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Full text of "Une version syriaque inédite de la vie de Schenoudi"

m 




Nau, François Nicolas 

Une version syriaque 
inédite de la vie de Schenoudi 



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k 



UNE VERSION SYRIAQUE 



INEDITE 



DE LA Uiovieirt 



MIRANDOU* 



VIE DE SCHENOUDI 



PAR 



F. NAU 

Docteur es sciences mathématiques, Licencié es sciences physiques, 
Diplômé de l'École des Hautes Études (section philologique). 



PARIS 

EUNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 
DE l'école des langues ORIENTALES VIVANTES, ETC. 

28, Rue Bonaparte, 28, 
1900 



\ 







INTRODUCTION 



I. SCHÂNOUDIN ET SES BIOGRAPHES. 

Schenoudi (333-451)*, dont le nom syriaque est ^n 
(Schanoudin), était un Égyptien du village de Sc/^ewa/o/^^ dans 
le nome de la ville de Schmin (Haute Egypte). Il se fit moine à 
l'exemple de l'un de ses oncles, nommé Bgoul, fit école, et, 
comme tant d'autres alors, devint chef de monastère. Si l'on en 
croit le texte arabe de sa vie, il eut sous ses ordres jusqu'à deux 
mille deux cents frères et mille huit cents sœurs, ce qui eut au 
moins l'avantage de lui fournir quatre mille chantres dont quel- 
ques uns furent éloquents. J'ai dit c/mwïr^5 parce que, d'après 
M. Amélineau, les moines ne se bornaient pas à raconter les 
prodiges accomplis par Schenoudi, mais ils les chantaient à la 
manière des aèdes et des troubadeurs chantant les faits et gestes 
d'Hector et d'Ajax ou de Karlemaigne et de Roland. Et comme, 
à cette époque, les moines changeaient facilement de monastère 
et même de genre de vie, on comprend que la renommée du 
Père Schanoudin dut bientôt remplir l'Egypte. Mais ces moines 
étaient monophysites, leurs dires ne trouvèrent donc pas chez 
les Grecs et les Latins la créance que ceux-ci ne ménagèrent 
pas à d'autres récits analogues, et la gloire de Schanoudin, 
mise ainsi à l'index par nos auteurs, ne nous fut révélée que 
par les chantres éloquents qu'il trouva au xix* siècle. 

M. Zoéga le premier* publia de nombreux extraits de la vie 

1. Sur la foi do récits coptes on fit vivre Schanoudin durant 118 ans, 
jusqu'en 460; pour M. Revillout il avait 109 ans en 451, à la réunion du 
concile de Chalcédoine. M. Amélineau le fait vivre de 333 jusqu'au 
2 juillet 451. D'après une vie inédite de Dioscore (ms. de Paris, syr. 234) 
que nous avons transcrite et allons publier, il était mort avant le concile, 
et un récit que nous citerons à la fin de l'introduction ferait même croire, 
si l'on admettait l'authenticité de cette vie, qu'il était mort plusieurs 
années auparavant. , 

2. Catalogus codicum copticorum Musaîi Borgiani, Rome, 1810, 



— 4 _ 

et des écrits de Schanoudin d'après les manuscrits copies du 
Musée Borgia. 

M. Reviilout transcrivit ensuite la vie copte (dialecte mem- 
phitique) conservée au Vatican, et, sans la publier, la prit pour 
base d'un important travail intitule : Les origines du schisme 
égyptien; le Précurseur et inspirateur Sénuti le pro- 
phète'. 

. M. Amélineau publia ensuite avec traduction française la 
vie copte dont nous venons de parler ainsi qu'une vie arabe, 
et des fragments d'une autre vie copte", puis, pour populariser 
son héros, il le chanta dans un volume in-12 (le format des ro- 
mans)' et fit d'intéressants emprunts à ces publications dans la 
plupart de ses travaux postérieurs*. 

Enfin M. Guidi, porté par ses remarquables connaissances 
polyglottes à s'intéresser à ces publications coptes-arabes, leur 
ajouta un fragment d'une vie syriaque de Scénuti (Schanoudin) 
conservée à Londres dans le ms. add. ^4732l^ Ce manuscrit 
provient du monastère de Notre-Dame des Syriens, au désert 
de Scété en Egypte, et M. Guidi put avancer en toute vraisem- 
blance que cette traduction avait été faite dans ce monastère. 

II. Le texte syriaque de Paris. 

Nous nous proposons d'ajouter aux documents qui précèdent 
une biographie syriaque de Schanoudin contenue dans le ms. 
de Paris, n" 236 fol. 33-39. Ce manuscrit fut écrit l'an 1 1 94 de 
notre ère par le scribe Behnam, dans le monastère de Mar Ser- 
gius et de Mar Ze'oura situé non loin de Mossoul. 

p, 33-41, etc. Il appelle notre héros Scjenuti. Il faudrait, semble-t-il, 
Schenoudi. 

1. Revue de Vhistoire des religions, 1883, t. 8, pages 401-468 et 
545-582. 

2. Mémoires publiés par les membres de la mission archéologique 
française au Caire, tome IV, volume grand in-folio. 

3. Les moines égyptiens, Paris, 1889. 

4. Cf. Journal asiatique, déc. 1888 et La géographie de l'Egypte à 
l'époque copte, Paris, 1893. 

5. Nachrichten von der Kônig, Ges. der Wissenschaften zu Gottin- 
gen, 1889, n° 3, pages 52-56. 



( 



— 5 — 

Il est regrettable que le moine Behnam transcrivant la vie 
de Schanoudin sur les rives du Tigre se soit assez peu inté- 
ressé, semble-t-il, à ce héros des bords du Nil, car, au bas du 
folio 38 recto, il transcrit les deux premières lignes d'une his- 
toire et, au haut du folio 38 verso, il en commence une autre. 
Cette lacune en passant du recto au verso d'un feuillet semble 
intentionnelle et dénote chez Behnam le désir de finir au plus tôt 
sa transcription . Nous pouvons donc nous demander si ce ne se- 
rait pas encore à lui, et non au manuscrit qu'il transcrivait, 
que serait due la suppression de la fin de la biographie de 
Schanoudin, telle qu'on la trouve dans le texte copte avec le- 
quel le texte syriaque est étroitement apparenté. 

Voici, d'après l'ordre des récits syriaques, la pagination des 
textes coptes qui leur correspondent dans la publication de 
M. Amélineau : pages 3-5 ; 5-8 ; 8-1 ; 1 0-1 2 ; 1 7-1 8 ; 1 5-1 H ; 
2'i-25; 25-27 ; lacune dans le syriaque; 38-40; 40-42. 

III. Comparaison des divers textes. 

Nous avons donc à comparer les textes copte et arabe édités 
par M. Amélineau et le texte syriaque de Paris. Nous nous 
occuperons peu du texte syriaque de Londres qui est trop 
court et ne concerne que la fin de la vie de Schanoudin. Quand 
nous aurons à le citer nous l'appellerons texte syriaque de 
Londres pour le distinguer du précédent. 

Nous sommes d'abord frappés par ce fait que tous les textes 
syriaques de Paris ont leurs correspondants dans le texte copte 
qui leur en ajoute quelques nouveaux, et tous les textes coptes 
ont leurs correspondants dans le texte arabe qui leur en ajoute 
encore quelques nouveaux. 

Voici les récits que le copte et l'arabe sitnultanément 
ijjoutent au syriaque : 

r Copte, p. 12; arabe, p. 324. 

Cyrille d'Alexandrie fait venir Schnoudi et Victor de Ta- 
bennisi, successeur de Pacôme ; il les emmène à Constantinople 
pour témoigner devant l'empereur contre Nestorius. Schnoudi 
est rapporté en Egypte par une nuée. Celui-ci, en rentrant, jette 
certain grain de blé sous une meule et elle rend à l'instant 



— G — 

une telle quantité de farine que les moines se plaignent de ne 
pas arriver à la porter. 

