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Full text of "Œuvres complètes de Fléchier"

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(ŒUVRES 

COMPLÈTES 

DE FLÉCHIER. 



VII. 



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PABIS. — IMfRIMBRIB IXB CA8IMIB , RCB DB L4 TIEILLE-MOHNOIB , M I!k. 




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OEUVRES 



COMPLETES 



DE FLÉCHIER 



TOME SEPTIÈME. 
VIE DU CARDINAL XIMENÈS. 




PARIS, 

BOISTE FILS aîné, BERQUET, DUFOUR ET C"- 



1827 



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■/ 



5I 3(^CT19.1f)|)] 

., OFOaFUHD Si 




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AVERTISSEMENT 

DE L'AUTEUR. 



Il y a quelques années que je composai l'histoire 
du cardinal Ximenès^ dans un temps où^ n'étant 
chargé que de ma propre conduite^ je n'ayois à 
rendre compte de mes études et de mon loisir 
qu'à moi-même. Un religieux de l'ordre de Saint- 
François, que je n'avois jamais connu, voulut 
sans doute m'en inspirer la pensée en me remet- 
tant, au sdrtilr d'un sermon, des mémoires entre 
les mains, sans que j'aie su dépuis ni ce qu'il 
désiroit de moi ni ce qu'il étoit devenu. Cet 
écrit, qui coniènoit l'éloge du cardinal et le ré- 
cit de ses principales actions, excita ma curiosité. 
La connoissance fit croître l'estime; je m'affection- 
nai, sans y penser, à sa réputation et à sa gloire; 
et je me déterminai à écrire sa, vie d'autant plus 
volontiers que j'y trouvai partout des vertus 
sublimés et édrGsàfites. 

Le pHhcipàl historien que j'ai suivi , c'est Al- 



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n 



a • AVERTISSEMENT 

varGoiuès de Castro, Espagnol, né dans le bourg 
de Sainte-Eulalie près de Tolède, élevé dans l'u- 
niversité d'Alcala-de-Henarès, ver^é dans les 
langues grecque et latine^ et dans toute sorte de 
sciences humaineB. Qès $a. jeunesse il eut dessein 
d'écrire l'histoire du cardinal Ximenés. Ce n'é- 
toit ni par ambition, ni |5f«ir intérêt, mais par une 
inclination naturelle et par un louable désir de 
recueillît des actions^ dont la o^émoire étoii «n^ 
core fraicbe el luéritoit d'être éternelle. Comme 
il ré3id6lt x]técessaireaieutâ.Alcala, où il profe$^ 
spit les belles-'lettresi et qu'il avoit ^eiae à trou- 
ver les instructions convenablei à son dc^eiD,^ 
Berxm^di^ de S2ai4oval> théologal de l'église de 
Tolède^ homme riche , savait e4 libéral , l'appela 
9,ijprès de l«i, et le fil professeur ée xhétoriijue 
dja^s un collège qu'il venoit de fonder à ses dé- 
pçifs dasts cette ville archiépiscopale. 

Ce Fut là qu'il trouva tout le secours qu'il pou* 
vQÎt. souhaiter;, et que l'université d'Aloala te 
chargea de travailler eu son. nom à l'histoire de 
Ximenés, son fondateur^ pour laisser aux siècles 
avenir un monument précieux et durable de sa 
véni^ration. et de sa recounoissance. Jean.YergarHi 
qui avoit été secrétaire du car4iiial> et qui M^oit 
les particularités les plus sççrçtf^ de sa vie, se fit 



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DE l'auteur. • i 

un plaisir de fournir à Gomés la relation qu'il en 
avoit commencée, et les mémoires qu'il avoît ra- 
massés pour la ootitinûer. Diego Lopés Ayala^ 
nourri dam la maieon de Ximenès dès son enran- 
ce y et depuis employé dans ses plus importantes 
aiFaires, lui communiqua une infinité d'instruc^ 
lions et de dépêches qui contenoient les conven- 
tions et les triiités de son maître avec Ferdinand , 
pour l'expédition d'Afrique, et ses négociations 
différentes auprès du roi Charles, où Ton voyoît 
les projetsf^ les conseils et les sentimens de ce grand 
homme» 

On lui envoya le commentaire de Vallejo, cha^ 
noine de Siguença, qui avoit été maître de charnu 
bre du cardinal , écrit avec soin , mais qui n'alloit 
pas au'-delà de l'arrivée du roi Philippe P' en 
Espagne. On lui remit un manuscrit de Ffôrian 
Ocampo, historiographe des rois catholiques,* qui 
avoit entrepris aussi d'écrire la vie de Ximenès. 
L'université lui prêta les papiers dont elle aVôît 
héritéi et quelques |>ersonnes d'esprit, qui s'é- 
toient trouvées dans la confidence de ce ministre 
lorsqu'il gouverïK>ît le royaume, dans les conver- 
sations particnliêres qu'ils eurent avec Gomès, 
lut racootèrmit plusieurs choses- dmit il s*est ser- 
vi, et beaticoup d'autres qu'il faMeit t«lire par 



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6 AV£RTISS£MEKT 

iroduisit bientôt à la cour par son esprit et par 
ses manières honnêtes et officieuses. Il porta les 
armes dans les guerres contre les Maures. Après la 
prise de Grenade^ il changea d'état et fut élu 
doyen de la nouvelle métropole qu'on y fonda, 

La connoissance parfaite qu'il avoit d^ la lan- 
gue latine, et la facilité avec laquelle il écrtvoit 
en vers et en prose lui attirèrent l'estime de la 
reine et des courtisans. Le cardinal de Mendoza 
l'engagea, par ordre de cette princesse, à faire 
des leçons de belles-lettres aux jeunes seigneurs de 
la cour. Ferdinand l'envoya peu de temps après 
en Egypte , où il apaisa la colère du soudan qui 
menaooit de venger sur les chrétiens l'injure qu'il 
prétendoit qu'on avoit faite à sa religion, en dé- 
truisant l'empire des Maures. Depuis l'heureux 
succès de cette ambassade, il fut regardé en Espa- 
gne comme un homme non-seulement agréable, 
mais encore utile. Son assiduité auprès des rois, 
ses correspondances avec les plus grands seigneurs 
el les plus illustres prélats d'Espagne ou d'Italie, 
et son esprit curieux et politique lui donnèrent 
l'envie et les moyens de composer un volume de 
lettres qui contiennent l'histoire de son temps. 
Ces lettres furent imprimées à Alcala, il y a plus 
de cent soixante ans; et Daniel Elzevir en fit, il 



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DE L AUTEUR. 7 

y a vingt ans^ une nonvelte édition siA* un exMOH 
plaire que M. de Lamoignon , premier présideiit 
du parlement de Paris , lui avoit fourni. Je ne dois 
pas oublier ici les secours que j'ai reçils de M, Jeftn- 
Baptiste Boisot , abbé de Saint-Yiificenl de Beaan^ 
çon, qui a bien voulu tirer de son trésor, c'est* 
à-dire des manuscrits du cardinal de Grandvelle, 
quelques lettres originales de Chartes d*!Autriche , 
alors roi d'Espagne, au cardina! Ximenès, qui 
m'ont servi pour l'ëclaircissemeirt de quelques 
points dé cette histoire, surtout pour les change- 
inens qu'on fit dans la maison de Ferdinand son 
cadet. 

Au reste ^ si dans la conversion des^ Maures, 
dans l'institution ât9 milices des villes , et dans 
d'autres endroits de cet ouvrage , il y a quelque 
chose qui ait rapport à ce qui se pratique aujour- 
d'hui; ce n'est pas mon dessein d'ajuster, par des 
applications ingénieuses, les événemens passés à 
ceux de ce siècle;, ni de peindre sous des formes 
antiques les images de notre temps. Qui ne sait 
que dans les révolutions du monde les mêmes 
scènes se représentent plusieurs fois; qu'il n'y a 
rien qui ne se renouvelle sous le soleil ; que la po- 
litique a des maximes qu'elle quitte et qu'elle re- 
prend selon les besoins; et qu'il y a des ressem- 



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8 AVERTISSEMENT DE L AUTEUR. 

Uances d'affaires que le hasard ou de pareilles 
conjonctures reproduisent de siècle en siècle? J'ai 
rfipporté les faits comme les auteurs que je cite 
les ont écrits , sans prétendre marquer aucune 
circonstance du règne de Louis le Grand, dkns 
celui de Ferdinand et d'Isabelle. 

Si j'ai donné à ces derniers et à deux de leurs 
successeurs le titre de Majestés, quoiqu'on ne les 
traitât alors que d'Âltesses, j'ai cru que je pou- 
vois en cela m'accopimoder à nos usages en fa- 
veur de la plus grande partie de mes .lecteurs 
qui n'entrent pas dans ces différences de temps , 
et qui aimeront mieux que je donne à ces rois une 
qualité qu'ils n'avoient pas encore, que si je leur 
laissois celle que les rois d'aujourd'hui n'ont plus. 



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HISTOIRE 



DU 



CARDINAL XIMENÈS. 



— ■•>•»•■•••• » •■•>•>••••»••••»•••> — • — • — •■ 



LIVRE PREMIER. 



— '^ " ' — 

L'histoire du cardinal Ximenès, que j'ai dessein 
d'écrire, contient des exemples qui peuvent la ren- 
dre utile , et des événemens qui peuvent la rendre 
agréable. On verra , dans la relation de sa vie , un 
homme que la Providence de Dieu élçve insensible- 
ment, et qui, par ses vertus différentes, peut servir 
de modèle aux différentes conditions où il se trouve : 
un religieux fidèle à sa vocation, occupé des règles 
et des obligations de son état, régulier dans les ob- 
servances communes, austère dans sa conduite par- 
ticulière, ennemi des relâcheméns qui s'introduisent 
dans les cloîtres , et séparé du monde , plus par son 
cœur et par son esprit , que par sa retraite ; un ar- 
chevêque que l'innocence Qi l'intégrité de ses mœurs, 
sa vigilance pastorale , son zèle pour la discipline 
ecclésiastique , sa charité libérale envers les pauvres , 
rendent vénérable, non-seulement à l'Espagne, mais 
encore à toute l'Église -, un ministre d'état d'un génie 



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10 HISTOIRE DU CARB. XIMENÈS, 

actif, pénétrant, élevé, qui n'a d'autre vue, dans ses 
conseils ni dans ses actions , que la félicité publique , 
qui travaille sans relâche et sans intérêt à l'agrandis- 
sement de la monarchie qu'il gouverpe, qi», par des 
principes dTîonneur et de religion s'élevant au-des- 
sus de sa condition et de son âge , va faire en Afrique , 
à ses dépens, une guerre sainte, et qui , malgré les 
jalousies et les inimitiés des grands, entretient l'ordre 
et la paix dans le royaume, et fait valoir l'autorité'; 
pour faire régner la justice. 

La grandeur et la variété des événemens accom- 
pagneiVt ces gr^ds exemples. Les accroissemens de 
la monarchie d'Eâpagne par les conquêtes et par 
la politique de Ferdinand; l'entière réduction des 
Maures devenus chrétiens ou châtiés de leurs ré- 
voltes; les troubles et les contestations de droit que 
cause la mort de la reine Isabelle ; les mouvemens 
que produit la mésintelligence du roi Ferdinand et 
de l'archiduc Philippe son gendre ; une régence dif- 
ficile et tumultueuse sous une reine foible d'esprit, 
incapable de gouverner , et sous un prince encore 
enfant élevé dans nue cour étrangère, ont fourni de 
matière à la capacité ^ à la prudence , et au courage 
du cardinal Ximenès, comme nous ferons voir dans 
la suite de son histoire. 



Don François Ximenès de Cisnéros naquit à Tor- 
delaguna (an 1437), petite ville d'Espagne, sous le 
règne de Jean II de ce nom. Son père s'appeloit 



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LIVRE PMEMIEB. II 

Alphoiiâe Ximenès deCisnëros, et sa mère dona Ma- 
rina de la Torre. Quelques «uns ont voulu' le Êiire 
descendre de ce comte Rodrigue de Gisnëros , qui, par 
sa prudence et par son courage, sauva la vie au roi 
.Alphonse YI , dans une bataille qu'il donnoit contre 
les Maures, et reçut dans la suite toutes les marques 
de r6(5onn(HS8aace que mëritoit un si grand service. 
D'autres ont cru lui £ûre plus d'honneur, en ëcrivant 
qu'il avoit acquis le premier titre de noblesse à sa 
famille-, qu'avant lui il n'y aToit en d'autre charge 
dans sa maison que celle de collecteur des décimes, 
que son père avait exercée, et qu'il ne devoit qu'à 
sa propre vertu le rang où il s'étcHt élevé. 

Il est certain pourtant que la maison de Ximenès 
étoit noble ^ établie depuis long*temps à Gisnéros 
dans le royaume de Léon. £Ue étoit alHée à la plus 
grande partie de la noblesse du pays; et quoique 
l'histoire ne marque pas son origine, elle fait men- 
tion de don Gonzalès Ximenès de Gisnéros , sur^ 
nommé le B<m, un des plus renommés chevaliers 
de son temps. On voit encore son tombeau dans une 
chapelle de ^otre-Dame près de la ville , et au-dessus 
son éctts$ouL chargé de quinze échiquiers qui sont 
les armes de la maison , avec une band^ à l'entour , 
qui est la marque d'un ordre de chevalerie que le roi 
Âlphotise XI avoit institué pour les gentilshommes 
de son royaume, qui, par leurs charges ou par leurs 
services, auroient mérité cette distinction. 

De ce Gonzalès,. descendoit de père ^n fils Al- 
phonse Ximenès de Cîenéros , homme ^une grande 



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12 HISTOIRE DU GARD. XIMENES, 

probité/ doiit la fortune fut renversée, et qui n'eut 
d autre ^bonheur en sa vie que celui d'avoir eu pour 
fils le cardinal dont nous écrivons l'histoire ; car ayant 
perdu son père dans son en&nce , et don Garcias 
son aîné s'étant emparé de tout l'héritage de la fa* 
mille, il demeura sans biens et sans protection, iet 
fut réduit à chercherles moyens de subsister par son 
industrie. Comme c'étoit un esprit doux quin'avoit 
aucune inclination pour les armes , il résolut d'aller 
faire ses études à Salamanque , et de se rendre habile 
dans le droitcivil. Mais , soit qu'il ne sentit pas en lui 
de disposition pour y réussir, soit qu'il ne crût pas 
pouvoir avancer par là -ses affaires , il obtint , par 
l'entremise de quelques-uns de ses amis, une com- 
mission sur la levée des décimes que les souverains 
pontifes avoient accordées aux rois d'Espagne durant 
les guerres de Grenade. 

Comme son emploi l'obligeoit à demeurer à Tor- 
delaguna, il y devint amoureux d'une fille qui avoit 
de la naissance, de la sagesse et la beauté, mais qui 
n avoit point de bien, ce qui, dans l'état où il se 
trouvoit, lui auroit été très -nécessaire. 11 fut touché 
pourtant du mérite de la personne, et il l'épousa. ' 
Elle étoit fille d'un chevalier de l'ordre de Saint - 
Jacques , de l'ancienne maison de la Torre, dont on 
rapporte ainsi l'origine. Un jeune cavalier , sorti de 
la contrée de Yaldecuna pour s'attacher au service 
du roi don Ramire, s'étoit signalé dans les guerres 
contre les Maures, et s'élevoit dans les emplois que 
sa valeur et sa réputation avoient mérités, lorsque 



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LIVRE PREl^IER. l3 

par ua accident imprévu il vit sa fortune renversée.- 
11 eut querelle, avec un seigneur de la cour que le roi 
aimoit , il se battit avec lui , et malheureusement il le 
tua.: Il fut obUgë de se retirer du royaume pour évi- 
ter la colère du prince ^ ses biens furent confisqués 
et tous ses amis eurent part à sa mauvaise fortune. 
Le roi, quelque temps après, mit le siège devant 
Madrid, résolu de prendre cette ville. Il y trouva 
plus de résistance qu'il n'avoit cru , et quoiqu'il fit 
donner plusieurs assauts , il fut toujours repoussé , et 
perdit Fespéraitce d'en venir à bout. 

L'occasion parut favorable au cavalier fugitif. 11 
assembla ses parens et ses amis ,' et fit dire au roi qu'il 
avoit un regret extrême de lui avoir déplu -, qu'il en 
étoit assez puni par l'exil et par le malheur qu'il avoit 
de ne pouvoir l'accompagner dans ses conquêtes) 
qu'il le supplioit de lui permettre de venir combattre 
sous ses yeux, et de lui donner lieu de mériter par 
ses services la grâce qu'il lui demanKioit. Ce prince , 
chagriadu mauvais succès de son entreprisé , répon- 
dit qu'il n'avoit pas besoin de tels secours , et quHlf ne 
feroit point de grâce qu'il ne fût entré dans Madrid. 
Le cavalier connoissant L'indignation du roi se ren^ 
dit secrètement dans le camp avec deux doses frères, 
et ayant gagné quelques officiew et plusieurs soldats 
qui s'engagèrent .k le suivre, il leur proposa d'atta- 
quer une tour qui pouvoit faciliter la prise' de^ la 
place. 

Don Ramire .&iaoit donner un dernier assaut , et 
ses tiroupes. étoient entièremei^ rebutées , lorsque ces 



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x4 HISTOIRE DU CARD. XIMENÈS, 

aventuriers firent leur attaque avec tant de résolu^ 
lion, qu'ils emportèrent la tour^ et envoyèrent prier 
le r^i de les faire soutenir. U le fit , et Farinée ayant 
repris courage , la ville fut prise le même jour, et k& 
Maures qui la défendoient , ou fûts esdaves ^ ou pas^ 
sëfi au fil de T^pëe. Le roi étonné d'un succès si peu 
attendu accorda la grâce au cavalier, et lui donna 
ppur armes , en mémoire d*une si belle action , une 
tour en champ d'azur avec deux lions aux côtés , en 
&veur des deux frère& qui l'avoient suivi, et qui 
avoient fait en cette occasion des exploits extraordi- 
naires. Ses descendans prirent le nom de làTorre, 
et l'un d'eux s'établit à Tordelaguiia-, et s'allia avec 
les principales maisons de cette contrée. C'est de cette 
branche qu'est venue Marina de la Tbrré, mère du 
cardinal Ximenès. 

Mais il faut chercher en lui la vertu plutôt que les 
prérogatives de la naissance. Ses parens le destinèrent 
à l'Église , si Dieu lui £iisoit grâce de ly appeler. Ils 
lui donnèrent le nom de Gonzalès à son baptême, 
pour faire revivre en lui la mémoire de celui d'entre 
leui^ aïeux qu'ils regardoient comme la source de 
leur maison. Mais, étant depuis entré dans Tordre de 
saint françois, il prit le nom de son fondateur , dont 
il s'étoit proposé d'iviiter la yie pauvre et pénitente. 
Ils le firent élever honorablement et chrétiennement, 
et l'envoyèrent à Âlcala-de-Benanès , pour y &ir6 ses 
premières études sous des maîtres qui étoient estimféts 
très * habUes* De là il passa à Salamanque où il ap- 
prit le droit civil et caatiNiique avec beaucoup d'ap- 



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LIVRE PREMIER. |6 

plicatîon, et renseigna peu de temps après en par- 
ticulier, soulageant son père des dépenses qu'il &isoit 
pour lui, et subsistant .{^ar la récompense de fion 
travail. Comme il étoiA porté par son inclination à 
Tétude des sciences « et particulièrement des lettres 
divines, il y dounoit tout le temps qu'il pouvoit dé- 
rober aux leçons de droit. 11 fit même son cours de 
théologie sous le professeur Roa, un des plusfuneux 
docteurs de son temps. 

Après qu'il eut achevé ses études , il retourna chea^ 
sKHï père» et de peur de lui être à charge, il résolut 
d'aller à Borne, et d'éprouver s'il pourroôl être plus 
heureux dams cette cour ecclésiastique. Mais il fut 
volé deux fois en chemin, et la inécessité l'obligea de 
s'arrêter à Aix en Provence, n^ayaut pas de quoi con- 
tinuer son voyage. Comme il «étoit dans cette aiBic* 
tion, un de ses amts, nommé Brunet, qui avoit été 
écolier avec lui à Saiamanque^ et qui alloit à Rome 
aussi bien que lui, fut informé de son malheur, l'as-* 
sista dans tous ses bej^ns, et voidut qu'ils fissent le 
voyage eusemblew Ximenès exerça quelque temps 
dans cette ville l'ofiice d^avocat consistorial. Mais 
lorsqu'il commeoçoit k être conuu et à jeter les fou*- 
démens 4e sa fortune, il apprit la mort de son père, 
et ^considérant la douleur où seroient sa mère et ses 
frères et le mauvais état des affaires de sa maison ^ 
il se disposa à retourner en Espagne pour les assifr* 
ter. Avant que <k partir il obtînt du pape un bref, 
en vertu duquel il pût se mettre en possession du 
premier faënéfioe quivaqueroiten-son pays. L'usage 



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l6 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS^ 

de ces temps-là avoit établi ces sortes de provisions, 
qu'on appeloit grâces expectatives. 

A peine fut-il arrivé, qjae rarchiprétre d'Ucéda 
mourut, n se mit incontinent en possession de ce 
bénéfice, le revenu n'en étoit pas grand, mais la ju- 
ridiction en étoit considérable et s'étendoit sur Tor- 
delaguna, lieu de sa naissance-, ainsi il compta pour 
beaucoup la commodité d'être établi dan^ son voi- 
sinage, et Thonneur d'être le maître en son pays. 
Cette Êiçon d'entrer dans les bénéfices déplaîsoit aux 
évêques , parce qu'elle diminuoit leur autorité , et 
qu'elle entreprenoit sur leurs droits : aussi ils s'y 
opposoient de toute leur force , et il étoit difficile de 
s'y maintenir, quand on s'y étoit introduit par celte 
voie. Don Alphonse Garillo , alors archevêque de 
Tolède , avoit d'abord pourvu un de ses aumôniers 
de ce bénéfice, et fut bien surpris d'apprendre que 
Ximenès de Cisnéros en avoit déjà pris possession , 
en vertu d'un droit qui lui étoit odieux. 11 résolut 
non-seulement de le déposséder , mais encore de le 
punir. Il le fit prendre et renfermer dans une tour 
du château d'Ucéda , espérant que les ennuis de la 
prison et les mauvais traitemens qu'on lui feroit, 
l'obligeroient , comme plusieurs autres, à lui céder 
ce bénéfice. On remarqua qu'il mit depuis dans cette 
même tour, dont il avoit eu le temps d'observer les 
fortifications et la situation avantageuse, l'argent 
qu'il avoit destiné pour son expédition d' Afrique. 

Ce fut là qu'il reçut du ciel les premiers présages 
desa grandeur ; car uti prêtre de la ville qu'on tenoit 



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^ LIVRE PREMIER. f^ 

prisonnier dans la même tour, le voyant tmste et 
abattu, le consola autant quMr put, et lui dit ceé 
paroles : Ne vous affligez pas, mon fils; car, dans ce 
même lieu où vous êtes aujourdliui enferihé, le'ré- 
vërendissime seigneur don JuaijL de G^reziirfa ,' frère 
du grand connétable de Castille Âlvaire de Lunâ^ Ib 
fat encore pins étroitement que votïS-, mais ati.«oi«lii? 
de cette prison, il devint archevêque de Tolède y €t 
une si agréable fortune lui fit oublier ^^espettn'es pas- 
sées. Votre visage, votre air, et tout ce ^ue je vois 
eii Vous me fait juger qu'ail pourra vous en arriver de 
même. Ximeûès remercia ce bon prêtre , et lur ré-*, 
pondit avec beaucoup de modestie : Mon père, des 
commenqemehs comme ceux-ci ne in^ promettent 
pas une fin aussi heureuse que celle-là. ..-: 

L*archevêqùe lui faisoit proposer de ^temps ent 
temps s'il vouloit céder son droit; mais le trouvaat 
inflexible , il le fit transférer de la tour d'Ucédaàla 
conciergerie dé Santorcaz , où Ton mettoit ordinal-? 
rement les prêtres vicieux ou rebelles du diocèse de 
Tolède- Xlmenès y demeura quelque temps^ adou- 
cissant le$ chagrins de sa disgrâce par la lecture etl^ 
méditation de l'Écriture sainte v jusqu'à ce qu^ l'arr 
chévêque , ayant perdu toute espérance de le réduire 
à sa volonté, le fit élargir à la prière de là cdmtesae 
de Buendia sa nièce. 11 se soutint de la sorte jfUS^U^A 
la fin , et- ne voulut plus entendre à aucun accpmmch 
dement durant sa^ prison. Mais, quand il fut en liberté 
et paisible possesseur du bénéfice, il le;,pen|iù):^ 
avec la grande chapellénie de l'église de Siguença , 



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jQ HISTOIRE DU GAni>. :JHMENÈS, 

et ae rovùxd pHiaétriç exposé à la colère d un pré* 
hiqvA étoH naturellement séyère^ et qui ne paroîs- 
3ml paa e«icore apaise. 

]1^ tetira doaç à Siguença» où il mena Uae vie 
si i^ge e^ A réglée , qu U se fit aimer de tous tes gens 
de bien et detout les.savans de ces quartiers- là. Il 
eut surtout de ^andes liaisons avec Jean Lopès de 
Médinalariohidiacre d'Alinaç»), homme d'une grande 
piété et d'une pradenœ coinsommée, et le porta par 
ses conseils à fonder Tuniversâté de Siguença ; mon* 
trant par avance l-incHnatioB; qu'il avoit pour les 
lettrés, et le soin qu'il en prendroit, quand son pou- 
vmr jrépondroit à ses bonnes intentions. Car ce iîit 
par ses exhortations et par ses exemples que seré** 
pandit de son temps on esprit de protection et. de 
Kbérajôté potir les' lettres , et une émulation à Jfonder 
des 'universités en Espagne v la Providaice divine 
^ulant chasser de cette région k barbarie et l'igno- 
rance que les Maures y avoient depuis si tong-te9ips 
entratenios. 

- 11 s'attacha à siervir sa prébende^ et bornant là 
tous se$ désirs , il apprit la langue hâiraïqué et s'a- 
dMna entièrement à l'étude de la théolpgie. Illui 
pvit alors un si grand dégoût de toutes les autres 
conhoissances qu'il avoit acquises, qu'il disoit $ou- 
^ei^t k ses amis qu'il eût volontiers donné tout ce 
qu'il avoit appris du droit, pour l'éclaircissemeat 
dW passage, de l'Écriture. Cette science, pourtant, 
-nëltii fht pas inutile dans l'emploi où il fut bientôt 
appelé. Bon Pedro Gonçalès de Mendoza, alors évé' 



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tlYUE PREHIEK. I9 

qi]£ de Siguenca et cardinal , ayant reconnu em pla* 
sieurs rencontres la sagesse et la capacité de Xime* 
nés , le choisit pour son grand-vicaire, et lui donna 
Tinteadance de son diocèse. U se conduisit dans cet 
emploi avec tant de prudence , de justice et de dés- 
intéressement, que ce prélat prit en lui une entière 
confiance 9 et lui donna quelques b^éfices. Sa répiH 
tation {ht si grande , que le comte de Gifuentes ayant 
été pris par les Maures près de Malaga (an i483 ) , 
après un combat opiniâtre , lenvoya prier de vou- 
loir bien, durant sa captivité, gouverner sa maison , 
et jdispoçer, selon sa prudence, d^ grands liieiis qu'il 
avoât dan3 le ressort de l'évéché de Siguença. 

IMbis au milieu de tant d'avantages que son mérite 
lui attiroit) ou que le crédit du cardinal lui pouvoit 
£iire espérer, il renonça à toute sorte d'ambition. 
L'embarras des affaires et le bruit du inonde lui de* 
vinrent insupportables. Son esprit accoutumé à l'é*- 
tude et à la prière ne pouvoit s'abaisser à des ocça* 
pations tumultueuses et souvent frivoles. 11 soupiroit 
sans cesse après la retraite , et cberchoit les moyens 
de rompre ses engagemens avec quelque bienséance. 
Dans cette agitation de pensées, il résolut de quitter 
le monde et de se retirer dans quelque ordre reli- 
gieux. U communiqua son dessein à quelques-uns 
de s<es amis qui essayèrent de l'en détourner ^ mais 
après avoir ouï ses raisons, ils s'y rendirent, et re- 
connurent que sa vocation venoit de Dieu. Ils lui 
conseillèrent seulement de laisser quelqu'un de ses 
bénéfices à son dernier frère nommé Bernardin. Ce- 



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20 HISTOIRE DU GARD. XIMENES, 

toit \m jeune homme volage et sans jugement , qui 
ne s'arrêtoit nulle part, dont on n'avoit eu depuis 
long-temps aucune nouvelle, et il ëtoit à craindre 
que, se trouvant à son retour sans aucun secours de 
ses parehs , et n'étant plus retenu par son père , la 
nécessité et le libertinage ne le réduisissent à fidre 
quelque action qui déshonorât sa famille. U approu- 
va leur conseil, et leur laissa $es bénéfices, leur re- 
commandant de l'assister s'il le méritoit. 

Après avoir mis ordre aux affaires de sa maison y 
il entra dans Tordre de saint François. U choisit le 
couvent de Saint- Jean de Tolède, que les rois Fer- 
dinand et Isabelle venoient de fonder, et où l'on 
vivoit dans une grande régularité. Il fut le premier 
novice qu'on y reçut», et il servit beaucoup par sa 
ferveur et par ses exemples à y maintenir la disci- 
pline de son institut dans sa pureté. Le cardinal de 
Mendoza eut grand regret de l'avoir perdu, et dit 
plusieurs fois en parlant de lui: Cet bomme n'est 
pas fait pour être caché. Il faudra le tirer de son cou- 
vent pour lui donner quelque grande charge , et le 
public en profitera. Ximenès passa l'année de son 
noviciat dans une humilité, une austérité et une 
obéissance qui édifièrent toute la communauté. A 
peine eut-il fait profession , que , le bruit de sa piété - 
et de sa doctrine s' étant répandu dans la ville , plu- 
sieurs personnes venoient le eonsulter sur les doutes 
de leur conscience, et sur la conduite de leur vie. 

Ces fréquentes visites d'hommes et de femmes lui 
étoient à charge , et lui firent demander avec ins-^ 



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LIVRE PREMIER. 21 

tance, à ses supérieurs , de l'envoyer eu quelque lieu 
de recueillement et de retraite. On l'envoya donc 
dans un petit couvent près de Tolède, appelé le 
CastagnaPy parce qu'il étoit situé au milieu d'une 
forêt de châtaigners. Là il commença de pratiquer 
des austérités extraordinaires, nourrissant son esprit 
de prières et de lectures continuelles. Aidé du si- 
lence et de la solitude, il vaquoit à la contemplation 
des choses divines. Après les exercices de sa règle , 
il passoit une partie de la journée dans le bois avec 
un livre de l'Écriture , qu'il méditoit tantôt à genoux, 
tantôt entièrement prosterné contre terre. Il affli- 
geoit son corps par la discipline, parle cilice et par 
un jeûne perpétuel , et ne dormoit qu'autant qull 
falloit pour soutenir ce peu de vie que sa pénitence 
lui laissoit. 

Sur une petite montagne couverte d'arbres fort 
épais il s' étoit fait une cabane de ses propres mains, 
où, par la permission de ses supérieurs, il sereû- 
fermoit quelquefois durant plusieurs jours , imiUmt 
la ferveur et le zèle des anciens anachorètes.. Lors- 
qu'il fut depuis dans l'administration des affîiiFe& et 
dans sa grande élévation, il songeoit avec plaisir à 
sa cabane du Castagnar, et soupiroit après sa soli- 
tude, disant qu'il âuroit volontiers changé pour elle 
le siège de la régence, la mitre de Tolède et le cha-** 
peau de Rome-, et qu'il auroit cru avoir encore beau*- 
coup gagné. Avec cette manière de vie, il acquit 
dans son ordre la réputation d'un saint et savant re^ 
ligieux; et ses supérieurs le faisoient quelquefois ve^. 



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S3 HISTOIRE DU GARD. XIMBUÈS, 

nir à Tolède pour le consulter dans leurs plus im- 
portantes affaires. 

On rapporte qu*allant un jour du Castagnar à To- 
lède, avec un compagnon d'une grande pi^, et , 
d'une simplicité tout-à-fait chrétienne , nommé frère 
Pierre Sanchez, ils furent surpris de la nuit, et cou- 
chèrent dans les champs. Comme ils dormoient tous 
deux sur des gerbes qu'on deyoit battre le lende- 
main, ce bon frère s'éveillant en sursaut: Père Fran- 
çois , lui dit-il, je songeois, il n'y a qu'un moment, 
que vous étiez archevêque de Tolède^ que je vous 
saluois en vous appelant votre seigneurie illustrissi- 
me, et que je voyois un bonnet de cardinal sur votre 
tête. Je prié Dieu , qui m^a sans doute envoyé ce 
songe, qu'il puisse être un jour véritable. Â quoi le 
père répondit : Dormez , mon frère , dormez •, vous 
amusez -vous à des songea. Étant depuis archevêque 
de Tolède, il racontoit cette aventure, non pas 
qu'il crût que c'eût été une prédiction assurée de 
son élévation ^ mais pour marquer la sainteté de ce 
bon religieux. 

Ses supérieurs voulant, selon la coutume, lui 
Ëiire changer de demeure, l'envoyèrent dans le mo- 
nastère de la Salceda , où il trouva une solitude sem- 
blable à celle qu'il venoit de quitter. Sa vie fut en- 
core plus austère qu'auparavant ^ ses repas étoient 
de Veau et des herbes cuites. 11 étoit toujours re- 
vêtu d'une haire , et vivoit si exemplairement que 
les religieux , tout d'une voix , l'élurent gardien de 
cettemaison. Qxx hû commanda, par obéissance, d'ac- 



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LIVRE PREMIER. l3 

cepter cette chaire qu*il refasoil , et il l'^erça avec 
beaucoup de prudence. Il contenoit ses frères par 
son fêiemple plutôt que par son autorité. Le rang 
qu'il tenoit parmi eux ne Tempéchoit pas de s^a- 
baisser aux ministères les plus vils du couvent ; et 
Ton eut dit qu'il nëtoit au-dessus des autres, qu'a- 
fin de les soulager et de les servir. Pour s'acquitter 
de ses devoirs, il commença à mêler Faction avec la 
contemplation, et à descendre aux soins extérieurs 
de son monastère, sans rien perdre de la tranquillité 
intérieure de son âme ; et s*il relâcha quelque chose 
de son austérité, pour s'accommoder à la foibi^sse 
de ses religieux qui n'en étoient pas capables, il 
ne diminua rien de son humilité, de sa charité et de 
sa dévotion. 

Cependant te cardinal de Mendoza avoit été fait 
archevêque de Séville, et depuis archevêque de To- 
lède, par la faveur des rois catholiques qui se 
servoient de ses conseils dans le gouvernement de 
l'état, et dans leurs affaires particulières. La reine 
surtout avoit beaucoup d'estime pour lui , et Tho- 
noroit de sa confiance- Elle étoit revenue en Cas- 
tille, après la prise de la ville de Grenade, et s'y 
troQVoit fort embarrassée du choix qu'elle avoit àfaire 
d'un confesseur. Le père Ferdinand de Talavera , 
religieux de l'ordre de saint Jérôme, n'en pouvoît 
plus faire la £>nction , parce qu'il avoit été nommé 
archevÀ{ue de Grenade , et qu'il étoit nécessaire 
qu'il résidât dans cette nouvelle Église où il y avoit 
tant d'infidèles à Convertir. 



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^4 HISTOlKE DU GARD. XIMENÈS, 

Cette princesse ëtoit extrêmement pieuse; et, par 
uue délicatesse de conscience, elle communiquoit à 
ses confesseurs non -seulement les secrets de son 
intérieur,. mais encore les affaires qui regardoient la 
sûreté et le repos de ses états. Il lui Éallqît une per- 
sonne qui la conduisît dans la piété , et qui eût mê- 
me assez de lumière pour la déterminer dans plu- 
sieurs rencontres qui concernoient le gouvernement. 
Le cardinal la voyant dans cette inquiétude, lui 
proposa le père François Ximenès qu'il avoit connti 
dans son évéché de Srguença. Il savoit comment il 
avoit vécu depuis sa retraite, et il le regardoit com- 
me un homme entendu dans les affaires, et consom- 
mé d^ns la piété. Il n'y avoit qu'une chose à craindre, 
qu'aimant le repos et la tranquillité de la religion, 
étant d'ailleurs d'une sévérité ancienne et d'une exacte 
régularité , il ne voulût pas quitter cette vie obscure 
et retirée. 

La reine qui trouvoit , dans le portrait qu'on lui 
faisoit de ce religieux , le caractère d'esprit qu'elle 
cherchoit, eut grande envie de le voir et de l'entre- 
tenir en particulier, et commanda qu'on le fît venir 
à la cour. Le cardinal, sous prétexte de quelques 
affaires , lui écrivit incontinent de se rendre auprès 
de lui. n s'y rendit avec assez de répugnance, crai- 
gnant qu'on ne s'accoutumât à l'interrompre dans sa 
solitude. Ce prélat le reçut avec beaucoup d'affec- 
tion, l'entretint pendant quelque temps, et le mena, 
comme par occasion, jusqu'à l'appartement de la 
reine. Cette princesse qui avoit beaucoup.de dis- 



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LIVRE PREMIER. a5 

cernement, et qui vouloit connoitre par elle -^ même 
ceux dont elle avoit dessein de se servir, lui fît plu- 
sieurs questions auxquelles il répondit avec beau- 
coup de sagesse et de modestie. Son air humble et 
pourtant assuré, sa manière de parler grave et noble, 
et son discours rempli de sentimehs de justice et de 
religion , firent connoitre à Isabelle que le cardinal 
ne Tavoit pas encore assez loué. ' 

La reine, peu de jours après(an 149^)9 le fit revenir, 
le pria de prendre le soin de sa conscience^ et lui or- 
donna de la suivre en qualité de son confesseur. Le 
père fut surpris de ce commodément, et répondit 
pourtant avec beaucoup de présence d'esprit: Que le 
respect qu'il avoit pour sa majesté Tempéchoit de 
refuser Thonneur qu'elle lui vouloit &ire *, mais qu'il 
la supplioit de considérer qâ'il avoit été appelé dans 
le cloître pour travailler à son propre salut-, que 
c'étoit le tirer de sa vocation que de l'engager à se 
retrouver au milieu du monde ^ qu'il étoit sorti du 
couvent de Tolède pour n'être point exposé à ces 
sortes de directions qui troublent le recueillement 
et la solitude d'un religieux -, qu'il àuroit encore plus 
de sujets de s'excuser du soin dont sa majesté le char- 
geoit, et dont il n'étoit pas capable; que dans la vie 
des rois , quelque réglée qu'elle fût , il y avoit toujours 
certaines circonstances où il &ut qu'un confesseur 
ait non-seulement de bonnes intentions, mais en- 
core de la capacité et de l'expérience-, et qu'enfin 
il étoit dangereux de répondre devant Dieu de la 
conscience de ceux qui doivent lui répondre de la 



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26 HISTOIRE DU GARD. XIMEUÈS, 

conduite de tant de peuples. La reine Técouta paisi- 
blement, et lui dit en souriant qu'elle n ëtoit pas 
convaincue de ses raisons ; que Dieu, qui Tavoit au- 
trefois appelé à la retraite, Fappeloit présentement 
à la cour ; qu'il se chargeât seulement de sa con* 
science ^ et qu'elle se chargeoit du choix qu'elle fai- 
soit de lui. 

Il accepta donc l'emploi ; mais avec cette condi- 
tion qu'il ne seroit point obligé de suivre la cour , 
et qu'il n'y viendroit que pour confesser la reine -, et , 
quelque bienséance, quelque coutume qu'on lui 
alléguât, il persista daos cette résolution. Cette prin- 
cesse fut si satis&ite , qu'elle dit plusieurs fois an roi 
et à ses principaux ministres qu'elle avoit trouvé 
un homme d'une piété et d'une prudence admirable. 
Pierre Martyr, qui a écrit plusieurs particularités du 
règne de Ferdinand et d'Isabelle , rapporte qu'il le 
vit entrer à la cour avec un visage , un habit et un 
air qui marquoient l'austérité de sa vie; et que les 
courtisans le regardèrent comme un des anciens pé- 
nitens de l'Egypte ou de la Thébaïde. Il eut d'a- 
bord tant de crédit sur l'esprit de la reine , qu'il ne 
se faisoit rien dans le royaume qu'elle ne lui commu- 
niquât pour recevoir ses avis. 

Il arriva peu de temps après que , le chapitre de 
son ordre étant assemblé, et le provincial s'étant 
dérais de sa charge , on l'élut d'un commun consen- 
tement en sa place. Quoiqu'il eût toujours été très- 
éloigné de souhaiter aucune dignité parmi ses frères, 
il reçut celle-ci avec plaisir, parce qu'elle lui don- 



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LIVRE PRëHIER. 27 

noît occasion d'aller moins souvent à la coar. Mais 
la reine , qui loi confioit honrsexilement les afiaires 
de sa conscience, mais encore ses déplaisirs secrets 
ou pnMics , qni tempèrent ordinairement Torgueil 
des grandeurs humaines , avoit souvent besoin de se$ 
consolations ou de ses conseils. 

Comme il étoit obligé d'aller visiter tous les cou*- 
vens de son ordre dans la Vieille- Castille et dans la 
NouveUe, d'examiner diverses affaires, et d'écrire 
plusieurs lettres, il chercha un religieux qui fat 
d'une complexion forte, d'un bon esprit et d'une 
conversation aisée, qui put l'accompagner et le sou- 
bger d'une partie de ses travaux. Le gardien d'Al- 
cala lui indiqua un novice , en qui il avoit remarqué 
un esprit vif,. une santé vigoureuse, une gaîté mo- 
deste et un excellent naturel-, qui avoit fait ses études 
à Tolède, et qui écrîvoit fort vite et d'un fort beau 
caractère. Le provincial fit venir ce religieux , nom- 
mé François Ruys, qui fut depuis son compagnon 
dans ses visites , et qui le servit mâne dans des affai- 
res importantes , durant tout le cours de sa vie. 

Il se mit en chemin avec lui quelques jours après, 
pour faire la visite des monastères de sa province. 
Une petite mule portoit le peu de bardes qui leur 
étoient nécessaires. Le compagnon montoit quelque* 
fois dessus; pour lui, il alloit toujours à pied, à 
moins qu'il ne fut malade. Ils demandoient tous deux 
l'aumône 5 et si par hasard il se trouvoit trop fati- 
gué , le frère le prioit de se reposer et de lui laisser 
le soin de la quête , d'autant plus qu'il ent^doit fort 



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28 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

mal ce métier -, et que, ne rapportant presque jamais 
rien, après avoir mendié tout le jour de .porte en 
porte, ils étoient contraints de vivre de quelques ra- 
cines qu'ils cueilloient enfin sur le soir. C'est pour- 
quoi, lorsqu'il vouloit s'obstiner à faire la quête, 
frère Ruys lui disoit en riant : Votre révérence nous 
va fiiire mourir de faim ^ elle n'est pas propre à ce 
métier -là. Dieu donne à chacun ses talens» Méditez 
et priez pour mm , et laissez-moi mendier pour vous. 
D'autres fois il lui disoit : Je crois que votre révé- 
rence est faite pour donner ; mais je vois bien qu^elle 
n'est pas faite pour demander. 

G'étoit ainsi que te provincial alloit par toutes les 
maisons de l'ordre, réformant les relâchemens qu'il 
y trouvoit , et laissant partout des exemples plus ca- 
pables d'entretenir la régularité que ses régtemens. 
Il arriva enfin à Gibraltar; et là ,,se voyant proche de 
l'Afrique où il avoit autrefois désiré de passer pour 
convertir ces peuples infidèles , et se souvenant du 
voyage que saint François y avoit fait pour le même 
dessein, il résolut de passer le détroit et d'aller cher- 
cher le martyre. 11 y avoit assez près de là une de ces 
filles dévotes , que les Espagnols appellent Béates ^ 
renommée par ses révélations et par ses visions, dont 
on racontoit des choses extraordinaires. On venoit la 
consulter de toutes parts-, et comme elk honoroit 
particulièrement l'ordre de saint François, ses reli- 
gieux l'engagèrent à l'aller voir pour éprouver sa 
conduite, ou pour être témoin des grâces que Dieu 
lui faisoit. Le provincial y fut , et voyant en elle 



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LIVRE. PREMIEB, . %g 

toutes les marques dune solide piéti^, il lui décou- 
vrit le dessin qu'il âvoit de passer en Afrique , et 1%; 
pria de lui dire le lendemain te- que Dieu lui avoit 
inspiré là -dessus^ La sainte fille le détourna de ce 
voyage, et lui fit entendre, comme par un esprit 
prophétique , que IKeu lé réservoit à de grandes cho- 
ses pour son sa'vice \ et .qu'il auroit autant à souffrir 
dans son pays que dans ces régions barbares. 

Sur cet avis, et sur les ordreir de la reine. qui le 
pressoit de venir la trouver , il retourna, en CaistiUe ;. 
et, peu de temps apvès, il commença À travailler k 
la réformation de tous les ordifes religieux. Les rois 
catholiques avoient autrefois essayé de remettre H 
discipline monastique dans leurs royaumes ; ils 
avoient ùommé des commissaires pour examiner les 
désordres qui s'étoient glissés dans les différens ins-. 
tituts , et pour chercher les moyens d'y faire revivt0 
l'esprit de leurs fondateurs. Maiis les difficultés qui se 
rencpntroient dans l'exécution de ce dessein, et le& 
guerres qui survinrent , interrompirent cette recher-i 
che. Ximenès reprit ce projet. La reine , qui entroit 
sans peine dans toutes les entreprises de piété, con-^ 
sentit à celle-ci; et comme elle ne pouvoit se passer 
des conseils de son confesseur, elle fut bien aise de 
le retenir auprte d'elle ; par le besoi^ continuel qu'il 
avoit de^on autorité, pour corriger les désordres que, 
la coutume et la tolérance aboient rendus presquq 
incorrigibles. 

Quelques historiens ont attribué ce dérèglement 
en général deia vie religieuse , à une peste qui; avoit 



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30 HISTOIRS- DU <:ard. ximenès, 

dés(4ë tonte TEarope quelque temps auparavant, et 
dont rSspagne fut particulièrement affligée. H n'y eut 
presque point de villes et de provinces que cette 
maladie^ ne dépeuplât. Les religieux firent d'abord 
des processions pour apaiser la colère du ciel ; quel- 
ques-uns mâme, parcharitë, voulurent assister les 
peuples et leur administrer les sacremens; mais, les 
plus zélés étant morts, et la cositagion commençant à 
s'allumer dans les doitres , chacun pensa k se sauver 
dans les lieux les moins fréquentés. Ceux que le 
malheur du temps avoit dispersés, s'accoutumèrent 
à vivre sans règle, et ne purent pins s'y assujettir. 
Le commerce qu'ils avoiént eu avec les séculiers leur 
fit perdre l'écrit d'oraison et de ret)raite qui entre- 
tient la régularité. Pour se mettre à couvert des né- 
cesfidtés où ils avoient été réduits , ils acquirent des 
bérîtoges; et, parce que les mouastères étoient dé- 
serts , ils furent contraints , pour réparer les pertes 
qu'ils avoient faites, de donner l'habit indifférem- 
ment à tous les sujets qui se présentoient, sans avoir 
examiné leur vie et leurs mœurs, conuné leurs cons- 
titutions leur ordonnent. 

La visite que le père Ximenès venoit de faire des 
monastères de son ordre l'avoit touché sensiblement 
Car, outre cette licence qui régnoit généralement 
dans les communautés régulières , il trouva que la 
plupart des religieux de Saint-François avoient ren- 
versé toute la forme de leur institut. Ils avoient re- 
jeté cette pauvreté qui leur avoit été si recomman- 
dée. Us possédoient des maisons dans les villes et 



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LIVRB PUfiHIEB. 3l 

aux champs, et joiii$8ûient de grands re¥6nus. Tels 
étoieat ceux qu on appeloif conreatoels^ qui Moicot 
par toute FEspagiie des couveiis riches et magnifi*- 
ques. Ceui:, au coatraii^^ ([và obseryoieut la règle à 
la rigueur 9 et qu'où uoiumoitpoiar cette raison les 
pères de TObservauce , u^aVoient que peu de couvens, 
encore, ëtoient - ils forts petits. 

Le provincial prit la prot^ion de ces derniersi U 
fit élire de^ visiteurs d'une grande capacité et d'une 
sévérité de vie reconnue » pour informer des morars 
des codventueR On leur poroposa d'embrasser laié- 
forme, ou de remettre leurs maisons aux réformés. 
On doana de l'argent à quelques -dus pour subsister 
hors de leurs cloîtres. On éloigpa les plus scandaleux ; 
mais ils s'ppiniâtrèrent à vivre comme ils av(»ent.£ût 
auparavant; et Von rapporte que ceux de Tolède , 
étant chassés par ordre de la cour, ^ortitrent en 
forme de procession , disant porter la croix devant 
eux, et ciiantant le psaume de la sortie d'Israël hors 
d'Egypte* 

Xiosenès tro^iva de si grandes oppositions, qu'il 
eut besoin de toute $£| fermeté et de tout le crédit 
de la reine;contre plusieurs persolsinespuissanteç qui 
traversèrent son dessein. 11 s'éleva un prieur com- 
mendataire du monastère du Saint-Esprit dans Se* 
govie , qui , sur de prétendus privilèges de la cour 
de Rome , se vantoit d'avoir droit de dispenser les 
reH^ux de Saint-François, et de les mettre dans la 
lib^^ Saint-Esprit, c'est-à-dire, de faire passer 
les réfamés dans l'ordre, des conventuels. H n'y avoit 



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3^ HISTOIRE DtJ GilRD. XIMENES, 

point d'abns qu'il ne favorisât. Tous ceux qui vou- 
loient secçuer le joug de la religion trouvoient en lui 
un refuge assuré contre la justice* des supérieur^ ; et 
la porte ëtoit ouverte k la révolte et au libertinage. 

Les rois catholiques , à la sollicitation de Ximenès , 
le firent arrêter, et le privèrent des revenus de son 
bénéfice j mais il trouva moyen de se sauver de sa 
prison, et de se réftigier à Rome auprès du cardinal 
Ascagne Sforça , qui avoit été son patron* Il se plai- 
gnit à lui du peu de respect qu'on dvoit éii ponrle 
saint^siége , et de la violeiKîe qu'on lui avoit faite , 
le priant de le mettre' à couvert dix zèle inconsidéré 
d'un religieux ardent et sévère , et de le recomman- 
der à leurs majestés qui s'abandonnoient à ses sen- 
timent et à ses conseils , et qu'on ne pouvoit apaiser 
que parune intercession aussi puissante que la sienne. 

Ce cardinal , persuadé de l'innocence du prieur , 
écrivit en sa faveur s(u roi Ferdinand, etn^andà à 
Pierre Martyr , son correspondant , d'aller trouver 
Ximenès de sa part , et de lui dire que, s'il avoit ré-^ 
solu , contre toute sorte de justice, de tenir loin de 
son pays un homme de bien , pour avoir maintenu 
ses droits et ceux du saint-siége , il devoit du moins 
lui faire restituer les fruits de son bénéfice qu'on 
lui avoit fait saisir. Pierre Martyr, qui étoit mieux 
informé que ce cardinal, voulut pourtant s'acquitter 
de sa commission. Mais -k peine eut-il commencé son 
cBscours, que Ximenès le regardant avec indigna- 
tion :.EntrepreneE-vous, lui dit-il, de défendre ceux 
qui autorisent le relâchement de mon ovdrè, qui 



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LIVRE PREMIER. 33 

sibùsent du nom du saint -siégé, et qui côntreyien- 
nent aux volontés des rois nos maîtres ? Martyr ren- 
dit compte au cardinal du peu dé succès de sa négo- 
ciation, et lui conseilla de ne plus protéger ce prieur 
inquiet et opiniâtre contre un homme qui avoit la 
raison et la puissance de son côté. 

Il y avoit deux ans que Ximenès étoit confesseur 
de la reine , lorsque le cardinal de Mendoza tomba 
malade, et par Vavis des médecins sortit de la cour, 
et se fit porter à Guadalajar pour y être plus en re- 
pos , et poui* essayer s'il tireroit du soulagement de 
son air natal. Les rois catholiques , qui s 'intéressoient 
à la santé d'un ministre qui leur étoit si agréable et si 
nécessaire , ayant appris que sa maladie augmentoit , 
et qu'il n'y avoit presque plus d'espérance de guéri- 
son , partirent de Madrid pour l'aller voir* Ils s'assi- 
rent auprès de son lit, Iç consolèrent, lui demandè- 
rent son avis sur quelques affaires , et lui promirent 
d'exécuter tout ce qu'il voùdroit leur comman- 
der , au cas que Dieu disposât de lui* Le cardinal 
leur témoigna, du mieux qu'il put, sa reconnois- 
sànce ; et l'honneur qu'il recevoit lui faisant oublier 
son mal , au lieu de leur demander des grâces , il 
leur donna plusieurs conseil» importans , qui furent 
les dernières marques de sa fidélité et de son respect 
pour ses maîtres» 

Entre ces conseils on en rapporte deux principaux, 
l'un de faire la paix avec le roi de France, et d'entre- 
tenir à quelque prix que ce fût une alliance cons- 
tante avec cette couronne 5 l'autre, de ne nommer à 



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34 HISTOIRE DU GARD. XIM£NÈS, 

FarcheYéché de Tolède, après sa mort, qu'un sujet 
de grande vertu et d'une condition médiocre ^ parce 
que cette dignité étoit devenue si considérable ea 
Espagne, qu'elle pouvoit donner à un homme puis- 
sant les moyens de troubler Tétat-, et quil étoit de 
conséquence que cette grandeur ecclésiastique fiit 
modérée par la piété de ceux qui la possédoient, et 
retenue par le peu de secours de leur parenté. 11 allé* 
guoit l'exemple encore récent d'Âlpbonse Carillo soa 
prédécesseur, dont l'esprit dur et violent et les fai- 
sons qu'il avoifc eues avec le roi de Portugal leur 
avoientfait beaucoup de peine. Quelques-uns même 
ont cru qu'il leur proposa de lui donner pour succes- 
seur le père François Ximenès. 

Ferdinand ne voulûtentendreàaucun accommode-' 
ment avec la France. Mais pour le choix d'un arche- 
vêque de Tolède, la reine Isabelle, à qui la nomi- 
nation aux évéchés avoit été réservée , fit réflexion 
au conseil qu'on venoit de lui donner. Elle consulta 
même sur cela son confesseur, qui fut d'avis d'élever 
à cette dignité des personnes de qualité et de mérite y 
des premières maisons du royaume. 11 lui représenta 
cpie les Espagnols étoient naturellement bons sujets ; 
que la puissance des rois étoit si accrue par les con- 
quêtes qu'ils avoient faîtes , que le crédit des parti- 
culiers n'étoit plus à craindre-, d'ailleurs, qu'il étoit 
difficile qu'un prélat sans naissance et sans appui 
eut tout le crédit et tout le courage que demande 
nue si grande charge. 11 proposa même Di^o Hurta- 
do deMendoza, neveu du cardinal , fait patriarche 



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ttVEE'PBEMIER. 35 

d'Alesandrie par le pape Ale;xaiMke VI , cl nommé par 
h reija^, à Varehevéché de Séville , le jugeant capal^k 
d^ servir en cette place l'Église et T^t, par sa sa- 
ges3e et même par sa grandeur. 

Lié eardinal mourut peu de jours après (an 1495 ). 
Jaoaâia piftistre ae fut plus regretté des peuples. La 
naissanee, la fortune, la dignité , ne firent que rele-- 
ver sa modestie ; Toq vit en lui une grandeur d'âme 
et une politesse de moeurs , qui le firent aimer et ad- 
nôver de toôt le mondef. Après sa mort, on pensa à 
ljti'ncMii»ierui|LS».cQe8seiur. Le conseil quHl avoit don<^ 
uéàlai reine airoit&ii:: impression sur son esprit. L'isiu* 
tonte de TarcheYécpie. de Tolède est si considérable 
en Espag^ , que dans ioMes. les a^SËikes d'état il dit 
son avis d'abord après le roi. On ne fait rien d'impor- 
tant sans le consulter ^ il; est grand chancelier et pri- 
msU des Espa^ies^c^tses ridie^es sont proportion- 
nées à sa dignité. Tant; que Je chapitre a eu le drodt 
d*ékc1ioiiy oft a'a vu. ce siège rempli que par des^ 
hommeis d'une grande qualité ou d'un mérite extraor- 
dimaâre/Ou sait parles conciles de Tolède que, soué 
la^domiitation des Gotbs^ les plus grands seigoem^s 
d'i^tre eux ont gotnfierné ùQtte Église, et y ont tenu 
des synode& et fait des ordoniianees très -utiles pour 
la disdpHue ecclésiastique. 

App^ que les. Maures eurent. été^ chassés de cette 
provinoéy Alphonse VI , roi d'Espagne , qui avoit con-i 
t{uis siupe»! laviHe de Tolède, assembla les seigneurs, 
les éuftcRies et tout le clergé du royaume-, et nofxfma 
à Tarcffevêché de cette ville Bernard , abbé de Tordre 



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36 HISTOIRE DU GARD. XIMENÉS, 

deClugny, d'une grande pieté et d'une sagesse ëprou^ 
vée, qu'il avoit fait venir de France, pour réformer 
le monastère de Sahagun. 11 rétablit la primatie par 
autorité du saint-siége, rendit à cette Église ses anciens 
revenus , et y joignit plusieurs bénéfices , plusieurs 
fiefs et une grande partie de son domaine qu'il ve- 
noit de regagner de ce côté -là contre les infidèles. 
Quelque temps après, les plus grands seigneurs bri- 
guèrent cette dignité que les princes de Castille et 
d'Aragon ont de temps en temps possédée 5 ce qui 
ayant <;ontinué sans interruption jusqu'à Ximenè^^ 
cette Église étoit devenue si riche et si puissante 
que l'autorité des archevêques commençoit à devenir 
suspecte et désagréable aux rois de Castille : ç'avoit 
été la raison du conseil que le cardinal de Mendoza 
avoit donné aux rois catholiques. 

-Cependant la reine étoit sollicitée pour des per- 
sonnes du premier rang. Don Diego Hurtado , arche- 
vêque de Séville, avoit pour lui tous les vœux de la 
noblesse , la réputation et les services du cardinal de 
Mendoza, et son propre mérite. D'autre côté; le. roi 
Ferdinand pressoit la reine de nommer don Alonse 
d'Aragon son fils qui étoit archevêque de Saragosse; 
et oette princesse , quelque honnête et complaisante 
qu'elle fût, avoit résolu de ne rien accorder à la far 
veur, et de ne pas consulter la chair et le sang dans 
uiie affaire où sa conscience étoit si intéressée. U.est 
nécessaire pour lïntelligence de cette histoire, d'ex-* 
pliquer en peu de mois quelle fut sa condiute depuis 
son enfance. • 



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LIVRE PREMIER. 3^ 

EUe étoit fille de Jean 1{ roi de Léon et de Cas- 
tille, et de Tinfante Isabelle de Portugal. Elle naquit 
dans la ville de Madrigal Tan i45i , et y fut nourrie 
quelques annë^ avec assez de soin eft de grandeur. 
Mais le roi étant mort avant qu'elle fût assez en âge 
de profiter de la tendresse qu^il àvoit pour elle, et la 
reine étant tombée dans une infirmité d'esprit et de 
corps, qui là rendoit incapable de gouverner ses em 
£ms , rinfante fiit comme abandonnée à elle-^méme, 
et trouva dans son naturel les secours qu'elle aurbii 
pu tirer de l'éducation. Ses vertus croissoient avec 
l'âge, et l'Espagne concevoit déjà (fe grandes espéran- 
ces de cette princesse , en qui se rencontroient l'es- 
prit et là beauté avec la douceur et la modestie» 

Henri lY, son frère àiné , étoit mônté^sur le trône , 
et s'étoit d'abord acquis la réputation d'un roi clé- 
ment et libéral. Mais on reconnut dans la suiteque 
ce qu'on appeloit bonté n'étoit que foiblessevet que 
ces largesses j qu'il faisoit sans discernement et sans 
choix, venoient moins de sa libéralité que- de. ses 
préventions et de soti caprice. Dams les commence-* 
mens de son règne, il §at gouverné par le- marquis 
de Villène, et depuis il sje .mit entièrement sou« là 
conduite de don Bertrand de là Guéva, qui avoit été 
son page, et qui devint son favori. Il lui donna les 
principales charges de sa niaison, le fit^comte de Le- 
desma, duc d^Albuquerqiie -, etgrand^'maître de l'or- 
dre de Sainfc^Jacques. Tant de grâces qu'il faisoit à 
un seul,, le rendirent odieux et méprisable à tous les 
autres -, et de là vint cette ligue qui se forma contre 



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38 HlSTOIKfi DU GARD. XIMEMÈS, 

lui, oÀ entrèrent plusieurs villes et la plupart des 
grands du royaume- 

U avoit épousé en preniièrei noces là prineesse 
Blanche de Navarre , et Tavoit répudiée après dit ans 
de mariage. Il s'étoit remarié quelque temps après 
avec Jeanne 9 in&nte de Portugaliy et vivoit depuis 
sept ans avec éUe, «sans jamais avoir eu d>en£àiis^ ce 
qui lui fit donner le surnom d'itnpiiissant , et diminua 
de beaucoup les ég&rds que ses sujets avoiént pont* 
lui, Enfin la reine ^tant devenue grosse, il entémoi-* 
gnaune extrême joie, et la.cojkdoisit à Madriwl;, où 
die accoucha d'une fille qui fiit baptisée par l'ardifè^ 
véqlie dé Tolède, tenue sur les £ooks paît le^ômt» 
d'Ârmàgnac ambassadeur de Louis XI roi de Ff'aii^ 
ce, et par Tinfante Isabelle, et nomimée Jeanne o6m- 
mé sa mère« Trois mois après le roî assembla lès ëtatis, 
et la fit reconnoitre pour princesse hérkièire de se& 
royaumes. 

Ce fut alors que les mécontens se dédacèrent ou^^ 
vertement. Ils entreprirent de se saisir dé^Ia personne 
du roi^ et de faire mourir son favori. Le oouJp ayant 
manqué, ils levèrent des troupes, et publièrent un 
manifeste qui ci^ûtenûît leurs sujets de plainté\, dcmt 
les principaux ëtoient, qu'il dohnoit les charges pu^* 
bllques à des personnes indignes ; qu'il àvoit pourra 
JBertrand de la Cuéva de la grande maîtrise de Sainte 
Jacques au préjudice, de l'in&nt à qui de droit elle 
àppartenoit; et que , contre toutes les lois de la rai-*- 
san et de la justiiàe, il avoit fait déclarer princesse 
bériUèpe de Gastille^ une fille dé doîÀ Bei:<trand son 



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LIVRE PREMIER. 3i) 

favori. Tout le royaume persuadé de Timpuissance 
du roi j et d^ailleurs scaïklalisë de la mauvaise con* 
duite de la reine, regarda don Alonse et Isabelle sa 
.sœur comme ses véritables princes. Ou tint pour 
certain que le roi avoit consenti aux amours de la 
reine avec don Beitrand; et Ton nommoit ordinaire^- 
miént la princesse Jeanne ^ par mépris et par dérision, 
la princesse BertraruUlle. 

L'insolence des rebelles alla jusqu^à déposer le 
iroi, et à mettre en sa place Tinfant don Âlonse son 
irère. Le roi , de son côté^.fit prendre les armes à tout 
ce qui lui restoit de fidèles serviteurs ^ et, afirès plu-t 
sieurs mouvemens de part et d'autre, on fit des pro- 
positions de paix. Le marquis de Yill^e , chef de la 
ligue, dressa lui-même un projet d'accommodement 
qui fiit accepté. Les conditions étoiént que le roi par^ 
donneroit^tout le pas^, et joUiroit à l'avenir paisi^ 
blènetit de ses élials ^ que l'on assureroit le mariage 
de rintanï avec la princesse Jeanne *, mais qu'aussi 
l'infante Isabelle épouseroit don Pedro Giron , frère 
du mariquis de Yillène, et grand-maitre de l'ordre de 
Calatrave. . f. 

Quoique l'infante n'eût encore que quinze ans, 
eUeavoit^'^rit si formé, et le coeur si plein de sen- 
timens de gloire et d'honneur, qu'elle comprit: tout 
le tort qu'on lui iaisodt eu la sacrifiant ainsi à des 
intérêts d'état. Dès qu'elle apprit la résolution de la 
^cour, elle en eut uto (âiagrin mortel et fondit en lar- 
mes. Doua fiéatrix de Bovadilla, sa gouvernante, 
l'ayant trouvée dans cette extrême affliction, et lui 




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4o HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

en ayant demandé la caase , elle lui rëpondit : 
Qu'on vouloit la donner pour femme à Pedro Giron -, 
qu'elle mourroit plutôt de douleur que de se voir 
ainsi déshonorée ^ qu'élant fille de tant de rois , elle 
n étoit pas d'humeur à descendre du rang où Dieu 
l'avoit mise ^ qu'on ne disposeroit pas d'elle comme 
on l'avoit projeté 5 qu'elle n'étoit pas faite pour être 
la fortune d'un particulier, et la récompense d'un 
rebelle ; qu'elle rougissoit d'y penser , mais qu'elle 
esjpéroit que le ciel ne permettroit pas qu'on lui fit | 

cette violence.. . Béatrix étonnée sortit de la chambre j 

sans lui^avoir dit un seul mot, et revenant inconti-* | 

nent sur ses pas avec un poignard à la main : Ne vous , 

affligez pas, ma princesse, lui dit-elle-, je juré de-^ 
Vaut vous et devant Dieu que j'aurai soin de votre 
honneur, et vous verrez plonger ce poignard dans le 
cœur de cet insolent , s'il qge jamais vojis appro- 
cher. Cette résolution, qui dans toute autre reocoaire 
auroit fait horreur à cette princesse, ne lui déplut 
pas dans l'extrémité où elle étoit. Mais Dieu en dis-' 
posa autrement ^ car le grand-maitre ayant été man^ 
dé , et venant à la cour en diligence , tomba malade 
et mourut en chemin. 

. Cet accident ayant rompu toutes les mesures qu'on 
avoit prises pour la paix .du royaume, on fit de 
nouveaux projets qui n'eurent aucun effet. Cepèn-^ 
dantles mécontens se rendirent maîtres de plusiefirs 
villes:, et l'infant don Alonse étant mort de peste ou^ 
de poison en fort peu de temps , ils firent ihconti*? 
nent conduire la princesse Isabelle d'Arevalo, où elle 



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LIVRE PREMIER. 4' 

étoit) à Âvila^ où ils ëtôient les maîtres , a£n de 
régner en son nom^ et d^ entretenir leur révolte. Us 
conclurent de la reconnoitre pour reine , à réxolur 
sion du roi Henri , et lui allèrent offrir la couronne. 
L'archevêque de Tolède qui portoitla parole /lui 
représenta la misère des peuples, Tignominie de la 
maison royale , la foiblesse et Tincapacité du roi , le 
danger évident que le royaume 'ne tombât sous une 
puissance illégitime , et la pria, de vouloir bien ac-? 
qepter la couronne qu'on lui offroit, et qu'elle étoit 
déjà capable de porter. Isabelle répondit à ce dis- 
cours : Qu'elle leur étoit obligée de la bonne opinion 
qu'ils avoient d'elle ; et qu'en^ reconnois^noe elle 
vouloit bien leur donner un bon conseil j c'étôit de 
rentrer dans leur devoir, et de Êdre cesser ces divi*^ 
sions qui étaient toujours fuBiestes à ceux qui les 
avoient causées. Que pour ellev elle n'avoit aucune 
impatience de régner ; qu'elle obéiroit au roi son 
frère tant qu'il vivroit^ et que le plus grand service 
qu'ils pôuvoieiit lui rendre, et la plu$ grande marque 
d'affection qu'elle leur demandoit, c'étoit de re- 
mettre le royaume entre les mains du roi à qui il 
appartenoit, et de rendre la paix aux peuples. 

Tous les députés furent surpris de la sagesse et de 
la générosité de cette jeune princesse. Us revinrent 
alors à eux-mêmes , et commencèrent à écouter les 
propositions que le roi kur feisoit faire par l'arche- 
vêque de Séville. Le traité fut conclu à ces condi- 
tions : QueJ'iniante Isabelle seroit déclarée héritière 
et princesse d'Espagne 5 que la reine Jeanne et sa fiUe 



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4!1 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

seroient renvoyées en Portugal ^ qu'il y auroit une 
amnistie générale . pour lès rebelles; et qu'ils se- 
roient rétablis dans leurs biens et dans les diarges 
qu'ils possédaient avant les troubles. On'prit six mois 
pour rexécution, pendant lesquels les seigneurs re- 
vinrent à la cour. On prêta de nouveau le serment au 
roi; et la princesse fut solennellement reeomme^ à 
condition pourtant qu'elle ne pourroit se marier sans 
le consentement dû roi. 

Cependant le marquis de Villène entreprit de lui 
iaire épouser le roi de Portugal ; mais «lie déclara que 
ce n'étoit pas là son intention. Louis XI la fit de^ 
mander pour le duc de Berri soh frère; mais elle 
n'eùtpoint d'inclination pour ce parti. EUeleor ptté- 
iérà Ferdinand, {mhce d'Aragon. Le voisinage et la 
commodité des secows qu'elle en pouvoit tirer; les 
espérances qu'elle avoit conçues de ce prince qui 
n'avoit guère plus de quinze ans, et qui faisait déjà 
la guerre, en Gxtalogne ; lôs conseilsde Taitchëvêqoe 
de Tolède et liçs isblfici ta tirons de tous ses piîndpaux 
officiers, tjue le roi d'Aragon avott gagnés par ses 
présens , la déterminèrent à s'arrêter à ce choix. Mais 
le roi lie paroissoit pas disposé à y cbnseiitir. 11 
li'aimoit pas la maison d'Aragon, et ne i^épondoit 
riea de positif aux ambassacfeurs. On le pressoit de 
marier la princesse au roi dé Portugal. On entreprit 
même de l'eiilevér dans Oeana où elle étoit; et il 
fallut que TaTchevéq^e de Tolède ^et l'amirantip de 
Castille assemblassent la tioblesse pour la mettre en 
sûreté dans Valladolid. 



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LIVRE PREMIER. 4^ 

Toutes ces travenses obligèrent ses amis à conclure 
promptement ce mariage. Ferdinand, dé son côte, 
craignant qu'il n arrivât quelque changement , partit 
en poste de Catalogne , entra déguisé lui quatrième 
dans la GastiUe , où ayant trouvé une escorte de deux 
cents chevaux , il pasâa jusqu'à Valladolid. La prin- 
cesse ly risçut, et Tarchevéque de Tolède les maria 
dès le lendemain, sans bruit et sans aucune solen- 
nité. Us avoient si peu d'ai^ht l\in et Tayftre \ qu'ils 
furent obligés d'en emprunte^ pbur quelques légères 
dépends qu'il leur fallui faire. Isabelle écrivit aussi- 
tôt au roi son frère des lettres très^^ respectueuses. 
Elle s'excusoit d'avoir hâté son tnariagte , sur les in- 
trigue£( qu'on fakoit à la cùurpour le rompre , et sw 
l'utilité qiié Tétat pouvoit tirer de cette alliance. Elle 
l'assuroîit qu'après avoir refusé de régner, d[le n'étoit 
pas d'hukneut' à trouUer sooi règne, et qu'elle et ^on 
mari le .respecteroient et lui obéiroient comme ses 
en&us, s^îl voulôit bien avoir pour eux la bonté et 
l'amitié dô père. 

Le roi ne lui fit aucune réponse, et parut même 
irriti^; mais enfin il les vit et leur pardonna-, et quel- 
que temps après il mourut sans avoir fait de testa^ 
menU Quoiqu'il y eût un parti formé dans le royaume 
pour la princesse Jeanne , Isabelle fut reconnue duns 
Ségovié p6ur reine, de Castille et de Léon. On lui 
prêta le seri!)a^t accoutumé. Les étendards furent le- 
vés en son nom, un hétant criant à l'ordinaire, 
Castille, Castille, pour le roi Ferdinand et pour 
la reine Isabelle. Chacun vint lui baiser les mains 



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44 HISTOIRE DU CÂRD. &IMEMÈS, 

et lui rendre hommage \ et , revêtue comme elle ëtoit 
de ses habits royaux, on la conduisit en cérémonie a 
Téglise, où elle rendit grâces à Dieu, et le pria de 
bénir ces commencemens et toute la suite de son 
règne. Les grands du royaume accoururent inconti- 
nent pour marquer leur fidélité et leur affection. 
Ferdinand étoit alors à Saragosse , où les états d'Ara- 
gon étoient assemblés *, aussi ne fit -on aucune men- 
tion de lui dans les hommages qu'on rendit à la 
reine , parce qu'il étoit nécessaire qu'il jurât aupara- 
vant de conserver les privilèges et les libertés du 
royaume. Il partit au premier bruit de la mort du 
roi Henri, et s'arrêta à deux lieues de Ségovie , où 
Isabelle Talla voir, en attendant que tout fût prêt 
pour la magnifique entrée qu'elle lui fît faire. 

Tous les états lui prêtèrent le serment , et le recon- 
nurent pour leur roi. Il n'y eut de différend que sur 
la part qu'il devoit avoir au gouvertiement. Les uns 
prétendoiejit qu'il ne devoit se mêler de rien et 
ne prendre pas même le titre de roi de Castille : ils 
alléguoient l'exemple des deux reines Jeanne de 
Naples, dont les maris s'étoienf contentés d^avoîr 
l'honneur de les épouser, sans autres avantages que 
ceux que leurs femmes leur voudroient faire. Les 
Antgonois prétendoient au contraire que , ne restant 
point de mâles delà maison royale, le roi d'Aragon, 
comme le plus proche , devoit être appelé à la succes- 
sion, etappoctoient sur cela des exemples de plusieurs 
royaumes , et particulièrement de celui de France. 
Mais celle prétention étoit si manifestement contre 



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LIVRE PREMIER. 4$ 

Fusage d'Espagne, qu'après lavoir proposée ils n'o- 
sèrent la soutenir. 

Après plusieurs contestations , il fut enfin arrêté 
que dans les lois, les écritures et actes publics , les 
privilèges et la monnoie, on mettroit le nom de Fei^ 
dinand le premier, et puis celui d'Isah^Ue, pour 
marquer la prééminence du mari •, qu'au contraire 
dans l'écusson royal, les armes de Castille seroient 
à la droite , celles d'Aragon à la gauche, pour mar- 
quer l'ordre et la prééminence du royaume ; qu'on 
tiendroit les goavememens des places au nom de la 
reine ; que les trésoriers royaux préteroient serment 
devant elle ; que les brevets et provisions pour les 
évéchés et autres bénéfices seroient expédiés au 
nom de tous les deux; mais que k reine seule y 
nommeroit ceux qu'elle en jugeroit dignes , selon sa 
conscience ; que , lorsqu'ils seroient ensemble , ils 
adininistreroient la justice en commun , et lorsqu'ils 
seroient séparés , chacun l'exerceroit dans le lieu ou 
ilseroit; que les différends des villes ou desprovinces 
seroient terminés par celui des deux qui auroit au- 
près de soi le conseil royal. Ferdinand ne s'étoit pas 
attendu que ses sujets, au lieu de lui obéir, lui dus^ 
sent donner la loi. 11 comprit pourtant que dans la 
conjoncture des affaires il étoit à propos de dissir 
muler. 

La reine, qui étoit sage et qui l'aimoit, s'en 
étant aperçue, ne voulut pas lui laisser ce chagrin, 
et lui dit : Que cette différence qu'on avoit mise 
entre eux pour le gouvernement du royaume l'of- 



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46 HISTOIRE DU CARD. XIMENÈS, 

fensoit presque autant que lui -, qu'il n'étoit pas né^ 
cessaire de séparer les droits de ceux dont les cœurs 
ëtôient si ëtrodlement unis ; qu'elle savoit bien qu'une 
fenMne ne devoit rien avoir de propre, et qu'en se 
donnant elle-même elle n'avoit prétendu se réserver 
ni autorité, ni ridxesse, ni couronne pour elle 
seule ^ qu'il devoit être persuadé qu'elle l'aimpit et 
l'estimoit plus, que- ses royaumes -, et que partout où 
elle seroit reine il seroitroi, c'est-à-<iire maître de 
toaxt sans exception^. Elle lui fît vcdreusuite de quelle 
cbniséquenae ëtcdt'ce réglement.poor le bien de leur 
maison et piour le repoS' de Tétat, pareie cju'ils nV 
voieiKt encore qiîi'une fîUè, et que sa succession par 
là dev^oH incontestable. 

Le* roi parut datisf^it, et la reine eut toujours pour 
lui une très^grande défôrencedaii^ ce qui regarda la 
conduite de l'état^ et la disposition des dignités et des 
administratàous séculi^es ^ mais dans la nomination 
des ëvéchés, comme elle étoit plus circonspecte et 
plus scrupuleuse que kii, elle ne suivit pas toujours 
son conseil nji sa volonté. Le siège de Tolède étant 
venu à vaquer, comme nous avons dit, elle refusa 
die le donner à don Alonse d'Aragon , archevêque 
de Sasagosse, fik naturel du roi Fierdinand, parce 
qu'il n'étoit pas réjglé dans ses mœurs , et qu'il vivoit 
plutôt en prince qu'en évêque. Elle jeta les yeux sut 
frère Jean de Yalascaçar, religieux d^une grande 
sainteté qui , étant allié aux premières maisons d'Es^ 
pagne, et jouissant de plusieurs bénéfices et charges 
conâidévables , avoit tout quitté pour prendre l'habit 



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LIVRE PREMIER. 4? 

de Saint-Françoië ; mais elle apprâiaida qu'il ne se 
laissât gouverner par ses pavèas. 

Elle se détermina en faveur dii jurisconsulte Oro«- 
pesa qui avoit été du conseil souverain^ et cpil, après 
avoir exercé long-temps cette charge avec une inté- 
grité et une piété exemplaire; avoii obtenu congé de 
se retirer des aflraires,pourpasser le reste die ses jours 
dans la solitude et dans la prière, et ne penser qu'à 
son salut. EUe communiqua son dessein à son con- 
fesseui^, qui ra|»prouva, d'autant plus qu'il savoit 
que c'étoit un homme de ]3ieiL,:qui méritott cette 
place et qui né la demandoit pas. Le brevet fiit ex- 
piédié, et l'ordre envoyé de demander pour lui au 
pape les bulles de l'archevêché de Tolède. Mais , 
après avoir bien pesé son choix , elle crut que ce bon 
vieillard n'auroit pas assez de force pour s'acquitter 
d'uu ministère si laborieux. Quelques-uns m^me rap- 
portent qu'ayant eu avis de sa nomination , il en fit 
remercier la reine , disant qu'après avoir vieilli dans 
le monde, il étoit résolu de mourir du moins dans 
la retraite. 

Quoi qu'il en soit , le courrier étoit parti il y avoit 
déjà quelques jours , lorsque Isabelle , considérant 
qu'il n'y avoit point de meilleur si?jet dans, son 
royaume que son confesseur , et se ressouvenant du 
conseil du cardinal de Mendoza, résolut de l'élever 
à cette dignité. Sa capacité , son zèle pour la disci- 
pline, son âge d'environ cinquante-huit ans, tout la 
confîrmoit dans ce choix. Elle dépêcha en diligence 
un nouveau courrier ^ avec ordre à son ambassadeur 



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48 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

à la cour de Rome de ne pas s'arrêter à là première 
nomination , mais de faire expédier promptemént les 
bulles pour frère François Ximenès de Gisnérôs, 
provincial de l'ordre de Saint*François, et de les en- 
voyer avec tout le secret possible. L'affaire réussit 
comme cette princesse l'avoit souhaité. Le pape avoit 
été quelque temps, à cause de ses indispositions, sans 
tenir consistoire-, et le coun-ier étant arrivé fort à 
propos, la nomination fut présentée et les bulles^ 
expédiées peu de jours après. Comme on étoit dans 
le carême , et que la reine se trouvoit alors à Madrid , 
elle j avdit man<fê son confesseur qui venoit au pa-* 
lais quand il y étoit appelé, et passoit le reste du 
temps parmi ses religieux dans les exercices de pé- 
nitence. 

Après avoir confessé la reine le vendredi saint 
d'assez ^rand matin , il prit congé d'elle pour s'en 
retourner au couvent de l'Espérance à Ocana près de 
Madrid , pour y assister aux offices de ces saints jours. 
11 avoit ordonné au frère François. Ruys son com- 
pagnon, de luipréparer quelques herbes cuites, qu'ils 
mangeoient ensemble avant que de partir, lorsqu'un 
gentilhomme de la chambre de la reine vint lui or-* 
donner de sa part de revenir au palais. Cet ordre lui 
déplut, car il craignit que ce ne fût quelque affaire 
qui l'empêchât d'arriver à temps à l'office. Il se ren- 
dit donc promptemént à la cour afin d'être plus tôt 
libre. 

La reine le reçut avec beaucoup de bonté, le fit 
asseoie auprès d'elle ^ et , après quelques discours in- 



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LIVRE PREMIER. 49 

diffërens, lorsqu'iKy pensoit le moins , elle lui pré- 
senta les bulles de rarchevêchë de Tolède, qu'elle 
veaoit de recevoir, et lui dit : Mon père, voyez ce que 
mande. sa sainteté par ces lettres apostoliques.... Il 
prit ces lettres avec respect, et, après les avoir baisées, 
il lut le dessus en ces termes : Â notre vénérable 
frère François Ximenès de Cisnéros, élu archevêque 
de Tolède. Il parut troublé, et rendant à la reine ce 
paquet qu'il ne voulut pas décacheter : Madame , lui 
dit -il , ces lettres -là ne s'adressent pas à moi. Puis 
il se leva brusquement de son siège , sans prendre 
t^ongé , contre sa coutume , pour sortir de la chambre 
et se retirer. La reine crut qu'il falloit laisser passer 
ce premier trouble qu'une aventure inespérée avoit 
jeté dans son esprit , elle se contenta de lui dire : Mon 
père , vous me permettez bien de voir ce que le pape 
vous écrit ^ et le laissa sortir du palais , ne jugeant 
pas qu'il fût de sa gravité de le rappeler. 

Il arriva à son couvent , et quoiqu'on s'aperçût de 
quelque émotion sur son visage , on n'osa lui en de- 
mander le sujet. Il prit son compagnon sans lui dire 
autre chose , siijon : Allons , mon frère , il faut sor- 
tir au plus tôt d'ici. Ils partirent ainsi pour aller au 
monastère de l'Espérance. Cependant la reine com- 
manda à quelqueis-uns des principaux seigneurs de 
sa cour d'aller trouver le père Ximenès, et de lui 
persuader d'accepter la dignité à laquelle Dieu Tap- 
peloit. Ils allèrent aussitôt au couvent de Saint-Fran- 
çois ^ et comme ils surent qu'il en étoit parti et qu'il 
étoit déjà bien loin , ils prirent des chevaux de 
7. .4 



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6o HISTOIRE DU GARD. 

poste y et le joignirent à trais lieues de Madrid , allant 
à pied , dâiiâ uii grand âileilce^ a^ec son compagnon 
et un autre religieux qu'ils aVoient rencontre en leur 
chemin. 

Ces seigneurs le tirèrent un peu à Técart , et^ après 
lui avoir témoigne la joie quHls avoient de son élec- 
tion et rinquiétude où étoit la reine sur le suj^t 
de son refus , ils lui représentèrent qu'il dôvoil se 
retidre aux vœux de toute la cour ; que TÉglise avoit 
besoin de ministres faits comme lui ^ que^ s'il craî- 
gnoit les honneurs , il ne devoit pas fuir le travail^ 
qu'il y avoit de l'ingratitude à refuser les marques 
d'estime que là réiûe lui donnoit, et de l'opiniâtreié 
à résister aux ordres du pape qui avoit confirmé son 
élection ; qu'il dervoit se soumettre à la volonté de 
l'un et de l'autre y ou plutôt à- celle de Dieu dont il 
devoit recônnoitre la vocation , d'autant plus qu'il 
n'y avoit rien contribue de son côté. 

Le père leur répandit : Qu'il ne ponvoit accepter 
une dignité qui demandoit plus de vertus et plus de 
lumières qu'il n'en avoit ^ qu'il n'étoit ni digne de 
l'hontieur qu'on lui faisoit^ ni ca{)able du travail 
dont on vouloit le charger 5 que sa vocation étoit la ^ 
pauvreté , l'austérité et la retraite de Saint-François \ 
qu'il n'étoit pas connu de sa sainteté , et qji'il croyoit 
rendre un grand setvice à la reine , devant Die» et 
devant les hommes , dn déchargeant sa conscience 
d'un mauvais choix qu'elle avoit fait par trop de 
bôntë. 11 leur parla avec tant d'efficace et de fermeté y 
et leur parut de si bonne foi , que don Gutiérre de 



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LIVRE PREMIER. 5l 

Cardenas , grand convinandeur de Léon , se jeta k ses 
pieds tout attendri, çt lui dit, en lui prenant la 
main pour la baiser : Nous ne pouvons manquer , 
mon père , en voua baisant ainsi les oiains : car si 
voua acceptez l'archevêché , nous devons cet hori- 
ueur à votre dignité ^ et si vous le refusez , nous le 
devons encore plus à votre vertu. Ces seigneurs rap- 
portèrent à la reine qu'ils avoient trouvé le père 
inflexible , et que , bien loin de consentir à son élec- 
tion , il ne pouvoit se résoudre à revenir à Madrid. 

11 résista durant six mois à toutes lea prières d/ç la 
cour et à toutes les instances que lui firent ses amis, 
qui le portoient à recevoir une dignité qu'il n'ayoit 
pas recherchée, et qu'il pouvoit dignement soutenir. 
Mais comme il étoit à ]Burgo8, où il aToit eu ordre 
de venir trouver la reine, il reçut un bref du pape, 
par lequel sa sainteté non - seulement l'exhoortoit , 
mais lui commandoit même, de toute ^ûu autorité, 
d'accepter aans réplique et sanç délai l'archevêché de 
Tolède, auquel il avoit été au' dans les formea.>«l 
selon les règles de l'Église, • ?' 

Après un commandement si précis il se soumit , 
protestant que ce n'étoit qu'à regret ; mais qu'il es^ 
pcroit que Dieu , qui Tavoit réduit à la nécessiterade 
se charger d'un si pesant fardeau, lui donneroit la 
force de le porter. Mais parce qu'un bruit s'étoit 
répandu qu'un bon religieux comme lui seroit trop 
heureux de jouir d'une partie du revenu de cette 
Église, et^que le reste pouvoit être utilement employé 
a quelques desseins qu'avoit le roi catholique, il dé- 



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5^ HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

clara qu'il ne consenti roi t jamais à aucune condition 
qui fàt contraire auic saints canons et aux libertés de 
son Église ^ et qu'il ne souffriroit pas qu'un bien , 
qui doit servir à nourrir les pauvres , fût destiné à 
d'antres usages -, ajoutant qu'il ne faut établir sur la 
famille du Seigneur que des serviteurs prudens , 
fidèles , charitables , et qu'on ne peut leur donner 
trop de moyens de faire du bien quand ils sont de ce 
caractère. 

Les rois catholiques ne s'offensèrent pas de cette 
générosité, et regardèrent comme une grâce q»'il 
voulût recevoir le premier bénéfice de leur royaume, 
tant le mépris des honneurs et des biens du monde 
est vénérable au monde même , quand il est sincère 
et véritable. La cour étant partie de Burgos , et s'ar- 
rétant quel([<iies jours à Taraçone , il y fut sacré dans 
un couvent de son ordre (an 149^ ) 9 ^n présence du 
roi et de la reine , le 11 octobre. La cérémonie étant 
achevée , il alla saluer ces princes et leur baiser les 
mains selon la coutume , ce qu'il fit avec beaucoup 
de modestie et de gravité , leur disant : Je viens bai- 
ser les mains de vos majestés , non pas parce qu'elles 
m'ont «élevé au premier siège de l'Église d'Espagne , 
m«ts parce que j'espère qu'elles m'aideront à soutenir 
le fardeau qu'elles ont mis sur mes épaules. Tous les 
courtisans furent édifiés de cette conduite. Les rois , 
à leur retour, voulurent , par dévotion , lui baiser les 
mains et recevoir sa bénédiction. Tous les seigneu^s 
firent de même , et le reconduisirent dans sa maison. 

Jl envoya d'abord dans toute l'étendue dé son 



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LIVRE PREMIER. 53 

diocèse des geus dont il connoissoit la sagesse et la 
fidélité, avec pouvoir de mettre de nouveaux gou- 
verneurs dans les villes, dans les châteaux et dans 
les forteresses de sa dépendance , et de leur faire 
prêter le serment en. son nom. Il leur ordonna de 
commettre des oJËciers pour administrer la justice, 
tant ecclésiastique que séculière , jusqu'à ce qu'il fût 
sur les lieux , et qu'il pût y pourvoir lui-même. 

La charge la plus considérable , pour Thonneur et 
pour le reyenu , dont cet archevêque dispose , est le 
gouvernement de Gaçorla, composé de plusieurs 
villes et villages que don Rodrigue Ximenès, arche* 
véque de Tolède, avoit conquis sur les Maures, et 
que le roi Ferdinand III unit au domaine de celte 
Église Fan i2i;3i. Le cardinal de Mendpza en avoit 
pourvu don Pedro Hurtado de Mendoza , son frère , 
qui en étoit en possession ^ et quoique ce seigneur 
eût sujet de tout espérer , soit parce que tout le pi^s 
se louoit de sa modération et de sa justice, soit parce 
que le nouvel archevêque devoit toute son élévation 
au cardinal son prédécesseiH* et son bienfaiteur, néan- 
moins il pria ses parens d'agir auprès. de la reii^e , et 
d'obtenir d'elle une recommandation , ou plutôt un 
ordre de le continuer dans sa charge. Gomme ils 
avoient beaucoup de crédit sur l'esprit de cette prin- 
cesse, elle leur accorda ce qu'ils souhaitoient , et 
leur conseilla d'aller eux-mêmes parler de sa parÇ à 
Ximenès. Ils lui exposèrent donc leur demande, le 
firent ressouvenir des obligations qu'il avoit à leur 
maison , lui parlèrent du mérite de leur parent, et 



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54 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

Lui dirent que la reine le vouloit ainsi , «t qu'elle 
n entendoit pas que ce gouvernement fût donne à 
un kulre. 

Quoique l'atchevôque fôt porté à favoriser don 
Hurtado*, il craignit qu'on abusât de la bonté de la 
r^ne en obtenant d'elle de ces sortes de recom- 
mandations poissantes qui valent des commande- 
mens, et qu'on ne le pressât, dans les occasions, 
d'aœorder à la faveur ce qu'il ne vouloit donner 
qu'au mérite. 11 répondit qu'il ne pouvçit faire ce 
qu'on lui demandoit; que l'archevêque de Tolède 
devoit disposer librement des charges qui lui appar- 
tencHent^ qu'on lui avoit donné l'archevêché sans 
condition; et qu'encore qu'il eût tout le respect et 
toute la recomioissance qu'il devoit au roi et à la 
reiiie^ il leur seroit toujours plus aisé de le renvoyer 
à la cellule, d'où ils l'avoient tiré , que de l'obliger h 
rion faSi'e contre 1^ droits de^son Église et contre les 
règles de sa conscience. Geuic à qui il avoit fait cette 
réponse la rapportèrent à la reine , et tâchèrent de 
l'irriter contre lui en l'accusant d'ingratitude et d'ar- 
rogance. Mais cette princesse les écouta sans s'émou- 
voir, iet ne témoigna jamafis que cette liberté lui eût 
diéplu. 

Quelle temps après l'archevêque étant entré dans 
)e palais , et ayant remarqué que don Pedro Hurtado , 
qvu étoit piqué contre lui , se détournoit pour éviter 
sa rencontre, il le salua ; et , haussant un peu la voix , 
il l^appëla gouverneur de Caçorla , puis s'approchant 
de lui : Présenteriient que je suis dans une "pleine 



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LIYAË i>R£MlËB. $5 

lifeeité , kii ^t^ il , je tous remets dans votoe eliMgi^ ^ 
je n'ai pas voulu que d'autres que moi eussent pari i 
la justice que je veux tous rendre. Jé.sins bieu aise 
de trouver eu vioas un asti et ua honnêiie homme , »t 
de suivre mou indiDatîoa en saitu&naal; à ma Ç(Q^^ 
science. 11 ajouta qu'il étoit pevsuadié quril.jS^rvkoU 
à 1 avenir le roi ., le pubbc et son aitebevéqfoe , eomm^ 
il avoit £stl: auparavant. Hurtado reçut cette fgtdnG^ 
avec beaucoup de reconuoissance^ let eut toujours 
très^attacàé à ce pnëlat : :<;e prâat amssi i-atma et'l'ffr-* 
tima toute sa vie. • 

On vit bientôt paroître en Ximenès cette grandeur 
d'âme que la retraite avoit cachée. Il songeait régler 
son diocèse, à tenir des synodes, à servir l'état par 
ses conseils. Il £|t chercher le^ plus pjieux et les plus 
habiles hommes du royaume, employant les uns à ju- 
ger les affaires , les autres à réformer les mœurs de 
ses diocésains. CepenSant il coutintia de Vivre com- 
me s'il eût toujours été religieux. 11 portôit Thabit 
de son ordre, et n'usoit ni de tapisserie, ni de vais- 
selle d'argent. Une mrile tu^ suffisoît pour ses voya- 
ges , et le plœ souvent il alloît à pied. Sa taWe étoit 
fort frugale , et pendant le repas on lisoit quelque 
livre de piété, ou l'on s'entretenoit sur qiidque pas- 
sage de l*criture. 11 avoit pour tous domestiques dix 
religieux dc^son ordre, avec lesquels il faisoit sa 
Vègle, et son palais avoit la forme d'un couvent. 11 
parlageoit son revenu, en sorte que la plus grande 
partie étoit pour les pauvres, et le reste servoit à la 
subsistance et à l'entretien ou à la construction des 



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56 HISTOIRE DU CARD. X1MEȣS, 

édifices, et des ouvrages qui coucernoient la religion 
ou rëtude des lettres sacrées. 

Cette mamère.de vie si pauvre dans un rang si 
élevé, donna sujet de murmurer contre lui j ses en- 
vieux attribuèrent à bassesse ou à hypocrisie ce qui 
partoit d'un grand. fond de religion. Ses amis mêmes 
lui remontrèrent que c'étoit avilir la dignité, et que le 
train d'un archevêque de Tolède devoit être bien dif- 
férent de celui d'un provincial des Cordeliers. Les 
'plaintes en furent. portées jusqu'à Rome, et le pape 
Alfexandre VI lui en écrivit en ces termes. 

A BIOTR# BIEN -AIMÉ FILS FRANÇOIS, ARCHEVÊQUE DE 
TOLÈDE, ALEXANDRE VI. 

Salut et bénédiction apostolique. 

« Notre cher fils, la sainte Église, comme vous 
« savez, ressemble à la Jérusalem céleste -, toute mo- 
et deste et humble qu'elle est, selon l'Écriture, elle a 
« ses parures et ses ornemens. Gomme c'est un dé- 
« faut de les rechercher avec trop de soin , c'en est 
« un aussi de les rejeter avec trop de mépris. Il y a 
« des règles et des bienséances à chaque état, que 
« Dieu approuve, et qu'il faut gardçr pour s'accom- 
« moder à l'usage et à la foîblesse des homthes. Ainsi 
a les ecclésiastiques et principalement les évéques 
« doivent éviter toutes les singularités , et vivre en 
c( sorte qu^on ne puisse les accuser d'orgueil pour 
« une trop grande magnificence , ni de superstition 
« pour une trop grande simplicité. L'un et l'autre 



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LIVRE PREMIER. 5'J 

« affoiblissent Tautoritë des ministres de Jésus-Christ, 
« et blessent la discipline de son Église. C'est pour- 
« quoi nous vous exhortons , et avertissons de mener 
« une vie conforme au rang que vous tenez -, et puis- 
<( que le saint-siége vous a élevé d'un ordre inférieur 
(I à la dignité d'archevêque, il est raisonnable que, 
« comme vous vivez selon Dieu dans votre con- 
« science, dont nous ressentons une grande joie, 
« vous observiez dans vos habits, dans votre train , 
« dans vos meubles , et dans toute votre conduite çx- 
(( térieure, la' décence de votre état. 

« Donné à Rome ce i5* jour de septembre 1496, 
« et le 4' de notre pontificat. » 

Ximenès céda aux remontrances du saint père, 
et quelque peine qu'il eût à ^' relâcher de sa pre- 
mière sévérité, il augmenta sa maison et sa dépense; 
et depuis étant appelé au gouvernement de l'état , et 
reconnoissant combien les hommes sont frappés de 
cette grandeur extérieure, et combien il importe 
pour le bien public de se rendre vénérable à peux 
qu'on.gouverne , il devint honorable et magnifique , 
comme il convénoit à sa dignité. Il prit donc des ro- 
bes de soie, mais de la couleur de son ordre, et si 
courtes , qu'on voyoit par-dessous le pauvre habit de 
Saint-François qu'il recousoit lui-même de temps en 
temps, de peur d'oublier ce qu'il avoit été. 11 ne por- 
toit point de linge , et dormoit ordinairement sur la 
dure , défaisant tous les matins son lit , comme s'il eût 
couché dedans. Aussi ne voulut-il jamais qu'aucun 



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58 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

de ses domestiques assistât k son coucher ou à son le- 
ver. 11 se fit servir par des «n&ns de bonne fumiHe, 
comme ses prédécesseurs avoieul fait, mais il les re- 
tenoit dans une très-exacte discipline*, et, quoiqu'il 
leur donnât de sages gouverneurs , il leur demandoit 
souvent compte lui-même de leurs occupations et 
de leurs egcercices , et surtout du progrès qu'ils iki- 
soient dans la piété. Enfin il se régla si bien, ^u'en 
faisant tout ITioraieur qu'on vouloit qu'il fit k sa 
charge, îl garda pour sa personne to«te l'ausléritë 
qu'il avoit résolu de pratiquer. 

Ceux qui avoient auparavant condamné aa vie 
humble et frugale, aussitôt qu'il eut changé de con- 
duite , l'accusèrent de luxe et de vanité , et publiè- 
rent qu'il étoit enfiu veaia à bocLt de ses desseins ; 
qu'après s'être longrfemps déguisé, il s'étoit remisa 
son naturel -, qu'il avoit bientôt oublié les maximes 
de sa première vocation-, que ceiàie ambition qu'il 
avoit si soigneusement cachée , ne se monti'oit ique 
trop à tout le monde. Les pères de son ordre , laien 
Ifftn de le défendre, étoient les pi'emiers à te décrier, 
à cause de quelques mécontentemens particuliers. 

Dès que Ximenès eiït été au à l'archevêché 4le Tor 
lèdc, et qu'il eut pris avec lui quelques-uns de ses 
religieux pour s'en servir dans les fonctions épisao- 
pales, et pour entreftenir avec eux l'esprit de religion 
et de retraite au milieu des soins et >des embarras 
d'un grand diocèse , on crut d'abord qu'on leur attoàt 
donner les évêchés et les emplois les plus honorables 
de l'Eglise. Leurs désirs et leurs espérances se réveîi- 



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LIVRE PREMIER. Sq 

lèrent^ rarch?evèque les aimoit, et la reine ne refu- 
soit rien à rarchevéqne. Ceux d'entre eux qui avoient 
eu autrefois quelque familiarité avec lui , attendoîenl 
tout de son amitié. Ceux qui se sentoient quelques 
talens, croy oient avoir droit d'espérer qu'ils seroient 
préférés à d'autres datis la distribution de grâces. 
Quelques-uns même vouloient s'intriguer à la cdur, 
daïis la pensée que s'ils pouvoi^ent s'insinuer dans l'es- 
jM^it des grands , pour peu que Tarclievêque leur ten- 
dît la main , ils s'élèveroient sans beaucoup de peine. 
Mais il$ furent tous troiupés dans leurs espérances 5 
car l'arciievêque iie voulut pas qu'ils se mêlassent 
d'àtiCune aâTaire , ne leur en communiqua jamais au- 
tîune , et ne leur permit çlî d'aller à la cour , ni de 
parier aux courtisans. 

il leur redisoit souvent que Taîr du imonde étoit 
contagieux , et qu'il n'avoit pas pris des religieux au- 
près de lui pour en faire des séculiers. Il leur donna 
défi règles écrites de sa propre main , qui tendoient tou- 
tes aies tenir dans la retraite, et leur ordonna de les ob- 
server, si bien que ces bons pères trouvant dans le pa- 
lais de ce prélat plus de silence, plus de recueillement 
et d'oraison que dans leurs monastères , et ne voyant 
d'ailleurs aucune apparence de fortune , le regardè- 
rent comme un homme qui n'étoit bon que pour lui , 
et qui n'âvoit aucune considération , ni aucune recon- 
noissance pour son ordre. Lors même que les supé- 
rieurs Venoient le voir , il ne leur parloit que d'en- 
tretenir l'esprit de leur fondateur, de s'opposer aux 
rdâcbemens , dé tenir leurs inférieurs dans leur de- 



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6o HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

voir, de lés appliquer à la prière, à la lecture et aux 
autres exercices de piété. Ils jugèrent de là qu'il n'a- 
voit point de confiance en eux, puisqu'il ne leur 
disoit rien de ses affaires ^ et qu'il leur feroit un jour 
de la peine par ses censures et par ses réformes. 

Ces religieux se plaignoient de la dureté de l'arche- 
vêque ; et , comme ils n'osoient se déclarer ouverte- 
ment contre lui, à cause du crédit qu'il avoit auprès 
de la reine, ils écrivirent à Rome, à leur général, 
que leur ordre étoit perdu de réputation en Es- 
pagne^ que Ximenès n'en étoit sorti que pour le 
déshonorer dans le monde ; qu'au lieu de les aimer 
comme ses compagnons et ses frères, il les traitoit 
comme des esclaves 5 qu'il empéchoit de savans hom- 
mes de paroître, et détournoit la reine des bonnes 
intentions -qu'elle avoit pour eux, et plusiefurs au- 
tres plaintes semblables. Le général, qui devoit faire 
la visite de ses monastères, se hâta de venir en Espa- 
gne pour cette affaire qui lui paroissoit importante. 
Lorsqu'il fut sur les lieux, on lui en dit encore da- 
vantage-, et, dans les conférences qu'il eut avec les 
ennemis de l'archevêque il conclut avec eux que le 
seul moyen de le perdre , c'étoit de le décrier dans 
l'esprit de la reine. 

11 fit demander une audience à cette princesse, et, 
prévenu de sa passion et du faux zèle pour son ordre , 
il lui dit : Qu'il avoit été surpris du choix qu'elle îivoit 
fait de frère François Ximenès pour l'archevêché de 
Tolède , puisqu'il n' avoit ni naissance , ni savoir ni 
vertu \ qu'un petit officiai de Siguença ne méritoit 



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LIVRE. PREMIER. 6i 

pas qne sa majesté lui confiât les plus grandes affai- 
res du royaume; qu'une reine aussi éclairée qu'elle 
avoit bien pu découvrir que la sainteté de cet homme 
n'étoît qu'hypocrisie; qu'une marque de la légèreté 
de son esprit, étoit ce changement de conduite et 
ce passage d'une extrême sévérité à «n relâche- 
ment scandaleux -, que la véritable piété est douce, 
commode, charitable, et non pas farouche, intraitable 
comme la sienne ; que les façons qu'il avoit faites 
pour receVoir les dignités n'étoient qu'artifices, puis- 
que les gens de bien ae recherchent pas les honneurs, 
mais ne les fuient pas aussi, quand ils peuvent être 
utiles au public ; qu'il étoit de la piété et de la justice 
de sa majesté de réparer le tort qu'elle avoit fait à 
l'Église de Tolède ; et qu'il ne seroit pas difficile de 
faire déposer un homme de rien , ou de l'oj^liger à se 
démettre volontairement d'une charge dont il avoit 
bien connu lui-même qu'il n'étoit pas capable. 

La reine , indignée du discours de ce religieux, fiit 
plusieurs fois sur le point de l'interrompre , et de le 
faire sortir de sa chambre. Elle se modéra pourtant, 
et se contenta de lui dire froidement : Mon père, avez- 
vous bien pensé à ce que vous dites, etsavez-vous 
à qui vous parlez? Â quoi il répartit : Oui , madame , 
j'y ai bien pensé, et je sais que je parle à la reine Isa- 
belle, qui n'est que cendre et poussière comme moi. 
Après cela il sortit de l'audience tout échauffé. La 
reine reconnut par là Venvie qu'on avoit conçue 
contre l'archevêque , et l'en estima davantage. Pour 
lui, quoique ses amis l'eussent averti de tout ce qui 



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62 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

se passoil, assuré du témoignage de sa conscience, 
il ne voulut ni prévenir la reine, ni se justifier au- 
près d'elle , ni permettre qu'aucun lui parlât en sa 
faveur. Il ne fît paroître aucun ressentiment à ce gé- 
néral^ au contraire, il l'honora et respecta conime 
auparavant ^ et cette modération ferma la bouche à ses 
envieux. 

Cependant, quoiqu'il ne se plaignît point des reli- 
gieux qu'il avoit choisis pour ses domestiques, et 
qu'il ne les accusât pas d'avoir été de cette cabale 
contre lui, soit qu'il craignît leur inquiétude, soit 
qu'il eût reconnu que la vie qu'ils menoient auprès de 
lui leur ëtoit à charge, il les renvoya l'un après l'au- 
tre en divers temps dans leurs monastères, et n'en 
retint que trois : l'un pour être son confesseur, l'au- 
tre son prédicateur, et le troisième son aumônier, et 
qui parvinrent enfin par leur mérite et par la faveur 
de leur maître, l'un à la charge de prédicateur du 
roi, et les deux autres à l'épiscopàt. 

La fortune de Bernardin Ximenès de Cisnéros, 
frère de l'archevêque , fut bien différente de celle de 
ses compagnons. 11 étoit profès du même ordre, et y 
avoit passé quelques années avec assez d'hupiilité et 
de dévotion. Dès qu'il apprit que son frère avoit été 
élu à l'archevêché de Tolède, il se rendit auprès de lui 
pour le servir, et pour le soulager au moins des soins 
domestiques. L'archevêque le reçut, lui donna l'in- 
tendance de sa maison , et commençoit à lui |)arler 
assez confidemment de ses affaires. Mais il s'aperçut 
bientôt que c'étoit un esprit foible, inquiet, capri- 



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LIVRE PREMIER. ()3 ' 

cieivt , et qui dans de certains intervalles u'étoii pas 
maître de lui-même. L'amitié fraternelle lui fit pour- 
tant dissimuler tes défauts. Celui-ci, s étant fait un 
empire absolu dans la maison épiscopale, disposoit 
de tout à sa fantaisie, idiassoit les serviteurs, déso^ 
bligeoit les amis et les officiers *, et lorsque le prélat 
le répritaandoit, il lui répondoit insolemment, et se 
retiroit de dépit dans quelque couvent de son ordre, 
d'où il revenoit quelques jours après quand sa colère 
étoit apaisée. Ce fut dans une de ces retraites qu'il 
écrivit un libelle rempli de plusieurs calomnies cor^r- 
Ure son frère , qu'il avoit dessein de présenter à la 
reine à la première occasion. 

L'archevêque en est averti , il ordonne qu'on se 
saisisse de lui et de ses papiers ; on visite ses cassettes, 
le libelle se trouve. On )>rend l'auteur et on le ren* 
ferme dans une prison. Après une assez longue péni* 
tence il demanda grâce et l'obtint, mais il n'en pro-> 
fita pas long-temps. Ximenès étoit alors indisposé à 
Alcala de Henarès, où les officiers de sa justice ins- 
truisoient un procès de conséquence entre personnes 
de qualité. Quoiqu'il y eût une très-expresse défense à 
tous ses gens de solliciter en pareilles rencontres, son 
frère s'affectionna pour une des parties , et fit tant par 
S68 sollicitations , par ses menaces et par ses promesses, 
que la mauvaise cause l'emporta. Les juges furent ga- 
gnés, la sentence rendue, le bon droit abandonné. 
La partie condamnée alla se plaindre à l'archevêque, 
et lui représenta le tort qu'on lui avoit fait. Ce prélat 
écouta ses plaitites, se fit apporter le procès, et re- 



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64 HISTOIRE DU GARD. XIMENES, 

connut que c'ëtoit avec raison qu'on réclamoit son 
autorité et sa justice. Sur-le-champ il cassa ses juges, 
et les priva pour jamais de leurs offices ^ donna les 
ordres nécessaires pour réparer le tort qu'ils avoient 
fait-, résolut de châtier son frère comme il méritoit -, 
et tomba dans une si grande mélancolie , en songeant 
tju'on avoit fsiit une injustice dans son diocèse, que 
son indisposition devint une maladie dangereuse. 

Bernardin étant entré dans sa chambre spus pré- 
texte de le visiter, au lieu de se jeter à ses pieds et 
de reconnoitre sa, faute , commença à le quereller, lui 
disant qu'il venoit de faire une action indigne de lui, 
que ses juges étoient innocens , que c'étoit lui qui 
étoit l'injuste et le passionné, et autres semblables 
extravagances. L'archevêque, abattu de son mal, ne 
put faire autre chose que de lui commander de se 
taire, et de le menacer d'une prison plus longue et 
plus ennuyeuse que la première. Ce religieux , irrité 
et hors de lui-même, prit l'oreiller svir lequel le ma- 
lade appuyoit sa tête , lui en ferma la bouche afin 
qu'il ne pût appeler ses gens qui étoient dans l'anti- 
chambre ^ et le prenant à la gorge le serra avec ses 
deux mains , jusqu'à ce qu'il crût l'avoir étouffé. Il 
sortit alors de la chambre, recommandant à tout le 
monde de ne point faire de bruit , comme si son 
frère eût voulu dormir et s'alla cacher dans une 
cave pbur attendre ce qui en arriveroit. 
. Un page un peu plus attentif que les autres , re- 
marqua que ce religieux étoit tout troublé, qu'il 
chanceloit à chaque pas , et qu'il avoit eu peine à 



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LIVRE PKEMIER. 65 

leur dire deux ou trois mots : faisant encore réflexion 
qu'il venoit de les entendre parler avec chaleur-, il 
entra dans la éhambre, s approcha doucement du lit 
de son maître, et le voyant pâle , défiguré , et sans 
respiration, il crut qu'il étoit évanoui, et cria qu'on 
vint promptement le secourir. . Tous les domesti- 
ques accoururent; on appela les médecins; on lui 
donna des cordiaux ; enfin il revint un peu , appe«- 
lant à mots entrecoupés son frère ingrat et parricide. 
Lorsqu'il eut repris ses esprits, et qu'il fut tout- à - 
£iità lui: Loué soit Dieu, dit -il, encore vaut- il 
mieux avoir couru un si grand danger, que d'avoir 
souffert .une injustice. On se saisit du crimiliel ; et 
comme on délibéroit sur la punition de: son crime, 
il défendit qu'on lui fît aucun mal, et se. Contenta d# 
l'envoyer dans le monastère de Turrigio, près de To- 
lède, pour y passer le reste de ses jours. en. retraite 
et en pénitence. 

Plusieurs personnes de qualité, et le roi Ferdi- 
nand même, s'entremirent pour le remettre en giiâcô 
avec l'archevêque ; mais ils ne purent obtenir qu'il 
le reprît dans sa maison. Il lui fit proposer s'il vou^ 
loit entrer dans l'observance; et comme il ne le vit 
pas disposé à prendre cette réforme, il lui donna 
une pension de huit cents ducats , à condition qu'il ne 
sortiroit pas de son couvent, et qu'il neseprésenteroit 
plus devant lui. Il eut grand soin de l'éducation du 
page qui l'avoit assisté ; il le corrigeoit de ses défauts 
avec une bonté paternelle. Il l'entretint toujours 
chez ïui , et lui donna de quoi vivre honorablement. 
7. ^ 5 



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66 HISTOIRE DU GÂRD..i;;ilIEN£S, 

Pour revenir aux commencemens de son épisco-- 
pat. Dès qu'on apprit à Tolède que Ximenès ayoit 
ëté.saeré, le dbapitre s'assembla, et députa deux 
des principaux chanoines pour lui témoigner, au 
nom de tout le corps, le respect qu'ils avoient tou- 
jours eu pour sa personne, et la joie qu'ils avoient de 
son élection. Il reçut leur compliment et y répondit 
avec beaucoup d'honnêteté. Il les entretint a^ez 
long- temps sur l'état du diocèse, et leur dit qu'il y 
avoit bien des choses à établir ou à réformer -, et que , 
pour l'honneur de l'Église et l'utilité des peuples , il 
falloit y remettre l'esprit du christianisme, et les règles 
de ranciepne discipline -, qu'il souhaitoit par avance 
que les chanoines qui vivoient dans des maisons éloi- 
^ées les unes des autres , se rapprochçissent et se 
réduisissent,, autant qu'il se.pourroit, à une espèce 
de commuiuuaté -, de plus, que ceux qui étQÎent en 
semaine pour servir à l'autel et pour oflicier , de- 
menassent dans Tenceinte de l'église, durant le 
teiiips de leurs fonctions, afin d'être plus recueillis; 
les assurant qu'il auroit soin de leur faire bâtir des 
logemens, et de leur fournir toutes leur» commodi- 
tés. Il diargea les députés de fidre savoir ses inten- 
tions au chapitre sur ces deux articles , et de les faire 
exécuter au plus tôt. 

Les députés comprirent bien que leur compagnie 
n^approuveroit pas ces r^lemens, et n'osèrent lui 
dire ce qu'ils en pensoient-, ils promirent pourtant 
qu'ils s'acquitteroient de la commission qu'il venoit 
de leur donner ^ ce qu'ils firent à leur letour. Les 



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' IXTRB PREMIER. 67 

chanoines eurent peine à conseatir à ces ordonmia- 
ces. Ils trouvoient assez raisonnable queles ofiâdans 
demeuràsseût renferoaés et séparés du monde datant 
leur semaine *, mais ils crâignoietit que ce% homme 
austère, quiportoitla réforme partout, après avoir 
entrepris de régler les religieux, n'^t de pareils 
desseins sur les chanoines. L'ordre iqu il avoit déjà 
envoyé de bâtir plusieurs logemens sur lesportiquest 
de Féglise, les alarma encore davantage^ 11^ s^assem'- 
blèrent ^ et , sous prétexte dWtres affaires « , ils eu* 
voyèreni à Rome ua des plus considérables et..de$ 
plus habiles d'entre eux, pour défendre les droits 
du chapitre auprès glu saint - siège , et s'opposer à 
Tarchevéque, s'il vouloit introduire des nouveautés. 

Alphonse Albornoz fut chargé de cette députa-»- 
tion^ et partit en grande diligence. Qi^oiquils eus*- 
sentteiiu leur délibération secrète, Ximenès en fut; 
averti, et juge^ qu'il étoit important de contenir dans 
le devcdr, par un exemple de sévérité même excès-: 
sive, des esprits qu'il vpyoit portjés àk désobéissance 
et à la révolte. Il fit marcher aussitôt ^)par autorité 
de la cour ,. un prévôt vers le port où ce chanoine ^ 
devoît s'embarquer, pour larréter. quand il y arrif- 
veroit; et, parce qu'il pouvoit d^jà s'être mis en mer, 
il env<^a au même temps deux, officier^ d'expédition 
et de coufiance, avec pouvoir de prendre une galère 
sur le port, pour arriver en Italie ayant Ivii, 

La reine écrivoit à don Garcilasso , son ambassa- 
deur, auprès du pape, d'empêcher Albomoz d'allée 
à Rome, et de le repvoyer prisonnier en Espagne. 



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68 HISTOIRE 0U CARD. XIMEISÈS, 

L'affaire réussit comme Ximenès l'ayoit projeté , les 
officiers abordèrent à Ostie. avant qu'A Ibomoz y fut 
arrivé. L'ambassadeur en eut avis et vint inconti- 
nent Fy attendre. Le lendemain, ayant appris qu'il 
débarquoit , il lui demanda de venir chez lui , le re- 
tint à dîner ,* lui signifia les ordres qu'il avoit reçus 
de la reine , et I0 mit entre les mains des officiers, 
qui le ramenèrent en Espagne , comme un criminel 
d'état. On l'enferma dans un château au^M-ès de Va- 
lence; ettlepuis on le conduisit à Alcala où il passa 
dix -huit mois dans uiie prison ou dans une en- 
niiyeuse liberté, à là garde de deux archers qui ne le 
perdbiént plais de vue. * 

La punition de ce chanoine étonna les autres. 
Toutefois , quand l'archevêque fut à Tolède , il les 
rassura, et leur dit plusieurs fois dans des entretiens 
particuliers ces paroles du prophète Élie : Le Sei- 
gneur ne vient pas avec le feu et les tempêtes^ mai» 
avec le souffle d'un vent doux et paisible. Il s'ex- 
pliqua même avec eux , et leur dit que son intention 
n'avoit pas été de lés faire vivre comme d/Bs reli- 
gieux, mais de les rapprocher de la règle de saint 
Augustin, dont ils conservoient encore plusieurs usa- 
ges; que , pour la retraite des officians, il les exhor- 
toit de l'établir entre eux, afin d'être plus retenus 
à k vue des saints autels , et d<e célébrer les sacrés 
mystères avec plus de respect et de recueillement. 

Cependant les rois catholiques , après avoir tenu 
les états d'Aragon , se séparèrent^ Ferdinand prit la 
route de Catalogne, et s'avança vers Gironne, pour 



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LIVRE PREMIER. 6g 

s'opposer au dessein qu'avoienl les François sur cette 
place. Isabelle partit pour Burgos, et Ximenès Fy 
accompagna. Ils avoient conclu depuis quelque tetnps 
nu double mariage de don Juan, prince d'Espagne, 
leur fils, avec Marguerite fille unique de l'empe- 
reur Maximilien, et de Finfante Jeanne leur seconde 
fille, avec l'archiduc Philippe d'Autriche, fils aîné 
du même empereur. On préparoit une grande flotte 
au port de Larédo , où cette dernière princesse de- 
voit s'embarquer. La reine prit la résolution de la 
conduire jusque-là, et de lui donner encore quel- 
ques avis, avant qu'elle passât en Flandre. Mais 
comme le chemin de Burgos à Larédo est coupé de 
montagnes , et qu'il y a peu de villes ou de villages 
sur la route, elle jugea qu'il falloit ou laisser une pair 
tie de sa suite, ou pourvoir aux provisions néces- 
saires pour la subsistance de la cour et des équipages. 
L'archevêque , qui ne demandoit qu'une occasion de 
travailler dans son diocèse , obtint congé d'y aller , 
et d'y demeurer jusqu'à ce que la reine fut de retour 
à Burgos. 

D se rendit en diligence à Âlcala de Henarés , où 
les archevêques de Tolède ont accoutumé de résider 
une partie de l'année. Là, oubliant toutes le$ autres 
afiaires , il s'informoit de l'état des églises et des 
mœurs des ecclésiastiques, et ge préparoit à prendre 
possession de sa cathédrale, à convoqu«r Sjon synode 
et à Élire la visite de son diocèse , loisqufi la reine , 
occupée du mariage de son fils, lui fit; savoip qu'elle 
avoit besoin de lui en cette occasion v et , quelque 



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JO HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

excuse qu'il pût alléguer , elle lui manda qu'il était 
nécessaire qu'il assistât aux noces, de don Juan; et 
qu'un prince destiné à la succession de tant de royao- 
mes, ne devoit être marié que par le premier évé- 
<iue d'Espagne. H obéit : et, après avoir fait la céré- 
monie de ce mariage , pendant que les rois allèrent 
visiter les frontières de Castille et de Portugal, il s'en 
retourna à Alcala , et peu de jours après il fit son en- 
trée à Tolède. 

Son dessein étoit d'arriver de nuit, et dMviter cet 
appareil tumultueux qu'on fait à la réceptioa des 
évêques. Mais il ai)prit que cette ville, qui avoit tou- 
jours eu une affection très -particulière pour ses ar- 
chevêques, seroit sensiblement affligée, s'il ne lui 
étoit permis de faire éclater sa réjouissance; et il ne 
voulut pas lui ôter cette consolation. Le jour de son 
arrivée, le peuple de la ville et des environs se ré- 
pandit dans la campagne pour le voir. Le clergé fut 
une lieue au devant de lui revêtu de ses ornemeos. 
Tous les chanoines montés sur des mules superbe- 
ment parées, chacun précédé de deux estafiers avec 
des robes d'écarlate , s'approchèrent l'un après l'au- 
tre pour baiser la main de l'archevêque qui s'étoit 
arrêté au milieu du chemin pour les recevoir. Le 
gouverneur de la ville et les magistrats , suivis des 
principaux citoyens, allèrent faire leurs complimens 
à leur tour. Il fiit conduit ainsi avec des acclamations 
extraordinaires jusqu'au vestibule de l'église , où il 
se prosterna devant cette partie de la croix de Jésus- 
Christ, qu'on y garde comme un précieux trésor. 



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LIVRE PREMIER. J f 

Quand il fut à la parte, on lui présenta le livre des 
droits et des privilèges de cette église^ et il promit, 
selon la coutume, de les maintenir. Ensuite il entra, 
fit sa prière devant le grand autel , et se retira dans 
son palais épiscopal. • 

Trois jours après il fit assembler les chanoines chez 
lui, et il leur parla de la sorte : Vous savez sans doute, 
mfes très-chersirères, que je n'ai accepte qu'à regret 
I^ dignité où vous me voyez , et que je sais mieux que 
personne que j'avois raison de la refiiser , depuis 
que je commence d'en sentir le poids. J'ai besoin 
non-seulement des secours du ciel , mais encore des 
» conseils et des lumières des gens de bien! Et à qui 
puisrje mieux m'adresser qu'à vous , qui pouvez at- 
tirer sur moi les grâces de Dieu par votre piété , et 
m'aider à me conduire par votre prudence ? J'espère 
que vous m'accorderez ce que je vous demande. Mon 
intention est que dans cette église et dans tout ce 
diocèse l'Évangile soit suivi -, le culte xle Dieu soit 
augmenté^ et la discipline des mœurs , si elle ne peut 
être entièrement rétablie dans sa pureté , ait dil moins 
quelque forme delà piété de nos pères. Rien n'y peut 
tant contribuer que votre exemple, mes très -chers 
frères^ Il est juste qu'étant au-dessus des autres par 
votre rang et par vos biens , vous les ^urpassiez aussi 
par votre vertu. Que pourrions -nous attendre des 
peuples pour leur correction, si vous néjgligiez vos 
devoirs , et si par vos habits , par vos démarches , par 
votejl^ union, par vos pieux entretiens et par vos bon- 
nes oeuvres, vous ne leur montriez que l'homme in- 



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^2 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

térieur est vraiment digne du sacerdoce dont Jësus- 
Christ vous a honores ? Je crois que vous le faites ainsi. 
Pour moi je veux bien vous découvrir ici mes senti- 
mens. Tous ceux que je verrai attachés à leur pro- 
fession aller lift vertu en vertu, je les assisterai de 
tout mon pouvoir, je les honorerai, je les élèverai 
dans les emplois et dans les charges. Ceux , au con- 
traire , qui s'écarteront des règles de leur vocation > 
j'essaierai de les ramener par la douceur-, et si je ne 
le puis,, ce que j'espère que Dieu ne permettra pas, 
j'y emploierai les derniers remèdes. Mon inclination 
y répugne, mais mon devoir m'y forcera, puisque 
je dois rendre compte de vos actions au souverain 
juge. J'augure mieux d'une compagnie si sage et si 
vénérable, qui mérite notre affection, et qui ne s*at- 
tirera pas nos réprimandes. Et parce que j'ai résolu 
de convoquer mon synode dans Âlcala pour y régler 
les affaires de ce diocèse , je vous exhorte d'y en- 
voyer vos députés , comme vous Favez pratiqué de 
tout temps. Cjependant, si dans cette église ou dans 
les autres de ma juridiction vous savez qu'il y ait 
quelque désordre à corriger , je recevrai comme une 
grâce l'avis que vous m'en donnerez.... Le dayen 
répondit à ce discours avec beaucoup de respect et 
de soumission,^ et le chapitre se retira. ' 

L'archevêque , durant quelques, jours , reçut les vi- 
sites des magistrats et dé la noblesse. La salle où il 
les recevoit étoit ouverte à tout le monde • il y avoit 
sïir u»e table une bible ouverte , et l'archevêque^toit 
auprès. Il écoutoitce qu'on lui disoit, et y répondoit 



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LIYRE PREMIER. ^3 

en peu de paroles graves et honnêtes. Si Ton vouloit 
répliquer, et que ce fût compliment et non pas af- 
faire, il se remettoit à sa lecture : faisant connoitre 
par là qu'il n'étoit pas à propos d'entrenir de ces 
inutilités un homme qui avoit des occupations si sé- 
rieuses et si importantes. On lui prësentoit des requê- 
tes de tous côtés et il n'en refusoit aucune, il jetoit 
les yeux dessus; et comme ce n'étoit pour la plupart 
que des demandes des pauvres , et qu'il falloit y ré- 
pondre par des aumônes, plutôt que par des raisons, 
il les renvoyoit à ses aumôniers avec ordre d'y satis- 
faire pleinement. Cette libéralité attira tant de de- 
mandeurs, que, le jour qu'il partit pourÂlcala, il 
fut long-temps sans pouvoir sortir de son palais , à 
cause dé la foule qui y étoit accourue , et il fut obli- 
gé , pour se faire passage , de leçr jeter l'argent qu'il 
avoit résolu de leur faire distribuer. 

Pendant le peu de temps qu'il fut à Tolède, il 
publia divers réglemens pour le clergé et pour le 
peuple, et fît de grands présens à ion église. 11 pour- 
vut à quelques bénéfices qui étoient vacans, et lies 
donna à de pauvres ecclésiastiques dont il avoit connu 
la vertu , et qui ne s'attendoient pas à de pareilles 
grâces. Dans la disposition des cures , il considéra 
sur toutes choses le service des églises ; et , quoiqu'il 
eût de bons pfétres dans sa maison, il en choisit sou- 
vent d*ailleurs , quand il les crut plus propres aux 
places qu'il falloit remplir. Il observa surtout invio- 
lablement de ne donner jamais de bénéfices à^^ceux 
qui les avoieht dismandés ou fait demander , ne pou- 



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74 HISTOIRE DU GARD. XIME5ÈS , 

vant souffrir ces prétentions par voie de faveur ^ el 
disant que ces gens*là n'ont ordinairement ni capa- 
cité ni mérite ^ ou que du moins ils manquent de pu- 
deur et d'humilité. 

Il visita sa cathédrale ; et, voyant que le chœur étoit 
serré et obscurci par la muraille d'une chapeUe à, 
laquelle se^ prédécesseurs n'avoient jamais osé tou- 
cher paitoe que les anciens rois et princes de la maison 
royale d'Espagne y avoient été enterrés, il fît venir des 
architectes , et leur ordonna de démolir la chapelle , 
et de transporter les tombeaux aux deux côtés du 
maître autel de son église^ et, quelque remontrance 
que lui pût faire le chapitre , quelque opposition que 
fissent au nom des rois les chapelains qu'on y avoit 
fondés, tout ce qu'ils purent gagner ce fut qu'il 
attendit la reine , qui devoit venir en peu de jours, 
pour avoir son consentement. 11 donna aux paroisses 
et aux monastères de la ville tout ce qui leur étoit 
nécessaire pour faire le service divin avec propreté 
et même avec magnificence. 

Gomme le temps de son synode approchoit , il se 
rendit à Âlcala où les prêtres de son diocèse venoient 
de toutes parts pour recevoir ses ordres et ses ins- 
tructions. Il leur parla à chacun en particulier avec 
une charité paternelle ;^et quand ils furent assembles , 
il leur fit un discours qui leur donna lïn grand res- 
pect pour leur vocation , et un grand désir de se 
sanctifier en travaillant au salut des âmes. Il fit dans 
ce synode , et dans celui qu'il tint depuis à Talavéra , 
plusieurs ordonnances très-utiles , que les plus sages 



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lIYJiB PmEMIEE. 75 

prélats ont fait observer depuis ce temp6-:là , non- 
seulement en Espagne, mais encore dans tous les 
royaumes chrétiens , et que le saint concile de Trente 
a généralement établies dans toute TÉglise* 

II ordonna que tous les dimanches et toutes les 
fêtes, chaque curé , après la grand'messe , expliquât 
familièrement et solidement TÉvangile au peuple; et 
que le soie, après cômplies, il assemblât ses parois*- 
siens, et particulièrement les enfans, et leur apprit 
avec grand soin tous les points de la doctrine chré- 
tienne , par des instructions et des catéchismes selon 
leur portée, dont il leur donna des modèles; ce qui 
fut d'une très-grande utilité. 

Comme il yavoit dans le diocèse peu de c«nfes* 
seurs approuvés , il permit à tous les prêtres de se 
confesser et de s'absoudre les uns les autres des cas 
mêmes qui lui étoient réservés , de peur que n'ayant 
pas la commodité de la confession, ils ne fussent 
privés de dire la messe , ou ne la dissent sstos les dis- 
positions nécessaires. Il rétablit l'usage ancien de 
tenir de l'eau bénite à l'entrée des églises; ce qui 
avoit été entièrement aboli , et qui fut d'une grande 
consolation pour le peuple. 

Doii Alphonse Carrillo, un de ses prédécesseurs, 
ne pouvant souffrir certaines civilités importunes qui 
se faisoient, surtout entre les personnes de condi- 
tion, lorsqu'on leur portoit la paix à baiser dans les 
messes de paroisse, avoit ordonné qu'au premier 
compliment qu'on seferoit, le diacre finit la céré- 
monie et s'en retournât à l'autel. Ximenès ne voulut 



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*j6 HISTOIRE DU éARD. XIMBNÊS, 

pas que , pour Tindiscrétion d'une oh de deux per- 
sonnes , on privât tous les assistant de la paix que le 
prêtre leur envoyoit , et ordoijina qu'on passeroit ceux 
qui s'amusoient à ces indécentes cérémonies, et que 
l'on donneroit la paix à tous les autres. 

Comme il étoit savant dans le droit, il régla l'ordre 
'et \0s procédures, tant de ses ofiicialités , que des 
tribunaux laïques de son diocèse. Pouiv abolir les 
longues formalités que l'avarice des avocats et l'opi- 
niâtretré des plaideurs avoient introduites dans la 
justice, il enjoignit à tous ses juges dans l'étendue de 
sa juridiction, d'entendre les parties , et de les juger 
sur-le-champ sans écritures et sans frais, si les causes 
étoient de peu de conséquence. Dans les grandes af- 
faires , il ordonna qu'après avoir éclairci le fait par 
les informations e^ les témoignages nécessaires , on 
laissât à chacun la liberté de produire ses raisons par 
écrit , et de répondre à celles de sa partie une. fois 
seulement, et que le vingtiènie jour, tout au plus 
tard, on donnât sentence définitive. 

11 fit un décret particulier pour le procès contre les 
ecclésiastiques, portant que, si les accusations étoient 
légères , ils fussent absous ou condamnés par les offi- 
ciaux, sans bruit et sans procédures-, et que, si les 
fautes étoient considérables, ils fussent jugés avec jus- 
tice, mais avec grande circonspection-, recommandant 
très-expressément aux juges d'avoir de grands égards 
pour l'honneur et la réputation des prêtres , et de 
les regarder avec des yeux de piété et des entrailles 
de charité, parce qu'ils sont les oints du Seigneur. 



