UNE PAROISSE
DE LANGUE FRANÇAISE
AUX ETATS-UNIS
SAINT^MATHIEU
DE CENTRAL FALLS
SIMPLE MONOGRAPHIE
PAR
L'abbé J.-A. D'AMOURS
Docteur en théologie et en droit canonique
Rédacteur en chef de I' " Action Catholique
Ancien vicaire à Saint-Mathieu
QUEBEC
Imp. l'Action Sociale Ltée
1917
^/^
3 1833 02609 9090
Gc 974.501 C34a
Amours T J. A. d'-
Une PAROISSE DE L.ANGUE
FRANÇAISE AUX EtATS-UnIS
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SAINT-MATHIEU
DE CENTRAL FALLS
('lIArKT.l.E-EcOLE DE LA PAROIf^SE S Al NT- M ATHIEU
UNE PAROISSE
DE LANGUE FRANÇAISE
AUX ETATS-UNIS
SAINT-MATHIEU
DE CENTRAL FALLS
SIMPLE MONOGRAPHIE
PAR
L'abbé J.-A. D'AMOURS
Docteur en théologie et en droit canonique
Rédacteur en chef de 1' " Action Catholique
Ancien vicaire à Saint-Mathieu
QUEBEC
Imp. l'Action Sociale Ltée
1917
Nihil obstat
Ctrillus I-abbbcqtje
Censor depuialus
Imprimatur
t L.-N. Card. Bégin
Arch. de Québec
Québec, 13 novembre 1917
LETTRE
DE SON ÉMINENCE LE CARDINAL BÊGIN
A L'AUTEUR
Québec, 13 novembre 1917.
Mon cher abbé.
En vous donnant rimprimatur pour cette intéres-
sante monographie d'une paroisse des nôtres — encore
nôtres par le cœur et l'esprit — en terre des Etats-Unis,
je veux vous féliciter d'avoir pu donner une partie de
vos travaux à l'exposé de cette vie paroissiale si féconde
et si belle, qui conserve aux catholiques américains' d'o-
rigine canadienne leurs plus belles traditions catholi-
gues et françaises et qui en fait d'excellents citoyens
américains.
Je prie Dieu de bénir votre travail et tous ceux qui
auront l'avantage de le lire.
Votre tout dévoué en N. S.,
t L.-N. Card. Bégin,
Arch. de Québec.
INTRODUCTION
Lors de la célébration, en novembre dernier, du
dixième anniversaire de fondation de la jolie pa-
roisse Saint-Mathieu de Central Falls, sur la sug-
gestion d'un ami de la paroisse, il fut décidé de
donner suite à l'idée de publier, pour les parois-
siens et leurs amis, en témoignage de leur géné-
reux concours, une courte et modeste monogra-
phie de cette paroisse.
La petite histoire locale et particulière des ins-
titutions vitales d'un peuple est toujours vivement
intéressante. On y voit de plus près, plus sur le
vif, la vitalité des familles et de la race, leur esprit
et leurs ressources.
L'histoire, même toute courte, d'une paroisse
catholique, petite et de langue française, dans un
milieu de langue anglaise en majorité protestant
ou même indifférent aux choses surnaturelles, offre
nécessairement un multiple et d'autant plus
vif intérêt. Cette manifestation de vie sociale re-
ligieuse et nationale, dans un milieu qui lui fait
contraste sur plus d'un point et dans lequel elle
s'harmonise pourtant presque parfaitement, est
intéressante à regarder attentivement, même pom-
ceux qui la connaissent et, à plus forte raison, pour
ceux qui n'en ont qu'une idée incomplète et con-
fuse, une vue très lointaine. Il y a là un phéno-
mène de conservation et d'adaptation, de vie bien
américaine et aussi bien canadienne-française, qui
n'intéresse pas seulement par son côté principal re-
8 SAINT-MATHIEU
ligieux, mais aussi par son côté ethnique et écono-
mique, et qui sollicite ainsi l'attention de l'homme
d'État non moins que de l'homme d'Église.
Un observateur moins renseigné ou d'esprit su-
perficiel pourrait voir une anomalie, une résistance
inutile et maladroite dans cette survivance d'un
état d'âme auquel il ne verrait pas raison de tenir.
Il se demande'rait si l'Église, si la patrie améri-
caine, si les Américains d'origine française cana-
dienne n'ont pas tous à souffrir de ce particula-
risme ethnique et religieux. C'est une question
sur laquelle nous aurons incidemment à revenir
et qui fait partie, nécessairement, de cette mono-
graphie paroissiale, avec quelques autres, comme
celle en particulier des écoles paroissiales et de
l'enseignement bilingue qui y est donné, comme
celle aussi du "status" légal dont jouissent les per-
sonnes et les choses de l'Église aux États-Unis.
Mais pourquoi, dira-t-on, choisir comme sujet
de cette monographie une petite paroisse qui n'a
jamais fait beaucoup parler d'elle, heureusement,
qui n'offre rien de bien extraordinaire, qui est un
peu comme toutes les autres paroisses franco-amé-
ricaines, qui ont bien commencé modestement et
qui ont ensuite normalement progressé ?
On pourrait faire à cette question une première
réponse, peut-être suffisante : c'est qu'il est tou-
jours mieux pour un écrivain de traiter un sujet
qu'il connaît d'avance, avec lequel il est un peu
familier. Mais il est une autre réponse plus ad
rem, plus adéquate : c'est que justement, pour
cette raison qu'elle n'offre rien de bien extraordi-
naire et que son histoire est encore toute courte, —
dix ans seulement, — la paroisse Saint-Mathieu de
Central Falls offre un intérêt considérable, un in-
térêt qui est beaucoup plus général que particulier.
DE CENTRAL FALLS 9
Si cette paroisse par sa fondation, par sa situa-
tion géographique, par sa population spécialement
favorisée, par les grands événements auxquels elle
aurait été mêlée, offrait un intérêt particulier, se-
rait-ce un paradoxe d'affirmer que cet intérêt se-
rait d'autant moins général, qu'il serait plus par-
ticulier ? Mais, précisément, parce que son his-
toire ressemble à celles de beaucoup d'autres, cette
jeune paroisse offre le sujet d'une monographie
type. Ce que l'on verra dans le récit de son origine
et de ses développements, c'est ce qui s'est réalisé,
avec quelques variantes de détails, dans vingt, dans
cent paroisses de la Nouvelle - Angleterre et des
Etats-Unis. Il en résulte donc un intérêt d'au-
tant plus grand qu'il est plus général.
Intéressante pour ceux qui l'ont vécue, qui l'ont
vue se dérouler sous leurs yeux parfois distraits,
cette histoire peut même offrir un vif intérêt à ceux
qui ne connaissent pas l'organisation paroissiale
qui fleurit avantageusement aux États-Unis, qui
n'ont pas idée qu'il suffise du décret d'un évêque,
du zèle d'un curé et de la bonne volonté de quelques
familles de condition modeste, pour faire naître,
pleine de vie et d'avenir, l'organisation complète,
spirituelle et temporelle, d'une belle paroisse amé-
ricaine.
On se demande parfois en Europe, et même dans
les vieilles paroisses canadiennes, et l'on va le de-
mander avec plus d'intérêt encore pour hâter les
restaurations qui devront réparer les dévastations
de la grande guerre barbare, comment font les
curés et les paroissiens américains, des curés qui
n'ont rien personnellement et des paroissiens qui
n'ont que leur travail et leurs nombreuses familles,
pour trouver les ressources nécessaires afin de
10 SAINT-MATHIEU
bâtir église, école, couvent, presbytère, pour assu-
mer des dettes considérables et les payer, dans un
pays où l'État ne donne pas un sou pour les frais
du culte, pas un sou pour l'école paroissiale. On
trouvera la réponse à cette demande dans les pages
qui vont suivre.
Ce qui s'est fait dans la paroisse Saint-Mathieu
s'était fait ailleurs auparavant et se fera encore
dans d'autres localités oii se rencontreront le même
zèle, la même discrétion, le même dévouement, la
même belle entente entre un clergé zélé et des pa-
roissiens généreux pour accomplir leur devoir ;
un clergé et des paroissiens qui tiennent à honorer
leur titre de catholiques de langue française entre
les divers éléments ethniques dont se compose la
population américaine ^
L'intérêt de ces pages leur viendra de la véra-
cité des faits exposés, de l'exactitude des détails,
de la vérité des sentiments et des pensées qui ont
fait la vie de la jeune paroisse Saint-Mathieu.
Vie pacifique, calme, sereine, bien ordonnée, vie
pleine aussi de vigueur et de fécondité, pour le
bien de l'Église et de la patrie K
1. Voyageant un jour, en compagnie bien fortuite d'un million-
naire américain, irlandais catholique né en Irlande, qui lui prê-
chait avec zèle la nécessité, reconnue par tous, de l'harmonie
entre les catholiques d'origine irlandaise et d'origine française
ou canadienne-française dans la Nouvelle-Angleterre, l'auteur
de ces pages demanda à son interlocuteur ce qu'il pensait, lui,
riche industriel, connaissant l'Europe et l'Amérique, de la valeur
sociale de l'élément franco-canadien dans l'Est des États-Unis.
Après avoir vanté l'habileté au travail et la courageuse activité
de nos compatriotes, le millionnaire ajouta cette réflexion élo-
gieuse : " Ils sont généreux avec fierté pour leurs établissements
paroissiaux, pour leurs églises, leurs écoles, leurs salles parois-
siales, leurs presbytères. C'est là une très bonne note, qui im-
pressionne favorablement les Américains et qui leur donne une
bonne leçon."
2. Beaucoup d'Américains — au sens restreint où ce mot est
pris dans la Nouvelle-Angleterre — qui n'ont pas pour eux-mêmes
une religion bien marquée, reconnaissent cependant volontiers
DE CENTRAL FALLS U
Des circonstances heureuses ont fait que l'au-
teur de ces pages a connu de près les débuts mo-
destes et laborieux du groupement paroissial
dont il écrit aujourd'hui la monographie. Premier
vicaire de Saint-Mathieu, il n'a jamais oublié les
beaux exemples de dévouement et de travail qu'il
veut rappeler ici. Ce sont ces souvenirs toujours
vivants, ainsi que la belle et fortifiante leçon qui
se dégage de ces dix années de vie paroissiale, qui
lui ont donné l'idée d'en faire un peu l'histoire,
pour la satisfaction bien légitime de ceux qui ont
été les bons ouvriers de l'œuvre accomplie, pour
l'instruction aussi de tous ceux qui chercheront
dans ces pages ce que l'auteur a voulu y mettre :
un bel exemple, ordinaire, mais aussi très grand, du
bien accompli en terre américaine sous la direction
d'un évêque bienveillant et sage et sous la conduite
immédiate d'un curé pieux, discret et prudemment
dévoué, par un groupe modeste mais généreux de
catholiques américains de langue française et d'o-
rigine canadienne.
De ce qu'un fait si beau puisse se rencontrer ail-
leurs ne lui ôte pas d'intérêt, il lui en donnera plu-
tôt aux yeux de tous ceux qui peuvent comprendre
qu'un exemple est, sinon d'autant plus beau, du
moins d'autant plus utile qu'il est plus imitable.
Il y a d'ailleurs une certaine perfection, faite
d'ordre et de mesure plus que d'éclat, qui paraît
facilement imitable en ses détails, mais qui ré-
clame beaucoup de mérites pour être accomplie
dans son ensemble. Cela paraît facile au premier
abord. A l'essai, cela demande beaucoup d'in-
qu'il importe à la sécurité et à la stabilité de leur pays d'avoir
une population religieuse, comme élément national d'ordre, de
vigueur, de fécondité, de bon travail. Leur esprit pratique,
qui vise avant tout aux résultats, leur donne sur ce point une
sage clairvoyance.
12 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS
telligence, de tact, de courage et de dévouement.
Les belles œuvres demandent toujours des ou-
vriers de mérite.
Une raison particulière s'ajoute ici à cette raison
plus générale, en faveur d'une monographie de la
paroisse Saint-Mathieu. Cette paroisse d'origine
modeste et qui n'a que dix ans d'existence, n'a eu
qu'un seul curé, celui qui l'a fondée et qui la dirige
encore actuellement. Il est donc plus facile de
suivre la même pensée qui a présidé à sa naissance
et à son développement. Pareillement, la popu-
lation dont elle se compose, si elle a subi des accrois-
sements depuis dix ans, est restée substantielle-
ment la même. Aucune émigration notable pas
plus qu'aucune immigration considérable ne sont
venues en changer la physionomie particulière.
Encore une fois, si l'origine et les développe-
ments de cette jeune paroisse sont dignes d'admi-
ration, tout ce qu'ils ont de mérite ne tient pas à
des faits extraordinaires, mais à la façon admirable
dort on y a fait les choses ordinaires.
CHAPITRE I
UNE PAROISSE AMERICAINE
Il n'est pas facile d'exagérer, tant ils sont grands
en eux-mêmes, les mérites et les avantages de l'or-
ganisation paroissiale, telle que l'ont faite la dis-
cipline de l'Église, là où elle a pu librement s'exer-
cer, et le zèle des fidèles catholiques.
Comme la famille est le premier élément de la
patrie terrestre et de la société civile, ainsi la pa-
roisse est la première organisation religieuse de la
patrie spirituelle, de l'Église. Elle aussi est une
famille, et elle doit avoir de celle-ci l'union, le com-
mun intérêt, le mutuel soutien, l'intime charité.
Écoutons sur ce sujet la parole dont la justesse
et l'autorité sont toujours incomparables, la pa-
role du Souverain Pontife lui-même :
A notre vénérable Frère Maurice Landrieux, êvêque
de Dijon. Benoît XV, pape.
Vénérable Frère, salut et Bénédiction apostolique.
Dans la lettre pastorale, que vous adressiez ré-
cemment à vos diocésains, il vous eût été difficile
de traiter un sujet plus important que celui de la
vie paroissiale. Les temps ne sont plus, où l'or-
ganisation de la paroisse était assez florissante pour
ressembler à une famille ; et, aujourd'hui, en
maintes contrées, on en est venu à ce point que le
14 SAINT-MATHIEU
pasteur connaît à peine ses brebis et les brebis
n'entendent à peu près jamais la voix de leur pas-
teur. Dans quelle proportion l'Église en a souf-
fert, combien elle en souffre aujourd'hui, on le re-
connaît clairement aux conséquences : les brebis
sont dispersées, les forces catholiques sont éner-
vées, les mœurs chrétiennes ont subi un tel fléchis-,
sèment, aggravé soit par la diminution de la foi,
soit par l'attirance malsaine de si nombreux vices
et par les appâts du péché, qu'il est à peine possible
de retrouver quelque vestige de leur ancienne
beauté.
Il faut donc revenir au point d'où l'on est parti ;
il faut que la paroisse soit rétablie de manière que
la multitude des croyants n'aient qu'un cœur et
qu'une âme ; que la paroisse soit l'honneur du
pasteur, qu'au milieu de son peuple, il soit réelle-
ment comme un père au milieu de ses enfants et
que son autorité prévoyante étende à tout sa solli-
citude. Les conséquences heureuses de cette situa-
tion seront d'abord que non seulement les brebis
recevront de leur pasteur le pain de la doctrine et
des sacrements, mais encore qu'elles trouveront
sous son gouvernement leur direction, qu'elles se-
ront soutenues de ses conseils, édifiées de ses exem-
ples et affermies dans le bien.
Les relations des fidèles entre eux seront alors
telles que l'un ne saurait être touché sans que les
autres ne se sentent atteints. Quant à ce qui re-
garde le bien de la communauté, Nous voulons dire
les institutions, les œuvres qui, sous des appella-
tions variées, sont multiples dans toutes les pa-
roisses bien organisées, que chacun s'y intéresse
et que, guidé par la piété filiale, chacun y apporte
de plein gré son concours quand il le voit néces-
saire.
DE CENTRAL FALLS 15
Vous êtes dans le vrai, quand vous écrivez que
d'après l'histoire du passé comme selon les prévi-
sions de l'avenir, l'Église de France, après tant et
de si lamentables bouleversements, ne saurait voir
s'ouvrir devant elle qu'une seule voie de prospé-
rité : donner aux paroisses leur constitution nor-
male, et, dès que surtout il sera permis de jouir des
bienfaits d'une paix si désirée, se préoccuper de
rappeler les fidèles à la discippline paroissiale, y
mettre tous ses soins pour ramener une restaura-
tion des beaux jours du christianisme et paralyser
les forces ennemies.
Ces pensées répondent pleinement aux Nôtres :
c'est pourquoi Nous souhaitons que tous les évê-
ques de France donnent à leur peuple les mêmes
directions et les mêmes enseignements que vous
donnez. Nous sommes persuadé, en effet, que
leurs Églises reviendront à leur antique splendeur,
quand ils auront rendu aux paroisses leur forme
première et leur organisation d'autrefois.
Comme gage des faveurs célestes et en témoi-
gnage de notre bienveillance, Nous vous accordons
de tout cœur, dans le Seigneur, la Bénédiction apos-
tolique, pour vous. Vénérable Frère, pour tout
votre clergé et tout votre peuple.
Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 14
avril 1917.
BENOIT PP, XV.
Ainsi donc, d'après le Chef de l'Église, il est dif-
ficile, même pour un évêque, de trouver un sujet
plus important à traiter que celui de la vie parois-
siale : c'est de la bonne organisation paroissiale
que dépend la conservation de la foi et des mœurs
chrétiennes ; c'est du rétablissement de la disci-
16 SAINT-MATHIEU
pline paroissiale que le Pape attend la restaura-
tion des beaux jours du christianisme.
Les évêques et le clergé des États-Unis ont donc
raison d'employer le meilleur de leur zèle et de leur
activité à établir et à organiser de solides et floris-
santes paroisses, qui ont plus d'une fois, dans leur
bel ensemble, excité l'admiration et provoqué les
louanges des écrivains et des voyageurs européens.
Au point de vue spirituel, la paroisse américaine
des États-Unis ne diffère pas substantiellement
des paroisses des autres pays d'Europe ou d'Amé-
rique. Depuis le premier siècle de l'ère chrétienne,
la paroisse catholique est partout celle qu'a définie
M. l'abbé Lesêtre dans son intéressant ouvrage
" La Paroisse " (p. 3) : " Un ensemble de fidèles,
régis spirituellement par une autorité ecclésias-
tique, se réunissant à certains jours et en certains
lieux pour prier, se faire instruire et prendre part au
sacrifice et constituant déjà une petite société reli-
gieuse dont les membres s'assistent mutuellement."
Cette assistance mutuelle des membres d'une
même paroisse existe toujours, sinon au point de
vue financier ou économique, du moins au point de
vue intellectuel, moral, social, et la belle lettre de
Sa Sainteté Benoît XV, que nous avons citée plus
haut intégralement, n'a pas omis de signaler ce
point de vue familial et social de la paroisse nor-
malement constituée.
C'est plutôt au point de vue temporel ou finan-
cier, et aussi au point de vue race ou langue que
la paroisse américaine offre des caractères particu-
liers, intéressants et utiles à observer.
Pour fonder et entretenir une paroisse aux
États-Unis, un curé n'a ni fondation, ni allocation
DE CENTRAL FALLS 17
de l'État ou de l'Église diocésaine, ni propriété
productive, ni même le droit d'imposer une contri-
bution légalement recouvrable sur ses paroissiens.
Il n'a, avec la mission et les encouragements que
lui donne son chef, que son habileté et son zèle ;
il n'a que la bonne volonté et la générosité de ses
paroissiens.
Pour payer l'emplacement de son église, de son
presbytère, de ses écoles, pour entreprendre la
construction dispendieuse de ces édifices, pour
subvenir aux dépenses du culte et se pourvoir des
ornements, vases sacrés et autres objets absolu-
ment nécessaires, pour sa propre subsistance, pour
l'installation temporaire de sa maison et d'une cha-
pelle provisoire, il n'a que la bonne volonté de ses
paroissiens, aidée parfois de la générosité de quel-
ques amis.
Une telle situation peut avoir ses inconvénients,
mais elle a aussi de réels avantages. Et le premier
de ces avantages, c'est qu'elle met en relation de
tous les jours, en coopération constante, le curé et
ses paroissiens. C'est un peu à cette nécessité
d'ordre économique, et aussi au fait que la famille
paroissiale forme une petite minorité par la langue
et aussi par la religion dans la population qui l'en-
toure, qu'il faut attribuer la cordialité, la familia-
rité respectueuse, qui existe généralement aux
États-Unis entre le clergé de la paroisse et les pa-
roissiens. Les curés des paroisses canadiennes des
États-Unis ont certainement cette qualité du bon
pasteur de connaître leurs brebis et d'en être con-
nus.
C'est là une des bonnes consolations du mi-
nistère paroissial aux États-Unis, ministère qui a
bien aussi ses épreuves et ses difficultés particu-
lières, de donner aux prêtres et aux fidèles des rap-
18 SAINT-MATHIEU
ports plus fréquents et plus confiants, en les obli-
geant les uns et les autres à avoir plus fréquemment
besoin les uns des autres.
Aussi il faut voir, avant et après les offices du
dimanche ou encore dans les réunions récréatives
au profit de l'église, quelles bonnes effusions
joyeuses marquent la rencontre du curé et des vi-
caires avec les fidèles de la paroisse. Comme tout
le monde, surtout si la paroisse est jeune, s'inté-
resse au progrès de l'œuvre commune, comme cha-
cun apporte l'idée, le projet que son zèle a décou-
verts, en attendant d'apporter les fruits plus sa-
voureux encore de leur réalisation.
Cette bonne et confiante intimité fut d'ailleurs
commandée généralement par la condition des im-
migrants venus du Canada, qui formèrent les pa-
roisses canadiennes. Arrivant dans un pays dont
la langue et l'ambiance les dépaysaient, menant
d'abord une vie bien modeste, dans leurs étroites
demeures des centres ouvriers, séparés tout le jour
les uns des autres par leurs travaux, isolés même
comme famille et n'ayant pas toujours à proxi-
mité un voisin de vieille connaissance ni peut-être
même de même langue, la vie paroissiale, la ren-
contre à l'église pour assister à des offices comme
ceux du Canada, pour entendre le prône et le ser-
mon en français, pour rencontrer le curé, qui s'in-
téressait aux nouveaux venus, les encourageait dé
ses conseils et des bonnes relations de travail qu'il
pouvait leur indiquer, c'était la patrie canadienne
rappelée, avec l'espérance de celle du ciel rendue
plus tangible. Quand les nouveaux arrivés pou-
vaient écrire à leur famille du Canada, quelques
semaines après leur installation aux États-Unis,
qu'ils y avaient " toute facilité de faire leur reli-
DE CENTRAL FALLS 19
gion et d'élever leurs enfants comme au Canada ",
ils exprimaient d'un mot, lu et entendu bien des
fois, ce qu'ils trouvaient dans leur nouvelle patrie
de meilleur et de plus semblable à celle où restait
bien attachée une part de leur cœur.
La paroisse canadienne, c'était la patrie qui
avait émigré avec les Canadiens, une patrie plus
petite, plus pauvre, un peu précaire, qu'il fallait
entourer de plus de générosité et d'assiduités.
Un autre avantage très appréciable de cette si-
tuation, c'est que tous les paroissiens, qui ont four-
ni leur part pour l'établissement de la paroisse, qui
sont appelés à donner pour chaque amélioration,
et chaque œuvre nouvelle, s'intéressent davantage
à leur paroisse et à leurs œuvres. L'homme est
ainsi fait partout que ce qu'il a payé a plus de va-
leur à ses yeux que ce qu'il a eu pour rien.
De là aussi le zèle et l'émulation entre les parois-
siens et même entre les paroisses. Entre parois-
siens on rivalise de générosité ou encore d'habileté
et d'activité, pour donner à la paroisse le plus gros
secours financier ou pour lui faire cadeau de quel-
que objet précieux ou grandement utile. Entre
paroisses et peut-être même entre clergés parois-
siaux, on a la noble et utile émulation d'avoir les
sociétés les plus prospères, les plus beaux offices,
les plus nombreuses assistances, l'état financier le
moins chargé d'obhgations à rencontrer.
Tout cela renferme une part d'humain, mais
une part d'humain qui se tourne assez facilement
en profits spirituels pour la paroisse et les parois-
siens. Il n'est pas mal d'ailleurs et il est parfois
excellent d'intéresser et de faire servir l'humain
au divin, et il ne faut pas réprouver le côté humain
20 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS
mêlé au divin, pas plus dans l'église paroissiale que
dans l'Église universelle.
Il faut plutôt féliciter le clergé et les fidèles des
paroisses américaines du zèle humain qu'ils met-
tent au service de l'œuvre divine de la conservation
de la foi et des mœurs chrétiennes, de la sanctifica-
tion des âmes et des générations chrétiennes. Ce
zèle humain n'exclut pas le zèle apostolique et il ne
le remplace pas non plus, mais il l'aide et rend le
bien plus facile.
Ce n'est pas ici le lieu de faire connaître les for-
malités et les particularités, civiles ou ecclésias-
tiques, de l'établissement d'une paroisse aux États-
Unis, ces détails trouveront leur place plus loin,
mais c'est peut-être ici le lieu de dire un mot sur le
problème un peu compliqué, d'ordre civil et d'ordre
religieux, des paroisses de langue étrangère, (de
langue autre que la langue anglaise,) que l'Église
des États-Unis a sagement établies.
CHAPITRE II
POURQUOI DES PAROISSES DE LANGUE FRANÇAISE
La diversité des églises aux États-Unis, répar-
ties non seulement d'après les principes religieux —
églises catholiques, églises orthodoxes russes ou
grecques, protestantes de diverses confessions — ,
mais aussi d'après la race et la langue de ceux qui
les fréquentent — églises de langue anglaise, fran-
çaise, polonaise, allemande, italienne, syrienne —
peut paraître une anomalie à l'observateur étran-
ger qui arrive dans ce pays, sachant que la langue
générale et officielle est l'anglais.
Les citoyens des États-Unis, même les plus ré-
cemment arrivés au pays, ne prétendent pas se ré-
partir en groupes distincts par la langue ni dans la
politique, ni dans les professions libérales, ni dans
la finance, ni dans l'industrie, ni dans le commerce,
ni dans aucime manifestation de la vie civile. Au
contraire tous font profession et, pour la plupart,
très sincèrement, de n'avoir d'autre citoyenneté que
la citoyenneté américaine, tous aspirent à se mêler
absolument au grand tout américain. Pourquoi
donc ce particularisme distinctif sur le terrain reli-
gieux ? Pourquoi dans l'Église ou mieux dans l'é-
glise cette démarcation au point de vue de la
langue ?
