontaine. 

28. .. VI. Détails d'idem. 

^•^- " V- I-'"e des fenêtres de la façade intérieure de la porte prin- 

cipale susdite. 

GLOUCESTFIkSHUiE. château de Thornbury. 

'^'^- " I- Élévation et plan de la façade du sud. 

'''• " ''■ Fenêtres en loge situées dans cette façade. 

52. " III. Détails d'idem. 

•^^- " IV. Idem idem. 



TYPES D'ARCHITECTURE GOTHIQUE. 

34. « V, Fenèlrc en cncorl)cllcment qui se trouve au-dessus de la porte 

de la galerie. 
3.*>. " \l. Élévation, coupe et dctails de la cheminée de la grande salle. 

36. .1 VII, Élévation , coupe et détails des mâchicoulis de la tour octogone. 

37. » VIII. Plan général du chàleau. Façade sud des offices. Plan du 

bâtiment d'entrée. 

38. » IX. Élévation et coupe de la porte et du guichet situés dans h 

façade du couchant. 

39. '< X. Détails d'idem. 

40. ■' XI. Élévation, coupe et plan de la grande fenêtre en encorbel- 

lement dans la façade du nord. 

41. » XII. Détails d'idem. 

42. » XIII. Élévation, coupe et détails de la cheminée d'antichambre de 

la grande salle. 
45. " XIV. Élévation , coupe et détails de l'une des portes intérieures 

des grands apparlements. 

44. " XV. Élévation et détails d'une souche (en briques) de cheminées 

située dans la façade du nord. 
SOMERSETSUIRE. Doyenné de Wells. 

45. " I. Élévation et plan de la façade du nord. 

46. ' II. Élévation et coupe de la fenêtre en loge de celte façade. 

47. >• III. Coupe , voussure et détails intérieurs de la même fenêtre. 
iS. " IV. Diverses coupes horizontales et détails extérieurs d'idem. 

49. » V. Façade du sud , sa tourelle et ses détails. 

50. « VI. Élévation , coupe et détails de la fenêtre en encorbellement 

et à deux étages de la façade du nord. 

51. ■< VII. Diverses coupes horizontales et autres détails d'idem. 

52. )> VIII. Élévation, coupe, plan, voussure et détails de la double 

fenêtre de l'antichambre (façade du nord). 
JJalle ou grande salle du palais épiscopal de JFells. 

53. » I. Plan-par-terre de la halle ; ses façades du nord et du couchant. 

54. :. II. Élévations intérieure et extérieure , et coupe d'une fenêtre 

de la halle. 



XXVI — 

TYPES D'ARCHITECTURE GOTHIQUE. 

55. ,. III. Élévation , coupe et détails d'une tourelle angulaire d'idem. 

56. " IV. Diverses coupes horizontales et autres détails de cette tourelle. 

57. ■ .. V. Élévation , plan , coupe et détails de l'une des fenêtres de 

la galerie (ou cloître). 

58. » VI. Élévation, plan, coupe et détails de la cheminée de Tanii- 

ehambre de la halle. 
Pavillon voûté, situé dans les jardins du même palais, 
et servant de réservoir pour la conduite des eaux. 

59. " I. Élévation et coupe. 

60. .. II. Plan et détails. 

Abbaye de Glastonbury. 

61 . » I. Plan et coupes horizontales diverses de la cuisine dite de l'Abbé. 

62. 1. II. Façade du couchant de cette cuisine. 

63. » III. Coupes diverses d'idem. 

G4. .. IV. Détails de moulures, etc., d'idem. 

Auberge de St. -George (ou de l'Abbé) , o Glastonbury. 
63. 1. I. Façade extérieure. 

66. :. II. Détails d'idem. 

67. .. III. Plan de cette façade. Élévations latérale et de face du cor- 

beau de l'enseigne ; plan général de l'édifice. 
Palais de justice de Glastonbury. 
I. Élévation, plan, coupe et détails de la façade extérieure; 
plan-par-terre général de l'édifice. 

Grange dite de l'Abbé, à Glastonbury. 
I. Façade du sud ; médaillons décorant le sommet des pignons 
et représentant les quatre animaux apocalyptiques. 
70. >. II. Demi-plan de la grange avec projection horizontale des 

combles ; fenêtre de la façade du sud ; détails. 
71 _ „ HI. Élévation et coupe de la façade de pignon, côté du coucliant. 

72. „ IV. Détails ornementaux de la grande façade du sud. 

75 _ „ V. Idem idem des façades de pignon. 



68 



69 



TYPES 

D'ARCHITECTURE GOTHIQUE. 



CHAPELLE DE HOIGIITON L\-THE-DALE, COMTÉ DE NORFOLK, 

FONDÉE VERS lôIJO. 

On manque complètement de données historiques en ce qui concerne ce curieux 
petit édifice. Toutes les rcclierclies faites pour découvrir quelque document relatif à 
sa fondation et à l'objet de son institution ecclésiastique sont restées sans résultat 
jusqu'à ce jour. On ignore non-seulement le nom du fondateur . mais encore le saint 
sous le vocable duquel cette chapelle fut placée. Elle est située dans la paroisse de 
Houghlon in-the-dale (dans la vallée), et l'on suppose que l'intenlion du fondateur 
a été d'en faire une station pour les pèlerins qui se rendaient au célèbre prieuré de 
i\otre-Dame, à Walsingham, lequel en est éloigné de un mille environ , du coté de 
la mer. ( 1 ) Quoi qu'il en soit , on peut en toute sûreté fixer au milieu du 
XIV siècle la date de sa construction , car l'ornementation de sa façade du couchant 
est , en petit , un type parfait de l'élégante architecture ecclésiastique de cette 
époque. ( !2 ) L'intérieur de l'édilice est maintenant dépouillé de toute décoration ; 



(1 ) L'église paroissiale de Houghlon ayant appartenu au prieuré bénédictin de Sle.-Foi, à Horsliam, 
même comté , il est cependantj'peu vraisemblable que celte chapelle ait jamais été du ressort du 
prieuré de Walsingham. 

(2) On remarque quelque rapport de slyle entre plusieurs détails de celle ornemenlalion el ceux 
de la porte d'enceinte occidentale de l'abbaye de St.-Edmond, à Bury , comté de Suffolk , laquelle 
porte fut reconstruite en 1527 , à la suite du saccagement qu'en avait fait une bande de bourgeois 
révoltés. (Voir page 81 , tome lit, des Antiquilés architecluraies de Brilion > 



— 28 — 

on y remorque, dans le mur du sud, les traces de deux fenêtres géminées en ogive, 
mais elles sont bouchées , de même que celle de la façade occidentale. Déconsacréc 
depuis de longues années , celte chapelle a pendant longtemps été habitée p:ir de 
pauvres familles, et maintenant elle sert de grange. 

N". 2. Planche I. — Façade du couchant. 

Elle est aussi remarquable par la régularité de sa composition que par la hardiesse 
et l'élégance des détails de son ornementation. Ceux-ci ont beaucoup souffert , mais 
ce qui en reste est heureusement assez marqué encore pour quil nous ait été possible 
de les rétablir fidèlement dans leur état primitif. Les statuettes qui en décoraient 
les diverses niches n'existent plus , la main d'un fanatique les en ayant proba- 
l)lcment arrachées. 

ÎV°. 5. Planche II. — Fenêtre et pinacle de la même façade. 

Le réseau de fenêtre ici reproduit , fig. l , est un très-beau type de notre genre 
curviligne, appelé flamboyant par les archéologues français. ( 1 ) Le raccordement des 
meneaux avec la broderie du tympan est particulièrement gracieux ; et c'est pour 
pouvoir en mieux indiquer les points de tracé que nous avons dessiné ce tympan à 
une échelle très-grande. La fig. 2 indique le profil mouluré du jambage ; le pinacle 
ou clocheton qui surmonte le gable n'existant plus en entier , on a représenté au 
pointillé , sur la fig. ô , la partie qui en a été démolie ; rien n'indique que cette 
chapelle ait jamais eu une cloche ; et c'est d'autant plus étrange que les moindres 
chapelles en étaient habituellement pourvues, lorsqu'elles ne se trouvaient pas dans le 
voisinage immédiat d'une église. 



( 1 ) Les types les plus remarquables de notre genre curviligne se trouvent dans les fenêtres 
occidentales des cathédrales d'York et de Durham, ainsi que dans la fenêtre de chevet de la cathédrale 
(le Carlisle. 11 y a beaucoup d'analogie entre le curviligne anglais et le flamboyant français , ainsi 
nommé à cause de la ressemblance de ses lignes avec les flammes d'un foyer. (Voir à ce sujet le 
lome XXV de VJrchœologia , ainsi que les Mémoires de la Société des antiquaires de ta IS'ormandie , 
année 1824 , page 649. ) 



— 29 — 
N°. t. PiANciiF, m. — Dais dos niilics flanquantes du gable. 

L'ornementation de ces dais mérite d elrc remarquée pour la beauté du dessin ; 
ils sont carrés et placés diagonaiement , ainsi qu'on le voit au plan que nous en 
donnons à droite et au bas de cette planche. Comme ils se terminent en plate-forme 
à la hauteur du chaperon du couronnement crénelé , on peut supposer qu'ils étaient 
primitivement surmontés de pinacles ou statues. On a tracé dans les ligures n"'. 1 et 2 
les projections horizontale et verticale des niches , ainsi que leur raccordement avec 
le chaperon du gable. 

N°. K. Planche IV. — Mches de la façade. 

On a déjà vu à la figure 5 de la planche II la niche qui décore le sommet du 
gable. La fig. 1 de celle-ci représenlc en élévation, coupe et plan , l'une des deux 
grandes niches qui cantonnent la fenêtre, tandis que la fig. 2 donne, dans les mêmes 
conditions, l'une des petites niches à amortissement rectangulaire qui cantonnent la porte. 

L'archivolte à boucpiets , crochets et fleurons de la grande niche de droite est 
ornée à sa naissance de deux têtes , dont l'une de roi et l'autre d'évêquc ; comme 
elles sont d'un fort bon goût , on les donne ici au-dessus de la fig. 2. 

>'». 0. Planche V. — Détails de rornemcntalion extérieure de la chapelle. 

Fi". I. Klle représente la balustrade qui couronne la naissance des combles et les 
moulures y attenantes. 

Fia. 2 et 5. Ce sont les profils des redents en talus et en larmiers des contre-forts 
angulaires. 

Fig. 4. Galbe du chaperon mouluré du gable. 

Fig. 3. Profils de l'appui de la fenêtre et de son larmier d'allégé. 

Fig. G. Profil du jambage de la porte. 

Fig. 7. Profil du couronnement à balustrade et à créneaux des dais des deux 
niches angulaires. 



CHAPELLE DU COLLEGE DE MERTON, \ OXFORD. 

La curieuse cliarpente qui fuit le sujet des deux planches suivantes est placée 
immédiatement en contre-bas de la chambre à cloches. Elle est incontestablement 
contemporaine du clocher lui-même, dont la construction parait être du XV° siècle. 
Malgré sa parfaite convenance de situation et malgré sa rare beauté, ce plafond fut 
caché aux regards des fidèles par un vulgaire plancher uni qu'y avait fait établir , 
pour la commodité des sonneurs , un de ces perfectionneurs dont le zèle , aussi 
inintelligent qu'ignorant, a défiguré la plupart de nos anciennes églises. On suppose 
que cet acte de vandalisme a été commis à l'époque de la refonte des cinq cloches 
anciennes pour en faire huit. (Voir ce qui a été dit à ce sujet au tome I" des Types). 

IN°. 7. Planche I. — Coupe et plan de cette ciiarpenlc. 

Le lanternon central était destiné à livrer passage aux cloches lors de leur ascension 
ou descente : c'est ainsi que l'on remarque encore dans quelffues églises une ouverture 
circulaire pratiquée dans la voùle en pierre qui ferme le premier ordre du clocher (I). 

jN. 8. Planche IL — Détails de la même charpente. 

Fig. 1. Projection horizontale d'un quart du plafond. 
Fig. 2. Idem idem du lanternon. 

La légende de la planche indique suffisamment la nature des moulures qui y 
sont reproduites. 



( 1 ) Il se trouve une ouverture de ce genre au centre du magnifique plafond en voûte d'arête 
(la voûte en pierre et les nervures en bois) du clocher de l'église de Loulh, dans le Lincolnshire. 
Là aussi de modernes vandales avaient eu l'idée de masquer un chef-d'œuvre par un ignoble 
plancher en menuiserie pour en faire une chambre de sonneurs ; mais heureusement le mal a 
été réparé , et l'on a depuis peu rétabli les choses dans leur ancien état. 



CII.VTEAl DE IIERSTMONCE.VIX, COMTÉ DE SISSEX. 

« Monceaux , sur tes ddbris le slylet de l'iiisloire 

» A tracé pour jamais ces deux mots : Honte cl gloire ! 

» Oui , gloire aux anciens preux dont tu fus le berceau ; 

» Mais éternelle honte au vandale marteau 

» Qui , bien plus (juc le temps , sapa tes vastes salles , 

» Tes gothiques arceaux et tes tours féodales ! « ( 1 ) 

Le iio.Ho ;i niisoii , car la destruction do ce iniignifi(itic spécimen de notre nrchi- 
lecturc militaire du moyen âge est, en effet, une irréparable perte pour la patrie. 
Si elle avait eu pour cause un incendie accidentel ou un siège vaillamment soutenu 
aux temps de nos guerres civiles, les regrets, que l'on éprouve h l'aspect de ces 
ruines , se calmeraient en rénéeliissant que tel doit être tôt ou lard linévilablc sort 
de toute grandeur humaine; mais que penser de l'Iiommc sordide (jui, possédant un 
pareil trésor, a eu le triste courage d'en ordonner l'anéantissement ? Nous ne contestons 
assurément pas le droit qu'd avait, légalement parlant, d'en agir à sa guise, pas plus 
que nous ne pourrions le contester au révérend personnage qui fit abattre , à Strat- 
i'ord sur l'Avon , l'historique mûrier du grand Shakspcare ; dans l'ini comme d;.n^ 
l'aulrc cas , le droit de propriété était inattaquable ; mais nous pensons qu'il eut été 
heureux pour la mémoire de ces gentilshommes qu'ils eussent conq)ris que la pos- 
session de tout objet qu'un peuple entier admire et vénère à cause d'un fait ou 
d'un souvenir qui intéresse son honneur ou sa gloire, qu'ils eussent compris, disons- 
nous, (lu'unc telle reli-iuc n'est en queUp.e sorte, entre les mains de celui qui la 
possède, qu'un dépôt sacré dont il a la haute garde, et qu'il ne peut, par conséquent, 
la détruire sans exposer son nom à la juste vindicte de la postérité. 

Le castcl de Herstmonceaux lut fondé en 1440 par le chevalier Roger Fiènes, en vertu 
d'une licence royale, datée de la 10- a.n.ée du règne d'Henry VI et qui autorisait 
ce gentilhomme à créneler et fortifier le manoir qu'il possédait dans cette localité . 



. ,. ... irf an lei- cniis \p litre de • Melrical rcmarks on modem 

(1) Extrait d'un recued de vers publié en 18I,j sous le iiire ul . .iieuiuu 

Casllcs and Cottages. 



iiinsi (|u'ii .'igrnnclir de six ccnls acres l'enclos de son parc. La famille des Fiènes ( 1 ) 
descend d'une très-illustre souche. Jean, seigneur de Fiènes dans le Boulonais . 
èlait allié par le sang à Guillaume duc de Normandie ; et comme il l'avait accom- 
pagné dans la conquête d'Angleterre, en 1066, ce prince lui confia peu de temps 
après la charge de constahie du château de Douvres, alors considéré comme l'une 
des plus importantes forteresses du royaume. Ce même Jean de Fiènes était devenu 
propriétaire du domaine de Hcrstmonceaux par le fait de son mariage , sous le règne 
d'Edouard H, avec Malliilde , fille et héritière de sir Jean de Monceaux , dont l'unique 
lils était mort sans laisser de postérité. Dans les guerres de France , sous les rois 
Henry V et VI, deux frères de Fiènes, Roger et James, se sont rendus célèhres 
parleur valeur. Roger, qui était l'ainé, avait, avant l'âge de sa majorité et par faveur 
royale, hérité des litres et biens de son père. Chevalier en 1422, il fut élevé par 
Henry VI à la dignité de sliérilT des comtés de Surrey et d'Essex , ainsi que l'avait 
élé son père; et, devenu ensuite trésorier de la maison du roi, il finit par entrer 
au parlement en qualité de baron de Say et Sele. Son fils Richard , ayant épousé 
Jeanne, fille unique de Thomas, seigneur de Dacre, fut, en 14S7, créé baron de 
Dacre par Henry VI. En 1541 , un mendjrc de cette illustre famille , nommé Thomas 
et qui était le troisième héritier du titre de baron de Dacre, fut condamné et 
exécuté du chef de meurtre (2). 

La Reine Elisabeth releva celte famille de la déchéance , en rendant plus tard à 
George le titre que le crime de son père lui avait enlevé ; et comme ce George 
mourut sans laisser d'Iiériticr de son nom , il fut le dernier baron de Dacre de la 
branche de Fiènes. Marguerite, sa sœur, ayant épousé sir Samson Lennard , écuyer. 
Jacques I" permit à ce gentilhomme de prendre le titre de Ijaron de Dacre ; leur 
fils Henry en hérita en 1611, et ses descendants continuèrent à le porter jusqu'à l'époque 
où Thomas de Dacre , quatrième baron de ce nom dans la lignée des Lennard , fut 



(1) On trouve ce nom dcrit de diverses miinières ; ainsi: Fienncs , Kienes , de Fenis , Fenys , 
Fyncs , olc. 

(2) Il parait que cet inforlund gcnlilhomme fui viclinie d'une erreur judiciaire, et qu'il n'assistait 
même pas à la chasse nocturne aux daims où un traqueur fui accidenloUemenl lue. Condamné 
comme complice de ce meurtre, il fut exécuté à Tyburn. 



créi- comte de Sussox p;ir Clmilcs II . à la suite de son mnringe nvec Anne Palriur. 
dite de Filz-Uoy . (iile natiirclic de ee roi lilicriiii. Or, ce .senliiliommc , ayant 
obéré sa fortune par sa conduite extravagante , se vit bientôt obligé de vendre une 
grande partie de ses biens . nommément llerstmonccaux ; et c'est ainsi que ce domaine 
de\int, en 1701 , la pi-opriélé de sir Oorge Naylor . écuyer , (jui , n'ayant pas eu 
d'cnfanls de son mariage avec Grâce Pelliani (sœur du premier duc de iNcweastle 
sorti de la famille de ce nom), le légua, ainsi que son nom, à Francis llarc ^aylor, 
lils de sa sn^iir et du révérend docteur Francis llarc, évéque de Cliiclicslcr. Enlin . sir 
Francis étant mort sans lais>er d'Iiérilicr en ligne directe , le eliàtcau de llerstmon- 
ccaux éebut à son frère Robert Ilare , prébendier de Wincbester , et c'est lui qui le 
(il démanteler en 1777. Ce domaine appartient maintenant à M. T. Rcad Kemp , 
membre du Parlement . à qui un autre Francis Ilare le vendit dans les premières 
années de ce siècle. 

L'honorable Horace Walpole , devenu plus tard comte d'Oxford , ayant visité 
Ikrslnionceaux en 1752 avec sir Jolm Chute, son ami, a laissé la spirituelle 
esquisse suivante de l'état dans lequel se trouvait alors le château : 

.; îlcrstmonceaux est situé à l'extrémité d'une large vallée ; sa distance à la mer 
. est de 3 milles environ en ligne droite. Le eastel est encadré par de bleuâtres 
■ collines boisées , dont l'une vient , en s'abaissant en pente douce et sur une étendue 
' de cent acres , se fondre au pied même de l'édifice. Ainsi placé dans un bas- 
:. fond , on comprend de reste qu'il n'ait aucune vue sur le pays environnant. 
.. Comme c'est une véritable forteresse , cet emplacement fut très-probablement 
:. choisi pour faciliter l'alimentation des fossés qui l'entourent. Son enceinte est 
;. aujourd'hui encore toute garnie d'un système complet de dispositions défensives , 
.. telles que ponis-levis , tours , tourelles , parapets , créneaux et archères. B'cn que 
» sa construction remonte au temps d'Henry M, il se trouve encore dans un parfait 
■.. état de conservation. On dirait qu'il n'a jamais été complètement achevé, à moins 
:. de supposer cependant que le badigeon fût alors un luxe encore inconnu ; et en 
;. effet , à part les parois intérieures des chambres principales , toutes les murailles 
y ont conservé leur native couleur de brique. C'est un vaste bâtiment carré de 200 
:. pieds environ de coté; sa grande porte d'entrée et ses cloîtres rappellent beaucouji 
.. ceux du collège d'Élon , avec lequel il a d'ailleurs dans son ensemble une grande 
:. analogie de style. Cette ressemblance est surtout frappante en ce qui concerne la 

9 



cuisine, dont les trois vastes cheminées vont se réunir en une même souche, qui 
s'élève en tourelle à l'intérieur de i'édiliee. Les deux ou trois cours comprises 
dans l'eneeinte sont entourées de hàtiments de service ; on n'y rencontre aucune 
trace de mngnifieencc , et l'ameuhlement des principaux appartements consiste tout 
simplement en un certain nombre de lits et de sièges. Les fenêtres de l'un des 
côtés du quadrangle ont été modifiées pour recevoir des châssis à la moderne ; 
quelques-uns des appartements qui y correspondent ont été lan)brissés au temps du 
comte de Sussex , qui avait épousé une fille naturelle de Charles 11. On voit sur 
quelques-uns de ces lambris , notamment sur les cheminées , des armoiries déli- 
cieusement sculptées par Gibbons. A la vue de la cotte de mailles du premier 
des Lennard , qui porta le titre de seigneur de Dacre , et des nombreux écussons 
des familles alliées à la sienne , toutes choses qui décorent la cheminée du grand 
salon , M'. Chute se sentit transporté de bonlieur , et rappela avec orgueil son 
cousinage avec les Lennard et leurs dix mille quartiers de noblesse. La chapelle 
est petite et sans distinction ; on voit encore sur les \ilraux de ses fenêtres de 
maigres figures mal faites , représentant la Vierge et sept autres Saints. Il s'y 
trouvait autrefois quatre autres verrières peintes , qu'on en a otées pour donner 
plus de jour à la chapelle ; et c'est ainsi que nous avons rencontré , irrespectueu- 
sement reléguées dans la laiterie , Ste. Catherine et une autre dame tenant une 
église en main. On remarque aux deux côtés de l'autel deux cavités bizarres , 
garnies de très-petits écrans en bois et qui ont probablement servi de confessionnaux. 
Quant à rextérieur du château , c'est un mélange de pierres et de briques de très- 
respectable apparence. Les ponts-levis sont d'un effet assez romanesque , et la 
vue du donjon suffit pour vous donner une délicieuse idée de ce qu'était la vie 
dans ces beaux temps de manants et de seigneurs. On nous a montré une assez 
triste chambre dite : Halle du Tambour , d'où parait être descendue la comédie 
d'Addison. Les cloîtres sont surmontés d'une galerie qui donne accès à tous les 
appartements de l'étage; on remarque sur la plupart des fenêtres qui l'éclaircnt le 
molosse héraldique des Fiènes , ainsi que des banderoles portant leur chevaleresque 
devise : Le Roy le veut , devise qui , ainsi que je vous le conterai tantôt , a 
porté malheur au dernier lord de cette souche. Le revenu annuel du domaine est 
de 2,000 livres environ , et les terres qui le composent sont si compactes qu'on 
n'y compte que 17 maisons. En parcourant une antique et belle avenue . qui 



— 35 — 

. mène du tli;ilc;iu ;i lV|,'lisc, nous iivoiis ou con^lmnineul en vue, sur noire gauche, 
1' des voiles de navires longeant la eole. ■< 

Grosc a publié, dans le lonic V de ses Autiquiles , un liistori(|ue eouiplii dti 
château de Ilerstnionecnux , avec (lunlre vues (iiii in ont été prises avant son 
démantèlement. L'extrait que nous allons en faire nous fournira les éléments nécessaires 
pour pouvoir ensuite en essayer une description complèie. 

