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ŒUVRES COMPLETTES 



s E 



B E R Q U I N. 



TOME HUITIEME. 



VaH'^ 



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L ' A M I 



B K S 



E N F A N S, 

Par BERQUINj 
> en ordre p^r J. J. Reohavi^t- 



V \ 




Warih. 




Vefeciando^ paritrrquti ptont.ndo. 

(HORAT.) 

Une morale nue apporte de reanui; 
I<e conta fait pai««r le précepte avec lui, 

( LAFOa TAINS. ) 



1 .'> -^'Ty O ME HUITIÈME. 



A P A R I S , 

Chez A» DR X, Imprimenr-Libraire, nie <î« 
la Harpe, N**. 477. 



AN DIX^ (i8o2«) 



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i LE PAGE. 

dre d'être réveîUd par le bniit de« aitn«s« 
Cil regafde à sa montre. J Deux beores ? 
Il doit être plils tard! J'ai dormi plus 
que cela. (^7/ appeUe.J Page! page! 

LE PAGE se réveille en sursaut , 5e 
lève et retombe dans lefauteuiU 

Eh bien! qui m'appelle ? Toitt-à- 
rheiirê, un moment. 

LE' PRINCE. 

Y a-t-il quelqu'un ? Personne ne r<?- 

pond* 

X E p A 6 X , ^e tournant de côté et 
it autre, et se parlant à lui-même é 
Mon Dieu ! je dormois si bieal 

LE PRIVGE. 

J'entends parler» Qui est là ? C II tourne 
le garde'^ue de la lampe, et regarde. J 
Est«il possible! Quoi! c'est cet eiifaist? 
Devoit'il veiller près de moi 5 ou moi 
près de lui ? A quoi a-t-on pens^ ? 
jKrS PAQE^ se lève tout endormi ei #e 
frotte lesj-euxm 

lfons«ign«iii,'! 

/^ \ ^' : J"; Digtizedby Google 



L E P A B. 3 

XX P H I N C X. 

Tiens , viens y mon petit ami, ré" 

veille-toi! Vois rtelire q^'ii est à ta 

montre y la mteone est «frêtëe. 

lE PAGE, s^appuyant eut les bras 

du fauteuil y et toujours endormi. 

Comment, comment ,^ 'm onseigneiir ? 

I.K PRINCE,^ souriant. 
Tu tombes de sommeil. La drôle éê 
petite figure ! qu'il seroit bon à peindre 
flans cet ëtat! Je t'ai àît de voir à ta 
montre l'heure qu'il est 
l E PAGE, s' approchant à pas lents ^ 
^a mpntre, monseigneur? Ah! excu* 
«ez-moi, )e n'en ai point, 

LE P R I N C E. 

Tu rêves encore ? Mais en effet n'au- 
rois-tu pas de montre ^ 

i X p A 0. K^ 

. Je n'ea ai jamais eu, . 

LE p- A I « C.;E.< 
Jamais? Comnlefill ton père fa en- 
voya ici sans te donner t^ft des chose» 
ies plus n^iesâaires, et nipme la seule 

Ajt . 

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4 L E P A G £• 

dont tu aies besoin pour faire ton ser^ 
vice? 

LE P A G K. 

Mon père ? Ah ! si je Pavois encore ! 

X £ p R I N c £. 
Tu ne Tas plus ? 

LE PAGE. 

Il est mort même avant que je fusse 
né. Je ne l'ai jamais connu. 

LE PRINCE. 

Pauvre enfant! Mais ton tuteur , ta 
xnère, auroien^ bien dû songer... 

LE PAGE. 

Ma mère , monseigneur ? Hélas ! vous 
ne le savez donc pas? elle est si mal- 
heureuse ! si pauvre ! Tout ce qu'elle 
avoit d'argent , elle l'a employé pour 
jnoi ; mais elle n'en avoit pas assez pour 
m'acheter une montre. Mon tutetir à 
bien dit qu'il m'en falloit une; fil bdille.J 
cependant il ne me l'a pas encore donnée* 

LE P R I K G E. 

Qui est ton tutew ? 

LE PAGE. 

Monseigneiir , û'esi mon oncle. 

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LE PAGE* 

^ z E PRINCE, souriant, 
A merveille; mais il y a bien des 
oncles dans le monde, comment s'ap- 
pelle le tien ? 

L E P A G E. 

C'est nn des capitaines de vos gardes. 
Il est de service aujourd'hui. 

X E p R I N C E. 

Tu as raison ; je m'en souviens , c'est 
lui qui t'a prdsentë. Mon petit ami, 
prends cette bougie, fil lui remet une 
bougie daiis les mam^. J Tiens^la bien. 
Dans ce cabinet , fil le Lui montre. J là , 
à côté , tu trouveras deux montres pen- 
dues à la glace. Apporte celle qui se 
trouvera à ta droite ; et sur-tout prends 
garde de mett;^e le fou avec laboMgie, 
Va. 

LE P A G £ , e/2 sortant. 

Oui, monseigneur. 



A3 

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6 I, fi ]^ A G F*. 

se È N E It 
I.E PRINCE,, seul 

Xr^ï^<A,]ivJUEi cnfaDif Quelle naÏTetë! 
^lelle fmnchbe ! Alî ! s!il y avoit im 
bomme CQname- cet eofaat, et que cet 
Ijicunmfi ù\t mpA ami 1 C'est dptnincige 
qu'il SQÛ si petit; je oiç pourrai, pas m'ea 
aervû:^ il &udra le renvoyer à sa mcre*. 

SCÈNE III; 

I>E PRTNGE^ LB PAGE;. 

IbB {^Aos, tenant là. lumière £un^ 
main et la montre de l'autre, 

\h est cinq- heures, isooaeigneur». 

X. E P* R I K c E. 

Je ne me trpmpoîs pas. Le jour v» 
^entot paroUre. ^// reprendra montre.) 
Mais, est-ce là celle qiie j.'ai. demandée ? 
Celle qui ëtoit à droite ? 

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E E F A G £•, 7 

h E P ▲ O S. 

N'est-ce pas elle» loposeigacur? Jo 
le crojrejtspourtaqt. 

Zi £ p a I if c £. 

Ëh ! mon petiè ami ,.qu^Ad ce scroît 
elle! sityt ^vois bien eiHeadu tes întc- 
x.èts , tji¥ aurois pus Tajutre , car celle-ci y 
toute enrii^hie de bcUlaDs , De peut con- 
venir àr i»a enfant. N'aiirois-tu consulté 
que ta cupiditë ?^ Aurois-tti le sort de 
ceux qui perdenttout pouç vouloir fa'op 
gagner ? Réponds-^moi. 

£. E: P- ik. G E. 

Comm^ntcela? Monseigneur^ je ne 
VOU& enteod^ pas. 

h E P R I Ni G Bi 

Il faut que je n^'expMque' phis cfeîre* 
ment. S^ais^tu distinguer lèi droite de la 
gauche'?* 

!.. X. F' iL G B , regardant alternatif 
vemçnt ses -deux mains^ 
ia. di-oite- et lu gauche , roonsei- 
•seigneur ? 

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8 L E P A G E. 

LE PRINCE, lui mettant la main 
sur T épaule. 

Va 5 mon enfant , tu les distingues 
peut-être aussi peu que le bien et le mal. 
Que ne peux-tu conserver cette heureuse 
ignorance ! Va , cours chercher ton oncle 
le capitaine, qu'il vienne me parler. 
("Le Page sort.J 



SCÈNE IV. 

LE PRINCE/ seul 

I L est plein d*ingënuit<5 , tout à fait 
aimable !... raison de plus ppur le rendre 
à sa famille. La cour est le séjour de la 
séduction. Je ne souffrirai pas qu'il en 
$oit la victime. Je veux le renvoyer. 
Mais oh ira-t-il? Si sa mère est aussi 
indigente qu'il le dit? Si elle est hois 
d'état de l'élever? Il faut qtie je m'en 
informe. Dornonville pourra mr donner 
là-dessus tous les éclaircissemens que je 
désire. 

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LE P A (^ E. 



•SCÈNE V. 



L£ RRINCE^ LE PAGE. 



LE PAGE. 

JVloirsEiGNEuR , mon oncle le capi- 
taine va se rendre ici. 

LE PRINCE. 

Eh bien ! qit*es-ce donc ? tu as l'air 
bien accable^. Est-ce que tu aurois en- 
core envie de dormir? 

LE PAGE. 

Hëlas! oui, monseigneur, un peu. 
L E p R r K c E. 

Si ce n'est que cela, va, remets-toî 
dans ton fauteuil. J'ai été enfant comme 
toi. Je sais combien le sommeil est doux 
à ton âge. Remets-toi , te dis-^je , je te le 
permets. C Le page se remet dans le fou-' 
teuil, et s'arrange pour dormir, ) Je me 
dont ois bien qu'il ne se le feroit pas dire 
deux fois. 

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%û 1/ E P A G E. 



SCENE VI. 

LE PRINCE, DORNONVILLE, LE 
PAGE, endormi. 

DOavOKYILLK. 

MoirsfiiGNEua. 

LB FRINGE. 

Approchez , monsieur. Que pensez* 
vous du petit messager <|iie je vous ai 
envoyé ? A quoi l'emploirai-je ? à me 
servir dans la chambre ? 

PQRSOHVitXE» haussant les épaules. 

U est> jaravoiia, bijNi p^tit. 

I.B PRIKCE. 

Ou à courijr à cheval pour àes com« 
missions ? 

& a R H O 21 y I L L E. 
Je craindrois qu'il ne revint pa9« 

LE PRIVCK^ 

Ou à veiller ici la nuit ? 

Digitizedby Google * * 



L E F A G £• tt 

£>0]iNONyiLLS, souriant. 
Oui ^ pourvu que votre altesse dorait 
elle-^même. 

IiEPRlUCe. 

Qiiel parti pnis^je donc tirer de cet 
eûfaût ? Aucun , cela est clair. Aussi , en 
tne le dooilant, n'avez-^voiis vraisem- 
blablement pas prétendu qu'il fût utile 
à mon service , mais qtte je le devinsse 
à sa fortune. Vous m'avie2 bien dit que 
•a mère u'etoit pas en état de IMlever. 
Mais est-il vrai qu'elle soit réduite à la 
dernière misère ? 

DORNOirriLLE y menant la main sur 
son c€Bur. 

Oui y monseigneur » c'est l'exacte Mé- 
rité. 

LS PRIirCE. 

Et par quel malheur ? 

DORHONYILLE. 

Par cette guerre même qui en a eor 
richi tant d'auU-es. A la vérité , sa terre 
n'étoit pas absolument libre. Mais la 
voilà passée toYit**à-*fait en des mains 
étrangères. Tout est pillé , brûlé , détruis 

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12 L E P A G E. 

de fond V en comble. Pai^dessus. cela 
des procès; ils succèdent à la guerre, 
comme la peste à la famine. Heiu^use- 
inent pour elle, ses fils sont placds. Le 
plus. jeune est votre page, Vainé est en- 
seigne dans vos gardes : quant à la mère^ 
elle vivra comme elle poiura. 

L £. p R I N c E. 
. Bien misérablement sans doute ? 

DORN.ONYILLE. 

. Cela est vrai , monseigneur, fflroide-' 
ment.J Elle s'est r«^fugiëe dans une ca- 
bane , ^où elle vit seule et délaissée. Je 
ne vais jamais la voir. Je suis son frère , 
et je ne pourrois supporter le spectacle 
aflïeux de sa misère. 

LE PRINCE. 

Vous êtes son frère ? 

D O R N ON V I L L E. 

Oui. , malheureusement , monsei- 
gneur. 

XiB PRINCE, avec mépris. 
: Malheureusement , et vous n'allez pas 
la voir ? Je vous entends , monisieur. Sa 
misère vous feroit rougir 3 ou si elle 

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LE PAGE. l3 

Vous touchoit , il vous en coûteroit pour 
la soulager. ( DornonvUle paroîl emr- 
barrasse, J Comment nommez - vou* 
votre sœur ? 

DORNONVILLE. 

' Detmond. 

LE PRINCE, réfléchissant. 
Detmond? Mais n'avois-je pas dans 
nies troupes un major de ce nom ? 

DORNONVILLE. 

Il est vra,i , monseigneur. 

LE P R X N C E. 

Qui fut tuë à l'ouverture de la première 
campagne ? 

DORNONVILIE. 

Oui , monseigneur. Cetoit le père do 
l'enseigne et de cet enfant) homme d^bon- 
neur et plein de courage , il mon toit à 
l!àâsaut , de l'air dont oavaà uné^fète 5 il 
avoit le cœur d'un lion. 

LE PRINCE. 

D'iin homme , M. le capitaine ; c'est 
en dire 'davantage. Je me soimens trè»*^ 
bien de" lui , et je desirerois 

Tome yiIL ' ^B 

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t4 CEPAGE» 

, eoRKONViLLC, ^'approchdnU 
. Que d^slreroit votf« altesse ? 
I. s p a I N G £. 
De parler à sa veuve^ 

DOANPKVIttI* 

Vous le pouvez à l'instant même» Elle 
^st ici. 

LE PRINCE. 

Elle est ici ? Envoyez chez elle ; qu'elle 
vienne dès qu'elle sera levëe. Je veux la 
voir y et lui rendre son enfant. 

DORNONVÎLLE. 
Monseigneur;... 

LE p n I H C E. 

Je vous dëfends de Ven provenir j alleE» 
( Le capitaine sert. ) 

, - ,1 - ■ - -- " . . .^. ' ■ ^ 

SCÈNE VII. 

L£ PRlNCEi LE PAGE, $niormin 

LE PRINCE» 

QtJOt ! rëdmt à un i^tat si mis^rabk » pof 
la guerre ? Quel horrible fiiaxx ! que d« 
familles il a plongd dans la misère ! Il 

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L E P A 6 E. iS 

Vaut mieux encore qu'elles soient maW 
heuk^uses par la guerre que par moi. C'est 
la nécessite , et non mon goût , qui ra'a 
fait prendre les armes. ( // se lève y et 
après avoir fait quelques tours ^ il s*ar^ 
réie deivani le fauteuil du page. ) L'ai- 
znahle enfant !• . . , comme il dort sana 
inquiétude l C'est l'innocence dans les 
bras du sommeil. Il se croit dans la mai*^ 
son d'un ami , où il ne doitpaint se gêner. 
Yoilà bien la nature ! ( // se promène 
encore. ) 

Sa mère ? mais en v^rifcd, Je né ferois. 
jpas beaucoup poiu* elle , si eHe ressêm-- 
bloit au capitaine. Jo veux la mettre à 
l'épreuve pour la bien connoître , et en* 
•liite... ensuite il sera toujours temps d& 
prendra un parti. (// s* appuie sur le dos 
-du fauteuil , et en regardant le pa^d^ un 
air d'amitié^ il aperçoit une lettre qui 
sort de sa poche.) Mais qu'apperçoifi^-je?' 
Je crois que c'est une lettre. (// l^ow^re- 
^l en lit la signature^ ) 

« Ta tendre mère , i>E ©.ETi«OrND »... 

Ah ! o'«st de sa mère l la Urai-je ? Jft 

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l6 L E P A 6 E. 

veux connoître son caractère. Elle n'aura 

point dissimule avec son enfant Lisons. 

illlil.) 

MON CHER FILS, 

« La peine que tu as à dcrire ne t'a 
point empâchiS de satisfaire à la demanda 
que je t^avois faite; et ta lettre est même 
plus longue que je ne Pespérois. Cette 
bonne volonté me confirme ta tendresse : 
Yj suis bien sensible , et je t'embrasse do 
tout mon cœur. Tu me marques que tu as 
été présenté au prince , qu'il a eu la bonté 
de fagréer ; que c'est le meilleur et le 
plus doux des maîtres , et que tu l'aimes 
déjà beaucoup. » ( // regarde le page. ) 

Quoi ! mon ami , c'est-là ce que tu as 
écrit à ta mère ? Je ne fais donc que mou 
dévoir en te payant de retour , et en chei^ 
chant à te donner des preuves de mon 
amitié. 

« Tu as raison de l'aimer , mon enfant, 
car sans sa généreuse assistance , quel ae« 
roit ton sort dans le monde? Tu as perdu 
ton père 5 et quoique ta mère vive^en* 

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i 4a7t£- t^-hift Âr fit av^ &e ir rtVi/ t^f /Î/^jw*ï^, . 



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L £ I^ A G £• 17 

core , iu n'en es pas moins à plaindre ; la 
fortune Pa mise hors d'ëtat de remplir 
ses devoirs envers toi ; c'est le plus grand 
de mes chagrins , le plus cruel de mes 
tournaens. Tant que je n'ai eu à penser 
qu'à moi , le malheur m'a trouvée iné- 
branlable; mais quand ton image vient 
se présenter à mon esprit , mon cœur se 
brise ,et mes laripies ne peuvent tarir. » 

Beaucoup de tendresse , beaucoup de 
sensibilité à ce qu'il paroît ! Et srelle est 
aussi excellente femme que tendre mère..« 
Et pourquoi ne le seroit-elle pas? Elle l'est. 
Je n'en puis douter. 

« Je ne saurois , mon ami , te cbnduiro 
moi-même siir le chemin dé la fortune 
comme je le voudrois; je suis forcée de 
rester ' ici dans la solitude et l'éloigné- 
ment 5 mais avec toute la force que la 
tendresse m'inspire, je ne cesserai de te 
donner des conseils ; et ma voix , tian,t 
qu'elle pourra se faire entendre , te ré- 
pétera toujours de suivre les sentiers de ' 
l'honneur et delà vertu. Mon ami, donne- 
jnoi une preuve nouvelle de cette obéia- 

B3 

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. l8 JL E P A 6 £. 

•ancG que tu as eue pour moi jusqu'à pré- 
sent , porte toujours cette lettre sur toi. » 
( // regarde le page, ) 

Eh bien ! il étoit- obéissant. . 

« Quand tu seras en danger de man- 
quera ton devoir , et de iK^i^jer les avis 
. que,je t'ai donnés en t'embrassaot lader*- 
. nièrefois , et en t'arrosant de mes larmes, 
ô mon fils ! ressouviens-toi de cette lettre, 
ouvre-la : pense à ta mère , à ta mare in- 
fortunée/ que l'espérance seule qu'elle 
fondasw.toi , soutient daps la soUtude. j» 

Commex^t i n'a-t-il pas un frère ? 

« Pense que tu la ferais mourir de dou- 
leur, et que tu percerois. toi-^n^eme le 
cœur, qui f aime le fins sur la terre. » 

Elle sent son danger* Elle a raison , car 
il est exposé. Devoit^le se résoudre k 
l'envoyer ici ? 

« Ce n'est point le soupçon et la dtf* 
fiance qui parlent par im bouche ; i» 
conduite ne les a pas fait naître. TSojx > 
mon enfant » non. Ton frère a &it couler 
mes larmes ; tu ménagorae plus que lui 
famé sensible de ta mè'ce. » 

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LE PAGE» i^ 

Aimi Palnd ? VEaseiffie?. . . . Il (kut 
^ue jeln'iéckttreîsse davantage. 

<K Tti ' as tonj ours cAé sonmift y respec*» 
tneux : je te prends ce témoignage avec 
dés larmes de joie. Gookioue , mon fils y 
deviens un honnête' komine : et ta mhm 
si pauvre ^ si maliiièimiise qn'cUe soit y 
oubliera hientât ses loaliieiiss et sa mi— 
«ère. » 

. Eort bien, ^e me ptait; le molliear 
afonte à VéUi^twa de soa ame an lieu 
. de la fldtrir. 

«Tu cne marques à la fin- de ta lettre ^ 
que tous -tes eamarades oml tiiie ttid^tre^ 
Je vois qu'ii t'en faudroit uni»ia«l6sî >; ce-*^ 
pendant -ta brises là-^éssus y et tm ,m& 
caches le désir -que tu en as.C^tfee repentie 
xne chaiToe; ^e suis dëses^ëe de ne- 
pouvair la vdcompenser. Tu lésais, men^ 
«imi, je ne le peux pas, et tft me le par* 
donneras. Des affaires pressantes m'ap->^ 
pellent dans la capitale; je vais n/y rendrez 
et ce voyage m'enlèvera le peu qui me- 
reste. Cette dépense est nécessaire , et je 
XLC puis l'éviter. Mais sois persuadé qiie 

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2<> L- E PAG E. 

daas la suite je ferai tout ce qui dépen- 
dra de moi pour contenter ton désir. Et 
duasfë«je me refuser tout , je ne veux pas 
que Pamî de mon cœur manque jamais 
d'enoouragement à la vertu. J'espère 
bientôt te revoir , et je suis....^ 

O femme bien digne d'un meilleur sort! 
je veux montrer cette lettre à mon ëpouse, 
et la garder. Mais , non , c'est le trésor de 
cet en&nt , pourquoi le lui ravir ? ( // 
rjemet la lettre dans la poche du- page. ) 
Avec quelle tranquillité il dort encore ! 
I«e ciiôl , dit-on , prépare le bonheur de 
ses enfans pendant leur sommeil. Cela se 
vérifiera sur lui. Sa fortune est faite. ( // 
le prend par la main,) Mon ami! mon 
^mi ! (Le page se réyeille , et regarde 
le prince pendant quelques momens avec 
de grands j-eux.) Il est charmant , d'hon- 
lneur! Viens, mon petit ami, réveille-toî. 
Il fait grand jour , et tu ne peuxpas dor- 
mir ici plus long-temps. Lève-toi. 

LE PAGE, se levant lentement. 
Oui I monseigneur» 

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L B P A G E. 21 

LE PRINCE. 

Tu es encore tout endormi. Tiens , va 
dans mon cabinet. ( H y va. ) Eteins la 
lumière et ferme les portes. ( // éteint la 
lumière y et ferme les portes,^ MdAntt'-' 
nant , va dans celui où tu a pris la montre. 
Va vite. Non , ,non ,' pas ici ; tiens , en 
face y vite. Keviens de ce côtë-là. £k 
bien ! est-tu rëveillë à prdsent ? 

LE PAGE. 

Ah ! oui , monseigneur» 

LE PRINCE. 

Dis-moi un peu , car je te regarde 
comme un enfant applique, habile même: 
«ais-tii dëjà ëcTÎre dès lettres ? 

L £ P A G E. 

Oh ! quand je veux. J'en ai dëjà ëcrit 
deux grandes. 

LE PRINCE. 

£t ces deux , à ta mère sans doute? 
i, E PAGE, d'un air gai et familier» 
Oui , monseigneur, à ma mère. 

LE PRINCE. 

Xa joie brille dans tes yeux quand je te 
parle d'elle, (wrf part.) Comme ils s'ai- 

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jL2 L £ P A G E. 

ment dans leur misère ! ( Haut, ) Mais 
elle est donc bien bonne , ta mère ? 
I. K PAGE, prenant une main 4u prince 
avec lessieimes. 
Ah ! si vous la connoissiez ! 

£9 PRINCSr 

Je la connoitrai^ mon ami* 

I. £ PAGE. 

Elle est SL douce , elle m'aime tant... 

1,1? PHiircs. 
Je soubaiterois qu'elle eût des fils qui 
lui ressemblassent. Ton frère l'Enseigne , 
on dit qu'il ne se conduit pas bien. Mais 
toi ? 

LE PAGE) remuant la téle^ 
Ah ! mon frère PEnseigae!..,. 

LE PRIITCE. 
Oui y il lui cause ) dit-on , beauconp 
de chagrin- Cela estril vrai, ? . 
L £ P A G £. 
Ah ! monseigneur. , . . Mais on m'a 
ddfendu d'en ouvrir la bouche. Si son 
colonel le savpit,... ( D'un air de confi- 
dence. )0h ! c'est un homme duretroê» 
chant que ce coIqqcI, 

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L n V A a té ft$ 

LE PRINCE. 

Il n'en saura rien , je te le promets^ 
Parle ; qu'est-il donc arrive! ? Qn'est-c^ 
que ton frère a fait ? 

t E PAGE. 

Bien des choses. Je né sais {>as fnow 
même au juste ce que c'est TdUt ce(|ue 
j'ai vit , c'est que nta mère en a été très 
en colère , et que pout couvrit la fatitd 
de mon frère , élleadonnd tout ce qu'elle 
possédoit. ( // s^ approche du prince , et 
lui dit à voix basse, ) Il auroit pu , sansi 
cela y lui disoit-elle ^ être reoyoyë du 
service^ 

tt PÀINCS. 

Renvoyé du service r' Et pourquoi 
donc ? 

L E P A G £. 

Ah I mojQs^igQeut ! toilà ce quç j^ J^tr 
peux dire. 

t£ P&IKCJÊ. 

4^^uoi ! pas mêm^ à xnoi ? 
z. B P A Ô S" 

On no me l'a pas dit à moi-méfué^* 

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24 L E P À G £k 

LE PRINCE, en riant. 
On a très-bien fait , à ce qu'il me sem- 
ble. Mais 5 pour en revenir à toi, comme 
tu n'as point de montre , n'en aurois-tu 
pas demande une à ta mère dans tes 
dernières lettres ? 

LE PAGE. 

Une seule fois , pas davantage. 

LE PRINCE. 

!Fort bien. Elle t'en a donc fait un re* 
proche. 

LE PAGE. 

Oh ! non , monseigneur. Au contraire , 
elle m'a écrit qu'elle ëconomiseroit sur 
le peu qu'elle a , pour m'en donner une. 
Je suis fâcHé de lui en avoir parle. Elle 
à ddjà tant de peine à vivre ! cela me 
donne bien du chagrin. 