Cette question, ou cette objection doit être biea
précisée, pour être comprise exactement et pour
22 SAINT-MATHIEU
ne pas soulever les préjugés qu'elle soulèverait, si
elle était mal comprise. Et pour la bien préciser,
il suffit d'insister sur ce point que cette démarcation
n'est point faite au point de vue national ni au
point de vue race, mais au seul point de vue langue.
Les États-Unis, qui reconnaissent la liberté de
toutes les religions et n'en favorisent officiellement
aucune, ne peuvent voir d'un mauvais œil qu'il y
ait chez eux plusieurs religions, plusieurs Églises.
Tant que ces Églises respectent les lois communes
et l'ordre public, il importe peu à l'État et au gou-
vernement des États-Unis qu'elles pratiquent tel
ou tel rite, qu'elles se servent d'une langue vivante
ou d'une langue morte. Cela regarde la régie in-
térieure de ces Églises.
Par ailleurs, le peuple américain, qui garde et a
toujours gardé ses sympathies à la France, ne voit
certainement pas d'un mauvais œil que des citoyens
américains ou même des étrangers vivant ou tra-
vaillant paisiblement aux États-Unis, parlent le
français dans leurs églises ou dans leurs maisons.
Il exige une connaissance sommaire de la langue
anglaise pour accorder la citoyenneté américaine à
un étranger, et il est en cela dans son droit, mais
il ne proscrit l'usage d'aucune autre langue. La li-
berté américaine n'est pas un vain mot ^.
3. Un journal catholique de langue anglaise, le Freemans de
New- York, faisait, en août 1917, des observations sur la langue
française au Canada qui trouvent ici leur place, car elles peuvent
s'appliquer, en partie, à la conservatioon de la langue française
aux États-Unis.
Notons, avant de donner la parole au journal de New-York, que
la connaissance du français a été trouvée récemment désirable
et précieuse par le gouvernement américain pour les troupes de
terre et de mer qui sont allées noblement défendre la civilisation
et la liberté, en coopération avec l'armée et la âotte française.
Voici maintenant les paroles du Freemans sur la conservation
de la langue française au Canada.
" Puisque le français a une situation légale, il est tout naturel
que les Canadiens-Français soient attachés au parler de leur chère
DE CENTRAL FALLS 23
La même largeur d'esprit, qui a attiré et attaché
aux États-Unis un grand nombre de citoyens ve-
nus de tous les pays du monde, laisse aux diverses
Églises, suffisamment autonomes pour leur régie
interne, la liberté d'avoir leurs écoles confession-
nelles paroissiales, où, à l'enseignement de la langue
officielle du pays, s'allie, en proportions vraiment
efficaces et jugées suffisantes, l'enseignement d'une
autre langue à laquelle les parents des enfants ont
raison de rester attachés.
Les État-Unis ont leur système d'écoles pu-
bliques officielles, qui sont neutres au point de vue
religieux, système auquel ils tiennent encore beau-
coup. Beaucoup d'Américains, qui ne sont pourtant
pas catholiques, et qui ne sont pas même protes-
tants, pour quelques-uns du moins, estiment que
cette neutralité est funeste aux jeunes générations
américaines, auxquelles elle enseigne à mépriser
pratiquement toute religion surnaturelle et aux-
quelles elle laisse une latitude morale excessive.
vieille France. A ce sujet, nous devons dire qu'ils parlent le
vrai français et non pas un patois. Leur langue est la langue des
découvreurs du Canada, des pionniers et des missionnaires, la
langue de ces grands hommes qui ont illustré son histoire jusqu'à
la conquête de 1760 et qui depuis ont combattu le bon combat
pour garder intact le trésor de l'idéal franco-canadien. Ils l'aiment
à cause de sa beauté intrinsèque, de sa magnifique littérature,
de son mérite particulier comme moyen de communication puis-
qu'elle est la langue de la diplomatie internationale. Enfin, ils y
tiennent jalousement parce qu'elle est pour eux, le meilleur moyen
de se grouper, d'établir de nouvelles paroisses, de conserver leurs
coutumes, leurs institutions et même leur foi. Ils gardent, comme
des bijoux dans un écrin, les expressions claires, familières et
toujours aimées de leurs dogmes et de leur morale. Dans la
langue française, ils trouvent un abondant aliment à leur foi,
car le français a produit, tout le monde le sait, la plus riche litté-
rature catholique du monde. Ce qu'il y a de mieux encore, peut-
être, c'est qu'une communauté de langage favorise les mariages
entre Canadiens-Français, de sorte qu'ils échappent presque en-
tièrement à la plaie mortelle de la vie moderne, le mariage mixte.
En conséquence la religion trouve dans le français un soutien et
une sauvegarde.
24 SAINT-MATHIEU
L'école neutre américaine ne donne pas tous les ré-
sultats qu'on en attend, au prix de grands sacri-
fices pécuniaires, et elle en donne d'autres que l'on
n'attendait pas.
Aussi beaucoup de bons esprits ont-ils suggéré
de changer le système, en mettant sur le même
pied, en face de l'allocation gouvernementale, les
écoles neutres et les écoles confessionnelles.
En attendant cette importante mais difficile ré-
forme, qui sera peut-être lente à venir, les écoles
confessionnelles paroissiales, comme les établisse-
ments catholiques d'enseignement moyen et d'en-
seignement supérieur, répondent à un besoin d'ab-
solue nécessité, et rendent les meilleurs services,
non seulement à l'Église mais aussi à l'État.
Dans ses grands conciles nationaux de Baltimore.
l'Église américaine a prescrit avec insistance l'éta-
blissement des écoles catholiques paroissiales.
Les évêques américains encouragent ces écoles de
leur zèle et de leur surveillante sollicitude. Les
curés ont à cœur de les maintenir, malgré les sacri-
fices qu'elles exigent des paroisses et des familles.
Avec raison, le clergé et les fidèles catholiques des
États-Unis estiment qu'une paroisse n'est digne
de compter et n'est en état de remplir sa belle mis-
sion que si elle possède ses écoles paroissiales. L'é-
cole paroissiale est comme l'annexe obligée de la
chapelle ou de l'église, et la connexité des relations
intellectuelles, morales et religieuses qui existent
entre l'une et l'autre, est souvent exprimée par le
fait, d'occurrence fréquente, que le même toit, les
mêmes murs, abritent l'une et l'autre. Même au
point de vue construction matérielle, l'école est l'an-
nexe de l'église, la chapelle est dans l'école.
Ce fait dit aux Américains, dans un langage réel,
qu'ils comprennent bien, la double estime que les
DE CENTRAL FALLS 25
catholiques conservent pour la religion et pour
l'instruction, qu'ils ne peuvent séparer. Et l'es-
prit large des Américains en est plutôt favorable-
ment impressionné. Ils voient là un gage de mora-
lité, d'ordre social, de progrès américain.
Voient-ils d'un aussi bon œil la conservation
dans l'école paroissiale d'une autre langue, ensei-
gnée conjointement avec l'anglais ?
A cette question nous pouvons répondre encore
affirmativement, du moins quand il s'agit de la
langue française.
Certes, si cette conservation de la langue fran-
çaise avait pour but ou pour résultat d'entretenir
un esprit national opposé ou indifférent au patrio-
tisme américain, elle porterait ombrage à certains
éléments de la population yankee, même en s'al-
liant à l'enseignement dominant de l'anglais. Mais
l'on sait généralement la vérité, facilement recon-
naissable d'ailleurs, que la conservation du fran-
çais dans la famille, à l'église et dans l'école pa-
roissiale n'a rien d'un particularisme opposé en
quoi que ce soit à l'idéal ou au plus loyal patrio-
tisme américain. Au contraire, les libertés lais-
sées ici à l'esprit familial et au respect de tradi-
tions aussi bienfaisantes qu'honorables, attachent
plutôt à la patrie américaine les divers éléments
ethniques dont se forme la population américaine.
Les esprits dirigeants le savent, et ils sont plutôt
fiers de voir tourner au profit du civisme améri-
cain l'attachement gardé par les nouveaux venus
et par les divers groupes d'origine différente, à
leurs plus intimes et leurs plus religieuses tradi-
tions. Les Américains sont fiers de voir ces élé-
ments étrangers choisir chez eux leur patrie d'a-
doption, tout en gardant comme leur plus précieux
héritage, pour le bien commun de tous, leur langue
26 SAINT-MATHIEU
et leur foi, le meilleur de leur civilisation. Leur
bon sens pratique très exercé leur a vite fait com-
prendre ce que l'expérience leur a enseigné : plus
un citoyen a de religion et d'attachement aux
bonnes traditions de ses ancêtres, meilleur il est
pour la patrie américaine. Ce ne sont pas des sans-
patrie ni des renégats de leurs familles et de leurs
traditions que les Américains aiment voir affluer
chez eux. Ils ont par ailleurs assez confiance dans
la beauté et la justice de leur idéal américain pour
ne pas songer à l'imposer de force.
Il faut dire aussi, à l'honneur de l'Église améri-
caine, que les évêques, malgré les difficultés pra-
tiques que comportent fatalement la division des
paroisses d'après la diversité des langues, ont loya-
lement reconnu la nécessité de ce genre de division
pour la conservation de la foi et le maintien de la
vie paroissiale. Sans se laisser arrêter par la dif-
ficulté de trouver des prêtres et des ressources, ils
ont compté sur la Providence, sur le zèle du clergé,
sur la générosité des fidèles et aussi sur les abon-
dantes ressources d'un pays très prospère au point
de vue temporel. Et partout, à mesure que les
immigrants catholiques arrivaient de tous les pays,
la multiplication des Langues s'opérait en leur fa-
veur dans toute l'Église américaine.
Il est vrai que l'organisation des paroisses où
se groupèrent et se groupent encore les Américains
d'origine canadienne-française offrait moins de
difficultés, soit au point de vue du recrutement du
clergé, le Canada voisin et les familles canadiennes
fournissant un nombre assez considérable de prê-
tres, soit même au point de vue de l'organisation
temporelle, les Canadiens ayant été de tout temps
habitués à fournir suffisamment et régulièrement.
DE CENTRAL FALLS 27
pour l'entretien de leur clergé et de leurs églises.
Il faut bien constater aussi que ce groupement
paroissial, formé d'après la langue et la nationalité
d'origine, donnait aux paroisses un certain cachet
familial qui rendait la bonne entente plus facile,
qui enlevait bien des causes de froissements et qui,
en même temps, activait une généreuse émulation
entre les paroisses aussi bien qu'entre les familles.
Il n'est pas défendu d'employer d'honnêtes moyens
humains pour promouvoir le zèle en faveur de la
religion et des œuvres religieuses.
Ainsi il faut bien reconnaître que l'admission de
la langue maternelle et son enseignement dans
l'école paroissiale n'a pas nui, bien au contraire,
à l'école séparée catholique. Comme la crainte de
voir leurs enfants oublier la langue de la famille
à l'école publique s'ajoutait naturellement à la
crainte de les y voir recevoir un enseignement sans
religion, ainsi l'assurance de voir leur foi et leur
langue enseignées ensemble dans l'école paroissiale
leur donne le courage de supporter l'augmentation
de dépenses que requiert cette école. Même sur ce
terrain de l'école, l'Église américaine a bien servi
les intérêts de la religion en se montrant bienveil-
lante envers la langue maternelle de ses divers
groupes ethniques. Il ne faut pas en effet oublier,
même dans les libres pays des États-Unis et du
Canada, que l'attachement à l'Eglise et à la vie
catholique, nécessite des sacrifices temporels va-
riés, dont on pourrait s'exempter en ne professant
plus le catholicisme. Il n'est donc pas inutile de
mettre en harmonie avec les intérêts spirituels les
intérêts et les goûts particuliers des familles, il
n'est pas inutile de donner aux familles catholiques
deux bons motifs, au lieu d'un seul, de soutenir gé-
28 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS
néreusement de leurs sacrifices leurs écoles catho-
liques bilingues.
Il y aurait encore beaucoup à écrire ici pour
faire connaître les avantages et le fonctionnement
de la paroisse américaine et de son école parois-
siale. La suite de ces pages complétera ce que nous
venons très sommairement d'indiquer, en autant
du moins que sont concernées les paroisses de
langue française dont les paroissiens sont d'origine
canadienne.
CHAPITRE III
LA PAROISSE SAINT-MATHIEU : SITUATION, PRO-
PRIETES, POPULATION
Avant de faire connaître les origines, l'organisa-
tion et les développements de la paroisse Saint-
Mathieu, il sera utile d'en indiquer la situation
géographique et de jeter un coup d'œil rapide sur
la population qui la composait à son origine, il y
a dix ans, et qui est encore à peu près la même, aug-
mentée. Une fois ces premières notions connues,
il sera plus facile de connaître le travail et les mé-
rites de ceux qui l'ont faite et organisée et d'ap-
prendre les résultats de leurs laborieux efforts.
La ville de Pawtucket, dont Central Falls n'est
qu'une annexe, et qui touche par son extrémité sud-
ouest aux limites de Providence, capitale du
Rhode Island, est située dans la vallée de la rivière
Blackstone, qui verse ses eaux à l'océan dans la
baie de Narragansett, au fond de laquelle est la
jolie ville de Providence. D'un sol sablonneux
assez pauvre, cette vallée, légèrement mais conti-
nuellement accidentée, doit sa richesse industrielle
aux nombreux pouvoirs d'eau que lui fournissent
les eaux un peu sombres de sa rivière.
Pawtucket et Central Falls, desservis aujour-
d'hui par une même gare du chemin de fer " New
York, New Haven and Hartford ", ont l'avantage
de se trouver au confluent des deux grandes lignes
30 SAINT-MATHIEU
de chemin de fer qui relie Boston et Worcester à
New York. Ce sont deux villes — la première de
25,000 et la seconde de 60,000 — d'abord indus-
trielles et ensuite, conséquemment, commerciales.
C'est dire que la population des deux villes est
surtout une population otivrière, vivant générale-
ment à l'aise, quoique modestement.
Les paroisses de langue française sont au nombre
de cinq. Ce sont : Notre-Dame du Sacré-Cœur,
S. -Jean-Baptiste, N.-D. de la Consolation, Saint-
Mathieu et Sainte-Cécile. Les paroisses de langue
anglaise sont : La Sainte-Trinité, Ste-Marie, S.-
Joseph, le Sacré-Cœur, St-Edouard. et St-Léon.
Il y a aussi une église polonaise, St-Joseph, et une
église grecque syrienne, S. -Basile.
Le territoire de la paroisse Saint-Mathieu, formé
à même la paroisse Notre-Dame, est situé au nord-
ouest de celle-ci et aussi à l'extrémité nord-ouest de
la ville. La partie habitée de ce territoire, oii la
population était et est encore très inégalement ré-
partie, a un peu la forme d'un triangle, aux côtés
assez échancrés, et les édifices paroissiaux sont si-
tués au sommet de ce triangle, et sur un terrain qui
est lui-même parfaitement triangulaire.
Les dimensions de ce terrain sont les suivantes :
côté ouest, ou plus exactement nord-ouest, sur
l'avenue Lonsdale, 457 pieds ; côté est, ou plus
exactement nord-est, sur la rue Dexter, 461 pieds,
côté sud sur la rue West Hunt, 511 pieds. Toute
la propriété est inclinée vers le sud. L'école-cha-
pelle, avec façade principale regardant le nord, oc-
cupe le sommet de ce triangle, ce qui lui assure l'a-
vantage d'avoir, outre les portes du portique prin-
cipal donnant sur un coin de verdure, à travers le-
quel sont ouvertes des allées pavées en asphalte,
deux portes latérales, l'une sur la rue Dexter et
DE CENTRAL FALLS 31
l'autre sur l'avenue Lonsdale, portes donnant ac-
cès à deux larges escaliers bien éclairés et condui-
sant à la chapelle et aux classes. Le côté sud, un
peu en contre-bas, a une porte, à l'étage du rez-
de-chaussée, ouvrant de plein-pied sur la salle des
conférences et des représentations.
Cette construction, pour laquelle on a avanta-
geusement tiré parti de la pente du terrahi, offre
de tous les côtés un ensemble à la fois élégant et
solide.
C'est une magnifique bâtisse de style renaissance
italien, construite en briques jaunes d'une teinte
très chaude et suffisamment claire, avec bordure
de granit gris aux portes et aux fenêtres. Les plans
et devis ont été faits par les architectes distingués
Fontaine et Kinnicut, de Woonsocket. La maison
a deux étages complets avec un rez-de-chaussée
ayant les dimensions d'un étage du côté sud, ainsi
qu'une mansarde, sous la coupole et le toit incliné,
servant pour les réunions de sociétés et ayant
même servi de chapelle, pendant plusieurs mois.
Cette salle dans la mansarde mesure encore 62
pieds par 90.
Toute la construction, dans son ensemble, a 117
pieds de long et 65 de large, et sa hauteur mesurée
de la base jusqu'au sommet de la croix dominant
la petite coupole qui couronne le centre de l'édi-
fice, est de 92 pieds.
Le rez-de-chaussée de ce bel édifice renferme
d'abord une salle de conférences et de représenta-
tions, de 61 pieds de large et 56 de profondeur, où
l'on a placé de jolis sièges pour plus de 600 per-
sonnes. La scène de cette salle est suffisamment
grande pour les représentations ordinaires et les
réceptions d'honneur. A part cette salle, son
théâtre et les vestiaires ouvrant sur les coulisses,
32 SAINT-MATHIEU
le rez-de-chaussée contient aussi, avec les four-
naises chauffant tout l'édifice, les salles de toilette
requises pour l'école.
La chapelle, tenant lieu d'église paroissiale, oc-
cupe tout le premier étage, où elle a vraiment belle
apparence. C'est une grande salle régulière haute
de 12 pieds, longue de 90 et large de 54, oii des bancs
d'église fixes et paraissant fort bien, peuvent faire
asseoir 850 personnes. Avec ses verrières aux
teintes douces et suffisamment transparentes, où
sont représentés de pieux emblèmes et qui l'éclai-
rent de trois côtés, avec son orgue harmonieux,
bien suffisamment puissant pour le local, avec ses
trois autels et son sanctuaire qui sont ornés avec
un goût sobre, qui n'est pas la pauvreté ni le faux
brillant, la chapelle Saint-Mathieu est propre,
pieuse, recueillie, intime. On aime à y prier aux
heures solitaires, comme aux heures des offices ;
les cérémonies du culte y sont toujours accomplies
avec dignité et piété, dans le décor d'un ensemble
bien ordonné.
Avec sa double porte ouvrant sous le portique
principal, du côté nord, avec ses larges portes laté-
rales, la chapelle Saint-Mathieu offre, en outre de
son bel aspect intérieur et extérieur, l'avantage
pratique de laisser la foule circuler très rapide-
ment, soit à l'entrée, soit à la sortie.
Les deux portes latérales de la chapelle ouvrent
chacune sur l'un des deux escaliers placés aux ex-
trémités est et ouest de la bâtisse et conduisant au
rez-de-chaussée ainsi qu'aux classes et à la man-
sarde.
Placées dans l'étage au-dessus de la chapelle, les
salles de classes sont au nombre de six mesurant
chacune 25 par 30 pieds, et sont aussi bien amena-
DE CENTRAL FALLS 33
gées que parfaitement éclairées par de larges fe-
nêtres et ventillées.
Tout l'intérieur est fini en pin dur de la Caro-
line du Nord pour les boiseries ; les planchers sont
en bois d'érable et les portes en frêne.
Tel est, dans son ensemble et dans ses détails, la
principale construction de la jeune paroisse Saint-
Mathieu. A proximité de cette école-chapelle se
trouve un élégant presbytère à deux étages avec
mansarde, construit en bois, et aussi une maison
de même style et de proportions équivalentes ser-
vant de couvent ou de résidence aux bonnes reli-
gieuses de Sainte-Anne de Lachine, qui enseignent
dans l'école paroissiale. L'ensemble de ces cons-
tructions, bien dégagées de tous côtés et bien ex-
posées à la lumière, laisse deviner, par l'espace as-
sez grand laissé vacant, l'emplacement de la fu-
ture église qui sera construite au sud de l'école-
chapelle et de style s'harmonisant avec celle-ci.
Cet ensemble est agréable à l'œil, comme à l'intel-
ligence qui en mesure l'utilité et la bienfaisance.
CHAPITRE IV
LES FONDATEURS DE LA PAROISSE SAINT-MATHIEU
Connaissant sommairement le site et l'installa-
tion matérielle de la paroisse Saint-Mathieu, le
lecteur aimera sans doute à connaître les principaux
auteurs, ceux que l'on appellera les fondateurs de
cette paroisse. Et dans cet ordre d'idées ou de
connaissances, il faut d'abord considérer au premier
plan Mgr l'évêque de Providence qui a donné à la
nouvelle paroisse son existence canonique et juri-
dique, son premier curé, et même le nom de son
propre patron, saint Mathieu.
I. MGR HARKINS, ÉVÊQUE DE PROVIDENCE
Mgr Matthew Harkins est, depuis longtemps,
un des évêques les plus en vue et les plus estimés
de tout l'épiscopat américain. Évêque de Provi-
dence et de tout l'État du Rhode Island, et d'une
partie du Massachusetts avant l'érection du dio-
cèse de Fall River, depuis plus de trente ans, le
vénérable Mgr Harkins mérite le respect et l'affec-
tion du clergé, des fidèles et des citoyens, non seu-
lement par son bel âge et sa belle carrière, mais plus
encore par l'esprit de zèle et de justice qui a pré-
sidé aux actes de son administration. Les catho-
liques d'origine canadienne-française, qui sont en
nombre considérable dans le diocèse de Providence
et le clergé de même origine doivent à Mgr Harkins
Sa GRANDEru Mciit Hakkins
Evêque de Providence
DE CENTRAL FALLS 35
la fondation de plus de vingt-cinq paroisses franco-
américaines.
S. G. Mgr Matthew Harkins est né à Boston,
sur la paroisse St. James, en 1847. Il commença
ses études classiques très jeune au " Boston latin
school " et les cont'nua à Worcester, au collège
des Jésuites de Holy Cross. Il fit ses études théolo-
giques et son grand séminaire au Collège anglais
de Douai, puis à Saint-Sulpice de Paris, où il fut
ordonné prêtre le 22 mai 1869. Après son ordina-
tion sacerdotale, il compléta ses études théolo-
giques à Rome, à la source même de la science et
de la tradition catholiques.
Revenu au diocèse de Boston, il y exerça pen-
dant quelque temps les fonctions de vicaire et fut
ensuite nommé curé à la paroisse de l'Immaculée-
Conception de Salem. De là il passa à la cure de
St-Malach e d'Arlington, où il demeura huit ans.
Mgr Williams le promut ensuite à l'importante pa-
roisse de St. James de Boston, dont Mgr Williams
lui-même avait été curé, et où Mgr Harkins avait
rempli, dans son enfance, les fonctions d'enfant de
chœur.
Le premier soin de Mgr Harkins nommé curé de
St. James, en 1884, fut d'y établir des écoles parois-
siales, pour lesquelles il lut recueillir de généreuses
souscriptions. Un an après, en 1885, la confiance
de son vénérable archevêque le nommait son con-
seiller, et deux ans après, en 1887, le curé de St.
James était nommé évêque de Providence. Il fut
consacré le 14 avril 1887.
Tous ceux qui ont connu, dès cette époque et
depuis, la belle et digne figure épiscopale de Mgr
Harkins, sont unanimes à louer non seulement la
dignité de sa vie, mais aussi son zèle éclairé et éner-
gique pour l'accroissement de toutes les œuvres
36 SAINT-MATHIEU
catholiques d'enseignement, d'assistance, de cha-
rité.
Ce zèle vraiment catholique a gardé toute son
énergie et l'on sait avec quelle courageuse activité
il s'emploie actuellement à doter le diocèse de Pro-
vidence d'un grand collège catholique, auquel toutes
les paroisses doivent contribuer, et qui sera confié
aux RR. PP. Dominicains. Mgr Harkins veut
compléter par ce collège la série des œuvres qu'il
a fondées pendant sa belle et féconde carrière et
que nous allons brièvement signaler.
La plupart des paroisses du diocèse de Provi-
dence ont leurs écoles paroissiales florissantes et le
zèle de Mgr Harkins s'est en outre consacré à la
fondation d'hospices pour les pauvres et les vieil-
lards, d'orphelinats et d'hôpitaux, qui témoignent
que la sollicitude de l'évêque n'a rien oublié de ce
qui peut soulager les misères spirituelles et tempo-
relles des populations de son diocèse. Ainsi des
milliers de patients, catholiques et non catholiques,
sont traités chaque année à l'hôpital Saint-Joseph
fondé, il y a vingt-cinq ans, par les soins de Mgr
Harkins. L'asile S. Vincent de Paul, une autre des
œuvres bienfaisantes de l'évêque actuel de Provi-
dence, abrite, et entretient 150 enfants qui y vivent
habituellement. Il faut mentionner encore le sana-
torium de Hillsgrove pour les tuberculeux, ouvert
en 1904, l'hospice du Bon-Pasteur fondé la même
année et le " Home des Jeunes travailleurs ", qui
rend de si précieux services à la classe ouvrière.
Bien que diminué par l'érection du diocèse de
Fall River en 1904, le diocèse de Providence a con-
sidérablement progressé sous l'active et prévoy-
ante administration de S. G. Mgr Harkins. Le
diocèse compte aujourd'hui plus de 225 prêtres,
88 paroisses, 20 missions, 3 académies pour jeunes
DE CENTRAL FALLS 37
gens, 5 pour jeunes filles, 32 écoles paroissiales fré-
quentées par plus de 20,000 enfants, 2 orphelinats
qui abritent 570 orphelins, 2 hôpitiaux oii l'on re-
çoit annuellement environ 18,000 patients, une
école industrielle et d'autres œuvres de moindre
notoriété. La population catholique du diocèse
dépasse 275,000 âmes.
Telles sopit les œuvres extérieures les plus en vue
de l'évêque remarquable auquel la paroisse Saint-
Mathieu doit l'existence. Ce n'est pas ici le lieu de
mentionner les œuvres purement spirituelles d'édi-
fication et de sanctification des âmes opérées par
un évêque pieux et zélé, qui n'a pas seulement
prêché en parole la piété, le zèle et la régularité,
mais qui en a constamment donné l'exemple.
II. LE RÉVÉREND M. JOSEPH-ALFRED LALIBERTÉ
Si S. G. Mgr Harkins est le premier fondateur de
la paroisse Saint-Mathieu, à laquelle il a permis
qu'on donna son nom, c'est sans doute parce qu'il
lui a donné l'érection canonique et a dirigé tout
ce qui a été fait pour sa fondation, mais c'est sur-
tout parce qu'il lui a donné un curé actif, prudent
et pieux, digne en tout de la confiance de son évê-
que, digne aussi de la belle œuvre qu'il allait ac-
complir au milieu de circonstances diverses, qui
ne la rendaient pas absolument facile.
