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Full text of "Une paroisse de langue française aux États-Unis : Saint-Mathieu de Central Falls : simple monographie"

UNE PAROISSE 

DE LANGUE FRANÇAISE 

AUX ETATS-UNIS 



SAINT^MATHIEU 

DE CENTRAL FALLS 



SIMPLE MONOGRAPHIE 

PAR 
L'abbé J.-A. D'AMOURS 

Docteur en théologie et en droit canonique 

Rédacteur en chef de I' " Action Catholique 

Ancien vicaire à Saint-Mathieu 




QUEBEC 

Imp. l'Action Sociale Ltée 

1917 



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Amours T J. A. d'- 
Une PAROISSE DE L.ANGUE 
FRANÇAISE AUX EtATS-UnIS 



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SAINT-MATHIEU 

DE CENTRAL FALLS 




('lIArKT.l.E-EcOLE DE LA PAROIf^SE S Al NT- M ATHIEU 



UNE PAROISSE 

DE LANGUE FRANÇAISE 

AUX ETATS-UNIS 



SAINT-MATHIEU 

DE CENTRAL FALLS 



SIMPLE MONOGRAPHIE 

PAR 
L'abbé J.-A. D'AMOURS 

Docteur en théologie et en droit canonique 

Rédacteur en chef de 1' " Action Catholique 

Ancien vicaire à Saint-Mathieu 




QUEBEC 

Imp. l'Action Sociale Ltée 

1917 



Nihil obstat 

Ctrillus I-abbbcqtje 

Censor depuialus 



Imprimatur 

t L.-N. Card. Bégin 



Arch. de Québec 

Québec, 13 novembre 1917 



LETTRE 

DE SON ÉMINENCE LE CARDINAL BÊGIN 

A L'AUTEUR 



Québec, 13 novembre 1917. 
Mon cher abbé. 

En vous donnant rimprimatur pour cette intéres- 
sante monographie d'une paroisse des nôtres — encore 
nôtres par le cœur et l'esprit — en terre des Etats-Unis, 
je veux vous féliciter d'avoir pu donner une partie de 
vos travaux à l'exposé de cette vie paroissiale si féconde 
et si belle, qui conserve aux catholiques américains' d'o- 
rigine canadienne leurs plus belles traditions catholi- 
gues et françaises et qui en fait d'excellents citoyens 
américains. 

Je prie Dieu de bénir votre travail et tous ceux qui 
auront l'avantage de le lire. 

Votre tout dévoué en N. S., 

t L.-N. Card. Bégin, 

Arch. de Québec. 



INTRODUCTION 



Lors de la célébration, en novembre dernier, du 
dixième anniversaire de fondation de la jolie pa- 
roisse Saint-Mathieu de Central Falls, sur la sug- 
gestion d'un ami de la paroisse, il fut décidé de 
donner suite à l'idée de publier, pour les parois- 
siens et leurs amis, en témoignage de leur géné- 
reux concours, une courte et modeste monogra- 
phie de cette paroisse. 

La petite histoire locale et particulière des ins- 
titutions vitales d'un peuple est toujours vivement 
intéressante. On y voit de plus près, plus sur le 
vif, la vitalité des familles et de la race, leur esprit 
et leurs ressources. 

L'histoire, même toute courte, d'une paroisse 
catholique, petite et de langue française, dans un 
milieu de langue anglaise en majorité protestant 
ou même indifférent aux choses surnaturelles, offre 
nécessairement un multiple et d'autant plus 
vif intérêt. Cette manifestation de vie sociale re- 
ligieuse et nationale, dans un milieu qui lui fait 
contraste sur plus d'un point et dans lequel elle 
s'harmonise pourtant presque parfaitement, est 
intéressante à regarder attentivement, même pom- 
ceux qui la connaissent et, à plus forte raison, pour 
ceux qui n'en ont qu'une idée incomplète et con- 
fuse, une vue très lointaine. Il y a là un phéno- 
mène de conservation et d'adaptation, de vie bien 
américaine et aussi bien canadienne-française, qui 
n'intéresse pas seulement par son côté principal re- 



8 SAINT-MATHIEU 

ligieux, mais aussi par son côté ethnique et écono- 
mique, et qui sollicite ainsi l'attention de l'homme 
d'État non moins que de l'homme d'Église. 

Un observateur moins renseigné ou d'esprit su- 
perficiel pourrait voir une anomalie, une résistance 
inutile et maladroite dans cette survivance d'un 
état d'âme auquel il ne verrait pas raison de tenir. 
Il se demande'rait si l'Église, si la patrie améri- 
caine, si les Américains d'origine française cana- 
dienne n'ont pas tous à souffrir de ce particula- 
risme ethnique et religieux. C'est une question 
sur laquelle nous aurons incidemment à revenir 
et qui fait partie, nécessairement, de cette mono- 
graphie paroissiale, avec quelques autres, comme 
celle en particulier des écoles paroissiales et de 
l'enseignement bilingue qui y est donné, comme 
celle aussi du "status" légal dont jouissent les per- 
sonnes et les choses de l'Église aux États-Unis. 

Mais pourquoi, dira-t-on, choisir comme sujet 
de cette monographie une petite paroisse qui n'a 
jamais fait beaucoup parler d'elle, heureusement, 
qui n'offre rien de bien extraordinaire, qui est un 
peu comme toutes les autres paroisses franco-amé- 
ricaines, qui ont bien commencé modestement et 
qui ont ensuite normalement progressé ? 

On pourrait faire à cette question une première 
réponse, peut-être suffisante : c'est qu'il est tou- 
jours mieux pour un écrivain de traiter un sujet 
qu'il connaît d'avance, avec lequel il est un peu 
familier. Mais il est une autre réponse plus ad 
rem, plus adéquate : c'est que justement, pour 
cette raison qu'elle n'offre rien de bien extraordi- 
naire et que son histoire est encore toute courte, — 
dix ans seulement, — la paroisse Saint-Mathieu de 
Central Falls offre un intérêt considérable, un in- 
térêt qui est beaucoup plus général que particulier. 



DE CENTRAL FALLS 9 

Si cette paroisse par sa fondation, par sa situa- 
tion géographique, par sa population spécialement 
favorisée, par les grands événements auxquels elle 
aurait été mêlée, offrait un intérêt particulier, se- 
rait-ce un paradoxe d'affirmer que cet intérêt se- 
rait d'autant moins général, qu'il serait plus par- 
ticulier ? Mais, précisément, parce que son his- 
toire ressemble à celles de beaucoup d'autres, cette 
jeune paroisse offre le sujet d'une monographie 
type. Ce que l'on verra dans le récit de son origine 
et de ses développements, c'est ce qui s'est réalisé, 
avec quelques variantes de détails, dans vingt, dans 
cent paroisses de la Nouvelle - Angleterre et des 
Etats-Unis. Il en résulte donc un intérêt d'au- 
tant plus grand qu'il est plus général. 

Intéressante pour ceux qui l'ont vécue, qui l'ont 
vue se dérouler sous leurs yeux parfois distraits, 
cette histoire peut même offrir un vif intérêt à ceux 
qui ne connaissent pas l'organisation paroissiale 
qui fleurit avantageusement aux États-Unis, qui 
n'ont pas idée qu'il suffise du décret d'un évêque, 
du zèle d'un curé et de la bonne volonté de quelques 
familles de condition modeste, pour faire naître, 
pleine de vie et d'avenir, l'organisation complète, 
spirituelle et temporelle, d'une belle paroisse amé- 
ricaine. 

On se demande parfois en Europe, et même dans 
les vieilles paroisses canadiennes, et l'on va le de- 
mander avec plus d'intérêt encore pour hâter les 
restaurations qui devront réparer les dévastations 
de la grande guerre barbare, comment font les 
curés et les paroissiens américains, des curés qui 
n'ont rien personnellement et des paroissiens qui 
n'ont que leur travail et leurs nombreuses familles, 
pour trouver les ressources nécessaires afin de 



10 SAINT-MATHIEU 

bâtir église, école, couvent, presbytère, pour assu- 
mer des dettes considérables et les payer, dans un 
pays où l'État ne donne pas un sou pour les frais 
du culte, pas un sou pour l'école paroissiale. On 
trouvera la réponse à cette demande dans les pages 
qui vont suivre. 

Ce qui s'est fait dans la paroisse Saint-Mathieu 
s'était fait ailleurs auparavant et se fera encore 
dans d'autres localités oii se rencontreront le même 
zèle, la même discrétion, le même dévouement, la 
même belle entente entre un clergé zélé et des pa- 
roissiens généreux pour accomplir leur devoir ; 
un clergé et des paroissiens qui tiennent à honorer 
leur titre de catholiques de langue française entre 
les divers éléments ethniques dont se compose la 
population américaine ^ 

L'intérêt de ces pages leur viendra de la véra- 
cité des faits exposés, de l'exactitude des détails, 
de la vérité des sentiments et des pensées qui ont 
fait la vie de la jeune paroisse Saint-Mathieu. 
Vie pacifique, calme, sereine, bien ordonnée, vie 
pleine aussi de vigueur et de fécondité, pour le 
bien de l'Église et de la patrie K 



1. Voyageant un jour, en compagnie bien fortuite d'un million- 
naire américain, irlandais catholique né en Irlande, qui lui prê- 
chait avec zèle la nécessité, reconnue par tous, de l'harmonie 
entre les catholiques d'origine irlandaise et d'origine française 
ou canadienne-française dans la Nouvelle-Angleterre, l'auteur 
de ces pages demanda à son interlocuteur ce qu'il pensait, lui, 
riche industriel, connaissant l'Europe et l'Amérique, de la valeur 
sociale de l'élément franco-canadien dans l'Est des États-Unis. 
Après avoir vanté l'habileté au travail et la courageuse activité 
de nos compatriotes, le millionnaire ajouta cette réflexion élo- 
gieuse : " Ils sont généreux avec fierté pour leurs établissements 
paroissiaux, pour leurs églises, leurs écoles, leurs salles parois- 
siales, leurs presbytères. C'est là une très bonne note, qui im- 
pressionne favorablement les Américains et qui leur donne une 
bonne leçon." 

2. Beaucoup d'Américains — au sens restreint où ce mot est 
pris dans la Nouvelle-Angleterre — qui n'ont pas pour eux-mêmes 
une religion bien marquée, reconnaissent cependant volontiers 



DE CENTRAL FALLS U 

Des circonstances heureuses ont fait que l'au- 
teur de ces pages a connu de près les débuts mo- 
destes et laborieux du groupement paroissial 
dont il écrit aujourd'hui la monographie. Premier 
vicaire de Saint-Mathieu, il n'a jamais oublié les 
beaux exemples de dévouement et de travail qu'il 
veut rappeler ici. Ce sont ces souvenirs toujours 
vivants, ainsi que la belle et fortifiante leçon qui 
se dégage de ces dix années de vie paroissiale, qui 
lui ont donné l'idée d'en faire un peu l'histoire, 
pour la satisfaction bien légitime de ceux qui ont 
été les bons ouvriers de l'œuvre accomplie, pour 
l'instruction aussi de tous ceux qui chercheront 
dans ces pages ce que l'auteur a voulu y mettre : 
un bel exemple, ordinaire, mais aussi très grand, du 
bien accompli en terre américaine sous la direction 
d'un évêque bienveillant et sage et sous la conduite 
immédiate d'un curé pieux, discret et prudemment 
dévoué, par un groupe modeste mais généreux de 
catholiques américains de langue française et d'o- 
rigine canadienne. 

De ce qu'un fait si beau puisse se rencontrer ail- 
leurs ne lui ôte pas d'intérêt, il lui en donnera plu- 
tôt aux yeux de tous ceux qui peuvent comprendre 
qu'un exemple est, sinon d'autant plus beau, du 
moins d'autant plus utile qu'il est plus imitable. 

Il y a d'ailleurs une certaine perfection, faite 
d'ordre et de mesure plus que d'éclat, qui paraît 
facilement imitable en ses détails, mais qui ré- 
clame beaucoup de mérites pour être accomplie 
dans son ensemble. Cela paraît facile au premier 
abord. A l'essai, cela demande beaucoup d'in- 



qu'il importe à la sécurité et à la stabilité de leur pays d'avoir 
une population religieuse, comme élément national d'ordre, de 
vigueur, de fécondité, de bon travail. Leur esprit pratique, 
qui vise avant tout aux résultats, leur donne sur ce point une 
sage clairvoyance. 



12 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 

telligence, de tact, de courage et de dévouement. 
Les belles œuvres demandent toujours des ou- 
vriers de mérite. 

Une raison particulière s'ajoute ici à cette raison 
plus générale, en faveur d'une monographie de la 
paroisse Saint-Mathieu. Cette paroisse d'origine 
modeste et qui n'a que dix ans d'existence, n'a eu 
qu'un seul curé, celui qui l'a fondée et qui la dirige 
encore actuellement. Il est donc plus facile de 
suivre la même pensée qui a présidé à sa naissance 
et à son développement. Pareillement, la popu- 
lation dont elle se compose, si elle a subi des accrois- 
sements depuis dix ans, est restée substantielle- 
ment la même. Aucune émigration notable pas 
plus qu'aucune immigration considérable ne sont 
venues en changer la physionomie particulière. 

Encore une fois, si l'origine et les développe- 
ments de cette jeune paroisse sont dignes d'admi- 
ration, tout ce qu'ils ont de mérite ne tient pas à 
des faits extraordinaires, mais à la façon admirable 
dort on y a fait les choses ordinaires. 



CHAPITRE I 



UNE PAROISSE AMERICAINE 

Il n'est pas facile d'exagérer, tant ils sont grands 
en eux-mêmes, les mérites et les avantages de l'or- 
ganisation paroissiale, telle que l'ont faite la dis- 
cipline de l'Église, là où elle a pu librement s'exer- 
cer, et le zèle des fidèles catholiques. 

Comme la famille est le premier élément de la 
patrie terrestre et de la société civile, ainsi la pa- 
roisse est la première organisation religieuse de la 
patrie spirituelle, de l'Église. Elle aussi est une 
famille, et elle doit avoir de celle-ci l'union, le com- 
mun intérêt, le mutuel soutien, l'intime charité. 

Écoutons sur ce sujet la parole dont la justesse 
et l'autorité sont toujours incomparables, la pa- 
role du Souverain Pontife lui-même : 

A notre vénérable Frère Maurice Landrieux, êvêque 
de Dijon. Benoît XV, pape. 

Vénérable Frère, salut et Bénédiction apostolique. 

Dans la lettre pastorale, que vous adressiez ré- 
cemment à vos diocésains, il vous eût été difficile 
de traiter un sujet plus important que celui de la 
vie paroissiale. Les temps ne sont plus, où l'or- 
ganisation de la paroisse était assez florissante pour 
ressembler à une famille ; et, aujourd'hui, en 
maintes contrées, on en est venu à ce point que le 



14 SAINT-MATHIEU 

pasteur connaît à peine ses brebis et les brebis 
n'entendent à peu près jamais la voix de leur pas- 
teur. Dans quelle proportion l'Église en a souf- 
fert, combien elle en souffre aujourd'hui, on le re- 
connaît clairement aux conséquences : les brebis 
sont dispersées, les forces catholiques sont éner- 
vées, les mœurs chrétiennes ont subi un tel fléchis-, 
sèment, aggravé soit par la diminution de la foi, 
soit par l'attirance malsaine de si nombreux vices 
et par les appâts du péché, qu'il est à peine possible 
de retrouver quelque vestige de leur ancienne 
beauté. 

Il faut donc revenir au point d'où l'on est parti ; 
il faut que la paroisse soit rétablie de manière que 
la multitude des croyants n'aient qu'un cœur et 
qu'une âme ; que la paroisse soit l'honneur du 
pasteur, qu'au milieu de son peuple, il soit réelle- 
ment comme un père au milieu de ses enfants et 
que son autorité prévoyante étende à tout sa solli- 
citude. Les conséquences heureuses de cette situa- 
tion seront d'abord que non seulement les brebis 
recevront de leur pasteur le pain de la doctrine et 
des sacrements, mais encore qu'elles trouveront 
sous son gouvernement leur direction, qu'elles se- 
ront soutenues de ses conseils, édifiées de ses exem- 
ples et affermies dans le bien. 

Les relations des fidèles entre eux seront alors 
telles que l'un ne saurait être touché sans que les 
autres ne se sentent atteints. Quant à ce qui re- 
garde le bien de la communauté, Nous voulons dire 
les institutions, les œuvres qui, sous des appella- 
tions variées, sont multiples dans toutes les pa- 
roisses bien organisées, que chacun s'y intéresse 
et que, guidé par la piété filiale, chacun y apporte 
de plein gré son concours quand il le voit néces- 
saire. 



DE CENTRAL FALLS 15 

Vous êtes dans le vrai, quand vous écrivez que 
d'après l'histoire du passé comme selon les prévi- 
sions de l'avenir, l'Église de France, après tant et 
de si lamentables bouleversements, ne saurait voir 
s'ouvrir devant elle qu'une seule voie de prospé- 
rité : donner aux paroisses leur constitution nor- 
male, et, dès que surtout il sera permis de jouir des 
bienfaits d'une paix si désirée, se préoccuper de 
rappeler les fidèles à la discippline paroissiale, y 
mettre tous ses soins pour ramener une restaura- 
tion des beaux jours du christianisme et paralyser 
les forces ennemies. 

Ces pensées répondent pleinement aux Nôtres : 
c'est pourquoi Nous souhaitons que tous les évê- 
ques de France donnent à leur peuple les mêmes 
directions et les mêmes enseignements que vous 
donnez. Nous sommes persuadé, en effet, que 
leurs Églises reviendront à leur antique splendeur, 
quand ils auront rendu aux paroisses leur forme 
première et leur organisation d'autrefois. 

Comme gage des faveurs célestes et en témoi- 
gnage de notre bienveillance, Nous vous accordons 
de tout cœur, dans le Seigneur, la Bénédiction apos- 
tolique, pour vous. Vénérable Frère, pour tout 
votre clergé et tout votre peuple. 

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 14 
avril 1917. 

BENOIT PP, XV. 



Ainsi donc, d'après le Chef de l'Église, il est dif- 
ficile, même pour un évêque, de trouver un sujet 
plus important à traiter que celui de la vie parois- 
siale : c'est de la bonne organisation paroissiale 
que dépend la conservation de la foi et des mœurs 
chrétiennes ; c'est du rétablissement de la disci- 



16 SAINT-MATHIEU 

pline paroissiale que le Pape attend la restaura- 
tion des beaux jours du christianisme. 

Les évêques et le clergé des États-Unis ont donc 
raison d'employer le meilleur de leur zèle et de leur 
activité à établir et à organiser de solides et floris- 
santes paroisses, qui ont plus d'une fois, dans leur 
bel ensemble, excité l'admiration et provoqué les 
louanges des écrivains et des voyageurs européens. 

Au point de vue spirituel, la paroisse américaine 
des États-Unis ne diffère pas substantiellement 
des paroisses des autres pays d'Europe ou d'Amé- 
rique. Depuis le premier siècle de l'ère chrétienne, 
la paroisse catholique est partout celle qu'a définie 
M. l'abbé Lesêtre dans son intéressant ouvrage 
" La Paroisse " (p. 3) : " Un ensemble de fidèles, 
régis spirituellement par une autorité ecclésias- 
tique, se réunissant à certains jours et en certains 
lieux pour prier, se faire instruire et prendre part au 
sacrifice et constituant déjà une petite société reli- 
gieuse dont les membres s'assistent mutuellement." 
Cette assistance mutuelle des membres d'une 
même paroisse existe toujours, sinon au point de 
vue financier ou économique, du moins au point de 
vue intellectuel, moral, social, et la belle lettre de 
Sa Sainteté Benoît XV, que nous avons citée plus 
haut intégralement, n'a pas omis de signaler ce 
point de vue familial et social de la paroisse nor- 
malement constituée. 

C'est plutôt au point de vue temporel ou finan- 
cier, et aussi au point de vue race ou langue que 
la paroisse américaine offre des caractères particu- 
liers, intéressants et utiles à observer. 

Pour fonder et entretenir une paroisse aux 
États-Unis, un curé n'a ni fondation, ni allocation 



DE CENTRAL FALLS 17 

de l'État ou de l'Église diocésaine, ni propriété 
productive, ni même le droit d'imposer une contri- 
bution légalement recouvrable sur ses paroissiens. 
Il n'a, avec la mission et les encouragements que 
lui donne son chef, que son habileté et son zèle ; 
il n'a que la bonne volonté et la générosité de ses 
paroissiens. 

Pour payer l'emplacement de son église, de son 
presbytère, de ses écoles, pour entreprendre la 
construction dispendieuse de ces édifices, pour 
subvenir aux dépenses du culte et se pourvoir des 
ornements, vases sacrés et autres objets absolu- 
ment nécessaires, pour sa propre subsistance, pour 
l'installation temporaire de sa maison et d'une cha- 
pelle provisoire, il n'a que la bonne volonté de ses 
paroissiens, aidée parfois de la générosité de quel- 
ques amis. 

Une telle situation peut avoir ses inconvénients, 
mais elle a aussi de réels avantages. Et le premier 
de ces avantages, c'est qu'elle met en relation de 
tous les jours, en coopération constante, le curé et 
ses paroissiens. C'est un peu à cette nécessité 
d'ordre économique, et aussi au fait que la famille 
paroissiale forme une petite minorité par la langue 
et aussi par la religion dans la population qui l'en- 
toure, qu'il faut attribuer la cordialité, la familia- 
rité respectueuse, qui existe généralement aux 
États-Unis entre le clergé de la paroisse et les pa- 
roissiens. Les curés des paroisses canadiennes des 
États-Unis ont certainement cette qualité du bon 
pasteur de connaître leurs brebis et d'en être con- 
nus. 

C'est là une des bonnes consolations du mi- 
nistère paroissial aux États-Unis, ministère qui a 
bien aussi ses épreuves et ses difficultés particu- 
lières, de donner aux prêtres et aux fidèles des rap- 



18 SAINT-MATHIEU 

ports plus fréquents et plus confiants, en les obli- 
geant les uns et les autres à avoir plus fréquemment 
besoin les uns des autres. 

Aussi il faut voir, avant et après les offices du 
dimanche ou encore dans les réunions récréatives 
au profit de l'église, quelles bonnes effusions 
joyeuses marquent la rencontre du curé et des vi- 
caires avec les fidèles de la paroisse. Comme tout 
le monde, surtout si la paroisse est jeune, s'inté- 
resse au progrès de l'œuvre commune, comme cha- 
cun apporte l'idée, le projet que son zèle a décou- 
verts, en attendant d'apporter les fruits plus sa- 
voureux encore de leur réalisation. 

Cette bonne et confiante intimité fut d'ailleurs 
commandée généralement par la condition des im- 
migrants venus du Canada, qui formèrent les pa- 
roisses canadiennes. Arrivant dans un pays dont 
la langue et l'ambiance les dépaysaient, menant 
d'abord une vie bien modeste, dans leurs étroites 
demeures des centres ouvriers, séparés tout le jour 
les uns des autres par leurs travaux, isolés même 
comme famille et n'ayant pas toujours à proxi- 
mité un voisin de vieille connaissance ni peut-être 
même de même langue, la vie paroissiale, la ren- 
contre à l'église pour assister à des offices comme 
ceux du Canada, pour entendre le prône et le ser- 
mon en français, pour rencontrer le curé, qui s'in- 
téressait aux nouveaux venus, les encourageait dé 
ses conseils et des bonnes relations de travail qu'il 
pouvait leur indiquer, c'était la patrie canadienne 
rappelée, avec l'espérance de celle du ciel rendue 
plus tangible. Quand les nouveaux arrivés pou- 
vaient écrire à leur famille du Canada, quelques 
semaines après leur installation aux États-Unis, 
qu'ils y avaient " toute facilité de faire leur reli- 



DE CENTRAL FALLS 19 

gion et d'élever leurs enfants comme au Canada ", 
ils exprimaient d'un mot, lu et entendu bien des 
fois, ce qu'ils trouvaient dans leur nouvelle patrie 
de meilleur et de plus semblable à celle où restait 
bien attachée une part de leur cœur. 

La paroisse canadienne, c'était la patrie qui 
avait émigré avec les Canadiens, une patrie plus 
petite, plus pauvre, un peu précaire, qu'il fallait 
entourer de plus de générosité et d'assiduités. 

Un autre avantage très appréciable de cette si- 
tuation, c'est que tous les paroissiens, qui ont four- 
ni leur part pour l'établissement de la paroisse, qui 
sont appelés à donner pour chaque amélioration, 
et chaque œuvre nouvelle, s'intéressent davantage 
à leur paroisse et à leurs œuvres. L'homme est 
ainsi fait partout que ce qu'il a payé a plus de va- 
leur à ses yeux que ce qu'il a eu pour rien. 

De là aussi le zèle et l'émulation entre les parois- 
siens et même entre les paroisses. Entre parois- 
siens on rivalise de générosité ou encore d'habileté 
et d'activité, pour donner à la paroisse le plus gros 
secours financier ou pour lui faire cadeau de quel- 
que objet précieux ou grandement utile. Entre 
paroisses et peut-être même entre clergés parois- 
siaux, on a la noble et utile émulation d'avoir les 
sociétés les plus prospères, les plus beaux offices, 
les plus nombreuses assistances, l'état financier le 
moins chargé d'obhgations à rencontrer. 

Tout cela renferme une part d'humain, mais 
une part d'humain qui se tourne assez facilement 
en profits spirituels pour la paroisse et les parois- 
siens. Il n'est pas mal d'ailleurs et il est parfois 
excellent d'intéresser et de faire servir l'humain 
au divin, et il ne faut pas réprouver le côté humain 



20 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 

mêlé au divin, pas plus dans l'église paroissiale que 
dans l'Église universelle. 

Il faut plutôt féliciter le clergé et les fidèles des 
paroisses américaines du zèle humain qu'ils met- 
tent au service de l'œuvre divine de la conservation 
de la foi et des mœurs chrétiennes, de la sanctifica- 
tion des âmes et des générations chrétiennes. Ce 
zèle humain n'exclut pas le zèle apostolique et il ne 
le remplace pas non plus, mais il l'aide et rend le 
bien plus facile. 

Ce n'est pas ici le lieu de faire connaître les for- 
malités et les particularités, civiles ou ecclésias- 
tiques, de l'établissement d'une paroisse aux États- 
Unis, ces détails trouveront leur place plus loin, 
mais c'est peut-être ici le lieu de dire un mot sur le 
problème un peu compliqué, d'ordre civil et d'ordre 
religieux, des paroisses de langue étrangère, (de 
langue autre que la langue anglaise,) que l'Église 
des États-Unis a sagement établies. 



CHAPITRE II 



POURQUOI DES PAROISSES DE LANGUE FRANÇAISE 

La diversité des églises aux États-Unis, répar- 
ties non seulement d'après les principes religieux — 
églises catholiques, églises orthodoxes russes ou 
grecques, protestantes de diverses confessions — , 
mais aussi d'après la race et la langue de ceux qui 
les fréquentent — églises de langue anglaise, fran- 
çaise, polonaise, allemande, italienne, syrienne — 
peut paraître une anomalie à l'observateur étran- 
ger qui arrive dans ce pays, sachant que la langue 
générale et officielle est l'anglais. 

Les citoyens des États-Unis, même les plus ré- 
cemment arrivés au pays, ne prétendent pas se ré- 
partir en groupes distincts par la langue ni dans la 
politique, ni dans les professions libérales, ni dans 
la finance, ni dans l'industrie, ni dans le commerce, 
ni dans aucime manifestation de la vie civile. Au 
contraire tous font profession et, pour la plupart, 
très sincèrement, de n'avoir d'autre citoyenneté que 
la citoyenneté américaine, tous aspirent à se mêler 
absolument au grand tout américain. Pourquoi 
donc ce particularisme distinctif sur le terrain reli- 
gieux ? Pourquoi dans l'Église ou mieux dans l'é- 
glise cette démarcation au point de vue de la 
langue ? 

Cette question, ou cette objection doit être biea 
précisée, pour être comprise exactement et pour 



22 SAINT-MATHIEU 

ne pas soulever les préjugés qu'elle soulèverait, si 
elle était mal comprise. Et pour la bien préciser, 
il suffit d'insister sur ce point que cette démarcation 
n'est point faite au point de vue national ni au 
point de vue race, mais au seul point de vue langue. 