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LIYR'E PREMIER. 77 

Il établit surtout deux dioses trës-^utileâ et très- 
nécessaires qui n^avoient pas encore été pratiquées.' 
La première, qu'il y eàt dâûs tcmtes les paroisses de 
son archeyéché un registre ou fossent écrits les noms 
de tous les enfans qu'on baptisoit , de leurs pères , de 
leurs parrains , et des témoins qui avoient assisté au 
baptême, avec Tannée , le mois et ië ^jour de cette 
cérémonie. Par cette ordonnanc0 , il >arréta le cours 
des divorces qui se feisôient iÉIpunément soùs* 
des prétextes de rdi^a et d'aliihnce spirituelle. 
L'on a vu depuis de quelle a«ilîté''a ' été cette pré- 
Toyancedans la pooinotion aux cFrdres- sacrés, dans 
rentrée auiç bénéfices ^idàWles tutelles, dans la dhn 
cussion des héd^^effliè dans plasieurs- autres ïen^ 
contres. Le secoinclinlglementiat que les curés fissent 
un dénombrement deUôus leurs paroissiens , par lie- 
quel ils recennûssem, dtfits^lp^inps depâques, ceWx 
qui s'éioient^ confessés et qui avoient communié, 
selon le précepte <lë l'Ilglisevet que dans qùarailtei 
jours ils* portassent X6 mémoire à l'archevêque oii à 
ses grands-vicaires de Tolède ou d'Alcala , afin qu^on 
remarquât ceuxi qui y auroient manqué. ^ 

Après que son synode fut ac^ievé, il s'appliqua à 
Êdre dresser les plans dé quelques édifices publics, 
pour lesquels il avoit beaucoup d'inclination : €ar il 
se proposoit de faire bâtir des monastères de religieux 
et dé rdigienses, des maisons pour de pauvres filles 
à marier , et des collèges pour l'instruction de la jeu- 
nesse 5 et surtout l'université.d'Alcala qu'il prit plaisir 
d'établir et de protéger durant, tout le cours de sa vie. 



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7&- HISTOIRE DKJ QitR.D. XIMERès. 

Pendanl qu'il ^Unt aip» occupé dans «on diocèse , 
la reforme de» religieux à. laquelle il avoitdéjà tra- 
vaillé y et qvÇil souhaitoit fort de terminei% causoit de 
grands troubtea 4ans tout le royaume. Les couyen- 
tuels de Saiut-^Frauçois résistoieut à toutes les propo- 
sitions q^ on \§}xfi taisoit. La plupart des grands sei- 
gneurs pren«iieitt l^ut. parti , par une pitié naturelle 
qu'oii a pQUroe^x qii/onyeut .réduire malgré eux à 
une vie.plu^ aus4iice. Cette correctkni leur paroissoit 
unie oppi*e6sioa ^t* ixn^ violence.. Us avoient dans leurs 
égUaes la&t^nnbea^xïdtf \ffà3r6 ancêtre»^ des chapelles 
magniAqqes et de^ mossesi fondées- à perpétuité.. Us 
cro!)roient que ks frères ilefi'ahservaoce) qui ne pou- 
voieat par leur in&tt^ut.pbs9éd«c^aiicùn revenu, ne 
^•mc^ttroient pà$ ^n pane de.^iicqiûtter des services 
d^bt les autres s'étoient ebargd$-j:Le'.briiil; ^eôiiroit 
vi4v^. qu'on vouloit appliquer 'em fond» à dee Ino- 
n^tère$ et à des collèges , et ^qu'aioâi la mémoire de 
lews fondations.se :perdr<>it, et^Tobligâtioa de les 
payer ne lai^âeroit p2m de continuer dansleurs mai- 
sons. ' /./ . '• 

L'archevêque^ par son crédit y surmontait tontes 
cesi difficultés en £8{)aglkej; liiais il trouvoit de plus 
grands obstacles duoofé de Id cour de &(»Ke oà c^te 
affaif^ devoit se décider. Le général, qui étoît con- 
ventuel, représenta plusieurs lois au pape.: Qu'on 
détmisoit son ordre s<ms prétexte de le réformer; 
qu'on ouvroit la porte à des dissensions scandaleuses 
entre sesfrôres y en leur faisant souhaiter les biens les 
uns des autres; que, pour vouloir établir ia^régula- 



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LITRB PREMIER. jg 

nié y on niinoit la charité et la subordination*, qu'en- 
fin il y avoit des réformateurs en Espagne, cfui, sans 
autorité du saint-siége , et sans commission de sa 
part, disposoient de son ordre à lear fantaisie*, que 
pour lui , il ne refusoit p^s de rétablir la discipline, 
et de porter ses religieux à la perfection de leur état ; 
qu'il demandoit seulement qu'il lui fut permis d'en^ 
voyer des commissaires, qui se joignissent à ceux 
que la cour d'Espagne avoit nommés, afin que, si 
dans ses propres atTaires on agissoit contre sa vo- 
lonté et sans son conseil, on n'agit pas du moins sans 
sa participation. 

Le pape approuva ses raisons , commit de sa part 
l'évéque d,e Catane son nonce auprès des rois ca^ 
tholiques , et permit au général d'envoyer des com- 
missaires, en apparence pour travailler avec ceux 
d'Espagne, et en effet pour traverser leurs entre- 
prises. Mais on n'eii fit pas beaucoup de cas ; et Ton 
poursuivit la réformation sans prendre leurs conseils, 
et saos avoir égard à leurs remontrances. Le général 
en porta ses plaintes au pape , qui en fut extrêmement 
irrité, et qui fit ensuite un décret , de l'avis de tous 
les cardinaux assemblés, par lequel il ordonna qu'on 
sursît toutes ces poursuites de correction et de ré- 
forme nàonastiques jusqu'à ce cpie la vérité fut éclair- 
cie, et que le saint-siége y pût pourvoir. Sa sainteté 
en écrivit aux rois catholiques , et les pria de ne pas 
protéger des gens qui, par un zèle qui n'étoit pas 
selon la science, tnettoientla division dans Tordre 
de Saint-François. 



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8o HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

Le bref fut envoyé à l'archevêque, qui jugea bien 
que ce commandement de surseoir Tafiaire étoit un 
moyen dont en se servoi t pour la rompre. Mais comme 
il étoit vif naturellement 9 et que les difficultés Tani- 
moient bien loin de l'abattre , il alla trouver la 
reine, et la voyant rebutée par. tant d'obstacles qu'on 
iaisoit naître de tous côtés, il la supplia de se res- 
souvenir de sa constance, et de ne pas abandonner 
un dessein si louable, qui demandoit d'autant plus 
de courage et de persévérance , qu'il y avoit plus 
d'ennui et de travail à essuyer ppur l'exécuter. 

La reine l'assura qu'elle emploieroit tous ses offices 
et tout son pouvoir auprès de sa sainteté , pourvu 
qu'il se chargeât jusqu'au bout de toute l'affaire , ce 
qu'il accepta volontiers. Alors il s'appliqua plus for- 
tement à lever les difficultés qui s'opposoient au ré- 
tablissement de la discipline , et fit si bien par ses 
soins, par sa fermeté et par son industrie, que le 
pape, par un nouveau décret, consentit qu'on reprît 
les poursuites de la réforme , et le nomma lui-même 
pour commissaire apostolique avec l'évêque de Ca- 
tane. Ainsi , malgré toutes les oppositions , il vint à 
bout de son entreprise ; et il resta peu de monastères 
où l'observance ne fût établie au grand contentement 
de l'archevêque , et à l'édification des peuples qui 
lui furent redevables des grands exemples de mo- 
destie , de pénitence et de piété qu'ils reçurent de ce 
saint ordre. 

Cette affaire étant ainsi terminée , il se fit apporter 
un état de toutes ses paroisses, de l'entretien des 



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LIVRE PREMIER. 8l 

églises, des mœurs des paroissiens, de la pauvreté 
des lieux ou des personnes , et des abus qui s'ëtoient 
glisses dans son diocèse-, et en peu de temps il mit 
ordre à tout; La seule difficulté qui restoit à vaincre, 
étoit la résistance de quelques ecclésiastiques qui , 
sous prétexte des privilèges que le saint- siège leur 
avoit accordés , ou des charges et des offices qu'ils 
avoient dans le palais apostolique , se disoient exempts 
de sa juridiction, et portoient incontinent leurs causes 
par appel à la cour de Rome. Il jugea que ces immu- 
nités étoient des sources de rébellion , ef des obs- 
tacles à la discipline exacte qu'il vouloit remettre 
dans l'archevêché de Tolède. Il en poursuivit la ré- 
vocation; et le pape, pour favoriser ses bons des- 
seins , cassa toutes ces exemptions prétendues et lui 
écrivit un bref par lequel, après lui avoir témoigné 
la confiance qu'il a en son équité, en sa religion et 
. en sa prudence , il lui donne toute Tautorité du saint- 
siége pour corriger les désordres introduits dans 
rétendue de son . diocèse , et pour procéder par les 
voies de droit, contre toutes les personnes qui , pour 
quelque cause que ce soit , voudroient se tirer de sa 
juridiction. Aussitôt qu'il eut reçu ce bref et qu'il 
eut joint le pouvoir du pape à la faveur de la reine , 
il contint ses diocésains dans un tel ordre , qu'on 
eût dit que c'étoient des hommes nouveaux. Le vice 
nosa plus se monfrer, et l'on vit revivre l'ancienne 
sévérité des mœurs sous un prélat qui en doniioit lui- 
même de si grands exemples. 
Ximenès étoit alors si appliqué au règlement do 
7. 6 



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8^ HISTOIRE DU GARD. XIMEI(ËS, 

son diocèse , qu'il ne prétendoit plus aller à la cour 
sans une nécessité ou une utilité évidente. Aussi , 
quand il partoit pour aller voir les rois catholiques, 
tout le mondé étoit persuadé qu'il s'agissoit de quel- 
que affaire imporlante pour le bien public. Comme 
sa vertu dominante étoit le zèle de la justice , il ne 
pouvoit souffrir que les grands opprimassent leurs 
vassaux. Quand un misérable venoit se plaindre à lui, 
il écoutoit ses raisons et lui donnoit satisfaction sur* 
le^hamp , si l'affaire dépendoit de lui -, sinon il por* 
toit sa plainte aux rois, fut-ce contre les pluspuissans 
seigneurs d'Espagne , sans se mettre en peine de ce 
qui en pouvoit arriver. S'il voyoit dans les charges 
de ta cour, dans l'administration de la justice , dans 
l'exaction des deniers royaux quelque désordre , il 
avertissoit la reine d'y remédier. Entre tant de mar- 
ques qu'il donna de son équité et de son courage , 
jem^ contenterai d'en rapporter une, qui lui attira 
mille bénédictions dea peuples , et qui est un témoi- 
gnage de sa charité et de sa justice. 

On levoil uq. impôt dans le royaume de Castille et 
de LéoA, qui étoit fort à charge au public , et qu'cm 
exigeoit avec beaucoup de sévérité. C'étoit la dixième 
partie de toutes les choses qui se vendoient ou qui 
s'échangeoiei^t. Ce tribut ayoit été proposé da«s l'ex- 
trême nécessité 4e l'élat , dans le fort des guerres 
cotttre les Rfeures, On l'avoit accorîié seulement pour 
un temps -, mais par l'autorité des rois , et par la sou- 
mission des peuples , il étoit devenu perpétuel. Ceux 
qui avoient le soin de l'exiger le rendoient insuppôr- 



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LIVRE PREMIER. 83 

table par leur avarice et par leur dureté -, et , sous pré- 
texte qu'on n'avoit pas déclaré les marchandises ou 
qu'on n'en avoit pas dit le prix de bonne foi, ils 
mettoient les biens des particuUers au pillage, et 
tourmentoient souvent, par des procès et des violen- 
tes , de pauvres gens qui n'étoient d^ailleurs que trop 
chargés. Ceux à qui l'on avoit assigné des pensions 
sur ce fond, à cause de leurs services , ou les officieoi 
qui avoient leurs gages à prendre là-dessus', n'étoient 
payés que long-temps après leur terme, encore étoit- 
ce en faisant de grandes remises. 

Pour arrêter ces désordres , les rois 'catholiques 
firent plusîeui#réglemens. Mais ou troîiva moyen de 
frauder le& lois, et les lois mêmes causèrent des in* 
convéniens aussi fâcheux que eeux qu'on vouloitcor* 
riger. Ils ordonnèrent, pour ôter toute occasion de 
procès et de calomnies, qu'on demanderoit aux mar- 
chands le prix et la valeur de leurs marchandises, et 
que , dans les contestations qui pourroient arriver, on 
s'en tiendfoit à leur serment. De là vint une infinité 
de parjures et un mépris de la vérité et de la bonne 
foi qui conibndoient tout le commerce* 

Ximenès en fit des plaintes à la reine , qui le char- 
gea de remédier à ce désordre. Il fît venir don Lopès 
de Biscaye, homme très^habile dans les finances, et 
d'une grande expérience pour la levée des deniers. 
Il cherdk avec lui les moyens de régler cet impôt , 
en sorte que les droits du roi ne fussent pa^ dimi- 
nués; que les pensions et les gages fussent payés 
régulièrement , et que le pctiple fût soulagé. Après 



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84 HISTOIRE DU CART). XIMENÈS, 

avoir supputé la somme qui en revenoit tous les ans 
au roi , ils en firent la répartition entre les villes , 
villages et bourgs , selon leur grandeur , leur opu- 
lence et leur commerce. Us jugèrent à propos que 
chaque ville eût ses receveurs pour lever ces droits- 
là , et les remettre promptement aux trésoriers du 
royaume. A l'égard des décimes extraordinaires qui 
sç prenoient sur les marchandises étrangères ou sur 
les ventes qui se faisoient entre bourgeois , on en 
donna k ferme aux bourgeois mêmes, avec ordre 
de payer, dans les temps et sans remises, les gages 
ou les pensions des officiers. Les partisans et leurs 
commis furent congédiés ^ et cette soutce de faux ser- 
mens , de vexations et de fi*aude fut abolie. L'arche- 
vêque fit confirmer ce règlement par une déclara- 
tion des rois catholiques ^ et le peuple , déchargé des 
frais et des incommodités de cette levée , le regarda 
comme l'auteur de son repos et de sa liberté. 

Ximeiiès s'en retourna en diligence à Tolède , où 
sa parenté se rendit pour traiter avec lui du mariage 
de Jean Ximenès, son seicond frère. Quoiqu'il ne prît 
pas volontiers de ces sortes de soins domestiques , il 
voulut bien se charger de celui-ci, de peur qu'on ne 
crût qu'il abandonnoit ou qu'il méprisoit sa famille. 
11 se présentoit un parti fort avantageux et /ort ho- 
norable. Dôu Juan Zapata , frère du comte de Bara- 
jajs , venoit de mourir à Madrid , et laissoit tine fille 
nubile , nommée Éléonor , belle et bien élevée-, sous 
la tutelle de Marie de Luxan , sa mère. Cette dame , 
voyant le crédit et l'élévation de Ximenès, crut 



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LIVRE PREMIER. 85 

qu elle ne pouvoit rien faire de plus avantageux pour 
sa maison que dé s'allier avec lui , et de s'appuyer 
d'une protection aussi puissante que la sienne. Elle 
lui en fit parler, et l'affaire fut conclue en peu de 
jours. Mais, comme il étoit éloigné de toute sorte de 
faste , il voulut que les noces se fissent fort modes* 
tement, et que les nouveaux mariés allassent aussitôt 
s'établir à Tordelaguna. Il leur fit quelque bien dans 
ces commencemens , et se cbargea, dans la suite, de 
l'éducation de leurs enfans et de l'entretien de leur 
maison. 

Après que l'archevêque eut tenu ses synodes , et 
fait publier ses ordonnances , comme il étoit à Tala- 
véra , appliqué au gouvernement tant ecclésiastique 
que séculier de son diocèse , la reine, qui partoit de 
Tolède "pour se rendre aux états qu'elle faisoit tenir 
à Saragosse , lui manda qu'elle avoit besoin de son 
conseil dans la conjoncture des affaires , et lui or- 
donna de la suivre. Ce prélat partit , et laissa , pour 
ses grands-vicaires , Villalpan dans le département de 
Tolède , et Prias dans celui d'Alcala , deux hommes 
d'un grand savoir et d'une grande piété. 11 passa par 
Siguença où il fut reçu du clergé et de tous ses an- 
ciens amis avec des marques de ^ joie, dont il ftrt 
touché très -sensiblement. 

Plusieurs évéques et un grand nomfire d'ecclé- 
siastiques allèrent au devant de lui sur les frontières 
d'Aragon. Quoiqu'il entrât dans un royaume étran- 
ger et jaloux de ses privilèges , il voulut qu'on portât 
la croix devant lui. en qualité de primat. C'étôit une 



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86 HISTOII^E DU CARD. XIMENÈS, 

croix d'argent vénérable à toute FEspagne, non- 
senlçment parce qu'elle marquoit la dignité de la 
première Église de ce royaume, mais encore parce 
qu'elle avoit été plantée sur l'AUambre, palais des 
rois maures , comme un étendard et un signe que les 
chrétiens avoient co^quis la ville de Grenade. 

C'étoit la coutume des rois catholiques, lorsqu'ils 
prenoient quelque place sur ces infidèles , de faire 
rendre sur-le-champ des actions de grâces à Dieu 
comme à l'auteur de leur victoire. On arboroit suc- 
cessivement trois étendards sur la plus haute tour de 
la ville. Le premier étoit celui de la croix, à la vue 
duquel toute l'armée victorieuse se prostemoit , tan- 
dis que les prélats et les prêtres, qui se trouvoient 
dans la camp , chantoient les hymnes et les prières 
dont l'ï^lise se sert dans ces jours de triomphe et de 
jqie. Le second étoit celui de saint Jacques , patron 
et protecteur d'Espagne. Dès que les troupes le 
voyoient paroître, elles invoquoient cet apôtre, et 
crioieut toutes en mêine temps , saint Jacques ! saint 
Jacques! Enfin, on élevoit l'étendard des rois ca- 
tholiques où étoient les armes et les dévises de 
leurs royaumes , et c'étoit alors que tous les soldats 
à Tenvi s'écrioient , pour faire honneur à leurs prin- 
ces, Castille! Castille ! pour le roi Ferdinand ei 
pour la reine Isaèelle ! 

Lorsque la ville de Greny^e, àprè^ un long et pé- 
nible siège, tomba sous la domination des chrétiens, 
on fit la même cérémonie ; et pour la rendre plus 
solennelle, le cardinal de Mendoza qui avoit suivi la 



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LIVRE PREMIER. 87 

cour dans celte guerre ^ fit dresser, au lieu le plus 
éminent de TAllambre, la croix primatiale de Tolède 
dont il étpit archevêque. Depuis ce temps-là il la fit 
toujours porter devant lui dans tous les diocèses 
d^Espagne , soit à la campagne , soit dans les villes , 
sans que personne lui disputât cette prérogative. 11 
la légua par son testament à son église , avertissant 
ses successeurs de la regarder comme un monument 
de la plus grande victoire que les rois catholiques 
eussent remportée, et de la faire porter devant eiix 
dans toutes les parties du royaume^ Ce fut ce qui 
obligea Ximenès d'en user ainsi. D'ailleurs, il fit 
paroître beaucoup de mçdestie. 11 voulut entrer sans 
aucune cérémonie dans Saragosse où la cour étoit 
arrivée depuis peu. Mais don Alonse d'Aragon , ar- 
chevêque de cette ville et régent du royaume, voulut 
lui rendre tous les honneurs qui étoient dus à sa 
dignité et à sa personne. 

Les états étant donc assemblés, on délibéra sur des 
affaires importantes qui furent réglées selon ses con- 
seils. 11 y avoitprès d'un an qu'Isabelle, fille aînée 
des rois catholiques, avoit épousé don Manuel, roi 
de Portugal, et qu'elle étoit devenue héritière d'Ara- 
gon et de Castille par le décès du prince don Juan , 
son frère unique, qui n'avoit point laissé d'enfans, 
La reine qui aimoit tendrement cette princesse, et 
qui vouloit lui assurer les droits de sa succession , 
jl'obligea de venir en Espagne avec le roi son époux 
pour les faire reconnoître par tous les ordres des 
deux royaumes. Ils furent reçus avec beaucoup de 



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88 HISTOIRE OU GARD. XIMENÈS, 

joie et de magnificence , et déclarés hautement dans 
Tolède légitimes successeurs de la couronne de Cas- 
tille. Mais les peuples d'Aragon, de Valence et de 
Catalogne faisôient difficulté de les recevoir, et pré- 
tendoient que ces états ne pouvoient appartenir à 
une femme. 

L'affairé" fut long-temps débattue. Les uns disoient 
que les lois du royaume excluoient les femmes -, que 
ïe feu roi avoit déclaré par son testament que les 
filles ne pourroient parvenir à la couronne , qu'au 
cas que Ferdinand son fils mourût sans enfans mâles ; 
que le roi étoit encore jeune , et qu'il falloit espérer 
que Dieu lui donneroit un fils -, qu'au reste , il y avoit 
de grands inconvéniens à reconnoître par avance un 
roi étranger -, et que la Navarre s'étoit mal trouvée 
d'avoir eu cette complaisance pour le roi Jean, en 
considération de la reine Blanche. Les autres préten- 
doient au contraire que les femmes pouvoient suc- 
céder , et citoient pour cela l'exemple de la reine 
Pétronille, fille de don Ramire, et le testament du 
roi don Alonse son fils. . ^ 

La reine , qui , toute sage qu'elle étoit , avoit de la 
gloire et de la hauteur, se plaignit delà longueur de _ 
ces disputes , et il lui échappa de dire un jour : Jl 
seroit plus court et peiit-étre plus honorable de con- 
quérir ce royaume, que d'en assembler les états et de 
souffrir leurs contestations. Le conseiller Alonse Fon- 
seca lui répondit avec liberté : Madame , les Arago- 
nois ont raison de maintenir leurs privilèges. Comme 
ils sont circonspects à examiner ce qu'ils jurent, ils 



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\ 



LIVRE PREMIER. 89 

soat fidèles à garder ce qu'ils ont juré. Il ne faut pas 
s'étonner s'dls ont quelque peine à faire ce qu'ils n'ont 
point encore fait. 

Ximenès prit la parole et disposa par ses raisons 
toute l'assemblée à prêter serment , comme la reine 
le souhaitqit. Ce fut vers ce temps-là qu'on célébra 
la Fête-Dieu avec des magnificences extraordinaires. 
Les deux rois portèrent le dais avec les princes don 
Juan et don Ferdinand , fils d' Alboacen , roi de Gre- 
nade, qui s'étoient rendus chrétiens depuis quelques 
années. L'archevêque de Tolède fit l'office et porta 
le saint Sacrement, et une infinité de peuple assista 
à cette grande solennité. 

Toutes choses étoient" disposées pour reconnoî- 
tre la reine de Portugal et le roi don Manuel son 
époux , d'autant plus que l'archiduc Philippe et l'in- 
fante Jeanne sa femme prenoient déjà la qualité de 
rois de Castille-, que le droit appartenoit à la fille 
aînée; et qu'il étoit plus à propos d'établir l'autorité 
d'un prince voisin et assez occupé du^gouverpcment 
de ses états, que celle d'un prince éloigné, qui, 
par inquiétude ou par ambition , pouvoit venir les 
troubler., Mais cette princesse, qui étoit d'une com- 
plexion délicate , et que l'incommodité d'une pre- 
mière grossesse avoit affoiblie , mourut peu de jours 
après en accouchant, et fut d'autant plus regrettée, 
qu'elle avoit ks grandes qualités de sa mère , dont elle 
portoit le nom , et à qui elle ressembloit de visage. 
Dans les pressentimens de sa mort, elle rcdisoit sou- 
vent aux fiUejs qui la servoient qu'il ne falloit compter 



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<)0 HISTOIRE OU GARD. XIMENES, 

ni sur la grandeur , ni sur la jeunesse. Elle mit ordre 
de bonne heure k^ conscience, el toute sa conso- 
lation étoit de s'entretenir avec de bons religieux 
de quelque matière de piété dont elle ^aroissoit 
touchée. 

Aux premières douleurs qu'elle sentit, elle fit ve- 
nii; Ximenès , et le pria de l'assister dans le danger 
où elle éiott , et de la disposer à bien mourir , si 
Dlom Youloit l'appeler^ lui. L'archevêque l'exhorta 
à la patience^ et la prépara d'abord à tout événement^ 
et, comme les dames du palais la flattoientde vaines 
espérances de guérison , il lui fit entendre qu'il ne 
falloit plus penser qu'à mourir. Mais il luiteprésenta 
si efficacement l'avantage qu'il y a de rendre à Dieu 
une âme encore innocente ; le danger où l'on est 
qiV^nd on doit répondre au souverain juge d'une 
longue administration et du mauvais usage qu'on 
peut avoir fait de la grandeur ^ la soumission que 
doit une âme chrétienne aux ordres de la Provi- 
dence; et les douceurs de cette vie céleste dont 
jouissent les bienheureux, que cette princesse, déta- 
chée du monde , ne désiroit plus que de mourir. 
Cette résolution d'une reine, jeune, belle et destinée 
à posséder tant de royaumes , attendrissoit tous les 
assistans. Elle dit plusieurs choses édifiantes -, et, après 
avoir satisfait à tous les devoirs de la religion , elle 
accoucha d'un fils et mourut au même temps. Dans 
cette extrémité elle pria l'archevêque d'avoir soin du 
roi son père et de la reine sa mère , qui seroient sans 
doute accablés d'un accident si peu attendu, et de 



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LIVRE PREMIER. gi 

leur dire qu'elle n'avoit d'autre regret en mourant , 
que de penser à la douleur qu'ils auroient sans doute 
de sa mort. 

L'archevêque alla d'abord au palais , et trouva Fer- 
dinand et Isabelle dans une grande désolation. U 
ëtoit si affligé, qu'à peine leur put-il dire que la prin- 
cesse venoit d'expirer. Mais les ayant un peu conso- 
lés, et s'étant raffermi lui-même, il leur fit un discours 
fort touchant sur la fragilité et l'inconstance des cho- 
ses humaines , et sur la résignation qu'ils dévoient 
avoir aux volontés de Dieu. Il ajouta que la princesse 
étoit heureuse d'avoir changé cette vie mortelle en 
une vie toute céleste ; que la plus grande prospérité 
qu'il pouvoit souhaiter à leurs majestés, étoit de 
mourir aussi chrétiennement qu'elle; que la perte 
étoit grande pour l'état, maiaque tout est entre les 
mains de la Providence ; que la naissance de l'enfant 
devoit les consoler de la perte de la mère -, et qu'en- 
fin , comme on ne s'étonnoit pas de les voir touchés 
d'une tendresse naturelle , on s'attendoit aussi que 
leur sagesse et leur piété les élèveroient au-dessus des 
affections et des tristesses vulgaires. 

Les princes remercièrent ce prélat, et s'attachèrent 
à conserver leur petit -fils qui devoit recueillir leur 
succession. Us le firent baptiser solennellement , et 
lui donnèrent le nom de Michel. Ce fut par le conseil 
de Ximenès, que deux mois après on le fit porter 
dans une litière à housses d'or, entre les bras dé ses 
nourrices, 'par toutes les rues de la ville, pour dissi- 
per par ce spectacle agréable au peuple , la tristesse 



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C)a HISTOIRE DU GARD. XIMEWÈS, 

que la mort de cette reine avoit répandue dans les 
esprits. Ce prince se ressentit des infirmités de sa 
mère , et mourut deux ans après à Grenade. Ainsi la 
succession échut à la princesse Jeanne, qui avoit 
épousé Tarchiduc Philippe , fils de l'empereur Maxi- 
milien. 

Après un si funeste accident, les états s'étant sé- 
parés , les rois catholiques s^en retournèrent dans la 
Castille. L'archevêque les suivit jusqu'à Ocana , où 
Gonçales de Cordoue , surnommé le grand capitaine, 
voulut recevoir sa bénédiction avant que de partir 
pour son second voyage d'Italie. 11 se retira ensuite à 
Alcala , résolu de ne s'arrêter à la cour que' pour des 
affaires très -importantes. Ce fut vers la cinquième 
année de son épiscopat que, jouissant dans son dio- 
cèse du repos qu'il avpit tant souhaité, il commença 
le bâtiment du collège d' Alcala. 11 en avoit marqué 
la place, et l'avoit fait tracer par un très-célèbre ar- 
chitecte, dans un lieu que la beauté de la situation, 
la bonté de l'air et le voisinage de la rivière de He- 
narés rendoient agréable et Commode pour des gens 
de lettres. Après en avoir fait ouvrir les fondemens , 
il les bénit solennellement en posant la première 
pierre , et destina de grandes sommes pour la perfec- 
tion et pour la durée de cet ouvrage. 

Pendant qu'il étoit ainsi occupé à établir cette uni- 
versité, Ferdinand et Isabelle lui ordonnèrent de les 
venir trouver à Grenade. 11 n'y avoit pas long-temps 
qu'ils avoient conquis cette ville sur les Maures. Ils la 
regardoient comme le fruit de leurs travaux , et ils 



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LIVRE PREMIER. gS 

jugeoienl qu'il étoit nécessaire d'y faire quelque sé- 
jour pour contenir des peuples nouvellement assu- 
jettis , et pour travailler à leur conversion. Il n'est pas 
hors de propos de faire eonnoître ici l'origine /le pro- 
grès et la fin de l'empire de ces infidèles en Espagne. 

Les Maures entrèrent en Espagne vers Fan 718 , 
depuis la naissance de Jésus-Christ. ï)on Roderic ré- 
gnoit alors, après avoir chassé les enfans de Vititza, 
légitimes successeurs du royaume. Quoiqu'il ne man- 
quât ni d'esprit, ni de courage, il vivoit pourtant 
dans la mollesse et l'oisiveté, et ne songeoit qu'à ses 
plaisirs. Plusieurs seigneurs, à qui il s'étoit rendu 
odieux par son usurpation ou par ses débauches , se 
liguèrent secrètement contre lui. Le comte Julien , 
qu'il avoit envoyé en Afirique pour desjiffaires im- 
portantes , ayant appris la violence qu'il avoit faite à 
sa fille, se mit à la tête des mécontens, sollicita les 
Maures de passer la mer avec lui , et sacrifia son pays 
à sa vengeance. 

Moza, qui commandoit en Afrique sous le calife 
Ulit, écouta , avec plaisir les propositions et les pro- 
messes que lui fît le comte , et forma le dessein de 
faire des conquêtes en Europe. 11 n'osa d'abord hasar- 
der un grand corps de troupes , sur la foi d'un hom- 
me, de nation et de religion difierente de la sienne. 
Mais ayant su peu de temps après que la ligue se for- 
tifioit tous les jours, que la plupart des seigneurs 
s'étoient déclarés, et que le comte Julien, dont les 
terres et les gouvernemens n'étoient pas éloignés du 
détroit, s'étoit rendu maître de tous les ports où 



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94 

pouvoient aborder les secours d'Afrique, il fit em- 
barquer douze mille hommes sous la conduite de 
Tarif, capitaine de beaucoup de valeur et d'une 
grande expérience. Comme c'étoit presque tous sol- 
dats levés dans la Mauritanie, tous les peuples de la 
secte de Mahomet, qui vinrent depuis en Espagne , 
de quelque contrée qu'ils vinssent, furent appelés 
Maures indifféremment. 

Les méconteas reçurent Tarif avec de grandes mar- 
ques de joie, unirent leurs troupes aux siennes, et 
ravagèrent les îles et les campagnes le long de la côte. 
Le roi , informé de ces mouvemens , envoya le prince 
don Sanche avec une armée , pour combattre ces re- 
belles et ces barbares , avant qu'ils pussent se forti- 
fier dans les places ou recevoir de nouveaux secours. 
Mais comme cette armée étoit composée de milices 
ramassées à la bâte et de vieilles troupes mal entre- 
tenues, qu'une longue oisiveté avoit amollies , il fut 
difficile d'y remettre l'ordre et la disciphne en si peu 
de temps. Don Sandie n'en retira pas de grands ser- 
vices. Tous ses partis furent battus, et s'étant déter- 
miné à une bataille, il la perdit. Toute son armée 
fut taillée en f^èces ou dissipée par la fuite , et lui- 
même y périt avec honneur pour la défense de sa 
* patrie. Les Maures, enflés àe cette victoire , firent le 
dégât partout sans résistance, prirent la ville de 
Séville et plusieurs autres places aux environs, où 
ils établirent de hoBS quartiers de rafraîchissement , 
et où vingt mille Africains vinrent les joindre. 
Le roi , piqué de l'affront qu'il venoit de receveur, 



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^ LIVRE PREMIER. gS 

rappela toute sa Vertu , rassembla ses vieux capi- 
taines, et le peu qui restoit encore de ces anciens 
Goths qui s'étoient signalés aux dernières guerres, 
et fit publier par toute TEspagne, que tous ceux qui 
étœent en âge dé porter les armes eussent à s'enrôler, 
pour défendre Fétat et la religion de leurs pères. Tous 
ces enrôleméns firent une armée de cent mille hom- 
mes dont quelques-uns n'avoient point d'armes, d'au- 
très se rebutèrent des fatigues de la guerre dès qu'ils 
y furent engagés. Le roi an^ma cette multitude , et 
marcha vers l'Andalousie. Il eut avis que les ennemis 
s'étoient retranchés près de Xérès, et sans balancer 
il alla camper de ce côté-là dans, une plaine que cou- 
pe te fleuve Guadalèle. 

Les deux armées furent quelques jours en présen- 
ce ^ enfin , on en vint aux mains. Après plusieurs heu* 
res d'attaque ou de défense opiniâtre , les Espagnols 
commencèrent à plier, leurs troupes furent ébranlées, 
les officiers ne purent ni les retenir, ni les rallier. 
Tout ce qui résista fut taillé en pièces , le reste se ré- 
pandit dans la campagne et se jeta dans les places 
du voisinage. Le roi combattit jusqu'à la fin avec une 
valeur extraordinaire -, mais voyant ses affaires déses- 
pérées , et craignant de tomber en vie entre les mains 
des ennemis , il se sauva sans qu'on ait pu savoir ce 
qu'il devint. La race de tant de rois goths fut éteinte 
avec lui , et. ce royaume , qu*ils avoient possédé du- 
rant trois siècles, fut conquis en moins de trois ans, 
plus par la perfidie des chrétiens , que par les armes 
des infidèles. 



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96 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

Du débris de cette malheureuse armée il se forma 
de& partis en divers endroits, qui, par courage ou par 
désespoir, vouloient s'opposer aux vainqueurs-, mais 
ils furent aussitôt accablés. Les Maures , après avpir 
pillé le camp , se dispersèrent par troupes , et se ren- 
dirent maîtres des principales villes d'Espagne. Quoi- 
qu'ils laissassent à chacun la liberté de sa religion, 
la plupart des chrétiens , avec le peu de bien qu'on, 
leur permit d'emporter, alloient çà et là cherchant 
des retraites. Urbain, archevêque dé Tolède, et d'au- 
tre& prélats se réfugièrent dans les-Asturies, portant 
avec eiix les livres et les vases sacrés de leurs églises , 
les reliques des saints, et les écrits de saint Isidore 
et de saint Ildefonse pour lesquels ils avoient une 
grande vénération. Le clergé les suivit avec la no- 
blesse 5 et cette multitude errante, selon que la crainte 
et la nécessité la poussoient, alla dans F Aragon, dans 
la Biscaye et dans une partie de la Galice , se faire 
un asile et comme un rempart de la difficulté des 
chemins et de la stérilité de ces provinces. 

D'autre part, les Maures, enrichis des dépouilles 
de l'Espagne, jouissoient paisiblement du fruit de 
leurs victoires. Douze miUe des leurs que Moza avoit 
amenés, furent distribués dans les garnisons. Les 
autres peuples d'Afrique vinrent prendre part au bu- 
tin. Il arrivôit tous les jours de nouveaux essaims de 
barbares, à qui l'on donnoit les maisons et les terres 
dès fugitifs , et il ne restoit plus d'espérance que cet 
état pût jamais se relever de sa chute. 

Cependant les Espagnols élurent pour roi un de 



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LIVRE PREMIER. gy 

leurs principaux seigneurs, nommé Pelage, qui re- 
cueillit de ces restes ëpars du royaume une petite • 
armëe en qui se réveilla la gloire de la nation. La 
plupart de la noblesse, à qui Fennemi n'avoit laissé 
que l'honneur et le désir de la vengeance, se joignit 
à lui. Avec ces forces il s'étendit dans la plaine , et 
commença sou règne par des actions hardies qui 
étonnèreùt les Maures. Il regagna sur eux de petites 
places , et les battit même en campagne. Sous lui la 
cour, l'armée, l'état, le gouvernement, tout reprît 
sa forme. Ses successeurs , par religion et même par 
nécessité, firent la guerre à ces infidèles, avec plu» 
d'avantage, selon qu'ils furent ou plus braves, ou 
plus puissans^ et profitant, tantôt de leurs divisions,' 
tantôt de leur négligence ou de leur Ibiblesse , ils les 
chassèrent de ville en ville jusque vers les extrémités 
de l'Espagne. 

Ce fut là que les Maures, se trouvant plus réunis 
et plus à portée des débarquemens d'Afrique, établi- 
rent , sous des rois souverains et indépendans , une 
domination réglée. Ce royaume étoit situé entre la 
Murcieet l'Andaflousie , composé de quatorze villes 
dont Grenade étoit la capitale, et d'environ cent 
bourgs ou villages, sous un ciel tempéré, dans un 
pays agréable et fertile^ arrosé de plusieurs ruis- 
seaux qui, tombant des montagnes voisines, produi- 
sent toute sorte d'arbres et de fruits, et entretiennent 
dans tout le terroir une fraîcheur et une verdure pres- 
que perpétuelle. 
Comme reimemi n étoit plus dans le cœur du payis , 

7i 7 



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9^ HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

il ne doniia plus tant d'inquiëtade*. D ailïears, fes rois 
d'Espagne étant devenus plus ÇneiissaHS, ils eurent 
d'autres guei^es à soutenir. Arnsi le zèk des chré^ 
tiens SIS raléntk; ils firent avec les JMaures une loith 
gue tiî^eque ie dësîr du repos leur iitacoepter^» et 
quç leur férbciié naDurelle léiir fit rompre de tenïps 
en t^fnps. Toute TEspagne soupîroit api^s la con« 
quête de cet empire ^ mais les roiis manqu^<»]t de 
foroeis et de finances* Le roy*âume«se trouvoit dÎYiië 
eh plusieurs principiautës]^ la kioblesse ëtoit désunie, 
et son^oît plus <à venger ses injures particulières 
qu'à chasser rënnemi coÉumitn. lia protidenoe de 
Dieu avoit rësetré cette fçloiré à Ferdinand «t k {sa*- 
bellè. Pendant <qiie y sur la foi de la trêve ils croyoieiit 
leurs états en efimtë du oôtë de ceis infidèles^ ils ap- 
parent tjtie le roi Alboacen avoit mrprîs 'de naît la 
ville de Zahara, passé tous les liabitans qui «edëfai- 
direât au £1 de Tqlée^, et briulné tous les antres en 
cûptitité daijtô Crenade. ils àépêdtkbcemt d'aboid des 
courriers à tous les gouverneurs des places frontières 
pour les avertir d'être attentifs k leur défense ^ et se 
pli%nireat hautement de cette inSlact^v. Alboacen 
s'excusa âur une prétendue coutuine qui permettoit, 
durant les tfèyes., de se saisir des villes les uns de$ 
autres^ pourvu qu'on n'y mît pas le siège dans les 
formes^ et qu'on ne fît (qiiM les insuller. Il entreprit 
eaeoperanoiëed'apnès) quoique inutil^nent^ la même 
dbose. 

Les Espagnols irrités assemblent kks troupe à 
Séville^ et sur l'avis qu'ils eunmt qu'd n'y avoit ^ae 



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LIVRE ^REHIEB. 99 

peu de 8(^dats ctaas Âlhaina , et qu on n'y f aisoit pres- 
que pokil; de gaatle^ don Rodrigue Ponce de Léon, 
iBAfqais ue €adi^^ la prend d'assaut, taille la gar« 
nkon en pièces , epamène un grand nombre de pri- 
sonniers^ «t répare Sivec ustir^ la perte que l'Espagne 
veHOÎt de Élire, et Tafiront qu'eite avoit reçu. Les 
Mank-es ayant voulu reprendre k ville , don Alonse 
d'Aginlar, le marquis de Yillène, lé grand-maître de 
Calatrave et don Louis Portocarrero , seigneur de 
Palmci , se mirent en campagne avec «ce qu'ils purent 
as)ieiiibkr de trocipes et de milices. Ferdinand, qui se 
trouvoit alors ii Médina del Campo , averti de ces 
mott'feroens^ écriiit ^x seigneurs de ne rien entne- 
jM*endre et de ne point entrer dans les terres des Mau<^ 
res, qu'il ne leur eût envoyé les secours qu'il ramas* 
soit de toutes pails ; mais les chrétiens 8'<^toient déjà 
avances et wwexd fait lever le sîége sans combat. 

Ces hostiles déclarées firent conndtre les des- 
seins du roi Alboacen, aussi bien npie la réponse 
qu'il fit à œuK qui lui dèmandoient le tribut ordi- 
naire de la part de Ferdinand et d'Isabelle» Les rois 
de Grenade, leur dil^il^ avoi^ort accoutumé de payer 
aus rois de Castille quelque pièce d,'or en hommage, 
ntaid 4»n ne forge plus èe cette monnoie parmi nous. 
Voilà le seul métal dont noos les paierons à l'avenir, 
en monfranl; la pointe d'une lance qu'il prit en main. 

FaxlinandlNtant arrivé à Cordme avec la reine , 
oa délibért daais le conseil s'il ijiitoit à propos de 
rompre ouvertement avec ces. barburefe. Plusieurs 
furent d'avis de dissimuler et de leur aT^andonner 



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100 HISTOIRE DV CARD. XIMEISÈS, 

même Alhama; mais la reine s'y opposa, et conclut 
à commencer une guerre où Thonneur de TEspagne 
et celui de la religion ëtoient également intéressés.. 
On lève donc une grande armée; le roi la commande 
en personne ; il prend quelques places-, jette la ter- 
reur partout, et fait le dégât jusqu'aux portes de Gre- 
nade. Toutes les villes à l'envi offrirent alors à leurs 
rois , selan leur pouvoir , des secours d'hommes ou 
d'argent. Le pape Sixte IV leur permit de lever cent 
mille ducats sur les églises de leurs royaumes. U ac* 
corda 1^ privilèges de la croisade à ceux qui servi- 
roient à leurs dépens , ou qui con tribueroient de leurs 
biens aux frais de cette guerre. sainte. Les banquiers 
leur prêtèrent de grosses sommes. De leur côté, ils 
terminèrent tous les différends qu'ils avoient avec les 
rois de Portugal et de Navarre; ils accommodèrent 
même les querelles de quelques seigneurs leurs su- 
jets, et les réduisirent des voies de fait aux formes du 
droit et de la justice. 

La division^ qui se mit alors dans Grenade, donna 
de grandes espérances à Ferdinand, pour le succès 
de ses affaires. Le peuple se mutina et chassa le roi 
Alboacen, l'accusant de les gouverner tyrannique- 
ment, et de les avoir engagés par sa mauvaise 
conduite à une guerre qu'il n'étoit pas capable de 
soutenir. On mit à sa place son fils Mahomet Boabdil, 
appelé vulgairement le roi ' Chiqidto.^ s'éleva par^ 
là deux factions qui affaiblirent l'état, et causèrent 
enfin sa perte. Boabdil enflé de sa nouvelle royauté, 

* C'est- à -dire petit. 



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LIVRE PREMIER. lOI 

voulut s'accréditer auprès dn peuple par quelque 
expédition hardie. U sortit de Grenade avec toutes 
ses troupes, pour aller prendre la ville de Lucëha.. 
Diego Femandés de Cordoue, qui en ëtoit seigneur, 
y jeta promptement des vivres et des munitions , et 
renforça la garnison. Le comte de Cabra son on- 
cle, étant accouru à son secours, alla reconnoitre 
le camp des Maures-, et quoiqu'il n'eût que deux 
mille hommes de pied et six cents chevaux , il les 
chargea vigoureusement et si à propos , qu'ils furent 
renversés et mis en fuite. La garnison de Lucénd étant 
sortie là-dessus , cette armée fut entièrement défaite. 
Il y eut plus de cinq mille de ces infidèles morts ou 
prisonniers. Le roi Boabdil fuyant en désordre, par 
des chemins inconnus et coupés , entre des rochers 
et des torrens débordés , fut enfin pris dans un fossé 
sur le rivage du Rianzur , avec une partie de la no-* 
blesse de Grenade qui le suivoit. 

Ferdinand profita de cet avantage-, et , après avoir 
pris plusieurs petites places qui incommodoient les 
Maures, il se retira à Cordoue où la reine l'attendoit. 
On consulta s'il &lloit retenir le roi Boabdil ou le 
renvoyer. Quelques-uns jugeoient à propos de ne pas 
rendre un prince que le ciel leur avoit livré comme 
par miracle; que sa naissance et sa valeur autorisoient 
parmi les Maures -, et que sa propre disgrâce irriteroit 
encore contre l'Espagna. Mais le comte de Ca^ra et 
le marquis de Cadix ^ncluoient qu'il étoit plus 
utile de le mettre en liberté ; que cette grâce l'en- 
gageroit à reconnoitre ses bien&iteurs -, qu'il iroit en 



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lOa HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

tout caa disputer la place à Zagal son onde qni s'éloit 
saisi du royaume après ayoûr fait maurir Alboacen; 
et qui a*étoit pas d'humeur à céder ni à partager une 
couronne ^ qu'ainsi il entretiendroit la guerre civile, 
et deviendroit comme dépendant de leurs n^jestés , 
par le besoin qu'il en auroit. ' 

Les rois prirent ce parti-là, et on leur amena le 
prisonnier. Dès que ce prince aperçut Ferdinand , il 
se jeta à genoux et lui demanda sa main à baiser. 
Le roi le releva , l'embrassa et lui parla avec beau- 
coup de sagesse et de bonté. On traita de le renvoyer, 
et les conditions furent ^ que Boabdil lui paieroit tous 
les ans douze mille écus de tribut; qu il se repdroit 
aux états du royaume, toutes les fois qu'il y seroit 
appelé ; que dans l'espace de cinq ans il mettroit en 
liberté quatre cents esclaves chrétiens ; et qu'il don- 
neroit son fils aîné et douze enfans des principaux 
seigneurs maures en Otage, pour la sûreté de l'obéis- 
sance ^t de l'hommage qu'il promettoit de rendre 
au roi de Ca&tille : moyennant quoi on lui perniit 
d^s'en aller, et de demeurer dans sa religion. 

Zagal régnoit paisiblement dans.Grenade, par le 
crédit des Abencérages ; et tout ce que^ put &ire 
Boabdil , ce fut de se cantonner avec sa faction dans 
un faubourg de la viUe, oxb Gonzalès Fernand de 
Gordoue et don Martin Akreon furent envoyés, 
avec quelques compagnies d'infiinterie, pour le re- 
mettre sur le trône, Ferdinand par ce moyen se vit 
bîientàt en état d'entreprendire le siège de Gre*' 
nadfe. Il asâiembla quatre^ vingt mile bocn^ias de 



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LtVRE PKBMIER. ïOi 

troapes réglées ou milicei aguerries ^ fat plupart à 
la solde des yiHe^ ou de* seigneurs du royaume, 
et tim tout ce qu'il j aYoit de meilleuv daqs lei 
garnisons. Le comte de Teudille avec une avinée 
eut ordre d empédier les secours étrangers , et dé 
cooteiâr dans le devoir les villes nouveUemçnt cou** 
qnises. Lq duc de Cadix honoré depuis peu de cette 
qualité , et le marquis de Villène , firent une coursé 
dans le pays, et brûlèrent tous les villages d'où Gre4 
nade tiroit ses vivres. La place fut investie ^ oti ouvrif 
les tranchées^ Ferdinand p^ssa hii'>inéme dans les 
Âlpuxares , montagnes fertiles et peuplées^ ùh les 
Maures s'assembloient et prétendoient faire pu peu 
de jours un corps de trente mille hommes. 11 les bat« 
tit, et fit garder par ses troupes tous les passa]9;e8 
et les défilés qu'ils occupoient, pour couper les vî-^ 
yres aux assiégé, et p»ur leur ôter toute espérance 
d'être secourus de ce c6té*là. La. reine se rendit au 
camp ; et, après avoir pourvu elle-^méme à la subsis- 
tance de l'armée , elle voulut eticore aVoir part à 
toutes les Ëitigues du siège. 

Enfin après plu^urs combats et plusieurs as!?aùts, 
les Maures capitulèrent le vingt-cinquième novem- 
bre , et promirent qu'en soixante jours ils livreroient 
les portes , les tours et la eitadelle de la ville , et 
préteroient serment au roi Ferdinand. On' convint 
qu'ils donneroient cependant^ cinq cent» dtegers. 
Mais un Maure séditieux ayant excité le peifplé ^ 
romre le traité," et à reprendre les armes ^ Boabdil 
sei^ra dans TAttambre, et wivit à Ferdinand qu'il 



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to4 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

n'y avoit poînf de temps à perdre -, qu'on devoit tout 
craindre d'un peuple incoBStant et séditieux ^ et qu'enr 
fin, puisque Dieu le vouloit ainsi, il étoit prêt à lui 
rendre la citadelle et. le royaume. Sur cet avis, Fer- 
dinand mit le lendemain son armée en bataille., et 
marcha pour aller prendre possession de sa conquête. 
I^a reine suivoit peu après avec ses enfans, et tons 
les seigneurs de la cour autour d'elle. Comme le roi 
fut proche de l'Allambre , Boabdil en sortit accom» 
pagné de cinquante cavaliers, il se jeta aux pieds du 
roi, et demeurant quelque temps courbé : Grand roi, 
lui dit-il , nous sommes à toi *, nous te cédons la ville 
et l'empire, uses-en selon ta modération et ta pru- 
dence.: Après cela il lui présenta les clefs de l'Al- 
lambre -, le roi les donna à la reine, et la reine au 
comte de Tendille qui en fut établi gouverneur. Cinq 
cents esclaves furent amenés au roi le lendemain 
comme il sortoit de la messe -, et quatre jours après 
Ferdinand et Isabelle entrèrent avec pompe dans 
Grenade, et firent chanter le TeDeum dans la prin- 
cipale mosquée qui venoit d'être bénite suivant les 
règles de l'Église.. 

Le pape , quelques années après , fit l'éloge de ces 
princes dans le consistoire, et leur doniia par ses 
brefs, du consentement dé tous les cardinaux, le 
surnom de rois*caiholiques. Cette qualité le^-enga» 
gea à.pr^kndre un smn particulier de la conversion 
d^s Maures , et à faire de temps ^n temps quelques 
voyages à Grenade. Mais comme il arrivoit toijs les 
jours dés occasions diê£eiles, soit pour la religion. 



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LIVRE PAEMIER. Io5 

soit pour la politique, qui les em1»arrassoient , ils 
mandèrent Tarchevéque de Tolèoe qui , par sa( capa- 
cité et par son humeur ferme et décisive, pouvoit les 
soulager dans les difficultés qui survenoient. D'ail* 
leurs, comme ilsétoient pressés d'aller à Séville pour 
des affaires importantes , ik avoient ji^é.à propos de 
laisser là jusqu'à, leur retour une personne de con- 
fiance. Ximenès vint donc à Grenade, et proposa 
d'abord plusieurs choses très-utiles pour la police et 
pour le commerce de cette ville, et surtout pour la 
conversion des Maures- 
Don Fernand de Talavéra, qui avoit été nommé 
archevêque de Grenade, étoit un homme d'un grand 
savoir et d'une piété exemplaire. Ç'étoit un esprit 
doux, patient, charitable, sans ambition et sans ja- 
lousie. Aussi n'eut-il point de peine à consentir que 
l'archevêque de Tolède travaillât avec la même au- 
torité que lui , dans son diocèse. Us concertèrent en- 
semble les moyens de convertir ces infidèles, et 
conclurent que le plus sur et le plus utile étoit de 
gagner les alfaquis, c'est ainsi qu'on nommoit les 
prêtres et les docteurs de leur secte. Ils crurent que 
l'exemple de leur conversion ferok 'beaucoup d'im- 
pression sur l'esprit des peuples 5 qu'il falloit les trai- 
ter avec douceur, disputer avec eux de la religion 
sans aigreur et sans emportement , et les attirer par 
des témoignages d'amitié et par la force de la raison. 
Suivant ce dessaîn , ils les faisoient venir dans leurs 
palais, leur parloient familièrement ; et, après les 
avoir exhortés à recçvoir le bap%ême et leur avoir 



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106 HISTOIRE DU CABD. XIMENÈS, 

remontre les erreurs de leur r^î^n , iU donnoient 
aux um des pièces» de soie, aax antres des bonnets 
d*ëcarlate, qmi étoient fort estimés parmi eux et les 
renvoy oient ainsi plus disposes à les (iconter et à^^les 
cfoire par les raisons qu'on leur aroit dites, et par 
les prësens qft^Qfd leur avott faits. Ceux^i se voyant 
libres , et familiers même avec leurs vainqueurs, se 
rassurèrent peu à peu •, et, après avoir embrasse la foi , 
ils persuadèrent au peuple d'abjurer la religion de 
Mabomet, et de reconnoitre Jésus -Christ pour le 
vrai Dieu. Ce succès fiit si grand et si prorapt, cpi'en 
pen de jours il y eut près de quatre raille Maures qui 
demandèrent le baptême. L'archevêque de Tc^ède 
le leur donna paraspersi<»i , ne le pouvant faire conn 
modément par infusion , selon la pratiqueiDrdinaire 
de l'Église. Ce jour, qui fut le 18 de décembre de 
l'an t499, a depuis été solennisé dans le diocèse de 
Tolède et de Grenade. 

Une parlie de la ville ayant déjà reçu le baptême , 
quelques Maures séditieux^", qui voy oient que }^»r 
seetealloit être entièrement abolie en Espagne, tâ- 
chèrent d^émouvoir les autres, et de les détourner de 
la résolution qu'ik avoient prise d'être chrétiens , et 
de la fidéjité qu'ils avoient jurée au roi qui les avoit 
conquis. Ximenès en fit arrêter quelques * uns. Il en 
mit d'antres entre les mains de ses chapelains , avec 
ordre de les catéchiser , et d'employer tons leurs 
soins pour les convertir. Parmi ees derniers il se 
trouva un cavalier de la race d'Âbenhamar,Sxammé 
Zégri, qui, par sa naissance , par sa valeur et par son 



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LIVRB PREMIER. - I07 

esprit m^e , &' ëtoit acquis un gmiid crédit auprès du 
peuple V al s'opposoit de tant son pouvoir au progrès 
des conversions. 

L'archevâque avoit «ssayë de le gagner par ses 
exhortations, par ses Itbëralitës, par ses caresses ; et^ 
voyant que tous ces moyens ëtoient inutiles, il le âl 
prendre et le donna en garde à Pierre de Léon , ttir de 
ses aumôniers , à qui A recommanda de ramener ««t 
esprit fier et intraitable par les voies qu'il jugeroit 
les plus propres et les plus courtes. Cet ecclésiastique 
lui proposa d'abord de se faire baptiser, et d'ëcou* 
ter au moins ses raisons avec patience ; mais ne pon« 
vant ni Tinstruire ni Tadoucir, il entreprit de le 
réduire par le mauvais traitement qu'il lui fit. Il le 
renferma, le fit coucher sur la dure, Foccupa du-^ 
rant plusieurs jours à des offices bas et serviles , et 
lui fit mettre les fers aux pieds. Toute cette sévérité 
ne put le dompter. Enfin, un matin, sott qu'il fut 
ennuyé de la persécution qu'on lui faisoit , soit qu'il 
fut inspiré de Dieu , ce qu'on peut juger par la vie 
qu'il mena depuis , il demanda qu'on le eouduisit 
au grand alfaqui des chrétiens^ c'est l8.oom que les 
Maures donnoientà l'archevêque. L'aumônier l^mena 
à Ximenès, chargé de fers , et tout défiguré comme 
il étoit. Dès qu'il fiit en la présence de ce prélat, il 
le pria de le faire mettre en liber|é , parce qu'iLavoit 
à lui parler, et quV>il ne pouvoit faire fend sur ce 
que disoit ub homme enchaimé. L'archevêque or- 
donna qu'on lui ôtât promptemei^t les fers, etblâma 
la sévérité indiscrète dont an avoit usé à s«n égard. 



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I08 HISTOIRE DU GAIlD. XIMENÈS, 

Lé Maure étant en liberté , se jeta inco^tÎHeat à 
{)[enoux, et se prostenHi contre terre; puis se rele- 
vant , il demanda le baptême, et déclara que la nuit 
passée Dieu lui avoit commandé de se faire chrétien ; 
que sa inversion é.toit sincère et fidèle ; et qu'elle 
seroit peut-être de quelque conséquence pour les 
antres. Ce n'est pas qu'il soit besoin d'autre conver- 
tisseur que de celui-là , ajouta-t-il en souriant , et eu 
montrant le chapelain qui l'avoit si maltraité. Pour 
réduire les Maures les plus obstinés, votre seigneu- 
rie révérendissime n'a qu'à les mettre sous la garde 
de ce lion 5 il n'y en aura pas un seul qui ne soit chré- 
tien en fort peu de jours. L'archevêque l'embrassa 
avec beaucoup dé joie , lui fit donner un habit de 
soie couleur d'écarlate, etle baptisa, après lui avoir 
donné lui-même les instructions nécessaires. 11 voulut 
être nommé en son baptême Fernand Gonçalès, parce 
qu'autrefois il avoit fait un combat dans la plaine xle 
Grenade avec Gonçalès, surnommé depuis le Grand- 
Capitaine y à qui il avoit disputé la victoire, et dont 
il avoit éprouvé la valeur et la générosité. Il savoit de 
plus que ce grand homme étoit intime ami de Ximenès. 

Cette conversion avança fort le dessein des arche- 
vêques. Car aussitôt qu'on apprit que Zégri s'étoit 
fait chrétien , les Maures vinrent en foule demander 
le baptême, et l'exemple de cet homme accrédité 
parmi le peuple détermina les plus opiniâtres à re- 
noncer à leurs erreurs. Ximenès le retint toujours 
dans sa maison depuis ce temps- là*, lui donna des 
pensions convenables à sa qualité^ et l'employa dans 



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LIVRE PREMIER. IO9 

des occasions importantes , où il fit voir non-seule- 
ment un grand courage pour le service des rois ca- 
tholiques , mais encore un grand zèle pour la reli- 
gion , et pôUr la foi qu'il avoit embrassée. 

L'archevêque de Tolède, voyant les esprits ébranlés 
par cet exemple, résolut de se servir de cette con- 
joncture pour détruire le mahométisme dans Gre- 
nade. Il fit redoubler les instructions , il redoubla 
lui-même ses libéralités ; en sorte qu'encore qu'il eût 
de grands revenus, et qu'il ne réservât presque rien 
pour lui , il ne laissa pas de s'endetter pour quelques 
années. Plusieurs étoient d'avis de laisser tomber in- 
sensiblement cette religion , et de ne pas presser une 
afiaire que le temps achèveroit de lui-même. Mais il 
répondoit, que ce n'étoit pas là une conduite à tenir 
dans les aflBstires de conséquence', et où il s'agissoit 
du salut des àmès ; qu'on ne pouvoit assez tôt abolir 
le mal, et qu'il se perdoit un grand nombre d'âmes 
par ces ménagemens ; que trop de prudence humaine 
avoit souvent entretenu les fausses religions ^ qu'en- 
core qu'il ne fallût point faire de violence, il falloit 
avoir de l'empressement -, et que, lorsqu'on avoit com- 
mencé d'afibiblir une secte , il étoit nécessaire de la 
détruire entièrement, parce que les partis affoiblis 
se réunissoient plus étroitement pour se maintenir. 

Ayant donc gagné les docteurs mahométans, il 
leur ordonna de lui apporter tous les ale(»rans et 
autres livres de leur doctrine, de quelque auteur 
qu'ils fussent, et de qudque matière qu'ils traitassent 5 
et , après en avoir amassé jusqu'à cinq mille volumes , 



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IlO HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

il les fit brûler publiquement » sans ëpargoer ni en- 
luminures, ni reliures de grand prix, ni antres 
omemens d'or et d argent, quelque prière qu^on 
lui fit de les £iire servir à d'autres usages , voulant 
eââcer toutes les marques de ces erreurs^ et faire 
oublier autant qu'il pourroit qu'on les eut jamais 
suivies en Espagne. 11 réserva seulement quelques 
livres de médecine, dont cette nation avoit toiyoars 
été très^curieuse, qu'il envoya à la bibliothèque du 
collège d'Alcala. 

Jusqu'à ce jour tout avoit réussi à ce prélat , et il 
étoit venu à bout des dioses les plus difficiles. Ce 
n'est pas qu'il n'y eut miême des gens sages, qui n^ap- 
prouvoient pas qu'il e At employé , pour la conversion 
de ees infidèles , des moyeiKS qui n'étoient pas ëvan* 
géliques. On lui représenta qu'il ne coavenoit pas 
d'obliger par présens , ou par contiainte , de profes- 
ser la foi de Jésus-^Qirist^ qu'il falloit la persuakler 
par lacbarité; et que les conciles de Tolède, dont 
Tautoritë aéftë si grande dtans l'Église^ avoient dé-* 
fendu très-sévèrement qu'on ne fît autune violence 
à personne po«r croire on Jésus^Cbrist \ et qu^on ne 
reçut à la profession de la foi que ceux qui Tau^ 
roient souhaité avec nue volonté libre et sincère, après 
une^iHure diâibération. Mais ii suivit en cela son 
propre conseil , disant que c'ét(»t faire grâce à ces 
tmes «cbelifes et parèsseoses, de les pousser dans les 
voiet-de leur salut., et que le biea ne ponvoit être 
mieux employé , qu*à ies gagtMer à Jésus-dbrtst.» 

Après a^r ainsi montré son lèle , il fit paroître 



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^ LIVRB PREMIER, III 

sa fermeté dans une rencontre qui laillit à lui faii'e 
percha tout le fruit de ses travaux» de ses exhortations 
et de ses aumônes* U se trouToit parmi le& Maures plu- 
steajTS (ih^rteurs Ou relaps qui avoieut abandonné la 
rdigion chrëtîenne a}>rès l'avoir embrassée. La cour 
ksregardoii comme des rebelles, et TinquÂsitionde la 
foi , qui venoit d'être établi en Espagne., croyoit avoir 
tlroît de les poursuivre comme coupables. L'arche- 
vêque de Tolède eut ordre de chercher de 1^ faire 
revenir^ et les inquisiteurs généraux lui donnèrent 
touis l^irs pouvoirs , afin qu'il procédât contre eax 
dans les formes du droit et selon les règles de leur 
tnbusaL II en ramena quelf<|ues-uu$ par ses remon* 
tiancei^ il ex^ça sul* le3 plus opiniâtres ;sa juridic-^ 
tioa, les renéermant dans les prisons., et leur âtant 
kurs en&ns pour les faire élever dans la religion 
chrétienne^ à laquelle il croy oit qu'ils appaxteaoient 
par le tiUre de l'abjuration de leurs pères.. 

Les Maures., qui^n'étoient pas dans ce cas furent 
ahirmés, et craigafirenl qu'on ne les traitât générale- 
ment commê^^es relaps. Ils se jetèrent sur les huissiers 
de l'inquisition*, et leur enlevèrent les prisonniers 
quHis emmenoient. U y avoit dans Grenade un fau* 
bourg appelé Albaycia, élevé par sa sitiiation au- 
dessus du reste de la ville , et séparà par une mu- 
raille, qui Coaten^it environ cinq nàiU^ maisons. Le 
mdtre d'hôlidde l'archevêque, nommé Salzédo, étoit 
aUë par hasard eâi ce quajctier-là avec deux jeunes 
hommes de la maisoné Quelques-uns des habitans 
de ^ Cliubf^ur^i, qui avoient eu déjà des diâéretids 



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lia HISTOIRE DU GARD. XIMENES, 

avec Salzédo, lui dirent en passant quelques paroles 
offensantes. Il répliqua avec menaces. On s'ëchaufia 
de part et d'autre, et des paroles on en vint aux 
mains. Les deux jeunes hommes fiirent tuë^ ^ et 4e 
maître d'hôtel alloit avoir le même sort, s'il ne se fût 
jeté dans une maison où il denieura caché jusqu'à 
ce que le tumulte fût apaisé. 

Cependant la populace se souleva. L'image de leur 
ancienne liberté , l'occasion de la recouvrer, la haine 
qu'ils ay oient contre ce prélat, qui avoit converti 
plusieurs familles , et qui leur vouloit impose^, à ce 
qu'ils disoient, un nouveau joug, les excitoient à la 
révolte. La sédition s'alluma partout, et l'Albaycin 
fut incontinent tout en armes. Le bruit passa bientôt 
du faub'otii^ jusque dans la ville. Ceux qui étoieiU 
nouvellement convertis, et qui avoient dessein de 
reprendre leur ancienne secte , et ceux qui soahai- 
toient du changement et du désordre dans les affai- 
res , se liguoient ensemble. La «luit qui survint fit 
que les gens de bien se renfermèrent , et cédèrent 
à la fureur qu'ils ne pouvoient plus airéter. 

Ce peuple, ainsi ému, alla tumultuairement in- 
vestir la maison de l'archevêque, qu'il regardoit 
'comme intéressé à venger la mort de ses. gens, et 
dont il craignoît le crédit et la sévérité naturelle. Peu 
de jours auparavant on n'entendoit par les rues que 
chansons à sa louange , et l'on ne vit que gens armés 
qui venoient pour se défaire de lui et de ses domes- 
tiques , contre lesquels ils étoient irrités. Dans cette 
extrémité, toute sa maison prit les armies et se disposa à 



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LIYRB FRfillIBR. | K^ 

le défendre. Qudqnes^tios de sq$ anus^ qui étçâ^nt; 
accourus à son sçcour^, le supplièrent de se.ti^^r 
prompt^n^nt d'pn p^^ijl si évident, et S; offrirent. d^< 
le conduire par des cHeg^itfs dëtootnës jusque àsms 
rAllaBibre où le domte de TendiUe commândoit;* 
mais ils ne t)urent Ty ri^soudre. Il protestai que , tandis 
qu'il les verroitôi danger, il ne.met$roit passa p^r-- 
soune en sûreté , et (fcfil demeureroit poôr lès çon-r 
sol»; qu'en tout cas il motirroit avQc constance et 
ne feroit rien d'indigne de son caractère. 

Toute cette nuit se passp dans une grande agitgr 
ûon ; les secvitenrs dé l'archevêque se prëparoî^iiA à 
résBter à. cette populace : les un$ faisoi^ent garde ^ les 
autres.sè.retranchoient. La fermeté d'un>$î l>on maître 
leur donnoit du courage à tous ^ et l'ainott]? cpi'it avoit 
pour eux les engageoità twt.faire pour sa.déjbns^j 
A la pointe du jour ^ comme le désordre augmen- 
toit, ce prélat £t «avoir au comte de Tendille ^ii'iil 
étoit temps d'arrêter ces séditieux, qu'il leur ordon- 
nât de poser les armes , et qu'il tînt sa garnison prête 
à tontévinement. Cependant il fit venir ]es alfaquis 
et vouliit lui-même parler à la populace niutinée, qui 
suspendit pour un temps sa fureur. Le coBOtte de Ten- 
dille descendit delà citad^e, et vint fie rendre aur 
près de lui avec daqx compagnies des.^ardeset d^jau- 
tres troupes chijnsies^.el ^ quelque ordre qu'ondotiriâti 
quelque «oinqu^on prit d'apaiser ce tumulte., il ne 
cesto' que dix jonrs après. .- ;! • 

Dès que Xintenéè vift que la rebeUion s'échauffoit, 
il cratqu^letit'devoit donner avis au^ roi$ catholir 

7. 8 



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il4 HISTOIRE I>0 Ck'^n. ^IHEHÈS, 

ques. Comme il ^Jloit en peine de trouver tm courrier 
qiii leur portât cette nouvelle en diligence, vm des 
principaux <k la ville, qui lui étoit fort aflfectiotinë , 
)ufprés€$ftta un eéfclave nègre d'une si grande vtte&se, 
f tt'ii laisoit vingt-cinq 0ii*^r6iite lieties par jo«ir j et 
Taissura que ses lettres seroient rèndaesie lendemain, 
s'il Toûloît le dépêcher ce jour-lÀ. L'archevêque laît 
veni^ Tesôlave , Itii donne sa d^édia , lui dommaiMle 
de feire diligence , d'arriver le jour d'après 4 SévUle 
où ëtoit la coor, de rendra ses lettres àlaTeine et 
de se faire introduire pat Altnaçan secrétaire de. ses 
oo«Rllland^^lens. L'esclave promit de s'acqrattdrponc- 
tu^Uement de sa commission. Mais s'étant etovvé 
pk»sieurs fois sur le chemin , il oublia ce qu'il zvok 
promis «t n'anriva que le cinquième jour à Séville. 
Le roi «epeâdttiit 'avoit reçu la nouvelle du seule- 
vouent de Grenade. On lui mandoit que la ville étoit 
pel^tfue^ que les Maures y ëtoîeirt ies maitDes ; et que 
ce msâheur étoît arrivé par le zèle indiscret de Far* 
^^véque de Tolède, qui avoit voidu les £ûre ofarë^ 
tiens par Ibrce, et les convertir sans leur donner le 
letnps de s'instruire. La perte d'une ville qu'A avoît 
conquise iavec tant de peine l'afflîgeoit, et tous les 
. tMWirtisan$ en murmuroient :avee lui« ... 

La reine, protectrice de ce "prélat , ne savok ce 
qu'elle en ^devoit croire. Elle jéloit surprise qu'il n'eujt 
rien ëcritpour se justifier. L^tÊmje^u'eUe avoit.pour 
lui l'obligeoit à suspendre. soajugŒBent 5 et conmie 
elle cherchoit des aroisons pour r»aa$^, 1^ rOt.lui 
répsrrtit brusquement: Voii&idKNie5.iimd^tno,i|^i«tes 



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idtvjiE premier/ i.i5 

nos ^ctoires; qui ont coûté tant de sang à TE^agne, 
ruîaées en un moment par f opiniâtreté et par i'inr 
discrétion de votre ardievéque. Gomme ce reproche 
paroifisoit jusie, ht rdne le souiTrit patiemment. Mak 
elle xeo0i||wit qu'il restoit encore dii^ le cœur de 
Ferdii||ind quelque chagriflk' de ce qu'eUe avoit pré- 
£ké Ximenès à don Alonse d'A^s^on son fils, et ce 
fut ce qui la toHdia iris-sensilbkmenL Elle écrivit 
incmitintent à Tarchevéque des Idbfcres remplies de 
douleur et de plaintes, et le pria de lui donner au 
fim tôt les moyens de le justifier auprès du roi. 

Ce prélat connut alors laiaute qu^il avi^ii faite de 
s'itre servi,, dans une affaire de cette coatéquence, 
d'un esclave sans intéUigence et sans liomiieiic. . 11 
n'employa jamais depuis, même dans les petites cho- 
ses, que d6j^-gens sages.; et disoît souvent que rien 
n'^toit plus important que de connoître par soi-mésafe 
les personnes donjon a dessein de se servir, et q^ 
cekti qui, dans les administrations publiques, cho)- 
swso»t sans discernement ceux qu'il employoit, feisdît 
somment mal ses afiaires, éf n'avait qu'à s'en prendhe 
à son tbauvais choix. 

Cependant l'esdaye arriva avec ses lettr^i&i^ et les 
rois commencèrent à s'apaiser et à reconnoitie. qu'il 
^voit eu ^en cette rencontre le même xèle qu'il avoit 
toatjMifsiait parokre pour leur service. L'arcbèTiéqiie 
•dëpflbhaiucontineitt frère FraixcoisRuys, autrefois sob 
cempagnon^ poar informer l^retnaj^tés dç tout Jce 
qui s'étoit passé ; et pour leur dire de sa pa«t opx'il 
rentetiroit -faîenlét le piauple de Gr&nadfe.eh .soiiixie- 



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Il6 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS^ 

voir, et qu'il iroit leur rendre compte de sa conduite 
aussitôt qu'il auroii rétabli l'ordre et la paix dans 
cette ville. Ce religieux s'acquitta heureusement de 
sa commission, et représenta si bien les peines que 
son maître avoit prises pour la conversion de ces 
peuples , les dépenses qu'il avoit faites et les dan«- 
gers qu'il avoit courus , sans y avoir d'autre obliga- 
tion que celle que lui imposbit son propre zèle, ni 
d'autre intérêt que celui de la gloire de Dieu et du 
service de l'état et de la religion, que la reine fut 
très-sadsfaite , et le roi même avoua qu'il s'étoit uii 
peu trop hâté de blâmer un si fidèle ministre^ 

Enfin l'archevêque partit lui-même de Grenade ; 
et quoiqu'il eût appris la colère de Ferdinand et les 
mauvais offices qu'on lui avoit rendus auprès de lui, 
contre l'avis de ses amis qui lui conseilloient de ne 
paroître point à la cour que l'orage ne fût entière- 
ment passé , il se rendit à Séville auprès de Ferdinand 
et d'Isabelle. Il les entretint des affaires de Grenade^ 
des moyens dont il s'étoit servi pour la conversion 
de ce peuple, qu'il n'avdit osé communiquer à leurs 
majestés, de peur que par trop de prudence elles ne 
s'y opposassent; et leur fit connoitire qu'ils pour- 
roient tirer de grands avantagés de la faute que les 
Maures venoient de faire. Sa présence acheva de dis- 
siper les cabales qui se formoient à la ôour contre 
lui ; et le succès de son entreprise fut à la fin sf heu- 
reux, que les rois catholiques, bien loin de le blâ- 
mer , lui surent bon gré d'avoir osé tenter une affaire 
si difficile. Car tous les habitans del'Albaycin ayant 



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LIVRE PREMIER. I 17 

été dédaréâ criminels.de lèse -majesté, comme on 
leur proposa le «hoix ou da supplice on du bapté- 
Qie, il n y en eut pas un seul qui ne demandât d'être 
baptisé ; et tout ce qui restoit d'infidèles dans les au-- 
très quartiers de la ville ou dans les bourgades' voi'- 
sines, au nombre de cinquante mille, se rendirent 
chrétiens presque en même temps. 

L'archevêque de Grenade reçut avec beaucoup 
d'affection cette nouvelle partie de son troupeau , et 
travailla de tout son pouvoir à ramener ces infidèles, 
qui s'étoient convertis plus par crainte ou par imita- 
tion, que. par inclination et par connoissance. Com- 
me le travail étoit grand, Ximenès vint le partager 
avecLson confrère^ et rien n'étoit plus édifiant que 
de voir les deuf plus grands évêques d'Espagne caté- 
chiser tous les jours ces âmes grossières, et descen-^ 
dre aux di^miers offices de l'instruction chrétienne. 
Ils appelèrent de tous côtés des prédicateurs et des 
prêtres pour Iwr enseigner nos mystères. Ils les^ ac- 
coutumèrent d'atter à la messe , de voir les cérémo- 
nies de l'Église , et d'entendre chanter les psaumeis. 
Quoiqu'ils eussent toujours agi de concert , il y eut 
un point où ilsfurenl d'avis différent. L'archevêque 
de Grenade, pont fKttirer ces nouveaux chuétiens aux 
divins offices., avoit ordonné qu'on récitât en langue 
vulgaire des leçons de l'Ancien et dû I^otoV eau-Testa- 
ment qtii s'y rencontrent ,'»et permettait qaon impri- 
mât, les livrés de la messe, et surtout les épUres et 
les évangiles traduits en arabe. ' • 

L'archevêque de Tolède disoît au contraire qu'il 



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ri8 HISTOIRE BU CÀRD. IIMEMÈS, 

n étoit pas k jH'opos d'exposer aa mëpris de ces demj- 
convertis les livres des saintes Émstnresf qu'il fal- 
lait leur persuader et leur faire goûter la religion , 
ayant que de la leur rendre si &imlière,; que, dans 
ces siècles si ëlo^nés de ki foi et de la docilité des 
premiers chrétiens, rien ne convenoj^t namns que de 
mettre indifTéreminent entre les nains de tout fe 
monde ces oracles sacrés , que Difeu Ëiit cooeevoir 
aux âmes pures, et que les ignorais, ^lon 'i^apôtre 
saint Pierre, corrompent et tournent à leur propre 
pertes que c'ëtoit la nature des petits esfprits de ne 
pas estimer ce quHls ont toujours devant les yeux , 
e^ de révérer les dioses cachées et mystérieuses ^ V^ 
les peuples les plus sages avoient tmijoursi éki^në 
des secrets de leur religion le profefe vulgaire f^^el 
que Jésus- Gbrist lui-mêaie^ qui e|t la sagesse du 
Père, n'avoitsi souvent parlé par figures ^ par pa- 
i^boles:, que pour^ cadier aux troupes grossières ce 
qu'il vouloit révéler en particulier à s%». disciples^. 

Il ajou toit qu'il éloit bom de. pubiMc dans la langue 
du pays des catéchismes , d^s filières y desi explka* 
tioas solides et simples de la doctrine chrétienne , 
des reci]ieil3 d'exemplies édifians, et autres éisrits 
propres à éclairer Tesprit des peuples et i Leur itisi- 
pirer Tamour de la religion , téb qu'il avoit dessein 
de dqnj^riaiiji public au premier lobic qu!il aucoit. 
Mais que , pour rAneien;et le -Nounmm/-Tes<[aitient 
où il, y avoit phisieurs eikdroîts qui demandi>ieiit 
beaucoup d'attention , d'intelligence et de pureté de 
<xem et d'9fli|»ritv il valait farièuK les lafîsser dstneles 



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trois lisyifgiA^a que Dijeiiavoît permis qa^oDi eût comme 
C€Hi$a£trée$)ëarlft tête dqJ'ësuâ'ChFist mourant ;.q]ji,'f(U<- 
tremeat rignors^oce ea abuserait » .et que ce seroÂt un 
BUOyleii cte séduire les hommes €harnel$ qui oe. mpr 
^peniieiiit pas ce qui est de Dkti ,^ et le$ .pr;ë&çmpjtueiQ|c 
<[«« Cfoi^ut entendre ce jqu'ils igaorent. Ou eut dit 
qifc'U pré?<^o»t d!ès-lorâ L'abus qu^ les deraîère^ 1^4- 
mes deToiexilLJaire de^ Écntures. Ceu:?^ qui ^tpke^i de 
TaTÎsl contraire jciirei^t peine à se r^âc^er là*de£^ii&; 
nms il falltit dëférev tox raisons ef aux remoatK^açisis 
d*uti préfet ^uidouûoit beauc^pp de pe^ds^ et d'gutÇk- 
rité à ses opinions. , ,; , 

iDêt)uîâice>teiapd *}à ,^ Ximenè^ £i|t plu^e^tim^ et 
plu&reipQQt^.q^'a^p^lravant. La fermée qu'il ve|M>it 
de témoi^e!rd^iisie&. troubles de.G^e^va^t l^Ço^" 
Tifge qui! ayoit fâu daller trouver Ijgs rois,} d^u^. }p 
teiinp9>ménie de sa disgrâce^ atoiieiit dotiaé ui)^.gça^»- 
de opinion de lui. La Q%vôFsi<uv <^'u.n p^euple I^«trr 
bar^ loutre toute espérance > .et <^^pse les rè^es orh 
dÂuaiires.de h prudewe bunjp^iûe, fit cvoMse^SH'î'^ 
avoit de p|||s gi?9tudâs yfot^ ifm 1^ m^^^- ^opw^ 
Ainsi les d^urtiswi3> q»i av^ieul voutu lô,dé|ruire, 
CMnimiiti^bfmqiu'^ œ pOuft^i&Qt toi^^u» i*aif^.<m^ 
deThonorei^. . . j c .. 

U ne sapfpliquà pas moinst.au $ûulagkmfiut(.)^it M 
salut <l!^ Inilièns qu'à celui des Msfurest Le.K^¥eetAr 
Umàe avoit été découvert, depuis ^iielqufa/«il]a^es 
par ^industrie de Ghrist(»pbe Col^idby aefuâ lesaia^ 
picefiideis cois catholH{iii^&. lie|[^(W¥erueûr,lç8 eapi^'^ 
taîaullptles soldats qu^aii^avoit envoyés , traîlèrefil 



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laO HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS, 

d'abord si indignement ces nations a^ssujetties, qui 
"ëtôienl d'aîllenrâf sans prôtectiSn et satlS défense j ^ue 
lespremièiès nôavëUes qu'on en ^ecut, fureait les 
plàinfô^ ijne quelques gens de bien osèrent en faire. 
Cîôihme tous ceux qiti passaient dans ces jiays^ttou- 
velfemettt découverts, avoient dessein^ de Veiiri- 
'ch)t{ ite ne sôngeoient qu'à dépouiBei* ce^ misérables 
et à ièè toûrnà^ter, po^r leur faire décdutrir l'or 
qu'ils avbiént caché-, et, quoiqu'ils ^eussent ordre ^de 
preàd^ soin de leur instructioii ^t de' lebir dodtter 
de bon^ exemples,, ils ne pensoientcii àii salut de 
ces peuples, ni au leur, 

' Ces nouvelles arrivèrent dans^ le tertp^ qij^é Xîme- 
'nèis étoit à iâ cour, et les roîè le ôorisUltèrëul biït te$ 
moyens de remédier à ces désordres* Il 4eut conseilla 
•d'envoyer des religieux qui pussefnt instruire et ëdi- 
.fier ces idolâtres , et de leur donner aësfez d'autorité 
pour réprimer Tavariee-el^la Keencfe des chrétiens; Il 
lesehoisit Inî-raêmfe^ et voulut que frétée Francoifc 
Riîys , en qui il avoit beaucoup dé confiance , et deâx 
autres religieux dii même oïdre dont i^je servoit, 
fussent Ues chefs de cette miseîo», Voulant bien se 
firîvet, powr Tititérêt de la:r^gion, du secours et 
des consolations qu'il recevoit de ces hommes qui 
hli étoieut devenus comme néees^airesMl crut que , 
dans les^afiaires^qui regardoient la gloire d^ Dieu , 
on dèvoiti^e dépotriller de toute affecti6V^huiHlaiiié; 
qu'il né falloit envoyer daqs ces 'pays éloignés et bar- 
bares que des personnel d^une solide 'éruption, et 
d^une piété connue ^ et quHl importoit beai]OQg|i. par 



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UYIIB' PKEXIÏEK. lai 

qui celte première foi seroit pltfntëe el; cultivée. Uar- 
chevéque dressa lui-* même lefe; kistructiofis, et leur 
recomiâatidia sur toutes choses de trevâiU^r avec,J)a- 
tiencé à- rétablissement de cette Église naissante ; 
de prêcher avec zMeia fei'de Jësus-CKrist à cesido^ 
lâtres; d'adoucir leurs peines autant qu'ils pour-^ 
rolent, éfdé les gagi^f parleur làiarîlé* Il fit den- 
ner à François 'Ruys un pouvoir 4'intbrmer contre 
ceux qui avoient abuse de Fautorité de leurs charges^ i 
et lui ordoniiâr d'arrêter l'es violences. qu^n faisoit à 
ces peuplés, en Élisant p^nir sévèremeilt les cou;- 
pables. 

Ces bonsreltgpux travaillèrent, durant deux anâ 
avee tant de succ^s^^; qu'à certains jours ils baptiaè- 
rent jusqu'à deux mille personnes* 11 n'y eut qiu 
François Rnys qui , n'ayant pu s'accoutumer à l'air de 
ces climats, fut oUigé de revenir sixmois ^fMnès, laie-* 
saut ces, peuples tranquilles,^ a^iesauttsivec lui;le 
gouverneur de la J^ouvelle- Espagne^ pour lui fair^ 
rendre compte au conseil royal de ses concussiona, 
et d'autres crimes dont on l'accusoit. llrapportaplnf! 
sieurs curiosités, entre autres,, un gfain d'or peia«( 
plus 4^ miB'e ducats, et le pkts gros qui soit vénjûde^ 
C6pay&-là, qu'il' donna au roi; fet un peftit coffre qu'il 
présent à Ximenès, du éftoient des idoles de fofme^ 
épouvantables ,' so^s^ lesquelles les Indiens dise^Cq^ 
lé démon leur apparoit. Leurs corps étoientiaits <fe 
petites éeailles bu mailles, d'of de certains 4>ois$ons 
embrao|^iiaii^ ; M ce cofire se^ garde encore dans le\ 
grand collège dé l'université d'^l^ala. > < . 



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13La HISTOIRS fm iSiftJ^ ILiMENÈS, 

- Ii3$ dios^ liiant miisii rt^cfi, (^^(mtaysi^ suc- 
téàé selimle» chis^%.iia rarrc^f^véqpe de Tolède , il 
se trouva tout 4'aA co^ saisi â^an^ lapgueiAF eau-* 
séô par h$ soins qWil iivoit pri$ et le$ ebsisnns. qu'il 
moijL eus |i Gresade. Ce c|iw llù doi^sa lieu de dor 
aunder congela la reiine:, et dct ae reèiirer dans, ^oii 
dioéèse;^ ou il* a^isdiattoirt depois loa^kbips de re- 
to|i|3i«r. Dès qu'il 7 &rt , il s'appliqua eoil^èiîeinieBt à 
recoomoitre d la discîpdiue qu'il atoit établie éiok 
observée ; et il trcmvai touli daujSi uït sirgi?9<iiid ordre, 
qu'il en. fit rendce publijqiUjevient des^actî|Kls d^, g^ 
ces à Dieu. Il faisoit presser les bâtimens de ses dol- 
Uf^Siyet commonçoit àreprendf&iîi^itipeude saaté , 
lorsqu'il fiit rappelé à Gr^iade p^ la mois y à i'occar 
wn d'une seconde révolte dès Msfif es. : 

B^r a un peu jscu-déssus de Grenade uAieick^bxe: dt 
mèritagafti^, <|ti'ô8i appelle Neigeuses, parce qu elles 
sont pDesqtc&.tm^jmrs couvèrteside ujdtges^^ Elles a« 
kisfieùtpiQs.d'éiiTebalatées^ et. dans des vallons spa- 
cieux qu'elles renferment il y a des villages qui oon-* 
tiginaent beaucoup de peuple. Les hommes y éï£ii»tki 
afi66f& aguerris. €eux qui n'avoient pas voulu reocm* 
cdr k la secte de Mobofllet, s'ëtoient ré^ogiëa paemi 
^x, résdusde maiiitenir leur nd^iou, et de se- dé* 
fendre à la laveur de ces monilagnés. Pour c^meor 
cdTiieur révolte , ils 'tbassa^èreut quelquea religîeiix 
qu'on avait envoyé» poar 1^ erilroFterà; embrasses la 
foi de^Jésus^Christ; après quûlils prirent las amies. 
Plliisieurs^ boorgades d« vossinage s^^p'iipaareiil^à) «tt 
et toute cette contre]^ qu'otiii0iiHD& lés Rb^Kes.veP- 



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LtTRB PKEKIEll. ta3 

meilles^ &€anse^hi codenrqtie le soleil kvant leur 
doDife 9 se s0«âeV^rent presqcie en même temps. 

Les rcns catholiques apprirent, eette nouvelte ayec 
beaucoup de chagrin et ^inquiétude, parce qu'ik 
préVoyoient qu^ils auroient à Mre à des gens opinii- 
très 9 retrancher dans^des lieux presque inaccessibles, 
ou Fou aToit perdu plus de monde dans la coo^éte 
de ce royaume. Zëgri et le gouv^neur de V^ez, 
quoique convertis , eurent ordre de se rendre à Sé*- 
ville auprès de la reine, parce qu'ils ayoient eu beau- 
coup de crédit pslrmi ceux de leur nation , et qu'ils 
aaFoieet pu se rendre chefe du parti. On donna des 
gaf des à fe reine de Grenade et à ses deux fils. Car, 
encore qu'elle eât été baptisée, sa conversion ne 
paroissoit pas sincère, et Ton craignoit qu'elle n^ 
pervertît ses enfans qui étoient venus loger depuis 
peu av€€ elle. La reine Isabelle envoya quérir quel- 
ques- rtus- de le»rs docteurs, et surtout l'un d^s plus 
eomidëfsës d'entre eux , riommë JÈdrix , pour tâcher de 
les gagn*r par ses exhortations ef par «es caresses ; etf 
da moins pour empêcher que pâr'leurs persoasiibns' 
ib n'entretkissent les autres dans* leur ^ volte. 

Après t<mtes ces- précautions^ on fit Hla^cheria en-^ 
Talapîe qui ëtoit dans FAndalousie. On assembla 
toutes les titMipes des environs *, et^ le roi s'étant lâis^ 
àla téte\ Ibfrca lui-même les p»sagès, et aisiégea 
6es rèbdte» dani leurs retraites , fe»*âir amqtier par' 
plusieurs endroits V et, 9p^s #tteps combats dont^és' 
coup sur coup, b& il pei^cUt plusieurs personnes de 
quaiilié, iV-ee retid&t Je 'matt;re de ces montagnes, 



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I!l4 HISTOIHI^ DU CA.RD. XIMENES, 

(châtia sévèrement -la rébellion-, et revint à Grenacïe. 

Cette guerre donna beaucoup desom^ et de peine. 
La» reine ëtoit d-avis de chasser lés Maures de ces 
Ueux-là , et d'y faire de nouvellejs colonies -, et le roi 
le jugeoit si nécessaire^ qu'il dit plqsieurs fois à ses 
courtisans : Il seroit plus convenable pour le service 
de Dieu et pour le mien, qu'ils, sortissent Maures de 
mon royaume, que d'y demeurer chrétieiLS 'comme 
ils sont, lis firent enfin publier un édit portant que 
ceux qui voudroient embrasser de bonjde foi la reli- 
gion de Jésus-Christ demeureroient en liberté dpus 
leurs maisons^ que ceux 'qui voudroient conserver la 
religion de Mahomet sortiroient du royaume» et pas* 
seroient dans trois mois en Afrique. On leur fit don- 
ner durant ce temps-là des instructions et des avertis- 
Si^ens salutaires par plusieurs personnes savantes et 
pieuses-, et l'édit fut ensuite ponctuellement exécute. 

Jin premier bruit de cette révolte, I(£s ennemis de 
Xi0)enès publièrent que c'étoit une suite de la pre- 
ipj^e, et renouvelèrent l.Qur3 plaintes contre lui. Os 
lui imputoieut totts les mécontentemens des Maures , 
et tâchoient d'aigrir encore l'esprit du roi, en loi 
repré^Qintaut que la cause de ces malheurs étoit Tin- 
discrétion de certaines personnes qui , contre les 
ijbrmes prescrites et les moyens communs de la vo- 
cation, avoient désetpéré ces infidèle^. C'étok pour 
cela que la reine l'avoit mandé. Il partit ^ et avant 
que d'être arrivé., il apprit , ^|iar les lettres, de ses amis, 
que le roi avoit réduit ceis rebellera (antSoo), qu'il 
en avoit puni une partie, et que le reste avoit abjuré 



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LIVRE PREMIEB. Il5 

sa religion et reçu le baptême et la foi de Jésas-* 
Clirîst ; ce qui lui donna une extrême joie. 

Cette victoire du roi ôta aux ennemis de Tarche- 
vêque le prétexte qu'ils avoient de le décrier. Il ar- 
riva à Grenade, et fut reçu avec beaucoup d'hoUneur , 
de leurs majestés, qui lui firent donner un appar- 
tement dansTAUambre où elles étoient logées, et lui 
marquèrent toute Festime et toute Taffection qu'il 
pouvoit espérer. 11 y demeura environ deux mok 
avec assez de santé ; mais comme il passoit tous lés 
jours à traiter d'ai&ires, ou à instruire les Maures 
qu'il avôit convertis, et à les interroger sur leur crëan* 
ce , il se trouva enfin fort Ëitigué , et tomba dans une 
grande maladie. Ses forces diminuoiepftvisiblement. 
Une fièvre lente minoit ce corps sec et exténué par 
ses travaux ; et les médecins ,. voyant que leurs remè- 
des ordinaires ne pouvoient»le soulager , commencè- 
rent à douter de sa guérison. Les rois qui en étoient 
extrêmement en peine, Tallèrent voir plusieurs ibis, 
et tâchèrent de le consoler. Là reine surtout, le trou- 
vant dans une si grande foiblesse , fit appeler les mé- 
decins, et après leur avoir demandé l€»r avis». elle 
leur représenta que , le palais étant sur une hauteur, 
et l'appartement qu'on avoit donné à l'archevêque 
fort ouvert 'et fort élevé, il étoit à craindre que l'air 
ne fût trop vif pour un homme aussi abattu et ausd 
desséché que lui , et qu'il seroit peut-être bon àe lui 
faire changer de lieu. 

Ils répondirent qu'en l'état où il étoit , on pouvo&t 
tenter toutes choses. Cette princesse lui fit itioonti- 



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I^ HISTOIBiB DU CiRD. XIMENÈS, 

neet donner ùei avis -, le {iriant , |>uisq[iie les oiéâecîiis 
le jugeoieut ainsi à propos pour sa santé , de se Étire 
trw^porter au Généridife. G'étoit uiue limison de 
plaisaaoe hiM^ de rAllainbre, très^agréable par ses 
jwdim^ Èes veRgiers et ses fontaines^ tpà regarde 
toute la YÎUe enpei3spective ^ et doiit la vue s'ëtisnd sar 
unie vaste et belle plaine. Les rois de Grenade IV 
toîent &it bâtir et y passoîent ordinairement le fMân- 
teoif s pottr y jouir, daas cette belle saison , des pjai- 
8ti!s ée la eampagne et de la pureté de Taor. 
. Xiihenès suivit le coxiseil de la reine, plus par 
oomplaisaiioe que par inclination. Aussi ne fut -il 
pas sanlagë dans un s^ur si agréable. Il y étoil; de- 
puis un moisi, et :uhe fièvre dé langi&eur con9C»»nt 
insensiblement ses forces, semblôit devoir remporter 
eh l'ort peu de jours. Les médecins a:¥oient esisayë 
inutsl[eia«Dt,tous les reànëdés, et confessaient qu'ils 
étoieid; au bout de leur art. La reine le vint voir 
encore iine fois, etvoulut^bienluidoiinerjceiie der- 
fuèvê marque, de isa biaxveiUance* Comme il ébat ea 
<:ette«xtcànité, une femme, d'assez bonne iamiHe 
parmi les Miures , qui s'étoit convertie des premières, 
et qu'il avoit depids mariée à un de ses domestiques, 
se troarant dans sa chambre , où queiques-^uns de 
ses infimes amis raisonnoient sur sa mahsdie , s*ap- 
procha d'eux , et Jeur dit- qu'elle connoissoit dans 
Grenade des personnes plus capables de le goérir, 
que les médecins qui ïe traitoient ; qu'il y avoit sur- 
tout une femûle, quiv, pailla communication qu'elle 
aimt eipe avec des médecins arabes , et par sa grande 



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LIVRE PHEHIEm. f»7 

at^rience^ ëtafitâgée de ptos de cpiatre-^agts ans^ 
avait arppris de très-bons secrets, et sans saignée ni 
]»reu;vage gwérissmt souvent des malades désespérés, 
par certains baumes qu'elle laisoit ; et que , si <m you* 
loit se servir de ses râmrilles^- il y avoit lieu d'espérer 
(fa'elfe wadroitla sanAé à Tarchevé^ue. 

La^proposvtkm frit éeotttée , et le f>rélât y consentit. 
Le dëtfir et l'espéiance de ^etétit font qir'<oti pvéte 
Toveille à tout. Il est aieë de se dégoâter des tnéde* 
cias ,:qpaa!ad on n*en neçoit pas tout le secours qù'toà 
en Attende Cette Jbonne femme -fiit appelée et con<^ 
duile vers le malade. £Ue lai to«olia le ponk, et te^ 
covinut«o^neasenientttmtr'étarf de la maladie; Après 
tapioi die dit que le wai étok ^gtotnà , et qull ne fâli- 
loit pas s'éttmoer <;piéla miédecine ordinaiîrrn'eut pà 
ie guériri cpï^eUe espéroit pourtant avee* Taesktafioe 
de Dieu, sous la proAettion duquel étdit ce ^faad 
hoornie , que dans huit jeurk eAle ie guériroit psr ie 
mi&fen de quelqâes simples dont elle ^ovniKnsffMt 
la Tertu ^ qu'eUe demandoit ^ûmt toute grtee qtrV>n 
m'en parlâtpas atuxtnédécms , qui se moquent àf ces 
petits; remèdes de fismme, !0I qui véddiseiit loui à 
certaines maximes dé Tait, avec des^- term^ 'savans 
idmst efie n'étoit pas câpaUe ^ que ce ii'étôit pas 
qu'elle les craignit , étant assurée dj^ la fovce de ses 
xemèdês 'dinars qu'ils ne mànquéreieatpas delatrou- 
-blerpoir des quaslierns inut»les>; bu dejetér des craintes 
^ides déiaonoes dttn^râme de Varchevéque^ etqu^ii 
ûnporloit au nmhdé et à œUe^ le traitoit d'avoir 
l'un et i'iantre l'esprit tranquiUe; qu'«iu reste, efi^ 



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is8 HISTOIEE >9U QAtRI).! XIHENÈS, 

u'asoit, que de. médicamefiSL exierùea, *qai ne . pour- 
y^knt donBier ancua SieiufHCQnv^^ qo'^Ue sa^tMit que 
le dèa des guërisDii6 vieutide Dieu ^ et ilon pas d'au* 
cune puissance humaiûft. . 
. On trouva beaucoii]|!> de raison dans le âiscours de 
cette femme.; et pour la contenter^ on eut grand 
soin que les médecins né suâsènt rien de ce qaélle 
feroit. Elk venoît la nuit dans la chambre duinalade, 
quand tout le inonde étoit sorti, et le.&isoit frotter 
à'ioîinr d'une espèce d'buile qu'elle «voit ccnuposée 
de pitisieuh herbes odoriférantes. Le prélat.se trouya 
bientôt soulage, et le huitième jour, non-seulement 
il fut sans fièvre, miai^ encore il sentit quelque gaîté. 
L'envie lui ayant pris de se lever, on fut surpris de 
le voir en état de se soutenir. Dès qu'il eut cbminencë 
à reprendre, ses forces, on lui conseilla de.sé faire 
porter sur lé rivage du Dareé. et de s'y promener 
doucement, parce que l'air y étoit si pur et si sain, 
que de to«t temps les malades y venoieiiit chercher la 
santé , et âe faisoient miâme porter dan^ l^r lit sur 
un petit pont qui est vers l'Allambre. Après qu'il se 
fut un peu fortifié, il $'isn retourna chez lui pour j 
vivre en repos, et pour s'y rétablir entièrement; et 
il ne lut pas plus tôt arrivé à Alcala , qu'il se trouva 
en parfaite santé* ? 

Comme son dessein étoit de ramener etf eexttea-là, 
de foutes les universités chrétiennes , les lettres di- 
vines et humaines- qui.avoient été comme bannies 
d'Espagne, il entreprit d'embellir cette. ville. Il fit 
paver les grands cbémins^; sécher les 'eaux cpoe les 



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* LIVRE PREMIER. lag 

phiies fréquentes avoient répandues dans cette plaine, 
et réparer les édifices publics qne le temps avoit 
ruinés. Cefntlà que François Ferrera, abbé d^ Saint- 
Ju^e, qu'il avoit envoj:é à Rome, lui apporta les 
.bulles d'Alexandre VI et de JuH II , pont Féi^ctiott 
de Tun^ersité d'Àlcal9, avec toutes les grâces et Wùs , 
les privilèges qu'on pouvoit souhaiter. Léon X les 
augmenta depuis par l'affection qu'il avoit pour les 
lettres, et par le éésir d'obliger l'archevêque qui fut 
Ibujâurs en très-^grande considération auprès des sou- 
verains pontifes, tan#à cause du respect et de la vé- 
nération qu'il eut pour te saint^siége , qu'à cause dès 
sei^Hces importàns qu'il rendit aux papes en diverses 
rencontffes , comme on* le verra dans la suite. 

A peine eutril demeuré quelques mois à Aicaia , 
que la^eine lui fit savoir qu'elle avoit convoqué les 
états à Tolède, et qu'elle s'y réndroit bientôt. Après • 
k mort du prihce Michel , les rois catholiques avoient 
envoyé l'évéqdfe de Cordoue en Flandre, pour solli- 
citer l'archiduc Philippe d'Autriche de venir inces- 
samment en Espagne, avec la princesse Jeanne leur 
fille, prendre' possession des royaumes qui dévoient 
leur appartenir. Ils connoissoiént l'humeur de leur 
gendre. Il étoit bon, facile, familier, sincère. Ses 
occupationsitqrdinaires étoient la chasse ou le jetii II 
n'avoit point d^ambition, ni de pensées de s'agrandir; 
n'àimoit poii^ le travail, çt nepouvoit souffrir les 
affaires , et changeoit de résolution k tous moméns , 
selon les impressions que lui dcnnoient ceux qui sou- 
lagéoient sa paresse ou qui abusoierit de sa confiance. 



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lio HISTOIRE DU CARD, XHÉCNÈS, 

Ferdinand ^t IsabeUe craigooieirt qu'il ne 9'accou- 
tuQiât à Q^tïe vie iiM)Ue et oisive, et qu'on ne pûl Ivi 
iaîre4>efdre nne habitude où il s^s^nit tedom, lU 
YQuUtt^pi le tirer des main^ 9e$ Flanianfk qui k 
goDiver Aoie^t , et s'^n: rendre maîtro^ «'ik euaâCDt 
pa. ^ ieur grande ps^a^ion ^t4ît de le détalhtr ée 
rigclin^tion qu'il HYoit poui? la Fiàneé, ce i^i leur 
donnait un^ grande ja]kM»$i^, Us ^éfoiwt «fi£n qpie 
vivant av^Q.eu^ il «'aecommodo^oit aux mœurs d# 1a 
natipui et qu avec W tïwpR il ipfiïendroit à négner 
avec gravitë.^'arche^équede Bwiuiçoii ^ q«î avoît été 
son pri^fi^pf^^wr^ ^t qui cons^rvoit oneote l^eftMoup 
de pouvoir $ur $pn e^F^t^JQÎgvât sea SfoUieitatitoiiâ è 
celles des ^mba^sadeura d'fUpa^o^, Qt le #^miiA 
avec b^aucovtp de pleine à ce voyage^ 

Ce prij9<^ pwlit ^tec la prin^e^ae dé Ca^tîtti»* aa 

«ienune *, ilap;i^^r^nt p^r la Franee,^ etforent^agm- 

fiqueipeut ireçu;! k Paria* L'arebiduc prit séance au 

parl<iB)eTit en qualité de pair du ro^imine» retour 

vêla toua $es traitas ^y^^ lé rdi I^ouia XU» ^^ lui 

donna toutes les marqn,#sde aoitmiasio^ etdié recoo- 

4e^$dAçe quil pquvoit soubaitePi Maia h princMse 

fut 91 attentive et, si qirconap^qte ^n œ point , ^u*»^ 

si^nf. à Ift niesise un îour de eëi^^woni^, elle ne v^w» 

lutiijamais prendre le$ piàçea de monnfi^ quo le 1^ 

lui ût présenter poux -aller à Toftiraiid^» de peur ^e 

reconnoitre (a.anpériorijté^ eide^faixe^wi acte de w^ 

* jétion* J^ roi ^ la reine de l^raneci le^ régalèrent: à 

Blois qnin?^^ JQur4 durant, et ]/9a firent eanduîte à la 

' frontière avec to^$ lea bonneuirs imagînaftleB; ménia 



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avec pouvoir de donser grâce aux criminels duns 
toutes les villes oà ils passoient. ^ 

Les rois catholiques ayaAt appris qu^ls appro^ 
choient de Fo&tardtne, ordomière»! à t^mtes les villes 
de lenr rendre les mlbies honneurs qu'on leur au^ 
roit rendus à eux-mêmes^ envoyèrent le grand prë- 
vât de rbAtei et le gouverneur de Biscaj^ a«r devant 
d*eux , avec ordre d'exeHinr leurâ offltees en kur nom , 
dès leur entrée dans leroQrattinci^ et, pimt* tëmoignëf 
la joie qu'ik avotont de leur arrivée, ib {Permirent 
aux personnes dé isouditian. de porter des Ifabits de 
soie l et firent connoltre que ceux quiTOudroient faire 
des habits neuls, leur feroient pkisir-de s'habiller ée 
couleur, ce qui ntarque la^ modestie de cesi temps-»- 
là. ^s députèrent le connétable de Castille , le duc de 
Najare et le grand commandes de Léon à Fcmtara'- 
bie, pour- dire à l^irohidne et à la princesse qu'ils 
aurofent une extrême j^ de les voir v et que, si les 
aflbires de la conversion des Maures ne les eussent 
tndispensabiemeut ars^és, Us se seretent avancés 
pour les recevoir jusqu'à K fi^ootière. - 

Ces ^nces arrivàrsnt k^FmUvéà» le 19 de jan- 
vier, et passèrent delà à Bu^gos<an»^So>ii)« Feidinaud 
et babelie firent ineontinent «xpédier dés lettres 
yourtes fiiire reconnettreAans Tolède kéritieis pré- 
sompilIfsdtK leurs états. L^Mcbei^é^e y disposa t^ul; 
les rAs eathcliqnéi s'y rendirent, et les princes eu 
m#nie temps. Ils forent reçus et-^econntts avec des 
'acdamations extraoydiwaii^s , et Ton che^ilifa t^us les 
tuiles de le^fKvei^k. 



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l32 HISTOIRE -«DU GARD. XÏMBNES, 

Parmi tous les divertissem^is de la cbur , Ximenès 
se retiroit et soiig^oit à des choses plus important 
tes. Uicooeidëroit depuis tong-temps queiîen n'ëtoit 
fhis n^itessaire aux ecdësiasticfues^, et partieulière- 
ment aux thëc^logiens , que la lecture et rifttelligence 
de la Bible ^ et que pourtant rien n'ëtoit si .néglige 
par la pliipart des docteurs qui, au lieu de s'appli- 
quer à rëtude dies libres iftcrës, s'^amusoient à des 
subtilités :et à des spéculations inutiles. Il crut que 
cette nëgtigétice venoit du peu de côiano^ssance qu'on 
avoit des langues latine , grecque et hébraïque , qui 
sont comme le fondement des sdences humaines et 
des lettres sacrées. Son dessein étoit de fortifier les 
catholiques contre les anciennes héré$ies, et contre 
celles qui pourroient naître. On eût dit qu'il pré- 
voyoit ce qui arriva quelque temps 'après , qu'il 
S' élèveroit des esprits vains et préisomploeux qui , 
expliquant les saintes Écrilures , selon leur sens , 
Iroubleroient l'Église de Jésus-Christ, et feroient va- 
loir leur tëmërité à la.feveUr de l'ignorance qui ré- 
. gnoit alors dans le moinite. « ^ 

L'archevêque !voya»t donc «mie grande cofhiption 
de mfvirs, mdme dans les principaux ministre» de 
l'Église, craignit qtke, si l'homme ennemi venoit, à 
semer quelques fausses doctrines par les interprétée 
tions captieuses de l'Ancieti ou du Nouveau -testa- 
ment, les simples^n'en fussent ëllbuis, et les Aoctes 
ne fussent pas capables de les rëftiteri. Pour ces iri- 
sons, il entreprit de faire travailler à une. nouvelle 
édition de la Bible , qui contînt, poiirl^cien-Testa- 



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UVRE PREMIER. l3^ 

jnenjl, le texte hébrei;i, la vtilgate, la versioa grecque 
des septaiftes traduite en latin, et la paraphrase dial« 
daïqiie avec une^version latine , afin que rien ne man- 
quât à cet ouvrage : pour le NouTean-Testament , le 
texte grec bien correct et la Tulgate. Il youlut qu-on 
ajautât un volume d'explication des termes et des fa- 
çons de parler hébraïques , extrêmement! estimée par 
ceux qui ont une grande co^noissance de cette langue. 
C'était uile entreprise très-difficile , et qui deman- 
doit un homme aussi puissant et aussi constant que 
lui. 11 fit venir incontinent les plus habiles person- 
nages de. son temps, Déïaétnn» de Crète, Grec de 
nation, Antoine deNébrissa^ Lopès A^tmiiga', Fer- 
naâd Pintian , professeurs des langues grecque et 
laline; Alfoni^, médecin d'Alcala , Paul Coronel el 
Alfonse Zamor»>, très-savans dans les lettres hébraï- 
ques, qui avoient autrefois professé parmi les Juifs , 
et qui ayant été depuis, appelés à Ja foi de Jésus- 
Christ, avoient donné des preuves d'une grande 
érudition et d'iAe piété très-sincère. Il leur proposa 
son dessein, leur promit de fournir à toutes les dé- 
penses, et leur donna de bonnes pensions à chacun ^ 
il l«ar recommanda sur toutes choses la diligence et 
leur dit : Hâtez.- vous , mes amis , de peur que je ne^ 
vous manque , ou que vous ne veniez à me manquer 5 
car vous avez besoin d'une protection comme la 
mienne, et j'ai besoin dW secours comme le vôtre. 
11 les excita si bien par ses discours et par ses bien- 
faits , que, depuis ce jour-là jusqu'à ce que l'ouvrage 
fût achevé , ils ne cessèrent de travailler. 



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l34 HISTOIRE DU CARD. XIMENÈS, 

U envoya chercher de tous ctftës des eitenfpfadres 
niaûuscrttô de rAncien^ Testament, sur l^ë«qaeis on 
pût corriger le$ fautes déd dernières ëditioûg , ^0811- 
tuer le» passages corrompus et ëdaitsftir ceux qui 
seroient obscurs ott dotiteux. Le pape Lëoti X lui fit 
communiquer tous les manuscrits de la bibliothèque 
Vaticàne , loua plusieurs fois sa magnificeuce et sa 
gén^roslt^ » et le consulta même dans les affaires les 
plus importantes de son pontificat* Ce 'travail dura 
près de quinze ans sans interruption *, et ce quHl y a 
d'étonnant) c'e^t qu'une longue et ennuyeuse appli- 
cation ne lassa pas la constance de ces ^avans hom- 
mes , et que les grandes attires dont Ximenèa fàx 
accablé ne ralentirent pas son z^e et son affeetiôii 
pour cet ouYijage. 

11 fit Venir de divers pays sept exeiuf laires hébreux 
manuscrits y qui lui coûtèrent quatre mille écus d*ôr, 
sans compter les grecs qu'on lui envoya de Rome , et 
le» latins en lettres gothiques , qu'il fil apporter des 
pays éloignés ) ote qu'il fit tirer de^^piincipales bi^ 
bliothèques d'Espagne, tous anciens pour le moins 
deJftuit cents ans^ en sorte que les pensions des sa- 
valons 9 les gagés des copistes, le prix des livre^^^ le 
paieibeat des vc^ages et les frais de l'impression lui 
coulèrent plus de cinquante mille écus d'or, selon 
la supputation qu'on en fit alors. 

Ce grand ouvrage étant achevé avec tant de soin 
et de dépense, il le dédia au pape Léon X, soit pour 
lui ténKNigner sa reconnoissance , soit parce que tcrâs 
les ouvrages qui regardent l'édaireissement des Écri- 



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LIVAIK tliEllIBR. -135 

^'m Mmémri pobtife, <É qui téAàe Ift pûitr^nce 
d^i^^Chmt H ÏMiùviié At TÉglkè èhtëU^tiiié. 
Le jotir <{ti'Ofi Ini à|)|>om lé dernier voltftme il allt 
vite i0 Mtsevoiy < et totit d'titi coup lésant \eê yetnt et 
les maias au ciel : Je vood teadâ grftcô , ition Saureut' 
Jëyus-Ghriét, û'éùna-^il , de ce qtiWlit dé moilrir 
je Yois la fin de Cé que j'ai souhaité.... Pûiâ se tour-* 
niât v^rs aes amis^itti éf oiétit prë^ens t Dieti m'a fait 
la grâce ^ ieni* dit^il /de faite âe6 choseè qai vous ont 
par^ aseea gtandea , et pottt-^dtre adâêrl titiies pouf le 
Uen public ; mia il n'y eu a poiut dont tous devi A 
pittât me féUoitei* que de cette édition de la Bible , 
qm ouvre les sources aao^s d*ùh Von puisera une 
théologie plus pure que ces ruisseaux où la plu^rt 
Talloîent chercher. Ce ht eu étfet cotnine uu signal 
qm^veilla Ite esprits pour étudier la religion , et 
pour Se nourrir de la doctrine dés aaintèd Écritures. 
il ayah coiamcnOé uué dditiou des centres d'Af is- 
tote po^i^ks savins^ mais il n'eut pas la satisfaction 
de la voir acherée avant sa mort. Pour empêcher les 
femMBS et les iguorans de s'amuser à lire des romans , 
il fit imprimer^ à Wi dépens ^ des traités de piété et 
des hidtœres saintes , en langue vulgaire , qtli don- 
moient des préceptes ou des exemples des vertus 
chrétiennes. Q eu fit cfistribuer un grand nombre, 
soit aUat particuliers, soit auit communautés rdigieu-^ 
ses^jCiosittne les liyresi.de diant et de musique étdient 
usés dans la plupart dtos églises; dé peur que les 
louanges de Vim ue fussent interrompues , wen fit 



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l3(i HISTC3»1RB DO GARD. X.IMEKÈS, 

faiffi une édition en y^lin dont il iit présent à toutes 
les paroisses de son diocèse-, et, pour ne rien oublier 
de tout ce qui peut être utile au public, il âk com- 
poser des tvres d'agriculture , afin que les laboureurs 
apprissent à exercer avec soin et avec profit cet art 
innocent, utile et nécessaire. 

Pendant son séjour à Tolède il visita labibliothèque 
de son église , où il y avoit plusieurs manuscrita 
vénérables par leur antiquité^ et, 'comme elle étoit 
dans un lieu mal sain et mal propre , il résolut de la 
faire bâtir magnifiquement dans un bel endroit ^ ^et' 
de la rendre, par le nombre et par la curiosité des 
livres , égale à la bibliothèque Yaticane. Mais il fut 
chargé depuis de tant d'afiaires, qu'il ne put exécuter 
ce dessein. 

Les archevêques de Tolède étoient si puissanset 
si considérés en ce temps-là ,%ique ce n'-étoit pas a!&sez 
pour eux de régler leur diocèse et de. remplir les 
fonctions ordinaires de Tépiscopat, ils étoient encore 
appelés à d'autres ministères : à faire des expéditions 
contre les Maures , à maintenir la paix et la tran- 
quillité publique , à soutenir le poids des affaires , à 
apaiser les séditions et les révoltes des peuples, à 
porter les rois à de louables entreprises , à réformer 
les abus et à protéger les arts et les sciences; ce que 
Ximenès fit avec plus d'éclat et plus de. réputation 
qu'aucun de ses prédécesseurs. Cette autorité dans 
les affaires ecclésiastiques et séculières s'est diminuée 
. en ceux qui l'ont suivi , soit par l'agrandissement des 
rois, soft par la négligence des archevêques, soit par 



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LIVRE PREMIEB. iZ'J 

la nature des établissemens hamains qui tombent 
insensiblement dans le dëclin. * . 

Plusieurs choses contribuèrent à la grandeur de 
Ximenès. 11 joujissoit de tout le revenu de Tarchevê- 
ché sans pensions. Il vivoit sous le roi Ferdinand qui, 
régnant à la place de ses enfans , seùibloit être plu- 
tôt son collègue que son maître^ de sorte que, comme 
Tarchevêque ayoit besoin du crédit et de la faveur du 
roi , le roi avoit besoin du secours et des conseils de 
Tarchevéque. De plus , il eut de grandes occasions , 
et il se trouva avBc un esprit encore plus grand que 
sa fortune. C'est par là qu'il parvint à l'administra- 
tion et à la régence de l'état , avec l'approbation des 
peuples, et sans que les grands du royaume pussent 
rien atte|)ter contre lui. 

Pour revenir à la bibliothèque dt» son église, 
comme il visitoit lui-même tous les livres 5 afin de 
savoir quel secours il en pourroit tirer pour ses des- 
seins, il tomba sur plusieurs volumes anciens , écrits 
en lettres gothiques ; ce flpii lui donna lieu de réta- 
blir les offices gothiques ou mozarabes. qui avoient 
été en si grande vénération dans la Castille. Les Vi* 
sigoths, sous l'empire d'Honorius, occupèrent presque 
toute l'Espagne. Comme ils étoient ariens:, ils causè- 
rent tant de désordre dans le cult^méme catholique 
de ce royaume, que des cérémonies nouvelles se mê-^ 
lant avec les anciennes , on y disoijt la messe différem^ 
ment, et chaque église récitoit l'office divin selon les 
règles qu'elle s^étoit faites. Mais cette nation ayant 
abjuré l'hérésie par les soins et Jes instructipn^ de 



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l38 HISTOIRt nV GARD. XIMBNÈS, 

Léandre , ftfcheréqoe de SéviÛe, et embras&ë là foi 
orthodoxe à l'exemple du roi Recafëde : éomme il n*y 
avoit plus de diffërence de religion, On commença 
k chercher les moyens d'établir un eulte régulier 
el uniforme, principalement dans Tolède qai étoit 
alors kl ville royale. On assembla à cet effet un con- 
cile qui fui le quatrième de Tolède où Ton ordonna 
que , dans toutes les églises, un même usage fût ob- 
serve dans les prières particulières ^ dans les messes 
et les psalmodies publiques. On donna le soin de 
régler cet ordre à Isidore, successeur de Léandce, 
renommé en ce temps^là pour sa sainteté et pour sa 
doctrine* 

Cette discipline dura près de six-^ngts ans , jus- 
c^u'à ce que les Maures ayant ravagé tout te pays et 
défait l'armée d'Espagne , se rendirent maîtres de ce 
royaume. Dans cette calamité universelle, la ville 
royale tomba mire les mains de ces barbares, qui 
permirent aux chtétietis de vivre selon les lois de 
leur religion. Quoique I^ ]dupart préférassent un 
exil volontaire à cette servitude paisible , plusieurs 
qui aimèrent mieux leur pays que leur liberté, ac- 
ceptèrent la condition, et demeurèrent dans la ville 
sous la domination des Maures et des Arabes. Ces 
chrétiens à cause 4^ ce mélange furent appelés JUis- 
ttarabts, ou, selon d'autres auteurs, Mozarabes, du 
nom de Moza, gâ^ral des Maures et des Arabes, 
donl nous avons déjà parlé. On la^t laissa six^glises 
dans lesqu^les ils conservèrent près de quatre cents 
ans cet office de saint Isidore dans cette ville capitale, 



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tlTHB PKBMIËR. l39 

et dans taules tes autres d^ royâotnes de Tolède , de 
Gifôt|&e ^tde^Lëon. 

ÀlJRpnse VI ayant depuis repris, aprèâuulong siëge, 
la ville de Tolède sur Ie$ Maures , on traita de régler 
les affaires de la religion, d'établir des paroisses, ^ 
consacrer des autels, et de remettre le ctilte divin 
dans Tordre et tians la décence. Ce roi , parle con- 
seil de Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille, 
que le pape avoit envoyé pour rétablir la discipline , 
eut dessein d'abolir cet office .ancien et d'introduire 
le romain. La reihe Constance, qui étoit Françoise, 
accoutumée aux usages de son pays, sollicitoit en- 
core ce changement-, et l'abbé Bernard, aussi Fran<- 
çois de nation, nommé à l'archevêché de Tolède, y 
consentoit. 

Mais le clergé , la noblesse et le peuple s*y oppo- 
sèrent , et représentèrent qu'ils ne vouloient pas être 
plus sages que leurs pères ; que c'étoit troubler 
toute la dévotion publique que d*en abolir les pra- 
tiques; qu'on avoit toujours plus de respect pour les 
anciens usages de la reKgion ; et qu'ils étoient réso- 
lus de prlef et d'honorer Dieu selon les règles que 
les conciles^ de leur pays avoient prescrites , qae les 
tainfl évoques avoient dressées, et qui s*étoient con- 
servées plusieurs siècles parmi les Infidèles. Les con- 
testations forent si grandes sur ce sujet, qu*on fut 
d'avis , sôien la grossièreté et la barbarie de ce temps- 
là, de décider l'affaire par u^i iombat. Le roi choisit 
un chevalier pour soutenir le parti de l'office romain 5 
le peuple et jte elè\*gé en prirent un autre pour défen- 



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l4o HISTOIAfi DU GARD. XIMBHÈS, 

dre le mozarabe. Ce dénier demewâ vaiiiqueur *, et 
Ton crut que la volonté de Dieu s'ëtoit déclarée par 
cet ëvénement. 

Cependant le roi , la reine et Tarchevéque firent 
tant d'instance , et remontrèrent si bien que cette 
victoire pouvoit être un eflPet du hasard et non pas 
un ordre du ciel , qu'il fut résolu de remettre Faf- 
faire à une épreuve qui fut un jugement visible de 
Dieu. Après des jeûnes , des prières et des processions 
publiques, on s'assembla dans la grande place de la 
ville. On fit allumer un feu, où^furent jetés deux 
missels , un romain, l'autre mozarabe. Le roi et le 
peuple s'étant mis en prières afin que Dieu mani- 
festât sa vqlonté , on rapporte que le romain fiit brûlé, 
et que l'autre demeura dans le feu sans recevoir au- 
cun dommage. Le roi pourtant persista dans sa réso- 
lution. 11 consentit qu'on se servît du mozarabe dans 
les anciennes paroisses de Tolède, eu tout ce qui 
restoit de ces Êtmilles chrétienmps qui avoient con-r 
serve leur religion parmi les infidèles, seroit reçu 
comme paroissien naturel de père en fils. Mais il 
voulut que, dans les autres églises de cette ville 
et dans tout son royaume , on fît l'office selon 
l'usage de Rome et de France , quelque répugnance 
qu'y eussent les peuples. De là vint ce proverbe : 
Les lois vont où les rois veulent. Ces races ve- 
nant à manquer peu à peu, et les* paroisses se trou- 
vant désertes , on y mît $e nouveaux paroissiens , 
et par conséquent le nouvel usage de l'Église i- en 
sorte qu'on se contentoit d'y chântei;^ la messe à 



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/ 



LITRE PREMIER. i^i 

certains jours de fêtes selon la coutume ancienne. 

Ximenès, quatre cents ans après, s'ëtantfait instruire 
de cette affaire, ne voulut pas laisser perdre la nié- 
moire ni Fusage de ces saintes cérémonies instituées 
par des saints et approuvées par des conciles. Il exa- 
mina toutes choses ^ et , comme il aimoit les traditions 
ancieniies, il pritsoin de rétablir cet office. Il em- 
ploya ie docteur Ortiz y chanoine de FÉglise de To- 
lède ^ ,et deux autres de la même ville, versés dans 
cette sorte d'érudition , et fît faire une édition des 
bréviaireis.et des.mtssels mozarabes , dont il distribua 
une infinité d'exemplaires -, et, deîpëur que le temps ne 
fit perdre uneisi sainteinstitution, il fonda dans FÉglise 
cathédrale de Tolëcto «une chapelle magnifique pbur 
treize prêtres, à la chaige qu'ils diroient tous les jours 
la messe et ieroientFofficeàla manièredes mozarabes. 

En ce. même temps, un citoyen de Tolède d'une 
condition médiocre , mais d'une grande charité , nom- 
mé Jérôme Madrit , .avoit entrepris de soulager les 
pauvres et les malades de la ville , d'assister les veuves 
et les orphelins , et d'exercer toutes sortes d'œuvres 
de miséricorde. Comme Farchevêque s'ipformoit soi- 
gneusement des affaires de la ville, et des moeurs 
même des particuliers, il fît appeler ce bon homme ; 
et, après avoir reconnu parles entretiens qu'il eut avec 
lui, sa dévotion et sa charité, il Fencouragea à per- 
sévérer dans ces pieux exercices; Fassura qu'iW'as- 
sisteroit de ses conseils , de son autorité et de son 
argent ^ dans toutes les r^contres -, et lui donna d'a- 
bord* mille écus pour les pauvres. 



?v 



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l^% HISTOIRE DU OiAD. XIMBKÈS, LIY. PREMIER. 

Jérôme redoubla sa charité quand il se vit ttinsi 
appuyé. Il assembla qmelques^uns de ses amis, qui 
s'engagèrent avec lui à S6c6arir les pauvres honteux , 
daufi les oéoeâsités publiques ou particulières. Xime- 
nès , qui voyoit avec joie les fruits que produisoit 
leur piété, les exhorta à s'unir ensiemble, leur donna 
dea réglemeus pour la conduite des hôpitaux et pour 
la distributiou des aumônes , et leur mit entre leq 
mains des (sommes trèsrconsidérableâu La sécheresse 
ayant ceKe aunée4à causé une grande disette de vrvres 
etbeaûçoup de maladies, il leiir donna quatre mille 
muids de blé h distribuer au peuple. U fit employer 
ep. aumouioa et caa remèdes vingt mille livres , et neuf 
cents muid» de blé <{u'^ continua dé donner presque 
tjpus les ans aux pauvres. Eoifij^, pour accomplir tous 
les devoirs de la charité, il envoya de temps en temps 
Jérôme et ses confrères par tout son cbocèse, pour 
Ê^ir« élever de jeunes eafiins , pour marier de pauvres 
filles., pKur secourir les veuves , piour voir Tétat des 
hôpitaux et ks soutenir par ses libéralités. 



FIM ÛU HVIiE PBJEMUia. 



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HISTOIRE 



DU 



CARDINAL XIMENÈS 



LIVRE SECOND. 



(An i5oa.) 



PEHDAnr que Xinenès a'occupoit aâfnsi dam Tolède, 
ks f^rinoes , Inj^és des drrertisseihens cpi^on aToit es^ 
sayë de leur doqner , oomnidiieèreiil à songer à leurs 
affaires, et i se rendre ^aouii oà les besoins de F état 
et l«nii$ inljënêls partieuliers les appeloieiit. Ferdi- 
nand, qui avait appris que le roi de France levait deif 
troupes de tons cAtés à dessein d'attaquer Salses 
dans le Roussillon , s'aiotnça jnsqiili Gironne potir 
y aasen^ler un eorpi d^armiâe. L^arc^iw M la prin- 
eeaae facoompagn^nt jnsqn'à Aran^ès» et pas|^ 
peut ^è la en Aragon pour s^ &^o reconnoltre, eom^- 
meilsavoientiJlnten CastiUe. lia reine s'en retourna 
à Madnd, {Uiroe qs'il| se dévoient tous rassembler en 
peu de temps, et qu'il n^ aToHpohit>d'àuires villeF 
où ile pussenjt àxxoam&t plua aoMm<^Bf<id. L'ar- 
chevêque prit la croûte d'ÂIcala , résolu tfaçhevçr l0s 



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l44 HISTOIRE DU GARD. XIMElfÈS*. An i5oa. 

bâtimens qu'il avoit commencés j et d'employer les 
fonds destinés pour cette université naissante qu'il 
vouloit animer par sa présence et par ses libéralités. 
La reine Isabelle ne trouva pas à Madrid le repos 
auquel elle s'étoit attendue. Quelques aàès de fièvre 
qu elle eut durant l'automne , la mort du cardinal 
Hurtado de Mendoza , et celle de quelques autres sei- 
gneurs de sa cour, arrivées coup sur coup,latou- 
chèreni extrêmement. La résolution subite que l'ar- 
chiduc prit de s'en retourner en Flandre et de passer 
par la France lui donna aussi un grand chagrin. Ce 
prince venoit de perdre par les maladies qui cou- 
roient alors ses plus fidèles serviteurs, entre autres* 
l'archevêque de Besançon , qu'on lui avoit donné pour 
son conseil, et qui, par> sa prudence et sa probité, 
avoit su se faire aimer de lui en le gouvernant. Il 
s'imagina facilement que l'air d'Espagne étoit mal 
saiii^ et on lui perèUada qu'ayant été reconnu pour 
successeur de ces royaumes , il n étoit plus à pq>pos 
qu'il y demeurât sous la tutelle d'un beau-père, et 
au milieu d'une nation dont Thumeur ne revenoit 
pas,^ la sàenne. On ^oùpçonnoit les domestiques qui 
lui ^stoient d'avpir été gagnés par le roi dé France, 
àqini il importoit qu'il n'y eût pas beaucdup dNinion 
entre le roi catholique et son gendre. Il étoit ^'ail- 
leurs si rebuté des jalousies importunes de sa femme 
et des reprochés qu'elle lui ^isoit incessamment, 
qu'il résolut de partir, au plus fort même de l'hiver, 
et passar par Madrid pour prendre congé de la reine. 

' François de Busteidan. 



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An i5o2. # LIVRE SECOND. i^5 

Celte princesse le* pria de considérer que la saison 
Aoit trop rude pour îiu si long voyage 5 que sa femme 
étoit prête d'accoucher, et qu'elle mourroit de door 
leur s'il Is^laissoit; que l'Espagne n'avoit jamais été 
4)aisible quand les rois *'ëtrang<3frs étoient ventrs la 

^ gouv^iftr, sans avoi#pris les mœurs du pays, ce 
qu'elle mi montroit par l'exemple de plusieurs de ses 
aïeux 5 ist qu'enfin son honneur et sa conscience l'o- 
bligeoient de dbnabître l'esprit et l'haméur des peu- 
ples dont il devoit êtte le mîiître. Toute la raison 
qu'die en put tirer , §it que la Flandre étoit son pays 
et l'héritage ^e ses pères; qu'il &'étoit engagé par- 
serment aux officiers qui Favoient suivi, de les ra- 
mener ay plus tôt; et qu'un prince devoi^étre fidèle 
à sa parole* 

te jprand "chagrin des rois catholiques étoit que 
l'archi^ac voulih repasser par la France. Ils lui re- • 
montrèrent qu'il oublioit bientôt la grâce qu'on lui 
avoit faite de ||r déclarer héritier présomptif de tant 
de royaumes ; que l'Espagne étoit scandalisée de voir 
qu'il l'abandonnoit eji un temps de guerre; qu'il 
s'exposoit ^ans nlffe-ite à de grands dangers ; que ii 

. personne et la dignité d'un prince d'Espagne nouvel- 
lement reconnu, ne devoit pas se commettre. ainsi ; 
que c'etoit une chose nouvelle et inouïe, qu'un^fils 
allât se mettre afti pouvoir de Tennemi de ses pères 5 
qu'il avoit fait assez de bassesses en venant, sans en 
.aller refaire d'autres; qu'il n'étoît plus séant, depuis 
qu'il étoit devenu le plus grand, prince du monde, 
d'aller fairfe le personnage dé vassal et de sujet du roi 



fo 



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146 HISTOIRE DU GARD. XIliENÈS. An i5oii^ 

de France *, qu'il se souyînt de qui il étoit fils et de 
qui il éloit geudre, et qu'il considérât le tort qu'il 
lour faisoit. 

Mais 4«ittt^ ces raisons ne le touchèrent point. Il 
répoiA^t que la saison Âoit mauvaise pour aller par 
ni$r, qu'il les assisteroit dan^leurs guerres ^c^^me 
ua bon fils, quand il seroit dans ses états, et qu'eo 
pas^nt il découvriroit les intentions du roi délivrance, 
et négociçrdlt une bonne paix. LeJJarfces'^de sa é^- 
me qui ne pouvoit vifre san^lui, ne furent pas ca* 
pables de l'airéter. £lle le conjura de passer du moins 
la fête de Noël av^ iUe , mais il n'eut p§s cette^om- 
plaisance. Il partit trois jours avant Noël, et la k&sa 
si désolée ,^ qu'on craignoit à tous momeu% qu'elle 
*h'accouchât avant terme. Elle oublioit et sf s parens 
et ses états, et ne se Souvenoitque de^ soa i^a^rii^ à 

«qui elle pensait nuit et jour. Plongée dans upe con- 
tinuelle rêverie, avec les regards toujours fixes', com- 
me fl^èU^ l'eût vu devant ses yeux, ^le demeuroit 
immobile. Si l'on venoit à parler de lui , alors on 
eût dit qu'elle sortoit d'un pr^bnd assoupissement. 
La reine sa paère lui disait quelquifcis, pour la con- 
soler , que la fl(>tte qui de\oit la porter à son mari 
§erpit bientôt prête , qu'elle partiroit dès qu'elle se- 
roit accouchée , que le printemps approchoit.t. Cette 
espérance la réveilloit un peu, pufis elle retomboit 
d^suis son chagrin. 

