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Full text of "Une abbesse de Fontevrault au 17e siècle, Gabrielle de Rochechouart de Mortemart; étude historique"

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< 



GABRÏELLE 

DE ROCHECHOUART 

DE MORTEMART 



PARIS. — IMP. SIMON RAÇON KT COMP., RUE d'eRFURTH, 1. 



UNE ABBESSE DE EONTEVRAULT 



au xv ir ubcli 



G IBM ELLE 

DE ROCHECHOUART 

DE MORTEMART 

ÉTUDE HISTORIQUE 

PAR 

PIERRE CLÉMENT 

DE L'INSTITUT 



DEUXIEME ÉDITION 




PARIS 

LIBRAIRIE ACADÉMIQUE 

DIDIER ET O, LIBRAIRES-ÉDITEURS 

35, QUAI DES ADGUSTINS, 35 

18G9 

Tons «t. 



m 

4-70S 






AVERTISSEMENT 



' - Ce n'est pas une mince prétention, je le recon- 
nais, que de vouloir faire admettre dans la pléiade 
desécrivainsd'une époque aussi féconde en grands 
génies que le siècle de Louis XIV, une femme dont 
le nom, célèbre tant qu'elle vécut, est tombé 
depuis, par des circonstances diverses, dans un 
oubli à peu près complet. C'est pourtant ce que 
je viens essayer à l'égard de Gabrielle de Roche- 
chouart de Mortemart, abbesse de Fontevrault. 
Cette prétention est-elle exagérée? Le lecteur 
prononcera. Qu'il me soit permis de dire pourtant 
que, de l'aveu de tous ceux qui l'ont connue, la 
sœur cadette de madame de Montcspan était 



h AVERTISSEMENT. 

douée de véritables qualités littéraires; on par- 
lait de ses lettres au temps même où madame 
de Sévigné devenait illustre et classique en se 
jouant; on s'extasiait à ses conférences et à ses 
sermons ; on allait en foule à ses discours de 
vêture ou de profession ; on s'entretenait des ou- 
vrages d'esprit, de morale ou de piété auxquels 
elle consacrait ses rares loisirs. Amie de mes- 
dames de Sablé et de La Fayette, de Daniel Huet, de 
Segrais, du Père Rapin, de Racine, elle partageait 
leur admiration pour les chefs-d'œuvre de l'anti- 
quité et des temps modernes ; elle avait aussi leurs 
goûts et leurs instincts. Ce qui nelui permit pas de 
s'y livrer comme eux, ce fut, outre le sentiment 
étroit du devoir et la nécessité de donner presque 
tout son temps à la grande abbaye qu'elle adminis- 
trait, sa modestie excessive. Bien différente de 
ceux qui croiraient tout perdu si une ligne sortie 
de leur plume manquait à la postérité, elle mettait 
un soin particulier à dérober ses productions au 
public. Un jour, elle apprend que madamede Sablé 
a eu par hasard connaissance de quelques pages sur 
la Politesse, et elle s'en excuse, toute honteuse en 
quelque sorte qu'une pareille bagatelle lui soit par- 
venue. On a, il est vrai, publié sous son nom la 
traduction d'un fragment du Banquet de Platon ; 



AVE!;ll-M.MI.N 1. >'. 

mais, d'une part, celte traduction semble (on 
trouvera nos raisons à l'Appendice) uneœu re 
apocryphe; d'autre part, en admettanl qu'elle 
«mi soii l'auteur, la publication n'eut lien que 
vingt-hui! ans après sa mort, par une indiscrétion 
Be l'abbé d'Olivet. 

On dirait, en un mot, qu'une des principales 
préoccupations de l'abbesse de Fontevrault fut, 
tout en aimant passionnément les lettres, de Mi 
la gloire littéraire qui semblait vouloir, malgré 
clic, s'attacher à son nom. 

NV m'accusera-t-on pas, sur ce préambule, de 
m. tiv pris de passion pour une précieuse de cou- 
vent, dont les titres, justement ignorés, n'ont eu 
que la fortune qu'ils méritaient? Pour éviter ce 
reproche, je crois devoir tout d'abord abriter mon 
appréciation derrière celle de quelques contem- 
porains, dont un, le plus célèbre, a fait de l'ab- 
besse de Fontevrault un éloge d'autant plus 
lificatif que sa plume n'est guère prodigue de 
louanges. On comprend qu'il s'agit de Saint- 
Simon. Je donne à la suite quelques pages d'un 
ancien ami, coreligionnaire et collaborateur de 
l'.;i\le. eonverti depuis au catholicisme, Daniel de 
Larroque, dont le goût et le caractère étaient 
nient estimés. Je termine ces citations par 



iv AVERTISSEMENT. 

un curieux article, sans nom d'auteur, publié 
dans le Journal de Trévoux, à l'occasion de la 
mort de l'abbesse. Le jugement des contempo- 
rains est rarement définitif en touteschoses ; en- 
core méritent-ils d'être entendus, alors surtout 
que, par l'incurie des familles, de précieux ma- 
nuscrits et des correspondances du plus grand 
intérêt au point de vue historique et littéraire, 
ont probablement été détruits, et, dans tous les 
cas, n'ont pas encore vu le jour 1 . 

I 

EXTRAIT DES NOTES DU JOURNAL DE DANGEAU ET DES [MÉMOIRES 
DE SAINT-SIMON SUR L'ABBESSE DE FONTE VRAULT \ 

« 18 août 1704. — Celte abbesse de Fontevraultavoitplus 
d'esprit qu'aucun de sa famille, ce qui étoit beaucoup dire, et 
le même tour qu'elle, et plus de beauté que madame de Mon- 
tespan. Elle savoit beaucoup, et même de la théologie. Son 
pèrel'avoit coffrée fort jeune, avec peu de vocation; elle avoit 
fait de nécessité vertu, et devint une bonne religieuse et une 
meilleure abbesse, et adorée autant que vénérée dans tout 
l'Ordre dont elle éloitle chef. Elle avoit un esprit de gouver- 

1 fi'abbesse de Fontevrault était notamment en commerce suivi avec 
madame de La Fayette, qui lui mandait les nouvelles de la cour. Ces 
lettres ont-elles été conservées ? que sont-elles devenues? On serait si 
heureux de les avoir ! 

" 2 On sait que les Mémoires de Saint-Simon ne sont en général que le 
développement des annotations qu'il avait faites sur une copie du Journal 
de Dangeau. La comparaison des notes et des mémoires montrera en 
môme te r nps le procédé de composition de Saint-Simon. 



IVBRTISSIMBH1 v 

in m< nt singulier , qui se jouoit du sien , el <|iii auroit cm- 
brassé avec succès les plus grandes affaires. Elle en avoit ru 
qui l'avoienl attirée à Paria dans le temps du plus grand 
e de sa sœur, qui l'aimoit et la considéroit fort, et qui la 
fil venir à la cour où elle fit divers voyages et de longs 
séjours, et c'étoit un contraste assez rare de voir une abbesse 
dans les parties secrètes du roi et de sa maîtresse. Il goûtoit 
fort cette abbesse, à qui tout ce qu'il y avoit de plus éle\é en 
place, en rang, en crédit, faisoit la cour, et qui conserva 
presque une égale considération après l'éloignement de sa 
s«eur. Sa nièce, qui lui succéda tout aussitôt par ces raisons, et 
qui étoit religieuse à Fontevrault, auroit paru une merveille, 
si elle n'avoit succédé à une tante si extraordinaire l . » 

« 1704. — La mort de l'abbesse de Fonlevrault, dans 
un âge encore assez peu avancé, arrivée dans ce temps-ci, mé- 
rite d'être remarquée; elle étoit fîïle du premier duc de Mor- 
temart, et sœur du ducdeVivonne, de madame de Tnianges 
et de madame de Montespan; elle avoit encore plus de beauté 
que c< tte dernière, et ce qui n'est pas moins dire, plus d'es- 
prit qu'eux tous avec ce même tour, que nul autre n'a attrapé 



1 Journal, t. X, p. 09. — Saint-Simon a dit encore, en termes un 
peu différents, dans les Notes du Journal de Dangeau du 15 août 1715, 
à propos de Louis XIV : 

Madame de Fontevrault étoit celle des trois sœurs qui avoit le plus 
d'esprit ; c'éloit peut-être aussi la plus belle; elle y joignoit un savoir 
et fort étendu. Elle possédoit les langues savantes, savoit bien la 
théologie et les Pères, étoit versée dans l'Écriture, exeelloit en tout 
genre d'écrire, et parloil à enlercr quand elle traitoit quelque matière. 
Bile avoit un don tout particulier pour le gouvernement et pour se faire 
adorer de tout son Ordre, en le tenant toutefois dans la plus exacte 
régularité I étoit pareille dans son abbaye. Ses séjours à la cour, 

Où elle ne sortoit pas de cbez ses sœurs, ne donnèrent d'atteinte à sa 
réputation que pour l'étrange singularité de venir partager une faveur 
tte nature, et si la bienséance eut pu y être rasai, il se pouvoit 
dire que. dans celte cour même, elle ne s'en leroit jamais écartée » 
[Journal, t. XVI, p. M. 



vi AVERTISSEMENT. 

qu'eux, ou avec eux par une fréquentation continuelle, et 
qui se sent si promptement, et avec tant de plaisir. Avec 
cela, très-savante, même bonne théologienne, avec un esprit 
supérieur pour le gouvernement, une aisance et une facilité 
qui lui rendoit comme un jeu le maniement de tout son 
Ordre et de plusieurs grandes affaires qu'elle avoit embras- 
sées, et où il est vrai que son crédit contribua fort au succès ; 
très-régulière et très-exacte , mais avec une douceur, des 
grâces et des manières qui la firent adorer à Fontevrault, et 
de tout son Ordre. Ses moindres lettres étoient des pièces à 
garder, et toutes ses conversations ordinaires, même celles 
d'affaires ou de discipline, étoient charmantes, et ses dis- 
cours en chapitre les jours de fête, admirables. Ses sœurs 
l'aimoient passionnément, et malgré leur impérieux naturel, 
gâté par la faveur au comble, elles avoient pour elle une vraie 
déférence. Voici le contraste. Ses affaires l'amenèrent plu- 
sieurs fois et longtemps à Paris. C'était au fort des amours du 
roi et de madame de Montespan. Elle fut à la cour et y fit de 
fréquents séjours, et souvent longs. A la vérité, elle n'y voyoit 
personne, mais ellenebougeoitdechezmadamedeMontespan, 
entre elle et le roi, madame de Thianges et le plus intime par- 
ticulier. Le roi la goûta tellement qu'il avoit peine à se pas- 
ser d'elle. Il auroit voulu qu'elle fût de toutes les fêtes de sa 
cour, alors si galante etsi magnifique. Madame de Fontevrault 
se défendit toujours opiniâtrement des publiques, mais elle 
n'en put éviter de particulières. Cela faisoit un personnage 
extrêmement singulier. Il faut dire que son père la força à 
prendre le voile et à faire ses vœux, qu'elle fit de nécessité 
vertu, et qu'elle fut toujours très-bonne religieuse. Ce qui 
est très-rare, c'est qu'elle conserva toujours une extrême 
décence personnelle dans ces lieux et ces parties, où son habit 
en avoit si peu. Le roi eut pour elle une estime, un goût, une 
amitié que l'éloignement de madame de Montespan, ni l'ex- 



\\ ri; n s si: ment. tu 

trôme faveur de madame de ïaintenon ue purent émousser. 
D la regretta fort et se ût un triste soulagement de !<• témoi- 
gner. Il donna tout aussitôt cette unique abbaye à m nièce, 
fille de son frère, religieuse <!•' la maison et personne d'un 
.1 mérite l . » 

n 

M\i;l!:-M\HKIi:iNF.-<iAHRlELLE DE ROCIIECHOUART 
PAR DANIEL DE LARROQl K « 

Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochecbouart-Mortemart 
succéda à Jeanne-Baptiste de Bourbon. On nepouvoitdonner 
rien de plus illustre après le sang des Bourbons. Lorsqu'elle 
fut nommée abbesse, elle étoit religieuse dans l'abbaye de 
Nolre-Damc-aux-Bois. Elle y prit le voile le 19 février 1 00 i, 
et le reçut à la vue de toute la cour, de la main de deux 
reines, Anne et Marie-Thérèse d'Autriche. Elle y fit profes- 
sion le l' r mars de l'année suivante. Le roi la nomma abbesse 
le 18 août 1070. Elle eut besoin de trois dispenses du pape 
qui arrivèrent avec ses bulles, quelques jours avant Noël : 
la première, parce qu'elle passoit d'un Ordre à l'autre, étant 
auparavant clans celui de Saint-Bernard ; la seconde, parce 
qu'elle n'avoit pas encore cinq ans de profession révolus, et 
la troisième enfin, à cause du défaut de l'âge prescrit par 
les canons. Celte dernière difficulté, qui devoit être regar- 
( omme la plus grande par la qualité de chef général 

1 Mémoires, édit. Chéruel, t. TV, p. 209. 

* Biograpkiet des abbesse* de FontewrauU. — (Voy. à la fin du vo- 
lume : Appendice, pièce n° VIII, et, pour Daniel de Larroque, la let- 
tre n° 03, note 3.) 

Ce morceau parait avoir été écrit en 1703, un an avant la mort de 
l'abbesse de Fnntevrault. 



vin AVERTISSEMENT. 

d'Ordre attachée à celle d'abbesse de Fontevrault, fut cepen 
dant la moindre par l'événement. La sagesse prématurée 
l'étendue de son esprit, les rares connoissances dont elle l'a- 
voit orné, lui aplanirent les chemins. Son nom, déjà aussi 
connu en Italie qu'en France, y leva tous les obstacles de 
l'âge. Elle fut bénite en 1671, au mois de février, dans le 
couvent des Filles-Dieu de Paris, qui est une maison de 
l'Ordre. M. deHarlaydeChanvalon 1 , qui venoit de succéder 
à M. de Péréfixe 2 , fit la cérémonie de la bénédiction. Celte 
installation eut pour témoins la reine, Monsieur, mesde- 
moiselles les princesses, les princesses du sang, et généra- 
lement toute la cour. Le cardinal de Bouillon 5 et le nonce 
s'y trouvèrent, et se mirent dans le chœur auprès de la reine, 
pour ne se pas commettre avec les évêques qui y assistèrent 
au nombre de trente enrochet et en camail, et qui étoient à 
gauche, dans le balustre, du côté de l'Évangile. Le Grand 
Conseil, devant lequel l'Ordre de Fontevrault a ses causes 
commises, se jugea fort honoré d'avoir été invité à cette 
solennité; leurs femmes y eurent aussi séance, mais avec 
peine, à cause que le lieu pouvoit difficilement contenir 
tout ce qui s'y trouva ; aussi étoit-ce un très-grand spectacle 
en lui-même, puisque madame deMortemarl étoit la première 
abbesse de Fontevrault qui eût été bénite à Paris. On n'y 
fut pas médiocrement surpris, quand les religieux del'Ordre, 
qui étoient par hasard en grand nombre dans cette ville-là, 
vinrent baiser la main gantée de l'abbesse, pour marque de 
leur sujétion ; après les religieuses professes et les sœurs 

1 François Harlay de Chanvalon, né en 1625. D'abord archevêque 
de Rouen, puis de Paris en 1671, mort le 6 août 1095. 

- Hardouin de Beaumont de Péréfixe, né en 1605. Archevêque de 
Paris du 24 mars 1664 au 1 er janvier 1671, date de sa mort. 

3 Emmanuel-Théodose de La Tour, frère du duc de Bouillon ; cardinal 
en 1669 à vingt-six ans; grand aumônier de France en 1671; mort à 
Rome en 1715, âgé de soixante-treize ans. 



w M; I ism \n m » 

laïques, les officiers domestiques de celte dame, qui êtoienl 
dos séculiers, firent la même chose. Kilo partit au mois de 
mars pour Fontevrault : on lui rendit toutosorte d'honneurs 
sur la route, et toutes 1rs communautés et les magistrats 
«les lieux où elle passoil la haranguèrent. 

I rsqu elle arriva à Fontevrault , plus de dix mille 
étranger- , accourus de toutes parts pour voir une per- 
sonne précédée d'une si haute réputation être installée 
dans un lieu si célèbre, auroient rendu la fête fort tumul- 
tueuse, sans le bon ordre qu'on y apporta : cette pré- 
caution fut une suite de cet accident qui arriva à celte 
illustre abbesse à la Madeleine d'Orléans, où elle pensa 
être étouffée parla multitude, et dont elle ne fut dé- 
livrée que par une espèce de miracle. Elle fut reçue avec 
tout le respect dû à son rang et à son mérite singulier ; elle 
n'eut point de peine à se faire obéir dans son nouveau mi- 
nistère : les charmes de sa personne, soutenus par une po- 
litesse infinie et une affabilité gracieuse, lui gagnoient les 
cœurs, pendant que son air sage, modeste et plein de ma- 
jesté, les tenoit dans le respect et dans le devoir. 

« Le reste de sa conduite a répondu à de si beaux com- 
mencements : on ne peut soutenir avec plus de dignité le 
poste qu'elle occupe depuis plus de trente ans ; ses ordon- 
nances tiennent de la sagesse des plus parfaits législa- 
teurs et son gouvernement est plutôt le gouvernement 
d'un philosophe chrétien et consommé en Fart de régner, 
que celui d'une personne ordinaire. On ne lui élève point 
d'autels, le christianisme le défend ; mais on ne lui re- 
fuse aucun des honneurs dus à la vertu, et jamais tribut 
n'a été plus volontaire et plus universel que celui-là. 
Personne n'a plus de religion ni d'amour pour la vérité 
qu'elle; on ne pense point comme elle, quoiqu'elle pense 
le plus naturellement du monde; tout ce qu'elle écrit a 



x AVERTISSEMENT. 

un caractère de grandeur et de facilité merveilleuses, et 
quand les sujets qu'elle traite n'ont point de noblesse en 
eux-mêmes, ils acquièrent sous sa main toute celle qui leur 
convient. Son cœur généreux et bienfaisant égale son esprif, 
et l'un est fait pour l'autre : voilà les sources de l'amour, de 
l'admiration qu'on a pour elle; c'est un bien parfait que 
celui d'avoir part à l'honneur de son amitié; rien ne le peut 
troubler que la pensée qu'on peut perdre une personne si 
accomplie. La seule chose qui rassure à cet égard, c'est de 
penser que la même Providence, qui l'a placée au rang émi- 
nent où elle est, la soutient et la guide visiblement, et qu'elle 
la conservera pour laisser au monde des exemples de piété 
et de vertu, qui y sont aussi rares que nécessaires. » 

III 

L'ABBESSE DE FONTEVRAULT ET LE JOURNAL DE TRÉVOUX * 

« La république des Letlres prend trop de part à la.gloire de 
madame Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart-Morle- 
mart, abbesse, chef et générale de l'abbaye et ordre de Foir 
tevrault, morte le 15 d'août 1704, pour l'oublier ici. Elle étoit 
née avec un esprit pénétrant, fertile, étendu. Elle avoit une 
mémoire très-fidèle et un génie propre à toutes les sciences. 
L'étude des langues grecque, latine, italienne, espagnole 
furent, ce semble, ses premiers divertissements. Elleentroit 
si bien dans le génie de chacune, que lorsqu'on la présenta 
à la reine Marie-Thérèse d'Autriche, nouvellement arrivée 
en France, cette jeune enfant étonna toute la cour qui l'en- 
tendit parler espagnol avec tant d'élégance. 

« Elle aima dès lors la conversation des personnes qui 
avoient le plus d'érudition. Dans la suite, l'ancienne et la 

1 Mémoires pour l'histoire des sciences et des beaux-arts. Trévoux 
octobre 1704, p. 2148. 



\\l i; l (381 Ml M x 

nouvelle philosophie ne furent plus des mystères pour elle. 
Elle m 1 lit même expliquer ce qu'il y a de plus subtil dans la 
théologie scholastique, et les opinions diverses qui partagent 
coles. Elle eu jugeoil sainement, par la connoiss.mee 
de l'Écriture, qui étoit sa véritable théologie. Sans s'intri- 
guer on (K's contestations qui gâtent plus l'esprit qu'elles 
De le forment, elle se retranchoil, avec une simplicité chré- 
tienne, dans une doctrine pure, orthodoxe et toujours réglée 
par les décisions de la foi. 

Madame de Fontevrault connoissoit le caractère de cha- 
que Père de l'Église, les matières dont ils ont traité, les dé- 
mêlés qu'ils ont eus avec les hérétiques, leur style, leur 
méthode, leur genre de philosophie. 

« Plusieurs savants du premier ordre se trouvoient hono- 
rés qu'elle voulût bien les retenir dans son désert. Ils ou- 
blioient alors qu'ils n'étoient plus à Paris. Elle les consultoit, 
et l'abbesse leur rendoit avec usure les lumières qu'ils lui 
communiquoient. 

« Entre les auteurs profanes, elle aimoit surtout à lire 
Platon. Elle y découvroit des beautés dont on ne s'étoil point 
aperçu, quoiqu'on eût passé beaucoup de fois sur les en- 
droits qu'elle admiroit. Elle perçoit au travers des images 
dont ce philosophe enveloppe la vérité, et y découvroit des 
trésors de morale, des tours d'éloquence, et une délicatesse 
de pensées que les génies médiocres ne peuvent démêler. 
Elle n'étoit pas moins touchée des beautés d'Homère. On sait 
qu'il est malaisé d'en rendre en notre langue toute la no- 
blesse et toute la force. Cependant madame de Rocheehouart 
s'est quelquefois essayée à traduire les premiers livres de 
V Iliade. Sans faire du tort aux habiles écrivains qui ont en- 
trepris de la donner toute entière, peut-être n'a-t-on rien vu 
de si achevé en ce genre. 

'( Elle avoit une droiture et une justesse d'esprit qui lui 



>;n AVERTISSEMENT. 

faisoit démêler à coup sûr le vrai d'avec le faux : les meil- 
leurs écrivains de ce siècle lui ont souvent donné leurs ou- 
vrages à examiner. Quelquefois elle y trouvoit des pensées 
fausses dans les endroits où ils s'étoient le plus applaudis. 
Elle en connoissoit le juste prix , elle en sentoit tout d'un 
coup le bon, le mauvais, le médiocre, l'excellent. Toujours 
elle y redressoit les raisonnements qui n'alloient pas au vrai. 

« Un homme d'un mérite distingué, qui connoissoit la 
droiture de son esprit, lui présenta une devise par laquelle 
il vouloit marquer la droiture de cœur qu'avoit l'abbesse : 
le corps de la devise étoit une colonne dressée sur sa base. 
Ces paroles lui servoient d'âme : Tuta quia recta; — Je suis 
en sûreté, parce que je suis droite. Madame de Fontevrault, 
qui connut aussitôt la fausseté de la pensée, répondit agréa- 
blement et chrétiennement tout à la fois : Cette colonne étoit 
bien plus en sûreté avant qu elle fût élevée sur son piédestal, 
et certainement elle le sera bien plus encore quand on l'aura 
renversée. Elle vouloit parler de l'état tranquille où elle 
vivoit avant que d'être abbesse, et de la mort qui devoit 
bientôt la mettre à couvert des périls de cette vie. 

« La vertueuse abbesse consacroit à Dieu toute son éru- 
dition. Elle se servoitde la lecture des auteurs profanes pour 
se tourner du côté de la souveraine vérité et du Maître des 
sciences. A cela près, elle en connoissoit toute la vanité et 
ne s'en paroit jamais. On ne la vit point se prévaloir de ses 
lumières. El!e ne comptoit son savoir pour quelque chose 
que quand il étoit utile à l'Ordre dont elle étoit chef. Enfin, 
elle ne se savoit bon gré d'être plus instruite qu'un autre 
que quand elle se servoit de son avantage pour instruire les 
personnes qu'elle conduisoit. On peut dire qu'il lui étoit 
moins glorieux de posséder tant de talents qui la rendoient 
une personne extraordinaire, que de les avoir sacrifiés à 
Jésus-Christ. 



IYERTISSBMEIS1 xm 

« Son esprit, toujours fécond, produisoit de temps en 
temps des ouvrages qu'elle ne conâott qu'à ses plus intimes 
amis, sous le secret. Cependant elle se croyoit destinée à 
quelque chose de plus important «pi 'à faire des livres. C'étoit 
à travaillerai! salut des personnes <lo sa congrégation. Elle 
passoit donc des affaires à l'étude, ou à la composition de 
quelques ouvrages, et ce second travail la délassoit du pre- 
mier. Les matières épineuses dont elle traitoit dans ses con- 
seils ne ternissoient point la fleur de son esprit, et ses études 
ne l'indisposoient point pour retourner aux affaires de son 
Ordre. Elle passoit de l'un à l'autre avec une égale facilité. 

« Dans ses conversations, les personnes qui n'avoient 
qu'un médiocre esprit s'applaudissoient en secret de s'en 
trouver avec elle. Elle étoit attentive à faire valoir ce que les 
autres a voient de bonnes qualités , et ne laissoit alors paroî- 
tre des siennes qu'autant qu'il en falloit pour éclairer ceux 
qui en avoient de beaucoup inférieures, sans vouloir les 
éblouir. Mais quand elle étoit obligée de parler dans les 
actions publiques de sa maison, c'est alors qu'elle se mon- 
trait telle qu'elle étoit. Dans ces occasions, l'usage de son 
éloquence et de son savoir lui paroissoil légitime. Ce qu'on 
admirera sans doute, c'est qu'elle se contentoit de méditer 
en substance ce qu'elle avoit à dire dans les discours fré- 
quents que sa dignité l'obligeoit de faire. En les prononçant, 
les termes les plus brillants s'offraient d'eux-mêmes pour 
expliquer ce qu'elle avoit pensé On trou voit dans ses dis. 
cours un agrément, une justesse et une force qui se seraient 
soutenus dans l'impression. 

f On peut juger par là de sa manière d'écrire ou de dicter 
ce que l'on écrivoit sous elle. On y Irouvoit un grand sens, 
un tour poli , une exactitude qu'à peine les gens éloquents 
pourroient attraper, après beaucoup de travail et de correc- 
tions. Les personnes qui écrivent avec le plus d'éloquence 



xiv AVERTISSEMENT. 

et de facilité se sont étonnées mille fois de ce que les pen- 
sées les plus naturelles et les tours les plus ingénieux se pré- 
sentoient d'abord à son esprit. Elle n'étoit jamais dans la 
nécessité d'effacer pour choisir mieux, afin de le substituer 
à sa première idée ou à ses premières expressions. 

« Ses lettres étoient admirées à la cour et dans le monde 
le plus poli. Le roi aimoit à en recevoir. A chaque grand 
événement qui engageoit l'Académie françoise et les autres 
corps illustres à haranguer Sa Majesté, on se réjouissoit dans 
l'attente de voir bientôt une lettre de l'abbesse de Fonte- 
vrault sur le même sujet. Elle étoit reçue avec bonté et lue 
avec applaudissement. 

« Madame de Fonte vrault, non-seulement a tâché de sanc- 
tifier les religieux de son Ordre , mais encore on peut dire 
qu'elle les a polis. Elle a fait fleurir les belles-lettres et les 
sciences solides à Fontevrault ; elle y a fait élever de savants 
professeurs , elle y a rectifié le goût de la véritable élo- 
quence, sans y diminuer rien de la simplicité claustrale 
qu'elle a même augmentée. 

« Il est vrai qu'on ne voit d'elle que des ordonnances et 
des lettres circulaires pour son Ordre. Mais son caractère 
de bien écrire est inséparable de tout ce qu'elle a écrit. Elle 
fait parler aux lois dans ses règlements une langue digne 
d'elle. Ses ordonnances sont si sensées , si précises , si judi- 
cieuses, que de grands prélats 1 n'ont pas dédaigné de s'en 
servir pour le gouvernement des religieuses de leur diocèse. 
Elle auroit pu étendre les articles qui en font le sujet ; mais 
les lois ne s'expriment pas par des raisonnements. Sans 
doute les siennes seront respectées de son Ordre tant qu'il 
subsistera. 

« On convient que Marie-Madeleine de Rochechouart auroit 

1 Bossuet (voy. p. 333) . 



AVERTISSEMENT. xv 

excellé dans la poésie, si elle avoitjuge cet exercice digne 
d'elle. Les vers quelle a jetés au hasard sur le papier ont 
été trouvés si excellents, que nos meilleurs poètes ne les 
auroieut pas désavoués : mais Bouvent , après une simple 
lecture, elle les eondamnoit au feu. 

« Cependant on aura de quoi se consoler de cette perte 
si l<»n vent bien n'envier pas au public le reste de ses écrits. 
On y trouvera des chefs-d'œuvre qui pourront servir de mo- 
dèle >ur bien des matières : des ouvrages de piété, de mos 
raie, de critique, des traductions admirables, des maxime- 
lie conduite , des sujets académiques traités finement et 
un grand nombre de lettres. Tous ces ouvrages rassem- 
blés seront une preuve de ce que nous avons dit de leur 
auteur. 

« En attendant, toutes les personnes qui l'ont connue 
peuvent répondre de son mérite. Elles ont avoué bien des fois 
que de l'assemblage de tant de vertus, d'un si grand nom- 
bre de talents et d'un savoir si exquis, on auroit pu former 
un des plus grands hommes de ce siècle. i 

Outre qu'ils ont, chacun dans son genre, leur 
intérêt particulier, les trois portraits qu'on vient 
de lire témoignent du moins que je n'ai sur- 
lait, en publiant ce volume, ni le talent ni les 
qualités de l'éminente abbesse, dont un certain 
nombre de lettres paraissent ici pour la première 
lois, on attendant d'autres découvertes que le 
temps amènera sans doute, car il semble impos- 
sible que tous les écrits dont parle le Journal de 
Tivvoux soient à jamais perdus. 



xvi AVERTISSEMENT. 

Un des plus illustres savants du règne que j'ai 
jusqu'à présent étudié de préférence, Etienne 
Baluze, bibliothécaire de Colbert jusqu'à la 
mort du grand ministre, a dit dans sa pré- 
face de YHistoire généalogique de la maison d'Au- 
vergne: « J'ay toute ma vie fait profession de 
n'escrire rien que de vray, tout autant que j'ay 
sceu le connoistre. » J'ajoute que l'auteur de ce 
bel ouvrage, qu'on est tenté, à distance, de croire 
parfaitement inoffensif, paya cher son franc- 
parler, et que , pour avoir trop élevé la maison 
d'Auvergne, il se vit en butte aux inimitiés de la 
maison de Bourbon, perdit ses places, ses pen- 
sions, fut exilé en province, et ne se releva jamais 
de la disgrâce que sa louable hardiesse lui avait 
attirée. 

Convaincu que le lecteur tient plus que jamais 
à la vérité des faits historiques, et qu'il est curieux 
de connaître dans le détail , malgré des taches 
qu'il serait ridicule de nier, les principales figures 
du règne de Louis XIV, je poursuis, parmi d'au- 
tres travaux plus sérieux, des études biographi- 
ques depuis longtemps commencées, remontant, 
comme Baluze, avec bonheur, mais sans nul péril, 
je l'avoue, aux sources vives et aux documents de 
première main. 



\\ i i;i ISSBMI \ l un 

Ces! la méthode que j'ai encore suivie dans le 
nouveau volume que j'offre au public. Le bu! 
que je m'\ suis proposé es! de faire connaître, 
à l'aide de ses lettres mêmes el d'autres corres- 
pondances contemporaines, l'illustre abbesse 
placée à vingt-cinq ans, par la scandaleuse pro- 
tection (rime altière favorite, à la tête d'un des 
Ordres les plus considérables du royaume, et qui, 
par un merveilleux hasard, se trouva naturelle- 
ment douée de toutes les qualités que ses difficiles 
fonctions réclamaient. On la verra, en effet, 
diriger avec une habileté rare soixante couvents 
et plus de cent cinquante prieurés, faire des 
sermons admirés à une époque où les grands 
prédicateurs s'appelaient Bourdaloue, Bossuet, 
Fléchier, rédiger d'une plume virile des mé- 
moires au Conseil pour la conservation d'antiques 
privilèges , gagner ses procès à force d'instan- 
« « rire chaque jour à des femmes du monde 
ou à des savants des lettres du meilleur style, 
retenir par la grâce de son accueil les visiteurs 
qu'attirai! sou aimable hospitalité, se distinguer 
en lin de toutes les autres abbesses par cette étran- 
geté, unique en France depuis des siècles, d'avoir 
sous ses ordres des religieux et des religieuses, 
des couvents d'hommes et des couvents de l'eni- 



xviii AVERTISSEMENT. 

mes, sans que la discipline en souffrit trop 1 . 

Telle est l'existence qui, soit dans l'étude sui- 
vante, soit dans les lettres et les pièces diverses 
qui l'accompagnent, va se dérouler, avec toute 
l'authenticité désirable, sous les yeux du lecteur. 

Il m'a semblé, tant nous sommes loin du milieu 
où de telles singularités étaient toutes naturelles, 
qu'à défaut des grands scandales, des jalousies 
violentes, des chocs de passions et des bruyants 
repentirs que j'ai eu à raconter dans une précé- 
dente étude, le simple récit de cette vie calme, 
régulière, je ne dis pas sans émotions intimes, 
mais unie et tranquille à la surface, de la plus 
aimable et de la plus spirituelle des abbesses, 
aurait son enseignement et son intérêt. 



1 Elle en souffrait cependant bien un peu. Voici en effet ce que je 
trouve, au moment de mettre ces lignes sous presse, dans une lettre de 
l'archevêque de Paris (M. de Noailles) à Roger de Gaignières, qui vivait 
dans l'intimité des Noailles, et l'un des amis les plus dévoués de l'ab- 
besse de Fontevrault : <r Je ne me plains point de madame de Fonte- 
vrault, car je ne puis douter de sa bonne foi. Je la prie seulement de se 
laire obéir et de ne pas souffrir que ce religieux soit reçu davantage 
aux Filles-Dieu de Paris. » (Bibl. imp., Mss. 24,990, fol. 91.) 



UNE 

ABBESSE DE FONTEVRAULT 

AU xvir SIÈCLE 

GABHIELLE 

DE ROCHECHOUART DE MORTE M ART 






CHAPITRE PREMIER 



L'esprit cultivé et les talents de Gabriclle de Rochcchouart très-appréciés 
par les contemporains. — Sa naissance. — Elle a pour marraine 
la fondatrice des Sœurs de la Charité. — Elle éprouve d'abord de la 
répugnance pour le couvent. — Ce sentiment ne dure pas. — Ses 
parents la font revenir dans le monde. — Elle soutient une con- 
versation en latin avec le médecin du roi. — Rentre au couvent 
maigre sa famille. — Assertion contraire de madame de Caylus et 
de Saint-Simon. — Elle prend l'habit devant toute la cour. — Quitte 
l'Abbaye-aux-Bois pour suivre madame de Uiaulncs, supérieure à 
. — Est nommée abbesse de Fonlevrault, grâce à madame de 
Mont. sj»an. — Fondation de l'abbaye au douzième siècle, par Robert 
d*Ai 'brissel. — Influence qu'il exerce sur les populations. — Rùle et 
!•• des couvent* dans les temps féodaux. — Ils sont \r refuge 
des esprits délit.' et des opprimés. — Vires critiques dirigées contre 
Robert d 'Arbrissel. — Ses anciens amis reviennent à lui. — Le mo- 
de Fontcvrault se compose de trois couvents de femmes et 

1 



GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 

d'un couvent d'hommes. — Son fondateur adopte la règle de saint 
Benoît. — Il soumet les religieux à l'autorité d'une abbesse. — 
Costume des religieuses. — Les abbesse? étaient presque toujours 
de sang royal. — Gabrielle de Rochechouart succède à une fille 
naturelle de Henri IV. — Difficultés que fait le pape pour approuver 
sa nomination. — Elle est bénite en grande solennité au couvent 
des Filles-Dieu, à Paris. — Elle quitte Paris. — Est reçue triom- 
phalement à Orléans et à Fontevrault. — L'opposition qu'on avait 
faite à sa nomination est bientôt apaisée. — Elle gagne le cœur 
de ses religieuses. 



Une beauté pour le moins égale à celle de ma- 
dame de Montespan, l'esprit du monde dans ce qu'il 
a de plus aimable et de plus enjoué, un heureux 
fond d'indulgence et de bonté, une vertu réelle, 
avec cela de vrais instincts littéraires, un style épis- 
tolaire du meilleur aloi, le don des langues et l'étoffe 
d'un savant sans ombre de pédanterie, enfin une ap- 
titude pour les affaires à rendre jaloux un ministre : 
tels sont les trails principaux d'une célébrité du grand 
règne, d'une femme supérieure, sans nul abus du mot, 
dont je voudrais aujourd'hui esquisser l'histoire. S'é- 
tonnera-t-on si les contemporains n'ont eu pour elle 
que des sympathies, si Bussy-Rabutin l'a respectée, si 
le terrible Saint-Simon en a longuement fait l'éloge, si 
madame de Caylus en a crayonné le plus charmant 
portrait? Seule, madame de Sévigné a répété, nous 
dirons pourquoi, de méchants propos sur la sœur de 
mesdames de Montespan, de Thianges et du duc de 
Yivonne, sœur par l'esprit autant que par le sang, et 
qui contribua pour sa bonne part à la réputation pro-^ 



èBBESSB Dl ! ONTEVRAIM I. 3 

ialc des Morlemart. Toute simple, unie cl dénuée 
d'incidents qu'a été sa vie, clic mérite d'être racon- 
vec quelques détails. On y verra, comme dans un 
miroir fidèle , ce qu'était l'abbesse d'un des grands 
couvents de France, au milieu du règne de Louis XIV, 
alors que la puissance ecclésiastique avait encore tout 
pon prestige e( que le clergé était, ou plutôt s'appelait 
I premier corps de l'État. Divers écrits de sa com- 
tion paraissent avoir été brûlés par ses ordres; 
on ne connaît même d'elle jusqu'à ce jour, en fait de 
travaux de l'esprit, qu'un essai de quelques pages 
sur la Politesse. Je ne parle pas d'une traduction du 
banquet de Platon qui lui est généralement attribuée, 
sans preuves décisives. Et pourtant, d'après Saint- 
Simon, « ses moindres lettres étoient des pièces à gar- 
der, ses conversations ordinaires, même celles d'af- 
'aires ou de discipline, charmantes, et ses discours 
m Chapitre, tous les jours de fête, admirables 1 . » On 
it, en outre, dans un journal du temps : « Ses lettres 
circulaires sur la mort de ses religieuses et de ses 
îlles faisoient admirer la fécondité de son génie*. » 
Jue sont devenues toutes ces notices nécrologiques ? 
-a seule que nous ayons trouvée fait vivement re- 
kotter les autres. Par bonheur, nous avons recueilli 
;àet là un certain nombre de lettres familières de 
'aimable ahbesse à la marquise de Sablé et au doc- 
dit. Hachette, t. V, j.. 
lûires pour l histoire des sciences; Trévoux, décembre 4704. 



4 GABR1ELLE DE ROCHECIIOUART 

teur Vallant, si choyé et fêté pour ses ordonnances, 
à Segrais, à Daniel Huet, au père Rapin, le gra- 
cieux auteur des Jardins, au célèbre collectionneur 
Gaignières, à quelques religieuses de PAbbaye-aux- 
Bois, sans compter plusieurs lettres de direction aux 
couvents de l'Ordre, et divers mémoires sur des dif- 
ficultés administratives. La lecture en est attrayante, 
et je ne crains pas d'être démenti en disant qu'elles 
justifient de tout point le jugement de Saint-Simon et I 
des contemporains. D'autres, adressées à madame de 
La Fayette et les plus regrettables peut-être, semblent 
perdues sans retour; aussi ne savons-nous leur amitié 
que par ricochet. Ce qui reste suffit pour mesurer la 
portée de cet esprit toujours aisé et gracieux au milieu 
des occupations les plus sérieuses, soumis et orthodoxe 
quant aux doctrines, préférant avec les jansénistes la 
morale sévère, parce qu'elle lui paraît la seule con- 
forme aux règles de l'Évangile, dégagé, libre, élevé, 
se plaisant aux distractions littéraires et aux ré- 
créations de l'intelligence. C'est ainsi, c'est en étudiant 
dans leur intimité les hommes et les femmes qui, par 
le rang et l'esprit, tinrent la première place dans 
la période brillante du règne de Louis XIV, qu'on 
parviendra à comprendre ce siècle singulier, étrange, 
où des vices effrayants s'alliaient aux convictions reli- 
gieuses les plus sincères, où Molière faisait ses pâques 1 , 

1 Recherclies sur Molière, par M. E. Soulié, p. 79 et 261, note. 



1BBBSSB Dl ! ONTEVRÀULT. 5 

im deux prélats renommés, Daniel Quel et Fléchier, 

huaient «le très-galants madrigaux, où une abbesse, 

hstemenl estimée et respectée, cultivait les lettres, 

a poésie, et lisait, traduisait peut-être, en tout bien 

tout honneur, les passages les plus scabreux du divin 

Platon. 

Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart de Mor- 
lemarl était née en 1045 dans un pavillon des Tuileries 
qu'occupait son père, gentilhomme du roi, nommé 
depuis gouverneur de Paris 1 . Comme dans beaucoup 
de familles de son temps et de tous les temps, deux 
tendances opposées partageaient et troublaient la mai- 
son. Le duc de Rochechouart-Mortemart, que Tallc- 
mant des Réaux ne flatte guère, pouvait être consi- 
déré, sous le rapport de la fidélité, comme un détesta- 
ble mari, et nous savons en outre qu'il était, vers 1070, 
endetté de dix-sept cent mille livres*. Une fois entré 
dans la vie de désordre, un grand seigneur tel que 
lui ne devait pas s'arrêter à mi-chemin; c'est ce qu'il 
fit. La duchesse, née Diane de Grandseigne, avait les 
qualités contraires ; mais, sans énergie, et par suite 
sans influence, à ce qu'il semble, car son rôle dans 
la famille est complètement effacé, elle subit passive- 

1 Gabriel de Rochechouart, duc de Mortemart, seigneur de Vivorme, 

i 1600; gentilhomme de la chambre sous Louis XIII; pair de 

France en 1003; gouverneur de I'aris au mois de mars 100λ; mort 

le 20 décembre 1675. — Nous l'avons déjà fait connaître dans Madame 

de Montespan cl IajuLs XIV, p. 859 < t poiaiM* 

* Lettre de Colbert à Louis XIV du 17 juin 1074 [Madame de Moules- 
pan cl I/wU XIV, p. 224). 



GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

ment, comme tant de femmes, la situation qui lui était 
faite. Liée avec madame Legras 1 , qui fonda l'admi- 
rable institution des Sœurs de la Charité, elle la 
choisit pour marraine à sa fille. Les premières années 
de Gabrielle de Rochechouart révélèrent les dons par- 
ticuliers dont la nature l'avait favorisée. Une de ses 
nièces, qui la remplaça en 1704 comme supérieure de 
Fontevrault, dit qu'elle montrait, dès l'âge de sept 
ans, tant de raison et de modestie, d'esprit et de dou- 
ceur, qu'elle se conciliait tous les cœurs*. Élevée sous 
le même toit que le duc d'Orléans, frère de Louis XIV, 
elle jouait souvent avec lui. Quand elle eut onze ans, on 
songea à compléter par une instruction solide tant 
d'heureuses dispositions, et on la mit à l'Abbaye-aux- 
Bois. Elle y avait, dit-on, une répugnance extrême 3 ; 
mais il fallut obéir. L'affection que lui témoignèrent ses 



1 Louise de Marillac, veuve d'Antoine Legras; née en 4591, morte le 
15 mars 1662. 

2 Lettre circulaire de sœur Louise-Françoise de Rochechouart-Mor- 
temart, abbesse de Fontevrault, à l'occasion de la mort de madame 
Marie-Madeleine [Gabrielle] de Rochechouart-Mortemart, abbesse, chef 
et générale de cette abbaye et de tout V Ordre. — (Bibl. imp., imprimés; 
L. n. 27, 14,892.) 

Cette circulaire, attribuée à l'abbé Genest, de l'Académie française, 
est des plus intéressantes. Nous la reproduisons en entier à l'Appendice. 
On trouve à peu près tous les faits qu'elle contient, mais moins simple- 
ment présentés, dans YOraison funèbre de très-illustre et religieuse 
dame Marie-Madelcine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, ab- 
besse, chef et générale de V abbaye et ordre de Fontevrault, prononcée 
dans la grande église de V abbaye de Fontevrault, le 6 novembre 1704, 
par messire Antoine Anselme, abbé de Saint-Sever, cap. de Gascogne. 
— (ln-4, 50 p. Bibl. imp. Imprimés; L. n. 27, 14, 894.) 

3 Lettre circulaire, etc. 



U&BESSE DE rONTKVRATILT. 7 

maîtresses, l'attrait chaque jour plus vif pour l'étude, 
modifièrenl sensiblemenl ses idées, et le moment 
vint où l'aversion première semblé avoir fait place à 
une inclination irrésistible. Ce fut le tour des pa- 
rents de s'alarmer, et ils la reprirent auprès d'eux. 
Elle savait déjà l'italien, l'espagnol, le latin, et, un 
jour qu'on l'avait menée chez la reine mère, elle 
soutint devant Louis XIY, avec Yallot, son premier 
médecin, une conversation dans cette dernière lan- 
Que n'eût-on pas fait alors pour l'empêcher de 
retourner au couvent? Prières, promesses, reproches, 
tout fut inutile. « On lui proposa des mariages, 
dit sa nièce; elle persévéra dans sa résolution. Elle 
rentra dans l'Abbaye-aux-Bois sous prétexte de s'y 
éprouver encore. Là, elle souffre de nouvelles atta- 
ques ; une infinité de personnes considérables dans le 
monde et dans l'Église la sollicitoient sans cesse de se 
conformer aux volontés de sa mère ; mais elle ne pou- 
voit plus écouter d'autre voix que celle de Dieu qui 
l'appeloit 1 . » Ces sollicitations ne concordent pas, il 
est vrai, avec ce que dit madame de Caylus : « Je n'ai 
point eu l'honneur de connoître madame l'abbesse de 
Fontevrault; je sais seulement par tous les gens qui 
l'ont connue, qu'on ne pouvoit rassembler dans la 
m me personne plus de raison, plus d'esprit et plus de 
savoir. Religieuse sans vocation, elle chercha un amu- 

1 Letii < irculaire, etc. 



8 GABRIELLE DE ROCIIECHOU ART 

sèment convenable à son état ; mais ni les sciences, ni 
les lectures ne lui firent rien perdre de ce qu'elle avoit 
de naturel 1 . » Saint-Simon prétend de son côté qu'on 
l'avait contrainte, et qu'elle avait fait de nécessité 
vertu 5 . « Quoi qu'il en soit, à dix-neuf ans, elle 
prit l'habit en présence des deux reines, du duc d'Or- 
léans, de madame Henriette d'Angleterre. L'année 
d'après, elle prononçait ses vœux. C'est alors qu'elle 
commença l'étude du grec et môme de l'hébreu, 
pour lire le Nouveau Testament dans l'original. Ma- 
dame de Chaulnes 3 , qui l'avait dirigée à l'Abbaye-aux- 
Bois et qui l'aimait comme une fille, ayant obtenu 
du roi l'abbaye de Poissy, malgré les protestations des 
religieuses 4 , elle l'y suivit, et c'est là qu'elle apprit, le 
18 août 1670, qu'elle venait d'être nommée abbesse, 
chef et générale de l'abbaye et de l'ordre de Fonte- 
vrault 5 . 

Fondée la dernière année du onzième siècle par un 
prelre breton, Robert d'Arbrissel, dans un vallon in- 
culte arrondi en amphithéâtre, près de la Loire et 



1 Souvenirs; édit. Techener, p. 69. 

* Ce que disent madame de Caylus et Saint-Simon se rapporterait-il 
à la première entrée de Gabriellede Rochechouartà l'Abbaye-aux-Bois? 
11 résulte de tout ceci quelque incertitude sur un point très-important. 

3 Sœur du duc de Chaulnes, ambassadeur, gouverneur, etc.; morte 
en 1707. — Il faut voir Saint-Simon sur son caractère et ses travers. 
[Mémoires, t. V, p. 344.) 

4 D'après Saint-Simon, le jour de la prise de possession, elles fer- 
mèrent les portes de l'abbaye, qu'il fallut faire ouvrir de force pour 
installer la nouvelle abbesse. 

5 Lettre circulaire, etc. 



A^BBSSE I'i: FORTEYIUBIT, 

du Poitou, l'abbaye de Fontevrault élait devenue 
avec li 4 temps l'une des plus importantes et des plus 
riches communautés du royaume. Ses commencements 
avaient été étranges. Une éloquence passionnée que 
le- écoles «le Taris et d'Angers avaient admirée, des 
conversions nombreuses el éclatantes, nue foi ardente, 
avaient rendu Robert dWrbrissel populaire dans la 
Bretagne, le Maine et l'Anjou. Le célèbre prédicateur 
it ensuite caché au monde dans une modeste char- 
treuse élevée pour lui et quelques disciples au milieu 
de la forêt de Craon ; mais appelé en 1096 à parler 
devant le pape Urbain II à Angers, sa parole eut un 
tel succès qu'il reçut l'ordre de se consacrer désormais 
à prêcher l'Évangile. Une vie nouvelle s'ouvrait devant 
lui, et c'était le chef de l'Église qui la lui imposait. Les 
désordres des sociétés modernes disent ce que de- 
vaient être les mœurs des temps féodaux et du moyen 
âge. Robert parcourut les villes, les villages, les ha- 
meaux, couvert d'un sac, les pieds nus, la barbe 
en désordre, tonnant contre la simonie et le concubi- 
nage des clercs, contre la licence effrénée des grands, 
contre les vices et les péchés de tous. Les populations 
accourent à sa voix, sont touchées, subjuguées, et ne 
peuvent plus se passer de l'entendre. Châtelains et 
châtelaines, bourgeois et paysans, mauvais garçons et 
courtisanes, toutes les classes subissent le charme de sa 
parole, s'attachent à ses pas et lui forment un cortège 
que les écrivains de l'époque évaluent à plus de trois 

1. 



10 GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 

mille personnes 1 . On devine la confusion qui devait s'en- 
suivre; les récriminations éclatèrent bientôt. Aban- 
donnés de leurs ouailles, les prêtres des paroisses 
tonnent à leur tour contre celui qui les a dénoncés 
aux fidèles; l'évêque de Rennes, hier son ami, se joint 
à eux. Un autre grave personnage, Geoffroy, abbé de 
Vendôme, l'accable des plus sanglants reproches 2 . Mais 

1 D'autres contemporains disent cinq mille. Constatons que, vers le 
milieu du douzième siècle, la parole d'Abailard excita, mais dans de bien 
moindres proportions, un pareil enthousiasme. Je laisse parler M. Guizot : 
« A peine ses disciples eurent-ils appris le lieu de sa retraite, qu'ils ac- 
coururent de tous côtés, et, le long de la rivière (l'Ardisson, en Cham- 
pagne) se bâtirent autour de lui de petites cabanes. Là, couchés sur la 
paille, vivant de pain grossier et d'herbes sauvages, mais heureux de 
retrouver leur maître, avides de l'entendre, ils se nourrissaient de sa 
parole, cultivaient ses champs et pourvoyaient à ses besoins. » [Âbailard 
et Héloïse, par M. et madame Guizot. Nouvelle édition, 1853 ) 

La fondation des communautés religieuses qui s'élevèrent en si grand 
nombre du onzième au treizième siècle s'explique très-naturellement. 
« Les populations, dit M. Viollet-Le-Duc , voyaient un refuge efficace 
contre l'oppression, dans ces monastères où se concentraient les hom- 
mes intelligents, les esprits d'élite, qui, par la seule puissance que 
donnent une instruction profonde, une vie régulière et dévouée, te- 
naient en échec tous les grands du siècle... » Et ailleurs: « Rien de 
comparable au mouvement du onzième siècle vers la vie religieuse. 
C'est qu'en effet, là seulement les esprits d'élite pouvaient trouver un 
asile assuré et tranquille, une existence intellectuelle, l'ordre et la paix. 
La plupart des hommes et des femmes qui s'adonnaient à la vie mo- 
nastique n'étaient pas sortis des classes inférieures de la société, mais 
au contraire de ses hautes régions. C'est la tête du pays qui se précipi- 
tait avec passion dans cette voie... » [Dictionnaire raisonné de l'Archi- 
tecture française du onzième au treizième siècle, t. I, p. 124 et 255.) 

M. Yiollet-Le-Duc cite justement à cette occasion le passage ci-après 
emprunté au beau travail de M. de liéinusat sur Saint Anselme de 
Canterbury : « Les abbés de ces temps d'austérité et de désordre res- 
semblaient fort peu à ces oisils, grassement rentes, dont s'est raillée 
plus tard notre littérature bourgeoise et satirique : leur administration 
était laborieuse, et la houlette du pasteur n'était pas immobile entre 
leurs mains. » 

3 « Feminarum quasdam, ut dicitur, nimis familiariter tecum habi- 



kBBBSSE D1 FONTEVRAULT. 11 

1 un et l'autre avaient sans doute été trompés par de 
Taux bruits, car ils ne tardèrenl pas à rendre leur 
amitié à Robert. Pour Lui, affligé de leur blâme, recon- 
naissanl d'ailleurs les périls de cette vie nomade, il 
plania sa lente à Fontevrault. Grâce aux libéralités des 
Seigneurs de Loudun, de Montreuil-Bellay, de Mont- 
an, imités depuis par les princes et comtes d'An- 
jou, de Poitou, de Touraine et d'Angleterre, les bâti- 
ments du monastère s'élevèrent rapidement. A peine 
achevés, trois mille femmes (triste témoignage des mi- 
sères sociales et de la maladie des esprits!) y sollici- 
tèrent un asile. «Les hommes, clercs et laïques, disent 
les chroniques, furent échelonnés sur le coteau qui do- 
mine la fontaine d'Evrault, tandis que les femmes 
furent distribuées sur les flancs d'une autre colline, 
en face dé la première, de façon à laisser la source 
d'eau vive entre les deux camps. Un fossé hérissé d'é- 
pines leur servit de première clôture. Cette disposi- 
tion une fois adoptée, les femmes furent elles-mêmes 
divisées en trois communautés distinctes, selon 
leur condition ou leur conduite antérieure. Les trois 
communautés , toutes comprises dans l'enceinte 
du grand monastère ou grand muustier, eurent cha- 

tare permittis : quibus privât* verba ssepius loqueris et cum ipsis etiam 
et inter ipsas, noctu fréquenter cubare non erubescis. llinc tibi videris, 
ut asseris, Domini Salyatorû digne bajulare crucem, cum extinguere 

conaris maie accensum carnis ardnrem. Hoc si modo agis, tel aUquando 
'.>. novum et inauditum sed infructuosum genUf martyrii iiivonisti.» 
(Geoffroy, abbé de Vendôme, à Robert d'Arbrissel. — L'Anjou et ses 
monuments, par Godard-Faul trier, t. II, p. 157.) 



12 GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

cune leur oratoire particulier. La première, qui com- 
prenait les vierges et les honnêtes femmes, au nombre 
de trois cents, fut placée sous le patronage de la sainte 
Vierge ; la seconde, composée de femmes repenties, 
eut pour patronne sainte Madeleine; et la troisième, 
dans laquelle furent enfermées les infirmes et les lé- 
preuses, reçut le nom de moûtier Saint-Lazare 1 . » 

11 s'agissait de donner des statuts à l'abbaye nou- 
velle. L'histoire monastique des sixième et septième 
siècles offre divers exemples de couvents d'hommes 
soumis au commandement de Pabbesse d'un monas- 
tère voisin; il y en avait même un de ce genre à Poi- 
tiers au moment où Robert d'Arbrissel rédigea les 
constitutions de Fontevrault. Celait en 1119, vingt ans 
après la fondation de l'abbaye. L'observance de Saint- 
Benoit servit de modèle pour le grand moûtier. Les 
matines chantées à minuit, des jeûnes fréquents, des 
abstinences, un silence continuel, constituèrent une 
des règles les plus sévères du douzième siècle. Les 
vêtements furent ceux des Bénédictines : tunique 
brune, scapulaire de même couleur et d'étoffe gros- 

1 Les Vies des saints personnages de l 'Anjou, par dom Chamard ; 
le Bienheureux Robert d'Arbrissel, t. II, p. 16. — c< L'église des reli- 
gieux, ajoute dom Chamard, ne fut bâtie que bien plus tard, la ch;irité 
publique ne se préoccupant pas des disciples de Robert d'Arbrissel, les- 
quels en effet n'ont jamais été dans l'Ordre de Fontevrault qu'un acces- 
soire nécessaire, que des aides destinés à remplir auprès des religieuses 
les fonctions spirituelles ou temporelles qu'elles ne pouvaient exercer 
par elles-mêmes. x> 

Sur Robert d'Arbrissel, voir aussi VHistoire littéraire de la France 
t. X, p. 153. 



ABBESSE DE FONTEVRAU LT. 13 

sière avec un voile couvrant tout !<• visage. Ce ne fut 
jue plus lard que l« s Fontevristes prirent le surplis 
et Les deux tuniques blanches par-dessus leur coule 1 
noire à longues manches. Les religieux, établis uni- 
quement pour le service de l'Ordre, furent dispensés 
en partie de l'office du chœur, et des frères lais rem- 
plirent les soins domestiques. Les lépreux des deux 
- eurent des règlements et des bâtiments à part. 
Enfin, Robert d'Arbrissel voulut que non-seulement 
les veuves et les vierges, les lépreux et les femmes re- 
penties, mais encore tous les religieux prêtres ou 
laïques de l'Ordre, fussent soumis à l'abbesse du 
grand moûlier, et il nomma pour première dignitaire 
Pétronille de Chemillô. Si singuliers qu'ils paraissent 
aujourd'hui, ces statuts obtinrent l'approbation de 
Caliste II, et ils furent plusieurs fois ratifiés depuis par 
d'autres pontifes 8 . 

Rigoureuse au début, la règle de Fontevrault s'était 
peu à peu relâchée de son austérité, sans que des 
troubles graves fussent signalés. D'autres couvents 
d'hommes et de femmes se formèrent successivement 
d'après les constitutions de la maison mère, et il n'y 
en avait pas moins de soixante dans le royaume à la tin 
du dix-septième siècle. Un personnel aussi considé- 
rable disséminé sur une immense étendue de pays, 
tant de biens à administrer, d'intérêts à défendre, de 

1 Robe garnie d'un capuchon. 
* Dom Chamard; loc. cit., j». H 



14 GABR1ELLE DE ROCIIECHOUART 

questions de toute sorte à résoudre, donnaient à l'ab- 
baye de Fontevrault une importance exceptionnelle. 
Nombre d'abbesses, choisies dans la famille royale 
ou sur les marches du trône, attestent combien ce 
quasi gouvernement était convoité. La trente-deuxième 
et dernière depuis la fondation, quand Gabrielle de 
Rochechouart fut nommée, était Jeanne-Baptiste de 
Bourbon, fille naturelle de Henri IV et de Charlotte des 
Essarts, dame de Romorantin. Il faut bien reconnaître 
que madame de Montespan, alors triomphante et toute- 
puissante, fut l'unique auteur d'un choix aussi inat- 
tendu, et qu'un vif mécontentement éclata à Fontevrault 
quand on y apprit cette nomination. Est-il extraordi- 
naire qu'elle y ait été sévèrement jugée? Le pape Clé- 
mentX en fut de son côté étonné etaffligé. Trois dispenses 
étaient nécessaires, l'une parce que la nouvelle abbesse 
n'avait pas vingt-cinq ans, la seconde parce qu'elle 
changeait d'Ordre, la dernière parce qu'elle ne comptait 
pas cinq ans de profession. Nul doute que madame de 
Montespan et Louis XIV durent intervenir pour lever 
les obstacles. Dans tous les cas, l'affaire traîna en 
longueur. Heureusement pour l'abbesse de Fonte- 
vrault, un cardinal du consistoire l'avait vue à Paris. 
11 vanta son esprit, sa sagesse, son mérite. Le nonce 
du pape 1 écrivit dans le même sens, et Clément X se 
laissa fléchir. Elle fut bénite au couvent des Filles- 

1 Bargellini, nonce en France, de 16G8 à 1G74. 



kBBESSt l'i P0HT1 ykwlt. 15 

Dieu 1 à Paris, le 8 février 1671, par l'archevêque 
Harlav de Chanvalon, devant une foule immense. La 
reine, le frère du roi, loute la cour, te cardinal de 
bouillon, le nonce s'v trouvaient, ces deux derniers 
dans le chœur auprès de la reine, pour ne pas être 
confondus avec trente évoques en rochet et en camail, 
ni lii dire à madame de Sévignô que « les prélals 
furent un peu lâchés den'yavoirquedes tabourets*.» Les 
membres du Grand-Conseil, qui jugeaient les affaires 
de FOrdre, y étaient aussi. La cérémonie terminée, des 
religieux et religieuses de Fontevrault vinrent baiser 
la main gantée de la nouvelle abbesse, en signe de 
sujétion. Elle quitta Paris au mois de mars, voyageant 
à petites journées, et recevant sur sa roule des honneurs 
extraordinaires. Les magistrats la haranguaient à son 



1 Couvent de filles repenties fondé à Paris en 1220. « Les Filles-Dieu, 
dit l'abbé Lebeuf, sont une communauté située sur cette paroisse (Saint- 
iur), et elle est ainsi appelée parce que des religieuses de ce nom, 
établies au treizième siècle proche Saint-Lazare, s'y sont retirées dans 
nps des guerres des Anglois; car, auparavant, le lieu où elles 
m simple hôpital fondé par un particulier, Humbert des 
religieuses réformées de Fontevrault y furent introduites 
sur la lin du quinzième siècle. » (Histoire de la ville et de (on/ h- dm- 
Paris t. I, p. 117.) 
On lit, d'autre part, dans la description des monument* de Paris, 
Guilhermy, p. 252 : '< I.e passage du Claire couvre remplace- 
nt du mon; ! illes-Dien, fondées en 12-20, hors 
la ville, protégées par saint Louis, transférées, en roi), dans l'enceinte 
lesmursi' fontevrault. A l'époque où 
■ us avaient lieu au gibet de Montfaucon, les condamnés l'ai- 
t une station dans la cour des Filles-Dieu; on leur présentait 
le crucifix à baiser, de l'ean bénite, on verre de vin, et trois morceaux 
de {Min. » 
* Lettre du février 1 1 7 1 , 



16 GABRIELLE DE ROCHECHOUART. 

passage, et la foule pour la voir était telle qu'à la Made- 
leine d'Orléans, elle faillit être étouffée. Plus de dix 
mille personnes accourues de toutes parts assistèrent, 
le 19 mars 1671, à son arrivée à Fontevrault. Elle prit 
immédiatemenlla direction de son abbaye, et, au bout 
de peu de temps, disent ses biographes, elle eut ra- 
mené, par son habileté et par sa douceur, celles-là 
mêmes qui avaient manifesté contre elle les plus fortes 
préventions 1 . 



1 Arch. de l'Empire. L. 1,019. Biographie des abbesses de Fonte- 
vrault. — Lettre circulaire, etc. 



CHAPITRE II 



L'abbé Testu à Fontevrault. — Son caractère par trop mondain. — 
Louis XIV ne veut pas le nommer évèque. — Portrait qu'en fait 
Saint-Simon. — Insinuations de madame de Sévigné sur son séjour 
à Fontevrault. — Madame de Sablé averlit l'abbesse des bruits 
qui courent. — Vif chagrin de celle-ci. — Lettre remarquable à 
ce sujet. — Elle en appelle au bon témoignage de Pévèque d'Angers. 

— Elle parle au docteur Vallant des histoires qu'on fait sur Fon- 
tevrault. — Elle en est affectée. — Madame de Sévigné continue 
à la dénigrer et ne la trouve point jolie. — L'abbesse se fait 
peindre par Mignard. — Elle cultivait constamment son esprit. — 
Sa correspondance étendue. — Son intimité avec madame de Sablé. 

— Lettre piquante de celle-ci sur un sermon prêché à l'abbaye de 
Montmartre. — Elle ne trouve pas l'abbé Testu assez dévot. — 
Confiance de l'abbesse dans le docteur Vallant. — Elle le tient au 
courant de ses occupations et de ses lectures. — Conversion de 
madame de Thianges. — L'abbesse ne croit pas à sa durée. — Elle 
se plaint de la conduite de sa sœur à madame de Sablé. — Sa 
liaison avec madame de Saint-Aubin. — Libre opinion sur le jansé- 
nisme. — Elle admire les solitaires de Port-Royal et leur morale. 



Tout marchait donc au gré de la jeune et belle supé- 
rieure de Fontevrault. De son côté, désireuse de 
prouver aux couvents de l'Ordre que leurs intérêts ne 
péricliteraient pas entre ses mains, elle employait son 
crédit et celui de sa sœur pour obtenir, chaque fois 
que ces intérêts étaient en jeu, des solutions favo- 






18 GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

rables. Cependant, un vif chagrin, le plus grand peut- 
être quelle eut jamais, ne tarda pas à l'atteindre. Elle 
connaissait l'abbé Testu *, ce prédicateur de la cour, 
très-spirituel, très-disert, très-aimable, mais d'une 
amabilité un peu trop mondaine, extérieure. On sait 
que, malgré son talent et ses mérites, Louis XIV, 
de tout temps rigide en matière de dignité, de tenue, 
et qui, suivant la piquante remarque de madame de 
Sévigné, naimait pas le bruit quand il ne le faisait 
pas, ne put se décider à le nommer évêque, et se con- 
tenta de lui donner des bénéfices. Très-lié avec l'abbé 
de Rancé, faisant de fréquentes retraites dans diverses 
abbayes, rentrant ensuite dans le monde, gai et mélan- 
colique tour à tour, l'abbé Testu avait, rapporte Saint- 
Simon, « une infinité d'amis considérables dans tous 
les états ; bon ami lui-même et serviable, mais fort 
vif, fort dangereux et fort difficile à pardonner à 
quiconque l'avoit heurté. Il étoit grand, maigre et 
blond 2 ... » La nouvelle abbesse lui avait-elle fait pro- 
mettre de venir la voir? On peut le supposer, car, en- 
viron deux mois après son installation, le 15 mai 1671, 
madame de Sévigné écrivait à madame de Grignan . 
« L'abbé Testu est parti disant que Paris lui pèse sur 
les épaules ; il va droit à Fontevrault; c'est le chemin, 
cela est heureux. De là, il va à Richelieu, qui n'est qu'à 

1 Jacques Testu, né vers 1626, abbé de Belval, prieur de Saint-Denis 
et de la Chartre; auleur de divers ouvrages de piété ; membre de l'Aca- 
démie française en 1665 ; mort au mois de juin 1706. 

2 Mémoires, t. V, p. 194. 



ABBISSE l'K F0HTBVRA1N i. 19 

cinq lieues; il y demeurera 1 ... Vous voyoz qu'il ne 
s'accommode pas si bien de l'absence dé madame de 
Fontevraull que de la vôhv... » Puis* le 20 juillet sui- 
vant: « Madame de Chaulnefr 1 disait tantôt que l'ftbbé 
Testu, après avoir ôtô quelque temps à Richelieu, en- 
fui, sans autre I; ! oit établi à rontevrault, où 
il esl depuis doux mois. Le prétexte, c'est qu'il y a de 
la petite vérole à Richelieu. Si celte conduite ne lui 
est fort bonne, elle lui sera fort mauvaise 3 . » 

Les commentaires sont faciles à deviner. Comme à 
l'ordinaire, les insinuations grossirent bien vite, et, 
si l'on en croyait la coterie de Chaulnes-Sévigné, le 
scandale aurait été complet. L'une des amies de la 
jeune abbesse, l'aimable marquise de Sabié 4 , pensa 
avec raison qu'il était important qu'elle connût les 
bruits malveillants de Paris pour les réfuter et se 

4 Chez madame de Richelieu. Anne Poussard, fille de François, mar- 
quis de Fors, seigneur de Vigean, etc., veuve en premières noces du 
■ftre aîné du maréchal d'Albret, dame d'honneur de la reine ; morte 

mai 1084. 
8 Elisabeth Le Féron, duchesse de Chaulnes, veuve en premières noces 
du marquis de Saint-Mégrin ; morte le 5 janvier 1G99. 

5 Je ne sais qui a dit de l'abbé Testu qu'il passait ses quartiers d'été 
à Fontevrault et ses quartiers d'hiver auprès de madame de Coulanges. 
On ajoute que celle-ci ayant fait une grave maladie, II. de Coulanges 
allait partout répétant : « Qui en mourra? C'est l'abbé Testu. » 

I 1 iprès madame de Caylus, madame d'Heudicourt le recommandait 
un jour au roi, qui ne le trouvait a pas assez homme de bien pour con- 
duire les autres. » — c Sire, aurait-elle répondu, il attend, pour le de- 
venir, que v > té l'ait fait évoque. j> 

4 Madeleine d-- Souvré, □ \ mariée en 1G14 au marquis de 

. de la maison de Montmorency-Laval. Devenue veuve en 1640. 

elles* reti il d< Paris, où elle mourut, le lOjan- 

ivier 1078. M. Cousin lui a consacré un de ses plus charmants volumes. 



20 GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

mettre sur ses gardes; elle l'en informa. On a la ré- 
ponse à cette lettre, et le ton, l'émotion, l'accent qui 
y régnent, en font une pièce capitale. L'abbesse de 
Fontevrault dit tout d'abord qu'elle a bien compris et 
tout entendu. Elle est fort touchée du soin qu'a pris 
son amie de l'avertir, et en même temps fort en repos 
sur certaine affaire dont elle cherche à détourner son 
imagination, et qui, n'ayant aucun fondement, ne peut 
avoir une longue durée. Elle ajoute qu'elle ne veut 
pas faire pitié ; mais le poids de sa charge est déjà bien 
lourd, et il faudrait mourir si Ion vouloit encore être 
attentive aux persécutions du dehors. Tout à coup pour- 
tant, sa pensée semble faire volte-face ; ce calme dispa- 
raît, cette feinte tranquillité s'évanouit, la glace se 
fond, et la nature prend le dessus. 

« Dieu me fait la grâce de trouver des sujels de con- 
solation dans des circonstances dont je serois naturel- 
lement plus blessée, car de recevoir les plus grands 
outrages par des personnes auxquelles non-seulement 
on n'a jamais fait de mal, mais qu'on a aimées, et j'ose 
le dire, même servies en des occasions considérables, 
vous m'avouerez, Madame, que cela n'est point selon 
les règles communes, et qu'il faut bien que Dieu per- 
mette cet horrible renversement pour ma sanctifica- 
tion. Je le prie de tout mon cœur qu'il me fasse la 
grâce d'en faire bon usage et de regarder comme un 
bonheur une épreuve si extraordinaire. 

«Voilà, au vrai, les dispositions où j'essaye d'être 



Aiinr.ssi: ni: iontkvhault. M 

Sur ce sujet. Si, d'abord, il ii';i pas paru lant de mo- 
déi 



aîinn , cela est bien pardonnable, et vous m'avoue- 
rez qu'il y a des natures d'injustices qui font perdre 
tonte la douceur et toute la patience qu'on pourroit 
avoir dans des occasions communes. Vous voyez bien, 
Madame, que je vous déebarge mon cœur autant qu'on 
le peu! par lettre. Je vous conjure de n'en rien faire 
paroitre, et si vous m'aimez, de m'aider à oublier toutes 
i avauderies. Je ne veux pas mettre à d'autre usage 
les offres que vous avez la bonté de me faire, parce que 
tout le mal qu'on m'a fait est irréparable. 

« Au reste, je ne puis me passer de vous dire queje 
suis satisfaite de M. d'Angers 1 au delà de toute expres- 
sion, et qu'il n'y a point d'honnêtetés qu'il ne me fasse. 
Si vous lui écrivez, vous m'obligerez fort, Madame, de 
lui faire quelques remerciements pour moi. Si on vou- 
loit demander à ce prélat des nouvelles de ma conduite, 
j'aurois, je crois, le bonheur d'être autant louée par 
lui queje suis blâmée des gens qui sont à cent lieues 
de moi. Quoique cela soit très-vrai, je pense que j'au- 
rois mieux fait de ne le pas dire : mais je n'ai pu rete- 
nir ce trait de vanité ; l'extravagance des gens qui me 
persécutenl m'a fait faire celle-là, queje vous supplie 
tri —humblement de me pardonner. » 

Le coup avait porté, et cependant tout prouve que 

! Henri Arnauld, né en 1507; appelé d'abord M. de Trie, il avait 
commencé par suivre le barreau. 11 embrassa plus tard l'état ecclé- 
ique, et fut sacré évoque d'Angers à Port-Royal de Paris, le 
29 juin 1000; mort le 8 juin 1092. 



22 GABRIELLE DE ROCIIECIIOU ART 

madame de Sévigné n'avait accueilli et colporté qu'une 
calomnie 1 . On croit y voir une allusion nouvelle dans 
ce quel'abbessedeFonlevrault écrivait le 7 janvier 1673 
au docteur Vallant 2 , à qui l'on doit la conservation de 
la meilleure partie de ses lettres : 

« Quoique je sois touchée vivement de l'exhortation 
que vous me faites sur le mépris qu'il faut avoir des 
choses de ce monde, je vous avoue cependant que je 
ne me trouve pas encore assez indifférente sur les bruits 
qu'on voudroit faire courre. Pour oser vous éclaircir 

1 -M. Cousin a dit à ce sujet : « Madame de Sévigné, aussi sévère en- 
vers ceux qu'elle n'aime pas qu'indulgente pour ceux qui lui plaisent, et 
qui ne pouvait souffrir tout ce qui tenait à madame de Montespan, dit 
avec sa malice accoutumée : « L'abbé Testu la gouverne fort. » L'abbé 
Testu ne la gouvernait point, et l'agréable commerce qu'ils avaient 
ensemble, et que madame de Sévigné relève en divers endroits avec 
une affectation marquée, était tout aussi public et aussi innocent que 
celui de madame de Sévigné avec Corbinelli, de madame de Sablé avec 
Esprit, de madame de La Fayette avec Ménage... » (Madame de Sablé, 
p. 260.) 

Je vais peut-être, à mon tour, être aussi injuste à l'égard de madame 
de Sévigné qu'elle était malveillante pour l'abbesse de Fontevrault, mais 
véritablement quand on songe à ses complaintes éternelles sur la ruine 
de sa maison et les dissipations de son gendre, à ses regrets incessants 
de ne pas voir sa fille à la cour dans une situation digne de sa beauté, 
à l'absence absolue de tout blâme sur la légitimation des enfants adul- 
térins de Louis XIV, on est tenté de se demander si elle n'avait pas 
ambitionné pour madame de Grignan le poste de madame de Montespan. 
Je ne dis rien, bien entendu, du vif désir qu'en avait Bussy-Rabutin, 
qui, lui, ne s'en cachait pas et en parlait crûment dans une lettre qu'on 
peut lire dans si correspondance. 

2 Vallant (Valant ou Valan), originaire de Lyon, où, d'après une 
lettre de madame de Sablé, il avait un frère marchand. (Les Amis de 
madame de Sable, par M. E. de Barthélémy, p. 351 et 567.) — Il était 
aussi le médecin de madame de Sablé, de la maréchale de Rocliefort, 
de la marquise de Guise, de madame de Motteville, de madame de Pé- 
rigny, et en outre, l'ami de Montausier et de ISicole. « Homme instruit, 
dit M, Cousin, aimant la littérature, et surtout fort curieux. » (Madame 



ÀBBESSK DE F ONTEVRAULT. 2:, 

l'histoire que madame Testu vous a commencée 1 , ce n'est 

le vous quejememéfie, nmimevouspouvezpenscr. 

[s dans quelle sûreléseroil ma lettre, dès que vous 
Sauriez entre les mains; mais je ne suis pas assurée 
do ce qui lui peu! arriver sur les chemins, et c'est ce 
qui m'empêche de vous dire ici ce que je vous conterois 

sincérité et avec joie, si je vous voyois. Vous sau- 
rez seulement en général qu'on a conté à Angers une 
listoire de Fontevrault très-fausse dans plusieurs de 

circonstances essentielles. Madame Testu, qui 
n'aime pas l'injustice, surtout quand elle s'attaque à 
ses amis, souffre très-impatiemment que des gens dont 
il y auroit grand plaisir d'être estimée, aient peut-être 
conçu de là une mauvaise opinion de moi ; j'en souffre 
aussi de mon côté; mais, voyant qu'on ne peut s'éelair- 

blc, p. 3.) Le 22 juillet 1685, madame de Sévigné annonce sa 
mort en ces termes : « Madame de La Fayette pleure et regrette ce 
pauvre M. Yalan, qui étoit, dit-elle, son médecin, son confesseur et son 
ami. > 

particularités manquent sur cet homme assurément distingué, 

u'il était honoré de pareilles amitiés. La Bibliothèque impériale 

'possède, sous le titre de Porte feui 'Iles Voilant, huit volumes in-folio de 

pir lui. Ce sont des lettres de personnages célèbres, 

s, des recettes médicales contre toutes sortes de mala- 

MM. Cousin et de Barthélémy y ont fait beaucoup d'emprunts; 

nous y puisons à notre tour de nombreuses lettres inédites. Il y a en- 

• la bibliothèque impériale, d'autres volumes de lettres de mes- 

lé et de Longueville, provenant des papiers de Vrillant. 

1 On peut conclure, il me semble, de cette lettre, qu'il y avait à l'ab- 

nede Fontevrault une madame Testu, et qu'elle était parente de 

la aurait, dans ce cas. motivé la 
Tisitc de l'abbé Testu de la manière la plus naturelle. On comprend 
tacme que l'abbesse d : as parlé d<> madame Testu 

dans sa réponse à madame de Sablé ; cela aurait ressemblé à une 
ffcstili cation 



24 GABR1ELLE DE ROCIIECHOUART 

cir de si loin, je me sers de voire exhortation pour 
prendre patience en celte rencontre. Je vous prie, 
Monsieur, de continuer à m'en faire 1 et de me 
donner toujours quelque part en vos prières. J'ai un 
besoin infini de tous ces secours dans la place où je 
suis. » 

Reconnaissons au surplus, la vérité l'exige, que les 
doutes persistèrent dans l'esprit de madame de Sévi- 
gné. Deux ans après, le 12 juin 1675, elle écrivait en- 
core que l'abbé Testu gouvernait fort l'abbesse dcFon- 
tevrault. Puis, le 6 septembre de la même année : 
« Je n'ai pas vu Mignard ; il peignoit madame de Fon- 
tevrault que j'ai regardée par le trou de la porte ; je ne 
l'ai pas trouvée jolie; l'abbé Testu étoit auprès d'elle 
dans un charmant badinage 2 . «Une lettre du 28 juillet 

* Des exhortations. Ce genre d'incorrection est le seul que l'on ren- 
contre dans les lettres de l'abbesse de Fontevrault. 

2 On voit que madame de Sévigné ne trouvait pas l'abbesse de Fonte- 
vrault jolie. « Il faut être pour cela bien difficile, s'écrie M. Cousin 
dans un de ses élans d'indignation ; nous renvoyons au portrait de 
Ganterel, et au témoignage unanime des contemporains. » 

M. Cousin fait remarquer en même temps que le portrait peint par 
Ganterel est de 1093, quand l'abbesse avait quarante-huit ans, et que 
celui de Mignard est de 1675. [Madame de Sablé., p. 258.) Qu'est de- 
venu ce dernier porlrait? 

Une autre lettre à madame de Grignan du 9 septembre 1G75 prouve 
qu'on s'occupait alors beaucoup de portraits dans la société de madame 
de Sévigné : « Je dis adieu au plus beau des prélats (Louis-Joseph- 
Adhémar de Monleil de Grignan, alors agent général du clergé) hier au 
soir. Il me pria de lui prêter mon portrait, c'est-à-dire le vôtre, pour 
le porter chez madame de Fontevrault, je le refusai rabutinement. . » 

On dira cependant, le 5 novembre suivant : « Madame de Montespan 
fut au-devant de ce joli prince (le duc du Maine) avec la bonne abbessc 
de Fontevrault et madame de Thianges. » On égratigne, et l'on fait patte 
de velours ; mais les égratignures sont plus fréquentes. 



àBBESSE I'!. I «in T i:\ii\ult. 25 

1680 nous apprend enfin que celle-ci avait dîné (liez 
l'aimable abbé 1 . Que conclure de là'.' Evidemment, lés 
calomnies de 1671 el 1673 n'avaient pas fait une im* 

sion sérieuse dans la société de l"abbesse de Fontc- 
vrault, et elle avait pris résolument son parti de les 
Mépriser, 

Si importantes que fussent (on en a de nombreuses 
preuves) les affaires de sa maison, elle les dominait et 
trouvait encore le temps de donner à son esprit les dis- 
tractions qui lui étaient particulièrement chères. La 
lecture, des traductions, des compositions diverses, 
un commerce non interrompu avec ses amis de 
Taris furent, pendant trente-quatre ans, ses délas- 
sements ordinaires. La correspondance avec madame 
de Montespan, l'auteur de sa fortune, qui eut tant 
d'incidents à lui raconter, et à laquelle elle n'épargna 
sûrement pas les conseils, dut être suivie, incessante; 
il n'en reste rien. Heureusement, les lettres retrouvées 
ouvrent encore bien des jours sur ses habitudes et son 
caractère. La première en date est de madame de Sablé. 
Avec une exquise cordialité, elle écrit à sa jeune 
amie, au début de leurs relations : « Au nom de 
Dieu, ma très-chère et très-aimable madame, ne me 
mettez plus un mot de cérémonie dans vos lettres. Tout 
ce qui me vient de vous qui est contraire à l'amitié 

1 Quatre an> après (1 er octobre lG8i), la rancuneuse marquise <•< rira 
ncore à sa tille : « 11 y a dix endroits dans votre lettre qu'il Eaudroit 
tnvoyer à Fontcvrault, s'ils étoient uiùlés avec des louanges de l'abbé 
festu. » 



26 GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

m'est insupportable. » Le ton et les plaisanteries de 
la spirituelle marquise sont bien quelquefois un peu 
vifs ; mais entre gens du monde, et du meilleur, cela 
ne tire pas à conséquence. 

« Le prédicateur de Montmartre prêcha dimanche 
dernier sur la tentation, et dit qu'il ne falloit pas se 
mettre tant en peine lorsque l'on étoit tenté ; qu'il 
n'y avoit qu'à dire non ; que David, étant vieux et 
comme usé lorsqu'il fit tuer le mari de Betsabée, ne 
pouvoit pas avoir une grande tentation ; qu'il y suc- 
comba, parce qu'il ne sut pas dire non ; que Joseph, au 
contraire, qui étoit jeune, sanguin, et vigoureux, en 
devoit avoir une fort grande; qu'il n'y succomba pas 
pourtant, parce qu'il sut dire non, et même laisser sa 
casaque; mais que, si elle avoit tenu au bouton, il 
ne savoit pas ce qui en seroit arrivé. — N'est-ce pas 
là un bon entretien pour des religieuses? Je ne sais 
pas comment madame de Montmartre 1 l'aura pris; 
mais je gagerois toujours cent contre un qu'elle en 
sera mécontente. » 

Une autre fois la marquise de Sablé, qui avait la 
première mandé à son amie, pour la mettre en garnie, 
les déplaisants commérages de madame de Sévigné, 
revient en ces termes sur le personnage dont la vi- 

1 « Françoise-Renée de Guise, fille de Charles de Lorraine, duc de 
Guise, et de Henriette-Catherine de Joyeuse; d'abord ahbesse de Saint- 
Pierre de Reims, puis de Montmartre en 1657; morte en 1682. Elle 
avait aussi pour médecin le docteur Yallant, qui nous en a conservé un 
assez grand nombre de lettres. » (Note de M. Cousin.) 



àtIBSSE IT. I .)\ll vi; \TLT. 27 

site à Fontevraull avail provoqué ces médisances : 

us avons quasi parlé devons deux jouis dînant, 
H. l'abbé Testu et moi. 11 me semble qu'il ne lui mon* 
que rien pour être un bon directeur que d'être un peu 
plus dévot. » Rien que cela ! Avouons que Louis XIV eut 
((Mit fois raison de refuser un ôvéché, malgré les sol- 
licitations des belles dames, à un abbé qu'elles ju- 
lent de la sorte. Quant à l'abbesse de Fontevrault, 
elle eût certainement mieux fait de tenir à distance cet 
ami compromettant. 

Mais c'est dans sa correspondance avec le doc- 
teur Y allant qu'on apprend à la bien connaître. 
Grave, sérieux, un peu lourd (des projets de lettres 
épars dans ses papiers le montrent assez), le docteur 
était tout le contraire de l'abbé Testu. Il avait été 
convenu entre eux qu'il lui ferait part de ses lec- 
tures, et qu'ils en raisonneraient ensemble. La jeune 
abbesse provoque souvent ces communications où elle 
se plail ; elle y répond môme et, un jour, elle argu- 
mente sur l'humilité, mais en suppliant gracieusement 
le docteur de ne point se moquer d'elle. Tantôt elle 
avoue ingénument que la honte Va prise de ne savoir 
rien de l'histoire de France et qu'elle en fait sa prin- 
cipale lecture; tantôt qu'elle est loin d'être parfaite, 
et que, de tous ses défauts, la vanité est encore le 
moindre. 

« Je sais très-bien que je ne remplis pas tous les 
devoirs de ma charge, que la force, la vigilance et la 



28 GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

ferveur, qui sont des qualités si nécessaires à une su- 
périeure, me manquent tout à fait. Ainsi, je vous as- 
sure que je ne suis encore nullement satisfaite de ma 
conduite. Souvenez-vous donc, Monsieur, de ne plus 
me donner à l'avenir des instructions si délicates, et 
commencez, s'il vous plaît, par m'exhorter à bien faire ; 
c'est de quoi j'ai besoin présentement. J'ai commencé 
depuis peu à lire la nouvelle traduction des Proverbes. 
C'est un livre admirable, et il me semble que j'y trouve 
bien des choses qui me sont propres. Si je vousvoyois, 
je prendrois grand plaisir à en parler avec vous ; mais 
il me semble que je serois Irop longue si je vous écrivois 
tout ce que je pense là-dessus. Cependant, il faut que 
je vous dise, pour l'honneur de la vérité et pour le 
mien, que je donne tout le temps qui me reste, après 
les affaires principales, à des lectures solides dont j'es- 
père profiter et qui me donnent même beaucoup de 
plaisir. Je sais que vous me souhaitez assez de bien 
pour apprendre cela avec joie. » 

Quoique toujours affectueuse et tendre, la corres- 
pondance avec madame de Sablé ne fut pas des plus 
actives ; nous n'avons d'ailleurs vraisemblablement 
qu'un petit nombre des lettres de l'abbesse à sa 
vieille amie. Quelques-unes sont surtout intéres- 
santes par un ton de confiance et un abandon char- 
mants. On a vu celle de 1671 sur l'abbé Testu. 
Deux autres des mois de janvier et de juin 1674, con- 
cernant madame de Thianges et sa conversion, ne sont 



ABBBSSfl 1»K FONTEVRAULT. 18 

pas moins curieuses. Madame de Sévigné a raconté 
! plaisamment 1 , que cette conversion se manifestait 
surtout par des algarades aux domestiques qui, à 
table, versaient des rasades comme auparavant, et par 
des temps d'arrêt risibles, au moment de lancer une 
médisance. La marquise de Sablé en écrivit sans doute 
un peu différemment, et l'abbesscde Fonlevrault lui 
répondit, tout en se réjouissant de la nouvelle, que la 
conversion de sa sœur ne serait solide que si elle quit- 
tait la cour. « Je ne puis croire, non plus que vous, 
ajoutait-elle, qu'on puisse soutenir dans ce pays-là une 
vie aussi austère que le doit être celle des véritables 
chrétiens, surtout de ceux qui, ayant été engagés dans 
les liens du monde, doivent songer à faire une sérieuse 
pénitence.» Avait-elle tort? On voit là que l'affection 
pour madame de Thianges n'était pas bien grande. 
Quelques mois après, nous avons sur elle le cri du 
cœur. La plus bautaine des marquises avait assez mal 
u une religieuse que Pabbesse de Fontevrault lui 
avait recommandée. 

« Je n'ai été nullement surprise, écrivit celle-ci à 
madame de Sablé, de la froide réception que madame 
de Thianges lui a faite : cela ressemble à tout le reste 
i conduite à mon égard, et je commence à croire 
qu'elle se tait un point de conscience de me maltraiter, 
mt que ce déchaînement a commencé presque en 
même temps que sa dévotion, et qu'il subsiste sans que 

1 Lettre du 5 janvier 1 

2. 



30 GABRIELLE DE ROCHECIIOUART 

j'en puisse deviner le fondement; car, enfin, Madame, 
je ne lui ai rien fait en ma vie, et il me semble même 
que, quand je l'aurois offensée, Péloignement et l'a- 
bandon où je suis devroient naturellement faire cesser 
ses persécutions. Je vous dis cela, Madame, parce que 
j'aime à vous faire part de ce que je pense, et nullement 
pour que vous en fassiez usage. Je suis résolue à pren- 
dre patience, à me passer des gens et à me souvenir 
toujours des injustices dont ils sont capables, non pas 
pour leur en vouloir du mal, mais afin de n'être jamais 
assez sotte pour faire aucun fond sur eux. Voilà, Ma- 
dame, tout ce que je pense sur ce sujet. Si je m'y suis 
un peu trop étendue, vous vous souviendrez, s'il vous 
plaît, que vous m'avez mandé de vous dire toutes mes 
pensées sur celte affaire. » 

Bien que les visites affluassent à Fontevrault, et 
que l'abbesse, qui était, comme elle le dit en badi- 
nant, la plus grande daine du pays, se fit un plaisir d'y 
recevoir tour à tour ses meilleurs amis, la correspon- 
dance ne chômait pas. Plusieurs lettres d'un véritable 
enjouement, écrites dans les commencements à une 
dame de Saint-Aubin religieuse à FAbbaye-aux-Bois, 
où sans cloute elle l'avait connue, annoncent une liaison 
étroite. Une grave question, celle du jansénisme, y est 
touchée avec la plus complète liberté. Persuadée que 
ses lettres sont ouvertes (elle ne sait par qui), l'ab- 
besse de Fontevrault ne craint pas, tout en décla- 
rant qu'elle n'est pas janséniste, d'exprimer à diverses 



âBBESSE D1 K»M i vi;\n.T. :,i 

reprises sa prédilection pour la morale de ces Messieurs, 
et son admiration pour le grand Arnanld. « Je ne sais 
que d'hier, écrit-elle le 2 Février 1077) au docteur Yal- 
lant, les honnêtetés que M. A... a voulu nie taire... 
Prenez la peine de lui dire que ma vanité seroit agréa- 
blement flattée s* il étoit vrai que j'eusse quelque part 
h son estime.... » Puis, le 13 mai : « J'ai lu avec toute 
la complaisance possible les deux mots obligeants que 
II. A... a bien voulu dire sur la lettre que vous lui 
montrée. Vous me ferez un sensible plaisir de lui 
témoigner dans l'occasion que j'en suis très-reconnois- 
anle. Comme vous voulez savoir quelque chose de 
mes lectures, je crois vous devoir dire que je suis en- 
chantée des Constitutions de Port-Royal que j'ai lues 
depuis peu. Je trouve que toutes les religieuses n'en 
devroient point avoir d'autres, et je m'estimerois bien 
heureuse si je pouvois inspirer dans mon Ordre, et 
surtout dans cette maison, quelque chose de ce qu'elles 
prescrivent. » Enfin, une lettre du 16 mars 1674 à 
madame de Saint-Aubin nous livre, sur ce sujet im- 
portant, la pensée intime : 

« Je suis très-aise que Madame (la prieure de l'Ab- 
baye-aux-Bois) parle de moi avec amitié; mais assuré 
ment elle se trompe de me croire janséniste. Pour la 
doctrine qu'on leur impute, je ne l'ai pas; il est vrai 
que les livres de ces Messieurs me paroissent au- 
dessus de tout ce qu'on peut lire en notre langue, et 
que la morale qui y est enseignée, quoique très-rude 



32 GABR1ELLE DE ROCIIECHOUART. 

à la nature, ne laisse pas de me plaire, parce qu'elle 
est conforme à la seule et véritable règle, qui est l'É- 
vangile. Voilà ma profession de foi en raccourci. Je nej 
m'étonne pas qu'elle soit un peu suspecte chez vous,! 
puisque les gens qui y gouvernent ne me voyant pas 
de leur cabale, seroient bien aises de faire croire que 
je suis aussi séparée de l'Église que de leur empire. 
Comme leurs jugements ne sont pas ceux de Dieu, jei 
me console, et je suis môme assurée que, dès ce; 
monde, les honnêtes gens me feront justice. » 

Ces quelques mots francs et nets sur la morale sé- 
vère font plaisir à entendre. La profession de foi en\ 
raccourci à l'amie de cœur et pour elle seule, vaut en| 
effet cent fois mieux que des protestations retentis- 
santes, et répond assez bien, ce semble, quoique d'une 
façon indirecte, aux caquetages de madame de Sévigné. 



CHAPITRE III 



L'abbesse de Fontevrault est appelée à Paris pour la maladie de son 
pô rc . _ Klle dîne aux Carmélites avec la reine et madame de Montes- 
pan. — Le roi lui fait des cadeaux. — Son séjour à la cour. — Goût 
partii'iilier du roi pour sa société. — Saint-Simon constate l'exlreme 
décence de sa tenue. — Elle retourne à Fontevrault après la mort 
de son père. — Revient à Paris en 1G79. — Madame de Sévigné 
écrit malignement qu'elle a diné chez l'abbé Teslu. — L'abbesse ne 
fait plus le voyage de Paris que pour les affaires de son abbaye. — 
Refuse celle de Montmartre. — Est approuvée par madame de Mon- 
tespan. — Compose en 1674 un petit morceau sur la Politesse. — 
Genre de mérite de cette composition. — Elle fait des vers char- 
mants qu'elle brûle aussitôt après. — Traduit plusieurs chants de 
Ylliade. — On lui attribue une traduction du Banquet de Platon 
qu'elle aurait fait corriger par Racine. — Doutes à ce sujet. — Son 
affection pour madame de La Fayette. — Madame de Montespan et 
Segrais. — Agréable peinture de la vie de Fontevrault. 



Quelques rares voyages à Paris (on en connaît quatre 
seulement en trente-quatre ans 1 ), rompirent un peu 
'uniformité de la vie d'ailleurs si aclive que menait 
'abbesse de Fontevrault au milieu de son gouverne- 
nent. Nous parlerons plus loin de ses démêlés avec 
es évoques et archevêques des provinces où elle avait 
les couvents, de ses requêtes au roi, de ses procès 

* Lettre < ireulairc, etc. 



34 GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

au Conseil. Nous sommes en 1G75. Le duc de Morte- 
mart, son père, avait failli succomber à une attaque 
de paralysie suivie de rechutes fréquentes. Elle fui 
sans doute appelée en toute hâte. C'était le moment oùj 
Louis XIV, prodiguant les millions, achevait de faire 
bâtir à Clagny, pour madame de Montespan, un petit 
Versailles à la porte du grand. Après avoir vanté les 
splendeurs incomparables de ce séjour, madame de 
Sévigné écrit le 12 juin : « Madame de Fontevraulty 
doit passer quelques jours. Elle venoit dans la joie de 
voir son père qu'elle aime ; elle pensa mourir de dou- 
leur en le voyant en l'état qu'il est, sans pouvoir pro- 
noncer une parole, tout assoupi, tout prêt à retomber 
dans l'état où il a été ; cette vue la fait mourir. » Deux 
jours après, elle écrit encore que la reine a dîné aux 
Carmélites de la rue du Bouloi, avec madame de Mon- 
tespan et l'abbesse de Fontevrault. Singulier assem- 
blage, et en quel lieu ! Enfin, le 20 novembre : « Le 
roi a donné encore à madame de Fontevrault, outre 
les six mille écus, un diamant de trois mille louis; 
j'en suis fort aise 1 . » 

On a par Saint-Simon des détails indirects mais 



1 L'écu d'argent circulait pour trois livres. Sa valeur intrinsèque ac- 
tuelle est de 5 l'r. 48 c. Le louis d'or circulait pour 11 livres ; il contient 
'20 fr. 84 c. d'or. 

Si l'on a égard au pouvoir comparatif des monnaies d'or et d'argent 
en 1675 et en 1869, pouvoir que je considère comme étant environ cinq 
fois moins fort aujourd'hui qu'il y a deux siècles, Louis XIV, en don- 
nant à l'abbesse de Fontevrault : 1° 6,000 écus de 3 livres, soit 18,000 
livres; 2 8 un diamant de 5,000 louis d'or de 11 livres, soit 35,000 livres 



fcBBBSSE DI iomi.vumi.t. 3î> 

Irès-vraiscmblabics sur ce que dut être la vie de ma- 
dame de Fontevraull pendant ce premier séjour à Pa- 
ris. « C'étoit, dit-il, au fort des amours du roi et de 
madame de Montespan... A la vérité, elle ne voyoit per- 
sonne, mais elle ne bougeoit de chez madame de Mon- 
tespan, entre elle et le roi, madame de Tbiaugcs et le 
plus intime particulier. Le roi la goûta tellement *, qu'il 

I peine à se passer d'elle. Il auroit voulu qu'elle 
fut de toutes les fêtes de sa cour, alors si galante et si 

mifique. Madame de Fonlevrault se défendit toujours 
opiniâtrement des publiques, mais elle n'en put éviter 
irliculières. Cela faisoit un personnage extrêmement 
\sin<jnlier... » Saint-Simon l'excuse par le motif qu'on 
l'avait forcée à prendre b voile, mais on a vu que ce 
point est contestable. Il ajoute d'ailleurs qu'elle fut tou- 
jours très-bonne religieuse, et qu'elle « conserva une 
[extrême décence personnelle dans ces lieux et ces par- 



i'est-à-dire en tout 51,000 livres du temps, lui aurait fait présent de 

francs de nos jours. 

On ne saurait trop déplorer que de pareils cadeaux aient été faits 

'année même où leducdeLesdiguières, gouverneur du Dauphiné, écri- 

Colbert la fameuse lettre où il lui disait que « la j>lt<s grande 

habitants de la province n'avaient vécu pendant l'hiver (jue 

le pain de glands et déracines, et que présentement '20 mai 1G75) on 

I inijuit manger l'herbe des prés et VéCOTCe des arbres. » 
J'ai donné dans mon Histoire de Colber , p. 1279, la lettre entière, 
l'original autographe de la Bibliothèque impériale. Et qu'on 
qu'elle soit U seule de ce genre* Cent autres lettres <ie 
intendants et d'évêquea insistent sur l'affreuse misère 
les provinces ;'i cette époque. Voltaire, qui n'y fait pas même allusion, 
urait pu écrire sur ce siyet un chapitre formant un triste contraste 
brillants tableaux. 
cadeaux dont parle madame de Sévignc le prouvent bien. 



36 GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

tics où son habit en avoit si peu. » C'est probablement 
dans ce voyage que l'abbesse de Fontevrault connut 
Racine, Boileau, Segrais, Daniel Huet, madame de La 
Fayette. « Elle prenait un plaisir singulier, dit une 
de ses nièces, à voir les beaux ouvrages d'esprit. 
Les secrets de la philosophie, les règles de la morale, 
les profondeurs de la métaphysique et de la théologie, 
l'Écriture sainte (dont elle savoit marquer les textes) 
faisoient le sujet de ses entretiens avec les hommes les 
plus doctes, sans pourtant qu'il y eût jamais le moin- 
dre air d'affectation, donnant, pour ainsi dire, cette 
nourriture à son esprit pour entretenir et fortifier ses 
méditations, quand elle seroit retournée dans sa re- 
traite 1 . » Son père étant mort le 26 décembre 1675, 
elle dut s'empresser de rentrer à Fontevrault, qu'elle 
avait quitté depuis sept mois. Quels souvenirs elle 
y portait, et le moyen d'écarter de sa pensée ce 
qu'elle avait vu et entendu dans un milieu si diffé- 
rent ! D'autres nécessités la ramenèrent à Paris, no- 
tamment en 1079, en 1695, en 1700. On ne sait 
rien du voyage de 1679, mais tout porte à croire 
qu'elle avait été demandée par madame de Montespan 
dont la faveur touchait décidément à sa fin, et qui, 
pour comble de disgrâce, était soupçonnée par La Rey- 
nie, par Colbert, par Louvois, peut-être même par 
Louis XIV, d'avoir été en commerce avec les empoison- 

1 Lettre circulaire, etc. 



Ai'.r.r.sM; DE I <>m i.v h \ DIT. 37 

ncuscs que jugeait en ce moment la Chambre de l'Ar- 
senal 1 . Il y a des détails que Poli ignorera toujours; 
(mais les suppositions, les restitutions historiques sont 
| permises, et, selon toutes les apparences, Tiilibessc de 
|Fontevrault, dans ses conversations avec Louis XIV, avec 
Colbert, dut effacer les préventions injustes et préparer 
les apaisements qui suivirent. Ce séjour à Paris (elle y 
était arrivée vers la fin de 1079), fut assez prolongé, car 
le 28 juillet 1680, madame de Sévigné se donne le 
malin plaisir d'informer sa fille que madame de Fon- 
tevraull a dîné chez l'abbé Testu. Six ans se passent, 
et Tabbesse mande à Segrais (8 juillet 1086), après 
l'avoir instamment prié de venir avec sa femme lui 
faire visite à Fontevrault 2 : « Je n'envisage point 
que je puisse aller à Paris, et il est bien certain que 
je n'irai jamais sans une vraie nécessité, qui est 
chose assez rare. » Dix ans après, celte nécessité s'était 
sans doute produite, car l'abbesse se trouvait à Paris, 
»us savons par madame de Sévigné qu'en avril 
1690, elle assista, avec mesdames de Coulangcs et 
ie Montespan, à un sermon du Père de La Ferlé *. 
A 8 juillet 1099, madame de Montespan écrit à la 

1 Voy. notre ouvrage la Police êotti Louiê \l\\ ebap. VU. 

» On cite ce joli mot d'elle sur In Ui77, madame de Mainte- 

ion avait voulu lui confier l'éducation du duc 'du Haine. Retenu à Caen 
«r des liens de famille, Segrais, qui ne se souciait pas d'aliéner de non* 
causa liberté, refusa, en prétextant un peu de surdité. L'abix 
Btstrault, qui aurait préféré le voir à la cour, dit à ce sujet : « Qu'à 
ela ne tienne, il ne s'agira pas dYc nter le prince, mais de lui par* 
tr. » [Scgratàana, p. 135.) 

5 Le Père Louis de La Ferté. second fils du maréchal de ce nom ; 
*suite; né en 1059, mort en 1758, 

3 



58 GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

maréchale de Noailles : « Ma sœur est fort déter- 
minée à ne point aller à Paris, et je ne combats pas sa 
résolution. » Elle y vint néanmoins une dernière fois en 
1700, après avoir longtemps résisté, pour un procès 
qu'elle soutenait contre les évêques au Grand-Conseil. 
Une femme d'un esprit léger, futile, qui eût trouvé 
son plaisir dans les distractions et les relations mon- 
daines, se fût à coup sûr dégoûtée de sa province et 
eût mis tout en œuvre pour obtenir une grande abbaye 
à Paris ou dans le voisinage. Au lieu de cela, Pab- 
besse de Fontevrault fit, à plusieurs reprises, on 
le sait de source certaine par elle-même, exacte- 
ment le contraire. « Le monde, écrivait-elle à Segrais, 
le 27 avril 1686, attache le bonheur à des places où 
l'on ne peut trouver ni repos, ni plaisir, sans quoi, 
pourtant, je ne vois pas que l'on puisse être heu- 
reux. Je suis assez dans ce cas-là, et il est vrai, 
comme on vous l'a dit, Monsieur, que je n'ai point 
voulu en sortir. Ce n'est pas, comme vous voyez, que 
je manque d'en connoître les inconvénients ; mais c'est 
que j'en trouverois encore de plus grands à changer de 
poste. Après avoir passé tant d'années dans celui-ci, 
j'en tire le meilleur parti possible. Je m'accommode 
mieux que beaucoup d'autres "de la solitude ; je me 
divertis à lire, à bâtir, à jardiner, et mes affaires m'oc- 
cupent trop pour me laisser remplir tous ces goûts 
jusqu'à la satiété, ce que je crois même qui ne m'ar- 
riveroit pas quand je m'en occuperois toujours. » 



LBBESSB D| 1<>M i. v R \r i i. .7.» 

Nous avons enfin, sur ce point important, le témoi- 

pge de madame de Montespan écrivant l»'-l octobre 
i6!M>,au sujet de sa sœur, à la maréchale de Noailles 1 : 

« Vous ave/ su que le roi lui avoit offert autrefois 
Montmartre pour la rapprocher; elle le refusa par scru- 
pule, croyant devoir demeurer où elle éloit engagée. 
Depuis ce temps-là, sa charge est devenue bien pesante. 
L^édit de quatre-vingt-quinze* et l'abus qu'en font les évo- 
lues lui rendent son joug très-difficile à porter; cepen- 
dant, je ne crois pas qu'elle pût se résoudre à le quitter 
purement pour être à son aise; et pour moi, je vous 
avoue franchement, qu'à sa satisfaction près pour la- 
quelle je voudrois tout sacrifier, je l'aime beaucoup 
mieux à Fontevrault qu'à Montmartre. Quand on fuit 
de bonne foi, on aime mieux être loin que près, et j'ai 
même trouvé, dans le peu de temps que j'ai été à Paris, 
tant d'égards et de mesures à garder, surtout dans les 
apparences beaucoup plus que dans le fond, que la 
peine passoit beaucoup le plaisir. » 

Mais, quelle que fût l'activité de sa correspon- 

dam e, si nombreuses qu'on suppose les occupations 

que lui donnait l'administration de son Ordre, l'ab- 

de Fontevrault savait encore se faire des loi- 



1 Marie-Françoise de Bournonville, mariée le 13 août 1071 à Anne- 

Itili s, duc, puis maréchal de Noailles,de qui elle eut vingt-deux enfants; 

■ de quatre-vingt-treize ans, le 1(3 juillet 1748. 

lit d'avril 1095, en cinquante articles, portant règlement pour 

ridictUm ecclésiastique. IsunUit. Recueil des lois anciennes, 



40 GABRiELLE DE ROCHECHOUART 

sirs, et elle en profitait pour se livrer à ces travaux 
intellectuels que, depuis son enfance, elle ne cessa; 
d'affectionner. Elle avait écrit, vers 1674, pour ré- 
pondre à une question posée, un petit morceau sur 
la Politesse, qui circula parmi ses amis, et dont ma- 
dame de Sablé la remercia. Le mérite de cette compo- 
sition, qui compte à peine quelques pages, ainsi qu'il 
convient pour un sujet de ce genre, et qu'elle était loin 
de surfaire, consiste dans les nuances, les demi-tons. 
Aussi bien est-elle de celles qui veulent être lues, 
comme les ouvrages faits pour les salons, sans y atta- 
cher d'impor lance, et dont le charme s'évaporerait 
à l'analyse 1 . Un écrivain qui paraît l'avoir connue 
a dit qu'elle faisait des vers excellents, mais qu'a- 
près une simple lecture, sa modestie les lui faisait 
jeter au feu 2 . De plus sérieux travaux, des ouvrages 
de piété et de morale, des maximes de conduite, 
(ce fut la grande mode de La Rochefoucauld à La 
Bruyère) l'occupèrent aussi. Enfin, les Mémoires de 
Trévoux de 1 704 disent qu'elle avait traduit quelques 
livres de Y Iliade, « Voyez madame de Fontevrault et 
madame de La Sablière 3 , écrivait Corbinelli 4 à Bussy, 

1 Nous la publions parmi les lettres, sous le n° 21, à l'année 1674. 

2 Mémoires de Trévoux, décembre 1704. 

3 Son nom était Hesselin ou Hessein; elle avait épousé Antoine Ram- 
bouillet de La Sablière. Très-connue par son amitié pour La Fontaine. 
Après uns intrigue avec La Fare, qui fit du bruit, elle se retira aux 
Incurables, où elle mourut le 8 janvier 1093. 

4 D'une famille originaire de Florence. Son père avait été secrétaire 
du maréclial d'Ancre. On connaît son intimité avec madame de Sévigné 
et Russy. Mort en 1710, dans un âge très-avancé. 



kBBBSSE m: i 09 I r.vi; mit. 41 

le 50 juillet I(>77: elles entendent Homère comme 
nous entendons Virgile. » On prétend aujourd'hui que 
l'abbesse de l'oulevrault ne comprenait le grec qu'à 
l'aide d'une version latine, et qu'elle aurait dû se 
servir de celle de Marsile l ; icin, pour la traduction du 
Banquet de Platon que l'abbé d'Olivet lui a attribuée en 
1732 l . Ce qu'on peut affirmer, c'est que les con- 
temporains la croyaient assez savante pour lire Homère 
et Platon dans l'original*. Cela dit, la traduction du 
Banquet n'en serait pas moins, dans la vie de la docle 
abbesse, si le fait est vrai, une singularité incom- 
préhensible, un des signes particuliers du temps. 
Nous n'avons pas à nous étendre sur cette œuvre 
où des conversations sur Y Amour servent de prétexte 
à la glorification de Socrale. Quant aux détails, il faut 
bien reconnaître qu'ils sont plus d'une fois intradui- 
sibles, et, quel que soit le prestige de Platon, on a de 
la peine à admettre qu'une abbesse ebargée de l'admi- 
nistration de soixante couvents et dont la vertu n'a 

1 C'est M. Cousin qui dit {Œuvres de Platon, t. VI, p. 411) que 
l'abbesse de Fontevrault avait traduit le Banquet sur le texte latin de 
Ficin. et quelle ne connaissait pris le moins du monde VorajinaL 

- Voici encore, à l'appui de cette assertion, une note écrite en 1607 par 
un anonyme : « Ce fut par le crédit de madame de Montespan, sa sœur, 
maîtresse de Louis XIV, que madame l'abbesse, en 1670, eut cette 
abbaye, il y a vingt-sept ans. Cette abbesse a bien de l'esprit et sait 
les langues /es! stfinteefl philosophie, théologie, histoire, etc. » (Arcli. 
pire. L. 1.010.) 

On lit, d'autre part, dans La Lettre circ ulaire à l'occasion de sa mort, 
qu'en 1005, c'est-à-dire à l'âge de dix- neuf ans, « elle commença d'é- 
tudier la langue grecque, co qu'elle a continué à Fontevrault, et que, 
pour lire le ment en original, à quoi elle ne manquoit 

aucun jour, elle prit même quelque teinture de la langue hébraïque. » 



42 GABRIELLE DE ROCHECIIOUART 

jamais été sérieusement suspectée, se soit attaquée à 
un dialogue dont on a dit avec raison qu'il s'y trouve 
tels passages qu'une femme lira même difficilement l , 
Ajoutons que rien ne démontre péremptoirement que 
Pabbesse de Fontevrault ait traduit le Banquet soit en 
entier, soit par fragments, l'authenticité d'une lettre de 
Racine à Boileau, seule preuve à l'appui produite jusqu'à 
présent, étant contestée par les fils mêmes de Racine 5 
Retournons à sa correspondance, car c'est elle qui 
nous fournit les plus précieux éléments de cette bio- 
graphie où, par bonheur pour celle qui en est l'ob- 
jet, les aventures et les accidents font complètement 
défaut. Quelques lettres nous mettent au courant 
de ses goûts, de ses prédilections, de ses sympathies. 
Au sujet des affaires sérieuses qu'amène chaque jour 
l'administration des nombreux couvents de son Ordre, 
elle écrit à Segrais : « Il est honnête de n'être pas tout 
à fait inutile dans le monde. » Et elle ajoute aussitôt : 
« Le commerce avec mes amis est ma consolation 
la plus sensible, et vous jugez bien, Monsieur, à quel 
rang je mets celui de madame de La Fayette. On 
trouve en elle tous les esprits avec une attention, une 
exactitude et une sûreté qui n'est assurément pas or- 
dinaire. Vous connoissez tout ce mérite-là pour le moins 
autant que moi, et vous n'en êtes pas moins touché. 



1 Victor Cousin, Œuvres de Platon, t. VI. p. 412. 

2 Voy.une étude spéciale que nous publions sur ce sujet à l'Appendice, 
pièce n° t. 



Al: lu SSB M FONT! Vi;\n i. 43 

Vous avez de plus le plaisir de la voir loua les ans, et 
c'est ce que je vous envie. «Revenant, l'année suivante, 
sur madame de La Fayette, elle dit encore: « Je suis 
toujours contente d'elle au dernier point ; elle m'écrit 
plus exactement que personne, et avec une attention 
d'autant plus agréable qu'on ne doit pas se la promettre 
dans un éloignement où Ton n'envisage point de lin. 
Comme vous avez souhaité de tout temps de nous voir 
unies, je crois devoir vous rendre un compte exact 
du bon succès qu'ont eu vos désirs à cet égard. » N'o- 
mettons pas un détail qui a son intérêt. En 1686, Se- 
grais avait entrevu à Paris madame de Montespan qu'il 
trouva encore belle, et il en fit compliment à l'ab- 
>e de Fontcvrault : « Je ne manquerai pas, répon- 
dit-elle, de lui faire savoir ce que vous m'avez mandé 
do la beauté des deux petits princes et de la sienne. Je 
suis certaine que cela lui fera un très-grand plaisir. » 
Enfin, la correspondance avec Segrais se termine en 
1699 par cette agréable peinture de la vie qu'on mène 
à Fontevrault . « 11 me paroît que toutes les personnes 
avec qui j'ai à vivre ont de l'amitié pour moi. J'ai la 
compagnie de ma sœur au moins la moitié de l'année, 
et cela en attire encore d'autres qui peuplent assez ce 
désert pour lui ôter la tristesse que pourroit causer 
une solitude trop grande et trop continuelle. » 



ciiapitui: IV 



Réponse au Père Rapin sur la mort du prince de Condé. — L'abbesse 
de Fontevrault se plaint à lluct de l'insubordination des couvents, 
qu'elle attribue aux pamphlets de Hollande. — Ses lettres de direc- 
tion à ses religieuses. — Elle leur défend la mondanéiié dans les 
habits. — Sévères prescriptions pour leur conduite dans les rapports 
c les confesseurs. — Elle interdit la citasse aux religieux de son 
Ire. — Son ami Huet est bien moins scrupuleux. — Elle main- 
tient son droit contre l'évêque de Saint-Flour sur les sorties des 
religieuses. — Obtient gain de cause dans une affaire analogue 
avec l'évêque «le Poitiers. — Édit de 1095 qui interdit aux religieuses 
de sortir du couvent sans la permission de l'évêque diocésain. — Lettre 
à ce sujet de l'archevêque de Reims au premier président de llar- 
lay. — L'abbesse de Fontevrault en appelle au roi pour le maintien 
de ses privilèges. — Elle insiste sur l'obligation où elle se trouve de 
plaider contre les évoques. — Curieux aveu qui lui échappe à l'occasion 
de ses privilèges. — Elle ne se lasse pas de solliciter leur maintien. 
— Mémoire remarquable à ce sujet. — Elle a recours au crédit de 
madame de Maintenon. — Lettre charmante qu'elle en reçoit. —Rare 
affection que celle-ci lui témoigne. — L'abbesse obtient (pie son 
affaire soit jugée par commissaires. 