Les États-Unis, qui reconnaissent la liberté de 
toutes les religions et n'en favorisent officiellement 
aucune, ne peuvent voir d'un mauvais œil qu'il y 
ait chez eux plusieurs religions, plusieurs Églises. 
Tant que ces Églises respectent les lois communes 
et l'ordre public, il importe peu à l'État et au gou- 
vernement des États-Unis qu'elles pratiquent tel 
ou tel rite, qu'elles se servent d'une langue vivante 
ou d'une langue morte. Cela regarde la régie in- 
térieure de ces Églises. 

Par ailleurs, le peuple américain, qui garde et a 
toujours gardé ses sympathies à la France, ne voit 
certainement pas d'un mauvais œil que des citoyens 
américains ou même des étrangers vivant ou tra- 
vaillant paisiblement aux États-Unis, parlent le 
français dans leurs églises ou dans leurs maisons. 
Il exige une connaissance sommaire de la langue 
anglaise pour accorder la citoyenneté américaine à 
un étranger, et il est en cela dans son droit, mais 
il ne proscrit l'usage d'aucune autre langue. La li- 
berté américaine n'est pas un vain mot ^. 



3. Un journal catholique de langue anglaise, le Freemans de 
New- York, faisait, en août 1917, des observations sur la langue 
française au Canada qui trouvent ici leur place, car elles peuvent 
s'appliquer, en partie, à la conservatioon de la langue française 
aux États-Unis. 

Notons, avant de donner la parole au journal de New-York, que 
la connaissance du français a été trouvée récemment désirable 
et précieuse par le gouvernement américain pour les troupes de 
terre et de mer qui sont allées noblement défendre la civilisation 
et la liberté, en coopération avec l'armée et la âotte française. 

Voici maintenant les paroles du Freemans sur la conservation 
de la langue française au Canada. 

" Puisque le français a une situation légale, il est tout naturel 
que les Canadiens-Français soient attachés au parler de leur chère 



DE CENTRAL FALLS 23 

La même largeur d'esprit, qui a attiré et attaché 
aux États-Unis un grand nombre de citoyens ve- 
nus de tous les pays du monde, laisse aux diverses 
Églises, suffisamment autonomes pour leur régie 
interne, la liberté d'avoir leurs écoles confession- 
nelles paroissiales, où, à l'enseignement de la langue 
officielle du pays, s'allie, en proportions vraiment 
efficaces et jugées suffisantes, l'enseignement d'une 
autre langue à laquelle les parents des enfants ont 
raison de rester attachés. 

Les État-Unis ont leur système d'écoles pu- 
bliques officielles, qui sont neutres au point de vue 
religieux, système auquel ils tiennent encore beau- 
coup. Beaucoup d'Américains, qui ne sont pourtant 
pas catholiques, et qui ne sont pas même protes- 
tants, pour quelques-uns du moins, estiment que 
cette neutralité est funeste aux jeunes générations 
américaines, auxquelles elle enseigne à mépriser 
pratiquement toute religion surnaturelle et aux- 
quelles elle laisse une latitude morale excessive. 



vieille France. A ce sujet, nous devons dire qu'ils parlent le 
vrai français et non pas un patois. Leur langue est la langue des 
découvreurs du Canada, des pionniers et des missionnaires, la 
langue de ces grands hommes qui ont illustré son histoire jusqu'à 
la conquête de 1760 et qui depuis ont combattu le bon combat 
pour garder intact le trésor de l'idéal franco-canadien. Ils l'aiment 
à cause de sa beauté intrinsèque, de sa magnifique littérature, 
de son mérite particulier comme moyen de communication puis- 
qu'elle est la langue de la diplomatie internationale. Enfin, ils y 
tiennent jalousement parce qu'elle est pour eux, le meilleur moyen 
de se grouper, d'établir de nouvelles paroisses, de conserver leurs 
coutumes, leurs institutions et même leur foi. Ils gardent, comme 
des bijoux dans un écrin, les expressions claires, familières et 
toujours aimées de leurs dogmes et de leur morale. Dans la 
langue française, ils trouvent un abondant aliment à leur foi, 
car le français a produit, tout le monde le sait, la plus riche litté- 
rature catholique du monde. Ce qu'il y a de mieux encore, peut- 
être, c'est qu'une communauté de langage favorise les mariages 
entre Canadiens-Français, de sorte qu'ils échappent presque en- 
tièrement à la plaie mortelle de la vie moderne, le mariage mixte. 
En conséquence la religion trouve dans le français un soutien et 
une sauvegarde. 



24 SAINT-MATHIEU 

L'école neutre américaine ne donne pas tous les ré- 
sultats qu'on en attend, au prix de grands sacri- 
fices pécuniaires, et elle en donne d'autres que l'on 
n'attendait pas. 

Aussi beaucoup de bons esprits ont-ils suggéré 
de changer le système, en mettant sur le même 
pied, en face de l'allocation gouvernementale, les 
écoles neutres et les écoles confessionnelles. 

En attendant cette importante mais difficile ré- 
forme, qui sera peut-être lente à venir, les écoles 
confessionnelles paroissiales, comme les établisse- 
ments catholiques d'enseignement moyen et d'en- 
seignement supérieur, répondent à un besoin d'ab- 
solue nécessité, et rendent les meilleurs services, 
non seulement à l'Église mais aussi à l'État. 

Dans ses grands conciles nationaux de Baltimore. 
l'Église américaine a prescrit avec insistance l'éta- 
blissement des écoles catholiques paroissiales. 
Les évêques américains encouragent ces écoles de 
leur zèle et de leur surveillante sollicitude. Les 
curés ont à cœur de les maintenir, malgré les sacri- 
fices qu'elles exigent des paroisses et des familles. 
Avec raison, le clergé et les fidèles catholiques des 
États-Unis estiment qu'une paroisse n'est digne 
de compter et n'est en état de remplir sa belle mis- 
sion que si elle possède ses écoles paroissiales. L'é- 
cole paroissiale est comme l'annexe obligée de la 
chapelle ou de l'église, et la connexité des relations 
intellectuelles, morales et religieuses qui existent 
entre l'une et l'autre, est souvent exprimée par le 
fait, d'occurrence fréquente, que le même toit, les 
mêmes murs, abritent l'une et l'autre. Même au 
point de vue construction matérielle, l'école est l'an- 
nexe de l'église, la chapelle est dans l'école. 

Ce fait dit aux Américains, dans un langage réel, 
qu'ils comprennent bien, la double estime que les 



DE CENTRAL FALLS 25 

catholiques conservent pour la religion et pour 
l'instruction, qu'ils ne peuvent séparer. Et l'es- 
prit large des Américains en est plutôt favorable- 
ment impressionné. Ils voient là un gage de mora- 
lité, d'ordre social, de progrès américain. 

Voient-ils d'un aussi bon œil la conservation 
dans l'école paroissiale d'une autre langue, ensei- 
gnée conjointement avec l'anglais ? 

A cette question nous pouvons répondre encore 
affirmativement, du moins quand il s'agit de la 
langue française. 

Certes, si cette conservation de la langue fran- 
çaise avait pour but ou pour résultat d'entretenir 
un esprit national opposé ou indifférent au patrio- 
tisme américain, elle porterait ombrage à certains 
éléments de la population yankee, même en s'al- 
liant à l'enseignement dominant de l'anglais. Mais 
l'on sait généralement la vérité, facilement recon- 
naissable d'ailleurs, que la conservation du fran- 
çais dans la famille, à l'église et dans l'école pa- 
roissiale n'a rien d'un particularisme opposé en 
quoi que ce soit à l'idéal ou au plus loyal patrio- 
tisme américain. Au contraire, les libertés lais- 
sées ici à l'esprit familial et au respect de tradi- 
tions aussi bienfaisantes qu'honorables, attachent 
plutôt à la patrie américaine les divers éléments 
ethniques dont se forme la population américaine. 
Les esprits dirigeants le savent, et ils sont plutôt 
fiers de voir tourner au profit du civisme améri- 
cain l'attachement gardé par les nouveaux venus 
et par les divers groupes d'origine différente, à 
leurs plus intimes et leurs plus religieuses tradi- 
tions. Les Américains sont fiers de voir ces élé- 
ments étrangers choisir chez eux leur patrie d'a- 
doption, tout en gardant comme leur plus précieux 
héritage, pour le bien commun de tous, leur langue 



26 SAINT-MATHIEU 

et leur foi, le meilleur de leur civilisation. Leur 
bon sens pratique très exercé leur a vite fait com- 
prendre ce que l'expérience leur a enseigné : plus 
un citoyen a de religion et d'attachement aux 
bonnes traditions de ses ancêtres, meilleur il est 
pour la patrie américaine. Ce ne sont pas des sans- 
patrie ni des renégats de leurs familles et de leurs 
traditions que les Américains aiment voir affluer 
chez eux. Ils ont par ailleurs assez confiance dans 
la beauté et la justice de leur idéal américain pour 
ne pas songer à l'imposer de force. 

Il faut dire aussi, à l'honneur de l'Église améri- 
caine, que les évêques, malgré les difficultés pra- 
tiques que comportent fatalement la division des 
paroisses d'après la diversité des langues, ont loya- 
lement reconnu la nécessité de ce genre de division 
pour la conservation de la foi et le maintien de la 
vie paroissiale. Sans se laisser arrêter par la dif- 
ficulté de trouver des prêtres et des ressources, ils 
ont compté sur la Providence, sur le zèle du clergé, 
sur la générosité des fidèles et aussi sur les abon- 
dantes ressources d'un pays très prospère au point 
de vue temporel. Et partout, à mesure que les 
immigrants catholiques arrivaient de tous les pays, 
la multiplication des Langues s'opérait en leur fa- 
veur dans toute l'Église américaine. 

Il est vrai que l'organisation des paroisses où 
se groupèrent et se groupent encore les Américains 
d'origine canadienne-française offrait moins de 
difficultés, soit au point de vue du recrutement du 
clergé, le Canada voisin et les familles canadiennes 
fournissant un nombre assez considérable de prê- 
tres, soit même au point de vue de l'organisation 
temporelle, les Canadiens ayant été de tout temps 
habitués à fournir suffisamment et régulièrement. 



DE CENTRAL FALLS 27 

pour l'entretien de leur clergé et de leurs églises. 
Il faut bien constater aussi que ce groupement 
paroissial, formé d'après la langue et la nationalité 
d'origine, donnait aux paroisses un certain cachet 
familial qui rendait la bonne entente plus facile, 
qui enlevait bien des causes de froissements et qui, 
en même temps, activait une généreuse émulation 
entre les paroisses aussi bien qu'entre les familles. 
Il n'est pas défendu d'employer d'honnêtes moyens 
humains pour promouvoir le zèle en faveur de la 
religion et des œuvres religieuses. 

Ainsi il faut bien reconnaître que l'admission de 
la langue maternelle et son enseignement dans 
l'école paroissiale n'a pas nui, bien au contraire, 
à l'école séparée catholique. Comme la crainte de 
voir leurs enfants oublier la langue de la famille 
à l'école publique s'ajoutait naturellement à la 
crainte de les y voir recevoir un enseignement sans 
religion, ainsi l'assurance de voir leur foi et leur 
langue enseignées ensemble dans l'école paroissiale 
leur donne le courage de supporter l'augmentation 
de dépenses que requiert cette école. Même sur ce 
terrain de l'école, l'Église américaine a bien servi 
les intérêts de la religion en se montrant bienveil- 
lante envers la langue maternelle de ses divers 
groupes ethniques. Il ne faut pas en effet oublier, 
même dans les libres pays des États-Unis et du 
Canada, que l'attachement à l'Eglise et à la vie 
catholique, nécessite des sacrifices temporels va- 
riés, dont on pourrait s'exempter en ne professant 
plus le catholicisme. Il n'est donc pas inutile de 
mettre en harmonie avec les intérêts spirituels les 
intérêts et les goûts particuliers des familles, il 
n'est pas inutile de donner aux familles catholiques 
deux bons motifs, au lieu d'un seul, de soutenir gé- 



28 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 

néreusement de leurs sacrifices leurs écoles catho- 
liques bilingues. 

Il y aurait encore beaucoup à écrire ici pour 
faire connaître les avantages et le fonctionnement 
de la paroisse américaine et de son école parois- 
siale. La suite de ces pages complétera ce que nous 
venons très sommairement d'indiquer, en autant 
du moins que sont concernées les paroisses de 
langue française dont les paroissiens sont d'origine 
canadienne. 



CHAPITRE III 



LA PAROISSE SAINT-MATHIEU : SITUATION, PRO- 
PRIETES, POPULATION 

Avant de faire connaître les origines, l'organisa- 
tion et les développements de la paroisse Saint- 
Mathieu, il sera utile d'en indiquer la situation 
géographique et de jeter un coup d'œil rapide sur 
la population qui la composait à son origine, il y 
a dix ans, et qui est encore à peu près la même, aug- 
mentée. Une fois ces premières notions connues, 
il sera plus facile de connaître le travail et les mé- 
rites de ceux qui l'ont faite et organisée et d'ap- 
prendre les résultats de leurs laborieux efforts. 

La ville de Pawtucket, dont Central Falls n'est 
qu'une annexe, et qui touche par son extrémité sud- 
ouest aux limites de Providence, capitale du 
Rhode Island, est située dans la vallée de la rivière 
Blackstone, qui verse ses eaux à l'océan dans la 
baie de Narragansett, au fond de laquelle est la 
jolie ville de Providence. D'un sol sablonneux 
assez pauvre, cette vallée, légèrement mais conti- 
nuellement accidentée, doit sa richesse industrielle 
aux nombreux pouvoirs d'eau que lui fournissent 
les eaux un peu sombres de sa rivière. 

Pawtucket et Central Falls, desservis aujour- 
d'hui par une même gare du chemin de fer " New 
York, New Haven and Hartford ", ont l'avantage 
de se trouver au confluent des deux grandes lignes 



30 SAINT-MATHIEU 

de chemin de fer qui relie Boston et Worcester à 
New York. Ce sont deux villes — la première de 
25,000 et la seconde de 60,000 — d'abord indus- 
trielles et ensuite, conséquemment, commerciales. 

C'est dire que la population des deux villes est 
surtout une population otivrière, vivant générale- 
ment à l'aise, quoique modestement. 

Les paroisses de langue française sont au nombre 
de cinq. Ce sont : Notre-Dame du Sacré-Cœur, 
S. -Jean-Baptiste, N.-D. de la Consolation, Saint- 
Mathieu et Sainte-Cécile. Les paroisses de langue 
anglaise sont : La Sainte-Trinité, Ste-Marie, S.- 
Joseph, le Sacré-Cœur, St-Edouard. et St-Léon. 
Il y a aussi une église polonaise, St-Joseph, et une 
église grecque syrienne, S. -Basile. 

Le territoire de la paroisse Saint-Mathieu, formé 
à même la paroisse Notre-Dame, est situé au nord- 
ouest de celle-ci et aussi à l'extrémité nord-ouest de 
la ville. La partie habitée de ce territoire, oii la 
population était et est encore très inégalement ré- 
partie, a un peu la forme d'un triangle, aux côtés 
assez échancrés, et les édifices paroissiaux sont si- 
tués au sommet de ce triangle, et sur un terrain qui 
est lui-même parfaitement triangulaire. 

Les dimensions de ce terrain sont les suivantes : 
côté ouest, ou plus exactement nord-ouest, sur 
l'avenue Lonsdale, 457 pieds ; côté est, ou plus 
exactement nord-est, sur la rue Dexter, 461 pieds, 
côté sud sur la rue West Hunt, 511 pieds. Toute 
la propriété est inclinée vers le sud. L'école-cha- 
pelle, avec façade principale regardant le nord, oc- 
cupe le sommet de ce triangle, ce qui lui assure l'a- 
vantage d'avoir, outre les portes du portique prin- 
cipal donnant sur un coin de verdure, à travers le- 
quel sont ouvertes des allées pavées en asphalte, 
deux portes latérales, l'une sur la rue Dexter et 



DE CENTRAL FALLS 31 

l'autre sur l'avenue Lonsdale, portes donnant ac- 
cès à deux larges escaliers bien éclairés et condui- 
sant à la chapelle et aux classes. Le côté sud, un 
peu en contre-bas, a une porte, à l'étage du rez- 
de-chaussée, ouvrant de plein-pied sur la salle des 
conférences et des représentations. 

Cette construction, pour laquelle on a avanta- 
geusement tiré parti de la pente du terrahi, offre 
de tous les côtés un ensemble à la fois élégant et 
solide. 

C'est une magnifique bâtisse de style renaissance 
italien, construite en briques jaunes d'une teinte 
très chaude et suffisamment claire, avec bordure 
de granit gris aux portes et aux fenêtres. Les plans 
et devis ont été faits par les architectes distingués 
Fontaine et Kinnicut, de Woonsocket. La maison 
a deux étages complets avec un rez-de-chaussée 
ayant les dimensions d'un étage du côté sud, ainsi 
qu'une mansarde, sous la coupole et le toit incliné, 
servant pour les réunions de sociétés et ayant 
même servi de chapelle, pendant plusieurs mois. 
Cette salle dans la mansarde mesure encore 62 
pieds par 90. 

Toute la construction, dans son ensemble, a 117 
pieds de long et 65 de large, et sa hauteur mesurée 
de la base jusqu'au sommet de la croix dominant 
la petite coupole qui couronne le centre de l'édi- 
fice, est de 92 pieds. 

Le rez-de-chaussée de ce bel édifice renferme 
d'abord une salle de conférences et de représenta- 
tions, de 61 pieds de large et 56 de profondeur, où 
l'on a placé de jolis sièges pour plus de 600 per- 
sonnes. La scène de cette salle est suffisamment 
grande pour les représentations ordinaires et les 
réceptions d'honneur. A part cette salle, son 
théâtre et les vestiaires ouvrant sur les coulisses, 



32 SAINT-MATHIEU 

le rez-de-chaussée contient aussi, avec les four- 
naises chauffant tout l'édifice, les salles de toilette 
requises pour l'école. 

La chapelle, tenant lieu d'église paroissiale, oc- 
cupe tout le premier étage, où elle a vraiment belle 
apparence. C'est une grande salle régulière haute 
de 12 pieds, longue de 90 et large de 54, oii des bancs 
d'église fixes et paraissant fort bien, peuvent faire 
asseoir 850 personnes. Avec ses verrières aux 
teintes douces et suffisamment transparentes, où 
sont représentés de pieux emblèmes et qui l'éclai- 
rent de trois côtés, avec son orgue harmonieux, 
bien suffisamment puissant pour le local, avec ses 
trois autels et son sanctuaire qui sont ornés avec 
un goût sobre, qui n'est pas la pauvreté ni le faux 
brillant, la chapelle Saint-Mathieu est propre, 
pieuse, recueillie, intime. On aime à y prier aux 
heures solitaires, comme aux heures des offices ; 
les cérémonies du culte y sont toujours accomplies 
avec dignité et piété, dans le décor d'un ensemble 
bien ordonné. 

Avec sa double porte ouvrant sous le portique 
principal, du côté nord, avec ses larges portes laté- 
rales, la chapelle Saint-Mathieu offre, en outre de 
son bel aspect intérieur et extérieur, l'avantage 
pratique de laisser la foule circuler très rapide- 
ment, soit à l'entrée, soit à la sortie. 

Les deux portes latérales de la chapelle ouvrent 
chacune sur l'un des deux escaliers placés aux ex- 
trémités est et ouest de la bâtisse et conduisant au 
rez-de-chaussée ainsi qu'aux classes et à la man- 
sarde. 

Placées dans l'étage au-dessus de la chapelle, les 
salles de classes sont au nombre de six mesurant 
chacune 25 par 30 pieds, et sont aussi bien amena- 



DE CENTRAL FALLS 33 

gées que parfaitement éclairées par de larges fe- 
nêtres et ventillées. 

Tout l'intérieur est fini en pin dur de la Caro- 
line du Nord pour les boiseries ; les planchers sont 
en bois d'érable et les portes en frêne. 

Tel est, dans son ensemble et dans ses détails, la 
principale construction de la jeune paroisse Saint- 
Mathieu. A proximité de cette école-chapelle se 
trouve un élégant presbytère à deux étages avec 
mansarde, construit en bois, et aussi une maison 
de même style et de proportions équivalentes ser- 
vant de couvent ou de résidence aux bonnes reli- 
gieuses de Sainte-Anne de Lachine, qui enseignent 
dans l'école paroissiale. L'ensemble de ces cons- 
tructions, bien dégagées de tous côtés et bien ex- 
posées à la lumière, laisse deviner, par l'espace as- 
sez grand laissé vacant, l'emplacement de la fu- 
ture église qui sera construite au sud de l'école- 
chapelle et de style s'harmonisant avec celle-ci. 
Cet ensemble est agréable à l'œil, comme à l'intel- 
ligence qui en mesure l'utilité et la bienfaisance. 



CHAPITRE IV 



LES FONDATEURS DE LA PAROISSE SAINT-MATHIEU 

Connaissant sommairement le site et l'installa- 
tion matérielle de la paroisse Saint-Mathieu, le 
lecteur aimera sans doute à connaître les principaux 
auteurs, ceux que l'on appellera les fondateurs de 
cette paroisse. Et dans cet ordre d'idées ou de 
connaissances, il faut d'abord considérer au premier 
plan Mgr l'évêque de Providence qui a donné à la 
nouvelle paroisse son existence canonique et juri- 
dique, son premier curé, et même le nom de son 
propre patron, saint Mathieu. 

I. MGR HARKINS, ÉVÊQUE DE PROVIDENCE 

Mgr Matthew Harkins est, depuis longtemps, 
un des évêques les plus en vue et les plus estimés 
de tout l'épiscopat américain. Évêque de Provi- 
dence et de tout l'État du Rhode Island, et d'une 
partie du Massachusetts avant l'érection du dio- 
cèse de Fall River, depuis plus de trente ans, le 
vénérable Mgr Harkins mérite le respect et l'affec- 
tion du clergé, des fidèles et des citoyens, non seu- 
lement par son bel âge et sa belle carrière, mais plus 
encore par l'esprit de zèle et de justice qui a pré- 
sidé aux actes de son administration. Les catho- 
liques d'origine canadienne-française, qui sont en 
nombre considérable dans le diocèse de Providence 
et le clergé de même origine doivent à Mgr Harkins 




Sa GRANDEru Mciit Hakkins 
Evêque de Providence 



DE CENTRAL FALLS 35 

la fondation de plus de vingt-cinq paroisses franco- 
américaines. 

S. G. Mgr Matthew Harkins est né à Boston, 
sur la paroisse St. James, en 1847. Il commença 
ses études classiques très jeune au " Boston latin 
school " et les cont'nua à Worcester, au collège 
des Jésuites de Holy Cross. Il fit ses études théolo- 
giques et son grand séminaire au Collège anglais 
de Douai, puis à Saint-Sulpice de Paris, où il fut 
ordonné prêtre le 22 mai 1869. Après son ordina- 
tion sacerdotale, il compléta ses études théolo- 
giques à Rome, à la source même de la science et 
de la tradition catholiques. 

Revenu au diocèse de Boston, il y exerça pen- 
dant quelque temps les fonctions de vicaire et fut 
ensuite nommé curé à la paroisse de l'Immaculée- 
Conception de Salem. De là il passa à la cure de 
St-Malach e d'Arlington, où il demeura huit ans. 
Mgr Williams le promut ensuite à l'importante pa- 
roisse de St. James de Boston, dont Mgr Williams 
lui-même avait été curé, et où Mgr Harkins avait 
rempli, dans son enfance, les fonctions d'enfant de 
chœur. 

Le premier soin de Mgr Harkins nommé curé de 
St. James, en 1884, fut d'y établir des écoles parois- 
siales, pour lesquelles il lut recueillir de généreuses 
souscriptions. Un an après, en 1885, la confiance 
de son vénérable archevêque le nommait son con- 
seiller, et deux ans après, en 1887, le curé de St. 
James était nommé évêque de Providence. Il fut 
consacré le 14 avril 1887. 

Tous ceux qui ont connu, dès cette époque et 
depuis, la belle et digne figure épiscopale de Mgr 
Harkins, sont unanimes à louer non seulement la 
dignité de sa vie, mais aussi son zèle éclairé et éner- 
gique pour l'accroissement de toutes les œuvres 



36 SAINT-MATHIEU 

catholiques d'enseignement, d'assistance, de cha- 
rité. 

Ce zèle vraiment catholique a gardé toute son 
énergie et l'on sait avec quelle courageuse activité 
il s'emploie actuellement à doter le diocèse de Pro- 
vidence d'un grand collège catholique, auquel toutes 
les paroisses doivent contribuer, et qui sera confié 
aux RR. PP. Dominicains. Mgr Harkins veut 
compléter par ce collège la série des œuvres qu'il 
a fondées pendant sa belle et féconde carrière et 
que nous allons brièvement signaler. 

La plupart des paroisses du diocèse de Provi- 
dence ont leurs écoles paroissiales florissantes et le 
zèle de Mgr Harkins s'est en outre consacré à la 
fondation d'hospices pour les pauvres et les vieil- 
lards, d'orphelinats et d'hôpitaux, qui témoignent 
que la sollicitude de l'évêque n'a rien oublié de ce 
qui peut soulager les misères spirituelles et tempo- 
relles des populations de son diocèse. Ainsi des 
milliers de patients, catholiques et non catholiques, 
sont traités chaque année à l'hôpital Saint-Joseph 
fondé, il y a vingt-cinq ans, par les soins de Mgr 
Harkins. L'asile S. Vincent de Paul, une autre des 
œuvres bienfaisantes de l'évêque actuel de Provi- 
dence, abrite, et entretient 150 enfants qui y vivent 
habituellement. Il faut mentionner encore le sana- 
torium de Hillsgrove pour les tuberculeux, ouvert 
en 1904, l'hospice du Bon-Pasteur fondé la même 
année et le " Home des Jeunes travailleurs ", qui 
rend de si précieux services à la classe ouvrière. 

Bien que diminué par l'érection du diocèse de 
Fall River en 1904, le diocèse de Providence a con- 
sidérablement progressé sous l'active et prévoy- 
ante administration de S. G. Mgr Harkins. Le 
diocèse compte aujourd'hui plus de 225 prêtres, 
88 paroisses, 20 missions, 3 académies pour jeunes 



DE CENTRAL FALLS 37 

gens, 5 pour jeunes filles, 32 écoles paroissiales fré- 
quentées par plus de 20,000 enfants, 2 orphelinats 
qui abritent 570 orphelins, 2 hôpitiaux oii l'on re- 
çoit annuellement environ 18,000 patients, une 
école industrielle et d'autres œuvres de moindre 
notoriété. La population catholique du diocèse 
dépasse 275,000 âmes. 

Telles sopit les œuvres extérieures les plus en vue 
de l'évêque remarquable auquel la paroisse Saint- 
Mathieu doit l'existence. Ce n'est pas ici le lieu de 
mentionner les œuvres purement spirituelles d'édi- 
fication et de sanctification des âmes opérées par 
un évêque pieux et zélé, qui n'a pas seulement 
prêché en parole la piété, le zèle et la régularité, 
mais qui en a constamment donné l'exemple. 

II. LE RÉVÉREND M. JOSEPH-ALFRED LALIBERTÉ 

Si S. G. Mgr Harkins est le premier fondateur de 
la paroisse Saint-Mathieu, à laquelle il a permis 
qu'on donna son nom, c'est sans doute parce qu'il 
lui a donné l'érection canonique et a dirigé tout 
ce qui a été fait pour sa fondation, mais c'est sur- 
tout parce qu'il lui a donné un curé actif, prudent 
et pieux, digne en tout de la confiance de son évê- 
que, digne aussi de la belle œuvre qu'il allait ac- 
complir au milieu de circonstances diverses, qui 
ne la rendaient pas absolument facile. 