'* La reine accablée de ses déplaisirs, sous prétexte, 
de fuir le mauvais air, partit de Madrid avec elle (an 
i5o3), et s'en alla trouver à Alcala l'archevêque de 



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Axki5l$. f. LIVRE SECOND* |47 

Tolède, qui seul pouvoit la confier. Ce prélat fut 
sensibLeinènt touché de voîr'le triste état ée la mère 
et de la fille^ Il £t connoître à Isabelle queTainour de 
la princesse pour son époux ëtoit excu^le quoiqu'il ' 
lui parût excessif^ que c'éibit une des tribulations 
dont saint Paul menaçoit les mariages-, que la jalou- 
sie étoit une passion inijjpmmbde , mais que c'étoit 
le défaut (les honnêtes femmes; qu*il falloit attendre 
que le temps lui apprît à supporter avec quelque.pa- 
lience l'éjoignement de sjn époux , et que Tespé- 
radce de te revoir au commencement du printemps^ 
eftt apaisé ces premières émotions. Il lui représents^ 
ensuite que , si elle avoit eu quelque satisfaction de * 
sa fille 9 elle en devoit ai^ssi supporter patiemment 
les foiblesses^t reprendre cet esprit mâle et généreux 
qu'elle avqit fait paroître dans toutes le» rencontre» 
p^ssé^s. * 

Par «es disco.urs il fortifia si bien Tesprit de lafei-^ 
ne, que Ferdinand étapt venu de Catalogne pour 1* 
voir^ur les nôuveUps de set incommodités et ^en^ • 
afflicliDJis, elk consen^t qiftl j|'en retournât promp-r 
tement à son armée pour défendre Perpignfo qn^* 
les François alloient assiéger. EU# se chargea dii soin 
de faire faire des levées ipit toute^PEspagne , qu'elle 
lui env^yipi avec un courage et une diligence incjfoij^^- 
ble durant le siège. iCependant les maladies ne ces- 
, soient point, et cette princesse w| encore la douleur 
de voir niourir don Gijthière de CardetfUs qu'eUç 
avoit fait graij4 cbopnandefr de Tordre d^ Sa.int-J.ao* 
ques dans le royaume de Léon: Toute la cour pleura* , 



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l48 HISTOIHE DU GARD. XIMB^lMÈS. A|liDo3. 

la mort de ce seigi^pur. La reijie, qui avoit une par- 
ticulière tonfiance en lui , le regretta plus que per- 
sonne ; car, outre que rien ne lui étoit si sensible que 
*la perte de sq$ amis, il lui sembla que $a mauvaise* 
fortune s'obstinoit à la persécuter, et cette aÇliction 
lui renouvela toutes les autres. 

Mais quelques jours apiès, Tarchiduchesse étant 
heureusement accouchée d'un fils, Isabelle donna 
des marques publiques de sa joîe.^ Ji'ini'ant fat bap- 
tisé avec beaucoup de solennité ^ les ducs de Najarè 
et le marquis de Yillène furent ses parrains , et Xiiile- 
nès, qui fit la cérémonie, lui donna le nom de Ferdi- 
nand son grand -père. Ce prélat demanda à la reine 
qu'en faveur de cette naissance la ville d'Âlcala fût 
exempte à l'avenir de toute sorte de sii^ides , et lui 
dit qu'il falloit du repos aux gens de lettres, et que 
cette exemption attireroit Us professeurs et toute la 
jeunesse du royaume 5 ce qui coutribueroft beaucoup 
à l'instruction et à la politesse de toute l'Espagne* Il 
• obtint. facilement tout cejtju'il d<^andoit^ et, e|^ re- 
connoissance de cebîfnfSiit, qn garde encor»aiijour- 
^d'hui éans Alcala le berceau de l'infant. Cette mar- 
que de protection kii attira l'estime publique, et la 
bonté qu'il témoigna presque en même temps dans 
ui)^ autre rencontre, fît aussi beaucoup de bruit par- 
mi le peuple. * t 

Le jour qu'on f^isoit de grandes réjouissandës ponr , 
la naissaMe de l'infant, il S;^ retira dans une maison 
«vers le chemin de Guadaiajara oùr il af çit accoutumé 
d'aller, quand les rois catholiques faisoient quelque 



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An i5o3. rf^IVRli SECOND. 149 

séjour dans Alcalâ de Henarès. Ce n'est pas que son 
palais ne fût assez gratnd et qu'il n'y fût logé commo-- 
dément •,;*[iais il aimoit le silence et la solitude, et 
s'éloignoit volontiers au monde pour vaquer à la lec- 
ture et à la'pri^e. Il ne fut pas plus tôt arûvé dans 
cette retraite, qu'il entendit un bruit confus dont il 
ne put deviner la cause. Ses gens lui rapportèrent 
que c'étoit un criminel qu'on menoit au supplice, et 
qu'une ibule dépeuple suivoit tumultuairement. lise 
mit à lu feiiêtre, et, après s'être informé de quoi cet 
homme étpit accusé , il commanda aux archers de le 
mettre en liberté, disant que les évêques avoient 
droit de faire de pareilles grâces, et qu'il ne falloift 
pas qu'un jour de bonheur et de joie fût souillé par 
•laiaeort d'un homme, quelque criminel qu'il pût être. 
JLes archers oj^irent avec respect , et tout le peuple 
lui sut bon gr^de cette action. 

Lare^e passa le printemps à Alcala, et résolut 
d'en sortif parce que les chaleurs de l'été y étoient 
excessives, ^ qu'elle venoit de perdre encore âon 
Juan Chacqji jÇ^ouverneur de Carthagène, l'un di 
ses principaux mimstres , qu'une fièvre ardente avoit 
emporte en très^^-peu de temps. Alors affligée de& 
meilleurs fréquent qui lui arri voient, et craignant 
pour elle-même, elle partit promptement pour Ma- 
drid, et*!Ximenès alla à Brihiiega , lieu agréable dans 
les montagnes , exposé au septentrion ,. et environné 
de tous côtés de sources d'eaux fraîches. Ancienne- 
jnent les principaux chanoines du chapitre de Tolède 
y avoient des maisons de plaisance où ils se retiroient 



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l50 HISTOIRE DU G/PRD. XtMENES. An i5o3. 

• 

durant les chaleurs de Yété. Ce boufg^appartenoit 
aux archevêques par ifne ancreune donation qi* Air 
fonse Vlleur en avoit faite. Ximenès n'y fitt pas plus 
tôt arrivé , qu'il y tomba ïnalade avec tous ses gens, ce 
qui l'obligea de se retirer à Santorca» Ojà il se réta- 
blît entièrement. 

Cependant la reine lui envoyoit souvent des cour- 
riers, tant pour s'informer de sa santé, que pour le 
consulter sur les affaires qui survenoient. Cette prin- 
cesse, pour faire plaisir à l'archiduchesse, él fille, 
qui n'étoit occupée que de son voyage de Flandre, 
après avoir donné tous les ordres nécessaires pour 
son embarquement, partit de Madrid e{ s'avança à 
petites journées vers les côtes de Biscaye. Elle apprit, 
en arrivant à Ségovie , que les François assiégeoient 
Salses3 que Ferdinand l'alloit secouriij que les ar^ 
mées étoient en présence ; et qu'il y autoit sans doute 
eu peu de jours une bataille. Elle mit tôns^s cou- 
vens en prières, et fiit des présens à toutes les églises. 
CommeTarmée des Espagnols étoit die beaucoup 
supérieure à celle de France, elll^c^^voit au roi 
d'épargner surtout le sang chrétien, et deraandoit 
%ans cesse à Dieu, dans ses dévotions, qu'il sauvât 
les François , et qu'il leur inspirât de se retirer jçans 
combat. 

Le ciel exauça ses vœux-, car le duc d'Albe s'étant 
approché avec son armée jusqu'à Rivesîjltes , et le roi 
catholique venant av€c une armée toute fraîche, le 
maréchal de Rieux , qui faisoit le siège et dont le» 
troupes étoient fort diminuées , fit partir son artilie- 



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An r5o3. liIVRE fECOND., l5l 

rie, et se retirant en bon ordre : Alîons, éjfi-iï a ses 
soldats 9 il faut faire place au<coi d'Espagne , puisqu'il 
noys'*â[||^rhonneur de vtnir lui-même secourir ce 
petit château avec toutes les forces de son royaume. 
La reine , dans le temps de ses inquiétudes , s'arrêta 
quelques jours à Sëgovie pour y attendre les nou- * 
velles. Mais fia fille , qui ne pouvoit souffrir de retar- 
dement, la laissa pour s'en aller à Médina-del-Campo 
où elle reçut des lojtres de l'archiduo' qui l'invitoit à 
le venir trouver. 

j C& petit témoignage d'a^nitié ou de souvenir re- 
dpumant sa tendresse et son impatience, sans avoir* 
^ard à sa dignité , sans aucune conisidération pour la 
reine sa mère , qui n'étoit qu'à deux journées de là , 
elle résolut de partir sans la voir. Elle commanda % 
ses filles de faire promptement ses paquets , sorts^ûl^ 
de sa chambre kJiovLs monfpis pour presser elle-même 
tous ses officiers et piirur leur reprocher leur paresse. 
Elle seroit pîlrtie ce jour-là méme^ si l'évêque de Bur- 
gos, qu'où lui avoit donné pour la conduire, et Jean 
de Cordoue, gouverneur de la ville, ne s'y fussent 
opposés. Ils tâchèren t de lui faire entendre que ce dé- 
part étoit trop précipité, et que la flotte n'étoit pas 
encore en état de se mettre en mer. Mais elle s'em- 
piéta et les menaça de leur faire couper la tête. Alors 
ils dépêchèrent un courrier à la reine pour lui don- 
ner avis de ce qui se passoit , et firent fermier la porte 
.du château où la princesse étoit logée, pour empêcher 
qu'elle ne suivît savfantai^ie. La reine lui écrivit de 
sa main pour lui apprendre la levée du siège d* Sal- 



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l52 HISTOIRE DU CÂRD. XIMëMÈS. Ad i5o3. 

ses*, et pour la prier d'attendre au moins le retour du 
roi son père pour l'en fiilieiter ^ mats elle n'eut aucune 
joie de cette victoire et nô songea qu'à faiite ^y tir 
^es équipages. Un matin elle se déroba à ses filles et 
sortit à pied en déshabillé jusqu'au corps -de -garde 

^ du château pour se mettre en chemin , sans savoir 
où elle alloit ^ il fallut fermer les portes et lever le^ 
pont pour' l'arrêter. 

Quelque froid qu'il fît, elle demeura tristement 
appuyée sur une barrière, sans ^ue sa dame dlion- 
neur par ses prières et par ses larmes, ni son côijie*- 

♦ seur même par.ses avis et ses remontrances , pussent 
l'en tirer. Elle ne vouhit ni ilianger ni s'habiller, et 
passa ainsi un jour et une nuit sans se mettre en peine 
ée sa santé ni des bienséances. A peine la put-on dé- 
^^erminer à entrer enfin, dans une cuisine près de la 
barrière pour la réchaufiîje et pour %à faire pnendre 
quelque nourriture. L'archevêque de Tolède y fut en- 
voyé pour essayer ^e la rainener dans son apparte- 
ment, mais ses exhortations furent aussi inutiles que 
les autres. Enfin la reine, tout indisposée quelle 
étoit, y alla elle-même, et là fit un peu revenir de 
ses foiblesses. Ce fut en cette occasion qu'on recon- 
nut l'infirmité d'esprit de cette princesse, qui devint 
ensuite publique. Ximenès conseilla aux rois catho- 
liques de la faire embarquer promptement. Elle -par- 
tit en effet peu de jours après^ avec un empressement 
incroyable , et se retira wec joie d'entre les mains de 
sa pauvre mère affligée. ». , 

Elle arriva heureusement en Flandre (an 1504), où 



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in i5o4. LIVRE SBdoto. l53 

l'archiduc la reçut avec beaucoup de marques d'amitié; 
mais quelque temps après s'ëtaUt* aperçue qu'il étott 
amoureux d'une des filles qu'elle avok^amenée fl'Es- 
pagne , sa jalousie se ralluma plus que jamais. On 
n*ouït par tout le palais que plaintes et que reproclies. , 
Quelques personnes intéressées à rompre cette in- 
trigue, l'avertirent que l'archiducf étoit touché sur 
toute chose des cheveux de sa maîtresse : elfe 1^ fit ^ 
raser sur-le-champ, et lui fit indignement découper 
le visage , afin qu'il ne lui restât aucune forme de 
beauté. * ^ 

Ce prince fut piqué de cet affront et ne garda 
plus de mesure ; il traita sa femme avec mépris de- 
vant tout le monde , il lui dit ipille choses outrs^eu- 
ses , etfut assQfs long-temps sans vouloir ni lui parler, 
ni la voir. Les rois catholiques informés par des avis 
secrets de cette division domestique, touchés d'un 
côté de l'humeur aigre et intraitable de Jeur fille, et * 
de l'autre du peu d'honnêteté et de considération que 
leur gendre avoit pour eux ;" en eurent un si grand 
déplaisir, qu'ils en furent malades. Ils étoient chacun 
dans leur appartement accablés de Iturs maux et de 
leurs chagrins , et plus encoïe^de l'inquiétude qu'ils 
avoient l'un pour J^utre. 

Le ij^i appeloit à tdlis momens les médecins pour 
leur recommander la sancë de ïa r.eine, dont il 4^- 
soit que la sienne dépendoit absolument. La reipe lès 
conjproit aussi de^nelui rien cacher de l'état où étoit 
1« roij elle iem di^oit que de toutes les flatteries 
c'étoit celle qui lui déplairoii jlavantage , et qu'elle * 



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l54 HISTOIRE. DÛ CARD. XIMENÈS. An iHof. 

n'auroit aueaa fepos , si elle n ëtoit persuadée de leur 
lionne foi là-dessus.t L'archevêque de Tolède la ras- 
sura* et lui promit de l'avertir de tout fidèlement. 11 
étoit continuellement auprès de l'un ou de l'autre, 
et preiiiôit i^pde à tout ce qui pouvoit contribuer" à 
leur guérison* 

Ferdinand revînt «n santé, mais Isabelle demeura 
foible et languissante. On lui cberchoît tous les amu- 
semens qui pouvoient la divertir. Elle avoit toujours 

, auprès d'elle des gens d'esprit et savans dans l'his- 
toire, qui lui racontoient ce qui s'é^pit |^ssé de plus 
remarquable en ces derniers siècles , smt dans la paix, 
soit dans la guerre. Elle faisoit venir les prisonniers 
de qualité qu'on avo^: envoyés de Naples , plaîgnoit 
le malheur qui leur étoit arrivé , les engag^it à lui 
dife les divers évéiieniens des guerres d'Italie , et sur- 
tout les actions du grand Fernand Gouçalès, pour 

' lequel elle avoit une estime particulière. Quand quel- 
ques étrangers avoient envie de la voir, quoiqu'elle 
se sentit mourante, elfe ne laissoit pas de les faire 
approcher de son lit , et de les entretenir avec une 
honnêteté et ufie grandeur d'âme qui leur donnoit 
en même temps de l'admiration et de la pitjé. 

Jérôme Vianel , Vénitien , célflhre par ses voyages 
et même par sa valeur, fut un le ceux-là. Le efel sem- 
blpit l'avoir envoyé ^our te bonheur et pour la gloire 
cfe l'Espagne', car ce fut par ses conseils que Ximenès 
entreprit son expédition d'Afrique. Il étoit venu à 
Médina -del-Campo pour avoii; l'honï^ar djg.salu*i* 

fleurs majestés. Il présenta à la reine une croix d'or 



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# 
An i5o4. LIVRE SEGOrïD. l55 

«nrichie de pierreries, parmi lesquelles il y avoit 
une escarî)ouc]e d'.ttn très - grand prix. Étant mené 
au soirlir de là chez l'archevêque , il lui montra un 
très-beau diamant qui ëtoit à vendre ; et comme ce 
prélat lui en eut demandé le prix, et qu'il eut répon- 
du qu'il étoit de cinq mille écus d'or, il s'écria : 
Vianel , j'aime mieux' assister cinq mille pauvres de 
cet argent-là , que de posséder tous les diamans dé6 
Indes ! et le renvoya avec cette réponse. 

Un religieux de Saint-François , gardien du cou- 
vent de Jérusalem, vint en ce même temps député 
du Soudan d'Egypte vers les rois catholiques. Ce père 
demanda à ce prince infidèle qu'il lui fût permis, 
avant de partir, d'entrer dans le sépulcre de Jésus- 
Chris^, protestant qu'il regarderoit cette grâce com- 
me la récompence des fatigues et des peines de son 
voyage. 

Ce lieu sacré est gardé fort soigneusement, et ces 
barbares intéressés ne le laissent voir d'ordinaire, 
que larsqi^'ils en espèrent quelque profit. Mais on 
accorda sans peine cette grâce à un religieux qui 
par sa profession n'avoit rien à donner, et qui allait 
entreprendra un long et pénible voyage pour le sou-^ 
dan- Comme il fut entré , accpmpagné de quelques 
ndigieux de son ordre, il fit sa prière et aperçut au 
fonc^du tombeau u^e table de marbre de trois pieds 
de lonmieur et d'un de largeur. Il îlemanda qu'on la 
lui laissât emporter, et l'obtint. Il la fitf couper en 
six parties, qui furent autant de pierres sacrées pour 
des autels , qu'il apporta ayec lui , et qu'il distribua 



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l56 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5oî. 

comme des présens très - considérables à plusieurs 
princes de l'Europe, Tune au pape Alexandre Vî, 
l'autre à don Bernardin de Carvajal, cardinal de 
Sainte-Croix en Jérusalem 5 la troisième à la reine 
Isabelle, l'autre à Ximenès, et la dernière à doà 
Manuel, roi de Portugal. La reiiie reçut ce présent 
avec beaucoup de reconnoissance et avec quelque 
plaisir, malgré tous les maux dont elle étoit ac- 
cablée. 

Ximenès , qui n'avoit point de plus grande conso- 
lation dans la vie que de dire la sainte messe, étoit 
transporté de joie , et pendant douze ans qu'il vécut 
encore il fit toujours porter cette pierre par les re- 
ligieux qui le suivoient, pour s'en servir sur less aii- 
tels où il célébroit les saints mystères. II. la ..laissa 
par son testament avec plusieurs^ autres ornemens 
précieux à son Église de Tolède , déclarant d'où elle 
avoit été tirée, et qui l'avoit apportée , afin qu'on la 
gardât plus soigneusement. 

Avant que de venir ^ Médita , il s'étOji| p«Dposé 
d'aller à Tolède pour exécuter le dessein qu li avoit . 
pris dès son entrée à l'épisœpat , de réformer les 
mœurs des ecclésiastiques , et de commencer la visite 
de son diocèse par le chapitre de son Église cathé- 
drale. Quoiqu'il eût été deux fois à Tolèâ^e, te 
temps ne lui avoit point paru q^nvenable. La pre- 
mière fois qu'il y ftit , il crjat qu'il ne falloit f as mêler 
aux réjouissances que l'on faisoit pour sa réception, 
une sévérité peut-être indfecrète, et qu'il valoil mieux, 
dans ces commencemens , gagner les esprits^ par la 



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Am5o4. LIVRE SECOND. iS'J 

douceur dé ses exhortations, que de les rebuter par 
des corrections précipitées. 

La seconde fois qu'il y alla , les rois catholiques et 
larchiduc s'y trouvèrent ; les peuples y étoient accou- 
rus de toutes les provinces 5 il crut qu'il n'étoit pas 
honnête de révéler les mauvaises mœurs des prêtres 
devant tout le monde , et d'affoiblir le respect qu'on 
leur doit par cette censute publique. Et lorsqu'il al- 
loit enfin exécuter son dessein , ayant reçu ordre de 
venir à la cour, il résolut, puisqu'il ne pouvoit faire 
cette visite par lui-même , de la faire par ses grands 
Yicaires. 11 ordonna qu on commençât parle chapitre 
de Tolède , et commit pour cela le docteur ViUal- 
pand et Fernand Fonséca ses vicaires généraux. On 
ne sauroit croire quelle fut la consternation des cha- 
noines, lorsqu'on leur signifia cette ordonnance. Us 
furent d'avis de s'y opposer de tout leur pouvoir, et 
protestèrent qu'ils ne soufTriroient jamais d'être visi- 
tés par d'autres que par leur archevêque. Ils appe- 
lèrent au saiat-siége , et rejetèrent unanimement les 
deux commissaires. 

Trois des principaux voulurent se Signaler par 
leur résistance ; Villalpand par l'ordre de l'archevê- 
que les ^^ jM^endre et renfermer dans des *châteaux 
dépendans de l'archevêché. Les autres , é(;oniiés , crai- - 
gnirent d'être traités avec la même rigueur, et dépu- 
tèrent à la reine quelques - uns de leur corps poyr 
lui rendre compte de le* conduite, et pour se 
plajpdre à elle de l'injustice et de la perséotftion qu'on 
leur faisoit. La cour étoit alors â Méditig^deî-Campo, 



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l58 HISTOIRE DU CIRD. XIMEIÏES. An i5o^. 

OÙ les députés étant arrivés , François Alvarez théo- 
logal, qu'on avoit chargé de porter la parole, a 
cause de son âge et de sa grande habileté dans les 
affaires , commença Son discours par la confiance que 
leur donnoit la justice et la religion de sa majesté ; 
par la douleur qu'ils avoient d'être obligés de se 
plaindre de leur archevêque pour lequel ils avouent 
tant de respect et de vénération -, et par la nécessité 
ou Us étoient de se justifier de la désobéissance et 
de la rébellion dont on les accusoit, comme s'ils 
eussent refusé de recevoir sa correction. 

Il représenta à la reine qu'ils n'avoient jamais eu 
cçtte intention , et lui parla en ces termes : Nous vou- 
lons bien être corrigés, madame, non pas selon le 
caprice des commissaires , qui n'ont ni l'exactitude 
dan^ leur recherche, ni l'autorité dans leurs répré- 
bensions; inaispar un jugement prudent et sévère, 
tel que nous pouvons l'attendre d'un prélat aassi 
éclairé et au3si zélé pour la discipline que le nôtre. 
Le chaj^tre de Tolède a toujours été vénérable, et 
il n'est pas séant de le soumettre à d'autres qu'à celui 
qui en est 1# chef. Vos ancêtres , Madame , qui ont 
fondé cette sainte Église, ont voulu que ses ministres 
conservassent leur dignité , et ne fussent si^ets qu'à 
la censuijç de leur supérieur légitime. Nous n'avons 
pas cru que ce fût un crime de demander d'être punis, 
si nous !e méritons , par celui à qui Dieu et la reli- 
gion en ont donné le j^ony^oir. 

Nous aiflions mieux être exposés à la rigueur de 
son jugement^ que ^•être examinés avec douceur, et 



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An i5o4. L^VRE SECONDE iSg 

d'éAçe absous par nos égaux -, que le pasteur vienne 
lui-même dans son bercail , selon le prophète , forti- 
fier Tinfirme , guérir le malade , mettre l'appareil au 
blesse , ramener celui qui s'égare : et qu'il n'aban- 
4onne pas ses fonctions à des mercenaires contre les 
lois de l'Évangile. IHrouvera dans les prêtres de son 
Église de^' enfans très-obéissans qui le seconderont, 
comme il e§t juste , dans cette partie même de son 
nunistère. Autrement il doit s'attendre que, comme il 
lui est libre d'ordonner contre ]^ raison et la justice, 
il ^ol|| sera libre aussi de ne pas recevoir ses ordon- 
nances. Si nous parlons avec c^te liberté, nous vous 
supplions,. madame, de considérer que, sous un r^ne 
aussi juste et aussi glorieux que le vôtre, les grands 
et les petits doivent représenter leurs raisons avec 
confiance, et croire qu'ils seront maintenus dans 
leurs droits. La violence qu'on a faite à trois de nos 
principaux çoufrères doit rendre nos plaintes plus 
exci^d)le$ , et la crainte d'une pareille disgrâce nous 
a excités , tout timides et abattus qu^ nous sommes , 
à venir chercher un asile aux pieds de votre majesté. 
La reine les écouta favorablement , et leur répon- 
dit avçc beaucoup de gravité qu'elle n'avoit jamais 
cru qt^ l'Église de Tolède refusât de se soumettre ^à 
ses supérieurs ; que ce n'étoit pas sa coutume ^e ju- 
ger de personne, et moins encojre d'une compagnie 
aussi célèTbre que la leiy, sans avoir auparavant exa- 
miné les choses à fond ^ (gi'elle avoit entendu avec 
plaisir les bonnes iatenticyis du cfaapitse ; qu'elles 
étoient dîgj^es ée.leur piété et de leur prudence j 



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l6o HISTOIBE DU CÀRD. jCIMENÈS. An i5o4. 

qu'ainsi ils n'avoient rien à craindre, et qu'ils dé- 
voient espérer de l'équité de leur archevêque , qu'il 
n'entreprejadroit rien qui ne fut convenable à la gran* 
deur et à la dignité de cette Église. 

Après avoir renvoyé ces députés , elle parla à Xi- 
menés , et lui dit ': Que la prétention du chapitre lui 
paroissoit raisonnable , et qu'il y pourroit avoir de 
grands inconvéniens de commettre la vie et les ac- 
tions de tant de gens d'honneur et de qualité à la 
, censure de quelque} particuliers qui n'avoient pas 
comme lui un cœur de père, et qui pourroieift être 
ou prévenus ou passjk)nnés. L'archevêque la remer- 
cia de ce bon avis , et la pria de lui permettre de re- 
tourner à son diocèse pour s'acquitter de ce devoir 
essentiel à l'épiscopat , et lui témoigna qu'il avoit de 
grands remords d'avoir été trois fois à Tolède dans 
la résolution d'y faire cette visite, sans l'avoir encore 
faite. La reine approuva son dessein , lui donna 
congé" avec peine , mais pourtant avec beaucoi|p de 
bonté, et lui dit : Allez, monsieur l'archevêque, 
puisque vous avez tant de peine d'être liors de votre 
diocèse , nous irons bientét Je roi et moi avec toute 
la cour résida à* Tolède. Mais la mort prévint cette 
Ppncesse , et ce prélat ne la vît plus. , 

11 partit dQnc de Médina avec le déplaisir de^quit- 
ter la reine en l'état. où elle étoit , et il alla à'Tolède 
où il examina la vie des ecclésiastiques avec une 
grande exactitude , mais avec plus de bonté et de 
charité qu on n'avoit^3ensé. Après quoi il se retira à 
Alcfila poifr faire avancer son édition deia Bible, et 



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Al! i5o4 ;* LIVRK secoud. i6i 

rimpressiba des offices mozarabes. Mais comme il 
ialloit à cet esprit de plus grandes occupations , il fit 
venir Jérôme Vianel , qui avoit une particulière con- 
noissance de toutes les côtes d'Afrique ^ ^t ^ exhor-* 
toit incessamment les rois catholiques à faire quoi-* 
que entreprise de ce «oté-là« 11 s'entretint plusieurs 
fois avec lui , et ce fut là que se ft)rma le dessein de 
son eicpédition d'Oran. En attendant qu'il pi^t en 
conférer avec^e wi , il s^appliqua à réconnoitre les 
besoins de son diocèst. Il foiMa un monastère pour 
des filles de bonne liiaison , qui n'avoiecit pas de quoi 
se marier, op qui vouloient. renoncer au mariage*, et, 
quoiqu'il y eût déjà de pareilles fondations , il crut 
qu il n']^ en pouvoit avoir assez. Mais TéttJilissement 
qu'il fit à Âlcala mérite d'être rapporté ici , parce 
<I^ypt notfVeauet de son invention. 

Pniant qu'il étoit provincial de l'ordre de Saint- 
François, et qu'il faisoit la visite des religieuses de 
sa province , 4*en trouva plusieurs qui vivoieat dans 
un grand dégoût de la religion , et qui , ayant tous 
les désirs du siècle, sans avoir la liberté de les satis- 
faire , étOMUnt înconsolables dans leurs couvens , par- 
ée qu'elles y étoient entrées fort jtoues, qu'elles y 
avoient été forcées par leurs parens , ou qu'elles s'y 
étoient réfugiées par nécessité. Pour remédier à ces 
inconvéniens , il fonda un monastère de religieuses , 
auquel il joignit une maison de charité , sous le nom 
de Sainte-libelle, où l'on recévoit toutes les pauvres 
filles qui se présentoient. Elles étoient entretenues et 
élevées 4iec grand soin dans tous les exercices d^ 



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l6a HISTOIRE DU CAR0. llMENÈS. An i5d4. 

piété, dès leur enfance ; l'archevêque leur avoit même 
dressé des règles : une dame qui les gauvernoit, et 
qu'elles appeloient leur mère, leur i^isoit apprendre 
tout ce (Jtti ppu voit les rendre ou bonnes religieuses^ 
ou honnêtes femmes, jusqu'à ce qu'elles fussent en 
âge de choisir le parti qu'elles oroudroient prendre. 

Alors, si Dieu les'appeloit à la religion, on les rece- 
voit .gratuitement dans le monastère , et si elles 
avoient dessdn de demieurer dans le monde, on les 
marioit à d'honnêtes gens, et «n leur iaisoit une dot 
sur les revenus du couvent, qui étoient très-considé- 
rables. Ce prélat prit plaisir de faire meubler leur 
maison, et leur donna de grandes sommes, afin 
qu'elles pussent fournir aux dépenses extraordinaires 
sans toucher aux revenus. Il vit avec beaucoup de 
joie les fruits que produisoit cette institution, q|ui 
, s'accrut tellement depuis , que les filles mêmes de 
qualité de la ville , lorsqu'elles avoient perdii leurs pa- 
rens, se réfugioient dans cette communauté pour y 
attendre le temps de leur mariage, et pour y jouir du 
témoignage d'une réputation pure et irréprochable. 
L'archevêque avoit passé tout Véié à réforiDter son 
clergé, ciu à secourir les pauvres de son diocèse*, et 
l'automne étoit déjà bien avancée, lorsqu'il reçut la 
nouvelle dé la mort de la reine, par un courrier que 
Ferdinand lui avoit incontinent dépêché* Cette prin- 
cesse , après avoir été long*temps languissante , sentit 
que sa mort approchoit. Une fièvre lente la coinsu^ 
moit-, l'hydropisie se formoit insensiblement, et les 
médecitis avoient perdu toute espérafKe de 4a guérir. 



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An i5of LIVRE SECOND. î63 

Quelque euvie qu'etté eût de voir Farchevéque de 
Tolède, elle n'osa le détourner dé ses pieuses occu- 
pations, et se contenta de le nommer exëcuteul* de 
son testament. 

Jamais reine ne fut plus aimée, ni plus regrettée 
en Espagne. Elle eut une piété solide et sincère, une 
conscience tendre, un zèle ardent pour Id religion* 
Ce fut par ses conseils et par ses^ ordres que les héré- 
tiques furent châtiés, les Maures vaincus et convertis, 
et les juifs chassés du royaume. La justice et les^u- 
nés mœurs se rétablirent par le choix qu'elle fit de 
bons juges et de bons évêques. Les lettrés commen- 
cèrent à fleurir sous son règne. Comme Ferdinand • 
navoit point eu d'éducation, et n'avpit rien appris 
dans son enfance , elle apprit le latin pour lui servir 
d'interprète dans les rencontres. Elle ordonna à Pierre 
Martyr d'Ângléria, gentilhomme milanois, qu'elle 
avoit fait doyen du chapitre dé Grenade, et qui«étoit 
le bel-esprit de ce temps-là , d'ouvrir une académie 
de gfammaire et de belles-lettres , où elle envoyoit 
à certaines heures, du jour tous^ les jeunes seigneurs 
de sa cour. 

Sa modestie alla jusqu'à une pudeur $Crupuieuse> 
EBe ne souffrit jamais dans sa chambre aucune dame 
de la cour pendaïa^t ses couches, et ne voulut pas 
même qu'on lui découvrît les pieds en lui donnant 
Textr^e^onction. Elle aimoit tendrement son mari 5 
et, quoique son cœur ne fut pas exempt •d^'jaloiisi^, 
elle n'en laissa jaraiais rien éëhapper au dehors.^Dèux. 
choses la firent admirer^ son courage à entrepren- 



4 
♦ 1 



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l64 HISTOIRE BU GARD» XIMEIHÂS. A|i i5o4' 

dre , sa constance à exécuter. Elle n'eut pas moins de 
part à la conquête de Gréliade*que Ferdinand. Lors* 
queîe roi faisoit un siëge , elle demeuroit dans quel- 
que ville voisine , d'où elle lui faisoit fournir les vivres 
et les secours nécessaires. Un bruit de peste s'étant 
répandu dans l'armée ^ et les troupes étant effrayées, 
elle vint dans le'camp pour les rassurer. Pendant le 
siège de Baça, les soldats étant rebutés, et la campa-» 
gne fort avancée, elle fit aplanir des montagnes, 
jeter des ponts s^r tous les ruisseaux qui pouvoient 
inonder, et vint au camp elle-même prendrie part aux 
travaux et aux fiitigues des troupes, ce qui ranima 
leur courage. Elle se réservoit, en ces occasions, le 
soin des hôpitaux et des remèdes^ non-sçulement 
pour les blessés , mais encore pour tous les malades* 
Comme elle ne se lassoit pas de faire du bien ^ on 
ne pou voit se lasser de la louer. Elle étoit non-seule- 
ment bienfaisante , mais encore ingénieuse dans ses 
bien&its. Le comte de Cabra et don Feniandjès de 
Cordoue étant arrivés kla cour, après avoir fait pri- 
sonnier le roi Boabdil , 4tle les fit manger à satable, 
.et dit à Ferdinand : Ceux qui ont vaincu et pris des 
rois méritent bien d'être assis et de manger avec les 
rois. Après la victoire q^e don Louis Portocarréro 
remporta sur les Maures de Malaga le 6 de janvier, 
elle envoya à la marquise de Falma sa. femme lîne 
robe de ))rocart, avec ce billet ; Portez- ïa tous les 
ans, madame, le jour dés Rois, en méipoire de la 
victoife de votre mari et de l'aiùilié de votre reine. 
Le marquis de Moya , et do«a Béatrix de Bovadilla sa 



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An i5o4- tl.VR£ SECOND. l65 

femme, lui avoieni livre la ville et le château de 
Ségêvie le jour de sainte Luce ; en récompense , elle 
leur faisoit présent tpus les ans à pareil jour d'une 
coupe d'or. 

Ses prospérités n'élevèrent pas son cœur, et ses 
malheurs ne l'abattirent pas. EUe étoit d'une taille 
médiocre ^ elle avoit le visage agréable ; les traits 
réguliers -, le t^nt blanc et uni ^ un air modeste et 
gracieux} une douceur naturelle et une gravité sans 
affectation. Elle mourut l'an i5o4 à Médina«deL>Gam* 
po , le 26 novembre , âgée de cinquante-trois ans sept 
mois 5 après avoir régné vingt-neuf ans onze mois et ; 
quatorze jours. 

Ferdinand écrivit cette triste nouvelle à l'arche- 
vêque de Tolède. Après lui avoir témoigné son 
affliction, il lui donnoit avis qu'il partoit pour la 
ville de Tore, et le prioit de s'y readre au plus tôt, 
parce que la reine l'avoit nommé exécuteur de son 
testament^ et que d'ailleurs sa présence lui seroit 
d un grand secours et d'une grande consolation dans 
l'extrême douleur où il se trpuvoit. Il lui prescrivoit 
même \^ jour de son départ et la route qu'il devoit 
tenir, de peur qu'il ne rencontrât en chemip le corps 
de |r reine , et qu'il ne fût obligé de l'accompagner 
jusqu'à ^prenade, où on le portoit. Il prenoit ces 
précautions , parce qu'il avoit besoin du conseil et 
du crédit mâiue de Ximenès , dans u^e conjoncture 
où il devoit craindre la mauvaise volonté de la plu- 
part des grands du royaume. 

Pour leur ôter tout prétexte de remuer, il fit dres- 



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l66 HISTOIRE DU GARD. .XIMENÈS. An iSo^. 

ser, une heure après la mort de la reine , un thëâtre 
à la hâte , au milieu de la place de Mëdina , où il 
dëposa;publiquement le titre jde roi de Castille 5 et 
ayant fait prendre au ducd'Albe, selon la coutume, 
Fëtendard d'Espagne , il ordonna aux héiFauts de pro- 
clamer roi Philippe son gendre et Jeanne sa fille. 11 
en usoit ainsi , afin qu'on ne pût le soupçonner de 
vouloir usurper le royaume ^ car il savoit que «es 
ennemis avoient prévenu là - dessus l'esprit de Tar- 
chiduc, qui n'ëtoit que trop susceptible de ces im- 
pressions, 

Ferdinand mandoit à Ximenès ce qu'il avoit lait, 
et le prioit de l'excuser si, dans une occasion si pties- 
sante ou il y alloit du repos de l'ëtat et du sien, il 
u'avoitpas attendu son conseil. Lorsque l'archevêque 
apprit la mort de la reine , il ne put retenir ses lar* 
mes. Il demeura quelque temps coïnine recueilli 
dans sa douleur , puis il s'écria d'un ton lamentable ; 
L'Espagne vient de perdre une reine qu'elle ne peut 
assez pleurer. Nous avons connu rejccellence de son 
esprit, la bonté de sou cœur, la, pureti de sa con- 
science, la solidité de sa dévotion,'la justice qu'elle 
rendoit à tout le mondé indifféremment, le soin 
qu'elle eut de procurer* l'abondance et la tranqufflité 
à ses peuples, de conserver les lois anciiRnes et 
d'en faire de nouvelles selon les besoins..,. Ilpour^ 
• suivit son discours, et, après s'être un peu consolé par 
le récit des vet-tus royales de cette princesse , il or- 
donna qu'on fît des prières pour elle dans toutes les 
églises de sou diocèse,^ et se di^osa à partir pour sç 



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An i5o4. LIVRE SECOHD. Î67 

rendre à Toro, dans le temps que le r^ lui'livoit 
marqua. 

. Les plaies en cette saison ëtoiênt si ^landes et si 
continuelles^ que ceux qui portoient le corps de la 
reine délibérèrent s'ils le laisseroient en. dépôt à 
Tolède, jusqu'à ce que le temps devînt plus beau. 
Mais Farcbevéque ne laissa pas de se mettre en che- 
min j surmontant, par son courage et par son zèle , 
toutes les difficultés du voyage. Aussitôt qu'il fut 
arrivé à Toro, il alla visiter le roi, qui depuis la 
mort de la reine avoit élé toujours très-affligé, et 
n'avoit voulu voir persouM. Mais lorsqu'on l'eut 
averti que Ximenès étoit dans la salle du palais , il 
vint au devant de lui jusqu'à la porte de sa chambre, 
et le reçut non-seulement avec civilité, mais encore 
avec quelque joie, ce qui consola toute Ja cour. 

Il ne voulut pas s]^a$seoir que l'archevêque ne s'as- 
ût aussi, soit qu'il eut résolu de rendre cet honneur 
à sa dignité et à son mérite , ce qui n'étoit pas sans 
exemple^ soit qu'il eût dessein de montrer sa mo- 
dération, en un temps où il lui importoit de ne point 
donner de jalousie à son gendre ; soit pour gagner 
par ses caresses un homme dont il prévoyoit qu'il au- 
rok besoin dans ce changement d'affaires. Après 
qu'ils se furent fait les complimens réciproques sur 
la mort de la reine , tout le monde s'étant retiré, ils 
s'entretinrent deux heures ensemble de l'état présent 
du gouvernement, et de la conduite qu'il falloit tenir. 
L'archevêque sortît ensuite pour aller se reposer des 
fatigues du voilage, et le roi l'accompagna jusqu'à 



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l68 HISTOIRE DU GARD. XfMENÈS. An i5oj. 

Fantikckan^re , tenant son chapeau à la main pour 
marquer la considération qu'il avoit pour lui. 

Les exécuteurs du testament s'assembloieut alws 
tous les jours. C'étoientle roi, Farchevêque, Antoine 
Fonséca, JeanVélasco , don Diego Deçà archevêque 
de Séville, et Jean Lopés de Saragosse, secrétaire 
des commandemens de b feue reine. Ils cônsnltoient 
tous ensemble et raisonnoient sur les moyens de 
maintenir le royaume en paix; dt comme il entroit 
des points de droit dans la discussion des dernières 
volontés dlsabelle , on apj^loit à ce conseil les pkis' 
habiles jurisconsultes du royaume. 

Il y avoit trois clauses du testament, qui regar- 
doient particulièrement le roi, et qu'il est nécessaire 
d'expliquer, pour l'intelligence de ce que nous dirons 
dans la suite. La première étoit que, si l'archidu* 
chesse sa fille étoit absente , si elle ne vouloit pas se 
donner la peine de gouverner ses état3 , ou s'il y avoit 
quelque autre causetparticulière qui l'en empêchât, 
Ferdinand son père prendroit le gouvernement du 
royaume jusqu'à ce que Charles fils aîné de Philippe 
et de Jeanne eut atteint l'âge de vingt ans. Elle iki 
faisoit aucune mention de son gendre , parce qu'il en 
avoit mal usé avec sa fille, et qu'il ne lui paroissoit pas , 
propre à gouverner des peuples dont il n'avoit voulu 
connoître ni les affaires , ni les coutumes. La seconde 
clause étoit qu'en reconnoissauce des grandes sac- 
hons et des grands travaux durroî son époux eu plu- 
sieurs guerres, etsuitoutdaiislaf onquêtedu royaume 
dç Grenade ,, elle lui laissoit uu millipn d'écus , et h 



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An i5c»4» LIVRE SECOND.. 169 

moitié des revenus qu'on tirok 4es Iodes nouvelle- 
ment découvertes , pour en joui^tous les ans durant 
sa vie. 

La. tM)isième , qu'il possèderoit aussi pendant sa 
vie les grandes maîtrises des ordres de Saint- Jacques 
de Calatrave et d'Alcantara, qu'ils avoient réunies de- 
puis peu à leur domaine en vertu d un induit du pape, 
parce que les grands maîtres étoient si riches et si 
puissans, qu'ils donnoient de la jalousie aux rois, et 
trodblôient souvent le royaume. Le dessein de cette 
princesse avoit été de laisser au roi , son mari , tant 
d'autorité et tant de biens , qu'il ne perdit par sft- 
mort quelle tilre à/d roi de Gastille. Quelques -«ns 
assurent qu*^avant*de signer ces articles, die lui. fit 
jurer quH feroit i*égner ses enfans, et qu'il ne «e 
remarieroit point. 

Les états étant assemblés , on produisit le testa- 
ment d'Isabelle, Le secrétaire lut les articles qui re- 
gardoient la régence de Ferdinand. Les diK)its de la 
reine Jeanne furent gén^alemeni. approuvés, mais 
son incapacité fut reconnue en même }emps. On exa- 
mina les relations des ambassadeurs, et les informa- 
tions que l'arôhidu^ lui-même avoit envoyées en 
Espagiie'^pour prouveitila folie de sar femïae*. On ex- 
pliqua le plus honnêtement qu^n putties termes 
du testament , ma fille ne poussant pas^. Toute l'as- 
semblée fit de grandes exclamations, jura de gar- 
dât le secret paCi respect pour sa personne royale , 
et conclut qu'il étoit nécessaire que Ferdinand son 
père régnât à sa place.. 



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170 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. ' An iSfi^f. 

Plusieurs s^gneàrs , à qui il ira^ortoit d'avoir uu 
maître plus libéral et plus facile à gouvèuier, ne regar- 
doienl plus Ferdinand que comme un étranger, et son- 
geoient aux moyens de le renvoyer ds^nsle royaume de 
ses pères. Ils déclarèrent qu'ils n'ayoient besoin que 
d'un roi , et que Tarchiduc devoit Fétre, comme mari 
de la Eeine Jeanne -, ils résolurent même de l'appeler; 
don Manuel fut le premier qui se déclara. Il ëtoit 
d'une des principales maisons du royaume, vif, 
adroit, insinuant, également capable de servir l'état 
ou de le troubler. Quoiqu'il fût alors ambassadeur de 
Ferdinand auprès de l'empereur Maximilien , pour 
s'accréditer avant tous les autres dans l'esprit de 
Pliilippe, il laissa IS son ambassade et prit la poste 
peur se rendre auprès de lui , dès qu'il eut appris la 
mort de la reine (an i5o5 ). Il fit tous ses efforts pour 
l'empéeher d'entrer dans aucun accommodement avec 
son beau*>père , lui remontrant sans cesse qu'il devoit 
prompt ement se mettre en possession de la CastiUe, 
et le renvoyer en Aragon. Ferdinand, qui avoit tou- 
jours montré ^ant de fermeté, fut un peu ébranlé et 
commença à craindre qudque révolution. 11 avoit 
regret de voir tous ses dessein % renversés; et, pour 
tâcher de se maintenir, il |»renoit le parti de per* 
mettre tout aux gmnds du royaume. 

Ximenès s'en étant aperçu, lui représenta qu'il 
avoit à faire à des gens qui ne manqueroient pas d'a- 
buser de sa bonté; qu'il étoit pevdgl s'il r^âf^hoitde 
sa sévérité et de sa justice. 11 lui promit de l'assister 
de son crédit et de son argent, et l'encouragea à sou- 



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An i5o5. LIVRE SECOIXD. I^I 

tenir sa dignités. Sou ayis fut qu'il envoyât en Flan- 
dre des persoanes sages et fidèles pour inf^mer 
Tarchiduc de Fétat présent du royaume, et pour lui 
faire entendre quUl devoit se garder de certains es- 
prjls inquiets qui tâchoient de les désunir , afin de 
profiter de leur division \ qu'il étoit plus honorable 
et plus sûr pour lui de se confier à son beau-père^ 
à qui une longue expérience avoit appris à discerner 
les gens de bien d'avec les méchans , et qui étoit plus 
intéressé qu'un autre à sa véritable grandeur*, qu'il 
ne refusoit pas de voir régner son gendre , piaisqu'au 
fort de sa douleur, le jour même de la mort de la 
reine , il s'étoit solennellemetit dépouillé du titre de 
réi de Gastille, se contentant de celui d'administra- 
teur et de régent^ qu'il vint en Espagne avec sa fem- 
me, et qu'ils verroient éi Ferdinand avoit autant 
de passion de régner que des gens malintentionnés 
avoient vosdu lui faire accroire. 

On destina à cette négociation deux jeunes Arago- 
nois dont on croyoit conjioître la fidélité et le bon 
esprit, Lopés €onchillo et Michel Ferreyra. Le pre- 
mier avoit^iprdre de se tenir auprès de là t«ine Jeanne , 
pour entretçijf r le commerce secret qu'eBe avoit avec 
son père , l'autre étoit chargé de traiter avec Philippe , 
selon les instructions queXimenès lui avoit dressées. 

Pendant qu'on sittendoit le succès de cette négo- 
ciation^ F^'dinand s'appliqua à msdntenir dans la 
Castille l'ordre qui y étoit établi. Ximenès se trou- 
vant libre, et se ressouvenant qu'on gardoit dans la 
ville de Zamora, assez près de Toro, le corps de saint 



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17a HISTOIRE DU CARD. XIMENÈS. An i5o5. 

Udefonse, autrefois archevêque de Tolède, et grand 
défenseur de la foi dans un temps^de schkme et d'hë- 
résiç , il eut envie d'y aller pour voir etpour révérer 
ces saintes reliques qu il regrettoit souvent dans s^ 
entretiens familiers qu'on eût enlevées à son Église 
cathédrale. 

Mais parce qu'on ne les montroit que difficilement, 
il envoya un de ses domestiques de la ville même, 
qui, par le moyen de ses amis et de ses parens , ob- 
tint enfin que l'archevêque les verroit, pourvu qu'il 
vînt la îiuijt, suivi seulement du père François Ruys , 
et de deux valets de chamigre. Quoique la condition 
lui parût un peu rude, il l'accepta pourtant volontiers . 
Mais la chose étant divulguée, les habitans se ravisè- 
rent , et protestèrent qu'ils mourroient plutôt que de 
permettre qu'on montrât à qui que ce fût la châsse 
dç l^ur saint. Quelques-uns publièrent ridiculement 
qu'il étoit sorti du fond de l'autel une voix terrible, 
qui défendoit qu'on vînt troubler le repos de cette 
sainte âme. , " 

Le peuple, naturellement superstitieux, le crut- 
ainsi ^ et les principaux de la ville se servirent de cet 
artifice pour empêcher que ce prélajft^'eût envie 
d'avoir ces reliques q«aïid il les auroit vues, ^t ffMp 
sa curiosité rallumant sa dévotion, ne lui donnât. 1& 
pensée de les redemander comn^ une ancienne pos- 
session de son Église. On vint l'avertir d^ ce l^ange- 
ment, comme il étqit sur le point de partir. 11 en fat 
d'abord fâché , et se doutant de la crainte que c«s 
bonnes gens avoient eue , il dit ^ ceux qui étoient 



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An i5o5. LIVRE SECOND. 1^3 

auprès de lui : Vous voyez quelles sont les incommo- 
dités de la grandeur. Si j'avois été comme autrefois 
un pauvre corddier , les habitans de Zamora m'au- 
roient accordé sans peine ce qu'ils me refusent au- 
jourd'hui. Après cela il n'y pensa plus ^ et le roi ayant 
résolu de partir pour Ségovie , Ximenès partit pour 
AvBa. 

Cependant les inti;igues qu'on faisoit sourdement 
commencèrent à se développer. André Dubourg et 
Philibert de Verre envoyés ^ l'un de la part du roi 
Philippe 3 l'autre de la part de l'empereur Maximilien 
son père, pour reconnoître l'état des affaires d'Espa- 
gne et même pour en avoir soin , arrivèrent de Flan- 
dre^ et prirent la qualité d'ambassadeurs. Us avoient 
ordre sur t#tite$ choses de faire ea sorte que Ferdi- 
nand sortit de Castille , et qu'il se retirât en Aragon. 
Manuel et ceux de son parti avoient facilement per- 
suadé au roi -archiduc qu'il n'auroit pas le plaisir de 
régner, et qu'il alloit entrer dans une honnête servi- 
tude sous la tutelle d'un beau-père accoutumé à com- 
mander, qui seroit toujours à ses côtés comme un pé- 
dagogue , et ne lui laisseroit tout au plus que le titre 
de roi, qu'il avoit fait semblant de quitter. Le c^mte 
de Fuexssd^Ut, ambassadeur de Ferdinand^ voulut 
l'exhorter à passer en Espagne puisqu'il en étoit de- 
venu le roi. Il lui répûndit avecchagrin : A quoi me 
servira ce nom de roi , si je ne règne? Je éois bt)iio- 
rer mon beau-père , mais je ne puis souffrir qu'il ^oit 
mon maître. J'ai des éliits où je me plsus, et je n'ai 
que faire de ses royaumes, où je ne pourrois vivre 



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1^4 HISTOIRE DU CARD. XIMEKÈS. An i5o5. 

avec honneur,' étant traite comme un enfant ou eom- 
me un sujet. \ 

On avoit fait espérer de grandes récompense aux 
seigneurs flamands qui gouvernoient ce jeune prince , 
s'ils empéchoient tous les accommodemens que les 
amis de Ferdinand pourroient proposer. Aussi, quand 
on voulut entrer en traité avec les deux ambassa- 
deurs, on ne put tirer d'autres^paroles d'eux, sinon 
que Ferdinand laissât à sa fille les états qui lui appar- 
tenoient, et qu'il se retirât dans les siens. Ceux qui 
avoient dessein de remuer, les exhortoient sans cesse 
de ne pas $6 retâcher sur ce point, et faisoient 
même entre eux des railleries piquantes du roi, quoi-^ 
qu'ils lui fussent presque tous obligés. Pour lui , il 
dissimiuloit tous ses chagrins, espérant qu^son gendre 
seroit bientôt désabusé. 

Mais il reçut une nouvelle qui affoiblit un peu 
sa constance. Lopés Conchillo qu'il avoit envoyé , 
comme nous l'avons déjà dit, vers la reine Jeanne 
sa fille, s'acquitta fort adroitement de sa commis-^ 
sion. 11 avoit eu des entretiens particuliers avec 
elle pour l'in&rmer des desseins qu'on formoit de 
désunir Philippe d'avec Ferdinand, et des artifices 
dont on se servoit pour en venir à bout. Cette 
princesse écrivit sur cela des lettres secrètes au roi 
son père, *par lesquelles elle le supplioit de ne point 
abandonmer des états qu'il avoit gouvernés si long- 
temps avec Isabelle sa mère , et qui se trouvoient si 
bien affermis par sa prudecpee et par son courage. 
Que si le droit que lui donnoit le testament dé la feue 



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Att i5o5. HYRB SECOND. 1^5 

reine ne sufiisoit pas l et qu'il eût besoin d'un pouvoir 
nouveau pour confirmer sa régeiice , elle ëtoit prête 
à le lui «nvoyer quand même son mari ne le voudroit 
pas. Du reste, qu'il ne se mit point en peine, que 
tout iroit bien dès qu'elle seroit arrivée en Espagne^ 
. Cohchillo Éoinmuaiqua, ces lettres à Ferreyra son 
collègue j selon les ordres qu'il avoit reçus en partant 
d'Espagne -, et comme ce paquet étoit d'un^ très- 
grande conséquence, et qu'ils n'avoient pérçonAe à 
qui ils pussent le confier raisonnablement , il fut 
d*avis que Ferreyra le portât lui-même. Il étoit sujet 
naturel de Ferdinand , qui l'avoit choisi pour un em- 
ploi de confiance , après l'avoir comblé de biens. Ce- 
pendant , soit qu'il eût connu qu'on l'observoit , et 
qu'il craignît d'être découvert , soit qu'il voulût gar 
gner les bonnes grâces du roi Philippe , eontre toute 
sorte de droit et de devoii* , il lui conta toute l'affaire 
et lut mit la lettre de la reinfe entre.les mains. 

Ge prince ,. sachant que Conchillo avoit conduit 
cette négociation, le traita comme un criminel d'état, 
et le fit mettre^dansun cachot si noir et si étouffé, que 
tous les cheveux lui tombèrent en une nuit, et qu'il fat 
sur le point de perdre l'esprit. Âprfès une si rude pu- 
nition, ii s'en prit à la reine même , et lui ôta tous les 
Esp«gnoIs.qui la servcîerit , et toutes les femmes qu<e 
son père lui avoit données quand, elte étoit venue en 
Flahdre , et n'en laissa que deqx qui pàroissoient 
moins attachées à leur maîtresse k qui il défendit |^ 
sons des peines très-rigoureuses^ d'écrire en Espa- 
gne,' saïis «ne permission expi^esse. On défendit aussi 



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1^6 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5o5. 

à tous ses domesbques de lui parler , et Ton mit des 
gardes à toutes les portes de son appartement, afin 
que personne n'y entrât.Cefte princesse, désolée, en- 
voya quérir le prince de Ghimay et le sieur de Fres- 
noy pour leur faire ses plaintes, et pour les prier de 
parler à Farchidùc^ et comqie elle ne fut pas satisfaite 
de leurs réponses , elle se jeta sur eux et les maltraita. 
Ces émotions lui augmentèrent sa folie , et l'on prit 
défia €Mîca6ion de la renfermer plus étroitenfcent. LVr- 
chiduc , de son côté , étoit si aigri , qu'il aveit fait tin 
traité avec le roi é» France pour chasser son beau- 
père du royaume de Castille , s'il faisoit la moindre 
diiOiculté d'en sortir. 

Ferdinand ^ayant appris toutes ces nouvelles , io- 
forjiîë des mauvais conseils des Flamands , touché de 
l'ing\atitude et de la jalousie des siens , ne voulant 
pas céder à sa mauvaise fortune , et ne pouvant la 
soutenir, fît venir l'archevêque de Tolède, dont il 
OonnoîssQit l'esprit ferme et inflexible ^ pour l'oppo- 
ser aux grands du royaume, et pour ooncerter avec 
lui ce qu'il devoit faire sur l'emprisona^mént de Con- 
chîUo. 11 avoit dissimulé jusque-là tous ses ressenti- 
mens-, mais, commeil vit qu'on agissoit ouvertement 
contre lui , il jugea qu'il n'avoit plus rien à ménager. 
Ximenès Vint en grande diligAice pour l'assister dans 
l'embarras où il se tiôuVoit. A peine étoit-il resté au- 
près du roi deux pu trois seigneurs que la parenté 
-ou une amitié particulière a voient reteous* Les autres 
s'étoient ligués powr lui ôter le gouvernement, et ne 
le voyoîenl presque plus. Ils s'assembk)i«M; tous les 



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An i5oS. LIVRE SECOND. I77 

jours chez les ambassadeurs flamands , oii ils parlôient 
de lui avec beaucoup de mépris^ quoiqu'ils lui eussent 
vu faire de graûdes actioùâ^ et qu'ils recoimussent de 
graades qualités en sa personne. 

Xime^ès étant arrivé à Ségôvie , lorsqu'on s y atten- 
doit le moins , descendit dans tme maison partîou^ 
lièr%^ et, avant que d'avoir vu le roi , il maiida aux 
ambassadeurs de Flandre qu'ils vinssent le trouver 
promptement; qu'il avoit à leur communiquer une 
a0kiTe de conséquence , pour laquelle il étoit venu 
avec beaucoup de hâtfe -, qu'il n'y avoit point de tempis 
à perdre , et que le moindre retardement poUvoit 
causer de grands désordres. Les ambassadeurs furent 
surpris ) et quoique les seigneurs qui étoieilt avec en^x 
tâchassent de les rassurer, ils firent répoiise : Qu'ils 
rendoient grâce à l'archevêque de la peine q[u'il avoit 
prise -, qu'ils alloient se mettre à table , et qu'aussitôt 
après le dîner ils iroient chez lui pour savoir ce qu'il 
vouloit leur donner. Il leur renvoya le même messa- 
ger pour leur dire qu'ils quittassent leur dîner ^ qu'il 
s'agissoit d'une sorte d'affaire qui ne souffroit point 
de délai, et qu'il alloit les attendre au palais. Dans 
l'incertitude dujwijet pour lequel ils étoient appelés, 
ils se levèrent de table et l'allèrent trouver-. 

L'archevêque leur parla d'abord avec beaucoup de 
gravité et de prudence des intérêts du roi Philippe , 
«t leur remontra qu'il étoit étrange qu'un prince aussi 
éclairé que celui-là se défiât de la probité et de la 
bonne foi de son beau -père, pour se livrer à déi 
esprits injustes et factieux qui le trompoient^ et qui 



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178 HISTOIRE DU GARD. XIMENES. An i5o5. 

n'agissoîent que par le mouvement de leurs passions. 
Après cela il vint à Temprisonnement de Conchillo, 
et à Taffront qu'on avoit fait à la reine en chassant 
une partie de sa maison. 11 exagéra cet emportement 
si horrible, qui marquoit l'extrême aversion «qn^avoit 
Tarchiduc pour un roi qu'il devoit regarder comme 
son ami , et respecter comme son père ; et finît efli les 
avertissant d'envoyer incessamment des courrier^ à 
leur maître, pour le solliciter de remettre Conchillo 
en liberté ; qu'autrement il irriteroit l'esprit de Fer- 
dinand et de tous ceux qui s'intéresseroîent au salut 
de l!état, et qu'il se trouveroit encore des gens de 
bien assez courageux et assez puissans pour lui fer- 
mer l'entrée de ces royaumes , s'il ne prenoit de meil- 
leurs conseils. 

Les ambassadeurs étonnés de cette liberté , et crai- 
gnant que le roi , qui étoît aimé du peuple , et Xhne- 
fiès, dont ils ccfnnoissoient l'humeur et le crédit, ne 
prissent, dans une si juste indignation, quelque ré- 
•olution hardie, firent partir le même joilr un courrier 
avec d^s ïetti^es à leur maître, pour lui donner avis 
de tout ce que l'archevêque leur avoit dît. Ils l'aver- 
tissoient qu'il n'étoit pas temps d'aigrir les affaires ; 
que , lorsqu'il seroit en Espagne, il ordonneroit tout 
selon sa volonté ^ que cependant Ferdinand et Xime- 
nès unis ensemble étoîent à craindre , d'autant plus 
qu'ils ne paroissoient chercher que le bien pubBc , et 
que, si on ne leur cédoit pour un temps, ils mettroient 
de grands obstacles à sa grandeur et à son repos. 
Philippe et ceux qui le gouvernoient profitèrent de 



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Ao i5o3. LIVRK SECOUD. 179 

ces avis, tout se passa comme Ximenès Tavoit sou* 
faaitë ; Concbillo sortit de prison et fut remis dsLM 
son emploi, et Ton commença de proposer des ac^ 
comiBodemens entre ces deux princes, 

Ferdinand qui avoitTesprit pénétrant, et qui coo.- 
noissoit par expérience la foiblesse et la cr^ulité de 
son gendre, jug^a bien qu'il ne tîendroît pas lo^^ 
temps ses promesses , s'il ne l'y obligeoit en se fortir 
fiant de son cdté. 11 recibercbâ l'amitië du roi de 
France, et fit avec lui un traité selon la nécessité de 
ses affaires, du consentement de l'archevéqiie de 
Tolède qui, depuis €;e temps4à jusqu'g ,1a mort du 
roi Philippe , ne quitta pas la cour où il lut tpujoiH*^ 
nécessaiice pour le bien de l'état. 

On envoya donc en France le comte de CiSaentes 
et le président du conseil d'Aragon, q^i conclurent 
le traité. Xes conditions furent que Ferdinand épou- 
seroit Germaine deFoix, fille de Jean de Foix vioomitp 
de.Karbonne, et de Marie sœur du roi Louis XII, 
quokpi'dlle n'eût que dix-huit aos , et que le princp 
fut déjà avancé en âge \ que s'il avoit des enla^s 
d'elle, le roi de France renonceroit en leur faveur^ 
tous seS: droits ^ur Ip royaume de Naple^; qi^ si eUe 
mouroit sans enfans , la ville de Naples et tout i^ 
royaume seroient remis sous l'obéissance du xo} de 
France., à qui cependant on paieroit cinq cept miUe 
éctts d'or en dix anfi, cinquante mille chaque annéç. 
Philippe, se yoyant abandonné de la France, en eut 
un extrême déplaisir, et fut forcé, par ceHe alliance , 
^ $e réconcilier avec sa femme et à fs|ire là paix avec 



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l80 HISTOIRE DU CiED. XIHENÈS. Aa i5o5. 

son beau - père à qui il envoya un ample pouvoir 
de goixvemer leurs' ëtats et avec -la même autcnritë 
qo'eux. 

La* cour étant all^é vers ce temps - là à Salaman- 
que , Ximenès y reçut avis que don Fédro Hurtado , 
gouverneur de Caçorla, étoit mort à Guadalajara. 
Gomme ce gouvernement lui appartenoit, il envoya 
incontinent des gens slages et autorisés pour faire de 
nouveau prêter serment de fidélité aux troupes qui 
étoiçnt dans ses châteaux, et pour prendre garde 
qu'àflune troublât le repos public, et qu'on ne pillât 
l'argent qu'on avoit levé dans les terres de son d0- 
.maine , comme ri arrive souvent en ces rencontres. 
Il ne se pressa pas de pourvoir à cette charge -, et Ton 
crut que, pour recotinoître les grâces qu'il avoit re- 
çues du roi Philippe , il attendoit que ce prince lui 
demandât ce gouvernement pour quelqu'une de ses 
créatures. 

Cependant on entroit dans l'année i5o6', et l'on 
cspéroit que le traité entre les deqx couronnes 
seroit conclu peu de jours après ; on en reçut en 
effet la nouvelle le jour \ies Rois \ et d'abord on le 
fit puliKer par des hérauts dans les principales villes 
du royaume. Depuis ce jour-là toutes les expéditions 
et tous les actes publics se firent au nom de Ferdi- 
nand, de Philippe et de Jeanne. Après quoi- Ferdi- 
nand retourna à Ségovie pour prendre le 'avertisse- 
ment de la chasse qu'il aimoit avec passion. 

Mais à peine avoit-il passé quelques jours en repos, 
qu'il apprit que son gendre et sa fille étoient embar- 



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An ino6. LIVRE SBCCND, l8l 

quéi, et quils arriy^roient bientôt en Espagne. Quoi- 
que cett^ nouviâle ne' lui £ut pas fort agr^ble, il 
ordonna pourtant qu'on fît des processions et qu'on 
distribuât cb l'argent aux églises et^aux monastères, 
pour demander à Dieu pour eux une heureuse navi-r 
galion. Il s'avança jusqu'à Valladolid pour être plus 
près de la mer, et pour les aller recevoir sur les côtes 
d'Asturie au premier bruit de leur arrivée. Mais ils 
avoieiit eu les vents contraires,, et la tempête les 
poussa sur les côtes de Galice où ils débarquèrent 
au port de Gorunna. 

Ferdinand commanda au vice- roi de Galice et au 
duc de Gardonne de les recevoir de sa part , et leur 
témoigner la joie qu'il avoit de leur arrivée. P^ur 
lui, il s'arrêta à Molina à dessein de les aller joindre 
à Compostelle où ils étoient convenus de se rend^ç 
les^ uns les autres. Ce retardement fut cause de tou^ 
les déplaisirs qu'il eut dans la suite. Car Philippe , 
fatigué de la mer, voulut se reposer quelques jours, 
et marcha si lentement, que Les grands et les sei- 
gueurs du royaume eurent le temps de le prévenir et 
d'achever ce que Manuel avoit commencé. 

Hs lui firent entendre que Ferdinand avoit résolu 
de lui ôter la couronne ^ que c'étoit un esprit vain 
qpi ne vouloit personne au-dessus de lui, et qui ne 
pouvoit souffrir d'égal^ que l'alliance qu'il avoit faite 
avec la France ne montroit que trop ses mauvais 
desseins -, et qu'il preuoit déjà des mesures pour étaT 
blir sa domination, du moins pour enrichir l' Aragon 
Aes dépouilles de la CastiUe , et ruiner les enfans 



4 

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l82 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5o6. 

qu'il avoit d'Isabelle ^ pour établir ceux qu'il auroit 
de la princesse Germaine qu^il renoit d'épouser. 

Philippe, qui étoit naturellement crédule et soup- 
çonneux, aigri déjà par l'union que son beau -père 
avoit faite avec la France , résolut de ne le point voir; 
et , comme il sut que Ferdinand venoit le trouver à 
Compostelle, il tourna tout d'un coup d'un autre 
côté, de peur de le rencontrer : déclarant qu'il étoit 
dans ses états, et qu'il n'avoit besoin ni du conseil 
ni de l'autorité d'un autre pour les gouverner. Il ne 
voulut pas permettre à la reine de voir son père, et 
protesta qu'il ne ratifîeroit jamais le pouvoir qu'il lui 
avoit envoyé de Flandre! 

Ferdinand reconnut alors la fente qu'il avoit faite 
de s'être arrêté à Molina, et d'avoir donné le temps 
à' ses ennemis de le décrier. Les seigneurs qui Ta- 
voient accompagné le quittèrent preaque tons , hor- 
mis l'archevêque, l'amirante et le connétable de 
CastiUe , le duc d'Albe et son frère , et le marquis de 
Dénia. Il fiit sur le point de se retirer, piqu^ de l'af- 
front qu'il venoit de recevoir. Il dissimula pourtant 
son chagrin et ne le découvrit qu'à l'archevêque de 
Tolède. Il le pria de l'assister de ses conseils , et se 
plaignit à lui de ce qu'il ne l'avoit pas averti de sa 
négligence. Ximenès lui répondit qu'il lui avoit con- 
seillé mille fois non -seulement de se hâter, mais 
encore d'assembler des troupes pour tenir en bride 
lés mécoutens et son gendre même, et qu'il avoit 
toujours méprisé ses avis. 

Il ajouta qu'il ne faflloit pas se rebuter, qu'il prit 



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An i5o6. LIVR^ SECOND. l83 

ses résolatious^ et que pçur lui il exécut^rpit ses 
ordres fort fidèlement. La résolution fut queVarche* 
véque iroit trouver Philippe pour tâcher.'dé Tadou* 
cir et de lui ôter les mauvaises impressions qu'on 
lui avoit données de son beau -père, et pour mena* 
ger, à quelque pri:?: que ce fui, une entrevue où iU 
pussent s'expliquer mutuellement, et retenir les es- 
prits des courtisans, du moins par Timage d'une ré- 
conciliation apparente, ce qui étoit d'une grande 
conséquence. 

n alla donc à Orense où ce prince étoit arrivé le 
niatin , et lui envoya sur le soir François Ruys pour 
lui faire ses complimens et pour lui demander une^ 
audience le lendemain. Philippe lui manda qu'il se* 
roit ravi de le voir car il avoit reconnu , à son pi^e- 
mier voyage en Espagne son autorité et son cou- 
rage, et l'aypît toujours traité avec beaucoup de 
considération et d'honnêteté, allant au devant de lui 
pour le recevoir , et sortant de sa chambre pour le 
reconduire. Quelques seigneurs bien intentionnés se 
réjouirent , dans l'espérance qu'il pourroit terminer 
par sa présence et ses conseils les différends qui 
allaient troubler tout le royaume. 

Ximenès vint le lendemain au palais , et le roi le 
reçut devant toute sa cour avec des marques ex- 
traordinaires d'estime et de bienveillance, tant à 
cause de sa dignité de primat, que les rois d'Espagpç 
ont de tout temps fort révéré, qu'à cause de sa pru- 
dence et de la sainteté de ses moeurs, dontil étoit 
bien inibrmé. Us. s'entretinrei\t assez long-terops en 



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■ I 



l84 ^ HISTOIRE DU GARD. XIMfiNES. An i5ci&. 

m 

particulier, et ils sortirent l'un et l'autre fort satis- 
faits de cet'^ntretien. Tous lés seigneurs allèrent aus- 
sitôt le voir^et il les reçut avec tant de civilité , qu'ils 
prirent confiance en lui, car il savoit si bien mêler 
la bonté avec la sévérité, qu'il n'y avoit pas un hom^ 
me plus grave, ni plus agréable, quoiquHl penchât 
toujours davantage du côté de la sévérité. 

Cependant il ne cessoit de voir le roi et de négo- 
cier son accommodement avec Ferdinand. 11 eut plu- 
sieurs conférences avec ses ministres , et leur re^Eé- 
senla que les auteurs de ces divisions n'agissoient que 
par passion ou par intétêà\ qu'ils ne pou voient souf- 
frir Ferdinand, parce qu'il avoit trop d'intrépidité, 
et qu'il connoissoit trop leurs mauvais desseins ; qu'on 
se BOpentiroit un jour d'avoir écouté de tels conseils, 
mais que ce seroit petit -êtBe trop tard^ qu*il avoit 
pitié de voir un roi nouveau , étranger, jeune, refu- 
ser les secours et les avis d'im beau -père qui avoit 
beaucoup d'expérience , une grande connoi^sance deis 
personnes et des affaires du pays, et un grand inté- 
rêt à lui conserver son autorité -, et qu'enfin il nepou- 
voit se consoler de ce que l'Espagne alloit peut-être 
se perdre sous deux grands rois qui la rendroient flo- 
rissante, si celui qui étoit dans la vigueur et dans la 
force de son âge savoit se servir de la maturité. et de 
la prudence de l'autre. Mais ces raisons ne firent au- 
cun effet, parce qu'on perd dîfficikment les premiè- 
res impressions ^ que.la plupart desjiommes sont plus 
susceptibles des mauvais conseils que des bons*, et 
cpie les Flamands qi\i s^ivoient le- prince ne Fau- 



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An i5o6. • L1VR£ SECOND; l85 

roient plus geuverné, s'il eût Aé d'accord avec son 
beau-père , et auroient perdu par là toutes les espé- 
rairces qu'ils avoient conçues de dominer ou de s'en- 
richir. 

Ne pouvant réussir de ce côté-là, il proposa qu ofn 
laissât à "Pterdinand le royaume de Grenade durant 
sa vie ; qu'il étoit juste de le laisser jouir d'une con- 
quête qu'il avoit faite avec tant de travaux et de dan- 
gers de sa personne^ que ce peuple, qui n'avoit pas 
encore oublie sa religion ni sa liberté, et qui étoit 
porté à la révolte , avoit besoin de la présence d'un 
homme dont il respectât l'autorité ; qu'il n'y en avoit 
point de plus propre que ce poi même qui l'avoit 
subjugué, et qui connoissoit tous les avantages qu'il 
pouvoit tirer de leur pays. Mais cette proposition fut 
encore rejetée, et toute la réponse fut qtie Ferdinand 
sortît de Castille , qu'autrement Philippe ne pouvoit 
régner avec honneur , ni même avec sûreté. 

Il fallut donc se déduire aux conditions du testa- 
ment de la reine, à l'exclusion toutefois de l'article 
de la régence. Ximenès, voyant qu'il n'obtiendroit 
rien davantage, donna avLs à Ferdinand de l'état des 
affaires , lui témoigna le déplaisir qu'il en avoit , le 
consolait et le suppliant de s'accommodefau temps 
en cette occasion. Ferdinand lui répondit qu'il lui 
étoit trèsr obligé de son affection et de ses soins-, que 
c'étoit encore. un bonheur, que l'affaire eût été ter- 
muiée «i promptementj qil'il aimoit mieux se con- 
tenter de ce peu qu'on lui Jaissoit, que d'obtenir de 
plus grandes choses en trçublant l'état, et faisant 



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l86 HISTOIRE DU GARD. X^IMENÈS. An i5o6. 

croire qu'il avoit dessein de régner ^r force; mais 
qu'il espëroit que Philippe se dësabusseroit, et qu'il 
ne seroit pas long-temps sans implorer son a3sistance. 

Ce fut alors que Tarchevêque donna le gouverne- 
ment de Gaçork à do n Garcia de Yillaroel, son consiii 
et son maître de chambre. On connut qu'il avoit laissé 
cate charge vacante pour attendre le nouveau roi, 
afin d'avoir son agrément. Car étant un jour avec ce 
prince , il envoya quérir don Garcia , et lui dit en 
présence de sa majesté : Garcia de ViUaroel, baises 
les mains au roi notre seigneur , pour la grâce qu'il 
vous a faite de vous donner le gouvernement deCa* 
çorla. Ce qu'il fit aussitôt; et il reçut peu de jours 
après les provisions de cette charge. 

Après que les affaires entre les rois eurent été ainsi 
réglées , Ximenès engagea Philippe à voir son beau^ 
père, en lui persuadant qu'il étoit nécessaire pour la 
satisfaction et pour l'édification des peuples qu'ils 
donnassent des marques publiques d'une sincère ré- 
conciliation. Ce prince y consentit ; et parce qu'il 
falloit un homme habile et intelligent pour régler le 
temps , le lieu et l'ordre de cette entrevue , don Ma- 
nuel fut choisi pour cette négociation. Mais comme 
U savoitles chagrins qu'il avoit donnés à Ferdinand, 
il n'osoit paroître devant lui sans avoir pris aupara- 
vant ses précautions et ses sûretés. Le roi catholique 
l'ayant su, envoya aussitôt le duc d'Albe et Antoine 
de Fonséca en otage à son gendre , qui les renvoya 
sur leur parole dans la maison de l'archevêque , où 
ils furent traités magnifiquement. 



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An i5o6. LIVRE SECOND. 187 

Cependant Philippe , après av^pir séjçumé près de 
trois semaines à Orense, étoit venu à Sanabria où se 
devoit Éaire Tentrevue^ et comme il fut averti que 
SG9, beau-père en approchoit, il partit pour aller au 
devant de lui. Environ mille Allemands bien armés 
marehoieat devant en ordre de bataille. Us ëtoient 
suivis de six-vingts hommes d'armes et de vingt gar- 
des à cheval, avec leurs casaques chamarrées d'ar- 
gent, au milieu desquels étoit le roi ayant à sa 
droite l'archevêque de Tolède, à sa gauche don Ma- 
nuel son grand trésorier, et tous les seigneurs espa- 
gnols et flamands autour de lui. Ferdinand s'avail- 
çoit de son coté sans bruit et sans faste , accompagné 
de quelques personnes de qualité qui n'avoient pas 
voulu le quitter , et suivi , selon sa coutiftne , de deux 
cents gardes montés sur des mules , n'ayant que leurs 
épées avec des capes froncées et des bonnets à la 
mode du pays. 11 affectoit même dans une rencontre 
eomaie celle-ci , cette modestie , et marchoit comme 
un père qui alloit recevoir ses enfans, et comme un 
roi que sa gloire passée et son âge avancé mettoient 
au-dessus de ces petites ostentations. 

11 ne laissoit pas d'avoir dans sa simplicité un air 
de fierté et de grandeur. Lorsque les deux cours fu- 
rent en présence l'une de l'autre, Ferdinand s'arrêta 
sur une hauteur pour laisser le chemin libre h quel- 
ques cavaliers allemands qui le saluoient en passant, 
et filoient dans un fort grand ordre. Les bataillons 
qui venoient après le saluèrent aussi d'une décharge 
de mousquets, et s'étant avancés envit-on cent pas 



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l88 HISTOIRE DU CARD, XIMENËS. An i5o6. 

dans la plaine, firent un cercle, et ériveloppèrent les 
deux pois selon Tordre qu'on leur aT:9it donne. Les 
seigneurs et grands du royaume^ se trauvant ainsi 
comme renfermes , ne purent s'empêcher de s'appco- 
cher du roi catholique et de lui baiser les mains. 

Quoiqu'ils l'eussent offensé, il les. reçut fort civi- 
lement, et se contenta de se divertir de leur bizarre 
vanité ^ car voyant le duc de Najare, qui avoit plus dé 
faste que de valeur, armé d'une cuirasse, avec un 
bonnet de taffetas noir, un écuyer qui portoit sa 
lance, et un capitaine à la tête de quelques -gens 
d'armes qu'il avoit levés : Seigneur duc, lui dil-il en 
souriant, je voijs connois à ce train et à cet airrlà. Ce 
n'est pas d'aujourd'hui que vous êtes bon capitaine. 
Le duc lui pépondit en se baissant très-respectueuse- 
ment : Le tout pour le service du roi notre seigneur 
et de votre majesté. Don Garcillasso de la Véga qui 
avoit été son ambassadeur à Rome auprès du pape 
Alexandre Yl, et qui n' avoit jamais passé {^ouri^oin^ 
me de guerre, s'étant préseillé, le roi l'embrassa avec 
affection, et sentant qu'il étpiit armé comme les au- 
tres sous ses habits, Garcia, lui dit-il, vous n'aviez 
pas autrefois les épaules si larges, vous êtes grossi 
tout à coup. Ils s'étoient précautionnés de la sorte, 
afin que si Ferdinand eut voulu entreprendre quel- 
que chose , ils fussent en état de se défendre. . 

La salutation $e passoit ainsi gaîment, lorsque le 
roi Philippe parut. Dès qu'il vit son beau-père venir 
à lui, il fit mine de vouloir descendre de sa mule 5 
mais Ferdinand piqua la sienne, et lui fit signe de 



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Au i5o6. LITRB SECOND. 189 

n'en rien Ëiire. Philippe quitta aussitôt le parasol qu'il 
portoit, le salua, et lui demanda instamment ses 
mains à baiser. Le roi catholique Tembrassa et le 
baisa avec beaucoup de tendresse. Ils se parlèrent 
comme s'ils n'eussent jamais été brouillés , et s'ils se 
fussent aimés cordialement. Mais comme les rois 
avoient à s'entretenir plus à loisir et plus en repos , 
ils eatrèrent danis un petit ermitage qui étoit sur le 
chemin , accompagnés seulement de Ximenè» et de 
Manuel. 

L'archèvéque, qui soufaaitoit atec passion d'entre- 
tenir la bonne intelligence entre ces deux princes , 
et qui sayoit d'ailleurk les mauvaises intentions dç 
Manuel, et la peine qu'avoit le roi catholique de le 
voir et de traiter avec lui , résolut de le faire sortir , 
de peur qu'il ne prît occasion de ces entretiens par- 
ticuliers , d'aigrir encore l'esprit de son maître. 11 se 
tourna de son côté et lui dit , avec sa sévérité natu- 
relle : Seigneur Manuel, les roisf veulent être en li- 
berté 5 laissons-les conférer ensemble puisqu'ils sont 
seuls et qu'ils ne nous ont pas commandé de les 
écouter. Sortez , vous ; et moi je garderai la porte et 
ferai l'office d'huissier en cette occasion. Manuel 
coniprit bien ce que l'archevêque vouloit faire ; mais 
il fut surpris , et n'eut pas le courage de lui répon- 
dre, et sortit, qupique avec beaucoup de regret. Alors 
l'archevêque, fermant la porte, alla s'asseoir avec les 
deux rois. 

Ils furent plus de deux henres ensemble; et tout 
Featretien ne fut qu'une instruction que le roi ca- 



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190 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5o6. 

tbolique donna à son gendre , lui remontrant avec 
quelle yigilancé il falloit conduire un état ; coinment 
il devoit se garder des fourbes et des flatteurs qui 
cherchent leurs intérêts atn. dépens de ceux de leurs 
maîtres. Il lui donna une cennoisaance générale des 
mœurs du pays et des affaires principales du royaume, 
et lui fit entendre qu^il atoit voulu hii aider à porter 
le poids du gouvernement, jusqu'à ce qu'il eât ea 
un peu plus de connoissance de la nation ^ des per* 
se>nnes qu'il devoit conduire ; mais qu'enfin , puisque 
les grands de Castille ne l'av oient pas jugé à propos, 
il alloit avec plaisir gouvehïer ses états ,. et prier Diea 
qu'il accordât .à ses enfans la grâce de bien gouver- 
ner les leurs. 

Il lui recommanda sur toutes choses de regarder 
Tarchevéque de Tolède comme s on père , et de croire 
que rien ne pouvoit lui arriver de plus heureux., que 
d'avoir un conseiller et un ministre comme celui-là. 
Hiilippe écouta fort paisiblement ce discours , tâcha 
de se justifier du passé , et promit qu'il profîteroit 
des bons avis qu'il venoit de recevoir. Après cda ils 
se séparèrent , «ontens en apparence l'un de l'autre. 
Mais Ferdinand n'avoit osé démoder à son gendre 
de voir sa fille, »t Philippe ne* le lui avoit pas offert, 
quoiqu'il sût que son beau -père n'avoft pus de pàus 
grande passion. Ainsi , cela fit voir que l'un n'ëtoit 
pas sincèrement réconcilié , et que l'autre ne pouvoit 
pas être satisfait. Ils se donnèrent pourtant mille 
témoignages d'amitié devant les courtisans. 

Le roi catholique se retira depuis en Aragon , après 



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Adi5o6. • LIVRE SECOND. igi 

RYoir demandé plusieurs fois la liberté de parler à la 
reine sa fille, sans qu'il eût pu Toblenir, ce qui le 
toucha si sensiblement , qu'il perdit enfin sa modé- 
ration , et protesta que c'étoit à la seule considéra- 
tion de cette princesse qu'il avoît souffert tant d'in- 
dignités^ mais qu'il n'avoit plus rien à ménager, et 
que si Ton nian(]uoit à la moindre chose à son égard, 
ilsauroitbien se venger et du présent et dupasse. Le 
duc d'Albe et le marquis de Dénia le voulurent suivre 
eu Aragon et nvéme en Italie -, mais il ne voulut pas 
le leur permettre. Après cette entrevue des deux rois, 
on fit dire à Ferdinand que le pays étant fort désert 
et stérile , il étoit nécessaire qu'il s'éloignât le plus 
qu'il pourroit , de peur qu'ils ne s'incommodassent 
les unà les autres. Philippe s'arrêta à Bénévent, chez 
le comte Piraentel, durant quinze jours. Ximenès le 
suivit ; et, quoiqu'il ne se trouvât pas aux divertis- 
semens pilblics dont ce prince étoit occupé , il fut 
sur le point d'y périr par un accident imprévu. 

Un .foar que le comte donnoit un comblt de tau- 
reaux, et que la cour, après un grand festin, devoit 
finir la journée par cette fête , l'archevêque alloit voir 
le roi selon sa ooutume. On avoit fait devant le châ- 
teau unampUthéâtre qui régnoit autour d'une grande 
place, oà l'iMi'fi'aVoit laissé qu'une entrée libre pour 
la commodité des courtisans et de ceux qui avoient 
soin de «e spectacle. Comme le passage étoit fort 
étroit, Ximenès, avec une partie de ses gens, tra- 
versoït la place fort gravement, et le reste étoit en- 
core k la banrièie,* lorsqu'on lâcha inconsidérément 



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igs HISTOIRE DU €ARD. XIMENÈS. An i5o6. 

un taureau qui blessa les premiers qui se rencoutrè- 
rent , et les auroit tous tués infailliblement, si jk cri 
qu'on fit de tous côtes n'eût un peu étonné cet ani- 
mal furieux, et si les gardes du rai ne fussent heureu- 
sement accourus et ne Feussent fait mourir à coups 
de piques. L'archevêque poursuivit son chemin saés 
se troubler , et entra dan9 le château. Le roi vint au 
devant de lui ; et , voyant qu'il n'étoit j:^ Messe , loi 
demanda s'il n'avoit pas eu bien peur. A quoi il ré- 
pondit qu'il n'y avoit rien à craindre où étoient les 
gardes de sa majesté. 11 s'adressa pourtant à Pimentel, 
et le pria d'avertir ses gens d'être un peu plus eûrcons- 
pects dans ces divectissemens meurtriers, et d'avoir 
pitié des passans. 

Quand il eut été quelque temps à la suite du roi, 
il délibéra s'il s'en retoumeroit dans son diocèse; 
mais, après avoir bien considéré réta:t des affaires, il 
résolut de ne pas s'éloigner de la cour, et crut quil 
ne pouvoit avec honneur abandonner ce jeune roi 
aux mauvais conseils qu'on lui donnoit , et que Dieu 
l'avoit destiné à. se sacrifier pour le bien public. 11 
écrivit donc à ses grands vicaires de redoubler leurs 
soins pendant son absence, d'expédier toutes les 
affaires ordinaires , et de l'informer dé celles qui se- 
rotent de conséquence pour ]gi correction d^s mœurs 
et pour le soubgement du peuple. 

Cependant le roi et la reine de Gastille arrivàreat 
à petites journées jusqu'à Valladolid , pour aller de là 
à Burgos pour se -faire cqpronner, et recevoir le ser- 
ment de tous les états du royaume, selon Jes formes 



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An i5o6. tjIVRE SECONT>i 1^3 

accoutumées. Le roi s'étoit avancé peur visiter eu 
passant la forteresse de Simancas. Il en avoit donné 
depuis peu le gouvernement à don Pedro Guévara y 
et le brtiit couroit qu'il avoit dessein d'y laisser la. 
reine ^ dont il n'étoit pas content, à cause du chagrin 
qu'elle témoignoit de l'éloignement du roi son père. 
Mais l'archevêque et le connétable , qui conduisoient 
cette princesse, détournèrent adroitement le coup 
qui auroit sans doute renouvelé tous les troubles \ 
car , au sortir de Valladolid , comme ils eurent ren** 
contré deux chemins, l'archevêque demanda quel 
étoit cdui de Simancas : pour l'éviter le connétable 
répondit : Voici celui de Burgos, en le montrant; et 
la reine ayant tourné de ce côté-là , on fut obligé de 
la suivre. Comme c'étoit la capitale de la Vieille- 
Castille^ les états y avoient été convoqués, et le roi- 
archiduc y venoit avec sa femme pour recevoir les 
premiers hommages de leurs sujets. Ils descendirent 
dans la maison 4u cpunétable^, d'où la reine ne vou- 
lut jamais, sortir , quoiqu'on la conviât d'aller voir 
les curiosités de la yille , et surtout ;Uii célèbre mo«- 
nastère de filles de Saint-Beniard. Philippe et Jeanne 
furent reconnus solennellement qt avçc des réjouis- 
sances extraordinaires , et l'oi^ commença à régler les 
afifaires publiques. 

Ce fut alors que Ximenès js'aperçut que rien ne se 
faisoit que par l'ordre et pa^^ le consdl de don Ma- 
nuel , dont nous avons déjà parlé. Il avoit été secré- 
taire des commandemens de Ferdinand qui l'avoit 
employé depuis dans des négociations importantes \ 

7- • i3 



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1^4 HISTOIRE DO CARD; XIMENÈS. An î5o(). 

mais il trahit les secrets de son maître dès qu'il crut 
que c'étoit son avantage d'eu prendre un autre. Il 
sema la discorde entre l'archiduc et Ferdinand , et il 
eut l'adresse d'en profiter. Philippe n'aimoit pas le 
travail , et il fut ravi de trouver un ministre labo- 
rieux. Il étoit libéral jusqu'à la profusion, et il ai- 
moit un homme qui avoit le maniement de ses finan- 
ces, et qui fournissoit à ses plaisirs et à ses bien&its. 
La haine qu'il avoit pour Ferdinand, et celle que 
Ferdinand avoit pour lui , l'attachoient davantage à 
ce jeune prince , et le lui rendôient tous les jours 
plus agréable ^ ainsi il parvint à gouverner son maî- 
tre , qui le combloit de bien et lui laissoit approprier 
une partie de son domaine. L'insolence, qui est la 
compagne ordinaire des grandes prospérités quand 
elles ne tombent pas dans un cœur noble et géné- 
reux, le rendoit déjà odieux à plusieurs. Les grands 
du royaume , qui prétendoient quelque part au gou- 
vernement de l'état et à la confiance du prince , virent 
qu'ils n'avoient pas beaucoup avancé de s'être défaits 
de Ferdinand, et commençoient à murmurer contre 
la fierté du ministre et tontre la préoccupation du 
roi qui le préféroit à toué les autres. 

Xiidenès vit bien ce qu'on pouvoit attendre de tels 
commencemens. Et pour empêcher la ruine de son 
pays, et pour conserver lau roi l'amitié des peuples, 
il résolut de'îuî faire des remontrances, et de dé- 
créditer Manuel clans son esprit, il étoit difficile et 
même hasardeux d'entreprendre de détruire «n pre- 
mier ministre et un favori si bien établi ; mails les 



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An i5o6. LIVRE SECOND. igS 

difficultés n'arrêtoient pas Tarehevêque lorsqu'il s'a- 
gissoit du bien public. 

L'occasion qu'il cherchoit se présenta presque aus-^ 
sitôt. Bertrand de Salto, un des trésoriers du royaume > 
qui honoroit fort ce prélat, et qui lui communiquoit 
ordinairement les affaires de conséquence dont il étoit 
chaîné, l'étant venu voir, lui montra plusieurs or- 
donnances que le roi vénoit de' ligner. Il y en avoit 
une eritre autres , expédiée par le conseil de Manuel ^ 
pour affermer le revenu des soies de Grenade au 
préjudice du droit que le roi catholique y avoit par 
le testament de la reine ,. et par le dernier traité fait 
aVec lui. L'archevêque demanda à la Voir, et, après 
l'avoir lue, il la déchira et jeta les pièces à terre en 
présence dé plusieurs personnes ; pui^ regardant son 
îami avec un air sévère et indigifié î Bertrand Aë Sal to , 
lui dit41 , si je n-étois autant de vos amis comme j'erl 
suis, j'iroià trdttvéi» le roi de ce pas^ pour le priéi* 
qu'il v<kié lit faire votre proèès : Il conimandà à VaÛ 
léjo^ son ntàître dé fchambrè , de ramasser toutes ceà 
pièces jet de lès garder ^oigneusè^nent , et sortit aus- 
sitôt potir ëller parier au roi, avant qu'on eût pu lé 
prévëûïr : t&t tôusceux qui avoient vu cette action,' 
l'avoietit trchïvée peu t'éspectueuse et bien hardie. ' 

Il entra dans ïè cabinet du roi-, et, après lui avoir 
exposé son emportement avec franchisé, il liii repré^ 
senta Finjuslice qu'on lui ikisoit faire *, l'occasion 
qu'il dôWiibiï'8 FérdÇiharid dese venger dès mauvais 
traitement qû -on lui avoit faits; les conséquence 
poùlr un roi de rompre les traités, et de mânqr 






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196 HISTOIRE DU GARD. XIMENRS. An i5o&. 

sa parole sans aucun sujet, et même sans aucun pré- 
texte. Il le supplia de considérer qu on abusoit de sa 
bonté royale j qu'on passoit tous les jours par-dessus 
les lois du pays , et que les peuples commençoient à 
murmurer, que le respect et la fidélité qu'il avoit 
pour sa majesté l'obligeoient de l'avertir que ce n'é- 
toit pas ainsi qu'il falloîl gouverner les Castillans ; 
qu'on lui donnoit de très-pernicieux conseils -, et que, 
s'il n'y mettoit ordre promptement, il ne seroit peut* 
-élre plus en état d'y remédier. 

Le roi étonné de ce discours , lui répondit : Qu'il 
n'avoit pu en si peu de temps prendre connoissance 
des affaires ni des coutumes du royaume^ que ce 
n'étoit pas son intention de faire aucune injustice*, 
et qu'il le prioit, lui , qu'il regardoit comme son père, 
de vouloir bien continuer à lui donner ses bons avis. 
L'archevêque le remercia très- respectueusement de 
Thonneur qu'il lui faisoit , et lui dit que l'avis le plus 
important et le plus nécessaire qu'il avoit à lui don- 
ner pour l'intérêt de l'état et pour le sien propre, 
c'étoit d'éloigner don Manuel , enluidonnantquelque 
honorable emploi hors du royaume , comme pourroit 
être l'ambassade de Rome. Ce prince trouva la. propo- 
sition un peu rude, et crut qu'il auroit delà p^ine à 
se passer de ce ministre auquel il étoit accoutumé , 
et qu'il n'étoit pas même sûr de se défaire d'un hom- 
me à qui il avoit confié tous ses seerets ; mais pourtant 
les remontrances de l'archevêque l'avoient touché.. 11 
trouva un milieu pour ne pas perdreManuel, et pour 
ôter tout sujet de plainte et de murmure contre lui. 



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An i5o6. LIVRE SECOND. Ffl^ 

11 se tenoit tous les vendredis un conseil secret où 
sa majesté elle-même présidoit , et où To» régloit 
tout ce qui regardoit le gouvernement. C'ëtoit là 
qu'on traitoit des finances , dfes affaires étrangères et 
de toute la conduite intérieure du royaume. Le roi 
commanda qu'on communiquât àXimenès les jeudis 
au soir ce qu'on devoit rapporter le lendemain dans 
le conseil , et le pria de vouloir bien donner ses avis 
sur chaque article , pour lesquels il l'assuroit qu'on au- 
roit beaucoup de déférence. L'archevêque supplia si 
majesté de ne pas le charger d?une commission qui 
étoit d'un grand travail , et qui lui attireroit sans doute 
l'envie de plusieurs personnes plus ambitteu$es«l mê» 
me plus habiles que lui, Maîè le roi persista et lui dit 
que c'étoit une peine à la vérité , mais qu'il avoit espé- 
ré qu'il voudroit bien la prendre pour l'amour de lui , 
.et rendre ce service à la patrie. 

Il accepta donc cet emploi-, et depuis ce jour -là 
on n'expédia rien sans le consulter. Le conseil s'as- 
sembloit danàle palais y on se trouvoit chez hii le jour 
d'auparavant pour lui rendre compte des affaires im- 
portantes qu'on devoit proposer devant le roi . DIoh 
Manuel devint plus civil et plus modeste , et n'ou* 
blia rien pour gagner les bonnes grâces de l'arche- 
vêque , dont il craignoit le crédit et l'austérité. Mais 
les choses changèrent de face par. le décès du roi de 
Castille , qui arriva peu (Je temps après , en cette ma- 
nière. 

Le gouvernement du château de Burgos étant veoiii 
à vaquer , et le roi l'ayant d.onné à Manuel , en un 



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igS HISTOIHE DU GARD. XIMENES. Ad i5o6< 

temp3 où Toa ne pensoit qu'à se divertir , le ncmveau 
gouverniBur voulut, le jour qu'il eu prît possession, 
donner un festin magnifique à son maître. Toute la 
cour y fut invitée, et la reine seule refusa de s'y trou- 
ver, à cause de quelques soupçons qu'elle, avoit alors 
contre son tnari. On s'y réjouit; on y ma.ngea et on y 
but avec excès. Le roi s'étant levé de table monta 
quelques-runs de ses chevaux; il joua ensuite assez 
long^temps à la paiime. Tout échauffë qu'il étdit, il 
ibut une aiguière d*eau frsuche ^ et la nuit la fièvre le 
prit avec une assez grande douleur vde côté. Le mal 
augmenta le lendemain , et le troisième jour on re- 
connut qu'il ëtoit en danger. 

Ximenès lui envoya ^'abord le docteur Yanguas, 
son médecin , très-sage et très-habile en son art , pour 
voir l'état de la maladie du roi , et pour servir , s il 
pouvoit, par ses remèdes ou du moins ses conseils, 
à sa guérison» Le roi ayant su qu'il étoità la porte, 
commanda qu'on le fit entrer. 11 s'approcha du lit ; 
et , après avoir examiné le malade , il demanda s'il 
avoit été saigné. Comme on lui eut répondu- que non, 
il parut surpris, et fut d'avis qu'on le saignât incon- 
tinent ; mais les médecins flamands soutinrent qu'il 
ne iialloit pas l'âtlB^iblir , et se moquèrent de lui com- 
m0d'an homme qui ne connoissoit pas le tempéra- 
ment du: roi , et qui ,, sur la médecine, lie savoit que 
la méthode de son pays. Le docteur alla retrouver 
l'archevêque , et l'avertit que le mal étoit devenu in- 
curable par rignorance des médecins , qu'il comptât 
*ur 1^ mort du roi , et qu'il vît là-dessus les mesures 



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Aq i5o6. livrç second. 199 

qull avoit à prendre. Ea effet , ce prince ihourat le 
sixième jour de sa maladie, qui fut le a5 de septem- 
bre , à l'âge de vingt-huit ans. La noblesse et le peu- 
pte le regrettèrent j car outre qu'il étpit honnête y 
bienfaisant, familier et magnifique, il n'avoit été que 
cinq mois en Espagne , et la laissoit encore dans lea 
douceurs d'un règne naissant. 

Dès que le bruit se fut répandu ,que le roi étoit en 
danger, les principaux seigneurs alioient à tous mo- 
mens chez l'archevêque pour conférer avec lui. Lors- 
qu'ils surent qu'il étoit à Tagonie , ils s'assemblèrent 
pour délibérer sur la conjoncture présente , afîn que 
leur résolution fut prise quand le roi mourroit, et 
qu'on eût le temps de songer à ses funérailles et à 
la consolation de la reine. Tous les grands du royau- 
me se trouvèrent à ce conseil : l'archevêque, le con-' 
' nétable, l'amirante, le comte de Béuévent, le marquis 
dé Villène , le duc de l'infantade , les duc d'Albe et de 
Najare , le comte de Fuensalida , le marquis de Dé- 
nia avec Jean Manuel et Antoine Fonséca , les deux 
grands trésoriers de Castille, et plusieurs autres pexr 
sonnes de première qualité. 

On exposa d'abord que le rôi ne pouvoit pas reve- 
nir de sa maladie ; que la reine , à cause de son in- 
conamodité , et l'archiduc Charles , à cause de son bas 
âge , n'étant pas en état de gouverner leurs états , il 
&lloit nommer quelqu'un d'entre eux pour en exer- 
cer la régence. Quelques-uns furent d'avis de députer 
à Ferdinand , pour le prier de venir reprendre la con- 
duite du royaume. Plusieurs de ceux même qui lui 



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200 HISTOIRE DU CARD. XIMENES. Ao i5o(5. 

avoient été contraires , forent de ce sentiment, parce 
qu'ils avoient satisfait leur haine, et qu'ils aimoient 
mieux kii obéir qu'à leurs égaux. L'affaire sembloit 
pencher de ce côté-là. Mais le comte deBénévent, 
ennemi irréconciliable de ce prince , se leva et leur 
représenta qu'ils prgnoient là une étrange résolution 
de rappeler un homme qu'ils venoient de chasser una- 
nimement 5 qui avoit te cœur rempli du ressentiment 
de l'affront qu'on lui avoit fait; qui de leur ennemi 
deviendroit leur maître 5 et qui , étant savant en l'art 
de dissimuler, les caresseroit au commencement , etse 
joueroit à la fin de leurs têtes. Il parla avec beaucoup 
de passion , et finit en protestant qu'il avoit chez lai 
deux cuirasses neuves , qu'il useroit sur son corps à 
la guerre , avant que de souffrir que le roi d'Aragon 
vînt encore dans la Caâtille. 

Ce discours émut toute l'assemblée et réveilla l'a- 
version qu'on avoit eue pour Ferdinand. L'archevê- 
que- qui n'avoit pas encore parlé , et qui avoit voulu 
sonder les opinions, prit alors la parole , et prévoyant 
les troubles qu'il causeroit s'il s'opposoit au torrent , il 
remontra que, dans le choix qu'on alloit faire , il ne 
Ëilloit consulter ni ses amitiés ni ses haines -, que 
pour lui , encore qu'il honorât beaucoup le roi catho* 
lique, il aimoit aussi le bien et la gloire de son pays; 
qu'il y avoit tant de bons conseils dans le royaume , 
qu'il ne failoit pas en chercher ailleurs; que c'étoitfaire 
tort à une aussi illustre assemblée que de délibérer 
là-dessus ; qu'il ne nioit pas que Ferdinand, par son 
jugement et par son expérience , ne fût capable de 



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An i5o6. LIVRE SECOND. 201 

conduire ces états -, mais qu'il avoit gouverne la Cas- 
tille plus de quarante ans , ef qu'il ëtoit à propos de 
lui laisser gouverner l'Aragon -, qu'ils jetassent les 
yeux sur quelqu'un dont la sagesse , la probité et la 
valeur fussent reconnues ; qu'ils étoient tous de ce ca- 
ractère , et qu'on ne pouvoit se tromper au choix ; 
qu'en son particulier, il leur répondoit qu'il recou- 
noîtroit aussitôt celui qu'ils auroient nommé, qu'il 
l'honoreroit comme le roi même , et qu'il emploieroit 
et son crédit et son conseil pour le faire honorer des 
autres 

Cet avis , auquel on ne s'étoit pas attendu , donna 
uue très-grande joie à l'assemblée. Car, s'il se fût obs- 
tiné à demander Ferdinand, il auroit entraîné les peu- 
ples , et il seroit sans doute arrivé de grands désordres. 
Us élurent Ximenès d'un commun consentement^ 
comme un homme d'une vie irréprochable , aimant 
les lois et la justice , autorisé dans l'esprit des peu- 
ples , aimé des grands , et n'ayant avec eux aucune 
liaison de cabale ou de parenté , et le chargèrent de 
l'administration du royaume et de la garde de la 
reine, avec cette condition pourtant , qu'il neferoit 
rien sans la participation du connétable et du comte 
de Najare,, et qu'après la mort du roi on se rassem- 
bleroit encore pourvoir ce qu'on auroit à faire. Cette 
assemblée dura depuis midi jusqu'à minuit. 

Le lendemain matin on vint avertir l'archevêque 
que le roi venoit de mourir. Cette nouvelle le toucha ) 
il se renferma quelque temps dans son oratoire* et , 
quoiqu'il eût résolu de montrer au public beaucoup 



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902 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5o6. 

de constance, il ne put cacher aon affliction, ni rete- 
nir quelques larjmes qui lui échappèrent. Q alla chez la 
reine , tju'il trouva accablée de douleur. Elle demeu- 
roit immobile auprès du cprps de son mari, et quel- 
que pf ière qu'on lui fît , quelque raison qu'on lui pût 
dire , il ne fut jamais possible de Fen tirer. Sur le soir, 
elle ordonna qu'on Je. portât dans une salle et qu'on 
le revêtît d'une robe de brocart d'or, fourrée d'her- 
mines, Qii elle avoit fait mettre une partie de ses pier- 
reries. Ximenès prit les momens les jrfus commodes 
pour s'insinuer dans l'esprit de cette princesse , et 
pour lui donner toutes les consolations que peuvent 
inspirer la raison et la piété chrétieiine. 

On étoit convenu le jour d'auparavant , qu'après 
la mort du roi , l'archevêque se logeroit dans le palais. 
Aussi on y prépara d'abord un appartement pour lui. 
Toute cette journée se passa à rendre les derniers 
devoirs à ce prince , qu'on embauma , et qu'on ex- 
posa durant deux jours sur un lit de parade , vêtu de 
ses habits royaux, deux sceptres à ses côtés, etl'épée 
nue tout auprès. Son corps fut porté solennellement 
à une lieue de là dans la chartreuse de Mirafleurs, 
' où il fut mis en dépôt, jusqu'à ce qu'on pût l'enter- 
rer dans la chapelle royale de Grenade. Le même 
jour qu'il .mourut , le connétable et le duc de îfajare 
firent le tour de la ville, à cheval , avec un héraut qui 
publia dans toutes les places : que tous ceux qu'on 
trouveroit armés dans les rues seroient condamnés 
au fouet; que quiconque tireroit l'épée auroit la miain 
coupée ; que s'il arrivoit à quelqu'un de répandre le 



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Au i5o6. LIVRE SECOND. 2o3 

sang d'un autre , quelque légère que fut la blessure , 
il seroit aussitôt puni de mort -, et que tout criminel 
qui se réfugieroit dans la maison des grands, y seroit 
pris sans opposition et remis entre les mains de la 
justice. Cet édît servit beaucoup pour arr^er les peu- 
ples, mais les seignelhrs ne firent pas grand cas de 
ces triumvirs. 

Cependant Ximenès écrivit à Ferdinand que Phi- 
lippe étoit mort en fort peu de jours *, que les grands 
du royaume^. étoient divisés; qu'on Tavoit choisi tvf- 
multuairement pour gouverner l'état dans cette triste 
conjoncture ; mais qu'il n^ avoit rien de fixe ni de 
réglé, parce que personne ne paroissoit résolu d'o- 
béir, et qu'il voyoit dans les esprits une semence de 
révolte qu'on auroit peine à étouffer; que la reine 
faisoit pitié et s'abandonnoit à sa douleur -, et que s^il 
lui restoit encore quelque tendressie pour une fille 
désolée , et pour des peuples qu'il avoit aimés , il lais- 
seroit là les affaires d'Italie qui étoient paisibles , et 
reviendroit promptement dans la Castille-, qtfil ne 
çiotitoit pas que l'ingratitude et les bizarreries de quel- 
ques-uns l'eussent rebuté ; mais qu'il étoit de sa géné-^ 
rosité et de sa prudence d'oublier le passé ; et qu*il 
l'assuroit qu'il y remettroit l'état aussi tranquille qu'il 
eût jamais été du vivant de la reine Isabelle, 

Il donna ces lettres à l'ambassadeur que Ferdinand 
avoit laissé en Espagne , avec ordre de faire partir 
sur-le-champ un courrier pour Barcelone, d'où l'on 
eroyoit que ce prince n'étoit pas encore parti. Avant 
que d'écrire cette lettre, il demeura long-temps en 



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304 HISTOIRE DU CÂRD. XIMENÈS. An i5o6. 

oraison dans sa chapelle -, et , comme il y entendoit la 
messe, il commanda tout d'un coup qu'on allât fer- 
mer son appartement, et fit tout haut une longue et 
fervente prière , entrecoupée de soupirs et de larmes, 
suppliant la divine majesté d'avoir pitié de ces royau- 
mes, défaire que tout y réussit selon ses saintes vo- 
lontés , pour sa gloire et pour son service , et qu'il ne 
laissât pas prospérer la voie des méchans qui , au 
préjudice du bien public et au mépris de sa sainte 
loi, entretenoient la discorde et troubloient le repos 
des peuples. 

Ge même jour , après dîner , les seigneurs s'assem- 
blèrent encore chez l'archevêque. Le nombre en étoit 
plus grand, parce que dans ce changement la* plu- 
part des gouverneurs s'étoient rendus à Burgos pour 
y recevoir les ordres, où pour y voir le train que les 
affaires y prendroient. Plusieurs ayant fait réflexiou 
aux liaisons que Ximenès avoit avec le rot d'Ara- 
gon, s'étoient repentis de l'autorité qu'ils lui a voient 
donnée , et tout étoit disposé à de grandes contesta- 
tions. Avant qu'on commençât à parler des affaires 
publiques , le connétable de Castillese leva, et, s'a- 
dressant à l'archevêque, le chapeau à la main, le pria 
de vojoloir prononcer sur certains différends qu'il 
avoit avec le duc de Najare ; et , après avoir dit ses 
raisons avec beaucoup d'emportement , il demanda 
justice à la compagnie. Le duc soutint de son côté 
sa cause avec la même chaleur; ils en vinrent à des 
paroles piquantes et à des reproches vrais ou faux„ 
qu'ils se firent l'un à l'autre. . 



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An i5o6. LIVRE SECO^ID. 205 

L'archevêque leur fit signe de se taire et de ne pas^ 
ser pas plus avant ^ et, haussant la voix : Qu estH^eci , 
seigneurs , leur dit-il , nous ne &isons que commen- 
cer et déjà tout est en désordre ? 11 est bien temps de 
vous amuser à vous quereller, lorsque vous devez 
songer avec ijAoi aux moyens de tenir le royaume 
en paix. Que ht reine nomme un de vous pour prési- 
der à son conseil et, pour commander à sa place, et je 
serai le premier à lui obéir. Cette modération plut à 
rassemblée, et ils répondirent tous d'une voix : Ya^ 
t-il quelqu'un qui soit plus capable de nous gouver- 
ner que votre seigneurie révérendissime ? Alors ils lui 
donnèrent tous leurs suffrages ^ le prièrent de vouloir 
bien, pour l'intérêt public , se charger de ce pénible 
fardeau , et lui assignèrent une pension de mille du- 
cats tous les ans ^ pour lui aider à soutenir sa dignité 
et pour lui épargner ses revenus qu'il distribuoit 
libéralement aux pauvres. 

L'archevêque savoit que plusieurs avaient dessein 
d'appeler l'empereur Maximilien pour gouverner l'Es- 
pagne , jusqu'à ce que Charles , son petit-fils , fût en 
âge de régner pac lui-même 5 et ç'auroit été une ex-i 
clusion perpétuelle pour Ferdinand dont ce prélat 
croyoit la présence nécessaire en Castille. C'est pour-^ 
quoi il ^iÇcçpta volontiers la régence , quoiqu'il en 
prévit toutes le§ difl^ultés; 11 dit auxseâgneurs qu'en- 
core qu'il eût beaucoup d'âge et peu 4e santé , il es^ 
péroit , avec l'aide de Dieu et leurs bons conseils^ 
qu'ils seroient satisfaits de son application et de sa 
conduite *, que pour la pension il les earemeroÎQÎI;^ 



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2o6 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5l)(). 

parce que Dieu lui avoit donne assez de bien pour 
soulager les pauvres et pour en assister Tétat dans les 
besoins ^ et que d'ailleurs il savoit se régler et vivre 
de peu. Mais qu'ils prissent garde à ce qu'ils iâisoient; 
qu'il étoit sévère ennemi des oppressions et des vio- 
lences ) qu'il ne souffriroit jamais rien<yai ne fût dans 
l'ordre , et qu'il puniroit rigoureusemetit les factions 
et ie& cabales ^ qu'il étoit encore en leur pouvoir de 
choisir un autre que lui ; mais que s'ils l'avoient 
une £ok nommé , il saùroit bien se faii^ obéir quand 
il ordonneroit des choses justes •, et qu'il n'y tauroit 
ni consldéifation ni amitié qui pût le faire passer par- 
dessus les lois de la raison et de la justice. Ce dis^* 
cours parut unpeii code à plusieurs, mais il n^avoil 
rien que de raisonnable ^ et cent qui en auroient 
paru offensés , auroient donné- lieu de croire qu'ils 
avoiéntdë mauvais desseins. Us consentirent tous à 
lui obéir , et dès ce jour-là , le triunivit^ai éôssa^ et toute 
l'autorité fut réunie en la seule perâontiis de X^imenès. 
- Il remplit d'abor^ les places Vïicantes An conseil 
royal, de gens» éclairés et incorruptibles. 11 conféra 
avec fes seigneurs sur quelques réglemietts principaux, 
fet. leur fit apprbuwr ses opinion^!.' Mais parce qu'il 
envoyoit peu qui iîiesent portes pour le bien public', 
tt'-chit quHlfiiHoit être en état de leur réèister et die 
les retenir daofi le devoir. 11 fii^nir J^îrôriiè Vîânel, 
Vénitien , doilt ttous avons d^à parlé, et lui dômmu- 
iiiqua le dessein qu^il avoit de lisver des Iroupes^t de 
feiién donner le^^omm^ndêmént. iG-'étoit iihétraîigér 
quio'avoitaucutié liaison ni àiictine parentté dans le 



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An i5o6. LIVRE SECOND. 2O7 

royaume , et qu il gagna facilement paf ses caresses 
et par les bonnes pensions qu^il lui donna. 

Cet homme lui choisit en fort peu de temps mille 
soldats à qui il faisoit Ëiire.tous les jours l'exercice 
dans une grande plaine hors de la ville. Comme l'Es- 
pagne ëtoit en paix depuis la prise de Grenade , et 
que les armes y étoient rouillées , Ximenès fît appor- 
ter de Biscaye mille cuirasses,. deux mille picjues et 
cinq cents mousquets. Il fit renforcer la compagnie 
qui gardoît la reine et le palais, afin de s'en servir 
dans les occasions pour sa garde , et tira don Alonso 
de Cardenas du gouvernement de Grenade , pour l'en 
faire capitaine , parce qu'il l'avoit reconnu homme de 
cœur , et qu'il gagnoit par là son père qui ëtoit très- 
considërable par sa naissance et par son mërite. 

Cependant Ferdinand, après avoir feît quelque 
sëjour à Saragosse , avoit résolu de passer en Italie ♦ 11 
venoit d'ëpouser Germaine de Foix que Louis d'Am- 
boise, ëvêque d'Albi, Hector Pignatelli, seigneur 
napolitain, et Saint -André, juge- mage de Gatcas^ 
sonné, avoient conduite jusqu'à Fontarabie, en qua* 
litë d'ambassadeurs du roi de France. Quoiqu'il 'eut 
fait serment de né se pas remarier, et qu'il eût pro^ 
testé plusieurs fois qu'il ne féroit point ce tort-là à 
ses enfans, qu'il n'y avoit plus d'Isabelle au monde, 
et qu'il ne pouvoit retrouver ce qu'il avok perdu , les 
chagrins que lui donna son gendre , et l'envie qu'il 
eût de se lyiaintenhr dans la Castille, l'obligèrent à 
conclure ce mariage, et en même temps le traité 
qu'il avoit fait avec la France. '"'' " 



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!Î08. HISTOIRE DU GARD. XIMEÎiÈS. An i5o6. 

Peu de jours après il étoit allé à Barcelone où sa 
flotte Tatteiidoit pour le porter au royaume de Na- 
ples. Ses amis lui ëcrivoient sans cesse : Ne nous 
abandonnez pas, sire, venez remettre la paix et la 
justice que vous avez maintenues si long^-temps parmi 
nous, qui vo\is regardons comme notre père. Votre 
présence est nécessaire en Cas tille* Ne souflfrez pas 
qu une injuste domination s'y établisse. Si vous lais- 
sez vieillir le mal, le remède viendra trop tard, et il 
pourra bien arriver, ou que le ro3i(aLume se perdra « 
ou que vous perdrez le royaume. Ces, marques de 
tentîresse Tauroient touché , mais les soupçons vio- 
lens qu'il avoit contre le grand capitaine ne lui lais- 
soient point de repos. On mandoit qu'il avoit des 
intelligences secrètes avec le roi Philippe, par l'en- 
tremise du cardinal de Rouen ^ qu'il traitoit avec le 
pape, et qu il étoit prêt d'accepter la charge de gé- 
néral de l'Église ^ qu'il attendoit que l'empereur vint 
avec une armée pour lui livrer le royaume. On di- 
Sioit même qu'il alloit marier sa fille avec le fils de 
Prosper Colonne, pour se maintenir malgré le roi dans 
sa vice -royauté, par le secours de cette puissante 
maison. De plus , il demeuroit à Naples , quoiqu'il 
eût ordre d'en revejiir. 

Ferdinand, agité de ses défiances, aima mieux se 
mettre au hasard de perdre la Castille, que délaisser 
le royaume de Naples sous la conduite du grand ca- 
pitaine. Il s'embarqua à Barceloiie avec la reine G^er- 
maine, les reines de Naples,, et grand nombre de 
noblesse castillane et aragonnoise. La tempête l'ayant 



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An ]5«S. LIVRE SBCOIID» 209 

jeté sur les côtes de Prbvénce, il entra avec une par- 
tie de ses galères dans le.port de Toulon , où le comte 
de Villards et plusieurs prélats àUèreht le compli- 
menter et le régaler de la part du roi de France. Il 
se remit en mer, et arriva le premier d^oclôlire 1 
Gênés, où le grand capitaine vint. lé juindrp avec lés 
galères de Naples , ce qui lui doanà une joie extraor- 
dinaire; de là ilpas^a'à Portofi oùles vents contrai^ 
res Tarrétèrent encore. 

Ce fut là qu'il reçut la nouvelle de la mort du roi 
Philippe son gendre, lé^ cinquième du mois d'octo^ 
bre, par le courrier que son ambassadeur Louis Fer^ 
rier lui avoit dépéehé avec les lettrés de l'archevê- 
que de. Tolède. Ferdinand fut affligé, ou du moins il 
fit semblant de FéCre, et d'abord il écrivit à ce préi- 
lat la douleur qu'il avoit de cette perte ,• et la riecon- 
noissance qu'il auroit toute sa vie des témoignages de 
son amitié. 11 lui mandoit que , s'il eut reçu son pa-* 
quet avant que d'être embarqué , -il auroit pris la 
route d'Espagne et quitté pour un temps Bes autres 
affaires-, mais qu'on savoit à Naples qu'il étoit parti, 
et qu'après la dépense qu'il avoit faite d'équiper une 
flotte , il ialloit en profiter^ qu'au reste , il lui don* 
noit sa parole qu'il termiperoit ses affaires lé plus iM 
qu'il pourroit, et qu'il reviendroit en Espagne. Que 
cependant il lé prioit instammetit^ puisque Dieu, 
pour lé bonheur de ce>royaumé, l'en avoit faiti^dmi* 
uistrateùr, d'avoir soin de là vfmù affligée et des af- 
faires de. cet état, tet del^hii' en écrire auvent des 
nouifielles. . •! . - 

7. 14 



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aïO HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. 4* '^<^ 

Ximenès ayant reçu ces lettres avec beaucoup de 
joie , les communiqua à quelques amis de Ferdinand^ 
qui en firent part à d^atttres :; ce qui- donna lieu au 
parti contraire d'accuser œ prince d'inquiëtude et 
d'ambition , et de presser, par des députations rëîtë- 
véûs^ rempereur Maxirailien de prévenir lé roi d' Arar 
goo, qui alloii qnittcir se& propres affaires pour venir 
prendre k conduite de celles de Câstille. L ardievét 
que , sachant ces intrigues , assembla le» seigneui^ , 
et leur dît qu il f rquvoit tou& les jours beaucoup de 
0kàoùD qui passoient sa capacité dana la cbarge.qulls 
lui avoient donnée *, que la retoe ne pouvanl agir à 
cause de sa douleur et de soa indisposition ^ et qae, 
n'ayant de son c6të ni aesset de crédit sur son esprit^ 
ni assez d'autotité pour léglqr toutes ehoafta à sa 
volonté:, ilJalloftt av<Hr recxHirt Ei quelqu'un pour 
qxti d^le eût do respedt , et à qui elle dhnnât un poo- 
voûr absolu et irrévocable. . ' . 

Qu'il y avoii pluâÂeuTs évâchés'vacaa^ cpi'il ueM- 
loil pas^laissersamA pasfaeurs ^ que tes tribunaux ecclé* 
siastiiigafis..étoie0t mépd&és.^ et que le marquis de 
Plftégo avoit eu laibandiesBêde rompÉe lës.JMnsoaeet 
de l&chdriles^^ priBOoni^s^ actioi^ qa^il &Iioit punir 
anfec \k dârni^cl aévérité; qu'il ua pavloitpas de k 
santé de la reine^ dent L'aiHktibh- et la grossesse pon- 
yoieîlt awoir de fôicheuaea suites^ q^'il ne visyoit que 
deux pehsDnnes oapabtea de,sni!moptmettfidÛBèuhés 
e£ de ^ouvermr cette priclcesse , ou . Maitinriliea son 
beau-ipèroyou sonpèreFe^diûaâd ; t^e l'unit i-au- 
tre étoit occupé à ses propres affaires , mais, qu'on les 



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An i5o6. LIVRE SËGOKD. 211 

prieroit de \ei^ qaitte^ pour quelque temps ^ que son 
avis étoit donc d'aller trouver la reime toti^ éiifiemble , 
et de lui demander lequel des detiiL elle aimoit mieux 
app^r. La chose ëtoit de trop grande consëcpienee 
pour la faire sans la consulter, et cet avis fut généra- 
lement approuvé. 

La reine les écouta par une petite fenêtre grillée^ . 
car d'étoit ainsi qu'elle donnoit ses audieMes depuis 
la mort de sort mari ^ et, soit que cette députation eût 
un peu réveillé son esprit, soit qu'elle eût eu par 
hasard cet iistervalle de bon sefis ^ elle leur répoiidit 
sur tous les chefs avec autant àe prudence et de rai- 
son , qu'elle eût pu Mre avant sa foiblesse : qu'dle 
avoit dessdn de vivre dana la retraite, comme il con-^ 
venoit à une vetlvc^que les affaires la chagrînoient; 
et que de plus elle sentoit bien qu'elle n'en ëtoit pa^ 
capable ^ quct si son fils Charles étoit eh %e de venir 
en Espagne, et de gouverner les royaumes que Dieu 
lui avoit donnés, il n'y auroit pas antre chose à dési- 
rer; mais que n'étant pas en cet état, son intention 
seroit d'appeler le roi son père , qui eonntoissoit le 
royaume , et qui l'avoit rétabli et augmenté par ses 
travaux^ que pour Maximilien ; il ëtoit asse? chargé 
du poids de l'enpire , et qu'une administration nou- 
velle et ëtrangtee l'accableroit; que, pour la nomina- 
tion des évéquesc, une femme comme elle n'avoit pas 
assez de lumière pour foire de ces sortes dé choix, 
qu'on attend que son père vînt , qui cormoissoit les 
tâdens et lemérite diss personnes. 
< Comme l'archevêque et les autres lui eurent rc- 



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2 12 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5oG. 

parti que c'était une affaire de conséquence pour 
l'Église , parce que les diocèses souffroient d'être 
ainsi privés de pasteurs , et qu elle pouvoit prendre 
conseil de quelques-uns de la compagnie, elle ré- 
pondit : Je crois qu'il vaut mieux qu'il n'y en ait point 
pour quelque temps, que si j'en établissois d'indi- 
gnes ou d'incapables. Car ne pourriez- vous pas avoir 
des amis que v<>us seriez bien aises d'avancer? Us la 
conjurèrent, puisqu'elle étoitdans cette résolution, 
d'écrire au roi son père , pour le prier de se hâter 
de venir. Alors, son esprit s'affoiblissant, et ne pou- 
vant plus soutenir son application, elle leur répondit 
que le roi d'Aragon avoit assez d'affaires en Italie 
sans le charger encore de celles de Cas tille ^ que, s'ils 
en jugeoient autrement, ils prissent. la peine de lui 
en écrire. 

Sur cela, les seigneurs se retirèrent, et l'on ne 
parla plus de Maximilien. Mais l'égaremenit de l'es- 
prit de la i^ine étoit un grand obstacle aux bonnes in- 
tentions de l'archevêque. Soit que ce fût un accident 
causé p^r une fièvre maligne , soit qu'elle eût tiré 
cette maladie d'esprit d'Isabelle de Portugi^l sa grand- 
mère, qui en avoit été affligée, soit que ce fût un 
charme qu'une maîtresse du roi avoit £adt jeter sur 
elle, comme quelques-uns avoient pen$é, elle n*étoit 
plus capable d'aucune affaire. Il lui étoit resté de 
l'imagination et de la mémoire qui, n.'étant pas ai- 
dées de la raison , ne Êiisoient que la confondre sur 
les choses présentes. On ne pouvoit avoir audience 
d'elle. Elle ne vouloit-rien signer^ et comme dans 



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A» i.lo^. LIVRE SECOND. 2l3 

ses bons intervalles elle s'éloit aperçue de sa foiblesse, 
elle étoit devenue timide et soupçonneuse , et croyoit 
toujours ou qu'elle alloit se tromper, ou qu'on alloit 
la surprendre. * 

Quoiqu'elle n'eût ni le discernement ni l'applica- 
tion qu'il falloit pour les affaires , elle ne pou voit 
souffrir ceux qui s^en chargeoient, et jamais princesse 
ne fut plus jalouse de son autorité. On voulut quel- 
quefois lui dire que l'archevêque de Tolède ëtoit 
loge dans le palais , et qu'elle pouvoit le consulter , 
elle répondit : C'est pour me tenir compagnie, et 
non pas pour se mêler de mes affaires -, je n'ai pas 
besoin de ses conseils. On la pria d'agréer qu'on dé- 
putât au roi son père, pour le solliciter à venir 
promptement gouverner ses états avec elle. Je soU- 
haiterois bien qu'il vînt, dit-elle , pour iha- consola- 
tion , sans dire un seul mot du gouvernement. . 

Le feu roi , dans moins d'une année de règne , avoit 
tellement dissipé ses finances , qu^il ne pouvoit p>rès- 
que plus soutenir son rang, nr fournir aux dépenses 
ordinaires de sa maison. Louis Marlian , Milanois , 
son médecin et son conseiller , qui fut depuis évêque 
de Tuy , lui avoit ouï dire dans ses chagrins : Mal- 
heureux que je suis ! quand je n'étois xjue comte de 
Flandre, j'avois de quoi vivre avec splendeur, et de 
quoi donner avec abondance *, maintenant que je suis 
devenu le plus grand Foi du monde, je n'ai pas de 
quoi vivre ni pour moi ni pour les miens. Après sa 
mort les domestiques qu'il avoit amenés en Espagne, 
s'adressèrent àl'archevéque de Tolède, et le prièrent 



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2l4 HISTOIRE DU GARD. XJMENES. An i5o6. 

de faire vendre les meubles et la garde- robe du feu 
roi, pour les payer et pour leur donner moyen de 
s'en retourner en leur pïiys. Ce prëJat les présenta à 
la reine, lui exposa la justice de leur demande , et 
Tobligation qu'elle avoit d'y satisfaire. Elle écouta 
leurs raisons, prit leur requête, et leur répondit 
froidement : Je ne me charge que de prier Dieu pour 
rame du roi mon mari. Et les laissa non- seulement 
sans secours, mais encore sans espérance. 

Le conseil royal ayant jugé nécessaire d'assembler 
les états de Castille , on ne put jamais obtenir qu elle 
signât les lettres de convocation , et Ton fut obligé 
de prendre acte de son refus et de passer outre. Peu 
4e jours après elle envoya ^dire à Tarchevéque qu'il 
eût à sortir du palais, et congédia en même temps 
tous les serviteurs de son père et les siens , pour 
prendre ^es Flamands à son service -, ce qui aUoit 
^ayser de grands désordres , si Jeanne d'Aragon , fille 
naturdie de Ferdinand et femme du connétable, qui 
avoit qi^elque crédit sur son esprit, ne l'eût apaisée. 
Ainsi tes affaires ne finissoient point ] les partis se 
formoient et se fortifioient impunément; et, dans 
un temps de confusion et de trouble, il iàUoit or- 
donner sans autorité et même contre Tautorité son* 
veraine» L'archevêque , ennuyé de se voir traversé et 
de; prendre toiyo^irs tout sur soi, proposa plusieurs 
fois de faire déclarer h reine incapable de gouverner; 
^ais Ferdinand ne voulut, pas qu'on donnât oe dé- 
pl?iisir à sa fille v et le conseil crut :qu'il &Uait ména- 
ger l'honneujr de la maison royale i<^t A^ Ja iiAtion. 



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An i5o6. JLIVRB SECONO, %l5 

Toate TEspague savoit pourtant Tinfiront^ cte cettf 
princesse. Le jour de la Toussaint elle TOuJui aller à 
la chartreuse de Mirafleurs où elle fit ses dévotions. 
Elle y £na^ et , après avoir ouï vêpres et le sermon ^ 
Tenvie lui prit de faire ouvrir le tomhcsau du roi sq4 
mari. Les religieux firent quelque difficultjé; mai^ 
elle leur ordonna de se retirer, disant qu'elle prétea^ 
doit faire emporter ce corps à Grenade^, et recoa^ 
nctttre si les Flamands ne Tauroient poi<Lt enlevé. 
L'<ivâquB de Burgos arriva là-de8SM3 tft voulût lui re^ 
présenter qne ce qu'elle iaisoit étpit contraire au^ 
lois , aux sainifi canons de ixglise et au testament 
même du feu roi. Elle s'emporta 9 et commanda avec 
de terribles menaces, à tous ses gens, d'ouvrir le tom- 
beau , et de tirer le cercueil dehors. Gomme elle éti^t 
fort avancée dans sa grossesse , et qu'il éloit à craiiir 
dre cp'elle ne vînt à se blesser, on ne voulut pas 
l'irriter et on lui obéit quoique avec regçet, Le noncfs 
du pape, les ambassadeur^ 4^ Toiûpereur et du r<Mi 
catholique , et quelques é¥éc|ues, furent appdés pour 
reconnoître ce corps qui n'avo&t pltis figure d'hoiu- 
me. Elle le regaitik et toucha plusieurs fois sans ré- 
pandre une seule larme. Après quoi on re&Fma le 
cercueil qu'elle fit couvrir :de plusieurs pièces d'^U^if- 
fes d'or et de soie. 

Cependant Ferdinand écrivoit à jbovts .tes g^^aud^ 
des lettres civiles et obligeantes 9 et re^ommand^ÂJt ià 
l'archevêque de Tolède de leur persuader à tous de 
se confinriner de bonne grâoe au testameHit ^e la ri^ine 
Isabelle, sut* le sujet de sa régence, et de reVenîr à 



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Il6 HISTOIRE DU GARD. XIMENES. Ao i5o6. 

lui , en sorte qu'il parût plus d'affection et de volonté 
que de criainte ou de politique. Il lui envoyoit même 
des pouvoirs en blanc pour lui et pour les autres, 
selon qu'il le jugeoit convenable au bien public. 11 
lui adressoit une lettre circulaire pour la faire distri- 
buer à toutes les villes , dans laquelle il témbignoit 
qu'il ressentoit une tendresse extrême pour sa fille , 
pour ses petits - fils et pour ses états *, qu'étant sorti 
comme il étoit de la maison de Casfille^ qu'ayant 
employé la meilleure partie de sa vie à rétablir ce 
royaume, à l'accroître et à l'entretenir en paix ; pour 
accoiiiplir ce que Dieu et sa conscience l'oMigeoient 
de faire, et pour reconnoître l'affection et la fidé- 
lité avec laquelle ces peuples l'avoient servi , il se 
disposoit à partir de Napïes pour venir les gouverner 
avec douceur et avec justice. 

L'archevêque fut le premier à se déclarer et pro- 
testa haiitèment que , si les seigneurs se rangeoient 
du côte de Ferdinand, il se joindroit à eux, sinon 
qu'il le serviroit seul deitbul son crédit et de tout le 
bien qu'il tenoit de lui. Le connétable et l'àmirante 
suivirent cet exemple. Lés autres s'assemblèrent plu- 
sieurs fois, et le résultat de leurs conférences fut 
d^obÛger le roi catholique, au cas qu'il revînt, 
non - seulement de leur pardonner leur haine , mais 
encore d'acheter leur amitié. Ximenès les entre- 
tint l'un après l'autre, et reconnut qu'il ne tenoit 
plus qu^^ de petites passions et à dels intérêts parti- 
culiers qu'ils ne concourussent aii bien public.^ Le 
duc de Najare lui répondit : J'honore le roi d'Ara- 



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An i5o6. LIVRE SECONDE 217 

gon , et si lé connétable n'étoît pas son gendre , je ne 
voudroïs pas d*autre roi , ni d'autre gouverneur en 
Castille. Le marquis de Villène lui dit aussi : Qu'il 
me rende ce qui m'appartient, et qu'il ne se laisse 
pas gouverner paï" leducd'Albe, etje.nerempêchc- 
rai pas de régner. Le duc de l'infantadeparoîssoitun 
peu moins ferme qu'il h'avoit été, etiaisoit entendre 
que, si on lui donnoit l'évéché de Placencia pour un 
de ses fils, il né seroit pas intraitable. Les Flamands, 
à qui le roi I^hilippe avoit donné la plupart des gou- 
vernemeus et des charges, voy oient bien qtfils ne pou- 
voient s'y maintenir, etsongeoientà les remettre pour 
quelque argent entre les mains des serriteurs du roi 
catholique. 