LE PRINCE. 

- Cela doit t'en donner aussi. Un bon 
(ils ne doit pas être à charge à sa mère ; il 
est au contraire de son devoir de chercher 
tous les moyens de la soulager. Quaut à 
la montre , s'il nes'agissoit que de cela, oa 
poiuToit te coateaten ( // tire sa bourse, ) 

Digitized by GoOglC TlCnS ) 



LE PAGE* 25 

Tiens , mon petit ami , voilà douze louis 
dont je peiUL disposer ; je veux t'en faire 
cadeau ^ donnes-moi. ta main. 
LE PAGE, tendant la main pendant ffue 
le prince compte. 
Sont- ils ppiu: moi , monseigneiu? 

LE PRINCE.. 

Oui y sans doute. Mais dis-moi | que 
comptes-tu faire de cet argent ? 

^ L E P A ^ B* 

~N^enpourroi5=}epas acheter unemontre? 
L i: P R. I N c E. 

Oui , et même une très-belle. Mais à 
bien examiner les. -choses, tu n'as pas 
absolument besoin de montre , il y en a 
asse?: isi.ijPmdàxit; que le page le regarde 
attentiv^çmenu ) Sij'ëtois.à ta place , je 
sai^ bien .ce que je ferpis. J'ioinployerois 
tni«ux; cet. ..argent. ; Cepeadant » coipme 
ta voudras*. Je vais m'habiller.; Reste ici 
jusqu'à KK^p^i relQijr, 

L s B.A.G; E, l'appelant.. 

Monseigneur. 

L M P :R J:N CEy 

Eh bien ! que veux-tu ? 

.ÎTome riIL C . 

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aé t K P A G £4 

£ £ P X fà ^. 

Mam&re est ici. Eiièpartce matid , ol 
}è voudroisbien lui dire adieU. {D'un air 
caressant. } Me le permettëa-^voiis !^ 
L X i< & I n G B. 

Non , mon amî; cela n'est pas n^ces-* 
«aire. Pour cette fois, ta mère viendra 
icu Tu la verras ; un peu de patience* 
( // sort ). 



se ÈKË vtii. 

LE PAGE, seul 

Slls viendra ici! Je la venrai! £* 
poun^iioi cdla ? Que m^cnporte ? il aoCfit 
qu'elle vienne, et que je l'en»bniS8e.;....A 
Un , deux ^ trois. .. ^.. ( // campée jasifu^à 
doute.) Doiwe lonis pour une montre I 
Ah! que je suis contept! Il me 8eniU# 
àé]k Pavoir dans mes mains, l^en tendre 
aller, la monter inoi-mêmè. Mais quand 
le prince a -dit qu'il saiH-oif bien ce qu'il 
f«roIt s'il dfcoit à ma place , qu'entendoit' 

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L B P A G E« ^7 

il par-là ? Que fefoit4l donc ? Oh ! lnj, qui 
$, des iQoiîtrea dans toutes ses chamHres , 
il ne sait pas ce que l'on sou£Pre de n'en 
pas avoir. Mais il m'a dit aussi , qu'un 
boa fils doit soulager sa mère. Sans doute 
il pensoit alarsà la mienne. Douze louis l 
Ç^Illesregarde,) C'est àla vëritdbien de l'îu-- 
gent ! bien de l'argent ! Si ma mère leai 
avoit,ils lui seroiêntd'uq grand secours.(// 
presse l'argent avec ses deux mains contre 
son ctçui^^ Ah ! une n^ontre ! une contre ! 
^ laissant tQtnber ses mains i ) Mais aussi 
une mère ! une mère si tendre ! Hier ^n-» 
^çte, elle ëtoit si abattue ! elle Avoit un 
fiir si pâle , si malade! Je crois qu'en lai 
donnant qet.ai^ept , elle seroit tout d'uq 
coup soulagée^ . • , *. Ferai-'je ce sacrifice! 
.pour elle ?•.*.( d^un air décidé, ) Quir, 
«ans doute, oui! mais qu'elle vienne 
proD>pten:|ent , car ja pounrois bien en 
avoir du regijet. La montre me li^nt tr^op 
fL\\ cœuj. (// metsandoigt sursm toucheK ) 
iPaU ! ^çQWtons, on vîeqt* 



sdbyCj' 



ooqIc 



a8 L E P A G £• 



SCÈNE IX. 

Mou. DE DETMOND, DORNOM- 
VILLE, LE PAGE. 

X. E PAGE, courant au devant de sa 
mère* 

A H ! ma mère I 
• M»«. DE DETMOND regarde de tous 

côtés d'un air inquiet, sans/aire atten^ 

tion à l'enfant. 

Je m sais , mon frère ; mais je suis io^ 
quiète. Que me veut dire le prince ? 

DORNONYILL'E. 

Tiens ! regarde cet enfant. £h bien ! il 
vent te le rendre; ( Elle regarde aPec 
effroi sonfib , qui ne cesse de la caresser 
d'un air satisfait. ) Mais aussi , il y avoit 
de la folie à Tamener ici. A quoi le 
prince peut- il Pemployer ? Les autres 
pages deviennent grands , se forment , 

et entrent au service : mais lui 

( avec un geste de mépris* ) U est trop 

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LE PAGE. '29 

ehelîf , il ne sera jamais bon à rien. Le 
laît dont tu Pas nourri ëtoit empoisonné 
par tes chagrins ; c'est une plante dont le 
germe est altdr^. Jamais il ne deviendra 
plus fort. 

M™». D£ DETMOKD9 avec douleur. 
Mon frère ! 

DORNONVILLE. 

En un mot , quand tu verras le prince, 
gardes-toi bien de lui parler de cet enfant. 
Ce seroit inutile. Sollicite plutôt sa faveur 
pour l'Enseigne. Il se forme au moins , 
celui-là : c'est un homme. ' 

M»*. DE DSTMOND. 

Que dis-tu ? pour l'Enseigne ? 

DORNOUVILLS. 

Oui. Il l'a envoyé chercher. 

M™«. DE DETMOND. 

Tu m'e£Eraies. Auroit-il appris?..,. 
DORHOirviLLi, d'un airfroidl 
Cela pourroit bien être : c'est même 
probable. ( S'appujraiit sur sa canne et 
branlant la tête*) Que penses-tu qu'il en 
arrivât , s'il savoit que le drôle a voulu 
décamper, qu'il a pris de l'argent, et 

C3 



3<5 t E P A G E» 

que ce n'est que paçce que fai awangô 
les choses.... {Avec empoAement.) Eh 
bien! vous verrez que je seralla victime 
de mon bon cœur , et que Toti m'enverra 
nioiT-mêroe aux arrêts. Je voudrois ne 
m'être jamais embarrasse du soin de tea 
enfans. Mais aussi je ne m'en mêlerai 
plus. {Ilpatl en grondant^ et se retour-^ 
nant enàore.^^on , je ne m'en mêlerai 
japaais de la vie. {^11 sort. ) 



SCENE X. 

|lw. D¥ DETMQND» L» PA^E^ 

LE v^AQA^ voyant son inquiétude. 

Mon oncle est toujours de çaauvaîs^ 
Jaumcur. Mais laissez-le diï^, «W»^ .< 
^t ne ci^aignes rien. 

MV. DE DBTMONB.^ 

Tai5-toi, mon enfant, Tu pe «^1»^ 
Pfts 

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l. E P A 6 £» 3i 

L JE P A G S, 

Oh ! j'en sais pUis que lui. Il a'on faut 
que le prince soit comme ii le dit. Il no 
fait de mal à p^raoïuie» Au contraire , 
voyc» , voye* ! ( // lai manlre les 4quz^ 
louis qu*U a dans sa main, ) Tout cela.«.^« 
ï)ti bien ! c'est lui c^ui ipe Ta donne. 
M»t. DE DETMONp, surprise^ 
£st41 posaitlé? le prince ? 

L s p À G E. 

Il l'a tirdd- titie gi^nde , grande bourse 

ipemplie dWj'imijdstant avatit q^^ voua 

ne vinssiez Ab! si le pi^nce vouloit ^ 

«Baman ^ s'il vcmloil; I«. . . Ob ! il e«t f itehe ^ 

• Ml 

Mais pourquoi? je n'y cempi:eo4^ 
rien. Il faiAt pom^nt qu^l ail «u nu 
«actif, 

X X P A G B. 

Certainement. Ss^ montre s'e'toit ar-*- 
yêtde. Il a chasse hier toute k ioiirn^e ^ 
il avoit oHblio de la monter , et oe roa'«- 

tin- ( // court au cabinet , le/ en ouvre 

fa: ^or/e. ) Tqpez., c'est- là ^n'il était 

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32 L E P A G E. 

coucha. Il m'appelle , me dit de regarder 
à ma montre : et comme je n'en avois 
pas 

M»«. DE DETAIOND. 
Il t'a donn(^ cet argent? 

t E PAGE. 

Oui, il me l'a d.opné pour en acheter 
une. ( // lui montre r argent de nouveau, ) 
Douze louis , ma chère maman ! 

U^^. DE DETMOND. . 

Regarde-moi. Dois-je te croire? 

L E p A G £• 

Assurément. Mais je n» suis pas presse^ 
d'avoir ilne montre. Il s'en trouvera tou- 
jours une pour môv. ( // prend la main 
de sa mère. ) Prenez cet argent , maman ; 
mettez-le dans votre bourse. 

m™«. de detmond, ^mue. 

Comment, mon fis, comment !..... 

LE PAGE. 

Je seulTre tant de vous voir toujours 
dans les larmes ! Ah , ma mère ! je voii- 
droîs avoir bien de l'argent, et vous ne 
pleureriez plus. Tout , oui , tout ce cjiio 

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L fi P A o s. 33 

j'aurols, je rous'le donneroîs de bon- 
cœur. 

M«». DE T>nTMOvi}fSe baissant 
sur luu 

Quoi , tii voiidrois , mon fils ?.... ' 
LE Page. 

Qiie j'aurois de plaisir à vous voie 
heureuse et contente I 
Jtt"«. BE DETMONB,' V embrassant. 

Je le- suis , mon ami. Je ne donnerois 
pas le bonheur que je goûte en ce mODJent 
pour tout Tor de ton prince. (/jE/Ze Vem^ 
brasse une seconde fois. )l Ah ! tu ne 
sens pas l'impression, que fait la tendresse 
compatissante d'un fijs, siu^le cœur d'une 
ipère infortunëe ! 

X s PAGE, reprend lés mains de sa 
mère. 

Vous prendrez cet argent , au moins ? 
Je vous en prie , ma chère maman , ne 
me refusez pas. 

M««. DE DETMOND. 

Oui , mon ami , je le prends. Comme 
oii pourroît te tromper , c'est moi qui 
me charge,,* t» 

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34 h % T A ^ n. 

( E P A 6 |E, 

De quoi? de niVvpir \me pioptrc? 

W^. 9 H P S 7 H^O îï:D4 
ai tu restes avec I9 prince , il t'en faut 
une, 

L B P A G «. 

Eh ! non , n43ii}. Le prince a de» mon- 
tres par-tout > et il m'a dit Ivii-mêine qu^ 
je n'en avois pas besoin. 

li»«, D.^ DETMOND. 

Cependant, ce. qu'il t'a donn^, c'est 
pour en avoir une ? 

X* s P A Q c. 
N'importe i.ilxne l'a dit, 

Tu me trompes, mon çnfimt, et tu ne 
^cvrdis pas fain3 un mensonge , même 
par amour pour ta mère. 

L ï PAGE. 

tJn mensonge! Vous ne me çroyea 
4onc pas ? Eh bien ! je vondrois que le 
prince fiH présent. Je voudrois qu'il 
yînt/( // se rç^o^r(^ç^) Ah! 1§ vqU^ 
Ivti-Tpçroe, 

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t ^ p À ù È, 3é 



SGÈNÉ XL 

LÉ l^EIKdE, Mtoé. DE DETMOtïD^ 
L E P A G E. 

tk B P Aét y icourant au-^deyànt de luL 

N'«ST*iL pasvraî, mortsei^eur, (Jud 
Voi» m'avés d'abdrd dôiiaë douze louLi 
|>otlr avoir liné montre ? 

ht PRiNCB^ sourianu 
Oui , inod ami; . , 

L E P A é lè. 

Et hé m'avéz-vous pas dit ensuite qdé 
je n'en avois pas besom ? 

C'est encore vrai. 

t s ]^ A G is >. >e tQûrnarit aussitôt i)4H 

.sa mère- . 

• -^.{ .. 1... : - 

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36 L E P A a E^ 

Mina. DB DETMOKD, embarrassée: 
Votre altesse voudra bien excuser la 
simplicité d un eniant » qui oublie le 
respect. . . • 

LE PltlNGE. 

Excuser y madame ? Cette simplicité 
me ravit 5 et je voudrois pouvoir la trou- 
ver dans tout le monde. £lle est si natu- 
relle ! Parle , mon ami. Ta mère ne vou- 
loit donc pas te croire ? 

LE p A G £ y u/i peu Juché. 

Non, monseigneur. D'abord elle ne 
vouloit pas me croire , et ensuite elle ne 
vouloif pas accepter l'argent . 

L E P R I N'C E. * 

Que dis-tu? acqepter ? As-tu fait a»- 
vez peu de cas.de mon présent pour avoir 
voulu en'^dispgser ? Je ïie le pense 
pas. 

i. £ PAGE, embarrassé. 

Monseigneur. ... 

LEPRXKCE* 

Si je le savois , cela ne m^engageroit 
pas beaucoup à t'en faire davantage. £h 
bien ! avoûe-Td'-moi*; est-iî ^Tai ? 

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L £ P A G JE. 87 

LE p A G £, en montrant sa mère. 

Ah ! monseigneur , elle est si pau- 
vre ! 

LE PRiKGE ^ lui prenant le menton. 

Bon petit cœur I Tu as donc sacrifia 
l'unique objet de tes désirs , pour secou- 
rir ta mère ? £n vëritd , il seroit affreux 
que cela te fit perdre une montre, f II 
tire la sienne J. Tiens \ qi/and je ne pos- 
sëderois que celle-là , pour récompenser 
ta tendresse , je te la donnerois. 
LE p A o c 9 ^ prenant avec /oie. 

Ah ! monseigneur ! Va-t-elle ? 

LE PRINCE. 

Sois tranquille , elle va bien. ( Le 
page court â sa mère pour lui faire voir 
la montre, ) 

L E *P R I K G X. 

Viens , mon ami ; mets la montre dans 
ta poche. Et puisque tu as si bien em- 
ployé le peu que je t'ai donne , ( // lui 
donne une bourse, ) tiens , prends : 
voilà cent louis en plaça des douze pre- 
miers.. 

Tome Vin. . 3i . 

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38 L E P A G E: 

L £ t» A G E , /a regardant avec 
étonnement. 
Quoi , monseigneur ! 

LE P R I K C E. 

Tu hësites ? Allons , prends. 

LE PAGE. 

La bourse et tout ce qu'il y a ? ( /Z 
veut la rendre,) En vérité , c'est trop. 

LE PRINCE. 

Oui , si c'était pour toi. Mais }c te les 
donne poinr en disposer. £t qui pense-tu 
^menait besoin ? 

LE PAGE. 

Qui en ait besoin ? {Il regarde le 
prince , puis sa mère , et le prince en^ 
core. ) Tenez , ma chère maman ! 
jvi»«. DE JD£TMOND> s*approclfani 
du prince. 
Votre altesse. . . . 

LE P R I K C £. 

Point de remercîmens, madame. Vous 
trouverez que c'est très-peu , et je crains 
de vous faire beaucoup plus de mal que 
Je ne vous ai fait de bien. Mais, ( Mon^ 
irant le page* ) vous le voyez sans qu« 

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L E P A G ]?» 39 

je vous le dise ; cet enfant est trop foi- 
ble , trop petit pour être avec moi. II 
est dans un âge où l'on n'est pas en état 
de rendre service aux autres. En un mot , 
j'espère que vous le reprendrez sans dif- 
ficultés. Vous gardez le silence ? 

M">«. DE BETMOlfD. 

Pardonnez y monseigneiv. • . • * 

LE PRINCE. 

Et quoi ? 

M»». DE DETMOWB. 

Pardonnez 5 j'ai tort de rougir d'une 
pauvreië dont je ne suis pas la cause ; et 
je peux sans honte en faire Taveu. sincère 
à mon prince. ( S* approchant de lui et le, 
Jixanu ) Oui , monseigneiu 5 je suis trop 
pauvre pour élever mon enfant* Dëjà de- 
puis long-temps je portois sur l'avenir 
un œil inquiet. Je vais donc être en 
proie à la douleur. Ah ! s'il faut que je 
ramène dans le triste asyle de la misère, 
l'unique oftjet de toutes mes alarmes , 
cet enfant que vous voulez me rendre , 
cet enfant trop jeune encore. . . . ( Elle 

TiCui retenir ses larmes. ). . • pour. .• • 

'D % 

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40 L E P A G E. 

^ sentir la perte qu'il a faite dans son 
père. . . . Àh ! pardonnez à la foiblesse 
d'une mère. ■ 

LE PAGE, prenant la main du, 
prince , el <Vun ton pénétré. 
Elle pleure 5 monseîgneui*. 

LE PRINCE. 

Eh bien ! quand tu vivrois auprès de ta 
mère ? 

LE PAGE, éTuH air suppliant. 
Vous n'allez pas me renvoyer ? 

LE PRINCE. 

Non ? tu' ne le croîs donc pas? Cette 
conRance , mon petit ami , me fait plai- 
sir. Madame , il peut rester. ( Foulant 
Véprouver.J Ce seroit cependant bien 
dommage , si ses mœurs , son inno- 
cence. . . . Mais non , il n'y a encor» 
rien à craindre. 
M««. DE pETMOKDy leregardùnt ' 
attentivement. 
Son innocence y monseigneur ! 
LE PRiKGE, continuant sur ie 
même ton. 
Ce n'est rien , madame. Vous imagî«« 

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L 'S PAGE; 4t 

lieriez peut«être que je cherche à retirer 
zoa parole. Soyez tranquille. 

H^^. DE DtitaiiOKD , avec timidité. 

Mais cependant , sans manquer au 
respect que je vous dois , oserois-Je vou» 
prier de vous expliquer , monseigneur ? 

lEPRINCE. 

Madame , ce que je voulois dire , c'est 
que depuis long-temps je suis très-raé-' 
content de mç» pages. Leur' société et 
leur exemple pourroient bien. . . . Mais, 
après tout , ce n'est qu'un peut-être , et 
on peut tepter, . . . 

Ji™«. DE DETiviOND, prenant yive^ 
vement la main de son fils. 

Non , monseigneur. 
LE PRiTfc'c^ feignant de se trouver 
qffensé. 

Non ? . , , . Comme vous voudrez , 
madame. 

M™». DEDETMOND. 

L'innocence de mon fils m'est trop 
précieuse. Je. frémis des dangers. où j'ai- 
lois Texposer. 

^ pa 

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j^% L E P A G K# 

LE PRINCE. 

Maïs considérez. • . , 

. M»»«. DE DETMOKD. 

. Je ne considère rien. Je vois mon en- 
fent dans le feu : pourvu que je le sauve, 
que m'importe qu'il soit nud ? 

LE PRINCE. 

. Mais sans biens , sans éducation > que 
deviendra-t-il , madame ? 

Mme. DE DETMOND. 

Ce qu'il plaira au ciel. Je me soumets 
à sa volonté. S'il ne peut pas soutenir sa 
naissance, qu'il aille cultiver les champs ; 
qu'il meiu^ ; mais innocent , dans le sein 
de l'indigence. 

LE PRINCE., reprenant son ton na^ 
turel. 

C'est^enser noblement. Oui, madame, 
je le vois ; vous méritez tout ce que ]e 
suis en état de faire pour vous- (S*ap^ 
prochant d'elle , et avec intérêt, ) En 
quoi puîs-je vous être utile ? Quels se- 
cours puis-je vous donner ? Parlez , de- 
mandez 5 c'est un ami q«e vous voye^ 
devant vous» 

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L E F A Ô E. 43 

une. Ds DETMOND , avec émotion. 
Ah! monseigneur.. • . 

LE PRllffCK, 

Dîtes-moî avant tout qtielle est votre 
situation. Oi\ en êtes-voiis pour votre 
terre ? 

Sime. DE 0ETMO9D. 

Il m'est absolument impossible de la 
sauver. 

L E p R X s c E. 

Vos dettes sont donc bien consîdc^ra— 
blés ? Vous avez , n^'a-t-on dit , des 
procès. Ne vous donnent-ils aucune es- 
pérance ? 

M»«. DE DETaiOWD. 

Aucune , monseigneur. Un seul , oi\ 
il s'agit d'une petite succession, aiuroit 
depuis loDg-temps dû être juge en ma 
faveur. Mon droit est incontestable ; 
mais le crddit et les .richesses le com- 
battent. La nécessite m'avoit amenée à 
la ville pour tenter un accommodement ; 
je n*ai pa y re'iissir. 

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44 LE P A G E^ 

LE P R I N G £. 

C'est un bonheur pour vous. La jus-* 
tîce vous sera rendue sans que vous 
fassiez de sacrifice , jç vous ep domie 
ma parole. Acceptez de plus une pen-^ 
sion de cent louis. Je souhaite qu'elle 
puisse vous mettre aurd^ssus de tous les 
besoins. 

M»». DE DE7MOND se jetant à ses 

Tant de bontë ^ monseigneiir ! covft^ 
ipept po\|rrai-]e. ... 

L E F.R I N c E ^ la relevant. 

Que faites-vous ? Levez-vous , ma- 
dame , levez-vous. Je m'acquitte de ce 
que je dois à la mémoire d'un homme 
dont vous êtes la veuve. Je &is pour 
vous ce que ja feroia pour tous ceux dont 
les vertus toucheroient mon cœiu*. Dite»- 
moi , hésiteriez-vo.us encore à reprendre 
votre enfant ? 

U'^». DE DETMOKD. 

Monseigneur, pourrofs-je oublier ?it.^ 

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I 

L E P A Ô E. 45 

LE PRINCE. 

Et toi , mon ami , retpuroerois-tuvo* 
lontiers avec ta mère ? 

LE p A o E , /!a montre â la main. 
Avec ma mère ? Qui , monseigneur^ 

LE PRINCE. 

Mais cependant , je sais que tu m^ai- 
mes. Tu voudrois bien aussi rester avec 
moi ? 

LE PAGE. 

Très-volontiers , monseigneur. 

LE PRINCE. 

Eh bien ! si cela est ainsi , en te l'en^ 
dant à ta mère je te renverrois , et tu 
m'as prie si instamment de te garder 
près de moi ! Ta mère d'ailleurs fa jeté 
dans mes bras. Il faut donc que je prenne 
d'autres mesures pour concilier les cho- ' 
ses. Restez ici, madame : je suis à voua, 
dans le moment. ( // sort, ) 



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46 LE PAGE. 



SCENE XI L 

Mm. DE DETMOND, LE PA6B. 

jftme. DE DETMOND, se jetant dans 
un fauteuil. 

O J o n R heureux ! ô bonheur Inat- 
tendu ! 

LE PAGE. 

Eh bien ! maman ? £h bien ! ëtes-voni 
contente ? 

Mme. SE DETMOND, le tirant à elle 
avec tendresse^ 

O mon fils ! mon cher (ils ! 

I. e' P A o E. 

Mais voua ne vous réjouissez pas ? 
Il faut être plus gaie, ma chère ma-* 
man! 

Bime. PS DETMOHD. 
Mon bonheur même me fait rougir. Il 
me reproche le peu de confiance que j*ai 
eu dans la providence , le chagrin mor- 
tel que je ressentis quand tu vins a« 

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L E P A 6 £• 47 

monde. CVtoit un moment après quo 
Ton m'eut annonce la perte de ton père. 
Je jetai siv toi un regard de compassion. 
Je pleurai le jour que je t'avois donnd. 
( Elle le prend dam ses bras , et l'em» 
brassé, ) Et c^étoit toi qui devois soula-* 
ger ta malheiveuse mère ! tes jaunes 
mains dévoient essuyer ses larmes ! Dieu t 
que puis-je désirer à présent ? Rien , 
rien , que d'être rassurée sur le sort dm 
ton firère , et mon bonheiv sera parfait. 

LE PAGE. 

De mon frère ? Comment cela y ma 
chère maman ? 

M««. DE DETMOND. 

Si le prince savoit ce qu'il a fait. . . . ; 

LE PAGE. 

Quand il le sauroit, il n'en seroit 
rien. Vous avez vu comme il est bon et 
généreux. 

M"«. DE DErMOMD. 

Pour nous , mon fils y qui ne sommes 
coupables d'aucune faute. 

L E P A G E. 

D'ailleurs ^ il m'a promis qu'il garder 

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48 L £ P A 6 E. 

roit le secret 5 que le colonel n^en sàuroil 
rîen. 

M"*». DK DETMQNDy effrayée. 

Quoi ! il te l'a promis ? 

L £ ]^ A G £. 

Assurément. Ainsi il ne faut pas vous 
alarmer. 

M*«. DE DET. MOIÎD. 

. Je suis consternée. Tu as donc dit?.. 

I. £ p A 6 £i 

Ah! presque rien; ce que je savois. 
Et puis il m'a interrogé sur la conduite 
de mon frère , et^ je ne pouvois pas 
mentir. Vous me l'avez défendu vous- 
même. 