M. l'abbé Joseph-Alfred Laliberté est le premier 
curé et le fondateur de la paroisse Saint-Mathieu, 
et Saint-Mathieu est aussi la première cure à la- 
quelle aient été appelés à se donner le zèle pieux et 
le savoir-faire de M. le curé Laliberté. Il est à pré- 
sumer, pour qui connaît le curé et la paroisse, que 
Saint-Mathieu n'oubliera pas de sitôt son premier 
curé et que M. Laliberté ne se séparera pas facile- 



38 SAINT-MATHIEU 

ment de sa première paroisse. Dix ans de travail, 
de bonne entente, de progrès dans l'ordre et la 
paix ont noué bien d'étroits et de chers liens entre 
l'âme du pasteur aimé et vénéré, et les âmes aussi 
dévouées qu'afiPectionnées des paroissiens. 

Monsieur le curé Laliberté (Joseph-Alfred) est 
né à Lanoraie, comté de Berthier, province de 
Québec, Canada, le 13 août 1868, de sieur Simon 
Laliberté, capitaine de vaisseau marchand, décédé 
le 1er novem^bre 1916, à l'âge de 86 ans, et de 
dame Odile Vézina, heureusement conservée jus- 
qu'à ce jour à l'affection de son fils, avec lequel 
elle demeure. M. Laliberté fut baptisé à Lanoraie 
par le Rév. M. C. A. Loranger, curé d'alors. 

Après avoir achevé à Lanoraie ses études pri- 
maires avec le succès que lui valurent ses beaux 
talents et son application, M. Laliberté entra, en 
1881, au petit séminaire de Joliette, où il termina 
son cours classique en 1887, en obtenant le diplôme 
de bachelier ès-arts. Élève modèle et de conduite 
absolument régulière, énergique et appliqué au 
travail, le jeune Laliberté se distingua pendant 
tout son cours, et plus particulièrement pendant 
ses deux années de philosophie. Pendant son cours 
de Lettres il remporta, entre autres récompenses, 
le prix Marion, prix d'éloquence française pour 
discours et composition littéraire. Il se vit aussi 
décerner, avec les premiers prix de philosophie, de 
mathématiques, de physique, de chimie et d'éco- 
nomie politique, la médaille d'argent de Léon XIII, 
prix de philosophie, dissertation et argumentation, 
et la médaille de bronze de Lord Lansdowne, pour 
plus hauts succès et plus haut percentage de points 
dans tout son cours, avec conduite excellente. 

En 1887, le 24 août, M. Laliberté recevait la ton- 
sure et entrait au grand séminaire de Montréal, oii 



DE CENTRAL FALLS 39 

il continua de se faire remarquer par sa régularité, 
sa piété et son application au devoir. Le 15 août 
1888, il recevait les ordres mineurs. Il fut ordonné 
sous-diacre le 25 août 1889 et diacre le 20 décem- 
bre 1890. Le 14 mars 1891, il était ordonné prêtre 
et deux jours après, le 16 mars, il était nommé vi- 
caire à Saint-Eustache, où il resta un an. Le 4 
avril 1892, il fut transféré au vicariat de Saint- 
Jean-Baptiste de Montréal. L'état d'une santé 
délicate, compromise par l'excès du travail, obli- 
gea le Rév. M. Laliberté à passer sous un climat 
moins rigoureux, et c'est ainsi que le 30 novembre 
1894, il était nommé vicaire à Sainte- Anne de 
Woonsocket, au diocèse de Providence, où il fut 
dans la suite définitivement attaché le 7 janvier 
1898. M. le curé Laliberté prit son titre de citoyen 
américain à Providence, le 22 octobre 1904. 

Pendant les douze années qu'il passa comme 
vicaire à Woonsocket, M. Laliberté donna de mul- 
tiples témoignages de son zèle, de sa discrétion, de 
son savoir-faire et de son dévoûment. Prédicateur 
à la parole soignée et nourrie de doctrine, prêtre 
assidu à son ministère, directeur de congrégations 
actif et pieux, collaborateur habile et dévoué de 
l'administration temporelle, M. Laliberté fut aimé 
et respecté des paroissiens de Woonsocket, où il 
était très populaire, sans cesser d'être très réservé 
en toutes ses démarches comme en toutes ses pa- 
roles. Tel il fut vicaire à Woonsocket, tel nous le 
retrouvons curé à Central Falls. 

III. LES PAROISSIENS DE SAINT-MATHIEU 

Après, mais avec leur évêque et leur curé, les 
trois cents familles qui furent détachées de la pa- 
roisse Notre-Dame de Central Falls pour former 



40 SAINT-MATHIEU 

la paroisse Saint-Mathieu peuvent aussi et doivent 
même être considérées, à bon droit, comme les fon- 
dateurs de la paroisse. C'est leur esprit d'union 
confiant en la sagesse de leur curé, c'est leur géné- 
rosité constante inspirée par leur foi et par l'amour 
de leur paroisse qui ont véritablement fondé celle- 
ci, en lui fournissant ce qui se rapproche le plus de 
ce qu'on appelait autrefois une fondation, l'argent 
nécessaire pour l'établir et pour l'entretenir. 

Or, si nous repassons im peu la liste de ces fa- 
milles telles qu'elles existaient la première ou la 
deuxième année de la paroisse, on trouve qu'il n'y 
en avait pas une qu'on pût considérer comme riche, 
pas une qui ne vécût de son travail quotidien, et 
presque toutes de leur travail manuel. Braves fa- 
milles que la religion et le travail avaient conser- 
vées courageuses et dont la générosité n'avait be- 
soin que d'être dirigée et organisée pour donner 
sans cesse, ce qui est encore la meilleure manière 
de donner abondamment. On verra plus loin ce 
qu'ont coûté aux paroissiens de Saint-Mathieu le 
terrain et les constructions de leur paroisse, ce que 
leur coûte chaque année l'entretien de leur pa- 
roisse et de leur école. Tous ces subsides sont le 
fruit de leur travail et de leur générosité, le fruit 
aussi de leur attachement à leur église et à leurs 
prêtres, qui savent entretenir, organiser et mettre 
à profit cette bonne générosité. 

De conditions économiques aisées quoique mo- 
destes dans son ensemble, cette population de la 
nouvelle paroisse ne comptait que fort peu de fa- 
milles réellement pauvres. Ainsi si personne n'é- 
tait en état de faire des dons de richards, tous ou 
presque tous pouvaient faire quelque chose pour la 
paroisse, à part la petite contribution du dimanche. 

Il n'est que d'autant plus intéressant, dans ces 



DE CENTRAL FALLS 41 

conditions modestes de fortune, de regarder les ré- 
sultats obtenus, car l'œuvre accomplie est bien, 
à des degrés et avec des mérites divers, l'œuvre de 
tous. Tous ces efforts modestes, dont les uns bien 
humbles, ont pu produire de notables et même 
d'admirables résultats, et ils offrent un exemple 
bien instructif des grands effets qu'on peut obtenir 
sans grandes ressources, pourvu que l'on ait de 
grandes bonnes volontés travaillant avec ensemble 
et harmonie. On a pu voir aussi bien ailleurs, je 
ne crois pas que l'on ait souvent vu mieux. 



CHAPITRE V 



LA NAISSANCE DE LA PAROISSE 

La paroisse de langue française Notre-Dame du 
Sacré-Cœur de Marie de Central Falls étant de- 
venue très nombreuse et les familles appartenent 
à cette paroisse s'étendant sur un vaste territoire, 
dont une portion était assez éloignée de l'église, 
la partie ouest ou nord-ouest de cette paroisse son- 
gea à former une nouvelle famille paroissiale, et 
s'en ouvrit à S. G. Mgr l'évêque de Providence. 

Après avoir mûrement examiné ce projet et en- 
tendu les parties intéressées, IMgr Harkins érigea 
la nouvelle paroisse et lui assigna un curé par un 
document officiel dont voici la traduction : 

Providence, R. I., 13 octobre 1906. 

Mon cher Père Laliberté, 

Je vous nomme curé de la paroisse formée récem- 
ment dans Central Falls et Pawtucket. Elle se 
compose de tous les catholiques dont le français est 
la langue maternelle et qui résident au nord et à 
l'ouest d'une ligne tracée au milieu des rues Arrow 
et Perry, des avenues Hedley et Fuller, des rues 
Summer, Dexter, Congress, Pine, Conant et Weq- 
den et qui appartenaient jusqu'ici à la paroisse du 
Sacré-Cœur de Marie de Central Falls. Vous vous 
occuperez immédiatement d'organiser la paroisse 



SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 43 

et de vous pourvoir de logements nécessaires pour 
l'église et l'école. 

A vous et à votre œuvre, j'envoie la bénédiction 
de votre bien dévoué en N. S. 

Matthew Harkins, 
Evêque de Providence. 

Deux jours après, e 15 octobre 1906, une de- 
mande régulière de charte civile ou d'incorporation 
était présentée aux autorités civiles pour la nou- 
velle paroisse, qui prenait officiellement le nom de 
" Saint Matthew's Church of Central Falls ". 
Cette demande, qui fut accordée le jour même où 
elle fut présentée, était signée par S. G. Mgr Har- 
kins, évêque de Providence, par le T. R. Thomas 
J. Doran, vicaire général, par M. le curé J.-A. La- 
liberté et par deux paroissiens, MM. J.-B. Lali- 
berté et Joseph Saint-Onge. 

Le lendemain, 16 octobre 1906, à sept heures du 
soir, au presbytère de la paroisse Notre-Dame, fut 
tenue la première assemblée régulière des membres 
de la corporation de la nouvelle paroisse. On avait 
à y accepter la charte de la nouvelle paroisse et les 
statuts de la corporation paroissiale en vigueur 
dans le diocèse, dont voici la traduction : 

" Statuts et règlements de V église Saint-Mathieu 
de Central Falls, dans le comté de Provideyice et dans 
VEtat du Rhode Island. 

" A une réunion des administrateurs de l'église 
Saint-Mathieu de Central Falls, tenue à Central 
Falls le 16 octobre de l'an du Seigneur, 1906, les 
statuts et règlements qui suivent ont été adoptés 
à l'unanimité: 

1° Il est par les présentes décrété que les pou- 
voirs corporatifs de cette église seront exercés en 



44 SAINT-MATHIEU 

toutes choses, en conformité avec les principes et 
la discipline générale de l'Église catholique ro- 
maine existant aux États-Unis d'Amérique et en 
conformité avec les statuts disciplinaires du dio- 
cèse de Providence. 

2° L'église est toujours obligée de recevoir 
comme son curé et comme l'un de ses administra- 
teurs tel prêtre que Sa Grandeur l'évêque du diocè- 
cèse ou l'administrateur de celui-ci, pourront y 
nommer de temps en temps ; et chaque fois qu'un 
curé en sera éloigné par ordre de l'évêque ou de 
l'administrateur du diocèse, ce curé cessera d'être 
administrateur de cette église et ne sera plus re- 
connu comme curé. 

3° Les administrateurs de cette église seront : 
un président, un trésorier et un secrétaire ; S. G. 
l'évêque sera ex qfficio président du conseil d'admi- 
nistration ; le trésorier et le secrétaire seront élus 
tous les ans et l'un et l'autre resteront en office 
jusqu'à ce qu on leur élise un successeur. 

4° Pour toute réunion régulière du conseil d'ad- 
ministration, il suffira d'avoir un quorum de la 
majorité des administrateurs, l'un d'eux étant un 
laïque, pour l'expédition des affaires ; mais en 
toute matière concernant la vente ou l'hypothèque 
de propriétés de l'église, ou encore l'endettement 
de l'église pour un montant dépassant cinq cents 
dollars, les décisions de ce quorum devront, pour 
être valides, être confirmées de l'approbation écrite 
de l'Évêque ou de l'administrateur du diocèse. 

5° Les assemblées régulières auront lieu aux 
jours que le conseil pourra lui-même déterminer. 
Des réunions spéciales pourront être convoquées 
en tout temps par l'Évêque, le Vicaire général ou 
le curé. 

6° Le trésorier tiendra les comptes réguliers de 



DE CENTRAL FALLS 45 

toutes les recettes et de toutes les dépenses de l'é- 
glise, lesquels comptes seront en tout temps acces- 
sibles à l'inspection d'aucun des administrateurs. 
Les comptes du trésorier seront examinés par deux 
membres du conseil d'administration au moins 
une fois par an et durant le mois de janvier. Chaque 
année, un résumé de ces comptes avec un tableau 
de l'actif et du passif de l'église sera préparé et im- 
primé ou écrit pour l'information de la paroisse et 
porté à sa connaissance. Une copie devra en être 
donnée à S. G. Mgr l'Évêque. 

7 ° Le curé aura la garde des livres, papiers ainsi 
que du sceau de la corporation paroissiale. Le se- 
crétaire conservera les minutes des réunions du 
conseil et convoquera les membres aux assemblées 
ordinaires et aux assemblées spéciales. 

8° Les membres du conseil d'administration 
pris isolément ou même réunis plusieurs ensemble 
n'auront ni pouvoir ni autorité pour signer aucun 
billet, aucune obligation, ou aucune autre recon- 
naissance de dettes quelconques, ni de contracter 
aucune dette ou aucun engagement au nom de la 
corporation, excepté pour donner effet à une réso- 
lution spéciale du bureau des administrateurs à ce 
sujet, enregistrée dans ses minutes et signée par 
au moins trois des administrateurs, et de plus en 
conformité avec l'article quatre des présents règle- 
ments. 

9° Aucun laïque ne peut être élu membre du 
bureau d'administration s'il n'est le locataire d'un 
banc dans l'église et s'il ne communie au moins une 
fois l'an. 

10° Ces règlements ne peuvent être rappelés, 
changés ou modifiés et aucun règlement addition- 
nel ne peut être adopté, si ce n'est par le vote una- 
nime de tous les membres du bureau. Tout chan- 



46 SAINT-MATHIEU 

gement proposé doit être présenté par écrit et en- 
registré aux minutes. Et le vote sur ce sujet ne 
pourra être pris qu'à la réunion suivante du bu- 
reau." 

Par l'adoption de ces règlements, qui sont inté- 
ressants à connaître pour ceux qui n'ont qu'une 
idée vague de l'état civil et du fonctionnement ad- 
ministratif des paroisses des États-Unis, la pa- 
roisse Saint-Mathieu, née depuis trois jours, com- 
mençait à agir d'après ses propres pouvoirs. Et 
son premier acte fut de décider l'achat du terrain 
triangulaire décrit au chapitre précédent, ovi s'élè- 
vent actuellement les édifices paroissiaux, au prix 
de neuf mille dollars On décida en même temps 
d'emprunter, pour payer ce terrain, la somme de 
huit mille dollars, la paroisse Notre-Dame ayant 
assuré sa petite filiale naissante d'une dote de 
1,000 dollars, pour la consoler un peu d'avoir à 
s'établir sur ce terrain éloigné et peu avantageux. 

Ce triangle de terrain n'offrait pas en effet alors 
l'aspect régulier d'un emplacement aplani, incliné 
vers le sud, tel qu'on le voit actuellement. C'était 
une butte de sable à la surface très accidentée et 
couverte de broussailles et de chênes nains, qui 
allait requérir, avant d'y asseoir aucune construc- 
tion, des travaux de nivellement considérables et 
coûteux, qui ne furent complétés qu'après sept ans. 

A cette même réunion du 16 octobre 1906, mon- 
sieur le curé Laliberté fut élu trésorier de la corpo- 
ration, avec charge et mission d'acheter le terrain 
susdit et de négocier l'emprunt des 8,000 dollars ; 
M. Joseph Saint-Onge fut nommé secrétaire du 
bureau. 

C'est ainsi qu'avant même d'avoir le moindre 
abri pour y entendre la messe et y loger son curé, la 



DE CENTRAL FALLS 47 

paroisse Saint-Mathieu assumait une dette assez 
lourde. Il fallut ensuite louer une maison devant 
servir de presbytère temporaire et de chapelle pour 
y célébrer la messe sur semaine et y conserver les 
Saintes Espèces. Cette maison oii prit naissance la 
petite paroisse, bien pleine de vie et d'espérances, 
était située sur la rue Crossman. Elle existe tou- 
jours et porte le numéro 20. C'est là que l'auteur 
de cette monographie eut le bonheur de connaître 
M. le curé Laliberté et où il fut décidé en principe 
que je deviendrais dans la suite son auxiliaire, 
après les démarches nécessaires et avec les permis- 
sions requises. La maison était modeste, mais pro- 
pre et élégante et très sympathiquement accueil- 
lante. 

De ce premier presbytère, M. le curé Laliberté 
avait libre vue sur le terrain où commençaient les 
premiers travaux de son installation paroissiale, 
mais il était à un bon quart d'heure de la salle du 
gymnase de la paroisse Notre-Dame, qui lui servait 
de chapelle pour les dimanches et les jours de fête 
d'obligation. 

Le lecteur aimera sans doute connaître le bilan 
financier de la nouvelle paroisse pour les trois pre- 
miers mois de son existence de 1906. Le voici : 



Recettes : 

Don de S. G. Mgr Harkins, évêque de Providence $100 . 00 

Don du R. M. J.-A. Laliberté, curé 75.00 

Don du R. M. Alphonse Graton, curé de Saint- 
Jean-Baptiste .50 . 00 

Don de la paroisse Notre-Dame de Central Falls. 1000 . 00 

Soucription des paroissiens 1320.00 

Recette des bancs 679 . 67 

Œuvre des Tabernacles 1 12 . 00 

Concours des enfants 1004 26 

Parties de whist à domicile 49 . 74 

$4390 67 



48 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 



Dispenses i 

Achat du terrain . ^ $9000.00 

Première installation, travaux, autres dépenses . . 2773 . 45 



$11773.45 



Ces chiffres sont bien intéressants. Ils disent 
exactement sur quelles resources peut compter une 
paroisse modeste, naissant aux États-Unis, dans 
nos centres de population originaire du Canada. 

Lorsque nous donnerons plus loin le bilan de 
l'année 1916, on verra, qu'à part les quelques dons 
reçus dans son modeste berceau, la paroisse vit et 
grandit uniquement du zèle et de l'industrie du 
pasteur et des fidèles, du curé aidé de son vicaire 
dévoué, et des paroissiens. 



CHAPITRE VI 



PREMIERE ANNEE 



En rencontrant pour la première fois l'assemblée 
de ses paroissiens, à la première grande messe qu'il 
célébra pour eux dans la salle du Gymnase, M. le 
curé Laliberté avait à envisager une situation qui 
ne manquait pas de sérieuses difficultés. Une grande 
partie de la paroisse nouvelle voulait s'opposer au 
choix du terrain choisi pour y établir les édifices 
paroissiaux. Plusieurs réunions des paroissiens 
avaient même eu lieu, pour donner corps et efiFet 
à cette opposition. 

Aussi presque tous les hommes de la paroisse 
s'étaient-ils réservé d'assister à la dernière messe 
pour entendre les explications de leur curé et pour 
faire ensuite une assemblée de protestation, s'il y 
avait lieu d'en espérer quelque chose d'efficace. 

En face de cette situation embarrassante, le jeune 
mais expérimenté curé de Saint-Mathieu eut l'heu- 
reuse inspiration de faire appel à l'esprit de foi de 
ces bons Canadiens, qui ne sont pas faciles à con- 
duire, mais dont on peut obtenir beaucoup en fai- 
sant appel à leurs bons sentiments, au lieu défaire 
directement opposition à leurs entêtements. 

Prenant donc habilement occasion du lieu où 
ils étaient assemblés pour entendre la messe — une 
salle de théâtre ou de conférences — et oii ils s'a- 
genouillaient avec la même foi que dans leur église 
paroissiale, en face de l'autel et des saints mys- 



50 SAINT-MATHIEU 

tères, M. le curé Laliberté leur dit qu'il reconnais- 
sait heureusement à ce signe leur esprit de foi, qui 
sait s'attacher à la religion, indépendamment des 
circonstances de lieu et même de temps où cet 
attachement doit se manifester. 

Cet esprit de foi, comme aussi l'activité et l'in- 
térêt dont ils font preuve pour s'occuper de leur 
paroisse et de leur installation paroissiale, donnent 
confiance au curé, qui n'a d'autre programme en 
venant à eux que celui du Maître qui l'envoie : 
passer parmi eux en faisant le bien. 

Pour les questions d'ordre pratique et tempo- 
rel, le nouveau curé déclara vouloir étudier la situa- 
tion et s'entendre avec ses paroissiens dont il con- 
naît l'esprit de foi, et aussi l'esprit de soumission, > 
qui doit en découler, pour les dispositions prises, 
parce que jugées les plus sages ou les seules pos- 
sibles, par l'autorité épiscopale. Nous examine- 
rons donc ensemble tout ce qu'il y a à faire pour 
l'installation de votre paroisse, mais une chose 
reste en dehors et au-dessus de toute discussion : 
c'est la décision émanée de l'autorité ecclésias- 
tique touchant le site de votre église. Je compte 
sur votre esprit de foi pour accepter cette décision 
et pour l'accepter généreusement. Je compte sur 
votre générosité et voici ce que je lui demande : 
vous êtes 300 familles et le terrain acheté pour 
votre paroisse peut être divisé mentalement en 
300 lots, lots figuratifs ou imaginés, de 30 dollars 
chacun. Je demande à chaque famille de payer un 
lot en souscrivant $30 pour le payer et je vous con- 
voque en assemblée à tenir à l'issue de la messe 
pour examiner cette proposition. 

Inspirée par l'esprit de foi et faisant appel à l'es- 
prit de foi, cette tactique habile fut assez eflBcace 



DE CENTRAL FALLS 51 

pour changer l'opposition en coopération positive 
et généreuse. 

L'assemblée qui eut lieu après la messe sanc- 
tionna de son acceptation les dispositions prises 
et commença dès lors la souscription qui avait déjà 
produit 1,320 dollars en septembre et qui se com- 
pléta douze mois plus tard en fournissant aux 
mains du courageux et habile curé les 9,000 dollars 
demandés. 

Le premier pas, le plus difficile, était heureuse- 
ment franchi : tout allait marcher régulièrement 
dans la bonne entente. 

Le 10 janvier 1907, trois mois après l'érection de 
la paroisse, tout fonctionnait déjà normalement. 
Les officiers du bureau d'administration, tous con- 
tinués dans leurs fonctions et réélus, se réunirent 
pour approuver, conformément aux règlements, le 
rapport financier des trois premiers mois de la pa- 
roisse, tel que donné plus haut. 

A cette même réunion, on décida la grosse ques- 
tion de la construction d'un édffice permanent de- 
vant servir d'école et aussi de chapelle temporaire, 
en attendant la construction, entrevue dans un 
lointain indéterminé, d'une église véritable. Il fut 
décidé de dépenser 50,000 dollars pour la construc- 
tion de cette chapelle-école, dont nous avons donné 
plus haut la description sommaire. Cette résolu- 
tion, dûment approuvée quelques jours après par 
Mgr l'Êvêque de Providence, autorisait le tréso- 
rier de la corporation, M. le curé Laliberté, à faire 
préparer les plans de la nouvelle construction, à la 
faire entreprendre régulièrement, et aussi à faire 
les emprunts d'argent nécessaires à cette fin, en 
signant et donnant, au nom de la corporation pa- 
roissiale, les billets et hypothèques requis. 



52 SAINT-MATHIEU 

A la même réunion, on décida aussi de donner six 
pieds de terrain en profondeur sur la longueur de la 
rue West Hunt, afin de permettre à la ville de Cen- 
tral Falls de faire les travaux de cette rue, oii plu- 
sieurs maisons allaient bientôt s'élever sur les ter- 
rains situés en face de la propriété paroissiale. 

En entendant ainsi mentionner la résolution, 
apparemment assez ordinaire, d'entreprendre une 
construction de 50,000 dollars et de faire un em- 
prunt pour ce montant, le lecteur étranger, surtout 
s'il a remarqué que le premier bilan de la jeune pa- 
roisse se soldait déjà par une dette de 7,383 dol- 
lars, se demandera sans doute comment une pau- 
vre paroisse peut se charger d'une pareille dette et 
comment surtout il se trouve des capitalistes, ban- 
ques ou particuliers, pour engager leurs capitaux, à 
un intérêt relativement peu élevé — 4.50 pour 
cent ou même 4 — , dans des entreprises offrant 
d'aussi faibles garanties financières. 

Cette question, qui trahit la légitime surprise de 
l'étranger, peu au fait des choses américaines, sur- 
prendra presque autant et non moins légitimement 
le catholique américain même au fait des choses 
de son pays. 

Voici l'explication : 

La pauvre paroisse de 300 familles de modeste 
condition, qui n'hésite pas à assumer le fardeau 
d'une dette de 60,000 dollars environ, dont il fau- 
dra payer annuellement les intérêts, escompte un 
capital moral très sûr. Elle compte sur la Provi- 
dence, sans doute, et aussi sur le dévoûment, l'ac- 
tivité et la prudence de son clergé ; mais elle 
compte aussi que son courage, son travail, sa gé- 
nérosité ne lui manqueront pas plus dans l'avenir 
que dans le présent. Elle se dit que c'est surtout 



DE CENTRAL FALLS 53 

en Amérique que la fortune récompense l'audace, 
pourvu que celle-ci soit sagement dirigée. Et la 
pauvre paroisse a raison. 

Et les banquiers et financiers, qui sont, en géné- 
ral, gens de prudence et de clairvoyance, n'en jugent 
pas autrement qu'elle. Ils n'hésitent pas à prêter 
leurs milliers de dollars aux pauvres petites parois- 
ses catholiques ; ils leur font même des conditions 
spécialement avantageuses qu'ils ne font pas aux 
entreprises industrielles et aux riches particuliers. 
Ils savent qu'aucun diocèse, qu'aucune paroisse 
n'a jamais fait banqueroute ; ils n'ont jamais rien 
perdu avec les paroisses même petites et pauvres. 
Ils savent que les catholiques groupés autour de 
leur église et dirigés par leur clergé sont gens à 
payer leurs dettes et à faire honneur à leurs enga- 
gements. Eux aussi escomptent en toute sécurité 
un capital moral qui rapporte de véritables divi- 
dendes en bons billets de banque. 

La paroisse Saint-Mathieu, par l'entremise de 
son dévoué et prudent curé avantageusement con- 
nu à Woonsocket, trouva donc facilement auprès 
des banquiers de cette ville le montant qu'il lui 
fallait pour construire sa belle chapelle-école, dont 
les plans avaient été demandés aux architectes 
distingués de Woonsocket Fontaine et Kinnicutt. 
Nous avons donné la description de cette belle 
construction qui ferait honneur comme école à 
n'importe quelle grande paroisse et l'on en trou- 
vera d'ailleurs la photographie dans ce volume. 

Les constructeurs de la chapelle-école furent 
MM. les entrepreneurs Dorais et Dupuis. Le coût 
de l'entreprise, sans les appareils de chauffage et 
d'éclairage et sans l'aménagement intérieur de la 
chapelle et des classes, fut de $41,225.00. Une fois 



54 SAINT-MATHIEU 

complétée et aménagée, la maison devait coûter 
49,687.31 dollars. La surveillance spéciale des tra- 
vaux et quelques dépenses additionnelles pour l'é- 
cole devaient ajouter à ce montant 965.89 : ce qui, 
ajouté aux honoraires des architectes 2,484.37, 
porte le coût global de cette grande construction 
une fois complétée à $53,137.57. On peut donc 
dire que les prévisions qui avaient déterminé le 
montant de $50,000 dans la résolution du 10 jan- 
vier avaient été calculées avec une grande préci- 
sion et que l'entreprise avait été conduite avec une 
grande et très fidèle exactitude. 

On trouvera, à l'appendice, le détail de toutes les 
dépenses de la construction et de l'aménagement 
de la chapelle et de l'école Saint-Mathieu. 

Nous ne parlons pas ici, pour le moment, des dé- 
penses à encourir par la nouvelle paroisse pour la 
construction d'un presbytère et d'une maison de 
logement pour les Sœurs de Sainte-Anne de La- 
chine, qui devaient venir prendre charge de l'école 
à l'automne de 1908. 

La maison qui sert aujourd'hui de presbytère 
fut d'abord construite au coin sud-ouest de la rue 
West Hunt et de la rue Dexter, par M. J.-B. Lali- 
berté, et louée à la paroisse comme presbytère. 
Les Sœurs furent aussi logées dans une maison 
louée sur la rue Dexter. La paroisse évitait ainsi un 
nouvel emprunt et attendait les jours où ses reve- 
nus accrus lui permettraient de nouvelles dépenses. 
On vécut ainsi à loyer jusqu'en 1912. 