Les choses étant ainsi disposées, l'arcbevéqué 
manda à Ferdinand qu'il espéroit que bientôt , amis; 
ennemis, tout reviendroil à son devoir; que pour 
lui, il étoit d'avis que sa majesté ne leur accordât 
pas tout ce qu'ils demandoient*, mais qu'elle pardon- 
nât à tous -, qu'elle réparât le dommage qu'elle avbit 
fait à quelques-uns*, du reste, qu'elle fît du^bien à 
ceux qui l^imoient pour augmenter leur amitié, et 
à ceux qui le craignoient pour leur donner de la con- 
fiance. 

Le roi catholique profita de cet avis. Il fit dire au 
marquis de Villène qu'il oublioit pour toujours ses 
offenses; mais qu'il se souviendroil de ses services f 
de la blessure qu'il avoit reçue à la guerre de Gre- 
nade, de l'affection avec laquelle il vint au secours 
de SalsQs tout malade qu'il étoit. 11 lui fit offrir Vil- 



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2l8 HISTOIRE DU CABD. KIMENÈS. An i5o6. 

lène et Alniansa , villes depuis peu réunies au do- 
maiue, et donna pouvoir à Tarchevéque de négocier 
avec lui. Il envoya ordre à Garoilasso de se rendre 
auprès de la reine ; lui promit de se servir de ses con- 
seils et de lui donner sa confiance *, et ce seigneur, de 
son côté , lui écrivit en ces fermes : Ne pensez pas , 
sire , que j'aie oublié ce que je vous dois. Je sens 
également le bien que vous m'avez fait autrefois et 
Thonneur que vous- me faites aujourd'hui. Usez à 
mon égard de votre clémence accoutumé^ ^ et, comme 
je ne puis avoir un meilleur maître, je prie votre ma- 
jesté de croire qu'elle ne peut avoir un plus fidèle 
serviteur. Pendant que l'archevêque travailloit à ra- 
mener les esprits par ses raisons et par ses.projnesses, 
les ambassadeurs de l'empereur Maximilien persua- 
dèrent à la reine que le royaume étoit perdu si le roi 
son père venoit. Ils lui firent pepr de la reine Germaine 
sabelle^nère, et lui dirent qu'elle alioit être dégradée 
par la domination de l'un, et désolée par l'humeur 
vaine et impérieuse de l'autre. Ses inquiétudes l'agi- 
tèrent,- et, quoiqu'elle fût sur le point d'accoucher, 
elle eut envie de sortir de Burgos. Elle fit venir Xime- 
nè/s et lui dit : Qu'elle ne pouvoit plus vivre dans une 
ville où son mari étoit mort ; qu'il se préparât à partir 
lui et toute la cour le lendenuiin. Avant son départ, 
elle déclara qu'elle révoquoit toutes les grâces que 
le leu roi avoit jEaites depuis la mort de la rçine Isa- 
belle. Le secrétaire dressa la déclaration, et quatre 
conseillers d'état eurent ord^e de la signqr et de la 
faire publier incessamment. Cette démarche révolta 



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An i5o6. LIVRE SECOND. îiig 

tous les grands , e| rompit toutes les mesures que 
l'archevêque de Tolède prenoit avec eux. 

La reiae se mit en chemin , sans qu on sût où elle 
avoit dessein d'aller. Elle passa par la chartreuse de 
Mirafleurs, pour y prendre. le cercueil du roi Phi- 
lippe y qu'elle faisoit traîner après elle dans un car* 
rosse à quatre chevaux. Deux religieux par son ordre 
accompagnoient ce corps , dont l'un , par simplicité 
ou par flatterie ayant loué la constance de son amour, 
et lui ayant conte quelques histoires fabuleuses de 
certains rois qu'on disoit être revenus envie, plusieurs 
annéi^s après leur mort, avoit donné à cette princesse 
des espérances ridicules qui l'entretenoient dans sa 
folie. Il étoit fôcheux de la voir voyager vers le terme 
de sa grossesse, et de donnée aux peuples le. triste 
spectacle des extravagances qu'elle faisoitç mais elle 
n'avoit d'autre raison que sa volonté , et de peur de 
l'aigrir il fallut la satisfaire. On résolut de la mener 
à Valladolid ; mais comme elle fut à moitié chemin 
dans le bourg de Torquémada , il lui prit fantaisie de 
demeurer là, et vingt jours après elle accoucha de l'in- 
fante Catherine , le quatorzième de janvier (an 1507). 
L^archeveque baptisa cette princesse avec peu de so- 
lennité ^ à cause du deuil de la cour. La peste et la 
disette firent cette année-là de grands ravages dans 
l'Espagne ; et, éomme la maladie s'échauffoit à Tor- 
quémada, et que pliisiieurs femmes en étoient mortes 
dans le palais ^ on proposa à la reine à- en sortir^ mais 
quelque dài^r qu'il y eèt, quelque prière qu'on loi 
fit, eUe 16 répMhdit autre ehôs^ sinon qu'elle n'étoit 



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220 HISTOIRE DU CABD. XlMENES. An 1007. 

pas encore bien remise de sa couche et qu'après cela 
elle verroit. 

Ximenès ne jugeant pas qu'il fallût exposer tant 
de monde déclara qu'il ëtoit libre à chacun de se reti- 
rer, et transféra le conseil royal à Palencia. Pour lui, 
il demeura toujours auprès de la reine avec le con- 
nétable et quelques autres seigneurs qui Taccom- 
pagnoient. Ce fut en ce temps-là que se fit la réforme 
al}? conseils Tous ceux que le feu roi y avoit intro- 
dbûts, et qu'on savoit que les Flamands y avoient fait 
mettre par argent en furent tirés ; et l'ou rappela à 
leur place ceux à qui Ferdinand avoit donné autre- 
fois de pareilles charges. Ce changement se fit par 
l'autorité de ce prélat qui le crut nécessaire pour le 
bien du royaume. On publia que c'étoit par ordre de 
la reine, mais les gens habiles ne purent se persuader 
que cette princesse, qui n'avoit jamais voulu per- 
mettre qu'on cassât quelques Flamands qui avoient 
été dé là musique du roi , se fût mise en peine de 
faire déposer des conseillers d'état. 

Durant le séjour que la cour fit à Torquémada, 
l'archevêque fut à Cisnéros pour y voir la maison de** 
ses pères ^ et dans l'élévation où il étoit, il ne roé^ 
prisa pas les restes d'une parenté médiocre. La suc- 
cession étoit échue, par le défaut de mâles , à MaT:ie 
Ximenès , fille de Garcias Ximenès* Leâ habitans du 
bourg allèrent au devant de lui et le reçurent avec 
toutes les marques de joie qu'ils purent donner. Il les 
caressa tous et les pressa de lui' dire quel service il 
pouvoit rendre à sa patrie. Ces bannes geiif , après y 



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An 1(^07. LIVRE SECOND. ââ I 

avoir pensé quelque temps , lui dirent que le gouver- 
neur de la province leur envoyoit tous les ans deux 
commissaires qui les tyrannisoient sous prétexte de 
mettre ordre à leurs affaires, et le prièrent de leur 
permettre de nommer eux*mêmes deux deleurs coa- 
citoyens pour juger les procès et terminer les diffé- 
rends qui sucviendroieut ^ ce qu'il leur accorda très- 
volontiers. 

Cependant, la peste s'allumant de jour en jour , la 
reine se détermina enfin de partir de là ; mais à peine 
eut-elle £ùt une lieue et demie que , passant par un 
petit village nommé Hornillos, et voyant une ferme 
sur le chemin assez bien bâtie, dont le paysage 
étoit agréable, elle s'y arrêta; et quelque instance 
que lui fissent larcbevéque et les autres seigneurs , 
ils ne purent l'obliger de passer outre. Gommé ils 
voulurent lui remontrer qu'elle n'éloit pas loin de 
la.ville de Palencia où elle seroit plus commodément, 
elle leur répondit que cette solitude lui convenoit, 
et qu'il n'étoit pas séant à une veuve de demeurer 
dans les belles villes. 

Pendant qu'ils furent là, il arriva coup sur coup 
des nouvelles de divers soulèvemens dans le royaume. 
11 y avoit de grands troubles dftrfs Médina^el-Campo 
pour l'élection d'un abbé. Le ct^te de Lémos s'éloit 
saisi dePonferrat à force d'armes et y avoit mis gar- 
nison. La ville d'Ubéda étoit divisée &t\ deux factions 
et tout y étoit en feu. Tolède et Avila menaçoient 
de se révolter. Le comie de Tendille mandoit que'k 
province de Grenade étoit en grand danger, et que 



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212 HISTOIRE DU CÀRD. XIMËNÈS. An 1607. 

les soldats qai gakrdoient cette cote,. alloient déserter 
s'ils ii'étoient payés. Tous ces avis donnèrent beau- 
coup d'inquiétude à l'archevêque 5 car, outre la défé- 
rence qu'il falloit avoir pour la reine, à qui l'on 
rapportoit tout quoique inutilement^ il jugeoit à pro- 
pos de réserver ces sortes d'affaires à Ferdinand qui 
mandoit par tous les courriers qu'il seroit bientôt en 
Espagne. De plus, sa régence n'étoit pas encore assez 
affermie pour entreprendre tant de choses à la fois. 
Cependant^ comme il n'étoit pas sûr de mépriser ou 
de dissimuler ces sortes de rebelHons, il conféra avec 
les seigneurs des moyens de ranédier à ces désordres. 
Us furent d'avis que , puisqu'ils ne pouvoient étcmffer 
le mal, il faUoit du moins l'arrêter jusqu'à ce que le 
roi d'Aragon fût arrivé , et que cependant Tarche- 
véque auroit soin de pacifier toute chose selon sa 
prudence et par l'avis du connétable. 

Ximenès se chargea de tout. 11 envoya des commis- 
saires à Ubéda, qui firent pendre les chefs de Ja sédi- 
tion. Il fit de terriiiles laenaoes à ceun de Tolède et 
d'Avila , s'ils ne vivoient en repos. Il envoya pouvcHr 
au comte de Tendille d^ tirer de l'argent des tréso- 
riers de la province , et de payer les. soldats. Poor 
l'attentat du comte de Lémos, comme il étoît de con- 
séquence, il donna des troupes au comte de Béné- 
veu| et au duc d'Albe , pour l'assiéger dans sa place 
et le prendre prisonnier. Ce comte , qui se sentoittrop 
foible pour se jmaintenir dans sa possession , et qui 
ciaign^it l'arrivée du rpi d'Ara^pooi, écrivit à l'ar- 
çhevéque qu'il posoit les armes et se r^Biettoit de 



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An iSùf, LIYBE SECOND* 2^3 

4€mt à Ferdinand quaûd il seroit sor les lieul ; que 
cepeftdant «a trouvât boa qu'il se tînt' à Pooferrat^ 
et qu'il ne serôit pas inutile pour le service du roi 
dans une contrée toute disposée à la révolte. Mais ce 
{Mrëbt lui manda que^ s'il n'en sortoit promptement 
avec sa garnison , il alloit faire marcher contre lui non-* 
seulement le comte de Bénévent et le duc d'Albe^ 
mais encore toutes les forces de Castille^ Cette m^ 
nace ^i auroit bientôt été suivie du châtiment , étoin^ 
na le comte , et peu de jours après on sut qu'il avoit 
obéi. 

Paemî ces afl&ires publiques, il en survint une à 

l'archevécpie, qui le regavdoit en particulier et qui lui 

fitasse&i de peine. Un bénéfice considérable étant v€m 

au à vàqiier dans son diocèse aux environs de Guada» 

lajaFa , il en envoya les provisions à Pierre Martyr 

d'Anglëfia dont le nérite lui étoît connu. Bernardiii 

de Mendoza^ frère du duc de l'Infantade et archi^ 

diiacrede ce qnartser^à, en avoit déjà pris possession 

eu vertus des lettres expectatives cpi'il avoit autrefois 

obtenues du pape Alexandre Yi , et prétendent^ sY 

nÉainftmir à ttain armée. Ximenès Bat piqué de ce pVè-^ 

aéiéy dfautant plud cpi'on disoit qu'il avoit tort de 

disputar aux autres on droit qu'il avoit autrefois soif 

tenu InMnéme contre son archevêque. Il répondoit à 

eela que; le pape Alexandre étoît mort ; et que ces 

sottes éi privilèges n'avoient plus de lieu quand le 

pvottlife. qui les arvoîent donnés n'était plus*, et que 

sous ce fifétbiste o» entreprenoit sur ses droits, et 

l'on faisoît viokotte à l'Église et à ses minf8tpe&. Il 



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224 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An iSo?. 

s'ea plaignit au duc de llafantade , et le pria de por- 
ter ton frère à rentrer dans son devoir , et à ne pas 
donner occasion de. procéder contre lui par les cen- 
sures ecclésiastiques , ajoutant que , si les armes spiri- 
tuelles ne Tétonnoient pas ^ il envoieroit des troupes 
qui valoient mieux que cessoldats qu'il, avoit mis 
dans Téglise , comme dans une place d'armes pour la 
défendre. 11 en écrivit à peu près en ces termes. à Tar- 
chidiacrie^ qui jugea à propos , après y avoir bien pen- 
sé , de renoncer à sa prétention. 

En ce temps -là les troubles recommencèrent, et 
la crainte qu'on avoit de Ferdinand croissant à me- 
sure qu'on étoit plus près de son arrivée, les grands 
du royaume se divisèrent. Les uns soUicitoient Tem- 
pereur Maximilien de faire valoir les droits qu'il avoit 
sur la Castille. Ils offroient d'entretenir à leurs dépens 
quatre mille Allemands qu'on croyoit prêts de s^em- 
barquer*, et l'on rapporte qu'un religieux alla révé- 
ler à l'archevêque de Tolède, comme un secret de 
co^iession , qu'on avoit eu. dessein d'empoisimner la 
Reijaa^eanne , parce que Maximilien par cette mort 
devieaoit sans contestation le tuteur de l'archiduc 
Charles son petit- fils. Les autres réveiUoient les 
droits éteints et les prétentions imaginaires du roi^de 
Portugal, et s'engageoient à le recevoir s'il venoit 
avec une armée. Quelquesnans recouroient au roi de 
Navarre. Il y en avoit qui ne vouloient reconnohre 
que l'archiduc Charles , et presque tous- convenoient 
de s'opposer à la régence et à l'entrée du'voi Ferdi- 
nand. L'amirante levoit des troupes. Le duc de 



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An i507. LIVRE SECOND. 5^5 

Najare vint à la cour escorte d'un grand nombre de 
gentilshommes et de soldats; don Manuel arriva à 
Torquémada avec une compagnie de gens d'armes. 
Le marquis de ViUène et le connétable, sous pré- 
texte de grossir leur train , ^nrôloient leurs vassaux. 
Ximenès résolut de se fortifier contre tant de mau- 
vaises intentions. Il employa les cinquante mille du- 
cats, qu'il avoit autrefois prêtés au roi Philippe, à 
payer les compagnies des gardes, qu'il retint par 'ce 
moyen dans le service, ce qui fat le salut de l'état. 
Aussi en fut-il le maître depuis ce temps-là , en sorte 
que les officiers prêtèrent serment entre ses mains. 
Il fit lever encore cinq cents fantassins et deux cents 
chevaux qu'il entretint à ses dépens , et par là il retint 
tout le monde dans le respect. Le marquis de Villène 
le vint trouver et lui dit qu'il l'avoit toujours regar- 
dé comme le médiateur et le pacificateur des grands 
du royaume; mais que depuis qu'il menoit avec lui 
des gens de guerre , il ne le considéroit plus que com- 
me un gyand d'Espagne. L'archevêque lui répondit 
qu'il n'étoit armé que pour maintenir la paix dans 
l'état , et pour faire rentrer dans l'ordre et dans le 
devoir ceux qui auroient envie d'en sortir. 

On vit bien qu'il n'étoit^as/possible de l'épouvan- 
ter; on tâcha de donner des soupçons de sa fidélité 
au roi catholique qui, tout défiant qu'il étoit natu- 
rellement, ne put douter d'une probité qu'il avoit si 
souvent éprouvée. On fit entendre aux principaux du 
conseU royal que Ximènès s'attribuoit toute l'auto- 
nté, au lieu de la partager avec eux; et il fit voir 

7- ,5 



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2^6 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An iSo^. 

qu'il s'en servoit pour le bien de l'état, et non pas 
pour ses intérêts particuliers. On votilut enfin irriter 
la reine contre lui , mais la Ibiblesse de son esprit ne 
lui permettojit pas de prendre des impressions vives 
et durables ; et comme elle n'étoit pas capable de 
s'affectionner aux uns, elle ne l'ëtoit pas aussi de 
nuire aux autres. 

CetteTrincesse ne voj^oit personne. Elle ne sortait 
de sa chambre que pour aller à l'église, où elle ren- 
doit de fréquentes visites au corps dç son mari. Toute 
la cour alors la suivoit, et le peuple acconroit en fou- 
le. C'étoit nn spectacle digne de pitié. Elle étoit vê- 
tue d'un gros drap noir qui la serroit autour du cou, 
sur lequel débo^doit un grand bonnet noir où sa tête 
étoit enfoncée *, ses manches lui cachoient les mains, et 
un voile épais, en forme de mante, lui descendoit de- 
puis la tête jusqu^aux pieds. EUe passoit les jours en- 
tiers dans une tristesse sombre , dont die paroissoit 
tout occupée , sans se plaindre et sans répandre une 
lanne dans sa plus grande affliction. Car on rapporte 
que dans le fort de sa jalousie , ayant une fois suq^ris 
son mari avec sa maîtresse , elle en fut si touchée et 
pleura si abondamment, que depuis elle ne pleura 
jamais {dus, comme si la force de Ja douleur eut sé- 
ché la source des larmes. 

Dans les voyages qu'elle fit, elle ne marcfaoit que 
la nuit , et comme on Tavertissoit q\xe c^étoit une in- 
commodité pour elle et pour sa cour, elle répondoit : 
Qu'une honnête femme, après avoir perdu son mari 
qui étoit comme son soleil , devoit fuir la InmiÂre du 



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An i5o7. LIVRE SECOND. 327 

jour, et ne marcher que dan,s les ténèbres. Ce qu'il y 
avoit de plus extraordinaire, c'est qu'elle faisoit por- 
ter le cercueil de sùn mari de ville en ville et de 
bourg en bouîg , comme pour lui faire des iùnërailles 
perpétuelles. Une longue suite de gens à pied et à 
cheval avec des flambeaux allumés, euvironnoient ou 
accompagnoient ce corps, sur lequel elle jetoit sou- 
vent les yeux, et dès qu'elle étoit arrivée^ On alloit 
le remettre dans la paroisse du lieu 9 où les chape- 
lains de la cour lui fàisoient tous les matins un service 
aussi solennel que s'il ne lut mort que du jour d'au- 
paravant^ 

On racojEite sur ce sujet qu'une vieille femme, pen- 
dant que l'archiduc débarquoit dans la Galice , avoit 
dit en le regardant : Allez, pauvre prince, vous ne 
serez pas long - temps avec nous , et; votts vous pro- 
mènerez plus dans la Castille après votre mort que 
durant votre vie. Ceux qui gardoient lecerctieil dans 
réglise, avoient çrdre de veiller très- exactement, et 
d'empêcher surtout qu'aucune femme ne le touchât. 
C'étoit par cette bizarre jalousie que les femmes 
ëtoient devenues insupportables à cette princesse. ËIIq 
n'avoit pas voulu que Jeanne d'Aragon ni la marquise 
de Dénia la suivissent dans ce voyage, quoiqu'elle 
se plût d'ailleurs à leur entretien-, etcomme elle alloit 
de Torquémada à Uornilloi , ayant aperçu une ab- 
baye, elle eut envie d'y loger, et fit arrêter le convoi; 
maûs ayant su que c'étoit un monastère de fiUes, elle 
aima mieux camper ^ et laisser jusqu'au lendemain sa 
f^ompe funèbre en pleine campagne. 



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2^8 HISTOIRE OU CARIK XIMEIIÈS. An 1507. 

L'archeyéque, au milieu de tant d'ennemis ou de 
mécontens, ne pouvoit tirer aucun secours de cette 
princeBsel Les divisions qui arrivèrent en ce temps- 
là au sujet de Tinquisition ne lui donnoient pas moins 
d'embarras, parce qu'eUes scandalisoientles peuples. 
Du temps de la reine Isabelle on avoit arrêté plusieurs 
personnes , par ordre du saint office de Tinquisition, 
pour crime d'hérésie, d'impiété ou d'apostasie. Les 
criminels avoient été jugés ; ils avoient récusé leurs 
juges -, les sentences étdient suspendues. On produi- 
soit des témoins qui justifioient les accusés, et d'au- 
tres qui accusoient une partie de la noblesse de Cas^ 
tille et d'Andalousie. Le dessein étoit de mettre de la 
i^onfusion dans cette justice , par le grand nombre des 
gens qu'on chargeoit ou qu'on déchargeoit, de dé- 
crier les juges , de troubler l'ordre des affaires et des 
procédures, et de rendre cette juridiction odieuse. 
Le roi Philippe, qui n'avoit pas été élevé dans ces 
usages , et qui ne Êdsoitpas grand cas de ce tribunal , 
avoit donné lieu à ces désordres. Ceux quifavorisoient 
les coupables , se ibrtifîoient tous les jours, et comme 
*ils étoient riches et accrédités, ilscorrompoient grands 
et petits par leur argent et par leurs cabales. 

De là vinrent les plaintes qu'on fit contre l'arche- 
vêque de SévîUe, qui exerçoit la- charge de grand 
inquisiteur. La ville de Cordoue lai demanda justice 
contre Luzéro qu'il avoit fait commissaire du' saint 
office. Ce prélat ayant voulu prendre du temps pour 
être informé tfe sa conduite, le peuple s'émut, on 
enfonça les portes de l'inquisition , ou mit le$ pri- 



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An 1507: LIVRE. SECOND, 219 

sonniers en liberté, et tout le royaume prît parti pour 
les uns bu pour les autres. Ximehès ri^arda cette 
affaire comme une des plus importantes^ et qui poui^ 
roit avoir de pMs grandes siiites. Le connétable et le 
duc d'Âlbe firent instance auprès dut pape et auprès 
du roi pour faire révoques la commission de l'ar- 
cheyéque de Séville , et pour la' remettre entre les 
mains de l'archevêque de Tolède. 

La présence de Ferdinand devenoit tous les jours 
plus nécessaire. Les lettres pressantes t[ue Xinienès 
lui ëcrivoit, et plus encore la crainte qu'il eut d'être 
prévenu par Màximilien, TôbUgèrent enfin de par* 
tir. Comme il ëtoit habile et attentif à ses affairés, il 
mit ordre à tout avant son départ. 11* envoya d^s am-' 
bassadeurs au pape pour lui rendre hommage du 
royaume deNaples, et pour lui offrir toufe les seciour^ 
dont il'pauvoit avoir besoin pour se maintenir dans 
la possession des états de Boul(%ne, que sa sainteté' 
venoit de recouvrer. Par complaisance pour Louis XII, 
il entra dans la ligue contre les Vénitiens , il offrit ses 
services au maréchal de Chaumont gouverneur du 
Milanois, et^ parce que les &éhois avoieht déplu au 
roi très -chrétien, il défendit dans" tout le royaume 
de Naples et de Sicile qu'on leur fournit ni blés ni 
autres commodités pour la vîe. Il prit même des me- 
sures de loin avec les cardinâîtix , au cas que le saint- 
siège vînt à vaquer. 11 ne lui restoit qu'une inquié- 
tude. Le roi de France, par un article du dernier traité 
fait avec lui, avoit donné pour dot à la reineGermaine 
sa iiièce la partie du royaume de Naples qui lui ap- 



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23o HISTOIRE DU GARD. XIMEKÈS. An i5o7. 

parteaoit. Ferdinand auroit bien voulu qu'il en eût 
fait une cession et une renonciation entière k lui et à 
ses successeurs. 

U fit dire au cardinal d'Âmboise, premier ministre 
du roi très-chrétien , qu'il ne désirôit rien tant que 
de pouvoir établir une amitié et une union perpé* 
tuelle et indissoluble avec la France pour le repos 
des deux couronnes , et pour le bien général de k 
chrétienté ; que rien n'y pouvoit tant contribuer que 
Vexaltation d'un homme de bien comme lui au sour 
v^rain pontificat*, mais qu'encore que sa grande pas* 
sion fût de le voir dans la chaire de Saint -Pierre, il 
seroit difficik^de 1^ élever, si l'on ne redressoit cer- 
tains articles qui déplaisoient aux cardinaux ses 
sujets et ses amis* Qu'il fit connoitre au roi son maitre 
que le royaume de Naples appartenoit par droit de 
succession et d'héritage à la maison d'Aragon ; que 
les partages et les prétentions difi*érentes étoient des 
sources de discorde pour l'avenir; que les en&ns qu'il 
espéroit que Dieu lui donueroit de la reine, auroient 
l'honneur d'être de son sang, et par conséquent éte^ 
nellement attachés à la France ; que François de Va- 
lois, duc d'AngouJéme, qui devoit succéder à la 
couronne 9 n'auroit pas pour eux la même considé- 
ration que Louis , parce, qu'ils ne lui toucheroient 
pas de si près ; quç ce seroit une œuvre digne d'un 
roi très-chrétien'd'ôter toute occasion de guerre et 
de mésintelligence eiitre leurs maisrons , et d'aflermir 
entre eux une bonne paix, qui passât même à leurs 
desceudaus. IlotTroit de constituer à la reine, et après 



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Aa i5o7. LIVRK S£GOISD. a3l 

elle à ses enians, dix mille florins de pension, et de 
donner au roi et à ses héritiers cinq cent mille dncats 
outre ceux qui étoient portés par le traité. Mais ses 
soUieitations Inreat inutiles. Le rûi étoit entré^en 
quelque défiance, depuis que, dans les états tenus à 
N»ptes, Ferdinand ayoit*iait pïéter le serment à la 
reine Jeanne, et non pas à la reine Germaine. 

Le dernier coup qu il fit fut de déposséder le 
grand capitaine. 11 le soupçonnoit d'avoir eu dessein 
de s^emparer du royaume de Naples,|ou de Tavoic 
voulu garder avec le secours de Tempereur comme 
une dépendance de la couronne de Castille^ pour le 
remettre à Farchiduc Charles. Il se plaignoit de la 
dissipation qu'il avoit faite de ses finances, et de Tau* 
torité souveraine avec laquelle il avoit disposé des 
diarges de Tétat, soit dans la paix, soit dans la 
guare. U résolut de le ramener avec lui en Espagne, 
et de couvrir Tinjustice qu'il lui faisoit de toutes les 
apparences d'honneur imaginables. II fit dresser pour 
cela un acte public qui contenoit un éloge magnifi- 
que de oe grand homme, une protestation solennelle 
des obligations qu'il lui avoit, et un témoignage au* 
thentiqiie qu'il vpuloit rendre de sa fidélité et de sa 
valeur à tous les princes et à tous les peuples , nonr 
seulement du siècle présent, mais encore de tous les 
siècles à venir. Avec toutes ces louanges il lui 6ta la 
vice-royauté, et mit en sa place don Juan d'Aragon 
son cousin, comte de Ribagorça. 

Après ce\à le roi catholique partit de Naples avec 
seize galères et grand nombre de navires où il avoit 



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^il HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5o7. 

embarqué ses troupes. L'heureux succès de son ex- 
pédition, les applaudissemeus de toute Tltalie, les 
nonces que Jules II lui avoit envoyés pour le félici- 
ter, Talliance qu'il avoit faite avec la France, toute 
cette gloire lui faisoit oublier les affronts qu'il avoit 
reçus en Espagne. Louis Ferrier, qui faisoit les fonc- 
tions d'ambassadeur auprès de la reinje , représenta à 
cette princesse qu'il étoit à propos d'ordonner des 
processions et des prières publiques pour l'heureuse 
arrivée du roi. Elle lui répondit : Je le veux bien. 
Mais le roi mon père quitte ses états qui. sont paisi- 
hles y pour venir gouverner les miens qui sont en dés- 
ordre. C'est une action d'un grand, mérite. Quicon-- 
que a cette charité n'a pas grand besoin de prières. 
Dieu le protégera et le conduira. 
. Ce prince s'arrêta quelque temps à Savone , où le 
roi de France se rendit sous prétexte de voir la reine ♦ 
sa nièce. Ce fut là que les deux rois, qui n'avoient 
auparavant traité de leurs affaires que par leurs mi- 
nistres , s'expliquèrent eux-mêmes dans cette célèbre 
entrevue où ils n'eurent pour témoins que le grand 
capitaine , et Antoine Palavicin légat du saint-siége. 
Les rois se séparèrent fort satisfaits l'un de l'autre, et 
Ferdinand s'étant rembarqué, arriva quelque temps 
après à Valence. Pierre Navarre, comte d'Olivet, 
qui s'étoit acquis beaucoup de réputation dans les 
guerres d'Italie, avoit déjà débarqué dans le même 
port l'armée qu'il ramenoit de Naples en qualité de . 
capitaine général, et le bruit de la venue du roi s'é- 
toit répandu dans toute l'Espagne. • . 



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Au i5o7. LIVRE SECOND. " a33 

Tou& les seigneurs accoururent incontinent de ce 
côtë-là, avec tant de témoignages de joie et d ainitië, 
qu'on eût dit qu'ils ne croyoient pas l'avoir offensé; 
et il les reçut avec tant de civilité et de caresses, 
qu'on eût dit qu'il avoit oublié les injures qu'ils lui 
avoient Élites. La joie de se revoir le maître dans la 
Castille dissipa ses ressentimens \ le besoin qu'il avoit 
des Castillans pour affermir sa conquête de Naples , 
fit qu'il les ménagea plus qu'il n'avoit fait; et l'ex- 
périence du passé lui fit prendre plus de précaution 
pour l'avenir. Il gagna lès principaux , donna des 
charges qui vaquoient à ceux mêmes dont il n'étôit 
pas satisfait , et leur, persuada à tous que non-seu- 
lement il leur pardonhoit sincèrement , mais qu'il ne 
se souvenoit plus de leurs fautes. Aussi les engagea- 
t-il si bien à les réparer par leur attachement et par 
leurs services , qu'il en devint plus absolu. 

Il ne refusoit pas même de voir don Manuel qui lui 
avoit suscité tant de fâcheuses affaires , et se conten- 
tait que le duc de Najare voulût lui répondre de sa 
conduite. Mais Manuel qui connoissoit l'humeur de 
Ferdinand , et qui d'ailleurs avoit sujet de s'en défier, 
aima mieux se retirer dans les Pays-Bas , et vivre sans 
emploi auprès de l'archiduc Charles, que de demeu- 
rer sous la puissance d'uii maître qu'il avoit outragé, 
et qui avoit le temps et le pouvoir de s'en vetiger. Ce 
fiit en cette occasion que le roi recevant les compli- 
mens et les excuses des grands d'Espagnie, et disant 
à l'un d'eux qu'il avoit autrefois aimé et favorisé-: 
Qui auroit jamais pensé que vous m'eussiez aban- 



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^34 HISTOIRB DU GARD. XIMENES. An i5o7. 

donne |)oiir prendre le parti de Philippe? H lui ré- 
pondit : Et qui anroit jamais peitsë qu'un roi dëjà dans 
Fâge cesnme vous eût vécu plus long -temps qu'un 
roi jeune comme lui? 

Dès que la reine eut appris que le roi son pèra 
anÎToit , quoiqu'elle n'eût donné aucune marqué de 
joie, elle proposa d'aller au devant de loi jusqu'aux 
frontières de CastiUe^ mais l'archevêque l'en empêcha 
selon les ordres qu'il avoit reçus de Ferdiaand. Elle 
ne laissa pas de partir et d'aUer jusqu'au bourg de 
Tortolés où elle s'arrêta. L'accident qui lui éfcoit arri- 
vé la nuit d'auparavant l'avoit fiwrt incommodée. Le 
feu s'étoit pris à la chapelle où l'on avoit posé le 
corps de son mari , et l'on avoit eu peine à le sauver 
de l'incendie. Elle s'étoit levée , avoit fiait porter le 
cercueil dans sa maison et Tavoit gardé jusqu'au len- 
demain avec de grandes inquiétudes. 

Ferdinand à son ;irrivée ne la trouva pas connoissa- 
ble ; il l'embrassa avec beau^c<»ip d'affection, et la pitié 
s'étant jointe à la tendresse paternelle, les larmes lui 
vinrent aux yeux. Elle de son côté parut un peu émue 
et donna quelque signe de joie. Us s'entretinrenttong- 
temps eia^sseinble en présence de Xim^enès seulement, 
après quoi <m fit entrer les courtisans. Le roi pria sa 
fille dé lui marquer le lieù^bù elle vouloit aller avec 
la. cour, die lui répondit avec rœpect : Les filles 
doivent obéir à leurs pères» Sur quoi Ferdinand ayant 
répliqué qu'elle étoit sa fille , mab qu'elle étoit pro- 
priétaire et mattresse du rcqraume, on détermina 
d'aller à Sainte*Marie del Gampo, parce qu'il y avoit 



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An i5o7. LIVRE SECOND. a35 

abondance de toutes choses , et qa*on s'ëtoit aperçu 
que cette princesse avoit quelque inclination pour 
ce lieu* là* Le roi partit le matin, mais la reine ne 
voulut marcher que la nuit à son ordinaire, avec ce 
triste appareil et ce char lugubre qui portoit le corps 
de son mari. Ferdinand de peur de la fatiguer alloit 
à petites journées, et quoiqu'il fît un accueil agréa-* 
ble à la noblesse qui venoit de tous côtés au devant de 
lui , il affecta dès qu'il fut entré dans la Castille un air . 
de vainqueur et de conquérant. Les gardes à cheval et 
les rois-d'armes avec leurs masses le précédoient, et 
trois mille soldats de vieilles troupes que Navarre 
conduisoit marchoient à quelques lieues de lui dans 
une grande discipline. U recevoit avec une sage fierté 
les soumissi<>ns qu'on lui &isoit sur so%. passage , 
voulant par les cérémonies et par la majesté de son 
entrée réparer la honte de sa sortie , et se satisfaire 
lui-^éme, en montrant qu'il venoit avec un pouvoir 
souverain, plutôt comme roi que comme gouverneur 
du royaume. 

Ce prince, pendant son séjour en Italie, avoit eu 
beaucoup de correspondance avec le pape Jules II , 
et lui avoit demandé avec instance le chapeau de car* 
dinal pour Ximenès , lui faisant connottreque c'étoit 
un homme d'ua mérSte extraç>rdtnaire , que ses vertus 
avoient élevé à la première dignité du royaume, et 
d'une grande autorité en qualité de primat d'Espa-* 
gne^ assurant déplus sa sainteté qu'il feroit honneur 
à l'Église , et qu'U avoit un respect tr^s-sincère pour 
le saint-siége. Le pape accorda volontiers le chapeau 



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236 HISTOIRE DU GARD. XtMENÈS. An 1 507. 

qu'on lui demandoit pour Tarchetéque, avec le tifre 
de cardinal d'Espagne que don Pedro Gonçalès de 
Mendoza avoit déjà eu \ et le roi étant arrivé avoit 
une grande passion de lui donner solennellement les 
marques de sa dignité , mais la reine s'y étoît toujours 
opposée, disant qu'il n'étoit pas séant, dans Tétat où 
elle étoit, qu'on fît, en sa présence , aucune cérémo- 
nie joyeuse. Que , si le roi avoit cela si fort à cœur , il 
pouvoit aller avec la cour dans quelque bourg du voi- 
sinage, et faire à l'archevêque toutes les fêtes et tous 
les honneurs qu'il méritoit, qu'elle se chargeoit de 
fournir des . tapisseries d'or et de soie, et tout ce qui 
seroit nécessaire pour honorer la cérémonie. 

Quoique le roi eût regret que cette action , qu'il se 
piquoit d^ rendre célèbre, se passât dans un petit 
. lieu , il fallut s'accommoder de la fantaisie de la reine. 
On fit venir de Palencia le nonce du pape ^ qui se ren- 
dit incontinent à la cour. Il arriva que le roi étant 
allé rendre visite à l'archevêque, et demeurant asse» 
long-temps avec lui , on apporta à ce prélat son habit 
rouge ] le roi voulut le voir habiller , et le conduisit 
ensuite à Téglise. La civilité de l'un étoit si grande, 
et le mérite de l'autre si estimé, qtt*on ne s'étonnoit 
pas que Ferdinand rendit cet honneur a l'archevê- 
que, ni que l'archevêque le reçût. La cérémonie se 
fit à Mahamud , où le roi se trouva avec toute la cour. 
Le nonce y dit la messe , et tout s'y passa avec beau- 
coup de joie et de magnificence. Après quoi le nou- 
veau, cardinal envoya donner part au chapitre de 
Tolède de Fhonneur que le pape lui avoit fait, et 



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An i5o7. LIVRE SECOND, 287 

ordonna des prières dans tout son diocèse pour de- 
mander à Dieu que ce fût pour le bien de l'Église' 
et pour son propre salut. 

Il reçut aussi en même temps les provisions de la 
charge de grand inquisiteur, qui lui furent expédiées 
sur la démission qu'en avoit faite l'archevêque de Sé- 
ville. Ce tribunal du saint office fut établi en Espa- 
gne ; l'an. 1477 ; les rois Ferdinand et Isabelle l'ins- 
tituèrent et s'en déclarèrent les protecteurs , et les 
papes l'autorisèrent. Cette juridiction fut appelée 
inquisition , parce que sa fin étoit la recherche et la 
punition des hérétiques, des apostats , et de tous ceux 
qui combattoient ou corrompoient la religion de Jé- 
sus-Christ. Frère Thomas de Torquémada , de l'ordre 
de Saint- Dominique, prieur du couvent de Sainte- 
Croix de Ségovie , en fut Fauteur. 11 avoit été confes- 
seur d'Isabelle dès son enfance , et lui avoit fait pro- 
mettre que si Dieu l'élevoit un jour sur le trône , elle 
feroit sa principale affaire du-châtiment et delà des- 
truction des hérétiques , lui remontrant que là pureté 
et la simplicité de la foi catJiolîque étoit le fonde- 
ment et la base d'un règne chiaçtien , et que le moyen 
de maintenir la paix dans là monarchie, c'étoit d'y 
rétablir la religion et la justice. 

Quand elle eut épousé Ferdinand , ce bon religieux 
leur représenta à Tun et à l'autre qiîe la licence 
des mœurs et le libertinage croissôient tous les j/gteffs ; 
que le mélange des chrétiens avec les juifs et les 
Maures pervertissoit la foi et' la ^iété des peuples; 
qu'il étoit nécessaire de faire une exacte recherèiie 



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238 HISTOIRE DU GARD. XIMENES. An iSo;. 

des erreurs et des impiétt^s du temps , et de remettre 
la discipline dans sa vigueur. Que les évéques à qui, 
par le droit ancien y cette censure appartenoit , ne 
procédoient que, par voie d'anathèmes et de puni- 
tions spirituelles; que , pour arrêter ces dérëglemens 
extrêmes , il falloit des remèdes plus violens et pins 
sensibles ; et que la plus grande et la plus importante 
de toutes les affaires , qui est celle qui regarde Dien 
et la religion, demandoit un tribunal particulier, 
plus souverain et plus sëvère que les autres. Il allé- 
guoit l'exemple de saint Dominique et de saint Vin* 
cent Ferrier , qui avoient été grands persécuteurs des 
hérétiques. Les rois fuirent touchés de ces remontran- 
oes que le cardinal de Mendoza appuya encore de 
ses raisons et de son crédit , et peu de temps après 
ils obtinrent du pape une commission apostolique 
d'inquisiteur général de Castille et de Léon pour 
le même frère Thomas de Torquémada, avec pouvoir 
d'envoyer, selon les occasions, des commissaires en 
divers lieux. 

On fit la recharche ée ceux qui judaîsoient, qui 
professoient ou qui f^vieignoient des hérésies , qui 
n'aVoient point dArehgion, ou qui avoient quitté la 
véritable. On les bcâioit si le crime et le scandale 
ëtoient considérables; sinon, on les condamnoit aux 
prisons, aux amendes , à la confiscation des biens. On 
offrît d'abord le pardon à tous ceux qui voudroient 
se reconnoitre et recevoir l'absolution canonique ; et , 
dans cette première inquisition, il y eut dil-sept 
mille personnes qui forent réconciliées à l'Église, 



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Aa i5*^ LITKE SEGOITD. sSq 

deux mille qui furent brûlées , et le nombre des fu* 
gitij& fut encore plus grand. Les peuples eurent qu<^l- 
que peine à s'accoutumer à celte nouvelle forme de 
droit et de procédure , où les enfans étoient punis 
pour les péchés de leurs pères, on Taccusateur ne 
paroissoit point, où les témoins n'étoient ni déclarés 
ni confrontés , et où la peine de m<Mt 4toit trof» l^è- 
rement décernée. Mais on leur fit entendre que les 
lois de rÉglise changeoient selon les temps \ que , la 
liberté de pécher croissant, il étoit juste que la sévé* 
rite du châtiment fut plus grauade, et que ceux-là 
ëtoient indignes de la vie , qui violoient la religion 
de Jésus^Christ et les saintes pratiques des anciens 
Pères. 

Le pape approuva ces règles, révoqua les commis^ 
sions des inquisiteurs établies dans le royaume de 
Valence , et envoya des lettres apostoliques au père 
Thomas de Torquémada, sans vouloir pourtant s'o* 
biiger à ne prendre pour ce ministère que des reli- 
gieux de Saint-Oominique. D'abord on avoit tiré de 
grands avantages d'une si sainte institution , mais on 
éprouva dans la suite que , comme cette juridiction 
^oit très -^importante et très-absolue, il falloit com- 
mettre aussi pour Fexercer des personnes d'une vertu 
solide et d'une grande autorité, ce qui fit que Fer- 
dinand jeta les yeux sur Ximenès. 

On murmura dans' le royaume de ce que le roi se 
méloit de changer le gouvernement ecclésiastique, 
et de ce qu'il dépouilloit l'archevêque de Séville, 
qu'il devbit honorer à cause de sa piété et de l'atta- 



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a4o HISTOIRE DU CAUD. XIMENÈS, LIV. SEC. An iSo;. 

chement qu'il avoit eu à son service , pour gagner 
Farchevéqûe de Tolède dont il avoit besoin en ce 
temps-là. Mais ces deux prélats vécurent toujours 
dans une grande intelligence-: l'un se démit de la 
charge pour montrer sa modération , et l'autre l'ac- 
cepta pour satisfaire son zèle, 

Xinienès voulant s'acquitter dignement de cet em- 
ploi, distribua d'abord ses commissions à des gens 
sans passion et sans intérêt. Il fit arrêter Luzéro qui 
avoit été cause , par ses indiscrétions et par ses vio- 
lences , des séductions de Cordoue. Il envoya surtout 
dans toutes les églises d'Espagne des instructions 
publiques et des formules de la conduite que dé- 
voient tenir les nouveaux convertis , leurs enfans et 
leurs domestiques dans les pratiques de la religion; 
de la manière dont ils étoient oKligés d'assister aux 
saints mystères \ des soins qu'il falloit prendre pour 
les instruire et pour les élever comme par degrés à la 
foi chrétienne 5 et des soins qu'ils dévoient avoir eux- 
mêmes de s'abstenir des cérémonies des juifs et des 
mahométans, et d'autres superstitions pour chacune 
^quelles il marquoit les peines. Car pour les jure- 
mens et les blasphèmes, comme il y avoit des lois 
très -sévères déjà faites par les rois, il se contentoit 
de dire que ceux qui seroient surpris dans ces cri- 
mes , éprouveroient aussi son indignation. 

FIN DU LIVRE SECOND. 



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HISTOIRE 



DU 



CARDINAL XIMENÈS. 



LIVRE TROISIÈME. 



(An i5o8.) 

f s&DiN AND , après avoir passé an mois entier avec 
la reine sa fille, résolut d'aller à Burgos pour s'y 
faire recevoir et pour établir sa régence. Il n'étoit 
pas de sa dignité d^aller avec elle de village en vil>* 
lage , la cour en ëtoit incommodée, et les affaires ne 
se faisoient point. Cette princesse ayant appris la ré- 
solution du roi, lui témoigna le désir qu'elle en avoit, 
et le pria de lui permettre au moins de demeurer à 
Arcos avec la bière de son mari , parce qu'dle ne 
pouvoit de résoudre à entrer dans la ville où il étoit 
mort. Le père condescendit à la foiblesse de sa fille, 
€t mena le cardinal Ximenès avec lui à Burgos , où 
ils concertèrent ensemble les moyens de remettre 
dans les affaires Tordre que le règne de Philippe avoit 
entièrement renversé. Pour adoucir un peu la soli- 
tude de la reine , il fit venir auprès d'elle la reine 
7. 16 



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24» HISTOIRE DU CARD. XIMENÈS. An i5o8. 

Germaine son épouse, qu^ilavbit laissée à Valence. 
Les idées qu'on avoit voulu donner autrefois à cette 
princesse de sa belle-mère étant effacées ^ elle sou- 
haita de. la voir^ elle se leva avec grand respecta son 
arrivée , \m demanda iia main à baiser, 6% Fhonora 
depuis comme sa mère* 

Après que le roi eut été reconnu à Burgos pour 
régent et administrateur du royaume , avec une ap- 
probation universelle , il partit pour aller punir la 
rébellion de don Hernand de Cordoue, marquis de 
Pliégo. C'étoit un seigneur d'un naturel prompt et 
ardent, chef d'une des premières maisons d'Espagne, 
et neveu du grand capitaine. Le* roi , qui avoit re- 
cherché l'amitié des grands de Castille , n'avoit ni 
écrit ni fait parlera celui-ci. Ce mépris l'offensa^ et, 
son orgueil le flattant d'une puissance ima^naire , il 
crut être en état de faire s^entir à son miutre qu'il 
îftéritoit d'être ménagé comme les autres, et que, 
n'ëtaût pas regardé coimne un ami utile, il pouvmt 
devenir un ennemi dangereux. 11 se ligua aviec une 
^ partie de la noblesse d'Andalousie , et prit la pre- 
mière occasion qui se présenta poar faire éclater son 
vessentiment. 

One troupe de séditieux ayant iait quelque désor- 
dre dans Cordoue , le magistrat ordonna qu'on arrê- 
tât les plus coupables. Ils furent pris , et comme on 
les conduisoit en prisbu, les gens de l'évéque de 
Cordoue les enlevèrent des mains des officiers de la 
justice. Cette action scandalisa tout le voisinage , et 
les plaintes en furent portées jusqu'au roi pendant 



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An f5o8- LIVRE TROISIÈME. aiS 

qu'il étoit à Burgos. Le roi envoya le prévôt Gomës 
de Herréra, avec quelques archers /pour informer 
delà rébellion ; et afin que cette procédure se fît 
avec plus de liberté, il enjoignit au marquis de Pliégo 
et à don François Pachéco, son cousin, de sortir de la 
vUle dansk tçmp§ de l'instruction et du jugement de 
cette affaire. Le iUffirquis, bien loin d'obéir, com- 
manda lui-même au prévôt de se retirer, le renferma 
la nuit dan^sa maison, et le fit conduire le lende- 
main dans le château de MontiUe, d'où il le chassa 
ensuite ignominieusement. Après cette démaBche, il 
leva des fgens de pied et de cheval dans toutes m 
terres, les fît entrer d^îis Gordoue', posa des corps- 
de-garde à toutes les portes, sous prétexte de certains 
bruits de peste qui s étoient répandus en ces qu^r- 
tiers-là, et alarma si fort les habitans que , se croyant 
toq^ coiMÎaainés a mort , ils résolurent de défendre 
leur vie. 

Cette révolte irrita le roi. Il étoit nécessaire dans 
ces commencemens d'arrêter lô cours des mauvais 
exemples 5 Hernand étoit retombé plusieufs fois dans 
la même feute, et il falloit lui ôter l'espérance de 
l'impunité. Il y avoit une ligue entre lui et la no^ 
blesçe du pays qu'il étoit à propos de rompre, et 
l'on n'étoit pas fâché de donner encore de nouveau^ 
chagrins au grand capitaiae. Ferdinand résolut d'al-p 
1er en personne à Cordoue pour châtier ce rebelle, 
et maintenir l'autorité de>îa justice. Il commanda à 
tous les seigneurs de le suivre. Les peuples d'Anda^ 
io\km en les chevali^r^de Caliitr^ve jeurent ordre de 



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^44 HISTOIRE DU CARD. XIMENÈS. An iSôS. 

prendre les armes. Il assembla toute l'infanterie et 
toute la cavalerie qu'il avoit auprès de lui -, et, pour 
marquer son indignation, il fit publier une ordon- 
nance , au nom de la reine , portant que les peuples 
des environs de Séville , depuis l'âge de vingt ans 
jusqu^à soixante, eussent à prendre les armes ou à 
monter à cheval , pour suivre le roi qui alloit châtier 
le marquis de Pliégo. 

Le grand capitaine , qui suivoit la cour, fut sensi- 
Mement touché du malheur de son neveu. Il lui con- 
seilla de venir se jeter aux pieds du roi , pour implo- 
rer sa clémence , et lui écrivit ce peu de paroles : Mon 
neveu, tout ce que j'ai à vous dire sur la faute que 
vous avez commise , c'est que vous veniez incessam- 
ment vcps mettre entre les mains du roi ; si vous le 
faites ainsi , vous serez châtié ^ si vous ne le faites pas, 
vous êtes perdu. Il su{>plia sa majesté de fairte grâce 
à ce jeune homme* l'assura plusieurs fois de son 
obéissance, et la fit ressouvenir de don Alonze d'A- 
guil^r son père , qui étoit mort comme un héros en 
comlnittant contre les Maures , pour son service. Fer- 
dinand s'excusant sur la nécessité de faire un exem- 
ple, ce grand homme lui répondit : Tout le monde, 
seigneur, est résolu de vous servir^ et votre autorité 
se trouve si bien établie , que vous n'avez besoin ni 
de satisfaction pour le passé, ni de remède pour l'ave- 
nir. Tous les grands tâchèrent d'apaiser la colère du 
roi, le duc d'Albe-méme lui envoya son fils pour cela, 
mais ils ne éirent point écoutés. 

Le cardinal Ximeiiès , se trouvant alors à -Torde- 



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A^ i5o8. HVKB XROISiÈME. 245 

sillas, alla à Yalladolid rendre visite au grand capi* 
taiue , qui^ se plaignit à lui de la sévérité excessive de 
Ferdinand, et surtout de cette convocation. inusitée 
des peuples de Séville , d'autant plus que le marquis 
étoit prêt de se jeter aux pieds de sa majesté^ quand 
elle passeroit par Alcala-^e-H«iarés, Le cardimd 
lui répondit que ce n'étoit pas là une satisfaction 
suffisante; qu'il falloit que son neveu remit t^outes 
seâ placer entre les mains du roi comme des gages tte 
sa fidélité et de son obéissance ; et qu'il comprît qu'à 
moins de cela ni grands ni petits ne pouvoient le 
garantir de la sévérité des lois ^ parce que ce n'étoLt 
pas tant l'affaire du roi que celle de la reine et du 
royaume. 

: Lé marquis, informé de. la colère implacable de 
Ferdinand, vint à Tolède, suivant le conseil de son 
oncle y avec toute sa iamille pour se jeter aux pieds 
du roi ; mais ce prince ne voulut pas le voir, et loi fit 
dire qu'il ternit promptement ses dhâtèaux, et qvHû 
setînt à cinq lieues de la cour. Alors .le grand capi- 
taine envoya Alon^o Alvarés au roi^ avec un mémoire 
de tout le bien de son n^veu, et-^rtout des places 
qu'il possédoit, avec. ordre. de lui) dire : Yoilà, sei^ 
gneur, le fruit du mérite de nos aïeux. C'est le prix 
du sang de ceux qui sont movts ; car nous n'oserions 
vous prier de compter pour quelque chose les servi- 
ces des vivans. U fallut obéir, et ronettre le château 
do Pliégo à Ruys de Figuero», et les autres places aux 
personnes qui furent nommées pour Ifes: recevoir. 
Ferdinand pàFtit de Tolède avea six cents hommes 



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246 HISTOIRE DU GARD. XIMENES. An i5o8. 

d'armes , quatre cents clievatnc et trois mille fantas- 
sins', et ce nombre grossissait à mesure qu'il avan- 
çoit dans le pays. Quand il jfot arrivé à Gordoue , il 
Tassara d'abord le petiple effrayé. Il fit prendre le 
toarquis prisonnier , sans que personne osât parler, 
^t commanda au conseil royal de lui faire son {Procès. 
Oii râtcbsa de 'crime de lèse-majesté^ et comme on 
Titite^rogeoit sur ce point, il répondit modestement: 
Je ne veuxpas me justifier, et il ne me convient point 
âe plaider aveo mon maître ; je le supplie seulement 
de se souvenir des services de mon père et de mes 
4iïeui , et d'agréer ceux que je souhaite de hii rendre. 
Je n'ai Tecours qu^à sa bonté. On fit de grandes exé- 
cutions dans la ville , où plusieurs gentilshommes fu- 
rent condamnés à mK>ri, et quelques^-tmes de leurs 
•maisons rasées. 

y- Avant que le roi fut à T<4ède, le connétable Ten- 
vbyi prier de pardohner au marquis ^ mais comme il 
lurent point de réponse &TOrabla, et qu'il apprit en- 
suite que , sans avoir égard aux soumissions de ce sei« 
gneur,Dn lui faisoit encore son procès, «il écrivit au 
roi que le marquis étant rentré en son devoir, on ne 
devoitlpas le>traiter si rigoureuseofent , et qu'il sup- 
plioit sa majesté de se souvenir comme étoit mort le 
duc d'Aguilar son pèreyet^comofent afVoit vécu le 
grand capitaine son onclei il lui -fit dire même qu'il 
4'étonnoit de cette rigaetir impitoyable, à quoi le roi 
ayant répondu qu'il s'ëtonnoit bien davantage qu'il 
trowrât mauVSis qu'on punît les l'ebettes , et qu'il 
pféfërât l'intérêt d'uti particuli^ à cd«i de la justice 



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An i5o8. . LIYRB TROISIÈME. ^4; 

et da service de la reine, le connétable fut si piqué 
de <»Ue réponse, qu'il fut sur le point de sortir du 
royaume, disant qu'il servoit le roi par grâce €t par 
bienséance , et la reine par raison et par devoir. Mais 
le duc d'Âlbe accommoda ce différend. 

Cependant le conseil royal dédanaque le marquis, 
sdon les lois , avoit mérité la mort et la confiscation 
de ses biens \ mais que le roi , considérant qu'il avoit 
fflis et sa personne et ses places entre ses mains, el 
voulant user de. démence envers lui et modérer la 
rigueur du droit , se contentoit de le baanir de Cor- 
doue et de T Andalousie, de retenir tousses, châteaux 
eu son pouvoir , et de faire ras» , pour Fexemple , 
le château de Moaiille, qui.étoit la teaiaon la plus 
agréaUe et la plus oriiée de toute ^Espagne. Tous 
les grands trouvèrent de Texcès dans oe diàtiment, 
et le.grand capitaine se retira k Loxe , oà le rQi fut 
bien aise de le tenir ^cémme ^K:ilé. 

Lorsque Ferdinand, partit de Burgos pour Cor- 
doue, le cardinal , de son côté , prit là route d'Aï- 
cala*de-Henarés pour visiter ses c<^éges., et pour 
mettre en exercice cette université où il avoit déjà 
envoyé des {H!ofesseurs célèbres , et q^ beaucoup de 
jeunesse étoit accoufue pour les études. 11 vit avec 
un extrême pkisîr ses bâtimens ^j^chevés. Il y établit 
incontinent trenl)e*-troîs jeunes hommes^ dont la plu- 
part étoient venus de Salaïkianque, auxquels il ajouta 
douze chapelains qu'il chargea de faiiqa» à certains 
jours, des pijères pour lui, pour ses parens et set» 
amis morts. Il en^i|P3riw<|pns toutes les universi|;és pour 



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a48 HISTOIRE DU GARD. XIMEIfÈS. An i5o8. 

attirer lies plus savans hommes de l'Europe ^ et comme 
il n'épargnoit ni soin ni dépense , et qu'on proposoit 
de b^ns établissemens, en moins de trois mois le 
nombre des professeurs fut rempli. Il leur dressa lui- 
même des règles , tant pour leur forme de vivre que 
pour Tordre et la manière d'enseigner , afin que le 
prochain fût édifié de leur conduite , et que la jeu- 
nesse fût élevée dans les lettres et dans la piété ; en 
quoi il suivit principalement les usages de l'univer^ 
site de Paris , qu'il regardoit comme la plus noble et 
la mieux pcdicée de toutes. 

Pour rendre cet établissement plus durable, il 
fonda plusieurs places pour des enfans en qui l'oti 
reçonnoissoit de l'esprit, et que leur pauvreté empê- 
cholt de poursuivre leurs études. Il attacha des reve- 
nus considérables à ses collèges^ il y unit plusieurs 
bénéfices , et proposa des prix et des récompenses 
pour e^citef l'émulation des écoliers $ de sorte qu'en 
peu de temps les études y furent très -florissantes. 
L'ouverture s'en fit par une procession solennelle où 
le cardiqal assista ; et il voulut qu'on la renouvelât 
tous lès ans pour prier Dieu qu'il bénît ses bonnes 
intentions , et pour lui offrir les fruits qui revien- 
îlroient de la. bonne éducati<Mi dq la jeunesse; et 
parce que dans la aiuite il pouvoit arriver des affaires 
difficiles, et que les gens de lettrés ont besoin d'être 
soutenus ^ il leur nomma pour protecteurs perpétuels 
k roi d'Espagne, le cardinal- de Sainte -^Balbine et 
l'archevêque de Tolède. Le roi d'Espagne , parce 
qu'il pouvoit non-seulementfi^ntenir, mais encore 



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An i5o8. LIVRE TROISIÈME. ^49 

augmenter leurs privilèges -, l'archevêque de Tolède, 
parce qu'ils ëtoient sous sa juridiction -, et le cardi- 
nal de Sainte - Balbine , pour faire honneur au titre 
qu'il portoit. 

Gomme son principal dessein étoit de former de 
bons théologiens capables de servir l'Église, ce fut 
aussi son principal soin d'entretenir de bons profes- 
seurs, soit pour l'interprétation des saintes Ecritures , 
soit pour la discipline de l'Église ou pour les opinions 
différentes de la théologie. Quoique les chaires fus- 
sent bien fondées , et que les docteurs eussent sujet 
d'être satisfaits, il considérsu qu'après avoir vieillis 
dans l'exerce des collèges , il leur falloit du repos 
et même de l'abondance -, et dit plusieurs fois qu'il 
avoit donné à ces bonnes gens de quoi diner assez 
largement; qu'il étoit juste, afin qu'ils n'eussent, aur 
cune inquiétude , de leur fournir aussi de quoi sou- 
per. Ce fat pour cela qu'il obtint .du pape Léon X 
que l'église collégiale de Saint-Juste et de Saint-Pas- 
teur seroit annexée, à l'université -, et que les dix-sept 
chanoiuies seroîent affectées aux anciens docteurs. 
Il fit rebâtir l'église à ses dépens , et laissa un fonds 
annuel pour l'entretien du bâtiment , afin qu'ils ne 
fussent pas chargés des réparations-, il eut même la 
prévoyance de destiner un de ces bénéfices à un 
professeur du droit canonique , afin qu'il y eût un 
homme parmi eux qui fût entendu dans les affaires , 
et qui soutînt leurs priicès, s'ils en avoient, sans que 
les autres fussent détournés. de leurs études. 

Afin qu'il ne manquât aucune commodité à plu- 



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l5o HISTOIRE^ DU CARD. XlMEIfÈS. An i5o8. 

sÎÊars pauvres écoliers qu'il feisoit élever dans ses 
coBéges , il fit bâtir une infirmerie où l'on avoit soin 
d'eux quand ils étoient malades. Il ordonna que cette 
maison fût grande ; car il ne pouvoit souffrir, ce qu'on 
voit ordinairement dans les hôpitaux , qa'il y eût 
plusieurs malades dans une même chambre , qui se 
communiquent .souvent leurs maux,. qui s'infectent 
les uns les aut)^ 4» leurs haleines , qui s'affligent 
par leurs plaintes mutuelles , et qui sont souvent 
consternés par la vue de ceux qui meurent auprès 
d'eux; mais les architectes ayant feit les salles trop 
étroites y il y fit mettre* des pauvres ecclésiastiques, 
et en fit bâtir d'autres pour les malades. Comme il 
travailloit avec tant d'ardeur à rendre, cette universiné 
considérable , celle de Siguença , après la mort de 
Jean Lopés, archidiacre d'Armaçan, qui l'avoit fon- 
dée , demanda d'être transférée et d'être incorporée 
avect^Ue d'Akaia; mais le cardinal, qui avant «on 
élévation avoit été des amis de cet archidiacre , re- 
fusa cette union qui auroit beaucoup contribué à 
l'agrandissement de son ouvrage , el ne voulut pas 
qu'on fit ce tort à la mémoire d'un homme de bien 
qu'il avoit autrefois aimé. 

Lorsque ce cardinal p^iroissoit ainsi tout occupé 
de son université, il ne laissoit pas de prendre des 
mesures pour scm expédition d'Afrique. Il écrivoit 
souvent au roi Ferdinand. Il avoit m^e auprès de 
lui des gens affidés qui trait^ent secrètement des 
moyens , des prépar^^fs et de Tordre de cette guerre. 
Car, encore que l'état de vie qu'il avoit embrassé, et 



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An i5o8. LITBE TROISIÈME. iSf 

la dignitë dont il ëtoit revêtu , Teussent porté à la 
paix et à l'étude des sciences humaines et divines , 
il ûe laissoit pas d'être capable des entre{)rises mili- 
taires. 11 avoit un esprit vaste et un courage invinci- 
ble; il prenoit ses résolutions avec prudence , et rien 
ne pouvoil l'en détourner quand il les avoit une fois 
prises. Les difficultés ne le rebutèrent jamais. Il étoit 
haturelkinent juste et ardent , s'opiniâtrant à réduire 
lés choses au point où elles dévoient être. Une de ses 
maximes fut que les hommes ne s'assujettissent aux 
autres hommes que par conti^inte. 11 avoit accou- 
tumé de dire que jamais prince ne s'étoit fait crain- 
dre' des étrangers , ou respecter de ses sujets , que 
lorsqu'il âvoit eu la force en main. Ce fut aussi la 
première précaution qu'il prit lorsqu'on le chargea 
du gouvernement de Fétat ; et les vieux soldats 
avouoierit que jamais les gens de guerre n'avorent été 
ni plus considérés ni mieux payés qu'en ce témps-là. 
Dès qu'il fUt pourvu de Farchevêché de 'i'olède, 
et qu'il eut entrée dans les conseils, 6ômme il étoil 
homme'de grands desseins et fort zélé pour la reli- 
gion, il penéa'aiix moyens de faite la guerre aux 
infidèles, n négocia une ligué entre JFerdinand , roi 
d'E^pa^ie, Manuet, roi de Portugal, et Henri, roi 
d'Angletert^ , qui fut sur le péiiit d'être conclue , et 
dont la fin étoit la conquête de la terre sSinte. On 
voit encore une lettre |far laquelle le rôi de Pdrtugm 
lui mandé : J'é joindrai volontiier^ wes forces avec 
Tîelles du roi Ferdinand, mbh -beau -père , îespérant 
que Oîed bénira nos armes, et qli*il exaucera les 



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llStl HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5o8. 

vœux d un grand archevêque qui n'a rien tant à 
cœur que d'abolir la secte de Mahomet, et de réduire 
tous les infidèles à reconnoître Jësus- Christ. Le zèle 
que j'^i remarqué en vous pour cette expédition est 
une preuve que Dieu la désire. Je compte plus sur 
vous que je ne ferois sur un des plus puissans rois 
de l'Europe •, car, outre l'argent que vous offrez gé- 
néreusement de contribuer, et l'autorité que vous 
donne votre caractère, et plus encore votre vertu, 
le dessein que vous avez d'aller en personne avec les 
princes confédérés doit les animer à cette entreprise, 
parce que vos conseils seront d'un grand secours, et 
que votre présence est comme un augure du bon 
succès de cette guerre. Ce seroit une grande joie 
pour les rois chrétiens, si le ciel les avoit rendas 
victorieux, de recevoir de votre main le corps et le 
sang de Jésus-Christ sur le tombeau de Jésus*Christ 
même. On reconnoît, par la suite de cette lettre, que 
Xiraenès avoit dressé une instruction forf ample des 
préparatifs qu'il falloit Êiire ,, et. d^s ibconvénieBS 
qu'il falloit éviter -, qu'il avoit recu?çijili des histoires 
passées tout ce qui pouvoit servir, ou- nuire à ces 
sortes d'expéditions 5 qu'il avoi^;:fait le jplan delà 
navigation, marquant jusqu'aux moindres rochers, 
en sort/e qu'il n'y avoit pas un pilote jqui parut mieux 
instruit cfue lui -, et que le mémoire quai avoit donné 
de la manièrede conduire câUe guerre étoit si judi* 
cieux et si conforme a^x lieux , aux personnes et 
aux règles militaires, qu'on eût dit c[u'il;n'avoit ja- 
mais fait que ce métier. Quoi qu'il en soit^ on pouvoit 



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An i5ô8, LIVRE TROISIÈME. 253 

beaucoup espérer de l'union de ces trois puissances -, 
mais l'arrivée du roi Philippe en Espagne , et les dif- 
férends survenus entre le pape Jule II et le roi de 
France donnèrent d'autres pensées à Ferdinand. - 

Ximenès, de «on côté, connoissant les difficultés 
qu'il y a de former et d'entretenir ces sortes de ligues , 
se retrancha sur les expéditions d'Afrique où les 
seules forces d'Espagne pouvoient suffire. 11 étoit si 
touché des ravages que les Maures faisoient impuné- 
ment sur les terres des chrétiens , qu'il donnoit tous 
les ans des sommes considérables pour racheter les 
esclaves qu'ils avoient emmenés. D'ailleurs, le zèle 
qu'il avoit pour la religion lui faisoit chercher les 
moyens de subjuguer les infidèles, afin de les con^ 
vertir. En ce même temps Jérôme Vianel , qui c«n- 
noissoit l'Afrique sur toutes choses, ayant compris 
par les discours de Ximenès et par les questions 
qu'il lui fit, qu'il avoit quelque dessein de porter la 
guerre de ce côté-là , prit grand soin de l'instruire des 
ports, de la rade et de toutes les particularités de 
cette côte maritime qui i^egarde l'Espagne. Il lui fit 
même naître l'envie d'atiftquer le grand port que les 
Maures appellent Maçarqtâ^r , en lui montrant les 
moyens de le conquérir, et l'utilité de cette con- 
quête. Cette proposition plut à Ximenès; car ce port 
ë toit commode , sûr et capable de cfontenir uil grand 
nombre de vaisseaux \ et , les Espagnols en étant une 
fois les inaîtres , rien ne pouvoit ks empêcher de pas- 
ser amsi avant qu'ils voudroienl dans l'Afrique. 

Vianel, après lui avoir eicpliqué la situation des 



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254 HISTOIRE DU GARD. XIMENES. An xik>8. 

lieux, lui en fil faire des plans avec les descriptions 
exactes des places, des hauteurs et des plaines d^es 
environs. Il lui reprësenta surtout Oraii sur une émi- 
nence avec ses murailles , ses tours et tous les avan- 
tages de sa situation, battue de la mer d'un côté , et 
de l'autre envirgnnëe de jardins et de fontaines qui 
les arrosent. C'étoit d'ailleurs une des plus célèbres 
villes de la Mauritanie, riche par ses marchés et par 
son commerce \ heureuse par la fertiKté de son ter- 
roir, et renommée par son air sain et tempéré. On y 
comptoit plus de six mille maisons proprement bâ- 
ties. Les mosquées, les arsenaux, les bains et plu- 
sieurs autres bâtimens publics embellissoient emcore 
la ville. Les habitans y étoient libres et indépendans, 
et payoiant seulement un tribut tous les ans au rm 
de Trémesen. 

Ximenès, sur ces plans et sur ces relations, prit 
résolution d'assiéger cette, ville, tant parce que la 
conque en seroit honorable, que parce qu'elle ôtoit 
aux Maures tout p0iavoir de nuire aux chrétiens ; mais 
il jugea bien qu'il n'en) viendroit jamais à bout, si 
l'on ne se rendoit auparavant maître du grand port. 
C'est pourquoi il enit^u'ilfalloit d'abord s'attacher 
là. 11 en écrivit au roi Ferdinand , et le pria de son- 
ger à cette affaire, et de kii mander promptement ce 
qu'il aurait résolu. Toute la noblesse $buhaitoit avec 
passée» cette guerre, et le roi y étjpit assez porté par 
son inclination; cependant les dépensas qu'il avoit 
faites pour la conquête de Grenade et pour les goer- 
r^^s èd Sicile, avoient épuisé ses fmaooes^ et il répon* 



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An i5o8. LITRE TROISIÈME. ^55 

dit que, quelque bonne inteirtion qu'il eût, il n'a voit 
pas l'argent nécessaire pour soutenir une si grande 
entreprisse. Xkuenès , qui craignoit qu'on ne perdît 
l'occasion de profiter de la présence de Vianel, et 
que l'ardeur des jeunes gens de la cour ne se ralen- 
tît pour cette expédition, si on la différoit, offrit au 
roi de lui prêter l'argent dont il avoit besoin ; et 
d'entretenir pendant deux mois l'armée qui assiège-- 
roit Maçarquivir. * 

Incontinent on lève des soldats, on sussedble la 
jeunesse, on équipe des vaisseaux, on fait marcher 
les vieilles troupes qui étoient en Espagne. Don Fer-« 
nand de Cordoue est nommé général de 4^armée. On 
lui donne Raymond de Gardonne pour commander 
la flotte , don Diego Véra pour commissaire général * 
de l'artillerie, Gonçalès Aiora , capitaine des gardes, 
et plusieurs autres personnes de réputation et de 
mérite pour officiers généraux, et surtout Yianel qui 
devoit être comme le guide et le conducteur de l'ar- 
mée. Us s'embarquèrent à Malaga, le troisième jour 
de septembre, et peu de jours après ils arrivèrent 
devant Maçarquivir. Les Maures, qui étoient informés 
de l'armement qu'on Êiisoit, et qui avoieni: mis des 
sentinelles sur les tours et sur les montagnes, étant 
avertis que la flotte d'Espagne avançoit, fireat tous 
leurs eSbrts pour empéeher la descente des Espa- 
guok 5 mm voyaut que teurs flèch^ et leurs canons 
ne les étonnoient pas, ils allumèrent sur tous les 
lieux élèves pk^ears feux , selon leur coutume , qui 
servoient C0i&tAe de signal , et en fort peu de temps 



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^56 HISTOIRE DU GÀRU. XIMENÈS. An i5o8. 

toute la Mauritanie fut sous les armes. Dès la pointe 
du jour ,^on vit la campagne couverte de cavalerie et 
d'infanterie qui se rassembloient , et les hauteurs des 
environs occupées par des pelotons qui grossissoient 
à tout moment. 

Comme cette multitude venoit en désordre vers le 
riv^aige , les Espagnols la soutinrent et eurent le temps 
de se retrancher. D'autre côté la flotte entra dans le 
port, et* l'on commença à bien espérer de Tentre- 
prise. Toute cette journée se passa à reconnoître le 
pays, à fortifier le camp, à disposer les attaques et à 
s'opposer aux secours qui venoieot d'Oran et de plu- 
sieurs autres endroits. Depuis leur embarquement, 
ils avoient été reitardés par le vent contraire 5 et les 
généraux n'avoient pas voulu dépêcher de courriers 
jusqu'à ce qu'ils eussent Ëiit quelque chose de ^ema^ 
quable. La cour étoit dans de< grandes inquiétudes, 
et l'on écoutoit avec avidité les bruits incertains qui 
se répandoient. L'affaire eut beaucoup de difficulté, 
et l'événement en étoit douteux à cause des braves 
gens qui défendoient la place, et du gouverneur qui 
par sa vigilance et par son courage les animoit. 

La forteresse où étoit cette garnison est entourée 
de la mer, il n'y a qu'une langue de terre vers le midi, 
sur laquelle règne une hauteur nécessaire âux'uns 
pour conserver la place , et aux autres pour l'atta- 
quer et pour la prendre. Ce poste fut long - temps 
disputé*, et les Espagnols enfin s'en étant saisis, com- 
mehcèrent à battre la ville de ce côté-ià, pendant que 
les vaisseaux la battoient du côté de fermer. Cepen- 



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An i5o8. LIVR« TROISIÈME, ^5'J, 

dant le roi de Trémesen avoît envoyé des troupes 
que les Espagnols défirent en plusieurs rencontres , 
et le gouverneur de la place qui se trouvoit partout; 
ayant été tué pendant qu'il travailloit à foire remet- 
tre une batterie sur les remparts , oh vit d*abord la 
défense se ralentir. Les ennemis agirent avec plus de 
précaution et moins de courage ^ et comme ils virent 
que tous les passages étoient fermés, et qu'on ne 
pouvoit faire entrer ni troupes ni provisions par mer 
ni par terre, ils proposèrent une tr^ve de quelques 
jours au bout desquels ils promirent de se rendre^, 
si le roi de Trémesen n^envoyoit une armée à leiir 
secours. 

Le temps de la trêve passé sans apparence de se- 
cours , Fernand de Gordoue ayant disposé ses troupes 
comme pour donner Tassaut, envoya un trompette 
aux assiégés , pour les sommer de lent parole, etpour 
leur dire qu il 1^ alloit forcer dans la place ; sur. quoi 
les otages furent envoyés de part et d'autre. 11 accorda 
aux Maures la liberté de sortir avec leurs femmes et 
leurs en&ns , d'emporter tout ce qu'ils pourroient 
charger sur eux; et fit putUer en même temps dans 
son armée que si quelqu'un faisoit du désordre , il 
seroit sur-le-champ puni de mort. Il donna trôis^joors 
aux assiégés pour leur sortie , pendant lesquels il se 
tint lui-même à la porte de la ville, p^ur em)iédireT 
qu'on ne les troublât. Us passèrent tous tranquille- 
ment avec leurs charges au milieu de l'armée -, et il 
n'y eut qa'un soldat des derniers rangs , qui j par ava^ 
rice ou par brutalité, ayant offensé une de leurs 

7- '9 



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^5^ HISTOIRE PU CARD. XIBftENÈS. An i5o8'. 

femmes, fut incontinent passe par les armes, pour 
la satis&ction dçs Maures et pour l'exemple des Es- 
pa^ols. Ainsi Fernand fut maître de la place cin^ 
quante joturs après rembarquement, et dépêcha d'a- 
bord deâ courriers au roi et à Ximenès , pour leur 
donner avis de l'heureux succès de cette entreprise. 
Le général, ayant livré à ses soldats les vivres que 
les Maures avoient laissés , leur donna du repos du- 
rant quelques jours ; puis il choisit les plus braves 
pour la garde dé ce port, et renvoya l'armée en Es- 
pagne parce que l'argent étoit d^ensé et qu'il n'y 
avoit plus rien à entreprendre* Oran, par sa situation, 
parle nombre de ses habitans , parles troupes réglées 
qui le girdoient , étoit hors d'état d'être attaqué , et il 
n'avoit pas assez de force pour l'entreprendre. Il ré- 
solut pourtant d'attendre les ordres du roi , et ne 
cessa cependant de réparer le port, la ville et la 
forteresse. Dès quW apprit cette victoire, la cour en 
eut d'autant plus de joie, qu'on avoif été plus d'un 
mois sans savoir aucune nouvelle de la flotte. Ou fit 
dans toute l'Espagne de grandes réjouisssmces. On 
ordonna des processions durant huit jours, pour 
rendct ^âces à Dieu de la prise de ce port^ qui met- 
toîfc twte la côte et le royaume en sûreté, et qui ou- 
▼roit une entrée à la conquête de toute l'Afrique. 
Feu de temps après , Diego Véra et Gonçalès Aiora 
arrivèrent pour rendre compte au roi de tout ce qui 
s'étoit pasdé. Us apportèrent à Ximenès, comme un 
hommage et une portion du butin , un bâton d'ëbène 
d'une polissure et d'une noirceur admirable, qui 



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Ad i5oa LITRE TROISIÈME* %5g 

avoit servi à un des principaux alfaquis des Maures. 
Ce prélat le garda quelques jours par honneur, après 
quoi il renvoya à Alcala pour y être conserviî dan& 
son université , comme un monument 4^ celte vic- 
toire et un gage de Tamitié que les chefs de Tgripée. 
atvoient eue pdur lui. 

Lq roi fit passer en Afrique cent chevaux et ciiH| 
cents fantassins sous la conduite de Rodrigue Piaz ^ 
homme estimé pour sa noblesse et poiur sa valeur, à 
qui il donna la lieutenanoe deMaçarquivir. U fit venir 
Fearn^nd à la cour, le reçut avec des marquas parti- 
culières d'estime et de bienveillance , et le fit gouver- 
neur de cette place. Ximenès le loua en présence du 
roi, et dit que personne n'étoit plus capable de dé- 
fendre cette ville, que celui qui Tavoit conquise ^ 
que les Maures, qui avoient éprouvé $a valeur, 1% 
respeeteroient^ et que TEspagne pouvoit se ptometh 
tre de porter bien loin ses victoires dans un pays dont 
il venoit de lui ouvrir le chemin. Celte conquête ne 
coûta que trois mille écos d'or, sqmme conskiéraide 
pourJe tenipss et on assigna tons les ans une pareiiUe 
somme pouj; la conserver. 

Les troubles survenus en Esps^ne interrompiretit 
les desseins que Ferdinand et Ximenès avoient 'de 
pousser leurs conquêtes dans l'Afrique. OonFernand 
de Cof^doue étant depuis arrivé à sou gouvernement^ 
commença à faire des courses. Les Maures en fireh^ 
de leur côté« C'étoit une guerre ooptiniieUe où ca 
capitaine avoit souvent eu Tàvantage. Mais ^nfin ks 
infidèle» ayant pris un village sur la côte d'Espt^e, 



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a6o HISTOIRE DU GARB. ILIM'EIÏES, Ad i5o8. 

et passé femmes et en£ins au fil de Fépée , et mena- 
çant d'en faire autant dans Maçarquivir, Fernand ne 
put souffrir cette insolence et s'avança vers Oran 
avec trois tnille hommes de pied et environ deux 
mille chevaux , à dessein d'attirer l'armée des Maures 
en campagne et de la combattre. Il s'engagea si avant 
dans lé pays, qu'il donna le temps aux ennemis d'as- 
semUer toutes leurs troupes , en sorte qu'il fut acca- 
blé par le nombre, et que ses gens furent presque 
totis taillés en pièces. Ce malheur arriva Tan iSo'j 
vers le quiiMsiènie de juillet, peu avant que le roi 
catholique fût de retour de son voyage de Naples. 

Ximenès , qui gouvernoit alors l'Espagne , fût si 
touché de cette perte, qu'il auroit voulu incontinent 
marcher lui-même avec toutes les troupes du royau- 
me pour aller faire la guerre en Afrique ; mais Tin- 
disposition de la reine , et la situation des affaires 
Târrêtèrent, et surtout l'absence du roi Ferdinand, 
sans le consentement duquel il ne croyoit pas pou- 
voiif^ntrepréndré une expédition de cette importance. 
Aussitôt qiie le toi fut arrivé et que tout fut remis 
dans l'ordre, le cardinal traita avec ce prince, et le 
preàsa ou de pasiser lui-même en Afrique avec une 
armée , ou de kti en donner la commission : lui 
représentant qu'un prince chrétien ne devoit pas 
demeurer oisif pendant qu'on emmenoit ses peu- 
jrfes esclaves ; et qu'il falloit profiter d'une occasion 
quô*Dieu lui àvoit dpnnée de conquérir l'Afrique. 
Le roi lui ayant Êiit connoître que l'état rfétoit pas 
encore assez affermi • qu'il seroit difScile de levef une 



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An |5o8. LIVRE TBOISIÈME. a6| 

armée dans uu temps où le roi Philippe venoit de 
donner jusqu'à son domaine, et où liù-méme avoit 
épuisé ses finances dans son dernier voyage à Naples^ 
et qu'à moins qu'on ue voulût Tassister puissamment 
il ne pouvoit fournir aux frais de cette guerre. Le 
cardinal, qui ëtoit zélé pour la foi, touche dé- pitié de 
voir tant de chrétiens (esclaves , toujours prêt à tout 
ce qui regardoit le service de Dieu et la grandeur de 
la monarchie, s'offrit de faire tous les frais de cette 
guerre, et d'aller en personne combattre et répandre 
son sang s'il le falloit pour la foi de Jésus >- Christ. 
Ferdinand qui commençoit à aimer le repos , qui ne 
6avoit pas si les grands du royaume étoient bien atta- 
chés à lui , et qui d'ailleurs avoit peine* à se charger 
d'une expédition qui lui coûteroit beaucoup , quel- 
que assistance qu'on lui donnât, accepta la propo- 
sition du cardinal et la fit agréer à son conseil. 
. Dès que le bruit en fut répanda, chacun raisonna 
à sa manière. Quelques-uns disoient que c'étoitune 
plaisante ambition pour un évêque de vouloir de- 
venir général d'armée 5 que tout étoit renversé en 
Espagne ; que Gonçalès le grand capitaine ne faisoit 
plus que dire des chapelets à Yalladolid , et que l'ar- 
chevêque de Tolède ne songeoit plus qu'à faire la 
guerre en Afrique. En quoi on ne considéfoit pas 
que les archevêques de Tolède avôient toujours servi 
et de leurs biens et de leurs personnes contre les 
ennemis de i'état et de la religion. Les autres disoient 
que c'étoit un homme téméraire, et sans jugement, 
qui entreprenoit une chose au-dessus ^ de sa capacité 



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a6a HISTOIRE BU GARD. XIMENÈS. An i5o8. 

et de sa portée ; qu^un roi puissant et accoutiimé à la 
guerre tel que Ferdinand, ëtoit à peine assez bon 
pour une conquête si difficile •, que c'étoit exposer 
les troupes que de les €K)nfier à un homme qui avoit 
été ^levë dans le cloître , et qui ne sauroit ni se faire 
craindre des ennemis ni se faire respecter des soldats. 
Quelques-uns faisoient les politiques et croy oient 
que le cardinal et le roi s'étoient voulu tromper l'un 
l'autre -, que le cardinal, qui aiinoi t à commander, avoit 
eu dessein d'engager le roi et toute la noblesse à pas- 
ser en Afïîque pour demeurer le maître en Espagne 5 
et que le roi avoit accorde au cardinal ce qu*il faisoit 
semblant de souhaiter , ou pour le consumer par les 
fatigues, ou pour le rendre odieux par le mauvais 
succès dé cette guerre. 

Mais le roi (an iSog), qui connoissoit la probité de 
Ximenès , et qui avoit été témoin en plusieurs rencon- 
tres du zèle qu'il avoit pour détruire les ennemis delà 
foi de Jésus-Christ , loua son dessein et dit plusieurs 
fois à tous les seigneurs, que c'étoit un exemple de re- 
ligion et décourage; que tout le royaume devoît ren- 
dre grâces à un prélat de cet âge et de ce mérite , qui, 
après avoir tant travaillé pour l'état , vouloit bien 
encore s'exposer aux travaux et aux périls de la guerre 
pour la défense et pour la gloire de la religion; qu'il 
jEalloit l'assister de toutes les forces du royaume dans 
une si sainte entreprise. On ordonna d'abord que tou- 
tes les galères et tous les vaisseaux fussent en état et 
se joigiiissent à M^aga cm à Cartbagèfle, selon Tor- 
dre qu'en donneroit le cardinal 5 qu'on achetât des 



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An tSoQ. tlVKS TROISIÈME. «i63 

vivres 4>our l'armée dans les lieux voisins -, qu'on 4k 
des magasins de poudre «, qae les commandeurs des 
ordres militaires vinssent en personne Servir à leurs 
dépens j comme c'étoit la coutume lorsqu'il s'agissoit 
de défendre l'état contre les infidèles -, que toutes les 
milices qui ëtoient payées pour marcher dans ces 
occasions s'assemblassent ; qu'on rendit au cardinal 
toutes les provisions que les intendans avoient faites 
pouTile roi à Malaga ^ et que les vivres que sa majesté 
devoit fournir fussent portés jusqu'au port où Xime- 
nés devoit s^embarquer. 

La personne >d'un archevêque n'étant pas propre 
pour réprimer la licence des soldats, on envoya deux 
commissaires pour juger les causes criminelles , et 
pow régler souverainement tout ce qui regardoit 
l'armée. Ximenès assistoit à leur conseil, et faisoit 
tout de son autorité ^ mais il vouloit qu'on crût que 
les ministres du roi disposoient de tout, afin de re^ 
tenir plus facilement les esprits dans le devoir par le 
respect de l'autorité royale. Ferdinand lui donna 
même des blancs-seings pour expédier des commis- 
^ons et pour Créer de nouveaux juges selon les be- 
soins, parce qu'il ne convenoit pas à un archevêque 
de s^âbaisser^à ces sortes Al procédures et de châ- 
timens. 

Les ehoses jetant ainsi réglées, le cardinal songea 
à lever des troupes et t faire des magasins , par le con- 
seil du grand Gonçalës. I^ résolut de se Servir de 
Pierre Navarre, comte d*01ivet, qui s'ëtoit signalé 
dans les guerres d'Italie > et qui depuis peu de temps 



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2164 HISTOIRE DU CÂRD. XIMENÈS* An iSog. 

ayoit pris sur les Maures le fort de Pennon. 11 lui 
communiqua ses. desseins, lui demanda ses avis, et 
le nomma g<îuëral de son armée avec l'agî-ément du 
roi catholi(}ue. Il lui ordonna d'assembler les troupes 
qui avoient servi dans les guerres de Naples , et d'aller 
promptement à Malaga visiter les munitions de bou- 
che et de guerre, que le conseiller Vargas lui remet- 
troit entre les mains, pour les faire transporter 'dili- 
gemment à Carthagène. Cependant Ximenès fit des 
levées de soldats dans son diocèse et dans tout le 
royaume , et eut bientôt assemblé une armée d'envi- 
ron seize mille hommes. Il nomma les colonels , entre 
lesquels étoient le comte d'Altamire, Jeai;i Spiaosa, 
Gonçalès Aiora et Jean Villalva , et quelques autres 
capables de conduire en chef de pareilles guerres. 
11 donna à Villaroël, gouverneur de Caçorla, un 
corps de quatre mille chevaux à commander, et fit 
Yianel maréchal de camp, à cause qu'il connoissoit 
le pays, et qu'il savoit mieux qu'un autre où il falloit 
camper, par où il falloit attaquer^ quelles garnisons 
il falloit ou renforcer ou diminuer. 

Mais parce qu'il vayoit qu en vain il faisoit tous 
ce$ préparatifs si l'argent venoit à manquer , il avoit 
fait à ce dessein de graijides épargnes depuis quel- 
ques années , et comme les événemens de la guerre 
sont incertains, et qu'il n'étpit ni de sa dignité ni 
de sa prudence de s*engâger dans un pays ennemi, 
sans .avoir des ressources pour les besoins , et pour 
les açcidens qui pourroient arriver, il écrivit au ?cha- 
pitie de Tolède , pour le prie»- dq contribuer à une si 



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An iSoQ. LIVRE THOISIÈME. a65 

sainte entreprise. Il lui refur^senta qu'ovi avoit autre- 
fois employé les revenus ecclésiastiques pour chasser 
les Maures d'Espagne-, qu'il n'étoit pas moins néces- 
saire de les employer pour empêcher ces infidèles d'y 
revenir -, qu'il étoit juste qu'ils eussent part à cette 
bonne œavre et qu'ils l'assistassent lui qui étoit leur 
chef, et qui non-seulement donnoit ses biens, mais 
encore exposoit sa vie pour la défense et pour l'ac- 
croissement de la religion^ C'étoit une chose hors 
d'usage en ce temps -Jà que ces contributions ecclé- 
siastiques. On n'y avoit recours que dans les dangers 
évidens de la religion , et il falloit une ordonnance 
du saint -siège-, car on regardoit comme une chose 
injuste et odieuse de charger les bénéfices d'impôts et 
de subsides 5 et l'on observoit qu'il étoit toujours ar- 
rivé quelque malheur à ceux qui avoient ainsi attenté 
contre l'Église.Le chapitre pourtant ne s'excusa point, 
uefitaucuue plainte, n'allégua pa^ ses immunités. 
Ils s'offrirent tous non-seulementde l'assister de leurs 
biens , mais encore de le suivre en Afrique , et de 
combattre même sous ses étendards-, ce qui lui donna 
une grande joie, tant à ^ause de l'amitié que lui té- 
moignoit son clergé, qu'à cause de l'exemple que 
sou Église donnoit aux autres dans une occasion 
comme celle-là. 

Toute cette année se passa à équiper la flotte , à 
amasser l'argent, à lever des troupes et à les assem- 
bler ^ mais l'année d'après il eut de grands chagrins, 
et il fallut une constance comme la sienne pour sur- 
monter les difficultés qu'^n lui fit. Car, après qu'il eut 



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a(>6 HISTOIRE DU GARD. XIMENES. An iSog. 

iait des levées de guerre par toute TEspagne, qu'il 
eut nommé les officiers , et que le bruit de cette ex- 
pédition eut passé jusqu'aux eimemis, il y eut des 
gens qui ébranlèrent l'esprit du roi, et qui kii firent 
entendre que cette entreprise ne pouvoit réussir^ que 
c'étoit une chose déraisonnable de confier une d#âire 
de celle importance à un homme sans expérience et 
nourri dans la solitude; qu'il falloit que le roi con- 
sidérât les dépenses: de^^cctte guerre, auxquelles le 
cardinal n'étoit pas en^ état de fournir -, que pour Ëiire 
plaisir à ce bon prélat , on Tentretenoit dans une fan- 
taisie qu'on voyoit qu'il, avoit mise dans sa tête-, 
qu'après qu'il auroit dépensé ses revenus , il revien- 
droit sans avoir rien fait, et laissecbit la flotte du 
roi et la jeunesse d'Espagne à la merci des Africains. 
Le roi catholique écouta ces discours, et com- 
mença à craindre de s'être engagé mal à propos. Il 
différa de fournir les secours qu*il avoit promis. Ses 
intendans , qui dévoient mettre la flotte en état et la 
donner au cardinal avec toutes les munitions, lui 
faisoient perdre la saison commode. Pour les vivres, 
bien loin de les remettre selon Taccord qu'on avoit 
fait, ou voulait les vendre bien cher à Ximenès et 
lui faire acjtôleir le besoin qu'il eii avoit. Le comte 
Navarre lui-même voyant ces difficultés qu'il croyoit 
insurmontables, proposa une autre conquête plus 
aisée , et tâcha de s'attirer le commandement de la 
flotte indépendamment du cardinal. On différoit de 
convoquer les ordres militaires-, oû ne pressoît point 
les milices. Quand les agens de Ximenès soUicitoieiit 



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An ]5o9. L(YR.E TROISIÈME. 267 

le conseil royal et le roi même , on ëludoit sous di^ 
vers prétextes les remontrances qu'ils faisoient. Tan- 
tôt rhiver approchoit, et la rade de Carthagène ou de 
Malaga n'étoit plus bonne pour les vaisseaux *, tan- 
tôt les chaleurs ëtoieât trop grandes , et les troupes 
périroient en Afrique ; tantôt il ëtoit difficile de trans- 
porter les munitions. 

Le cardinal ëtant averti de tous ces délais , ne laissa 
pas 4e persévérer. Il écrivit au roi des lettres moitié 
prières moitié plaintes. Il le prioit par la religion 
qu'ils étoient obligés de défendre Tun et Fautre , par 
leur amitié , par rattachement qu'il avoit toujours eu 
pour sa personne royale, par les services qu'il avoit 
jusque-là rendus à l'état, de ne point abandonner 
une entreprise si importante. Il lui représentoit en*- 
suite que son hoi^neur y étoit engagé; que l'affaire 
en étoit venue à un point qu'il n'y avoit plus moyen 
de reculer ; qu'on ne lèveroit pas une autre fois des 
troupes , si l'on congédioit celles-ci ; et que les sol- 
dats indignés iroient chercher ailleurs d'autres géné- 
raux et d'autres guerres ; qu'on lui avoit fait dépenser 
de l'argent , et qu'il n'étoit pas juste qu'on lai fit per^ 
dre encore sa réputation et son crédit ; et qu^enfili 
op ne traitoit pas ainsi un archevêque de Tolède et 
un cardinal. Quant à cm qu'on disoit qu'il étoit sans 
jugement et sans raison , que c'étoit au roi à se ju&« 
tifier lui-même et à défendre l'estime qu'il lui avoit 
toujours témoignée. 11 répondoit après cela à toutes 
les difficultés qu'on lui iaisoit, que la saison n'<ëtoit 
pas mauvaise ; que don Fernand de Cordoue avoii 



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a68 HISTOIRE DD GARD. XIMENÈS. AniSog. 

conquis le grand port dans ce même temps ; et que 
toute sorte de navires abordoient tous les jours sans 
péril du fort de Pennon à Malaga, pour y porter des 
provisions -, qu'on ne craignît pas que l'armée man- 
quât de rien, qu'il avoit des vivres pour les troupes 
et leur paye pour quatre mois -, et que , si la guerre 
duroit davantage, outre ses propres revenus, il étoit 
assuré de recevoir des secours dé plusieurs églises ; 
et qu'aiusi il ne falloit pas chercher tant de détours. 

Qu'au reste, il avoit appris que Navarre proposoit 
une entreprise plus facile dont ii vouloît se chaîner 
lui-même ; qu'il falloit bien se garder de l'écouter^ 
qu'il n y avoit point d'autre parti à prendre que d'al- 
ler droit à Oran, dont la ^rise mettroit la côte d'Es- 
pagne à couvert, et donneroit une entrée dans toute 
l'Afrique ; et qu'il valoit mieux gagner une ville opu- 
lente et un bon port, que d'attaquer une forteresse 
peu importante, d'où l'on ne tire ordinairement au- 
cun avantage , et où l'on ne perd guère moins de 
monde. Qu^enfin , si l'on persistoît à vouloir rompre 
cette entreprise, il avoit de quoi s'occuper à Tolède 
et à Alcala ^ qu'il alloit licencier ses troupes de peur 
que l'oisiveté des soldats ne causât du désordre dans 
le royaume -, et que pour lui il demeureroit en repos , 
content d'avoir satisfait sa coCtscience, et d'avoir mon- 
tré aux peuples et à tous les gens d@ bien le désir 
qu'il avoit de servir l'état et la religion. 

Il écrivit à peu près les métnes choses à ses agens, 
et kiur manda qu'il étoit non pas piqué ou indigne, 
car il n'appartient pas à un particulier d*êfcre piqué 



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An i5o9« LIVRE TROISIÈME. ^6g 

ni indigné contre un roi , mais , étonné de ce change- 
ment-, qu'après tant de troupes levées , tant de vivres 
amassés , tant de canons qu'il avoit ou achetés ou fait 
fondre, il étoit fâcheux de n'avoir rien avancé 5 qu'il 
falloit espérer qu'à l'avenir le roi prendrmt mieux ses 
mesures et se laisseroit moins prévenir^ et que le con- 
seiller Yargas et les autres feroient pénitenœ des ca- 
lomnies qu'ils débitoient contre lui. Ces plaintes obli* 
gèrent le roi à songer sérieusement à cequ'ilfaûoit.Il 
n étoit pas honorable pour lui de manquer aux paro- 
les qu'il avoit données. Il n'étoit même pas sur de 
rompre un dessein que les peuples avoient approuvé 
avec des marques, de joie et de rëconnoissance ex* 
traordinairés. Les grands d'Espagne, qu'il n'avoit^ 
encore entièrement apaisés, auroient eu peine à se 
fier à lui, s'il eût ainsi traité un homme à qui il avoit 
de si grandes obligations. Beaucoup de braves gens 
qili s'étoient engagés à ce prélat , et qui se voyoient 
à la tête de ses troupes , commeiiçoieiit à murmurer^ 
Les seldats n aim^ent pas qu'on ki eût iroilifKés ^ et 
si on les eût licenciés , ils eussent répandu par toute 
l'Estpagne les bonnes intentions 4^ Ximenès et les 
mauvaiç conseils de la cour. . < 

Le roi écrivit donc au cardinal qu'il retint l'armée 
pour le printemps prochain , et qu'il ne s'ennuyât 
point. 11 lui doùna encore une fois sa parole qu'il ac- 
compUroit exactement toutes les conditiouâ du traité 
qa'il avoit fait avec lui. Cette réponse le consola | 
mais il survint de nouvelles dii&cultés» On étoit con^ 
venu qu'on porteroit toutes les munitions de, Malag^ 



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270 HISTOIRE DU CABD. XIMEIfÈS. An iSôg. 

à Cartbagèae où Ximenès devoit s'embarquer. Quel- 
ques-uns remontrèrent an roi qu il ne les i'a}loit re- 
mettre ni au comte Navarre , ni au cardinal , parce 
que les ennemis pourroient s'en saisir, ou qu'on pour- 
roit les eoutumer à d'autres usages , ce qui causeroit 
un giand dommage à la flotte ; qu'il étoit à |»ropos 
de les mettre en dépôt entre les mains du gouver- 
neur de MaçarquiVir, qui auroit soin de les distribuer 
à l'armée, quand elle seroit dans ce port. Ximeftès 
rejeta cette proposition , et crut qu'il n'étoit pas pru- 
dent de mener une armée , et de n'avoir pas les vi- 
vres en sa puissance. De plus , il craignoit l'insolence 
des soldats^. de cette garnison , qui, peu de temps au« 
paravant, avoient refusé de reconnokre leur gouver- 
neur , jusqu'à ce qu'il leur eût fait toucher la paye 
de quelques mois qui leur étoit due* 

Comme on ne lui donnoit sur cela aucune réponse 
positive, et qu'on lui mandoit de la cour que toat 
étoit prêt , et c[ue c'étoit sa -Êiute s'il ne se rendait 
proniptement à C«rthagëBe où l'ofi le satisferait snr 
toutes ses demandes , il répondît que jusqu'à ce 
qu'on eût levé les dsstacles , et qu'on lui eût donne 
une entière satisfaction , il étoit résolu de ne.pas soiy 
tird'Alcala^ qu'il A%oit pas se mettre à la tête de 
l'armée, au hasard de revenir honteusement sur se$ 
pas, et de servir de jouet partout où il repasseroit 
On fnt enfin contraint de régler les choses coninie il 
voulut. Alors , quoique les commandeurs dos ordres 
militaires et quelques corps de milices ne fussent pas 
encore arrivés , il fit venir les officiers généraux et les 



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An i5qc>. LIYBE TRDISiÈlIfe, ^ji 

colonels, et leur marqua à chacun ce qu^ils avoiont 
k faire. Navarre prit la route de Malaga pour con«^ 
duire la flotte à Carthagène., et les autres allèrent 
chacun dans leurs quartiers^ pour faire marcher leurs 
troupes au lieu d'assemblée. Le cardinal, de son cÔtë, 
partit pour Tolède, ac^^mpagnë de plusieurs per- 
sonnes de qualité, d'un grand nombre de domes- 
tiques , et de vingt -quatre gouverneurs de places 
dépendantes de Tarchevéché. Il leur atoit fait des^ 
présens à tous selon leur dignité et leur condition. Us 
étoient vêtus d'&arlate avec des armes luisantes, 
montés sur des chevaux richement harnachés, sui- 
vis chacun de leur équipage ; et les peuples , ravis 
de les voir passer, prioient Dieu qu'ils revinssent vic- 
torieux. 

11 assembla ses chanoines à Tolède, leur déclara les 
moti& et les causes de son entreprise, et les remercia 
de laffectron qu'ils avoient témoignée pour Tintéf et 
de la religion, et pour l'honneur de sa dignité. Il re-» 
commanda son diocèse à Jean\^lasco , évéque deCâ-^ 
lahora^ alla Ëiire ses prières dans toutes les églises dé 
la ville, surtout dans la cathédrale dédiée à la sainte 
Vierge , et partit pour aller joindre l'armée à Cartbâ^ 
gène. Plusieurs chanoines voulurent le suivre, mais 
il loua leur dessein^ et ne voulut pas qu'ils rexéeu*^ 
tasseuL II nen pri,t que deux pour l'accoînpÉigfifer 
jusqu'à Carthagène , et il les renvoya de là à Tôlèdé 
avec toute leur suite, leur disant qu'il étoit impor- 
tant qu'ik demieurassent dans leur église, pourrédl-" 
fier et pour la servir, et qu'ils se conservassent pour 



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'kJH HISTOIRE DU CàRD. XIMENES. An iSog. 

être sa joie ou sa consolation , selon le succès que 
Dieu voudroit donner à ses armes. L'un étoit Fran- 
çois Alvarès, théologal du chapitre, et Ximenès prit 
grand plaisir de le voir marcher avec quatre-vingts 
domestiques , tous magnifiquement habilles. L'antre 
étoit Charles Mendoza, abbé de Sainte -Léocadie, 
illustre par sa noblesse et par sa vertu , qui avoit 
toujours eu beaucoup de part aux conseils et aux 
desseins de son archevêque. 

Le cardinal partit donc de Tolède le premier jour 
de carême , sur la fin du mois de février ; et, passant 
autant qu il pouvoit sur les lieux de sa juridiction, 
il distribuoit des aumônes aux pauvres, consoloit 
les femmes dont les maris s'étoient enrôles , et leur 
faisoit espérer que le ciel bémroit leur courage, 
et qu elles les reverrojent bientôt enrichis des dé- 
pouilles des infidèles. Il écrivit en chemin à don 
Lopés Aiala, son agent, qu'il marchoit, et que dans 
peu on apprendroit que l'armée seroit embarquée ; 
et) parce que ^es ennemis ne cessoient de faire en- 
tendre au roi qu'il n'avoit pas de quoi fournir aux 
frais de la guerre , il lui ordonna d'aller trouver sa 
majesté, et de lui dire qu'il avoit envoyé tant d'ar- 
gl^nt iponnoyé à Malaga, qu'après avoir abondamment 
pourvu à toutes les dépenses nécessaires, tout payé, 
il lui resteroit encore dix mille éc«a d'or pour les pau- 
vres ou pour quelque autve bonne œuvre. Dès qu'il fut 
arriva à Carthagène, les troupes se sentirent animées, 
et sa présence fit que chacun à l'envi ténvoigna son 
zèle. Navarre vint aussitôt de Malaga , et lui annonça 



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An iSoQ. LIVRE TROISIÈME^ 278 

que la flotte étoit prêta, et qu'elle arriveroit au pre- 
mier jour. f 

Alors il donna ordre à tout. 11 fit tenir des che- 
vaux de poste de distance- en distance , afin que le 
roi fût promptement averti de tout ce qui se passe- 
roit en Afiîque. 11 recommanda au courrier Miranda 
de faire grande diligence , et lui assigna pour gages 
vingt-deux écus d'or par mois. 11 eut une si grande 
espérance de vaiiA^re, qu ayant appris qu'en ce mAne 
temps le roi envoyoit quelque infanterie en Italie, 
pour contenir la* ville de Naples dans le devoir, il lui 
écrivit qu'aussitôt qu'il auroit achevé son expédition, 
il envoieroit une partie de l'armée ea Italie, qu'il y' 
passeroit lui-même s'il en étoit besoin , et<iu'il n'ou- 
blieroit rien de ce qui pourroit convenir au bien de 
l'état et à la dignité royale. 

Mais lorsque tout fiit assemblé , etqu'on se prépa- 
roit à mettre à la voile , les soldats , qu'on ne vouloit 
payer qu'après qu'ils auroient abordé l'Afrique, com- 
mencèrent à murmurer, et protestèrent qu'ifs. ne 
s'embarqueroient jajnais , qu'on ne leur eût tenu ce 
que leurs capitaines leur avoient promis. Un tailleur.. 
d'Alca*a-de-Henarés , qui s'étoit enrôlé dans les mi- 
lices que cette ville avoit fournies , excita cette sédi- ' 
tion. Commeil étoit hardi et grand parleur, il se mit 
à raisonner dans le camp : Que cette guerre étûit dif- 
ficile V que le roi n'avoit osé l'entreptejudre , et qu'un 
moiae Fentreprenoit 5 qu'ils n'avoient à espérer: d'un 
tel général, sinon qu'il les. menât à la boucherie; 
qu'il n'étoiVpa^ possible qu'il pût fournir aux dépen- 
7. 18 



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274 HISTOIRE DT] GARD. XIMENÈS. An iSog. 

ses de la guerre-, que s'il les avoit fait passer une 
fois en Afrique., ils Éuroient plus à craindre la faim 
que Tennemi^ qu'enfin il n'étoitni sûr, ni honorable 
de servir sous un cordelier qui se méloit d'un métier 

* qu'il ne savoit pas, et qui vouloit les accoutumer à 
vivre d'aumônes , comme il y avoit autrefois obligé 
ses religieux,^ Il anima si bien ses compagnons par 
ces discours , qu'une partie de l'armée se sépara et 
se posta sur une hauteur, montrsttit leurs piques et 
leurs*' épées , pour marquer qu'on ne les apaisferoit 
pas ikcilemenl. 

Cette révolte toucha sensiblement le cardinal 5 mais 
ce qui le piqua le plus, ce fut d'apprendre que Via- 
neVla favorisoit sous maiij, et que le comte Navarre 
en étoit l'auteur. Xim«nès n'avoit pas sujet d'être sa- 
tisfait de ce général. C'étoit un soldat de fortune, 
sans feligion et sans politesse , toujours prêt à man- 
quer de respect à ce prélat. Il avoit prétendu nom- 
mer I^s capitaines , et dispose^ des chaînes de rarinée 
sans sa participation. 11 proposoit tantôt d'attaquer 
Trémesen, quelquefois d'aller à Alger ou à Tripoli, 
^t le cardinal âppréhendoit que, s'il étoit une fois 
embarqué, il ne voulût être le maître et de la'^otte 

**et de l'entreprise. Navarre avoit aussi ses soupçons-, 
et , craignant que le- cardinal n'eût un ordre secret 
pour Tettvoyer contre les Vénfflens , il protestoit qu^ 
se jetteroit plutôt darià la mer que dé faire la.^erre 
à des gens de sft religion. On trouvoit ass^z plaisant 
que l'un, ayant été toute sa vie religieux et prêtre, 
voulût commander une armée , et que l'aiStre , ayant 



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An iSoQ. LIVRE .ÏROISÏÈME. 2^5 

élé soldat t,oWe sa vie , fît scrupule â'aller faire la 
guerre aux chrétiens. 

Us en vinrent enfin à de grands éclaircissemens, 
après lesquels Navarre jura fidélité et obéissance au 
cardinal , entre les tnains de don Antoine de la CuéVa , 
en présence du comte d'Altatnire et de quelques au- 
tres officiers. Un des sujets dé'plainte contre ce corn- 
manflaht, étoit qu'il avoit fait plusieurs prises sur la 
c#te, et qu'il n'avolt rien réservé du butin pour set- 
' vir aux frais de la guerre , comme il y étoit obligé 
par un traité 5 de sorte que fe cardinal , connoissant 
Fhumeur avare et remuante àe cet homme, appré- 
hendant qu'il ne lui prît envie d'emmener la flotte 
ailleurs, n'avoit voulu payer les troupes qu^'après 
qu'elles seroient arrivées en Afrique. De plus, il avoit 
ordonné que ses trésoriers distribueroient eux-mêmes 
la paye à chaque soldat , parce que les capitaines en 
retenoient souvent une partie pour eux ou dîffé- 
roient de la donner, et remplissoient les compagnies 
de leprs ^valets, ^n de profiter de leur solde. 

Navarre n'avoit o^é lui contredire 5 mais il avoit 
malicieusement témoigné aux officiers, surtout à ceux 
qui avoient servi sous lui en Italie, et qu'il avoit ac- 
coutumés au pillage, que cette épargne ne venoit 
pas de lui^ qu'il savoit mieux vivre avec les gens de 
guerre ; mais qu'ils avoient affaire à un homme aus- 
tère, qui ne leur laisseroit^ rien gagnei:^ et qiïi ne 
leur donneroifc pas même tout ce qui leur étoit dû. 
Les officiers avoient répandu ces bruits dans leurs 
compagnies, et de là étbit venue la mutinerie des 



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9.76 HISTOIRE DÛ CAKt). XIMENÈS. An iSog. 

soldats, qui crioient insolemment : Qu'il paie, qu'il 
paie le moine, il est assez riche. 

Vianel cependant étoit assidu auprès du cardinal ; 
et, pourmieux couvrir son intelligence avec Navarre, 
il faisoit prendre autant qu'il pouvoit de ces soldats 
séditieux qui avoient quitté le camp, et ils étoient 
incontinent ou pendus ou passés par les armes. Xi- 
menès trouva cette justice un peu trop sévère, et 
commanda à Yillaroël, gouverneur de Caçorîa, en . 
qui il avoit une entière coofîince , et à qui il avoit 
donné le commandement de la cavalerie , d'aller trou- 
ver Vianel de sa part, et de l'avertir que c'étoit as- 
sez d'avoir fait punir quelqu'un des coupables pour 
l'exemple, et qu'encore que ce fût l'usage de la guerre, 
il n'étoit pas séant à une personne de son caractère, 
de laisser mourir tant de gens , dont la plupart étoient 
ses vassaux qu'il avoit lui-même tirés d'entre les 
bras de leurs enfans et de leurs femmes pour les 
mener à cette guerre. Villaroëî s'acquitta de sa com- 
mission, peut-être un peu trop rudeïnent-, l'autre lui 
répondit avec peu de respect pour lui et pour Xime- 
nès, et Villaroëî, croyant qu'il devoit réprimer son 
insolence , lui fit mettre l'ëpée à la main , et le poussa 
SI vigoureusement, qu'il le blessa à la tête, et le laissa 
comme mort sur la place. Il craignit la colère du car- 
dinal, dès qu'il fut un peu revenu de sa première 
clialeur, et se sauva da*5 la citadelle où comman- 
doit un de ses parens. ' ' 

Comme ces deux hommes étoient nécessaires pour ' 
cette expédition^ le cardinal fut extrêmement fâché j 



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Ao îSop. LiVaE TROISIÈME. 277 

de la blessure de l'un et de la fuite de l'autre, d'au- 
tant plus que le vent étoit bon ,. jet qu'il falloit atten- 
dre que Vianel, dont la plaie n'ëtoit pas mortelle, 
fût en état d'agir^ Cependant Alvarès de Salazar qui 
conduisoit les milices de Tolède , homme d'une élo- 
quence militaire, et fort acarédité dans les troupes, 
fuCdéputé, d'un commun consentement, pour haran- 
guer les séditieux 5 ce qu'il fit avec tant d'adresse et 
de bonheur ,^ qu'ils commencèrent à parler d'aocom- 
ii|.odement. Ximenès leur envoya d'abord un trom- 
pette peut leur déclarer qu^on ail oit payer Tarmée, 
et que chacun eût à venir dans les vaisseaux rece- 
voir sa distribution.. 

Cette nouvelle les apaisa-, et lorsqu'ils virent des 
sacs remplis d'or,, couronnés de festons de fleurs, 
qu'on portoit dans les galères au bruit des lambours 
et des trompettes , et les trésoriers assis à la poupe 
qui se disposoient à donner à chacun la paye qui lui 
convenoit, ce spectacle les réjouit. Us vinrent en 
foule-, et, comme s'ils eussent oublié tout ce qu'ils 
avoient fait ou dit dans leur révolte, ils entrèrent 
dans les galères et dans les vaisseaux. Le cardinal," 
ravi de voir cette gaîté, s'embarqua avec eux un di- 
manche au soir, treizième de mai, et résolut de faire 
incontinent partir la flotte. Mais le temps ayant chan- 
gé,, on fut obligé de demeurer quatre jours à l'ancre, 
pendant lesquels il parloit à tous les officiers et leur 
ordonnoit ce qu'ils avoient à faire, avec taàt de bonté 
et d'intelligence, qu'ils lui obéissoijentavec plaisir, 
et reconnoissoient que , pajr là force de son génie , il * 



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278 HISTOIRE DU CARD; XIMEHÈS. An iSog. 

savoit leur métier aussi bien que ^çux qui l'avoient 
étudie et exercé toute leur vie. 

Tout étant ainsi disposé, et Vianel étant guéri de 
sa blessure , la flotte se mit en mer composée de dix 
galères , de vingt-quaHre gros navires , et de quantité 
de barques et de cbaloupes. Elle portoit dix mille 
fantassins, quatre mille chevaux, huit cents volon- 
taires qui avoient vo^lu suivre le cardinal avec des 
milices que quelques-uns de ses amis particuliers lui 
avoient amenées^ et, lèvent étant favorable, ^le 
aborda le lendemain , dix-septième de mai, jour de 
l'Ascension de Notre-Seigneur, au port deMaçarqui- 
vir, à soleil couchant. Les sentinelles maures aperçu- 
rent l'armée chrétienne d^s le midi , et l'on vit aussi* 
tôt fumer tous les sommçts de leurs montagnes ; signal 
qui marquoit que l'ennemi arrivoit, et qu'ail falloit 
courir aux armes. Le gouverneur du grand port vint 
recevoir le cardinal sur lé rivage, et quelques heu- 
res après on l'avertit que toute la flotte étoit dans le 
port, sans qu'aucun bâtiment eût été ni perdu ni 
endommagé. 

Ximenès passa toute cette nuit sans dormir, et 
donna ses ordres pour le lendemain. Il fit venir le 
comte Navarre , et lui dit devant tout le monde que 
cette aJBTaire rouloit stjr lui, et qu'il trâvail^oit pour 
sa propre gloire; qu'à son égard, il ne prétendoit 
autre avantage que de fournir aux frais de la guerre, 
d'exhorter les troupes à bien faire , et d'informer le 
roi de tout ce qui se passeroit. Il parla aux autres 
officiers, et les anima tellement, qu'ils étoient d'avis 



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^n iSoQ. *^.ÎVRE TROISIÈME. 279 

d'aUer afix ennemis celte nuit-là même. Le cardinal, 
qui jugeoit que le succès de cette entreprise dépen- 
doit de la diligence , conclut aussi qu'il n'y avoit pas 
de temps à perdre. Aussitôt que le jour commetiça k 
paroître, on connut quil falloit se saisir d'une hau- 
teur qui est entre Oran et Maçarquivir; qu'il étoit 
inaportant d'attaquer ce poste que les Maures gar- 
doieot encore négligemment; qu'autrement il seroit 
difficile /de le gagner, parce qu'il leur viendroit du 
secours de toutes parts , sur le signal qu'ils avoient 
donné ] qu'il étoit à propos de faire avancer les galè- 
res et les gros navires vers Oran , afin qu'on battît la 
ville avec le canon, au même temps qu'on attaque- 
roit ce poste ; et que les ennemis ne sachant à quoi 
s*en tenir, abandonnassent l'un ou l'autre. 

L'infanterie sortit des vaisseaux te même jour ; et 
Navarre , côtoyant le rivage avec la flotte , s'appro- 
cha d'Oran sans se mettre en peine dç faire débar-. 
quer lefir^chevaux^ 11 n'ay oit jamais approuvé qu^oa 
menât un si grand corps de cavalerie en un pays où 
il disoil qu'il n'y- avoit que des lieux difficiles et ra- 
boteux. Ximenès, ayant su cela , sortit indigné de la 
citadelle où il étoit allé prendra un peu de rafraî- 
chissement, et commanda qu'on fît promptement 
mettre en terre la^avalerie. Comme il s'étoit exacte- 
ment informé de la situation des li«tix , et qu'il savoit 
que Jli^ nation jiunique est fourbe et artificieuse, il fit 
poser de grandes gardes du côté d^ la mer, et dans 
les.détroits des vallc^ qui sont au pied de la colline 
qu'on avoit dessein d'attarjuer. Celte précaution con- 



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28o HISTOIRE DU CÂRD. XIlifENÈS. An iSog. 

tribua plus que tout le reste à la conservation des 
troupes et à la victoire qu'on remporta. Car les Mau- 
res, qui y étoietlt en embuscade, n'osèrent iden en- 
treprendre ; et si le gênerai , selon les ordres , eût 
mis à terre les quatre mille chevaux de l'armëe , tous 
les secours qu'on envoyoit de toutes parts aux infi- 
dèles auroient ëtë sans doute tailles en pièces. 

La présence du cardinal donna ce jour4à beaucoup 
de courage à l'armëe. Il sortit de la citadelle de Ma- 
çarquivir, revêtu de ses habits pontificaux, monté 
sur une mule , entouré d'une troupe de prêtres et de 
religieux à qui îl avoit commande de prendre les 
armes, et qui chantoîent Thymne de la croix de 
Jésus -Christ avec beaucoup de dévotion. Frère Fer- 
nand , de l'ordre de Saint -François, monté sur un 
cheval blanc, avec le baudrier et l'épée sur l'habit 
decordelier, alloit devant et portoit la croix archié- 
piscopale comme l'étendard sous lequel l'armée de- 
voît con^attre. Un spectacle si nouveau frappa les 
soldats et les officiers d'un certain étonnement qui 
redoubla leur ardeur et leur religion. On fit mettre 
l'infanterie en bataille dans une grande plaine qui est 
devant la forteresse ^ et , parce que dans cette préci- 
pitation les soldats n'avoient pas eu le temps de man- 
ger, et que c'étoit un vendredi , ce prélat leur permit 
de manger de la viande -, après cela, montant sur un 
lieu un peu élevé , il leur parla^e te sorte : 

Si de braves gens comme vous avoîent besoin d'ê- 
tre animés par des discours et par des personnes de 
profession militaire, je n'entreprendrois pas de vous 



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An i5o9. LIVRE TROISIÈME. aSi 

parler, moi qui n'ai ni éloquence , ni habitude au 
métier des armes. Je laisserois ce soin à quelqu'un 
de ces vaillans capitaines qui vous ont souvent ex- 
hortés à vaincre, et (pi ont accoutumé de combattre 
avec vous.*Mais, dans une expédition où il s'agit du 
salut de l'état et de la cause de Dieu , j'ai cru que 
vous m'écouteriez, et j'ai voulu , sur le point du com- 
bat, être ici le témoin de votre résolution et de votre 
courage. Vous vous plaigniez depuis long-temps que 
les Maures ravageoîent nos côtes, qu'ils traînoient 
vos enfans en servitude , qu'ils déshonoroient vos 
' filles et vos femmes, et que nous étions sur le point 
de devenir tous leurs esclaves. Vous souhaitiez qu'on 
vous conduisit sur ces rivages pour venger tant de 
pertes et tant d'affronts. Je l'ai souvent demandé au 
nom de toute l'Espagne, et j'ai enfin résolu d'assem- 
bler des gens choisis tels que vous êtes. Les mères de 
famille , qui nous ont vus passer dans les villes , ont 
fait des vœux pour notre retour -, elles s'attendent à 
nous revoir victorieux , et croient déjà que ftous rom- 
pons les cachots , que nous mettons leurs enfans eu 
liberté et qu'elles vont les embrasser. Vous avez dé- 
siré ce jour. Voyez cette région barbare, voilà devant 
vos yeux les ennemis qui vous insultent encora et qui 
ont soif de votre sang. Que cette vue excite votre 
valeur. Faites voir à tout l'univers qu'il ne vous man- 
quoit jusqu'ici qu'une occasion de vous signaler en 
cette guerre. Je veux bien m'exposer le, premier aux 
dangers pour avoir part à votre victoire. J'ai encore 
assez de force et de zèle pour aller planter cette croix ^ 



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a82 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS- An i.'og. 

étendard royal des chrétiens, que vous voyez porter 
devant mpi, au mitijpu -clés bataillons ennemis, heu- 
reux de combattre et de mourir même avec vous. Un 
évêque ne peut mieux employer sa vie qu'à la défense 
de sa religion. Plusieurs de mes prédécesseurs ont eu 
cette gloire ^t j'aurai Thonneur de les. imiter, 

A ces mots, il voulut se mettre à la tête de l'arraée. 
Rieu n étoit plus teucbant que de voir ua archevêque 
septuagénaire , fatigivé de soins et de veilles , rani- 
mer sa vieillesse par un zèle de religion* La vénéra- 
tion , la piété , rétoanement , saisirent les troupes ; et 
tout cela ensemble réveilla leur courage. Les soldats 
firent un grand cri pour marquer l'intérêt qu'ils pre- 
noient à sa conservation, et les. officiers se jetèrent 
autour de lui, et le conjurèrent de leur ôter l'in- 
quiétude qu'ils auroient pour sa personne ^ de les 
laisser combattre 5 et de croire que l'affaire étoit en 
état , qu'il ne se repentiroit pastde l'avoir entreprise. 
Il céda enfin aux instances qu'on lui fit 5 et, consi- 
dérant $on âge et sa dignité, iMaissa tout le soin du 
, combat à Navarre. Alors toutes les troupes s'étaut 
prosternées , il leur donna sa bénédietiou , et se re- 
tira dans la citadelle de Jtf açarquivir. Il su renferma 
dan^itiqé chapelle dédiée à Saint-Michel 5 et, les mains 
levées au ciel , on entendit qu'il faisoit cette prière : 
Seigneur, ayez pitié de votre peuple, et n'abandon- 
nez point votre hérit|ige à des barbares qui vous 
raéconnoissent. Assistez-nous , puisque nous ne met- 
tons notre conf\j}nce qu'en vous , et que nous n'ado- 
rons que vous. Quoique nous «'ayons, mon Dieu, 



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An i5o9. LIVRE TROISIÈME. 283 

d'autre peusëe ni d'autre dessein que d'étendre votre 
sainte foi et de fairfe honorer votre saint nom , nous 
ne pouvons rien toutefois si vous ne nous prêtez la 
force de votre bras tout-puissant. Qu'est-ce que peut 
la fragilité humaine sans votre secours? La puissance, 
l'empire, la vertu, n'appartiennent qu'à vous. Faites 
connoître à ceux qui vous haïssent que vous nous 
protégez, et ils seront confondus. Envoyez le se- 
cours d'en haut -, brisez la force de vos ennemis et 
dissipez-les , afin qu'ils sachent qu'il n'y a que vous 
qui êtes notre Dieu qui combattez pour nous. 

Cependant le comte Navarre, voyant qu'une grande 
multitude de Maures et de Numides avoient occupé 
les collines , craignoit que les troupes nouvellement 
débarquées, et fatiguées du travail de cettejournée , 
ne fussent pas en état de soutenir une grande action , 
et qu'un mauvais succès dans le commencement ne 
les rebutât et ne relevât le cceur des infidèles. D'ail- 
leurs le jour étoit déjà bien avancé -, et , la nuit surve- 
nant au milieu du combat, l'affaire auroit peut-être 
changé de face. 11 délibéra un peu de temps s'il re- 
mettroit l'attaque au lendemain, ou. s'il profiteroit 
de la gaîté qu'il voyoit dans toute l'armée 5 et , dans 
cette irrésolution , il alla proraptement demander à 
'^îmenès ce qu'il trouvoèt le plus à propos. Le car- 
dinal ne l'écouta presque pas -, et s'étant un peu re- 
cueilli : Allet , comte , lui dit -il , et combattez -, Jé- 
sus-Christ, fils du Père, et le séducteur Mahomet 
ipont donner la bataille ^ tout retardement est non- 
setilement désavantageux , mais encore injurieux à 



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384 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An 1509. 

la religion. Attaquez rennemi , et ayez confiance 
que vous vaincrez. On reconnut depuis que ce con- 
seil lui avoit été inspir<l de Dieu ^ car le messuar de 
Trëmesen, c'est ainsi qu'on appelle la première di- 
gnité du royaume , trois heures après la prise de la 
ville , arriva avec une puissante armée \ et ^ voyant 
qu'il n'avoit plus rien à faire , s'en retourna porter 
chez lui la nouvelle de la victoire des Espagnols. 

Navarre étant donc retourné à l'armée qull avoit 
divisée en quatre bataillons, de deux mille cinq cents 
hommes chacun, fit avancer l'artillerie que Ximenès 
avoit fait descendre en diligence", 'et laissa un petit 
corps de réserve où il mit la cavalerie pour s'en 
servir selon les besoins. Après cela toutes les trom- 
pettes sonnèrent la charge -, et tous les soldats criant 
saint Jacques ! saint Jacques ! comme c'est la cou- 
tume de la nation, il commanda d'attaquer les en- 
nemis , et de les chasser des hauteurs qu'ils avoient 
occupées. Les troupes marchèrent incontinent par des 
endroits rudes et escarpes avec beaucoup de fierté. 
Les Maures , de leur côté , défendoient la montée à 
coups de flèches et de pierres qu'ils jetoient d'en 
haut. Comme ils étoient assurés de leur retraite , les 
plus hardis se détachoient de temps en temps pour 
venir escarmoucher avec les chrétiens» Les.capltain^ 
avoient ordonné , sur toutes choses , aux Espagnols 
de ne point quitter leurs bataillons jusqu'à ce qu'ils 
fussent maîtres de ce poste \ mais quelques braves de 
Guadalajara , ne pouvant souQrir l'insolence de ces 
infidèles, et voulant se distinguer par, quelque ac- 



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Ati iSoQ. LIVRE TROISIÈME. 3i85* 

tion de :FaIeur, s'avancèrent et furent bientôt punis 
de leur témérité. Louis Contreras fut tué en cette 
rencontre ; et les Maures lui ayant coupé la tête , 
Fenvoyèrifent dans la ville. Tout le peuple s'empres- 
soit pour la voir, et les enfans s'en jouoieat et la 
rouloîent dans les rues. Cet homme avoit autrefois 
perdu un œil par une Messute^ ce que quelque 
vieilles devineresses ayant aperçu , elles 9?éôrièrent 
que tout étoit perdu , puisque le premier homme qui 
avoit été tué étoit borgne. On fit un si grand bruit 
de cette tête coupée , qu'on disoit être la tête dé 
lalfaquides chrétiens, c'est-à-dire, de l'aAîhevêque , 
qiie les pauvres esclaves , dans leurs cacbots souter- 
rains, en furent extrêmement affligés. , Ils deraan-' 
dèrent, par grâce, qu'on leur montrât cette tête-, et 
ils reconnurent , avec beaucoup de joie, que ce n'é- 
toitpas celle du cardinal. 

Cependant les Espagnols fiiisoient tous leurs efforts 
pour se rendî^e maîtres de la montagne. Ils griih- 
poient à la faveuï d'un bromillard épais qui s'éleva 
vers le sommet , et qui les couvroit aux ennemis 5 et 
ils parvinrent enfin à unei*fontaine« d'eau claire que 
les Maures défendoient avec* beaucoup d'opiniâtreté, 
et d'où ils furent enfin obligés de se retirer. Gettié 
fontaine fut d'un grand secoers aux soldats qui , après 
un assez long combat, avoient besoin de ce rafraîchis- 
sement. Navarre fit amener quatre coulevrines que le 
cardinal lui avoit envoyées-, et, ayant fait dresser une 
batterie entre des jardins et des maisons de campa^ 
gne, il incommoda fort les ennemis, et les chargea 



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a86 HISTOIRE DU, GARD. XIMENÈS. An i5oQ. 

si .vigoureusement avec quelques soldats choisis , 
qu'il les chassa de cette montagne après en avoir fait 
un grand carnage. Les troupes, voyant fuir ces infi- 
dèles, l6S poursuivirent sans ordre , et se revendirent 
dans toute la plaine qui est au-dessous d'Oran. Cette 
confusion,, qui pouvoit leur être funeste, leur fut 
avantageuse, parce que les Maures crurent l'armée 
plus nojgaJbreuse quelle n'étoit, et voulurent se reti- 
rer dans la ville 5 mais la .cavalerie les suivit de si 
près, qu'on n'osa leur ouvrir les portes. Ainsi la plus 
gr^Ludê partie de la garnison fut dispersée. 

En ce ipj|ia0 J^emps la flatte battoit la ville de plu- 
siçurs pièces de canon , et les ennemis yrépondoient 
•par une batterie assez bien servie ; mais ite canonnier 
espagnol ayant démonté leur principale pièce , ils 
ne tirèrent .plus que mollement,, et les troupes- de 
mer euren| moyen.de se joindre à celles de terre. 
Al(m les uns gardoient les avenuçs de la ville , afin 
q^eJes fuyards, n'y pussent entrer $ J^ autres don- 
noient IJassaut et grimpaient le long de leurs piques 
avec une légèreté dncr^yable ; de sorte qu'en moins 
4'fine demi - heu^e^ oçi, vit^ix drapeaux chrétiens sur 
les murailles., et ^peu de temps après il en parut sur 
tpfi^ les tours. Ceux mêmes qui étoieut ainsi mon- 
tés ne pouvoient le ci^oif e quand ils furent de sang 
froid:, et tentèrent pliisieurs fois en. vain dé remon- 
tai;* Sosa , qui commandoit lax;ompagnie des gardes 
du. cardinal , ayant gagné le ^i^mier la muraille , cria 
saint Jaçgues etXiinenèsJet montrant son ensei- 
gne, où étoit un crucifix d'ii^i côté et les.armes.de 



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An iSog. LIVRE TROISIÈME. %%*] 

Gisnëros de Faiitm , il donna le premier signal de la 
victoire. Plusiears sautèrent dans la Ville et ouvrirent 
les portes aux troupes chrétiennes. 

La place se trouvant prise' sans savoir comment , 
et la garnison ayant été taillée en pièces, leshabi-' 
tans tâchèrent de se sauver comme ils purent Les 
uns se réfugièrent dans les mosquées, les autres se 
retranchèrent dans les principales maison^ ; quel-* - 
ques-uns se mirent en bataille dans les nies pour- 
vendre chèrement leur vie. Mais comme toute l'ar- 
mée entroit confusément dans la ville ^ ils coururent 
aux portes pour voir si dans cette confusion ils trou- 
veroient quelque moyen de s'échapper. Villaroël , 
jugeaat qu'ils ne pouvoient fuir que par le chemin 
de Tréraesen, se posta avec deux cents chevaux en 
cet endF4it-là j résolu éi les passer tous au fil de l'é- 
pée. Mais quelque cavalerie arabe qui s'étoit mise en 
embuscade dans les jardins, pour piller amis et en- 
nemis indifféremment , ayant tiré quelques coups,, 
les cavaliers chrétiens prirent tous la fuite , croyan|> 
que c'étoit l'armée de Trémesen , et Yillamël Ini-mê^ 
me n'eut pas plus de fermeté que les autres. Cepen* 
dant la ville étoit au pillage , on n'épargnoit ni con- 
ditittA, ni sexe, nié||^ \ comme c'étoient des enneknis 
de la religion , on croyoit qu'on pouvoit perdre toute 
sorte d'humanité; La nuit interrompit un peu le car- 
nage , et les chefs ayant fait sonner la retraite, chacun' 
eut ordre d'aller à son poste ; mais il ne fiit pas pos- 
sible de contenir les soldats. Us retournèrent tous au 
pillage, tuèrent tout ce qui se pi^ésenta à eux, man-" 



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!286 HISTOIRE DU CilRD. XIMENÈS. An iSog. 

{jèrent ce que les Maures avoient jpréparë pour leur 
souper^ et, le sommeil et le vin les ayant accablés , 
on les trouva la plupart couchés et endormis sur des 
corps morts dans les places d'Oran, jusqu'à ce quil 
fût grand jour. 

Naviirre, qui étoit bon capitaine et qui craignoit 
les embuscades des Maures, ne dormit point, posa 
des corps-de-garde dans tous les quartiers , et dès le 
point du jour visita la ville et donna des ordres néces* 
saires pour la garder. Les soldats s'étant éveillés, et 
voyant de tous côtés tant de morts étendus et percés 
de coups, eurent hoBte des cruautés qu'ils avoient 
exercées dans la chaleiir du combat. La pitié succéda 
à la fureur , et ils oSrii^ent quartier à ceux qui s'é- 
toient sauvés dans les mosquées ; Navarre les somma 
de se rendre , et fit forcer ceux qui voulurent résis- 
ter. 11 visita même tous les dehors , afin que le car- 
dinal arrivant , trouvât la ville non-seulement rendue , 
mais encore tranquille. 11 y eut, du côté des Maures, 
quatre mille morts et huit miille prisonniers. Les chré- 
tiens ne perdirent que trente hommes , tous presque 
à Tattaque de la montagne. Le butin fut estimé cinq 
cent mille écus d'or. Tous les soldats s'enrichirent , 
et l'on rapporte qu'un offîûier seul eut pour sa part 
dix mille ducats. 