2° Copte, p. IG; arabe, p. 335. 

Schnoudi, faisant creuser un puits, plante son bâton dans le 
sable et il produit aussitôt des dattes pour rafraîchir les 
ouvriers. 

3" Copte, p. 22; arabe, p. 351. 

Durant une famine, Schnoudi fait un miracle de multiplica- 
tion des pains. — 11 bâtit une église sur l'ordre de N.-S,. Jésus- 
Christ qui l'aide dans ce travail. — Enfin il démasque un faux 
mendiant. 

4" Copte, p. 25; arabe, p. 358. 

On trouve d'abord la fin de l'histoire dont le moine Behnam 
n'a transcrit que les premières lignes : Un homme vient se 
plaindre de ce que des voleurs ont pillé sa maison. Schnoudi 
lui apprend où sont ces voleurs et lui fait rendre ses biens. — 
Puis le copte et l'arabe racontent une nouvelle visite de Schnoudi 
h Théodose. Il est mandé par l'empereur et transporté par 
un nuage à Constantinople. 

5" Copte, p. 40 ; arabe, p. 378. 

Satan et ses diables entrent dans le monastère de Schnoudi. 
— Jj" arabe seul ajoute encore au copte et au syriaque les récits 
suivants: 

1° Arabe, p. 291. 

Nous trouvons ici une traduction de la première partie de 
la ÙLidtxyji. « Et certes à tout moment il (Schnoudi) a enseigné 
et dit que le chemin est facile et la voie double, une pour la vie 
et l'autre pour la mort, et entre les deux voies la différence 
est grande; et voici le chemin de la vie...'.» 

Ainsi, dès le commencement, l'auteur de la traduction arabe, 
qui prend le nom de Visa, disciple de Schnoudi, attribue à ce 
dernier des paroles qu'il n'a pas dû prononcer, puisquelles 
sont empruntées à peu près textuellement à un document cé- 
lèbre aujourd'hui connu. Le traducteur arabe est donc un 
simple interpolateur. Le mal est que M. Amélineau ne s'en 

1. Ch. t, V. 1 et 2 : 'O^ol Sùo siVi, uÀx tyî; Çwyîç, xal p.î« toù ôxvâro'j, îiacpopà 



— 7 — 

est pas aperçu et que, sur la foi du titre, il a cru que la vie 
arabe représentait l'original dont le copte ne serait, selon lui, 
qu'une réduction. Aussi à propos du texte suivant (p. 293) : 

« Mon fils, ne prononce pas de paroles grossières, n'aie pas 
les yeux cupides parce que cela fait les faux témoignages. 
mon fils, ne demande pas : qu'est ce que cela? ou : pourquoi 
cela est-il ? car (celte curiosité) mène à l'adoration des idoles»; 
M. Amélineau met en note : « Cette pensée me paraît profonde. 
Schnoudi avait bien vu que le libre examen en matière de foi 
mène à l'incrédulité. D'ailleurs, comme je l'ai dit, cette genèse 
des fautes ou des crimes s'appelant les uns les autres me pa- 
raît finement observée. » 

Or, nous n'avons là au fond qu'une mauvaise traduction 
abrégée des versets 3 et 4 du chapitre m de la ù^iàaxn. — Nous 
avons développé ce point pour mettre en relief dès maintenant 
que l'arabe est un texte interpolé, ce dont tout le monde con- 
viendra, et aussi qu'il est dangereux de lui attribuer trop 
d'importance. 

2" Arabe, p. 315. 

Schnoudi lutte avec Satan qui prend la forme d'un bouc, etc. 
— Histoire d'un saint solitaire qui ne croyait pas à Satan et 
auquel celui-ci, sous la figure d'un roi exilé, confie sa fille. 
Le saint solitaire a le bonheur de mourir au moment où la 
fille de Satan allait lui faire quitter le monachisme pour le ma- 
riage. — Histoire de Pierre, qui avait épousé sa nièce et qui 
rachète son péché 150 dinars. 

3" Arabe, p. 329. 

Le démon apparaît à Schnoudi*; il ne peut fendre une pierre 
en deux parties égales, ce que fait facilement notre héros. — 
Schnoudi dirigeait deux mille deux cents frères et mille huit 
cents sœurs. 

1. On remarquera que le rôle du démon, nul dans le lexte syriaque, 
est grand dans les interpolations. Car, pour nous, les textes qui man- 
quent dans le syriaque sont très vraisemblablement des interpolations, 
d'après un principe posé par M. Amélineau lui-même : Plus un texte 
est édifiant et merveilleux, plus il a de chance d'être reproduit; or 
comment admettre que l'auteur de la version syriaque aurait omis les 
récits édifiants et merveilleux des voyages dans les nuées et des luttes 
fivec Satan, s'il les avait eus sous les yeu?, 



— 8 — 

4" Arabe, p. 338-351. 

Le Messie annonce à Schnoudi que les Perses viendront en 
Egypte et qu'ensuite paraîtra l'Antéchrist... 

M. Amélineau a pu avec vraisemblance assigner à la com- 
position de ce passage les années 685 à 090. 

5" Arabe, p. 376. 

Un ange conduit Schnoudi à la ville de l'Oasis et lui dit: 
Bâtis ici une Église au nom de la Trinité sainte... 

Si maintenant, de la comparaison des récits, nous passons 
à la comparaison des phrases et des mots, 1° nous trouvons 
dans le texte copte un certain nombre de mots grecs qui sont 
sans doute intrinsèques à cette langue, mais il est étrange que 
nous trouvions au même endroit le mot Aa^Tra^sç dans le copte 
et le syriaque, et le mot MezdivoKxç dans le copte, le syriaque et 
l'arabe, comme on le trouvera signalé en note. %° Le n final 
que nous trouvons partout en syriaque au nom de Schenoudi 
s'explique difficilement si l'on ne suppose un accusatif grec 
original. Ainsi, dans une vie de Sévère dont l'original est grec, 
nous trouvons Manouti rendu partout par Manoutin (^2ûj)Liû)'. 
3° M. Amélineau a déjà signalé dans le texte arabe les formes 
syriaques Mar et Mimar, par exemple : Vésa y est appelé Mar 
Vésa; enfin M. Guidi a écrit que, sur certains points, le texte 
syriaque de Londres semble avoir la meilleure leçon'. 4" Ce 
texte syriaque de Londres appartient à une famille différente 
du texte syriaque de Paris, car il présente les récits de l'arabe 
qui ne sont pas dans le copte; il est donc apparenté à l'arabe 
tandis que le texte de Paris l'est au copte. 5° Même dans les 
passages parallèles, toutes nos versions présentent des diffé- 
rences notables. 

IV. Conclusion. 

De cette comparaison nous pouvons conclure à un texte 
original inconnu représenté plus fidèlement par la version 
syriaque. C'est la traduction libre et interpolée de ce texte qui 

1. Das Leben des Severus von Antiochien in syrischer Ueber- 
selzung... J. Spanuth, Gotlingen, 1893, p. 5, 1. 1, etc. Nous publions 
actuellement une traduction française de cette biographie. 

2. Loco citato, p. 56. 



— 9 — 

a donné le copte et l'arabe que nous connaissons. M. Amélineau 
a supposé que l'original avait été écrit dans le dialecte sahidiquc 
qui est celui du pays de Vésa et de Schenoudi. On pourrait se 
demander, d'après les remarques T et 2" ci-dessus, si V original 
ne serait pas plutôt un écrit grec. 

Le syriaque et le copte sont deux traductions indépendantes, 
car les différences qui existent dans les passages parallèles, et 
certains noms propres qui manquent dans le syriaque, ne nous 
permettent pas de dire que le copte en est une interpolation. 
Ils ont cependant une source commune puisque le syriaque n'a 
aucun récit qui ne soit dans le copte. 

L'arabe interpole notre texte copte ou peut-être un texte simi- 
laire, car il est à remarquer que M. Amélineau a publié des frag- 
ments coptes d'une seconde vie de Schnoudi assez différente 
de la première. 11 y eut donc plusieurs rédactions ou tra- 
ductions coptes. 