•^ L'extérieur du cliàleau comporte trois cours , .loni une grunde et deux pentes ; 
. la grande porte d'entrée est située au centre de la façade sud du quadraniile : 
« c'est un donjon à plusieurs étages et llaïKiué de deux tours crénelées ; le passage 
» voùlé de cette porte débouclie à l'intérieur dans une cour entourée de cloîtres 
>• sur trois de ces cotés , le quatrième , celui du nord , étant occupé par la halle , 
.■ qui est irès-grande et ressemble beaucoup aux halles non modernisées des anciens 
" collèges d'Oxford et de Cambridge. Elle est encadrée , au couchant, par la laiterie, 
■■' et , au levant , par l'appartement d'apparat , lequel consiste en trois belles pièces 
). dont la jilus grande a 40 pieds de long. En arrière et au nord de la halle , se 
.. trouve la chapelle: et une suite d'apparicments et de chambres, à l'usage des prin- 
I. cipaux oflieiers et gens de service du château , occupe tout le côté du levant du 
>• quadrangle. Le grand escalier est également situé en arriére de la halle ; sa cage 
" occupe un espace de M pieds carrés ; après l'escalier vient la cuisine , qui est très- 
» grande ; et, à la suite de la cuisine , se trouvent les offices qui en dépendent . et qui 
» occupent tout le côté occidental de l'enceinte. Le four de la boulangerie a 14 pieds 
« de diamètre. La halle , la chapelle et la cuisine, n'étant pas surmontées d'un étage, 
:. ont en cerveau toute la hauteur de l'édilice. Quant au côté sud du quadrangle . 
.. e'est-à-dire celui où se trouve la porte-donjon , son aile gauche se compose d'une 
'< vaste pièce délabrée , ayant la forme d'une ancienne galerie et qui semble avoir 
'• été destinée à mettre en surclé tous les chevaux et le bétail du domaine lors 
1. de la mise en état de siège du château ; tandis que son aile droite consiste en de 
:. si nombreux logements pour la garnison . que l'on se perdrait aisément dans leurs 
■■< dégagements. Les fenêtres du grand corridor de l'étage sont décorées de l'alan ou 
:> molosse héraldique des Fiènes. On communique d'un étage à l'autre par de 
i> nombreux escaliers en vis dont la conslruction , tout en briques , est très-curieuse. 
.. On remarque , sous la tour dangle qui termine cette aile droite , un souterrain 
n octogone qui servait de prison , ainsi que l'attestent la borne garnie de chaînes qui 



— ÔG — 

' en occupe le centre et le cabinet d'aisance place à l'un de ses angles. La hauteur 
' des tours flanquantes du donjon est de 84 pieds , et la longueur des cotés de 
• l'enceinte est de 206 1/2 pieds sur 214 1/2. 

■• Un recensement de ce domaine eut lieu sous le règne d'Elisabeth; on lit dans 
" le procès-verbal qui en existe encore dans les archives du château , que c'est par 
■■< mesure de salubrité que l'on a desséché le fossé, autrefois plein d'eau, i]ui entoure 
I les trois côtés sud, occidental et nord de l'enceinte, ainsi que l'étang qui en baignait 

■ le ([ualrième côté. 

' Le chùteau est entièrement construit en briques ; les murs sont très-épais , et 

' l'on n'y a employé la pierre que pour les cordons, consoles, larmiers, fenêtres 

:> et portes. Tout est encore parfaitement conservé ; on ne remarque de lézardes ou 

» fissures en aucune partie de l'édifice. Notons en passant que celte construclion en 

■■< briques est une des plus anciennes de l'Angleterre , depuis la rénovation de ce 

■■< genre de matériaux au moyen âge ( 1 ). 

" Le site du château est des plus agréables. C'est un gracieux mélange de collines 

■' et de plaines , les unes couvertes de beaux bois , et les autres arrosées par de 

' limpides étangs. Du haut de l'édifice, on embrasse un superbe horizon, dont les 

■ points les plus saillants sont, d'une part, le plateau de Pevenscy, au centre duquel 
■■ s'élèvent, sur une légère éminence, la ville de ce nom et son vieux château en 
'• rume , et , d'autre part , la mer , les collines d'IIastings et des dunes hautes 
1' comme de véritables montagnes. Relativement à ses dépendances , le château est 
' situé à la limite sud du parc, et son sol est très-sec, bien que son niveau soit 
■• au point le plus bas de la vallée (2). » 

.V. 9. Planche l. — Plan général; façade du côté sud; élévation, coupe et [ilnn 
de l'une des tours de l'enceinte. 

Il ne reste plus de ce noble caslel que ce qui figure au jilan général que 
nous en donnons ici , c'est à-dire le mur d'enceinte et le donjon d'entrée- 



( I ) Les Romains bâiissaient beaucoup en briijucs, mais, h la chute de leur Empire, les peuples 
du Nord abandonnèrent généralement l'usage de cette excellente espèce de matériaux. 

(2) Extrait du tome V des Antiquités de C Angleterre et du pays de Galles, par Francis Grose, 
écuyer et membre de la Société des Antiquaires. 



— 37 — 

Toutes les consiniclions intérieures ont clé démolies . et leur emplucenienl est 
maintenant converti en jardin. D'après les indications des auteurs susmentionnés , 
l'intérieur du ciiàleau était donc autrefois divisé en iniis cours, dont la plu- 
grande . située au sud-est . était entomée de galeries sur trois de ses cotés , 
tandis que la liallc en occupait le (luatriémc. (Jrose a donné une vue du cùté sud 
de cette cour; et comme la façade intérieure du donjon y est comprise, on 
remarque (jue la grande porte d'entrée y déboucliail vers langle sud-ouest . et 
qu'elle se trouvait en ligne droite avec la i)orle de la halle . ainsi qu'avec la porte qui 
se trouve encore au centre du coté nord de l'enceinte. Les galeries se composaient 
d'une suite d'arcades ouvertes , en ogive surbaissée, et portées par de minces piliers; 
elles étaient surmontées d'un étage consistant en une suite de chambres dont les 
fenêtres étaient semblables à celles de la façade intérieure du donjon. A gauche de 
cette cour principale s'en trouvait une autre plus petite, contenant un puits, et c'est 
là qu'étaient renfermés la boulangerie, la cuisine, la laiterie et les autres offices qui 
se trouvaient dans le prolongement de l'aile gauche de la halle. Il semblerait , d'après 
la vue que Grose nous a laissée de l'intérieur de cette halle , que sa charpente 
ornementale était dans le genre de celle de la halle du palais de Croydon : elle 
était composée de belles fermes dont les retombées arquées s'appuyaient sur des culs- 
de-lampe sculptés en tête de molosse ; les murs étaient recouverts de lambris jusqu'à 
hauteur d'appui des fenêtres, et un écran, surmonté d'une galerie d'orchestre, traversait 
la salle vers son extrémité occidentale, pour y former l'antichambre et cacher les com- 
munications avec les offices. Ainsi que c'était alors la coutume, des bois de cerf 
étaient mêlés à l'ornementation de cette salle, que l'on suppose avoir été longue de 
80 pieds au moins. La chapelle, située au nord de la halle, en était séparée par 
une étroite cour; mais il ne reste plus de tout cela le moindre vestige, et nous en 
avons en vain recherché quelque trace de substructions. Les principaux appartements 
qui composaient le coté oriental du quadrangle, avaient été décorés dans un style plus 
moderne que celui de l'architecture primitive du château , et plusieurs de leurs ancieimcs 
fenêtres avaient été agrandies et garnies de châssis en boiserie. Il est probable que 
ces changements dataient . ainsi (jue le grand escalier , de l'époque du mariage de 
lady Dacre avec sir Lennard. 

On peut juger , d'après l'élévation entière que nous en donnons ici . de l'ordon- 
nance générale, des belles proportions et de la parfaite régularité de la façade sud du 

10 



— Ô8 — 

château. Les tours octogones angulaires ont même hauteur que celles du donjon ; 
mais ces dernières sont surmontées de tourelles rondes servant de postes d'observation . 
Au centre de chacun des trois autres cotés de l'enceinte se trouve appliquée une tour 
semblable à celles des angles : cl le milieu des courtines qui relient toutes ces 
grandes tours est fortifié par une tour sémi-octogonale , de moindres dimensions et 
ayant la même élévation que le mur d'enceinte. On remarque, dans les anciennes vues 
de ce château prises avant son démantèlement , un très-grand nombre de souches 
de cheminées qui se projettent au-dessus des parapets de couronnement comme de 
sveltes tourelles (1 ). 

La tour centrale, marquée C sur le plan général et qui est représentée, lig. 2. 
on élévation , coupe et plan , parait avoir servi de grande fenêtre ou de loge d'éclairage 
à un salon qui était contigu au haut-bout de la halle, La partie supérieure de celte 
tour formait une petite chambre dont la coupe et le demi-plan B font voir la 
disposition intérieure. Toutes les grandes halles qui datent du même temps que celle 
de Ilerstmonceaux étaient disposées de la même façon ; ce salon contigu était 
appelé la grande chambre ( great-room ), et son ornementation comportait, ainsi que 
celle de la halle même, une grande fenêtre en saillie, dite oriel , et un dais 
d'honneur sous lequel était placée la table du seigneur châtelain ( 2 ). 

rV". 10. Planche II. — Plans divers du donjon. 

Le passage de la grande entrée du château était couvert d'une élégante voûte d'arête 
qui n'existe plus. Ses nervures étaient en croisées d'ogives el se coupaient, par con- 
séquent, diagonalement (3). On remarque avec surprise que ce passage était muni 
d'une cheminée. 



(1) Voir, à ce sujet, la gravure qu'en ont publiée, en 1757, Samuel et Nathaniel Buck. C'est une 
vue prise du côté sud-ouest ; elle suffit pour donner une idée satisfaisante de ce qu'était alors ce 
remarquable édifice. Dans la première des gravures que Grose en a données dans le tome V de 
ses Antiquités, on voit également poindre un grand nombre de cheminées au-dessus des combles, 
et l'on remarque , en outre, une girouette qui se trouvait très-probablement placée au-dessus de la 
chapelle. 

(2) Voir, à ce sujet, le tome II des Spécimens de Pugin et les Environs de Londres, parLysons- 
Il se trouve dans ce dernier ouvrage un plan complet du palais de Hampton-Court. 

(3) C'est par erreur que notre planche donne une autre forme à celte voûte. 



— :>',) — 

Los (ItMix cli;iinl)ivs (lu |(rciiiicr et du second étage du donjon éliiienl échiiiées pyr 
de jolies renoties percées diins les fneadcs exlérieure cl inlérieiire , el elles eoinnuini- 
(imient directement avec les |)cliles pièces situées sur leurs paliers respectifs , ainsi 
(|u"il est indi(]ué aux plans. 

Los tourelles rondes qui surmontent les tours llanquantcs de la porte d'entrée 
servaiciil de postes d'observation dans les temps de gueire ou de troubles. Elles sont 
d'un cITct très-piltorcsque dans l'nspect général du chiiteau. On y entre au moyen de 
petites portes qui s'ouvrent sur la couverture en plate-forme des tours ; et leur- 
petites fenêtres sont disposées de telle manière qu'elles ont vue sur tout le développenicni 
de l'enceinte. 

N". 11. Planche IH. — Façade extérieure du donjon. 

Celle façade , si pleine de noblesse , mérite une attention toute particulière. Les 
détails de son ornementation sufdsenl pour lui donner un certain air de richesse ; 
mais ils sont traités avec une sage sobriété qui n'oie rien au cachet de force et de 
sévérité dont l'ensemble de l'édifice est empreint. Elle mérite d'être comparée à celle 
de la tour d'entrée du château d'Oxborougb , qui n'est postérieur que de quelques 
années au donjon de Herstmonceaux. Sous le rapport du style architectoni(|ue, comme 
sous celui des matériaux, il règne entre ces deux édifices la plus grande analogie. 
La tour d'Oxborough a un peu plus d'élévation , mais le donjon de Herstmonceaux 
a beaucoup plus d'étendue , el il l'emporte surtout sur sa rivale par ses qualités 
défensives el par son aspect plus militaire ; bref , ces deux édifices sont deux types 
(jui mettent parfaitement en évidence les différences caractéristiques qui existaient . 
dans rarchilccture anglaise du moyen âge, entre le véritable château fort destiné à 
soutenir un siège , et le manoir sémi-militaire , qui n'avait d'une forteresse que les 
apparences, ou qui était tout au plus assez fort pour pouvoir faire face à un coup 
de main de brigands ou d'émcutiers. 

On accédait à cette tour d'entrée au moyen d'un pont sur arches , terminé par 
un pont-Ievis. La grande arcade qui décore le centre de la façade couvre une 
batterie de mâchicoulis pratiqués dans le plancher du second étage. Le parapet de 
couronnement des tours est également armé de mâchicoulis. La pierre ornementale 
qui se trouve entre les fenêtres de l'étage supérieur représente la bannière du 
fondateur, portée par le molosse héraldique des Fiènes. 



— 40 — 

1\°. J2. — Planche IV. — Coupe longitudinale du donjon. 

Au moyen de cette coupe et des deux dernières planches, on possède tout ce 
(ju'il faut pour connaître à fond ce qui concerne la composition , l'étendue et les 
proportions de cette admirable tour d'entrée, et nous donnons d'ailleurs, sur cette 
planche , les profds des principales moulures qui la décorent. L'étroite rainure 
verticale, pratiquée de chaque coté de la porte dans l'épaisseur du mur de façade, 
semble avoir été disposée pour le jeu d'une herse , mais cette pièce défensive n'a 
jamais existé, et cela probablement parce qu'on aura pensé que le tablier ihi 
pont-levis pouvait en tenir lieu. Les deux autres rainures que l'on remanine à droite 
et à gauche de la fenêtre du premier étage , étaient destinées à loger les flèches et 
à permettre la manœuvre du pont-levis. 

iN". 15. Planche V. — Détails du donjon. 

Les lîg. ! et 2 représentent en élévations intérieure et extérieure, ainsi qu'en 
coupe, l'une des meurtrières qui éclairent et défendent les tours du donjon aux 
divers étages. Elles sont en forme d'arbalétrière , et l'on remarque en contre-bas de 
celles du rez-de-chaussée des embrasures circulaires qui étaient probablement destinées 
au tir des anciennes arquebuses à mèche et à chevalet. La lîg. ô donne l'èlèvalion 
et les moulures principales de la belle fenêtre du premier étage. 

j\°. 14. Planche VL — Autres détails du donjon. 

On peut juger, d'après le tracé complet que nous en donnons ici (flg. 1 et 2). 
de la hardiesse et du talent dont l'architecte a fait preuve dans la composition du 
couronnement de cette belle tour. Son arcature ogivale est en briques , et ses consoles , 
en pierre de taille, sont formées de trois assises en retraite qui assurent une grande 
solidité à l'encorbellement. Tous ces détails ont été levés d'après nature et avec la plus 
grande exactitude. — travail qui n'a pas été sans danger pour l'artiste qui l'a exécuté, 
vu l'état de délabrement dans lequel se trouve maintenant cette partie de l'édifice. 

La tig. 5 représente l'amortissement de l'une des fenêtres géminées du deuxième 
étage, ainsi que les profds de ses jambage et meneau. 



CIIATEAl DE WARWICK, COMTÉ DE CE NOM. 

i> Magnificiue monument de la splendeur des temps 
» chevaleres(iues qui a rdsistcî jusqu'à ce jour aux 
>> injures du temps. » 

( Wai.ter Scott.) 

Lii piTiiiiùre fomlntioii ilii chàleau fort de Warwiek est antérieure à la coiiquètc 
des .NOniiiinds, mais on n'a pu jusqu'ici en ilétenniner l'époque |)récise. (îuillauinc I" 
in accrut retendue et les fortifications, et c'est à partir de là cpiil fut considéré 
comme étant l'une des plus importantes forteresses du royaume. Sous les règnes 
d'Edouard III et de Hicliard II, les comtes de Warwiek, de l'illustre famille des 
Beaucliamp, y firent conslrnire de magnifi(iucs bàlimenls d'habitation qui se trouvent 
mainicnant encore dans un éiat presque parfait de conservation , ce qui fait (|ue 
ce ehàleau est actuellement un des pins précieux spécimens de notre ancienne 
architecture nn'Iitairc. 

Kn 1004. , sir Fulke Greville . ([ui , de domestique de la reine Klisabcth , était 
devenu conseiller de Jacques I" et ami de Philippe Sydney , reçut en fief de la 
(Couronne le chàleau de ^\'ar^vick, alors en ruine et dont les restes les mieux conservés 
avaient été convertis en prison du comté. Ce gentilhomme, connu plus tard sous le 
nom de lord Brooke , dépensa vini;l mille livres sterling à le restaurer et à l'embellir, 
et c'est à raison de ces travaux que William Dugdale , dans ses Antiquités du 
Wanvickshire , le proclame la résidence la plus princière de la partie centrale 
de l'Angleterre. 

En 1G42, le château de Warwiek. défendu par des troupes de l'armée parlementaire, 
fut débloqué, après seize jours de siège, par lord Robert Brooke, le même qui, 
après avoir pris une part irès-aetive aux événements de celte époque , fut tué à la 
prise de Licblfield. Ayant été excepté de l'arrêt de démantèlement porté par le long 
parlement contre tous les châteaux forts du pays, celui de Warwiek fut de nouveau 
restauré sous le règne de Charles II par Kohert, comte de Brooke. Depuis lors, de 
grandes dépenses y ont été successivement faites par des mend)res de celle noble 
famille , surtout par le dernier comte de ce nom . en vue d'en améliorer le> 
bâtiments d'habitation et d'en rendre les abords plus commodes. On conçoit de reste 
que , pour atteindre ce but , il a été porté plus d'une atteinte au caraelcre primitif 

11 



— 42 — 

de ce vieux monument , craulanl plus que l'on n'csl que trop porté à s'imaginer 
qu'il y a incompatibilité réelle entre les liabitiitions si pleines de grandeur du moyen 
âge et les exigences du eomfort domestique moderne. Pour être juste, nous devons 
toutefois reconnaître ici que les nobles propriétaires du domaine de Warwick ont 
héréditairement fait preuve d'une louable et intelligente sollicitude pour maintenir , 
autant que possible, en harmonie de style les anciennes et les nouvelles constructions 
qui composent ce château. 

IN». 15. Planche I. — Tour de Guy, ou donjon du château. 

Cette majestueuse tour fut fondée et achevée en 1393 par Thomas Beauchamp , 
comte de Warwick. Ce personnage , aussi remarquable par sa haute intelligence que 
par sa capacité militaire , avait été nommé par le parlement membre du conseil de 
régence pendant la minorité de Richard II; mais ce prince ayant, à l'époque de sa 
majorité , éloigné de la cour ses anciens conseillers , pour les remplacer par d'inca- 
pables et licencieux favoris, le comte se retira dans son domaine de Warwick et y 
consacra son temps à faire bâtir et à fonder des œuvres de charité. C'est alors qu'il 
dota la ville de Warwick de l'église collégiale de Notre-Dame , et qu'il ajouta au 
château le donjon dont il s'agit ici, et auquel il donna le nom de Tour de Guy, en 
souvenir de Guy , comte de Warwick , héros qui , suivant la légende , vainquit , 
en 926, à Winchester et en présence du roi Alhelstan , le fameux géant danois 
Colbranl dans un combat singulier ( 1 ). 

L'aspect de ce donjon est imposant et formidable ; engagé dans l'enceinte murale 
du château , à son extrémité nord-est , il est en forme de décagone régulier , et ses 
murs extérieurs s'élèvent verticalement depuis le soubassement jusqu'au couronnement 
crénelé. Les eaux d'un fossé, actuellement desséché et comblé en partie, en baignaient 
autrefois la base du côté extérieur à l'enceinte. 



( 1 ) D'après Dugdale , une tapisserie de Flandre reiirdsentanl ce fait d'armes décorait autrefois une 
des salles du château, et elle était considérée comme un meuble tellement précieux, qu'il en est fait 
mention dans les patentes royales relatives aux concessions du fief. 



— 45 — 

l.;i 11,;;. I di" tvtlc |ilanclie loprésciUc rclcviiiinii ixlriicure de ce donjon : les troi.s 
giiindes rcnclros ogivales que l'on y voil éelairenl les pièces principales des premier . 
deuxième cl troisième étages ; les petites fenêtres rectangulaires ijui les surmonteni 
apparticMneiil à I étage supérieur; les escaliers, de même que les cahiiiets des divers 
étages , ne reçoivent de jour que par d'étroites meurtrières ; enfin , la prison , qui 
occupe la hase de la tour , est également éclairée par d'étroites meurtrières , mai* 
seulement du coté intérieur à l'enceinte. 

Ainsi que U' montre la coupe (fig. 2). chacun des cinq étages que comporte le 
donjon est couvert dune voûte d'arétc à nervures en pierre. On remarque une che- 
minée à chaque étage , sauf à celui supérieur , qui ne se compose que d'une seule 
pièce , laquelle servait probahlement , en cas de siège , de dernière place d'armes 
pour la défense. 

Les cinq plans de la figure 3 suffisent pour faire connaître la distribution de clia(iuc 
étage. La hauteur des points de section y est indiquée par des lettres de repère. 
L'épaisse voûte du couronnement est couverte d'une plate-forme légèrement conique 
en plomb. Des deux escaliers en vis qui sont pratiqués dans l'épaisseur des murs . 
lun donne accès à chaque étage , tandis que l'autre n'a de débouché que sur la toiture 
et prend naissance à l'extérieur du donjon au moyen d'une rampe à ciel ouvert qui 
est située sur le rempart d'enceinte , côté du nord. 



CHATEAIJ DE KENILWORTII, COMTÉ DE WARWICK. 

« Les ruines massives du château de Kenilworlli ne 

« servent plus qu'à montrer quelle fut autrefois sa 

» splendeur, et à faire sentir au voyageur la valeur 

» passagère des biens de ce monde et le bonheur 

» de ceux qui jouissent d'une humble fortune et de 

» la paix du cœur. » 

( Walter Scott. ) 

Moins favorisé par le sort que ne le fut celui de \\'ar\vick , le château de Kenilworlh 
a depuis longtemps été démantelé , et les restes de ses anciennes tours et de ses vastes 
salles achèvent maintenant de tomber en ruine. C'était autrefois un immense et magni- 



— 44 — 

li(|ue édifice , composé de bâtiments successivement construits pendant une longue 
l)ériode de cinq siècles, et qui constituait par conséquent une précieuse collection de 
spécimens de tous les styles architectoniqucs qui furent en vogue, depuis le lourd 
normand jusqu'au capricieux mélange de golliique et d'italien connu sous le nom 
(le style Elisabeth (1). On trouve dans les Antiquités du Warivickshire . ouvrage 
publié en 1G3C> par sir "William Dugdale, un liislorique fort bien fait de Kenihvortli; 
il est accompagné de très-bonnes gravures par Ilollar, qui sont d'autant |)lus intéres- 
santes que les vues qu'elles représentent ont été prises avant la destruction du 
château par la hache républicaine. 