Plus gracieux que grave, plus affectueux qu'élevé, 

le ton des lettres de l'abbesse de Fontevrault a parfois 

ndant de la noblesse sans recherche, et une certaine 

iité sans affectation. Une réponse au Tèrc Rapin 1 

1 Le Père Rapin René . néà Tours en I6ïi, auteur d'un grand nombre 

d'ouvrages, notamment «l'un poème sur Éci Jardins, trè— estimé; cor- 

3. 



4G GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

a particulièrement ce caractère et tranche sur 1 en- 
semble. Le prince de Condé venait de mourir. Le révé- 
rend Père ayant écrit à madame de Fontevrault à la 
suite de cette mort qui fut un événement, elle lui ré- 
pondit avec une simplicité qui a sa grandeur : « Si 
nous ne pensons à cette éternité dont vous avez si bien 
écrit et dont vous paroissez toujours occupé, ce n'est 
pas faute d'èire souvent avertis par de tristes expériences 
du néant de toutes les choses de la terre. Rien ne le 
prouve mieux que d'avoir vu disparoitre un homme 
comme feu M. le Prince. Sa naissance et son mérite lui 
faisoient occuper tant de place dans le monde qu'on 
s'imaginoit naturellement qu'il y tenoit plus fort que 
les autres. L'étonnement que l'on sent de la mort de 
ces gens-là est une preuve que l'on est dans' celte 
erreur sans s'en apercevoir. » 

De même, écrivant à Févêque d'Avranches 1 , avec qui 
elle fut, pendant plusieurs années, de concert avec 
madame de Montespan, en commerce littéraire, elle 
dira: «Les années, qui amènent tant de mauvaises 
choses, en amènent aussi de bonnes; elles donnent 
une attention plus scrupuleuse sur l'acquit des de- 
voirs qu'on ne l'a dans la jeunesse. En les examinant 

respondant de Bussy-Rabutin et fort mêlé au mouvement littéraire de 
son temps. Mort à Paris le 27 octobre 1687. — M. Léon Aubineau a pu- 
blic récemment trois volumes in-8° intitulés Mémoires du Père Rapin. 
Ces mémoires sont particulièrement relatifs à la question du jansé- 
nisme. 

1 Paul-Daniel Huet, né en 1650, sous-précepteur du dauphin en 1670, 
évoque de Soissons, puis d'Avranches; mort à Paris en 1721. 






\BBBSS1 Dl 1 0RT1 vi;\n i. 47 

de plus près, on les trouve pins étendus, et il est fiai 
u\ qui sont attachés à ma charge se sont 
ftiultipliés réellement depuis quelques années. Plu- 
sieurs supérieures ont fait la même remarque par rap- 
port à leur emploi, et soutiennent que le gouvernement 
est devenu plus difficile depuis quinze ou vingt ans, 
qu'il ne Pétoil avant ce temps-là. Je vais vous dire à 
quoi je m'en prends, au hasard que vous vous moquiez 
de moi. Je me suis imaginé que ces livres de Hollande 
qui ont inondé le monde depuis quelques années, et qui 
se sont glissés dans les cloîtres comme ailleurs, ont ré- 
pandu dos doutes et des demi-connoissances , dont les 
petits esprits n'ont pu tirer d'autre fruit que de se 
croire capables de juger de tout et de regarder la sou- 
mission aux lois comme un effet de la foiblcsse et de 
l'ignorance où ils vivoient avant ces belles découvertes. 
Mandez-moi, je vous supplie, Monsieur, ce que vous 
pensez là-dessus. » 

La lettre de Tabbesse de Fontevrault sur l'entrée 
clandestine des pamphlets de Hollande jusque dans les 
couvents de femmes et sur les germes d'insubordina- 
tion qu'ils y introduisaient, devra compter désonnais, 
venant de telle source, dans l'appréciation de l'état des 
esprits au dix-seplième siècle. Nous avons encore, 
en ce qui touche la discipline des couvenls, plu- 

rs lettres de direction qui sont des plus instruc- 
. Dans la première en date (28 mai 1674), elle 

'ainl du peu de soumission de quelques religieuses, 



48 GABRIELLB DE ROCHECHOUART 

des malignes interprétations qu'elles donnent à ses 
desseins, des cabales pour l'élection des mères prieu- 
res, des incessantes demandes de sorties, des infrac- 
tions à la règle qui n'autorise les confesseurs extra- 
ordinaires que huit fois l'année, infractions où elle 
voit un véritable libertinage d'esprit. Ces recomman- 
dations, qui n'étaient pas les premières, furent renou- 
velées bien des fois, notamment en 1677, en 1681, en 
1684, en 1686. La lettre circulaire de 1677 déplorait 
les médisances, les querelles, le peu d'union des reli- 
gieuses. « Ce qu'il y a de plus criminel dans cette con- 
duite, disait-elle, c'est que la plupart font passer jus- 
qu'au dehors ces aigreurs et ces médisances, et scan- 
dalisent les séculiers. » Elle défendait de plus la 
mondanéité dans les habits et les chaussures, moyen 
infaillible de se rendre désagréable à Dieu et ridicule 
aux yeux du monde. La lettre de 1681 était plus expli- 
cite encore. Elle renfermait les ordres les plus sévères 
sur les sorties fréquentes, la disposition des parloirs 
et des grilles, l'entrée au couvent des gens d'affaires 
et des ouvriers. Insistant sur certains points délicats, 
Pabbesse disait : « Les longs entretiens avec les confes- 
seurs, surtout quand ils sont jeunes, ne doivent nulle- 
ment être soufferts, si ce n'est à leurs confessionnaux. 
Nous en chargeons les consciences des mères prieures 
et de nos vicaires.— Nous ordonnons la simplicité et 
l'uniformité dans les habits et les coiffures. » En 
même temps, elle proscrivait absolument aux pères 



ABBESSE DE FONTEVRAULT. 49 

confesseurs le plaisir de la chasse qui est, disait-elle, 
andaleux 1 . Les trop fréquentes visitai au parloir et 
la multiplicité des directeurs furent l'objet principal 
Ile la circulaire de 168 i. Enfin, celle de 1686 s'éleva 
de nouveau très-longuement contre les autorisations 
de sorties accordées sans nécessité absolue, et énuméra 
les seules maladies pour lesquelles les religieuses 
pourraient se faire traiter hors du couv.nt. C'était la 
paralysie, L'épilepsie, l'apoplexie, les cancers, etc. 

Cette question des sorties occupa, dans la vie admi- 
nistrative de l'abbesse de Fontevrault, une place si 
sidérable et lui suscita, du premier jusqu'au der- 
nier joui", de si graves embarras, sans parler d'un 
nombre infini de procès pour lesquels elle écrivit, 
d'une plume mâle et vigoureuse, maints mémoires et 
factums que nous avons retrouvés, qu'il est indispen- 
sable d'entrer à ce sujet dans quelques détails. Elle 
avait eu, dès 1672, une difficulté sérieuse avec révo- 
que de Saint-Flour 8 , à cause de la défense faite par lui 
aux prêtres de son diocèse de donner la communion 



1 Son ami Huet n'était pas si scrupuleux. En effet, cinq ans après, 
•lorsqu'il était évêque de Soissons, le roi, < voulant favorablement le 
traiter, lui permit, sur sa demande, de chasser on faire chasser à tou- 
tes sortes de gibier, et pour cet effet, porter arquebuses et autres armes 
:'i feu dans l'étendue des garennes, terres et seigneuries dépendant de 
-ons. » (Arch. de l'Empire, Hegittrê du Secrétariat. 
0. r.O, fol. 581.) S'agissait- il seulement pour Huet de faire chasser, et 
ne tenait-il pas plus à manger le gibier qu'à le tuer? Je ne me charge 
pas de décider. 

- Jérôme <!<• La Motle-Houdancoort, éréque de Saint-Mour en ICCi, 
mort le 29 mai 1093, à soixante-seize ans. 



r,o GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

aux religieuses sorties de leur couvent sans sa permis- 
sion et d'absoudre quiconque, ecclésiastique ou régu- 
lier, aurait pénétré de même dans un couvent de reli- 
gieuses, de l'excommunication encourue par ce seul 
fait. Comme des couvents relevant de Fontevrault se 
trouvaient dans le diocèse de Saint-Flour, Fabbesse 
prolesta contre la décision de Févêque, par le motif 
que les constitutions de son Ordre, les bulles des papes 
et les lettres patentes de plusieurs rois autorisaient ces 
entrées et ces sorties en vertu de sa permission accor- 
dée dans des conditions déterminées. L'affaire fut 
portée au Conseil des dépêches qui la renvoya au Grand- 
Conseil, tout en stipulant que, provisoirement, les 
bénédictines du diocèse de Saint-Flour jouiraient de 
leurs anciennes immunités 1 . Prévoyant un échec, 
Févêque n'insista pas; mais la question se représenta 
bientôt sous diverses formes. Une autre fois (1684) 
c'est Févêque de Poitiers 2 , qui s'érige en réforma- 
teur des bénédictines de son diocèse, sous prétexte 
que leur discipline est trop relâchée, à quoi Fabbesse 
de Fontevrault répond finement que celle des sémi- 
naires est incomparablement moins sévère, et qu'il ferait 
bien mieux, au lieu d'empiéter sur les droits d'au- 
trui, de vivre en paix avec son chapitre. L'évêque de 
Poitiers invoquait, il est vrai, une bulle de quatre 
cents ans, mais celte bulle n'avait jamais été exécutée, 

1 Arch. de l'Empire. Arrêté de 1672. E. 1766, loi. 57. 
3 De La lloguette; il devint plus tard archevêque de Sens- 



u:n SSB DI i "Mi \l;\! I r M 

el l'abbesse en opposai! une autre en vigueur depuis 
I six cents ans. Cependant, alarmée, inquiète, ne vou- 
j lnnt pas laisser amoindrir sen autorité, sans nouvelles 
| d'un mémoire que madame de Montespan s'était char- 
gée de remettre au roi, elle lui écrivit directement, se 
jeta à ses pieds , implora sa justice, sa bonté, alléguant 
I par-dessus tout que la moindre diminution des privilè- 
ges de son Ordre « lui seroit si funeste qu'elle en dé- 
truiroit l'institut, la dignité singulière, la paix et la 
soumission.» 

Une nouvelle lettre à Louis XIV, du 26 septembre 
1696, prouve qu'elle avait eu gain de cause en 1664; 
mais, dans l'intervalle, un fait grave s'était passé et la 
situation était singulièrement changée. Au mois d'avril 
4695, un édit en quarante-neuf articles, nécessité sans 
doute par des circonstances impérieuses, avait réglé la 
juridiction ecclésiastique, et renouvelé d'une manière 
expresse les dispositions d'anciennes ordonnances con- 
cernant la discipline des couvents. Or, l'ôdit portait 
qu'aucune religieuse ne pourrait sortir d'un monastère 
ou y entrer, sous quelque prétexte et pour si peu de 
temps que ce fût, sans la permission écrite et motivée 
l'archevêque ou évêque diocésain 1 . Ajoutons que 
il de 1695 avait été inspiré par le premier prési- 

' Déjà l'article 31 de l'ordonnance di Bl< ta de 1579 portait 

c qu'aucune religii use ne pourroil sortir <le son monastère pour quel- 
jÊt temps et sous qu. Iqu.- couleur que ce lut, si ce n'est pour ■ 
■feitiiue approuM'-f de levéque ou supérieur, et ce, nonobstant tontes 
^Êpcnscs i ( » au i outrai i 



52 GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

dent de Harlay à qui l'archevêque de Reims 1 , le bouil- 
lant et remuant Le Tellier, écrivit à cette occasion 
(21 mars 1695) : « J'ai lu avec un très-grand plaisir 
l'édit concernant la juridiction ecclésiastique. C'est 
une pièce achevée dont l'Église vous aura d'éternelles 
obligations. Quand je ne saurois pas la part que vous 
y avez dans ce temps-ci et dans celui de feu mon 
père, je vous aurois reconnu dans cet édit, car il n'y 
a que vous en France qui soyez capable de faire un lel 
ouvrage 2 . » 

On voit par là contre quels adversaires l'abbesse 
avait à lutter. A la date où nous sommes, en 1696, 
c'est l'archevêque de Reims qui a entrepris de mettre 
l'Ordre de Fontevrault à la raison, et, comme beau- 
coup d'autres prélats font cause commune avec lui, 
la lutte est devenue encore plus vive. Poussée à bout, 
l'abbesse a de nouveau recours au roi, et elle s'écrie : 
« Faudra-t-il donc voir périr entre mes mains des 
privilèges qui* ont subsisté depuis tant de siècles? 
Celte décadence s'attribueroit à mon indignité per-' 
sonnelle, qui en effet auroit dû l'attirer, si Votre Ma- 
jesté, en m'élevant à une place si au-dessus de moi, 
n'avoïï bien voulu suppléer à tout ce qui me manque 
pour lasoutenir. Ce n'est que par là que j'aiconservéjus- 
qu'ici ce que j'ai reçu des princesses à qui j'ai l'honneur 

1 Charles-Maurice Le Tellier, frère cadet de I.ouvois; archevêque 
de Reims en 1671, mort en 1710, âgé de soixante-neuf ans. 

■ Depping, Correspondance administrative sous Louis XIV, t. IV, 
p. 155. 



ABBESSE DE FONTEVRAULT. 53 

do succéder, el si ce secours me manque, il est impos- 
sible que j'évite la honte dont Votre Majesté s'est en 
quelque façon engagée à me garantir. Je n'éviterois 
pas non plus un malheur plus essentiel, qui seroit de 
perdre l'estime et la confiance des personnes que je 
gouverne, et ainsi de ne pouvoir plus les conduire avec 
suives. » 

Quelques années se passèrent pendant lesquelles 
l'affaire parut, sinon réglée, du moins assoupie; elle 
engagea plus vivement que jamais en 1701 1 . De ce 
moment jusqu'à la fin de sa vie qui ne devait guère se 
prolonger, l'abbesse de Fontevrault fut sur la brèche, 
à la défense de ses chers privilèges. Dans une lettre 
au roi du 19 novembre, elle demande la permission 
de plaider contre les évoques. Elle ne s'était pas dé- 
fendue, disait-elle, cinq ans auparavant, contre l'ar- 
chevêque de Reims, et avait laissé rendre un arrêt par 
défaut pour ne pas déplaire au roi en paraissant s'éle- 
ver contre l'édit de 1695; mais d'autres privilégiés, 
chefs d'Ordre comme elle, avaient depuis soutenu leurs 
droits, et si elle restait inactive pendant qu'ils fai- 
saient l'impossible pour les maintenir, cette inaction 
■({ une tache, non-seulement à sa vie, mais encore à 
sa mémoire. Un curieux aveu lui échappe d'ailleurs 

1 Cppcndunt In Bibliothèque hûtoriqueàa PèreLelong mentionne un 

Arut tin Parlement qui déclare n bmiu fê la permimfion donnée par Vab- 

de Fonlevrault à sa êœn l tir de la dû turc (!<■ ton prieure . 

(Paris, 1700, in-i°.) Je n'ai pu découvrir cet arrêt. Les mémoires et 

facturas de l'abbesse de Fontevrault n'en font pas mention. 






54 GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

dans cette lettre, au sujet des privilèges auxquels l'édit 
de 1695 voulait mettre un terme. « Peut-être, dit-elle, 
aur oit-il plus été dans Tordre qu'ils n'eussent jamais été 
accordés ; mais, dans l'état où ils sont, les atteintes 
qu'ils souffrent sont souvent cause que la charité est 
blessée, sans que la discipline monastique en re- 
çoive nul accroissement... » A l'entendre, la nécessité 
pour les religieuses d'obtenir l'agrément des évoques 
ne remédiera pas aux abus des sorties. « Ces messieurs, 
ajoute-t-elle, ne connoissant point par eux-mêmes les 
religieuses qui ont besoin de sortir, ils s'en rapportent, 
comme de raison, au jugement de leur supérieur na- 
turel. Il arrive donc seulement que la religieuse sort 
avec deux permissions, au lieu qu'auparavant elle n'en 
avoit qu'une ; mais la sortie n'en est pas pour cela plus 
mesurée, ni moins longue. » Ce raisonnement était-il 
bien juste, et ne devait-on pas croire au contraire 
qu'une double appréciation des motifs invoqués pour 
justifier les sorties en réduirait le nombre? 

En attendant, les lettres succédaient aux lettres, 
les mémoires aux mémoires. Et non-seulement l'ab- 
besse de Fontevrault s'adresse au roi et à madame de 
Maintenon, dont la protection est toute-puissante ; elle 
sollicite la duchesse de Ne vers 1 , sa nièce, qui, grâce 

1 Diane-Gabrielle de Damas de Thianges, mariée en 1670 au duc de 
Nevers. — On a dit (que ne disait-on pas à la cour?) que madame de 
Thianges, sa mère, et madame de Montespan avaient voulu la donner à 
Louis XIV pour contre-balancer d'autres influences. Madame de Caylus, 
qui parle aussi de ces bruits, ajoute candidement : « Au défaut du roi, 
elle se contenta de M. le Prince. » 



ABBESSE M. i <>Mi.\ i; \n i. :,:, 

heaulô el au crédit dont elle jouit, peul lui 
tMre utile. Informée qu'un conseiller d'État, rappor- 
teur de l'affaire, M. de Pommerai 1 , est hostile au 

maintien des privilèges, elle lui écril une lettre des 
plus pressantes. Enfin, redoutant la décision du Grand- 

Conseil, elle supplie le roi (janvier 1702) de décider 
que l'affaire sera jugée pur des commissaires. Un mé- 
moire considérable fut alors produit en son nom ; il 
n'est pas signé, niais on peut affirmer qu'elle en est 
l'auteur : une dialectique serrée règne d'un bout à 
l'autre, et le plus habile avocat ne le désavouerait pas 8 , 
se de Fontevrault prouve, par des citations irré- 
futables, que des bulles nombreuses constamment 
en vigueur depuis six cents ans ont reconnu aux supé- 
rieurs et chefs d'Ordre le pouvoir de statuer, à l'ex- 
clusion de l'autorité diocésaine, sur les sorties des 
religieuses et l'examen des novices. En ce qui con- 
cerne le premier point, elle invoque plusieurs déci- 
sions des plus explicites, notamment un arrêt du 
Grand-Conseil du 11 mars 1695 rendu après douze au- 
diences de plaidoirie (un mois avant l'édit), et statuant, 
conformément à ses prétentions, dans un cas tout à fait 
semblable. « Depuis six cents ans que l'ordre de Fon- 
tevrault subsiste, dit-elle en terminant, MM. les Évoques 
n'ont point donné la permission de sortir, ni examiné 

1 Jean-Baptiste de Pommereu ou Pommereuil, marquis de Ryceis. 
* On lit flans la : ito aux couvents de 1 Unliv, à 

mon Elle foisoit elle-même ta mémoires et des 
excellents qui instruisoient et prrsuadoient les juges. » 



50 GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 

les novices, et l'on n'a pas vu que les sorties qui sel 
sont faites aient causé plus de scandale, qu'on ait recul 
plus de mauvais sujets, ni vu plus de réclamations dans 
les monastères qui le composent que dans ceux qui 
sont gouvernés par MM. les Évêques. Ainsi, il est beau 
coup mieux de laisser les choses comme elles ont tou- 
jours été, conformément aux saints canons et aux lois 
de l'État, que d'introduire une nouvelle disposition ca- 
pable de troubler la paix, le repos des consciences et 
le bon ordre de l'Église. » 

Le moment était critique. Les évoques avaient pour 
eux le droit nouveau, les dernières ordonnances, l'o- 
pinion, et ce qu'ils demandaient s'exécutait sans con- 
testation en Italie. Il fallait donc, ou tout était perdu, 
obtenir ce jugement par commissaires, seule chance 
de salut qui restât. L'abbesse de Fontevrault eut 
recours à celle qui pouvait tout, à madame de Main- 
tenon. Elle l'avait connue dans ses séjours à la cour, 
et leur liaison avait résisté aux tourmentes qui ame- 
nèrent la disgrâce de madame de Montespan. Diverses 
lettres de la rivale préférée prouvent qu'elle avait pour 
notre abbesse un véritable attachement, et qu'il en 
était de même du roi. 

« Je n'ai jamais changé de sentiment pour vous, lui 
écrivait-elle en 1686; vous avez touché mon goût et 
rempli mon estime ; j'ai cru ne pas vous déplaire, et 
tout cela, Madame, a subsisté dans tous les temps et 
subsistera toujours. Mais je vous demande en grâce de 



LBBKSSE DE FONTEVUAULT. 57 

me Iraitcr comme vous me Iraitiel et de m'estimer 
assez pour croire que ce que la fortune fait en ma fa- 
veur ne m'a point gâtée... J'ai dit au roi les chagrins 
que ses maux vous donnent et la joie que vous sentez 
du retour de sa santé. Il paroît qu'il compte fort sur la 
sincérité de vos protestations, et qu'il y a entre vous et 
lui une intelligence particulière et fort indépendante. 
Comptez, Madame, qu'il se porte bien, qu'il est très- 
gai, et que vous êtes mal avertie si vos nouvelles por- 
tent qu'il s'ennuie. Que j'ai de pente à causer avec 
vous, et que je leferois de bon cœur et bien franche- 
ment ! » 

Cette jolie lettre, une des plus affectueuses qu'ait 
écrites madame de Maintenon, donne le ton des rela- 
tions qui s'étaient établies entre elle et l'abbesse de 
Fontevraull. On peut croire que celle-ci les exploita 
habilement quand elle vit les privilèges de son Ordre 
menacés. Nous n'avons pas les suppliques ; mais 
les réponses sont là, et elles suffisent pour faire 
r des efforts tentés de ce côté. Les premières 
allusions à ces affaires datent de 1692. Le roi a reçu 
la lettre de l'abbesse et l'a portée plusieurs jours 
sur lui pour en parler au chancelier. 11 lui en a enfin 
parlé ; il paraît «railleurs qu'il veut écrire lui-même, 
if ans plus tard (avril 1701), madame de Main- 
t. non a remis une autre lettre au roi qui y répondra. 
Puis, au mois de décembre : « Le roi a lu votre lettre 
avec attention ; il trouve bon que vous disiez vos rai- 



58 GABRIELLE DE ROCHECIIOUART 

sons à M. le Chancelier ; loin de vous retrancher c< 
qui est permis aux autres, il vous accorderoit volonj 
tiers par son inclination ce qu'il refuseroit au reste! 
du monde. » Les dernières lettres manquent. Quoj 
qu'il en soit, l'abbesse de Fontevrault finit par ob- 
tenir, grâce sans doute à l'intervention de madame de 
Maintenon, que son affaire avec les évoques fût jugée! 
par commissaires. Voici en effet, ce qu'on lit dansunci 
note écrite en 1705 par un de ses amis. 

« MM. les Évoques de France voyant, en octobre 
1705, que le bureau des conseillers d'État commis- 
saires n'étoit pas favorable pour eux, touchant le 
procès qu'ils ont intenté à madame de Fontevrault et 
autres chefs d'Ordre, au sujet de la juridiction sur les 
religieuses qui dépendent d'eux, ils ont prié instam- 
ment M. le Chancelier que l'affaire ne fût point jugée, 
prétendant par là se maintenir dans le droit qu'au- 
cuue religieuse ne peut sortir de son monastère sans 
leur permission 1 . » 

Singuliers procédés en vérité ! Non-seulement les ju- 
ridictions étaient innombrables et, dans beaucoup de 
cas, déterminées par les fonctions ou le rang hié- 
rarchique des justiciables; mais l'une des parties 
pouvait, si elle était bien en cour, obtenir d'être 
jugée par des commissaires que le roi ou le ministre 
désignait. Que faisait alors la partie adverse? Sonuni- 

1 Archives de l'Empire. Monuments ecclésiastiques, — vin, Couvents 
de femmes, L. 1, 019. — Feuille volante, recto, 



ABBESSE Dl FOH i l'.viiMl i. 59 

que ressource étail de solliciter un ajournement qui 
laissât les choses en l'état, el Ton voit qu'il ne lui 
était pas refusé quand elle avail aussi quelque crédit 
el que sa requête était appuyée en haut lieu. Quelle 
contusion! quel arbitraire! quel mépris de la justice et 
du droit 1 



I I 



CHAPITRE V 



Importance de l'abbaye de Fontevrault à la fin du dix-septième siècle. 

— Longues contestations soulevées par les statuts. — Principaux 
règlements. — Grande autorité de l'abbesse. — Hommages qu'on 
lui rendait. — Ses exhortations et ses instructions aux religieuses. 

— Bossuet lui demande les règlements qu'elle avait faits et les pro- 
pose pour modèles. — Elle entreprend l'éducation de ses nièces. — 
Est bien moins portée que madame de Montespan à faire des prosé- 
lytes. — Modifications lâcheuses apportées par plusieurs abbesses 
à l'église de Fontevrault. — Gabrielle de Rochechouart consacre sa 
fortune à embellir l'abbaye. — Travaux qu'elle y fait exécuter. — 
Ses occupations multipliées. — Visite à Saint-Cyr. — Curieuses re- 
commandations de madame de Maintenon. — Elle voit le roi chez 
celle-ci. — Contraste avec les premières années. — Sa liaison avec le 
collectionneur de Gaignières. — S'est-elle occupée de le marier? 

— Conflit d'attributions avec l'évêque de Montauban. — Scandale que 
donne une religieuse de l'Ordre. — Mauvaise santé de l'abbesse. 

— Elle tombe malade et meurt comme une sainte. — Madame de 
Montespan n'était pas auprès d'elle. — Louis XIV est plus sensible 
à sa mort qu'il ne le sera plus tard à celles de mesdames de Mon- 
tespan et de La Vallière. — Regrets qu'il en témoigne à sa nièce en 
lui annonçant qu'il la nomme abbesse de Fontevrault. — Goût de 
Gabrielle de Rochechouart pour Plalon — Sa beauté à quarante- 
huit ans, d'après la gravure de Ganterel. — Son esprit aimable et 
sérieux. — Pureté de sa doctrine. — Sa grande humilité. — Juge- 
ment d'un de ses amis. — S'était occupée de l'instruction des reli- 
gieux pour former des prédicateurs et des confesseurs. — Son in- 
fluence lui survit 



On peut se représenter maintenant quelle était, vers 
ht (in du dix-septième siècle, la vie d'une abbesse 

4 



G2 GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

de Fontevrault, les graves affaires à régler, les pro- 
cès à soutenir pour le maintien des privilèges ou 
pour d'autres motifs, procès qui ne furent point par- 
ticuliers à la gestion de Gabrielle de Rochechouart, 
car ils se renouvelaient sans cesse depuis la fonda- 
tion de l'Ordre, et ils ne finirent qu'à sa suppres- 
sion 1 . Des contestations fréquentes avaient mis plus 
d'une fois en péril l'œuvre de Robert d'Arbrissel. 
Non-seulement les religieux, mais encore maints cou- 
vents de femmes fondés dans le royaume d'après la règle 
de Fontevrault, avaient essayé de se soustraire au com- 
mandement de l'abbesse du grand moûtier. Soutenue 
par les papes, protégée par les rois de France bien aises 
de disposer d'une si grande abbaye, et qui, dans l'es- 
pace de cinq siècles, y avaient appelé quinze per- 
sonnes de leur maison, la générale de l'Ordre finit par 
triompher de toutes les cabales, et à partir du dix- 
septième siècle, son autorité fut, sous ce rapport, in- 
contestée. C'est alors que des prétentions d'une autre 
nature avaient surgi. On a vu les difficultés qu'elles 
suscitèrent à Gabrielle de Rochechouart , et comment 
madame de Maintenon l'aida à les surmonter. Une fois 
délivrée de ce qu'elle appelait la persécution des évo- 
ques, la direction des âmes et les affaires administra- 
tives l'absorbèrent uniquement. Des papiers qu'on 
pourrait dire officiels établissent qu'il y avait en 1700, 

1 On en trouve la trace persistante dans la Bibliothèque historique 
du Tère Lelonar. 



iBBESSE DE FOWTBVH MM. o:> 

dans chacun des (rois couvents de femmes de Fonte- 
vrault, ccnl religieuses. A quelques pas de là, se for- 
maient, dans une sorte do séminaire, les confesseurs et 
les (lin (tours des soixante maisons de l'Ordre 1 . Nous 
>ns encore que l'abbesse consacrait la nomination 
des prieures régulièrement élues ou en commettait 
d'-autres à leur place, donnait seule la permission de 
Sortir, déplaçai! au besoin les religieuses, autorisait 
les vêtures, les professions, faisait examiner les no- 
tices, réglait les dépenses. Une fois Tannée, les cou- 
vents étaient inspectés par un des quatre vicaires 
visiteurs nommés par elle pour trois ans. C'est aussi 
tous les trois ans qu'ils députaient à Fontevrault 
le confesseur ou le visiteur de la province, et qu'à 
la majorité des voix, l'un d'eux était chargé d'in- 
specter le chef-lieu de l'Ordre 2 . A celte occasion, un 
chapitre avait lieu. L'abbesse y faisait lire les ordon- 
nances ou règlements projetés, et l'on discutait les 
affaires générales. Il résulte d'un autre document 
contemporain qu'elle nommait, changeait ou mainte- 
nait à son gré les religieux confesseurs, lesquels ne 
restaient en fonctions qu'autant qu'il lui plaisait, 
quantum nobis placuerit. Un mémoire de l'abbesse elle- 
même dit enfin « qu'on entrelenoit dans l'Ordre la 

1 La Circulaire nécrologique dfl ITOi dit soixante en tout; une note 
manuscrite du carton L, 1019 des Archives de l'Empire parle de Cô, 
en IToi». 

* Un autre document porte que cette inspection devait être faite par 
un religieux n'appartenant pas I l'Ordre môme de Fontevrault. 



G4 GABRIELLE DE ROCHECIIOUART 

liaison et la correspondance de tous les corps poli- 
tiques. » Ajoutons, pour achever de donner une idéei 
de la déférence due à son rang, que les religieux et, 
religieuses faisaient, en passant devant elle, une gé-j 
nuflexion 1 . 

Il faut évidemment se méfier des panégyriques, mais 
il y a dans les panégyriques mêmes des faits dont la 
vérité ne peut être mise en doute. Celui de l'abbesse de 
Fontevrault constate qu'elle prononçait non-seule- 
ment des instructions, mais encore des sermons, à la 
manière des meilleurs prédicateurs; qu'à une assem- 
blée générale, elle en fit un des plus remarquables 
sur la dignité du sacerdoce; qu'on accourait de très- 
loin à ses discours de vêture; que ses exhortations 
aux religieuses mourantes étaient d'une onction irré- 
sistible , et ses lettres circulaires , à l'occasion de 
la mort de ses religieuses, des modèles de narration 
simple et naturelle. Frappé de l'excellence de ses 
règlements, Bossuet en avait demandé des exem- 
plaires « pour y apprendre, disait-il, à gouverner les 
religieuses de son diocèse. » Si absorbée qu'elle fût, 
l'abbesse de Fontevrault s'était chargée de l'éducation 
de ses nièces et de quelques parentes. Une de ses 
préoccupations principales était de leur donner le goût 
de la lecture, « afin de dissiper, disait-elle, les dange- 
reuses chimères qui s'emparent d'un esprit vif et 

1 Areh. de l'Empire, L. 1,019. Couvents de femmes. Notes et papiers 
divers. 



UtfiBSSE Dl iomtykui.t. 05 

oisif. » Doit-on s'étonner qu'une personne aussi éclairée 
ait été en même temps d'une réserve et d'une mesure 
extrêmes en ce qui touchait le chapitre des vocations? 
«L'abbesse de I ontevrault n'a pas pris la tyrannie des 
religieuses qui veulent arracher les filles à leurs pa- 
rents... Elle passe pour sainte dans la province; je 
vous tais celte confidence-là. » Sait-on qui écrivait de 
la sorte? Madame de Montespan elle-même qui, dans 
son ardeur de prosélytisme (il faut s'attendre à tout 
des natures passionnées), persécutait la maréchale de 
Noaillcs pour lui faire mettre deux de ses filles à Fon- 
tevrault. 

Elevée et agrandie à diverses époques par la libé- 
ralité des abbesses, des seigneurs de la contrée et 
des princes Plantagencts, que secondait l'active coopé- 
ration des fidèles, cette abbaye offrait le curieux et 
intéressant spectacle des divers ordres d'architecture 
tour à tour en faveur depuis sa fondation. La forme 
byzantine, l'art roman et l'art gothique, le style Re- 
naissance y étaient représentés dans leurs évolutions 
principales. Pendant longtemps, on s'était borné à 
accroissements. La belle église abbatiale, dont 

nef se distinguait par quatre coupoles à pen- 
lentifs disposées avec un ait parfait 1 , avait été com- 
nencée en 1101. Terminée vers 1120, elle avait 
uccessivement reçu les tombeaux de Robert d'Ar- 

tionnaire raisonné d" V Architecture française du onzième au 
l-ie-Duc, t. I, p. 171. 

4. 



{\U GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

bris sel, de Henri II Plantagenet, de Richard Cœur 
de lion, de Jeanne d'Angleterre, d'Éléonore d'Aqui- 
taine, de Raymond YII et d'Isabelle d'Angoulême. Les 
cloîtres, les réfectoires, la salle du chapitre avaient 
suivi, portant chacun le cachet du temps. Le moment 
vint où quelques abbesses, prises d'un beau zèle, son- 
gèrent à changer, corriger, enjoliver ce qui existait. 
Le malheur voulut que les principaux remaniements 
lussent faits vers le milieu du dix-septième siècle alors 
que les administrateurs et les architectes démolissaient, 
véritables iconoclastes, les chefs-d'œuvre de l'art go- 
thique, et que d'illustres prélats croyaient faire œuvre 
pie en encourageant ces dévastations sacrilèges, pour 
la plus grande gloire de l'architecture des jésuites, dont 
les églises de Notre-Dame des Victoires et de Saint- 
Thomas d'Aquin offrent aux Parisiens de si char- 
mants modèles! La première violation avait eu lieu 
en 1504 par Tabbesse Renée de Bourbon qui, pour 
réaliser quelques modifications intérieures, déplaça 
maladroitement les tombeaux des Planlagenets. En- 
vahie au mois de juillet 1562 par les huguenots, 
l'abbaye fut profanée, dévastée et mutilée. La tour- 
mente religieuse passa, mais les dégradations ne s'ar- 
rêtèrent pas. Louise de Bourbon s'était contentée, dit 
un historien contemporain, « d'embellir le grand autel 
et ses appartenances d'une riche et magnifique archi- 
tecture. » Nous ne connaissons que trop, hélas ! ces 
embellissements qui font un si fâcheux contraste avec 



ABBBSSE DE FONTE VU VI I ! 

le style des monuments gothiques. Il fallait faire 
cesser la dissonance. « En effet, dit agréablement le 
môme historien en parlant de deux tomberai des 
Plantagenels, ces deux ouvrages de pierre, quoique in- 
sensibles, étoienl néanmoins touchés, ce sembloit, de 
quelque sentiment de honte à la vue d'une face si riante 
et si agréable comme est celle de ce grand autel. Ils 
attendoient quelque main favorable qui essuyât celle 
pudeur et les relevât de cette honte en élevant sur 
leurs fondements quelque somptueuse structure de 
bâtiment. » Jeanne-Baptiste de Bourbon (c'était la 
fille naturelle de Henri IV) se chargea de ce soin. 
Comme les livres et les hommes, les monuments ont 
leur destinée, dans laquelle le fanatisme, l'incurie et 
la sottise, jouent un plus grand rôle que les ravages 
des siècles 1 . A la place de ce qu'on appelait le cime- 
tière tics rois, Jeanne de Bourhon fit faire des arcades ; 
elle bouleversa les cendres royales, éleva un mausolée 
commun où se dressèrent quatre statues juxtaposées. 
ne fut pas tout. Deux anciens groupes ne pouvaient 
tenir sous les arcades nouvelles et embarrassaient le 
chœur ; elle les remplaça par deux statues en marbre 
blanc. Une épitaphe, éclatant témoignage de son igno- 
rant-.', couronna l'œuvre*. 
On ne sait pas bien au juste quels furent les travaux 



» Tempu*cdaXi komoedaeior, disait Horace il y a bientôt deux mille 
* Honorât Niqueî, Histoire de FontewromU, citre par H. Louis Coura- 



08 GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

exécutés sous la direction de Gabrielle de Roche-] 
chouart. La circulaire adressée aux Fontevristes après 
sa mort raconte que des bâtiments somptueux avaientj 
été entrepris par Jeanne de Bourbon, mais faute d'être 
achevés, ils restaient sans emploi. La nouvelle abbesse 
forma le projet de les approprier différemment, et d'y 
abriter les pauvres vieillards et les orphelins sans 
famille, du pays et des environs. S'associant à ces 
fondations pieuses, madame de Montespan obtint du 
roi ou fournit une partie des fonds. L'abbesse ne mé- 
nageait pas non plus sa fortune. Parlant d'un taber- 
nacle, de colonnes et de balustres en marbre, dont elle 
avait orné l'église du couvent, celle qui la remplaça 
dit : « Elle a fait faire un soleil d'une excellente ciselure 
enrichi de pierreries d'un prix infini. Outre celles 
qu'elle a trouvées dans notre sacristie, elle en a fourni 
des siennes, et en a procuré d'autres en grand nombre 
(la circulaire n'ose nommer madame de Montespan 1 ), 
pour achever un si riche ouvrage. Elle n'a épargné ni 
soins ni dépense pour la réparation et l'embellisse- 
ment de notre maison... » De magnifiques dortoirs, des 
chapelles restaurées ou nouvellement élevées , de 
vastes salons, de spacieuses galeries, de beaux jardins 

jod, de la Bibliothèque impériale, dans un intéressant travail intitulé les 
Sépultures des Plantagenets à Fontevrault. 

M. Courajod a bien voulu nous autoriser à reproduire cette précieuse 
étude historique ; on la trouvera à l'Appendice, pièce n° XI. 

1 Elle dit ailleurs, au sujet des dépenses que l'abbesse n'aurait pu 
supporter : « Dieu y suppléa heureusement par une personne qui lui 
était proche. )> 



ABBESSS Kl. i oNTEYIUULT. 09 

reliés par de sombres allées (clic devait cet hommage 
nu Père Rapin) donnent une idée des amélioration* 
lires ou d'agrément qui marquèrent son passage 
et perpétuèrent son souvenir à Fontevrault 1 . 

un n'a pas oublié les inquiétudes continuelles que 
ui causaient ses procès avec les évoques au sujet 
delà sortie des religieuses, et la chaleur avec laquelle 
elle avait détendu les antiques privilèges de sa mai- 
son. La compagnie fréquente de sa sœur, les vi- 
sites de quelques amis, les œuvres charitables à or- 



1 On sait que l'ancien couvent est aujourd'hui une maison centrale. 

nteur d'un intéressant travail (l'Abbaye de Fontevrault, notice his- 
orique e» archéologique, par M. Malifaud; Angers, 88 pages, 1868) a 
rouvé dans cette circonstance le sujet de la sanglante épigraphe qu'on 
a lire : « Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière, et vous 
n avez fait une caverne de voleurs. » (S. Luc, xix, §4, verset 46.) 

M. Malifaud n'a-t-il pas raison? Ecoutons encore un critique des plus 
ompélents à tous les points de vue : « La partie la plus ancienne de 
église de Fontevrault est malheureusement la plus mal conservée. Le 
Bur tout entier et les transsepts, dont les voûtes abritent les sépul- 
solées des Plantagenets, sont encore consacrés au culte. Mais 
es quatre coupoles de la nef, morcelées par des cloisons, interrompues 
I des planchers, offrent un réfectoire au rez-de-chaussée, un dortoir 

la hauteur des pendentifs et de nombreuses cellules dans l'étage in- 
iiie. Ces dégradations sont d'autant plus affligeantes, que le 
este de l'abbaye a mieux échappé au vandalisme. Le cloître, magni- 
que et immense, la salle capitulaire revêtue de peintures historiques, 
2s grands corps de logis de la Renaissance sont intacts ; et si jamais la 
rance rougissait de voir ses plus illustres monastères souillés du nom 
n centrale, un mot du ministre suffirait pour faire de Fonte- 
rault autre chose qu'une prison. Même dans la nef, il n'y aurait guère 
u'ù démolir pour remettre les choses dans leur état primitif. » 
^architecture byzantine en France, par M. Félix de Yerneilh, in-i°, 

L'admirable al. Laye du Mont-Saint-Michel a cessé depuis peu d'an- 
d'étre une maison centrale; pourquoi celle de Fontevrault n'au- 
it-ellepas la même fortune? Il est bien permis de l'espérer. 



70 GABRIELLE DE UOCHECIIOUAIIT 

ganiser, les construclions à diriger, la correspondant 
administrative ou familière à tenir au courant, que; 
ques distractions littéraires aux heures de loisi 
prenaient le reste de ses journées. Trente-quatre ar 
nées s'écoulèrent au milieu de ces passe-temps et d 
ces travaux. Les excursions à Bourbon avec madam 
de Montespan pour motif de santé, les voyages à Pari 
pour les grandes affaires étaient les événements ex 
ceptionnels de cette vie si bien réglée, si calme et ei 
même temps si remplie. Dans un de ces voyages d'af 
faires qu'elle espaçait le plus possible, Pabbesse d< 
Fontevrault visita Saint-Cyr qu'elle ne connaissait pas 
Nous avons à ce sujet une curieuse lettre que madami 
de Maintenon écrivit à la supérieure pour l'inviter i 
faire avec un soin particulier, pour la circonstance 
la toilette delà maison. On y trouve, comme en tan 
d'autres, l'esprit correct et pédagogique, la précisioi 
militaire de celle qu'on pourrait appeler la comman- 
dante de Saint-Cyr. 

« Madame l'abbesse de Fontevrault doit venir di- 
manche ici ; elle y entendra la messe de dix heures 
dans la tribune du roi, où il faut mettre des carreaux ; 
elle y dînera à mon parloir ; on nous servira du dehors, 
et la maison n'en aura nul embarras. Je demande 
deux noires qui, avec les demoiselles que j'aurai, suf- 
firont pour nous servir. Je vous prie de charger mes- 
dames Gauthier et du Tourp d'entretenir les religieu- 
ses de sa suite, et de les mener par la maison, si elles 






tMBSSfi "I i OHTEVRAl L1 71 

veulent y aller. Oui'» les classes soient m bon ordre ; 
que 1rs plus belles ?oh chanienl ta psaumes à ve- 
rnis: qu'on chante à l'Élévation ce bel SakUaru en 
parties au milieu du chœur; que mon appartement soit 
propre et paré : enfin, ma chère fille, n'oublie! rien 
)our que toute La maison de Saint-Louis soit dans son 
usiiv : madame de Fontevrault ne l'a jamais vue 1 . » 
Dans un autre voyage à Paris, le dernier quelle 
levai! faire, Tahbesse de Fontevrault dîna (c'est Dan- 
jeau qui nous l'apprend) chez madame de Maintenon, 
;t y vit le roi qui revenait de Marly. C'était le 2 dé- 
cembre 1700. On se figure, autour du même foyer, 
es trois graves personnages, car le temps avait mar- 
ché, l'âge était venu, le ciel s'était assombri. Était-on 
issez loin des jours heureux où tout réussissait à 
,ouis XIV, où madame de Montespan et madame de 
laintenon se promenaient ensemble dans les voitures 
le la reine et vivaient dans la singulière intimité que 
'on sait, où la charmante abbesse de Fontevrault Ira* 
psait, sans s'y corrompre, la dangereuse atmosphère 
le Versailles et de Saint-Germain? Mais sans doute le 
■avenir du passé ne fut pas évoqué, car le présent 
■rail paru plus triste encore. C'est dans ce voyage 



édifiqnttt, l. I. p. i".*>. — Celte lettre porlc> 

lition Lavallée, la date du 1 er janvier 1897. Or, on lit dans la 

npnlaire écril renti de L'Ordre de Footerrault pat la supe- 

■requi succéda à Gabrielle de Rochechonarl que, députa sa nomi- 

ition, celle-ci n'était allée <i ue quatre fott à Paris, en 1075, 1079. 
1700. La lettre doitdonc èlre de 1095 ou de 1700. 



72 GADIUELLE DE ROGHECIIOUART 

que notre abbesse rencontra, chez la maréchale d 
Noailles, le célèbre collectionneur d'antiquités, de t; 
bleaux, de chartes et de manuscrits, Roger de Gai 
gnières 1 , qui devint à partir de ce jour un de se 
correspondants les plus assidus. Ne dirait-on pas, e. 
lisant la lettre suivante, dont nous n'avons pu trouve 
la clef, qu'elle se serait occupée de le marier? 

« Je viens de parler avec toute l'exactitude et tout 
la franchise dont nous étions convenus. J'ai bien pein 
surtout votre angoisse et votre insomnie dont on m'; 
dit qu'on ne doutoit pas, et qui a attiré les louange 
qu'on ne peut s'empêcher de vous donner. On ne trouv 
nul inconvénient dans l'affaire, et on se moque d« 
notre inquiétude. On ne juge point à propos d'entre: 
dans aucun éclaircissement, quoique je l'aie proposi 
à deux ou trois reprises. On vous attend demain 
midi, avec votre compagnie. Me voilà, Dieu merci, dé 
chargée d'un cruel fardeau. Je fais partir dès ceth 
nuit, afin que vous en soyez aussi déchargé à volr< 
lever ; je dirois à votre réveil, si je n'étois assurée qu( 
vous ne dormirez pas cette nuit. » 

Nous touchons aux derniers jours. Le Journal ch 
Dangeau constate que, le 5 septembre 1705, l'abbesse 
de Fontevrault représenta la reine d'Angleterre au bap- 
tême de la fille du duc de Bourbon, sa petite-nièce*. 

* François-Roger de Gaignières, écuyer; mort le 27 mars 1715, i 
l'âge de soixante-dix-sept ans. 

* Le 22 juillet 1699, madame de Montcspan écrivait à la duchesse 
de Noailles : «Il y eut hier deux filles qui prirent l'habit. Mademoiselle 



IBBBSSI DE ! "\ 1 1.\ i; mi i. TS 

de treiie ans, el que (a cérémonie eut lieu 
, l'abbaye. Quelques mois après (5 janvier 1704), 
■I adressai! un mémoire au secrétaire d'Étal La Yril- 
ii sujet d'un nouveau conflH d'attributions sur- 
•enu dans le diocèse de Montauban, à propos d'une 
■igieuse du couvent de Samt-Àignan « qui éloit tom- 
bée, disait-elle, dans une faute honteuse, à laquelle 
■aavoil dû appliquer la pénitence prescrite par les 
aitoiis 1 . » Enlevée du couvent de vive force par la 
h n «haussée du parlement de Toulouse pour quelques 
■auts qu'il avait relevés dans la procédure de la ju- 
Uiction ecclésiastique, cette religieuse s'était réfugiée 
ans un autre monastère de la province. L'affaire élait 
'autant plus grave que le complice paraissait elrc le 
■ré même de Saint-Àignan, et que l'évoque nouvelle- 
lent nommé à Montauban 2 s'était prononcé pour lui, 
ise de la contestation toujours pendante entre 
-se et les évoques. La véracilé du père visiteur 
B Fontevrault qui avait fait l'enquête ayant été sus- 
setée, l'abbesse invoquait en sa faveur le témoignage 



• u supputa que, dans sept ans, elle en feroit autant. Vous pou- 
ter de même pour mademoiselle votre fille, si vous ave/, le 
d'y i onsenti 
La mère de mademoiselle de Bourbon était mademoiselle de Nantes, 
de Louis XIV et de madame de Montespan. 
mblablemenf le t rrible cachot appelé tu paee t d'où l'on ne 
tait pas vivant? 

■ François d« irl d'Uauasonville de Vatibecourt, docteur de 

de l'an en l*>88, abbd de ta Chaseaigne, près de l,yon, 
Uontaubau le 15 août 17tr, ; 
rt le 17 avril 1750, âge de quatre-vingt 



74 GàBRIELLE DE IIOCIIEGIIOUAUT 

de Bossuet qui le connaissait. Voilà une nouvelle e 
triste preuve des soucis attachés, sous le régime de: 
vocations forcées, à l'administration des grandes coin 
munautés. Gomment se termina ce scandaleux procès 
On l'ignore. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il affectî 
péniblement l'abbesse de Fontevrault. Presque ton 
jours malade ou indisposée (ses lettres au docteui 
Vallant le prouvent bien), on lui avait conseillé, ver; 
le mois de juin 1704, de retourner à Bourbon dont le 
eaux l'avaient plusieurs fois soulagée ; elle s'y refusa 
ne voulant plus, dit-elle, chercher à guérir hors d< 
l'enceinte des murs où la retenait le devoir. Un extrêm. 
abattement, accompagné d'une mélancolie douce, m 
tarda pas à se produire, et la siluation s'aggrava rapi 
dément. Le 7 août, elle eut une petite fièvre d'un ca 
ractère inquiétant; le 15, elle fut prise de délire e 
essaya vainement de parler aux religieuses empres 
sées autour d'elle; le 15, elle s'éteignit « mourant 
rapporte sa nièce, avec une douceur qui tenoit plus d< 
l'extase et du ravissement que d'une séparation dou 
loureuse 1 ... » Elle avait à peine cinquante-neuf ans 
On voudrait, pour madame de Montespan, qu'elli 
fût accourue au chevet de la tendre sœur qui l'aval 
consolée aux mauvais jours et constamment aimée 
attirée. Qui sait? Sa vive imagination lui fit peut-êtn 
redouter les déchirements de la dernière heure ; i 

1 Lettre circulaire, etc. 



MB] SSI Dl POH n.viiM u. 73 

possible encore que, dans son affectueuse sollici- 
tude, la malade eûl ordonné, pour lui épargner l'émo- 
tion dos adieux suprêmes, de lui cacher son état. Celte 
morl prématurée, soudaine, lit dans tous les cas sur 
elle, malgré l'éloignemeAt, une impression profonde. 
Celle qui, en apprenant la fin subite de Monsieur, 
s'était mise à courir les champs 1 pour échapper à ses 
pensées, ne pouvait rester insensible à un événement 
qui la touchait de si prés. Elle était en ce moment à 
sa terre de Petit-Bourg, ou à Paris. La marquise 
d'Huxclles-, écrivit à une amie : « Madame de Mon- 

n a réfugié sa douleur près du duc et de la du- 
chesse de Lesdiguiéres 5 . » On sait que Louis XIV se 
montra complètement indifférent, en 1707, à la mort 
de madame de Montespan, qui ne Pcmpècha pas de 
courre le cerf, suivant Dangeau, immédiatement après 
en avoir reçu la nouvelle ; et, quatre ans plus tard , quand 
les expiations de sœur Louise de la Miséricorde eurent 
un terme, on constata chez lui la même impassibilité. 
\u contraire, lorsqu'on lui annonça que l'abbesse de 

levrault avait cessé de vivre, il se souvint de leur 
ancienne intimité. « Le roi, dit Dangeau à la date du 

oùt. nous apprit, à son petit coucher, la mort de 

• lc> r-xpro^sions de madame de Maintenon. (Lettre du 
20 juin 1701 à i • F.'iitevraul.) 

- M trie Le Bailleul, mariée en premières no.es au marquis de Rai 

ondes noces au marquis d'Huxelles. Morte en 1712, à l'Age de 
juatre vingt-cinq ans. 

lie-Victoire de Rochechouart, fille du duc de Vivonnc, ma- 
ïée au comte de Canaplcs, qui devint plus tard duc de Lesdiguiéres. 



70 GABIUELLE DE ROC11ECHOUART 

madame l'abbesse de Fontevrault; il la regrette extrê- 
mement. C'étoit une fille de baucoup de mérite et d'es- 
prit; elle n'avoit été malade que trois jours 1 . » Et 
Dangeau disait vrai. En effet, le 21 août, Louis XIV 
annonçait lui-même à sœur Louise Françoise deRoche- 
chouart, religieuse à Fontevrault, qu'il venait de la 
nommer à la place de sa tante, et sa lettre accentuait 
delà manière la plus expressive les regrets que lui cau- 
sait la mort de l'ancienne abbesse : « Je suis très-fâché, 
disait le roi, de la perle de madame de Fontevrault. J'ai 
cru ne pouvoir mieux la remplacer que par une per- 
sonne qui lui fût proche, et qui, ayant été élevée auprès 
d'elle, eût pris ses maximes et profité de ses exem- 
ples...» Inanité des passions humaines! Le souvenir 
des anciens entraînements et des jours d'ivresse était, 
malgré les liens du sang, devenu embarrassant , im- 
portun; l'amitié seule avait survécu. 

Je ne voudrais pas tomber à mon tour dans le pa- 
négyrique ; le moyen cependant de résister à tant de 
qualités charmantes, et faut-il, de peur d'êlre accusé 
d'exagération, refuser l'éloge à qui l'a mérité? Sous 
ce rapport, si Ton excepte la voix discordante de ma- 
dame de Sévigné, tous ceux qui connurent l'abbesse 
de Fontevrault, même les plus exigeants et les plus 
diftlciles, Bussy-Rabutin, Louis XIV, Saint-Simon, sont 



1 La circulaire nécrologique dit formellement que la fièvre s'était 
déclarée le 7 août, et que la mort eut lieu le 15, c'est-à-dire huit jours 
après . 



àlBKSSl in: F0H1 r.vii ai i i. H 

unanimes pour la louer. Nous avons dil pourquoi ma- 
dame de Sévigné ne l'aimait pas; 1a soûle réserve de 

Bain t-Si mon porte sur h s longs séjours à la cour pen- 
dant la faveur de madame de Monlespan, et nous 
trouvons avec lui que ce n'était pas sa place; mais 
n'en demeura pas moins une abbessc très-ver- 
(ueuse, très-eslimée, et très-digne de l'être 1 . On a 
vu les mol ils qui nous font douter qu'elle ait tra- 
duit le Banquet. Et quand elle aurait fait cette traduc- 
tion, le dix-neuvième siècle sera-t-il plus sévère à cet 
: «1 que le dix-septième? «Elle découvroil dans Pla- 
ton, disent les Mémoires de Trévoux, des beautés dont on 
ne s'étoit point aperçu, quoiqu'on eût passé beaucoup 
de fois sur les endroits qu'elle admiroit : elle perçoit 
au travers des images dont ce philosophe enveloppe 
la vérité, et y découvroit des trésors de morale, des 
tours d'éloquence, et une délicatesse de pensées que 
les génies médiocres ne peuvent démêler ; elle n'étoit 
pas moins touchée des beautés d'Homère, et elle avoit 
traduit les premiers livres de Y Iliade. » 

En résumé, esprit ouvert, pénétrant et étendu, douée 

d'une exquise politesse, gracieuse, avenante et digne 

tout ensemble, Tabbesse de Fontevrault ne se plaisait 

ifpas moins aux conversations du monde qif à celles des 

Minlits et des écrivains, dont un bon nombre la con- 

1 Saint-Simon parie <le téj<mr§, II y en a eu deux en effet, le pre- 
mier en 1675 pétulant In f'arrur , it un autre en 1G79-1080; maifl 
tn a vu plus li.iut que ce dernier fut fore' 1 , et à cette époque les préoc- 
n- devaienl passer les plaisirs. 



78 GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

sultaient et suivaient ses avis. Les contemporains 
parlent cle sa beauté. Un por Irait gravé par Ganterel 
en 1693, à une époque où elle avait déjà quarante- 
huit ans, confirme leurs éloges. Une robe noire, avec 
une guimpe blanche unie sans séparation au milieu el 
la croix d'abbesse au-dessous, relève la pureté du teint. 
Le visage est plein, arrondi, la physionomie calme el 
ouverte, l'air fin et placide, le regard veloulé, une vraie 
figure de religieuse dont nulle passion violente n'y 
altéré la sérénité. On voit qu'il s'est fait en elle une 
transformation, mais il est aisé de reconnaître aussi 
que la beauté avait dû être réelle, et l'on entrevoit sous 
les traits de l'âge mûr ceux des jeunes années 1 . 

Faut-il blâmer l'abbesse de Fontevrault d'avoir dé- 
fendu avec obstination les privilèges de son Ordre' 
D'abord, elle vivait sous le régime du privilège, et. 
nommée pour veiller au maintien des prérogatives de 
sa maison, elle n'aurait pu déserter sans honte, suivanl 



1 Voir ce portrait, dont M. Cousin parle dans Madame de Sablt 
(chap. v, p. 258), au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale 
La figure est vue de face. Le nom du peintre n'est pas sur la gravure 
mais c'était assurément un artiste de mérite. Ce portrait doit encon 
exister. On a vu plus haut que Mignard en avait fait un en 1675. 

On trouve également au cabinet des estampes, parmi les dessins d( 
Gaignières, un dessin colorié, format in-4°, représentant l'abbesse dt 
Fontevrault, à genoux, avec la crosse. On lit ces mots au-dessous 
« Peinture contre le mur à gauche en entrant dans le chapitre dt 
l'abbaye de Fontevrault. » (Voir à l'Appendice, pièce n° IX, Fresques 
de Fontevrault.) Le visage paraît avoir été peint d'après le portrait 
gravé par Ganterel ; l'exécution ne donne pas une haute idée du talenl 
de Gaignières. Une inscription de quelques lignes prouve l'identité du 
personnage. 



kBBBSSE DB F0HTI vi; \\ i r. ft 

ses expressions, une cause qu'elle devait regarder 
acrée. Nous avons parlé d cléments que 

divers prélats, au nombre desquels figurait Bossuet, 
donnaient pour modèle dans les couvents de leurs dio- 
soii espril était curieux, un peu hardi, si l'exa- 
men et la discussion L'attiraient invinciblement, sa 
toi était pure, sa doctrine orthodoxe, sa simplicité 
vraiment chrétienne. A ces traits pris çà et là chez des 
Contemporains, ajoutons, en puisant à la même source, 
que bien qu'elle connut les écrits des Pères de l'Église 
et sut plusieurs langues, son humilité égalait son 
savoir; quelle s'était toute sa vie étudiée à passer sans 
de L'étude aux affaires. « Son administration, 
disait un ami des derniers temps, est celle d'un phi- 
losophe chrétien consommé dans l'art de régner. — On 
ne pense point comme elle, quoiqu'elle pense le plus 
naturellement du monde. — Personne n'a plus de reli- 
gion ni plus d'amour pour la vérité qu'elle. — Son 
cœur généreux et bienfaisant égale son esprit ; l'un est 
fait pour Tau Ire. — Elle donne au monde des exemples 
iété et de vertu aussi rares que nécessaires 1 .... » 
Relrouvera-t-on jamais les lettres à madame de 
\ à madame de La Fayette, au Père Rapin, à bien 
1res que nous avons vainement cherchées, et ces 
ouvrages de piété, de morale, de critique, ces maximes 
de conduite, ces sujets traités dans le goût académi- 

1 Archives <Ie l'Empire. F.. 1,01 hie dft abbe$te* de Fonte- 

vrauU, par Dti i 1 de I .arrnqnc. 



80 GABHIELLE DE ROC11EC1ÏOU ART. 

que, dont parlent les Mémoires de Trévoux? Si le séjour 
à la cour en 1675, au temps des scandaleux triomphes 
de madame de Montespan, demandait à être expié, 
l'expiation est là ; elle est aussi dans ces trente ans 
d'une vie laborieuse, employée tout entière au bien, à la 
fondation d'établissements charitables, à l'édification | 
par la parole et par l'exemple de ceux qui l'entou- 
raienl, enfin au gouvernement de ses soixante maisons. 
Dans un ordre d'idées différent, Gabrielle de Roche- 
chouart rendit encore un service que les Mémoires de 
Trévoux ont justement signalé. Elle ne se borna pas à 
édifier par sa propre vie les religieux de Fontevrault, 
elle fit fleurir parmi eux les belles-lettres et les scien- 
ces, elle forma des professeurs et des prédicateurs 
dont les talenis profitèrent à l'Ordre entier. C'est ainsi, 
c'est par les vues élevées qui ne cessèrent de diriger 
tous ses actes, que les qualités de l'illustre abbesse pu- 
rent en quelque sorte lui survivre, et qu'il lui fut 
donné de contribuer, môme après sa mort, à la prospé- 
rité delà maison dont l'administration avait rempli, 
et, vers la fin, consumé ses jours. 



LETTRES 



UABRÏELLE M ROGHECnOUART 



ET DE SES AMIS 



LETTRES 

DE 

UBH1ELLE DE RQCHECBODART 

Il DE SES AMIS» 



I. — MADAME DE SABLÉ A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT 2 . 

A Paris, ... août 1070. 

L'honneur que j'ai eu de vous voir, Madame, et tous les 
biens qu'on m'a dits de vous, m'empêchent de vous faire 
compliments que vous recevez de beaucoup d'autres; 
car je vous avoue que je ne saurois me réjouir d'une chose 
qui vous éloigne d'ici, surtout après avoir faittant de beaux 
châteaux en Espagne sur le plaisir qu'il y auroit de se trou- 
quelque jour auprès de vous. Cependant, Madame, il est 
vrai que vous avez un petit royaume, et que cela mérite bien 
qu'on s'en réjouisse, si on le considère par ce qu'il vaut, 
comme il n'est pas permis de regarder ces choses-là 
par des sentiments humains, je ne sais ce que je dois dire, 

1 Quelques-unes des lettres qu'on va lire figurent <" fragment! dans 
la notice qui précède. <• tte répétition était Indispensable pour donner 
tes lettres dans km- ensemble. 

■ Bibl. imp. Maa. 17 ,850. P tH éftuU let Yallant, t. VII, fol. 459. — 
r M. Victor Couefal dans Mariante ac Sahlr, 



84 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

si ce n'est que je ne puis résister à l'abondance de mon 
cœur en vous disant qu'il me semble qu'à moins d'être 
comme M. de la Trappe 5 , la sifuation est plus à compterdans 
la vie que la richesse et la magnificence, des maisons. Peut- 
être que si j'occupois le voisinage de la vôtre, comme j'ai 
fait autrefois 4 , je me trouverois trop heureuse pour en faire 
celte médisance. Enfin, Madame, votre mérite a pourtant en 
cela tout ce qu'on lui pouvoit donner, et je crois, puisque 
vous l'avez bien voulu ainsi, qu'il faut se dépouiller de ses 
propres sentiments pour prendre les vôtres et ceux des per- 
sonnes pour qui on a tant d'estime et de respect, et qu'ainsi 
je dois m'étudier à m'y conformer. 



2. — L'ABBESSE DE FONTEVRAULT A MADAME DE SABLE'. 

A Fontevrault, ce 23 août [1671]. 

Je ne suis pas si malheureuse que je pensois, puisque 
vous ne m'avez pas tout à fait abandonnée. J'avois jusques 
ici craint ce malheur, et je ne puis assez vous remercier, 
Madame, de m'avoir conservé quelque part dans votre ami- 
tié. Vous avez eu raison de croire que je comprendrois le 

5 Armand-Tean-Baptiste Le Bouthillier de Rancé, réformateur de la 
Trappe. Né en 1626, mort le 27 octobre 1700. 

4 A l'époque où elle habitait Sablé. (Note de M. Cousin.) 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Veillant, t. VII, fol. 529. 

Parmi les lettres de l'abbesse de Fontevrault à madame de Sablé, 
huit, à notre connaissance, ont été publiées : 1° par M. Victor Cousin 
dans son volume sur Madame de Sablé ; 2° par M. E. de Barthélémy dans 
son volume intitulé : les Amis de madame de Sablé. — Celle-ci a été 
donnée par M. de BaiHhélemy. 

Un certain nombre de lettres de l'abbesse de Fontevrault ne sont pas 
signées- Généralement celles à Segrais, au Père Rapin, à Colbert, por- 
tent pour signature : l'abbesse de Fontevrault. Celles au roi, à Roger 
de Gaignières, sont signées : M. M. Gabrielle de Rochechouart, abbesse 
de Fontevrault; d'autres : Gabrielle de Rochechouart. 



àBBKSSl l'i I "on II VU M' II. Il M. sis AMIS. 85 

sens de votre lettre: je l'ai tout entendu. Madame-, et je suis 
liée, comme je dois, de toutes les bontés que vous m'y 
faites paroitrc. Vous êtes, je crois, bien persuadée que ma 
fiance et mon estime pour vous ne diminueront jamais. 
ainsi, Madame, je ne vous en donnerai pas de nouvelles as- 
Mirances ; mais, pour répondre autant que je le puis à tout 

I ce qu'il vous plait de DM dire, je vous avouerai sineèiv- 
mcnt qu'en effet je suis assez en repos sur une certaine af- 

* faire, que je fais tous mes efforts pour en détourner mon 
imagination, el que, comme elle n'a aucun fondement, je ne 
puis pas me figurer qu'elle ait une longue durée. Si je n'en- 
lans ces pensées, je tomberois dans un accablement 
isurément, passeroit mes forces. Je ne prétends point 
faire pitié, mais il est certain qu'on ne peut pas soutenir, 
■une je fais, tout le poids de ma charge, sans être an- 
de plus de peines qu'il n'en faut pour exercer une 
médiocre patience. Vous jugerez donc bien, Madame, qu'il 
faudroit mourir, si l'on vouloit encore être attentive à 
toutes les persécutions du dehors, et vous m'avouerez que 
j'ai raison de les oublier autant qu'il est en mon pouvoir. 
Dieu me fait même la grâce de trouver des sujets solides 
de consolation dans les circonstances dont je serois naturel- 
lement plus blessée, car de recevoir les plus grands outrages 
par des personnes auxquelles non-seulement on n'a jamais 
fail de mal, mais qu'on a aimées, et j'ose le dire, servies en 
des occasions considérables, vous m'avouerez, Madame, 
(que cela n'est point selon les règles communes et qu'il faut 
bien que Dieu permette cet horrible renversement pour ma 
sanctification. Je le prie de tout mon cœur qu'il me fasse 
la grâce d'en faire un bon usage et de regarder connue un 
bonheur une épreuve si extraordinaire. 

: cli a pitre n, p. 20. 



80 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCUECIIOUAR 

Voilà, au vrai, les dispositions où j'essaye d'être sur ce 
sujet. Si d'abord il n'a pas paru tant de modération, cela 
est bien pardonnable, et vous m'avouerez qu'il y a des na- 
tures d'injustices qui font perdre toute la douceur et toute 
la patience qu'on pourroit avoir dans des occasions com- 
munes. Vous voyez bien, Madame, que je vous décharge 
mon cœur autant qu'on le peut par lettre. Je vous conjure 
de n'en rien faire paroître et, si vous m'aimez, de m'aider 
à oublier toutes ces ravauderies. Je ne veux pas mettre à 
d'autre usage les offres que vous avez la bonté de me faire, 
parce que tout le mal qu'on m'a fait est irréparable. 

Au reste, je ne puis me passer de vous dire que je suis 
satisfaite de M. d'Angers au delà de toute expression et qu'il 
n'y a point d'honnêtetés qu'il ne me fasse. Si vous lui écri- 
vez, vous m'obligerez fort, Madame, de lui faire quelques 
remerciements pour moi. Si onvouloit demander à ce pré- 
lat des nouvelles de ma conduite, j'aurois, je crois, le 
bonheur d'être autant louée par lui que je suis blâmée des 
gens qui sont à cent lieues de moi. Quoique cela soit très- 
vrai, je pense que j'aurois mieux fait de ne le pas dire ; 
mais je n'ai pu retenir ce trait de vanité; V extravagance des 
gens qui me persécutent m'a fait faire celle-là que je vous 
supplie très-humblement de me pardonner. Je suis si affoi- 
blie de quelques remèdes que je fais présentement qu'il 
m'est impossible d'écrire davantage. 

5. — AU DOCTEUR VALLAINT 1 . 

A Fontevrault, ce 9 février 1G72. 

Si j'avois su, Monsieur, que vous eussiez dû lire ma lettre 
avec autant d'indulgence que vous m'en faites paroître, 

1 Ribl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Veillant, t. VII, fol. Û08. 



AHI M I.VIïMI T. I | ! Mis. 87 

us assure qu'en priant madame de Saint-Aubin 1 de 
ne la montrera personne, je n'aurois pas manqué de vous 
excepter. Aussi, bien loin tic lui faire reproche de son infl- 
ujet, elle p iurra vous dire que je lui en ai tait 
quasi des remerciements. Cependant je crains terriblement 
que vous n'ayez désapprouvé l'article de l'Abbaye, ot tout 
[ue je vous ai ouï dire autrefois là-dessus iuo fait croire 
cette crainte n'est pas trop mal fondée. En cas que cela 
je \ous prie de m'en gronder librement, car, afin que 
vous le sachiez, je suis aussi docile que jamais, et j'aime 
coup mieux que mes amis me réprimandent que d'a- 
voir quelque chose sur le cœur contre moi. 

Vous devez encore n'être pas satisfait de ce que je ne vous 
rends point compte de mes lectures, et je pense que vous ne 
m'en dit-, s rien parce que vous avez pris le parti de m'en 
punir en ne me parlant plus des vôtres. Comme j'espère 
qu ! vous ne voudrez pas faire plus durer la punition que la 
faute, je me promets de me rendre bientôt cette satisfac- 
tion. Avant qu'il soit peu, je lirai exactement pour cela les 
livres que vous m'avez envoyés; mais il- faut que je vous 
avoue que je ne m'y suis pas encore appliquée comme il 
faut, et que la honte m'ayant prise de ne savoir rien de 
l'histoire de France, j'en ai fait quasi ma principale lec- 
ture depuis que je suis ici. 
Si vous ne me louez pas de cette occupation, j'espère au 
is que vous serez satisfait de la sincérité avec laquelle 
je vous en rends compte, et que vous jugerez par là que ma 
confiance et mon estime pour vous n'ont pas diminué. J'au- 
me joie, Monsieur, si je pouvois vous prouver 
Tune et l'autre eu des occasions plus considérables. 



* Religieuse à l'Abbaye-aux-Bois. On trouve plus loin pfastam 1-t- 

MtCVI.V.It. 






88 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

♦. — A MADAME DE SAINT-AUBIN, A L'ABBAYE-AUX-BOIS ». 

[1672] 

Depuis le jour de la Pentecôte, j'ai une fluxion très- 
grande sur le visage qui ne me permet pas d'écrire de ma 
main ; mais, ma chère fille, elle ne me peut empêcher de 
vous remercier de votre dernière lettre, et de vous faire re- 
proche qu'après toutes les assurances que je vous ai don- 
nées de brûler toutes vos lettres, vous avez encore l'injus- 
tice de vous en inquiéter. Je ne sais plus ce qu'il faut que 
je fasse pour vous mettre en repos sur ce sujet. Le Père Ra- 
pin, qui arriva ici samedi, m'a apporté une lettre de ma- 
dame de Sablé dont je suis enchantée à mon ordinaire, et 
qui m'a fait repentir des plaintes que je vous avois priée 
de lui faire faire de ma part. J'attends ma bonne santé pour 
lui répondre. 

Je suis bien de votre avis sur ce que vous me mandez 
au sujet de madame la prieure, et si elle m'honore d'une 
visite, je vous assure que je profiterai du conseil que vous 
me donnez. 

Prenez la peine, ma chère fille, de dire à M. Vallant que 
celte affaire du Charme 2 dont il n'est pas content a été ap- 
prouvée de gens auxquels il n'a pas accoutumé d'être con- 
traire. Dans la vérité, je n'ai point entrepris cette affaire 
qu'après l'avoir consultée à mille personnes sages qui m'ont 



1 Bibl. hnp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. YII, fol. 494. — 
La lettre n'est pas datée. L'indication de l'année a été mise au dos par 
Vallant. Elle n'est pas autographe, et ne porte pas de signature. 

2 Le Charme-aux-Nonains, couvent de bénédictines; il était situé 
dans le diocèse de Soissons et relevait de l'abbaye de Fonlevrault. 



kBBBSSG m. i i>\ i i \ u u n r i M |&S à Ml S. 

prescrit la conduite que j'y ai tenue. Si, malgrè^taQt i 
on p. Mil me convaincre qu'elle ne soil pas juste, je 
bute prèle à changer, tant es! grande ma docilité. 

I vous plaît, mille complimenta pour moi à ma 
cousine Dofine*, et croyei, ma chère, que je sui> toute à 
vous. Mon indisposition ne m'a pas permis de vous faire une 
lettre plus longue ni mieui arrangée «pu; celle-ci. J*espère 

que vous n'aurez pas de peine à m'exeuser. 

Je suis de tout mon cœur très-humble servante de M. et 
de madame de Villarmon. 



5 _ \y DOCTEUR VAU.ANT». 

A Fontevrault, ce 10 juillet 1G7J. 

Je meurs de peur que vous n'ayez mal jugé de moi, et 
que vous n'ayez cru que je ne vous êcrivois point parce que 
vous m'aviez témoigné être dans des sentiments contraires 
aux miens au sujet de l'affaire du (marine 2 . Si vous avez 
tte pensée, je vous avertis, Monsieur, que vous m'a- 
vez fait une grande injustice, car j'aime que mes amis m'a- 
vertissent de mes fautes, et vous ne m'avez pas écrit de lettres 
qui m'aient tant plu que votre dernière; mais véritable- 
ment je n'ai pu y répondre plus lût qu'aujourd'hui, parce 
que, depuis que je l'ai reçue, j'ai toujours été ou malade 
ou dans les remèdes, et chargée d'affaires extraordinaires 

rguerite de Barentin, veuve en 1046 du marquis de 
Courtanvaux. et, <n UiOl, riTrbain de Laval, marquis de Boù- Dau- 
phin, (ils de madame >\r Sablé, morte le 7 février 1701, à 77 ans? Celle 
vraisemblablement pensionnaire à l'Abbaye-aux- 
Bois. L'abbessede Fontevrault l'appelait indistinctement madame Dofime 
ou ma cousine. J'ipnore comment elles étaient parentes. 
1 lîibl. imp. Mss. 17,050. PortefemUe* Val tant, fol. 483. 
Voir la lettre précédente, 



90 LETTRES DE GABÏUELLE DE ROCHECIIOUART 

les jours de poste. Mais, pour venir à l'éclaircissement que 
je veux vous donner pour vous justifier ma conduite à l'é- 
gard de la sœur de Maupeou, je vous dirai, Monsieur, que 
ce fut un de mes vicaires qui permit cette réception, et 
qu'ayant ouï parler fort légèrement de cette affaire au com- 
mencement de mon arrivée en ce lieu, je confirmai sans 
beaucoup de réflexion, par une simple lettre à la prieure, 
ce que ce bon Père avait réglé. Depuis, le président de Mau- 
peou 3 a fait tout le vacarme que vous savez. Je suis con- 
vaincue qu'il en a usé de mauvaise foi avec les religieuses: 
mais cela n'a pas empêché que je n'aie cru et ne croie en- 
core fermement qu'il ne gagnât en justice, s'il poussoit 
l'affaire à sa dernière extrémité, ne me paroissant pas rai- 
sonnable qu'une personne qui est jugée capable d'engager 
sa liberté et de connoître l'importance des vœux ne soit 
pas reçue à donner sa voix au chapitre ; d'autant plus que 
je connois avec regret que l'on n'agit plus en ce lieu par 
les lumières du Saint-Esprit, ni même par les siennes pro- 
pres, les conclusions du chapitre étant tirées toujours 
avant qu'il s'assemble, et les plus spirituelles n'y opinant 
jamais que selon qu'il a plu au chef de cabale de leur in- 
spirer. 

Avec toutes ces connoissances, j'ai cru que je ne devois 
pas laisser engager mes religieuses du Charme dans un pro- 
cès dont le meilleur succès pour elles auroit été de dévoiler 
une fille de condition, parente des principales d'entre elles, 
et qui, par cette sortie honteuse, leur auroit seulement at- 
tiré plusieurs ennemis considérables, sans abolir de leur 
maison l'horrible abus dont je vous viens de parler. 

Ce sont, Monsieur, toutes ces considérations qui m'ont 



3 Président à mortier au parlement de Metz. Voir Lettres de madame 
de Sévignc, édit. Hachette, t. IT, p. 400, note 5. 



LBBBSSE DE FONTBvH Ul l. Il i VIS. ( .»l 

ol>lii^* % t^ ;*i leur ordonner de s'accommoder avec doiKeur à 
ce <| l'on sonhaitoil d'elles. D'abord, ell s ont mal reçu ce 
commandement ; mais depu m'ont écrit une lettre 

très soumise, ci mon vicaire esl Bur les lieux, qui, je cr< 
achever.) de les mettre en paix : je le souhaite de tout mon 
cœur, car le plus grand déplaisir auquel je sois exposée 
l'obligation que j'aide contrarier quel- 
quefois mes filles. 

serois aussi Irès-affligée si une personne que j'estime 
autant que vous n'approuvoit pas ma conduite, et je pense 
vous témoigner assez ma délicatesse là-dessus par la lon- 
gue explication dont cette lettre est remplie. Obligez- moi, 
sieur, d » ne la montrer à personne. J'ai été engagée à 
lier de quelques défauts que je dois essayer à dé- 
truire, et qu'en attendant, je dois cacher avec soin. Vous 
connoitrez cela mieux que moi, et je suis si assurée de 
votre discrétion que je n'ai nulle inquiétude de l'usage que 
en ferez. 
Voici une trop longue lettre pour oser y ajouter quel- 
ques réflexions sur mes lectures ; sachez seulement, Mon- 
sieur, que je m'applique à en faire dans tous les temps que 
je puis dérober, et que les livres que vous m'avez envoyés 
me sont d'une consolation infinie. 

La religieuse qui avait une loupe a été entièrement guérie 
par vos emplâtres; elle n'oubliera jamais, non plus que 
l'obligation qu'elle vous a. 
Je ne puis finir sans assurer madame la marquise de 
Sablé que je suis sa très-humble servante, et quelque <! 

de plus. 



92 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 

0. — A MADAME DE SAINT-AUBIN, A I/ABBAYE-AUX-BOIS », 
A Fontevrault, ce 27 septembre 1672. 

Vous m'obligez fort, ma chère fille 2 , d'entrer comme vous 
faites dans mes raisons et de m'assurer que madame de 
l'Abbaye- aux-Bois 3 les a aussi entendues. Je suis toujours 
fort aise d'obliger, mais vous savez qu'il ne faut être ami que 
jusqu'à l'autel. Je crois que la pauvre dame n'observe dans 
son gouvernement ni cette règle ni aucune autre. C'est un 
grand malheur pour elle-même et pour les personnes qui 
sont dans sa dépendance. L'histoire que vous me mandez 
là-dessus ressemble à ce que j'ai vu mille fois arriver dans 
ce lieu-là ; mais, en vérité, il ne se peut rien de plus 
malhonnête à l'égard de madame Dofine. Je lui conseille 
cependant de mépriser cette injure, puisqu'elle méprise les 
personnes de qui elle part. Ma maison n'est pas si bien si- 
tuée, mais elle est moins orageuse, et vous pouvez assuré- 
ment en disposer l'une et l'autre. 

Voilà enfin le Ronceray 4 donné. Je savois bien qu'il n'é- 
toit pas pour ma nièce 5 ; mais il me semble que la per- 
sonne qui en est pourvue ne paroissoit point sur les rangs. 
Je la plaindrois de se transplanter à l'âge qu'elle a, si ce 
changement n'étoit de son choix. 

1 Bibl. imp. Mss. 17,048. Portefeuilles V allant, fol. 140. — Cette 
lettre a été publiée par M. de Barthélémy, sans nom de destinataire. 

2 En abréviation. M. Cousin et M. de Barthélémy ont adopté le mot 
sœur; je crois que c'est une erreur. 

5 Marie-Madeleine-Urbaine-Thérèse d'Albert d'Ailly de Péquigny, ab- 
besse de l'Abbaye-aux-Bois, de 1G56 à 1687. 
4 Notre-Dame de Ronceray, à Angers. 

3 L'abbesse de Fontevrault avait auprès d'elle plusieurs de ses nièces, 
entre autres deux filles de son frère, le maréchal de Vivonne. Il s'agit 
évidemment de la plus âgée des deux. Elle fut nommée, en 1089, ab- 
besse de Beaumont-les-Tours ; morte le 24 octobre 1735. 



ABBBSSE Dl I OUI i.vi; \i i i i.i in: SES AMIS. 93 

M, - compliments, s'il voua plaît, ;'i M. N'allant. On dit qu'il 
se corrige de son insensibilité; mais il Paul que cône soit 
qu'à l'égard des gens qu'il voit ; j'aime mieux du moins le 
croire de cette sorte et n'accuser que mon absence de l'ou- 
bli où il me met. Je vous prie de me mandi r bî ma cou 
lo querelle toujours, et surtout comment il se porte 6 . 

Je suis à vous de tout mon cœur, ma chère fille, cl à 
madame Dofine. .le me flatte que vous en êtes l'une et fail- 
li persuadées. 

7. — AU DOCTEUR V.MIAM '. 

A Fontevrault, ce 1 er octobre I67Î. 

Vous avez eu raison de juger que les ordonnances que 
avez eu la bonté de faire pour madame Teslu scroiont 
bien reçues et très-fidèlement exécutées. C'est une pei^onne 
que j'ai tant d'envie de conserver qu'on ne peut me faire un 
plus grand plaisir que de m'en fournir les moyens, et de 
plus, Monsieur, vous savez bien que je suis assez aise quand 
je ivrois de vos lettres. Elles ont aussi tout ce qu'il faut 
pour plaire, el je les trouve également utiles et agréables 2 . 
Au reste, je vois bien que madame Teslu vous a mandé des 
s sur mon sujet que je suis bien éloignée de mériter. 
J'ai été honteuse quand j'ai lu les passages que vous m'a- 
vez eboisis. Celte fois, croyez-moi, Monsieur, je ne suis pas 
/ parfaite pour n'avoir plus que la vanité à combattre. 
Je sais très-bien que je ne remplis pas tous les devoirs de 
ma charge, que la force, la vigilance et la ferveur qui sont 
des qualités >i nécessaires à une supérieure, me manquent 

" Voir lit lie i, note T.. 

!. imp. Mss. 17,050. Portefeuille* Voilait, t. VU, fol. i7C. 
s portefeuilles renferment les minutes de quelques-unes de ces 
ne peut pas dire qu'elles soient agréables. 



94 LETTRES DE GABIUELLE DE ROCHECHOUART 

tout à fait. Ainsi je vous assure que je ne suis encore nulle- 
ment satisfaite de ma conduite. Souvenez-vous donc, Mon- 
sieur, de ne plus me donner à l'avenir des instructions si 
délicates, et commencez, s'il vous plaît, par m'exhorter à 
bien faire ; c'est de quoi j'ai besoin présentement. 

J'ai commencé depuis peu à lire la nouvelle traduction 
des Proverbes. C'est un livre admirable, et il me semble que 
j'y trouve bien des choses qui me sont propres. Si je vous 
voyois, je prendrois grand plaisir à en parler avec vous, 
mais il me semble que je serois trop longue, si je vous 
écrivois tout ce que je pense là-dessus. Cependant il faut 
que je vous dise pour l'honneur de la vérité et pour le mien 
que je donne tout le temps qui me reste après les affaires 
principales à des lectures solides dont j'espère profiter et qui 
me donnent même beaucoup de plaisir. Je sais que vous me 
souhaitez a^sez de bien pour apprendre cela avec joie. 

Je suis édifiée au dernier point de la conduite de ma- 
dame de Maubuissou 3 et de ce qu'elle a dit au sujet de 
madame de Chelles*. C'est un bel exemple pour toutes 
les religieuses, et surtout pour nous autres abbesses qui 
n'avons pas toute l'humilité à laquelle nous sommes obli- 
gées, même au jugement des personnes du monde. 

Obligez-moi, Monsieur, d'assurer madame la marquise de 
Sablé que je suis toute à elle, et croyez tout ce que sa fille 3 
vous a souvent dit de ma part. 

3 Louise-Marie-Hollandine, fille de Frédéric I er , duc de Bavière et roi 
de Bohême. Née le 18 avril 1022, elle se fit catholique en 1658 et vint 
en France. Deux ans après, elle prit le voile à Maubuisson etfut nommée 
abbesse de celte communauté en 1664, Morte le 11 février 1709. — 
Maubuisson était une abbaye de l'ordre de Cîteaux, près de Pontoise. 

4 Marie-Guionne de Cossé-Brissac. Quelques années plus tard, elle 
céda sa place à la sœur de mademoiselle de Fontanges; puis, après la 
mort de celle-ci, elle rentra en possession de l'abbaye de Chelles. 
Morte le 13 juillet 1707. 

5 Ce mot est écrit en abréviation et ressemble exactement au signe 



\i.i, inN it.yi; m il. i; i DE s i.s MUS, 

Je vouloia vous demander une Invention pour purger ma 

qui esl extrêmement chargée ; mais il est si tard que je 
m'embarquer à vous donner les explications dont je 
que vous avez besoin pour rue marquer un remède 
proportionné à mon mal. 

8. _ i.nn.s \IV A l'ABBBSSE DE KiMKVIl.M II». 

A Versailles, ce 29 octobre 1072. 

Madame l'abbesse de Fontevrault, je suis touché sensi- 
blement de ce que vous m'écrivez de vos religieuses de Co- 
linances - ; mais vous devez vous-même juger ce qu'on doit 
répoudre à leur placet avec un obstacle comme celui d'un 
arrêt contradictoire rendu dans toutes les formes. Je cher- 
cherai pourtant les moyens de concilier la justice et ce 
qu'elles désirent; et s'il est possible de les trouver, j'aurai 
bien de la joie de suivre les mouvements de compassion 
et d'estime que vous me donnez pour elles Cependant, je 
remercie du compliment que vous me faites sur le 
heur de ma dernière campagne, et bien qu'il soit assez 
difiicile de ne pas se flatter un peu quand on se sent louer 
autant de délicatesse et de bonne foi, je reconnois que 
oire de cette expédition est due entièrement à Dieu ; et 
vous ne pouvez mieux témoigner la part que vous y prenez 

dont l'abbesse de Fonlevraultseserten écrivant à plus d'une religieuse 
qu'elle appelle : « Ma cliùrc j> 

Madame i it eu quatre enfants, dont une fille, Marie de 

Laval, iclif int-Araand de Rouen. L'abbesse de Fontevrault 

[purait-elle connue pendant qu'elle était religieuse ;'• l'Abbaye-aux- 

: 

1 Bibl. Sainte-Geneviève. Mu 1/ 17-, loi. I 
I e nom est douteux; on croit lire Colinances. Il y avait un couvent 
tédictines ain^i nommé dans le diocèse de Meaux. 



PB 

9C LETTRES DE GABRIELI.E DE ROCHECHOUAllT 
qu'en m'aidant avec tout votre Ordre à lui en rendre 
grâce. 

Je le prie de vous avoir, madame l'abbcsse de Fonte- 
vrault, en sa sainte garde. 

9. — MADAME DE SABLÉ A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT ». 

[1672.] 

Avouez, Madame, que Votre Révérence paresseuse vou- 
droit bien que je l'oubliasse tout à fait, afin d'avoir une 
raison de ne vous plus souvenir de moi ; mais ne vous y at- 
tendez pas, s'il vous plait; vous avez fait de trop fortes 
impressions sur mon cœur, pour qu'elles en puissent être 
effacées, même par votre volonté. 

Au reste, Madame, nous avons parlé quasi de vous, deux 
jours durant, M. l'abbé Testu et moi. Il me semble qu'il ne 
lui manque rien pour être un bon directeur que d'être un 
peu plus dévot. À la vérité, je n'y dois pas trouver à re- 
dire, moi qui suis si humaine et qui ne vis que par l'amour] 
propre. Il m'a fait part de vos règlements et de vos desseins, 
que je trouve également admirables. Je souhaite que vous 
fassiez toutes choses aussi bien par le sentiment de votre 
cœur que par la droiture de votre entendement. 

10. — A MADAME DE SAINT-AUBIN, A I/ABBAYE-AUX-BOIS 1 . 

A Fontevrault, ce 5 janvier 1075. 

Je suis honteuse au dernier point, ma chère fille, d'avoir 
été si longtemps sans vous écrire ; mais, comme j'ai eu le 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Veillant, t. VII p. 203, 
fol. 4i6. — Lettre publiée par M. Cousin. 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, fol. 516. 



àBBESSE M. ! i».n I l. vi; VI l i. 1. 1 DE -I s a M is. 01 

i de vous faire mander les légitimes raisons qui m'en 
empéchoient, j'espère que vous ne m'en saurez pas mau- 
vais gré. lue partie de ces raisons subsista encore, car \ 

: que je suis embarrassée des offices jusqu'au mardi 
endant je ne puis laisser passer tant d'ordinaires 
sans vous taire voir de mon écriture et sans vous prouver 
par ce petit soin, que je me souviens toujours de vous. Je 
n'entreprendrai point de répondre à toutes vos dernières 
lettres que j'ai lues avec un extrême plaisir, parce que je 
n'ai pas le loisir d'écrire assez longtemps pour cela ; mais 
j, 1 crois vous devoir dire, pour mettre vous et M. Berger en 
repos, que tout ce que vous avez pris la peine de me man- 
der sur son sujet étoit très-inutile; que je le crois l'homme 
du inonde le plus fidèle, et que M. l'abbé Testu et moi n'a- 
vons jamais douté de lui, quoique nous ayons été en peine, 
lui et moi, de ce qu'on ouvroit nos lettres, car il est très- 
vrai qu'on les ouvre ; et quoiqu'on ne mande rien qui pût 
faire la moindre affaire, ce ne laisse pas d'être une chose 
désagréable qu'il y ait des gens qui prennent cette liberté. 
est point du tout une imagination, et M. Berger m'o- 
roit fort s'il les pouvoit découvrir. 
?OUS m'avez fait un très-grand plaisir de m'apprendre en 
détail le présent que madame de Montmartre a fait à 
M. Vallant. Comme je les aime l'un et l'autre, je m'en suis 
nie, mais avec quelque différence, car je sais que la 
sonne qui reçoit ne doit pas être si aise que celle qui 
donne. Je suis ravie que le mérite de M. Vallant soit connu 
le voir que tous les honnêtes gens ont sur son sujet un 
pareil au mien. Au reste, j'ai pris depuis peu des re- 
nvoyés, dont je me trouve si extrêmement 
que je ne puis m'en louer assez. Je lui en écrirai au 
nier jour une lettre de remerciement, et je prendrai 
i la liberté de lui donner une petite commission de la- 

6 



98 LETTRES DE GABRIELIE DE R0CI1ECII0U ART 

quelle j'espère qu'il voudra bien se charger. En attendant, 
ma chère fille, obligez-moi de lui faire mes compliments ; 
et croyez, s'il vous plaît, que je vous aimerai toute ma vie 
fort fidèlement. J'en dis autant à madame Dofîne, et je suis 
de tout mon cœur sa très-humble servante. 

11. — AU DOCTEUR VALLANT*. 

A Fontevrault, ce 7 janvier 1673. 

Il y a bien du temps, Monsieur, que j'ai envie de vous 
écrire et que je n'ai pas pu le faire à cause d'un gros rhume 
dont je ne suis pas encore tout à fait quitte. Je vous suis 
très-obligée de n'avoir pas eu égard à mon silence et de 
m'avoir donné la consolation de recevoir une de vos lettres. 
Vous m'avez fait aussi un extrême plaisir de me mander que 
jesuis bien avec madame de Montmartre. C'est une personne 
que j'honore et que j'aime avec la dernière tendresse. Ainsi, 
rien ne me pouvoit plus toucher que d'apprendre par un 
homme aussi clairvoyant que vous qu'elle me donne quelque 
part à son cœur. Je me suis déjà réjouie pour elle et pour 
vous de ce que vous avez fait connoissance. Je vous prie, 
pour m'en payer, de lui parler quelquefois de moi et de ne 
pas souffrir qu'elle m'oublie. Vous voyez, Monsieur, que je 
compte bien sur votre souvenir, puisque je vous donne de 
telles commissions. Je vous conjure de ne me jamais faire 
repentir de cette confiance. 

Au reste, quoique je sois touchée vivement de l'exhorta* 
tion que vous me faites touchant le mépris qu'il faut avoirl 
des choses de ce monde, je vous avoue cependant que je nel 
me trouve pas encore assez indifférente sur les bruits qu'onl 
voudroit faire courre, pour oser vous èclaircir l'histoire que| 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Veillant, l. VII, fol. 406. 



àBBESSE DE PO» I i I i;\u i. ET DE SE S A Ml s. M) 

madame Testu vous a commencée. Ce nVst pai de vous que 
je me méfie, comme voua pouvei penser, le sais dans quelle 
eroit ma lettre, dès que vous l'auriez entre rofl 
main- ; mais je ne suis pas assurée de ce qui lui peut trri- 
i! les eh mins, et c'est ce qui m'empêche de vous dire 
que je vous conterois avec sincérité et avec joie, si je 
voyois. Vous saurez seulement en général qu'où a 
bonté à Angers mm histoire de Fonlevr.iult, ttès-fausse dans 
plusieurs de ses circonstances essentielles : madame Testu, 
qui n'aime pas l'injustice, surtout quand elle s'attaque à ses 
imis, souffre très-impatiemment que des gens dont il y au- 
rait grand plaisir d'être estimée, aient peut-être conçu de 
là une très-mauvaise opinion de moi 2 ; j'en souffre aussi de 
mon côté ; mais voyant qu'on ne peut s'éclaircir de si loin, 
je me sers de votre exhortation pour prendre patience en 
rencontre. Je vous prie, Monsieur, de continuer à 
m'en faire et de me donner toujours quelque part à vos 
prières. J : ai un besoin infini de tous ces secours dans la 
place où je suis. 

12. — AU DOCTEUR VALLANT*. 

A Fontevrault, ce 2 février 1673. 

Je suis si honteuse d'avoir mal entendu tout ce que vous 
m'avez dit sur une certaine affaire, que l'horrible inquiétude 
OÙ je suis de la maladie de mon père 2 ne peut m' empêcher 

'n a vu dans une lettre de l'abbesse de Fonicvrault à madame de 
Sablé 1' '.7 1, 1rs bruits qui avaient couru air elle, et, en note, 

ce qu'avait dit madame de i ce sujet. Quelle t'tait l'histoire 

qui avait circulé à Angers .' il encore des bruits qui l'avaient 

tant • ii 1071? 

* Bil.l. imp. Hss. 17,050. Portêfemliêt l'allant, t. XII, toi. 541 
- I e duc e Muitemart, gouverneur de Paris. Il mourut le 2(5 décem- 



100 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECIIOUART 

d'essayer, dès aujourd'hui, à réparer cette faute. Ce que je 
m'en vais vous dire vous paroîlra incroyable ; cependant, 
Monsieur, rien n'est plus vrai. Madame Testu assure qu'elle 
m'a montré la première lettre que vous lui écrivîtes 
sur ce sujet. Je n'en doute pas, puisqu'elle le dit. Ce 
qu'il y a pourtant de certain est que je ne sais que d'hier 
au soir les honnêtetés que M. A... 5 a voulu me faire. Je ne 
puis vous dire la raison de tout ce malentendu ; elle m'est 
incompréhensible, car je ne suis point sujette à rêver ; et 
voilà cependant la plus grande de toutes les rêveries. Au 
nom de Dieu, Monsieur, raccommodez tout cela du mieux 
que vous pourrez; et surtout prenez la peine de dire à M. 
A... que ma vanité seroit bien agréablement flattée, s'il 
étoit vrai que j'eusse quelque part à son estime, et que rien 
ne peut me consoler de n'avoir point eu l'honneur de le 
voir que la pensée qu'il a emporté une bonne opinion de 
moi, qui auroit assurément été détruite par ma présence. 
Je voudrois dire des merveilles sur ce sujet et faire des re- 
merciements proportionnés à ma reconnoissance; mais, je 
sais qu'il est dangereux de s'embarquer dans ces sortes de 
discours. Ainsi, j'ajouterai simplement que rien n'étoit plus 
capable de me donner une sensible joie que de me voir ho- 
norée du souvenir d'une personne de son mérite et que j'ai 
toute ma vie admirée si particulièrement. Ce sont là mes 
véritables sentiments. Je vous prie, Monsieur, de les expri- 
mer à votre mode, afin qu'ils soient reçus plus agréable- 
ment et qu'on n'ait pas lieu de se repentir des avances qu'on 
m'a faites. 

Il est si tard que je ne puis vous mander tout ce que je 
voudrois vous dire ; ce sera pour une autre fois, car j'aime 
à vous écrire, parce que j'aime passionnément vos répon- 

3 La lettre autographe ne donne que cette initiale. C'est évidem- 
ment Arnauld d'Andillv. 



fcBBBSSE DI PO» l T.\ RAOI i. il M 8 BS \Mls. 101 

ses. Madame de Sablé m'a mandé des chceefl qui redoublent 
la douleur que j'ai de ne la point voir. Dites-lui bien, je 

vous prie, et rendez-lui compte «le tout ee qui est contenu 
dans cette lettre. Je n'ose lui écrire, paire que 1;\ petite 
vérole est céans. Je crois qu'elle auroit bien pitié de moi, 
si elle savoil qu'on se moque ici de ceu\ qui craignent 
celte maladie, et que je n'ai pas encore pu empêcher celles 
qui gardent la malade d'aller parmi le monde et de parler 
a moi, comme si de rienn'étoit. 

Je ne puis finir sans vous faire mille remerciements de 
vos pilules : elles m'ont fait un bien qui ne se peut expri- 
mer. 

15. — AU DOCTEUR YALLAM». 

A Fontcvrault, ce 13 mai 1673. 

Je n'ose me plaindre du long temps qu'il y o que je n'ai 
reçu de vos lettres, parce qu'il me semble que c'est un peu 
ma faute que j'en ai été privée, et que je ne dois pas préten- 
dre qu'au milieu de tous vos embarras vous puissiez songer 
à moi sans que je prenne le soin de vous en aviser. C'est 
donc, Monsieur, pour m'altirer quelques marques de votre 
souvenir que je vous écris présentement. Je serois la plus 
aise du monde d'avoir, outre cela, quelque chose à vous 
dire qui vous rendît mes lettres un peu agréables, mais il 
passe rien du tout ici qui mérite de vous être mandé, 
la est cause que j'ai souvent honte d'écrire à mes amis. 
J'ai lu avec toute la complaisance possible les deux mots 
géants que M. A...- a bien voulu dire sur la lettre que 
vous lui avez montrée, foua nie ferez un sensible plaisir de 

1 l'.il.l. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Villa*, t. VII, fol. 50*. 
| * Voir la note 3 «le la letti ntfi 

9. 



102 LETTRES DE GABKIELLE DE ROCIIECHOUAKT 

lui témoigner, dans l'occasion, que j'en suis très-reconnois- 
sante. 

Comme vous voulez savoir quelque chose de mes lectures, 
je crois vous devoir dire queje suis enchantée des Constitutions 
de Port-Royal que j'ai lues depuis peu. Je trouve que toutes 
les religieuses n'en devroient point avoir d'autres, et je 
m'estimerois bien heureuse si je pouvois inspirer dans mon 
Ordre, et surtout dans cette maison, quelque chose de ce 
qu'elles prescrivent. 

Je vous prie de ne pas faire part de cet article de ma 
lettre à madame de Bois -Dauphin , car, comme le Port- 
Royal y est nommé, elle ne manqueroit pas de se déchaî- 
ner contre moi et de rn'appeler janséniste. 

14. — A COLBERT ». 

A Fontevrault, ce 19 août 1673. 

Faites-moi l'honneur d'agréer que j'aie recours à votre 
protection pour une affaire qui m'est de la dernière impor- 
tance et sur laquelle je ne vous importune qu'après avoir 
tenté toutes les voies imaginables de vous épargner la peine 
de m'en entendre parler. Celte affaire, Monsieur, qui me 
donne tant d'inquiétude, est la taxe qu'on veut imposer, 
tant à cette abbaye qu'aux prieurés qui en dépendent, pour 
les nouveaux acquêts qui peuvent y avoir été faits. Il y a six 
mois que je tiens un agent à Paris pour obtenir un arrêt du 
conseil du roi qui nous décharge de la dite taxe, et j'ai fait 
attacher à ma requête tous les anciens et les nouveaux pri- 
vilèges qui fondent ma demande, mais surtout les deux lettres 

1 Bibl. imp. Mss. Mélanges Colbert, vol. 165 bis, fol. 387. — Cette 
lettre donne une idée du style administratif de l'abbesse de Fontevrault, 
et de l'insistance avec laquelle elle défendait les intérêts de sa maison. 



IBBESSE DE F0N1 I vi;\n i. RI l»i; BE8 \MIv I«8 

patentes de confirmation des privilèges qu'il a plu au roi 
d'accorder à feu madame de Pontevtinlt et à moi. Le tout, 
Monsieur, a été communiqué à M. le procureur «lu roi des 
francs-fiefs, el dans 1.» temps que je croyois qu'il donneroit 
les mains à la conclusion de mou affaire, M. Herryer* est 
survenu, qui a dit à mon agent qu'il falloit payer et que 
ladécli trg ■■ que je prétendoia ne me seroit point accordée. 

Je vous avoue, Monsieur, que cette déclaration m'a mise 
dans une surprise et dans un embarras inconcevables. J'ose 
ndant espérer que vous voudrez bien m'en tirer en me 
procurant l'obtention de l'arrêt que je désire. C'est, Mon- 
! sieur, la très-humble grâce que je vous demande et dont je 
vous serai toute ma vie obligée. Pour peu que vous vous don- 
niez la peine d'examiner mes prétentions, vous connoîtrez 
bien qu'elles sont fondées en justice, et que d'ailleurs elles 
ne peuvent faire nul préjudice à Sa Majesté ni à ses traitans, 
puisque, dans cinquante ans, il n'a été fait ici aucun acquêt et 
que feu madame de Fontevrault a fait seulement deux échan- 
ges qui ne valent pas cinq cents livres de rente. 

L'extrême pauvreté de ma maison m'a obligée, Monsieur, 
à vous entretenir de tout ce détail qui sans doute vous en- 
nuiera très-fort. Je vous supplie très-humblement de me 
pardonner ma liberté et de ne me pas refuser votre protec- 
tion que je vous demande encore avec la dernière instance. 
Je recevrai cette nouvelle faveur, s'il vous plait de me l'ac- 
céder, avec tout le ressentiment possible. Faites-moi, s'il 



2 Louis Kerryer, d'abord secrétaire du conseil, puis des commande- 
ments de Marie-Thérèse, procureur syndic perpétuel des secrétaires du 
roi, conseiller d'État en lOOi. On sait que madame de Sévigné ne le 
is dans ses letires mu- le jn iquet. 11 devait sa for- 

tune à Colhert. A la mort de ce dernier, il fut dénoncé comme concus- 
sionnaire. Une commission avait été nommée pour vérifier ses comptes, 
quand sa mort Ut cesser les poursuites commencées. Il avait été un 
irecteurs de la Compagnie des Indes orientales. 



104 LETTRES DE GABRIELLE DE ROGIIECHOUÀRT 

vous plaît, Monsieur, l'honneur de le croire et d'être per- 
suadé que je serai toute ma vie fort véritablement votre 
très-humble et très-obéissante servante. 

15. — A MADAME DE SABLÉ*. 

A Fontevrault, ce 3 janvier [1674]. 

Vous me faites justice, Madame, et outre cela le plus grand 
plaisir du monde d'être persuadée que ça n'a point été par 
gravité que j'ai laissé passer tant de temps sans me donner 
l'honneur de vous écrire. Je vous ai déjà mandé bien des 
fois que je serois ravie d'avoir un commerce réglé avec vous 
et que vous seriez souvent importunée de mes lettres, s'il 
se passoit ici quelque chose qui fût digne de vous être 
mandé. Rien n'est si vrai que cela, Madame, et je pense 
que vous n'aurez pas de peine à vous l'imaginer. Toutes les 
fois que vous avez la bonté de m'écrire, je suis touchée d'ad- 
miration pour tout ce que vous avez la bonté de me mander 
et d'une joie sensible des assurances d'amitié dont vos let- 
tres sont remplies. Jugez, Madame, si ce ne seroit pas un 
grand bonheur pour moi d'en recevoir souvent, et si jepuis 
négliger volontairement les moyens de me procurer une 
chose si agréable. Je vous conjure donc de me plaindre et 
de me donner des marques que vous ne m'oubliez pas, toutes 
les fois que vous le pourrez faire sans vous incommoder. 

Vous m'avez fait un plaisir sensible de vous étendre un 
peu sur la dévotion de madame de Thianges. Il me paroît, 

1 Ribl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Veillant, fol. 450. — Le second 
alinéa seulement de cette lettre a été publié par M. Cousin dans 
Madame de Sablé, p. 270. 

La lettre ne porte pas l'indication de l'année, mais d'après une lettre 
de madame de Sévigné du 5 janvier 1674, la conversion de madame 
de Thianges aurait eu lieu vers la fin de 1673. 



kBBESSl Dl F0M1 i.\ l'.Ml l. 1. 1 DI SI 8 àMlS. 105 

delà manière donl vous en parlez, qu'elle pourroit être très- 

le, si elle quilloit la cour; mais je ne puis croire, non 
plus que vous, qu'on puisse soutenir dans ce pays-là nue vie 
[aussi austère que le doit être celle des véritables chrétiens, 
[surtout de ceux qui, ayant été engagés dans le monde, doi- 
I vent songer à faire une sérieuse pénitence. Je pense, Ma- 
dame, que vousel M. de Tréville 1 lui aurez souvent prêché 
! cette vérité, et que bientôt elle la mettra en usage. Je trouve 
qu'elle n'est pas à plaindre d'avoir de tels directeurs ; car, 
une, je vous mets de ce nombre, et je sais bien queper- 

: ne peut mieux que vous persuader de bien faire. J'ai 
ouï parler aussi il y a longtemps du mérite de M.deTréville : 
je l'ai même vu une fois ou deux pendant que j'étois à 
[Paris. Je ne soupçonnois point du tout alors qu'il pût être 

îux ans de là le directeur de madame de Thianges; mais 
Dieu change les cœurs quand il lui plaît, et je me réjouis bien 
quand j'appris l'année passée cette célèbre conversion. 

Je suis ravie, Madame, que ma sœur soit assez heureuse 
pour être tout à fait bien avec vous. Je lui envie furieuse- 
ment le plaisir qu'elle a de vous entretenir quelquefois, et 
je \uinlrois au moins que vous voulussiez vous souvenir de 
moi quand vous êtes ensemble. Croyez qu'il ne se peut rien 
ijouler à l'admiration que j'ai pour vous, et puisque vous 

ez que je vous traite familièrement, je vous aimerai avec 
oute la tendresse et la fidélité possible. 

* Le comte de Trois-Yille (on disait Tréville) était un homme du grand 
îondo qui y avait renoncé, par suite de la profonde impression qu'avait 
ite s:ir lui la mort de madame Henriette d'Angleterre. Bourdaloue 
rêcha, en 107 1. sur cette conversion, à laquelle, de son coté, Bossuet 
fait coopéré. Tréville mourut le 13 août 1705. 



100 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

16. — AU DOCTEUR VALLANT 1 . 

A Fontevrault, ce 31 janvier 1674. 

Une fluxion que j'ai sur le visage m'empêche de vou; 
écrire de ma main, comme je me l'étois promis. J'espèn 
])ientôt me donner cette satisfaction, mais je ne crois pa: 
devoir différer à vous faire savoir que je suis toute prêle ; 
recevoir la nouvelle convertie que l'on m'offre, et qu'ains 
on n'a qu'à me l'envoyer au plus tôt, ou bien à me mander 01 
il faut que je la prenne. Je suis persuadée que je ne pour 
rois refuser une pareille chose sans manquer à mes devoir 
les plus essentiels de la charité; mais, outre cela, j'avou 
que j'ai une grande joie de faire une chose qui soit agréabl 
aux personnes qui s'intéressent dans cette affaire. Je vou 
conjure, Monsieur, d'être persuadé de cette vérité, et d 
compter que personne ne connoît plus que moi ce que vou 
valez et n'a pour vous une estime plus particulière que j'e 
aurai toute ma vie. 

Je vous supplie de faire mes compliments à madame 1 
marquise de Sablé. 

17. — A MADAME DE SAINT-AUBIN, A L'ABBAYE-AUX-BOIS*. 
A Fontevrault, ce 10 mars 1674. 

Mes affaires ont mis une si longue interruption à noti 
commerce que je ne puis plus le reprendre où nous en ètior 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Veillant, t. VIT, fol. 433. 
Lettre dictée, et non signée. 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Veillant, t. YII, fol. 429. 
La partie entre crochets a été publiée par M. Cousin, dans Madame i 
Sablé, p. 266. M. Cousin date la lettre du 16 mars 1679 ; nous croyoi 
qu'il faut lire 1674. 



àBBBSSE DE 1 (>Mi.\l; M II. il m. SES àHIS, 107 

et qu'il faudra renient, ma chère fille, que vous nie 

donniez de nouveaux sujets de vous entretenir en me man- 
dant des choses aussi agréables que celles que je trouve or- 
dinairement dans vos lettres. Je ne sais pas trop si cet agi é- 
ment est dans les nouvelles dont vous me faites part, ou 
seulement dans la manière dont elles sont rapportées ; mais 
ce qui est devrai, ma chère fille, c'est que vos lettres me 
'donnent un sensible plaisir et que je suis ravie toutes les 
!fois que j'en reçois. 

iiune je crois que vous avez présentement mademoi- 
selle de Comminges, je vous prie de lui faire mes compli- 
ments, et je vous conjure encore, et madame Dofine aussi, 
d'avoir de la bonté pour elle. C'est une fille qui a un mé- 
rite très-solide et pour laquelle j'ai beaucoup d'amitié. J'es- 
père que Madame et vous en serez contentes. C'est tout ce 
qu'elle souhaite pour le temps qu'elle demeurera chez vous. 

vous conjure, ma chère fille, de donner à M. Vallant la 
lettre que j'écris à madame de Vaudemont 2 , afin qu'il la 
fosse envoyer sûrement par Montmartre. Faites-lui en même 
temps bien des compliments de ma part et bien des remer- 
ciements de ce qu'il m'a envoyé pour madame de Belin, 
qui se porte mieux, Dieu merci. 

Je suis très-aise que Madame (la prieure de l'Abbaye-aux- 
Bois) parle de moi avec amitié; mais assurément elle se 
trompe de me croire janséniste. Pour la doctrine qu'on leur 
impute, je ne l'ai pas; mais il est vrai que les livres de ces 
\I« -sieurs me paroissent au-dessus de tout ce qu'on peut 

ii notre langue, et (pie la morale qui y est enseignée, 
Boique très-rude à la nature, ne laisse pas de me plaire, 
parce qu'elle est conforme à la seule et véritable règle, qui 
H L'Évangile. Voilà ma profession de foi en raccourci. Je 

* Anne-Élisabeth de lorraine, fille du duc d'Elbeui', mariée le 
J8 avril IC69 à Charles-Henri de Lorraine, prince de Vaudemont. 



108 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCI1EC1IOUART 
ne m'étonne pas qu'elle soit un peu suspecte chez vous, 
puisque les gens qui y gouvernent, ne me croyant pas de 
leur cabale, seroient bien aises de faire croire que je suis 
aussi séparée de l'Église que de leur empire. Comme leurs 
jugements ne sont pas ceux de Dieu, je me console, et je 
suis même assurée que, dès ce monde, les vrais honnêtes 
gens me feront justice. Vous serez peut-être ennuyée, ma 
chère fiJle, d'un aussi grand prône que celui-là; mais 
comme je n'ai nulle nouvelle à vous mander et que je suis 
bien aise de vous écrire, je me suis étendue sur la première 
chose qui m'est tombée dans l'esprit.] J'espère que vous me 
le pardonnerez et que vous voudrez bien embrasser madame 
Dofine pour moi. Vous pouvez compter l'une et l'autre que 
vous avez en moi une très-fidèle amie. 



18. — A MADAME DE BOIS-DAUPHIN, A L'ÀBBAYE-AUX-BOIS*. 

A Fontevrault, ce 13 avril 1674. 

J'ai eu bien de la joie, ma chère cousine, de voir de votre 
écriture et des assurances de la continuation de votre amitié. 
Je n'ai pu y répondre aussitôt que je devois et que j'en avois 
envie, parce que le carême et mes fonctions des fêles avoient 
épuisé toutes mes forces. Présentement, j'entre dans un 
travail qui n'est pas moins pénible, et qui sera beaucoup! 
plus long : c'est notre chapitre général, lequel devant se 
tenir dans l'Octave du Saint-Sacrement, me fournit dès à F 
cette heure plusieurs embarras. Je vous dis cela, ma chère 
cousine, afin que la sœur Saint-Aubin et vous ne m'accusiez 
point si je suis moins régulière à écrire. Comme j'aurai be- 
soin de récréation dans ce temps-là, je vous conjure de mej 

1 Bibl. imp. Mss. 17,048. Portefeuilles Vallant, t. V, fol 175. 



àBBBSSB DE PONTBVBADLT, F.T DE SBS AMIS. ',03 

donner toujours de vos nouvelles et de 1>î«mi enjoindre à la 
sœur Saint-Aubin de me mander toujours toute* les petites 
histoires qu'elle saura. Klle ne s'est ptfl ISSeï étendue sur la 
permutation de madame d'Estival, de sorte que je ne sais 

point qui a présentement son abbaye. Je m'imagine que 
madame deBiscaras est bien lâchée d'avoir manqué ce coup, 
et que madame d'Estival et elle ne se feront guère bonne 
mine. 

\\vz la bonté, ma chère cousine, de faire mes compli- 
iments à cette dernière et de faire dire à madame de Sablé 
(que je serois inconsolable si elle m'oublioit. Je suis tou- 
jours charmée d'elle de plus en plus par toutes les lettres 
qu'elle m'écrit, etilnesepassepointdejourqueje ne regrette 
d'être privée de sa conversation. Vous ne douiez pas, je 
crois, ma chère cousine, que la vôtre ne me fût bien agréable 
dans mon désert. Mais je vous connois si attachée au tumulte 
des villes que je n'ose seulement espérer une visite de vous. 
J'ai une sensible joie de ce que le gain de vos procès vous 
Imet en état de vivre commodément où vous vous plaisez. 
[Mon intérêt seroit pourtant que vos affaires ne fussent pas 
len si bon état, parce que, peut-être, votre mauvaise fortune 
[vous feroit réfugier auprès de moi; mais, comme il faut 
Limer les gens pour eux-mêmes... (Six lignes barrées*)... 
Iplu et contre lesquelles je vous ai vue si souvent en 
Irolère. 



Le docteur Vallant. grand collectionneur d'autographes, accaparait, 
tes les lettres que ses amis consentaient à lui donner. Celle-ci ne 

fut sans doute livrée par madame de Bois-Dauphin que moyennant 
mjeaulion dont elle porte les traces. C'est dommage. 



110 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

19. — AUX COUVENTS DE L'ORDRE ». 

28 ma 1674. 