Il resterait è déterminer la place relative du texte syriaque 
de Londres et du texte arabe, ce qu'il est difficile de faire en 
toute rigueur à cause du peu d'étendue du texte syriaque. Néan- 
moins, à cause de la remarque ci-dessus (3°) et parce que l'on 
a des centaines d'ouvrages syriaques traduits en arabe, tandis 
que l'on ne compte peut-être pas beaucoup d'ouvrages coptes 
traduits directement en arabe, nous dirons que l'arabe a été 
traduit sur le syriaque jusqu'à ce que l'on nous donne des ar- 
guments en faveur de l'opinion inverse. Ainsi notre texte copte 
aurait été traduit en syriaque et interpolé; peut-être au désert 
même de Scété, comme l'a proposé M. Guidi, et plus tard on 
l'aurait traduit en arabe, comme on l'a fait pour presque tous 
les ouvrages syriaques. — On remarquera à ce sujet que le ms. 
copte édité par M. Amélineau fut donné en 935 au monastère 
de S.-Macaire de Scété, lequel n'était pas loin du monastère 
des Syriens d'où provient la vie syriaque de Londres. 

On nous demandera maintenant comment notre texte sy- 
riaque de Paris, écrit sur les bords du Tigre, peut provenir 
d'un original copte? On concevrait plutôt qu'il provînt d'un ori- 
ginal grec traduit dans un couvent quelconque de Syrie, ot 
les indices recueillis ci-dessus (T et 2°) nous autorisent ù 
émettre cette hypothèse. Il ne faut cependant pas oublier que 



— 10 — 

les rapports entre les Jacobites de Syrie et d*Alexandrie furent 
toujours fréquents; en particulier c'est à Alexandrie que se 
réfugièrent aux y* et vf siècles les monophysites persécutés en 
Palestine. On peut donc toujours croire que certains d'entre 
eux, aidés des indigènes, employèrent leurs loisirs à faire 
quelques traductions. 

Voici donc les rapports mutuels de nos versions : 

Original copte sahidique (Amélineau) ou grec (?) 



Syriaque de Paris 

Vies coptes 

Syriaque de Londres 

Arabe 

Nous terminerons cette introduction par l'anecdote inédite 
suivante qui nous donnera une idée plus précise de la manière 
dont se composaient les vies de saints aux v* et vi* siècles : 

Lorsque Paphnutius, le chei du monastère de S.-Pacôme à 
Tabennisi, alla visiter Dioscore à Gangres, ces deux champions 
monophysites, pour se consoler des maux présents, s'entre- 
tinrent des gloires passées. Dioscore raconta les hauts faits de 
Cyrille d'Alexandrie, et Paphnutius ceux de Schanoudin. Il dit 
son adolescence, ses études et comment il monta un char de 
nuées et revint ainsi de la ville impériale (ms, syriaque de 
Paris 234, f. 50 recto). 

Ainsi les hauts faits de Schanoudin passaient de bouche en 
bouche, étaient portés jusqu'au Pont-Euxin, et, par une sorte de 
loi naturelle, devaient s'accroître en marchant. Comment exiger 
après cela qu'une version ressemblât à la précédente? Chaque 
scribe devait ajouter ce que son prédécesseur était censé avoir 
omis. C'est ainsi que se forma la volumineuse vie arabe, et 
M. Amélineau, qui sut si bien reprocher à M. Revillout d'avoir 
attribué trop d'importance aux récits coptes, semble avoir 
accepté aussi comme caractéristiques du monachisme égyp- 
tien, des récits qui peuvent n'avoir pour base que l'imagination 
surchauffée d'un individu. 



TEXTE SYRIAQUE 






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ofViS a)o . t)LÉ..^^â3 |Li\ p)l\ |oo^ ^^fo . *)oo^ ;^ofo^) 

U^^i ^:oo (fol. 34 r°) )Liû.iû_*)L=> o>L.kii to<^> • ^,û_i_a. 

. o» V>S ^,al.^ jLAj o|L^Lii.A.o . pjc.^) («L.^ tOOL^ 
A u*o^oo|l^) 2cl\ >.iûiiJ, o^^ )oof ;#L.^io )La..Sûj ^^r>o 



1. M. AnKl-lincan traduit par : « exerçait le môlier de fellah ». Voici le 
-texte arabe : i:^^ii\ oUUo Lr:!--^-" '-^ -^lî' P- 304-305. 



— 13 — 

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. ojA^-.A.^o )L-Ai 2aJik o^o) 22)o ^o^a^) ai-..^22) ♦ ^o> 

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)La.».-^^ oo2 o^^ ^a.»uas^ W» ^iûJ5)o ♦ ^oofM-*..^ 2oo^, 
>2}»i — A- ) A v>> V_û-=>, )L*Ai oot ofJ^ jLSûu^o . );^»^r^ 

I Û *aO; ^_iO Ot'yK-^ )2)o . ^0(O9|L=>t A «*^\ ^))j> 

l^L-^roi^ )2) ^ u»o>L^)L-^o . ^^i) )Lli-^lJ (jL-J, A.-.)L.^^^ 

v^ofoof^l o2) iL^a-»^ of^-d^^o « )o|l\)J s>>*> AJtoo ;i^o)2 
); *^\ tO0i\ o|l±>o|lao , oi^'k-a. •dj) %o)o . |La» 2a\ 

• iLaoM) ^o» «I *«) >oM3)o (fol. 34 v°) * ) .^ >é |LA^ LA^t 



1. Aa(j.ir(x*i«. Même mot grec dans le copte HAAuriAC. L'arabe porte : 



- 1i — 

« ^»ft t ^\ ^ofiLa) n»\'^o) fr^of ^.i^a^ )kjio\ ;A^o .3 

o2|, ) 1 A-^v )Ljà_j|J ;»._:io)o . yoofK^K^ci^ lLu=>) oo^ 

Oo • ^oofA^ojJ on <^>o ùJû.jûo . aioX )2), |L^j )L^^(k-û 
ofJûJXio I .\2» off^V ok!^^.*. . ^)âJ..^ jL^L^A u.ofL^)U* 

t É AéI*)) |L*j) ^oo^^ ^.s\ oM^ ai.aJo . )9ûX=> h ^ -2) 
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. i^^)y I » V> é> « V> |iû ftSV> AO . .^^^^^ *)^(iiX 

^^u.»{^S*^, . ),» aaS Oi»-k>)o )La.^|l-Û ^^(^ Oi>.iO,2|o . |1d 



1, Bgoui, J^?^ et n:v«)A. 

2. Le copte et l'arabe l'appellent Bschoi ou Bschai : Jl^yoi et v_5'-^.' 



16 — 

(fol. 35 v°) )L)» ViSV> ^JL^a^o U^J )LJ^, >->) o>2û-^aJL^ 
» )LA^o H^n\o , ).V^\s\o |LiL.»A ^2i)o . )2<i-.î^,j 

)_Ja_J_^ y> /no , VA t \*) ^ w*efûâiLS rt \-^r>2)o 

)2<^j )kJïï:i^hlo . v-^o»of .v>\2 )cA )2û-.ûlJli, )1v>s-> 

oo^ ( ÉS\-^ )oof yic'f \io • *ym «to|L^^ ^^>-=>;)o i 4 ^^ 

\. Copte: KAHCDU IUJIUOKJwVXOC. 

2. Mirâvoia;, génuflexions ou inclinaisons de tête. Item dans le texte 
arabe, p. 314 : ï^LL», et dans le texte copte ; UueTAHOiA. 