Le château de Kenilworth fut fondé par Geoffrey de Clinton , personnage de 
naissance obscure t[ui sut s'élever par sa haute capacité aux premières dignités de l'Etat. 
Henry I" lui conlia successivement les charges de lord-chambellan , lord-lrésorier et 
iord-clief-de-justice d'Angleterre. Ayant acquis de grands biens, il établit sa principale 
résidence à Kenilworlli , où il fonda d'abord un prieuré de moines réguliers de saint 
Augustin , et puis un château auquel était annexé un grand pare pour la chasse. 
Dans les premières années du règne de Henry II, le domaine de Kenilworth faisait 
partie des biens de la Couronne, car un shérif était chargé, en 11G4 , d'en administrer 
les revenus. En 1172, le mémo monarque fit fortifier, approvisionner et occuper le 
ciiàteau par des troupes royales pour le mettre à l'abri des entreprises du parti 
insurrectionnel , qui avait pour chef le prince Henry , son fils aîné, qu'il avait eu 
l'imprudence d'associer à son pouvoir souverain. Geoffrey de Clinton , fils du fondateur, 
rentra plus tard en possession du domaine de son père , mais ne le garda que peu 
de temps ; car, d'après les documents historiques cités par Dugdale , le château de 
kenilwortli fit partie des biens de la Couronne jusqu'en 12b3 , époque à laquelle 
Henry III le concéda en fief viager à Simon de Montfort, comte de Leicesler. et à 
Eléonore , sféur du roi, que ce gentilhomme avait épousée. 



(1) Bel édifice, dit Waltcr Scolt, qui présentait sur ses différentes façades de magnifiques échan- 
tillons de toutes les espèces d'arcliiiecture , depuis la conquête jusqu'au règne d'Elisabeth , avec le 
style et les ornements particuliers à chaque époque. L'histoire ne fait pas remonter l'antiquité de 
ce château plus haut qu'aux temps de l'heptarchie; mais quelques antiquaires prétendent qu'il fut 
fondé au temps de Kenelp , roi saxon de la Mercie , qui lui donna son nom; tandis que, suivant 
d'autres , il doit avoir été bâti peu de temps après la conquête des Normands. 



— 43 — 

Peu d'années après celle iiivcstiliiif . le comte de Leiccsler se mil à la tète de lu 
ligue des barons contre l'aulorité royale el se distin^'ua par sa valeur cl son liabilelé dans 
In guerre civile qui s'ensuivil ; niais il lui tué , ainsi que son (ils Henry de Monllori 
t'I un grand nombre d'autres gentiisiioinmes , ;.u conibal livré à I^cslir.m le 14 aoùl 
riO.'i. Henry de Ilastings , qui avait été nonuné sfouverneur du eliiiteau de Kenilvvorlli 
|iar Simon de Monllori, (ils eadel du comte de Lcicesler, le défendit courageusement 
pendaiil six mois contre les troupes royales el ne capitula, vers la fin de 12GG, que 
pour cause de famine. Le roi lit alors don de ce domaine à son second fds Edmond 
Crookback [le bossu), comte de Laneustre, de Leiccster et de Derby, et qui portail, 
en outre, le litre de roi de Sicile. En 1322, kenilworlh fit retour ù la Couronne 
|)ar suite de la forfaiture encourue par Thomas , comte de Lancaslre , (jui. ayant été 
fait |)risonniir à Borouglibridge. dans le Vorksliire , fut décapité quelques mois après 
à Pontefracl. 

L'infortuné Ldouaid II fut. en 152G, transféré comme prisonnier du cliàteau de 
Moiunouth à celui de Kenilworlli, tt c'est ici que. le 20 janvier suivant, une 
dépulation , conduite par les évè(]ucs de Lincoln et d'IIereford, vint lui notifier l'arrêt 
de sa déchéance ( 1 ). 

Le roi Henry III rendit à Henry de Lancaslre , frère et héritier du dernier comte 
de ce nom , le château de kenilworth el tous les autres biens de sa famille qui 
avaient été confisqués du chef de forfaiture . et c'est le fils et héritier de cet Henry 
de Lancaslre qui fut, en 13S5 , créé duc, titre jusque-là inconnu en Angleterre. 
Le duc Henry étant mort sans laisser d'héritiers mâles, ses domaines passèrent à ses 
deux (illes . et le château de Kenilworlli échut en partage à Blanche , la cadette , 
qui épousa le prince Jean de Gaunl ( ou de Gand ) , créé depuis due de Lancaslre. 
Le roi Henry IV ayant hérité de Kenilworth du chef de son père . ce domaine fut . 
dès lors , annexé au duché de Lancaslre, el y resta jusqu'en 148b, première année 
du règne de Henry VI , et époque à laquelle il fut transféré de ce duché à celui de 
Cornouailles , en vertu d'un acte du parlement. Kenilworth continua de faire partie 



( 1 ) Lb aussi , dit Walter Scott , Mortimer , comte de Marck , fameux par son élévation el par sa 
chute, avait donné de brillantes fêles pendant que son souverain détrôné, Edouard II, languissait 
dans les cachots du château. 

12 



des domaines de I;i Couronne jusqu'à ce qu'il plût à la reine Elisabeth d'en gratifier, 
par lettres patentes datées de I.j6"2, son favori lord Robert Dudlcy, qu'elle créa plus 
tard baron de Denbigh et comte de Lcicester. A sa mort, survenue en 1588. 
Leicester légua ce domaine à son frère Ambroise, comte de ^^ arwick , qui ne lui 
survécut que d'une année j et, comme il n'avait pas d'enfants, Robert Dudlcy, (pii 
était fils naturel du favori d'Élisabetb et qui avait pour mère une lady Douglas 
Sheffield , prit possession de Kenihvortli en vertu d'une disposition testamentaire de 
son père ; mais , à défaut de pouvoir prouver la légilimilc de sa naissance et par 
suite de l'une de ces mesures arbitraires qui ternirent le régne de Jacques I", il fut 
déclaré en état de forfaiture et inhabile à hériter des biens du comte de Leicester, 
qui furent, en conséquence, saisis au nom du roi. Il fut constaté, par le reeenseaient 
fait à cette occasion , que la valeur de ces biens montait à ô8,oo4 livres sterling 
15 schellings. Henry, prince de Galles, considérant Kenihvorth comme étant la plus 
noble et la plus magnifique résidence de cette partie du royaume, oflVil en ICll , 
à sir Robert Dudlcy, une somme de 14,500 livres pour prix de sa renonciation à 
toute prétention au château et à ses dépendances , — proposition qui fut acceptée par 
cet infortuné propriétaire ( 1 ). 

Lorsque le prince Henry mourut, en \G\-2, il n'avait encore été payé que 3,000 livres 
en à-compte sur ce marché , ce qui n'cmpéclia pas son frère Charles de réclamer 
Kenihvorth comme faisant partie de son héritage , et c'est à la suite des négociations 
qui eurent lieu à ce sujet que le parlement autorisa, en 1C12 , lady Alice, femme 
de sir Robert Dudlcy , à aliéner ses droits de copropriétaire pour une somme de 
4,000 livres. Peu après son avènement au trône, en 1625, Charles I" concéda en 
dotation viagère et successive le château de Kenihvorth et ses dépendances à Robert 
Carey , comte de Monmouth, et à ses fils Henry et Thomas; mais, en 1649, ce 
domaine fut saisi par le parlement , comme appartenant aux biens de la Couronne , 
et donné en dotation à plusieurs officiers de l'armée révolutionnaire. C'est la sordidité 
de ces nouveaux propriétaires qui fut cause de la destruction de ce magnifique mo- 



( 1 ) Robert Dudley, dlant alors allé habiter l'Ilalie , y jouit de loulc la faveur du grond-duc de Toscane 
et de l'empereur Ferdinand II , qui le crdèrcnt duc. 



— i" — 

niimont dos temps pnssés , c;ir, pour TiiiT de l'nr^ciit . ils on lirciU niTaclicr le plDnil) 
(les toilures , iiinsi que tous les iiiatérijuix veiuliiblos. Kiilin . à ré|)0(iue de h lesluii- 
ration do Charles II , In lamille du CDUile de Monniniilli l'ut renii-;e eu jouissuucr 
viagère de kciiilwdrlli , et, à rexpirulioii de l:i doiiiiiiini Icuiiiornire que lui cti avait 
laite Ciiarles 1", inie piilcule royale eu aceorda la réver<iou à Laureiiee , lord llyde , 
eréé ensuite baron de Keniiworlli et conile de Iloeliester , et e'est du chef de ce dernier 
el par suite d'alliauee que ee (louiaiiie a|)|)arlieMt niaiiileuaiit au comte de Clarendoii. 

kciiilwortli , vu son ('(at de ruine, serait de|)uis ion_^temps oublié, si la niagiqui' 
plume de l'auteiu- de Wavcrlcy ne l'avait fait revivre par la description des splendides 
fêtes que le comte de Leieester y donna en lo7i> à la reine Elisabeth ( 1 ). 
Les admirateurs de notre vieille architecture doivent re^M'cttcr la destruction prématurée 
de cet inléressaul monument, car ce qui en reste encore suffit pour prouver qu'il 
n'était inférieur à aucune des résidences baroniales du royaume. 

Les princijjaux bâtiments du chàleau entouraient une cour qiiadrangulaire de lormc 
oblougue el irrégulière. Le côté du nord était oceiq)é eu majeure partie par la tour île 
César (2) , épais donjon carré dont la construction, contemporaine à la première fonda- 
tion du château , parait remonter aux premières années du XII" siècle. Pour le mettre 
hors d'état de défense, CromvvcU le fil démanteler du côté extérieur; et, grâce à l'énorme 
épaisseur de ses murailles, il est probable que ses débris dureront beaucoup plus lontemix 
que les autres ruines de l'ancien château. A la gauche du donjon , le coté nord du 
quadrangle était complété par de vastes cuisines et offices qui le reliaient à la halle. A 
l'est de la cour se irouvaienl deux grands bâtiments dont l'un , eontigu au donjon . 



(1) Le roman de Keniiworlli fut publié en 1821. La description arcliilccluralc qui y est faite du 
château s'accorde irôs-bien avec celle que nous traduisons ici , bien que cependant les deux auteurs 
semblent avoir puisé à des sources différentes. Il est, en effet, assez étrange que Walter Scoit ne fasse 
nulle mention de Dugdale , seule autorité citée dans le texte de M. Willson , et que ce dernier ne 
dise mot du Kcnilworlh Decril de Robert Lancham , que l'illustre romancier signale comme étant une 
des plus belles publications, en fait d'antiquités, qui aient paru depuis longtemps. C'est probable- 
ment dans ce dernier ouvrage que Walter Scott a puisé plusieurs données historiques très-intéressantes, 

que M. Willson a eu tort de ne pas comprendre dans le cadre de sa notice. 

T. 
( 2 ) « Ainsi nommée peut-être à cause de sa ressemblance avec le donjon de la tour de Londres 
>> qui porte le même nom. » (Walter Scott.) 



— 48 — 
éuiit appelé Logement du roi Henry VIII, et l'iiutre portait le nom de Bâtiment de 
Leicestcr {\); ce dernier était un édifice irrégulier , de grande élévation et contenant 
plusieurs grands appartements décorés dans le style mixte qui dominait au temps 
d'Elisabeth. Le corps de logis du roi Henry était aussi à deux étages, mais il avait 
moins de hauteur que le précédent. Le côté sud du quadrangle consistait en une suite 
d'appartements d'apparat dont les pièces principales étaient désignées sous les noms 
de Chambre Privée , Chambre de Présentation et Salon Blanc. Enfin la halle , ou 
grande salle des cérémonies, complétait le circuit, en embrassant avec ses dépendances 
tout le côté occidental de la cour; ce corps de logis s'a|)pelait Bâtiment de Lancastre (2). 

Ce vaste édifice occupait à peu près le centre d'une grande cour extérieure 
qu'entourait un immense mur d'enceinte, couronné de parapets crénelés, fortifié par 
des tours et contreforts et embrassant un espace de sept acres (5). 

La description générale qui précède étant suffisante pour donner une idée exacte 
de ce qu'était ce magnifique monument à l'époque de sa plus grande splendeur , 
c'est-à-dire au temps du favori d'Elisabeth, il ne nous reste plus, pour rester dans 
les limites de notre cadre , qu'à faire l'exposition des types que nous lui avons empruntés 
pour en enrichir ce Recueil. 

iV". 16. Planche i. — Vestibule servant d'entrée, par la cour intérieure, 
aux appartements d'apparat. 

Les bâtiments qui composent le côté sud du quadrangle sont en ruine ; mais la 
partie de leur façade intérieure, qui comprend l'appendice que nous allons décrire, est 
assez intacte pour qu'il nous ait été possible d'en faire le lever complet. C'est un ves- 



(i ) « On dit que Leicesler ne dépensa pas moins de 12 millions de francs à l'embellissement du 
» château et à l'amélioration des domaines qui en dépendaient. 11 avait surpassé ceux qui l'avaient 
» possédé avant lui, tout magnifiques et puissants qu'ils eussent été, en élevant un autre corps de 
» bâtiment qui maintenant est enseveli sous ses ruines, emblème de l'ambition de son fondateur. ■ 

(2) « Le vieux Jean de Gand, de l'antique race des Lancastre, avait beaucoup agrandi le château, 
» en élevant le vaste et massif bâtiment qui porte encore son nom. » 

(3) « Une partie de cet enclos était occupée par de vastes écuries et par un jardin de plaisance 
« avec ses bosquets et ses parterres; le reste formait la grande cour ou cour extérieure du 
» noble château. » ( Walter Scott. ) 



— 41) — 
tibule ou porche ferme , de forme oclonone , à deux étages , faisant saillie sur la façade 
de 1 édifice et renfermant, à l'un de ses angles, un escalier en liélice qui conduit à léluge. 
Ainsi que le montrent la grande coupe et les détails que comporte cette planche , le 
rez-de-chaussée de ce vestibule est couvert d'une voi'ile d'arétc à nervures élégamment 
moulurées. 

iV. 17. Planche II. — F:ic;u!c du niénic vcsti!)n!c et détails. 

Les fenêtres de lelage sont rcnianinai)k'mcnt helles , cl il e:t i)lus (pic probable 
qu'elles étaient semblables à celles qui éclairaient le premier étage de tout ce corps 
de logis. On voit, h la planche précédente, quelle était la disposition intérieure de ces 
fenêtres, ainsi que leur plan. On croit que l'étage du vestibule donnait jour à une 
pièce qui séparait la ChamOre de Présentation de la Chambre privée , et (piil était en 
communication avec une cage d'escalier située en saillie sur la façade extérieure de ce 
côté du quadrangle. 

ÎV°. 18. Planche III. — Coupe longitudinale cl plan de la halle. 

Cette coupe embrasse toute l'étendue du coté occidental du quadrangle : elle com- 
porte donc la halle et ses deux ailes ou tours. Le plan qui l'accompagne est celui de 
la façade extérieure. La halle est longue de 80 pieds et large de 4S ; ses murs de côté 
ont 52 pieds de hauteur. Ses combles, peu élevés, étaient divisés en six travées 
par des fermes en charpente ornementée j mais, comme il n'en reste plus la moindre 
trace, il est impossible de savoir quels étaient le genre de construction et le style 
d'ornementation de celte charpente. La principale entrée de la halle était couverte 
par un porche voùlé qui occupait l'angle nord-ouest de la cour intérieure , et l'on y 
accédait au moyen d'une large rampe d'escalier maintenant en ruine. Le haut bout 
de la halle était disposé d'une manière toute exceptionnelle : ainsi qu'on le voit sur 
la coupe, ce haut bout embrassait toute une travée, et son plafond en voussure, 
formant dais, était beaucoup plus bas que le plafond en charpente de la salle. A cette 
même travée correspondait , du côté de la cour intérieure , une grande fenêtre en 
loge, de plan polygonal, formant cabinet avec foyer et communiquant par une porte 
avec les grands appartements d'apparat; tandis que, du côté de la cour extérieure, 
lui correspondait un autre cabinet embrassant la moitié de la largeur de la grande 
tour angulaire qui termine ce côté du quadrangle , et communiquant avec la galerie 

13 



— ;jo — 

qui occupait l'aulrc moitié de cette même tour et (|ui menait aussi aux grands 
appartements d'apparat. Quant à l'autre extrémité de la halle (côté du nord), trois 
portes percées dans le mur de pignon menaient aux cuisines et offices , et une autre 
porte, pratiquée dans l'embrasure de la dernière fenêtre (côté delà cour extérieure), 
débouchait dans un corridor étroit où se trouvait l'escalier de la tour nord-ouest. 
Cette tour était divisée en trois étages solidement voûtés ( 1 ). Sous la halle s'étendait 
une vaste cave voûtée à double rang d'ogives , dont les retombées ou pendentifs 
portaient sur huit colonnes. On entrait dans cette cave par une descente voûtée 
pratiquée sous le porche et débouchant dans la cour , et c'était par le même passage 
que l'on arrivait à une poterne située sous l'angle sud-ouest de la halle. Cette poterne, 
munie d'une herse, avait sans doute pour destination de servir de porte secrète de 
secours en temps de siège. 

i\°. 19. Planche IV. — Élévation et coupe d'une fenêtre de la halle. 

La halle était éclairée par sept fenêtres pareilles à celle ici reproduite. La façade 
donnant sur la cour intérieure n'en comportait que trois , à cause du porche d'entrée. 
A l'extérieur, ces fenêtres sont d'une très grande simplicité et sans aucune ornemen- 
tation; mais, à l'intérieur de la salle, leur ébrasement endirasse toute l'épaisseur des 
murs, et leurs tableaux sont ornés de compartiments moulurés en conformité de dessin 
avec le réseau et les meneaux des fenêtres. Comme composition et comme propor- 
tions , ce fenétrage est d'une beauté sans égale ; il diffère de ceux des plus belles 
salles connues de l'espèce , telles , par exemple , que les halles des palais d'Eltham . 
de Hampton-Court et de Crosby , en ce que dans eelles-ci l'appui des fenêtres est à 
une très-grande distance du sol , tandis qu'à kcnilworth les fenêtres descendent jus- 
qu'au plancher et n'ont de plein que tout juste ce qu'il en faut pour recevoir les 
petits bancs en pierre qui garnissent leurs embrasures. 



(1) Cette tour est celle de Mervyn , qui joue un si grand rôle dans le roman de Kenilworlh. Elle 
est tout aussi fidèlement , mais beaucoup mieux décrite par le romancier que par l'archéologue Willson. 



T. 



— 51 — 



N". 20. Planche \ . — Détails do l;i iiicnic iVrirtrc. 

Toulcs les ligures (juc coniporle celle planclio élaiil désignées par la légende tpii les 
aceompagnc , il serait superflu d'en donner ici de plus amples explications. 

N". 21. Planche VF. — Fenêtre en loge (ou oriel ) située à l'angle sud-ouesi 
de la cour intérieure. 

C'est le cabinet dont nous avons parlé en décrivant la disposition intérieure dn 
haut bout de la halle. Il est éclairé par quatre baies , dont deux à simple jour et deux 
à double jour sur la largeur. Les lettres de repère A et B indiquent la Jiauleur des 
points (le section auxquels ont été pris les deux demi-plans de celte loge. Son fenétrage 
est en parfaite concordance de style avec les fenêtres représentées à la planche II ci-dessus. 
Toutes ces fenêtres étaient autrefois garnies de barreaux de fer, qui n'existent plus ( I .. 

N". 22. Planche VII. — Cheminée de la halle. 

Deux cheminées de même dessin servaient à chaufl'er cette grande salle. Elles 
étaient situées, en face l'une de l'autre, le long des grands murs de coté. On peut 
juger, par celle ici reproduite, de la hardiesse et de la pureté de leur composition; 
quoique moins élégante que celle des fenêtres, leur ornementation est en harmonie 
avec cette dernière. 

Comme il ne se trouve plus parmi les ornements des magnifiques ruines de Kenil- 
worth aucun ccusson qui indique l'époque de construction des divers bâtiments qui 
le composent , ee n'est que par analogies de style que l'on peut en déterminer les 



( 1 ) Celle arnialure consistait , pour chaque fenêtre et jmur chaque jour , en deux montants ver- 
ticaux et sept traverses. C'était la disposition ordinairement suivie; et, dans la plupart des anciens 
châteaux , on mettait aux fenêtres , en outre d'un semblable barrage en fer , d'(îpai3 volets de chêne 
garnis de peutures ornementées el portés par de solides gonds. 



— o2 — 



;'iges respectifs. C'est ainsi que l'on suppose que In lialle a été fondée vers le milieu 
du XV° siècle, cinquante années environ après la mort de Jean de Gand, qui avait 
été cependant considéré jusqu'ici comme fondateur des bâtiments dits de Lancastre (1). 



( 1 ) Notamment par Dugdale. Comme le chambranle de la iiorle de la salle est d'un style plus 
ancien que le reste de l'cîdilicc , on est en droit de supposer que c'est une pièce de rapport, pro- 
venant des travaux entrepris par Jean de Gand. Les d<5lails de ce chambranle sont en effet très- 
différents de ceux des fenêtres. 

L'illustre romancier que nous nous sommes plu à citer plusieurs fois en notes dans le cours de 
cette description , à cause de sa lidélilé en ce qui concerne l'historique du château de Kenihvorlh , et 
de la concordance remarquable que nous avions constatée entre les détails descriptifs qu'il en donne 
et ceux contenus en cette notice de M. 'Willson sur Kenihvorth, Walter Scott , disons-nous, a commis, 
au sujet de la halle, la même erreur que Dugdale , car , ainsi que nous l'avons déjà vu , il attribue 
à Jean de Gand la construction du vaste el massif bâtiment qui porte encore aujourd'hui son nom , 
c'est-à-dire la halle. 

T. 



ClIATEAi: DE RAGLAN, COMTÉ DE MOXMOLTII. 

Comme le Moniiiouilishiro ne fut iriforpoir ;'i l'Aii^ilelerre (m'en 155j, é|ioque à 
huiuelle Henry \'in sii|i[iiiinii h vii ille ofg;inis;ili()n iiolilique ilu pays de Galles el 
partagea cette principauté en 12 comtés , on doit à la rigueur ranger le cliàteau do 
Raglan au nombre des anciennes forteresses galloises ( 1 ). Il règne (luclqu'obscurilé 
sur liiistoire primitive de ce domaine féodal , et sir W'dliam Dudgale cite à ce sujet, 
dans son Livre du Baronnage, deux documents qui impliquent cotilraiiiction. Suivant 
l'un de ces documents, en effet, le manoir de Raglan aurait été, au temps de 
Richard II , la résidence du chevalier John Morley, et ce domaine serait passé à la 
famille des Herbert par le fait du mariage de Malhilde, fille et héritière du chevalier 
John , avec un membre de celle famille ; tandis que d'après l'autre version , — et 
nous croyons celle-ci plus authentique que la première , — il se trouvait à Raglan , 
dès le règne de Henry II , un château dont le puissant seigneur était Richard de 
Clare , comte de Pembrokc , surnommé stronrjboiv , qui le transmit à Walter Bloet , 
dont une des descendantes, Elisabeth, fille et héritière de sir John Bloet, eut pour 
époux le chevalier James Berkeley, qui mourut en 1403. Issu de ce mariage, sir 
James hérita du château de Raglan et fut créé, en 1420, lord de Berkeley par 
Henry V. A sa mort, ce domaine échut en héritage à sir William ap Thomas , 
père de ce William Herbert qui, zélé partisan de la maison d'York, mit au service 
de celte cause ses grands talents et sa remarquable activité. A son avènement à lu 
Couronne, en 1461, Edouard IV le combla de ses faveurs, lui confia, entre autres 
charges importantes, celles de chef de justice et de chambellan dans la Galles du 
sud. et lui donna le titre de baron. Grâce aux munificences de ce monarque, >\"illiam 
put successivement acquérir de nombreux châteaux et de vastes domaines. 11 fut créé 
plus tard chevalier de l'ordre royal de la Jarretière, et Edouard lui conféra enfin, en 1468, 
le titre de comte de Pembrokc, que la forfaiture de Jaspar Tudor , demi-frère 



( 1 ) Ce n'est pas en 1535, mais bien en 1541 que Henry VIII supprima la vieille conslituiion 
léodale de la principauld de Galles. 