Chères filles et bien-aimées religieuses, le désir sincère et 
ardent qu'il a plu à Dieu de nous inspirer pour l'avancement 
spirituel de ce saint Ordre, nous ayant engagée à faire dans 
l'assemblée précédente des ordonnances par lesquelles nous 
espérions prévenir ou remédier à plusieurs abus qui s'étoient 
glissés parmi vous, nous croyons ne pouvoir mieux satis- 
faire au devoir indispensable de notre charge, qu'en com- 
mençant les règlements que nous sommes présentement 
engagées à vous donner, par une confirmation des susdites 
ordonnances, et par l'éclaircissement que plusieurs d'entre 
vous ont témoigné souhaiter sur ce sujet. 

Quoique nous ressentions une très-vive douleur, non-seu- 
lement du peu de soumission que quelques-unes de vous ont 
fait paroître à nos ordres, mais encore des malignes inter- 
prétations qu'elles ont données à nos desseins, nous croyons 
cependant ne devoir pas nous arrêter à nous plaindre de 
celte injustice, mais plutôt nous efforcer à vous faire voir la 
droiture de nos intentions et la nécessité où vous êtes de 
vous y conformer, si vous voulez remplir les devoirs de votre 
profession. Nous protestons donc très-sincèrement que nous 
n'avons eu d'autre but dans le règlement que nous avons 
fait touchant les confessions extraordinaires 2 , que d'accom- 
moder autant qu'il étoit en notre pouvoir votre conduite aux 
saints décrets, aux constitutions apostoliques et aux règles 
de notre saint Ordre, Nous n'avons nullement prétendu di- 
minuer par là l'autorité des supérieures locales et nous ne 

1 Archives départementales de l'Aube, liasse 444. 

2 Nous n'ayons pas trouvé ce règlement, daté du 1 er juin 1071. 



abbesm: ni i '»Mi:vii,\n i, 1.1 m: m:s \mis. 111 

■nulles pas peu Burprises que quelques personnes aient 
ce prétexte pour excuser leur desobéissance, vu qu'il 
m si sise à prouver qu'il appartient seulement aux supé- 
rieurs ninjeurs de faut' c*s sortes de règlements, et que ces 

nu-nus supérieurs sont tics-coupables quand leur peu de 
vigilanee ou quelque vue d'intérêt les empêchent de les éta- 
blir. Vu reste, nous avons cru user d'une assez grande in- 
Bugence envers nos filles, lorsqu'au lieu de leur enjoindre 
de B'en tenir à ee que prescrit le saint concile de Trente 
pour les confessions des religieuses, ce que nous aurions pu 
sans difficulté, nous avons bien voulu leur permettre de se 
servir huit fois l'année de confesseurs extraordinaires, de 
faire venir jusqu'à deux fois des directeurs externes pour 
les retraites spirituelles, et que, outre cela, les mères prieures 
peuvent en fournir dans la nécessité, pourvu qu'elle soit vé- 
ritable et d'ailleurs si pressante qu'il soit impossible d'avoir 
recours à nous, ou à nos vicaires. 

Toutes ces choses donc mûrement examinées, et considé- 

ant que des permissions plus étendues sur ce sujet seroient 

a source d'une infinité de désordres et un véritable liberti- 

! 1 1 tôt qu'une liberté de conscience, nous approuvons 

t confirmons nos susdites ordonnances du 1 er juin 1671, et 

ous vous renouvelons le commandement que nous vous 

vous déjà fait de les observer. 

ayant élé informée de l'incertitude où plusieurs monastères 

3 sont trouvés sur ce que nous entendons que la troisième 

ente au degré défendu par notre sainte règle soit privée 

voix active, m>usnous croyons obligée d'expliquer ici que 

tte ordonnance ne regarde ni les petites nièces ni les cou- 

es germaines. 

Gomme, depuis qu'il s plu à Dieu nous charger du pesant 
peau de la conduite de ce saint Ordre, nous avons remarqué 
«paiement deux abus notables répandus dans la plus 



112 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 
grande partie de nos maisons, à savoir : les cabales formées 
pour les élections des mères prieures, et une liberté de de- 
mander des obédiences pour sortir sur des prétextes trop lé- 
gers, nous nous trouvons indispensablement engagée à vous 
représenter combien il est important au repos de vos conscien- 
ces et de votre vie de vousrégler sur ces deuxpoints,n'étantpas 
possible que vous soyez agréables à Dieu et que vous jouis- 
siez en ce monde de quelque tranquillité tant que la charité 
sera bannie de vos cloîtres et que l'esprit de vanité et l'amour 
du monde s'y introduiront par les fréquentes communica- 
tions avec les personnes séculières. Quoique les mères prieu- 
res ne puissent ignorer leurs obligations sur ce dernier 
article, la foiblesse criminelle avec laquelle nous avons! 
remarqué que quelques-unes en usent pour procurer desj 
sorties aux religieuses qui sont commises à leurs soins nousj 
oblige en conscience à recommander ici auxdites mères! 
prieures de ne nous demander jamais d'obédience sur cej 
sujet sans une absolue nécessité, leur représentant que les 
malheureuses condescendances qu'elles ont en ces occasion; 
les rendent aussi coupables que si elles-mêmes rompoienl 
la clôture sans besoin. 

Sur ce qui nous a été rapporté que dans la plupart de nos 
monastères on néglige de se fournir de quelques chevaux 
lesquels servant aux affaires de la maison, pourroient auss 
être à l'usage des pères confesseurs , et par là leur ôter 1< 
prétexte d'en avoir en propre (ce qui est également contrairi 
à la pauvreté qu'ils ont professée et à nos intentions), nou 
recommandons aux mères prieures de ne pas souffrir qu 
les monastères soient jamais dépourvus de chevaux, et nou 
entendons que les susdits pères confesseurs puissent s'ei 
servir dans les voyages qu'ils seront obligés de faire, qu 
nous souhaitons n'être pas trop fréquents. Il est aisé de voi 
que nos vicaires ne peuvent avoir de part à ce règlement 



ÛttESSE &B icn i r.u; \n i, i i Dl BBS \Mts. M3 

puisque leur emploi, U's engageant à de perpétuelles courses, 

aussi nécessairement qu'ils aient quelques chevaui en 

leur disposition, ainsi que cela s'i si de toul temps pratiqué. 

1 1 ayant été iiifonnée combien les aliénations et les ac- 
quêts faits mal à propos ont apporté de préjudice au bien 
temporel de nos maisons, sur lequel notre charge nous 
oblige aussi de veiller, nous défendons qu'il s'en fasse de 
idérables sans que nous ou nos vicaires en noire place 
en aient auparavant pris connoissance. 

Sur ce que nous avons appris que quelques-uns de nos 
vicaires ont ordonné que la table appelée de miséricorde se 
tint dedans et en même temps que le premier réfectoire, nous 
déclarons qu'il est fort à propos que cette coutume se main- 
tienne dans les lieux où elle est déjà établie, et même qu'il 
t à souhaiter qu'elle s'introduisit dans tous nos couvents. 

Comme il y a encore une infinité de choses sur quoi nous 
devrions vous donner des avis, et auxquelles nous ne pou- 
vons cependant pourvoir par nous-même, tant à cause de 
réloignement que parce que les besoins se trouvent diffé- 
rents suivant les diverses coutumes des lieux, nous déclarons 
que nous avons chargé nos vicaires de tous les ordres néces- 
- pour chaque maison, selon les avis qui nous sont ve- 
nus et les lumières qu'ils ont pu prendre dans leurs visites. 
- vous exhortons de tout notre cœur à leur obéir ponc- 
tuellement, et à regarder tous les ordres qu'ils vous porte- 
ront de notre part et ceux que vous pouvez recevoir par nos 
lettres comme les marques les plus essentielles de la tendre 
amitié que Dieu nous a inspirée pour vous, et non pas 
comme l'exercice d'une autorité dans lequel' l'amour-propre 
trouve quelquefois de quoi se satisfaire, puisque Dieu par sa 
miséricorde nous a pn d'une toile foiblesse, nous 

ut la grâce de connoitre la vanité de l'élévation où il 

3 Sic. 



114 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

nous a mise, et de la regarder seulement comme un poids 
pénible et dangereux sous lequel il est très-facile de suc- 
comber 4 . 

20. — A MADAME DE SABLÉ 1 . 

A Fontevrault, ce 19 juin 1674. 

Je suis trop heureuse, Madame, que vous vous soyez 
aperçue de mon silence et que vous m'ordonniez de vous 
en rendre raison. Il m'est très-aisé de le faire, et je n'ai 
pour cela qu'à vous dire que j'ai été deux mois occupée à 
mon chapitre général, qui est la plus grande et la plus lon- 
gue affaire que puisse avoir l'abbesse de Fontevrault. Je n'en 
suis pas encore absolument quitte, mais je puis vous assurer, 
Madame, que, dans le temps qu'elle m'occupoit le plus, je 
songeois à trouver quelque moment de loisir pour vous faire 
ressouvenir de moi. Vous avez eu la bonté de me prévenir, et 
vous m'avez donné une très-sensible joie, car je ne souhaite 
rien tant que de trouver que vous me faites l'honneur .de 
m'aimer, et outre cela j'aime vos lettres pour elles-mêmes. Je 
me fais un plaisir extrême de les lire mille fois. Ma sœur de 
Fourille 2 en aura un, le plus grand du monde, quand elle 
saura qu'il lui est permis d'aller chez vous. C'est une fille 

* Cette lettre se termine par la formule ordinaire : « Lues, pronon- 
cées et publiées en notre assemblée générale de nos discrètes et dis- 
crets, tenue à Fontevrault le vingt-huitième de mai 1674. — M. M. Ga- 
brielle de Rochcchouart. » 

4 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VII, fol. 453. Pu- 
bliée en partie par M. Cousin, dans Madame de Sablé, p. 267. 

2 « Serait-ce une fille ou une parente du lieutenant-général de Fou- 
rille, excellent officier, tué à Senef, cette même année de 1674? Dans 
le Grand Dictionnaire historique des Précieuses, on trouve une de- 
moiselle de Fouril sous le nom de Florelinde, mais elle est donnée 
comme mariée : ce ne peut donc être celle-ci.» (Note de M. Cousin.) 



kBBBSSl m i "Mi n Mil. i i DE si - \mis. 115 

(|ni a beaucoup d'espril el le goûl très-fin. Ainsi, il ne peut 
rien lui arriver de plus heureux dans toul son voyage que 

d'avoir riiouneur «le vous entretenir, Com elle eal une de 

celles de cette maison que j'aime le mieux, je lui ai dit mille 

ce que je savois sur votre sujet, et vous jugei bien, Ma- 
dame, que je serai ravie qu'elle vous ait vue pour que nous 
puissions, elle et moi, avoir le plaisir de parler souvent de 
[vous. 

Je n'ai été nullement surprise de la froide réception que 

madame de Thianges lui a faite; cela ressemble à tout le 

de sa conduite à mon égard, et je commence à croire 

qu'elle se fait un point de conscience de me maltraiter, 

ni que ce déchaînement a commencé presque en même 
temps que sa dévotion, et qu'il subsiste sans que j'en puisse 
deviner le fondement; car enfin, Madame, je ne lui ai rien 
fait en ma vie, et il me semble même que, quand je l'aurois 
1 éloignement et l'abandon où je suis devroient 11a- 
arellement faire cesser ses persécutions. Je vous dis cela, 
Madame, parce que j'aime à vous faire part de ce que je 

se, et nullement pour que vous en fassiez usage. Je suis 
résolue à prendre patience, à me passer des gens et à me 
souvenir toujours des injustices dont ils sont capables, non 
ç>as pour leur en vouloir du mal, mais afin de n'être jamais 
issez sotte pour faire aucun fond sur eux. Voilà, Madame, 
out ce que je pense sur ce sujet. Si je m'y suis un peu trop 
îtendue, vous vous souviendrez, s'il vous plaît, que vous 
n'avez mandé de vous dire toutes mes pensées sur cette 
iffaire. 
Je vais écrire à madame de La Reynie s sur celle de ma- 



ibal, fille d'un maître des requêtes de l'hôtel, se- 
^icolas de I ;i Reynie, qu'elle avait épousé en fé- 
rier it sons doute une amie de couvent de l'abbesse de 

entevrault. 



110 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

dame la princesse de Guémené 4 . Il m'est bien glorieux de 
rendre quelques services à une personne de son mérite et de 
sa qualité; mais ce qui me touche principalement est de 
faire en cela quelque chose qui vous soit agréable. Je vous 
assure que je solliciterai madame de La Reynie plus d'une fois; 
elle est tout à fait de mes amies, et il est vrai qu'elle avoit 
fort recommandé votre procès à monsieur son mari. Toutes 
les fois que vous aurez besoin de son crédit, je vous conjure, 
Madame, de ne faire nulle difficulté de m'employer. Je suis 
certaine que mes recommandations ne seront pas tout à fait 
inutiles de ce côté-là. 

Celte lettre est si longue que jen'o'sevous dire tout le bien 
que je pense de Mgr l'archevêque de Tours 5 . En un mot, 
Madame, je le trouve digne de l'approbation que vous lui 
donnez, et il a tant de respect pour vos sentiments, qu'il n'y 
a point d'honnêtetés qu'il ne me fasse, fondées assurément 
sur la bonté qu'il sait que vous avez pour moi. Je vous serai 
très-obligée si vous prenez la peine de lui témoigner que je 
lui en suis très-reconnoissante. 

11 me semble que j'ai répondu à tous les articles de votre 
dernière lettre, excepté aux louanges qu'il vous plaît de 
donner à ce petit discours qui est tombé enlre vos mains 6 ; 
mais je suis si honteuse que vous l'ayez vu que je ne puis vous 
en rien dire. Je vous prie de ne prendre pas cela pour une 
façon. 

4 Anne de Rohan, princesse de Guémené. 

5 Michel Amelot de Gournay, d'abord évoque de Lavaur en 1C71, 
nommé archevêque de Tours en 1073. Mort le 7 février 1G87, à l'âge de 
soixante-trois ans. 

6 « Probablement le Discours sur la Politesse. Il aurait donc été com- 
posé avant 1674. » (Xote de II. Cousin.) Nous le donnons à la suite de 
cette lettre. 



4BB1881 IT. n-MKVUAUI.T, Kl DE SES AMIS. 117 

o|. _ QUS8THHI BOB I \ POUTKS8BV 

Pour découfrir t*origine de la politesse, il faudrait la 

savoir bien définir, et ce n'est pas une chose aisée. On la 
confond presque toujours avec la civilité et la flatterie, dont 
la première est bonne, mais moins excellente et moins 
rare que la politesse ; et la seconde mauvaise et insuppor- 
table, lorsque cette même politesse ne lui prête pas ses 
inents. Tout le monde est capable d'apprendre la civilité 
qui ne consiste qu'en certains termes et certaines cérémo- 
nies arbitraires, sujettes, comme le langage, aux pays et 
aux modes; mais la politesse ne s'apprend point sans une 
disposition naturelle, qui, à la vérité, a besoin d'être per- 
fectionnée par l'instruction et par l'usage du monde. Elle 
est de tous les temps et de tous les pays, et ce qu'elle em- 
prunte d'eux lui est si peu essentiel, qu'elle se fait sentir au 
travers du style ancien et des coutumes les plus étrangères. 
La flatterie n'est pas moins naturelle, ni moins indépen- 
dante des temps et des lieux, puisque les passions qui la 
produisent ont toujours été et seront toujours clans le 
monde. Il semble que les conditions élevées devroient ga- 
rantir de celte bassesse ; mais il se trouve des flatteurs dans 
tous les étals. Quand l'esprit et l'usage du monde enseignent 
à déguiser ce défaut, sous la marque 2 de la politesse, en se 
rendant agréable, il devient plus pernicieui ; mais toutes les 
lois qu'il se montre à découvert, il inspire le mépris et le 
dégoût, souvent même aux personnes en faveur desquelles 
il est employé. 11 est donc autre chose que la politesse, qui 

i Recueil <!>■ m' Parif, in-l w 2. IT.'O, p. Si. — Le titre porte : 

./ la PolUeue, régoluepar madame Vaibeue de /■'... 
Voir la note 6 de la lettre précédente. 

. texte porte bien la manjuc. Ne MfSit-CO pas le masijue? 

7. 



118 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

plaît toujours, et qui est toujours estimée. En effet, si on 
juge de sa nature par le terme dont on se sert pour l'expri- 
mer, on n'y découvre rien que d'innocent et de louable. 
Polir un ouvrage dans le langage des artisans, c'est en ôter 
ce qu'il y a de rude et d'ingrat, y mettre le lustre et la dou- 
ceur dont la matière qui le compose se trouve susceptible, 
et en un mot le finir et le perfectionner. Si l'on donne à 
cette expression un sens spirituel, on trouve de même que 
ce qu'elle renferme est bon et louable. 

Un discours, un sens poli, des manières et des conversa- 
tions polies, cela ne signifie-t-il pas que ces choses sont 
exemptes de l'enflure, de la rudesse, et des autres défauts 
contraires au bon sens et à la société civile, et qu'elles sont 
revêtues de la douceur, de la modestie, et de la justice que 
l'esprit cherche, et dont la société a besoin pour être pai- 
sible et agréable? Tous ces effets, renfermés dans de justes 
bornes, ne sont-ils pas bons, et ne conduisent-ils pas à con- 
clure que la cause qui les produit ne peut aussi être que 
bonne? Je ne sais si je la connois bien, mais il me semble 
qu'elle est dans l'âme une inclination douce et bienfai- 
sante qui rend l'esprit attentif et lui fait découvrir avec 
délicatesse tout ce qui a rapport à cette inclination, tant 
pour le sentir dans ce qui est hors de soi, que pour le pro- 
duire soi-même suivant sa portée; parce qu'il me paroît que 
la politesse, aussi bien que le goût, dépend de l'esprit, plutôt 
que de son étendue ; et que, comme il y a des esprits mé- 
diocres qui ont le goût très-sûr dans tout ce qu'ils sont capa- 
bles de connoître, et d'autres très-élevés, qui l'ont mauvais 
et incertain ; il se trouve de même des esprits de la première 
classe, dépourvus de politesse, et de communs qui en ont 
beaucoup. 

On ne finiroit point si on examinoit en détail combien ce 
défaut de politesse se fait sentir, et combien, s'il est permis 



àBBESSE DE nïMi.vnwi i. il DE Bl - \min. 110 

de parler ainsi, elle embelli! tout ce qu'elle louche. Quelle 
attention ne faut-il pas avoir pour pénétrer les bonnes choses 
sous une enveloppe grossièi e el mal polie? Combien de gêna 
d'un mérite solide, combien «l'écrits et de discours lions et 
savants, qui sont fuis et rejetés, et dont le mérite ne se dé- 
couvre qu'avec travail, par un petit nombre de personnes, 
parce que cette aimable politesse leur manque? Et, au con- 
traire, qu'est-ce que cette même politesse ne fait pas valoir? 
On geste, une parole, le silence même; enfin, les moindres 
choses guidées par elle, sont toujours accompagnées de 
grâces, et deviennent souvent considérables. 

En effet, sans parler du reste, de quel usage n'est point 
quelquefois ce silence poli, dans les conversations même les 
plus vives? C'est lui qui arrête les railleries, précisément au 
terme qu'elles ne pourroient passer sans devenir piquantes, 
et qui donne aussi des bornes aux discours qui montreroient 
plus d'esprit que les gens avec qui on parle n'en veulent 
trouver dans les autres. Ce même silence ne supprime-t-il 
pas aussi fort à propos plusieurs réponses spirituelles, lors- 
qu'elles peuvent devenir ridicules ou dangereuses, soit en 
prolongeant trop les compliments, soit en évitant quelques 
disputes? Ce dernier usage de la politesse la relève infini- 
ment, puisqu'il contribue à entretenir la paix, et que par là 
il devient, si on l'ose dire, une espèce de préparation à la 
charité. Il est encore bien glorieux à la politesse d'être sou- 
vent employée dans les écrits et dans les discours de morale, 
ceux mêmes de la morale chrétienne, comme un véhicule 
jui diminue en quelque sorte la pesanteur et l'austérité des 
pies et des corrections les plus sévèr 
J'avoue que cette même politesse étant profanée et cor- 
ompue, devient souvent un des plus dangereux instruments 
unour-propre mal réglé. Mais en convenant qu'elle est 
•rnpue par quelque chose d'étranger, on prouve, ce me 



120 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

semble, que de sa nature, elle est pure et innocente; et 
c'est dans cet esprit simple qu'elle doit être considérée ici, 
pour répondre à la question proposée. 

Il ne m'appartient pas de décider ; je ne puis seulement 
m'empêcher de croire que la politesse tire son origine de la 
vertu ; qu'en se renfermant dans l'usage qui lui est propre, 
elle demeure vertueuse; et que lorsqu'elle sert au vice, elle 
éprouve le sort des meilleures choses, dont les hommes vi- 
cieux corrompent l'usage : la beauté, l'esprit, le savoir. 
Toutes les créatures en un mot, ne sont-elles pas souvent 
employées au mal, et perdent-elles pour cela leur bonté na- 
turelle? 

Tous les abus qui naissent de la politesse n'empêchent 
pas qu'elle ne soit essentiellement un bien, tant dans son 
origine que dans ses effets, lorsque rien de mauvais n'en 
altère la simplicité. 

22. — AU DOCTEUR VALLANT». 

[Fontevrault, septembre 1674.] 

Vous m'avez fait plaisir, Monsieur, de m'avertir d'écrire à 
madame de Montmartre, non pas que j'en eusse besoin, mais 
parce que vous m'avez prouvé par là que vous vous inté- 
ressez à notre amitié et que vous seriez fâché qu'elle fi 
altérée par ma faute. Je puis vous promettre que je ne vo 
donnerai jamais ce chagrin. C'est à vous, Monsieur, à 
pas souffrir que j'oie celui d'être oubliée d'une personne 
que j'aime et que j'honore autant que madame de Mont- 
martre. Je vous charge sans scrupule de la lettre que je lui 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Veillant, t. VII, fol. 460.— Cette 
lettre a été publiée par M. de Barthélémy dans les Amis de madame de 
Sablé, p. 190. 



: 

ne 



kBBESSl DE I («Ml vi;m i i i i in BIfl AMIS. 121 

Tiens d'écrire, parce que je sais que vous avez souvent la 
joie de la voir. 

J'ai une autre prière à vous faire qui ne vous sera peut- 
Hre pas si agréable. C'est, Monsieur, de vouloir n'appren- 
dre, à votre loisir, si le petit livre des Aria de lu Vierge à 

dévots indiscrets*, sur lequel M. de Tournay 3 a (ail 
une si belle lettre, a été condamné comme je l'ai entendu 
dire, et ce qui est aussi arrivé de cet entretien sur la défense 
que M. d'Amiens* a faite de lire le Nouveau Testament, 
de Mon*. Cet écrit m'est tombé depuis peu entre les mains 
et quoiqu'il contienne de belles vérités en de certains 
endroits, il y en a d'autres que j'ai peine à croire qui aient 

-oufferts, et qui, en effet, ne me paroissent pas soute- 
nables. 

Je serois ravie de pouvoir vous entretenir là-dessus et de 
savoir si mes jugements sont conformes aux vôtres. J'aurois 
bien de la vanité si cela étoit, et j'aurai beaucoup de joie si 
vous prenez la peine de m'écrire quelque chose sur tout 
cela. Vous jugez bien que je le tiendrai aussi secret que vous 



3 o Monita salutaria beatœ Virginis Marias ad suos culiores indiscrè- 
tes, ouvrage contre le culte de la Sainte Vierge, dont l'auteur est un ju- 
:-ulte allemand nommé Adam Windelfets; il en parut une traduc- 
tion française de dom Gerberon, sous ce titre : Avertissements salutaires 
tir la bienheureuse Vierge Marie à ses ééwois mducrttê t Garni, 1673. 
M^rr l'évêque de Tournay, Gilbert de Cboiseut, avait approuvé cette 
traduction; mais cette approbation ayant été fort attaquée, le savant 
évoque avait dû la défendre, en 1074, dans la lettre pastorale (pie cite 
madame de Sablé dans la lettre du 13 octobre 107 4. Voyez la Biblio- 
thèque janséniste, 2 e édition, de 1751, p. 26. » (Note de M. Cousin dans 

Madame île Sa h le, p. -2G5.) 

ilbert de Choiseul d'Hostel, évoque de Comminges, puis de Tournay 
en 1668; mort à Paris, le 31 décembre 1089. 

* Fr. ire, né le 28 novembre 1012, entra dans l'ordre de 

Baint-Françoû en 1028; •ous-préeepteur de Louis XIV; évdque de 
Glaiidéves en 1031, d'Amiens on 1655; mort d'apoplexie, à Paris, le 
11 mars 1087. 



122 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

le pouvez souhaiter, et que j'ai envie que ce soit de la curio- 
sité que je vous fais paroître sur une pareille matière. 

23. — MADAME DE SABLÉ A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT 1 . 

A Paris, ce 15 octobre 1674. 

Ce seroit, Madame, un grand bien pour moi, aussi bien 
qu'un grand honneur, si j'avois une de vos lettres à porter 
toutes les fois que je vais à Montmartre. Cela me donne un 
rehaussement d'être nouveau, comme il arrive aux ambas- 
sadeurs des grands princes. J'ai beaucoup de joie, Madame, 
que vous ayez vu le livre qu'on appelle Monita et la belle 
lettre que M. de Tournay a écrite sur cela. Celle qui est 
en latin est un peu plus longue et plus exacte, et l'on y voit 
de quelle sorte on doit entendre l'endroit de l'index où on 
Ta mis. 

Voici comme la chose s'est passée à Rome. Quantité de 
personnes qui ont intérêt que toutes les imaginations de 
dévotions subsistent, s'élevèrent contre ce livre et deman- 
dèrent qu'il fût condamné. D'autres, au contraire, bien in- 
tentionnées, dirent que l'on ne pouvoit condamner ce livre et 
demandèrent que l'examen en fût fait, et que s'il y avoit quel- 
que proposition qui fût suspecte dans la foi, on le condam- 
nât. L'on examine ce livre ; l'on n'y trouve rien qui puisse 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallanl, t. VII, fol. 150. — 
Deux ou trois phrases seulement , les premières ot les dernières, "ont 
été publiées par H. Cousin. 

Les lettres que l'on a de madame de Sablé sont en minute. 

On napas découvert jusqu'à présent les originaux de celles adres- 
sées à l'abbesse de Fontevrault. Les conservait-elle ? On peut en douter 
par ce qu'elle écrivit, le 3 janvier 1677, au docteur Vallant, au sujet 
d'une de ses lettres qu'elle avait, disait-elle, perdue. Elle écrivait une 
autre fois à la sœur de Saint- Aubin, pour provoquer ses confidences, 
qu'elle brûlait toutes ses lettres. 



àBBBSSE DE FONTI VRAI MM D] M I 133 

specl. Nonobstant cela, comme le parti contraire à 

éloil forl nombreux, puissanl el pressant, l'on ne 
eut leur refuser quelque chose, ne pouvant le condamner, 
■ qui ne s'est jamais fait. 

l'autre, qui a été fait contre M. d'Amiens, quoi- 
ne cet évoque se soit oublié en ce qu'il a fait, l'écrit qui lui 

aire vient d'une source inconnue, et il est rejeté de 
ut le monde, comme de vous, Madame, qui en avez jugé 
mime les plus grands docteurs qui sont ici*. 
11 y a plus de quinze jours que cette lettre est écrite, mais 
marne l'on me dit que l'auteur du livre appelé MonUa, etc., a 
it une lettre apologétique pour sa défense, qu'il y a encore 
le lettre sur le même sujet contre M. Abely 5 , qui a fait 
imita Jesu, j'attendois d'avoir tout cela pour vous l'envoyer, 
Marne, eu me donnant l'honneur de vous écrire. Mais le 
braire qui les vend, et auquel un de mes amis m'avoit 

, m'a prise pour un mouchard. Cet ami m'a dit 
i/il m'y méneroit. En attendant, Madame, j'ai cru qu'il 
I falloit pas vous laisser dans le doute des causes de mon 

mparaison que madame de Bois-Dauphin fait de la 
uir de l'Abbaye-aux-Bois avec celle de Fontevrault me pa- 

■it plaisante. 
Que l'on est heureux, Madame, quand on a de quoi voir 
-même comme vous, et de n'être point conduit 
mme un oison bridé par des gens qui, étant aveugles, 
nbenl les premiers et font tomber ceux qui les suivent! 

Voir la lottro précédente ; 2« alinéa. 

\belly, né en 1<"»(>.~ dans le Vexin fiançais, curé de Saint- 
onne, évoque de Rode* en 16M, 
retira dam <;> Batiton de Saint- 
are, où il mourut en 1691. Auteur d'un»' Vie de êcùni Vincent de 
ul et de livres de piété et de théologie. 



124 LETTRES DE GABRÏELLE DE ROCIIECIIOUART 

24. — AU DOCTEUR VALLANT ». 

A Fontevrault, ce 9 janvier 1675. 

Quoique je n'aie aujourd'hui qu'un moment de loisir, 
ne puis différer à vous témoigner la joie que j'ai que voi 
ayez enfin songé à moi. Je vous ai cru à mon égard dans i 
profond assoupissement, et la supérieure*, bien loin de vo 
justifier, m'a quelquefois mandé de petits mots qui ml 
confirmée dans cette opinion. Quoi qu'il en soit, puisque vo 
êtes réveillé, je ne prétends plus vous faire de querelle ; 
vous prie seulement de ne me plus remettre dans la mer 
peine. 

Puisque vous voulez que je vous mande ce que je pen 
des plaintes que madame la supérieure fait de vous, je vo 
avouerai sincèrement qu'elles ne me surprennent pas, 
la raison qu'elles sont déraisonnables, et que je ne pi 
plus être étonnée sur so'n sujet que quand je la verrai s' 
commoder d'un procédé droit et juste comme le vôti 
Je ne sais si la charité n'est point un peu blessée dans ce' 
décision; mais comme je ne vous apprends rien de nouve 
et que je connois votre discrétion, j'espère que ma sincér 
en celte occasion ne sera point criminelle. Il me semble q 
madame la coadjutrice n'épargne pas sa sœur plus que m» 
lorsqu'elle dit qu'on trouble son repos, en conservant 
vie d'une de ses religieuses. J'admire comment on peut fai 
parade d'une telle injustice, et jevoudrois bien savoir 
quoi la blesse l'absence d'une personne qu'elle n'aime p. 

1 Bibl. imp. Mss. 17,048. Portefeuilles Vallant, t. V, fol. 85. 

2 Le mot est écrit en abrégé Un voit, en sh reportant au prem 
alinéa de la lettre du 27 septembre 1072, qu'il s'agit ici de la suj 
Heure de l'Abbaye-aux-Bois, que l'abbesse de Fontevrault n'aim 
pas. 



kBBBSSE DE FONT i.vi; \n I, i I M. SKS \Mls. 125 

Kque m conscience est à couvert par l'attestation « l ** plu- 
urs médecins de probité, bî elle 1 ne veut bien laisser 
ire à tout le monde que c'est par malignité qu'elle sou- 
ite Bon retour, et que le repos qu'on lui ôte, en procu- 
it la demeure de madame «lu Mas à Sainte-Menehould, 
si autre chose que la priver du plaisir qu'elle prcndioit 
m maltraiter celle pauvre fille. 

Je suis naturellement si choquée des injustices que je 
m'emporterois encore davantage sur celle matière, si je ne 
craignois de vous trop scandaliser, et si on ne me lour- 
mentoit pour envoyer cette lettre. J'attends avec impatience 
ros réflexions sur les livres dont vous me parlez, et je vous 
conjure, Monsieur, de vouloir faire tenir les lettres que je 
vous adresse pour madame de Montmartre et madame de 
Sablé. 



25. — AU DOCTEUR VÀ1LAHT 1 . 

A Fontevraull, ce 19 février 1G75. 

C'est bien tard répondre à votre dernière lettre, mais 
vous savez si bien les embarras auxquels je suis exposée, 
que je m'assure que vous ne m'aurez point pour cela accu- 
de paresse. J'ai lu avec honte les grands remerciements 
que vous m'avez faits pour un très-petit présent, et avec 
plaisir ce qui a été écrit pour et contre le petit livre des 
salutaires de la bienheureuse Vierge i . Vous croyez bien, 
Monsieur, que je ne me mêle pas de décider ce qui vaut 
mieux de tout cela; niais je vous avouerai franchement que 

"• La phrase est obscure. On la comprendrait mieux ainsi : A moins 
qu'elle ne veuille laisser croire, 
1 Bibl. imp. I». 17,050. PortefeuUU* Vallatd, t. VII, fol. 421. 
i Voir les lettres des ... septembre et 13 octobre 1074. 



126 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

rien ne m'a tant plu ni tant persuadée sur cette matière que 
la lettre de M. de Tournay. Il me semble qu'elle répond 
pleinement à tout, et que, quand on l'a lue, les objections 
que l'on fait sur les Avis de la bienheureuse Vierge parois- 
sent bien foibles. Quand il vous tombera entre les mains 
quelques autres écrits de cette nature, vous me ferez un 
plaisir extrême de m'en faire part; mais sur toutes choses 
je vous demande la continuation de votre amitié, qui me 
paroît d'un grand prix par l'opinion que j'ai de votre esprit 
et de votre vertu. Ma sœur de Fourille a connu l'un et l'au- 
tre dans le séjour qu'elle a fait à Paris, et je puis vous assu- 
rer, Monsieur, qu'elle vous estime infiniment. Nous parlons 
souvent de vous, elle et moi, avec plaisir 5 ... 

20. — A MADAME DE SABLÉ*. 

A Fontevrault, ce 27 avril [1675]. 

Je suis fort d'avis, aussi bien que vous, Madame, que nous 
ne comptions point ensemble pour nos lettres et que nous 
nous écrivions plutôt parce que l'envie nous en prendra, 
que par l'obligation de faire réponse. Si j'avois la vanité de 
croire que mes lettres vous fussent agréables, je vous di- 
rois que vous gagneriez à ce marché-là, parce que assuré- 
ment le désir de vous entretenir me viendra plus souvent 
que je ne m'y trouverai engagée par ce qui me viendra de 
votre part. Cependant je ne dois pas me plaindre puisque 
jusqu'ici vous ne m'avez jamais abandonnée pour quel- 

3 La fin de la lettre est relative à une de ses amies qui a été guérie 
par une ordonnance du docteur, et à une dame de Belin, qui souffre de 
vapeurs, et pour laquelle elle demande une ordonnance. 

1 Bibliothèque Victor Cousin, à la Sorbonne. Ms. 1,004. Cahier 12, 
n° 35. 



IBBBSSE DE F0W1 i \\ nni. i: i DE SES \Mis. 127 

lu temps que vous ne m*en ayei donné après de si bonnes 

. que je n'aie eu sujel de croire que ça n'a p 

Bu oubli. La dernière que vous m'allègues est meilleure 

ne voudrois, et je m'accommoderois encore mieux 

l'un peu de négligence que de voua Bavoir malade. 

Depuis quelques jours, je l'ai aussi été. C'étoit unenou- 

i te de douleur de tête que je n'avois pas encore con- 

qu'on dit qui venoit de vapeurs de rate. J'ai été sai- 

Bée pour cela, et présentement je m'en porte mieux.. le crois 

mal m'avoit été causé par toutes les fatigue* des 

prnières fêtes' qui sont terribles pour l'abbesse de Fonte- 

rault. Ce temps-ci est un peu plus commode, quoiqu'il n'y 

n ait aucun où je ne sois obligée à bien des fonctions pé- 

cependant il faut avouer que l'habitude fait quelque 

1 que les maux deviennent plus supportables avec le 

Bips. Je vous mande cela parce qu'il me semble que je 

uis obligée à vous instruire de mes dispositions. 

Je ne puis finir sans vous remercier de l'occasion que 

donnez de vous rendre un petit service. M. Tubeuf 3 

| extrêmement de mes amis, et il m'est fort aisé de lui 

arler de vos affaires. De l'humeur dont je le connois, je 

oi> même qu'il suffira de lui nommer votre nom pour le 

ire agir de son mieux pour vos intérêts. Il m'a mandé 

l'il me viendroit voir lundi. Quand je l'aurai entretenu, 

vous rendrai compte de tout ce qu'il m'aura dit sur 

»tre affaire. 

Je trouve madame de Belin* charmée d'une lettre que 
ius lui avez écrite, et qui en effet est admirable. 

;nes. 
Epharles Tubeuf, conseiller au parlement (1654), maître des re- 
1661 . intendant à Moulins en KWJ7, à Bourges et à Moulins 
mis en 1670, à tours en 1674. Mort en cette dernière ville, le 3 sep- 

'■79, à l'âge de quarante-sû 
'C'était sans doute une dame retirée à Fontevrault; il en 



128 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

Je vous prie de vous souvenir que vous me devez des co- 
pies de toutes les maximes, et des autres choses qui parti 
ront de votre esprit que j'admire toujours nouvellement 8 

27. — MADAME DE SABLÉ A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT ». 

[1675 *.] 

Je suis chargée, Madame, de vous témoigner mille sentii 
ments de respect et de reconnoissance de la part des per 
sonnes qui m'ont obligée de vous faire la très-humble sup 
plication que vous avez reçue si généreusement. Quand je n 
le serois pas, je prendrois la liberté de vous témoigner le 
miens qui sont assurément au-dessus de tout ce que je poui 
rois dire. Il n'y a rien de si obligeant ni de si généreux qu 
ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ; je voudroi 
bien vous pouvoir mander quelque chose qui pût rendr 
cette lettre un peu agréable. J'en avois une qui vous auro: 
pu donner quelque plaisir, mais je crains que la Sainte 3 n 
m'ait devancée. C'est que le prédicateur de Montmartr 
prêcha dimanche dernier sur la tentation, et dit qu'il I 
falloit pas se mettre tant en peine lorsque l'on étoit tenlt 

est souvent question dans la correspondance avec madame de Sablé 
avec le docteur Vallant. 

5 Voir dans Madame de Sablé, par Victor Cousin, chap. m, que 
ques-unes de ces maximes et le jugement qu'il en porte. 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VII, fol. 450. 
Cette lettre a été publiée en extrait dans Madame de Sablé, par Yict< 
Cousin, p. 264. 

1 Je ne sais au juste si cette lettre et celle n° 2G sont de 1G74 < 
1675. Dans tous les cas, celle-ci paraît l'aire allusion à un service q 
l'abbesse de Fontevrault avait annoncé, dans la première des deux, et 
toute prête à rendre à madame de Sablé auprès de M. Tubeuf, lequ 
avait été nommé intendant de Touraine en 1674. 

3 Vraisemblablement madame de Saint-Aubin ou madame de Bo 
Dauphin,, toutes deux retirées à l'Abbaye-aux-Bois. 



MBESSE DE POKTBTBAQI T. il DE SES amis. ij> 

qu'il n'y avoil qu'à dire non ; que David ètaul rieui el comme 
use lorsqu'il fil luer le mûri de Betaabée, ne pouvoit pas avoir 
ande tentation; qu'il y succomba parce qu'il ne sut 
pas dire non; que Joseph, au contraire, qui étoit jeune, 
Biguin el vigoureux, en devoil avoir une fort grande; qu'il 
n'y succomba pas pourtant, parce qu'il sul dire non, et 
môme laisser sa casaque, mais que si elle avoit tenu au bou- 
ton, il ne savoil pas ce qui en seroit arrivé. 

.N'est-ce pas là un bon entrelien pour des religieuses? Je 
ne sais pas comment madame de Montmartre l'aura pris, 
mais je gagerois toujours cent contre un qu'elle en sera 
très-mécontente. 

J'ai lu le livre dont j'ai eu l'honneur de vous parler; il y 
i de fort plaisantes choses. Je vous en manderai une des 
principales à la première occasion. 

28 - AU DOCTEUR VALLAiYP. 

A Fontevrault, ce 3 janvier 1677. 

J'ai reçu, Monsieur, la lettre dont vous me parlez dans 
votre dernière; mais ce fut dans un temps où j'avois tant 
d'embarras qu'il me fut impossible d'y répondre. Cependant 
j'eus beaucoup de joie de voir que vous vouliez bien encore 
me faire part de vos sentiments et que vous aviez assez 
bonne opinion de moi pour vouloir savoir les miens sur des 
matières aussi solides que le. sont celles que vous me pro- 
posez. 

Je ne vous puis répondre sur la question qui étoit dans 
votre autre lettre, parce que je l'ai oubliée et que par mal* 
lieur la lettre s'est perdue; mais pour la dernière, je vous 
dirai ce que j'ose penser. 

1 Blbl. imp. Mss. 17,050. Portefeuillei ïallanl, t. VII, fol. SOI 



130 LETTRES DE GABR1ELLE DE ROCIIECHOU ART 

Il est certain qu'en effet il n'y a point de personne raison-, 
nable qui puisse hésiter à s'humilier devant Dieu, et .qui,! 
connoissant toutes les misères de la condition humaine, ne 
se trouve méprisable et infiniment éloignée de cet être par- 
fait et éternel duquel toutes choses dépendent. Voilà un 
sentiment qui est, je crois, commun à tout le monde, et 
qui, à force d'être raisonnable, ne peut être d'aucun mérite 
et ne satisfait pas, à mon avis, à l'humilité que nous devons 
avoir devant Dieu. La première 2 naît de la seule lumière 
naturelle et se trouve aussi bien dans les païens que dans 
les fidèles; mais la seconde, qui, je crois, est la seule qui 
soit méritoire, suppose une grâce qui, nous faisant connoî- 
tre l'horreur du péché, et surtout de ceux que nous avons 
commis, et nous approchant assez de Dieu pour nous donner 
quelque chose de sa pureté et de sa souveraine perfection, 
nous abîme en sa présence et nous persuade avec raison que 
nous nous sommes mis, par notre propre faute, au-dessous 
des bêtes, des créatures insensibles, du néant même. 

Il est assez aisé d'avoir ces pensées dans la superficie de 
l'esprit, et il n'y a guère de gens qui ne soient assez instruits 
pour tenir le langage qu'il faut sur ce sujet ; mais je suis 
persuadée qu'il y en a peu qui en soient pénétrés au fond du 
cœur, et que, quand on est 15, on a déjà fait bien du chemin 
dans la vertu. 

Voilà, Monsieur, tout ce qui m'est venu dans l'esprit sur 
cette question. Je me suis hasardée à vous le mander pour 
vous obliger à m'en faire de nouvelles, et surtout à me faire 
part de tout ce que vous saurez sur chaque sujet. J'ai tant 
de confiance en vous que je m'assure que vous ne montrerez 
à personne ce que je vous mande, et même que vous serez 
assez bon pour ne vous en pas moquer en votre particulier. 

2 On dirait qu'il y a ici une lacune; cependant le passage est repro- 
auit textuellement. Il faut sans doute sous-entendre le mot humilité. 



LBBBSSE DE l 0NTBVRAU1 i, i I M. BBfl AMIS. 131 

Jusqu'à ce que vous me détrompiez là-dessus, ce qui, je crois, 
n'arrivera jamais, je traiterai toujours avec la même liberté 
les chapitres sur lesquels vous voudrez bien avoir mon 
sentiment. 

Madame de Belm vous fait mille compliments et vous sup- 
plie de lui renvoyer au plus toi dea méditations manuscri- 
tes qu'elle vous prêta l'année passée; elle en est un peu en 

Vous m'obligerez fort de faire mes compliments au Père 
Martin, et de lui dire que j'ai une véritable honte du long 
temps qu'il y a que je ne lui ai écrit. 

SA. - AU DOCTEUR VALLANT 1 . 

A Fontevrault, ce 21 avril 1077. 

Je vois bien, Monsieur, que vous m'avez punie de mon si- 
lence, puisque vous ne m'avez point envoyé le passage 
que vous m'aviez promis pour le commencement du carême. 
Cependant je ne mérilois pas cet abandon, car c'a été malgré 
moi et par des occupations indispensables de ma charge 
que j'ai été privée du plaisir de vous écrire depuis les Rois 
jusqu'à la semaine de la Passion. J'ai eu huit filles à assister 
à la mort, et à cette occupation a succédé celle du jubilé, de 
sorte que j'ai été contrainte de suspendre tous les cominri - 
le j'ai avec mes amis. 

Je vous mande tout ce détail, afin qu'en vous donnant la 
Hponse que je vous envoie pour M. du Bois *, vous lui fas- 

» Bibl. imp. Mss. 17,030. Portefeuille* Voila**, t. Vil, fol. 480. - 
>c-tt<> lettre ;i été publiée dans la Anus de madame de Sablé, par 
Ihélemy, p. 
1 Philippe Goibaud, sieur du Bois, membre de L'Académie française, 

lotenr d- plusieurs livres de religion; mort le 1 er juillet 1004, 



132 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECIIOUART 

siez bien comprendre ce qui est cause qu'il la reçoit si tard. 
Comme je l'estime beaucoup et que je serai ravie d'avoir 
quelquefois de ses lettres, j'ai grand intérêt qu'il ne me 
soupçonne d'aucune négligence à son égard. 

J'ai été extrêmement satisfaite du passage de sainte Thé- 
rèse, et encore plus de celui de saint Bernard, que vous avez 
donnés à madame de Bois-Dauphin. 

Je vous prie, Monsieur, de recommencer à prendre soin de 
moi, et de croire que tout ce qui me vient de votre part m'est 
extrêmement agréable. 

30. - AUX COUVENTS DE L'ORDRE *. 

A Fontevrault, ce 21 juin 1677. 

Chères fdles et bien-aimées religieuses, le relâchement 
n'étant que trop ordinaire dans les Ordres même les plus; 
saints, et ce malheur ayant été prévu par ceux qui en sont 
les fondateurs et les maîtres, ils ont sagement ordonné des 
visites et des assemblées générales, dans lesquelles on peut) 
trouver plus aisément et plus sûrement les lumières néces- 
saires pour connoître les désordres et pour trouver les| 
moyens d'y remédier. C'est, mes chères fdles, pour nous 
conformer à de si justes et de si saintes intentions qu'après 
avoir pris un soin exact d'examiner les règlements dont nos 
maisons ont présentement plus de besoin, nous avons résolu 
de dresser les suivantes ordonnances, lesquelles nous vous 
enjoignons et conjurons d'observer avec autant d'exactitude 
qu'il est véritable que nous ne vous les prescrivons que pai 
le zèle et le désir sincère que Dieu nous donne pour votrt 
perfection et pour votre salut. 

1 Archives départementales de l'Aube, liasse 444. 



àBBBSSI Dl i ONTBVfl Wl 1. il DE SBS kMI8. 133 

Comme les ordonnances de feu Hadai lies de nos 

s, que nous confirmons, vous ont instruites suffi- 
ftnment de l'exactitude et de la modestie requise au divin 
■ce, et que ce devoir qui regarde Dieu est asseï recom- 
Bndable par Lui-même, nous ne vous «liions rien sur ce 
■jet, si ce n'est que nous n'entendons point qu'on demeure 
dans les parloirs pendant ledit office sans une nécessité in- 
isable, qui par conséquent doit être fort rare. 
Comme toutes les règles du christianisme nous recomman- 
dent incessamment la charité, nous vous renvoyons à l'É- 
et à tout ce que les apôtres et les saints Pères ont 
*crit sur eette importante matière, ne présumant pas que 
■les qui méprisent les paroles de Jésus-Christ et de ses 
•aiuts eussent quelque déférence aux nôtres. Cependant nous 
îe pouvons nous empêcher de déplorer ici le malheur de 
melques-unes de nos filles, lesquelles, semblables à ces 
imprudentes de l'Évangile, perdent le mérite de 
Mes leurs austérités parleurs médisances, leurs querelles 
•tl ur peu d'union les unes avec les autres. Ce qu'il y a dans 
celle conduite déplus criminel, c'est que la plupart font 
jusques au dehors ces aigreurs et ces médisances, et 
[candalisent les séculiers d'une manière aussi irréparable 
■elle est honteuse à la religion. Cet article est si essentiel 
jue nous chargeons nos vicaires de l'examiner en toute ri- 
;ueur, et de punir exactement les personnes qui tomberont 
• le pareilles fautes. 
(fous sommes si convaincue, par une fréquente et cruelle 
xpérience, que les désordres et la tiédeur qui se glissent 
ans les maisons religieuses sont ordinairement causés par 
épanchement qu'elles ont au dehors, que nous ne pouvons 



8 Jeanne-Baptiste de Bourbon, fille naturelle de Henri IV et de Char- 
itte des EssarLs. 



134 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 

nous dispenser d'avoir une attention toute particulière à tout 
ce qui concerne les parloirs et la clôture. Ainsi, nous or- 
donnons : 

1° Que la porte ne soit jamais ouverte et fermée par une 
seule religieuse ; 

2° Que, selon que la règle le prescrit, on n'y souffrira les 
entrées que dans une pressante et claire nécessité ; 

3° Que les personnes qui entreront, soit confesseur, mé- 
decin, chirurgien ou autres, sortiront dès qu'ils auront sa- 
tisfait au sujet de leur entrée; 

4° Que tout le temps qu'ils seront dans la maison, ils se- 
ront toujours accompagnés au moins de deux religieuses; 

5° Qu'ils n'entreront jamais plus tard ni plus matin qu'il 
est prescrit par notre sainte règle, si ce n'est pour quelque 
raison extraordinaire et indispensable ; 

6° Que la porte ne demeurera jamais ouverte, et qu'on la 
fermera dès qu'on aura satisfait à la nécessité, quand même 
on devroit la rouvrir aussitôt après ; 

7° Quand la clôture sera rompue, nous ordonnons qu'on 
travaille incessamment à la rétablir, et que cela se fasse pré- 
férablement à tout autre ouvrage. 

Quant aux parloirs, nous ordonnons : 

1° Que la mère prieure en garde les clefs ; 

2° Qu'on n'y fasse jamais manger les gens de dehors ; 

5" Qu'on n'y aille jamais sans la permission de la mère 
prieure ; 

4° Qu'ils soient toujours fermés à la fin de complies; 

5° Que les volets des grilles ne soient jamais ouverls que 
pour les proches parents ou les personnes de grande consi-| 
dératiom 

Nous chargeons nos vicaires de plusieurs autres choses 
qui concernent cet article, souhaitant avec ardeur qu'on 
l'observe selon que notre sainte règle le prescrit. 



IBBI8SE DE FONTEVIUULT, ET DE BBS AMIS. 435 

fin ne laissera jamais le tour ouvert ; las seules tourières y 
Hurleront quand il faudra le faire, et elles seules recevront 
m dedans, et passeront au dehors ce qui sera nécessaire. 

irsqu'on demandera quelque religieuse, lesdites touriè- 
•esneles en avertiront point qu'elles ne l'aient dit à lanière 
urieure et qu'elles n'aient pris sa permission. On observera 
le même à l'égard des lettres et présents qui pourront se 
•lorter dans le monastère. 

On ne passera par le tour de la sacrislie que ce qui doit 
ervir à l'église. 

Le guichet de la grande grille ne servira que pour la com- 
munion. 

Étant bien informée qu'il se commet de grands désordres 
lans les élections des mères prieures, nous enjoindrons à 
os commissaires de ne les point recevoir si vous n'y obser- 
ez toutes les régies canoniques. 

Les maîtresses des novices ne seront point troublées dans 
exercice de leurs charges par les parentes ou amies des- 
ites novices, qui ne doivent se mêler en aucune façon de 

ur conduite pendant tout le temps de leur noviciat. 

On ne recevra point de pensionnaires, dans les lieux où 
ous avons permis d'en recevoir, passé l'âge de quatorze ans. 

Nous jugeons fort à propos pour le bien du temporel qu'il 

ait dans chaque maison un conseil établi, où les pères con- 
jsseurs soient appelés et qu'il se tienne tout au moins une 

is le mois. 

Nous avons recommandé à nos vicaires de ne recevoir 

imais les comptes des mères officières s'ils ne sont en 

onne forme, et nous confirmons ce qui a déjà été ordonné 

nichant lesdites mères officières, qui est qu'elles ne con- 

irveront ni argent, ni aucunes choses dépendantes des em- 

lois dont elles seront sorties. 

On n'abattra jamais de grands bois, en quelque petite 



130 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

quantité que ce soit, sans une permission de nous, ou de 
nos vicaires, par écrit. 

Les chambres qui sont hors du dortoir ne demeureront! 
point affectées à des religieuses particulières ; si on les juge ; 
propres à servir d'infirmerie, elles seront indifféremment à: 
toutes celles qui en auront besoin. 

Nous exemptons des offices et charges de la religion, et j 
défendons d'y mettre, ou élire, les personnes qui ne cou- 
chent pas dans le dortoir, et qui, à raison de leurs infirmi- 
tés perpétuelles, demeurent toujours dans l'infirmerie. 

Excepté les malades et les infirmières, toutes les reli- 
gieuses prendront leurs repas au réfectoire à l'heure due. 

Nous défendons très-expressément la mondanéité dans 
les habits et les chaussures ; les personnes religieuses qui 
affectent ces sortes de choses se rendent par là très-désa- 
gréables à Dieu, et même très-ridicules aux yeux du monde 
à qui elles ont intention de plaire. 

Comme les susdites ordonnances sont entièrement con- 
formes aux lois du christianisme et à notre sainte règle, 
nous ne doutons pas que vous les receviez avec autant de 
respect que de résolution de les mettre en pratique. Nous 
savons, et ce nous est un sujet de joie devant Dieu, qu'il y 
a plusieurs de nos maisons où tout ce que nous venons de 
prescrire est observé avec exactitude. Mais, en même temps, 
nous sommes convaincue avec douleur qu'il y a plusieurs 
autres lieux de notre dépendance où l'on a grand besoin de 
réforme. Nous prions Dieu avec ardeur que ces susdites o 
donnances ne leur soient pas inutiles, et que bien loin 
tourner un jour à leur condamnation, elles s'en servent 
comme étant des moyens très-efficaces de parvenir à la per- 
fection de leur état, qui est la seule chose qui leur est néces- 
saire et qu'elles ont dû seulement avoir en vue en quittant le 
monde et en s' engageant dans la religion. 



: 

mt 






\l I.ESSE DE FONTEVRAULT, ET DE SES AMIS. 131 

31. — AU DOCTM H YAI.IANT 1 . 

A Fontevrault, ce 18 juillet 1G77. 



Je crois que vous avez appris à Montmartre les occupations 
que j'ai eues depuis quelque temps et qu'ainsi vous ne m'au- 
rez pas su mauvais gré d'avoir tant différé à vous faire ré- 
ponse. J'ai eu la visite de M. du Maine* et notre chapitre 
général qui m'a fourni de grandes et de longues affaires dont 
je commence à peine à être quitte. 

Je vous suis la plus obligée du monde du passage que 
vous m'avez envoyé. Je suis persuadée qu'il est très-véritable 
que non-seulement on ne peut espérer le repos de l'autre vie 
que par les travaux qui sont attachés à la vie chrétienne, 
mais même que ce que l'on prétend être un repos selon le 
monde est accompagné de peines et d'amertumes qui 
tourmentent bien plus réellement que les exercices de piété 
qui font le plus de peur. Votre passage explique cette vérité 
. animent que tout ce que j'ai jamais vu sur ce sujet. 
J'espère ne le jamais oublier, et je voudrois bien en pouvoir 

irer quelque profit. Je vous supplie de vous souvenir que 

■M m'en devez un tous les mois. Je serai plus exacte à 

ous faire réponse, parce que je vais être un peu moins 
ée d'affaires. 
J'avois demandé à M. d'Angers la lettre qu'il a reçue du 
pape; mais comme il ne me l'a point envoyée, je vous sup- 

lie d'essayer à m'en procurer une copie. J'ai vu celle d 

I Arnauld, dont je suis fort salisfaite. 

1 Bibl. imp. Mss. 17.050. Pêrtefèmllet Ytillant, t. VII, p. 
. * Vers la (in de juin 1G77. — Le jeune prince s'était arrùtr à Pon- 
evrault en allant pour h seconde f«»i< ;ï Btrégefl ave madame de 
lain tenon. 

8. 



138 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

Je souhaite que M. du Bois ne se sente plus de son indis- 
position. Je vous supplie, Monsieur, de lui faire mes com- 
pliments et de compter toujours que je suis aussi sincèrement 
de vos amies que je vous l'ai promis. 



32= — A MADAME DE SAINT-AUBIN, A L'ABBAYE-AUX-BOIS*. 
A Fontevrault, ce 29 août 1678. 

Vous êtes bien bonne, ma chère fille, d'avoir pris la peine 
de m'écrire sans attendre toutes les réponses que je vous 
devois et d'avoir bien compris que c'étoit mon voyage qui 
m'avoit empêchée de vous écrire. Ce voyage cependant n'a 
duré que huit jours, mais les sorties, si petites qu'elles 
soient, sont d'un si grand embarras pour les religieuses, 
qu'il n'en falloit pas davantage pour nous occuper long- 
temps. J'ai trouvé que l'air étoit d'un grand secours pour la 
santé, et si, à mon retour, je n'avois trouvé des nouveautés 
qui me font retomber dans mes maux de rate, je crois que 
ma petite promenade m'auroit été fort utile. J'ai vu beaucoup 
de belles maisons, et partout où j'ai été, j'ai été reçue, sans 
exagération, comme la reine. Il n'est pas imaginable comme 
l'abbesse de Fontevrault est grande dame dans toute cette 
province. C'est dommage que cette place ne soit pas occupée 
par madame de Poissy 2 , elle y trouveroit de quoi assouvir 
sa vanité. La petite abbesse bénite a voulu que je la recon- 
duisisse à sa maison. C'est une petite abbaye qui a de beaux 
droits, et dont les religieuses sont en très-petit nombre, et 
régulière au dernier point. Je voudrois que madame Dofine 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VII, p. 425. 
Madame de Chaulnes, abbesse de Poissv. (Voir chap. i, p. 8.) 



AJBIS8E l'i: FONTEVRÀUI.T. ET DE SES AMIS. 13'J 

jfiït aussi bien placée, car quoiqu'il \ ;iil des maltOOfi plus 
éclatantes, je ne crois paj qu'il y en ni de plus commode. 

■C'est de (pioi une personne de la qualité de madame de 
Bois-Dauphin a principalement affaire. J'attende bientôt ma- 
dame du Pré, et j'entends dire de toutes parts qu'elle et ses 

(religieuses sont fort satisfaites les unes des autres. Je trouve 
le démêlé de Madame des Filles-Dieu et d'elle extrêmement 
plaisant, el vous m'obligerez fort, ma obère fille, de me 

{mander ces sortes de nouvelles. 

Je ferai avec plaisir ce que vous souhaitez pour mademoi- 
selle de LaVarenne 5 , et vous savez bien le pouvoir que vous 

lavez sur moi, dont il ne tiendra qu'à vous de tirer des 
preuves. J'en dis autant à ma cousine et vous embrasse 
l'une el l'autre de tout mon cœur. 

Je suis fort touchée de la douceur de M. Vallant, non-seu- 
lement par sa rareté, mais encore plus parce que son amitié 
me paroit d'un grand prix. Je vous prie de lui faire mes 
compliments. 

J'ai reçu la lettre dont vous êtes en peine; il ne s'en perd 
jamais à la poste. 



35. - COLBERT A L' ADRESSE DE FONTEVRVULT ». 

Saint-Germain, ce 17 février 1G79 
Madame, enfin le mariage que vous avez si longtemps 

* De quoi s'agissait- il? Il y a sur cette demoiselle et sur une daine 

e La Croix, pensionnaire à l'Abbaye-aux-Bois, qui la patronnait, 

es détails bien compromettants dans les lettres de Bussy-Rnbutin, 

. V, p. 50, et i l'Appendice du même volume, p. 012. 11 e>t évident 

: une de Saint-Aubin s'était laissé tromper par ces intrigantes. 

1 liibl. imp. Mss. Mélangé* Claircmbault, vol. 12G, fol. 173; copie. 



140 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

souhaité de M. le duc de Mortemart 2 avec ma fille 5 est heu- 
reusement accompli 4 , et je suis bien aise de vous faire le 
premier mes compliments sur ce sujet, et de vous assurer i 
en même temps que, comme dans le désir de ce mariage, 
vous vous êtes jointe à madame de Montespan pour la satis- 
faction de monsieur votre neveu et le rétablissement d( 
votre maison avec l'assistance et les bienfaits du roi, j'em- 
ploierai tous mes soins à concourir avec vous à ces deu> 
fins, et je suis persuadé que ce seront les meilleurs moyens 
dont je me pourrai servir pour conserver l'amitié dont vous 
m'avez déjà donné tant de marques. 

53 bis. — RACINE A BOILEAU 1 . 

18 décembre [1679]. 

Puisque vous allez demain à la cour, je vous prie, Mon- 
sieur, d'y porter les papiers ci-joints. Vous savez ce qu( 
c'est. J'avois eu dessein de faire, comme on me le demandoit 
des remarques sur les endroits qui me paroîlroient en avoii 
besoin; mais comme il falloit les raisonner, ce qui auroi 
rendu l'ouvrage un peu long, je n'ai pas eu la résolutioi 
d'achever ce que j'avois commencé, et j'ai cru que j'auroii 
plus tôt fait d'entreprendre une traduction nouvelle. J'ai tra 

2 Louis de Rochechooart, duc de Mortemart, général des galères ei 
survivance du duc de Vivonne, son père. Mort le 5 avril 1088, à l'a g. 
de vingt-cinq ans. Le mariage avait été arrêté le 14 février 1679, mai 
il ne se lit qu'au mois d'octobre 1680. Dans l'intervalle, le jeune du< 
de Mortemart lit un voyage en Italie. 

3 Marie-Anne Colbert troisième fille du ministre. 
* C'est-à-dire arrêté, décidé. 
1 Voirchap. m, p. 40, et la pièce n° 1 de l'Appendice. — Nous avon 

hésité à reproduire cette lettre dans la correspondance, parce quel'au 
thenti-cité en a été contestée par les fils de Racine. Réflexion faite, nou 
la donnons ici, mais sous toutes réserves, à cause des particularité 
qu'elle contient sur la traduction attribuée à l'abbesse de Fontcvrault 



ABBBS8I DE ro\ il. vu \ r l.T, ET 1)1. SB9 amis. 141 

duit jusqu'au discours du médecin, exclusivement. Il dit, à 
la vérité, de Irès-belles choses; niais il ne les explique point 
assez; et notre siècle, qui n'est pas si philosophe que celui 
de Platon, demanderait que l'on mit ces mêmes choses dans 
un plus grand jour. 

Quoi qu'il en soit, mon essai suffira pour montrer à ma- 
dame de Fontevrault que j'avois à cœur de lui obéir. Il est 
vrai que le mois où nous sommes m'a fait souvenir de l'an- 
cienne fête des saturnales, pendant laquelle les serviteurs 
prenoient avec leurs maîtres des libertés qu'ils n'auroient 
pas prises dans un autre temps. Ma conduite ne ressemble 
pas trop mal à celle-là; je me mets sans façon à côté de 
madame de Fontevrault, je prends des airs de maître, je 
m'accommode sans scrupule de ses termes et de ses phrases, 
je les rejette quand bon me semble. Mais, Monsieur, la fête 
ne durera pas toujours, les saturnales passeront, et l'illustre 
dame reprendra sur son serviteur lautorité qui lui est 
acquise. J'y aurai peu de mérite en tout sens : car il faut 
convenir que son style est admirable; il a une douceur que 
nous autres hommes nous n'attrapons point; et si j'avois 
continué à refondre son ouvrage, vraisemblablement je Pau- 
rois gâté. Elle a traduit le discours d'Àlcibiade, par où finit 
le Banquet de Platon. Elle l'a rectifié, je l'avoue, par un 
fooix d'expressions fines et délicates, qui sauvent en partie 
a grossièreté des idées. Mais, avec tout cela, je crois que le 
aiieux est de le supprimer. Outre qu'il est scandaleux, il est 
nutile ; car ce sont les louanges, non de l'amour, dont il 
j'agit dans ce dialogue, mais de Socrale, qui n'y est intro- 
iuit que comme un des interlocuteurs. Voilà, Monsieur, le 
îanevas de ce que je vous supplie de dire pour moi à ma- 
lame de Fontevrault. Assurez-la qu'enrhumé au point que je 
e suis depuis trois semaines, je suis au désespoir de ne 
)oint aller moi-même lui rendre ces papiers; et si par ha- 



14'2 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECIIOUART 

sard elle demande que j'achève de traduire l'ouvrage, n'ou- 
bliez rien pour me délivrer de cette corvée. Adieu, bon 
voyage, et donnez-moi de vos nouvelles dès que vous serez 
de retour. 

54. — AUX COUVENTS DE L'ORDRE *. 

9 juin 1681. 

Chères filles et bien-aimées religieuses, quoique nous sa- 
chions bien que toutes les choses qui peuvent contribuer au 
bon règlement des monastères et à la perfection particulière 
des personnes qui les composent soient contenues dans 
notre sainte règle et dans les ordonnances auxquelles vous 
pourriez et devriez avoir recours en toute occasion, nous 
sommes aussi informée, et nous en avons souvent gémi, 
que ces mêmes ordonnances auxquelles vous êtes toujours 
d'autant plus assujetties qu'elles sont ou des explications de 
la règle que vous avez professée pour toujours ou des moyens 
de l'observer, ne vous paroissent plus de nulle vigueur lors- 
qu'elles sont un peu anciennes. 

C'est donc pour remédier en quelque sorte à cet abus que 
nous allons vous marquer ici ce qu'en conscience nous de- 
vons tâcher à rétablir ou à détruire ; vous conjurant d'être 
persuadées que nous ne voulons nullement vous imposer de 
nouvelles obligations, mais seulement vous maintenir ou vous 
rétablir dans celles que vous avez contractées, et sur la pra- 
tique desquelles notre charge de votre supérieure majeure 
nous oblige de veiller soigneusement. 

L'épanchement au dehors est de tous les désordres celui 
qui entraîne de plus dangereuses conséquences, et par mal- 

1 Archives départementales de l'Aube, liasse 444. 



IBBB8SB DE rONTBVRAUl i. Il M IBS kMIS. Itt 

heur c'est aussi celui qui est le plus universellement répandu 
dans nos maisons tant par les entrées inutiles que par Le trop 
grand attacliement au parloir. Nous défendons l'un et l'autre 
de toute notre autorité, et nous déclarons : 

\° Qu'aucun confesseur, gens d'affaires, ni ouvriers, ne 
doivent jamais entrer dans l'intérieur des couvents sans un 
•véritable besoin; 

2° Qu'ils ne doivent jamais demeurer avec une religieuse 
seule, sous quelque prétexte que ce soit; 

Qu'ils ne mangeront point au dedans de la maison, et 
enfin qu'ils sortiront dès qu'ils auront satisfait au sujet de 
eur entrée. 

Pour les parloirs, nous souhaitons ardemment qu'ils soient 

tels que notre sainte régie nous le prescrit, et nous char- 

us nos vicaires de s'appliquer sans relâche à les mettre 

en cet état, ce qu'ils pourront faire plus efficacement que 

nous par l'inspection des lieux. 

Nous ordonnons cependant : 

1° Que toutes les grilles soient de fer, et tout au moins 
ssez serrées pour que la main n'y puisse passer; 

2° Que, dans les endroits où il y a des guichets, ils soient 
condamnés et qu'on mette de petits tours dont on pourra 
ians péril tirer les mêmes commodités que desdits gui- 
ïhets. 

Lesdils parloirs se fermeront sans manquer, tous les étés 

huit heures, et tous les hivers à sept, sans que, passé ce 

mi ->-là, il soit permis de sonner ni d'avertir du dehors 
•our quelque compagnie que ce soit. 

Les longs entrelions avec les confesseurs, surtout quand ils 

nt jeunes, ne doivent nullement être soufferts, si ce n'est à 
rs confessionnaux; nous en chargeons les consciences des 

ères prieures et celles de nos vicaires. 

Nous ne pouvons nous empêcher de déplorer encore le 



Ii4 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 

nombre presque infini d'obédiences 2 qui se demandent dans 
l'Ordre sur d'aussi légers fondements, et avec aussi peu de 
scrupules que si on n'avoit point fait vœu de clôture. Les 
personnes qui les demandent et celles qui travaillent à les 
leur obtenir, ont grand sujet de redouter là-dessus les châ- 
timents de Dieu, puisque sans compter les dérèglements 
particuliers qui sont presque inséparables des sorties, ces 
mêmes personnes sont encore un sujet de scandale pour 
tout notre saint Ordre et une source de division avec mes- 
sieurs les évêques qui croient pouvoir profiter de ces courses 
si mal séantes à des religieuses pour donner atteinte à nos 
privilèges 3 . 

Nous ordonnons la simplicité et l'uniformité dans les ha- 
bits et dans les coiffures. 

Il ne sera point permis aux mères prieures d'ajouter aucuns 
suffrages à leur dévotion aux prières générales de la commu- 
nauté. Nous défendons aussi qu'on dise l'office selon aucun 
autre cahier que selon celui qui est propre à notre Ordre. 

Dans les couvents où nous permettons qu'on reçoive des 
pensionnaires, nous ordonnons qu'on leur donne une maî- 
tresse à part, afin qu'elles soient entièrement séparées du 
noviciat. 

Personne ne se mêlera de l'éducation des novices que la 
mère prieure et leurs maîtresses. 

Nous nous sommes souvent affligée de la liberté avec la- 
quelle les religieuses instruisent leurs parents et amis des 
fautes qui se peuvent commettre dans l'Ordre, et en parti- 
culier de celles de leurs confesseurs, ce qu'elles font même 
avec exagération. Nous leur défendons expressément d'en 
user à l'avenir de cette sorle, et nous ne nous sommes pas 



* Permission de sortir du couvent, de s'absenter. 
5 Voir chapitre iv, p. 49. 



kBBISSI Dl iiimi VRAULT, Il II III \MIS. 115 

jusqu'ici avisée de leur défendre parce tfue nom ne pou- 
vions nous imaginer « § 1 1 * * les personnes de leur profession 
pussent ignorer ou négliger un devoir qui est connu môme 
de tous les séculiers, et pratiqué par tous ceux d'entre eux 
qui ont quelque attention à leur salut. 
Vous appellerez mère* toutes celles qui ont cinq ans de 

-ion au-dessus de vous. 
Vous tiendrez tous les mois, mes chères filles, le conseil 
ne nous avons déjà ordonné, auquel vous appellerez vos 
pères confesseurs; vous n'entreprendrez aucune affaire qui 
l'ait été examinée et résolue dans ledit conseil. 

Vos sœurs laies n'auront connoissance de nos ordon- 
lances que des articles qui auront rapport à elles. 

Nous ordonnons que lesdites sœurs laies portent exacte- 
nent la ceinture liée par-dessus leurs habits, qu'elles ap- 
>ellent mères toutes les religieuses de chœur sans aucune 
îiception, et qu'en cas qu'elles s'opiniâtrent à ne le pas 
aire, elles soient punies ou renvoyées, si elles sont encore 
lovices, montrant bien par cette résistance un orgueil a 
uoi nous expérimentons que les professes d'entre elles sont 
ussi sujettes qu'elles en devroient être éloignées par leur 
tat. 

Si c'est, mes chères filles, un très-grand défaut de sou- 
aiter la supériorité et de faire des brigues pour l'obtenir, 
est une chose encore plus odieuse de témoigner du res- 
Mitiment aux personnes dont on croit n'avoir pas été élue. 
Les parentes au degré défendu par la règle ne seront 
■nsemble aux offices comptables; on ne les mettra 
s non plus dans lesdils offices lorsqu'une de leur parente 
ns le susdit degré sera prieure. 

Les mères dépositaires rendront tous les ans, sans man- 
r, leurs comptes aux mères prieures, afin que nos vicaires 
puissent ensuite recevoir avec plus de netteté. 

9 



14G LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

Nous ordonnons aux mères officières d'employer tout 1< 
revenu qu'elles ont entre leurs mains, et toute leur applica 
lion à bien nourrir la communauté, et de se souvenir qu< 
ce sont les personnes les plus foibles et les plus infirmes, e 
non pas leurs amies, qui doivent être le mieux traitées 
qu'elles aient soin de faire payer ce qui leur est dû; qu'elle! 
fassent les poursuites nécessaires pour cela, sans crainte d< 
déplaire aux parentes de ceux qui doivent à leur maison. 

Nous condamnons comme choses contraires au vœu d< 
pauvreté, toute particularité, curiosité et présent un pei 
considérable, Il n'y a point non plus de raison qui puiss< 
excuser une religieuse qui n'est pas officière de garder d< 
l'argent. 

Nous avons vu, mes chères filles, plusieurs personnes re 
ligieuses et séculières scandalisées du style libre et peu mo 
deste dont la plupart des jeunes filles usent dans leurs let 
très. Si les mères prieures les voyoient, comme notre saint' 
règle les y oblige, ce désordre seroit arrêté. Nous chargeon 
lesdites mères prieures d'être exactes là-dessus, à moin 
que les lettres ne s'adressent aux parents très-proches. 

Nous confirmons les ordonnances de nos vicaires ; mai 
aussi nous déclarons nulles toutes les permissions que de 
particulières auroient pu obtenir d'eux pour l'avenir. Toute 
les choses que nous avons refusées et que nosdits vicaire 
pourroient ensuite permettre par surprise ne seront pas plu 
légitimes que si elles étoient faites sans nulles dispenses 
Les personnes bien intentionnées ne tomberont jamais dan 
de pareilles fautes ; mais celles qui se flattent et évitent d 
s'instruire ne seront plus excusables après la déclaration qu 
nous faisons là-dessus. 

Nous ordonnons que tous les domestiques vicieux soien 
chassés, particulièrement les ivrognes. Il ne faut point avoi 
égard sur cela aux sollicitations des personnes qui les prc 



àBBBSSI Dl l OH 1 IVl; \! I l . ET DE SES AMIS. I ',7 

tout; ces mêmes perseanea devroienl étçu" boute de 

.limiter que, dans (1rs maisons roiiNicrérs à Dieu, 01 tolérât 

I désordres qui ne sont pas soufferte par les persOiHies 

•me les plus engagées dans le siècle. 
Les pères confesseurs ne feront jamais de voyages sans 
Èfémenl des mères prieures, et ils en feront rarement. 
us défendons de rechef qu'ils aient des chevaux en pro- 
\ à moins qu'ils ne produisent pour cela une permission 
née de nous. S'ils ne font des voyages qu'autant que la 
mi séance le leur permet et que nous l'entendons, ils ne 
mqueroiit jamais de trouver un cheval dans la maison où 
sont, et s'ils veulent se promener plus qu'ils ne doivent, 
nous souhaitons qu'ils ne trouvent pour cela aucun se- 
cours. 

Lesdits pères confesseurs ne doivent pas se dispenser des 
lustérités de la règle qui se peuvent pratiquer dans les cou- 
vents, si ce n'est que leur mauvaise santé les en exempte 
gi tintement. 

Nous chargeons très-expressément nos vicaires de veiller 

îur la conduite desdits pères confesseurs, particulièrement 

ux qui sont jeunes, et nous les conjurons de les envoyer 

i l'habit * quand ils les convaincront de quelque dérèglement, 

* Je dois l'explication de cette locution à mon savant confrère, 
is de Jubainville, archiviste <lu département de l'Aube, auteur 
Mne remarquable Histoire des comtes de Champagne : 

Habit cA une expression abrégée pour ■ habitation* Le mol liabit 
'employait, dans Tordre de Fontevrault, par opposition à monastère. 
te m lit l édifice occupé par les religieuses; c'était le bàti- 

îout principal, de même que les religieuftp étaient la partie princi- 
pe de l'Ordre. L'habit [habitation était le (ogemenl des rel 
ûtinit ni <i ini: econdaire, comme la position qu'avaient les 

ominos qu'il al i itait. 

«- On lit dans le / i dition de 1671, l. IV, 

Dans l'ordre iult, on nomme la demeure 

de l'Ordre, qui serrent de chapelains el de confesseurs 
aux daines auxquelles ils sont soumis, l'habit. » 



US LETTRES DE GÀBRIELLE DE ROCHECHOUART 

soit de celui de la chasse, qui est si scandaleux et qu'on leur 
a tant de fois défendu, soit un attachement trop violent à des 
religieuses, ou quelque autre chose que ce soit, par laquelle 
ils déshonoreroient leur profession ou corromproient les 
âmes qu'ils sont obligés de conduire uniquement à Dieu. 

Les confesseurs anciens veilleront sur la conduite de leurs 
coadjuteurs, et les avertiront de leurs défauts quand ils n'au- 
ront pas eu le crédit de les corriger. 

Comme nous condamnons fort les religieux qui aiment 
l'argent et qui veulent faire des dépenses au delà du néces- 
saire, nous désapprouvons aussi beaucoup la dureté de 
quelques maisons qui refusent ou font attendre longtemps 
ce qui est légitimement dû auxdits religieux, faisant après 
de grandes plaintes, même aux personnes séculières, de la 
dépense de leurs pères confesseurs, pendant que, pour l'or- 
dinaire, elles ne plaignent point les profusions qu'elles fonl 
pour des prêtres et religieux étrangers, qui souvent lit 
ruinent pas moins le spirituel que le temporel des monas- 
tères. 

11 faut que les mères dépositaires aient par devers elles 
un mémoire de tous les meubles et livres qui sont dans les 
chambres des confesseurs, et qu'aucune personne ni lesdits 
confesseurs n'en emportent jamais rien dans le temps qu'on 
les change d'une maison à une autre. 

Nous défendons de rechef qu'on n'adressera point de let 
très à nos religieuses des Filles-Dieu sans en payer soigneu- 
sement le port. Elles ont déjà fait là-dessus plusieurs dé- 
penses qui les incommodent fort, et qui sont injustes, puis- 
que ces lettres ne les regardent point. 

Gomme les susdites ordonnances, mes chères filles, ne 
contiennent rien à quoi l'état religieux que vous professe2 
ne vous oblige, nous espérons qu'elles seront déjà en prati-i 
que, ou tout au moins très-bien reçues des personnes bien 



M'» HESS E DE KONTIYRÀULT, ET DE SES AMIS. 149 

intentionnées. Nous le souhaitons ardemment, non pas pour 

oirede nous faire obéir, mais parce qu'étant chargée de 

fotre conduite <'t \<»us aimant avec une véritable tendresae, 

nous ne pourrions jamais avoir de repos, si vous étiez assez 
malheureuses pour négliger l'ouvrage de votre saint. Nous 
pourrions aussi vous représenter que l'honneur et la répu- 
tation dos religieuses ne peuvent subsister taul que los dé- 
fauts que nous venons de reprendre régnent dans les mo- 
nastères; mais cette considération qui fait entreprendre des 
choses si difficiles aux personnes du monde, doit paroitre 
lien foible quand on la compare an bonheur de plaire à 
)ieu, et de pouvoir, par des peines passagères, acquérir le 
ciel pour une éternité. C'est la seule chose, mes chères filles, 
qui mérite nos affections et à laquelle nous devons travailler 
jans relâche 5 ... 



35. — A SEGRAIS ». 

A Fontevrault, ce 4 juillet 1081. 

J'ai, en vérité, Monsieur, une joie très-sensible de rece- 
r oir de vos nouvelles. J'avois appris en parlant que vous de- 
'iez arriver bientôtà Paris, et je m'étois déjà plainte d'y avoir 
emeuré deux ans pour vous presque inutilement, et d'en 
orlir précisément dans le temps que vous y revenez. Je ne 
•ouvois plus rien désirer là-dessus que devous voir faire des 
èflexions pareilles aux miennes, et c'est ce que j'ai sujet de 
Jger par votre lettre. Je suis fort fâchée que votre séjour 
Eu Paris doive finir si tôt; il me semble que, sans y être, 

» Suit la formule. Voir lettre 30. p. 137. 

« Bibl. imp.Nss. Fr. 24,901. UUre* de Gaifttières, fol. ÎM, — Jean 
egnauld d tuteur dYglogues louées par Boileau et de divers 

Mnans, était né à Caen en 1G24; mort en 1701. 



150 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 
je no laisserai pas de vous perdre quand vous en sortirez,; 
puisqu'il n'y a que de celui-là que vous me donnez des mar-i 
ques de votre souvenir. Cependant, Monsieur, j'en mérite- 
rois toujours par l'estime, le goût et l'amitié très-sincère que 
je conserve et que j'aurai pour vous toute la vie. C'est sur; 
quoi vous devez compter très-assurément et dont je voudroisj 
bien que vous puissiez faire quelque usage. 

Vous me faites un grand plaisir de me répondre que ma- 
dame de La Fayette a de l'amitié pour moi. J'ai trouvé en 
elle toutes les grandes et bonnes qualités que vous m'aviez 
dites, et dans tout le temps que j'ai pu la voir, j'ai joui de sa 
conversation comme d'une des choses du monde la plus! 
délicieuse. Présentement que je suis éloignée, ses lettres 
tiennent le même rang entre les seules joies qui me restent, 
qui sont en petit nombre. 

J'en attends avec impatience sur la mort de madame de 
Fontanges. Je m'assure que madame de La Fayette en saura 
des particularités que les autres gens ne m'apprendroient 
pas, et que les réflexions qu'elle aura faites sur cet événe- 
ment seront aussi meilleures que tout ce qui me pourroit 
venir d'ailleurs. Ayez la bonté de lui faire mes compliments, 
et apprenez-moi encore de vos nouvelles avant que de vous 
renfoncer dans votre province. 

50. — AU DOCTEUR VALLANT*. 

A Fontevrault, ce 20 octobre [1681]. 

Vous avez répondu si promptement et avec tant de bonté 
à la plainte que je vous faisois de ma mauvaise santé que je 
ne puis douter que vous n'y preniez part. Je vous en suis 
très-obligée, Monsieur, et je vous conjure de me conseiller 

1 Bibl. imp. Mss. 17,050; Portefeuilles Veillant, t. VII, fol. 474. 



4BBBSSE Dl I OH l BVB1U1 I . Il Dl Blfl 1118. IM 

• quelque remède. J';ii des décharges de cerveau quasi con- 
'• tinuelles qui me causent de grands maux de cœur ; j*ti aussi 

ours l'estomac en très-mauvais ordre, et ce qui me tour- 

i mente plus que tout cela sont dc> maux de rate qui me don- 

l lient souvent des mélancolies furieuses, surtout la nuit .; j'en 

persécutée étrangement. Madame Testu me dit à toute 

heure que son sirop y seroit admirable, mais je n'ai osé en 

• prendre sans savoir auparavant votre avis. Elle se trouve, 
Dieu merci, assez bien de l'airde Fontevrault ; mais elle n'est 
I ci nt docile, et si vous ne renouvelez point vos ordonnances, 

i l'on ne pourra l'empêcher de manger maigre les vendredis. 
ayez la bonté de la réprimander là-dessus ; elle vous obéira 
urément mieux qu'à moi, et même, pour sa conscience, 
elle se fiera plus à vos décisions qu'à celles de nos direc- 
teurs. Je suis assez de son avis sur ce sujet. 

On me presse si fort de finir que je ne puis pour celte heure 
vous entretenir davantage. Souvenez-vous, Monsieur, de 
4 continuer à me faire part de vos lectures le plus souvent que 
"I vous pourrez sans vous incommoder. 

57. — AU DOCTEUR VALLÀNT». 

A Fontevrault, ce 3 décembre 1681. 

Le curé de Belhomer * est sorti de cette maison depuis le 
mois de juin. Il est vrai qu'il s'y conduisoit fort bien ; mais il 
y avoit près de quinze ans qu'il y demeuroit, et celte longue 
\ demeure étoil une singularité dans notre Ordre qui produi- 
soit une espèce de scandale. Il a fallu donc lui faire subir 
la même loi qu'aux autres, et cela n'a pas été une petite 

1 Bibl. iinp. M Portefeuille* Valkmi, t. VII, fol. 210. 

* Diocèse de Chartres. Il y avait un couvent de Bénédictines dépendant 
de Fontevrault. 



152 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 

peine. Vous voyez, Monsieur, que ce seroit tout gâter que 
de détruire sitôt une chose que l'on a cru devoir faire par 
conscience et par raison. Cependant, comme ce religieux est 
en effet sans reproches , et que ses grandes infirmités le 
rendent incommode à toute autre maison que celle de 
Belhomer, je ne refuse pas de l'y remettre, quand il aura eu 
le loisir de connoître et de faire voir aux autres qu'il est dans 
la dépendance. Je ne prendrai pas pour cela un long terme, 
et peut-être que dans six mois il pourra être rétabli. Je crois 
que madame de Guise ne désapprouvera pas la précaution 
avec laquelle je crois lui devoir obéir en cette rencontre. 
Je vous prie, Monsieur, de lui en expliquer ies motifs en lui 
présentant la lettre que j'ai l'honneur de lui écrire. 

Je vous ai consulté depuis peu sur un mal d'yeux qui me 
met assez en peine. J'espère que vous aurez la bonté d'y 
avoir attention. 

Je suis très-aise que M. du Bois soit content de moi. Je 
vous prie, Monsieur, de lui faire mes compliments , et de 
me croire toujours fort sincèrement de vos amies. 

J'ai reçu depuis deux jours un présent de madame de 
Montmartre, qui e^t la chose du monde la plus charmante. 

38. — A COLBERT ». 

A Fontevrault, ce 27 mars 1082. 

Un de mes couvents, nommé Blessac 2 , situé à une lieue 
d'Aubusson, se trouve attaqué depuis peu par messieurs du 
Domaine, lesquels ont saisi des bestiaux et autres choses 
appartenantes audit couvent, sous prétexte que les religieu- 

1 Archives de l'Empire. Fonds de l'ancien contrôle général des 
finances. 
* Arrondissement et canton d'Aubusson (Creuset 



MtBESSE DE FONinr. M l r. I 1 D8 SES AMIS. 153 

ses ne leuronl pas fait voir assez t<">t les titres de tout le bien 
qu'elles possèdent. Elles prétendent cependant, Monsieur, 

qu'elles les produiront tous, mais que, n'ayant eu qu'un 
délai Tort court el ne B'attendanl nullement à cette recher- 
che, elles n'ont pas eu le loisir d'assembler tant de papiers 
différents. 

Ayez la bonté, Monsieur, d'ordonner qu'on leur laisse un 
temps raisonnable pour cela, et que cependant on leur 
rende ce qu'on leur a saisi. C'est la très-humble grâce que 

ous demande. J'ose vous dire confidemment, Monsieur, 
que ces pauvres filles soupçonnent que M. de La Feuillade 5 
leur a suscité cette persécution. En effet, il s'est avisé depuis 
quelques mois de vouloir leur persuader qu'il est leur fon- 
dateur ; et comme les religieuses aiment mieux croire que 

I le roi, comme de tout temps elles s'en sont flattées, 
M. de La Feuillade a témoigné prendre la chose fort à cœur, 
et veut même leur faire un procès. Je lui écris pour l'a- 
vertir qu'il s'adresseroit à moi, et que je serois fort fâchée 
de plaider contre lui; que je le supplie de nommer qui il 
voudra pour finir l'affaire à l'amiable, et que j'ai envoyé 
pour cela à M. de Lossendière tous les titres qui peuvent 
servir à soutenir les droits du couvent de Blessac. 

Je ne sais s'il aura la bonté de m'accorder ce que je lui 
demande, mais j'ai cru, Monsieur, que je devois vous rendre 
compte de cette affaire. Si j'ai abusé de votre patience, je 

- supplie de me le pardonner; et en cas que vous jugiez 
à propos de m'inspirer quelque conduite, et que le sujet le 
mérite, croyez, Monsieur, qu'en cela et en toute autre chose, 
je suivrai exactement ce que vous me ferez l'honneur de me 
prescrire. Cequeje prends encore la liberté devous deman- 
der, c'est, Monsieur, d'ordonner à ces messieurs du Domaine 

5 F. d'Aubusson, duc de La Feuillade, le fameux courtisan. 

0. 



154 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

de traiter doucement ces pauvres religieuses, et de décider j 
vous-même du temps que vous voudrez bien leur donner! 
pour assembler leurs titres. 

La longueur de ma lettre me fait honte ; je vous en de- 
mande mille pardons, et je suis toujours avec bien du res- 
pect, Monsieur, votre très-humble et très-obéissante ser- 
vante *. 

39. - A MADAME DE BOIS-DAUPHIN, A L'ABBAYE-AUX-BOIS *. 

A Fontevr ault, ce 26 juin 1682. 

Je fais faire un bâtiment pour lequel la clôture est déjà 
ouverte depuis plus d'un mois ; aussi tout le monde a vu la 
maison et l'a trouvée fort belle. Le bonhomme Mgr l'évêque 
d'Angers y entra dernièrement par la même occasion, et me 
parut plus satisfait que jamais, de corps et d'esprit. Il a qua- 
tre-vingt-six ans, et, dans trois ou quatre heures qu'il de- 
meura ici, il ne cessa pas de marcher par tous les hauts et les 
bas que vous connoissez , sans être fatigué le moins du 
monde. Nous étions ici ravies de voir ce saint homme, et 
nous prîmes bien des fois sa bénédiction. M. Vallant ne sera 
peut-ê(re pas fâché d'apprendre des nouvelles d'une per- 
sonne que sans doute il estime. Je vous prie donc, ma chère 
cousine, de lui lire cet article et de lui faire bien mes com- 
pliments. 

Cette fille est bien heureuse de n'avoir pas été reçue dans 

4 II est probable que Colbert eut égard à cette prière. Un an après, 
le 4 lévrier 1083, il recommandait à d'Aguesseau, intendant du Lan- 
guedoc, les affaires concernant les couvents de l'ordre de Fonte- 
vrault, particulièrement pour les pensions des filles ayant fait pro- 
fession, et dont les parents négligeaient de payer la pension. {Lettres 
de Colbert, t. VI, p. 190.) 

; Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VII, fol. 201. 
= Fragment de lettre; copie. 



ÉMISSE DE FONTEVISM i T, Il DI 118 LM18. 155 

nos <n»uy« Miis , puisqu'une si bonne fortune rattendoh à 
rXbbayo-auxrBois. si on oonnoissoit l'afenir, on se réjouiroil 
souvent de ce qui afflige le plus . ta expériences que nous 
avons de temps en temps là-dessus devraient bien noua faire 
conclure que nous ne savons guère ce qui nous est propre, 
el que noire mieux, en toutes manières, est de nous aban- 



40. - A LOUIS XIV*. 

[1684.] 

Sire, l'affaire que me veut susciter Mgr l'évêque de Poi- 
tiers me paroit toujours d'une si grande conséquence pour 
tout mon Ordre que je serai contrainte d'en importuner sou- 
vent Votre Majesté, à moins qu'elle ne veuille bien l'étouffer 
dans sa naissance en ordonnant qu'on nous laisse dans la 
ession dont nous jouissons depuis près de six siècles. 
Cette bonté, Sire , seroit une suite de celle que vous témoi- 
gnâtes à feu madame de Fontevrault dans une semblable oc- 
on, lorsque feu M. de Poitiers, se récriant contre l'éten- 
due de ses privilèges et suppliant Votre Majesté d'y donner 
des bornes, vous voulûtes bien imposer silence à ce prélat, 
qui , depuis ce temps-là, ne fit plus paroître aucune prétention 
contre nous. 

Toute ma communauté, Sire, se souvient de cette grâce 
avec une respectueuse reconnoissance, et me demande à 
t- »ut.' beure si je ne serai pas assez beureuse pour en obtenir 
une pareille. Si elle avoit été personnelle à feu madame de 
Fontevrault, je n'en tirerois aucune conséquence pour moi; 
mais, Sire, quelque différence qu'il y ait entre les abbesses, 
Votre Majesté me permettra de lui représenter que c'est 

1 .V".l 
1 Bibl. imp.; (l»}{>;n tement des Imprimés. Ms. (copie). II. — -f- 



156 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

toujours la même, abbaye, c'est-à-dire la plus considérable 
de votre royaume et de toute l'Église, et que, moins je suis 
capable de la soutenir par moi-même, plus je me vois fondée 
d'avoir recours à votre protection. 

J'essayerai à ne point rebaltre les raisons alléguées dans 
un mémoire que j'ai prié madame deMontespan de présen- 
ter à Votre Majesté 2 , et j'exposerai seulement celles que 
l'examen de nos titres et mes réflexions m'ont fournies de- 
puis quelques jours. 

S'il falloit juger la question selon le droit, j'ai fait dresser 
des écrits pour cela dont Votre Majesté ne sera point impor- 
tunée qu'elle ne l'ordonne. Mais quoique j'ose dire avec vé- 
rité que nos moyens de défense sont beaucoup plus forts 
que ceux qu'on nous oppose, et que pour une bulie de quatre 
cents ans qui n'a jamais été exécutée ni peut-être reçue, dont 
M. de Poitiers fait son droit, nous en pouvons produire un 
grand nombre de plus anciennes et de postérieures qui au- 
torisent clairement l'usage dans lequel nous nous efforçons 
d'être maintenues, je persévère à demander ardemment à 
Votre Majesté que l'affaire ne soit point entamée. Votre ex- 
trême bonté, Sire, m'inspire une confiance peut-être un peu 
trop hardie et me va faire entrer dans un détail bien indigne 
de l'attention de Votre Majesté ; mais la peine où je me trouve 
doit en quelque façon excuser ma faute. 

J'ai déjà insinué dans mon mémoire que l'activité de 
M. de Poitiers le rendoit redoutable dans les procès. C'est 
une vérité, Sire, qu'il prouve tous les jours par sa conduite 
et dont plusieurs de mes amis me font peur depuis trois ans 
qu'il me menace. Qu'upposerai-je à ses poursuites vives et 
concertées de si longue main, moi qui n'ai ni industrie ni 
intrigue, et qui aurois échoué dans les moindres affaires, 

* Nous n'avons pas trouvé ce mémoire. 



ABDESSE DE I <» M r. VIIAULT, ET DE SES AMIS. 157 

sans la puissante protection do Votre Majesté) Elle Considé- 
rera aussi, s'il lui plaît, qu'un procès de cette conséqui 

demanderoi! que je L'éllaase solliciter en personne. Je n'au- 
rai pas l'hypocrisie de due que ce voyage me seroit désa- 
gréable, puisque naturellement il me plairoit fort. Cepen- 
dant, Sire, je connois toutes les conséquences d'une pareille 
démarche, et je désire aussi sincèrement de ne la point 
pire que si j'y avois une véritable répugnance. 

Il est surprenant que M. de Poitiers ait osé alléguer que 
cette affaire lui est plus importante que celle qu'il a eue 
contre les chapitres de son diocèse, et que nos privilèges 
apportent de la confusion dans son église. Il est bien aisé de 
voir qu'un évèque qui est en guerre avec ses chanoines a en 
effet une grande affaire sur les bras; mais on ne comprend 
pas bien que ce lui en soit une de manquer à être reçu avec 
cérémonie chez des religieuses qu'il peut ne jamais voir, 
puisqu'il convient lui-même qu'il n'est pas chargé de leur 
conduite. Et pour ce qui regarde nos prêtres, j'ose avancer, 
Sire, qu'ils sont pour le moins aussi réglés que les siens, 
puisque j'ai ici des régents de philosophie et de théologie 
qui pourvoient à leur instruction, et que la discipline du 
cloître où ils sont toujours soumis est plus rigoureuse que 

des séminaires où les ecclésiastiques ne demeurent que 
peu de temps. D'ailleurs, nos religieux n'exercent point leur 
ministère à l'égard des séculiers que M. de Poitiers ne leur 
en donne la permission. Et quand quelques-uns d'entre eux 

pourvus de quelque cure, ils n'en prennent possession 
qu'avec le visa de l'évoque diocésain ; et dans toutes les 
fonctions curiales, ils sont aussi obéissants et ont la même 

on avec lui que les autres curés do sa dépendance. 
Ce que j'ai l'honneur de dire à Votre Majesté étant exac- 
tement vrai, elle jugera peut-être, coque j'avoue que je crois 
voir clairement, que M. de Poitiers n'a nulle raison de con- 



158 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

science, ni même aucun intérêt solide dans les demandes 
qu'il fait contre nous, qu'il ne souffrira aucun mal réel 
quand elles lui seront interdites pour toujours, et que, s'il 
en obtient l'effet, sa vanité seule y trouvera son compte, 
sans que son diocèse en soit ni plus réglé ni plus raison* 
nable. J'ai au contraire représenté à Votre Majesté que nos 
moindres pertes à cet égard seroient funestes à tout l'Ordre, 
qu'elles en détruiroient l'institut, la dignité singulière, la 
paix et la soumission que je m'efforce d'y maintenir. 

S'il y alloit de moins, je me reprocherois comme un 
crime une lettre si, longue et si pleine de liberté. Je pro- 
teste encore à Votre Majesté que je n'y ai rien avancé que je 
ne prouve quand elle me l'ordonnera, et que je ne lui dé- 
guiserai jamais la vérité, pas même celle qui me condam- 
neroit. Je me jette à vos pieds, Sire, avec tout mon Ordre, 
pour vous demander une paix qui ne fera tort à personne, 
et que nous désirons par des motifs que je puis dire légi- 
times et même louables , et que votre autorité nous peut 
donner avec une seule parole. 

C'est la très-bumble prière de la personne du monde qui 
est avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté la 
très-bumble et très-obéissante sujette et servante. 

41. — AUX COUVENTS DE L'ORDRE 1 . 

A Fontevrault, ce 5 juin 1684. 

Clières filles et bien-aimées religieuses, si la loi de Dieu 
n'a été écrite sur des tables de pierre que depuis qu'elle a 
cessé d'être gravée dans les cœurs des hommes, et si quel- 
ques Pères de l'Église reprochent aux chrétiens de leur temps 
le besoin qu'ils ont des saintes écritures comme un effet de 

1 Arcbives départementales de l'Aube, liasse 444. 



kBB1888 Dl PO» M \i;\i I I . Il M SI I AMIS. 159 

leur endurcissement el de leur déprttation, que vous di- 
Irons-nous de ce qu'ayant entre ?oa mains la même éci iture, 
Ivoire règle, et une infinité d'ordonnances de vos supérieures, 

; qui ne tendenl qu'à v.»us expliquer l'une et l'autre, vous 
.êtes néanmoins si négligentes, non-seulement de pratiquer, 
ornais encore de lire des instructions si nécessaires à votre 
salut? 

Nous ne prétendons point vous charger d'ordonnances 
^nouvelles, et nous reconnoissons avec joie que quelques-unes 
de nos communautés pourroient, par leur bonne conduite, 
nous dispenser entièrement de ce soin. Nous conjurons cel- 
les-là, qui par malheur sont en petit nombre, de remercier 
lieu lorsqu'elles trouveront ici des règlements qu'elles pra- 
tiquent déjà, et de prier pour leurs sœurs à qui ces dits rè- 
glements peuvent être nécessaires, au lieu de publier avec 
murmure qu'on leur fait des lois inutiles, et d'anéantir par 
cet orgueil tout le mérite de leurs bonnes actions. 

Comme on n'avance rien, dans la guérison des maladies, 
lorsqu'on ne les combat que dans leurs effets, et qu'on ne 
s'attache pas à en détruire la cause, nous travaillerions aussi 
inutilement pour le bien de notre saint Ordre, si nous con- 
tentant de vous recommander l'esprit de retraite, le silence, 
l'assiduité au chœur, la modestie et l'uniformité dans vos 
habits, l'union, la paix et toutes vos autres obligations, 
nous ne vous découvrions encore la source des fautes que 
?ous commettez contre ces devoirs si essentiels à votre 
État. 

Quand nous examinons la conduite des monastères bien 
réglés, nous y remarquons trois maximes inviolables, qui 
sont visiblement les gardiennes de la régularité : 

I Les sorties entièremenl interdites ou très-rares, et ac- 
compagnées de toutes les précautions qui peuvent en dimi- 
raer le péril ; 



160 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

2° Les parloirs fermés de bonne heure et trop austères 
pour attirer les gens mal intentionnés; 

3° Les directeurs en petit nombre, choisis par un sage 
supérieur, et non pas par l'inclination naturelle des particu- 
lières, et ces mêmes directeurs occupés uniquement du salut 
des âmes, évitant avec soin de s'attacher aux personnes, 
que, pour cela, ils ne voient que rarement, et avec une ex- 
trême circonspection. 

Voilà ce qui forme et entretient ce grand nombre de reli- 
gieuses que l'Église regarde avec joie, et tout le inonde avec 
admiration, et c'est aussi par les trois désordres opposés 
que les personnes qui veulent allier l'esprit et les manières 
mondaines avec le nom et l'habit religieux font un composé 
monstrueux que l'Église désavoue, et que le monde rejette 
avec autant d'horreur que de moquerie. 

Vous trouverez dans cet exposé la source des plaies dont 
le relâchement a affligé notre saint Ordre, et un moyen gé- 
néral de les guérir, à quoi nous ajouterons quelques consi- 
dérations particulières dont nous souhaitons ardemment que 
vous receviez quelque utilité. 

1° Que ces sorties si fréquentes et si peu mesurées, outre 
le tort notable qu'elles font à nos consciences et le mépris 
qu'elles nous attirent de la part des séculiers, ne nous déli- 
vrant point pour toujours de la profession dont elles nous 
dégoûtent, nous laissent une amertume dans le cœur, capa- 
ble de nous rendre malheureuses pour toujours; 

2° Que cette liberté d'aller au parloir et d'y demeurer] 
tard est cause ou tout au moins l'occasion prochaine des 
attachements criminels, et le fondement inévitable de plu- 
sieurs discours et jugements scandaleux qui se font de nos 
maisons; que, par là, le silence est aboli, le service divin 
négligé, les prières accompagnées d'une foule de distrac- 
tions, les secrets du cloître livrés aux personnes du siècle 



\PBESSE DE FONTEVU.VULT, ET DE SES AMIS. 161 

ma en font toujours un mauvais usage, et enfin vos biens 
■nporels dissipés dans le dehors, pendant que vos bâti- 
lit nis demeurent sans réparaiions, et vos personnes dans 
■adigence de plusieurs choses nécessaires; 

7) Que eeiie multiplicité de directeurs Introduisant dans 
ma monastères des opinions et des maximes différentes, 
■ne entièrement la subordination et la charité; que, parla, 
M communautés, qui devroient être des sociétés douces et 
Ibsibles, deviennent des assemblées tumultueuses qui ne 
ravaillent qu'à s'inquiéter et à se détruire, d'où s'ensuit 
nfailliblement la ruine du recueillement et du bien tempo- 
rel, car ces directeurs se succédant toujours les uns aux 
ne vous laissent jamais sans distractions par leurs 
■(retiens continuels, et sans dépenses extraordinaires par 
'attachement que vous avez à les bien traiter. 

Nous vous ordonnons donc de tout notre pouvoir de vous 
éformer très-soigneusement sur ces trois chefs, vous sou- 
nettant avec docilité aux moyens que nos vicaires vous 
fourniront pour parvenir à ce but, en quoi ils agiront con- 
formément à nos bonnes intentions, et au besoin des lieux 
.puis pourront connoilre pendant l'acte de leur visite. 

Nous confirmons les ordonnances de feu Mesdames les 
ibbesses, de nos dits vicaires et les nôtres précédentes, 
rous enjoignant d'en lire tous les mois en chapitre quelque 
>artie, en sorte que vous les puissiez toutes parcourir dans 
e cours de chaque année. Nous vous exhortons aussi de 
,out notre pouvoir à la lecture fréquente de notre sainte 
•ègle, dans laquelle vous trouverez des instructions de tout 
:e que vous devez faire, et un sujet légitime de vous humi- 
ier par la prodigieuse différence que vous remarquerez 
fBlre vos obligations et vos pratiques. 

Nous avons honte de défendre aux mères offieiéres de 

approprier ou de gratifier leurs parentes et amies des biens 



1G2 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOÏJART 

de la religion qui leur sont confiés, nous semblant que cet 
abus si incompatible avec une conscience et une probité 
môme médiocre, ne devroit seulement pas être connu 
parmi des personnes de naissance, et qui de plus sont 
religieuses. Mais, comme nous ne savons que trop qu'il a 
pris de profondes racines dans quelques-uns de nos cou- 
vents, nous ne pouvons éviter de le condamner ici comme 
un larcin d'autant plus criminel qu'il s'attaque au bien de 
la religion, et qu'il est commis par des épouses de Jésus- 
Christ, de qui ce divin époux exige une fidélité scrupuleuse. 
C'est tomber dans le même désordre que de prétendre hé- 
riter les unes des autres, sous prétexte de parenté ou de 
quelque autre liaison. 

Nous ordonnons aux mères officières d'écrire elles-mêmes 
leurs comptes, et d'y marquer avec simplicité et sans dé- 
tour ce qu'elles auront reçu et dépensé ; elles ne sauroienl 
éviter avec trop de soin de confier aux gens d'affaires les 
titres et papiers des maisons, et on a là-dessus plusieurs fâ- 
cheuses expériences. 

Nous ordonnons qu'il y ait toutes les nuits une lampe 
allumée dans chaque dortoir. En négligeant ce devoir de 
charité et d'humanité, on se rend coupable de plusieurs ac- 
cidents, auxquels on ne peut quelquefois remédier faute de 
lumière. 

Nous recommandons aux mères portières de ne confier 
jamais leurs clefs à personne, et de ne point ouvrir les portes 
sans être accompagnées d'une de leurs aides. 

Nous vous défendons les médecins, chirurgiens et domes- 
tiques de la religion prétendue réformée ; il seroit insup- 
portable que ces hérétiques fussent reçus favorablemenl 
dans les maisons religieuses, pendant que le roi travaille 
avec tant de zèle et de succès à en purger son royaume. 

Ayant appris que, dans quelques monastères où l'on souffre 



IBBIS8E DE I OW l BYRA1 II . Il DE BES AMIS. 103 

■h les religieuses embrassent leurs parents à ls port. 
«nés parents seglissenl souvent par surprise dans l'inté- 
k des maisons, nous nous croyons obligée d'ôter l'occa- 
ion de ce désordre, en défendant que les portes soient 
uvertes pour ce sujet, que le mauvais usage a rendu 
riminel et illégitime. 

eligieuses (jui, dans les retraites spirituelles, se dis- 
lenscnt de l'assistance au chœur pour vaquer à quelques 
lévotions particulières, sont dignes du reproche que Noire- 
Seigneur faisoit aux pharisiens, sur ce qu'ils négligeoienl 
ommandements pour s'attacher à leurs traditions. 
Il y a plusieurs choses sur lesquelles il seroit à propos de 
eus parler, que nous omettons néanmoins, les ayant trou- 
ées fort au long dans nos dernières ordonnances que vous 
levez lire et observer comme celle-ci. Nous y renvoyons pa- 
rlement nos chers et bien-aimés religieux, nos pères con- 
sseurs, sur les articles qui les regardent, et entre autres 
:eux qui leur défendent les chevaux en propre, les voyages 
nutiles et indépendants des mères prieures, et les entre- 
iens trop fréquents aux parloirs. A quoi nous ajoutons que 
est contre nos lumières et presque par force que nous to- 
érons les pensions qui leur sont données pour leurs habits, 
tqu e nous souhaiterions ardemment que leur désintéresse- 
oent d'une part, et de l'autre la justice et l'honnêteté des 
nères officiéres, les remît à cet égard dans l'usage plus 
onforme à notre sainte règle. 

Nous prions Dieu de tout notre cœur de vouloir vous in- 
pirer des sentiments équitables sur le sujet de nos dits 
•ères confesseurs pour lesquels vous faites paroitre presque 
oujours, ou un éloignement qui tient de la haine, ou une 
ffection déréglée. Et ce qui est étonnant, c'est que 
Teux choses si contraires subsistent souvent dans le même 
nonastère, qui se trouve déchiré par cette division, et dé- 



104 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

tourné de la piété par le même moyen qui devroit l'y con 
duire. On ne sauroit trop déplorer ce désordre et 01 
iroit trop loin si on entreprenoit d'en spécifier toutes le; 
suites funestes; elles ne sont que trop publiques dans 1< 
monde par les discours que vous faites sur ce sujet à voi 
parents et amis, avec une imprudence et une exagération s 
grande, qu'ils n'ont que faire de leur malignité naturels 
pour en tirer des conséquences pernicieuses. 

Voilà, mes chères filles, ce qu'un véritable désir de votr< 
salut et de votre repos nous a inspiré de vous prescrire 
nous vous conjurons parle même motif de vous y soumettr 
avec sincérité, et d'être persuadées que nous vous aimon: 
avec toute l'ardeur et toute la tendresse à laquelle notr< 
charge nous oblige 2 . 



42. — A SEGRAIS 1 . 

A Fontevrault, ce 14 mai 1684. 

Je suis très-aise, Monsieur, toutes les fois que je vous sai: 
à Paris, parce que je crois que vous y êtes agréablement e 
que je vous trouve rapproché ; mais c'est un séjour de si pei 
de durée qu'on n'a presque pas le loisir d'y faire attention 
Je suis bien touchée que vous ayez celle de m'écrire dans ur 
temps qui vous doit paroître si précieux ; rien ne me prouv< 
mieux qu'en effet j'ai toujours quelque part à votre amitié i 
laquelle je vous assure, Monsieur , que je suis très-sensible 
Vous pouvez juger combien je le suis aussi à une séparatior 
aussi désespérée que la nôtre, et combien je trouve mauvaii 
qu'étant destinés l'un et l'autre à vivre si loin du monde 

2 La formule comme à la lettre n° 30. 

1 Bibl. imp.Mss. Fr. 24,991. Lettres de Gaignières, fol. 204. 



àBBBSSB DE FOMT.u; \t II. il m: M s \ Mis. 165 

mas ne nous soyons pas trouvés t« ms deui dans 11 même 
province. 

j'eus un très grand plaisir à trouver dans votre dernière 
dhv que vous songiez, madame votre femme 1 et vous, à 
ne venir voir, el qu'il n'étoil pas impossible que cela n'ar- 
ivât quelque jour. Je vous laisse à penser comme je vous 
■evroisl niais je crois, après tout, qu'il seroit ridicule de 
e liât ter de cette espérance. Je ne suis pas surprise de ce 
me vous me dites des sentiments de madame de La Fayette 

mon égard ; elle m'en donne des preuves dont je ne pus 
■Mer, el «est encore une des personnes du monde qui me 
ut le plus regretter mon exil. Je tremble pour M. son fils, 
■ je commis son extrême sensibilité sur ce sujet; et, d'ail- 
?uis, la foiblesse de sa santé ne pourroit plus résister à une 
iolente affliction. 

Je vous remercie des nouvelles que vous m'avez mandées, 
ous n'êtes pas tombé dans le défaut de presque tous les 
ens qui écrivent, qui, en supposant qu'on est instruit de 
nit, laissent les pauvres absents dans une ignorance entière. 
ous avez peut-être tâté de ce procédé, et c'est ce qui vous 
mpêche de l'imiter. Pour la critique de Despréaux, je l'avois 
pprise d'abord sans m'en émouvoir , parce que c'est une 
dose inévitable dont , par conséquent , on ne doit être ni 
kché ni surpris. Je savois aussi que M. l'abbé Testu l'avoit 
Dndamnée, et que tous les honnêtes gens avoient suivi son 
xemple. Si on ne vouloit être content de soi que lorsqu'on 
îroit approuvé de ces deux messieurs, il faudroit renoncer 
ce bonheur, et il me semble qu'il n'y a rien qui condamne 

une si dure soumission 5 



8 Claude Acher du Mesnilvité, cousine de Segrais. Elle était riche, 
ne voulut épouser que lui, quoiqu'il fût sans biens. Ils s'étaient ma- 

HV76. 
* Ces deux messieurs étaient Hacine et Boileau ; Segrais ne les ai- 



166 LETTRES DE GABRIELLE DE R0CHECI10UART 

Je vous demande, Monsieur, la continuation de volrd 
amitié , et je vous prie d'être toujours très-assuré de \\ 
mienne. Ma sœur de l'Hôpital vous fait mille compliments 
Je ferai faire les vôtres à madame de Belin , qui est à umj 
lieue d'ici pour prendre l'air, dont elle se porte mieux, grâce: 
à Dieu ! 

43. — AUX COUVENTS DE L'ORDRE *. 

A Fontevrault, ce 6 février 1686. 

Chères filles et bien aimées religieuses, entre tous le: 
embarras inséparables de l'emploi dont Dieu a permis qu» 
nous fussions chargée, nous n'en avons trouvé aucun qu 
nous causât plus de scrupules, ni plus de reproches, de 1; 
part des personnes de dehors, que les fréquentes et longue: 
sorties de nos religieuses. Vous nous avez souvent vu gémi, 
sur ce sujet, dans nos lettres particulières et dans nos or 
donnances générales ; nous avions même imposé de certaine: 
conditions qui nous paroissoient devoir rendre ces sortie; 
plus difficiles et moins sujettes aux abus : mais toutes ce: 
précautions n'ayant pu prévaloir sur la facilité des mère 
prieures et des médecins, non plus que sur les poursuite: 
empressées des particulières, nous avons cru qu'il falloi 
établir des règlements, lesquels, satisfaisant à notre con 
science, pussent en même temps garantir notre saint Ordn 



maitpas. On s'en aperçoit à cette boutade. « C'est à l'occasion de Des 
préaux et de Racine que M. de La Rochefoucauld a établi la maxim 
par laquelle il dit que c'est une grande pauvreté de n'avoir qu'une sorti 
d'esprit Tout leur entretien ne roule que sur la poésie; ôtcz-lcs dclàl 
ils ne savent plus rien. » [Segraisiana , 1751, in-8°.) 

On en avait dit autant de Corneille. Segrais était, avec madame dj 
Sévigné, de l'avis de ceux qui, fidèles à l'auteur de Cinna, croyaien 
que Racine passerait. 

1 Bibl. imp. Imprimés, 3,135. 



kBBBSSE l-l ! 'OU l rvi», \r I l . Il DE M'.s \ ^I I s. 107 

de la mê uliers , des reproches continuels de 

MM. les ôvéques, et de l'esprit du monde, que ces sorties 
introduisent dans ces mêmi s couvents. 

Après avoir bien prié Dieu qu'il nous donnât assez de force 
lumière pour remédier à un si grand mal et avoir con- 
féré plusieurs fois avec notre conseil sur ce sujet, voici, mes 
filles, ce que nous avons jugé de plus raisonnable. 
us trouvons dans notre sainte règle que , quoique les 
sorties ne soient pas absolument interdites, elles ne peuvent 
néanmoins se faire qu'à des conditions qui les rendroient si 
rares et si mesurées, qu'il ne faudroit que les observer pour 
kfiter toute sorte d'abus. 

Outre cet esprit de l'Ordre, auquel nous sommes obligées 
le nous conformer autant qu'il est possible, nous avons une 
îxpérience assez longue que les maladies corporelles ne 
ont presque jamais soulagées, au moins d'une manière du- 
able, tant par le changement d'air, que par l'usage des 
aux. 

vous avons représenté d'ailleurs combien ces moyens 
le chercher du soulagement étoient préjudiciables aux 
imes. Avec quelle conscience pouvez-vous donc vous exposer 
t un danger si essentiel sur l'espérance frivole et trompeuse 
l'acquérir une santé passagère? 

