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Full text of "Œuvres de Frédéric le Grand"

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Jlîarbarïi (Tollrgc libraru 

fkom Tiia Tviïv nr 

CHARLES MtNOT 

(Glu» ol 1898) 



Recdvcd TYlOA Si 'S 3. 



OEUVRES 



DE 



F REDERIC 

LE GRAND 



TOME XXV1H. 







ŒUVRES 



DE 



FRÉDÉRIC 



LE GRAND 



TOME XXVIII. 




BERLIN •» MDCCCLVI 

CHEZ RODOLPHE DECKER 

IMPRIMEUR DU ROI 
SUCCESSEUR KT HÉRITIER DE DECKER PERE ET FILS 






Jv W V Ua/vv* 



ŒUVRES 

MILITAIRES 

DE 



FRÉDÉRIC II 



1 DE PRUSSE 



TOME 1. 



BERLIN 

CHEZ RODOLPHE DECKER IMPRIMEUR DU ROI 

MJCCKMEUR ET HÉRITIER DE DECKER PÈRE ET F ILS 
M DCCC LVI 



ŒUVRES 
M ILITAIRËS 



TOME 1. 



AVERTISSEMENT 

DE 

L'ÉDITEUR. 



Lies ouvrages militaires de Frédéric sont de deux espèces : les Règle- 
ments et les Instructions. Les premiers traitent de la partie pure- 
ment technique du service, c'est-à-dire, du maniement des armes, des 
évolutions, en un mot, de ce qu'on nomme ici le petit service (den 
kleinen Waffendienst) , et en France l'école du soldat, l'école de pe- 
loton, de bataillon, etc. Ces écrits sont tous rédigés en allemand. 
Les Instructions ont pour objet l'art de la guerre dans ce qu'il a de 
plus difficile et de plus élevé; ce sont de véritables ouvrages scienti- 
fiques et en quelque sorte littéraires, composés les uns en allemand, 
les autres en français. 

Les Règlements du Roi pour l'infanterie, la cavalerie (les cuiras- 
siers), les dragons et les hussards, étaient en partie la reproduction 
de ceux que Frédéric - Guillaume 1 er avait publiés pour l'infanterie 
dès 1714» et pour la cavalerie a partir de 1720. Frédéric com- 
mença, en 1743, à les faire réimprimer, en y ajoutant quelques sup- 
pléments, fruits de sa propre expérience. Dans ses ouvrages en fran- 
çais, il donne à ces Règlements le nom à' Institutions militaires,* et 

* Voyez X, XXVI, p. 102, et ci -dessous, p. 4, '9 et 20 , a8, 35 et 46. 
XXVIII. a 



x AVERTISSEMENT 

il les appelle le catéchisme de ses officiers, par opposition aux ou- 
vrages dans lesquels il parle des grands principes de la guerre et de 
ce qui concerne les généraux. 11 Les Règlements n'ayant aucun carac- 
tère scientifique ni littéraire, nous n'avons pas cru pouvoir les ad- 
mettre dans notre recueil. 

Il n'en est pas de même des ouvrages diversement intitulés que 
le public connaît sous le nom général d'Instructions militaires, nom 
par lequel nous les avons désignés en commençant. Avec son in- 
fatigable activité, Frédéric en composa un grand nombre de 1741 
à 1785, en mettant sans cesse à profit les lumières que l'expérience 
lui fournissait. Son but était, comme il le dit lui-même, b de recti- 
fier ses propres idées, et d'étudier de nouveau les principes de la 
guerre ou de les enseigner aux officiers de son armée. Ces Instruc- 
tions sont de tout point dignes d'entrer dans notre édition des 
Œuvres du grand roi, soit par leur valeur intrinsèque, soit par leur 
mérite littéraire, soit enfin par le jour qu'elles jettent sur la vie in- 
tellectuelle de leur auteur. L'ordre dans lequel nous les imprimons, 
savoir, celui de leurs dates, ne contribuera pas moins a faire con- 
naître le développement des idées de Frédéric sur la tactique. Nous 
ne saurions éviter d'en donner quelques-unes qui touchent au do- 
maine des Règlements; mais comme elles présentent aussi les carac- 
tères du genre dans lequel nous les classons, elles forment, pour 
ainsi dire, la transition des premiers de ces ouvrages à ceux qui 
nous occupent 

A notre grand regret, nous n'avons pas pu ranger les Instruc- 
tions en une seule série chronologique, parce que nous avons cru 
devoir séparer les trente-huit ouvrages en langue allemande des seize 
qui sont rédigés en français ; une traduction des premiers nous aurait 
offert, il est vrai, l'avantage d'imprimer de suite les cinquante-quatre 
écrits militaires de l'auguste auteur, mais, en revanche, cela aurait 
ôté aux pièces traduites une grande partie de leur originalité. 

Nous sommes heureux que notre recueil des ouvrages militaires 
du Roi ait obtenu l'approbation d'un juge aussi éclairé que Son Ex- 
cellence monsieur le général de cavalerie de Reyher, chef de l'élat- 

* Voyex ci - dessons , p. 4- 
!■ L. c. , p. 1 34. 



DE L'EDITEUR. xi 

major général de l'armée, qui a bien voulu revoir avec l'attention 
la plus scrupuleuse le texte de toutes les pièces, et qui pousse même 
l'obligeance jusqu'à relire les épreuves de ces trois volumes. On 
comprend combien le concours de ses lumières nous a été précieux 
à tous égards, et quelle reconnaissance nous devons a cet officier 
distingué. 



L LES PRINCIPES GENERAUX DE LA GUERRE, 

APPLIQUÉS A LA TACTIQUE ET A LA DISCIPLINE 

DES TROUPES PRUSSIENNES. 

Les Archives royales possèdent trois manuscrits de cet important 
ouvrage, savoir : deux rédactions différentes en français et de la 
main de F Auteur, et une traduction officielle en allemand, écrite par 
un secrétaire. 

La première rédaction originale, conservée aux Archives de l'Etat 
(K. 365. G), date de 1746 ou 1747; elle est intitulée : Instruction 
pour les généraux qui auront à commander des détachements , des 
a3es 9 des secondes lignes et des armées prussiennes. Ce manuscrit 
se compose de quarante-sept pages in-4, sur papier à tranche dorée; 
il est enrichi de sept plans dessinés rapidement et sans art par l'Au- 
teur lui-même, qui du reste n'y indique ni le temps ni le lieu où il 
l'a rédigé. Mais comme les exemples cités dans cet autographe sont 
tirés de la seconde guerre de Silésie, et que les batailles de Hohen- 
friedeberg, de Soor et de Kesselsdorf y sont mentionnées, la rédac- 
tion ne peut pas en être antérieure a Tannée 1746. A cette preuve 
tirée du contenu même de l'ouvrage vient s'en joindre une qui ne 
permet plus de conserver aucun doute. Dans son Testament poli- 
tique (inédit) , daté de Sans-Souci , 7 novembre 1 768 , et conservé aux 
Archives de la maison royale (149. £), Frédéric dit, p. 45, en par- 
lant des principes fondamentaux de la guerre : «Je joins à cet ou- 
•vrage Y Instruction que j'ai donnée à mes généraux. Il ne faut pas 



xii AVERTISSEMENT 

«s'étonner si vous trouvez quelque contradiction dans ce que j'écris 
«à présent et ce que contient cette Instruction. La raison en est que 
«j'avais minuté cette Instruction après la paix de 1746, et que, dans 
«les guerres précédentes, l'ennemi ne connaissait ni le terrain ni la 
«tactique, que son artillerie était pitoyahle, et que son infanterie ne 
«valait pas mieux.» — Quant au second autographe, il a été achevé 
le 2 avril 1748. 

On ne lira pas sans intérêt le résumé exact que nous allons 
donner du contenu de X Instruction pour les généraux. Après une 
courte introduction vient un premier article, composé de douze règles 
Pour empêcher les désertions. L'article II traite De la qualité des 
troupes prussiennes et du mérite qui leur est propre. Les articles 
suivants ne sont pas numérotés, à l'exception du quatorzième; en 
voici les titres : Des projets de campagne; — De la subsistance et 
du commissariat; — De la bière, de l'eau- de -vie, des vivandiers; 

— Des fourrages secs et verts; — Des campements; — Des sûretés 
que l'on prend pour la garde du camp; — De la connaissance du 
pays et du coup d'œil; — De la distribution des troupes; — Des 
détachements, comment et pourquoi ils doivent se faire; — Des ta- 
lents qu'il faut à un général; — Des ruses, des stratagèmes de 
guerre, des espions. — XIV. Autre article. Il y a une autre espèce 
de ruse qui est admirable, c'est celle des doubles espions, etc. — 
Des marques par lesquelles on peut deviner les intentions des enne- 
mis; — De la différence des pays, et des précautions auxquelles ils 
obligent un général; — Des marches d'une armée en avant, ou pour 
une retraite, ou pour une bataille. NB. Marches pour joindre des 
secours; — Des retraites en colonnes renversées; — Des précautions 
qu'on doit prendre dans les retraites contre les hussards et les pan- 
dours; — Comment les Prussiens doivent traiter les troupes légères 
quand nous faisons l'offensive; — De ce qu'un général peut attendre 
des mouvements qu'il fait faire à son armée; — Des passages des 
rivières; — De la défense des rivières; — Des surprises des villes; 

— De l'attaque et de la défense des places; — Des batailles de 
toute espèce (c'est à ce dernier article que se rapportent les sept plans 
dont nous avons parlé) ; — Des raisons de mes nouvelles manœuvres 
de cavalerie et d'infanterie; — Des chaînes des quartiers d'hiver, 



DE L'EDITEUR. xm 

et de tout ce qui peut avoir rapport à ces quartiers; — Des cam- 
pagnes d'hiver. 