T. 

U 



— 54 — 

cl'IIenry VI, venait de rendie disponible. Il lut donc le premier comte de ce nom 
dans la famille dos Herbert; mais, par un de ces retours de fortune qui n'arrivaient 
que trop souvent dans ces temps de troubles, le nouveau comte de Pembroke , 
ayant pris part, l'année suivante, à une prise d'armes contre son bienfaiteur, fut 
fait prisonnier au combat de Danes-Moor, près Beanbury, et décapité trois ou 
quatre jours après en compagnie de sir Richard Herbert de Coldbrook, son 
frère, et de plusieurs autres gcntilsliommcs. Le titre de comte de Pembroke échut 
alors à son fils VVilliam , qui n'avait que neuf ans, et qui, entré très-jeune au 
service d'Edouard IV , reçut plus tard de ce souverain la mission de garder eonmie 
prisonnier dans son château de Raglan le comte de Richmond , prétendant à la 
Couronne, le même qui devait régner plus tard sous le nom d'Henry VII, et qui, 
délivré de cette captivité en 1471 par son oncle, Jaspar Tudor, réussit à se 
sauver en Bretagne. Edouard IV ayant témoigné le désir de conférer au prince de 
Galles, son fils, le litre de comte de Pembroke, le jeune William dut y renoncer, 
mais il reçut en échange, en 1479, celui de comte de Huntingdon. Il épousa 
ensuite Marie, sœur de la reine et fille de Richard Widville, comte de Rivers. A 
sa mort, survenue en 1491, son unique fille et héritière, Elisabeth, épousa sir 
Charles Sommerset, fils naturel de cet Henri de Beaufort , duc de Sommerset, qui, 
fait prisonnier en 14G3 à la bataille d'IIexham , perdue par les troupes d'Henry VI, 
avait été immédiatement décapité, ainsi que plusieurs autres lords et gentilshommes. 
Sir Charles de Sommerset joignait à de hautes capacités un physique plein do 
distinction; et comme, d'ailleurs, il était allié de près à Henry VII, ce souverain le 
combla d'honneurs et de dignités ; et c'est à raison de son mariage avec l'héritière 
du comte de Huntinglon qu'il prit, en ISOG, le titre de baron Herbert de 
Raglan, de Chepstow et de Gower. Il conserva à la cour d'Henry VIII le même 
crédit que sous le règne précédent, et, lorsqu'il mourut en 1S26, ce souverain 
l'avait créé comte de Worcestcr. 

Au temps de Charles l"., le château de Raglan fut occupé sur le pied d'une 
grande magnificence par Henri de Sommerset , cinquième comte de Worcestcr , 
ainsi qu'on en peut juger d'après l'extrait suivant d'un récit contemporain : 

u Conformément au vieux cérémonial féodal, les portes du castel étaient fermées 
i> tous les jours à onze heures, pendant toute la durée du dîner. Deux tables 
» étaient dressées dans la salle à manger. A la première prenaient place le 
n marquis, sa famille et les étrangers de haute distinction qui lui rendaient visite; 



» le service de celle Uible d'Iionncur éitiil fail par l'inlondant du cliùtcau , par le 
'« contrôleur de la bouche, armé de son hàtuii , par lecujcr traiiclianl, par plusieur» 

• autres ol'lieiers, el par de nombreux fils de gentilshommes atlachés comme pages 

• à la personne du seigneur ehàlelain. Quehiucs-uns de ces pages, issus de haut 

> lignage, jouissaient d'un revenu de 200 à 500 livres cl étaient élevés au cliàteau. 
» La seconde table était destinée aux chevaliers et gentilshommes. Après le repas 

• du m.iitre venait celui des gens du château. Les trois tables dressées à cette 

• lin dans la grande halle étaient occupées hiérarchiquement : l'intendant présidait 

> la première, où prenaient place les principaux officiers du château, ainsi cpic les 
>• gentilshommes d'un rang inférieur à celui de chevalier. L'écuycr tranchant avait 
' la direction de la seconde table, destinée aux serviteurs nobles de naissance et aux 
■ vingt-quatre pages. A la troisième table dînaient le majordome , les gardes et les 

• autres fonctionnaires de moindre rang. Le clergé du château avait une table particulière, 
" et il s'en trouvait en outre deux autres, disposées dans l'appartement du majordome, 
" pour les femmes attachées au service des dames châtelaines. Chacun des départements 
■< composant ce vaste établissement princier était dirigé par des officiers spéciaux . 

• ayant en sous ordre de cent à cinquante domestiques ( 1 ). < 

La biographie de ce somptueux châtelain présente un grand intérêt historique. 
Elevé au rang de marquis en 1642, époque à laquelle les dissentiments qui 
existaient entre le roi et le parlement éclatèrent en une guerre ouverte , ce fidèle 
gentilhomme leva à ses frais, pour la cause royale, un corps d'armée composé de 
1,jOO fantassins et de oOO cavaliers; il fortifia son château de Raglan et y maintint 
également à ses frais , et indépendamment du personnel ordinaire de sa maison, une 
garnison forte de 800 hommes. Rien ne put égaler sa chevaleresque loyauté envers 
son prince, au service duquel il consacra sans réserve son existence et son immense 
fortune. Le roi Charles visita plusieurs fois le château de Raglan pendant les quatre 
années qu'il fut militairement occupé pour la défense de sa Couronne; il s'y réfusia 
en 1G43, après la bataille de >"aseby, et vint fréquemment y loger durant les trois 
mois qui suivirent cette fatale journée. Assiégée l'année d'ensuite par les troupes 



(1) Voyez, a ce sujet, l'iiuéressant ouvrage publié par l'dvèque Percy sous le litre de Norlhumberland 
household book ( Livre des familles du Nonhumberland ). Il en existe plusieurs éditions. 



— S6 — 

parlementaires, cette noble forteresse dut se rendre par capitulation, le 19 août, à 
sir Thomas Fairfax j et le vénérable marquis , alors âgé de 84 ans , fut enfermé à 
JM Tour de Londres sous la garde de l'huissier de la verge noire. Ses biens , dont 
le revenu s'élevait à 20,000 livres, furent confisqués par le gouvernement 
révolutionnaire; sa famille fui complètement ruinée et son château démantelé. 
Malgré ces immenses revers , il sut conserver toute la sérénité et la grandeur de 
son- caractère jusqu'au jour de sa mort, survenue en décembre 1646. Ses restes 
mortels furent déposés dans la chapelle de St.-Georges, à Windsor, près de la 
lombe de son aïeul Charles, premier comte de Worcester issu de celte illustre 
maison. Son fils Edouard, second marquis de VVorcesIcr, fut créé conile de Glamorgan 
;ivant la mort de son père, et c'est sous ce titre qu'il figure dans l'histoire de ces temps 
malheureux. De même que son loyal père, Edouard embrassa chaleureusement la cause 
de Charles I". Ce prince l'envoya en mission en Irlande investi des pouvoirs les plus 
étendus; mais, poursuivi par les haines et les jalousies qui bouleversaient alors le 
royaume, le marquis eut le chagrin de voir désavouer par son souverain plusieurs 
des actes qu'il avait posés en son nom et en vertu des pouvoirs qu'il en avait 
reçus. A l'avéncment de la république, le marquis de Worcester émigra en France ; 
mais, s'élant ensuite rallié au gouvernement de Cromwell, il fut accueilli à While- 
Hall et vécut à la cour du protecteur au moyen des 2,000 livres de pension 
qu'il accepta de lui. Il recouvra néanmoins sa fortune paternelle lors de la 
restauration de Charles II , mais il alla vivre dans ses terres et y consacra ses 
loisirs à des spéculations littéraires et philosophiques. C'est à litre de descendant 
de ce gentilhomme que le duc de Beaufort est aciuellement le propriétaire du château 
de Rnglan. 

Le site de ce château est des plus agréables: il s'élève sur une colline aisément 
accessible de toutes parts, ce qui fait qu'il n'offre point ce cachet de hardiesse et 
de force naturelle qui distingue d'une manière si pittoresque la plupart des anciens 
châteaux gallois. Au reste, aucune des tours et autres constructions composant ce 
splendide édifice ne parait être antérieure au XV° siècle. Leland, qui visita Raglan 
au temps d'Henry VIII, dit, dans son itinéraire (tome VI, page 30) avoir appris 
de Morgan que la plupart des grandes constructions de ce chàleau ont été fondées 
par l'un des derniers lords de la famille des Herbert; tandis, d'un autre côté, 
que, suivant Thomas Churchyard, qui s'est beaucoup étendu sur ce domaine dans 
son poëme des Beautés du pays de Galles, ce serait au premier comte de 



Pembrokc , cito par lùloiianl IV , qu'il fiiiil oiltiliiiii- le |iiviiiicr (•lahlisscmciil (.k- 
ce niagiiiri(|ue cliàtaiu ; cl c'csl ce (|ui lui l'ail dire, dans sou |i(Miiie |irécilé, à 
propos de Charles Somuicrscl, premier eomlc de Worecsler : 

C'est (le lui que dcscenil le seigneur aclucl , 
Comlc de Worceslcr, fondateur du caslcl. 

Des lémoignages (|ui préeèdcnl, cl smlout d'après le style arcliit('ct()ni(|ue des 
bàlimens de Raglan , nous croyons pouvoir eonelure avec probabilité ipie ce fui 
William Herbert , deuxième comte de Worecsler, ensuite nommé comlc de Ilunlingdon 
par Edouard IV, qui fonda la majeure partie des majeslueux édifices de ce château, 
et que son œuvre fut eomplélée sous les règnes des Henry VH cl \Ul par son 
gendre , sir Charles Sommerscl , comte de Worecsler. Les travaux (|ui y furent faits 
depuis lors se bornent à quelques détails d'ornementation , dont une partie date du 
temps de' Charles I". 

Plam;iie I. — Plan général du château. Façade extérieure de la grande 
toiu' d'entrée. 

On voit, d'après ce plan, que l'intérieur du ehàtcau est divisé en deux cours irrégulières 
et d'inégale grandeur. La grande entrée, marquée A, est située au sud de la grande 
cour ; elle est défendue extérieurement par deux tours engagées. A l'angle sud-est 
de l'enccinle se trouve une autre tour semblable aux précédentes , mais plus grosse ; 
cette tour , autrefois appelée Tour du Cabinet , coinporle trois étages voûtés , dont 
chacun se compose d'une seule pièce ; el c'est là que se trouvait autrefois la bibliothèque 
du château. Les chambres comprises dans les tours d'enlrée sont également voûtées. 
Le passage était défendu par deux herses. Le colé oriental de la grande cour , qui 
a été en grande partie démantelé à la suite du siège mentionné plus haut, consistait 
en une suite d'offices dépendants de la cuisine I que renfermait la grosse tour 
hexagonale, située à l'angle nord-est de l'enceinte (1). Dans la tourelle .\, qui 
occupe le milieu de la courtine du levant , se trouvait la boulangerie. H y avait 
deux grandes cheminées dans la cuisine, qui était surmontée d'une chambre et 



( 1 ) Il est à remarquer que toutes les grandes tours du chsteau ont la forme hexagonale. 

1.5 



— :j8 — 

au-dessous de ln(niclle se irouvail une cave voûtée appelée Garde-Manger humide. La 
dcmi-courline située entre la cuisine et le grand bâtiment central dont la halle fait 
partie était occupée par quelques autres offices culinaires. Ce bâtiment central se 
composait d'un grand salon , dit parloir , qui était autrefois lambrissé en boiserie 
sculptée et qui recevait son jour , au sud , d'une belle fenêtre circulaire et de deux 
autres fenêtres situées à ses deux extrémités , et qui ont été entièrement démolies. 
Au-dessus de ce parloir était une salle à manger de même grandeur, soit 49 pieds sur 21 . 

Venait ensuite la balle D , longue de 64 pieds et large de 28. Contre le mur 
occidental du parloir et de la balle étaient adossées l'étroite chapelle G ( longue de 
40 pieds) et la galerie H. A l'étage de ces pièces se trouvait une autre galerie ayant 
126 pieds de long. La seconde cour K, dite de ta Fontaine , à cause de la fontaine 
monumentale ( composée d'un cheval en marbre blanc sur un socle en marbre noir ) 
qui la décorait , était entourée de plusieurs appartements d'apparat ; on accédait à 
cette cour par la tour carrée 0. Au sud et hors de l'enceinte s'élevait le donjon , 
vaste et très-forte tour défensive de forme hexagonale , d'où l'on communiquait avec 
le château à l'aide d'un pont-levis. Il comporte cinq étages et était autrefois couronné 
d'un parapet crénelé qui n'existe plus. On peut encore suivre aux alentours du châleau 
les traces des fortifications bastionnées que le marquis de Worccster y avait fuit élever 
à l'époque du siège qu'il eut à soutenir contre les troupes du Parlement, et l'on y 
découvre aussi quelques vestiges des terrasses, étangs, etc., que contenait l'ancien 
jardin de plaisance. Quant aux doux parcs qui faisaient partie du château , et dont l'un 
était appelé Parc privé et l'autre Parc aux cerfs , ils sont maintenant convertis en 
champs cultivés. 

La figure 2 de cette planche reproduit la façade extérieure de la grande entrée du 
château , ainsi que la grosse tour angulaire dont il a été parlé ci-dessus. Le parapet 
à mâchicoulis qui couronne les trois tours ici représentées est un excellent modèle 
à imiter autant pour la hardiesse que pour l'élégance de sa construction. Les fenêtres 
de cette façade sont d'un beau fini ; elles ont été faites fort étroites en vue de la 
défense. Ici , comme dans toutes les autres parties de ces magnifiques ruines . la 
maçonnerie est remarquablement belle. 

Planche II. — Corps de bâtiment qui sépare les deux cours. 
Nous avons déjà vu que le rez-de-chaussée de ce bâtiment comprend la halle et 
le parloir. La figure 1 en reproduit la façade et la coupe, prises du coté de la grande 



— !i9 — 
ciuir. I,i> iilnroiiil lie ces doux siillcs s'élevait à 'ri \ncds nu-dessiis du «,\. l.c^ nmr^ 
lie In Imlle sont encore debout, iiiius le plidond en a eoniplètemcnt disparu; ou dit 
<|u'il consistait en \m curieux iambrissagc en elièue d'Irlande , dont le centre était 
eouiposé d'un grand lanlernon ( t ). Il fut démoli lors du siège dont il a été plusieurs 
l'ois Init nienlidu dans celte iioliee. On peut, il'après le plau ici reproduit de la façade 
de la ludle donnant sur la grande cour , juger de la disposition (pi'avaient le porche, 
la cheniinéc et la grande fenêtre eu loge. 

La (ig. '2 donne le pian d'ensemble de la halle. 

La Kg. ." est une coupe longitudinale, ayant pour fond le côte oriental de la 
halle et de ses annexes. Il a déjà été dit ce qu'était la pièce attenant à son 
extrémité sud. Au coté opposé étaient pratiquées . au-dessous de la galerie 
d'orcliestrc, plusieurs portes menant aux offices et de là à la cuisine. Au-tkNsus de 
ces offices se trouvaient, au premier étage, une seconde salle à manger (probablement 
celle où dînaient les femmes du château), et, à l'étage supérieur, une suite de 
chambres à loger. Les fenêtres de ces appartements, quoique d'une grande simplicité , 
sont larges et bien proportiomiécs ; elles sont d'ailleurs dans le style ipii était en 
vogue dans la première "partie du règne d'Henry VIII. 

Pi.AxxiiE III. — Fenêtre de la chambre à coucher d'apparat. 

Cette fenêtre, de même que plusieurs autres que l'on rcmaniue dans les ruines 
des principaux appartements du château, se distingue par la grande richesse de 
composition et d'ornementation qui caractérisait ce membre d'architecture à l'époque 
d'Henry VH et durant les premiers tenq)s du règne d'Hcnrv VIH. 

La fig. \ en donne l'élévation extérieure ; la fig, 2 une coupe verticale et la 
lig. 3 l'élévation intérieure avec sa voussure à soffiies. Les profils A et B sont ceux 
des larmiers supi'ricur et inférieur. 



(1) Le lanternon , aussi appelé coupole ou louvre, servait primitivement de cheminée d'appel 
pour la fumde du grand foyer qui occupait généralement le centre de la halle. On retrouve la 
même disposition dans l'antiquité romaine. Mais lorsque la coutume vint d'adosser les cheminées 
aux murs des appartements, les lanternons furent vitrés et servirent à l'éclairage ainsi qu'à 
l'ornementation des halles. 



— GO — 

Planche IV. — Détails de la même fenêtre. 

L'ornementation de cette fenêtre est si belle que nous avons cru devoir en 
reproduire les principaux détails. Toute explication à leur sujet serait superflue , 
attendu que chaque figure est désignée par sa légende. 

Planche V. — Fenêtre de l'un des appartements de la cour dite de la Fontaine. 

Rien de plus élégant et do plus délicat que l'ornemenlation de cette fenêtre , 

bien qu'elle soit très-petite et n'ait qu'un seul jour. Elle est ici représentée en 

élévation intérieure et extérieure et en coupe verticale. Cette planche porte aussi 
le profil de l'ébrasement. 

Planche VI. — Détails de la même fenêtre. 

On remarquera que l'une moitié du réseau ici reproduit est vue de l'extérieur, 
tandis que l'autre l'est de l'intérieur. Cette fenêtre est dans le même style que 
celles que nous venons de voir aux planches III et IV. 

Planche VII. — Fenêtre cpii surmonte la grande porte d'entrée, du coté de 

la cour. 

Toutes les fenêtres d'étage de ce côté de là grande cour sont pareilles à celle ici 
représentée. Comme style et comme fini d'exécution , elles ne sont point inférieures 
à celles que nous avons précédemment empruntées aux bâtiments situés dans la cour 
d'honneur. Les jours des tympans sont d'une grande délicatesse , et le relief des 
moulures des autres parties de ces fenêtres ont un cachet de haute élégance. Le 
réseau ornemental des trumeaux mérite aussi d'être remarqué. 



CHATEAU DE TIIORNBIRV, COMTÉ DE GLOCESTER. 



Il n'csi point (l';iilmii';il(Hir do notre vieilli; ;ircliitL'clurc nniioiialc (|iii ne connaisse 
les mines de ce cliùlean si icmnrqimlilc pnr in beauté, la richesse et le fini de son 
orncmenlalion , nolaninicnt en ce ([ni cnnccinc les fenêtres et les clieniinécs. De 
nombreuses vues pittoresques et d'ensemble en ont été publiées, mais jusqu'ici aucun 
(le ses admirables détails n'a été géométralement reproduit pour l'instruction de 
raicliilccle ou de l'arcliéologue. Les parties encore dLi)oul de ce vaste édilicc datent 
du règne d'Henry \Ul ; elles eurent pour fondateur Edouard duc de Buckingliam . 
comte d'Ucrcford, de Slaiïord et Norlhampton , qu'une fin prématurée cl tragique 
empêcha d'achever cette splendide œuvre arehitcclurale, à laquelle il avait fait travailler 
liemlaiit dix années. Le domaine de Tlioinhury était passé dans la famille de cet 
infortuné gentilhomme par le mariage de l'un de ses ancêtres, Ilalpli comte de 
Siafford, avec Marguerite, fille et héritière de Hugh d'AudIey , comte de Glocestcr , 
le même qui mourut en 1572 a|)rès s'être illustré eoninie homme de guerre sous 
KdouartI IH. Le due de Buckingliam fut un des seigneurs les plus riches et les plus 
puissants de son temps. Chevalier de l'ordre royal de la Jarretière, il avait hérite 
des Boliun , comtes d'IIereford, l'importante charge de connétable d'Angleterre, dont 
il l'ut le dernier titulaire , car , supprimée à sa mort , cette charge ne fut jamais 
rétablie. Sa disgrâce eut à la fois pour causes l'ombrageuse tyrannie d'Henry \ HI 
envers toutes les personnes alliées à la Couronne et les ressentiments du trop fameux 
cardinal Wolsey , qu'il avait offense en lui faisant sentir le mépris que son insolence 
de parvenu inspirait à toute la vieille noblesse du royaume. Arrêté en son château 
de Thornbury, le duc lut emmené à Londres et traduit , du chef de haute trahison, 
devant un tribunal composé de 20 pairs et présidé par Thomas Howard , duc de 
Norfolk, créé grand-mailre d'Angleterre à l'occasion de cette importante procédure. Le 
principal témoin à charge que produisit l'accusation fut un misérable gentilhomme du 
nom de Charles knevet, ancien intendant que le duc avait chasse de son service 
pour cause d'inconduite. 

Buckingham se défendit lui-même avec beaucoup d'habileté; mais, comme on avait 
résolu sa perte, il n'en fut pas moins condamné à mort, et l'impitoyable Henry, 

16 



— 62 — 
irrite de ce que sa noble viclinie avait refusé d'implorer sa grâce, fit lomi)er sa tète 
sous la hache du bourreau à Tower-llil! , lu 17 mai la21 (1 ). 



( I ) Voir, à ce sujet, les chroniques de Hall et d'Hollingshed, où Sliakspeare a puisd pour sa tragédie 
d'Henry FUI. Le docteur Fiddes a vengé la mémoire de cette victime de Wolsey en prouvant, dans 
la biographie qu'il a écrite de ce prélat, combien était peu fondée la charge la plus grave de l'acte 
d'accusation. Trompé par de folles spéculations astrologiques , il est vrai que Buckingham nourrissait 
l'espoir de succéder à Henry sur le trône , et qu'il avait commis la haute imprudence d'en parler : 
mais, bien qu'en disent Hume et d'autres historiens , le duc n'avait posé aucun acte qui pût motiver 
une accusation de haute trahison envers son roi. Le Gentleman's Magazin du mois de mars 1851 
contient une relation de ce procès célèbre d'après des documents authentiques empruntés aux 
manuscrits de Landsdown ; les noms des pairs qui ont siégé comme jurés y sont donnés avec 
plus d'exactitude que dans les chroniques précitées. 