M™«. DE D £ T M. O K D. 

Mais, mon ami, mon cher fils.... 

LE PAGE. 

: Comment ! vous êtes inquiète ? 

]\im«: DE DETlklOND. 

Si je suis inquiète ! Dieu ! si je le suis ! 
Ah ! si le prince en demande davantage I 
S'il apprend!... Tu peux perdre ta mère > 
ton frère. Tu peux nous plonger tous 
dans un abîme de malheurs. 

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r E P A G E. 49 

:l E p A 6 B, prêt à pleurer. 
Dans iitt abîme de malheurs ?. . - 

m»*^- DE DETMOND^ 

On vient. . . . ( Elle l'embrasse et 
Fencourage. ) Ne dis rien... Sèche tes 
larmes , elle ne servîroient qii*à rendit» 
pcnt-êtro le mal plus grave. Sois tran- 
quille. 

' SCÈNE XIII. 

1I1IM^. DE DETMOND, LE PAGE, LE 
. PRINCE» derrière lui , DQRNONVILLK 
■. et L'ENSEIGNE. 

' LE PRINCE. 

Entrez, messieurs ; suivez-moi. ^ A 
f Enseigne, ) Cest donc vous qui ète^ 
Detmond ? le fils de ce brave major. 
x'enseigne, s^ inclinant pro* 
fondement. 
Oui, monseigneur. 

X S P RI K G s. 

C'est une bonne recommandation au- 
près de moi. Vous aviez pour père ua 
Tome FIIL o,.e.|boogle 



5ô L £ P A G E. 

homme plein d^honneur , nn brave gaer« 

rîer. Sans doute que son exemple excito 

votre émulation , et que vous cherchez ^ 

vous rendre digne de lui ? 

^ l'enseions. 

Monseigneur , je ne £bûs que mon d»* 
voir. 

LE PRINCE. 

Cest tout faire« Le plus brave homme 
n'en fait pas davantage. Tenez, mon* 
«leur , voilà votre mère : ses vertus , et 
les espérances que donne cet aimable en- 
fant , m'ont fait concevoir de la Ëuniito 
ridée la plus avantageuse. C'est pour 
cela que j'ai voulu Vous voir tous rasseao-* 
blés ici. 

li'SNSElONS, s^incUnant tou^ 
jours* 

Monseigneur, vous me faites beauconp 
de grâce. 

LE PAIVCE. 

Je ne vous en fais pas plus^ sans doute» 
que voiu n'en méritez. 

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L E F A G K. 5r 

L'SKSBIGKJt. 

Votre altesse juge bien fav(MrabIe«<* 
nekit. 

X. X P R I K c E. 

Eo eSêt , monsieur^ il ne me manque 
qiie la conviction y dans le jugement que 
je suis tente de porter de vous» pour faire 
Totre fortune. Cependant cet air libre et 
nssxuéy qui vous sied si bien. . » . 
l'snseigjis. 

Ah î monseigneur, • • . 

i. s p R J N c K. 

Annonce ( souffîez.que ]€ le dise ] une 
«me noble on très-corrompue* On ne. 
saivoit soupçonner un fils ni de tels pa-^ 
rens. Non^ sans doute. Ainsi , monsieur , 
quepourroit-on faire pour vous. Un grade 
de plus ne vousavanceroit pas beaucoup» 
Q'ea pensez-vous ? 

x'jCNSEiçNX, se frottant Us 
mains. 

Non y assurément, monseigneuf...; 

X.E PRINCE. 

Mais si nous sautions ce grade. Le rang 
i» capitaine y une compagnie : c'est-là 

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52 X E P A G E, 

lepreoïler but de tous ses messieurs. Mais 
auparavant... ( IL se tourne rapidement 
vers le capitaine!) Monsieur, que pemsex- 
vous de votre neveu ? 

PQ&NONViLLE, unpeuem^ ^ 
barrasse. 
Moi 9 moQseignetir ? ce que j'en 
pense ?. . . 

'LE PRTIÏCE. 

On diroit beaucoup de mal. 

DORNONVILLE. 

Non , monseigneur , plutôt du bien. 
3e crois qu'il a du cœur , qu'il sera 
brave. • . • 

I. s p R I K c E , regardant VEnr- 
seigne avec un air de salis/action. 

Oui ? cela est-il vrai ? • 

DORlfOlTVlLLE. 

D'ailleurs , il est d'une taille avan- 
tageuse. 

LE PRIKGE. 
Cest un bel homme , j'en conviens. 
Mais sa conduite , ses mœurs. Je rougis 
de vous questionner sur de pareilles ba- 
gatelles. Enfin y quel est son caractère ? 

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X £' P A G K. 53 

BORNOvviLIE, souriant. 
Ah ! un peu trop de gaitë , de pëtth- 
lance quelquefois. Au reste, monseigneur, 
comme rous savez , cela ne messied pas 
à un soldat. 

L£ PAINCX. 

Gomme je sais ? Ce&i en vëritë quelque 
chose de .nouveau pour moi. Il ne mo 
manque plut que votre témoignage , ma- 
dame. Que me direz-vous de votre fil» ? 
( Après une pause. ) Rien. 

HUM, ])£ DfiTMÔKDw 

Que pourrois'je en dire. 

LE P A I N C X. 

Ce que vous en pensez. La vérité. 

Mm«. DE D s r M Q N D. . 

Eh! le puis^je, monseigneur? si j'avois à 
.le louer ,voudriez-vous que je le fisse en 
sa présence ? Ou si j'avois à le blâmer , se* 
loit-çe devant celui qui tient son sort entr© 
s&^ mains ? 

LE PRINCE, souriant. 
Fort bien, madame. Au bon cœur 
d'une mère vous joignez toute la finesse 
d'une femme. Je ne puis m'empêcher d« 

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S4> L E P A G B. 

vows admirer. ( Reprenant un ton s^ 
ritux, ) Monsieur , chacim a aes prin- 
cipes. J'ai les miens. Quand je veux avan-* 
•cerun officier, je commence par Penvoyer 
aux arrêts. Que vous en semble ? 
L'EirsEiavE, effrajré. 
Monseigneur. « • . 

. . Jm E. PRIHCE. 

Oui, c'est ma manière. Remettez votre 
ëpëé au capitaine. Un air plus modeste 
auroit tout excusd. Mais ce ton assure y 
cette hardiesse ! . . • avec une conscience 
comme la vôtre, qu'attendre d'un homme 
aussi e£G:otftë , qui devolt sentir qu'il a 
mëritë ma disgrâce ; qui sait avec quelle 
indignité il en a agi envers la meilleure 
des ofières; et qui cependant. • • • Mon-> 
eieur , qu*il soit aux arrêts pour un mois« 
•Te ne veux point d'ëclaicissemens sur ce 
qui s'est passd. C'est à votre considëration, 
madame , et à cause de la manière dont 
je m'en suis instruit, et sur-tout parc» 
que les circonstances me font prdsumer 
que sa faute est très-grave.... ( D\m ton 
ferme et sévère. ) Monsieur le capitaine ^ 

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LE P A G E.^ 5S 

sî âans la suite il se passoit quelque chose, 
je veux en être infonnë sur-le-champ ; 
vous m'entendez ? sur-le-champ. J'ai des- 
sein d'avancer ce jcunehomme :«t ni vous, 
( Au capitaine ) ni ( D'un ton plus doux ) 
TOUS madame , ne dérangerez mon plan... 
(/adressant particulièrement à e//e.)Ne 
lui donnez jamais rien , jamais : ne fut-ce 
qu'une bagatelle , à titre de présent. Ses 
appointemens peuvent lui suffire. Qu'il 
apprenne à borner sa dëpense. ( // lui fait 
signe avec la main. ) Allez , monsieur , 
rendez-vous aux arrêts. ( Les deux ùffi-^ 
ciers sortent, ) 



SCÈNE XIV. 

LE PRINCE , Mme. DE DETMOND , 
LE PAGE. ^ 

lE PRINCE,/*! regardant. 

Eh bien, madame? Vous êtes bien 
HîstCt 



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56 L'E t» A G^E; 

U»^ BJS DETMOKD, respcCl 

tueusement. 
Mopseigoeur > je suis mère. 

I, fi p. RI K C £. 

Mab vous n^êtes pas une de ces mères 
foîbles , qui , pour ëparguer àleurs enfans 
quelques morûfications , aiment mieux 
ne les pas <:on:iger ? 

M««. DB DETinOND. 

Ce-seroit unie fendresse mal entendue. 
Non : îexrains seulement qu'il n'ait per- 
du à jamais les bonnes grâces de son 
prince. 

LE PRINBE. 
!Rassurez-vaus. Mon intention n'a été 
que de le rendre digne des grâces que je 
veux répandre sur lui. Indulgent pour la 
jeunesse , je lui pardonne volontiers son 
inconsëquence et ses ëtourderies ; mais je 
ne le puis pas toujours. Ce qui dans Tua 
ramène , avec le repentir , l'amour de la 
vertu y fortifie dans l'autre son penchant 
pour le vice. Au demeurant , soyez sans 
inquiétude. Ce jeune homme deviendra 
raisonnable , et je mesiurerai mes bontés 

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L E P A G E. 57 

snr son changement. ( Se tournant vers 
Se page. ) Quant à ctt enfant , savez-vous 
^telles sont mes vues ? 

M"»«. DE DETVOHD. 

NoD^ inônseîgnenr. Quelles qu'elles 
soient , elles ne tendront qu'à assurer son 
bonheur. O mon prince ! je n'ai jamais 
laissé passer un jour sans payer à vos ver* 
fus le tribut de mon hommage ; mais je 
sens bien aujourd'hui combien il étoitpeu 
digne de vous* 

I.E PRINCE. 

Que voulez-vous dire, madame ? Vous 
ne me counoissez point. Mon but est de 
donner un brave homme à Tétat , à moi- 
ioême un serviteur fidèle, et d'élever poiu: 
mon fils un ami qui soit disposé à sacri* 
fier im jour sa vie pour lui , comme soa 
père Xdi, fait pour moi. 



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58 L K PAGE. 



se ÈBTE XV- 

LE PRINCE, M™«. DE DETMOK^D , 
LE PAGE , UN VALET - DE- 
CHAMBRE. 

. LE V ALET-DE-GHAMBRE* 

Monseigneur ! le Directeur. 
L E P. rince. 
Qu'il entre ! J'espère , madame , qu'il 
9u{Iira que vous soyez instruite de mes 
intentions pour les approuver. 



SCÈNE XVI. 

LE PRINCE , M«n«. DE DETMOND , 
LE PAGE , LE DIRECTEUR. 

LE DIRECTEUR, s^incUnant» 

•Je me rends à vos ordres , monsvi* 

gneiir. 

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LE P A G -E. 59 

LE PRIKGK. 

Bonjour , monsieur. Je suis charmé de 
Vottsvoir. De combien est la pension des 
•n&ns de la première qualité. 

LE BIRECTEUn.* 

De la première qualité ? Cest selon , 
siopseigneur. 

LE PRIHCK. 

Mais encore ? 

LE DIRECTEUR. 

De douze cents livres. 

LE PRIKGE. 

Bon. J'ai ici im enfant que je vett< 
vous envoyer. Je prétends , en lui ser- 
vant de père , faire autant pour lui que 
les meilleurs gentilshommes pour leurs 
fils. Mais 5 dites-moi , qui est chargé d© 
veiller sur ces jeunes gens ? car ^c'est le 
point essentiel. 

LE DIRECTEUR. 
Monseigneur , ce sont des maîtres. 

LE PRINCE. 

Dignes sans doute de Temploi qu'on 
leur donne ? Mais je ne les connoîs pas. 
C'est à vou» seul; monsieur, que jf 

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6o L k P A 6 £, 

veux m'cQ rapporter. Vous avez gagne 
ma cpnGance. Voudrîez-vous bien vons 
charger vous*mêinQ du soia partici.ilier 
d'élever cet enfant? 

LE DiajEGTEUA. 

, C'est niQn devoir , monseigneur. 

LE P R I N G G. 

Je ne prétends pas vous en faire tnt 
devoir. Y consentirez-vous avec plai— 
•ir? 

LE DIRECTEUR. 

Je trouve mon plaisir dans mon de- 
voir. 

LE PRINGE« 

Tort bien ! vous pouvez compter sur 
ma reconnoissance. ( ^u page en lepre^ 
nant par la main, ) Viens , mon ami , 
tu vois bien monsieur ? il est bon -et 
doux. Voudrois-tu aller vivre avec lui ? 
LE PAGE, après avoir regardé 
un moment le directeur^ 

Oui , monseigneur. 

LE PRIKG£« 

Mais aussi , apprends comment il 
dut regarder monsieur : comme ton maî- 



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tre. 



L E P A E. 6l 

tre, comme ton bienfaiteur. Tu auras 
pour liû la plus grande obéissance , le 
respect le plus tendre. Et si jamais il 
avoit à se plaindre de toi.. . » 

LE P A Q B. 

Ah ! monseigneiv , jamais. 

LE PRINCE. 

Tu as vu que je sais être aussi sévère 
que je suis bon. Ainsi , à la moindre 
plainte.. :•• 
LE PAGE, au ditecteur, en lui 

baisant respectueusement la main, 
. Non , monsieur 9 non ; jamais vous 
n'aïu-ex à vous plaindre.de moi. 

LE PRINCE. 

Comment trouvez-vous cet enfant? 

LE. DIRECTEUR. . 

Il suffit , monseigneur , que je le re- 
çoive de vos mains , pQur qu'il me soit 
déjà cher comme mon propre fils. 

LSPRINGE. 

Il peut donc aller avec vous ? .Y con- 
sentez-vous , madame ? 

Jffme. ,.D E D E T M O.K D. 
Dieu ! si j'y consens ? 
T^ome FUI. ^ ï , 

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iè% LE PAGE. 

LEPRINCS. 

Va donc ; ne f ëcarte jamais du che- 
min de l'honneur et de la vertu. Four 
ce qui est du reste , sois sans inquiétude y 
tune manqueras . jamais de rien... {Le 
regardant,) Mais pourquoi cette air 
triste ? 

L- JE P A o B , prenant la main du 
prince. 

Vivez heureux , monseigneur. 
LE PRINCE, ému. 

Et toi aussi , monpetitami. Mon fils, 
sois heureux. Comme son cœur est déjà 
reconnoissant! Je vous laisse , monsieur.' 
£t vous , madame , suivez-le , et voycs 
où va votre enfant. 

M"*. DE DETMOND, se Jetant à 
ses genoux» 

Monseigneur, puis -je me retirer , 
tans que mon cœur 

LE PRIKGE. 

Que faites -vous? Je n^aime point. 
cela. 

M»9. DE DSTUOND. 

Fermettes que. , • • • 

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\ 



X E P A G E* 63 

LE VKïifCEjle rele^anL ^ 
Won, voiis dis-je. Levez-vous, ma- 
dame; je ne puis souffrir que l'on se 
mette à mes genoux. 

M»«. DE DETUOND. 

£b bien ! je vous obëis , et je me re- 
tire.... {Levant les mains au ciel. ) Cesi 
devant Dieu que je me prosternerai , 
pour le prier de conserver à jamais un 
prince aussi gën^reuz. 
LE PRI'NCE, PaccompagnarU 
quelques pas avec bonté. 

Adieu , madame ; soyez heureuse. 



se ÈNE XVII. 
LE PRINCE » Hul, regardant de tous côtés» 

L A belle matinée ! A quelle partie dp 
plaisir l'emplpirai-je ? Du plaisir ! Np 
viensrje pas de goûter le plus grand ? Je 
vai* travailler ; oui , travailler. J'y suis 
disposé à merveille , car je suis content 
de moL 

l'a 

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LE LUTH 
:6e la monta gn k 



X)0 sommet le plus ëlevë de ces hautes 
•montagnes qui dominent la ville de B.... 
je contemplois le paysage immensq 
offert de tous cotes à mes regards. J'ëtok 
seul. J'avois laisse mon lidèle A**** 
dans la ville voisine , avec ordre de n# 
m'attendre qtfau bout de trois jotsrs, 
que j'avois destines à pavcourir ces lieux 
romantiques. Vers le pied de la mon- 
tagne , )e ddcouvrois un hameau qui 
m^ossuroit un asyle pour la nuit. Ainsi , 
libre d'inquiëtude ; et tout entier à mes 
sensations , je laissois égarer mon esprit 
dans la foule de ses vagues pensées , et 
ma vue dans les variétés d'une perspeo<> 
tive admirable. Bientôt les derniers chants 
des oiseaux m'avertirent qu'il falloit son^ 
ger à la retraite. ' Ddjà le soleil, caché 
derrière le dos de la montagne opposée , 
ne frappoit de ses rayons d'or que les 
nuages flottans sur la cime chevelue des 

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LE LUTH DE LÀ MONTAGNE. 6S 
mrhres quMa cotironneiit. Je desceDdoû 
lentemeot) avec le regret de voir se 
rdtrdcir à chaque pas ce vaste horizon , 
doDt mes r^aids ne pouvoîent d'abord 
embrasser Téteadue. Le crëpuscule com«* 
œençoit à les couvrir de ses ombres trans* 
parentes , qui se rembrunissoient par 
degr&, jiuqu'à ce que la reine des nuits 
vînt d& nouveau les ëclairer des traita 
argenté de sa lumière. Je ni*assis xm 
moulent pour iouir encore de ce ^ec- 
tacle. Les nuages s^ëtoient dissipés. Riea 
n'iuterceptoit mes regards dans toute 
Vëteadue des cieux. Je parcourois d'une 
vaste pensée ces espaces infinis. Mes 
yeiix éblouis par les balancemens de la 
terre y et par les feux ctincelans des 
étoiles y alloient se reposer sur le bleu 
calme et pur du firmament. L'air étoit 
fiais ^ sans que le moindre z.éphir l'agitât 
de son souflle. ToutpJa nature étoit 
plongée dans un profond silence , anim^ 
seulement par, le- murmure, léger d'une 
aource lointaine. Etendu sur la mousse, 
i'aurois peutrôtre attendu dans une agréai 

Fa \ 

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66 L E L U T Ef 

ble rêverie le retour du soteîl , lorsque 
les sons d'un hith, mêlés aux acoenâ 
d*uhe voix ravissante, vinrent frapper 
mon oreille. Je pensai d^abord que moa 
imagination se joiloit de mes sens eni** 
vrës, et j*êpïouvai le plaisir de me croire 
transportés par un songe dans un séjour 
d'enchantement. Cette douce illusion fut 
bientôt combattue par des sons nouveaux* 
Un luth sur la montagne , m'ëcriai-je eot 
me levant incertain encore ! Je tournai 
les yeux du côté d*oCi partoit la voix. 
J'apperçus à travers la verdure nbiratro 
'les arbres , les murs blanchis d'une ca-» 
bane peu éloignée. Je m'en approchai 
le cœur palpitant. Quelle fut ma siw- 
prise en voyant un jetme paysan tenant 
dans ses bras un luth y qu'il toitchoit 
avec la plus grande légèreté! Une femme ^ 
assise à sa droite , le regardoit d\io œil 
plein de tendresse. A leurs pieds , sur 
le gazon , étoient dispersés de jeimes 
garçons et de jeunes filles , des femmes 
et des vieillards y tous dans une attitude 
d'admiration et de recueillement. QueU 

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I>E LA MONTAGNE. 67 

qnes enfans YÙireDt au-devant dé moi , 
me regardèrent , et se dirent Ttin à Pau* 
tre : Qui est ce monsieur-là ? Le joueur 
de luth se retouraoit lentement sans is'in^ 
terrompre ; mais je ne pus résister an 
premier mouvement de mon cœur. Je 
lui tendis la main. Il me donna lai sienne ^ 
que je serrai avec transport. Tout. le 
monde alors se leva , et vint se jauger eq 
cercle autour de nous^ Je leur dis en peif 
de mots ce qui m'avoit attire dans ces 
lieux, et comment je m'y trouvoîs si 
tard. Nous n'avons point ici d*hôtellerîe ) 
me répondit le jeune paysan : notre ha-^ 
meau n'est pas sur la grande route. Mais 
si vous ne craignez pas de coucher dans 
ime pauvre cabane , nous tâcherons d^ 
vous y bien recevoir. 

Si j'avoîs été frappé de son exécution 
Ëicile pour le luth , et du goût de soii 
chant , je le fus bien encore de la poli- 
tesse de ses manières, de la pureté dd 
son langage, et de l'aisance avec laquelle 
îl s'exprimoit. Vous n'êtes pas né dani 
un haiùeau? hii dis-je avec surprisé. Je 

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68 .LE LUTH 

TOUS demaode par4on, me répondit-il 
en sourioDt. Je suis Baeme de celui-ci. 
Mais vous devez être fatigué. George^ 
apporte une chaise pour notre h6te. Kz« 
cuseis. y >e vous prie y monsieiv 3 }e dois 
encore au^)uid'hui une xomance à ïne$ 
bons voisins. 

' Je refusai la chaise, et je me jetai 
comme les autres sur le gazon. Tout le 
monde se rassit, et reprit le silence. 

3Le jeune paysan se mit aussi-tot à 
chanter > en s'accompagnant , une ro- 
mance populaire ; et il la chantoit avec 
une expression si tendre et si naïve, 
que dès les premiers couplets les lar- 
mes vinrent aux yeux de toute l'assem- 
blée. J'enviai dans ce moment le génie 
du poëte rustique , capable de produire 
de si vives impressions sur des âmes peu 
cultivées. J'aimois à voir comme les 
beautés franches et natiu'elles se font sen-^ 
tir à tous les hommes. Aucun des traits 
pathétiques ne fut perdu; et au dernier » 
qui étoit le plus touchant > je n'enteodis 

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DE LA MONTAGNE. 69 
autour de moi que des soupirs et de« 
.sanglots ëtouffds. 

Après quelques minutes de silence , 
chacun se leva en essuyant ses yeux. Le 
bousoir fiit souhaite cordialement de 
part et d'autre. Les voisins , avec leurs 
enfans^ s'en allèrent. Il ne demeura qu'im 
vieillard, que je n'avoispas remarqua, 
sur un siégd de pierre , à cote de la porte , 
le jeune paysan , la femme assise aupràs 
de lui , George , dont^ j'avois reteQu le 
nom , et moi. 

n m'en côûtoit de m'arracher de la 
situation dëlicieuse où mon ame se trou* 
Toit alors. J'ëtois reste assis le dernier. 
Je me levai enfin, et j'allai vers le jeune 
paysan , que j'embrassai avec tendresse. 
Qu'il est doux , lui dis-je, de rencontrer 
des personnes qlii excitent la surprise au 
premier coup-d'œil, et qu'on finit par 
«imerau bout d'un quart-d'faeure ! Il ne 
nie rëpondit qu'en me serrant la main« 
Mon che^monsieur , me dit le vieillard, 
vous êtes , à ce qu41 me paroit , conteut 
de nos plaisirs de la soirce ? Je suis biçn 

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70 LE L t; t BT 

mse que vous ayez pris si vite de ramItiS 
pour mon Valentîn. Pour cela 5 Vous 
coucherez cette nuit dans mon lit. Non, 
non y mon père , interrompit George , 
qui revenoit en courant de la grange. 
Je viens de m'arranger deux bottes de 
paille. Cest dans mon lit, s*ilvousplaSty 
que monsieur voudra bien coucher. Il 
me fallut promettre de cëder à ses iavi« 
tatious pressantes. Il [»rit sou& le bras le 
i^ieillard , qu'il conduisit dans la cabane. 
Je me trouvai seul avec Valentin et la 
Jeune paysanne , qu'il me présenta comme 
son ëpouse. Je leur demandai si, par 
complaisancepour moi y ils ne vondroient 
|>as encore passer un qnart^d'heure à bous 
entretenir au clair de la lune. Très- 
"volontiers , monsieiir , répondit Louise , 
\m peu vaine de Tattention avec laquelle 
j'observois son mari. De tout mon costir» 
ajouta Valentin , qui voyoit le désir de 
sa femme. 

Je m'assis entre eux au pied d'un 
tilleul y dont la lune perçoit le feuillage 
de ses rayons. 

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\ ^ 



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■1 



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> /j/W TiMe^d/i Jéml 




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DÉ tA MOKTA6NB. 71 

Depuis combien de temps , ipes chers 
amis , leur dis*je , eo prenant la main d9 
Louise, jouissez -vous du bonbeiu: qu9 
)e vous vo is goûter ?— Depuis six mois ,, 
répondit -elle; et il y en aura bientôt 
oeuf que Yalentin est de retour de ses 
voyages. —Vous avez donc voyagé , lui 
dis^je f avec un mouvement de surprise ? 
-— Ouij monsieur, j'ai employé quel-* 
ques années à parcourir une partie do 
l'Europe. —Tout ce que je vois, tout 
ce que j'entends de vous , excite en moi 
le plus vif étonnement. Si vous n'aves 
point quelque motif secret pour me ca^ 
cher les événemens de votre vie, ne re<» 
fusez point, je vous en conjure, de satis« 
faire ma ciuiosité. Ob ! oui, mon ami y 
lui dit naïvement Louise. Ce monsieur^ 
paroit le noériter si bien ! Et tu sais qdm 
-moi aussi, je t'écoute toujçurs avec tanî. 
de plaisir ! Yalentin , en souriant 9 s9 
readitànos instances; et c'est de sa bou« 
çhe que part le récit que je vais rap* 
porter , aulaotque ma mémoire pQuaii 
m» fournir m propre^ f ^^pi^iojQ». 