D'ailleurs, le travail du ministère paroissial, le 
soin de voir au nivellement du terrain et à la cons- 
truction, qui pressait, de la bâtisse principale ab- 
sorbaient tout le temps de M. le curé Laliberté. 
dont la santé délicate eût fléchi sous une pareille 



DE CENTRAL FALLS 55 

tâche, n'eussent été le calme et la patience pru- 
dente qui permettaient au curé de se réserver assez 
de forces pour suffire à tout. 

Cette surabondance de soucis et de travail obli- 
gea M. le curé Laliberté à se chercher un peu d'aide, 
qu'il crut trouver, par l'effet de circonstances assez 
fortuites, dans l'assistance de l'auteur de ces lignes 
qui se trouvait en état d'aider un confrère, tout en 
se reposant des fatigues d'un ministère antérieur 
plus épuisant. Et Mgr l'évêque de Providence eut 
la bonté de se rendre aux désirs du méritant curé 
de Saint-Mathieu en donnant à l'abbé J.-A. D'A- 
mours les pouvoirs ordinaires du diocèse de Provi- 
dence pour aider au ministère de la paroisse sans 
toutefois le nommer vicaire régulier. Et c'est ainsi 
que sans être vicaire officiellement, j'en exerçai de 
fait les fonctions pendant sept mois, jusqu'à ce que 
je fus rappelé pour être curé dans mon diocèse. 

Lorsque j'arrivai à Central Falls, la belle cha- 
pelle-école achevait d'être construite et le curé, 
avec son vicaire, habitait la maison devenue au- 
jourd'hui le presbytère qui était alors placée à 
l'angle sud-ouest des rues Dexter et West Hunt. 
La paroisse n'existait que depuis quatorze mois, 
et déjà elle était à peu près complètement organi- 
sée. Le curé avait tout fait sans bruit, et on aurait 
dit sans difficulté, si on s'était contenté de juger 
d'après les premières apparences. A y regarder de 
plus près on mesurait un peu plus exactement 
quelle somme d'énergie, de travail et aussi de pru- 
dence et de patience il avait fallu pour résoudre les 
difficultés variées d'une telle entreprise, pour main- 
tenir unies les bonnes volontés des paroissiens, pour 
faire avancer à la fois tous les travaux d'organisa- 
tions et de construction. 

On découvrait aussi vite en vivant auprès de lui. 



56 SAINT-MATHIEU 

que, sous un extérieur d'apparence timide et même 
parfois hésitante, M. le curé Laliberté n'est pas 
seulement un homme d'ordre, mais aussi un homme 
d'énergie constante, qui n'abandonne ni ne change 
facilement les projets qu'il a discrètement et sage- 
ment mûris. Et, sans presque y paraître, il sait 
aussi donner à ses collaborateurs et à ses parois- 
siens l'impulsion énergique qui asure l'achèvement 
des œuvres commencées. 

Pour donner une idée bien calquée sur les faits, 
de la régularité de la marche administrative de la 
paroisse Saint-Mathieu, voici le résumé succinct 
des procès-verbaux des réunions du bureau d'ad- 
ministration, depuis la réunion du 10 janvier 1907, 
où fut décidée la construction de la chapelle-école. 

6 décembre 1907, assemblée pour autoriser l'a- 
chat d'un orgue pour la chapelle au prix de 3,000 
dollars. 

7 janvier 1908, mêmes oflBciers et même constitu- 
tion du bureau, acceptation du rapport financier 
de l'année 1907. 

1 janvier 1909 — Syndics : MM. Napoléon Tra- 
han et William Paquette. Celui-ci est élu secré- 
taire. Acceptation de l'état financier. 

1 janvier 1910 — Mêmes syndics et mêmes oflB- 
ciers ; rapport financier accepté. 

10 janvier 1911 — Mêmes syndics mais M. Na- 
poléon Trahan remplace M. W. Paquette comme 
secrétaire. État financier accepté. 

21 décembre 1911 ^ — Assemblée pour régler af- 
faire survenue avec le Grand Trunk, dont la ligne 
projetée doit déranger l'emplacement du presby- 
tère temporaire, sur lequel la paroisse a un contrat 
de location pour dix ans. 

1912 — Syndics : MM. Ohvier Parizeau et Si- 
méon Bérard. Assemblée le 13 janvier, M. Pari- 



DE CENTRAL FALLS 57 

zeau élu secrétaire. Acceptation du rapport finan- 
cier. 

22 mai 1912 — Assemblée pour décider et auto- 
riser l'achat et le transport sur le terrain de l'église 
de la maison servant de presbytère et de la maison 
habitée par les Sœurs. Ces deux achats et ces tra- 
vaux devront coûter 7,500 dollja rs et le trésorier est 
autorisé à conclure ces deux transactions. 

22 juillet 1912 — Assemblée pour autoriser des 
agrandissements et des améliorations reconnus né- 
cessaires au presbytère et au couvent, pour le mon- 
tant de 1,700 dollars. 

En 1913, 16 janvier ; en 1914, 10 janvier ; en 
1915, 14 janvier ; en 1916, 15 janvier, assemblées 
régulières réunissant mêmes syndics et mêmes offi- 
ciers, pour acceptation ordinaire du rapport admi- 
nistratif de ces mêmes années. 

En 1917, 19 janvier, MM. Louis Biais et Isaac 
Rivard, nouveaux syndics, le premier est nommé 
secrétaire. Acceptation du bilan financier. 



CHAPITRE VII 



SOUVENIRS D UN VICAIRE 

Que le lecteur veuille bien croire que le titre de 
ce chapitre n'amorce aucune tentative de réclame 
quelconque de la part ou au profit du premier vi- 
caire — pas même vicaire de droit et simplement 
de fait — de Saint-Mathieu de Central Falls. Les 
quelques souvenirs que je vais résumer n'ont d'ail- 
leurs rien de personnel, rien même de subjectif ; je 
veux dire simplement, en raccourci, comment je 
revois aujourd'hui dans ma mémoire, les hommes, 
les choses et les faits qui sont passés sous mes yeux 
dans les quelques mois de 1907 et de 1908, que j'ai 
eu le bonheur de vivre à Saint-Mathieu. 

J'ai déjà dit quelques mots, bien courts, du fon- 
dateur et de l'organisateur de la jeune paroisse, 
dont la monographie me paraît pouvoir ntéresser 
quelques lecteurs. Je puis bien ajouter qu'à son 
premier vicaire, qui ne connut pas, comme vicaire, 
d'autre curé, M. le curé Laliberté apparaît tou- 
jours, non seulement comme l'homme distingué, 
courtois et loyal, mais aussi et surtout comme le 
bon confrère charitable et généreux, comme le 
prêtre d'une parfaite régularité, d'un zèle énergi- 
quement constant pour le bien spirituel de ses pa- 
roissiens et pour l'avancement de sa paroisse. Ré- 
servé et peu expansif de sa nature, le curé de Saint- 
Mathieu est pourtant une âme généreuse autant 
que délicate, charitable et compatissante pour 



SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 59 

toutes les douleurs et les épreuves, qu'elle sait con- 
soler discrètement. Les paroissiens de Saint-Ma- 
thieu éprouvent justement pour leur curé une 
grande confiance, une sincère affection, et un grand 
respect. Ils savent qu'ils peuvent en tout se fier à 
lui ; cet homme de devoir ne leur fera jamais dé- 
faut. Comme le disait l'un d'eux, le curé sait 
parler et il sait aussi se taire, il sait agir et il sait 
attendre, il sait entreprendre hardiment et achever 
patiemment, il sait se faire aimer et respecter, il 
sait souffrir, et il sait aussi soulager et soutenir ceux 
qui souffrent. 

Par sa parole publique mesurée et circonspecte, 
qui ne dépasse jamais sa pensée, même lorsqu'elle 
devient plus pressante et chaleureuse, M. le curé 
Laliberté ne montre pas seulement qu'il est un es- 
prit cultivé et studieux, il fait aussi voir le fond de 
son caractère, fait de mesure, de réserve, de discré- 
tion, tout autant que d'ardeur et d'énergie. Nous 
avons vu M. le curé de Saint-Mathieu à l'œuvre, 
aux jours oîi le fardeau devait lui paraître le plus 
dur et le plus lourd, alors que l'enthousiasme des 
premiers mois tombant peu à peu, la grandeur de 
la tâche et des difficultés apparaissait de plus en 
plus redoutable, alors que les travaux matériels, 
les paiements à faire, les décisions à prendre s'ajou- 
taient au ministère et aux multiples organisations 
spirituelles et temporelles. Jamais, même alors, 
M. le curé ne parut impatienté, brusque, ni, en- 
core moins, découragé, et nous nous sommes plus 
d'une fois demandé comment il paraissait si calme, 
quand il avait tant de raisons, sinon d'être inquiet, 
du moins d'être impatienté. 

C'est peut-être simplement qu'il fallait être 
calme et qu'il eût été imprudent de s'impatienter ; 
c'est aussi qu'il fallait que le chef donnât à ses 



60 SAINT-MATHIEU 

troupes l'exemple du courage et de la discipline. 
Et disons sans tarder, à leur louange, que les pa- 
roissiens furent dignes de leur chef et surent mar- 
cher avec lui. 

En rappelant et résumant l'impression que je 
garde, après dix ans, des paroissiens de Saint- 
Mathieu de Central Falls, que j'ai assez bien con- 
nus pour les avoir visités tous plusieurs fois à do- 
micile et pour les avoir vus régulièrement aux 
oflSces et aux réunions ordinaires de la paroisse, 
pour avoir fait, pendant plusieurs mois consécu- 
tifs, parmi eux, toutes les fonctions du saint mi- 
nistère paroissial, je ne crois pas qu'il soit facile 
de trouver une population plus dévouée et plus 
généreuse, dans son ensemble, animée d'un meil- 
leur esprit pour seconder le zèle et soutenir l'effort 
de son curé. 

En toutes circonstances, ordinaires ou extraor- 
dinaires, aux oflBces du dimanche comme aux fêtes 
organisées pour la paroisse, les paroissiens de Saint- 
Mathieu se montraient et se montrent encore, je 
le sais, joyeux, empressés, pleins de cordialité et de 
belle humeur. 

C'était toujours un plaisir de les rencontrer et 
d'avoir à travailler avec eux, pour eux. 

Il est vrai que ce bon esprit paroissial, si avan- 
tageux pour les fidèles comme pour le curé, est un 
peu la caractéristique de nos paroisses " cana- 
diennes " de la Nouvelle- Angleterre et des États- 
Unis. Pour ceux qui sont venus eux-mêmes du 
Canada et même pour ceux qui sont venus par 
leurs ancêtres, la paroisse avec son église, ses offi- 
ces, ses chants, ses exercices de piété, sa prédica- 
tion en langue française, c'est le souvenir de la 
petite patrie terrestre que l'on a quittée sans cesser 



DE CENTRAL FALLS 61 

de l'aimer, la source d'espérances qui ouvre l'ho- 
rizon sur la grande patrie céleste. Pour ces Cana- 
diens un peu dépaysés dans la vie américaine plus 
affairée et aussi, leur semble-t-il, plus dure, la pa- 
roisse, où l'on se rencontre, où l'on se connaît, où 
l'on parle la douce langue du pays abandonné, est 
comme un oasis et le curé devient à un titre nou- 
veau, le père, l'ami, le guide, le conseiller, le défen- 
seur, en qui l'on a toute confiance, que l'on aime, 
dont on est fier. Je ne crains pas de le dire, la vie 
paroissiale canadienne aux États-Unis est plus in- 
time encore qu'au Canada, et le prêtre y jouit 
d'une considération et d'une affection encore plus 
confiantes. 

Il est vrai aussi que la nécessité de grouper et 
de maintenir uni un troupeau dispersé au milieu 
de compatriotes de croyances et de langues diffé- 
rentes, un troupeau souvent entouré de tentations 
et de sollicitations variées, oblige le prêtre et les 
fidèles à rester en contact plus constant, à se mieux 
connaître, à ne pas se perdre de vue. Si, à cette 
considération on ajoute celle, qui n'est pas non 
plus à dédaigner, de trouver les ressources néces- 
saires à l'entretien et au développement des œuvres 
paroissiales, on comprend que dans une paroisse en 
formation, le curé et son vicaire, quand il en a un, 
fassent tous les mois ou tous les deux mois la visite 
à domicile de chaque famille de la paroisse. Cer- 
tains paroissiens, qui ne soupçonnent pas tous éga- 
lement à quel point leurs prêtres les aiment et s'in- 
téressent à eux, appellent quelquefois cette visite 
mensuelle la quête, mais c'est une expression mal 
choisie. La visite mensuelle n'est pas une quête. 
Les prêtres de la paroisse y reçoivent bien les of- 
frandes qu'on leur donne et dont ils prennent soi- 




Les trois vicaires de Saint-Macliieii : 
M. l'abbé J.-A. D'Amours, M. l'abbé J.-M.-II. Phamci k 
M. l'abbé .t. Geoffrov 



DE CENTRAL FALLS 63 

de la Providence, ainsi le veut aussi l'Église qui n'a 
pas imposé le vœu de pauvreté aux prêtres séculiers 
ni même aux évêques. Dans une paroisse, comme 
dans l'Eglise, les biens temporels sont secondaires, 
bien secondaires, comparés aux spirituels, mais 
ils sont encore quelque chose d'assez important. 

Il n'est donc pas mal et il est même bon que la 
visite des paroissiens facilite l'acquisition des biens 
temporels nécessaires à la paroisse. 

Cette digression ne nous a pas éloigné des sou- 
venirs d'un vicaire : elle en fait partie. 

Un autre souvenir reste bien vivant dans la mé- 
moire du premier vicaire de Saint-Mathieu, sou- 
venir agréable et qui dit bien lui aussi le bon es- 
prit et la bonne humeur des paroissiens, c'est celui 
que l'on pourrait appeler " le déménagement du 
culte ". 

Oh ! ce n'est pas une histoire à remplir des pages, 
et il ne faut s'attendre ici à rien de tragique ni 
même à rien de comique ; c'est un simple fait que 
ceux qui en ont été témoins aimeront à voir consi- 
gner ici et qui leur rappellera une heureuse journée. 

Nous avons déjà vu que les offices du dimanche 
de la nouvelle paroisse Saint-Mathieu avaient lieu 
dans la salle du gymnase de la paroisse Notre- 
Dame, en attendant l'achèvement approximatif de 
la chapelle-école. Sur semaine, les offices avaient 
lieu dans le salon du presbytère transformé en cha- 
pelle, où l'on gardait le Saint-Sacrement. 

Or, le 1er janvier 1908, M. le curé Laliberté étant 
au Canada, pour voir ses vieux parents et se re- 
poser, le jour désiré arriva. La salle supérieure dans 
les mansardes de l'école, allait être suffisamment 
achevée pour qu'on pût y installer un autel tempo- 
raire et y abriter les fidèles, pour les offices. 



64 ' SAINT-MATHIEU 

La bonne nouvelle, déjà pas mal connue, fut an- 
noncée à toute la paroisse au prône des deux mes- 
ses, et les hommes de bonne volonté furent invités 
à prêter leur concours pour transporter, après la 
dernière messe, les objets du culte, du gymnase à 
la nouvelle école. 

Il en vint plus qu'il n'était nécessaire, et en 
moins d'un quart d'heure, tous les ornements et 
objets du culte, linges d'autel, chandeliers, cierges, 
burettes, missel et porte-missel, pierre d'autel et 
vases sacrés étaient en route, chacun portant son 
morceau avec joie et marchant avec allégresse, 
par les rues Garfield et Dexter, vers la nouvelle 
école. A voir partir cette singulière procession, 
qui avait presque l'air d'un pique-nique joyeux, où 
la plus parfaite décence était pourtant gardée, les 
paroissiens de Notre-Dame comprirent que la joie 
de fonder une nouvelle famille donne parfois aux 
enfants de se séparer sans trop de regrets de leurs 
chers parents. 

" On va donc être chez nous ", disaient tous les 
pxaroissiens, jeunes et vieux. " Le chez-nous sera 
pauvre pour commencer, mais ce sera chez nous." 

On dit que les déménagements sont en général 
pénibles et tristes : celui-ci fut facile et joyeux. 

D'ailleurs, le nouveau chez-nous n'était pas si 
pauvre. Dans la salle des mansardes de l'école, 
sous le toit, on put installer à l'extrémité ouest un 
autel convenable, une table de communion, des 
confessionnaux, des chaises en nombre suffisant 
pour que tous les paroissiens eussent place aux 
quatre messes célébrées dès lors, chaque dimanche, 
pour les paroissiens bien desservis de Saint-Ma- 
thieu. 

Tous ceux qui ont assisté aux offices dans cette 



DE CENTRAL FALLS 65 

première chapelle doivent en garder un doux et 
cher souvenir, et la douceur de ce souvenir n'est 
pas dû uniquement à ceci que c'était comme la pre- 
mière dégustation du fruit des sacrifices que l'on 
avait faits pour avoir une belle installation parois- 
siale, mais aussi à l'intimité des premières assem- 
blées religieuses qui eurent lieu dans cette modeste 
chapelle. 

On dit à Rome que l'on prie mieux dans les pe- 
tites chapelles que dans les grandes basiliques, et il 
est sûr que Dieu semble se communiquer avec une 
certaine familiarité dans les chapelles modestes et 
même pauvres, qui fait que les pauvres âmes y sont 
plus à l'aise, mieux chez elles, et comme plus près 
de Dieu, C'est pour se mettre plus à notre portée, 
se conformer à notre nature, en même temps que 
pour nous donner une leçon, que le Fils de Dieu 
fait homme a voulu naître et mourir dans la sim- 
plicité et même dans la pauvreté. 

Si donc l'on était un peu à l'étroit dans la pre- 
mière chapelle temporaire, sous le toit de l'école 
Saint-Mathieu, on y était aussi sensiblement plus 
près de l'autel, plus près de la sainte communion, 
plus près du célébrant et du prédicateur, plus près 
de Dieu. 

Un autre souvenir, bon et agréable, se rattache 
encore à cette chapelle, le souvenir d'un événement 
qui marqua très heureusement ces premiers com- 
mencements de la paroisse Saint-Mathieu. C'est 
dans cette chapelle, sous ce toit, que fut prêchée la 
première grande mission ou retraite donnée à la 
paroisse par le R. P. Louis Lalande. Retraite pour 
les enfants, retraite pour les jeunes filles, retraite 
pour les femmes mariées, retraite pour les jeunes 
gens et pour les hommes. 



66 SAINT-MATHIEU 

Pour mieux empoigner tous ses paroissiens et 
pour les sanctifier en les unissant tous plus efloicace- 
ment, M. le curé Laliberté avait voulu que la pre- 
mière retraite leur fût donnée par un prédicateur 
de renom, capable de les attirer et de les retenir, 
capable de les intéresser et de les convertir. Son 
espoir ne fut déçu ni par le prédicateur ni par les 
paroissiens. Ceux-ci vinrent en foule et le prédica- 
teur pût leur donner à son aise, dans la modeste 
chapelle, tout ce que son savoir et son zèle lui ins- 
pirèrent pour cette bienveillante et généreuse popu- 
lation. Bon nombre de conversions et de retour à 
Dieu oublié marquèrent cette première mission, 
qui fut depuis lors suivie de plusieurs autres. 

Ces missions ou retraites fréquemment renou- 
velées contribuèrent, pour leur part, à entretenir 
chez les paroissiens de Saint-Mathieu l'esprit chré- 
tien, la fréquentation régulière des sacrements, 
l'union et la charité entre les familles, le véritable 
esprit paroissial, que l'on y retrouve toujours si 
soigneusement conservé. 

C'est pourquoi les souvenirs d'un vicaire de 
Saint-Mathieu sont des souvenirs de tout point 
agréables, auxquels ne se mêle de pénible que le 
regret d'avoir vécu trop peu de temps dans un 
milieu si bon et si symphatique. 

Aussi lorsque, l'an dernier, aux fêtes du dixième 
anniversaire de la paroisse, les deux anciens vicaires 
se retrouvèrent au paisible et sympathique foyer 
de M. le curé Laliberté, avec leur aimable confrère 
M. Geoffroy, le vicaire actuel, une même douce 
impression se traduisait souvent dans leurs entre- 
tiens : il faisait et il fait encore bon de vivre au 



DE CENTRAL FALLS 67 

presbytère de Saint-Mathieu avec un curé si brave 
homme et si bon confrère, entouré d'une popula- 
tion de braves gens, dévoués, pleins de foi, actifs, 
attachés à leurs prêtres, qui leur sont bien aisément 
attachés et dévoués. 



CHAPITRE VIII 



LA VIE PAROISSIALE — VIE SPIRITUELLE 

Dans une paroisse, comme dans toute organisa- 
tion religieuse et même sociale, c'est la vie de l'es- 
prit, la vie de l'âme, la vie spirituelle qui importe a- 
vant tout : c'est elle qui entretient la vie véritable 
de tout l'organisme. 

Pour que la paroisse, même aux États-Unis, at- 
teigne sa fin première, le salut des âmes et ses 
autres fins d'ordre social, patriotique, et même 
d'ordre temporel, il faut donc que la vie spirituelle, 
la vie surnaturelle, la piété y soit florissante et ro- 
buste. 

La piété se nourrit et s'entretient de la prière, 
des sacrements, des pratiques domestiques de la 
vie chrétienne, de l'honnêteté des mœurs. Et la 
prière par excellence, la plus puissante auprès de 
Dieu, la plus bienfaisante à l'âme, c'est la prière 
oâîcielle et publique de l'Église, la prière litur- 
gique, qui n'est pas séparable des sacrements, qui 
entre dans ce que nous pourrions appeler leur con- 
fection et leur administration. Le plus grand des 
sacrements est la sainte Eucharistie, qui est aussi 
comme sacrifice la plus grande, la plus puissante, 
la plus sainte des prières. 

Comme sacrifice et comme sacrement, comme 
prière et comme nourriture, l'Eucharistie est le 
centre de la vie paroissiale, comme l'autel et le ta- 
bernacle sont le cœur de l'église et comme l'église 



SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 69 

elle-même est le centre de ralliement de toute la 
paroisse. 

Une paroisse où tout le monde va régulièrement, 
fréquemment à l'église, assiste à la messe des di- 
manches et fêtes et même des jours de semaine ; 
une paroisse où les communions sont nombreuses, 
fréquentes et, conséquemment, aussi les confes- 
sions, est une bonne paroisse, une paroisse floris- 
sante, une paroisse pleine de vie et de vigueur spi- 
rituelle. 

Observons donc, à ce point de vue, la vie de la 
paroisse Saint-Mathieu. 

Chaque dimanche et fête d'obligation, il y a 
cj^uatre messes régulières à heure fixe, avec prône 
et courte instruction à l'assistance. Il y a de 
nombreuses communions, surtout naturellement 
aux deux premières messes de 7 et de 8 heures. 
Sur semaine il y a aussi chaque matin deux messes 
régulières et plusieurs communions à chaque 
messe. Nombreuses assistances aux messes et 
nombreuses communions aux premiers vendredis 
de chaque mois. Les fidèles peuvent régulière- 
ment se présenter au confessionnal tous les jours, 
avant ou après les messes, et aussi dans l'après- 
midi et la soirée, la veille des dimanches et des 
fêtes. 

Tous les dimanches, à trois heures de l'après- 
midi, a lieu le chant des vêpres, suivies de la béné- 
diction du Saint-Sacrement. Une fois par mois, à 
l'heure des vêpres, a lieu l'assemblée des deux 
sociétés des femmes et des jeunes filles, avec ins- 
truction, prières et bénédiction du Saint-Sacre- 
ment. 

Ces deux sociétés, comme celles des hommes, 
sont de plus invitées à faire une communion gêné- 



70 SAINT-MATHIEU 

raie avec les autres personnes de leur catégorie, 
une fois par mois, et cette communion générale est 
toujours annoncée, avec quelques paroles d'exhor- 
tation, le dimanche précédent. Ainsi les femmes 
mariées sont invitées à venir communier le premier 
dimanche du mois. Les filles ont le deuxième di- 
manche ; les enfants, le troisième, et les hommes, 
le quatrième. Ceux-ci ont leur réunion régulière 
de la Ligue du Sacré-Cœur et Société du Saint- 
Nom de Jésus tous les trois mois, les enfants, grou- 
pés dans la société des Cadets du Sacré-Cœur (130 
membres) et des petites filles de l'Immaculée-Con- 
ception (175 membres), l'ont tous les mois. 

C'est pour entretenir la vie eucharistique comme 
la piété en général et la pratique des vertus chré- 
tiennes, que M. le curé Laliberté, aidé de ses dé- 
voués vicaires a pris soin d'établir et de maintenir 
dans sa paroisse lo La Ligue du Sacré-Cœur, 
société du Saint Nom de Jésus, 403 membres, 
aflSliée régulièrement à l'Apostolat de la Prière 
et comprenant deux sections : l'une pour les 
hommes mariés et l'autre pour les jeunes gens. 
2o La Congrégation des Dames de Sainte-Anne, 
357 membres, aflSliée à l'archiconfrérie de Sainte- 
Anne de Beaupré, 3o La Congrégation des En- 
fants de Marie, 217 membres, agrégée à la Prima- 
primaria de Rome. 

A ces organisations, déjà si efficaces pour main- 
tenir la ferveur et entretenir la vie chrétienne, le 
fondateur et premier curé de la paroisse a voulu en 
ajouter deux autres : celle de l'Adoration diurne, 
qui pourvoit à ce qu'il y ait tous les jours de se- 
maine, de huit heures du matin à huit heures du 
soir, deux personnes et même plus devant le Saint- 
Sacrement dans la chapelle ; celle du Chemin de la 



DE CENTRAL FALLS 71 

Croix, érigée régulièrement dès 1908, qui compte 
cinq cents membres s'engageant à faire ce pieux 
exercice au moins une fois par semaine. 

Comme nous l'avons indiqué, il y a prône et ins- 
truction à toutes les messes du dimanche et des 
fêtes d'obligation et surtout aux deux dernières 
messes. Les enfants ont de plus leur catéchisme 
régulier fait par un prêtre, chaque semaine, à part 
le catéchisme enseigné à l'école par les religieuses. 
Les enfants qui ne fréquentent pas les classes de 
l'école paroissiale reçoivent chaque semaine deux 
heures et demie de catéchisme, distribuées en trois 
leçons de cinquante minutes chacune. Ils doivent 
fréquenter ces catéchismes jusqu'à l'âge de 16 ans. 

Chaque année une fois, et même deux fois en 
certaines années, il y a mission ou triduum pour ra- 
nimer la piété et stimuler d'une façon un peu plus 
efficace ceux qui pourraient se négliger, et l'on ap- 
pelle alors un prédicateur du dehors pouvant attirer 
davantage l'attention et faire plus d'impression. 

C'est ainsi que sont venus prêcher à Saint-Ma- 
thieu pendant les dix premières années de la pa- 
roisse les RR. Pères Jésuites Louis Lalande (2 fois), 
Pierre Prince (2 fois), Lemay, C. Chaput, I. Adam 
(2 fois), les Pères du Sacré-Cœur de Swanton, Fré- 
cot, Aubin, Guttin, M. l'abbé Defoy, le R. P. 
Prosper, Capucin, et le R. P. Hénault, Oblat. 

Tous ces missionnaires se sont plu à reconnaître 
le zèle, l'activité, la régularité, le savoir-faire et le 
dévouement du curé et des vicaires, des deux der- 
niers du moins, de la paroisse Saint-Mathieu. Ils 
ont également loué et admiré la piété, le bon esprit, 
la régularité, le dévoûment généreux et persévé- 
rant des paroissiens. Ils ont constaté, en travail- 



72 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 

lant à la perfectionner encore, que la vie spiri- 
tuelle de la paroisse était digne de la meilleure tra- 
dition catholique, digne aussi du zèle et de la bien- 
veillance que n'a cessé de témoigner le vénérable 
évêque de Providence au curé de Saint-Mathieu 
et à ses paroissiens. 



chapitre; IX 



L ECOLE PAROISSIALE 



En devenant le premier curé de la paroisse Saint- 
Mathieu, répondant à ses propres désirs et aussi à 
•ceux bien connus de Mgr Harkins, M. l'abbé Lali- 
berté se préoccupa dès le premier jour d'avoir son 
école paroissiale parfaitement organisée, sous la 
conduite de religieuses ayant l'expérience de l'en- 
seignement bilingue aux États-Unis. Les reli- 
gieuses de Sainte-Anne, dont la maison-mère est 
à Lachine, près de Montréal, lui offraient toutes 
les garanties désirables, comme en témoignent les 
succès qu'elles ont remportés et qu'elles rem- 
portent toujours dans les dix-sept maisons que la 
communauté possède aux Etats-Unis, dont une à 
Man ville et deux à Central Falls. 