— 17 — 
^\^v|, U^Oj^o •|ij.::i^\ t^c^i^ ^ U) too^ )«ii^ U 

«k.^^ ofA. joo^ U-A«) • w<.ojûi^,o of-^Jlz:) 2o)LiL^^iu ^ 
i A *) Vs, (fol. 36 r') )Li-À^^ ^^o^ûXl ooof ^.»^,o 

)oo| ^ - ^ ^^ . o^A »»n ik^^o of^r\ ^»mi£> lo. °>\ ».>«\*^\ 
* ^.i^A^-^ |oo| VA É A-É^, lik.^i.1^ o^2<iX ^o2 ^i^2)o .6 

)2 ♦ .» 1 v> Aj) ^-^rw» y)y ♦ o^j.<^)L*t )û^ ^û^) o^\ 

1. De même dans le copte : ncABBATOll ^ahcarbatou, et dans 
l'arabe : C^-J) Jî C^^l ^^. 

2. Lire : >-ûa )J. 

3. Ajouter : P). 



— 18 - 

oo . )2(j, ^û-=) ^o ♦ ^ *Ikjû^, Vs )j) ;^.=a, oiA 

jiJbo)o . u«o|û-^M) |Llj| ^^ o^-^-SU )ic-A. iû.::>|) of2a\ ^\x 

. o^^ )Lj) jAA, ) qnn% DU^di» o^r> .^), )Lj) ;.^iao O 
ofli.^Uio h ^ **o ♦ l»'-^?? o^^^o2 y) o^^ A « ■« *> a | jJo 
)-Lio .n\^û2> (fol. 36 v") . yù^) >^,o) )o»o ji-.^l 
J^) )La.^M3 ^<1.s) O»-^ i^^) • <5^^ )Lm^2), (JJL*) . f^J^ul) 



1. Lire : AJ) ))l-.-». 

2. Lire : iJ) k^^. 

3. Item dans le copte : (ifnoMC ^yuiw ; arabe : 

4. Copte : le duc niAorg. 



— 19 — 
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1. IWI(;a; arabe : L/^Jj v.^;''-** 

2. Copte : « Le Sauveur se retira », ninarnip H|)AHAXtopeiM6 

IIA(|. 

S, Mirscvûta. 



— 20 — 

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♦ ) .* . ^ V> oJlI^ ^..1^2)0 ♦ )i^^^ yOM5 )L..,j, Ml^ (jl^I, 



1. Copte : KeArreAoc. 

2. KuëepvïiTOt. 



— 21 — 

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— 53 — 

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^.^ I > A .y |LaJ)o . oiLliû yù^i^^^y y^yù±jk. )L=)|^ o^2(i\ 

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♦ i-..j»-^)L9 2ûX ^jjLjo )o^iû-D 0>L.=> >i \ V)^, . o^l^iA 
« ^o^O)| . ^a.âJ, o^2a^ j*>.-A.o « )L>^» I Tt'^SjJ oionW .;a.û 



1. ^yuill. L'arabe donne : Akluuin. 

2. Il y a ici une lacune. Le scribe, pour alléger sa besogne, semble 
avoir omis quelques passages en passant du fol. 38 r° au fol. 38 v*". 



— n — 

. )L=1JX3 o»A v>1.9o . ^ot (2^^^ )A.^» ^^$^-îo u^2ûX J>Ûuâ, 
^ a_(\ (n<>i») ^i\ »\22)o ♦ JLJ^A .ojLJi o^ p) LO-âjaa )J, 

» >iLiû.i» )Li^\z) ^.-^2, . )2^iû.^2 >-*) o^\ .^^.^o 
AS^ A »u2o . la2(i\ aki-d2 |J| . )Lir>*>A A >A A. Art 

^^oOiL^, );^iû t^2a\ A-^) ^.5 ♦ ^<^o,)^ (fol. 39 i") ^ai^). 






« of L.^ A— 3^«::>2to \^of(\ \\ A V^\ a o * ^r\^ ^ .) 2<i!^ 

^;)L), » >ûJL9 )L=>(, t;.^, ^:o JL;^,o jLoj^ ^ )2) .13 
olu—û, ^_ioo . -)L^Î1^ 2a^ )A\s^ )2ft'>\v> A < .f. ^\ 



4. Ce moine est appelé, dans le texte copte : Martyrios de Phboôu, 
UiVpTTplOC llTfi (|)Ba)OT ; dans le texte arabe : (j^^ij^^y' 
2. Le copte ajoute : Théodose. 



— 25 — 

V-5) ) 1 v> ^^-^ P ^■-^?^-^î ^'^ ^'^' t»*^-*- • V*^' 
^ )Lj) ^^^-é~32, . V A ^ »o uiXs, u*;Ls^.a:s jû-»A ♦ Viû2) 

^^ )oo>2, . |Ll*, )oû-..^ ^A. ^2û-io ) » .\-A. )qx, ^i^j£> 

(fol. 39 v") o|A \.iY\ >>)o ^(i.=L-A.Jo L^o^a^ )J^, ^ûr.) >o^ 

i. Ce mot fiffure au-dessus de la ligne. 



TRADUCTION 



Nous écrivons maintenant les actions remarquables du 
saint père Schanoudin, homme de Dieu. 



1 . Mes frères, rendons gloire au Seigneur de toute gloire, 
à celui qui s'est choisi les vases saints nécessaires à son 
service, et les a placés dans son église comme des flambeaux 
pour éclairer la création, afin que tous ceux qui demandent 
à entrer dans le royaume de Dieu les imitent dans leur con- 
duite et reçoivent la couronne de la victoire. L'un de ceux- 
là que le Seigneur s'est choisi est l'élu et le saint père 
Schanoudin, dont nous nous proposons de raconter aujour- 
d'hui l'histoire devant vous, afin que vous rendiez gloire à 
celui qui a fait briller ses qualités dans le monde pour la 
gloire de Dieu qui l'a choisi. 

J'ai entendu, il est vrai, que Dieu dit à ses disciples et 
aussi à moi : « Ne révélez pas cette vision que vous avez vue, 
avant ma résurrection d'entre les morts », je révélerai (donc) 
les mérites du saint après sa mort \ Je lui ai encore entendu 
dire : « Celui qui garde mes commandements et les observe 
fera plus de travaux et de prodiges que je n'en ai fait. » 
Et maintenant nous commencerons, mes frères, et nous pla- 
cerons la lampe, non sous le boisseau, mais sur le chan- 
delier, pour qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison 
de ce monde. 

2. Et d'abord, parlons, comme cela convient, du pays et 



1. Cette préface semble bien annoncer un panégyrique, ou, comme 
le porte le texte arabe ; un discours comraémoratif. 



— 27 — 

du métier des parents de ce saint père Schanoudin *. Il était 
d'un village * de V Egypte supérieure qui est la Thébaïde ; 
son père était cultivateur et possédait beaucoup de brebis* 
qu'il donna à garder à un pâtre. Le nombre des brebis 
augmenta et le pâtre ne put les garder seul, mais il demanda 
au père de saint Schanoudin de lui donner son fils pour 
l'aider à paître le troupeau, (en retour) il leur abandonnerait 
une petite partie de ses gages. Les parents de ce saint Scha- 
noudin * le lui accordèrent, il passerait le jour avec lui et 
reviendrait tous les soirs coucher chez eux, car ils n'avaient 
pas d'autre enfant, et le pâtre prit Schanoudin avec lui, tous 
les soirs il l'envoyait coucher chez ses parents. 

L'enfant se rendait alors près d'un étang qui était à côté 
de leur village, il enlevait ses habits et les cachait dans un 
arbre à côté de l'étang, puis il entrait debout dans l'eau jus- 
qu'au cou% et élevait les mains au-dessus de l'eau vers le 
ciel en priant jusqu'au matin. Quand cela eut duré un certain 
temps, le père se fâcha, et la mère vint trouver le pâtre pour 
lui reprocher de ne pas envoyer l'enfant coucher chez eux, 
selon leur convention, de crainte qu'il ne lui arrivât à l'avenir 
quelque chose dans le désert. Le pâtre jura que tous les soirs 
il l'envoyait près d'eux. Aussi, quand le soir vint, le pâtre 
renvoya Schanoudin chez ses parents et le suivit de loin en se 



1. Ce premier récit se trouve dans la version copte, p. 3-5, puis p. (>33- 
035, et dans la version arabe, p. 305-307. 

i. Copte : « Il y avait un bourg nommé Scbena'olet, dans le nome 
de la ville de Schmin, c'est là qu'habitaient les parents justes de notre 
père béni. « — Le nom de Schénaloli figure aussi dans le texte arabe, 
p. 301. (Sclimin ou Aklimin est Panopolis.) 