La notice qu'on vient de lire sur le duc de Buckingham est trop incomplète pour suftire à donner 
une idée; exacte de cette intéressante figure historique ; et comme il s'y est d'ailleurs glissé quelques 
erreurs de fait que notre devoir de traducteur ne nous permet pas de corriger dans le texte même 
de M. Willson , nous y suppléerons par l'extrait suivant de l'histoire d'.\ngleterre publiée par 
MM. L. Galibert et G. Pelle dans l'Univers pittoresque : 

« Edouard Stafford, duc de Buckingham, exprimant hautement sa désapprobation sur les dépenses 
n inutiles et ruineuses dans lesquelles se plongeait le gouvernement , encourut à ce titre la disgrâce 
" du roi. Le duc , en raison de sa descendance en ligne directe d'.\nne , fille aînée de Thomas 
»Woodstock, dernier fils d'Edouard III , causait, en outre, de l'ombrage à Henry. C'était un seigneur 
« riche et puissant, brave, généreux, que la nation aimait à cause de sa libéralité et de ses largesses. 
» Tort plus grand encore , le duc venait de blesser vivement l'orgueil du cardinal. Un jour qu'il 
» présentait un bassin rempli d'eau au roi , Henry s'y lava les mains. Le cardinal Wolsey, s'avançant 
» ensuite, voulut y plonger les siennes. Le duc, indigné, laissa tomber le vase sur les pieds du 
«cardinal : « Je pourrais bien un jour châtier les dédains orgueilleux du duc, » s'écria Wolsey. Ces 
» menaces ne furent point vaines. Buckingham vivait paisiblement dans sa terre de Thornbury, dans 
» le Glocestershire , lorsqu'il rc^ut l'invitation inattendue de se rendre ù la cour. Le duc, qui n'avait 
«aucun soupçon, se mit en route. Quelques craintes commencèrent à l'assaillir lorsque, arrivé à 
«Windsor, il vit, dans l'hôtel où il était descendu, trois hommes de mauvaise raine qui l'avaient 
n constamment suivi depuis son départ. Buckingham partit pour Westminster, où il prit un bateau 
» pour se rendre par eau à Greenwich , résidence de la cour à cette époque. En route , il s'arrêta 
)) au palais de Wolsey et demanda à parler au cardinal ; on lui répondit que Wolsey était indisposé. 
M Eh bien ! s'écria-t-il , je boirai toujours un verre de vin de milord cardinal en passant ! » L'air morne et 
«silencieux de celui qui lui présenta le verre réveilla les craintes du duc, et il eut le pressentiment 
«du sort qui l'attendait. Sa barque fut bientôt hélée par un oflîcier des gardes, et lui-même fut 



— f)ô — 



Selon la fouliimc du lfin|)S , l'irnniciisc fortiiiir de Hiiikingliimi lui cini(iM|iRc au 
|inilit (If la (Inui-Diinc. Ilonry Slad'oni , son (ils iirii(|ii(' , <|iioi(|ii'iiiiinrilialciii(ril ri'li.iliiliU' 
comme genlilliomme {trsiored in hlood) , n'Iiciila ee|ieii(laiil pas des lilrcs de son 
|»ere, et fui réduit à vivre d'une petite pension (|ui lui fui faite sur les vastes domaines 
«oinbés en forfaiture. Dix ans après, le roi lui restitua le château de Stafford . ainsi 
que quelques autres des propriétés confisquées. A l'avéncmcnt d'Kdouard \'I , il reçut 
de nouvelles lettres de réhabilitation, et il mourut en 1503, après avoir siégé, sous 
le litre de lord StalTord , dans les divers parlements qui curent lieu sous ce règne 
et le suivant. 



"aussitôt arrêté au nom du roi. Le duc fut conduit à la Tour. On y enferma aussi son intendant, 
» qu'il avait renvoyé de son service et dont il s'était fuit un ennemi , ainsi que Gilbert 
» Parke , sou chancelier , Jean Lccouri , son confesseur , cl un moine nommé Hopkins. Le 
>i duc parut devant ses juges le 12 mai 13-21. On l'accusa d'avoir engagé le moine Hopkins à faire 
» de fausses prophéties , d'avoir essayé de corrompre les serviteurs du roi et les soldats de la garde 
» par des présents et des promesses; d'avoir déclaré que, si le roi venait à mourir, il ferait tomber 
» la léte du cardinal et s'emparerait du irùne , et enfin d'avoir reçu chez lui un certain William 
» Balmer, qui avait encouru la disgrûce du roi. Toutes ces charges ne reposaient que sur des témoignages 
"Suspects, el il n'y avait aucun acte accompli; aussi Buckingham se prévalut-il de celte circonstance 
» avec beaucoup de force. Fineux , qui remplissait les fondions de grand-juge et d'avocat de la 
» Couronne , lui répondit que tramer la mort d'un roi en idée équivalait à une trahison réelle cl 
» consommée par des actes ; el , en conséciuencc , le malheureux fut condamné. Quand le duc de 
"Norfolk prononça la sentence, Buckingham lui dit d'une voix ferme : « Vous m'avez traité comme 
» un traître; mais je n'en suis pas un ! Cependanl, je ne vous en veux pas. Que Dieu vous pardonne 
» ma mort comme je vous la pardonne moi-même ; je ne demanderai point au roi grâce de la vie. » 
» On le ramena dans sa barque , el sir Thomas Lowell , qui était chargé de le garder , respectant 
» son malheur, l'invita à reprendre sa place sur les coussins qui avaient été préparés pour lui : « Non , 
n répondit-il avec douleur, lorsque j'arrivai à Westminster, j'étais duc de Buckingham ; mais maintenant 
»je ne suis plus qu'Edouard Stafford, le plus malheureux des hommes.» Quelques Jours après, on 
» le conduisit à l'échafaud. Dans ce moment suprême, Buckingham conserva son sang-froid et déclara 
» fièrement qu'il ne s'abaisserait point h demander grâce au roi. Une foule immense assistait à son 
» exécution. Quand sa tête tomba , un murmure de douleur circula dans la foule. « Que Dieu ait 
» pitié de son ûme , s'écrie avec regret un historien de l'époque , car c'était un sage el noble 
» personnage , cl le miroir de la politesse cl de la courtoisie. » 

Dans sa tragédie d'Henry nil , Shakspeare a traité cet épisode de la mort de Buckingham avec 
une vérité historique bien digne d'être rcmarc]uéc. 

T. 



~ Ci — 

Le cliàtcau (le Tlioriibiiry passa alors aux ducs de iNoilolk et ensuite à llcmy 
Howard , écuyer. Leland , qui le visita environ trente ans après la mort du duc de 
lîuekingliam , nous en a laissé la notice que voici : " Il se trouvait jadis un manoir 
« peu considérable tout contre le côté nord de l'église paroissiale de Thornbury. Edouard, 
» dernier duc de Buckingbam , trouvant à son gré le site et les environs de ce manoii-, 
•• le fit abattre en grande partie et remplaça les vieilles constructions par les beaux 
'.< bâtiments en pierre de taille qu'on y voit maintenant, notamment la façade du sud 
n et la superbe porte d'entrée qui complète le coté du coucliant , et à laquelle il con- 

■ scrva le style des anciens bâtiments. Le comble de cet édifice s'est, dci)uis quoique 
;. temps, écroulé. Le due fit également commencer la construction d'une très-grande 

• cour et de quelques autres tours et portes (|ui restèrent inachevées. Les murs n'en 
. furent élevés que jusqu'à la hauteur de 4 à 3 yards , et l'on peut aujourd'hui 
' encore juger de la magnificence de l'œuvre que Buckingham avait projeté de fonder. 
•■> Le corps de logis du château était relié au coté nord de l'église paroissiale par une 
' galerie en charpente. Pour se former un pare , le duc fit enclore de grandes terres 
■< qui furent enlevées à la culture et transformées en vastes plaines pour le courre : 
■■> ce qui lui valut les malédictions des habitants de la localité. Comme ce parc est 

■ traversé par un petit bras de la Saverne , le duc avait formé le projet d'en changer 

• le cours pour en baigner le pied du castcl ( 1 ). > 

On trouve, aux annexes du tome II de la Colledanea de Leland, une description 
très-détaillée du château de Thornbury, laquelle est extraite d'un manuscrit maintenant 
en la possession de sir Thomas Asile , écuyer , et qui provient du procès-veibal du 
recensement qui fut fait de ce domaine par ordre de la reine Elisabeth ( 2 ). Il 



( 1 ) Voyez V Itinéraire de Leland , tome VII , page 75. 

(2) Il s'est glissé un gros anachronisme dans ce manuscrit en ce qui concerne l'dpoque du 
recensement ici en question. En elïet, en l'y fixant aux 6, 7, 8 et 9 mars 1582, cinquième année 
du, règne d'Élisabelfi , on a perdu de vue que cette reine est montée sur le trône en novembre 1538 , 
et que, par conséquent, la cinquième année de son règne correspond à 1562 et non à 1582. 
Cette erreur a été reproduite par Gough dans ses suppléments aux Antiquités de Britlon ; et le même 
auteur en a commis une autre en répétant, d'après Rudder, que Henry VIIl et Anne Boleyn furent 
magnifiquement traités pendant dix jours au château de Thornbury en 1539, attendu que la déca- 
pitation de cette infortunée reine eut lieu le 19 mai 1556. On retrouve la même erreur dans 
VlUsloire du Gloceslershire , publiée en 1803 par Hudge (tome II, page 5i3). 



— fi!) — 

résullc lie co ilocumonl olliciol (|iie los l);'itiiiicrils du cIk'iIcuu ruiciit liissés à 
l'iibiiniloii clos la mort du duc. it (jinls t()inl);iiciil d('j;i eu luiiic ;i rc|ioiiut; où le 
rccenscinciit tut liiu. Depuis lors, iion-sculciiicnl (nul ce <|ui av;iil t-té conservé de 
l'îuiliiiue niaiioir a éié démoli, mais il on a été de même diuie grande partie des 
eoii'ilruclioiis érigées jiar Buckingliam et .pii sont menlioniiées dans le procés-verbal 
des recenseurs. 

Essayons maintenant de donner une idée complète de ces ruines , dont le plan 
par terre figure à la planche VIII. On entrait au cliàteau par une avant-cour située 
du coté du eouelianl. D'après le proeès-verlial en (jueslion , cette avant-cour ou basse- 
cour, grande de :2 l/"2 acres environ, était entourée de bâtiments en pierre, (pii 
devaient servir au logement des domesiiiiues , et dont les murailles , liautes de 1 4 à 
1.J pieds au-dessus du sol , ne furent jamais achevées et restèrent sans charpente ni 
toiture. Toutes les fenêtres étaient en pierre de taille, et plusieurs d'entre elles étaient 
garnies d'un barrage en fer. Les frères Samuel et xNathanie! Buck ont publié , en 
1752, une vue à vol d'oiseau du château de Thornbury, dans laquelle on remarque 
qu'il se trouvait alors dans cette basse-cour plusieurs grandes portes à guichets latéraux , 
ainsi que des tourelles en saillie sur les façades — toutes choses qui n'existent plus 
actuellement. On passait de l'avant-cour dans la cour intérieure par la grande porte 
d'entrée qui occupe le centre du coté occidental du quadrangle formé par cette seconde 
cour. L'aile gauche de ce côté se composait . au rez-de-chaussée , de trois pièces for- 
mant la loge du portier et d'un appartement dit Garde-robe du Duc, et composé de 
deux pièces, dont l'une occupait la tour angulaire I. Il y avait sous ce corps de logis 
deux souterrains , dont l'un servait de prison et l'autre de cave ; (juant à l'étage , d 
comportait quatre belles chambres à feu, La construction de la tour octogonale I ne 
fut jamais poussée au-delà de la moitié de la hauteur totale qu'elle devait atteindre. 
A main droite du grand passage d'entrée se trouvaient , au rez-de-chaussée , un 
appartement de deux pièces appelé Garde-robe de la Duchesse et , à l'étage , dcu\ 
chambres pour l'intendant du château. Le corps de bâtiment formant le coté nortl 
de la cour intérieure était une suite d'offices surmontés de chambres à coucher an 
premier étage et d'un grand galetas sous les combles. 

Au côté oriental du quadrangle se trouvaient la grande cuisine , la grande halle, la 
chapelle et quelques autres offices que surmontait un appartement composé de quatre pièces 
et appelé Logement du comte de Slafî'ord. L n arrière de ce corps de logis on remarquait 

1 7 



— 00 — 

les ruines d'une boukuigerie el d'une aunionerie , où se l'uisuient jadis les distribution.- 
de vivres aux pauvres. Un vestibule séparait la halle de la chapelle. Celle-ci était 
meublée de vingt-deux stalles lambrissées , et son porche intérieur était surmonté 
d'un double oratoire pour le duc et la duchesse. La halle était belle , grande et 
chauffée par un foyer central ; son porche se trouvait presqu'en face de la grande 
porte d'entrée du château , el son extrémité sud était en communication directe avec 
une autre salle dite vieille halle. Comme tout ce côté oriental du quadrangle n'existe 
plus, il est difficile d'en préciser la distribution, et la' description qui en est faite 
dans le document où nous avons puisé les détails qui précèdent n'est ni assez 
complète ni assez exacte pour pouvoir y suppléer. Il nous reste maintenant à décrire 
!c côté sud de ce quadrangle. Le corps de logis qui le compose, et qui est appelé 
le Bâtiment neuf , est tout entier en pierre de taille ; il est crénelé et couvert de 
plomb. La pièce A était un grand salon dont le plafond et la charpente tombaient 
en ruine à l'époque du recensement. Elle communiquait avec un bel appartement, 
celui de la Duchesse, composé des deux pièces 15 B et du rez-de-chaussée de la tour 
octogone D. La chandjre à coucher du duc occupait le premier étage de cette tour, 
tandis que son étage supérieur servait de dépôt aux archives. Enfin , le premier 
étage de tout ce côté sud du quadrangle était une suite de salons à dincr et 
de cérémonies. 

Au sud du quadrangle que nous venons de décrire , se trouvait une troisième 
cour ou plutôt un jardin de plaisance , entouré , sur trois de ses côtés , de cloitres 
surmontés d'une galerie. Celle-ci communiquait , d'une part , avec les appartements 
du due et de la duchesse , et , d'autre part , avec un bel oratoire d'où ils pouvaient 
assister aux offices de l'église paroissiale ( I ). Le côté oriental de ce jardin de plaisance 
était occupé par un corps de logis , appelé Appartements du duc de Bedfort , et qui 
se composait de 15 pièces, dont six au rez-de-chaussée et sept à l'étage (2). Les 



(1) Voir, relativement à cette église, ce que dit Leland au tome VII de son Uinéraire. 

(2) On s'explique difficilement pourquoi le nom de Bedford fut donné à ce bâtiment. Rappelons 
cependant que Jaspar Tudor , oncle d'Henry VII et qui avait été créé duc de Bedford par ce prince , 
épousa Catherine , veuve d'Henry Stafford , duc de Buckingham , que Richard III avait fait décapiter 
en 1485. A la mort de Jaspar, qui survint en 1493, le titre de duc de Bedford s'éteignit, et ce ne 
fut qu'en Jot9 qu'Edouard VI le ressuscila pour le conférer b sir John Russell. 



— (w — 

icccnsmirs cvahièroiu ù 12 acres le lerniti compris dans rcneeiiile du clu'ileau , sans 
y compter le verger, de 4 acres environ, iiui n'était cl<)< ipie par une palissade ( I ). 

\". ÔO. Pt.wciiK F. — Farade et plan du colr sud du iirand (piadranglc. 

Cette l'arade est celle ipii donne sur le jardin ilc plaisance. La belle tour octogone 
(jui en termine l'aile gauche est la seule partie de celte farade tjui eut été achevée 
au temps du fondateur. Il y a plus d'un siècle que le couronnement crénelé de cette 
tour tt la tourelle d'escalier qui y était accolée ont été détruits ; mais nous les avons 
ici reproduits en nous aidant de types similaires. La coupe qui ligure à l'avant-pian 
de la tour est celle du cloître et de la galerie (|ui communiquaient , ainsi qu'il a 
été dit plus haut et comme on le voit, d'ailleurs, aux deux portes qui figurent dans 
l'élévation , avec les grands appartements du château et avec l'église paroissiale. Les 
souclies de cheminée de ce corps de logis sont remarquables par le fini de leur orne- 
mentation ; celle qui surmonte la tour est en pierre de taille , tandis ([ue la souche 
qui en est la plus rapprochée sur le corps de logis est construite en briques. La petite 
souche en spirale que l'on voit ensuite est également en pierre ; elle était autrefois 
surmontée d'un pinacle , ainsi que le montre l'estampe déjà citée de Buck. Cette 
souche correspondait à la cheminée située dans la trésorerie du due , c'est-à-dire 
dans la chambre dont on voit les nombreuses fenêtres à l'étage supérieur de l'avant- 
corps le plus rapproché de la tour de l'aile gauche. D'autres souches encore décoraient 
autrefois cette partie du château , mais elles ont été démolies. Les traits les plus 
remarquables de cette laeade sont les deux grandes fenêtres en saillie et à étage qui 
en occupent la partie centrale. Ce sont des types de ce genre de fenestrution si 
compliqué et si tourmenté qui caractérise la dernière période de notre architecture 
domestico-gothique. On en verra les détails dans les planches suivantes. 



( 1 ) Ainsi qu'il a déjà été dit plus haut , le recensement des propriétés du duc de Buckingham 
eut lieu peu de temps après la fin tragique de ce gentilhomme. On trouve à ce sujet de curieux 
détails dans le tome XXV de V Archœologia. Rappelons, en passant, que c'est le duc de Buckingham 
qui fonda le collège de la Madelaine , à Cambridge ; mais que , par suite de l'insuffisance de la 
dotation qu'il avait affectée à cet établissement, celte dotation fut fondue dans celle faite en loii 
par sir Thomas .\udley. 



— 68 — 

Le plan qui (igurc à la présenle planche est pris , dans le sens longiludinal , mi 
partie au rez-de-chaussée et mi-partie au premier étage. En le rapprochant du plnn 
partiel et du plan d'ensemble de la planche VIII , on peut se faire une idée complète 
de la belle œuvre architecturale qu'avait entreprise le duc de Buckingham. 

IV". 31. Planche II. — Elévations extérieure et intérieure de la plus grande des deux 
fenêtres étoilées et à étage de la façade représentée à la planche I. 

On est tout étourdi du luxe de composition et de la dllficulté d'exécution de ce 
fenètrage ; son plan, au rez-de-chaussée, est un polygone étoile à faces rectangulaires, 
tandis qu'à l'étage les côtés du polygone sont en ares de cercle. L'ornementation 
intérieure est d'une grande richesse, surtout à l'étage, car les meneaux en sont tout 
chargés d'attributs héraldiques des Buckingham et de leurs alliances. 

La fenêtre étagée qui occupe le centre de la façade est dans le même genre que 
celle-ci , mais elle est plus simple dans son ornementation et surtout dans son 
plan , car, à l'étage, sa projection n'est plus qu'un simple redan. 

N°. 52. Planche III. — Détails du fenètrage représenté à la planche précédente. 
Ces détails s'expliquent d'eux-mêmes. 

N°. 53. — Planche IV. — Autres détails du même fenètrage. 
La légende des figures suffit à s[)écifier ces détails ( 1 ). 

N°. 34. Planche V. — Élévation et coupe de la porte sud du cloitre et de la 
fenêtre en encorbellement qui la surmonte. 

C'est par cette porte que l'on allait du jardin de plaisance (appelé cour principale 
dans la légende de la PI. VIII ) au cimetière de la paroisse. La galène de l'étage , 
située du même coté, était éclairée par trois fenêtres en encorbellement pareilles à 



( i ) Nous avons dit plus haut que ce genre de fenestration , plus remarquable par l'exubiîrance 
de sa richesse et par la diflîcullé vaincue dans l'exécution que par son bon goût , constitue un 
trait caractéristique de la dernière période du gothique anglais. On en voit encore de curieux spécimens 
dans la chapelle d'Henry 'VII , à Westminster , et il s'en trouvait un grand nombre dans l'ancien palais 
de Richmond , que ce monarque avait fait construire aux bords de la Tamise et qui n'existe plus. 
On en voit aussi quelques autres spécimens dans la galerie dite d'Henry VII , au château de Windsor. 



— f)9 — 

it'lk' ici ic|tivseiuée. L'orncimnliiiion en csl simple et sévère comme il coiivcntiil :i 
in situation. Les profils et projections tracés sur cette planclie suffisent , croyons-nous, 
pour l:i taire eoniplètement ap|)réeier. 

.\". Tr,). Pi,.\Nr.iiE ^l. — Elévation, eonje et pluii d'uiie elieniinée de salon. 

Celle eiieminée en pierre est empruntée au grand salon nianiné A il appelé grande 
halle an plan d'ensemble de la planche VIII. Elle est appliquée au centre de la muraille 
du sud. tout contre la grande fenêtre en loge. Composition, ornementation, exécu- 
tion . tout y est remarquablement beau et de bon goût. C'est un type bien digne 
d'être imité. 

i\". ÔC). Planche VII. — Parapet à mâchicoulis de la tour octogone de l'angle 

sud-ouest. 

Ce couronnement réunit toutes les (jualités d'un type de l'espèce , c'est-à-dire la 
hardiesse, la beauté et la solidité : aussi l'avons-nous fait lever et dessiner avec toute 
l'exactitude possible. On fera bien de le comparer aux couronnements du même genre 
que nous avons empruntés aux châteaux de Ilerstmonceaux , de Warwiek e' de Raglan. 
Il ressemble beaucoup à celui de ce dernier château , mais il lui est supérieur son-; 
le double rapport des proportions et du profilage des corbeaux. 

N». 57. Planche VIII. — Plan d'ensemble du cbâieau ; élévation et plan de la 
façade qui forme le côté nord de la cour intérieure ; plan du corps de logis 
dans lequel se trouve l'entrée principale du cliàteau. 

Le plan d'ensemble ici reproduit a déjà été meiitioimé dans la description générale 
du château. On a vu que le côlé nord de la cour intérieure était composé d'une 
suite d'offices ; c'en est ici la façade intérieure. La coupe qui en termine l'aile gauche 
est prise suivant l'axe de la porte principale d'entrée. On peut juger, d'après le 
plan que nous en donnons ici , ainsi que d'après les détails qui précédent , combien 
eût été magnifique, si l'infortuné fondateur avait pu l'achever, le corps de bâtiments 
composant le côté occidental de cette cour, dont la longueur tolale est de 20S pieds. 
La seide tour qui ait été achevée est celle située à l'angle sud-ouest ; elle était haiile 
de f)7 pieds, y compris le couronnement. La tour angulaire qui lui fait pendant au 

18 



— 70 — 
nord-ouest dcv;iii lui être égale en tout point. Coninie la tourelle d'escalier accolée 
à la première de ces tours était haute de 75 pieds , il est permis de supposer que 
les tours flanquant la grande entrée , ainsi que toutes les tourelles accolées qui sont 
accusées sur le plan , auraient eu la même élévation ; et il est probable que la 
hauteur des façades faisant courtines entre les tours eut été égale à la moitié de celle 
(les tours, car on trouve ce rapport de proportions dans la plupart des grandes 
constructions castrales de l'école gothique (1). A l'exception de la tour D et de la 
tour flanquante E , toutes les murailles de ce côté du eliâteau ne sont actuellement 
encore élevées que jusqu'à la hauteur de 20 pieds environ , et l'on y voit encore , 
a main droite de la grande entrée , la toiture provisoire signalée par Leland et qui 
abrite les pièces dites Chambres de l'intendant. Quant à tous les autres appartements 
jadis si splendides de cette demeure seigneuriale , ce ne sont plus que des ruines 
inhabitables , des murailles nues et délabrées. 

]N°. 58. Planche IX. — Élévation et eoupe de la principale porte d'entrée et de 

son guichet latéral. 

Ainsi que le montrent les plans de la planche précédente, il n'y a de guichet ou 
petite porte pour les piétons que du côté extérieur de cette entrée; de sorte que. 
vers la cour, l'arcade embrasse toute la largeur du passage. Celte porte était munie 
d une herse , ainsi que le prouve la rainure qui figure dans la coupe. La grande 
banderole qui la couronne porte l'inscription suivante . devenue tellement fruste qu'il 
est maintenant très-difficile de la lire : 

Cette. ÎPorlc. fut. fommcncce. m. l'un. ^c. notre. Seigneur. m€€(CmX2. 

€a. ii. année îin. règne. li'Cjenru. tJiti. par. moi. 

€îi. IDuc. île. 6ukkungl)o. Comte, ^e. i^erforîie. Stoffor^e et nortl)ompto. 



(I) Voir, au tome 1" des Types, ce qui a été dit sur ce sujet à propos des collèges d'Oxford, 
notamment de celui de la Madeleine. Comme il y a quelque légère ressemblance entre les édifices 
fondés à Oxford par le cardinal Wolsey et les conslruclions élevées à Thornbury par le duc de 
Buckingham , des auteurs modernes ont voulu y voir une preuve de la rivalité qui régnait entre 
ces deux personnages; mais c'est là une opinion de pure fantaisie. 



— 71 — 

L'une lies pililcs banderoles sous-jaceiites porte la devise du duc de liuckiiigliain : 
Dorcs-Cll-atianl. Au-dessus et au eeiilre de la grande banderole se trouve son 
écusson éearlelé el orlé de la jarretière ( 1 ); les attributs liéraldiqucs qui décorent les 
l'cussons de la frise sont ceux de la famille du fondateur. 