Ce raisonnement déplaira à plusieurs, mais nous ne 
sroyons pas que personne le puisse détruire avec tant soit 
leu de solidité , et nous espérons qu'avec le temps tout le 
nonde connoitra que la conséquence que nous allons en 
ircr est juste el utile. 

ne nous ne voyons pas la plus grande partie des per* 
auxquelles nous donnons des obédiences, et que, 
[uand même elles seroient exposées à notre vue, nous pouv- 
ions souvent être trompée sur le d< gré de leur maladie, et 
insi être sévère ou indulgente plutôt suivant l'attestation 



168 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

des médecins, el les apparences qui peuvent être fort trom- 
peuses, que suivant les règles certaines de la justice et de 
la charité , ce que nous ne doutons pas qui ne soit arrivé 
souvent; — quand cette faute est venue directement de nous, 
nous pouvons protester qu'elle n'a pas été volontaire : de| 
la part des monastères, elle a pu être causée par les brigues! 
et les entêtements qui y sont devenus si communs . qu'on 
n'en a presque plus ni honte ni scrupule ; — le meilleur 
moyen, à notre avis, de diminuer tant de sortes d'inconvé- 
nients est de faire une loi égale et universelle, qui nous lie 
nous-même en quelque sorte. Et voici quelle est cette loi : 

Les sorties ne s'accorderont plus que pour les maux qui 
seront apparemment très-rares, et dont nous prions Dieu de 
tout notre cœur de vouloir toutes vous préserver. Ces maux 
sont la paralysie, l'épilepsie, l'apoplexie, les cancers et 
quelques autres de cette importance qui ne se peuvent pas 
prévoir, soit qu'ils viennent naturellement, ou par des bles- 
sures qui requerroient des opéralions de chirurgie qui ne 
se pourroient faire dans les monastères, lesquelles pourtant 
seroient connues indispensables, ou pour la conservation de 
la vie, ou pour empêcher que les personnes demeurassent 
estropiées. 

Les obédiences, qui ne s'accorderont plus du tout que sur 
ces seules causes, à moins qu'il ne se présentât d'autres 
besoins que nous ne pouvons prévoir et dont nous jugerons 
par nous-même , ces obédiences, dis-je, ne seront jamais 
plus longues que de trois mois. C'est ainsi qu'en usent pres- 
que tous MM. les évêques, et il est visible que les reli- 
gieuses de leur dépendance, aussi bien que ce grand nom- 
bre d'autres dont la clôture ne se rompt jamais, sous quel- 
que prétexte que ce soit, ne vivent pas moins, et ne sont pas 
plus souvent malades que dans les maisons où les sorties 
sont fréquentes. Et sans sortir de notre saint Ordre, nous 



kBBBSSE DE l "MlVH\ri I . M DE SES AMIS. 169 

avons l'exemple de Clervissel", où l'on vit avec plus de 
santé et de repos que dans ces lieux où les religieuses lan- 
guissent continuellement, tantôt dans la prétention du eliau- 
■Unent d'air, ou bien dans le dégoût qu'elles sentent après 
en être revenues. 

Après vous avoir montré invinciblement, ce nous semble, 
l'inutilité et le préjudice des sorties , et vous avoir averties 
de notre ferme résolution à cet égard, nous n'avons plus 
qu'a vous prier, mes cbères filles, d'y accommoder vos 
sentiments. Aussi bien nous nous promettons, avec l'aide de 
Dieu, que vous n'y dérogerez jamais extérieurement tant 
que vous demeurerez soumises à notre conduite. 

Nous ne touchons point aux permissions déjà accordées, 
mais certainement nous n'en accorderons aucune nouvelle 
qu'aux conditions ci-dessus marquées, quelque protection, 
sollicitation ouimportunitéqui se puissemettreà la traverse. 

Que les personnes qui craignent le refus ne s'y exposent 
pas par des demandes contraires à nos intentions, ou bien 
que celles qui seront assez imprudentes pour se faire refuser 
ne nous imputent pas la honte et le chagrin qu'elles en 
pourront concevoir, après les précautions que nous prenons 
pour les leur épargner. Que ces mêmes personnes ne pré- 
tendent pas trouver quelque ressource dans l'indulgence de 
nos vicaires; ils observeront à la lettre les lois qui sont ici 
prescrites, tant pour les conditions et la courte durée des 
obédiences, que pour ne se laisser jamais aller, non plus 
que moi, à accorder de ces prolongations abusives, si mal- 
heureusement introduites dans notre Ordre. 

Pour achever de régler ce qui regarde la clôture , nous 
ordonnons que toutes les griHes soient incessamment réfor- 
mées dans tous les lieux où nos vicaires les trouveront ex- 

1 Couvent de Bénédictines situé dan3 le diocèse de Rouen. 

10 



LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

cédant la mesure que nous leur avons mise entre les mains ; 
c'est celle même des parloirs de notre logis. — Nous espé- 
rons que les maisons régulières n'auront rien de nouveau à 
faire là-dessus ; mais quand , par hasard et sans qu'on leur 
pût reprocher aucun mauvais usage, il se trouveroit quel- 
ques-unes de leurs grilles un peu trop ouvertes, elles ne de- 
vroient pas avoir de honte de les réformer , comme nous 
n'en avons pas eu nous-mêmes de faire réformer les nôtres 
plus d'une fois. Quand on pourroit répondre de la sûreté 
présente, on ne sait point ce qui arrivera à l'avenir , et l'on 
répondroit devant Dieu des inconvénients qu'on n'auroit 
pas voulu prévenir, par une opiniâtreté et une fausse gloire 
qui sont des fautes nouvelles, bien loin de pouvoir être reçues 
pour excuses. 

L'article de notre sainte règle qui prescrit aux pères con- 
fesseurs d'accompagner les médecins dans l'intérieur des 
monastères étant devenu , par l'usage qu'on en a fait, non- 
seulement inutile , mais encore visiblement contraire à 
l'esprit de la même règle, les maisons les plus réglées, à 
commencer par celle-ci, ont sagement discontinué d'y dé- 
férer, ce que nous approuvons si fort, qu'une des choses du 
monde que nous souhaitons le plus ardemment est de voir j 
leur exemple, à cet égard, universellement suivi dans notre \ 
Ordre 3 . Nous en chargeons la conscience des mères prieures 
et nous leur ordonnons, sous peine d'inobédience, qu'au cas 
qu'elles trouvent quelquefois ces entrées indispensables elles 
y apportent du moins la précaution de ne point souffrir, 
sous quelque prétexte que ce soit, que les pères confesseurs 
se séparent des médecins, et qu'ils demeurent plus long- 
temps qu'eux dans le dedans, à moins que ces mêmes con- 
fesseurs ne fussent obligés d'assister quelque mourante. Les 

3 Voira l'Appendice l'article 55 du règlement du '2 juin 1687. 



LHBS8E DE i OH PIVRA0I I . i i DE SBS Mil S 171 

mères prieures répondront à DiM plus qu« jamais, api 
l'ordre rormel que nous leur donnons sur ce sujet, des sbus 
qui pourroient continuer é erèl'àyènir; H nous 

serions obligée d'avoir recours à des remèdes encore plu- 
forts, si celui-ci se trouvoit impuissant, ce que nous espé- 
rons que Dieu ne permettra pas. 

Dans les pauvres monastères où les murailles de clôture 
sont foibles, trop liasses ou imparfaites, nous ordonnons 
que, préférablement à toute autre dépense, on travaille à 
mettre les mêmes murailles dans l'état régulier que nos 
vicaires auront soin de prescrire aux mères prieures et offi- 
cières. Si cet ouvrage ne se peut faire en une année, il faut 
y travailler peu à peu ; mais on doit sincèrement l'avancer 
autant qu'il sera possible. On évitera soigneusement les 
brèches, et lorsqu'elles seront indispensables , on ne souf- 
frira pas qu'elles servent de prétexte à aucune entrée, prin- 
cipalement dans l'intérieur des monastères : et s'il s'en 
faisoit quelqu'une par surprise, les inères prieures répare- 
ront ce désordre, le plus promptement qu'il se pourra, usant 
premièrement de prières, pour faire sortir les personnes 
qui seront entrées , et les y contraignant ensuite, s'il est 
besoin. Nous défendons surtout qu'on fasse jamais manger 
dans le dedans lesdites personnes, ni qu'on les accompagne 
pour leur faire voir la maison. 

Tous ces règlements étant des suites d'une longue ré- 
flexion et de la certitude où nous soran es que notre salut 
seroit en grand danger si nous n'employions toutes nos 
forces et toute notre industrie à les maintenir courageuse- 
ment, vous voyez bien, mes chères filles , que vos répu- 
gnances et vos sollicitations ne soi viraient qu'à vous tour- 
ter, et ne détruiroient pas des résolutions si solidement 
établies. Il est bien certain aussi que ces efforts ne seroient 
> pas moins criminels qu'impuissants , puisqu'ils combat- 



172 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 
troient une autorité légitime et un zèle qui n'a pour but 
que votre repos et votre perfection. 

Nous sommes bien assurée de votre soumission exté- 
rieure, au moins dans l'article principal dont il s'agit, puis- 
qu'il dépend de notre fermeté à n'en point relâcher; en 
quoi , avec l'aide de Dieu , nous espérons être fidèle. Mais, 
où nous avons besoin de vous et ce que nous vous deman- 
dons, mes chères filles , c'est que vous rendiez cette obéis- 
sance d'assez bon cœur pour qu'elle devienne méritoire. 
Dieu lui-même pénétrera vos sentiments et en sera le juste 
juge. 

Nous le prions de les rendre conformes à sa sainte 
volonté et de répandre sur vous abondamment toutes les 
bénédictions que vous souhaite, chères filles et bien aimées 
religieuses, votre très-affectionnée mère-abbesse. 

44. — A SEGRAIS *. 

A Fontevrault, ce 27 avril 1C86. 

J'attends toujours votre voyage de Paris avec une grande 
impatience, et je trouve, Monsieur, que j'en suis bien payée 
par les lettres que je reçois exactement de vous en ce 
temps-là. Je veux du mal à madame votre femme d'être 
cause que ces voyages sont si rares et de si peu de durée; 
mais, d'ailleurs, j'ai une grande joie qu'il n'y ait que sur ce 
seul chapitre que vous ne soyez pas tout à fait d'accord. La 
plupart des maris achèteroient bien cher une pareille con- 
tradiction. Il me paroît toujours, par tout ce que vous me 
mandez, que votre vie est douce et tranquille, et, quoique la 
fortune n'ait pas paru vous être fort favorable 2 , vous devez 

1 Bibl. imp. Mss. Fr. 24,991 ; fol. 208. Lettres de Gaignières. 
- Il semble résulter de la phrase suivante que Segrais avait solli- 
cité une place qu'il n'aurait pas obtenue. 



kBBBSSE DE I OH 1 BYIA1 ! l . I l Dl M. s AMIS. I r i3 

Ha trouver heureui puisque vu- etti, en repos. Il faut 
)lu!ôt en juger par là, ce me semble, que par l'opinion du 
pode qui attache I» 1 bonheur à des plaoes où L'on ne peut 
rouver ni repos ni plaisir, sans quoi, pourtant , je ne vois 
Mi que l'on puisse être heureux. 

H Buis asseï dans ce cas-là, et il est vrai, comme on 
eus l'a dit, Monsieur, que je n'ai point voulu en sortir. Ce 
i'e>t pas, comme vous voyez, que je manque d'en connoitre 
Il inconvénients, mais c'est que j'en trouverois encore de 
mds à changer de poste. Après avoir passé tantd'an- 
uis celui-ci, j'en tire le meilleur parti possible. Je 
n'accommode mieux que beaucoup d'autres de la solitude ; 
e me divertis à lire, à bâtir, à jardiner, et mes affaires 
l'occupent trop pour me laisser remplir tous ces goûts jus- 
[u'à la satiété , ce que je crois même qui ne m'arriveroit 
tas quand je m'en occuperois toujours. 

luns ces affaires, qui, à la vérité, sont fort importunes, 
utient du mieux que l'on peut par des vues solides, 
t parce qu|en effet il est honnête de n'être pas tout à fait 
nutile dans le monde. Le commerce de mes amis est ma 
Insolation la plus sensible , et vous jugez bien, Monsieur, à 
u.l rang je mets celui de madame de La Fayette. On trouve 
n elle tous les esprits, avec une attention, une exactitude 
t une sûreté qui n'est assurément pas ordinaire. Vous con- 
tout ce mérite-là, Monsieur, pour le moins autant 
ue moi , et vous n'en êtes pas moins touché. Vous avez de 
lu- le plaisir de la voir tous les ans, et c'est ce que je vous 
■vie. 

Vous voilà instruit de ma situation presque autant que je 
' m us moi-même. Puisque nous ne nous voyons pas, nous 
|ous devons de temps en temps ce compte-là l'un à l'autre. 
<>u> \oyez que je fais toujours le même fond sur votre 
miti.'v tque celle que je vous ai promise, il y a longtemps, 

10* 



174 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

ne diminue pas par l'absence. Je suis persuadée qu'ell 
durera autant que ma vie, et je vous conjure de n'en jama 
douter. 

Madame de Belin et ma sœur de l'Hôpital sont ravies qu 
vous ne les oubliiez pas; elles vous font mille compliment! 

[45. - A SEGRAIS*. 

A Fontevrault, ce 22 mai 1686. 

Je fais mes compliments à madame de La Fayette sur voir 
départ de Paris, et je crois, Monsieur , qu'il faut vous e 
faire aussi de l'avoir quittée. C'est apparemment la seul 
chose que vous ayez regrettée véritablement. Le reste d 
monde est un spectacle que vous venez voir de temps e 
temps pour n'en pas perdre tout à fait l'idée, et peut-êtr 
aussi pour en tirer quelque instruction. 

Je suis bien fâchée que madame de Montespan n'ait pass 
devant vos yeux que de cette sorte, et que vous n'ayez poir 
vu du tout madame de Thianges. Je ne manquerai pas d 
faire savoir à la première ce que vous m'avez mandé de 1 
beauté des deux petits princes et de la sienne. Je suis cei 
taine que cela lui fera un très-grand plaisir. 

En vérité, je ne me console point, Monsieur, de ce qu'é 
tant, vous et moi , destinés à passer notre vie en province 
celles que nous habitons soient si éloignées l'une de l'autre 
C'est un vrai malheur pour moi, et je compte si fort su 
votre amitié que je crois que c'en est un aussi pour vous 
Cependant c'est moi qui suis le plus à plaindre , car je n'z 
rien dans tout mon voisinage qui m'accommode tant soi 
peu, et dans le vôtre vous trouvez d'anciens amis et beau 

1 Bibl. imp.Mss. Fr. 24,991 : fol. 212. 



4BB18SE DE I ORTITH M I I . M M Blfl \MIS. 175 

fcpdcgens capables <le société. Je ne me plains pas de 
cotte consolation; au contraire, je suis ravie que vous I',! 
mais j'avoue que je voudrois fort eu avoir une pareille. 

46. — A SEGUAIS». 

A Fontevrault, ce 8 juillet 1G8G. 

Je vois par tout ce que vous prenez la peine de me man- 
der, Monsieur, que vous avez pénétré tout ce qui peut aug- 
menter la douleur de ma famille et la mienne particulière 
Jfcs la perte que vient de faire mon neveu deTbianges*. Je 
suis aussi ti ès-persuadée que vous y êtes sensible, et celte 
assurance me donne beaucoup de consolation. C'est un 
grand secours de penser que nos amis prennent part à ce 
que nous souffrons, mais c'en seroit un encore plus grand 
de les pouvoir entretenir en ces tristes occasions. 

Je vous assure, Monsieur, que je vois toujours avec une 
extrême douleur la séparation on nous sommes, apparem- 
ment pour toute notre vie. Si vous pouviez vous résoudre au 
moins à la vi.-ite que vous avez quelquefois la bonté de pro- 
jeter, vous adouciriez un peu cette peine. Je vous supplie 
e gagner madame voire femme là-dessus et de lui taire 
bien des compliments et des amitiés de ma part. Je n'en- 
WfÊ%e point que je puisse aller à Paris, et il est bien certain 
[|ue je n'irai jamais sans une vraie nécessité, qui est une 
îhose assez rare. 

renverrai celte lettre par la voie que vous me marquez, 

rai fort aise de recevoir un peu plu- souvent des 

vôtres. Surtout, Monsieur, continuez-moi l'amitié que vous 

1 Dihl.imp. Mm. Ii'. U, M, M. 

•M. ment la mort nière lamine, Anne-Claire- 1 

ï la Chapelle. 



176 LETTRES DE GABRIELLE DE R0CHEC110UART 

m'avez promise. Je vous assure que celle que j'ai pour vous, 
et sur laquelle je me flalte que vous comptez, durera autant 
que ma vie. 

47. — MADAME DE MAINTENON A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT 4 . 

A Saint-Cyr, ce 27 juillet 1686. 

Je suis toujours ravie, Madame, quand je reçois des mar^ 
ques de vos bontés pour moi; mais je voudrois bien que 
vous ne me fissiez point de remerciements , quelque chose 
que je puisse faire. Jugez par là; Madame, si j'en dois atten- 
dre pour mes seules bonnes intentions et sur la manière 
dont je reçois les choses qui me viennent par vous. Il est 
certain qu'il n'y a rien qui me soit plus précieux, et que les 
intérêts de madame de Morlemart 2 et ceux de madame de 
Thianges me tiennent trop au cœur. Je n'ai jamais changé 
de sentiments pour vous ; vous avez touché mon goût et 
rempli mon estime ; j'ai cru ne pas vous déplaire , et tout 
cela, Madame, a subsisté dans tous les temps et subsistera 
toujours. Mais je vous demande en grâce de me traiter 
comme vous me traitiez et de m'estimer assez pour croire 
que ce que la fortune fait en ma faveur ne m'a point gâtée. 
Je souffre fort volontiers tout ce qu'elle m'attire des gens 
qui ne me connoissent point et dont l'opinion m'est assez 
indifférente ; il n'en est pas de même de vous, Madame, dont 
l'estime et l'approbation m'ont été précieuses, etjeserois 

1 Tirée d'un recueil manuscrit de huit lettres qui a appartenu à la 
maison de Sainl-Cyr. (M. Lavallée, Correspondance générale de madame 
de Maintenon, t. III, p. 37.) 

2 Une des filles du duc de Vivonne, religieuse à Fontevrault, que 
l'abbesse de Fontevrault, sa tante, désirait faire nommer abbesse, et 
qui fut mise, quelque temps après, à la tête du couvent de Beaumont- 
lez-Tours, 



ABBESSE DE FOMI M;\l I I II Dl SIS AI18. 177 

i désespoir que vous cru ei iolle pour avoir 

combien voire amitié honore et avec quel n 
vous assurer que je la mérite par la manière dont je 
lis pourvous. 

J'ai dit au roi, Madame, les chagrins que ses maux vous 
.liment et la joie que vous sentez du retour de sa santé. 11 
m>it qu'il compte fort sur la sincérité de vos protestations 

qu'il y a entre vous et lui une intelligence particulière et 
,rt indépendante. Comptez, Madame, qu'il se porte bien, 
ni esl t iès gai et que vous êtes mal avertie si vos nou- 
•lles portent qu'il s'ennuie. Que j'ai de pente à causer avec 
>us et que je le ferois de bon cœur et bien franchement! 

48. — A SEGRAIS*. 

A Fontevrault, ce 7 janvier 1087. 

Quand je reçus votre lettre , Monsieur, je n'étois pas en- 
ne tout à fait quitte des alarmes que j'ai eues sur la petite 
prie de madame la duchesse 8 , et vous savez qu'on a en- 
ire eu depuis d'autres sujets de chagrin 3 . Tout cela a été 
Monsieur, que j'ai différé à vous répondre. Je voulois 
loir l'esprit libre pour cela, et, grâces à Dieu, les nouvelles 
int très-agréables depuis quelques jours , ce qui me fait 
que cette année se passera plus gaiement que n'a 
1 1 la dernière. C'est déjà une chose bien agréable pour moi 

connoitre que j'ai toujours quelque part dans votre sou- 

I Bibl imp. Mss. Fr. 24,991, fol 217. 

ii mademoiselle de Nantes), fille de madame 

pan et de Louis XIV. 

I Allusion à la mort du grand Coudé, arrivée à Fontainebleau le 

1686, à la suite de ses fatigues pendant la maladie de la 

le Bourbon, mariée, le 2i juillet 168*>, au duc de Bourbon, son 



178 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

venir et dans votre amitié. Vous pouvez compter sur 
même chose de ma part, et je vous assure que je ne n 
console point de l'impossibilité où je me trouve par n 
situation d'espérer seulement le plaisir de vous voir ; ca 
quoiqu'à la rigueur il fût en votre pouvoir de me rend; 
quelque visite, et que vous ayez môme la bonté d'en form 
quelquefois le projet , il n'y a cependant nulle apparent 
que cela arrive jamais. 

Ilmeparoît, par les choses que vous me mandez, qi 
vous menez une vie fort agréable et que vous avez le bel 
esprit de profiter des sujets de divertissement qui se préseï 
tent au lieu où vous êtes. Je suis ravie que M. de Saint-Ma 
tin* dure encore, et qu'il ait même eu la bonté d'empire 
Je me souviens de la calotte tournée, sur quoi il fit un pr 
ces, de la royauté du Mont-Saint-Michel, et de tous les aulr 
récits que vous m'avez faits de lui ; mais je trouve tout ce 
au-dessous de la conduite qu'il a présentement. Je vous si 
fort obligée de m'en avoir instruite, et je vous supplie < 
continuer à le faire. Je prierai madame de La Fayette de n 
faire part de la relation. Je suis toujours contente d'elle i 
dernier point ; elle m'écrit plus exactement que personne 
avec une attention d'autant plus agréable qu'on ne d( 
presque pas se la promettre dans un éloignement où ■ 
n'envisage point de fin. Comme vous avez souhaité de to 
temps de nous voir amies, je crois devoir vous rendre i 
compte exact du bon succès qu'ont eu vos désirs à cet égar 

J'ai vu la fin de votre opéra 5 où j'ai trouvé beaucoup d'i 
vention et le même agrément que dans le reste de la pièc 

4 L'abbé de Saint-Martin, fils d'un gros marchand de Saint-Lô; p* 
sonnage ridicule. En 1686. il avait renouvelé à Caen la scène 
Mamamouchi dans une farce qui amusa toute la ville. (Segrais, sa 
et ses œuvres, par H. Brédif, p. 106.) 

5 H s'agit sans doute de V Amour guéri par le temps. Voir lettre S 
note 2. 



kBBESSE DE I OH I L\ LUI I. Il 01 SBS LUI S. 179 

e>t beaucoup dire, comme voui Buvex. Je m'imagine que 

i fait quelque aulre entreprise nouvelle. Quand on 

goût et le talent que \<>us avez, on ne demeure point 

, et en auroit grand lorl de l'être. Il me semble, Monsieur , 

vous me devriez un peu mieux informer là-dessus <pie 
| ne faites. Quand vos outrages devroienl être eaeliés, 
; ne clouiez pas, je crois, île nia discié.ion ; etvOUS savez, 
leurs, que j'ai tant de goût pour ce qui dent de vous, 
je mérite tout au moins par là (Yen avoir connoissance. 
! ferrai si vous profilez de cet avis; et si cela arrive, je 
| en serai très-obligée. Je fais, Monsieur, avec votre por- 
tion, mille compliments à madame votre femme. 

49. - AU PÈRE RAPIN, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS*. 

A I ontevrault, ce 9 février 1G87. 

1 vous suis bien obligée, mon révérend père, d'avoir 
lé à moi dans un événement aussi important que celui de 
îort de feu M. le Prince*, qui en effet m'a touchée par- 
lièreinent par rapport à madame la duchesse s et à M. le 
*ince d'à présent 4 qui, de tout temps, a des bontés extraor- 
- pour moi. Si nous ne pensons à celte éternité dont 

1 Je dois la communication de celte intéressante lettre à l'extrême 
e de mon savant confrère, M. Ralhery. La lettre est autoyrap!ic 

de Fontevrault, suis protocole. 

lil que Rossuet et Rourdaloue firent chacun l'oraison fanébro 

de Condé. Le l'ère Lapin composa aussi son éloge; mais, dit 

.vy-L, il.iitm dan- une lettre ;'i madame de Sévignédu 19 novembre 

87, « l'hôtel de Condé lui en fit changer une partie. » Bussy ajoute 

etcelaalloit loi rendre les histoires encore plus suspectes qu'elle- ne 

voient été jusqu'ici. » 

lait pour ça. 
! foir l.i lettre précédente, ai 

1 llenri-Jules de Bourbon, prince de Condé, fils du grand Coudé, 
ivcrneurde Bourgogne; né en loin, mort le 15 avril 1 



180 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

vous avez si bien écrit el dont vous paroissez toujours o< 
cupé, ce n'est pas faute d'être souvent avertis par ( 
tristes expériences du néant de toutes les choses de '. 
terre. Rien ne le prouve mieux que d'avoir vu disparoiti 
un homme comme feu M. le Prince. Sa naissance et se 
mérite lui faisoient occuper tant de place dans le monc 
qu'on s'imaginoit naturellement qu'il y tenoit plus fort qi 
les autres. L'étonnement que l'on sent à la mort de ce 
gens-là est une preuve que l'on est dans cette erreur sar 
s'en apercevoir. 

J'ai été bien édifiée de tous les récits qui me sont rêvent 
des dispositions de feu M. le Prince à cette dernière heui 
et les deux années qui Font précédée. Tous les gens qui a 
ment la religion doivent se réjouir de ce grand exemple, « 
ceux qui étoient particulièrement attachés à feu M. le Princ 
y doivent trouver une consolation solide. 

Je suis toujours, mon révérend père, parfaitement cor 
tente de M. de Basville 3 , et je ne manque pas à lui écrire d 
temps en temps, mais bien moins que je nevoudrois, parc 
que je respecte ses occupations. Je souhaite fort qu'il aille 
Paris ce printemps , dans l'espérance qu'il passera par 1 
Mothe 6 , et que je pourrai le voir. II y a bien peu de gens a 
monde pour qui j'aie autant d'estime et de goût que j'en { 
toujours eu pour lui depuis que je le connois. Vous savez quj 
je ne vous ai jamais tenu un autre langage. Il y a apparen 
que je ne changerai pas d'avis là-dessus. 



. 



5 Nicolas de Lamoignon, sieur de Basville; il était alors intendant 
du Languedoc, où il exécutait avec une rigueur excessive les ordres di 
Louvois contre les protestants; mort le 17 mai 1724, âgé de soixante 
dix-sept ans. 

6 Madame de Montespan parle dans une lettre du 15 septembre 168 
du château de la Mothe. II était situé commune d'Artannes, près Fonte* 
vrault. Il était sans doute à proximité de la route de Paris, et l'abf 
besse de Fontevrault espérait y voir Basville au passage. 



àIBBSSB DE I <>NTEVIUULT, ET DE SES AMIS. 181 

tus supplie d* 1 ne pas aussi ckangi r pour moi, mon 

jjpérend père, el de me continuer cette année h les suivan- 

je vous souhaite très-heureuses) l'amitié que vous 

vez bien voulu m'accorder il y a longtemps, el que j'estime 

u dernier point. Je vous demande aussi, s'il vous plaît, «le 

is oubliée dans vos prières. 

50. - LOUIS XIV A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT '. 

A Versailles, ce 20 février 1687. 

Madame l'abbesse de Fontevraull, j'ai vu par la dernière 
lire que vous m'avez écrite combien vous êtes sensible aux 
oindres marques de mon souvenir ; je ne l'ai pas moins été 
ix expressions de votre joie pour le rétablissement de ma 
nté, et vous ne devez pas craindre qu'elles soient arrivées 
op tard, les ayant prévenues par la connoissance que j'ai 
î votre affection pour tout ce qui me regarde. Soyez bien 
:rsuadée de la continuation de la mienne pour votre per- 
nne et pour votre Ordre, et m'accordez aussi de bon cœur 
le de vos prières envers Dieu que je prie de vous avoir, 
idaine l'abbesse de Fontevraull, en sa sainte garde. 

— MADAME DE MONTESPAH \ III LT, ÉVÉQUE DE SOiSSONS *. 

[1688J. 

est bien heureux, Monsieur, quand vous prenez une 
sous votre protection. Ce que vous m'avez dit sur l'é- 

riève.Mss. L'. 17-, fol. 691. 
,Bibl. iinp. Mss 5. I. 5,272 ndance de Buet, t. I. 

lettre n'est point autograph» , fui sans dont.' a 

|uet. qui l'a fait imprimer sur un quart de feuille, aaiu date ni sus- 
btion ; il a seulement écrit en tête : Lettre rfr madame <l>- M<mt 
se trouvait au commencement du portefeuille des lettres auio- 

11 



182 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 

criture m'y a fait trouver des mérites dont je ne m'étois ja 
mais aperçue. J'avois toujours cru que la vivacité de la cou 
versation et le plaisir de voir naître les pensées le devoit eu 
porter sur le froid d'une lettre qui peut être faite avec ui 
grand loisir, et dont les déguisements ne peuvent être dé 
couverts par les mines, ni les secours 2 par aucun témoin 
Mais ce que vous m'avez dit m'a bien fait changer d'avis 
vous m'avez fait trouver la conversation grossière, tron 
peuse et dangereuse ; l'on s'y emporte souvent à dire de 
choses contre sa pensée; l'avis des autres nous entraine o 
nous révolte; nous parlons selon ce qu'on nous dit, et poir 
selon les véritables sentiments de notre cœur. On se fait ps 
là des ennemis de gens à qui l'on ne veut aucun mal; o 
laisse entendre des choses si précieuses qu'elles perdent c 
leur mérite en les livrant aux témoins que l'on a souvei 
sans les connoîlre. Un ton plus haut nous coupe la gorge dar 
les affaires de conséquence, et la timidité nous ôte quelqu 
fois tout le mérite d'une jolie pensée, parce qu'elle n'e 
pas prononcée agréablement. 

L'écriture met à couvert de tous ces inconvénients; el 
fait en même temps la sûreté de ceux qui écrivent et 
bonheur de ceux à qui l'on écrit. On s'explique avec coj 
fiance, parce qu'on n'est entendu que de celui de qui c 

graphes de mesdames de Montespan et de Fontevrault. Comme nous ; 
présumons pas qu'elle soit connue, malgré ce que nous venons de dil 
nous la joignons à cette collection dont elle fait réellement partie. Ih 
cependant à présumer qu'elle a été retouchée par Muet, ou dictée à 
sœur par Vabbesse de Fontevrault; car on verra que les lettres su 
vantes de madame de Montespan ne se ressentent nullement de cel 
pureté de diction. » {Note de Leduchc d'Anizy, auteur du recueil a< 
quel la lettre est empruntée.) 

J'avais publié cette lettre et celles portant les numéros 55, 56 ; 
et 58 dans Madame de Montespan et Louis XIV J'estime également qu'e 
a été dictée par l'abbesse de Fontevrault, et c'est pour cela que j'ai c 
devoir la reproduire ici. 

* Sic dans la copie. 



kBBBSSE DE FONTEVIUll I. Il M. SBfl AMIS. 183 

eut l'être, et ce qu'on «lit lui devient mille lois plus aj 
h» par l'assurance qu'il a de ne le partagei avec personne, 
qui donne, à mon >cus, l'avantage tout entier aux 
sur la conversation, c'esl qu'elles ne voua donnent 

,:is seulement des paroles que lèvent emporte et que l'air <lis- 
jp; elles rendent les pensées visibles el aussi durables que 

papier même à qui on les confie. On a la joie (i'y reèonnot- 
I la main de la personne qui nous écrit, de la suivie dans 
■les les lignes ou elle a passé. On recherche jusque dans 

manière don! les caractères sont tracés, ce que les ter- 
plus vils ne sauroient jamais bien faire sentir. 

Vous voyez, Monsieur, que j'ai assez bien profité de vos 
Étructions, et j'espère que vous vous en apercevrez encore 
ieux, dans la suile, par la régularité que j'aurai à entre- 

lir le commerce de lettres que je commence aujourd'hui 
lec vous. 

52. — A SEGRAIS». 

A Fontevrault, ce 13 février 1G89. 

J'avois espéré, Monsieur, que vous me donneriez quelque 
irque de souvenir au commencement de cette année, mais 
vois bien qu'il faut que ce soit moi qui vous réveille. Je 
i pouitant garde de croire; que vous m'avez oubliée 1 ; j'en 
rop affligée, et il me semble aussi que nous ne devons 
lais former de soupçons l'un de l'autre; mais je ne puis 
cher de sentir de temps eu temps que noire cottl- 
rce est trop rare, et de vous en savoir un peu mauvais 
. Je vous demande donc de vos nouvelles, Monsieur, et 
»ous apprends que les miennes sont bonnes, grâces à 
u. En disant que je me porte bien, je dis toutes mes nou- 

Jibl. irap. Mss. Fr. 24,991, fol. 221. 



184 LETTRES DE GABRIELLE LE ROCHECHOUART 

velles, car ma vie est si unie qu'il suffit d'en avoir été h 
struit une fois pour la connoître toujours. Vous me dirt 
peut-être la même chose de votre fortune, et si vous en êt( 
content, il ne faut pas regarder comme un malheur qu'ell 
demeure toujours au même état. 

Je crois, Monsieur, que madame de La Fayette vous aui 
témoigné l'envie que j'ai de revoir votre petit opéra, que ; 
Roland*, qui se publie à l'heure qu'il est, fait admirer c 
nouveau à ceux à qui vous l'avez fait voir. Si vous vouh 
bien m'en confier une copie, madame de La Fayette me 1 
pourra faire tenir très-sûrement, et je vous promets d'êti 
fidèle jusqu'au scrupule à n'en faire que l'usage que voi 
me voudrez prescrire. Vous pouvez certainement comptt 
là-dessus. 

Je vous supplie de faire mes compliments à madame voti 
femme, et d'être persuadé qu'il ne se peut rien ajouter à Te 
time et à l'amitié quej'aurai pour vous toute ma vie. 

55. - A SEGRAIS 1 . 

A Fontevrault, ce 20j uin 1689. 

Je reçus votre lettre, Monsieur, dans le temps d'une mi 
sion qui nous occupoit ici depuis le matin jusqu'au soir 
qui ne me permit pas de vous répondre sur l'heure, comr 
je l'aurois bien désiré. Je vous supplie de croire que je si 
extrêmement touchée des marques de souvenir que vousi 
donnez toujours en arrivant à Paris. Vous y demeurez 

2 Opéra de Quinault, musique de Lulli, représenté à Versailles, 
8 janvier 1685. L'opéra de Segrais sur le même sujet était intit 
L'Amour guéri par le temps ; Segrais avait espéré que Lulli en fei 
la musique, mais celui-ci s'y refusa par le motif que les vers en était 
très-durs; et il avait bien raison. 

1 Bibl. imp. Mss. 24,991, fol. 225. 



tBBESSE DE FON n:\ i; M i i ri Dl SIS IMIS. 185 

!eu. el vousj trouvez tant de choses qui aeroienl capables 
distraire, que celte attention que voua a?< 1 1 moi est 
nu double mérite. Je voua assure aussi, Monsieur, que je 
ins bien éloignée de vous oublier, <-t que mon goût et mon 
Moitié pour vous sont toujours au même poinl que lorsque 
mois le plaisir do vous voir. Je voudroia bien que les pro- 
B que vous faites pour nie le redonm r encore puissent 
voir quelque effet. Je suis infiniment obligée à madame vo- 
re femme d'avoir la bonté d*y entrer. Par toutes sorte- «le 
5, je lui souhaitois déjà une sauté parfaite; mais vous 
ien que je vais m'y intéresser plus que jamais, 
uvoie le petit opéra à madame de La Fayette, après en 
voir tiré une copie, suivant votre permission. Je vous supplie 
e ne pas craindre que j'en fasse jamais un mauvais usage. 
verai au pied de la lettre ce que vous m'avez prescrit 
dessus, et pour rien au monde je n'y voudrois manquer, 
ai été plus charmée encore que la première fois de ce petit 
uvrage, et je trouve, aussi bien que madame de La Fayette, 

i ni de Quinault lui a donné un nouveau lustre. 
Je ne puis vous exprimer à quel point je continue d'être 
■tente de madame de La Fayette. C'est une personne ca- 
îble de remplir tous les goûts, el qui écrit avec tant d'exac- 
pde et d'agrément que l'absence n'empêche pas qu'on 
joi.ir de son commerce. Je crois que vous vous en 
comme moi. 
Je vous suis fort obligée du soin que vous avez pris de nie 
inder l<s nouvelles. .Madame de Belin et ma sœur de 
lôpital vuus font, Monsieur, mille compliments. 



186 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOU ART 

54. — AU RÉVÉREND PÈRE RAPIN ». 

A Fontevrault, ce 22 juin 4689. 

M. de Basville vint hier, le jour de la Pentecôte, comn 
vous me l'aviez mandé. Madame sa femme éloit avec lu 
Vous jugez bien, mon révérend père, qu'un des prenne 
chapitres que nous traitâmes fut le vôtre. J'espérois qu 
auroit quelque expédient pour vous faire venir, mais il n 
dit qu'il n'attendoit aucune visite cette année. Pour moi, 
j'en reçois quelques-unes, elles viendront de Chambord, 
ce n'est pas ce qu'il vous faudroit. Ce que nous avons imi 
giné à la fin a été M. et madame de Valentinay 2 , qui vie: 
nent d'ordinaire passer l'automne dans ce pays-ci, et do: 
la compagnie est également commode et agréable. Je 
doute pas, mon révérend père, qu'ils ne fissent le mêmej 
gement de la vôtre. Ainsi, si vous l'agréez, je m'informer 
s'ils feront leur voyage à l'ordinaire , et leur demandera 
en ce cas, de vouloir bien vous amener. J'attendrai doi 
votre réponse positive là-dessus. 

Je suis fort obligée au révérend père provincial du dés 
qu'il témoigne sur ce voyage; j'espère l'en remercier bi< 
fort moi-même. J'ai si peu de loisir, à cause des dévotioi 
de l'Octave, qu'il m'est impossible, mon révérend père, 
vous entretenir aujourd'hui autant que je le voudrois. Je n 
dédommagerai de cette perte le plus tôt qu'il me sera po 
sible. 

1 Je dois la communication de celte lettre à l'obligeance de M. Étien 
Charavay 

2 Leur fils, Louis Bernin de Valentinay, marquis d'Ussé, contrôle' 
général de la maison du roi, épousa le b janvier 1691, Jeanne-Franço; 
Le Prestre, fille de Vauban, âgée de douze ans et trois mois. 



kBBISSE DM FO!M |.V!;\I!LT, ET DE SES AMIS. 187 

\ DANIEL m I i '. 

A Fonicvrauii, m B Mptembre l< 

votre réponse à la lettre do pièces rapportées est an fWd 
Ne f-d' œuvre '. Vous ne sauriez croire combien nous ratons 

le et admirée. Nous commencions ;'i nous impatienter de 
qu'elle no venoil point, et nous aurions été encore plus 
ii peine h nous avions su que c'éloit une indisposition qui 
ous empêchoit d'écrire. Je prie Dieu que vous en soyes bien 
uitto. Il faut vous éclaircir sur les deux écritures que vous 

point connues. La première est de ma cousine de 
bhtpineau, novice, et l'autre de ma sœur do l'Hôpital, sur 
quelle il est honteux (pie vous ayez été en doute. 
Mademoiselle de Tonnay-Charente'dit que vous lui dites 

- choses, niais que vous ne répondez pas à ce qu'elle 
Mis avoit mandé; cependant vous devez être content de 

ir vous vous êtes tiré à merveille de celte affaire. Je 
-mdrois pouvoir espérer que toutes celles où vous avez part 
^Mit un aussi heureux succès. 
La mort du pape 4 me donne sur cela quelques inquié- 

quoique madame de Montespan soit persuadée qu'il 

ra encore plusieurs mois avant que toutes choses 
neuf entièrement réglées, quand même il se feroit une 
ection telle que nous la pouvons souhaiter, ce qui est 
mieux. Il ne faut donc pas perdre espérance ; et, quoiqu'il 

« Bibl. irap. Mss. S. F. 5, 272, 1. 1. 

* I ;i li lire de pièces rapportées ne contient que quelques lignes de 
! vrault. Je l'ai également publiée dans Madame de 
m . 
Elisabeth de Rochechouart, une des cinq filles du duc de Yi- 
,nne. 

ent XI, mort le 20 août; il eut pour successeur AJextn- 
'e Vil. 

ir de Rome n'avait pas encore expédié les bulles pour l'éveché 
Soissons. 



188 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOU ART 

arrive, vous faites toujours très-bien de faire entrer dans 
négociation qui se traite, une circonstance qui peut êtj. 
utile partout, et qui seroit d'une bienséance merveilleuj 
dans le poste de XQ'YTU 6 . Vous êtes bien sage devoir avec ra 
que celui que beaucoup de gens vous destinoient soit reij 
pli par un autre. C'est en effet un bonheur, mais l'opinii 
du monde qui l'emporte d'ordinaire sur la vérité en décid 
roit autrement. J'ai reçu votre lettre adressée aux Filhj 
Dieu, et j'y ai répondu. Le Journal des Savants m'a aussi é 
envoyé de la part de l'abbé Tallemant 7 . Pour l'affaire 
ma sœur de Brielles, j'avois déjà ordonné à mon vicaire 
La France d'en prendre connoissance. 11 est inouï qu'ui 
religieuse soit sans obédience 8 , et il faut que celle-là s( 
folle, aussi bien que sa mère, pour faire de pareilles chose 
Elle rentrera à Foigny 9 , qui est son couvent de professioi 
ainsi je n'en serai guère importunée. Je vous envoyai de 
nièrement une lettre pour madame de Gharenton 10 , que 
crois que vous aurez eu la bonté de faire tenir. La pauv 
Couperette auroit grand besoin de votre protection, à l'heu 
qu'il est; ses affaires empirent tous les jours et la résoluth 
est prise de la laisser cet hiver avec les sœurs de la Saint 
Famille, pour être instruite et veillée de près. Elle en a grar 
besoin, et elle est si menteuse, que, malgré votre recon 
mandation, je suis forcée de convenir de son tort. 

Nous avons été effrayées ces jours passés de ce qui est a 
rivé en Flandre, où vous savez que M. du Maine a été expos 
comme un volontaire. 

Il y a dans notre voisinage deux abbayes de filles, doi 

6 On cherche en vain la signification de ce mot mal reproduit sai 
doute par les copies. 

7 Paul Tallemant, né à Paris le 18 juin 1642, mort en 1712. 

8 C'est-à-dire qu'elle soit sortie sans permission. 

9 Diocèse de Laon . 

10 Vraisemblablement l'abbesse d'un couvent situé à Charenton. 



kBBBSSl DE M»M r\ r. m i i i i Dl -i> IM1S IM 

'une es! vacai le, ei l'autre en soupçon de vaquer bientôt 
>ar la démission de l'abbesse. Nous travaillons, ma saurai 
moi, à faire avoir l'une ou l'autre à ma nièce de Wortemtrt. 
Ji la chose réussit, vous croyez bien que je vous en informe- 
rai prompiemenl, puisque je ne voua laisse pas même ignorer 
a négociation. M. l'archevêque de Tours ll a sollicité I»' Père 
*de La Chaise, Bans en être prié; on ne peut rien ajouter à 
'honnêteté de son procédé en cette occasion. 

Je vous mande sans ordre tout ce que votre lettre et ce 
|ui se passe ici me fournissent, parce que j'écris fort à la 
bâte et que j'ai envie de ne rien oublier. Toute la maison 
vous fait, Monsieur, mille compliments. Vous jugez bien que 
rotre leltre a été fidèlement rendue à la Cossonnière 18 . 

10 septembre. — Cette lettre ne partit point mercredi, 
jarre que je ne songeois à rien ce jour-là qu'à regretter le 
iépart de ma sœur. La veille, nous ne nous doutions pas 

une et l'autre de cette séparation; au contraire, les nou- 
velles de l'armée et celles du voyage de Fontainebleau pour 
e mois d'oetobre avoient reculé celui de ma sœur jusqu'à 
:e moment-là; mais mademoiselle de Blois eut le même soir 
m mal de tète accompagné d'étourdissemenls dont nous 
ùmes si démontées, que nous conclûmes qu'il falloit la 
mener promptement en lieu où l'on eût le pouvoir de la 
rait» t de tous ses maux bizarres. Celui-ci disparut aussitôt 
jue la colique ; elle passa bien la nuit, et les gens qui sont 
fenus m'apprendre de ses nouvelles de dessus la roule, 
n'ont assuré que le mieux continuoit. Cette brusque sépa- 
ration, fondée sur un sujet d'inquiétude, m'a causé un sai- 
nt dont jenesuis pas encore revenue. L'abbé Genest 15 

11 Claude de Saint-Georges, archevêque de Tours de 1G87 à 1003 : 
lominr. .'i cette époque, archevêque de Lyon. 

mune «1»' Pontvillain, Sarlhe. A qui appartenait le château? 
ide Genest, abbé de Saint-Yilmer. (Voir lettre n 
i 203, note 2.) 

11. 



190 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

m'est demeuré pour huit jours; sa conversation et la le< 
ture que je lui fois faire de ses ouvrages et de quelques ai 
très livres contribueront à me remettre peu à peu de l'enni 
où un si grand changement de vie m'a jetée. 

Je viens de recevoir une de vos lettres à laquelle je n 
répondrai autre chose pour cette fois, sinon que vous ave 
très-mal fait de ne pas lire entièrement celle que j'éerivoi 
à madame de Charenton; vous y auriez trouvé des chose 
sur votre sujet, qu'il est trop grossier de dire en face, e 
dont je suis pourtant fort aise que vous me sachiez pei 
suadée. Je veux croire que vous le savez par ailleurs; san 
cela, j'aurois de la peine à vous pardonner votre discrétion 

J'envoie votre lettre à ma nièce Tonnay-Charente, qui 
selon mes souhaits, est avec madame de iMoutespan, dor, 
l'absence ne laisse pas de m'être fort pénible. 

56. — A DANIEL HUET 1 . 

A Fontevrault, ce 4 août 1690. 

Je veux croire, Monsieur, que vous ne serez pas pari 
de Paris sans avoir vu ma sœur. Elle est revenue depui 
quelques jours à Paris, et, au pis aller, elle vous aur 
prié d'aller à Petit-Bourg 2 , à quoi vous devez n'avoir pa 
résisté. Je fais réflexion cependant, que m'écrivant tous le 
ordinaires, comme elle fait, elle m'auroit informée de votr 
visite, et elle ne m'en a rien mandé. Son projet étoit de de 
meurer en solitude à Petit-Bourg. Peut-être auroit-elle fai 
scrupule d'avoir une aussi bonne compagnie que la vôtre 
mais il falloit toujours vous mander de ses nouvelles, et j< 
ne la trouve pas excusable, si elle a persévéré dans le silène 

1 Bibl. imp. Mss. S. F. 5,272, t. I. 

2 Chez madame de Montespan. 



IBBB8SE DE FONTEVRAIU I. I l Dl SB8 \MIS. 191 

ion! vous me parliez dernièrement. Le marquis d'Aatin 
fiVst point brouillé avec elle; je mm par elle et par lui- 
nt'iu ■ qu il- s'écrivent. 11 n'y a pas longtemps luesi que 
nadame d'Autin a été avec elle, à un autre voyage de IVtit- 

(ourg, et, depuis, ;'i Saint-Joseph. Je 06 repondiois pas qu'il 
l'y eût quelquefois de petites bouderies pal ; il n'y a 

uèiv de soeiélé qui en soit exemple; niais cela ne peut se 
mt de loin, et ne mérite pas nue grande attention de la 
iart du monde. A l'égard de l'abbé Anselme 5 , il peut s'être 
levé quelques petits nuages dont le inonde ne devroit pas 
ion pins être instruit. Dans les conversations, on pourrait, 

des heures perdues, parler de ces niaiseries, mais il seroit 
ien mal aisé de les écrire, et, en vérité, elle n'en valent pas 
I peine. Je regrette fort, en toute manière, que vous ne puis- 
iez venii ici; c'est une privation fort triste pour moi, et les 
ujets qui la causent sont encore plus tristes s'il se peut, puis- 
uece sont vos désagréables affaires et votre mauvaise santé. 

Von- avez donc encore perdu la pauvre madame de Mou- 
itaireV Je ne sais si votre amitié pour elle éloit encore bien 
ive, mais il est toujours cruel de voir disparoître des amis, 
quelque degré qu'ils soient, et même de simples connois- 
Je ne m'apprivoise point à ce genre de malheur, 
uoiqu'il soit le plus certain de tous, et celui par conséquent 
nitiv lequel il est plus nécessaire de se munir. Vous m'avez 
paru assez ferme là-dessus par rapport aux autres et 
lius-mème. C'est un* que j'estime fort et que je 

pudrois île tout mon cœur pouvoir acquérir. 

Expliquez-moi, je vous prie, poui quoi vous songez à avoir 
îe maison de campagne aupi es de Paris, autre que celle de 



lui qui prononça l'oraison funèbre de l'abbesse de Fontcvrault 
1704. 

■Thérèse de Rabutin, fille aînée du second mariage de I 
■ de Remirem >nt, puis marquise de Montai 



492 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

M. Peletier 5 dont vous aviez paru content, et qu'il persiste 
vous offrir. Est-ce que vous voulez avoir une terre dans e 
canton? En ce cas, je n'ai rien à dire, mais si vous ne chei 
chez qu'une demeure agréable et à portée de tout, cetl 
maison est votre fait, et je ne vous conseille point du toi 
de vous charger de l'embarras d'une acquisition. A propo 
d'embarras, vous êtes admirable de vous en prendre à m< 
de ceux dont je suis accablée, et de me conseiller de les pai 
tager. Avez-vous oublié que j'ai cinq ou six secrétaires, ( 
ne devez-vous pas savoir, vous qui avez tant fréquenté le 
couvents, qu'il y a certains devoirs qu'une abbesse doi 
remplir en personne. Ces devoirs sont multipliés à l'infir 
pour une abbesse de Fontevrault; il ne lui est pas libr 
comme à un évêque de prendre ses heures ; elle n'en 
point d'assurée, la moindre religieuse et le moindre moine 
sont en droit de disposer de tous mes moments. Il y a d 
plus des écritures qu'il faut que je dicte ou que je fass 
moi-même, sans compter celles où je suis secourue par me 
secrétaires auxquelles, entre nous, je ne livre que les chose 
tout à fait communes et quasi indifférentes, parce que j'£ 
éprouvé mille fois qu'il faut traiter soi-même les véritable 
affaires, si on veut se faire entendre, et si on a une sincèr 
intention d'agir de son mieux. Pour cette intention, je 11 
certainement et je sens qu'elle se fortifie à mesure que le 
années s'accumulent. Les années qui amènent tant de mai 
vaises choses en amènent aussi de bonnes; elles donner 
une attention plus scrupuleuse sur l'acquit des devoirs qu'o 
ne l'a dans la jeunesse : en les examinant de plus près, o 
les trouve plus étendus, et il est vrai aussi que ceux qui soi 

5 Claude Le Peletier, qui avait succédé à Colbert au contrôle génér. 
des finances. Il avait un cliâleau à Villeneuve-le-Roi, près Paris. 

6 On a vu que, comme chef d'ordre, l'abbesse de Fontevrault avait 
diriger des moines en même temps que des religieuses. 



ABBB8S1 Dl i 0* i m; m I I I I M BBS IBIS. 103 

ittachésà ma charge, se sont muttipliésréelleraentdepuisquel- 
ques années. Plusieurs supérieures on! l'ail la même remarque 

par rapport à leur emploi, et soutiennent que le gouverne- 
ment est devenu plus difficile depuis quinze nu vingt ans 
qu'il ne l'étoil avant ee temps-là. .le vais vous dire à quoi 
je m'en prends, au hasard que vous vous moquiez de moi. 
Je me suis imaginé que ces livres de Hollande qui ont inondé 
le monde depuis quelques années; et qui se sont glissés dans 
les cloîtres, comme ailleurs, ont répandu des doutes et des 
demi-connoissances, dont les petits esprits n'ont pu tirer 
d'autre fruit que de se croire capables de juger de tout et 
de regarder la soumission aux lois comme un effet de la foi- 
blesse et de l'ignorance où ils vivoient avant ces belles décou- 
prt s. 

Mandez-moi, je vous supplie , Monsieur, ce que vous 
pensez là-dessus, et ne manques pas de m'informer soigneu- 
sement de l'état de votre santé. Je veux savoir aussi vos oc- 
cupations, et si vous n'avez pas entrepris quelque nouvel 
ouvrage, .le n'en doute nullement, mais il faut m'en dire le 
sujet. J'envoie cette lettre par une voie un peu plus diligente 
que celle des Filles-Dieu. 



57. — A DANIEL HUET*. 

A Fontevrault, ce 13 août UMH. 

Si vos diocésains vous importunent, il faut convenir au 
moins que leur conversation ne vous a pas encore rouillé. 
La lettre que vous venez de in'écrire ne tient en aucune 
manière des affaires dont vous vous plaignez et de la mau- 
vaise humeur qui les accompagne ordinairement. Elle a été 



liibl. Kmp. «,272, t. I. 



194 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

lue à toutes les personnes qui y ont part et elles en ont jugé 
comme moi. 

Je commence à espérer que vous trouverez ma sœur , si 
vous venez ce mois de septembre, et que vous pourrez 
même vous en retourner de compagnie. Avant que votre 
lettre arrivât, elle m'avoit chargée de vous mander que cela 
étoit possible si vous le vouliez, et qu'elle le souhaitoit fort. 
11 faut bien céder à toutes ses sollicitations et vous défaire 
promptement de tous vos embarras. Je me flatte que cela 
arrivera et que c'est tout de bon que vous avez envie de 
nous voir. Je vous assure, Monsieur, que nous vous le ren- 
dons bien et que nous en parlons très-souvent. Ce que vous 
dites sur Couperette 2 ne se peut payer; je lui ai trouvé comme 
vous une mine précieuse, qui n'est pas tout à fait si char- 
mante que sa voix ; mais les airs naturels qui vous charmè- 
rent ne laisseroient pas de se trouver encore dans l'occa- 
sion , et je suis fort trompée si les poires n'étoient encore 
capables de lui faire affronter d'assez grands périls. Au pis 
aller, nous vous fournirons d'autres personnes de ce mé- 
rite-là tant que vous voudrez, et qui l'ont même sans aucune 
altération. 

Je n'entame point le récit d'une fête qui vous auroit 
charmé, parce que nous le gardons pour quelque soirée. 
C'est la translation de la Sainte-Famille 5 dans une grande 
maison dont vous avez vu le plan. Vous voyez que le fonde- 
ment de cette fête est très-pieux ; cela n'empêcha pas 
qu'elle fut très-divertissante. Voilà tout ce que vous en sau- 
rez pour le présent. J'ai toujours oublié à vous mander que 
Dupré parut le jour même où je vous avois mandé qu'il étoit 
invisible, et qu'il a été repris en votre considération. 

Mademoiselle de Mortemart prétend que vous ne vous 

2 Voir la lettre n° 55, p. 188. 

5 Maison de bienfaisance établie à Fontevrault. 



IBB18SE DE P0NT1TRÀVLT, Il M -KS AMIS. 1<5 

plaignez d'elle que pour varier la phrase, e1 que jamais voua 
n'avez été plus contents l'un de L'autre que depuis qu'elle 

spire l'air de la cour. Pour mademoiselle de Maure, je 
ne me commets plus i v<»us parier d'elle , puisque vous ne 
déclare/ m nettement que vous ne voulez point de moi pour 
confidente. Ce mépris me réduit à prendre le rôle de gou- 
vernante, dont vous serez peut-être encore plus incommodé 
Vous me réjouissez de me promettre que j'aurai bientôt 
le livre du Paradis terrestre*, .l'avois déjà ouï dire que la 
réponse de Héui> :i n'étoit pas si forte qu'on l'avoit attendue 
d'un aussi grand Cartésien que lui. On me l'a envoyée il y 
a longtemps, mais je n'en ai vu que les premiers feuillets, 

v que la présence de ma sœur m'ôte tout à fait, comme 
vous savez, le loisir de lire. 11 y a une vie de Descartes*, 
que nous lisons à bâtons rompus, mademoiselle de Morte- 
mart et moi; comme elle est de deux lomes in-quarto, nous 
avons bien de la peine à en venir à bout , et nous ne som- 
mes guère contentes de toutes les choses inutiles qui y sont 
enla-sées, non plus (pie du style. Nous raisonnerons de tout 
cela quand vous serez ici, ou plutôt nous vous entendrons 

mier. 
Ma sanir vous mande qu'elle vient de Hichelieu 7 , où vous 

été fort souhaité, aussi bien qu'ici; elle dit qu'une per- 
sonne plus éveillée qu'elle ne vous feroit pas valoir les au- 
tres, mais que sa sincérité l'emporte sur ses intérêts, et 
qu'elle compte d'ailleurs que vous ne laissez pas de distin- 
guer et de connoître que ses sentiments aussi bien que les 

4 f.n situation du paradis terrestre, par Daniel Huet. L'ouvrage parut 
■ H un volume in-12. 
lite, orientaliste, de ce nom, vivait encore en 172 i. Est-ce 
le même? 
6 Par Adrien liaillet, 1691, 2 vol. in- i. I/auteur en publia un ali 
m-, I vol. in-12. 

bateau de Richelieu, à 5 lieues de Fontevrault. 



196 LETTRES DE GABRIELLE DE R0C1IEC1I0UART 

miens sont beaucoup au-dessus de ce que tous les faiseurs de 
compliments peuvent vous dire. Je suis environnée de tant 
de distractions que je ne sais moi-même ce que je vous dis; 
vous ne vous en apercevrez que trop à mon écriture et à 
mon style. 



58. — L'ABBESSE DE FONTEVRAULT ET MADAME DE MONTESPAN 
A DANIEL HUET 1 . 

[16911. 
(De la main de l'abbesse de Fontevrault.) 

Je me souviens, Monsieur , que vous avez une fois trouvé 
mauvais de n'être pas averti de mes maladies ; ainsi, je 
crois vous devoir apprendre que j'ai eu la fièvre ces jours-ci, 
qui, sans doute, eût élé double-quarte et assez violente si 
le quinquina ne l'avoit arrêtée. C'est par ordonnance de ma 
sœur que je le prends : elle est un très-excellent médecin 
tant par ses ordonnances que par ses soins ; elle exige, à la 
vérité, une obéissance aveugle , jusqu'à empêcher, par le 
temps qu'il fait, de mettre la tête à la fenêtre ; mais le bon 
succès de son gouvernement fait que je m'y soumets sans 
murmurer. C'est elle qui dicte la plus grande partie de cette 
lettre. J'ai vu depuis peu M. de Richelieu , qui n'a point 
apporté la petite Bible , parce que son aumônier, quin'étoit 
pas avec lui à Paris, a la clef du lieu où il croit qu'il y en a 
deux exemplaires enfermés. Ils doivent tous y retourner 
dans deux mois, et il promet que, dans ce temps, vous aurez 
votre livre. Il parle toujours de vous avec beaucoup d'es- 
time, et attend, aussi bien que moi , fort impatiemment le 
livre du Paradis terrestre. 

1 Bibl. imp. Mss. S. F. 5,272. 



LBBBSSE DE I OH i r vu \ ri i. ri m: sf s \ m i v.r, 

(De la main d<> in;id;in 

Sij'étois aussi tyrannique que l'on vous dit, je M lai 

crire une aussi longue lettre en prenant k quin- 
quina -, mais ma sœur esl si persuadée qu'elle ?oui atten- 
drira en vous mandant elle-même sa maladie, < 1 1 1 « » j . - ne lui 
ai pu refuser. Je souhaite qu'elle ne se soit pas trompée, et 
que vous payiez d'une visite l'empressement que l'on a pour 
nus. 

59.- MADAME DE MAINTEXON A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT ». 
A Fontainebleau, ce 27 septembre 1091. 

Je n'aurois pas été si longtemps, Madame, sans répondre 
aux lettres dont vous m'avez honorée , si je n'avois attendu 
que le roi me chargeât de ce qu'il auroit à vous faire savoir 
>ur celle que vous lui avez écrite. Il la porte sur lui pour en 
parler à M. de Pontchartrain, et il a tant d'affaires qu'il 
oublie celle-là. Je vous assure , Madame, que vous lui par- 
donneriez si vous voyiez de près comment les journées se 
passent. Les personnes qui l'ont vu de plus près seroient 
mu prises de son activité : il a plus de conseils que jamais, 
qu'il y a plus d'affaires, et donne deux ou trois heures 
par jour à la chasse. Quand il le peut, il rentre à six heures, 
l jusques à dix sans cesser de lire, d'écrire ou de dicter. 
11 congédie souvent les princesses après souper pour expé- 
dier quelque courrier 2 . Ses généraux sont si aises d'être en 

1 Corrt spondance générale de Madame de Mainie*um t par La\ 
t. III. i». 304 — Manuscrite de* Dame* de Sain/ 

i note* de cette lettre sont de M. l/u allée.) 

* t Depuis la mort de M. de Louvois, il travaille trois ou quatre h 
par jour plus qu'il ne travailloit; il écrit beaucoup de clioses de >a 
nia m. » Dangeau, t. III. p. 387.) 



198 LETTRES DE GAB1UELLE DE ROCIIECHOUART 

commerce avec lui , qu'ils lui rendent un compte très- 
exact; ils paroissent charmés de ses réponses , et sans vou- 
loir insulter 5 , ils les trouvent d'un style bien doux. 

Je n'ai pu, Madame, connoissant votre attachement pour 
le roi, ne vous pas parler de lui ; je ne crois pas vous dé- 
plaire. 11 n'a pas été content du personnage que M. de Luxem- 
bourg a fait faire à notre prince dans le dernier combat *. 
M. le duc de Chartres revient, et le nôtre ne reviendra pas 
sitôt. Mademoiselle de Blois fait fort bien , et je voudrois de 
tout mon cœur la voir mariée. Le duc du Maine désire de 
l'être, et on ne sait qui lui donner. 

Voilà, Madame, des nouvelles de ceux que vous aimez. Le 
roi penche plus 5 à une particulière qu'à une princesse étran- 
gère; Mademoiselle espère Monseigneur; les filles de M. le 
prince sont naines ; en connoissez-vous d'autres ? 

La famille de madame de Louvois est partagée pour l'ab- 
baye de Saint-Amand 8M *. Les uns la demandent pour ma- 
dame de Barentin, sœur de la mère de madame de Louvois, 
religieuse du Val-de-Grâce; les autres pour madame de Bois- 
Dauphin. 

J'ai montré au roi votre recommandation : je me plains, 
Madame, de toutes les excuses dont vous l'avez accompa- 
gnée ; elles font tort à la manière dont je suis pour vous. Je 



3 Elle sous-entend peut-être : « A la mémoire de Louvois. » 

4 Le combat, de Leuze, livré le 19 septembre. Le prince d'Orange ayant 
quitté son armée et chargé le prince de Waldeck de la mettre en quar- 
tier d'hiver, celui-ci le lit avec tant de négligence, que le maréchal de 
Luxembourg, averti, prit avec lui trente escadrons de la maison du roi, 
fit 5 lieues à la course, et tomba sur l'arrière- garde ennemie forte de 
soixante-douze escadrons ; il la mit en déroute.— Le Journal de Dangeau 
ne dit qu'un mot du duc du Maine. « M. le duc de Chartres, M. le duc 
du Maine et presque tous les officiers principaux de l'armée avoient 
suivi M de Luxembourg. » 

5 Pour le duc du Maine. 

(s «a Voir lettre n° 7, note 5.) 



àBBBSSI DE l dNTEVRAULT, ET ni. SES V M I s. 199 

»us promets pas de réussir touj > à ce que vom m'or- 

donnerez, mais je jmi> bien vous promettre de n'en ôlre 
janiiiis importunée. 

Je suis ravie, Madame, d'avoir reçu quelques marque* du 
souvenir de madame de Montespan. Je craignoia d'ôtre mal 
avec elle. Dieu saii si j'ai (ait quelque chose qui l'ait mérité 
et comment mon cœur est pour elle 6 , fauroia quelque 
curiosité de savoir ce qu'elle a pensé de l'horrible mort de 
cet homme 1 qui seul lui paroissoit quelque chose et qui 
remplissoit ses idées. « Il ne fil que passer ei nétoii déjà 
» Il passa la galerie en sauté, et il alloit mourir. 

Y.n voici un autre. M. de La Feuillade meurt subitement s 
le onzième jour d'une maladie; il n'a que le temps de dire : 
-eus la mort. Seigneur, faites-moi miséricorde ! » C'est 
plus que l'autre, mais je ne sais si c'est assez. Je crois vous 
entretenir, Madame, et je me laisse aller à ce plaisir trop 
naturellement. 

Le roi a chargé M. de Pontchartrain de s'informer com- 
ment on a fait sur ce que vous demandez ; et il me paroit, 
Madame, qu'il veut vous répondre lui-même. Je crois, Ma- 
dame, que vous vous souvenez bien que je n'ai point rempli 
la plue de Beaumont 9 . Je voudrois donner à madame de 
mari un bon sujet et qui eût de la voix ; tout cela ne 
s'accorde pas toujours. Voilà encore l'abbaye de Cbclles 
mte. Ma lettre est trop longue, mais je me flatte que 
vous ne m'en saurez pas mauvais gré. 

6 On voit avec quelle tranquillité madame de Maintenon parle de sa 
ute tant contestée à l'égard de madame de Montespan. Bile n'a 
Faire du mal à celte favorite en f arrachant à ses désordi 
ivois. 
s l • • 1- septembre 1691. C'est le duc de La Feuillade, fameux pau 

us XIV et le monument de 1 1 
9 !'.< ;uuiiont-les-Tours. Une des filles du duc de Vivonne en « tait al>- 
ho-sc. 



200 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

60. — A LOUIS XIV 1 . 

A Fontevrault, ce 20 septembre 1690. 

Sire, je suis bien malheureuse de ne pouvoir rendre mes 
devoirs à Votre Majeslé dans les temps mêmes les plus des- 
tinés à la joie, sans être forcée à la fatiguer de nies affaires. 
Quelques fâcheuses qu'elles soient, elles ne m'empêchent 
pas de ressentir vivement un aussi grand bonheur que celui 
de savoir Votre Majesté dans une santé parfaite; mais elles 
me mortifient beaucoup en me mettant dans la nécessité de 
vous être importune. 

Votre Majesté est instruite de celle dont il s'agit présente- 
ment et sur laquelle je garderois le silence, après ce que 
madame de Maintenon a pris la peine de me mander, si je 
n'étois engagée indispensablement à faire tous mes efforts 
pour garantir mon Ordre du malheur qui le menace. Je 
n'en parle poinf, Sire, avec exagération. L'affaire n'est rien 
pour M. l'archevêque de Reims, mais c'est tout pour nous, 
puisque nos privilèges ont une telle liaison, que s'il y en a 
un seul entamé, on peut compter qu'ils le sont tous. Gomme 
c'est l'autorité qui les a établis et maintenus depuis six cents 
ans, il n'y a que cette voie qui puisse lus défendre. L'édit de 
1695 n'y fait point de tort particulier; ils étoient aussi en 
danger en 1687, lorsque M. de Reims les attaqua pour la 
première fois. Votre Majesté sait bien que j'eus l'honneur 
de lui représenter alors que je fuyois un jugement réglé 
qui nous seroit toujours contraire, et que rien ne nous pou- 
voit mettre à l'abri que la même protection qui m'avoit déjà 
sauvée de M. de Poitiers. Vous m'honorâtes de cette protec- 
tion, et vous voulûtes bien ajouter à une grâce si considéra- 

1 Ribl. imp., département des imprimés. Mss. (Copie). II. 1520. 



àfiBESSE in I CM l.vi! M'i.i. Il DE m:s \MIS. 201 

ble celle de m'assurer par une lettre que, pendant votre rè- 
on ne feroil aucun tort à nos droits. 
Ne puis-je ilmc espérer, Sire, et prendre la liberté de 

vous conjurer par la uloire de ce régne dont la puissance se 
(ait sentir présentement par des effets si doux, qu'il pi 

tre Majesté d'étendre la paix jusque dans notre Ordre, 
et de m'épargner la cruelle mortification de voir périr en- 
tre mes mains des privilèges qui ont subsisté pendant tant 
iècles? Cette décadence s'attribueroit à mon indignité 
personnelle, qui en effet auroit dû l'attirer, si Votre Majesté, 
en inélevant à une place si au-dessus de moi, n'a voit bien 
voulu suppléer à tout ce qui me manque pour la soutenir. 
Test que par là que j'ai conservé jusqu'ici ce que j'ai 
reçu des princesses à qui j'ai l'honneur de succéder, et si ce 
urs me manque, il est impossible que j'évite la honte 
dont Votre Majesté s'est en quelque façon engagée de me 
ntir. Je n'éviteroispas non plus un malheur plus essen- 
tiel, qui seroit de perdre l'estime et la confiance des per- 
çûmes que je gouverne, et ainsi de ne pouvoir plus les 
conduire avec succès. J'ai si souvent importuné Votre Ma- 
lles autres raisons qui appuient nos privilèges, que je 
ne les répète point ici, sans compter que celle (ce me sem- 
imprend toutes, est cette autorité des papes et 
rois qui, ayant établi et soutenu, pendant six cents ans, 
mêmes privilèges, les doit faire supposer justes et leur 
donner assez de poids pour n'èlre plus exposés à L'examen 
et aux attaques de MM. les évoques, ni soumis à la jost 
ordinaire. 

J'aurois fort souhaité pouvoir représenter tout ceci 
en peu de mots, mais je n'ai pu éviter de foire une 1m; 

re. Je vous supplie très-humblement de ni'' le vu- 
loir pardonner et de me faire l'honneur de me croire, avec 
tout le profond respect et tout l'attachement que je dois, 



'202 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECIIOU A RT 

Sire, de Votre Majesté, la très-humble, très-obéissante et 
très-obligée sujette et servante. 

61. — MADAME DE MAINTENON A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT l . 
A Saint-Cyr, ce 1 7 décembre 1698. 

Il m'étoit revenu par plusieurs endroits, Madame, que 
vous étiez contente de moi, et l'assurance que vous voulez 
encore m'en donner vous-même me fait un sensible plaisir. 
Cependant, Madame, je n'ai pas fait tout ce que j'aurois 
voulu, ayant à me partager entre plusieurs personnes dans 
un temps où je n'étois occupée que de vous. Je suis ravie de 
ce que vous me dites sur madame la duchesse de Bourgogne; 
mais comme l'amour est ingénieux à se faire des peines, je 
m'en lais une de ce qu'on voudra vous croire prévenue, et 
par là douter de ce que vous direz à l'aimable princesse à qui 
vous plaisez autant, Madame, qu'elle vous plaît. Elle a senti 
votre mérite, et me dit : « Ah! que je m'accommoderoisbien 
de votre abbesse ! » Enfin, Madame, il n'y a pas jusqu'à 
Abner 2 qui vous trouve fort aimable ; j'avois pensé à vous le 
prêter, afin qu'il vous formât une troupe à Fontevrault, qui 
fit quelquefois pleurer madame de Montpineau.Vous pouvez 
disposer, Madame, de tout ce qui est, en mon pouvoir, et 
vous seriez très-injuste si vous ne comptiez pas sur moi 
comme sur une très-sincère et très-humble servante. 

Je vous supplie, Madame, d'assurer madame de Montes- 
pan des sentiments que vous avez vu que je conserve pour 
elle; je ne puis jamais cesser de m'inléresser à tout ce qui 

1 Correspondance générale de madame de Maintenon, t, IV, p. 267. 
— Manuscrits des Dames de Saint-Cyr. 

2 Le comte d'Ayen, qui jouait dans Âthalie avec sa femme et la du- 
chesse de Bourgogne. 



l&BBSSB DE ! nMi;vi;\n i. | i Dl SBfl \M1S. 203 

la louche, depuis les plus grandi jusqu'au! plu* p I 
chos( 

- A SEGRAIS'. 
A Fonlevrault, ce 31 janvier 1G99. 

Il faut toujours que ce soit moi qui rompe le silence; cela 
me fail craindre, Monsieur, de u';ivoir plus guère de part ni 
votre souvenir. Je ne veux pas Laisser passer ce premier mois 
de l'année suis vous la souhaiter heureuse et sans vous as- 
surer que mes sentiments pour vous sont toujours les mé- 
mes. Je vous demande de vos nouvelles et de celles de ma- 
dame votre femme, à qui je fais, s'il vous plaît , mille eoin- 

iicnts. Je compte que votre vie, à l'un et à l'autre, est 
aussi douce et aussi heureuse qu'elle l'est depuis plusieurs 
années, et je désire de tout mon cœur qu'elle se soutienne 
encore longtemps de la même sorte. 

La mienne est toujours mêlée des agitations que ma charge 
ne peut manquer de produire, mais elle a aussi ses douceurs. 
Il me paroil que toutes les personnes avec qui j'ai à vivre 
ont de l'amitié pour moi. J'ai la compagnie de ma sœur au 
moins la moitié de l'année, et cela en attire encore d'autres 
qui peuplent assez ce désert pour lui ôter la tristesse que 
pourroit causer une solitude trop grande et, trop conti- 
nuelle. 

M sœur m'a amené ce voyage-ci votre confrère, l'abbé 
fienesl 2 , qui a, comme vous savez, un excellent esprit et 
qui est d'un commerce 1res doux et très^agréable. C'est Une 
compagnie dont je m'accommode fort et que j'ai de temps 

îbl. imp. Mss. 24,991, fol S 
* Charles-Claude Genest, abbé de Saint-Vilmer, aumônier de S. A. R. 
I madame la duchesse d'Orléans mademoiselle de Bloi 



204 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

en temps, c'est-à-dire tous les deux ou trois ans , et quel- 
quefois moins. Je ne vous parle point des autres gens qui 
nous rendent visite, parce que je ne crois pas qu'ils soient 
de votre connoissance. Madame de Thianges, que vous avez 
vue sous le nom de mademoiselle de Bréval 5 , est ici avec son 
mari; mais ce sera pour peu de jours. Ils reviennent des 
terres de Bretagne que son mari a héritées de sa première 
femme. 

Vous voyez, Monsieur, que, quand je me mets à vous en- 
tretenir, je vous rends compte de tout ce qui me regarde; 
c'est une marque que je me flatte toujours de ne vous être pas 
indifférente. Je serois bien fâchée de me tromper là-dessus, 
et vous me feriez une grande injustice. Est-il possible que 
vos Géorgiques ne soient pas encore imprimées, ou qu'elles le 
soient sans que vous ayez eu la bonté de m'en faire part? Je 
vous supplie de me mander ce qui en est, et, supposé que 
vous m'eussiez oubliée dans la distribution des exemplaires, 
de vouloir bien réparer cette faute le plus tôt qu'il sera pos- 
sible. 

néral de la province de Languedoc ; né à Paris en 1659, membre de 
l'Académie française, en 1698, mort en 1719. 

On trouve de curieux détails sur la vie passablement romanesque de 
l'abbé Genest dans une lettre de l'abbé d'Olivet au président Bouhier. 
(Histoire de l'Académie française, par Pellisson et d'Olivet, édition Livet, 
t. II, p. 569.) 

Attaché pendant quelques années au duc de Nevers, il avait été pré- 
senté par lui à sa belle-mère, madame de Thianges, qui le mit en re- 
lation avec ses sœurs, l'abbesse de Fontevrault et madame de Montes- 
pan. Celle-ci le donna comme précepteur à mademoiselle de Blois, dont 
il devint plus tard aumônier. 

On a vu plus haut, page 190, qu'à Fontevrault il était obligé de lire 
ses propres ouvrages à l'abbesse. C'était flatteur. 

3 Geneviève-Françoise de Harlay de Bréval, mariée le 2 mars 1696 
au marquis de Thianges, qui était veuf. 



àBBESSE DE l <>\ i i.\ r, \r l i. I i DE sis à MIS. 806 

A I;<h,|.|; || (, MANIÈRES'. 

A Fontevrault, ce 10 Février 1700. 

J'apprends, Monsieur, par le Père Roucellet* et par M, dfl 
larroque 5 que vous avez la bonté de vous intéresser vive- 

* Bibl.imp.Mss. 24,991. fol. 227.— Cette lettre est vraisemblablement 
e point de départ de la correspondance qui s'établit entre l'abbesse de 
•'ontevrault et de Gaignières, qu'elle connut sans doute cbez la ma- 
échale de Noailles où il était reçu dans L'intimité. Leur c or re sp oP- 
lance fut assez active jusqu'en 1704, époque de la mort de l'abbesse. 
e supprime quelques lettres de pure politesse et sans intérêt. 

I I Père Roucellet était visiteur de la province d'Anjou. 

5 Daniel de Larroque était né à Vitré, vers 1GG0, d'un père protes- 

ant qui a publié divers ouvrages de controverse religieuse. Il exerça 

'abord le ministère évangélique à Londres, ensuite à Copenhague. 

in 1690, il se brouilla avec Bayle dont il parait avoir été le collabora- 

eur, rentra en Fiance et embrassa le catholicisme. Sans emploi, sans 

arlune, il consentit, en 1693, à faire la préface d'un pamphlet où le 

rnement était accusé de n'avoir pris aucune mesure pour prévenir 

i famine. L'ouvrage fut saisi, le libraire pendu, et Larroque enfermé 

'abord au Chàtelet, puis au château de Saumur, où il resta cinq ans. 

le Fontevrault, à laquelle il lit sans doute appel, s'intéressa 

lui. Après bien des sollicitations, elle obtint son élargissement, le reçut 

Fontevrault, et le recommanda instamment à madame de Montespan, 

ptignières, aux Noailles, qui finirent par lui trouver un emploi de 

.•aducteur dans les bureaux des affaires étrangères. Nommé plus tard 

■rétaire du conseil de l'intérieur, de Larroque obtint, à la suppression 

e ce conseil, une pension de 4,000 livres qui lui permit de se livrer 

îiiièiement à son goût pour les lettres. Un de ses amis, l'abbé d'O- 

• et. l'estimait autant pour ses talents que pour la douceur et l'ama- 
Uité de son caractère. 

Ainsi s'explique l'accueil bienveillant qu'il reçut à Fontevrault, où il 
>mposa, à l'aide des archives de la maison, la biographie des alt- 
esses, que l'on trouvera à l'Appendice, pièce, n° x. Daniel de Lar- 
oque mourut à Paris le 5 septembre 1731. C'est lui, je nuis, qui, 

la mort de madame de Montespan, publia dans le Menu, 
3s mois de juin et août 1707, les deux articles que j'ai reproduits 
ms mon volume sur Madame de Montespan et Jmuîs \l\ , Appendice, 

ècexu. 

12 



206 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 

ment à notre affaire de Fontaines 4 , et que vous prenez la 
peine de la solliciter. Je sais depuis longtemps comme vous 
êtes pour vos amis, et je me flatte d'être de ce nombre. Ce- 
pendant je ne laisse pas d'être surprise d'une générosité si 
peu ordinaire. Croyez, s'il vous plaît, Monsieur , que j'en 
suis touchée sensiblement et que je ne l'oublierai de ma 
vie. Ma sœur ne manque pas d'y prendre part et vous fait 
beaucoup de compliments. Vous ne devez pas nous tenir 
compte de l'estime que nous avons pour vous, puisque c'est 
une justice que vous recevez de toutes les personnes qui 
vous commissent; mais nous joignons à cette estime une si 
sincère amitié qu'elle nous doit mériter quelque part en la 
vôtre dont nous nous flattons aussi, et moi particulièrement 
qui en reçois présentement une marque si essentielle. 

Je vous en demande la continuation, et vous assure, Mon- 
sieur, que je serai toute ma vie véritablement votre très- 
humble servante. 



64. — A ROGER DE GAIGNIERES*. 

A Bourbon, ce 25 mai 1700. 

Je suis très-persuadée, Monsieur, que vous avez la bonté 
de vous intéresser à ma santé, mais je n'ai nul sujet de 
me flatter qu'elle soit aussi nécessaire que votre politesse 
et peut-être votre amitié vous le fait dire. Jusqu'ici je me 
trouve très-bien des eaux, et mieux que l'année passée. Ma 
sœur s'en trouvoit bien aussi ; mais depuis hier elle a des 
maux de tète accompagnés de vapeurs qui la dérangent un 

4 Fontaines élait un couvent de bénédictines situé dans le diocèse de 
Meaux. — Quelle était cette affaire où Tabbesse finit par avoir gain de 
cause? Les lettres ne l'expliquent pas. 

1 Bibl. irap. Mss. 24,991, fol. 233. — Lettre dictée et non signée. 



\i;i:rssi: DE I M i vu \ | i i . i . i DE SES \Mls. 207 

peu et qui m»' donnent bien de l'inquiétude, quoique cette 
incommodité soit, parla grâce de Dieu, Bans aille censé» 
quence. 

Il est vrai que les religieuse* <l< i Fontaines m'ont écrit, 
même jusqu'à deux fois, dans des tenu tournis.; 

mais il ne paroit pas qu'elles se repentent de leur faute, 
ni même qu'elles la commissent Ce grand ouvrage appar- 
tient à Pieu, et il faut l'espérer de sa bonté. Cependant je 
ferai ce qui dépend de moi, et je suivrai le conseil que l'on 
me donne de profiter de ma sortie pour visiter ce monastère, 
Mgr l'archevêque [de Paris] m'a paru de cet avis.?, et cela 
seul auroit pu nie déterminer. Assurez-le, s'il vous plaît, 
Monsieur, de mes respects et de ma reeonnoissance, et ne 
perdez point d'occasion de me rendre de bons offices au- 
près de lui. Je vous demande la même grâce auprès de 
M. et de madame de Nouilles, et je vous supplie de ne ja- 
mais douter de l'estime sincère avec laquelle je serai toute 
ma vie, Monsieur, votre très-humble servante. 

— Je ne vous écris point de ma main, parce que cela est 
absolument défendu ici, et que la moindre application ne 
peut s'accommoder avec les eaux 5 . 

65. — A ROGER DE GAIGNIÈRES'. 

[Paris] Mercredi au soir [1700] 

Je viens de parler avec toute l'exactitude et toute la fran- 
dont nous étions convenus. J'ai bien peint surtout votre 

- Louis-Antoine de Nouilles, né le -l~ mai 1651, évêque de Cahors 
en liiT'.t, de CUàlons la même année, archevêque de Paris en l> 

5 Toutes les lutres lettres de l'abbesae ii«- Fontevi aull à de Gaignières 
sont autographes; il en est de môme de cellea idress* lit. 

* Bilil. imp. Mss. 24,991, fol. 267.— Ce billet, sans date, est 
à l'hôtel de Guise, à Paris; toutes les autres lettres sont adressées près 



'208 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

angoisse et votre insomnie, dont on m'a dit qu'on ne dou-; 
toit pas, et qui a attiré les louanges qu'on ne peut s'empê-| 
cher de vous donner. On ne trouve nul inconvénient dans 
l'affaire, et on se moque de notre inquiétude. On ne juge 
pointa propos d'entrer dans aucun éclaircissement, quoique; 
je l'ai proposé à deux ou trois reprises. On vous attend de-j 
main à midi avec votre compagnie. Me voilà. Dieu merci, 
déchargée d'un cruel fardeau. Je fais partir dès cette nuit, 
afin que vous en soyez aussi débarrassé à votre lever, je diroij 
à votre réveil, si je n'étois assurée que vous ne dormirez pas! 
cette nuit. 

66. — A ROGER DE GAIGNIÈRES 1 . 

A Fontevrault, ce 9 février 1701. 

J'ai chargé ma sœur de La Yerdrie 2 de vous souhaiter la 
bonne année de ma part, Monsieur, et de vous demandei 
de vos nouvelles, auxquelles je m'intéresserai toujours très) 
sincèrement. Je prends part à la joie que vous avez sané 
doute de revoir M. le cardinal [de Noailles] en bonne santé, 
et je prends la confiance, Monsieur, de vous charger d'une! 
lettre pour lui qui regarde une affaire de cloître dont jej 

des Incurables, où Gaignières demeura plus tard, dans une maison à lui. 
Il est signé, comme la plupart des lettres : Gabrielle de Rochechouart, 
abbesse de Fontevrault. 

Le contenu du billet prouve qu'il a été écrit à Paris. Or, le dcrniei 
voyage que l'abbesse de Fontevrault y fit eut lieu en novembre ou 
décembre 1700. Quel est l'objet du mystérieux billet? Cette angoisse 
cette insomnie de Gaignières indiqueraient que l'abbesse de Fon- 
tevrault s'était chargée de la négociation d'un mariage qui le touchait 
au cœur. Enfin, quel était ce on ? Les lettres suivantes, écrites de Fon- 
tevrault, font penser à madame de Montespan. 

1 Bibl. imp. liss. 24,991, fol. 255. 

2 Religieuse à Fontevrault; il y a une lettre d'elle à Gaignières dans 
le même volume. 



IBBI 8SI DE i OUI i.MiM i i. i i |i K si 

us if rois volontiers confidence, li cela ne demandoil Irop 

tl'lllpS. 

Je n'ai point perdu de vue celle dont vous me parlâtes 
want mon départ, mais je nVn ai pas encore dit un I 
not, parce que j'ai presque (ou jours été séparée de I 
onne que vous savez, el qu'elle a été jusqu'ici dans une dis* 
Hition aux vapeurs peu favorable aux discours sérieux et 
ulides. Je prendrai mon temps le mieux qu'il me sera pos- 
ir j'ai la chose autant à cœur que vous pouvez dési- 
B». 

Quand je chargeai dernièrement ma sœur de La Verdrie 
e vous mander que je n'avois encore rien à vous dire sur 
affaire, parce que ma sœur étoit absente, comptez bien 
1 moins que je ne lis nullement entendre de quoi il s'agis- 
»it. « t qu'il n'y a personne au monde qui en ail le moindre 

►upeon. 

G7. — A ROGER^DE GAIGMÈRES'. 

A Fontevrault, ce 23 février 1701. 

Je n'avois point reçu de lettres de vous depuis mcn re- 
ur. Monsieur, quand je vous fis souhaiter la bonne année 
r ma sœur de La Verdrie. J'en avois été en peine, connois- 
nt comme je fais votre attention pour vos amis. Je suis 
en aise que vous n'en ayez point manqué pour moi, niais 
regrette fort ces lettres que je n'ai point reçues. 11 faut 
elles aient été brouillées ici, car il me semble qu'il ne 
n perd point à la poste. 

'it que l'abbesse de Fontovraiilt fait ici allusion à mul an, r de 
n, alors auprès d'elle. S'agit-il <!»• la même alfaire qi:' 

litre précédente? Cela parait probable. 

• IuM. imp. Mss. 24,991, fol. '257. 

12. 



210 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

En voici encore une que je vous supplie de donner i 
M. le cardinal. Je ne puis trop me louer de ses bontés pou: 
moi, non plus que de celles de M. le maréchal de Noailles 
qui a songé, dans son voyage, à m'écrire et à m'envoye: 
des leçons de Ténèbres, que je lui avois demandées à Paris 
Des cœurs faits comme ceux-là sont bien rares, et on m 
sauroit trop chercher à se lier à eux de plus en plus. 

J'ai trouvé occasion de parler là-dessus plus d'une fois 
On y est entré avec les sentiments que je souhaitois, ei; 
m'assurant que cela plairoit fort. Comme la chose paroît ■ 
peu éloignée à cause de l'âge, je ne crois pas qu'on s 
presse trop de la traiter, surtout quand on se trouve éloign 
des gens à qui la principale décision appartient 2 . Enfin, m 
proposition a été reçue agréablement et a attiré des louange 
et des témoignages d'estime et d'amitié pour les gens e 
question, tels qu'en effet on doit les avoir. Je ne perdn 
point d'occasion de remettre encore la chose sur le tapi,' 
et vous me faites bien la justice de croire que si elle d< 
pendoit de moi, elle seroit conclue tout à l'heure. 

Je vous supplie, Monsieur, de faire tenir ma réponse 
M. le maréchal de Noailles et de reprocher à madame I 
Noailles, la première fois que vous la verrez, qu'elle ne m 
pas donné un signe de vie sur une lettre que je lui écriv 
le mois passé, et que je lui adressai à la cour. Vous joindre 
s'il vous plaît, à ces reproches, des compliments que n 
colère ne m'empêche pas de lui faire de bon cœur. 

Vous faites bien d'habiter une maison qui est à vous, 
qui est très-belle. Si j'étois à Paris, je ne manquerois p. 
de vous rendre une visite dans cette nouvelle demeure. 

2 Voir la note 5 de la lettre suivante. 



ai;i;i:ssi: DE i OU i i:\i; \n i. Kl D8 BBS v M is. 211 

68. — A ROGEli l>i; i.Mi.MI MES'. 

A Fonterrault, m L701t 

le n'ai pu écrire pendant les jours saints, à cause des 
fonctions continuelles et un peu fal gant - qu'ils m'attirent 
et que Dieu m'a rail la grâce de remplir entièrement cette 
Binée, el sans aucune incommodité. J'ai dit, Monsieur, au 
l'ère Roucellel que vous aviez pris la peine de me répondre, 
et il a trouvé fort bon que vous vous en soyez tenu là, puis- 
qu'il ne vous avoit écrit que pour moi. 11 a d'ailleurs reçu 
avec beaucoup de reconnoissance et de sensibilité les com- 
pliments que je lui ai faits de votre part, car il vous estime 
au dernier point et n'oubliera jamais, non plus que moi, 
tous les secours que vous avez bien voulu nous donner dans 
le procès de Fontaines. 

L'affaire dont ce père vous informoit a fait tout le chemin 
dont le petit religieux avoit menacé. 11 s'est donné la liberté 
d'écrire au roi; cela est revenu à M. l'archevêque de Tours 8 
par M. de Torcy 3 , et je n'en ai rien appris d'ailleurs, 
marque que ce ministre a connu de lui-même le peu de 
solidité des plaintes, ou, ce qui est plus vraisemblable, que 
M le cardinal, informé favorablement par von-, Monsieur, 
a eu la bonté de me rendre justice, en cette occasion comme 
en plusieurs autres. Ce religieux continue à nous faire toute 
la peine qu'il peut, et quoique blâmé hautement par ses 
confrères et sincèrement par plusieurs, il ne laisse pas d'être 

1 Bibl. imp. Mss. 24,991, fol. 259. 

1 Mathieu Isoré d'Hervaut, auditeur de rote ;< Bon I reçu 

l'année suivante docteur en théologie. Nommé le 8 septembre 
évèque de Condom, il était appelé le mois suivant h l'archerèché de 
Tours. Mort en 171ii. 

5 Ministre des affaires étrangères. 



212 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOU ART 

approuvé et soutenu par quelques libertins qui ne cherchent 
qua troubler. Je ne sais ce qui en arrivera et j'avoue que 
les croix qui me viennent de ces côtés-là me tentent* sou- 
vent d'un découragement auquel je crois bien cependant 
qu'il ne faut pas s'abandonner. 

Je vous supplie de faire mes très-humbles remerciements 
et mille assurances de mes respects à M. le cardinal et d'être 
persuadé que je ressens comme je le dois tout ce que vous 
avez la bonté de faire pour moi. 

Je ne sais pas pourquoi vous voulez désespérer de l'affaire 
que vous savez. On en a reçu avec joie et avec goût la pro- 
position, comme je vous le mandois dernièrement. Toutes 
les fois que j'en ai parlé depuis, on m'en a parlé de même, 
et quoique cela ne soit ni conclu, ni dans les voies de se 
conclure avant un certain âge, il me semble que ce n'est 
pas à dire que la chose soit manquée, puisque, si l'on est 
obligé d'attendre de ce côté-ci, il y a de l'autre de quoi 
fournir, pour le temps présent, à d'autres sujets plus avan- 
cés, et pour le temps à venir, à celui dont nous parlons et 
dont l'âge se trouve apparemment convenable à quelque 
dernière cadette. Si c'étoit à moi à décider, je quitterois ces 
vues éloignées pour assurer tout à l'heure ce que je souhaite 
et pour préférer une personne que je connois et qui me plaît 
fort, à d'autres que je n'ai point vues et qui ne la vaudront 
peut-être pas. Mais, comme je ne suis pas maîtresse, j'aime 
encore mieux espérer que cette vue éloignée pourra réussir, 
puisqu'elle regarde la même maison, que d'en envisager 
d'autres qui n'y auroient point rapport 5 . 

4 Sic. 

8 II résulte évidemment de ce passage et de la lettre précédente, qu'il 
s'agissait du mariage du marquis de Gondrin, petit-fils de madame de 
Montespan, avec une des filles du maréchal de Noailles.Ce mariage eut 
lieu le 25 janvier 1707. l'angoisse et l'insomnie dont il est question 
dans la lettre n° 65 prouvent que Gaignières s'y intéressait d'une manière 



uinr.ssi: ni: i «»m i: vit m i r, i: i ni s ES LUI S 

le reçus, peu de jours api ivoir écrit, Monsieur, une 

- très-obligeante de madame la duchesse de Noailles. 
I kn*est venu encore de nouvelles leçons de Ténèbres de la 
Irt de M. le Maréchal. Je suis touchée au dernier point de 
Bte attention, et je vous envoie une lettre pour lui que je 
■s supplie de lui vouloir envoyer. J'y enjoindrai une, si 
I temps le permet, pour M. de I. ai roque , dont j'espère que 
tous aurez aussi la bonté de prendre soin. 

eur est depuis quelques jours à Oiron ; je lui fis vos 
■mplimenls avant son départ, et je puis vous assurer, 
■tnsieur, qu'elle les reçut comme elle fait toujours, avec 
beaucoup de joie et de reconnoissance. 



9. - MADAME DE MAINTENON A L'ABBESSE DE FONTEVRAM T '. 

18 avril 1701. 

J'ai donné voire lettre au roi qui m'a dit qu'il vouloit y 
épondre: 11 est vrai, Madame, que M. le dauphin a donné 
mde alarme, et que l'on passa une (riste nuit; le roi 
;n fut encore plus touché qu'on ne l'auroit pu croire, et il 
-rande raison, car il n'y eut jamais un fils si digne 
Têtre aimé de son père. Grâce à Dieu, ce mal a eu de très 
leureuses suites. M. le dauphin a grand soin de BS santé, 
■ ce qui vaut encore mieux, il pense très-sérieusement à 
on salut; ainsi il n'y a qu'à remercier Dieu. Votre amie, 
nadaine la duchesse de Bourgogne, donna dans cette occa- 
ion bien des marques de son bon naturel et de sa tendresse 

)ute particulière. Le passage do V Etude hUtonque 'pape 72), relatif 
ladite lettre, doit être rectifié dans ce sent. 

tpondance générale de madame de MaùtfencM, t. IV, p. 425. 
- Mata dame» de Saint-Cyr, 



214 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECIIOUART 

pour Monseigneur, qui en est fort louché. Il a eu le plaisii 
de voir combien il est aimé. 

Je vous avoue tout simplement, Madame, que j'avoig 
oublié que je vous eusse promis le portrait de notre prin- 
cesse; mais puisque je vous l'ai fait attendre, ayez encore la 
bonté de me mander de quelle grandeur et de quelle figure 
vous le voulez, et je vous promets de réparer ma faute. 

Jene manquerai pas, Madame, de parler à M. deChamillart, 
et je le ferai en présence du roi, afin qu'il joigne sa sollicita- 
tion à la mienne, qui pourra être de quelque considération 
auprès de son ministre. 

Vous ne me nommez pas le nom de madame de Mon- 
tespan, et je ne saurois faire de même ; elle m'est trop sou- 
vent présente ; je lui souhaite tout ce que je me souhaite è 
moi-même. Apprenez-lui, Madame, la mort de madame d< 
Brinon 2 , et croyez Tune et l'autre que par les sentiments 
que j'ai pour vous, je mérite vos bontés pour moi. 

70. — MADAME DE MAINTENON A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT 

A Marly, ce 29 juin 1701. 

Le roi me vit recevoir votre lettre, Madame, et me d 
manda s'il n'y en avoit pas une pour lui. Je lui lus la miennej 
et il vit la raison qui vous empêchoit de lui écrire. 11 vo 
remercie, Madame, de la part que vous avez prise à sa d 
leur; elle a été très-grande. Il aimoit Monsieur 2 , il en et 



2 Ancienne supérieure de Saint-Cyr, d'abord fort en faveur auprès d 
madame de Maintenon et tombée ensuite en disgrâce. Elle était mort 
le mois de mars précédent. 

1 Correspondance générale de madame de Maintenon, t IV, p 

2 Mort le 9 juin, à la suite d'une altercation avec Louis XIV, Il fau 
voi Saint-Simon à ce sujet. On n'a ici que la surlace des choses et I 
qu'il était convenable d'écrire. 



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\i;i;i SSE DE I '<>> i r.vii M il. il DE BBS LUS 115 

limé ; ils ne s'étoient jamais quittés; la minière de la mort 
Kl effrayante, le spectacle bien triste, Toul celai Madame, 
it une impression qui inquiéta loul l<- monde pou? la plus 
■rieuse santé qu'il y ,iit à conserver. La cour <■( les affaires 
ont très-bonnes dans les afflictions; il faut se dissi] a 
■jtraindre; on en profile. 

faites justice à madame la duchesse de Bourgogne, 
faame, quand vous l'avez crue touchée; elle L'a été au- 
Ibsus de son âge; elle commeneoit à aimer Monsieur; 
'humeur gaie de l'un el de l'autre s'accoumiodoient parfai- 
einent. Cette princesse lut témoin de cette mort; elle S joint 
iux sentiments de tendresse une peur de son âge, de sorte 
■elle ne pouvoit dormir; elle s'en est trouvée mal, et cela, 
ver un certain dérangement, donne quelque espérance, 
•eu fomiée pourtant, qu'elle pourroit être grosse. Elle con- 
erve un goût pour vous, Madame, dont vous ne douteriez 
m si vous étiez plus près d'elle. Elle me charge de vous 
•ion remercier de tout ce que vous me dites sur son sujet. 
]lle na que trop de goût pour l'esprit; il n'est plus guère à 
a mode, et ceux qui n'en ont point lui sauront mauvais gré 
fêle trouvei ". 

J,u bien pensé à madame de Montespan en cette occasion, 

pt je ne suis point surprise qu'elle coure les champs. Je crois 

qu'elle pense et par combien d'endroits elle est tou- 

le ne sais, .Madame, comment on pourroit supporter 

le la vieillesse et ses réflexions, si on n'eapéroit 

ire vie qui ne finira point. Croyez, Madame, que tant 

■ li mienne durera, je aérai la personne du inonde qui 

jous honore le plus. 

5 Voir la lettre n°61. 



210 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

71. — A ROGER DE GA1GNIÈRES 1 . 

A Fontevrault, ce 27 août 1701. 

Je reçois toujours vos lettres, Monsieur, avec beaucoup 
de joie, et je vous prie de croire que les nouvelles publi- 
ques ne leur donneroient aucun nouveau mérite auprès de 
moi. Celles qui intéressent véritablement ne manquent 
guère de venir par quelque voie que ce soit, et toutes les 
autres me sont fort indifférentes. Je serai ravie si l'amitié 
que Boudot 2 m'a témoignée peut vous être bonne à quelque 
chose. J'espère qu'il repassera ici, comme il me l'a promis, 
et, en cas qu'il me tienne parole, je prendrois le livre que 
vous me marquez comme si je le vouloispour moi, et je vous 
l'enverrai en vous en marquant le prix, car je connois 
comme vous avez le cœur fait, et je sais que vous seriez au 
désespoir de m'avoir témoigné votre goût pour le livre si 
je m'avisois de vous le donner, ce que je ferois pourtant 
avec grand plaisir si je ne songeois à ménager votre déli- 
catesse et si je ne voulois vous servir comme vous voulez. 
Si parfois Boudot manquoit à repasser par ici, je lui écrirois 
que je veux aeheter ce livre, et je le chargerois de le 
faire porter aux Filles-Dieu, ou de le mettre entre les mains 
de M. de Larro que pour me l'envoyer. Vous le recevriez ai- 
sément de ces deux endroits, et le libraire n'auroit nulle 
connoissance que le livre fût pour vous. 

Je ne profiterai point de l'avis que vous avez la bonté de 
me donner touchant les portraits de Santeuii 5 . J'aime fort 

1 Bibl. imp. Mss. 2i,991, fol. 243. 

2 Libraire du temps, qui faisait le commerce des bibliothèques. Voy. 
la lettre suivante. 

5 Chanoine régulier de iSaint-Yictor, célèbre par ses poésies latines; 
né en 1631), mort en 1097. 



IBBBSSE DE I "Mi:\ i:\li I. il DE SEfl v M I s. '217 

m estampes, mais en tableaux seulement, et non p 
toi trait \ n d'avouer hardiment votre 

unir les curiosités qui Tout votre principale occupation; 
:Y>t mi'' passion non-seulement innocente, mais encore 
Quablc et utile. 

Je vous supplie, Monsieur, de me rendre toujours de bons 
■ces dans la maison de Noailles, pour laquelle vous con- 
Eissez mes sentiments. Je me dalle que ceux [que j'ai pour 
ut aussi très-connus, et <pie vous ne douiez jamais de 
Intime sincère avec laquelle je serai .toute ma vie, Mon- 
teur, votre très-humble servante. 



71 — A UOGEH DE GÀIGMÈRKS «. 

A Foutcvrault, ce 2 septembre 1701. 

n me dit hier que Boudot s'en étoit retourné, qu'il 
t passé à Saumur sans emporter la bibliothèque de 
ilkvreau, qu'il avoit pourtant achetée huit mille francs, 
s qu'il l'avoit aussitôt vendue pour dix mille aux Béné- 
ins de Saint-Jouin * Me voilà par là privée du plaisir de 
s procurer le livre que vous désiriez, et j'y ai beaucoup 
; de regret, Monsieur, qu'à ceux que je m'étois promis 
lu ter pour moi-même. Je ne saurois comprendre com- 
it M. Boudot, au lieu de repasser par ici, comme il me 
lit promis, n'a pas seulement daigné m'écrire un mot 
out cela. Et, encore une fois, Monsieur, je regrelte cx- 
lement de ne pouvoir vous rendre le petit service dont 
- chargée avec un très-grand plaisir. Jevoussupplie 

■bl. imp. Usa. '24,001, fol. 245. 

I \ ;i plusieurs communes de ce nom. Cesl probablement Saint-Jouin, 
i m de Richelieu, dans I I oatevrault 

15 



«218 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECIIOU ART 

de conter cette petite aventure à M. de Larroque, et de vou 
loir bien lui faire mes compliments. 

Je m'imagine qu'il va souvent vous voir dans votre bell< 
retraite, où je regrette bien que vous n'ayez pas été établ 
pendant que j'étois à Paris. J'aurois été fort aise de vous ] 
rendre visite et de voir les ornements que vous y avez mis 
qui doivent être plus à l'aise dans celte belle et grande mai 
son que dans celle où ils étoient auparavant. 

73. - MADAME DE MAINTENON A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT 
Fontainebleau, ce 1 er octobre 1701. 

J'ai à répondre à trois de vos lettres, Madame, et je se 
rois bien honteuse si je n'avois une très-bonne excuse. J 
suis tombée malade aussitôt après l'extrémité où nous avion 
vu Madame la duchesse de Bourgogne, et comme nos âge 
sont différents, nos ressources le sont aussi. Elle est parfai 
tement guérie, et je suis encore abattue et dans l'usage d 
quinquina qui m'enivre deux fois par jour, ce qui n'es 
pas propre aux têtes attaquées de migraine. Mais venons 
vos lettres, Madame, que j'ai devant les yeux. 

Il est question dans la première de l'abbaye du Roncerajj 
dont le roi n'a point encore la démission. Il n'y a guèr 
d'affaires dont jememêle moins que de celles des bônéficef 
croyant très-dangereux d'en charger ma conscience. J'ai k 
Madame, tout ce que vous me dites de madame votre nièce 
vous savez l'estime que le roi a pour vous ; il est fâcheu 
que Tévêque y fût contraire, car on les consulte en pare 
cas* Je ne comprends pas qu'en cela vos intérêts soient coi 
traires à ceux de madame de Ronceray, puisque vous ne pr< 

1 Correspondance générale de Madame de Maintenons t. IV, p. 45' 



1IBI8SE DE i 0N1 rvi; \ri i. i i m 81 - 1118. m 

■dei à l'abbaye que lorsqu'elle ne rouldra plus ou ne 

pourra plus en jouir*. 

(Totrc seconde Lettre, Madame, eal sur la maladie 4e Al- 
lante la duchesse <le Bourgogne, qui eal Irèa-sensible à la 
■ri que \mis y avez prise. Kilo est tout à fait rétablie et 
îe charge de vous remercier de ce que vous ne l'oublie! 
m. Le roi a reçu avec plaisir, Madame, les compliment! 
Hevous lui avez 5 faits là-dessus. 

Venons à la troisième, qui est sur le portrait de celte pi iu- 
Vbtre extrême politesse ne vous permettroit pas d'y 

ouver à redire ; tel qu'il peut être, il nous a paru char- 
uml. .l'ai choisi cet habit parce qu'il me paroissoit avan- 

jp u\. madame la duchesse de Bourgogne ayant le col un 
3ii hop long. On a pris sa mesure juste sur sa taille. Vous 
■riez très-bien, Madame, sur la coiffure; il est très-vrai 
■l'on lui cachelrop lefronl, c'est parce qu'elle l'a trop grand. 
«»tre princesse est laide, mais si elle avoit des dents, elle 
Iroit plus aimable que les plus belles femmes. Elle devient 
lande et donnera, s'il plaît à Dieu, de beaux enfants. Elle a 

en été contente de se voir traiter par vous de mérite so- 

elle l'est assez pour préférer cette louange à celle de 

•une. Elle n'a aucun ridicule là-dessus et devient 

Ba-raisonnable. Je voudrois qu'elle aimât un peu moins le 

li, mais il est difficile de s'en passer à la cour, et encore 

|is de s'y modérer. Je vous quitte, Madame, pour aller 

lendre un verre de vin qui me mettra hors d'état de conti- 

Voir, dans Madame de Mcntnpem H l.mas XI \'. p. 588, au iqjet 
démarches pour faire donner cette abbaye à une nièce de l'ai 

ault et de madame de Montespan, une longue lettre de cette 
la maréchale de Noailles, du 11 neteeubre I 
radiée «lit Auriez; c'est évidemment une trresr. — Il | i 
« le dernier alinéa de cette lettre tel qu'il r.-l donné par M. I.a\allt'e, 
une copie certainement fautive, quelques lé( 
lil que nous avons pris $ur nous de corriger. 



220 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIJECIIOU ART 

niier ma lettre et devons faire des protestations que j'e 
père qui ne sont point nécessaires pour vous persuadera 
véritable attachement pour vous. 



74. - MADAME DE MAINTENON A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT 

Ce 7 novembre 1701. 

Le roi m'ordonne de vous mander, Madame, qu'il a 
votre lettre avec attention, qu'il trouve bon que vous disi 
vos raisons à M. le chancelier, et que, bien loin de vous r 
trancher ce qui est permis aux autres, il vous accorden 
volontiers par son inclination ce qu'il refuseroit au reste < 
monde. Je me réjouis avec vous, Madame, de cette coni 
nuation de la considération que j'ai toujours vue dans le 
pour vous. 

Après ce compliment, venons au portrait de madame 
duchesse de Bourgogne 2 . Vous n'avez plus la hauteur, M 
dame ; elle est présentement aussi grande que moi, et 
sera bientôt davantage ; sa taille est encore embellie, pai 
que le sein lui vient, mais je la trouve un peu déparée d 
voir perdu ses cheveux après sa grande maladie. 

Il n'est question ici que de la reine d'Espagne 5 . Les p 
traits qu'on en fait ressemblent fort à notre princesse. M 
ce qu'on mande de son esprit est surprenant, et effraye 
Espagnols. Voilà finir bien court, Madame; ce n'étoit j 
mon intention. 

1 Correspondance générale de madame de Maintenon, t. IV, p. 4 
— Le commencement de cette lettre se trouve aux Archives de l'Emp} 
L, 1,019. Elle y est datée du 7 ; M. Lavallée l'a datée du 9. 

2 Voir la lettre précédenle. 
5 Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, sœur cadette de la duchesse; 

Bourgogne. 



kIBISSfi Dl POU i i m; m i i. i i m BBS Itfl'S 

7'. \ LOUIS MV-. 

Ku 19 novembre 1701 

ire, je suis soumise avec tanl de scrupule, non-seule. 
it aux ordres de Votre Majesté, mais encore à ses moin- 
s intentions, que, me trouvant conviée par les ut- 
ils de ma charge et par l'exemple des auti raui 
rdre, à défendre le point de nos privilèges qui nous rend 
s maîtres des sorties de nos religieuses, je ne veux faire 
une démarche là-dessus sans la permission de Votre Ma- 
li On m'assure qu'elle veut bien encore entendre les 
ons des privilégiés, el qu'elle a chargé M. Le chancelier 
[es recevoir et de lui en rendre compte. Je lui commu- 
lerai les miennes, si vous me faites l'honneur de l"a- 
pr, et j'ose me promettre cette liberté quand je vois 
3lle est accordée à d'autres personnes qui n'ont pas tant 
preuves que moi de la protection et de la bonté particu- 
e de Votre Majesté. Si j'envisageois mon repos, je ne 
lis pas une demande qui m'engage dans un assez grand 
ail, peut-être infructueux , mais il me seroit encore plus 
lossible de souffrir la honte et le reproche que j'aurojs 
s doute à essuyer de la part de mon Ordre et des autres 
êrieurs qui sont dans les mêmes droits que n oi, si je 
i mois dans l'inaction par rapport aux privilégiés, pen- 
t qu'ils font tous leurs efforts pour les maintenir, et ce 
roche seroit une tache, non-seulement à ma vie, mais 

ma mémoire. 
e ne me défendis point, il y a cinq ans, contre M. l'ai - 
vêque de Reims, et je lui laissai obtenir un arrêt par dè- 



1539 

tibl. inij»., département de> imprimés. Us. [Copie il, tçt- 



222 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

faut contre moi, parce que j'avois été informée que c'étoi 
déplaire en quelque manière à Votre Majesté que de con 
lester l'entière exécution de votre édit. Cependant quelques 
généraux d'Ordre ont plaidé depuis sur le même point que j< 
cédai alors, et ont obtenu des arrêts contre quelques-uns d< 
MM. les évêques; ce qui m'a fait accuser de foiblesse et d'in 
différence pour des droits que je dois avoir à cœur et que j'a 
en effet, non pas (si j'ose le dire) par une inclination natu 
relie, mais parce que la conscience et l'honneur m'obligent 
les maintenir, et que je ne puis in'empêcher de trouver (rès 
mortifiant qu'ils commencent à être entamés dans le tempi 
précisément que je m'en trouve responsable , après s'être 
soutenus en leur entier pendant près de six siècles. J'os< 
ajouter que cette espèce d'humiliation n'est pas ce qui m'af 
flige le plus. Je ne prétends nullement me donner pour zé 
lée, mais je crois sentir que je préfère l'intérêt général de 
la religion à mon intérêt personnel. S'il y a de la vanité I 
penser cela de soi et de la témérité à l'oser dire, je lui er 
demande très- humblement pardon et lui proteste avec sin 
cérité que je n'avance rien là-dessus que je ne croie comme 
j'ai la simplicité de le dire, et que ce sentiment me fait re 
marquer avec un grand déplaisir tous les inconvénients qu 
naissent de l'affoiblissement des privilèges. Peut-être au< 
roit-il été plus dans l'ordre qu'ils n'eussent jamais été ac- 
cordés; mais, dans l'état où ils sont, les atteintes qu'il! 
souffrent sont souvent cause que la charité est blessée, sanf 
que la discipline monastique en reçoive nul accroissement 
Je sais ce que ces changements ont produit dans notre Or 
dre, et je connois les couvents en général de trop longue 
main pour n'être pas persuadée que ce qui se passe parai 
nous arrive aussi dans les autres Ordres. 

J'aurai donc l'honneur de vous représenter, Sire, quej 
sans compter les contestations perpétuelles entre MM. le$! 



\|;|;| SSE 1)1 I ON l ru;\i I I II DE 3EI \Mls 

\ e1 les supérieurs réguliers, dans lesquelles l'ai 

j|Bl se mêler quelquefois, il 112 el religion 

npuvenl aussi divisés entre eux à ce Biyel ••( mains obéis- 
leurs supérieurs, el ces supérieurs, moins autorité! 

mettre dans le devoir, les premiers cherchant l'appui 
■ KM. les évoques, au premier mécontentement qu'ils con- 
oivent dans le cloître, et les autres étant assez foibles pour 
mindre davantage celte espèce de désertion que L'affaibli* 

einent. de la régularité. 

J'ai des exemples de tout cela que je n'ai garde d'exposer 
lus en détail à Votre Majesté, ayant une confusion extrême 

avoir déjà tant abusé de sa patience. J'ajouterai seulement, 
ur l'article des sorties des religieuses, que la permission 
e MM. les èvèquea n'en peut guère retrancher les abus. Ces 
urs, ne connoissant point par eux-mêmes les reli- 
ieuses qui ont besoin de sortir, ils s'en rapportent, comme 
e raison, au jugement de leur supérieur naturel. Il arrive 
one seulement que la religieuse sort avec deux permis- 
IpBS, au lieu qu'auparavant elle n'en avoit qu'une; mais la 
Ditie n'en est pas pour cela plus mesurée, ni moins 
>ngue. 

Je me jette aux pieds de Votre Majesté pour lui demander 
■-humblement pardon de m'ètre laissée emporter à une 
l»eilé que je meurs de peur qui n'aille jusques à la har- 
esse. J'avois commencé cette lettre avec une intention pins 
itenue qui se bornoit à la permission que j'ai demandée 

abord et que j'espère que vous me ferez l'honneur de 
l'accorder. 

J';ii été entraînée, sans presque m'en apercevoir, à EUS 

■fiance peut-être un peu trop libre, mais qui ne peut dé- 

i Votre Majesté, si elle veut bien faire réflexion que 

» ai été conduite par la conviction où je suis de son ex- 

■ne bonté qui imiii 1 celle de Dîea, en la présence duquel 



W LETTKES DE GABRIELLE DE ROCII ECHOUART 

il nous est permis et môme commandé d'épancher nos cœurs 
et d'exprimer nos sentiments. 

Je suis avec un très-profond respect et un entier dévoue- 
ment, Sire, de Votre Majesté, la très-humble, très- obéis- 
sante et très-obligée sujette et servante. 

76. — A ROGER DE GMGNIÈRES*. 

A Fontevrault, ce 17 janvier 1702. 

Je suis Irès-persuadée, Monsieur, des souhaits favorables! 
que vous faites pour moi et de la part que vous avez la bonté 
de prendre à ce qui me touche, mais je ne laisse pas d'être! 
bien aise que vous vouliez bien me faire la grâce de m'en| 
assurer quelquefois. Quand vous ne m'auriez pas fait l'hon- 
neur de m'écrire, je comptois bien ne pas laisser passer cel 
commencement d'année sans vous la souhaiter heureuse et! 
vous renouveler les assurances de ce que je suis pour vous,i 
c'est-à-dire, Monsieur, de l'estime très-particulière et de lai 
sincérité avec laquelle je serai toute ma vie votre très-hum-i 
ble servante. 

Ma sœur vous fait mille compliments. Oserois-je vous sup-j 
plier, Monsieur, de dire, à la première occasion, à M. lt| 
maréchal de Noailles que j'ai commencé à entendre la mu- 
sique qu'il a eu la bonté de m'envoyer, et que je la trouvt 
d'une beauté singulière 2 ? 