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'J% L E L tf T II 

' Je silîs ne daâs cette cabane vers la 
fin de l'annde 1760. J'eus le malheur de 
perdre, ma mère aussi-tôt après qu'elle 
m'e(^t nourri. Mon père ëtoit un des 
habitans les plus aisés du hameau ; itiais 
un procès qu'il eut à soutenir contre un 
riche fermier du voisinage, l'eut bientôt 
réduit à la misère ; et il mOtirut de dou- 
leur , lorsqu'on vint l'arracher de sa ca- 
bane 9 pour la vendre au profit des gens 
de la justice. Ce vieillard que vous avez 
vu, et qui est le père de ma Louise , 
l'acheta , et vint s'y établir.. Il eut pitié 
de me voir orphelin si jeune : il me 
donna ses brebis à garder. Je ne rece- 
vois de lui qu'un traitement fort doux ; 
ses enfans me regardoient comme de 
leur famille : cependant la perte de mon 
père, l'abandon oh je me trouvots de 
mes autres parens , l'idée de me trouver 
étranger dans la cabane où )'avois prif 
naissance , la vie solitaire que je menois 
siv la montagne , tous ces sentimens à la 
fois affligeoient mon cœur ; et ma gailé 
naturelle se changeQÎt jnsensiblemenl 

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DE LA MONTAGNE. 73 

dam nne profonde tristesse. Je passoU 
des journées entières à pleurer auprès do 
mon troupeau. 

(Ici Loulae retira doucement sa maûi 
que je tenois dans les miennes, pour 
essuyer quelques larmes , et me la rendit 
avec ingénuité.) 

Un soir j'étois assis au plus haut de la 
montagne , et je chantois tristement I» 
romance que vous venez d'entendre. Je 
vis entre les arbres un homme vêtu do 
brun 5 pâle , et d'une figure pleine de mé- 
lancolie 5 qui m'écoutoit. Il avoit at- 
tendu la fin de ma chanson. Alors il s'ap- 
procha de moi, et me demanda s'il étoit 
bien éloigné du grand chemin. Oh! oui^ 
mon cher monsieur , lui répondis-je , il 
ne passe qu'aune lieue et demie d'ici. -— 
Ne pourrois-tu pas m'y conduire ? — J<j 
le voudrois; mais je ne peux quitter m oir 
troupeau. — Tes parens n'auroient-ils 
pas un logement à me donner pour cétto 
nuit? — Ah! mes pauvres parens, iJ^ 
sont bien loin ! — Et où> donc ? — lis ont 
J'orne VSll, .....feoogle 



74 L E L U T II 

yecu honnêtement sur la terre, ils sbnt 

heureux dms le ciel. 

Le son de ma voix avoit frappé cet 
homme ; ma réponse acheva de Tinté- 
l-esser. Il me fit plusieurs questions aux- 
quelles j'eus le bonheur de satisfaire d* une 
"manière dont il parut content. La nuit 
étant venue , je le conduisis dans notre 
demeure , oi\ il reçut Thospitalitë. Le 
lendemain il s*entretint secrètement avec 
le père de Louise. Lorsque je me dispo* 
sois à retourner au pâturage^ je vis 
.George qui prenoit la conduite de mon 
troupeau , et l'on m'annonça que l'ëtran- 
ger m'emmenoitavec lui. 

Je ne vous dirai point quek furent mes 
regrets en m'ëloignant de cette cabane 
chërie 5 quoiqu'elle ne fût plus mon héri- 
tage , et de Louise que je commençois à 
aimer , tout enfant qn'elle étoit. Ma si- 
tuation n'étoit pas heureuse, et toutefois 
je ne partis qu'en versant des larmes 
amères. Je ne pouvois prévoir que c'étoit 
le moment où le bonheur de ma vie alloil 
s« décider. Oui^ c'est à toi sur-tout que 

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DE LA MONTAGNE. 7 5 

yen suis redevable , homme bienfaisant , 
le gënéreux protecteur, de ma jeunesse ! 
tu sais auprès de Dieu combien je l'ai 
priépour toi pendant ta vie , et avec quels 
transports de reconnoissance je be'nis 
aujourd'hui ta cendre. 11 se nommoit 
Liafont, et touchoit l'orgue d'une pa-' 
roîsse de k ville prochaine. On jugeroit 
mal de ses talens par Vobscurite de son 
emploi. Les voyageurs se ddtournoient 
deUur route pour venir l'entendre ; mais 
il recevoit froidement leurs éloges , et 
n'en ëtoit que plus modeste. Je doute 
que dans le cours de vos voyages, vous 
ayez jamais trouvé un génie plus extra or- 
dinaire^ Il avait reçu de son père , le 
plus habile médecin du pays, une édu- 
cation qui Pauroit mis à portée de se dis- 
tinguer dans la même profession. Il aima 
mietixse livrera la passion violente qu'il 
avoit conçue pour la musique. Il s'étoit 
marié à la fille de l'organiste dont il oc- 
cupoit la place, et n'avoit point eu d'en- 
fans. Sa femme , qu'il avoit perdue de- 
puis plusieurs années, vivoit toujours au* 

^? I 

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76 L E L U T fit 

fond de son cœur. Cette image et ses 
livres dtoient sa «exile aociëtë dans lapro*' 
fonde mélancolie qui s'ëtoit emparée de 
lui. Mais en fuyant les hommes , il n0 
les haïssoit point, et il faisoit beaucoup 
de bien en secret. Il ëtoitâgë de quarante-* 
cinq ans, lorsqu'il me reçut dans sa itiaî-' 
son. Il m'apprit d'abord à lire et à dcrire ; 
il prit ensuite plaisir à cultiver ma voix , 
et à m'exercer sur le luth, son instnunent 
&vori. Il ne bonioit pas ses leçons à )i^ 
musique ; il me donnoit à apprendre par 
cœur des morceaux choisis de nos meiU 
leurs poètes , dont îl faisoit ses délices. 
Il s'étudioit à former à là foismonoœiur» 
mon esprit et mon goût. C'est ainsi qu*il 
fut pendant cinq ans mon m&dtre assidu ^ 
sans attendre de priic pouip ses sqins , que 
4e celui qui sitit le mieux récompenser 
le bien que l'on fait à ses semblables. 

Au milieu de toutes ces occupations , 
je n'aVois pu bannir de mon esprit^ ni le 
souvenir de ipa cabane, ni celui deLouise» 
la compagne des jeux de mon en&nce, 
ftPen pàrlois quelquefois #veç a(tendrU« 

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M LA MONTAGNE. 77 

tementàmon bienfaiteur. Un jour, c'i^ 
toit le premier de mai 1778 , }e me le 
rappellerai toute ma vie ; il se leva de 
bonne heure , et me dit de le suivre dans 
sa promenade du matin. Il me conduisit, 
en parlant de choses indifférentes , sur le 
sommet de cette montagne où )e Pavois 
vu la première fois. Valentin, me dît-il, 
î'ai rempli les devoirs dont je m'étois 
chargé devant le ciel , lorsqu'il te remit 
sous ma conduite. Je sais combien , dans 
le fond de ton cœur , tu soupires après 
ta cabane. Je p'ai pas eu d'autre but dans 
ton éducation , que de te mettre en état 
de la recouvrer. Je viens te la faire voir. 
Regarde-là ; mais je te défends d'y ren« 
trer avant que tu puisses en devenir le 
maître. Je te fais présent de mon luth : 
• }e t'ai appris aie toucher ; tu as de la voix. 
Voyage. Far-tout où tu te feras entendre 
sans autres précautions que d'un musi- 
cien ambulant , tu seras le premier de 
ton genre, La. nouveauté de la chose i^e 
te laissera manquer ni d'auditeurs ni 
d'argent) mais sois économe et sage* 

G 3 

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7?^ LE LUTH' 

Xorsqiie tu seras assez riche ., reviens dan» 
ton pays y et Eachète ki cabane d& ton: 
père. 

Le eœiiE me battoit à ce discours j^ ifc 
s'enfloit de jo'ieet d'e^pdi-ance. Moosieiuc 
Lafont me pdt dans ses bras , et meserra- 
contre son. sein en pleurant. Cëtoient le&. 
premières larmes <jiie je lui a vois vu rd— 
pandre ; elles <cûb firent une impression 
singulière. Il me fit aussi-tot retourner sw. 
nos pas , et me ramena dans un profonct 
silence à. sa maison. 

Dès le lendemain , au point du jour,, 
il fallut œe^éparer de mon bienfaiteur y. 
après en avoir reçu les plus tendres ins- 
tructions 9 et deux leuis pour commencer 
ma route. Fendant près de quati^e ans^ 
j-ai parcouru à. pied la France ,. F Alle- 
magne et ritalie , velu en paysan de la 
montagne-, et les cheveux flottans e» 
longues boucles comme je les porte ati-^- 
}ourd^hui».J'ai observe q-ii& la smgiularite * 
d^ cet habillement ajoutoit beaucoup à> 
FefFet He ma musiqtie> 6tir«^t6yiit dbns les 
<apitalefi^Il estpeade 6M|^aeiirs qui aient 

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DE LA MONTAGNE. 79, 

Yoyagé avec antant de plabii qtie moi. 
Par-tout j'ëtoisbien reçu, même au mi- 
lieu des sociétés les^ plus briliaates. Dans 
les villes, on doanoit des eoncertspour 
m'entendrc ; et dans les villages , on fal- 
soit, jecrob , tout exprès des noces pour 
danser au son de mon instrument. En 
plusieurs endroits on m'a fait les offres les 
pfus avantageuses pour m'y retenir. J'en 
étois séduit un instant; mais lorsque je 
pensois à.ma cabane ,^ toutes ces id($es 
de fortune s?évanouissoient aussi-tot , et 
il n'en restoit plus de traces dans mes pro- 
jets. Je me rappelle encore de qtiels mou- 
vcmens délicieux J'éf ois saisi , toutes les 
fois que , dans mes courses y une mon- 
tagne se présentoit à mes regards. J'y 
cherchois des yeux ce hameau. Il me 
sembloity découvrir ma cabane. L'esprit 
toujours occupe de cette image, j'essayois 
d^xprimor mes sentimens ; et voici des 
couplets qii'ik m'ont inspirée 



HvMirx cabane dfrmonpdrè, 
Tiiuoia dftx iac8« premiers pl&kirs»^ 



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8o L E I. U T H 

Dh foad d'une terre étrangère 9 
CeAt Ycra toi que vont meft seupirft* 

Le jeune tilleul qui t'ombrage , 
Bt la montagne et le hameau ^ 
De ton' agreste paysage 
Tout me retrace le tableau. 

J*ai Ta derant moi sans enrie 

S'ouvrir de superbes palais ; 

C*est toi , ma cabane chérie , 

Qui peux remplir tous mes souhaita» 

D*oà rient cette joie inquiète 
Dont ton nom seul saisit mon ccrar ^ 
Si dans ta paisible retraite 
Le ciel u^eût fixé mon bonheur ? 

Tj vivrois donc libre et tranquille 
Après tant de pas incertains î 
£t Louise, en ce doux asyle, 
Viendroit partager mes destins ! 

O mon Inth , qu'avec eomplaiaanee 
7e te sens frémir sous mes doigtai 
Si j'obtiens ma double espérance | 
C'est k tes sona que je le doit. 

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fiE LA M0VTA6KË* 8l 

( Valentiil chanta lefs couplets aveo 
tant de charme et de sentiment , que 
toutes les id($es fabuleuses d'Apollon se 
réveillèrent dans mon esprit. Il me sem- 
bloit entendre ce dieu exil^ sur la terre f 
soupirant après l'Olympe dans les vallons 
de ik Thessalie. Je voulois parler , m'ë* 
crier ; ma langue demeuroit immobile* 
Valentin comprit mon silence, etconti- 
QU4 ainsi ) ; 

Je vais maintenant vous apprendre 
comment j'ai recouvre cette cabane ai 
desirde. 

A la fin de l'année dernière, me trou^ 
▼ant à Turin , après avoir traverse deux 
fois toute l'Italie , j'examinai l'ëtat de 
ma fortune. Je me cnis assez riche pour 
revenir au hameau. Je partis aussi^tôt , 
et marchant à grandes journées , au bout 
de dix jours j'arrivai dans la ville pro- 
chaine. J'y entrai le cœur plein de joie , 
demandant à toutes les personnes que je 
jrencontrois des nouvelles de mon bien-* 
&iteur. Hélas ! je ne devois pas goûter le 
plajsii: 4p lui témoigu^ m^, r«connoii« 

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82 L E L U T H 

sauce , et de le voir jouir du prix de ses 
. soins. Il n'ëtoit plus depuis deux mois. 
J'allai prier sur sa tombe , et j'y fis vœu 
que mon premier enfant porteroit son 
Bom y st j'avois le bonheur de devenir 
père ! Le même soir j'arrivai dans le ha- 
meau# On m'y parla tendrement de moi 
sans me reconnoîtrc. Bientôt mon hith' 
et le souvenir de notre ancienne amitié 
ma gagnèrent le cœUr de Louise*. Son- 
père me donna sa main. J'acbetai de lui 
la cabaae et le champ de mon père pour 
deux cents ëcus y avec lesquels son fiU 
aine alla s'<kablir au fond de là valle^e. 
Pour lui , je le fis consentir à rester dans 
notre mënage avec George, son plus 
jeune fils. C'est d'eux que j apprends les 
travaux de l'agriculture. Aujourd'hui que 
je possède la cabane de mon père , toute 
mon ambition est d'être comme lui un 
bon mari, un bon père et un bon paysan. 
Je n'ai pas abandonne mon luth , ce prc^ 
cicux instnimentde mon bonheur. Je le 
tiens suspendu à côte de ma bêche /et je 
le reprends quelquefois pour me dëlas&er»* 

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DE LA MONTAGNE. 83 

«ti pour réjouir , comme vous V&xçz vu 
ce soir, ma famille et mes bons voisios. 
Valeptin s^toit arrête à ces mots , et 
je croyois l'entendre encore. Mon atten-^ 
tion captivée par son r<$cit , se toumoil 
insensiblement sur lui aussi-tôt qu'il Ta- 
voit achevé. Sa physionomie ouverte et 
animée , le contraste de ses habits et de 
ses discours , son attachement, pour la 
cabane de son père et la mémoire de son 
bienfaiteur , la singularité de sa destinée, 
ses voyages et son talent , tout en faisoit 
à mes yeux une espèce d'être enchanté , 
çupérieur aux hommes ordinaires. Louise 
me tira de ma rêverie par le mouvement 
qu'elle fit pour sq jeter à son cou. Je me 
joignis à leurs embrassemens y et ils me 
prodiguèrent les plus aimables caresses. 
Nous entrâmes dans la cabane , où je suis 
ravi de voir régner un air d'ordre, d'ai- 
sance et de propreté. Après un repas sim- 
ple , où je savourai avec délices les fniits 
exquis de la montagne , George me con- 
duisit vers un réduit étroit , mais propre 
et riant , et me montra le lit dont il vou- 

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84 • LE LUTH 
loit l^ien disposer en ma faveur. Je nm 
tardai guère ày trouver uu sommeil pro- 
fond y dans lequel venoit se renouveler 
en tine confusion agrëable ^ les grandes 
images dont j*avois été frappé diurant la 
journée y et les sensations douces que je 
venois d^ëprouver. Hier, je ne quittai 
pas un instant cette heureuse famille , 
soit dans son travail^ soit dans son repos. 
Valentin me raconta une foule de par- 
ticularités de ses voyages, qui m'ex- 
pliquent aisément comment il a pu ac- 
quérir cette politesse dans les manières 
et dans les expressions , quim'avoit tant 
surpris à son abord , et qui , malgré sa 

Î'eunesse , lui concilie les déférences et 
e respect de tous les habitans du hameau. 
I#es grâces nobles de son esprit , Tingé- 
miité piquante de celui de Louise , le 
bon sens rustique du vieillard, la curiosité 
inquiète de George, répandent dunsleurs 
entretiens un intérêt et une variété qui 
me charment let qui les attachent plus 
étroitement les uns aux autres. Il me 
ssmble que je passcrois une vie heureuse 



DE LA MONTAGNE. 8S 

ftUprès d'eux. Mais pourquoi m'occuper 
de cette idée ? C'est ce soir que je dois 
m'en éloigner. J'avoue que ce ii'est pas 
sans une impression de tristesse , que jd 
pense à notre séparation. Je crois apper- 
cevoirdansleursyeuxqu'elleleiu-coûtera 
aussi quelques regrets. Si le destin me 
laisse disposer un jour avec plus de li-> 
berté de l'emploi de ma vie , je viendrai 
tous les ans faire un pèlerinage sur cette 
montagne , pour y revoir mes amis , et 
remplir mon, cœur des sentimens de paix 
et de contentement qu'inspirent à l'envi 
leur séjour et leur société. 



Tomerui. :,,,,,gS>c 



GEORGE ET CÉCILE. 



Ge Oi^aii5,.,petît orpîielia, etoit élevd, 
dèsses preraièirea aitmees, dans ja maisoQ 
âe monsie^ir et madame .Ev€r8trd» A 
leurs soins généreux et leur vive ten- 
dr:es^., oo les iuroit pris pour ses véri- 
tables parens. Ces dignes époux n'a voient 
gu'nne fille j.Bommée Cécile ; et les deux 
enfans > à-pe.ù-pirès du même âge^ s'ait 
moient de la plus douce amitié. . ^ 
; Datfs une riante matinée de PaxitomBe , 
Ç^eqrge , Cécile et lucette ;, leur jeun© 
voisine, alloieat se pro^ierîant à petite 
pas , sous les arbres du verger. Les deux 
petites filles, dont la moins' âgée ( c'é- 
toit Cécile ) , comptoit à peine ses huit 
ans accomplis^.-*e tenaofcles bras entre- 
lacés , avec cet aimable abandon et ces 
grâces ingénues de l'enfance , essayoient 
de chanter une jolie romance qui cou- 
roit tout nouvellement dans le pays. 
George , en se balançant , répétoil l'air 
sur sou flageolet, et marcboit à reculoni 
devant elles. 

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il j^fr/m/ltn^ t!ni* i^ ■ 



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GEORGE ET CECILE. Sj 

Q»& de jeux innocens se siKcédèrent 
dans cette heureuse matinée ! Cécile et. 
Jiucette y au milieu de leurs débats , je«* 
tèrent un regard d^appétit sur les pom- 
mier»» On venoit d^en &ire la récolte^: 
Qu,e]qaes pommes cependant, de loin 
en loin oubliées , pendoient aux bran» 
ches , et le vermillon dont elles étoient 
colorées , inviloit la main à les cueillir» 
Geoi^e s'clance , grimpe lestement au> 
premier arbre ; et , perché sur sa cime ^ 
il jetoit tous les fruits qu'il pouvpit at-* 
teindre à ses deux petites amies , qn i: 
tendoient leur tablier poiu: les recevoir., 
Xe sort voulut que deux ou trois des. 
plus belles pommes tombassent dans ce- , 
lui de Lucette ^ et comme George étoit 
le garçon le plus poli du village ^Lucette^ 
s*én orgue mit de cepartage, comme d!une 
préférence décidée. 

Avec des yeux oit brilloit une joie, 
insultante , elle fit remarquer à Cécil^ la 
grosseur et la beauté de ses .fruits , et 
laissa tomber sur les siens un regard dé- 
daigneux. Cécile baissa la vue ; et pre— 

Digit,zedby"SoftgIe 



88 GEORGE 

uattt un aîr grave , elle garda le pluar 
morne silence pendant tout le reste de la 
promenade. Ce fut en vain que par mille 
amitiës , George essaya de lui rendre son 
sourire et son charmant petit babil. 

Lucette les quitta sur le bord de la 
terrasse y et George , avant de rentrer à 
la maison y dit à Cëcile : Qui te rend 
donc si fiàchëe contre moi , Cëcile ; tu 
n'es sûrement pas offensée de ce que j'ai 
îeté du fruit à Lucette ?Tii le sais bien , 
Cëcile , je t'ai donne toujours la préfé- 
rence. Toutâ-Pheure même je le voulois 
encore ; mais je ne sais par quelle mc« 
prise j'ai lâche les pommes que je te de** 
tinois dans le tablier de Lucette. Fou- 
v«is^e ensuite les lui retirer ? là^ voyons. 
Et puis je pensois que Cëcile ëtoit trop 
gënëreusa pour remarquer cette baga- 
telle. Ah ! tu verras bientôt que )e no 
voulois pas te fâcher. 

Eh ! monsieur George , qui vous dit 
que je sois fàchëe ? Quand Lucette au* 
roit eu des pommes six fois plus grosses 
4jue les miennes y que me fait c^lfi ? Jo 

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ET C £ L I L E. 89 

ite SUIS pas gourmande, monsieur; vous 
savez bien que je ne le suis pas. Je n'y 
aurois seulement parfait attention , sans 
les regards impertinens de cette petite 
fille. Je ne puis les supporter , je ne le 
Teux pas ; si vous ne tombez sur l'heure 
à mes genoux , )e ne vous pardonne* 
Kai jamais. 

Oh ! je ne |)Qis faire cela , répondit 
George , en portant doucement la moi- 
tié du corps en arrière ; car ce seroit 
avouer une faute que je n'ai jamais <com- 
tnike^ Je ne suis point un diseur de men* 
songes ; et , j'ose le dire , c'est bien mal 
à vous , mademoiselle Cécile , de ne pat 
pas m'en croire. 

Bien mal à moi! bien mal à moi ^ 
'Vous n'avez pas besoin de me dire des 
injures , monsieur George , parce que 
mademoiselle Lucette est dans vos bonnes 
grâces ; et le saluant d'une inclination 
de tête ironique , sans le regarder , Ce» 
cîle entra dans le salon y où le couver 
tftoit àé]k mis. 

Ik continuèrent de se bouder l'un Pa»> 
H3 

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9» GEORGE 

tre pendant tout le repas. Cécile ne but 
pas une seule fois à dîner , car il auroit. 
fallu dire : A ta santé , George! Et 
George , à son tour , étoit si pénétré de 
l'injustice de Cécile, qa^ il voulut aussi 
conserver sa dignité. 

Cependant Cécile étudioit du coin de 
l'œil , tous ses mouyemens ; et ayant 
rencontré une fois ses regards qui se por- 
toient sur elle* à la dérobée , elle dé>- 
tourna les siens. George croyant que c'é- 
toit par mépris , affecta un air serein , et 
se mit à manger comme s'il avoit eu de; 
l'appétit^ 

On. venoit de servir le fruit au des- 
sert, lorsque par malheur Cécile, un 
peu hors d'elle-même , répondit assez 
légèrement à sa mère , qui l'interrogcoit 
une seconde fois. M. Everard lut ordonna 
de sortir aussi-tôt du salon. Cécile obéit^ 
en fondant- en larnies , et se retirant d'un^ 
pas incertain et silencieux, eUealla ca- 
cher sa douleiu- au fond du berceau^ Cest 
alors que le cœur gonflé de soupirs , elle^ 
•Ç repentit des^étre broU iUeeavecGeorge; 

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E T c E e: r L E. 91 

cardans ces tristes circonstances, il avoic 
coutume de la consoler y en pleurant avec 
elle. 

George , resté à table , ne put se re*- 
présenter Cécile désolée^ sans ressentir,, 
comme elle , .ses douleurs. 

A peine lui eùt-ôn donné deux pâches,. 
qu'il chercha les moyens de les glisser . 
secrètement dans sa poche pour les lui 
porter. Mais il craignoit toujoius qu'on 
ne s'en apperçût. Il avançoit et reculoit . 
sa chaise ; il avoit à tout moment quel- 
que chose à chercher à terre» Le jolipe-v 
tit Lindor! s'dcria-t-il , en faisant sem- 
Mant de rire , et prenant une pêche , 
tout prêt à la cacher. Ah , papa ! ah , 
maman ! vo jea doue comme il ^oue > 
avec Raton ! 

Oh , oh ! ils ne se mangeront ni l'un . 
ni l'autte , repondit M. Everard, en se re- 
tournant tout-à-coup; et. George décon- . 
tenancé,. avoit déjà remis sa pêche sur , 
£a table.. 

Cependant madame Everard, aprè&j 
avoir joui pendant quelques minute». i»x 

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92 GEORGE 

toutes les grâces de son embarras, fit 
signe des yeux à son mari de détourner 
un peu la tête; ce qu'il fit presque au 
mâme instant, pour cacher un léger 
sourire qui échappoit A sa gravité. 

Mais George qui craignoit encore un« 
surprise en usant de ce moyen , ima* 
gina un autre stratagème. Il prit une 
pâche, qu'il serra dans le creux de ses deux 
mains , puis il la porta et reporta plu- 
'sieurs fois à sa bouche , en afi*ectant de 
faire faire à ses dents autant de bruit et 
d'exercice qne s'il mangeoit réellement. 
Snsuite , tandis que d'une main il posoit 
adroitement celle-là dans un creux qu'il 
avoit fait à sa serviette entre ses genoux , 
de l'autre main il prit la seconde^ pour 
laquelle il recommença la même opé- 
ration avec autant de succès. 