M. l'abbé Joseph-Alfred Laliberté est le premier
curé et le fondateur de la paroisse Saint-Mathieu,
et Saint-Mathieu est aussi la première cure à la-
quelle aient été appelés à se donner le zèle pieux et
le savoir-faire de M. le curé Laliberté. Il est à pré-
sumer, pour qui connaît le curé et la paroisse, que
Saint-Mathieu n'oubliera pas de sitôt son premier
curé et que M. Laliberté ne se séparera pas facile-
38 SAINT-MATHIEU
ment de sa première paroisse. Dix ans de travail,
de bonne entente, de progrès dans l'ordre et la
paix ont noué bien d'étroits et de chers liens entre
l'âme du pasteur aimé et vénéré, et les âmes aussi
dévouées qu'afiPectionnées des paroissiens.
Monsieur le curé Laliberté (Joseph-Alfred) est
né à Lanoraie, comté de Berthier, province de
Québec, Canada, le 13 août 1868, de sieur Simon
Laliberté, capitaine de vaisseau marchand, décédé
le 1er novem^bre 1916, à l'âge de 86 ans, et de
dame Odile Vézina, heureusement conservée jus-
qu'à ce jour à l'affection de son fils, avec lequel
elle demeure. M. Laliberté fut baptisé à Lanoraie
par le Rév. M. C. A. Loranger, curé d'alors.
Après avoir achevé à Lanoraie ses études pri-
maires avec le succès que lui valurent ses beaux
talents et son application, M. Laliberté entra, en
1881, au petit séminaire de Joliette, où il termina
son cours classique en 1887, en obtenant le diplôme
de bachelier ès-arts. Élève modèle et de conduite
absolument régulière, énergique et appliqué au
travail, le jeune Laliberté se distingua pendant
tout son cours, et plus particulièrement pendant
ses deux années de philosophie. Pendant son cours
de Lettres il remporta, entre autres récompenses,
le prix Marion, prix d'éloquence française pour
discours et composition littéraire. Il se vit aussi
décerner, avec les premiers prix de philosophie, de
mathématiques, de physique, de chimie et d'éco-
nomie politique, la médaille d'argent de Léon XIII,
prix de philosophie, dissertation et argumentation,
et la médaille de bronze de Lord Lansdowne, pour
plus hauts succès et plus haut percentage de points
dans tout son cours, avec conduite excellente.
En 1887, le 24 août, M. Laliberté recevait la ton-
sure et entrait au grand séminaire de Montréal, oii
DE CENTRAL FALLS 39
il continua de se faire remarquer par sa régularité,
sa piété et son application au devoir. Le 15 août
1888, il recevait les ordres mineurs. Il fut ordonné
sous-diacre le 25 août 1889 et diacre le 20 décem-
bre 1890. Le 14 mars 1891, il était ordonné prêtre
et deux jours après, le 16 mars, il était nommé vi-
caire à Saint-Eustache, où il resta un an. Le 4
avril 1892, il fut transféré au vicariat de Saint-
Jean-Baptiste de Montréal. L'état d'une santé
délicate, compromise par l'excès du travail, obli-
gea le Rév. M. Laliberté à passer sous un climat
moins rigoureux, et c'est ainsi que le 30 novembre
1894, il était nommé vicaire à Sainte- Anne de
Woonsocket, au diocèse de Providence, où il fut
dans la suite définitivement attaché le 7 janvier
1898. M. le curé Laliberté prit son titre de citoyen
américain à Providence, le 22 octobre 1904.
Pendant les douze années qu'il passa comme
vicaire à Woonsocket, M. Laliberté donna de mul-
tiples témoignages de son zèle, de sa discrétion, de
son savoir-faire et de son dévoûment. Prédicateur
à la parole soignée et nourrie de doctrine, prêtre
assidu à son ministère, directeur de congrégations
actif et pieux, collaborateur habile et dévoué de
l'administration temporelle, M. Laliberté fut aimé
et respecté des paroissiens de Woonsocket, où il
était très populaire, sans cesser d'être très réservé
en toutes ses démarches comme en toutes ses pa-
roles. Tel il fut vicaire à Woonsocket, tel nous le
retrouvons curé à Central Falls.
III. LES PAROISSIENS DE SAINT-MATHIEU
Après, mais avec leur évêque et leur curé, les
trois cents familles qui furent détachées de la pa-
roisse Notre-Dame de Central Falls pour former
40 SAINT-MATHIEU
la paroisse Saint-Mathieu peuvent aussi et doivent
même être considérées, à bon droit, comme les fon-
dateurs de la paroisse. C'est leur esprit d'union
confiant en la sagesse de leur curé, c'est leur géné-
rosité constante inspirée par leur foi et par l'amour
de leur paroisse qui ont véritablement fondé celle-
ci, en lui fournissant ce qui se rapproche le plus de
ce qu'on appelait autrefois une fondation, l'argent
nécessaire pour l'établir et pour l'entretenir.
Or, si nous repassons im peu la liste de ces fa-
milles telles qu'elles existaient la première ou la
deuxième année de la paroisse, on trouve qu'il n'y
en avait pas une qu'on pût considérer comme riche,
pas une qui ne vécût de son travail quotidien, et
presque toutes de leur travail manuel. Braves fa-
milles que la religion et le travail avaient conser-
vées courageuses et dont la générosité n'avait be-
soin que d'être dirigée et organisée pour donner
sans cesse, ce qui est encore la meilleure manière
de donner abondamment. On verra plus loin ce
qu'ont coûté aux paroissiens de Saint-Mathieu le
terrain et les constructions de leur paroisse, ce que
leur coûte chaque année l'entretien de leur pa-
roisse et de leur école. Tous ces subsides sont le
fruit de leur travail et de leur générosité, le fruit
aussi de leur attachement à leur église et à leurs
prêtres, qui savent entretenir, organiser et mettre
à profit cette bonne générosité.
De conditions économiques aisées quoique mo-
destes dans son ensemble, cette population de la
nouvelle paroisse ne comptait que fort peu de fa-
milles réellement pauvres. Ainsi si personne n'é-
tait en état de faire des dons de richards, tous ou
presque tous pouvaient faire quelque chose pour la
paroisse, à part la petite contribution du dimanche.
Il n'est que d'autant plus intéressant, dans ces
DE CENTRAL FALLS 41
conditions modestes de fortune, de regarder les ré-
sultats obtenus, car l'œuvre accomplie est bien,
à des degrés et avec des mérites divers, l'œuvre de
tous. Tous ces efforts modestes, dont les uns bien
humbles, ont pu produire de notables et même
d'admirables résultats, et ils offrent un exemple
bien instructif des grands effets qu'on peut obtenir
sans grandes ressources, pourvu que l'on ait de
grandes bonnes volontés travaillant avec ensemble
et harmonie. On a pu voir aussi bien ailleurs, je
ne crois pas que l'on ait souvent vu mieux.
CHAPITRE V
LA NAISSANCE DE LA PAROISSE
La paroisse de langue française Notre-Dame du
Sacré-Cœur de Marie de Central Falls étant de-
venue très nombreuse et les familles appartenent
à cette paroisse s'étendant sur un vaste territoire,
dont une portion était assez éloignée de l'église,
la partie ouest ou nord-ouest de cette paroisse son-
gea à former une nouvelle famille paroissiale, et
s'en ouvrit à S. G. Mgr l'évêque de Providence.
Après avoir mûrement examiné ce projet et en-
tendu les parties intéressées, IMgr Harkins érigea
la nouvelle paroisse et lui assigna un curé par un
document officiel dont voici la traduction :
Providence, R. I., 13 octobre 1906.
Mon cher Père Laliberté,
Je vous nomme curé de la paroisse formée récem-
ment dans Central Falls et Pawtucket. Elle se
compose de tous les catholiques dont le français est
la langue maternelle et qui résident au nord et à
l'ouest d'une ligne tracée au milieu des rues Arrow
et Perry, des avenues Hedley et Fuller, des rues
Summer, Dexter, Congress, Pine, Conant et Weq-
den et qui appartenaient jusqu'ici à la paroisse du
Sacré-Cœur de Marie de Central Falls. Vous vous
occuperez immédiatement d'organiser la paroisse
SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 43
et de vous pourvoir de logements nécessaires pour
l'église et l'école.
A vous et à votre œuvre, j'envoie la bénédiction
de votre bien dévoué en N. S.
Matthew Harkins,
Evêque de Providence.
Deux jours après, e 15 octobre 1906, une de-
mande régulière de charte civile ou d'incorporation
était présentée aux autorités civiles pour la nou-
velle paroisse, qui prenait officiellement le nom de
" Saint Matthew's Church of Central Falls ".
Cette demande, qui fut accordée le jour même où
elle fut présentée, était signée par S. G. Mgr Har-
kins, évêque de Providence, par le T. R. Thomas
J. Doran, vicaire général, par M. le curé J.-A. La-
liberté et par deux paroissiens, MM. J.-B. Lali-
berté et Joseph Saint-Onge.
Le lendemain, 16 octobre 1906, à sept heures du
soir, au presbytère de la paroisse Notre-Dame, fut
tenue la première assemblée régulière des membres
de la corporation de la nouvelle paroisse. On avait
à y accepter la charte de la nouvelle paroisse et les
statuts de la corporation paroissiale en vigueur
dans le diocèse, dont voici la traduction :
" Statuts et règlements de V église Saint-Mathieu
de Central Falls, dans le comté de Provideyice et dans
VEtat du Rhode Island.
" A une réunion des administrateurs de l'église
Saint-Mathieu de Central Falls, tenue à Central
Falls le 16 octobre de l'an du Seigneur, 1906, les
statuts et règlements qui suivent ont été adoptés
à l'unanimité:
1° Il est par les présentes décrété que les pou-
voirs corporatifs de cette église seront exercés en
44 SAINT-MATHIEU
toutes choses, en conformité avec les principes et
la discipline générale de l'Église catholique ro-
maine existant aux États-Unis d'Amérique et en
conformité avec les statuts disciplinaires du dio-
cèse de Providence.
2° L'église est toujours obligée de recevoir
comme son curé et comme l'un de ses administra-
teurs tel prêtre que Sa Grandeur l'évêque du diocè-
cèse ou l'administrateur de celui-ci, pourront y
nommer de temps en temps ; et chaque fois qu'un
curé en sera éloigné par ordre de l'évêque ou de
l'administrateur du diocèse, ce curé cessera d'être
administrateur de cette église et ne sera plus re-
connu comme curé.
3° Les administrateurs de cette église seront :
un président, un trésorier et un secrétaire ; S. G.
l'évêque sera ex qfficio président du conseil d'admi-
nistration ; le trésorier et le secrétaire seront élus
tous les ans et l'un et l'autre resteront en office
jusqu'à ce qu on leur élise un successeur.
4° Pour toute réunion régulière du conseil d'ad-
ministration, il suffira d'avoir un quorum de la
majorité des administrateurs, l'un d'eux étant un
laïque, pour l'expédition des affaires ; mais en
toute matière concernant la vente ou l'hypothèque
de propriétés de l'église, ou encore l'endettement
de l'église pour un montant dépassant cinq cents
dollars, les décisions de ce quorum devront, pour
être valides, être confirmées de l'approbation écrite
de l'Évêque ou de l'administrateur du diocèse.
5° Les assemblées régulières auront lieu aux
jours que le conseil pourra lui-même déterminer.
Des réunions spéciales pourront être convoquées
en tout temps par l'Évêque, le Vicaire général ou
le curé.
6° Le trésorier tiendra les comptes réguliers de
DE CENTRAL FALLS 45
toutes les recettes et de toutes les dépenses de l'é-
glise, lesquels comptes seront en tout temps acces-
sibles à l'inspection d'aucun des administrateurs.
Les comptes du trésorier seront examinés par deux
membres du conseil d'administration au moins
une fois par an et durant le mois de janvier. Chaque
année, un résumé de ces comptes avec un tableau
de l'actif et du passif de l'église sera préparé et im-
primé ou écrit pour l'information de la paroisse et
porté à sa connaissance. Une copie devra en être
donnée à S. G. Mgr l'Évêque.
7 ° Le curé aura la garde des livres, papiers ainsi
que du sceau de la corporation paroissiale. Le se-
crétaire conservera les minutes des réunions du
conseil et convoquera les membres aux assemblées
ordinaires et aux assemblées spéciales.
8° Les membres du conseil d'administration
pris isolément ou même réunis plusieurs ensemble
n'auront ni pouvoir ni autorité pour signer aucun
billet, aucune obligation, ou aucune autre recon-
naissance de dettes quelconques, ni de contracter
aucune dette ou aucun engagement au nom de la
corporation, excepté pour donner effet à une réso-
lution spéciale du bureau des administrateurs à ce
sujet, enregistrée dans ses minutes et signée par
au moins trois des administrateurs, et de plus en
conformité avec l'article quatre des présents règle-
ments.
9° Aucun laïque ne peut être élu membre du
bureau d'administration s'il n'est le locataire d'un
banc dans l'église et s'il ne communie au moins une
fois l'an.
10° Ces règlements ne peuvent être rappelés,
changés ou modifiés et aucun règlement addition-
nel ne peut être adopté, si ce n'est par le vote una-
nime de tous les membres du bureau. Tout chan-
46 SAINT-MATHIEU
gement proposé doit être présenté par écrit et en-
registré aux minutes. Et le vote sur ce sujet ne
pourra être pris qu'à la réunion suivante du bu-
reau."
Par l'adoption de ces règlements, qui sont inté-
ressants à connaître pour ceux qui n'ont qu'une
idée vague de l'état civil et du fonctionnement ad-
ministratif des paroisses des États-Unis, la pa-
roisse Saint-Mathieu, née depuis trois jours, com-
mençait à agir d'après ses propres pouvoirs. Et
son premier acte fut de décider l'achat du terrain
triangulaire décrit au chapitre précédent, ovi s'élè-
vent actuellement les édifices paroissiaux, au prix
de neuf mille dollars On décida en même temps
d'emprunter, pour payer ce terrain, la somme de
huit mille dollars, la paroisse Notre-Dame ayant
assuré sa petite filiale naissante d'une dote de
1,000 dollars, pour la consoler un peu d'avoir à
s'établir sur ce terrain éloigné et peu avantageux.
Ce triangle de terrain n'offrait pas en effet alors
l'aspect régulier d'un emplacement aplani, incliné
vers le sud, tel qu'on le voit actuellement. C'était
une butte de sable à la surface très accidentée et
couverte de broussailles et de chênes nains, qui
allait requérir, avant d'y asseoir aucune construc-
tion, des travaux de nivellement considérables et
coûteux, qui ne furent complétés qu'après sept ans.
A cette même réunion du 16 octobre 1906, mon-
sieur le curé Laliberté fut élu trésorier de la corpo-
ration, avec charge et mission d'acheter le terrain
susdit et de négocier l'emprunt des 8,000 dollars ;
M. Joseph Saint-Onge fut nommé secrétaire du
bureau.
C'est ainsi qu'avant même d'avoir le moindre
abri pour y entendre la messe et y loger son curé, la
DE CENTRAL FALLS 47
paroisse Saint-Mathieu assumait une dette assez
lourde. Il fallut ensuite louer une maison devant
servir de presbytère temporaire et de chapelle pour
y célébrer la messe sur semaine et y conserver les
Saintes Espèces. Cette maison oii prit naissance la
petite paroisse, bien pleine de vie et d'espérances,
était située sur la rue Crossman. Elle existe tou-
jours et porte le numéro 20. C'est là que l'auteur
de cette monographie eut le bonheur de connaître
M. le curé Laliberté et où il fut décidé en principe
que je deviendrais dans la suite son auxiliaire,
après les démarches nécessaires et avec les permis-
sions requises. La maison était modeste, mais pro-
pre et élégante et très sympathiquement accueil-
lante.
De ce premier presbytère, M. le curé Laliberté
avait libre vue sur le terrain où commençaient les
premiers travaux de son installation paroissiale,
mais il était à un bon quart d'heure de la salle du
gymnase de la paroisse Notre-Dame, qui lui servait
de chapelle pour les dimanches et les jours de fête
d'obligation.
Le lecteur aimera sans doute connaître le bilan
financier de la nouvelle paroisse pour les trois pre-
miers mois de son existence de 1906. Le voici :
Recettes :
Don de S. G. Mgr Harkins, évêque de Providence $100 . 00
Don du R. M. J.-A. Laliberté, curé 75.00
Don du R. M. Alphonse Graton, curé de Saint-
Jean-Baptiste .50 . 00
Don de la paroisse Notre-Dame de Central Falls. 1000 . 00
Soucription des paroissiens 1320.00
Recette des bancs 679 . 67
Œuvre des Tabernacles 1 12 . 00
Concours des enfants 1004 26
Parties de whist à domicile 49 . 74
$4390 67
48 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS
Dispenses i
Achat du terrain . ^ $9000.00
Première installation, travaux, autres dépenses . . 2773 . 45
$11773.45
Ces chiffres sont bien intéressants. Ils disent
exactement sur quelles resources peut compter une
paroisse modeste, naissant aux États-Unis, dans
nos centres de population originaire du Canada.
Lorsque nous donnerons plus loin le bilan de
l'année 1916, on verra, qu'à part les quelques dons
reçus dans son modeste berceau, la paroisse vit et
grandit uniquement du zèle et de l'industrie du
pasteur et des fidèles, du curé aidé de son vicaire
dévoué, et des paroissiens.
CHAPITRE VI
PREMIERE ANNEE
En rencontrant pour la première fois l'assemblée
de ses paroissiens, à la première grande messe qu'il
célébra pour eux dans la salle du Gymnase, M. le
curé Laliberté avait à envisager une situation qui
ne manquait pas de sérieuses difficultés. Une grande
partie de la paroisse nouvelle voulait s'opposer au
choix du terrain choisi pour y établir les édifices
paroissiaux. Plusieurs réunions des paroissiens
avaient même eu lieu, pour donner corps et efiFet
à cette opposition.
Aussi presque tous les hommes de la paroisse
s'étaient-ils réservé d'assister à la dernière messe
pour entendre les explications de leur curé et pour
faire ensuite une assemblée de protestation, s'il y
avait lieu d'en espérer quelque chose d'efficace.
En face de cette situation embarrassante, le jeune
mais expérimenté curé de Saint-Mathieu eut l'heu-
reuse inspiration de faire appel à l'esprit de foi de
ces bons Canadiens, qui ne sont pas faciles à con-
duire, mais dont on peut obtenir beaucoup en fai-
sant appel à leurs bons sentiments, au lieu défaire
directement opposition à leurs entêtements.
Prenant donc habilement occasion du lieu où
ils étaient assemblés pour entendre la messe — une
salle de théâtre ou de conférences — et oii ils s'a-
genouillaient avec la même foi que dans leur église
paroissiale, en face de l'autel et des saints mys-
50 SAINT-MATHIEU
tères, M. le curé Laliberté leur dit qu'il reconnais-
sait heureusement à ce signe leur esprit de foi, qui
sait s'attacher à la religion, indépendamment des
circonstances de lieu et même de temps où cet
attachement doit se manifester.
Cet esprit de foi, comme aussi l'activité et l'in-
térêt dont ils font preuve pour s'occuper de leur
paroisse et de leur installation paroissiale, donnent
confiance au curé, qui n'a d'autre programme en
venant à eux que celui du Maître qui l'envoie :
passer parmi eux en faisant le bien.
Pour les questions d'ordre pratique et tempo-
rel, le nouveau curé déclara vouloir étudier la situa-
tion et s'entendre avec ses paroissiens dont il con-
naît l'esprit de foi, et aussi l'esprit de soumission, >
qui doit en découler, pour les dispositions prises,
parce que jugées les plus sages ou les seules pos-
sibles, par l'autorité épiscopale. Nous examine-
rons donc ensemble tout ce qu'il y a à faire pour
l'installation de votre paroisse, mais une chose
reste en dehors et au-dessus de toute discussion :
c'est la décision émanée de l'autorité ecclésias-
tique touchant le site de votre église. Je compte
sur votre esprit de foi pour accepter cette décision
et pour l'accepter généreusement. Je compte sur
votre générosité et voici ce que je lui demande :
vous êtes 300 familles et le terrain acheté pour
votre paroisse peut être divisé mentalement en
300 lots, lots figuratifs ou imaginés, de 30 dollars
chacun. Je demande à chaque famille de payer un
lot en souscrivant $30 pour le payer et je vous con-
voque en assemblée à tenir à l'issue de la messe
pour examiner cette proposition.
Inspirée par l'esprit de foi et faisant appel à l'es-
prit de foi, cette tactique habile fut assez eflBcace
DE CENTRAL FALLS 51
pour changer l'opposition en coopération positive
et généreuse.
L'assemblée qui eut lieu après la messe sanc-
tionna de son acceptation les dispositions prises
et commença dès lors la souscription qui avait déjà
produit 1,320 dollars en septembre et qui se com-
pléta douze mois plus tard en fournissant aux
mains du courageux et habile curé les 9,000 dollars
demandés.
Le premier pas, le plus difficile, était heureuse-
ment franchi : tout allait marcher régulièrement
dans la bonne entente.
Le 10 janvier 1907, trois mois après l'érection de
la paroisse, tout fonctionnait déjà normalement.
Les officiers du bureau d'administration, tous con-
tinués dans leurs fonctions et réélus, se réunirent
pour approuver, conformément aux règlements, le
rapport financier des trois premiers mois de la pa-
roisse, tel que donné plus haut.
A cette même réunion, on décida la grosse ques-
tion de la construction d'un édffice permanent de-
vant servir d'école et aussi de chapelle temporaire,
en attendant la construction, entrevue dans un
lointain indéterminé, d'une église véritable. Il fut
décidé de dépenser 50,000 dollars pour la construc-
tion de cette chapelle-école, dont nous avons donné
plus haut la description sommaire. Cette résolu-
tion, dûment approuvée quelques jours après par
Mgr l'Êvêque de Providence, autorisait le tréso-
rier de la corporation, M. le curé Laliberté, à faire
préparer les plans de la nouvelle construction, à la
faire entreprendre régulièrement, et aussi à faire
les emprunts d'argent nécessaires à cette fin, en
signant et donnant, au nom de la corporation pa-
roissiale, les billets et hypothèques requis.
52 SAINT-MATHIEU
A la même réunion, on décida aussi de donner six
pieds de terrain en profondeur sur la longueur de la
rue West Hunt, afin de permettre à la ville de Cen-
tral Falls de faire les travaux de cette rue, oii plu-
sieurs maisons allaient bientôt s'élever sur les ter-
rains situés en face de la propriété paroissiale.
En entendant ainsi mentionner la résolution,
apparemment assez ordinaire, d'entreprendre une
construction de 50,000 dollars et de faire un em-
prunt pour ce montant, le lecteur étranger, surtout
s'il a remarqué que le premier bilan de la jeune pa-
roisse se soldait déjà par une dette de 7,383 dol-
lars, se demandera sans doute comment une pau-
vre paroisse peut se charger d'une pareille dette et
comment surtout il se trouve des capitalistes, ban-
ques ou particuliers, pour engager leurs capitaux, à
un intérêt relativement peu élevé — 4.50 pour
cent ou même 4 — , dans des entreprises offrant
d'aussi faibles garanties financières.
Cette question, qui trahit la légitime surprise de
l'étranger, peu au fait des choses américaines, sur-
prendra presque autant et non moins légitimement
le catholique américain même au fait des choses
de son pays.
Voici l'explication :
La pauvre paroisse de 300 familles de modeste
condition, qui n'hésite pas à assumer le fardeau
d'une dette de 60,000 dollars environ, dont il fau-
dra payer annuellement les intérêts, escompte un
capital moral très sûr. Elle compte sur la Provi-
dence, sans doute, et aussi sur le dévoûment, l'ac-
tivité et la prudence de son clergé ; mais elle
compte aussi que son courage, son travail, sa gé-
nérosité ne lui manqueront pas plus dans l'avenir
que dans le présent. Elle se dit que c'est surtout
DE CENTRAL FALLS 53
en Amérique que la fortune récompense l'audace,
pourvu que celle-ci soit sagement dirigée. Et la
pauvre paroisse a raison.
Et les banquiers et financiers, qui sont, en géné-
ral, gens de prudence et de clairvoyance, n'en jugent
pas autrement qu'elle. Ils n'hésitent pas à prêter
leurs milliers de dollars aux pauvres petites parois-
ses catholiques ; ils leur font même des conditions
spécialement avantageuses qu'ils ne font pas aux
entreprises industrielles et aux riches particuliers.
Ils savent qu'aucun diocèse, qu'aucune paroisse
n'a jamais fait banqueroute ; ils n'ont jamais rien
perdu avec les paroisses même petites et pauvres.
Ils savent que les catholiques groupés autour de
leur église et dirigés par leur clergé sont gens à
payer leurs dettes et à faire honneur à leurs enga-
gements. Eux aussi escomptent en toute sécurité
un capital moral qui rapporte de véritables divi-
dendes en bons billets de banque.
La paroisse Saint-Mathieu, par l'entremise de
son dévoué et prudent curé avantageusement con-
nu à Woonsocket, trouva donc facilement auprès
des banquiers de cette ville le montant qu'il lui
fallait pour construire sa belle chapelle-école, dont
les plans avaient été demandés aux architectes
distingués de Woonsocket Fontaine et Kinnicutt.
Nous avons donné la description de cette belle
construction qui ferait honneur comme école à
n'importe quelle grande paroisse et l'on en trou-
vera d'ailleurs la photographie dans ce volume.
Les constructeurs de la chapelle-école furent
MM. les entrepreneurs Dorais et Dupuis. Le coût
de l'entreprise, sans les appareils de chauffage et
d'éclairage et sans l'aménagement intérieur de la
chapelle et des classes, fut de $41,225.00. Une fois
54 SAINT-MATHIEU
complétée et aménagée, la maison devait coûter
49,687.31 dollars. La surveillance spéciale des tra-
vaux et quelques dépenses additionnelles pour l'é-
cole devaient ajouter à ce montant 965.89 : ce qui,
ajouté aux honoraires des architectes 2,484.37,
porte le coût global de cette grande construction
une fois complétée à $53,137.57. On peut donc
dire que les prévisions qui avaient déterminé le
montant de $50,000 dans la résolution du 10 jan-
vier avaient été calculées avec une grande préci-
sion et que l'entreprise avait été conduite avec une
grande et très fidèle exactitude.
On trouvera, à l'appendice, le détail de toutes les
dépenses de la construction et de l'aménagement
de la chapelle et de l'école Saint-Mathieu.
Nous ne parlons pas ici, pour le moment, des dé-
penses à encourir par la nouvelle paroisse pour la
construction d'un presbytère et d'une maison de
logement pour les Sœurs de Sainte-Anne de La-
chine, qui devaient venir prendre charge de l'école
à l'automne de 1908.