Je voudrois bien aussi qu'il sût encore que j'ai honttj 
d'avoir annoncé des noix confites pour madame la maré- 
chale de Noailles, que j'ai appris qui n'éloient pas encorcj 
arrivées à Paris. Je les y croyois quand je mandai qu'on les 
allât quérir aux Filles-Dieu, parce qu'il y avoit près de 

1 Bibl. imp. Mss. 31,991, fol. 247. 

2 On voudrait bien savoir de quelle musique il s'agit. 



IBBB6SI l'i i "M i \ i; \i i i. i i ni s|s 1113, 

p jours qu'on les avoil fail partir d'ici. La cou ->■ de 
ce long retardemenl vient de ce qu'ell s ont été miaea dans 
un ballol sur la rivière, qui est, comme \ /, ion- 

sieur, une voie très-luzai re, quelquefois prompte, 'I LOU- 
vent extrêmement lente. J'auroia dû faire attention i cette 
incertitude, et c'est une faute que vous auiez, s'il voua platt, 
la bonté de me faire pardonner. 

77. — A LOUIS XIV. 

[Fontcvraull] Janvier I70S 

Sire, la permission que Votre Majesté m'a fait L'honneur 
de m'accorder depuis peu et dont je lui aurois témoigné ma 
respectueuse reconnoissance si je n'avois craint de lui être 
trop importune, me met dans la nécessité de lui adresser 
encore mes très-humbles prières touchant celte même af- 
dans laquelle elle a approuvé que j'entrasse, comme 
la place que j'occupe semble m'y engager indispensablc- 
ment. J'ai fourni un mémoire à M. le chancelier des raisons 
qui appuient les droits que je me vois obligée de défendre, 
et j'ai fait toutes les autres diligences qui peuvent dépendre 
de moi; mais tous ces efforts sont bien impuissants, si je 
/ malheureuse pour n'oser me flatter de la protec- 
tion de Votre Majesté. C'a ètéjusques ici tout mon appui et 
toute ma force après le secours de Dieu, et si celte protec- 
tion me manque dans l'occasion pi ésente, je dois m'attendra 
à y succomber. 

Peut-être, Sire, serois-je téméraire de demander qu'il 
[ lût d'user de votre autorité pour empêcher qu'on ne 
troublât une possession que j'ai trouvée établie depuil 

* Bibl. iiiip., département des imprimés. M II, -^-. 

13, 



220 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECHOUART 

cents ans et que je me flattois de conserver dans l'état où 
elle m'avoit été confiée; je ne prends pas la liberté de de- 
mander une grâce si singulière ; je supplie seulement Votre 
Majesté de vouloir bien que l'affaire dont il s'agit soit termi- 
née par des commissaires. Elle est assez importante et d'une 
assez grande discussion pour avoir besoin d'un examen très- 
particulier que je me garderois bien de désirer, ce que les 
autres privilégiés ne désireroient pas non plus, s'ils ne 
croyoient comme moi que les titres qui appuient les privi- 
lèges sont plus forts et plus authentiques que MM. les évo- 
ques ne le publient. 

Je supplie très-humblement Votre Majesté d'avoir quelque 
égard à ma respectueuse supplication, et surtout de vouloir 
bien considérer que je ne l'en importune que pour satis- 
faire à un des devoirs essentiels de la charge qu'elle m'a 
fait l'honneur de me confier, toute autre raison n'étant pas 
capable de vaincre la crainte respectueuse qui accompagne 
toutes mes démarches auprès d'elle, et qui même retient 
quelquefois celles qui n'avoient pour but que de lui mon- 
trer mon zèle et mon parfait dévouement. 

Je viens de l'éprouver au renouvellement de cette année 
où je me suis contentée de redoubler mes vœux très-ardents 
pour votre précieuse conservation et pour tout le bonheur 
dont elle peut être accompagnée, sans oser me laisser aller 
au désir extrême de vous les faire connoître. Je crois que 
cette liberté peut m'êlre permise à l'heure qu'il est et je la 
prends avec plaisir, quoique l'occasion qui me la donne me 
soit d'ailleurs un sujet de crainte et de chagrin. 



\ II n K S S i: 1)1 l-'ONTK VRAI'I.T, Il l'I 9BS mis. Wi 
\ I \ MX HBS81 M M N as, 

(■ÉMU 

[Fontevrault] In II février 1100, 

Il n'y a pas d'apparence que MM. les évoques puissent tirer 
aucun avantage de l'arrêt que M. l'archevêque de Eteimfl <>!>- 
iint contre moi en ll>97 sur le point dont il s'agit présente- 
ment. Je laissai prononcer cet arrêt par défaut, et sans 
aucune défense, non-seulement parce que j'avois sujet de 
croire qu'elle n'auroit pas prévalu au parlement sur la pré- 
vention où l'on est dans ce tribunal contre les privilèges, et 
sur les vives poursuites de M. l'archevêque de Reims, mais 
encore plus par la respectueuse et sincère obéissance que 
j'avois et que j'aurai toute ma vie aux ordres du roi, et qu'a- 
lors je croyois Sa Majesté portée à maintenir la déclaration 
le hi'H;, suivant l'interprétation que MM. les évoques avoient 
'iitrepris d'y donner. 

Dans cette impuissance, vraie ou apparente, de défendre 
non droit, je ne pensai plus qu'à tenir la conduite la plus 
nropre à ne le pas ruiner davantage, et ce fut, (suivant l'avis 
le plusieurs personnes éclairées), de laisser passer cet orage 
ans y former une opposition qui, à notre avis, n'auroit pu 
voir d'autre effet que de rendre la condamnation dont 
menacée plus irrévocable. 
ervai donc ce ménagement et je me contentai de faire 

15 
EBibl. imp., déptrtement des imprimés. Ms (Copie.) II. — -— . Le 

• est : Mémoire envoyé à madame la d 
< in cas </nr MM. les évêque* allèguent Varrêt par défaut 
tu-nu i ai M. V archevêque de Heùns, et det UUret particul 

nu d'eux. » — On lit m marge de la copie manuscrite : « Ce 

a rtr fait par madame l'abbcMc de Fontevrault, 



228 LETTRES DE UÀUItlELLE DE ROC NECÏIOU AKT 

rentrer dans notre couvent de Reims la pauvre religieuse 
dont la sortie, quoique très-légitime, avoit donné lieu aux 
poursuites de M. l'archevêque de Reims. Cette fille méritoit 
en toute manière d'être mieux traitée; elle étoit très-bonne 
religieuse ; sa naissance et son infirmité étoient encore 
dignes de considération. Elle étoit de la maison de Coligny, 
et sa maladie étoit si réelle qu'étant rentrée dans son cou- 
vent sans avoir eu le loisir d'achever les remèdes qui lui 
étoient ordonnés, et le cœur pénétré de l'affaire dont elle se 
trouvoil cause, aussi bien que des menaces que M. l'arche- 
vêque de Reims publioit contre elle, elle mourut au bout de 
huit jours. 

Après ce mauvais succès., je me trouvai dans la nécessité, 
ou de ne plus du tout permettre les sorties, ou de prendre 
quelques mesures avec MM. les évêques en les permettant, 
et je fus nécessitée à ce dernier parti, celui d'abolir les sor- 
ties que l'intérêt de ma conscience et mon inclination m'a- 
voient fait choisir n'étant pas en mon pouvoir, parce que 
notre règle confirmée par une bulle et par un arrêt authen- 
tique, et qui, par conséquent, a une autorité supérieure à 
la mienne, permet les sorties en certains cas, entre lesquels 
celui d'infirmité se trouve compris et spécifié, et que les 
religieuses ne prenant d'engagement que conformément à 
leur règle, celles de mon Ordre ne peuvent être légitime- 
ment chargées d'un joug que cette même règle ne leur im- 
pose point et auquel elle déclare au contraire en termes 
exprès qu'elles ne sont point assujetties. 

Je fus donc forcée à demeurer à cet égard dans l'ancien 
usage de mon Ordre, auquel je puis prouver que je n'ai pas 
introduit de relâchement, y ayant même attaché des pré- 
cautions et des formalités que notre règle et les anciennes 
ordonnances de mesdames les abbesses n'avoient pas exi- 
gées et qui pourroient prévenir tous les abus de ces sorties, 



IBBI SSH l'i r<>\ rr\ R \i i 1 BT Dl 9BS AVIS 

si la vigilance la plus exacte, tant de MM l( 

autres supérieurs, ne deracoroil pas toujours suj< tfe I quel- 

lues surprises. 

Dans l'obligation indispensable d'avoir sur ce point quel 
que relation avec MM. les évoques, en évitant les cont< 
lions incerlaines toujours contraires à mon humeur, el 
qui est plus décisif, que je croyois lors Opposées aux inten- 
tions de Sa Majesté, je me déterminai, avec ! avis de mon 
conseil, à prendre le parti le plus honnête et en même temps 
le moins préjudiciable à notre droit, qui fut d'informer 
MM. les évoques, par de simples lettres de sorties, que je ne 
pouvois me dispenser de permettre dans leurs diocèses, de 
leur en exposer les principales raisons, et de les supplier d'y 
! donner leur agi émeut. 

La plupart de ces messieurs m'ont fait l'honneur de se 
contenter de cette déférence et de me le témoigner par leurs 
(réponses. Quelques autres, en petit nombre, n'étant pas Sa- 
tisfaits d'être seulement instruits el de juger la sortie légi- 
time (qui est pourtant ce qui paroit essentiel au bon rèf 
menti, ont voulu que leur consentement parût revêtu de 
Routes les formes qui pouvoient faire sentir leur autorité, 
- pourtant qu'elles pussent avoir un autre effet, pour le 
i. que celui des simples réponses dont ceux qui vou- 
voient bien ne me pas mortifier inutilement avoient la bonté 
de ni'lionorer. 

s permissions dans les formes ne m'ont jamais 
s, et j'ai toujours voulu les ignorer. Elles ont été 
envoyées à quelques mères prieures ou au\ religieu 
particulières, qui les ont rem s, 1 1 p< ul-étre demand 

■mêmes à mon insu, se souciant peu de l'intérêt général 

de l'Ordre, pourvu qu'elles eussent la satisfaction partien- 

d'èlre souffertes paisiblement dans leur changement 

d'air, ce qu'elles obtenoieiit infailliblement, MM. les évéquea 



230 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCiïECHOUART 

n'étant pas si choqués des sorties des religieuses que de la 
circonstance que ces sorties se fassent sans les marques 
précises de leur autorité. 

Je ne crois pas que ceux de ces messieurs qui m'ont fait 
l'honneur de se contenter de ces lettres que je viens d'ex- 
pliquer s'en veuillent servir comme d'un titre contre moi. 
Us en peuvent produire plusieurs pleines du respect que je 
leur dois, et que je leur rendrai toujours de très-bon cœur, 
et dans lesquelles même j'ai souvent joint une confiance qui 
m'étoit inspirée par leur bonté, et par le désir que j'avois et 
que j'aurai toujours d'avoir recours à leurs lumières quand 
ils voudront bien me le permettre. Mais, sans compter que 
de simples lettres ne peuvent pas, ce me semble, servir de 
titres dans une affaire de cette espèce, il est bien visible que 
je n'écrivois celles dont il s'agit que pour conserver les dé- 
bris d'un droit que j'aurois cédé bien plus commodément 
(si j'avois été capable d'un pareil dessein) en laissant de- 
mander les permissions à MM. les évoques par les personnes 
intéressées qu'en ajoutant à mes embarras ordinaires le sur- 
croît de ces lettres, d'autant plus longues et plus difficiles 
qu'il falloit remplacer par les tours et les explications la 
dépendance marquée que j'essayois de sauver, et qui n'au- 
roit demandé qu'un seul mot si j'avois pu me résoudre à la 
livrer nettement. 

il me semble qu'on ne peut s'empêcher de me rendre 
justice là-dessus, et que ces déférences forcées ne pourront 
entrer dans l'examen d'un droit qui doit être considéré en 
lui-même, et qui, je crois, paroîtra, par nos titres et par nos 
mémoires, aussi solidement établi que l'explication que je 
donne ici de ma conduite particulière paroîtra simple et 
véritable aux personnes qui voudront bien prendre la peine 
d'y faire quelque attention. 



AIBItSE DI P0HT1 VRAI II. Il b\ SI - \mi 

T'A — a M. DE roMMir.rr 1 OmULHB m i\i 

[l'ont.'vnmltj (Mi 1S mais I 

h m'a mandé, Monsieur, que vous n'approuviei pas qne 
entrée dans le procès touchant lequel j'ai eu Pbon- 
eur de vous solliciter. Cette nouvelle m'a affligée bieii plue 
ar la haute estime que j'ai de votre discernement Cp 

crainte de ne vous pas trouver aussi favorable que vos 
miennes bontés pour moi m'avoient donné lieu de m'en 
fcter. Si j'avois été à portée de prendre conseil en cette 
:i, le vôtre, Monsieur, auroit été le premier auquel 
parois eu recours; mais je n'ai eu ni les moyens ni le loisir 
e délibérer. De plus, Monsieur, la singularité de ma charge 
attache (comme j'ai eu l'honneur de vous le dire plusieurs 
is) des obligations toutes singulières. Selon les règles corn- 
unes, on ne doit point s'embarquer dans une affaire que 
succès n'en paroisse au moins vraisemblable. Suivant les 
lis bizarres où je me trouve soumise dans l'espèce d'affaire 
:>nt il s'agit, j'ai dû plutôt risquer le succès que de man- 
ier à faire toutes les poursuites qui sont en mon pouvoir, 
irtout ayant l'occasion d'unir ma cause à celle de M. l'abbé 
rCiteaux, dont l'Ordre est si étendu et si considérable que 
s pertes, qui pourroient nous être communes avec lui, 
>us seroient moins imputées que celles que nous souffri- 
ons séparément. D'ailleurs, Monsieur, si j'avois pu vous 
iiv connoîlre en détail l'état violent et incertain où je me 
Duvois depuis la déclaration de 1696 par rapport au point 
ntesté, le travail et les dégoûts continuels auxquels je me 
Duvois livrée par là, vous m'auriez conseillé sans doute de 

Bil.l. imp , département 'les imprimés. Ms. (Copie.) II, —^-. 



232 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOU ART 

sorlir de cette incertitude, au hasard même d'attirer un 
décision qui me priveroit d'un droit dont les plus grand 
ménagements me conservoient seulement une ombre dan 
les diocèses qui me sont favorables, et que je ne soulenoi 
point du tout dans les autres. 

Dans une si pénible situation, pouvois-je, Monsieur, lais 
ser juger cette cause pour M. de Cîteaux sans y prendr 
part? ^.vant cette conjoncture favorable, mon Ordre troi 
voit mauvais que je souffrisse sans résistance une diminu 
tion à nos droits , et ne pouvoit se consoler de l'arrêt pa 
défaut que j'avois laissé obtenir à M. de Reims. 11 fallo 
faire mes efforts pour me tirer de ce blâme qui auroit fo] 
augmenté, et avec un fondement du moins fort apparent, : 
je n'avois pas profité de l'occasion que m'offroit M. de C 
teaux. 

Je me donnai l'honneur d'exposer au roi toutes ces que.' 
tions et de lui demander sa volonté touchant la conduil 
que j'avois à tenir. Sa Majesté voulut bien me permette 
dans des termes pleins de bonté, de défendre mon dro 
autant qu'il me seroit possible, et ce n'est qu'après retl 
permission que j'ai entré dans le procès. Je n'ai pas prom 
à mon Ordre de le gagner, puisque cela ne dépend pas d 
moi ; je lui ai promis seulement de m'y employer de mo 
mieux, et j'ai reçu des remerciements au lieu des murmure 
qu'on me faisoit auparavant essuyer sur ce sujet. Vous voi 
ennuierez sans doute, Monsieur, de mon long éclaircissij 
ment; mais regardez-le, je vous en supplie, comme un 
marque de mon respect pour vous et du désir extrême qi 
j'ai de mériter votre approbation. Je suis si certaine qi 
vous avez la bonté d'examiner soigneusement mes mémoire 
que je ne vous fatigue point de nouveau des raisons que j i 
ai renfermées, et qui doivent, cerne semble, faire imprei 
sion à quelqu'un qui a autant de pénétration et d'équité quj 



iBBBSSE DE I OM I ! i; M i l il M SES kMtS 

Mis en avez, Je n*ai jamais été entêtée de i - pi Ifill 

nlns iU détiennent difficiles à soutenir, plus il^ me <i 
droiiMit odieux, si je nie laissois aller ;'i mon humeur Ce n'eel 
Bue pas par nu. 1 prévention favorable que je les trou 
■ement autorisés et que je vois les inconvénients qu'il y 
■roil à leur donner atteinte; ce sont nos litre- ci une ex- 
■rience de trente ans qui me portent à en juger de cette 
sorte et à m»' faire espérer que le crédit de MM. les èvéques, 
k out éclatant qu'il est, pourra bien ne pas prévaloir sur des 
considérations si importantes dans un tribunal aussi juste 

: éclairé que celui de qui nous dépendons. 
.le me confie encore très-particulièrement aux bontés dont 
>ou> m'avez toujours honorée. Je vous supplie très-hum- 
■ement, Monsieur, de me les continuer, et d'être persuadé 

-erai toute ma vie véritablement votre très-humble et 
lès obéissante servante. 






80. — A ROGER DE GAIGMÈRES*. 

A Fontevrault, ce 29 décembre 1702. 



Ce n'est pas à vous, Monsieur, à me faire des remerciements 
Rr mon portrait : c'est à moi à vous remercier d'avoir eu la 
bonté de le souhaiter et de le recevoir si favorablement. 11 
m'est très-honorable qu'il soit placé dans un cabinet aussi 
précieux que le vôtre, mais je suis encore moins touchée de 
cet honneur que du droit où il me met de compter sur votre 
amitié, beaucoup plus précieuse que toutes les raret- ïi que 
vous avez rassemblées chez vous. Je vous supplie, \| i 
de me la vouloir bien continuer, et d'être persuadé que per- 
sonne ne connoit mieux que moi le prix de ce 't ne 

« liil.l in. p. Mss. 24,991, fol 



234 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

désire plus sincèrement de s'en rendre digne. M. de Larroque 
peut vous répondre qu'il n'entre point de compliments dans 
les assurances que je vous donne là-dessus. 

J'avois bien souvent le plaisir de parler de vous avec lui, 
Monsieur, dans le temps qu'il a bien voulu me donner, et qui 
m'a paru bien court par rapport à l'utilité et à l'agrément 
que l'on trouve dans une société comme la sienne. Il n'y a 
rien à vous apprendre sur son mérite comme sur ses senti- 
ments pour vous, qui répondent bien, en vérité, à toute 
l'estime qui vous est due et aux obligations essentielles qu'il 
vous a. Il est triste que sa fortune se trouve si dispropor- 
tionnée à son mérite, et je suis bien certaine que vous res- 
sentez ce malheur encore plus que lui. Vous n'avez point d'a- 
mis malheureux qui ne doivent se promettre de trouver ce 
sentimenMà en vous et d'en recevoir toutes les preuves 
qu'une amitié vive et ingénieuse peut fournir. Je ne finirois 
pas si tôt si je me laissois aller à toutes les louanges que vous 
méritez là-dessus ; comptez seulement, Monsieur, que per- 
sonne ne vous les donne de meilleur cœur que moi et n'est 
avec plus d'estime et de considération que je suis, votre très- 
humble servante. 

— Jenepuism'empêcher de vous dire que je suis plus con- 
tente que jamais de votre bon ami M. le maréchal de Noailles. 
Il a le cœur fait comme vous, et c'est tout dire. J'en ai fait 
depuis peu de nouvelles expériences dont je suis touchée au 
dernier point. J'espère que vous voudrez bien y prendre 
part. M. le cardinal continue à en user très-honnêtement 
pour moi, malgré mon malheureux procès. C'est une droi- 
ture et une bonté assez rares, et que j'estimerois quand même 
elle n'auroit pas rapport à moi. 



IBBBSSI DE F0NTBYRAUL1 M M SBS \MI S 

si. _ \ BOGBB M <.\n.Mi i : 

\ i ontAtrault) m Ifl m. h 1705. 

l'avois bien espéré, Monsieur, que voua auriei eu la 
plé de faire tenir ma lettre sûrement, et que ?ouj ne 
piveriei point mauvais que j'eusse pris la confiance <le tl 
iiiv passer par vos mains. Vous vous intéresse/ avec tant 
p bonté à tout ce qui me regarde, que je ne puis jamais 
feindre que les prières que je vous fais vous soient im- 
Irtunes. M. de Larroque doit vous mander, Monsieur, 
isqu'à quel point je porte l'opinion que j'ai de votre bon 
■ur et de vos bonnes qualités. Nous en parlons souvent 
vec plaisir, et il m'assure aussi très-souvent que vos senti- 
bits pour moi sont tels que je le puis souhaiter. 

Sans vouloir lui rendre de bons offices auprès de vous, 
bn sieur, je dois vous dire qu'il paroit bien véritablement 
■aché à \ous , et, en effet, il le doit bien être. C'est un 
Knd adoucissement à sa mauvaise fortune que de pouvoir 
pssurer que vous l'aimez, et toutes les personnes qui s'in- 
éressent à lui comme je fais, doivent sentir pour lui un 
Epheur comme celui-là. 11 a apporté de votre part, Mon- 
ieur, un trésor bien considérable pour la bibliothèque de 
10s religieux. Le Père prieur a dû vous en faire de tréf- 
minliles remerciements, et je vous supplie de croire que je 
fends une très-grande part à ce bienfait. 

« Bibl. imp.Mss. 24.WU, toi. 253. 



230 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

82. — AUX COUVENTS DE I/ORDRE«. 

A Fontevrault, ce 23 mai 1703. 

Chères filles et bien-aimées religieuses, nous voici! 
encore dans l'obligation de vous informer d'une perte 
qui nous est très-sensible, et de vous demander le secours 
de vos prières pour la personne que Dieu vient d'appeler à : 
lui : c'est notre très-chère et bien-aimée fille la révérende 
mère sœur Marie de Launay de La Mothaye, grande prieure 
antique de notre abbaye. Elle a occupé des places si consi- 
dérables dans notre saint Ordre, et avec lant d'approbation, 
que son mérite y est généralement connu, et que nous 
avons sujet d'espérer que sa mémoire y sera toujours re-| 
coinmandable. 

Cette chère fille était bien née en toute manière, et avoit 
reçu une très-bonne éducation dans l'abbaye de Honceray, 
illustre par la régularité inviolable qui s'y maintient depuis! 
plusieurs siècles, et par la loi qu'elle observe (suivant son 
institution) de ne recevoir aucune religieuse dont la no-! 
blesse ne soit prouvée par des titres authentiques. Ils étoient 
aisés à fournir pour la mère de La Mothaye, et même plus 
nombreux qu'on ne les exige d'ordinaire. Ses qualités per- 
sonnelles étoient d'ailleurs très-propres à la rendre agréa- 
ble dans quelque lieu qu'elle eût voulu choisir ; aussi fut-on 
si content d'elle au Ronceray, qu'on se disposa à lui donner 
l'habit aussitôt qu'elle eut atteint l'âge convenable. 

Dieu, qui destinoit un si bon sujet à notre saint Ordre, 
permit que celte cérémonie fût différée par des raisons qui 
ne regardoient point la mère de La Mothaye, mais quelques 

74 
- Bibl. imp. Ld. —. (Pièce imprimée.) 



IBBISSE DB I <'\ i i v i ; \r I i. i i i % ^i i s. >j:,7 

nulic- postulantes <pii dévoient lui livant 

il»* celle ancienne abbaye, les cérémonie! de 1 1 
luiv i'i île la profession ne se devant jamaia (aire poui une 

seule personne. Il lui donc impossible di : la mère 

de l.a Mothaye de ses compagoee, et celte attente lui 
«insupportable par le désir aident qu'elle ftvoil d'être reli- 
gieuse, elle résolut de venir ici, où elle avoit une tante, 
de celle qu'elle quittent au Roncera} . 
On la reçut dans cette maison avec d'autant plus de joie 
«que, venant d'être postulante dans un lieu dont la règle et 
lies usages ont une grande conformité aux nôtres, on n'a- 
voit pas besoin de l'engager à une nouvelle épreuve. Eu el- 
Ifet, on lui donna l'habit presque aussitôt après son entrée, 
■ et on la trouva tout accoutumée aux observances, qu'elle 
la toujours aimées et suivies autant qu'il lui a été possible. 
Cette régularité n'éloit pas seulement extérieure, elle 
étoit la suite d'une sagesse naturelle et d'une dévotion so- 
Ilide. Tout cela se montroit dans le règlement de la conduite, 
[et même dans la physionomie de la mère de La Mothaye. 
L'air de jeunesse qui s'y est maintenu dans l'âge le plus 
I avancé, et les autres agréments de sa personne étoient ac- 
[compagnes d'une modestie et d'une certaine dignité qui 
Imarquoient le caractère de son âme, et qui faisoient sentir 
Ique, comme sa figure ne lui causoit ni vanité ni désir de 
[plaire au monde, elle ne devoit aussi inspirer aux person- 
|nes qui la voyoient qu'une bienveillance accompagnée «lu 
respect dû à sa vertu et à sa profession. 
Des qualités si aimables plurent d'abord à feu Madame 
[Jeanne-Baptiste de Bourbon. La mère de l.a Motbtye eut 
I l'honneur d'être sa première professe, et a été jusqu'à la 
fin sa plus chère fille. Elle s'est montrée digne d'une dis- 
tinction si glorieuse, et elle l'a reconnue par un parlait dé- 
; vouement, qui a duré non-seulement pendant I 



238 LETTRES DE GABRIELLE DE R0CI1ECII0UART 

sage princesse, mais encore pendant les Irente-trois années 
que la mère de La Mothaye lui a survécu. Elle ne pouvoit 
se rappeler une perte si douloureuse sans être aussi at- 
tendrie que si elle eût été toute récente. Tout ce qui avoit 
eu quelque relation avec feu Madame l'inléressoit toujours 
sensiblement, et elle étoit si zélée pour sa gloire, qu'elle 
s'est donnée des peines infinies, même dans ses dernières 
infirmités, pour procurer une histoire exacte de la vie de 
celte grande abbesse. 

Elle a fourni pour cela des écrits et des instructions, et 
elle s'est employée si efficacement à ce dessein, que l'ou- 
vrage est déjà bien avancé. Elle étoit la seule qui pouvoit 
guider sûrement dans cette entreprise, ayant toujours eu 
part aux plus secrètes pensées de feu Madame, et ayant été 
témoin de ses actions depuis le temps qu'elle eut l'honneur 
d'être attachée auprès de sa personne, premièrement dans 
la fonction de secrétaire de France et de gouvernante de 
mademoiselle de Nemours, actuellement duchesse douai- 
rière de Savoie, et ensuite dans la charge de chapelaine. 

A notre arrivée ici, nous fûmes conseillée de lui conser- 
ver auprès de nous celte même qualité, et nous connûmes 
ensuite que ce choix étoit très-bon. Nous avions alors 
si peu d'années de religion et si peu de connoissance des 
usages de notre Ordre, que, nous trouvant engagée dès le 
lendemain de notre entrée, à faire les fonctions de notre 
charge, nous aurions été fort embarrassée sur les cérémo- 
nies qui s'y observent, si notre chapelaine (qui nous y as- 
siste) ne nous les avoit enseignées ; et cette chère fille nous 
rendoit ce service si discrètement et si à propos, que, sans 
presque nous en apercevoir, et que cela parût aux autres, 
nous nous en acquittâmes de manière, avec ce secours, 
qu'on auroit pu nous y croire habituée de longue main. 

Nous eûmes le même sujet de nous louer de la mère de 



LBBBSSE DE i"Mi\n\iii il i»! |K8 MUS 

jLa Mot!ia\o dans les autres devoirs plus essentiels que son 
iv lui imposoil à noire égard. Ette ètoit naturellement 
■exacte el réglée. Cette heureuse disposition, aidi 
■religion et du raisonnement, avoil formé en elle «les prin- 
cipes inébranlables que le changement des liera e! 
[objets ne pou voit jamais déranger. Malgré les voyages, les 
■ffain > el les distractions inévitables dans Bon emploi! elle 
La toujours été fidèle à l'oraison et à l'approche fréquente 
des sacrements, et on peut juger qu'ayant pu conserver 
[cette ferveur au milieu des dissipations qui la tiroient du 
Icloitre en quelque sorte, elle ne s'en est pas démentie dans 
lia charge de grande prieure qui l'y renfermoit entière- 
ment. 

La mort de notre chère et bien-aimée fille, la révérende 
Inère Bonne Binetnous affligea doublement, en nous privant 
■d'une si sainte religieuse, pour laquelle nous avions une 
limitié et une estime qui alloit jusqu'à la vénération, et en 
bous engageant à tirer d'auprès de nous la mère de La 
Mothaye pour lui faire remplir cette place si importante, 
lues obligations et les honneurs qui y sont attachés effrayè- 
Irent son humilité, et la circonstance de se séparer de nous 
lîn quoique sorte parut aussi lui être sensible. La seule 
|)béissanee fut capable de la déterminer à suivre nos inten- 
tions, et elle ne s'y conforma pas moins dans le reste de sa 
lïoiiduite que dans cette première démarche. 

Elle avoil les qualités propres au gouvernement, 
Madame lui avoit communiqué des lumières particulières 
louchant celui de î.otre saint Ordre. Elle ne perdoit point 
Ile vue cet excellent modèle qu'elle avoit d'autant mieux 
iludié que l'admiration et la tendresse l'y rendoient con- 
• inuelleinent attentive. Elle avoit do la gaieté dans lhu- 
: n- ur ; mais son esprit, qui étoit sérieux, la portoit à 
:ujior toujours solidement. Elle se renfermoit sans part 



240 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCI1ECHOUART 

aux choses qui regardoient son devoir ; elle les prévoyoit d« 
loin et y travailloit avec tant d'application qu'elles se trou 
voient toujours faites à propos et avec la perfection con 
venable. 

Cette prévoyance étoit un des effets de la prudence qu 
régnoit dans toutes ses paroles et dans toutes ses actions, 
et qu'elle portoit à un si haut point qu'on étoit tenté quel- 
quefois de la trouver excessive. Sa fidélité à garder les se- 
crets qui lui étoient confiés étoit au même degré, et quoique 
ces deux vertus se trouvent comprises dans celles qui sonl 
propres au gouvernement, que nous lui avons déjà attribuées 
en général, nous ne pouvons nous dispenser d'en faire 
une mention particulière pour donner un juste idée du 
caractère de cette chère fille. Il est aisé de conclure que 
plus elle se trouva à portée d'être connue de notre chère 
communauté, plus' elle s'en attira l'estime, l'amitié et h 
confiance. 

Un discours aussi borné que celui-ci ne permet pas d'en- 
trer dans un détail entier de la conduite de cette bonne 
mère; nous en rapporterons seulement un trait qui a été 
admiré, et qui n'est pas moins glorieux pour notre chère 
communauté que pour la mère de La Mothaye. 

Elle étoit naturellement timide, non-seulement dans les 
affaires, dont sa prudence lui faisoit approfondir toutes les 
difficultés, mais encore dans tous les périls qui pouvoient 
menacer sa vie, ayant une crainte de la mort dont il n'a plu 
à Dieu de la délivrer, que lorsqu'elle l'a vue de plus près, 
c'est-à-dire dans son extrémité. En connoissant cette foi- 
blesse, on connoîtra mieux le mérite de la fermeté qu'elle 
montra une nuit qu'elle présidoit aux matines. Un ton- 
nerre épouvantable tomba dans notre église dans le temps 
qu'on chantoit le Benedicite des Laudes. Dans toute autre 
conjoncture, la mère grande prieure et nos autres filles au- 



kfiBESSE DE i OM | r\ i; m i i ii Dl SBfl IMIS 

tient ùté accablées d'une frayeur mortelle. Elles t'en trou- 
aient saisies en effet ; mais èlanl encore plu* penetn 

ncc de Dieu et d ; > la majesté de L'office divin, elle* 
Éjéircnt à l'ordre que la mère grande prieure eul le ce 
Il leur donner de ne pas interrompre le chant, ci elles 
juivirent son exemple. 

La violence du coup, l'odeur et la vue du tonnenv qui 
■çoil un fracas horrible dans le chœur en brisant l'arehi- 
■Éture qui le sépare du dehors, lant d'objets épouvantables 
■uns ensemble firent tomber toute cette simple assemblée 

née devant Dieu, mais ils n'eurent pas le pouvoir 
l'apporter la moindre interruption à l'office. Tout le canton 
ut épouvanté d'un si grand orage; les personnes qui le 

it de leurs yeux et qui en étoient plus menacées sont 
■ell.s qui le supportent plus constamment, rassurées par 
em propre foi et par celle d'une sage supérieure qui les 
jertit et les anime. 

Les violentes infirmités dont elle fut affligée et qui n'ont 
ini que par sa mort nous contraignirent à la soulager d'une 

qu'elle remplissoit si dignement. Dans ce dernier 
lai qui a duré dix ans, elle a donné un exemple continuel 
g patience. Plusieurs espèces de maladies la tourmentoient 
oui à tour; mais la plus mortifiante de toutes étoit une 
outte habituelle très-douloureuse, qui ne lui laissoit aucun 
mouvement libre, et la mettoit dans une dépendance géné- 

eontinuelle des personnes qui l'assistoient. A la ve- 
nté, ces services lui étoient rendus, non-seulement 
harité, mais encore avec un goût et une affection qui 
isqu'à l'empressement. Les personnes qui en étoient cil ir- 

)ient si éloignées de s'en lasser, qu'au contraire ii 

lu monde qu'elles craignoient le plus étoit de l< 
nir; et ces sentiments n'ont pu être ralentis par une fatigue 
soutenoit jour et nuit. 

14 



'242 LETTRES DE GAB1UEELE DE R0CIIEC1I0UART 

Les grands du monde, à force de biens et d'espérances 
dont ils flattent leurs domestiques, ont bien de la peine à s'e 
faire servir assiduement dans l'état que nous venons de n 
présenter; ou si cette assiduité se trouve dans quelques-uni! 
du moins est-il bien rare qu'elle ne soit pas accompagné! 
de lassitude et de murmure, et quelquefois de mépris. ï 
voici une pauvre religieuse auprès de laquelle on ne peut s 
promettre nul avantage temporel, qui n'éprouve aucun d 
ces inconvénients. Elle ne donne ni argent, ni fortune au 
gens qui la servent ; elle leur montre seulement une pj 
tience à toute épreuve, une humeur douce et égale, un 
raison que les douleurs et une extrême vieillesse n'affoiblii 
sent en rien. Ce spectacle les soutient, les attendrit, lei 
inspire du respect et de la vénération, et les payeabondam 
ment de toutes leurs fatigues. Voilà l'effet de la vertu et un 
marque sensible de la préférence qu'elle obtient souven 
dès ce monde même, sur les faux biens qui se poursuiver 
avec tant d'ardeur. 

Il est temps, chères filles, de vous marquer la fin d'un 
vie si édifiante. Elle a été longue par rapport à sa durée cl 
quatre-vingt-quatre ans, et par rapport au mérite qui L 
constamment accompagnée. On peut dire aussi qu'elle a él 
heureuse, quoique mêlée de beaucoup de souffrances, pui 
qu'à juger selon l'idée commune, c'est un bonheur de vivi 
longtemps, surtout quand la vieillesse n'apporte aucur 
altération à l'esprit, non plus qu'à la considération qu'c 
s'est acquis dans le monde. 

La mère de La Mothaye a joui de tous ces avantages 
mais que lui serviroient-ils présentement qu'ils sont passé, 
et quel adoucissement apporteroient-ils au regret que noi 
avons de sa perte, si cette chère fille, secourue de la grâci 
n'avoit employé la longue suite d'années qu'il a plu à Die 
delà laisser dans ce monde* à étudier sa loi, à la suivre, 



IBBESSI Dl i "N ii\ r, m i i. IT DE 8S8 AVIS. 243 

Enseigner m autres, lorsqu'elle a ••!<• ohcrgés «l'un on- 
i qui lui imposoil ce devoir? Nous ironnw es prends 
ris d'espérance oossr cette Ame dans la vue d'sass ass> 
le si purs et si régulière, elcequi augmente noir.' oea> 
atiun est de considérer que cette âme Innocente i encore 
purifiée par une maladie cruelle qui a duré di] années 
t par Les peines intérieures que lui causoit la crainte de la 
îort. 

Bette crainte étoil uniquement fondée sur le juste sujet 
ne nous avons tous de redouter les jugements de Dieu, et 
on pas sur un attachement à la vie, que cette chère mère 
a jamais senti dans l'âge même où elle auroit pu la trou- 
er agréable. 
Kilo communia dix jours avant sa mort dans l'intention 
u Jubilé, dont elle avoit accompli les pratiques, autant que 
état où elle étoit l'avoit pu permettre. Comme elle corn- 
oissoit son extrémité, elle souhaita que cette communion 
\ it aussi de viatique , et Dieu permit qu'elle le pût 
îcevoir encore huit jours après, avec F extrême-onction, 
es sacrements lui furent administrés avec les cérémonies 
u'on observe pour les révérendes mères grandes prieures, 
ésentes et antiques. Elle édifia par les sentiments de piété 
ont elle donna des témoignages jusqu'à la fin, et elle 
lourut en paix le 9 e de ce mois. 

Nous vous demandons encore avec instance de l'asaisti r 
I ros prières , et nous vous conjurons de croire que si les 
"•i: - méritoient d'être exaucées vous seriez comblées des 
m. dictions les plus abondantes. C'est ce que souhait.- i\.c 
Beur, chères filles et bien aimées Religieuses, votre Iréfr 
Tectionnée Mère Abbesse. 



241 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIECIIOUART 



85. — A ROGER DE GAIGMÈRES 1 . 

A Fonlevrault, ce 1 er juillet 1703. 

Je suis honteuse, Monsieur, d'avoir reçu deux de vosj 
lettres sans avoir encore pu trouver le temps d'y répondre. 
La vie que je mène seroit une bonne excuse si vous pouviez' 
la voir d'où vous êtes , et les sentiments que j'ai pour vous 
doivent encore plus vous répondre que je suis incapable de 
négligence à votre égard. Je reçus une lettre de M. le maré- 
chal de Nouilles deux jours après que M. de Larroque vous 
eût mandé que j'en attendois. Quand son silence auroit 
duré plus longtemps, je n'aurois pas douté de son cœur que 
je connois à fond et dont je suis contente au dernier point. 
Je lui avois parlé de M. de Larroque suivant votre conseil 
Monsieur ; il ne m'a pas répondu sur cet article , mais je ne 
doute pas pour cela de son attention ni de sa bonté pour 
notre ami. Ce pauvre M. de Larroque est malade depuis 
trois jours d'un rhume accompagné de fièvre; ce ne sera 
rien, s'il plaît à Dieu , et on m'assure aujourd'hui qu'il est 
beaucoup mieux. 

La lettre que vous avez eu la bonté de m'envoyer de M. le 
cardinal [de Noailles] est à l'ordinaire très-honnête, cl je lui 
en suis très-obligée. Je vous avouerai cependant entre nous, 
Monsieur , que j'y ai trouvé un petit trait d'âpreté qui me 
paroît sortir un peu de l'équité et de la douceur que j'ai 
toujours vénérée dans ce saint prélat. Je l'avois informé 
que la mère de La Busnelais, que vous avez vue ici déposi- 
taire, avoit été forcée d'aller à Paris pour se faire traiter 
d'un cancer. J'ajoulois, comme il est vrai, que cette bonne 

* Bibl. imp. Mss. 24,991, fol. 255. 



1BBBSSI DE F0NT1 i: \M i BT 01 811 11 
fille étoit tilleul* ut attachée à la clôture <|U.\ | Yil, 

elle anroît plutôt choisi de mourir que de la violer, et que 

avoil été que par pur,' obéissance qu il I ni i e 
On diroit, à la réponse de M. le cardinal, <jn.' j'an- 
rois du laisser mourir cette pauvre fille, ei ne point Com- 
battre son zèle qui étoit pointant indiscret en C II 

îion, puisque notre règle, qu'elle a professée, bien loin d'au- 
toriser une telle rigueur, comme la règle defl CS1 molites, des 
ines et de quelques autres, notre règle, dis-je, déclare 
expressément, comme tout le monde le peut voir, qu» nos 
- peuvent sortir en cas d'infirmité, entre lesquelles 
1 n'y en a aucune qui autoiise plus légitimement une sortie 
pi'nn cancer formé comme 1* étoit celui de cette pauvre fille, 
juYIle s'est laissé arracher avec un courage et une i 
.mat ion qui a été admirée de toutes les personnes qui en ont 

mnoissance. 

aux Filles-Dieu que celte opération s'est faite et où 
vit i bonne tille s'est retirée. Cette communauté très-difficile 

harmée de sa vertu et de sa régularité, et ne se lasse 
toint de publier ses louanges. Elle ne sort point, tant à 
pause de son infirmité qui la relient nécessairement , (pic 
bar son éloignement pour le monde. 

11 est vrai qu'à son arrivée ma sœur et mes nièces la me- 
nèrent chez quelques médecins et quelques chirurgiens 
pour épargner quelque chose sur les grands frais que font 
•c< me»ir!iis, quand ils vont chercher les malades. J'eus la 
lionne loi d'avertir M. le cardinal de ces visites néc< 
kl paroit les con lamner, et me recommande qu'elles n 
lassent plus. Il esl bien aisé d'ordonn r en e qui 

baroit plus parfait; mais en descendant dans les détails on 
Irouv. 1 quelquefois des difficultés insurmontables dans h 
pratique. Il y a de cei t unes préc nie la dépense* qui 

es ace. un )| J0St€ et lé - 

i ;. 



2iG LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

gitime de ne pas risquer la vie de la moindre des religieuses, 
faute d'une sortie permise par la règle. A plus forte raison, 
ne doit-on pas s'exposer à perdre une religieuse qui édifie 
et qui sert utilement la communauté comme a toujours fait 
la mère de La Busnelais. 

Pardonnez-moi, Monsieur, le petit 'soulagement que je 
me donne avec vous sur ce sujet. Je sais que vous en userez 
avec discrétion, et je vous connois un si bon cœur et tant de 
droiture d'esprit, que je suis assurée que vous entrerez dans 
mes raisons, si elles sont aussi bonnes qu'elles me le pa- 
roissent. 

8k — A ROGER DE GA1GMÈRES'. 

A Fontevrault, ce 21 août 1703. 

Je n'ai que trop usé, Monsieur, de la liberté que vous me 
donnez de n'être pas régulière à vous répondre. Il y a long- 
temps que j'ai envie de vous remercier de l'intérêt avec 
lequel vous êtes entré dans l'explication que j'avois pris la 
confiance de vous faire touchant les sorties de nos religieuses, 
mais je me suis trouvée si chargée à toutes les postes, qu'il! 
a fallu toujours remettre ce remerciement, qui me tenoilj 
pourtant fort au cœur. Quand j'ai fait réflexion à la manière 
dont vous êtes pour vos amis, j'ai eu peur de vous avoir 
causé du chagrin et de l'inquiétude, et je me suis presque 
reproché le soulagement que je m'étois donné en vous mon- 
trant si librement le petit chagrin qu'on m'avoit donné. 

J'ai reçu depuis peu, de ce côté-li, une réponse très- 
honnête au compliment que j'avois fait et à l'avis que je 
donnois, selon ma coutume, de l'ordonnance qui avoit 
été faite à deux pauvres malades, l'une d'un cancer, et 

1 Bibl. imp. Mss. 2i,901, fol. 259. 






Vr.lMSSK |.| I -IN | | \ |; M| | , | „| s , s VM|s. 

lie (lune fluxion (|ni menace de la perte d'un ml. 

s celte réponse, toute honnête et obligeante qu'ell. 

ont encore ù la charge sur un.' proposition don 
neutre plusieurs fois l'impossibilité : c'est qae <•« 

meurent aux Filles-Dieu et qu'elle! s'y fassent trai- 

er. Je n'ai pas l'autorité de contraindre elle communauté 

N)ir ces malades, et, dans la vérité, conune vous pou- 

Up le savoir, Monsieur, ayant entrée dans cette maison, la 

mit absolument impossible, quand même les i.li- 

finses y consentiroient. Il n'y a dans ce couvent qu'une 

■le chambre pour toute infirmerie, et tous les autres loge- 

nents, qui sont fort étroits et en petit nombre, se trouvent 

mtièrement occupés. Quand on est forcé de m'y recevoir, on 

les novices et les pensionnaires et on les place dans 

me espèce de cave où il n'y auroit pas moyen de les établir 

jour toujours. La mère de La Busnelais, qui n'a été reçue 

ne par un excès de complaisance pour moi, et qui n'a guère 

lenn uré plus de trois mois, a occupé la chambre de la mère 

Heure, qui ne peut pas être cédée à tous les passants. C'est 

in fait dont on peut s'éclaircir. On ne peut pas bâtir une 

Inaison, et, comme je vous l'ai déjà dit, mon pouvoir sur les 

•on vents ne s'étend pas jusqu'à les forcer à faire de leur 

«son une espèce d'hôpital. Entre des religieuses du mène 

Hre, chaque maison ne laisse pas d'avoir son esprit parti- 

•uli. -r, et cet assemblage est capable d'altérer la paix et la 

fcularité d'une maison. Voilà ce qui rend les Filles-Dieu si 

lil'iit -ili-s à recevoir les religieuses des autres couvents. Je ne 

is d'ailleurs empêcher qu'il ne survienne de certaines 

naladies que les seuls chirurgiens de Paris se trouvent ca- 

t rai ter. 

l'ai expliqué tout cela plusieurs fois au long; cependant 
•n me répète toujours que toutes les religieuses de mon 
idre, nécessitées à demeurer à Paris, doivent être renfer- 



248 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIIEC HOU ART 

mées aux Filles-Dieu, et que je dois l'ordonner, ce qui m< 
persuade que je n'ai pas été entendue. Je vous supplie 
Monsieur, de ne rien dire là-dessus; c'est Irès-véritablemen 
que je vous fais celte prière et que je ne me suis laissée allei 
à vous faire ce récit que par le plaisir qu'on trouve à parlei 
franchement à ses amis. 

Le curé de Saint-Aignan s'appelle de La Malatie. 11 dégui- 
sera peut-être son nom, qui est fort décrié. J'apprends er 
ce moment qu'il y a un nouvel évêque à Montauban 2 , que 
cet homme artificieux surprendra peut-ôlre. Ce seroit un 
malheur pour celte pauvre maison de Saint-Aignan et pour 
moi. Ce curé a déjà la protection d'un des évêques de la 
province; mais, à cela près, il est fort décrié parmi toutes 
les personnes qui le connoissent. 

M. de Larroque est dans une grande faveur auprès de ma 
sœur ; elle l'a encore mené à Oiron et l'y retiendra, je crois, 
tant qu'elle y demeurera. Je suis fâchée d'être privée'par-là 
d'une aussi bonne compagnie que la sienne ; mais je suis bien 
aise d'ailleurs que le mérite qui est en lui soit si bien connu. 

Je crois, Monsieur, que vous êtes dans les mêmes sen- 
timents. 

85. — A ROGER DE GA1GNIÈRES 1 . 

A Fontevrault, ce 28 octobre 1703. 

J'ai toujours compté, Monsieur, que vous aviez la bonté 
de vous intéresser à la bonne fortune de madame de Lcsdi- 
guières 8 , et je n'étois point surprise de ne point recevoir de 

2 François de Nettancourt d'IIaussonville de Vaubecourt; reçu doc- 
teur en théologie, en 1088, abbé de la Chassaigne en 1691, et d'Aisnay, en 
V 95. Nommé évêque de Montauban en 1703; il prit sa retraite en 1729. 
Mort le 17 avril 1756, à l'âge de quatre-vingts ans. 

1 Bibl imp. Mss- 24,991, fol. 262. 

2 Gabrielle-Victoire de Rochcchouart, fille du duc de Yivonne, mariée 
au comte de Canaplcs, qui devint plus tard duc de Lesdiguières. 



tBBBSSl Dl ! "M RVRAUI l IT DI 8BS ÂilS 949 

lettres là-dessus, parce que je savoia que i in- 

imodé. Je me flatte que votre I meilleure pi i 

(•ni. Conservez-la, Monsi tui . ei comj tel, -'il voui platt, 

feutre le grand nombre de -«mis qui s'y ini 
s. unie 110 connott înituix (pi.- moi combien on est hem 
buvoir compter sur votre amitié. Vous voulez bien. Mon- 
ir, que je m'en Halle, et vous me EaitOfl aussi, je eroi>, la 
îce qu'on ne peut vous honorer ni vous estimer plus tu* 
unent que je fais. 

I. de Larroque veut absolument nous quitter nu premier 

r. Il y a plus d'un mois que je le reliens malgré lui Je 
i-. Monsieur, que vous avea été bien aise d'apprendre par 
»œur elle-même combien elle goûte son esprit et ses ma- 
et I- désir qu'elle auroit de lui rendre quelque sér- 
iée convenable à son humeur. Je me garde bien de lui 
aire aucun semblant de ce projet, auquel même vous voyei 
[u'il se rencontre des obstacles qui pourront bien le rendre 
nutile. C'est un malheur que je crains et qui m'affligeroit 
sûrement. 
Vous ne doutez pas que je n'aie appris avec douleur la 
'nort de M. de Beaumanoir 3 . 

La bonne fortune dont il s'agit était la mort du duc de Lesdi<ruiêres. qui 

avait pas d'enfants, et dont le duché revenait au comte de Canaple* 
«anneau, Journal, t. IX, 15 et ICoctobre 1703.) Ce comte de Cau 
vait soixruite-trei/e ans passés lorsqu'il épousa mademoiselle «!<• Yi- 
onn< dil Saint-Simon, un vieil imbécile, qui avoil commandé 

Lyon et qui y donnoit la bénédiction dans les i 
pmme l'archevêque. \jc cardinal de Coislin, surpris de son mai 
li en parla. Il dit qu'il vouloil avoir des enfants, i Mai-. Monsieur, 
épliqua L- cardinal, parlant de >a future 
e mot fut trouvé d'aulant plus plaisant qu 

n-e el la pi qu'il y eut peut 

lu Journal ,h- Oangcau, t. VIN 401 ) 

:> Le marquis de Beaumanoir de Lavardin, marié dépoli pea I une 
lie du duc de Noailles; il venait d la bataille 



3S4 LETTRES DE GARRIELLE DE R0CIIECI10UART 

8G. — A MONSIEUR DE LA VRILLIÈRE". 

(mémoire) 

Du 5 janvier 1704. 

Un couvent de Tordre deFontevrault, nommé Saint-Aignan, 
situé dans le diocèse de Montauban, cause depuis plusieurs 
années du scandale dans sa province, et beaucoup de peine 
à l'abbesse de Fontevrault, qui s'en trouve responsable. Une 
religieuse de ce même couvent, nommée sœur de Melet, 
tomba dans une faute honteuse, il y a environ huit ou neuf 
ans, pour laquelle l'abbesse ordonna à son vicaire, visiteur 
de la province, d'imposer à cette malheureuse la pénitence 
prescrite par les canons et par la règle de Fontevrault pour 
de pareilles fautes. Le vicaire se transporta sur les lieux et 
commença le procès, qu'il ne put conduire jusqu'à la sen- 
tence, en étant empêché par un appel que la criminelle avoit 
fait à Rome, et par la protection qu'elle trouva auprès du 
parlement et de la sénéchaussée de Toulouse, laquelle pro. 
tection se porta à un tel excès, que quelques officiers de ce 
dernier siège vinrent enfoncer les portes du couvent et en- 
lever la religieuse coupable pour la placer dans un monas- 
tère de Toulouse où elle demeure depuis ce temps-là, quoi- 
qu'il soit d'un Ordre différent du sien. 

L'abbesse de Fontevrault, qui étoit alors à Paris, se 
flatta qu'on lui feroit justice de cette violence, qui causoit 
un avilissement notable à son Ordre et à l'autorité attachée 
à sa charge, surtout dans une province où la plupart des es- 

1599 
1 Ribl. imp. département des imprimés, Ms. (Copie.) II, — — • 

— Louis-Phélypeaux de La Vrillière, secrétaire d'État, marié à Fran- 
çoise de Mailly, en juin 1700. 



kBBBSSE M I OUI | \ |; M | | M m s| |g | ||g ._,-,, 

ils, bautainset indociles, ne peuvent guère être gouver- 

I que par la crainte. 

Cependant l'abb c Bea Ires-humbles remontrances 

kontes ses plaintes, qu'elle prit même la liberté de porter 

■pr*au roi, ne put rien obtenir, feu M. le chancelier lyant 

| prévenu contre la procédure oie Bon vicaire, dan 

elle un avocat do Paria avoil trouvé quelques défauti d 

Tonalité. 

Le mauvais Buccès de coite affaire a causé plusieurs dés* 

Essences de la pari de quelques couvents d< 

lé la Bource de plusieurs nouveaux, désordres dans la 

jHheureuse communauté de Saint-Aignan. 

[l'abbessede Fontevrault a employé sans relâche ton 

qui (lépendoient d'elle pour les réprimer. Klle a 
nterdit la réception des novices et des pensionnaires. Elle 
tiré d'anciennes religieuses des couvents de son Ordre, 
les plus réguliers de la môme province, et les a établies 
prieures dans Saint-Aignan, dans l'espérance qu'elles y 
Dourroient mettre la réforme. 

-es bons desseins ont été traversés par les intrigues 
Ju nommé La Malatie, curé du mémo Saint-Aignan. On a 
oujuiu- tenu pour constant qu'il étoit complice du crime 
îonteiix dont on vient de parler, et cette corruption de 
nœurs jointe à l'artifice de son esprit, est un poison mor- 
el pour une petite communauté déjà mal disposée, etdeln- 
|uelle les accès au parloir sont si faciles à ce cure par la 
àtuation do son église et de sa demeure, qu 'toute la I 
Bnce possible no lui en peut interdire l'entrée. 

M. do.N'esn 1, alors éféque de Montauban, étoit h per- 

aiadé que cet ecclésiastique étoîl pei nhcieui, non-seulement 
i la maison de Saint-Aignan, mais encore .1 tout le dta 
, lit plusieurs fois à l'abbesse de I ontevrault, 
lit encore plus souvent à ses vicaires qu'il cherchoit I 



252 LETTRES DE GABIUELLE LE ROCll ECIIOU ART 

les moyens possibles pour l'en éloigner. 11 le ren ferrai 
quelques mois dans son séminaire, dans le temps de l'affain 
de la sœur de Melet, dont ce prélat tenoit pour tout assur. 
qu'il étoit complice, quoique cela n'eût pas été prouvé ju 
ridiquement, à cause delà violence du sénéchal de Toulouse 
qui avoit arrêté la poursuite du procès. Ce prélat l'a souven 
accusé depuis de semblables désordres, et mêlant se 
plaintes avec celles de l'abbesse de Fonlevrault sur les dé 
règlements dont ce curé étoit cause, il se résolut enfin i 
solliciter une lettre de cachet qui délivrât son diocèse d'ui 
homme si dangereux. 

M. l'évêque adressa à l'abbesse de Fontevrault la lettn 
très-forte qu'il écrivoit sur ce sujet à M. le marquis de Li 
Vrillière, la conviant à l'accompagner d'une des siennes, c< 
qu'elle fit très-volontiers, s'y croyant obligée en conscience 

Ces lettres eurent leur effet et en attirèrent une de cache 
au curé, par laquelle il lui étoit ordonné de quitter la pro 
vince et d'aller demeurer à Clermont en Auvergne ; tou 
cela arriva l'année passée, 1703. La leitre de cachet étoi 
adressée à M. de Montauban, qui la fit signifier au curé lors 
qu'il le jugea à propos. 

Le curé fut longtemps sans y déférer, demeurant dam 
la province à y publier des insolences et des menaces contn 
l'abbesse de Fontevrault et son Ordre, se vantant de les dé 
crier à la cour, où il avoit, disoit-il, des protecteurs qui h 
serviroient dans cette occasion. 

On ne crut pas devoir faire grand cas de ses discours pei 
mesurés ; l'abbesse prit seulement la précaution d'avertir, 
en général, qu'un homme de ce caractère devoit toujours 
être suspect, et principalement lorsqu'il étoit irrité. 

Il passe pour constant qu'il n'a point du tout obéi à l'ordre 
que le roi lui avoit donné d'aller à Clermont, et il est du 
moins très-certain qu'il vient de demeurer plusieurs mois i 



àfiBESSE DE FONTBVRAULT, Il DE SES àMfl 

h ses artifices ont si bien réussi, qu'il est retenu 
iomphant à Saint-Aignan, montrant une révocation de la 
Etre de cachet, et publiant qu'il fera éclater dans peu (ta 
•dres bien humiliants pour tout l'Ordre de Fontevrault. 
(in ne peut concevoir que col homme ait trouvé tant <!<• 
wtir. et que ses parties en aient été privées jusqu'au point 
n'être ni averties ni entendues. Ce qui augmente celte 
rprise, c'est que M. l'évèque de Montauban (à présent ar- 
ievêque d'Alby) étant à portée de soutenir ce qu'il 
t et écrit tant de t'ois, il paroit hors de toute \ raisemblance 
il n'ait pas été plutôt cru que le curé, ou (ce qui seroil 
core plus surprenant,) qu'il eût changé d'opinion à l'< 
eet homme, en changeant de diocèse. C'est ce que l'on 
lauroit soupçonner, d'autant plus que ce même prélat o 
ijours paru très-favorable à l'Ordre de Fontevrault 1 1 à 
bbesso, qui s'est louée dans tous les temps de ses honné- 
és par rapport au couvent en question, la plaignant et 
dant avec charité à remédier au désordre, sans donner 
nais la moindre atteinte à ses privilèges. 
On jugera par cet exposé fidèle èombien il est import ni 
eles premiers ordres de Sa Majesté à l'égard du nommé 
Malaiv, curé de Saint-Aignan, soient exécutés; il paroî- 
it aussi assez juste que son audace fût réprimée d'une 
qui pût remédier en quelque sorte aux mauvais 
•t> qu'elle a déjà produits et qui se multiplieront certai- 
ne nt dans la suite, si on n'en arrête i as le cours. 
/abb< sse de Fontevrault consentirait à souffrir l'humilia- 
1 que le triomphe de ce curé lui attire, si elle se termi- 
tà sa personne; mais comme elle tombe aussi sur -i 
oit indispensablemenl obligi loyer 

soins pour maintenir l'autorité légitime, dont aile ne 

t «jue pour combattre les dérèglements el | 
intenir la règlequidoit i 

ia 



254 LETTRES DE GA1UUELLE DE ROCIIECHOUART 

Elle supplie très-humblement qu'on prenne la peine 
consulter M. l'archevêque d'Albi, touchant la conduite 
ce curé. 

On sait que ce dernier a produit une copie de senlen 
autorisée d'un notaire et du seing de quelques religieuse 
dont il prétend avoir tiré un grand avantage auprès de M. 
marquis de La Vrillière ; c'est ce curé même qui s'en vant 
On ne peut répondre précisément à une chose aussi confu 
et alléguée par quelqu'un qui mérite si peu qu'on ajoute i 
à ce qu'il ose avancer. On sait seulement, en général, q 
cet homme gouverne encore absolument quelques religieus 
de Saint-Aignan, et que c'est précisément ce qui a en< 
M. l'évêque de Montauban et l'abbesse de Fontevrault à d 
mander qu'il fût éloigné. On doit remarquer encore que 
prieure qui a précédé celle d'à présent (quoique ancienn 
vertueuse et tirée d'un monastère très-régulier) avoit eu 
foiblesse de se laisser gagner par une de ses amies en 1 
veur de ce même homme dont on s'étoit flatté qu'elle an 
teroit les désordres, par rapport à la communauté qui 1 
étoit commise à ce dessein. Ces religieuses séduites ont ] 
écrire et signer tout ce qu'il a voulu. Si ces actes produi 
contiennent quelque dérèglement, ce sont ou des suppo; 
tions entières, ou des effets de la corruption que le curé 
introduite dans cette malheureuse communauté, et qu'il 
entretiendra tant qu'on lui en laissera l'occasion, soit eu 
rendant lui-même complice des désordres, comme da 
l'affaire qui a été citée d'abord, soit en empoisonnant les e 
prits de ses maximes pernicieuses qui ouvrent la porte 
tous les désordres et qui inspirent un dégoût et une révol 
générale contre tous les devoirs de la religion. 

Entre tous les avantages réels et prétendus qu'il se van 
d'avoir tirés de ses sollicitations à la cour, il n'oublie p 
qu'il y a décrié le visiteur actuel de la province, qui est pou 



\l BESSE DE l OHTEVH Mil. l ; Dl Slfl \M1S. 255 

■H un religieux d'un mérite et d'un.' vertu distingua 
lont la probité n'a jamais reçu la moindre atteinte. L'abl 
t > Fonti vraull eu rend hardiment ce témoignage qu'on fera 
infirmer quand on le voudra par des prêtai osfdé- 

ables, et surtout par M. révoque de Meaux, dont a 
jeux, nommé le Père Roucellet, a l'honneur d'être connu 
articuliérenient depuis près de vingt années. 

87. — A ROGER DE GAIGMÈRES'. 

A Fontevrault, ce 9 janvier 1704. 

k ne veux pas passer les premiers jours de l'année, 
(msieur, sans vous la souhaiter heureuse et suivie d'un 
-and nombre d'autres. J'ai pris part à la joie que vous 
irez eue sans doute de revoir M. de Larroque, quoique 
n retour à Paris fût une perte pour moi. Je le prie, Mon- 
eur. de vous faire lire, à votre eommodité, un mémoire qui 
>us apprendra que le curé de Gascogne dont on nie mena- 
it et contre lequel vous aviez eu la bonté de prévenir plus 
une fois M. le cardinal de Nouilles, que ce curé, dis je, eaf 
nu à bout de ses desseins malgré toutes nos précautions 

l'indignité de sa cause et de sa personne. J'en écris for- 
ment à M. de la Vrillière, ;'i qui mon mémoire 

lé*, .le charge M. deCastries" de tout cela. S'il faut 

tire d'autres gens dans la négociation, il me le mandera, 

Bil.l. imp. Mss. 24,994, fol. 205. 
mémoire qui pi • 

-ouverneur de Montpellier. 
20 mai 1093, Marie-Elisabeth de Rocbechouart, troisième Bile 
le Vivonne, aussi savante, disait-on, le que 

liellluel avait un jour surpi ise lisant un li 
llopraplie d'une é<:l<><rue lutine ;'i i : 
uus, sive ftj ctulunt. 



256 LETTltES DE GAB1UELLE DE ROCUECHOl AUT. 

et en ce cas je pourrois avoir recours à M. le maréchal ( 
Noailles. Il ne me paroit jamais importuné des prières qi 
je lui fais ; mais je ne dois pas pour cela abuser de sa boni 
Je ne vous demande présenlement, Monsieur, nul aul 
usage de mon mémoire que celui de vous y instruire » 
l'affaire et de pouvoir répondre pour moi, supposé que cet! 
question s'agitât en votre présence. Je me promets enco 
que vous désapprouverez et que vous ressentirez l'injustij 
qu'on me fait, et ce n'est pas un petit soulagement dans i 
peines de pouvoir compter que les amis les partagent, 
surtout, Monsieur, un ami comme vous, qui a trop de dr( 
lure et trop de raison pour pouvoir être soupçonné d'à 
puyer une mauvaise cause. 

88. — LOUIS XIV A SŒUR LOUISE-FRANÇOISE DE ROC1I ECHOUAI 

NOMMÉE ABBESSE DE FONTEVIUULT J . 

A Mari y, ce 21 août 1704. 

Je suis très-fâché de la perte de madame de Fontevrau 
J'ai cru ne pouvoir mieux la remplacer que par une person 
qui lui fût proche, et qui ayant été élevée auprès d'elle,, e 
pris ses maximes et profité de ses exemples. 

J'espère que vous acquitterez ma conscience et la vol 
d'une charge si importante. Je vous aiderai dans toutes 
occasions à soutenir l'Ordre dont vous êtes le chef 
voulu moi-même vous marquer la considération et l'es 
que j'ai pour votre personne. 



:S I 



Arch. de l'Empire. Couvents de femmes, VIII, L, 1,019. (Copie. 



m 



IUPPLI Ml NI 

\[\ LETTRES DK L'ABBESSE DE FONTKUiAM.T 



50 bis. — A M. DK PONTCIIAI; ll;\IN 
coNTnni.i i I PÉVI i;vi M - PBAMSt 1 . 

[août 1692.| 

Je reçùa hier au soir par Hautes-Bruyères* le contrat 
ue j'altendois avec impatience, et je prends la liberté de 
ous l'envoyer présentement, avec ma ratification. Je ne 
erois contentée de vous le faire présenter sans vous fatiguer 
ncore d'une de mes lettres, si MM. les intéressés ne m'obli- 
eoifiit, par leur chicane, à avoir recours à votre autorité. 

ne répéterai point ici, Monsieur , ee que j'ai mis au long 

1 Arch. de l'Empire. Papiers de l'ancien contrôle général. 
La lettre n'a pas de suscriplion et n'est pas datée; mais on lit en 
large, de la main du contrôleur général : « M. tfHéricourt, m'en par- 
■» et, d'une autre main : « Répondu le 23 août 1008. » 
Le billet qui suit nous parait avoir été également adressé au con- 
•ôleur général vers la même époque. Un était m pleine guerre, et les 
ipùts extiaordinaires pesaient durement sur tous. 

« Je vous supplie très-humblement de me continuer l'honneur de 
)tre protection dans l'affaire qui survient à mon Abbaye au snj.-t du 
niveau don gratuit accordé au roi par le cl» i 

t Jusqu'ici nous avons toujours été déchargées de ces sortes de con- 
nous avons de justes sujets d'espérer la continuation de 
vous avez la bonté. Monsieur, d'examiner noti 
« Je me flatte que voi s jugerez nos prétention 

m- vouloir bii n l< s maintenir. Ce 
ec instance, et de me faire la justice de me ci i 

isicur, voire lrès-h nnble el I te, N. M. Ga- 

iie< iioiakt, abb< sse de Ponti 
* Commune de Neaufles-sur-Rislc, canton de I 

doute un couvi nt <!<■ Bénédii tu; 
Fontevrault. 



258 LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECHOUART 

dans mon placet , que je vous supplie très-humblement d 
vouloir regarder. Je vous avouerai seulement que je m 
trouve à plaindre que ces Messieurs , par leur opposition 
nos privilèges, me mettent dans la nécessité de demande 
presque tous les ans comme une grâce nouvelle, ce qui n 
devroit pas, ce me semble, nous être disputé après une i 
ancienne possession, ni même être regardé comme un 
grâce, puisque ces privilèges ne nous viennent pas d'uj 
don, mais d'un échange, comme j'ai eu souvent l'honneu 
de vous le représenter. 

Cette bonne opinion que j'ai de nos droits n'empêch 
pas, Monsieur, que je ne voie combien votre protection m'es 
nécessaire pour les maintenir. J'ose donc, Monsieur, vou 
la demander instamment et vous assurer que vous ne 1 
sauriez accorder à personne qui en ait plus de reconnoij 
sance que moi, ni qui soit, avec plus de respect que je sen 
toute ma vie, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant 
servante. 

79 bis. — GAIGNIÈRES A L'ABBESSE DE FONTEVRAULT K 

[Paris] 13 décembre 1702. 

M. de Larroque ne me pouvoit procurer, Madame, u 
plus sensible plaisir que celui que vous m'avez fait de m'h( 
norer de votre portrait si magnifiquement accompagné. J 
voudrois bien qu'il m'aidât aussi à vous en faire mes très 
humbles remerciements. J'ai reçu tant de marques de votr 
bonté, que j'espère, Madame, que vous aurez encore cell] 

I Bibl. imp. Mss. 24,987, fol. 160. Minute de lettre. 

II y a, à la suite, deux autres minutes de lettres de Gaignières 
l'abbesse de Fontevrault. Elles roulent dans le même cercle d'idées. C 
sont des rcmercîments au sujet de miniatures qu'on lui a adressée 
en considération de l'abbesse, des protestations d'amitié pour M. c 
Larroque, etc. 11 nous paraît inutile de les reproduire; il suffisait ci 
donner le (on. 



ADBESSE DE KON I MiM I I. ! I l- MIS. 259 

v persuadée que je suis três-sensiblement louché di 
ce qui me vient de votre part, 
las avez encore augmenté mon cabinet pn i dan li 
I. de Larroque m'a apportés. En venté, Madame, cette 
it ion pour tout ce qui me regarde me met bon d 
dus en pouvoir assez témoigner ma reconnoissance par 
services. Ils vous sont m véritablement acquis, que je 
buterai rien aux protestations que j'ai L'honneur de vous 
tire que les assurances que je vous prie de recevoir de 
mtinuation de mon respect et de mon attachement très- 
fineère, et que je suis, Madame, etc. 

En post-scriptum. — Je ne puis pas, Madame, m'empê- 
îer de vous parler de M. de Larroque. Il est si pénétré de 
•s hontes, qu'il n'y a personne, à l'entendre, qui ne se 
<juve engagé dans sa reconnoissance, et qui ne soit tou- 
hé des manières dont vous savez obliger. En mon particu- 
er, Madame, cela ne m'est pas nouveau. Je ne saurois 
nblier la générosité avec laquelle vous fûtes touchée de 
2 qui le regardoit, quand vous avançâtes votre voyage de 
ersailles à son sujet. Vous connoissez son mérite, son bon 
vur et tout ce qu'il vaut. Je suis bien certain que vous 
'aurez jamais lieu de vous repentir de tout ce que vous faites 
oui- lui. Il seroitbien digne d'une meilleure fortune. Enfin, 
■lame, c'est à Fontevrault que je l'ai connu, et c'est A 
jwnneur que vous m'y avez fait et à la considération qu'il 
pour vous que je dois son amitié dont j'ai beaucoup de 
ijel de me louer. Il faut toujours remonter à la sonne. 
Madame, ce sont encore des grâces à vou- rendre. 



FIN DES l BTTRBS. 



APPENDICE 



Pièce n* I. 



SIR LA TRADUCTION DU BANQUET DE PLATON 

ATTRlfcUÉE A GABRIIIIE DE ROCHECITOUART DE J'Pr.TP'ART. 

On a vu i que, suivanl divers auteurs contemporains, l'abbei 
Btevrault connaissait plusieurs langues : l'italien, l'espagnol, le 
Uin , le grec , et même l'hébreu qu'elle aurait appris pour lire 
•nmcnt dans l'original. 
Les Mémoires de Trévoux disent, en outre, « qu'elle découvrit 
anb Platon des beautés dont on ne s'étoil point aperça, quoiqu'on 
ùt passé beaucoupde fois sur les endroits qu'elle admimit : qu'eue 
ermit ;iu travers des images dont ce philosophe enveloppe la rè- 
ité, et y découvroit des trésors de morale, des tours d'éloquence 
t une délicatesse de pensées que les génies médiocres ne pe 
HUêler*; qu'elle n'émit pas moins touché.' des beautés d'Ho- 
[u'elle s'étoit quelquefois essayéeà traduire les prei 
le Y Iliade, et que, sans faire de tort aux habiles écrivains 

1 Avertissement, et chapitre m, | 

lit aujourd'hui que l*;il>besse de Fontcviault avait dans sa ' 
itqnf- un bel exemplaire de Platon nu- en latin par J in de v 
m), et imprimé par Benri i Mienne. (Bcdw, é m. I* ta i30. — 

*f* tur le» traduction* de Racine, par M. l'aul itiaird.) 

18 



202 APPENDICE. 

qui avoient entrepris de la donner tout entière, peut-être n'a- 
voit-on rien vu de si «achevé dans ce genre *. » 

Saint-Simon et d'autres écrivains contemporains parlent égale-l 
ment de l'aptitude extraordinaire de l'abbesse de Fontevrault pouii 
apprendre les langues. 

On lit enfin dans.une lettre de Corbinelli à Bussy, du30juir; 
1677 : « Voyez madame de Fontevrault et madame deLaSablièrd 
qui entendent Homère comme nous entendons Virgile 2 . » 

Ainsi, l'abbesse de Fontevrault savait, entre autres langues, lq 
latin et le grec ; elle avait traduit les premiers livres de Ylliade ,| 
mais on ne trouve, à ma connaissance du moins, dans aucun livre 
ni document de son temps, qu'elle eût traduit le Banquet de Platon. 

C'est pour la première (bis, en 1752, qu'il a été question de cette 
traduction dans un volume publié par l'abbé d'Olivet, sous le pseu- 
donyme de Bousquet, et intitulé : 

« Le Banquet de Platon, traduit un tiers par feu M. Racine, M 
V Académie française, et te reste par Mme de ***. Paris, Pierrcf 
Gandoin, 1752 5 . » 

L'avertissement placé en tête de l'ouvrage contient la lettre sui- 
vante de Racine à Boileau, au sujet de laquelle l'éditeur fait la re- 
marque ci-après : «Cette lettre est du 18 décembre, mais Vannét\ 
n'y est pas marquée. Il seroit aussi difficile d'en deviner la data 
précise qu'inutile de la savoir au juste. Voici la lettre 4 : 

« Puisque vous allez demain à la cour , je vous prie , Monsieur , d'jj 
porter les papiers ci-joints. Vous savez ce que c'est. «Pavois eu dessein 
de faire , comme on me le demandoit , des remarques sur les endroits 
qui me paroîtroient en avoir besoin; mais, comme il falloit les rai- 
sonner, ce qui auroit rendu l'ouvrage un peu long, je n'ai pas eu la 



1 Mémoires pour servir à V histoire des Sciences, décembre 1704. Trévoux 

2 Madame de Sévigné, édil. Hachette. — Lettres de Bussy-Rabutin, édit 
lanne. — L'édition Hachette dit à ce sujet : « Homère est le texte du manusc; 
de la Bibliothèque impériale, lequel donne ainsi cette fin de phrase : « qui 
entendent Homère comme nous faisons Virgile. » Dans notre manuscrit, il y 
a Horace au lieu d'Homère. » 

M. L. Lalanne dit à son tour : « L'imprimé porte Horace, ce qui est plus 
vraisemblable. » 

3 Le Journal des Savants du mois de juillet 1752 se borna à annoncer l'ou- 
vrage, sans en rendre compte; le Mercure de France et les Mémoires de Tré- 
voux n'en font pas môme mention. 

4 Je la reproduis ici, bien qu'elle figure déjà dans la correspondance, afin 
que le lecteur ait à la suite toutes les pièces sous les yeux. 



.rit 






PLATON il L'ABBBSSI Dl POHTEYRAI II. 2(tt 

solution d'acheter ce que j'avoii o i en %oc j 

us i.M rail d'entreprendre un»- traduction ponveUa l'a] Lrtdui 
i'au Discours du médecin, exclumement. Il dit, ;'i I 

ses, mais il ne les eiplique point aaaex, et notre rioolc, qui 

-i philosophe que celui de Platon . den 
dans un plus grand jour, 
a Quoi qu'il en soit, mon essai suffira pour montrer t madam 
ie j!avois à cœur de lui obéir, il esl ?ral q ommes 

■ tait souvenir de l'ancienne fête des Saturnales, pendant laquelle 
;- nriteurs prenoient avec leurs maîtres des Libertés qu'ili n'auraient 

- dans un autre lemps. Ha conduite ne ressemble \ ai trop 
il à celle-là ; je me mets sans façon à côté de madame de •", je 
omis des airs de maître, je m'accommode sans scrupule de se- : 

phrases, je 1rs rejette quand lion me semble. Mais, Mon- 
Mir, la fête ne durera pas toujours, les Saturnales passeront, et 1 il- 
predame reprendra sur ton serviteur l'autorité qui lui estai; 
f aurai peu de mérite en tout sens, car il faut convenir que son style 
t admirable; il a une douceur que nous autres hommes nous n'attra- 
ns point, et, si j'avois continué à refondre son ouvrage, vraiscmbln- 
f-ment je l'aurais pâté. Klle a traduit le discours d'Alcibiade, par où 
lit le Banquet de Platon. Elle l'a rectifié, je l'avoue, par un choix 
■pressions fines et délicates, qui sauvent , en partie, la grossièreté 

Mais, avec tout cela, je crois que le mieux est de le suppri- 
■>. Outre qu'il est scandaleux, il est inutile 8 ; car ce sont les louanges, 
I de l'amour, dont il s'agit dans ce dialogue, mais de Socratc, qui 
I esl introduit que comme un des interlocuteurs. 
I Voilà. Monsieur, le canevas de ce que je vous supplie de vouloir dire 
ur moi à madame de "**. Assurez-la, qu'enrhumé au point que je le 
is depuis trois semaines, je suis au désespoir de ne point aller moi- 
■jM lui rendre ces papiers; et si, par hasard, elle demande que 

le traduire l'ouvrage , n'oubliez rien pour me délivrer de 
e. Adieu , bon voyage, et donnez-moi de vos nouvelles dès 
us serez de retour. » 

1 P.ien que l'abbé d'Olivet ne désigne pas nominativement l'abbesse de 
Pontevrault, le reste de la lettre prouve bien qu'il ne peut être question que 
relie; il dit, d'ailleurs, dans VÊpitre dédicatoire, que le manuscrit qu'il 
publie « lui tomba, il y a plus de vingt uns, entre 1rs main* 
l'heur < oint, la note de Louis Racine), parmi d'autres écrits d'une 

dame très-illustre, dont le nom, s'il osoit le déclarer, n'onuroit pas peu cet ou- 
trage.» Il a dit enfla, dans nne nota de l'éditi 

demie françoise, publiée en I7t~», que eetta dame était rtllustre Uaric-Mêéê- 
leine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemarl, abbesse de ïonletrault, morte en 
I7UI. 

* Inutile!... Le but principal du Banquet 1 1 louange, la jus- 

tification de Socrate. 



204 APPENDICE. 

C'est donc, on le voit, en 1732 que prend naissance l'assertion, 
d'après laquelle l'abbesse de Fontevrault a traduit le Banquet de 
Platon, et cette assertion n'a, jusqu'à présent, d'autre preuve que 
la lettre de Racine à Boileau qui précède. 

Cette lettre est-elle bien authentique, et mérite-t-elle une 
croyance entière, absolue? Voilà la question qu'il s'agit d'exa- 
miner. 

Nous avons, pour nous guider dans cette recherche, un docu- 
ment important. On lit, en effet, sur la feuille de garde d'un exem- 
plaire de la publication de l'abbé d'Olivet ayant appartenu à Louis 
Racine, une note de l'écriture même de ce dernier, ainsi conçue 1 : 

«Mon père n'eut jamais intention que ce qu'il avoit traduit du Banquet 
de Platon fût imprimé. M. l'abbé d'Olivet, ayant emprunté pour un jour 
ce manuscrit à mon frère (Jean-Baptiste Racine) , le fit copier à la 
hâte, ce qui est cause que cet imprimé n'est pas en tout conforme à 
l'original que f ai. Mon frère fut très- irrité quand il vit paroître celte 
traduction, et se plaignit amèrement du procédé de l'abbé d'Olivet. 

«La lettre de mon père à Boileau rapportée à tapage vu et vin (du 
volume de l'abbé d'Olivet) m'est inconnue, et, ne se trouvant point au 
nombre de celles que Boileau nous avoit rendues, m'est fort suspecte, » 

On le voit, dans l'opinion de Louis Racine, la lettre de Jean Ra- 
cine à Boileau, que nous avons reproduite, pourrait bien avoir été 
fabriquée par l'abbé d'Olivet. 

D'autre part, Louis Racine ne parle nullement dans sa note du 
premier travail de l'abbesse de Fontevrault 2 ; il se borne à dire que 
son père ne vouloitpas que ce qu'il avoit traduit du Banquet de 
Platon fût imprimé. Il dit, en outre, dans les Mémoires sur la vie 
de Jean Racine, que celui-ci avait fait la traduction dont il s'agit 
dans sa jeunesse, à Port-Royal ou à Uzès, ce qui exclut l'idée de 

1 Je dois la communication de celte curieuse note à l'extrême obligeance 
de M. Boutron, possesseur actuel de l'exemplaire de Louis Racine. Il est à re- 
marquer que les observations que contient la note se trouvent également 
dans les Mémoires de Louis Racine t~ur la vie de son père. 

2 Pour lui, malgré l'assertion de l'abbé d'Olivet, cette traduction n'existe 
pas. Même silence à cet égard dans ses Mémoires sur la vie de son père, écrits 
sur les notes de son frère, Jean-Baptiste Bacine. L'abbesse de Fontevrault 
n'est jamais nommée par eux. Croyaient-ils donc non-seulement que la lettre 
de Racine à Boileau était fausse, mais encore que tous les faits qu'elle énonce 
étaient également faux? 



PI \T.»N l'T I \ IîTIKSS! I»i: I o.M I \ l; AI , 

oui.- collaboration avec l'abbesse <!<• i mil <!<• 

M en comble les assertions contenues dam la lettre de Racine 
i Boili au '. 

On remarquera que, d'après cette lettre, 1'aluVsse de Fontevraull 

i\;ut traduit le discours dTAlcibiade dont J< allé la 

qu'il est scandaleux. Et, en effet, l'éditeur 

ieudon yme met en note, au sujet de ce discours : « On la siij>- 

nmé dans cette édition. » 

Qui ne connaît aujourd'hui l« i célèbre dialogue que Platon i m- 
itulé le Banquet, ou de C Amour? Peut-on admettre sans pn 
[ii'imt- abbesse respectée « t considérée comme l'était celle d<- Fon- 
prault, qui avait charge d'âmes et commandait à soixante coq- 
onis, ail songé, malgré sa grande admiration pour Platon, à tra- 
ître un morceau au sujet duquel M. Victor Cousin i écril ce qui 



On sait que madame de Rochechouart, abbesse de Font- vraull, tra- 
hit le Banquet et s'arrêta, comme Le Roi *, devant le discours d'AI- 
Kacine a refait une partie de cctto traduction. J'ai mis à pro- 
>• morceau échappé à la plume savante de l'un des écrivains Les 
| habiles de la langue française. Il eût été ridicule de ne pas se 



L'éditeur des Œuvres de Jean Racine, dans la belle et précieuse collection 

Écrivains delà France, publiée par la maison Hachette, M. Paul 

rai l étudié consciencieusement la question au point de rue de 

it (pie, sous ce rapport, les assertions de Jean-Baptiste et de Louis 

i suspectes, et que cette traduction a dû être faite ou révisée de 

L l'aul Mesnard se fonde sur ce que les fils de Racine ne voulaient pas 
w\ put croire uu'il avait traduit une œuvre aussi éminemment | i 

ù un âge où, ayant renoncé au théâtre, ses i 

vers la religion, 
ais si Jean-Baptiste et louis Racine ont eu ce scrupule pour leur péra 
it.c ■•minent croire que l'abbesse de Fontevraull ait pu lacun 

iee, a traduire jusqu'à la tin, comme le dit la lettre de Baeme à r- 

Hanqurt de Platon? 

I • Roi, dit Begius, professeur de pbilosophie grecque, au Collège 
I. Cousin.) 

>m raisonne, on le voit, dans l'idée que l'abbesse de Fontevraull 

i traduit le discours d'Alcibiade, le BmtjuH. Poartaal 

Sttre de Racine à Boitean, publiée pard'Olivet, dit jtosin 

i traduit ce discours, « qu'elle i 

qui sauvo:it, en partie, la gTO 

Irait-il pas connu cette lettre I 

ilume Tii.'ino de l'abbé d'Otiret. lt l'aurai! doue perdue de n 



2C0 APPENDICE. 

servir d'une traduction de Racine, et cependant, même à Racine, je ne 
pouvais sacrifier Platon. De là les emprunts perpétuels que j'ai faits à 
ce fragment, et les changements que je me suis permis d'y introduire 
pour rétablir le sens et quelquefois la couleur de l'original. Quant à la 
traduction de madame de Rochechouart, le style en est toujours bon, 
et il y a de loin en loin des tournures et des expressions heureuses 
que j'ai recueillies. D'ailleurs , elle est d'une inexactitude qui ne per- 
mettait pas de songer à s'en servir. L'auteur d'Esther, dans la partie 
du Banquet qu'il a traduite , affaiblit l'expression de l'amour grec et 
substitue au langage naïf et direct de l'original la phraséologie équi- 
voque de la galanterie moderne. Madame de Rochechouart dénature 
bien plus le texte, et le discours d'Aristophane n'est plus reconnaissa- 
ble dans la chaste traduction de la docte abbesse. En effet, l'épreuve 
était aussi trop forte, et l'on ne peut la blâmer de ri avoir pas osé tra- 
duire ce qu'une femme lira même difficilement i . On voit, au reste, 
qu'elle a traduit sur le latin de Ficin et ne connaissait pas le moins 
du monde l'original 2 . Le docte professeur et la noble dame s'étaient 
arrêtés devant le discours d'Alcibiade. » 

Il est à remarquer enfin que Daniel Huet, dont on a de nombreuses 
lettres à Tabbesse deFontevrault, que d'ailleurs il ne nomme même 



1 Œuvres de Platon, t. VI, p. 411. — Rapprochons de l'appréciation mo- 
derne celle d'un contemporain considérable. Le 2 juin 1670, l'abbé Fleury 
écrivit au président de Lamoignon une longue lettre sur Platon. Après un 
grand éloge de sa philosophie, de sa morale et de ses mœurs, de sa dialec- 
tique et de son style, après avoir fait observer que les Pères de l'Eglise 
étaient obligés de le combattre parce que cette philosophie était la règle de la 
société de leur temps et qu'il n'en était plus de même, après avoir dit enfin 
que Platon pouvait être utile pour nous faire connaître les beautés exté- 
rieures de l'Écriture sainte, l'abbé Fleury ajoute : « Je n'en conseillerois pas 
la lecture à toutes sortes de personnes. Il faut avoir l'esprit droit et être 
affermi dans les bons principes pour n'être pas scandalisé de certains traits 
de libertinage qui s'y rencontrent. Il faut entendre raillerie pour s'accom- 
moder des ironies de Socrate... » (Opuscules de ïabbê Fleury, t. III, p. 181 et 
suiv.) 

Voici, dans le même ordre d'idées et sur le même sujet, les réflexions 
faites parle critique Geoffroy, dans son édition de Racine: 

« II est difficile de concevoir qu'une femme d'esprit ait eu l'idée de tra- 
duire un ouvrage tel que le Banquet de Platon. Elle ne peut pas avoir été 
trompée par le nom d'amour, car cet amour dont on parle dans tout le dia- 
logue n'est point celui qui flatte les femmes... Les détails du discours d'Al- 
cibiade sont d'un genre qui devait alarmer une femme délicate, à moins que 
son respect pour l'antiquité n'ait prévalu sur sa délicatesse. » [Œuvres de 
Racine, t. VI, p. 459.) 

2 Nous avons dit plus haut que l'abbesse de Fontevrault avait dans sa bi- | 
bliothôque la traduction de Platon, en latin, par Jean de Serres; rien ne; 
prouve d'ailleurs qu'elle n'avait pas aussi celle deMarsile Ficin. 



ri mon El I ai;i;i 1881 Di I i; Mi i 

■pdansses Mémoires, parle par contre, infinis, d'une 

B| nièces de l'abbesse (Marie-Elisabeth de Roehei lmu.ii i . fille du due 
do Vivonne) qu'il surprit aux eaux de Bourbon, en I6M, Huai m 
livre qu'elle refusa d'abord de lui montrer, r.'étaii un recueil de 
quelques opuscules de Platon, de l'édition grecque de Bill 
ft supplia de ne pas la trahir, dil llu.t dans ses Wémoim, et, 
pisque le hasard m'avoil conduit céans, de lire atec elle jusqu'à 

In tin le Cri ton, don! elle avoil déjà lu le ft otnntfnf« ut. C'est 

I que nous ftraea en effet. Mais, tout le temps de la lecture, je 
■meurai dans un étonnement profond causé par la découverte que 
je taisnis alors de tant d'érudition jointe à tant de modestie, dans 
el dans un âge si tendre. Ce n'étoil pourtanl la que la 
moindre des qualités de mademoiselle de Rocheehouart*. » 

Nous espérions rencontrer la solution de la question dans la cor- 
respondance littéraire de Mathieu Marais et du président BetjMer; 
nous n'y avons trouvé que des insinuations contre l'abbé d'Olivet 
et quelques indications qui nedécident rien. Voici d'abord, à la date 
du '2*1 octobre 17*26 et du 21 janvier 17*27, comment Mathieu Ma- 
rais parlait de l'abbé d'Olivet : 

— a ... Le Père du Cerceau a fait une ri'jponse très-sage et très- 
poli'' à V Apologie de l'abbé d'Olivet; il lui a adressé la réponse à lui- 
rnènn . Cela ne regarde que le livre De vatura tleovum ; je ne sais de 

t avisé d'aller rejoindre des phrases qui sont à huit pages 
l'une de l'autre et de se faire dire des vérités qui ne lui lauroienf 
faiie que du tort. Il n'est pas encore question du livre de M. Huet, 
mais ils les jésuites) lui promettent je ne sais quoi qu'ils lui lien- 
dront. et, au milieu de celte politesse, il y a certaines ironies difficiles 
r. Cependant L'abbé est à Gacé, qui laisse tomber l'orage, et 
qui a l,ec et ongles pour se défendre quand il voudra. 

— ... L'abbé d'Olivet m'a donné son apologie contre le Père Du 
: elle est bien écrite, mais il se sauve un peu à travers champs, 

et aurait tout aussi bien fait de ne point écrire, car il n'aura pas le 
r*. » 

irnlarii de relus ad nim pertinenltliis. de Daniel Bout, tr.i. ludion ilo 
Nisitii. p. MS. Marie-Elisabeth de Rochechouari i marquis 

t d'elle que Saint-Simon a «lit : « Ma loi! M 

]u3tt de femme, une espèce <!•• biscuit manqué, »x 1 1 .•in.ni. i.i petit 
it : histoire, philosophie, mathématiques, langu* 
: l'esprit, et amoureuse <!«• l'esprit "ù elle le irouvoit à son 
t. Chéruel, t. I. p. 106.) 
* Mémoires et lettres de M. Uarais, publiés par M. de Le«cure, I. III, | 



268 APPENDICE. . 

Les extraits ci-après relevés dans les lettres de Mathieu Marais et 
du président Bouhier ne représentent pas l'abbé d'Olivet sous un 
meilleur jour. 

Mathieu Marais. — Paris, 11 août 1732. — « ... L'ami D. (d'Oli- 
vet) n'a pas ici grande réputation sur les manuscrits, et celui du Ban- 
quet de Platon, qu'il a tiré de M. Racine, puis négocié, ne lui l'ait 
point honneur, ceci entre nous. » 

Le président Bouhier. — Dijon, 16 août 1732. — « Ledit abbé 
(d'Olivet) ne m'a rien mandé sur le Banquet de Platon , que je ne 
connois point encore. Du reste, je n'aurois pas grand'peine à croire 
ce que vous me mandez à ce sujet. Depuis quelque temps, je le trouve 
dérangé de plus d'une manière... » 

Mathieu Marais. — Paris, 18 août 1732. — « ... Il faut avoir le 
Banquet de Platon ; la traduction de Racine est excellente. L'abbé D. 
est un homme singulier ; il se pare bien de vos remarques, qui font 
vendre ses livres. Il a traduit quelques oraisons de Démosthènes ; mais 
sait-il le grec?... » 

Le président Bouhier. — Dijon, 21 août 1752. — « Yous m'invitez 
donc au Banquet de Platon servi à la françoise par Racine. Jy banque- 
terai, si Dieu me prête vie , car l'auteur et le traducteur sont nies 
héros. Mais puisque vous connoissez M. Anfossi, ami de l'abbé Fra- 
guier , demandez-lui ce que sont devenues les traductions qu'avoit 
faites ce philosophe. J'ai*soupçonné qu'elles étoient tombées entre les 
mains de l'abbé D. aussi bien que son exemplaire de Platon, avec quel- 
ques remarques de sa main, que j'ai vu chez lui. Je ne lui saurois 
mauvais gré de ces petits larcins si le public en profite. C'est le vol de 
Prométhée. » 

Mathieu Marais. — Paris, 28 août 1732. — « ... Le Banquet servi 
par votre ami n'aura pas manqué de vous plaire ; mais Socrate n'a pas 
si bien parlé dans la bouche de l'abbesse f , et l'ironie paroît ici en quel- 
que défaut, qui est même un peu sophistique. Je saurai de M. Anfossi 
s'il sait quelque chose de ce larcin, que vous nommez si honorablement 
le vol de Prométhée, et à qui vous accordez avec miséricorde une ab- 
solution lacédémonienne; je vous trouve, en vérité, un peu débon- 
naire sur ce chapitre. Le fait du Banquet pillé est public, et qu'avoi 
à faire M. de Grave, qui est bien étonné de se trouver dans une épîti 
dédicaloire? » 

Le président Bouhier. — Dijon, 2 septembre 1752. — « Je n'ai poir 
encore vu le Banquet platonique. » 

Mathieu Marais. — Paris, 4 septembre 1732. — « J'ai parlé 



1 H résulterait de ce passage queMalhieu Marais croyait la lettre de Pacim 
à Doileau authentique. 



PI \l<>\ il l/ABBESSl M l DIS l 



\i \ i qui pçonne que le PromClbée etl celui que fOM ateat 
| dit. H ne sait rien de particulier mr et que les ir.-ni 
nues 

A partir de ce moment, la correspondance m (ail ptm meottan 
du Banquet de Platon, ce qui donne lieu de croire qu'une lettre du 
président Houhier où il a dû rendre compte de sa lecture! Mathieu 

Marais a élé égal 

Si l'on cherche à tirer une conclusion des observations qui pré- 
cèdent, on arrive à ceci : 

1° Nul contemporain de Gabrielle de Rochechouart ne «lit qu'elle 
ait traduit le Banquet de Platon. L'un tTeui se borne à exprimer la 
grande admiration qu'elle professait pour le philosophe grec; le 
même écrivain mentionne une traduction des premiers livr. 
Xlliade. Il est évident que, si elle avait traduit un dialogue de Pla- 
ton, il n'aurait pas hésité à le dire. Enfin Louis Racine ne prononce 
pas même, ni dans les Mémoires sur la vie de son père, ni dans la 
note autographe que nous avons reproduite d'après l'original, le 
nom de l'abbessede Fontevrault 2 . 

2° L'abbé d'Olivet a le premier parléde cette traduction en 1759; 
mais, chose singulière! d'après la lettre de Racine qu'il a publiée, 
en se cachant d'abord, celui-ci aurait remis le manuscrit de l'ab- 
besse de Fontevrault à Boileau pour le lui rendre, et ce manuscrit 
se retrouverait, environ cinquante ans après, parmi les papiers de 
Racine. l.'st-il croyable que ï'abbesse de Fontevrault, qui lui a sur- 
vécu cinq ans, et qui avait un intérêt direct à se faire restituer son 
manuscrit, l'eût laissé entre les mains des fils du \«-< 

noires de Trévoux racontent que cette abbessc brûlait 
ses vers et cachait soigneusement tous ses travaux littéraires, li- 
vres de piété, de morale, maximes, sujets académiques. Comment 
supposer qu'elle eût consulté Racine sur la traduction d'un ou. 



« Los lettres de Mathieu Marais ont été pvbliéei ptl I 

trouvent a la Bibliothèque lui] 
(Mss. -2.".,:.l-J. à leur -laie). 

n état authentique «1rs livres de Racine, remis ei. ' M -in.-. 

Bibliothèque du roi, parle bien <le la traducl l'une 'inquel 

unis ne mentionne nullement l'ahl ilt. {Œuvres 

Racine, é,lit. Hachette, t. V, p. t"l. Notice s< r le* traductions 4e Hacnr 
par M. Paul 



270 APPENDICE. 

vrage lel que le Banquet, et mis ainsi toute la cour dans la confi- 
dence? En outre, vers l'époque où elle aurait eu recours à Racine, 
celui-ci, alarmé par ses scrupules religieux, faisait vœu de renon- 
cer au théâtre, et il ne manqua à son serment que pour écrire, par 
ordre, deux tragédies chrétiennes. Or, quels abimes entre le Ban- 
quet et Eslher ! 

4° Enfin l'authenticité de la lettre àBoileau relative à cette affaire 
est fortement suspectée par les tils mêmes de Racine : « Boileau, 
disent-ils, leur a rendu les lettres qu'il avait reçues de leur père, 
et celle-là n'y était pas ! . » 

On vient de voir et chacun sait d'ailleurs que i'abbé d'Olivet ne 
passait pas, parmi ses contemporains, pour un éditeur des plus scru- 
puleux. 

J'ajouterai que les annotations de Louis Racine , en marge des 
fausses lettres de madame de Maintenon fabriquées par La Beau- 
melle, ont été reconnues parfaitement fondées. Ses assertions pa- 
raissent donc mériter toute confiance. 

Dans tous les cas , il n'était pas généreux à l'abbé d'Olivet de 
s'abriter derrière un nom d'emprunt , alors qu'il attribuait à une 
illustre abbesse la traduction d'une œuvre d'esprit des plus re- 
marquables sans doute, mais si peu en rapport avec son état et ses 
obligations. 

Dira-t-on qu'au dix-septième siècle, en fait de singularités et 
d'anomalies, tout est possible. J'avoue qu'à cet argument, le meil- 
leur de tous, à mon avis, je n'aurais rien à répondre. 

Je me suis borné, on le voit, dans cet exposé, à émettre un 
doute. La production de la lettre de Racine ou du manuscrit de 
l'abbesse de Fontevrault trancherait la question. À défaut de ces 
pièces, certaines indications contemporaines rempliraient le même 
but. En existe-t-il? 

Jusqu'à ce jour, on est, il faut bien l'avouer, en présence des 
assertions tout à fait contradictoires des enfants de Racine et de 
l'abbé d'Olivet. 

Si, de l'examen de la question que j'ai soulevée, il résultait que 
l'abbesse de Fontevrault a véritablement traduit le Banquet, la lettre 

* Nous lisons dans l'édition de Racine donnée par Aimé Martin, t. VI, p. 281, 
note, qu'une lettre da Boileau à Brossette, de l'année 1695, publiée par Cize- 
ron-Rival, à la suite des lettres de Brossette, paraissait plus que suspecte 
au savant Daunou. 



M u<»N n [/ABBB88I DE m m i \i;\ri r. 

[jiciiu» à Boilenu, du IS clrcemliro paraîtrai! dcvoi 

porter à l'année li'»7!>. où labbease se trounH I Pariaanpi 

dame deMontospan, dont la situation, alors |»Iiin que chancelante, 

li nierait le langage asseï cavalier de Racine an mjel de la 

qu'on lui avait imposée. 



l»ièce n° II. 



ARRÊT DU CONSEIL DES DÉPÊCHES 

RENDU A LA REQUÊTE DE l'aBBESSE DE FONTEVRAULT SUR LA NSCÎPLTNE 
INTÉRIEURE DES COUVENTS DE SON ORDRE 1 . 



Saint-Germain, 8 février 1G72. 

Sur la requête présentée au roi étant en son conseil par dame 
Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart, abbesse, chef et géné- 
rale de l'Ordre et abbaye de Fontevrault, contenant que l'institution 
dudit Ordre étant notoire au royaume et en l'Église, avec les pri- 
vilèges et exemptions qui lui ont été données par diverses bulles 
des papes, confirmées par lettres patentes des rois prédécesseurs 
de Sa Majesté et par plusieurs arrêts de cours souveraines et re- 
connues régulières et canoniques par la Faculté de théologie de 
Paris, et approuvées par tous les évêques dans le diocèse de chacun 
desquels il y a monastère dudit Ordre, depuis plusieurs siècles, 
ainsi qu'il paroît par arrêt du conseil du 8 octobre 1641, rendu de 
l'avis de trois évêques, trois conseillers d'État et trois docteurs de 
Sorbonne, qui auroient approuvé lesdites bulles, lettres patentes 
arrêts. Néanmoins lesquels évêques ont entrepris depuis peu 
temps de ruiner peu à peu ces privilèges, et entre autres le siei 
évêque de Saint-Flour, par deux articles contenus dans un règlemer 
qu'il a fait dans son diocèse, du 28 avril 1671 . Il a révoqué le pou- 
voir qu'il dit avoir été donné à quelques prêtres de son diocèse 

1 Arch. de l'Emp. Mss. Arrêts de 1672. E. 17Gfi, fol. 57. 



DISCIPLINE DES l 01 VENTS DE l ORDRE DE K0NTEVRA1 l ! 

d'absoudre, communier, dire la messe el recevoir d nsleui 
toutes religieuses, même exemptes, qtoi leroienl lortiei de ! 

couvents SOUS l.i licence de leurs Mipérn OISCU uipl.s 

de sa juridiction, suis sa pemÛttiOB, a peÎM 1 . \« • • 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 i « .1 1 1« n i 
desdites religieuses ainsi sorties, même de celles lesquelles, n'étant 
de son diocèse, y passeroient Bani avoir m licence; laquelle 1 
s'étemlroit sur ceux qui leui donnerotenl retraite 1 1 

gneroient. de quelque qualité qu'ils fussent, et enjoint 
de lui en donner avis. 

Par le deuxième article, il défend à tous curés et cot 
sons peine de suspension, d'absoudre de l'excommunication en- 
courue ipso facto par toutes personnes ecclésiastiques et 
qui entreront ou permettront d'entrer danfl un conv. nt de reli- 
gieuse-, sans son congé par écrit. 

Et connue ladite dame supérieure en a eu connoissance et que 
1. - monastères d'Estel, La Mothe-Canillac, et Saint-Joseph de brioude 
dudit ordre de Fontevrault sont situés dans le diocèse de Saint- 
Flour, elle en a écrit audit évoque de Saint-Flonr, auquel elle 1 
fait connoitre le droit dudit Ordre. Et néanmoins, par sa lettre du 
15 octobre dernier, il a déclaré vouloir, en son égard, persister en 
l'exécution de son ordonnance sur lesdits deux articles, cm ni ne à 
l'égard de tous les autres sans exception; et comme lesdits privi- 
lèges sont constants et que les supérieurs dudit Ordre ont toujours 
donné l'une et l'autre permission aux religieuses de sortir pour 
cause légitime et aux particuliers d'entier an dedans des nmnas- 
dans les cas nécessaires, ladite daine abl ours à Sa 

• à ce qu'il lui plaise, ayant égard aux bulles des pap< s, aux 

- patentesdes rois prédécesseurs de Sa Majesté, et aux ai 

du conseil el du parlement, sans s'arrêter auxdits deux articles des 
mances dudit évêque de Saint-Flour, du v 2s a\ril 1674, à 
I dudit ordre de Fontevrault, maintenir et Larder les monas- 
dudit Ordre en la possession el jouissance de tous leurs pu 

- el exemptions, el particulièrement ladite dame abbe 
chef et L'en.' raie dudil Ordre et ses vicaires, ensemble les supé- 
rieurs, chacun en son droil soi suivant la ré^le et les statuts, du 
pouvoir de donner les permissions di - 

titrer dans lesdits mo dé- 

de les \ troubler. 
! dite requ< I rél dudii oonaeil du 









274 APPENDICE. 

8 octobre 1641, l'ordonnance du sieur évoque de Saint-Flour, du 
28 avril 1071, la missive dudit évêque du 13 octobre dernier et 
autres pièces, et ouï le rapport du sieur Dâligre, conseiller ordi- 
naire du roi en ses conseils, directeur de ses finances, commissaire 
à ce député, et tout considéré : 

Le roi étant en son conseil a renvoyé et renvoie ladite requête au 
Grand Conseil pour y être fait droit ainsi qu'il appartiendra. 

Cependant Sa Majesté a ordonné et ordonne, sans s'arrêter aux 
deux articles du règlement dudit évêque de Saint-Flour, du 28 avril 
dernier, en ce qui regarde ledit Ordre de Fontevrault, que ladite 
dame abbesse, ensemble les monastères dudit Ordre, jouissent de 
leurs privilèges concernant la sortie des religieuses de leurs monas- 
tères et l'entrée des particuliers au dedans diceux, comme ils au- 
roient pu faire avant ledit règlement. Fait Sa Majesté défense audit 
évêque et tous autres de les y troubler jusqu'à ce qu'autrement par 
ledit Grand Conseil, parties ouïes, en ait été ordonné. 

Signé: Daligre. Colbert. Villeroy. Sève 1 . 

1 Peu de mois après, des lettres patentes rendues par la reine Marie-Thé- 
rèse, en l'absence de Louis XIV, confirmaient les anciens privilèges de Fonle- 
vrault. 

« Saint-Germain en Laye, juin 1672. 

« A la supplication de Marie-Madeleine-Gabrielle de Bochechouart, abbesse, 
chef et principale de l'abbaye et Ordre de Fontevrault , nous plaît que... 
les religieuses et leurs officiers, serviteurs, domestiques et fermiers, de- 
meurant actuellement et sans fraude dans l'abbaye et bourg de Fontevrault, 
soient francs de toutes taiiles, chevauchées, péages, traites foraines, prévôtés 
de Bretagne et autres provinces, droits d'entrée et sortie de France, et de 
tous devoirs, tant par eau que par terre, pontenages, servitudes de guet, 
gardes de villes et châteaux, ensemble de toute coutume et service ter- 
rien, de quelque nature qu'il soit, sans aucune exception, en pays, terres et 
seigneuries de notre obéissance. Comme aussi, que ladite abbaye, prieurés 
et membres qui en dépendent soient exempts de bailler aveux et déclara- 
tions, et de faire les foi et hommage quand le cas y échoit, de payer aucuns 
rachats ou sous-rachats, à nous ou aux seigneurs qui tiennent ou relèvent de 
nous. Qu'en outre, ladite abbaye soit déchargée, ainsi qu'elle a été de tout 
temps, des décimes tant ordinaires qu'extraordinaires, dons gratuits et sub- 
ventions, et lui soit continué le pouvoir de tirer tous les ans de leurs salines 
d'Ardillon et de Beauvoir-sur-Mer le nombre de huit muids de sel mesure 
de Paris, et un poinçon de sel blanc, pour les entonner dans des pipes et fu- 
tailles, afin d'être conduits par eau depuis JesdiLs Ardillon et 1 eauvoir par 
mer jusques à Nantes, et de iNanles p *r la rivière de Loire jusques à Montso- 
reau, et de là, par charroi, en ladite abbaye de Fontevrault, francs et quittes 
de toutes gabelles, impôts, etc....— Maiue-Tkrèse. — PiiÉi.nr-EArx. »(Arch. de 
l'Empire, L. 1,019.) 



Pièce i» III. 



LETTRE CIRCULUttE DE L'ABDESSE DE FONTEVIUULT 

AUX COUVENTS DE L' ORDRE K 

•1 juin 1687. 

Chères filles et bien-aimées religieuses, c'est bien moins pour 
satisfaire à la coutume qu'au désir sincère que nous avons de votre 
perfection, que nous entreprenons, avec l'aide de Dieu, et après 
avoir entendu notre conseil, de vous représenter ici les défauts que 
le relâchement a pu introduire dans vos maisons, et de vous mar- 
quer les moyens que nous jugeons les plus propres pour fair- 
▼ivre parmi vous l'esprit de noire sainte règle; ce qui «loi! être 
l'unique but de toutes les exhortations des supérieurs, aussi bien 
que le seul emploi légitime de l'autorité qui leur a été confiée. 

Dieu nous est témoin que nuii> ne cherchons p - ï user MHS be- 
soin di- cette autorité, et nia noua sommes fort éloignée de wmknr 
appesantir le joug dont vous vous êtes chargées rokmtaireraenl pour 
suivre Jésus-Christ. Aussi osons-nous assurer qu'en examinant 
eusemenl toutes les ordonnances qui vous viennent de notie 
part, vous n'y trouvera aucune loi nouvelle, mail 

:i ossements de celles auxquelles voua roua ètea aoumieai 
votre professi n 

I. N"us savons, et c'est notre plus grande joie et notl 
gloire devant Dieu, qu'il y a plusieurs 

Hi i. imp., ffHprUniê t 5,133. 



276 APPENDICE. 

si sainte habitude d'observer la règle, qu'ils n'ont besoin d'aucune ré- 
forme ; mais, en même temps, nous sommes convaincue avec douleur 
que plusieurs autres lieux de notre dépendance ne vivent pas dans la 
même exactitude. Nous prions Dieu que ce que nous allons prescrire 
à ceux-ci ne tourne point à leur condamnation, et, qu'au contraire, 
ils en tirent toute l'utilité que nous voulons nous en promettre. Et, 
pour les communautés bien réglées, au lieu de se formaliser de rece- 
voir des ordonnances qu'elles observent déjà, nous les conjurons de 
considérer qu'en les faisant générales, nous sommes obligée de dire 
des choses convenables au plus grand nombre; cesdites communautés 
seroient bien à plaindre si elles diminuoient le mérite de leur régula- 
rité par une espèce d'orgueil, dont le murmure que nous essayons de 
prévenir seroit une marque infaillible. 

II. Nous vous déchargeons de lire nos ordonnances précédentes, et 
à ce dessein nous allons recueillir ici tous les articles que nous y avons 
trouvés essentiels ; à quoi nous en ajouterons un petit nombre de 
nouveaux, suivant les lumières qui nous sont venues pendant ces trois 
dernières années. Le soin que nous prenons de faciliter l'obligation 
indispensable où vous êtes de lire nos ordonnances, vous rendra 

nexcusables si vous retombez à cet égard dans vos négligences ordi- 
naires, que nous sommes aussi très-résolue de ne plus tolérer. Nous 
comprenons dans lesdites ordonnances notre dernière lettre circulaire 1 , 
que nous vous ordonnons de lire avec la même exactitude, et que pour 
cela nous joignons ici, tant nous avons à cœur de l'autoriser et main- 
tenir, comme très-utile à tout l'Ordre ; quoique la censure que quel- 
ques personnes animées d'un zèle tout au moins un peu suspect se 
donnent la liberté de faire de cette même lettre, nous réponde qu'elle 
n'est pas en danger d'être ignorée, ni oubliée de longtemps. 

III. Vous partagerez ces lectures avec celle de notre sainte règle 
et des ordonnances de vos vicaires dans vos chapitres, que vous devez 
tenir au moins une fois la semaine, si vous ne pouvez satisfaire aux 
trois fois que la règle prescrit. 11 n'est point nécessaire que les mères 
prieures y fassent toujours des exhortations; les lectures ci-dessus 
marquées y suppléeront suffisamment , lesquelles étant jointes aux 
prières accoutumées, rendront toujours cette pratique très-utile. Celle 
de tenir la communauté l'est aussi beaucoup : nous vous recomman- 
dons d'y être aussi exactes que notre sainte règle l'ordonne. 

IV. La révérence au service divin ne devroit pas, ce semble, être re- 
commandée à des épouses de Jésus-Christ : et vous comprenez assez 
quelle confusion ce seroit pour vous et pour nous qu'il y eût quelques- 
uns de nos monastères où les églises retentissent aussi souvent de pa- 
roles inutiles, et quelquefois injurieuses, que des louanges de Dieu; 
il ne faut que dire simplement ce désordre pour en exprimer toute 
l'horreur, et pour faire juger combien il mérite d'être puni. 

1 La lettre du 6 février 1686 que nous avons donnée sous le n° 45. 



C1RC1 i URE ai \ COI VKHT8 DE l. ORDRI 

V. Quoique nous e de voire < lu. g pour la 

eonsenation «lu roi , nous ne lajaaons pt 

1er tous tes jours, après l'ifpit hém, 

:/n<//» fac rayent, etc. 

\l Vous chômerez la fête de la Visitation, el celle i 
saint Benoit, qui arrive au mois de d 
chées. nous croyons que vous pouvez vou 

diocèses dans lesquels vos monastèn n ,j, 

la liberté de travailler ces jours-là, suivant la dispense qui on i 
cordée supjx)sô qu'elle le soit dans les lieux où vous demeure/ , pourvu 
que le temps que vous y emploierez ne vous fasse perdre aucun 
Heures d'office, de lecture spirituelle et de méditation, qui 
îOre plus indispensables les jours de fêtes que les autri 

VII. Dans les lieux où l'on ne peut avoir de sermon, on s'assemblera 
lu chapitre ou dans la chambre de communauté, tous les diman 

de l'avent et du carême et les principales fêtes de l'année, et l'on 
fera une lecture spirituelle au choix de la mère prieure, depuil 
ïeures jusques à trois, touchant l'évangile ou le mystère <lu jour 
religieuses, qui, dans les retraites spirituelles, se dispensent de l'a 

au ehieur pour vaquer à quelque dévotion particulière, sont 
lignes du reproche que Notrc-Seigneur faisoit aux Pharisiens, BUT ce 
ra'ils négligeoient les commandements, pour s'attacher à leurs tradi- 
ions. 

VIII. Comme les lettres mortuaires sont souvent retardées et peuvent 
Bh rer dans des temps où il vous seroit difficile de faire les ser\i 
îous avons jugé à propos qu'il s'en fit un par semaine pour les por- 
»nnes de l'Ordre que Dieu appelle à lui. 11 ne doit pas être libre aux 
nères chantres de multiplier ou de diminuer ces services à leur dévo- 
ion, non plus qu'aux mères prieures d'ajouter aucuns suffrages, ni 
«ières publiques à celles qui sont d'obligation. 

désapprouvons et défendons la mauvaise coutume intro- 
duite dans plusieurs maisons de faire venir des religieux et d 
trangers pour faire des services pour les défunts; cette apparence de 
très-préjudiciable aux vivants, et ne peut pu être plus utile 
ux morts que le seront es prières de ces même 
(astiques dans leurs propres maisons, où il ( -t aisé de leur tau e t.iiic 
usa«e. Un s'en tieodl 
ce qui est marqué dans notre sainte i 
X. Ayant souvent expliqué tous les inconvénient la la 

lUltitude de cou - c'est-à-dire qui ne 

ont pas de l'Ordre), nous ordonnons que 
DUformément à notre saint.- ré» le et au I 

JBS ne prétendons pas pour cela ôter aux 

extraordinaires, dans les ba anattrottl 

érilables et exempts de libertinage ou dequelqui M que ce 

uissc être. Pour mours inrifti 

16 



278 APPENDICE. 

extraordinaires , il est à propos de n'en point admettre qui ne soienl 
approuvés dans le diocèse. Les mères prieures répondront à Dieu d| 
l'usage qu'elles feront de ce pouvoir, lequel nous déclarons ne leur êtr| 
point donné, quand il s'agira des cas réservés au pape, qui de droi' 
sont dévolus à nos vicaires, vos visiteur?, ou de ceux que nos dit! 
vicaires pourront se réserver. 

XI. Nous entendons qu'il y ait toutes les nuits une lampe allumét 
dans chaque dortoir; cette précaution prévient plusieurs accidents fâl 
dieux, et on ne peut la négliger sans une espèce d'inhumanité. 

XII. Vous êtes suffisamment instruites que vous ne devez faire au 
cune brigue dans vos élections ; mais nous vous avertissons que non 
avons recommandé à nos commissaires de ne les pas recevoir, lorsqu 
ces mêmes brigues seront manifestes, ou qu'il s'y commettra quelqu 
autre irrégularité de même conséquence , visiblement contraire au 
canons. 

XIII. Les maîtresses des novices seront seules chargées de la conduit 
des novices et des postulantes, sous l'autorité de la mère prieure ; le 
parentes et amies desdites novices n'y ont aucun droit, et nous leu 
défendons de s'en mêler en aucune manière. 