A la fin de l'ouvrage on lit le mot Dix.it; la signature manque. 

Quelques-uns des articles que nous avons énumérés sont fort 
courts, d'autres presque entièrement raturés. On reconnaît dans 
tous le premier jet des Principes généraux. 

Frédéric s'est servi de cahiers de deux et de quatre feuilles; il a 
mis en tête du premier le titre cité plus haut, et au commencement 
de chacun des suivants les mots Système de guerre, collier 2,3, etc. 
D n'y a pas de pagination. Ce manuscrit renferme aussi les articles H, 
XII et XXIV de l'ouvrage retouché : Des projets de campagne; — 
Des talents qu'il faut à un gênerai; — De V attaque et de la défense 
des places, qui sont omis dans l'édition allemande. Il y a plus de 
deux pages raturées dans l'article XII. 

La seconde rédaction originale est également en entier de la main 
du Roi; elle est conservée aux Archives de la maison royale (K. i48. £), 
et intitulée : Les Principes généraux de la guerre, appliques à la 
tactique et à la discipline des troupes prussiennes. C'est le même 
ouvrage, revu et corrigé. Il se compose de trente et un articles et 
de dix plans coloriés; ces derniers sont d'une main étrangère, mais 
l'Auteur les a numérotés lui-même. Cet autographe, de trente -neuf 
pages in -4 serrées, est formé de cinq cahiers de papier à tranche 
dorée, dont chacun a un titre spécial. Le premier porte en tête : 
Les Principes généraux de la guerre, appliqués à la lactique, etc.; 
les quatre autres : Reflexions et maximes militaires. A la fin de l'ou- 
vrage, dont le style est vif, précis et très -caractéristique, se trouve 
le mot Dixit, et phis bas : Federic, ce 2 d'avril 1748. 

Le Prince de Prusse a été la seule personne, que nous sachions, 
a laquelle son frère ait communiqué le manuscrit de ses Principes 
généraux, qu'il lui a dédiés. * 

Le royal auteur tint plus de quatre ans son écrit en réserve. 
Voici comment il s'exprime à cet égard à la page 5o d'un Testament 
politique (inédit), daté de Potsdam, 27 août 1752, et conservé aux 
Archives de la maison royale (io4. A) : «J'ai trouvé à propos d'ajou- 

* Voyez t. XXVI, p. 101 — io3; et ci -dessous, p. 3 et 95 



xiv AVERTISSEMENT 

• ter à ce Testament politique un traité de Fart militaire appliqué à 
«la tactique et aux évolutions des troupes prussiennes. J'avais com- 
«posé cet ouvrage il y a quatre ans, et ne l'ayant voulu donner a 
«personne de crainte de l'indiscrétion, je le joins a celui que je viens 
«d'achever aujourd'hui, afin que tout ce qui regarde le gouverne- 
«ment de cet Etat, soit en paix, soit en guerre, se trouve réuni en- 
« semble.» Cependant, lorsque des indices certains annoncèrent au 
Roi que la guerre (de sept ans) ne tarderait pas a éclater,* il fit 
faire, a l'usage de ses généraux, une traduction allemande des Prin- 
cipes, qu'il livra a l'impression. Les Archives de l'Etat conservent 
(K. i48. E) le manuscrit de cette traduction, de cent cinquante 
pages in-folio. 11 a été relié, comme l'original français, en fort pa- 
pier marbré; mais on voit, par les traces que les compositeurs y 
ont laissées, qu'il avait été divisé a l'imprimerie. La traduction alle- 
mande, de la main d'un secrétaire, fut imprimée comme manuscrit 
sous le titre de : Die General -Principia vom Kriege, appiitiret auf 
die Tactique und auf die Disciplin derer Preussischen Truppen (sans 
lieu d'impression), 1753, deux cent quatorze pages grand in-8, signées 
Friderich. 

Les treize plans jointe à cette édition ont été tirés sur les planches 
destinées k l'impression des Principes généraux, impression projetée, 
mais non exécutée; aussi les mots explicatifs sont -ils en français. 
L'ordre dans lequel les plans doivent se suivre est indiqué par les 
lettres A, B, C, et par les chiffres 1 a 10. 

La traduction allemande des Principes généraux est, à peu d'ex- 
ceptions près, fort exacte, soit pour la forme, soit pour le fond 
des choses. Elle a été considérablement retouchée, et cela, dans le 
cabinet même du Roi. C'était M. Eichel, conseiller intime de Ca- 
binet, qui servait de secrétaire à Frédéric pour ce travail, et qui a 
écrit de sa main l'introduction. Plusieurs fautes graves de l'auto- 
graphe français, en ce qui concerne les noms de localités, ont été 
corrigées dans la traduction ; en outre , un certain nombre de phrases 
explicatives plus ou moins longues ont été ajoutées. Quant aux ar- 
ticles 11, XII et XXIV, dont nous avons parlé à l'occasion du pre- 

* Voyez t. IV, p. 10 et suivantes; t. XXVII. m , p. 279 et suivantes. 



DE L'EDITEUR. xv 

mier texte français, ils se trouvent, à la vérité, dans le manuscrit 
de h traduction allemande, mais ils n'ont pas été imprimés avec le 
reste. 

Frédéric considérait sou ouvrage comme un traité destiné a l'in- 
struction de tous ses généraux, sans en excepter les plus anciens et 
les plus expérimentés. 11 l'adressa au feld-maréchal comte de Schwe- 
rin, par un ordre de Cabinet du 3o janvier 1753, «pour qu'il se mît 
bien au fait du contenu de cet écrit.»» 

Tous les exemplaires des General -Principal vom Kriege qui ont 
clé distribués renferment une préface écrite a la main et datée de 
Berlin, 23 janvier 1753. On y recommande de garderie plus profond 
secret sur ce livre. De plus, les divers exemplaires en furent remis 
et renvoyés dans des étuis de tôle ou de cuir bien fermés. 1> Cet ou- 
vrage demeura donc inconnu au public, jusqu'au moment où le gé- 
néral-major de Czettritz fut fait prisonnier par le baron de Beck, 
feld-maréchal-lieutenant autrichien, ce qui arriva le 20 février 1760, 
près de Cossdorf sur l'Elbe. « Dans les bagages de M. de Czettritz 
était compris l'exemplaire des General -Prineipia vom Kriege qui 
hit avait été confié par le Roi, et qui tomba par conséquent dans 
les mains des ennemis. Bientôt après (1761), cet ouvrage fut réim- 
primé a l'étranger, mais inexactement, et il en parut la même année 
une traduction française, qui a son tour fut remise en allemand en 
1762. On trouve sur les premières de ces publications des renseigne- 
ments détaillés dans les Gestandnisse eines Oestreichischen Vétérans 
(par le colonel de Cogniazo), Breslau, 1790, t. III, p. 125. Le pu- 
blie ne connaît encore que la contrefaçon d et ses différentes réimpres- 



* Voyez J.-D.-E. Preuss, Friedrich der Grosse als Schriftsteller, p. a3o. 

t Voyez J.-D.-E. Preuaa, Vrkundenbuch »u der Lebensgeschiehle Friedriehs 
des Grossen, U I, p. a38, 239 et a4a , n oa 608, 609 et 61 5. 

c Voyez t. V, p. 43. Nous y disions dans une note , d'après les Berlinische 
Nachrichien vonStaais- und gelehrten Sachen , 1760, n° 36, que le général de 
GtettriU avait été fait prisonnier le a 1 février. Mais c'était une erreur, car il 
dit loi -même, dans son rapport au Roi, daté de Grossenha yn , ao février, que 
cet événement eut lieu le matin de ce dernier jour, entre six et sept heures. 