3. Copte : Il avait quelques brebis, il les donna à un berger, alin 
que celui-ci les fit paitre dans la campagne. Le berger dit au père d'apa 
Sclmoudi : Donne-moi le petit garçon Schnoudi... » Le ti'xte arabe 
développe un peu plus la même idée, 

4. Copte et arabe : « La mère de l'enfant. » 

5. Copte ; Mais lui, apa Schnoudi, s'en allait vers un canal d'eau 
un peu éloigné du village ; et en ces jours-là c'était le mois de Tobi ; 
et ainsi il étendait les mains pour prier et l'eau lui montait jusqu'au 
cou. » L'ax'abe comme le copte ne parle pas des habits. 



— 28 — 

dissimulant pour voir où il allait *. Il le vit aller près de cet 
étang, quitter ses habits, entrer dans l'eau, élever ses mains 
vers Dieu en priant et il remarqua que ses doigts étaient 
brillants. Quand le pâtre eut découvert ce secret', il retourna 
à ses brebis plein d'admiration et en louant Dieu. Au matin, 
les parents' vinrent près du pâtre, il leur raconta la chose et 
leur remit leur fils Schanoudin : « Je ne suis pas digne, leur 
dit-il, de le garder avec moi, moi qui ne suis qu'un pâtre 
pécheur », et il leur raconta qu'il avait vu ses doigts briller 
comme des flambeaux. 

3. Après ces dix jours \ Schanoudin fut conduit par son 
père près d'un solitaire mortifié et saint pour que celui-ci lui 
imposât les mains et le bénît. Quand il approcha de la cel- 
-lule % l'ermite connut en esprit son approche et il dit à des 
hommes importants qui étaient venus lui demander sa béné- 
diction : « Allons tous ensemble® nous faire bénir par le grand 
saint qui vient près de nous » ; ils le firent, et quand il vit le 
jeune Schanoudin, il lui prit la main, la plaça sur sa tête, 
lui demanda de prier pour lui et le conduisit à sa cellule avec 
les hommes qui étaient présents; or l'un de ceux-ci avait un 



1. Copte : « Et un jour parmi les jours, le berger maixha derrière le 
Jeune garçon Schnoudi jusqu'à ce que (celui-ci) parvint au canal d'eau, 
et il y avait un sycomore au-dessus du canal. Alors l'enfant descendit 
dans l'eau et pria Dieu, ses mains en haut étendues vers le ciel. Le 
berger le suivit, il se cacha sous le sycomore afin de voir ce que faisait 
l'enfant, et le berger a souvent rendu témoignage disant... «Dans le copte 
et l'arabe, c'est le berger qui i-aconte cette histoire à Visa, disciple de 
Schcnoudi, lequel est censé raconter l'hîstoii'e de son maitre. 

2. On peut aussi traduire comme dans le copie : Et le paire rendit 
témoignage (souvent depuis lors) de ce miracle. 

3. Copte et arabe : « Son père. » 

4. Copte et arabe : « Dix jours après que ces choses furent arrivées. » 
Cette seconde histoire se trouve, dans le copte, p. 5-8, et dans l'arabe, 
p. 307-3 H. Dans le texte arabe, cette histoire est racontée à l'auteur par 
le berger précédent. 

5. Copte et arabe : « Comme il approchait du monastère d'apa Bgoul, 
à un mille environ. » 

G. Copte et arabe : « Allons au-devant de l'archimandrite. » 



— 29 — 

démon, et quand Schanoudin le vit, il prit un bâton* et le 
frappa; le démon s'écria : « Je sors de lui, ô Schanoudin, 
parce que, depuis que je t'ai vu, je brûle dans le feu », et il 
sortit à la vue de tous les hommes qui étaient présents. Cet 
ermite proposa au père de Schanoudin de le laisser quelques 
jours près de lui*, et il le laissa. Or la mère de Schanoudin 
était la sœur de ce saint homme. 

4. Au soir, Sc/ianowf/m se coucha d'un côté de la cellule, 
et le saint homme se tenait debout en prière de l'autre côté^ 
il vit un ange du Seigneur qui se tenait autour de l'enfant 
et le gardait, et cet ange lui dit : « Quand l'aurore brillera, 
prends l'habit que tu trouveras à côté de sa tête et revêts-en 
le jeune Schanoudin, car c'est l'habit du prophète Elie * que 
le Messie lui envoie, et sache que son nom montera vite et 
grandira, de sorte que l'on ne trouvera parmi les chrétiens 
aucun homme qui arrive à sa taille, car il fondera un grand 
monastère et y rassemblera un grand nombre de saints dis- 
ciples. » 

Au matin, ce solitaire, le père Bgouli, son oncle, se leva, 
et trouva les habits placés près de sa tête, comme l'ange 
l'avait dit, il éveilla Schanoudin, l'habilla avec les prières 
(accoutumées), et il fut moine. Le jour suivant, il se prome- 
nait autour de la cellule avec un autre solitaire, quand ils 
entendirent une voix du ciel qui disait : « Schanoudin est 
établi chef de tous les moines. » Ils se demandèrent s'ils avaient 
bien entendu cette voix et répondirent : « En vérité, nous avons 
entendu une voix qui disait : Schanoudin est établi chef 



1. Copte et arabe : « Une bêche. » 

2. Copte : « Attends jusqu'à ce que le temps soit arrivé, mon fils. » 

3. Copte et arabe : « Apa Bgoul dormit seul dans une chambre, et il 
plaça le petit garçon Schnoudi seul dans une (autre) chambre. » On 
voit que la cellule « d'apa Bgoul » est ici assez confortable. 

4. Le texte arabe est ici interpolé : « La ceinture a appartenu à Jean- 
Baptiste, le parent du Seigneur le Messie, et l'habit est celui d'Elic le 
batelier; le caleçon a été aux trois jeunes gens, et certes plusieurs les 
ont bénis et sanctifiés. » C'est donc ici un costume complet, on n'a 
oublié que la coiffure. 



— 30 — 

de tous les moines'. » Ils interrogèrent Schanoudin et ils lui 
dirent: « As-tu entendu cette voix? » Et ils étaient dans 
l'admiration et disaient entre eux : « Cet enfant est arrivé 
du premier coup au degré suprême' p, et ils louaient Dieu 
de ses dons infinis aux hommes. 

5. Quand saint Schanoudin eut revêtu leshabits que Dieu lui 
avait envoyés', il se mit à l'écart et professa seul la vie cénobi- 
tique dans des jeûnes continuels et des prières fréquentes. Pour 
sa réfection, il ne mangeait, au soir, que du pain et du sel, 
au point que son corps dépérit et qu'il ne lui resta que la peau 
sur les os. Sa vie cénobitique ressembla à celle du prophète 
Êlie et de Jean-Baptiste \ Il acquit une profonde science et 
composa des ouvrages de prédication et sur la conduite des 
moines^ Il instruisait les moines et les séculiers, les vieillards 
et les enfants, chacun selon la justice et la convenance, et ils 
écoutaient ses paroles et ses préceptes qui étaient plus doux 
que le miel pour leur palais. Ses écrits furent reçus par tout 
le monde, il donna des règles à ses moines pour qu'ils les ob- 
servassent toujours, et on témoigne qu'il ne donnait pas ces 
règles de lui-même, mais le Messie les fixait et les dictait par 
sa bouche. Il s'avança loin avec ses disciples dans les travaux 
du monachisme, tous les jours ils priaient douze fois, et 
durant chaque prière ils faisaient vingt-quatre génuflexions®, 



1. Copte et arabe ; « Archimandrite du monde entier. » 

2. Copte : « Vraiment, il sera d'une perfection consommée. » 

3. Cette histoire figure dans le texte copte, p. 8-10, et dans le texte 
arabe, p. 3H-314. 

4. Copte : « Élie le thesbile, le cocher d'Israël. » Arabe : « Elie le 
batelier. » 

5. Le ms. 144 du fonds arabe de la Bibliothèque Nationale de Paris 
contient (fol. 9-23) une homélie, dans laquelle le grand saint Abou Sche- 
louda (Schnoudi), archimandrite universel, invite les hommes à se 
repentir de leurs péchés. Dans le catalogue de Zoéga, p. 378, 379, 380, 
382, etc., sont cités des discours et des lettres de Schenoudi. 