XIV. Nous trouvons les coiffures mondaines aussi bien que les habit 
riches et éclatants peu convenables à l'état des postulantes : que les se 
culières qui sont chez vous, ne tombent donc point dans ce défaut 
Par là, vous les instruirez à la modestie et à la simplicité chrétienne 
vous leur ôterez les petites jalousies auxquelles l'amour de la parur 
si naturel à cet âge fournit de fréquentes occasions ; et enfin vous sou 
lagerez les parents d'une dépense qu'ils font apparemment avec quelqu 
regret pour des tilles qui sont cachées dans des cloîtres. Vous ne rece 
vrez, ni ne garderez point de pensionnaires sans notre permission, € 
jamais au-dessus de l'âge de quatorze ans. Lorsque lesdites pension 
naires seront dans un nombre assez considérable, nous jugerions foi 
à propos qu'elles eussent des chambres et des maîtresses séparées d 
celles des novices : on ne doit point, les laisser sortir que lorsque le 
parents les redemandent pour toujours. 

XV. Vous appellerez mères toutes celles qui ont cinq ans de profes 
sion au-dessus de vous. 

XVI. Nous ordonnons que vos sœurs laies portent exactement la cein 
ture liée par-dessus leurs habits ; qu'elles appellent mères toutes le 
religieuses de chœur, sans aucune exception, et qu'en cas qu'elle 
s'opiniâtrent à ne le pas faire, elles soient punies, ou renvoyées, si elle 
sont encore novices, montrant bien par cette résistance un orgueil 
quoi nous expérimentons que les professes d'entre elles sont auss 
sujettes qu'elles en devroient être éloignées par leur état. Dans le 
lieux où, à raison du petit nombre desdites sœurs laies, on est oblig» 
d'avoir des servantes séculières, avec permission seulement de nous, 01 
de nos vicaires, on ne souffrira point que lesdites [servantes sorten 



CIRCD1 M!\K AUX COlvi RTfl l'i. 1/ORiRE 37t> 

lu monastère, que lorsqu - Ile 

Wll. Vous ne donnerei communi 
Bn laies que touchant les articles (pu peuvent avoir rappmt I 
•Ile?. 

XM1I. Le guichet de la grille du chœur se fermai ;'i dm clefs, 
Égmielles seront gardées ainsi que celles des pi tes de clôture. Les 

ouvriront jamais lesditi 
omble, et i)! 1 les laisseront ouvertes que pour la pari n 

faire ni y souffrir, sous quelque prétexte it, aucune i 

atiou, ni que 1rs religieuses y viennent embrasser leurs parants, M 
rue nous avons appris <pii avoit causé quelquefois des entrées illegi- 
inies. 

XIX. Vous abolirez tous les guichets de vos parloirs, et vous 

: petits tours à la place dans les lieux où ils se trouveront nd- 

XV Nous ordonnons que toutes les grilles soient de fer, et que 

î ouvertures en soient assez petites pour qu'au moins la main n'y 

nsser. 
XXI Les volets des parloirs ne s'ouvriront que pour les proches 

. et pour les personnes d'une qualité distinguée, si l'on accorde 

ce pour de moindres sujets, il faut que l'on soit pour le moins 

semble du côté du dedans, 

XXII. Les portes des parloirs seront fermées en hiver à sept heures 
soir et en été a huit au plus tard, et en faveur seulement des pro- 

es parents, lorsque leurs visites devront être courtes. On ne se tien- 
a point auxdits parloirs pendant l'Office divin, principalement les 
Mes et dimanches : on sait bien qu'il est défendu d'y aller sans la 
■mission de la mère prieure, qu'elle en doit garder les clefs soi 
tment, et ne pas souffrir qu'on y fasse de repas. Quant aux portes de 
ôture, elles seront toujours fermées, et s'ouvriront selon que I 

rit, à moins de quelque nécessité indispensable. 
rieures doivent avoir là-dessus une vigilance et une fermeCi 
I toutes sortes d'artifices et de sollicitations. Nous savons qu'il y en 

np qui manquent à ce devoir essentiel, et à qui Dieu 
ira un compte rigoureux des fautes et des scandales dont ce <! 
Mit être la source. Pour ne pas partager avec elles une condamnalkm 
nous prétendons les veiller de près sur cet article, tant pu 
i;e, que par nos vicaires, et ne leur point pardon 
telles soient assez malheureuses pour ne pas s'acquitter de leur dé- 
ni. 

XXIII. Nous avons vu plusieurs personnes religieuses et sé< 
andaliséts du style libre et peu modeste dont la p 

les usent dans leurs lettres. Si 

notre sainte règle les y oblige, ce désordre sei Nous 



280 APPENDICE. 

chargeons lesdites mères prieures d'être exactes là-dessus, à moins qu 
les lettres ne s'adressent aux parents très-proches. 

XXIV. Nous gémissons tous les jours d'apprendre qu'il y a plusieui 
de nos maisons, quelques-unes même dont les revenus sont considé 
râbles, où les infirmes ne sont pas secourues, et où les choses néces 
saires pour l'entretien ne sont pas fournies suffisamment, ce qui poui 
roit donner un prétexte spécieux aux particulières de vivre avec pro 
priété, d'entretenir plusieurs commerces au dehors, et de faire bie: 
souvent des bassesses indignes de leur naissance et de leur profession 
Ce que nous pouvons faire ici est de détester ce désordre en générai 
sans pouvoir descendre dans les moyens d'y remédier, qui dépende!) 
de plusieurs discussions, où l'inspection des lieux est encore néces 
saire. Ce détail regarde nos vicaires, que nous chargeons de s'y appli 
quer infatigablement, vous conjurant, chères filles, de leur faciliter c 
travail, par des dispositions conformes au désintéressement et à l'obéis 
sance que vous avez vouée. 

XXV. Nous ordonnions la simplicité et l'uniformité dans les habits. 

XXVI. Excepté les malades et les infirmières , toutes les religieuse 
prendront leurs repas au réfectoire, et ne les feront jamais à heur 
indue. On se plaint de plusieurs endroits que les malades refusent, o 
diffèrent longtemps de se ranger aux infirmeries, ce qui cause de 
irrégularités dans les dortoirs, et beaucoup d'incommodité à celles qu 
suivent les observances. INous défendons ce désordre aussi bien qu 
les saignées et les repas dans les cellules. 

XXVII. Nous approuvons fort l'usage de la table, appelée de Miséri- 
corde, et nous serions bien aise, qu'elle fût établie dans tous nos cou 
vents. 

XXVIIÏ. Nous ordonnons que tous les domestiques vicieux soien 
chassés, particulièrement les ivrognes. Il ne faut pas avoir égard su 
cela aux sollicitations des personnes qui les protègent. Il seroit hon- 
teux que dans des maisons consacrées à Dieu, on tolérât ces désordre 
qui ne sont pas soufferts par les personnes mêmes les plus engagée: 
dans le siècle. 

XXIX. Il n'est pas moins interdit à des religieuses particulières di 
garder la clef des cassettes où est leur argent, et de savoir elles seule: 
ce que lesdites cassettes contiennent, que de les laisser dans leur 
chambres. Nous défendons absolument cet abus, comme un péch< 
visible contre le vœu de pauvreté, qui est encore blessé notablemen 
dans les présents considérables, dans la prétention d'hériter les une; 
des autres sous prétexte de parenté ou de quelque autre liaison, e 
dans les superfluités et curiosités, dont on ne voit que trop d'exemple; 
dans la plupart des monastères. 

XXX. On n'abattra jamais de grands bois en quelque petite quantitt 
que ce soit, sans une permission par écrit de nous ou de nos vicaires 

XXXI. Vous savez bien que vous ne devez faire ni aliénation , n: I 
acquêt , ni emprunt, ni bâtiment un peu considérable , surtout cet»! 



CIRCULAIRE tUX COUVENTS D| L'Ol D 

ni ;'i ouvrir la clôture, san^ une ! 
Noua voua ai 
mu qu'il est, on se donne quelquefois II Ii! mquer, ce 

fi nous soramea fort résolue de ne pu toléi 

as . u la condescendance de le faire en quelques 
Bill. La troisième pareute au d< gré défendu par noire 
tus lequel degré les 1 etites-nièces - m sont 

k comprises sera privée de voix active, a mofais qu'une A 

Mut à mourir ou à sortir pour toujours de la mai 
iXXUI. Lea parentes au degré défendu par la régi l jwint 

imble dans les offices comptables, dont pareillement on A 
Inre lorsqu'une de leurs parentes au susdit degré sera prie 
BXn. Lea religieuses qui, à raison de leurs infirmités uabiti 
peuvent coucher dans le dortoir, ne doivent point ôtr. 
10s dans les offices. 

^\\V. S il arrive que quelqu'une soit élue prieure, étant «l.u - la 
irge de dépositaire, elle n'attendra pas que le temps 
nnptalles] soit venu pour s'en démettre, ces deux charges étant 
lièreinent incompatibles. 

IXXVI. Les offices de dépositaire et de boursière s'exerceront con- 
Eeraent à ce que prescrit notre sainte règle; un usage oooiraire, 
Kque ancien qu'il puisse être, est une faute considérable, et non 

\euse, ni une prescription. 
nlYII. Il est honteux et inutile de défendre l'infidélité dans l'ad- 

ion «1rs liens du monastère, soit en les appropriant à soi- 

it en les distribuant avec acception de personnes, puisque 
■> manquements sont dans le fond de véritables larcins, d'autant plus 
minth qu'ils s'attaquent à la religion. Nous déclarons donc scule- 
tnt, que s'ils se commettent, nous ne ferons point de grâce à celles 

1 ont reconnues coupables. 
ÏXIVIII. Nous entendons que les mères offieières écrivant elles- 

ora comptes avec simplicité, marquant ce qu'elles aura I 
ce qu'elles auront dépensé, et spécifiant en détail et >ans détour le- 

quoi la mise aura été appliquée. Nous entendons qu'en MT- 

nflices, elles se démettent entièrement de toutes 1. 

ut dépendantes. 
\X\Î\. Nous avons recommandé expressément à nos vicaires de ne 
voir les comptes des mères olficières, s'ils ne les trouvent 
essés en bonne forme. 

XI . I esdites mères offieières les rendront ton- lea troi 
pquer, à la mère prieure, et, avec ceti 

ront plus clairement à nos ""t leura 

-s pourront ensuite nous en rendre nu compte pins 
1 ien que vous donner à VOUf-nN 
1 contribuer à la bonne économie de MM maisons. 

XII Comme nous condamnons inlinim. ! I itre nos îvl 



282 APPENDICE. 

qui seroient capables d'aimer l'argent et les commodités superflues aux 
quelles ils ont renoncé par leur profession, nous trouvons aussi for 
injuste que les mères oi'ficières aient la dureté de leur refuser le 
choses nécessaires, ou de les leur donner avec murmure et après le 
avoir fait longtemps attendre. Nous défendons cette conduite qui n'es 
ni charitable, ni bienséante, et qui est d'autant moins excusable que 
plupart du temps cette épargne illégitime fait souffrir vos seuls con 
fesseurs ordinaires et naturels, pendant que ceux qui ne sont point d 
l'Ordre ou des personnes séculières profitent de vos profusions, au: 
dépens du temporel, et quelquefois môme du spirituel des monas- 
tères. 

XLII. Les mères officières sont coupablesde l'indigence des monastères 
lorsqu'elles ne mettent pas toute leur application à en dispenser lebiei 
avec équité et économie, et lorsque, par des respects humains ou pai 
négligence, elles ne font pas les poursuites nécessaires pour faire payei 
ce qui est dû aux maisons. 

XLIII Ce nous sera une grande facilité, dans la sollicitation de vos 
procès, si vous vous servez, autant qu'il sera possible, des mêmes avo- 
cats et procureurs qui travaillent pour notre abbaye. Nous allons ic 
vous les indiquer à cette intention : le sieur Lottier, avocat au conseil; 
le sieur Vaillant, avocat au grand conseil; le sieur Le Page, procureui 
au même lieu, et le sieur Petitjean, procureur au parlement. 

XLIV. Il faut que les mères dépositaires aient par devers elles un 
inventaire de tous les meubles et livres appartenant aux monastères, 
qui sont dans les chambres des pères confesseurs, et qu'aucune per- 
sonne, ni lesdits confesseurs mêmes, n'en détournent jamais aucune 
chose dans le temps de leur demeure, non plus que dans celui où ils 
sont transférés d'une maison à une autre. 

XLY. Vous ne livrerez vos papiers et titres à qui que ce soit, et sur- 
tout aux séculiers, que le moins qu'il se pourra, et jamais sans tirer 
d'eux un récépissé, que vous garderez soigneusement jusqu'à ce que 
les pièces soient remises dans vos archives; ce qui se doit faire tout 
aussitôt que les affaires pour lesquelles lesdits titres et papiers auront 
dû être produits le permettront. 

XLVI. Vous tiendrez conseil tout au moins une fois le mois, auquel 
les mères discrètes assisteront aussi bien que vos pères confesseurs. 
C'est dans ces assemblées où toutes vos affaires doivent se régler, et 
nous désapprouvons fort qu'il s'en résolve aucune sans la participation 
de toutes ces personnes. 

XLVII. Quand il a élé ordonné de ne pas continuer les mères dépo- 
sitaires plus de trois ans sans notre permission, on n'a pas prétendu 
fixer les communautés à laisser lesdites mères dépositaires tout ce 
temps-là en ebarge, supposé que leur conduite ne fût pas bonne. On 
nous a proposé de certaines difficultés qui nous ont fait connoître que 
nous devions nous expliquer sur ce sujet. Il n'y pas non plus d'obliga- 
tion aux communautés de perpétuer dans les mêmes personnes les 



C.lIU.ri MM M | n!;| 

le discn tion; les ; m l 

j ni nullement fou 

i Touti - les fois que vous nous d< man | | ov ,], . 

mÊd\viwr<. souvenez-vous (le manpi. i 
Pb personnes propos 

M i\. (m se souviendra de ne jamais i lettres I m 

^fcuscs des Filles-Dieu, lorsquell-s ne seront pas pour .11 
sans leur en payer le port , ,„,, 

jmà fait là-dessus plusieurs avances au-i injust. M m , Il 

ilH-eillli: 

il taire des fauhs contre la clôture et contre la 1 
Mire le vin, d'avoir i\v< pressoirs et <\v< houcle 
des monasières. >ous défendons ce désordre, leq m ne 

peut être reproché qu'à un très-petit nombre de nos B 

1 I. Nous sommes scandalisée de voir la plupart des I igno- 

rer ou négliger si fort les principes du christianisme, «pi 
nulle difficulté de médire et de calomnier, même devant N 
des personnes de leur Ordre, et plus souvent que tout autre. d« •> pi 
et des confesseurs, ce qu'elles font dans leurs conversations >t ! 
lettres trop fréquentes et très-peu mesurées. Il est inutile dédire que 
^■te défendons ce que toutes les lois divines et humaines condamnent ; 
non- d-'cl .roiis seulement que lorsque cette sorte de faute viendra a 
notre connoissance, non- prétendons la punr en toute rigueur, el l 
engageons nos vicaires à en user de même. 

LU. les longs entretiens avec les pères confesseurs, tant réguliers 
■e Séculiers, ordinaires qu'extraordinaires, surtout quand ils s,, ni 
jeunes, ne seront nullement soufferts, si ce n'est à leurs confessionnaux, 

cille doit être couverte d'une toile épaisse et bien cl 

Sous chargeons la conscience des mères prieure! et celle de net \i- 

Hres de veiller sur cet article, qui est très-important; les mêmes 

nlèsseurs ne se tiendront jamais aux parloirs avec les volets 

si la compagnie du dedans n'est composée au moins de trois 

MM. .Nous souffrons avec peine l'usage de donner des pensin 
urs pour leur eniret ; en, et nous lotions 1» s mèn 
■ t les monastères qui évitent ce reUtobemeal ; B 
ieux où il ne peut s'abolir sans en introduire quelque autre ph 
nous tolérons lesdites pensions, pourvu qu'elles n'eieèdt 
i somme de quatre-vingts livres, étant | 

'S de Paris, vingt écus même sud 
■ vicaires <!-• ne point Hatler en cela la cupidité d i ères et 

e faiie réflexion qu'il y va de leur honneur, aussi bien que «le leur 
onscience, que les religieux de l'Ordre ne soient pas i 
MBde comme des gens intéie 

L1V. No- mêmes vicaires n'auront pareillement aucune tolérance 
ouchant les chevaux de? pères confesseurs, et les COmmUMUtf 



284 APPENDICE. 

nourriront point lesdits chevaux. Elles apporteront par là un remède 
plus sûr et plus légitime à ce désordre qu'elles ne l'ont par des plaintes 
et des médisances également inutiles et criminelles ; mais aussi elles 
auront un ou deux chevaux qui appartiendront à la maison et qui ne 
seront point refusés aux pères confesseurs pour les voyages nécessaires, 
ou même pour quelques promenades, pourvu qu'elles soient rares et 
réglées : ces voyages et ces promenades ne se feront qu'avec l'agré- 
ment des mères prieures. Il n'est pas nécessaire d'expliquer que cette 
défense touchant les chevaux ne regarde pas nos vicaires, qui ne peu- 
vent guère se passer d'en avoir jusqu'à deux. On en peut aussi tolérer 
un aux curés, qui ont une paroisse étendue. Les autres religieux ne 
doivent point prétendre de privilège là-dessus s'ils ne peuvent pro- 
duire une permission signée de nous. Après une déclaration si for- 
melle, ce sera la faute des maisons qui soufiriront quelque charge à 
cet égard ; et les pères confesseurs ne seroient plus guère en droit de 
prêcher l'ohéissance et la pauvreté s'ils étoient assez malheureux pour 
donner un mauvais exemple de l'une et de l'autre , en préférant la 
vanité et la foible satisfaction d'avoir des chevaux en propre, à l'in- 
térêt de leur conscience et de la réputation sans laquelle ils ne peu- 
vent réussir à conduire les âmes, ainsi qu'ils y sont destinés par 
leur état. 

LV. Les seconds confesseurs doivent se souvenir que la règle 1 
soumet à leurs anciens, et ces derniers, en usant de cette supériorité 
avec beaucoup d'honnêteté et de douceur, doivent veiller soigneuse- 
ment sur la conduite de leurs coadjuteurs, les instruisant surtout par 
leurs exemples, et avertissant avec sincérité et sans passion les seuls 
supérieurs des fautes de leursdits coadjuteurs, lorsqu'ils n'auront pu 
les corriger par des avis secrets et charitables. Nous entendons que 
lesdits premiers confesseurs aient la même inspection sur les chape- 
lains, et que ces derniers ne présument, de faire aucune entrée, ni de 
se tenir aux parloirs, que conformément aux ordres que nous donnons 
à l'égard de nos religieux et de toute sorte de confesseurs, dans notre 
lettre-circulaire. Ils n'entreront point pour accompagner les médecins 
et chirurgiens. 

LVI. Lesdits pères confesseurs" diront les messes par semaine; l'an- 
cien chantera toujours celles de première et de seconde classe, aux- 
quelles le enadjuteur doit faire sans difficulté la fonction de diacre. 

LVII. Les anciens pères confesseurs ne se dispenseront point de par- 
tager ainsi les charges avec leur coadjuteur, à moins qu'ils n'aienl cin- 
quante ans passés, qu'ils ne soient visiblement infirmes, ou qu'ils ne 
soient du nombre de nos vicaires présents ou antiques. Nous ordon- 
nons aux monastères qui n'ont point de religieux de l'Ordre d'en faire 
venir, s'il se peut, quelqu'un du voisinage, pour assister de notre part 
aux prises d'habits et aux professions. 

LVI1I. dans les maisons où il y a deux confesseurs, l'ancien sera 
chargé de la direction des novices et de celle des jeunes professes, 



I il \n;i M\ loi HKTS Dl i ORDII , 

r la i h | ui.|np Ordre que ce 

soit, auxquels on est obligé de donner l'est] 

■des, doivent «*ti«- loiijour i,re 9 

d'in firmer ic, en sorte que, conformément I notre ssints rtj ! 

m perde pas de ?ue, quoique l'on sil soin de s'éloiK l»our 

n'être pas à portée île les enten II 

I 1\. Comme nous avons recommandé expi 
ne point tolérer la mauvaise conduite des |M 
quer leurs chevaux s'ils leur en trouvent UlègitimenMot, de déti 
■fc bâtiments et ajustements trop mondains qu'ils auroient pu -appro- 
Hsr dans les maisons, de les punir pour la chasse s'ils s',.,, ir u\. m 
flppablc^. et. (Mi un mot, de renvoyer ici ceux il'entre eux qu'ils ii 
veront incorrigibles; nous espérons que nosdils vicaires SOqoitterent 
fidèlement leur conscience à cet égard : et si une trop 
cendance pour leurs frères étoit capable de les en détourner , l 
sommes persuadée que nous en serions avertie. Après toutes les pré- 
cautions que nous prenons pour que les pères confesseurs soutiennent 
la sainteté de leur état et qu'ils édifient les communautés, les reli- 
KjBSes seront plus coupables que jamais et indignes de tout pai 
Biles continuent à les décrier et calomnier., comme elles ont lait 
vent jusqu'ici, même parmi des personnes séculières. 

I \. Nous pourrions nous plaindre légitimement du tort que l'on 
fait à nos secrétaires, et que l'on nous fait à nous-mème, en soup- 
çonnant quelquefois leur fidélité; mais nous aimons mieux travailler 
à détruire un abus dont nous savons que feu Madame s'est ressentie 
aussi bien que nous, et que nous ne croyons guère inoins ancien que 
'Ordre. Nous avertissons donc les personnes qui se laissent tromper 
■ bonne foi là-dessus (car, pour celles qui agissent par malignité, nous 
sommes persuadée que tout éclaircissement leur seroit inutile), nous 
B avertissons, dis-je, que nos secrétaires se conduisent dans leurem- 
_Bsi avec toute la probité que l'on peut exiger d'elles , et que l'on 
■ft présumer que nous y connoissons, puisque nous les avons choi- 
Bs, et que nous les gardons avec autant de satisfaction qu< 
de conscience. Il est très-certain encore que nous nous sommes fait 
une loi, que nous observons scrupuleusement, surtout depuis qm-lques 
années, de lire ou faire lire devant nous, d'un bout à l'aul 

lettres aussi bien que les réponses qui passent par le^ msins de 
quand inouïe ce< lettres 
lilb'rentes ou de purs compliments \ Kègsrd '• 
secrètes, par quelque personne qu'elles nous soient rendue! 

nouons jamais à les lire nous-mème, à y répond • main 

et à prendre jusqu'au soin de les cacheter. C'est une 
que ces précautions s'observent également j soil que i ••lires 

s'adressent aux ou à des p 

s'imagine ne se bien cacher que lorsqu'on M : 
communes; et les grands mystères, outre que la plupart de 



28L> APPENDICE. 

no couvrent que des bagatelles, sont encore confiés à tant de gens, qui 
quelquefois une partie de cette maison en est imbue , lorsque nou: 
nous faisons une affaire sérieuse et indispensable de les bien cacher 
Quant à ce qui s'allègue que quelques religieux ou autres personne; 
se vantent d'être instruits par nosdites secrétaires de tout ce qui nous 
est mandé, il est visible que c'est une finesse, dont lesdites personnes 
se servent pour intimider les gens qu'ils jugent capables de censurer 
leur conduite, et il n'est pas surprenant que l'on rencontre presque 
toujours à deviner ceux qui attirent les réprimandes, puisque les senti- 
ments ne se déclarent que trop parmi vous, surtout ceux de haine et 
d'amitié, et plus à l'égard des confesseurs que des autres ; ce qui pro- 
duit cette monstrueuse diversité d'opinions sur leur sujet, qui nous 
jettent tous les jours dans de si fâcheux embarras. 

Kous croyons que Dieu nous a fait la grâce de renfermer dans 
ces ordonnances toutes les explications dont les personnes peu 
ferventes et peu attentives à notre sainte règle pourroient avoir 
besoin ; mais reconnoissant que le plus grand obstacle qu'il y ait à 
vaincre pour établir le bien n'est pas l'ignorance des devoirs, qui 
pour l'ordinaire sont très-connus, nous ne regardons l'application 
que nous donnons à vous enseigner ces devoirs que comme une 
démarche facile, en comparaison de celle qui vous demeure en par- 
tage, qui est l'obéissance exacte à tous ces règlements. Nous vous 
la demandons avec d'autant plus d'ardeur, qu'outre l'intérêt que 
nous prenons à votre salut et à votre réputation, nous craignons 
naturellement d'user d'une sévérité, à laquelle cependant nous 
nous trouverions forcée, si malheureusement vous ne vous portiez 
pas de bon gré à vous régler sur les maximes que vous trouverez 
ici établies, qui sont celles mêmes du christianisme et de notre 
sainte règle. 

Suivant le précepte et l'exemple de l'apôtre saint Paul, nous ne 
nous rebuterons point de vous exhorter sur des matières si impor- 
tantes, soit que vous soyez bien ou mal disposées à nous écouter. 
Et où les discours se trouveront sans force et sans fruit, nous sur- 
monterons notre pente naturelle à la douceur et à l'indulgence, en 
usant par nous-même et par nos vicaires des moyens que notre 
sainte règle nous fournit pour vaincre la résistance des personnes 
mal intentionnées ; c'est-à-dire que dans les besoins, les déposi- 
tions et les suspensions des mères prieures et oflîcières, la défense 
de recevoir des novices, et les autres punitions seront mises 
en usage, plutôt que de tomber dans la tolérance malheureuse et 



ciftcui uni. m i coi m. \ ra di i ordri 

criminelle qui rond les supérieurs oomp 
inférieurs. 

Nous espérons, chères Qlies, >\\w vous ne 
I ces radieuses extrémités, el que vous recevrai les 
donnances, avec une soumission proportionnée sui <|iii 

nous lo> ;» l'ait dicter, et à la véritable t< 
pour vous. 

Lues el publiées dans notre assemblée générale tenue i 
|hns noire ^rand parloir, en présence <le> di» 
notre' Ordre, le deuxième juin nulle sii eeut quatre-vingt-sept. 

M. M. Gabrielle de Rociieciiouart di M' i.niMAiii. 



Pièce n° IV. 



MANIERE DONT SE FONT, TOUS LES TROIS ANS, DANS L ORDRE DE FONTEVRAULT 
L ELECTION DU VISITEUR APOSTOLIQUE DE L'ABBAYE ET CHEF DE l'oP.DRI 
ET L'ASSEMBLÉE OU CHAPITRE GÉNÉRAL 1 . 

L'abbaye de Fontevrault est chef de cinquante-sept couvents dis- 
persés dans presque toutes les provinces du royaume 2 . Ces couvents 
sont dirigés par des religieux de l'Ordre que madame l'abbesse, che: 
et générale, y envoie en qualité de confesseurs des religieuses. Outn 
cela, ils sont visités, une fois Tannée, par des religieux, aussi som 
l'autorité de madame l'abbesse, et en qualité de ses vicaires. 

Fontevrault, dépendant immédiatement du Saint-Siège, n'a de 
supérieurs que le pape, et est visité par un religieux d'un autre 
Ordre, en qualité de visiteur apostolique, qui est élu tous les trois 
ans par tous les couvents en la manière qui suit : 

On s'assemble capitulairement dans chacun de ces couvents, l'une 
des fêtes de la Pentecôte, et, après la communion, on élit un visi- 
teur pour Fontevrault et un religieux de l'Ordre, qui est ordinaire- 
ment le confesseur ou le visiteur de la province, député pour porter 
à Fontevrault la lettre conventuelle, ou espèce de procès-verbal de 
cette élection. 

Le lundi de l'Octave du Saint-Sacrement à Fontevrault, après une 
messe du Saint-Esprit, madame l'abbesse à la grande grille de 
l'église principale, la communauté des religieuses et des religieux 

1 Arch. de l'Empire. Monuments ecclésiastiques, VIII. Couvents de femmes, 
L. 1019. — Note manuscrite : «. Cet extrait a été envoyé de Fontevrault en 
.juillet 1691, peu après le dernier chapitre. » 

"l'y en avait soixanie-trois en ÎTOO. 



! I l CTIOH D! VIS1TB1 l; &POSTOLIQUM. H8 

ni. h- et porteurs des lettres conventucUei sseemblés, t.n t 

I fe huiic voix el de suite tous les oouTeoti pai 
religieux porteur de la lettre <iu couvent ippelé, Il pn 

madame Llabbesse, qui la décachette et la d. une I lin 

in-. Puis, lorsque toutes ces lettres sont lues, mtdi l'abbesse 

lu visiteur de son abbaye celui qui i eu plus de su I 
lui f.iit délivrer des Lettres de confirmation, 
huant au chapitre général, voici comme il H passe. \ l issue de 
pction, \o même jour lundi, madame l'abbesse bit assembler 
s religieuses discrètes de son abbaye et les religii ta, <|iu 

ut ceux qui onl assisté à l'élection, dans le grand parloir d 

- que laïques ou jeunes personnes, religieuses ou reJi 
soient admis. La, madame l'abbesse fait lire par une des dames 
hétaïres les ordonnances pour le règlement général de l'Ordre 
ir les différents défauts ou relàchemenls quelle a remarqua 
■prés cela, elle donne des avis généraux à ses religieux, et on 
Ke les autres affaires de l'Ordre. 

Et enfin, madame l'abbesse établit ou confirme le prieur de Saint- 
an de l'habit ', seul monastère de religieux qui soit maintenant en 

t où Ton reçoive des novices. Le supérieur est aussi uoni- 
é ou continué en cette occasion. 

II h \ a d'action publique que ces deux-là. Le reste se pai 

i . el Ha lame, de son autorité, nomme ses quatre \ i< 
couvents de l'Ordre dont l'autorité dure troii 
m que le portent les lettres qu'elle leur lait délivrer. 
'< ; e prieur de l'habit et le SOUS- prieur n'ont point de I 
ne établit aussi, change ou continue, selon qu'elle lej 

ligieux confesseurs qu'eue envoie dans les couvents 
Ordre, qui n'y restent qu'autant qu'il plaît à madame lab- 
*se, étant porté par les lettres qu'elle leur tait expi 
uaiitum nobis placueru. 

Du envi le père confesseur, une copie des oui.. m; 

s Madame dans «lia. pu- couvent, pour y rire lui - 1 i observées» 

« La note 4 de la page Ul doit être complétée eonfernséme»! à ce passage. 



Pièce n° \. 



MEMOIRE 

l'OUR MADAME L'ABBESSE DE FONTEVRAULT, TOUCHANT LES SORTIES DES BEL! 
GIEUSES ET ^EXAMEN DES NOVICES DE SON ORDRE, CONTRE LES PRETENTION 
DE MM. LES ÉVÊQUES * . 

[1702] 

Quelques-uns de MM. les évoques ont marqué si positivemen 
leurs intentions à madame l'abbesse de Fontevrault sur les sortie 
des religieuses et l'examen des novices, qu'elle n'ose plus espère 
qu'ils la laissent désormais longtemps sans trouble à cet égard. Ainsi 
elle croit être obligée de se joindre à M. l'abbé général de Cîteau: 
dans l'affaire qu'il a présentement sur ces deux mêmes points, afi] 
de conserver à son Ordre une exemption légitime dont il a toujour 
joui depuis son établissement. 

Le sujet de la contestation est que MM. les évoques prêt en 
dent : 

1° Qu'aucune religieuse professe des monastères exempts situé; 
dans leurs diocèses, môme ceux qui sont en congrégation et ei 
corps d'Ordre , ne peut sortir de sa clôture sans leur permissior 
par écrit, outre celle des supérieurs réguliers ; 

2° Que, dans ces mêmes monastères, aucune novice ne peut étn 
admise à la profession, qu'un mois auparavant elle n'ait été exami- 
née pir eux ou leurs grands vicaires. 

• Avch. de l'Empire Mo:i">nents ccclôsiasti']ues. Couvents de femmes, VIII, 
carton L. 1019. 



B0R1 il - DIS M I IG1I i SES. JM 

Il faut examiner quelles son! sur cel 
l.»i> .1 l'usage reçu dans le royaume, et l'on rem <|u*il en i 
un droit incontestable pour les privili 



SORTIES DES RJBLIl.II l 

Le pape Boniface Vin ', dans la constitution Ptriculo$o(d 

cgulariuin. in VI ), ordonne que désormais toutes rcl 
(purent sous perpétuelle clôture, et qu'elles n'en puissent sortir, 
m» les cas de nécessité, sans la permission expresse de celui à 
ui il appartiendra : « Prxsenti constitutionc... sancimus, m 
nngulas moniales... suh perpétua in suis moruuU i 
■Y de cetera perma)icre clausura : ita uuod nulli... sit i 
méat, quacunque ratione vel causa (ni si forte tanin, et tali 
norbo evidenter earum aliquam luborare comtaret, <piod non 
um aliis absque gravi periculo, seu scandale, commorari) 
trio ipso dt inceps egrediendi facilitas... ae de illiui ad 
fuem pertinuerit speciak licenda. » 

Four déterminer cette expression ad quem pertinuerit, qui, pour 

tre trop générale, sembleroit donner lieu à chacun de se l'attri- 

I Tant poursuivre jusqu'au paragraphe dernier, où le pape 

(Romande l'exécution de sa décrétale et veut que Ton prenne soin 

e la clôture des religieuses. Il y distingue si nettement la juridic- 

vêques d'avec celle des supérieurs réguliers qu'il 

t impossible de les confondre. 

11 la donne aux premiers sur les monastères de leurs d» 
ui leur sont soumis en conséquence de leur autorité 01 li 
ur ceux qui dépendent de l'Église romaine, de l'autorité du 8aintr 
Mais il s'adresse aux abbés et aux autres supérieurs des 
seinpts, pour les monastères qui leur sont suji 
■il universis... prmeipiendo mandamus, quat m aui- 

civilate ae diœcesi propria, in monasteriù moniaiùm 
Hnario jure subjectis, sua; in his vero qtue ad romanam 
I < siam, Se il i s aposlolicx auetoritale : abbû 
pli prselati monasteriorum et Ordinum quorumcumque, 
odi sibi subjectis, de chut 

ii l'an tô(X). 



202 APPENDICE. 

et de ipsis monialibus includendis, quam primum commode pot 
runt, providere procurent. » 

On reconnoît très-clairement dans ce texte les trois espèces < 
monastères * que tous les canonistes admettent ; les uns, qui so: 
soumis à l'autorité ordinaire de l'évoque diocésain, comme sonU 
ce temps-ci les Ursulines, les Filles de Sainte-Marie...; les autre 
qui sont exempts et dépendants immédiatement du Saint- Siég 
mais qui ne sont point en corps d'Ordre et qui n'ont point de si 
périeurs réguliers, comme quelques abbayes, les Hospitalières., 
et enfin, la troisième espèce dont il s'agit présentement est de cei 
qui sont exempts, immédiatement sujets au Saint-Siège et ( 
corps de congrégation, ayant des généraux , des abbés et d'autr 
supérieurs réguliers auxquels ils sont sujets, comme Cîteaux, Foi 
tevrault, etc. 

. Cette distinction devant avoir rapport à toutes les parties de 
constitution, il faut conclure nécessairement que le pape n'assi 
jettit que les religieuses de ces deux premières espèces de mona 
tères à prendre, pour sortir, les permissions de MM. les évêquf 
et que, pour ceux de la troisième, le droit en appartient aux abb 
et aux supérieurs réguliers privativement à tous autres. 

Les dernières paroles de la constitution marquent que 1 
monastères exempts ne doivent point craindre que les Ordinair 
des lieux acquièrent aucun pouvoir sur eux en autre chose ; ell 
ne peuvent pas faire la moindre difficulté, puisqu'il est indubitat 
qu'elles ne l'entendent que des monastères de la seconde espèc 

Le concile de Bàle * ordonne que cette constitution soit entier 
ment exécutée selon sa teneur, comme il paroit par ces termes ■ 
la session XV : « Ut constiiutio Bonifacii Papse VIII, quse incipi 
Periculoso, édita super clausura monialium, omnino juxta ipsi 
lenorem, executioni demandetur. » 

L'explication que l'on vient d'y donner est si naturelle et tell 
ment conforme à l'esprit et aux intentions du pape et des Pères» 
concile qu'elle a été suivie dans l'usage commun du royaume, 
en particulier dans l'Ordre de Fontevrault. 

La règle de réformation 5 que l'on suit présentement, chapitre 

1 Distinction très-importante qui fait le nœud de la question. (jNote 
Mémoire.) 

2 U38. 

5 un. 



SORTIES DIS iiniMii ; m 

■gué le chapitre Perù o& comme un engagement de h 

rœu di' stabilité sous clôture; par conséquent i 

Mrfaiiemeni ronnue, el cependant . dans k chapitre tuirant, <|ni 

jst le sixième, intitulé : De non exeundo I clatmmi, ou n I 

lose point aux religieuses d'avoir retours à MM. les , ., 

es permissions de sortir dans les cas marqués, mais seulement M 

supérieur, qui étoit le visiteur en ce temps là, le pouvoâ 

lame l'abbesse, chef de l'Ordre, ayant été suspendu i jua- 

ju'à ce qu'elle eût embrassé Is réforme, comme il est di 

■Ire Lxxii, intitulé : De l'autorité de Vubben 

bressée par des commissaires du pape Sixte IV. dont l'un étoit 

rchevèque de Bourges, et elle est revêtue de toute rautorité que 

►eu vent communiquer la personne des souverains pontifes et celle 

le nos rois, comme on le fera voir ci-après. 

Le concile «le Trente l , chapitre v, session \\V, renouvelant, 
ans aucune dérogation, la constitution Pcriculoso. enjoint au\ ■ 
|ues de procurer la clôture des monastères qui leur son! soumis, 
e leur autorité, et dans les autres, de celle du Saint Siège : 1 t DO 
eut pas qu'il soit permis à aucune religieuse de sortir que pour 
ause légitime approuvée de l'évèque, nonobstant tous privi- 
éges : « Nemini nutem HmclimoniaUum liceat post profet 
icrn exire a i)wnu$Lerio,etiam ad brève tempiis, qupcv npie prm^ 
exlu, trisi ex aliqua légitima causa ab episcopo approbanda, in- 
ullis quibuscunque et privilegiis nonobstantibus. » 
On a rapporté ce texte entier, parce que c'est ««'lui que MM. les 
Pques se croient le plus favorable. Cependant, pour peu qu'on y 
attention, on reconnoitra facilement qu'il ne l'est pas dsren- 
je que la constitution renouvelée. 

Si les Pères du concile avoient voulu y déroger le moins du 
londe ou même l'interpréter, il auroit été nécessaire de le m i- 
uer, et sans doute ils l'auroient t'ait. Ainsi, il punit qu'on ne doit 
Bgarder ce qui est écrit dans ce chapitre que comme un extrait 
e celui du pape Boniface, qu'on a seulement voulu rapport 
(instance, et par conséquent >a disposition ne tombe précisément 

sur les monastères de la première et de Is sseot 
-dire qui sont soumis i MM. les érêques, al qui ><»nt tout rimp le 
t dépendant- du Saint-Siège, et non pas sur i wà en 



294 APPENDICE. 

congrégation et sous les supérieurs réguliers *. C'est si bienl'espri 
du concile qu'il l'exprime en termes formels dans la suite de c< 
chapitre; car, après avoir aussi défendu les entrées dans les mo 
nastères, il est dit qu'autre que l'évêque ou le supérieur ne peu 
donner de permission dans les cas de nécessité : « Dare auten 
tantum episcopus, vel superior, licentiam débet in casibus neces- 
sariis, neque alius ullo modo possit; » ce qui embrasse aussi bier 
les permissions de sortir pour les religieuses que celles d'entrer poui 
les autres personnes, puisqu'il se trouve immédiatement à la suite 
de l'un et de l'autre de ces articles et que le mot licentiam y £ 
rapport également, rien ne le déterminant plutôt au dernier qu'au 
premier. 

On ne sauroit donner un autre sens à ce chapitre qu'on ne fasse 
tomber les Pères du concile dans une contradiction manifeste, puis- 
que, dans la même session, chapitre ix, en faisant la distinction des 
monastères immédiatement sujets au Saint-Siège et de ceux qui son! 
gouvernés par des députés de chapitres généraux et d'autres régu- 
liers, ils soumettent les uns à MM. les évêques comme délégués du 
Saint-Siège et laissent les autres entièrement sous la conduite et U 
garde de ces mêmes députés des chapitres et des autres supérieurs 
réguliers : « Monasteria sanctimonialium Sanctx Sedi Apostolicat 
immédiate subjecta, etiam sub nomine capitulorum Sancti Pétri, 
vel Sancti Joannù, vel alias quomodocunque nuncupentur, al 
episcopis, tanquam dictx sedis delegatis, gubernentur, nonobstan- 
tibus qnibuscunque. Qux vero a deputatis in capitttlis generali- 
bus, vel ab aliis regularibus reguntur, sub eorum cura et custodia 
relinquantur . » 

Et le chapitre xx, après avoir donné aux abbés chefs d'Ordre et 
aux autres supérieurs de ces mêmes Ordres non sujets à MM. les 
évêques le droit de visiter les monastères et prieurés de leur dépe 
dance, conclut par ces paroles : « In exteris omnibus prxfatoru 
ordinum privilégia et facilitâtes, qux ipsorumpersonas, loca, 
jura concernant, firma sint et illxsa. » 

Seroit-il possible, après des expressions si positives, que la révo- 
cation des privilèges pour les sorties des religieuses portât sur les 
monastères qui sont en corps d'Ordre? Et les Pères du concile au- 
roient-ils oublié, du v e chapitre au ix e et au xx e de la même 



et 

tes 

: 



1 Recours à la distinction des monastères en trois espèces. 






SORTIES DI9 1:1 i n.ii i m >. 

Fission, qu'ils confirinoienl pleinement, at>sohiraen1 
■moindre restrietion des droits el des privilèges qu'un i 
Bravant ils avoient révoqués pour les sorties des religieux 
flvoil été leur intention, il aurait fallu remenl qu'ils eus- 

sent marqué cette exception, et, ne l'ayant j»;«> fui. les droits des 
gaguliers demeurent en leur entier à tous égards : Firme ci 
■K in omnibus. » 

On ose avancer cette interprétation avec d'autant plus d'assu- 
ranre qu'elle a été reçue dans ce royaume et que l'usage 
conforme. 

Tout le monde sait que le concile de Trente, pBT Ini mflmfl, n'a 
3oiut d'autorité en France pour ce qui regarde la discipline < t la 
■lice extérieure, étant contraire en plusieurs choses soi libertés 
le l'Église gallicane. Mais comme il contenoit aussi des règlements 
Miles, on voulut en profiter; celui pour les sorties des religieuses 
■ fut un. Et pour en ôter l'obscurité apparente qui suroît po donner 
ieu à des contestations dont l'éclaircissement dépend, comme on l'a 
u, des chapitres qui suivent, on jugea à propos d'en déterminer 
ont à coup la véritable intelligence. C'est ce que Ton lit dans 1 ss- 
ianblée <1 l'Église de France, à Nelun, en l'an 1570, dont les se- 
es portent : « Qu'aucune religieuse, après sa profession, ne paisse 
|rtirde son monastère, même pour peu de temps, sous quelque 
Itétexte que ce soit , sans quelque cause pressante et légitime, el cela 
>nr la permission par écrit de son supérieur. » — « Nulti suncti- 
nonialium liceat post professionemexire a monasterio, ttium <nl 
lempus, quoeunque prxtextu, nisiexaliqua urgente et Ugû 
\imti causa, idque de suis superioris licentia in scriptù vbi 

ce que lit aussi, la même ann< le n>! Henri III. 

Ian> les édits communément appelés les ÊtaU de. Blois, srti ! 
mi le règlement du concile est inséré en ces termes : « A d w o nei 
oiis les archevêques, évoques et autres supérieur! de i • 
ftquer soigneusement à remettre et entretenir la clôture des i.ii. 
.. l-'.t ne pourra aucune religieuse, après avoir fait 
i tir il.- son monastère, pour quelque temj [uelqaa 

snleurque ce soit, si ce n'est pour cause légitime, qui soit ap- 

de l'évêqueou supérieur, et ce, nonobst ml toutes 
es et privilèges au contraire. » 

De quelque manière qu'on veuille prendre ces mots $uple$ ou 
■ r, soit pour une simple interprétation <-u pour une mo- 



■290 APPENDICE. 

dification, il demeurera toujours pour constant que la dispositioi 
de ces édils est devenue le droit commun du royaume à cet égard 
en vertu duquel les supérieurs réguliers exempts, et en particuliei 
madame de Fontevrault, ont joui paisiblement du droit attaché ! 
leurs charges pour les sorties des religieuses, sans le concours de 
MM. les évèques. 

L'on s'en est si bien trouvé dans l'usage, que Ton n'a pas reçu 
en France plusieurs bulles données depuis par différents papes 
au sujet des clôtures, et nos rois n'ont point prêté leur autoritt 
pour l'exécution des articles de quelques assemblées du clergé qui 
n'y étoient pas conformes, comme ceux de 1025. 

Au contraire, lorsque, par des ordonnances particulières ou syno- 
dales, quelques-uns de MM. les évoques se sont voulu attribuer un 
droit qu'ils prétendent avec si peu de fondement, les tribunaux où 
Ton s'est pourvu, loin d'autoriser ces entreprises, ont pleinement 
maintenu les privilégiés. 

En voici quelques exemples : 

En 1071, M. l'évêque de Saint-Flour prétendit exécuter, à l'égard 
de quelques monastères de l'ordre de Fontevrault situés dans son 
diocèse, certaine ordonnance par laquelle, entre autres choses, ii 
avoit, sous peine d'excommunication, révoqué les pouvoirs accor- 
dés à quelques prêtres de son diocèse d'administrer les sacrements 
à toutes les religieuses, même les exemptes, sorties de leurs cou- 
vents sans sa permission. Madame l'abbesse de Fontevrault, comme 
chef et générale de l'Ordre dont on attaquoit les privilèges, se pour- 
vut au conseil d'État et y obtint arrêt le 7 mars 1072-, par lequel 
le roi renvoya sa requête au Grand Conseil, pour y être fait droit, 
et ce pendant ordonna, sans s'arrêter au règlement de M. l'évêque 
de Saint-Flour en ce qui regarde V Ordre de Fontevrault, que la- 
dite dame abbesse, ensemble les monastères dudit Ordre, joui- 
roienl de leurs privilèges concernant la sortie des religieuses de 
leurs monastères, et Ventrée des particuliers au dedans iïiceux, 
comme ils auroient pu faire avant ledit règlement; faisant Sa 
Majesté défenses audit sieur évêque de Saint-Flour et tous autres 

* Pic V, Grégoire XV, Alexandre VII. 

2 Cet arrêt, que nous publions à l'Appendice, pit'ce n° ll,e>t daté de Saint- 
Germain, 7 février (et non 7 mars) 1072. Après ces mots : de les y troubler, on 
lit : jusqu'à ce. qu'autrement par le dit Grand Conseil, parties ouïes, en ail clé 
ordonne. 



BORTIIS DIS RI i k.ii i SI - W7 

Blés 1/ troubler*. M. l'évèque .!.• S. uni I loin nue: 
n'alla pas plus loin. 
En 1678, reu M. l'évoque d'Api lit une ordonnance vu i 
même prétention cl la voulut exécuter ;*i l'égard des 

Htte-Croix. Ordre de Cit. -aux. il:ins I; •m.' \ille d'Apt 

appelèrent comme d'abus au Grand Conseil, mai- il n'\ lut , 
suivi, les part i^s s'en étanl rapportées ;'i M. de Il.u I , 
vêque de Paris, (jui. par sentence arbitrale, condamna M PétéqUC 
d'Apt. Cette sentence l'ut suivie d'un.' transaction, et '-111111 d 
révocation publique au prône de son «'-ulix 1 cat h éd rale . 

Il est fort remarquable de voir un archevêque, sélé autant qu'on 
le peut être peur les droits de sa dignité, rendre un jugement ,-i 
peu conforme aux principes dans lesquels sont presajue tous mm. i,.> 
évêques d'à présent. On en peut conclure que le droit des pr ifi i é 

>t bien évident. 

En 1693, l'eu M. l'évéquede Noyon, par une ordonnance eipi 

défendit, sous peine d'excommunication, aux religieuses de l'ab- 
baye de Biache, ordre de Citeaux. située dans son diocèse, de 
tir sans sa permission. Le Grand Conseil, par un arrêt so tana cl du 
M mars IG95, après douze audiences de plaidoirie, déclara 
ordonnante abusive et maintint M. l'abbé général de < îtraux dans 
le droit et possession de donner seul aux religieuses.de son Ordre 
les permissions de leur clôture dans les cas de droit. 

P.mi après, fui publié ledit du mois d'avril 1095 concernant la 
juridiction ecclésiastique, dont voici l'article XIX : « Voulons nue, 

ivant et en exécution des saints décrets et constitution* canoni- 
ques, aucunes religieuses ne puissent sortir île* monastères exempts 
n exempts, sous quelque prétexte que ce soit et pour quelque 
os que ce puisse être, sans cause légitime et qui oit t : t> : j 
par V archevêque ou évêque diocésain qui en donnera lu 
mission par écrit... sous les peines portées par l< Cita- 

tions canoniques et par nos ordonnances. » 

Quoique, par cet article, l'intention du roi lut ass,./ mai 
par ces mots : suivant et en exécutx 'inti- 

tulions canoniques, et que, par conséquent, <'ii ne dût 

antre interprétation que celle de ces mêmi 
utions, ( Vst-à-dire, du chapitre Periculoso «-t du condl 

YÏAude historique, chap. nr, i 

17. 



298 APPENDICE. 

Trente, dont la disposition ne tombe point sur les monastères en 
congrégation, comme on Ta fait voir, néanmoins, parce que cette 
interprétation dépend de la suite des textes de la constitution et du 
concile, qui ne sont point insérés dans l'édit, MM. les évêques en 
prirent avantage et le regardèrent moins comme relatif aux saints 
décrets et constitutions canoniques que comme une loi expresse 
qui leur attribuoit un droit nouveau qu'ils souhaitoient depuis 
longtemps. 

Cette prétention et toutes les autres qu'ils avoient conçues sur 
l'article XVIII du même édit *, qui commençoient à exciter quel- 
ques troubles, obligèrent Sa Majesté d'expliquer, par une déclara- 
tion du 29 mars 1696, si expressément son intention, qu'il ne 
restât plus aucun prétexte de difficulté à cet égard, afin que le 
clergé séculier et régulier demeurant dans les bornes prescrites 
par les saints canons, concourent au service de Dieu et à l'édillca- 
tion de ses sujets dans la subordination et avec le respect qui est 
dû au caractère et à la dignité des archevêques et évêques, et que les 
réguliers jouissent aussi, sous la protection de Sa Majesté, des 
exemptions légitimes accordées à plusieurs ordres, congrégations et 
monastères particuliers. Après ce préambule, Sa Majesté déclare et 
ordonne que l'édit du mois d'avril 1095, et en particulier l'ar- 
ticle XVIII d'icelui, soit exéculé, sans préjudice des droits, privi- 
lèges et exemptions des monastères et de ceux qui sont sous des 
congrégations, qu'elle entend avoir lieu ainsi et en la manière 
qu'ils l'ont eu et dû avoir jusqu'à présent 2 . 

1 Cet article portait que les évêques seraient tenus de veiller, dans l'étendue 
de leurs diocèses, à la conservation de la discipline régulière dans tous les 
monastères, exempts et non exempts, d'hommes et de femmes, où elle était 
observée, et à son rétablissement dans ceux où elle n'était pas en vigueur. 
A cet effet, ils pourraient, en exécution et suivant les saints décrets et cons- 
titutions canoniques, et sans préjudice des exemptions desdits monastères, 
en autres choses, visiter en personne ceux dans lesquels les abbés, abbesses 
ou prieurs qui sont chefs d'Ordre, ne feraient pas leur résidence. S'ils y trou- 
vaient quelque désordre louchant la discipline régulière, la clôture des 
monastères des femmes, etc., ils y pourvoiraient pour ceux soumis à leur 
juridiction ordinaire, et à l'égard de ceux qui se prétendent exempts, ils 
ordonneraient à leurs supérieurs réguliers d'y pourvoir dans trois mois, ou 
même moins, et en cas de refus, ils donneraient eux-mêmes les ordres né- 
cessaires. Enfin, en cas d'appel simple ou comme d'abus, les ordonnances 
des évêques seraient exécutées par provision. (Isamberl, t. XX.) 

2 Voici les dispositions de la déclaration du 29 mars 1696 : 

« Lorsque les archevêques ou évêques auront avis de quelque désordre de- 



softi m 5 i»i b mi km i u v m 

On ne peu! rien de plus pi pendani Ml pea m 

laissent pas d'insi-ler sur l'article \l\. p PéTen di lH qu'il u'.-l point 
compris dans cette déclaration et qu'elle ne porto uniquement que 
sur l'article Wlll Mais une telle objection se détruit d\ ! 
aussitôt qu'on veut se la former, puisque, né*» raptfiTSfif de 
parler de l'article XVIII, le roi comprend dans sa déclaration tout 
ii. rai par ces mots: « Disons, déclarons et ordonnons 
que noire édit du mon d'avril de Pennée 1095. i àpn i ed i, rient 
l'article XVIII en ces termes : i Et, en partieulirr, taHidt Wlll 
(Ticelui soit e.vëcutc sans préjudice, etc. >• Par conséquent, l 
ticle MX qui lait partie de l'édH est interprété en général, I 
|e Wlll l'est en partieulirr, c'est parte qu'il étoil bien plus con- 
sidérable par le nombre et l'impôt tSJMfl. tle> points HT lesquels il 
s'étendoit. Knlin, pourroit-on s'imaginer que le roi, qui a \<mlu 
déclarer smi intention pour empêcher les troubles entre le i 
séculier et régulier, se soit contenté de retrancher ceux qui pou- 
foient naître de l'article Wlll, sans mettre ordre à ceux de l'ar- 
ticle XIX? On ne croit pas que MM. les évêques aient de tels senti- 
ments de sa justice. 

On ose donc assurer que cet'e déclaration porte sur l'article \l\ 
comme sur le XVI11 ; et les arrêts que M. l'abbé général de (liteaux 
\ieut d'obtenir, contre M. l'évèque d'Apt BU parlement de Provenu- 
et au conseil d'État, en sont des preuves suffisantes. 

(>n a rapporté ci-dessus la tentative que fit, i n 1678, feu M. IV— 
vêque d'Apt sur l'abbaye de Sainte-Croix, de l'Ordre de Citcaux. Le 
peu de succès qu'elle eut, n'empêcha pas M. son successeur im- 
médiat d'en faire une pareille, en 1697, voulant par une ordon- 
nance synodiale assujettir les religieuses de cette abbaye, entre 
mtres choses, à ne point sortir de leur cloître sans sa permission 

Jans aucun desdits monastères exempts de leur juridiction, nous voulons 
paternellement lei inpéi leur» régalien d'j po« 
• qu'à raute d'y donner ordre dans ledit l< 
ha-mêraes, ainsi qu'ils estime ronl nécessaire, suivant l«-s n Utatl 

le chacun desdits Ordres et monastères; el qu'en cas qw 
jrand et le mal si pressant, qu'il y ait un besoin iud 
mède plus prompt, lesdits archevêques • 

ipéricurs réguliers d'y pourvoir plus promptemenl. 
tuions pareillement que ies monastères ou demeures des sup' : 
s qui ont nue Juridiction légitime sur <l a 
iesdiis Ordres, son-ut exempts de la M>ite dcsdiU ai i<"->. 

linsi que les ahhéa et ahhesses qui sont chefs et gém i I > 



300 APPENDICE. 

par écrit. Sur l'appel comme d'abus poursuivi au parlement de Pro- 
vence, l'ordonnance fut déclarée abusive et M. l'abbé de Cîteaux, 
général de l'Ordre, maintenu dans tous ses droits sur l'abbaye de 
Sainte-Croix, par un arrêt solennel du 9 avril 1090. 

M. l'évèque d'Apt se pourvut au Conseil d'État pour le faire cas- 
ser; et l'un de ses plus forts moyens étoit que cet arrêt contreve- 
noit à l'article XIX de l'édit de 1695, prétendant que l'interprétation 
de 1696 n'y avoit point touché. Mais Sa Majesté l'ayant débouté de 
sa demande en cassation, par arrêt du 5 septembre 1701, il est 
évident que ce moyen n'est pas recevable. Par conséquent, l'arrêt 
du parlement de Provence est conforme à l'article XIX, ou en lui- 
même, suivant les saints décrets et constitutions canoniques, (favo- 
rables, comme on l'a vu, aux privilégiés en congrégation) ou 
selon l'interprétation de 1696, ce qui revient au même. Ainsi, on 
peut dire que, quoique le roi n'ait prononcé que sur la cassation, 
il a en quelque façon par là jugé le fonds, puisque cet article XIX, 
entendu à la manière de MM. les évêques, étoit (au moins en ce 
royaume) l'unique texte autorisé qui pût donner couleur à leur 
prétention. 

En effet, de quel fondement solide sauroient-ils l'appuyer, puis- 
que les supérieurs réguliers ont pour eux k constitution Pericu- 
loso, confirmée et renouvelée par les conciles de Bàle et de Trente, 
suivant l'interprétation naturelle reçue en France par le clergé' 
assemblé à Melun, et devenue de droit commun par les édits so- 
lennels des .itats de Blois, et par un usage constant, non inter- 
rompu, confirmé par des arrêts, auquel enfin l'article XIX de l'édit 
de 1695 rapporté à la déclaration de 1696 n'a donné aucune at- 
teinte. 

On est entré déjà dans le fait particulier pour Fontevrault, en 
rapportant la règle de sa réformation et l'arrêt du conseil d'Etat 
contre M. l'évêque de Saint-Flour ; mais on va montrer que le 
droit en question appartient avec toute justice à madame l'abbesse 
seule, puisque cet Ordre est exactement dans toutes les circons- 
tances qu'exigent les canons et cette même déclaration de 1696, 
c'est-à-dire, qu'il est approuvé dans l'Église et dans l'État, exempt 
de la juridiction de MM. les évoques, qu'il est en congrégation, et 
enfin qu'il a joui et dû jouir. 

11 fut institué vers l'an 1101 ou 1102, par Robert d'Arbrissel, 
prédicateur apostolique, sur les contins du diocèse de Poitiers. Dès 



50HTII B 01 s i;i i n,n i %\ s 
l'an HOC, I.' pape Pascal II le put son- l;i protection du Suint- 

Sië^e. ;i l;i prière de pj, ■,,-,.. é\v<pie de Pnilirr-. <|ui tfO 

près à Rome, par une bulle adresse.- à ton \,|in- 

taine, dont voici les tenues .- „ Veneralnlis siquidem fraler m 
Petnis, Piclavensis epiteopus, audi, 
tum, presbyterum magnat religionis uirum int 
studia, qnibus indesinenter mêistit, non pojroom umeiimomàh 
lium concionem ad Dei tervitmm OMfftfWM m knfOêni 
tur Fons-Ebraudi. — Rogavil etinm caritatem nostram, ut < 
don sanctimonialium amgregationem. ci lonun isnwmapotn 
nuctoritatis privUegio munir émus, Igiirr, par û\ 
paginam slatuimus, ut idem locus, etin permanent 1 
tio semper sub aposlolicx sedis proU \\ lit en- 

core depuis la même chose, à la prière dé Robert lui-même, par mm 
bulle de l'an 111"). ajoutant une redevance annuelle an palais de 
Loti an, pour marque plus particulier, de protection et de liberté 
* ... Ad indicium autemverceplx a romand ecclesiâ proiêctionù 
ac liberlatis, duos Piclavensis monet& solidos quotannis Lot 
nensi palalio persol vêtis... » 

Calixle II, étant en Poitou, vint à Fontevrault (1110), à la per- 
suasion de Guillaume, évoque de Poitiers, prit le nmwati 
dépendances sous la protection de Saint-Pierre, dédia lui-même 
l'éylise à l'honneur de la Sainte Vierge, et le lendemain, en plein 
chapitre, il confirma les préceptes qu'avoit donnifl Robert d\\r- 
brissel, instituteur. « Cali.vtus... cum per Piclavenscm p mr oek im n 
pro Ecclesiœ servitio transitant kabertmni, vcncrai ilis frutris 

ri Guillelmi, Piclavensis episcopi, suggestione ad bea M 
Fontis-Ebraudi monaslerium declinavimus, ubi monastiii oréimi 
disriplinam vigere per omnipotenlis Dei misericordiam mgnos- 
eentes, locum ipsum cum omnibus ad eum pertinentibtu beat' 
tri decrevimus patrocinio confovere.Unde etiam nostris f iM MW 
beati Pétri manibus in honore beatissimm et gloriosissimx De; 
nitrieis semperque Yirginis Marix,oratorium dedicuviuius... Se- 
au, nli sane die in capitulum venientesin pleniori tam [ra: 
quam sororum conventu, prxcepta venerabilis mtmorim li 

byteri de Arbrissello, et loci, et religionis instituions, rata 
censtiimus et illibata serrari ; illud onmkm M ut 

fidèles quique qui pro animnrnm suarum remédia, in D 
elesiie vestrx servitio, vel apud m<auistcriu> I M 



308 APPENDICE. 

locis ad ipsum pertinentibus persistere devoverint », vel in futu- 
rum devoverint, in eodem bono persévèrent proposito ; etjuxla 
dispositionem et obedientiam ipsius loci abbatissœ, mit priorissa- 
rum quss per loca ad monasterium Fontis-Ebraudi pertinentia 
disponuntnr, ad honorem Dei sororibus fideliter et religiose deser- 
viant, sicut a bonx mémorise prxdicto Roberto nascitur institu- 
tum... » Cette bulle est de l'an 1119. 

Ce privilège de dépendance immédiate du Saint-Siège n'est pas 
borné à l'évêque diocésain de l'abbaye de Fontevrault ; on voit par 
une bulle d'Honoré III, qu'elle s'étend à tous les archevêques et 
évoques dans le diocèse desquels il y a des monastères de lOrdre. 
Comme elle est très-considérable, on la rapportera presque toute. 
« Honorius... venerabilibus fratribus archiepiscopis et episcopis 
in quorum diœcesibus monasteria etprioratus monasteria Fontis- 
Ebraudi subjecta consistant, salit tem et apostolicam benedictio- 
nem. Quanto amplius esse debelis juslitix zelatores, tanlo magis 
vos debeat facere fraadem legi, et prsesertim in apostolicx sedis in- 
juriam et contemptum. Sane dilectx in Christo fHise,abbatissa et 
moniales conventus Foîitis-Ebraudi, gravem nobis querimoniam 
obtulerunt, quod quidam vestrum eteorum officiâtes, cum in eas, et 
sut ordinis moniales et fralres non possent excommunie alionis et 
interdicli proferre sententias, eoquod super hoc apostolicse sedis pri- 
vilegiis suntmunitx, ineos qui molunt in molendinis, vel coquunt 
in furnis earum et in suis operibus juvant eas, et census annuos sibi 
reddunt ac ecclesias suas intrant, quique vendendo , seu emendo, 
aut alias eis communicant, sententias proferunt memoratas, et 
sic aposlolicorum. privilegiorum, non vim et potestatem, sed sola 
verba servayiles, dicti ordinis moniales et fralres quodammodo 
excommunicant, dum eis alios communicare non sinunt... No- 
lentes igitur hxc crebris ad nos clamoribus jam perlata, ullerius 
sub dissimulatione transire, vobis universis et singulisper apos- 
tolicascriytamandamus, quatenus hujusmodi sententias in frau- 
dera privilegiorum nostrorum. de cœtero non feratis, quia si 
super hoc ad nos denuo clamor ascenderil,non poterimus conniven- 
tibus oculis pertransire, quin promulgatores talium sententiarum 



1 Ces termes font voir que Fontevrauit étoit chef d'Ordre. (Note du 
Mémoire.) 



BORTIBS M> RBI.IGIBUS 

sein Unie dil'iia c*$tigemu$. V*Hm lêl$nmi, Il A^/. Mann, 
pontificat h s nostri auno nono 1 ..,» 

On pourroit encore produire un grand nombre de bulles, par 
lesquelles !<•- papes, dans tous les temps, ont continué I 
loges et immunités do TOrdre de Font.vrauH ; m. us l( | i nSéMstl 
trop loin et ne prouveroit pasdavantaj 

On a vu ci-dessus que Calixte II avoit confirmé les st. tint s de 
Robert d'Arbrissel, instituteur. Us furent observé! pwn ih iH très- 
longtemps avec lapins exacte ferveur; mais enfin l'Ordre eut 
in (!"ètre réformé, en sorte (jue l'an I '•"♦, en vertu île ciiiii- 
mis-ion de Sixte IV, M. rarchevèque de Bourges, un abbé de Stint- 
Laumer de Blois, et un chanoine de l'église de Tou renl 

une nouvelle règle, suivant l'espi it îles anciennes. la(|iifll«' lut ap- 
prouvée par le même pape en 1475, et est maintenant suivie uni- 
versellement dans tout l'Ordre. 

Voilà, du coté de l'autorité ecclésiastique, tout ce qu'on penl 
demander pour être exempt et approuvé. La puissance séculière 
a prêté son concours nécessaire pour l'exécution, tontes les lois 
qu'il en a été besoin, par des arrêts de différents tribunaux <t 
par lettres patentes de nos rois, sous la protection particulière 
desquels on est en possession depuis six siècles. 

On n'en rapportera de preuve que l'arrêt solennel du conseil 
d'Ktat du H octobre 1041, parce qu'il renferme tous les autres. 

ayant été averti des troubles, procès et différends excv 
tés m l'Ordre de Fontevrault, nomma commissaires pour I 
minrr, trois évèques. trois conseillers d'Ktat laïques et trois doc- 
teurs deSorboune, lesquels donnèrent leur avis, qui perte 
Qu'après avoir vu et mûrement considéré h rtattft, bul- 

inciens usages dudit Ordre, il leur est clair. •ment Ippsttl : 

I Qu'il est bien et dûment approuvé dés son institatiofi | 

mt-Siége apostolique, du consentement des évêqaei M prêtais, 
et approbation universelle de l'Église ; 

3 l'année 1116, le Saint-Siège Ta pris ton» sa protec- 
tion particulière, ce qui a depuis continué de temps .ni. -m; 

Conformément à cel avis, le roi, comme prot< lies SI 

exécuteur des saints décrets et constitution apostolique, etcoo- 



« Celte ann^e revient à 12il. 



504 APPENDICE 

sénateur et défenseur des Ordres religieux de son royaume, 
ordonna : 

1° Que la règle dudit Ordre de Fontevrault, confirmée par le 
pape Sixte IV, seroit gardée, observée et entretenue par tout ledit 
Ordre, selon sa forme et teneur, et ainsi qu'il en a été usé par le 
passé, sans qu'il puisse être apporté ancun changement à l'obser- 
vance d'icelle et aux usages et pratiques dudit Ordre... 

2° Maintint et garda madame l'abbesse et les prieures et reli- 
gieuses des couvents dudit Ordre, respectivement es droits, privi- 
lèges, et prérogatives à elles attribuées par ladite règle et par les 
autres bulles et induits du Saint-Siège, lettres patentes de Sa Ma- 
jesté, et arrêts, tant du conseil d'État que des cours du parlement 
de Paris et Grand Conseil... 

Cet arrêt et l'avis des commissaires furent enregistrés la même 
année, en vertu de lettres patentes au Grand Conseil, où l'Ordre a 
toutes les causes commises. 

Fontevrault est notoirement en congrégation et corps d'Ordre, 
dont madame l'abbesse est chef et générale, et sur lequel elle 
exerce pleine puissance et juridiction, aux termes de sa règle, 
chapitre lxxti; et en conséquence, elle assemble tous les trois ans 
dans son abbaye un chapitre général dans lequel elle fait des règle- 
ments ou ordonnances générales, telles qu'elle estime nécessaires 
pour le maintien de sa régularité, qui sont envoyés dans tous les 
prieurés de sa dépendance. Elle établit de ses religieux en qualité 
de vicaires, pour, en son nom et sous son autorité, visiter lesdits 
prieurés, ne le pouvant faire ordinairement, à cause de son vœu 
de clôture ; mais quand elle se trouve sortie pour autre cause, elle 
use de son droit et visite elle-même. Elle confirme les prieures de 
ces mêmes prieurés, lorsqu'elles ont été canoniquement élues, et, 
à défaut, elle en commet de son autorité. Elle donne seule les per- 
missions de sortir, transfère les religieuses d'un couvent à l'autre 
quand le besoin de la religion le demande, donne aussi les permis- 
sions de recevoir les tilles, soit à la vêture-ou profession, et les l'ai 
examiner. On rend devant elle ou ses vicaires les comptes du ter 
porel, lors de la visite. D'autre côté, ses couvents élisent pour ell< 
et son abbaye un religieux de quelque autre Ordre, qui les visit 
d'autorité apostolique. Enfin, par tout l'Ordre on suit la même rè- 
gle, on observe la même manière de voir; en un mot, on y entre- 
tient la liaison et la correspondance de tous les corps politiques. 



SORTI] - Dtfl 1:1 I 1611 I SI I m 

Madame de Kontevraull a joui du droit en question. Outre ! i 

lé, l'arrêt contre M. l'évèque de Sain! Klour qui l'y a mtinli nue 
m est une preuve autlienliijiie. 

1.11, • en ;i dû jouir, puisque, comme on a vu, les lois & t 
et de l'État, l'usage commun du royaume el la disposition parti- 
culière. le sa règle le lui donnent. 

Après avoir ainsi établi ce droit, Une sera pas inutfle dY\poaar 
la manière dont on en use el l'inutilité et les inconvénienti 
prétention de MM. lesévèques. 

11 est certain que la perfection seroit que des i » 1 1 _ i • n-es (|iii ont 
voué' sous clôture perpétuelle, la gardassent avec la plu- rigou- 
reuse exactitude et ne sortissent jamais. On sait qu liait, 
quelque légitimes qu'elles soient el quelque précaution qu'on ; 

porte, causent peur l'ordinaire au moins du relàeht nt dan- I' 

discipline monastique en général, sans faire le plus souvent aueun 
bien aux personnes en particulier. Cependant l'Église et pn 
tous ceux qui ont institué des Ordres et dressé de- réglai ont re- 
connu qu'elles étoient de nécessité en certains cas, et qu'en d'au- 
tres, il étoit de la charité et de l'humanité de les tolérer; mû 
comme ils en ont parfaitement pénétré les conséquancat, il- ont 
prescrit des bornes et des précautions dent l'observation exacte 
peut prévenir el remédiera bien des abus, s'il n'est pas p mille de 
!, un lier absolument. 

Telle est la règle de l'Ordre deFonlevrault, au chapitre n Elle 
exhorte fort à ne point sortir, mais elle permet pourtant qu'on la 
fasse, lorsqu'il s'agit de l'utilité de l'Ordre, comme pour aller établir 
un monastère ou le réformer; aller être prieure, quand on a i té 
élue dans un autre couvent que le sien; aller en de* montât 
où il y a très-peu de personnes, pour s'acquitter du service divin 
soutenir les observance- régulières; en cas «le peste, guerre, 
famine, ruine des édifices, et enfin en cas de maladie pressante (t 
dangereuse. 

Mais on ne peut le faire, suivant la régie et l'usage coaataflMMn! 
pratiqué, qu'après que madame l'abbessc I eu des t.moignages 
certains de la nécessité ou du besoin h nt, surtout 

cas de maladie qui est le pl09 01 -diinii •■. pour l.qu. I .-II- 

pr- mi, renient l'attestation des médecins, la témoigi 

• Pail 



r.or, APPENDICE. 

prieure, de quelques anciennes les plus régulières, de ses vicaires, 
quand ils sont à portée devoir la personne malade, et souvent du 
religieux confesseur de la maison. Elle confère ensuite (comme la 
règle l'y oblige, sous le péril de son âme) avec trois ou quatre des 
anciens et plus éclairés religieux confesseurs de son abbaye; et 
enfin, si elle juge la sortie légitime, elle en accorde la permission 
pour le temps précisément qu'elle croit devoir suffire, à la condi- 
tion expresse que la religieuse se transportera au lieu qui lui est 
marqué, en bonne et honnête compagnie, sans vaguer ça et là, re- 
commandant de vivre toujours religieusement. 

Outre, cela, madame l'abbesse d'aujourd'hui a publié une lettre 
circulaire du 6 février 1686 *, suivant laquelle les sorties devien- 
nent encore plus mesurées. Et dans les permissions qu'elle fait ex- 
pédier, elle ajoute souvent à l'ancien style que l'on vient de rap- 
porter une défense précise d'arrêter ou séjourner dans aucune 
ville, et quand une malade est obligée de prendre deux saisons 
d'eaux minérales, elle lui impose pour l'ordinaire de passer l'entre- 
teinps dans un couvent ou maison régulière des environs. 

Les religieux vicaires qui, dans l'acte de leur visite, ont pouvoir 
de donner aussi ces permissions, ne le peuvent faire qu'avec la 
même circonspection, et ne sauroient y manquer sans trahir leur 
ministère et abuser de l'autorité qui leur a été confiée, fautes qui 
leur attireraient sans doute des reproches et même quelque chose 
de plus de la part de madame l'abbesse , à qui ils doivent un 
compte exact de tout ce qu'ils font dans les prieurés de leur dépar- 
tement. 

On ose assurer que le concours de MM. les évoques ne peut rien 
ajouter à ces sages précautions, et si elles n'empêchent pas qu'on 
ne puisse encore tromper les supérieurs réguliers, on ne croit pas 
qu'ils doivent se flatter de ne le point être, puisque, ne devant point 
voir pour l'ordinaire par eux-mêmes, non plus que madame de 
Fontevrault, ils ne sauroient choisir de témoignages sur lesquels 
ils puissent vraisemblablement mieux s'appuyer. Il est même à 
présumer que ces personnes , qui ne dépendront point absolu- 
ment d'eux en autres choses et n'auront pas à craindre de leur 
part les corrections que peuvent leur faire les supérieurs réguliers, 



Nous la publions parmi les lettres, p. 166. 



sou IIS Ml m i h. H i SI - 

ronl moins ,|,. scrupule de favoriser une sort* 
(]ii;ui<l elles in seront solliàtéei avec enipresseei 

illeurs, ou MM. les évèques veulenl simpl 

us accordées par les supérieurs, ou ils pi 
Il causes de la sortie. 

S'ils n'ont que la première intention, c'est une formalité qui 
n'aboutira à aucun bien et ne leur donnai qu'on droit ttmt i 
et une bien petile marque de supériorité sur le> exempts, < m petit- 
ctre ne méritent pas cette mortification. 
S'ils veulent, comme il y a tonte apparence, entrer m coin;. 

sance du fond, il faudra donc, dans le cas de maladie, | Uàrt 

devant eux t«us les témoignages déjà allégués devant les mpâ ii 
réguliers. Et comme il se peut très-aisément que HM. les évéqvei 
trouvent la permission accordée trop légèrement, faskhra-t- il de- 
mander un relus par écrit, avec les raisons, pour se pourvoir devant 
te métropolitain et puis devant le primat? Quand même la reli- 
gieuse malade seroit obligée de s'en tenir à ce relus, il est - 
doute que le supérieur, voyant sou autorité blessée et sa c 
et ses lumières accusées, feroit tons ses efforts pour les maintenir, 
et c'est la source d'une infinité de procès; de manière qu'une pau- 
vre fille, qui n'a professé qu'aux conditions de sa règle , qui lui 
permet de cberelier au dehors des secours qui ne se trouvent point 
dans son monastère, se verra réduite à la cruelle nécessité-de lan- 

et peut-être de mourir pendant qu'on plaidera sur les « 

i sortie, que naturellement et même en conscience elle doit 
-itime, puisqu'elle aura été jugée telle par scii supérieur 
de qui seul elle a toujours dépendu. 

M. l'évêque succombe, il devra se reprocher de l'avoir pi 
d'un soulagement qui lui étoit dû, en troublant le cours de la ju- 
ridiction ordinaire et en empêchant l'effet. Et le supérieur, en 
qui l'on doit supposer plus de tendresse pour les p 

lépendance sentira, malgré le gain de son procès, \ louteur 

le de ne s'être pas vu le maître de l'exè ation de 

Mais si ,', v| lui qui perde, quelles roiisé.pi 
rainera point cette perte ? Son autorité, dont il pai i ir pas 

I i.Mi u>é m cotte occasion, diminuera à tous égards ; on se <i. 

de ses lumières; on se l< m une habitude de les roiubaM: 

sist.r : enfin, quasi malgré soi, on perdra toute confia» e en lui : 
et, dans le l'ait particulier des sorties, on aura tonte PattanU 



308 APPENDICE. 

MM. les évêques, on n'épargnera rien pour les rendre favorables, 
et quand on aura pris les devants de leur côté, on viendra avec 
assurance dire au supérieur que M. l'évêque diocésain le' juge à 
propos. Et c'est les commettre l'un et l'autre d'une manière à 
causer de grands troubles et du scan laie dans l'Eglise. 

Dans les cas de nécessité évidente, ces inconvénients n'arrive- 
ront pas ; mais comme, dans l'Ordre de Fontevrault, madame l'ab- 
besse a pouvoir de transférer les religieuses d'un couvent à l'autre, 
suivant qu'elle l'estime pour l'utilité publique, il surviendra de 
nouveaux embarras à cet égard, moins fréquents à la vérité, parce 
que les cas de cette nature sont rares. Ils sont ordinairement fon- 
dés sur le trouble et le préjudice que certains esprits peuvent ap- 
porter à la régularité et quelquefois aussi sur des fautes dont la 
punition ne peut se faire dans la même maison. Par exemple, on 
ne sauroit punir un esprit de brigue et de cabale et en prévenir les 
mauvais effets qu'en le retirant absolument du lieu où sont ses 
habitudes et son parti. Pour exécuter, il faudra donc que le supé- 
rieur expose toutes ses raisons, rende compte de sa conduite, dé- 
couvre en détail jusqu'aux moindres circonstances et révèle le se- 
cret de ses cloîtres (à quoi il n'est point obligé) devant MM. Jes 
évêques pour les faire entrer dans la justice de son procédé. Mais, 
d'un autre côté, la religieuse, qui cherchera sans doute à éviter la 
punition, trouvera moyen de faire parler à M. l'évêque par des pa- 
rents ou des amis, qui quelquefois sont puissants et en crédit : on 
criera à l'oppression et à la tyrannie ; on en donnera des raisons. 
Le moins que puisse faire M. l'évêque est de les peser, de suspen- 
dre son jugement, et puis de le donner en connoissance de cause 
après mûr examen. Il faut du temps pour cela, et ce pendant la re- 
ligieuse demeure et la correction des mœurs est arrêtée, quoique 
par toutes les règles du droit, elle soit provisoire et doive être exé 
cutée nonobstant oppositions ou appellations. 

Enfin, cette décision de MM. les évêques devient après cela su 
jette aux mêmes procès que l'on a marqués, en parlant du refu 
en cas de maladie, et par conséquent très-préjudiciable en toutes 
manières au gouvernement des réguliers exempts. 



: 



MO 

KXAMKM DU NOVICES. 

i el article esl encore, -'il se peut, plus favorable aux -op. rieurs 

La discussion en sera moins longue, puisqu'elle» 
qu'en deux texti 

Le premier esl du concile de Trente, chapitre inijse--i"ii \\\ 
lequel il n'est permise aucune fille de faire profession, que l'évêque 
ou quelqu'un de sa pari n'ail examiné sa volonté; si ell< 
trainte ou séduite, cl si etlesail ce qu'elle lait aJMaUi ael . 

pieuse et libre, et qu'elle ait les conditions requiaei sumnl la règle 
du monastère et de l'Ordre, il lui sera permis de faire profeaaàou ; 
fin que l'évêque n'en ignore pas le temps, la supérieure du 
monastère sera tenue de lui en donner avis un mois devant, à peine 
d'être suspendue «le son oflice autant qu'il semblera à propi 
l'évêque. « Si puella qux liabitum regularem suscipere volîu 
major duodecim annorum sil f non anteeum suscipiat, nec pa 
ipsa vel alia professionem emittat, quam cxploraveril < 

absente vel impedito ejus vicarius, aulaliqùis eorumsump- 
Ubus ab eis deputatus, virginis voluntatem diligenter; an coocia t 
duc la si t. an sciai qnid agat; et si volunlas ejus pia ac lil 
ita fuerit, habueritque condiliones requisitas juxla monastt 
Ulius et ordinis régulant, nec non monaslerium fueril idoneum, 
libère ei profitai liceat . Cujus professionis tempui pus 

ignoret, teneatur prxfecta monasterio eum ante mensem cer: 
rem facere. Quod si prxfecta certiorem episcopum non feceril, 
quamdiii episcopo vidcbitnr ab officio suspcnsa sit. » 

Il est clair (pie tout ce chapitre ne comprend aucun exempt, 
même ceux qui ne sont point en congrégation, puisqu'il n'en p 

..mine il aurait été nécessaireet comme le concile l'a 
fait expressément quand son intention a été de 
privilège, ainsi, MM. les évêques ne peuvent à la lettre préten 
d'examiner que les postulantes et les novice* des n «le 

Uni dépendance. Et les corps d'Ordre exempta sont •• ra m pana 

forte thèse, selon les confirmations de leurs privilèges contao 
lux chapitres ix et xx «le la même session, rapportées <à-èmm 

roici les termes : « Qux veroa députa 
libus, vel ab illis regulanbus regunlur, sub corum cura el cusUh 



310 APPENDICE. 

diâ relinquantur, et in cœteris omnibus prœfatorum ordinum 
privilégia, et facilitâtes, qux ipsorum personas, loca, et jura con- 
cernunt, firma sint et illsesa. » 

Il est inutile de répéter ici que, quand même le concile leur 
donnerait ce qu'ils demandent, n'ayant point d'autorité en France 
pour la discipline, il faut avoir recours à la loi du royaume. 

(/est le second texle, pris de l'article xxvm des États de lïlois. 
qui porte expressément : « Voulons que les abbesses ou prieures, 
auparavant que faire bailler aux filles les habits de professes pour 
les recevoir à profession, seront tenues, un mois devant, avertir 
l'èvêque, son vicaire ou supérieur de i Ordre, pour s'enquérir par 
eux et informer de la volonté desdites filles, et s'il y a eu con- 
trainte ou induction, et leur faire entendre la qualité du vœu au- 
quel elles s'obligent. » 

Ces édits ont fait sur ce point ce qu'ils avoient fait sur celui des 
sorties ; c'est-à-dire qu'ils ont ôté toute occasion de donner diver- 
ses interprétations à la disposition du concile, en suppléant encore 
l'alternative ou supérieur de l'Ordre. 

Voilà donc encore le droit commun de France, en vertu duquel 
les privilégiés, au moins madame de Fontevrault, se sont maintenus 
jusqu'à présent dans une possession continue depuis la fondation 
de. leurs Ordres. 

Elle vient tout récemment d'être jugée légitime au parlement de 
Provence par l'arrêt du 9 avril 1699, entre M. l'èvêque d'Apt et 
M. l'abbé général de Citeaux, rapporté ci-dessus, dans lequel il 
étoit question de l'examen des novices aussi bien que de la sortie 
des religieuses. Cet arrêt est juridique et doit subsister, puisque le 
roi a débouté M. l'èvêque d'Apt de sa demande en cassation. 

L'examen des novices dans l'ordre de Fontevrault, se l'ait sous 
l'autorité de madame l'abbesse par les religieux ses vicaires, visi- 
teurs des couvents, qui lui eu rendent compte; et il est d'autant 
plus exact que ces mêmes religieux, qui sont toujours anciens et 
par conséquent exercés de longue main dans les devoirs de la ré- 
gularité, sont instruits plus à fond de l'esprit de l'institut et des 
dispositions nécessaires aux personnes qui le veulent embrasser 
que ne peuvent être MM. les évêquesou les grands vicaires, quel- 
que éclairés qu'ils soient; lesquels d'ailleurs, pour la plupart, ne 
connoissent la vie monastique tout au plus que p^r la théorie et la 
lecture des règles des différents Ordres. Mais cette connoissance 



i IAMBK DBS N«>\ |. i.s .. CORI i I MON. 311 

nesuiïii pas. surioiii dans l'Ordre 4 ^ .mi l'ai 

rôt de hiil, consiste beaucoup en usages et pratiques dont Pelade 
demanderoit un temps <pi. 

à autre cliose, ou pour mieux dire, qui ne peuvent s'apprendre 
que dans le cloître. 

Par cette raison, l'examen de MM. les rflu 

puisque celui de la juridiction de TOrdre remplit mieux l'intention 
pour laquelle il a été institué; et il peut être dommageable i i 
que les examinateurs de l'un et de l'autre parti ne peuvent ii ibso- 
lument juger de la même manière dans toutes l< b i . pi'il 

n'arrive quelquefois (et sans doute trop - c MM les 

ques estimeront qu'il ne faut pas admettre à la profession 
■le que le supérieur régulier jugera devoir j être admise. 

Il ot (Unie impossible de oe se pas piquer sm ces contrariétés ; 
et par là on s'engage dans des procès qui, sans parler du préju- 
dice qu'en reçoit le spirituel, causent des réformes extraoïmnaires 
aussi peu conformes aux véritables règles de la dispensation i 
: [lie que le fond des contestations Test à la charité. 

CONCLUSION. 

Enfin, depuis six cents ans que l'Ordre de Fontevrault subsiste, 
MM. les évêques n'ont point donné les permissions de sortir, ni 

examiné les novices; et Ton n'a pas vu que les sorties qui se sont 
faites aient causé plusde scandale, qu'on ait reçu plus de mauvais 
ts, ni vu plus de réclamations dan- 1.- monastères qui le com- 
posent. <|Ue<lan< ceux qui sont gouvernés par MM. les évéqueS. 

Ainsi, il est beaucoup mieux de laisser les choses comme elles 
ont toujours été, conformément aux saints canons et tus loi 
l'État, que d'introduire une nouvelle discipline capable de ta 
la paix, le repos des consciences et le bon ordre de I 

C'est l'unique moyen de remplir les pieuses intentions dn roi, 
qui veut, aux termes de la déclaration de 1696, que le clergé sé- 
culier et régulier demeurant dan- les ! i - qui sont près 

i anous, concourent au si rvicc de Dit incatioa d.- 

se> sujets dans la subordination et »?< ■" •'••' 

caractère et à la dignité des archevêques et • li 

pliers jouissent aussi, sous sa protection, des exemp 
nés qui leur onl été accordées. 



Pièce n° ¥1. 



Réponse pour madame l'abbesse de Fontevrault contke la prétention 
dk mm. les évêques touchant la sortie des religieuses et l'exa- 
men des novices 1 . 

[1702] 

Madame de Fontevrault n'avoit pas encore vu les Mémoires de 
MM. les évêques quand le sien a paru. 

Elle avoit observé de ne toucher que les textes essentiels de la 
contestation et les avoit examinés en détail avec toute l'exactitude 
possible. 

MM. les évêques ont suivi une autre route et méthode, et ils ont 
absolument supposé ce qui est en question, et se sont contentés, 
dans la vue d'augmenter leur autorité, de citer ou plutôt d'indi- 
quer un grand nombre de prétendues preuves qui ont paru favo- 
rables à leurs desseins, sans néanmoins les approfondir ni en tirer 
autrement les véritables conséquences. 

Madame de Fontevrault ne répétera point ce qui est traité dans 
son mémoire ; ou n'entrera point non plus dans la discussion de 
chacune de ces prétendues preuves pour faire voir qu'elles ne con- 
cluent pas aussi directement et aussi favorablement que le préten- 
dent MM. les évêques. 

M. l'abbé général de Citeaux vient de le faire d'une manière si 
précise, qu'on peut dire qu'il n'y a rien à ajouter ni à répliquer 
après ses écrits ; c'est pourquoi on s'attachera uniquement à mon- 
trer que les citations de MM. les évêques, si fort multipliées, 
étoient inutiles faute d';iutorité. 



1 Arch. de l'Empire. Monuments ecclésiastiques, VIII. Couvents de emmes, 
carton L. 1,019. 



RÉP0NS1 \l \ l.\l Q1 313 

|i lUèguenl un concile de Paris, en 645 ; un de Reims, dh mm 
r. '•> ; un deÇhàlons, en 815; un taire de I 
ore plua ancien, rapporté par Gratien : les oapitnlaii 
nv il et de Louis le Débonnaire, el on cent Ile de Rouan de ' 
quoi ce seroit vouloir faire revivre en droit aboli p 
mont de discipline et parle non usago , quand môme il auroit 

lieu. 

Rais loin de là : MM. les évoques demeurent (fane 

néance a l'exercice età la pratique de ce droit jusqu'à la oonsti- 
lion Periculoto, survenue environ Pan 1800. Or, depuis le tempe 
il s'est écoulé (quatre siècles, depuis rama 
'nu! . ils ne sauroient disconvenu* que cette surséance n'.ut 
■tmué, «lu moins on France, où ils n'ont jamais joui de leur 
Itention; de aorte que voilà piôs de 700 ans que les 

Inliers tjui soni en congrégation jouissent d 1 possession pai- 

ostante et sans interruption, à laquelle on ne peut ii<-n 
léser de raisonnable qui ne soit détruit p ur des litres et A 

incontestables 
t;V>i un intervalle assez long et assez considérable que celui de 
ans pour emporter non pas une surséance, mais one cessation 
soluo de la loi du monde qui auroit été la mieux établie et la 
pu exécutée-dans ses commencements, 
railleurs, queseroit-ce pour MM. les éveques s'il falloit r am euei 
discipline de ces temps-là? Ils y trouveroient sans douto l»i»'!i des 
hnvénients dont ils ne t'aceommodereient pas eux-m êm e s . 
Routes les congrégations régulières, et surtout celle de Fonte- 
lult , n'ont été fondées que depuis ces teni| 
discipline qui étoit en vigueur dans le onzième et le doui 
d.'. et non pas suivant celle qui avoit précédé, que l'Ordi 
Iftevraull fut instituô. 

•n B'avise de citer des conciles particulier- avant et après celui 
trente, savoir ceux de Bourges et de Sen-. en I5Î3 : de Bor- 
iux. en I585; de Cambrai, en 1 586; de Haïmes, en l< 
bonne, en I 

Ils oe peuvent faire loi dans le royaume sans Pautorité do rai, 
n plus que les bulles des papes Pie IV, I MM et 

paire W, qui n'y ont point et 
! n cite Home 

II 



314 APPENDICE. 

Zerola ; on allègue une ordonnance de Philippe II, roi d'Espagne, 
et les sentiments particuliers des docteurs ultramontains ; on j 
mêle un jurisconsulte françois entièrement dévoué au clergé. 

Que peut tout celn, en France, contre la disposition précise de 
l'ordonnance de Blois et de la déclaration de Sa Majesté de 169G? 
On se sert des cahiers du clergé présentés au roi Charles IX el 
autorisés, dit-on, par lettres patentes en 1574. 

Mais, depuis, ce même clergé a décidé en faveur des supérieurs 
dans rassemblée de Melun en 1579 ; et le roi Henri III, dans l'édil 
des États de Blois, a dérogé expressément à tout ce qui y étoil 
contraire. 

On allègue les assemblées du clergé des années 1625, 1645. Mais, 
outre qu'il n'est pas juste que MM. les évêques soient juges en leui 
propre cause, où ils sont déclarés parties, les actes de ces assem- 
blées n'ont point été autorisés par nos rois. 

On parle de l'ordonnance de 1629, sans considérer que, n'ayant 
été ni vérifiée, ni publiée, ni exécutée, elle demeure comme si elle 
n'avoit jamais été rendue, et, d'ailleurs, elle renvoie, article 4, 
celle de Blois. 

On avance nommément deux arrêts : l'un, du 26 août 1653, 
contre les religieuses de Sainte-Claire, du Puy ; l'autre, du 16 sep- 
tembre 1670, en faveur de M. l'évêque de Sisteron ; et en termes 
vagues et généraux plusieurs autres arrêts, lesquels , n'étant point 
au cas de la question, sont entièrement détruits et renversés par 
ceux rapportés tant par madame de Fontevrault que par M. l'abbé 
de Cîteaux en cette instance. 

Enfin, MM. les évêques n'ayant aucune bonne raison pour sou- 
tenir leur demande , ayant été forcés de convenir eux-mêmes que 
c'étoit une innovation , ils voudi oient se prévaloir «à présent de ce 
qui se pratique en Italie, où la plupart des religieuses, et même 
celles de l'Ordre de Cîteaux, sont soumises à la juridiction épiscopale, 
M. 1 abbé de Cîteaux a si bien fait voir par son dernier Mémoire 
l'abus de cet usage, en rapportant la lettre de M. Paul de Foix, ar- 
chevêque de Toulouse et ambassadeur de France à Borne, près le 
pape Grégoire XIII, en 1582, qu'il seroit difficile de rien dire de 
plus fort, ni qui condamne mieux la nouvelle entreprise de MM. les 
évêques que cette lettre écrite par un archevêque il y a six-vingts 
ans. Ainsi, quel que puisse être cet usage des monastères de filles 
en Italie , il ne sauroit jamais rien changer, ni être tiré à couse- 



i;i POU SI m \ i vieil s 
■Me pour celui de France, qui n vnj» rnii.T pfm |, 

■tiers, parce qu'en un moi il est devenu de droit ooamva ■« 

isage.ei par les États de Bl 

Kt. partant, ce que peuvent faire ru ém monas- 

ks particuliers de Carraélil pu< inei pool Pesantes dei 

■ces ne peut porter aucun préjudice à la loi et | 1.1 

m constante et immémoriale des antres privilégiés qui 
vent «-n corps <l'nrJi t >s et «le congrégations -uns i,, y U ,\,. tion de 
i Majesté. 

ians l'endroit ou MM. les évèquea cotrriennent que les d 
i concile de Trente pour la discipline et les bulles d 
nt pas reçues en France, ils l'ont reproche un réguliers 'in peu 
[déférence qu'ils ont aux ordres du Saint-Siège, auquel ils tel 
■ profession particulière d'obéir. 

lais, \oudroit-on conseiller aux réguliers de ne pas attifl 
is du royaume et de se soustraire à l'autorité légitime de DOS rais 
ww ce qui regarde la discipline? 
MM. les évoques voudroient-ils euxnriêmes jouir du droit contesto 

lition que le leur donneraient la constitution l'enailoso 

I concile de Trente, s'ils s'entendoient comme ils le préten- 
nt, c'esl-;\-dire donner les permissions de sortir aux religieuse 9 
■nples, connue délégués du Saint-Siège, et l'exprimer dans 1rs 
■éditions qu'ils en délivreraient. 

Ils disent encore au même endroit que les réguliers n'ont mono 
■ reçu et approuvé dans le royaume pour les cas dont il 
i-it. El en ;i-t-on besoin, puisque c'est le droit commun de l'État, 
pane on Ta justifié? 

II ne rote plus qu'à faire voir le peu de fondement qu'il y a dans 

lition de MM. les évêques par la conduite qu'ils ont tenue 
•m se l'approprier, 
l'abord, sans faire aucune distinction des réguliers exempt 

non d'avec les autres, ils présupposoient avoir une jmi- 

elion absolu-' BOT tous. Ensuite, il- B'étoieul léduits. connu-' 

. d'Apt et quelques autres, à quatre ou cinq eheft de diacipKM 

nrieure, en quoi ayant succombé p nthentimm 

It des cours que du conseil, Us sont encore renne par diminution 

ont réduit toutes leurs demandes au seul droit feCOnoottreaVfi 

rtir des religieuse* ti de Cexamen de* n !i M'internent 

■b les supérieui - légitimes. 



."10 APPENDICE. 

On a fait voir les grands et fâcheux inconvénients qui arrive- 
roient si la prétention de MM. les évèques a voit lieu. C'est pourquoi, 
ne pouvant plus la soutenir , ils ont abandonné Yexamen des no- 
vices; de sorte qu'ils ne se retranchent plus présentement qu'à 
connoître de la sortie des religieuses, en quoi ils n'ont pas plus de 
droit qu'en tous les autres articles dont ils se sont départis. 

Une conduite si incertaine et si remplie de vicissitudes fait con- 
noître le peu de solidité qu'il y a dans la demande de MM. les évo- 
ques. Ils ont allégué en l'air diverses autorités qu'ils n'ont ni pesées 
ni approfondies. Les réguliers se servent des mêmes titres en leur 
donnant l'attention et l'explication naturelle qu'ils doivent avoir et 
qu'ils ont eue en effet par une possession non interrompue des 
réguliers exempts qui sont en congrégation. 

C'est par toutes ces considérations que madame de Fonlevrault, 
implorant la protection et la justice du roi, a sujet d'espérer que, 
par un arrêt de son conseil, il plaira à Sa Majesté de vouloir faire 
finir pour une bonne fois une prétention qui jusqu'ici n'a eu aucun 
fondement, et qui ne va qu'à troubler la paix, la discipline des 
cloîtres et le repos des consciences. 

M. Daguesseau, rapporteur. 

MM. DE i'OMEKEU, 

de La Reynie, ) commissaires. 
de Ribeyre. 



Piôco II tll. 



Pétons r poub Madame l'a bbesse de Fohtbvraclt ai podveao rfi 

|»l MM, il- KVÉQUES, TOCCHAH1 LES SORTIES DU RFI.IGII i M s ' . 

[MB] 

MM. les évêques attaquoient d'abord avec beaucoup de ri 
Les raisons des privilégiés les ont ralentis, ea Mltt que, même 
ivant le jugement, on les voit se restreindre peu I peu. 

Ils ont tout d'un coup abandonné l'examen des novices, en reli- 
ant le mémoire qu'ils avoient fourni. 

Ils vouloient donner de leur chef les permissions de sortir: à 
■pure qu'il est, ils se réduisent à concourir seulement avec lea 
.upérieurs légitimes réguliers. 
pi ne s; (u it donc plus que de combattre ce reste de prétention. 

M. l'abbé général deCiteaux vient de le faire. 

Madame de FontevrauM emploie ses mémoires en ce qu'ils peu- 
ent servir à la cause commune; elle ajoutera seulement i pol q i j 
-éllexions et répondra à ce qui lui est objecté en ptrticola 

MM. I.- é\é(jues rappellent la discipline très-ancienne: mais il> 
lonviennent qu'il n'est question que de celle des 'I !••-. 

uivant laquelle les supérieurs réguliers sonl charg liera 

e qu'aucune religieuse ne sorte de la clôture sans < time; 

iais ils veulent y ajouter l'inspection et l'examen de l'évoque des 
eux, comme il disent qu'il se pratique en Italie. 

Pour donner couleur u celte entreprise, ilsa 
Mkieuzdu droit commun. 

* Arch. <!<- lF.inpire. Moniivim/s ccchsiattiqhex. VIII. Courrnl» de f.mmet. 
irt.,n I . 1,019. 



318 APPENDICE. 

Il n'est pas aisé de démêler de quel droit commun favorable pour 
eux MM. les évêques entendent parler, puisque, dans le cas des 
sorties des religieuses, celui de France leur est présentement con- 
traire. Il est fondé, comme on Ta justifié, sur les édits de Blois qui 
ont suivi l'intelligence naturelle des saints décrets et constitutions 
canoniques qui sont à cet égard la décrétale Periculoso, et les con- 
ciles de Bâle et de Trente, dont les dispositions sont conformes à 
l'usage ancien du royaume. 

Celui d'Italie, que MM. les évêques font beaucoup valoir, est moins 
le droit commun qu'une nouveauté établie sur la seule autorité des 
bulles données depuis ce dernier concile. 

Cela est si vrai que MM. les évêques, ne trouvant pas leur avan- 
tage dans cette même constitution Periculoso , ni dans le concile 
de Trente, insistent sur ces nouvelles bulles (surtout celle de 
Pie V, en 1570), quoiqu'ils demeurent d'accord qu'elles ne sont 
pas reçues en France. 

On n'a dû ni voulu les recevoir, suivant les véritables règles des 
libertés, puisqu'elles ont fait aux saints décrets des additions pré- 
judiciables au bon gouvernement des Ordres réguliers établis en 
France, et qu'elles sont contraires aux ordonnances de nos rois et 
à l'usage de l'État ancien et constant, dont on ne trouve point 
que les privilégiés aient mal usé. 

Tout l'effort de MM. les évêques tend néanmoins à introduire la 
discipline de ces bulles. Il est étonnant qu'ils avancent que leur 
prétention n'intéresse en rien les libertés de l'Église gallicane. 

lis allèguent en second lieu le prétexte d'une plus grande exac- 
titude dans la discipline extérieure et du bon ordre des diocèses. 

Peuvent-ils apporter, pour les sorties dans l'Ordre de Fontevrault,. 
une plus grande exactitude que celle qu'on y pratique et que ma- 
dame l'abbesse a expliquée au long dans son premier mémoire? 
En quoi leur concours à cet égard peut-il contribuer au bon ordre 
des diocèses ? 

Une religieuse, il est vrai, peut ne se pas bien conduire hors de 
son cloître ; mais pour opérer le bien qu'on se propose, il faudroit 
que le concours de MM. les évêques fût un préservatif à ce malheur 
ou un remède. 

Ce n'est pas un préservatif, puisqu'ils ne peuvent se flatter qu'on 
n'abusera pas de leurs permissions, aussi bien que de celles des 
supérieurs réguliers. 



KHCORB LBS SORTUS DIS l:i l lui i 

ne peut être un remède, puisque, le cas in hrtJit, MM 
[pies conviennent qu'ils n'ont dm droit d 
ihMit «Tawrlir l« l s supr-riours, qui >onl tênOtd 
i\ mois. 
Jw. ils ont ce menu* droit «l'avril is>«'itniit . ^;m> <l<>m 
mission de sortir; elle es! donc absolument inutile au i 
des (lioeès 

MM. les évêques font une distinction entre 
et extérieure des monastères, et disent que < ap- 

partient. 

tte «list metion est bien subtile; in;»i> quand on l'admettrait, 
il ne s'en suivrait pas qu'on «lût demeura 
■ence; car comment MM. K^ éTèques justifient-ils que la police 
Jpérieure leur appartient dans les monastères en « i 

incile de Trente, aux chapitres xix et \\ d«' la — bnXXV, 
qui confirme absolamenl et Bam restriction les privilèges de ces 
sortes de monastères, ne dit rien de la frivole distinction de la po- 
lice intérieure el extérieure. Jusqu'à ce qu'on voie sur cela un 
positif cl autorisé, on ne croit pas devoir y défié 
MM les cirques contredisent légèrement les / luitet par 

madame de Fontevrault et prétendent qu'elles ne font ri» n a lu 
contestation présente. 

entrer dans le détail, on ose soutenir qu'elles prouvent di- 
rectement ce- qu'on a prétendu, savoir : que l'Ordre esl ap| i 
dans l'Église et dans l'État; qu'il est exempt de la jui 

M. les évêques; qu'il est en congrégation ; qu'il a joui el dû jouir 
de ses privilèges dont le sujet de la contestation fait partie, el que 
par conséquent , aux termes des canons et de atien 

1696, il doit être maintenu dans sa possession. 

Huant à l'arrêt de 1672 contre M. l'évêq le Saint-îkmr, 

précisément dans Pespèce. Il est ren lu sur pièces produites ; il 
lignifié, ot M. de Saint-Flour y a acquiescé. 

MM. les évêques opposent deux arrêts, l'un uni de 

Toulouse, en 1634, pour M. Vévêque de Comm H les 

eligieuses de Saint-Laurent, Ordre de 

conseil prix -'. en !» 35, au sujet du premier entre / par- 

madame ïabbesse de Fontevrault, chef de l'Ordre. 
H. les évêques recueillent dam les mémoires du clerg» 
peut leur être avantageux. S'ils Pav nt Gril avec exactitude pour 






.120 APPENDICE. 

les arrêts dont il est question, et qu'ils en eussent mis l'origine et 
le succès, on doute qu'ils les y eussent insérés ; tout au moins ils 
ne les auroient pas allégués dans l'affaire présente, puisqu'elle fut 
alors jugée à leur désavantage. 

Voici l'histoire de ce procès, fidèlement extraite des pièces qu'on 
en a conservées. 

M. l'évêque de Comminges (Barthélemi de Donadieu de Griet), 
ayant eu quelque mécontentement contre les dames religieuses de 
Saint-Laurent, Ordre de Fontevrault, situé dans son diocèse, au 
sujet de certain patronage, leur envoya signifier, le 5 mars 1 631 , 
que, le 10, il iroit faire sa visite chez elles. Elles répondirent au 
dos qu'elles en étoient exemptes, et firent leurs protestations. 

Nonobstant, le jour marqué, M. l'évêque se transporta, et, après 
des monitions auxquelles on ne déféra pas, il fit rompre la porte 
par des gens amenés exprès, entra dans le couvent, et fit telle vi- 
site et procès-verbal que bon lui sembla. 

Peu après, il envoya signifier une ordonnance du '20 du même 
mois, par laquelle, sinon comme ordinaire, du moins comme dé- 
légué du Saint-Siège (ce sont ses termes), il fait, entre autres choses, 
défenses très-expresses et sous peine d'excommunication aux reli- 
gieuses de sortir de leur cloître sans sa permission écrite, si ce 
n'est en cas de nécessité urgente et qu'elles n'eussent pas assez de 
temps pour l'envoyer demander. Les autres articles de cette ordon- 
nance concernent principalement des réparations à la clôture et à 
l'église paroissiale du même lieu. 

Cependant les religieuses donnèrent avis de cette entreprise à 
madame Louise de Bourbon-Lavedan, lors abbesse de Fontevrault, 
laquelle appela comme d'abus au Grand Conseil où l'Ordre a toutes 
ses causes commises, et y fit assigner M. l'évêque de Comminges, 
qui, de son côté, se pourvut au parlement de Toulouse, sous le nom 
du procureur général, et se fit décharger de l'assignation au Grand 
Conseil. 

Chacune des parties procédoit en différent tribunal et obtenoit à 
ses fins, en sorte que M. l'évêque de Comminges fit saisir le tem- 
porel de Saint-Laurent et vendre des bestiaux pour paiement des 
frais. Il fit aussi prononcer au prône d'une grand'messe, au son 
des cloches et extinction des cierges, une excommunication contre 
les domestiques et autres gens qui ser voient les religieuses, quel- 
ques-uns desquels, étant présents, furent chassés de l'église; ils 



i m ORI i i - SOB1 n H l'i - i.i I [011 i I ; 

lurent tous si intimidés que lei 
abandonnées; mais enfin la terreur te dissipa. 

Pour terminer ce conflil . madame de nll présenta 

Rauète au roi el obtint arrêl du i on» i ! privé , 'lu "J l m. m 
■sr \ assigner M. l'évèque de < <<niniin_:< - Sur quoi inl 
autre arrèl contradictoire du 20 avril 1654, par lequel le n 
Hi à soi tous les différends d'entre les pari dn.it. 

sans s'arrêter aux arrêta du parlement di u itatati 

dudit évcVjuo de Commmges et viette par lui faite au mot 
Saint-Laurent, sinon en ce qui regarde 1;» clôture, maintint et . 
ladite abbesse de Fontevrault en tous ses privilèges el exemptions, 
supériorités el droits de visite sur ledit monastère et autres pi i< 
et maisons dépendantes tic son abbaye , et on son • 
raie an Grand Conseil pour tons les procès «le sadite abbaye • 
tout l'Ordre . ordonna la restitution des sommes exigées pov 
et mainlevée des saisies, sans dépens. 

<.. - mots, sinon en ce (jui regarde la clôture, causèrent un nou- 
veau pi 

Ils avoient été laissés, parce que l'ordonnance de M. l'évéque y 
marquoit des défauts. 11 prétendit qu'il lui appartonoit d'\ donner 
ordre, et pour cela il fit une nouvelle ordonnance, sa date du 
5 juillet 1054, où il se reslreignoit aux réparations de la clôture et 
le lï'Ji> t ' paroi-nale , reconnoissant qu'il étoit déchu des autres 
irticlesde sa première ordonnance, et, par conséquent, do donner 
es permissions de sortir aux religieuses, et enjoignit, SOUfl peine 
excommunication, de faire travailler incessamment à ce> n pi 
étions. 

Il eut recours, comme auparavant, au parlement de Toulon 
I.' nom du procureur général, il obtint encore tout ce qu'il 
lemandoit. Il lit saisir le temporel des religieuses, et 

litres, en quoi consistoit leur revenu, il établit 24 ou 38 cam- 
es pour grossir les procédures. 

Madame de Fontevrault, de son côté, prétendit que , étant u.aiii- 
enue dans t. -us ses droits et privilèges, il lui 
tient de pourvoir aux défauts de la clôture, s'i 
ela comme d'abus, l'our enter le conflit dé la prea 
ion, elle se pourvut directemenl au roi pour obtenir la eaai 

BOUVeaUl arrêts du parlement de Toulon 
irand Conseil, .-n vertu de son évocati-.i • u laque* 



522 APPENDICE. 

étoit aussi maintenue. Sur quoi elle oblint, le 28 septembre 1054, 
que M. Tévêque de Comminges seroit assigné au conseil privé, et, 
ce pendant, mainlevée des saisies. 

Madame de Fontevrault produisit des procès-verbaux de ses 
vicaires, visiteurs naturels et uniques des prieurés de son Ordre, 
par lesquels il paroît que la clôture étoit en élat de régularité. 

Voilà la contestation sur laquelle fut rendue, comme disent 
MM. les évêqucs , l'arrêt du conseil privé du 27 août 1655, par 
lequel Sa Majesté, sur l'appel comme d'abus, met les parties hors 
de cour, sauf à se pourvoir devant le métropolitain. 

Cet arrêt ni toute cette procédure n'ont eu aucune suite. On n'a 
point été devant le métropolitain. On n'a point exécuté l'ordon- 
nance de M. Tévêque. Les choses sont demeurées comme elles 
étoient auparavant ; c'est un fait constant et qu'on est en état de 
prouver. Ainsi , à cet égard, tout cela doit être regardé comme 
chose non avenue. 

On peut faire trois réflexions sur cette affaire : 

La première, que, par l'arrêt du 20 avril 1654 , M. l'évêque de 
Comminges est débouté de sa prétention de donner ses permissions 
de sortir aux religieuses de Saint-Laurent ; 

La seconde, que les arrêts du parlement de Toulouse du 15 juil- 
let 1654 et du conseil privé du 27 août 1635 ne sont point dans 
l'espèce, puisqu'il ne s'agissoit plus que des réparations de la 
clôture ; 

La troisième réflexion est l'exemple bien naturel du trouble 
qu'apportent chez les privilégiés les entreprises de MM. les évoques, 
sous prétexte de meilleur règlement et du zèle de leur dignité. 
Quatre ans et demi de procès ! Combien de désordres et de scan- 
dales publics et particuliers ! Combien de mouvements, de courses, 
de voyages, de dépenses excessives ! Quel usage des excommuni- 
cations ! A quel mépris les expose-t-on! Pendant tout cela, quelle 
atteinte à la charité de part et d'autre ! Quelle distraction des de- 
voirs essentiels! Et, enfin, qu'en arrive-t-il? — Le prieuré de 
Saint-Laurent reste comme il étoit sous le gouvernement de ses 
supérieures, paisible et bien réglé, pourvu que le diocésain ne 
veuille point s'en mêler. 

On objecte un troisième arrêt rendu par défaut, en 1697, au 
parlement de Paris, au profit de M. V archevêque de Reims, contre 
madame de Fontevrault. 



I RCORE l l's SORTI] s DSI i;i l n.iu - H3 

Madame de Pontevraull eul iloi 
rer à un autre lempa à foin 

présente maintenant, i-t fil.- m profil 

On sait, en fait de procédure, ce que c'est qu'un arrél 
g demandeur obtient ce qu'il lui plaît, pour peu que si 4nmtmh 
soit colorée; mais aussi . pourvu que les choses soient 
hbs, le défaillant esl toujours reçu à contester en retondant su 
ppens. 

D'ailleurs cel arrèl esl défectueux en ce qu'il dil qu'il v .1 abtt 
■pu la permissioa accordée par madame de Fontevranil à une refi- 
le sa dépendance. Or, de l'aveu de MM. Ie> 
supérieurs réguliers oui droit de donner ces permissions. 

Kt il est constant, ainsi que M. l'archevéqu.' de Reims n', 
ruit disconvenir, que depuis ce défaut il n'a fait aucun exen 
prétendu pouvoir à lui attribué par cet arrêt. 

On infère de eet arrêt une ta deelaration de 1090 ne tOHCkê 
point à Varlide XIX de l'edit de 1695, parce que le parlement de 
Paris l'u ainsi juge. 

In arrêt par défaut n'est pas un témoignage bien certain des 
véritables sentiments d'un tribunal qui n'a pas entendu les l 
de l'adversaire. Mais quand cela seroit, il est aisé de détruire 
l'induction par la comparaison des arrêts du parlement de h.- 
veiuv et du conseil d'État obtenus par M. l'abbé de (liteaux contre 
>i. révéque d'Api. 

En 1697, le parlement de Paris, par un arrêt par défaut, a ju-é 
Be la déclaration de 1090 ne touche point à l'article \l\ de I .lit 

Kn 1699, le parlement de Provence, par arrêt contradictoire 

sol. 'nui -l, après huit audiences de plaidoirie, a jugé leconti 

Opposant arrêt à arrêt , celui de Provence a plus de poids 
sans doute. 

Mais, en 1701, le roi, en son conseil d'i'tat. inlerpréîe nahu.l. le 
ses intentions, confirme l'arrêt de Provei < 

Que veut-on davan! 

MM. lei évêques r, pondent seulement à UMU les inccm* 
qui suivent de leur prétention qu'il* ne teraieni mu phu gramlt 
Italie. 

On avoit remarqué que le pouvoir A mandé par MM. Ii 
loin de contribuer au bon ordre, doit le troul 



32i APPENDICE. 

Le premier mémoire de madame de Fontevrault sur cela est d'au- 
tant plus pressant qu'il se trouve vrai; ainsi on évile d'y répondre 
précisément. Mais quoi? parce qu'il n'y auroit pas plus d'inconvé- 
nients qu'une chose fût observée en un pays qu'en un autre, il 
faut l'y établir au préjudice du trouble que peut apporter le chan- 
gement? C'est ouvrir la porte aux nouveautés. 

Onpourroit donc dire : « Il n'y aura pas plus d'inconvénients en 
France qu'en Italie de se soumettre au libre exercice de la pléni- 
tude de puissance de Notre Saint-Père le Pape, de recevoir les 
bulles, motu proprio ; "en un mot, de ne plus parler de libertés de 
l'Église gallicane. » On doute qu'une telle proposition fût goûtée. 

Au reste, cet usage a pu être introduit en Italie pour des raisons 
qui n'ont pas lieu en France. Les mœurs sont différentes. Les Ordres 
ont des règles et un gouvernement qui peuvent y répugner beau- 
coup moins. En tout cas, ils sont proches du souverain pontife, à 
qui l'on peut s'adresser directement pour des dispenses; au lieu 
qu'en France, où ce recours est interdit, il faudra nécessairement 
avoir des procès devant le métropolitain et le primat, juges d'au- 
tant moins favorables qu'étant archevêques ils auront le même inté- 
rêt que les prélats contre lesquels on se sera pourvu. 