Aussi dans la nouvelle chapelle-école de la rue 
Dexter, ce sont les six salles de classes qui furent 
finies et aménagées les premières, et dès septembre 
1908, les bonnes religieuses de Sainte-Anne com- 
mençaient à instruire deux cent trente enfants, ré- 
partis en cinq classes. Le nombre d'enfants aug- 
menta depuis graduellement : ils étaient 430 en 
• 1916-1917, répartis en huit classes, ils sont aujour- 
d'hui, octobre 1917, 500 '^^ répartis en dix classes, 
où l'on enseigne de 8^2 à H et de 1 à 4 hrs, chaque 
jour de classes. 

5. Voici le nombre des enfants de l'école ; 1909-1910, ^80 ; 
1910-1911, 315 ; 1911-1912, ShO ; 1912-1913, S80 : 1913-1914, 
3^7 ; 1914-1915, 557 ; 1915-1916, 39't : 1916-1917, h30. 



74 SAINT-MATHIEU 

Cette augmentation constante du nombre des 
enfants a nécessité l'augmentation du nombre des 
maîtresses de classes et aussi la construction d'une 
autre maison d'école, à proximité de l'église, où 
sont installées quatre grandes classes pour les élèves 
plus avancés. 

Dans cette école paroissiale abritée sous le même 
toit que la chapelle, où enseignent des religieuses 
sous la direction du clergé paroissial , il est tout na- 
turel que l'enseignement religieux tienne la pre- 
mière place, comme il doit d'ailleurs la tenir dans 
toute école vraiment catholique. 

Ainsi, à part les prières ordinaires avant et après 
les classes, il y a, dans toutes les classes et à tous 
les degrés de l'enseignement, leçon de catéchisme et 
d'histoire de la religion, selon le programme uni- 
forme prescrit dans le diocèse de Providence pour 
toutes les écoles paroissiales, programme auquel 
doivent aussi se conformer les leçons de catéchisme 
et de religion données aux élèves fréquentant les 
écoles publiques. 

Ce programme prescrit 150 minutes ou deux 
heures et demie d'instruction religieuse chaque 
semaine. Ce programme comprend les prières, le 
catéchisme, l'histoire sainte et une série d'instruc- 
tions appropriées et variées sur les principaux de- 
voirs de la vie chrétienne. Voici quelques sujets de 
ces instructions : obéissance aux parents, bonne 
tenue à l'église, manière de se confesser, haine du 
péché, tentations, examen de conscience, le péché, 
ses conséquences, ses remèdes, les dix commande- 
ments de Dieu, les commandements de l'Égli- 
se, la communion fréquente et quotidienne, 
les sacrements, le Credo, des notions de li- 
turgie expliquant les principaux oflSces de 
l'Église et l'objet des principales fêtes. Dé- 



DE CENTRAL FALLS 75 

taillé et complet, ce programme d'instruction 
religieuse est très bien fait. C'est ainsi qu'il 
détermine un abrégé d'histoire de l'Église de- 
vant faire suite à l'histoire sainte pour les classes 
plus avancées, et dans cette histoire de l'Église on 
a soin d'attirer l'attention sur l'histoire de l'Église 
aux États-Unis, sur l'histoire du diocèse, et même 
sur l'histoire de la paroisse. C'est donc en confor- 
mité d'esprit avec ce programme que le présent 
travail a été entrepris et achevé. 

Une particularité de l'école paroissiale Saint- 
Mathieu, comme des écoles paroissiales franco- 
américaines en général, c'est que l'enseignement y 
est bilingue, et que le temps des classes est parta- 
gé également entre le français et l'anglais. Et l'ex- 
périence a toujours montré, plus d'une foi avec 
éclat, que ce bilinguisme donne les meilleurs ré- 
sultats et plein succès dans l'enseignement même 
de l'anglais. 

On trouvera plus loin, en appendice, le programme 
détaillé des deux cours, anglais et français, donnés 
dans chaque classe et chaque degré de l'école Saint- 
Mathieu, tenue par les Sœurs de Sainte- Anne, et 
le lecteur pourra constater, en examinant ce pro- 
gramme, que le cours d'instruction profane donné 
dans cette école est aussi complet et aussi eflScace 
qu'il peut être et il comprendra la valeur du di- 
plôme obtenu par les élèves gradués, c'est-à-dire 
par les élèves qui ont parcouru avec succès tous les 
degrés du cours déterminé par ce programme. 
Il trouvera à la fin de ce volume le nom de quel- 
ques-uns de ces élèves gradués, avec la liste des re- 
ligieuses qui ont enseigné depuis la première année 
de l'école. 

Le lecteur aimera sans doute à connaître main- 



76 SAINT-MATHIEU 

tenant, après avoir aperçu la vie religieuse et in- 
tellectuelle de l'école paroissiale, ses conditions 
d'existence économiques ou temporelles. Com- 
ment la paroisse peut-elle maintenir et supporter 
son école : entretenir la maison, la chauffer, l'é- 
clairer, après l'avoir bâtie ; supporter ensuite un 
nombreux personnel requis par le nombre consi- 
dérable d'enfants fréquentant l'école. Ici encore la 
religion fait des merveilles de charité et des mer- 
veilles aussi de dévouement. 

Ainsi ces religieuses enseignantes ne reçoivent 
chacune chaque année que deux cents cinquante 
dollars. On leur donne, il est vrai, en outre, le loge- 
ment, une maison éclairée, chauffée, meublée. 
Mais elles sont obligées de pourvoir à même leurs 
deux cent cinquante dollars à leur nourriture, à leur 
habillement et au service de la maison. Marchant 
sur les traces des bonnes religieuses, les maîtresses 
laïques qui enseignent comme auxiliaires, doivent 
se contenter d'honoraires modestes, deux cent cin- 
quante dollars pour dix mois d'enseignement. 

Pour faire face à ces dépenses de son école et de 
son personnel enseignant, la paroisse demande aux 
parents qui peuvent payer — les pauvres ne paient 
rien — une contribution mensuelle de cinquante 
cents, qui n'est payée intégralement que par deux 
des enfants d'une même famille, les autres, troi- 
sième, quatrième et même cinquième ne paient 
que la moitié, soit vingt-cinq cents. Ni la paroisse, 
ni les religieuses ne retirent aucun profit de la vente 
des fournitures scolaires : papier, livres, crayons, 
plumes et le reste. Tout cela est vendu au prix 
coûtant et parfois même donné à ceux qui sont 
trop pauvres pour payer. 

Dans ces conditions il reste à la paroisse l'obliga- 
tion de solder un montant assez considérable de 



DE CENTRAL FALLS 77 

dépenses annuelles pour le support de son école. 
C'est une charge assez lourde pour les paroisses et 
pour les parents, qui fournissent en outre comme 
contribuables, leur part d'impôts pour le maintien 
des écoles publiques. Si les paroissiens de Saint- 
Mathieu et tous ceux qui font louablement comme 
eux, n'aimaient pas généreusement leur religion 
et aussi leur langue maternelle, ils seraient exposés 
à céder à la tentation constante qui les sollicite de 
diminuer sensiblement leurs dépenses en envoyant 
leurs enfants à l'école publique, et en renonçant à 
soutenir leur école paroissiale. 

Heureusement leur intelligence et leur esprit de 
foi leur donnent d'être fidèles à leur devoir sur ce 
point cpmme sur plusieurs autres, et la générosité 
qu'ils témoignent pour maintenir leurs écoles, si 
elle est une source de bénédictions de la part de 
Dieu, est aussi un gage de succès et de bonheur 
pour leurs enfants. Il faut bien ajouter aussi que 
cette générosité pour une œuvre noble et néces- 
saire entre toutes, leur fait honneur aux yeux de 
leurs concitoyens en même temps qu'elle contribue 
au bien et à la prospérité de toute la patrie améri- 
caine. 



CHAPITRE X 

VIE PAROISSIALE. — VIE ÉCONOMIQUE 
RECETTES ET DEPENSES 

Nous venons de parler de la vie économique de 
l'école paroissiale. Il faut bien parler aussi de la 
vie économique ou financière de la paroisse. 

Dans toute vie de société, de famille et même 
de simple particulier, comme dans la vie des plus 
grands États, il faut qu'un œil attentif, servi par 
une main vigilante, surveille les recettes et, plus 
encore, les dépenses. Il le faut pour satisfaire à la 
justice et aux engagements pris, il le faut pour 
préparer l'avenir sans le compromettre. Il faut 
que cette vigilance s'exerce d'une façon toute par- 
ticulière, dans l'administration d'une paroisse amé- 
ricaine qui ne doit compter sur aucune fondation, 
qui a à supporter d'assez fortes dépenses et dont 
les revenus dépendent pour une bonne part, pour 
la presque totalité même, de la fidélité et de la gé- 
nérosité des paroissiens, du zèle et de la constante 
activité du clergé paroissial. 

Nous avons déjà vu comment s'établit et se 
fonde financièrement une paroisse américaine, et, 
dans l'espèce, la paroisse Saint-Mathieu. On se 
rappelle le premier état financier de la nouvelle 
paroisse, au 1er janvier 1907. 

Il faut maintenant regarder comment la même 
paroisse vit et se tire d'affaires. Et rien ne pourra 




Prêtres issus de familles de la i)aroisse Saint-Matliieii : 

M. LABBÉ J.-B. MeSSIER M. l" ABBÉ Er.VEST OlIVIEU 

M. i/abbé Oscar Forest M. l'abbé Alfred Jette 



SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 79 

mieux aider à voir exactement que de rapporter les 
chijïres précis d'un ou même de deux bilans finan- 
ciers, pour deux années ordinaires. Lorsqu'il est 
question de finances, aucune considération, aucun 
exposé même ne vaut sans des chiffres bien établis 
et bien contrôlés. 

Voici donc le bilan financier pour l'année 1914, 
de la paroisse Saint-Mathieu : 

Recettes : 

Rente des bancs $6036 . 30 

Collectes à l'église 2490 . 43 

Contributions scolaires 1285.65 

Organisations 2817.21 

Congrégations et sociétés 857 . 05 

Don de M. F.-A. Sayles 1000.00 

Quêtes aux retraites annuelles 192 . 82 

Quêtes pour collectes diocésaines 309.20 

Sources diverses 359 . 89 

Total $15,348.55 



L'item " organisations ", que tout le monde 
comprend aux États-Unis, renferme les recettes 
provenant de festival, pique-nique, parties de 
cartes, concours, séances dramatiques, auxquels 
il faut avoir ingénieusement recours pour grossir 
un peu les recettes paroissiales. 

Voici, maintenant, l'exposé des dépenses, pour la 
même année 1914 : 

Dépenses • 

Honoraires des prêtres $1,400 . 00 

Honoraires des institutrices 1,725.00 

Cathédraticum 301 . 82 

Caisse ecclésiastique 20 . 00 

Organiste 600.00 

Sacristain 624.00 

Pour sanctuaire 375 . 17 

Charbon 622.76 

Eau 75.16 

Gaz et électricité 271 . 76 

Menuiserie 35 . 75 

Plomberie 122 .61 



80 SAINT-MATHIEU 



Autres travaux 330 . 64 

Taxes 144 . 50 

Primes d'assurances 213 . 17 

Ameublement, église et presbytère 150 . 46 

Ameublement, école et couvent 363 . 99 

Intérêts. . . 2,419.82 

Collectes diocésaines 309.20 

Paiement sur dettes 5,242 .00 

Total $15,347.41 



Pour faire voir que ce bilan n'a pas été choisi 
comme celui d'une année plus favorisée, mais qu'il 
est plutôt ordinaire, voyons celui de 1916 : 

Recettes : 

Rente des bancs , .' $7,013 . 60 

Collectes pour l'église 6,661 . 15 

Contributions scolaires 1,346.90 

Organisations 1,761 . 72 

Congrégations et sociétés 1,600 . 00 

Retraites et missions (net) 516 . 31 

Collecte pour missions nègres et indiennes 26 . 61 

Collecte de Pâques 100.00 

Collecte Vendredi-Saint 7 .06 

Collecte Pentecôte 75 . 00 

Collecte pour Saint- Père 62 . 60 

Collecte pour collège et université 41 . 20 

Sources diverses, casuel, etc 534 . 93 

Total $19,747.08 



Voici maintenant les dépenses pour la même péri- 
riode : 

Défenses : 

Honoraires des prêtres $1,400.00 

Honoraires des religieuses 1,600 . 00 

Honoraires maîtresse laïque 250 . 00 

Cathedraticum 350 . 68 

. Dépenses du sanctuaire 307 . 98 

Cfrganiste et chœur 600 . 00 

Sacristain 624.00 

Combustible 708.50 

Eau ' ' 60.98 

Gaz et électricité 275 . 46 

Réparations, menuiserie 73 . 88 

Réparations, maçons et peintres 154 . 72 

Plomberie 100.28 



DE CENTRAL FALLS 81 

Autres travaux et réparations 180 . 31 

Taxes 144.00 

Assurances 46 . 20 

Ameublement • église et presbytère 317.29 

Ameublement • école et couvent 216.03 

Intérêts sur la dette 1,958 . 48 

Caisse ecclésiastique 20 . 00 

Collectes de Pâques et Pentecôte 175 .00 

Missions, nègres, université et collège 67 .81 

Saint-Père et Lieux Saints 69 . 66 

Dette payée 10,000 . 00 

Total $19,701 .26 



Le bilan ajoute ensuite la valeur des propriétés 
de la paroisse, comme suit : 

Eglise et école .- $52,996.00 

Terrains 18,900 . 00 

Couvent 5.500 . 00 

Presbytère 6,500.00 

Ameublement de l'église, de l'école, du couvent et du 

presbytère 18,595 . 00 

Total $102,491.00 

Les propriétés paroissiales sont assurées en di- 
verses compagnies d'assurances, pour un montant 
global de $61,500.00. 

En examinant ces divers états financiers, on 
constate facilement que la rente des bancs de l'é- 
glise, comprenant le prix des bancs loués et le prix 
des places à 10 cents constitue, avec les collectes, la 
principale source de revenus de la paroisse. Une 
troisième source de revenus encore assez impor- 
tante et dont le rendement dépend du zèle et de 
l'active industrie du clergé paroissial, est celle des 
organisations : fêtes, concours, parties de cartes, 
pique-niques, séances, qui rapporte encore quel- 
ques mille dollars chaque année. Mais on voit 
aussi quelles dépenses considérables doit supporter 
une jeune paroisse pour entretenir son église, son 



82 SAINT-MATHIEU 

école, soutenir son clergé et payer sa dette, inté- 
rêts et partie du capital. 

Chaque année, surtout dans les jeunes paroisses 
oii les dépenses, à cause des constructions et des 
nouvelles installations, sont plus grandes, et les 
ressources ordinaires moins grandes en raison du 
nombre restreint de la population, il faut que les 
prêtres de la paroisse aidés et secondés par de dé- 
voués zélateurs, fassent des organisations, trouvent 
de nouvelles sources de revenus pour suppléer aux 
recettes ordinaires. 

C'est ainsi qu'en arrivant dans sa paroisse en 
1906, M. le curé Laliberté organisa un concours des 
enfants qui lui rapporta 1004 dollars. C'était un 
premier et très gros succès. La même année, les 
parties de cartes organisées dans les familles ajou- 
taient encore 50 dollars aux recettes de la paroisse. 

Le concours des enfants de cette première an- 
née se clôtura par une grande séance musicale au 
gymnase, où l'on exécuta un très beau programme, 
où figurent, avec l'orchestre Ste-Anne de Woon- 
socket, les noms d'artistes et d'amateurs que l'on 
retrouvera dans la suite, avec le même plaisir, aux 
séances et aux fêtes de la paroisse Saint-Mathieu. 

Ainsi en 1907, plusieurs parties de whist, un con- 
cours des enfants, un billet de combinaison, un 
pique-nique rapportent plus de 5,000 dollars. Pour 
cette première année et pour les suivantes, il faut 
signaler le concours particulièrement zélé de ma- 
demoiselle Délia Dubuque qui, non contente d'or- 
ganiser le chœur de chant avec l'aide de mademoi- 
selle Antoinette Chatillon et de M. Amos Lacha- 
pelle (qui donna gratuitement son concours comme 
organiste pendant un an et demi) , organisa chaque 
année en mai, trois ans de suite, des parties de whist 
qui rapportèrent 125, 300, et 250 dollars. 



DE CENTRAL FALLS 83 

L'année 1908 eut des parties de whist dans la 
salle supérieure de l'école. Celle organisée par les 
deux syndics, MM. J.-B. Laliberté et Jos. Saint- 
Onge rapporte 230 dollars, celle organisée par les 
dames donne 106 et celle des demoiselles 150 dol- 
lars. Un joli pique-nique organisé par les jeunes 
gens sous la direction de M. le curé, rapporte le 
joli montant de 513 dollars. 

Des organisations semblables rapportent à l'é- 
glise, en 1909, 2140 dollars. Elles ne rapportèrent 
que 766 en 1910, mais en 1911 elles donnent 1915 
dollars. 

L'année 1912 débuta par l'organisation d'un 
festival qui fit époque, puisqu'il fut honoré par la 
présence de Son Honneur le gouverneur Pothier 
et de madame Pothier, qui en firent l'ouverture et 
la visite. Le bazar et les soirées dramatiques et 
musicales de ce festival, rapportèrent le beau mon- 
tant de 800 dollars. Quelques parties de whist rap- 
portèrent 453 dollars pour la même année. 

En 1913, un grand festival organisé pour les jours 
gras et où le concours de tous fut particulièrement 
dévoué et bien entraîné, rapporta 1573 dollars; 
trois séances dramatiques et plusieurs parties de 
whist fournirent encore près de 1000 dollars, ce qui 
porta le profit total des organisations à $2,564.36 
pour cette année. 

Certains lecteurs trouveront peut-être un peu 
aride cette nomenclature de recettes, mais le sou- 
venir ici consigné en sera agréable à ceux à la géné- 
rosité et au dévoûment desquels il est dû. Tout 
cela contribue d'ailleurs à donner une idée réelle 
du travail et de la vie d'une paroisse qui veut réus- 
sir et qui arrive à de beaux succès. 

L'année 1914 ressemble heureusement à 1913. 



84 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FAIXS 

Le grand festival du mois de février donne 1,708.94 
dollars. Les autres organisations portent à 2,164 
dollars les recettes de l'item " organisations ". 

1915 ne rapportera pas moins. Le festival des 
jours gras, organisé par les Dames de Sainte-Anne, 
rapportera 800 dollars et les autres organisations, 
séances, parties de whist plus nombreuses et fruc- 
tueuses porteront le total des recettes encaissées 
de ce chef à $2,817.21. 

Enfin 1916, l'année dernière, a eu son festival 
qui a rapporté 1275 dollars. Les autres organisa- 
tions ont ajouté 486 dollars, pour former le total de 
1761 dollars. 

^ L'année 1917 n'est pas finie, mais nous savons 
que son seul festival de février a donné 2,002.27 
dollars. 

Grâce à cette activité de son clergé et de ses pa- 
roissiens généreux, la paroisse de Saint-Mathieu a 
acquis en dix ans des propriétés valant plus de 
100,000 dollars, exactement 102,491 à la fin de 
l'année 1916, et sa dette diminuée chaque année ne 
dépassera pas 22,000 dollars à la fin de la pré- 
sente année. Ce qui donne une moyenne de 8,000 
dollars payées chaque année sur la dette de la pa- 
roisse. 

Ces chiffres ne signifieraient qu'un succès finan- 
cier, si l'on ne savait que la prospérité temporelle 
de cette paroisse est encore surpassée par sa pros- 
périté spirituelle. Le même zèle et la même bonne 
volonté qui procurent l'une, assurent aussi l'autre. 
Les deux sont également le fruit du bon ordre 
et de la vigilance, de la générosité et de la bonne 
entente, dont n'ont cessé de donner l'exemple le 
clergé et les fidèles de cette jeune et très florissante 
paroisse. 




Syndics de Saint-Mathieu: 

M. J.-B. Laliberté m. Joseph Saint-Oxge 

M. Napoléon Trahan M. William Paqueïte 



CHAPITRE XI 



QUELQUES COOPERATEURS 

Après avoir parlé des fondateurs de la paroisse 
Saint-Mathieu, du curé et des paroissiens en gé- 
néral, il est juste de dire un mot des vicaires et 
aussi de quelques paroissiens plus marquants, 
mêlés plus intimement à la vie de la paroisse. 

Le premier en date des vicaires fut l'auteur de 
ces pages, et ce n'est pas ici le lieu d'en dire ni bien 
ni mal. Il ne fut que sept mois vicaire de M. le 
curé Laliberté et il a déjà dit ici les bons souvenirs 
qui l'attachent au curé et à la paroisse, où il ne fit 
absolument rien d'extraordinaire ni même de bien 
marquant, se contentant de faire son ministère le 
mieux qu'il lui était possible. 

Son successeur, M. l'abbé Phaneuf, exerça à 
Saint-Mathieu, où il fut six ans vicaire, une plus 
profonde influence et y laissa aussi un plus vif sou- 
venir. Prêtre très zélé et très actif, de belles et 
sympathiques manières, orateur à la parole en- 
tramante et facile, esprit studieux et érudit, M. 
l'abbé Phaneuf sut faire beaucoup de bien à Saint- 
Mathieu en s'y faisant bien aimer. Sa charité pour 
les malades, son zèle pour les jeunes gens, son ac- 
tivité dans les organisations paroissiales, ne lais- 
saient pas soupçonner que M. Phaneuf était de 
santé délicate et parfois souffrante. 

M. l'abbé Jean-Marie-Hugues Phaneuf est né à 
Rigaud, le 1 novembre 1877, d'Antoine Phaneuf,. 



86 SAINT-MATHIEU 

notaire, et de Marie- Joseph Adam, sœur de feu 
M. le chanoine Adam, de Montréal, et du Rév. 
Père Adam, jésuite, fit ses études à Rigaud et au 
grand séminaire de Montréal. Il fut ordonné 
prêtre à Rigaud, par S. G. Mgr Émard, le 26 août 
1900. Professeur pendant une année à Valley- 
field, il fut ensuite deux ans vicaire à Sainte-Marthe 
et, en 1903, il devint professeur au collège de Ri- 
gaud jusqu'en 1908. Sa santé un peu compro- 
mise par le travail de l'enseignement, lui fit désirer 
un ministère sinon moins actif, du moins plus va- 
rié, et il fut heureux de venir remplir les agréables 
fonctions "de vicaire à Saint-Mathieu. Il y resta 
jusqu'en juillet 1914, alors qu'il dut retourner à 
Rigaud pour y reprendre ses fonctions de profes- 
seur au cours classique. 

Comme son prédécesseur, M. l'abbé Phaneuf a 
gardé un bien excellent souvenir des jours paisibles 
et heureux qu'il a passés à Central Falls et il aime 
à y revenir autant qu'on aime à l'y revoir. 

Le troisième et actuel vicaire à Saint-Mathieu 
est M. l'abbé Joseph Geoffroy, originaire du dio- 
cèse de Joliette. 

Modeste et régulier, actif et discret, zélé pour 
son ministère et pour les œuvres qui lui sont con- 
fiées, de relations agréables par sa belle humeur et 
les spirituelles reparties de sa conversation, M. 
l'abbé Geoffroy est un vicaire qui semble fait à 
souhait pour le milieu paisible et délicat du pres- 
bytère Saint-Mathieu et aussi pour le travail du 
saint ministère très actif qu'il exerce dans cette 
excellente paroisse, où tous l'estiment et tiennent 
à le garder longtemps, 

M. l'abbé Joseph Geoffroy est né à Saint-Félix 
de Valois, le 14 décembre 1884, de Joseph Geoffroy, 



DE CENTRAL FALLS 87 

cultivateur, et d'Emilie Hénault. Il entra en 
1900 au séminaire de Joliette où il fit toutes ses 
études classiques et remporta le titre de bachelier 
ès-arts. Il entra en 1907 au grand séminaire de 
Montréal, fut tonsuré en juin 1908, reçut les 
ordres mineurs en juin 1909, et le sous-diaconat en 
décembre de la même année. Diacre en juin 1910, 
il fut ordonné prêtre le 31 juillet 1910, par Mgr 
Archambault, à S. -Norbert de Berthier. Profes- 
seur de littérature et d'histoire au séminaire de 
Joliette en 1910-1911, il fut nommé vicaire à 
S.-Jacques de l'Achigan en 1911, d'oii il vint en 
1914, à Saint-Mathieu de Central Falls. 

Chargé spécialement de l'école, des catéchismes 
et des congrégations des jeunes gens et des jeunes 
filles, M. le vicaire Geoffroy s'acquitte de ses fonc- 
tions avec une ponctualité et un zèle qui lui attirent 
l'estime et la satisfaction de tous. 

Dans l'histoire d'une paroisse américaine, il con- 
vient bien de signaler aussi les syndics qui font 
partie du bureau d'administration temporelle de la 
paroisse, qui sont, avec le curé, sous la haute direc- 
tion et coopération de l'évêque, les administrateurs 
temporels de la paroisse. 

Les deux premiers syndics de la paroisse Saint- 
Mathieu furent MM. J.-B. Laliberté et Joseph 
Saint-Onge. 

M. Jean-Baptiste Laliberté, maçon-plâtrier, est 
né à Ste-Croix de Lotbinière, le 15 janvier 1862. 
Venu aux États-Unis, il y a trente-cinq ans, il se 
maria à Lewiston, Maine, à demoiselle Emilie Lam- 
bert, originaire de Saint-Flavien. Établi à Central 
Falls depuis trente-un ans, M. J.-B. Laliberté est 
!;€ père de dix enfants. Il demeure au No 81 de la 
rue Garfield. 



88 SAINT-MATHIEU 

M. Joseph Saint-Onge, ouvrier mécanicien, est né 
à Saint-Bruno, comté de Chambly, le 20 décembre 
1850. Marié à demoiselle Délima Beauregard, à 
Ste-Brigitte, comté de Bagot, M. Saint-Onge est 
le père de onze enfants et il est établi à Central 
Falls depuis trente-un ans. Il demeure au No 215 
de la rue Rand. 

Ces deux premiers syndics, qui eurent à s'occu- 
per des premières constructions, et des premières 
installation de la paroisse, restèrent en charge jus- 
qu'en 1909, alors qu'ils furent remplacés par MM, 
Napoléon Trahan et William Paquette. 

M. Napoléon Trahan, charpentier et maçon, 
est né à L'Acadie, le 24 février 1854. Établi à 
Central Falls depuis cinquante ans, il s'y maria à 
demoiselle Sophronie Frégeault, qtiiest décédée de- 
puis huit ans. Père de treize enfants, M. Trahan, 
qui a construit la première maison sur la rue Gar- 
field, y demeure toujours, au no 118. 

M. William Paquette, entrepreneur menuisier, est 
âgé de 58 ans et est né à Rougemont. Il est l'époux 
de dame Marie Gervais, originaire de Notre-Dame 
de Standbridge. M. Paquette est le père de six en- 
fants et il est établi à Central Falls depuis trente- 
cinq ans, y ayant aussi séjourné différentes fois 
auparavant. Il demeure au no 20 de la rue Phœnix. 

Deux autres syndics remplacèrent ces deux der- 
niers en 1912, ce furent MM. Olivier Parizeau et 
Siméon Bérard. 

M. Olivier Parizeau, menuisier, est né à Saint- 
Césaire, le 27 juin 1857. Il se maria dans cette 
même paroisse, à demoiselle Délima Papineau. 
Établi à Central Falls depuis vingt-huit ans, M. 
Parizeau est le père de dix enfants. Il demeure au 
no 32 de la rue Liberty. 