La maison qui sert aujourd'hui de presbytère
fut d'abord construite au coin sud-ouest de la rue
West Hunt et de la rue Dexter, par M. J.-B. Lali-
berté, et louée à la paroisse comme presbytère.
Les Sœurs furent aussi logées dans une maison
louée sur la rue Dexter. La paroisse évitait ainsi un
nouvel emprunt et attendait les jours où ses reve-
nus accrus lui permettraient de nouvelles dépenses.
On vécut ainsi à loyer jusqu'en 1912.
D'ailleurs, le travail du ministère paroissial, le
soin de voir au nivellement du terrain et à la cons-
truction, qui pressait, de la bâtisse principale ab-
sorbaient tout le temps de M. le curé Laliberté.
dont la santé délicate eût fléchi sous une pareille
DE CENTRAL FALLS 55
tâche, n'eussent été le calme et la patience pru-
dente qui permettaient au curé de se réserver assez
de forces pour suffire à tout.
Cette surabondance de soucis et de travail obli-
gea M. le curé Laliberté à se chercher un peu d'aide,
qu'il crut trouver, par l'effet de circonstances assez
fortuites, dans l'assistance de l'auteur de ces lignes
qui se trouvait en état d'aider un confrère, tout en
se reposant des fatigues d'un ministère antérieur
plus épuisant. Et Mgr l'évêque de Providence eut
la bonté de se rendre aux désirs du méritant curé
de Saint-Mathieu en donnant à l'abbé J.-A. D'A-
mours les pouvoirs ordinaires du diocèse de Provi-
dence pour aider au ministère de la paroisse sans
toutefois le nommer vicaire régulier. Et c'est ainsi
que sans être vicaire officiellement, j'en exerçai de
fait les fonctions pendant sept mois, jusqu'à ce que
je fus rappelé pour être curé dans mon diocèse.
Lorsque j'arrivai à Central Falls, la belle cha-
pelle-école achevait d'être construite et le curé,
avec son vicaire, habitait la maison devenue au-
jourd'hui le presbytère qui était alors placée à
l'angle sud-ouest des rues Dexter et West Hunt.
La paroisse n'existait que depuis quatorze mois,
et déjà elle était à peu près complètement organi-
sée. Le curé avait tout fait sans bruit, et on aurait
dit sans difficulté, si on s'était contenté de juger
d'après les premières apparences. A y regarder de
plus près on mesurait un peu plus exactement
quelle somme d'énergie, de travail et aussi de pru-
dence et de patience il avait fallu pour résoudre les
difficultés variées d'une telle entreprise, pour main-
tenir unies les bonnes volontés des paroissiens, pour
faire avancer à la fois tous les travaux d'organisa-
tions et de construction.
On découvrait aussi vite en vivant auprès de lui.
56 SAINT-MATHIEU
que, sous un extérieur d'apparence timide et même
parfois hésitante, M. le curé Laliberté n'est pas
seulement un homme d'ordre, mais aussi un homme
d'énergie constante, qui n'abandonne ni ne change
facilement les projets qu'il a discrètement et sage-
ment mûris. Et, sans presque y paraître, il sait
aussi donner à ses collaborateurs et à ses parois-
siens l'impulsion énergique qui asure l'achèvement
des œuvres commencées.
Pour donner une idée bien calquée sur les faits,
de la régularité de la marche administrative de la
paroisse Saint-Mathieu, voici le résumé succinct
des procès-verbaux des réunions du bureau d'ad-
ministration, depuis la réunion du 10 janvier 1907,
où fut décidée la construction de la chapelle-école.
6 décembre 1907, assemblée pour autoriser l'a-
chat d'un orgue pour la chapelle au prix de 3,000
dollars.
7 janvier 1908, mêmes oflBciers et même constitu-
tion du bureau, acceptation du rapport financier
de l'année 1907.
1 janvier 1909 — Syndics : MM. Napoléon Tra-
han et William Paquette. Celui-ci est élu secré-
taire. Acceptation de l'état financier.
1 janvier 1910 — Mêmes syndics et mêmes oflB-
ciers ; rapport financier accepté.
10 janvier 1911 — Mêmes syndics mais M. Na-
poléon Trahan remplace M. W. Paquette comme
secrétaire. État financier accepté.
21 décembre 1911 ^ — Assemblée pour régler af-
faire survenue avec le Grand Trunk, dont la ligne
projetée doit déranger l'emplacement du presby-
tère temporaire, sur lequel la paroisse a un contrat
de location pour dix ans.
1912 — Syndics : MM. Ohvier Parizeau et Si-
méon Bérard. Assemblée le 13 janvier, M. Pari-
DE CENTRAL FALLS 57
zeau élu secrétaire. Acceptation du rapport finan-
cier.
22 mai 1912 — Assemblée pour décider et auto-
riser l'achat et le transport sur le terrain de l'église
de la maison servant de presbytère et de la maison
habitée par les Sœurs. Ces deux achats et ces tra-
vaux devront coûter 7,500 dollja rs et le trésorier est
autorisé à conclure ces deux transactions.
22 juillet 1912 — Assemblée pour autoriser des
agrandissements et des améliorations reconnus né-
cessaires au presbytère et au couvent, pour le mon-
tant de 1,700 dollars.
En 1913, 16 janvier ; en 1914, 10 janvier ; en
1915, 14 janvier ; en 1916, 15 janvier, assemblées
régulières réunissant mêmes syndics et mêmes offi-
ciers, pour acceptation ordinaire du rapport admi-
nistratif de ces mêmes années.
En 1917, 19 janvier, MM. Louis Biais et Isaac
Rivard, nouveaux syndics, le premier est nommé
secrétaire. Acceptation du bilan financier.
CHAPITRE VII
SOUVENIRS D UN VICAIRE
Que le lecteur veuille bien croire que le titre de
ce chapitre n'amorce aucune tentative de réclame
quelconque de la part ou au profit du premier vi-
caire — pas même vicaire de droit et simplement
de fait — de Saint-Mathieu de Central Falls. Les
quelques souvenirs que je vais résumer n'ont d'ail-
leurs rien de personnel, rien même de subjectif ; je
veux dire simplement, en raccourci, comment je
revois aujourd'hui dans ma mémoire, les hommes,
les choses et les faits qui sont passés sous mes yeux
dans les quelques mois de 1907 et de 1908, que j'ai
eu le bonheur de vivre à Saint-Mathieu.
J'ai déjà dit quelques mots, bien courts, du fon-
dateur et de l'organisateur de la jeune paroisse,
dont la monographie me paraît pouvoir ntéresser
quelques lecteurs. Je puis bien ajouter qu'à son
premier vicaire, qui ne connut pas, comme vicaire,
d'autre curé, M. le curé Laliberté apparaît tou-
jours, non seulement comme l'homme distingué,
courtois et loyal, mais aussi et surtout comme le
bon confrère charitable et généreux, comme le
prêtre d'une parfaite régularité, d'un zèle énergi-
quement constant pour le bien spirituel de ses pa-
roissiens et pour l'avancement de sa paroisse. Ré-
servé et peu expansif de sa nature, le curé de Saint-
Mathieu est pourtant une âme généreuse autant
que délicate, charitable et compatissante pour
SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 59
toutes les douleurs et les épreuves, qu'elle sait con-
soler discrètement. Les paroissiens de Saint-Ma-
thieu éprouvent justement pour leur curé une
grande confiance, une sincère affection, et un grand
respect. Ils savent qu'ils peuvent en tout se fier à
lui ; cet homme de devoir ne leur fera jamais dé-
faut. Comme le disait l'un d'eux, le curé sait
parler et il sait aussi se taire, il sait agir et il sait
attendre, il sait entreprendre hardiment et achever
patiemment, il sait se faire aimer et respecter, il
sait souffrir, et il sait aussi soulager et soutenir ceux
qui souffrent.
Par sa parole publique mesurée et circonspecte,
qui ne dépasse jamais sa pensée, même lorsqu'elle
devient plus pressante et chaleureuse, M. le curé
Laliberté ne montre pas seulement qu'il est un es-
prit cultivé et studieux, il fait aussi voir le fond de
son caractère, fait de mesure, de réserve, de discré-
tion, tout autant que d'ardeur et d'énergie. Nous
avons vu M. le curé de Saint-Mathieu à l'œuvre,
aux jours oîi le fardeau devait lui paraître le plus
dur et le plus lourd, alors que l'enthousiasme des
premiers mois tombant peu à peu, la grandeur de
la tâche et des difficultés apparaissait de plus en
plus redoutable, alors que les travaux matériels,
les paiements à faire, les décisions à prendre s'ajou-
taient au ministère et aux multiples organisations
spirituelles et temporelles. Jamais, même alors,
M. le curé ne parut impatienté, brusque, ni, en-
core moins, découragé, et nous nous sommes plus
d'une fois demandé comment il paraissait si calme,
quand il avait tant de raisons, sinon d'être inquiet,
du moins d'être impatienté.
C'est peut-être simplement qu'il fallait être
calme et qu'il eût été imprudent de s'impatienter ;
c'est aussi qu'il fallait que le chef donnât à ses
60 SAINT-MATHIEU
troupes l'exemple du courage et de la discipline.
Et disons sans tarder, à leur louange, que les pa-
roissiens furent dignes de leur chef et surent mar-
cher avec lui.
En rappelant et résumant l'impression que je
garde, après dix ans, des paroissiens de Saint-
Mathieu de Central Falls, que j'ai assez bien con-
nus pour les avoir visités tous plusieurs fois à do-
micile et pour les avoir vus régulièrement aux
oflSces et aux réunions ordinaires de la paroisse,
pour avoir fait, pendant plusieurs mois consécu-
tifs, parmi eux, toutes les fonctions du saint mi-
nistère paroissial, je ne crois pas qu'il soit facile
de trouver une population plus dévouée et plus
généreuse, dans son ensemble, animée d'un meil-
leur esprit pour seconder le zèle et soutenir l'effort
de son curé.
En toutes circonstances, ordinaires ou extraor-
dinaires, aux oflBces du dimanche comme aux fêtes
organisées pour la paroisse, les paroissiens de Saint-
Mathieu se montraient et se montrent encore, je
le sais, joyeux, empressés, pleins de cordialité et de
belle humeur.
C'était toujours un plaisir de les rencontrer et
d'avoir à travailler avec eux, pour eux.
Il est vrai que ce bon esprit paroissial, si avan-
tageux pour les fidèles comme pour le curé, est un
peu la caractéristique de nos paroisses " cana-
diennes " de la Nouvelle- Angleterre et des États-
Unis. Pour ceux qui sont venus eux-mêmes du
Canada et même pour ceux qui sont venus par
leurs ancêtres, la paroisse avec son église, ses offi-
ces, ses chants, ses exercices de piété, sa prédica-
tion en langue française, c'est le souvenir de la
petite patrie terrestre que l'on a quittée sans cesser
DE CENTRAL FALLS 61
de l'aimer, la source d'espérances qui ouvre l'ho-
rizon sur la grande patrie céleste. Pour ces Cana-
diens un peu dépaysés dans la vie américaine plus
affairée et aussi, leur semble-t-il, plus dure, la pa-
roisse, où l'on se rencontre, où l'on se connaît, où
l'on parle la douce langue du pays abandonné, est
comme un oasis et le curé devient à un titre nou-
veau, le père, l'ami, le guide, le conseiller, le défen-
seur, en qui l'on a toute confiance, que l'on aime,
dont on est fier. Je ne crains pas de le dire, la vie
paroissiale canadienne aux États-Unis est plus in-
time encore qu'au Canada, et le prêtre y jouit
d'une considération et d'une affection encore plus
confiantes.
Il est vrai aussi que la nécessité de grouper et
de maintenir uni un troupeau dispersé au milieu
de compatriotes de croyances et de langues diffé-
rentes, un troupeau souvent entouré de tentations
et de sollicitations variées, oblige le prêtre et les
fidèles à rester en contact plus constant, à se mieux
connaître, à ne pas se perdre de vue. Si, à cette
considération on ajoute celle, qui n'est pas non
plus à dédaigner, de trouver les ressources néces-
saires à l'entretien et au développement des œuvres
paroissiales, on comprend que dans une paroisse en
formation, le curé et son vicaire, quand il en a un,
fassent tous les mois ou tous les deux mois la visite
à domicile de chaque famille de la paroisse. Cer-
tains paroissiens, qui ne soupçonnent pas tous éga-
lement à quel point leurs prêtres les aiment et s'in-
téressent à eux, appellent quelquefois cette visite
mensuelle la quête, mais c'est une expression mal
choisie. La visite mensuelle n'est pas une quête.
Les prêtres de la paroisse y reçoivent bien les of-
frandes qu'on leur donne et dont ils prennent soi-
Les trois vicaires de Saint-Macliieii :
M. l'abbé J.-A. D'Amours, M. l'abbé J.-M.-II. Phamci k
M. l'abbé .t. Geoffrov
DE CENTRAL FALLS 63
de la Providence, ainsi le veut aussi l'Église qui n'a
pas imposé le vœu de pauvreté aux prêtres séculiers
ni même aux évêques. Dans une paroisse, comme
dans l'Eglise, les biens temporels sont secondaires,
bien secondaires, comparés aux spirituels, mais
ils sont encore quelque chose d'assez important.
Il n'est donc pas mal et il est même bon que la
visite des paroissiens facilite l'acquisition des biens
temporels nécessaires à la paroisse.
Cette digression ne nous a pas éloigné des sou-
venirs d'un vicaire : elle en fait partie.
Un autre souvenir reste bien vivant dans la mé-
moire du premier vicaire de Saint-Mathieu, sou-
venir agréable et qui dit bien lui aussi le bon es-
prit et la bonne humeur des paroissiens, c'est celui
que l'on pourrait appeler " le déménagement du
culte ".
Oh ! ce n'est pas une histoire à remplir des pages,
et il ne faut s'attendre ici à rien de tragique ni
même à rien de comique ; c'est un simple fait que
ceux qui en ont été témoins aimeront à voir consi-
gner ici et qui leur rappellera une heureuse journée.
Nous avons déjà vu que les offices du dimanche
de la nouvelle paroisse Saint-Mathieu avaient lieu
dans la salle du gymnase de la paroisse Notre-
Dame, en attendant l'achèvement approximatif de
la chapelle-école. Sur semaine, les offices avaient
lieu dans le salon du presbytère transformé en cha-
pelle, où l'on gardait le Saint-Sacrement.
Or, le 1er janvier 1908, M. le curé Laliberté étant
au Canada, pour voir ses vieux parents et se re-
poser, le jour désiré arriva. La salle supérieure dans
les mansardes de l'école, allait être suffisamment
achevée pour qu'on pût y installer un autel tempo-
raire et y abriter les fidèles, pour les offices.
64 ' SAINT-MATHIEU
La bonne nouvelle, déjà pas mal connue, fut an-
noncée à toute la paroisse au prône des deux mes-
ses, et les hommes de bonne volonté furent invités
à prêter leur concours pour transporter, après la
dernière messe, les objets du culte, du gymnase à
la nouvelle école.
Il en vint plus qu'il n'était nécessaire, et en
moins d'un quart d'heure, tous les ornements et
objets du culte, linges d'autel, chandeliers, cierges,
burettes, missel et porte-missel, pierre d'autel et
vases sacrés étaient en route, chacun portant son
morceau avec joie et marchant avec allégresse,
par les rues Garfield et Dexter, vers la nouvelle
école. A voir partir cette singulière procession,
qui avait presque l'air d'un pique-nique joyeux, où
la plus parfaite décence était pourtant gardée, les
paroissiens de Notre-Dame comprirent que la joie
de fonder une nouvelle famille donne parfois aux
enfants de se séparer sans trop de regrets de leurs
chers parents.
" On va donc être chez nous ", disaient tous les
pxaroissiens, jeunes et vieux. " Le chez-nous sera
pauvre pour commencer, mais ce sera chez nous."
On dit que les déménagements sont en général
pénibles et tristes : celui-ci fut facile et joyeux.
D'ailleurs, le nouveau chez-nous n'était pas si
pauvre. Dans la salle des mansardes de l'école,
sous le toit, on put installer à l'extrémité ouest un
autel convenable, une table de communion, des
confessionnaux, des chaises en nombre suffisant
pour que tous les paroissiens eussent place aux
quatre messes célébrées dès lors, chaque dimanche,
pour les paroissiens bien desservis de Saint-Ma-
thieu.
Tous ceux qui ont assisté aux offices dans cette
DE CENTRAL FALLS 65
première chapelle doivent en garder un doux et
cher souvenir, et la douceur de ce souvenir n'est
pas dû uniquement à ceci que c'était comme la pre-
mière dégustation du fruit des sacrifices que l'on
avait faits pour avoir une belle installation parois-
siale, mais aussi à l'intimité des premières assem-
blées religieuses qui eurent lieu dans cette modeste
chapelle.
On dit à Rome que l'on prie mieux dans les pe-
tites chapelles que dans les grandes basiliques, et il
est sûr que Dieu semble se communiquer avec une
certaine familiarité dans les chapelles modestes et
même pauvres, qui fait que les pauvres âmes y sont
plus à l'aise, mieux chez elles, et comme plus près
de Dieu, C'est pour se mettre plus à notre portée,
se conformer à notre nature, en même temps que
pour nous donner une leçon, que le Fils de Dieu
fait homme a voulu naître et mourir dans la sim-
plicité et même dans la pauvreté.
Si donc l'on était un peu à l'étroit dans la pre-
mière chapelle temporaire, sous le toit de l'école
Saint-Mathieu, on y était aussi sensiblement plus
près de l'autel, plus près de la sainte communion,
plus près du célébrant et du prédicateur, plus près
de Dieu.
Un autre souvenir, bon et agréable, se rattache
encore à cette chapelle, le souvenir d'un événement
qui marqua très heureusement ces premiers com-
mencements de la paroisse Saint-Mathieu. C'est
dans cette chapelle, sous ce toit, que fut prêchée la
première grande mission ou retraite donnée à la
paroisse par le R. P. Louis Lalande. Retraite pour
les enfants, retraite pour les jeunes filles, retraite
pour les femmes mariées, retraite pour les jeunes
gens et pour les hommes.
66 SAINT-MATHIEU
Pour mieux empoigner tous ses paroissiens et
pour les sanctifier en les unissant tous plus efloicace-
ment, M. le curé Laliberté avait voulu que la pre-
mière retraite leur fût donnée par un prédicateur
de renom, capable de les attirer et de les retenir,
capable de les intéresser et de les convertir. Son
espoir ne fut déçu ni par le prédicateur ni par les
paroissiens. Ceux-ci vinrent en foule et le prédica-
teur pût leur donner à son aise, dans la modeste
chapelle, tout ce que son savoir et son zèle lui ins-
pirèrent pour cette bienveillante et généreuse popu-
lation. Bon nombre de conversions et de retour à
Dieu oublié marquèrent cette première mission,
qui fut depuis lors suivie de plusieurs autres.
Ces missions ou retraites fréquemment renou-
velées contribuèrent, pour leur part, à entretenir
chez les paroissiens de Saint-Mathieu l'esprit chré-
tien, la fréquentation régulière des sacrements,
l'union et la charité entre les familles, le véritable
esprit paroissial, que l'on y retrouve toujours si
soigneusement conservé.
C'est pourquoi les souvenirs d'un vicaire de
Saint-Mathieu sont des souvenirs de tout point
agréables, auxquels ne se mêle de pénible que le
regret d'avoir vécu trop peu de temps dans un
milieu si bon et si symphatique.
Aussi lorsque, l'an dernier, aux fêtes du dixième
anniversaire de la paroisse, les deux anciens vicaires
se retrouvèrent au paisible et sympathique foyer
de M. le curé Laliberté, avec leur aimable confrère
M. Geoffroy, le vicaire actuel, une même douce
impression se traduisait souvent dans leurs entre-
tiens : il faisait et il fait encore bon de vivre au
DE CENTRAL FALLS 67
presbytère de Saint-Mathieu avec un curé si brave
homme et si bon confrère, entouré d'une popula-
tion de braves gens, dévoués, pleins de foi, actifs,
attachés à leurs prêtres, qui leur sont bien aisément
attachés et dévoués.
CHAPITRE VIII
LA VIE PAROISSIALE — VIE SPIRITUELLE
Dans une paroisse, comme dans toute organisa-
tion religieuse et même sociale, c'est la vie de l'es-
prit, la vie de l'âme, la vie spirituelle qui importe a-
vant tout : c'est elle qui entretient la vie véritable
de tout l'organisme.
Pour que la paroisse, même aux États-Unis, at-
teigne sa fin première, le salut des âmes et ses
autres fins d'ordre social, patriotique, et même
d'ordre temporel, il faut donc que la vie spirituelle,
la vie surnaturelle, la piété y soit florissante et ro-
buste.
La piété se nourrit et s'entretient de la prière,
des sacrements, des pratiques domestiques de la
vie chrétienne, de l'honnêteté des mœurs. Et la
prière par excellence, la plus puissante auprès de
Dieu, la plus bienfaisante à l'âme, c'est la prière
oâîcielle et publique de l'Église, la prière litur-
gique, qui n'est pas séparable des sacrements, qui
entre dans ce que nous pourrions appeler leur con-
fection et leur administration. Le plus grand des
sacrements est la sainte Eucharistie, qui est aussi
comme sacrifice la plus grande, la plus puissante,
la plus sainte des prières.
Comme sacrifice et comme sacrement, comme
prière et comme nourriture, l'Eucharistie est le
centre de la vie paroissiale, comme l'autel et le ta-
bernacle sont le cœur de l'église et comme l'église
SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 69
elle-même est le centre de ralliement de toute la
paroisse.
Une paroisse où tout le monde va régulièrement,
fréquemment à l'église, assiste à la messe des di-
manches et fêtes et même des jours de semaine ;
une paroisse où les communions sont nombreuses,
fréquentes et, conséquemment, aussi les confes-
sions, est une bonne paroisse, une paroisse floris-
sante, une paroisse pleine de vie et de vigueur spi-
rituelle.
Observons donc, à ce point de vue, la vie de la
paroisse Saint-Mathieu.
Chaque dimanche et fête d'obligation, il y a
cj^uatre messes régulières à heure fixe, avec prône
et courte instruction à l'assistance. Il y a de
nombreuses communions, surtout naturellement
aux deux premières messes de 7 et de 8 heures.
Sur semaine il y a aussi chaque matin deux messes
régulières et plusieurs communions à chaque
messe. Nombreuses assistances aux messes et
nombreuses communions aux premiers vendredis
de chaque mois. Les fidèles peuvent régulière-
ment se présenter au confessionnal tous les jours,
avant ou après les messes, et aussi dans l'après-
midi et la soirée, la veille des dimanches et des
fêtes.
Tous les dimanches, à trois heures de l'après-
midi, a lieu le chant des vêpres, suivies de la béné-
diction du Saint-Sacrement. Une fois par mois, à
l'heure des vêpres, a lieu l'assemblée des deux
sociétés des femmes et des jeunes filles, avec ins-
truction, prières et bénédiction du Saint-Sacre-
ment.
Ces deux sociétés, comme celles des hommes,
sont de plus invitées à faire une communion gêné-
70 SAINT-MATHIEU
raie avec les autres personnes de leur catégorie,
une fois par mois, et cette communion générale est
toujours annoncée, avec quelques paroles d'exhor-
tation, le dimanche précédent. Ainsi les femmes
mariées sont invitées à venir communier le premier
dimanche du mois. Les filles ont le deuxième di-
manche ; les enfants, le troisième, et les hommes,
le quatrième. Ceux-ci ont leur réunion régulière
de la Ligue du Sacré-Cœur et Société du Saint-
Nom de Jésus tous les trois mois, les enfants, grou-
pés dans la société des Cadets du Sacré-Cœur (130
membres) et des petites filles de l'Immaculée-Con-
ception (175 membres), l'ont tous les mois.
C'est pour entretenir la vie eucharistique comme
la piété en général et la pratique des vertus chré-
tiennes, que M. le curé Laliberté, aidé de ses dé-
voués vicaires a pris soin d'établir et de maintenir
dans sa paroisse lo La Ligue du Sacré-Cœur,
société du Saint Nom de Jésus, 403 membres,
aflSliée régulièrement à l'Apostolat de la Prière
et comprenant deux sections : l'une pour les
hommes mariés et l'autre pour les jeunes gens.
2o La Congrégation des Dames de Sainte-Anne,
357 membres, aflSliée à l'archiconfrérie de Sainte-
Anne de Beaupré, 3o La Congrégation des En-
fants de Marie, 217 membres, agrégée à la Prima-
primaria de Rome.
A ces organisations, déjà si efficaces pour main-
tenir la ferveur et entretenir la vie chrétienne, le
fondateur et premier curé de la paroisse a voulu en
ajouter deux autres : celle de l'Adoration diurne,
qui pourvoit à ce qu'il y ait tous les jours de se-
maine, de huit heures du matin à huit heures du
soir, deux personnes et même plus devant le Saint-
Sacrement dans la chapelle ; celle du Chemin de la
DE CENTRAL FALLS 71
Croix, érigée régulièrement dès 1908, qui compte
cinq cents membres s'engageant à faire ce pieux
exercice au moins une fois par semaine.
Comme nous l'avons indiqué, il y a prône et ins-
truction à toutes les messes du dimanche et des
fêtes d'obligation et surtout aux deux dernières
messes. Les enfants ont de plus leur catéchisme
régulier fait par un prêtre, chaque semaine, à part
le catéchisme enseigné à l'école par les religieuses.
Les enfants qui ne fréquentent pas les classes de
l'école paroissiale reçoivent chaque semaine deux
heures et demie de catéchisme, distribuées en trois
leçons de cinquante minutes chacune. Ils doivent
fréquenter ces catéchismes jusqu'à l'âge de 16 ans.
Chaque année une fois, et même deux fois en
certaines années, il y a mission ou triduum pour ra-
nimer la piété et stimuler d'une façon un peu plus
efficace ceux qui pourraient se négliger, et l'on ap-
pelle alors un prédicateur du dehors pouvant attirer
davantage l'attention et faire plus d'impression.
C'est ainsi que sont venus prêcher à Saint-Ma-
thieu pendant les dix premières années de la pa-
roisse les RR. Pères Jésuites Louis Lalande (2 fois),
Pierre Prince (2 fois), Lemay, C. Chaput, I. Adam
(2 fois), les Pères du Sacré-Cœur de Swanton, Fré-
cot, Aubin, Guttin, M. l'abbé Defoy, le R. P.
Prosper, Capucin, et le R. P. Hénault, Oblat.