Gracias de Villafoël fut incontinent député pour 
porter la nouvelle de la victoire au cardinal , qui la 
reçut avec une joie modeste , et passa ix)ute la nuit 
à réciter des hymnes et à rendre à Dieu des actions 
de grâces. Le lendemain il se rendit à Oran , par mer, 



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An. l5o9. LIVRE ïBaisiEMË. ' , ^89 

pour éviter les nfauVais chemqis. Il ¥oy^f avec plair 
sir ces murailles , ^pf tours ^ ces baloetis qui règdeu^ 
le long du rivage , et qui marcf^ent la graudfur et la 
richesse de>la ville, i^nt mis^ terre^ il £t pott^ 
devant lui sa croix aFC^iépiscopipIe, et c^iantç»le Jfe 
/>6e^/n avec les prêtres elles ireligieuz quî racpom- 
pagnoient. Les soldats étoient vfms en foule pour 
le recevoir , et iMeur donna djus marques d'approl»-» 
tion qui leur firent pjfus de plaisir que leur victoire. 
Pendant qu^ le conduisoient en criajAt : C*est voua 
qUi^v^ vaincu ces natio^is barbares, il lepr donaar 
sa bénédiction, p, répétoit tout4i||long du diemi 
ces paroles de David : Ce n est pas àiious , Seigneuri 
ce n'est pas à nous , c'est à i^Hm saint' nom qu*il eu 
faut doimer la gloire. Il alladroit à TAlâttaiii , éesX- 
à-dire k la grande forteres^ ^ et le gouverneur, qui, 
avoit protesté qu'il ne se rendroit qu'au cardinal, 
vint le recevoir à la porte, lu# remit les dlefs d^-la 
place et cèUes des cachots souterrains, où il y avoit 
trois 49ent6 esclaves chrétiens que Xime^s eut 1^ 
plaisir de mettre lui-même en liberté. * 

On lui présttita le butin comme au ptemier chef 
de l'armée^ et, quoiqu'il y eût des "^ choses i^es 
ék curieuses qui eussent pu tenter un homme moins 
désintéressé, il les fit réservefpour le roi ou pour l'en- 
tretien des troupes , selon l^acccfd fait avçc Navsgr re , 
et ne voulut rien jÉendre pour lui. Il fit>e^|^ite appe- 
ler les officiers de l'armée 5 et , fliprès avoir fait publi-* 
quementyi'éloge de leur yaleur,^! les ren^ercia très- 
obligeamment des services qu'ils avÂÇDt rendus , et 
7^ r , '9 



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290 HISTOlUK DU CARO. XIMENÈS. An 1%. 

1^1 r fit, sciott le mërife de chacun, des prësens ée 
l^ettier? d'or, été bagti^, on de luMisses en broderies. 
On trouTa dans la yiUe soixante gros csnoqs , et grand 
nombre d'autres iitflniraens .4e guefre^à tirer des 
flèche^>ou de$ piérpes -, et l'on' fut étonne que cette 
place si bien -munie, où l'cKi se disposmt à Êiire un 
siège de |>lusieni^ mois, eût été prise en quelques 
heureâw Cela donpa lieu de croire, te que diretit de- 
puis cfuelqnes esclaves , que la^cardinàl »voil en des 
mtelligences ilans Oran , et que la viBJf aivoit été tra- 
hie par «es propres citoyens qui en aroienf ftmé 
les port^aux Awbes, sous préteiie qaiis auroteiit 
pu ht piller et la subjuguer après I|ivoîr déiecrdue. 
Ces Arabes âvoient ëté appelés par les Maures, et 
c'éfbie^ eux j«înci|)alemcttt qui aroiefit sotKenu les 
premiers efforts de TaiciiMl^ chrétienne. C'est unena- 
tronr d'Afrique qui campe toujours et qui vit dans des 
Kcux déserts, sous dfes tentes, sans kris, sans mai- 
sons et sans aucune règle de politesse ou de société. 

JLes Rohitîns leur donnoient le ^om de#ïmnides, 
parce qu'ils se sont établis dans la Numidie, qui est 
une partie d» TAfrique. Les Espagnols , les» Maures 
méflles les non^ment Alarbes ou Arabes , parce qu^s 
sont sortis ori^ginaîrement de l'Arabie déserte, et que 
passant par TÉgypte SIS vinrent en Afrique, et en 
conquirent plusieurs; prd^inces. Toufte leur occupa- 
fJon est dmourrir du bétail. Ils Vont ni fid^ité m 

* j^isrtîciB , et ne vivent-f^ue de larcins. Endurcis de jei^* 
nessie au iraTail, e^ accoutumé à uaexir <^i^ ^ 
nistique , ilf sonttbrt propres pour ta gaerre. On tes 



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An t5«y. X.lfRE TRO]9f«;»K. ' %^ê 

voit conftiaoelleinent aux puises avec leors veisiû^ 
Lor^ue lê6 «dfrétîens entrât daus le pays, ils" font 
d'abord la pane arvoc les Maures^ et, sons prétexte de 
défendre leot. comimiite patrie èf leur coBiinnne re- 
ligion , lis se joignent M ^q^- ^n ies paie <et oh les 
tîeni eiLcaatpagne i mms on nejm r eç«3ît: jimais daàs 
les villes ) parce qu'ils volecyl iiApuaéaieiit; et qa*il 
n'y a ii\ Reproche ih peiaie qui puiseent aivéter l<eurs ' 
Inrigaiidages. Si les affiiires des Maures" prospèrent « 
ils les aj^^ent^onttie amis et comme frèn»^ s'il 
leur atrmr d'être battus /ilsb^les chargent et devieu- 
ne«Lt l^yui^.plus craeb ^ennemi9\ Ce fat pour cette 
raison quie k go«rerneur d'Oran ordonna 4 ceux <pii 
gardoient les portes ^ de ne pastHivrir aux^av^ers 
arabes que le voi de Tnémiesen amit envoyés^ ies 
prenant plutôt pèor des brigands qui venaient les 
p^ler , i|M pour des soldats affectionnés à les se- 
coutir. 

Mais plusieurs ont prétendu que ôe fut un artifice 
de ceux <pir%Râiissoient fat tille. Ce qu'il y a*^ c^* 
tain , c'est i|»e le cai^Snal y avoit eu des intelligences ^ 
etKfa'il y entrebenoit des espions ^ qae , dam la débita 
d^don Diego Feraandçz , gotLve»im(ir deMaçai*q«uftir,* 
les Mfture8;£rent grand ntmibre ^ prisonniers «ntre 
lesqpdiis iurent Aioase Marios et Martin Aiigoto , 'Ot 
qut ces deux Mpitaines, ayant été donnés «n garde 
à Hamet Acani^^.wi des pièocipamx de la ville, jii&: 
qu'à ce ipi'ils eussent payé 1^ rançon, traitèrent 
secrètement avee lui. Qwlques-^ins ont cru quepelr^ 
dam qtae iKavarre délibérait $\\ dwvcit mener aru éom- 



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39^1 HISTOIRE -^U GARD. klMENÈS. Aji iSog. 

l^atles troupes nouvelldment débarquées, il viatun 
avis secret au cardinal qu'il n'y avoit point de tgmps 
à perdre, et que le seccKirs alloit arriver. 

Quoiqu'il en sdt, Ximenés, le joi|lt,d'aprè6 son 
entr^ , tnonta à cheval , fit le tour fle la ville , consi- 
déra sa situation , domina les ordres nécessaires paur 
réparer les andeno^s fortifications etpronr.en faire 
de nouvelles. Après quoi il alla visiter les ^l^squées, 
et en consacra Tune à l'honneur de la Yieijge sous le 
titré de Sainte-Marie de la Victoire , l'autre à Fhon- 
neur de saint Jacques, pafron et protecteur de l'Es- 
pagne -, et, parce que ce jour-là l'Église fwipit la fête 
de saint Bernardin, autrefois religieux de l'ordre de 
Saint-François, fort zél^ pour le soulagement des 
pauvret et des pestiférés , il lui dédia l'hôpital, qu'il 
foifda pour les malades. Outre let^rétres qu'il établit 
pour l'exercice de la religion et pour lavcpnversioa 
des infidèles , il fit bâtir encore deux couvens de re- 
ligieux, l'un de Suint-François et l'autre de Saint- 
Dotpinitfue i et, afin queii^i ne manquai à ses.^oins, 
ayant appris qu'il y avoit parmi^es prisonniers beau- 
coup de juifs , il craignit que ceux qui s'étoi^nt nou- 

^vellement convei;!)/; en Espagne ne vinssent se 19e- 
1er arec ceux d'Oran, pour éviter les peines de l'in- 
quisition *, et 11 nomma de son autorité , en y<q|tu de 
sa diarge , un inquisiteur pour y prasâf e garde. D 

«m'y eut rien à^quoi il ne. pourvut, ii^it pour la sûreté 
de la pface comme gibéral, soit pour l'augmentation 
^e la religion- <îomroeév5êqu»; 

Après là prise ^ la ville^ il dép^ha Femandez 



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An iSog. LIVRE TROISIÈME» 298 

Yëra , fils du comAfss^ire général de Taxtillerid , vers 
le roi "Ferdinand , avec des lettres qui contenoient 
touteià .suite et toutes les circonstances d^ cette af- 
faire. «Qft ofEcier avoit^ demandé cette dépq|;ition 
avec grande instance , car oUtra le plaisir qu'il y , a 
de portesîùne nouvelle qui.doit être agréable, on ^ 
fait connoitre à la cour; et les rois ont accoutumé de 
f^^re des présens en ces rencontres. Fernandez pfi^t 
avsé^lês dépêches du cardinal-, et comme c'étoijL un 
jeune homm^ad^nné à ses plaisirs , qu'il voulpit faire 
le voyage cotnfo^dément, il dormoit la nuit sans m^ 
quiétude, passoit une partie de Taprès-dinée à jouer 
aux dés, et jetoit s(m paquet nég^iges^ent^^ur un 
lit :ou sur une table. Un soldat^ qui connoissoit sou 
humUtUr, s'avisa de le suivre, et prit comme par ha- 
sard la même route que lui.. Ayant trouvé Toccs^ion 
de lui voler ses ^dépêches ausecond gîte , il^partit en 
dilig^:ïce , les pi^^senta au roi , et reçut le présent et 
la récompense àé sa course* Ximeuès enfi^ averti , et 
se ressouvenant de ce nègre de Grenade qui lui avpit 
pf^que fait perdre les bonne&giAces £ta roi, il dit à ses 
a4H9 en souriant : Vous voyez que je ne suis pas heu- 
reux eu/COurriers. 11 envoya cette fois-ci comme l'autre 
le p^re François Ruys à sa majes^ , pour.hii rendre 
coiupte aè tout. 

' Cependant ceux A& Trémesen a|pnt appris le pil-^ 
lage^lda captivit^e la ville d'OÀii^, dont à, peine 
quatre^-vingts haUtaas avoieoit pu se sauver, massa-, 
crèr^it tous les marchands chré4iensif|iid tfjS^fiquoient. 
dans leur ville et même tous lés jui& , couunef^liHt^ 



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!194 HlSTÛiRB du GARD. XEMENÈS. An i5of. 

pins onisi ai^ Içs dupëtiens- (fis'sripec euou Lai Êirair 
du^ peuple aUa si loin , cpie le m se tint dms isi for* 
teresGe et it'osA^^ sortir, q^^'il eùiffnmà regret de 
vdir^ égorger <lés gens iimocens qui ëtoieabs^us ^ 
proteeticm, et qui ■égaocîoient sur la foi'.pabbcpie. 
Après que cette premiëie ëmotîoo ftit aipois^a 9 tuM 
firayew subite les saisit, et la pktpdrt , croyant dqâ 
^f0tP les Espagnols àieu^sr portes, se retirèrent jusque 
dans* le royaume de Fez. ' > 

Le ear^ai àéhbérz quelque temps #1 pvofiteroît 
én^sa vitf oire et s'il avanceroit dayâfill^Airicpie avec 
son sorftï^, on, n en considfération de son âge et ckr 
sori p^ de- sAfé, il kimerolt le rest6i à fiiûreliu 
comte îlavarre , et repasVeroït en^Espagne. Qttokfu'il 
connut le» difficultés de ces sortes deconqu^lN, et 
queoe genre de vie miËtaire ne convint fias à n pro- 
fession, ifm. génie nëamnoins le portoit à toutes lés 
grandes choses ^ et quand 9 pensoit^'il alloitiabaiH 
donner la ^btre de servir Tëtat, et surtout d'étendre 
fe religion aux soins et à la fortune d'un autre, iise 
sentoî« animé ♦ poursuivre son entreprise. Mbû il 
to obligé, contre rof^nion dé pluslieurs^ef conter ta 
fwpce irt«linafîon ; d'^n demeurer là. Il fit réflexi<Mi 
qu'il parOifii^oittrOp ambitki» s^l portoît ^es armes 
plus loin ; que sa vieillesse ni sa dignité né \wi per* 
mettoient pas devmeplus longrtênipedaiis bgverre ; 
(fs'il étoitvenu pour prendre Orlpé*, qu'il l'a^mt fait 
sans perte deg s«ens; qu'il n'étmtpas de sa prudeoM» 
de s'exposer auHhasard de* perdît sa rép^laftioD*, et 
qu'A luî^seroit même, glorieux êe^e nommer un sac- 



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^ i5^. LIVRE TllOIsi£M£. wgi 

lîeâ^eitf . de $à pr^pm autonté pour ente expëditkiii 
laborieuse^e|de plus, incertamie^. 
. Il y çul; eÂCQfe des rai^Qs paiîiculiècea iplL le éé- 
V^fmnètoat k repasser la men Le comte Kav&riv^ 
jaloicc de rbotmeur qu'on renddt à^JCimei^, <disoit 
ouvertement qu'il n'auroit pmjffs ^iqu'nn yrieux ca^ 
pilaloie comme lui dût être réduit à receimif Tordre 
d'ua'^ioinie, tUL quun ëtéqbe lui dût^re yrëfiéré 
poiu la corÉuuandeshent d'une armëe« Il arrihra qu'un 
sdkfol de Nararre tua un des ralets du cardinal dayrte 
un 4éfa$U qu'ils «ùrent ensemble* Le cardinal en fit 
de ^andâ plaintes au comte ^ et celui-ci , dans la co^ 
lère, lui diédiargea son coeur^ et dit insdemment : Que 
s'il.n'ëtoit pas maître de ses soldats^ il savoit bien à 
qui il £dl(Ht s^en prendre ; qu'il n'avoit qu'à lui lals« 
ser les soins de la guerre, et qu'il en Modroit bon 
eoniple au roi et i l'Espagne ^que si^présença gl^it, 
tout, et quê^ jainais deux gâiëraux n^'avoieiit hi/ui , 
cand4itune armée; qu'il s'^n t^etournâtponr recueft^ 
4ir dam JBon diocèse les louang^f4<^ sa victoire ] qu'au 
eaa qu'il eût encore envie de d^nmirear dans l'armée , 
il n'y powvdil plus être? que cotno^è pai^tiç^dli^* Que 
tout ce qui s^y feroit à l'f^v^nir ; se %<tit au uQin dtr 
roi catlK>Ujme <t non pas au siien ^ qu'on ne lui avoi^ 
donné commission que: de psjei^Fe Qr;mç et que, 
s||commis^n ^nt finib , il a'avok plus de droit ni 
de commandement. Qit^tiCessaA «nfin de &ire le roi y 
#t "qu^il allât reprittidre son métier d'ëvéque , et kis- 
sât isiire k gun^re aux soldats. Après cela il sQrJit 
brus()Qemént et '^ans respect ^ menaçant d!àller j^u- 



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296 HISTOIRE DU GARD. XIMEKÈS. Ai>x5o(]^ 

* 

blier à la tête des troupes ce qu'il veuoit de lui dirft 
en face. » 

Le c^^aal ne s'émut poi^pit de ce discours. Il dis- 
simula, et ne s'opposa point à tout'ce que Navarre 
Youlut faire. ^ ie fit appeler le lendemain et lui 
donna ses ordres ed^ifpie auparavant avec, douceur et 
avec autorité, ne voulant pas lui reprocher son em^ 
pottement ,' et se contentahjt que sa propre consdtence 
lui en eut Êdt naître la honte et le repentir. Mais ce 
quil'afiSigea et le détermina à partir, ce futu];ie lettre 
du roi qui' lui tomba entre les mains , par laquelle ce 
prince écrivoit à Navarre : Empêchez le bonhomme 
de repasser si tôt en Espagne. Il £aut user et sa per- 
sonne et son argent autant qu'on pourra. Amuse&-le 
si Vous pouvez dans Oran , et songez ^ quelque nou- 
wUe entreprise. Les liaisons d-estime et d'amitié 
qu'èntcetenoil 0e prélat avec le grand capitaine^v ^^ 
.. ki^onâitnce qatje la plupart des seigneurs lui témoi- 
gnoient, avoient jeté dstns l'esprit de Ferdinaod lies 
jalousies et des soup|i^ns qu'il n'avoittpu vaincre. 

Ximenès ayant reconnu las mauvaises intentions 
du roi pat sa lettre , cot^sidéfânt aussi que les grandes 
chaleurs appço^oient, et/qu'il étoit un peu abattu 
des fiitigues passées, il fit venir îfevftpre,i»^Villaroêl^ 
Diego Véra^ tous les'.colonels et les principaux offi* 
Qjers , pour leur déclara le dessein Ù'il|^oit pri^^ 
se retirer d^ns son dîpcèse.vB Itf^T dit qi:^il laissoit au 
comte Nawrré Jb commandem^ de l'armée > eà 
qu'fl esp^joièqù'ua si bon capitaine se rendroit bien- 
tôt niaitre*de toute l'Âfriqjàe, qn^lcoanoissoit bien 



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An i5o9. LIVRE TROISIÈIl£. 297 

que%p|;ësence d'un homme leB^ et cassé comme^i 
n'/^toit pas de grand us^ge^ et que la guerre deman-. 
doit des esprits vifs et ua âge plus vigoureux 5 qu'il 
étQit,méme 4e éflipsëquence pour les troupes qu il allât 
auprès du çoi soUicitertout.ee qui leur seroit néces- 
saire pour leur entretien ; et qu'il les prioit de croire 
que, s'il les quittoit, ce n'étoit pas pour épargner sa 
peine ^ mais pour pourvoir à leurs commodités. 

Il leur fit ensuite les détails des vivres. et des muni* 
tioas de guerre qu'il leur laisisoit, et leur marqua l'ar- 
gent qu'on deyoit employer à réparer les ]3|ilrailles , et 
la manière de le lever sans être à charge au public. Il 
leur donna de$ avis sur les courses qu'ils avoient à 
faire dans le pays ennemi» sur les avantages qu'ils 
pouvoient tirer de la flotte , sur la discipline qu'il 
falloit faire observe^ aux troupes, et sur toute la 
conduite de l'armée.. Après cela il donna le gouver- 
neil^t de la citadelle à Yillaroël , cyitdemandà pour 
son lieutenant Alphonse Castella , un des principaux 
cit^ens d'Alcala. Tous ces officiers furent si touchés 
de la bonté qu'il leur témoignoit, qu'ils le prièrept 
instamment de ne pas. les abandonner dans cette ré- 
gion ennemie. Us étoiént partis sous ses ai^ices , 
rien ne leur avoit manqué , tout leur aw)it réussi , et 
ils craignoient au'il n'arrivât quelque révolution en 
son absence. Navarre , soit qu'il vçulût réparer la 
iaut^4|u'il avoit faite , soit qu'il craignît que le cardi- 
nal ne s'en plaignît au. roi, s'il ne l'apaisoit» lui té- 
moigna plus de respeet .pour sa personne , et plus de 
regret de son départ qujpiucun autre. 



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agB HISTOIRE du CiRD. XIMENES. An i5o9. 

^^tffin le vingt-Utsisième de mai il s'embai;^^^'et il 
eut le vent si iavoimble ,*qu'il arriva le mémé^joar à 
Garthagèiie. Il avoit laisse la compagnie de èes gar- 
des et la plupart de ses gens au^: gouverneur de 
Caçorla , et ne ramenoit avec lui qu'une part^ de 
ses domestiques dans le vaisseau gui le portoit, sans 
appareil et sans escorte , voulant jouir le premier de 
la sûreté qu'il avoît procurée à toute^a côte. Il sé- 
journa une semaine à Carthagène , et Ton ne peut 
s'imtiginer tous les ordres qu'il donna ^ et tou^ les 
amas qu'il fit de choses nécessaires pour la subsistance 
de l'armée. Après quoi craignant les grandes cha- 
leurs , il partit pour Alcalà-de-Hénarès. Comme il 
vit que le temps de la récolte approchoit , il ordoHia 
qu'on congédiât pro^ptement et. qu'on renvoyât dâms 
leurs maisons tous les laboureurs qu'il avoit menés à 
la guerre , de peur qu*on ne manquât de gens pour 
la moisson , et*q\ie les grains ne se perdissent \ car 
il etft toujours beaucoup de tendresse pour les peu- 
ples , et surtout pour ceux qui étoient de sa déj^sn- 
dance. Ce qu'il fit connoître peu de temps après, 
nomn|ant deux chanoines de l'Église de Tolède pour 
visiter tout sou diocèse , avec ordre de s'arrêter dans 
tous les lieu* où l'on avoit levé des soldats , et où les 
troupes avoient passé *, de s'informer des dommages 
qui enpouvoient être arrivés, et de les^ payer argent 
comptant. Ce qu'il aima mieux exécuter pentl^t sa 
vie , que db l'ordonner par son testament; 

Sbh université (an 1 5 1 o)dépiita deux des pvindipaux 
docteurs de son corps, qd^allèrent une jodhiëe au 



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Ao i5io. LJ\RH^TROISIKME. ^^99 

devant àe lai. Il \eÈ rëéul comme an père reçoit ses 
edTans , après avoir été long-temps sans les voir. Il 
leor demanda en qael état étoient les lettres dans leurs 
coffëges; si on avoit achevé les bàtimens; si les lois 
étoîent observées ; s*il y avoit espérance de bien dis» 
cîpliner la jeunesse ; s'il se formait de bons écrits ; 
81 les études de théologie fleurissoient -^ et s'il s'éle- 
voil^jSes ecclésiastiques savans et de bonnes mœurs, 
capables de servir le diocèse. Ces bonnes gens, qui s'at- 
tendoient qu'il ne leur parleroit que de la prise d'Oran 
et des aflfaires d'Afrique , étoient ravis devoir Taffec* 
tion qu'il avoit pour ravancement des lettres , et admi- 
rotent sa modestie. II ne leur dit pas un seul mot de 
sa vict<ifie , jusqu'à ce que Hernand de Balbas , cé- 
lèbre théologien qu'il aimoit particulièrement, ef 
qui s'étoit joint aux députés, lui dit avec beaucoup de 
naïveté*. La pâleur et la maigreur de votre vifiûge , 
monseigneur , marquent bien les fatigues que vous 
avez eues 5 et, après la grande (!!Dtlquéte que votre 
seigneurie illustrissime vient de faire , elle a raisoa 
de venir se reposer à l'ombre de ses lauriers. Alors , 
comme si on lui eut reproché sa paresse bu sa lâcheté, 
il lui échappa de dire : Vous né connoissez pas, Her* 
nand , la vigueur elleéourage que Dieu m'a donnés. 
Si la Providence eût permis que j'eusse m une armée 
fidèle, tont'Sec et tout pâle que vous mé voyez, 
j'aurois été, dans la conjoncture présente ^ planter la 
croix de Jésus ^Christ dans les principales villes 
d*Afirique.^ 
Le lendemain il fit son entijëe d§ns Alcala , oii il 



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300 HISTOIRE DU GABp. XIMÈlfES* An i5io. 

fut reçu avec des acclamatioifs «x^ordinaires. Les 
esclaves maures marchoient devant lui, et condui- 
soient des chameaux charges de pièces d'or et d'ar- 
gent, qu'il avoit séparées du butin , et destinées pour 
le roi. On portoit ensuite des livres arabes d'astrolo- 
gie ou de médecine, dont il orna sa bibliothècjue ; 
les cleÊ des portes de la ville et de la citadelle d'Oranj 
des chandeliers et des bassins dont les Maures se^ser- 
voient dans leurs mosquées ; des drapeaux qu'on leinr 
avoit pris, et plusieurs autres choses qu'il fit pendre 
h la voûte de l'église de Saint-Ildefonse. Il envoya à 
Talavéra la clef d'une porte dont Bernardin de Me- 
nesés, qui commandoit les soldats de cette ville-là, 
s'étoit saisi , avec un étendard rouge, au iiM^Itu du- 
"^c^uel^étoit un froissant d'azur qu'on mit dans une 
chapelle de la Vierjge. 

On lui avoit préparé dans Âlcala une espèce de 
triomphe. Les habitans étoient sous les armes, tous 
les corps de la ville étoient allés au devant de lui 5 ils 
■avoient &it abattre un quartier de leurs murailles pour 
le recevoir. Mais il voulut entrer par la porte ordi- 
naire, méprisantles honneurs /et rapportant toujours 
les louanges qu'on lui donnoit à l'assistance du Dieu 
des armées. Il demeura quelquesttiois dans cette ville 
pour y rétablir sa santé 5 et, quoiqu'il eût envie d'al- 
ler à Tolède pour y rendre solennellement ses actions 
de grâces à Dieu dans sa cathédrale, il en' fut rebuté 
par les honneurs extraordinaires qu'on lui préparoit, 
*et par les*complimens que tous les grands d^ royaume 
avoient dessein <^ lui aller faire en ce lieu-là. Il ne 



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An f€io. : LIYKE TROISIÈME. 3oi 

Toolnt pas même passer â Valladolid oÙMHioit la cour, 
de peur, dis^t-il , d'être accablé de ces civilités fri- 
voles qui servent d'amusement à des gens oisi&, et 
qui sont à charge à ceux qui n'ont point de temps à 
perdfe, ou qui, par leur âge et par lem^ profession, 
doivent être sérient et graves. Cependant il donna 
part à son chapitre de son heureux retour, et le 
chargea d'ordonner des prières publiques , afin que, 
comme ils lui avoieat attiré par leurs vœux les grâces 
que Dieu lui avoit fiâtes, ils lui aidassent aussi à l'en 
remercier. 

Ge.fbt alors qu'il reçut de grandes plaintes de tout 
ce qui se passoit dans Oran depuis $én départ. Un 
des jugœ qu'il avoit établis pour les affaires de la 
guerre , et pour régler les différends qui arrivesoient 
dans la ville, venoit de lui mander que Navarre et 
Vianel perdoient tout par leur avarice -, qu'ils faisoient 
porter tous les blés dans leuis greniers ; q^ rien ne 
se distribuoit que par leur ordre; qu'ils aclietoient à 
vil prix destâodneâ^âtées, et les vendoient au pau- 
vre peuple ce qu'ils vouloient; que Viand avoit fait 
défense aux villages voisins d'apporter des vivres à 
Oranf et que, quelqutfl pjpovisions qu'on y eut lais- 
sées, la disette étoit déjà pariai leà troupes-, qu'en 
vain il s'opposoit à ces désordres, qu'on ne l'écou- 
toit point, et que même on le dienaçoit ; qu'il avoit 
résolu de se démettre de son office et de repasser en 
ïspagne, mais qu'on ne lui en donnoit pas la liberté, 
de peur cpie le roi ne fât touché de ses remontrances ; 
qu'il étoit vrai que Navarre étoifcun k>n homme de 



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3o2 HISTOIRE DU GARD. XIMENF.S. *^ An 4 5io. 

gnerre, maî« qu'il â'avoit atucuue ouverture d'esprit 
/ pour les aOkires civiles ; et qu'enfin , sii'oti i^'y remé- 
dioit , cette ville glorieusement conquise reloiabetoit 
bientôt sous la puissance des infidèles. 

Ximenès inferma le roi de tous ces désordres^: U lui 
conseilla de laisser au comte Navarre le commande- 
ment de l'armée , et de nomma* un autre pour le gou- 
vernement politique^ de ne mettre qu'un même goor 
vemeur à Oran et à Maçarquivir, afin que tout fat 
uni sous un chef, et que la difiRéreiice des avis ou la 
jalousie de l'autorité ne traversât pas les desseins 
qu'on pourroit avoir. 11 lui représenta que don Fer- 
nand de Covdoue , qui commaxidoit dans Maçarqui- 
vir, étoit capable de remplir avec honneur ces deux 
emplois. Que cependant sa majesté pouvoitcommaih- 
der à Navarre de sortir d'Oran, et de iaire des courses 
dans le pays ennemi ; qu'il étoit nécessaire d'envoyer 
en garnîton dans cette ville deux ^plle fantassins, 
et trois cents chevaux. Il lui marquoit ensuite les 
ordonnances qu'il falloit faire piopr c^qpi regardoit 
la religioit^tle culte divin ^ la distribution des biens, 
la culture des champs et l'administration de la jus- 
tice. Il fînissoit par la proppsàion qu'il lui avoî^ déj^ 
Éadte plusieurs fois, ^'envoyer dans Oran des cheva- 
liers de quelque ordre militaire qui s'y étahliroient, 
comme ceux de Siiut-Jean de Jérusalem s'étoieat 
établis dans Rhodes ^ pour s'opposer aux efforts <ies 
Turcs , et ceux de Calâtrave sur ks confins de Grcr 
nade, quand la Castille étoit expoeëe aux oourses des 
Maures. Le rori fît tout ce que le cardinal lui conseil- 



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An i5ii. LIVRE TROISIÈME. . 3p3 

loit. Il n'y eirt que la dernière proposition qu'il dif- 
féra et qu'il éluda enfn sous divers prétextes, parce 
qu'il craignit que les archevêques de Tolède ne pré-* 
tendissent le droit d^ nomme^ à cette commtnderie. 
Les choses étant ainsi réglées , Ximenès ne cessa 
d'exhorter le» roi de poursuivredes conquêtes d'Afri- 
que (an i5ï 1 ); et ce fut par ses pressantes sollicita- 
tions qu'on envoya ordre à Navarre d'attaquer la ville 
de Bugie. Ce peuple étoitplus nombreux et plus ri- 
che que celui d'Oran , mais il étoit moins belliqueux; 
il ne laissa pas pourtant de se défendre vigoureuse- 
ment. Leur roi s'étoit campé sons la ville avec ses 
troupes, et faisoit tirer plus de cenf pièces de canon 
avec tesqnelles il croyoit foudroyer l'armée espagnole; 
maisKCette artillerie Qit si maf servie , qu'elle devint 
presque inutile. Les chrétiens, après avoir fait un 
grand feu sur les ennemis , leschargèrent avec tant 
de résolution, qu'ils entrèrent pêle-mêle avec eux 
dans la ville, dont ils se rendirent les maîtres. Le roi 
prit la foite avec une partie de sa cavalerie, et il n'y 
enjt que la mort du comte d'Altamire qui diminua 
la joie de cette victoire. Ce jeune seigneur combattoit 
à la tête des troupes, et poussoit les infidèles avec 
une ardeur incroyable, lorsqu'il fut blessé malheu- 
rensemeAt d'une flèche^par un de ses gens dont l^ar- 
halète se débanda. Dès qu'fteut senti le coup , il leva 
les yeux au ciel et rendit grâces àJDieu de ce <iu'il 
raourôit les armes à la main pour la religion de Jésus- 
Christ -, et , après avoir arrêté son sang comme il put , il 
dit à ceux qui étoiént autour de lui , qu'il mouroit con- 



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3o4 HISTOf&S. DU GARD. XIMEHÈS. AoiSu. 

tent, puisqaHl avoit encore le temps db vaincre, et 
qu'il emploieroit si bien ce qui lui restoit de vie, 
tpi'on le regretteroit après sa mort. A ces paroles il 
marcha^ux ennemis, et combattit vaillamment, jus- 
qu'à ce qu affoibli par la perte de son sang et par les 
efforts qu'il avoit Sài% il tomba sur ûa tps de Maures 
qu'il venoit de tuer. On convint que c'ëtoit à lui prin- 
cipalement qu'on ëtoit redevable de la victoire. Toute 
l'armiie le pleura; et Navarre, en lui faisant rendre 
les honneurs funèbres , fit son éloge publiquement 
Ximenès eut un extrême déplaisir de .cette moct, 
parce qu'il avoit reconnu en ce jeune homme, pen- 
daut l'expédition d'Oran, beaucoup de valeur et de 
sagesse, aussi l'avoit-il fait lieutenant gënéo^ de 
l'armée dont il avoit dessein , ^aus la «uite , dp- Ink 
procurer le commandement. 

Le nom de Navarre devint redoutable dans tonle 
l'Afrique. Le roi deBugie étant revenu six mois après 
avec une puissante armée pour reprendre saiivVille 
royale , ce géi|^ral, à qui les succès passés avoi^it en- 
flé le courage, alla au devant de lui, et le défit f/^ 
tièrement, en sorte qu'il ne put se relever, et qu'il 
mena depuis sans couronne et sans honneur une vîe 
obscure et privée. Pierre Arias surnommé le Jtms- 
tetir, un des colonels que le mrdinal' avoit Mt pasi^r 
en Afrique, rendit de grands services dans cette 
guerre. Au siég€;^e Bugie, il mpnta des premiers suie 
les murailles , et ayant jeté en bas un Maure qB 
gardoit un post^vec un drapeau , il y planta le sien, 
et facilita la prise de la vjjle. Lors. même que le roi 



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An 10! fi LIVBE TROISIÈME. ' * 3o5 

y revint, ayant été chargé de défendre. Un petit fort 
avec peu de garnison , il y fut attaqué ^t soutint avec 
six soldats qiii lui restaient un assaut de |fkis de 
trois heures. *^ • 

C'est ce même Ârias dont oh rappoiUfe qu'étant 
tombé dans une maladie d'une langueur que les mé-^ 
decins jugeoient incurable, il alloit tous l«é jou4*s 4 
l'église où iï devoit être enterré, et s'étendant tout 
de son long dans son tombeau après avoir assisté à 
la messe, il se faisoit jeter de Teau bénite, et ];éciters 
les prières défe movtàf afin, disoit-il^ de s'acfOutu- 
mer à cette demeure"i5«'il devoit habiter si long-temps, 
et de s'exciter, par* cette fréquente représentation de 
ses funérailles , à mourir chrétiennement l|ua^d Die» 
Tappelleroit de ce monde. Trois mois après , Navarre 
s'empara de Tripoli, et envoyai le gouverneur de cette 
ville prisonnier à Messine, avec toute sa garnison. ■ 
Le roi catholique et Ximenès, par le conseil de qui 
toutes ces^ conquêtes se faisaient, eurent beaucoup 
de joie de la prise de celte plaofr qui assuroit tout % 
commerce d'Espagne. Et ces nouvelles étant arrivées 
à Rome, le pape en fut si satisfait, qu'il assembla Iç 
consistoire où il fit l'éloge de Ferdinand i'de Xim^ès 
et de toute la noblesse d'Espagne, et ordonna les 
prières dé quarante heures p<jpr obtenir de Dieu k 
continuation dé ces ]p>ns succès, > qui fùrei^^ inter- 
l'ompusparla mort déplorable de. Viànel qui arriva 
delasbrte. 

Navarre aya&t poussé, comme nous ataps dit, ses 
conquête* par terre . se mit en mer avec la flotte , dans 



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3o6 HISTOIRE DU CARD. XIMENES. ^n\r;if. 

le dessein de visiter la côte d'Afrique vers rOrient. 
Après une longue nayigation, il aborda Tile de Qoer- 
queiii<e9, tant pour se fournir d'eau d(&t il commen- 
çoit à manquer, que^é^r" reconnoître le pays, et 
voir s'il y ^ivoit quelc^e chose à entreprendre. Vianel 
fij* cbatgé d-alk^ faire la provision d'eau , et s'^lanl 
tin peu avancé dan^ l'ttepoar en observer la »tua- 
tion, il découvrit trois puits jfjui étoîent à demi com- 
blés, et que les Maures avôient abai¥lonné& parce 
qu ils^en avoient fait d'autres plus élôignés^d© la Hier. 
C6mnia il ne rencontra sur soâ cbemiit que qudiques 
pasteurs qui nourrissoient des troupeaux, et quel- 
que labottceurs q»i cultivoientla terre, il crût qu'il 
u'avc^it paslM&aucoiip^à craindre. Il revint à la flotte, 
et demanda qu'on lui donnât le lendemain quelques 
soldats pour nettoyer et creuser les puits, ce qu'on 

tlui accorda aisément. Il prit quatre cenU hommes, 
et les ût travailler si diligemment , que sur le midi 
l'ouvrage fut achevé. On tira par son ov4^e, un grand 
rêtrancbement , et Vmn plantages palissades tout au- 
tour pour s'empêcher d'être forcés par les ennemis. 
Navarre étant arrivé po^r voir ce travail, fut très- 
coi^nt de te trouver déjà fait, et \ianel l'ayant. prié 
de lui en kisse^ la garde*, il y consentit avec peiue; 
et dit en retouroaat à la flotte, Vianel veut défendre 
en jeune bomnike c,e qu'il a fait eu homme expéri- 

' monté* Q uou^ fallait preudr^ de l'eau dans cette; 
terre ennemie en courant, comme les chiens en pren- 
nent dans le Nil? £n effet, leâ barbares, alarmés de 
h desp^tç des Espagnols , s'attroupèrent tumultuai- 



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Afl i5iï, LITTRB TROISIÈME, ÎO'J 

rement pour défendre leur pays; mais ils n'avoienj 
ni du monde pqtir attaquer ni des armefi'pour com-* 
battre 9 et tou^ le^irs efforts aurpient été inutiles, Sji 
un officier çâ|^agaol ne se fut mis à leur tête et ce 
leur eût livré pat* désespoir les troupes de ^ natioiK 
Pendant qu'on trfv^illoit à nettoyi^ ces puits, un 
«enseigne n'e^céputa pas ^ssez promptem^ok le^ ordres 
qu'il avoijtreçi:^, Vianel, naturellemenl fier et colère^ 
le maltraita i\e parolça ; ^t si^r quelques mauvaises ex-r 
cuses que lui fît l'enseigne, il s'échauffa tellemeiit qu'il 
le frappa, et^ pour comble d^ déshonneur, lui arra-^ 
cha le pQJl de la barbe. Cet bomme vivement piqué 
d'un si grand affrpnt, dissimula son ressentiment, et 
dès que la nuit fut twuq , il alla trouver les Maures ^ - 
et leur promit de leur livrer les Espagnols. Ils écou- 
tèrent cette proposition avise plaisir-, et, après s'être 
assurés psM? leijirs espions, que toute la garde étoit en** 
dormie, ils entrèrent saite peine dans le camp, et firent 
un si grand massacre, qp'à f^e en échappa -rt- il 
trois soldats. Us en enyoyè^^ent un au roi de Tunis , 
l'autre au^ouvernllar de l'îje dç Gelves pour leur 
I¥)rtgr cette nouvelle, I^ troisième , qui ayeit reçu 
plusieurs ble§sures^46i;ii6^ra p^ri^i l^s.mjorts ; et c'est 
de «lelui-ci qu'on fipprit dans la suit^ la violence de 
Yiai^l, la trahison de. )'(snseigQe, et l'irruption des 
MJjiures. . * . 

Navarre envoya don ï^é^ Pa^héco pour ref^iif- 
noître la vérité de cet^ ^veiiteir^ ; et, faisarot mettre 
à la voile y il p»it le dessein de ravager le royaume 
de Tripoli et l'île de Ç^elves , afin de délivrer les. côtes 



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3o8 HISTOIRE DU CÂRD. ilMENÈS. J^ i5fi. 

de Sicile des courses el^ des brigandages de ces cor- 
saîres , et de leur ôter le moyen dlncommodor ies 
galères que Ferdinand y avoit laissées. Ce général 
a^iroit subjugué cette île sans bèaucoufi de peine , si 
AonGareiasde Tolède, fils «InéduMucd'AIbe, n'en 
eût précipité l'entreprise. Cét^ sur la jOin^du mois 
d'août, d^hs le fort des chaleurs, que ce ijetine sei- 
gneur, par une impatience indiscrète, malgré les 
remontrances de Navarre, voulut faire cette descente; 
et Tairmée iqui manquoit d'eau et qui souffroit déjà 
de la soif fut de même mi^. Les Maures, <|^i*savoient 
rétat de la flotte, firent mettre autour de^^jlufs puits 
desisesnix, des cruches et toute sq^rte de vaSes d'ai- 
raia, qui pendoient à des cordes^ ne doutant pas que 
les chrâiensna cherchassent à se rafraîchir, tt cause 
de la fflligue du débarquement , de la chaleur exces- 
sive de ce pays sablonneux, et de la disette d'eau où 
ils étoient. 

La chose arriva cèttane ces infidèles l'avoient pré- 
vue. Les troupes , aprèfl^ une marche âè deux heures, 
commencèreat à se débander , €t se jetèl^ent autour 
des^ puits. Les uns buvoient avec avidité, les autres 
tiroient de l'eau avçc»peine, tous songeoient unique- 
ment à éteindre leur soif, lorsque la cavalerie;<[ue 
les Maures avoient mise en embuscade dans daf bois 
de palmiers et d'oliviers , vint les cteoiger de tom- 
tes^arts. Ils se laissoient li^er sans>4éfense, et, tout 
Jblessés ((tt'ils étoient^ à peine quittoient**ils leurs 
cruches. Don Garcias et quelles oAolers voulurent 
résister à ces barbues , mais ils furent accablés par 



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An i5it. tlVRE TROISIÈME. .. 3o9 

le nombce , et percés de mille coupis.. Il mourut ce 
j©ur-là environ quatre mille soldats oa officiers espar 
gnols , les uns de leurs blessures , etpltffsieurs de soif. 
Ceux qui eurent le temps de gjagnee la flotte no fu- 
rent pag plus heureux , car les femmes; et les valets 
qui ëtoient dans les vaisseaux. ^ ne doutant pas qu'on 
ne ravageât cette île , avoiei^l employé le peu d'eau 
qui leur restoit à laver les linges elles vases de T^f^ 
méô. Nîtvarre se retira avec ^n extrême chagrin , et 
ce fut là le coqiniMicement,^ ses disgrâces. On crut 
que cette pert^«^loit arrivée par sa faute. Le duc 
d^Albe fut irrité contre lui ^ et le roi Ferdinand , tJfois 
ansliprès^rabandonnsrilortqu'il futprif fi|r ksTran- 
çois àt la bataille de Bavenne. Ainsi pour des haines 
particuUèces et pour des causes apparemment fausses, 
ce capitaine, qui avoit rendu de si grands services et 
qui étoit encore capable d'en rendre , fut oultté dans 
sa prisop^ll s'engaL^ea depuis au sei-vice de la France ; 
et,, ayant été repris par les Espagnols dan^ les guerres 
d'Italie, ennuyé de tant de tristes aventures, il se fit 
mourir lui-même dans le châteaudej^aples où il avoit 
été fênfermé., \ 

Pour revenir à Xiraenès, après que le*bpiit dé la 
prise d'Oran , et que le temps d'en recevoirjes com- 
plimens fuient passés , il se rendit à Tolède pour sa- 
tisfaire au désir que son chapitre avoit de le voir, et 
principalement pour^^'acquitter des vœux qu'il avoit 
feits , et des actions de grâces qu'il vouloit rendre à 
Dieu dans^ sa cathédrale. Outre les prières qu'A y fit 
alors , il fonda deux messes solennelles tous \m âm 



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3lO HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. AniSii. 

en mémoire de celte victoire , et quelque temps après 
il fît présent de vingt milfc écds à cette église pour 
renouveler l'îft^genterie el les ornejneiis qui servoient 
dans les saints oiFiccs. 

Il serabloit que -le cardinal devoit jouir c^ repos 
de la gloire qu'il s'étoit acquise. Il venoit de rendre 
à l'état un service important , et il ne songeoit plus 
^'à reprendre le cours des visites de son diocèse \ 
mais il lui survint, au sujet même de la prise d'Oran, 
deux affaires qui lui caosërent beancooip de chagrin. 
L'une -regardoit les frais de la gi\pfre que le roi re- 
fusa de lui rembourser, l'autre la juridiction spiri- 
tuelle de ^rte nouvelle toniquête dont un évéque 
titulaire voulut s'emparer. ïl esj à propos de rappor- 
ter ici les difficultés qu'il rencontra dans l'une et 
dans l'autre, et la fermeté avec laquelle il en vint à 
bout. # 

Avant que d'entreprendre la guerre d^Afriqne, il 
avoit repriésenté au roi Ferdinand qu'il vouloit bien 
lever des troupes et les entretenir à ses dépens tout 
le temps qu'il seroîl nécessaire ; mais qu'encore qu'il 
crût ses revenus bien employés dans une affaire de 
religioi% il considéroit que c'étoit le patrimoine de 
son Église , destiné particulièrement pour les néces- 
sités de son diocèse-, qu'ainsi il espéroit que sa ma- 
jesté, après avoir mis ordre à ses finances, lui ren- 
droit l'argent qu'il auroit avanf é. Le roi y consentit 
et s'y obligea de bonne foi^ mais depuis le retour du 
cardinal, il parut aigri contre hii et refusa de le sa- 
ISl'aice. Quelques seigneurs de k cour s'étoient pré- 



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An i5ii. LIVRE TROISIÈM€« * 3tl 

valus de soh absence. Ceux qu'il avoit l'épriniés 
durant le temps de son administration en avoielit 
encore du ressentiment , et cherchoient tous, les 
moyens de 9e venger^ les autres , jaloux de ^ gloire, 
avoient résolu de l'abattre ; et tous ensemble , pré- 
voyant qu'ils seroient assujettis tant que Ferdinand 
et Xi menés seroient unis d^affeotion etM'intérét, es- 
sayèrent de les diviser. Us se per^uadoient que , s'ils 
|>ouvoient une fois perdre Ximenès, ils viendroient 
facilement à bout de Ferdinand , et se lireroient de 
l'obéissance d'un maître qu'ils haïssoient secrètement, * 
parce qu'ils l'avoient offensé, et qu'ils le voyoient en 
état de s'en ressentir. 

Aussitôt qu'ils eurent reconnu par les actions et 
par les discours du roi quelque refroidissement pour 
Ximenès , à cause des ditlerends qti'ils avoient eus 
touchant les préparatifs de la guerre , ils ne cessèrent 
de l'animer. I^s traversèrent en toute rencontra ΀is 
desseins du cardinal -, et ce ne fut que par la grao»- 
deur de son courage et par la force de la justice qu'il 
surmonta les difficultés qu'on lui^ fit. Après qu'il eut . 
réussi dans son entreprise d'Oran , ils l'accusèrent 
d'avoir ouvert les lettres que le roi écrivoitau comte 
Navarre contre le droit commun et le respect qui 
étoit dû à la puissance royale. 11 est certain qu'en- 
nuyé de toutes les oppositions qu'îttrouvoit àla cour, 
et des mauvais offices qu'on lui rendoit, il avoit.or-r 
donné en passant en Ajjpiqne à tous les gouverneurs 
dès ports de lui adresser tous les paqueté et toutes les 
lettres qui viendroient d'Espagne , et qu'il avoit été 



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3l'i HISTOIW; DU GARD. XIMÉNÈS. An i5ii. 

fidèlement averti , soit par les correspondances qu'il 
avoit à la cour , soit par les confîdens du comte Na- 
varte, de tout ce que les ministres et4e roi même lui 
ëcri«oiei|t de plus secret. Aussi ne #e jualifioit-il pas 
-sur cq point, et se contentoit de dire qu'il avoit rendu 
les lettres sans les ouvrir , faisant entendre pourtant 
qu'il avoit evtdeg aws de tout , et laissant aller sur 
cela leurs conjectures. 

Ils le chargèrent ensuite d'avoir créé des officiers 
à sa fantaisie , et d^avoir affecte d'être indépendant^ 
inais il montroit les pouvoirs qu'il avoit du roi, et 
prou^oit qu'il n'avoit rien fait contre l'ovdfe. Comme 
ces calomnies et plusieurs autres ne laissoient pas 
de faire impression sur l'esprit de Ferdinand, on lui 
persuada facilement de ne point rendre à Ximenès 
ce qu'il avoit d4pensé pour lui. Les trésoriers lui dé- 
clarèrent , au nom de sa majesté , qu'il n'avoit aucun 
di^tde demander son remboursemegt^ quelc'buthi 
^'Ortn avoit excédé les dépenses qu'tt avoit faites -, 
et qu'il n'étoit ni juste ni honnête à lui , qui revenoit 
comblé de gloire e^ chargé de dépouilles , de préten- 
dre encore des récompenses^ H^répondoitàcela qu'il 
.n'avoit jpas profité du butin, et qu'il li'avoit rap- 
porté de spn^. voyage d'Afrique que quelques livres 
arabes et quelques autres curiosités qu'il avoit mis 
dans sa bibliothèque , comme âes marques de la vic- 
toire que Dieu avoit donnée aux ^réti^ns. ♦- 

Mais voyant qu'*on ne kii feisoit aucune raison sur sa 
demande >.â écrivit au roi qu^'il le prioit de se ressou- 
venir de sa parole et de lui faire payer l'argent qu'il 



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An i5ii. LITKE TROISIÈME. / 3l3 

avoit avancé ; que c'ëtoit un àiien dont il devoit 
reiidve compte à soa i^glise ; qu'il appeloit à sa ]u^ 
tice diï refus qu'on lui faisoit en son nom ^ qu'en des 
occasions pressantes il pourroit avoir be^ioin de pa- 
reils secours , let qu'il auroit peine à les retrouver, 
s'il ae s'^fforçoit de les reconnoître j que d'autres , 
après un tel service , auroient demandé des Técftmf 
penses, que pour lui il -se contçntpit qu'on lui payât 
une dette j que, si l'état de ses afl^if^s ne lui permet- 
toit pas de tirer cette somme de se»linances, il cédât 
aux archevêques de Tolèée fe^ domaine de la ville 
d'Oran , et que lui et ses successeurs le tieiidroient 
quitte de tout le reste. 

Cette proposition fut examinée dans le conseil. 
Quelques-uns furent d'avis de l'accepter , et repré- 
flentèrent que le cardinal , prévenu de l'amour de sa 
conquête , ne considéroit pas les soins et les dépen- 
ses où il engageoit les archevêques de Tolède , en les 
chargeant de ia possession d'une tiUe qui ne l^r ap-*^ 
porteroit p^ grand revenu , et qui , étant dans une 
région ennemie , coûteroit beaucoup à entreteni^^ 
à défendre si ^Ue étoit attaquée, lis ajoutaient que 
l'Église de, Tolède n'étoit pas capable de soutenir 
long-temps ce fardeau , et qu'elle sergit bientôt" ré- 
duite à implorer l'assistance du roi , et à lui i^ngager 
cette place pour peu de chose. 

Les autres disoient, au contraire, qu'il ne falloit 
pa« pour une petite épargne .jeter le roi dans une 
affaire dont il pourroit se repentir j *l(a'il étoit dau- 
géreux de confier à des particu^ers les ville&^fiooa- 



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3f4 HISTOIRE DU CABD. XIMEIïÈS. Aa i5if. 

tières, et de leur mettre, pour ainsi dire , entre les 
m^in^ les clefs dii royaume , que TËspagne devoit 
se souvenir du comte Julien qui en avoit ouvert ren- 
trée aux Maures ^ que, si Ton donnoit Qran , le même 
malheur pourroit arriver un jour , Surtout depuis 
qu à la sollicitation de Ximenès on avoit uni le {gou- 
vernement de cette place avec celui de Maçarquivir-, 
qu'-à la vérité il ny^avoit pas d'apparence que des 
évéques fussent capables de ces perfidies , mais que 
pourtant Oppa^ archevêque comme lui , avoit favo- 
risé la trahison de Julien ; que c'étoit une maxime 
d'Espagne , dont les rois se faisoient une loi depuis 
long-temps , de ne laisser à aucun seigneur des for- 
teresses ou des villes frontières en propriété ; que , 
pour cette raison, on avoit ôté aux comtes de Monta- 
gud la ville d'Agréda sur les confins de TAragon , et 
qu'on leur avoit donné celle d' Almaçan ; qu'on avoit 
remis U^ta aux archevêques' de Tolède à la place 
de Ba^ca , Ville maritime vis-à-vis l'Afrique 5 qu'Al- 
phonse, suroommé le Sage, en avoit usé ainsi à 
Hégard de don Garcias Pantussa, gouverneur de To- 
lède , à qui il avoit domié en échange deux villes , 
dans le cçeur du pays, pour deux forts Ycdsins delà 
côtd. Ub disoient enfin que, s'il y avoit quelques 
exemples contraires , ils étoient établis depuis long- 
temps, qu'on n'avoit pu les abolir, et qu'ils ne dé- 
voient point tirer à oonséquence. 

Le roi , après plusieurs contestations , se rangea de 
cet avis, et I'^l prit des mesures pour rembourser le 
cardinal. Cependant on lui donna tous les chagrins 



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An i5ii. LIVRE .TROISIÈME. 3l5 

imaginables. Oa envoya chez lui un commissaire 
royal pour visiter' ses mellbles , et voir ce qu'il avoit 
retenu du butin d*Oran. Quelques particuliers qui 
râvoient accompagné eurent le même sort. On alla 
par tous les lieux de son diocèse où il avoit levé des 
troupes, et Ton se fit représenter les esclaves que les 
soldats avoient amenés , et mettre en monceau les 
tapis , les bandes de soie , les marchandises , et tout ce 
qu ils avoient rapporté des dépouilles d'Afrique, soit 
précieux, soit vil, pour les repartager et pour en 
donner un cinquième au roi. Ximenès fut sensible- 
ment touché de Tinjustice qu'on faisoit à de pauvres 
artisans à qui il n'étoit échu que peu de chose, et 
qui avoient plus perdu par l'interruption de leur tra- 
vail, qu'ils n'avoient gagné par les profits de la guerr^w 
11 les consola et les dédommagea libéralement. OH 
usa «léme de tant de rigueur contre lui, qu'on fit 
produire par ses inlendans les livres de ses comptes 
et de ses dépenses qu'on supputa jusqu'à un denier. 

Le roi le sollicita plusieurs fois de céder son ar- 
chevêché à don Alonse d'Aragon sou fils , et de pas- 
ser à l'archevêché de Saragosse. Maïs il déciara qu'il 
ne changeftDit point d'épouse 5 qu'il retournep^plu- 
tôt à sa premier^ ^cocation; qu'il reprendroit sans 
peine la pauvreté et la retraite d'un religieux , rtais 
qu'il ne laisseroit la jouissance de ses revenus qu'à 
soh Église et aux pauvres à qui seuls ils apparte- 
noient. Ce relus hii attira de nouvelles persécutions 
qu'il supporta avec un courage invincible. Il ne lui . 
échappa jamais une plainte hî une parole d'impa- 



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3l6 HISTOIRE DU GARD. XlHEIfÉS. Au i5ii. 

tience, et il se soutint par le téiftoigûage de sa con- 
science et par Vexemple dvu grand «Hpitaine à qai on 
venoit de faire le même traitement , sans avoir ëga-d 
aux services qu'il avoit rendus. Peu de temps apfes 
on le paya. 11 remercia le roi ^ et , cmbliant tous les 
affronts qu'il avoit reçus, il le respecta et le servit 
comme auparavant en toute rencontre» 

La seconde affaire qu'il eut touchant la juridiction 
spirituelle d'Oran ne lui donna guère moiAs de peine. 
Quelques^ années avant qu^on pensât à conquérir celte 
place , frère Louis Guillaume , religiea?: de l'oïdre de 
Saint-François , avoit obtenu du pape un de ces évè- 
ehés sans fonction, qui n'ont que le titre dequd* 
que ancienne église dans les terres des infidèles. 
Celui-ci avoit été sacré sous le nom d'évêqué^d'Aurao, 
^ il |!frenoît cette qualité. On le reeoniioissoit com- 
munément pour tel , et il croyoit de bonne HA être 
pourvu de cette Église. Aussitôt que la viHe fut prise , 
il voulut se metlre^en possession de son diocèse, 
san9>faire aucune civilité au cardinal, s'imaginant 
qu'il pouvoit entrer de plein droit dans un bien qui 
lui étoit^chu naturellement , d'autant plus qu'il avoit 
obtçpm de Rome une nouvelle bulle en>ertu de la- 
quelle il prétendoit s'établir, sjps croire qu'il pût y 
avoir de contestation ou d'oppp^tion. Ximenès avoit 
^pris de son côté d'autres mesures. Il étoit convenu avec 
le roi , dans le traité qu'ails avoient fait ensemble , que 
cette Église relèveroit de l'archevêché de Tolède, 
parcequ'elleauroit été acquise parsessoins etparses 
travaux, et que cette acquisition pourroit' un jour 



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An i^ii. LIVRE TROISÏÈME. 817 

exciter ses successeurs à en faire de semblables. Le 
desisein ëtoit d'y fonder une ëglise collégiale où il y 
auroit une abbaye, des dignités et un certain nombre 
de chanoinies qui seroient unies avec la cathédrale 
dé Tolède , en sorte que l'abbé y ^i^roîf un des pre- 
mier rangs. Le roi s'étoit réservé à pei^tuité la no-^ 
mination de ces bénéfices, et les archevêques étoient , 
obligés de la confirmer. 

'Ximenès s'opposa donc aux prétentrons de Tévê- 
que^ mais comme H nccraignoit rien tant que de 
faire une injustice , ît fit assembler plusieurs person- 
nes «consommées da&s l'étude des antiquités ecclésias^ 
tiques et séculières , et leur or<^oniia d'examiner si la 
ville d*C%an; ét^jit ancienne , et s'il y fvoit jamsis eu 
de siège épiscopal^Ges docteurs, après avoir consulté 
les livres des divisions des provinces , les conciles 
d'Afrique , les titres des évéchés et l&s souiaàriptioss 
des évéques; a^ès avoir observé la situation des 
lieux, etcomps^ré les villes anciennes avec les nou- 
velles, prondn«èrentl|a'Oran étoit une ville moderne ; 
que dans les anciens cosmographes on ne trouvoit 
auprès du grand port appelé Maçarquivir aucune 
habitation considérable; q^'e^savoitparlesaAnaUs 
des Maures qu'Oran étoit une colonie de Trémesen, 
bâtie par les Numides , il n'y avoit guère plus d'un 
siècle; que cet évêqueprétendtf montrât, s'il pou- 
voit , le nom ancien de cette ville ; et qu il ne le trou- 
varoit pas dans làffcémoire des anciens diocèses; et 
.qu'il étoit ridicule-de préten^Jr^. q^u'on eût fondé cet 
évêché depuis l'irruption des barbares.* 



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3l8 HISTOIRE DU GARD. XIMEKÈS. An i5ii. 

Ils ajoutoient que , par les divisions des provinces 
et par les conciles d'Afrique , où ks métropoles sont 
marquées, il n'est parlé que de la Carthaginoise et 
de la Tingitaine ; que parmi les évêchés de la Tingi- 
taine, il n y'^t feit aucune mention d'Oran. Que si 
ceUe Église avoit été de ce temps-là, comme elle est 
plus proche de Tanger la métropole, elle auroit aussi 
été nommée des premières ; qu'il étoit vrai que dans 
la province ik Gartbage on comptoit parmi les villes 
épiscppales Aurian ou Auran, mais qu'elle ëtoit ëloi* 
gnée d'Oran , dont H s'agissoit, de plus de vingt 
lieues, selpala su^j^ntation compune. Ils finissaient 
en d^ant que , Tréfn<Ë(en étant dans le voisinage d'O- 
ran et beaucoup tu -dessus par sa gnmdeur' et par 
sa dignité, il n'étoit pas vraisemblable qu'on eût mis 
le siège épiscopal dans la moindre ville , au préjudice 
di bi#s grande. 

Le caj^dinal, convaincu de ces msons, fit dire à 
l'évéque qu'il cherchât son Église où elle ëtoit, que 
pour lui , il ne souflfaroH; jamak^^u'M &X ce tort aux 
archevêques de STolède , et leur ôter la possession de 
l'JÊgUse d'Oran contre les conventions d'un traité 
qu'il mvoit lait avec le roi. ii y avoit pourtant un point 
.essentiel qui préjudipioit à sa cause , c'est que le pape, 
qui avoit donné des bulles à Févéque d'Oran , sans 
examiner les droit| et les oppositions des parties, 
n'étoit plus en état d'accorder au cardinal les bulles 
qu'il demandoit pour l'érection^ sa collégiale. L'é- 
véque s'appuyant d'i^i côté de l'autorité du pape, 
dont il prodttisoit ïes provisicms, et se confiant de 



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An i5ii. LIYR.E TROfSIÈME. 3^ 

Tautre en la protection de la cour où il savoit que 
Ximenès avoit beaucoup d'ennemis , se plaignit au 
conseil royal et a^u roi méiae qu'on Tempéchoit de 
jouir de son bien contre toute sorte de justice ^ qu'on 
se moquoit des brefs et des ordonnances du agînt** 
sii^e; qu'il n'tïtoit pas vaincu, mais qu'il étoit oppri- 
mé par un adversaire puissant, si la justice du roi ne 
le protégeoit. Gomme il ne cessoit de crier, le roi , 
importune de ses plaintes, écrivit au cardinal qu'il 
sortît promptem^nt de cette aOkire; qu'il produisit 
les bulles du pape, s'il en avoit, pour l'établissement 
dç sa collégiale d'Oran, et les enyoj^ât au conseil 
royal , afin qu'on terminât ce différend av;^c connois-- 
sance*de cause, qu'autrement, sans avoir aucun 
égard aux personttes , il jugerait selon la justice. 

Ximenès vaalut accommoder l'affaire , et proposa 
à Tévêque des* conditions qu'il devoit trouver hon- 
nêtes pour un homme qui n'avoit pas accoutumé de 
relâcher de ses droits. U offroit de le faire élire abbé 
d'Oran , de lui donner une place boÂcrable parmi les 
dignités de son chapitre, et de lui conférer une des 
meilleures prébwdes de sa cathédrale, pour lui afider 
à soutenir sa dignité. L'évéque, qui étoit av^re et qui 
croyait tirer d'autres avantages du cardinal qu'il ne 
jugeoit pas capable de ïsàre des avances, s'il ne se fut 
défié de sa cause , ne voulut pas accepter les offres 
qu'on lui faisoit, et pressa plus ^u'aupai*avant le ju-* 
gement de son procès. Alors le^ardinal , reprenant 
sojn austérité natnrelle, fit savoir au roi les droits qu'il 
ai^oit et les conditions qu'il venoit d'offrir à sa partie ; 



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SftO HISTOntE OV GARD. XIME}IÈS. An i5ir. 

H' le fit souvenir du traite qu'il avoit^fait avec lui 
avant l'expédition d'Oran. Ainsi les poursuites furent 
arrêtées, et le roi, soit^à cause 4ps révolutions qui 
arrivèrent en Italie , soit à cause de ses infirmités, ne 
voulut plus entendre parler de ce différend. 

-Lorsque après la mort de Ferdinand le cardinalfot 
devenu régent du royaume , l'évêque trop intéressé 
reconnut que , dans une affaire douteuse, il auroit 
mieux valu s'accommoder <Jue se roidir contre un 
adversaire qui n'avoit pas accoutumé de céder, et 
dont il ne falloit pas mépriser les grâces. Il vécut 
encore long-fcemps avec le repentir d'avoir refusé ce 
qu'on lui o0roit, et le déplaisir de se voir négligéllft 
cardinal qui ne revenoit guère, quand on avôitune 
fois encouru son indignation. Affres tpie les'«flfkires 
d'Oran eurent été terminée; de la sorte, Ximenèsse 
trouvant en repos , fit achever tout ce qu'il avoit eu 
dessein d'établir à Alcala , et visita une partie de son 
diocèse, laissant partout des marques.de sa piété et 
de sa magnificefice. Il fit bâtir une église en l'hon- 
nerir de la Vierge à lllescas , et une autre à Tordéla- 
guii^ , li£U de sa naissance , qu'il d^Mna aux religieux 
de Saint-François. 

'. Cç fut alors qu'il commença à songer au m^age 
de Jeanne de Cisnéros sa mècé, qu'il aimoit parti- 
culièrement à 'Cause de seii^esprit et de sa sagesse, 
quoiqu'elle n'eût eticore que onze ans. Il n'y avoit 
point de grand d'^pagne qui ne se tint honoré de 
son alliance ; mais iHouloit une personne de qualité, 
et il cherchoit beaucoup plus l'honnêteté et la verq» , 



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An t5ii< tIVRE ÎROISIÈMe. 3^1 

que letf richesses. Seâ amis lui proposèrent les aînés 
de principales Êimilles du royaume -, iHais il rëpon-^ 
dit que ces gens^là étoient ordinairement glorieux , 
prodigaes des richesses qu'ils n'avoient pas eu la 
peine d'acquérir, qu'ils '. demaadoient beaucoup de 
bitade leurs femmes, et qu'ils les méprisoient, sî 
elles ne leur avoient apporté de grands mariage^; 
que pour lui , il n'avoit point de bien de Sa famille ; 
qu'il n'étoit pas d'humeur à dissiper celui de l'Église , 
et qu'il cherchoit pour sa nièce quelqu'un de cîes 
cadets de bonne maison , qui font servir leur nais- 
sance et leur vertu à leur fortune , et qui , n'étant que 
médiocrement riches, se contentent aussi d'une dot 
médiocre. 

' Sur cela on lui proposa Gonçalès de Mendoza ,- 
«eveu du duc de Flnfantade. C'étoit un jeune seignelir 
en qui l'on voyoit déjà des qualités dignes dé ses an-» 
icêtres j et qui donna dans la s^aite des preuves signa- 
lées de savalear dans les guerres d'Italie. Don Alvarés 
son père étoit mort depuis quelque temps , et le duc 
son oncle, qui étoit demeuré son tuteur, souhaitolt 
ce mariage avecpassion, espérant que s'il péuvoit être 
uni avec Xiinenès par cette alliance, rien ne p<îhir- 
roit plus s'opposer à son aiilbition et à son crédit. Le 
cardinal, de son côté, étoit content de la personne 
îqu'onlui prësentoit, et fut peut-être d'abord flatté de 
l'honneur qu'on faisoit à sa famille. Il convint avec le 
duc^ on dressa les articles, les fiançailles furent cé^ 
lébrées avec beaucoup de joie et de solennité. Mais 
p^iil de temps après y l'affaire se ralentit sans qxfon 



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32À HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5ir. 

sût la raison de ce changement Qu€k[ue&-«BS cru- 
rent que ce prélat, examinant le bien de Gonçalës, 
enavôit trouvé beaucoup moins qu'on ne lai en avrât 
promis, et qu'il ne voulut pas qu'on s'imaginât qu'il 
achetoit cette allianqç , et qu'il la faisoit par amln^ 
tion. D'autres pensèrent qu'après avoir fait de fié- 
rieuses réflexions sur ce mariage il craignit d'^re 
engagé à soutenir, ou du moins à souffrir les Ré- 
tentions quelque&is déraisonnables' du due de l'In- 
^tade, et de plusieurs autres maisons qcii lui 
étoient alliées. 

Ce qu'il y eut de vraisemblable, c'est (foe n ayant 
jpas ^oulu conclure l'affaire sans l'agrément da roi 
catholique, ce prince étoit entré dans de ^andes 
jalousies, et lui avoit r^rOché qu^nfin il vouloit 
se liguer avec la haute noblesse, et fortifier de ses 
biens et liie son crédit des gens toujours prêts ï 
troubler FétaL II reprck^it en effet les grands du 
royaume comme des ennemis réconciliés, que k 
seule crainte de sa puissance retenoit dans le devm^ 
et il se déficit d'autant plus du cardinal , qu'il venoit 
de lui donner de grands chagrins. CesconsidënttîoBS 
arrêtèrent Ximenè&, et il aima mieux rompre avtc 
le duc de Flnfantade, que de donoier sujet au roi 
de soupçoQiier sa fidélité. Il s'excusa donc hoanéle^ 
ment, et remerda le duc de l'honneur qu'il avoit 
voulu lin &ire, avec des termes ai obligems, que 
s'il n'en demeura pas satis&it, du moônsil n'eut pas 
sujet d^ ^'en plaindre. 

Pendant que ces affaires iieteilcHrat ie cardinal ii 



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An l5ii. LITRE TROISIÈME, SaS 

Alcàla, Viliaroël, gouverneur de Gaçorla, revint 
d'Oran pour mener dans son gouvernement une vie 
douce et tranquille; mais ayant eu quelque démêlu 
avec un citoyen de bonne famille, il fut un jour si of- 
fense de quelques discours et de quelques procédés ir- 
réguliers de cet homme , qu'il le menaça de le perdre. 
En effet, la nuit d'après il fut trouva mort , et Ton vit 
sa maison rasée de fond en comble. La femme et les 
enfans du défunt , dans Tétat pitoyable où ils étoient , 
allèrent se jeter aux pieds du roi pour demander 
justice contre le gouverneur , et le roi nomma un 
commissaire pour aller informer sur les lieux. 

Dès que Ximenès en fut averti, il eut horreur 
qu^un homme dépendant de lui et son allié eût com- 
mis une action aussi noire. Il lui manda qu'il se- 
roit le premier à le châtier et à lui Ëiire son procès ; 
et comme il apportoit des raisons pour sa justification , 
il lui enjoignit de se présenter devant les juges mh 
dinaires avant que le commissaire tàt arrivé, i«t Me 
se justifier s'il pouvoït. Cependant il fit donner à la 
veuve et aux enfans tout Targent qu'ils demandèrent 
pour leur consolation et pour leur dédommagement; 
si bien que, n'ayant plus de partie qui poursuivît le 
coupable, il fiit renvoyé absous sur les raisons qu'il 
allégua pour sa défense. Le cardinal n'en faisoit plu^ 
tapt de cas depuis le voyage d'Afrique ; car dans Le 
temps de la prise d'Oran , ayant été mis vers une porte 
de la ville avec quelques escadrons de cavalerie qu'il 
commandoit pour poursuivre les fuyards, il avoit 
abandonné lâchement son poste, sur le bruit ^ue 



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3^4 HlSTOlRt: DU GARD. XIMENES. An i5ii. 

firent quelques cavaliers arabes. Mais cette dernière 
action acheva de le perdre dans Tesprit de son patron. 
11 ne voulut pins le voir, et comme on le pressait de 
lui pardonner, il répondit : Villaroël doit faire péni- 
tence de son crime. Pour moi , je ne veux plus de 
commerce avec un homme qui fuit devant les ennemis 
et qui répand le'aang des citoyens. 

En ce même temps, le roi se préparoit à passer 
en Aragon où il avoit convoqué les états du pays. 
Quelque refroidissement qu'il y eût entre lui et le 
cardinal , il le pria de se rendre à Madrid , et de^ se 
charger pendant son absence de la conduite de son 
petit-fils Ferdinand et du gouvernement du royaume. 
Il obéît , mais aussitôt que le roi fut revenu en Cas- 
tille , il se retira dans son diocèse. Là , il apprit que 
l'évêque de Salamanque venoit de mourir 5 et comme 
dans les discours familiers on parloit des sujets 
lipi pouvoient remplir cette place , quelqu'un se ha- 
sshrcjpr de nommer frère François' Ruys son ancien 
compagnon de religion , sans oser pourtant insister , 
parce qu'on connoissoit son humeur sévère et le mé- 
pris qu'il avoit pour ceux qui, par eux-mêmes ou 
par leurs amis, briguoient les bénéfices et surtout 
les évêchés. On lui avoit même souvent ouï dire qu'il 
aimoit trop le repos et le salut de ses amis , ou des 
personnes dont la Providence divine l'avoit chargé, 
pour leur proculrer des dignités ecclésiastiques , où il 
connoissoit par sa propre expérience. qu'il y avoit 
dé grands dangers et de grandes difficultés à essuyer. 

Cependant il avoit toujours reiparqué tant de pru- 



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An ï5ii: IIVRE TROISIÈME. 325 

dence et d'humilité en ce bou religieux qui s étoit 
acquitté de plusieurs coHiihissions auprès du roi, 
et qui ne s'en étoit pas prévalu, qu'il envoya de- 
mander pour lui l'évéché de SalaiRanque. Le roi ré-> 
pondit obligeamment qu'il ne pouvoit rien refuser 
au cardinal , et qu'il connoissoit le mérite du père 
Ruys , mais que le jour d'auparavant il avoit donné 
l'évéché qu'on lui demaudoit au fils du marquis de 
Moia , en considération des services que sa mère avoit 
rendus à la reine Isabelle, et depuis à la reine Jeanne. 
Que, s'il vouloitse contenter de Tévêché de Ciudad^ 
Rodrigo jusqu'à ce qu'il en vaquât un plus grand , 
il lui en feroit expédier le brevet, ce qu'il fit sur-le- 
champ. Quelques années aprèji, l'évêque d'Avila 
étant mort, et Ayala, agent de Ximenès et ami de 
Ruys, ayant fait souvenir le roi de sa promesse, ce 
prince lui répondit : Ayala , prenez soin seulement 
de faire venir les bulles de Rome. Quant à la nomi- 
nation , je n'ai pas besoin qu'on me fasse ressou- 
venir de ce que je promets à Ruys ou plutôt au car-r 
dînai son maître, à qui j'ai de si grandes obligations. 
Ximenès n'approuva pas la démarche que son agent 
avoit faite , et plaignit son ami à qui il avoit con- 
seillé plusieurs fois de nourrir en repo^ son petit 
troupeau, et de se convaincre par son exemple que 
les grands honneurs sont toujours accompagnés de 
travail, de chagrin et d'inquiétude. Aussi il ne té- 
moigna aucune! joie de sa translation, et ne voulut 
pas même en remercier le roi. 
Comme il commençoit à jouir du repos qu'il avoit 



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3^6 HISTOIRE DU GARD. XIMEHÈS. An l5if. 

si fort souhaite , il se retrouva tout d'un coup dans le 
mouvement et dans les affaires. Ferdinand, ficlié 
du malheur qui venoit d'arriver à sa Hotte dans l'île 
de Gelves, où il avoit perdu ses meilleures troupes, 
en faisoit équiper une plus nombreuse et plus puis- 
sante que la première , et publioit qu'il alloit passer 
la mer en personne et venger la mort de don Gar- 
cias, en ravageant toute l'Afrique. Il paVtit potir 
cela de Madrid , et s'arrêta quelque temps 4 Séville; 
mais ces préparatifs se faisoient en effet Contre la 
France en faveur du pape Jule II qui , pour des mé- 
contentemens particuliers , n^ craignoît pas d'allumer 
la guerre entre les princes chrétiens. Le ïoi catholique 
qui n'entreprenoit rien sans le communiquer au car- 
dinal, et qui suspendoit ses froideurs et ses jalousies 
quand il^ avoit besoin de son conseil où de son cré- 
dit , lui écrivit de venir le joindre à Séville. Il partit 
au mois de janvier par une saison extrêmement rude , 
et le bruit de l'expédition d'Afrique s'étant répandu 
en même temps , il se fit un grand concours de tous 
les ordres du royaume. Non-seulement les seigneurs, 
mais les évêques même et les principaux ecclésias- 
tiques alloient en foale trouver le roi, et s'affroient 
de l'accompagner dans une si juste guerre. 

Ximenès encourageoit ceux qu'il trotivoit sur son 
chemin, et marchoit, à cause du ma«ivais temips et 
de son âge , à fort petites journées. Il £dloit qu'il pas*- 
s&t nécessairement à Torrijos, et Thérèse Enriqués 
l'y attendoit pour le recevoir dans scto châlean , et 
pour profiter des eiitretiens d'un prélat qu^éUe ho- 



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An i5tf. LITRE TROISIÈME. 3^*] 

noroît depuis leng-lemps. Cet^edame, dans sa jeu* 
nesse, Vmnt choisi pour son confesseur, lorsqu'il 
éloit religieux de Tordre de Saint-Françms, et avoit, 
pour ainsi dire, quitte le monde ei^re ses mains , en 
renonçant par «es c<^sdls au^c divertissemens et aux 
vanités du siècle.^ Elle avoit fait depuis de grands 
progrès dans la piélé. Comme ces sortes de directions 
font naître des alfections spirituelles dans le cœur 
des personnes dëvotes , et que rien n est si touchant 
pour elles que la reconnoissance qu'elles ont pour 
ceux qui les conduisent à Dieu , celle-<n fit tous les 
préparatifs nécessaires pour profiter d*une occasion 
qu'apparemment elle ne retrouveroit plus. Mais crai- 
gnant que cet homme austère , qui avoit toujours évité 
l^ conversations des femmes, ne logeât ailleurs et 
lie refusât de la voir, elle fit courir le bruit dans 
tous les villages voisins qu'elle partoit pour des af- 
£siires pressantes. Ximenès l'apprit sur sa route et le 
crut, et s'en alla droit au château; mais ayant re- 
connu dès l'entrée que la dame y étoit et qu'elle 
vcnoit au devant de lui, il sortit, et se retira chez 
les cOrdeliers, d'où il partit le lendemain de fort 
grand matin , ne voulant pas se relâcher de son an*- 
cienne régularité. 

Les chemins étoient si rompus et les eaux si dé- 
bordées à cause des pluies , qu'étant parti au com- 
mencement de janvier, il n'arriva à Séville que vers 
la fin du mois suivant. Il s'arrêta quelques jours à 
Ouadalupe pour dire la messe dans cette célèbre 
église de la Vierge, enrichie des présens des peuples 



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3^8 HISTOIRE DU CÀRD, XIMENES. An iSif. 

et des rois , et y laissa des marques dé sa vënëratioa 
et de sa libéralité. Il fît aussi quelque séjour à Hor- 
nillos , petit bourg dont il avoit autrefois obligé les 
habitaus^ qui lui témoignèrent beaucoup de recou- 
uoissance. Ce fut assez près de là qu'il lui fallut pas* 
ser une petite rivière, où il eut occasion d'exercer sa 
charité. Il n'y avoit que ce chemin pour aller joindre 
la cour ] et les grau4s et les petits officiers étant obli- 
gés d'y passer, plusieurs laissoient leurs chevaux 
sur le rivage, en attendant la commodité du bateau. 
La rivière étoit bordée de certains arbres qui ont 
des feuilles semblables au laurier, et des fleurs à 
peu. près comme les roses, à qui, pour cette raison, 
on a donné le nom de lauriers-roses. On a remar- 
qué que ces feuilles sont du poison pour les animaux, 
et les voyageurs l'éprouvèrent eu cette rencontre, 
car tous les chevaux qui en avoient mangé mouru- 
rent incontinent. Le cardinal eut pitié d'un grand 
nombre de pauvres gens qui étoient en peine de 
continuer leur voyage , et commanda qu'on leur don- 
nât de ses chevaux ou de l'argent pour en acheter; 
ce qui lui attira de grandes bénédictions. En appro- 
chant de la cour, il rencontra le grand capitaine , et 
ce fut une joie sensible pour lui de l'embrasser et de 
pouvoir lui céder son logement. 

Knfiu, étant à une journée de Séville, il manda à 
Lopés Ayala son agent qu'il arriveroit le lendemain. 
Le roi fut très -content d'appjendre cette nouvelle, 
et alb près de deux lieues au devant de lui, accom- 
pagné de tous les seigneurs de ça cour. Il lui faisoit 



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An i5in LIVRE TROISIEME. Sug 

ordinairement cet bonnenr, quoique la plupart des 
grands en murmi^'asfieoj^ par aversion ou par jalou* ^ 
sie. Pendant qu'il fut à Séville, et qu'on travailloit 
à préparer b flotte et à lever les troupes pour la 
guerre d'Afrique, on reçut. des nouvelles de Rome 
qui sarprirent la cour. Lé pape Jule II donnoit avis 
à F^Nrdinand, comme à son ami et son allie, que 
quelques cajidiaaux soutenus pat le roi de France, 
sans avoir ëgard qu'il étoit le die^de l'Église et 
l'oiat du Seigneur, avoient conspiré contre kii, et 
se vantoient publiquement qu'îballoient le déposer ; 
que k seul sujet qu'ils avoient de l'inquiéter ainsi, 
étoit qu'il n'avoit ni voulu , ni pu , en conscience , 
consentir à leurs conseils pernicieux et à leurs pas- 
sions immodérées; qu'ils venaient d'assembler tu- 
multuairement un concile à Pise ; et que , par un at- 
tentat qui méritoit tous les foudres de l'Église , ils 
vouvoient reconnoître , de l'aveu du roi d^^ France , 
un autre que lui pour souverain pontife 5 qu» Ber- 
nardin de Carvajal , Espagnol , étoit le chef de cette 
conspiration ; et que, selon le pouvoir qu'il tenoit du 
ciel, il lui avott ôté le chapeau et l'avoit dégradé 
lui et les autres cardinaux de sa faction -, qu'ainsi il 
recouroit au roi catholique qu'il regardok comme 
le véritable fils de l'ÉgUse et le protecteur du saint* 
siège, et le prioit de l'assister contre les entreprises 
de la France, puisqu'il étoit de sa gloire et de son 
intérêt d'arrêter l'agrandissement et les desseins de 
cette nation qui oseroit tout, puiscju'elle osoit s'en 
prendre au vicaire de Jésus-Chfist même-, que la 



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330 HISTOIRE DU CABD. ICIMEIIÈS. An iSiK 

première grâce qu'il lui denandott , c'étoil ^e priver 
Caryajal, qu'il avoit excommaniié dans Kmles les 
ibrm^ , de tous les bénéfices qtt*il possédoît en Es- 
pagne , de le déclarer inâme , et de le bannir à per- 
pétuité de tous ses états. 

Ferdinand , qui se faisoit honneur de pF9t^[er le 
saint-si<%e quand il convenoit à ses intérêts, el qui 
étôit lié avec le saint Père, plus par* politique que 
par religion , fit l>eaucoup de Jindt de celle afiaire. 
U assembla dans son palais tous les seigneurs et tous 
les évéques qui se trouvèrent à la cour, à la tête des- 
quels étoit Ximenès, pour délibérer sur la ooujchm:- 
ture présente, et ils conclurent ton» qu'en vain on 
aUoit chercher en Afrique les ennemis de la reli* 
gion lorsqu'on attaquoit à Roîne celui qui en étoit 
le chef\ Ferdinand, ravi de pouvoir rompre avec 
honpeur son entreprise contre les Maures, et d^avoir 
un jMrâlexte spécieux pour passer en Italie et pour 
tourner ses aunes contre le^ Franodis , fit semblant 
de quitter à r^ret le dessein de conquérir FAirique. 
U ôta à Carvajal Tévéché de Siguetiça dont il avoit 
été pourvu , et nomma en sa place Frédéric de Por- 
tûgsd. Ximenès , qui se trouvoit obligé à ce pape 
qui lavoit honoré du chapeau et àe la chaire de 
grand inquisiteur, et qui lui avoit accordé de grands 
privilèges pour son université d'Alcala , porté même 
d'une aOTection particulière pour sa personne , à cause 
de sa fermeté et de son courage , lui fit dire, par des 
agens qu'il tenait à Rome ,, qu'il ne s'étonnât point 
des ligues qui se faisoient contre lui ^ qu'il tint ferme 



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An iStu > MTRE TROISIÈME. 33x 

contre la puissance et Tartifice de ses adversaires $ 
et qu'il n'abaadonuât pas FÉglise aux passions de 
quelques esprits Ëictieux qu'il falloit châtier rigou- 
reusement ; qu^au reste , pour lui témoigner TetAime 
qu'il faisoit de sa personne et le respect qu'il avoit 
pour le saint -siège , il lui feroit toucher au plus tôt^^ 
par ses banquiers , une somme considérable pour lui 
aider à se maintenir dans ses droits^ et à <se faire 
rendre le respect qui Ità ëtoit dû. 

Ferdinand prenoît grand soin de cacher le dessein 
qu'il avmtd'alIer^secoEurir le pape. Il d^oits'embar* 
quer à Màlaga au commencement du printemps , faire 
voile vers l'Afrique , et tourner tout d'un coup vers 
l'Italie i mais il ne put si bien faire qu'on né décou- 
vrit ses intentions. Le roi de France en fift averti y et 
dit un jour, en présence de tous ses courtisans : Je 
suis le Maure et le Sarrasin contre qui l'on arme en 
Espagne. Aussi il fit ses préparati& de son câté , et 
tout se disposa à la guerre dans toute l'Europe. Ce- 
pendant le roi cathoUque partit de Séville, et le car- 
dinal s'en retourna dans son diocèse vers le com- 
mencement du mois de juin. Gomme il étoit encore 
en chemin y on lui apporta des lettres de ses grands 
vicaires qui l'avertissoient que don Juan Cabrera, 
àrchi(fiacre de sa Cathédrale, avoit obtenu du saiut^ 
siège un coadjuteur à cause de sa vieillesse. L'Église 
de Tolède n'avoit jamais pu souffrir cet usage ^ il y 
avoit même des délibérations du chapitre qui cou- 
damnoi^t à de grandes peines ceux qui auroiènt 
demandé de paralles grâées ^ et ceux qui y auroieut 



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3i^ HISTOIAÊ bu GARD. .XIM^I^ES. An î5ii. 

consenti. Mais Farcliidiacre , ilhistre par sa naissasce 
et fort considéré du rovà cause de son frère >et de 
sa belle -•sœur BoVadilla, crut qu'il pouvoit passer 
par-dessus les lois et les coutumes , et jouir en repos 
des privilèges que le saint- siège lui avoit accordés. 
Il y avoit même des gens prêts a prendre parti si Ton 
lui disputoit sou droit. Ximenès , ennemi des nou- 
veautés et très -sévère observateur de la discipline, 
ordonna incontinent au chapitre de s'opposer à eet 
abus , et d'empêcher l'exécution du bref qu'on avoit 
obtenu de Rome par .prévention ^ par surprise. Il 
demeura quelques jcws à lUescas pour n'être point 
présent à des contestations qu'il prévoyoit inévita- 
bles , craignant que , dans une affaire odieuse comme 
' celle-là, a ne suivît un peu trop sa sévsérité natu- 
relle. Il écrivit au roi et au pape et fit révoquer les 
provisions qui ayoient été données au coadjuteur. 

Après qu'il eut été quelque temps à Âlcala pour 
y attendre les ordres du roi , il sut qu'il «étoit arrivé 
des ambassadeurs d'Afrique. Le bruit de la flotte 
qu'on équipoit à Cadix , et de l'armée que Ferdi- 
nand devoit conduire en personne, jeta la terreur 
dans tous ces royaumes barbares. Le roi de Trémesen 
et quelques petits princes de ia Mauritanie firent 
des propositions de paix , offrirent de rendre les es- 
claves chrétiens, et de payer tribut au roi d'Elspagne. 
Le roi de Fez leur reprocha leur lâcheté, et tâcha de 
les détourner de la résolution qu'ils avoient prise. 
Mais ils lui répondirent qu'étant plus puissant que 
les autres^ et plus élœgné des côtes chrétiennes, il 



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An i5iT. LIVRE TROISIEME. 333 

ne souffriroit qu'à rextrëmité les incomjnoditës et 
les misères de la guerre; que pour eux, qui étoiënt 
exposés aux premières attaques d une armée formi- 
dable, ils étoient résolus de songer à leur sûreté. Ce 
roi 9 ne pouvant les encourager , eut lajiardiesse de 
faire dire à Ferdinand qu'il u'avoit qak |lo.ur$uivre 
son entreprise; qu'il Pattendoit au de -là de ces états 
qui devenoient ses tifibutaires ; et qu'il allok lui taire 
aplanir; tous les chemins jusqu'à Fez pour avoir le 
plaisir de le combattre en pldne campagne. Mais le 
roi catholique avoit alors d'autres^pensées. Ces Afri- 
cains prièrent qu'on ottviit le c^fiBJbfirce d'Oran ,. et 
envoyèrent pour préseas dix cltemux «i^puverts ^e 
housses couleur de feu avec une liiKoderie fine' d'or 
et d'argent , dix&ucons dressés à là chasse, des tapis 
riches et bien trâ^iUés, des peaux pour les séUe$ de 
chevaux et un lion apprivoisé, d'une gctadeur et 
d'une beauté extrtordinaire. Le cardinal témoigna 
beaucoup de joie de ces bons succès, qui étoient 
comme une suite de s%, victoire. U ordonna que du- 
rant trois jours on en rendit à Dieft 4c solennelles 
actions de grâces. 

Cependant Ferdinand, k cause des troubles d'Itilie 
et des différends du pape avec la France , avoit con- 
voqué lea états de Castille à^Bui^^ ; et , parce qu'on 
y devoit traiter d'affaires très -importantes , il jugea 
que la présence de Ximenès étoit nécessaire , et lui 
manda' de venir en diligence» Ce prélat pria sa ma- 
jesté de lui laisser quelques jours de repos pour, ac 
refaire un peu du voyage de Sèville , dont il n'étoit 



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334 HISTOIRE DU GARD. XIMEVÈS. Aa i5ir. 

pas encove bien remis , et pour se disposer à celui-ci 
que sa santé ne lui permettoit pas de faire p$tr les 
grandes chaleurs de la sai»)n. U psartit q^lq[ae ti^np$ 
après , et il entm dans Burgos sur la fia d'aoât. On Iw 
aroit préparé par honneur la maison du tomte dé 
Salinar , d*ou le roi a^oit £dt déloger Ferdinand son 
^etit'fils. Mais il s'excusa d'y demeurer , tant par res- 
pect pour ce jeune prince, que parce qu'il avail: appris 
que la cMitesse de Salinar j étoit ^ et que quelques 
dames de $68 parentes j dévoient Tenir; ne croyant 
pas qu'il convint à un homme dé la profession dont 
il avoit été, et du caractère dmit il étmt, de s'engar 
ger à des conversations et à des civilités inutiles avec 
ies femmes, fl se logea dans une maison près, du pa- 
lais. F^dinand lui envayoit souvcaot son petit-fih ; 
et , l%ant vu un jour par sa fianâtoe se pr^Hnener 
avec le cardinal dans son jardin , il lui oia : Voiis 
voilà bien, mon£ls, vous voilà àôeu \ et, si vous me 
croyez , vous ne vous éloignere:i jamais de cet hoffl- 
me-là. Ximenès mena le prÎQoe chea le roi *, et quand 
il prit congé pour se retirer, Finiant vouloit absolu- 
ment le reconduire jusque chez lui , et le rài l'y 
eshortoit et l'en louoit; iîx\^$ le cardinal ne voulut 
jamais le permettre. 

Les députés des vill^ étoient arrivés, et Ton avoit 
déjà fidt les pnemières^pmpoaitibnsdaiis l'assemblée, 
lorsque le nonee du pape fit son entrée à fiurgos , et 
donna part à Ferdmand de b ligne des Vénitiens 
avee le sainWége. Le roi ep. étoît d^à bien informé ; 
car, qudques mois aU{»aravant, il avort solUdté 



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An i5ii; LIYRB TROISIÈME. 335 

Temperenr Maximilien , le roi d'Angleterre son gen- 
dre , et la répubËque de Venise , à se liguer contre les 
François donl 41 voyoit avec chagrin la domination 
prêle k s'établir dans Tltalie si Jule il ëtoit déposé. 
Pour réussir dans son dessein, il se servoit de tous 
les moyens et de tom les aitifiees imaginables. H exa- 
géroit ant uns les forces de la France pour les piquer 
de jalousie ^ il les diminuoit aux autres pour exciter 
leur cocurage^ il représentoit les François ts^ntôt 
comme un peuple entreprenant et ambitieux , qui 
alioît tout envahir, tantdt comme une nation enne- 
mie de TÉglise et du saint- siège. Il se plaignoit par- 
tout qu'on l'avoit empêché- d'étendre la rdiigion par 
ses armes, comme sHl eût été sur de conquérir et de 
conwnir tottte l'Afrique , et que le roi de France 
eât étë d'ifi(^gence avec les infidèles contre les 
dirëtien». Quoique ces plaintes fussent sans fonde- 
Bient, elies ne kissoient pas de faire impression sur 
Tcsprit des peuples. Aussi , lorsque Ferdinand dé- 
clara la guerre contre la France , il écrivit à Ximenès 
les raisons qu^il en avoit , et voulut qu'il rendit sa 
lettre publique. Elle étoit conçue en ces termes : 

TbÈS- RÉVÉREND PÈRE EH JÉSUS - GhrIST > ARCHEVÊQUE 
DE TotÈDE, CARCAMt BT WI^T D'£aPAa»B, GRAND 
CHANCEUER ET GRAND UIQUISITE^R, QUE SOUS AVON» 
TOUJOURS GONSmÉRÉ ÇOHME NOTRE AlU, BT BONORÉ 
COMME NOTRE »RB. 

« Vous pouvez témoigner, vous qui savez toutes 
« nos intentions, la passion que nous avons eue, et 



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33(6 HISTOIRE DU .GÂ.RI>. XIMENES. AiriSir^ 

« les soins. que nous avons pris de faire rendre, au 
a souverain pontife, Boulogne «t quelques autres 
« villes que le roi de France lui retient, et d'empé^ 
« cher qu'il n'arrive des troubles et des sehisines dans 
a la chrétienté. Comme nous avons vu qjoie nous ne 
« poiîvions^y parvenir *, touchés des justes plaintes de 
a rÉglise qui implore incessamment noU'e secours, 
a et persikikdés du respect et de Tc^^^bsance que tops 
« le& rois chrétiens lui doivent , nous avons aban-^ 
n donné malgré nous l'entreprise que nous ^tion» 
« prêts d'exécuter contré les ennemis de notre état 
(c et de notre foi , pour défendre les droits du saint- 
«. siège, et pour maintenir le vicaire de Jésus-Christ 
« da,ns son autorité. A quoi nous avons résolu d'em- 
a plojer toutes nos forces, nous confiaoat en la grâce 
ce et en la protection de Dieu dont nous soutenons 
« la eause. Pour le faire avec plus de dignité el 
(( de succès, nous nous sommes unis ^vec le saint 
« Père et la très -illustre république de Venise 5 «t 
c< nous avons bien voulu que notre union fût puUiée, 
« laissant à l'empereur notre frère et au roi d'Au- 
« gl(tf erre notre cher fils le temps d^ se ligner avec 
« nous, comme ils nous le font espérer par leurs 
« ambassadeurs. 

« Nous avons ordonné à|lay«iond de Cardone^ 
« notre vice-roi et général de nos armées, de semeftre 
« en campagne, vingt jours après la publication de la 
« ligue , avec les troupes et l'artillerie nécessaire pour 
« prpcéder au rétablissement des droits 4|^ saint Père, 
it et à la restitution de ses places. La cavalerie du 



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An i5ii. LIVRE TROISIÈME. 337 

« pape le doit suivre, rarmée de Venise doit mar- 
« cher en même temps, et nous tiendrons la mer 
« avec une flotte supérieure à celle de Francfî. Nous 
« travaillerons à deux choses , à empêcher qu^ aucun 
tt prince dUtalie ne manque de^^espect au saint-siége, 
a jBt à traiter avec ceux qui , contre toute justice , 
« retiennent le bien de l'Église, afin "qu'ils le ren- 
« dent, s'il se peut,, par raison, sans attendre qu'on 
« le leur enlèye à force d'armes. Aussi nous vous 
« prions très-affectueusement d'ordonner des prières 
« partout , afin que le ciel bénisse nos bons desseins , ' 
. « qu'il maintienne notre sainte union , et qu'il donne 
« sa paix à tout le monde chrétien -, en sorte que nous 
a puissions tous de concert tourna nos armes contre 
« les infidèl^ Le roi d'Angleterre et l'empereur 
.« nous mandent qu'ils sont prêts à se mettre en cam- 
« pagne avec nous. 

a Sur cela , pour ne donaer aucun lieu à nos en- 
« nemi^ de blâmer notre conduite, et pour faire voir 
<c la sincérité de nos intentions , nous avons encore 
(c une fois averti notre frère , le roi de France , de 
« laisser en repos notre saint Père le pape Jule, et * 
a de faire retirer ses troupes de toutes ses tQ|^es; 
c< qu'autrement nous allions marcher avec nos ar- 
ec mées au secours de l'Église, notre commune mère. 

« Adieu, très-révénend père en Jésus-Christ, car- 
a dinal que nous aimons et que nous respectons. 
« Dieu vous ait en sa sainte garde. » 

Le roi catholique écrivoit» ainsi tout le détail de 



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338 IIISTOIRR ou GARD. XÏMENÈS. Aii i5t«. 

cette dëclaratioil de guerre , afin que le cardinal , par 
son autorité, appuyât ses raisons, et produisit sa 
lettre comme une espèce de manifeste , et que tout 
le monde fût persuadé que ce n'étoit pas par légèreté, 
mais par religion , qu'il quittoit son expédition d'A- 
frique. 

Le Cardinal n'ayant plus rien à faire à Burgos après 
les états, s'en retourna à AlcaU (an i5i a) , et ce fut 
en ce temps qu'il rompit l'accord qu'il avoit passé 
environ un an auparavant avec le duc de Tlnfantade 
touchant le mariage de Gonçalès de Mendoza avec 
Jeanne de Gisnéros sa nièce. Comme les grands mi- 
nistres ne font rien qu'on ne rapporte oi^inairement 
à la politique, cette rupture fit faire de grands rai- 
sonnemens aux Espagnols , qui prire|^ pour un coup 
d'état ce qui n'étoit qu'une considération et nn dif- 
férend de*^S|piille, que nous expliquerons ici, parce 
que ce fut la source de ia mésintelligence qui survint 
depuis entre le duc et le cardinal. 

Don Diego de Mendoza, second duc de l'Infantade, 
aVoit épousé Marie de Luna , fille de ce grahd eon^ 
* nétable de Gastille Alvare de Luna. Il en avoit deux 
en£u}&, donJ)iégo qui succédoit à la duché, et don 
Alvare qui , comme cadet, n'avoit à espérer qu'une 
petite^portiôa de l'héritage de son frère. La mère, qui 
voyoit en ce second fils un bon naturel , et qui ai- 
moit en lui le nom et la ressemblance du connétable 
son père, lui ayoit donné ^^ ûa consentement de son 
mari, une terre assez considérable qui lui apparte- 
noit en propre. Alvare,* sur l'assurance de ce hiea , 



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I 




An i5f9. LIVRE TROISIÈME. 3^9 

épousa Thérèse Carillo de laquelle il eut ce Gonça- 
lès accordé avec Jeanne de Gisnéros. C'étoit à lui 
que devoit échoir la donation de son aïeule , dès qu'il 
seroit en âge d',en jouir, et le cardinal avoit compté 
sur ce bien sans lef|^el le parti n'auroit pas été sor< 
table. Après la mort de son père et la conclusion de 
ce mariage, le duc de Tlnfantade , son oncle et son 
tuteur, se plaignit à Marie de Luna sa mère, qui 
vivoit encore, qu'elle l'avoit frustré d'une belle terre 
qui naturellement devoit lui revenir comme à l'aîné 
de la maison. Il représenta à cette bonne vçuve , 
affoiblie par son grand âge, qu'elle pouvoit encore 
en disposer, et que si elle en vouloit gratifier un de 
ses fils , il s'offroit de la faire é^er en marquisat , ee 
qui seroit un grand honneur pour la famille; que pour 
son neveu Gonçalès , il n avoit plus besoin de rien , 
après l'alliance qu'il avoit faite ; que son beau-pèril 
étoit fort riche ^ et que Ximenès , qui pouvoit J^ont 
et qui avoit des tré&prs, étoit chargé de 30n éleva*' 
tion , et ne pouvoit se dbpenser de faire du bien au 
mari d une nièce qu'il affeçtionnoit. Il persuada sa 
mère par ce discours ^ on envoya quérir l'acte de la 
donation^ otai le déchira, et l'on en refit un autre 
où l'on substitua le fils du duc à. la place du neyeuw 
Ximenès, averti secrètement de cette supercherie , 
envoya quelques-uns dé ses ainis particuliers, gêna 
sages et adroits, à Guadalajara, pour demander au duQ 
le mémoire du bien de Gonçalès dont il étoit tuteur. 
Le duc cherohoit tous las jours de nouveaui: prétextes 
pour éluder la demande du cardinal, et pour différer 



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« 



34o HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An t5i9. 

à lui rendre compte des affaires de sa maison, es- 
pérant qu'ennuyé de voir traîner ce mariage il se 
contenteiroit enfin d'avoir trouvé pour sa nièce un 
jeune seigneur qui donnoit d'assez grandes espé- 
rances , et qui portoit dans sa^amille une illustre 
et ancienne noblesse. Ce prélat reconnut par ces 
délais affectés rinjustice et la mauvaise foi du duc; 
et, sans se plaindre autrement de son procède, 
lui fit dire que Gonçal^ n'étant âgé que de treize 
ans, et sa nièce n'en ayant pas encore douze ^ il ne 
falloit pas penser à les marier, et rompit ainsi le 
traité. 

Bernafdin, comte de Corunna, de la même maison 
de Mendoza , connoigsant le crédit du cardinal dont 
il avoit besoin^ tant pour ses principales terres qui 
ctoient dans le voisinage de Tolède , que pour les 
l^mélés qu'il avoit depuis long-temps avec le duc de 
IMqj^ntade, résolut d'entrer dans son alliance. Il s'en 
expliquoit ouvertement à ses ami^ , -surtout à ceux 
qui pouvoient le redire au prélat auquel il ofiroit 
Alphonse, son fils aîné, héritiei? de tous ses biens. 
C'étoit un parti que les principaux seigneurs d'Es- 
pagne r^cherchoient pour leurs fillesè, tant à cause 
de la noblesse de la maison, qu'à cause du comté 
de Corunna, qui avoit de grands droits et qui étoit 
d'un grand revenu. Ximenès reçut cette proposi- 
tion avec beaucoup de recônnoissance , et ne s'avan- 
çoit pas pourtant , dans l'appréhension qu'on ne lui 
demandât un mariage plus riche et plus fort qu'il 
ne convenoit à un archevêque sévère et régulier tel 



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An i5Ta. LIVRE TROISIÈME. 3/( C 

qu'il étoit. Mais , outré qu'on n'exigeoit de lui aucune* 
condition, il pensa que la protection de cette famille 
lui seroit un jour nécessaire , et qrut que la provi- 
dence de Dieu^'Iui présentoît cette alliance pour le 
soutien dé sa maison, de son université et de plu- 
sieurs "monastères qu^il avoit fondés. Dans cette pen- 
sée il conclut ce mariage que Dieu bénit depuis d'une 
heureuse postérité. 

Les pauvres de son diocèse n'eurent pas sujet de 
lui reprocher le bien qu'ail venoit dé faire à sa famille ; 
car s'étant aperçu que le peuple dé Tolède avoit 
peine à vivre , parce que des marchands avares ache- 
toient tous les blés pour les revendre après fort chè- 
rement, il voulut, par sa charité; remédier à ee 
désordre. Il fit appeler les magistrats delà ville, qu'il 
engagea à faire bâtir des greniers publics , comme 
l'avoient pratiqué les anciens Romains, et donna tout 
d'un coup quarante mille mesures de froment pour 
y être mises et distribuées tous les ans selon les be- 
soins. Il chargea de ce soin les mêmes magistrats 
qui , pour témoigner leur reeonnoissance à leur ar- 
chevêque, fondèrent un service annuel danô la eha- 
^ pelle des mozarabes , après lequel ib faisoient réci- 
ter publiquement un panégyrique à l'honneur de leur 
bienfaiteur. Dans la plus grande cherté des vivres , il 
voulut q^i'on vendît ce blé à vil prix ,:^ et que l'argent 
qu'on en retireroit fût employé à entretenir cette 
provision, afin que le peuple ne manquât de rien, 
il établit-le métne ordre et fit les mêmes libéralités 
à proportion aux villes de Tordélaguna , dé Cisné*- 



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34^ HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i2. 

*ros et d'Alcala-de-Henarès , où l'on mit sur le froa- 
tispice de Thétel-de- ville cette inscription : 

QUE LA PLUIE INO»DE liOS CAMPAGNES, 

QUE LA CHALEUR LES BRULE, 

LA RÉCOLTE EST TOUJOURS BONNE ICI 

PAR LA MUNIFICENCE ET LA CHARITÉ 

DE NOTRE PASTEXJR. 

Vers ce temps -là, le pape Jide, piqué contre la 
France et ses alliés, abusant du pouvoir que Dieu lui 
avoit donnés et faisant servir la religion à ses passions 
particulières, se porta jusqu'à cette extrémité de vou- 
loir excommunier les rois , et les dépouiller de leurs 
royaumes. La grandeur de Louis XII le mettoit à cou- 
vert de ces Vexations, et la France se sûuteuoit de 
ses propres forces , sans craindre ni la violence du 
pape , ni l'ambition de ceux qui auroieut voulu eu 
profiter , en attaquant eette eouroniie. Le malheur 
tomba sur Jean d' Albret roi de Navarre qui , n'étant 
ni assez prévoyant pour se garder des surprises , ni 
assez puissant pour se défendre contre un voisin 
armé et attentif à toutes les occasions d^agrandir sa 
monarchie, avoit été excommunié parce qu'il s'étoit 
uni avec le roi de France , et fut enfin chassé de ses 
états , sous prétexte qu'il avoit contribué à la convo* 
cation et à la tenue du concile de Pise contre le saint- 
siége. Ferdinand , en vertu de cette bulle d^exoûffi- 
mtinication, qu on croit que le pape lui avoit envoya 
secrètement aVant que de Ta voir fulminée, fit avaa- 
cor ses troupes sans bruit , et se mit en état d'attaquer 



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An i5ia. LJVRE TROISIÈME. i^'i 

le roi de Navarre avec qui il vivoit en bonne ifilelli- 
gence , et qui ne se défioit de rien. 11 sentoit bien en 
sa conscience Tinjustice qu'il alloit faire , et il ne 
doutoit pas qu'on ne lai reprochât son invasian *, c'est 
pourquoi il manda au cardinal Ximenës de venir le 
trouver à Logrogne où il ëtoit pour autoriser par sa 
présence, au moins à Tégard de ses sujets , une guerre 
qui d'ailleurs étoit mal fondée. 

Le cardinal voulut auparavant passer les fêtes de 
Pâques à Tolède , et régler quelques affaires surve- 
nues dans son diocèse , après quoi il partit pour se 
rendre auprès de sa majesté. Son historien assure 
qu'il arrêta long-temps le dessein de Ferdinand , lui 
conseillant de tenter toutes les voies de la douceur et 
" des remontrances , et de donner au roi de Navarre le 
temps de se reconnoître et de se réconcilier avec le 
pape. Mais le roi catholique , qui avoit pris toutes ses 
mesures , et qui ne vouloit pas manquer son coup , 
fit avancer insensiblemei^t le duc d'Albe vers Pampe- 
lune, et envoya une ambassade au roi de Navarre 
sous prétexte de lui demandj^r passage par ses états 
pour l'armée qu'il avoit dessein de conduire en 
Guyenne ^ où se devoit trouv,er la flotte angloise, 
afin , disoit-il^ d'attaquer Louis Xll ennemi déclaré 
de 4'Église , dont le royaume désormais appartenoit 
au premier qui po^rroit l'occuper. Cette proposition 
^fiamt d'autant plus extraordinaire^ qu'on ajoutoit 
qu'il falloit donner quelques places de sûreté pour la 
retour de l'armée, soit que l'entreprise réassît ou 
non , et qu'on faiisoit entendre qu'en cas de refus il 



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344 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i3. 

ëtoit plus aisé d'ex^uter la sentence du pape contre 
la Navarre que contre la France. 

Le roi de Navarre communiqua ces demandes aux 
états qui étoienl alors assembles dans la ville de Ta- 
delle , et répondit aux ambassadeurs qu il avoit des- 
sein de demeurer neutre; qu'il s'engageoit de ne 
point donner passage aux troupes du roi très-chré- 
tien ; et qu'il ne seroit pas juste aussi de le donner 
à celles du roi catholique. 11 ne fut pas difficile 
de découvrir les intentions de Ferdinand. On jeta 
promptement quelques soldats dans les garnisons , 
on dépécha des courriers en France , mais ce fut 
trop tard. Durant cette négociation, vin prêtre de 
Pampelune mit entre les mains des ambassadeurs 
d'Espagne un traité conclu entre la France et la Na- 
varre , dont les articles étoient que le roi de Na- 
varre s'opposeroit au passage de Ferdinand quand 
il voudroit entrer en France ; qu'il attaquerait TEs- 
pagne toutes les fois qu'il en seroit requis ; que 
Louis XII , de son côté , rendroit au roi de Navarre le 
comté de Foix que possédoit alors le duc de Ne- 
mours, frère de la reine Germaine ; qu'il s'obligeoit 
de l'entretenir comme il convenoit à sa dignité et à 
sa puissance royale , s'il se mettoit sous sa protec- 
tion , et d'employer toutes ses forces pour rétablir la 
reine Catherine , sa femme , dans l'héritage de ses 
pères, jusqu'au-delà de Burgos, selon les anciennes 
limites de ce royaume. Le prêtre assuroit que ce pa- 
pier avoit été trouvé dans la cassette du secrétaire 
du roi de Navajrre , que ce roi avoit tué de sa main , 



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An i5i3. LIVRE TROISIÈME. 345 

Tayaut surpris avec sa.maître^te. Ferdinand fit lire 
ce traité en présence jde tous les seigneurs de sa cour, 
et Ximenès , qui jusque-là avoit porté fes choses 
à la douceur , fut d'avis de prévenir 1^ suites de 
cette ligue, et de ne plusdifférerla guerre. Un héraut 
alla d'abord la déclarer, et le duc d'Albe eut ordre 
de marcher droit à Pampelune ou il y avoit un pa^rti 
prêta se révolter dès qu'il paroîtroit avec son armée. 
Jean d'Albret avoit assemblé Hguelques troupes, 
et la Palisse étoit venu le joindre avec ce qu'il avoit 
pu ramasser de celles de France , dans cette précipi- 
tation. Le bruit courut qu'ils s'étoient saisis des défi- 
lés , et qu'ils avoient renfermé le duc d'Albe avec 
son armée dans les montagnes. Cette nouvelle donna 
de grandes inquiétudes à Ferdinand et à tous les 
seigneurs qui étoient demeurés avec lui. Le cardinal 
lui envoya Santillo pour le divertir, après lui avoir 
prescrit ce qu'il devoit dire. C'étoit un honi|tte d' Al- 
cala, plaisant et diseur de bons mots, aimé de Xi-, 
menés , parce qu'il railloit avec esprit sans offenser 
jamais personne. 11 vint saluer le roi et lui demanda 
congé d'aller dégager le diiu; d'Albe , et battre les 
François. Après cette plaisanterie , il ajouta qu'il 
étoit assez brave , et qu'il ^imoit assez soa^prince et 
sa patrie pour cela. Alors^le roi lui dit en souriant : 
Si tu m'aimois, Santillo, et si tu étois aussi vaillant 
que tu le dis , tu ne serois pas ici sans rien faire , 
tandis que tant de braves gens exposent leur vie 
pour jmon service. Les seigneurs c|^ la cour compri- 
rent bien que c'étoit un reproche^qu'on leur faisbit , 



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346 HISTOIRE DU GARD. XIItENÈS. Air i5i3. 

et partirent tous le lendemain pour aller au siège de 
Pampelune* Leur présence^redoubla l'ardeur des sol- 
dats esp^nols , et contribua beaucoup à la conquête 
de ce royaume. Une puissante faction se sQuleva ; la 
plupart des villes ouvrirent leurs portes sans résis- 
tance -, et le roi de Navarre, n'ayant ni assez de forces 
poui* s'opposer à l'ennemi , ni as>sez d'autorité pour 
retenir ses sujets, fut contraint de se l'éfugier dans 
les terres qu'il av^it en France. 

Ferdinand, qui avoit promis au pape d'aller le se- 
courir, et au roi d'Angleterre d'attaquer la Guyenne 
avec lui, s'excusa comme il put à l'un et à l'autre, 
et crut que la conquête d'un royaume justifioit assez 
l'irrégularité de sa conduite. 11 donna tous les ordres 
nécessaires pour conserver ce qu'il venoit d'^acqaérir, 
et s'en alla trouver la reine à Carrionzillo près Médina- 
del-Campo. Mais comme Dieu ne permet pas que les 
joies da monde soient pures , et qu'il arrive ordi- 
nairement que ceux quisont heuireuxpardes voies in- 
justes, sont tourmentés par leur propre bonheur, il 
prit à ce prince un chagrin mortel de n'avoir point d'en- 
fans^xle son second lit. U avoit eu quelques années 
auparavant de la reine Germaine un fils qui mourut 
presque aussitôt qu'il fut né, et depuis, se voyant 
dans un âge avancé, et d'a^leurs usé parles débauches 
dQ sa jeunesse, il n'avoit presque plus d'espérance de 
laisser des successeurs aux états qu'il avoit conquis. Il 
consulta les médecins là-dessus ^ ils lui promirent un 
remède qui le&^it comme rajeunir pour un temps, 
et lui procureroit ^ans doute la postérité qu'il sou- 



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An i5ia. LIVRE TROISIÈME. 347 

haitoit si^ardeminent. Là reine apprit d'eux la com* 
position du breuvage , et a|Nrès lavoir pr^arë avec 
quelques-unes de ses femmes, elle voulut le présen- 
ter elle-même au roi qui le prit, et se trouva mal 
aussitôt après. Soit que le remède fut trop violent 
pour un corps sec etafibibli, soit qu'on n'y eût pas 
observé tout ce que les médecins avoient prescrit, 
Fei]iinand ne fit plus que languir et tomba dans une 
mélancolie insupportable. 

Ximenès fut quelques mois auprès du roi , et n'ou^ 
blia rien de ce qui put le soulager. Toute la jeunesse 
delà cour entreprit de lui donner à Yalladolid le di- 
vertissement des tournois et courses de lance , avec 
une magnificence extraordinaire. Alphonse de Men^ 
doza marquis de Corunna , qui venoit d épouser la 
nièce du cardinal, fut un des tenans, et se signala 
par sa dépense et par son adresse. Ses livrées étoient 
riches et galantes, ses gens magnifiquement habillés , 
et il, entra en lice de si bonne grâce, qu'encore qu'il 
ne remportât pas le prix du tournois, il en fit le prin- 
cipal ornement. Le roi présida à cette fête , ayant la 
reine à sa droite et le cardinal àsagauche; car, quel* 
que raison de régularité et de bienséance qu'il pût 
alléguer , le roi voulut qu'il y assistât, et le marquis 
de Corunna l'en supplia très-instamment. Ce jeune 
seigneur fit en cette occasion une dépense de sept 
mille ducats. Ximenès jugea bien que c'étoit à lui à 
faire les honneurs de cette fête , et après lui avoir 
remontré en particulier que sa seule jeunesse pouvait 
lui faire pardonner cet excès , et qu'il falloit être plus 



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348 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i3. 

sage à l'avenir, il donna ordre qu'on lui apportât cette 
somme ^ Qt comme Diego Lopés, son intendant, lui 
représentoit que c'étoit bien de la dépense pour un 
petit divertissement, il lui répondit : Que voulez-vous, 
Lopés, il est jeune , il a épousé notre nièce ^ nous pas- 
serions pour des vilains, et, grâce à Dieu , nous ne le ' 
sommes point. Ce n'est pas grand'chose , et la dépense 
n'est pas perdue puisque nous avons diverti le rçi. 
Environ en ce temps-là Jule II étant mort (an 1 5 1 3), 
Léon X fut élu en sa place. Ce pape, qui avoit le 
cœur noble et élevé, et qui favorisoit les beaux-arts, 
entreprit, dès le commencement de son pontificat, 
de continuer le grand dessein que son prédécesseur 
avoit commencé , et de faire achever cette Êimeuse 
église de Saint-Pierre , qui passe aujourd'hui pour un 
des plus grands ouvrages du monde. Il fit chercher 
tout ce qu'il y avoit d'architectes , de sculpteurs et 
de peintres célèbres ; et , parce que c'étoit un travail 
immense , et qu'il n'étôit pas en état de fournir à de 
si grandes dépenses , il envoya en Espagne certaines 
bulles qu'il fit publier, du consentement du roi , par 
lesquelles il accordoit de grandes dispenses à ceux 
qui donneroient de l'argent pour ce bâtiment. Xime- 
nès, qui étoit très-zélé pour la discipline de l'Église, 
ne voulut jamais recevoir ni publier ces bulles dans 
son diocèse, et répondit aux personnes qui s'en 
étonnoient , qu'il louoit ceux qui , par une sincère 
piété , contribuoient de leurs biens à ce saint édifice ; 
mais qu'il ne pouvoit approuver que, pour une 
aumône qui devoit être pure et gratuite, on favorisât 



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An i5i3. LIVRÇ TROISIÈME. 34g 

le relâchement, en dispensant des anciennes coutu- 
mes et observances de l'Église. 11 en dit sa pensée au 
roi, et il en écrivit au pape avec prudence, maïs 
avec une grande liberté. 

Dès qu'il vit que le roi reprenoit un peu de santé, 
il s'en retourna dans son diocèse pour faire observer 
dans son université les décrets et les ordonnances 
du concile déLatrari, que Jule II avoit Gâmttiencé, 
et que Léon X aclievoit. 11 porta lui-nîême, dans 
tous ses collèges , deux décrets de cette assemblée 
touchant l'instruction de la jeunesse. Le premier or- 
donne à tous les maîtres d'enseigner à leurs disci- 
pleis non-seulement les lettres humîwa^ , mais encore 
tout ce qui regarde la connoissance 'de la religion Bt 
les règles de la discipline chrétienne, comme sont 
les préceptes de la'lof, les articles de la créance, les 
formes de la prière , les traditions de l'Église et les 
'exemples des saints, tirés des auteurs approuvés; 
surtout les ditnanches et les fêtes où il ne faut leur 
faire que des leçons de-piété , êti les portant à assis- 
ter à la messie, aux sermons et aux offices divins, 
selon l'esprit et lej^ intentions de TÉglise. Le second 
dc^fend aux écoliers qui «ont dans les ordres sacrés, 
d'employer plus de cinq ans aux études de gram- 
maire, de dialectique ou de philosophie,' et aux ré- 
gens de les souffrir plus loHg-teraps dans lès collèges 
publics, si ce n'est qu'ils veuillent y mêfer l'étude 
du droit canonique ou de la théologie. Pour exciter 
les professeur^ à s'acquitter plus agréablement dé 
leurs devoirs, il leur procura toutes les commodités 



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i 



35o HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i3. 

(le la vie , et leur fit bâtir trois maisons de campagne, 
où ils pussent aller les jours de congé dissiper en 
d'honnêtes récréations l'ennui que donne l'assiduité 
du travail dans Tinstruction de la jeunesse. 

Cependant le roi partit de Madrid au commence- 
ment de janvier pour aller se- reposer et se divertir 
loin du bruit et de l'embarras des affaires aux envi- 
rons dêSéjgovie, où l'air est doux et tempéré, et le 
pays propfe à la chasse. Il passa par Alcala-de^He- 
narès", et y demeura même quelques jours. Le car- 
dinal , qui n'avoit pas encore eu l'honneur de le voir 
chez lui depuis les affaires d'Oran, le reçut avec beau- 
coup de magnificence , et chercha tous les moyens 
de le réjouir, parce qu'il ne pensoit qu'à recouvrer 
sa santé, et qu'il n'étoit pas en eut de parler d'^affai- 
res. Ce prince , qui avoit une jiJousie et une aversion 
extrême colitre la France , et qui d'ailleurs aimoit 
assez les l^elles -lettres, quoiqu'il n'en eût aucune 
connoissance y avoit été bien aise que l'archevêque 
établît dans ce royaume une université dont la ré- 
putation pût égaler celle de Paris, Il l'avoit plusieurs 
fois loué du soiu qu'il prenoit ^e faire fleurir les 
sciences , et l'archevêque luji avoit répoiida que , tan- 
dis que sa majesté igagnoit des royaumes et formoit 
des grands capitaines, il travaiUoit à lui former des 
gens dont l'esprit pût'feire honneur à l'Espagne et 
rendre service a l'Eglise. Le cardinal étant entré le 
matin , à son ordinaire , dans le cabinet du roi pour 
lui proposer quelque amusemeujt pour la journée , le 
roi lui dit obligeamment : Je passerai l'après-^dinée 



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Au i5i3. tlVRE TROISIÈME. 35l 

à visiter vos colléfçes, et à conlrôler vos bâtimens. 
Le cardinal manda incontinent les officiers, et leur 
donna ses ordres pour la réception de sa majesté. Les 
docteurs furent convoqués, et une nombreuse et 
bruyante jeunesse se rendit dans les lieux 'ordinaires 
de ses^études. 

Le roi, accompagné du cardinal, y alla d'abord 
après son diner,i et fut étonné de voir la grandeur 
de ces édifices. II en remarqua la disposition, l'éten- 
due, la symétrie, et dit à Ximenès qu'il étoit venu 
pour censurer ses bâtimens, mais qu'à peine pouvoit- 
il suffire à les admirer. Ayant pourtant découvert 
assez loin de là une muraille de terre qu'on avoit fait 
à la hâte pour servir comme de clôture à ces collè- 
ges, il se tourna vers lui : Et voilà, lui dit- il , qui 
me paroît bien peu durable pour un ouvrage que 
vous avez^eu dessein de rendre éternel. 11 est vrai, 
répondit le cardinal 5 mais quand on est à l'âge où 
je suis , on n'a guère de temps à perdre ; ce qui me 
conscde, c'est que votre majesté ou ses petits -fils 
feront un jour de* marbre ces murailles que j'aurai 
laissées de terre. Après avoir visité tous les dehors , 
Ferdinsind voulut entrer dans le collège de Saint- 
Udefonse, Le recteur vint au devaiit de lui , suivi des 
docteurs de la faculté avec leurs robes et leurs fou- 
rures 5 les bedeaux marchoient devant, portant leurs 
masses, avec beaucoup de guavité ; ce que les "huis- 
siers du roi ayant aperçu, ils leur crièrent qu'ils eus- 
sent à les quitter ou à les baisser en présence de sa 
majesté', mais le roi voulut qu'ils marchassent comme 



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iSl HISTOIRE DU CARD. XIMEUÈS. An i5î3. 

ils avoient accoutumé, disant que l'université étoit 
comme un royaume à part, et que les esprits ne re- 
levoîent point de lui. Dans le temps que le cardinal 
faisoit des remercîmens au prince de la bonté qu'il 
avoit pour eux -et de l'honneur qu'il leur faisoit, le 
recteur se jeta à ses pieds et lui demanda respectueu- 
sement sa main i baiser. Le roi le reçut avec beau- 
coup de douceur, et crut qu'il avok quelque grâce à 
lui demander. Alors le cardinal , qui ne vouloit pas 
perxlre cette occasion de faire plaisir à son recteur, 
pria le roi de vouloir lui donner quelques momens 
d'audience , afin qu'il rendît compte à sa majesté de 
l'étal et du- progrès de cette république naissante. 
Ferdinand l'écouta favorablement^ et, pour né man- 
quer à aucune sorte d'honnêteté, il voulût voir tous 
les lieux où l'on enseignoit , et dire un ttiot à chaque 
professeur en particulier, pour les excitei^ à-avoir soin 
de la jeunesse, et pour les assurer qu'il «ippuieroit 
de son autorité toutes les bonnes intentions que leur 
fondateur avoit pour eux. 

Cependant la nuit survint ; et, Comme on crut que 
le roi sortiroit bientôt , les pages eurent ordre d'allu- 
mer leurs flambeaux et de se tenir à la porte. Gomme 
ces jeunes gens sont vifs et remuans , ils commen- 
cèrent à faire des railleries- des écoliers. Ceux - ci , 
sans avoir égard que c'étoient des gentilshommes , et 
que de plus ils étoient au roi, leur répondirent de 
même. Des paroles on en vint aux mains. Le roi , 
entendant du bruit , voulut saVoir ce que c'étoit ; et, 
l'ayant appris , il se plaignit que la jeunesse de ce 



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Ab i5i3. livre TROISIEME. 353 

collège n'étoit pas bien disciplinée. Il ëtoit arrivé, une 
anaée aapara;irant , que les écoliers d'Alcala avoient 
enlevé à la justice un orfévre de Guadalajara qu'on 
alloit exécuter dans la ville. On avoit rapporté cette 
action à Tarchevêque, qui s'étoit Contenté de la blâ- 
mer, disant à ses amis particuliers que, <}ans ces 
nouveaux établissemens^ il falloit pardonner quelque 
chose , et que les anciens fondateurs des villes , pour 
y attirer ou pour y conserver des citoyens, en avoient 
fait des asiles; qu'au reste, c'étoit un homme sauvé, 
qui n'avoit pas fait de grands crimes , et qui de plus 
étoit habile dans son art et capable dé servir. En 
effet , il Favoit retiré chet lui et le faisoit travailler 
à l'argenterie <lon^ il vouloit faire présent à Téglise 
de Saint -Udefonse. On se plaignit au rei' de la trop 
grande indulgence de Tarchevéque -, et le jirèà, quv 
avoit alors quelque chagrin contre lui , en parut irrité 
et lui en. écrivit; mais ce prélat lui répondit que 
c'étoit un .premier bouillon de jeunesse qu'il falloit 
laisser passer , et qui se refroidiroit avec le temps-, 
qu'il étoit important de ne point effaroucher ces jeu- 
œs gens qui venoient peupler ses collèges ; et que sa 
majesté devoit être bien aise d'avoir occasion d'exer- 
cer une double clémence envers ce misérable et en- 
vers ceux qui Tavoiént arraché à son supplice. 

Le roi , après ce désordre qui venoit d'arriver 
pfesqu'à ses yeux, se ressouvenant du passé, quoi- 
qu'il eut beaucoup de pouvoir sûr lui-m^m<? , et qu'il 
fut accoutumé à dissimuler, ne put retenir son in-^ 
dignation , et se tournant vers Ximénès : Me voilà , 

7. ^3 



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354 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An t5i3. 

lui dit-U , bieh payé de ma clétaûikce. Si j'avois £iit 
châtier rigoureusement vos ëcolters comme ils le mé- 
ritiHeut , pour avoir attenté contre iia justice , ils 
n auroient pas eu la hardiesse de maltraiter mes gens 
en ma présence. Â peine €ut41 achevé ces mots, que 
le comté de Corunna entra, et dit que ce n^étoit 
rien et que tout étoit apaisé* Ximenès fat touche do 
reproche ^ue lé roi venoit de lai faire ^ et lui dit avec 
respect : 11 ny a pas jusqu'à la fourmi ^ seigneur, qui 
n^ait sa colère quand On la presse. Chacuil se diéfmid 
coAimé il peut quand il est attaquée On doit respecter 
ceux qui. ont Thônneur d'être à votre mafèsté ; Inais 
oet honneur doit les rendre plus honnétei et plus 
reténus. 11 a fallu sans doute beaucoup dé yMeôcê 
pour irriter nos gens , et voi» voye» qu'ttné psifoie 
du cofefb de Corunna iés a apfttsés. Le m revînt à 
ki^ même ; et , tout titMiteii^ dé s'^fé emporté pour 
luie querellé d^enfàni ^ égaya la contersatîon ; et , 
.apràs avoir loué la magnificence du cardinal e€ la 
discipline de œtte université , ii s'en retonma dans 
son palais ^ et partit le len^emàîil pour Ségdrie. 

Le cardinal dontinuoit se» oceap<aitiôiia( et^ lae^se 
contekitant pas de veiller aux réglemans de son Église, 
il songeait encore à corriger les abtte qui d^tntnddta- 
soient dans les autres (an i &t 4)^ Ot^ chanéiiie d'Avila 
ayant t>btenu un bref de Rome , par lequel il se tenoit 
dispensé d'assi^tet aux offices divins , et prëtendmt ti- 
tev^ quoique absent, la rétribution qu'on donne à teox 
qui se trouvent im chant des heures caiM)fniftle&9 Xi* 
mènes ) «n qualité tlefmmat^ s'opposa à COttê dîS'- 



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An i5i4. LlYRE TROISIÈME. ^ 355 

pense, fit entendre au roi les inconvdnieni qui en 
arriveroient ) et lui oonseilk d'ordonher qu'à Tavenir 
toutes les bulles qui viendroient de Rome s^foient 
renTojéed au conseil royal pour y. être examinées ^ 
«fin d'arrêter tk liliertë de demander de ces dispense^ 
et la facilité de le6 accordel:. Enfin ^ il obligea le cha- 
noine de rentrer dans le droit commun et de rênon*- 
cer à son priyilég^. 

Cependant le roi s'ennuyoit à Sëgoyie ^ sa santé 
s'afibiblissoU au lieu de se rétablir-; il alloit de Tille 
€n ville cherchant du repOs et n'en pouvant trouver ; 
iiiquietet incapable d'aucune affaire, les conseillers 
d^ét^t n'osoient rien proposer, ni rien résoudre. Hb 
écrivoient continuellement à Xinenèi, au nom du roi 
même , que sa présence étok nécessaire ^ qu'il y avoit 
plusieurs désordres qui ne pouvoient être arrêtés que 
par Une autorité comme la sienne ^ et qu'il àuroit assez 
de temps pOur vaquer à ses affaires partkuliàtes ^ «lais 
on ne put rien gagner sur lui^ Il prévit h peine qu'il ^ 
auroit de suivre ce prince qui étoit toujenrs en voyage, 
q[ne son infirmité rendoit chagrin et défiant , et à qui 
tout étoit indifférent hormis le soin de sa santés II 
crut qu'il valoit mieux réserver ce peu qui lui restott 
de forces pour un temps auquel il seroît plus néces- 
saire à l'état 9 et qu'il jugemt n'être pas fort éloigné. 
C'est pour cela qu'il ^'appliqua aVeo plus de soin à 
mettre la dernière main à tout ce qu'il avoit com- 
mencé pour l'utilité ou pour l'honneur desOn diocèse. 

Mois quelque résolution qu'il eût prise, un com- 
mandement imprévu l'obliigea d'aller à Aranda de 



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356 HvisTOIRE DU GARD. XIMENES. An i5i4. 

Duéro. Le roi, tenant les états de Castille à Burgos, 
se trouva si mal uiie nuit, qu on le crut mort. II se 
sentit tout d'un coup oppressé, et roula dans son lit 
avec de grands gépissemens. Les officiers de la chamr 
bre accoururent et le trouvèrent dans les convul- 
sions , les yeux tournés, tremblant de tout le corps, 
ayant perdu la parole et la connoissance. On s'ima- 
gina que cet accident lui étoit arrivé pour avoir 
dormi les fenêtres dé sa chambre ouvertes , et que 
Tair froid et subtil de Burgos Tavoit saisi. Les mckie- 
cins le secoururent et le firent revenir de son éva- 
nouissement avec assez de peine. Mais enfin il reprit 
un peu ses esprits ^ et, dès qu'il fut en état de souOHr 
la litière, il se fit porter à Aranda. Il dépêcha de là 
nncoutrier au cardinal |k)ur le prier de le venir trou- 
ver en diligence, parce qu'il vouloit l'envoyer pré- 
sider aux états de Castille, tandis que la reine Ger- 
maine alloit tenir ceux d'Aragon. Ximenès fat obligé 
de pdLvér \ et lé jour qu il arriva , le roi , qui ponvoit 
à peine se remuer, se fit mettre dans sa litière , et fut 
l'attendre hors de là ville selon sa coutume. Ils confé- 
rèrent ensemble durant quelque temps , et le cardinal 
se rendit le lendemain à Burgos. 

Les affaires étoient sur le point d'être terminées, 
lorsqu'il prit au roi une inquiétude que lui causoit le 
•chagriii de sa maladie et le désir de sa guéridon. Il 
retourna à Ségovie , où il croyoit que l'air étoit plus 
doux et plus tempéré. De là il eut envie de passer en 
Aragon. Les médecins, qui n'avoièntplus de remèdes 
à lui faire, lui donnoient au moins des consolations. 



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An i5i4. LIVRE TROISIÈME. 357 

et flattoient ses inquiétudes. Ils le firent transporter 
à Palencia , sur la tin de Tautomne , parce que le cli- 
mat y étoit plus chaud. A peine y eut- il passé quel- 
ques jours , qu'il voulut aHer dans une maison de 
plaisance qui appartenoit au duc d'Albe', où. il croyoit 
se divertir à chasser le cerf. 11 n'y fut pas plus tét qu'il 
s'y ennuya. Tout ce qu'il avoit aimé lui déplaisoit. 
Tout lui paroissoit trop étroit et trop étouffé dans le& 
villes. 11 crioit quelquefois : Qu'on me mène à la cam- 
pagne 9 je ne puis vivre qu'au grand air. Un fond de 
chagrin contracté par les maux qu'il craignoit ou qu'il 
ressentoit , et une chaleur excessive d'entrailles , lui 
causoient ces mouvemeus» 

Cependant l'archiduc Charles avoit des avis de 
plusieurs endroits de la maladie de Ferdinand.. On 
lui mandoit que son aïeul se trainoit encore^ mais 
qu'il étott attaqué d'un mal quil'emportèroiten fort 
peu de temps*, qu'il prît là-dessus ses mesures, et 
qu'il s'assurât des royaumes qui dévoient lui apparte- 
nir, et dont on paurroit le frustrer. Pour.préveniiî ce- 
malheur le conseil de Flandre avoit jugé à propos d?en- 
voyer en Espagne (an i5i 5) Adrien d'Utrecht, doyen 
•de Louvain , précepteur de l'archiduc, sous prétexte 
de proposer le mariage de ce prince avec Renée de 
France, fille du roi Louis XII. Mais son instruction 
secrète portoit qu'il observât ce qui se passoit à la 
cour d'Espagne, qu'il donnât des avis certains de l'é- 
tat du roi Ferdinand, et qu'eu cas de mort il prît 
possession du royaume , et le gouvernât s'il étoit 
nécessaire jusqu'à nouvel ordre. 