Il y avoit déjà long- temps que mon- 
sieur et madame Everard ayant oublié 
George , avoient repris leur entretien , 
et George ne se doutoit seulement pas 
qu'on parlât devant lui. Il se leva de 
table ^transporté do joie. Il firedoanA 

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ET CÉCILE. 93 

Taîr de sa petite chanson. Il imitoit 
niémé tous les miaulemens d'un nja— 
tou, qu'un petit berger du village lui 
avoit appris & contrefaire , lorsque ma- 
dame Everard l'interrompit , un peu fa- 
chëe ! Eh mais , George , lui dit-elle 
avec douceur, si ma conversation vous 
ennuie , ne pourriez-rous pas aller chan- 
ter dans le jardin ? George rougit , 
baissa les yeux, et fut si trouble de 
cette apostrophe imprévue , qu'il recom- 
mença par trois fois à plier sa serviette* 
Mais tout-à-coup feignant de vouloir 
punir Raton qui alloit mordre Lindor , 
il le poursuivit du coté de la porte da 
jardin, que Cécile, en sortant, avoit 
laissée entr'ouverte. Raton s'esquiva par 
cette ouverture , et George s'élança apis 
lui. 

George , George , où allez-vous cou- 
rir encore P George s'arrêta tout court. 
Ma petite maman , dit-il en élevant la 
voix, et posant en dehors l'oreille con- 
tre la porte , c'est que je vais faire un 
tùnv de jardin. Vous le voulez bien» 

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^ 6EOTIGS Et ciciLÂ^ 

Eh !bâen ! Cëcile , tu me tourmente^ 
tas taat qu^l te plaira ^ interrompit 
George. Gest pourtant unel chose qua 
je ne permettrai jamais à une autre ^ 
«ntends-tu hien? Mais pour ces pèches^ 
je ne les mangerai pas , Cécile ; je l'ai 
^it , et je n'en aurai pas menti. 

Ni moi non plus , je ne les mangerai 
|>a8, répliqua Cëcile , en les faisant voler 
par-dessus la haie. Je ne puis supporter 
l'Idëe d'avoir accommode une querelle par 
intërêt.... Mais à présent que nous som* 
mes amis , George , que je serois heu- 
Ireuse y «i je pouvois obtenir de maman 
qu'elle me permît d'aller lui demander 
pardon i 

Oh! j'y vole, Cécile! s'écria George 
déjà l&in du berceau y je lui dirai que 
c'est moi qui f avois brouillé l'esprit par 
une tracasserie. 

Il réussit au-delà de ses vœux. Eh ! 
quelles fautes n'auroit-on pas excusées ea 
faveur d'une ^i tendre et si généreuse 
fU«ltié? 

Par M. DI BONNEYJLLX. 

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JLA PETITE FILLE 
A MOUSTACHES. 



«t 'y EUX-tù bien faire ce que je te dis , 
Flacide ? Mais Voyez donc ce petit obs- 
tiné ! Allons ) monsieur, obéissez quand 
je vous I^rdonne. » Cest de ce ton qu^on 
entendoit toute la journée Paltlère Gft-» 
mille gourmander son jeune frère. 

A l'en croire, il iie faisoil jamais riea 
que de travers. Tout ce qu'elle pensoit , 
au contraire, lui paroissoit un cbef-* 
d'œuvre de raison. Les jeux qu'il lui pro- 
posoit étoient toujours tristes et en- 
nuyeux ; puis elle les choisissoit elle- 
même le lendemain corad:ïie les plus 
amusans. Il falloit que son malheureux 
frère, «ous peine d'être vertement tanc^ 
obéit à tous ses caprices. S'il osoit so 
permettre la plus légère représentation , 
elle prenoit aussi-tôt contre lui ses grandi, 
airs 9 brisoit quelquefois ses joujous, et 
le pauvre Placide étoit obligé de restée 
seul , dans un coin , ^aoi «musementi, 

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pB LA PETITE FILLE 

Les parens de Camille avoient essaya 
plusieurs foià de la corriger de ce défaut. 
Sa mère surtout ne rassoit de lui repré- 
senter qu'on ne parvenoit à se faire chérir 
g lie par la douceur et par la complai- 
sance ; qu'une petite fille qui prétendoit 
imposer aux autres ses volontés , étoit 
la plus insupportable créature de l'uni- 
vers ; ses sages leçons étoient inutiles. 
jDéjà son frère, aigri par son arrogance, 
commençoit à ne plus 4'aimcr ; toutes 
ses compagnes fuyoient loin d'elle ; et 
Camille, àii lieu de se corriger, n'en de- 
venoit que plus volontaire et plus ezi— 
géante. 

- Un ofiicier, d'un caractère franc et 
d'un esprit très-raisonnable , dinoit un 
^our chez les parens de la petite fille. Il 
entendit de quel air tyrannique elle tral- 
toit son frère et ton% les gens de sa mai- 
son. Il garda d'abord le silence , par po- 
litesse ; mais enfin excédé de tant d'im- 
pertinences : Si j'avois une petite de- 
moiselle comme la vâtre, dit-il à ma— 

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A M O U S T A C HE S, 99 

danie de Florigni , je sais bien , madame, 
ce que j^en ferois. 

Et quoi donc, monsieur, lui répon* 
dit-ell^? 

Je lui donnerois , reprit-il , un faabk 
d'imiforme, je lui ferois appliquer des 
moustaches, et j'en ferois un caporal, 
pour qu'elle pût satisfaire tout à son aise 
l'envie qu'elle a de commander. 

Camille demeura confondue. Elle 
rougit , et des larmes se répandirent au- 
tour de ses paupières. 

Dès ce moment elle sentit les tort» do 
son humeur impérieuse, et résolut de 
s'épargner les humiliations qu'ils j)ou— 
voient lui attirer. Cette résolution , aidée 
par les tendres avis de sa maman , eut 
bientôt le succès le plus heureux. 

Ce changement fut salis doute fort 
sage de sa part. Il seroit cependant à 
souhaiter , pour toutes les petites filles 
entichées d'un semblable défaut , qu'elle» 
se laissassent corriger par les douces re- 
présentations de leur mère , plutôt que- 

1 3 

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IÇOO LA PETITE FILLE efc. 
^■attendre qu'il vînt diner chez leurs pai* 
jens UQ jbomme raisojinable y pour leur 
«lire en fdce qu'elles seroient plus pro* 
.près à faire un caporal rébarbatif, qu'une 
4ouee «et geniille demoiselle. 



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LA CICATRICE. 

f SRDiiTAKo avoît reçu de la nature un« 
ame pleine de noblesse et de génërosîtrf. 
Son esprit dtoit vif et pénétrant , son 
imagination forte et sensible, son hu* 
mcur franche et joyeuse , et ses manière». 
4ivoient une grâce animée qui lui conr 
cilioit tous les cœurs. 

Avec tant de qualités aimables, i^ 
avoit un défaut bien incommode', poue 
ses amis , celui de s'affecter trop vive- 
ment des moindres impressictfi»^ et d» 
s'abandonner , en aveugle , à tous le», 
mouvemens qu'elles excitoteat.dans 90a 
ame. 

Lorsqu'il jouoît avec se» cama.ra.dèfl[ y 
la plus légère contradiction irritoitses. 
esprits fougueux 5 on vojK)it le, feu«>de la, 
colère enflammer tout-à»coup son visagef 
il trépignoit des pieds ^ ppussoitdes cris, 
e% se livroit à toutes i«3 violences de 
l'emportement.. 

TJn jour qu'il' se promenolt à grands 
pas dans sa chambre , en rêvant aux pré- 
paratilk d'uÙQXête que «on papalui avoii 

' • D,git,zedbyCl0(^Ie 



IP2 XA eiCATHICE. 

permis de donner à sa sœiir, Marçellio > 
son anai et son confident , vint pour lui 
communiquer les idées qui lui éfoient 
venues à ce sujet. Ferdinand, plongé 
dans la rêverie , , ne l'avoit pas appercu. 
Marcellin , après l'avoir inutilenieut 
appela assez bavit , se mit à le tirailler 
deux ou trois fois par le paa de son b«L- 
bit, pQur s'en faire remarquelr. Ferdi- 
nand, impatienté de ces secousses, se 
retourna brusquement ^ et repoussa Ip- 
pauvre Marcellin jivec tant de rudesse., 
qu'il l'envoya tomber à la renverse à 
Tautre boiit de la chambre* 

Marcellin restoit4à étendu: sans au- 
cune apparence de vie et de sentiment : 
et comme sa tête avoit porte contre kt 
corniche caillante d'une armoire , le sang 
couloit à grand flots de ses tempes. 

Dieu ! quel spectacle pour le nialhew- 
reux Ferdinand , qui n avoit certaine- 
ment jamais en dans son cœur l'înteiv- 
tion de faire du mal à son tendre ami y 
pour lequel il auroit donné la moitié de^ 
sa vie ! 

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LA CI ORATRICE. io3 

11 se précipite à son coté, en disant , 
avec des grands cris r il est mort , il est 
mort ! J'ai tiid mon cher Marcellin , 
m&n meilleur ami! Au lieu de songer aux 
moyens de lui donner des secours', il de;^ • 
meuroit couche auprès ie lui , ea poujK 
saut les plus tristes sanglots^ 

Heureusement son père avoit entendu 
ses gëmissemeqs. Il accourt, prit Mar^ 
cellin dans ses bras, remporta dans èoa 
lit , lui fit respirer des sels , et lui jeta a.u 
yisagie quelques goutte^ d'eau fraîche , qui 
le firent bientôt revenir a. lui-même. 

Le retour de Marcellin à la vie, &t 
niutre nne vive joie dans le cœur de ïer-^ 
diaand; mais. elle n^ fut pas assez puisr 
sante pour calmer entièrement s» dour 
leur. 

On visita la blessure ; il a'ea.falloif 
de bien peu qu'ells ne fiiit dangereux ,. ef 
|>eut-étre mortelle. 

^arcellin , transporté dqins la mai^o|t 
de son père , eut im accès de fièvre trè$f- 
violent. Sa tcte ëtoit prise , et il çonç» 
jpença bientôt à dt^Urer. 

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lko4 LA CICATRIdfi; 

Ferdinand nes'ëloignapas un moment 
fie son chevet.Il gardoltun morne silcmcé} 
car personne ne lui adressoit la parole* 
On ne, cherchoit à le consoler ni à Paf» 
ïllger. 

MarcelHn l'appelloit sans cesse dans 
•es rêveries. Mon cher Ferdinand , s'é* 
crioit-il , que t'ai-je donc fait pour que 
tu m'aies traita si méchamment ? Ah ! tu 
dois être enc(H« plus malheiu«ux que 
xnoi , de m'avoir blesse sans sujet. No 
t'afflige pas, je te pardonne. Pardonne- 
moi aussi dé t'avoir fait mettre en colère; 
je ne voulois pas te fâcher. 

Ces discours que Marcellin hti adre»- 
•oît sans le voir , quoiqu'il ftt <fevant 
ses yeux et qu'il lui tînt la main , redon- 
bloient encore la tristesse de Ferdinand. 
Chaque trait de tendresse rftoit un coup 
de poignard pour son cœur. 

Enfin , Dieu voulut que la fièvre S9 
calmât peu à peu , et que la plaie com* 
mençât à guÂ-ir. Au boHt de six jouis 
Marcelli» fiit en ëtat de se lever. 

Qui pourroit se représenter la joie do 

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LA CICATRICE. io5 

Ferdinand ! Ah ! certainement personne, 
à moins qu'il n'ait senti une fois , dans 
sa vie , la douleur qu'il éprouva ausri 
long-temps qu'il fut témoin des soui^ 
firances de son amî. 

Lorsqu'il fuf entièrement rétabli, ¥er- 
clinaud reprit un visage serein; et sans 
qu'oo eût besoin de lui faire d^autres W 
conseil travailla do toute la force de soa 
caractère , à vaincre cette humeur em«- 
portée qjiii le dominoit 

Marcellin ne garda de sa chute qu'une 
cicatrice légère à la tempe. Ferdinand 
sie la regardort jamais san» Motion , 
même dans, un^ âge plu» avancé. Toutes 
les fois qu'il rencontioit Marcellin , il le 
baisoit sur cette cicatrice , qui devint le 
sceau de la tendre intimité dont ils fu- 
rent unis l'un et Vauti» daostoutle cours 
de leur vie. 



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P E R 8 O'W NAGES. 

H. DE GRESSAC. 
MADAME DE GRESSAC; 
ADRIEN:,. 1 

> leurs enfansn. 

JULIEN,) 

THOMAS, riche fermier. 
JEANNE, sa femme. 

5 U Z E T T B , 

1 U B r N , 

60DEFR0I, palfrenier de Hf* dé 

Cressac» ' 



> leurs enfans. 



.Lai scène est à l'entrée d'un village. Le 
théâtre représenie,dans^l' enfoncement, 
une forêt, à travers laquelle on voit 
s'élever par intervalles , dans le loin- 
tain y des tourbillons de flammes. Sur 
l*un des celés du théâtre est unefermey 
et tout auprès une fontaine} de l'autre 
côté est une colline , au pied de la-- 
quelle tourne le chemin du village.. 



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UINCENÇIE, 

DRAME EN UN ACTE. 

SCÈNE PREMIÈRE. 

ADRIEN arrive en courant sur la 
scène par le détour de la colline. Ses 
^étèmens et sa chevelure sont en dé^ 
sordre. Il jette les jr eux sur le fond 
du théâtre^ que la colline masquoit à 
sa vue, Uincendie éclate en ce mo^ 
ment dans toute sa fureur. 

Bon Dien ! bon Dieu ! tout brûle .en- 
core! Quels gros tourbillons de fumëe 
et de flammes l O mon papa , maman , 
ma petite sœur Julie , qu'êtes-vous de- 
venus! Nesuis-je plus quVn malheureux 
orphelin? Seigneur, inon Dieu , prends 
pitié de moi! Tu m'as déjà tout enlevé; 
laisse-moi au moins mes parens. Ils sont 

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ïo8 l'I N C E N 1> î E; 

pour mol plu» qû6 tout ait mottde. Que 
deviendrois-je sans eux ?C Accablé défit- 
ligue et de douleur ^ il pose sa main coft* 
ire un arbre , et appuie sa iête dessus. 
Au même instant La ferme s'ouvre y et il 
en sort un petit paysan^ tenant à la 
main son déjeûner, J 

SCÈNE II. 

ADRIEN, LUBIN, petit paywa. 

X u B I V 9 sans voir Adrien. 

I L ne finit donc pas , ce feu d'enfer ! A. 
quoi pensoit mon père, d'aller s'enfoup* 
ner là-dedans avec ses chevaux? Mais 
voîci le jour. 11 ne tardera pas à revenir. 
Je vais m'asseoir ici pour Vattendre. f II 
marche vers l* arbre , et voit Adrien. J 
£h! mon petit joli monsieur, que venez* 
vous fiaire de si bonne heuredansle village? 
A B R I K ir. 
Ah ! mon ami» je ne sais ni o& je suis, 
al où }e vais. - 

j.uBiir. 

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D R A M X. 109 

L U B I N. 

Comment ? est-ce que Vous seriez d« 
la ville qui brùie ? 

ADRIEN. 

Hëlas! dni. Je me snU échappe du 
mUieu des flammes. 

L u B I N. 
Le feu a-t-il de'Jà pris à votre maison ? 

ADRIEN. 

C'est dans notre rue qu'il à commence. 
•Fëtois au lit , et je dormois tranquille* 
znent. Mon papa est venu m'en arracher. 
Dn m^a habille à la hâte , et on m'a em- 
porte à travers des charbons de feu qui 
pleuvoîent sur nous. 

i u B I N , fivec un cri de frayeur. 

O mon Dieu ! ( On entend une yoix 
qui criede l'intérieur de la ferme, J Lu- 
bin ! Lubin \ (Lubin , thut troublé ^ n^en^ 
tend pas.J 





■ i r. 




Tome FIJI. 


Digitiz 


• ' • ^ 

K 

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ItO L* INCENDIE, 



SCÈNE II L 

JEANNE, SUZETTE, ADRIEN, 
LUBIN. 

j S A N K £ , £n entrant, à Suzelie. 

Jb crains que le drôle ne m'ait échappa 
pour courir au feu. N'ai-je donc pas as- 
sez de trembler pour son pèrel 
S u z £ T T E. 
Non 5 ma mère , le voici. Ha ! ha ! il 
jparle à un petit monsieur. 

j E A N~K E y à Lubin. 
Pourquoi ne pas me répondre ? 

• L^tT B I N. 
Je ne vous ai ^as entendue. Je n'en«- 
tendois que ce m&lhetireux enfant. Ah l 
ma mère , il vous auroit donné le frisson 
comme à moi. \ 

a t A N N E. 

Que lui ci}t-ijl donc arrivé? 

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BRAME. Ht 

L U B I V. 

D'être , peu s'en faut , brùl^ vif. Sa mai- 
son ëtoit toute en feu lorsc[u'il s'en est 
ëchappë. 

J H A N F'Ç, 

Dieu de bontc , comme le voilà pale ! 
Vous êtes si petit ! Comment avez-vous 
donc fait poqr vous saiiver ? 

A D R I £ isr. 

N^ire palefrenier m'a pris sur ses 
fpaules ,: et mon papa lui a.^itde m'em-' 
porter dans un village où J'ai été nourri 5 
mais on l'a arrête dans la rue, pour le. 
faire travailler. Je pleurois de me voir 
tout seul. Une bonne femme m'a pris par 
la iHain , et m'a conduit jusqu'à la porte 
de la ville. Elle m'a dit d'aller tout droit 
devant moi sur le gran4 chemin, que c'e- 
toit le premier village que je trouverois; 
«t m'y voici. 

J Z A Iff -?■ ^%' 
. Et save^-vous U nom de votre père 
«punicier? . - 

*^? F 

Digitizedby'L.OOQle 



ïïâ LIKCENDIE, 
A J) Jl I E K. 

Ma petite sœiir de lait s'appelott 
Suzette. 
fl n z E T T E , avec un cri de joie. 
Ah ! ma mère , si c'étoit Adrien ? 

• ADRIEN.. 

Eh ! ouï , c'est moi. 

J E A K N E. 

Vous , le fils de M. de Cressac? 

ADRIEN. 

O ma bonne nourrice ! )e te reconnoîs 
bien à prient. Et voilà ma chère SujÊette» 
et voilà LubiiL { Suzette se jette à sort 
êùUy Lùbin lui prend la main. J 
JEANNE, t élevant dans ses bras^ 
et l^ embrassant, 

O mon Dieu , que je suis heureuse! Je 
ne pensors qu'à toi dans touteâ ces flam- 
mes. McTn mari a couru pour te sauver. 
Mais comme le voilà grandi ! L'aurois- 
tu reconnu, Suzette. 

su 2 E T T E. 

No^ y pas toutda'Suit&y ma mère. Mais 
)'ai bien senti que le cœur me battoitprès 

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/ DRAME. ii3 

ée lui. Nous avons ëté siloDg*teinpasaa« 
le voir, 

ADRIEN. 

C'est que j'étois au collège ! Il y a 
trois jours que j'en suis sorti, pour passer 
les fêtes à la maison. Pourquoi y suis-ja 
yenu ? O mon papa , maman , mapetito 
sœur Julie ! 

JEANNE. 

Tranquillise-toi, mon ami. Thomas 
est à la ville. Je le connoîs. Il les sau-' 
veroit tous , fussent - ils dans ui^ brasier- 
Mais toi , tu as couru toute la nuit. Tu 
dois avoir faim. Veux-tu manger ? 

L U B I N. 

Tenez , monsieur Adrien , voicf une 
tartine que j'avois faite pour moi. 

A D R I £- N. 

Tu me disois tu autrefois , Lubin. 
X V B l 7X y lui passant un bras autour 
du cou. 
Eh bien ! Adrien , prends donc mon 
déjeuner. 

s tJ z 'e T T E. 
Quelque chose d'un peu. chaud \m\ 
K3. 

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Il4 l' I N C E K D I E, 
vaudra mieux. Je vais lui chercher ma 
soupe au lait, qui chauffe sur le four- 
neau. 

A D a I £ ir. 

ITûn 5 mes amis , je vous remercie. .!• 
Ile mangerai rien que je n'aie vu mon 
jyère , ma mère et ma sœur. Je veux m*en 
retouruer, je veux les voir. 

JEANNE. 

Y penses-tu? Aller courir daus les 
flammes ? 

ADRIEN. 

C'est-là que je les ai laiss<^s ! Oh ! 
c'est bien malgré moi. Je ne voulois 
pas me séparer d'eux ! Mon papa l'a 
voulu. Lui qui est la douceur même , 
il m'a menacé , il m'a repoussé. Il a 
bien fallu lui obéir , de peur de le met- 
tre en colère. Mais je neveux plus y 
tenir ; il filut que je retourne le cher- 
cher. 

JEANNE. 

Je ne te lâche point. Viens avec nous 
à la maisan. 

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DRAME. il5 

A D R I E y. 

Tcnis avez une maison 1 Ah ! je n'ea 
ai plus. 

JEANNE. 

La nôtre n^estrelle pas à toi ? Je t'ai 
qourri de mon lait ; je te nourrirai bien 
de mon pain. ( Elle le prend entre ses 
iras 5 et l'emporte , malgré sa résis^ 
tance y dans la forme. J fui Luhin. J 
Toi, reste ici pour voir venir de plUs 
loin ton père , et nous en avertir. Mais 
ne vas pas au feu , je te le défends. 



S CE NE l'V. 
LUBIN, W. 

Jè meurs pourtant d'envie d'y coinrlr. 
Quelle belle fournaise cela doit faire ! 
Je ne sais *, mais il me semble que je no 
vais plus là-bas ce haut clocher qui 
grimpoit dans les \ nuages avec un co(j- 
dore sur sa pointe. 'Les pauvres gens , que 
je les plains ! Il ne fairt pas cependant 

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Il6 l' I N C E N D .1 E , 

que cela m'empoche de 4éjeûner. (/Z 

mord dani son puin. ) 



SCENE V. 

LUBIN, SUZETTE j, tjui sort éi lafçrmt, 
tenant à la 4hain un vtrre, 

Jf. V B I N, ^ 

■ / 
A H I pt^a soG^ur , tn es une bien bonoe 
enfant, de me porter ainsi à boire ! 

s U Z B T T E. 

-Oh I ce n'est pas pour toi.'Cest pour 
Adrien que je viens chercher un veire 
d'eau fraîiche. Il ne veut prendre ni 
ime tasse de lait , ni une goutte de vin. 
Mes parens, dit-il, soufSrent peuV-être 
en ce moment la faim et la soif; et 
moi 9 je pourrois prendre quelque chose 
pour me rdgaler ! Non , non. Je ne veux 
qu'un peu d'eau pour me r^^ichir le 
gosier. 

LUBIN. 

. 1} &u^ être biet^ teindre ^ ^u moias « 

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DRAME, 117 

poiir ne vouloir pas prendre un peu de 
lait , parce qu^on pe sait pas oCi est soa 
père ! 

s U Z E T T £. 

N'est-ce pas ? Oh ! je te connoîs. Ta 
sœiur pourroit brûler toute vive , que tu 
n'en perdrois pas un coup de dent. Pour 
moi je aerois bien comme Adrien ; je 
n'aurois guère envie de manger , si notre 
cabane brûloit , et si je ne savois où 
trouver mon père ou ma mère , ou toi- 
même, Lubin. 

L u B I K. 

£tmoi aussi , si je n'avois pas faim." 

is u z E T T £. 

Est-ce qu'on a faim alors ? Tiens , j© 
p*ai pas le moiadçe appétit , rien que de 
voir seulement pleurer ce petit mal-* 
heureux, 

I. u B I N. 

. Ainsi donc , tu ne toucheras pas à tat 
«oupe ? 

s u z £ T T E. 

» Tu voudrois bien qu'ell&te restât aprèa 

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1 rô l' I N C E N D I E , 

avoir mange la tienne , et encore un gros 
chiffon de pain au beurre ? 
L u B I if. 
Non. C'eat pour empêcher qu'elle ne 
se perde , si Adrien ou toi n'en voulez 
pas manger. Donne-moi toujoiurs !• 
verre, que je boive en attendant. {Suzette 
lui donne le verre ; Luhln puise de teau 
â la fontaine , et boit. ) 

S z £ T T £. 
. Bëpêche-toi donc. Mon pauvre Adrien 
meurt de soif. 

L u » I K. 
Attends. Je vais le remplir. 

s u z E T T E. 
Que fais-tu ? Sans le rincer? 

L u B I N. 
Croîs-tu que j'aie du poison dans la 
bouche ? 

. SUZETTE. 

Vraiment , ce seroit bien propre , 
avec les miettes de pain qui sont encore 
•ur le bord ! Je veux le rincer moi-même* 
lies enfans comme lui sont accoututnës 
i la propreté , et je veux qu'il se trouva 

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DRAME. 119 

che^ nous > comme dans sa maison. 
(Elle rince le verre , le remplit,, et 
rentre dans la ferme. ) 

SCÈNE V L 
LUBIN, seul. 

V011.A mon déjeuner fini. Si je courôk 
àr présent voir le feu ! Quelques tapes da 
plus ou de moins ne sont pas grand' cbose^i 
Je vais toujours avancer un peu siur le 
chemin. Allons, allons. ( // se met à 
courir. Au détour de la colline, il ren-^ 
contre son père.) 

S C È N E V I L 
THOMAS, LUBIN, 

( Thomas porte une cassette sous son 
bras. Il marche d'un pas harassé, et 
paroU ne respirer qu* avec peine. ) 
L u B I K. 

Ah ! vous voilà , mon père ! Je couroîa 
deyant vous, 

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120 L I N C E N D I E , 

T H o M A S 9 avec empressemenL 
Adriçn est-il ici ? 