N°. 30. Planche \. — Détails de la inènie jjorte. 

La légende de cette planclic dit quels sont ces détails. On y reniar(|ueia connue 
chose étrange que le eliapitcau de jambage du guicbel n'est |)as profdé symétri(iuonif ni. 

l\\ 40. Planche \l. — Fenêtre en encorbellement située dans la façade du coté 
sud de la cour intérieure. 

Cette magnifique fenêtre éclaire la pièce centrale du premier étage de ce corps de 
logis. Celle pièce, appelée salle à manger dans le procès-verbal de recensement, 
est longue de 58 pieds, large de 2(5 el baule de 20 j elle est éclairée à son extré- 
mité sud par Tune des fenêtres en saillie qui décorent la grande façade de noire 
planche 1 . et la cheminée se trouve précisément en face de cette fenêtre. 

^'°. 41. Planche XII. — Détails de la même fenêtre. 

La manière dont les pierres des cordons en relief du socle de cette fenêtre sont 
assemblées mérite une attention toute particulière. L'encastrement des joints rend 
toutes les parties solidaires entre elles; le tout devient ainsi comme une pierre unique 
et offre toute la résistance nécessaire contre la poussée du poids de la fenêtre. 
\'oir la léirende de la planche. 

i\°. 42. Planche XIII. — Cheminée de salon. 

Cette cheminée est appliquée sur la muraille nord de la pièce centrale du rez-de- 
chaussée marquée B au plan général de la planche VIII ; sauf quelques différences 



(I) Les pariilions de ce blason sont: 1. Woodstock ; -2. Bohun , comte de Herelord , 3. Uohun , 
comte de Norihamplon ; i. Stafford. (Voir Y Uistoire généalogique de Sandford, page 232, éd. IG77. 



— 11 — 

de déiail , elle ressemble beaueoup à celle qui figure à la planche VI. Comme à 
celle-ci , la frise en est ornée de médaillons sculptés, portant des armoiries en cœur. 
Le cygne blanc , colleté d'une couronne à chaîne d'or pendante, qui décore le premier 
médaillon de gauche , est un emblème adopté par plusieurs rois d'Angleterre. Le 
deuxième panneau porte un lambrequin garni d'une ganse et d'attaches ; au cœur du 
troisième et du cinquième est le nœud des Stafford ( 1 ) ; le quatrième porte un moyeu 
de roue enflammé ; enfin le sujet du sixième est le cerf blanc colleté et enchaîné . 
emblème adopté par Richard H. On rencontre ces mêmes armoiries dans l'ornemen- 
tation de la cheminée de la planche VI et de plusieurs autres parties du château. La 
disposition de l'àtre mérite d'être remarquée ; son élévation au-dessus du sol et son 
rebord avaient pour but d'empêcher que des charbons ne missent le feu au plancher 
du salon ( 2 ). 

rV". 43. Planche XIV. — Chambranle d'une porte de salon. 

Ce chambranle est celui de la porte qui mène du grand salon à la salle à manger 
du premier étage. Il est fort élégant et en parfaite harmonie de style décoratif avec 
les cheminées que nous venons de voir. On remarquera , à la coupe , que le seuil 
est en saillie sur le sol de l'appartement. Cette disposition , ordinairement suivie 
dans les anciennes constructions , avait pour objet d'intercepter le courant d'air et de 
permettre le recouvrement du pavement avec des nattes ou avec une couche de paille 
assez épaisse que cachaient des tapis. 

i\". 44. Planche XV. — Souche de cheminées en briques. 

Il est assez étrange que l'on ail construit en briques une souche juchée sur un 
bâtiment en pierre. L'artiste a probablement été guidé dans ce choix de matériaux 



( I ) Quelques nobles familles avaient adoplé pour emblème une figure fantastique formée par une 
corde et appelée nœnd. Les plus anciens nœuds sont ceux des Stafford, des Bourchier et des VVake. 
(Voir l'ouvrage publié en 1793 par Dallaway sous le titre de Recherches snr l'origine et les progrès 
(le l'art héraldique. 

(2) On trouve, dans les Speci??ie?i« de Pugin { tome J". planche LUI ), deux irès-belles cheminées du 
château de Windsor qui ressemblent beaucoup à celles que nous venons de voir et qui datent de la 
même époque. Le palais épiscopal de Wells nous en fournira ci-après un autre spécimen. 



|iiir k désir tic (Idiiiicr à ci'llc soiicIk! une oriit'imiilniion plus in\n- qu'il n'cùl cU'- 
convenal)le de le l'iiiie on cniploy.inl la pierre. Situi'c sur la façade du colé sud di' 
la cour iiiloricuro, celle souche contient les tuyaux des cheminées de la salle à manger 
(lu premier étage et de la pièce qui lui correspond au rez-de-chaussée. On voit gravée 
sur le socle l'année de cette curieuse construction. L(;s écussons (|ui en décorent le 
compartiment réticulé de g.uichc représentent alternativemenf le n(r'ii(l des StalTord 
et l'antilope assise des Uoiiun , comtes de Ilereford ( 1 ). 



MAISON DÉC.\NALE DE WELS, COMTÉ DE SOMERSET. 

Ce tyi)C curieux de notre architecture domestique au X\'' siècle fut prcsqu'en- 
tièrement l'œuvre de John Gunthorpc. élu doyen de la cathédrale de \\'clls en 
décembre 1472. Ce docteur avait fait ses premières études au collège Balliol d'Oxford, 
et s'y était distingué par son application et son intelligence. Étant allé plus lard visiter 
l'Italie, il suivit à Ferrare l'enseignement liltéraire du célèbre professeur Guarini , cl cet 
ardent promoteur de la renaissance classique s'était épris pour lui d'un attachement tout 
paternel. Gunlhorpe se lia alors d'amitié avec plusieurs autres notabilités littéraires 
de la Péninsule, et, après s'y cire fait recevoir docteur en droit civil et en droit 
canon , il revint dans sa patrie , où l'avait devancé sa réputation d'érudil. Nommé 
chapelain d'Edouard IV en 1466, il fut bientôt après appelé au rectorat du collège 
royal de Cambridge et chargé de plusieurs missions diplomatiques sur le continent. 
En même temps que d'autres bénéfices , l'archidiaconat d'Essex et les prébendes des 
cathédrales de Londres , de Lincoln , de Salisbury et d'York lui furent successivement 



( 1 ) D'après V Archœologia (lonie XXV, page 313) , le nœud d'or, le cygne d'argent, le lambrequin 
d'azur et l'antilope sont tous des attributs héraldiques de l'illustre ramillc des Buckingham. 

lî) 



— 74 — 

conférés. Devenu, en 1478, grand aumônier du roi en même Icmps que secrétaire de 
l;i reine, il fut élevé, deux ans après, à la dignité de lord garde-du-sccau privé, 
ce qui lui valait 20 shillings par jour. 

L'avénemcnt de Richard III au trône d'Angleterre, en 1483, n'interrompit point 
le cours de la prospérité de Gunlliorpe. Le nouveau roi le garda comme lord garde- 
du-sceau privé et le laissa dans la jouissance de tous les bénéfices attachés à ses 
dignités ecclésiastiques. La victoire définitive de la branche de Lancastre ayant ensuite 
mis la couronne sur la (ête d'Henry VII, ee changement de dynastie ne porta nulle 
atteinte au crédit du savant docteur, cl c'est ainsi que l'histoire du temps nous le 
montre chargé par son souverain de traiter, en 1486, avec le roi de Caslille et de 
Léon, et, en 1490, avec celui de France. Il mourut en 1498 et fut inhumé dans 
la cathédrale de Wells. 

On lit dans Leiand , qui fut presque le contemporain de Gunthorpe, que le roi 
Edouard IV tenait ce savant docteur pour l'homme le plus capable de son temps , 
et que c'est grâce aux faveurs royales dont il fut l'objet, qu'il put déployer dans les 
édifices qu'il fonda un degré de splendeur auquel ne put atteindre aucun de ses pré- 
décesseurs et successeurs. La maison décanale dont il est ici question est un beau 
souvenir de sa magnificence; mais, hélas! en considérant les délicieux détails qui y 
abondent, nous ne pouvons nous défendre de regretter que des restaurations mo- 
dernes en aient tant altéré le caractère arehiteclonique primitif (1). 

N". 45. Planche I. — Elévation et plan de la façade du nord. 

L'édifice entier consiste en un quadrangle qui enclôt une petite cour dont le côté 
nord est formé par le corps de logis dont nous reproduisons ici la façade extérieure , 
c'est-à-dire celle donnant sur le jardin. Cette façade très-pittoresque est surtout 
remarquable par la riche ornementation de ses principales fenêtres. Le rez-de-chaussée 



(1) En lb52, sous le règne d'Edouard VI, le doyenné fui enlevé à l'église de Wells et cédé au 
roi , en même temps que d'autres propriétés , par l'évéque William Barlow ; et cela , dit Strype , 
pour complaire à quelques courtisans affamés ! Deux ans auparavant , le doyen John Goodman avait 
été privé de son bénéfice , mais il lui avait été restitué à l'avénemenl de la reine Marie. ( Voir le 
Mémorial Ecclésiastique de Strype , ainsi que les Fastes de Le Nève. 



— 7'i — 
ni est occuiK' pur une cuisine cl \ku- crmilres offices ; à l'iiiic (uri.lciilMc >c Ir.uivc 
1)11 escolicr iini iiieniiit oiigiiiiiircnicnl à une très-belle siille à niuiiger (iiii cnil)rnssuil 
les deux tiers du premier étage ; mais celle salle , maintenant divisée en plusieurs 
petites pièces , est loul-à-fail défigurée. Le haut bout en était éclaire par deux oricis , 
ou grandes fenêtres en loge, d'une n.agnifiquc construction cl dont l'une se voit au 
centre de la présente façade; l'autre tiers de l'étage était occupé par un salon de retraite. 
Au second étage se trouve une suite de chambres. A l'extrémité sud-ouest du cou- 
ronnement crénelé , s'élève , au-dessus de la cage d'escalier , une petite lour (pii se 
terminait, à l'origine, par des créneaux cl pinacles d'un irès-bon style ( 1 ). Quelques 
parties , maintenant mutilées , ont élé rétablies sur cette planche ; mais nous avons 
reproduit dans leur état actuel les deux fenêtres qui nanquent la porte et donl les 
meneaux et tympans ont été détruits ; la même réserve a été gardée relativement 
aux deux souches de cheminées qui ont également disparu de l'édilice. 

^^ 4G. Planche il. — Élévation cl coupe de la fenêire en loge (oriel) qui 
occupe le centre de la façade nord. 

>^ous avons déjà dit que cette fenêtre, remarquable par sa grande élégance, éclairait 
le haut bout de la salle à manger du premier étage. Son soubassement simple et 
solide s'élève jusqu'à la hauteur du plancher. Les panneaux qui décorent le mur 
d'appui portent quatre écussons sculptés, donl deux onl pour sujet la rose et le 
soleil rayonnants, emblèmes d'Edouard IV, protecteur du docteur Gunthorpe, tandis 
(jue les deux autres représcnlcnl un canon d'arquebuse dans sa forme primitive et 
grossière , c'est-à-dire composé de barres de fer brasées entre elles et consolidées au 
moyen de cercles. La banderole enroulée sur ce canon peut n'être qu'un simple 
ornement ou bien signifier la courroie qui servait à fixer l'arme à son fût. Si l'in- 



(1 ) On trouve , dans le recueil publi(3 par Angus sous le titre de : rues des résidences seigneuriales 
et aristocratiques , une vue du doyenné de Wells , prise du côté nord-ouest et dessinée par John Carter. 
On y remarque que la tour est cantonnée de quatre pinacles angulaires surmontés de girouettes. 
Le même ouvrage contient une courte notice sur cet édifice et sur Gunthorpe ; le dessin est bien 
fait , mais il est inexact en quelques points. 



— 70 — 

(crprctalion est exacte, cet emblème est donc un rébus sur le nom de Guntliorpe 
(9'MH = canon), tel qu'on avait alors la puérile liabilude d'en faire. On retrouve les 
mêmes emblèmes dans les panneaux du couronnement crénelé , et l'on remarque 
en outre, sur la plinthe sous-jacente, quatre gros canons en saillie qui semblent être 
placés là pour dire à tout passant le nom du fondateur. 

N°. 4.7. Planche III. —Élévation intérieure, voussure et détails de la même fenêtre. 

Comme cette charmante fenêtre a été bouchée et que son ornementation intérieure 
a beaucoup souffert, nous avons du prendre le dessin du plafond de la fenêtre 
absolument pareille qui fait pendant à celle-ci dans l'autre façade du même corps de 
logis et qui éclairait également le haut bout de la salle à manger du premier étage. 

La figure 2 représente le fleuron qui termine l'un des trois pendentifs du plafond, 
du côté de l'arcade intérieure. C'est une rose portant en cœur un petit fanon ; cet 
emblème, adopté par les princes de la famille d'York, figure également comme meuble 
sur les partitions de l'écusson qui décore le centre du plafond de cette fenêtre ; or , 
comme cet écusson est celui du fondateur , il est probable ([ue Guntliorpe avait 
obtenu d'Edouard IV la faveur d'en meubler son blason. 

N". 48. Planche IV. — Plans et détails de la même fenêtre. 

Le plan A est pris suivant la ligne marquée -f -{- sur l'élévation de la planche II , 
tandis que celui B est une coupe horizontale faite suivant la ligne marquée -|- j- sur 
la même planche. 

!\°. 40. Planche V. — Façade du sud; élévation, plan et détails de l'une des tourelles 

angulaires. 

Des quatre façades extérieures de cet édifice, celle qui fait l'objet de la planche I 
est la seule qui ait deux étages outre le rez-de-chaussée ; les trois autres n'en ont 
qu'un. On voit que toutes les fenêtres de celle-ci ont été transformées à la moderne, 
mutilation bien regrettable, si l'on juge de ce qu'étaient ces fenêtres dans leur état 
])rimitif d'après celles que nous venons d'admirer à la façade nord. Les deux 
toui-elles qui cantonnent la façade ici représentée sont carrées à leur base et s'amor- 
tissent par une élégante flèche octogone. Nous les considérons comme de beaux types 
de l'espèce , et c'est pourquoi nous avons cru devoir en reproduire une à l'échelle 
amplifiée et avec ses détails principaux. 



77 — 



iV. ;)0. Pi.ANC.iiF, \'l. — Fcnriro en cncdiliollciiiriil et ;'i deux rlnijes ik- In farailc nord. 

Il exislo loil pcii (le l'eiH'lrt's il;iiis le j^i'inc ilu icllc-ri. I.;i |)luiiclic I luil voii' 
son ciiipliiLTiiii'iit (liMis l;i l'iu.'iiilo. Ainsi i)uo le montre la cou|>e , son cncorbelleinenl 
l'sl i\ peine d'un pied, et, malgré son élévation, aucune partie de la fenêtre ne se 
trouve en retrait sur les autres. L'encorbellement porte sur ilcux consoles réunies 
par un arc ogival. Dans les tympans de cet are, comme dans ceux de la fenêtre du 
premier étage, on retrouve les emblèmes et le rébus (|ui ont déjà été cxplicjués- 
Le réseau des ileux parties de celle fenêtre est d'une grande élégance et a beaucoup 
de ressemblance avec ceux des fenêtres de l'église Sainle-Marie , à Oxford (I). 

N°. 31. Planche VII. — Détails principaux île la même fenêtre. 

Le réseau ornemental de la voussure est d'un travail remarquable. Les emblèmes 
liéraldi(pies y sont encore les mêmes que précédemment. 

iN". 52. Planche VIU. — Fenêtre géminée appartenant à la même façade nord. 

dette cbcminée éclaire la ciiambre qui occupait autrefois, avec la salle à manger 
déjà décrite, tout le premier étage du corps de bâtiment dont la façade extérieure 
fait l'objet de la planche I. Comparativement aux autres fenêtres de cette façade , 
celle-ci est simple dans son ornementation extérieure. Les moulures y sont peu 
nombreuses , et sur les tympans sont sculptés les emblèmes béraldiques et le rébus 
dont il a déjà été plusieurs fois (pieslion. A l'intérieur, le jambage de l'embrasure 
est tout-à-fait nu ; mais, par contre, le plafond en est orné d'un fort joli réseau . 
ainsi que le font voir les projections verticale et horizontale que nous en donnons 
ici. Cette fenêtre fait une saillie de un pied et demi sur le mur de façade et se 
trouve à plomb de la souche de cheminée qui l'avoisine. Nous avons tracé , parmi 
les détails que comporte cette planche , le profil du larmier mouluré qui couronne 
l'amortissement de cette baie. 



( i ) Voir les Spécimens et les Types d'architecture gothique de Pugin , tome I. 

20 



PALAIS ÉPISCOPAL DE WELLS, COMTÉ DE SOMERSET. 



On croit que le premier fondateur de ce pahiis fut Jean de Villuia , aussi appelé 
Jean de Tours , d'après le nom de sa ville natale. Nommé évé(iue de Wells en 1088, 
il transféra trois ans plus lard son siège à Balli , à raison , sans doute , de la jilus 
grande étendue et du plus d'im|)ortance de cette dernière ville. Il y érigea une église 
magnifique , celle de l'abbaye ayant été détruite quatre ans auparavant par un incendie. 
Malgré la translation de son siège à Bath , ce prélat fit abattre , dit-on , le cloitre et 
la demeure épiscopale fondés à Wells par son prédécesseur , l'évèque Giso , et érigea 
sur le même emplacement , pour lui et pour ses successeurs , l'hôtel ou palais qui 
fait l'objet de la présente notice. lAIort subitement à Bath vers la i\oèl de l'année 1122, 
il y fut inhumé dans la cathédrale. La chapelle de ce palais, si parfaitement conservée 
jusqu'à nos jours , a été fondée par l'évèque Joeelin , qui mourut en 1242 , après 
avoir occupé ce siège pendant trente-sept ans. 

Le fondateur de la splcndide halle que nous allons immédiatement examiner fut 
Robert Burell , mort en 1292, après avoir régi ce diocèse pendant dix-sept ans. C'est 
l'évèque Ralph de Salopia ou de Shrewsbury qui fortifia ce palais en l'entourant d'un 
mur d'enceinte crénelé et d'un fossé; il occupa ce siège depuis lô2'J jusqu'en 1563. 
On dit que Ralph de Erghum , qui fut évèque de Wells à partir de 1588 et 
jusqu'en 1400 , augmenta les ouvrages défensifs créés par son prédécesseur. 
Le généreux prélat Thomas Beckington , élève et digne imitateur de l'illustre 
William de Wykham, évèque de Winchester, fit de grandes améliorations au palais 
épiscopal , ainsi qu'à la cathédrale et à la ville de Wells. C'est lui qui fonda , au 
prix de 200 marcs au moins, la belle porte d'enceinte, et qui construisit les cloîtres, 
l'appartement des étrangers , la grande cuisine avec ses conduites d'eau , la laiterie , 
le cellier et les réservoirs à nourrir le poisson. Il consacra à ces travaux plus de 
douze mille livres sterling, somme énorme pour ce temps-là (1). 



(1) Vide icinerarium Willelmi de Worcestre, t'dil. Nasmilh , in-8°. 1778, pp. 386, 287, etc. 



— 70 — 

li nu |P()iir suci'csscm' l'i'\c(iii(' Ik'ckinj^loii , i|ui siégea de I4i." à liCi'i- ou (]',') [ I ). 
Leliuiil , (|ui visita lo palais cpiscopal île Wells en l.'i4"2, nous en a laissé, dans son 
llinvraiie , la eouile ilesciiplion (|ue voiei : " l^a cour d'entrée du palais de l'évéque 
» est située au levant du uiarclié aux ciicvaux ; clli; est cnlouir'e d'un lie.iii iwwv 

• élevé , et on y accède par une irés-jolie porte qui en occupe le centre , du ei'tté du 
I marché. Celle porte, ainsi (ju'il appert des armoiries qui la décorent , l'ut fondée 

• depuis peu par l'évéïjue Beckinglon. Au sud de celte cour se trouve le palais épis- 

• copal , enloiué d'un large fossé plein d'oau ipralimente la rivière de S'. -André. Oe 
■> palais est ceint d'une forte nuiraille crénelée comme celle d'un château fort; au centre 
•' de sa principale façade se trouve une helle porte d'entrée; celte façade est flan(|uée 
' d'une tour ronde à chacune de ses ailes; deux autres tours semhlahles iléfendent le 
" coté sud du palais , et l'on voit d'ailleurs des tours à tous les angles de l'édifice. La 
. halle est extrêmement helle et le reste'' du palais est heau et grand à l'avcnaut. De 
■> nombreux évéqucs ont pris part à sa construction (2). ■> 

l,a dilapidation de celte magnifi([ue résidence commença fort peu de temps après 
la visite que Lcland en avait faite. 

Aux généreux évoques que nous venons d'énumérer succéda une nouvelle espèce 
de prélats qui ne leur ressemblèrent sous aucun rapport. Hommes sans fortune, non- 
seulement ils n'avaient pas d'argent à consacrer à des constructions publiques et pieuses, 
mais ils se montrèrent ardents à prélever, sur les dépouilles de l'Kglise, de quoi doter 
et enrichir leurs fils et leurs filles. En vertu d'une patente royale en date du mois 
de novembre looO , le docteur William Barlow , alors évè((uc de Balli et Wells, 
fut autorisé à aliéner et céder en fief absolu à Edouard, duc de Somerset (3), le 
palais de Wells et toutes ses dépendances, en même temps que divers autres domaines 
appartenant à cet évéché. La fin tragique de ce gentilhomme , dont la lèle tomba 



( 1 ) On trouve les mémoires de l'évèquc Beckinglon et des autres prélats menlionnés ci-dessus dans 
la biographie des évoques de Balh el Wells, publiée à Londres en 1829 par le Rév. S. T. Cassan. 
Les recherches de cet écrivain onl jeté de vives lumières sur une foule de faits inléressanis de 
l'histoire ecclésiastique d'Angleterre. 

(2) Voyez V Itinéraire de Leland , tome 11 , pape Ai. 

(3) Mémorial ecclédaslique de Slrype, tome II, page 2j7, édition d'Oxford, in-S'. 1822. 



— 80 — 

sous la hnclic du bourreau au commencement de l'année 1S52, fut cause que ces 
l)iens flrent retour à la Couronne; et, peu de mois après, levéque obtint, par lettres 
patentes, l'autorisation de recouvrer, par voie d'échange, le doyenné et le palais, 
ainsi que le manoir, le boura; et le canton de Wells, derniers débris des domaines 
du duc de Somerset ( 1 ). 

Ces concessions furent suivies d'une lettre, en date de septembre 1532, signifiaiii 
à l'évèque que le bon plaisir du roi était , attendu qu'il y avait dans le pahiis mainis 
emplacements propres à y ériger une balle à l'usage de l'évèque et des siens, qu'on 
eût à faire abattre la grande balle actuellement existante; qu'd était d'ailleurs loisible 
à l'évèque de bâtir la nouvelle balle en lieu et place de l'ancienne , et ([u'on lui 
recommandait, pour la mise à exécution de la volonté royale, un sir Henry Gates, 
persuadé que l'on était que ce choix lui serait agréable (2). Cet acte de royal 
vandalisme fut aussitôt commencé ; on s'empressa d'enlever le toit de la noble 
balle, mais les murs en restèrent debout. Depuis lors, les appartements habitables 
de ce palais ont été considérablement réduits et quelques offices ont été démolis. 
Malgré ces déplorables vicissitudes , l'édifice offre encore aujourd'hui une apparence 
de grandeur et de vénérabililé que rehausse singulièrement sa ressemblance extérieure 
avec les anciens châteaux forts de la féodalité. 