DE CENTRAL FALLS 89 

M. Siméon Bérard, ouvrier de manufactures, 
était né à Sainte-Marie de Monnoir, le 27 février 
1856. Il s'était marié à Adamsville, à demoiselle 
Emilie Brault. Il était le père de cinq enfants et 
il vécut trente-huit ans aux États-Unis, trois à 
Cohoes et trente-cinq à Central Falls. M. Siméon 
Bérard est décédé le 31 mai 1916, au no 38 de la 
rue West Hunt, où il demeurait. 

Les deux syndics actuels, nommés en décembre 
1916, sont MM. Louis Biais et Isaac Rivard. 

M. Louis Biais, marchand-épicier, est né à Saint- 
Césaire, le 18 janvier 1861. Marié depuis vingt- 
neuf ans à demoiselle Marie-Louise Guertin, de 
Saint-Hyacinthe, M. Biais est le père de six en- 
fants. Établi à Central Falls depuis quarante- 
quatre ans, après avoir passé auparavant cinq an- 
nées à Cohoes, M. Louis Biais demeure au no 71 
de la rue Garfield. 

M. Isaac Rivard, maçon-plâtrier, est né le 12 oc- 
tobre 1848 à Saint-Aimé. Il se maria à Natick à 
feu demoiselle Odile Quintin de Saint-Grégoire. 
Venu dans le Rhode Island à l'âge de vingt ans 
M. Rivard est établi à Central Falls depuis trente 
ans et il est le père de quatorze enfants. Il de- 
meure au no 49 de la rue Hedley. 

Comme on le voit, ces huit sj^ndics, tous origi- 
naires du Canada, sont des chefs de famille établis 
depuis longtemps à Central Falls, où ils comptent 
parmi les citoyens les meilleurs et les plus respec- 
tés. Leurs noms doivent être conservés comme 
représentatifs des bonnes familles plus nombreuses 
qui ont formé, soutenu, édifié la paroisse Saint- 
Mathieu, qui lui ont donné, en soutenant les ef- 
forts de son dévoué curé, son bon esprit et ses belles 
traditions. 



CHAPITRE XII 



QUELQUES DATES 



La paroisse Saint-Mathieu fut fondée le 13 oc- 
tobre 1906 et le premier curé y dit la première 
messe le 21 du même mois. Le 30, il prenait pos- 
session de son presbytère temporaire dans la mai- 
son portant le no 20 de la rue Crossman. Le 4 no- 
vembre suivant, assemblée de la paroisse accep- 
tant la décision prise par S. G. Mgr Harkins con- 
cernant le site de l'église et les limites assignées à 
la paroisse. On se met à l'œuvre le même jour pour 
prélever les 9,000 dollars nécessaires à l'achat du 
terrain. 

Le 28 juillet 1907, grandiose démonstration pour 
la bénédiction de la pierre angulaire de la chapelle- 
école, par S. G. Mgr l'Évêque de Providence. 

Voici le compte rendu que la Tribune de Woon- 
socket a consacré à cette démonstration : 

CENTRAL FALLS, R. I., 29. — C'est hier après-midi, 
sous les yeux de milliers de personnes, qu'a eu lieu, à Cen- 
tral Falls, dans la paroisse Saint- Mathieu, au coin de la 
rue Dexter et de l'avenue Lonsdale, la bénédiction de la 
pierre angulaire de l'édifice nouveau qui servira, aux Ca- 
nadiens-français de la paroisse, d'école paroissiale perma- 
nente et d'église temporaire. 

La température ne pouvait être plus belle, un ciel bleu 
radieux, une brise fraîche réconfortante favorisaient le dé- 
ploiement de pompes grandioses qui a marqué ces belles 
cérémonies religieuses. 

C'est Mgr Harkins lui-même qui a béni la première 



SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 91 

pierre. Plusieurs membres du clergé, des représentants de 
la municipalité, et des délégués des différentes sociétés ont 
1 chaussé la cérémonie de l'éclat de leur présence. 

La fête commença par une grande parade et se termina 
par un somptueux banquet aux membres du clergé. 

Le commandement général de la parade était donné par 
M. Absalon Lemieux qui s'acquitta de cette tâche difficile 
avec le talent et l'habileté d'un vieux général. 

Etaient sous ses ordres : 

Les policiers éclaireurs McCarthy et Healy.» 

Escadron de cavalerie, 20 hommes, sous le commande- 
ment de M. Wilfrid Laverdure. 

Peloton de police, capitaine Huling, commandant 12 
hommes. 

L'Harmonie Ste-Anne de Woonsocket, 20 instruments, 
sous la direction de M. le professeur E. Viau. 

Garde St-Jean-Baptiste de Central Falls, 24 hommes ; 
major, Georges Théroux, cap. Joseph Poulin. 

Société St-Jean-Baptiste, maître des cérémonies, M. 
Adolphe Mercier ; président, M. Esdras Auger. 

Garde Jacques-Cartier, M. C.-H.-E. Théroux, capitaine; 
M. Jas. Lavoie, président. 

Union des Ouvriers, président M. Chs. Gauthier ; com- 
mandant-ord., M. Célestin Tondreau. 

Forestiers Catholiques, cour N.-D., M. Ernest Dulude, 
chef ranger ; M. Albert McDuff, comm.-ord. 

Canado-Américains, M. Ludovic Joachim, président. 

Société St-Jean-Baptiste, M. J.-B. Poirier, comm.-ord. 

MM. Arsène Larivée, président de la section des chefs 
de famille et Olivier Dulude de la section des jeunes gens. 

Tente Hugo, K. of Maccabees, Henri Forest, comm.- 
ordonn. 

Dans les voitures qui suivaient, on remarquait les mem- 
bres du conseil municipal. 

La procession passa par les rues Fales, Broad, Sylvian, 
Washington, les avenues Hedley et Fuller, les rues Gar- 
fîeld, Dexter, Crossman et l'avenue Lonsdale. 

La ligne de marche offrait une superbe apparence. Les 
drapeaux et bannières étaient nombreux et flottaient large- 
ment déployés au gré de la brise; sur tout le parcours, on 
entendit de vifs applaudissements provenant des doubles 
haies de personnes formées sur les trottoirs. Les édifices 
bordant la route suivie avaient été décorés avec beaucoup 



92 SAINT-MATHIEU 

d'art, mais c'est surtout dans les limites de la paroisse que 
les résidences ofiFraient le plus joli coup-d'œil. . 

BÉNÉDICTION DE LA PIERRE 

Lorsque la parade fut arrivée sur le site de la chapelle- 
école, les diverses sociétés se dispersèrent et c'est alors que 
Sa Grandeur Mgr Harkins fit son entrée solennelle sur les 
lieux, suivi d'un nombreux clergé. Monseigneur était 
assisté de MM. les abbés N. Leclerc, de Ste-Anne de Woon- 
socket, et J.-H. Béland, de Notre-Dame de Central Falls. 

Pendant que l'Harmonie Ste-Anne donnait un magni- 
fique concert sacré, le prélat revêtait les riches vêtements 
du culte et bientôt commençait la grande cérémonie de la 
bénédiction. Le Rév. E.-E. Seagraves, de la cathédrale, 
remplissait les fonctions de maître des cérémonies. 

Il y eut procession pendant que le clergé chantait les 
plus belles hymnes de circonstance. Après la bénédiction, 
la pierre angulaire fut mise en place, et Sa Grandeur et les 
membres du clergé ainsi que les fonctionnaires municipaux 
et autres invités retournèrent à l'immense estrade d'où 
ils purent commodément entendre le programme du con- 
cert religieux. 

Remarqués sur l'estrade : Son Honneur le maire J. W. 
Freeman, les échevins Geo. Pigeon, A. Smith, Jos. Davi- 
gnon, A. Adams. Les constructeurs Dorais et Dupuis et 
les ouvriers et maçons travaillant à l'édifice, l'hon. F.-X. 
Léonidas Rattey, le chef de police Nap. Lambert, l'archi- 
tecte Walter Fontaine, de Woonsocket, MM. Gallagher, 
Herbert Sutton et Frank E. Farnum de la Globe Bank, 
Woonsocket, M. J.-B.-A. Savard, de la Tribune. 

Le chœur paroissial, osus la direction de M. Amos La- 
chapelle, entonna le Veni Creator, l'Harmonie exécuta 
une marche solennelle et c'est alors que l'assistance, qui 
se composait de plus de six mille personnes, entendit l'élo- 
quent sermon du Rév. P. Lamarche, D.D., dominicain, de 
Fall River, dont nos lecteurs nous saurons gré de donner 
le résumé suivant : 

SERMON DU R. P. LAMARCHE 

Le R. P. Lamarche avait choisi comme sujet de son dis- 
cours " L'esprit paroissial ". Parlant de l'importance delà 
paroisse au point de vue national, il dut toucher en pas- 



DE CENTRAL FALLS 93 

sant certaine question bien actuelle, celle de la langue et 
des nationalités. 

'* L'organisation paroissiale ", dit-il, " satisfait à un 
besoin naturel de l'homme. L'homme porte en soi le désir 
permanent de vivre en société, mais il accuse, en même 
temps, une autre tendance qui consiste à se dérober par- 
tiellement à la grande société, pour faire partie d'un 
groupe. 

" Le sang de la race, les origines, l'éducation, l'intérêt, 
l'amitié, autant de facteurs qui morcellent la grande patrie 
et la divisent par groupes accidentels. 

" Si l'un quelconque de ces groupements, ethnique ou 
autre, se forme aux dépens de la vraie société, cherche à 
vivre d'une vie propre, au lieu de suivre le large courant 
de vie nationale, il s'appelle une faction, et devient répres- 
sible et dangereux. Mais si les groupements ethniques 
n'ont d'autre objet que la douceur d'une vie commune, 
le souci de garder l'empreinte originelle et les modalités 
de la race, la langue et la foi des aïeux, il n'y a pas un pou- 
voir au monde assez aveugle pour méconnaître le bon aloi 
de cette tendance, ni assez fort pour la comprimer ! 

'" Or, mes frères, voulez-vous me dire ce qui peut con- 
tribuer davantage à noUs grouper ensemble, si ce n'est 
l'organisation paroissiale ? La paroisse est le vrai centre de 
ralliement, et, qu'il s'agisse de notre race ou des autres, 
elle est la muraille invisible qui s'oppose aux infiltrations 
étrangères, du moins à celles qu'un patriotisme fervent 
doit craindie et suspecter. . . " 

Le prédicateur ne s'est pas exprimé moins fortement 
au sujet de la langue et de la mentalité françaises : 

" Je prends l'un d'entre vous, père de famille et con- 
tribuable de cette paroisse, et je lui demande de me livrer 
ses impressions de l'heure présente. Debout sur les fon- 
dations de cette œuvre où ses propres deniers sont enga- 
gés, n'a-t-il pas le droit de se dire avec fierté : Oui, j'ai 
travaillé pour cette école doat les plans révèlent déjà un 
si noble souci d'élégance architecturale, d'hygiène et de 
confort, de modernité intelligente et progressive .'' C'est 
un peu mon labeur personnel que représentent le ciment, 
la pierre et la brique assemblés. Il m'a fallu sacrifier 
maint plaisir pour édifier tout cela. Mais aujourd'hui je 
reçois une première récompense et l'avenir va me combler. 
Plus tard, à l'ombre de ces murs, mes enfants, mieux favo- 



94 SAINT-MATHIEU 

risés que je ne le fus moi-même, recevront le bienfait d'une 
éducation solide et complète. Ils seront éclairés, fortifiés 
dans la vie religieuse, en même temps qu'initiés à la vie 
civique. On leur enseignera les vertus par excellence de 
cette terre d'adoption, l'amour du travail sous ses plus 
humbles formes, l'esprit d'avancement et de conquête, 
le respect des libertés saintes. Mais encore et surtout, on 
leur infusera cette mentalité de ma race, où les idées s'en- 
chaînent avec discipline et clarté, et s'expriment dans une 
langue de précision, de souplesse et d'énergie, nuancée 
comme les bois d'automne, infinie en ressources à qui sait 
la manier. Je pourrai donc mourir en paix. L'église- 
école conservera cet héritage et l'oreille des petits franco- 
américains sera sans cesse réjou ve par des chants religieux 
et des mots de sonorité française." 

Dans la dernière partie de s( >n discouis, l'orateur a dé- 
fini les qualités de l'esprit parc-i"ssial : la piété, le zèle et 
l'ambition. 

" L'esprit paroissial est ambitieux ; il veut que sa pa- 
roisse tienne un noble rang, qu'elle fasse honneur à ses 
obligations, que les œuvres paroissiales soient fécondes et 
prospères. Mais il est ambitieux avec mesure et sans en- 
vie. Il proportionne l'idéal aux moyens d'agir. Si la den- 
sité et les ressources d'une population favorisent les pro- 
jets grandioses, il ira de l'avant. Sinon, il se souviendra 
que, même de nos jours, aux temps fastueux, déshonorés 
par les dettes, le Christ Jésus préfère une étable avec des 
cœurs de bergers pour l'adorer. 

" Et le vrai esprit paroissial est ambitieux sans envie. 
Il tolère au besoin que d'autres réussissent davantage et 
plus vite. Il ne sait pas jalouser les paroisses-sœurs. 
Autrement il perd toute noblesse ; il perd jusqu'à son 
nom, et devient tout vulgairement " l'esprit de clocher ". 

Après le sermon, Mgr Harkins donna sa bénédiction et 
la cérémonie se terminait par la visite des dignitaaires et 
des invités qui venaient frapper la pierre en déposant de 
généreux dons. 

LE BANQUET 

Dans la soirée, un somptueux banquet était donné dans 
la salle du Gymnase Saint-Joseph. 

Y assistaient. Sa Grandeur Mgr Harkins, MM. les abbés 
J.-H. Béland, de Central Falls ; N. Leclerc, de Woonsoc- 
ket ; E.-E. Seagrave, de la cathédrale ; D.-M. Lowney, 




Syndics de Saint- Mathieu : 
M. Olivier Parizeau M. Siméon Bérard 

M. Louis Blais M. Isaac Rivard 



DE CENTRAL FALLS 95 

Pavitucket ; P. Farreley, Central Falls ; Rév. P. La- 
marche, F. P., Fall River ; A. Prince, Central Falls ; 
J.-M.-L. Giroux, J.-E. Roy, G. Laverdière, M. Roberge, 
M. -A. Hébert, Woonsocket ; M. Denoncourt, de Trois- 
Rivières ; Rév. P. Geoffroy, C. S. V., Joliette ; M. Bru- 
nelle, Centreville ; C. Bessette, E. Clermont, Pawtucket ; 
L.-C. Bédard, Marieville ; E. Lessard et H,-Z. Sylvestre, 
Manville , O. Valois, Fall River. 



Nous avons déjà mentionné les retraites ou mis- 
sions données chaque année à Saint-Mathieu et 
nous avons même cité les noms des prédicateurs 
qui ont donné ces retraites. Ce sont là aussi des 
dates importantes dans la vie de la jeune paroisse. 

Dans ces occasions on renouvelait le zèle et la 
ferveur des sociétés paroissiales : ligues du Sacré- 
Cœur et Société du Saint Nom de Jésus, pour les 
hommes et les jeunes gens, congrégations des 
Dames de Sainte-Anne et des Enfants de Marie 
que M. le curé Laliberté avait établies dans sa pa- 
roisse, dès le 1er janvier 1907, ainsi que l'Union de 
Prières, dans laquelle tout le monde pouvait entrer 
même les vieillards et, à plus forte raison, les en- 
fants. 

L'installation des oflSciers de la Ligue du Sacré- 
Cœur et du Saint Nom de Jésus donnait lieu par- 
fois à une solennité un peu plus éclatante. 

Ainsi le 27 octobre 1912 avait lieu l'installation 
des oflSciers de la Ligue du Sacré-Cœur, et à cette 
occasion, M. le curé Laliberté avait invité son con- 
frère, M. l'abbé Villandré, de North Attleboro, à 
donner une très agréable et intéressante conférence 
sur Botrel et ses chansons. Cette conférence très 
goûtée et applaudie fut illustrée de chansons de 
Botrel et même fut suivie d'autres jolies chansons 



96 SAINT-MATHIEU 

très bien rendues. Plusieurs prêtres des environs 
s'étaient rendus à cette fête pieuse et artistique. 

L'année 1913 fut marquée par le grand festival 
dont nous avons parlé au chapitre des finances et 
et qui fut honoré de la présence du gouverneur 
Pothier et de Mme Pothier qui en firent l'ouver- 
ture avec autant d'amabilité que de distinction. 
D'autres réunions et d'autres organisations par- 
faitement réussies sont aussi à noter pour cette 
année. 

Cette même année 1913, M. Arthur Laberge, 
courtier, fit don à la paroisse de 500 dollars pour 
l'achat d'une cloche. L'argent de ce don généreux 
a, été déposé à la banque, au crédit de la paroisse, 
et servira aux fins voulues par le donateur, lors- 
qu'il sera possible d'installer des cloches dans la 
nouvelle église. 

En 1914 eurent lieu de jolies fêtes religieuses et 
paroissiales à l'occasion de la première messe de M. 
l'abbé Oscar Forest, enfant de la paroisse, fils de 
M. Camille Forest. Le 3 mai, grand messe chan- 
tée par le nouveau prêtre, assisté à l'autel de M. le 
curé et de M. le vicaire Phaneuf. Éloquent ser- 
mon par M. l'abbé J.-B. Messier, autre enfant de 
la paroisse, vicaire à Webster. 

Quelques mois plus tard, le 26 juillet de la même 
année, une autre démonstration moins joyeuse 
mais non moins affectueuse réunissait encore les 
paroissiens de Saint-Mathieu pour exprimer leur 
reconnaissance et leur attachement à M. l'abbé 
Phaneuf, qui allait retourner à Rigaud après six 
l>onnes années passées dans la paroisse, et qui 
emportait autant d'excellents souvenirs qu'il en 
laissait. 

Avec ces solennités un peu plus extraordinaires, 



DE CENTRAL FALLS 97 

eurent lieu les fêtes et célébrations ordinaires pour 
entretenir l'esprit paroissial et soutenir les œuvres 
de la paroisse. Leur joli succès pratique fut celui 
que nous avons signalé ailleurs. 

1915 eut un grand festival sous le patronage des 
dames de Sain te- Anne. Ce fut un beau succès. 
Drame par les demoiselles de la paroisse et comédie 
par un groupe de jeunes gens de Woonsocket, très 
bien exercés par M. l'abbé G.-N. Dumont. 

La n^ême année, M. F. A. Sayles, le grand in- 
dustriel de Central Falls, fit le beau don de 1000 
dollars à la paroisse Saint-Mathieu. 

Cette miême année, le 27 juin, installation so- 
lennelle des officiers de la Ligue du Sacré-Cœur. 

En 1916, avant la célébration du dixième anni- 
versaire de la paroisse, on eut, en février, la re- 
traite annuelle, prêchée par le R. P. Louis La- 
lande, qui fit une conférence publique sur l'argent, 
qui eut un beau succès, comme sa retraite. 

Dans les premiers jours de mars, le festival des 
jours gras eut son succès accoutumé, mais remar- 
quable de popularité et de recettes. 

Le 14 mars 1916 était le vingt-cinquième anni- 
versaire de prêtrise de M. le curé Laliberté. Pour 
épargner à ses paroissiens bien généreux mais dont 
la générosité ne doit être, d'après les vues et les 
désirs du dévoué curé, consacrée qu'aux œuvres 
paroissiales, auxquelles ils allaient être appelés 
encore à contribuer largement, M. le Curé sut se 
soustraire à toute démonstration publique. Mal- 
gré la consigne, les membres de la Ligue du Sacré- 
Cœur firent, en quelques heures, une jolie sous- 
cription pour offrir à leur curé une chasuble, une 
chape et un missel. De nombreux témoignages 
d'affection et de reconnaissance affluèrent au près- 



98 SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 

bytère de Saint-Mathieu, de la part de la paroisse, 
des amis de Woonsocket et du Canada. 

En avril avait lieu une exposition d'objets bro- 
dés par les demoiselles de la paroisse et en mai une 
jolie séance dramatique et musicale où le drame 
chrétien " Gaudentia " fut très bien rendu par les 
jeunes filles graduées de l'école Saint-Mathieu. 

En novembre eurent lieu les fêtes du dixième an- 
niversaire, dont nous parlerons au dernier cha- 
pitre de cette monographie. 



CHAPITRE XIII 



A TRAVERS LES REGISTRES 

Il sera intéressant, à plus d'un point de vue, de 
noter quelques statistiques, prises des registres 
paroissiaux, indiquant le mouvement de la popu- 
lation depuis les premières années de la paroisse 
Saint-Mathieu, jusqu'à l'année dernière : 

Années Baptêmes Mariages Sépultures Nombre de 











familles 


1906 


11 


2 


6 


300 


1907 


71 


22 


21 


343 


1908 


63 


10 


18 


360 


1909 


. . 84 


26 
28 


22 
24 


389 


1910 


79 


437 


1911 


84 


16 


24 


452 


1912 


90 


22 


23 


450 


1913 


91 


31 


21 


464 


1914 


70 


22 


24 


485 


1915 


86 


23 


19 


502 



Le premier baptême fait dans la paroisse est ce- 
lui de Marie-Irène-Anita Duval. Il eut lieu le 31 
octobre 1906. 

Le premier mariage fut célébré le 29 novembre 
1906. Ce fut celui de M. Philodime Lemay et de 
mademoiselle Clotilde Durand. 

La première sépulture d'adulte fut celle de M. 
Charles Girouard, le 30 novembre 1906. 

C'était un des principaux et plus honorables 
paroissiens qui disparaissait à l'aurore de la pa- 
roisse. 



100 SAINT-MATHIEU 

Notons dans le même registres des sépultures, 
où tant de noms déjà inscrits rappellent de chers 
souvenirs aux familles et aux paroissiens, quelques 
noms encore qui ne font pas oublier les autres, mais 
qui aident plutôt à en évoquer le souvenir. 

Le 7 mars 1907, Pierre-Marcel de Blois, âgé de 90 
ans. 

Le 1er juillet 1907, Georges-A. Paré. 

Le 16 juillet 1907, Augustin Biais, âgé de 83 ans. 

Le 5 juillet 1908, Louis Graveline, âgé de 52 ans. 

Le 12 août 1908, Stephen Blyth, âgé de 55 ans. 

Le 29 septembre 1912, madame H. -Julien Tra- 
han, âgée de 90 ans. 

Le 13 mars 1914, Gilbert Gendron,âgé de 61 ans. 

Le 8 août 1914, Charles Dubuque, âgé de 75 ans. 

Le 24 août 1914, F.-X. Boucher, âgé de 60 ans. 

Le 17 mars 1915, Olivier Pion, âgé de 67 ans. 

Le 1 décembre 1915, Ludger Desroches, 69 ans. 

Le 6 décembre 1915, Edouard Turgeon, 60 ans. 

Le 21 mai 1916, Siméon Bérard, âgé de 60 ans. 

Le 2 novembre 1916, Joseph Nadeau, âgé de 78 
ans. 

Le 9 avril 1917, Amable Porcheron, 72 ans. 

Le 29 mai 1917, Joseph Touchette, 71 ans. 

Le 2 septembre 1917, Narcisse Champagne, 60 
ans. 

CONFIRMATIONS 

Quatre fois en dix ans, Mgr l'Évêque de Provi- 
dence ou son auxiliaire sont venus administrer le 
sacrement de Confirmation à la jeune génération 
de la paroisse Saint-Mathieu. 

Le 19 juin 1909, S. G. Mgr Harkins donna le 
sacrement de Confirmation à 46 garçons et à 48 
filles. Les parrain et marraine furent M> Siméon 
Bérard et son épouse. 



DE CENTRAL FALLS 101 

Le 24 juin 1911, S. G. Mgr Harkins confirma 
59 garçons et 45 filles. Monsieur le gouverneur 
Aram-J. Pothier et madame Pothier avaient bien 
voulu accepter d'être parrain et marraine. 

Le 19 mai 1913, S. G. Mgr Harkins donna la con- 
firmation à 55 garçons et à 66 filles. Parrain et 
marraine, M. Louis Biais et son épouse. 

Le 16 octobre 1915, S. G. Mgr Ths Doran, auxi- 
liaire de Mgr Harkins, vint confirmer 75 garçons 
et 70 filles. Les parrain et marraine furent mon- 
sieur et madame Olivier Parizeau. 



CHAPITRE XIV 



DIX ANS DE PROSPERITE GRANDISSANTE 

Nous avons dit les progrès de la jeune paroisse- 
Saint-Mathieu de Central Falls du Rhodes Island, 
dans les dix premières années de son existence, au 
point de vue temporel, et nous avons aussi fait con- 
naître, bien sommairement il est vrai, sa vie reli- 
gieuse et intellectuelle. 

Commencée avec 300 familles, la paroisse en 
compte aujourd'hui plus de 500. D'abord bien 
isolée au sommet du triangle formé par les rues 
Dexter et Lonsdale, l'église-école a vu venir à elle 
du sud et de l'est, les deux côtés où la paroisse 
puisse se développer, bon nombre de familles qui 
y ont construit de jolies habitations. 

Dès maintenant on peut entrevoir qu'avant bien 
des années une belle église sera construite pour 
mieux répondre aux besoins et aux aspirations de 
la paroisse qu'elle dominera et semblera protéger. 
Il le faudra pour répondre aux développements de 
l'école, qui aura besoin de nouvelles salles de- 
classes. 

A un autre point de vue, qui témoigne bien de la 
vitalité religieuse de la paroisse, il faut rappeler 
que les paroissiens de Saint-Mathieu s'honorent 
d'avoir donné déjà quatre prêtres à l'Eglise et 
gardent l'espoir bien fondé de lui en donner bientôt 
un autre. 

Ces quatre prêtres sont par ordre d'ordination : 



SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 103 

MM. les abbés Emest Olivier, vicaire à Manville ; 
J.-B. Messier, vicaire à Webster, Mass., Oscar 
Forest, vicaire à Crafton, Mass. ; Alfred Jette, 
qui vient d'arriver de Rome, où il a passé six ans 
pour faire ses études philosophiques et théolo- 
giques tout en acquérant la connaissance des lan- 
gues italiennes et portugaises. M. l'abbé Oscar 
Normand accomplit actuellement sa troisième 
année de théologie au grand séminaire de Montréal. 

M. l'abbé J.-B. Messier, fils de M. Edouard Mes- 
sier et de Marie Lange, est né le 24 juin 1885, à 
North Smithfield, R. I., et fut baptisé à l'église 
du Précieux-Sang de Woonsocket. Après avoir 
été élève des Sœurs de Sainte-Anne de Central 
Falls, ]\ fit ses études classiques aux Trois-Rivières 
et ses études théologiques partie à Valleyfield et 
partie à Rochester, N. Y. Il fut ordonné prêtre le 
8 juin 1912 et fut depuis lors vicaire à Webster, 
Mass. 

Le révérend M. Ernest Olivier, dont le père ha- 
bite la paroisse Saint-Mathieu, est né à Ste-Êlisa- 
beth de Joliette, fils de M. Arthur Olivier et de 
dame Georgiana Desrosiers, le 25 juillet 1877. Il 
entra, en septembre 1891 au Séminaire de Jo- 
liette où il fit tout son cours classique. Après son 
grand séminaire à Montréal, il fut ordonné prêtre 
le 24 mai 1902 par Sa Grandeur Mgr Bruchési. 
Professeur un an à Joliette, deux ans vicaire à St- 
Cuthbert et deux autres années à Saint-Gabriel de 
Brandon, il vint ensuite aux États-Unis où il arriva 
le 1er juillet 1907. Sa Grandeur Mgr Harkins vou- 
lut bien le nommer alors vicaire à Saint-Jacques de 
Manville, où il exerce encore le saint ministère 

M. l'abbé Oscar Forest, est né à Harrisville, R.I., 
le 27 juillet 1887, de M Camille Forest et de Dame 



104 SAINT-MATHIEU 

Emilîa Massé. Élève de l'école des Sœurs de Ste- 
Anne à Central Falls, il fit ses études classiques au 
séminaire des Trois-Rivières. Après ses études 
théologiques au grand séminaire de Montréal, il 
fut ordonné prêtre aux Trois-Rivières par S. G. 
Mgr Cloutier, le 27 avril 1904. Professeur un an 
au Séminaire des Trois-Rivières, il fut ensuite vi- 
caire à Ste-Geneviève de Batiscan, puis à Shawi- 
nigan. En 1906, il passa aux États-Unis et fut 
nommé vicaire à Grafton, Mass., où il exerce ac- 
tuellement le ministère. 