6. Mêmes nombres dans le copte et l'arabe. M. Amélineau a lu « vingt 
et une génuflexions de repentance » dans le copte, mais il avertit que 
son nombre esl douteux et qu'il faut peut-être lire vingt -quatre. 



— 31 — 

et ce saint ne dormait pas durant lu nuit, iiuiii accordait seule- 
ment un repos d'une heure à ses yeux à cause de la faiblesse de 
son corps \ Il jeiànait beaucoup de semaines et ne mangeait pas, 
si ce n'est de samedi en samedi* ; pendant le jeûne des quarante 
jours, il ne mangeait qu'un peu de mets cuits'. Ce n'est qu'à 
ce moment qu'il cessait le jeûne, au point que toute sa chair 
se dessécha et ses yeux s'enfoncèrent dans leurs orbites très 
profondément à cause de l'abondance de ses pleurs et de ses 
larmes qui lui étaient plus agréables que le miel à la bouche. 
Il vivait en solitaire dans son monastère et il recevait la révé- 
lation de tout ce qui se passait dans le monde, il découvrait, 
à tous ceux qui venaient près de lui, leur conduite et leurs 
pensées. Il réprimandait chacun selon sa pensée et sa mesure, 
et intercédait pour eux auprès de Dieu pour qu'il leur par- 
donnât et en eût pitié \ 

6. Il arriva encore près de lui un homme très âgé ^ lequel 
lui fit dire qu'il voulait venir le voir, pour être béni par lui 
et pour lui demander de se souvenir de lui dans ses prières, 
pour que Dieu lui pardonnât ses péchés. — Notre père lui fit 
dire par son messager : « Si tu veux m'obéir, viens, si tu ne le 
veux pas, tu ne verras pas mon visage. » Il répondit : « Je 
ferai tout ce que tu ordonneras. » — Alors notre père le fit 
venir, et quand il arriva près de notre père, il se prosterna 
à terre devant lui. Notre père lui dit : « Confesse ton péché 
et fais-le connaître à cette assemblée si tu veux vivre et arriver 



1. Copte et arabe : a Et dans la nuit il ne se couchait pas du tout, 
jusqu'à ce que la lumière parût; il prenait ensuite un peu de sommeil, 
afin que son corps ne périt pas (trop).'promptement. » 

2. Copte : « Souventes fois aussi, il ne mangea pas du samedi au 
samedi. » 

3. Copte et arabe : « Sans manger de pain, mais sa nourriture était 
des légumes et des baies bouillies (arabe : des graines). » 

4. Celte fin se trouve d'une manière analogue dans le copte. 

5. Cette histoire figure dans le texte copte, p. 10-12, etdansletextearabe, 
p. 32*<i-3C4. Le copte porte : « 11 appartenait au village de Psenhoout, 
dans le nome de la ville de Psoi (Monchyeh) )),et l'arabe : « Il était du 
village du Sahid, appelé Samhoud, dans le voisinage de la ville de 
Psoi. » 



— 32 — 

où nous aboutissons enfin. » Cet homme lui dit : « Un jour 
j'étais assis à côté de étiez moi quand je vis passer un cava- 
lier qui portait en évidence une bourse en bandoulière (un 
cordon de bourse sur sa tête ou son dos^). Je pris un glaive, 
le rejoignis sur le chemin, le frappai et il tomba mort, je pris 
la bourse croyant y trouver beaucoup d'argent qui m'enri- 
chirait, mais je n'y trouvai qu'un tiers de dinar *, je fis une 
fosse et y enterrai le mort. Voilà que je t'ai tout raconté, ô 
notre père, pour que tu me conseilles ce que je dois faire, 
pour être absous. » — Notre saint père Schanoudin lui dit ; 
« Va maintenant à la ville <XAkhmim, tu trouveras son gou- 
verneur et ses soldats qui entrent par la porte de la ville ^ en 
ramenant des voleurs qu'ils ont pris dans le vol, entremêle- 
toi à ces hommes, et dis que tu es des leurs. Et s'ils t'interro- 
gent, assure que tu es l'un d'eux et que tu étais avec eux, 
afin que tu sois tué en même temps; que le sang que tu as 
répandu te soit remis et que tu gagnes la vie du monde futur. » 
Cet homme obéit au précepte de notre père, il alla, fut tué 
avec eux et obtint le royaume du ciel. — Disons tous : Gloire 
au nom du seul vrai Dieu, à lui la louange. 

7. Une autre fois*, un disciple de Schanoudin, nommé 
Visa, l'un des premiers qui fut avec lui, vint pour le voir\ 
Il l'entendit parler avec un autre, et quand il eut frappé et 



1. Copte : « Portant une bourse à son cou. » Arabe : « Qui portait sur 
sa poitrine, de manière à être vue, une bourse suspendue par un lien de 
cuir. » 

2. Copte : « Un quart de pièce d'or. » Arabe : « Trois deniers. » Dans 
ces deux versions, il enterre l'argent et non l'homme. 

3. Copte : « Tu trouveras le duc qui, par le fleuve, va vers le midi, u 
Arabe : « Tu trouveras l'émir voguant dans une barque. » Ici le texte 
syriaque est le meilleur. 

4. Cette histoire figure dans le texte copte, p. 17-18, et dans le texte 
arabe, p. 337-338. 

5. Copte : « Il arriva un jour que notre Sauveur était assis avec mon 
père apa Schnoudi parlant avec lui, j'entrai, moi Visa, son disciple, 
désirant l'aborder. » Arabe : « Un jour pendant que le Seigneur le Messie 
s'entretenait assis avec mon père de la gloire dos cieux, je m'avançai 
pour frapper à la porte avec l'anneau. » 



— 33 — 

qu'on lui eut répondu d'entrer, il ne trouva personne près 
de lui, mais le vit seul ; quand il l'eut salué, il lui demanda 
avec instance : « Qui donc était avec toi, ô notre père, et avec 
qui parlais-tu? » Et comme je le pressai, il me dit ; « C'était 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, et quand tu es venu et es entré, 
il est parti de près de moi. » Je lui dis alors : « Je veux le voir, 
ô notre père, et il me bénira. » Le saint me dit : a. Tu ne 
peux pas le voir, parce que tu es faible. » Je le saluai et lui 
demandai de prier pour moi, afin que je fusse jugé digne de 
cette bénédiction. Et notre père me répondit : « Gela dépend du 
Seigneur et non de moi, va et reviens demain à six heures *, 
parce que dans ses miséricordes il vient, parle et me com- 
mande. Prends garde de ne rien dire. » 

D'après l'ordre de notre père, je vins à six heures et 
frappai à sa porte selon l'habitude, mais comme j'essayai 
d'entrer, le Messie remonta. A cette vue, je pleurai abon- 
damment, et notre père eut pitié de moi et me dit : a Ne 
souffre pas, je vais travailler avec toi et je lui demanderai 
que tu entendes ma conversation avec lui. « Je vins après cela 
auprès de notre père et j'entendis le Messie parler avec lui et 
lui annoncer l'avenir, aussi je le louai et lui rendis grâces pour 
ses grandes bontés envers moi, mais je ne fus pas digne de 
le voir corporellement. 