L u B I N. 
Ouï j ouï , il vient d'arriver. 
THOMAS) posant la cassette à terre > 
et levant ses bras vers le ciel. 
Je te remercie , o' mon Dieu ! Toute 
cette honnftte famille est donc sauvée ! 
(// s'assied sur sa cassette, ) Que je 
respire. 

L n B T N. 
Ne vouleE-vous paà entrer ? 

T H o sr A s. 
Non 5 non 5 j'ai besoin d'être en plein 
air pour nae remettre. Va dire à ta mère 
que je suis ici. {Lubin court vers la 
forme , et s*j' élance, ) 



SCÈNB 
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D R A RI £• tzt 



SCÈNEVIII. 

THOMAS, essujant la sueur de son 
front y et les larmes de sesj'eux. 

Je ne mourrai doac point sans Favoir 
obligé à mon tour ! 

SCÈNE IX. 

THOMAS, JEANNE, ADRIEN^ 
SUZETTE^ LUBIN. 

( Jeanne accourt de la ferme , portant 
un petit enfant dans ses bras. Adrien, 
Suzette et Lubin la suivent. ) ' 

J E ,A K il £ , se Jetant au cou de 
Thomas. 

i^H ! mon cher ami , quelle joie de te 
revoir ! 
THOMAS , Pembrassant tendrement. 

Ma chèie femme ! ( // prend V enfant 
ifuelle tient sur son sein ^ et qui lui 

Tome VIII. IToooIp 

DigitizedbyVjOOQlC 



ri% l'incenï)ïe, 

tend les bras. Il le serre dans les siens , 
Pembras$.e,et le rend à sa mère. ) Mfiôs 
Adrien , où est-il ? Que je le voie ! 
ADRIEN, courant à lui. 
Me voici , mon père nourricier , me 
▼oicî. (^11 regarde de tous côtés. ) Vous 
êtes seul ? Mon papa, maman , ma pe- 
tite sœur Julie , où sont-ils ? 

THOMAS, avec transport. 
En sûreté , mon fils, Embrasse-moL 
ADRIEN , se jetant dans ses bras. 
> Oh ! quelle joie ! 

JEANNE. 
Nous étions bien en peine. Tous les 
autres gens du village sont déjà de ro— 
tour* 

THOMAS. 

Us n'avoient pas leur bienËùteur à 
sauver, 

JEANNE. 

Mais au moins , tout est-il éteint , à 
présent ? 

THOMAS. 

Eteint , ma femme ? Oh ! cç n'est pim 
ime maison , une rue , c'est Ja ville toute, 

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D B A M E. 128 

entière embrasëe ! Si tu voyois cette dé- 
solation Mes femmes courant ëchevelëes, 
et vous demandant à grands cris leurs 
maris et leurs enfans ! le son des cloches , 
le bruit des chariots et des piompes , lo 
fracas épouvantable des nuiisons qui s'ë- 
croulent ! les chevaux furieux et les flots 
de peuple effraye, qui vous renversent! 
les flammes qui vous poursuivent et se 
croisent devant vous ! les poutres bril- 
lantes qui tombent stir la foule et l'é- 
crasent Je ne sais comment )'en 

suis revenu. 

J X A IT N E. 

Tu me glaces le sang dans les veines* 

s u z E T T E. 
Ah ! ma mère , voyez ses sourcils, ses 
cheveux tout brûles f 

THOMAS. 

Et mon bras encore ! Mais qu'est-ce 
tout cela ? Trop heureux d'en sortir la vie 
sauve! Je nel'aurois pas marchandée» 

JEANNE. . 

Que me dis-tu , mon ami ? 

Digti2ed^%OQle 



tu L* INCENDIE, 

.:: —.THOMAS; V^ 

, vQuoilinafcoimc, pour notct^ bÎMK. 
{aitfiiir! . !N 'est-ce pasi lui (|ui a latlpoli*^ 
maXiSLge ? î^'est ^ce pas à hii qiie^Uni 
deuons'O^e iteiapàe et tout ^oe qtié 
possédons? î^'âs-tn pas nourri scm ) 
fàni? {.Adrien passer ses bras autour t 
cùrps. de sa: . nùùrricé, ) Ah I f aiiroit 
eu iimSie vies.,: que p lisiaurois toute» 
risquées. ; ^ : . > . . ^j 

- afiAftKB ^ €xy9e .ûtténdriîsiÛ!^enii'\l 
i M. Tu ' f as don c pu secourir ? • ' . >- 

T H O U A S. .' ' »»->» 

Oui, f ai eHtel>oéhèurl Imi , sa FemMi 
e*- sa iUle ^ étoient à |>eiue BÔrti« de Itar 
maison toutf ^n. . flamm^S;! lorsqu'une 
charpente embrasée çst tombée à Içuvp 
pieds. Heureusement \e n^étois eneoia 
qu'à vingt pas. Toutle monde les crôyok 
écrasés, et fuyôit. J^ai enteodu lenit 
ftSsJ jeijié suis précipité àii miKeu dei 
l>iiinfes brutalités , et Je les en ai réttré$: 
J'a^hois déjà'sau^é là- cassette que voter/ 
«t mon chariot est chargé de le<3xs efiêb 
les plus précieux, 

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r^m s 



/^f^.l^J. 




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D R A M K, ia5 

ADRIEN, se jetant dans ses bras. 
O mon père nourricier , sois sûr d'en 
£tre bien rëconopensd. 

THOMAS. 

Je le suis d<^jà» mon ami« Ton père 
ne Gomptolt peut-être pas sur mot, et 
je l'ai secouru; me voilà mieux paye 
qu'il n'est en sou pouvoir de le faire. 
Mais ce n'est pas tout. 11 ne tardera pas 
sans doute à venir avec sa famille et sesi 
gens. . . . • 

A D E I s K. 

Oh ! Je vais donc le revoir ! 

THOMAS. 

Cours, ma femme , vas tirer de notre 
excellent vin vieux 5 fais traire nos vaches; 
prépare nos meilleurs provisions; qu'on 
mette des draps blancs au lit, nous irons 
cbncher dans l'ëtable. 

JEANNE. 

Oui, j'y vole, mon ami. 



L3 

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126 l' I N C E M D I E , 



S C E W E X. 

THOMAS, ADRIBN, SU2ETTE, 
LUBINj 

THOMAS. 

E T moî , Je vais ranger le foîn dans la 
grange , pour faire place aux malheureux 

qui viendront me demander un asyle. 
Hëlas! toute la plaine en est couverte. Je 
crois les voir encore, les uns muets et 
insensibles de douleur, s'arrêter comme 
des bornes dans les grands chemins, en 
regardant briMer leurs maisons , ou tomber 
ëvanouis de frayeur , de fatigue et d*ëpui- 
semcnt : les autres courant cà et là comme 
des forcenës , tordant leurs bras , s'arra— 
chant les cheveux , et voulant rentrer avec 
des cris horribles dans la ville enflam- 
mée , à travers les piques des soldats qui 
les repoussent. J'aurai touto ma vie cette 
peinture devant les yeux, 

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D H A M E« * 127 

s U Z E T T £. 

Ah ! mon pauvre Adrien J si tu t'ëtois 
trouve là, oâ f auroit foule sous les pieds* 

THOMAS, 

Aussi-tôt que mes chevaux seront re^ 
venus , j'irai 5 je veux ramasser tout ce 
que je pourrai d'enfans, de femmes et de 
vieillards , pour les conduire ici. J'ëtois 
le plus pauvre du village , j'en suis de- 
venu le plus riche 5 c'est à moi qu'appar— 
tiennenttousies malheureux. (Jlscbaisse 
pour prendre la cassette, ) 
I. u B I N- 

Mon père , que je vous aide à la porter. 
Vous êtes si las ! 

THOMAS. 

Non 5 non , prends garde ; elle est trop 
lourde.pour toi. Elle te cas^roit les jam- 
bes si elle échappoit de mes mains. Vas 
plutôt dire à la vieille Michelle de venir 
chauffer notre four, et fourbir nos mar- 
mites à^s vendanges : puis , tu courrar 
chez le meunier pour qu'il nous apporte 
de la farine. Que ces pauvres incendies 
trouvent au moins de quoi satisfaire leur» 

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îa8 L* I N C K N D f E , 
besoins les plus pressans. Je ne suis pas y 
grâces à Dieu., dans l'aisance , pour qu^on 
meure de iaim atitonr de moi. Je don- 
nerai jusqu'à mon dernier morceau ds 
pain. ( // son iwec Lubin. ) 

SCÈNE XL 



SUZETTE, ADRIEN. 



S U Z E T T £. 

O H ! je partagerai aussi toujours avec 
toi. Mon pauvre Adrien, qui m'auroit 
dit que je te verrois un jour si à plaindre ! 

ADRIEN. 

Ah ! ma chère Suzette ! c'est bien cruel 
aussi de tout perdre dans une nuit. 

SUZETTE. 

Console-toi , mon ami. Ne te sou-i 
vîens-tu pas combien nous avons ëté 
heiu«ux ici, quand nous étions encore 
plus petits que nous ne le sommes ; tiens , 
pas plus hauts que ce buisson là- bas? 
Eh bien ! nous le serons encore. Crains-* 

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DRAME. 129 

tu que rica ne te manque , autant que j'en 
aurai? 

A D R I E 9 , lui prenant la main» 
Non , je ne le crains pas. Mais c'ëtoit 
moi qui -devoit un jour te mettre à ton 
aise, te marier lorsque tu serois grande , 
et prendre soin de tes enfans comme des 
miens» i 

8 U Z Ë T T E. 

Eh bien ! ce sera mon afSiire, an lieu 
d'être la tienne : quand on s'aime , c'est 
toujours la m6me chose. Je te dopnerai 
les plus belles fleurs de notre jardin. Tous 
les plus beaux fraits que je pourrai cueill ir > 
je te les apporterai. Je te donnerai aussi 
mon lit , et je dormirai à terre auprès de 
toi. 

ABEi E N, se jetant à son cou. 

Mon Dieu ! mon Dieu , ma chère Su- 
zetle ! combien je dois t^aimer ! 

s U Z E T T E. 

Tu verras aussi comme j'aurai soin do 
ta petite Julie ! Je àerai toujours entre 
TOUS deux. Quand on s'est nourri du 

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r3o L' I N C E N D I E , 

Tncme lait , n'est-ce pas comme si Foa 
ëtoit frère et sœur ? 

A I> R I E ir. 
OqI , tu seras toujours la mienne ; et Je 
ne sais laquelle j'aimerai le plus , de Julie 
ou de toi. Je te présenterai à mon papa 
et à ma maman , pour que tn sois aussi 
leur fille. Mais, mon Dieu, quand reTien- 
dront-f^ 

s V Z E T T S. 

Pourquoi t'inquiéter? Tn sais bien que 
mon père les a mis hors de danger ? 
A D R I s H. 

C'est que mon papa est comme le tien. 
Il aura aussi voulu sauver à son tour ses 
amis. Il.se sera peut-4tie rejeté au imlieu 
des flammes. Je tremblerai toujours pour 
lui, jusqu'à ce que je le revoie. J^entends 
du bruit derrière la coline. Oh! fi c'ëtoit 
lai! 



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DRAME. ]3s 



SCENE XII. 

GODEFROI, ADRIEN, SUZETTE. 

A D B I E H , courant â Godefioi (Vun 
air joj-eux, 

A. H ! Godefroî ! 

G O D E F R O r. 

Vous voilà , monsienr Adrien ? 

A D R I B K. 

(7est bien de moi qu'il s'agit. Où est 
moD papa ? où est maman ? où est ma 
aonir Julie, soi^t— ils ici ? 

GODEFROI, itun dir hébétée 
Ici ? où donc ? 

A R I £ K* 
Derrière toi. 

GODEFROI. 

Derrière moi? {^ILse reiourne. ) Je ne 
les vois pas. 

A D R I £ K. 

Tu ne les as donc pas accompagnés ? ' 

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i3a l' I N C E N I> I B , 

G O D E F R O I. 

Il ne sont donc pas ici ? 
A D R I £ N y d'un ton d* impatience. 
C'est ici que tu viens les chercher? 
OODSFROI, d^un air troublé. 
Vous me faites frissonner delà tète aux 
pieds. {^Adrien pâlit- ) Ne vouseflFraye» 
donc pas. ( Avec consternation* ) Ils ne 
sont pas ici ? 

6 U Z £ T T B. 

Il n^est venu personne que mon fière 
Adrien. 

A D R I s v. 
Pourquoi y suis-je venu ? 

' OOOEFROI. 

Ecoutez» écoutez -moi. Une heure 
après qu'on vous eût arrache de mes bras 
pour me faire travailler ; je trouvai le 
moyen de m'esquiver dans la foule. Tran- 
quillisez-vous; mais j'ai coiuu de tous 
côtes pour chercher vos parens , je ne les 
ai pas trouvés. «Tai demandé de leurs 
nouvelles à tout le monde ; personne ne 
les avoit vu > personne n'en avoit entendu 
parler* 

ASRIEIf ^ 

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DRAME. i33 

A D R ^i E H , é^un ton plaintif . 
O Dieu! ayez pitië de moi. MOa 
papa , maman , où ctes-vôus ? 

GODEFKOI. 

Ce n'est pas tout. Ecoutez ; ne vous 
effrayez pas seulement. Voici le pire de 
Thistoire. 

ADRIEN. 

Hëlas ! mon Dieu , qu'est-ce donc ? 

GODEFROI. 

Comment voulez^vous que je vous 
le dise, si vous allez prendre l'épou- 
vante ! 

ADRIEN. 

£h! dis, dis toujoiurs. Tu me bÀ9 
mourir. 

GODEFROI. 

£h bien donc, le bruit court qu\in 
homme , une femme et une petite fillè^ 
ont été écrasés dans notre rue , par une 
charpente qui est tombée toute en feu, 
[^Adrien tombe évanoui, ) 

s u z E T T E. 
Bon Dieu.! bon Dieu ! à notre se-* 
Tome FUI. M , 

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ï34 l' I N C E N D I Ê , 
cours ! Adrien qui se meurt ! ( Elle se 
précipite sur lui, ) 

GODEFROI* 

Mais qu'a-t-il donc? Il n'en est rien ; 
peut-être. Ce n'est qu'un ouï-dire, etoa 
ne sait ^as qui c'est. 

s U Z E T T* fi. 

La frayeur l'a saisi tout-à-coup, H 
oublie que m©n père les a sauvés. 

GODEFROi , tâtanl le front et Adrien. 

O mon doux sauveur ! il est froid 
comme un glaçon ! 
SUZETTKj^e relevant à demi» 

Que veniez-vous faire ici ? C'est vous 
qui l'avez tuë. 

GODEFROI. 

Je lui avois pourtant bien dit de se 
tranquilliser. {Il le soulève. ) M. Adrien! 
( // /ê laisse retomber. ) 

s U Z E T T E. 

Laissez4e donc. Vous allez l'achever , 
s'il n'est pas mort encore. O mon cher 
Adrien ! mon frère ! Où triwiver à pré- 
sent mon père et ma mère > pour lui ea- 

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DRAME. i35 

voycr du secours ? (^Elle va vers plu- 
sieurs endroits du théâtre » incertaine 
de quel côté elle doit sortir. Elle sort 
enfin par une coulisse au-dessus de la 
ferme,) 

SCÈNEXIII. 

ADRIEN , toujours évanoui , G O DE- 
FROY , appliquant son oreille au nè9 
d*jidrien. 

O O D £ F R O I. 

]S^o y 5 non , il n-'est pas encore mort ; 
il renifle. Oh ! s'il ëtoitmort, j'irois me 
jeter dans le premier puits. ( // lui crie 
dans l'oreille, ) Adrien ! monsieur 
Adrien ! . . . . Si je savois comment le 
faire revenir ! ( // lui souffle sur le vir 
sage,) Bahl j'y perdrois mes poumons.*. 
C'ëtoit bien bête aussi de ma part 5 mais 
c'est encore plus bête de la sienne. Je lui 
disois de ne pas s'efiSrayer. Tous ces en-» 
fans de grands seigneurs sont comme dea 
boules de savon , qui crèvent de rien..^ 

Mi 

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l36 L' INCENDIE, 
Adrien , monsieur Adrien ! il ne m'en*» 
tend pas. . . . Ma tante est morte, et j'en 
ai eu bien du regret ; mais mourir parce 
qu^in antre est mort , il n'y a pas de 
raison à cela, f IL le secoue encore.) T\ 
pe revient pas cependant ! (// tourne la 
tête de tous côtés. ) Ah , bon voici une 
fontaine ! je vais y puiser de l'eau dans 
non cbapeau. Je lui ferai une aspersion 
jqui le fera bientôt revenir. ( // court à la 
fontaine. En même temps arrive d*un 
autre côté M. de Cressaç , donnant la 
bras à sa femme , et tenant Julie par la 
main, Godefroi Vapperçoit ^ et de 
frayeur^ laisse tomber son chapeau plein 
d'eau, fls*arréteun moment, confus et 
stupéfait , puis il court à toutes jambes 
^ers l'autre côté de la colline , en s*é^ 
criant .• ) Ah\ Dieu me pardonne ! s'il 
va trouver son fils mort » me voilà à toua 
V les diables. 



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. : : i^ R A M E. i37 

SCÈNE XIV. 

M. DE CRESSAC , M««. PE CRESSAC , 
JULIE , ADRIEN , toujours éi^anoui. 

Jfv J> E C H E S S A C. 

.Mais c*cst Oodefroi , ie pense ? (// 
rappelle, ) Godefroi , où vas-tu donCv? 
où est Adrien ? 

Sinie. DE GRES9AG. 
Il &iit ! Qu'a*-t-il fait de mon lils ? 
JULIE, voyant un corps étendu à terre» 
Que vois - je ? Qui est couché là ? 
fElle ^e baisse pour le considérer ; elle 
recon^où Adrien , et se jette sur lui. J 
Dieu ! mon frère ! il est mort I 

M>°«. DE CRESSAC. 

Que dis-tu ? ( Elle s'arrache du bras 
de M., de Cressac , et se précipite à 
corps perdu de Vautre côté,) Mon fils! 
Adrien ! 

M. DE CKE5SAC. 

Il manquoit encore quelque chose à 
.notre malheur ! ( // tombe à genoux au^ 

M 3 

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'l38 L' I N C E N B I K , 
près d'jidrien^ et le sonlive. Adrien 
fait un léger mouyement^) Dieu soit 
loue ! il respire. Ma femme y ton fils m 
besoin de toi ;. gardes tes forces pour le 
secourir. Assieds-toi. 

M«»«* DE CRESSACy aVûC 

un cri douloureux, 
. Mon filfi \ mon fils ! ( EUe tombe 
presque évanouie^ ) 

J u L I £. 
Ah ! mon pautre frère ! <pie les 
flammes eussent plutôt tout dévora ! Rë- 
veille-toî , réveille-toi. ( Pendant ces 
paroles de JuHe , monsieur de Cressac 
relève madame de Cressac sur son séant^ 
et remet Adrien dans ses bras , ensorte 
que la tête de l'enfant porte sur le sein 
de sa mère , qui le couvre de baisers» ) 

M. DS CRESSAC. 

Ne perdons pas un moment. As-tu 
des sels siu* toi ? 

M""«. DE CRESSAC. 

Je ne sais 5 je suis tonte troubl<5e* 
Après tant de frayeurs, une encore qui 
les surpasse toutes! Je donnerois tout ce 

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DRAME, i39 

qnî nous reste pour queliqueer goutte* 
d'eau. ( jW. de Cressac regarée ^autour 
de lui, apperçoU la fontaine -^ il J" voie.) 

j u L I E,/ouillani dans le tablier de 
: sa mère. 
Maman , voici votre éther. { Elle pii" 
yre le flacon. Madame de Cresscu:,te 
saisit avec transport , et le fait respirer 
à son fils, ) Mon frère , reviens à tpi , 
si tu ne veux pas que je meure à ton côte. 
Adrien ! mon cher Adrien ! ( Adrien 
paroit un peu se ranimer. ) Ciel ? il res- 
pire ! il m'entend. {Elle court"- à son 
père. ) Venez , venez , mon papa. 
( M", de Cressac entrer portant de l'eau 
dans le creux de sa main ; iljy trempe 
le bout de son mouchoir , bassine le 
front et les tempes d'Adrien > puis lui 
jette quelques goultçs d*eau sur le vt- 
.sage du bout de ses doigts. ) 

A B R I E N ,^ les j-eux encore fer-- 
mes , agite un peu ses bt'as , et 
pousse des" soupirs à demi éiovjfés.. 
Hélas ! he'las ! mon papa» 

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140 l' I N C E N D I E , 
M»*. DCCRB$SAG. 

Mon cher Adrien 1 
A D a z E V, comme dansunsonge» 
' 1} est Jonc mort ! 

U. DE CaESSAC. 

Il me croit mort ! Cest cet imbëcillo 
ie Gode&oi qui Paura effraye. 

JULIE, avec transport. 
Ciel ! il entr'ouvre les yeux. 

M»*. DE CRESSAC. 

Hon fils ! ne nous reconnois-tu pas ? 

M. DE CRESSAC. 

Adrien , Adrien i 

JULIE. 

Mon frère I C'est moi. 
A D R I £ n , comme s'il se ré^eiUoU 

d* un profond sommeil, regarde en si" 

lence autour de lui. 

Siiis-je vivant ?Oi!l suîs-je?(//f* re^ 
lève tout'^àrcoup ; et se fetteaucoudesa 
mère, ) Maman ! 

M. DE CRESSAC* 

Mon fils , tu vis encore ? 

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BRAME. 141 

AD R I I ir, se retourne, et se jette 
dans les bras de son père- 
Et vous aussi , mon papa ? 
j u L I s , l* embrasse, suspendu comme 
il l'est au cou de son père. 
Mon Adrien ! mon frère ! je croîs re- 
vivre comme toi. 

ADRIEN. 

Oh ! quelle joie , ma sœiir , de te revoir! 
( // se retourne vers sd mère. ) Ah ! ma- 
man ! c'est votre douce voix qui m'aren- 
^u la vie. 

M. D E Ç R S S fi A C. 

Je d^plorois mon malheur! je vois 
maintenant que je pouvois perdre bien 
plus encore que je n'ai per^u. 

M<ne. DE GRESSAC^ 

N'y pensons plus , mon ami. 

M. DE R E « S A C* 

Je n'y pense que pour me réjouir. J« 
vous vois tous sauvés. Je ne regrette rien, 

JULIE. 

Mais que t'est-il donc arrivé l mon 
frère ? 

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14a L* INCENDIE, 
A D R I E H. 

C'est cet ëtoiirdî de Godefroi. . • 

M. D£ C R £ S S A C. 

Ne Tai-je pas dit ? 

ADRIEN. 

Il me disoit que vous ëtiez enseyelis 
sous les flammes. 

JULIE, montrant la colline. 

Ah ! le voilà là-haut ! ( Tous le regar- 
dent ; Godefroi retire sa télé qu'il avan^ 
çoit entre les arbres. ) 

* C è N E XV. 

>M>E €R£SSAC, M»«. DE CRESSAC, 
ADRIEN, JULIE, GODEFROI. 

M.. DE CRESSAG. 

Godefroi ! Godefroi! Cet imbcrille ? 
îl craint,sans doute..Appetle»letoi*inémey 
Adrien. 

A D R I B K. 

G(fdefrot 9 viens donc. Ne oain» rien» 
j« suis encore vivi^nt 

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t) R A M E« 143 

OODKFROly du haut delà coUine^^ 

Est-ce bien vrai au moins ? 
A D R I £ ir. 

As - tu jamais entendu parler les 
morts ? 
GOD£ifROîy accourant à toutes 

jambes y puis s^ arrêtant tout'â^coup^ 

Vous n'allez pas me renvoyer ^ mon-* 
sieur ? sans quoi^ce ne seroit pas la pein» 
de m'avancer^ 

M. DE GRXS$AG. 

Vois , malheureux , l'effet de ta bô-* . 
lise. 

M»*, DKGRESSAC» 

Tu as failli me tuer mon fils. . 

A D R I E K. 

Pardojineaî-lui , je vous prie. Ce n'esfi 
pas sa faute. 

eODEFROI. 

Sûrement. Je lui disois de ne pas s'ef'-- 
frayer. ( Adrien lui tend la main. ) Je. 
suis bien aise que vous ne m'en veuillie». 
pas de mal. Oh ! je ne dirai plus un autre 
fois que les gens sont morts , à moins de 
lés avoir vus S di;^ pieds sou9 terre, 

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144 L'I N C K N D I E, 

• i ' ■ ■■ Il » 

S C EN É XVI. 

M. DE CRESSAC, »t™«. DE CtlESSAG , 
JULIE y ADRIEN , THOMAS , 
JEANNE , SUZETTE , LUBIN. 

TROUAS, courant. 

A H ! le malheureux ! Où est-il ^ o& 
est-il? 
suziTTE, montrant GodefnoL 
Tenez , mon père , le voilà. ( Gode^ 
froi épouvanté f se retire derrière M, de 
Cressac. 

Z H O M A &• 

Que î^is-je ? ( Sujette et Lubin cou^ 
rènt vers Adrien^ qui les présente a Julie, 
Jeanne se précipite sur lu main de ma-^ 
dame de Cressac , et la haisè, Thomas 
se jette aux genoux de M. de Cressac , 
«f les tient embrassés.) 
jn. DB GRB8SAC, rele^€tni 

Thomas. 
Que fais-tU| mon uni? A mes pieds ?. 

toi, 

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p R A M £• 145 

loi > mon sauveur^ le sauveuf de toute 
kna famille. 