M. l'abbé Alfred Jette, le plus jeune des prêtres 
dont les parents demeurent sur la paroisse Saint- 
Mathieu, est né le 23 novembre 1888, à Spencer, 
Mass., fils de M. Clément Jette et de dame Vir- 
ginie Boisvert. Il fit ses études primaires à l'école 
des Sœurs de Ste-Anne de Central Falls et ses étu- 
des classiques à St-Hya'cinthe et à Nicolet. Ad- 
mis au diocèse de Providence en 1911, il fut en- 
voyé à Rome, au Collège Américain du Sud, et sui- 
vit pendant six ans les cours de philosophie et de 
théologie de l'Université Grégorienne. Il fut or- 
donné prêtre à Rome, le 10 août 1917, par Son Êmi- 
nence le Cardinal Pompili. 

Un bon nombre de religieuses sont aussi issues 
des familles de la paroisse Saint-Mathieu. 

Mentionnons : 

Chez les Sœurs de la Providence : Sœur Marie- 
Raphaïlde (Rose-Alba Richard), à Vancouver ; 
Sœur Alméride (Aldéa Richard), à Mont-Laurier ; 
Sœur Marcella (Anna Parizeau), à Grouard, Al- 
berta. Deux novices de Saint-Mathieu sont aussi 
à se préparer dans la même communauté. 

Chez les Sœurs du Bon-Pasteur : Sœur Margue- 



DE CENTRAL FALLS 105 

rite du Sacré-Cœur (Nativa Beauregard), à Parc 
Laval, Montréal, 

Chez les Sœurs de Sainte-Anne : Sœur Marie 
Ursulina (Maple Gendron) , à Worcester. 

Chez les Sœurs de l'Immaculée-Conception, 
missionnaires en Chine : Sœur Marie de la Puri- 
fication (Berthe Girard) . 

En septembre 1916, M. le curé Laliberté, d'ac- 
cord toujours avec son vicaire et ses paroissiens, 
résolut de commémorer d'une façon un peu mar- 
quée le dixième anniversaire de sa paroisse. Une 
souscription fut ouverte pour être versée au fonds 
de la paroisse et pour diminuer la dette. Une fête 
religieuse et une fête récréative furent préparées 
pour les derniers jours de novembre. 

La souscription des cinq cents et quelques fa- 
milles rapporta 5,602 dollars. Ce qui représente 
une moyenne de plus de dix dollars par famille. 

La générosité manifestée une fois de plus en cette 
circonstance par les paroissiens de Saint-Mathieu 
leur fait honneur et témoigne de leur esprit civique 
aussi bien que de leur esprit religieux. 

La fête du 30 novembre fut très agréable, toute 
empreinte de cordialité et de bienveillance entre 
tous ceux qui y prirent part ou y assistèrent. Voici 
comment la Tribune, de Woonsocket, en fait le 
compte rendu : 

La célébration du 10e anniversaire de la fonda- 
tion de la paroisse St-Mathieu, coïncidant jeudi 
avec le jour d'Action de grâces, fera mémoire d'une 
page très précieuse dans les annales de la paroisse 
St-Mathieu. 

Commencée le matin par une des plus solennelles 
manifestations religieuses dont ait été témoin le 
temple de la paroisse, elle se terminait le soir par 



106 SAINT-MATHIEU 

une gracieuse séance récréative. Au premier exer- 
cice d'action de grâces du matin aussi bien qu'à 
celui du concert-causerie de l'après-midi, l'on remar- 
qua la même afBuence des paroissiens. Comme 
joyau ajouté à cette fête de 10e anniversaire, M. le 
président des hommes de la ligue du Sacré-Cœur, 
N. Campeau, présenta à M. le curé Laliberté, au 
nom des paroissiens, un chèque de $5,602.00, ar- 
gent perçu par une souscription volontaire des 
paroissiens et quelques dons d'amis du voisinage. 
Nous nous empresserons aussi de dire qu'avec les 
membres du clergé des paroisses environnantes, M. 
le curé Laliberté, son dévoué vicaire, M. l'abbé J. 
Geoffroy, ainsi que les paroissiens, avaient le plai- 
sir de compter à cette grande fête de famille les 
deux premiers vicaires qu'eut la paroisse St-Ma- 
thieu, fondée le 13 octobre 1906. Le premier, 
l'abbé J.-A. D'Amours, aujourd'hui rédacteur en 
chef de VAction Catholique, venait en 1907, au 
cours d'un congé de 8 mois, offrir ses services à 
M. le curé Laliberté ; le deuxième, l'abbé J.-M. 
Phaneuf, depuis deux ans professeur au collège 
Bourget de Rigaud, lui succédait en 1908 et y de- 
meurait jusqu'en 1914, alors qu'il fut remplacé 
par le présent vicaire, l'abbé J. Geoffroy. Donc 
jeudi matin, dès 8.30 heures, toutes les sociétés re- 
ligieuses de la paroisse, les deux sections des 
hommes et garçons de la ligue du Sacré-Cœur, les 
congrégations Sainte-Anne et Marie, les Cadets du 
Sacré-Cœur et les jeunes filles de l'Immaculée- 
Conception se réunissaient dans la salle paroissiale 
et à 8.45 heures, elles faisaient avec déploiement 
de bannières et drapeaux leur entrée à l'église sous 
le commandement de M. Emile Gaudreau pour 
assister à une messe d'actions de grâces à laquelle 
officia M. le curé Laliberté, assisté des abbés J.-M. 



DE CENTRAL FALLS 107 

Phaneuf et J. Geoffroy, comme diacre et sous- 
diacre ; cérémoniaire, l'abbé E. Olivier, vicaire en 
la paroisse St-Jacques de Manville ; thuriféraire, 
l'abbé Oscar Forest, vicaire à Grafton, Mass., 
acolytes, MM. Olivier Pariseau et Adélard Richard. 
L'abbé D'Amours occupait un prie-Dieu dans le 
sanctuaire. M. le curé A. Graton, de la paroisse 
St-Jean-Baptiste de Woodlawn, M. le curé J.-H. 
Béland, avec ses vicaires les abbés S. Grenier et J.- 
A. Belisle, de la paroisse Notre-Dame du Sacré- 
Cœur, M. le curé W.-A. Prince et son vicaire l'abbé 
Laliberté, de la paroisse St-Louis de Woonsocket, 
M. le maire et Mme Eugène LaBrosse, de Central 
Falls, occupaient des sièges près de la balustrade. 

Le chœur de chant paroissial, grossi de chantres 
de la paroisse St-Jean-Baptiste de Woodlawn, sous 
la direction de l'organiste Thomas-E. Fournier, 
chanta avec beaucoup d'unisson la messe en mu- 
sique Ste-Cécile par J.-E. Turner. Les solistes 
furent Mlles Lucia Jacques, Laura Bérard, Ber- 
tha Lagacé, MM. N.-L. Campeau, Raoul Le- 
febvre et Maxime Harvey. A l'offertoire, M. 
Georges Rainville chanta avec bon goût Panis 
Angelicus de César Franck. Le sermon de cir- 
constance fut donné par l'abbé J.-A. D'Amours, 
qui prit pour texte les paroles adressées par Dieu 
à Moïse : " Facient mihi tabernaculum et habitabo 
in medio eoriim. Ils me feront un tabernacle et 
j'habiterai au milieu d'eux. (Exod. 15, 8.) 

" Le prédicateur développa les pensées et ré- 
flexions qui suivent : 

" Comment Dieu se choisit son peuple: l'histoire 
de la vocation du peuple hébreux, du tabernacle, 
de l'arche d'alliance. 

" Dieu ne veut pas seulement des âmes, il veut des 



108 SAINT-MATHIEU 

peuples : ceux-ci pour celles-là : il veut s'unir aux 
unes et aux autres. 

"Et Dieu nous a appelés à être son peuple, à être 
apôtres par l'exemple, par la vie, par le culte, par 
la paroisse. Notre histoire le prouve, et cette his- 
toire vous la continuez. 

" I. Comment vous avez répondu à l'appel de 
Dieu. 

" Pour rester dignes de Dieu et dignes de vous- 
mêmes, vous avez fait une demeure à Dieu. Vous 
l'avez faite avec votre générosité, avec le fruit de 
vos sacrifices, sous la conduite du chef, nouveau 
Moïse, que Dieu vous a assigné. 

" Vous n'avez pas fait à Dieu seulement une 
demeure matérielle, mais aussi une demeure spiri- 
tuelle qui est la paroisse elle-même, la réunion 
des âmes et des familles sanctifiées, assemblées par 
la charité. La paroisse remplit et anime l'église 
qui la protège et la rassemble. Devoirs envers la 
paroisse : amour, estime, charité pour tout ce qui 
la compose. Elle est notre tabernacle, notre arche 
d'alliance que nous emportons avec nous partout 
où nous allons, que nous fixons au milieu de nous 
partout où nous voulons nous établir, où nous 
voulons vivre. Notre paroisse est ainsi tempo- 
relle et spirituelle, comme toutes les œuvres que 
Dieu a faites pour nous, conformes à notre nature. 

"II. Comment Dieu, accomplissant sa promesse, 
reste avec nous, dans la paroisse. 

" Il nous y instruit, âmes et peuple, dans l'église 
et dans l'école, nous indiquant la voie à suivre, la 
vertu à pratiquer, vertu privée et vertu publique. 

" Il nous y unit à lui et à son Église, il nous unit 
entre nous : il continue d'unir notre âme catholi- 
que et notre âme française, celle-ci à celle-là, dans 
une alliance publiquement professée et proclamée, 



DE CENTRAL FALLS 109 

selon une glorieuse et vieille tradition qui est la 
nôtre. Notre paroisse devient ainsi le résumé, 
l'abri, de notre vie intellectuelle, morale, artistique, 
nationale. L'union qu'elle opère assure notre sur- 
vivance par l'aide de Dieu qui garde notre race en 
lui gardant sa foi et son idéal. 

"Il nous y fortifie et sanctifie par les sacrements, 
par la présence réelle, par la prière publique, litur- 
gique, plus agréable à Dieu, plus efficace. Survi- 
vance spirituelle et temporelle de notre peuple, qui 
vit de sa foi, de son idéal. Dieu nous a gardés et 
nous garde comme miraculeusement. Règle géné- 
rale, ceux qui abandonnent Dieu et l'Eglise, s'a- 
bandonnent eux-mêmes et abandonnent notre 
idéal. Domine, in simplicitate cordis mei lœtus 
ohtuli universa. 

" Le prédicateur termina en offrant ses félicita- 
tions et ses vœux au curé et à ses auxiliaires de 
toute la paroisse. Quelle belle œuvre et quel bel 
exemple ! 

"A l'issue de la messe, les paroissiens rentrèrent 
dans leur foyer, mais se réunissaient de nouveau à 
7.30 hrs. du soir dans la salle des représentations, 
pour jouir de nouveau de quelques discours et 
causeries accompagnées d'un délicieux programme 
musical. Au premier rang de l'audience l'on comp- 
tait la présence de M. le curé Laliberté, les abbés 
D'Amours et Phaneuf, M. le curé A. Graton, de 
Saint-Jean-Baptiste de Woodlawn, M. le curé De- 
quoy, de St-Étienne de Dodgeville, le Rév. Père 
Marcorelles, chapelain de l'hospice des vieillards 
de Woodlawn, l'abbé Brodeur de Fall-River, les 
abbés E. Olivier et O. Forest, M. le maire et Mme 
E. LaBrosse. L'entrée des membres du clergé se 
fit aux accords d'un morceau de piano par M. 



110 SAINT-MATHIEU 

Thomas E. Fournier, après quoi M. Napoléon 
Campeau, avec de bonnes paroles de bienvenue, 
donna lecture du programme de la soirée, puis il 
invita M. le maire LaBrosse à faire le discours de 
félicitations aux membres du clergé et aux parois- 
siens. Après ce premier discours vivement applaudi 
par l'assistance, Mlle Fox, de Pawtucket, rendit un 
premier morceau de piano avec une telle pré- 
cision qu'elle fut deux fois rappelée. Mme Clau- 
dia Rhéa Fournier lui succéda au milieu des ap- 
plaudissements prolongés. Aussi gracieuse qu'ai- 
mable cantatrice, elle sut régaler ses auditeurs de 
délicieuses romances. 

" M. Campeau vint ensuite présenter à l'auditoire 
le spirituel causeur qu'est l'abbé D'Amours. Dans 
d'intéressantes réminiscences de ses huit mois 
passés en la paroisse de Saint-Mathieu, il a rappelé 
la bienveillante hospitalité que lui fit M. le curé 
Laliberté et il ajoutait : " Paroissiens de Saint- 
Mathieu, c'est à cette époque que j'ai appris à con- 
naître votre curé. C'est un prêtre qui sait parler 
et sait se taire, sait agir et sait attendre, sait se 
faire aimer et respecter, sait souffrir et sait soula- 
ger la souffrance, sait entreprendre hardiment et 
achever parfaitement, sait consoler et soutenir 
ceux qui aouffrent en souffrant lui-même patiem- 
ment. Oui, braves gens de Saint-Mathieu, c'est en 
revenant au milieu de vous que je constate votre 
caractère de dévouement, votre esprit de foi et les 
aimables relations que vous avez avec vos prêtres, 
qui sont bien attachés à vous." Puis toujours sur 
le ton de causerie, il intéresse son auditoire en re- 
latant certains incidents de l'époque où il fut 
vicaire à Saint-Mathieu: la messe au gymnase, 
les plaisirs du déménagement, la visite mensuel- 
les, les consolations de la chapelle sous le toit. 



DE CENTRAL FALLS 111 

1 

les souvenirs de la première retraite, prêchée par 
le P. Lalande, le souvenir d'un pique-nique où il 
tomba un peu d'eau. Plusieurs autres faits rap- 
pelés amusèrent et intéressèrent l'auditoire sans 
cesser de l'édifier. M. D'Amours, après une cau- 
serie de plus de 40 minutes, regagna son siège 
au milieu d'applaudissements prolongés. 

" Un numéro musical était encore réservé à l'au- 
ditoire, que devait remplir M. Georges Rainville, 
avec sa voix de baryton ; il chanta deux classiques 
romances, soulignées d'applaudissements. On dé- 
sirait l'entendre encore, mais il déclina les rappels. 
M. le professeur Fournier accompagnait M. Rain- 
ville sur le piano, 

" Comme témoignage d'estime et de sympathie, 
envers le deuxième vicaire de la paroisse Saint- 
Mathieu, M. Campeau le présenta à l'auditoi- 
re dans la personne de M. l'abbé M. Phaneuf. 
Ce dernier se dit très surpris d'être appelé à porter 
la parole, vu que dans ses correspondances avec le 
troisième vicaire qu'est aujourd'hui l'abbé J. Geof- 
froy, il était bien convenu qu'il ne venait ici que 
pour être témoin des démonstrations du jour. 
M. Phaneuf continua en faisant l'éloge de M. le 
curé Laliberté et en louangeant les paroissiens qui 
en l'espace de dix ans ont construit un édifice qui 
leur fait grand honneur. 

" Comme dernier orateur, M. Campeau in- 
vita M. le curé Laliberté, et en termes élogieux, 
il fit connaître le montant du chèque de $5,602.00 
qu'il alla présenter à M. Laliberté. 

" Dans une allocution pleine de sentiments de vi- 
ve reconnaissance envers ses paroissiens, celui-ci fit 
un résumé des dix années écoulées. A mon arrivée 
ici, la question qui m'inquiétait le plus, répéta-t-il, 
c'était la partie financière, mais grâce à votre gêné- 



112 SAINT-MATHIEU 

rosité, nous avons fait honneur à nos engagements. 
J'ai même le plaisir avec ce montant que vous 
m'offrez, de détruire en votre présence le dernier 
billet promissoire que j'aie signé au nom de la 
corporation de St-Mathieu. A l'instant, il déchi- 
rait le billet promissoire. 

"M.Laliberté termina en renouvelant ses remer- 
ciements à ses paroissiens, à MM. les membres du 
clergé, les abbés D'Amours et Phaneuf , le maire et 
Mme LaBrosse, aux personnes qui avaient bien 
voulu prêter leur concours au programme musical, 
et à tous ceux qui avaient contribué au succès de 
cette fête de 10e anniversaire de la fondation de la 
paroisse." 

C'est à l'occasion de ces fêtes du dixième anni- 
versaire que fut décidée la publication de cette 
monographie de la jeune paroisse Saint-Mathieu de 
Central Falls. 

En l'achevant, j'éprouve le regret de n'avoir pu 
lui consacrer que de courts moments dérobés à des 
travaux plus absorbants mais non plus agréables, 
et je prie le lecteur d'oublier ce qu'il a pu y remar- 
quer de défectueux ou de moins achevé, pour ne se 
souvenir que des faits instructifs et encourageants 
qui y sont consignés. 

Cette courte monographie d'une modeste pa- 
roisse qui n'a jamais visé à faire parler d'elle, fait 
partie, et c'est ce qui lui donne son principal inté- 
rêt aux yeux de tout lecteur sérieux, d'une grande 
œuvre et même d'une grande histoire : l'œuvre et 
l'histoire de l'Eglise catholique dans la grande ré- 
publique américaine, l'œuvre et l'histoire d'une 
race qui peut se comparer sans rougir à n'importe 
quelle autre, et qui peut espérer poursuivre une 
grande et glorieuse destinée, si elle reste fidèle à ses 



DE CENTRAL FALLS 113 

traditions de piété envers Dieu et envers son Église, 
à ses traditions de courage et d'honnêteté, à ses 
traditions de bon travail et de générosité pour tout 
ce qui doit la garder fidèle à elle-même. 



APPENDICES 



COUT DE LA CHAPELLE-ÉCOLE DE 
SAINT-MATHIEU 

Contrat général (Dorais & Dupuis, entrepreneurs). . . . $41,225.00 

Division pour les bancs 118.90 

Escaliers 182.75 

Modifications au parquet du rez-de-chausséo 25.80 

Quelques boiseries ajoutées 15.00 

Plomberie (Lagassé Bross. (O. ) 1,550.00 

Conduites de gaz extra et compléments 84.75 

Chauffage 3,690.00 

Extra pour chauffage, $107 — non chargés. 

Extra galvanized, iron work 52.00 

Appareils pour électricité 239 . 65 

Extra pour électricité 1 1 . 05 

Êlectroliers et gazelier.< 110.00 

Lampes électriques 12 . 00 

Tablettes de bronze à la porte 125 . 00 

Verrières 285 . 00 

Extra $30.00, non chargés. 

Maître-autel, estimé 200 . 00 

Vestiaires, etc 165 . 00 

Extra fers, boiseries 11 . 55 

Bancs 1,475.00 

Porte-chapeaux 36 . 00 

Numéros pour bancs 9 . 45 

Décorations pour théâtre 63 . 41 

$49,687.31 

Additions, honoraires des architectes 2,484 . 37 

Surveillance des travaux 965 . 89 

Grand total $53,137.57 



SAINT-MATHIEU DE CENTRAL FALLS 115 

II 

PROGRAMME DU COURS BILINGUE DONNÉ A L'É 
COLE SAINT-MATHIEU 

(cours français) 

Classe Préparatoire 

Religion. — Prières du matin. 
Leçons orales de catéchisme. 
Leçons orales d'Histoire sainte. 
Leçons orales de Langue française. 
Leçons orales de Leçons de choses. 

Lecture, Livre, Tableau et Syllabaire, Calligraphie, Dessin 
linéaire, Leçons de politesse. 

1er Degré 

Religion. — Prières du matin et du soir. 

Catéchisme de Baltimore. 

Leçons orales d'Histoire sainte. 

Leçons orales de Langue française. 

Lecture. — Syllabaire F. E. C. 

Leçons usuelles. 

Calligraphie, Dessin linéaire, Leçons de politesse. 

Ile Degré 

Religion. — Prières du catéchisme. 

Catéchisme de Baltimore. 

Leçons orales d'Histoire sainte. 

Leçons orales de Langue française. 

Leçons usuelles. 

Lecture : 2e Livre des Frères. 

Calligraphie, Dessin linéaire. Leçons de politesse. 

II le Degré 

Religion. — Prières du catéchisme. 
Lecture de l'Évangile chaque matin. 
Catéchisme No 2 de Baltimore. 
Lecture : 2e Livre des Frères. 



116 SAINT-MATHIEU 

Langue française. Cours élémentaire des Frères. 

Leçons orales d'Histoire sainte. 

Leçons usuelles. 

Calligraphie, Dessin linéaire, Leçons de politesse. 

IVe Degré 

Religion, Prières du catéchisme, françaises et latines. 

Lecture de l'Évangile chaque matin. 

Catéchisme No 2 de Baltimore. 

Lecture : 2e Livre des Frères. 

Langue française, cours élémentaire des Frères. 

Histoire sainte. 

Leçons usuelles. 

Calligraphie, Dessin linéaire. Leçons de politesse. 

Ve Degré 

Religion : Prières du catéchisme, françaises et latines. 

Lecture de l'Évangile chaque matin. 

Catéchisme No 2 de Baltimore. 

Lecture : Petite Bible illustrée. 

Langue française, cours moyen des Frères. 

Histoire sainte. 

Histoire du Canada. 

Leçons usuelles. 

Calligraphie, Dessin linéaire. 

Leçons de politesse. 

Vie Degré 

Religion, Prières françaises et latines. Lecture de l'Évangile. 

Catéchisme No 2 de Baltimore. 

Lecture : Petite Bible illustrée. 

Langue française, cours moyen des Frères 

Histoire sainte. 

Histoire du Canada. 

Leçons usuelles. 

Calligraphie, Dessin linéaire. 

Leçons de politesse. 

Vile Degré 

Prières françaises et latines. Lecture de l'Évangile. 
Catéchisme de Baltimore. 



DE CENTRAL FALLS 117 

Lecture : Petite Bible illustrée. 

Langue française, cours moyen des Frères. 

Histoire sainte. 

Histoire du Canada. 

Leçons usuelles. 

Calligraphie, Dessin linéaire. 

Leçons de politesse. 

Ville Degré 

Prières françaises et latines. 

Lecture de l'Évangile. 

Catéchisme de Baltimore. 

Histoire de l'Église. 

Histoire du Canada. 

Lecture : Petite Bible illustrée. 

Langue française, cours moyen des Frères. 

Style épistolaire. 

Leçons usuelles. 

Dessin linéaire. Calligraphie. 

Leçons de politesse. 

COURS ANGLAIS 

Preparatory Grade 

Reading taught by the phonic, word and sentence method com- 
bined. 

English Language : Picture lessons, etc. 
Arithmetic : Reading and writing numbers, etc. 
Singing and Récitation. 

Grade I 

Reading, Mary E. Doyle's Ist Reader. 

English Language. 

Arithmetic. 

Nature study. 

Recitations and Singing. 

Grade II 

Reading : Mary E. Doyle's 2d Reader. 
English Language, Spelling, etc. 



118 SAINT-MATHIEU 

Arithmetic, Hamilton's Primary. 
Nature study. 
Recitations and Singing. 

Grade III 

Reading : Mary E. Doyle's 3rd Reader. 

English Language, C. B. Elementary Lessons. 

Letter writing. 

Arithmetic, Hamilton's Primary. 

Nature Study. 

Geography Maury's Elementary. 

Local Geography also. 

Recitations and Singing. 

Grade IV 

Reading Mary E. Coyle's 3rd Reader, Part II. 
English Language, C. B. Elem. Lessons. 
Composition and Letters, etc. 
Geography, Maury's Elementary. 
Arithmetic, Hamilton's Primary. 
The four simple rules. 
History, Oral Lessons. 
Nature study. 
Recitations and Singing. 

Grade V 

Reading, Mary E. Doyle's 5th Reader. 
English Language, C. B. Elem. Lessons. 
Analysis and Diagramming. 
Compositions, Spelling, etc. 
Geography, Maury's Elementary. 
History, Lawler's Primary. 
Arithmetic, Hamilton's Intermediate. 
Nature study. 
Literary Sélections. 
Recitations and Singing. 

Grade VI 

Reading, Mary E. Doyle's 5th Reader, Part II. 
English Language, C. B. Intermediate Lessons. 
Analysis and Synthesis. 



DE CENTRAL FALLS 119 

Letter writing. Composition. 
Geography, Maury's Elementary. 
History, Lawlor's Elementary. 
Arithmetic, Hamilton's Inter médiate. 
Nature study. Hygiène. 
Literary Sélections. 
Recitations and Singing. 

Grade VII 

Reading, Mary E. Doyle's 7th Reader. 
English Language, C. B. Intermediate^Lessons. 
Geography, Maury's Complète. 
History, Lawlor's Elementary. 
Arithmetic, Hamilton's School. 
Nature study. 
Literary Sélections. 
Recitations and Singing. 

Grade VIII 

Reading, Mary E. Doyle's 7th Reader. 
English Language, C. B. Intermediate. 
Analysis and Synthesis. 
Figures of speech, Letter writing. 
Spelling. 

Geography, Maury's Complète. 
History, Lawlor's Primary. 
Mathematics, Hamilton's Complète. 
Nature Study, Hygiène. 
Plants, Precious Stones, etc. 
Literary Sélections for study. 
Recitations and Singing. 

Grade IX 

Reading, Classics. 

English Language, C. B. lutermediate. 

I. Syntax completed. 

II. Figures of speech and qualities of style; 

III. Letters of ail kinds. Compositions. 

IV. Biographies of English and American writers, espe- 
cially Catholic authors. 

Geography, Maury's Complète. 



120 



SAINT-MATHIEU 



History, General review of the United States. 
Mathematics : I. Hamilton's completed. II. Algebra. 
simple rules, Easy équations. 

Nature Study, Hygiène, Botany, Literary Sélections. 
Recitations and Singing. 



Four 



III 



Verrières 



Louis Biais 

Chrystophe Choinière 
Famille H. Melançon 
Siméon Bérard 
Isaac Rivard 
Olivier Pariseau 
Délia Dubuque 
Le Cercle Parisiana 
Wilfrid Lacouture 
Jean-B. Laliberté 
Uldéric Messier 

Chemin de la Croix 

Olivier Pariseau 
Louis Biais 
Napoléon Trahan 
Jean-B. Laliberté 
Calixte Martel 
Siméon Bérard 
Isaac Rivard 



QUELQUES DONATEURS 

Edmond Lemieux 
Stephen Blyth 
Emméric Joachim 
Armand Poulin 
Clément Jette 
Raphaël Richard 
Hormisdas Joachim 

Statues 

Sacré-Cœur, Louis Moreau. 

Ste-Anne, Mme Godfroy Dai- 
gnault. 

St-Josepk, Mme Joseph Grant 

St-Antoine, M. et Mme Si- 
mon Laliberté. 

Anges adorateurs, M. et Mme 
Henri Beauregard. 

Bénitiers 

J.-A. Hébert. 
Mme J.-A. Hébert. 