8. Un jour le père Schanoudin était assis sur une pierre * 
à la porte de son monastère, quand Notre-Seigneur Jésus- 
Christ se révéla à lui et lui parla, et notre père lui dit : « Je 
désire voir un navire voguer sur ce désert. » Le Messie 
s'éloigna, et une heure après, tout ce lieu était un lac' sur 
lequel voguait un navire. Le Messie en était le capitaine et 
un grand nombre d'anges étaient rameurs et matelots. Le 
navire avançait et ils l'amenèrent à l'endroit où le père 

1. Même heure dans le copte et Tarabe. 

2. Cette histoire figure dans le texte copie, p. 15-1(5, et dana le texte 
arabe, p. 327-329. 

3. Copte : « Peu après, l'endroit fut rempli d'eau par le démiurge 
divin (UKlIAHUIOTprOC) qui fit naviguer une barque sur l'eau pro- 
fonde, et lui, le Seigneur, était sous la forme du principal matelot. » 

3 



— 34. — 

Schanoiidin se tenait en prière. Le Messie dit à Schanoudin ; 
« Étends la main et prends la corde du navire pour le sou- 
tenir. » ]l prit la corde et ne put pas retenir le navire et il 
s'approcha de la pierre qui était à côté, la perça avec son 
doigt ^ et y attacha la corde. Et ces trous sont restés dans la 
pierre jusqu'aujourd'hui*. 

9. Un étranger vint encore près de notre père, et lui 
demanda de prier pour lui'. Le père Schanoudin lui répon- 
dit : « Gomment prierai -je pour toi, lorsque tu as sur ta tête 
un grand péché? » Cet homme lui répondit : « Je n'y retour- 
nerai plus*, je suis chrétien, j'adore un seul vrai Dieu, Père, 
Fils et Saint-Esprit depuis que j'ai l'âge de raison. » Notre 
père lui dit : « Te rappelles-tu ce jour où tu as mangé, tu as 
bu et tu t'es couché, puis, durant la nuit, tu as pris ton épée, 
tu es sorti, tu as trouvé une femme sur ton chemin, tu l'as 
frappée de ton épée et tu l'as tuée? » Cet homme lui répondit: 
« C'est vrai, j'ai fait cela, mais n'y a-t-il pas de pardon pour 
celui qui revient et se repent? » Notre père lui dit : « En 
vérité, celui qui revient et se repent reçoit le pardon, pourvu 
que tu écoutes mon conseil, j'ai confiance que tu seras par- 
donné, car Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il 
se convertisse, d Puis il lui conseilla de se faire moine et il 
obéit, et notre père lui coupa les cheveux et le revêtit des 
habits du monachisme. 

Après trois jours, notre père le prit par la main, lui 
donnaunecruched'eau,le conduisit sur unemontagne éloignée'' 



1. Copte et arabe : « La pierre fat percée comme delà cire devant le 

feu. » 

2. Même locution dans l'arabe. Copte : « Jusqu'aux générations des 
générations ». 

3. Cette histoire figure dans le texte copte, p. 22-25, et dans le texte 
arabe, p. 356-358. On trouve dans le copte que cet homme « habitait un 
village nommé Komentios ». 

4. On lirait plutôt : Je ne m'en souviens pas. Copte : « Je ne sais pas 
le péché que j'ai fait, car moi je suis un chrétien... » Il faudrait lire 

5. Le copte ajoute : « A treize mille. » 



— 35 — 

et le fit entrer dans une caverne qui était à sa taille et 
avait une fenêtre par oii entrait la lumière \ il l'y fit asseoir et 
ferma (la caverne) sur lui. Et de semaine en semaine notre père 
allait près de lui et lui demandait s'il allait bien. Et il lui dit : 
« Voilà deux jours, il m'est arrivé de nuit quelque chose qui 
m'a troublé; mes membres et mes mains en ont défailli, les 
poils de ma chair se hérissèrent, je demeurai stupide et plein 
de souffrance. Il me semblait que mon esprit me quittait à 
cause de l'angoisse qui m'oppressait, il sortit de mes mains 
une puanteur de corruption comme d'un mort corrompu; puis 
cette puanteur monta et forma un nuage, elle sortit par des 
fissures de la caverne et s'évanouit. Je tombai alors la face 
contre terre comme un homme ivre, jusque maintenant à 
ton arrivée. » Notre père lui dit : « Prends courage, mon 
fils, car aujourd'hui, Dieu t'a remis tous tes péchés. » Et 
notre père le fit sortir de cette caverne et l'amena près de 
nous dans le monastère. Et quand je le vis, moi Visa *, disciple 
de notre père Schanoudin, je lui demandai à son sujet : 
a N'est-ce pas là l'étranger qui est venu près de toi ? Où était- 
il donc tous ces derniers temps? » Notre père me dit : « Il 
avait été affligé d'une profonde et mauvaise plaie par le mau- 
vais lion Satan, je l'ai conduit près du médecin qui le pansa, 
et il fut guéri. & Après être demeuré quelques jours près 
d'eux, il retourna à sa caverne et se confirma dans la perfec- 
tion et dans les grands travaux de la justice jusqu'à sa mort. 

10. Un homme riche de Schamoun^ vint encore près de 
noire père\ et lui raconta que des voleurs entrèrent dans sa 
maison et prirent 



1. Copte : Dans une caverne qui était de la grandeur do sa taille et 
ronde. La porte de la caverne s'ouvrait en haut à la manière d'une 
lenêtre. » Arabe : « Dans une caverne étroite, étouffante, de la hauteur 
de sa taille seulement, (faite) de telle sorte qu'il ne pouvait pas se mettre 
à genoux ; la porte de la caverne s'ouvrait (grande) comme une fenêtre. » 

2. On remarquera ce passage au style direct. 

3. Copte : Schmin ^UIU; arabe : Akhmim. 

4. Cette histoire figure dans le copte, p. 25-27, et dans l'arabe, p. 358- 
361. — Schnoudi lui fait rendre ses biens. 



— 36 — 

1 1 . Des moines du monastère du saint et illustre père 
Macaire^ vinrent près du père Schanoudin pour recevoir sa 
bénédiction et des hommes importants de la ville d'Akhmim 
étaient venus pour entendre ses préceptes, et tous lui de- 
mandèrent : « 0^ notre père, y a-t-il à cette époque un moine 
comme le grand Antoine'^. » Le père Schanoudin leur répondit : 
« Quand bien même on réunirait tous les moines de cette 
époque, ils ne seraient pas comparables au saint père Antoine. » 
Tous furent pleins d'admiration, ils crurent sa parole, furent 
bénis par lui, et, continuant leur chemin, allèrent chez eux. 

12. Notre père Schanoudin nous racontait ce qui suit : 
Tandis que le Messie était près de lui, et s'entretenait avec 
lui*, l'évêque de la ville d'Akhmim vint à son monastère et le 
demanda pour conférer avec lui et aller près du patriarche 
Cyrille '" à Alexandrie, et il lui fit dire de sortir près de lui. 
Le vieillard répondit : « Je ne le puis pas. » Et l'évêque 
lui fit dire : « Viens près de moi, car c'est pour une cause 
pressante. » Et le vieillard répondit . <i Je n'ai pas le 
temps maintenant. » L'évêque en colère lui fit dire comme 
une honte : « Je te place sous l'interdit, et il n'y aura pas de 
rémission si tu ne m'obéis. » Et quand j'entendis cela, je me 
réjouis en moi-même en disant : « Vois cet homme qui est 
chair et sang, et me demande de me rendre près de lui, 
quand j'ai près de moi le maître de toutes les créatures. » Alors 
le Messie notre Seigneur me dit : « Lève-toi et va près de ton 
évêque, pour qu'il ne t'analhématise pas, car je ne te délie- 
rai pas de l'anathème^ à cause du pouvoir que j'ai donné au 

1. Cf. Copte, p. 38, et arabe, p. 372-374. Dans le copte, ce sont les 
moines de Schiit (Scété) et les principaux de la ville de Schmin. Dans 
l'arabe, ce sont « des hommes de la ville » en compagnie de moines 
de Ouadi Habib, de la montagne connue sous le nom de Balance des 
cœurs (Scété). Le syriaque, ici comme ailleurs, n'a pas les amplifications 
de l'arabe et ressemble davantage au texte copte. — Il y a encore à Scété 
un monastère de Aba Macaire. On a vu, dans l'introduction, que le ms. 
copte publié par M. Amélineau avait été dunné à ce monastère en 935. 