ï U M A $. 

Oui , monsieur ; cest une nouvelle 
grâce que vous me faites après tant 
d'autres. J'ai pu vous prouver combien 
je sub feconnoisscmt de tous vos bien- 
faits. 

m. DE CHESS^AC. 

Tu as fait poiu- moi plus que je n'ai fait > 
plus que je ne pourrai faire de toute ma 
vie. 

THOMAS. 

Que dites-vous ? c'est un service d'un 
moment. Et moi 9 il y a plus de huit ans 
que je vis heureux par vos bontés. Voyei 
ces champs y cette ferme , c'est ie vous 
que je les tiens. Vous avez t<^ut perdu » 
souffrez que je les vous rende^ Je vivrai 
assez heureux du souvenir de n'avoir pas 
été ingrat envers mon bienfaiteur. 

M. DE G R. E s s A C . 

Eh bien ! mon ami , je les reprends y 
mais pour te donner des champs dix fois 
pli^s vastes et plus fertiles. La cassette qu» 
Torw rilL W 

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146 L* I N C T£ H D I E , 

^tillti'as'sàuvëe conliént la meilleure paj> 
tie de ma fortune > et je te la dois. N'ayant 
plus de logement à la ville ^ je vais habi^ 
ter mes terres , tu m*y suivras. Nous y 
* vivrons tous ensemble^ Tes enfons seront 
les miens. 

A B a I s H. 

Ah ! mon papa ! j'allois vous en prier. 

Voici ma sœur de lait Snzette y voilà Lu- 

bîn. Si vous saviez toutes les amitiés qu'il» 

' m'ont faites! Je éerbis peut-être mort aussi 

sans lem-s secours. 

Mmt. Ds GR^SSAG, serronlla 
la main de Jeanne,. 
Eh bien ! nous ne ferons tous qu'une 
famille heureuse de s'aimer. 

J E A N H I. 

Venet en attendant prendre quelque 
repos. Excusez-nous , si nous ne vous re- 
cevons pas comme nous l'aurions dé- 
sire. 

T H o B| A 8 , regardant du côté dm 
la colline. 

Voici le charriot qui arrive , et d«s 
malbeureux qui le suivent. Pernettez- 

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1> R A M E. 147 

TOUS que j'aille leur offrir quelques se* 
cours. 

M. DB CKBSSAC. 

^ Ab ! je vais avec toi les consoler. Je 
suis trop int^ress^darvsrëv&emerit cruel 
qui cause leurs peines^ O jour que je 
eroyois si malheureux ! tù ngue rends bien , 
plus que tu me fais perdre. ïour .quel- 
ques biens. que tu m^enlèvei, tu me don-* 
nés une nouvelle famille ^ et des ami& 
dignes de mon cœur. 



N a 

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LE SERIN. 



Serins à vendre ! qiiî veut acheter des 
Serins , de jolis Serins ? 

Ainsi crioitvin homipe en passant de* 
van-t la maison de Joséphine. Josëphiue 
l'entendit ;, elle cotiriit à la fenêtre, et 
regarda de tous côté» dans la nie. C'étoit. 
un marchand d'oisçaux qui en portoit 
une grande cage sur sa tête. Elle étoit . 
toute pleine de Serins. Ils sautilloient si 
légèrementsur les bâtons, et gazouilloient 
si joliment, que Joséphine, emportée 
par sa curiosité ; faitli't à se précipiter par 
la fenêtre pour les voir de plus près. 

Voulez-vous acheter un Serin, made- 
moiselle , lui cria l'oiseleur ? 

Peut-être bien, lui répondit Joséphine; 
cela ne dépend pas tout-à-fait de moi ; 
attendez un peu , je vais en demander la 
permission à mon papa. 

L'oiseleur lui promit d'attendre. Il y 
avoit une large borne de l'autre côté de la 
rue; il y déposa sa cage, et se tint doboul 
à côté. Joséphine , dans cet intervalle , 

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LE *S E R I N. 149 

courut à la chambre de son père ; elle y 
entra toute essoufflée , en lui criant : 
Venez vite , mon papa; venez, venez. 

m. DE GOURGY. 

Et qu'y a-t-il donc de si pressé ? 

JOSÉPHINE. 

Cest un homme qui vend des Serins t 
il en a , je crois , plus d'un cent ; une 
grande cage toute pleine , qu'il porte sur 
la tête. 

m. DEGOURCT. 

Et pourquoi en as-tu tant de joie? 

JOSÉPHINE. 

Ah ! mon papa , c'est que je veux 

c^est-à-dire , si vous me le permettez, Je 
voudroisbien en acheter un. 

ai. DE GOURCY. 

Et as-tu de Pargenf? 

JOSÉPHINE. 

Oh î j'en ai assez dans ma bourse. 

M. DE GOURCT. 

Mais qui nourrira ce pauvre oiseau ? 

JOSÉPHINE. 

Moi , nw)i , mon papa. Vous verrez , 
il sera bien aise de m'appartenîr. 

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x5o LE 5^ E R r N.. 

Mr. D E G OU R C V.U 

Ah ! je eraûis b'ien^.. 

J O s £ 1^ H I N K. 
EtqHoidonc? 

. M-. D^ E G O U R a Y. 

Que kl ne le laisses mourir de soff'oi*'- 
de faim, 

X os É P- H I N E. 

Moi> le laisser mourir dé soif' o» âé 
faim:? Oh î non certainement Je ne tou- 
cherai janaais à mon dëJeiYner avant que* 
mon oiseau n'ait eu le sien. 

Rt. DE G O^ U R c Y. • 

Joséphine y Jésephitie y tti es bicit 
alourdie ; tu n^às qu^à. ©ublîcr un joui 
seulement- 
Joséphine donna de si belles pisurolie* 
à son père ^ elle luifit tant de caresses^et 
te tirailla sifortparle pan de son habit ^ 
que M. de Gourcy voulut bien- céder à. 
Penvîe de sa fille., 

n traversa la nre,en Ta tenant par \èt 
main.-Ils arrivèrent à Ui cage ^ et choU 
strent le plus beau Scrm de toute la vo- 
lière. (7étoit un mâl« ^ du jaune le plus. 

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LE S ^ n f N. l5l 

brillant y avec ime petite hiippe noife sur 
la tête. 

Quk fut jamais pliis cQDtcni qvke net 
Petoit alocs Joséphine? Elle présenta sa 
l>ourse à son père y pour qu!il y prit de 
quoi payer Toiscau; M. de Gourcy tira de 
la sienne de quoi^ acheter une belle cage, 
garnie d'une mangeoire et d'un abreuvoir 
dfë crystal. 

, Joséphine nVit pfts plutôt iiistallele 
Serin dans son petit piL^is ,. qu'elle cou- 
nit par toute la maison, appelant sa mèrc^ 
ses sœurs > tous les domestiques ^ et leur 
montrant rôiseauqu^san pèreavolt bien 
voiilu>lui^ acheter. Lorsqu'il yen oit quel- 
qu'une de ses petites amies , les premiers 
mots qu'elle leur disoît , c'étoît : Savcz-^ 
vous bien qiie f ai le plus joli Serin de tout 
Pari«? Il est jaune comnE^ de l'ôr,. et il' 
a un panache noir , comme les plumes, 
du chapeau de maman. C'est un malè. 
Venez , venez , je vais vous le montrer ; 
il s'appelle M imi» 

Mimi se trouyoît fort bien dès soins de 
Jtksépbina. JSUe a» j^ongcoit, en «<» levant, 



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l52 LE SERIN, 

qu'à lui donner du grain nouveau et de 
l'eau bien pure. Lorsqu'on servoit des bis- 
cuits sur la table de son père , la part de 
Mimi ëtoît faîte la première. Elle avoît 
toujours en rdserve des morceaux de sucre 
pour lui. La cage étoit garnie de tous côtds 
de mouron frais et de grappes de millet. 
Mimi ne fut pas ingrat à tant d'attentions: 
il apprit à distinguer Joséphine ; et au 
premier pas qu^elle faisoit dans la cham- 
bre , c'étoit des battemens d'aîle et des 
cuîc, cuîc, qui ne finissoîent pas. José- 
phine le mangeoît de baisers. 

Au bout de huit jours, il commença 
à chanter : il se faisoit lui-même des airs 
fort jolis. Quelquefois il rouloit si long- 
temps sa voix dans son gosier , qu'on au- 
roit cru qu'il alloit tomber expirant de 
fatijgue au bout dé ses cadences. Puis , 
après s^ètre interrompu un moment , il 
recommençoit de plus belle j et d\in son 
si fort et si brillant , qu'on l'entendoit dans 
toute la maison.. 

Joséphine passoit des heures entières 
k IVcouter, assise auprès de sa cage. Elle 

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LE S E n I K. l53 

laissoit quelquefois tomber son ouvrage 
de ses mains pour le regarder , et lorsqu'il 
l'avoit r^gkl^e d*une jolie chanson , ell« 
le rëgaJoità son tour d\in aîr de serinette, 
qu'il cherchbit ensuite à répéter. 

Cependant Joséphine s'accoutuma peu 
à peu à' ces plaisirs. Son père lui fit nn 
jour présent d'un livré d*estampes. Elle 
eo fiit si agréablement occupée>qvie Mimi 
en fîUun peu néglige. Cm te, <mi/c, disoit- 
il toujoiurs, d'aussi loin qu*iLvoyoit Jo- 
séphine r Joséphine ne l'entendoit plus. 

Près de huit)ours s'étoi^it écoulés saùs 
qu'il eût ni mouron lirais ni biscuit. Il ré- 
pétoit les plus jolis airs que Joséphine lui 
eût appris ; il en composoit de nouveaux 
poiur elle ; tout cela inutilement : vrai* 
ment Joséphineavoit bien d'autres choses 
en tête. 

Xe jour de sa fête étoit arrivé. Son par- 
rain lui avoit donné une poupée qui al- 
loit sur desroulettes. Cette poupée, qu'elle 
appel oit Colombine , acheva de faire ou- 
blier Mimi. Depuis l'instant qu'elle sq 
Icvoit, jusqu^au soir, elle ne s'occupoit 

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l.*54 LE SERIN, 

qu'à habiller et déshabiller cent fois ma- 
demoiselle Colombine , à lui parler et à 
la promener dans la chanxbre. Le pauvre 
oiseau ëtoit encore bien content y lors- 
qu'on lui donnolt siir la &ndu jour quel- 
que nourriture. . 

QuelqiieCQi3 U Im airivok if attendre 
jusqn^au leudem^n» 

' Enfin y uo jourM. de Govirej ^nt à 
table . et tournant par hasard les yeux 
vers la cage, il ^tque le Serîn ^oit cou* 
thé sur le ventre > et qu'il haUetoit avec 
peine. Ses pkuxie^ Soient h^issdes > eHt 
paroissoit rond comme un peloton. M. de 
Gourc^ s'approdie; plus de ces cuic ^ 
cuicd*B.fùiiié î la pauvre bête avoit à peine 
assez de Tcoce pour respirer. 

Joséphine! s'ëcria M. de 6ourcy> qu'a 
donc ton Serin ? Joséphine rougit. Ah \ 
mon papa! c'est que j*aL.., c'est que j'ai 
oublié. ... et elle alla toute treoiblanle 
chercher la boîte de miillet. 

M.deGourcy décrocha la ci\ge , ctvî- 
•ita la mangeoire et l'abreuvoir.. HékiLsl 

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LE SERIN. i55 

Miml n\ivt)il plus un seul grain > pus une 
goutte d-eau* 

Ah! mon pauvre oiseÂii ! s'écria M. de 
Goùrçyj'ta es totnbë en des mains bien 
cnielles. Si je l'avois prévu , jene.t'auroi's 
jamais' adieté. Toute ^a compagnie qui 
ëtoit à table se leva en frappant dans ses 
mains , ■ et en s^ écriant : Le pauvre oi- 
seau ! 

M. de Gourciy mît du grain dans la 
mangeoire ) et remplit l'abreuvoir d'eau 
fi-aîche : il' eut bien de la peine à rappe- 
ler Mîihi à la vie. 

Joséphine sortît de table > monta dans 
sa chcuxibre en pleurant, et mouilla tout 
un mouchoir de ses larmes. 

Le lendemain M. de Gourcy ordonna 
qu'on' emportât l'oiseau hors dé la mai- 
son , et qu'on en fît présent au fils de 
M. deMarsay, son voisin , qui passoit 
pour un ■ enfant très - soigneux , et qui 
auroit pour lui plus d'attentions que Jo- 
séphine. 

Il auroitfallu entendre les regrets etles 
plaintes de la petite fille : Ah ! mon cher 

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tUS LÉ S B R I K. 

oiseau ! n^on .pauvre Mimi ! X^nez ^ je 

vous le promets bien » mon papa , )e ne 

Voublierai jamais un seul instant de ma 

vie 5 laissez-leavec moi encore pour cette 

fois. 

M. de &ourcj 80 laissa enfin toucher 

Î)ar les prières de Joséphine ^et lui rendit 
e Serin. Ce ne fut pas sans lui faire une 
réprimande sëvère et des exhortations 
pressante» pour l'avenir. Cette pauvre 
bête , kii dit-il ^ est renfermée > et n'est 
pas en état de pourvoir elle-mcmô à ses 
besoins. Lorsqu'il te manque quelque 
chose,, tu pe\ix Redemandera mais Mimi 
ne sait pas faire entendre son langage. Si 
tu lui laisses encore soufiTrir la soif ou la 
faimw.» 

A ces mots un torrent de larmes coula 
sur les joues de Joséphine. Elle prit les 
mains de son papa et les baisa : mais la 
douleur Tempècha de prçférer une parole. 

Voilà Joséphine maîtresse une se- 
conde fols de Mimi , réconcilié de bon 
«œur avec Joséphine» 

Va mois après , M* de Gourcy fut 

oblige 

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L £ S B R I N« z57 

oblige d'entreprendre un voyage de quel- 
ques jours avec sa femme. Joséphine ^ 
Joséphine 9 dit^il en partent à sa fille , 
je te reconcmiande Inen le pauvre MimL 

A peine ses {mrens fureot-nls entras dans 
la voiture ^ que Joséphi ne courut à la cf^e^ 
et pourvut soigneusement l'oiseau de tout 
ce qui lui ^ok nécessaire. 

Quelques heures après , elle cotnmença 
i, s'ennuyer 5 elle envoya chercher ses 
petites amiès , et sa gaîté revint ; elles 
allèrent ensemble à la promenade; et k 
leur retour elles passèrent une partie de 
la soirée à joiter i'colin «maillard et aux 
tfuatue roins^ la danse vint ensuite. Enfin) 
la petite compagnie se sëparèC fort tard '^ 
et Joséphine se mit au lit harassdc de 
fatigue. 

I>e lendemain , dès le point du jouf , 
elle se réveilla en pensant aux amusemcns 
de la veille. Si sa gouvernante avoît voulu 
l'en croire , elle auroit couru ^ en se le- 
vant, chez les demoiselles de Saint-Maure. 
Il fallu t attendre jusqu'à Taprès d^ner^mais 

Tome nil. O 

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tîîS L K 'S^ER I îî. 

"îi peine exit-elle acheva s on repas, qu'elle 
se ni conduire chez ces demoiselles. 

ËtMîiiii ? Il Fut oblige de rester aeul ^ 
éi de jeûner. ' ' 

"■ iiëyôiit suivant M'passa aussi dans les 
{Plaisirs. ' 

* Et Mimi ? n fut encore outlië. Il en 
fut de même du troisième ]onr. 

f Et,Mimi ? Qm.auroit ipçmè à lui dans 
toute^^s dissipations ? 

Le; quatrième jour M. et Mad. de 
Goiu-cy revinrent de leur voyage. Josë- 
phine oe s'^toît guère occupée de leur 
retour. A. peine son père l!eut-il embras- 
sée et se. fut-il informe de sa santé» qu'il 
lui dit : Coqiment se porte Mimi? 

Fort bien ,'s^ëcria Joséphine > un peu 
surprise ; et elle courut vers la cage pour 
apporter l'oiseau. 

• Hélas ! la pauvre bête ne vîvoît plus : 
felle étoit couchée sur le ventre , les ailes 
étendues et le bec ouvert. 

Joséphine poussa un grand cri, et se 
tordît les mains. Toute la famille accou-- 
tuî ,* et fut témoin dt ce malheur, ^ 

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L Er 5 E K IN» ll>9 

Ah ! moa pauvre oiseau ! s'écria M. dé 
Ooiircy y ,qf^9^ ta mort a[ëte doiiiloureiiseE 
Si je t'ciyQi& étauffë le jour de paon de« 
part 9 tu o'auroijf eu qu'un moment à 
sou£&ir , au lieu^ <jue tu as enduré pen- 
dant plusieurs jours les toiu'mens de la 
faim et de la soif, et que tu es mort dans 
«ne longue et cruelle agonie. Tu es en-^ 
core bienheureux d'être délivre des mains 
d'une gardienne si impitoyable. 

Joséphine auroit voulu se cacher dan» 
les entrailles de la terre : elle auroit 
donné tous ses joujoux et toutes ses épar- 
gnes pour racheter la vie à Mimi ; mai& 
tout cela étoit alors inutile. 

M. de Gourcy prit l'oiseau , le fit vider 
et remplir de paille, et le suspendit au 
plancher. 

Joséphine n'osoit y porter ses regards: 
les larmes lui venoient aux yeux toutes 
les fois que , pfu* hasard, elle l'apperce-- 
voit; elle prioit chaque jour son père d» 
l'ôter de sa vue. 

M. de Gourcy n'y consentit qu'après. 
bien des instances. Toutes les fois qu'il 

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r66 L £ s £ H I K. 

jchappoit à Joséphine quelque trait d'é- 
tourderiè et de lëgèretë, l'oiseau ëtoit 
remis à"sa place; et elle ehtendoit dire à 
tout le monde : Pauvre Mimt ! tu a& 
souQert une mort bien cruelle l 



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r LBSENFANS 

QUI VEULENT SIS GOUVERNER 

EUX-MÊMES. 



CASIMIR. 

A H ! mon papa \ que je voudrois êtr« 
grand , grand comme vous !' 
M. d' G R s A r. 
Et pourquoi le voudrois -r tu , mon 
fils? 

CASIMIR. 

€?est que je n'âurois plus à recevoir 
lies ordres de personne 9 et que je pour- 
rois faire tout ce qui nie passeroit par 
la tête. 

M. d' O R $ A T. 

Il en arriveroit des choses bien mer- 
veilleuses, j'imagine. 

CASIMIR. 

Oh ! je vous en rëponds» 

M. ï>^ O R s A Y. 

£t toi , Julie , voudrois-tn aussi être 
libre de faire tout ce qui te plairoit ? 

JULIE. 

Vraiment oui > mon papa. 

Digitizedby'GoOQle 



1^2 L E S E^ V P A N 8.' 
C A S I M I A. 

Oh ! si Julie et moi nçus étions lei 
maîtres I 

M. d' O K s A Y. 

Mes enfaiiSj je puis vous donner cette 
satisfaction. Dès demain au matin, vous 
aurez la liberté de vous conduire abso- 
lument à votre fantaisie. 

CASIMIR. 

Vous vous moquez de nous , mon 
papa ? 

M. d' o R s A T. 

Non 9 )e parle très - sérieusement. 
Demain , ni votre mère , ni moi , per- 
sonne enfin dans la maison -ne s'avifera 
de contrarier vos volontés. 

c A s I V X Rf 

Quel plaisir nous allons avoir, de 
nous sentir la bride sur le coir l 

M. D* O R S A Y. 

Ce n'est pad tout. Je ne prétends p» 
vous donner cet empira pour demain 
seulement; je vous l'abandonne jusqu'à 

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LES ENFA. NS. 163* 
re que vous veniez me prier vous-mcine- 
de reprendre mon auf ork^. 

CASIMIR. . 

Sur ce pied-là , nous serons long-temp» 
nos maîtres. 

M. d' o R S A Y. 

Je serai bien flîse de vous voir voii5 
gouverner vons-mêmes. Ainsi prc^arez- 
vous à être demain de grands person- 
nages. 

Le lendemain arriva. Les deux en fans ,. 
au lieu de se lèvera sept heures, comme 
4 l'ordinaire, restèrent jusqu'à près de 
neuf heures au lit.IJn trop long soiiimeil 
nous rend tristes et pesans : c'est ce qui 
arriva à Casimir et à Julie. Ils se réveil- 
lèrent enfin d'eiix-mômes y et se levèrent 
d'assez mauvaise bnmeur.^ 

Cependant ils s'égayèrent uû pott^pac 
la douce pensëe de &ire pendant le jour 
entier tout ce «qui leuir wifinà^it, 4^^^ 
Kdéé. . ' 

Allons, par oA- commencerons-nous ,. 
dit Casimir it sa sœùr^ quand il» :ful^n:v 
habilla «t qu'ils eurent déjeÛTii ? 

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164 L E ,S E N P A N 5;. 
JULIE. 

Nous allons jouer. 

CASIMIR^ 

Et à quoi ? 

J U L I K. 
Il faut bâtir dos châteaux de cartes. 

G A s I M I B. 

Oh ! c'est un amusement bien triste T 
Je n'en suis pas. 

JULIE. 

Veux-tu Jouer à colin-maillard? 

CASIMIR. 

Kous ne sommes que deux. 

JULIE. 

Aux dames, ou^u domino? 

C A 9 I M 1 R. 

Tu sais que je ne pois aouffirir ces jeux 
où l'on est assis. 

JULIE. 

Eh bien ! propose-m'en quelqu'un de 
ton goût. 

CASIMIR. 

Nous n'avons qu'à jouer à broche-en- 

cul. 

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L B » E N F A N S> l65 
JULIE» 

Ouï , c*est ua joli jeu pour rare de- 
moiselle 1 

..CASIMIR. ^ 

Nou5. jouirons, si tii veux, an car- 
rosse ; tu seras le cheval f et :moi le 
cocher. 

JULIE. 

Ouî-dà! pour me charger de coups de 
fouet comine l'autre jour. Je ne l^ai pas 
oublia. 

.Ç A s I M I B:. 

Je ne le fais qu'à regret C^est que tu 
ne vas- jamais le galop.. 

j u X r f. 
Mais eela me fait inat. ISon » non , 
point de ces jeux. 

c A ô I M I R. 
Tu ne veux donc pas ? Eh bien l 
jouons à la chasse. Je serai le chasseur , 
et tu seras la biche. Prerids garde à toi ,. 
je vais te.rëlsmcer. 

j u L î B.* 
ri de chasse ! tu as toujours tes pied* 

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î66 LES E )ï r A K Se 

sur mes talons, et tes ppings enfonce 

dans mes ^ôté6. 

CASIMIR. 

Puisque tu ne veux aucun de mes 
jeux 9 jamais je tte jouerai avec toi, en- 
tends»^ hiea? 

JULIE. 

"Ni moi avec toi, m'entends-tu bien 
aussi? ; 

A ces mots, du milieu d»la<;}mfiibre 
où ils ëtoient, chacun s'en alla dans un 
coin , et ils &rei)t long-temps sans se re- 
garder et sans ie dire une parole.' 

Ils en ëtoieot encore à se bouder , Ibn^ 
que Phorloge sonna. Dix, heures 1 II ne 
kur restoit plus que deux heures de la 
matinée. Casimir enfin se rapprocha de 
sa sœur , et lui dit : Il faut faire tout ce 
que tu veux.. Allons, je jouerai avec toi 
aux dames , à douze marrons la partie. 

JULIE. 

Oh ! je n'ai pas de marrons i Et tu sais 
bien que tu m'en dois une douzaine, 
qu'il faut d'abord, me payer. 

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I» s. s £ N F A' If s; 167 
C A S I It. I II4 ' 
Je te les devois hier ; mais je ne dois 
rien aûJGiurd^faiiiv 

. <r ir t I fi. 
• Et icommeiit fe9*tu mcqivMéy s'il te 
plaît? 

€ A s I BT t a. 

C'est qu'on n'a rien à demander à ceux 
1^ sont leitts maîtres. 

j u L r t. 

Va, je dirai à m^d papa ta coquî- 
iierie* 

C A s I Bl t R. 

Mon papa n^a plus de pouvoir sur moi 
«i présent 

' J V £ I S. 

£n ite cas, je ne jouerai pas. 
c A s I M X À. 

Tu es bien la maîtresse. * 
. Seconde bouderie. Et les "vétlà encore 
aux deux bouts de la chambre. Casimir 
se mit à siffler, Julie à chanter. Casi- 
mir noua un fonet et le fit claquer ; Julie 
arnmgea sa poupée, ^ entama une con-* 
rersation avec elle. Casimir gronameloit 

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X.68 liS' 9 E N P A H S» 
entre ses dents ; Julie poussoit des sou» 
pirs. - . , 

L'horloge sonne encore. Ônitéheul^! 
Ils n'avoient piiis qu'une heure avant 
dlner^ .Ca^îaùr lance de dépit son fouet 
par la fenêtre ; Julie jette sa poupée dans 
un coin. Ils se regardent l'un et l'autre, 
et ne savent que dire. 