* Des Kônigs von Preussen Majestâi Unlerricht von der Kriegskunst an seine 
Gênerais, Francfort et Leipzig , 1 76 1, cent cinquante - deux pages petit in - 8 , 
avec treize planches gravées en taille -douce. 



xvi AVERTISSEMENT 

sions, soit dans Tune, soit dans l'autre des deux langues. 8 C'est ia 
traduction française de la première contrefaçon qui a été reproduite 
dans les Œuvres de Frédéric II, roi de Prusse, publiées du vivant 
de l'auteur. A Berlin, 1789, t. III, p. 339 — 38a. Les éditeurs de 
ce recueil le disent eux-mêmes. *> Mais leur texte présente des lacunes 
(p. 296, 333, 36 1 et 367), des notes destinées à faire de la polé- 
mique contre Frédéric (p. 271, 282, 34o, 366, 378 et 379), et Ton 
y remarque l'absence de la belle introduction qui est placée en tête 
de l'édition allemande originale de 1753, p. 1 — 4» et qui manque 
dans toutes les contrefaçons. 

G. Scharnhorst a réimprimé la première de celles-ci dans son ou- 
vrage, Unterricht des Kônigs von Preussen an die Générale seiner 
Armeen, etc., Hanovre, 1794, p. 1—268,* et son texte a été re- 
produit dans le livre intitulé : Unterricht Friedrichs IL jiïr die Gé- 
nérale seiner Armée , nebst den von dem Konige spiiterhin gegebenen 
Instructionen , neu herausgegeben und mil Anmerkungen in Bezug 
au/ die neuesten Verànderungen der Kriegfuhrung versehen von ei- 
nigen deutschen Officièrent Leipzig, librairie Baumgartner, 1819, 
t I, p. 1— 291, et t. Il, p. 1 — 180. 

* Instruction militaire du roi de Prusse pour ses généraux. Traduite de V alle- 
mand par M. Faesch , lieutenant -colonel dans les troupes saxonnes. Avec XIII 
planches, gravées en taille - douce. Francfort et Leipzig, 1761, cent soixante 
pages petit in -8. 

♦ -b L. c, p. 339, note : "Cette Instruction militaire a été dictée en allemand 
•par le Roi, et traduite en français par M. Faesch, lieutenant - colonel dans les 

• troupes saxonnes. C'est cette traduction que Ton donne ici. » 

* Gerhard -Jean -David de Scharnhorst, alors capitaine d'artillerie et pro- 
fesseur à l'école militaire de Hanovre, dit au commencement de sa préface, 
p. ni : « Cette édition des Principes de la guerre est la réimpression de celle qui 

• a été publiée en 1 761 On n'y a fait de changements que là où le sens 

• était altéré par des fautes de transcription ou d'impression. • 

M. de Scharnhorst était né, à ce que l'on croit, le 10 ou le 1 a novembre 
1756, dans les Etats de Hanovre, à Hamelsee, à HKmelhausen ou à Bordenau, 
selon d'autres à Beverungen , petite ville du duché de Brunswic. Mais les pas- 
teurs de ces diverses localités n'ont pas pu retrouver son nom dans les registres 
de leurs églises. Ce qui est certain , c'est que Scharnhorst a rendu de grands 
services à notre pays. 11 est mort à Prague, le 98 juin 181 3, d'une blessure qu'il 
avait reçue a la bataille de Gross-Gorschen, et ses restes ont été déposés, en 
1826, dans le cimetière des Invalides» à Berlin. 

4 M. Charles -Henri de Schtiti, alors colonel et chef d'état -major du qua- 



DE L'EDITEUR. xvh 

Frédéric, ne tenant aucun compte des diverses contrefaçons de 
ses Principes généraux de la guerre, continua, même après la guerre 
de sept ans, à remettre a ses généraux l'édition de 1753, en leur 
imposant la loi du secret le plus rigoureux. C'est ainsi que, le 20 
décembre 1770, il envoya cet ouvrage au général - major de Kruse- 
marck , inspecteur général de la cavalerie du Brandebourg et du pays 
de Magdebourg, pour tous les généraux de son inspection. • Mais 
il garda par devers lui le manuscrit original français de 1748; et 
comme cet autographe fut oublié après la mort du Roi, ce n'est 
qu'à présent, c'est-à-dire cent huit ans après leur composition, que 
(es Principes généraux parviennent à la connaissance du public sous 
leur forme primitive. 

Nous imprimons le texte autographe de 17^8, avec des variantes 
contenant les additions et les corrections de la traduction allemande 
de 1753. 

Le royal auteur avait décidé de joindre treize plans aux Principes 
généraux. Les planches originales, gravées sur cuivre, sont conser- 
vées à Fétat-major général de l'armée. Ces planches, à la vérité, ne 
sont guère en harmonie avec l'impression de notre édition monu- 
mentale des Œuvres de Frédéric, et il semble que, artistiquement 
pariant, il aurait mieux valu en faire dessiner et graver de nouvelles. 
D un autre côté, si l'on se place au point de vue plus élevé qui nous 
dirige dans notre travail, c'est-à-dire, au point de vue historique, 
il semble préférable de conserver les plans originaux, sur lesquels 
sans doute les regards du grand monarque se sont arrêtés plus d'une 
fois; et c'est dans ce sens que Sa Majesté le Roi a daigné résoudre 
cette question, en ordonnant que les planches originales seraient toutes 
employées, sans aucun changement, pour en enrichir l'édition que 
son auguste volonté fait exécuter. Les treize plans forment la pre- 
mière section de l'atlas qui accompagne les Œuvres militaires. 



tricme corps de l'armée prussienne» mort à Marseille, en i833 t avec le grade 
de général-major; et M. Schulz, capitaine et adjudant en 1819, maintenant co- 
lonel en retraite. 

» Voyea J.-D.-E. Preuss, Friedrich der Grosse aïs Sehri/isieUer, p. 348 
et 349. 



xvijj AVERTISSEMENT • 

IL AVANT -PROPOS DE L'EXTRAIT 

TIRÉ DES COMMENTAIRES DU CHEVALIER FOLARD 

SUR L'HISTOIRE DE POLYBE. 

Jean -Charles de Folard, né à Avignon en 1669, y mourut en 
1752. Au commencement de l'année 1748, Frédéric, désirant faire 
quelques expériences sur le système de cet écrivain militaire, l'invita 
a se rendre a Berlin pour y assister; mais l'âge de M. de Folard 
ne lui permit pas d'entreprendre ce voyage.* 

L'ouvrage de l'auteur français est intitulé : Histoire de Pofybe tra- 
duite du grec, avec un commentaire par M. de Folard, six volumes 
in -4 , Amsterdam, 1729* Le titre complet de Y Extrait est: Extrait 
tire' des Commentaires du chevalier Folard sur l'Histoire de Pofybe, 
pour l'usage d'un officier; avec les plans et les figures nécessaires 
pour l'intelligence de cet abrégé (sans lieu d'impression) , MDCCLIII , 
cent soixante -douze pages in-4« 

Frédéric parle de la valeur et du but de son travail dans sa 
lettre au prince Guillaume son frère, du 12 février 1753 (t. XXVI, 
p. 108 et 109). 

Le 6 février 1753, M. de Balbi, b lieutenant-colonel du génie, écri- 
vit a M. de Francheville pour lui remettre le manuscrit de VExtrait 
et de Vivant -propos, en le priant, de la part du Roi, de le faire 
imprimer, mais a cent dix exemplaires seulement. 

Les autographes de Y Avant -propos de Frédéric et de la lettre de 
M. de Balbi à M. de Francheville c appartiennent à M. le major Louis 
Blesson. 



* Voyex Varnhagen d'Ense, Lebcn des FeldmarschaUs Keith , p. 101 et 10a. 
et la Biographie universelle, Paris, 1816, t. XV, p. i44* Voyex aussi 1. 1, p. i5y , 
et t. X1I1, p. 99 de notre édition. 

»» Voyex t. IV, p. i45 et 168; t XXII, p. 390; t. XXIV, p. ix et x. Jean 
de Balbi, natif de Clèves, devint lieutenant au corps du génie le 3 mai 1737, 
capitaine le 36 décembre 173a , lieutenant -colonel le a8 février 1748, et colo- 
nel le aa décembre 1 757. 

« Voyex t. XIV, p. 170, et L XIX , p. 4a. 



DE L'EDITEUR. xix 

Nous ne reproduisons que ï Avant-propos , dont nous avons trouve 
le texte imprimé tout à fait conforme à l'autographe. 