1V°. 55. Pla.nche I. — Ancienne h/ille du palais. 

Fig. 1 . C'est l'élévation de la façade nord donnant sur la cour. Elle est assez 
bien conservée, sauf le porche, (pie l'on a démoli il y a quelques années seulement. 



(1) Mémorial ecclésiastique de Strypc , tome II, page 271. 

(2) Ibidem, pages 272-273. Cet Henry Gates ou Yates était gentilhomme de la chambre privée 
d'Edouard VI. Son frère John , qui devint plus tard vice-chambellan el capitaine des gardes d'Edouard VI , 
avait commencé par être valet de chambre d'Henry VllI. Il acquit une grande fortune , grâce aux 
donations qui lui furent faites avec les dépouilles de l'évêché de Winchester et d'autres établissements 
ecclésiastiques. Enveloppé dans le complot tramé par son patron le duc de Norlhumberland pour 
mettre Jeanne Grey sur le trône, il partagea son sort el fut décapité avec lui, le 22 août lo55. 
Son frère Henry était compris dans le même arrêt de condamnation, mais son exécution fut différée. 
L'évèque Godwin attribue la ruine de la halle de Wells à John Gates, tandis que sir John Harrington en 
accuse le docteur Barlow, par la raison que ce fut de son temps qu'eurent lieu le pillage et la 
destruction des églises de Bath et de Wells. ( Voir la Biographie des Évt'ques, par Godwin, el les 
Nugœ Anliquœ, par sir John Harrington.) 



— 81 — 

(-e porclie t'inil voùlé et surmoiiié d'iuic cliiimbic ;i Icliigc , et son coiiroiiiRiiicni 
crcnelé i-ltiit picstiu'iiussi élevé que eeliii de la Inille même ( 1 ). Des trois fenêtres 
situées à l;i droite de la [lorte . eelle supérieure éelairait une eliambre attenant à 
l'extréniilé oeeiiienlalc de la grande salle . tandis que les deux petites haies inférieure- 
donnaient jour à un ûllicc ; quant à la petiic porte (|ue l'on voit entre ces fenêtres 
et le porciie , clic menait à l'étage de ce dernier. 

La figure 2 représente la façade de l'aile du couchant ; la fenêtre supérieure corres- 
pondait à la cfiambrc désignée ci dessus et la porte donnait accès à la cuisine et au\ 
autres offices culinaires. 

La figure 3 est le plan de la cage de i'édilîce ; comme il ne reste plus de traces 
de la colonnade qui soutenait autrefois les eomhles , on n'a pu l'indicpier sur ce plan. 
William de A\'orcestcr , qui a visité cette halle alors qu'elle était encore dans son état 
primitif, affirme qu'elle se composait, dans le sens longitudinal, d'une névc et de 
deux has-côtés dont les arches reposaient sur deux rangs de colonnes ( 2 ), tlis|)()silion 
dont on a d'ailleurs d'autres exemples et qui semble avoir été celle habituellement 
en usage dans la construction des lialles de grandes dimensions jusqu'au XVI" siècle, 
c'est-à-dire jusqu'à l'époque où les colonnes de soutien devinrent inutiles par suite 
de l'invention des grands combles ar(]ués en charpente. Dans le sens de sa longueur, 
la halle ici représentée était divisée en cinq travées . éclairées chacune par une 
fenêtre de chaque côté , sauf la travée correspondant à la porte. Le mur du bas 
bout comportait trois portes qui menaient . à travers un passage situé sous le planchei- 
de la grande chambre déjà mentionnée , à la cuisine . à la laiterie , à la paneterie 
et à d'autres offices maintenant démolis ( 3 ). La tourelle de l'angle nord-est 



( 1 ) Voir l'estampe publiée en 1735 jar S cl N Buck. C'est un Ion intéressant travail, malgré les 
quelques fautes de perspective dont il est entaché. Le porche , resté jusque-là intact , était encore 
couvert en plomb ; et la halle , quoique privée de sa charpente et de son toit , avait sa carcasse 
encore entière. 

( 2 ) « Mémorandum quod aula episcopalus Wellensis conlinet per estimacionera circa 80 ijressus 
» super navem et duos clas. Lalitudo ejus conlinet circa 46 grcssus. Et habet pulchrum porlicum 
» archuatum cum voilà. » Uin. W. de W'orcestrc , page 284. Cet ouvrage fui publié en 1478. 

(3 ) La halle du palais épiscopal de Lincoln (ut construite un siècle environ avant celle de Wells 
Le plan en est le même , mais elle était moins longue de 30 pieds. La partie centrale du plafond 
était supportée de chaque côté par deux lignes de quatre arcades ogivales. Exactement comme à la 

21 



— 82 — 

(le la lialle esl coiitiguë à la chapelle , qui est un curieux et intéressant petit édifice 
iictuellenient encore intact. Les parties du plan qui ne sont que légèrement teintées 
désignent ce qui a été démoli et n'existe plus actuellement. 

N°. 54. Planche II. — Élévation, coupe et détails d'une travée de la halle. 

Ainsi qu'on en peut juger par cette planche, les fenêtres de cette salle sont un 
excellent type du style en vogue au temps d'Edouard I , alors que la lancette simple 
qui caractérise la cathédrale de Salisbury fut remplacée par le genre de fenêtres 
plus compliquées et plus ornementées que l'on voit à l'abbaye de Westminster. Les 
courbes de leur réseau sont simples, pures et de formes agréables; et les moulures 
ainsi que les colonneltes qui en décorent l'élévation intérieure se distinguent par leur 
grande élégance. 

IV°. 53. Planche III. — Élévation , coupe et détails de la tourelle angulaire sud-ouest. 

Le cabinet d'aisance qui forme le premier étage de cette tourelle communiquaii 
avec la chambre située à l'extrémité occidentale de la halle. Il est couvert d'une jolie 
voûte à nervures; et c'est au centre de son pavement que se trouve le cloaque. 
Au-dessus de ce cabinet on voit la cage d'un escalier qui conduit du comble de la 
halle à la plate-forme en pierre qui couronne la tourelle. L'ouverture pratiquée dans 
celle plaie-forme ne comporte que tout juste le passage d'un homme. 

N». 36. Planche IV. — Détails de la même tourelle. 

Ces détails sont suffisamment désignés par la légende. Nous remarquerons en passant 
que les quatre tourelles qui cantonnent la halle, et qui sont toutes pareilles à l'exté- 
rieur , se trouvent acluellement encore dans un état parfait de conservation; mais 
l'une d'elles est maintenant isolée de l'édifice , ce qui provient de ce que , pour donnei' 



halle de Wells , il se trouvail au bas bout une grande chambre au-dessous de laquelle un passage 
menant aux offices ; et le porche , situé de la même façon , dlail aussi surmonté d'une chambre. 
A Lincoln, le comble de la halle se continuait dans la grande chambre conliguë , tandis qu'à Wells 
cette chambre était couverte d'une plate-forme avec gouttière à l'extrémité occidentale de l'édifice. 
11 nous parait certain que le comble de la halle se terminait de part et d'autre par un gable. 



— 8Ô — 

un aspect plus piltorcsquc à ces nobles ruines du cote du jardin atlcnniil , on n loin 
récemment eu le triste courage de démolir l'extrémité orientale et une partie du cùic 
sud de l'admirable cage de cette balle que le temps avait respectée. 

.V. 57. Pl.\m;iie \'. — Klévalions extérieure cl intérieure, coupe, plan et détails d une 
fenêtre géminée de la grande galerie du palais. 

Celle galerie est située à l'étage supérieur du corps de logis qui occupe rcxlréniité 
orientale de la cour. Ce bàlimcnt parait être d'une époque antérieure à celle de la 
balle ( 1 ). Les fenêtres qui éclairent la galerie sont toutes comme celle ici reproduite. 
Elles sont d'une grande simplicité à l'extérieur, car elles ne se composent que de 
trois ouvertures à arêtes ebanfreinécs ; mais leur élévation intérieure comporte une 
embrasure ornementée d'une fort jolie composition, et qui, suivant toute apparence , 
contenait autrefois un banc en pierre — appendice ordinaire dans les anciennes fenêtres 
de ce genre. Les détails décoratifs de cette galerie sont d'une grande pureté, et nous 
les considérons comme de beaux types du style en vogue vers le milieu du XIII° siècle. 

ÎV. 08. Planche VI. — Élévation, plan et coupe d'une cheminée de salon. 

Cet élégant manteau de clieminée , bien qu'il appartienne évidemment au slyk- 
archi-flcuri de la toute dernière période gothique , est cependant exempt de tout 
mélange avec le système ornemental à l'italienne qui fut importé en Angleterre sous 
le règne d'Henry VUL II est probable que cette cheminée date du temps de l'évèque 
Olivier King, qui occupa !e siège de Bath et de Wells de 1496 à loOô. C'est lui 
(jui fit reconstruire dans un style magnifique l'église abbatiale de Bath, belle œuvre 
que la mort ne lui laissa pas le temps d'achever. Les dessins courants , composés 
de feuillages et fruits, qui sont sculptés sur la corniche et sur la bordure arquée 
du chambranle sont d'une grande richesse ; et les piliers octogones engagés dans 
le jambage produisent assurément un três-bcl effet. 



( 1 ) Il y a au rez-de-chaussée du palais une grande chambre qui date du même temps que celte 
galerie. Son plafond est une double voûte que supporte une rang(îe cenlrale de colonnes. L'évèque 
actuel a restauré celle pièce pour en faire un cabinet de minéralogie et de curiosiiés archéologiques . 
au nombre desquelles figure un ancien ameublement qui provient de l'abbaye de Glaslcnbury. 



PALAIS ÉPISCOPAL DE WELLS. 

i\ous allons ninintenant emprunter à ce palais un type d'un genre tout |»articulier : 
c'est un pavillon situé dans les jardins et servant à la conduite des eaux pluviales. 
On en attribue la construction à l'évèque Beckington, d'abord, parce que le style de 
ce petit édifice correspond à celui de l'époque où vivait ce prélat ; ensuite , parce 
que, suivant ^^miam de Worcester, c'est Beckington qui fit établir non-seulement les 
constructions hydrauliques du palais de Wells, mais encore le bel aqueduc qui existe 
encore sur la place du marché de cette ville. 

JV". S9. Planche I. — Élévation et coupe du pavillon aqueduc. 

On voit que , à l'extérieur , la cage de ce pavillon est un quadrangle buté par 
quatre contreforts construits dans le prolongement des diagonales, tandis que l'intérieur 
est une pièce circulaire au milieu de laquelle se trouve une citerne. La couverture 
est une voûte en coupole revêtue extérieurement d'une pyramide dont le sommet . 
orné d'un pédicule crénelé , soutient une figure de lion. 

IN°. GO. Planche II. — Détails du même édifice. 

Des deux demi-plans ici reproduits, l'un montre la base et l'autre le sommet du 
pavillon. Toutes les moulures en sont correctes et jolies; elles méritent d'être prises 
pour modèles là où la simplicité est requise dans l'ornementation. 



niicii 



AIUÎAVK DE (;LASTOM)lin, COMTÉ DE SOMERSET. 

Uc longs siècles tlunint. eollo uUh.yv lut Ni-ncire comme écmt, sinon le plu> 
icn . (lu moins l'un .les premiers émblissemcnts fondés pnr le cinislianisme sur le 
sol de rAngictcrre. Son origine se perd dnns la nuit des temps , et tant de légendes 
Inniastiques sont mêlées aux premières périodes de son histoire , que l'on ne peut en 
lin r aucune déduction certaine. A raison même de son ancienneté, il n'est pas douteux 
que ce ne fut d'abord qu'une pauvre fondation de peu d'étendue ; et , suivant de 
très-anciennes chroniques. la chapelle primitive était une simple chaumière composée 
de branchages entrelacés (1), auprès de laquelle quelques âmes pieuses s'étaient 
construit un abri solitaire, car Glastonbury formait alors une espèce d'ilot enlouré de 
marais et de hallicrs. Quoiqu'il en soit de cette question d'origine, il est de fait que 
ce simple ermitage fut transformé . dans la suite des temps , en l'un des plus grands et 
importants monastères de toute la chrétienté. Ina , roi des Saxons occidentaux , fut 
pendant longtemps considéré comme fondateur de l'abbaye, sans doute à cause des 
riches dotations qu'il lui avait faites ; mais il est maintenant prouvé qu'il existait en 
cet endroit , longtemps avant le règne de ce pieux cl vaillant prince , une église el une 
communauté religieuse (2). On voit en effet, dans une charte portant la date de 601 . 
la qualification d'ancienne église appliquée à celle de Glastonbury; et l'on sait, d'autre 
part, que le roi Ina mourut à Rome, en 728, dans un monastère où il s'était retiré 
dans sa vieillesse (3). 



(, 1 ) Dans le tome I de son Histoire des Conciles de l'Église d'Angleterre , publiée en 1C29 sir 
Henry Spelman a donné une image idéale de cet oratoire primitif, ainsi que la copie d'une plaque 
en bronze autrefois scellée sur une colonne de l'église abbatiale de Glastonbury et sur laquelle était 
gravée une légende ailr buant à Joseph d'Arimalhée el à douze de ses disciples la fondation de 
cette église, en l'an 31 de Noire-Seigneur. Spelman remarque avec raison que, suivant toute probabilité, 
Ketle inscription ne remontait pas au-delà du règne d'Edouard III , époque à laquelle l'abbé Jlon- 
singlon agrandit beaucoup l'établisseraenl . et qu'elle n'étaii sans doute aussi que la reproduction 
d'une ancienne chronique. 

( 2 ) Ibidem tome 1 , page 20. 

(3) Ina, qui avait succédé à son cousin Ceodwalla en 689, fut un des princes les plus sages et 
les plus grands de son temps. On possède encore les lois qui ont illustré son règne. ( Voir 
Spelman, VVilkins, etc.) 

22 



— 86 — 

A parlir de celte éinKiue , l'iibbaye de Gltistonbury continua à prospérer jus(|u':i 
rinvasion des Danois , (lui In saccagèrent et la démolirent en 873. Au commencement 
du X" siècle, les rois Edmond et Edgar la firent réédifier, et c'est alors que le 
télèbrc abbé saint Dunstan y introduisit les règles de la discipline monastique. 

Lorsqu'llenry VIII supprima les couvents, celui de Glastonbury fut traité, par les 
agents de ce prince , avec une violence et une cruauté bien dignes du caractère de 
leur maître. Ricliard Wliiting, qui en était l'abbé et qui le gouvernait depuis longues 
années avec toute la sagesse et la prudence possibles, ne trouva nulle merci auprès 
du tyran , malgré son grand âge , ses vertus et sa parfaite probité. Le couvent avait 
de grandes ricbesses, et c'était là son crime, bien que ses revenus fussent dépensés 
en bonnes œuvres. On reprocbait à l'abbé son grand train de maison, mais c'était 
dans les mœurs du temps. Pour couvrir ses exactions du voile d'une hypocrite légalité . 
Henry avait jugé à propos de prescrire de ne procéder , hors les cas de félonie ou 
de trahison , à la destruction des communautés religieuses qu'après que leurs chefs 
spirituels y eussent donné leur consentement. Or , le vénérable \Miiling s'étant éncr- 
giqucment refusé à donner le sien, il fallut bien, pour vaincre sa résistance, inventer 
quelque crime à sa charge, et c'est ce que s'empressèrent de faire les infâmes agents, 
appelés visiteurs , dont nous avons eu l'occasion de parler dans l'une de nos notices 
précédentes. Whiling fut donc arrêté en son manoir de Sharplam, près Glastonbury. 
et emmené prisonnier à la Tour de Londres, où il eut à subir un interrogatoire pai- 
devant les suppôts de ce Thomas Cromwell , qui était à la fois vicaire-général du roi 
en matières spirituelles , premier ministre et le plus fougueux , le plus impitoyable 
promoteur de la ruine des établissements religieux ( 1 ). Le vénérable abbé fut bientôt mis 
en liberté avec injonction de rejoindre son couvent et d'y attendre les ordres du roi; 
mais, à peine arrivé à Wells , il fut cité pour comparaître en justice et y être jugé, 



( 1 ) Dans le recueil de leUres |)ublic par EUis , d'après des manuscrits autograplics cl sous le 
litre de Original Letlers , il se trouve plusieurs extraits du m(imorandum ou agenda que Thomas 
Cromwell tenait lui-même de ses propres faits et pensées , lesquels extraits suffisent à prouver la 
profonde immoralité et la cruauté de ce personnage. Mais , heureusement pour la moralité de 
l'histoire, ses crimes ne restèrent pas impunis, car il avait à peine achevé son œuvre de destruction, 
([u'il fut à son tour accusé de haute trahison et d'hérésie, et décapité, sans nulle forme de procès, 
le 20 juillet lo40 , c'eslà-dire trois mois environ après son élévation à la dignité de comte d'Essex. 



— 87 — 
Miiv;uil 1,1 loi , «lu ilirf (lo haiilc Iriiliisoii ol de vol : ses pcrscculcurs raccusaient , 
cil cITel , d'avoir dciol)é do la vaisselle de son église et d'avoir caciié dans sa demeure 
lin livre que les visiteurs y avaiciil dceouvert cl qui était une critique du divorce 
du roi {\ ). Malgré la laiisseté et la niaiserie de ces aeensations . le digne vieillard 
n'en lui pas moins condannié à la peine des traîtres (^2). 

Arirlé dés le lendemain au milieu de son couvent, on ne lui accorda niènie pas. 
l,ien (lu'il la demandât en versant des larmes, la faveur de dire un dernier adieu 
à ses frères; on le jeta ignoininieusement sur une claie, et c'est ainsi qu'on le iraina 
à Torr-liill, où il fut pendu et écarlelé en compagnie des deux moines Roger Jacob 
et Jolin Tliorne, condamnés au même supplice comme complices de leur abbé (3). 
Aussitôt après celle triple cxéculion , les oITicicrs du roi saisirent l'abbaye et en 
cliassèrenl les moines (4). 

Les bàlimcnls du monastère avaient été successivement fondés par plusieurs abbés; 
ils formaient, à l'époque de la suppression, un ensemble plein de grandeur et de 
niagni(iccnce : peu de catbédralcs élaienl comparables à la splendidc église de celte 



(1) voir, à ce sujet, dans Vllistoire de la Réformalion , par Burnel, lome III, 2'. partie, page 211 
édilion d'Oxford 182», la lettre de dénonciation adressée par les visiteurs au lord-garde du sceau privé. 

r^) L-alroce formule de la condamnation à morl du chef de haute trahison se trouve reproduiie 
dans 1-anicle déjà cité du GenlUman's Maga.ine (mois de mars 1854, page 2G8), sur le jugement 
et l'exécution d'Edouard duc de Buckingham en lb-21. Il n'y a pas longtemps ,ue ce monument 
de barbarie a disparu de l'arsenal de nos lois criminelles, bien que l'application en fût tombéo 
en désuétude depuis de longues années. 

(3) Les abbés de Reading et de Colchesler éprouvèrent le même sort que celui de Glastonbury , et pour 
,es mêmes motifs que ce dernier. C'est à tort que Collier et Willis prétendent qu'ils furent condamnés 
pour avoir refusé de reconnaître la suprématie religieuse du roi , car s'ils l'avaient réellement refusé , leur 
supplice aurait assurément eu lieu quatre ans plus tôt. On trouve dans le recueil déjà cité d'Ellis (tome II , 
pa.e98), le rapport suivant que lord John Russell adressa au ministre Cromwell le jour même de 
l'exécution du vénérable Whiting : « Milord , vous saurez par la présente que l'abbé de Glastonbury a été 
„ condamné , comme voleur de son église , le mercredi 14™ jour de ce mois, et exécuté aujourd'hui avec 
„ deux moines , ses complices , à Torr-hiU , près la ville de Glastonbury. Le corps du dit abbé a été 
„ écartelé et coupé en quatre parties, dont une pour Wells , une pour Bath , une pour Ylchester et une 
„ pour Bridgewater. Quant à sa tête , elle a été f.xée au-dessus de la porte de l'abbaye de Glastonbury. » 

(4) Les terrains de l'abbaye furent donnés, d'abord, à Edouard duc de Somerset par Edouard M, 
ensuite , à sir Pierre Carew par Elisabeth. 



— 88 — 

abbaye; les cloîtres et les corps de logis avaient été construits sur une vaste échelle 
en rapport avec le nombre des moines , des gens de service , ainsi que des visiteurs 
et pèlerins qui y recevaient l'iiospitalité ( 1 ). Tous ces bâtiments ont maintenant 
presque totnlomcnt disparu. Il ne reste plus debout que quelques fragments détachés 
(le l'église, notamment la chapelle de St. -Joseph, dont les murs sont presqu'intaets (2V 
Le vaste hôtel de l'abbé ne fut démoli qu'en 1714 (5); enfin, pour tirer parti de 
tous les matériaux de quelque valeur , les débris de ce noble monument religieux de 
nos pères ont été tellement fouillés et émietlés que la cuisine dont nous allons nous 
occuper est l'unique pièce qui en soit encore debout. 

1\°. 01. Planche I. — Plan de la Cuisine de l'Abbé. 

Quoi(iue cette construction remarquable soit généralement connue sous le nom de 
Cuisine de l'Abbé , il est cependant vraisemblable qu'elle était à l'usage de toute la 
communauté. On en a attribué la fondation à l'abbé Whiting , en s'appuyant sur une 
anecdote que voici. Le roi lui reprochant un jour sa gloutonnerie et ses banquets 
somptueux , et l'ayant menacé , en raillant , de faire brûler sa cuisine , l'abbé lui 
répondit avec fierté qu'd en ferait alors bàlir une telle , que tout le bois des forêts 
royales ne suffirait pas pour l'incendier. Mais c'est là un conte imaginé à plaisir et 
qui s'accorde aussi peu avec le caractère d'Henry VIII qu'avec celui de Whiting , 
sans compter, d'ailleurs, qu'il suffit d'avoir vu l'édilice dont il s'agit, pour être convaincu 
(juc son style architcctonique est antérieur de plus d'un siècle au temps où vivaient 
les deux personnages ainsi mis en scène. Quant à nous ; nous croyons que le véritable 
fondateur de la Cuisine de l'Abbé fut Jean Chinnock , et cela parce qu'il fut abbé de 



( 1 ) On y comptaii 5U0 tlomesliques , et, à l'occasion de certaines fêles religieuses, oOO (îirangers y 
recevaient à la fois rhospitalité. 

(2) Cette chapelle est un très-curieux spécimen de l'archileclure mixte qui marcjuj la transition du 
plein cintre à l'ogive. (Voir les Antiquités architecturales de ïinUo'n , lomcl\;\'A ne ic une Architecture 
de l'Angleterre , par Carter; le tome IV des Vetusta Monumenta ; les Antiquités de Grose , etc. ) 

(3) Il existe des estampes représentant cet hôtel dans Vltinerarium cur.o^um de Stukely et dans les 
neu's in the Monasticon de Hollar. On croit qu'il avait été fondé par l'abbé Beerc, prédécesseur immédiat 
de l'infortuné Whiting. 



— 89 — 

(;i;i>l()nl)un pciuliiiit /p(; ans. ;i partir do 1Ô74, et que c'est lui (|iii (Il iicoiisiruirc 
les cloiliTs et |ilusicurs autres parties tlii couvent . dont (|uc!(iucs-urics avaient été 
laissées inaelicvées |)ar ses prédécesseurs. 