Tous ces missionnaires se sont plu à reconnaître
le zèle, l'activité, la régularité, le savoir-faire et le
dévouement du curé et des vicaires, des deux der-
niers du moins, de la paroisse Saint-Mathieu. Ils
ont également loué et admiré la piété, le bon esprit,
la régularité, le dévoûment généreux et persévé-
rant des paroissiens. Ils ont constaté, en travail-
72 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS
lant à la perfectionner encore, que la vie spiri-
tuelle de la paroisse était digne de la meilleure tra-
dition catholique, digne aussi du zèle et de la bien-
veillance que n'a cessé de témoigner le vénérable
évêque de Providence au curé de Saint-Mathieu
et à ses paroissiens.
chapitre; IX
L ECOLE PAROISSIALE
En devenant le premier curé de la paroisse Saint-
Mathieu, répondant à ses propres désirs et aussi à
•ceux bien connus de Mgr Harkins, M. l'abbé Lali-
berté se préoccupa dès le premier jour d'avoir son
école paroissiale parfaitement organisée, sous la
conduite de religieuses ayant l'expérience de l'en-
seignement bilingue aux États-Unis. Les reli-
gieuses de Sainte-Anne, dont la maison-mère est
à Lachine, près de Montréal, lui offraient toutes
les garanties désirables, comme en témoignent les
succès qu'elles ont remportés et qu'elles rem-
portent toujours dans les dix-sept maisons que la
communauté possède aux Etats-Unis, dont une à
Man ville et deux à Central Falls.
Aussi dans la nouvelle chapelle-école de la rue
Dexter, ce sont les six salles de classes qui furent
finies et aménagées les premières, et dès septembre
1908, les bonnes religieuses de Sainte-Anne com-
mençaient à instruire deux cent trente enfants, ré-
partis en cinq classes. Le nombre d'enfants aug-
menta depuis graduellement : ils étaient 430 en
• 1916-1917, répartis en huit classes, ils sont aujour-
d'hui, octobre 1917, 500 '^^ répartis en dix classes,
où l'on enseigne de 8^2 à H et de 1 à 4 hrs, chaque
jour de classes.
5. Voici le nombre des enfants de l'école ; 1909-1910, ^80 ;
1910-1911, 315 ; 1911-1912, ShO ; 1912-1913, S80 : 1913-1914,
3^7 ; 1914-1915, 557 ; 1915-1916, 39't : 1916-1917, h30.
74 SAINT-MATHIEU
Cette augmentation constante du nombre des
enfants a nécessité l'augmentation du nombre des
maîtresses de classes et aussi la construction d'une
autre maison d'école, à proximité de l'église, où
sont installées quatre grandes classes pour les élèves
plus avancés.
Dans cette école paroissiale abritée sous le même
toit que la chapelle, où enseignent des religieuses
sous la direction du clergé paroissial , il est tout na-
turel que l'enseignement religieux tienne la pre-
mière place, comme il doit d'ailleurs la tenir dans
toute école vraiment catholique.
Ainsi, à part les prières ordinaires avant et après
les classes, il y a, dans toutes les classes et à tous
les degrés de l'enseignement, leçon de catéchisme et
d'histoire de la religion, selon le programme uni-
forme prescrit dans le diocèse de Providence pour
toutes les écoles paroissiales, programme auquel
doivent aussi se conformer les leçons de catéchisme
et de religion données aux élèves fréquentant les
écoles publiques.
Ce programme prescrit 150 minutes ou deux
heures et demie d'instruction religieuse chaque
semaine. Ce programme comprend les prières, le
catéchisme, l'histoire sainte et une série d'instruc-
tions appropriées et variées sur les principaux de-
voirs de la vie chrétienne. Voici quelques sujets de
ces instructions : obéissance aux parents, bonne
tenue à l'église, manière de se confesser, haine du
péché, tentations, examen de conscience, le péché,
ses conséquences, ses remèdes, les dix commande-
ments de Dieu, les commandements de l'Égli-
se, la communion fréquente et quotidienne,
les sacrements, le Credo, des notions de li-
turgie expliquant les principaux oflSces de
l'Église et l'objet des principales fêtes. Dé-
DE CENTRAL FALLS 75
taillé et complet, ce programme d'instruction
religieuse est très bien fait. C'est ainsi qu'il
détermine un abrégé d'histoire de l'Église de-
vant faire suite à l'histoire sainte pour les classes
plus avancées, et dans cette histoire de l'Église on
a soin d'attirer l'attention sur l'histoire de l'Église
aux États-Unis, sur l'histoire du diocèse, et même
sur l'histoire de la paroisse. C'est donc en confor-
mité d'esprit avec ce programme que le présent
travail a été entrepris et achevé.
Une particularité de l'école paroissiale Saint-
Mathieu, comme des écoles paroissiales franco-
américaines en général, c'est que l'enseignement y
est bilingue, et que le temps des classes est parta-
gé également entre le français et l'anglais. Et l'ex-
périence a toujours montré, plus d'une foi avec
éclat, que ce bilinguisme donne les meilleurs ré-
sultats et plein succès dans l'enseignement même
de l'anglais.
On trouvera plus loin, en appendice, le programme
détaillé des deux cours, anglais et français, donnés
dans chaque classe et chaque degré de l'école Saint-
Mathieu, tenue par les Sœurs de Sainte- Anne, et
le lecteur pourra constater, en examinant ce pro-
gramme, que le cours d'instruction profane donné
dans cette école est aussi complet et aussi eflScace
qu'il peut être et il comprendra la valeur du di-
plôme obtenu par les élèves gradués, c'est-à-dire
par les élèves qui ont parcouru avec succès tous les
degrés du cours déterminé par ce programme.
Il trouvera à la fin de ce volume le nom de quel-
ques-uns de ces élèves gradués, avec la liste des re-
ligieuses qui ont enseigné depuis la première année
de l'école.
Le lecteur aimera sans doute à connaître main-
76 SAINT-MATHIEU
tenant, après avoir aperçu la vie religieuse et in-
tellectuelle de l'école paroissiale, ses conditions
d'existence économiques ou temporelles. Com-
ment la paroisse peut-elle maintenir et supporter
son école : entretenir la maison, la chauffer, l'é-
clairer, après l'avoir bâtie ; supporter ensuite un
nombreux personnel requis par le nombre consi-
dérable d'enfants fréquentant l'école. Ici encore la
religion fait des merveilles de charité et des mer-
veilles aussi de dévouement.
Ainsi ces religieuses enseignantes ne reçoivent
chacune chaque année que deux cents cinquante
dollars. On leur donne, il est vrai, en outre, le loge-
ment, une maison éclairée, chauffée, meublée.
Mais elles sont obligées de pourvoir à même leurs
deux cent cinquante dollars à leur nourriture, à leur
habillement et au service de la maison. Marchant
sur les traces des bonnes religieuses, les maîtresses
laïques qui enseignent comme auxiliaires, doivent
se contenter d'honoraires modestes, deux cent cin-
quante dollars pour dix mois d'enseignement.
Pour faire face à ces dépenses de son école et de
son personnel enseignant, la paroisse demande aux
parents qui peuvent payer — les pauvres ne paient
rien — une contribution mensuelle de cinquante
cents, qui n'est payée intégralement que par deux
des enfants d'une même famille, les autres, troi-
sième, quatrième et même cinquième ne paient
que la moitié, soit vingt-cinq cents. Ni la paroisse,
ni les religieuses ne retirent aucun profit de la vente
des fournitures scolaires : papier, livres, crayons,
plumes et le reste. Tout cela est vendu au prix
coûtant et parfois même donné à ceux qui sont
trop pauvres pour payer.
Dans ces conditions il reste à la paroisse l'obliga-
tion de solder un montant assez considérable de
DE CENTRAL FALLS 77
dépenses annuelles pour le support de son école.
C'est une charge assez lourde pour les paroisses et
pour les parents, qui fournissent en outre comme
contribuables, leur part d'impôts pour le maintien
des écoles publiques. Si les paroissiens de Saint-
Mathieu et tous ceux qui font louablement comme
eux, n'aimaient pas généreusement leur religion
et aussi leur langue maternelle, ils seraient exposés
à céder à la tentation constante qui les sollicite de
diminuer sensiblement leurs dépenses en envoyant
leurs enfants à l'école publique, et en renonçant à
soutenir leur école paroissiale.
Heureusement leur intelligence et leur esprit de
foi leur donnent d'être fidèles à leur devoir sur ce
point cpmme sur plusieurs autres, et la générosité
qu'ils témoignent pour maintenir leurs écoles, si
elle est une source de bénédictions de la part de
Dieu, est aussi un gage de succès et de bonheur
pour leurs enfants. Il faut bien ajouter aussi que
cette générosité pour une œuvre noble et néces-
saire entre toutes, leur fait honneur aux yeux de
leurs concitoyens en même temps qu'elle contribue
au bien et à la prospérité de toute la patrie améri-
caine.
CHAPITRE X
VIE PAROISSIALE. — VIE ÉCONOMIQUE
RECETTES ET DEPENSES
Nous venons de parler de la vie économique de
l'école paroissiale. Il faut bien parler aussi de la
vie économique ou financière de la paroisse.
Dans toute vie de société, de famille et même
de simple particulier, comme dans la vie des plus
grands États, il faut qu'un œil attentif, servi par
une main vigilante, surveille les recettes et, plus
encore, les dépenses. Il le faut pour satisfaire à la
justice et aux engagements pris, il le faut pour
préparer l'avenir sans le compromettre. Il faut
que cette vigilance s'exerce d'une façon toute par-
ticulière, dans l'administration d'une paroisse amé-
ricaine qui ne doit compter sur aucune fondation,
qui a à supporter d'assez fortes dépenses et dont
les revenus dépendent pour une bonne part, pour
la presque totalité même, de la fidélité et de la gé-
nérosité des paroissiens, du zèle et de la constante
activité du clergé paroissial.
Nous avons déjà vu comment s'établit et se
fonde financièrement une paroisse américaine, et,
dans l'espèce, la paroisse Saint-Mathieu. On se
rappelle le premier état financier de la nouvelle
paroisse, au 1er janvier 1907.
Il faut maintenant regarder comment la même
paroisse vit et se tire d'affaires. Et rien ne pourra
Prêtres issus de familles de la i)aroisse Saint-Matliieii :
M. LABBÉ J.-B. MeSSIER M. l" ABBÉ Er.VEST OlIVIEU
M. i/abbé Oscar Forest M. l'abbé Alfred Jette
SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 79
mieux aider à voir exactement que de rapporter les
chijïres précis d'un ou même de deux bilans finan-
ciers, pour deux années ordinaires. Lorsqu'il est
question de finances, aucune considération, aucun
exposé même ne vaut sans des chiffres bien établis
et bien contrôlés.
Voici donc le bilan financier pour l'année 1914,
de la paroisse Saint-Mathieu :
Recettes :
Rente des bancs $6036 . 30
Collectes à l'église 2490 . 43
Contributions scolaires 1285.65
Organisations 2817.21
Congrégations et sociétés 857 . 05
Don de M. F.-A. Sayles 1000.00
Quêtes aux retraites annuelles 192 . 82
Quêtes pour collectes diocésaines 309.20
Sources diverses 359 . 89
Total $15,348.55
L'item " organisations ", que tout le monde
comprend aux États-Unis, renferme les recettes
provenant de festival, pique-nique, parties de
cartes, concours, séances dramatiques, auxquels
il faut avoir ingénieusement recours pour grossir
un peu les recettes paroissiales.
Voici, maintenant, l'exposé des dépenses, pour la
même année 1914 :
Dépenses •
Honoraires des prêtres $1,400 . 00
Honoraires des institutrices 1,725.00
Cathédraticum 301 . 82
Caisse ecclésiastique 20 . 00
Organiste 600.00
Sacristain 624.00
Pour sanctuaire 375 . 17
Charbon 622.76
Eau 75.16
Gaz et électricité 271 . 76
Menuiserie 35 . 75
Plomberie 122 .61
80 SAINT-MATHIEU
Autres travaux 330 . 64
Taxes 144 . 50
Primes d'assurances 213 . 17
Ameublement, église et presbytère 150 . 46
Ameublement, école et couvent 363 . 99
Intérêts. . . 2,419.82
Collectes diocésaines 309.20
Paiement sur dettes 5,242 .00
Total $15,347.41
Pour faire voir que ce bilan n'a pas été choisi
comme celui d'une année plus favorisée, mais qu'il
est plutôt ordinaire, voyons celui de 1916 :
Recettes :
Rente des bancs , .' $7,013 . 60
Collectes pour l'église 6,661 . 15
Contributions scolaires 1,346.90
Organisations 1,761 . 72
Congrégations et sociétés 1,600 . 00
Retraites et missions (net) 516 . 31
Collecte pour missions nègres et indiennes 26 . 61
Collecte de Pâques 100.00
Collecte Vendredi-Saint 7 .06
Collecte Pentecôte 75 . 00
Collecte pour Saint- Père 62 . 60
Collecte pour collège et université 41 . 20
Sources diverses, casuel, etc 534 . 93
Total $19,747.08
Voici maintenant les dépenses pour la même péri-
riode :
Défenses :
Honoraires des prêtres $1,400.00
Honoraires des religieuses 1,600 . 00
Honoraires maîtresse laïque 250 . 00
Cathedraticum 350 . 68
. Dépenses du sanctuaire 307 . 98
Cfrganiste et chœur 600 . 00
Sacristain 624.00
Combustible 708.50
Eau ' ' 60.98
Gaz et électricité 275 . 46
Réparations, menuiserie 73 . 88
Réparations, maçons et peintres 154 . 72
Plomberie 100.28
DE CENTRAL FALLS 81
Autres travaux et réparations 180 . 31
Taxes 144.00
Assurances 46 . 20
Ameublement • église et presbytère 317.29
Ameublement • école et couvent 216.03
Intérêts sur la dette 1,958 . 48
Caisse ecclésiastique 20 . 00
Collectes de Pâques et Pentecôte 175 .00
Missions, nègres, université et collège 67 .81
Saint-Père et Lieux Saints 69 . 66
Dette payée 10,000 . 00
Total $19,701 .26
Le bilan ajoute ensuite la valeur des propriétés
de la paroisse, comme suit :
Eglise et école .- $52,996.00
Terrains 18,900 . 00
Couvent 5.500 . 00
Presbytère 6,500.00
Ameublement de l'église, de l'école, du couvent et du
presbytère 18,595 . 00
Total $102,491.00
Les propriétés paroissiales sont assurées en di-
verses compagnies d'assurances, pour un montant
global de $61,500.00.
En examinant ces divers états financiers, on
constate facilement que la rente des bancs de l'é-
glise, comprenant le prix des bancs loués et le prix
des places à 10 cents constitue, avec les collectes, la
principale source de revenus de la paroisse. Une
troisième source de revenus encore assez impor-
tante et dont le rendement dépend du zèle et de
l'active industrie du clergé paroissial, est celle des
organisations : fêtes, concours, parties de cartes,
pique-niques, séances, qui rapporte encore quel-
ques mille dollars chaque année. Mais on voit
aussi quelles dépenses considérables doit supporter
une jeune paroisse pour entretenir son église, son
82 SAINT-MATHIEU
école, soutenir son clergé et payer sa dette, inté-
rêts et partie du capital.
Chaque année, surtout dans les jeunes paroisses
oii les dépenses, à cause des constructions et des
nouvelles installations, sont plus grandes, et les
ressources ordinaires moins grandes en raison du
nombre restreint de la population, il faut que les
prêtres de la paroisse aidés et secondés par de dé-
voués zélateurs, fassent des organisations, trouvent
de nouvelles sources de revenus pour suppléer aux
recettes ordinaires.
C'est ainsi qu'en arrivant dans sa paroisse en
1906, M. le curé Laliberté organisa un concours des
enfants qui lui rapporta 1004 dollars. C'était un
premier et très gros succès. La même année, les
parties de cartes organisées dans les familles ajou-
taient encore 50 dollars aux recettes de la paroisse.
Le concours des enfants de cette première an-
née se clôtura par une grande séance musicale au
gymnase, où l'on exécuta un très beau programme,
où figurent, avec l'orchestre Ste-Anne de Woon-
socket, les noms d'artistes et d'amateurs que l'on
retrouvera dans la suite, avec le même plaisir, aux
séances et aux fêtes de la paroisse Saint-Mathieu.
Ainsi en 1907, plusieurs parties de whist, un con-
cours des enfants, un billet de combinaison, un
pique-nique rapportent plus de 5,000 dollars. Pour
cette première année et pour les suivantes, il faut
signaler le concours particulièrement zélé de ma-
demoiselle Délia Dubuque qui, non contente d'or-
ganiser le chœur de chant avec l'aide de mademoi-
selle Antoinette Chatillon et de M. Amos Lacha-
pelle (qui donna gratuitement son concours comme
organiste pendant un an et demi) , organisa chaque
année en mai, trois ans de suite, des parties de whist
qui rapportèrent 125, 300, et 250 dollars.
DE CENTRAL FALLS 83
L'année 1908 eut des parties de whist dans la
salle supérieure de l'école. Celle organisée par les
deux syndics, MM. J.-B. Laliberté et Jos. Saint-
Onge rapporte 230 dollars, celle organisée par les
dames donne 106 et celle des demoiselles 150 dol-
lars. Un joli pique-nique organisé par les jeunes
gens sous la direction de M. le curé, rapporte le
joli montant de 513 dollars.
Des organisations semblables rapportent à l'é-
glise, en 1909, 2140 dollars. Elles ne rapportèrent
que 766 en 1910, mais en 1911 elles donnent 1915
dollars.
L'année 1912 débuta par l'organisation d'un
festival qui fit époque, puisqu'il fut honoré par la
présence de Son Honneur le gouverneur Pothier
et de madame Pothier, qui en firent l'ouverture et
la visite. Le bazar et les soirées dramatiques et
musicales de ce festival, rapportèrent le beau mon-
tant de 800 dollars. Quelques parties de whist rap-
portèrent 453 dollars pour la même année.
En 1913, un grand festival organisé pour les jours
gras et où le concours de tous fut particulièrement
dévoué et bien entraîné, rapporta 1573 dollars;
trois séances dramatiques et plusieurs parties de
whist fournirent encore près de 1000 dollars, ce qui
porta le profit total des organisations à $2,564.36
pour cette année.
Certains lecteurs trouveront peut-être un peu
aride cette nomenclature de recettes, mais le sou-
venir ici consigné en sera agréable à ceux à la géné-
rosité et au dévoûment desquels il est dû. Tout
cela contribue d'ailleurs à donner une idée réelle
du travail et de la vie d'une paroisse qui veut réus-
sir et qui arrive à de beaux succès.
L'année 1914 ressemble heureusement à 1913.
84 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FAIXS
Le grand festival du mois de février donne 1,708.94
dollars. Les autres organisations portent à 2,164
dollars les recettes de l'item " organisations ".
1915 ne rapportera pas moins. Le festival des
jours gras, organisé par les Dames de Sainte-Anne,
rapportera 800 dollars et les autres organisations,
séances, parties de whist plus nombreuses et fruc-
tueuses porteront le total des recettes encaissées
de ce chef à $2,817.21.
Enfin 1916, l'année dernière, a eu son festival
qui a rapporté 1275 dollars. Les autres organisa-
tions ont ajouté 486 dollars, pour former le total de
1761 dollars.
^ L'année 1917 n'est pas finie, mais nous savons
que son seul festival de février a donné 2,002.27
dollars.
Grâce à cette activité de son clergé et de ses pa-
roissiens généreux, la paroisse de Saint-Mathieu a
acquis en dix ans des propriétés valant plus de
100,000 dollars, exactement 102,491 à la fin de
l'année 1916, et sa dette diminuée chaque année ne
dépassera pas 22,000 dollars à la fin de la pré-
sente année. Ce qui donne une moyenne de 8,000
dollars payées chaque année sur la dette de la pa-
roisse.
Ces chiffres ne signifieraient qu'un succès finan-
cier, si l'on ne savait que la prospérité temporelle
de cette paroisse est encore surpassée par sa pros-
périté spirituelle. Le même zèle et la même bonne
volonté qui procurent l'une, assurent aussi l'autre.
Les deux sont également le fruit du bon ordre
et de la vigilance, de la générosité et de la bonne
entente, dont n'ont cessé de donner l'exemple le
clergé et les fidèles de cette jeune et très florissante
paroisse.
Syndics de Saint-Mathieu:
M. J.-B. Laliberté m. Joseph Saint-Oxge
M. Napoléon Trahan M. William Paqueïte
CHAPITRE XI
QUELQUES COOPERATEURS
Après avoir parlé des fondateurs de la paroisse
Saint-Mathieu, du curé et des paroissiens en gé-
néral, il est juste de dire un mot des vicaires et
aussi de quelques paroissiens plus marquants,
mêlés plus intimement à la vie de la paroisse.
Le premier en date des vicaires fut l'auteur de
ces pages, et ce n'est pas ici le lieu d'en dire ni bien
ni mal. Il ne fut que sept mois vicaire de M. le
curé Laliberté et il a déjà dit ici les bons souvenirs
qui l'attachent au curé et à la paroisse, où il ne fit
absolument rien d'extraordinaire ni même de bien
marquant, se contentant de faire son ministère le
mieux qu'il lui était possible.
Son successeur, M. l'abbé Phaneuf, exerça à
Saint-Mathieu, où il fut six ans vicaire, une plus
profonde influence et y laissa aussi un plus vif sou-
venir. Prêtre très zélé et très actif, de belles et
sympathiques manières, orateur à la parole en-
tramante et facile, esprit studieux et érudit, M.
l'abbé Phaneuf sut faire beaucoup de bien à Saint-
Mathieu en s'y faisant bien aimer. Sa charité pour
les malades, son zèle pour les jeunes gens, son ac-
tivité dans les organisations paroissiales, ne lais-
saient pas soupçonner que M. Phaneuf était de
santé délicate et parfois souffrante.
M. l'abbé Jean-Marie-Hugues Phaneuf est né à
Rigaud, le 1 novembre 1877, d'Antoine Phaneuf,.
86 SAINT-MATHIEU
notaire, et de Marie- Joseph Adam, sœur de feu
M. le chanoine Adam, de Montréal, et du Rév.
Père Adam, jésuite, fit ses études à Rigaud et au
grand séminaire de Montréal. Il fut ordonné
prêtre à Rigaud, par S. G. Mgr Émard, le 26 août
1900. Professeur pendant une année à Valley-
field, il fut ensuite deux ans vicaire à Sainte-Marthe
et, en 1903, il devint professeur au collège de Ri-
gaud jusqu'en 1908. Sa santé un peu compro-
mise par le travail de l'enseignement, lui fit désirer
un ministère sinon moins actif, du moins plus va-
rié, et il fut heureux de venir remplir les agréables
fonctions "de vicaire à Saint-Mathieu. Il y resta
jusqu'en juillet 1914, alors qu'il dut retourner à
Rigaud pour y reprendre ses fonctions de profes-
seur au cours classique.
Comme son prédécesseur, M. l'abbé Phaneuf a
gardé un bien excellent souvenir des jours paisibles
et heureux qu'il a passés à Central Falls et il aime
à y revenir autant qu'on aime à l'y revoir.
Le troisième et actuel vicaire à Saint-Mathieu
est M. l'abbé Joseph Geoffroy, originaire du dio-
cèse de Joliette.
Modeste et régulier, actif et discret, zélé pour
son ministère et pour les œuvres qui lui sont con-
fiées, de relations agréables par sa belle humeur et
les spirituelles reparties de sa conversation, M.
l'abbé Geoffroy est un vicaire qui semble fait à
souhait pour le milieu paisible et délicat du pres-
bytère Saint-Mathieu et aussi pour le travail du
saint ministère très actif qu'il exerce dans cette
excellente paroisse, où tous l'estiment et tiennent
à le garder longtemps,
M. l'abbé Joseph Geoffroy est né à Saint-Félix
de Valois, le 14 décembre 1884, de Joseph Geoffroy,
DE CENTRAL FALLS 87
cultivateur, et d'Emilie Hénault. Il entra en
1900 au séminaire de Joliette où il fit toutes ses
études classiques et remporta le titre de bachelier
ès-arts. Il entra en 1907 au grand séminaire de
Montréal, fut tonsuré en juin 1908, reçut les
ordres mineurs en juin 1909, et le sous-diaconat en
décembre de la même année. Diacre en juin 1910,
il fut ordonné prêtre le 31 juillet 1910, par Mgr
Archambault, à S. -Norbert de Berthier. Profes-
seur de littérature et d'histoire au séminaire de
Joliette en 1910-1911, il fut nommé vicaire à
S.-Jacques de l'Achigan en 1911, d'oii il vint en
1914, à Saint-Mathieu de Central Falls.
Chargé spécialement de l'école, des catéchismes
et des congrégations des jeunes gens et des jeunes
filles, M. le vicaire Geoffroy s'acquitte de ses fonc-
tions avec une ponctualité et un zèle qui lui attirent
l'estime et la satisfaction de tous.
Dans l'histoire d'une paroisse américaine, il con-
vient bien de signaler aussi les syndics qui font
partie du bureau d'administration temporelle de la
paroisse, qui sont, avec le curé, sous la haute direc-
tion et coopération de l'évêque, les administrateurs
temporels de la paroisse.
Les deux premiers syndics de la paroisse Saint-
Mathieu furent MM. J.-B. Laliberté et Joseph
Saint-Onge.
M. Jean-Baptiste Laliberté, maçon-plâtrier, est
né à Ste-Croix de Lotbinière, le 15 janvier 1862.
Venu aux États-Unis, il y a trente-cinq ans, il se
maria à Lewiston, Maine, à demoiselle Emilie Lam-
bert, originaire de Saint-Flavien. Établi à Central
Falls depuis trente-un ans, M. J.-B. Laliberté est
!;€ père de dix enfants. Il demeure au No 81 de la
rue Garfield.
88 SAINT-MATHIEU
M. Joseph Saint-Onge, ouvrier mécanicien, est né
à Saint-Bruno, comté de Chambly, le 20 décembre
1850. Marié à demoiselle Délima Beauregard, à
Ste-Brigitte, comté de Bagot, M. Saint-Onge est
le père de onze enfants et il est établi à Central
Falls depuis trente-un ans. Il demeure au No 215
de la rue Rand.
Ces deux premiers syndics, qui eurent à s'occu-
per des premières constructions, et des premières
installation de la paroisse, restèrent en charge jus-
qu'en 1909, alors qu'ils furent remplacés par MM,
Napoléon Trahan et William Paquette.
M. Napoléon Trahan, charpentier et maçon,
est né à L'Acadie, le 24 février 1854. Établi à
Central Falls depuis cinquante ans, il s'y maria à
demoiselle Sophronie Frégeault, qtiiest décédée de-
puis huit ans. Père de treize enfants, M. Trahan,
qui a construit la première maison sur la rue Gar-
field, y demeure toujours, au no 118.