Julie enfin rompt le silence? Allons , 
Casimir^ je veux être ton chevaL 

. C A SI 'M I ft«^ 

Ah 1 voilà qui est bien ! J'ai un grand 
cordon qui servira de iMride. Le voici» 
Prends-le: dans ta bouche. 

JULIE. 

Je ne le veux pas dans ma bouche. 
Fasse-le-moi .a;utQur du colrps^ tni atta- 
che-le à mon bras» 

CASIMIR. 

Comme, «tu parles I As-tu jamais vu 
que les chevaux aient le mdrs ailleun 
qu'entra les disntd? 

JULIE» 

Mais je n« suis pas un véritable dbe- 
val. 

CASIXIR. 

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Tu 4ois iaire comme si tu Tëtois. ' 

^ V L s. e: 
Je De vois pas que cela soit bien né-* 
cessaire. * 

C A s X M I «U 

Je pense que 4u veux en savoir là-^ 
dessus plus que «loi , qni suis tout le 
jour dans l'ëcurie. Allons , pends^-le 
comme il fismt. 

j ir £ I c 

n y almit jouis que tu le traînes dans 
Tordure ^ je ne le mettrai jamais dans 
ma bouche* 

•G A « I M z fi. 

Et moi 9 je ne lie veux pas aiUônrs. 
J'aime mieux ne pas jouer. 
, J cr X I 1. 

Comme tu voudras; 

Troisième bouderie , pkts bai^euse 
que les deuiE premièresi. Casimir va ra^- 
xnasser son fouet, Julie reprend sa poib- 
pëe. Mais ie fouet ne sait pas claquer ; 
les ajustemens de la poupée vont .tout 
de travers. Casimir soupire » Julie pleiue . 

Tome Fin. P 

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J7P LES ENPANS. 
Midi sonne dans cet intervalle ; et M. 
tl'OrsaQr vient leur demander s'ils veu- 
lent qu'on leur serve à dîner. Mais qu'a- 
ve£->v<ms donc , leur dit-il ? en les voyant 
tous deux dans la tristesse. 

Ce n^est rieU) mon papa, répondirent 
les enfans. Ils s'essuyèrent les yeux , et 
fiuiviEent'leur père dans la salle à notanger. 
X On servit ce jouD-là plusieurs plats sur 
leur table. Il y avoit même une bouteille 
de vin auprès de chaque couvert. 

Mes enfianS) leur dit M^ d'Orsay, si 
j'avoisi encore quelques droits sur vous, 
je vous défendrois de manger de tous ces 
plats , et sun-tout de boire du vin. Je 
.vons prescrirois au moins de n*en pren- 
dre qu^en très-petite quantitë , parce que 
je sais que le vin et les épiceries sont 
dangereux pour les en&ns» Mais vous 
!^es maintenant vos maîtres , vous pou- 
•vez boire -et' manger suivant votre ca- 
{KÎce. Les enfans né se le laissèrent pas 
•dire deux fois. L'un avaloit de gros mor* 
ceaux de viande sans parn ; l'autlre pre- 
• noit de la sauce i grandes cuillerées, Ih 

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LES BNFANS. 171 
se versoient de pleines rasades de vhif 
qu'ils oublioient de tremper. * 

Mais , mon ami , dit tout bas madame 
d'Orsay à son mari, ils vont en être in- 
commodés. 

Je le crains , ma femme, répondît M. 
d'Orsay. Mais j'aime mieux qu'ils ap- 
prennent une fois à' leurs dépens com- 
bien on se Fait de tort par son ignorance ', 
que si , trop occupés maintenant de leur 
santé y nous leur dérobions le fruit d'une 
importante leçon. 

Madame d'Orsay comprît l'intention 
de son mari^ et elle labsanos étourdis se 
livrer à leur gourmandise. 

On se lève de table. Le ventre des enfans 
«toit tendu comme un tambour , et. leurs 
petites têtes commencèrent à s'échauffer* 

Viens , viens , Julie, s'écria Casimir; 
et il emmena sa soeur avec lui dans le 
jardin. 

M., dl Orsay crut devoir les suivre à la 
piste. 

Il y avoît dans le jardin un petit étangs 

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XJS, LES EKFANS. 

aU bprd de Pëtang. im batelet; Casimir 

eut la fantaisie d'y eiïtrer. 

. Julie l'arrêta. Tu sais bi«n , lui dit- 
elle, que cela nous est dëfeadu. 

Dëfeiidu? rë'pondît Casimir. As-t« 
oublie que nous ne dépendons plus que 
de noHs-mêmes? 

Ah l tii^as raison ^ lut dit Jiilie. Elle 
donna la main à son frère ^ et ils entrè- 
rent tous deux dans le batelet.. 

M. d'Orsay approcha de plus près; 
mais il ne jugea pas à propos de. se dé- 
couvrir. 

Il savoît que P^tang n'éloit pas bien 
'profond. Quand ils y tomberoient, sa 
disoit-il y je n'aurai pas beaucoup do 
peine à les en retirer^ 

Les deux en fans vouloîent détacha* le 
bateau du bord, et te pousser vers le 
miUei¥ de Fétang ; mais ifs ne purent ja- 
f&ais venir à bout de défaire les nœuds 
du cordage qui le retenoit. 
.- Puisque n^us ne poirvons pas navi- 
guer , dit l'écervelé Casimir, il faut du 
mpin» noiu balancer. Aussi-tot ayant 

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^tt^ 2}^r^^ pr&/fi^f f'tMtf/Tîi' /*A^/iiÀ 



g^'i ^MM il rf«^ 



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]fe E s E N P A K S. 173 
encarté ses jamBé* vew les dbiix bords du 
batelet, jl commença à le fa^c pencher 
d'un coté , puk de'^à«t^èv 
. Jjeun tête;' étant nn p^iv einBarrassee , 
ils ne tardèrent pas long- temps à* chan- 
celer' siif' leurs jaiiâal^. Ih se saisirent 
Kuçi l'autre j)0ur^se*retenir*; maïs jflump > 
H^ tpmbèrent ensemble siii'' le l^ord du 
hatelet , ' et du bord- dans rétangi 

: M; jd'Qrsay sertit", prompt: conatne 
IMokir ,,de:PendrÔ4t'OÙil'ëtoit cachd'. II 
$• }jg|rt ààns*r.e^i , saisit de "chax|«e main 
nn de ses. 'téméraires eniansj eé" les ra- 
mena à> là maison demi'iâOFt^ de fràjetir. 
Ils eurent, des- vomipemens violens 
pendant qu'oui leur ôtoit- leurs habits et 
^tt'onles frettoît. Enfin y on les mit cha- 
cun .da^rs un lit bien chaudV Tli éfoiént 
«iccessi Yément dans «un- accablement e t 
dans des convtibibns qui tàfsbiént frémir. 
Ha«e plâigtïoiéni d'un mal dé tête tf- 
iireux ét:de tiraniemens d'entrailles. Ils 
tomboient à chaque instant en foiWesse , 
puisx'^^toient des nausées et des étouf- 
IJernens.- 

Digiti2edby£o*8gIe 



174 I-ÊS ENPANS. 

C'est dans cet ëtat déplorable qu'ils 
passèrent le reste du jotir. Il leur échap- 
poit des sanglots et âes torrens de lar^ 
mes, jusqu'à ce qu'enfin ils s'endormi-' 
rent de lassitude. 

Le lendemain au matin , de bonne 
heure, leiv père entra dans leur cham- 
bre , et leur demanda comment ib 
avoient passe la nuit. 

Pas trop bien , répondîrent-ils l'un et 
l'autre, d'une voix affbiblie : nous nous 
sommes levés très-souvent , et la tête et 
le ventre nous font encore mal. 

Pauvres enfans , leur dit M. d'Orsay , 
que je vous plains! Mais, reprit-il un 
moment après , que ferez^vous aujoar- 
d*hui de votre liberté? vous voiis sou- 
venez qu'elle vous 'appartient encore. 

Oh ! non , non , répondirent- ils tout 
les deux avec précipitation. 

Et pourquoi donc, mes amis? vous 
disiez l'autre jour qu'il étoit si triste de 
faire les volontés des autres^ 

Nous avons été bien corrigés de notre 
(olI<3 répondît Ciisla:iîr. 

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LES ENFANS; 175 
Cest pour long-temps , ajouta Julie. 

M. d'o R s A Y. 

Vous ne voulez doQC plus vous ap- 
partenir ? 

Casimir; 

Non, non, mon papa. Dites "• nous 
plutôt ce que nous avons à faire. 

JULIE. 

Cela vaudra beaucoup mieux pour 
nous. 

M. D* O R s A Y. 

Pensez bien à ce que vous dites : car^ 
si je reprends mun pouvoir, je vous pro- 
viens que j'aurai d'abord quelque chose 
de désagréable à vous ordonner. 

CASIMIR. 

N'importe, mon papa. Nous voilà 
prêts à faire tout ce que vous jugerez à 
propos. 

M. d' o R s A Y. 

"Eb bien ! j'ai ici une poudre jaunêtrd 
qu'on appelle rhubarbe : elle a un mau- 
vais goût ; mais elle est excellente pour 
les personnes qui ont dérangé leur esto- 
mac par des excès. Puisque vous con- 

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Ï76 LES ENFÂWS; M 

sentez âi suivre les orc&es que je voii 
donne , je vous commande de prendr 
*out de suke cette poudre^ Qu'on m'o- 
bëisse. v^i 

Q, A % i m 1 K. pu 

Oui y. oui , mon papet» ^k 

JULIE. ^^ 

Quand ce setoit amer comme du chtf^ ' 
eotih. i! 

M. d'Orsay fit des pîllules qu'if leur' 
présenta. "Les enfàns, sans se tordre liif 
bouche de grimaces , comme ih faisoîènt ^[ 
auparavant , les avalèrent à Penvil'un de ' 
Fautre. Ce remède fit heureusement son " 
effet ; et fts guérirent tous deux*. * 

Lorsqu'on vouloîl dans la suite le» '\ 
menacer d'une- puniti<)n effrayante , on ". 
leur disait ^ Noirs, allons vous donner la 
liberté ; et les enfans trembloieut encore I 
plus de cette menace, que ceux à qui 
Fon diroit : Je vais vous mettre ert prison. 



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LES BUISSONS. 



3 AW^iiiie riente soirée de mai , M. cPO- 
ères ëtok assis avee Armand, son fils, 
iir le penchant d'une colline^ d\>ù il lui 
aîsoit admirer la beauté de la nature , 

itie le soleil conehanf semblait revêtir , 
ans ses adieux , d'unerobe de pourpre^ 
(Is furent distraits de leur douée rêverie y 
par les chants joyeux d'un berger qui ra- 
tnenoit son troupeau bêlant de la prairie 
voisine. Des deux côtes du chemin qu'il 
suivoit y s'ëleVoient dos haussons d'épines , 
et aucune brebis ne s'en approchoit sans 
y laisser quelque dépouille de sa toison. 
r^e jeune Armand entra en colère con- 
tre ces ravisseurs. Voyez-vous, mon papa, 
s'é'cria-t-il , ces buissons qui dérobent 
leur laine aux brebis ? Pourquoi Dieu a- 
t-il fait naître ces méchans arbustes ? ou 
pourquoi les hosomes ne s'accordent-ils 
pa» pour les exterminer ? Si les^ pauvres 
brebis repassent encore dkns le même 
«ndroit^ eUea vont y laisser lé reste do 

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178 LES BUISSONS, 
leurs habits. Mais non , je me lèverai 
demain à la pointe dn jour , je viendrai 
avec ma serpette, etr£lz,ratz , je jeterai 
à bas toutes cei broussailles. Vous vien- 
drez aussi avec moi, mon papa; vous 
porterez votre grand couteau de chasse ; 
et l'expédition sera faite avant l'heure du 
d($jeûner. Nous songerons à ton projet , 
lui répondit M. d'Ogères*. En attendant, 
ne sois pas si injuste envers ces buissons , 
et rappelle-toi ce que nous faisons vers la 
St.-Jean. 

ARMAND. 

Et quoi donc , mon papa ? 

M. D ' O G £ R E s. 

Was-tii pas vu les bergers s'armer de 
grands ciseaux, et dérober aux brebis 
tremblante, non pas des flocons lëgert 
de leur laine , mais toute leur toison ? 

ARMAND. 

Il est vrai , mon papa, parce qii'il<i 
en ont besoin pour se faire des habits. 
Mais les buissons qui les dépouillent par 
pure malice, et sans avoir aucun besoiai 

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LES BUISSONS. X79 
M. d' o o £ a S S. 
Tu ignores à quoi ces dépouilles peu- 
vent leur servir it mais supposons qu'elles 
leur soient inutiles , le seul besoin d'une 
chose est-il un droit pour se l'approprier? 

ARMAND. 

Mon papa, je vous ai entendu dire 
,que les brebis perdent naturelleaient 
leur toison vers ce temps de l'année; 
ainsi il vaut bien mieux la prendre pouc 
notre usage, que de la laisser tomber 
inutilen^ent. 

M. d' O O à R s 8. 

Ta r^flfxipn est juste. .La nature a 
donné à toutes les bêtes leur vêtement ; 
et nous sommes obligés de leur emprun- 
ter le nôtre, si nous ne voulons pas aller 
toutnuds, et rester exposés aux injiu*e9 
cruelles de l'hiver. 

ARMAND. 

Mais le buisson n'a pas besoin de vâ- 
temens. Ainsi , mon papa , jil n'est plus 
question de reculer. Il faut dès demain 
jeter à bas toutes ces épines. Vqus vienr 
ilre? avec mpi , n'est-ce pas ? 

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t8o LES BUÎSSONS. 
fil. B ' o G è a £ 8. 

Je ne demande pas mieux. Allons ^ k 
demain au matin , dès la pointe da jour. 

Armand , qui setîroyoit déjà un h^ros » 
'de la seule îdë« de détruire de son petit 
bras cette légion de voleurs^eut de la peine 
à s'endormir, occupe, comme il étoit , de 
668 victoires du lendemain. A peine les 
chants jo jeux des oiseaux perchés sur les 
arbres voisins de ses fenêtres eurent-ils 
annoncé le retour de l'aurore, quHl se 
hâta d'éveiller son père. M. d'Ogères de 
son c6té , occupé pen de la destnictton des 
buissons , mais charmé de trouver Pocca* 
eion de montrer à son fils les beautés ravis- 
sante du jour naissant , ne fut pas moins 
empressé de sauter de son lit. Ils s'habil- 
lèrent à la hâte , prirent leurs armes , et 
se mirent en chemin pour leur expédition. 
Armand alloît lo premier d'un air de 
triomphe, et M. d'Ogères avoit bien de 
la peine à suivre ses pas. En approchant 
des buissons, ils virent de tous les c^tés 
de petits oiseaux qui alloient et ven oient 
eo voltigeant sur leurs-branches. Douce- 

ccmeut , 

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LES BUISSONS. l8f 

ment, dit M. d'Ogàres à son fils, sus- 
pendons un moment notre vengeance , \ 
de peur de troubler ces innocentes crëa- ' 
turés. Remontons à l'endroit de la col- 
line où nous étions assis hier ait soir, 
pour examiner ce que les oiseaux cher- 
chent sur ces buissons, d'un air si 
affaire. Ils remontèrent la colline , s'as- 
sirent, et regardèrent. Ib virent (^ue les 
oiseaux emportoient dans leur bec les 
flocons de laine que les buissçns avoient . 
accroches la veille aux brebis. Il venoit 
des troupes de fauvettes, de pinsons , de 
linottes et de rossignols , qui s'enricfais- 
soient de ce butin* 

Que veut dire cela, s'ëcria Armand 
tout ëtonnë ? 

Gela veut dire , lui répondit son père , 
que la Providence prend soin des moin- 
dres créatures , et leur fournit toutes sor- 
tes de moyens pour leur bonheur et leiur 
conservation. Tu le vois, les pauvfes oi- 
seaux trouvent ici de quoi tapisser Pha- 
bitation qu'ils forment d'avance poiur 
leurs petits. Ik se préparent un lit bien 
Tome rill. Q , 

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doux p<wir êinc etpoitr lenr jeune fimflTtf* 
Ainsi e0t honttête buisson , contre le- 
quel ta t'émportois hier si lëgèrenaent ^ 
allie les habitans de Pair avec ceux de la 
terre* Il demande an riche son superflu , 
pour donner an pauvre ses besoins* Veux- 
tu venir à pr^senf te détruire ? Que le ciel 
noua en prdsenre ! s'écria Artoand. Tu a* 
rakon^ mon fils, reprit! M. d'Ogères 5 
qu'il fleurisse en paix y puiscju'il fait ds 
ses conquêtes un u€age s» gdnéreuxv 



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JOSEPH. 



Il y avoît à Bordeaux un fou , qu'on 
noinmoît Joseph. .11 ne ^rljoU jamais 
sans avoir ciaq ou six pçrruques entas- 
sëes sur sa tête, et autant de manchot|9 
passés dans chacun de ses br.as. Quoiqi^e 
so^ esprit fût dérangé , il n'étoit point 
inéchant , et il falloit le harceler long- 
temps pour le mettre en. colère. Lorsqu'il 
passoit dans les rues, ij. ^rtoit de toutes 
les maisons de petits garçons xualicieux . 
qui le suivoient en criant ; Josiept ! Jor 
aeph ! combien veux-Ui vendre tes man- 
chons et tes perruques? IL y en evoit 
naême d'assez mdchans.pour loi jeter àea 
pierres. Joseph supportoit ordinairement 
4avec douceur toutes ces insultes : cepen^ 
dant il ëtoit quelquefois si tourmenté , 
<|u'il entroit en foreur > pi^oit des cail- 
loux ou des poignées de boue., et les je^ 
l^oit aux polissons. 

Ce combat se livra un jour devant la 
liaison de M, Desprez, Le bruit l'attira 
i^ U^ fenêtre. Il vit ^ec douleur que son 

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l84 JOSEPH, 

fils Henri dtoit engage dans la mêlée. A 
peine s'en fiit-il apperçu , qu'il referma 
' la croisée , et passa dans une autre pièce 
de son appartement. 

Lorsqrfon se mit à table , M. Desprez 
dit à son fils : Quel étoit cet homme après 
■ qui tu courois en poussant des cris ? 

HENRI. 

Voiis le connoissez bien , mon papa ; 
c'est le fou qu'on appelle Joseph. 

M. DESPREZ. 

Le pauvre homme ! qui peut lui avoir 
causé ce malheur ? 

HENRI. 
On dit que c'est un procès pour un 
riche héritage. Il a eu tant de chagrin 
de le perdre , qu'il en a perdu aussi 
l'esprit. 

H. D^E S P R E Z. 
Si tu Pavois connu au moment oi^ il 
fiit dépouille de cet héritage , et qu'il 
t'eût dit les larmes aux yeu^ : « Mon 
cher Henri , je suis bien malheureux ; 
on vient de m'enlever un héritage dont 
)e jouissois paisiblement. Tous mes biem 

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1 o s E P H. l85 

ont été consumés par les jErais de la pro-^ 
cëdure ; je n'^i plus ni maison de cam-» 
pagne ni maison à la ville ^ il ne mo 
reste rien ». Es^-ce qjue tui tç seroi^ mo-« 
q\ié de lui ? 

^ JK N R I. 
Dieu mîen préserve ! Qui peut être 
assez mëchant poyr se. moquer d\ia 
homoie malhe^reux ? JPaurois bien plu-« 
tôt cherché à le consoler. 

M.: p £ 8 P R £ ^. 
£st-U plus heureux îjLujourd'hui qu'il Vk 
• aussi perdu Pesprit ? 

H ]Ç N R Iv 

Au contraire , il est bien à plailidre. 

M. B £ s ? E £ z. 
Et cependant aujourd'hui tu insultes, 
^. et tu jettes des pierres à un malheureux y 
que tu aurois cherché à consoler lorsqu'il, 
^toit beaucoup Qioins à, plaindre. 

fi H E N R I. 

^ Mon cher papa , j'ai mal fait , pardon-i. 
^ uez-le-moi: 

^j^ M. D E s P R B z. 

l Je veux bipn te pardonne^, pourvur^ 

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iSfi J O s E P H. 

que tu t'en repeoles. Mais mon par^o» 
ne suffit pas ; il y a qtieïqtt'iw à qui tu. 
dois encore le demander. 

H B s R I. 

Cest apparenmient Joseph^ 
M. i) E S P R E z- 
Et pourquoi donc Joseph ? 

H £ N R î' 
Parce que je l'ai offensé. 

M. D E s P R K Z- 
Si Joseph avoit conserve son bon- 
sens , c'est bien à liii q«e tu devrois de-^ 
mander pardon de ton offense. Mais , 
comme il n'est pas en état de compren- 
dre ce que tu lui demanderois par ton 
pardon , il est inutile de t'adresser à lui. 
Tu crois cependant qu'on est obligé 
de demander pardon à ceux que l'on a. 

^Sensés ?' 

H E N R Iw 

Vous me l'avex appris , mon p«q)»., 

M. D B s p R E Z.. 

Et sais-tu qui nous a commande d'à-- 
\Qk de U jjitie' gour Jes malheureux J' 

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J O s E F ff* 187 

H Ë. N R X. 

Cest Dieu. 

m. D B *s P R K z. 

Cependant tu n'as pas moiitce de pilîé 
poiu* le pauvre Joseph ; aacoQtmirc , tu 
as augmeBteson malhauf par tes insultes. 
Crois*tu qi^e cette conduite n'ait pas oi- 
fcAsé Dieu? 

H £ N R !.. 

,. Oui y je le reconnois y et jç Veux lui 
«n demander, patiian ce suir dans axa 
prière. 

Henri tint sa parole j il se repentit dfr 
samecbancetd> et il en denaanda le soir 
pardon à Dieu du fond' de son cœur. Et 
non seulement il laissa J^oseph tranquille 
pendant t^uelques semaines y, mais il em- 
pêcha^ aussi quelque^^una de. sea eanm-* 
sades^ de l'insulter.. 

Malgré ses: belle^^ râolùtions ).il lui 
surriva im jour de se meienâan^-laiWlei 
des pplidsona qui l^ poussuivoient:. Ge^ 
n'étoit^ à la vërité^^ q^ par un» pure 
curiosité » et seuleJaaent pour voir Tev 
niches, qu'on faisoit à ce pauvre homme* 

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l88 J o s £ P H. 

De temps en temps il lui ^chappôit dé 
crier comme les autres : Joseph! Joseph ! 
peu à peu il se trouva le premier de la 
bande ; en soBte que Jos^h ,, impatienté 
de toutes ces huées » s'étant retourne tout- 
à-coup ^ et ayant ramassd une grosse 
pierre , la lui jeta avec tant de roideur , 
qu'elle lui frôla la joue > et lui emporta 
un bout d'oreillfe. 

Henri rentra chez son père tout en-. 
fliànglantë \ et jetant de hauts cris. C'est 
une juste pimition de Dieu ,. lui dit 
M. Desprez. Mais ,. lui rdpondit Henri ^ 
J)ourquoi ai-je ëtë tout seul si maltraité ^ 
tandis que mes camarades , qui lui fai— 
soient beaucoup" pKis de malices, n'ont 
pas ëtë punis ? Gela vient , lui répliqua 
son père, de ce que tu connoissois mieux 
que les autres le mal que tu faisois y et 
que par conséquent ton offense étoit plus 
criminelle. Il est juste qu'un enfant, ins^ 
truit des ordres de Dieu et de ceux de 
son père , soit doublement puni , lors^. 
qu'il a l'indigfuté de les enfreindra. 

FIN DU TOWE HUITIÈME, 

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TABLE 



X T 



MORALITÉS 

DU TOME HUITIÈME. 



Li Pags, drame. ; ••.•.; • page S 

Xi'oRGVETL humain ne pardonne la grandeur 
que quand elle est accompagnée de modestie; 
Tenvie n'excuse la richesse que lorsqu'elle est 
suivie de la bienfaisance. 

LS LVTR DB %A MOUTAGiri. ..... 64 

Après de longs voyages , de grandes infor- 
tunes , ou des erreurs funestes , qu'il est d-oax 
de reposer sa tète sur le sein d'une épouse ché- 
rie! Une petite ferme animée par ses seins , 
des enfans heui^euz par sa tendresse , la ^erto 
pelouse d'une montagne y d'où l'œil s'égare sur 
un paysage agreste ; avec la tranquillité de la 

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î§f«r TABLE. 

«Oflseienee et le repos des sois : voilà les rraia 
biefiâ.t 

George et CicitE • .... 86 

La petits 7ILLE A l|OV8T ACRES 97 

VlvcEVDiE f drajjie lo^ 

X0 l)iea qa*on Uit ««< malh^nxenz , 
Porte avec soi s« récompeni«. 

< AonuBca de la GAVy&irt »S Sx&oz£ij roman 
de &j(9HAVLT-WAaiH. ; 

Li Ss«iv ..... tf 248 

Lfi négligence touche quelquefois à l'inhu- 
manité I et produit les mêmes résultats. C'est 
ninsi qu'un léger défaut est pn quelque ma- 
nière ie premier anneau d'une ehalne qui se 
termine, par le crime. 

Lss EvrAVf QUI veulent se gowih- 
iri*. <»*«. x6i 

Emblème instrnctif et juste du délire , qui , 
à qddques époques « et sur-tout récemment, 
«'est emparé des peuples j nous avons vu le 
maçon quitter la truelle pour prendre la plu- 
me f le cordonnier abandonner son tranchct 
pour revêtir l'écharpey le marchand déserter 
ia boutique poureonrijr dans un chib» Toute 

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