III. PENSEES ET REGLES GENERALES 
POUR LA GUERRE. 

L'autographe de cet ouvrage inédit se compose de vingt-neuf pages 
in-4- Nous en tenons la copie de feu madame la comtesse d'itzen- 
plitz-Friedland. Les plans, au nombre de neuf, ont été dessinés à la 
plume dans le texte par l'auguste auteur lui-même, qui communiqua 
son manuscrit au général de Winterfeldt , en ajoutant à l'envoi les 
mots suivants : Durchzulesen und mir wieder zu schicken. Winter- 
feldt renvoya les Pensées au Roi, a Potsdam, le n novembre 1755, 
après les avoir gardées vingt- quatre heures. 11 lui adressa en même 
temps les plus vifs remercîments , et s'exprima sur cet intéressant 
travail dans les termes les plus flatteurs, a 

Il est facile de remarquer, en lisant les Pensées, qu'elles ont été 
écrites, comme la plupart des ouvrages militaires qui suivent, pour 
compléter les Principes généraux. On y retrouve les mêmes idées , 
exprimées souvent dans les mêmes termes. Nous avons cru inutile 
d'indiquer ces répétitions au lecteur, qui reconnaîtra facilement les 
passages qu'il aura déjà vus. 

Les fac-similé des neuf plans insérés dans le manuscrit du Roi 
sont réunis à la fin du volume sous les numéros I à IX. 

■> Voyez V Appendice, à la fia de ce volume. 



xx AVERTISSEMENT 

IV. INSTRUCTION POUR LE PRINCE HENRI, 
CHARGÉ DU COMMANDEMENT DE L'ARMÉE EN SAXE. 

Cette Instruction y de six pages grand in -4., écrite en entier de la 
main du Roi, a Breslau, le n mars 1758,» se trouve aux Archives 
de l'Etat, parmi la correspondance de Frédéric avec le prince Henri 
(F. io5. Ce). Nous avons eu la satisfaction de la citer, en i838, dans 
notre ouvrage, Friedrich der Grosse aïs Schriftstelier, Ergiinzungs- 
heftj p. 76, n° 10. Une année plus tard, il en a paru une traduction 
allemande dans le Militair-JVochenblatt, Berlin, 1839, n° 5, p. 18— 20. 
Enfin, l'original a été reproduit dans l'ouvrage de M. K.-W. de Schô- 
ning, Der Siebenjahrige Krieg, t. I, p. i48 — 153. Notre texte est 
exactement imprimé sur le manuscrit de Frédéric. 



V. DISPOSITION PREALABLE POUR LE MARECHAL 

KEITH, EN CAS QUE LES ENNEMIS VIENNENT 

ATTAQUER LE CAMP DU ROI, 

ET 

VI. DISPOSITION POUR LES COLONELS DE L'AR- 
TILLERIE DIESKAU ET MOLLER. 

L'autographe de la première de ces pièces et l'original de la se- 
conde, signés du Roi, sont conservés aux Archives de l'Élat, parmi 
la correspondance officielle de Frédéric avec le feld- maréchal Keilh 
(F. 87. iV). La Disposition pour celui-ci, sans date, a probable- 
ment été écrite le même jour que la Disposition pour l'artillerie, qui 
fut envoyée au maréchal, le 3o juin 1758, du camp de Prossnitz, 
pour être communiquée aux deux colonels, h 

» Voyex t. XXVI, p. 171, n° 3a. 

b Voyex, quant à M. de Moller, t. IV, p. gi, et t. XXV, p. 571 ; quant à 
M. de Dieskau, t. XXVI, p. 56a. 



DE L'EDITEUR. xxi 

Pour connaître la situation dans laquelle Frédéric se trouvait, et 
qui lui fît juger nécessaire d'expédier ces pièces, il faut lire, t. IV, 
p. 192—196, la relation qu'il donne de sou expédition en Moravie. 

M. K.-W. de Schoning a imprimé ces deux Dispositions dans ses 
Historisrh-biographische Nachrichten zur Geschichte der Brandenbur- 
giseh-Preussischen Artillerie, Berlin, i844* t. II, p. 388 et 389, n3 
rt n4; mais son texte offre quelques inexactitudes. Nous avons tâché 
de reproduire les originaux le plus fidèlement possible. 

Il a paru une traduction allemande de V Instruction pour l'artil- 
lerie dans le journal de MM. de Decker, de Ciriacy et L. Blesson: 
Zeitschrift fur Kunst, Wissenschaft und Geschichte des Krieges, 
Berlin, 1828, in -8, t. XII, cahier I, p. 79— 81. Cette traduction a 
été réimprimée dans l'ouvrage de MM. Louis de Malinowsky et Ro- 
bert de Bonin, Geschichte det hrandenburgisch-preussischen Artille- 
rie, Berlin, i84a, t. III, p. Sa et 53. 



VII. RÉFLEXIONS SUR LA TACTIQUE 
ET SUR QUELQUES PARTIES DE LA GUERRE, 

ou 

RÉFLEXIONS SUR QUELQUES CHANGEMENTS DANS 

LA FAÇON DE FAIRE LA GUERRE. 

Frédéric envoya cet écrit, du 27 décembre 1758, au duc Ferdinand 
de Brunswic, en mettant de sa main sous le premier titre ces mots, 
sans date : «Je vous envoie, mon cher, mes occupations du quar- 
tier d'hiver. Je vous prie que cela ne passe pas au delà de mon 
• neveu. ■« Le second titre se trouve à la troisième page, en télé de 
la pièce même. Les deux titres et le texte sont de la main d'un se- 
crétaire. Le Roi, en relisant la copie, a rayé (p. i54, 1. 20 de notre 
édition) le mot montré, et mis au-dessus: indique. On lit au haut 
de la première page les mots : Prés, ce 2$ Janvier 1 759 , de la main 
du duc Ferdinand. 

* Le prince héréditaire rie Brunswic. 



xxii AVERTISSEMENT 

I^c manuscrit original , que nous reproduisons, est conservé aux 
archives de l'état -major de Tannée, dans la correspondance du Roi 
avec le duc de Brunswic, année 1759, volume 336, p. 61—82. 

Les Réflexions furent publiées pour la première fois dans l'ou- 
vrage, Tactique et manœuvres des Prussiens. Pièce posthume, par 
M. le 1). de G, (le duc de Gisors), avec quelques lettres et réponses 
du roi de Prusse à M. le baron de La Motte Fouqué, son lieutenant- 
général (sans nom de libraire, ni lieu d'impression), 1767, quatre- 
vingt-six pages. Ce livre contient, p. 45, la Lettre du roi de Prusse 
au lieutenant -général Fouqué en lui envoyant ses Réflexions sur la 
Tactique et sur quelques parties de la guerre, Breslau, le a3 dé- 
cembre 1758; p. 46 — 74» récrit même qui nous occupe, daté de 
Breslau, 21 décembre 1768, et intitulé : Réflexions sur quelques chan- 
gements dans la façon de faire la guerre. A la page 75 est insérée 
la lettre de M. de Fouqué au Roi au sujet des Réflexions, Léobschiitz , 
2 janvier 1759. Enfin, Ton trouve, p. 84 — 86, la réponse du Roi, 
du 9 janvier 1 709. Ces quatre pièces ont été souvent réimprimées ; 
dans les Mémoires du baron de La Motte Fouqué, publiés par M. G.-A. 
Buttner, t. I, p. 45 a 71, la pièce principale porte le titre de: Ré- 
flexions sur quelques changements à introduire dans la façon défaire 
la guerre. Mais les éditions antérieures k la nôtre sont incomplètes 
et inexactes. 

On peut consulter, relativement aux Reflexions, dans notre t. XX, 
p. n4— 118, n°* 9, 11 et 12, la correspondance de Frédéric avec 
le général Fouqué. 



VIII. INSTRUCTION POUR LES GENERAUX -MAJORS 
DE CAVALERIE. 

Cette Instruction, du 16 mars 1759, fut remise au prince Henri 
le 17. Elle a été publiée, d'après l'exemplaire manuscrit que le Roi 
en avait envoyé au général Fouqué, avec sa lettre datée de Kohn- 
stock, 24 mars 1759, dans les Lettres secrètes touchant la dernière 
guerre, de main de maître, divisées en deux parties. A Francfort, 



DE L'EDITEUR. xxm 

aux dépens de la Compagnie des libraires, 1771, p. 216 — 2 2 3. Le 
même ouvrage a été réimprimé plusieurs fois, entre autres dans le 
Recueil de lettres de S. M. le roi de Prusse pour servir à /'histoire 
de la guerre dernière, A Leipzig , 1772, seconde partie, p. 5o — 57. 

On ne trouve dans les Mémoires du général de La Motte Fouquc 
ni la lettre de Frédéric, du 24 mars 1759, ni Y Instruction , du 16. 
Nous imprimons ces deux pièces d'après la première édition, de 1771, 
dans la persuasion que c'est une traduction faite sur l'original alle- 
mand pris par les Autrichiens dans la guerre de sept ans. En effet, 
r Instruction pour les généraux-majors de la cavalerie forme le pen- 
dant de V Instruction fur die Gênerai-Majors von der Infanterie, du 
12 février 1759, qui sera imprimée t. XXX. 