M. William Paquette, entrepreneur menuisier, est
âgé de 58 ans et est né à Rougemont. Il est l'époux
de dame Marie Gervais, originaire de Notre-Dame
de Standbridge. M. Paquette est le père de six en-
fants et il est établi à Central Falls depuis trente-
cinq ans, y ayant aussi séjourné différentes fois
auparavant. Il demeure au no 20 de la rue Phœnix.
Deux autres syndics remplacèrent ces deux der-
niers en 1912, ce furent MM. Olivier Parizeau et
Siméon Bérard.
M. Olivier Parizeau, menuisier, est né à Saint-
Césaire, le 27 juin 1857. Il se maria dans cette
même paroisse, à demoiselle Délima Papineau.
Établi à Central Falls depuis vingt-huit ans, M.
Parizeau est le père de dix enfants. Il demeure au
no 32 de la rue Liberty.
DE CENTRAL FALLS 89
M. Siméon Bérard, ouvrier de manufactures,
était né à Sainte-Marie de Monnoir, le 27 février
1856. Il s'était marié à Adamsville, à demoiselle
Emilie Brault. Il était le père de cinq enfants et
il vécut trente-huit ans aux États-Unis, trois à
Cohoes et trente-cinq à Central Falls. M. Siméon
Bérard est décédé le 31 mai 1916, au no 38 de la
rue West Hunt, où il demeurait.
Les deux syndics actuels, nommés en décembre
1916, sont MM. Louis Biais et Isaac Rivard.
M. Louis Biais, marchand-épicier, est né à Saint-
Césaire, le 18 janvier 1861. Marié depuis vingt-
neuf ans à demoiselle Marie-Louise Guertin, de
Saint-Hyacinthe, M. Biais est le père de six en-
fants. Établi à Central Falls depuis quarante-
quatre ans, après avoir passé auparavant cinq an-
nées à Cohoes, M. Louis Biais demeure au no 71
de la rue Garfield.
M. Isaac Rivard, maçon-plâtrier, est né le 12 oc-
tobre 1848 à Saint-Aimé. Il se maria à Natick à
feu demoiselle Odile Quintin de Saint-Grégoire.
Venu dans le Rhode Island à l'âge de vingt ans
M. Rivard est établi à Central Falls depuis trente
ans et il est le père de quatorze enfants. Il de-
meure au no 49 de la rue Hedley.
Comme on le voit, ces huit sj^ndics, tous origi-
naires du Canada, sont des chefs de famille établis
depuis longtemps à Central Falls, où ils comptent
parmi les citoyens les meilleurs et les plus respec-
tés. Leurs noms doivent être conservés comme
représentatifs des bonnes familles plus nombreuses
qui ont formé, soutenu, édifié la paroisse Saint-
Mathieu, qui lui ont donné, en soutenant les ef-
forts de son dévoué curé, son bon esprit et ses belles
traditions.
CHAPITRE XII
QUELQUES DATES
La paroisse Saint-Mathieu fut fondée le 13 oc-
tobre 1906 et le premier curé y dit la première
messe le 21 du même mois. Le 30, il prenait pos-
session de son presbytère temporaire dans la mai-
son portant le no 20 de la rue Crossman. Le 4 no-
vembre suivant, assemblée de la paroisse accep-
tant la décision prise par S. G. Mgr Harkins con-
cernant le site de l'église et les limites assignées à
la paroisse. On se met à l'œuvre le même jour pour
prélever les 9,000 dollars nécessaires à l'achat du
terrain.
Le 28 juillet 1907, grandiose démonstration pour
la bénédiction de la pierre angulaire de la chapelle-
école, par S. G. Mgr l'Évêque de Providence.
Voici le compte rendu que la Tribune de Woon-
socket a consacré à cette démonstration :
CENTRAL FALLS, R. I., 29. — C'est hier après-midi,
sous les yeux de milliers de personnes, qu'a eu lieu, à Cen-
tral Falls, dans la paroisse Saint- Mathieu, au coin de la
rue Dexter et de l'avenue Lonsdale, la bénédiction de la
pierre angulaire de l'édifice nouveau qui servira, aux Ca-
nadiens-français de la paroisse, d'école paroissiale perma-
nente et d'église temporaire.
La température ne pouvait être plus belle, un ciel bleu
radieux, une brise fraîche réconfortante favorisaient le dé-
ploiement de pompes grandioses qui a marqué ces belles
cérémonies religieuses.
C'est Mgr Harkins lui-même qui a béni la première
SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 91
pierre. Plusieurs membres du clergé, des représentants de
la municipalité, et des délégués des différentes sociétés ont
1 chaussé la cérémonie de l'éclat de leur présence.
La fête commença par une grande parade et se termina
par un somptueux banquet aux membres du clergé.
Le commandement général de la parade était donné par
M. Absalon Lemieux qui s'acquitta de cette tâche difficile
avec le talent et l'habileté d'un vieux général.
Etaient sous ses ordres :
Les policiers éclaireurs McCarthy et Healy.»
Escadron de cavalerie, 20 hommes, sous le commande-
ment de M. Wilfrid Laverdure.
Peloton de police, capitaine Huling, commandant 12
hommes.
L'Harmonie Ste-Anne de Woonsocket, 20 instruments,
sous la direction de M. le professeur E. Viau.
Garde St-Jean-Baptiste de Central Falls, 24 hommes ;
major, Georges Théroux, cap. Joseph Poulin.
Société St-Jean-Baptiste, maître des cérémonies, M.
Adolphe Mercier ; président, M. Esdras Auger.
Garde Jacques-Cartier, M. C.-H.-E. Théroux, capitaine;
M. Jas. Lavoie, président.
Union des Ouvriers, président M. Chs. Gauthier ; com-
mandant-ord., M. Célestin Tondreau.
Forestiers Catholiques, cour N.-D., M. Ernest Dulude,
chef ranger ; M. Albert McDuff, comm.-ord.
Canado-Américains, M. Ludovic Joachim, président.
Société St-Jean-Baptiste, M. J.-B. Poirier, comm.-ord.
MM. Arsène Larivée, président de la section des chefs
de famille et Olivier Dulude de la section des jeunes gens.
Tente Hugo, K. of Maccabees, Henri Forest, comm.-
ordonn.
Dans les voitures qui suivaient, on remarquait les mem-
bres du conseil municipal.
La procession passa par les rues Fales, Broad, Sylvian,
Washington, les avenues Hedley et Fuller, les rues Gar-
fîeld, Dexter, Crossman et l'avenue Lonsdale.
La ligne de marche offrait une superbe apparence. Les
drapeaux et bannières étaient nombreux et flottaient large-
ment déployés au gré de la brise; sur tout le parcours, on
entendit de vifs applaudissements provenant des doubles
haies de personnes formées sur les trottoirs. Les édifices
bordant la route suivie avaient été décorés avec beaucoup
92 SAINT-MATHIEU
d'art, mais c'est surtout dans les limites de la paroisse que
les résidences ofiFraient le plus joli coup-d'œil. .
BÉNÉDICTION DE LA PIERRE
Lorsque la parade fut arrivée sur le site de la chapelle-
école, les diverses sociétés se dispersèrent et c'est alors que
Sa Grandeur Mgr Harkins fit son entrée solennelle sur les
lieux, suivi d'un nombreux clergé. Monseigneur était
assisté de MM. les abbés N. Leclerc, de Ste-Anne de Woon-
socket, et J.-H. Béland, de Notre-Dame de Central Falls.
Pendant que l'Harmonie Ste-Anne donnait un magni-
fique concert sacré, le prélat revêtait les riches vêtements
du culte et bientôt commençait la grande cérémonie de la
bénédiction. Le Rév. E.-E. Seagraves, de la cathédrale,
remplissait les fonctions de maître des cérémonies.
Il y eut procession pendant que le clergé chantait les
plus belles hymnes de circonstance. Après la bénédiction,
la pierre angulaire fut mise en place, et Sa Grandeur et les
membres du clergé ainsi que les fonctionnaires municipaux
et autres invités retournèrent à l'immense estrade d'où
ils purent commodément entendre le programme du con-
cert religieux.
Remarqués sur l'estrade : Son Honneur le maire J. W.
Freeman, les échevins Geo. Pigeon, A. Smith, Jos. Davi-
gnon, A. Adams. Les constructeurs Dorais et Dupuis et
les ouvriers et maçons travaillant à l'édifice, l'hon. F.-X.
Léonidas Rattey, le chef de police Nap. Lambert, l'archi-
tecte Walter Fontaine, de Woonsocket, MM. Gallagher,
Herbert Sutton et Frank E. Farnum de la Globe Bank,
Woonsocket, M. J.-B.-A. Savard, de la Tribune.
Le chœur paroissial, osus la direction de M. Amos La-
chapelle, entonna le Veni Creator, l'Harmonie exécuta
une marche solennelle et c'est alors que l'assistance, qui
se composait de plus de six mille personnes, entendit l'élo-
quent sermon du Rév. P. Lamarche, D.D., dominicain, de
Fall River, dont nos lecteurs nous saurons gré de donner
le résumé suivant :
SERMON DU R. P. LAMARCHE
Le R. P. Lamarche avait choisi comme sujet de son dis-
cours " L'esprit paroissial ". Parlant de l'importance delà
paroisse au point de vue national, il dut toucher en pas-
DE CENTRAL FALLS 93
sant certaine question bien actuelle, celle de la langue et
des nationalités.
'* L'organisation paroissiale ", dit-il, " satisfait à un
besoin naturel de l'homme. L'homme porte en soi le désir
permanent de vivre en société, mais il accuse, en même
temps, une autre tendance qui consiste à se dérober par-
tiellement à la grande société, pour faire partie d'un
groupe.
" Le sang de la race, les origines, l'éducation, l'intérêt,
l'amitié, autant de facteurs qui morcellent la grande patrie
et la divisent par groupes accidentels.
" Si l'un quelconque de ces groupements, ethnique ou
autre, se forme aux dépens de la vraie société, cherche à
vivre d'une vie propre, au lieu de suivre le large courant
de vie nationale, il s'appelle une faction, et devient répres-
sible et dangereux. Mais si les groupements ethniques
n'ont d'autre objet que la douceur d'une vie commune,
le souci de garder l'empreinte originelle et les modalités
de la race, la langue et la foi des aïeux, il n'y a pas un pou-
voir au monde assez aveugle pour méconnaître le bon aloi
de cette tendance, ni assez fort pour la comprimer !
'" Or, mes frères, voulez-vous me dire ce qui peut con-
tribuer davantage à noUs grouper ensemble, si ce n'est
l'organisation paroissiale ? La paroisse est le vrai centre de
ralliement, et, qu'il s'agisse de notre race ou des autres,
elle est la muraille invisible qui s'oppose aux infiltrations
étrangères, du moins à celles qu'un patriotisme fervent
doit craindie et suspecter. . . "
Le prédicateur ne s'est pas exprimé moins fortement
au sujet de la langue et de la mentalité françaises :
" Je prends l'un d'entre vous, père de famille et con-
tribuable de cette paroisse, et je lui demande de me livrer
ses impressions de l'heure présente. Debout sur les fon-
dations de cette œuvre où ses propres deniers sont enga-
gés, n'a-t-il pas le droit de se dire avec fierté : Oui, j'ai
travaillé pour cette école doat les plans révèlent déjà un
si noble souci d'élégance architecturale, d'hygiène et de
confort, de modernité intelligente et progressive .'' C'est
un peu mon labeur personnel que représentent le ciment,
la pierre et la brique assemblés. Il m'a fallu sacrifier
maint plaisir pour édifier tout cela. Mais aujourd'hui je
reçois une première récompense et l'avenir va me combler.
Plus tard, à l'ombre de ces murs, mes enfants, mieux favo-
94 SAINT-MATHIEU
risés que je ne le fus moi-même, recevront le bienfait d'une
éducation solide et complète. Ils seront éclairés, fortifiés
dans la vie religieuse, en même temps qu'initiés à la vie
civique. On leur enseignera les vertus par excellence de
cette terre d'adoption, l'amour du travail sous ses plus
humbles formes, l'esprit d'avancement et de conquête,
le respect des libertés saintes. Mais encore et surtout, on
leur infusera cette mentalité de ma race, où les idées s'en-
chaînent avec discipline et clarté, et s'expriment dans une
langue de précision, de souplesse et d'énergie, nuancée
comme les bois d'automne, infinie en ressources à qui sait
la manier. Je pourrai donc mourir en paix. L'église-
école conservera cet héritage et l'oreille des petits franco-
américains sera sans cesse réjou ve par des chants religieux
et des mots de sonorité française."
Dans la dernière partie de s( >n discouis, l'orateur a dé-
fini les qualités de l'esprit parc-i"ssial : la piété, le zèle et
l'ambition.
" L'esprit paroissial est ambitieux ; il veut que sa pa-
roisse tienne un noble rang, qu'elle fasse honneur à ses
obligations, que les œuvres paroissiales soient fécondes et
prospères. Mais il est ambitieux avec mesure et sans en-
vie. Il proportionne l'idéal aux moyens d'agir. Si la den-
sité et les ressources d'une population favorisent les pro-
jets grandioses, il ira de l'avant. Sinon, il se souviendra
que, même de nos jours, aux temps fastueux, déshonorés
par les dettes, le Christ Jésus préfère une étable avec des
cœurs de bergers pour l'adorer.
" Et le vrai esprit paroissial est ambitieux sans envie.
Il tolère au besoin que d'autres réussissent davantage et
plus vite. Il ne sait pas jalouser les paroisses-sœurs.
Autrement il perd toute noblesse ; il perd jusqu'à son
nom, et devient tout vulgairement " l'esprit de clocher ".
Après le sermon, Mgr Harkins donna sa bénédiction et
la cérémonie se terminait par la visite des dignitaaires et
des invités qui venaient frapper la pierre en déposant de
généreux dons.
LE BANQUET
Dans la soirée, un somptueux banquet était donné dans
la salle du Gymnase Saint-Joseph.
Y assistaient. Sa Grandeur Mgr Harkins, MM. les abbés
J.-H. Béland, de Central Falls ; N. Leclerc, de Woonsoc-
ket ; E.-E. Seagrave, de la cathédrale ; D.-M. Lowney,
Syndics de Saint- Mathieu :
M. Olivier Parizeau M. Siméon Bérard
M. Louis Blais M. Isaac Rivard
DE CENTRAL FALLS 95
Pavitucket ; P. Farreley, Central Falls ; Rév. P. La-
marche, F. P., Fall River ; A. Prince, Central Falls ;
J.-M.-L. Giroux, J.-E. Roy, G. Laverdière, M. Roberge,
M. -A. Hébert, Woonsocket ; M. Denoncourt, de Trois-
Rivières ; Rév. P. Geoffroy, C. S. V., Joliette ; M. Bru-
nelle, Centreville ; C. Bessette, E. Clermont, Pawtucket ;
L.-C. Bédard, Marieville ; E. Lessard et H,-Z. Sylvestre,
Manville , O. Valois, Fall River.
Nous avons déjà mentionné les retraites ou mis-
sions données chaque année à Saint-Mathieu et
nous avons même cité les noms des prédicateurs
qui ont donné ces retraites. Ce sont là aussi des
dates importantes dans la vie de la jeune paroisse.
Dans ces occasions on renouvelait le zèle et la
ferveur des sociétés paroissiales : ligues du Sacré-
Cœur et Société du Saint Nom de Jésus, pour les
hommes et les jeunes gens, congrégations des
Dames de Sainte-Anne et des Enfants de Marie
que M. le curé Laliberté avait établies dans sa pa-
roisse, dès le 1er janvier 1907, ainsi que l'Union de
Prières, dans laquelle tout le monde pouvait entrer
même les vieillards et, à plus forte raison, les en-
fants.
L'installation des oflSciers de la Ligue du Sacré-
Cœur et du Saint Nom de Jésus donnait lieu par-
fois à une solennité un peu plus éclatante.
Ainsi le 27 octobre 1912 avait lieu l'installation
des oflSciers de la Ligue du Sacré-Cœur, et à cette
occasion, M. le curé Laliberté avait invité son con-
frère, M. l'abbé Villandré, de North Attleboro, à
donner une très agréable et intéressante conférence
sur Botrel et ses chansons. Cette conférence très
goûtée et applaudie fut illustrée de chansons de
Botrel et même fut suivie d'autres jolies chansons
96 SAINT-MATHIEU
très bien rendues. Plusieurs prêtres des environs
s'étaient rendus à cette fête pieuse et artistique.
L'année 1913 fut marquée par le grand festival
dont nous avons parlé au chapitre des finances et
et qui fut honoré de la présence du gouverneur
Pothier et de Mme Pothier qui en firent l'ouver-
ture avec autant d'amabilité que de distinction.
D'autres réunions et d'autres organisations par-
faitement réussies sont aussi à noter pour cette
année.
Cette même année 1913, M. Arthur Laberge,
courtier, fit don à la paroisse de 500 dollars pour
l'achat d'une cloche. L'argent de ce don généreux
a, été déposé à la banque, au crédit de la paroisse,
et servira aux fins voulues par le donateur, lors-
qu'il sera possible d'installer des cloches dans la
nouvelle église.
En 1914 eurent lieu de jolies fêtes religieuses et
paroissiales à l'occasion de la première messe de M.
l'abbé Oscar Forest, enfant de la paroisse, fils de
M. Camille Forest. Le 3 mai, grand messe chan-
tée par le nouveau prêtre, assisté à l'autel de M. le
curé et de M. le vicaire Phaneuf. Éloquent ser-
mon par M. l'abbé J.-B. Messier, autre enfant de
la paroisse, vicaire à Webster.
Quelques mois plus tard, le 26 juillet de la même
année, une autre démonstration moins joyeuse
mais non moins affectueuse réunissait encore les
paroissiens de Saint-Mathieu pour exprimer leur
reconnaissance et leur attachement à M. l'abbé
Phaneuf, qui allait retourner à Rigaud après six
l>onnes années passées dans la paroisse, et qui
emportait autant d'excellents souvenirs qu'il en
laissait.
Avec ces solennités un peu plus extraordinaires,
DE CENTRAL FALLS 97
eurent lieu les fêtes et célébrations ordinaires pour
entretenir l'esprit paroissial et soutenir les œuvres
de la paroisse. Leur joli succès pratique fut celui
que nous avons signalé ailleurs.
1915 eut un grand festival sous le patronage des
dames de Sain te- Anne. Ce fut un beau succès.
Drame par les demoiselles de la paroisse et comédie
par un groupe de jeunes gens de Woonsocket, très
bien exercés par M. l'abbé G.-N. Dumont.
La n^ême année, M. F. A. Sayles, le grand in-
dustriel de Central Falls, fit le beau don de 1000
dollars à la paroisse Saint-Mathieu.
Cette miême année, le 27 juin, installation so-
lennelle des officiers de la Ligue du Sacré-Cœur.
En 1916, avant la célébration du dixième anni-
versaire de la paroisse, on eut, en février, la re-
traite annuelle, prêchée par le R. P. Louis La-
lande, qui fit une conférence publique sur l'argent,
qui eut un beau succès, comme sa retraite.
Dans les premiers jours de mars, le festival des
jours gras eut son succès accoutumé, mais remar-
quable de popularité et de recettes.
Le 14 mars 1916 était le vingt-cinquième anni-
versaire de prêtrise de M. le curé Laliberté. Pour
épargner à ses paroissiens bien généreux mais dont
la générosité ne doit être, d'après les vues et les
désirs du dévoué curé, consacrée qu'aux œuvres
paroissiales, auxquelles ils allaient être appelés
encore à contribuer largement, M. le Curé sut se
soustraire à toute démonstration publique. Mal-
gré la consigne, les membres de la Ligue du Sacré-
Cœur firent, en quelques heures, une jolie sous-
cription pour offrir à leur curé une chasuble, une
chape et un missel. De nombreux témoignages
d'affection et de reconnaissance affluèrent au près-
98 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS
bytère de Saint-Mathieu, de la part de la paroisse,
des amis de Woonsocket et du Canada.
En avril avait lieu une exposition d'objets bro-
dés par les demoiselles de la paroisse et en mai une
jolie séance dramatique et musicale où le drame
chrétien " Gaudentia " fut très bien rendu par les
jeunes filles graduées de l'école Saint-Mathieu.
En novembre eurent lieu les fêtes du dixième an-
niversaire, dont nous parlerons au dernier cha-
pitre de cette monographie.
CHAPITRE XIII
A TRAVERS LES REGISTRES
Il sera intéressant, à plus d'un point de vue, de
noter quelques statistiques, prises des registres
paroissiaux, indiquant le mouvement de la popu-
lation depuis les premières années de la paroisse
Saint-Mathieu, jusqu'à l'année dernière :
Années Baptêmes Mariages Sépultures Nombre de
familles
1906
11
2
6
300
1907
71
22
21
343
1908
63
10
18
360
1909
. . 84
26
28
22
24
389
1910
79
437
1911
84
16
24
452
1912
90
22
23
450
1913
91
31
21
464
1914
70
22
24
485
1915
86
23
19
502
Le premier baptême fait dans la paroisse est ce-
lui de Marie-Irène-Anita Duval. Il eut lieu le 31
octobre 1906.
Le premier mariage fut célébré le 29 novembre
1906. Ce fut celui de M. Philodime Lemay et de
mademoiselle Clotilde Durand.
La première sépulture d'adulte fut celle de M.
Charles Girouard, le 30 novembre 1906.
C'était un des principaux et plus honorables
paroissiens qui disparaissait à l'aurore de la pa-
roisse.
100 SAINT-MATHIEU
Notons dans le même registres des sépultures,
où tant de noms déjà inscrits rappellent de chers
souvenirs aux familles et aux paroissiens, quelques
noms encore qui ne font pas oublier les autres, mais
qui aident plutôt à en évoquer le souvenir.
Le 7 mars 1907, Pierre-Marcel de Blois, âgé de 90
ans.
Le 1er juillet 1907, Georges-A. Paré.
Le 16 juillet 1907, Augustin Biais, âgé de 83 ans.
Le 5 juillet 1908, Louis Graveline, âgé de 52 ans.
Le 12 août 1908, Stephen Blyth, âgé de 55 ans.
Le 29 septembre 1912, madame H. -Julien Tra-
han, âgée de 90 ans.
Le 13 mars 1914, Gilbert Gendron,âgé de 61 ans.
Le 8 août 1914, Charles Dubuque, âgé de 75 ans.
Le 24 août 1914, F.-X. Boucher, âgé de 60 ans.
Le 17 mars 1915, Olivier Pion, âgé de 67 ans.
Le 1 décembre 1915, Ludger Desroches, 69 ans.
Le 6 décembre 1915, Edouard Turgeon, 60 ans.
Le 21 mai 1916, Siméon Bérard, âgé de 60 ans.
Le 2 novembre 1916, Joseph Nadeau, âgé de 78
ans.
Le 9 avril 1917, Amable Porcheron, 72 ans.
Le 29 mai 1917, Joseph Touchette, 71 ans.
Le 2 septembre 1917, Narcisse Champagne, 60
ans.
CONFIRMATIONS
Quatre fois en dix ans, Mgr l'Évêque de Provi-
dence ou son auxiliaire sont venus administrer le
sacrement de Confirmation à la jeune génération
de la paroisse Saint-Mathieu.
Le 19 juin 1909, S. G. Mgr Harkins donna le
sacrement de Confirmation à 46 garçons et à 48
filles. Les parrain et marraine furent M> Siméon
Bérard et son épouse.
DE CENTRAL FALLS 101
Le 24 juin 1911, S. G. Mgr Harkins confirma
59 garçons et 45 filles. Monsieur le gouverneur
Aram-J. Pothier et madame Pothier avaient bien
voulu accepter d'être parrain et marraine.
Le 19 mai 1913, S. G. Mgr Harkins donna la con-
firmation à 55 garçons et à 66 filles. Parrain et
marraine, M. Louis Biais et son épouse.
Le 16 octobre 1915, S. G. Mgr Ths Doran, auxi-
liaire de Mgr Harkins, vint confirmer 75 garçons
et 70 filles. Les parrain et marraine furent mon-
sieur et madame Olivier Parizeau.
CHAPITRE XIV
DIX ANS DE PROSPERITE GRANDISSANTE
Nous avons dit les progrès de la jeune paroisse-
Saint-Mathieu de Central Falls du Rhodes Island,
dans les dix premières années de son existence, au
point de vue temporel, et nous avons aussi fait con-
naître, bien sommairement il est vrai, sa vie reli-
gieuse et intellectuelle.
Commencée avec 300 familles, la paroisse en
compte aujourd'hui plus de 500. D'abord bien
isolée au sommet du triangle formé par les rues
Dexter et Lonsdale, l'église-école a vu venir à elle
du sud et de l'est, les deux côtés où la paroisse
puisse se développer, bon nombre de familles qui
y ont construit de jolies habitations.
Dès maintenant on peut entrevoir qu'avant bien
des années une belle église sera construite pour
mieux répondre aux besoins et aux aspirations de
la paroisse qu'elle dominera et semblera protéger.
Il le faudra pour répondre aux développements de
l'école, qui aura besoin de nouvelles salles de-
classes.
A un autre point de vue, qui témoigne bien de la
vitalité religieuse de la paroisse, il faut rappeler
que les paroissiens de Saint-Mathieu s'honorent
d'avoir donné déjà quatre prêtres à l'Eglise et
gardent l'espoir bien fondé de lui en donner bientôt
un autre.
Ces quatre prêtres sont par ordre d'ordination :
SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 103
MM. les abbés Emest Olivier, vicaire à Manville ;
J.-B. Messier, vicaire à Webster, Mass., Oscar
Forest, vicaire à Crafton, Mass. ; Alfred Jette,
qui vient d'arriver de Rome, où il a passé six ans
pour faire ses études philosophiques et théolo-
giques tout en acquérant la connaissance des lan-
gues italiennes et portugaises. M. l'abbé Oscar
Normand accomplit actuellement sa troisième
année de théologie au grand séminaire de Montréal.
M. l'abbé J.-B. Messier, fils de M. Edouard Mes-
sier et de Marie Lange, est né le 24 juin 1885, à
North Smithfield, R. I., et fut baptisé à l'église
du Précieux-Sang de Woonsocket. Après avoir
été élève des Sœurs de Sainte-Anne de Central
Falls, ]\ fit ses études classiques aux Trois-Rivières
et ses études théologiques partie à Valleyfield et
partie à Rochester, N. Y. Il fut ordonné prêtre le
8 juin 1912 et fut depuis lors vicaire à Webster,
Mass.
Le révérend M. Ernest Olivier, dont le père ha-
bite la paroisse Saint-Mathieu, est né à Ste-Êlisa-
beth de Joliette, fils de M. Arthur Olivier et de
dame Georgiana Desrosiers, le 25 juillet 1877. Il
entra, en septembre 1891 au Séminaire de Jo-
liette où il fit tout son cours classique. Après son
grand séminaire à Montréal, il fut ordonné prêtre
le 24 mai 1902 par Sa Grandeur Mgr Bruchési.