Il faut espérer qu'on ne s'y verra pas réduit. Le roi, sans doute, 
n'a pas eu intention de ne donner aux privilégiés qu'une simple 
apparence de paix et de ne leur faire grâce qu'à demi par la décla- 
ration de 169G. Et, dans cette confiance, si madame de Fontevrault 
doute d'une si bonne cause, c'est parce qu'il faut absolument douter 
de toutes. 

M. Daguesseau, rapporteur. 

MM. DE POMEREU, I 

de La Reynie, ) commissaires* 

DE RlBEYRE, I 



I»ièo<» n- VIII 



Lettre circulaire de sœur Louise-Frakçoise de Rot.iieciioi;art , AB- 

DE I"MIVi;aII.i, A L'OCCASION DE LA MORT DE MADAME MaRIE- 

Madii.eine [Garrielle] de Rochecuouart de Mortenart, 

CEEF ET GÉNÉRALE DE CETTE ABBAYE ET DE TOUT lOrDRE 1 . 



FoMevrault, 15 scplembre 1704. 

Nos révérendes mères c-t chères sœurs, 

Nous sommes donc réduites à vous annoncer que Dieu a retiré de 
« moud** madame Marie-Madeleine-Gabrielle <lr Rochechouaii de 
lortemart, abbesse, chef et générale de cette abbaye et de tout 
l'Ordre. 

Nous ne doutons point que vous ne soyez pénétrées d'une dou- 
■r semblable à la nôtre : vous éprouviez connu.' nous lVli.t an- 
nuel de ses bontés; vous consultiez sa sagess< 

s dans tous vos besoins et dans toutes vos peu* 
avez plus rien à attendre que le récit de sa mort. Nous n'avons 
us d'autre consolation à espérer que de nous entretenir IV* 
1 sujet de notre douleur commune. Représentons-nom 
ut ce que nous avons aimé, tout ce qui- nous IVOM admii- 
tic abbesse incomparable. Observons la conduite de Dieu mr < ll<\ 
?puis son enfance jusqu'au moment où il a voulu h 

1 Iîiï.I. imp., n. 27, L. 11,892. imprimtt. -- Gatti lettre circulaire Ml 
à l'abbé Cenest, uni <i«- madame «if Honleapan, mmbbI 

\k h. de rBmpIre. Couvents <tr fnnmrt, L 1019.) 
M l'abbé Genest, bien des pai liculai iU i | iqo i 

ive sur la Duchesse du Maine. [Oiuarrtes </« /W<. t. III. 

! I 



526 APPENDICE. 

lui; les grandes lumières qu'il lui avoit données, les dons précieux 
dont il l'avoit enrichie, les grâces singulières qu'il lui a faites. Exa- 
minons les circonstances dune vie généralement approuvée, maie 
encore plus dignement couronnée par une sainte mort. Tirons-er 
pour nous-mêmes de salutaires instructions. Par tant de motifs que 
nous avons de chérir et de bénir sa mémoire, animons-nous à sui- 
vre les règlements et les exemples qu'elle nous a laissés. 

Elle étoit fdle de très-haut et très-puissant seigneur, messin 
Gabriel de Rochechouart , duc de Mortemart , pair de France, pre- 
mier gentilhomme de la chambre des rois Louis XIII et Louis XIV, 
chevalier des ordres du roi, gouverneur de Paris, et de ma- 
dame Diane de Grandseigne, son épouse. Elle naquit la dernière de 
leurs enfants, au pavillon des Tuileries, en 1645. 

Si elle est née ainsi au milieu de la grandeur et de la magnifi- 
cence, il semble que, par un heureux correctif, elle fut aussitôt 
confiée à la grâce et à la sainteté. Par un choix digne d'être remar- 
qué comme le présage d'une céleste vocation , son parrain fut 
M. Charpentier, ce saint homme, instituteur des prêtres du mon! 
Valérien , et sa marraine fut mademoiselle Legras , cette sainte 
veuve , qui a institué les sœurs de charité. 

Elle eut tous les avantages extérieurs ; mais ils n'égaloient point 
les qualités de son âme. Dès l'âge de six ou sept ans, elle montroit 
tant d'esprit, de raison et de modestie , qu'elle étoit le sujet d'une 
admiration perpétuelle : surtout, elle avoit un esprit de douceur et 
d'équilé qui éloit fait pour gagner et pour concilier tous les cœurs. 
Heureux don du ciel, qui se découvroit à tous moments! Elle ne 
pouvoit souffrir ni haine, ni colère, m dissension entre les per- 
sonnes avec qui elle vivoit ; elle s'employoit avec une bonté naïve, 
mais avec une aimable discrétion à dissiper tout ce qui lui parois- 
soit blesser la concorde et la justice. 

Il n'y a rien de plus noble que sa première éducation ; feu Mon- 
sieur, duc d'Orléans, frère unique du roi, étoit élevé dans un appar- 
tement prochain, et ils étoient souvent ensemble : mais quand elle 
eut alteint l'âge de dix ou onze ans, on jugea que, pour achever de 
cultiver tous ses talents merveilleux avec moins d'obstacle et de 
distraction, mademoiselle de Mortemart (on l'appeloit ainsi) seroit 
mieux dans un couvent que dans le tumulte de la cour. 

Il ne faut point le dissimuler, nos révérendes mères et chères 
sœurs, Dieu ne manifestoit pas encore ce qu'il avoit préparé pour! 



fil il HORl Dl i LBBI888 m. i OU M.vnwiLT. 327 

. s, ut qu'il fallût attendre que u niaiM fût plus aiw 

ame il arrive isseï souvent] qti 01 - qui iVimmn- 

•ut lui eussent Inspiré p le couvert la peur qu'elles en 

•Mit elles-mêmes, mademoiselle de Mortemaii montra quViir y 
t une répugnance extrême. Il fallut beaucoup déménagements 
nême d'artifices pour la conduire el pour la résoudre <i 

l'Abbaye-aux-Hois. Madame d« Lannev, en étoil al. bosse; 
|MBe de Chaulues, i présent ahbesse de Poissy, étoil matti 
pensionnaires, dame extrêmement estimée dans cette ch 
une grande habileté el par une application exacte ; mais la 
faute d'une personne si raisonnable et si accomplie ne lui donna 

Bè peint 1 . 

idemoiselle de Mortemart s'accoutuma bientôt dans un Heu où 
se vit particuli^remenl aimée; son esprit, sa douceur, sa pin 
:e la firent «l'abord distinguer, en sorte qu'elle lut admise 
ni les grandes pensionnaires. On faisoit un tel cas de sa rai- 
qu'on lui parloit souvent d'affaires fort au-dessus de son 
disoit des choses si justes et si judicieuses , que madame Pab- 
besse s'en récrioit, et disoit en bien des rencontres : Consultons 
ma fille de Mortemart : elle est si équitable! 

11. le duc de Mortemart , son père, qui avoit beaucoup d'esprit, 
t'alloit voir souvent par goût; il avoit de longs entretiens avec elle, 
3t lui témoigna dès lors une tendresse pleine d'estime et de con- 
fiance qu'il a conservée tant qu'il a vécu. 

Comme on remarquoit en elle un esprit tout à fait porté aux 

«Iles-lettres ri aux sciences, on lui donna toutes sortes demaide- 

Ht ses études. Elle prêvenoit leurs leyou> avec une ardeur cl une 

nlelligenee surprenantes. Ce n'étoit point ce qu'on appelle trop 

ut esprit dans les enfants, qui n'est souvent qu'un.- bar- 

i parler ou une facilité de mémoire ; le sien étoit véritable- 

nent beau et solide; le jugement et la pénétration s'y joignoient 

ment et la délicatesse; et il falloit que toutes ces qua- 

Hés admirables fussent <-n elle dans un haul degré, pui-qu- 

1e ot sa modestie ne parent les empêcher (TécUter. 

éclat ne fut pas renfermé dans le mona m qui la 

ouvernoient voulurent apparemment s'en faire honneur, ou \«>u- 

uviit peut-être donner à ces précieux talents l'occasion d< 

îclionner par le commerce de tout ce qu'il j avoil de plus estimé 

•:it et pour les lettres <m sut qu'elle parloit -t qu'elle 



528 APPENDICE. 

écrivent non-seulement l'italien et l'espagnol, mais encore le latin. 
Elle attiroit à l'Abbaye-aux-Bois les personnes de la plus grande 
réputation; les plus savants et les plus habiles cherchoient avec 
empressement à lui rendre visite. Parmi les étrangers illustres et 
curieux, ceux qui ne savoient pas encore assez notre langue avoientj 
avec elle des conversations en latin, et ne manquoient pas , aprèsi 
l'avoir vue, de publier dans les pays éloignés que cette jeune per- 
sonne étoit une des plus grandes merveilles de la France et de 
notre siècle. 

Il arriva même que dans l'intervalle où madame sa mère l'avoit 
étirée du couvent pour l'engager à demeurer dans le monde elle la 
mena chez la reine mère. Quelqu'un vint à dire que mademoi- 
selle de Mortemart savoit fort bien le latin ; M. Vallot, alors pre- 
mier médecin, qui avoit la réputation de le parler parfaitement, se 
trouva présent ; la reine voulut qu'il s'entretînt en cette langue 
avec mademoiselle de Mortemart. Elle répondit avec beaucoup de 
savoir et de présence d'esprit : le roi survint et fit continuer la 
conversation : l'antichambre, les appartements retentirent de ce 
qui se passoit ; on accourut en foule dans la chambre de la reine; 
ce fut un spectacle, et mademoiselle de Mortemart fut extrême- 
ment louée. Madame sa mère, en la ramenant chez elle , lui dit : 
« Eh bien ! que pensez-vous de ce qui vient de se passer 
— Mon Dieu ! répondit-elle , que le monde se laisse éblouir dt 
peu de chose ! » 

Ce fait , queleme peu important qu'il parût à une personne 
modeste, ne laissa pas d'être une de ces préparations secrètes elonl 
la Providence se sert pour conduire tout h ses fins. Le roi reçut 
par là des impressions favorables pour un mérite qu'il devoit éle- 
ver à une place où la science, bien loin d'être un simple ornement 
de l'esprit , devient une qualité tout à fait nécessaire à cause de h 
singularité du gouvernement. 

Cette sainte Providence agissoit en même temps sur le cœur de 
mademoiselle de Mortemart. Dieu travailloit à sanctifier les don- 
qu'il lui avoit faits. Ce fut peut-être le goût eju'elle prit à tant dt 
belles connoissances qui la détacha des occupations et des amuse- 
ments vulgaires et frivoles. Celle élévation d'esprit la porta plus 
directement vers le ciel : elle crut mieux posséder son àme dan 
le repos et le calme de la retraite. 

Admirez-le , nos révérendes mères et chères sœurs ; Taversior 



vu: r.r M0R1 ni: L'ABB1381 M m\ fjgy [; \ i | r, 329 

■u'ellc fut d'abord pour entrer dans un mon 1 1 n 

une forme résolution d'j passer toute d*ou- 

rien pour la retenir dans le monde. Celle pieuse mère , <|iu 
vouloil avoir la consolation d'y vivre avec elle dans la pratique 
verlus, employa la douceur, les prières, les pn.nir 

. lui proposa des mariages, lui offrit de ion 

. innis mademoiselle de Mortemart persévéra d ota- 

tion. Elle rentra dans l'.\bbaye-aux-l!oi> SOUS prétexte dfl 
éprouver encore. Là elle souffrit de nouvelles attaques ; une infi- 
nité de personnel considérables dans le monde et dans I l lise h 
lolliciloient sans cesse de se conformer aux volontés de madan* 
m iv : mais elle ne pouvoit plus écouter d'autre voix que celle de 
Dieu qui l'appeloit. 

Elle prit i" habit (19 février 1004) dans l'Abbaye-aux-Bois, 
mains de deux pieuses reines, Anne et Thérèse d'Autriche; Mon- 
sieur y assista avec Madame et presque toute la cour. Elle reçut 
mille louanges et mille bénédictions; et nous pouvons dire que l'on 
n'a jamais quitté le monde avec tant de pompe et d'éclat, ni vè 
dans la retraite avec tant d'innocence et de simplicité. 

ferveur continua dans son noviciat; les verlus chrétiennes 
ictionnèrent tant d'excellentes qualités; son recueillement, son 
application aux saints exercices de la religion, sa charité ardente 
firent la joie et l'édification de toute la communauté. 

Le temps venu d'accomplir ce grand sacrifice, elle l'acheva comme 
elle l'avoit commencé. Elle prononça ses vœux (1 er man 1665) de 
la manière la plus édifiante, et qui touchoit d'autant plus que l'on 
conuoissoit également l'élévation de son esprit et la sincérité de 
son cœur. Elle avoil environ vingt ans et possédoit toutes les CQtt- 
noissances et les lumières qu'on poisse imaginer. Ainsi ce ne lut 
point l'entêtement ni la surprise d'une ferveur précipitée : il n'v 
eut jamais d'offrande plus volontaire ni plu> parfaite. 

Depuis cet irrévocable sacrifice, il sembla que ses perfections 

! s'auginent oient tous les jours; elle reçut dtsclarféi encore plnscatv 

1 formesà l'état qu'elle avoit embrassé : ion amour du vrai Si de la 

justice, sa droiture, sa candeur se fortifièrent 1 BDi plu> 

I profonde méditation des premières et seules néoi riuén; 

elle dirigea toutes ses éludes à l'usage de la religion; elle 00m- 

mença à cultiver la langue grecque, ce qu'elle a contin 

tevrault. loin- lire le Nouveau Testament en original, à quoieUene 



330 APPENDICE. 

manquoit aucun jour, elle prit même quelque teinture de la langue 
hébraïque. Les connoissances naturelles de Dieu , de l'âme el de 
toutes les choses spirituelles ne lui servirent que de degré pour 
aller aux vérités révélées et pour donner à sa foi de plus fermes 
fondements. Elle traitoit les matières les plus sublimes et les plus 
abstraites avec une netteté et un ordre qui montroient également! 
et la force de sa persuasion et la profondeur de sa connoissance. 

Elle fut extrêmement regrettée à l'Abbaye-aux-Bois, quand elle 
en partit pour aller à Poissy où elle accompagna madame deChaul- 
nes, nouvelle abbesse. Ce fut là qu'on lui vint annoncer sa nomi- 
nation à l'abbaye de Fontevrault (18 août 1670). Elle n'avoit que 
vingt-quatre ans ; mais le roi, qui la connoissoit dès l'enfance, et 
qui en avoit toujours ouï parler depuis avec de grandes distinctions 
pour la science et pour la vertu, crut ne pouvoir faire de choix 
plus convenable pour la première abbaye de son royaume, et elle 
eut le bonheur de justifier bientôt elle-même le sentiment de 
Sa Majesté contre ceux qui ne la connoissoient pas assez, et qui 
la trouvoient bien jeune pour un gouvernement si étendu et si la- 
borieux. 

Quand on sollicita ses bulles à Rome, sa jeunesse étonna le pape 
Clément X. 11 fit beaucoup de difficultés sur l'importance d'une si 
grande administration: mais pendant que cela s'agitoit dans le con- 
sistoire, il se trouva qu'un des principaux cardinaux présents, avant 
que d'être cardinal , avoit été en France avec le nonce, et dans ce 
temps-là, comme un de ces illustres étrangers dont nous avons 
parlé, frappé de ce qu'il entendoit dire de mademoiselle de Mor- 
temart, s'étoit empressé à la voir et lui avoit rendu plusieurs visi- 
tes où il l'avoit admirée : il fit un si digne éloge de son esprit, de sa 
sagesse et de son mérite extraordinaire, que le pape accorda la 
dispense d'âge avec tout l'agrément qu'on pouvoit souhaiter. 

Après sa nomination, elle retourna à l'Abbaye-aux-Bois, et dès 
que ses bulles furent arrivées, elle prit un matin , sans cérémonie, 
1 habit de notre saint Ordre, qui lui fut envoyé des Filles-Dieu. Elle 
fut conduite dans cette maison par madame de Guise 1 et mesdames 
les abbesses de Montmartre et de l'Abbaye-aux-Bois ; bénie (8 fé- 
vrier 1671) dans l'église des Filles-Dieu, en présence de la reine 

1 Elisabeth d'Orléans, duchasse d'Alençon, mariée à Louis-Joseph, duc de 
Guise. L'abbesse de Montmartre était une demoiselle de Guise. (Voir p. 20, 
note.) 



\ h i l HOIIT DIS L'ABBBSSI M. i \ i i.\u \\ i i 

■ France avoil alors perdu I ■ reine mèi «• . elle pai i de Parie, elle 
Irrive à Fontevraull le 19 mars 1071, joui i JaMon et le 

lumière reviiircnl dans noire désert. 
Il le faut avouer, nos révérende! mém et ebérea aorara, Fonlc- 

vrault. tout OCCUpé du mérite <le s;i défunte abbeeae, madame 

■urne-Baptiste de Bourbon, parmi Uni de mjeti de I 
■ait appréhendé de tomber sous un gouvernement ineéa 

ivux. 

Peut-être une secrète inquiétude sur des privilèges maintenus 
avec peine par tant de grandes princesses, smurs et Mlles di 
rois; peut-être aussi un mouvemeni d'indocilité d'obéir à une per- 
sonne si jeune empêchèrent d'abord noire communauté de sentir 
le bonheur qui lui arrivait* Mais qu'une heureuse expérience l'eut 
bientôt détrompée, qu'il fallut peu de temps à notre nouvelle ab- 
besse pour exciter un applaudissement universel! La beauté de 
son visage, l'air de sa personne, le son même de sa voix, tout dé- 
couvrent ses qualités intérieures; tout ne respiroit que douceur, 
modestie et dignité. L'épreuve soudaine que l'on lit de tant de 
bonté-, «le lumières et de vertus; ses paroles si sages et si tou- 
chantes lui assujettirent tous les cœurs ; et depuis son avènement 
jusqu'au jour de sa mort, elle n'a reçu que des témoignages de 
•ion, d'amour, de soumission et de tendresse. 
Elle lit peu de changements; elle eut de grands égards pour les 
volontés de madame Jeanne-Baptiste, et pour tout ce que celle 
grande abbeeae avait établi; elle entra dans le gouvernement avec 
une sage défiance d'elle-même, montrant moins de joie et de sa- 
tisfaction de se voir honorée par de si grands titres, qu'elle n'avait 
ainte du pesant fardeau que la Providence lui imposoit. 
Elle implora le secours du ciel avec ardeur et avec humilité, et 
il parut qu'elle en fut écoutée. On se ressouvient de l'extrême ut- 
Bai rai ion qu'elle causa dans les chapitres qui se tinrent aux pie- 
Quelle prudence: quelle dignité dans tout ce qu'elle ordonna! 
quelles précautions! quels adoucissements dans ton- uni 

quelles instructions convenablesà tous en général et k chacun en 
particulier! On n'oubliera jamais le discernement qu'elle lit parât* 

us la suite, en distribuant les charges et le- emplois, 
à éviter la jalousie des talent- et même la< ontrariété des hum. 

■le avoit la eoinniissaiiee de ' 



552 APPENDICE. 

vos maisons et de vos cœurs, comme si elle eût vieilli dans le gou 
vernemenl; tant elle avoit pris de soin pour s'instruire elle-même 
de tous ses devoirs ! Elle interrogeoit en secret les personnes que 
Ton estimoit les plus sages et les plus éclairées dans notre sainl 
Ordre. Les conseils qu'elle demandoit étoient des consultations 
dont elle se réservoit toujours la décision ; prenant différents avis 
et s'arrêtant aux meilleurs, sans paroître jamais gouvernée et sans 
l'être effectivement ; ce qui a toujours été un des plus utiles 
moyens de son administration. 

Elle s'y perfectionna ainsi de plus en plus. Il sembloit que la 
sagesse et l'éloquence lui fussent naturelles, parce que s'étant 
accoutumée par une profonde méditation et par une volonté con- 
stante à rejeter toutes les fausses idées, à pratiquer le bien que sa 
raison lui montroit si clairement, elle n'avoit plus de peine à accor- 
der ses pensées avec ses paroles, et ses paroles avec ses actions- 
Toujours la même sans s'égarer, ni se démentir, elle n'avoit qu'à 
exprimer ses simples sentiments; on y découvroit toujours, et la 
vérité qui persuade, et la bonté qui se fait aimer. 

De ces discours qu'elle faisoit dans nos chapitres, et qui sont 
proprement des sermons, il n'y en avoit aucun qui ne méritât d'être 
avoué par les plus doctes et les plus saints prélats. Elle ne s'y 
préparoit point autrement que par la lecture de l'Évangile du jour 
et par la prière; et quand elle sortoit de ces actions, elle rendoit 
grâce à Dieu de ce qu'il l'avoit assistée, et n'étoit nullement sen- 
sible ni même attentive aux louanges qu'on lui donnoit. 

Les discours qu'elle adressoit dans les assemblées générales de 
l'Ordre aux pères anciens, et à tous les religieux confesseurs, avoient 
une onction dont leurs cœurs étoient véritablement pénétrés. Elle 
leur parla un jour de la dignité du sacerdoce avec une force qui 
tenoit de l'inspiration. Ceux qui l'écoutoient en ces occasions se 
sentoient éclairés comme d'un rayon céleste qui passoit de son âme 
jusque sur son visage. Ils se représentoient Deborasous son palmier, 
jugeant et animant les enfants d'Israël, et leur disant : « Le Sei- 
gneur vous donne cet ordre; allez sur le Thabor. » 

Les discours qu'elle faisoit à la vêture des religieuses étoient 
l'objet de la curiosité publique. On se pressoit, on s'approchoit de 
la grille pour les entendre ; mais si elle s'en apercevoit, elle baissoit 
modestement la voix , afin de n'être entendue que de ceux à qui 
il étoit nécessaire qu'elle parlât, ne cherchant qu'à les édifier et à 



vu: i: r m ouï m: i:\p.nr.ssK ïh i ontkviiaiii.i 

uitter «l«' son devoir, et point «lu tout » s'attirer le vain applau- 
enl des spectateurs. 
Vous avei ces lettres circulaires qu'elle fout a écrites; toute 

|u'il est rt des personnes considérables de notre Ol 

quels traits et quels i toutdistinf pnl i»uu- 

aimable, tendre et instructif, vous a-t-elle marqué leur «épate, 
leurs emplois et leurs vertus! Que nous aurions besoin d'une pa- 
reille éloquence pour lui rendre ce devoir è eMonnéaie] ••! que 
nous sommes éloignée de pouvoir faire pour elle ce qu'elle i Gnil 
pour tant d'autres, dont elle a si dignement célébré la i le et la bmm I : 
avec quelle édification nous avons oui les exhortation! qu'elle 
faisoil aux mourantes! En mêlant sa compassion à leur» plnirj 
elle leur faisoil aimer leur propre douleur; elle BtvoH leur adoucir 
l'horreur de cet affreux pacage et leur montrer, par avance, le 
bonheur qui les attendait dans le ciel. 
\ous avez conservé, sans doute, avec une religieuse vénération 
rdonnances, d'un caractère et d'un style inimitables. Ce sont 
des modèles parfaits en ce genre. De tant d'articles <pii les compo- 
il n'y en a pas un qui ne soit un chef-d'œuvre de prudence 
et de religion. Plusieurs évoques et archevêques les recherchoient, 
n sait que le grand évèque de Meaux lui-même en étoit sin- 
gulièrement touché; qu'il a écrit pour en avoir des exemplaires, et 
disoit que c'étoit pour y apprendre à gouverner les religieuses de 
son diocèse. 

Que dirons-nous encore de cette multitude infinie de lettres 
qu'elle écri voit tous les jours, depuis les personnes les plus consi- 
dérables jusqu'aux plus médiocres, sur toutes sortes d'affaires, 
devoirs, d'offices, de bienséances? Beauté, ordre, clarté, put 
mee, politesse, tout y charmoit, tout tomboit <le sa plume 
une facilité incroyable, et se trouvoitdu premier trait dans la der- 
nière perfection; et peut-être n'en aurions-nous paj port 
te n avt.it été un des plus importants et des plus pénibles devoirs 
de sa charge. 

Quand ses ordonnances recevoienl «1rs difficultés de la part de 
quelques-uns de ses couvents, elle y remédmit par des lettres par- 
ticulières, et elle étoit toujours obéie, non-seulement à cause que 

lison avoit dicté ce qu'elle avoil prescrit, mail ene 
qu'elle avoit le secret d'introduire la raison dans les plus 

mal disposés el les pin- difficiles. 

19. 



534 APPENDICE. 

On a vu avec quelle sagesse et quel lèle elle employa la persua- 
sion encore plus que l'autorité, pour rétablir l'ordre et le calme 
dans une de ses principales maisons, où la paix des consciences 
étoit troublée. Le même esprit de douceur, qui la rendoit si en- 
nemie des aigreurs et des disputes, la rendoit incapable de préven- 
tion et de partialité. Les constitutions de son Ordre et les décisions 
de l'Église ont toujours été les règles de sa conduite; s'attachant 
uniquement aux pratiques de la religion toujours sûres, et ne se 
laissant point surprendre à toutes ces apparences spécieuses, qui 
jettent si souvent dans le trouble et dans l'erreur, ou qui pro- 
duisent du moins l'entêtement et la vanité. 

On ne peut trop le répéter, nos révérendes mères et chères 
sœurs, la vérité et la bonté étoient la base de toutes ses vertus. 
Elle étoit bien éloignée de ces personnes qui croiroient ne pas 
exercer la domination, s'ils ne la rendoient dure et gênante; elle 
auroit plutôt semblé pencher vers un excès d'indulgence et de 
douceur. Sa bonté naturelle lui rendoit, il est vrai, les corrections 
et les châtiments difficiles; elle employoit, avant que d'en venir 
là, tout ce que la charité peut inspirer; elle usoit de tous les 
adoucissements qui ne pouvoient porter de préjudice; enfin, son 
devoir, sa conscience et le bien de la religion l'emportoient. Sa 
douceur ne diminuoit point l'ardeur de son zèle, ni la force de son 
autorité. Ferme dans sa conduite, elle maintenoit l'uniformité de 
ses règlements, qui ne fut jamais interrompue que par des néces- 
sités inévitables, et elle y revenoit toujours dès que les obstacles 
avoient cessé. 

Tandis qu'elle instruisoit et éclairoit les esprits, et maintenoit 
ainsi la belle économie de notre saint Ordre, elle songeoit encore 
à la décoration de nos autels, et à nous rendre notre retraite plus 
aimable. Elle a orné le maitre-autel du Grand-Moûtier d'un beau 
tabernacle, de colonnes, de marche-pieds et de balustrades de 
marbre. Elle a fait quantité d'autres embellissements aux deux 
chœurs. Elle a fait faire un soleil d'une excellente ciselure, enrichi 
de pierreries d'un prix infini. Outre celles qu'elles a trouvées dans 
notre sacristie, elle en a fourni des siennes et en a procuré d'autres 
en grand nombre, pour achever un si riche ouvrage. Elle n'a 
épargné ni soins, ni dépense pour la réparation et l'embellissement 
de notre maison immense, composée de plusieurs monastères. Ces 
grands dortoirs qu'elle nous a bâtis, si magnifiques au dehors, si 



\ Il II M OKI M L'ABBI SSI D8 POHTI VRAI II 

propi ommodes M dedans, lui attiferont à j ma li la ! 

diction de celles qui y trouveront un H 

ront jamais de leurs cellules, po i aller chanter pi «lu 

Seigneur ; elles n'y rentreronl jauni- qu'elle- M aoienl 
de In reconnoissauce qui e-t due à une si bonne I < ba- 

pelles, ces salons, ces paieries, oea spacieuses ci sombres ail 
dont elle a embelli no* jardins, ri cette fraude roote qui bas joint 
si commodément avec nos cloîtres «Imit ils étoienl aépa 
ces objets ne se présenteront jamais à nos \<mi\ sane nota rail 
aa libérale boni»''. Ne laisserons-nous pas ces sentiments à toutes 
les s:iintes tilles qui nous suivront? Les Jtenreuaea nHtaBrea qui 
viendront à jamais respirer dans ers belles allées, soit quYii 

continuent leurs méditations, soit qu'elles le- interr peut 

leurs récréations innocentes, n'y verront-elles pas star BOB l 
l'image de cette grande abbesse? Ne se ressouviendront-elles : 
comme nous, avec une tendresse religieuse, qu'elle avoit destiné 
ces beaux lieux pour elles? Ne se diront-elles pas lea unes aux 
autre-, dans tous les temps, que nous avons eu le bonheur de la 
voir sous ces arbres, d'y entendre sa voix, d'y recevoir des l 
de douceur et d'union, moins encore par ses discours, que par son 
aimable familiarité? 
Tous ces édifices qui sembleroient l'ouvrage de plusieurs ab- 
- et de plusieurs siècles ont été laits par elle seule. Y em- 
ploya-t-elle les revenus de l'abbaye? Assez de saints abbés, par une 
umie, à la vérité bien louable, ont orné et renouvelé' leurs 
maisons du revenu de leurs maisons mêmes; mais elle a tout pris sur 
elle, sur ses propres commodités, sur ce qui lui étoil le plus né- 
ire. Vous ne l'ignorez pas, nos révérende- mères <-\ chères 
s, nos abbesses n'ont dans une place si éminente que le >< ul 
poids du gouvernement. Klles sont considérables par leur dignité, 
non par leurs richesses. L'abbesse que nous regrettons n'a an 
vues que pour nous. Toutes les grâce- qu'elle cfun 

i roi, et que, parmi tant de soins et d'alfaires, eue aembloil 

devoir employer nécessairement à s isage, n'étaient destii 

que pour nous. Elle se retranclioit tout à elle-même, afin de i 
pMii\uir tout donner. 

I n occupations, parmi tant de soins, etoit 

réducalion de -es lliéces et île quelques autre- de se- | 

Mie les confioil pour leurs exercices ordinaires a de- religieuses 



530 APPENDICE. 

de mérite, et elle se réservoit à leur faire des discours familiers. 
Ces discours, toujours développés avec netteté, avoient rapport à 
tous les états ; elle présentoit le bien sous toutes sortes d'images ; 
tout tendoit à Dieu, à la piété, à la droiture, à la bonté du cœur, 
aux vertus morales comme aux chrétiennes ; les leçons y étoient 
répandues naturellement, et avec une grâce infinie, sans qu'elle 
parût songer à les donner, ou que Ton crût les recevoir. Elle tàchoit 
toujours à étendre les connoissances des personnes qu'elle élevoit, 
et à leur donner du goût pour la lecture, la croyant très-utile à 
produire la réflexion et le recueillement, et à dissiper les dange- 
reuses chimères qui s'emparent d'un esprit, quand il est vide et oisif. 

Elle savoit accorder parfaitement la sainteté de sa profession avec 
les règles de l'amitié. Le sacré dépôt de la confiance ne pouvoit 
jamais tomber dans un cœur plus religieux et plus fidèle. Tou- 
jours vraie et sincère, toujours attentive et éclairée, l'amitié ne 
l'aveugloit point, et elle étoit incapable de déguisement; elle 
voyoit les défauts de ses amis et se croyoit obligée de les en avertir 
par l'intérêt véritable qu'elle prenoit en eux ; mais c'étoit avec des 
insinuations si douces et des circonspections si délicates, qu'elle se 
faisoit toujours aimer et respecter davantage ; on se trouvoit flatté 
même par ses répréhensions. Les cœurs ne craignoient point de 
s'ouvrir devant elle et se sentoient corrigés par sa sagesse, quand 
ils pensoient seulement se confier en sa bonté. 

Attachée à la perfection de tous ses devoirs, bonne, bienfaisante 
et libérale naturellement, on peut juger si elle pouvoit manquer 
d'être charitable. La compassion la rendoit sensible à tous les maux 
dont elle entendoit seulement parler ; tous les malheureux lui 
devenoient comme ses amis et ses frères. Elle ne savoit ce que 
c'étoit que l'argent, et en étoit bien plus détachée par son propre 
cœur que par ses Vœux ; mais elle en sentoit la privation quand 
elle ne pouvoit satisfaire sa compassion et sa charité. Elle se trou- 
voit toujours pauvre, parce qu'elle étoit toujours bonne et chari- 
table. Alors elle t toit encore libérale de ses soins, de ses conseils, 
de ses bons offices, de ses exhortations, de ses consolations, même 
de ses larmes. Elle communiquoit les biens spirituels au défaut des 
autres; elle pouvoit dire avec saint Pierre : « Je n'ai ni or, ni 
argent; ce que f 'ai, je vous le donne. » Mais quand elle auroit été 
plus riche, quels fonds auroient suffi à une bonté qui ne pouvoit 
jamais se ménager, ni se retenir? 



fil n iORT DE L'ABBBSSfi Dl FOlfTIYRAtJLT. 

Dieu y suppléa heureusemenl par une pertomM <p" lm ''"'t 
proche. Des bâtiments qui sembloienl faits pour la Mole 
somptuosité, ou simplemenl pour donner de l'emploi aui aoti i 
levinrenl d'heureux asiles pour les pauvres et des écoles poitf II 
et le travail. Ou alloil chercher dans les lieux d'alentour la 
rieillesse languissante et les orphelins abandonnés. Les nus \ 
«oient leur vie dans l'aise el le repos; les autres étoienl éli 
■ém les arts et les métiers les pins utiles. 

On prenoit un soin pins particulier de soulager les familles de 
la pauvre noblesse ; el pour ne parler que de ce qui a rapport I 
bous, fi «pii >Yst passé sous nos yeux, combien de jeunes demoi- 
selli - ont rempli nos cloîtres, quand on les y trou voit véritablement 
ippelées, et qu'il ne falloit que donner une dot pour acbevei les 
dispositions du ciel! Notre incomparable abbesse regardoil avec un 
intérêt sensible toutes ces bonnes œuvres, tous ces pieux étabtis- 
nts ; elle y contribuoit en tout ce qui lui et oit possible ; elle 
|n recherchoit et en faisoit naître les occasions avec empresse- 
ment, et c'est encore une obligation que Fonlevrault et les pro- 
vint •. ■> voisines ont à sa mémoire. 

Le bonheur que nous avions de la voir si tendrement attachée a 
notre conduite et à procurer tant de bien et de soulagement à ce 
pays, «'toit troublé par les affaires qui renaissent incessamment 
dans notre Ordre. 11 est souvent traversé sur les immunités ecclé- 
siastiques et sur les privilèges temporels. Il avoit plu au roi de 
continuer «le nouveau tous les droits de notre Ordre, et une si 
digne abbesse étoit capable de les soutenir encore mieux par 
f excellence de son mérite que par la force et l'ancienneté de usa 
litres. Cependant, malgré tons les soins qu'elle avoit pii> pouf 
prévenir la nécessité de quitter sa retraite, elle fut obligée d'aller 
• levant les tribunaux et aux conseils du rai 

Elle sortit de sa maison en 1675, à l'exemple de madame kaflM 
te, qui avoit fait décider avantageusement ses justes préten- 
tions. Elle prit un nouveau courage ; mais elle DM on même temps 
d'une nouvelle modération. Elle lit examin- f MeoMtS pu MM pins 
i leurs de l'aris et par les plus savants ai iand 

il> feuren |u'elle pouvoit défendre tons m 

qu'elle étoit môme obligée en eonscienee de les : tela 

qu'elle les avoil reçus, ell< na ni travail, ni solNcatatieaBi : 



558 APPENDICE. 

elle faisoit elle-même des mémoires et des écrits excellents qui 
instruisoient et persuadoient ses juges. 

Soit pour les Filles-Dieu qui l'avoient appelée au sujet d'une 
grande affaire qu'elles avoient avec le receveur du domaine, soit 
pour le temporel de Fontevrault et pour sa discipline, et sa juri- 
diction spirituelle, elle obtint toujours ce qu'elle demandoit. Dans 
ce voyage, et dans les trois autres qu'elle fit en 1079, en 1695 et 
en 1700, elle eut l'avantage et la satisfaction de maintenir ses 
droits et ses privilèges, parmi beaucoup de traverses, d'incerti- 
tudes et de contestations. Enfin, quelques difficultés qu'elle ait 
rencontrées, elle n'a pas eu le déplaisir d'en voir perdre aucun 
entre ses mains. 

Son mérite extraordinaire éclata de nouveau dans le séjour 
qu'elle fît à Paris [en 1675]. Les princesses princesses, les prélats, 
les ministres lui donnèrent à Tenvi des témoignages de leur estime. 
Ce qu'il y avoit de plus considérable par la piété et par le savoir, 
ce qu'il y avoit d'hommes plus estimés dans les belles-lettres, 
lui renouvelèrent les hommages qu'elle avoit reçus autrefois et 
dont elle étoit encore plus digne. Elle prenoit un plaisir singulier 
à voir les beaux ouvrages d'esprit ; elle s'en faisoit rendre compte ; 
elle en demandoit la lecture ; elle découvroit en tous les idées de 
perfection qui s'y rencontroient et celles qu'on y pouvoit ajouter. 
Mais gardant toujours son caractère, qui étoit la douceur et la 
bonté, elle étoit bien plus portée à louer ce qui étoit bon qu'à blâ- 
mer ce qui étoit mauvais; bien différente de ces esprits malins ou 
bornés qui ne s'attachent qu'à remarquer de légers défauts et de- 
meurent insensibles aux beautés qu'ils ne sauroient goûter, ou 
qu'ils ne connoissent pas. Les secrets de la philosophie, les règles 
de la morale, les profondeurs de la métaphysique et de la théo- 
logie, l'Écriture sainte (dont elle savoit marquer les divers textes), 
faisoient le sujet de ses entretiens avec les hommes les plus doctes, 
sans pourtant qu'il y eût jamais le moindre air d'affectation ni 
aucun mouvement d'ostentation et de vanité ; cherchant toujours 
à recevoir de nouvelles lumières, plutôt qu'à faire briller les 
siennes; donnant, pour ainsi dire, celte nourriture à son esprit, 
pour entretenir et fortifier ses méditations quand elle seroit re- 
tournée dans sa retraite. 

Elle étoit également propre à toutes les conversations. Elle en 
auroit donné des modèles dignes d'être proposés et aux personnes 



ni ! i I0R1 DE LABBE88B IB I 0» I RIRAI i I 

el aux personnes du monde. Oui, nosi mères 

et chères sœui s. nous pouvons assurer hardiment que, moi < oui ir 
le risque d'altérer les vertus essentiettef à son état, elle aumii 
purifié le monde, si elle y avoi! demeuré; elle l'auroit du moins 
i éclairé. Cet esprit, qui savoil se proportionner à tous 
it-, doux, égal, sans ombre, sain nuage, qui gardait 
■riorité sans la faire apercevoir, al peut-être uns qu'ai i 

aperçût elle-même; cette pureté, cette droiture et eette élévation, 

qui agissoient sans qu'il parût aucune singularité de benttmend 
ni de langage, tout cela accompagné de la plus exacte pratique 
bienséances el delà plus exquise politesse, Miroieei fait auner in- 
sensiblement toutes les vertus nécessaires au bien de la société el 

celles qui sont les pluS recommandées par la religion. 

Ce qui dut la flatter le pins glorieusement, ce lurent les nou- 
velli s marques de restime <lu roi. 11 la combla de aterisa 

- île tentes ses prétentions. Les sut init-nts qu'il lui STOil 
■Doigo - dès ses premières années se sont toujours ecsjM 
n'ont jamais changé ni diminué pour elle. Il est vrai que, c e 

la justice, la prudence et la discrétion étoient l'âme de SCS deman- 
des, elle a su adoucir L'importuofté des affaires dont elle a été si 
souvent obligée de parler au roi. Ses lettres et ses mémoires 
étoient écrits avec tant d'éloquence que Sa Majesté s'arréloit à 
les lire parmi ses plus grandes occupations. 11 en a quelquefois 
parlé avec de grandes louanges. Klle, qui tonnoissoit le prix 
de eette souveraine protection, n'a jamais rien demandé qui 
ne lui pût être accordé en justice et en conscience. Le roi a ton- 
jours eu la bonté de lui marquer qu'il étoil pleinement persuadé 

i droiture et de ses bonnes intentions. Il joignit à si protec- 
tion des témoignages particuliers de son amitié. Elle étoi! en 

ion de lui écrire, indépendamment des affaires, en toutes l< 
casions qui regardoient la personne de Sa Majesté. Il lui l'ai>oit la 
grâce ordinairement de lui écrire de sa main. La dernière lettre 
dont il l'a honorée étoit une réponse sur la naissance de Mur le duc 

lie. 
S applaudissements qu'elle recevoit de toute la Fiance, c! «pu 

revenoient même despays étrangers eus;, réputation étoil ré 

ii> longtemps, ne dounoient pas la moindre atteinte a >a par- 
humilité. Elle en tiroil des motifs de s'examiner plus sévère- 
ment elle-même; elle enrevenoil àtoutmom 



540 APPENDICE. 

aux détachements qu'exige la sainteté de son état; elle faisoit taire 
les plus sublimes pensées pour écouter dans le silence les leçons 
du divin Sauveur. Ce qui étoit une rare modestie à l'égard du 
monde devenoit un profond anéantissement à l'égard de la religion. 
Elle coni'essoit son indignité au pied des autels, et tandis qu'elle 
s'acquéroit tant de considération aux yeux des hommes, elle s'ac- 
cusoit etgémissoit devant Dieu. 

Elle songeoit sans cesse à notre avancement spirituel et à nous 
donner tous les secours qui pouvoient animer notre courage. Si 
elle avoit su défendre nos droits avec tant de force, elle n'avoit pas 
non plus moins de zèle pour la gloire de notre glorieux fondateur 
qu'en avoit eu madame Jeanne-Baptiste, qui n'avoit rien oublié 
pour en obtenir la canonisation à Rome. Mais elle prit conseil et 
ne crut pas devoir rien tenter à cet égard , puisqu'une personne 
aussi puissante et aussi active que cette princesse n'avoit pu y réus- 
sir. Elle n'a pas laissé de procurer un honneur et une vénération 
infinis à la mémoire de ce saint homme ; elle a excité nos plus sa- 
vants religieux à faire connoître ses actions et ses vertus ; elle a 
dicté ses panégyriques. Enfin, dans ses dernières années, elle avoit 
travaillé à en écrire elle-même la vie, afin de la mettre au devant 
de la règle de notre saint Ordre, qu'elle vouloit faire réimprimer 
avec un nouveau soin, parce que les exemplaires commencent à 
manquer. Son but dans cet ouvrage étoit de mettre devant les yeux 
à toutes les personnes de l'Ordre, outre la règle actuellement en 
pratique, les actions particulières de l'instituteur, l'esprit de l'ins- 
titution, et les raisons qui la doivent faire regarder comme moins 
extraordinaire et moins contre les règles que ne le croient ceux 
qui n'en approfondissent pas l'intention et l'origine. 

Ç'auroit été un ouvrage digne d'elle et d'une utilité infinie pour 
nous. Les affaires qui se succédoient sans intermission lui ont été 
le loisir de l'achever. On peut dire qu'avec sa piété et ses lumiôr 
elle seule étoit capable d'exécuter ce grand dessein. 

Qu'il auroit été beau de voir en même temps les règles et l'es- 
prit qui les a établies ! Que de traits touchants , que de clartés 
édifiantes elle alloit encore répandre dans nos cœurs et dans nos 
esprits , et qu'il en doit demeurer un sensible regret h tous ceux 
qui s'intéressent à la gloire du bienheureux Robert et de l'Ordre 
qu'il a fondé ! 

Que de matières de regrets nous trouverons toujours, nos révé- 



ote 
es, 



vu: r.r moi, r DE L'ABBBSSB DI POSTl ri \i i r r,;t 

rendes mères cl rhèn s sœurs, en ■•x:imi ii:mi In fie de eetie grande 

abbesse ! Mais quelle matière d'attendrissement cl de louante tout 
ensemble «ml eue celles d'entre nous qui l'ont approchée de plus 
près et (|iu ont eu lieu de mieux eonnoitre l<' fond de son ooenri 
Qu'il v auroit de quoi la plaindre el de quoi l'admirer! Que DOttl 
(Mi pouvons tirer un grand sujet d'instruction pour adoucir lea 
peines de notre état et ne nous pas décourager dans ims langui 
et nos foible 

v voir sa douceur et son égalité qui ne se démentoienJ jamaia. 
on auroit dit qu'elle n'avoil rien à combattre en elle, et que la pra- 
tique de ses plus pénible* détours ne lui coûtoil plus aucun eflort? 
Cependant elle avoit ses combats et Bes souffrances. Son «>|>i it , 
comme nous l'avons tant remarqué, porté naturellement à ce qui! 

v a de plus beau et de pins élevé dans les sciences, avoit inces- 
samment à se rabaisser vers îles objets tout opposés. Elle sentoit 
qu'une multitude d'affaires épineuses et accablantes venoit sans 
cesse troubler la paix de son cœur et cette douce inclination qu'elle 
avoit pour le repos. 

Considérez, nos révérendes mères et chères sœurs, quel fardeau 
c'est que le gouvernement de soixante maisons répandues dans 
tout un grand royaume! Et quelles occupations ne lui fournissoit 
point notre maison seule ! Les lettres, les conseils , les conféren- 
ces, les offices, les solennités, comment y pouvoit-elle suffire ! 
Combien de jours et de nuits passés dans les infirmeries! Attachée 
auprès de toutes nos malades, jusqu'à la moindre de nosso'uis, 
elle ne les quittoit point dans la plus longue agonie; ce qui ne 
manquoit point d'arriver très-souvent dans une communauté aussi 
nombreuse que la nôtre. 

Cependant, quelle affaire a-t-elle remise? Quel de nos intérêts 
a-t-elle négligé? Quelles peines n'a-t-elle point partagées, n'a- 
t-elie point adoucies par ses soins, par ses instractioi 
exemples, sans relâche, sans discontinualion ! Le poids de son ad- 
ministration ne la laissoit pas respirer, et quoiqu'elle ne donnât 
presque point de temps au sommeil, elle ne pouvoil plus io- 
de couit> moments pour elli -même. Elle ne pouvoil pins l'appliquer 
à ces belles connoissances,à ces savantes méditations dont elle 
accoutumé de se foire on si noble .t si utile délassement. Sortent. 
dans ces derniers temps toujours devenus plu- difficiles, plus elle 
travailloit, plus le travail augmentoit. Dieu a voulu qu'elle eut lou- 



342 APPENDICE. 

jours à combattre des dégofits et des répugnances, afin quelle ne 
mît sa joie et sa confiance qu'en lui, et qu'à l'exemple de tant de 
grands saints qui ont été ainsi éprouvés, elle fît de ces peines et de 
ces contraintes perpétuelles un usage nécessaire à sa sancti- 
fication. 

Elle avoit bien compris, dès qu'elle fut nommée abbesse, que cet 
amour du repos et de la tranquillité d'esprit la feroit toujours 
souffrir; mais la piété et la religion qui 'entroient dans toutes ses 
pensées lui firent comprendre aussi que, puisque Dieu l'appeloil à 
un état contraire à ses inclinations, il l'assisteroil, et qu'il vouloit 
substituer des mortifications d'esprit à celles du corps, dont il 
n'avoit pas permis qu'elle fût capable. Elle eut en effet toujours à 
se mortifier; les applaudissements, les succès, la douceur du com- 
mandement et de l'autorité, tout ce qui soutient humainement dans 
les travaux de cette nature, ne diminuoit point sa répugnance na- 
turelle. Il n'y a que l'esprit de Dieu et la grâce qui l'aient soute- 
nue. Elle faisoit un sacrifice continuel d'elle-même. Il n'y a presque 
point de jour en toute sa vie où elle n'ait eu occasion de le renou- 
vêler et dont elle n'ait tiré un sujet de pénitence et d'humiliation. 

Les indispositions se joignoient encore à cette amertume. Des 
migraines fréquentes l'affligeoient d'autant plus qu'elles interrom- 
poient ses devoirs. Elle en cachoit souvent la violence ; elle prioit 
beaucoup en particulier, assistoit aux observances régulières, au- 
tant que sa santé toujours foible le pouvoit permettre ; enfin, il 
falloit que les obstacles fussent absolument insurmontables, quand 
elle ne les forçoit pas pour les fonctions de sa charge. On l'a vue 
quelquefois agir malgré la fièvre même, pressée par la nécessité 
des affaires, engagée à ces solennités où nous sentions toujours 
qu'elle édifioit les cœurs et attiroit les regards par son attention 
exemplaire et par une piété majestueuse, implorant sans cesse sur 
elle et sur nous le divin secours avec une nouvelle ferveur. 

On savoit l'excès de ses peines et de ses travaux ; on voyoit ses 
fréquentes indispositions. Dès longtemps sa famille auroit voulu 
jouir de sa présence et regrettoit de la voir si éloignée ; toutes les 
personnes qui s'y intéressoient par l'alliance, par l'amitié, par 
l'inclination avoient en vue de la rapprocher. On lui proposa l'é- 
change d'une des grandes abbayes 1 proche de Paris; on lui repré- 

1 Jouarre. 



VIE KT Moin DE I/AIUIESSI Dl l "\ I l \ i; \i i i 

soiit;i les avantages el la facilité de ce cha ngement ; m Hea d'une 
dignité accablante qui la séparait de lool oe qu'elle i\.Mi de | lu- 
I cïier au inonde, on lui nffril du repos ,, 
heureuse proximité; mais rien ne l;i pal ébranler; eJh 
toutes ces \ ives poursuites, 1 1 i les plus tendres in lm i 
répondit ronstainiiient à ses plus particulier ans] 
Bges: « Qu'il lui serait aise de supporter les juin, 
voit à Fontcvrault avec patience et une entière toumi 
ordres de Dieu, qui avait permis qu'elle \j fût établie, mais -/ 
elle venoit à changer par des vues de satisfaction humeine, 
ne pourrait éviter de se faire des reproches et de sentir <l< fc /, - 
mords, lorsqu'il lui arriverait des traversa, dont la vie fCeei ja- 
mais exempte » Ne doutons point aussi, nos révérendes 
chères sœurs, que nous n'ayons eu part à ce sacrifice, et qu'elle 
n'y ait été principalement engagée par sa tendresse pour i 
Ordre et pour notre communauté. Bile prévoyoit notre nconsot- 
laMe douleur, si elle nous eut abandonnées. C'est l'amitié réci- 
proque de cette illustre mère et de ses chères filles qui lui 1 1 
refuser tout l'agrément et tous les avantages qu'on lui ptop 
ailleurs. 
On n'osoit lui renouveler ces propositions, quoique sa santé, qui 

roit considérablement, les rendit de plus en plus redevables. 
Peut-être un voyage de Bourbon lui eût été nécessaire; DUUS elle 
avoit résolu de ne plus sortir par aucun motif, qui la reg a rdai en 
particulier. Elle dit que les eaux de Bourbon ne l'avoient p;is beat- 
coup soulagée, quand elle y avoil été, et qu'en tout CSS elle fSU©- 
pléeroit par d'autres secours. Cette personne si sage chercha ainsi 
a se tromper elle-même en se persuadant qu'elle trouveroit des 
remèdes, sans les aller chercher hors de son monastère. EUfl -in- 
comba à la lin. Elle tomboil de jour en jour dans rabattement et la 

leur; son humeur étoit également douce, mais il s'y mêla de 
la tristesse el de la mélancolie. Le corps se ressentit tout i bit 

- ft de la situation de l'esprit. 

e fut attaquée d'une petite lièvre, le jeudi 7 août. Ce mal qui 

■rut pa> considérable, ne laissa pas de donner une grande iu- 
Uide, dont on se deuiandoil les raisons, MOI en pouvoir 
donner d'autres que le sentiment d'une t tion. Lf i 

devint continue et redoubloit deux fois le jour par de petits friai 
Sa patience cachoit une partie de son mal, dé SsaU ielftfl m 



344 APPENDICE. 

se manifesta que trop par un épanchement débile, qui parut jusque! 
dans ses yeux, et par de fréquents soupirs qu'elle ne pouvoit em-i 
pêcher, et qui tenoient de la convulsion. 

Les six premiers jours de sa maladie se passèrent de cette sorte 
entre la crainte et l'espérance, jusqu'au mercredi au soir 13 août. 
On s'aperçut alors que ses discours (quoique justes en eux-mêmes) 
ne convenoient pas bien à ce qui se passoit ; ses raisonnements 
étoient plus profonds qu'à l'ordinaire, mais les termes ne se pré- 
sentoient qu'avec difliculté. On vit qu'elle avoit des convulsions 
dans les lèvres et à la langue, qui l'empêchoient de prononcer, et 
on l'avertit du danger où elle étoit. Elle rappela ses esprits, et après 
un recueillement de deux heures, elle demanda son confesseur, et 
ayant fait retirer tout le monde, elle demeura en particulier avec 
lui. 

La confession finie (c'étoit sur les onze heures du soir), toutes les 
religieuses qui avoient coutume d'être auprès d'elle étant revenues, 
elle leur dit avec un air beaucoup plus tranquille qu'elle ne l'avoit 
eu pendant sa maladie: « Admirez, mes filles, la grande miséri- 
corde de Dieu ; il vient de me donner des forces que je ne pouvois 
attendre que de lui dans l'accablement où le mal ma réduite. Je 
me trouve maintenant dans une grande tranquillité. Vous ne sau- 
riez assez remercier Dieu pour moi de la grâce qu'il m'a faite. » 

Elle demanda ensuite la sainte communion. Elle redoubla son 
empressement sur les quatre heures, et pria qu'on ne lui différât 
pas ce bonheur. Tandis que tout se préparoit, elle ordonna qu'on 
fit auprès d'elle des lectures les plus propres à entretenir ces saintes 
dispositions. Le révérend père prieur qui apporta le Saint-Sacre- 
ment, après l'avoir mis sur l'autel préparé dans la chambre, fit 
une exhortation qu'elle écouta avec beaucoup d'attention et de fer- 
meté, à la fin de laquelle il lui demanda pardon, au nom des com- 
munautés. Elle répondit avec beaucoup de difficulté, à cause des 
convulsions qui revenoient : « Je leur pardonne de tout mon cœur. 
J'ai toujours essayé de leur donner des marques de ma tendresse 
et de mon affection, et je demande pardon à Dieu et à nos com- 
munautés des fautes que j'ai commises à leur égard. Dieu ne per- 
met pas que je puisse parler, comme je l'ai fait autrefois, quand 
mon devoir m'y a engagée ; je ne le puis: Dieu ne le permet pas. » 

Quel spectacle! quelle douleur, nos révérendes mères et chères 
soeurs! elle montrait par ses regards et par des signes qu'elle dé- 



vu: KT MORT DE L'ABBBSBl M. POltTBYI mi i. 345 

siroit nous parler, et qu'elle :uiroil espéré que ses dernin 

monts, encore destinés! notre édification et iss charité, m ri 

rendu ses discours plus touchant! : qu'elle s <* Nfoil terviede Pétri 
où elle étoit et de cet instant de séparation pour imprimer avec 
Vus de force ses paroles dans nos cœurs pénétrée 1 1 titan 

On avoit apporté processionnellement la rraie Crafa 
saintes reliques. Toutes tes prières que nous taisions étoieni saa- 
lées de gémissements. Quand le Saint-Sacrement approcha, alla 
voulut se jeter à genoux; nous la retinsses. Bis donna toi 
signes de la foi la plus rhe et de b plus parfaite résignation. 
Après avoir reçu ce saint Viatique, elle de m e u ra quelque tan 

ter intérieurement cette heureuse union avec son Sauv< ui 
s'écrioit : mon Dieu! que la soumission avec laquelle je 
l'offrande de ma vie puisse en réparer l'indignilél* 

BUe recul l'extréme-onction avec une telle attention aux prieras 
qu'on faisoit pour elle, qu'elle yrépondoit toujours sans «mi perdra 
une seule parole. La grande prieure lui demanda ss bénédiction, 
qu'elle lui donna en lui disant : « Il ne faut pas nous attendrir, 
ma chère nièce 1 . » Et Ton passa le reste du jour, qui étoit le 
jeudi 14, à réciter les psaumes les plus conformes à son état. Elle 
selesappliquoit, et en formoit des prières et des aspirations qu'elle 
soit ii Dieu. 

Apres avoir été une partie de la nuit dans une espèce de repos, 
plutôt d'assoupissement que de sommeil, prête d'aller paroitre 
devant Dieu, le mémejourque la sainte Vierge était montée su 
ciel, elle lit réciter les litanies de la Vierge, et y répondit, m 
la peine qu'elle avoit ;i prononcer. Sur les huit heures du matin, 
s'aperçut de la diminution de ses forces; les comnraiMSiféfl 
emblèr< ut au triste signal : les religieux, l<'> ofriciers rinrasrf 
dans sa chambre, selon l'usage; toul l'appartement se rempli! : on 
demeura en prières avec un redoublement de zèle et de douleur. 
A dix heures, l'agonie commença à se déclarer plus précisément 

me espèce de cri qui, sans avoir rien d'affreux . pénétn 
cour-, par la souffrance qu'il faisoit imaginer. BUe continua 
plainir très-douce qui paroissoit le son naturel de sa voix, in- 
terrompue de nionitiit en moment par ces paroles pleines dei< 

elle-là même qui lui succéda el qui siyna, ai d<- tout il 

talc circulaire. 



546 APPENDICE. 

d'espérance -qui furent les dernières qu'elle prononça : « Venez, 
venez; adveniat regnum tuum. » 

Le vendredi 15 août, sur les onze heures et demie du matin, elle 
expira ainsi dans la paix du Seigneur, uniquement occupée du bon- 
heur éternel, sans rabaisser ses regards sur la terre, mourant comme 
elle avoit vécu, avec une douceur qui tenoit plus de l'extase et du 
ravissement que d'une séparation douloureuse. 

Vous vous imaginez trop, nos révérendes mères et chères sœurs, 
en quel état nous sommes et combien nous avons mêlé de larmes 
aux cérémonies de ces tristes jours. Nous avons été secondées dans 
notre affliction et dans ces funèbres devoirs par toutes les commu- 
nautés religieuses, par tous les chapitres et les prêtres réguliers de 
ces provinces. Tout est venu à Fontevrault. Le saint évêque de 
Poitiers lui a aussi rendu ces devoirs sacrés, invité comme ami de 
notre communauté. 11 a plaint avec nous cette perte irréparable. On 
n'a jamais vu si généralement mêlées la douleur et la piété, et 
l'on n'avoit jamais rien fait d'aussi solennel pour aucune de nos ab- 
besses. 

La dernière action de sa vie touchant les fonctions de sa charge 
avoit été de visiter les infirmeries, la veille du jour qu'elle tomba 
malade ; elle s'arrêta particulièrement auprès d'une de nos mères *, 
distinguée par sa vertu et par son mérite. Cette religieuse, qui étoit 
accablée d'une longue souffrance, ne ressentitp lus, dès ce moment, 
que de la consolation et de la joie, et, pénétrée de l'amour de Dieu 
par le discours de son abbesse et de reconnoissance pour des soins 
si salutaires, elle mourut quelques heures après elle, en témoi- 
gnant une extrême satisfaction de ne lui point survivre. 

Mais ressouvenons-nous, nos révérendes mères et chères sœurs, 
que, si nos éloges et nos regrets sont si justes pour cette abbesse 
incomparable, nos prières et nos vœux lui sont plus nécessaires. 
Ne les bornez pas seulement à ces premiers jours de votre affliction 
et de votre douleur ; donnez-lui pendant toute l'année une grande 
part à vos communions, et généralement à vos bonnes œuvres. 
Prions toutes qu'elle obtienne la récompense de ses vertus, et 
prions pour nous que nous puissions l'imiter. 

Priez pour une de celles qui vous parlent, que cette communauté 

1 La mère Becdeliôvre de La Busnelais. 11 est question d'elle dans la 
lettre du f juillet 1703. 



VIS il NOM DE i \t:i:r.sSE DE PORTIYRAULT. 347 

i que la Providence a choisie entre nous pour lui 
succéder. Que vos prières sont nécessaires I une personne étonnée 
oTun fardeau si disproportionné! ses forces! El comment soutenir 
une administrai ion que celte grande abbesse i trouTée si pesante 
et si difficile? Qu'elle prie elle-même, dans le séjour bienheoranx, 
en faveur de nos communautés, qui, par des vœui solennels • I 
funèbres devoirs, songent moins à donner un témoignage éclatant 
de leur zèle et à rendre les honneurs dus à sa dignité qu'à satisfaire 
leur amour et leur tendresse et i révérer sincèrement ses vertus! 
Que ees pleurs que nous venons p DOT elle ne soient pas Stériles 
pour nous ! Que les regrets qu'elle nous cause nous exeiient en 
même temps à l'accomplissement des devoirs qu'elle nous a ensei- 
gnés' llesâouvenons-nous, nos révérendes mères et chères sanrn, 
que s'il y a un moyen de suppléer à une si grande perte, c'est «le re- 
tenir, autant qu'il nous sera possible, ses vues et son esprit. Con- 
servons précieusement ses écrits, SOS exhortatÙNDJ, ses lettres rem- 
plies d'une omtion divine. Qu'elle revive dans nos cœurs par notre 

lèle et notre application à nos saints devoirs, et que sa mémoire 
et l'exemple de sa sagesse gouvernent encore après elle ! 

Nous devons espérer que Dieu nous fera cette grâce, et nous vous 
supplions de nous accorder celle d'être entièrement persuadées que 
nous sommes avec vérité et sans aucune réserve, nos révérendes 
mères et chères sœurs, vos très-humbles et affectionnées ser- 
vante.-. 

Sœur Louise-Françoise de Rociiechouart de 
Morte* ait, grahm parstma si àsanssi 

NOMMÉE, ET TOUT LE COUVEM . 



Pièce n° IX. 



LES ABBESSES DE FONTEVRAULT 

DE 1115 A 1793 ' 



Hersendis, baronne de Montreau, de la maison des comtes de 
Champagne, fut la première prieure de l'Ordre, et en auroit été 

1 Arch. de l'Empire. Monuments ecclésiastiques. VIII. Couvents de femmes 
L. 1,019. — On lit à la dernière page de cet Abrégé des vies de mesdames les 
abbesses de Fontevrault la note autographe suivante du frère Léonard de 
Sainte-Catherine de Sienne, augustin déchaussé : 

« Ces extraits aussi bien que cet éloge (celui de Gabrielle de Rochechouart) 
ont été prèles (en 1702) par M. de Larroque, si connu de ses travaux , pour 
sa capacité et belles qualités, qui lui ont attiré l'estime de celte abbesse. 
Ceci a été copié sur l'original que cet illustre, dont j'ai l'honneur d'être 
ami, me voulut bien communiquer au retour de Fontevraull, où il a passé 
six mois; ce fut sur la fin de 1702. » 

On trouve également dans la Gallia chnstiana, t. II, Ecclesia Pictavensis, 
une notice sur chacune des abbesses de Fontevrault depuis la fondation 
de l'Ordre jusqu'en 1720. 

Les indications, à partir du n° 34, ne sonl pas de Larroque. 

Nous avons découvert tout récemment de nombreuses lettres de Larroque 
à deGaignières dans le n° 24,988 des manuscrits de la Bibliothèque impériale. 

Nous espérions y trouver des détails, des particularités intimes sur l'ab- 
besse de Fontevrault. Hélas ! il en est très-peu question. Une fois, le 2 juin 
1702, Larroque écrit de Fontevrault à Gaignières : « Madame de Fontevrault 
souhaite fort voir les deux lettres de M. de Catinal ; procurez-m'en, je vous 
supplie, une copie. » 

On voit, par une autre lettre de Larroque à Gaignières, du 28 juillet 1699, 
que ce dernier était en ce moment en visile chez l'abbesse. 

Ce laconisme des deux amis sur celle qui parlait si souvent d'eux, qui s'in- 
téressait tant à Larroque, qui le recommandait avec tant d'inslances à Gai- 
gnières, cause un peu d'étonnement. On arrive à se demander si les relations 
avec elle n'élaient pas au fond si affectueuses, si véritablement cordiales 
qu'on se le figure en lisant sa correspondance. 



i Bfl tBBBSSBS Dfl PO»! ni; mm M0 

pdubitablemeni abbesse, >i elle m RM pas morte innl k temps 
He l'élection. Au moins, il i Mmblé <[ni> Baldrk, tuteur contem- 
porain de la vie du bienheureui Robert fArbrinel, i';iit voûta In- 
sinuer en disant que li.il.ort nomma Pétroiiille ibbi que 
[Hersendis étoit déjà passée en un€ vie meilleure . Uiunn ipu ]••■ 
■Afr/f/5 elegit in abbatissam, nnm Hersendis jam ad superos 
rat '. 
On a cru que, bien que privée «le la qualité d'abbesse, on devoal 
a sa mémoire. 

1. — Pktronille. 

Pétronille de Chemillé, qui fut procuratrice de l'Ordre en méflM 

temps que Hersendis en étoit prieure, lut élue abbesse »ur la lin de 

année 11 15 ou au commencement de fllfë 1 et g o u ve rus l'espace 

de trente-quatre ans roc toute la capacité imaginable. Étant moite 

1 150, elle avoit été une des premières, aussi bien que Hersendis, 

-l'.lirisf ] m r les saints discours da bienheureui 

obert, quitta le monde pour se consacrer à Dieu. La maison de 

'.li-inillé, qui étoit celle de son mari, tenoit un rang considérable 

Anjou et les seigneurs de ce nom étoient <lu nombre des barons 

le C.edl'roy Martel , comte d'Anjou. Kilo est fondue eu celle de 

U Haye-Passavant par 11 i;i>>." de Chemillé. 

2. — BIathii.de I r ". 

La naissance et la fortune de Mathilde, seconde Rbbesee, ne pour- 
voit être plus illustre selon le monde qu'elle i été. Elle étoit fille 
Je Foulques, comte d'Anjou, depuis roi de Jérusalem et veuve «lu 
jrince Guillaume d'Angleterre et héritier présomptif de Henri I . 
Ze jeune prince, digne petit-fils de Guillaume le Conquérant, ayant 
Tait naufrage, Pan 1 120, en repassant de Normandie en Angleterre, 
i Mathilde, âgée de quatorze ans, dans une douleur ioconcevab le; 
BUenejugia rien dans le monde capable de la consoler, et, s*é .m! 

l'ontevrault, y prit le voile en arrivant. Elle y mourut 

1 Tir. du !'. Niquet, auteur d'une llisloire de Vabba>j< mult. 

la-fol., 
* Klue le 28 ocloluc 111». [(iatlia christum.) 

M 



350 APPENDICE. 

l'an 1155, âgée de quarante-neuf ans, après avoir gouverné l'Ordre 
pendant cinq ans avec une extrême prudence. 



3. — AUDEBURGE. 

Audeburge de Haute-Bruyère fut incontestablement la troisième 
abbesse de Fontevrault, comme on le prouve par d'anciens titres. 
On marque sa mort sur Tan 1180, quoiqu'on ait pu s'y tromper 
d'une année et peut-être même de quelques mois. 

4. — Gilie. 

On ignore de quelle famille a été cette quatrième abbesse, connue 
seulement par sou nom de baptême qui est celui de Gillette ou 
Gilie, comme l'appelle le pape Luce III dans un bref qu'il lui adresse 
l'an 1185 : Dilecta in Ckristo (Ma Gilia. On ne sait point sûrement 
Tannée de sa mort, qui fut vraisemblablement en 1188 ou 1189, 
puisqu'une donation fut faite en 1187 en laveur d'une religieuse 
qui lui succéda immédiatement ; celle-ci n'est encore désignée que 
sous le simple nom de professe. 

5. — Mathilde II e . 

Mathilde, cinquième abbesse de Fontevrault et nièce de la 
seconde en dignité de chef de l'Ordre, étoit fille de Thierry, comte 
de Flandre, et de Sibylle d'Anjou, fille de Foulques IV, roi de 
Jérusalem. Son migravit porte qu'elle se fit religieuse à l'âge de 
quarante ans ; elle n'en a employé que quatre au gouvernement, 
selon Niquet qui n'a pas trouvé de quoi fixer le temps où elle est 
morte. 

0. — MATHILB-e III e . 

Quoique celte sixième abbesse fût d'une extraction moins il- 
lustre que les deux Mathilde précédentes, elle étoit cependant iille 
de grande naissance selon l'auteur que je viens de citer. C'est à 
elle qu'Innocent 111 adresse cette bulle qui renferme tant de pri- 
\ileges pour l'Ordre de Fontevrault et qui est datée de Fan 1201 » 



I i.s ai;i. !.>>!. s l'i. l Oft ii \n m i i y.j 

C'e>t elle encore qui recul h h>nte\rault le I I '. 

surnommé Cœur de lion, roi d'Angleterre II 1 .- BMNaml W1 l'a* 
B07. 

7. — Marie de Bourgogne. 

Marie, fille do Thibauld h' Grand, comte de Champagne d 
■pis, étant veuve <IT.u<lt s II, duc de Bourgogne, succéda à Ma- 
ihilde lll. Sou humilité extraordinaire ne lui permil pat de lontenir 

longtemps le poids de cette dignité. Elle abdiqua malgré lei i 
sautes instances de l'Ordre qui avoit une admiration particulière 
pour ses vertus. Une de ses consolations en mourant 
qu'Adèle. Alix ou Adélaïde (car nos historiens confondent ces i 
noms) aideroit l'Ordre de ses biens et de sa protection, ce qui 
arriva effectivement. On ne inarque point ici le temps de la mort de 
cette princesse, parce que depuis jusqu'à la quinzième ai : 
exclusivement, il n'y a rien de sûr à leur égard pour la (lim- 
nologie. 

8. — Alix de Bourbon. 

On ne convient pas absolument qu'Alix de Bourbon ait pré 
l'ahbesse qu'on mettra la neuvième en ordre, et si même elle l'a été 
effectivement. La raison de ce dernier doute est fondée : 1° sur ce 
qu'elle n'est nulle part nommée abbesse, mais seulement métt, 
excepté une seule fois qu'elle est appelée mater et domina totius 
conventus, mère et dame de toute la communauté ; 2° en ce qu'elle 
n'a point d'éloge particulier dans les obits de Fontevrault. Mais 
comme l'auteur dont on s'est servi pour les petits extraits a trouvé 
des raisons pour la mettre au nombre des abbesses, on dira donc 
qu'Alix de Bourbon fut la huitième ; qu'il la place vers l'an I S 
et qu'il assure que sa mort ne la laissa pas longtemps jouir A 
dignité. 

9. — Alix de Champagne. 

Alix de Champagne étoit petite-fille de Louis le Jeune, roi d,> 
France, et d'Aliénor de Guienne. Ce prince avant 100 dh 
eu deux lilles de sa première épouse, Marie et Alix, Uwtea dam 

mariées aux deux frères, Henri, comte do Champa-u.-, . t Thibault, 
comte de Blois. Alix, abbesse de Fontevrault, étotf tille do <•■■ 



552 APPENDICE. 

nier et nièce de Marie de Bourgogne, quatrième abbesse. Elle fut'] 
élue vers l'an 1210, comme on le voit par un acte passé en sa] 
faveur vers ce temps. Son éloge funèbre marque qu'elle travailla 
avec une assiduité infatigable pour le bien de l'Ordre et que, lassée 
de son emploi, elle remit de bonne heure le gouvernement à celle; 
qui le lui avoit confié. 



les 
ips 



10. — Berthe. 

Le temps où Berthe succéda à Alix n'est point marqué dans 
chartes, non plus que le nom de sa famille. On conjecture le temps 
auquel elle a été abbesse par un acte passé l'an 1221 entre elle et 
quelques marchands d'Angers pour des droits du monastère de 
Fontevrault. Son éloge funèbre porte que les grands services qu'elle 
avoit rendus à l'Ordre, étant prieure, lui procurèrent l'honneur 
d'en devenir le chef. 



11. — Alix de Bretagne. 

Le silence qu'ont gardé les historiens au sujet d'Alix de Bretagne 
fait qu'on est comme obligé de deviner de qui elle étoit fille. Son 
éloge dit que son père fut comte de Bretagne et que sa mère se 
nommoit Berthe. Or, on ne voit point de princesse de ce nom qui 
puisse avoir été mère de cette abbesse que Berthe de Bretagne, 
fille et héritière de Gonan III e , qui mourut l'an 1160 ; laquelle par 
son mariage avec Eudon, comte de Penthièvre, porta le duché de 
Bretagne en cette maison. Alix, après avoir été élevée jusqu'à l'âge 
de vingt ans à la cour d'Angleterre, prit le voile à Fontevrault, en- 
viron ce temps-là. Elle fit des ordonnances , étant abbesse, qui 
n'ont point passé jusqu'à nous , mais qui ont été confirmées par 
une bulle d'Innocent IV, l'an 1251. A la prière de l'abbesse qui lui 
succéda , cette princesse fut longtemps abbesse, comme le marque 
son éloge ; ce qui a dû être effectivement, si elle eut pour mère 
Berthe de Bretagne. 

12. — Habille de La Ferté. 

Mabille de La Ferté étoit sœur de Hugues , évêque de Chartres. 
Outre son mérite personnel, son ministère a été signalé par le legs 



Ltfl IBBB8SI9 i>i: niMi\i!\iii. 

le plus considérable qui ail jamais été (ail h ittcun Ordre religieux. 
Ce fui Raimond Ml. comte de Toulouse , motl .1 Mil. m, en n> 

qui lit celegs spécifié dans son testament H dont Toi uni. il esl 
l Fontevrault, où ce prince est enterré. La copie l'en tante déni 
T Histoire des comtes <U- Toutous,-, par Catel. Le leaji eonsistoil m 
li». iMio marcs d'or el d'argent, tant monnoyé qu'amie, et engraaMl 
■ombre de pierreries. M.ibille fut élue Yen l'an IMI <•( mourut 

environ on l'Jii.V 

13. — Jeanne de Brbnne. 

Jeanne do Brenne succéda immédiatement à Babille. Elle • tmi 

fille de Robert H, de la branche de Dreux, issue de Louis le Gros. 
Elle porloit ce nom de Brenne à cause d'Agnès , sa mère, qui lit 
er ce comté à Robert 1", père de celui-ci, Jeanne eut toutes les 
ions imaginables d'exercer la patience qu'elle avoit reçue du 
ciel en partage, car, outre les traverses que lui causa ta famille en 
supposant à des prérogatives de son Ordre pour le maintien des- 
quelles elle passa en Angleterre, elle eut la douleur de voir réfl 
un.' épouvantable famine durant deux ans, et dont elle ne garantit 
Fontevrault qu'avec des peines infinies. 11 y a des chartes par les- 
quelles il paroit qu'elle étoit encore vivante Tan 1271. 

14. — Isabeau d'Avoir. 

[sabeau d'Avoir fut élue vers l'an 1276. Avoir est une maison 
d'Anjou très-distinguée. L'histoire- parle de Pierre d'Avoir, cliam- 
bellan de Charles V, roi de France et lieutenant général du doc 
d'Anjou. C'est cette Isabeau d'Avoir qui a donné un morceau de la 

vraie Croix au monastère de Fontevrault. 



15. — Marguerite de Pocet. 

Marguerite de Pocey étoit de Touraine, où sa mai-mi tenoU un 
I rang considérable. Elle fut bénite l'an 1984, par allant, éréqoe 
d'Angers, qui fit en cette occasion la fonction de celui de I'" 
Étant allée en Angleterre pour les affaires de l'Ordre, elle en rap- 
porta le cœur de Henri III, < 1 11 i fut mis due le tombeau de 

•urs, à Fontevrault. La charité de cette pieuse ahliesse, 



354 APPENDICE. 

qui recevoit à la religion toutes les filles destituées des biens du 
monde, lorsqu'elles demandoient l'habit, reçut des bornes de 
Boniface VIII, Tan 1297, qui donna commission à Gilles, évoque de 
Nevers, de régler le nombre. Ce prélat, ayant trouvé 360 reli- 
gieuses au grand couvent, les réduisit à 300. Il paroît, par une 
lettre de l'abbé Suger rapportée par Niquet, et dont l'original étoit 
de son temps dans la bibliothèque de M. de Thou, qu'il y avoit eu 
jusqu'à près de 5,000 religieuses à Fontevrault ; mais l'Ordre ayant 
souffert depuis des pertes de biens, il fallut bien diminuer ce nom- 
bre. Lors de cette réduction, on n'en fit aucune dans la maison des 
religieux quoiqu'il y en eût un très-grand nombre. Marguerite de 
Pocey mourut l'an 1304, après avoir été vingt ans abbesse. 11 y a 
encore de ses lettres dans les archives datées de Tan 1285, scellées 
de deux sceaux. Sur le plus grand, qui est en ovale, elle est repré- 
sentée tenant sa crosse d'une main et un livre de l'autre. Le second, 
qui est plus petit , mais de la même forme que l'autre, est chargé 
d'une aigle éployée. 



16. — Aliénor de Bretagne. 

Aliénor de Bretagne étoit fille de Jean II, duc de Bretagne , qui 
fut tué à Lyon, en 1305, par la chute d'une muraille lors du pas- 
sage de Clément V, pape de la faction de Philippe le Bel, et le pre- 
mier qui transporta le Saint-Siège à Avignon. Elle naquit en Angle- 
terre, la patrie de Béatrix, sa mère, laquelle étoit nièce d'Edouard I er . 
Elle prit le voile à l'âge de six ans , à Amesbery, monastère de 
l'Ordre de Fontevrault en ce royaume-là. Obligée, par le comman- 
dement de son père, étant âgée de seize ans, à quitter l'Angleterre, 
elle n'y consentit qu'à condition qu'on lui permettroit de faire ses 
derniers vœux, et elle fut élue en 1304, à l'âge de trente ans. Son 
gouvernement, aussi sage que long, fut d'environ trente-huit ans. 

17. — ÏSABEAU DE VALOIS. 

Isabeau de Valois, élue Tan 1342 , étoit arrière-pelite-fille de 
saint Louis, étant fille de Charles , comte de Valois, petit-fils de ce 
grand roi et frère de Philippe le Bel. Elle fut d'abord religieuse à 
Poissy, et c'est ce qui a trompé Du Tillet, qui a fait deux religieuses 



I l s IBBESSKS DS F0HT1 vi; MiLT. 

d'une seule. La bulle de Clé nt VI. donnée L'ai l .".;■_'. tl II : 

éesObits do Fontevrault I" ai noient empêché de fair* celte lauti 

les avoit lus. Kilt* obtint de ce pepe, l'année de mm) éled , la 

pouvoir de disposer en laveur du monastère, chef de l'Ordre, 

biens qu'elle avoit In rites de sa famille et qui doivent naturelle- 
ment aller à la maison où elle avoit fait ses vœux. Elle lut bénie 
par Au. hé. évêque de Tournai el cardinal. Bile défendil le* privi- 
lèges de son Ordre avec une fermeté convenable à sa naissant 
les lit continuer par le roi Philippe de Valois et le pape alon 
régnant. I.e premier lui accorda un nouveau dn.it de marché pour 
Fontevrault et le second, qui fut. Clément VI. nomma, eu 1344, 

conservateurs des droits du monastère el Ordre de Fonte- 
vrault. l'archevêque de Tours, l'abbé de Marmoutiere, et celui de 

-Cyprien de Poitiers. Grégoire XI, en 1573, donu;i une bulle 
dans le même dessein, confirmant à ces trois personne* ou à lentl 
successeurs la même qualité de conservateurs de l'Ordre. Cette 
princesse mourut le jour de la Saint-Martin 1540 , après avoir gou- 
verné sept ans seulement. 



18. — TllÉOFIIANlE DE CnAMBON. 

On eut beaucoup de peine à se déterminer sur le choix d'une 
ibesse après la mort d'Isabeau de Valois; et pour arrêter les bri- 
les de l'élection, on convint de trois religieuses dont les sufl 
cideroient de cette importante affaire. On leur limita un temps 
li fut réglé par la durée d'une bougie allumée et de la longnenr 
I doigt. Elles s'accordèrent enfin et nommèrent Théophanie de 
jambon dont la maison étoit alliée aux comtes d'Auvergne el de 
mlogne. Klle soutint son caractère avec beaucoup de dignité dans 
lecasion dont je vais parler. L'an 1351, un de ses religieux étant 
èttâé d'avoir osé de violences contre des moines de BourgUeil et 
j plainte- étant portées au sénéchal du Poitou, il décret* le îeli- 

» us avoir égard aux privilèges de l'Ordre. Théophanie, 

jtruite de cette procédure, fit conduire l'accusé dan* les pi i s 

Fontevrault et instruire son procès. Le religieux fut trouvé in- 
•ceiit, et admis à jurer sur les saints Évangiles. ! 

i sei nient, l'abbesse prononça la sentence <i* absolution au 
piilci e, L hapelie île la grande église. L'oi iginai de cette procédure 



55G APPENDICE. 

a mérité de passer à la postérité. L'abbesse ne survécut que deux 
ans après ce jugement solennel, et mourut le 13 août 1353. 

19. — Jeanne de Mangey. 

Jeanne de Mangey ne succéda pas sans trouble au gouvernement. 
On lui contesta son élection qui lui fut confirmée par une bulle 
d'Innocent III, datée du 21 mai 1355 et adressée à l'évêque de 
Poitiers pour bénir l'abbesse. Il y avoit alors 500 religieuses à Fon- 
tevrault. 

Ce nombre plus que suffisant avoit donné lieu à des aliénations 
extraordinaires ; les religieuses mêmes se trouvoient contraintes à 
travailler de leurs mains pour vivre. Pie H, si connu par ses beaux 
ouvrages d'esprit et d'érudition, voulant remédier à ce désordre, 
ordonna par une bulle de l'an 1459 le retrait des biens aliénés et 
l'union des revenus de plusieurs couvents de l'Ordre, au profit de 
celui de Fontevrault. On ignore le temps de la mort de cette ab- 
besse. 

20. — Adélaïde de Ventadour. 

Celui où siégea Adélaïde de Ventadour, qu'on met la vingtième 
à gouverner, n'est pas trop connu, étant morte Tannée de son 
élection. On ne sauroit douter qu'elle ait été abbesse, après ce 
que porte le livre des obits, où on lit : Migravit a sœculo dominas 
Arcembaldus de Ventadour, decanus Tuivnensis et levita (c'est- 
à-dire diacre), fraler dominx Adelaïdis abbatissae nostrse 1 . 



21. — Aliénor de Parthenay. 

Aliénor de Parthenay dont la maison est tombée en celle de Sou- 
bise, comme celle-ci en Rohan, a été constamment abbesse de 
Fontevrault, mais on ne sait pas le temps de son élection ; celui de 
sa mort est moins douteux et on peut le fixer à l'an 1590 ou 1591, 
puisqu'il est certain qu'on passa alors à une autre élection en la 
personne de Blanche d'IIarcourt. 

1 La Gnllia christiana dit cependant, t. II, p. 1324 : « Sidelat autem anno 
1372. » 



I 18 un BS8B9 DI PO» nvi: \i i r 

22. - l'.i \\. n d'II m;i 'i i i 

Cette vingl-deuxième abbesse, cousine germaine de Chariei M 
par Catherine de Bourbon sa mère, 6toH religieuse lors- 

qu'on rappela au gouvernement <le l'Ordre. Les bulles son! d 
d'Avignon, <lo la treizième année du pontifical deQémetrl Vil et 

du siècle 1391. Kilo mourut le 4 avril de Tan 145!. Il veut 
alors un schisme à Fontevrault sur le choix (Tune abbesse, car 

s'y étant formé deux partis, chacun on nomma une. 

La première lui aUaia a'HARGOURT, nièce de Manche; al la se- 
conde Haioonm m BEAUFORT, dont la maison est nue bmche 
de cette de Montmorency. Marie fut mise en possession du gouur- 
nement par le plus grand nombre le 23 décembre 1 l"l . aana que 
nia aitempeehéMajrguerited'ètreaussi reconnue par son parti et même 
d'avoir son éloge funèbre comme les autres abbesses. Sa mort, arri- 
ver trois ans après ce schisme commencé, arrêta le progrès <le cette 
dissension et laissa à sa rivale une place qu'elle occupa Irèt-dif 
ment l'espace de vingt ans. Les registres de ce temps-là t'ont foi 
qu'un de ses religieux, l'étant porté appelant d'une sentence qu'elle 
avoit prononcée contre lui, fut contraint cependant d'en subir 1V\.'-- 
eution, tant cette abbesse soutint ses droits avec fermeté et confor- 
mômont à la bulle d'Innocent III adressée à Alix de Champagne. 

25. — Marie de Montmorency. 

Marie de Montmorency, fille de Mathieu de Montmorency, conné- 
table de France, fut élue unanimement étant âgée de soixante ma, 
en 1451. Elle gouverna avec une sagesse qui fit regretter à tout son 
Ordre que Dieu l'eût retirée du monde de si bonne heure, car elle 
mourut la sixième année de son élection. Elle craignoit de laitier 
après elle des semences de division, ce qui lui fit faire cette prière 
en mourant : « Dieu de paix, bannisse* à jamais la discorde de 
cette maison. Cest ici votre famille, Seigneur, faites-y fleurir 
la paix et qu'elle y demeure à jamais. » Il faut re ma rquer qu'on 
trouve ici une commission datée de l'an 1452. parlaqnette cette 
abbesse ordonne au prieur du Breuil, en Gascogne, de visiter les 
pii. -tirés de Vogues el de Paraman en Espagne, et lui accorde le 



358 APPENDICE. 

droit de donner en ce pays-là l'habit à ceux ou celles qui le de- 
manderont en élant dignes, et aussi de l'ôter aux personnes qui 
l'auroient pris sans permission de l'abbesse. En conséquence de 
cette ordonnance , sœur Léonor de Gondi fut établie prieure 
du monastère de Vogues par Marie de Montmorency, le 6 septem- 
bre 1453. 

26. —Marie de Bretagne. 

Marie de Bretagne étoit fille de Richard, comte d'Étampes, sei- 
gneur de Clisson, (ils de Jean IV, duc de Bretagne, et de Marguerile 
d'Orléans, sœur de Louis XII. Elle fut élevée dans sa jeunesse à 
Longchamps, où sa mère s'étoit retirée veuve. Ce fut là qu'elle prit 
les principes de piété qui lui firent désirer d'être religieuse de 
Fontevrault. A peine fut-elle arrivée , que Marie de Montmorency 
lui résigna l'abbaye en se réservant 240 livres de pension sur les 
revenus attachés à l'abbesse. Cette résignation se lit en 1457, Marie 
étant âgée de vingt-six ans, et encore séculière , comme il paroît par 
la bulle du pape qui la nomme domicella. C'est à cette abbesse 
qu'est due la réforme de l'Ordre de Fontevrault , qui ne se fit pas 
sans bien des soins et des traverses. Elle commença ce grand ou- 
vrage en vertu d'une bulle de Pie II de l'an 1459, et le finit seize ans 
après, sous le pontificat de Sixte IV, qui confirma la réforme, de 
même que Léon X et Clément VIL L'Ordre, pour marquer sa 
reconnoissance envers cette vertueuse abbesse, lui a fondé un anni- 
versaire pour elle et ses parents. Elle mourut le 19 octobre 1477. 

27. — Anne d'Orléans. 

Anne d'Orléans, cousine germaine de Marie, de Bretagne, lui suc- 
céda d'un consentement unanime. Elle avoit pris le voile à Fonte- 
vrault dès l'âge de quatorze ans. Quelques maisons de l'Ordre reçu- 
rent la réforme durant le peu de temps qu'elle fut abbesse, car, 
bien que cette réforme eût passé en loi, elle ne fut reçue cependant 
que peu à peu dans les maisons dépendantes de Fontevrault. 



i 18 LBBISSl S M. i "\ i i \ &AULT. 359 

— Hf.nki 

née de Bourbon fut éhie l'an 1 MM. Klle étoH fille de Jeu II. 
comte de Vendôme , trisaïeul de Henri la Grand. On loi donna !«■ 
roile dès Y âge de huit ans en l'abbaye de Kaintes (sic). Peu de te 
après, Anne d'Orléans, -a cousine, l'attira i Foutevraull cl lui lit 
faire profession Tan 1485. Aussitôt après elle lui abbèSM dé h 
Trinité de Caen et ensuite de Fontevrault. Elle garda treize ans 
durant ces deux abbayes ; de là vient que ses armes sont marquA 
deux crosses. Plus de vingt-huit maisons reçurent la réforme pendant 

nips de son gouvernement, ce qui lui donna lieu de marquer 
quatre R.R.R.R. sur son sceau, «un signifient : Héuée. Religieuse, 

rmée. Réformante. L'an 1504, elle flt mettre, en signe de « •!•'»- 
lure perpétuelle, une grande grille pour fermer le chœur, et i 
<v que porte l'inscription mise à cette grille. Comme un des 
luis de la réforme étoil que l'abbesae nejouiroit de son entière 
juridiction qu'après que le grand monastère l'auroit reçue, lesreJi- 

. traversoient de tout leur pouvoir la perfection <U' ce grand 

in. Madame de Bourbon, au contraire, persévéra dans cette 
sainte entreprise, et enfin leur fit recevoir la réforme, aidée de 
l'autorité de Léon X et de François 1 er . Elle fit environner le grand 
monastère d'un mur de G50 toises, et fit bâtir d'un côté le réfec- 
toire et les offices, et de l'autre un dortoir de 47 cellules. Klle 
mourut l'an 1534, et laissa un perpétuel souvenir de ses vertus et 

s bienfaits à tout l'Ordre. 

29. — Louise de Bouhdon. 

Louise de Bourbon, fille de François, comte de Vendôme, et de 
Marie de Luxembourg, fut élevée à Fontevrault dès l'âge dfl dix- 
huit muis. Elle prit le voile à quatorze ans et lui bénie abbeste 
le 9 janvier 1535. Ellea beaucoup contribué h l'embellissemenl du 
i monastère. Son zèle pour la f"i fut extraordinaire, et l'on 
rapporte que, Charles W étant un jour à Fontevrault avec tonte la 
cour, elle se jeia aux pieds de ce monarque dans le cloître pour le 
i onvier d'exti nniœi l< s héréliq tes et tl i eonun deux 

jeunes prince- de son saig qui étoiest I elle ptrloit du 



360 APPENDICE. 

roi de Navarre et du prince de Condé 1 . On prétend qu'ils furent 
témoins de cette pathétique exhortation, et que le plus jeune de ces 
princes , s'en étant souvenu dans l'occasion , donna dans la suite 
Fontevrault au pillage à ses soldats. On ajoute que les 10,000 mar- 
tyrs, indignés de cet attentat, repoussèrent en corps d'armée ces 
ennemis de la foi. C'est en reconnoissance d'un bienfait si signalé 
qu'ils ont double office à Fontevrault 2 . Louise de Bourbon mourut 
âgée de quatre-vingts ans, en 1575, après avoir été abbesse qua- 
rante ans. 

30. — Éléonor de Bourbon. 

Éléonor de Bourbon, fille de Charles I er , duc de Vendôme , reçut 
le voile à Notre-Dame de Soissons, âgée de trois ans, par les mains 
de Françoise Le Jeune de Manceaux , qui , ayant été faite abbesse à 
l'âge de cinquante ans, le fut cependant soixante-cinq ans (sic). Éléo- 
nor avoit été quelque temps abbesse du Calvaire, quand Louise, sa 
tante, l'attira à Fontevrault. Elle y fut d'abord coadjutrice et enfin 
bénite, fan 1575, par Charles, cardinal de Bourbon, son frère. Elle 
eut soin d'entretenir toujours deux ou trois de ses religieux aux 
études dans la vue de les rendre plus capables de leur profession. 
Ce fut à sa prière que Henri IV accorda à Fontevrault le privilège 
d'exemption de décimes. Elle vécut soixante-dix-neuf ans et mou- 
rut le 26 mars 1611. 



51. — Louise de Bourdon Lavedan. 

Tous les soins d Eléonor pour préparer sa place à Antoinette de 
Bourbon, fille du duc de Longueville , furent inutiles. Étant veuve 
du fils aîné d'Albert de Gondi, duc de Retz , elle passa dans l'Ordre 
des Feuillantines, à Toulouse. Éléonor obtint du roi le brevet de 
coadjutrice de Fontevrault en faveur d'Antoinette, qui y apporta de 

* C'est ce que l'auteur de ces notices appelait un zèle pour la foi extraordi- 
naire! Bien extraordinaire, en vérité, pour ne rien dire de plus. 

2 Nous ne nous chargeons pas d'expliquer ces laits, qui tiennent de la 
légende et n'ont assurément rien d'historique. 

Plus avisé, le rédacteur de la notice sur l'abbessc, dans la Gallia chris- 
tiana, se borne à dire (T. II, p. 1526) : « Fonl-Ebraldensem domum a ser'o- 
rior m drpreed alloue féliciter servavit. » 



I BS kBBBSSKS M ! «»n II. vi; M'LT. 

sa part l.mt d'ob>tacles, que Clément Mil u«> lui t n\oya i|u'iiu bn- 1 
limité pour \ servir un an en qualité de vicaire sm> nen « -danger 
do sou institut . On en obtint un second, 60 1607, pOUT la eoadju- 
lorerie perpétuelle; mais tout cela m lut point capable de lui faire 
changer de résolution. Au contraire, elle ni agit ai puiaaammenJ la 
cardinal de Joyeuse auprès de Paul \. qu'il lui accorda m démit* 

■OU, l'an 1610. 

Après la morl d'Éléonor, elle se retira I PEncloiatre, en Gironde, 

maison de l'Ordre de Fontevrault, et donna heu par là ,i Louiae de 
Bourbon Lavedan d'être installée abbesse l'an 1612. Elle étoil de 
la maison des vicomtes de Lavedan, qui étoienl Bourbon par Charles 
de Lavedan, (ils naturel «1 • Jean II, duc de Bourbon. Bile naquit en 
lô-iN. et lit profession à Fontevrault l'an 1568, et en défini abt) 
à l'âge de soixante-quatre ans. Son amour pour l'Ordre lui lit réta- 
blir sept prieurés , qui étoienl annexée depuis plus de ISO ans k la 

merise abbatiale. C'est elle qui lit ériger un nouveau tombeau de 
marbre blanc au bienheureux Hubert dans la grande église el bâtir 
le grand autel pendant son ministère. Bu l»'»'2 k 2, le feu prit Mol. mu - 
ment à la forèl de Fontevrault, et il ne s'arrêta, selon la tradition 
du pays, que lorsqu'on y eut porté les reliques de sainte Agathe. 
Elle mourut Lan hiâs, si je ne me trompe. 



?ïl. -- h .AXM.-lvW'TlME 1>L BOURBON. 

Jeanne-Baptiste de Bourbon fut bénie , l'an 105;*, p 
évèque de Lisieux. Elle étoit tille naturelle <le Henri le Grand. Sa 
^■re fut la belle Charlotl ;l>. depuis mariée au maréchal 

de L Hôpital. Klle étoit coadjutrice à Fontevrault dée l'an 163 
h avant religieuse professe à Chelles, et, par conséquent, B 
dictine. H fallut pour cela une bulle qui dérogeât au privilège 
accordé à l'Ordre par Léon \. l'an 151(1, qu'il n'y auioil point d'ah- 

nterrault, ce qui comprend aussi les coadjutrio 
atoir cinq ans de profession dans l'Ordre. Cetteprii tou- 

jours beaucoup de fermeté a maintenir ses droits. Ou en pou 
un exemple mémorable; mais, tout glorieux qu'il 
mesdames les abbes&es , on \eut bien li ûlence pu 

ion pour 1. - mi ii\ qui y ont donné lieu. 

C'e>t mai une Jeaune-Baplisle de Bourbon qui, i vant 

M 



362 APPENDICE. 

d'être bénie , rejoignit tous ces tombeaux de tant de princes et de 
princesses, cachés en partie par une pierre qui en interceptoit la 
vue. Elle mourut en 1670. 

33. — MARlE-MADELLINE-GABRliaLE DIS RoCIIECHOUART ». 

5L — Louise-Françoise de Rociieciiouakt-. 

Elle fut nommée par le roi le 22 août 1704, peu de jours après 
le décès de madame sa tante. Il y avoit 10 ans qu'elle étoit grande 
prieure, en laquelle dignité elle s'étoit comportée avec. tant de 
sagesse et de régularité, que la prieure de l'abbaye de Fontevrault 
écrivit au roi une lettre signée de toute la communauté pour la 
demander pour abbesse. Il a fallu néanmoins que le crédit des 
princes et princesses, même de madame de Monlespan, y soit inter- 
venu. Toute la congrégation est fort satisfaite de cette nomination, 
parce qu'elle est de l'Ordre, dont elle a une grande connoissance 
nécessaire pour l'administrai ion. 

Elle est fille de M. le maréchal duc de Vivonne, frère de ma- 
dame de Monlespan et de la dernière abbesse. Elle fut conduite à 
Fontevrault qu'elle n'avoit guère que six ans. Elle n'a pas la capa- 
cité ni l'étendue de l'esprit de madame sa tante, mais elle a beau- 
coup de piété, de régularité et de conduite pour l'administration. 

Elle a été nommée à cette abbaye à la sollicitation de M. le duc 
du Maine, fils naturel du roi et de madame de Montespan. 

11 faudra avoir des bulles ; car Fontevrault , quoique chef d'Or- 
dre, n'a plus droit d'élire ses abbesses. Mais il n'y a point don- 
nâtes à payer, étant une abbaye régulière. 

Cette nouvelle abbesse fut installée par M. l'official de Poitiers, le 
mercredi 5 décembre 1704. Elle a donné sa charge de grande 
prieure à madame de Rochefort de Monlpipaux, sa parente , qui a 
beaucoup d'esprit. 

1 Nous avons publié dans l'Avertissement la notice sur Marie-Madeleine- 
Gabrielle de Rochechouart, 55* abbesse de Fontevrault. 

2 Celte notice ne l'ait pas partie du cabier de Larroqre. Elle se trouve dans 
le même carton, sur une feuille volante. 

Louise-Françoise de Rochediouart, ï>« Mie du duc de Vivonne , mourut 
le 16 lévrier 1712, à l'âge de 78 ans. 



l RS M;l;i -si. s D| i OH I I.M; MM. 503 

.11 une lettre du 18 mars 1705, cette abben nehoil dana 

■ dortoir, alloit Boinenl k te c munauté, iu réfectoire et i 

matin 



55. — Lonsi -Ci vn;i m M<'MV"i.i\ m Smm-IIi ci I . UOUVBUAJffl 
| DES QUATRE l'IIV ES8W M IAM, P1IXBI M. LotM XV, ÉLEVÉES A 
i.yrailt; MORTE EN 1 752. 

30. — Marie-Louisb dk Tmmrrune de Valence; morte en 17 

■* ET DERNIÈRE. — JlLIE-Soi'HIE-GlLLETl 1 M GoRMIl DE PAR- 

n.MLiAN i.'amin; morte em 1 7 i» -~» , a l'Hôtil-Diio m Paris*, 



1 Les religieuses de Fotitevrault avaient été expulsées de leur couvent en 
«89. 



Pièce n° X. 



FRESQUES DE FOMEVRAULT 

Le n° 6, année 1861, du Bidleti?i historique et monumental de 
l'Anjou, par M. Aimé de Soland , donne le dessin de deux jolies 
fresques qui se trouvent dans l'église de Fontevrault. 

La fresque n° 1 représente l'ensevelissement du Christ. A 
droite, l'abbesse Gobrielle de Rochechouart est représentée à ge- 
noux, avec la crosse. Ajoutons que la figure de l'abbesse rappelle 
celle du portrait gravé en 1693 par Ganterel. 

On lit au-dessous l'inscription suivante , que nous reproduisons 
textuellement : 

« A Marie-Magdeleine de... h. chouartdeMortemart, fille de Gabrie 
Rochec... de Mortemart, pair de France, premier gentilhomme de 
la chambre, commandeur des ordres du roi et gouverneur de Paris, 
Elle prit l'habit de religieuse à FAbbaye-aux-Bois de Paris, Ordre de 
Saint-Bernard, de la main des deux reines, Anne et Thérèse d'Au- 
triche, le 19 février 1664, et fit profession dans le mesme lieu, le 
1 er mars de l'année suivante. Elle fut nommée à cette abbaye (dont 
elle est la trente- troisième abbesse) le 18 août 1670, fut bénie dans 
l'église des Filles-Dieu par M. l'archevêque de Paris, en présence 
de la reine, de toute la cour et d'un grand nombre de prélats, h 
8 février 1671, et fit sa première entrée dans cette maison le 1 8 marc 
de la même année. Elle décéda le 15 août 1704 *, » 

La fresque n° 2 représente la mort de la sainte Vierge. A gau- 
che, sur le premier plan, une jeune fille assise, un livre ouvert s 



1 Les mots soulignés sont d'une écriture plus récente que le reste de l'in- 
scription. 



PR1SQ1 18 l'i i OS ! i \ i; vn i 

la main : cV>l mademoiselle (!«• Ml<»i». ii||.< de I ouil \IV .( éê DU- 
dame de Montespan. Prta d'elle, uim ibbetM (celle de Fontefrault) 

à genoux, les mains jointes; devant alla, «m liuv ouvrit sur nu 
coussin à glands; à gauche, un saint, les \<u\ Qxéfl lir le m 
L'insci iption suivante correspond à cette fn sque : 
-liante et trés-iltaetre | 
France, appelée mademoiselle de r»lt»i> et tgèe .. e. p... trait ' i été 
fait. Cette princose a demeuré icy à plusieurs reprises pendant 

son enfance, et a été l»ien ûm d'y être jointe aiipré* de madame 

l'abbesse. Elle a éponsé, I l'a-'' ''«' tWatOTM an», Mur le duc de 
[Chartres... 1 * Monsieur, frère unique du roy. » 



i'ost-à-ilire ce portrait. 
iu de... 



l»ièce il- XI. 



SÉPULTURES DES PLANTAGENETS A FONTEVRAUIT* 

La richesse et la splendeur de Fontevrauît, qui furent si grandes 
au moyen âge, provenaient de la libéralité des princes angevins et 
de leur prédilection pour cette abbaye. Geoffroy Plantagenet et 
Mathilde la comblèrent de biens. Quand la dynastie angevine alla 
s'asseoir sur le trône d'Angleterre, elle n'oublia pas le monastère 
privilégié. Les premiers rois, qui restèrent si longtemps attachés à 
l'Anjou, continuèrent les traditions de générosité de leur famille» 
et, après avoir de plus en plus enrichi l'abbaye de leur vivant, lui 
donnèrent en mourant leur corps à garder. On a appelé Fonte- 
vrauît le Saint-Denis des Plantagenets. Tous les Plantagenets ne 
reposèrent pas cependant dans le monastère. Les corps de six 
princes de cette maison y furent seulement déposés; ce sont : 
Henri II, Richard Cœur de Lion, Jeanne d'Angleterre, Éléonore 
d'Aquitaine, Raymond Vil et Isabelle d'Angoulème. Fontevrauît 
reçut encore, outre les corps de divers princes d'autres familles, le 
cœur de Henri III et Celui de Béatrice, fille de Richard. 

Henri II, Plantagenet, né au Mans le 5 mars 1133, était fils de 
Geoffroy Y et de Mahaut ou Mathilde d'Angleterre. Après un règne 

1 L'intéressante et curieuse notice qu'on va lire a été publiée dans le 
numéro du 1 er décembre 1867 de la Gazette des Beaux-Arts. 

L'auteur, M. Louis Courajod, de la Bibliothèque impériale, a bien voulu 
nous autoriser à la reproduire, et nous l'en remercions vivement. C'est un 
travail d'une érudition sûre, exacte, sur une question en quelque sorte 
nationale. Il est un peu plus complet dans la Gazette des Beaux-Arts; mais 
nous avons soigneusement conservé les faits principaux. 



LES PLANTÀGENETS \ I M 1 v i; m i | . -.ci 

mêlé de glorieux succès el de m.md- : 

comte d'Anjou, dur de Normandie, (tue de Guienne, comte 
de Poitou, roi d'Angleterre, vint mourir à Chinon , vaincu e| hu- 
milié par son fils, le tî juillet 1 180. Le dernier vœu du roi fut d 
nterré dans l'abbaye de Fontevfaull ', 

lendemain de sa mort . on le porta lu b'eu de sa sépulture 

couvert de ses habits royaux, une couron for sur la tète, ayant 

lui pieds des chaussures tissuès d*or et des éperons, au doigt un 

anneau, ;*i la main un sceptre, un glaive au côté et le ri 
découvert. Richard, son lils. ayant appris la mort <li 
courut en toute hâte, le cœurplein de remords. Dès qu'il arriva, le 

se mit à couler des narines du cadavre, comme si l'âme du 
défunt s'indignait à la venue de celui qui passait pour être i 
de sa mort, et comme si ce sang criait à Dieu. Richard, saisi d'une 
inexprimable angoisse, suivit jusqu'à Fontevraull la bière qui tntit- 
portail son père, el il fit ensevelir honorablement le corps du roi 
défunt par les archevêques de Tours et de Trêves. Telle est la nar- 
ration de Matthieu Paris 1 d'après Roger do Wendover* et Benoit 
de Peterborough 4 . 

Suivant Roger de Hoveden el deux autres chroniqueurs * dont 
la tradition e>t adoptée par Augustin Thierry, les faits se pas- 

' autrement. .Nous empruntons à l'émiiient historien de la 
conquête de l'Angleterre la traduction qu'il a mêlée I son récit 7 . 
« Quand le roi eut expiré, son corps fut traité par ses serviteurs 
comme lavait été autrefois celui d.- Guillaume le Conquérant. Tous 
l'abandonnèrent après lavoir dépouillé de ses derniers vêtements 
et avoir enlevé ce qu'il avait de plus précieux dans la chambre et 
dans la maison. Le roi Henri avait souhaité être enterré à Fonte- 
vrault ; on eut peine à trouver des gens pour l'envelopper dun 



1 Bibl. imp., ms. lat., 5480, t. Il, tel. HT w 

* G i /us. s dé M util. Pari», trad. laiuard*BréhoHet,t.II, p. lit- 

s Rogeri de W Vndover Chronica sive flores hisloriarum mine prtaMli •• l i<l. . 
II. 0. Coxe, Londini, 1841, t. II. p. 444. 

1 I \ Benedietl Petroborgensif Vile Ifenrici II, Anylix reyit, apud Herum 
C.allic. script., t. XVII, p. 

i ior, apud Herum nnnlinirum script. 1.1. BêaUt, Fran- 
cofurti, u; U, p. »;:»i. 

iraldus Cambrensis, ap. Rer. gall. se, ni t. Wlli. p, | i.hron- 

Liuilun ., iliiit., p. 

7 Histoire delà conquête de r Angleterre, éd. de 1838. I. Il 



3(58 APPENDICE. 

linceul et des chevaux pour le transporter. Le cadavre se trouvait 
déjà déposé dans la grande église de l'abbaye, en attendant le jour 
de la sépulture, lorsque le comte Richard apprit, par le bruit pu- 
blic, la mort de son père. Il vint à l'église, trouva le roi gisant dans 
le cercueil, la face découverte et montrant encore, par la contrac- 
tion de ses traits, les signes d'une violenteagonie. Le lendemain de 
ce jour eut lieu la cérémonie de la sépulture. On voulut décorer le 
cadavre de quelques insignes de la royauté ; mais les gardiens du 
trésor de Chinon les refusèrent, et, après beaucoup de supplications, 
ils envoyèrent seulement un vieux sceptre et un anneau de peu de 
valeur. Faute de couronne, on coiffa le roi d'une espèce de diadème 
fait avec la frange d'or d'un vêtement de femme. » 

Nous aurons l'occasion de revenir sur ces deux récits, de les dis- 
cuter et de nous décider pour celui qui nous paraît le plus vrai. 
Quoi qu'il en soit, ces deux versions sont d'accord sur un point : 
Henri II fut enseveli à Fontevrault et inaugura ce qu'on appela de- 
puis le cimetière des rois d'Angleterre. 

Au-dessus de la sépulture du roi on éleva un monument pour ac- 
cuser la présence de sa dépouille. Henri était sculpté en pleine pierre 
sur un sarcophage qui représentait un lit de parade couvert d'un 
drap somptueux. On grava sur ce tombeau une épitaphe latine 1 , 
composée de trois distiques dont voici la traduction : « J'étais le 
roi Henri ; mon pouvoir s'étendait sur de nombreux royaumes, et 
je fus plusieurs fois duc et comte. Le prince, que la surface de la 
terre n'aurait pu contenter, huit pieds de terre le contiennent ! 
Toi qui lis cette épitaphe, songe au danger de la mort et vois en 
moi une image de la fragilité humaine. » 

Il ne nous reste de ce monument qu'un fragment enlevé au mau- 
solée dans un des nombreux remaniements subits par le cimetière. 
C'est la figure et la partie du sarcophage qui la soutenait. Le roi 
e^t couché. Le drap qui recouvre le lit se relève un peu sous les 
pieds et sous la tête, et forme des festons sur les côtés. La 
main droite appuyée sur la poitrine portait un sceptre court. 
La main gauche est posée sur la ceinture, au-dessous de la droite. 
A gauche du roi, sur le drap, est déposée son épée. Le ceinturon 
est enroulé autour du fourreau. Voici le costume : le roi, couronné 
et sans barbe, porte le manteau en forme de chlamyde, un surcot 

1 Roger de Wendover, éd. cit., t. II, p. 444. 



LIS l'I \NT M, KM 1 - \ I OH I I \ I; M | | Ig 

loili: à m. ill. h.- I.u_- - et Ion-lie» . une cotte longue 1(111 

aux manches el au bas du lun m 00 \.<it passer m I 

sième uMemenl toiubanl ur les pieds. I 

couvertes il» 1 -mis avec une plaque «1'- métal Rtf le dessus. Le» 

pù'ils muii revêtus df <h a usures et traie» d'en t.iiiio est 

en tuf blanc cl mesure aujourd'hui 'J'IT de lengurar, de U i 
ronne aux pieds. Suivant l'usage, cette statue dut être peint* H 
serait intéressant de connaître quelles furent l*a coloration* primii 

tives. Malheureusement lea couleurs qu'on foét injoanTbni t 

loin d'être originales, comme on la cru. EUei ont été renouv< 
aux dix-septième, dix-huitième et dix-neuvième >ini- 

Si on compare la description de la figure de Henri II net le 
récit que fait Mathieu Paris de la mort et de renseveiisseraeol dq 
roi, on esl amené forcément à conclure que l'artiste, tuteur ds la 
statue, a reproduit scrupuleusement la personne royale au momml 
où elle était parée pour descendre au tombeau. 41orsce ODonumenl 
ne nous offrirai! p-is seulement une oeuvre d'art, mai> encore la 
représentation exacte de Henri revêtu de ses ornement rojam; 
en d'autres termes, ce serait un portrait. Comme quelques-uni de 
ceux qui se sont occupés des tombeaux de Fontevrault, nousavooi 
eu un instant cette illusion. Mais la réflexion ne BOUS a pas permis 
de la conserver. 

Bien des considérations rendent le récit de Matthieu Paris in- 
vraisemblable. Tous les chroniqueurs contemporain^ s'accordent à 
dépeindre l'état d'abandon complet dans lequel mourut Henri II. 
U parait étonnant de voir traiter avec autant d'égards un prince 
mort, dont on ne respecta pas même les derniers moments. 
Lorsque Henri eut expiré, les courtisans avait nt à complai 
Richard, dont on ne prévoyait pas la sage conduite, et insulta h 
dépouille du maître défunt devait, dans leur pen t ta 

maître à venir. Il serait donc étrange de voir tout d'un COUP l 

rêter la haine, la jalousie, la trahison, quand tout les rie à se 

produire, quand la situation les enfanterait si déjà elles n'existsàeol 
pas. Ces considérations, qui éveillent a priori le MOpCOQ, M luflfl 
raient pas à infirmer un récif si on ne pouvait l'appuyer M 

rat, t. XII, r- 11, ;■ II l'il'I. im I 
Monument* ds la monarchie française, t. II. p. 113. Stotelt, Tke monumental 
efHo,es of f.reat lirit»tn, Ittf, pi 1,15, el pi. B 

21. 



370 APPENDICE. 

faits. Mais les choses se sont passées comme le raisonnement l'in- 
dique. Des textes positifs l'établissent. A peine le malheureux roi 
a-t-il rendu le dernier soupir, qu'il est dépouillé de tous ses in- 
signes ; son corps mis à nu ne reçoit pas même les témoignages 
de respect que la mort fait accorder au dernier des hommes. Point 
de linceul, point de bière, point de convoi ! Une main furtive 
cache seule la nudité du cadavre, la charité publique couvre cette 
dépouille royale, et c'est travesti en roi, mais non royalement 
vêtu, qu'il est traîné sans pompe à sa dernière demeure. Voilà 
là vérité. Voilà ce que racontent avec l'accent de la sincérité Roger 
de Hoveden, Giraud-le-Cambrien, l'Anonyme de Laon. Voilà le 
récit auquel Augustin Thierry ajoute foi, sans tenir compte de 
l'autre. 

Entre les deux versions on ne peut, ce nous semble, hésiter. 
11 reste à expliquer comment la première a pu se produire. Trois 
auteurs relatent ce pompeux convoi funèbre et cette sorte de 
marche triomphale de Henri 11 vers son tombeau : ce sont Mat- 
thieu Paris, Roger de Wendover et Benoît de Peterborough. En 
réalité ce triple témoignage se réduit à un seul. On sait que Mat- 
thieu Paris copia la Chronique de Roger de Wendover jusqu'en 
1235. En comparant le récit de Roger de Wendover (Flores histo- 
riarum, t. II, p. 444) et celui de Benoît de Peterborough (His- 
toriens de France, t. XVII, p. 490), on est convaincu que l'un des 
deux a copié l'autre. Voici maintenant comment naquit le récit 
original. Les chroniqueurs, pour composer leurs histoires, étaient 
obligés d'aller sur les lieux s'informer des événements auxquels 
ils n'avaient pas assisté. L'historien de Henri II ne put se dis- 
penser de venir à Fontevrault. On lui montra le tombeau. Comme 
l'usage existait de revêtir les princes de leur costume d'appar 
avant de les inhumer et de les représenter dans ce costume si 
leur monument funèbre, le chroniqueur en conclut que Henri 
avait été apporté à l'abbaye en l'état où il le voyait, et il décri> 
la statue. L'argument tiré de la Chronique de Matthieu Paris doil 
donc être écarté. 

Nous ne croyons pas que la figure de Henri soit un portrait dans 
la véritable acception du mot ; nous avons indiqué la libre inter- 
prétation que s'attribua le tailleur d'images dans le costume. Nous 
ajouterons qu'elle se montre dans les proportions de la statue, qui 
est plus grande que nature, et où l'on ne retrouve ni la petite 






LBS m w r \u m i s I i <>\ I i.\ i; Wil.T. 571 

taille, ni l'obésité si connue du roi. Nona ne nieroni paa cependant 

qu'on remarque ici la carrure des épaulée ntionnées dana le 

il laissé par un .Inouï [ueur contemporain '. <'i que Pabsen» e 
de barbe, a une époque ou elle était portée*, aernble indiquer la 
volonté de traduire une pli>si «aie individuelle. 

On n'a jamais mi> en doute l'authenticité traditionnelle dé nos 
statues, ni b justesse de leur attribution, si la tradition offrit ja- 
ni;ii- quelque garantie, c'est quand elle s'attache i de grandi sou- 
venirs et qu'elle est, comme ici, gardée par de nombreuaei mé- 
moires qui en l'ont un culte. L'abbaye au moyen âge était tr«»p fière 
s tombeaui pour les oublier ou les confondre, et depuis 
l'époque où les souvenirs s'altèrent et se rompent, nova avons dea 
documents qui nous désignent et nous décrivent chaque persou 
et chaque tombeau. 