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358 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An t5i5. 

On lui avoit donné des pouvoirs fort amples pour 
tout cela, et on lui aroit recommande le secret sur 
toutf 6 choaee. Le doyen arriva vers le mois de dé» 
cembre , et fut reçu fort honorablement à sa première 
audience. Mais , quoi qu'il eût fait entendre qu'il aVoit 
des affaires à proposer et des conseils à demander, 
Ferdinand , qui avoit Tesprit pénétrant , et que son 
infirmité rendoit encore plus soupçonneux, se douta 
bien du véritable sujet de son ambassade. Il le re* 
^rda comme un espipn , et lorsque Adrien soUicitoît 
une seconde audience , il répondit avec chagrin : 
Que veut«il? Vient-il savoir si je me meurs? Dites- 
lui qu'on ne me voit point aujourd'hui. Il le vit 
pourtant peu de jours après par le conseil de ses mi- 
nistres , et lui dit quHl ne se portoit pas assez bien 
pour traiter d'affaires aveclui, qu'il se retirât à Gua* 
dalupe , dans le couvent des religieqx de Saint •* Jé^ 
ron\e, et qu'aussitôt que sa santé le lui permettroit , il 
le ferait appeler, ou iU'iroit trouver lui-même. 11 lui 
donna des officiers , en apparence pour le servir, mais 
en .effet pour le garder , et pour empêcher que des 
gêna qui lui étoient suspects n^euss^nt commerce 
avec lui. Peu de temps apràs il traita avec ce ministre' 
des moyens de faire disgracier Chîèvres , gouver- 
neur de l'archiduc, qui lui avoit déplu en diverses 
rencontres; mais l'affaire n^eut pas )e succès qu'il en 
attendoit. 

I^e cardinal Ximenès étoit alors à Âlcala où il s*é- 
toit rendu après qu'il eut teaiu les états de Castille à 
Burgos, et le roi, dans les conjonctures présentes , 



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A» «5i;$, &IYR« TBOiaiÈME* 359 

90uhûtoît tVrt df l'iQatretcair, parce qu^U n'avoit pas 
SL99&$ dç jiib^né d'âsprit ni de feroe ppar agir, et qu'il 
crâigaoit que ks grandâ 4a royaume qui le vofiAsni 
mo^irant m Vabaadoanas9eiit , comme ils avoient 
ùà\ autrefois 5 pour se Mgtwt arec AdHen. Il hxî ëeri^ 
YÎt pluôaurs lettres poqr Tobtiger de venir et de st- 
charger d<t gouvernement et dn soin des affaires. 
Xim^oè^ eût bien souhaité d'aasister le roi en cette 
extrémité , mais il croyoit sa présenoe plue néeetsaive 
dami la contrée ou il étcût, parce qoe quelques sei- 
gneurs du voisinage comm^nçoient à remuer. Il savoit 
d'aillenrs que les Flamands avoimttant dHmpaitiénee 
de gouverner, qti'ils auroient peine d'attendre qae 
Ferdinand mourût , si sa maladie duroit. Mais sur- 
tout U ne vonloit pas se trouver k la mort dn roi ^ de 
peur que 9 sHl étoit nommé régent du royaume on ne 
crut que c'étoit plus par sa propre ambition que par 
la bonne opinion que ce prince anroit eae de lui. 

Toutefois il fit réponse au roi qu'il se mettroit en 
chemin s^il le désiroit absolument ^ mais que sa vieil-* 
lesse ne lui permettent pas de le suivre de ville en 
vîUe, et que si son dessein étoit d'aller vers les edtes 
de Grenade et de Malaga , comme le bruit en couroit , 
il le prioît de considérer qu'il étoit important de Ui^ 
ser dans le cœiyr du royaume quelque personne de 
confiance. Quant à Tacqueil que sa majesté mandoit 
qu'elle avoit lait k l'ambassadeur de l'archiduc, il 
et oyoit qn^elle en avoit usé selon sa prudence ordi- 
naire, mais il n'approuvoit pas ce qu'il avoît appris 
par d'autres, qu^on l'eût relégué et qu'on lui eu* 



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.360 HISTOIRE DU GARD. XIHEKES. An i5i5. 

donné des gardes , parce qu'il falloit supposer qu'on 
homme de bien, comme le doyen de Louvain , ne ve- 
noit pas pour troubler l'état. Il écrivit au même temps 
à Adrien des lettres très^civiles, par lesquelles il lui 
témoignoitla joie qu'il avoit de son arrivée eh Espa- 
gne , et le regret de ne s'être pas trouvé à la cour pour 
jouir de la conversation d'une personne de sa répa- 
tation.et de son mérite, et l'assuroit qu'il iroitle voir 
dès que le roi auroit choisi une demeure fixe. 

En ce même temps la reine Germaine, r^enant de 
tçnir les états d'Aragon, passa par Alcala où le car- 
dinal la reçut et Ja traita avec une magnificenceroyale. 
Cette princesse aimoittant la joie, qu'encore qu'elle 
se vît à la veille de perdre son mari et toute sa gran- 
de;ur avec lai , elle jouissoit du présent et ne s'inquié- 
toit pas de l'avenir. Aussitôt qu'elle fut en Ubertë 
dans le palais d' Alcala, ce ne furent que jeux et que 
festîn^s. Comme les dames espagnoles n'étoient pas 
faites à son humeur, elle se renfermoit dans sa petite 
cour, ^et dansant avec les filles et les femmes* qui la 
servoient, qu'elle avoit accoutumées à la franchise 
et à la gaité françoise , elle tâchoit de se dédomma- 
ger en particulier de cette gravité contrainte, que 
la préisence de son mari et la coutume du pays lui 
avoient fait garder en public. 

Ximenès prit son ten^s pour l'entretenir de la 
maladie du roi , du dessein qu'il avoit de l'aller trour 
ver , et des raisons qu'il avoit eues de retarder son 
voyage. Elle lui fit voir aussi des lettres qu'elle venoit 
de recevoir^ qui marquoient.que le roi se trouvoit 



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An i5i5. LIVRE TROISIEME. 36f 

plus mal depuis quelcpies jours, qu'il avoit £ûtune 
pierre d'une grosseur prodigieuse, et qu'il étoit re- 
tombé dans ses convulsions. Elle lui dit qu'elle s'en 
alloit à grandes journées ^ que ç'auroit été une con- 
solation pour elle s'il eât voulu l'accompagner^ que, 
puisqu'il étoit retenu par des considérations du bien 
public, elle se cliargeoit de représenter au roi ses 
raisons. Mais quelque diligence qu'elle fit, elle trouva 
son mari mourant, et ne put lui parler ni des afiaires 
des autres ni des siennes. 

Ce prince , après avoir parcouru toute cette con- 
trée qui confine le Portugal , à cause que l'air y est 
doux et sain, fit quelque séjour à Truxillo, et, voulant 
passer outre, il fiit obligé de -s'arrêter dans un vil- 
lage presque inconnu, nommé Madrigaléjo, composé 
de quelques maisons et d'une ferme du monastère de 
Notre-Dame de Guadalupe. Là, il tomba dans une 
grande défaillance , et l'on vit bien que pour cettq 
fois son mal étoit sans remède, et qu'il n'avoit à vivre 
que peu de jours. On rapporte qu'on lui avoit autre- 
fois prédit que Madrigal lui seroit funeste 5 qu'il avoit 
eu la foiblesse de s'éloigner toujours de la ville de 
Madrigal en Gastille, como^ ^'il n'eût pu mourir 
autre part ^ et qu'enfin n'ayant pu éviter sa destinée, 
il mourut dans un village à peu près du même nom. 
Plusieurs louoient en cela la science des astrologues; 
mais les plus sages mettoient cette prédicticm au 
nombre de celles qu'on cherche à autoriser par des 
rencontres équivoques, qu'on débite -toujours sans 
auteur et qu'on ajuste après coup aux événemens. 



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iÔT. HISTOIRE DU GARU. XIMËIfÈS. An t5i5. 

Quoi quil eti soit, Ferdinand étoit à Fextrëmité 
et il n'avoit pas encore mis prdre à s^s affaires ni à 
sa conscience. U ëtoit revenu plusieurs fois 4le ces 
mêmes maux qu'il regardoit comnie des indisposi^ 
tions passagères. U avoit fait consulter au comaien-^ 
cernent de sa maladie une dévote d'Espagne, qu^on 
nommoit la bëate d'Âvila , poui: savoir ce qu'il devoit 
espérer ou craindre. Cette fille , paur le récompenser 
de la bonne opinî<)n qu'il avoit de sa sainteté ou 
pour en tirer quelques avantages, avoit répondu, 
comme de la part de Dieu , que sa majesté vivroit en- 
core long^temps çt Tavoit miéme flatté souç de feintes 
révélations deje ne sais quelles conquêtes imaginaires. 
U aidoit lui-même à se tromper par un aveuglement 
déplorable^ et, comme il croyoit par ses voyages con- 
tinuels faire accroire aux Castillans qu'il étoit guéri, 
il prenoit de son côté le soulagement de ses maux 
pour une entière guérisoh. Le père Matienço reli* 
gieux de l'ordre de Saint-Dominique , son confesseur, 
se présenta plusieurs fois à la porte de sa chambre ; 
mais, au lieu de le faire entrer , il lui faisoit demander 
s'il avoit quelque requête à lui présenter*, s'il répon- 
dait que non, il le congédioit aussitôt, ajoutant: Que 
ce bon père étoit importun, qu'il venoit lui aire sa 
cour , et non pas lui parler de Dieu. Le doyen de 
Louvain vint de Guadalupe pour le voir; mais , après 
ravoir salué fort civilement, il le pria de s'en retour- 
ner, et l'assura que, dès qu'il auroit un peu de santé, 
il iroit conférer avec lui. 

Gomme on t^it que le mal pressoir et qu'il n'y avoit 



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Awi lSi6. tlTRE TROISIÈJdB. 363 

plus un moment à perdre (an i5i6), les conteilter^ 
quiTavoiônt 8uivi, et ses principaux mëdechis lui 
déçljirèrent , après beaucoup de précautionso^ que sa 
dernière heure approchoit, et qu'il lui restdit à peine 
asaez de temps pour songer au salut de son âme et 
au bien d'un étal pour lequel il avoit tant travaillé. 
Cet ayertissement Tétonua et le fit un peu rentref en 
lui^viéme. Il fit tenir son confesseur, et fut renfermé 
quelques heures avec lui. Il se confeasa et donna 
des marques de repentir de sefi péchés. Après quoi il 
appela ses conseillers et leur demanda leurs avis sur 
ce qui lui restoità faire pour la gloire de la ttionar* 
chie. n leur fît lire le testament qu'il avoit fait depuis 
peu à Burgos , par lequel il laissoit à Ferdinand son 
petit-fils, cadet de l'archiduc Charles, le gouverne'* 
ment de la Gastille et de l'Aragon , et les tirois grâce 
des maîtrises des ordres de Saint - Jacques , de Ca-^ 
latrave et d'Alcantara. II n'avoit pas trouvé dans 
l'esprit de l'atcbiduc toute la déférence qu'il atten^ 
dçit , et il dîsoit que ce jeune prince nourri en 
Flandre, ou ne viendroit pas en Espagne, ou la 
livreroit à Tambition de Chièvres et à l'avarice des 
Flamands^ 

Mais ses conseillers lui remontrèrent qu'outre Tin^ 
justice qu'il faisoit à l'aîné de ses petits^ fils il tom- 
boit dans le même inconvénient, s'il soutenoît la 
disposition de son testament^ qu'il connoissoit mieux 
qu'un autre l'humeur des grands de Castille -, qu'ils 
se disputeroient la faveur de l'iniant^ qu'ils corrom- 
proient son bon naturel , et que le royaume n'étant 



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364 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i6. 

goavemé que par un enfant , et sous le nom d'une 
reine foible et indisposée , tomberoit sans doute dans 
tous les malheurs que causent les minorités. ... : Il 
convint de changer cet article \ mais pour celui des 
grandes maîtrises, il témoigna qu'il étoit résolu de n'y 
point toucher, parce qu'il avoit toujours eu beaucoup 
de tendresse pour l'infant, et qu'il jugeoit bien que 
sans ces revenus il nepouvoit subsister avec honmeur 
et selon sa cpialité. 

Ces ministres le prièrent encore de considérer qu'il 
alloit séparer de la royauté une puissance qu'il y avoit 
lui-même unie ; qu'il donnoit, pour ainsi dire , le 
peuple d'Espagne ^à l'aîné^ et la noblesse au cadet 
en le mettant à la tête des ordres militaires; que si 
le pouvoir de chacun des trois chefs avoit paru insup- 
portable à ses prédécesseurs et à lui-même , que se- 
roit-ce du pouvoir des trois réunis en une seule per- 
sonne? Qu'en voulant ménager les deux frères il 
jetoit entre eux les semences d'une division éternelle, 
et qu'en étant à Ferdinand les royaumes qu'il lui 
avoit destinés , il lui donnoit les moyens de se révol- 
ter contre le roi , et de reprendre les espérances qu'il 
lui avoit donnée^ de régner -, et qu'enfin , pour porter 
la monarchie à ce point de grandeur où il l'avoit tant 
souhaitée, il falloit que tout le revenu et tout le cré- 
dit fut à un seul. Le roi parut touché de quelque 
pitié, et leur dit en soupirant : Ferdinand sera donc 
bien pauvre? Ils lui répondirent que la plus grande 
richesse que sa majesté pouvoit lui laisser, c'étoit la 
bienveillance de Charles son frère. La foiblesse où se 



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An.i5i6. LIVRE TROISIÈME. 365 

trouvoit alors le. roi ne lui permettoit pas d'insister; 
ses réflexions ne iaisoient que passer; et, après avoir 
dit quelques paroles ;5ur le sujet, il consentît à tout 
par son silence. On prit donc Toriginal de ce testa- 
maii: et on le brûla en sa présence sans qu'il en témoi- 
gnât aucun chagrin- On en dressa incontinent un 
autre avec toute la diligence et toute la'hrièveté qu'on 
put, par lequel Tarchiduc étoit déclaré seul etliii^ue 
héritier des couronnes de Gastille et d'Aragon, de 
Grenade et de Navarre , et pourvu des trois grandes 
maîtrises, et l'inlant entièrement déchu de ses espé- 
rances, et réduit à un apanage de cinquante mille 
écus sur des domaines éloignés. 

U.restoit encore un point assez délidni à décider, 
c'étoit le choix d'une personne à qui l'on pût confier 
le gouvernement de l'Espagne durant l'absence de 
l'archiduc. Les seigneurs avoient tant d'intérêts par- 
ticuliers , et de plus étoient si divisés entre eux, qu'il 
n' étoit pas possible d'en trouver un qui fût au gré de. 
tous les autres , et qui pût gouverner sans passion. . 
Un homme d'un rang médiocre a-'auroit eu ni l'auto- 
rité ni la force de commander, à uneiioblesse fière, 
que les rois avoient eu peicfl^ d'assujettir. Dénommer 
deux ou plusieurs régens, c'étoit, partager l'état en 
quelque .&çon , et l'exposer aux divisions que cau- 
sent ordinairement la diversité des conseils et les af- 
fections particulières. On se réduisit donc à chercher 
un sujet intelligent, autorisé, fidèle, équitable et 
désintéressé, qu'on chargeât seul de l'administration 
et de la régence des états d'Espagne. Alors le docteur 



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366 HISTOIRE DU CIRD. XIMENÈS. Att l5f6. 

Garvajal, grand jurisconsulte ^ et un des priticipaut 
conseillers, qui assistoit à ces dëlibërations et qui 
savoit le sentiment de tous les autres^ pi'oposa le car- 
<linal Ximenès. 11 parut tout d'un coup quelque 
ëmotion sur le Tisage du roi, et se rdevaut un peu 
sur son lit : Ne coiinpissez-yôus pas , leur dit-il , lliu- 
meur austère de cet homme qui ne sauroit ployer, 
et qeà porte tout à Tesitrémité ^ le croyç^-vous ?.«. 11 
s'arr^. à ces mots *, et après avoir pense quelque 
temps sans qu'aucun du conseil eût osé lui répliquer: 
Toutefois^ reprit41 , c'est un homme de bien. H a les 
intentions droites, il n'est pas capable de iaire ni de 
souffrir une injustice y il n'a ni parens ni famille ; il 
sera tout entier pour le bien public^ et, tenant ^oute 
sa fortune de la reine Isabelle et de moi $ il est obligé 
par reconnoissance d'houorftr notre mémoire et de 
faire exécuter nos TdoAtés« 

La cause de cette aTersion que le roi avoit ùix pa- 
Toltre contre Ximenès étoit, selon quelques -ans, 
un reste de chagrin qu'il avoit entretenu dans son 
esprit depuis les affaires d'Oran. Il ne lui avoit point 
pardonné, parce quHl saroit bien qu'il l'avoit offen- 
sé^ et cotâme c'étoit uif prince d'une dissimnlatioii 
profonde, il n'avoit'^pas laissé de lui témoigner de l'a* 
mitié lorsqu'il n'atôit pu se passer de lui. Lesaiaties 
disent que <hns k guerre de Navarre il avoit de* 
mandé au cardinal une somme oonsidérâble à em- 
prunter ^ et que celui-ci ne voulant plus s'exposer à 
perdre son argent ou à se brouiller avec sonîiiaitre, 
lui avoit répondu qulï avoit fait de grande dépenses 



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AtaiStâ. LlVRli TROISIEME. $67 

à Àlcalà et à Tolède , et que ses r<evenu6 ecclësias-^ 
tiques ëtôient d^tînéâ à des nsagies plus pieux. Quoi 
qu'il efi. soit 9 le roi aysitit approuvé, ^r nécessité 
on par cotiscienoe , un choiK qu'il n'autoit pas fait 
par iuûliuatiou , tout son cotideil eu eut de la joie ek 
s'ëtéMlt «ur ie& fôuaûges de Ximenès. Ou dressa <éu* 
corô cet article du testament , oU' y inséra quetquei 
autres dtaideB qu'on ne proposa qu'^emi, après 
t}uoi ùh It fit signer à Ferdinand. \. . 

Là téine ardva vers ce tempd-là ', mais comme le 
conseil étoit assemblé , et qu'on crâigtloit de n'avoir 
pas hssez 'dé trempa pour régier les âfl&irei» , il lui fut 
impossible de voir le roi 9 et on rie lui permit que de 
pleurer. Lorsque tout fut achève, elle entra. Mais ce 
prtncé, soit qci'il s'affoiblk k tout moment ^ soit que 
rapptksation -qu'il avoit eoe l'edt abattu , ne la Pettm* 
nul presque pas. Le coufesdeut mint ^ on lui adminis* 
tra comme on put les sacremiéns ^et aussitôt après, le 
vingt-troisième de janvier vers les deux heures après 
minuit) il itfourut dans l'habit de Saint^Dominiqiie, 
êomme il l'avoit souhaité, à catise de la dévotion 
qu'il tfftc^t eue «oute sia vie pour ce saint. 

Aittsi mourut Ferdinand le roi catholi^e, la 
fifoisante^deuiLÎème année de son àgo et la quarahte^ 
unième d« mn règne. Lefc peuples regardènent «a 
lAOrl <^mme le Cômm^oement de leurs malheurs ^ 
tes ^ttds comme la fin de leur servitude. Les Ara^ 
gotiois le pfeurèrent, et virent avec regret la race dé 
ietws rois comme éteinte , parce qu'il ne laissoifpoint 
de fils , et que la grandeur et la majesté de la monar^ 



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368 HISTOIBË DU GARD. XfMENES. An i5iG. 

chie. se recueiUoit toute dans la Castille où leur 
royaume et les autres que Ferdinand avoit gagnes , 
furent réunis. Ce prince avoit de grandes qualités : 
il étoït sage, vaillant, habile, civile retenu dans ses 
actions, grave dans ses discours, tempéré dans ses 
repas, modeste dans ses habits, endurci au travail, 
porté à entreprendre et capable d'exécuter* Nonnseu- 
lement il d^ndit ses états , mais encore il les accrut: 
et, qucrîqu'^ eût toute sa vie les armes à la main , il 
maintint la paix chez lui , et porta toujours là gnerre 
sur les terres de ses ennemis. 

La négodatioii eut beaucoup de part à ses con- 
quêtes. 11 prjévenoit par son jugement les bons et les 
mauvais succès , conduisant ses desseins avec beau- 
coup de précaution et de secret, et dérangeant <:enx 
des autres princes, plus par adresse que par argent. 
De son naturel , il étoit fier; mais dès qu il avoit Ëdt 
^s€;ntir son autorité, il faisoit semblant d'oublier quil 
fût le maître, et savoit prendre ou quitter sa fierté 
selon les besoins. Jamais sa doucèair ne diminua dans 
les peuples le respect qui lui étoit dû; jamais sa 
gravité ne diminua Tamour quon lui.portoit. Il se 
plaisoit fort à jouer aux dés, à courir le cerf, et sur- 
tout à voler le héron. Lorsqu'il s'aurnsoit ainsi , on 
eût dit qu'il n'aimoit pas les affaires ; quand il f alloit 
assister pix conseils ou marcher à la tête des ar- 
mées, on eût dit qu'il n'aimoit pas Les divertisse- 
mens. Cependant, d^tus le temps qu'il étoit le plus 
occupé, il faisoit semblant de penser à ses plaisirs; 
et dans le temps qu'il paroissoit le plus oisif, il më- 



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An i5t6. LITRE TROISIÈME. 36^ 

ditoit dans son esprit de grands projets. Il chassa les 
Maures et les juifs, et protégea toujours la religion , 
souvent avec ostentation , et quelquefois même avec 
zèle. L'Espagne n'avoit point eu avant lui de plus 
grand roi ; et , si quelques-uns de ses successeurs ont 
ëtë plus grands que lui, il leur a laissé les moyens 
de le devenir. 

Avec ces bonnes qualités il en eut beaucoup de 
mauvaises. Il étoit défiant, ingrat, dissimulé, rap-* 
portant tout à soi-même et à Faccroissement de ses 
ëtats. Il aimoit la justice , mais il falloit qu*elle fôt 
séparée ^ ses intérêts. Le moyen qu'il employa plus 
communément pour réussir dans ses desseins , fut la 
religion , qu'il assujettit presque toujours à sa poli- 
tique. Il fit un crime à Jean d'Albret de n'avoir pas 
suivi les passions de Jule II , et se fit uA inérite 
d'avoii^ persécuté Alexandre VI , sous prétexte de 
vouloir réformer les mœurs et la maison de ce pon- 
tife. Quelque intention qu'il eût de nommer de bons 
évéques et d'observer les règles de l'Église, il força 
le pape Innocent VllI de pourvoir Alonse d'Aragon 
son bâtard , de l'administration perpétuelle de l'ar^ 
chevêche de Saragosse, quoiqu'il n'eût encore que 
six ans. Sa bonne foi fut suspecte à tous les princes 
de son temps -, et, quoiqu'il fit proposer incessamment 
par ses ambassadeurs des ligues et des alliances , il 
étoit prêt de rompre ses traités, et de manquer à 
sa parole, dès qu'il croyoit pouvoir le faire. à son 
avantage. 

Les grands de Castille ne purent supporter son 
7. «4 



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370 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. Au i5i6. 

avarice , et lui disputèrent ses droits , parce qu'ils, ne 
pouvoient obtenir ses grâces. Cependant à peine 
trouva-t-on après sa mort de quoi fournir gux frais 
de ses funérailles. La conquête de trois royaames, 
la découverte du Nouveau-Monde, TétabUsseinent de 
la foi chrétienne dans les Indes, et Textirpatioa de la 
secte de Mahomet en Espagne, furent la gloire de 
son règne. Afais la révolte de ses sujets pendant, son 
enfonce , la supériorité qu'on avoit donnée à la reine 
Isabelle, l'indisposition de sa fille, la bizarrerie de 
son gendre, Taversion dçs grands , la mort de sa 
femme et de la plupart de ses.enfans, exercèrent soo 
courage et sa patience. 

Il étoit bien fait, d'une taille moyenne, d'un air 
noble, d'un esprit net, d'un jugement vif et subtil, 
et d'un-accueil gracieux. On porta son corps à Gre* 
nade où étoit celui de la reine Isabelle 9 et les peu- 
ples de cette province le virent mettre en dépôt dans 
TAUambre , spectacle lugubre et bien différent de 
l'entrée triomphante qu'il y avoit faîte après la con- 
quête du royaume. L'évéque de Cordoue et quelques 
autres prélats , vingt-quatre religieux de S^ûnt-Do- 
minique ou de Saint- Jérôme , et tojute la chapelle 
du roi , qui avoient accompagné son corps , célé- 
brèrent ses obsèques en présence jde plusieurs sei- 
gneurs et d'une infinité de peuple. Il eut, quelques 
jours avant que de mourir^ la satis&ction d'apprendre 
la mort du grand 'Capitaine dont la vie lui étoit deve* 
nue insupportable. Ce grand homme , après avoir 
supporté constamm/ept l'exil et la disgrâce de ison 



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An i5i6. LIVRE TROISIEME. 37I 

maître , le voyant proche de sa fin, sortit de Loxe, 
et voulut prendre des mesures pour se maintenir 
dans le droit qu'il avoit sur la grande maîtrise de 
Saint -Jacques, par la résignation que Ferdinand 
lui en avoit faite dans le temps de ses défiances , et 
par un induit que le pape lui en avoit ùii expédier. 
Mais il traîna inutilement ses inquiétudes et ses es* 
pérances jusqu'à Grenade où il mourut d^une fièvre 
double -quarte, regretté généralement de tput le 
monde , dans le temps que le roi le faisoit suivre , 
et donnoit ordre de Tarréter. 

Le duc d'Âlbe, le marquis de Dénia , Tévéque de Si- 
guença et celui de Burgos , don Juan Yelasquès grand 
trésorier, le docteur de Garvajal, le licencié Zapata 
et les autres conseillers d'état s'assemblèrent dans la 
maison où le roi étoit mort , pour délibérer sur ce 
qu'j^ avoient à Ëiire dans la conjoncture présente. 
II fut conclu qu'on députeroit au doyen de Louvain 
pour lui donner avis de la mort du roi , et pour le 
supplier de venir assister à l'ouverture du testament 
qu'il avoit fait. % 

Carvajal et Yargas, les deux plus anciens du conseil , 
furent députés, et trouvèrent qu'il savoit déjà la non- 
velle ) et qu'il étoit prêt de partir de Guadalupe. Ils lui 
firent une ample relation de tout ce qui s'étoit passé , 
et revinrent avec lui à Madrigaléjo, où le lendemain 
matin le testament du roi fut ouvert et lu en pré- 
sence des seigneurs et des conseillers, l4'amba$sadeur 
en demanda une copie authentique pour l'envoyer 
à la cour de Flandre , qu'on lui accorda sur-le-chapip. 



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3^]% HlSTOmE DU CAUD. XIHENÊS. An i5i6. 

Aussitôt on dépécha an courrier au cardinal Ximenès 
pour lui donner avis de sa régence , et pour le prier 
de venir le plus promptement qu'il pourrbit à Gùada- 
lupe où le conseil alloit s'établir, parce que sa pré- 
sence étoit nécessaire. On écrivit au mêmp temps des 
lettres circulaires à tous les întendans de la police 
des villes et ^es villages du royaume ponr les confir- 
mer dans leurs charges^ et pour leur ordonner de 
maintenir l'ordre et la paix dans l'étendue de leur 
juridiction. 

Cependant don Gonçalo de Gusman Clavier ^ de 
l'ordre de Calatrave, gouverneur de l'infaht , et Alvare 
Ozorio évêque d'Astorga, son précepteur, l'avoient 
fait avancer jusqu^à Giladalupe , lorsqu'ils apprirent 
l'extrémité où son aïeul étoit réduit. Ils avoient eu 
communication du testament fait à Burgos l'année 
d'auparavant; et ne se doutant pas qu'il fût arrivé 
depuis aucun changement, ils n'entretenoient ce 
jeune prince que de sa prochaine grandeur, et se flat- 
toient de l'espérance d'avoir la meilleure part au 
gouvernement. Dès qu'ils eurent appris la mort du 
roi catholique, la première leçon qu'ils donnèrent à 
l'infant, ce ne fut ni de le regretter, ni de rendre les 
derniers devoirs à sa mémoire , mais de se mettre en 
possession de son autorité. Ils lui dictèrent une lettre 
adressée au conseil royal et aux personnes les plus 
qualifiées d'Espagne, mettant pour titre l'infant, 
comihe les rois ont accoutumé de faire quand ils 
écrivent à leurs sujets. La substance de la lettre étoit : 

' Dignité des ordres militaires. 



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Ad iSif). LITRE TROISIÈME. 373 

Que radministration souveraine du royaume lui étant 
échue par la disposition testamentaire du feu roi de 
glorieuse mémoire , il leur eommandoit de se rendre 
au plus tôt auprès de lui àGuadalupe, afin d'y prendre 
les résolutKHis ({ui seroient nécessaires pour le' bien 
de Fétat. 

Comme c'etoit une espèce de mandement, ils en 
firent plusieurs copies , et envoyèrent un secrétaire 
pour les distribuer aux conseillers d'état. Un des pre- 
miers qui reçut la lettre, l'ayant ouverte, et lisant 
auslessus l'infakt ,. comme s'il eût été ou roi naturel 
ou prince héritier du royaume ^ en lut surpris , et 
conféra avec ses collègues qui en avoient été pareille- 
ment choqués ^ et , de concert avec eux, il fit cette 
réponse au secrétaire :. Dites à son altesse que nous 
ne manquerons pas de nous rendre au plus tôt à Gua- 
dalupe, et que nous savons le respect qui lui est dû, 
mais que nous, n'avons point d'autre roi que César. 
Cette réponse fut depuis très - célèbre , tant parmi 
les grands de Castille que parmi les seigneurs de 
Flandre, et passa pour un augure et une prophétie 
de la grandeur de l'archiduc Charles y lorsqu'il fut 
élu roi des Romains et empereur.. 



FIN DU LIVRE TROISIÈME. 



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HISTOIRE 



DU 



CARDINAL XIMENÈS. 



» — >»>— — ■»<»<•> — ■•■•• — ■•••••••»•»•>•«•*•■••——♦♦•••••*— 



LIVRE QUATRIÈME. 



(An i5>6.) 



Ijorsqux le cardinal Ximenè» apprit par 1» âé^êdte 
du conseil que Ferdinand étoit mort, et qn*il l'aTOÎt 
kissépar son testament seul administrateur et rëgenl 
delà monarchie, il pleura cette perte, et dit aux a^ 
sistans que dans la conjoncture des affaires il ne pou- 
voit arriver de plus grand malheur à TEspagne, et 
qu^il falloit gëmir et implorer plus que jamais le se- 
cours du ciel. 11 ordonna aussitôt qu^on lit des servi- 
ces solennels dans^ toutes les églises de son diocèse, 
pour l'âme de ce prince qu'il avoit toujours respecté 
comme son maître, et aimé comme son bienfaiteur, 
lors même qu'il avoit eu sujet die s'en plaindre. Après 
cela il entra dans son oratoire , et fut long-temps en 
prière pour demander à Dieu comme Salomon cette 
sagesse, qui préside à ses conseils, et qui travaille 
avec ceux qui sont chargés par sa providence , de la 



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I 



An !5i6. LIVBE QUATRIÈME. i'j5 

conduite de son peuple. La connoissance qu'il avoit 
de toutes les dispositions générales et particulières de 
l'état, lui faisoit déjà sentir le poids du gouvernement , 
et prévoir les difficultés qu'il y devoit rencontrer. 

Le royaume , après la mort de Ferdinand , tôm- 
boit sous la domination d'un jeune prince de seize 
ans', qu'un naturel heureux et une bonne éducation 
rendoient capable de régner un jour ; mais qui n'a- 
voit encore ni assez de lumière, ni assez d'expérien- 
ce pour rien décider par lui-même; et qui d'ailleurs 
demeurant en Flandre, où il avoit été nourri, ne 
verroit les affaires que de loin, et ne jugeroit des 
personnes ou des services que sur la foi d'un conseil 
trompé souvent par de faux avis , et du moins imbu 
de maximes différentes de celles d*Espagfte. H étoit 
nécessaire de veiller incessamment sur l'infant, et de 
le tenir dans une soumission qui né paroissoit déjà 
que trop forcée. Le soin que son aïeul prenoit de 
rélever, et l'amitié qu'il lui témoignoit, avoient fait 
naître en lui de son vivant des espérances qu'il n'a- 
voit pas même résolu de perdre. Il s'étoit flatté près 
d'un an de recueillir la succession des royaumes 
dont il savoit que le roi par un testament avoit dis- 
posé en sa faveur. Le changement qui étoit arrivé 
depuis lui paroissoit une injustice qu'on lui avoit 
faite; et , quoiqu'il n*eût encore que quatorze ans , il 
avoit été si sensible à ce déplaisir, qu'il en étoit tombé 
malade. 

Ceux à qui l'on avoit confié son éducation , n'é- 
toient guère moins offensés que lui, et l'entrete- 



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'i']6 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i6. 

noient dans ces pensées ^ moins pour son intérêt que 
pour leur ibrtuae. Enfin il falloit observer toutes les 
démarches de ce prince. Ses prétentions avoientea 
quelque fondement, son ambition étoit vive, ses 
maîtres étoient devenus ses flatteurs. Il étoit même à 
craindre que les Espagnols , s'ils en trouvoient Toc* 
casion, ne se déclarassent pour le cadet qui aToit vé- 
cu parmi eux, contre Taîné qu'ils voy oient absent, 
e^ qu'ils regardoient comme étranger. 

D'autre côté la reine veuve demeurait sans secours 
et sans subsistance, et il n'étoit ni raisonnable ni 
honnête de l'abandonner. Le feu roi lui avoit laissé, 
par son testament, une pension alimentaire de trente 
mille ducats sur le royaume de Naples y mais ce fond ne 
pouvoit être prêt de long-^temps. D'ailleurs les finan- 
ces étoient épuisées par les guerres que Ferdinand 
avoit entreprises-, et le peuple avoit été si chargé, 
que Ximenès étoit résolu de le soulager, et de cher- 
cher d'autres moyens de fournir aux besoins et aux 
dépenses de l'état ; ce qui le jeloit dans un assez grand 
embarras. 

Les grands de Castille n'étoi^nt pas disposés à se 
soumettre. La noblesse de ce royaume étoit accoutu- 
mée depuis plusieurs siècles à se révolter ccmtre leurs 
maîtres et à tyranniser leurs vassaux.La nécessité où 
l'on s'étoit trouvé de regagner sur les Maures le pays 
dont ils s'étoient emparés , avoit obligé les rois de 
ménager les seigneurs-, et comme ils ne pouVoient 
alors se passer de leurs secours, il avoit fallu souffrir 
d'eux beaucoup de choses. Eux , dé leur côté , ayant 



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An i5ié. LIVRS QUATRIÈME. 377 

servi à recouvrer le royaume , le regardoient comme 
un bien qui leur appartenoit par droit de conquête, 
et traitoient le peuple qui s y ëtoit habitue, comme 
sujet et tributaire. Cet esprit de révolte et d'oppres* 
sion s'ëtoit maintenu jusqu'au règne de Ferdinand 
et dlsabelle. Ferdinand presque toujours armé avoit 
eu soin de se faire craindre. Isabelle surtout, joigntot 
à Tautoritë que la royauté lui donnoit celle que don- 
nent la réputation et la vertu , avoit inspiré à la no- 
blesse d'Espagne un peu plus de justice etxie polites- 
se; mais après sa mort tout revint au premier état. 
Ferdinand fut contraint de céder lui-même; et s'il 
reprit le dessus quelque temps après, on regarda 
Tobëissance qu'on lai avoit rendue comme une ser- 
vitude dont on se crut afiranchi par sa mort. Jl n'étoit 
pas aisé à un particulier sans appui, sans naissance 
et sans alliances, d'humilier ces esprits superbes, 
d'arracher à des mains puissantes des patrimoines 
usurpés, et de terminer des querelles qui foirmoient 
des partis, et qui devenoient comme des guerres 
civiles. 

Mais ce qui devoit £iire la plus grande difficulté 
au gouvernement , c'étoit la dépendance du conseil 
de Flandre. Charles, archiduc d'Autriche, devenu 
par succession roi d'Espagne , faisoit son séjour ordi- 
naire à Gand où il étoit né. On l'avoit nourri dans 
les mœurs et dans les coutumes du pays, et il avoit 
eu si peu de relation avec l'Espagne, que le conseil 
d'état et Ferdinand même avoient compté qu'il n'y 
viendroil jamais. 



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37.8 HISTOIRE DD GARD. XIMEHÈS. An 1 5 16. 

Quoique sa cour ne fât pas grande, elle ëtoit 
composée de personnes de mérite, ^t roii s'atten- 
doit bien qu'elle grossiroit à mesure que la gran- 
deur du princeaugmenteroit. Guillaume de Croy sel-* 
gneur de Chièvre, que le roi de France Louis XII 
lui ayoît donné pour gouverneur, Jean Sauvage, 
d^ premier président de Bourgogne devenu grand 
chancelier des Pays-Bas, le seigneur de Lachaux, 
et Amestorf, Tun Flamand et l'autre HoUandois, 
tou& deux, sortis de maisons illustres , et premiers 
gentilshommes de la chambre^ Lanoy son grand 
écuyer, et quelques autres, propres pour la négo- 
ciation et pour le conseil, avoient grande part aux 
affaires. Chièvre étoit pourtant le principal minis- 
tre : car, ouU^e qu'il avoit pria plus d'ascendant sur 
Fesprit du prince qu'il venoit d'élever, on reconnois- 
soit en lui, de l'aveu de tous, un mérite personnel au* 
dessus des autres. Mais Ferdinand, peu de temps 
avant sa mort, avoit employé toutes sortes de moyens 
pour le perdre; et il s'étoit formé entre eux, de plu- 
sieurs différends particuliers , une inimitié irréconci- 
liable. Il y avoit lieu de craindre après cela qu'il 
n'entrât de la passion et de l'intérêt dans le conseil 
sopérieur; que les créatures du feu roi n'y fussent 
maltraitées dans les rencontres ; et que ses demièrei 
volontés ne fussent mal exécutées. On pouvoit même 
aisément juger que là régence ne seroit pas toujours 
bien autorisée V que les mécontens porteroient leurs 
plaintes au tribunal souverain *, qu'il se mêleroit par- 
mi les conseillers des deux nations des jalousies d'au- 



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-An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. S^J) 

"torité-, et qu'on déferoit souvent en Flandre ce qu'on 
sciroit fait en Espagne. 

Ximenès prévit toutes ces difficultés ; et , se confiant 
en Dieu qui Tappeloit à ce ministère , il partit en 
diligence d*Alcala dans l'appréhension que les gou- 
verneurs de l'inlant ne l'emmenassent dans quelque 
province éloignée 5 ce qui , dans un temps dhngereux: 
comme celui-là, auroit pu causer de grands troubles 
dans lie royaume. Dès qu il fut arrivé à Guadalupe, 
il fit venir ce jeune prince qu'il traita avec beaucou|» 
de respect, et depuis il le retint toujours auprès de 
lui. Il rendit ses devoirs à la reine' veuve-, et, parce que 
ses penâons n'étoient pas échues, il lui fournit de 
son propre argent de quoi subsister honorablement 
pour elle et pour toute sa cour, jusqu'à ce que seè 
paiemens fussent réglés. Après cela il voulut entre^ 
en exercice de la régence , selon k clause du testa* 
ment du feu roi 5 mais le doyen de Louvain s'y op- 
posa, et produisit un pouvoir de Charles en bonne 
forme, pour prendre possession des monarchies de 
€astiHe et d'Aragon, et poiur les gouverner en son 
nom , au cas que son aïeul vînt à mourir. 

Le cardinal répondit que le roî en useroit selon sa 
prudence, quand il auroit reçu la nouvelle de cette 
mort, mais qu'en attendant le testament sîexécute* 
roit. Il alléguoit pour ses raisons que Tarchiduc nV 
voit eu aucun <lroit de nommer- au gouvernemenrt 
de l'état , du vivant du roi catholique ; que le testai 
mçnt de la reine Isabelle , propriétaire de ces royau- 
mes?, en avoit laissé Fadfministration à Ferdinand^ 



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38o HISTOIRE hV CiRD. XIMENES. An i5i6. 

jusqu'à ce que Charles soii petit-fils eût atteint Tâge 
de vingt ans; et qu'en&i c'étoit contre les lois et les 
maximiss du royaume qu'un étranger fût appelé à 
le gojttverner. 11 soutenoit son droit avec «Tautant 
plus de vigueur, qu'il connoissoit la foiblesse du 
doyen, et qu'il prévoyoit que les Espagnols se mo- 
queroient de la politique d'un homme nourri dans 
les collèges, qui n'avoit eu que par occasion une 
teinture des affaires des Pays-Bas, et dont les princi- 
pales qualités étoient une bonté naturelle et une 
grande connoissance de la théologie. Pour montrer 
néanmoins le respect qu'il avoit pour le roi,.et Testir 
me qu'il faisoit de la personne du doyen , il s'offrit 
départager avec lui l'autorité de la régence, et d'at- 
tendre paisiblement ce que la cour de Bruxelles déci- 
deroit sui? ce sujet. L'expédient fut trouvé raisonna- 
ble et généralement approuvé. Ils agissoient donc de 
concert dans les affaires , et tous les actes publics qui 
regardoient l'état étoient signés de l'un et de l'autre. 
Ce point ayant été ainsi réglé à l'amiable, le car- 
dinal^ qui ne doutoit pas que sa commission ne fiit 
confirmée, et qui sentoit bien le besoin qu'on avoit 
de lui, spngea à établir sa résidence et celle du con- 
seil dans quelque ville commode et libre , où les 
peuples pussent aborder de tous côtés sans, incom- 
modité et sans dépense , et où les grands du royaume 
n'eussent aucune autorité. Plusieurs étoient d'avis 
qu'on s'avançât vers la frontière du côté de France, et 
disoient qu'on auroit plus tôt des nouvelles des Pays- 
/Bas, et qu'on observeroit mieux toutes les démarches 



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An iSt6. LIVRE QUATRIÈME. 38 1 

des François , dans des conjonctures délicates comme 
celles-ci. Ils remarquoient mémo que les rois en pa- 
reilles occasions en avoient toujours use ainsi. Mais il 
leur représenta que le dedans ëtoit plus à craindre 
que le dehors ; que ce n'ëtoit pas son dessein de s'é- 
loigner du cœur du royaume , parce que se trouvant 
loin de ses terres il n'en pourroit tirer que tard les 
secours qui lui seroient nécessaires, et qu'ii étoit 
dangereux que quelques esprits séditieux neor^nuas- 
sent en son absence ; que les rois étant absolus et maî- 
tres de toutes les grâces, étoient ordinairement accom- 
pagnés de tous ceux qui auroient pu leur être suspects 
ailleurs , au lieu que des gens qui ne gouvernoient 
que par commission dévoient se défier de tout 5 que 
pour son particulier, on savoit bien qu'il étoit brouillé 
avec un des principaux seigneurs du royaume , qui 
ne cherchoit que l'occasion de pouvoir roOôDser im- 
punément*, mais que, mettant à part ses propres 
intérêts, il jugeoit important de choisir pour siège de 
la régence une ville où le conseil se tint en sûreté et 
ivec honneur, où les peuples pussent porter leurs 
plaintes commodément, et d'où comme du centre 
lu gouvernement on pût veiller sur toutes les parties 
le Tétat et étendre la main pour châtier les grands 
[ui auroient l'insolence de se révolter. Chacun ap- 
)rouva ses raisons, et il choisit Madrid, parce que 
:ette ville étoit à portée de tout, et qu'elle apparte- 
loit en propriété aux archevêques de Tolède. 

Après cette précaution, il en prit d'autres aussi 
ëcessaires pour n'être pas surpris par ceux qu'il 



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384 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i6. 

roi, sachant bien qu'ils étoient observés, et qu'on ne 
manquoit pas deux fois impunément avec Ximenès. 
Cependant on avoit dépêché des courriers en Flan- 
dre pour informer l'archiduc de tout ce qui ëtoit 
arrivé depuis la mort de Ferdinand ^ de l'état des 
affaires présentes et des ordres qu'il avoit laissés en 
mourant. Charles, après avoir reçu ces nouvelles, 
parut en public fort affligé , et dit hautement qu'il 
venoit de perdre le meilleur père et le meilleur maî- 
tre qui eût jamais été, dans un temps où il alloit 
recueillir les fruits de son amitié , et où il avoit plus 
besoin de ses conseils \ qu'encore que cette perte fut 
irréparable, il avoit de quoi se consoler par le choix 
qu'il avoit fait du cardinal Ximenès pour gouverner 
le royaume en sa place -, qu'il avoit fort ouï parler 
de la sagesse , de la probité et de la religion de ce 
grand homme *, mais qu'encore que sa réputation fût 
si établie , la plus grande marque de son mérite ëtoit 
le jugement que son aïeul mourant avoit fait de lui. 
Il écrivit à peu près en ces termes au conseil , aux 
évéques et aux grands d'Espagne , leur faisant espé- 
rer qu'avant la fin de l'été il iroit prendre possession 
de ses états 5 et que cependant ils ne pouvoieat rien 
iaire qui lui fût plus agréable , que d'oHéir au cardi- 
nal Ximenès comme à lui-même. 11 écrivit à l'infant 
et à la reine veuve des lettres de consolation. Pour 
le cardinal, il lui envoya dé nouveaux pouvoirs, 
accompagnés de tous les témoignages d'estime et de 
confiance que peut donner un souverain à un parti- 
culier. 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. 385 

Après toutes ces honnêtetife, il y avoit.uii article 
au bas de la lettre, qui donna quelque inquiétude à 
ce ministre. Il portoit que le doyen de Louvain , son 
ambassadeur, lui expliqueroit de sa part une affaire 
secrète et de grande conséquence, qu'il falloir ràp* 
porter au conseil , et dont il attendoit la réponse avec 
impatience. Cette négociation consistoit à faire re- 
connoitre l'archiduc pour roi de Castille et d'Aragon , 
quoique la reine Jeanne, sa mère, fût en vie. L'oc- 
casion en vint naturellement. Après la mort du roi 
catholique y on écrivit de tous côtés à Charles, sou 
petit- fils, des lettres, partie de consolation sur sa 
perte, partie de congratulation sur l'acquisition des 
royaumes dont il héritoit. On lui donnoit presque 
partout le titre de roi ; l'empereur Maximilien , son 
aïeul maternel , et le pape Léon. X le traitoient ainsi , 
soit qu'on les y eût engagés , soit parce que les Al- 
lemands et les Italiens ne font aucune difficulté de 
donner aux en£sins les noms des dignités de leurs 
pères, lors même qu'ils sont encore en vie. Cette 
qualité flattoit l'ambition de ce jeune prince -, ses 
courtisans , croyant lui faire honneur ou du moins 
lui &ire plaisir , le nommoient à toute heure ainsi. 
Les ambassadeurs en usoient de même. Il y fut si 
accoutumé, qu'il ne put souffrir d'autres titres que 
celui de la royauté. 

La difficulté étoit d'y faire consentir les Espagnols 

plus intéressés à se ménager et plus formalistes que 

les autres. Il leur fit d'abord connoîtrè avec quelque 

retenue que , puisque les plus grands princes- de la 

7. îS 



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386 HISTOIRK DU CARD. XIMENÈS. An i5i6. 

chrétienté, par leurs lettre» publiques et par leurs 
ambassadeurs , Tavoient traité de roi catholique , il 
y avoit quelque bienséance qu'il prît cette qualité -, 
qu'il savoit bien le respect qu'il devoit à la reine , sa 
mère , à qui la monarchie appartenoit ; mais qu'il 
croyoit qu'elle ne seroit pas choquée des avantages 
de son fils^ et d'ailleurs qu'il étoit juste et important 
pour le bien public , qu'étant chargé des fonctions 
et des peine» de la royauté, il en eût aussi les hon- 
neurs. Qu'ils «^assemblassent donc, qu'ils dissent li- 
brement leurs avis , el lui fissent savoir ce que por- 
toient les lois et les coutumes du pays. ., 

Le cardinal et tout le conseil lurent surpris de 
cette proposition. La reine éloit dans un état , qu'en- 
core que la foiblesse de son esprit fôt grande , on ne 
pçuvoit pas dire qu'elle l'eut entièrement perdu, 
et il ëtoit honnête à son fils de le supposer ainsi. 
D'ailleurs cette précipitation dans une affaire de cette 
conséquence, avant que d'être établi, sans avoi^ au- 
paravant sondé les esprits , étoit non-seulement peu 
politique, mais encore dangereuse-, il en pouvoit 
arriver du trotible à l'état , et le prince en pouvoit 
recevoir du chagrin. Dans le fond, il ne s'agissoit 
pas de son autorité, mais d'une petite gloire qu'il 
pouvoit bien sacrifier au repos publiclls convinrent 
tous , après avoir bien pesé ces raisons , de lui con- 
seiller très^respecto^seifient de se contenter d'avoir 
toute h puissaiice de la r(^aulé , et de laisser à la 
reine $a mère tin titre sans fonction et sans com* 
i&atidement, qui ne l'incommodoit en rièii». 



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An i5i6. LIVRK QUATRIÈME. 387 

Ciiarleâ, qui demandoit aux Espagnols leurs suf- 
frages et non pas leurs conseils^ ne Cut pas satisfait 
de cette remontrance *, et, sans ayoir égard aux consi- 
dérations qu'on lui proposoit, il prit la qualité de 
roi , par Tavis des courtisans qui le gouyernoîent , 
qui mettoient en cela Thonneur de leur maître , et 
qui pi:étendoient en tirer leurs avantages. Il manda 
ensuite à Ximenès et au conseil d'Espagne qu'il 
n'avoit pu se dispenser d'en user ainsi -, que le pape , 
lesi cardinaux et l'empereur l'y avoient comme forcé, 
et qu'il espéroit quje sa conduite né seroit pas désap- 
prouvée. Il écrivit en particulier au cardinal que la 
démarche étoit faite, qu'il n'y avoit plus moyen de 
reculer, qu'il y alloit de son honneur^ qu'il prit ses 
mesures là-dessus , et qu'il fit si bien que personnie 
n'y trouvât à redire. 

Ce pr^t vit bien qu'il f ail oit nécessairement obâr; 
mais pour n'être pas auteur d'une décision aussi dé^ 
licate que celle-là, il convoqua non «-seulement le 
conseil ordinaire , mais encore tous les évéques et 
toutes les personnes de marque qui se trouvèrent à 
Madrid : l'sunirante de Castille, le duic d'Âlbe, le 
duc d'Escalone, le marquis de Dénia pour la noblesse ^ 
larchevéque de Grenade , président du conseil, les 
évéques de Burgos, de Siguenca, d'Avila, el quel* 
ques autres pour le clergé , assistèrent à cette assem- 
blée. Le cardinal ayani exposé nettement les ordres 
qu'il avoit reçus de la cour de Bruxelles, tes seigneurs 
seregardèrfuiltsunsfes autres, et, après avoir con- 
sidéré l'importance de l'afiaire , ils prièrent lé dop- 



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38^ HISTOIRE DD. GARD. XIMENES. An i5i6. 

téur Garvajal qoi savoit parfaitement les. lois et les 
coutumes du royaume, et qui ëtoit charge des causes 
du palais et de la chambre royale , de leur dire son 
sentiment. 

Cet homme prit la parole , et leur représenta qu'il 
n y avoit personne dans l'assemblée , qui , par son ju- 
gement et par son choix ,. ne conseillât au prince de 
ne pas prendre encore le nom de roi, et de rendre 
le respect à la reine, comme les lois humaines et di- 
vines l'ordonnent; mais que l'ayant pris après les re- 
montrances que le conseil lui avoit faites , il falloit y 
chercher de la raison et de la justice •, que. l'affaire 
étbit présentement en un état qu'on ne pouvoit plus 
la réparer sans offenser le prince , et peut-être sans 
troubler l'Espagne ; qu'on savoit assez que Farchi- 
duc avoit l'esprit doux et entièrement éloigné de 
toute espèce de violence et de tyrannie; mais que, 
l'infirmité de hi reine étant connue de tout le monde, 
le pape et l'empereur l'stvoient engagé pour le bien 
public à se déclarer pour roi , sans qu'il eût pu ré- 
sister à leurs conseils , et à leurs prières ; et qu'a- 
près tout, la chose n'étoit ni si malhonnête, ni si 
extraordinaire qu'on pensoit ; que , quand la reine 
auroit par la volonté du ciel tout l'usage de sou es- 
prit, la monarchie étoit devenue si grande, qu'oii 
poutroit douter désormais si une femme , quelque 
capable qu'elle fut, auroit la force de la gouverner; 
qu'il ne falloit donc pas hésiter dans l'indispositioa 
où elle étoit de lui nommer son £b pour associé; 
que le conseil d'état régloit toutes choses sans en"don- 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. 889 

ner part à cette princesse , et qu'il n'étoit pas juste que 
Charles lui fût soumis et se contentit du seul nom de 
prince -, qu'on avouoit que la sôuvenaneté lui apparter 
noit, et qu'on ne lui ref usoit que le nom de souverain \ 
mais que sans ce nom il nepouvoit rien entreprendre 
d'utile pour sa gloire ou pour la grande'ur du royau- 
me, dohtil seroit regardé comme hëriti(er et non pas 
comme possesseur ; qu'on lui obëiroit plus négligem- 
ment ] que les peuples auroient moins de respect pour 
sa personne -, que les moindres souverains avec qui il 
auroità traiter, lecroiroient leur inférieur; etqu'ehfin 
il étoit à craindre que , par un scrupule que quelqu^sr 
uns faisoient à contre^ temps, on ne désobligeât le 
prince ,: et l'on n'affoiblit le gouvernement. 

Après avoir rapporté ces raisons , il fit voir que ce 
n'étoit plus une prétention nouvelle, et qu'il y en 
avoit eu plusieurs exemples dans le cours de la ma- 
narchie, sans en aller chercher dans les histoires* étran- 
gères-, que durant l'empire des Goths le roi Cisda^ 
vinde, après avoir gouverné sagement l'Espagne , fait 
tenir le septième concile de Tolède, envoyé une am- 
bassade solennelle au pape , et rempli tous les devoirs 
d'un roi pieux et politique, avoit enfin, quatre ans 
avant sa mort, associé son fils à la qualité et ^ là; 
puissance royale; que, depuis la trahison du comte 
Jiilien et l'invasion des Maures, Vérémond ayant- 
été élu roi vers l'an 783, avoit fait régner avec lui 
Alphonse , surnommé le Chaste, son cousin , et qu'ils 
avoient passé quatre ans dans une grande concordev 
pour ainsi dire , sur le même trône ; que cet Alphonse 



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3po HISTOIRE I>U GARD. XIMENÈS. An iSi6. 

avoît lait la même grâce au fils de Yérémond* Mais 
paiiee que ces règnes étaient anciens et peu connus, il 
alléguoit que daiu les damiers ÂUonse , fi^ls de Ray- 
mond tomte de Toulouse, ayoit régné avec sa mère 
Urraca, qui nétoit pas capable de gouverner elle- 
B&âme , et que Ferdinand , qui recouvra Séville sur 
les Maures , ^t qui , par ses actions et ses vertus , a 
mérité d'être mis au nombre des saints , ayant été 
un roi de Léon après la mort de son père , avoit gou- 
verné avec sa mère le royaume de Gastille dont elle 
éloit souveraine, avec la même autorité et les mêmes 
titres qu'elle^ quoique ce fiiit une princesse très-sage. 

Il finit son di^^ours en exhortant l'assemblée à se 
faire un mérite auprès de Farchiduc , d'un consen- 
tement dont il pourroit bien se passer; et leur re- 
montrant que ce prince ne quitterait pas un titre 
qu'il avoit pris *, qu'il ne Tavoit pas fait sans y avoir 
penaé; que, quand^ême il voudroit changer d'avis, 
il faudroit l'en détourner de peur qu'on ne l'accusât 
de légèreté et d'inconstance. Enfin, dit-il, Charles 
lie demande pas notre conseil, il ne fait que nous 
dire ses raisons , et nous déclare qu'il nous écrit 
sur ce sujet, afin qu'après avoir su ce qu'il a fait, 
nous nous en réjouissions pour lui et pour nous. A 
ceâ mots il produisit les lettres du prince et les lut. 

Toute l'assemblée fut touchée de ce discours ; et 
comme on vint aux opinions , Ximenès , le conseil 
d*état, les évéques qui étoient présens, et même 
quelques-uns des seigneurs furent de Tavis de Car- 
vajal. Mais l'amirante de Caiitille et le duc d'Albe 



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Ad i5x6; LIVRE QUATRIBME. 391 

qui étoîent à leur téle^ et qui aYoient leurs vaoB et 
leurs intérêts particuliers , protestèrent hautement 
quils avoient juré fidélité ^à la reine Jeanne ootome 
à leur souveraine 9 et quils ne violeroient pas leur 
sernvent en reconnoissant un autre roi qu'ielle-, que 
les exemples qu'on avoit allégués ne conduoient 
rien ; que c'étoient ou des usurpateurs qui avoient 
remiSiSur le trône les successeurs légitimes , ou des 
rois feiblea qu'on avoit forcés de partager Tautoritë; 
que Tarcbiduc s'était un peu trop avancé pour ' un 
prince qui avoit déjà la réputation d'être sage ; que 
c'étoit une étrange chose que de commenceir à régner 
par l'infraction des lois et des ordonnances du royau- 
me, que les autres jurent solennelleinânt d'dsserver ; 
qu'il se contentât, comme Ferdinand, de porter le 
nom d'administrateur de ses états du vivant de la 
reine sa mère *, et qu'il eût ou plus de pitié de son 
infirmité, ou plus d'espérance de sa guériâôn. 

La plupart de ceux que les raisonnemens de Caiv 
vajal avoient él>ranlé8, se tournèrent du côté du duc 
d'Âlbe , louèrent la modération du feu roi et dés- 
approuvèrent le procédé de l'archiduc. On espéroit 
que le duc d'Escalone , qui avoit été ennemi déclaré 
de Ferdinand , prendroit le parti de Charles -, mais 
lorsqu'on le pria de dire son sentiment, il répondit 
froidement : Puisque le prince , à ce que vous dites ^ 
ne me demande pas conseil , je ne suis pas d'avis àb 
lui en donner. Sur cela il s'éleva un bruit dans l'as- 
semblée, qui fit juger que le parti des seigneurs pré- 
vaudrc^t , ou qu'on se séparerait sans rien conclure ; 



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392 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An x5i6. 

ce quiauroit donné lieu à des cabales qu'il ialloît 
prévenir. 

Alors le cardinal , d'un air sévère et indigné , im- 
posa silence , et haussant la voix :ji ne s'agit pas ici , 
leur dit-il , de dire vos avis , mais de montrer votre 
soumission. Le roi n'a pas besoin du suffrage de ses 
sujets. Je vous avois assemblés pour vous donner lieu 
de mériter ses bonnes grâces^^ mais puisque vous ne 
savez pas obliger votre maître , et que. sous oihbre 
de quelques lois grossières et arbitraires vous pre- 
nez pour une servitude et une déférence nécessaire 
l'honnêteté qu'il vous fait, il sera proclamé roi au- 
jourd'hui, dans Madrid, et les autres villes suivront 
cet exemple. 11 ajouta avec beaucoup de gravité : 
On n'a guère envie d'obéîr à celui à qui on veut ôter 
le nom de roi. Cela dit , il commanda à don Pedro 
Conréa gouverneur de Madrid, qui étoît présent, 
d'aller faire proclamer dans toutes les formes Charles 
d'Autriche roi de Castille et d'Aragon, conjointe- 
ment avec la reine Jeanne sa mère. Il se leva aussi- 
tôt et rompit l'assemblée , sans que personne osât 
lui contredire. 

Peu de temps après , le gouverneur suivi des hé- 
rauts et de la milice , avec les enseignes déployées, 
fit sa proclamation au bruit des trompettes et des 
acclamations du peuple , premièrement dans le pa- 
lais, puis dans tous les carrefours de la ville ^ et les 
seigneurs mêmeâ, étonnés d'un coup si hardi, assis- 
tèrent malgré eux à cette cérémonie. Le lendemain 
le cardinal envoya ordre à Yalladolid, à Grenade et 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. 3gi 

à toutes les autres villes de Gastille de £aiire de même. 
Les lettres portoient : Que le prince, pour des rai- 
sons très -convenables dont il avoit fait part au con- 
seil d'état , avoit trouvé bon de prendre le nom de 
roi, du vivant même de la reine sa mère, en prenant 
possession du royaume -, qu'il s'y trouvoit engagé par 
les sollicitations du pape et de l'empereur son aïeul -, 
et qu'il n'avoit en cela d'autre dessein que de pro- 
curer hd bien public, et de soulager cette princesse 
infirme d'une partie du fardeau dont elle étoit cïiiir- 
gée 5 qu'ils eussent donc à le reconnoître pour roi et 
à faire des réjouissances publiques , après avoir in- 
voqué le Saint-Esprit, et imploré le secours de saint 
Jacques protecteur d'Espagne 5 qu'à l'avenir on mît 
son nom au commencement de tous les actes publics , 
ensuite de celui de la reine à laquelle il falloit rendre 
les premiers honneurs. Il n'y eut aucune ville qui 
ne fît son devoir, et n'exécutât ponctuellement ces 
ordres. 

Pendant que cette affaire se terminoit à Madrid , 
on eut avis que don Pedro Giron , fils aîné du comte 
de Vréna, s'étant jeté avec des troupes dans le duché 
de Médina Sidonia, avoit assiégé San-Lucar, ville con- 
sidérable sur la tîôte d'Andalousie, espérant qu'après 
s'être rendu maître de cette place, il viendroit ai- 
sément à bout des autres. Le sujet de la querelle étoit 
fondé sur des intérêts de famille. Don Juan de Gus- 
man, duc de Médina Sidonia, épousa la fille aînée 
du duc de Béjar 5 il en eut deux enfans , un fils nom- 
mé Henri et une fille nommée Mencia , et demeura 



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^94 HISTOIRE DU GARD. XIHENÈS. An i5i6. 

veut' après trois aiifi de mariage. Il devint amoureux 
peu de temps après de la seconde fille de ce même 
duc , et ayant obtenu une dispense de Rome à force 
d'argent , il épousa sa belle*sœur en secondes noces , 
et il eut d'elle Alvare de Gusman qui, par la mort 
d'Henri, fils du premier lit, fiit regardé comme 
héritier de tout le bien de la maison , et si considéré 
par son mérite, que le roi Ferdinand le choisit 
entre les seigneurs de sa cour pour lui donner en 
mariage i Anne d'Aragon sa petite -fille. Don Pedro 
Giron , de son côté , ayant épousé Mencia , fille da 
premier Ut du duc de Médina Sidonia, prétendit 
à la succession , et protesta que tous les biens ap- 
partenoient à sa femme; qu' Alvare étoil né d'un msh 
liage incestueux et par conséquent illégitime; que 
toutes les lois humaines et divines défendoient d'é- 
pouser les deux sœurs ; et qu'on ne le permettoit 
que pour le bien général des royaumes, ou pour les 
intérêts des rois dans les nécessités pressantes. Mais 
il eut beau protester, on montroit la dispense de 
Rome en bonne forme, et le,roi intervenoit au pro- 
cès et appuyoit un mariage auquel lui et la reine 
Isabelle avoient assisté et avoient signé. 

Après la mort du roi catholique , Pedro Giron crut 
que rien ne l'empêchoit plus de poursuivre ses droits, 
et résolut de prendre par force ce qu'il n'avoit pu 
obtenir par justice. II tro^a de l'argent , il eut des 
amis, il leva des troupes et mit le siège devant 
San-Lucar, dans la vue de pousser ses aifaires bien 

* Fille de don Alonse d'Aragon, archevêque de Saragosse. 



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Ao i5i6. LIVRE QUATRIÈME. 3gS 

loia, s^il avoit une fois cette place , à cause de la 
commodité de son port. La ville appartenoit en 
propre aux ducs de Mëdina Sidonia 5 c'ëtoit à eux 
à y tenir une garnison 5 les rois se contentoient d'en 
mettre dans la citadelle selon la coutume pour la 
sûreté de la cote. Il crut qu'il poûrroit surprendre 
la place , mais le duc d'Arcos ià'étoit jeté dedans avec 
un grand renfort pour la- défendre. 11 essaya de cor- 
rompre Gomez deSolis, chevalier de l'ordre de Saint- 
Jacques , qui commandoit dans la citadelle *, mais il 
trouva plus de fidélité qu'il ne pensoit. Il fallut faire 
un siège dans les formes , et par conséquent hasar- 
der le succès de son entreprise. 

Ximenèfr eut bientôt avis de ce qui se passoit. H 
écrivit sur*-le-champ aux magistrats de Séville et de 
Cordoue, à cause du voisinage, de donner tout le se- 
cours qu'ils pourroient aux assiégés. Après cela^ il 
envoya ordre au capitaine Fonséca de ramasser les ' 
vieilles troupes dans leurs quartiers, et de marcher 
en diligence contre don Pedro , et dépêcha en même 
temps un des commissaires criminels pour JÈdre pu- 
uirpârles voies ordinaires de la justice tous ceux qui 
résisteroient à ses ordres. Aux approches de cette 
arm^e , la terreur se répandit parmi les assiégeans. Ils 
savoient la sévérité inexorable du cardinal , et ils pré* 
voyoient deux malheurs presque inévitables, ou 
d'être défaits par les troupes de FonsécaT, ou d'être 
mis entre les mains des officiers de la juiâtice. Les sol- 
dats de don Pedro labandonnèrent , et ses amis le 
prièrent de les congédier et de se mettre à couvert 



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396 HISTOIRE DU GARD. XIMEHES. An i5i6. 

lui-même de l'orage qui le menaçoit, ce qu'il fit en 
demeurant cache dans la maison d'un paysan , jusqu'à 
ce qu'on eût obtenu sa grâce de Ximenès. 

Ce jeune seigneur demeura quelque temps en re- 
pos 'j mais voyant la plupart des grands aigris par la 
hauteur avec laquelle on les avoit traites dans rassem- 
blée de Madrid, appuyé du connétable de Gastille, son 
oucle, il résolut de braver le cardinal, et de former 
de tous les mécontens une ligue capable de s'oppo- 
ser à sa puissance. Gomme il alloit et venoit assez 
ouvertement pour solliciter ses parens et ses amis, il 
passa par Madrid et y demeura plusieurs jours, s'ima- 
ginant que le cardinal lui ordonneroit ou de le venir 
voir, ce qu'il auroit le plaisir de refuser, ou de sortir 
de la ville , ce qui lui donneroit lieu de se plaindre. 
Ximenès, quoique informé de toutes ses démarches, 
fit semblant d'ignorer son arrivée ou de ne pas s'en 
mettre en. peine, et jugea qu'il ne pouvoit mieux le 
punir qu'en le méprisant. Don Pedro, qui avoit cru 
que le régent, jaloux de l'honneur de sa dignité, 
s'emporteroit en plaintes et en reproches contre lui, 
piqué de ne pouvoir le fâcher, lui fit dire : Qu'il étoit 
arrivé à Madrid pour y voir secdement ses amis et ' 
s'en retourner. A quoi le cardinal ne répondit autre 
chose sinon : 11 est le bien venu , et s'il s'en retourne 
je lui souhaite un bon voyage. Giron se retira plus irrité 
de cette indifférence, qu'il ne l'auroit été de sa colère. 
Ses amis voulurent lui donner de bons conseils , et lui 
demandèrent ce qu'il prétendoit faire? s'il avoit de 
l'argent ? s'il avoit des troupes ? s'il pouvoit entréte- 



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An î5i6. LIVRE QUATRIÈME. 897 

nir une année à ses dépens? Mais il persista dans sa 
haine , et se rendit chez le connétable* 

Là se fit le plan dq la ligue à laquelle il n'étoit 
pas probable que Ximenès pût résister.* Tous ceux 
qui , pour des raisons particulières avoient intérêt de 
le perdre s'unirent ensemb}e. Le connétable levoit 
de certains droits sur la côte d'Andalousie, qui appar- 
tenoient originairement aux rois de Castille, et le 
bruit courut que le cardinal alloit réunir au trésor 
royal tous ces revenus aliénés ou usurpés sans aucun 
titre légitime. Le comte de Bénévent faisait bâtir un 
fort sur le. territoire de Cigalez , pour se rendre maître 
de toute cette contrée , et Ximenès lui avoit fait dé- 
fense de l'achever. Le duc d'Albuquerque et le duc 
de Médina - Gœli avoient des rentes sur le domaine 
du roi et appréhendoient de les perdre. L'évêque de 
Siguença, Portuguais, craignoit que Ximenès ne re- 
mît le cardinal Carvajal dans cet évéché dont il avoit 
été dépouillé 5 ou qu'il ne le dépossédât en vertu d'une 
loi de Castille^ qui portoit que les bénéfices de ce 
royaume ne pouvoient être tenus par des étrangers. 
Ils étoient tous intéressés à faire repentir le cardinal 
de les avoir désobligés , et à l'empêcher de leur pou- 
voir nuire. 

II ne restoit plus qu'à gagner le duc de l'Infantade 
qui, par son crédit et par l'aversion qu'il avoit pour 
ce prélat, pouvoit être le chef de ce parti. Ils allèrent 
à Guadalajara, parce qu'il leur avoit paru trop retenu 
dans la réponse qu'il avoit Êiite à leurs lettres. Ils se 
plaignirent à lui de ia témérité et de l'arrogance de 



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398 HISTOIRE DU CARD. XIMENÈS. An i5i6. 

Ximenès, et lai dirent que le royaun^ étoit perdu, 
s'il demeuroit plus long-temps en la puissance d'un 
homme qui n'avoit ni respect pour les lois , ni consi- 
dération pour la noblesse ; qu'il n'étoit pas content 
de les avoir méprisés , qu'il vouloit encore les ruiner 
et les appauvrir pQHr lea rendre plus dépendans ; que 
ceux qui avoient délivré l'Espagne de la servitude 
die^ Maures, alloient devenir les esclaves d'un moine 
que la fortune avoit élevé, et qui se maintenoit par 
une autorité sans règle et sans mesure \ qu'ils av<Hent 
assez souffert de Ferdinand durant sa vie , sans défé- 
rer encore à ses volontés après sa mort : qu'enfin il 
n'étoit pas séant aux grands d'Espagne d'obéir à une 
personne qui n'avoit ni les qualités requises, ni les 
pouvoirs nécessaires pour les gouverner. 

Le duc de l'Infantade les écouta paisiblement, et 
leur répondit qu'il avoit autant de sujet qu'un autre 
de se plaindre du cardinal ^ qu'il n'avoit pas ouMié 
le mariage de sa nièce rompu mal, ^ propos , et l'al- 
liance faite avec le comte de Gorunna son parent, 
mais son ennemi ^ qu'il se voyoit même en danger de 
perdre une partie de son patrimoine , pour ne dire 
rien de pis ; mais que ce n'étoient là que des inté- 
rêts parficuliers ; qu'au reste il ne pouloit se résoudre 
à rien entreprendre ; qu'ayant séà terres dans le 
voisinage de Tolède il connoissoit mieux l'esprit et 
l'humeur de l'archevêque. Il leur reprësttitoît j que 
c'étoit un homme de résolution et d'expérience 
qu^il ne seroit pas aisé d'abattre ou de supplanter. 
<^îi ne donnoit rien au crédit et à la faveur, et qui 



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An i5i6. tiVRE QUATRIÈME. 3gg 

ne s etonaoit ni des difficultés ni des menaces -, qu'il 
avoit lui seul plus d'argent comptant qu'ils n'en 
avoient tous ensemble ; que jamais ministre ne s'ëtoit 
mieux servi de l'autorité et de la justice ^ que le roi 
et le peuple étoient pour lui -, qu'il méditoit toujours 
quelque grand dessein , prenant des mesures justes 
pour y réussir ; et qu'il avoit eu l'adresse de se lier 
tellemeht avec l'état , qu'on ne pouvoit plus choquer 
l'an sans l'autre ; que, s'ils trouvoient quelque moyen 
de le déposer avec quelque apparence.de raison et 
sans violence , il se raettroit à leur tête et les assiste- 
roit de toutes ses forces. Ces remontrances modé- 
rèrent un peu l'emportement des seigneurs. Ils ])en- 
sèreiit à des e!s:pédiens plus doux, et s'arrêtèrent enfin 
à députer don Alvare Gomez , homme sage , et qui 
parloil bien, vers le roi catholique pour se plaindre 
à sa majesté de la condirite de Ximenès , et pour de- 
mander en leur nom un autre régent. 

Cependant le duc de l'Infantade faisoit une dépense 
excessive, et donnoit à ses hôtes toute sorte de diver- 
tissemens et de spectacles, avec cette magnificence qui 
a été de tout temps comme naturelle à la maison de 
Mendoza. Le cardinal recevoit des avis de tous côtés 
de cette assemblée, et des complots qu'on y faisoit-, 
et comme quelques-uns de ses amis en paroissoient 
effrayés, il leur dit en souriant : Que c' étoient rfes 
terreurs paniques -, qu'il falloit laisser à ces gens-là 
du moins la consolation de s'entretenir de leurs cha- 
grins ^ et que les folles dépenses qu'ils faisoient les 
rendoient de plus en plus incapables de lui nuire. 



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40p HISTOIRE DU GARD. XIll^NÈS. An i5i6. 

Néanmoins, comme il s'agissoit du repos public, il 
leur fit dire par des gens sages que cette entrevue 
duroit un peu trop , qu'il leur conseilloit de se sépa- 
rer et de finir toutes ces cabales ; que pour son par- 
ticulier, s'ils continuoient, il sauroitbien les écarter 
et les mettre à la raison , sans employer ni les troupes 
ni Targent du roi ; mais qu'ils fissent réflexion à quoi 
ils s'exposoient , ces sortes d'assemblées étant défen- 
dues par les ordonnances. Sur cet ayis , ils se reti- 
rèrent de peur de devenir suspects au roi , avant 
qu'on lui eût présenté leur requête. Peu de temps 
après ils tâchèrent tous de se remettre dans les bonnes 
grâces du cardinal. Le duc de l'InËintade lui écrivit 
des lettres très-respectueuses , le connétable de Cas- 
tille lui envoya deux de ses amis, et s'excusa sav sa 
mauvaise santé de n'avoir pii y aller lui-même. 

Ces seigneurs encore assemblés députèrent à Xime- 
nès trois des plus qualifiés d'entrq eux , pour lui 
demander qu'il montrât le pouvoir en vertu duquel 
il gouvernoit si absolument. Il ne pouvoit alléguer 
que la nomination de Ferdinand, à laquelle ils ne 
déféroient pas beaucoup , et à la lettre que l'archiduc 
Charles lui avoit écrite, qu'ils regardoient plutôt 
comme un compliment que comme une institution 
dé pouvoir et d'autorité. Elle étoit conçue en ces 
termes : 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. 4^' 

« 

RÉVÉRENDISSIUE PERE EN JÉSUS-CHRIST, CARDINAL. ])*ES-^ 
PAGNE, ARCHEVÊQUE DE TOLEDE, PRIMAT DES ESPA- 
ONES , GRAND CHANCELIER DE GASTILLB , NOTRE TRÈS- 
HONORÉ BT fR£S-;CHER AMI. 

« Révërendissime seigneur, nous ayons appris la 
« mort de très-haut et très -puissant prince le roi 
c( catholique , mon seigneur , que Dieu veuille avoir 
« reçu dans sa gloire. Nous en avons une très-grande 
« douleur, tant à cause de la religion chrétienne, qui 
« fH^rd en sa personne royale un illustre défenseur , 
« qu'à cause de nos royaumes ^ qui ont perdu un bon 
u admiaistrateur et un bon roi. A notre égard , cette 
(( perfe nous est encore très-sen$ible, puisque nous 
« connoissons le fruit et les avantages que nous J0iair 
(( vions retirer de son amitié , de ses conseils et de 
« son expérience. Mais il plut à Dieu d'en disposer ^ 
(( ainsi il faut se soumettre à ses ordres , et se confor- 
te mer à ses volontés. Nous avons remarqué surtout 
« dans la disposition de son testament , ses bonnes et 
H maintes intentions, qui nous font croire que Dieu 
« lui aura fait miséricorde ; ce qui nous est d'une 
« grande ^consolation. L'article que nous avons J:rou- 
« vé le plus louable, est celui par lequel il recom- 
(( ma^de à votre personne révérendissime, le gou- 
« vernement et l'administration de la justice pendant 
« notre absence. C'est la meilleure œuvre qu'il pût 
(( faire , puisque par là il procure la paix et la sj^ireté 
« à nos états. 

•7, a6 



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4oa HISTOIRE DU GARD. XIMËNÈS. An i5i<S. 

« En vérité, révérendissime seignqnr, quand il ne 
^u, l'^uroit pat ordonné ainsi, coonoiasant, comme 
« nous Ëtisons par nousr même, et par les relations 
n que plutieurs personnea dignes de foi nous en ont 
«^faites, votre intégrité, votre capacité et votpezèle 
« pour le service de Dieu et pour le notre, nous ne 
« pouTions choisir ni prier pour cet emploi d^autre 
« personne que vousi, poûp la décharge de notre 
« conscienee , et pour le bien de nos royaumes. C'est 
« poqr cela que nous écrivons à plusieurs prélats , à 
« plusieurs seigneurs , et à nos principales villes , les 
4( priant , ou leur enjoignant à tous d'assister vbtre 
« pévérendissime personne, de vous obéir et de feire 
K qu'on vous obéisse, et d'esécuter vos ordres et 
« ceux du conseil royal. Nous vous demandons très- 
if- -aff^tueus^ment que vous vous appliquiez à Tad- 
« ministration de la justice, à rétablissement de la 
« paix entre nos sujets , en attendant que neus puis- 
ce siens aller nous -même les visiter > les consoleFet 
« lès gouyeriMP, ce qui sera , s'il plaît à Dieu, en 
« très- peu de temps. 

a Nous vous prions de nous écrire continuelle 
« ment , et de nooi informer de tout ce qui se passera, 
« en nou^ donnanl vos avis et vos conseils que nous 
« recevrons de vous comme d'un père , tant par la 
<c reconnoissance que nous conservons des services 
4f que vous ave» rendus au roi Philippe, notre très- 
« honoré seigneur et père , lorsqu'il fht dans la Cas- 
« tiBe , que par l'amitié cordiale que nous vous por- 
« tons, et par la confiance que nous avons en votre 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. J^oi 

« bonté Très - révérend père en Jésus -Christ, 

(( cardinal d^Espagae, notre cher ami, Dieu vous ait 
a en tout temps en sa sainte garde. 
« A Bruxelles, le i4 février i5i6. 

« Moi, LE Prince. » 

Les s^neuts croy oient que'cette letfre ne lui don- 
noit pas un droit snJËsant, et soutenoient de plus, 
que Ferdinand n'avoit pu substituer un régent dans 
ses états, puisqu'il n'étoit que régent lui-même* 
C'étoit dans cette vue qu'ils vouloient faire expliquer 
le cardinal. Encore que ce prélat fut choqué de cette 
demande, il leur répondit sans s'émouvoir qu'ils 
revinssent le lendemain. Lorsqu'ils furent revenus , 
il les mena dans une tour du cbâteauoù étoit l'ar- 
gent du roi et le sien, et leur fit voir par la fenêtre 
deux mille hommes qu'il tenoit aux environs de Ma- 
drid , rangés en bataille , avec de grosses pièces d'ar- 
tillerie qu'il \fit tirer en leur présence : Voilà , leuT 
dit-il, les pouvoirs que le ro? catholique m'a donnés, 
avec lesquels je gouverne en Espagne , et j'y gou- 
vernerai jusqu'à ce que le prince notre maître y vienne 
lui-même. Ces particularités ne se trouvant point 
dans les relations que le cardinal écrivoit aux Pays- 
Bas, les historiens les plus judicieux ont cru que 
c'étoit une tradition et une opinion vulgaire prise 
sur Vexempfe de Scipiôn, et accommodée au carac- 
tère de ce ministre. H est constant néarimoins qu'il 
dépécha co«p stir coup des courriers an roi (Catho- 
lique, pour*îe ptier de lui envoyer un piHivoir plû« 



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4o4 HISTOIRE DU CiRD. XIMENÈS. An i5i6. 

ample , s'il vouloit maintenir le royaume en paix, et 
les grands d'Espagne dans le devoir, lie conseil d'état 
avoit mande à peu près la même chose -, mais , soit 
qu'on crût qu'il sauroit bien étendre les droits de sa 
régence selon les besoins, soil qu'on fût bien aise 
de le commettre avec la noblesse, pour donner comme 
un contre -pdids à son autorité, et le tenir dans une 
plus grande dépendance de la cour de Flandre, on 
n'écouta pas les plaintes qu'on fit contre lui, mais 
aussi on ne lui accorda pas ce pouvoir sans res- 
triction. 

Lorsqu'il se vit ain^i exposé à la rébellion des grands 
du royaume , il chercha les mçyens de se soutenir 
par lui-même, et de se garantir de leurs insultes. 
Quoiqu'il eûttoujours suivi fort austèrement les rè- 
gles de sa profession , il n'avoit pas laissé de s'instruire 
de tout ce qui regarde l'art militaire. C'étoit un esprit 
universel , qui savoit profiter de tout. Dans les en- 
tretiens familiers qu'il eut avec les officiers d'armée, 
avec le grand capitaine ^'et avec Ferdinand même, il 
s'informoit des moyens de contenir les peuples dans 
l'obéissance , de lever des soldats , de les aguerrir, de 
les entretenir dans le service , de la manière dé cam- 
per, d'attaquer et de prendre des places. La guerre 
d'Afrique l'avoit fortifié dans ces connoissances , et 
l'avoit obligé d'entrer dans tout le détail de la con- 
duite et de la subsistance d'une armée. 11 s'étoit ima- 
giné plusieurs fois que les levées de gens de guerre , 
comme elles se font ordinairement, étoient plus per- 
nicieuses qu'utiles au public *, parée que ce sont la 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. ^oS 

plupart gens vagabonds et inconnus, qui vivent sans 
ordre et sans honneur , qui pillent et ravagent les 
villages et la campagne , et qui dësolent les peuples , 
commettent mille crimes qu'il est difficile dPempô^ 
cher et même de punir; que, si l'on enrôloit dans 
chaque ville un certain nombre d'habitans q/ni fussent 
toujours prêts à marcher au secours de l'ëtat , tous ces 
désordres cesseroient ; que des bourgeois , qui avoient 
quelque éducation , seroient plus humains et plus 
modérés , parce qu'ayant du bien à perdre , ils ne 
prendroient pas celui des pauvresr, et que craignant 
pour leurs femmes , pour leurs enfans et pour leurs 
maisons, ils n'oseroient rien attenter, et vivroîent 
•avec retenue. Il songea que cette institution ne seroit 
pas désagréable aux villes ; qu'elle ne coûteroit que 
des privilèges, des immunités, et quelques titres 
d'honneur; et qu'il trouveroit.par là nne armée tour- 
jours sur pied , et prête à marcher en quelque lieu 
qu'il allât. 

Mais£omme c'étoit un établissement nouveau, dont 
les grands d'Espagne comprendrQient bien la consé- 
quence, il envoya don Lopés Ayala à la cour pour 
avoir l'agrémeiit du roi catholique.* Il l'attendit quel-» 
que temps ; mais comme les Flamands traînoient leur 
délibération en longueur, il communiqua son des- 
sein au conseil d'Espagne , et consulta des officiers 
consommés dans l'art de la guerre. Après quoi il fit 
publier un édit dans toutes les villes de Gastille, 
portant qu'il accorderoit à tous les bourgeois qui 
voudroient s'enrôler au service de l'état, plusieurs 



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4o6 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i6. 

privil^es; que ce seroîent les troupes du bien public 
qui prendroient les armes dans les besoins , et qui 
feroient Texercice foutes les fêtes et les dimancbes 
après Toffice divin ^ à la vue du peuple; qu'il leur 
douneroit des officiers, des trompettes et dés tam- 
bours entretenus; que pour les soldats , ils seroîent 
exempts de tous subsides , de logemens de la cour , 
de passage de gens de guerre et de toutes autres 
chargies, et récompensés ensuite à proportion de 
leurs services. Cet ëdit fut reçu avec l'approbation 
universelle des peuples qui , sans sortir de leurs 
maisons, espéroient se faire considérer et se £adre 
craindre, et même s'élever, par la voie des armes, 
au-dessus de leur condition et de leur naissance. 11* 
eut bientôt plus de trente mille bourgeois enrôlés, 
qui s'exerçoient dans les plaines hors des villes , à 
toutes sortes dl jeux militaires ; ce qui dennoit de k 
joie et de l'émulation à la jeunesse et la retiroit de 
l'oisiveté. 

Quoique cette milice se levât sous prétexte de re- 
pousser les ennemis du dehors, la noblesse jugea 
bien que c'éloitièontre elle , et s'y opposa par toutes 
J^s voies imaginables. 11 s'élevoit des gens obscurs 
qui disoient hautement : Quelle espèce d'armée est 
ceci ? Quelle nouvelle invention de lever des troupes ? 
Le cardinal s'ennuiert-il de nous voir en paix? De- 
puis sa conquête d'Afrique ne peut* il se passer de 
faire la guerre? il ne manquoit à la gloire de sa ré- 
g^ice que d'armer les roturiers contre la noblesse. 
Ils ajoutaient que cette milice se téurneroit un jour 



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An i5i6. LiYJlK QUATRIEME. ^Cj 

crâtre toi } que les villes d'Espagne polieë 61 civilisées 
tomberoient dans une grossièrelé niilitaire -, que les 
artisans aUoient qiiittei' leorâ métiers et Ëiire les 
gentilshommes 7. et que les arts eile commerce iQnis» 
sànt ^ le royaume se perdroit iniaillibleihenL On éc^ri- 
yit les mêmes choses en Flandre. 

La Castille est divisée par des motitagnes qui la sé- 
parent en deiix parties* Celle de deçà les monts , dont 
Ximenès étôit le maître, fut entièrement pour lui ^ et 
celle de delà^ où les âeigneUrs étoieni plus puissans, 
refuda de i^eCévoii' Tëdit^ et chAssa les commissaires 
qui venoiént pour l'exécuter. L'archeVéqne de Gre- 
nade, président du conseil royal, avoit secrètetnei^t 
exhorté ks députés de Yalladolid de tenir ferme ^ et 
de s'opposer aux faniaisies de Ximenès. L'amirante 
de Castille, de qui dépendoit cette ville, partit de 
Madrid pour favoriser la révolte* Osorio, évoque 
d' Astorga , précepteur de l'infant , qui avoît ded terres 
aux environs , y alla souâ prétexte de faire quelque 
acquisition ^ ^ par leùrâ intrigués les villes de Burgos, 
de Léon, de MédiDa«^del*Gampo, et plusieurs autres, 
se joignirent k Yalladolid. Ximenès ne crut pas' qu'il 
fallût user dd riguelir, jusqu'à ce qu'il eût reçu des 
ordres de la cour. Il manda à ces villes confédérées 
qu'elle» sivoient tort de s'opposer à un établissement 
non-seulement utile ^ maïs encore nécessaire dans les 
conjonctures présentes^ que si elles avoient des exemp- 
tions particulières , elles pouvôiènt lesl produire ^ que 
pônr hri, il ne vobloit «ien faire par violence, et 
qu'il auroit éjjard à leurs priv^éges. Elles firent té- 



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4o8 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i6. 

ponse, pair la persuasion des seigneurs, qu'elles n'a- 
ypîent rien à démêler avec lui, et quelles étoient 
résolues de conserver leur liberté contre sa tyrannie, 
jusqu'à ce que le roi vînt en Espagne. 

On ne lui Êdsoit pas impunément de pareilles ré- 
ponses, n ne se pressa pourtant pas de châtier ceux 
qui avoient osé lui faire celle-ci. U se contenta de 
faire avancer de ce côté-là huit cents chevaux, sons 
prétexte qu'ils ne pouvoient plus subsister dans la 
Navarre, à cause du dégât que les François y avoîent 
fait, il écrivit au même temps à Lopés Ayala de loi 
envoyer au plus tôt Fagrément du roi catholique , et 
d'y faire insérer une injonction expresse aux villes 
rebelles de lui obéir, sinon qu'il seroit obligé , après 
avoir perdu son crédit , d'abandonner la régence. Et 
parce. que les mécontens avôient écrit au roi et ï 
Chièvre son premier ministre , que cette sorte de mi- 
lice étoît nouvelle et introduiroit infailliblement la 
licëibe dans le royaume , il fit voir que, depuis le rè- 
gne des Goths jusqu'à celui de Henri IV , frère d'Isa- 
belle son aïeule , les rois avoient entretenu pour leur 
garde deux mille chevaux de ces milices roturières, 
et qu'Henri n'étoit tombé dans les malheurs qui loi 
arrivèrent, que pour les avoir cassées à contre-temps, 
par les perfides conseils de la noblesse 5 et qu'enfin 
rien n'étoit plus utile pour maintenir les lois , pour 
fairfe respecter les magistrats, et pour conserver la 
grandeur et l'autorité royale. Il dépêcha donc un 
courrier au roi^ pour le prier de ne pas écouter les 
calomnies de ces esprits brouillons; de se fier à lui 



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Ab i5i6. livre quatrième. 4^9 

après tant de preuves qu'il croyoit lui avoir données 
de sa fidélité et de son zèle-, d'écrire des répriqiandes 
sévères aux villes rebelles , parce qu'il n'y a si petite 
désobéissance dans les sujets qui ne soit punissable , 
tant pour l'équité^i^e pour l'exemple ; et de lui en- 
voyer quantité de mousquets et de cuirasses de Flan- 
dre,, parce que, depuis la guerre de Grenade et 
d^j|§îqtie, l'Espagne se trouvant en paix, n'avoit 
presque plus de bonnes armes. Du reste , il assura 
que son dessein étoit de n'enrôler que de bons bo^çir- 
geois, et qu'ainsi les laboureurs ni les petits artisans 
ne seroient point détournés de leur travail, et qu'il 
feroit en sorte que le commerce ne souffriroit aucun 
préjudice. 

Le conseil dés Pays-Bas, après avoir long-temps dé- 
libéré sur cette affaire , se rendit enfin aux raisons du 
cardinal. On loua sa prudence^ on confirma les mi- 
lices; on écrivit aux magistrats d'y tenir la main, et 
l'on déclara criminels de lèse-majesté tous ceux qui 
s'y opposeroient directement ou indirectement, de 
quelque rang et de quelque condition qu'ils fussent. 
Ximenès se voyant ainsi soutenu, au lieu d'augmen- 
ter sa fierté , la diminua et se contenta d'être le maî- 
tre. Les députés des villes vinrent la corde au cou lui 
demander grâce , et il la leur accorda. Le connétable 
et quelques autres voulurent rentrer dans sa bien- 
veillance, et il les reçut ettles embrassa. Pour les 
empêcher pourtant de rien attenter à l'avenir contre 
l'ordre et l'entretien de cette milice , il créa dans cha- 
que ville de leur dépendance quatre inspecteurs, 



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4lO HISTOIRE DU GARD. &IMENE5. Ab i5i6. 

pourravertir de tout ce qui se passeroit au prëjûdice 
de ce ivDUvel ëtablissement. 

En ce môme temps , le fameux corsaire Barberousse 
ayant Êiit des courses sur les côtes de Grenade', et en- 
levë beaucoup de chrétiens, le cyffdinal en eut du 
chagrin. 11 tira de toutes ces régions maritimes des 
contributions volontaires, fit faire des arsenaux, et 
nettoyer les ports qu'on avoit négligés depuis long- 
temps-, et, pour tenir en crainte les pirates, il c6m- 
manda qu'on armât vingt nouvelles galères pour ren- 
forcer la flotte, et les fit mettre en mer si à propos, 
qu'ayant rencotitré cinq galères turques auprès d'A- 
licant, elles en coulèrent deux à fond, et menèrent 
les autres au port comme en triomphe. Le pape 
Léon X et la plupart des cardinaux lui écrivirent 
pour se réjouir avec lui de cette victoire , et de tous 
les grands succès de sa régence. 

Ces occupations qu'il avoit en Espagne ne l'empê- 
chèrent pas de songer au repos ^ et surtout au salât 
des peuples du Nouveau-Monde qui en relevQÎeiit. 
Don Diego Colomb, amiral de l'Océan , avoit été rap- 
pelé l'année d'auparavant de ces îles que son père 
Christophe Colomb avoit découvertes , à cause des 
plaintes qu'on avoit faites de lui. Uétoitvenu à la 
cour de Ferdinand pour se justifier et rendre compte 
de sa conduite -, et , ce prince étant mort , il attendoit 
à Madrid les ordres du^îardinal , à ^ui l'administra- 
tion de l'état étoit échue. Ce prélat étant importune 
des requêtes de l'amiral et des insulaires , crut qu'il 
seroit difficile de terminer les différends dont on ne 



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Au i5i6. . LIVRE QUATRIÈIIE. 4^' 

pouvoit avoir de si loin une coitnoissance certaine, 
et fut d'avis d'envoyer sur les lieux des gens de bien, 
qui entreprissent ce voyage pour un motif d'honneur 
el de religion , et non pas par des considérations d'in- 
térêt.- Il choisit pour cela Louis de Figuëroa , Al- 
phonse de Saint- Jean , et Bernardin Manzanëdo reli- 
gieux de Saint-Jérôme , parce qu'outre qu'ils étoient 
estimés pour leur piété, ils passoient pour intelligens 
et pour habiles dans^ les affaires. Dans les conférences 
qu'il eut avec eux il leur représenta la grandeur et 
Timportance de l'affaire dont il les chargeoit, et les 
envoya dans l'île espagnole, autrement l'ile de Saint- 
Domingue, afin d'examiner les démêlés de l'amiral 
et des autres officiers espagnols , et d'observer ce qui 
seroit nécessaire pour la commodité et pour le bien 
de$ gens du pays. Ils avoient pouvoir , par leur com- 
mission, de régler toutes choses dans l'ordre et dans 
la justice ; et on leur recommandoit principalement 
d'abolir la tyrannie que les Espagnols exerçoient sur 
ces Indiens , et de leur enseigner la doctrine chré- 
tienne dans sa pureté. Il leur donna , pour les procé- 
dures criminelles , Alphonse Suaz , homme juste et 
désintéressé , et fort habile jurisconsulte. 

Ces commissaires s'embarquèrent à Séville et arri- 
vèrent heureusement à l'Amérique , où ils firent plu- 
sieurs réglemens dignes de leur cMlirité et de leur 
prudence. Les Espagnols s'étoient imaginés que ces 
insulaires leur appartenoieiit par droit de conquête, 
et les traitoient non -seulement comme des esclaves, 
mais encore comme des bétes. Il n'y avoit pour eux 



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4l2 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i6. 

ni protection, ni jcatice, ni droit de bourgeoisie ou 
de colonie : ils étoient debout , ou ils tomboient au 
gré de leurs maîti'es. Le roi catholique Ferdinand 
leur avoit d'abord nommé des patrons ou protec- 
teurs en Espagne. On avoit ensuite juge qu'il yaloil 
mieux les recommander à ceux qui ay oient travaillé 
à les conquérir , et , sur ce principe , on les donnoit 
aux vieux soldats à proportion de leurs travaux ou 
de leur mérite. Ces religieux remontrèrent à leurs 
compatriotes qae ce procédé étoit indigne des chré- 
tiens 5 et , quoiqu'ils ne pussent d'abord abolir cette 
servitude , ils obtinrent qu'on leur donnât des habi- 
tations , qu'on les déchargeât d'une partie de leur 
travail, et qu'on leur apprît en repos les divins mys- 
tères et les règles de la religion chrétienne. Ils ser- 
virent même , par leur industrie , à perfectionner l'art 
de faire le sucre , et tâchèrent d'adoucir le pénible 
ouvrage des mines que les Indiens n'avoient pas la 
force de supporter. 

C'étoient des corps foibles que la moindre fatigue 
abattoit. Soit que l'air et le climat les rendissent 
ainsi délicats , soit que ce fût l'oisiveté dans laquelle 
ils étoient nourris, ils succomboieut sous les far- 
deaux qu'on leur faisoit porter, et ne vivoient que peu 
de jours. L'inhumanité de leurs maîtres étoit si gran- 
de, qu'ils ajoul^ientle mauvais traitement au travail, 
et ne craignoient pas de faire mourir ces misérables , 
pourvu qu'ils en tirassent un peu plus de service , 
et qu'ils profitassent du peu de vie qu'ils leur lais- 
soient.,Ce qu'il y avoit de plus déplorable, c'est 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. 4l'3 

qu'ils àvoient peu de soin de leur faire recevoir le 
baptême , et que la dureté dont ils usoient à leur 
égard, les éloignoit entièreiùenit de la foi et de la re- 
ligion qu'ils leur proposoient. Quelques Espagnols , 
touchés de pitié , s'adressèrent directement au roi 
Charles, et le supplièrent- de faire passer dans ces 
îles quatre ou cinq cents esclaves noirs, que les Por- 
tugais vendent en Espagne. C'étoient des hommes 
sains et robustes , accoutumés à k fatigue. On les 
achetoit à fort bas prix, et le conseil de Flandre se 
détermina aisément à les envoyer. 

Ximenès ne l'eut pas plus tôt appris, qu'il dépêcha 
un courrier au roi, pour lui remontrer qu'il étoit 
juste de soulager les Indiens, mais qu'il ne falloit pas 
introduire les nègres d«is cette région nouvellement 
conquise •, qu'ils étoient propres pour la guerre -, qu'ils 
ne manquoient pas de courage*, qu'ils avoient du 
moins une brutalité qui leur en servoit, et qu'ils 
étoient sans honneur et sans foi, et ainsi capables de 
trahison et de' ^volte ; qu'ils corromproient les In- 
diens, et leur mettroient un jour les armes en main 
pour chasser les Espagnols de ces îles; et qu'il étoit 
à craindre que les esclaves enfin devinssent lés maî- 
tres. Le roi, ou pour mieux dire Chièvis^, qui le 
gouvernoit, négligea cet avis et crut que Ximenès 
s'échauffoit sur cette affaire , non pas pour la considé- 
ration du bien public, mais par le chagrin de n'y 
avoir point eu de part. Quelques années après oh 
reconnut la faute qu'on avoit faite -, car ces nègres 
s' étant multipliés , et ayant pris le temps de l'absence 



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4c4 HISTOIiUE DU GARD. XIMENES. An i5i6. 

de ramiral , auroient infailliblement ^orgé tous les 
Espagnols, si deux capitames, qui se rencontrèrent 
par hasard avec quelques cavaliers » n'eussent tenu 
ferme dans une maison de campagne , jusqu'à ce que 
Tamiral fût arrivé avec l'armée. 

Pendant que le cardinal étoit ainsi occupé aux 
fonctions de sa régence, J^n d'Âlbret songeoit aux 
moyens de recouvrer le royaume de Navarre. La 
mort de Ferdinand lui avoit paru une occasion Êivo- 
rable. Le roi François I* lui promettoît un corps de 
vieilles troupes pour joindre à celles qu'il pouvoit 
lever. Il avoit amassé assez d'argent pour venirà bout 
de cette entreprise qui , dans les apparences , ne de- 
voit pas être de longue durée -, mais ce qui lui don- 
noit plus de confiance, c'étoiMt les intelligences qu'il 
avoit dans le pays. Les Na^rr^s comn^nçoient à 
s'ennuyer de la domination espagnok. Les factions 
qui aVoient été les plus contraifes à ce prince , ne 
demandoient qu'à le remettre sur le trône. La no- 
blesse et surtout le connétable luj ^envoient se- 
crètement qu'il trouveroit , au sortir des Pyrénées, 
plus, de vingt mille hommes prêts à le suivre. Celte 
négociation ne put se faire ai sourdéinent que le car- 
dinal n'^ eût des avis. La fille du duc de Najare, 
qui avoit épousé le connétable de ce royaume , sur- 
prit quelques lettres de son mari , et les donna à don 
Fadrique d'Acunna, vice -roi de Navarre, pour les 
envoyer au régent , qui fut assuré pfar là que la cons- 
pifalion aHoit éclata? , et qu'il n'y avoit pas de temps 
à perdre. Il fit incontinent marcher vers la Navarre 



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An i5i6. IIVRE QUATRIÈME. 4^^ 

toutes les troupes qail put assembler , et ftit quelque 
temps à nommer le général qui devoit les eomman* 
der. Le vice- roi ne lui paroissoit pas trop accrédité, 
et il étoit assez occupé à garder le dedans du royaume. 
Le duc de Najare se présentoit , et il auroit pu 
tirer de grandes commodités des terres qu'il possé*- 
doit sur les confins de la Naivarre, pour les vivrez 
et pour les. secours. Mais le connétable de Castille 
s'y opposait, p^rce qu'il y avoit entre eux de la 
mmixteUigenee , et qu'il craignoit qu'on ne mahrai* 
tât quelques, amis qu'il protëgeoit dans le pays. Le 
cardinal fut bien aise de ne point mettre à la tête 
de6 armées des gens qui pussent s'en prévaloir. Il 
envoya ordre à Fernand Villalva , colonel d'infante- 
rie y dont il connoissoit la capacité et le courage , de 
commander les troupes , et d'ailler droit aux Pyrë* 
nées pour garder le passage de Roncevaux. H élcPvoit 
par là un officier de ig^érite que son ambition et sa 
recoanoissance engageoient à bien servir , et que la 
médiocrité de sa fortfme tiendroit toujours dans le 
respect. Le succèà fit voir qu'il ne s'étoit pas trom^pé 
dans son choix 5 car Jean d'Albret ayant divisé son 
armée, et commandé au maréchal de Navarre de 
passer les montagnes , pendant que lui et le cardinal 
de Fbix'^feroient le siège du fort de Saint-Jean-Pié- 
de- Port, Villalva, avec une diligence incroyable, 
gagna les défilés et disposa, si bien ses troupes , que 
les Navarrois donnèrent dans toutes les embuscades 
qu*il leur avôit dressées. Ils marchoient sans ordre 
et sans précaution , se confiant aux intelligences 



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4l6 HISTOIÉE DU GARD. XtMENES. An i5i(r. 

qu'ils avoient dans le pays , et s'engageoient dans les 
détroits des montagnes, lorsqu'ils furent tout d'un 
coup environnés et chargés par les Espagnols. Ils 
firent d'abord quelque résistance ^ mais , comme ils 
se virent perdus sans ressource , ils se rendirent à 
discrétion. Le maréchal et son frère furent envoyés 
prisonniers dans le château d'Atiença, aVec une par- 
tie de leur infanterie. 

Villalva , pour achever sa victoire , alla tomber sur 
Jean d'Albret , et l'obligea de lever le siège du fort 
Saint- Jean, et de se retirer dans sa principauté de 
Béarn , où il mourut de chagrin , et la reine, sa fem- 
me , sept mois après lui. Ximenès apprit ces nou- 
velles avec beaucoup de joie 5 il en écrivit en des 
termes fort obligeans à Villalva qu'il aima et esdma 
depuis très- particulièrement, et qu'il consulta dans 
toutes les rencontres où il s'agissoit de la sûreté de 
cette province. Cependant, ^ant fait réflexion que 
les Navarrois avoient une grande passion de rétablir 
leur roi , et qu'il se formeroit tous les jours des cons- 
pkations nouvelles si l'on n'y remédioit , il jugea 
qu'il falloit mettre des garnisons dans toutes les pla- 
ces , ce qui seroit d'une grande dépense ; ou qu'il 
ialloit démolir toutes les fortifications et les murail- 
les^les villes, pour ôter aux gens du pays le nicye» 
de*s'y retrancher, et aux Françoijs l'envie de s'en sai- 
sir. Ce dernier parti lui parut le plus convenable ; 
et , comme il étoit pressant dans ce qu'il avoit résolu, 
il fît ruiner incontinent toutes les places fortes de la 
Navarre. Celle de Marzilla fut la seule qui se sauva 



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An i5i6. LIVRE QUATRIEME. 4^7 

par la résolution d*Ânne de Yëlasco, marquise de 
Falsez ; carie comte d'Acunna étant venu lui ordon- 
ner, en Fabsence de son mari, de rendre la place, 
elle fit lever le pont , et lui fit crier, par une fenêtre ^ 
qu'elle ne rendroit ce château qu^au roi Charles de* 
qui seul elle relevoit. 

Les Navarrois, qui perdoient par là toute espé- 
rance de révolte , %e plaignirent de ces démolitions ; 
et les ennemis du cardinal en firent tant de bruit , 
qu'après sa mort on courut pour piller l'argent qu'il 
tenoit dans la tour d'Uzéda , sous prétexte que le roi 
avoit dessein de s'en servir pour réparer les ruines 
de la Navarre. Villalva , qu'on croyoit auteur de ce 
conseil, mourut quelque temps après d'apoplexie 
selon quelques-uns , ou de poison selon les auAres , 
dans son gouvernement d'ÉteiUe. Xinienès le ré-« 
gretta et donna ses charges et ses gouvernemens à 
son fils , écrivant au roi catholique que ç'avoit tou- 
jours été la maxime des bons rois ses prédécesseurs , 
de donner aux eiiÊins les biens des pères qui avoient 
servi, et surtout de ceux qui étoient morts dans le 
service , parce que c'est une espèce de justice et de 
reconnoissance publique que les souverains doivent 
à la vertu, et que rien n'<excite tant les hommes à 
mériter des récompenses, que l'espéwince de les voir 
continuer après eux dans leur famille. 

On intercepta eiî ce même temps des lettres du roi 

de Portugal au roi de France , qui faisoient mention 

d'un mariage et d'un traité d'alliance entre ces deux 

couronnes. Le gouverneur de Salses arrêta le cour- 

7. 57 



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4t8 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5tO. 

lier qui les portoit, et envoya promplement le pa- 
quet à Xiihenès ; triais il ëtoit alors à Âlcala où il 
alloit de temps en temps chercher un peu de repos 
•et visiter ses collèges. Le paquet fut porté , en son 
absence , au doyen de Louvain un peu avant le so- 
leil couché. Ce ministre , qui avoit part à la régence, 
ouvrit les lettres; et, comme il s^effrayoit aisément, 
il fit partir sur-le-champ le courrier avec ordre de 
faire diligence , et de les donner en main propre au 
cardinal. Cet homme s'acquitta fidèlement de sa com- 
mission. Il arriva après minuit à Alcala, -et fit évril- 
1er l'archevêque , disant qu'il apportoit des nouveUes 
très -importantes et qui ne souffroient point de re- 
tardement. Le prélat, sans s'étonner, lut les lettres 
et lui dit : Retournez-voûs-en, et dites au seigneur 
Moyen qu'il dorme en repos 5 que j'aurai soin de 
tout, et que nous éviterons , avec l'aide de Dieu, le 
malheur qui nous menace. Puis il se rendormit, 
n'ayant autre inquiétude que celle d'avoir été éveillé 
mal à propos. Il fit savoir à la cour de Flandre ce 
qui se passoit , et envoya de si bons espions en Por- 
tugal, qu'il ne se fit pas une démarche dont il ne fut 
averti. Pour la Navarre , il en donna la yice- royauté 
au duc de Najare; il fit fortifier Pampelune, et obli- 
gea Ferrera , Aragonois , que le feu roi y avoit mis 
pour commander , à se défaire de son gouvernement, 
parce qu'il étoit insupportable au peuple, tant par 
son humeur fière et cruelle , qu'à cause de l'inimitié 
naturelle qu'il y a entre ceux d'Aragon et ceux de 
Navarre. Il empêcha le cardinal d'Albret de rentrer 



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An i5i6. . LIVRE QUATRIÈME. » 4^9 

dans révéché de cette ville , quoique le; pape et les 
cardinaux Ten eussent solicité. Ainsi, non -seule- 
ment il conserva la Navarre au roi , mais encore U la 
mit en ëtat de ne pouvoir être attaquée.. 

A peine eut -il apaise ces mouvemens , qu'il. i8n 
survint de nouveaux dans le royaume de Grenade» 
à Foccasion du différend de l'amirauté dp Ca,$tiUe 
avec les villes maritimes, et surtout avec Malagatqui 
en étoit une des. plus considérablesw Le droit .de^ 
amiraux avoit été de tout temps en Castille de com- 
mander les arn^ées navales, de gouverner leç çpt^syçt' 
de jpger les gens de marine. S'il survenoit quelq^e 
procès ou quelque querelle enlrje l^s matelots ou les 
passagers , ils avoiçnt leur justice pour .les régler ovl 
pour les punir. Aussi , dans tous les ports un pe)i 
fréquentés, et dans les villes.de commerce oompi^ 
étoient Sévill^ et Malf^ga, ils avoiçnt leurs jugçs.at 
des fourches dressées qui sont les marques d'autori^ 
et de juridiction. C'étoi^nt là des prérçgativea de l.a 
chargç qu'on ne pouvoit leur contester ; laais il ^u 
arrivpit des iuconvépiens qiji renverspient Ijt^fdrp^t 
la discipline civile \ car dans ces ports.^ pu toute ;Sorte 
de monde^ abonda, dès qu'oiv.citoitmi crimincl^:il 
appeloit au tribunal de l'amirauté où il.étoît as^usé 
de sa grâce s'il avQit de quoi J'^cb^er. Si. quel qy,'j[ffi 
des soldats qui gardoient les côtes j. ou m^me des é^r^- 
gers , étoit arrêté., il. déclinpit la jurid^f ^ien royarle et 
demandoit son renvoi deyantles juges de l'amirapte. 
Pour remédier à ces désordres , les peuples . jm^pti- 
mes résolurent d'abolir, de leur propre autorité, 



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4aO AlSTOIRB DU GARD. XiMBVis. An i5id. 

cette puissance. Ceux de Malaga, entre autres , se 
soulevèrent et chassèrent les officiers de Tamirauté. 
L'amirante se plaignit à Ximenès de la violence et 
de Faflront qu'on lui faisoit , et Ximenès leur en fit 
une sévère réprimande , et leur manda quTls eussent 
à ^'abstenir de «ces violences s'il leur restoit encore 
quelque raison^ que, s'ils avoient reçu quelque tort 
de Pamirante , on leur rendroit bonne justice ; qu ils 
ne craignissent point le crédit de leur adversaire 5 et 
qu'ils s'assurassent qu'ils trouveroient en lai un 
homme disposé à protéger les foibles contre les puis- 
sans , pourvu que ce fût dans l'ordre et dans l'équité. 
Cette lettre ne fit aucun effet. Ils répondirent in- 
solemment qu'ils ne rendroient compte qu'au roi de 
leurs actions^ qu'ils avoient ordre de sa majesté de se 
maintenir dans leurs droits et d'abolir ces tyrannies 
qu'on exerçoit sur feux, jusqu'à ce qu'elle arrivât eu 
E^agne, et qu^elle terminât ce différend selon les lois, 
après avoir ouï les parties. Ils avoient en effet envoyé 
des députés à Bruxelles , qui leur écrivoient de la 
part de Chièvre que le roi n'entendoit pas que ses 
sujets fiassent hlquiétés , et qu'il leur donneroit satis- 
faction sur leurs deniandes, dès qu'il seroit sur les 
lieux. Ils avoient même gagné par des présens quel- 
ques seigneurs de la cour , qui les excitoient à dé- 
fendre leur liberté. 

Il n'en faltut pas davantage pour leur inspirer la 
rébellion. Ximenès , qui n'étoit pas d'humeur à la 
souffrir, écrivit à la cour de Flandre, et se plaignit 
qu'on lui rompoit toujours ses mesures ^ qu'au lieu 



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Ad i5»6. LITRE QUATRIÈME. ^'ii 

de lui renvoyer les affaires on les suspendoit, et que 
par une douceur afifectëe on entretenoit Tinsolence 
d'une nation qui n'ëtoit déjjà que trop portée & se ré- 
volter , et qui tiroit avantage de tous les ménagemens 
qu'on avoit pour elle. Cependant il sut que les habi tans 
de Malaga y sur la réponse de Chièvre, s'étoient portés 
à de grands excès ; qu'ils avoientrenverté les tribu- 
naux, abattu les justices et»rompu les prisons de l'ami- 
rauté; qu'enfin ils avoientprislesarmes, étrange toute 
leur artillerie sur leurs remparts, comme pour insulter 
au gouvernement ; et que la rébellion s'étoil tellement 
échauffée que de plusieurs vases de métal , que les 
hommes et les femmes portoient à Tenvi dans la 
place , ils avoient fait fondre un cation d'une grosseur 
extraordinaire, avec cette inscription : Pour la dé* 

FE5SE DE LA LIBERTÉ DE MaLAGA. 

Le. cardinal qui, sur toutes choses, s'appliquoit à 
maintenir la tranquillité publique'*, fit partir incon- 
tinent Antoine de la Guéva , capitaine d'une graîide 
réputation, avec ordre d'assembler les milices du 
royaume de Grenade , de choisir six mille hommes de 
pied et quatre cents chevaux , de s'avancer en dili- 
gence vers la ville, de la faire sommer de se remettre 
à l'obéissance, et si elle refusoit, delà prendre eL4y 
rétablir les droits do l'amirauté , après avoir fait châtier 
exemplairement les plus coupables. Ce fut là le pre- 
mier essai qu'il fit de ses milices bourgeoises , et il fut 
îavi d'apprendre qu'elles étoient aussi disciplinées 
que de vieilles troupes. La Cuéva marcha pour exé- 
cuter sa commission ^ et comme il fut à deux journées 



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^Ifà HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. Ad i5i6. 

Malaga, les rebelles commencèrent à ouvrir les yeux 
elà voir leur perte inëvitable. Les magi^rats ëloient 
responsables de la l'ëvolte , le petit peuple manquoil 
de tout, et le mépris qu'ils avoient fait derautorilé 
du régent , les jetoit tous dans le désespoir. Ils dé- 
putèrent dai^s cette extrémité , deux de leurs conseil- 
lers à la Cuéva, pour le supplier à genoux de ne pas 
ruiner une ville qui demandoit miséricorde. Ils pro- 
testèrent qu'ils étoient disposés à s'accommoder avec 
l'amirante, et qu'ils ne vouloient d'autre juge que le 
cardinal Ximenès, se soumettant à tout ce qu'il vou- 
droit leur prescrire, espérant même de sa bonté qu'il 
leur pardonneroit le passé, et qu'il ne souffriroitpas 
que les officiers dé l'amirauté fussent plus à craindre 
sur ces côtes que les corsaires. 

La Cuéva fit semblant de ne pouvoir retarder ses 
ordres ) et cependant il dépêcha un courrier à Madrid 
pour savoir ce quil devoit faire. Le cardinal qui vou- 
loit corriger cette ville sans la perdre, lui ordonna 
de marcher avec l'armée jusque sous les muraifles 
de Malaga, de recevoir les soumissions deshabitans, 
de faire pendre les cinq auteurs de la sédition , d'é- 
tablir après cela la juridiction de l'amirauté, elde 
l%ir donner enfin une amnistie générale. Ces bonnes 
gens qui s'étoient attendus à toutes sortes de sup- 
plices se louèrent de la clémence du cardinal, et 
lui furent depuis très-affectionnés. Pour lui, il rendit 
compte au roi catholique de la conduite qn'il aveit 
tenue-, et, pour montrer que les lettres de Flandre 
avoicint donné occasion à ce désordre , il lui en en- 



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An i5i6. LIVBE QUATRIÈME. 4^"^ 

voya des copies, remontrant avec respect à sa majes- 
té : Que les Flamands ne pouvoient pas connoitre de 
si loin les nécessités de l'Espagne 5 que Tautorité du 
ministre étoit si unie à celle du prince , qu'il faUoit 
avoir soin de Inné pour maintenir Tautre -, et que 
rien ne contribue tant à la grandeur d'un iétat, que 
la réputation et le crédit de celui qui le gouverne. 

Ce différend ayant été ainsi terminé, il entreprit 
de régler les ajQTaires de la reine Germaine de Foix , 
en sorte qu'elle eût de quoi subsister honorablement, 
sans qu^elle eût pourtant le moyen de faire aucun 
parti dans le royaume. Le roi , son mari , comme nous 
avons déjà dit , lui avoit laissé trente mille ducats de 
rente sur le royaume de Naples , outre son douaire* 
Les reines veuves n'avoient pas toujours été si bien 
partagées en Espagne , et Ferdinand , qui n'étoit pas 
libéral de son naturel , avoit été touché de pitié pour 
elle en mourant, et n'avoit guère su ce qu'il lui don- 
noit. Le conseil de Flandre raisonna sur cet ai^ticle 
du testament, et conclut à diminuer les pensions de 
cette princesse , si l'occasion s'en présentoit , parce 
qu'on la croyoit dans les intérêts de l'in&nt^ ou du 
moins à lui en assigner le fonds dans la Gaspille, 
parce qu'on craignpit qu'une reine françoise ne.se ser- 
vît de ce bien pour favoriser les restes du parti d'Anp 
jou dans le royaume de Naple^, ou pour y établir 
le prince de Tarente prisonnier alors en Espagne 
qu'elle avoit quelque envie d'épouser. 

Pour éviter ces inconvéniens , le roi écrivit au car- 
dinal de représenter à la reine , d'un côté la difli- 



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4^4 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i5. 

culte qu'elle auroit d'être régulièrement payée de si 
loin ; de l'autre le peu de fondement qu'elle devoit 
faire sur des revenus que la moindre révolution lui 
ôteroit, et de la faire consentir après cela à prendre 
en échange de sa pension les villes d'Arévalo, d'Ol- 
médo, dfc Madrigal et de Sainte -Marie de Niève, 
qui avoient servi de douaire à la femme du roi Jeanll, 
et à d'autres reines de Castille. Les lettres portoient 
qu*il ne commît point l'autorité royale , et qu'il fît 
la proposition comme de lui-même. Le cardinal né- 
gocia si adroitement cette affaire, qu'après avoir kit 
convenir la reine qu*elle ne vouloitpas sortir d'Espa- 
gne, et que, ne pouvant trouver un mari de la dignité 
du pretnier, elle ne songeoit pas à de secondes ncH 
ces 5 il lui montra évidemment que la condition qu'on 
lui offroit, et qu'il féroît agréer au roi, étoit plus ho- 
norable , plus commode et plus avantageuse pour eUe, 
que celle que le feu roi lui avoit faite. Sur cela, on 
voulut mettre cette princesse en possession de ces 
quatre places, pour en jouir pendant sa vie, mais 
le comte de Cuellar, grand trésorier de Castille, se 
jeta dans Arévalo et s'y fortifia , résolu de s'y màin*- 
tenir par la voie des armes. 

Il avoit été élevé dans cette ville et s*y étoit acquis 
tant de crédit , qu'encore qu'il n'eût aucune commis- 
sion d'y commander, il y étoit obéi comme s'il en 
eût été le gouverneur. Néanmoins, comme e*étoit un 
homme sage, il se fut retiré sans bruit ^ mais Marie 
de Vélasco sa femme , qui avoit été intime de la reine 
Isabelle, et qui s'étoit depuis brouillée avec Germaine, 



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An i5i6. LIVRE QUATMIÈMS. 4^^ 

le conjura de ne pas soufirir qu'on le dépossédât, et 
la plupart des grands du royaume lui promirent de 
Fassister d'argent et de troupes^ et d'aller en per- 
sonne le soutenir comme leur ami et leur allie. U fut 
quelque temps irrésolu ; enfin il se laissa gagner aux 
sollicitations de sa femme et aux promesses des sei- 
gneurs , dont la plupart étoient bien aises de donner 
du chagrin à la reine. Ximenès , qui connoissoit la 
facilité et la douceur naturelle de cet homme , et qui 
vo;foit à regret le malheur où il s'engageoit, lui écri- 
vit, lui fit parler par ses amis et lui fit écrire de 
Flandre des lettres fort obligeantes \ enfin il le me- 
naça de le faire punir comme rebelle. Mais les exhor- 
tations et les reproches de sa femme eurent plus 
de pouvoir sur son esprit que les avis salutaires du 
cardinal. L'amirante vint à la porte de la ville, et 
ayant appelé les principaux habitans , leur représen- 
ta qu'ils alloient tomber sous la puissance d'une fem* 
me sans raison et sans conduite , qui les abandonne- 
roit à l'avarice et à la tyrannie de ses ofiiciers , et que 
cet accommodement qu'on venoit de faire étoit une 
invention du régent et non pas un ordre dii roi. U 
leur montra des lettres du connétable, du comte de 
Bénévent et du duc de l'Infantade, qui les assuroient 
de leur protection , si l'on enlreprenoit quelque chose 
contre eux. 

Le cardinal, après avoir essayé en vain de ramener 
le comte par la douceur, fit marcher le commissaire 
royal Cornéjo avec des troupes pour lui faire son 
procès et le châtier. Son instruction portoit d'en- 



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4^6 niSTOIRS DU GARD. XIMEHÈS. A» i5i6. 

voyer un trompette à la porte de la ville pour signi- 
fier aux habitant que le roi leur commandait de 
poser les armes ; qu'on leur ieroit grâce slk obéis- 
soient, sinon qu'on les traiteroit comme des rebelles, 
et qu'on dësoleroit la ville -, que le eomte alloit être 
déclare criminel de lèse^majesfii^ qu« ses hkens se- 
roient confisqués et ses en&ns déchus à perpétuité 
de tout rang et de tous titres de noblesse. Le commis- 
saire avoit ordre de mettre des troupes sur tous les 
passages, et de feire arrêter les seigneurs qui se- 
roient assez hardis pour venir au secours de la place. 
Mais ils n'osèrent , et le comte ennuyé de cette ré- 
bellion presque involontaire, des malheurs dont il 
étoit menacé , renvoya sa garnison et s'alla jeter aux 
pieds du cardinal , qui lui pardonna , et le protégea 
même depuis en plusieurs rencontres. Cependant 
comme ces rebellions étoient firéquentes, et que les 
grands du royaume s'y trouv oient toujours engagés, 
il écrivit au roi qu'il falloit les humilier, surtout l'a- 
mirante, qui neperdoit aucune occasion de troubler 
l'état^ ajoutant que l'obéissance que les sujets doivent 
aux souverains est une chose bien fragile, si elle 
n'est maintenue par le respect et par la crainte , et 
que dans tous les états, mais principalement en 
Espagne,* la discipline ne s'entretient que par les 
exemples. 

Pendant que le cardinal aigissoit ainsi pour établir 
la reine Germaine dans la Gastille, eUe cherchoit de 
"Son côté les moyens de lui nuire, et se liguoit secrè- 
tement avec le gouverneur et le précepteur de Tin- 



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An i5i6. LITRE QUATRIÈME. 4^^ 

fant. Elle auroit voulu voir ce jeune prince sur le 
trône à la place du roi son frère. Elle lui offrit non- 
seulement son crédit, mais encore les quatre villes 
qu'on lui donnoit , qui , par leur situation et par les 
fortifications qu'on y avoit faites , ëtoient devenues 
si considérables, qu'on disoit ordinairement en Es- 
pagne que qui possèderoit Olmédo et Arévalo seroit 
maître de la Castille. Le cardinal qui avoit l'œîl sur 
la maison de l'infant, et qui ne manquoit pas de 
bons avis, découvrit bientôt cette intelligence, et 
manda promptement au roi catholique qu'il n'ëtoit 
pas sûr de donner à une princesse inquiète des 
moyens de troubler le repos public, et que c'étoit 
assez de lui laisser pour suspensions la ville de Ma- 
drigal avec son territoire. 11 allëguoit que les bâbi- 
tans d' Arévalo et d'Olmédo avoient obtenu , à cause 
de leurs services, des anciens rois , et surtout de Fer- 
dinand IV, des immunités et des privilèges qui les 
mettoient à couvert de toute autre domination que 
de la royale. 11 en envoyoit même des copies en Flan- 
dre. Du reste , il prioit qu'on ne s'étonnât pas des 
plaintes et des invectives de la reine, et qu'encore 
qu'elle menaçât de s'en retourner en France, il fel- 
loit croire qu^l n'y avoit point de lieu où elle pât 
faire plus de mal à l'Espagne qu'en Espagne même. 
Le conseil de Flandre lui répondit qu'il pouvoit faire 
là-dessus ce qu'il jugeroit à propos. 1> se contenta 
pourtant de veiller sur les actions de la reine, et 
laissa l'affaire indécise, jusqu'à ce que sa majesté fCn 
arrivée dans le pays. 



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4^8 HISTOIRE DU CARD. XIMSICÈS. An i5i6. 

Mais ce qui le touchoit davantage parmi tant de 
soins et tant de travaux, c'ëtoit l'état pitoyable où 
se trouvoit la reine Jeanne. Ferdinand son père , ne 
voyant aucune apparence qu'elle pût guérir de la 
maladie d'esprit dont elle étoit affligée, jugea qu'il 
falloit ôter aux yeux des peuples un si triste spec- 
tacle , et la mit dans le château de Tordésillas. Le lieu 
étoit agréable ; l'air y étoit bon ^ elle et ses femmes 
y étoient logées fort commodément; et on croyoit 
que le seul soin qui restoit à prendre pour eUe étoit 
d'entretenir sa santé et de la faire bien servir. U aijh 
roit été fort nécessaire de la divertir un peu , raa»s la 
mort de son mari lui étoit toujours présente , et le 
temps augmentoit sa douleur bien loin de la soula- 
ger. Louis Ferrier de Valence qu'on lui avoit donné 
pour la gouverner, étoit un homme grave et pesant 
par son naturel et par son âge, qui n'avoit su ni 
l'amuser ni prendre aucun ascendant sur son esprit 
Ainsi elle étoit toujours plongée dans une mélan- 
colie qu'elle entretenoit , et que personne ne prenoit 
soin de dissiper. 

Elle logeoit dans des chambres basses et sombres 
dont elle ne sortoit point, et l'on n^avoit jamais j)a 
la résoudre à voir la lumière et à prc?hdre l'air. Elle 
couchoit sur la terre et quelquefois sur des planches -, 
et c'étoit une grande joie dans le palais, quand on 
pouvoit obtenir qu'elle se jetât sur un lit sans pourtant 
se déshabiller. Au plus fort de l'hiver, elle rejetoit 
les fourrures qu'on lui avoit préparées, disant : Qtt'Mne 
honnête veuve ne devoit plus songer aux commodi- 



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An ]5i6. LITRE QUATRIÈME. 4^9 

tés de la vie. Quelquefois elle passoit deux jours sans 
manger , quoi qu'on pût lui dire. On la servoit en 
vaisselle de terre, car elle ne vouloit plus voir ni or 
ni argent. Et ce qu'il y avoît de plus âcheux, c'est 
qu'encore qu'elle ne touchât pas à la plupart des vian- 
des qu'on lui prësentoit, eUe ne pouvoit souffrir 
qu'on les emportât de sa chambre jusqu'au lende- 
main, ce qui causoit dans tout son appartement une • 
puanteur insupportable. 

Le cardinal alloit voir de temps en temps cette prin- 
cesse, s'informoit de ce qu'elle faisoit ou disoit ordinai- 
rement, et l'observoit lui même avec beaucoup d'at- 
tention dans, le dessein d'imaginer quelque moyen de 
la tirer de cette profonde mélancolie. Il s'aperçut 
qu'elle étoit encore entétëe de sa grandeur, et on lui 
rapporta qu'elle se pkignoit souvent d'être renfer- 
mée, et de ne pas régner souverainement comme 
elle devoit. Il conclut de là qu'en la flattant de quel- 
ques apparence» de royauté on la rendroit peut-être 
plus traitable. Il congédia Louis Ferrier , et mit en sa 
place don Femand Ducaz de la ville de Talavéra , 
homme d'une naissance illustre et d'un esprit inven- 
tif et enjoué, à qui il marqua la manière de se con- 
duire avec la reine. On prit avec elle un air de respect 
et de soumission extraordinaire qui lui plut. On lui 
insinua qu'il ne convenoit pas à la plus grande reine 
du monde de meçer un vie triste et obscure, et on 
la disposa à se produire, à se meubler et à s'habiller 
décemment. On l'engagea à laisser nettoyer son ap- 
partement, en lui disant qu'il arriveroit bientôt des 



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43o HISTOIRE DU CIRD. XIMENÈS. An i5i6. 

ambassadeurs qui seroient scandalisés de celte malpro- 
preté. On lui fit accroire que les peuples avoient une 
grande passion de la voir et de la recoanoître pour 
leur souveraine, et elle s'accoutuma insensiblement 
à aller à la mes^ hors du château et à manger certains 
jours en public. 0» apCiista des gens pour crier, vive 
la reine, quand elle sortoit ; peu à peu elle recutchez 
die certain monde choi|i, qui supportoit ses foi- 
blesses et tâchoit de la divertir quand elle avoit de 
bons momens, sous prétexte de grossir sa cour. 
Comme i;ine de ses folies étoit de s*estimer aussi sage 
et aussi capable de régner que la reine Isabelle sa 
mère, on la ramenoit souvent en lui disant : La feue 
reine faisoit ainsi , la feue reine ne Tauroit pas £iit. 
Enfin , sans la fâcher et^ans lacontr edire , on la remit 
àajxs un train de vie conforme à sa dignité, par Fa* 
dresâedtt cardinal et par rascendant que don Fernand 
prit sur son esprit. 

. 11 a y eut.riçn dans toute la r^enee de Ximenès 
qui lui attirât tant de remercimens. Le roi en écrivit 
des lettres pleines d;e reconnoissance-, tout le peuple 
lui donna mille bénédictions vies ^ands.même recon- 
Burept^a sagesse et ses b(Mmes intentions , et la plu- 
part s'attachèrent à lui depuis ce temps-là. 11 accorda 
quelque récompense à Louis Ferrier qu'il avoit tire 
d'auprès de la reine ; mais il lui donna «n inéme temps 
un déplaisir sensible en ôtant à soip fils le gouverne- 
ment de Tolède que le feu roi lui avoit donne. Car 
se. croyant .pbs responsable de ce qui se passoit dans 
cette ville que dans les autres, et ayant appris qu'il 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. 43l 

s'y commettoit des injustices "par Tintérét ou par le 
caprice de quelques particuliers et par la nëgligence 
du gouverneur , il envoya un commissaire royal pour 
informer contre les coupables. Tout ayant été bien 
avéré, le gouverneur fut déposé et cassé, et les offi- 
ciers convaincus furent fouettés par la ville , un hé*- 
raut marchant devant, et publiant à tous les carre- 
fours les malversations quHls avoient faites. Il ne fut 
pas moins sévère contre un cotnmandeur de Tordre 
de Calatrave dont il avoit reçu beaucoup de plaintes , 
à cause de ses impuretés et de ses violences. Il lui 
ôta sa commahd<erie , et envoya des archers pour le 
prendre; mais comme il se sauva, et que le bruit 
bourut qu'il alloit en Flandre pour se justifier, Xi»- 
menès écrivit à Chièvre les déréglemens de cet homr 
me , et le pria s'il avoit Fimpudence de vouloir excu- 
ser ses eriqieS', qi^au lieu ^ l'écouter, on le fll^'puiiir ' 
rigoureusement. 

Cette fermeté et ce zèljepour la justice arrêtèrent 
beaucoup dé d^ordres , et lui acquirent tant d'auto*- 
rite, qu'il n'y avoit personne qui» ne cherchât sa ppote<^ 
lion et son amitié. Le comte de Yréna et son fils aîné 
don Pedro Giron , pour leur intérêt et pour leur hon-^ 
neur, s'attachèrent au cardinal. Le duc d'Escaldnne 
liii'fsiifoit sa cour régulièrement , sollicité par la du- 
t^hesse sa femme qui lui redisoit tous les jours qu'on 
ne pouvoit assez honorer ce prélat qui ne se confioit 
qu'en Dieu , et qui ne cherchoit que sa gloire. Le duc 
de Béjar et toMe la famille d'Astuniga se jeta entre ses 
bras, et lui demanda instamnient sa bienveillance. 