Nous ajoutons à ce volume, comme Appendice, la lettre de Fré- 
déric à son frère le prince Henri, du 17 mars 1759; quant à l'In- 
struction même, en allemand, qu'il lui avait remise, nous n'avons 
po la découvrir aux Archives. 

Berlin, 25 mars i856. 



J.-D.-E. Preuss, 

Historiographe de Brandebourg. 



I. 

LES PRINCIPES GÉNÉRAUX 
DE LA GUERRE, 

APPLIQUÉS 

A I.A TACTIQUE ET A LA DISCIPLINE 
DES TROUPES PRUSSIENNES. 



XXVIII. 



LES PRINCIPES GENERAUX 
DE LA GUERRE, 

APPLIQUÉS 

A LA TACTIQUE ET A LA DISCIPLINE DES TROUPES 
PRUSSIENNES. 



.Les guerres que j'ai faites m'ont donné lieu à réfléchir profon- 
dément sur les principes de ce grand art qui a élevé ou renversé 
tant d'empires. La discipline romaine a ne subsiste plus que chez 
nous; il faut de même que, en suivant leur exemple, la guerre 
nous soit une méditation, et la paix un exercice. b 

J'ai cru qu'il serait utile de vous communiquer mes réflexions, c 
à vous qui devez avoir la première part au commandement après 
moi, à vous, à qui un demi-mot doit expliquer mes pensées, à 
vous enfin qui, dans mon absence, devez agir par mes principes. 

J'ai fondu dans cet ouvrage les réflexions que j'ai faites et 
telles que j'ai trouvées dans les écrits des plus grands généraux; 
j'en ai formé un corps dont j'ai fait l'application à la discipline 
de nos troupes. 

Je n'écris que pour mes officiers , je ne parle que de ce qui 
est applicable aux Prussiens, et je n'envisage d'ennemis que nos 

» Végèce, De re militari, liv. I, chap. i. Voyez aussi notre t. VIII, p. 6. 

I» Voye* t. VI , p. g3 et 94. 

c Après avoir travaillé plusieurs mois à polir son ouvrage , Frédéric l'en- 
tova à son frère le Prince de Prusse, le 19 juin 1748. Voyez, t. XXVI, p. roi 
à io3, ses lettres du 4 mars, du 19 et du a4 juin. 



4 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

voisins, ce qui est malheureusement un synonyme. J'espère que 
la lecture de cet ouvrage convaincra plus que tous mes discours 
et démontrera à mes généraux que la discipline de nos troupes est 
le fondement de la gloire et de la conservation de l'Etat, et que, 
l'envisageant de ce point de vue, ils s'animeront plus que jamais 
à maintenir Tordre dans toute sa vigueur, pour qu'on ne puisse 
pas dire de nous que nous avons laissé émousscr entre nos mains 
les instruments de notre réputation. Il est beau d'avoir acquis 
de la gloire; mais, bien loin de s'endormir dans une sécurité 
blâmable, il faut préparer de loin les moyens dont le temps ou 
l'événement nous mettra en état de nous servir. 

Je fonde tous mes raisonnements sur mes Institutions mili- 
taires;* et comme c'est le catéchisme des officiers, je ne traite 
dans cet écrit que ce qui lient à la partie du général et ù ce que 
la guerre a de plus grand et de plus sublime. 



ARTICLE 1 er . 

DES TROUPES PRUSSIENNES, DE LEURS DÉFAUTS 
ET DE LEURS AVANTAGES. 

L'institution de nos troupes exige de ceux qui les commandent 
une application infinie; elles veulent être entretenues dans une 
discipline continuelle, elles veulent être conservées avec un soin 
extrême, et elles veulent être mieux nourries que peut-être toutes 
les autres troupes de l'Europe. 

Nos régiments sont" composés la moitié de citoyens, et l'autre 
moitié de mercenaires; 1 * ces derniers, n'étant attachés à l'Etat 
par aucun lien, deviennent transfuges à la première occasion, et 
voilà d'abord un objet important que celui d'empêcher la dé- 
sertion. Quelques-uns de nos généraux croient qu'un homme 

« Le Roi veut parler des quntre règlements militaires qu'il publia en alle- 
mand, en 1743, savoir: Règlement vor die Konigl. Preussische Infanterie; Rè- 
glement vor die Konigl. Preussischen Cav aliène - Regimenter; Règlement vor die 
KônigUch Preussischen Dragoner - Regimenter; et Règlement vor die Konigl. 
Preussischen Husaren- Regimenter. Voyez t. XXVI, p. 10a. 

<» Voyez t. VI, p. 93; t. IX, p. 186 et 187. 



DE LA GUERRE. 5 

n'est qu'an homme , et que la perte d'un individu n'influe point 
sur la totalité. Mais ce qui peut se dire d'autres armées n'est 
point applicable à la nôtre: qu'un homme maladroit déserte, et 
qu'il soit remplacé par un lourdaud, c'est la même chose; mais 
qu'un soldat qu'on a dressé deux ans de suite pour lui donner le 
degré d'adresse nécessaire sorte du corps, et qu'il soit mal ou 
point du tout remplacé, cela tire à conséquence à la longue; et 
ne voit -on pas que la négligence des officiers du petit détail a 
abîmé des régiments entiers ? J'en ai vu fondre par la désertion 
à un point étonnant. Des pertes pareilles diminuent l'armée, où 
le nombre fait toujours beaucoup. Vous perdez donc, si vous 
n'y tenez pas la main, vos meilleures forces, et vous n'êtes pas 
en état de les réparer; car, quoiqu'il y ait des hommes dans mes 
Etats, y en a-t-il beaucoup de la taille dont sont nos soldats? 
Et quand même ils y seraient, seront -ils d'abord dressés comme 
les autres ? 

C'est donc un devoir essentiel de tout général qui commande 
une armée ou un corps séparé de mes troupes de prévenir la dé- 
sertion. 

On l'empêche : i° en évitant de se camper proche de grands 
bois, si la raison de guerre ne vous y oblige; a° en faisant sou- 
vent visiter les soldats dans leurs tentes; 3° en faisant faire des 
patrouilles de hussards tout à l'entour du camp ; 4° en postant 
de nuit des chasseurs dans les grains, et en doublant les vedettes 
de cavalerie le soir, pour que la chaîne soit plus serrée; 5° en ne 
souffrant point que le soldat se débande, mais en obligeant les 
officiers de les mener en rang et file à la paille ou à l'eau ; 6° en 
punissant sévèrement la maraude , qui est la source des plus 
grands désordres; 7 en ne retirant les gardes des villages, les 
jours de marche, que lorsque l'armée est déjà en bataille; 8° en 
ne marchant de nuit que lorsqu'une raison importante l'exige; 
9* en faisant des défenses rigoureuses pour que, les jours de 
marche, aucun soldat ne quitte son peloton; io° en faisant faire 
des patrouilles de hussards à côté de l'infanterie lorsqu'elle passe 
les bois; n° en plaçant des officiers à l'entrée et à la sortie des 
défilés, pour reformer les troupes; ia° en cachant soigneusement 
aux troupes les mouvements que l'on est obligé de faire en ar- 



6 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

rière, et en les couvrant de prétextes qui leur fassent plaisir; 
i3° en étant toujours attentif à ee que les troupes ne manquent 
de rien, soit pain, viande, paille, eau-de-vie, etc.; i4° en exa- 
minant les raisons de la désertion, lorsqu'elle se met ou dans un 
régiment, ou dans une compagnie, pour savoir si le soldat a reçu 
régulièrement son prêt et toutes les douceurs qui lui sont as- 
signées, ou si son capitaine est coupable de malversation. 

L'entretien de la discipline n'exige pas moins de soins. On 
dira peut-être : Les colonels y tiendront la main; mais cela ne 
suffit pas. Il faut que tout soit monté au plus parfait dans une 
aimée, et que Ton voie que ce qui se fait est l'ouvrage d'un seul 
homme. La plus grande partie d'une armée est composée de 
gens indolents; si le général n'est sans cesse à leurs trousses, 
toute cette machine si ingénieuse et si parfaite se détraquera bien 
vite, et le général n'aura plus qu'en idée une armée bien disci- 
plinée. Il faut donc s'accoutumer à travailler sans cesse, et ceux 
qui le feront verront par leur expérience que cela était néces- 
saire , et qu'il se trouve tous les jours des abus à réprimer que 
ceux - là seuls ne voient pas , qui ne se donnent pas la peine d'y 
regarder. 