IV 



SOUSCRIPTIONS POUR LE'PAIEMENT 
PAROISSIAL 



DU TERRAIN 



Sa Grandeur Mgr M. Harkins 

Rév. J.-A. Laliberté 

Rév. J.-M. Phaneuf 

Rév. J.-H. Béland 

Rév. Alph. Graton 

Prof, et Mme E. Viau 



M. et Mme Amos Lachapelle 
M. et Mme Jos. Jalbert 
Mme Clémence Bisaillon 
Mlle Delphine Darche 
Le Colonel et Mme Ed. La- 
fayette 



DE CENTRAL FALLS 



1.21 



Mlle Olivine Gaboriault 

Napoléon Trahan 

Mme Nap. Trahan 

Napoléon Trahan, fils 

Jean-B. Laliberté 

Joseph St-Onge 

Mme Jos. St-Onge 

Henri Beauregard 

William Paquette 

Bénoni Gauthier 

Siméon Bérard 

Isaïe Bérard 

Joseph St-Pierre 

Alph. Lavallée 

Jos. St-Jean 

Uldérlc Messier 

Lucien Trahan 

Calixte Martel 

Narcisse Champagne 

F.-M. Pont, de St-Germain 

Mme Hédivide Melançon 

Mme Calixte Gauthier 

Mme Cyprien Beauregard 

Mlle Victoria Gauthier 

Pierre Labossière 

Isaac Rivard 

Edmond Lemieux 

Jean-B. Erno 

Louis Lemieux 

Charles Dubuque 

Mlle Aurélie Dubuque 

Mlle Délia Dubuque 

Louis Biais 

Augustin Biais 

Mlle Rosaria Biais 

Joseph Messier 

Mlle Albina Messier-Hall 

Mme Jos. Messier 

Noël J. Brodeur 

Jos.-I. Martel 

Mme Joséphine Rochefort 

Joseph Chrétien 



Les Forestiers Catholiques,- 

No 789. 
La cour Jeanne d'Arc F. Cr 

No 539 
La Société St-Jean- Baptiste, 

No 18. 
Joseph Duval 
Clément Jette 
Albert Messier 
Camille Forest 
Edouard Chatillon 
Mlle Anesie Pion 
Chrystophe Choinière 
Hector Chauvin 
Hyacinthe Benoît 
Zenon Ross 
Jos.-Ls. Pajean 
Jos. Tétreault 
Napoléon Bourgeois 
Chs Laliberté 
Lucien Héroux 
F.-X. Boucher 
Noël Bernier 
Mme Délima Brodeur 
Alfred Bérard 
Peter Bannon 
Uldéric Gendron 
Stephen Blyth 
Paul Casavant 
Joseph Nadeau 
Olivier Pion 
Joseph Ashby 
Michel Dupras 
Zéphirin Lambert 
Louis Lescault 
Pierre Pion 
Michael Powers 
M.-J. Gallagher 
Olivier Pariseau 
Alph. Laliberté 
Séraphin Laliberté 
Louis-A. Dorval 
Joseph Brochu, av. 



122 



SAINT-MATHIEU 



Jean-B. Marchand 
Herménégilde Racine 
Raphaël Richard 
Paul Charpentier 
Edouard Turgeon 
Napoléon Côté 
Mme Chs Girouard 
Jean-B. Pion 
Mme Anna Viau 
Bénoni Ferland 
Louis Coderre 
Uldéric Dansereau 
William Blanchard 
Maxime Dupuis 
Mlle Clara Gendron 
Joseph Gendron 
Victor Civallier 
Arthur Laberge 
J.-O. Gignac 
Mme Adolphis Spaulding 
Mme Félix Nadeau 
Orner Dauray 
Modeste Brouillette 
Wilf. Lacouture 
John Collette 
Jos. Senneville 
Alfred Caouette 
Hormisdas Joachim 
Ludovic Joachim 



Gilbert Gendron 

Jos. Lapierre 

Joseph Trottier 

Mme Nantais & fils 

Mme Anna Lasalle 

Henri Fontaine 

Pierre Stebenne 

Frédéric Beauregard 

Donat Gélinas 

Hormisdas Meunier 

Henri Frégeoll 

Wilfrid Charpentier 

Isaac Dupuis 

Alfred Grégoire 

Absolom Lem'eux 

Joseph Masse 

J. -Ernest Tessier 

Télesphore Dehêtre 

Jules Langevin 

Henri Vigiard 

Casimir Lussier 

Jos. Beaucage 

Son Honneur le Maire Pigeon 

Auguste Benoit 

Emméric Joachim 

Georges-A. Paré 

Ludger Desroches 

Isaïe Tétreault, Jr. 



RELIGIEUSES ET MAITRESSES QUI ONT ENSEIGNÉ 
A L'ÉCOLE SAINT-MATHIEU 



1908 



1909 



Sr M.-Césarine, supérieure 
Sr M.-Reine 
Sr M.-Jean du S.-C, 
Sr M.-Joseph de la Croix 
Sr M.-François-Régis 
Sr M.-Roseline 



Sr M.-Césarine, supérieure 

Sr M. -Catherine de Gênes 

Sr M.-Jean du S.-C, 

Sr M.-Félicienne 

Sr M.-François-Régis 

Sr M.-Roseline 



DE CENTRAL FALLS 



123 



1910 



1914 



Sr M.-Césarine, supérieure 

Sr M.-Catherine de Gênes 

Sr M.-Félicienne 

Sr M. -François-Régis 

Sr M.-Alphonse 

Sr M. -Rose du Crucifix 

Sr M.-Roseline 

Madame Séguin 



Sr M. -du Divin Cœur, sup. 

Sr M. -Rose du Crucifix 

Sr M.-Sylvestre 

Sr M.-fhérèse d'Avila 

Sr M.-Engelbert 

Sr M.-Honora 

Sr M.-Asellus 

Sr M. -Joseph d'Alexandrie 

Délie Joséphine Olivier 



1911 



1915 



Sr M.-Césarine, supérieure 

Sr M.-Félicienne 

Sr M.-Alphonse 

Sr M. -Rose du Crucifix 

Sr M.-Maxime 

Sr M.-Asellus 

Sr M.-Hermel 

Délie Elizabeth Chrétien 



1912 



Sr M. -du Divin Cœur, sup. 

Sr M.-Rose du Cruc'fix 

Sr M.-Venance 

Sr M.-Honorat 

Sr M.-Asellus 

Sr M. -Jeanne de Florence 

Sr M.-Auxiliatrice 

Sr M. -Joseph d'Alexandrie 

Délie J. Olivier 



Sr M.-Césarine, supérieure 
Sr M.-Félicienne 



1916 



Sr M.-Rose du Crucifix 


Sr M. du Divin Cœur, sup. 


Sr M.-Maxime 


Sr M.-Venance 


Sr M.-Asellus 


Sr M.-Agapit 


Sr M.-Hermel 


Sr M.-Honora 


Sr M.-Marcia 


Sr M.-Louise-Thérèse 


Délie Joséphine Olivier 


Sr M.-Eugène du S.-C. 




Sr M. -Agnès des Anges 


113 


Sr M.-Auxiliatrice 




Sr M.-Timothée 


Sr M.-Césarine, supérieure 


Délie Joséphine Olivier 


Sr M.-Rose du Crucifix 




Sr M.-Apolline 


1917 


Sr M.-Éméline 




Sr M.-Anne des Anges 


Sr M.-Honorius, supérieure 


Sr M.-Asellus 


Sr M.-Venance 


Sr M. -Joseph d'Alexandrie 


Sr M.-Honora 


Délie Joséphine Olivier 


Sr M. -Jean de Canti 


Délie Justine Beauvais 


Sr M.-Rose Imelda 



124 



SAINT-MATHIEU 



Sr M.-Marie-Bertha 
Sr M.-Agnès des Anges 
Sr M.-Imelda du S.-C. 



Sr M.-Marcelle 
Sr M.-Timothée 



VI 

ÉLÈVES GRADUÉS 



1911 

Lillie Biais 
Anita Biais 
Alice Coderre 
Bertha Lagassé 
Rodolphe^Meunier 

1912 

Lydia Forest 
Aima Trahan 
Êva Jette 



Auréa Sansoucy 
Roch Martel 



1916 



Rosa Laberge 
Stella Ledoux 
Antoinette Lemieux 
Roméo Desmarais 
Georges Forcier 
Rolland Choinière 



VII 



SOUSCRIPTIONS PAROISSIALES DE 1916 



Phœnix Stbeet 


Arch. Lefebvre.... 




Albert Olivier 

Arthur Olivier . . . 
Joseph Olivier . . . 


$10.00 
20.00 


Raoul, Eugène, 
Romain, Ernest 

Paroissien 

• 


22.00 
3.00 


Oswald L'Etoile.. . 
Alcib. Papineau. . . 


5.00 
10.00 


Poméla L'Étoile . 
Alfred L'Étoile .. 


6.00 


Geo. -H. Gousie. . . 


5.00 






LeoMcDuff 


10.00 


Liberty St 


EtEET 


Dolphis Beauais . . 


5.00 






Wm Raquette 


25.00 


Alfred Fontaine . . 


10.00 


Louis Chatillon . . . 


5.00 


Stan. Fontaine. . . . 


5.00 


Alphonse Olivier. . 


5.00 


01. Desrosiers, Sr. 


. 20.00 


Jos. L'Étourneau. . 


5.00 


01. Desrosiers, Jr. 


5.00 


Cy. L'Étourneau. . 


10.00 


Lodina Desrosiers . 


10.00 


François Phaneuf . 


5.00 


Joseph Desrosiers. 


5.00 






M. -A. Desrosiers. 


1.00 



DE CENTRAL FALLS 



125 



Almanzor Doucet. 


10.00 


Henri Joyal 


5.00 


Alvina Pariseau. . 


40.00 


Olivier Pariseau. . 




Amédée Lussier . . . 


5.00 


Henri Pariseau. . . . 


25.00 


Nap. Grenier 


15.00 


L.-N. Campeau. . . 


20.00 


Calixte Giroux. . . . 


5.00 


Willie Meunier. . . . 


2.00 


Chris. Choinière. . 
Alfred et Edouard 


20.00 


Arthur Martel .... 


10.00 


Alexandre Gauthier 


5.00 


Mme W. Sansoucy 


5.00 


Omer Sansoucy . . . 


10.00 


Sabin Fontaine.. . . 


10.00 


Paroissien 


5.00 


Ernest Gagnon. . . . 


5.00 


Mme Ed. Benoît . . 


10.00 


Joseph Grenier 


5.00 


Arthur Choinière. . 


5.00 


Pierre Pion 


20.00 


Wilfrid Audette. . . 


20.00 


Ed. Bergeron 


5.00 


HuNT Sthe 


ET 


Augustin Vincent . . 


10.00 


Oscar Chandonnet. . 


5.00 


Alph. Laliberté. . . . 


20.00 


Absalom Lemieux. . 


20.00 



Albert Laliberté. 
Séraph. Laliberté. 

Louis Thibert. . 
Lucie Thibert. . 
Julien Desforges . . . 
Wilbrod Normand. . 
Mme Marg. Benoît . 

Conrad Martel 

Azilda FontaiiïË... . 



25.00 

15.00 

5.00 
10.00 
5.00 
5.00 
5.00 



Jos. Gaboriault . . . . 5.00 

Nap. Charbonneau . 5.00 

JohnDevlin 10.00 

Un Paroissien 5 . 00 

Oliva Fontaine 20.00 

Eugène Hamel 20.00 

J.-Bte Bessette 5.00 

Arthur Richard 5.00 

Albert Laliberté 5.00 

OmerFerland 20.00 

Camille Lanoue .... 5 . 00 

Geo. St-Jacques.. . 10.00 

André Drouin 5.00 

DleG.Beauregardl ..„ „„ 
Th. Beauregard. . J 

Antonio Gagné 10.00 

Alfred Bérard 15.00 

Mme Sim. Bérard . . 20.00 

Alice Coderre. ... I ok nn 
Louis Coderre ... I 

Isaïe Paquette 5.00 

Hildege Tétreault . . 15.00 

Adélard Tétreault . . 10 . 00 

Emile Poulin 5.00 

Henri Proulx 5.00 

Olitor Paradis 10.00 

Michel Tremblay. . . 5 . 00 

Naz. Desmarais. .1 , e nn 

T XT T^ f 15. UU 

J.-N. Desmarias ..I 

Anna Bérubé .... I n nn 

Alph. Bérubé J 

Dosithée Landry ... 5 . 00 

ScnooL Street 

Albert Messier 10.00 

Armand Poulin,... 20.00 

Uldéric Fortin 5.00 

Charles Bachand. . . 10.00 

Frank Bérard 20.00 

Paul Fournier 5 . 00 



126 



SAINT-MATHIEU 



Edmond Lemieux. . 20.00 

Théo. Lemieux 10.00 

IsaïeBérard 20.00 

Georges Fortier 20 . 00 

Wilfrid Paquette , . . 15.00 

Joseph Tétraiilt. .. . 5.00 

Wilfrid Richard. ,. . 20.00 

Napoléon Côté 5.00 

OvilaFerland 10.00 

Élise Mayer 5.00 

Georges Bachand. . . 10 . 00 

Valère Marchand. 5 . 00 

El. Lamontagne 10.00 

Aurélius Boucher.... 5.00 

Ckossman Street 

Amanda Kennedy... 5.00 

Philippe Sansoucy... 5.00 

Augustin Gagné 5.00 

Edmond Leduc 20.00 

Mme Bénoni Gué- 

vremont 5 . 00 

Arthur Gagnon . ... 2.00 

Pbkry Stkeet 

Alfred Caouette 10 . 00 

Héliod. Bourgeoi.s . . 5 00 

David Audette 1 

Yvonne, Armand et ?• 25.00 

Éveline J 

Hermén. Racine 20 . 00 

Méderise Beauvais.. 10.00 

Paroissien 5 . 00 

Nap. Vallières 5.00 

Hedley Avenoe 

Isaac Rivanî 20 . 00 

Joseph Mesaier 20 . 00 

TreffléCyr 5.00 

Victor Fournier 25 . 00 



Hercule Brissette. . . 


5.00 


Emile Tessier 


20.00 


Cléophas Contant. . 


10.00 


Mme Alp. Lavallée.. 


25.00 


Héli Lavallée 


Maria Bérubé 


5.00 


Charles Laliberté — 


20.00 


DollardRémy 


10.00 


Alfred Tétreault . . . 


20.00 


John Collette 


20.00 


Wilf. Beauregard 


5.00 


Henri Beauregard.. . 


20.00 


Wm Blanchard .... 


40.00 


Aimé Girard 


5.00 


Joseph Foisy 


5.00 


Honorius Martin.. . 


10. CO 


Napoléon Rivard. . . 


5.00 


Noôl Bernier 


5.00 


Délia Larochelle . . . 


2.00 


Mme Geo. -A. Paré . 


5.00 


Joseph St-Jean 


20.00 


Adams Avenue 


Clément Gagnon . . . 


5.00 


Wilfrid Graveline . . 


10.00 


Louis Bibeau 


5.00 


Emile Desormeaux . 


5.00 


Calixte Messier .... 


10.00 


Wilf. Guillemette. . . 


5.00 


Hormisdas Brodeur. 


5.00 


Raoul Balthasar . . . 


20.00 


Ernest Dufresne. . . 


5.00 


Léon Girard 


5.00 


Bénoni Laperche . . . 


5.00 


SUMNER StREEI 


Adolphis Hamel. . . . 


10.00 


Régina Boucher. . . . 


25.00 


Philîmon Leclerc. . . 


5.00 


Victoria Gauthier . . 


10.00 


Frank Patry 


10.00 



DE CENTRAL FALLS 



127 



Rosa Desrochers . , m nn 

Elz. Desrochers . . j 

Ovila Lescault 100.00 

Mme C. Beauregardl on nn 

Albert et Oscar ! 

Narcisse Latra verse 5.00 

Roméo Vigeant .... 5 . 00 

Arthur Martel 5.00 

Darling Street 

Gilbert D'Aoust.. . . 10.00 

Nathalie Rainville. . 5 . 00 

NoelPiché 10.00 

Mme Rose-Anna 

Provost 10.00 

Laurent Jette 10 . 00 

MmeAns Fugère..| ^q.qo 
rnileas et Joseph. . . i 

Mme Ch. Dubuque. 20.00 

Henri St-Jacques. . 5.00 

Henri Douville 5.00 

Georges Biron 5 . 00 

Théophile Moquiu. . 10 . 00 

Garfield Street 

Louis Biais 25 . 00 

Mme Aug. Biais.. I ^^ ^^ 
Mlle Kosana Biais 

Joseph Trahan 5.00 

IdaTrahan 5.00 

J.-Bte Laliberté. . . . 20.00 
Nap. Laplante et 

Mme P. Sirois ... 5 . 00 

Wilfrid Laçasse .... 5 . 00 

Wilfrid Charpentier 5.00 

PaulCasavant 20.00 

Délia Casavant ... . 10.00 

Philéas Lapointe . . . 10.00 

Napoléon Trahan . . 25.00 

Nap.-J. Trahan ... . 5.00 



J.-Bte Pion 


10.00 


Albert Brousseau. 


. 20.00 


Martial Chaput. . 


5.00 


Edouard Bonin. . 


5.00 


Joseph Hamel. . . . 


10.00 


Godfroy Lacroix . 


25.00 


Adélard Mercier. . 


5.00 


Isaac Dupais .... 


5.00 


Theop. Brousseau 


10.00 


Alphonise Robillarc 


i. 5.00 


Mme L. Desrochei 


s. 5.00 


Wilfrid Lacouture 


5.00 


Césaire Biais 


10.00 


Isra'-'l Johnson . . . 


5.00 


Aimé Johnson. . . . 


5.00 


Salomon Ledoux . 


5.00 


Jos. Pinsonault.. . 


5.00 


Joseph Pelletier . . 


10.00 


Candide Foisy . . . 


5.00 


David Letendre . . 


5.00 


Pierre Gendron . . 


5.00 


Jos. Morrison. . . . 


5.00 


Henri Fregeoll . . . 


3.00 


RaphaërRichard. 


45 00 


Aldei et Hermnég. 




Joséphine Rodier. . 


5.00 


Théodore Mongea 


u. 5.00 


Charles Viau 


5.00 


Ernest Lecours. . . . 


5.00 


Paroissien 


5.00 


Arthur Gentes ... 


6.00 


Wilfrid Gentes . . . 


Isra-l Paquin 


5.00 



Stjmmer Street 

Jos. Charbonneau. . 10.00 

Pierre Labossière. . . 20 . 00 

Mme Henri Goulet . 2.00 

Oscar Vigeant 10.00 

Levi Lagesse 5.00 

Camille Forest 25.00 



128 



SAINT-MATHIEU 



Louis Jacques. . . . 


10.00 


Georges Lapierre . . . 


20.00 


Mme T. Robichaud. 5 . 00 


Siméon Hamel 


20.00 


Ida et Maria Lafond 20.00 


Joseph Beaulieu. . . . 


25.00 


Arthur Girouard . 


10.00 


Dr J.-B. Laflamme . 


20.00 


Joseph Tougas . . . 


15.00 


Mme E.-L. Hudon . 
Joseph Fabas 


10.00 
5.00 


Dexteb Steeet 


F.-X. Asselin 


10.00 






William Bergeron . . 


5.00 


Rév. J.-A. Laliberté. 100.00 


Félix Harbeck 


5.00 


Rév. J. Geoffroy. . 


50.00 


Lida Moisan 


5.00 


École St-Mathieu 


20.00 


Amable Porcheron. . 


20.00 


Prof. T.-E. Fournier 25 . 00 


Philéas Rousseau. . . 


25.00 


Mme Jean Durand 


10.00 


Ovila Champagne . . 


5.00 


Magloire Laberge 
Rosa Laberge. . . . 
Dr Ch.-T. Mathiei 
Arthur Fabas .... 
Arthur Deroy. . . . 
Joseph Gagné. . . . 
Alfred Grégoire . . 
Willie Grégoire . . i 
Frédéric Mailloux . 


30.00 

1. 50.00 
20.00 
20.00 
10.00 


Hermén. Lachance . 

Joseph Moreau 

Michel Flaherty. . . . 

Ernest Tessier 

Jos. Bergeron 

J.-O. Gignac 

Uldéric Beauchesne. 


10.00 
5.00 
10.00 
20.00 
20.00 
10.00 
10.00 


20.00 
5.00 


Jos. Bonaventure. . . 
Jos. Tartoussy 


10.00 
5.00 


Emile Brunet. . . . 
Louis Lemieux . . . 


5.00 
20.00 


West Hunt Street 


Mme F. Laplante. 


5.00 


Famille Ad. Spauld- 




Isaïe Trahan 

Ed. P. de St-Ge 


5.00 

r- 


ing 

Emile Gaudreau . . . 


30.00 
25.00 


main 


5.00 


Horace Côté 


25.00 


F. M. P. de St-Ge 


r- 


Elias Dauray 


25.00 


main 


15.00 


Omer Dauray 


25.00 


Anthyme Brazeau 


10.00 


M.-Lse Gaudreau . . 


10.00 


Magloire Rivard . . 


5.00 






Armand Bérubé. . . 


20.00 


Bagley Street 


Wilfrid Robillard. . 


5.00 






Domina Boudreau 


25.00 


Jeannette et Antoi- 




Michael Powers . . . 


5.00 


nette Roy 


10.00 


Joseph Messier. . . 


5.00 


Georges Trudeau. . . . 


5.00 


Clément Jette. 


10.00 
30.00 


Paul Biais. . . 


25 00 


Walter Cooper .... 


Cyrille Bertrand . . . 


5.00 


Julien Gaboriault. . 


10.00 


Henri Bonneau 


5.00 


Mme Sara Vandry 


5.00 






Napoléon Michon . 


2.00 







DE CENTRAL FALLS 



129 



Hendricks Street 


Mme Jos. Patenaude 


10.00 




Adélard Girouard . . 


5.00 


Olivier Pariseau, Jr . 5 . 00 


Alfred Girouard. . . . 


5.00 


Joseph Levesque ... 5 . 00 


Alph. Beauchesne . . 


5.00 


LONSDALE AVEMUE 


PixE Street 





Jos. Senneville 20.00 

Michel Dupras 10.00 

Arthur Benoît 10.00 

Charles Couture. .. . 20.00 

Udgile Larocque ... 5.00 

Arthur Lemay 5.00 



Frank Côté 5.00 

Adélard Durand.. , 10.00 

Hermas Pétrin 5.00 

Clément Godin 5.00 

Kendall Street 



Cari ENTER Street 



Joseph Richard . ... 10.00 
J.-Bte Georges 20.00 



Mme P. Dauphinais 


5.00 


Frs. Mathieu 


5.00 


Elzèar Lepage 


5.00 






Clémence Ross 


5.00 


Tiffany Street 


Earle Street 




Joachim PlamondoE 


i 10.00 






Cléophas Laurence 


5.00 


Oscar Gendron. . . 


15.00 


Jos. Ménard 


20.00 


Uldéric Gendron . 


Jos. Duval 


5.00 


Mme R. Beauregard 


20.00 


Joseph Denault .... 


5.00 


J.-B. Erno | 




Albini Longtin 


5.00 




15.00 


Oscar Masse 


5.00 


Délina Erno f 








Jos. Gendron .... 1 
Béatrice Gendron, 

Pierre Berthe 




Park Street 


10.00 






5.00 


Pierre Trahan 


25.00 


Fréd. Beauregard. . . 


15.00 


Lucien Trahan 


10.00 


Augustin Fabas .... 


2.00 


Idola Gendron. . . 


5.00 


Charles Deroy 


10.00 


Joseph I. Martel . . 


10.00 


Hormisdas Coutu . . 


5.00 






Edouard Glaude . . . 


5.00 


Parker Street 


Henri Robillard .... 


5.00 






Paroissien 


5.00 


Mme Elzéar Martel 


. 20.00 






Joseph Piché 


25.00 


Richardson Street 


Charles Gagnon. . . 


25.00 






Mme Olivier Pion . 


5.00 


Mme Ch. Girouard . 


10.00 


Henri Lamarine. . . 


10.00 


Anthyme Messier . . 


10.00 







130 



SAINT-MATHIEU 



Louis Chaput. ... ! 
Florence Chaput . J 
Uldéric Messier .... 

Armand Coutu 

Albert Mongeau. . . . 

Rand Stheet 

Joseph Vaudrain . . . 

Henri Lavallée 

Edouard Gendron. . 
Mme Jos. Lavallée. . 



20.00 

10.00 
5.00 
5.00 



Joseph Côté . . . 
Wilfrid Côté. . . 

Mme H. Galarneau 
George Galarneau . j 
Joseph St-Onge . . . 
Mme Jos. Lemieux 



20.00 
5.00 

15.00 
5.00 

15.00 

20.00 

20.00 
5.00 



Watson Street 

Zéphirin Lambert .. . 25.00 

Napoléon Turenne. 20 . 00 

Aima Houde 5 . 00 

Joseph Provost 5 . 00 

Wm Blanchard, Sr. . 40 . 00 

Alcidas Blanchard. . 20 . 00 

Joseph Chrétien. ... 5 . 00 

Hormisdas Joachim. 20 . 00 

Horm. Blanchette . . 20 . 00 

Ovila Savoie 5 . 00 

Joseph St-Pierre. ... 20 . 00 

Dolphis Philie 25.00 

Napoléon Duhamel. 10.00 

Henri Patenaude ... 5 . 00 

Félix Paré 2.00 

Damase Blanchard . . 20 . 00 

Eugène Blanchard. . 20 . 00 

Henri Brousseau ... 5 . 00 

Arthur Bérard 20 . 00 

Elzéar Turcotte .... 2 . 00 



Max. Chouinard 
Gédéas Bolduc. . 
Éméric Joachim. 
Casimir Lus.sier . 
Joseph Juaire. . . 
Alfred Brochu . . 
Georges Lafayette 



Satlesville 



10.00 
10.00 
10.00 
10.00 

5.00 
10.00 

5.00 



Fabiola Lamarre ... 5 . 00 

John Joyal 25 . 00 

Israël Fontaine 15.00 

Louis Desautels ... 5 . 00 

Wilfrid Lamarre. ... 5 . 00 

Napoléon Beaulieu I ,o rvr> 

Mme S. Jenks J 

Jos. Lanciaux 20.00 

Théophile Lamarre . 5 . 00 

William Lagassé. . . 10.00 

Adélard Nadeau. ... 5 . 00 

Faiblawn 

Rodrigue Picard. ... 5 . 00 

Félix Gingras 5.00 

Yvonne Bernier . . 5.00 

Solyme Taupier 10 . 00 

Etienne Ducharme . 5 . 00 

Israël Lavoie 5 . 00 

J.-Adél. Falardeau. . 10 . 00 

Georges Gingras. ... 115 . 00 

Mme J.-B. Dufresne 5 . 00 

Mme Élisa Green. . . 5.00 

Oliva Gingras 5 . 00 

AiméLaplante 5.00 

J. Touchette et Mme i 

A^-i • i ±\J . \J\J 

. Gauvin • 

William Granger . . 10 . 00 

Georges Bernier ... 5.00 



DE CENTRAL FALLS 



131 



Marie Landry 


5.00 


J.-A. St-Georges. . . . 


5.00 


Uldéric Sabourin . . . 


5.00 


Cottrell Coal Co. . . . 


17.00 


Coutu Parères 


10.00 


Michael Connor. . . . 


5.00 


Lucien Héroux 


25.00 


Preserved Arnold. . . 


5.00 


Amie de la Paroisse . 


5.00 


William Meiklejohn 


10.00 


J.-S. Gendron 


10.00 


Ami de la Paroisse. . 


10.00 


Frank Dupuis 


25.00 


Charleson Hardware 


5.00 


Congrégation des 




Frank Fitzsimons . . 


5.00 


Enfants de Marie. 


401.25 


Médéric Vigeant . . . 


5.00 


Congrégation des 




Alexandre Corriveau 


5.00 


Dmes de Ste-Anne 


150.00 


Joseph Landry 


5.00 


J. A. Herbert 


10.00 


Amis de la paroisse. 




DrJ. Myre 


5.00 


contributions di- 




Newell Coal Co 


5.00 


verses 


30.00 


Dr J.-A. Lalonde . . . 


25.00 







TABLE DES MATIÈRES 



Introduction 7 

I. — Une paroisse américaine 13 

II. — Pourquoi des paroisses de langue française. ... 21 

III. — La paroisse Saint- Mathieu, situation, proprié- 
tés, population 29 

IV. — Les fondateurs de la paroisse Saint-Mathieu . . 34 

Mgr Harkins 34 

M. le curé Laliberté 37 

Les paroissiens 39 

V. — Naissance de la paroisse 42 

VI. — Première année 49 

VIL — Souvenirs d'un vicaire 58 

VIII. — La vie paroissiale. — Vie spirituelle 68 

IX. — L'école paroissiale 73 

X. — Vie paroissiale. Vie économique. Recettes 

et dépenses 78 

XL — Quelques coopérateurs 85 

XII. — Quelques dates 90 

XIII. — A travers les registres 99 

XIV. — Dix ans de prospérité 102 

APPENDICES 

I. — Coût de la chapelle-école 114 

IL — • Programme de l'école Saint-Mathieu 115 

III. — Quelques donateurs 120 

IV. — Souscription pour achat du terrain paroissial . . 120 

V. — Religieuses et maîtresses qui ont enseigné à 

l'école 122 

VI. — Elèves jf;radués 124 

VIL — Souscription de 1916 124