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43ft HISTOIRE DU GARD. XIHENis. An i5i6. 

L'amirante le remit dans soû devoir et lui amena 
même le comte de Bënëvent. Les comtes d'Ândrade 
et de Lémos lui assuroient les Asturies et la Galice, 
et s'engageoient à le servir contre tous ses ennemis, 
n ne restoit que le duc de Tinfantade , le connétable 
et le duc d'Albe qui /pour des intérêts particuliers, 
auroient bien voulu abattre sa puissance*, mais ils 
n'avoient pu que montrer leurs mauvaises intentions , 
et, après beaucoup de bruit, ils n'avoient jamais rien 
osé entreprendre* 

Tout étant ainsi tranquille dans le royaume ^ il 
s'appliqua à réformer plusieurs abus et à mettre Tor- 
dre dans les finances. Mais afin d'exécuter en repos 
tous ses desseins, il fit fondre plusieurs canons d'une 
grosseur extraordinaire qu'on distribua par son or- 
dre .dans trois régions différentes : les \ms à Médina- 
del-Gampo au-delà de^ montagnes, les autres à 
Alcala, et les derniers à Malagk, avec les munitions 
et les officiers d'artillerie nécessaires, afin que de 
quelque cÀté que vint la révolte, on trouvât dans le 
-pays même de quoi l'arrêter et la punir dès le com- 
mencement. Après avoir pris cette précaution , il 
• entreprit d'examiner les finances qu'on avoijt fort 
embrouillées et dissipées dans les dernières années 
de Ferdinand. Il fit publier un édit par lequel il 
étoit ordonné à tous ceux qui avoient eu quelque 
commission, soit conseillers d'état , soit seigneurs , 
soit ambassadeurs, soit domestiques, de rapporter 
tous les actes publics et particuliers qui concernoient 
les affaires du roi , et de les mettre en ordre dans des 



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Ah i5i6. LIVRE QUAtRlÈMÉ. ^H 

cassettes, afin qu'on pùtlesttouverlorsqu^on en au^ 
roit besoin, ce qui étoit d'une grande utilité. 

11 voulut prendre connoissance d^s ordres militai- 
res, des revenus, des aumônes, des commanderies, 
de la juridiction, du gouvernement et de tousjes 
droits des grandes maîtrises. Depuis qu'elles avoient 
été réunies à la couronne , chacun âVoit attiré à soi 
ce qu'il avoit pu. Il fit faire cette recherche avec 
tant de diligence, qu'en trois jours il fut informé de 
toutes les règles, constitutions, coutumes, décrets 
^des trois ordres et de tout ce qui concernoit leurs 
revenus. Les principaux commandeurs , qui avoient; 
sujet de craindre la pénétration du cardinal^ lui re- 
présentèrent leurs privilèges 5 mais il leur répondit 
qu'il avoit dessein de réformer les abus et non pas 
d'abolir leurs exemptions. Ceux de Calatrave et 4jAl" 
cantara produisirent des bulles dés papes , par les- 
quelles ils préténdoient que leurs ordres ayant été 
institués selon la forme de celui de Cîteaux, il leur 
étoit défendu de reconnoître d'autre supérieur que 
lé général ou le grand-maître de Tordre. 

Le cardinal leur montra que les pàpès avoient très- 
sagement établi que les congrégations religieuses , 
comme étoit celle de Cîteaux, ne fussent conduites 
que par des abbés de leur institut, parce qu'un su- 
périeur étranger et élevé dans d'autres maximes ruf- 
neroit leur régularité au lieu de la maintenir ; mais 
que rien n'empêchdit que des hommes de guerre , 
nourris dans la cour ou dans les armées , rié fussent 
gouvernés par des ministres d'état ^ qu'ils n'avoient 

7. »8 



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434 HISTOIRE DIT CARD. XIMENÈS. An i5i6. 

que k titre de Citeaux , et que, comme ils n'en pra- 
tiquoient pas la règle, ils avoient tort d'en préteadre 
les privilèges. Il alléguoit aussi que le feu roi avoit 
commis l'archevêque de Grenade pour Fadministra- 
tion des trois grandes maîtrises, et qu'en cette qua- 
lité il avoit préside à leurs chapitres \ qu'il arrivoit 
même quelquefois que des commandeurs de Saint- 
Jacques, qui sont sous la règle de Saint-Augustin, 
commandoient ceux de Calatrave et d'Alcantara ^ et 
qu'il n'y avoit que quelques jours que l'aifubassadeur 
Adrien, dans une espèce d'assemblée convoqi^ée tu- 
multuairement , avoit fait élire , par la seule volonté 
du roi et sans aucune de leurs formalités , don Pedro 
Nunez de Gusman, grand commandeur de Calatrave. 
Il continua donc sa recherche avec tant de pru- 
dence et.de dignité, que tout se fit comme il l'avoit 
résolu, du consentement même des chevaliers. H dé- 
couvrit des revenus cachés que des particuliers avment 
détournés, et il fit revenir par là au domaine royal 
des sommes très - considérables. Les ordres ëtoient 
anciennement obligés d'entretenir un certain nombre 
de soldats pour défendre les firontières et pour £dre 
la guerre aux infidèles 9 il leur fit exécuter cet article 
de leur institution , et déchargea le roi d'mne assez 
grande dépense. 11 retira deux villes , dépendantes 
<^ grand-maître de Calatrave, des mains des Arago- 
nois qui les avoient usurpées. Il créa de nouveaux 
administrateurs pour avoir soin des droits du roi , et 
déposa tQus ceux qui. avoient été ou n^ligens ou 
peu fidèles. 



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An i5f«. LIVRE QUATRIÈME. 4^5 

H hfe lui riestoît plus qu*un projet , lé pFus dëlicat 
et le plus hardi qu'un teirtistrie pût exécuter en Fab- 
sence èe son itaaître. G'étoit de retrancher les pen- 
ridnfe qui , s#us les règnes prëcédens , avoient été 
accordées à des courtisans sans service et sans ti^iéritè -^ 
de r^ler lés gages des officiers cjul , par faveur ou 
par nécessité, àVolent obtenu , eii des teihps fâcheux , 
des flughieniations eicessives , et de rechercher tout 
te qui âvoit été aliéné du domaine royal pendant les 
guerres de Grenade , de Naples et de Navarre. Il ba- 
lança quelque temps sur HfS qu'il avoit à faire, parce 
qu'il prévoyoit qu'il alloit s'attirer la haine presque 
tinitetselle du royatime , et que le roi ne seroit pas 
aùsfsî touché des avantages qui lui en reviendrôient , 
que les autres le seroient dfes pertes qu'il leur au- 
toit causées. Il se détermina pourtant à cette sup- 
pression par deux taisons : l'une étoit la iiécessité de 
Tétât que Fecdinand avôit laissé fort engagé -, il falloit 
piyét- beaucoup de troupes entretenues; Charles avoit 
léVé des gens de guerre en Allemagne pour l'accom- 
pagner *, les Espagnols en avoient fait autant pour le 
rece^TOfr , parce qu'il prétendoit passer en Espagne 
Bèîté fnêfné année; il avoît fallu équiper la flotte, 
travaille^ à la fortification de plusieurs places , met- 
tre dés garnisons dans la Navarre, et faire une infi- 
nité d'âtitres dépenses qui se ^résentoient tous les 
jours ; il eroyoit pouvoir fournir 5 tout par la sup- 
pressidrt dés pensions qu'il estimoit éteintes par la 
moré dé Ferdinand et dPIsalfelle. L'autre rais)on étoit 
de pure honnêteté pour le roi : car, comme ce prince 



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436 HISTOIRE D13 GARD. XIMENÈS. An i5i6. 

vivoit dans un pays éloigné , qu'il n'avoit aucune 
connoissance des affaires de CastiUe, et quelles es- 
prits ne paroissoient pas prévenus pour lui, le cardinal 
prétendoit par là lui donner occasion de rétablir ces 
pensions à son entrée en Espagne, et de gagner les 
grands par des libéralités que ses prédécesseurs leur 
avoient faites. Il vouloit bien , à sa considération , se 
charger de toute la haine de cette affaire , et lui a€- 
quérir, pour ainsi dire à ses dépens, • Tamitië et 
l'estime de ses sujets. 

Il poursuivit donc son^dessein , et pour montrer 
qu'il n agissoit que par les motifs du bien public, il 
traita également les amis et les indifféirens. Car il ôta 
aux héritiers du grand capitaine, dont il révéroit la 
iDémoire , de grands revenus dont ils jouissoient par 
la gratification des rois , et à Tellez son ami , un droit 
qu'il tenoit depuis quarante ans sur les moulins des 
environs de Séville , se réservant à les dédommager 
d'ailleurs ,.ou à leur procurer auprès du roi la resti- 
tution de ce qu'il leur faisoit perdre. On muirmura 
contre lui dans toute l'Espagne, et quelques histo- 
riens de ce temps-là, entre lesquels fut Pierre Martyr, 
voyant qu'il leur retranchoit leurs pensions, retra»- 
obèrent aussi leurs louanges. On n'a pas su précisé- 
ment s'il avoit pris cette résolution de son chef, ou 
s'il avoit reçu des ordres secrets de la cour. Il est 
certain qu'il étoit naturellement bien&isant, et qu'il 
se plaignit souvent dans ses lettres : Qu'on le rendoit 
odieux aux gens de son pays -, qu'on lui donnoit tou- 
jours commission d'ôter et jamais de doni|ter^ et qu'en- 



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An i5i6^. tîVRÈ QUATRIÈHTE. ' 4^7 

fin on seservoit de lui, comme Dieu se sert du déraon, 
pour faire du mal, et non pas pour faire du bien. 
D'autre c6të il avoit toujours eu la pensëe d'augmen- 
ter les revenus du roi, il en avoit souvent parlé; et 
il étoit persuadé que les souverains , quelques reve- 
nus qu'ils eussent, ne faisoient jamais rien de grand 
ni dans la paix ni dans la guerre., que par le secours 
et par le bon ordre de leurs finances. Il avoit souvent 
proposé au roi de supprimer toutes les charges des 
receveurs taut généraux que particuliers, et d'une 
infinité d'autres officiers qui chàr^nt plus l'état qu'ils 
ne le servent, et son dessein étoit de ne laisser qu'un 
intendant des finances, chez qui l'on déposât les de- 
niers royaux pour les nécessités publiques et impré- 
vues. Mais on crut apparemment qu'une charge qui 
avoit tant de fonctions ne pouvoit êtte exercée que 
par un grand nombre de personnes, et on ne lui ré-^ 
pondit rien là-dessus. 

Comme il vit que les richesses de Castille passoient 
en Flandre , que les dépenses que le roi faisoit étoieut 
excessives , et qu'il donnoit indifféremment de gran- 
des sommes à ses courtisans, il lui écrivit que l'expé- ^ 
rience lui apprendroit peut-être trop lard à ménager 
ses trésors; qu'il est séant à un prince de donner 
même beaucoup , mais qu'il ne faut pas que ce soit 
sans discernement et sans raison ; qu'il prît garde à qui 
il se confioit; que plusieurs s'insinueroient dans ses 
bonnes grâces pour leur propre intérêt et non pas 
pour son service; qu'il y en aurbit qui seroientbién 
aises de l'appauvrir pour le rendre plus timide et plus 



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438 HISTOIRE DU GARD. XIHENÈS. An 1 5 16. 

dépendant , et pour lui vendre plus c]^èrQment les 
secours qu'il seroit obligé de leur dénf^nd^r*, qu'il 
fit réflexion que les besoins de l'état alloient être 
grands ^ qu'il étoit étrange que depu^ quatçe Biois 
qu'il régnoit, U eut presque autant dépensé que les 
rois catholiques en plusieurs années, quoiqi;i'ils eus- 
sent été assez magnifiques *, que, s'il avoit dça dfiis à 
faire, ce devoit être à de bons et fidèles serviteurs 
dont il auroit reconnu le zèle et l'attachei^^ut pour 
sa personne 5 que la justice dçvoit être pour tou;s les 
sujets indifféremment^ mais que la libéralité et les 
grâces, ne dévoient être que pour le mérite et pour les 
services *, et qu'enfin trois choses \m avoient toujiours 
paru très-nécessaiies à un souverain pour Thônneur 
et pour l'affermi^ement de son règne : la première, 
de Ëiire droit à cj^acun de quelque copc^tion qu'il lut; 
la seconde , de récompenser la valeur et les services 
des gens de guerre ^ et la troisièpstn^ qu'il estimoit de 
très-grande ocfiséquence, de ne point d^iper ses fi- 
nances et de mettra à parties é{>argnes de son reve- 
nu pour entreprendre selon l'occasion de grandes 
choses. 

Le soin qu'il prenoit de police^. ainsi l'Espagne 
n'interrompit pas le dessein qu'il avoit toajoui:s eu 
de porter la guerre en. Afrique, et il fit voir aiUant 
de constance et de fermeté daps le malheur qui ar- 
r;iva;^ qu'il avoijt montré 4^ modération dans la. vic- 
toire qu'il avoit autrefois remportée. La ville d' Alger, 
quQ quelques-uns ont prise pour l'anicienne Cirta, de- 
mwrç royale de Jubçi, et ie Sîphax, étoit depuis quel- 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. 4^9 

ques années tributaire du roi d'Espagne sans qu'on 
se fût aperça qu'ily leût aucune apparence de révolte, 
lorsque Horuc de Mitilène, fameux corsaire, surnom- 
mé Barberousse, assisté d'Harédin son frère, fit des 
eourses sur les côtes d'Espagne, et entreprit de chas- 
ser les chrétiens des places qu'ils avoient conquises * 
en Afrique. Uassiégea la ville de Bugie et y fit don- 
ner plusieurs assauts*, mais, se voyant vigoureuse- 
ment repoussé , et ayant eu un bras emporté dans 
une attaque, il iiit obligé de lever le siège. Cet acci- 
dent ne lui fit pas perdre courage , et redoubla plu- 
tôt la bcune qu'il avoit contre les chrétiens. 11 résolut 
de se rendre maître d'Alger de gré ou de force. Les 
morsJ^ites , qui sont des ermites et des religieux mau- 
res , le servirent utilement, en persuadant d'abord au 
peuple qu'il n'étoit pas permis à des fidèles maho- 
métans d'obéir et encore moins de payer tribut aux 
chrétiens : ils ajoutoient que Horuc étoit le seul homme 
capable de les tirer de cette servitude *, qu'onf^onnois-* 
soit assez sa hardiesse et son zèle pour sa religion; 
que les conjonctures ne pouvoient être plus favora* 
blés ; queFerdinand venoit de mourir-, et que le cardi- 
nal Ximenès n'étoit plus à craindre comme autrefois , 
parce qu'il étoit cassé de vieillesse et accablé d'affai- 
res, et qu'il ne lui restoit ni des forces ni du loisir 
pour des e:q)éditions d'Afrique. Ces discows tou- 
chèrent la populace. On chassa Sélin qui gouvemoil, 
et l'on appela Horuc dans la ville pour le mettre en 
sa place. 
Celui-ci se voyant maître d'un port de mer et d'une 



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^4o HISTOIRE DU GARD. XIMEMES. An i5i6. 

yjille des plus célèbres de la Mauritanie songea non- 
seulement à inquiéter les Espagnols , mais encore à 
détrôner plusieurs petits souverains du pays , pour 
réduire toute l'Afrique à l'obéissance ï^es Turcs, par 
le secours desquels il étoit devenu roi de simple pi- 
rate qu'il avoit été. Un des premiers qu'il attacpia , 
fut le roi de Tunis , qu'il prit et qu'il fit mourir cruel- 
lement. Son neveu, qui lui succéda, se trouva si 
pressé par les courses continuelles que Horuc faisoit 
&Vir ses terres , qu'il appréhenda de tomber entre ses 
mains , et prit le parti de se réfugier en Espagne. 11 
alla trouver le cardinal et le supplia de lui accorder 
sa protection contre leur ennemi commun, lui disant 
que Tamitié qu'il avoit eue pour les Espagnols lui 
avoit attiré tous ces malheurs, et qu'il avoit mieux 
aimé suivre l'exemple de ses ancêtres, qui avoient ho- 
noré le roi d'JSspagne, que de Ëiire aucune alliance 
avec un pirate. Le cardinal lui répondit fort honnê- 
tement qu'il l'assisteroit , et que ,' tant qu'il âuroit du 
pouvoir en Espagne , personne ne se repentiroit d'a- 
toir été fidèle au roi son maître. 

Aussitôt il donna ordre qu'on levât des troupes 
par tout le royaume, et fit préparer la flotte pour les 
porter, en Afrique , résolu de déposséder Barberousse 
des états qu'il avoit usurpés et de le chasser loin du 
voisinage d'Espagne comme un ennemi dangereux. 
Il jeta les yeux sur Fernand Andrade pour lui donner 
le commandement de cette armée, mais ce capitaine 
s'excusa sur ce que ce n'étoient que des nouvelles 
levées qui ne savoient pas la guerre et qui ne le- 



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An i5i6. LIVRE QUATRIEME. 44l 

roient pas honneur à un général. Ximenès, qui n'ai- 
moit pas à être reflisé , ne lui en parla pas davantage , 
et nomma pour chef de cette expédition don Diego 
Véra, grand -maître de Fairtillerie, dont il avoit re- 
connu l'esprit et la vaîéur dans la conquête d'Oran. 
Il lui ordonna d'aguerrir un peu les troupes et d'aller 
assiéger Alger. Ce choix ne fut pas fort approuvé , et 
l'on crut que piqué du refus d'Andrade il avoit choisi 
sans réflexion un homme brave à la vérité , mais ar- 
rogant, et qui devoit plus à sa fortune qu'à sa con- 
duite. Véra s'embarqua avec près de dix mille hom- 
mes et aborda vers la fin de septemibre sur le rivage 
d'Alger. Lès Maures , qui étoient informés de ce des- 
sein , avoient demandé du secours à tous leurs voi- 
sins 5 on avoit fiait entrer dans la place beaucoup de 
cavalerie numide^ et Barberousse avec six cents ar- 
chers turcs qu'il avoit amenés d'Asie pour sa garde , 
paroissoit sur lès remparts etencourageoit son monde 
à se bien défendre. 

Véra ayant vu quelque ardeur dans les troupes, 
qui venoit plutôt de l'espérance du butin -que du dé- 
sir de combattre , divisa son armée en quatre corps, 
croyant que les oiSiciers auroient moins de peine à 
les Élire agir , et que les Algériens ne soutiendroient 
pas aisément quatre attaques à la fois. Quelques colo^ 
nels lui représentèrent qu'il ne pouVoit rien faire de 
plus pernicieux que de partager ainsi les *troupes , et 
que la force de l'armée consistoit à être unie , sur-, 
tout dans les approches d'une ville dont on savoit 
que les assiégés, étoient presque en aussi grand nom- 



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44^ HISTOIBB DU GARD. XIMENÈS. An i5ia 

bre que leâ assiëgeans. Le gênerai ne voulut pas 
écouter leurs raisons » les autres s^oostiaèrenl à lui 
iaire des remontrances , cependant il Êillut suivre cet 
ordre. Les Maures laissèr^t les^ortes de la ville ou- , 
yerles, sQif^'ils eussent semé des pointes de fer dans 
les rues, selon-iquelques-unsy Aoit qu'ils eussent £dt 
des fosses de tous côtés, couvertes de petites bran- 
chés ou de roseaux avec une cooche de terre par des- 
sus, selon les autres. Les Espagnols se défièrent de 
leurs artifices et s'avancèrent d'abord avec beaucoup 
de résolution pour escalader les murailles ^ mais ils 
fiirent repoussés, etplusieiu-s ayant été pris et pen- 
dus aux. créneaux , tout le reste fut effrayé- 

Barberousse, qui savoit parfaitement la gaerre, 
s'aperçut bientôt de -l'imprudence de Yéra, et dans 
une sortie générale qu'il fit, donnant sur l'armée 
espagnole avec les Turcs et ses Numides, la défit en- 
tièrement Yéra se sauva co^ime il put avec son fils, 
et demeura tout ce jour- là caché dans le creux d'un 
irocher. Lorsqu'il revint en Espagne , les peuples le 
traiter eilt airec mépris , et les enfans alloient après 
lui , chantant : Qu'avec les deux bras il n'avoit pu 
battre Barberousse qui r^èn avoit qu'uni Le cardinal 
reçut cette nouvelle après souper , eommê il s'entre- 
t^noit de quelques matières théôlogiques. Il ^voit 
accoutumé d'agiter tous les 'jours quelque point de 
religion, ou quelque difficulté de l'Écriture avec les 
religieux et les docteurs qu'il avçit auprès de loi , et 
c'étoit là le seul dhr4n*tifisement qu'il prenoit pour se 
délasser des travaux de la journée. On lui vint dire 



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Aiir5i6. Lf>RE QUàTRlÈMB. 44^ 

qu'un courrier d'Afrique étoit k la porte , il com- 
manda qu'on le fît entrer, et sans lui faire aucmac 
question U prit le paquet, lut les lettres, et dît aux 
assistans : On me mande que notre armée a été tettue 
et défaite en Afrique -, l'Espagne n'y perd pas beau- 
coup , elle est purgée d'un grand nombre de débauchés 
et de fainéans \ puis il reprit son discours à l'endroit 
où il l'avoit interrompu , chacun admirant la préaênce 
et la force de son esprit. ^ . 

Ses ennemis ne perdirent pas cette occasion de 
blâmer sa conduite et d'imputer cet événement à sa 
précipitation et au mauvais choix qu'il avoit fait du 
général. Us en. écrivirent an roi en ces termes-là ^ mais 
le cardinal lui manda que la perte n'alloit pas à plus 
de mille hommes -, que les événemens de la guerre 
étoient incertains ^ que Véra s'étoit mal conduit,- et 
qu'il espéroit bientôt &ire payer chèrement à ces bar- 
bares l'avantage qu'ils venoient de remporter. Cepen- 
dant on voit par la réponse qu^ lui fit Léon X, qu'il 
avoit été plus Jouçhé de ^ malheur qu'il ne l'avoit 
fait paroître. Ge pon^tife l'assure qalil a été affligé 
aussi bien que lui de la dé&ite de son armée devant 
Alger, qu'il se console pourtant d'apprendre que spn 
zèle et son courage ne sont pas ralentis par la- mau- 
vaise fortune, il l'exhorte à lever d'autres troupes 
pour la défense danom chrétien, et à employer contre 
les infidèles son grand cœur et cette autorité suprême 
que lui donne le roi catholique, en un temps prin- 
cipalement où le grand seigneur , enflé de la victoire 
qu'il vient de remporter sur le soudan d'Egypte , ne 



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444 HISTOIRE DU GARD. XIHENÈS. Att i5i6. 

manquera pas d'assembler toutes ses forces maritimes 
contre les chrétiens. Enfin sa sainteté lui écrit comme 
aux rois et aux autres souverains de la chrétienté , 
persuadée que Taffaire qu'elle lui recommande dé- 
pend de sa résolution et de son crédit. 

Ce fut en ce même temps que le cardinal Ximenès, 
irrité contre les Génois , fit publier un édit par lequel 
il enjoignit à tous les marchands de Gênes, qui tra- 
fiquoient en Espagne, de sortir du royaume en peu 
de jours , qu'autrement tous leurs effets seroient saisis 
et Confisqués, et eux-mêmes arrêtés et punis de 
mort. Don Juan Rioz fut l'occasion d'une si sévère 
ordonnance. Cet homme étoit né à Tolède de pa- 
rens pauvres et presque inconnus -, mais il s'étoit dis- 
tingué par sa valeur et par sa prudence en plusieurs 
guerres. 11 avoit armé une galère à ses dépens pour 
aller en course -, et il est certain qu'il avoit fait de 
grandes prises. Les Génois se plaignoîent qu'il arrê- 
toit leurs bâtimens et leurs marchandises, et qu*il 
leur causoit de grands dommages. Ils se résolurent 
de l'attaquer à la première rencontre et de se venger 
de lui avec éclat. Il avoit suivi Diego Véra qh Afrique, 
ce qui les obligea. d'attendre son retour et de remettre 
le coup au temps qu'il seroit séparé de la flotte. Ce- 
pendant trois vai^sseaux marchands de Gênes arri- 
vèrent dans le port de Carthagène pour charger des 
laines , dont le trafic fait une des principales'richesses 
d'Espagne. Ils étoient accompagnés de trois vaisseaux ' 
de guerre bien armés, qui faisoient semblant de les - 
escorter, et qui avoient des ordres secrets de la ré- 



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Aa iSiO» LIYAE QUATRIÈME. 44^ 

publique de chercher Rioz , de le combattre et de le 
châtier s'il toinJ)oit entre leurs mains. Ils étaient à 
l'ancre, attendant une coinfon|tïiite favorable pour 
exécuter leur commission , lorsque une partie de la 
flotte d'Espagne arriva tout d'un coup dans le port, 
commandée par Bérenguel, un éè$ principaux ^ei« 
gneursde Catalogne, qui, par.jsa noblesse et par les 
seryices de son père, avoit mérité d'être élevé dans 
les emplois 9 mais qui étoit d'une humeur bizarre, et 
qui passo.it pour n'avoir pas.,: dans le péril , toute la 
fermeté d'un homme de guerre* Rioz s'étoit joint à 
lui, et les Génois ayant reconnu sa galère, dépu- 
tèrent deux officiers à la capitaue pour demander 
qu'on leur livrât ce corsaire , parce qu'il y àvoit un 
traité entre la république et le roi d'Espagne, qui 
portoit que tout ennemi de l'une ou de 4'autre des 
deux nations seroit attaqué et puni conjointement 
par toutes les deux. 

Bérenguel se moqua de la députation et des dé- 
putés, et les Génois indignés du peu d'égard qu'on 
avoit eu à leurs prières , tirèrent sur laçàlère de Rioz , 
et l'endommagèrent si fort avec leurs canons', qu'elle 
fut percée de tous côtés. Bérenguel, piqué dé cette 
insulte, prit un parti extraordinaire; il laissa là les 
vaisseaux de guerre , contre lesquels il falloit com- 
battre, et fit foudroyer les vaisseaux marchands de 
toute son artillerie. Pouf lui , il descendit à terre et 
se retira dan.s la ville, dès qu'il vit que le combat 
alloit commencer. Les Génois se voyant ainsi battus 
sans raison mirent en mer leurs trois' chaloupes, 



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446 HISTOIRE DU CAHD. XIMENÈS. An i5i^. 

deax pièces de canon snr Chacune , et firent si grand 
feu sur les Espagnols^, que de quairé galères qu'ils 
avoient, il y en eut en. peu de temps une Thors de 
défense et une autre coulée à fond. Bérenguel ce- 
pendant crioit dans Garthagène qu'il ne ÊtUoit pas 
souffrir cet affront, et faisoit pointer le canon de la 
ville cofttre les vaisseaux de Gênes , qui , s'étant joints 
ensemble , résolurent de se défendre. Le combat s'é- 
chauffa. On tiroit de part et dlautre sans ordre et sans 
précaution , comme il arrive dans ces occasions tu- 
multueuses ^ les clochef s et les toits des maisons furent 
abattus*, et Barberousse Idi-méitie n'auroit pu faire 
«n plus grand ravage dans cette misérable ville. La 
nuit qui survînt termina le combat , après beaucoup 
de perte et de dommage de^ de.uic partis. 

Le cardinal fut extrêmement; offensé de ce pro- 
cédé qu'il regarda coihme une infraction de$ traités, 
comme tin mépris de la majesté T<^ale, et comme un 
afftont fait à sa régence^ et fit publier contre les Gé- 
nois l'édit dont nous avons parlé. Pour Bérenguel , il 
ne put le souffrir depuis ce temps-là ; fl voulut même 
le casse/ et donner sa plddé à Jeaii Yélasco, fils du 
connétaUe*, mais toute la cour de Flandre s'intéressa 
si fort pour lui ^ que non -seulement il fut rétabli, 
mais encore il toucha quatre mille écus (For pour 
le dédommagement des pertes qu'il pouvoit avoir 
faites^ Ximenès écrivit au roi que s'il vduloit être bien 
servi , il ne dcrvmt jamais souffrir des lâches dans les 
emplois importans ] que sa majesté avoit fait arrêter 
des criminels d'état en t'iattdre , qui ne l'étoient pas 



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An i5i6. LIVRE QUATRIÈME. 44^ 

tant quecelut-^ci*, et qu'il s'ëtoûnoit qu'on eût donne 
des récompenses à un homme qiiJilTalloit punir. Mais 
on n'écouta pas ses raisons , et Bérenguel ayant pris 
k quelque temps de là quatre vaisseaux corsaires 
après un long et rude combat , et réparé par cette 
victoire la faute qu'il avoit faite , fut ^taintenu dans 
sa charge. 

Les Génois, toqchés de la confiscation de leurs 
biens et de l'intértuption de leur commerce, en- 
voyèrent une ambassade aux Pays-Bas pour supplier 
le roi catholique de casser l'édit que Ximenès avoit 
fait contre eux, et lui dirent qu'encore qu'on eût 
donné aux capitaines de leurs vaisseaux un juste su- 
jet de se plaindre, la l'épubliqae toutefois, par le 
respect qu'elle avoit pour sa majesté, auroit souhaité 
qu^ils eussent dissimulé l'injure qu'on leur faisoit, 
plutôt que de donner occasion à une rupture; que le 
sénat avoit d'abord dédaré I^ conîtnandans crimi- 
nels d'état, et condamné les autres officiers à de 
grandes peines, quand ils seroient revins en leur 
pays •) mais que Dieu avoit pris soin lui-même de les 
punir ) que ces vaisseaux et ceux qui les montoient, 
battus d'une tempête imprévue, avoient péri dans 
le pn^rt jnême de VilIefranche-dé'-Nice-, et que la 
république n'avioit p^relté aWre chose dans cette 
perte , sinon que le naufrage lés eût dérobés au sup- 
plice qui leur ëtoit préparé pour servir d'exemple à 
la postérité. Le roi fut satisfait de ce discourss et leur 
promit de faire révoquer l'édit. 11 en éetîvit au car- 
dinal, cpiit hn répondît qu'il ne Êilloit pais si légère^ 



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448 HISTOIRE I>U GARD. XIMENÈS. An i5i6l 

ment pardonner k eaux qui yioloient la religion des 
traités et la majesté des rois , et qu il y ayoit encore 
d'autres raisons de tenir les biens des Génois en sé- 
questre. 

Ces raisons étoient que le comte Navarre qui avoit 
été pris par les François à k bataille de Ravenne , et 
négligé par les Espagnols , s'étoit engagé au service 
de la France , et se disposoit à partir de Marseille avec 
seize vaisseaux qu^on croyoit armés coixtre la Sicile. 
On savoit que là flotte de Gènes s'étoît jointe à laflotte 
de France , et l'on soupçonnoit qu*il n'y eût quelque 
dessein sur Palerme. D'ailleurs les espions du cardi- 
nal lui donnoient avis qu'il abordoit à Barcelonne et 
dans tous les ports des environs grand nombre de 
François et de Génois qui , sous prétexte de. débiter 
ou d'acheter des marchandises^ alloient par toute TEs- 
pàgne, et envoy oient souvent des couxriers en Fran- 
ce; ce qui faisoit soupçonner qu'ils avoient quelque 
dessein sur Naples. 

On avoit même intercepté des lettres de.Génes, qui 
donnoient ordre au commandant de leur flotte de se 
tenir prêt à faire voile vers k Sicile, et que rien ne 
lui manqueroit. Le cardinal concluoit de là qu'il ÉaJ- 
kjit retenir leis effets des marchands de Gênes, jus- 
qu'à ce qu'on vît un peu clair dans leurs intentions , 
parce que là crainte dé perdre leurs biens les empé- 
chéroit de se déclarer contre l'Espagtie ; et que , s'ils 
étoient assez hardis pour l'entreprendre,. on leur fe- 
roit la guerre à leurs dépens. Il envoya à Gênes des 
résidens 'fidèles et intelligens pour découvrir les dé- 



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An i5l6*. LTVRE QUATRIÈME. 449 

mamhes elles desseins de la république. Ou leur fit des 
hoaneurs extraordinaires ^ et on les assura qu'il ne se 
feroit de ce côté -là aucune entreprise sur le royaume 
deNaples. Navarre lui-même leur envoya secrètement 
un prêtre de ses amis, pour les prier de dire arf Car- 
dinal Xim€nès que la nécessité où onTavoit réduit 
de renoncer à son pays , ne lui ^aisoit pas oi^blier le 
profond respect qu'il avoit toujours eu pour sa perr 
sonnë^ qu'il pardonnoit à la fortune tous les déplai-^ 
sirs qu'elle lui avoit causés , sLelle lui laissoit quelque 
part dans l'estime , ou du moins dans la pitié d'un si 
gra^d homme y qu'au reste l'armement qu'il &isoit ne 
regardoit que les ennemis de la religion; que les' 
guerres contre les chrétiens lui avoient toujours été 
fatales, et qu'il n'avoit jamais été plus heureux .gue 
lorsqu'il avoit combattu sous lui dans l'Afrique. Sur 
ces asssvaaces^ il fit restituer les biens des Génois, 
et leur commerce fut rétabli comme auparavant. 

Le duc de Najare reçut alors un ordre du roi de faire 
passer en Italie toute là cavalerie qu'il avoit dans la 
Navarre dont il étoit vice-roi , parce que l'empereur 
Maximilien avoit résolu de &ire Le siège de Bresse , 
et d'empêcher les progrès des Fi^mçois , qui étoient 
déjà, msatres de toute cette coiltrée qui est entre Milan 
et Boulogne. Le cardipal manda au vice-roi d'exéç^ 
ter prompiement l'ordre qu'il avoit reçu, et dépêcha 
^n diligence, un c<[>wrièr en Flandre, pour représen- 
ter au roi que le. siège de Bresse.auroit de gratides 
difficultés, et. ne suroît pas d'iane grande conséquén- 
ce ^ qu'il lalloit ^He^ droit à Milan donjt la conquête 
7. a9 



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45o. HISTOIRE DU GA^D. XIM£NÈS. An i5i6. 

ne couteroit guère davantage , ^t mettrait le vain- 
queur en possession de tonte Topuietice d'ItaUe; 
qu'au cas que les François employassent toutes \eari 
forces «iotttre Naples , il s'ofiroit^ si sa majesté lé ju- 
geait à propos , d'asseilibler ses milices et de lés faire 
entrer en France. Il lui donnoit ensuite plusieaà 
avis importans : qu'on ne traitoit pas assei&bien quel* 
.quesseigneur» napolitaine quiëtoient à saxiourpour 
leurs affaires particulière^ *, (ju^on devoit les combler 
de toutes sortes d'honnêtetés, et les renvoyei^ contehs 
en leur pays , parce que cette nation est très^senft- 
ble et très-déKcate sur Thonneur ^ qu'il falloir à^^Oél- 
que pdrix que ce fut^ satis&ire les troupes d'ItâLlie^ et 
que les jchûsés étoient dans tine telle situation, qn^l 
Yaudroit mieux que la maison du roi ne fût p9^ payée", 
qu'il étoif nëdessaire de gagner Tesprit du pape (fà 
sémblôit pencher du côté de la France, et|[u il hii 
avoit écrit depuis peu ses sentimèns avec beaucoup de 
liberté. 

11 conseilla surtout au roi dd bien choisir les afi^às- 
sadeurs c[a'il envoyoit. à Rome , parce qu'ils y étoiént 
puissàhs à cause du grand nombre d'Espagnols qui 
s'y trôùvoient ordtnàirehient / et qu'ils étoient char- 
ges de la négociation là plus fine dt la plus imfKirtante 
4^ ré(at i mais il l%vertissoit aussi de prendre «garde 
atnt ahibàssadeurâ que Rome lui euvoyoit, parce que 
la tranquillité du royaume dépendoit souvent des dé- 
pêches qu'ilfe écrivoieiit au pape; et que leut incôn- 
sidéi^tion ou leur fierté av«dt quelquéfbis cfaïusé de 
grands désot-dres. Ce fut poUr cette bsli^n qu'il etû* 



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Mi5i«. WTRB QUATHIBMR. 45l 

pâeba Iiaureot^ttcci, ncyetk dtt caj^dinsi de ce nam^ 
de yeqir ea;]S«()igti^ii qualité ^9 non^ee apostolique, 
parce qp'il avoit a|)pris des agfen^^'i]^ teoMl à la 
cour de Roipa^, qu# le isevet» Ch>it tiolionflnielë^ 
et inégal,; etqiïe l*bûde élbit pirésomptueux et aVai^. 
I^udaAt qu'il ëtoit ainsi occupé àréglèfr les afi^rës 
^trang^res, il ne laissoit pas dé maintenir la disci- 
pline au dedans. Il y avoit aloirs en Espagne grand 
nombre de juifs qui aroi^ ëtë baptisa,. et qui fei-^ 
soient profession piibUque de là créance 'de Jésus^ 
Christ^ msiis ilsiétoient la plupart convertis par des 
considëration$ humsunes. On ëa citait tons le^ joiirà 
quelques -ttns au tribunal iRf riiiquisitîoii) aÔQUs^s 
de prô&hàtion et dimpiëlé. Golnmé^c<^ jmri:i# de 
religion s'exerce sana dédatèr le ^latèur ni les të^ 
lûoins, ils deniandoiétit qu!ûn a^t ebntre eux par \ei 
voie4 ordinaires, qu'onleur produisit les témoins ^ et 
qu*oAi leur oonfroutât les délateurs. Ilsoffroieht pour 
cela <i)]atre- vingt mille écus d'or au i^ol ^ et le^tj^nit 
Couroit que lés ministres de Flandre avoient trouvé 
1§ proposition raisonnable. 

Ceux de la province de Catalogne faisoieiit des 
poursuites auprès du pape p<>ur obtenir la mdia^ 
grâce ) et, parce qu'ils étoient résolus de ne point épér^ 
gner T^rgent, ils en séroient probablement venus h 
h0tAy ùl^târàinil Pucci, qui vou2oit,pàroilre partie 
san dés Espagnols, ne les cin «t fait avertir. Xinienis 
ai^r^ raifaiife par son crédit et «par' ses remontban-» 
ces. II écrivit teêuie au roi que les lois et les réglée 
dec^^bunâl aVoîént été faites par ses prédéc^^mrs 



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452 HISTOIRE DU GARD. XIMEKIs. Aq i5lu. 

après beadcoop de réfLexioti et de conseil , et qu^i] le 
supplioit de n'y rien i^ianger. il loi nsipttoit devant 
les.yiiix réiëmple de Ferdinand scm aïeul qui, dans 
un extrême besoin dPargent pour achever la guerre 
de NataiTe, reftisa six cent millç écus d'ot qu'on 
ëtoit prêt à lui compter 5 et , préférant le culte et Tob- 
sèrvànoe deisa religion aux richesses, voulut que 
le&lois de cette juridiction demeurassent entières et 
inviolables. Enfin il lui n^suada que ses ancêtres, 
apr^s avoir iSprouvë tous les moyens de conserver la 
religion, ii'en avoient pas trouve de meillettr ^ et lui 
fit viD^r si cldireirtent la méchanceté de ces gens -là 
qui n'ont ni loi ni piélë dans: le cœur , et le peu de 
sûr#é fu'il: y auroit pour des témoins s'ils étoîent 
connus, que lé roi suivit son conseil , et conserva les 
formes et l'autorité de l'inquisition.' 
' Ce iiit ^n ce temps que le cardifial Carvajal de- 
manda à*rehtre» dans son évéché de Siguença. Il s'é- 
toit.Kendu chef d'une ligue contre le pape Jules H 
qui4'atoit chassé du sacré collège, aprèé l'avoir privé 
de ses bénéfices, et il menoit depuis ce temps-là uq^ 
vie triste et obscure dans une maison de campaghe. 
Enfin, par la bonté du pape Léon en faveur du roi 
trèsh chrétien , iï venoit d'être rëhris au ttombre des 
€ardiiMmx, et prétendoit qu'a ddvoit'par con«eqiieat 
être rétabli daiosson siég^ épiscopil. Fëdério de Ppr< 
t^2A y a voit été mis eiAsa place ^dn> la iiomihalion de 
Ferdinand et par les bulles du saint Père. 11 ëtoit 
d'ijiiïéf maliaon illustre et qui sartott ^esrois^d'Awa- 
gDiit^^'ftitiiicnque le foi et Xihiéuè« loi »fi»*ôn#^^ï^ 



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An i5>6. LIVRE QUATRIÈME.' 4^^ 

traires, il avoit de si grandes liai£k)ris avec lies princi- 
paux seigneurs de Castille , qu'il crôyoit pouvoir se 
soutenir par son' crédit et par sels amis. 11 se formar 
deux factions dans le diocèse : les xins' ten^ôient pour 
Carvàjal, et les açtres pour Fédëric^ et les haines^ 
croissant in^insiblement par les frëéiuéhtes Ci^ntesta-' 
lions , on en vint aux querelles et bientôt agttx mains*' ^ 

Là ville d'Almazan entre autres se trouva si divisée- 
sut ce sujet, que les Jbabitans pi^rent les artties et 
s'échauffèrent cruellement. Le conseil rOy»l fut obli-* 
gé d'y envoyer un commissaire pour infôritièr et pour 
punir selon les leis le&plus coupablesr. Cet homme, ^ 
ravi de se voir le maître d'une populace effrayée, 
faisoit pendre sans pitié et sans discernement lés ar-^ 
tisans et les bourgeois qu'on accusoit. Le comte de 
Montagud à qui la ville appartenôit, eut recours au 
conseil, et se plaignit de l'inhumanité et de la foli^ 
dé. ce juge ^ et, comme il voyoit qtf'il ne pdrfvdit l'a- 
doucir par ses remontrances , et qu'on ne se mettoit 
pas en peine dé J'arréter , il le chassa d'Âlmazan de 
son autorité privée. Le conseil et .^rien d'Uttecht 
voulnrenf accuser le comte et décréter contre lui, 
comm^ s'il eût été criminel de lèse - majesté *, mai^ 
Ximenès ne le permit pas, et déclara que, puisqu'il 
s'étoit plaint au consul et qu'on ne lui avoit fait, au- 
cune jeistice, il avoit usé de sdn droit, Peijt.de tem^ps^ 
après le différend de Carvajal et de Fédi^ric fi»t tërmi^ 
néi^ car l'évéché de.Placéncia ayaait vjriqïtéipaf 1^ mort 
de don: Gultièfe de Tolèd^^, oh Je domia à %iVâjàl, 
et>F^^éncfietia4îlcèluTdeSiguenèia. I ' : -. 



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454 HISTOIRE DU CARD. XISIËNÈS. An l5i6. 

Tout éteni ainsi apaisé, le régent songea à régler 
Us vill^$ et Im provinces , et à leur donnar des goa- 
y^i iiieair^ c(i$)a]d€6. (]# les tenir d^m yobéi^aiace. Le 
ïm roi , 4ftn$ un temps ou 3a puissance éloii chan- 
celante , 0t où la noblesse étoit onie pour le relf^goer 
en ,Aâ:agon, avoit ^u Cette poUti^ûë %. no. mettre 
4a^6 lea, gouvernement que des hommes mus .nais*- 
sance et sans appui , dont U disposoit à sa iiâtaisie. 
"Ces charges n'étoi^nt presqne^lus honorables, etT« 
p^$onnes taat soit peu distinguées avoient honte de 
le$ demander, Ximenès crût qu'il .Mloit remettre 
rai)Aîieunect)utumede6 rois , et chikisit dans le corps 
de h noblesse des hopmes sage^ et accrédita pour 
ce^ em^içy persuadé , comme il disoit , que la naiis^ 
$ance et la grandeur impriment du reapect aux peu-* 
pies, et que Féduoitiien et la gloare donnent aux 
g$n$. de qualité de^^prl^^ipei d'bpuA^ur et de fidë- 
litéi quQA^les ^utr^ n:(mi pas ordinairement. Il n 7 
eut p<Hnt de maiaQn<¥)nsidéf)abl6 en Espagne qi» ne 
se tronyâ.t' élevée en dignité par Wf^veinride Xime- 
nès^ Qat*;il.4iisp<]^it absohimetit des goavevlieineiis 
et des, charges ; ,pariu« espèce de ilratté- qu'il aVoik 
Êiitavecle roi-méiûey d^nt il est nécessaire 4^rap- 
|>ô^ter ici r^^pasion. 

Aprèls là mo£t de Ferdinand , Cfaièrca et k^ stntres 
cemtiisaiifi^^ù rni Charles furent bien aises dcr^ûn-* 
tenir le 'eàrdSji^t dans sa régence , pavée que sa. eapa^ 
dté et S9i probjbbéleur étoient connues ; maisl oemme 
c'étoit«4ih hojpmb 'entrept^eôiuii et qui' s^atitMisoit 
assez de lui-même , tkne.YOuIareAt liin doKoèr qu^km 



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an iSilS. LiVKË QUATKlÈJftË. ^i$ 

pbwfoir fert limite, de prar qu'il np s'ea prévaSât 
s'il étoit plus absolu , ne doutant pas d'ailleurs qu'il 
lii'ët^dit ce p^ qu'iM lui en donnoit i|nand il se- 
roit ryéç^smi poiii: le bien po^iEc ou pour «à propre 
§^k^/ Cette î)olitiqaé avoit ses raisons , mais elle lut 
$ujette i de grands ihconVëniens dans la sîàite. Les 
grwds du riôyaunie s'étaôt aperçus de ce dé&ut de 
pQU^Qt|r, hxi répcochèient souyenit qu'il sortmt des 
boiin'Qs d[ë>sa!cohimiésion , ejt se servoiefit de ce prë- 
t€;Kte pour se soulevttv cojitre sa ^régence. Il fàlloit 
Iciu^x^acher safoiUesée duleur Ëiire croi}*e qu'on étoit 
aïk^Qué dç la >cour, j^t se soutenir tantôt par fierté 
tantétïpar%iéfre$seL 

Ces renconljrtes étoient si frëquenles, qu'enfin il 
résolut d'envoyer en Flandre un de ses figens, pour 
d^nander au roi^des lettres signées et foellées dans 
tolités lès fôciBâs , quioonfî^masseutsai^gence , et qui 
hù donmsseht un drqit^absoiu de dispgï^ des ma- 
gi$tr^jtufes> des.gouvéraemeçis de province, des pflà^ 
cet^ du côh^il 'd'iétai / ^^s' charges de juâi|kture, 
des èmpipifijdesrgens dç guerre, de la dispensa tioh 
des 'finances. Jl.dboisU pour oettè négociation Ldpés 
Ayâla', le £t Venir etiechairgea de plusieurs affkirés,' 
sans lui parler de celle-ci qui étoit le sujet du voyage. 
U en Uisoit ainsi prudemment ; car si les EJspagnols 
eu«$QUt: pu: pénétrer ce s^et, outre qu'ils auroient 
çiUX|ii'4J; se défijt^it dé sep fcwfoed, ils auroïent défuté 
die leur* cpté à;lfi €<>ar de Bruxelles pout tïtàversél* ^a{ 
prétenijion; dldai^adoniC |>ârtir >Ayâlav et'^ûi- dèpé^ 
chjt lé joui? d'àpràs un Côurriei' àve<és^ 'instruction , 



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mW 



456 HISTOIRE DU GARD. XIMEHÈS. An i5i6. 

et «Une lettre qui lai recommandoit le secret et la 
diligence. 

U lui ordonne de remontrer am roi que , s'il n'a une 
commission authentique et générale , il ne peut rien 
faire pour le bien public sans trouver des contradic- 
tions et des,obstacles très^difFiciles à surmonter ; qu'il 
en usera sobrement , et seulement dans des occasions 
pressantes ; que jusque-là il n'avoit rieii Êiit par an- 
toritë, mais par crainte, et, s'ilosmt le dire ainsi, 
par violence ; et qu enfin, si on ne le satis&îsoit sur 
ce point , il prendroit le parti de se retirer dans son 
diocèse, et de remettre à sa majesté une régence tu- 
multueuse et mal appuyée. Il finit sa letftre par ces 
paroles : Je crains que h demande que vous allez 
faire de ma part ne paroisse trop ambitieuse aux cour- 
tisans et au prince même. Dieu, qui voit les cœurs, 
m'est témoin que j'ai long- temps balancé si je la fe- 
rois ; car je tie hais rien tant que ce qui sent le faste 
et l'ambition , encore qu'il soit nécessaire pour les 
aff^ir^ publiques. Mais que faire ? La Providence 
divine qui m'a appelé au gouvernement, l'obéis- 
sanee que je dois faire rendre au roi , le repos de l'é- 
tat que je suis obligé de procurer, m'ont forcé à Êiire 
cette démarche. 

La requête de Ximenès ne' fut pas d'abord trop 
bien reçue à la cour ^ toutefois , après avoir bien exa- 
miné l'affaire , on conclut qu'il ne felloit pas ficher 
un ministre dont on ne pouvoit se passer,, et qui, 
après tQUt,.travaiUoit depuis long-tëinps pour la 
gloire de la monarchie sans avoir jamais' donné sifjet 



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An i5i6. LIVBE QUATRIÈME. 4^7 

de soupçonner sa. fidélité. On convint donc avec tui, 
on lui accorda ce qu'il souhaitoit. Le roi se réserva 
1^ disposition 4és évéchés, des commanderies , des 
bénéfice , dés ordreâ militaires et du refjieûu du do- 
maine royal, et lui^ laissa la disposi^ôn de tout le 
resite. Ce fut alors qu;il eut le plaisir qu'il avôit tant 
désiré , de distribuer 'des grâces et d'^ever les gens 
de. mérite. Il mit dans.le conseil des personnes gravés 
et d'une vertu éprouvée •, il avança tous les officiers 
qui aVoient fait de belles actions dans les gti^res ; il 
établit dans les gouveraemens toute la fleur de la 
noblesse, et s'attacha par des bièn&its tous cçux qu'il 
jugea dignes de récompenses! et' capables de servir 
rétat. • : • : 

Quoiqu'il ne donnât pas lés dignités ecclés^ti-i 
ques , il les obtint pour des perisonnes ^uî les méri- 
toient, encore que d'ailleurs il'n'eAt pas trop sujet 
de s'en louer. L'évêque de Tortose , qui étbit grand 
inquisiteur d'Aragon.^ étant mort, il éerivit ail roi 
en faveur du doyen de Loutain , «ri collègue, et 
recommanda à ses agens de solliciter sa majesté de 
lui donner l'évéçhé et l'office de rinqftfeîtion 'qui 
étoient vacans , parce que c'étoit un Homme saVaû% , 
sincère, désintéressé, qm, n^ayant aucune liaison 
avec les^^ns du pays, seroit plus propre Siaçcôtti^ 
moder leuirs différends ^ et qtf Adrien étant le chef 
de l'inquisition d'Âragpn , et lui dorcelle de Castille, 
la religion seroit maintenue daps sa pureté, le roi 
ne répondit rien sur l'office d'inquisiteur^ matis il 
accorda l'évêché à ce docteur ,j|^ii lui scrVi* comme 



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458 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i6. 

de AegT/é ppur am^er au chapeau , et peu de temps 
aprè^ au souverain pcmiiSeat. 

Ce fut aussi h sa prî^e que M ota tfà^Mt 4véqae de 
Badâjûz ^ appè$ toutes les aventures qui lui^ ëtoient 
arriva. U 4Mit oië à Biiiigos de patens pauvres et 
d'uvecQoditiwm ioaiédioiré.^II s'avâncisi dans Fëtiide 
des leMfes hutniiqpfcs «t diyiueis*^, .et détint trèsrbabile 
tli4<^logi4^ll ; etisbiMie il aroili, ouitrè leiSbnd du sa- 
voir et de re«pi!it, heauèbup de grâce et de talens 
extérieurs^ il s'adAnna à la prëdicaûoh et y réussit; 
en sorte i!fa^ Farobiduie Philippe , aprèis Tavdir ouï , 
le prit ppur son |bçédicaliBur. Ce pHncé le trattoit 
avec beaucoup de distinction, et se plaisoit k s'^itre- 
tenir fisimilièrement avec lui, tant parce qu'il étoit 
d'àtmà cotfyersiytion très - agréable , q»'à cause c^'il 
parjott la langue castilkne^ avec beàu^up d'ëlégance 
et de politesse. Les rais Ferdinand ^^t Isabelle le re- 
gar<^ient comme un komme s^e, dapable de don- 
ner de boi«^ couses è leur gendue ,>étisongéoient à 
r^ei^r dalns lesi^digmtés .ecclésiastiques; Mak Isa* 
belle étànjt morle! , et les différends dont bous avons 
papdé étant ÂurvènuB au sujet du gourfernÊmenl:, Mota 
eoJw daof les>ibtr^iies ide la cour , jetsercaïdit plus 
agréable à son: osbaîtré en^Ifd conseiliaiit de r^ner 
seul dfi^lA Csi^tille., et âb cenvojer'son Jseâu- père 
en Aragon» Uespévbit.par |à'que sa fortune séroît 
plu3 jsure -, mais 9£eu |iarn^t ^yie ce prihce , en q» 
il avait fondé ses espgéranœs, iaourû^ peu lie temps 
après, :s^na lui laisser antre icbese que le déplaiâr 
de sa mtrt. t^ 



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Mt5i6, .LIVRE QUATRIÈME. 4% 

Ffrdinai>d ^yant-ii^b radnimistration do royau»- 
m^, Moit^.se vit tans appui et sans ressoaree «nire^ 
Ws maioç 'd'ua xbi qui idissimtdôit lés offenses , mais 
qui ue \e$ p^rdonnoit pas. U lui éioit^fôdliettx de se 
retirer , parce qu'il n'avdit point de bien , ^'quc ses 
talons 'mêmes aeroient inutiles liors de son pays */ il 
aMtfiàt p^ ^ur aussi de demeurer expose au resseii- 
timeatdfl rot catfioli^e. H se joignit auit seigneurs 
qui sollicitoient l'empereur Maximilien à Venir gou- 
verner rEapagpe^, et fit quelcpties écrits pomr prouver 
quela régence Un appartenoit par lès lois du rc^âur 
me ,. ei qu'il était de son honneur de» ne pas liiss^r 
perdpe un droit acquis. Mais comme TempereurélSûi^ 
naturellement lent et irrésolu , tout te parti fuld'îivifc 
d'envoyer Mota aux Pays-Bas potii* négocier iivettf 
Chièvre , et pour alkv même vers îrcmpereuri afin 
de l'émouvoir si dn le jugeoit nécessaire^ Ort Ittî- 
donna pour: cet effet fies lettres pour l'arel^i^uc et 
pour ses ibinisties^ et tous les ^rbnds de Oft^ffé. 
écrivirent aussi à Maximilien. , ' ^ 

Quoique cette intrigué fût oosdmte secrètenlft^nt ; 
tant de monde y avoit part, que Fer^nând fut at^rtl' 
de plusieurs endroitë des mesures quonTJfrenoit con- 
tre lui , des lettres qu'on avoîl écrites , et du jour* 
marqué pour le dépait de Mota qui les portoit. H, 
délibéra s'U le feroit atrréter 5 mais il crut que* sa prl^ ■ 
son feroit 4rop d'état , et conclut qu'il fàlloftt le lais- 
ser sortir d'Espagne où il étoit en grande (*<Misidérb* 
tion , et lui ôter f cb moyens de Tiniré tfiiand il *rdit 
arrivé- en Flandre. Il appela leconnétaWe de tastittc , 



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460 HISTOIRE DU CARD. XIMENES. An i5r6. 

qui avoit «épouse une* de ses fifles naturelles, et lui 
«on^tmaaila d-aller en diligence à Burgos avant qne 
Mota en fôt parti , et de liii faire enlever, sans qu*il 
s'en a^rçût, kè lettres dont il ëtoitcliargé. Le eon- 
uëtabjie le fit obseifver par des gens officieux en ap- 
parence, qui s'introduisirent aiu près de lui, et, sous 
prétexte de lui aider à* faire sei^ paquets, prirent les 
lettres et mirent en leur place des papier^ plies à peu 
piîès dêiuéme. ": 

Mota partit sans avoir aucun soupçon du tour 
qa'on venoit de lui feire-^ et' ne fut pas plus tôt arrivé 
à la <aOur de Tarchiduc, où il étôit attendu, que Is 
pkqiart des courtisans accoururent pour s'informer 
de Fiftat des affaîi*6s d^Espaghe. Il lés assura que toute 
la noblesse ëtoit |>réte à se déclarer pour l'empereur 
contre I Ferdinand, et qu'il apportoit des lettres de 
tofts^eiB gralod» de Castille. Mais lorsqu'il voulut les 
pro4uii*e,U reconnut qu'on les avoit vdées^, et se 
pllïtigi^t à l'aïuibiduc delà fourbe du^oiinétable et de 
l'injustice de Ferdinand. Les Flamands le négligèrent 
queldjue temps coirihne uil homme • peu soignêiix et 
nis^bavi^lvil donna pourtant depuis ce temps-là tant 
de téittoignag^s de sa prudence' et de sa probité, qu'il 
mérita l'eitime de toute la -cour et la* confiance du 
^Qee , qui lel fit son secrAaire et l'honora de son 
amiitié. Il eut depuis une ootàmisâion d'aller en Cas- 
tiUe ok 9an mérite étant encore mieux connu , il fut 
failiévécpe dp B^dajoz.; 

Charles e^jit quelque pensée de le laire archevêque 
de Tolè<JjB ,^et lê.pape eut 'dessein fte.le feirè cardinal j 



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A« »5i^. LITRE QUATRIÈME. - 4^1 

maiç il mouti^t sans pouvoi): jouir de ces hohnenrs. i 

On xacoate qu étant prêt de mourir îl eut de grands 
remisrds^de n-avoir pas. exerce stss^ purement son 
ministère évaDgélique , et de s'âlre ingëré dans les 
affaires séculières, 11 fit appeler tous ses domè^- 
ques ; et , après leur avoir Ëiit un discours pieux et 
touchant sur les espérances trompeuses du monde 
et sur la fragilité des clioses humaines , il se fit ap- 
porter une cassette où il renfermoit ses papiers les 
plus importans. II en tira un bref du pape qui lui 
proraettoit le chapeau , et une lettre du roi catholi- 
que qui le prioit de faire des vœux pour lui à Notre- 
Dame de Tolède, et de se disposa à gouverner cette 
Eglise, et faisant encore un effort : Voilà,. mes amis, 
leur dit - il , des grandeurs que le monde me prépa- 
roit , et que la mort me ravit par Tordre secret de la 
Providence divine. Dieu sait mieux que nous ce qui 
convient à notre salut. Je me spumets à ses juge- 
mens^ et vous, qui pour vos intérêts perdez beau- 
coup , espérez en lui et le regardez coméie votre 
père et votre seul maître. 11 n eut pas dit ces parles 
qu'il expira. 

Le cardinal Ximenès , outre les charges et les bé- 
néfices qu'il fit tomber sur les personnes de mérite , 
leur distribua encore des titres d'honneur dans les 
occasions. Guillaume Péraza eut envie d'être iait 
comte de Gomère, une des îles fortunées. Le cardir 
nal en écrivit à la cour, et obtint cette grâce pour un 
homme que sa probité Êiisoit estimer, et à qui il étoit 
même obligé. Le roi lui manda qu'il avoit trop de 



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462 HIST. DU G4Kt^. XIMEfUÈS^ LIV. QUAT. An i5f6. 

modestie 9 qu'il poûvoit âe son autorité hoiftrer ainsi 
les gens'de vertu: M de service k{tt^ ^oink»fisoit;et 
ce^p^ël^tse ;«6ryit de. la liberté que sa majesté loi avoit 
accordjée çu favdiU' de don Juan Pkceo , fils du duc 
d'Eapalone^ qu'il fit comte dé Saint -Istevan. 



ÏTN DU LIVRE QtJÂTBlÈME. 



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HISTOIRE 

CARDINAL XIMENÈS. 

LIVRÉ CINQUIÈME. , 



(An i5i^) 



La première année de la régence du cardinal Xime- 
nès se passa, comme nous ayons dit, à régler les 
prineipàillt ibùs dii royàunie et à retenir les peuples 
et snrtùm Véé gÉttûdis dàùà Tûtiféissancé. 11 ne lui fallut 
pas lâoim âe courage et de Ézges^e Tannée d'après 
qui fiitla dernière de sa Vie, pour s'opposer aux mé- 
comens que la trdp longue absence du roi et là 
tnàlivaise Conduite de sa cbtir etdtoient & la tévoliK. 
Cbàfiè^, après 1à mort de son aïenl., qui arriva ânn^ 
le mois ée janVier , dépêcha plusieurs courriers en 
Espagfte, et fit espérer qu'il ^'embarquerait vérS la 
fin du fM^téteps pottr vénit^ prendre pûssëssion de 
ses A»)»ftumës. Gèitè nôNiVellé avoit dôimé beaucoup 
de jèie; mài^ cdlhnftè on Vit qUé Tannée étoit passée 
sÀni quèf le rbi s« Mt ttiis eti état de partir de Ffan- 
dre, on éommeriça à lU^rmurélr. La domination de 



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464 HISTOIRE DU GARD. XIMEWÈS. An iSi^. 

Ximenès paroisseit dure à ceilx qui s'ëtoî^t proposé 
de s'enrichir, ou de s'élever par des voies injustes. 
Les gens de bien étoient indignés contre le conseil 
de Bruxelles. On y vendoit tout jusqu'aux bénéfi- 
ces et aux évâchës. On dopuoitles cltarges ou à des 
étrangers contre les lois du pays, ou à. de» Espagnols 
incapables de les exercer. Le cardinal s'en plaignoit 
incessamment ^ mais on faisoit enjtendre au roi que 
ce ministre n'étoit jamais content. On lui répondit 
qu'il disposât, comme il l'entendroit, de rautorilé 
qu'on lui avoit donnée , et qu'il laissât du moins à sa 
majesté quelques moyens qu'elle s'étoit réservés de 
fiiire du bien. Ce qui touchoit davantage les Castil- 
lans, c'étoit de voir passer tout l'argent du royaume 
ep Flandre. où, sous prétexte deS;dépaases extraor- 
dinaires qu'il falloit, Caire pour soutenir la. dignité, 
QH le dissipait en gratifications mal epiployées. 
. Quelques seigneurs tâcboient d'émouvoir le peu- 
ple plus par ambitioM que par justio^, et solliçitoient 
le roi 4çyçûir au plus tôt en Espagne où il étoit si 
att^du,, et où il seroit comme dans le centre de sa 
gpndesur et de sa puissapc^. Mais on. n'y voyc»t.fiii- 
co)^ aucune ^pp^rençe , et: il se. r^andM^ dlBiiliniits 
qyi causèrent de grxquls murmfure^.^LQ^^ugs d^ient 
(jue ce piànçe ne quitteroit jamais le lieu deg^^ais- 
s^nce^ qu'il n'étoit ni 4'lujimeur ni d'âge gKse i^^r- 
^PX du.. poids «tes affaires j. ,q,u'il îôjcaoit àr réga^ en 
ijepQs au milieu d'unje.cqu;' accoutumjée à le fl^tt^ 
depuis ,sa preuji^çf j^ifi^Rqe j ^gui'^j fçroit .s^nhl*nt de 
sjjem^iqy^e;^^ iT\aJs q^' ftpx^ i^njQur pu.deux de na- 



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An i5i7. LIVRE CINQUIÈME. 4^5 

vigation , sous prétexte des dégoûts et des incommo- 
dités de la mer, il regagneroit le rivage. Les autres 
publioient que les François étoient résolus d'empêcher 
qu'il n'abordât en Espagne, et que ses courtisans 
avoient négocié son passage par la France, à des^ con- 
ditions désavantageuses et peu honorables. Le cardi- 
nal nioit le premier et désapprouvoit fort le dernier* 
Il croyoit que c'étoit une grande imprudence de se 
mettre entre les mains d'un prince qui pouvoit le 
faire arrêter, jusqu'à ce qu'on lui eût restitué le 
royaume de Naples et de Navarre. 
, Ces bruits furent un peu apaisés par l'arrivée *du 
seigneur de La Chaux qui avoit été favori de Phi- 
lippe 1*% et qui étoit alors gentilhomme de la cham- 
bre de Charles , estimé pour son esprit et pour son 
adresse dans les négociations politiques. Il étoit en- 
voyé pour avoir part à la régence et pour affbiblir 
lautortté de Ximenès , qu'on croyoit être trop abso-^ 
lue.^ Adrien d'Utrecht, son collègue , îe plaignoit in- 
cessamment qu'il n étoit régent que de nom ^ que le 
cardinal ne lui donnoit de part aux affaires qu'au- 
tant qu'il vouloit 5 que c'étoit un esprit fier et incom- 
patible qui gouverndit à sa fanHîsie ] qu'il ne prenoit 
conseil que de lui-même^ et qu'il falloit, bon gré, 
malgré , que tout passât par son avis. Il étoit vrai qve 
le cardinal, en tout ce qui regardoit le bien piiblic, 
décidoit souverainement. Après avoir -proposé les 
affaires , il prenoit son parti sans balancur ; et le con- 
seil , soit par respect , soit par raison , déféroit tou- 
jours à son sentiment. Ainsi il nelaissoit\j Adrien que 

7. 3o 



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466 HISTOIRE Dû GARD, aLIMENÈS. Au i5i7, 

rhonneur d'assister aux dëlibëralions et de signer 
souvent contre son propre avis les résolutions qu'on 
avoit prises , le considérant comme un .étranger qui 
n'avoit ni autant de connoissance des mœurs du pays, 
ni autant d'intérêt que lui à l'agrandissement de la 
monarchie. 

On fit entendre au roi qu'il n'étoit pas sûr de lais- 
ser tant de pouvoir à un particulier, et qu^il seroit 
fâcheux à sa majesté , quand elle arriveroit en Espa- 
gne , d'y trouver un homme qui auroit accoo|amé les 
peuples à lui obéir. Ces ministres agissoient en cela 
pohr leurs intérêts particuliers plus que pour la gloire 
de leur maître ^ car Ximenès ne vouloit pas dépendre 
d'eux, et leur rompoit une partie dçs mesures qu'ils 
avoient prises pour s'enrichir ou pour avancer leurs 
créatures. Dans cette conjoncture il n'étoit pas expé- 
dient, et il n'auroit pas même été facile d'ôler la 
régence au cardinal. Il n'étoit pas séant de révoquer 
le doyen de Leuvain sans sujet , quoiqu'ils connus- 
sent bien qu'il n'étoit pas capable de son emploi. Ils 
résolurent de fortifier son parti en lui envoyant un 
nouveau collègue , et conclurent qu'ils se soutien- 
droient l'un l'autre 4itfis le consul , et qu'ayant-deux 
voix contre une, ils seroient maîtres du gouverne- 
ment. 

Il n^ se passoit rien de si secret dans la cour de 
Braxelles , quç Xifuenès n'en fût averti. Il comprit 
les iiitentioQi des Flamands , et qupiqu'il sût que La 
Cha^x veooit pour ruiner son autorité , il n'en fut 
point embarrassé. Il commanda que tous les ordres 



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An iSij, "LIVKE CINQUIÈME. ^B'J 

<lu royaume allassent au de^^t de lui, ^ot qu'on le 
reçût comme. le roi même, parce que c'étoit le pre- 
mier €[Ul vensit de la part de Charles depuis (pi'il 
avoit pris la qualité de roi d'Espagne. Lersoigneurs 
n'avoiejQt pas besoin d*un commandement pour hono- 
rer un homme qu'ils regardoienjt déjà comme leur libéi 
rateur* Aussitôt qu'il approcha de Madrid , Adrien 
sortit de la ville accompagné du nonce du pape, de 
Févjêque de Burgos et de plusieurs personnes consi^ 
dérables du clergé. Les commandeurs des ordres mii- 
lit^ires , le gouverneur de la ville avec les magistrats , 
les députés d'Aragon , le conseil souverain , les offi- 
ciers de l'inquisition, de la justice et des finances^ 
marchoient après selon leurs rangs. L'évéque d'Avila 
suivoit enfin avec toute la maison du cardiiial, à^ 
laquelle s'étoient joints par honneur le marquis de 
ViUène, le comte de "Vréna, le marquis d'Aguilr 
lar, le comte de Gorunna, et grand nombre de no- 
blesse. Ximenës, à cajuse qu'il représentoit la perr 
sonne du roi, étoit demeuré seul dans le palais^ et 
se contenta d'aller recevoir ce second régent à la 
porte de son antichambre. Il lui fît un festin trèsr 
magnifique \ et, parce que les principaux appart^aens 
étoient occupés par l'infant, par la reine et par lui ^ il 
lui doppa le logement de l'évéque d'Avila , jusqu'à ce 
qu^il lui en eût fait préparer un plus comtoode. 

La plupart des seigneurs témoignèrent beaucoup -• 
de joie à l'arrivée de ce ministre , et se ren^ire^t assi* 
dus auprès (Je lui , moins pour le respieçt qu*Us ayoiei\t 
po\ir sa personne , que pour le dépit qu'ils crQypi^nilt 



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46$ HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. . As iSr;. 

faire à Ximenès. Ils lui redisoient souvent qull deyoit 
s'opposer à cet homipe superbe et entreprenant, qu'ils 
lui reprësentôient comme un ennemi à qui il falloit 
ôter l'autcritë dont il abusoit. Le cardinal yoyoit sans 
s'étonner la cabale qui se formoit contre lui. Il sut 
tju'une des principales choses qu'on avoit recomman- 
dées à La Chaux , étoit de prendre garde aux charges 
qui vaqueroient et aux gains qu^on pourroit faire 
dans la Castille, et d'en donner promptemenl avis 
aux courtisans des Pays-Bas. 11 observa son humeur, 
et , s'étant aperçu qu'il ëtoit naturellement intéressé 
et plus porté à railler et à se divertir, qu'à parler 
d'afl&ires , il n'en fit pas beaucoup de cas , il le con- 
sulta rarement-, et lorsque la nécessité l'y obligeoit, il 
préféroit toujours le doyen d'Utrécht, en sorte pour- 
tant que de quelque avis qu'ils fussent, il se réser- 
voit la liberté Refaire ce qu'il jugeoit plus convenable 
pour le service du roi , et ne les ménageoit pas davan- 
tage tous deux ensemble , que lorsqu'il n'y en avoit 
qa'iùi seul. 

Adrien étoit depuis long -temps accoutumé à ce 
traitement, mais son colique ne put le souffrir. Ils 
s'en plaignirent l'un et l'autre, et comme c'étoit inu- 
tilement, ils résolurent de se prévaloir de leur com- 
mission. Un jour qu'on expédioit divers mandemens 
pouir envoyer dans tout le royaume , ils se les firent 
apporter, le^ signèrent les premiers et les envoyèrent 
^u cardinal pour les signer. Ils crurent qu'il se tire- 
roit difficilement de cet embarras , et qu'ils auroient 
du mmns l'avantage de rabaisser une fois sa fierté ; 



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Au i5i7. LIVRE CINQUIÈME. 4^9 

msiif ils D'^urent pas cette satisfaction *, car comme on 
eut pcésentii ces expéditions au cardinal , il commanda 
au secrétaire d^état de les déchirer et d'en refaire de 
nouvelles qjcCiX signa lui seul sans les envoyer signer 
aux deux autres, ce l[u'il observa depuis jusqu'à l'ar- 
rivée du roi d'Espagne. Cette action irrita encore da- 
vantage ses envieux. Ses collègues se virent tout d'un 
coup comme déchus de leurs fonctions , san« oser faite 
aucune opposition, et se contentèrent d'écrire à^la 
cour. Le conseil de Flandre fut long-temps à délibérer 
sur les ^loyens d'arrêter cette puissance qui com- 
mençoh: àleur devenir suspecte. Encore qu'ils ne dou- 
tassent pas de la fidélité de Ximéhès ^ ils craignoient 
pourtant qu'il ne renversât tous les projets qu'ils 
avoient faits , et qu'enfin il ne vînt à gouverner le 
roi catholique. » 

Ils ne trouvèrent autre invention que d'envoyer 
Âmerstorfs, seigneur hoUandois , avec le même pou- 
voir que les deux autres , espérant qu'il auroit plus de 
fermeté qu'eux, on que du moins le nombre accable- 
roit l'autorité. Lé cardinal reçut encore celui-ci avec 
beaucoup d'honnêteté ; mais il persista dans ^ con- 
duite , eWim moyens mêmes qu'on employoit pour af* 
foîblir son pouvoir servirent à l'augmenter. Car, outre 
que ce mélange de nations qu'on introduisoit dans la 
régence parut ridicule, les Espagnols qui.n'âimoient 
pas d'être gouvernés par de^ étrangers, elle conseil 
d'Espagne qui craignoik que ces régens , ainsi multi- 
plies , ne lui ôtassent la part qu'ils avoient au con- 
seil , s'unirent plus étroitement avec Ximenès , et 



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470 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. Anr5i7. 

mandèrent à Ghièvre que ç'avoit été de tout temps 
une loi fondamentale de leur monari^hie de ne poùToir 
être gouvernes ^\\e par des gens du pays 5 qu'on leur 
éloit le plus beau de leurs privilèges en leur envoyant 
des inconnus; qu'il étoit difficile ^e quatre pei^nnés 
, fussent d'intelligence; qu'on expédioit presque pitis 
d'affaires depuis *qu'il falloit les faire approuver et 
«igner paT tant de gens -, que les peuples eommen- 
çoîent à murmurer, d'autant plus qu'on s'apercevoit 
tous les jours que ces ministres avoient kien d'autres 
intérêts que ceux du royaume. 

Le cardinal étoit informé que ses collègues /et sur- 
tout les deux derniers , avoient eu plusieurs entre- 
tiehs«secrets pour chercher les moyens de lui rendre 
de mauvais offices auprès du roi, et d'envoyer des 
présens aux ministre» qui les protégeoient. Ainsi con- 
noissant leurs mauvaises intentions , il ne prit pres- 
que plus leurs avis. Il ordonnoit en leur présence 
même ce qu'il conv^nbit de faire selon les rencontres, 
ne. consultant que la justice et la raison, signant lui 
seul le^dépécheff, leis grâces et les édits au aom de 
sa majesté , en ces termes : Je vous mande , je vous 
enjoins, etc. On écrivit de nouvelles phMtes, On 
voulut irriter le roi en lui disant qu'il éêoit dan^ 
reux de souffrir ces sortes de désob^isanées ,.et qu'il 
auroit peiné à maintenir -son aBtorifé s'il laissoit op- 
primer 90s ministres- Mais ce prince importuné de ce 
discours, répondit enfin avee beaac<>up de sagesse : 
Ce que je vois dans 1^ dardinal dlEfipSsigiiie , c'est que 
de quelque âianière qu'il gouverne , soit seul , soit 



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Ao i5f7. t'iVRB CINQUIÈME. 4? ï 

acoqpapagné ^ il ne fait rien qui ne convienne à la 
dignité de sa personne et aux règles de la justice. 
Seâ nidesies dont vous vous plaignez , sont quelque- 
fois utiles pour maintenir la discipline. Je crois qu'a- 
près tout , le mieux que nous puissions faire , c'est de 
le laisser gouverner. Ces paroles arrêtèrent pour quel- 
que temps les plaintes qu'on faisoit contre ce prélat , 
mais elles excitèrent dans le Cœur des Flamands une 
haine irréconciliable contre lui. 

Gomme les rois sont exposés , quelque bonne inten- 
tion qu'ils aient , à prendre les passions des person- 
nes qui le« approchent, Charles ne résista pas long- 
temps aux sollicitations de Chièvre et de ses autres 
conseillers qui lui persuadèrent d'établir en Espagne 
un homme à qui Ximenèe ne pût disputer l'autorité 
du gouvernement. L'affaire fut agitée dans le conseil. 
Les uns furent d'avis de prier l'empereur Maximilien 
de vouloir bien se charger de ce soin pûur son petit- 
fils , mais il étoît assez occupé des affaires de l'empire 
«t de la guerre d'Italie. Les autres proposèrent d'en* 
voyer le comte Palatin ou le grand chancelîier Sau- 
vage, sous prétexte de les mettre auprès de l'infant, 
et de leur donner ap)rès une commission authentique 
pour partager la régence. Mais le cardinal ayant ap- 
pris ce qui se passoit, écrivit incontinent k la cour 
avec sa liberté ordinaire^: Qu'il étoit las d'avoir tous 
les jours de nouveaux dégoûts à essuyer-, qu'on ne 
s'amusât plus à lui envoyer des compagnons , qu'on 
songeât plutôt à kiî nommer un successeur; qu'aussi 
înen il êtoit résolu de se retirer dans son diocèse, et 



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47^ HISTOIRE DU GÂR.D. XIMENÈS. An iSi^. 

qu'il ne lui restoit qu'un peu de temps pour se dis* 
posex à bien mourir; qu'il approuvoit fart qu'on don- 
nât le comte Palatin pour gouyerneur à l'infant, et 
qu'il Yoyoit depuis long-temps la nécessité de chan- 
ger toute la maison de ce jeune prince -, que pour lui , 
il avoit»servi son maître et son pays avec affection et 
sans intérêt , et s'il l'osoit dire avec honneur ; mais 
qu'enfin puisque la jeunesse du roi et l'avarice ou 
la jalousie de quelques personnes de sa cour s'oppo- 
soient de plus en plus à ses bonnes intentions , il ne 
se croyoit plus responsable des malheurs qu'il pré- 
voyoit 'y qu'il alloit se retirer à Tolède où , ne vivant 
plus que pour lui et pour son troupeau J" il verroit 
comme du port les orages qui s'élèvefToient dans le 
royaume. *, 

Cette lettre étonna les ministres de Flandre» Ils 
considérèrent que c'étoit le seul homme capable d'ar- 
rêter les désordres qui pouvoient arriver en^ Espagne, 
et qu'on imputeroit tous les maux qui surviendroient 
aur chagrins qu'ils lui auroient donnés. D'ailleurs , 
quoiqWils fussent piqués de la liberté qu'il avoit prise 
de les accuser , ils jugeoient bien que durant sa vie il 
ne leur permettroit ni de dominer dans la Castille, 
ni de la piller comme ils prétendoient. Us n'osèrent 
donc plps toucher à la régence \ au contraire ils r^o- 
lurent d'apaiser le cardinal, ^arce que cola convenoit 
à leurs vues ; mais en même temps aussi ils se pro- 
posèrent de retenir le roi le plus qu'ils pourroient 
dans les Pays-Bas , parce qu'ils étoient assurés de le 
gouverner , et qu'ils profitoient de Targent qif on étoft 



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An i5i7. LIVRE CINQUIEME. 4?^ 

nécessairement obligé de lui envoyer. Gomme néan- 
moins il falloit que ce prince passât em Espagne , et 
qu'il leur étoit important de ne pas souffrir auprès 
de lui un homme de cette sévérité et de ce courage , 
ils conclurent qu'ils* travailleroient sur toutes choses 
à le déposséder. 

Cependant, pour s'accommoder au temps , ils louè- 
rent la conduite du cardinal , lui -promirent d'entre- 
tenir une bonne intelligence avec lui , l'exhortèrent 
à ne prendre conseil que de lui -même, et à régler 
toutes choses selon sa prudence. Le roi lui accorda 
aussi tout le pouvoir qu'il désiroit , et ne se réserva 
que la nomination aux évéchés et aux commande- 
ries, comme nous avons déjà dit. Il lui écrivit même 
que son intention avoit toujours été qu'il fût le maî- 
tre^ qu'il reconnoissoit que le repos et le bonheur de 
ses états dépendoient de ses conseils , et qu'ainsi il le 
prioit de continuer à gouverner comme il avoit £iit, 
et de suivre les ordres du ciel , qui l'avoit destiné à 
quelque chose de plus grand que la conduite d^un 
diocèse. Ximenès fut touché de ces lettre^ , et plus 
encore de l'ordre qu'il reçut de faire pr^arer la 
flotte et de l'envoyer aux cotes de Flandre où 
Charles devoit s'embarquer. Il fit dire aux ministres 
que , s'ils vouloient de bonne foi s'unir avec hii pour 
le bien public, l'Espagne len tireroit de grands avan- 
tages; et il répondit an roi, après l'avoir remercié 
de toutes les marques de sa bonté, qu'il n'avoit ja- 
mais refusé de servir quand il avoit cru pouvoir le 
faire utilement^ et que si on VQiiU[>it le secoifder, il 



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474 HISTOIRE DtJ CARD. XIMENÈS. An tSi;. 

espéroit qu*il lui remetlroit à son arrivée un royau- 
me très-polké, et des sujets très- soumis. 

Ea ce temps l'empereur Maximilien, que la cour 
de Flandre consultoit sur toutes les affaires , s'ap- 
procha de Bruxelles, et eut plusieurs conférences 
avec le roi son petit-fils , dans lesquelles on prétend 
qu'il le pressa d'aller prendre possession de son 
royaume de Castille. Le cardinal crut au contraire 
qu'il étoit venu pour l'en détourner, et que dans le 
dessein qu'il avoit de le faire élire roi des Romains, 
il appréhendoit qu'il ne s'éloignât. Sur cela, il fit 
remontrer à Chièvre, par ses agens que ces sortes 
d'entrevues n'avoient presque jamais été heureuses, 
et que tous ceux qui seroient fidèles serviteurs du 
roi, le porteroient à partir sans délai pour préve- 
nir les mouvemens que son absence pouvoit causer. 
Mais Chièvre et les autres Flamands qm n'avoient pas 
envie de passer si promptement en Espagne, ne se 
servirent de cet avis que pour faire courir le bruit 
que le roi alloit partir ^ leur but n'étant que d'amuser 
par là le peuple, et de pouvoit cependant, sous pré- 
texte de dépenser nécessaires poiir ce voyage, tirer 
du cardinal les somiyes considérables qu'il avait amas- 
sées avec grand soin , et qu'on pilloit après sans au- 
cune retenue. 

Les peuples furent encore trompés quelque temps 5 
mais enfin ils se lassèrent de l'être. On murmura d'a- 
bôr'B en secret; on se plaignit après ouvertement, et 
on en vixit jusqu'à faire des assemblées publiques, 
où Tbft représenta la vente des charges, la dissipa* 



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An iSiT^ LIVRE CINQUIÈME. 4?^ 

tion des finances , le trafii des bénéfices , et les autres 
désordres dont il étoit aisé de convaincre le conseil 
de Flandre. Les* viUes de Burgos et de Valladolid 
furent les premières qui délibérèrent sur les moyeils 
d'y remédier. Les sentimens furent différéns : les uns 
proposèrent d'exhorter le roi de venir promptemént 
en Espagne, ou deie supplier, s'il avoit des raisons 
pour différer son voyage, de ne se plus servir de 
conseillers flamands , et de prendre en leur place des 
Espagnols d'une probité connue -, les autres ëtoient 
d'avis de faire publier un édit par lequel cfn décla- 
rât les étrangers incapables de posséder ni offices 
ni bénéfices dans la Castille* 

Us demandoient aussi qu^on arrêtât ce transport 
d'argent, et ces lettres de change qu'op envoyoit 
presque tous les mois à Anvers ou à Bruxelles; et 
que même il ne fût pas permis au régent de faire 
tenir au roi , sans le consentement des villefe , les 
èomriies réglées pour la dépense de sa maisim. Les 
plus sages se contentèrent de députer à Ximenès et 
au conseil souverain , pour se plaindre à eux du tort 
qu'on faisoit à l'état, et pour leur demander la con- 
vocation d'une assemblée générale où chaque ville 
pût envoyer ses députés , au cas que le départ du roi 
fût diflféré. Gela pardissoit juste et presque nécessaire 
dans laiéitu-ation où étoient alors les choses ; mais il 
étoit de conséquence dé ne pas céder à ces éinotions 
populaires, «t il fâlloit si bien ménager' l'intérêt du 
public , que ^autorité dti roi ne fut poiAt btessée. 

Potir cet eflfet , le Cardinal et le conseil accordèrent 



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476 HISTOIRE DU CARD. XIWfeEHÈS. A» t5*7. 

à la vérité la convocatioa dçs état^-, mais ils la remi- 
rent à un Xemjps assez éloigné , dans l'espérance que 
le roi seroit arrivé et que cette assemblée paroîtroil 
faite, plutôt pour le recevoir avec honneur, que 
pour rechercher la conduite de ses ministres. Après 
avoir ainsi calmé les esprits , ils écrivirent au roi , 
et lui remontrèrent qu'en qualité de bons citoyens , 
de fidèles sujets et de conseillers incorruptibles^^ ils 
étoient obligés de l'avertir de tout ce qui regardoit 
le repos de ses peuples et sa propre gloire ; que Dieu 
qui Tavoit élevé sur lé trône par la mort inespérée 
de tant de personnes royales, qui dévoient régnes 
avant lui , sembloit lui avoir destiné un règne glo- 
rieux , mais qu'il falloit le commencer par la justice ; 
que les rois n'avcjient reçu leur puissance de Dieu 
qu'aiin qu'à son- imitation ils fissent du bien aux 
hommes. Que , (Juelques grandes qualités qu'ils pus- 
sent avoir , ils ne pouvoient pas gouverner tout par 
eux-mêmes,, et qu'ainsi une partie de leur sagesse 
consistoit à choisir des ministres sages et désintéres- 
sés à qui ils pussent oonfîer leur autorité. Qu'encore 
que Henri III , son tr^ïeul , surnommé le Valétudi- 
' naire , ne fût pas en état d'agir à cause de ses infir- 
mités continuelles , il n'avoit pas laissé de rendre la 
monarchie florissante , en se servant de gens habiles 
et pieux qu'il avoit appelés auprès de lui j^ et que 
Henri IV , soa grand oncle , au contraire , avoit tout 
perdu , pour avoir écouté les conseils i^e quelques- 
uns de ses courtisans qui n'étoient r^tenjis ni pac 
la crainte de Dieu, ni pai; le respect des hommes; que, 



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An i5i7. LIVRE GINQUI£ME. 4?? 

^ans al|er si loin, Texemple des rois catholiques Fer- 
dinand et Isabelle pouToit suffire^ q^^^ sous leur 
règne , les charges se donnoient au mérite et non pas 
à la faveur ou à la brigue et aux importunités de 
leurs ministres; qu'ils avoieut, souvent cherché des 
personnes recommandables par leur seul mérite, 
quoique inconnues à la cour , pour les mettre dans 
les plus grandes places -, qu'ils observoient cette loua- 
ble coutume d'élever des gens par degrés , afin d'é-r 
prouver leur sagesse et leur capacité , et de donner 
ensuite à chacun des emplois proportionnés à son 
génie; qu'aussi l'ordre et la paix avoient régné avec 
eux , et que le ciel avoit béni toutes leurs entrepri- 
ses *, que , puisque Dieu lui avoit donné du discerne- 
ment et de la prudence au-delà même de son âge, il 
devoit faire réflexion siv ces avis importai\s , et con- 
sidérer que tout le bonheur ou le malheur d'un règne 
dépendoit presque toujours des commencemens. Ils 
'finissoient enfin par ces paroles : C'est pourquoi, grand 
prince , toute l'Espagne se jette à vos pieds et vous 
supplie très -instamment de prendre soin du repos 
public, et d'arrêter l'avarice et la licence de quelques 
particuliers. Il est juste qu'on laisse vivre selon les lois 
et les coutumes de ses pères une nation si noble, et 
de plus si zélée pour le service de ses rois. 

Charles, qui ne manquoit ni de droiture ni de 
lumière, quoiqu'il n'eût encore que di:ï-huit ans, 
fit réflexion sur cette lettre, et reconnut qu'on lui 
donnoit de bons conseils ; mais les Flamands , au- 
près de qui il avoit vécu dès sa première enfance, 



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478 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. ' An iSi?. 

h remirent bientôt dans leurs sentimens , et lui 
persuadèrent de différer son voyage. Cependant les 
villes recoramencèrent à murmurer avec aigreur. On 
comptoit des sommes immenses transportées hors du 
royaume ^ et, par d^s supputations vraies o\x fausses, 
on prétendoit avoir découv,ert que le seul chancelier 
Sauvage, en quatre mois, avoH tiré plus de yingt 
mille ducats et les autres à proportion. Sur cela , les 
Peuples firent de nouvelles instances au cardiaal et 
au conseil pour une assemblée générale où l'on Irai- 
teroit seulement des moyens de maintenir les lois du 
pays, de réprimer l'avarice des Flamands, et d'em- 
pêcher qu'on n'obtînt les dignités et les bénéfices par 
faveur ou par argent. Us grotestoient que , si Ton vou- 
loit encore les amuser par des promesses incertaines j 
ils avoient résolu de s'assembler de leur autorité pri- 
vée, et de remédier eux-mêmes à ces désordres , par 
le zèle qu'ils avoient pour le bjen public et pour le 
service de leur maître. 

Le cardinal leur répondit ; Qu'il étoit raisonnable 
de corriger les abus, et que toute sa conduite passée 
faiioit assez voir qu'il n'^ïoit pas hoqime à les ap- 
prpuver ni à les souffrir j qu'il convoqueroit donc 
les él^ts , comme ils souhaitoient, mais qu'il falloit, 
par respect , attendre les ordres du roi , afin que , s'il 
arrivoit bientôt ainsi qu'il le faisoit espérer, ils pas- 
sent se pjsjiindre tous ensemble à sa majesté avec 
plus de succès et avec plus de bienséance -, et enfin , 
il ipénagea si bieiji les esprits , «qi^'ils promirent de 
demeurer en repos jusqu'au niois de septembre, 



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Ad iSin. LIVRE CINQUIÈME. 479 

quoiqu'on ne i^t encore que verp la fin de janvier. 
En même temps , pour exhorter le roi à ne plus retar- 
der son voyage, ij dépêche des courriers en Flan- 
dre , et lui écrivit en ces termes : Venez , seigneur , 
apaiser ces orages, te peuple est insolent quand il a 
pris une fois la liberté de parler, et ceux qui se plai- 
gnent hautement ne soni pas fort éloignés de se ré- 
volter. Cependant il prit ses mesures afin de n'être 
pas surpris , et résolut , au cas que le roi demeurât 
en Flandre, d'assembler les états à Madrid, ^ù il 
pourrott s'en rendre le maître, et retenir paT sa pré- 
sence les députés dans le respect. Mais enfin le roi se 
détermina 9 et la flotte d'Espagne partit peu de tçmps 
après, ppur l'aller prendre aux Pays-Bas avec toute 
sa cour, et le ramener en Espagne vers la fin de l'au-: 
tomne. 

Pendant cet intervalle, les ennemis de Ximeiiiès 
tâchoient de le décrier. Les uns assuroieiit qu'il n'a- 
voit apaisé ces émotions populaires que pour retenir 
plus long-temps le gouvernement, en faisant voir au 
roi qu'il n'y avoit point de nécessité qu'il vînt en 
Espagne; «t*que c'étpit aussi pour ce sujet qu'il en- 
voyoil tout l'argent du royaume en Flandre. Les 
autres disoient qu'il ne refusoit rien au t>euple pour 
le gagner, «t pour s'en servir coQitFe la noblesse dans 
les occasions, On fît même plusieurs libelles contre 
lui, qu'il méprisa et dont il ne voulut pas qu'on re- 
cherchât les auteurs, disant : Que, lorsqu'on est 
élevé en d%ïiité et qu'on n'a rien à se reprocher, on 
doit laisser aux inférieurs cette teisérable consol^q» 



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48o HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An iSi;. 

de venger leurs chagrins par des paroles. En ce même 
temps ayant eu des nouvelles certaines que le roi 
s'embarqueroit vers l'a fin- de l'été, il résolut de s'a- 
vancer avec le conseil , et voulut auparavant passer 
par Tolède pour reconnoître l'état de son diocèse, et 
pour visiter quelques monastères qu'il faisoit actuel- 
lement bâtir à ses dépens. Ce fut. là qu'il apaisa le 
trouble que le nonce du pape avoit causé dans tout 
le clergé d'Aragon et de Castille. • 

Léon X, par l'autorité du concile de Latran, avoit 
imposé des décimes sur tous les bénéfices de l'Église 
catholique. Le prétexte qu'il prenoit étoit la défense 
de la chrétienté et la guerre contre les infidèles. 
Sélim , empereur des Turcs , venoit de remporter une 
célèbre victoire où il avoit défait le Soudan d'Egypte, 
et l'on craigiioit qu'après cet heureux succès il ne 
tournât ses armes du côté de l'Italie. Le pape, pour 
lui en fermer l'entrée , avoit résolu d'en faire fortifier 
les places maritimes-, et, dans la dernière séance du 
concile , il proposa aux Pères qui étoient assemblés 
de lever pour ce dessein , durant l'espace de trois ans, 
la dixième partie des fruits de tous les revenus ecclé- 
siastiques. Quelques évéques ne furent pas de cet 
avis, et représentèrent qu'il étoit rude de charger les 
bénéfices de cette .sorte d'exaction ; que les décrets 
des autres conciles et les ordonnances des autres papes 
le défendoient*, et qu'avant que de lever ces contri- 
butions extraordinaires sur les prêtres , il falloit invi- 
ter les princes chrétiens à préparer les armées de mer 
et de terre , sans lest{lielles on travailleroit en vain à 



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All^i5i7. LIVRE CINQUIÈME. 4^1 

rësifiter à ces barbares. Le pape soutenoit au con* 
traire qu*oaavoit le même droit qu'a voit eu le' con- 
cile de Constance , sous Ls pontificat de Martin Y , 
et qu^on se trouvoit dans une paréUlé nécessité ^ et 
qu'il ne Toy oit rien de plus pressant que le danger 
où étôit ritaUe et Rome même d'être attaquée par 
l'ejifLemi commun du nom chrétien. 

te clergé. d'Aragon ,^ où présidoit l'archevêque de 
Saragosse, régent de ce royaume, prétendoit être , 
exempt dcipette sorte de tribut par un privilège par- 
ticulier, et délibéra dans ses synodes s'il devoit payer 
celui-ci. Mais parce qu'il importoit de savoir lés seft^ 
timens du cardinal et d'être appuyé de son crédit à 
Rome y l'archevêque de Saragosse et les autres évê- 
ques ti'Aragon lui écrivirent pour le prier de pro- 
téger l'Église d'Espagne, et de ne pas souffrir que, 
sous une r^nce comme la sienne, elle perdit ses 
immunités. Le cardinal qui n'ayoit pas permis que 
cette levée se fit dans la Castille , leur répondit très- 
civilement, et promit qu'il emploieroit ses soins et 
ses offices aujfkrès du pape pour conserver les libertés 
ecclésiastiques ; que cependant il les prioit de rampre 
leur ass^ablée et d'attendre en repa^j'événemei^t de 
cette affaiiPe, et qu'il espéroit faire en sorte qiie le clergé 
seroit csnteiit. |1 en écrivit au roi catholique, et lui 
manda que son avis étoit dç convoquer des synodes 
dans la Castille , comme on avoit fait en Aragon , où 
Fon examinât à fond quelles étoient les-caHres légi-»- 
times â^ ces exactions^ A sî celle qu'on proposbit 
étoil dans les règl». . < > 

7. 3i 



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48:^ HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i&yj. 

Au même temps il envoya ordre à son agent k la 
cour de Rome de s'informer prëcisiément de ce que 
le concile dé Latran avoit ordonné. là -^dessus, et 
d'alleu cependant offrir au pape non-seulement les 
d^mes, maïs encore tous les revenus du diocèse 
de Tolède , et ménle s'il étoit nécessaire tout For et 
l'argent des églises d'Espagne ; en faisant entendre 
néanmoins à sa sainteté gii'il la supplioit de vouloir 
dédarer nettement ce que c'étoit que cette guerre 
sainte,^ dont il ne voyoit nul préparatif ; ^làrce que, 
s'il n'y avoit un sujet pressant et raisonnable, ii ne 
Souffrirbit jamais que 1^ clergé d'£spagn«, sous son 
gouvernement, deyîi^t tributaire. Le pape lui fit ré- 
pondre par les! cardinaux Fucci et de Médids qu'il 
n'avoit pas . encore imiposë dé décimes , et* qu'il 
n'en impôseroii que^ dàn^ls^ dernière extrémité, sui- 
vant le décriét du eôncilev 11 désavoua même son 
nonce i, et p|romit qu'il n'inquiètéroit jamais le cleigé 
d'Espagne, et ne ferdit rien là-déssuti^nsje con- 
sientement des prélats et surtout d'un li^mme com- 
me lui , dont il connoissoit la sagesse^t l'autorité. 
Ximeuès he laissa pas de faire assen^bler à. Madrid les 
évé^es, qui >eia$èrent tous d'une voix' eette im- 
positionL \hlei loua et leur promit sa protection s'il 
le falloit^^et le pape se cèiitenU de^eTer-cot impdt 
suc les bénéfices^ de l'état ecclésiastique. 

La Cûftstànce qui avoit soutenu Ximëhès dans les 
dÎYjers miMveméns, dont nous venons de parler, loi 
fit entreprendre presqu'aû même temps d'Mimilier 
les trois plus puissans seigneurs du r<^aume qui Vou- 



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Ideilt aô soustiiiYreià SOI) «lixtoritë ou à ^ justice. Le 
duc de rioËi^ia^ci &C le preinie^^ À roccasiôu d'un 
procès iftt'il avdit pour la seiguetarier de 'Velenfie. 
CTétoit une terre aoprâ^de 6uadalaja]:£i , qui appar-^' 
teuoit depuis loilg'^ temps 'à la maison de Mendoza j 
déut le duc ëtoit le cheL Son cadel 'à qui dle;étall 
échue en partage, F^oit vendue au comté de Co- 
runna: La rente s'ëtoit faite datis les former, Tardent 
avbit été donné et raci|uére>ur en jottissoit ea repos, 
lorsque le ' duc pTéieitdit avoir trouvé dans le testa- 
ment de son aïeul liu article quiportoit qu'au tias 
que cette terre fût aliénée de sa nkâis^^ , Tllérâtier 
du duché poùrroity tentrer, en remboursant c^ui 
qui Ta^^oit achetée. Le procîis'éfoît pendant depuis* 
phisieûrs années devat)t le icorisei) de Yalladolid. El 
Ximenès, dèsqû^l fat entré idâifisliat't^em^, avètt 
déclaré qd^il ne pouvoit sotifiKr les Idngueurs ni lés 
cbicaïiës dans tes affaires, et qu'ilvOûloit finir tous 
les procèa- intentés devant les^ justices royales. 
. Tous ceux qui ^.voient besoin de faveur et qui se 
dâîoient de leur cause, furent effrayés de pette réso- 
lution et'obtinreiit de k cour de Flandre, par le 
crédit de leurs amis, 'qu«.le jugéoneiA de leurs procèà 
seroit différé jtfsqu^jit ce que le roi tût arrivé dans le' 
royaume. Le cardinal , deson côté^ se fit envoyer un 
p0ttv««r de^odnoltre de toute- sorte 'dWaires et db 
^ les juger sans déltei/ Cependant, cfoniine il n'y ^Voit 
rien de sbiUe dans les ordres qui*veaoi^t des Pslys- 
Basv et^foe tout tfy faidoili^ar'«[nti^>, le due edr 
ttseE de £iv€Kir pour obtenir des kltrès dé $utSé2LûCël 



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484 HlSTQIRId» DU* GARD. .XlfMEMES. • An iSi?. 

par lesquelles le roi ^e vé^ rvoit la-.c^^taoûsaiic» de 
sea ai&ire, et4éfeydQit à qudique '^a/g^^ap ce fût de, 
s'en mélér. On ait. peine itUi^auyen un, homme assez, 
hardi ponc. sign^ev cette . défense au cardinal ,. et 
l'on fMrii^nfln l-expfédiieQft de rea.feire.aYertic par. 
qbdques-linsjde 8e$)aim^. ;. :/, ;! : 

JLe èardinal iëçrivit iQcontia/^t au roi et à ses mi- 
nisires. pour se plaindre du peu' de considération, 
qu'on avoit pour lui, et leui^ répr^secita : Que la 
fisiveur qu'ils y^noient; de faire au «duc de rin£intade>. 
étoit uAf3 injusiie^<)Ja;'.on fy^oit au cQmte de Cocunna; 
que, sifce duc ccoyoit sa cause :bonne^ il en d^voit 
presser ]^ jugeme^): et no^ pas le remetti;e $ qu'il b'ër. 
toit p^9 rMaonuable.delui ôter ce bien siMui.appar^ 
t^i»oH^ itM^î$;que, s'il iie lui appartenoit p^, il ëtoît 
efifiofjd . oioins .f aisoi^uikble ! de • voiltoir agrandir , an 
pr4i4dic^:du|i,aUtr^^ un hommequi n'ëtoit déjàtiue 
trpp puissant V qu'il neialloit pas craWldDe;quil arri- 
vât du désûrdxe qu^nd on suivoitledroit et la raison^ 
mais ifuand onilne .rendoit pas la just^ee^ ë§2dement. 
11 leur fîti^oimoUre ensuite que le duo atvec toute la 
f^veiur^ du ; roi 'Ferdinand, dont il avoit rhonneor 
d'étfç jalli^,; n^^tfoit'janibàislptt avoir autre avantage 
sursapartie.qj^e celui d'iéluderJejug^un^iiL Sur cela, 
le,rQi laissa ^dler k; cqurs dé, la' justioes IWaire fut 
etaminëpdanii.leiconaeil, et leMComte de Cwanoa 
9}ai^itei^j(jian$^la possession ide la. ferre.^ ; : 

}1 arriva* peu de lenips. après qaiele gdaibd vJeaire 
établi paF>)e oar^^nil à AlQalânde^Henarès voyant j»* 
voyé son promoteur à Guaddlajara pour in&nner 



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An i5iy. liviTe cinquième. ifSS 

; d« q,Q9tque$ désordres dont on accusoît des ecclësias- 
làquçs, le ^c qui nexherchoit qu'une: occasion de 
se venger,' fît prendre ce j^ge ecdësiastique , et lui 
Ar donner db$ coups de bâto», sous prétexte* qu'il 
èntréprréÂoit sur les droits de'Bemarâiii 4ii AfeAdbâa. 
«on frèpè , qui étoit arehidiaci^du lieu. Lé cardinal 
en fut bitfitôt averti et dit publiqtœment : Qfîe 1^ 
duc de rinfantade venoit de commettre dèuarcrimes 
d&ns une seule actîcm , l'un contre la religion et Tâji- 
tré contre l'état 5 qu'aussi il procèderoin contre lui eu 
qualité d'a-rchév^que en l'éxcomm^uniant ^ et en qifti- 
lité dé rëgent du royaume en le privant de son Hùché. 
Quoiqu'il n'eût pas dessïsil^ de le punin|séfèremfent y^ 
il jugeoit à propos de l'^tonnôret dç l«f ikilre rev^r 
à hii. Toutefois ces menaces ne firertt qu'irriter ce 
seigneur», et sa colère te porta à des -extravagances 
dont il eut honte dès que les premiers? mouvemens 
furent pttssés. * . v 

11 coriÉtoianda à son chapelalîn , qui avoit ét?é autre- 
fois de la musique du roi Ferdîfeand, d'Hier trouver 
Ximenès et de lui dire de sa part tout ce^v'il- awoil 
pu SNliaginer d^outrageux. C'étoient des reproches 
de sa naissance et de- sa preipièl-e condition , et des 
menaces riffi%;uies de lui faire repïiendpe le iVoc et 
de le rcnvoy A* dans soiA^ouvent , «t smtres choses sei#- 
blablés. Ce bon prêtre ^ quoique là cônÉmlKsiDn lui 
parût assez hasardodse , ne laissa pas de s'en acquit*-' 
ter. W se jeta 'S^x ^ieds du "cardinal, et lé jupplia dé 
lui pardonner |)ar avance les injures qu'il étoit ckUrgé 
dé lui dire-, puis, se ^ritevant avec mode*tié,*i^it 



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486 HISTOIRE DU CA^tIx5 XIHENÈS. An iSi?. 

fid^em^efu tous les m^uTiis discpars que 80A«IIE|aitre 
lui çkViOit^appns. ^ 

lit cardinal 9 SflUH s'émouvoir, sd^m s'iiqpa|i^ter^ 
sâo^ Fiiiterroflipre , admirant la sim^^^té de Mlliovr 
. nia, récoifUi paisiblement jusqo'à cie qu'il eût achevé. 
Alor« il Im demapdaitfi c'étcfit là toat et s'tT u'avoit 
yki» rien ii &$ ; et comme il eut v^oa^ que pon : 
Allez i^on ami, lui dit- il , retournez- vous -eii vers 
vf^Ure maître I et vous le trouverez bien honteux de 
Ipi coinmissipu qu'il vous a donnée. La chose amva 
camme il l'avoit prédit, té duc, qui avoit fait të- 
flexio sur un proo^é si bigarre, reprochôit à tous 
^es amis^'ijb Tavoient trahi en rabandbnnant à sa 
colère; et dès qu'il vit le chapelain, il le gronda de 
ce qu'il lui avoit obéi si nonctuelleménit. Ximeuès ne 
se plaignit point de cet outrage ; et même, pe)]r4e jours 
après., Varchidiàconé d^ Guadalajara étant venu à 
vaquer par la mort du ^ère de Mendoza, le cardinal, 
au grand étopuement de tout le monde, le donna au 
fils du dui^^arçe qufe c'étoit un homme sage et l^en 
éfevé. . .* ♦ 

f Cependant lebruit de Tinsulte faite au réjpegt s'é- 
tant répandu dans toûtf FEspagne, le connétaUe de 
CastiUe s^imaginif bien que cette affitii^e auroit des 
siuites âchetises pour le duc de rin&nt^e , si Ton ne 
^accQ^^iK>doitpf^omptemenV D l^alla trouver et lui re- 
montra^ qu'il Avoit eu tort dWoèr oifensé si indigne- 
nentunhpnune qui n*étoft pas acc0utttméàsouSir et 
quié^oin U pouvoir de se venger; qu^à la vérité sim 
huin^qr étoile bien ileheuse^et bien dure ; mais qu'il 



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A»i5i7« liVre ciiiquième. " * 4^7 

falloiUoëder au temps et à la force , et qu^il lui corv- 
' seilloit de se réconcilier avec lui à quelque condition 
que ce fut. <1 s'offrit d'employor pour cela Ses soins 
^.ses dRioes auprès du cardinal, et le fit avec tant 
d'adresse, que ce prélat promit qu'il pardonjperolt de 
bon cœur au duc , s'il se repe'ntoil de ses emftort^^ 
mens, et s'il demandoit grâce de la violence qu^il 
avoit faite«à un .officier ecclésiastique, par laquelle il 
avoit encouru les censures canoniques. 

Les paroles ayant été données de part et d'autre , 
le connétable pria le cardinal de lui marquer un jour, 
et de ]fx\ pi^scrire le lieu où il vouloit qu'il menât 
son ami. On convint que l'entrevue^ce feroit à Fuen- 
carrai 5 qu'ils s'y rendroient de bonne heure 5 qu'ils 
viendroietit peu accompagnés afin d'être plus en 
liberté 5 et qu'ils s'éclairciroient une bonne fois des 
sujets qu'ils croyoient avoir de se plaindre l'un de 
Tautre. Ximenès les avoit même conviés & (Ùner ; et , 
le jour de l'entrevae ét^nt venu, il partit assez matin 
afin de lés recevoir *, mais voyant que l'heure se pas- 
soit, il se mit à table sans les attendre avec Févéque 
d'Avila , lé gouverneur deCâçoiîà et Keut autres per- 
sonnes de sa inaison qui l'avdient suivi. Lés deux 
seigneurs ne revinrent qu'une heute après, ayant 
diné de leur côté, et n'étant actrbmpagnés (fue d'un 
valet. Gommé le cardinal n'avort jamais de temps à 
perdre, après les premières civilités, il entra inCon^ 
titieat eii matière ; mais le duc dSibotd interdit, puis 
emporté de cdlèi'e, l'interrompit et lui dit que, 
pauryii qu'il observât sa religion et qu'il obéît à son 



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488 HISTOIRE 0U GA.RD. >X;iHEIfès. An i5^. 

^ roi, il a'étoit pas fait poor rendre compte à d'autres 
de sa conduite. 

Alors 4e cardinal qui lui parloit auparavant a^ec 
douceur ) reprenant sa fierté : Et moi , seigneur M^- 
doza , je suis fait , lui dit- il, pour vous faire punir, 
ç&axmp inquisiteur, si vous manquez à votre religion, 
et comme régent , si vous n'obéissez au roi. Le con- 
nétable blâma fort son ami et tâcha d'apaiser le car- 
dinal qui , reprenant son discours sans s'échauffer et 
se retournant vers le duc se justifia sur la rupture 
du mariage de sa nièce avec le neveu du duc, Qt 
sur le jugement de son procès contre ^ co^te de 
Gorunna. Il se |)laignit ensuite fort doucement de 
l'ambassade de son chapelain», et l'assura. que pour 
lui il avoit toujours honoré la maison deJMiSAdoza , 
et qu'au reste il pouvoit se souvenir qu'au plus.-iojrt 
4e leurs démêlés, tout offensé qu'il étoit, il n'avoit 
pàf laissé de donner à son fils un des meilleurs béfté- 
fices du diocèse de Tolède : Ge^ue je ne dis pas> 
ajouta-t-il, pour vous reprocher un bienfait, mais 
pour ¥Ous faire voir quje vous avez tort. 

Le duc de l'^nlaptade Jut tellement touché de ce 
discours, qu'il. se lewi tout d'un coup de son si^e 
pour se jeter auj^ pieds de Ximpnès et lui demander 
pardon^ mais le casdinal l'empêcha , et reml>rassant 
avec affection : Si je ne vous aimois, lui dit-^il, et si 
je ne vous estimoîs, je n'eu userois^as à votre égard 
comme je fais, {Is étoient sur le point de se séparer 
après les derniers complimens , Idrsqu'on ouït tirer 
plusieurs coups et un grand bruit d^ge|is de guerre 



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An iSiy. LIVRE CINQUIÈME. 4^9 

autour de ia maison. C'ëtoit don Juan Spinosa, eapi*- 
taine des gardies du cardinal, qui lui amenoit isette 
escorte. Cet officier, à qui on avoit cache comme aux 
autres cette entrevue , Tayant apprise par- hasard, 
avoit &it monter à cheval sa compagnie, n^ jugeant 
pas qu'il fût honorable ni même sur au régemt de 
marcher comme un particulier, et de se commettre 
avec des gens qui dévoient lui être suspects *, et il avoit 
couru à toute bride à Fuençarral. Le duc et lé c«>n- 
nëtable furent étonnes de ce bruit, et crurent d'abord 
cpi'on leur avoit tendu un piégé *, niais le cardinal les 
rassura ; «t , après avoir fait en leur présence une 
sévère réprimande à Spinosa d'être venu ;«ans ordœ, 
il prit congé d'eux et s'en retourna à Madrid. Ce fut 
ainsi que se terminèrent ces différends avec la. maison 
de Moadoza, 

}i'affaire du comte do. Vréna causa beaucoup plus 
de trouble dans le royaume, et donna par consé- .. 
quent beaucoup plus de peine à.Ximenès. C'étoit un 
homme remuant , qui avoit été le premier ennemi du 
régent et de la r-égeuce. 11 éloit accusé d'avoir assisté 
son fils contre le service du roi , jans l'affaire du 4uc 
de M^^na Sidonia; et il avoittnaltraité èes ojiicier^ 
qui exerçoient la justice ou qui levoient les/^eniecs 
royaux. Le cardinal avoit dissimulé prudemment «es 
rebellions , parce qu'il se trouvoit alors de grands 
démêlés avec le jluc deJ'Infentade et le duc d'Albe , 
et, qu'il ne jugeoit pas à propos d'avoir sur les bras 
'^u méye temps les trois plus puissantes maîi^BS-de 
Castille. Mais i\ se présenta bientôt une odbasion de 



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4^0 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An iSi?. 

lai Élire sentir ses fautes passées. Il plaida depuis 
loBg^t^nps«vec Quixade pour la seigneurie de Yiila- 
frate près de Valladolid. Et il s'en ëtoit mis de'lui- 
même en possession sans que sa partie, qui avoit eu 
recours à k justice, eût pu encore rien obtenir. 

Xknenèa«qui avoit entrepris, comme nous avons 
déjà dit, âé tenàiuer tous les vieux procès , fit juger 
celui-ci; et par arrêt de la cour de Yalladolid, la sei- 
gneurie de-Villafrate fut adjugée à Quixade qui , ayant 
à faire à un homme qui ne cédoit pas aisément, im- 
plora le secours du cardinal. Le cardinal lui fit don- 
ner un huissier et quelques sergens pouf exécuter 
l'arrêt selon sesibrmes -, et le comte de Vréna Tayant 
su, et se plaignapt qu'après lui avoir fait une injustice 
on vouioit encore lui faire violence,^ recommanda à 
sou fils de recevoir ces gens-là comme ils mërkoient. 
Ce jeune homme accompagaë du fils du connétable, 
du duc d'Âlbuquerque et de l'amirante, les attendit 
près<le la ville. Là on les chargea de coups, on leur 
découpa le visage^ et on les renvoya avec menace de 
les faire pendre si jamais ils y revenoient. 

Ces officiers s'en retournèrent à Yalladolid cou- 
l^rts de «atig et de uteurtniBsures , et ce spectai^e fit 
horreur à tous ceux qui avoient qudque respect 
pmir les lois. L^évêque de B|alaga , président de cette 
cour, quoiqu'il fôt de son i^turel fort doux et fort 
modéré, fit assembler les milices,. et prenant les 
armes lui-même se mit à leur tête pour venger Kn- 
jure faite à*la justice et à l'autorité royale-, e^déjà ï 
marchoit^à Villafme. Alors le*«onné4able, voyant le 



c 



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An ïSi;. LIVR» CINQUIÈME. 4§^ 

dangeroq étoit scmfils, y ^çcoun|tyât&ortk4te la ville 
ces jeunes se^^ears fjui çomsa^nçoient à s^yiptti&er^ 
et cêitiniancla qu'on exécutât sanis opposition et sans 
bruit ce que la couf avoit orddixdë. L'é^équé con-' 
gédîa les milices et s^en revint isati^fait à VaUadoUd. 
Xiiuenès tie fut pas^ pkis tôt inhtmé de îaffaire^ 
qu'il fit procéder coutre les coupgbUs, comme pour 
crime de lèse - majesté. On afficha leurs proscriptions * 
daus les carrefours , et o^ les déclara rel>ell6$ p^r des 
hérauts publics , dans Madrid et dans Yallodolid^ 
s'ils ne sUremettoient prpmptenlipnt dans les prisons 
du cohseil royal pour y rendre compte de Ipirs ac- 
tions. 

Les jeunes seigneurs songèrent alors à se mettre en 
lieu de sûreté, et, pour cet effet, rentrfc-ent dans Vil- 
lafrate^avec ce qu'ils purent amasser de monde, ré- 
solus de se défendre jusqu'à l'extrémité. Leurs .pères ^ 
étoient alarmés et ne savoient quel parti pi'endre. 
Le connétable et Tamirante ne bougèrent d'uuprès de 
révéqued^Malaga^ afin qu'il fftt témoin de leur con- 
duite^^ et que l'orage ne tombât pa^ sur eux-mêmes. 
Les 'autres s'assemblèrent pour résoudre ce qu'ils fe*- 
roient. QuQl(|ues amis du cardinal lui remontrèrent 
que tous les grands de Castille^alloîent se li^er 
contre lui dfins c^tte afiaire où ils étoient prçsque . 
tous intéressés . et il leur répondit qu'il ne poùvoit 
dissimuler leurs Êiutes ^ et (fa'il savoit bien le moyen 
de les ranges tous ensemble à leur devoir, s'ils •eti 
sortoient. Ces\ jpoprquoi il d^nna des troupes a|i 
commissaire Sanniento, lui commanda d'aller fiii)Bf 



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4^^ HISTOIRE DU CÂR19, XIMEBÈS* An iSiy. 

le ptocès aux rebelles, et de rain^ parlefcTr oit par 
le feu cette vflle qui leur sérvoit de retraite. 

Cependant les seigneurs ({ui s'ëtoient assemUës à 
PortiUo auroient bien voulu résister ouvertement à 
Ximenès; mais , comme chacun craignoit pour soi, 
ils conclurent qu'il falloit mener cette affaire avec 
douceur et avec adresse. Ils lui écrivirent donc des 
lettres pleines de respect et de soumission , en lui 
demandant pardon les uns pour leurs fils et les autres 
pour leurs parens. Au même temps ils écrivirent au 
roi qu'il n étoit pas possible de supporter rbumeur 
difficile et violente de Ximenès -, et que , si sa majesté 
n'y mettoit ordre , tout le l'oyaume alloit se soulever. 
Le comte de Vréna , de son côté, récusôit hautement 
le conseil royîil avec opiniâtreté , quoique sans rai- 
sou, et demandoit que le roi même prît cc^nnois- 
sance de sa cause. 

'l»e cardinal ne douta pas qu'en cette occasion 
comme dans les autres , on ne tachât de sui:î)rendre 
la cour et de prévenir le roi contre lui. Il' lui fit 
écrite par le conseil, et Itii écrivit lui-même toutes 
les circonstances de cette affiiire , de peur qu'on ne 
lui eut envoyé de Êiusses relations. lÀ fin de sa 
let^e étoit : VoilS au vrai comine tout s'est passé. 
• Nous n'avons aucune inimitié particulière contre ce 
^seigneur. Quelle apparence que tant de juges , aux 
yeux du public , contre leur conscience et leur hon- 
Ee\ir, aient unanimement conspiré à le perdre ? Ne voit- 
on pas tous les jours teur intégrité , soit dans les juge- 
wetks des procès, soit dans la punition des crimes? 



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An i5i7. ' tlYRE CINQUIÈME. 4j)^ 

Si les^ens de bien qui composea t votre conseil Tont 
condamné, c'iBSt sat :&ttte, et nojir pas leur haine et 
leur jC3arrtt|^tion. S'il veut tout renverser et tout per- 
dre, :ne sommes -nous pas étal>l)s pour défendre le 
io^e contre je puissant ? Nous ne pouvons éviter 
que ceus: qui frDublentle repos publié ne nous hafs-t 
sent , TiSPût^ 4evpns ai^ moins fiûre en sorte qu'ils nous 
cra^nent». Us vouidroiant décrier notre. CQn4uite^ 
parce que nous ne pouvons; souffrir leiârs.injustice£r. 
La fld^të que nous, devons à votre iqajpsté npttç 
oblige.de l'avertir , que,, si die veut^^tenir l^prdr^ 
dans ses états.,. e]le doit rejeter ces plaintes par lesr 
qu€^es i^n implbre votre ajitorité QQntrè; votre fkjitp- 
rite même. ' OonlQ^aodes d&nc qu?on observa les \çi\% 
dont vous devez.^tre \^ défima^âr , et faites* nous la. 
grâce de. cix)ir:e que lious n'abusons, pps de la justice 
que: ypas<aMez-^ii;Ia -bonté: de Q|[>Ms <qo!)fieji^. .\ 

Q^pendatit ^ eut ayss qu'il ie focmoU plpiieurs 
cabf^. 11 intercepta des l«lkires ^itieiisas. de ceux 
qui lijii iivpient Êiit de» ptoïeE^tatikbs^ dcf re^çt et 
d'ob^issaiitoéi. Il a^^prit .^^ue l'évéqn^ 4e Z^WPT^ » ch^i' 
des s^ditidnfl(poptulîairftS),; ^'tjtoit avancé v^jp.iValla* 
dolid^pour ise jeter dans; ¥îUalh(te, etqw^jtoute la 
npblesse ^i^t €to mouvw^ent. LQs;4îwp^fele$ ,. qui ^ 
croy oient asiliinés. dans c^tt/e plaOê^ s^t^^lipientidi^ 
C4p)ini9$Vre qui venoit lesia^kj^pr^» ftafiA^l^ti^ i:i^n 
ne manquât à leur folie;, Us tfcai;n^rent ii^n ÏQMï parles 
rues, eni dérision idu cardinal ^ iwejifigiiir^flQMie^re-^ 
pré^tti^pit ;et^qu'il$ ajvdient x^ltBW cl'babit?.i>0||!h 
ficiatux. Cep9ndàiibSarsfiwto.aHrri\(«,, a^siôgela vill^^ 



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494 HISTOIRE DIT GARD. XIMENÈS. An iSt;. 

la presse et la réduit à rextrémité. Comme H étoit 
prêt de donner Tassant et de la prendre , les jeunes 
seigneurs , par un coup éé désespoir qui I^r réussit , 
sortirent Tépée à la main avec ce qui leur restoit de 
braves gens, logèrent tout ôc qui s^opposa à leur 
passage et se sauvèrèiit.' Après celst le conînliis^aire 
entra àans la ville mû? i*ésisMie^, et fit publier dans 
les places publiques paf uù héraut Tarrét qu'il avoit 
dresse sel6n les fdripes de la justice. Cet arrêt portoit 
c|ue, selon Taucien usagé d'Éspiagne, Yillafrate où k 
rébellion s'ètoit faite, seroit brûlent rendu pour ja- 
mais inhabitable •, qu'on y feroit passer la charrue et 
semer du sel; que Giron et son fils avec letiihi com- 
plices seroient panis comme ènminélsf dé lèse-majesté 
et condamnés à dédommager; iQuiiiaMié de toutes ses 
pertes» Xia coâimei«^ aussitôt àWëtti^ lé feu dans 
tous tes quartiers delà ville', et à ti#er toute FartiDe- 
rie contre les murailkd qu'ofi ruina jusqu'aux fonde- 
meud. ^pt des principAùk feuurgéoiâ qui avoiettt crié, 
pendant qu'on maltraitâiti'h^^si^'^ qu'ils n'avoient 
point d'autre maître -queGir^i, fureiii fustigés. Un 
domestique àè Tamiranîte , accusé d'avoir levé secrè- 
^emebt qudqiies àtil^ïiil^'pôur envoyer au fils de son 
miaûne, le'fut.aussi ; et <^u en fitrexéeùtion un jour 
de fSte, ce qui ne s'étoit jamais pratiquéi^ 

€« cllfttimeikt eiteniplaire jeta la teireur dans toute 
la CftstiBe. Ire cfonnétâiblë et le âùc del'fn&ltade en- 
voyèrent un dé leurs aiitis au earidinal pour le sap- 
^t 4eje ^côb^teittér d^lvbir feift uh si ^(ailglâut afiroiit 
au'bômb^é Virénà, 01 dé ftepe^ fMtdi'e mi^des (^us 



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I. 

An i5i7. LIVRfi GINQUIBUIE. 49^ 

Qofales maiscps de CastiUe. L'àmiranté t]ui ikv<At tou- 
jours garde assez démesures avec ce prâat, vint à 
Madkrid et lui représenta avec beaucoup de respect et 
de soumissioii, qu'il s'ëtonnoit qu'un homme aussi 
sage que lui traitât si rigoureusement la noblesse, 
qui ne demandôit qu'à servir le roi et à hii ob^ir ; 
qu-en cela ilagissoit contre lui -*méme et contre ses 
successeurs, puisjqu'èn qualité d'archevêque de To- 
lède il se trouÉoit en même temps et à la tête du 
clergé et à la tète des gnands du royaume; q«e le 
roi^ qui ne pouvoit pas connoitre encore par lui-même 
leur fidâitë et leur zèle, les mëprîseroit infaillible^ 
ment, s'il voyoit qu'on les traitât avec tant de dur^t^ 
et dQ hauteur; qu'il lé supplioit très-instamment cle 
ne jet^ paô tant de personnes d^Konnéur et de qua- 
lité dibs lés malheurs dont il leur seroit (fifflcile de 
sejriélev€«, parce qi:r'on savoit qu'il avoît écrit plu- 
siaavs fois au roi qù'îb étoient déddbéiissaiis et re- 
belles; qu'il lui demandait pardon de la liberté qu'ii 
I^renoit, n^ïs'qp'il crôy oit qu'un peu plus de doù- 
ceiir ne feroit point de tort à sa dignité Yii à la gI<Hre 
de leur iSommun maitre. 

Le cardinal répondit à l'amjirante en peu de motfe 
qu'il) Dk'étoit paë d'humeur k faire* sa tour aru roi , aux, 
dé^eiis \de perionne ; que ^â majesté lui àlyant £ait 
l'hoûnear de lé charger ^u poids du gouvememeift-, 
iLétoit fésolu de lesohteûir et deini en tendm bon 
compte ; qu'il avbit^ dissimule bien dtichoses ^'il wh 
roitpeàlïétre dû mander ^ là çour^ et que , dans la né^ 
Gék^té de décëutfir la mauvaise eoii^m^ d0^u|il(tl«s- 



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49^ HISTOIRB DD GARD. XIMENES. An 1517. 

uns 9 il avoit plutôt adouci qtt*exagéréjeurs fautes-, 
que pour ce qui regardoti le comte de Yréna , il n'en 
avoit que trop souffert, et que l'affaire en étoit venue 
à un point qu'il n'y avoit que le roi qui le pût sau- 
ver de $a pleine autorité. 

L'amirante se retira sans oser insister davantage. 
Cependant don Pedro Giron voulut lever des trou- 
pes en plusieurs endroits, mais il ny eut pas un 
homme qui eût le courage de s'enrèkr après ce qui 
venoit d!arriver. De sorte qu'ils n'eur^t plus de res- 
source qu'aiiK nouvelles qu'ils, attendoient de Flan- 
dre. Mais on y confirma tout ce que Ximenès avoit 
fait ^ et on déclara le cemte Yréna et son fils criminels 
il'état, s'ils ne se remettoient incessamment dans les 
prisons de Valladolid^ Personne n osa plus intercé- 
der pour fes co^paUes , -et leurs propres pères furent 
coûtraints de les mettre imtre les mains delà justice. 
. Alors 1# caràiiial se voyant le maître, s'adoucit 
tfy^ d'un Corip,* etje comte de Vréria s'étant venu 
jeter à^ ses pieds pour subir l'arrêt qu'il lui plaifoit 
dei{:hX)n:oncër,: il lui pardonna aussi bien qu'aux 
jeunes seigneurs qu'il fit mettre en liberté. Bu reste, 
quoiqu'il eût aussi le. pouvoir de leur accorder Leur 
gmâçe, il se cont^itaidie leur promette de l'obtenir 
du. roi .dès: qu!il seroit arrivé; voulant par- là les 
Keil^nir etncore dans le^respect durant le temps de sa 
ré^BM, et dpniieF moyen il :Charies de se les atla- 
cbdri pftr un acte de clémence et de générosité. 11 
msanda incontinent àXopés Àyala.son agent à|tt cour 
d%£vit«i^«ë , fd'aller.trouivMle:rc£ ; et de lui dire que 



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An i5i7. LIVRE CINQUIÈME. 497 

le comte éloit venu à genoux demander grâce pour 
lui et pour ses enfans, et qu'il témoignoii un ex- 
trême regret du passé. Que , cela ëtant , il ëtoit de la 
bonté de sa majesté de lui pardonner; qu'il n'étoit 
pas à propos de perdre ceux qu'on croyoit pouvoir 
corriger; et qu'il falloit punir les grands' autrement 
que les petits, en se contentant de les abaisser, 
parce que leurs humiliations kur tiennent lieu de 
supplice. ) 

Pendant ces troubles , le pape Léon X fit une pro- 
motion de vingt- un cardinaux, entre lesquels £at 
Adrien Florent, doyen de Louvain et collègue de 
Ximenès dans la régence. On étoit persuadé qu'il 
avoit résolu de donner un de ces chapeaux à Raphaël 
d Urbin , le plus célèbre peintre de son temps , pour 
distinguer par la grandeur de la récompense un 
homme qui se distinguoit si fort par l'excellence de 
ses ouvrages; et Raphaël, qui s'en étoit flatté, avoit 
différé, sous divers pl^textes , d'épouser la nièce du 
cardinal dç Bibiène , qu'on lui offroit en mariage de- 
puis long-temps ; mais une mort imprévue renversa 
toutes ses espérances. Ximenès loua fort le choix que 
sa sainteté avoit fait d'Adrien ; mais en même temps 
il fit proposer au roi d'envoyer le nouveau cardinal 
à Rome, ou dans son diocèse, ou de le rappeler au- 
près de lui, parce que c'étoit un homme qui n'aîmoit 
pas les affaires , et que sa nouvelle dignité ne feroit 
que causerie l'embarras, au lieu d'être de quelque 
usage. 

A peine Ximenès étoit-il sorti de ses démêlés avec 

7. 3a 



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498 HISTOIftB DU CARD. XIMENÈS. An iSi;. 

le comte de Vrëua, qu'il entreprit une affaire qui 
souleva le duc d'Albe, et partagea toute la Castille. 
Il s'agissoit: du prieuré de Consuégra que Diego de 
Tolède , troisième fils du duc d' Albe , retenoit aa pré- 
judice d'A^tpine de 2Juniga, frère du duc de Bëjar, 
qulpnavoit été pourvu dan» les &rmes. Le béné- 
fice étoit nan^seidenicnt riche, mais encore hono- 
rable ^ le procès devolt se juger m conseil d'Espagne. 
Le duc d' Albe avoit du crédit , et Ximenès étoit in- 
flexible pour la justice» Zuniga avoit eu ce prieuré 
p4p la démission d'un de ses oncles, paternels ^ avec 
l'agrément du roî Philippe, et la confirmatioD du 
pape V ^t il ^^ ^Wt joui paisiblement quelques an- 
nées. Mais Ferdinand , pour reconnoître les services 
que le duc d'Albe lui avoit rendus , avoit feil inter- 
venir ensuite le grand -maître de Rhodes qui, piqué 
de ce qu'on s'étoit adressé au pape non pas à lui , 
déposséda Zuniga sur ce prétexte. Celui-ci se plaignit 
de la violence qu'on lui faisoit, mais il ne fiA pas 
écouté^ et après la mort de Ferdinand il se rëfiigia 
en Flandre auprès de l'archiduc Charles ^ et le pria 
de%e pas abandonner un serviteur du roi son père, 
qu'on ve^oit de dépouiller de son bien contri toute 
sorte de droits. Il fut rétabli par l'autorité de Tarcbi- 
duc 9 et s'en^ alla poursuivre son procès à la coni de 
Rome où il obtipt phisiaiirs sentences en s^ hvevttj 
malgré tout le crédit du duc d'Albe y et enfin ayant 
aussi obtenu des lettres qu'on donne ordiaairement 
après le jugement définitif, et qu'on appelle exé- 
cutoires , il vint en Espfignç les présenter à Ximienès . 



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An i5i7. LIYRK CINQUIÈME. 4^ 

et loi demander justice comme au gouverneur du 
royaume. 

Cette affaire ëtoitcoosidëraU!^, et par eUe^mâme , 
et par la qualité des persoones , et pouvoit avoir des 
suites fâcheuses. C'est pourquoi le cardinal écrivit au 
roi 9àoQ: sa coutume, pour lui demander ses ordres, 
et même pour Itd donner ses avis. Le roi lui rép<m-* 
dit qu il avoit fait examiner FaiTaire dans son conlseil', 
et qu4, ne pouvant la juger à fond Jusqu^à ce qu^illut 
sur les lieux , et voulant prévenir touë leis désordres 
c^i poûrrpient cependant arriver de cette contesta- 
tion, il croypit qu'il étoit expédient de retenir cmm-r 
me en. dépôt ce prieuré aVec ses reirenns , ses ïnaîsoM, 
ses châteaux , et toutes ses d^end^nces jusqu'à k^ fin 
du piïocès; qu'il vit lfl**dessu» le duc d'Alhe et son 
fils, et qu'il retirât d'eux un compSromis dans lès 
formes, par lequel ils- lui remissent! leurs intérêts, 
après les avoir asràrés qu/s non -«fieulâment il auroit 
égard au droit, nm$ eacore à rhontiear et à k satis*» 
faction des parties ^ que si par hasaM' ib refosoient 
cet expédient, ce qu'il avoit peine à s'imaginer, il 
leur donnât quinze jours pour délibérer ; et que s'ils 
s'opiniâtroient après çâla, il falloit fiiire valoir les 
lettres apostoliques que Zuni^ avoit obtenues ei le 
mettre m possession. 

1^ cardinal était alors fort abattu d'une fièvre 
tierce, et l'on farcit à< Madrid et dans tonte k Cas^* 
tiUq des prières pubriqu^ pour sa santé , de laquelle 
dépendait le wpos du royauniej Car pn voyoit déjà 
d«h4$ertaias ^pieluvemens qui faîsoient craindre une 



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SOO HISTOIRE DU GARD. XIME5ES. An iSi;. 

révolte générale. Le doc d'Albe a^sembloit totfs ses 
amis , et la maison de Zuniga , qui ^toit très-nom- 
breuse, ^ssembloit aussi les siens , de sorte qite Tévê- 
que d'Avila , pour empêcher ces deux partis d'en 
venir aux* mains , fut obligé, durant la maladie du car- 
dinal , de £sdre tenir sous les armes sa compagnie des 
gaines, avec trois cents soldats qu'il tira des meilleu- 
4«s troupes de Castille. 