Professeur un an à Joliette, deux ans vicaire à St-
Cuthbert et deux autres années à Saint-Gabriel de
Brandon, il vint ensuite aux États-Unis où il arriva
le 1er juillet 1907. Sa Grandeur Mgr Harkins vou-
lut bien le nommer alors vicaire à Saint-Jacques de
Manville, où il exerce encore le saint ministère
M. l'abbé Oscar Forest, est né à Harrisville, R.I.,
le 27 juillet 1887, de M Camille Forest et de Dame
104 SAINT-MATHIEU
Emilîa Massé. Élève de l'école des Sœurs de Ste-
Anne à Central Falls, il fit ses études classiques au
séminaire des Trois-Rivières. Après ses études
théologiques au grand séminaire de Montréal, il
fut ordonné prêtre aux Trois-Rivières par S. G.
Mgr Cloutier, le 27 avril 1904. Professeur un an
au Séminaire des Trois-Rivières, il fut ensuite vi-
caire à Ste-Geneviève de Batiscan, puis à Shawi-
nigan. En 1906, il passa aux États-Unis et fut
nommé vicaire à Grafton, Mass., où il exerce ac-
tuellement le ministère.
M. l'abbé Alfred Jette, le plus jeune des prêtres
dont les parents demeurent sur la paroisse Saint-
Mathieu, est né le 23 novembre 1888, à Spencer,
Mass., fils de M. Clément Jette et de dame Vir-
ginie Boisvert. Il fit ses études primaires à l'école
des Sœurs de Ste-Anne de Central Falls et ses étu-
des classiques à St-Hya'cinthe et à Nicolet. Ad-
mis au diocèse de Providence en 1911, il fut en-
voyé à Rome, au Collège Américain du Sud, et sui-
vit pendant six ans les cours de philosophie et de
théologie de l'Université Grégorienne. Il fut or-
donné prêtre à Rome, le 10 août 1917, par Son Êmi-
nence le Cardinal Pompili.
Un bon nombre de religieuses sont aussi issues
des familles de la paroisse Saint-Mathieu.
Mentionnons :
Chez les Sœurs de la Providence : Sœur Marie-
Raphaïlde (Rose-Alba Richard), à Vancouver ;
Sœur Alméride (Aldéa Richard), à Mont-Laurier ;
Sœur Marcella (Anna Parizeau), à Grouard, Al-
berta. Deux novices de Saint-Mathieu sont aussi
à se préparer dans la même communauté.
Chez les Sœurs du Bon-Pasteur : Sœur Margue-
DE CENTRAL FALLS 105
rite du Sacré-Cœur (Nativa Beauregard), à Parc
Laval, Montréal,
Chez les Sœurs de Sainte-Anne : Sœur Marie
Ursulina (Maple Gendron) , à Worcester.
Chez les Sœurs de l'Immaculée-Conception,
missionnaires en Chine : Sœur Marie de la Puri-
fication (Berthe Girard) .
En septembre 1916, M. le curé Laliberté, d'ac-
cord toujours avec son vicaire et ses paroissiens,
résolut de commémorer d'une façon un peu mar-
quée le dixième anniversaire de sa paroisse. Une
souscription fut ouverte pour être versée au fonds
de la paroisse et pour diminuer la dette. Une fête
religieuse et une fête récréative furent préparées
pour les derniers jours de novembre.
La souscription des cinq cents et quelques fa-
milles rapporta 5,602 dollars. Ce qui représente
une moyenne de plus de dix dollars par famille.
La générosité manifestée une fois de plus en cette
circonstance par les paroissiens de Saint-Mathieu
leur fait honneur et témoigne de leur esprit civique
aussi bien que de leur esprit religieux.
La fête du 30 novembre fut très agréable, toute
empreinte de cordialité et de bienveillance entre
tous ceux qui y prirent part ou y assistèrent. Voici
comment la Tribune, de Woonsocket, en fait le
compte rendu :
La célébration du 10e anniversaire de la fonda-
tion de la paroisse St-Mathieu, coïncidant jeudi
avec le jour d'Action de grâces, fera mémoire d'une
page très précieuse dans les annales de la paroisse
St-Mathieu.
Commencée le matin par une des plus solennelles
manifestations religieuses dont ait été témoin le
temple de la paroisse, elle se terminait le soir par
106 SAINT-MATHIEU
une gracieuse séance récréative. Au premier exer-
cice d'action de grâces du matin aussi bien qu'à
celui du concert-causerie de l'après-midi, l'on remar-
qua la même afBuence des paroissiens. Comme
joyau ajouté à cette fête de 10e anniversaire, M. le
président des hommes de la ligue du Sacré-Cœur,
N. Campeau, présenta à M. le curé Laliberté, au
nom des paroissiens, un chèque de $5,602.00, ar-
gent perçu par une souscription volontaire des
paroissiens et quelques dons d'amis du voisinage.
Nous nous empresserons aussi de dire qu'avec les
membres du clergé des paroisses environnantes, M.
le curé Laliberté, son dévoué vicaire, M. l'abbé J.
Geoffroy, ainsi que les paroissiens, avaient le plai-
sir de compter à cette grande fête de famille les
deux premiers vicaires qu'eut la paroisse St-Ma-
thieu, fondée le 13 octobre 1906. Le premier,
l'abbé J.-A. D'Amours, aujourd'hui rédacteur en
chef de VAction Catholique, venait en 1907, au
cours d'un congé de 8 mois, offrir ses services à
M. le curé Laliberté ; le deuxième, l'abbé J.-M.
Phaneuf, depuis deux ans professeur au collège
Bourget de Rigaud, lui succédait en 1908 et y de-
meurait jusqu'en 1914, alors qu'il fut remplacé
par le présent vicaire, l'abbé J. Geoffroy. Donc
jeudi matin, dès 8.30 heures, toutes les sociétés re-
ligieuses de la paroisse, les deux sections des
hommes et garçons de la ligue du Sacré-Cœur, les
congrégations Sainte-Anne et Marie, les Cadets du
Sacré-Cœur et les jeunes filles de l'Immaculée-
Conception se réunissaient dans la salle paroissiale
et à 8.45 heures, elles faisaient avec déploiement
de bannières et drapeaux leur entrée à l'église sous
le commandement de M. Emile Gaudreau pour
assister à une messe d'actions de grâces à laquelle
officia M. le curé Laliberté, assisté des abbés J.-M.
DE CENTRAL FALLS 107
Phaneuf et J. Geoffroy, comme diacre et sous-
diacre ; cérémoniaire, l'abbé E. Olivier, vicaire en
la paroisse St-Jacques de Manville ; thuriféraire,
l'abbé Oscar Forest, vicaire à Grafton, Mass.,
acolytes, MM. Olivier Pariseau et Adélard Richard.
L'abbé D'Amours occupait un prie-Dieu dans le
sanctuaire. M. le curé A. Graton, de la paroisse
St-Jean-Baptiste de Woodlawn, M. le curé J.-H.
Béland, avec ses vicaires les abbés S. Grenier et J.-
A. Belisle, de la paroisse Notre-Dame du Sacré-
Cœur, M. le curé W.-A. Prince et son vicaire l'abbé
Laliberté, de la paroisse St-Louis de Woonsocket,
M. le maire et Mme Eugène LaBrosse, de Central
Falls, occupaient des sièges près de la balustrade.
Le chœur de chant paroissial, grossi de chantres
de la paroisse St-Jean-Baptiste de Woodlawn, sous
la direction de l'organiste Thomas-E. Fournier,
chanta avec beaucoup d'unisson la messe en mu-
sique Ste-Cécile par J.-E. Turner. Les solistes
furent Mlles Lucia Jacques, Laura Bérard, Ber-
tha Lagacé, MM. N.-L. Campeau, Raoul Le-
febvre et Maxime Harvey. A l'offertoire, M.
Georges Rainville chanta avec bon goût Panis
Angelicus de César Franck. Le sermon de cir-
constance fut donné par l'abbé J.-A. D'Amours,
qui prit pour texte les paroles adressées par Dieu
à Moïse : " Facient mihi tabernaculum et habitabo
in medio eoriim. Ils me feront un tabernacle et
j'habiterai au milieu d'eux. (Exod. 15, 8.)
" Le prédicateur développa les pensées et ré-
flexions qui suivent :
" Comment Dieu se choisit son peuple: l'histoire
de la vocation du peuple hébreux, du tabernacle,
de l'arche d'alliance.
" Dieu ne veut pas seulement des âmes, il veut des
108 SAINT-MATHIEU
peuples : ceux-ci pour celles-là : il veut s'unir aux
unes et aux autres.
"Et Dieu nous a appelés à être son peuple, à être
apôtres par l'exemple, par la vie, par le culte, par
la paroisse. Notre histoire le prouve, et cette his-
toire vous la continuez.
" I. Comment vous avez répondu à l'appel de
Dieu.
" Pour rester dignes de Dieu et dignes de vous-
mêmes, vous avez fait une demeure à Dieu. Vous
l'avez faite avec votre générosité, avec le fruit de
vos sacrifices, sous la conduite du chef, nouveau
Moïse, que Dieu vous a assigné.
" Vous n'avez pas fait à Dieu seulement une
demeure matérielle, mais aussi une demeure spiri-
tuelle qui est la paroisse elle-même, la réunion
des âmes et des familles sanctifiées, assemblées par
la charité. La paroisse remplit et anime l'église
qui la protège et la rassemble. Devoirs envers la
paroisse : amour, estime, charité pour tout ce qui
la compose. Elle est notre tabernacle, notre arche
d'alliance que nous emportons avec nous partout
où nous allons, que nous fixons au milieu de nous
partout où nous voulons nous établir, où nous
voulons vivre. Notre paroisse est ainsi tempo-
relle et spirituelle, comme toutes les œuvres que
Dieu a faites pour nous, conformes à notre nature.
"II. Comment Dieu, accomplissant sa promesse,
reste avec nous, dans la paroisse.
" Il nous y instruit, âmes et peuple, dans l'église
et dans l'école, nous indiquant la voie à suivre, la
vertu à pratiquer, vertu privée et vertu publique.
" Il nous y unit à lui et à son Église, il nous unit
entre nous : il continue d'unir notre âme catholi-
que et notre âme française, celle-ci à celle-là, dans
une alliance publiquement professée et proclamée,
DE CENTRAL FALLS 109
selon une glorieuse et vieille tradition qui est la
nôtre. Notre paroisse devient ainsi le résumé,
l'abri, de notre vie intellectuelle, morale, artistique,
nationale. L'union qu'elle opère assure notre sur-
vivance par l'aide de Dieu qui garde notre race en
lui gardant sa foi et son idéal.
"Il nous y fortifie et sanctifie par les sacrements,
par la présence réelle, par la prière publique, litur-
gique, plus agréable à Dieu, plus efficace. Survi-
vance spirituelle et temporelle de notre peuple, qui
vit de sa foi, de son idéal. Dieu nous a gardés et
nous garde comme miraculeusement. Règle géné-
rale, ceux qui abandonnent Dieu et l'Eglise, s'a-
bandonnent eux-mêmes et abandonnent notre
idéal. Domine, in simplicitate cordis mei lœtus
ohtuli universa.
" Le prédicateur termina en offrant ses félicita-
tions et ses vœux au curé et à ses auxiliaires de
toute la paroisse. Quelle belle œuvre et quel bel
exemple !
"A l'issue de la messe, les paroissiens rentrèrent
dans leur foyer, mais se réunissaient de nouveau à
7.30 hrs. du soir dans la salle des représentations,
pour jouir de nouveau de quelques discours et
causeries accompagnées d'un délicieux programme
musical. Au premier rang de l'audience l'on comp-
tait la présence de M. le curé Laliberté, les abbés
D'Amours et Phaneuf, M. le curé A. Graton, de
Saint-Jean-Baptiste de Woodlawn, M. le curé De-
quoy, de St-Étienne de Dodgeville, le Rév. Père
Marcorelles, chapelain de l'hospice des vieillards
de Woodlawn, l'abbé Brodeur de Fall-River, les
abbés E. Olivier et O. Forest, M. le maire et Mme
E. LaBrosse. L'entrée des membres du clergé se
fit aux accords d'un morceau de piano par M.
110 SAINT-MATHIEU
Thomas E. Fournier, après quoi M. Napoléon
Campeau, avec de bonnes paroles de bienvenue,
donna lecture du programme de la soirée, puis il
invita M. le maire LaBrosse à faire le discours de
félicitations aux membres du clergé et aux parois-
siens. Après ce premier discours vivement applaudi
par l'assistance, Mlle Fox, de Pawtucket, rendit un
premier morceau de piano avec une telle pré-
cision qu'elle fut deux fois rappelée. Mme Clau-
dia Rhéa Fournier lui succéda au milieu des ap-
plaudissements prolongés. Aussi gracieuse qu'ai-
mable cantatrice, elle sut régaler ses auditeurs de
délicieuses romances.
" M. Campeau vint ensuite présenter à l'auditoire
le spirituel causeur qu'est l'abbé D'Amours. Dans
d'intéressantes réminiscences de ses huit mois
passés en la paroisse de Saint-Mathieu, il a rappelé
la bienveillante hospitalité que lui fit M. le curé
Laliberté et il ajoutait : " Paroissiens de Saint-
Mathieu, c'est à cette époque que j'ai appris à con-
naître votre curé. C'est un prêtre qui sait parler
et sait se taire, sait agir et sait attendre, sait se
faire aimer et respecter, sait souffrir et sait soula-
ger la souffrance, sait entreprendre hardiment et
achever parfaitement, sait consoler et soutenir
ceux qui aouffrent en souffrant lui-même patiem-
ment. Oui, braves gens de Saint-Mathieu, c'est en
revenant au milieu de vous que je constate votre
caractère de dévouement, votre esprit de foi et les
aimables relations que vous avez avec vos prêtres,
qui sont bien attachés à vous." Puis toujours sur
le ton de causerie, il intéresse son auditoire en re-
latant certains incidents de l'époque où il fut
vicaire à Saint-Mathieu: la messe au gymnase,
les plaisirs du déménagement, la visite mensuel-
les, les consolations de la chapelle sous le toit.
DE CENTRAL FALLS 111
1
les souvenirs de la première retraite, prêchée par
le P. Lalande, le souvenir d'un pique-nique où il
tomba un peu d'eau. Plusieurs autres faits rap-
pelés amusèrent et intéressèrent l'auditoire sans
cesser de l'édifier. M. D'Amours, après une cau-
serie de plus de 40 minutes, regagna son siège
au milieu d'applaudissements prolongés.
" Un numéro musical était encore réservé à l'au-
ditoire, que devait remplir M. Georges Rainville,
avec sa voix de baryton ; il chanta deux classiques
romances, soulignées d'applaudissements. On dé-
sirait l'entendre encore, mais il déclina les rappels.
M. le professeur Fournier accompagnait M. Rain-
ville sur le piano,
" Comme témoignage d'estime et de sympathie,
envers le deuxième vicaire de la paroisse Saint-
Mathieu, M. Campeau le présenta à l'auditoi-
re dans la personne de M. l'abbé M. Phaneuf.
Ce dernier se dit très surpris d'être appelé à porter
la parole, vu que dans ses correspondances avec le
troisième vicaire qu'est aujourd'hui l'abbé J. Geof-
froy, il était bien convenu qu'il ne venait ici que
pour être témoin des démonstrations du jour.
M. Phaneuf continua en faisant l'éloge de M. le
curé Laliberté et en louangeant les paroissiens qui
en l'espace de dix ans ont construit un édifice qui
leur fait grand honneur.
" Comme dernier orateur, M. Campeau in-
vita M. le curé Laliberté, et en termes élogieux,
il fit connaître le montant du chèque de $5,602.00
qu'il alla présenter à M. Laliberté.
" Dans une allocution pleine de sentiments de vi-
ve reconnaissance envers ses paroissiens, celui-ci fit
un résumé des dix années écoulées. A mon arrivée
ici, la question qui m'inquiétait le plus, répéta-t-il,
c'était la partie financière, mais grâce à votre gêné-
112 SAINT-MATHIEU
rosité, nous avons fait honneur à nos engagements.
J'ai même le plaisir avec ce montant que vous
m'offrez, de détruire en votre présence le dernier
billet promissoire que j'aie signé au nom de la
corporation de St-Mathieu. A l'instant, il déchi-
rait le billet promissoire.
"M.Laliberté termina en renouvelant ses remer-
ciements à ses paroissiens, à MM. les membres du
clergé, les abbés D'Amours et Phaneuf , le maire et
Mme LaBrosse, aux personnes qui avaient bien
voulu prêter leur concours au programme musical,
et à tous ceux qui avaient contribué au succès de
cette fête de 10e anniversaire de la fondation de la
paroisse."
C'est à l'occasion de ces fêtes du dixième anni-
versaire que fut décidée la publication de cette
monographie de la jeune paroisse Saint-Mathieu de
Central Falls.
En l'achevant, j'éprouve le regret de n'avoir pu
lui consacrer que de courts moments dérobés à des
travaux plus absorbants mais non plus agréables,
et je prie le lecteur d'oublier ce qu'il a pu y remar-
quer de défectueux ou de moins achevé, pour ne se
souvenir que des faits instructifs et encourageants
qui y sont consignés.
Cette courte monographie d'une modeste pa-
roisse qui n'a jamais visé à faire parler d'elle, fait
partie, et c'est ce qui lui donne son principal inté-
rêt aux yeux de tout lecteur sérieux, d'une grande
œuvre et même d'une grande histoire : l'œuvre et
l'histoire de l'Eglise catholique dans la grande ré-
publique américaine, l'œuvre et l'histoire d'une
race qui peut se comparer sans rougir à n'importe
quelle autre, et qui peut espérer poursuivre une
grande et glorieuse destinée, si elle reste fidèle à ses
DE CENTRAL FALLS 113
traditions de piété envers Dieu et envers son Église,
à ses traditions de courage et d'honnêteté, à ses
traditions de bon travail et de générosité pour tout
ce qui doit la garder fidèle à elle-même.
APPENDICES
COUT DE LA CHAPELLE-ÉCOLE DE
SAINT-MATHIEU
Contrat général (Dorais & Dupuis, entrepreneurs). . . . $41,225.00
Division pour les bancs 118.90
Escaliers 182.75
Modifications au parquet du rez-de-chausséo 25.80
Quelques boiseries ajoutées 15.00
Plomberie (Lagassé Bross. (O. ) 1,550.00
Conduites de gaz extra et compléments 84.75
Chauffage 3,690.00
Extra pour chauffage, $107 — non chargés.
Extra galvanized, iron work 52.00
Appareils pour électricité 239 . 65
Extra pour électricité 1 1 . 05
Êlectroliers et gazelier.< 110.00
Lampes électriques 12 . 00
Tablettes de bronze à la porte 125 . 00
Verrières 285 . 00
Extra $30.00, non chargés.
Maître-autel, estimé 200 . 00
Vestiaires, etc 165 . 00
Extra fers, boiseries 11 . 55
Bancs 1,475.00
Porte-chapeaux 36 . 00
Numéros pour bancs 9 . 45
Décorations pour théâtre 63 . 41
$49,687.31
Additions, honoraires des architectes 2,484 . 37
Surveillance des travaux 965 . 89
Grand total $53,137.57
SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 115
II
PROGRAMME DU COURS BILINGUE DONNÉ A L'É
COLE SAINT-MATHIEU
(cours français)
Classe Préparatoire
Religion. — Prières du matin.
Leçons orales de catéchisme.
Leçons orales d'Histoire sainte.
Leçons orales de Langue française.
Leçons orales de Leçons de choses.
Lecture, Livre, Tableau et Syllabaire, Calligraphie, Dessin
linéaire, Leçons de politesse.
1er Degré
Religion. — Prières du matin et du soir.
Catéchisme de Baltimore.
Leçons orales d'Histoire sainte.
Leçons orales de Langue française.
Lecture. — Syllabaire F. E. C.
Leçons usuelles.
Calligraphie, Dessin linéaire, Leçons de politesse.
Ile Degré
Religion. — Prières du catéchisme.
Catéchisme de Baltimore.
Leçons orales d'Histoire sainte.
Leçons orales de Langue française.
Leçons usuelles.
Lecture : 2e Livre des Frères.
Calligraphie, Dessin linéaire. Leçons de politesse.
II le Degré
Religion. — Prières du catéchisme.
Lecture de l'Évangile chaque matin.
Catéchisme No 2 de Baltimore.
Lecture : 2e Livre des Frères.
116 SAINT-MATHIEU
Langue française. Cours élémentaire des Frères.
Leçons orales d'Histoire sainte.
Leçons usuelles.
Calligraphie, Dessin linéaire, Leçons de politesse.
IVe Degré
Religion, Prières du catéchisme, françaises et latines.
Lecture de l'Évangile chaque matin.
Catéchisme No 2 de Baltimore.
Lecture : 2e Livre des Frères.
Langue française, cours élémentaire des Frères.
Histoire sainte.
Leçons usuelles.
Calligraphie, Dessin linéaire. Leçons de politesse.
Ve Degré
Religion : Prières du catéchisme, françaises et latines.
Lecture de l'Évangile chaque matin.
Catéchisme No 2 de Baltimore.
Lecture : Petite Bible illustrée.
Langue française, cours moyen des Frères.
Histoire sainte.
Histoire du Canada.
Leçons usuelles.
Calligraphie, Dessin linéaire.
Leçons de politesse.
Vie Degré
Religion, Prières françaises et latines. Lecture de l'Évangile.
Catéchisme No 2 de Baltimore.
Lecture : Petite Bible illustrée.
Langue française, cours moyen des Frères
Histoire sainte.
Histoire du Canada.
Leçons usuelles.
Calligraphie, Dessin linéaire.
Leçons de politesse.
Vile Degré
Prières françaises et latines. Lecture de l'Évangile.
Catéchisme de Baltimore.
DE CENTRAL FALLS 117
Lecture : Petite Bible illustrée.
Langue française, cours moyen des Frères.
Histoire sainte.
Histoire du Canada.
Leçons usuelles.
Calligraphie, Dessin linéaire.
Leçons de politesse.
Ville Degré
Prières françaises et latines.
Lecture de l'Évangile.
Catéchisme de Baltimore.
Histoire de l'Église.
Histoire du Canada.
Lecture : Petite Bible illustrée.
Langue française, cours moyen des Frères.
Style épistolaire.
Leçons usuelles.
Dessin linéaire. Calligraphie.
Leçons de politesse.
COURS ANGLAIS
Preparatory Grade
Reading taught by the phonic, word and sentence method com-
bined.
English Language : Picture lessons, etc.
Arithmetic : Reading and writing numbers, etc.
Singing and Récitation.
Grade I
Reading, Mary E. Doyle's Ist Reader.
English Language.
Arithmetic.
Nature study.
Recitations and Singing.
Grade II
Reading : Mary E. Doyle's 2d Reader.
English Language, Spelling, etc.
118 SAINT-MATHIEU
Arithmetic, Hamilton's Primary.
Nature study.
Recitations and Singing.
Grade III
Reading : Mary E. Doyle's 3rd Reader.
English Language, C. B. Elementary Lessons.
Letter writing.
Arithmetic, Hamilton's Primary.
Nature Study.
Geography Maury's Elementary.
Local Geography also.
Recitations and Singing.
Grade IV
Reading Mary E. Coyle's 3rd Reader, Part II.
English Language, C. B. Elem. Lessons.
Composition and Letters, etc.
Geography, Maury's Elementary.
Arithmetic, Hamilton's Primary.
The four simple rules.
History, Oral Lessons.
Nature study.
Recitations and Singing.
Grade V
Reading, Mary E. Doyle's 5th Reader.
English Language, C. B. Elem. Lessons.
Analysis and Diagramming.
Compositions, Spelling, etc.
Geography, Maury's Elementary.
History, Lawler's Primary.
Arithmetic, Hamilton's Intermediate.
Nature study.
Literary Sélections.
Recitations and Singing.
Grade VI
Reading, Mary E. Doyle's 5th Reader, Part II.
English Language, C. B. Intermediate Lessons.
Analysis and Synthesis.
DE CENTRAL FALLS 119
Letter writing. Composition.
Geography, Maury's Elementary.
History, Lawlor's Elementary.
Arithmetic, Hamilton's Inter médiate.
Nature study. Hygiène.
Literary Sélections.
Recitations and Singing.
Grade VII
Reading, Mary E. Doyle's 7th Reader.
English Language, C. B. Intermediate^Lessons.
Geography, Maury's Complète.
History, Lawlor's Elementary.
Arithmetic, Hamilton's School.
Nature study.
Literary Sélections.
Recitations and Singing.
Grade VIII
Reading, Mary E. Doyle's 7th Reader.
English Language, C. B. Intermediate.
Analysis and Synthesis.
Figures of speech, Letter writing.
Spelling.
Geography, Maury's Complète.
History, Lawlor's Primary.
Mathematics, Hamilton's Complète.
Nature Study, Hygiène.
Plants, Precious Stones, etc.
Literary Sélections for study.
Recitations and Singing.
Grade IX
Reading, Classics.
English Language, C. B. lutermediate.
I. Syntax completed.
II. Figures of speech and qualities of style;
III. Letters of ail kinds. Compositions.
IV. Biographies of English and American writers, espe-
cially Catholic authors.
Geography, Maury's Complète.
120
SAINT-MATHIEU
History, General review of the United States.
Mathematics : I. Hamilton's completed. II. Algebra.
simple rules, Easy équations.
Nature Study, Hygiène, Botany, Literary Sélections.
Recitations and Singing.
Four
III
Verrières
Louis Biais
Chrystophe Choinière
Famille H. Melançon
Siméon Bérard
Isaac Rivard
Olivier Pariseau
Délia Dubuque
Le Cercle Parisiana
Wilfrid Lacouture
Jean-B. Laliberté
Uldéric Messier
Chemin de la Croix
Olivier Pariseau
Louis Biais
Napoléon Trahan
Jean-B. Laliberté
Calixte Martel
Siméon Bérard
Isaac Rivard
QUELQUES DONATEURS
Edmond Lemieux
Stephen Blyth
Emméric Joachim
Armand Poulin
Clément Jette
Raphaël Richard
Hormisdas Joachim
Statues
Sacré-Cœur, Louis Moreau.
Ste-Anne, Mme Godfroy Dai-
gnault.
St-Josepk, Mme Joseph Grant
St-Antoine, M. et Mme Si-
mon Laliberté.
Anges adorateurs, M. et Mme
Henri Beauregard.
Bénitiers
J.-A. Hébert.
Mme J.-A. Hébert.