2. Cette histoire figure dans le texte copte, p. 38-40, et dans le texte 
arabe, p. 374-376. 

3. Cyrille n'est pas nommé dans le copte et l'arabe. 

4. Le texte arabe ajoute que l'évêque mourra dans trois jours. 



— 37 — 

disciple Pierre, à tous les apôtres et aussi aux prêtres qu'ils 
ordonneront : « Ceux que vous condamnerez seront con- 
damnés, etc. p Quand j'entendis le Messie me parler ainsi, 
je l'adorai et me rendis aussitôt près de l'évêque. Je le 
saluai et fus béni par lui, j'écoutai ses paroles et il me bénit 
et partit pour son voyage. 

13. Un ermite, moine du monastère du père Pacôme, se 
rendait à la ville impériale près de l'empereur pour certaine 
affaire \ et quand il approcha du monastère du père Scha- 
7ioudin, il voulut entrer pour être béni par lui. Son disciple 
lui dit : <r Continuons notre chemin et laissons-le, il ne sait 
même pas ce qu'il a mangé hier. » 11 ne l'écouta pas, mais 
vint au monastère du père Schanoudin, et notre père sortit 
à leur rencontre, et notre saint père leur dit : Lequel de vous 
est Jean*, le secrétaire de ce saint vieillard? Le disciple ré- 
pondit : « C'est moi », et notre père lui dit : « Tu as dit vrai, 
mon fils, Schanoudin ne sait pas ce qu'il a mangé hier, 
regarde mon corps défait et desséché. J'espère que le Seigneur 
me donnera place avec les apôtres au jour du jugement, afin 
que tu aies foi dans les serviteurs du Messie, quand bien 
même ils seraient faibles'. » Il se prosterna alors devant 
notre père pour qu'il priât pour lui, lui pardonnât et en eût 
pitié, son maître lui demanda aussi de prier sur eux, pour 
qu'ils reprissent leur voyage. 

14. Dieu fit tout cela par les mains de notre saint père, 
il fit encore des prodiges plus grands que nous n'avons pas 
écrits, nous en avons écrit quelques-uns pour la gloire du 
saint et la gloire de son maître. Pour nous, louons et exaltons 
celui qui le fortifiait et disons tous : Gloire à son nom, que 
la prière de notre père Schanoudin soit avec nous. Amen. 

1. Cette histoire figure dans le texte copte, p. 40-42, et dans le texte 
arabe, p. 378-380. 

2. Le copte et l'arabe portent ; « Oi^i est Jean? » Le copte a averti 
auparavant, ce que ne fait pas l'arabe, que Jean était secrétaire de Mar- 
tyrios. Mais, dans l'arabe, Martyrios a plusieurs disciples avec lui. 11 y 
a donc ici d'assez grandes divergences entre les trois textes. 

3. Ce passage nous parait mal rendu dans le copte et l'arabe. 



— u — 



RÉSUMÉ DE LA VIE SYRIAQUE DE SCHANOUDIN 



La vie que l'on vient de lire est d'une simplicité remar- 
quable à côté des légendes copte et arabe. On y trouve le 
récit de la vocation de Schanoudin (2, 3, 4), de ses mortifi- 
cations et de faveurs dont le ciel le gratifia (5, 7, 9), de trois 
de ses conversations (1 1 , 12, 13), de deux jugements (0, 9) 
et d'un miracle (8). 

Sa vocation est peut-être due à son goût pour les bains 
nocturnes pris à l'insu de ses parents, et aussi à ce que l'un 
de ses oncles était déjà moine. 

Au lieu de rentrer chez lui, il se plongeait, en effet, dans 
les eaux d'un étang, et le berger qu'il aidait, et auquel il 
venait d'attirer des reproches, ne voulant plus le revoir après 
ces escapades, raconta qu'il avait vu des rayons de feu 
s'échapper de ses doigts. Nous ne nous demanderons pas si 
le berger exagérait, ni s'il fut dupe de quelque feu follet ou 
de quelque radiation d'électricité atmosphérique, nous cons- 
taterons seulement que ce jeu de lumière détermina la voca- 
tion de Schanoudin. On conduisit en effet ce petit prodige 
près d'un saint oncle qui devait certes désirer un successeur, 
c'est-à-dire un neveu, qui héritât de son habit et de sa cellule; 
il profita donc de l'occasion qui s'offrait, annonça d'avance 
les merveilles que ferait cet enfant et lui prédit un brillant 
avancement dans le monachisme : il deviendrait archiman- 
drite universel. Les assistants renchérirent encore sur les 
promesses de l'oncle, et l'un d'eux, frappé par le jeune Scha- 
noudin, transforma cette espièglerie en un prodige qui le 
délivrait d'un démon dont il n'avait pas beaucoup souffert, 
semble-t-il, jusque-là. 

Les parents, enthousiasmés, laissèrent leur fils à l'oncle 
Bgoul, et il semble bien être devenu un modèle d'ascétisme 
en même temps qu'un homme disert et éloquent. 

Il eut un disciple, nommé Visa, qui aimait écouter aux por- 
tes; Visa entendit parler chez son maître et demanda qui 



— 39 — 

était là, mais le maître lui répondit que c'était Notre -Seigneur 
et qu'il était trop jeune pour le voir. 

Schanoudin eut encore occasion d'apprendre à ses moines que 
saint Antoine les surpassait tous et de leur inculquer, par une 
anecdote frappante, le respect qu'ils devaient avoir pour la 
parole de leur évéque, il sut aussi se faire respecter lui-même 
par un jeune moine nommé Jean, qui ne voyait pas le mérite 
surnaturel de ses mortifications. Il eut occasion de rendre 
deux jugements qui nous semblent bien un peu contradictoires : 
dans l'un, il condamne un homicide à se livrer au pouvoir sécu- 
lier pour être mis à mort; dans l'autre, il fait appel à la clé- 
mence divine, et ne condamne un meurtrier qu'à se faire moine. 
Il est vrai qu'il s'agissait, dans ce dernier cas, du meurtre 
d'une femme et non d'un homicide par cupidité ; les crimes 
passionnels jouissaient peut-être déjà, à cette époque, de l'im- 
punité qu'ils rencontrent souvent aujourd'hui. — Enfin nous 
trouvons le récit d'un grand miracle : Schanoudin désire 
voir la plaine changée en mer et souhaite qu'un navire voguant 
sur cette mer vienne aborder à son monastère. Son vœu fut 
exaucé. — Nous ne chercherons pas s'il ne s'agit là, au fond, 
que d'une inondation du Nil, nous nous bornerons à souhaiter 
que cette plaine n'ait pas alors été habitée, ni sillonnée de 
voyageurs, car nous ne comprendrions pas, nous autres 
Parisiens, que le ciel exauçât le vœu de quelque successeur 
de saint Glodoald qui souhaiterait voir un navire venir jeter 
l'ancre sur les hauteurs de Saint-Gloud'. 



1. Aux travaux sur Schenoudi signalés dans l'introduction, ajoutons : 
P. Ladeuze, De instituto cœnohitico S. Pahhomii, in-8°, Paris, 1898, 
— Deux chapitres, pp. 116-158 et 305-327, sont consacrés aux sources 
de l'histoire de Schenoudi et à ses règles monacales. 



Paris. — Imprimerie G. Maurin, 71, rue de Rennes. 



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