Quoique cette application pénible et continuelle paraisse dure, 
pourvu qu'un général l'ait, il ne s'en voit que trop récompensé; 
et quels avantages des troupes si lestes, si braves et si bien dis- 
ciplinées ne lui donnent -elles pas sur ses ennemis! Un général 
audacieux chez, les autres peuples n'est que dans les règles chez 
nous; il peut oser et entreprendre tout ce qu'il est possible à des 
hommes d'exécuter. 

Que n'entreprendrait -on pas avec des troupes si bien disci- 
plinées! L'ordre est devenu habituel à toute l'armée ; l'exactitude 
de l'officier et du soldat est poussée au point que tout est prêt 
une demi -heure avant l'heure marquée, que, depuis l'officier 
jusqu'au dernier fantassin, personne ne raisonne, mais tout le 
monde exécute, que la volonté du général est promptement 
obéic, et que, pourvu qu'il sache bien commander, il peut être 
sûr de l'exécution. Nos troupes sont si lestes et si agiles, qu'elles 
se forment en bataille en moins de rien ; on ne peut presque ja- 
mais être surpris, à cause de la rapidité de leurs mouvements. 



DE LA GUERRE. 7 

Voulez -tous vous servir des fusils, quelles troupes font un feu 
pareil aux nôtres? Les ennemis disent que c'est être exposé à la 
gueule de Fenfer que de se trouver vis-à-vis de notre infanterie. 
Voulez -vous que l'infanterie n'attaque qu'avec la baïonnette, 
quelle infanterie marchera mieux à l'ennemi sans flotter et avec 
un grand pas? où verra -t- on plus de contenance dans les plus 
grands dangers? Faudra -t- il faire un quart de conversion pour 
tomber sur le flanc de l'ennemi, dans un moment ce mouvement 
s'exécute, et cela même sans la moindre peine. 

Dans un pays où le premier état est le militaire, où la fleur 
de la noblesse sert dans l'armée, où tous les officiers sont gens 
de naissance, où des citoyens même sont soldats, c'est-à-dire des 
fils de bourgeois et de paysans, on doit bien se persuader qu'il 
doit y avoir de l'honneur dans des troupes ainsi composées. Aussi 
yen a-t-il beaucoup, car j'ai vu des officiers périr plutôt que 
de reculer; qu'eux et jusqu'au commun soldat ne souffrent point 
dans leur corps des gens qui ont témoigné des faiblesses qu'on ne 
relèverait assurément pas en d'autres armées; j'ai vu des officiers 
et des soldats fortement blessés, qui n'ont point voulu abandon- 
ner leur poste, ni se retirer pour se faire panser. Avec de pa- 
reilles troupes on dompterait l'univers entier, si les victoires ne 
leur étaient pas aussi fatales qu'à leurs ennemis; car vous pou- 
vez tout entreprendre avec elles, pourvu que vous ayez des 
vivres. Marchez, vous gagnerez de vitesse sur les ennemis; at- 
taquez des bois, vous y forcerez les troupes; gravissez contre 
des montagnes , vous déposterez ceux qui les défendent ; servez- 
vous des armes à feu, ce sera un massacre; faites agir votre 
cavalerie, ce sera une boucherie affreuse et la destruction des 
ennemis. 

Mais, comme la bonté des troupes ne suffit pas, et qu'un gé- 
néral, à force d'être malhabile, pourrait détruire d'aussi grands 
avantages, je vais traiter de la partie du général et prescrire des 
règles que j'ai apprises à mes dépens, ou que de grands généraux 
nous ont laissées. 



8 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

ARTICLE IL 
DES PROJETS DE CAMPAGNE.» 

On commence la guerre parles projets de campagne, et, pour 
l'ordinaire, les voisins d'un prince sont ses ennemis. Nous regar- 
derons donc comme tels les Russes, les Saxons, surtout les Autri- 
chiens. La politique et Fart militaire doivent se prêter la main 
dans les projets de campagne. Il faut connaître la force du prince 
auquel on fait la guerre, ses alliés, et le pays qui doit devenir le 
théâtre de votre honte ou de votre gloire. Quant au nombre des 
troupes, pourvu que vous puissiez opposer soixante-quinze mille 
hommes à cent mille, cela doit vous suffire. Quant aux alliances, 
ou Ton ménage des princes qui sont sollicités par les ennemis, ou 
on les écrase avant qu'ils puissent joindre leurs forces aux autres; 
et quant au pays où Ton veut porter la guerre, il est aussi néces- 
saire d'en avoir une connaissance parfaite qu'il Test à un homme 
de connaître l'échiquier, s'il veut jouer aux échecs. 

En général , toutes les guerres qui nous éloignent trop de nos 
frontières ne valent rien, et l'on a vu toutes celles que d'autres 
nations ont faites de même finir malheureusement. Charles XII 
vit éclipser sa gloire dans les déserts de Poltawa,*» l'empereur 
Charles VI ne put se maintenir en Espagne, ° ni les Français en 
Bohême. d Tous les projets de campagne qui par conséquent 
visent à la pointe ne valent rien, et doivent être rejetés comme 
mauvais. 

On forme d'autres projets pour se défendre, et d'autres en- 
core pour attaquer. 

Un projet de défensive absolue ne vaut rien ; il vous réduit à 
prendre des camps forts; l'ennemi vous tourne, et, comme vous 
n'osez pas combattre, vous vous retirez. L'ennemi vous tourne 
encore, et il se trouve, compte fait, que vous perdez plus de 

* Tout cet article est omis dans la traduction de 1 753. 

b Voyez t. I, p. 116, et t. VII, p. 8i-85. 

c Voyez t. I, p. io4 et suivantes, lao et suivantes. 

à Voyez t. II, p. 93 et suivantes. 



DE LA GUERRE. 9 

terrain par votre retraite qu'après la perte d'une bataille, et que 
votre année se fondra plus considérablement par la désertion 
qu après l'action la plus sanglante. Une défensive aussi restreinte 
que celle que je propose ne vaut rien, car il y a tout à perdre et 
rien à espérer. Je préférerais donc à cette conduite l'audace d'un 
général qui risquerait une bataille à propos, car il a tout à espé- 
rer, et, dans son malheur même, il lui reste toujours la res- 
source de la défensive. 

Un projet de campagne offensive demande qu'on examine la 
frontière de l'ennemi, que, après avoir bien discuté sur les points 
d'attaque, on règle sur ceux-là le lieu où l'armée doit s'assem- 
bler, et qu'on pourvoie enfin aux vivres. «. 

Pour rendre ceci plus clair, je vais illustrer mes principes par 
des exemples, en faisant des projets pour attaquer la Saxe, la 
Bohême et la Moravie. 

S'il s'agit d'attaquer la Saxe, il faut s'emparer de l'Elbe; 
mais, pour commencer l'expédition, Halle serait le lieu le plus 
commode pour assembler l'armée. Le grand dépôt serait à Halle, 
et le magasin principal à Magdebourg. Un général qui ne se pour- 
voit pas assez de vivres, fût "-il supérieur à César, il ne sera pas 
longtemps héros. On en commet le soin à un homme intègre, 
discret et habile; on se pourvoit de farines pour toute une cam- 
pagne, et l'armée même en conduit avec elle pour trois semaines 
ou un mois. Vous laisserez une garnison à Halle, et vous aurez 
toutes les attentions possibles pour que l'ennemi, par des trahi- 
sons, ne puisse pas endommager votre magasin. Si l'ennemi tient 
la campagne, il faut lui livrer bataille, pour que vous puissiez 
pousser vos opérations. Si vous êtes heureux , vous entreprenez 
le siège deWittenberg. Cela vous rend maître du cours de l'Elbe, 
qui doit vous donner vos vivres; vous la remontez toujours jus- 
qu'à Dresde, et vous emparez de cette capitale. Il faut se faire 
en même temps ces objections : Si l'ennemi prend le poste de 
Meissen, comment pourrai -je le tourner? ou, s'il prend celui de 
Kesselsdorf, quelle manœuvre ferai -je pour l'en déposter? 11 
vient alors dans l'esprit ou de marcher par la droite pour le tour- 
ner, ou d'envoyer un détachement de l'autre côté de l'Elbe pour 
attaquer le Vieux -Dresde, ce qui pourra faire reculer cette ar- 



ïo I. LES PRINCIPES GENERAUX 

mée, ou bien il faut se résoudre de la combattre, comme le fit le 
prince d'Anhalt. 

Si je forme des desseins sur la Bohème, j'examine toute cette 
frontière qui confine avec la Silésie, et j'y trouve quatre passages 
plus considérables que les autres. 