Pour celui-ci, le témoignage d'authenticité remonte bien haut. 
I»ès le treizième siècle, ltoger de Wendorer et Benoit de Peter- 
borough, voulant reproduire l'aspect de Henri mort, décrivent sa 
statue, comme noua l'avons établi. Le style, d'ailleurs, de ce mo- 
nument et l'eaamen du costume ne laissent pas d'incertitude et 
continuent pleinement la tradition. I/exécution de la figure suivit 
de très-près la mort du roi. Il était sans doute sculpté quand, dix 
ans aérés, Richard vint à ses pieds partager sa sépulture et lui 
deiinnd-'r la réconciliation. Henri est représenté avec la chlamyde. 

Cette forme du manteau ne dépasse pas le douzième siéde. Si l,i 
li-nie était du treizième, nous la venions avec la chajic qui ! 
Richard; cv>t presque la seule différence à indiquer entre les 
costumes des deux mis, mais elle est caractéristique*. Cette statue 
peut donc être datée certainement de Ils:» à 1499. 

Ce monument, dont l'intérêt archéologique est incontestable, 
n'est pas dépourvu de valeur esthétique. Si le travail de l'im 
est dur et âpre, il nous donne du roi défunt une représentation 
qui ne manque pas de grandeur dans sa roideur cadavériqu 



1 Girau l-le ftmbrien, t. WlU des Uni. de France, p. 138. 
* Le p«*'re «I.- Benri, Geoffroy Plantajjenet , portait II barbe. ^ - *•• fémell 
,ns. — Son nis Richard la portait également. Voir ^a statue à I 
m. mit. < \ Atmtmt 

tte différence dam le coalvme dei dea i leurs 

Trésor de numismali'iue et de gl'ipti , lOit et 

r Angleterre, pi. r». 



572 APPENDICE. 

prince aux larges épaules, d'une taille agrandie, dort avec majesté 
dans la pose consacrée. Les lignes du corps sont indiquées avec 
justesse, les plis tombent simplement et le manteau ramené par 
devant drape avec ampleur. 

Richard I er , roi d'Angleterre, surnommé Cœur de Lion, naquit 
en 1157 de Henri II et d'Éléonore de Guienne. C'est un héros 
légendaire par ses exploits et sa captivité. En 1199, voulant, dit-on, 
s'emparer d'un trésor que détenait le comte de Limoges, ce prince 
vint assiéger le château de Chalus. Blessé d'une flèche dans l'at- 
taque et se sentant mourir, Richard ordonna que son corps fut 
enseveli à Fontevrault aux pieds de son père, qu'il s'accusait d'avoir 
trahi. Il légua à l'église de Rouen son cœur invincible, et voulut 
que ses entrailles fussent déposées dans l'église de Chalus comme 
un présent qu'il faisait aux Poitevins. 11 expira le mardi 6 avril 
1199 * et fut enterré cinq jours après, le jour des Rameaux, 
11 avril, vêtu de ses habits d'apparat, dans l'église de Fonte- 
vrault ». 

Comme son père, Richard fut sculpté sur un sarcophage de 
pierre au-dessus du caveau funéraire où sa dépouille était dé- 
posée. La partie supérieure du monument est seule parvenue 
jusqu'à nous. Le roi, couronné, est étendu sur un drap couvrant 
une sorte de lit de camp, un coussin sous la tête. Il porte une 
barbe courte entaillée dans la pierre. La main droite, qui a été 
brisée, était appuyée sur le haut de l'abdomen. La main gauche 
est posée sur la ceinture. Il est vêtu d'un manteau en forme de 
chape, attaché sur le devant par une grosse fibule, laissant à dé- 
couvert presque tout le bras droit et venant par-dessous croiser sur 
les genoux ; tombant tout droit de l'autre côté, ce vêtement est 
relevé par le bras gauche qu'il couvre. Le surcot, serré à la taille 
par un ceinturon, est muni de manches longues et larges. La cotte 
apparaît aux manches et au-dessous du surcot. Au-dessous de la 
cotte une dernière robe descend jusque sur les pieds. Les mains 
sont couvertes de gants avec plaque de métal et les pieds revêtus 
de bottines éperonnées. La statue en tuf blanc a 2 m ,09 de lon- 
gueur. Elle dut être aussi colorée à l'origine. En comparant les 



4 Matth. Paris, Grandes Chroniques, éd. cit., t. III, p. 300 et 501. 
a P.ibl. imp., nis. lat. ( 3480, t. II, fol 111 r°. — Arch. de Maine-et-Loire 
ms. Extrait du Cartulaire de Fontevrault, fol. 264, 2Gj. 



I Is p| v\| \,,| \| h \ I ..M ! \ RAI I I. """, 

i 'présentation^ el descriptions de ce monument, on 
acquiert la preuve tpn» depuis le dit-septiéme siècle il lui repeint 
plusieurs fois '. 

Comme pour Henri II, raiilhenticité traditionnelle de l'.it 1 1 il u- 
tîon m 1 nous semble pas ici contestable. La ligure de Richard ett 
postérieure à telle île Henri. Les lorni s différentes dei manteaux 
établissent pour la première une évidente antériorité. La cnt| 
Richard n'a pu coexister avec la cMaarjda «le Henri. Mais le reete 
des costumes diffère bien peu. Cotte et surent, tous deux : 
longs, sont assez ressemblants. Les deux ligures n'ont pas dû être 
taillées a un bien grand intervalle de tempe l'une de l'autre, et 

celle de Richard a tous les caractères qui conviennent à la dernière 
année du douzième siècle et aux premières années du treizième. 
.Voit eu 11!' 1 .», ce prince n'a pas attendu longtemps son monumenl 
funèbre. 

Contemporaine, cette statue a donc une grande valeur. Elle était 
l'unique effigie de Richard, à partir de 1756*, époque à laquelle 
celle de Rouen disparut, enfouie sous le pavé du chœur, jusqu'à 
ces dernières années, où elle I été retrouvée par M. beville. Hais 
le Richard normand nous semble inférieur en intérêt à celui de 
Fontevrault. car il dut être refait après l'incendie de la cathédrale, 
en l k 200 5 . C'est en vain qu'après les avoir visités et comparés tons 
les deux, nous avons cherché à établir l'identité de l'un par L'autre. 
Le Richard de Rouen 4 ne ressemble nullement à celui de Fonle- 
vrault. H n'a pas de barbe, ne porte qu'une robe attachée au cou 
par m libule carrée et serrée à la taille par une ceinture 

fort ornée lu manteau-chape, jeté sur les épaules, est retenu par 
une cordelière lâche. La main gauche tenait un sceptre. Il l un 
lion sous les pieds. En avant du bloc de pierre qui forme le lit, un 
petit bas-relief du plus joli travail représente un sujet de chasse 
un chien guette un lapin sortant du terrier. 

niéret, t. XII, f* 18. — Stothart, pi. s .*t ■.»; pi. ta eanlaor 

M 'nuiiK-niul effigies, 1852. 
* A. Deville, Tombeaux de lu catktd.de Rouen, édit. de I s." 7 . p. I B 
1 M., i*id. p. lu. 
4 L'auribnUon itue ne peut être bob pi 

des estamjx s, Ga Oxfoi 'I ■ t. IV, pi. i, et 

meoB, I. il, pi. ti H - vaeette italaa avant h restauration 

dans un ah'liri di- l.i r 1 1 1 1 *'■ . 1 1 - ; 1 1 « > dr IUhu-ii ; elle est COarorme MI dessins du 

• . -li-. 



574 APPENDICE. 

Quand au Richard de Fontevrault, le visage en a été trop mutilé 
pour qu'il puisse, après les restaurations, donner une ressemblance j 
bien exacte. Toutefois le marteau qui le défigura n'a pas enlevé 
toute trace d'énergie et peut-être de personnalité. D'un travail ! 
moins rude que la statue de Henri, celle de Richard nous parait! 
moins satisfaisante au point de vue de l'art. Les épaules sont! 
étroites et semblent oppressées par le manteau qu'elles supportent. 
Ce vêtement n'est pas drapé d'une façon bien savante ; tombant 
roide du côté gauche, il passe sous le bras droit pour venir croiser! 
sur les genoux par un mouvement assez inhabile. 

Jeanne d'Angleterre, fille de Henri II et d'Éléonore de Guienne, i 
naquit en 1465 f . Veuve de Guillaume, roi de Sicile, elle épousai 
en secondes noces Raymond VI, comte de Toulouse. Sur le point] 
d'accoucher et, se trouvant très-malade à Rouen, elle désira vive- 
ment être attachée comme religieuse à l'abbaye de Fontevrault. 
Quoique mariée et enceinte, elle reçut le voile à Rouen et fut con- 
sacrée en présence de sa mère Éléonore, puis mourut le 27 sep- 
tembre 1199 2 . Son enfant fut tiré vivant de ses entrailles, mais 
ne lui survécut que peu d'instants. La prieure de Fontevrault 
apporta le corps de la princesse au monastère; on le plaça dans 
l'église près du tombeau de son frère Richard 5 . 

Jeanne eut aussi son tombeau orné de sa statue couchée 4 . De ce 
morceau de sculpture il n'est rien parvenu jusqu'à nous. Rrisé ou 
enfoui au dix-septième siècle, il fut remplacé par une figure de| 
marbre à genoux s . Cette dernière a été détruite à la Révolution. 

Éléonore, reine de France, puis reine d'Angleterre, était fille de 
Guillaume X, dernier duc de Guienne , et d'Éléonore de Châtelle- 
rault. Elle épousa d'abord Louis VII le Jeune. Répudiée en 1152, 
elle s'unit à Henri, duc de Normandie, qui devint roi d'Angleterre. 
D'un caractère violent, en lutte avec son mari, conspirant avec ses 
fils, elle fut emprisonnée par Henri et délivrée seulement par l'avé- 
nement de Richard. Veuve , elle continua à jouer un rôle dans la 
politique, puis, chargée d'années, elle se retira au monastère de 

* Matth. Paris, Hist. maj., trad. Huit. Bréh., 1. 1", p. 429. 

2 Hoger de Hoveden, Hist. de France, t. XVII, p. 599. 

s Bibl. imp. Cartulaire de Fontevrault, ms. lat., 5180, t. I e ', fol. 5 r*. 

4 Bibl. imp., ms., 8229, fol. 541, r° et v°. 

5 Honorât INicquet , Histoire de Fontevrault , p. 256. — Sanrlfort, Genealo- 
gical history of the Kings of Engîand, éd. de 1707, p. 71. 



i i - PLAN! vu SBTS \ i OU il VRAI I i. 

Fonlevraull '. j prit le voile à tel derniers moments, 1 1 \ mourut 

t.- 51 în.ii 1204 -. Kl le lui inhumée auprès de son m it 
ii sépulture de la reine fui surmontée de m statue couchée, 
sur un monumenl semblable à celui des lutrei prino 
qui, comme les leurs, a disparu, filéonore couronnée, la tète enve- 
loppée dans la guimpe des veu ipportée par un cou 
repose sur un lit. Les mains, qui uni été brisées, portaient un 
livre d'heures. In surcot, bordé il un large ruban à Pencotore h 
très-ïégèremenl échancré, laisse voir le liant «le la cotle el la fibule 
qui l'ai tache au cou. Ce surcot dérobe entièrement à la vue le i 
«le la cotte. Formé d'une étoffe très-souple, il est serré à la taille 
par une riche ceinture et y détermine un." multitude de plis Irés- 
fins. 11 tombe jusque sur les pieds par d'autres plis ondulant 
manteau, retenu sur les épaules par une cordeUère non tendue, 
laisse tout le buste à découvert, se relève s<»us le bras droit et <!<• 
l'autre coté vient s'enrouler autour de la h niche gauche. La Maine, 
en tuf blanc, a l m 84 de longueur. Une ancienne enluminure rap- 
pelle >an^ doute sur relie statue les différentes couches de couleur 
«loni on la rouvrit en la restaurant. Il faut se garder de croire ori- 
ginale la plus ancienne comme la plus récente des peintures que 
non- connaissons*. 

Tout vient encore ici confirmer l'attribution traditionnelle de la 
limire. La coupe de la robe, la ceinture richement ornée, les plis 
nombreux et cassés, l'ampleur excessive des vêtements, !'• toile 
extrêmement souple, la forme du manteau, non- la fout attribuer 
aux premières années du treizième siècle. Ces éléments constituent 
en effet le costume <le> femmes de cette époque. La grâce de la 
draperie jetée dans le goût antique , le style exquis de l'œuvre . la 
rapprochent de la grande période de l'ait gothique el lui fixent 
pour date extrême 1310 à 1215. 

Cette statue nous parait véritablement belle. Rien de simple 
comme l'attitude générale. La princesse, dans une pose gracieuse, 
continue sa pieuse habitude de tenir son psautier. I/ajustement de 

l-n. Pars pont., apud lierum amjluiiium Scri/itorrs, p. 802. 
- ihranl l'Art 1* wériâer ta iëtei, éd. eil. ( t. i". p. B05. I • I nihranl 
le néerologe de r abbaye; Bibl. imp., Dit. lat., 5180, t. Il, fol. 109,**. Le Heu 
icuté. il nu. ie /" S 
* Arch. de Maine-et-Loire, ma. extrait def Cari '!«• Fôfllerf., I"! 
1 \ t. \ii. Fol. 15. Btothart, M t mmf w têt efp 

H h pi. fii eoolenr au eommeneatneat. 



370 APPENDICE. 

la robe, sans convention et sans manière, est plein de goût. Les 
p'.is se groupent heureusement; le manteau, qui dégage et laisse 
voir le busle, reçoit un excellent mouvement. Ce qui reste du 
visage, privé du nez en 1793, offre le même caractère de noble 
inlerprétation. La valeur de ce monument nous semble donc consi- 
dérable. Contemporaine d'Eléonore , cette statue n'est cependant 
pas un portrait. Éléonore mourut extrêmement âgée, et rien dans 
notre image de pierre ne reproduit la physionomie d'une princesse 
courbée sous le faix des ans. Le visage est celui d'une femme de 
quarante ans au plus. C'est une figure de convention. Le statuaire 
a mieux aimé rendre la grâce et la majesté d'une reine idéale que 
les rides et les traits énergiques creusés par les passions de cette 
puissante aïeule des rois anglais. 

Isabelle ou Elisabeth d'Angoulême , reine d'Angleterre, puis 
comtesse de la Marche, était fille d'Aimar, comte d'Àngoulême , et 
d'Alix de Courtenay. Fiancée d'abord à Hugues IX, comte de la 
Marche, elle fut enlevée par Jean sans Terre. Veuve du roi d'An- 
gleterre, elle épousa , au mois d'avril ou de mai 1220 , Hugues X, 
fils de son premier fiancé 1 . Jeune, Isabelle aurait été élevée dans 
l'abbaye de Fontevrault 8 . Après une vie des plus agitées et des plus 
souillées, après avoir reçu de ses peuples le nom exécré de Jézabel, 
elle mourut en 1246. Les Bénédictins 3 , sans indiquer sur quelle 
autorité ils se fondent, disent que cette princesse fut enterrée à 
l'abbaye de la Couronne. Nous ne le pensons pas. Devenue veuve 
une seconde fois, poursuivie pour ses crimes , Isabelle se réfugia, 
en 1245, dans l'abbaye de Fontevrault, et là, dit Matthieu Paris 4 , 
se cacha, sous prétexte de religion, dans une chambre secrète, où 
elle trouva sûreté à grand'peine. Si nous en croyons les obituaires 
de Fontevrault, la reine serait revenue, à la fin de ses jours, sur la 
conduite qu'elle avait tenue toute sa vie. Elle montra dans l'abbaye 
une piété exemplaire, combla le monastère de biens et mourut le 
4 juin 1246 5 , abandonnant tous les honneurs et toutes les vanités 
du siècle, couverte sur sa demande du voile des religieuses et 

1 Bibl. de l'École des Chartes, 4° série, 2* année, p. 559 el sniv. 

2 Arch. de Maine-et-Loire , ms. intitulé Fontevrault, extrait des carlul., 
eharles, obituaires, registres, loi. 289. 

3 Art de vérifier les dates, t. II, p. 585. 

4 Grandes Chroniques, trad. Huill. Bréh., t. V, p. 545 et 5U. 

5 Matth. Paris, Hist. maj., bond., 1751, p. 944; — et Cartul. de Fontevr., 
t. I. (Bibl. imp., ins. lat., 5480. fol. 1 r°.) 



Lia PLAMTaGSNITS \ I "\ m l; u l l 377 

ordonnant par humilité d'être enterrée dans le cimetière du 

Knsevelie suivanl son désir au milieu des reli Ile fut 

exhumée huit ans après et placée! sous Ice yeui de Henri III. mm 
fils, dans l'église de Kontevrault, per l'archevêque de Bordeaux et 

celui de Bourge 

lie princesse recul les honneurs funéraire aui Plan* 
lagenets *. Isolée connue les autres statues du monument qui sur- 
montait sa sépulture, Isabelle nous apparaît couronnée, la tête 
enveloppée d'une guimpe el soutenue par un coussin, les mains 
croisées sur la poitrine. Elle repose sur un lii de parade, vêtue 
d'un -meut assez échancré qui laisse voir le liant uY la cotte atta- 
chée com clic d'Éléonore par une fibule. Le surent est ti\é i 

la taille par une ceinture et y tonne quelques plis moins uns et 
moins souples que dans la figure précédente. Ce vêtement, cachanl 
une partie des pieds . produit de chaque coté déni groupes régu> 
liers de plis. Un manteau couvre les épaules de la princesse en 
dégageant le buste ; il est lixé par une cordelière lâche. U9 pan 
droit se relève comme soulevé par le vent, le pan gauche vient se 
fondre dans les plis du surcot. La statue est en bois. Elle n'a pi 
que pas été mutilée et, plus petite que les autres, mesure l m 80 
de longueur. Coloriée sans doute à l'origine, elle n'a pas pu con- 
server jusqu'à nous ses teintes primitives 3 . 

L'examen de celte ligure confirme encore la tradition qui veut 
qu'elle représente la reine Isabelle. Elle nous parait dater du mi- 
lieu du treizième siècle. Voici ce qui nous amène à fixer celte date 

voisine de l'exhumation de la princesse. L'image n'est pas des 

dernières années du siècle, car le vêtement s'étriquerait , le smvot 

deviendrait une blouse sans ceinture, les plis n'apparaitraieni p;i>. 

On sait que le costume de cette époque va toujours en se rétré is- 

Or, ici nous trouvons encore une certaine ampleur et une 

le ressemblance dans l'aspect général avec le costume d l 
nore, mais une manière différente d'entendre la draperie de la 
robe, une éloffe moins souple, ne donnant pas les plis caractéris- 
tiques indiqués dans la figure précédente. La cotte est plus appa- 

1 Bibl. imp., ras. lai., "080, Cart. de Fontevr.. 1. 11, fol. Il5r. 
k. de ytmne-el-Love, ma. extrait dei Cariai., i 
y. Gaigniéres, t. XII, fol. 80. — Stotfaart, pi. t:.. U <-t ta pi. eotoriée 

•lu ( ■.iiiinifiiri'lili-lit. 

C«tte statue, assez bien conservée, parait n'avoir poil 



378 APPENDICE. 

rente à l'encolure, le suroot plus éehancré au col. Le style de Emu- 
vre accuse aussi un art plus avancé tombant déjà dans la conven- 
tion. Les plis de la robe, qui semblent vouloir se pondérer, se mas- 
sent régulièrement, systématiquement. Le mouvement du manteau, 
qui se relève sur les genoux, n'est pas exempt de recherche. Tout cela 
convient à la date que nous avons fixée pour le travail du sculpteur. 

Sans valoir la statue d'Éléonore, celle-ci est encore intéressante. 
Si nous ne retrouvons pas ces grands caractères qui font de la pre- 
mière une œuvre remarquable , la ligure d'Isabelle nous offre un 
monument précieux de l'art courant du milieu du treizième siècle. 
Froide et compassée , elle n'est cependant pas sans charmes. 
La physionomie , jeune et sans caractères dislinctifs, n'a pas l'ap- 
parence d'un portrait. Huit ans se sont écoulés entre la mort de la 
princesse et son inhumation définitive dans le cimetière des rois. 
On a oublié que les cendres qu'on remue sont celles d'une vieille 
reine, et l'artiste se borne à représenter une princesse de con- 
vention. 

Raymond VII, comte de Toulouse, fils de Jeanne d'Angleterre et de 
Raymond VI, naquit à Beaucaire en 1197. Il fit d'abord la guerre 
à Amaury deMontfort et soutint la parti albigeois. Enfin il se récon- 
cilia avec l'Église, conclut la paix avec saint Louis et prit la croix 
pour accomplir le voyage d'outre-rner. Mais, retardant toujours son 
départ, il tomba malade. Se sentant mourir, Raymond, le 23 sep- 
tembre 1249, fit son testament. « Nous choisissons avant tout, y 
« dit-il, pour lieu de notre sépulture le monastère de Fontevrault, 
« où reposent déjà le roi Henri d'Angleterre, notre aïeul, et le roi 
« Richard , notre oncle, et la reine Jeanne, notre mère, et nous 
« voulons être placé à ses pieds 1 . » Ce prince mourut le 27 sep- 
tembre 1249. Son corps fut apporté le 1 er mai (sans doute de l'année 
suivante) à Fontevrault et placé aux pieds de la reine, sa mère 2 . 
La figure couchée du prince était placée sur le tombeau qui lui fut 
élevé 5 . Elle n'est pas arrivée jusqu'à nous. Disparue en 1658, elle 
fut remplacée par une statue en marbre blanc 4 . Le comte y était 



1 Bibl. imp., ms., Cart. de Fontevr., t. I", fol. 163 i", et Grandes Chron. de 
Matth. Paris, t. VJ, p. 505. 

* Voyez le Mig ravit du comte; Bibl. imp., ms., Cart. de Fontevr., t. I er , 
fol. 5 r°. 

5 Bibl. imp., ms. fr., 8229, fol. 341 r° et v\ 

4 Honorât Nicquet, Histoire de Fontevrault, p. 256. 



LBfi PLANTA0EHET8 \ i "\ i i \ i;\u i. 

représenté i genoux, se frappant ta poitrin Mine pour demandei 

pardon à Dieu de son hérésie 1 . Ce marbre fui brisé I II Kétohitloo. 

lie iis'.j à 1354, les six Ptantageneta qui choisirent PontetraoK 
pour dernière demeure sont descendu! dana leur tombe. On donna 
à chaque prince, ainsi que nous l'avons montré, une sépulture dis- 
tincte, » v t, ;i une époque très-rapprochée de la mort de chacun 
d'eux . on éleva sur chaque cercueil enfoui un tombeau appai 
l ..• cimetière, formé de ces ail aépukrei . était dam ai net 
l'église abbatiale, à gauche* c'est-à-dire rera l<' mordu nord 4 , 
contre le gros pilier qui Fait l'angle de la nef et <ln Iraawept*, 
Voici dans quel ordre et dans quelles dispositions se tioaifiiant les 
rois . d'abord Henri II ; à ses pieds, Richard : i coté de Henri, I 
nore; à côté de Richard et fort probablement aux pieds d'Êléonore, 
leanne; aui pieds de Jeanne, Raymond •. Elisabeth, la dernière 
enterrée par le fait de son exhumation, datait arriver à la lin. 
Nous manquons d'indices pour tixor s» place. 

Rien à noter durant la longue période du moyen âge. Cette épo- 

(|ne. constante observatrice dea traditions, respecta les i aments 

((ni taisaient la gloire de l'abbaye. Les nonnes conserv è re n t reli- 
isement dans l'église les vénérables images de pierre et les cen- 
dres des rois bienfaiteurs, comme elles perpétuèrent leur souvenir 
dans les prières de chaque jour. Reconnaissance, intérêt, légitime 
orgueil, tout concourut à proléger ces reliques d'un «art oublié. Les 
-i\ tombeaux arrivèrent donc intacts jusqu'au seuil du seizième 

L.- 30 juin 1504 apparaît la première violation, au moment ou 

mdfort, Genealogical history oflhe Rings of Kunlnnd ; t'-d. de 170", j>. Tl. 

* Bodin, Hcchcrvhcs historiques sur la ville de Suumur , etc. Saunmr. 
t. I". i>. I!»T. 

• •■/. Il léfeade au bas dos dossins do Gaigni 
ladfbrt, 6«<Hffifll htstory oflhe Kings of Entflunil ; éd. de \Tffl 
la gravure, ièid. 
5 C'ost ainsi que nous interprétons ce passage '!>• Nicquel I tflst.ieFontevmll, 
/ nmrtiere des Roys estait dans la f\ pilier 

le plus esloii/iié de l'autel. (»u n'eut on effet qu a faire pivoter les i beaus 

autour de ce pilier pour i«-- enfermer dans !«• cbœui 
Quoique remuée et déplacés bien dos r<>i<. les roie n'ont jamais été beaucoup 
mmeon le verra, de l'endroit od ii^ furenl originairement Inhu- 
me contre le même pilier qu 
orient très-bien de !<•> avoû 

• Ces positions résultent des Indications donnéea dam les testaments, les 

- des chroniqueurs el les obite 



380 APPENDICE. 

l'on réforme l'abbaye et où Ton cloître les religieuses. Monuments 
enfouis, monuments apparents, tout est bouleversé. Laissons Honorât 
Nicquet nous raconter ce changement : 

« Renée de Bourbon, au mois de juin, faisant faire la clostureet 
la grille qui sépare le chœur des dames 1 d'avec le chœur de Tau- 
tel, fit transporter les tombeaux et effigies des princes et les ren- 
ferma dans la closture des religieuses , quoyque toujours contre le 
mesme pillier où estoitune image qu'on appeloit jusqu'à présent 
Notre-Dame-des -Ro j s . 

« Pour les tombeaux cachés sous la pierre soustenant les effigies, 
elle en changea les dispositions ; car on n'a pas trouvé, Tan 1658 
qu'on y a fouillé, ni Richard aux pieds de son père, ni Jeanne aux 
pieds de sa mère. Or, depuis le temps de Renée jusques à ce mesme 
an 1638, les effigies estoient disposées de cette façon : Henry H, 
roy d'Angleterre ; Richard , son fils , surnommé Cœur de lion ; 
Aliénor ou Éléonore de Guyenne, Jeanne d'Angleterre; toutes qua- 
tre à costé l'une de l'autre et de mesme suitte , couchées et esten- 
dues sur tombeaux vides élevés. Plus rapprochant vers la grille 
estoit l'effigie d'Elisabeth, reyne d'Angleterre, et de Raymond VII 2 . » 

Au mois d'avril et de juillet 4562, les huguenots ravagèrent l'An- 
jou 5 . L'abbaye fut envahie et saccagée. Toutes sortes de profana- 
tions y furent commises 4 , et les statues durent éprouver quelques 
dommages. 

Ce n'était pas assez des épreuves causées par les luttes reli- 
gieuses. La paix fut aussi fatale que la guerre à nos tombeaux , et le 
dix-septième siècle ne se montra pas plus scrupuleux à leur égard 
que le seizième. En 1658, nouvelle violation. Cette fois, on n'a pas 
l'excuse de la nécessité et des besoins d'une réforme. On obéit à 
un pur sentiment de luxe. « L'abbesse Louyse, » nous dit encore 
Honorât Nicquet, « s'estoit contentée d'embellir le grand autel et 
ses appartenances d'une riche et magnifique architecture, il restoit 
la closture du chœur des dames et le cimetière des roys (c'est ainsi 
qu'on appeloit d'ancienneté l'endroict où estoient leurs sépulchres). 
Celle-là n'avoit rien de recommandable, sinon qu'elle estoit la pre- 

1 Le chœur des clames était dans la nef de l'église, et la grille dont il est 
question le séparait du carré du transsept. 
i Hisloive de Fontevrault, p. 529. 
3 Jean Hiret, les Antiquitez de V Anjou, p. 220 et suiv. 
* Bibl. imp., Car't. de Fontevr., t. II, fol. 280 r°. 



I ! ..s l'I \M \U M. I a I M»\ I l.\ l; AULT- 

mière marque de Ii réformation du grand monastère; ni cestuy-d 
rien de royal, sinon les os et les oendrea des roys, dei prànsu el des 
pnmseaaea d'Angleterre <nti yavoêsnl oplé leur lépuHttre. Cet dem 
ouvrages de pierre quoyqu'insensibles estoient néantmoina touches, 
>embloit, de quelque sentiment de bénit à la tous d'une lace n 
riante el si agréable comme es! celle de ee grand autel. H> attenr 
doienl quelque main favorable qui essuyait cette pudeur et les rele- 
vasl de cette honte en relevant sur leurs foodements quelque 
somptueuse structure de bastûnent. Ces! se qu'entreprit ma- 
dame Jeanne-Baptiste, dès qu'elle m* vit en pleins disposition de 
ses volontés dam l'abbaye. » (p. 528.) 

« Depuis Pan 1638, qu'il fallust remuer ces inooeunents pour 
faire les tranchées des fondements de ces deux belles arcades, lune 
desquelles couvre ce cimetière, et toutes les deux costotent la 
erand'grille et appuient deux autels en dedans du ( lid-iir des dames, 
la disposition des effigies est autre qu'elle n'estait auparavant. Plus 
proche de la grille on voit Raymond et sa mère qui s'entre-regar- 
dent, puis suivent Henry. liieliard, Ali.-iioj . Elisabeth : ces quatre 
rendiez, les deux autres de genoux. » (p. 550.) 

Voici ce qu'ordonna la somptueuse aJbbcsse. Sans tenir aucun 
compte des différentes places occupées par les cendres royales, elle 
éleva un mausolée commun sur lequel elle plaça, en le> juxtapo- 
sant, quatre ligures arrachées aux divers î uunents qui les sup- 
portaient Klle lit disparaître deux images qui ne pouvaient tenir 
MUS son arcade et embarrassaient leclnrur: elle les remplaça par 
teUX statues de marbre blanc, à gettOUX, qu'elle mit en avant. A 

côté du tout elle plaça une épftapheqai prouve combien elle igno- 
rait ce qu'elle voulait enseigner à la postérité*. 

N us -unîmes au dix-septième siècle. Les rois sont places sous 
une arcade resplendissante d'or, de marines de toutes couleurs. 
ornée de sujets allégoriques et de lestons dans le style le plus pom- 
peux <t le plus faux du jour, sur un tombeau en forme d'autel -. 
leux statues refaites répondent an goal de la chapelle ; mais 
mot vieilles figures des deuxième el troisième Bècks, irncfa 
à leurs mausolées primitifs, posées sur ce >arcophage postiche, 



• Bibl. imp., m>s. fi.. 8-. K 2'J, fol. 541 r* et \ . 

i Sep-ih-hral monuments in Greal Brilatn. Londres, 1786, t. 1", 1" uar- 
30. 



582 APPENDICE. 

font un bien triste effet. Quoi qu'il en soit, sur ces tombes muti- 
lées , déplacées , plane toujours le grand souvenir des princes 
anglais. Les somptueuses abbesses ont altéré, mais n'ont pas aboli 
la tradition, et le cimetière fait encore leur orgueil. Quand Sand- 
fort compose en Angleterre sa Genealogical history of the Kings of 
England , il reçoit de l'abbaye un dessin et le fait graver. Cette 
estampe nous donne une vue très-exacte de la chapelle sépulcrale 
avant 1677. Plus tard, en 1699, lorsque Gaignières parcourt la 
France pour copier les monuments intéressant l'histoire , ces rois 
sculptés attirent son attention : il néglige les deux modernes et 
fait dessiner les quatre anciens 1 . La position des personnages a été 
changée depuis 1658. Ils sont toujours dans le chœur des reli- 
gieuses, à gauche de la grille, contre le mur du nord. Mais voici 
Tordre que Sandfort et Gaignières constatent : Henri, Éléonore, 
Richard, Isabelle ; en avant Jeanne et Raymond. 

Au dix-huitième siècle , Fonlevrault conserve ce que lui a laissé 
le dix-septième, sans que nous trouvions trace de changements. 
Montfaucon, en dépouillant les portefeuilles de Gaignières, se garde 
de laisser passer inaperçus d'aussi précieux documents. Il fait gra- 
ver les quatre tombeaux anciens dans les Monuments de la monar- 
chie française. Ces quatre pièces de sculpture deviennent donc un 
monument national. L'Angleterre, de son côté, continue à s'y inté- 
resser, et deux d'entre elles sont décrites dans les Sepulchral mo- 
numents in Great Britain. A la fin du siècle, les statues durent 
subir une restauration et furent repeintes. 

Bientôt la Révolution éclate, et, dans son besoin d'effacer le 
passé , n'épargne pas les œuvres d'art. Le département de Maine- 
et-Loire, et particulièrement les municipalités d'Angers et de Sau- 
mur, se distinguent par leur zèle pour la destruction. La populace 
pénètre dans l'abbaye et cherche a violer les tombes des princes. 
Le faste inintelligent de deux abbesses lui a épargné ce sacrilège. 
On fouille inutilement sous les statues 2 . La rage, qui ne peuts'as- 



4 Voyez au Cabinet des estampes de la Bibl. imp. le tome XII des costumes 
de Gaignières. Ces dessins, qui sont sans date, doivent avoir été tracés 
en 16i»9. C'est en effet à celle époque que Gaignières fit reproduire les bâti- 
ments de l'abbaye dans deux vues qui sont au même cabinet (Topogr. de 
Maine-et-Loire, arrondissement de Saumur). Monuments extérieurs et inté- 
rieurs ont dû être copiés en même temps. 

2 M. Deville (Tombeaux de la cathédrale de Rouen, éd. de 1857, p. 16 i). 



1 1 s ri w i m,i mi a \ pou rivBAi 1.1. 

buvir >m les cendres roj îles, m di domi • La 

chapelle sépulcrale est renversée, let figures couchées sont marte- 
lés emblèmes abhorrés disparaissent. Mais la fureur révolu- 
tionnaire s'altaclie surtout aux person enoux, mm priants, 
au malheureux !*;«> i n o 1 1 « 1 et à ta mère Jeanne, <>n les prend 
doute pour des saints, et la simple mutilation n'est pas jugée suinV 
pante. De ces deux statues U ne reste depuii aucune H»c#. Qsm 
meut les quatre autres éclwppèrent-elles à l.i dévastation? Cela 
lurprend quand on songe que tout ce qui les entourai! i péri! 

A partir de ce jour 1»' cimetière n'existe plus. Le lien mdi 
lubie que la morl avait mis entre la lerre angevine et aes vieux 
princes esl brisé. La Révolution a fait meubles, poui parler la lan- 
gue du droit, les tombeaux qui devaient rester éternellement im- 
mobiles, et désormais ces tronçons de pierre et de bois mutilés, 
ballottés de tous côtés, colportés de place eu place et con\<>ii' 
toutes parts, vont commencer une vie errante qui, quatre fois, 
faillit les exiler du sol de leur patrie. 

Chassées de l'église, les quatre statues survivantes restèrent 
oubliées au fond d'un cellier, dans un bâtiment contigu à l'abl 
où elle- fuient trouvées ;ui milieu des décombres. On les mit dans 
la lour d'Évraud, dépendance du monastère. Puis, en 1804, quand 
l'abbaye, comme pour expier sa première destination, devint nue 
i, elle- lurent exposées à toutes les insultes des prisonnier- cl 
vouées * une destruction rapide. En 1816, Stotbart les vit, les 
dessina et les lit gra\er(the Monumental effigies of Great Uritain). 

A cette époque le prince-régent d'Angleterre les demanda, et 
cette d-iiiarche réveilla l'attention sur leur valeur lustorique. Grâce 
aux observations présentées par Bodin et le baron de Wiames, préfet 
de Maine-et-Loire, les ministres de Louis XVlll les refusèrent. Après 
lus, on les déposa dan- une de- petites absides de l'église, 
le sud-est. Kn 1819, elle- -«.ut encore tur le point de quitter 
la France, le gouvernement anglais renouvelle sa demande, mais 

-;m- plus de -il' 

Cependant les tombeaux sont connus, on s'en occupe de tons 

. En 1828, quand parait l'ouvrage d'Alexandre Lènoirsorles 

V s arts libéraux, l'auteur j décrit et y fait graver les 

quatre statues. En 1829, M. Deville remarque Richard; il le eom- 

avec celui qui existait autrefois à Rouen, et le l'ait également 

graver dans ses Tombeaux de la cathédrale de liouen. Le comte 



384 APPENDICE. 

de Viel-Castel reproduit Henri H dans sa Collection de costumes, 
armes et meubles, pi. 170. Éléonore est encore gravée dans les 
Mémoires des Antiquaires de V Ouest, en 1845. Mais cette attention 
qu'on prête à nos monuments n'attire pas sur eux un intérêt bien 
respectueux : ils gisent à terre dans un coin de l'église et servent 
de banc aux promeneurs et aux touristes 

En 1846, les rois sont transportés à Paris. Quitteront-ils la 
France pour l'Angleterre, qui les demande toujours ; iront-ils dans 
l'un des musées royaux, à Versailles ou au Louvre? On l'ignore, 
et cet enlèvement soulève de nombreuses réclamations. M. de Gui- 
lhermy leur fait écho en décrivant et en reproduisant les statues 
dans les Annales archéologiques 1 . Bientôt après la république est 
proclamée. M. de Falloux devient ministre, et n'oublie pas qu'il est 
angevin ; au mois de septembre 1849, les tombeaux reviennent en 
Anjou et sont replacés dans l'église de Fontevrault. Ils laissent à 
Paris, comme trace de leur passage, un plâtre du Richard », et en 
rapportent une restauration. En 1859, Richard et Éléonore figu- 
rent dans Y Histoire de France par les monuments, de MM. Charton 
et Bordier. 

Enfin, en 1807, nos statues sont menacées de faire encore un 
voyage, et celui-là définitif. On apprend que Westminster, qui 
depuis longtemps leur offre sa splendide hospitalité, va compter 
quatre rois de plus sur ses dalles. Des commissaires viennent cher- 
cher les statues pour les mener en Angleterre. Un vice de forme 
s'oppose à l'élargissement immédiat des Plantagenets que la prison 
de Fontevrault retient parmi ses hôtes. Le directeur de la maison 
centrale de détention s'oppose à l'évasion du roi Richard. Pendant 
ce temps, l'opinion s'émeut , on revendique un bien national et la 
reine d'Angleterre a le bon goût de laisser à leur terre natale ses 
quatre prédécesseurs angevins. Vienne une intelligente restaura- 
lion, et Fontevrault rétabli offrira à nos statues une hospitalité qui 
ne leur fera pas regretter celle de Wetsminter. 

Louis Gourajod. 

* T. V, p. 236 et 281. 

* Ce plâtre est conservé au Musée de Versailles. N° 1257 du Catalogue. 



TABLE ANALYTIQUE 



Abailaud. — Son éloquence, 10, note 1 , 

Abki.lt (Louis). — Auteur du Uonila 
Jesu, 123 et note 3. 

>l m Vi.m kDOOB, ÎO* abh 
i.mlt. Ap/innlf 

D'), intendant du Langue- 
doc, puis conseiller d'État. — Let- 
tres, 154, note 4. — Appendice, 316, 

rv.ii. 

" d'Augouléme). — Appendice, 

i>ne VII (Le pape . — Lettres, 

187, note i.— Appendice, 296, note I. 

Alié>or de Bketagse, 16* abbesse de 

Fontevrault. — Appendice. 
àunaoi m Goibn.ne (Voy. Éléonore 

d'Aquitaii 
Ai.iÉxiii h\. Pabthbkat, 21* abbet 

tevrault. — Appendice, 
Alu i>k Bbetacne, 11* abbetae deFon- 

nilt. — Appendice, 
Ai.iv »i CiuMPAan, 9* abbesse « 1»- Fon- 
levranlt.- Appendice 

ALIX HE CoOBTSAAY. — .!/<; 

Ameloi u (Michel), arche- 

vêque de Tours. — Lettres, 116 el 
note 

le de Toumai. — Appen- 
dice. 



Urro«l. — Appendice, 968, 369. 

\i ri.i. mk. — Avertissement, \ 1'. 

£(■«*«, T.— Appendice, Stt, 39 
Anna atHuiant, -jt abbesse de Fonte- 

vraull.— Appendii 

Ajtaaun (Abbé). — 6, note 2. — fcfffti s, 
191 et note 3. 

Ami.n(Duc d'). — Lettres. — .N'est pas 
brouillé avec sa naére, 191 . 

Antin (M-d'). — Lettres, 101. 

Ait (Kvêquc d').— Appendice, 2 17, 299, 
300, 510, W5.3B. 

AaaoHM lunajnvn m; i.M. (IL— Lettres, 
— Note sur le monastère de l'Habit, 
[>. 147, note 4. 

i (Roberl d'). - Fondateur <!<• 
Fonlevrault ; n \ ie, B, ''.—Ksi blâmé 
ontemporains, 10. Commen- 
cements de l'abbaye, II. I 
qu'il lui donne, 19 el note. Soumet 
les religieux à la direction d'une 
alilics-e. I" 
Appendice, 500, 3 

m. 

b (Antoine). — Son estime pour 
mtaamti de Fonlevrault, Si.— Let- 
tres, Un) el nota 3, MM, 157. 
annal i 
Ami de Gabrielle de RochecJ 

/ 157. — 

rrault, 154. 
I. Léon — »•■ note. 



Ô86 



TABLE ANALYTIQUE. 



Aldeburge, 5 e abbesse de Fontevrault. 

Appendice, 350. 
Ayen (Comte d').— Lettres, 202 et note 2. 



I! 



Baillet (Adrien). Lettres. — Auteur 
d'une Vie de Descartes, 195, note 6. 
Balmuc — Appendice, 549. 
Baluze (Etienne). — Avertissement, XVI. 
Baubosa. — Appendice, 315. 
Bareistin (M""" de). — Lettres, 198. 
Bargellini, ancien nonce en France. 

— Décide le pape à approuver la no- 
mination de Gabrielle de Boche- 
chouart, 14 et note. — 15. — Appen- 
dice, 330- 

Barthélémy (M. Ed. de), 22, note 2. — 

— Lettres, 84, note 1. — 92, note 2, 
120, note 1. — 151, note 1. 

Basville (Nicolas de Lamoignon, sieur 
de). — Lettres; madame de Fonte- 
vrault a de l'estime et du goût pour 
lui, 180 et note 5. — Est attendu à 
Fontevrault avec sa femme, 186. 

Baugé (M.), curé de Condé. — Appen- 
dice, 379, note 5. 

Bayle. — Avertissement, lll. — Lettres, 
205, note 3. 

Béatrice. — Appendice; son cœur est 
déposé à Fontevrault, 366. 

Beaumanoir(M. de). — Lettres; sa mort, 
249 et note 3. 

Belin (M- de). —Lettres, 126, note 2. 
—127 et note 4.— 131, 166, 174, 185. 

Berger (M.). — Lettres, 97. 

Berryer (M.). — Lettres, 103 et note 2. 

Berthe, 10 e abbesse de Fontevrault. — 
Appendice, 352. 

Berthe de Bretagne. — Appendice, 352. 

Bîscaras (M " de).— Lettres, 109. 

Blanche d'Harcourt, 22" abbesse de 
Fontevrault. — Appendice , 356, 
357.- 

Blois (M 11 * de).— Lettres; malade, 189, 
198, 203, note 2. — Appendice, 365. 

Bodin. — Appendice, 379, note 2. — 583. 

Boileau-Despréaux. — 36, — Lettres, 
p. 149, notel. — Allusion à une cri- 
tique qu'il a faite, 165 et note 3. — 
Appendice, 262. — 264 et note 2. — 



265, noteS, 268, note 1.— 269, 270 et 

notel. — 271. 
Bois-Dauphin (M"" de). — Lettres. — 

Appelée Dofine, 89. — Qui est-elle? 

89, note 3. — 92, 93, 98, 102, 107, 

108, 109, note 2. — 123, 128, note 5; 

132, 138,159,198. 
Boniface VIII (Le pape).— Appendice. 

— Ordonnance sur les sorties des 
religieuses, 291, 293.— 354. 

Bonne-Binet (La mère). — Lettres, sa 
mort, 259. 

BossuEt. — Avertissement, XIV, note 1, 
XVII. — Élude, 64, 74. — Lettres, 
105, note 2. — 179, note 2. — 255.— 
Appendice, 333. 

Boupot. — Lettres, 216 et note 2. — 
217. 

Bouhier (Président). — Lettres, 204, 
note. — Appendice, 267. — Son opi- 
nion sur l'abbé d'Olivet, 268. — 
269, note 1. 

Bouillon (Cardinal de). — Avertisse- 
ment, VIII et note 3. — Étude, As- 
siste à la vêture de Gabrielle de Bo- 
ebeebouart, 15. 

Bourbon (Alix de), 8 e abbesse de Fonte- 
vrault. — Appendice, 351. 

Bourbon (Antoinette de). — Appendice, 
360. 

Bourbon (Catherine de). — Appendice, 
357. 

Bourbon (Charles, cardinal de). — Ap- 
pendice, 360. 

Bourbon (Duc de). — 72. — Lettres, 177, 
note 3. 

Bourbon (D*" de). Mademoiselle de 
Nantes. — Lettres, Sa maladie, 177 
et notes 2 et 5. — 179. 

Bourbon (Éléonore de), 30* abbesse de 
Fontevrault. — Appendice, 360, 561/ 

Bourbon (Henri-Jules de), prince de 
Condé.— Lettres. 179 et note 4.-198. 

Bourbon (Jeanne-Baptisle de), abbesse 
de Fontevrault.— Avertissement, VII 

— Étude, 32* abbesse de Fonte- 
vrault, 14. — Altère l'architecture 
de Fontevrault, 67, 6S. — Lettres, 
103, 153 et note 2. — 155, 237, 238, 
259. — Appendice, 331, 537, 340, 361, 
362, 581. 

BOlrbon-Lavedan (Louise de), 31* ab- 



i \i;i I, w M \ I Imi i . 






i nleuaull. — Aff 
Conli 
miugi 
• 
Font. -m .mit. Étude, fit'. \pp<n- 

iice 580 

Bocrbon(M"« det. — Son bapti 

ri in 

Bocrbon [Rem le Fon- 

tevrault. f'tutir, Déplace !<•< tom- 
beaux des Plantagenets, 08. — Ap- 

pendi 
Bw i;i v: IMl, XVII. — 

lettrée, 105, note i 119, note 2. 

. —Lettres, sppré- 

M- dp Fontovraiilt , 101 «'I 

note 2. — Sa sensibilité lor» de la 

maladie du Dauphin. Hi. 

i m à la mon de Monsieur, 245. 
I été malade, 218, 'il;'. — Son 
portrait, 219 

- Lettres, autographe de 
H net, 2:>-">. note s. — Appenéi 
nol< 

M . • - I*/<rM, 178, note 4. 
: 5 (Sœur de). — Lettres, 188. 

Lettres, sa mort, 
-211. 

rtE. — Appendice, HO, note 1. 
Rabctin. — A respecté l'abbesse 
mtevrault, 2. 22. note 1.-40,45, 
note 1, 70. — Lettres, 1S9. note 3. — 
i 191, note i. -Appen- 
dice, 2n2 et note 2. 



bum II (Le pape). — Approuve les 
statuts de Foiitevranlt, 13. — Ap- 
pendice, '.ni. 508. 

Bistros M. de). — Lettres, I 
no 1 ' 

('. \Ti.i .. — Appendice, 

Cmdui (M. de). — Appétit 

note I. 

- (M"* de). — Fait un charmant 
portrait de l'abbessedc Kuiilrviaull. 
2. — bit qu'elle n'avait pas de voca- 
tion | _ Jî», 

Ilot, 



h père du). — Appendi 

réponse al'abl" d'nim-i 
Cususi ■ ftora Détail ai I aate- 

\iauit, 12, asee i. 
Casai n 

Casasvsi M. ftUeone). - Uttrt 

noie 1. 

Caseaai 

Cesa&ai i"ii»ui' de Vendôme). — ap- 
pendice, ."<i". 

i v. appendice. 

Casai II M. - Afprndn . 3 
Casât*! IX. - Appendice, r.u. : 

Valois). — Appen- 

| . Appendice, par- 

rain de M"* de Kortemart, 526. 

Casaraas (Duc de) Lettres, 198 et 
note 4 — Appendice, 365. 

Casi i.m - [Duc de). - 8, note 5. 

Oui ines (D' M de). — Ses propos sur 
la liaison >\f l'abbé resta avec l'ab- 
besse de Fonteviault, 19 <l note 2. 

CiiAiiM ibbesse de Poissy.— 

Emmène Gabriellede Roebechouari 
à Poissy, 8, notes 3 et 4. — Lettres, 
158 et note 2. — Appendice, 527. 
330. 

Cbblus (Marie -Guioane de Cossé- 
Brissac, abbe^se de). — Lettres, 91 
et noie 4. 

Ciiemillé (Pétronille de).— V' abbesse 
.!•■ Fontevrault, 13. - Appendice, 
349. 

Caavaasa (M.). — Lettres, vente de sa 

bibliothèque, 217. 

CaeisBOi d'Hostel (Gilbert de), évêque 
de Tournay. — Lettres, lettre >ur 
les Avis de lu sainte Vierge, 121 el 
notes 2 et 3, 122. — l 
CIteaox (Abbé de). — Lettres, dé- 
trini les privilèges avec M- de Fou- 
rnit, 251, 251 Appendice, 
: i. 517, 

Ctsaaea-Brvsi . Appendice,tW 

(tidnc, 

■ndice, 

-i vu (Le pape). — Appendice, 



588 



TABLE ANALYTIQUE. 



Clément VIII (Le pape). — Appendice, 
3)1. 

Clément X. — Affligé du choix de Ga- 
brielle de fiochechouart comme ab- 
besse de Fontevrault, 14. — Donne 
enfin son consentement, 14. — Ap- 
pendice,^. 

Clôt aire 11. — Appendice, 313. 

Coislin (Cardinal de). — Lettres, ré- 
flexion singulière au comte de Ca- 
naples,249, note. 

Colrert (Jean-Baptiste). — Avertisse- 
ment, XVI. — Étude, 55, note. — 
36. — Lettres, 84, note 1. -103, 
note 2. — Recommande à l'in- 
tendant du Languedoc les cou- 
vents relevant de Fontevrault, 134, 
note 4. 

Colrert (Marie-Anne).— Lettres, épouse 
le duc de Mortemart, 140 et note 3. 

Comminges (M u< de).— Lettres, recom- 
mandée par M"" de Fontevrault, 
107. 

Conan III. — Appendice, 352. 

Conté (Le prince de). — Sa mort, 46. 

— Lettres, ill, note 3. — Lettre sur 
sa mort, 179 et note 2. — 180. 

Corrinelli. — 22, note 1. — 40 et note 4. 
Appendice, 262. 

Corneille (Pierre). — Lettres, 166, 
note. 

Cospéan, évêque de Lisieux. — Ap- 
pendice, 361. 

Coulanges (M. de). — Mot sur l'abbé 
Testa, 19, note 3. 

Co'-langes (M"" de).— Sa liaison avec 
l'abbé Testu,19, note 3; 57. 

Couperktte, jeune fille recueillie à 
Fontevrault. — Lettres, 188, 194. 

Courajod(M. Louis). — 67, note 2. — 
Appendice, 566, note 1. 

Cousin (Victor) .— 19, note 4. —Trouve 
M" 1 " de Sévigné bien sévère contre 
l'abbessedeFontevrault,22,nolel.— 
Appréciation qu'il l'ait du docteur 
Va liant, 22, note 2. -- Encore M"" de 
Sévigné, 24, note 2. — 26, note 1. 

— Ne croit pas que l'abbesse de 
Fontevrault sût le grec, 41, note 1. 

— 78, note 1. — Lettres, 85, note 2. 

— 84, notes 4 et 1 . — 96, note 1 , 104. 
notel. 1C6, note 1. — 114, notes 



et 2. —116, note 6. — 121, note 2. 
— 122, note 1. — 126, note 1. - Ap- 
pendice, Le Banquet de Platon, 265 
et note 5. 



D 



Daligre. — Appendice, 274. 

l'Axr.EAu. — Avertissement, IV et note 2; 

V, note 1. — Étude, 71, 72, 75, 76. 
Daunou. — Appendice, 270, note 1. 
Dauphin (M Br le). — Lettres, sa maladie, 

213. 
Deville(M.).— Appendice, "HZ ei note 2. 

582, note 2, 585. 
Donadieu de Griet (Barthélémy de), 

évêque de Comminges. — Appendice, 

511). — Affaire des religieuses de 

Saint-Laurent, 520, 521, 522. 
Du Dois (M.). — Lettres, 151 et note 2. 

158, 152. 
Du Mas (M-).— 125. 
Du Pré (M me ). — Lettres, a un démêlé 

avec les Filles-Dieu, 159. 
Du Tillet. — Appendice, 554. 
Du TouRp(M"'«du). — 70. 



i; 



Edouard 1". — Appendice, 554. 

Éléonore d'Aquitaine (ou Ai.iénor de 
Guienne). — Son tombeau à Fonte- 
vrault, 66.— Appendice, 351, 566, 572, 
574, 575, 576, 578, 579, 580, 381, 
582, 584. 

Éléo.nore de Cratelleraut. — Appen- 
dice, 574. 

Éli#ai;eth d'Angoulême. — (Voy. Isa- 
belle.) 

Essarts (Charlotte des), Dame de 
Romorantin. — Mère de Jeanne- 
Baptiste de Bourbon, 14. — Lettres, 
135, note 2. — Appendice, 361. 

Estienne (Henri). — Appendice, 261, 
note 2. 

Estival (M- d').— Lettres, 109. 

Esprit.— - 22, note 1. 

Eudes II (duc de Bourgogne).— Appen- 
1 dice, SH. 



I \i:i l ANALYTIQUE, 



m 



- Appendice, 



ïai.'i \ M. | ;,. g, 364. 

Lettrée, \-l\ et note i. I*. 

il et unie I. — Ap- 
I 

Kii.nu.it. — Arcriixsement, XVII. 
t'.tude. — Faillit de* \. 

Appcndh 

opinion mu- Platon, 266, nota I. 

; cbevéqne de Tou- 
louse. — Appendice, 51 i. 

■ ». — Lettres, 94, 
note l. — 156. 

PMLQOK» (Gomto d'Anjou'». - Appen- 
dice, 

es IV (roi de Jérusalei 
Appendice, 

Posulu Sœur de). — /.<•///< 
commandée à M— de Saldé, m 
ci note 2. — Mal reçue par M-' de 
ThûogM, 113, — IV. 

huGcin (L'abbé). — A p pe ndice , 108. 

huscoi* \". — Appendice 

» (Comte de Vendôme). — 4/;- 
pendice, 3 

:-E I.E JECME DE MaSCBAUX. — 

Appendice, 360. 

K I", duc de Bavière. — Lettre, 
! t. noie 3. 



Gbiikiif. M Swoii: ( M : 

reine d'Espagne. — Lettres 
not' 

Roger de). — Anerîû 

XVIII. n.itr. — £/■*>, i. Ami de 
M— do Knntevrault, W, et note 1 — 

l'..i ti ni t defabhessede fontevraelt, 

ote 1. —Lettres, 84, note 1.— 
il de sa correspondant 
l'abbesse. 203, note 1.— 207, n..i. 3. 
— 106, aote. — Wi, h b S. i;- 
mai eieraenl i 1 ibbesse pour l'en- 
voi dp son poitrail el de livres, 

t. note I — Appendice, 348, 
aote l. 



lai i - "T.. note i. -,7T i. 
5711 i 

Et. — Grave un porti 

M-.l- 

et unie I. — Appendice 
I.WTIMIh ,M"I. — 70. 

| ibbé). — PatM |"»"r 

(vil la eircnlairt rai la mort de 
Gabrietla de loclMeboaeri. *>. aote 

1 — Lettres, IN!», 1 1 nota 13. — 
M— de Pontevrault aime sa eompa- 
I note 2. — Appendice, 
3-2.;, note 1.1 

Veiidùiii.). — Ar- 

caMe de reprochai Robert d'Ar- 
brifaal, 10 et note .'. 
Caorraor. — Appendice, rar fa Dea> 

f|?J (/'• Platon, île,, note t. 

ft. — Appendice, 
566, —371, note?. 

dus. — 4* ablesse de Fontevrault. 
Appendice, 330. 

Gui vmi (Êvéaaa d'Angers). — 4/^™- 
estr, 3 

fcVéque de Nevers). — Appen- 
dice, 384. 

Giraud le Caubrien. — /!/>;? ndicc. 370, 
371, note 1. 

Gerberoh (Dom ). — Lettres, lit, 
note 2. 

Gondi (Albert de, duc de Retz). — Ap- 
pendice, 360. 

Gomft» (M" de). — Lettres, 2 12, 
note 3. 

GnNDKIS DE PafiD.UU.AN J>'AnTI> iJllîîi-- 

Snpliie-Gillette de», 37' et dernière 
alii esse de Fontes rault - Appen- 
dice, \ 

Châties. — Appendice, 313. 

Grave (M. de). — Appendice, 268. 
1 1 \i (Le pepe). — Appena 

Grégoire XIII. — Appendice. 313. 
Grégoire XV (Le pape). — Appendice, 

296, note t. — 31'. 
Caierua Looit-ieaaab-Adhéoiar de 

ionleil de). - 2-», not 
GaieiiAi iv.'-J note L; SI 

aob 

— Lettre», 116, et 

■oa 
Geiuon ifartorkrea du 

■l-l 



590 



TABLE ANALYTIQUE. 



couvent des Filles-Dieu, 15, note 1. 

— Appendice, 584. 

Guillaume d'Angleterre. — Appen- 
dice, 349. 

Guillaume, évêque de Poitiers. — Ap- 
pendice, 504. 

Guillaume le Conquérant. — Appendice, 

549, 567. 

Guillaume X (dernier duc de Guienne). 

— Appendice, 574. 

Guillaume (roi de Sicile). — Appen- 
dice, 574. 

Guise (Elisabeth d'Orléans , duchesse 
de). — Le tires, 152. — Appendice, 

550, et note 1. 

Guise (M iie de). — 22, note 2. 
Guizot (M). — Son éloge d'Abailard, 
10, notel. 



H 



Iïarit (Monastère de 1'). — Lettres, 
147; note de M. d'Arbois de Ju- 
bainville. — Appendice, 289. 

Harlay (Achille de). — Premier prési- 
dent, 52. 

Harlay ( De Champvallon ), arche- 
vêque de Paris. — Avertissement, 
VIII, et note 4. — Etude, bénit l'ab- 
besse de Fontevrault, 45. — Ap- 
pendice, 297. 

Henri (Comte de Champagne). — Ap- 
pendice, 551. 

Henri I er (Roi d'Angleterre). — Appen- 
dice, 549. 

Henri II Plantagenet. — Son tombeau 
à Fontevrault, 66. — Appendice, 566, 
567, 568, 569, 570, 571, 572, 575,574, 
578,579, 580,581, 582, 584. 

Henri 111 (Roi d'Angleterre). — Appen- 
dice, 555, 366, 377. 

Henri III (Roi de France). — Appen- 
dice, 295, 511. 

Heï:ri IV. — 14, 67. — Lettres, 135, 
note 2.— Appendice, 559, 560, 361. 

Henpiette d'Angleterre (M" 10 ). — 8. — 
Lettres, 103, note 2.— Appendice, Zld. 

Héricourt (M. d'). — lettres, 257, 
note 1 . 

Hersendis (Baronne de Montreau), V e 
prieure de Fontevrault. — Appen- 
dic 549. 



Hervaut ( Mathieu Isoré d' ), arche- 
vêque de Tours. — Lettres, 211, et 
note 2. 

Heudicourt (M-* d'). — Recommandeau 
roi l'abbé Testu, 19, note 3. 

Honoré III (Le pape). — Appendice. — 
Bulle pour Fontevrault, 502. 

Hoveden (Roger de). — Appendice, 567, 
et note 5; 570, 574, note 2 ; 375, 
note 1. 

Huet (Daniel). — Avertissement, II. — 
Étude, 4. — Faisait des vers, 5, 56, 
46, et note 1. — Permission de 
chasser, 49, note 1. — Lettres, 
181, note 4 ; 255, note 5. —Appen- 
dice, ne nomme pas l'abbesse de 
Fontevrault dans ses Mémoires, 
266. — Sa surprise en voyant 
M Ue de Rochechouart lire le grec, 
267. 

IIucbEs IX (Comte de la Marche). — 
Appendice, 576. 

Hugues X (Comte de la Marche). — Ap- 
pendice, 576. 

Hugues, évêque de Chartres.. — Appen- 
dice, 352. 

II i belles (M ise d'). — 75 et note 2. 



I 



Innocent III (Le pape). — Appendice, 
550, 556, 557. 

Innocent IV (Le pape). — Appendice, 
552. 

Innocent XI. — Lettres. — Sa mort, 
187, et note 4. 

Isareau d'Avoir, 14 e abbesse de Fonte- 
vrault. — Appendice, 555. 

Isabeau de Valois, 17 e abbesse de Fon- 
tevrault. — Appendice, 554, 553. 

Isabelle ou Elisabeth d'Angoulême. — 
Son tombeau à Fontevrault, 66. — 
Appendice, 566, 570, 577, 578, 579, 
580, 581, 582. 

Isambert. — Appendice, 298, note 1. 



Jean II (Comte de Vendôme). 
pendiee, 539. 



Af; 



iABI.E \N\ninni; 



M 



i ( n\i. le Bourbon). — Ap- 

fh ll'.Hi l\ Titil . 

j vn il l'u. de I Appen- 

dice 

h v n iv (Doc de fretagne). — Appen- 
dice. 

j» \wi i. \n..i ma m. S a tombeau 

t. 'M. mit, 86. - Appendi 
S74, 
Ji om te Fuir 

mit. àppendùe, 

de l t.n- 

.h.vN m\~ ïi uu . App e n éi ê t , 576, 
loTBOM il»' cardinal de). — Appendice, 
p. 361. 



^itit.E. — Appendice, 270. 
la BoKiBLân (Mère de). Lettres, sa 
mal idie nécessite an voyay 
ris, U4, 245, 146,147. — Appeniiee, 
r. ii, et oote 1. 
1.» ( ,iv de). — Letti 

« (M - * de). — Lettres, 139, 
noie 5. 

. — 10, note 5. 

M nie de). — Lettrée, 94, note 5. 
La F.vu.tie (M- de). — Aeerlissmi, ut, 
II, IV, note 1. — Etude, ses lettres 
à l'abbesse de Fontevrault probable- 
ment perdues, l. it, note 1. — 
Sun a 1 1 1 1 1 1 >'- pour le docteur Vallaut, 
-_»_», nota 2 36. Alïection que 

lui porte M— de Fontevrault, 1-2, 13. 

— 79. — Lettres, 190, 165, 175, 174, 

• note ". 

ii usa (F. dTAubuseon, «lue de). 

— Lettres, persécute un i 

dépendant de Fontevrault. 
note 3. - S 

ma (De). — / 

le de Poitiers. 

— Démêlé avec l'abbesse de Fonte- 

t. VU et note 2. — Lettres, lui 

t.- des diflenltéi . 

Unira (M. U). — Appendice, 26 
not< 



i « \iu un . «ni. de Saint Mgnan. 
Lettr, 1,148. v i conduite n 
leusc ' .il sili . 

Revient triomph 
, - L'abbesse de I 
m suit réclame son expulsioi 
. I -Triomph» 
LAUotea lent de). — Appen- 

du e, 2tHi. noie 1. 
1 v Hotnata (Éarie de launay de). — 

Lettres, lettre circulaire à I 
•.mu de >,i mort, 

Iv Mhiih- Uni i.ancoi Ki (Jéromi 
évêauc de s.iint-Fiour. --- Démêlée 
avec l'abbesse de Fontevrault, 18 et 

note i, BO. — Appendice. 171, 273, 

0, 305, Si». 

Lamof iM-' de), ibbesse de rAbbaye- 

aux-Bois. — Appendice, Tel', 530. 
1 x Ri ma. —86. - Lettres , M.'., 
note S, 146. — Appendice, 31ti. 321. 

i v i.MME(M-de). — Lettre», 115 H 
note r. . 1*6. 

La It.iciiKrorcAi i t (H. de. — Lettres, 
wu.i unes, 166, note. 

Labboqob (M. de). ■ Arerttssement, 111, 
VII, note 2. — Lettres, Son lii-- 
toire, 203 et note 3. — 213, 216, 
•21s, 134, 233. — Hecommandé par 
M- de Fontevrault, *2ii. — En fa- 
veur auprès de M"' de Montespan, 
248, 240,255. — 258 et note I. 

reconnaissance pour l'abbesse 
de Fontevrault, 239. — Appendice, 

note 1. — 362, note 2. 

I.a Sai.i ma: 'M- de). - Savait le grec, 

Met noter,. — Appci. 

I v\ w i • i . - lettres, lTti. uo|. 

I!i7, note 1. 21!», note 3. HO 

note t. 
Li Vu., nm: (M 1 " de). — Lettr 

oies de). — Appendice. 

m. 

- i nr de). — Lett 
et no'e 1 - 109. 

La Vi.n Lettres, 230, 

j De* i îption du coir 

: ;ile- Pieu, 15, note 1. 
i sj i.'\m/y. — lettres, note 

;.s lettres de Af" <■ 
Fontevrault, 1M1, 182, note. 



.7.12 



TABLE ANALYTIOUK. 



Legras (Louise de Marillac, M rae ).— Mar- 
raine de Gabrielle de Rochechouart. 
G et note 1. — Appendice, 720. 

Lelong (Le Père).— 55, note 1,62, note 1 . 

Lenoir (Alexandre). — Appendice, 585. 

Le Peletier (Claude). — Lettres, 192 et 
note 5. 

Léonard de Sainte-Catiierine-de-Sienne 
(Frère). — Appendice, 518, note 1. 

Léon X (Le pape). — Appendice, 558, 
359, 561. 

Léoxor de Gondi (Sœur). — Appendice, 
358. 

Le Page (Le sieur). — Appendice, 282. 

Le Roi (Louis). — Appendice, 205 et 
note 2. 

Lescit.e (M. de). — Appendice, 267, 
note 2. — 209, noie 1. 

Lesdiguières (C'" de Canaples, duc de). 
»— 75 et note 5. — Lettres, 248, note 
2. — Son mariage, 219, note. 

Lesriguières (Duc de). — Famine de 
1075, 55, note. 

Lesdiguières (D s,e de). — 75 et note 5. 
— Lettres, 218 et note 2. — Son ma- 
riage, 219, note. 

Le Tellier, archevêque de Reims. — 
Son ardeur pour maintenir son au- 
torité sur lescouventS; 52 et note 1; 
55. — Lettres, Attaque les privi- 
lèges des couvents, 200, 221, 227, 
228, 252. — Appendice, 522, 525. 

L'Hôpital (M* 1 de). — Appendice, 501. 

L'Hôhtal (Sœur de). — Lettres, 160, 
174, 185, 187. 

Longi eville (M ,,,e de). — 22, noie 2. 

Lossenhière (M. de). — Lettres, 155. 

Lottier. — Appendice, 282. 

Louis le Débonnaire. — Appendice, 515. 

Louis le Gros. — Appendice, 555. 

Louis VII, dit le Jeune. — Appendice, 
551, 571. 

Louis XII. — Appendice, 558. 

Louis XIII. — 5, note i.— Appendice, 
526. 

Louis XIV. — Avertissement, I, V et 
note 1, VI, XIV, XVI. — Etudes, 0, 
7, 14. — Ne veut pas nommer l'abbé 
Teslu évêque, 18, 19, note 5. — 22, 
note 1, 27. — Cadeaux qu'il t'ait à 
M- 1 * de Fontevrault, 51 et note 1. — 
— Son affection pour elle, 55, 50, 



57, 41, note 2. — 49. note 1. — 51 , 
52, 55, 54 et note 1. — 55, 56, 57, 
63. — Voit l'abbesse de Fonlevrault 
chez M mc de Maintenon, 71, 75, note. 

— Sensihle à sa mort, 75. — En fait 
l'éloge, 70. - Lettre relative à sa mort, 
70.— lettres, 81, note 1. — 121, note 
1. — 177 et note 2. — Garde un bon 
souvenir de M"* de Fontevrault, 181. 

— Ses occupations, 197 et note 2, 
198, 199, 215. — Son chagrin de la 
mort de Monsieur, 214 et note 2, 215, 
218, 219, 257, note 1. — Appendice, 
274 et note 1. — 290, 298, 514, 520, 
5"28, 550, 557, 559, 502, 565. 

Louise de la Miséricorde (Sœur). — 75. 
Louvois. — 50. — Lettres, 180, note 5. 

— 197, note 2. — Sa mort, 199. 
Louvois (M- de). — Lettres, 198. 
Luc* III (Le pape). — Appendice, 550. 
Lulli. — Lettres, refuse de faire la 

musique d'un opéra de Segrais, 181, 

pote 2. 
Luxembourg (M. de). — Lettres, bataille 

de Leuze, 198 et note 4. 
Luxembourg (Marie de). — Appendice, 

559. 
Lvons (Humbert des). — Fondateur du 

couvent des Filles-Dieu, 15, note 1. 



M 



Marille de La Ferté, 12 e abbesse de 
Fontevrault. — Appendice, 552, 355. 

Maine (Duc du). — 24, note 2. — 57, 
note 2. — Lettres , va à Fonte- 
vrault, 157 et note 2. — Fait la cam- 
pagne de Flandres, 188. — Désire se 
marier, 198 et note 4. — Appendice, 
502. 

Maintenon (M ,,,e de). — Avertissement, 
VII. — Etude, 57, note 2. — 51. — 
Son affection pour M-" de Fonte- 
vrault, 50, 57, 58, 02. — Curieuse 
lettre au sujet d'une visite que celle- 
ci doit faire à Saint-Cyr, 70, 71, 157, 
note 2. — 200. - Appendice, 270. 

Malifaud (M.). — Description de Fon- 
tevrault, 09, note 1. 

Marais (Mathieu). — Appendice. — Son 
opinion sur l'abbé d'Olivet, 207 et 



i mji i: \n \n i [QUE. 






»OUt - 1— 269 et 

le i. 

ndite, 

i in i.'tii.i i i\< \pp, r, 
m M l'n. iy. I.'. abb 
Kontovrault. — àffeûi 

M m.i! m l"'t i m . '.' abbesse de Foo 

t.\iault. — Appointa', 554, r 
M util ni Bm i \>.\\ , 26' abbesse de 

Fonterrault, Appendice. 3 
M m. it i»" 1 1 \ i. . . .i nr. — Appendue 

■mus m Hmmomnct, -•>' abbesse de 
Kitiilfvraiilt. — Appendice,".',, 558. 

Hakie-Tb<rèsb (La reine). — Avertis- 
sement, vu, x. Lettre*, 108, notel 
i 174, note 1.-589,830, 

S64. 

tiens (Aimé). — Appendice, 170, 
note l. 

Mu;ii> (Le père). — Lettres, 131. 

Muimi m HosraoaEBCT. —Appendice, 

Mjmni.riK 1", i' abbesse de Fontemvlt. 

— Appendue, 549, SBOl 
Mathii n 11 . ."•' abbesse de Fonte- 

vrault. — Appendice, r»."i<». 
lUnBLM 111 . 0* abbesse de Fonle- 

viault. Appendue, 550, 351, 
Matiiii i.i I'i.wi m.i nkt. — Appendice, 

366. 
M.\i i:ri — 1\ | l..>uise-Marie-Hollandine, 

abbesse de | — Lettres, 94 et 
note 3. 

Mu in.; (Le président do). — Lettres, 

90 el note 
M m n ni (La <œur de). — Lettres, 90. 
| M 11 - de). — Lettre», 
Mu ii (Sœur de). — Lettres, mé- 

moire sur un scandai»' qu'elle a 

.loin, 

Mi vim . 22 le 1. 

ÉaSJMM M. l'auh. — Appendi, 
note -2. — Sun opinion sur la tra- 
duction du BeafneJ, 265, note i. — 
269, note -2. 

i.. Peinl M-* de Fonterranlt, 
•il et note 2. — 78, note I. 

l 
■oxTiTAïai (M" de). — Lettres, sa 

it, 191 el no 

Duc de). H, nnb 



•l " de). — Avertissement, 
l.iv, v. \i Etude, p. 2. - Fait 
nommer 1 1 iomii i Fonteti mit, 1 1, 

U, BOU 

ixl m m. Ulet arei la reine, 54, 
oaaée, 36, 17. — Lettres 
., ht m- 1 - de Nouilles, 56, 80, 14, 
notel Toujours bel 

54, note I. •'>•-. 85, I ontribue à 
embellir Fonterranlt, 69, — 70, 
"i, 72, note 6. — N'assiste pas à 
la mort de sa sœur, 74. — Sa dou- 
leur, 75, XO. — Lettres, 140. — Char- 
gée de remettre nn mémoire an roi, 
Segrais la volt en passant, 
174, 177, note 2. — 180, note 6. — 
181, note i.— 187, 190.— Est 1 Petit- 
Bourg, 1!H). — .N'est pas brouillée 
d'Antin, 191, 194, 196. — Af- 
rection que lui témoigne M** de 
Mainlenon, 198 et note G. — 202, 

504, note. —S'intéresse à M. de 
Larroque, 205, note 5. — 206, 208. 
note. — 209, note 3. — 212, note îi. 
213, 21 1. — Son émolion à la mort 
de lonsieur, 115, 219, note 2. — Ap- 
précie le mérite de M. de Larroque, 
248, 149. - Appendice, 271 
notel. — 302,365. 
M.. mi urcoff. — Appendice, 369, note 1- 

— 373, note i. — 382. 
Montmartre (Françoiso-llenée de Guise, 

abbesse de). — 26 et note 1. — Let- 
tres, a lait un présent au docteur 
Vallaut, !»7. — Est bien avec M-' de 
Fonletrault,98, ISO, IV, 129.— Lui 
l'ait un présent, tSÉ. — Appendice t 
•t note 1. 

MostmoiiiniikSaint-IIkrev (Louise-Claire 
de), 55 ibbesse de Fontevrault. — 
Appendice, 563, 

M.isntMAi (M— de). Voir Montpipeai: 
(M- d 

MuxTPirKAr iM-m. _ Lettrée, 187, 191 

— Appendu a 

HonnusM (Doc de). — Lettres, 
épouse la lillc .le Colbert, 140 et 
u..i. 

de), retigjeose, ftlk de 
\i\..iinr. nota -', 

189 194, i « 

M. .111 VII I I .M— de), H, U><\r .'. 



m 



TABLE ANALYTIQUE. 



N 



Nantes (M lle de). — 75, note. 

Nemours (M Ue de), !)••• de Savoie. — 
Lettres, 258. 

Nesmo.yd (M. de), ancien évêque de 
Montauban, archevêque d'Alby. — 
Lettres, soutient l'abbesse de Fonte- 
vrault dans une affaire, 251, 252, 
255, 254. 

Nettancourt d'Haussontille de Value- 
court, évêque de Montauban. — 75 
et note 2. — Lettres, 248. 

Ne vers (Duc de). — Lettres, 204, note. 

Nevers (D*" de). — 54 et note 1. — 
Lettres, 227, note 1. 

Nicole. — 22, note 2. 

Niqijet (Honorât). — Appendice, 550, 
554, 574, note 5. — 578, note 4. — 
579, note 5. — 580. 

Nisard (M. Auguste). — Appendice, 
207, note 1. 

Noailles (Anne-Jules, M" de). — 59, 
note 1. — Lettres, 207. — Envoie de 
la musique à l'abbesse de Fonte- 
vrault, 210, 212, note 5. — 215, 224, 
254, 244, 256. 

Noailles (Louis-Antoine de), cardinal 
et archevêque de Paris. — Avertis- 
sement, XVIII, note. — Lettres, 207 
et note 2. — 208, 210, 211, 212, 254. 

— Se montre sévère pour les sor- 
ties des religieuses, 244, 245, 2o5. 

Noailles (M' 1 ' de). — 58, 59 et noie 1. 

— 65, 72 et note 2. — Lettres, 20o, 
note 1. — 207, 210, 215, 219, note 2. 

— 224. 

Noyon (Evêque de). — Appendice, 297. 



n 



Olivet (L'abbé d'). — Avertissement, 
III. — Etude, 41. — Lettres, 204, 
note. — Ami de de Larroque, 205, 
note 5. — Appendice, publie la 
traduction du Banquet, 262, 265 
note 1. — 264, note 2. - 265, note s! 
— Jugé par Mathieu Marais, 267, 
268. — Est le premier qui ait attri- 



bué à l'abbesse la traduction du 
Banquet, 269. — Ne passait pas pour 
être scrupuleux, 270. 

Orange (P" d'). — Lettres, 198, note 4. 

Orléans (Monsieur, ducd'). — Avertis- 
sement, VIII. — Étude, son "inti- 
mité avec Gabriellede Itochechouart, 
6, 8. — Assiste à sa yêture, 15, 75. 
— Lettres, sa mort, 214, 215. — 
Appendice, 526, 529, 565. 



P 

Paris (Mathieu). — Appendice, 567, 
et note 2.-569, 570, 572, note 1.— 
574, note 1. — 576 et note 5. 

Pascal II (Le pape ). — Appendice 
bulle pour Fonte vrault, 501. 

Paul V (Le pape). — Appendice, 561. 

Pkllissox. - Lettres, 204, note. 

Péquigm ( Marie - Madeleine - Urbaine- 
Tbérèse d'Albert d'Ailly de),abbesse 
de l'Abbaye-aux-Bois.— Lettres, 92 et 
noie 5. 

Péiïéfixe (Hardouin de Bcaumont de), 
archevêque de Paris. — Avertisse- 
ment, VIII et note 2. 

Périgni (M- de). — 22, note 2. 

Peterborougii (Benoit de). — Appendice, 
567 et note 4. — 570, 571. 

Petitjean (Le sieur). — Appendice, 
282. 

Pie II (Le pape). — Appendice, 556. 
558. 

Pie IV (Le pape). — Appendice, 515. 

Pie V (Le pape). — Appendice, 296, 
noie 1. — 515, 518. 

Philippe II (roi d'Espagne). — Appen- 
dice, 514. 

Philippe le Bel. — Appendice. 55t. 

Philippe de Valois. — Appendice, 355. 

Pierre d'Avoir. — Appendice, 555. 

Pierre, évêque de Poitiers. — Appen- 
dice, 501. 

Platon. — Avertissement, II, XL — 
Étude, 5, 41, 77. — Appendice, 261 et 
note 2. — 262, 265, 26i, 265. 

Pommereu (M. de). — 55 et note 1. — 
Appendice, 516, 52t. 

Po.ntciiap.train (M. de). — Lettres, 197, 
199. 257. 



I Mil I. \N \l.\ I [QUE. 



595 



Q 



i. — Lettret 
land. i*l. note 1 ■ Il 



15 



Kacimk (Jean). — Avertissement, II. — 
F.tttdc, 7a\. — Lettres, I H», ; 

— 185, note I. — Appendh 

note 2. — Traduction du Be*- 
quet, 2f',2. — Sa lettre à Boileau, 
F.st-rlle .-uithontique? 
. bI note t ; noie S; 
- I.e Banquet, 188, 169, t», 
IH. 
IIaci» (Jean-Baptiste). — Appendice. 
Traduction du lianquet de l'iuton 
ptf sou père. 2U4 et note I 
note I. 
taon (Louis). — Appendice 
note 1. — Doute sur l'authenticité 
de la lettre de son père à Boileau, 
M notes 1 et 2 ; 2ti5, note 1 ; 188 
et note 2. — Mérite toute confiance, 
-271 1. 
l'.A.NCK (Abbé de). — Ami de l'abbé 

. ls. — Lettres, 81 et note 5. 
Haï in Le Père). — Avertissement, II. 

— Étude, 4, 15 et note. - 46, 69, 
7!*. - Lettres, Kl, noi 

note 2. 

Bathefit (M.). — Lettres, 179, note 1. 
Toulouse). - Ap- 
pelai: 

Bamosp VU. Soi tombeau à Fonte- 
vr.-iuit, tit;. — éfpmi 

Uâm*i (M. de). - t<». m 
— ÂpjMuéù 

DE LlOÎS. - v 

u u, 66 — Appendi 

Bicharo (<:•• d'Etampes). — Appendice, 
iko(M. de). — Lettres 196. 



Km m m i iM'" .in. l'i, note I, 
!•■. \pjmiie€,Z 

hari (Duc di 

Avertissement. W . \. \,. 

— Logoail ttu iinifi !«•-, 5 et nota. 

— Ses dattea, 5. — h bm ittaqna, 

malade, 88 et iiot -ndice, 

817, 884. 

BoCHECIIOUAUT-MoilTKJlAnT | IH.IMi' <lf! 

BraadaaifBa, i' " 8a>. Bon carac- 

li.int, .'> et «i. — Appen- 
dice, si 

GabrielledeMortemart), 
abbesse de Fontevrault. — Attftù- 
sement, 1, II. — Éloges qu'en font 
les contemporains, III, IV, V et 
note l. — VI, VU, VIII, IX, X, XI, XII, 

mu, xiv, xv. xvu. xviii ,-t note 

I. — ttiide, ma mérita exception- 
nel, -, 5. — Naquit en 1646 aux Tui- 
leries , 5. — A pour marraine 
M— Le^ras, G. — Joue avec le duc 
d'Orléans, U. — Sa répugnance pour 
le couvent, tî. — Soutient une con- 
versation en latin, 7. — Sa voca- 
tion , 7. — Prend l'habit , 8. — 
Nommée à Fontevrault, 8, 14. — Le 
pape n'approuve pas sa nomination, 

II. — Bénite par l'archevêque de 
Paris, 15. — Son voyage triomphal, 
15, 10. — S'émeut des calomnies 

mines contre elle,2l, 22 et note 1, 
23, notel. —Se fait peindre par Mi- 
gnard, 24 et note 2. — Dine chez 
l'abbé Taatai 25 et note 1. — Sa 

. <pondance, 25. — Ses lettrée 
au docteur Vaillant, 27. — Demande 
sesconseils,28.— Son peu d'affection 
pour M- de Tbianges, 29, 90. — S'a- 
Vollr S0 7,1 . 7.-2. — \ 

I Paris, 53. — Ippaléapar la mala- 
die 'i ma Car- 
méliies avec la reine, 54. — Ca- 
deau m "° mi feit '• 

I Si vie à la cour m 
menl Saint-Simon 

.m l'étada, S 

■ilt e| notiveiu \ 

phM a l'iu î« 
que ] Joli m 'i • 



306 



TABLE ANALYTIQUE. 



Segrais, 57, note 2. — Refuse une 
abbaye près de Paris, 58, 59. — 
S'occupe d'œuvres d'esprit, 40. — 
Savait-elle le grec? 41 et noie 2. — 
A-t-elle traduit le Banquet"! 42. - 
Ses goûts et ses amitiés, 42, 45 

— Réflexions que lui inspire la mort 
du prince de Gondé, 46. — Difficul- 
tés de son administration, 46, 47, 
48, 49. — Démêlé avec l'évêque de 
Saint-Flour, 49, 50. — Défend les 
privilèges de son ordre, 51, 52, 55 et 
note 1. — 54, 55. — A recours à 
M"» de Maintenon, 56, 57. — Obtient 
ce qu'elle sollicite, 58, 59. — Son 
administration, 62, 65. — Ses ser- 
mons remarquables, 64. — Élevait 
ses nièces ; sa tolérance, 64, 65. — 
Embellit Fontevrault, 68, 69. — Vi- 
sile Saint-Cyr, 70. — Dine chez 
M""- de Maintenon où elle voit le roi, 

71. — Intimité avec de Gaignières, 

72. — Marraine deM eUe de Bourbon, 
72, 75. — Fâcheuse affaire du cou- 
vent de Saint-Aignan , 75. — Ses 
chagrins, sa mauvaise santé, sa 
mort, 74, 75. — Son esprit étendu, 
77. — Son portrait par Ganterel, 78. 

— Son éloge, 79. — Son heureuse 
influence pour l'abbaye, 80. — Let- 
tres, sa signature, 84, note 1.— 
89, note 5. — 92, note 5. — 94, 
note 5.-99, note 2.— 102, note 1.— 
122, note 1; 124, note 2.— 128, note 2. 
— 140, note 1. — Banquet de Platon, 
141. —Veut faire nommer une de 
ses nièces abbesse, 176, note 2. — 
181, notel. — 187, note 2.-- Chargée 
de diriger des moines, 192 et 
note 6. — 205, note 2.— 205, note 1. 

— Intérêt qu'elle porte à M. de Lar- 
roque, 205, note 5. — 207-, note 5. 

— Semble s'occuper d'un mariage 
auquel s'intéresse de Gaignières, 
207, note 1. — 209, note 5. — 219, 
note 2. — 227, note 1. — Réclame 
l'exécution des ordres du roi, 255, 
254. — Regrets de Louis XIV de sa 
mort, 256. — Lettre au sujet du don 
gratuit, 257, note 1. — Adresse son 
portrait à de Gaignières, 258, et 
note 1. — Lui envoie des livres, 259. 



— Sa bonté peur Larroque, 259. — 
Appendice, son goût pour le grec, 
261 et note 2; 2 32. — Traduction 
du Banquet, 262, 265 et note 1. — 
264, 265 et notes 1 et 5. — 266 et 
notes 1 et 2. — 267, 268, 269, 270, 
271, 272. — Obtient des privilèges 
de la reine, 274, note 1. — Sorties 
des religieuses, 296. — Réponse aux 
évêques, 512. 517, 519, 522, 525, 524. 

— 525. — Son éducation, 526, 527, 
528.— Prononce ses vœux, 529.— 550, 
551, 552, 555, 554, 555, 556, 557, 558, 
559, 540,511, 542, 545,514, 545, 346, 
547, 548, note 1. — 562 et note 1. 

— Son portrait dans une fresque 
de Fontevrault, 564, 565. 

Rochechodakt (Louise -Françoise). — 
Avertissement, V. — Étude, est nom- 
mée abbesse de Fontevrault, 76. 

— Lettres, 256. — Appendice, 515 
et noie 1. —54" abbesse de Fon- 
tevrault, 562 et note 2 ; 5:5. 

Rochecuouart (Marie -Elisabeth de), 
M>" de Castries. — Lettres, son 
instruction, 255, note 5. — Appen- 
dice. — Lisait le grec, £67 et notel. 

Rochkfout (M ,lc de). — 22, note 2. 

Roxcekay (Abbesse du). — Lettres, 218. 

Roucellet (Le père).— Lettres, 205 et 
note 2; 211. — Son mérite, 255. 



Saule (M 1m de). — Avertissement, II. — 
Étude, 5. — Prévient l'abbesse de 
Fontevrault de bruits qui courent 
sur son compte, 19, note 4. — 
22, note 1, note 2. — 25, note 1. — 
Charmante lettre à M m ° de Fonte- 
vrault, 25, 26. — Son opinion sur 
l'abbé Teslu, 27, 28, 29, 40, 79. — 
Lettres, 84, note 1. - 88, 89, note 5; 
91, 94. — Sa fille, 94, note 5. - 99, 
note 2. — 101, 106, 109, 121, note 2. 
— 122, note 1. — 125, 128, note 2. 

Saint-Almn (M' no de). — Liée avecM me de 
Fontevrault, 50, 51. — Lettres, 87 et 
note 2. — 108, 109, 122, note 1. — 
128, note 5. — 159, note 3. 

Saint-Geokges (Claude de), archevêque 



CABLE \ vu VTIQU& 



397 



U r.uii > - Utirtë, 188 1 1 mM II. 
' 1 1-. — Protecteur é» towtnl 

l illes-lueu. 15, i 
!>cnti, 

Iaotu m de). - Lettre», ses 
178 d note t. 

Mim-Nmox (Duc de 1 IMMMli 

lit, iv el nott 8, \. n,»i,. i. _ 

Kiuile. ■ Lut lélo-e de l'abbesse 

de Fontevrault. 1 — Bulle son mé- 

8, i — Croit qn'tUt n'avaii 

li vocation religieuse, 8 et 

M 2 ci 4. — Portrait qu'il fait 

M l'abbé Testu, 18. — Ce qu'il dit 

•lu séjour de M- it Fontevrault | 

la -oui-. Si, 35, 76, 77. — Lettres, 
■lole sur le comte de Cana- 
ries, 848, note. - Affadit*, I 

l'-'itrait de M" de C 

note I. 
Saintk-LSei ve (M.). — Appendice, 325, 

note 1 . 
Sakdfort. —Appendice, 374, no' 

518, notes I et i 

Samkiil. — Lettres, 216 et note 3. 

iiauld de). — Avertisse- 
ment, II. — Kiude, 4, 3»!, 37. — He- 
luse d'élever le duc du Maine, 37 
note 2.— 42, 43.— Lettres, 84, note 1. 

— 119, note 1—165, notes 2 et 3. ~ 
172, note 2. — Lulli refuse de faire 
la musique d'un de ses opéras, lsi. 
note 2. — 207, note 3. 

Segrais (Claude Acber du Mesnilvité, 
femme de). — Lettres, p. 165 et 
note 2; 172,175, 179,203. 

(Jean de). — Appendice, £61, 
note 2. — 266, note 2. 

I (M'" de). — Avertissement, 11. 

— Étude, répète de raécbants pro- 
pos sur l'abbesse de Fontevrault, 
2, 15. — Ses insinuations sur le, 
voyages de l'abbé Testu à Fonte- 
vrault, 1S, 19. — Sévère pour M- de 
Fontevrault, 22 et note 1 ; note 2. 

— Ne la trouve point jolie, 24 et 
note 2. - 25 et note 1. — 28, 

34, 37. 40, note 4; 76, 77. - Let- 
tres, 99. note 2. — 103, note 2. — 
MM, note 1. — 166, note. — 179, 
note 2. — Appendice, 1 
Battu ft'Amea. — Appendne,ù'M. 



■\ne de).— Appendice, T,\i. 

Brni IV (Le pape). — ÂmtwMûê, n>r« 

lié* .les n 835, 3u:,, SOI, 

S« MB | M. Aime .le ). — .\j,j 
fratqàea de Fontevrault. 881. 
Son.i* iM i, note, 

SiuniAiiT. — Appendice, 888, note 1.— 
575, nott I. 576, unie i. _ 577, 



Tmh.mvm (L'abbé). — Lettres, I8S 1 1 
note 7. 

Tai.i.emam m lit y \. — 5. 

Tbsti i L'abbé ). — Son cai 
mondain, 18 et note 1. — Ne 
peut devenir évoque, 18. — Va à 
Fontevrault, 18, 19. - Sa liaison 
avec M"» de Coulanges, 19, note 3. 

— Passe pour gouverner M— de 
Fontevrault, 22, note 1. — 23, note 1 . 

— 24, 25 et note 1. — Pas assez dé- 
vot, 27. — 28, 37. — Lettres, Parle 
de M" de Fontevrault avec M"* de 
Sablé, 96, 97. — Condamne une cri- 
tique de Despréaux, 165. 

Testa (M"). — Son amitié pour M— de 
Fontevrault, 23 et note 1. — Lettres, 
93. — Défend M— de Fontevrault, 
99, 100,151. 

TiiÉoniANiE t'E CiiAMBON, 18' abbessc de 
Fontevrault. — Appcndi 

Thianges (M'" de). — Avertissement , V, 
VI. — Étude, 2, 24, note 2. — B 
rt&reUm, SB, 88, 55, 51, note 1. — 
Lettres, sa dévotion, 101 et note 1, 
105. — Peu aimable pour M— de 
Fontevrault, 115, ni. 1 T*î. — Fait 
connaître l'abbé Genrst à ses sœurs, 
204, note. 

Thianses (De), fils de la précédente et 
neveu de l'abbesse de Fontevrault. 

— Lettres, 175 et note 2. — 204 et 
nob 

Thusges (M -# de), née de Bréval, 
femme du précédent. — Lettres, 
201 et note 3. 

Thiiiau.t ie Grasd' (C" de Cbampa- 
ypcndicc, 581. 



398 



TABLE ANALYTIQUE. 



Thibault (C" de Blois). — Appendice, 

351. 
Thierry (Augustin). — Appendice, 367, 

370. 
Thierry (O de Flandre). — Appendice, 

350. 
Thimbrune de Valence (Marie-Louise 

de), 36* abbesse de Fontevrault. — 

Appendice, 363. 
Thou (De). — Appendice, avait une 

lettre de Suger portant qu'il y avait 

eu près de 5,000 religieuses à Fon- 
tevrault, 354. 
Tonn-ay-Charente (M' 11 ' de). — Lettres, 

a écrit à Huet, 187 et note 3; 190. 
Torcy (M. de). — Lettres ^U et note 3. 
Tréville (M.). — Lettres, son mérite, 

105 et note 2. 
Tubeuf, intendant de Touraine. — 

Ami de M"* de Fontevrault, 127 et 

note 3. - 128, note 2. 



Vaillant (1 e sieur). — Appendice, 282. 

Valentinay (M. et M-'). — Lettres, 186. 

Valextinay ( Louis -Bernin de), M 1 ' 
d'Ussé. — Lettres, épouse la fille 
de Vauban, 186, note 2. 

Vallant (Docteur). —4. — Son origine, 
ses goûts, 22 et note 2. — Sa 
correspondance avec l'abbesse de 
Fontevrault, 27, 31, 74. — Let- 
tres, 88 et note 1 ; 93. — Reçoit un 
présent de M m ° de Montmartre, 97, 
107, 109, note 2. — 122, note 1. - 
127, noie 4; 139, 154. 

Vallot (Le docteur). — S'entretient en 
latin avec Gabrielle de Roche- 
chouart, 7. — Appendice, 528. 

Vauban (Jeanne-Françoise Le Prestre 



fille de). — Lettres, son mariage, 
186, note 2. 

Vaudemont (Anne-Élisabeth de Lor- 
raine, P ,so de). — Lettres, 107 et 
note 2. 

Verneilh (M. Félix de). — 69, note 1. 

Viel-Gastel (Le G" de). — Appendice, 
584. 

Villarmon (M. et M""). — Lettres, 89. 

Viollet-le-Duc (M.). — La vie reli- 
gieuse au XII e siècle, 10, note 1. 

Vivonne (Duc de), — Avertissement, V. 
Étude, 2. — Lettres, 92, note 5. — 
140, note 2. — 176, note 2. - 187, 
note 3. — 199, note 9. - 248, 
note 2. — Appendice, 562 et note 2. 

Voltaire — Son silence sur les misères 
du règne de Louis XIV, 55, note. 



U 

Urbain II, pape. — Ordonne à Robert 
d'Arbrissel de prêcher l'Evangile, 9. 



W 

W'aldeck (P ce de). — Lettres, perd 
le combat de Leuze, 198, note 4. 

Wendover (Roger de). — Appendice, 
567 et note 3. — 368, note 1 ; 570, 
371. 

WiiNdelfets (Adam). — Lettres, au- 
teur d'un livre sur la Vierge, 121, 
note 2. 

Wismes (Le B' a de). — Appendice, 385. 



Zerola. — Appendice, 514. 



TABLE DES MATIÈRES 



&1MMHM 

GABR1ELLE DE ROCIIECHOUART DE HORTEMABT. 

80UUUU B DES CHAHTBES. 

CbaiubI inEMiER. — L'esprit cultivé et les talents de Gabriellede 
Rochechouart très-appréciés par les contemporains. — Sa nais- 
— sance. — Elle a pour marraine la fondatrice des Sœurs delà 
Charité. — Elle éprouve d'abord de la répugnance pour le cou- 
vent. — Ce sentiment ne dure pas. — Ses parents la font re- 
venir dans le monde. — Elle soutient une conversation en 
latin avec le médecin du roi. — Rentre au couvent maigre sa 
famille. — Assertion contraire de madame de Caylus et de 
Saint-Simon. — Elle prend l'habit devant toute la cour. — 
Quil'e l'Abbaye-aux-Bois pour suivre madame de Chaulnes, 
supérieure à Poissy. — E<t nommée abbesse de Fontevr:uilt, 
gfiee à madame die Monte-pan. — Fondation de l'abbaye au 
douzième siècle, par Robert d'Arbrissel. — Influence qu'il 
exerce sur les populations. — Rôle et nécessité des couvents 
• lans les temps féodaux. — Ils sont le refuge dei etpritt d'é- 
lite et des opprimés. — viv.> critiques dirigée! contre Robert 
d 'Arbrissel. — Ses anciens amis reviennent à lui. — Le mona- 
stère de Fontevrault se compose de trois couvents de femmes 
et d'un couvent d'hommes. — Son fondateur adopte la règle 
de saint Benoît. — Il soumet les religieux à l'autorité d'une 
abbesse. — Costume des religieuses. — Les abbesses étaient 
presque toujours de il. — Gabridle de Rochechouart 



400 TABLE DES MATIÈRES. 

succède à une fille naturelle de Henri IV. — Difficultés que fait 
le pape pour approuver sa nomination. — Elle est bénite en 
grande solennité au couvent des Filles-Dieu, à Paris.— Ellequitte 
Paris. — Est reçue triomphalement à Orléans et à Fontevrau.lt. 

— L'opposition qu'on avait faite à sa nomination est bientôt 
apaisée. — Elle gagne le cœur de ses religieuses 1 

Chapitre II. — L'abbé Testu à Fontevrault. — Son caractère par 
trop mondain. — Louis XIV ne veut pas le nommer évêque. — 
Portrait qu'en fait Saint-Simon — Insinuations de madame de 
Sévigné sur son séjour à Fontevrault. — Madame de Sablé 
avertit l'abbesse des bruits qui courent. — Vif chagrin de celle- 
ci. — Lettre remarquable à ce sujet. — Elle en appelle au 
bon témoignage de l'évêque d'Angers. — Elle parle au docteur 
Vallant des histoires qu'on fait sur Fontevrault. — Elle en est 
affectée. — Madame de Sévigné continue à la dénigrer et ne 
la trouve point jolie. — L'abbesse se fait peindre par Migr.ard. 

— Elle cultivait constamment son esprit. — Sa correspondance 
étendue. — Son intimité avec madame de Sablé. — Lettre pi- 
quante de celle-ci sur un sermon prêché à l'abbaye de Mont- 
martre. — Elle ne trouve pas l'abbé Testu assez dévot. — Con- 
fiance de l'abbesse dans le docteur Vallant. — Elle le tient au 
courant de ses occupations et de ses lectures. — Conversion 
de madame de Thianges. — L'abbesse ne croit pas à sa durée. 

— Elle se plaint de la conduite de sa sœur à madame de Sa- 
blé. — Sa liaison avec madame de Saint- Aubin. — Libre opi- 
nion sur le jansénisme. — Elle admire les solitaires de Port- 
Royal et leur morale 17 

Chapitre III. — L'abbesse de Fontevrault est appelée à Paris pour 
la maladie de son père. — Elle dîne aux Carmélites avec la 
reine et madame de Montespan. — Le roi lui fait des cadeaux. 

— Son séjour à la cour. — Goût particulier du roi pour sa 
société. — Saint-Simon constate l'extrême décence de sa te- 
nue. — Elle retourne à Fontevrault après la mort de son père. 

— Revient à Paris en 1679. — Madame de Sévigné écrit ma- 
lignement qu'elle a dîné chez l'abbé Testu. — L'abbesse ne fait 
plus le voyage de Paris que pour les affaires de son abbaye. — 
Refuse celle de Montmartre. — Est approuvée par madame de 
Montespan. — Compose en 1674 un petit morceau sur la Poli- 
tesse. — Genre de mérite de cette composition. — Elle fait des 
vers charmants qu'elle brûle aussitôt après. — Traduit plu- 
sieurs chants de l'Iliade. — On lui attribue une traduction du 
Banquet de Platon qu'elle aurait fait corriger par Racine. — 

— Doutes à ce sujet. — Son affection pour madame de La 



Fayette. — Ëedeme de Kontesnaa H Segraii - - àgreablencfo- 

Ion df li ris da K..Mt. ffftoM 58 

c.iurmiK iv. — Réponse :»i' père Rapin mr la mort du prince de 
Condé. — L'abbesse deFouterraolt sentaint i Boet de fines 
inn-(iin;itioii des couvents qu'elle attribue aui pamphlet! de Bol- 
tonde.— Bas lettres de direction à sesreligieuse — Uleleur 

défend la monrfancilc dans les habits. — Sévères |>r* s. ri jitions 

pour leur conduite dam les rapports avec lei confeessura.*-— 

Elle interdit la eka$$e ;m\ religieux de son ordre. — Son ami 
Huel est bien moins BCrUfMlleux! — Klle maintient son droit 
contre l'évoque il<' Saint-Flour, snr les sortir- dei religieo- 
— Obtient gain de cause dans une affaire analogue avec 
Pèvéquede Poitiers. — Édit do I60S qui interdit aux religieu- 
ses de sortir du couvent sans la permission de l'évoque dio- 
eésain. — Lettre à ee sujet de l'archevêque de Reimi au pre- 
mier président de Harlay. — L'abbesse de FontoTrault en 
appelle au roi pour le maintien de ses privilèges. — Elle in- 
siste sur l'obligation où elle se trouve de plaider contre lei 
évoques. — Curieux aveu qui lui échappe à l'occasion de ses 
privilèges. — Elle ne se lasse pas de solliciter leur maintien. 

— Mémoire remarquais à ce sujet. — Elle a recours au crédit 
de madame de Maintenon. — Lettre charmante qu'elle en re- 
< rit. — Itare affection que celle-ci lui témoigne. — L'abbesse 
obtient que son affaire soit jugée par commissaires 45 

Chapitre V. — Importance de l'abbaye de Fontevrault à la fin du 
dix-septième siècle. — Longues contestations soulevées parles 
statuts. — Principaux règlements. — Grande autorité de l'ab- 
\ — Hommage qu'on lui rendait. — Ses exhortations et 
ses instructions aux religieuses. — Bossuet lui demande les 
i"ments qu'elle avait faits et les propose pour modèles. — 
Elle entreprend l'éducation de ses nièces. — Est bien moins 
portée que madame de Montespan à faire des prosélytes. — Mo- 
difications fâcheuses apportées par plusieurs abbesses à l'é- 
glise de Fontevrault. — Gabrielle de Rochechouart consacre sa 
fortune à embellir l'abbaye. — Travaux qu'elle y fait exécuter. 

— Ses occupations multipliées. — Visite à Saint-Cyi — I n- 
rieuses recommandations de madame de Mainienoii. — EHe toit 
le roi chez celle-ci. — Contraste avec les | rettl es. — 
Sa liaison avec le collectionneur de Gaignières, - S'est-elle 
occupée de le marier? — Conflit d'attribution •'■•pie 
deMontauhan. — Scandale que donne une religieuse de l'Or- 
dre. — Mauvaise santé de lalbesse. — Elle tombe malade et 
meurt comme une sainte. — Madame de Hontespan net.it pas 



402 TABLE DES MATIÈRES. 

auprès d'elle. — Louis XIV est plus sensible à sa mort qu'il ne 
le sera plus tard à celles de mesdames de Montespan et de La 
Vallière. — Regrets qu'il en témoigne à sa nièce en lui annon- 
çant qu'il la nomme abbesse de Fontevrault. — Goût de Ga- 
brielle de Rochecbouart pour Platon. — Sa beauté à quarante- 
huit ans, d'après la gravure de Ganterel. — Son esprit aima- 
ble et sérieux. — Pureté de sa doctrine. — Sa grande humilité. 
— Jugement d'un de ses amis. — S'était occupée de l'instruc- 
tion dos religieux pour former des prédicateurs et des confes- 
seurs. — Son influence lui survit 61 



LETTRES DE L' ABBESSE DE FONTEVRAULT 

ET DE SES AMIS. 

N°' 

4. Paris, 5 août 1670. — Madame de Sablé à l'abbesse de Fonte- 
vrault 83 

2. Fontevrault, 23 août [1671]. — L'abbesse à madame de Sablé. 84 

3. Fontevrault, 9 février 1672. — L'abbesse au docteur Vallant. 86 

4. [1672J. — L'abbesse de Fontevrault à madame de Saint- 

Aubin 88 

5. Fontevrault, 16 juillet 1672. — L'abbesse au docteur Vallant. 89 

6. Fontevrault, 27 septembre 1672.— L'abbesse à la sœur Saint- 

Aubin 92 

7. Fontevrault, 1 er octobre 1672.— L'abbesse au docteur Vallant. 93 

8. Versailles, 29 octobre 1672. — Louis XIV à l'abbesse de Fon- 

tevrault 95 

9. [1672]. — Madame de Sablé à l'abbesse de Fontevrault. . . 96 

40. Fontevrault, 3 janvier 1673. — L'abbesse à la sœur Saint- 

Aubin 96 

41. Fontevrault, 7 janvier 1673. — L'abbesse au docteur Vallant. 98 
12. Fontevrault,^ février 1673.— L'abbesse de audocteur Vallant. 99 

43. Fontevrault, 13 mai 1673. — L'abbesse au docteur Vallant. 101 

44. Fontevrault, 19 août 1673. —L'abbesse à Colbert 102 

15. Fontevrault, 3 janvier 1674. — L'abbesse à madame de Sablé. 104 

16. Fontevrault, 51 janvier 1674. — L'abbesse au docteur Vallant. 106 

17. Fontevrault, 16 mars|1674. — L'abbesse à madame de Saint- 

Aubin 106 

18. Fontevrault, 13 avril 1674. — L'abbesse à madame de Bois- 

Dauphin 108 

19. 28 mai 1674. — L'abbesse de Fontevrault aux couvents de 

l'Ordre 110 



I\i:i | DES M\lli l;l ^ 188 
10. I'ari<. 1'.» juin L674. l/abbe-se de I « »nt i \ r.mlt I inadanu- •!•• 

BabM ir* 

M. Qmttion twr ImPpHtmm, par l'ibbeste de FonterraiiU. ... 117 

88. [s,'i»ttMiii.rt> it.T»]. — L'abbesse de Pontamnll au docteur 

Vallant 190 

U luis, 18 octobre 1674. — Madame de Sablé à l'abbesse de 

Fontevrault ISS 

M. Ponta?nalt, B janvier 1875. — L'sbbotte u docteur Vrillant, u» 

25. Fontevraott, iOfei I L'ihhcese tu douteux TiMint. 196 

1 .«ntevrault, 3 janvier 1878. — L'abbesse au docteur Vallant. 126 

27. [1875). Madame de Sable- à l'abbesse de Fontevrault. ... 128 
janvier lo77. —L'abbesse de Fontevrault au docteur Val- 
lant \±) 

21 avril 1077. — L'abbesse deFontevrauM au docteur Vallant. 151 

"(t. 21 juin 1677. — L'abbesse de Fontevrault aux couvents de 

l'Ordre 132 

Si. Fontevrault, 18 juillet 1677. — L'abbesse au docteur Vallant. 137 
ntevrault, 29 août 1679. — L'abbesse à la sœur Saint- 
Aubin 138 

33. Saint-Germain, 17 février 1679. — Colbert à l'abbesse de 

F.i ntevrault 159 

35 bis. 18 décembre 1679. — Racine à Boileau 140 

34. 9 juin 1081. — L'abbesse de Fontevrault aux couvents de 

l'Ordre Uî 

55. Fontevrault. 4 juillet 1681. — L'abbesse à Segrais 149 

I ontevrault, 20 octobre [1681] . — L'abbesse au docteur Vallant. 150 

"7 . Fontevrault, 5 décembre 1681 . — L'abbesse au docteur Vallant . 151 

58. Fontevrault, 27 mars 1082. — L'abbesse à Colbert 152 

39. Fontevrault, 26 juin 1682. — L'abbesse à madame de Bois- 

Daupbin 154 

40. [1084]. L'abbesse de Fontevrault à Louis XIV 155 

41. 5 juin 1084. — L'abbesse de Fontevrault aux couvents de l'Or- 

dre 158 

42. Fontevrault, 14 mai 1684. — L'abbesse à Segrais l»if 

B I Miitevrault, 6 février 1686. — L'abbesse aux couvents de 

l'Ordre 188 

41. Fontevrault, 27 avril 10X7. — L'abbesse à Segrais 172 

! nntevrault, 22 mai 1888. — L'abbesse à Segrais 174 

fontevrault, 8 juillet f 888. — L'abbetse à S at ur ai s 175 

int-Cyr, 27 juillet 1GS0. — Madame de Maintenon à l'ab- 
besse de Fontevrault 178 

48. Fontevrault, 7 janvier 1087. — L'abbesse à Segrais. ... 177 
H Fontevrault, 9 février 1887. —L'abbetse au Pire Kapin.. . i" 1 ' 
i -ailles, 20 février 1687. — Louis XIV à l'abbesse de Fon- 
tevrault 181 



401 TABLE DES MATIERES. 

51. [1688]. — Madame de Monte>pan et l'abbesse de Fontevrault 

à Daniel Huet 181 

52. Fontevrault, 13 février 1689. — L'abbesse à Segrais. ... 185 

53. Fontevrault, 20 juin 1689. — L'abbesse à Segrais 184 

54. Fontevrault, 22 juin 1689. —L'abbesse au Père Rapin. . . 186 

55. Fontevrault, 9 septembre 1689. — L'abbesse à Daniel Huet. 187 

56. Fontevrault, 4 août 1690. — L'abbesse à Daniel Huet. ... 190 

57. Fontevrault, 15 août 1691. — L'abbesse à Daniel Huet.. . . 193 

58. [1691]. — L'abbesse de Fontevrault et madame de Montes- 

pan à Daniel Huet 196 

59. Fontainebleau, 27 septembre 1691. — Madame de Maintenon 

à l'abbesse de Fontevrault 197 

59^/s.Août 1692. — L'abbesse de Fontevrault à M. de Pontcbar- 

train [Supplément) 257 

60. Fontevrault, 26 septembre 1696. — L'abbesse à Louis XIV. . 200 

61. Saint-Cyr, 17 décembre 1698. — Madame de Maintenon à 

l'abbesse de Fontevrault 202 

62. Fontevrault, 31 janvier 1699. — L'abbesse à Segrais. . . . 205 

63. Fontevrault, 10 février 1700. — L'abbesse à Roger de Gai- 

gnières 205 

64. Rourbon, 25 mai 1700. — L'abbesse de Fontevrault à Roger 

de Gaignières 206 

65. [Paris] mercredi soir [1700]. — L'abbesse de Fontevrault à 

Roger de Gaignières 207 

66. Fontevrault, 9 février 1701. — L'abbesse à Roger de Gai- 

gnières 208 

67. Fontevrault, 25 février 1701. —-L'abbesse à Roger de Gai- 

gnières 209 

68. Fontevrault. 29 mars 1701. — L'abbesse à Roger de Gai- 

gnières 211 

69. 18 avril 1701. — Madame de Maintenon à l'abbesse de Fon- 

tevrault 215 

70. Marly, 29 juin 1701. — Madame de Maintenon à l'abbesse 

de Fontevrault 214 

71. Fontevrault, 27 août 1701. — L'abbesse à Roger de Gai- 

gnières 216 

72. Fontevrault, 2 septembre 1701. — L'abbesse à Roger de Gai- 

gnières 217 

75. Fontainebleau, 1 er octobre 1701. — Madame de Maintenon à 

l'abbesse de Fontevrault 218 

74. 7 novembre 1701. — Madame de Maintenon à l'abbesse de 

Fontevrault 220 

75. 19 novembre 1701. — L'abbesse de Fontevrault à Louis XIV. 221 

76. Fontevrault, 17 janvier 1702. — L'abbesse à Roger de Gai- 

gnières . . 224 



TAB1 i DIS m \ni RBS, iir, 

tt lantiei 1709 i ta Poutetreatl I Louis \!V. . . 

N 1 1 lévrier 1709. — Mémoire de l'ai 

duchesse de N < m\ s. . , 227 

79. 18 mors 170'2. — L'ibh ! itetrauU I M. «!»• l'nnime- 
ivu HH 

7«>///.n-.1.' décembre 1 7 o 2 — i»,- Gaignièrea I Patinasse de Fonte- 
vrault Supplément). ............ .... 258 

80. FoaterraaJt, Û décembre n<»-2. — L'sbb er deGai- 
gniéres 138 

t \i.uilt, 19 mai 1703. — L'abbcsse à Roger de Gai- 
gnières 235 

8.'. Fontevrault, 93 mai I70r». — L'abbesse aux couvents de 

l'Ordre 23G 

S' Fontevrault, l« juillet 1703. — L'abbesse à Roger de Gai- 

gnières 244 

Si. Font, vrault, 21 août 170."». — L'abbesse à Roger de Gai- 

gnières 946 

fitevrautt, 28 septembre 1703. — L'abbesse à Roger de 
("■aiguières 248 

m. Fontevrault, 7» janvier 1704. — Mémoire de l'abbesse à M. de 

I-a Yrillièrc 250 

87. Fontevrault, 9 janvier 170*. — L'abbesse à Roger de Gai- 
ornières 255 

|8 llariy, '21 avril 170 i. — Louis XIV à sœur Louise-Françoise de 

Rocbechouart, nommée abbesse de Fontevrault 2LC 

Pièce n - I. — Sur la traduction du Banquet de Platon, attri- 
buée à Gabrielle de Rocbechouart de Morte- 
inart 981 

— II. — Arrôt du Conseil des dépêches rendu à la requête 

de l'abbesse de Fontevrault sur la discipline des 
couvents de son Ordre 979 

— III. — Lettre circulaire de l'abbesse de Fontevrault aux 
couvents de l'Ordre 27 > 

IV. — Manière dont se font, tous les trois ans, dans 
l'Ordre de mit, l'élection du visiteur 

apostolique de l'abbaye et chef de l'Ordre et 
rassemblée, en chapitre général. ...... 288 

Y. — Mémoire pour l'abbaye de Fontevrault touchant 
les i -uses et l'examen des no- 



ÀPPENDICE 



400 TABLE DES MATIÈRES. 

vices de son Ordre, contre les prétentions de 
MM. les évêques 290 

— VI. — Réponse pour l'abbesse de Fontevrault contre la 

prétention de MM. les évêques touchant les sor- 
ties des religieuses et l'examen des novices. . 51 2 

— VII. — Réponse pour l'abbesse de Fontevrault au nou- 

veau mémoire de MM. les évêques, touchant les 
sorties des religieuses 317 

— VIII. — Lettre circulaire de sœur Louise-Françoise de Ro- 

chechouart, abbesse de Fontevrault, à l'occa- 
sion de la mort de madame Marie-Madeleine 
[Gabrielle] de Rochechouart de Mortemart, ab- 
besse, chef et générale de cette abbaye et de 
tout l'Ordre 525 

— IX. — Biographies des abbesses de Fontevrault, par Daniel 

de Larroque 548 

— X. — Fresques de Fontevrault 504 

— XI. — Les sépultures des Plantagenets à Fontevrault, 

par M. Louis Courajod, de la Bibliothèque im- 
périale 500 

Table analytique 585 



PARI*. — IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE d'eRFURTH, 1. 



^49 < 4 



UNDINGSECT JAN 25* 



Glénent, Pierre 
4705 Une abbesse de Fontevrault 

J5 I e siècle 

1869 



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