IV
SOUSCRIPTIONS POUR LE'PAIEMENT
PAROISSIAL
DU TERRAIN
Sa Grandeur Mgr M. Harkins
Rév. J.-A. Laliberté
Rév. J.-M. Phaneuf
Rév. J.-H. Béland
Rév. Alph. Graton
Prof, et Mme E. Viau
M. et Mme Amos Lachapelle
M. et Mme Jos. Jalbert
Mme Clémence Bisaillon
Mlle Delphine Darche
Le Colonel et Mme Ed. La-
fayette
DE CENTRAL FALLS
1.21
Mlle Olivine Gaboriault
Napoléon Trahan
Mme Nap. Trahan
Napoléon Trahan, fils
Jean-B. Laliberté
Joseph St-Onge
Mme Jos. St-Onge
Henri Beauregard
William Paquette
Bénoni Gauthier
Siméon Bérard
Isaïe Bérard
Joseph St-Pierre
Alph. Lavallée
Jos. St-Jean
Uldérlc Messier
Lucien Trahan
Calixte Martel
Narcisse Champagne
F.-M. Pont, de St-Germain
Mme Hédivide Melançon
Mme Calixte Gauthier
Mme Cyprien Beauregard
Mlle Victoria Gauthier
Pierre Labossière
Isaac Rivard
Edmond Lemieux
Jean-B. Erno
Louis Lemieux
Charles Dubuque
Mlle Aurélie Dubuque
Mlle Délia Dubuque
Louis Biais
Augustin Biais
Mlle Rosaria Biais
Joseph Messier
Mlle Albina Messier-Hall
Mme Jos. Messier
Noël J. Brodeur
Jos.-I. Martel
Mme Joséphine Rochefort
Joseph Chrétien
Les Forestiers Catholiques,-
No 789.
La cour Jeanne d'Arc F. Cr
No 539
La Société St-Jean- Baptiste,
No 18.
Joseph Duval
Clément Jette
Albert Messier
Camille Forest
Edouard Chatillon
Mlle Anesie Pion
Chrystophe Choinière
Hector Chauvin
Hyacinthe Benoît
Zenon Ross
Jos.-Ls. Pajean
Jos. Tétreault
Napoléon Bourgeois
Chs Laliberté
Lucien Héroux
F.-X. Boucher
Noël Bernier
Mme Délima Brodeur
Alfred Bérard
Peter Bannon
Uldéric Gendron
Stephen Blyth
Paul Casavant
Joseph Nadeau
Olivier Pion
Joseph Ashby
Michel Dupras
Zéphirin Lambert
Louis Lescault
Pierre Pion
Michael Powers
M.-J. Gallagher
Olivier Pariseau
Alph. Laliberté
Séraphin Laliberté
Louis-A. Dorval
Joseph Brochu, av.
122
SAINT-MATHIEU
Jean-B. Marchand
Herménégilde Racine
Raphaël Richard
Paul Charpentier
Edouard Turgeon
Napoléon Côté
Mme Chs Girouard
Jean-B. Pion
Mme Anna Viau
Bénoni Ferland
Louis Coderre
Uldéric Dansereau
William Blanchard
Maxime Dupuis
Mlle Clara Gendron
Joseph Gendron
Victor Civallier
Arthur Laberge
J.-O. Gignac
Mme Adolphis Spaulding
Mme Félix Nadeau
Orner Dauray
Modeste Brouillette
Wilf. Lacouture
John Collette
Jos. Senneville
Alfred Caouette
Hormisdas Joachim
Ludovic Joachim
Gilbert Gendron
Jos. Lapierre
Joseph Trottier
Mme Nantais & fils
Mme Anna Lasalle
Henri Fontaine
Pierre Stebenne
Frédéric Beauregard
Donat Gélinas
Hormisdas Meunier
Henri Frégeoll
Wilfrid Charpentier
Isaac Dupuis
Alfred Grégoire
Absolom Lem'eux
Joseph Masse
J. -Ernest Tessier
Télesphore Dehêtre
Jules Langevin
Henri Vigiard
Casimir Lussier
Jos. Beaucage
Son Honneur le Maire Pigeon
Auguste Benoit
Emméric Joachim
Georges-A. Paré
Ludger Desroches
Isaïe Tétreault, Jr.
RELIGIEUSES ET MAITRESSES QUI ONT ENSEIGNÉ
A L'ÉCOLE SAINT-MATHIEU
1908
1909
Sr M.-Césarine, supérieure
Sr M.-Reine
Sr M.-Jean du S.-C,
Sr M.-Joseph de la Croix
Sr M.-François-Régis
Sr M.-Roseline
Sr M.-Césarine, supérieure
Sr M. -Catherine de Gênes
Sr M.-Jean du S.-C,
Sr M.-Félicienne
Sr M.-François-Régis
Sr M.-Roseline
DE CENTRAL FALLS
123
1910
1914
Sr M.-Césarine, supérieure
Sr M.-Catherine de Gênes
Sr M.-Félicienne
Sr M. -François-Régis
Sr M.-Alphonse
Sr M. -Rose du Crucifix
Sr M.-Roseline
Madame Séguin
Sr M. -du Divin Cœur, sup.
Sr M. -Rose du Crucifix
Sr M.-Sylvestre
Sr M.-fhérèse d'Avila
Sr M.-Engelbert
Sr M.-Honora
Sr M.-Asellus
Sr M. -Joseph d'Alexandrie
Délie Joséphine Olivier
1911
1915
Sr M.-Césarine, supérieure
Sr M.-Félicienne
Sr M.-Alphonse
Sr M. -Rose du Crucifix
Sr M.-Maxime
Sr M.-Asellus
Sr M.-Hermel
Délie Elizabeth Chrétien
1912
Sr M. -du Divin Cœur, sup.
Sr M.-Rose du Cruc'fix
Sr M.-Venance
Sr M.-Honorat
Sr M.-Asellus
Sr M. -Jeanne de Florence
Sr M.-Auxiliatrice
Sr M. -Joseph d'Alexandrie
Délie J. Olivier
Sr M.-Césarine, supérieure
Sr M.-Félicienne
1916
Sr M.-Rose du Crucifix
Sr M. du Divin Cœur, sup.
Sr M.-Maxime
Sr M.-Venance
Sr M.-Asellus
Sr M.-Agapit
Sr M.-Hermel
Sr M.-Honora
Sr M.-Marcia
Sr M.-Louise-Thérèse
Délie Joséphine Olivier
Sr M.-Eugène du S.-C.
Sr M. -Agnès des Anges
113
Sr M.-Auxiliatrice
Sr M.-Timothée
Sr M.-Césarine, supérieure
Délie Joséphine Olivier
Sr M.-Rose du Crucifix
Sr M.-Apolline
1917
Sr M.-Éméline
Sr M.-Anne des Anges
Sr M.-Honorius, supérieure
Sr M.-Asellus
Sr M.-Venance
Sr M. -Joseph d'Alexandrie
Sr M.-Honora
Délie Joséphine Olivier
Sr M. -Jean de Canti
Délie Justine Beauvais
Sr M.-Rose Imelda
124
SAINT-MATHIEU
Sr M.-Marie-Bertha
Sr M.-Agnès des Anges
Sr M.-Imelda du S.-C.
Sr M.-Marcelle
Sr M.-Timothée
VI
ÉLÈVES GRADUÉS
1911
Lillie Biais
Anita Biais
Alice Coderre
Bertha Lagassé
Rodolphe^Meunier
1912
Lydia Forest
Aima Trahan
Êva Jette
Auréa Sansoucy
Roch Martel
1916
Rosa Laberge
Stella Ledoux
Antoinette Lemieux
Roméo Desmarais
Georges Forcier
Rolland Choinière
VII
SOUSCRIPTIONS PAROISSIALES DE 1916
Phœnix Stbeet
Arch. Lefebvre....
Albert Olivier
Arthur Olivier . . .
Joseph Olivier . . .
$10.00
20.00
Raoul, Eugène,
Romain, Ernest
Paroissien
•
22.00
3.00
Oswald L'Etoile.. .
Alcib. Papineau. . .
5.00
10.00
Poméla L'Étoile .
Alfred L'Étoile ..
6.00
Geo. -H. Gousie. . .
5.00
LeoMcDuff
10.00
Liberty St
EtEET
Dolphis Beauais . .
5.00
Wm Raquette
25.00
Alfred Fontaine . .
10.00
Louis Chatillon . . .
5.00
Stan. Fontaine. . . .
5.00
Alphonse Olivier. .
5.00
01. Desrosiers, Sr.
. 20.00
Jos. L'Étourneau. .
5.00
01. Desrosiers, Jr.
5.00
Cy. L'Étourneau. .
10.00
Lodina Desrosiers .
10.00
François Phaneuf .
5.00
Joseph Desrosiers.
5.00
M. -A. Desrosiers.
1.00
DE CENTRAL FALLS
125
Almanzor Doucet.
10.00
Henri Joyal
5.00
Alvina Pariseau. .
40.00
Olivier Pariseau. .
Amédée Lussier . . .
5.00
Henri Pariseau. . . .
25.00
Nap. Grenier
15.00
L.-N. Campeau. . .
20.00
Calixte Giroux. . . .
5.00
Willie Meunier. . . .
2.00
Chris. Choinière. .
Alfred et Edouard
20.00
Arthur Martel ....
10.00
Alexandre Gauthier
5.00
Mme W. Sansoucy
5.00
Omer Sansoucy . . .
10.00
Sabin Fontaine.. . .
10.00
Paroissien
5.00
Ernest Gagnon. . . .
5.00
Mme Ed. Benoît . .
10.00
Joseph Grenier
5.00
Arthur Choinière. .
5.00
Pierre Pion
20.00
Wilfrid Audette. . .
20.00
Ed. Bergeron
5.00
HuNT Sthe
ET
Augustin Vincent . .
10.00
Oscar Chandonnet. .
5.00
Alph. Laliberté. . . .
20.00
Absalom Lemieux. .
20.00
Albert Laliberté.
Séraph. Laliberté.
Louis Thibert. .
Lucie Thibert. .
Julien Desforges . . .
Wilbrod Normand. .
Mme Marg. Benoît .
Conrad Martel
Azilda FontaiiïË... .
25.00
15.00
5.00
10.00
5.00
5.00
5.00
Jos. Gaboriault . . . . 5.00
Nap. Charbonneau . 5.00
JohnDevlin 10.00
Un Paroissien 5 . 00
Oliva Fontaine 20.00
Eugène Hamel 20.00
J.-Bte Bessette 5.00
Arthur Richard 5.00
Albert Laliberté 5.00
OmerFerland 20.00
Camille Lanoue .... 5 . 00
Geo. St-Jacques.. . 10.00
André Drouin 5.00
DleG.Beauregardl ..„ „„
Th. Beauregard. . J
Antonio Gagné 10.00
Alfred Bérard 15.00
Mme Sim. Bérard . . 20.00
Alice Coderre. ... I ok nn
Louis Coderre ... I
Isaïe Paquette 5.00
Hildege Tétreault . . 15.00
Adélard Tétreault . . 10 . 00
Emile Poulin 5.00
Henri Proulx 5.00
Olitor Paradis 10.00
Michel Tremblay. . . 5 . 00
Naz. Desmarais. .1 , e nn
T XT T^ f 15. UU
J.-N. Desmarias ..I
Anna Bérubé .... I n nn
Alph. Bérubé J
Dosithée Landry ... 5 . 00
ScnooL Street
Albert Messier 10.00
Armand Poulin,... 20.00
Uldéric Fortin 5.00
Charles Bachand. . . 10.00
Frank Bérard 20.00
Paul Fournier 5 . 00
126
SAINT-MATHIEU
Edmond Lemieux. . 20.00
Théo. Lemieux 10.00
IsaïeBérard 20.00
Georges Fortier 20 . 00
Wilfrid Paquette , . . 15.00
Joseph Tétraiilt. .. . 5.00
Wilfrid Richard. ,. . 20.00
Napoléon Côté 5.00
OvilaFerland 10.00
Élise Mayer 5.00
Georges Bachand. . . 10 . 00
Valère Marchand. 5 . 00
El. Lamontagne 10.00
Aurélius Boucher.... 5.00
Ckossman Street
Amanda Kennedy... 5.00
Philippe Sansoucy... 5.00
Augustin Gagné 5.00
Edmond Leduc 20.00
Mme Bénoni Gué-
vremont 5 . 00
Arthur Gagnon . ... 2.00
Pbkry Stkeet
Alfred Caouette 10 . 00
Héliod. Bourgeoi.s . . 5 00
David Audette 1
Yvonne, Armand et ?• 25.00
Éveline J
Hermén. Racine 20 . 00
Méderise Beauvais.. 10.00
Paroissien 5 . 00
Nap. Vallières 5.00
Hedley Avenoe
Isaac Rivanî 20 . 00
Joseph Mesaier 20 . 00
TreffléCyr 5.00
Victor Fournier 25 . 00
Hercule Brissette. . .
5.00
Emile Tessier
20.00
Cléophas Contant. .
10.00
Mme Alp. Lavallée..
25.00
Héli Lavallée
Maria Bérubé
5.00
Charles Laliberté —
20.00
DollardRémy
10.00
Alfred Tétreault . . .
20.00
John Collette
20.00
Wilf. Beauregard
5.00
Henri Beauregard.. .
20.00
Wm Blanchard ....
40.00
Aimé Girard
5.00
Joseph Foisy
5.00
Honorius Martin.. .
10. CO
Napoléon Rivard. . .
5.00
Noôl Bernier
5.00
Délia Larochelle . . .
2.00
Mme Geo. -A. Paré .
5.00
Joseph St-Jean
20.00
Adams Avenue
Clément Gagnon . . .
5.00
Wilfrid Graveline . .
10.00
Louis Bibeau
5.00
Emile Desormeaux .
5.00
Calixte Messier ....
10.00
Wilf. Guillemette. . .
5.00
Hormisdas Brodeur.
5.00
Raoul Balthasar . . .
20.00
Ernest Dufresne. . .
5.00
Léon Girard
5.00
Bénoni Laperche . . .
5.00
SUMNER StREEI
Adolphis Hamel. . . .
10.00
Régina Boucher. . . .
25.00
Philîmon Leclerc. . .
5.00
Victoria Gauthier . .
10.00
Frank Patry
10.00
DE CENTRAL FALLS
127
Rosa Desrochers . , m nn
Elz. Desrochers . . j
Ovila Lescault 100.00
Mme C. Beauregardl on nn
Albert et Oscar !
Narcisse Latra verse 5.00
Roméo Vigeant .... 5 . 00
Arthur Martel 5.00
Darling Street
Gilbert D'Aoust.. . . 10.00
Nathalie Rainville. . 5 . 00
NoelPiché 10.00
Mme Rose-Anna
Provost 10.00
Laurent Jette 10 . 00
MmeAns Fugère..| ^q.qo
rnileas et Joseph. . . i
Mme Ch. Dubuque. 20.00
Henri St-Jacques. . 5.00
Henri Douville 5.00
Georges Biron 5 . 00
Théophile Moquiu. . 10 . 00
Garfield Street
Louis Biais 25 . 00
Mme Aug. Biais.. I ^^ ^^
Mlle Kosana Biais
Joseph Trahan 5.00
IdaTrahan 5.00
J.-Bte Laliberté. . . . 20.00
Nap. Laplante et
Mme P. Sirois ... 5 . 00
Wilfrid Laçasse .... 5 . 00
Wilfrid Charpentier 5.00
PaulCasavant 20.00
Délia Casavant ... . 10.00
Philéas Lapointe . . . 10.00
Napoléon Trahan . . 25.00
Nap.-J. Trahan ... . 5.00
J.-Bte Pion
10.00
Albert Brousseau.
. 20.00
Martial Chaput. .
5.00
Edouard Bonin. .
5.00
Joseph Hamel. . . .
10.00
Godfroy Lacroix .
25.00
Adélard Mercier. .
5.00
Isaac Dupais ....
5.00
Theop. Brousseau
10.00
Alphonise Robillarc
i. 5.00
Mme L. Desrochei
s. 5.00
Wilfrid Lacouture
5.00
Césaire Biais
10.00
Isra'-'l Johnson . . .
5.00
Aimé Johnson. . . .
5.00
Salomon Ledoux .
5.00
Jos. Pinsonault.. .
5.00
Joseph Pelletier . .
10.00
Candide Foisy . . .
5.00
David Letendre . .
5.00
Pierre Gendron . .
5.00
Jos. Morrison. . . .
5.00
Henri Fregeoll . . .
3.00
RaphaërRichard.
45 00
Aldei et Hermnég.
Joséphine Rodier. .
5.00
Théodore Mongea
u. 5.00
Charles Viau
5.00
Ernest Lecours. . . .
5.00
Paroissien
5.00
Arthur Gentes ...
6.00
Wilfrid Gentes . . .
Isra-l Paquin
5.00
Stjmmer Street
Jos. Charbonneau. . 10.00
Pierre Labossière. . . 20 . 00
Mme Henri Goulet . 2.00
Oscar Vigeant 10.00
Levi Lagesse 5.00
Camille Forest 25.00
128
SAINT-MATHIEU
Louis Jacques. . . .
10.00
Georges Lapierre . . .
20.00
Mme T. Robichaud. 5 . 00
Siméon Hamel
20.00
Ida et Maria Lafond 20.00
Joseph Beaulieu. . . .
25.00
Arthur Girouard .
10.00
Dr J.-B. Laflamme .
20.00
Joseph Tougas . . .
15.00
Mme E.-L. Hudon .
Joseph Fabas
10.00
5.00
Dexteb Steeet
F.-X. Asselin
10.00
William Bergeron . .
5.00
Rév. J.-A. Laliberté. 100.00
Félix Harbeck
5.00
Rév. J. Geoffroy. .
50.00
Lida Moisan
5.00
École St-Mathieu
20.00
Amable Porcheron. .
20.00
Prof. T.-E. Fournier 25 . 00
Philéas Rousseau. . .
25.00
Mme Jean Durand
10.00
Ovila Champagne . .
5.00
Magloire Laberge
Rosa Laberge. . . .
Dr Ch.-T. Mathiei
Arthur Fabas ....
Arthur Deroy. . . .
Joseph Gagné. . . .
Alfred Grégoire . .
Willie Grégoire . . i
Frédéric Mailloux .
30.00
1. 50.00
20.00
20.00
10.00
Hermén. Lachance .
Joseph Moreau
Michel Flaherty. . . .
Ernest Tessier
Jos. Bergeron
J.-O. Gignac
Uldéric Beauchesne.
10.00
5.00
10.00
20.00
20.00
10.00
10.00
20.00
5.00
Jos. Bonaventure. . .
Jos. Tartoussy
10.00
5.00
Emile Brunet. . . .
Louis Lemieux . . .
5.00
20.00
West Hunt Street
Mme F. Laplante.
5.00
Famille Ad. Spauld-
Isaïe Trahan
Ed. P. de St-Ge
5.00
r-
ing
Emile Gaudreau . . .
30.00
25.00
main
5.00
Horace Côté
25.00
F. M. P. de St-Ge
r-
Elias Dauray
25.00
main
15.00
Omer Dauray
25.00
Anthyme Brazeau
10.00
M.-Lse Gaudreau . .
10.00
Magloire Rivard . .
5.00
Armand Bérubé. . .
20.00
Bagley Street
Wilfrid Robillard. .
5.00
Domina Boudreau
25.00
Jeannette et Antoi-
Michael Powers . . .
5.00
nette Roy
10.00
Joseph Messier. . .
5.00
Georges Trudeau. . . .
5.00
Clément Jette.
10.00
30.00
Paul Biais. . .
25 00
Walter Cooper ....
Cyrille Bertrand . . .
5.00
Julien Gaboriault. .
10.00
Henri Bonneau
5.00
Mme Sara Vandry
5.00
Napoléon Michon .
2.00
DE CENTRAL FALLS
129
Hendricks Street
Mme Jos. Patenaude
10.00
Adélard Girouard . .
5.00
Olivier Pariseau, Jr . 5 . 00
Alfred Girouard. . . .
5.00
Joseph Levesque ... 5 . 00
Alph. Beauchesne . .
5.00
LONSDALE AVEMUE
PixE Street
Jos. Senneville 20.00
Michel Dupras 10.00
Arthur Benoît 10.00
Charles Couture. .. . 20.00
Udgile Larocque ... 5.00
Arthur Lemay 5.00
Frank Côté 5.00
Adélard Durand.. , 10.00
Hermas Pétrin 5.00
Clément Godin 5.00
Kendall Street
Cari ENTER Street
Joseph Richard . ... 10.00
J.-Bte Georges 20.00
Mme P. Dauphinais
5.00
Frs. Mathieu
5.00
Elzèar Lepage
5.00
Clémence Ross
5.00
Tiffany Street
Earle Street
Joachim PlamondoE
i 10.00
Cléophas Laurence
5.00
Oscar Gendron. . .
15.00
Jos. Ménard
20.00
Uldéric Gendron .
Jos. Duval
5.00
Mme R. Beauregard
20.00
Joseph Denault ....
5.00
J.-B. Erno |
Albini Longtin
5.00
15.00
Oscar Masse
5.00
Délina Erno f
Jos. Gendron .... 1
Béatrice Gendron,
Pierre Berthe
Park Street
10.00
5.00
Pierre Trahan
25.00
Fréd. Beauregard. . .
15.00
Lucien Trahan
10.00
Augustin Fabas ....
2.00
Idola Gendron. . .
5.00
Charles Deroy
10.00
Joseph I. Martel . .
10.00
Hormisdas Coutu . .
5.00
Edouard Glaude . . .
5.00
Parker Street
Henri Robillard ....
5.00
Paroissien
5.00
Mme Elzéar Martel
. 20.00
Joseph Piché
25.00
Richardson Street
Charles Gagnon. . .
25.00
Mme Olivier Pion .
5.00
Mme Ch. Girouard .
10.00
Henri Lamarine. . .
10.00
Anthyme Messier . .
10.00
130
SAINT-MATHIEU
Louis Chaput. ... !
Florence Chaput . J
Uldéric Messier ....
Armand Coutu
Albert Mongeau. . . .
Rand Stheet
Joseph Vaudrain . . .
Henri Lavallée
Edouard Gendron. .
Mme Jos. Lavallée. .
20.00
10.00
5.00
5.00
Joseph Côté . . .
Wilfrid Côté. . .
Mme H. Galarneau
George Galarneau . j
Joseph St-Onge . . .
Mme Jos. Lemieux
20.00
5.00
15.00
5.00
15.00
20.00
20.00
5.00
Watson Street
Zéphirin Lambert .. . 25.00
Napoléon Turenne. 20 . 00
Aima Houde 5 . 00
Joseph Provost 5 . 00
Wm Blanchard, Sr. . 40 . 00
Alcidas Blanchard. . 20 . 00
Joseph Chrétien. ... 5 . 00
Hormisdas Joachim. 20 . 00
Horm. Blanchette . . 20 . 00
Ovila Savoie 5 . 00
Joseph St-Pierre. ... 20 . 00
Dolphis Philie 25.00
Napoléon Duhamel. 10.00
Henri Patenaude ... 5 . 00
Félix Paré 2.00
Damase Blanchard . . 20 . 00
Eugène Blanchard. . 20 . 00
Henri Brousseau ... 5 . 00
Arthur Bérard 20 . 00
Elzéar Turcotte .... 2 . 00
Max. Chouinard
Gédéas Bolduc. .
Éméric Joachim.
Casimir Lus.sier .
Joseph Juaire. . .
Alfred Brochu . .
Georges Lafayette
Satlesville
10.00
10.00
10.00
10.00
5.00
10.00
5.00
Fabiola Lamarre ... 5 . 00
John Joyal 25 . 00
Israël Fontaine 15.00
Louis Desautels ... 5 . 00
Wilfrid Lamarre. ... 5 . 00
Napoléon Beaulieu I ,o rvr>
Mme S. Jenks J
Jos. Lanciaux 20.00
Théophile Lamarre . 5 . 00
William Lagassé. . . 10.00
Adélard Nadeau. ... 5 . 00
Faiblawn
Rodrigue Picard. ... 5 . 00
Félix Gingras 5.00
Yvonne Bernier . . 5.00
Solyme Taupier 10 . 00
Etienne Ducharme . 5 . 00
Israël Lavoie 5 . 00
J.-Adél. Falardeau. . 10 . 00
Georges Gingras. ... 115 . 00
Mme J.-B. Dufresne 5 . 00
Mme Élisa Green. . . 5.00
Oliva Gingras 5 . 00
AiméLaplante 5.00
J. Touchette et Mme i
A^-i • i ±\J . \J\J
. Gauvin •
William Granger . . 10 . 00
Georges Bernier ... 5.00
DE CENTRAL FALLS
131
Marie Landry
5.00
J.-A. St-Georges. . . .
5.00
Uldéric Sabourin . . .
5.00
Cottrell Coal Co. . . .
17.00
Coutu Parères
10.00
Michael Connor. . . .
5.00
Lucien Héroux
25.00
Preserved Arnold. . .
5.00
Amie de la Paroisse .
5.00
William Meiklejohn
10.00
J.-S. Gendron
10.00
Ami de la Paroisse. .
10.00
Frank Dupuis
25.00
Charleson Hardware
5.00
Congrégation des
Frank Fitzsimons . .
5.00
Enfants de Marie.
401.25
Médéric Vigeant . . .
5.00
Congrégation des
Alexandre Corriveau
5.00
Dmes de Ste-Anne
150.00
Joseph Landry
5.00
J. A. Herbert
10.00
Amis de la paroisse.
DrJ. Myre
5.00
contributions di-
Newell Coal Co
5.00
verses
30.00
Dr J.-A. Lalonde . . .
25.00
TABLE DES MATIÈRES
Introduction 7
I. — Une paroisse américaine 13
II. — Pourquoi des paroisses de langue française. ... 21
III. — La paroisse Saint- Mathieu, situation, proprié-
tés, population 29
IV. — Les fondateurs de la paroisse Saint-Mathieu . . 34
Mgr Harkins 34
M. le curé Laliberté 37
Les paroissiens 39
V. — Naissance de la paroisse 42
VI. — Première année 49
VIL — Souvenirs d'un vicaire 58
VIII. — La vie paroissiale. — Vie spirituelle 68
IX. — L'école paroissiale 73
X. — Vie paroissiale. Vie économique. Recettes
et dépenses 78
XL — Quelques coopérateurs 85
XII. — Quelques dates 90
XIII. — A travers les registres 99
XIV. — Dix ans de prospérité 102
APPENDICES
I. — Coût de la chapelle-école 114
IL — • Programme de l'école Saint-Mathieu 115
III. — Quelques donateurs 120
IV. — Souscription pour achat du terrain paroissial . . 120
V. — Religieuses et maîtresses qui ont enseigné à
l'école 122
VI. — Elèves jf;radués 124
VIL — Souscription de 1916 124