Le grand plan ipii figure sur celte planche se compose de deux demi-coupes 
liorizonlalcs prises à deux hauteurs différentes de l'élévation. .Mesurée par terre cl 
dans œuvre, la cuisine est un carré de 53 pieds G pouces de coté; elle a deux 
portes opposées l'une à l'autre, chacune d'elles surmontée d'une petite fenêtre rectan- 
gulaire: et au centre de chacun des deux autres murs se trouve une jolie fenêtre 
ogivale, ainsi qu'on le verra à la planche suivante. Aux quatre angles de la pièce 
s'élèvent des cheminées à manteaux de forme ogivale, d'où il résulte que, à partir 
des àlres , la cage intérieure de la cuisine affecte la forme d'un octogone. Chacune 
de ces cheminées était autrefois surmontée d'une souche, mais toutes quatre ont été 
démolies. Les contreforts ont cela de particulier que leurs bases sont arrondies à la 
|)artie antérieure : ainsi que tendent à le prouver les traces que l'on en remarque 
encore sur les murs extérieurs , cette disposition était motivée par l'appentis ou auvent 
dont l'édifice était entouré, et qui avait sans doute pour but d'établir des commu- 
nications couvertes entre la cuisine et les bâtiments d'habitation ou bien encore d'abritci' 
contre la pluie les pauvres gens qui venaient y recevoir leur pitance. 

>'°. 62. Planche II. — Élévation de la focade du couchant. 

Sauf le couronnement crénelé et les souches angulaires des cheminées qui n'existent 
plus , l'élévation extérieure de la cuisine est encore intacte et en très-bon état de 
conservation. Il est probable que ces souches s'élevaient à peu prés jusqu'à hauteur 

de la base du lantcrnon. 

IV°. 65. Planche III. — Coupes de l'édifice. 

La demi-coupe marquée n°. 1 est prise suivant l'axe A A tracé sur le plan de la 
planche I , tandis que celle n°. 2 l'est suivant l'axe BB. 

Le plafond est une voûte en coupole dont les nervures , partant des angles de la 
base octogone , vont se rattacher par leur sommet à la base circulaire de l'enveloppe 
interne et cylindrique du lantcrnon ; et , comme celle extérieure est octogonale , il 
résulte de là une double cheminée d'appel dont la base , toute à claire-voie , permet 



— 90 — 

le libre dégagemeiU des vapeurs , de la fumée el de l'air échauffé de la cuisine. Le 
dispositif de ce lanternon est extrêmement ingénieux : il est léger, gracieux et surtout 
solide, ainsi que le prouve son état actuel de parfaite conservation après tantôt quatre 
siècles et demi d'existence. 

IV°. 64. Planche IV. — Détails divers. 

Nous donnons ici un compartiment de l'une des faces extérieures du lanternon , 
ainsi que les profils des principales moulures de l'édifice entier. On a dû remarquer 
à la planche I deux projections horizontales du lanternon. 



AUBERGE ST.-GEORGE, A GLASTONBURY. 

On la désigne souvent aussi sous le nom d'Auberge de l'Abbé , en souvenir de 
son fondateur, John de Selwood , abbé de Glastonbury sous le règne d'Edouard IV. 
On dit qu'il avait annexé deux enclos de terrain à cette maison , qu'il destinait au 
receveur de l'abbaye. M. Gough et quelques autres auteurs ne partagent pas cette 
opinion et pensent que c'était une dépendance du couvent , une auberge où étaient 
traités gratuitement les pieux pèlerins qui venaient visiter la célèbre abbaye. Quant 
à nous . nous trouvons plus vraisemblable que cette maison fut construite à l'usage 
des voyageurs ordinaires , qui y payaient leur dépense comme en toute autre auberge , 
et qu'elle avait pour hôte un tenancier du monastère ( 1 ). Quoi qu'il en soit , elle 
eut toujours pour enseigne St. -George terrassant le dragon , cette légende favorite 
des temps anciens. 



( 1 ) John (Je Selwood , ainsi appelé d'après le lieu de sa naissance , mais dont le nom de famille 
était Edmunds , fut élu abbé de Glastonbury en novembre 1437 et occupa cette dignité jusqu'à sa 
mort, survenue en 1<193. 



— 91 — 

N». (■)'). Planche I. — Fiiçade oxlt'ricnre. 

Colle f;i(;;ule csl un type |irccicux de noire arcliiteclure donicsiitiuc du W" siéele. 
liion (luVlle :iit subi (|ucl(iues idlénilions , elle est ccpendanl encore assez bien conservée 
pour qu'il ait élé possible de la rétablir ici dans son état priniilif ( 1 ). Le lenétrage 
à compartimenls variés qui en recouvre pour ainsi dire loule l'élcndue, et dont des 
panneaux aveugles modèrent les jours , csl d'un effet orncmenlal très-gracieux. La 
triple fcnclro du deuxième étage qui surmonte la porte , csl encadrée par deux petites 
niches, dont l'une contient une statuette de saint George, tandis que l'aulrc représente 
une tour armée d'une Iierse et d'une meurtrière en arbalclricrc. 11 parait ipi'il se 
Mouvait autrefois dans les créneaux du couronnement plusieurs petites ligurines 
semblables à celle qui décore encore le créneau central de la partie de la façade qui 
fait avant-corps. La coupe que celte figurine tient en main est un symbole d'hospitalité. 

Dans l'intérêt de la distribution intérieure , la porte n'occupe pas le centre de la 
façade , et l'artiste ne s'est pas non plus préoccupé du manque de symétrie qui résulte de 
ce qu'il n'y a de fenêtre en saillie que d'un seul coté de la porte. Ce manque d'uni- 
formité dans la disposition des membres d'une façade se rencontre souvent dans les 
construclions du moyen âge : ce qui prouve que l'on allachait alors beaucoup moins 
d'importance qu'aujourd'hui aux régies d'une gênante , monotone et inutile symétrie. 
L'écusson sculpté qui décore le panneau central de la frise de la porte est aux 
armes écarlelées des rois de France et d'Angleterre; le lion et le bœuf qui lui servent 
de tenants sont ceux adoptes par Edouard IV. A la droite de cet écusson s'en 
trouve un autre meublé de la croix de saint George (c'était sans doute le blason de 
l'abbaye de Glastonbury ). Il est probable que l'écusson de gauche était autrefois 
aux armes du fondateur Sclwood , mais il csl maintenant loul-à-fait effacé (2). La 



( 1 ) Cuelques compartimenls de fenêtres sont maintenant bouchés et d'autres mutilds cl dépourvus 
de leur ancien grillage en fer. C'est le fenôtrage du rez-de-chaussée qui a le plus souffert. 

(2.) Ces supports de l'écu royal ont élé remarqués par le docteur Slukely , lorsqu'il logea à cette 
auberge en l'année 1723. Les armes de l'abbaye' ont subi plusieurs variations. La croix en a toujours 
élé la principale pièce honorable , mais celle croix est tanlôl simple et tantôt fleuronnée de diverses 
manières. (Voir la préface du tome XXXIII de A'o/i/m monashca de Tanner). M. Gough a décrit , au 
tome I de son Camden , les armoiries qui décoraient autrefois le troisième écusson de celte frise , 
lequel est, de même que celui central, décoré de lambrequins flcuronnés de roses. 



— 92 — 

toiture actuelle de celle maison n'est pas, quoiqu'elle soit très-ancienne, celle pri- 
mitive, el tout porte à croire que celle-ci était en plate-forme plombée. Le sommet 
de la tourelle de droite a été surhaussé d'un dais disposé de façon à loger une 
petite cloche. 

N". 66. Planche II. — Détails de celte façade. 

La légende explique suffisamment la nature de ces détails ; aussi nous bornerons- 
nous à faire remarquer ici la grande pureté des moulures. 

N". 67. Planche III. — Autres détails el plans divers de l'édilice. 

La figure 1 représente, de flanc et de face, le corbeau en pierre qui porte 
l'enseigne ( 1 ). La corniche en csl ornée de banderoles sculptées , dont celle inférieure 
toute chargée de petits écussons à la croix el de monogrammes du fondateur ( un I 
et un S enlacés ). 

La figure 2 donne deux coupes horizontales de la façade : l'une prise à travers le 
fenètrage du rez-de-chaussée, el l'autre à travers celui de l'étage supérieur. 

La figure 5 est un plan par terre de l'édifice entier. Au-dessous des deux grandes 
pièces de droite se trouve une cave voûtée (2). 



( 1 ) Il est probable que l'enseigne autrefois porlde par ce corbeau était une grande figure sculptée 
et coloriée de saint George et de son dragon. On mettait alors beaucoup de luxe dans les enseignes. 

( 2 ) Comme un étroit canal d'assèchement débouche dans cette cave , la malveillance s'est plu à 
le transformer en une galerie souterraine par laquelle les moines de l'abbaye venaient visiter les 
pèlerines qui logeaient à l'auberge. De pareils contes ne souillent que ceux qui les imaginent. 



TRIBINAL DE GLASTONBIRY. 

Cette maison — ainsi appdoc on ne sait pourquoi , car elle n'a jamais , que l'on 
sache , été affectée au service judiciaire — se voit encore dans une des rues de Glas- 
tonbury. C'était anciennement une propriété de l'aiiliayc. Sa construction est purement 
domestique , et , comme elle porte le caclict du style en vogue au eommencement du 
XVr siècle , il est permis d'en attribuer la fondation à Ricbard Beerc , qui fut ahbé 
de Glasionbury depuis 1495 jusqu'en 1524, et qui est connu, d'ailleurs, pour avoir 
beaucoup amélioré dilTéreiits édifices apparlennnt à l'abbaye. 

\". ()8. Planche I. — Élévation, coupe, plan et détails de la façade extérieure. 
Plan iiénéral par terre de l'édifice. 

Les plafonds des trois grandes pièces du rez-de-chaussée sont ornemenlés de caissons 
(Il plâtre. Bien qu'il n'en reste plus de traces , on dit ijuc la fenêtre en eneorbelle- 
iiient du premier étage comportait autrefois des vitraux coloriés aux armes de divers 
rois , abbés et bienfaiteurs de l'abbaye. Les fenêtres de cette façade ressemblent à celles 
de l'ancien hôtel de l'abbé dont Vltinerarium citriosiim de Stukely contient une vue, 
ainsi qu'il a été dit précédemment. 



GRANGE DE L'ABBÉ A GLASTONBLRY. 

Quoique cet édifice soit une des plus intéressantes reliques de l'ancienne splendeur 
architecturale de Glasionbury et qu'il constitue dans son genre un des types les plus 
beaux et les plus grandioses que l'on puisse rencontrer , il a cependant échappé à 
l'attention de Stukely, de Gough et de la plupart des autres archéologues et touristes. 
On n'a aucune donnée sur l'époque de sa fondation , et comme l'on est réduit à 
juger de son âge d'après le style de son ornementation , nous pensons que cette 
grange a été bâtie à la même époque que la Cuisine de l'Abbé , c'est-à-dire vers la fin 

24 



— 94 — 

du XIV ou au cominenecment du" XV° siècle , alors que Chinnock était abbé de 
Glaslonbury. 

iV. G9. Planche I. — Façade du sud. Médaillons qui décorent le sommet 
des quatre gables de l'édifice. 

N". 70. Planche II. — Demi-plan par terre. Fenêtre du porcbe et détails 
de la façade, côté du sud. 

Il suffit du demi-plan ici reproduit pour faire juger de l'étendue et de la forme 
générale de cette grange , dont l'aire occupe le centre. Outre la grande porte de face , 
chacun des deux porches en transept est muni de deux petites portes latérales. On a 
figuré , sur la partie droi'.e du plan , la projection de la charpente ilu comble. 

La figure 2 représente la fenêtre située dans le gable de l'un des porches. Ces 
fenêtres sont richement moulurées et d'un três-joli trace. Les profils en sont donnés 
à la figure 5 , ainsi que ceux du jambage de la porte et de l'amortissement ù redents 
en talus d'un contrefort. 

N". 71. Planche III. — Façade du couchant et coupe suivant l'axe des porches 

ou du transept. 

Fig. 1 . Cette façade est naturellement ici encadrée par l'une des élévations latérales 
de chacun des porches. La composition en est aussi belle que bien appropriée à la 
destination de l'édifice : c'est, en eft'et, une heureuse idée que celle d'avoir tiré parti, 
pour l'ornementation architcctonique , des étroites meurtrières que nécessitait la ven- 
tilation de la grange ; et la forme de croix donnée aux meurtrières supérieures , 
ainsi que Ks médaillons aux attributs évangéliques et les oculi trinitaircs qui décorent 
les tympans des gables, sont d'édifiants témoins de la sublime source où les artistes 
du moyen âge puisaient leurs nobles inspirations. 

On voit à la coupe, fig. 2, que la charpente du vaisseau se compose, comme 
celle des halles , d'un système de grandes fermes ogivales , dont le tracé , quoique 
simple , est fort bien entendu. 



- '.)!; — 

N". 7^. Pi,vm;iie I\'. — Déuiils oniemeiitiiiix ilrs ('■lévutions doiiiu'Cs ;iux 
pl.tnclics I cl III ci-dossiis. 

Ia's deux ^Mca du grand comble sont couronnés par des slalues de demi-grandeur 
nalurclle. Celle ici représenlée apparlicnl au gable du eoucbanl : c'est un évéque 
porlanl sa crosse cl revêtu de l'ancien costume épiscopal (1). Au-dessous de celle 
(igure , nous avons iracé le prolil du chaperon des gables ; les joints en sont taillés 
obliquement , de manière à ce que leur elievauclicmcnt empêche toute fiitration de 
la pluie. Les gables des porches ont pour acrotères des bouquets d'un fort joli dessin, 
iiinsi que le montre celui ici reproduit de face et de profd. Au bas de la planche , 
on voit de front et de flanc ramoriisssmcnt de l'un des contreforts qui butent les 
gables de porche. Le profd de cet amortissement est d'une grande élégance , et le 
lioulcdogue qui le surmonte est plein d'action et de physionomie. La tète de roi 
couronné qui vient ensuite est l'ornement de l'un des corbeaux qui supportent les 
chaperons de gable du grand comble. Enfin , le profd qui figure dans l'angle supérieur 
et à droite de cette planche est celui de la corniche de comble. 

N". 73. Planche V. — Détails des tympans des gables du grand comble. 

i\ous donnons d'abord , en élévation et coupe , l'un des oculi trinitaires déjà men- 
tionnés ; le tracé en est beau et les moulures fort élégantes ( 2 ). Vient ensuite , en 
élévations intérieure et extérieure et en plan , l'une des étroites baies en arbalélriérc 
(jui se trouvent accouplées sur les tympans des grands gables. 

IVous croyons ne pouvoir mieux terminer la description de ce beau type de notre 
vieille architecture qu'en exprimant ici nos vœux les plus fervents pour sa conservation. 
Les constructeurs et fondateurs du moyen âge nous ont légué , de leur science , de 



( 1 ) Ces siatuelles représentent probablemenl quelques saints patrons de l'abbaye ou bien des 
évêques qui l'onl dotée de leurs bienfaits. 

( 2 ) Il se trouve , dans les ailes de l'abbaye de Westminster , des oculi du même genre , mais 
beaucoup plus grands et plus ouvragés que ceux-ci. On en voit aussi dans la claire-voie de la nef 
de la cathédrale de Lichfield. 



— 9G — » 

leur bon goût et de leur générosité , des monuments avec lesquels bien peu d'œuvrcs 
modernes peuvent avec avantage soutenir la comparaison. Grâce à leurs excellents 
procédés d'exécution , leurs édifices ont su se conserver intacts pendant de longs siècles ; 
et si de nombreux chefs-d'œuvre de cette admirable école ne sont maintenant plus 
que des ruines ou de simples souvenirs , ce sont bien moins les ravages du temps 
que le vandalisme et le mauvais goût des modernes qu'il faut en accuser. Enfin , h 
notre sentiment, la grange, la simple grange que nous venons d'examiner, est une 
page plus éloquente que le plus beau discours possible à la louange de l'arcbitectort' 
ogivale ou plus proprement dit de l'art chrétien , car dans ce mot , dans cet unii|ue 
mot, se trouve tout entier le secret des merveilleuses ressources déployées dans les 
constructions et dans toutes les autres branches de la science et de l'art au moyen âge. 



FIN DU TOMK II. 



S^." 



'-) ^mTL. 



V.^r auQuotr Ji-, |>UQiii. 



girliifcftf, fu» 



'^^Sii^ 7^l.j^.' v-"^' v^^^ v:^^^^' v>^î^ v'^^ vXv^.v:'^ 







1 




,'. « 




K 



^ 






^-"n---^!}- 








— ' — '-V'--\ 



! I 




BchcDs 4'1 % FmlK! par 'hcà four N' 



iPisiM-TîS PIS IKήP©MTOH M îMIi DM»! , (B®an?î BU M®®»!!^. 



: Méif ie Penéta-e. F 6 JamWe ie 




:.l^ 



AF.rHITBfT!!'?.!! SiailTiîRJ» . 



^r 


W^ 




,'■ — \ . 
i L 







^- 




^ 



"^ 



/^ 




r.jj 




^v: 




(T 



^_J' 



^^1 



h 



\ 



•■^/ 



J 



~'5iIiiS'ISAW TE^IS iwg ]?5^!3ip'rrr,^îTî -7s «ntiitt 



\ 


s 






^ ^ 







.^ 








\J 




y 


'v ^' - 




y 


'^ 












f^ 


^ 




^ ^ C>\ 


l ^ 




' "^ 


rt- 




: 1 


itç^ 




■:l 


■> 






< « 






■^ , 




' ïN 



v.^ \ 



rï--=: 



N 



c 



7^ 



'M\xm^^-m 



ï- 



v-. 



trFTTT-, 




^ 


!l_ 


:<ï^. 




/ 

i 




. 






flWffi 



'-^ftRHfi 



iiiii/;' 






[^m^^H] ^^^> _-^-|g 



-iiinj-i^i;j- 



E 



(^ 


ffijRfl=î 








^^^"" " 



















iMui-^ U u ;^.-ùI[L;.JmJ<1J 































■1 |l|h " -f\i 


-•V' 


jJLJ 


1 






■ •■ ~1" 




1 



^ 




! 1 



■-^o^ 




i>. 1 et 2 Plaos el Coupe ia Porote ûaogoae.N' u.Détaiis amoMiés, 



Z;y/ ENrtUt,FJ,a<Mr 



tS'.'JSITnCTl'W.E Ml!L!TA.miB . 




7i WAillTTïïc 



i 



' À 



-^ \ 



^'X! 



"M 






/ ) 



I L : , 



It 



t 







à 



i 




Lm- 



\ 



^1! 

ni' 



k- — c- 



> 







y 






\. . 


' 




\ 




. ^^ 




^N 




r 



^i,| 



V 




^ 



t> 





> :) ' 



\. 



4 



r 



€ 



_■£ f Pi«d» Anïl 



'Î^T^TîiTj^npiiiî 




^^ 




î.^ 




J 



-Ky 



^ 



^ 



vv- 



CV! 



^ 



i:vi>:s.-\X'.-: i: 




1 


f 


î 


'U 




■L 


''! 


■- 



z—çrrrv- 



lh~ 



IL 





'^ 


1 1 


r 




-=r 1 


1 




:s 


\" ! 


1 




i 1 


__.| _ 



r ' I 




/ ..^ 


"r^ 


r" 


' :s 




•f— 


!k 1 -^ 


% 


j^^ 


I ' 



Tfaï 







^ : 




> 


f 




^■-. 


1 


^c:ti_:'i_ 


^1 


iC 1 1 


— 


- — ^ \ 




!^ 




-rrl 





F 



iî6iiifc'.vis**i^-::»-£rv'->ajJ9-iJ&iikA^Jt"j,^,^«»!^^ 







jitzM'i'rrissÊmmaÊmfâmttmmt^ 



L. 



m-r:s 



^^ 



L L G D L C 



'ïT"»^ 




à^ 



^^^'ièl^l* 




itiûns intérieme et ex 



Zi^c. I'3rsi!':„£iiUa^ 





î 


;.,*■-.. 




1 
















.■i| BIS 



cy^J'yV^i/eS^^à-M 



-^=^=q=f 



iLj- 



i^SE 



f~^é 



1 1 
y 



R^~ 



S 



-^-:,:,— /^ 




i A 



X< 




1 




■ 

M 







n. 



A 









■ BU TW. 
■ des ÎJJa'.hici , 




^i:? 



r 



V. 



y 



==.=_ ^ ^ 




LOJ^ 



r^: 












J 


' \ 




L.^ 


''^ n 


) 




^ — 1 


/ 




1 

1 : 


n^ 












\ 







^_Jl 



c 





j|rAs;.<'- i|(g4-<- illrkkri^. 






Ê' 



lli^'l 









^ 




P^êlATEAm 



-T-y-TT-T 



^ 



.. .^■: ^. 



Il 



,%©»# 



^_^ 



. :. :S ■--■;.■ ■ ^^.— -■ ■ .1.-^ "^.^^^JX!.:.^^^ 'A ......■:. Ù- 







£z^z_:i::i__i!s; 



,-^->îS3 



:^:^ ^?T.r 



t 



^. 



x: 



r* -^-l -^^ -A 



u 



J 



3 



r- -f 



"J 



X--* 









-^^s 


/ 




^ 






1 


-- 




YI 



±: 



X^- 



X__.J. 





•Av 




r^ 





A^ 





"^ 


~ ^ 


' 




\ 


"^ 




J 






( 

J 




■ - 


k, 






— — ? 




1 

1 


( 




( 


) 




■\ 






/ 


i 




/ 


1 \ 


.^f' 


/ 

1 ■ \ 





«if 




alim et Coupe de 1» telle Fenélre en Loèe siiiiée dms L 



ty/'y 



a 






■T 

1 r- 




L_^ 



Infl 



n 



n 



n ' r 



£:lM-kAX:l:^ï^M 














\ 




L j'. ^ i 






' 




1 


i -----1 


--?- 










■ i • 






<=T 


rr^ — '-"-^^ ' "1 — ^v r ' " ' ; _ /: — 'iir 






^- ■ - i ' 






^ _i — :v •- •-- ;| 'I 




^x.^.:^^^^^ -'^i-' -a^i j 




.'._•■ ^ . -^— lai 




^ 




n 



^' 








N 














W' 




o - 



%r 



r, 



1. i-* 




f^Xfr 












\\S.'/1 






)7^=ffs>ttJ 



Xi 




-i 



55r 



-PL ^J 



/ 



-&" 



BIS WISÊILg. 



m~r=^m 



f 



u 




II 



/y<rS 



3 



'^%sK- 



gt 






IMK 






'^i 



ïï PtrZllf 



..-^ 




N : 


■'- ""!m_- 








i 1 








^ 



k 



^ 




BIS W1S3.il r5 



J 






W%Wf. 



1 r 



j , j_ 



i^ I j r-^u- à c torrs nftujrllcj | 



^ 



fllfe 



:^:^>i 



7^ : "V' lI r 



^ 




K 




'ù^ 






:.iévauu!i inlenenre el eUérienre, Coupe et " — - " '■" ' 



-¥=k 



\ 



ms 



3 




tizi3 



^ ^ 




L 






^' 


fi , 




J 















i 



. 



/ 





r '--j 



:^' — 


.IL . 


^CIÏ'L 






-^ ''^^ 


^ 


y^. 




:.:-J' ' " 




1 




1 1 




T 


•-v 






j 



/";. 



:j- 





/ ■ ^ 





''"yâ ^. 



I 




^ 



/ 

{ 

1 





' 






\ 


\^ 






. .. \ 










^ 






_ 


1 




1 


/ 
/ 

t 


/fax ■• 

1 


i 


i ! 
1 


1 


1 


1 












I 



-.^^ 




IL 



m 



i^" 



-\\ 



i^ l^i- 



L„- 



.--^^ 






U:. 



-;L. i[J;J!,:l[ll.!'-AilL:'-!l 



MM 




!ri- — -^^ — 


' 




■ ^' 




[V7''r '- , 






■^ 


lil 


l'^tfi 






■ -' 


^\~ 






\\^^ 








I ^ 






\ 


1 ■