L'un est à côté de la Lusace, le second est celui de Schatzlar, 
le troisième est celui de Braunau, et le quatrième va de la comté 
de Glatz, par Rûckerts et Reinerz, droit à Kônigingratz. Celui 
de Friedland, qui est celui de Lusace, ne vaut rien, à cause qu'il 
n'y a dans ce voisinage aucune place forte en Silésie où l'on 
puisse former des magasins, qu'il ne conduit en Bohême que par 
un coin de ce royaume, et qu'enfin le pays, de ce côté -là, est 
montueux, fait pour la chicane, et peu abondant en vivres. Le 
passage de Schatzlar a à peu près les mêmes inconvénients, et si 
l'ennemi choisit le camp de la hauteur qui est derrière cette ville, 
il n'y a pas moyen de l'attaquer ni de le tourner, car le chemin de 
Golden-Oelse est un défilé abominable. Ce chemin n'est donc pra- 
ticable qu'en cas que l'ennemi n'y soit pas; cependant, comme au 
débouché de ce coupe -gorge il faut encore défiler auprès delà 
forêt de Silva,* je préférerais à ce chemin celui de Braunau, 
qui, de tous ceux qui de Silésie vont en Bohême, est le plus fa- 
cile, à cause que vous avez vos dépôts à Schweidnitz, ce qui est 
dans le voisinage, et que, en entrant de ce côté -là en Bohême, 
vous couvrez toute la Basse - Silésie , au lieu que le chemin de 
Glatz en Bohême ne couvre rien; d'ailleurs, celui de Braunau 
vaut mieux, en ce que, en toutes les guerres qu'on fait en Silésie, 
il faut regarder l'Oder comme sa mère nourricière, et cette ri- 
vière est plus proche de Schweidnitz que de Glatz, et les chemins 
de Schweidnitz sont plus faciles pour les chariots que ceux de 
Glatz. Ainsi, le chemin de Braunau étant le plus praticable à 
tout égard , on y doit fixer son point d'attaque. 

Cela décidé, j'établis mon magasin à Schweidnitz, sous la 
garde de deux à trois mille hommes; je destine en même temps 
un corps de sept mille hommes pour couvrir la Haute -Silésie, 
du côté deNeustadt; et je destine un corps de trois mille hommes 

» Voyez t. III, p. i3o. 



DE LA GUERRE. u 

pour couvrir l'autre coté de l'Oder, de Cosel à Brieg. Ces deux 
détachements sont indispensables; ils couvrent le flanc gauche de 
la Basse -Silésie contre les incursions des Hongrois, qui feraient 
bientôt sister » le train de vos convois et les arrangements qu'on 
est obligé de prendre pour ses vivres sur ses derrières. Ces deux 
corps sont d'autant moins aventurés, que Neisse peut servir de 
retraite à l'un, et Cosel et Brieg à l'autre. 

U est difficile de déterminer la nature des opérations que Ton 
formera en Bohême, sans avoir premièrement établi le cas de la 
question. Mon expérience m'a fait voir que ce pays est facile à 
conquérir, mais difficile à conserver. Ceux qui voudront subju- 
guer ce royaume se tromperont dans leurs entreprises toutes les 
fois qu'ils y porteront la guerre; pour prendre la Bohême, il faut 
attaquer l'Autriche par le Danube et par la Moravie; alors ce 
grand royaume tombe de lui-même, et on n'a qu'à y envoyer 
des garnisons. 

Si nous faisons seuls la guerre à la reine de Hongrie, nos 
campagnes seront des défensives revêtues et masquées de tous 
les attributs d'une guerre offensive. Voici sur quoi j'appuie mon 
opinion. La Bohême n'a ni villes tenables, ni rivières navigables, 
ce qui nous oblige à tirer tous nos convois de la Silésie; une 
chaîne de montagnes que la nature a faite pour la chicane sé- 
pare ces deux États. Battez l'ennemi, prenez -lui des villes, vous 
n'avez rien gagné; car ces villes ne sont pas tenables, vous n'osez 
pas y hasarder vos magasins, et si vous vous enfoncez dans le 
pays ennemi, ces montagnes vous resserrent la gorge pour les 
vivres, l'ennemi vous coupe de vos derrières, et vous risquez de 
voir périr votre armée par la famine. Comment passer l'hiver 
dans un pays pareil? Comment assurer vos quartiers? Comment 
donner du repos aux troupes et les refaire de leurs fatigues? 
Peut-être dira -t- on : N'avons -nous pas passé l'hiver de 4i à 4a 
en Bohême ? b J'en conviens; mais nous n'étions pas seuls; les 
Français occupaient les Autrichiens, de façon qu'ils ne pouvaient 
pas penser à nous. 

* Ce mot, créé par Frédéric, signifie arrêter. La traduction officielle et 
inédite de ce chapitre porte : hemmen. 

b Voyez t. 11, p. 91, 92, 107 et suivantes. 



ii I. LES PRINCIPES GENERAUX 

Toutes ces circonstances doivent donc obliger le général de se 
plier à ses moyens, et de préférer à un projet brillant un projet 
praticable. Ce projet ne se réduira pas à grand' chose, à moins 
qu'on n'ait une très -grande supériorité sur les Autrichiens. En 
supposant que tout est égal , je crois que la campagne se bornera 
à vivre aux dépens de l'ennemi pendant la saison que l'on campe. 
On doit, avec cela, fourrager radicalement toutes les frontières 
de la Silésie, pour empêcher l'ennemi d'y entretenir beaucoup 
de troupes, et l'on doit, sur la fin de la campagne, retourner en 
Silésie par le pays de Glatz, où les chemins pour une retraite 
sont les moins mauvais. Ce pays, que vous avez fait fourrager 
le long de vos frontières pendant l'été, vous donnera de la tran- 
quillité pendant l'hiver. 

Si l'on veut attaquer la Moravie, il faudrait former de tout 
autres desseins. Trois chemins y conduisent: celui de Glatz, par 
Littau, à Olmûtz; celui de Troppau, par Sternberg; et celui de 
Hultschin et Prérau. Je choisis de ceux-là celui de Jagerndorf, 
Zuckmantel et Sternberg, à cause qu'il est le plus proche de 
Neissc. En supposant que mes forces sont égales à celles de l'en* 
nemi, je détache sept à huit mille hommes vers Braunau et 
Schatzlar, pour couvrir de ce côté la Basse -Silésie. Ces troupes 
vivront aux dépens de la Bohême , et , si des ennemis trop nom- 
breux se présentent, elles ont une retraite proche et sûre à 
Schweidnitz. Je fais un second détachement plus important que 
le premier, dont je confie la conduite au plus habile officier de 
l'armée. Je l'envoie vers la Jablunka, pour couvrir mon flanc 
gauche contre les Hongrois, et pour assurer mes convois et les 
dispositions que je suis obligé de faire en Haute- Silésie pour les 
vivres de l'armée qui doit agir en Moravie. Comme mon armée 
dépend de ses subsistances, et que celles-là dépendent du corps 
de la Jablunka, qui les protège, c'est de la conduite du général 
qui commande ce corps que j'attends le succès de mes desseins. 
Selon ce projet, mon principal amas doit être à Neissc, et mon 
dépôt à Troppau, et cela, parce que Troppau peut être mis en 
état de défense, et qu'on n'y mettra jamais Jagerndorf; que 
Troppau peut contenir une garnison honnête, et l'autre ville à 
peine un bataillon. Je fais un dépôt pour trois mois à Troppau, 



DE LA GUERRE. k3 

sans compter un mois de subsistances que je conduis avec l'ar- 
mée. Je fais lever de la terre à Sternberg et placer des palis* 
sades, à cause que c'est le seul lieu qui, sur cette route, peut 
donner une espèce de protection à mes convois. Tous ces ar- 
rangements faits, mon armée marche à Olmûtz, et j'y conduis 
douze mortiers et vingt- quatre pièces de batterie, pour en faire 
le siège. On peut saigner toutes les inondations que l'ennemi 
peut faire à cette place, et d'ailleurs la Morawa n'a que peu de 
profondeur dans son lit. Si l'on chasse l'ennemi de ce voisinage, 
la place ne tiendra pas plus de huit ou dix jours de tranchée 
ouverte. L'attaque est du côté de Wischau;* la ville prise, on 
comble les tranchées, on répare les brèches, et l'on transporte en 
même temps sous bonne escorte le magasin de Troppau à Ol- 
mûtz, en même temps que Neisse rafraîchit celui de Troppau. 
Il faut avancer ensuite sur l'ennemi, qui se sera campé proche de 
Pohrlitz ou de Wischau, b où il se sera refait de ses pertes, et 
aura peut-être reçu des secours. Il est difficile de le tourner dans 
les postes qu'il peut y prendre, parce qu'il faut garder le dos 
vers Olmûtz pour le couvrir; mais il faut, pour gagner du ter- 
rain, engager une affaire, si cela est faisable, et alors l'ennemi se 
retirera à Brûnn , où il fera ses derniers efforts pour se soutenir, 
et il se campera, selon toutes les apparences, sur les montagnes 
qui sont derrière le Spielberg. C'est là le point le plus critique 
de cette campagne. Le siège de Brûnn serait trop difficile, tant 
que l'ennemi se tiendrait dans le voisinage, et il est difficile de 
l'en écarter. Voici cependant les moyens dont on peut se servir. 
Il faut envoyer de gros partis vers l'Autriche, pour que les cris, 
des Viennois obligent le général autrichien de courir à leur se- 
cours. Si l'ennemi quitte son poste, il faut lui marcher sur le 
corps pour le combattre, et, la victoire remportée, former le 
siège de Brûnn. On fera venir d'Olmûtz pour trois semaines de 
vivres et l'artillerie de batterie. La ville de Brûnn est peu de 
chose; elle peut tenir huit jours de tranchée ouverte, et le châ- 
teau douze tout au plus. Cette ville prise, on y fait avancer son 
magasin d'Olmûtz, on ravitaille la place, et l'on marche vers 