Dès que Ximenès fut en état de vaquer aux affaires , 
il fit vemr le duc d'Albe en présence de ses collègues 
et delà plupart des conseillers d'état, et l'exhorta 
comme son ami de ne perdre pas en cette occasion la 
modération et la sagesse qu'il avoit toujours Ëiit pa- 
roître, l'assurant qu'il auroit soin de ses intérêts, s'il 
attendoit paisiblement le jugement de son affaire , 
et s'il remettoit le prieuré au roi pour en disposer 
selon les lois. 11 lui ajouta ménie qu'encore qu'il eût 
ses ordres de la cour, il vouloit bien les adoucir en 
sa faveur, de sorte que s'il avoit quelque répugnance 
à rémettre entièrement le prieuré entre les mains du 
roi , il n'avoit qu'à nommer quelqu'un de ses amis ou 
de ses parens , à qui l'on en put donner la garde , afin 
que son fils ^i parut le maître comme auparavant. 
' Le duc ne voulut pas accepter ces conditions. 11 se 
plaignit qu'on le traitoit indignement 5 protestant 
qu'il sauroit bien se soutenir, non pas contre letroi, 
mais contre le régent qui étoit Tennemi de sa mai- 
son. A ces menaces le cardinal ne répondoit autre 
chose, sinon que le duc d'Albe s'étoit trompé, s'il 
L'avoit Cru capable de préférer ses affections partiteu- 



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An iSi;. LIVRE CINQUIÈME. 5oi 

lièfes aux devoirs de la justice. Cependant quelques 
seigneurs que le duc consulta lui ayant conseillé 
d'accepter les propositions qu'on lui faisoit, il s'y i^ 
solut| mais peu 4plémps après il se laissa aller de 
nouveau à ses chagrins , et fit lever secrètem§nt des 
gens de guerre pour se cantonner 4ans Consuëgra, et 
pour y défendre le prieuré par la voie-dfts armés* 
Avant que de se déclarer ouvertement, il vouluten- 
core tenter s'il ne pouf roit rien avancer du côté de 
la cour; et, par le moyen de la reine Germaine, il 
obtint* du roi de France et du roi d'Angleterre des 
^ettres en sa faveur au roi cathoHqi^e à Chièvre et 
aux principaux seigneurs des Pays-Bas. Ce^ lettres 
avoieut ébranlé Charles , et peu s'en fallut qu'il ne ré- 
voquât l'ordre qu'il avoit donoé. Mais Ximenès lui 
écrivit <ju'il étoit important que les' moindres paro- 
les des rois fassent inviolables , à plus fort^e raison 
des ordres signés de leur main, et scellés de leur 
sceau. 11 manda au même temps à Chièvre que si 
l'on prétendoit ainsi l'arrêter après Favoir engagé , on 
pcrdroit tout, et -qu'on prit garde qu'en voulant fa* 
voriser L| duc d'Albe on alloit premièrement faire 
UH)^ injustÂoe , et de plus irriter toute la maison de 
Zuniga, qui étoit d'atfïant plus^à craindre, qu'elle 
soutenoit un droit incontestable. 

Comme le duc ne vit plus d'apparence de réussir 
auprès du roi par ses so)ticitatioi|s, il eut recours à la 
force et fit entrer son fils dans Consuégra , pour s'y 
défe^idre, disoit-il^ contre la tyrannie du régent. Les 
Flamands qui se trouvoient alors en Espagne étoieni 



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5oa HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An iSi;, 

fart ^pmës. Ils prièrent le câirdiiial de ne pas 
pousser si loin les affaires , et de temporiser jti^u'à 
l'arrivée du roi. Q leur répondit qu'il falloit mettre 
les Qhoses en létat , qu à son arrivée il ne trouvât que 
des si:û^^ souaik* Fonséca , un des meilleurs capi- 
taines de son temps, vint le trouver et liii remontra 
,très^ respastueusement que Ie& esprits étoient aigris , 
que le duc d'Albe avoit du crédit, du courage, des 
amis, quil étoit à craindre. Il Tinterrompit, à ce mot, 
et lui dit en souriant : Ne craignez pas, Fonséca, tout 
ira bien. Il fit assembler les milices, et commanda à 
Ferdinand Andcada, dont il connoissoit la valeur et 
Texpérieuce, de marcher contre Diego de Tolède, qui 
s'étoit fortifié dans Gonsuégra. L'armifeétoit composée 
de mille chevaux ttijés les uns des compagnies des 
gardes du roi^ les autres des garnisons des viUe& fron- 
tières, et de cinq mille hommes de pied, parmi les- 
quels on comptoit cinq cents vieux soldats qui 
avoient fait la guerre sons Y illalva , et qu'il tenoit en 
quartier aux tovirOns de Madrid pour s'en servir 
dans }^soccasions< U donna ordre qu'outre ces trou- 
pes il y eût à Tolède trois cents chevaux ,^et un corps 
considérable d'infanterie prêt à marcher pour relefer 
les autres ou pour les renfori^r. 

Diego de Tolède sômhloit résolu de se défendre 
dan$ Gonsuégra jusqu'aux dernières extrémités* Le 
dtic son père lui envpy oit mille soldats avec beaucoup 
de vivres et d'argent, cil^yaût qu'avec ce secours il 
re.ndroit cettapkce imprenable ^ mais AQdrada ^t de 
$i bon$ avis , pt les troupes qu'il commaodoit animées 



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An ï5i7. ».IVRE CINQUIÈME. 6o3 

par Tespérance du butin, firent tant de diligence, 
qu'elles pillèrent ce convoi et défiretit âis<5ment ceux 
qui rescortoiént. Ensuite l'armée alla à la vue de Con- 
suégra où elle demeura quelques jours sans faire 
aucun mouvement, pour donner le temps aux som-? 
mations que le cardinal avoit ordonné de faire' dans 
toutes les formes juridiques^ 

Andrada s'étant donc avancé, envoya un trompette 
à Diego de Tolède , pour le sommer de la part du roi 
de rendre la place, dé congédier tout ce qu'il avoit 
de gens armés, de lui remettre lesvilles et les for- 
teresses dépendantes du prieuré , et d*attendre le ju- 
gement dt son procès selon les voies ordinaires de 
la justice; qa'autrement il le regarderoit comme cri- 
mind de lèse - majesté , et qu'il lui feroit la guerre 
comme à un rebelle. Il ne parut pas que ce$ menaces 
eussent fort étonné les assiégés ] au contraire quel* 
ques jeunes gens de Tolède, {]far un ancion usage 
d'Espagne dont il refste quelques traces dans Dion de 
Nicée, firent paroître sur les murailles des bîèrès 
peintes en noir , comme pour faire entendre qu'ils 
mourroient tous plutôt que de rendre la ville; et 
là-dessus Andrada commença "à faire le siège dans les 
règles. 

Le duc d'Albe voyant la perte de son fils inévita- 
ble , et ne se croyant pats lui-même bien assuré vint à 
Madrid, où, parle moyen de la reine Germaine et 
du cardinal Adrien , il tâcha d'obtenir des conditions 
plus avantageuses que les premières , ou du moins de 
revenir à l'accommodement qu'on lui avoit offert; 



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5o4 HISTOIRE DU GARD, XIMENÈS. An i5i7. 

mais Ximenès ne voulut plus ouïr parler de condi- 
tions ni d'accommodement, et déclara qu'il n*étoit 
plus question que de remettre le prieuré purement et 
simplement à la disposition du roi. Ou ne ci^it pas 
pouvoir le fléchir, et le duc fut obligé de recevoir la 
loi qu'on lui imposoit. Il vint trouver le cardinal la 
nuit 5 et comme il se plaigaoit un peu de sa rigueur, 
ce prélat lui "répondit qu'il n'avoit jamais usé de ri- 
gueur que malgré lui , et que ceux qui commandent 
sous les autres: doivent exécuter avec soin les ordres 
qu'ils en reçoivent. Il lui montra même les lettres de 
Flandre , et l'assura qu'en\toutes choses où sa fidé- 
lité et l'autorité du prince ne seroient pas itotér^sées 
il le serviroit. 

Le duc le pria de recommander sa famille au roi , 
et 5 après plusieurs civilités réciproques , ils écrivirent 
l'un et ra]utre sur-le-champ , le duc à son fils de ren- 
dre le prieuitjé, et le régent à Ândrada de lever le 
siège ^ ce qui fut exécuté ponctuellement. On fit pu- 
. blier l'amnistie pour ceux qui s'étoient trouvés dans 
Çonsuégra, et Diego fut remis en grâce. 11 voulut 
quelque temps après faire assembler les chevaliers, 
mais on lui interdit toutes les fonctions de prieur j et 
comme il s'excusoit sur les ordres du grand -maître : 
Si nous étions, lui répliqua le cardinal, dans l'île de 
llhodes, vous auriez raison -jipais en Espagne, où je 
suis régent, il ne faut obéir qu'à moi. 

Quoique par cette fermeté, le cardinal eût réduit 
la noblesse à vivre dans une grande retenue, les Fla- 
mands craignirent pourtant qu'il a'arrivât enfin quel- 



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An i5i7. LIVRE GIHQtJlÈME. 5o5 

que désordre en Espagne, et déterminèrent le roi à 
s'y rendre au commencement de l'automne. La nou- 
velle n'en fut pas plus tôt arrivée , que le régent la fit 
publier par tout le royaume, et commanda qu'on équi- 
pât la flotte, qu'on la pourvût de tout, et qu'on la mît 
en mer au premier beau temps. Il envoya visiter les 
côles de Galice et de Biscaye, et reconnoître le lieu 
le plus commode et le plus sain où le roi pourroit 
aborder ^ car il avoit couru quelque bruit de peste. Il 
eut soin même qu'on fît dans tous les ports de gran- 
des provisions de vivres , afin que la cour, en quelque 
endroit qu'elle débarquât, trouvât toutes sortes de 
rafraîchissemens. Ces ordres ainsi donnés , il partit 
de Madrid avec l'infant, accompagné du conseil d'état 
et de grand nombre de seigneurs pour aller à Aranda 
sur la rivière de Duéro. Il choisit cette ville plutôt 
qu'une autre, tant parce qu'il croyoit être plus à por- 
tée pour hâter les préparatifs de la réception du roi , 
et pour aller au devant de lui, qu'à cause que l'air 
y étoit fort tempéré, et que près delà il .y avoit un 
célèbre couvent de cordeliers où il aimoit à se re- 
tirer. Il paséa par Tordélaguna lieu de sa naissance, 
et voulut y demeurer un jouj: c^me pour dire le 
dernier adieu à sa patrie. 

Le lendemain , il alla dîner en chemin dans uti 
bourg nommé Bos-Éguillas. Et c'est là qu'on pré- 
tend que ses ennemis It» firent donner le poison. 
Quoi qu'il en soil , il sentit des maux extraordinai- 
res incontinent après le repas, et il ne vécut depuis 
que très-peu de mois. Le provincial des corcj/eliers , 



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5o6 HISTOIRE DU CARD. XIMENÈS. An 1517. 

que Je régent avoit mandé avec qaelques-uns des 
principaux de la province, ne confirma que trop le 
soupçon qu'on eut. Car ce bon père marchant avec 
ses compagnons dans un chemin de traverse , un ca- 
valier masqué vint à toute bride et leur dit : Si vous 
allez trouver le cardinal à Bos-Êguillas, hâtez-vous, 
mes pères ; et , si par bonheur vous arrivez avant son 
dîner, avertissez -le de ne pas manger d'une grande 
truite qu'on lui servira , car elle est empoisonnée; que 
si vous arrivez trop tard , dites-lui que c*en est feit , 
qu'il n'a qu'à songer à sa conscience. Il piqua son 
cheval après cela , ^ prit la route de Madrid. 

Les religieux doublèrent le pas effrayés de cette 
aventure , et le provincial plein de poudre et de sueur 
ayant été introduit da(^ la chambre du cardînail , 
comme il sortoit de table, raconta de point en point 
ce qu'il avoit vu et ouï; à quoi ce prélat répondit 
sans s'étonner , et comme n'ajoutant aucune foi à 
l'avis de ce chevalier : Si ce malheur m'est arrivé , ce 
n'est pas d'aujourd'hui , mon père. 11 leur dît ensuite 
que, quelques mois auparavant ouvrant une dépêche 
qui venoit de Flandre , une vapeur subtile et ma- 
ligne lui avoit tout 4'un coup saisi le cerveau, et que 
depuis il n'avoit point eu de santé. Mais, ajouta-t-i), 
l'un n'est pas peut-être plus vrai que l'autre. Dieu 
qui gouverne tout avec une si grande sagesse , envoie 
les maladies , et les guérit quand il lui plaît ; il faut 
nous abandonner à sa providence. Cependant le poi- 
son commença à faire son premier effet, qui fut de 
lui faice jeter du sang par les oreilles et par les join- 



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Au i5i7. LITRE CINQUIEME. 507 

tures des on^es , et consuma kntement ce corps 
d'ailleurs aifoibli par Tâge et par les fatigues dêê 
affaires. Les déiûélés qu'il avpit eus avec les grands 
d'Espagne , et le dépit qu'âvoient lès Flamands des 
plaintes qu'il avoit faites de leur avarice, ont laissé 
incertain à laquelle des deux nations on doit impu* 
ter ce crime. 

Quoi qu'il en soit Ximenës , tout languissant qu'il 
étôit y ne laissa pas de continuer à prendre soin de 
l'ëtat , et la vue de la mort ne l'empêcha pas d'exé^ 
cuter un dessein hardi qu'il croyoit nécessaire pour 
le service du roi et pour la tranquillité du royaume ^ 
ce fut d'ôter à l'infant tous ceux des domestiques 
qui lui donnoient de mauvais conseils. Ce jeune 
prince, comme nous avons dit, avoit pour gouve»- 
neur Pedro Nunez de Gusman, grand commandeur 
de Tordre de Calatrave , et Alvaro Ozorio , évéque 
d'Astorga, pour précepteur. Le premier avoit été 
choisi parla reine Isabelle, pour sa naissance, pour 
sa douceur, et surtout pour sa piété ; le second avoit 
été nommé par Ferdinand , à cause de sa dignité et 
de son savoir. Us ne pensèrent qu'à l'instruction du 
prince durant les premières années de son enfance ^ 
mais dès qu'ils virent que son aïeul l'aimôk asse^ 
pour l'établir souverain d'Aragon et de GastiUd , au 
préjudice de son aîné, ils souhaitèrent qu'il. régnât^ 
parce qu'ils espéroient le gouverner et profiter de 
l'ascendant qu'ils avoient sur son esprit. La bien- 
séance vouloit qu^ils gardassent beaucoup de modé- 
ration, et qu'ils couvrissent leur ambition sous une 



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5o8 HISTOIRE DU GARD. ILIMENES. An i5i7 

apparence ^ zèle pour la grandeur et pour la gloire 
ée leur pupille» Conime ils virent leurs espérances 
trompées par Tavéneyient de l'archiduc Charles à 
ïa couronne, ils cherchèrent les moyens de se sou- 
tenir, et furent ravis de voir que leur jeune maître, 
après avoir perdu le droit de régner, n'en avoit pas 
perdu l'envie. 

Ce prince avoit toujours devant les yeux le trône 
dont il croyoit être tombé , et nourrissoit son ambi- 
tion d'espérances et de projets imaginaires. A quoi 
une chose qui arriva quelques mois après la mort de 
Ferdinand son aïeul ne contribua pas peu ; car , un 
jour qu'il étoit à la chasse pour faire exercice et pour 
dissiper ses chagrins,- un ermite se présenta tout 
d^in coup à lui , et lui dit 4'un ton de prophète : 
Prince, ayez bon courage, le ciel vous destine à de 
grandes choses -, ne renoncez pas à vos prétentions, 
vous allez être roi de Castille. Telle est la volonté de 

Dieu Après ces paroles, il s'enfuit et disparut, 

sans qu'on en pût jamais savoir aucune nouvelle. Son 
air modeste , ^son visage mortifié , et je ne sais quoi 
d*extraordihaire dans son habit et dans sa figure, et 
son discours surtout, firent beaucoup d'iippression 
sur Tesçrit du prince 5 et les personnes qui lui avoient 
appafëmment préparé cette apparition, s'en servirent 
pour raimner ses désirs , et pour troubler l'état s'ils 
eussent pu. 

Ximenès crut qu'il falloir sur toutes choses pré- 
venir leurs mauvais desseins, et le premier soin de 
sa régence fut de s'assurer de la personne de l'infant. 



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An i5i7. . LIVRE CINQUIÈME. SOQ 

en le Élisant demeurer auprès de -lui , et d'observer la 
conduite de ses domestiques. Ils ne purent souffrir la 
contrainte où ils se trouvaient, et rie perdirent au- 
cune occasion de décrier le gouvernement, dont ils 
se pkigair^it plusieurs fois au conseil de Flandre. 
Ozorio étoit le plw irrité. Outre qu'il avoit l'esprit 
inquiet, et qu'il s'ëtoit fait d«^ plans de fortune à sa 
fantaisie, il regardoit avec chagriç l'ëlëvation du 
cardinal. 11 y entroit même tin peu 'dT émulation d'or- 
dre ; car il avoit été religieux de Saint-Dominique , 
comme le cardinal l'avoit été de Saint-François. Get 
évêque, par ^^s conseils , aigrissoit Tesprit de Gus- - 
mati qui d'ailleurs avoit reçu quelque déplaisir du 
régenf, et qui, tout dévot qu'il étoit, ne renonçoit 
pas à la part qu'il s'étoit promiise à l'administration 
des affaires. Ils concertèrent donc ensemble les 
moyens de se mettre en liberté. Ozorio entreprit de 
gagner l'empereur Maximilien , et de lui faire en- 
tendre par Jes correspondances qu'il avoit auprès de • 
lui, que le royattme étoït perdu,, s'il ne venoit le 
tirer des tnains de Xilhenès qui le gouvèrnoit.v 

II proposa peu de temps après de marîer cet em- 
pereur avec la reine Germaine, espérant par là ou 
que Maximilien viendroit en Espagne et déposéroit 
le cardinal , ou que la reine qu'il avoit engagée à son 
parti auroit plus de crédit pour le soutenir , quand 
elle auroit épousé Maximilien. Gusimtn, de sop eoté, 
a'attendoit que l'occasion "d'enlever l'infant et de " 
remmener en Aragon , «ù il savoit qu'en* considé- 
ration du rbi Ferdinand son aïeul , les principaux 



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5lO HISTOIHE DU GARD. XIHEJiïÈS. An i5i7. 

seigneurs le recevroient à bras ouverts, et le recon- 
noîtroient pour maître* Cependant les domestiques 
de rinfant ne cessoient de louer son bon naturel , de 
rappeler les dâiceg de TEspagne, et de blâmer les 
mœurs et les manières des Flamands. Le cardinal eut 
des avis de toutes ces pratiques secrètes , et fit gar- 
der rinlaut et ses gouyemeurs sans qu'ils s'en pus- 
sent apercevoir. Il en avoit écrit plusieurs £iis aux 
Pays-Bas -, et comme d'un coté il étoit important de 
désabuser ce jeune prince des prétentions qu'il pou- 
voit avoir, et que de Tautre il n^etoit pas honnête à 

.. Charles de conunencer son règne. par une actic» qui 
devoit déplaire à son frère et à ceux qu'on avoit màs 
auprès de lui, la cour fut bien aise de diarg^r le 
cardinal de cette commission, ^ de la trouver exé- 
cutée à son arrivée en Espagne. 

On lui ordonna de congédier les premiers ofl&ciets 
de Tintant, Nunez de Guiunan son gouverneur , Al- 

- varo Ozorio son précepteur et Gonzalo de Gasman 
sonxhambellan. Charles leur écrivott qu'il avoit coiv- 
sidéré qu'à leur âge, après une longue et pénible 
assiduité, ûs avoient sans doute besoin de repos, d'au- 
tant plus que l'infant étoit si avancé, qu'il n'avoit 
plus besoin de leurs instructions*, qu'encore qu'il 
eût de grands suj^te de se plaindns de la conduite 
qu'ils avoient tenue à souiégard, il vouloit bîai se 
conteol^r de les renvoyer chez eux sans les punir, 

' en considération des^serviçes qu'ils avoieot rendus à 
jsiM firère^ qu'ils exécutassent oefuendant les ordres 
qoe le cardinal d'Espagne leur dbimeroîi de sa part. 



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An t.5i7. LITRE ClIiQUIEME. ' 5ll 

Pour les autres officiers de sa maison, on kissoil à la 
disposition de Ximenès de les reteuîr ou. de les ren- 
voyer, selon qu'il le jugeront à propos. Charles écri-^ 
vil au même temps à Vinfaut en ces termes : 

« Très -ILLUSTRE infant, 

ft J'ai été informé plusieurs fois qu'il y a des per- 
« sonnes dans wtre maison qui vous inspirent des 
« sentimens contraires au service de la reine catho- 
« lîque , au mien et à vos propres intérêts -, qu'on y 
(( parle de moi sans respect et sai^s retenue ; et qu'on 
« y fait certains projets séditieux que j,e devrois 
« avoir déjà châtiés. Il y a quelque temps qu'on me 
« soUidte d'y mettre ordre. J'ai cru qu'il falloit ^u- 
« paravant vous en avertir, et vous savez que je l'ai 
« fait par mes lettres du mois d'août, par lesqueHe^ 
tt je vous prioi$ de ne point écouter ces mauvais qqn- 
c< seils, ni ces mauvais discours , et de vous souvenir 
(c de mon amitié et de la passion que j'ai de vous 
a voir tenir dans le monde le rang que vous désirez 
« et que vous méritez d'y tenir. J'apprends pourtant 
« que ces désordres augmentent, et que vos gouver- 
« neurs, au lieu de les faire cesser, les approuvent 
<c et les entretiennent. On me mande que l'un d'eux 
a s'est oublié jusqu'à ce point que de parler et d'é- 
a crire à quelques grands et à quelques villes de mes 
« royaumes, pour les porter à la désobéissance et à 
a Ja révolte. 

« VouS'jugez bien que tout cela, si je n'y remé- 
(( diôis promptement, pourroit causer du t«ouble 



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5l2 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i7. 

K dans mes états, et tomberait en même temps à 
« votre désavantage , ce qui me seroit très-sensible , 
« parce que je vous estime et je vous aime. L'inlen- 
« tion de ces gens-là est de nous désunir, de m'ôter 
<i la tendresse que j'ai pour vous et de vous ôter la 
« confiance que vous devez avoir en moi. Ils Font 
ce déjà voulu faire , quand ils ont tâché de vous per- 
ce suader que nous n'avions , ni moi , ni ceux qui 
ce sont auprès de moi, aucune affection* pour vous , 
c< ni pour ce qui vous regarde. L'évêque d'Âstoi^a 
ce sait bien que Fëtat de votre dépense a été réglé 
ce en présence de l'empereur notre^très- honoré sei- 
c< gneur et père, et de madame Marguerite notre 
c( Irès-honOrée tante, et que cependant je n'ai pas 
ce laissé d'envoyer quatre mille ducats par -dessus, 
ce et de dbnner deux mille ducats à cet évéque aTant 
c( son départ , pour vous décharger des frais de son 
ce voyage. Je l'assurai même que le premier soin que 
ce j'aurois à mon arrivée en Espagne seroit celui de 
ce vos intérêts. 

ce L'amitié que j'ai pour vous m'oblige à éloigner 
ce tout ce qui pourroit la diminuer ; et comme il se- 
ce roit difficile qu'elle continuât au point où elle est , 
ce si vous suiviez les conseils des personnes qui me 
ce sont suspectes, j'brdonne au grand commandeur 
<e de Calatrave de se rendre à sa commanderie , et à 
Cl l'évêque d'Astorga de se retirer incessamment dans 
« son évêché ; et je mets en leur place don Diego de 
ce Guévare, Clavier de Calatrave , etM. d^aChaux 
ce mon ambassadeur, auxquels je recommande de 



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An iai7- iriVRE CINQUIEME. 5l3 

« s'app]iquer entièrement à vous donner toutes les 
<( satisfactions et. à vous rendre tous les services 
« qu'il sera possible. Et parce que vraisemUable- 
« ment ils sont absens, j'ai mandé qu'Alonse Tellez 
« Giron, frère du marquis de ViUène, demeurftt 
« auprès de vous. 

« Le rëvërendissime cardinal d'Espagne , et le très- 
« révérend cardinal de Tortose , mon ambassadeur , 
« vous expliqueront plus amplement toutes ces cho- 
« ses. Je vous prie avec affection que , pour me faire 
« piaisir, vous trouviez bon que j'en use ainsi, et 
« que vous croyiez que tout çplçt se fait pour votre 
« bien, et que du reste j'aunai soin* de tout ce qfui 
« peut regarder votre élévation et vos intérêts. Je 
« n'attends que le bon vent pour m'embarquer. J'es- 
n père que j'aurai bientôt la joie de vous voir et de 
« vous entretenir de cette affaire et d'autres encore 
<c plus grandes. Je m'en remets présentement à ce 
a que vous diront les cardinaux, et je vous prie de 
« suivre mes ordres- et leurs conseils. "» 

Cette lettre est un peu longue ^ c^est pour cela qu^elle n'est pas 
écrite de ma main, mais ce qu'elle contient regarde mon service et 
Totre avantage j je vous prie de le trouver bon et de TexëcuteÊ * 

Ler conseil de Flandre avoit épuisé toute sa poli- 
tic[ue pour la disposition de cette affaire. L'ordre 
portoit d'user de grande circonspection , de garder 
un secret inviolable , de préparer l'esprit de l'infant 
avant que de lui rendte la lettre du roi , et de lui faire 
entendre qu'il y avoit quelques changemens à faire 

7. 33 



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5l4 HISTOIRE DC CAIin. XIVENES. An iSi;. 

dans sa maison , qui ne deToient pas lui être desa- 
gréables 9 parce qu'ils aboient été jogës i^âcessaires. 
La dépêche de Cbarles: à Ximenès ccmteiioit une ias- 
triKiion defl tours qn il devoit preiidre , et des me- 
aiftves qu'il ialtoit garder dans rexëenfîon de celte 
affaire. Elle ëtoit adressée au cardinal d'Espa^pKi el 
an cardinal A^^o CQDJQÎnIement, etconçite en ces 
term^^ : 

RÉyia{;KDI£i$|]|E PÈRE Eîi JÉSUS-CHRIST, GAftIMNAL S^'bs- 
PAONC;^ AAC^£V£QUE I)S lOiJÈnS, PRQfàT D«S £«FA- 
«Wa, XNQVI31TEUIL.G£NÉH4L, Q^iND CHAIIGKUKR> ET 
COOYIIRNVIIII JfJR I(OS ÉTATS B^CASTIIXE , HOTRE TSAs- 
ÂIUÈ ET THÈ&-CHER AMI ^ ET TRBSrRÂintREKn P»« EM 
jniSU^-CHRW, ORDINAL IXB. TORTOSE, NOT|l£ ÇttBR 
Aim, ET MOTRE Al^ASSADEVR* 

« Nouaa^vons été avertie plo«Âenrs fois, et par des 
« endffcite diifôrwa, qui'il étoittemps dct rQroédîer 
« à certaines chç^s^a-quî^e ps^iseat dninala «ai^on dn 
« très-illustre infant , notre cher et bien-aimé frère. 
« Ce» a^s portent que les'personnes qui sont airprès 
« dç, lui rélèvent dans un esprit de désobéissance 
(( et de révolte, et lui inspirent des sentimens con- 
^. tmr^ à notre s«rvice el à s^pu propie ti%l^4^ U y 
(c a w,mQi$ qu'oa Hoa& écriMU aivqpleinenik sur. ce 
a ai;y9t, etnQu^YeiM)n&eacore.4'4lreîn|iD^wé6 parle 
« d^roiercwrrier, qu'il $€di^ et qu'il so faUdmla 
« im^on é^ cfi prince beumf (Mip^de^boMsau désamor 
« tage de. R^r^ peFso«n0 ,, e* laii p v^udjccrde la paix 



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-A" «5i7. MVRE OTIÎQÙlîèME. 5l5 

« et du repos de nos éuts ; qu'on prétend se servir' de 
« Itii pour noos troubler dans les coinmencemens de 
« notre règne; qu'on y entretient des ' intelligehces 
H seerèfces avec qudques grands et avec qùelqrfe^^ 
« unes de nos villes pour le faire déclarer en ttdtrè 
« absence* gouverneur de nos^ royaumes , îau nom dte 
r k iigine notre très-honorée mère ; et m^toé^pdtir le 
« tirer d'entre vos mains , révérewdissîmé dardînaf , 
« et remmener hors de Castille ; et cJûViV y fait jilii. 
« sîeursautres prfejets^ pareils contre la fidélité qdl 
« nous est due et 'à l'illustrissime infant ii6!î^ ftèré. 
tx Et parce qu'on jetteroit dans son esprit de^ dëflân- 
« ces de Tamour que nous lui portons, et dék|>as^ 
« sionque rioustfWswfis, de l'agrandir, nousavon^i de 
a l'avis' de quelques-uns de nos servitedts'qui nous 
tt ont écrit d^E^agne , Résolu d'csrdonner att gittnd 
« commandeur de Caktravede se relireit à sa com- 
te manderie, à Tévéque d'^Astorga diVlfer k Wto'étê- 
« ché, et à Goneade de Gitsman de^swtir f^roiii^e^ 
« meut deli^»corur, cémme vouk vèbres&^pkél^ttres 
n quejë^von&envbrepoqreu*!^ ËtYsbnuniDlé^princi- 
« p^l motif iqife(niom(aivbnsQif|)tQ(urdQ^ 
« et l'avantage Se l'iofiMit;! toxài l'Indre; <}ne'v«ius> 
« tiendrez dans l'exëoRtiônâe oqftte^âTaine ,^ àâf qii'il 
« agi'ëo pour ràin^up dé moi œ que je feis.« cette- 
« oeea^on, et que par là il me dDi^actUecbdfpujgm^-^^ 
<< téf Ffttfeelionque> j'ai pooh lui; ' -.i ' n. c irr 

a Tons jpnrehdU^C0^cii.part!oaUéT l'illustrvssiiiie'iii- 
a fant^^ ^^^ toi Serez ooiiBioitretiBii^oirté ebhss- 
« raisbns^qiie j^ai'jA'eQitisertainsiij ^oqs^tods scînnnes 



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5j6 histoire du CARD. XIMENÈS. An i5i7. 

« poar cda des paroli^ les plus douces et les plus 
« honnêtes que vous pourrez, afin qu'il prenne en 
« bonne part ce que vous avez à lui déclarer, et qu'il 
« vous regarde tous deux comme ses amis , ainsi que 
« vous Têtes. Je me remets de topt cela à votre pru- 
/<r dence^ Dites-lui que nous avons résolu de mettre 
« auprès de lui , à la place de ceux qui y sont,, don 
« Diego de Guévare, Clavier de Calatrave, M, de 
« La Ghaux mon ambassadeur^ at., en attendant 
« qu ils soietit arrivés, AloïlseTellez Giron, frère 
« du marquis de ViliènC; Vous lui ferez savoir aussi 
ic que tatolis^irons qu'il se conforme en toutes cho- 
a ses. à- nos usages et à nos. manières de vivrez et 
% qu'ainsi nous, voulons que,: comme M. de Chièvre 
<c coucha dans notre rcbambre^ don Guévare ou 
(c M« de La. Chaux couchent tonjours dans la sienne; 
tt et ^en leur absence don Al^nse Teniez, afin que, 
« lorsqu'il s'éveillera., il ti^ouve quêlqu^un avec qui 
a , il pmsse.s; entretenir s'il en a envie* 

« Témbigiiez-rlûi bien que l'amitié que j'ai pour 
(4 . lui . est ' cordiale et plus que • fràterfielle , et que si 
4 je'pdsfie enJEspagne^ c'est plus pour lui que pour 
«. 0ies' royaumes. C'est la vérité. U le reconnoitra, 
fi: Vil plaît à Dieu,'^par les oNtVies, quand je serai 
«jarvivé; 6i lè premier soin, que j'aurai sera celui 
« «de ^aiippei?soaiiei, pour laqbdle je sacrifierois la 
a mienne. Faites-lui entendre que je n'ai .pris cette 
<( nrésflliitién qu'après avoir demandé l'avis de Fem- 
(c j^eeeùr^ iiotre. très ^honoré seigneur et père, de 
m madame Marguerite notre très^jhonorée. tante, et 



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Ani5i7. LIVRE CINQUIÈME. Sl'J 

«t des principaux de notre conseil ; qu^au reste , il" 
« u'a pas raison de se plaindre de M. de Chièvte et 
<( de notre grand chancelier. Je lui jure quik sont 
c( ses fidèles serviteurs, et qu'il ne se passe aucun 
« joiu* qu'ils ne me parlent de lui comme on devroit 
« parler de moi dans sa maison. Vous lui direz aussi 
« qu aujourd'hui , veille de la fête de Notre-Dame 
« de septembre, je dois aller coucher sur ma flotte, 
<( et que demain matin, si le beau temps dure, je 
« me mettrai en mer. Dès que je serai arrivé et que 
« je pourrai le voir et l'entretenir, mes dësirs seront 
u accomplis *, j'espère que les siens le seront aussi , 
« parce qu'il connoitra l'amour que j'ai pour lui et 
a po^ l'infante Éléonore, notre sœur, que je lui 
a mène pour sa consolation. Vous emploierez toute» 
« les raisons que vous jugerez convenables , selon 
a votre prudence, pour lui adoiicir la peine que lui 
« pourroit faire le changement de ses officiers , et 
<( pour lui faire voir que c'est pour son bien que 
«.tout se &it^ ensuite vous lui présenterez ma 
u lettre. 

« Après ique vous aurez parlé au très -illustre in- 
tt Êint , parlez au grand commandeur et à l'évéque 
a d'Astorga, à to^ les deux ensemble, et à chacun 
Ci à part V et, afin qu'il n'y ait aucun délai à l'exécu- 
« tiou de notre volonté, empêchez -les d'accompa- 
c( gner Tin&nt, et expliquez-leur au long toutes les 
« choses qu'on nous a .mandées ^ qu'ils sachent que 
n la seule considération de l'infant me retient que 
a je ne passe plus avant. Et parce que , selon les in-^ 



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5l9 HISTOIRE DU GABD> XtMENES. Ad i5i7. 

« fprmati/OBS'qae j'ai reçues ^ Tétéque est plos coii^ 
« pable que le commandeur, ne manquez pas^ c[uand 
« vous leur parlerez , de témoigner à Fëvéque le pea 
tf d^ 3ati^&ctîon que jai de lui, et faite»*lui sentir, 
« par quelques termes rudes et pesans , qu'il a plus 
<c de tort que l'autre. Quand vous aurez acbeyë de 
« leur parler, donnez-leur m^ lettres, et dites4ear 
« de ma pari que sur-le-champ, sans voir l'infant, 
« sans lui parler davantage et sans pr^;idre congé de 
K lui, ils exécutent Tordre que je leur envoie. Ne les 
«. laissez parler à personne jusqu'à ce qu'ils soient 
« sortis dç la cour^ 

« Vous comprenes bîeii, révérendissime cardinal 
H d'Espagne, de quelle conséquaice est cette affaire 
« pour notre service.^ Aussi , nou$ vous prions irës« 
« aflfèctueusement que vous ne perdiez point de 
« temps et que vous suiviez nos ordres sans délai , 
« malgré tous les obstacles qui pourroient les retar- 
« der , quand même l'infant s'y oppo^sroit. Et parce 
tf qu'il pourrait arriver qu'Âlibnse Tellez , qui doit 
« demeurer auprès de l'iofant jusqu'à ce que Gué- 
ce yar^^t La Chaun^ y ^soient arrivés , neiii^eroit pas à 
<(.la cour, envoyez -lui un courrier incestamment , 
a afin qu'il y vienne à l'heure m^me, sans retarde- 
(( ,ment et sftns excuse ; l'affaire étant d'une qualité 
a et dune importance très -grande, comme vous 
<( voyez. Nous vous chargeons de garder un grand 
« sec^iît , en sprte qu^elle soit exécutée Àv^int qu'elle 
« soit connue. Nous vous prions et recomman- 
« dons encore, révérendissime caixlinal d'Espagne, 



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Aa'i&if. LITRS CIKQUIÈME. 5 19 

«. qu aussitôt qiite voos aurez letti cette dépêche , si 
•K Âlfimse Tellta est absent , vous mettiez en sa place , 
« auprès <le Tînfaiit, quelque honnête homme qui lé 
« serve aveè soin et qui réponde de sa personne. 

H On nous avoit aussi conseillé d'éloigner le capi^ 
« taine de nos gardes, qui sert auprès de lui , et dé 
i< mettre en sa place qaelqa'un de nos anciens serv- 
ie vàtenrs \ mais , parce qu'on ne mande rien de par- 
« ticulier ni de positif contre lui , et que nons nt 
^ voulons paa douter ^ns raison de sa fidélité, nous 
M avons <;ru que c'tîtoit assez que v^us , révérendis- 
a sime cardinal d'Espagne , lui fissiez prêter entre 
«< vos mains nn nouveau serment en notre nom , pour 
K la garde ée l'infant, avec ordre de tenir la chose 
« secrète , et de n'en parier à qui que ce soit. 

K Nous sommes encore informés qtie le grand 
a commandenr et i'éyèqoe «ont vm hors de la maison 
« de FinÊint Iimbelle de Carvajal ^ sa gouvernante , 
tt sans T*a participation , supposant pourtant un op- 
« dre de moi. Je sais que c'est une bonne dame , 
« tigréable au prince , zélée pour notre service et 
^ pour le Bien ; remettez^la dans la maison ; qu'elle 
« y' demeure, qu'elley couche comme auparavant; 
« que ce soit néanmoins hors de la chambre de Tin- 
Il tant* Parlez-lui comme vous le jugil^ez à propos ; 
« elle vous honore , et vous saurez par elle tout ce 
« qui se passera. 

* « Vous trouverez deux lettres dans ce paquet : 
« Tune pour le mliniuis d'Astorgà , Tautre pour le 
^ comte de Lémos , qui sont les principaux parens 



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5aO HISTOIRE ^U GABD. XIMEHÈS. An iSi?. 

a de Gusman et d'Ozorio. Nous leur &isons savoir la 
a commission que nous ayons donnée , et noc^ leur 
« mandons que vous en savez les raisons , et que 
K vous leur en direz quelques -«unes. Ayez soin de 
.« le feire 5 envoyez-leur mes lettres , et écrivez-leur 
« vous-*- même ce que tous croirez convenir à notre 
« service* Nous écrivons aussi à Sancho de Parédez, 
« maître d'hôtel de Tin&nt , parce que nous avons 
« appris qu'il a toujours désapprouvé tout ce qœ 
tt pouvoit nous déplaire ; assurez -le que nous som* 
« mes contens de lui > et rendez^lui notre lettre. 

Cl Je reviens encore à vous prier et à vous recom- 
« mander que ces ordres , que je vous envoie , soient 
tt exécutés suivie-champ avec toute la "diligeace pos^ 
« sible, et dansungrand secret; ensorte^ comme nous 
« avons déjà dit , que tout soit fait avant qu'on puisse 
A Tempéchear ni même le prévoir. Nous avons écrit 
« à l'empareur, notre très-honoré seigneur et père, 
M, tout ce que nous vous écrivons, et nous^lui avons 
(( communiqué , aussi bien qu'à la princesse madame 
% Marguerite , notre très - honorée tante , les motifs 
« qui nous ont portés à mettre le grand comman- 
ii deur de Calatrave et l'évéquc d^Astorga hors de la 
« maison de Tinfànt. Mandez-moi promptement ce 
c( que vous aurez fait, cominent mion frère aura pris 
« TafiPaire, et tout ce qui se sera passé. M. de La Chaux 
« me rendri^ votre paquet au port où je débarquerai. 
M Révérendissime père en Jésus'- Christ, cardinal 
« d'Espagne , notre très-aimé et très-cher ami ; très- 
« révérend père en Jésus -Christ, cardinal de Tor- 



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An i5i7. LIVRE CINQUIEME. 5^1 

Cl tose , noti^ ambassadeur , la sainte Trinité vous ait 
«X en sa sainte garde. 

a Moi y LE ROI. » 

Si ces lettres eussent été rendues exaptement, 
Taffaire se fût passée sans bnîit, et le cardinal eut si 
bien ménagé l'esprit de Finfant, iju'iflui auroit Êiit 
connoitre non- seulement la nécessité, mais encore 
Tavantage qu'il y avoit à obéir aux volontés du roi 
son frère. Mais le maître des postes ayant reçu le pa- 
quet , et sachant qu'il étoit fort recommandé, s'ima- 
gina que c'étoit l'avis que le roi donnoit de son 
embarquement pour l'Espagne. Jl envoya tous ses 
commis chez les seigneurs qui étoient à Âranda ou 
aux environs , {tour leur en- faire part, et pour rece^ 
voiries présens que les Espagnpls font ordinairement 
à ceux qui leur annoncent d'heureuses nouvelles. Il 
garda pour cela la dépêche cinq jours entiers ^ et , 
comme le régent s'étoit retiré^u monastère d'Aguil- 
léra pour y être plus en repos, il s'imagina qu'il ne 
falloit pa£^ le troubler , et qu'il suffisoit dé mettre les 
lettres entré les mains du cardinal Adrien,, qu'on re- 
gardok toujours comme sçax collègue. 

Quoique l'adresse €ût proprement au cardinal 
Ximenès, et que le nomade l'autre ne fût employé 
que pour la forme, cependant Adrien , soit par un 
désir trop ardent de savoir au vrai si le roi catholique 
étoit parti , soit par une simple curiosité de voir ce 
qu'on mandoit de Flandre , soit enfin qu'il crut avoir 
droit d'entrer en connoissance des affaires qu'on ne 



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S^'k HISTOIRE DU CàRD. XIMENÊS. An i5i7. 

lui communiq[a(Ht presque t))u$ , ouvrit le paquet et 
porta à rinfant les lettres qui lui ëtoient adressées , 
sans prévoir le désordre qu'il alloit causer parmi les 
domestiques de ce prince , qui se doutoient déjà da 
dessein qu^on avoit contre eux. Il reconnut sa fiiute 
presque aussitôt qu'il l'eut faite , et renvoya promp- 
tement à Ximenès la dépêche du roi, en lui deman- 
dant humblement pardon de sa simplicité et de son 
imprudence. Ainsi la chose étant divulguée avant 
même que celui qui avoit ordre de l'exécuter l'eut 
apprise , il n'y eut plus de précautions ni de mesures 
à prendre. Les domestiques de l'infant connurent 
alors qu'ils étoient perdus -, et , quoiqu'ils compris- 
sent assez que leur jeune maître n'avoit pas beaucoup 
de pouvoir, ils implorèrent poQrtaM son secours , et 
le prièrent d'obtenir au moins qu'on ne touchât point 
à sa maison que le roi ne fut arrivé. Ils ajoutèrent 
que cette persécution ne pouvoit venir que d'un es- 
prit aussi hardi et aussi violent que l'étoit celui de ce 
ministre ; que c'étoit une marque de Taversion qu'il 
avoit pour son altesse ; qu'il lui ôtoit ses«f>ltis fidèles 
serviteurs pour le réduire plus aisément à utie condi- 
tion particulière; et qu'après avoir tourmenté tous 
les grsifids d'Espagne pendant sa vie, il vouloit, sur 
le point de mourir , outrager un pritice qui éloît né 
pour être son maître. 

L'infant , aigri par ces discours , partit le lendemain 
pour aller trouver Ximenès dans sa retraite d'Agufl- 
léra -, et, quelque envie qu'il eut d'être bien accompa- 
gné , il alla seul avec l'évêque d'Astorga , son préccp- 



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Aa «5(;. . LJV.Rï; CINQUIÈME. 5a3 

leur ^. parce que cim. gouverneur «loii naalade, et qœ 
le cardinal Adrien n'avoit osé se préfieùter. i^ dac 
de B^J9^ et quelques autres seigneurs qui ëtoient dans 
la. chambre du régent ^ se retirèrent par r4e6pect<lé6 
que ce prince y fat entré. Alors il déchargea son cœur 
et.s^ plaignit qu'on lui ôtoit ses anciens et fidèles 
servitear^. sans si^et, et sans qti'on lui en eût dit un 
seul mot; que c'étoit un affront qu'on a voit réBdH 
de lui faire, et que le déplaisir le plus sensible qu'il 
eût, c'ëtoit que ce coup lui vint d'un -homme qu'il 
avpit toujours regardé comme son ami et presque 
comme son pèrç. 11 conjura après cela le cardinSal, les 
larmes aux yeux, par la mëmoire du roi Ferdinand 
son aïeul, par. les bien&its qa'il avoit reçus de fit 
rciqe Isabelle, de lui laisser des gens d'une vie irré* 
prochable et d'un mérite connu, dont il étoit très- 
satisfait, et à qui même U avoit de l'obligation , et de 
ne pas souiTrir qu'on le maltraitât de la sorte. 

Ximenès tâcha de l'apaiser ; et , sans entrer dans 
aucun éclaircissement sur les raisons qu'on avoit d'eu 
user ainsi, il lui répondit que c'étoit un moye^ de 
s'avancer dans les bonnes grâces du roi son frère que 
de lui obéir en cette rencontre ^ qu'il ne pouvoit y 
avoir de déshonneur à suivre lès ordres du souverain; 
que l'attachement pour les domestiques étoit loua- 
ble, mais que les premiers devoirs regardoieot nos 
proches , surtout quand ils sont nos maîtres ^ qu'il 
mit à part }e$ préventions qii'on lui avoit inspirées, 
et qu'il lit réfl^ion que c'étoit un commandement 
absolu, dont il n'ëtoii ni sur ni honnête de se dis- 



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5^4 HI5T01RB DV CàRD. XIMEMÈS. An 1617. 

penser ; que sW le prenoit aotrémènt , et cpilil conti- 
naftt à faire le mécontent , i! se perdroît loi -même , 
et eauseroit ht ruine âe ceux dont il prenoit inconsi* 
dérëmentles intérêts. Ces remontrances ne touché- 
rènipas l'esprit de ce prince. Il répliqua an cardinal 
qu'il avoit autrefois reçu beaucoup de marques de 
son amitié, mais qu'elle lui manquoit au besoin; 
qu'il ne demandoit, pour toute grâce, qu'une sur- 
séance jusqu'à l'arrivée du roi -, mais qu'il voyoit bien 
qu'on vouioh le perdre lui et ses gens , et qu'il al- 
loit chercher de son côté les ntoyens de les protéger 
et de les mettre à couvert de Forage dont ils étoient 
menacés. Cherchez-les donc ces moyens , lui dit alors 
Ximenès d'un ton plus élevé, et moi je vous jure , 
par la vie du roi votre frère, que ni vous ni toute 
l'Espagne ensemble n'empêcherez pas que demain 
lés ordres que j'ai reçus ne soient exécutés. L'in&nt 
jugea bien qu'il n'auroit pas d'autre réponse , et se 
retira dans Âranda sans pouvoir dissimuler son res- 
sentiment. 

Ximenès fît appder incontinent Cabanillas et Spi- 
nosa , capitaines de ses gardes , et commanda à l'un 
d'escorter l'inËmt avec sa compagnie; à l'autre, d'al- 
ler prendre des troupes du voisinage et d'investir la 
ville -, en sorte que ni le prince ni aucun de ses do- 
mestkjùes n'en pût sortir. Spinosa fit tant de dili- 
gence , que Tintant ne fut pas plus tôt dans Aranda, 
qu'il y arriva avec ses troupes et se saisit de toutes 
les avenues. Le reste du jour et toute la nuit se pas- 
sèrent en délibérations vaines entre l'inËint et ses 



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An ]5i7. ^ LIVRE CINQUIÈME. SlîS 

domestiquées. CooH»e ils se plaignoient tous «gale- 
meipt de leur fortune , ce je.u|^ prince , dans sa co* 
1ère,, menaçoit de perdre Ximenès ; mais Gusman et 
Os^orio lui remontrèrent: qi]l*il n'ayoit ni forces ni se* 
eomrft pour exécuter ce desaeiSB , et qa'il ialloit priser 
à quelque expédient possible. Q .proposa done de 
sortir, sous prétexte d^;^n€ir' vçir la reine sa mère , de 
passer son épée au travers d^c^rps à ceux qui s'y 
opposeroient ^ et de se cantonner dans quelque pro^ 
vinoe ; mais on lui fit remarquer qu'il étoitcc»me 
un assiégé dans sa maison; que toutes les milices du 
royaume , au m<Hndre signal que le régent leur don"* 
nmfât , seroient après lui. Tout ce qu'il put fiiire^ en* 
cet état y ce fut de s'i&biîger par écrit à tous ses gens^ 
de \eB rappeler dans sa maison, et de leur faire du 
bien à proportion 4tt kuis services lorsqu'il seroit 
maître de. ses actions , et qu'il auroit de quoi les ré- 
compenser. Ensuite il fit prier le conseil d'état , les 
deux oonces du pape et les évéques qui se trouvèrent 
à Aranda, de venir chez lui^let, après leur avoir 
exposé lordre qu'il avoit reçu du roi et la violence 
qu'il sie Ëiisoit pour y obéir, il leur demanda, p«r 
grâce ^d'informer sa majesté catholique de la fidélité 
de ses domesticpies , et de l'injure faite à sa peraonne. 
Cependant le. cardinal régent pria le cardinal de 
TortDse de lui amener le gouverneur, le précepteur- 
et le diambellan, parce qu'il étoit bien aisé de leur 
rendre compte de sa conduite, et de se justifier smx* 
les fdaintes qu'ils faisoient de lui à tout le monde. Il 
les reçut humaAnement, écouta leurs raisons et y ré- 



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5^6 HISTOIRE DU CARD. XIMENÈS. An iSi;. 

pondit par ordre. li se plaignit ensuite lui -même et 
voulut bien qu'ils lui: rëpKquassent. Enfin* il lenr 
montra les lettres qu'il venoit de recevoir de la cour, 
et leur fit lire l'article qui les regardoit , observant sur 
leur visage les seMimens -de leur esprit , résolu de les 
fairearrétersur-te-cbamp, s'ilstédioignoient la moindre 
répugnance à se soumelttie^^ Mais ils n durent garde de 
' s'attirer son indignation ; ils rassurèrent qu'ils ëtment 
prêts d'exécuter tout ce qu'il lui jiJairoit de leur com- 
mander, et le suppUèFënt seulement d'avoir la bonté 
de ËEiire coanoitre au roi , au|»rès de qui il pionvoit 
te«t', k peinte qu'ils farîscnent et k soumission entière 
qu'ib avoient pour ses volontés. Sur cela ^ ^le cardîna) 
leur permit de retourner à* Aifinda , et leur donna le 
reste du jour pour mettre ordre à leurs afiaires. Ils 
prirent congé de l'infant avec un déplaisir extrême de 
part et d'autre , et se retirèrent avant le coublier da 
soleil, selon qu'il leur avoit été preemt. 

La cour avoit souhaité qu'on mit Âlfease Telles à 
k place de Nunez dé Gusmaa^ mais^ comme il ne se 
trouva pas alors à Aranda, et que d'ailleurs il pou- 
iKoit être suspect par les liiûsons étroite» qu'il avoit 
avec le duc d'Escaloune son parent, le régent choisit 
le in«r<;pitis d'Aguilar en qui il avoit beaiscoup de 
confiance, et le maintint jasîqQ'àJ'arrivée du roi, du 
oonâentemeul: de Tîniant mâme, à qui il sût se fen- 
dre agréadftle. Yingf*-8ept autxes domesifiques furent 
oMgédiéa, et l'oa mit ea leur place des gens de më* 
rite d'une mdssance médi^OQrefqui^ n'ayant ni protec- 
tion ni alliance considérable, devoieHt âtre phis sou- 



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An iai7. IITRE CINQUIÈME. $17 

mis et plus dëpendans. On avoit cru que IV'Cuyer de 
Tintant seroit conserve en faveur 4' Isabelle de Carva- 
jal, sa mère, qui avoit été gouvernante du prince, 
et qui lui avoit si soigneusement inspiré le respect et 
kl soumission pour le roi son frère , qu'on la nommoit 
ordinairement dan& la maison Tespionne du cardinal ; 
mai* on craignit l'esprit vif et intrigant de ce cava^- 
Muftr, et il eut le même sort que les autres. 

Co qui parut de plus rude au public dans tous ces 
ehangtinens , et qui toucha Tinfant plus sensibleittent, 
ce ï^i rëloignement du vicomte d^Âltamire. il ëtoit 
fils de ce brave comte d'Âltamire qui , après plusieurs 
granide&actiiHis^, avoit éié tué dans Texpédition d*A^ 
frique; et' il y avoit lieu d'espérer qu'il ressembleï'oft 
à son père, ou que peut-être il lé surpasseroit. Fer* 
dinand Tavoit mis enfant d^honneur auprès de son 
petit ^fib; el, outre qu4t étoit agréable dé visage', 
;tdroit'à tontes sortes de jeux, d'une hutteur gaie et 
divertissante , il avoit un esprit t^apablë de tout ap-* 
prendre , et une bonté de nature) qui le m:ettoit k 
eo>uv«rt de la plupart des vices de la jeunesse. Par 
ees qualités ^t par une IJonnéte^^omplaisance il avoir 
gagiH} tes bonnes grâces de son maître ; et Ximenès , 
qMi&imoit ce jeune seigneur et qui savoît- le déplai- 
sir làone) qnil alloît donner au prince , eut quelque 
envie de ne les pas séparer^ mais ilerai^rt qu'étant 
tteveu'de Fév^ue d'Astorga, iPhe suivît Jes conseils 
de sîort oncle, ou que du moins il ne le servît dans 
ses desseins. Alphonse Castillëjo-fut de tous lès do^ 
mè^ti^uM dé Tit^fent le seul -que Ton conserva. Il 



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5a8 HISTOIRE DU GARD. XIMRNÈS. An i5i7. 

excelloit en poésie; et comme il n6 se méloît d'au- 
cune 9Utre chose , ^jrela fit qu'on le laissa dans la charge 
de gentiU^pmme ordinaire qu'il exerçoit. 

Toute. la cour de Bruxelles attendoit avec impa- 
tience quelle seroit Tissue de cette affaire. Chièyre 
et le conseil se repentoient d'avoir donné les mains à 
une entreprise qu'ils croyoient capable d'allumer 
une guerre civile dans la Castille , d'aiitànt plus que 
le marquis d'Âstorga et le comte de Lémos, proches 
parens; d'Ozorio et de Gusman , vouvoient y aj^orter 
de grands obstacles. Us jugèrent donc à propos, se 
défiant du pouvoir du cardinal régent , que le roi 
écrivit de sa propre main à ces deux seigneurs, pour 
iem marquer que c'étoit par son ordre et pour de très- 
pujssaQtes raisons qu'on alloit changer la maison de 
l'tfifant son frère, leur ajoutant qu'il se.promettoît de 
leur fidélité et de leur affection pour son service que 
non^seulenji^nt ils ne troubleroient point en cela le 
régent, mais que s'il en étoit besoin ils l'assisteroient 
même dans la co^imission qu'il avoit reçue. On lui 
envoya ces lettres tout ouvertes, afin qu'il sût ce 
qu'elles contenoient et qu'il les rendît à propos^ Mais 
quand il les eut lues , il se moqua de la simplicité des 
Flamands et jeta les lettres au fpu, disant : Que tout 
faisoit peur à ces gens-là; que ces précautions et ces 
timidités attiroient souvent les maux qu'on vouloit 
éviter ; et que , lorsqu'on ayoit l'autorité royale et la 
justice de son côté, il ne falloit pas même supposer 
que quelqu'un y pût résister. 

Le bruit. courut alors dans toute rEs|)agne que 



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An i5i7.\ LIVRE -CINQUIÈME. Sac) 

Ximenès retiré dans un monastère de Tordre de Saint- 
François étoit à rextrëmité et ne pouvoit plus va- 
quer aux affaires ; et sur l'avis que don Pedro Giron 
en eut, il s'empara du duché de Médina Sidonia. La 
nouvelle en fut aussi portée jusqu'en Afrique ; et les 
Maures croyant que les côtes ne seroient plus si soi- 
gneusement gardées firent une descente dans Je 
royaume de Grenade. On rapporjtoitmême que Barbe- 
rousse, qui s'étoit rendu depuis peu maître d'Alger, - 
avoit assemblé une armée et venoit assiéger Oran. Le 
cardinal, tout foible qu'il étoit de corps, conservant 
toute la force de son esprit commanda incontinent 
au comte deLuna, gouverneur de Séville, de lever 
les milices, d'y joindre des troupes ^es garnisons et 
de marcher contre Giron avec ordre de le poursuivre 
jusqu'à ce qu'il le lui eût amené mort ou vif, Anne 
.d'Aragon , femme du duc de Médina, offrit ses perles 
et ses pierreries pour décharger l'état des frais de cette 
guerre j et l'entreprise auroit été fatale à Giron, si 
son père, qui savoit que le cardinal se portoit encore 
assez bien pour les perdre avaat que de mourir , n'eut 
mandé promptement à sonifiU de: poser les armes. 
Encore eut- il beaucoup de peine à obtenir grâce, 
Ximenès étant fort porté après tant de rechutes de 
faire enfin un grand exemple. On apprit au même! 
temps que les Maures , qui étoient descendus sur la 
côte, avoient été presque tous passéfe au fil de l'épèe j 
et que les Turcs et les Numides, qui venoient ensem- 
ble faire le siège d'Oran, s'étoient battus et d^aits 

les uns les autres^ ce qui donna une grande joie à 

7. 34 



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53o HISTOIBE DU GARD. XIMENÈS. An iSi^. 

ce prélat parmi les douleurs dont il ëtoit tourmenté. 

Cepeadant le roi qui se devoit embarquer au com- 
mencement de septembre, contre Tavis de tous ses 
courtisans qui lui représentoient qu'en cette saison 
la navigation ëloit dangereuse, arriva etifin en Espa- 
gne , poussé par la tempête sur les cotes des Âsturies. 
Il am^enoit avec lui la princesse Éléonore sa sœur, qui 
épousa depuis Manuel , roi de Portugal , et fat ensuite 
mai'iëe en secondes noces à François P', roi de France ; 
et tous les seigneurs flamands de sa cour avec quel- 
ques Espagnol^ qui se tixMivoient alors en Flandre, 
ou pour son service, ou pour leurs affaires particu- 
lières, Vaecompagnoient dans ce voyage. Ds abor- 
dèrent dans la principauté d'Oviédo, près du boiii^ 
de Villaviciosa, pays de rochers et presque inacces- 
sible. Les habitans de ces montagnes, à la vue de cette 
flotte inconnue , craignant que ce ne fussent des en- 
nemis qui vinssent faire quelque descente, coururent 
aux armes; et, après avoir mis leurs femmes, leurs 
enfans et les vieillards en suneté, vinrent e^ hon 
ordre et avec beaucoup de résolution sur les hauteurs 
près du rivage, et comtaencèrent à tirer sur la flotte. 
Le roi fut raVi de voir les peuples dans cette dispo- 
sition. On leuii cria Espagne, Espagne, le roi catho- 
lique. On arbora les di^apeaux où étoiient les diâteaux 
et les lions , anciennes atmes de la nation. Ces b<»nies 
gens, quitta.nt'^alt^rs leuirs mousquets ^ coururent se 
jeter aux pieds>du roi, dt le suivirent avec de graads 
cris de joie jusqu'à Villaviciosa. 

Le çoi&tiétable de CastiUe, qui possédoit de grandes 



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An i5i7. LIVRE CINQUIÈME. 53l 

4:erres dans celte eontrëe, fit porter toute sorte de 
provisions dans toutes les ville? où sa majesté ca- 
tholique devoit passer. Il s'avança pour lui baiser 
Jes mains, accompagné de sept gentilshommes ses 
parens, ses amis, ou ses vassaux, et se retira avec sa 
compagnie dès qu'il eut salué le roi ^ parce que eé 
pays inculte ne pouvoit suffire à nourrir ni à loger 
un si grand monde. On fut même obligé de défendre 
aux grands du royaume de venir joindre la cour, jus- 
qu'à ce qu'elle fût sortie de ces montagnes et qu'elle 
eût gagné un pays plein et abondant. 

Ximenès, qui avoit ressenti des douleurs aiguës le 
jour d'auparavant et qui s'affoibltssoit à vue d'œil , 
reprit des forces à la nouvelle de l'arrivée du roi. Il 
se leva le quatrième d'oct<>bre, jour 4« la féte de Saint- 
François , célébra la messe dsms le couvent oii il de- 
meuroit et voulut dîner dans le réfectoire avec les 
religieux. Le roi extrêmement réjoui de sa conva- 
lescence, lui envoya de ses gentilshommes pour lui 
en témoigner sa joie , et pour exhorter l'évêque d'A- 
vila à prendre toujours de grands soins d'une santé 
si précieuse. Mais quelques^-uns de ses ministres sou- 
haitoient avec passion qu'il ne pût jamais voir le roi. 
Ils jugeoient bien qu'un homme de ce crédit et de ce 
courage prendrott ascendant sur l'esprit du maître , 
et gouverneroit l'état sans les consulter, il avoit dé- 
couvert leur fbible; et on lui avoit méqie ouï dire 
plusieurs fois, au sujet de leurs voleries , quUl faèloit 
chasser -ces gens*là du conseil , et leur ôter le soin des 
aifaîres. Sis craignoîent donc de perdre un pouvoit 



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53f% HISTOIRR DU GARD. XIMENÈS. An i5i7. 

qu'ils avoient acquis depuis long- temps ; et, comme 
ils étoient informés ponctuellement tous les jours, par 
•les lettres des médecins, de Tétat où ëtoit le cardinal , 
et du temps à peu près qu'il pouvoit encore durer, 
ils retardoient la marche de la cour et en mesuroient 
si bien les journées , que Ximenès pât être mort avant 
qu'elle fut arrivée eji Castille. 

Pour lui , il ne cessoit d'avertir le roi de tout ce 
qu'il falloit faire selon les rencontres; comment il 
devoit recevoir les civilités des grands d'Espagae avec 
douceur, mais aussi avec di]gnité; de quelle manière 
il convenoit qu'il se comportât avec l'infant, pour lui 
marquer son amitié et pour le tenir pourtant dans le 
respect; avec quelle bonté il devoit répondre àrla 
-joie que les peuples témoignoient de son arrivée. Il 
lui mandoit : Qu'il falloit songer à équiper une flotte 
contre l'Afrique, et qu'il avoit envoyé déjà une som- 
me considérable au gouverneur d'Oran pour payer les 
garnisons des places conquises ; qu'il avoit mis, grâ- 
ces à Dieu, ses finances en bon état; qu'il auroit 
l'honneur de l'entretenir des moyens de les augmen- 
ter , et de l'usage qu'il étoit obligé d'en faire ; qu'il ne 
demandoit pour récompense de ses peines , sinon que 
sa majesté connût ses bonnes intentions et le zèle 
qu'il avoit pour sa véritable gloire ; qu'il lui remet- 
toit le royaume aussi tranquille et aussi réglé qu'il 
^ûtétét depuis long- temps; qu'au reste il le sup- 
fJiioit de souffrir qu- il continuât à lui donner les avis 
qui lui paroîtroient nécessaires , et de croire qu'ils par- 
toient du cœur fidèle et affectionné d'un homme qui ne 



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Ad i5i7. livre CINQUIÈME. 533 

craignoit pas de se faire des ennemis en le servant. 
Le roi témoignoit une si grande ss^tisfaction de sst 
conduite^ qu'on voyoit bien qu'il ne se gouvemeroil 
que par ses conseils, ce qui confirma les Flamands 
dans la résolution qu'ils avoient prise d'empêcher 
que Charles ne vît le cardinal. Sous prétexte donc de 
laisser un peu reposer la cour et de donner le temps 
aux villes de préparer les entrées magnifiques qu'elles 
vouloient faire à leur souverain , ils s'arrêtèrent à Saint- 
Vincent de la Barquéra ^ et de peur que les grands 
de Castille ne prévinssent le roi de leur côté , ils eu- 
rent envie d'aller dans l' Aragon avant que de visiter 
la Castille. Mais Ximenès leur manda que, puisque le 
hasaid les avoit jetés sur ces côtes, ils ne pouvoien* 
s'éloigner de la Castille sans offenser ce royaume qui 
étoit le premier et le principal de toute l'Espagne. Il 
écrivit ensuite au roi pour le prier de ne rien décider 
d'important pour les affaires publiques ou particu- 
lières , jusqu'à ce qu'il eût eu l'honneur de l'informer 
des intérêts des peuples et de ceux de sa majesté , et 
surtout de l'état de ses fmances. Il l'exhorta princi- 
palement d'envoyer son frère Ferdinand en Allema- 
gne chex Fempereur Maximilien son aïeul, et d'ap- 
porter en cela tou# les ménagemens nécessaires pour 
faire connoître qu'il n'avoit en vue que la fortune 
et la gloire de ce jeune prince à qui il pouvoit céder 
une partie des provinces héréditaires et même tou- 
tes , puisqu'il avoit de quoi se contenter des royau- 
mes que la providence de Dieu lui avoit donnés. Il 
lui représenta que par ce moyen il règneroit sans dé- 



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534 HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i7. 

fkooe en Espagne ^ et iWmeroit en ÂUemagiie une 
secoïide branche qoi rendroit la maison d'Autriehe 
ledoutable à toute ITurope. 

Se voyant alors proche de sa fin il s'appliqua à 
vevoir s^ii testament qu'il aVoit fait quelques années 
auparavant, et qu il avdit depuis elaminé avaût que 
de partir de Madrid. 11 repassoit en Ind-^méme toutes 
leâ actions de sa vie, dont il devoit bientôt aller rendre 
com[^te au souverain Juge, et faisoit corriger et ré- 
parer tout ce qu'iLcraignoit de n'avoir pas fait dans 
une exacte régularité. U rendoit tons les jours grâces 
à Dieu de ce que, dans cette grande variété d'affaires 
dont il fr'étoit trouvé chargé, il n'avoit jamais eu au- 
cun dessein de faire tort à personne, et de ce qoe son 
intenti9n avoit toujours été de rendre à chacun ce 
qui lui appàrtenoit , sans aucune pifévention d'amitié 
ni de haine. 

Comme il étoit dans de si sérieuses réflexions, 
Antoine de Rojas, archevêque de Grenade et pré- 
sident du conseil de Castille qui, par une basse ja- 
lousie, avoit toujours ét«i contraire au cardinal, 
crut avoir trouvé une conjoncture favoUible pour 
se tirer de sa dépendance. U gagna presque tous 
les conseillers d'état, en leur .remontrant qu'il 
étoit de leur devoir d'aller en corps saluer le roi; 
que k i^égence étoit finie ; que le régeiit n'etmt pas 
en état de mai'cher*, et que FautiK'ité royale leur 
étant comme échue en partage, ils ne dévoient pas 
différer d'en aller rendre hommage à sa majesté. U 
leur persuada par ces discours de sortir d'Aranda 



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An î5i7. LIVRE CINQCIKMK. 5?>\i 

avec hiwi femilles, sans en parler à Ximéilès qui, 
tout mourant quSl étoit, ne laisderoit pas de leur faÎTe 
des difficultés à son ordinaire. Pour faire valpir son 
^utofitë, il voulût mener l'infant aVfec lui^ mais k 
marquis d'Agiiilar lui répondît qu'il ne marcheroît 
que sur un commandement du i'oi ou du cardinal. 
Le conseil des finances et des autres compagnie^, 
selon L'ordre qui leur avoit été donrt<5 , deineurèrént 
aussi dans Aranda. 

Ximenès ayant appris le dessein de Tarehevêqué 
et du conseil, leur envoya deuic fettreyi du roi. p^i^ 
lesquelles il lenr ëloit dëfendtt de se scîparer du ré- 
gent 5 mais Farchevéque persista dans sa résolution , 
disant que ce n'étoît plus le temps de recevoir l'or- 
dre de lui. Sur cette réponse, le cardinal écrivit att 
roi que le président et les conseillers étoient partis 
contre sa volonté e« qu'ils avoîent abandoucé les 
affaires 5 que, s'ils eussent fait une pareille chose avant 
l'arrivée de sa majesté, il les auroit tous destitués, 
et qu'en moins de trois jours il y auroit eu uû conseil 
et un président nouveau-, et qu'il supplioit sa majeàté 
de les renvoyer incontinent à Aranda avec ordre de 
venir le trouver pour loi faire leurs excuses. Le roi 
fut fort irrité contre l'archevêque et contre le conseil, 
et leur manda qu'ils s'en retournassent sur leurs pas; 
qu'ils rendissent la justice comme auparavant, et 
qu'ils ne se présentassent point devant lui que Xi- 
menès ne fût à leur tête. Ils étoient déjà bien avancé* 
dalîs leur voyage quand ils reçurent cet ordre. Ils 
ne craignoient rien tant que de paroîtrê devant cet 



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536 HISTOIRE DU GARD. XIMEifÉS. An iSi?. 

liomme qu'ils avoient offensé si imprudemment. C^est 
pourquoi ils lui députèrent deux des principaux de 
leur corps pour le ^prier de leur pardonner la faute 
qu'ils avoient commise, et de ne pas les obliger de 
refaire le même chemin qu'ils avoient fait, avecl'emr 
barras de leurs femmes et de leurs enfans. Il reçut ces 
députés fort civilement, et leur témoigna qu'il leur 
pardonuoit de bon cœur la faute qu'ils avoient faite-, 
mais qu'ils n'avoient qu'à revenir parce qu'il n'ap- 
partenoit pas à un sujet comme lui de dispenser des 
commandemens de sou maître. 

Lés grands du royaume en usèrent avec lui plus 
honnêtement. L'amirante de Castille l'envoya prier 
de permettre qu'il l'accompagnât quand il iroit sa- 
luer le roi; mais il le remercia fort humblement, 
et lui fit dire que les personnes de sa qualité et de 
son. mérite n'étoient pas faites pour suivre les autres 
dans une occasion comme ceUe-là ; qu'il allât de son 
chef avec sa maison, et qu'il montrât au roi , par sa 
magnificence et par son train, la différence qu'il y 
ayoit entre les seigneurs d'Espagne et ceux de Flan- 
dre. U fit de semblables honnêtetés à plusieurs autres 
personnes qui lui avoient fait les mêmes offres. 

Cependant on çommençoit à sentir l'hiver, et l'on 
s'aperçut que l'humidité du lieu où le cardinal étoit 
l'incommodoit notablement. 11 en sortit pour aller à 
Kpa qu'il regardoit comme sa patrie, parce qu'il y 
avoit fait ses premières études. On l'enveloppa dans 
des fojarrures, et on le mit dans une litière. 11 mena 
l'infant avec lui , et ■ le conseil eut ordre aussi de 



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An i5i7. LIVRE CINQUIÈME. 537 

le suivre. La raison qu'on eut de le transporter si 
subitement, ce fut qu'il y avoit quelque soupçon de 
peste dans Aranda; et quêtant une fois à Roa il 
ëtoit également proche de Valladolid et de Ségovie , 
deux villes dans l'une desquelles il faudroit s'assem- 
bler nécessairement pour la tenue des 4tats. Le roi au 
même temps arriva à Aguilar de Campos où toute la 
noblesse avoit eu ordre de l'attendre; et là Ximenès 
lui fit savoir qu'il y avoit des maladies contagieuses 
à Valladolid et aux environs, et que cela étant, il 
falloit qu'il vînt à Ségovie qui d'ailleurs ne cédoit en 
rien à Valladolid pour la grandeur de la ville, pour 
l'abondance des vivres , et pour la commodité des 
logemens; et où il pourroit faire aussi aisément la 
revue des troupes du royaume, parce que leurs quar- 
tiers n'en étoient pas fort éloignés. 

Il représenta pourtant qu'il n'étoit pas d'avis qu'on 
assemblât les états si promptement ; que les peuples 
dans l'agitation où ils étoient encore, après les mou- 
vemens passés , pourroient faire des demandes un 
peu trop libres ; qu'il étoit à propos de les laisser re- 
poser quelque temps et de les accoutumer au res- 
pect et à l'obéissance, avant que Jécouter leurs 
plaintes, parce qu'il importoit extrêmement, dans 
les commencemens d'un règne-, d'établir l'autorilé, 
et de faire en sorte qu'on eût sujet de se louer du pré- 
sent, et qu'on n'osât se plaindre du passé. On négli- 
gea ce conseil , et de la vint le soulèvement presque 
universel de tout le royaume. Quoique les députés 
de Tolède sollicitassent puissamment que l'assemblée 



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538 IIISTOIIIE DU GARD. XIMEWÈS. An iSi;. 

générale se lîut dans leur ville , et que le cardinal eût 
ordonné à ses aj^ens de se joindre à eux, les Flamands 
qui craignoiént d'entrer si avant datis l'Espagne, et 
qui vouloient demeurer vers les cotes, aimèrent 
mieux Valladolid. 

Le roi cependant voulut, avant toutes choses, 
aller à Tordésillas pour y voir la teine sa mère ^ et 
comme il fut en chemin , il écrivit à l'infant , à Xime- 
nès, à tous les grands de Castille pour leur donner 
part de la visite qu'il alloit rendre à cette princesse, 
et pour leur faire entendre qa il n'avoit quitté la 
Flandre , où il étoît né, et oii il avoit été élevé , que 
pour venir la soulager d'une partie des soins et des 
travaux du gouvernement, résolu toujours de suivre 
ses volontés. Ximenès loua l'afection qu'il témoi- 
gnoit pour sa mère, mais il n'approuva point ce dis- 
cours qui paroissoit plutôt ur^ justification qu'une 
exposition de sa conduite- Il déclara qu'il ne lui au- 
rait pas conseillé d'en user ainsi , si on lui eût fait 
l'homieur de le consulter, disant qu'il sembloitque 
le roi craignît qu'on lui fît des aflfeiirés -, qu'il y a des 
choses dont les maîtres ne doivent point rendre de 
raisons-, qu'il faut éviter d'en dire qui ne soient pas 
vraisemblables et concluantes ^ qu'il y a une nature 
d'affaires qu'il faut exécuter avant que les avoir pu- 
bliées. Il jugea par Ëi que l'état étôit eu danger, et 
que les Flamands alloient faire de fausses démarches. 
Il s'en pla^nit, et on lui donoa depuis tous les cha- 
grins qu'on put en toulre rencontre. 

Comme on eut destiné la ville de Valladolid pour 



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An 1517. LIVRE CINQUIÈME. SSp 

la côûvocalicm de rassemblée , ou envoya marquer 
les logis par des officiers nouvellement venus de 
Flandre. Les gens àa cardinal demandoient pour lui 
une maison qui ëtoit en bon air, et cômmodie poiu* 
un malade. On leur répondit qu'elle étoit destinée 
pour la reiiie Germaiile , qui devoit être préférée* Le 
duc d'Escalontoe qui avoit toujours hoftidré Ximenès , 
alla trouver Terremonde , grand maréchal deslogiis, 
qu'il avoit connu du temps du roi Philippe 1*% et lui 
exposa le mérite du cardinal et le droit qu'ij avoit 
de choirir son logement après le roi, préférablémeilt 
à tous les autres ] le priant de vouloir lui donner ce 
logement, à moins qu'il 11e voulût le loger dans le 
palais du roi , qu'il avOit occupé pendant deux ans 
en qualité de régent du royaume. Terremonde lui 
répartit fort civilement qu'il savoit bien le respect 
qui étcit dû à un si grand boi|ime , mais qa'il avoit 
ordre de la cour de marquer ce logement pour la 
reine. Cependant, après plu&ieurs contestations, on 
lui donnace logis, mais on ne voulut lui donner pour 
son train qu'une maison éloignée dans un village 
d'où il étoit difficile qu'il eût aucune communication 
avec ses domesliques , qui pourtant étoient plus né- 
cessaires que jamais auprès de lui y à càUse de son 
indisposition. Cette dureté le piqua , et il ne put s'em- 
pêcher de dire : Que sous les rois catholiques et sou$ 
Philij>pe leur fils, quoique la Cour fût alors pleine de 
princes et de généraux d'armées , il n'avoit jamais 
trouvé de ces difficultés. Mais ce sont, ajou^ta-t-il, deâ 
officiers étrangers qui ne cônnoissent personne en 



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54o HISTOIRE DU GARD. XIMENÈS. An i5i7. 

Espagne , et le roi ni la conr n'ont point de part à ces 
rudesses. 

Les Flamands , cpii ne pouvaient souffrir dans le 
ministère un homme qui s'opposoit à leurs passions 
ou du moins qui censuroit tous leurs conseils , n'eu- 
rent point de repos qu'ils ne l'eussent décrié auprès 
du roi à qui ils représentoient tous les jours qu'il 
n'avoit besoin de personne pour gouverner en sa 
place, depuis qu'il étoit arrivé en Espagne ; que l'hu- 
meur violente de Ximenès , augmentée par le chagrin 
de l'âge et des maladies, étoit venue à un tel point, 
qu'on ne pouvoit plus la supporter avec honneur^ 
que tout ce qui se faisoit sans sa participation , ou 
contre son gré , lui paroissoit ignorance ou ingrati- 
tude •, qu'il avoit pris en aversion tous ceux que sa 
majesté honoroit de sa confiance-, et qu'il>'étoit mis 
dans la tête qu'on ne pouvoit donner un bon conseil 
si l'on n'étoit Espagnol naturel; qu'il auroit toujours 
plus d'égard à la gloire de sa nation qu'à celle du 
roi ; et qu'il avoit depuis long-temps inspiré aux peu- 
ples tant de dégoût pour les étrangers, qu'enfin ils 
ne reconnoitroient que lui pour maître, si l'on ne 
Téloignoit du gouvernement 5 qu'il falloit le renvoyer 
dans son diocèse avec éloge, et lui ôter tout- à -Eût 
une autorité qu'il ne s'accoutumeroit jamais de par- 
tager avec personne. 

Le roi se rendit enfin à ces remontrances que lui 
faisoient des gens qui l'avoient gouverné dès son en- 
fance , et qui connoissoient bien les endroits par où 
il falloit le prendre. L'évéque de Badajoz. que le 



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An i5t7. LIY&E CINQUIEME. 54l 

cardinal avoit eu dessein de faire son coadjuteur, fit 
le premier la proposition de le renvoyer à Tolède, 
pour complaire à Chièvre qui ne voulut pas témoi- 
gner ses ressentimens. Le roi se détermina donc à 
écrire au cardinal, et à signer lui-mâme 9a disgrâce 
à la veille de sa mort. La substance de k lettre étoit : 
Qu'il alloit partir pour TordésiUas afin d'y rendre 
ses devoirs à la reine sa mère,- et qu'il désiroit avec 
passion de l'entretenir en passant à Moyados pour 
recevoir ses avis et ses instructions* sur les affaires pu- 
bliques e,t sur celles de sa maison en particulier ; qu'a* 
près cela il croyoit nécessaire de lui donner un peu 
de repos, et de lui laisser achever le reste de ses 
jours en paix dans son archevêché de Tolède ; qu'il 
avoit assez travaillé, et si utilement pour la monar- 
chie , que Dieu seul pou voit être sa récompense ; que 
pour lui il s'en souviendroit toute sa vie, et l'hono- 
reroil comme un en&nt bien né honore un bon père. 
Quelques-uns tiennent que cette lettre arrivant dans 
un temps où la fièvre avoit repris au cardinal , elle 
ne contribua pas peu à redoubler son mal. D'autres 
assurent qu'il n'a jamais vu cette dépêche, et que le 
courrier qui en étoit chargé, l'ayant trouvé à l'ex- 
trémité, la rendit au conseil, cachetée comme elle 
étoit Quoi qu'il en soit, il avoit déjà eu assez de 
sujets de se plaindre de l'envie des courtisans et de 
la crédulité de Charles à qui l'âge ne permettoit pas 
encore de discerner les mauvais conseils d'avec les 
bons. 

Gomme il sentit que ses forces diminuoient, il se 



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54^ HISTOiaS DU GARD. XIMENÈS. An i5i7. 

disposa à mourir, et regretta plus que jamais son an- 
cienne solitude de Castannar dont le souvenir loi 
avoit toujours donné un grand dégoût de toutes les 
grandeurs et de toutes les affaires du siècle. Il reçut 
les sacremens avec des sentimens de piété qui édi- 
fièrent tous les assistans« Durant ce temps il embras- 
soit la croix de Jésus -Christ, et demandoit pardon 
à Dieu de ses fautes d'une manière si tendre et si 
touchante , que ses domestiques et quatre chanoines 
qui Tassistoient , fondoient en larmes autour de son 
lit. 11 leur parla avec une présence d^sprit admi- 
rable de la vanité des choses humaines , de Finfinie 
miséricorde de Dieu -, et les instruisant pur son exem- 
ple à mettre en lui toute leur confiance, il rendit 
l'âme en s^ écriant avec David : Seigneur, j'ai espéré 
en vous, et je ne serai point confondu. Il avoit com- 
mencé quelques heures auparavant à dicter une lettre 
à Charles' pour lui recommander sa maison, son 
université , et les monastères qu'il avoit fcmdés , mais 
il n'eut pas la force de la signer. On ne remarqua en 
lui aucune crainte de la mort , et on lui entendit dire 
quelquefois : Qu'il ejnportoit ce témoignage de sa 
conscience que, dans la distribution des peines on 
des récompenses , il n'avoit point excédé par faveur 
ou par aversion les lois exactes de la justice , et qu'il 
n'avoit jamais eu d'ennemis que ceux qui Tétoient 
de l'état et dti Hen public. 

Il mourut un dimanche , huitième jour de novem- 
bre de l'an i5i7, la vingt- deuxième année de son 
épiscopat , et la quatre-vingt-unième de son âge. On 



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An iSi;. LIVRE CINQUIÈME. 54^ 

exposa son corps revêtu de ses habits pontificaux, 
premièrement assis dans une chaise, ensuite dans 
un lit de parade. Les crieurs publics annoncèrent sa 
mort dans tous les carrefours de la ville , conviant le 
peuple, selon l'usage d'Espagne, à lui venir baiser 
les mains, et à gagner les indulgences accordées en 
ces rencontres. Son corps fut porte à Alcala, avec 
beaucoup de solennité. Quoiqu'il eût ordonné par son 
testament qu'on ne fît rien dans ses funérailles qui 
ressentît le faste ou l'ambition., l'évêque d'Avila , qui 
en ëtoit Texécuteur, lui fit faire un service très-ma- 
gnifique , où le docteur Sirvel , qui fut chargé de 
prononcer l'oraison funèbre , prit pour texte ce pas- 
sage du psalmiste : Increpa feras arundirds : con- 
gregaiio taurorum in vaccis populorum^ ut ex- 
éludant eos qui prohati sunt argento. Appliquant 
ces paroles , obscures d'ailleurs et mystérieuses , avec 
beaucoup de gravité et de hardiesse aux mœurs des 
courtisans flamands qui , après avoir chassé les 
Espagnols du gouvernement , dominoieut auprès de 
leur jeune roi et s'enrichissoient des dépouilles du 
royaume. - 

Cette mort fut pleurée de tous les gens de bien, et 
les méchans au contraire s'en réjouirent. Les âmes 
basses qu'il avoit surprises dans des injustices, les 
juges intéressés et corrompus qu'il avoit notés d'in- 
famie , les gens inutiles et sans mérite à qui il avoit 
retranché des pensions qu'ils possédoi«nt par faveur 
ou par usurpation , ceux de la principale noblesse 
qu'il avoit obligée à vivre dans l'ordre ^ tous ceux-là 



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544 HIST. DU CAKD. XIMENÈS, LIV. CINQ. An 1517. 

furent bien aises de n'avoir plus un aussi sévère cen- 
seur de leurs actions ^ car la mort des personnes dont 
on croit avoir été offensé sert d'une espèce de basse 
vengeance. 11 n'y a que les cœurs grands et généreux 
qui plaignent ou louent la vertu de leurs ennemis , 
durant leur vie et après leur mort. 

Ximenès avoit un extérieur noble et une physio- 
nomie qui marquoit la sagesse et la grandeur de son 
esprit. Son tombeau ayant été ouvert long -temps 
après sa mort, on remarqua, envoyant sa tête, que 
le crâne étoit sans suture. 11 étoit d'un€ taille riche, 
d'un aspect vénérable, d'une santé robuste; sa dé- 
marche étoit grave , sa voix agréable et ferme , son 
visage un peu long et plein de majesté , ses yeux pe- 
tits , un peu enfoncés , mais vifs et pleins de feu , son 
nez aquilin , et son front large , sans rides , même 
dans sa vieillesse. 

Il s'expliquoit nettement et en peu de mots , ne 
sortoit jamais du sujet dont on lui parloit*, et, soit 
qu'il fût joyeux de quelque grande prospérité , soit 
qu'il fût obligé de menacer et d'être en colère , il étoit 
toujours également précis et mesuré dans ses paroles. 
La justice et la religion furent les règles de sa con- 
duite dans le ministère ecclésiastique et dans le gou- 
vernement de l'état. Il a laissé , au reste , à douter en 
quoi il avoit le plus excellé , ou dans la pénétration à 
concevoir les afiaires , pu dans le courage à les entre- 
prendre , ou dans la fermeté à les soutenir, ou dans 
la sagesse et le bonheur à les achever. 

FIN DU SEPTIÈME VOLUME. 



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TABLE DES MATIÈRES 

CONTENUES 

DANS CE SEPTIÈME VOLUME. 



Acunna (doif Fadrique d*), 4^4) 4^^* 

Adrien d'I^trech envoyé en Espagne, 357. Il est suspecta Ferdi- 
nand, et pourquoi, 3^58. Il est maltraité parce prince, ihiâ:l\ 
s^oppose à la régence de Ximenès; S79. SOn caractère, 38o/ll 
est nommé à IMyéché de Tortose, 4^7* Il est fait èardindpar 
Léon X, 497* 

Aguilar (le marquis d') ', 99, 34^* 

Aiora (Gonçalès) , a55, i58, a64* 

^iorto (Martin), 391. 

^/iarco/i (Martin), loa, i8a , 186. 

Albe (le ducd'), 191, 199, a44, ^47, 287, 371, 38;, 43o. Il veut 
maintenir son fils ; Ximenés le soumet , 498 , â»oi et suiy. 

Alboacen, roi maure, surprend la ville de Zafaàra, 98. Raisons 
qn^il a de rompre la trêve, ibid. Sa réponse fiére , 99. Il est chassé 
de Grenade , 100. Zagal le fait mourir, loa. 

Aïbomoz (Alphonse) , député à Rome par son chapitre, 67. 

Albret (Jean d') , roi de Navarre, 34». Il est chassé de ses états, 
343 et suiv. Il tente d'y rentrer, 4i4- ^ ^% repoussé dans le 
Béarn , ibid. Il y meurt , ^\6. - 

^/^ret (le cardinal d' ), 418, 419. 

Aîbuquerque (le duc d'), 397. 

Alcala. Commencement du collège de celte ville, 9a, ^^5, Bulles 
de Rome pour l'érection de cette université , ia8. Immunités 
accordées , 148 , a47 9 ^48* 

Alcaniara (maîtrise de l'ordre d'), 169, 347. Pourquoi réunie au 
domaine des rois de Castille, i^n/. 

7- 35 



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546 TABLE DES MATIÈRES. 

Alexandre VI^ pape , écrit à Xîmenès pour Tobligcr à vivre avec 
plus de dignité, 56. , 

Alfaqui, Ce qu# p'e&t , loÇ , io6. 

Alphonse VI y roi d'Espagne , 35. H donne une partie de son do- 
mine à l'archevêchë de Tolède , ihid. 

Alfonsef médecin , i33. 

Alger ( la ville d') , attaquée et prise par Barberopsse, Sag. 

Alphonse (le roi) , surnommé le Sage , 3i4. 

Altamire (le comte d'), a64, !i75. Il est tué au siège deÇagie, 

303. Son éloge, 3o4. 
Altamire ( le vicomte d' ) , 5a7. 

-«^/j'aré* (Alphonse) , a45. , • 

AU^arès ( François ) , théologal de Tolède , 1 58 , ?7?^ ^ 

AmbçUe ( l4P«i8 d' ) ,. évoque d' Alfey , î»03t 

^n^n^tof, 378. U vicm ep Espa^W , ^t j^i^rqupi, ^9. 

^i«inan£^.(r)dçCafiaUe, i|^, i«,ï90,23&,3«3,3^,4o7,494eMttiv. 

^pUroMté. VsM^nçp de cfl» ofllqier^ est qauj^ 4'i"^e réïQÎtfi,4ia' 

Andrada ( Ferdinand ) , 4^^ > 44o • 

André ( Saint-) , juge-mage de Ça.rcasçônn^^ a^^. 

Arabes. Leur origine , leurs mc^urs , lei|r manière à^ ^^ire la 

guerre , 390 , 391 • 
Aragon (états d' ) , leur différe^Èl ayjpç; c^i|;^ de Çk^tillç, 44» 45- 

Ils font4iffi99lté je r<usp^no(U'e Iwhellç , fip. 
^rfl^o» jf Àl^nse 4') , 4|5 , §Ç. r<ir«« Tolède- 
^rco4(lçduçd'),.39^. , 
Arù^s , le jouteur^ monte Ip prejiwier sur M W^rfliHeçdeBuge, 

304. Manière chrétienne dopt^il se prépare à Ig^ mort^ 3o5. 
-^jtorgr«(le manjuis d^, 517. 

^t/iia (la béate d'.),36^. 

^^j'iTa (la ville d') , i!j^. • . ^ . 

AviU ( l'évèque d' ) , 387 , 543. 
Auran (Pévéque d' ). Voyez Fr. Louis^ Quiliiiuifiç. 
Ayala (Lopés), 3. Agent de Ximenès, 45Ç. P^pPité fU rpi Chy- 
les, 456. 

, , :.:..■■ B •• 

^apt^me par aspersion y 108. , 

i?<zr&erouMe , corsaire , 4io. Il a^i<fge ^Ujgle, \'^ ïl lèrç lesi«g«> 



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TABLE DES MATIÈRES. ^ 54? 

ibid. n attaque et prend Alger, Ufid, Il fait mourir le roi de 
Tunis , 44^*1 II assemble dira troupes pour assiéger Oran , Sag. 

Beau d'AYila, 362. 

Béatrix de ftovadilla , gouTemante de Hofante Isabelle ^ ^, fyi. 

Bénéfices y ne les point donner à ceux qui les demandent , l6*l. 

Bénévent (le comte de ) , aoo, 397. 11 fl^>ppo8e an rappel de Ferdf-' 
nand pour la régence , 900. Il se soumet à Ximenés , 4^3. 

Berceau de Finfant gard^ a Alcala , et pourquoi , 44^* 

Berenguel, commandant la flotte , se dëfénd lâchement , 44^* 
Ximenétf le v«it casser , 416. On s*y oppose, ibid, 

Bernard ( Pabbë ) , nomme à rarcfaevéché de Tolède , 1 89. 

Besanqgn (Parchevéque de), frayez Busteidau. 

Bibienne ( I0 cardinal ) , 497- 

Bible (la) n^doit point être traduite en langue vulgaire, 1 19, 

BihU de Gomplute \ comment imprimée , i33 et suiv. A quel des- 
sein , ibid, et suiv. ' 

Biscaye ( Lop^ de) , habile dans les finances ,89. 

Boabdil (Mahomet); mn k la place dé sbm père, tdo. H assiège 
Lucëna , loi . H est d^aît et pris , ibid. Ferdinand le met en 
liberté , ibid. Use retire dans TAllambre, io3. Il en sort, if se 
soumetâ Ferdinand, 104. 

Bodayilla, Son attachement à Tinfaoté libelle , 3§ , 4o. 

Bowot (rabbé),^. 

Bas-ÉguHkii , petit bom'g 0a le cardinal Ximewèif fut îmipôi8o*në , 
5o5. 

.Am/^ ( André du ) , 175. 

Brvf de grâce expectative, ce <{ve c^est , 16. 

i^nçf dTAlexandre VI * Ximcnès, 56 , 57. 

Brihuéga , maîàott de plaisance, 149. 

Bugie assiégée et prise jtar Nâvatre, 3b3, 5*04^ AtUqtléepBt Bat- 
berousse , 439. U en \èwe le siège, ibiâ. 

Bulles de Rome reuTpyèes au conseil d^pagné avant leiir exëdu* 
tlon , 358. 

Busteidan ( François de ) , sa mort et soli èloge , ifS.' > n 



CabanillaSf capitaine, $24. 
Cabra (te comte d^), itfi , iK6. 



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548 TABLE DES MATIÈRES* 

a 
Cabrera ( don Juan ) , 33 1 . 

Calatrave (ordre de), i jS, 344<^lAvier de Tordre, ce quetï^est, 37a. 

Cardenas (don Guthiére de), 166. 

Cardenoê (Alonso de) commande les gardes de la reine Jeanne, 207. 

Cardonae (le duc de) , 181. 

C<fr«?dl|/ie (Raymo^nd de), 336. 

Carillo ( Al|>hon8e) fait emprisonner Ximenés , 16. 

Can^ajal (le docteur) propose Ximenés pour régent, 366, 371. H 
harangue les seigneurs, 388. Son avis , 390. 

Carvajal (le cardinal), dégrade' par Jules U , SaQ. Dépouillé de 
Téréché de.Siguença, 33a. Il demande à y rentrer, 4^». 

Can^ajal (Isabelle de.) ,619, 5^7* 

CasteUa ( Alphonse), lieutenant de la citadelle d^Oran, 297. 

Castille (le royaume de) et celui d^ Aragon, 44» 4^. États de 
Castille, 87; 

Caftiï/e/o ( Alphonse de ) , 527. 

Castro ( Alyar Gomès de) , avertissement, a et suiv. 

Catholique, surnom des rois d'Espagne j et pourquoi, 104. 

Cercueil transporté de ville en ville , 219 , 337 et suiv. 

C%4]^oAft(dofi Juan) , i6a. 

Chanoines de Tolède, y oyez Tolède. 

Charles (Tarchiduc), seul héritier du roi d'E9pa|;ne, 375, vfi> 
Son caractère, 377, 378. U confirme la régence de Ximenès, 
384 7 ^^^' ^^ demande la qualité de roi, 385. Le conseil 7 rôisie , 
386. Charles y persiste, 387. U est proclamé roi, 393. Il accorde 
à Ximenès un pouvoir absolu, 456, 457* Sage réplique de ce 
prince, 47'* ^^ écrit à Ximenés et à Adrien pour obliger FioÊuit 
à se défaire de ses officiers, 5ii et suiv. D arrive en Stagne 
satisfait de Ximenès, 533 et su^v. Il lui écrit de se retirer, 54 1* 

Chij^re , gouverneur de rarchiduc , son cfr^ctère , 378. H obtient 
Farchevéché de Tolède pour son neveii > .5o4> 

C^iHKyr (JjBj)riflcede), 176. . ,, 

Cifuentes (le comte de) fait prisonnier par les Maures, 19. Ambas- 
sadeur en France, 17^, 171. . , , . 

Cirta , ville d'Afrique , 438. 

Cisnéros, ville du royaume de Léon, i r. 

Cû/ieVo5 (Jeanne de), 330, 339 et suiv. ,^ .. . , » 

Coadjuteur pour Tarchidiaconé de ^oMde j;évo^ué, 33 1 , 3$a. 



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TABLE DES MATIÈRES. 549 

Colomb (Diego) rend compte de sa condaite a Ximenés , 4<o• 
Co/bll/le(P^ospc^), 208. 

Combat d'homme a homme , pour quel sujet, 189 , i4o. 

Complote, Voyez Bible. 

Conchillo (Lopës^, dtfputë par Ferdinand, 174, 175. Emprisonne , 
177. Mis en liberté' ; 179. 

Concile If^(\e ) de Tolède ordonne Puniformitëdans les églisea, t38. 

Connétable (le) de Castille, i3i , 183, 199, 200. Choisi pour Tad- 
ministration du royaume , 303. Il fait proclamer un édit, ao3. Il' 
est dëchu de-radministration, 3o5. Il demande une grâce.. au 
cardinal, et est refuse, ^^6. Il autorise une ligue, 396, ^og. Il 

, persuade au duc de Flnfantade de s'accommoder avec Ximenés, 
471 ) igo, 491 • Il f^it- sortir les jeunes seigneurs réfugiés dans Vii- 
lafrate, 494* ^^ magnificenee à Farriyëe du roi , 53i« 

Conréa (don Pedro) , gouverneur de Madrid, 392.. 

Conseil 96CTet ^ 199. 

Consolations j 90, i5i. 

Co/tj/a/ice (la reine), 139. 

Contreras (Louis de) , tué à Tattaqqe d'Qran, 286. 

Conversion des Maures, 104^ io5. Par quels moyens,. 106, 107, 
108 etsuiv. Par qui elle fut achevée, I25, 126. 

Cordoue (Jean de), i5i. 

Cornéjo, commissaire royal, 4a6. 

Corunna (le comte de), 34'* 

Cuéwa ( don Bertrandcle la) , 38. 

DémétrUtsêê Crète, i33. 

Dénia ( le marquis de ) , 1 8a , 191, 1 99 , 387 . 

Deuil , habillemens de deuil , 226. 

Devineresses, qai prédirent la prise d'Qran, 282. 

Deçà (Diego), archevêque de i^Niile, 167. 

Directions spirituelles^ 227. 

Discours de Ximenés au chapiti^ de Tolèdif-, 711 Du théologal Al- 

varés à la reine , 168. De Ximenéç à ses soldats , 280. 
DisÊmulftions des. princes, 200, 2»6, 229,. 23o, 33o,: 33 1 , 332,' 314, 

336,353,354. ' : . ' 

Dispense àe Rome révoquée, 355. • • • r. . : v , ■»•. -i 1 



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55o TABLE DES MATIERE». 

Doyen de Louvaitt. ^(ty^ft A4ii«B: 
Ducaz (Feraaud), 4^9. 

E 

Éerimwosainêe, f^ip^ezBiUe. 

Éditt ia8 et sui?. 

Édition de la B&Me, i33 et tuiv. Et autres ottvra^ ^ l^, 

Édrix, docteur de» Maures, 133. 

ÉgUtes^ltur sitCMikm, quelle, 5 19. 

EUonor (riafante) , 5i7. Son arrivée en Espagne, 53<k Son »a- 

liage, JdiW. 
Êtdge de la reine ImbeDe , i65. De Ximenét , 4^. 
Entrée des naufeB en Bispagne , gS. 

Entreime de Ferdinand et de Philippe , son gendre j 18S et smr. 
Escalone (le dnod'), ^87, 4^0. 
Esclave nègre, qui fait vingt-cinq à trente lieues par jour, it^eX 

suiv. 
Espagnols (les) maltrailent les Indiens, 4"» 4i^» 
Évéques , manière dont ik doivent vivre , et quelle dépense iU dm- 

rent faire, 56. 
Expectative. Gr€« ezpeelative , i4S. 

F 

Ferdinand, roi d'Aragon, épouse Hnfante Isabelle, 43 etsoiv. II 
est reeoDou roi deCastille , 44* IHfférend^entre les états de Cas- 
tille et d'^i^gon, ibid. Conditions arrêtées, ibid. U commande 
contre les Maures, 99. Il prend plusieurs place»,* 100. Il traite 
avec Boabdil, 102. Il assiège Grenade, i«3. Use resd mattrade 
TAllambre, 104. Il défiiit les Maures, ixj. Il iait lever on si^, 
i5i. Il fait proclamer roi Philippe son gendre, et pooRfooi, 157. 
Testament de la reine en, sa faveur^ 174 9 <79' Q traite avec la 
France, et épouse Germaine del^oii, i'79. Entrevue de ce prince 
et de Philippe, son gendre, i83 et sui-v. U se retire aans avoir pa 
voir la reine Jeanne sA^UIe, 190^1 apprend la mort de son gendre 
étant prêt de passer à Naples, 909. Il engage les grands de Cas- 
. Itlle à le rappeler, ai 5. Ses voat sur le royaume de ZCaples,'^3o. 
Il dépossède le grand capitaine , aSi. Son entrevue avec le roi de 
France^ 73%. Son arrivée en Espagne, manière dont il traite les 



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TA^LB DES MATIÈRES. 55 1 

grands , 333. Il donne le honnflt aa cardinal Ximén^ , »35 c€ 
sui?. Il est reconnu rëgent à Bargos; il en. part poor f^anir ane 
sédition, 24a, ^43. Il contribue {k>ar Tattâque âê Mâoarquifir, 
a53. Il consent que Xinienés atti^quc Oran, 170< Il ëorit A Na- 
varre au dësayantage dé Xiilietiès, ftg5. Il refuie à t» Cardinal le 
remboursement des frais du siëge d^Oran , après le lui avoir 
accordé, 3i3. Il le traite durement, 3i5 et suir. Il médite la 
guerre contre la France , 33o.D ligue les princes contre la France, 
334, 335. Manifestes pour cette guerre, 336. Il chasse le roi de 
. Navarre, 34a et suiv. Ses vains efforts pour avoir des eafans di- 
minuent sa santé , 347* H va voir Ximenès à Akala, 35o. Il se 
fait porter de ville en ville pour dissiper ses maux, 355 ctsuiv. 
Il reçoit' mal Adrien, député de Tarehiduc Charles, 358. Il 
souffre qn^on nomme Ximenès pour régent, mais avec peine, 366. 
Il meurt , 367. Son caractère , ibidl. Ses funérailles, 370. 

Ferdinand (Tinfaot) , réduit à un apanage de cinquante mille 
écus y 364* Il ^nt aux conseillers dVtat se croyant roi de Castille , 
373. On lui ôte ses officiers, 5i i et suiv. 

i^er/ian<2,( François), de l'ordre de Saint- François ^ 273. 

Ferrera (François), abbé de Saint- Juste, 129. 

Ferrera f Aragonois, 4^8. 

Ferrejrra ( Michel) | cle'puté par Ferdinand, 1 70. Il trahit son maî- 
tre, 176. 

Feu (le) , épreuve faite pour savoir duquel des deux missels on se 
serviroit en Espagne, 140. 

Ferrier (Louis), a3a. 

Fe» , le roi fait un déû à Ferdinand , 333. 

Figuéroa (Pierre -Louis de) , 4i i< 

Figuéroa (Roys de) , ^5, 

i^i^tef dévotes qui prophétisoient, 362. ** 

Finances, 4^8. Charles dissipe ses finances, Ximenès lui donoe des 
avis pour en faire un bon emploi , ibid, 

Foix (Germaine de) , mariée avec Ferdinand, roi d'Aragon, 179. 

Foix (le cardinal de), 41 5. 

Fonséca (Alonse), conseiller d'Aragon^ sa république à la reine 
Isabelle, 88. 

Fonséca (Fernand ) , 1 57. 

Fonséca (le capitaine), 395, 5oa. 



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55^ TABLE DES MATIÈRES. 

Fonséca ( Antoine ) > 1 70 , 1 86 , 199. 
Fresnoy ( le âeur de ) , iG6.- 
Prias, VMmmé grand* TÎcaire, 86. 
Fuensadila ( le comie de) , 174. . 
Funèbre (]pompe) en pleine campagne, 227. 



Garcîiasso, ambassadeur à Rome, 67. 

Gages , Voyez Pensions, 

Général ( le ) , de l'ordre de Saint -François , fait des plaintes contre 

Ximenès; 60. Il en parle à la reine et il lai rëpond insolemmeDl, 

61. 
Généralife, maison de plaisance à Grenade , 126. 
Génois (les) chassés d'Espagne par un ëdit , 444 ^^ s°^^- ^ ^^^^ 

de le faire révoquer, 448. Ils se justifient et l'ëdit est réToqaé, 

449 et suiy. 
Germaine (la reine ) passe par Alcala, Ximenés la reçoit; caractère 

de cette princesse, 36o. Mort du roi son mari, 36i. Lecoueilde 

Flandre Teut diminuer ses pensions, 4^3. Elle se ligue contre 

Ximenés, 4^6, 437. 
Giron (Alonso- Telles), 4i3. 
Giroi» (don Pedro), assiège San-Lacar,^93. Il forme une ligne 1 

395 et suiy. Il se soumet, 43 1. H s'empare de Médina -Sidonia, 

539. n Yient demander grâce , ibid, 
Gomés de Herréra , ^^S, . 
Gomez Avert ( Alvar) , 399., 
Gouvernement (Maxime de) } comment il faut connottrclespcrsonneî 

qu'on emploie, 1 15. Il y a certaines choses dont on ne doit point 

rendre raison, 537. 
Grands (les) , leur punition , 494» Corrigés plutôt qae puDi»,^"' 
GranveUe (le cardinal de), ayertissement, 7. 
Grenade, capitale des Maures, 97. Sa situation, ibid. Assièges <^ 
prise, ^o3. Elle se réyolte, ibid. Archevêque de Grenade , 3»î 
Greniers publics bâtis par Ximenés, 34i. 
Guadalajara, 483. 
Guévare (don Diego de) , 5i3. 
Gusman ( don Gonçalo de) , 373. 
Gusman (don Pedro Nugncz de) , 5 10. 



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TABLE DES MATIÈRES. 553 

H 

ffantet (Acaniz), agt. 

Harangue de Ximenés aa chapitre de Tolède , 71 , 73. De François 

AlTarés a la reine , i63 , 164. De Ximenés à ses troupes , a8o , 281 . 

Du docteur Carvajal au conseil royal , 388 et suiv. 
Henri IF", roi de Castille et de Lëon , 87 et suiv. U répudie sa 

femme, 38. Il ëpouse Jeanne de Portugal , ibid. Sa mort , ^o, 
Hornillor, petit village, aai, 227. 
Horuc de Mityiène. Voyez Barberousse. 

I 

/ 

Jacques (saint), patron de TEspagne, 86, a8{. GraJde maîtrise de 
cet ordre, rëunie au domaine de Castille, 164. 

Jalousie y défaut des honnêtes femmes, i47- Funeste effet de la ja- 
lousie, i53. 

Idoles des Indiens, 131. 

Jean II, roi de Le'on et de Castille , 37 . 

Jean (Alphonse de Saint-) , 4' <• 

Jeanne, infante d'Espagne; son mariage, 69. Départ de son mari, 
146. Elle accouche d'un fils, 148. Elle va trouver son mari en 
Flandre, i53. Effet de sa jalousie, ibid. Elle revient en Espa* 
gne, 181. On lui refuse de voir son pérc, igo. Elle est proclamée 
reine de Castille , 193. Son infirmité, ai i et suiv. Uétat pitoya- 
ble où elle est réduit», 4^^ ^^ suiv. 

Jeanne d'Aragon , 1 1 4* 

Ildefonse ( saint) ; ses écrits conservés, 96. Son corps â Zamora, 174* 

Immunités révoquées par Alexandre VI, 81 . 

Indiens mal instruits dans la religion, lao. 

Infaniade (le duc d') , 199, 234* Sa mésintelligence avec Ximenés, 
339. Il refuse d'entrer dans la ligue contre Ximenés, 398., 399 , 
433. Il insulte le cardinal, 384 ^^ Miiv. 

Injustice faite à Ximenés, 3i3 et suiv. 

Inquisition, 338, 339. Son établissement et son progrés en Espagne, 
336 et suiv. Les juifs veulent s'y soustraire, 4^1* 

Inscription posée à Alcala , 34^ . 

Isabelle, infante de Portugal, roére de la reine Isabelle, 37, 31 3. 



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554 TABLE DES MATIERES. 

Uàb^Ue (la reine); sa naissaitce, Sy. Sa fermeté à oe point épooier 
niT pardcalier, 4>* ^le refuse cle rëgner, 4^. Elle épouse Ferdi- 
nand, 43* EUe est reconnue reine dans deus royaumes /î&i^. Sa 
sage conduite, 49. Vive eipvession de cette princesse, 88. Elle 
conclut la guerre contre les Maures, 100. EUe pourroità UmIms- 
tance de Tarmée , io3« Elle entre dans T Allambre ^ 104. Soniodis- 
position y 143, i{4. Elle exempte Alcala de subsides, 1 48. $« mal- 
heurs fréquens, iSa, i55. Elle tombe malade et comment, i5f. 
Elle reçoit favorablement les cbanoines de Tolède « i58. S» mort, 
iSg. Ses belles qualités, ihid. et 161. ' 

Isabelle, fille atnée de Ferdinand et d^Isabelle, 87. & mort, 89. 

Isidore ( saint), ses écrits conservés , 97. 

Juan (don), prince d'Aragon et de Castille, 87. 

Juifs (les) tâçjient de s^exempter de l'inquisition, 55 r. 

Jule II, donne le chapeau de cârdiûal à Xîmenés, a35 , î^^. Il anse 
contre la France > 355. ï! excommunie les rois, 343. 

Julien (le comte) introduit les Maures en Espagne, gS. 



Ld Chdiiic, 3^8. Il vi^hi en Espagne^ et poar^tifli, 4fô. ftectr>r 

Xijnené», 405. Il ert ambassadeur de Charfes, 5ta. 
L€moignon (M. de), avertissement, 7. 
Lanûjr, 378. 

Larmes, Source de larmes tarîé, aaiî. 
Laurier-rose, poison pour les atrîmatfx , 3a8. 
Xea/itfTre, archevêque de Séville, i38. 
Ledesma (Piei*re de), 3îi8. 
Lémos (le comte de), atii , aia, Hig. 
Xc'0/1 JT augmente les prftiléges iTAldala, lag. Il looe XirteiièJ, 

154. Il achève Péglfee de Saint -Pierre, 348. Il veut iaposerde 

liOuYetles dédtties , 480. 
^éon (Ponce de ) , marqui» de Cadlt , 99. Duv de Cadix , \oi. 
Léon (le commandeur de ) , T3t. 
Letiftfâé FerditiRând i Xi»énès, 335. De ràrchtdoc Charf« » 

Ximenès , 4oi. De XimeAè» au roi Chaiie^, 4S6, 47! ,479» fe» 

Du roi Charles à l'infant, 5ii , 5r4. 
LOftllis m<^risés par Xittenès, 479. 



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TABLE DES MATIÈnES. 555 

Libertés eccliSsiastiques conservées , 4^1 , 4^* 

Lois ( les ) vont où les rois veulent, prorerbe , i4o» 

Lùuût GmUaume ( F* ) ^ m* pr^atîoii» sur la jaiidiotk>ii d'Oraa » 

3i6. Il refuse FaccommodeineDt , 3l^ 
Lopés (Jean) , de Saragosse , 170. 
Lopés ( Diego) , intendant de Xinenés , 3i6. 
Luna (le comte de ) , Sag. 
Luxan (Marie de ) , 84- 
Luxe dans les habits, quand introduit eu Espagne, i3i. 

M 

Maqarquivir, port d'Afrique , iS%, Assiégé et pris , a55 « a56. 

Madrigal, riUe de Castille ,87. 

Madrigaléjo , petit village de Portugal , 36f . 

Madrit, faomsre tharîtaUe, vi^i ,i{2, 

Mahamudy lieu où Ximenès fut fail cardinal , 386. 

Malaga ( la ville de ) , sa révolte , 4>9> 4^o, Elle se touniet , 4^'' 

Malagm (révéque de ) y 49> • 

Manifeste de Ferdinand contre la Franoc , 4^* 

iRfa/iue/(don'), son caractère, 171 , 17a. Il met de la discorde entre 
Ferdinand et Philippe , 194* Sa fierté réprimée par Ximenès , 
195. Il est fait gouverneur du château de Burgos, 197. U lève des 
troupes contre Ximenès , 3a5. Il se défie de Ferdinand , a33. 

Manuel (Jean), 199. 

J/ai^«a/2é<2t) (P. Bernardin) , 4ii' 

Martian(^ Louis) ^ médecin du roi Philippe , ai3« 

Mortes (Alonse) , 290. 

Mancfr (Pierre) , 5, Il sollicita en vai« le père XiflMoès, 3>« Il 

établit une académie , 1^. Il est pourvu d'un bénéfice i a^« Sa 

pension est retranchée , 43=6* 
Matiefigo ( P. } » dominicain , 36a« 
Maures (les) , leur entrée <q Espagne » 93, 94» Leurs progrès, 

ibid, etsuiv. Leur établissement à Grenade, 97, 98^ Vaincus. par 

Ferdinand , 104. On travaille â leur cenversion , 106 , 108 et suit. 

Quelques-uns se soulèvent, 11 3, ii4 et SCiiv. Ih aovt punis, 

539. Us veulent assiéger Qran > 5^ . 
Médina ( Lopés de ) , 18. 



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556 TABLE DES MATIERES. 

Médina- CéU ( le duc de ) , 897. 
,. Médina- del-Campo , 99 et soiv. 
Mendofa ( Gonçalés de ), 18 , 19. Ses intentions pour Tëtat , 33 , 34. 
Mendoza (Bernardin de) , aaS , 4^3, 4^^* 
Mendoza (Charles de), 373. 

Michel, fils du roi de Portugal , sa naissance et sa mort , 91 , 93. 
Milices levées par Ximenès, 4^5, ^06. 
Ministre, son autorité, ^^^, 
Mira/leurs, aoa, 31 5, 319. 
Mistarabes, Voyez Mozarabes. 
Modestie de Xi menés, 399. 
Montagnes neigeuses, 133. 
Montagud (le comte de) , 3i4 » 4^3. - 
Morabites , 439. 

Mort. Préparation à la mort, 89, 90. 
Mota, nommé à Péyéché de Badajoz, 4^- ^^ caractère, thid tt 

suiv. 
Moya (le marquis de), \Q^, 

Moza, 93. Il passe en Espagne avec douz^ mille Maures , g|S. 
Mozarabe ( office ) , i38. Rétabli en Espagne , 139^ i^\. 

N 

Brajare\\e duc de), i3r, 148, 188, 199, 303, 3o4, ai6, aa4,4'4» 
418. 

Navarre ( le roi de ). Voyez Albret. 

Navarre ( Pierre ) , 333. Il commande en Castille , 336. Il est choisi 
pour assiéger Oran, 363. Son avis sur cette entreprise, aôC. Il 
excite une sédition, 374. Les raisons qu'il eut ,375. H jure fidé- 
lité à Ximenés , ibid^ U attaque Oran , 385 et suiv. Sa vigilance , 
388. 11 insulte Ximenés , 394 , 395. Son avarice , 3oi . Il attaque 
et prend Bugie , 3o3. On lui fait faire une entreprise qui ne lui 
réussit point et qui est le commencement de ses malheurs, 5o8. 
Il est abandonné de Ferdinand, 309. Il prend parti ailleurs , 44^- 
U meurt, 309. 

Nébrissa ( An toine de ) , 1 33 . 

Nègres de la Nouvelle -Espagne , 4 1 3 , 4 ' 4- 

Nobles (^es), a va otages par leoT nai^ance , 4^4* 



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TABLE 0ES MATIERES. 557 

o 

Ocampo ( Florian ) , avertissement, 3. 

Or; grain dW extraordinaire, 131. 

Oraison feryente de Ximenès, aSa , 38S. 

Oran , Tille d'Afrique , prise pai* Ximenèft, 287. Peut-être trahie, 

Î190. 
Ordonnances faites par Ximenés. Kofmz rëglemens. 
Ordre d'Alcantara et de Saint-Jacques. Voyez Alcantara et Soint^ 

Jacques. 
Oropésa , jurisconsulte , nommé à FarcbeTéclië de Tolède , 47* 
Ortiz ( le docteur) , chanoine.de Tolède, 4** 
Ozorio j eréque d'Astorga, 37a. Précepteur de Finfant, 4079' ^i^* 

Dépouillé de son emploi, Si». 



Pacco ( don Juan ) , comte de saint Istevan , 469: 

Pflc^co (don Diego), 307. 

Pachéco (don Francisco ) , 343. 

Pa/aWcin (Antoine ), 23a. 

Palencia , ville , 2a5. 

Palisse (La) , capitaine franoois, 345. 

Pa/lma (la marquise de), i6'4« ^ - 

Pam/ie/u/10 assiégée , 340. 

Pantussa, gouverneur de Tolède, 3^i5. 

Parédez ( Sancfao de ) , 5ao. V 

Paris (Funiversité de ) , 36o. 

Pelage , élu roi des Espagnols, 97. 

Pensions des courtisans retrandtées , 4}^> 

Péraza, comte de Gomère , 4^1 9 4^* • ■ 

Perpignan assiégé , i47* . . r 

PÀi^;7;;e d'Autriche , son caractère, 129. Son véy âge. en Espagne , 
i3o. Il passe par la France, i3ii D-est déclaré héritier do 
royaume d'Espagne, ibid. Il retourne en Flandre j"i 46 et "surv. 
Il j mande la princessfe sa femme, iSr. Il làmaltraitie, et pooTr^ 
quoi, i53. Son.procédé atet.f^diijLandi, 176, 177 etsuiv« Son 
. arrivée en ibpagne, 181, i8a etsniv^ Son «otrevae avec -Ferdi- 
nand , 189. Il est proclamé roi de Cas tille , 193. Sa maladie, 



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558 TABLE DES «À»TIÈRES. 

198. Sa mort, 199. Lieu de sa sépulture , aoi , 102. Ses dépenses 

excessives, 3a3. 
Pierre ( Martyr d'AugWria).^©^» Mart3fr. 
PignateVi ( Hector) , 207. 
Pimentel (le comte de), 19a. 
Pintian (comte de ) , t33. 
PUégo (le marquis de ) , sa tëmërité , aïo. Sa rébellion , 24a et »«iT. 

U se soumet, »44. Ob l'arrête prisoonier, %Sfi. Oi» Im «i wo 

procès, ibU, Sa punition, «[«elle , »47* 
PoUlique, Maxime de politique en Espagne, 3ii. 
PontfiffTOty ville, aaS. 
Portocarréro (donLouj»,)» 99> ^^• 
PoHoewrrérQ (do» Pedro), 38*. 
Portugal ( Frédéric de), é?êque de Sigaença , 33«. 
Prédictions y 17, aa, 36i, 473' 
Pucci ( Laurens ) , cardinal ,4^1. 
PuLgar (Fernandde), aysrtiiuefi^ftt » 4. 
Punitions des grands, 497. 

Quixade demande la protection de Ximenés, en quelle occasion, 49"- 

R 

Raphaël d'Urbin , fameux peintre ,497. 

ReheUion à la justice, comment réprimée, 491 elsuiv. 

Réglemens de Ximenés , 66, 67, 76 et «lîv. 

Relaps, Maures convertis , comment , 1 lo, 

Résignation de rarchevécbé de CompoaC^le , aotoriaée par Ferdi- 
nand et combattue par Ximenéf , 184 • 

Richard , abbé de Saint-Viotor de Marseille , 1 39; 

Rieux (le maréchal de) , 160. 

Rioz (don Juan), 444* 

R90^éfiat%at^mikécànf^e^ i^ 

M0bUs (£iigé»e de) , «vertiÀsenent; 4; 

Rfii^kesi^f€wn^^Mes,.t^. 
. RçdéSiW (don) y roi d'IEspa^ey doéntf lleo^A Urttrod action des 
Manf»ftd«n^ ce rojaume, ^,^A\ Uire wde al*m<fe; le» MaèresU 
d^QDi, 95. Ce privée <è sauve» laittce des rôi^gei^ ëtekite avec 
lui» 96. 



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TABLE DBS MATIÈRES. SSp 

M^a$' (Antoine àe ) , archevêque de Grenade, 514* 

iluû (François), novice, compagnon de Ximen^, ton «prit, 07. 

Envoya aux Indes, lai. Son retour,. r!i3. Il est poorvad/aa 

ëvéchë, 3a5. 

S 

Salazar (Alvarésde), 377. 

Sahes , assi^' par les François, i9o, t5i, tSa. 

Sakù ( Bertrand de } , 1 75. 

Sataédo, mattre d'hètel de Xîmenés, ht, iia. 

Sanche (don), battn par les Manres, 94. 

Sandwal ( Bernardin de ) , avertissement, 3 . 

Santillo , diseur de bons mots , 345. 

Sarmiento, 491 < 

Savonne, ville où se fit Pentrevuf du roi de France et du roi d^Es- 

pagne, aSa. 
Satwage (Jean ) , 376. 
Selim, chassé d'Alger, 439* 
SéviTU , prise par les Maures , 94. 
SJhrca (Ascagne), 3a. 

Siguen^a , vide et université , avertissenlent , 3 , a5o. 
4$*!^ uenca ( l'évéque de ) , 37 1 , 387 . 
Sixte (le pape), ^00. 
<$'o/<2an d'Egypte, i55. 
Solis (Gomez de ) , 395. 
Soza , capitaine des gardes, 386. 

Spinosa (don Juan ) , capitaine des gardes, a64, i9g, 5a4< 
Suaz ( Alphonse ) , j u risconsulte , 4<> > • 



Taliivéra (Femand de), confesseur de la^reipcy l3. Ses qualtfés, 
I c4, AfDbe^dq»^. â« Gjfeenade » 1 1 4- 

ToÊ^dil^ ( le «otoiiQ ik)^ io3 , mi^ aa». ^ 
2)f9té^mfi^àtU reifteJiiabello, léSt ?66i. DeFcfdinand, 303:. 
Tolède (AdQlievéqoea d«)v anirelbis princes, dS. ]>ur atiioritë 
diminuée, i36. 



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56o .TABLE DES MATIÈRES. 

Tolède (le chapitre de) s'oppose à une visite, i57, i58. Il ofire 

■de contribuer pour le si^ge d'Oran , 278. 
Tolède (don GarcÎAs de), 3o8. 
Tombeau de l\archiduc Philippe ouvert, ai 5. 
Tordelaguna, pays natal de Ximenès, 13. 
Torquémada (Thonias de), instituteur de Finquisition , 237. 
Torre (dona Maria de la), mère du cardinal, 11. 
Traités entre la France et rarchidoc Philippe , .17JS. EaUre la 

France et Ferdinand, 179. Entre la France et la J^avarre , 344- 
Trémezen, ville d'Afrique, ses habitans chrétiens massacrés, 394. 
Trémezen ( Messuar de) , 384' H propose la paix., 33a. 
Trésoriers de Castille , .199,. 
Tripoli, ville d'Afrique, 3o5. 
Tunis, Le roi de Tunis pris et égorgé, par qui, 444* 

u 

Uhéda, ville, aai. 

V 

yallejo , chanoine de Siguença , maître de chambre de Xiinené», 

avertissement, 3. 
yargas^ a64. 

yéga ( don Garcilasso de la ), 1 88. 
yélascar, religieux de Saint-François, iJ7. 
yélasco (Jean), évéque de Calahora, 167, 371, /i^S. 
yélasco (Anne de ), sa vigueur à défendre une ville , 4'7- 
yélasco (Marie de), 4^4 > 4^^* ^ 
yélasquez (don Juan), 385. 
yelenne (seigneurie de), 483. 
yéra (Diego), capitaine, a55, a58. Choisi pour aller contre Bar- 

berousse , 441 . U est défait , 44^* 
yéra (Femandez) , 393. 
yéra (PWlibert de ) , 1 7a. 
Ariane/, . 1 54 , i55. Son entretien sur l'expédition d'Oran, i^.O 

est choisi pour commander les troupes, 906, 907. U peninde 

d'attaquer Maçarquivir , a63. Il «est fiiit maréchal de camp, afif. 

Il favoriseuneaédition, 374. Il est blessé i>ar Villaroel, à qurUc 

ocqasiony 376. Son avarice, 3oi. Sa mauvaise coDdoitej sa mort, 

3o5,3o6,_3o7. 



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TABLE DES MATIÈRES. 56l 

iP^iZ^Bj^no, eomuiissaire criminel, 383. 

^il&z/rato /ses habitans fustigés j démolie et brûlée, 494. 

VUialpan , grand-Ticaire de Tolède, 85 , 167. 

P'iUaha ( Fernand ) commandant les troupes de Nayarre , 4 1 5 , 4 f 6. 

Sa mort, 417* 
f^Ulahfa ( Jean ) , a64. » 

P^Ularoël, gouvemear de Caçorla, 186, ^04. Il se bat avec Vianel, 

et le blesse, H'jfi, U s'enfait , Î187. 11 porte la nouvelle d* la prise 

d'Oran , a88, 289. 11 est fait gouverneur de la citadelle , 297. Il 

s'attire Tindignation de Ximenés, 3U3. ' 
f^iilars (le4M)mte de), 909. 

FiUène (le marquis de) , 99, io3, 148, 199, îioa , mS. 
Unik^ersité de Paris, !i48, 35o. 
Urbain , arobevéque de Tolède , 96. 
Urhia (Aapbaél d'), fameux peintre, 497* 
Vréna (le comte de), ennemi de Ximenés, 489. Son procès avec 

Quîzade, comment terminé, ihld et suiv. Sa soumission , 49l- 
Utrebht{\Arï&Xk d'). Voyez Adrien, 



Ximenés ( don Goikzalès ) , surnommé le Bon ,11. 

^ûfitfnè^ (Alphonse) 11, la. 

Ximenés (François) , auparavant Gonzalès, et pourquoi, 14. Il fait 
ses premières études en différens endroits, ibid, H va à Aome, son 
emploi, i5. Il prend possession de l'archiprétré d'Ucéda, 16. 
On s'y oppose, qui, 16. Il est emprisonné, ibid. Pr^age de sa 
grandeur, 16, 17. Il est grand-vicaire de Siguença, 19. Il se fait 
religieux, ao. Son noviciat, sa profession, ibid. Il se retire à Cas- 
tannar, ai. Il est élu gardien, aa. D est confesseur de la reine, à 
quelle condition Taccepte t-il, a6, a7. D est élu provincial, ibid. 
Il travaille à la réforme de son ordre , a8. D refuse Farchevéché 
de Tolède, il Faccepte, 5i. Son sacre, 5a. Il préfère le mérite à 
toutes choses, 54* Il règle son^diocèse, 55. Le pape l'oblige à sott- 
tenir sa dignité, 56. Ambition de ses religieux, 60. Il leur refuse 
son crédit, 61, U n'en retient que peu , 6a. Attentat de son frère 
sur sa personne, 64. Il en est préservé, par qui, 65. lofait arrêter 
Albornoz,68. Son entrée dans Tolède , 70. Il y lient un synode, 74. 
Ses décrets approuvés et suivis encore, 76. Il obtient du pape la 
7. 36 



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56^ TABLE DES MATIÈRES.* 

rëyocation de certaÎDes immunitfés, 8i. Il remédie au désordres 
d^uD imp6t, 83. Il marie son second irère, 84» Il'j«Ue les foftdemeni 
do collège d'Alcala, ga. Ferdinand le fait Tteùvt à Gérenade, ihid^ 
et io5. Il couYertit les Maures, comment, %q6. U en rend a Se- 
yille, 116. Il retoarne à Grenade pour- instruire ses nëophites, 
1 1 y. Il s^oppose à une traduction de l'Écritaresainte, i tg. Son zélé 
pour la foi, lao, 121. Il retourne a son diocèse, 19a. IlrsTientà 
Grena4e> oà il tombe malsde, 1^5. Manière dont il fût guéri, 
127. Il vient à Alcala , il reçoit les bulles pour If érection de cette 
nnirersité, i ag. Il fait une nouvelle édition de la Bible, iBa, iS3. 
U rétablit le culte mozarabe, i4o et suiv. Sa tendreve poorles 
pauvres, i4i 9 14^* H exempte Alcala de subsides, 148. Il dâiite 
un criminel , 149* Il fait faire la Tinte de son diocèse, 167. On s'j 
oppose, 160. 11 la fait lui-même, i6r , t6a. U projette l'expédition 
d''Oran , âid. Il fonde une maison de diarité, 163. Il est exécnteor 
du testament de la reine, i63. Il console le rot Ferdinand, 164» 
166. n est envoyé a l'archiduc Philippe, 18a. Il négocie un traité 
entre ces deux princes, i85. Il réprime la fierté d'an ministre 
favori du roi , 194 et soiv. On le nomme pour gouverner le royau- 
me, ao5, ao6. lien avertit Ferdinand, 209. Il résiste aux grands, 
91 1 . Il se déclare pour Ferdinand j il admet ses créatures an con- 
seil , 316, 930. n apaise des troubles, saS. H se fortifie contra les 
grands, 395. Il est fait cardinal, 936. Grand inquisîtear, 9^0. D 
visite ses collèges a Alcala , et y rétablit des professeurs, ^9, 
95o. Il médite la goerre contre les infidèles, 95 1 et sniv. Il con- 
clut le siège d'Oran , 954* Il se charge des fn^is, 961. Il lève des 
troupes, 964. n obtient une contribution de son chapitre, 965. 
Grandes difficultés, 967. Il les surmonte ,970. Il part pour Car- 
thagène, 971. Sédition dans son armée, 973* |yi'attteur, 975. Il 
s'embarque pour l'Afrique, 978» Son arrivée, Aid* Il harangue 
ses troupes , 980. Il entrer dans la ville, ,988, 989- Il met an com- 
mandant dans la citadelle, 9917. Uipepasse pn Espqgne, 998. Son 
entrée à Alcala, 999. Sa modestie,, 890 , 3oi . Ferdinand loi refuse 
le remboursement des frais du siège, ^10, 3n. H \b remboorse 
enfin, 3i4< Il lui propose de quittensoa archevêché, 3 1 5. On lui* 
conteste la juri<]|iction spirituelle d^Oran , 3 16. Raiaons pour et 
contre, 317. Il fait bâtir deux églises, 390. U traite du mariage 
de sa nièce, 39 1 ,399» Sa rete]p^\»eavec,lçs femmes ,.397* Usa dédale 



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TABLE DES MATIÈRES. 563 

pour le pape Jule II , 33o. Il empêche Pezëcatioti d^une bulle , 
* 843* U est tiomm($ rëgent «lu royaume, 366. Ses^ofiVes, $79, 38 1. 
Où il établit le siège de la régence, et pourquoi , 38i. Il empécbe 
Feotreprise de Portocarre'ro, 88a. Il fait prodalner roi Tarchiduc 
Charles, 39a. U apaise une révolte, 4oo* U demande un pou- 
voir absolu pour gouyerner, ^oS, H repousse le roi de Navarre, 
4i4 et suiv. Il fait démolir les places de ce royaume, 416. ,11 y 
nomme un gouTerneur , 4i8* ^^ calme la sédition de Màlaga , 
419 , 4^0* U assure une pension à Germaine de Foix , 4^3. Elle se 
ligue secrètement contre lui , ^26, 4^7- ^ prend soin de la reine 
Jeanne, 4^8 et suiv. Sa sévérité , ^gi. Il fait fondre du canon 6t 
le distribue en différens endroits du royaume , 4^^' ^^ examine 
ensuite les finances , 433. Les armées , 434* U retranche les pen- 
sions des courtisans , 435. 11 reprend Charles sur la dissipation de 
ses finances, 4^7. 11 arme contre Barbérousse, 44o* ^^ ^^^^ 
contre les Génois , 444 f 449* ^^ conseils sur les affaires d'état , 
ibid. Il obtient Tévéché de Tortose pour Adrien, 457. Celui de 
Badajozpour Mota, 4^^* ^^ '^®*'' diminuer son autorité, 4^* 
Manière dont il trslitoit ses collègues , 467 et suiv. Il veut quitter 
la régence , il feint de convoquer les états , 476. Il invite le roi à 
venir , ibid. Il empêche la levée d'un tribut sur le clergé , 481. Il 
soumet le duc de Flnfantade , 4^^* ^^ comte de Vréna , 4^- 
Le duc d'Albe, 498. Il avertit le public de Farrivée du roi , 5o5. 
Il est empoisonné, où, et comment, 5o5, 5o6. Il éloigne les 
ofiBciers deFinfant, $07 et suiy. U reprend ses forces a Farrivée 
du roi, 53 1, 53a. Il meurt, 54a. Son portrait, son caractère, 544- 

Ximeriès ( Bernardin ) , 63. Il écrit des libelles contre Farchevéque, 
ihid. Il le veut étrangler , 64* 

Ximenès ( Jean ) , son mariage , 84* 



Yangueu , docteur en médecine, 198. 11 prévoit la mort de Phi- 
lippe, ibid. 



Zagal s'empare de Grenade , loa. 
Zàhara y ville , 98. 



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564 



TABLE DES MATIÈRES. 



Zamom ( AlfoQte ) , 14^. 

Zapata ( don Joan ), 84 > ^7 > • 

Zégri, cayalier maure , 106. Sa conrerrion , 107. 

Zuniga , son procit avec le duc d^Albe , 49^* 

Z alita, ayerUssement, 5. 



FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. 




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