* La traduction porte Lit tau. 

k Weieher vermulhlich bei AustcrlUz sich gelagcrt t etc. (Traduction.) 



i4 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

Znaim et Nikolsbourg, ce qui forcera l'ennemi de se jeter en 
Autriche. Quoique les Autrichiens abandonnent la Moravie avec 
leur armée, ils ne laisseront pas d'y envoyer leurs troupes lé- 
gères, l'attachement du peuple et la situation du pays les favori- 
sant entièrement. Ces troupes légères se nicheront à votre droite , 
dans les montagnes qui prennent du cloître Saar à Trebitsch * et 
Gurein, et à votre gauche, du côté de Hradisch et Napagedla.b 
Il faudra attendre les quartiers d'hiver pour chasser entièrement 
ces troupes légères de leur repaire, et comme il est à présumer 
que les troupes hongroises auront abandonné leur dessein sur la 
Haute -Silésie, on pourra employer en Moravie une partie du 
corps qu'on leur avait opposé du côté de la Jablunka. 

Si j'ai désapprouvé un projet de campagne d'une défensive 
absolue, ce n'est pas que je ne sente bien qu'on ne peut pas tou- 
jours faire une guerre tout à fait offensive; mais je demande 
qu'un général ne soit gêné par aucun ordre dans sa défensive, et 
qu'elle soit plutôt une ruse qui, enflant l'amour- propre des en- 
nemis , les induise dans des fautes dont il pourra profiter. 

Le plus grand art du général dans la défensive, c'est d'af- 
famer son ennemi; c'est un moyen où, sans rien hasarder, il y a 
tout à gagner, et voilà ce qu'il faut, ôter au hasard tout ce qu'on 
peut lui dérober par la prudence et la conduite. La faim vaincra 
un homme plus sûrement que le courage de son adversaire; mais, 
comme l'enlèvement d'un convoi ou la perte d'un magasin ne 
finit pas la guerre, et qu'il faut des batailles pour décider, il est 
nécessaire d'employer l'un et l'autre de ces moyens pour réussir. 
Je me contenterai de faire deux projets de défensive selon mes 
principes, l'un pour la Basse -Silésie, et l'autre pour l'Electorat. 

Je suppose que les Autrichiens veulent attaquer la Basse- 
Silésie du côté de la Bohême, et voici les dispositions par les- 
quelles je m'oppose à leurs desseins. 

J'établis mon magasin principal à Schweidnitz, que je garnis 
de cinq bataillons et de trois escadrons de hussards; j'établis un 
dépôt au château de Liegnitz, pour être en état de côtoyer les 
ennemis, s'ils pénètrent et tournent de ce côté -là; je détache 

• Jglau. (Traduction.) 

1» Krcmsicr und Ungarisch- Hradisch. (Ibidem.) . 



DE LA GUERRE. i5 

aussi pour Neisse, si le cas l'exige; mais surtout je mets à Glatz 
une garnison de sept bataillons et de trois régiments de hussards, 
pour que ce corps puisse entrer en Bohême, enlever les convois 
de l'ennemi et, s'il se peut, se saisir du magasin de Konigingrâtz 
et le ruiner, ce qui ferait perdre toute cette campagne aux Autri- 
chiens, et nous en délivrerait à bon marché. Je ferais camper 
mon armée du côté de Schônberg et Liebau, ce qui masque le 
chemin de Schatzlar; alors il ne reste aux ennemis d'entrée en 
Silésie que par Braunau. Je ferais même retrancher mon camp, 
pour arborer tous les dehors de la timidité. Si l'ennemi entre en 
Silésie par Braunau , je le laisserai' faire, et j'irai, avant qu'il s'en 
aperçoive, me camper à son dos; mais, pour faire ces mouve- 
ments, il faut avoir du pain et de la farine dans l'armée pour 
quinze jours. Par cette manœuvre, j'oblige l'ennemi à me com- 
battre, et comme je me vas camper à son dos, il dépend de moi 
de prendre un champ de bataille où je trouve mes plus grands 
avantages; je ne risque rien par cette manœuvre, dès que 
Schweidnitz sera achevé d'être fortifié, et l'ennemi battu dans 
une pareille rencontre n'a plus de retraite. Mais, supposé que les. 
Autrichiens aillent de leur côté en tâtonnant, il faut alors tomber 
sur le corps d'un de leurs détachements ou de leur avant -garde, 
et se servir de la ruse pour les enhardir et pour profiter alors de 
leur témérité. 

La défense du Brandebourg est beaucoup plus difficile, à cause 
que le pays est ouvert, et que les bois qui confinent avec la Saxe 
rendent les marches et les camps mauvais ; cependant je crois, 
qu'il faudrait s'y prendre ainsi. 

Berlin, qui est une ville ouverte et la capitale du pays, doit 
attirer ma principale attention. Cette ville n'est qu'à douze milles 
de Wittenberg. Je suppose que l'armée des ennemis s'assemble 
auprès de cette dernière place. Les ennemis peuvent former trois 
desseins : l'un, de longer l'Elbe, qui leur deviendrait très-difficile 
à cause de Magdebourg, qui n'est pas une ville qu'on puisse lais- 
ser sur ses derrières; l'autre, par l'Oder et le Nouveau- Canal, * 
qui leur laisserait tout leur pays à découvert, et où on les re- 

• Voye* t. I, p. 64; t. V, p. 16; et t. XXVII. m^p 37. 



16 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

jetterait d'abord en Saxe, en marchant à Wittenberg; le troi- 
sième dessein est celui de marcher droit à Berlin. La meilleure 
défensive que Ton puisse faire, c'est de marcher en Saxe, comme 
nous le fîmes l'hiver de 1 745. a Se retirer derrière la Sprée ou la 
Havel, c'est perdre le pays. J'aimerais mieux assembler mon 
armée auprès de Brandebourg, mettre mes vivres à Brandebourg 
et Spandow, faire abattre tous les ponts de la Havel, hors ceux 
de ces villes, et forcer quelques marches pour rencontrer les 
Saxons dans leur pays, les battre et les mettre à leur tour sur 
la défensive. On dira tout ce qu'on voudra, mais il n'y a point 
d'autre parti à prendre. 

Les projets de campagne les plus difficiles à faire, ce sont 
ceux par lesquels on doit s'opposer à beaucoup d'ennemis puis- 
sants; c'est alors qu'il faut avoir recours à la politique, pour les 
brouiller entre eux et pour en détacher l'un ou l'autre par des 
avantages qu'on leur procure. Quant au militaire, il faut alors 
savoir perdre à propos (qui veut défendre tout ne défendra rien), 
sacrifier une province à un ennemi, et marcher, en attendant, 
avec toutes vos forces contre les autres et les obliger à une ba- 
taille, faire les derniers efforts pour les détruire, et détacher 
alors contre les autres. Ces sortes de guerres ruinent les armées 
par les fatigues et les marches qu'on leur fait faire, et si elles • 
durent, elles prennent pourtant une fin malheureuse. 

En général, les projets de campagne doivent être ajustés aux 
conjonctures des temps, à l'espèce et au nombre d'ennemis que 
l'on a; il ne faut jamais mépriser l'ennemi dans le cabinet, mais 
se mettre dans sa place et penser ce qu'on ferait, si on était de 
lui. Plus on prévoit d'obstacles dans ses desseins, et moins on en 
trouve ensuite dans l'exécution. En un mot, il faut tout prévoir, 
sentir les difficultés et les résoudre. 

* Voyez t. III, p. i48 et suivantes. 



DE LA GUERRE. i 7 

ARTICLE III. 
DES SUBSISTANCES ET DU COMMISSARIAT. 

«Quand on veut bâtir une armée, dit un grand général, il 
faut commencer par le ventre; c'en est le fondement.»* 

Je divise cette matière en deux parties, dont l'une regarde 
les lieux et la manière d'assembler des magasins, et l'autre les 
moyens pour rendre ces magasins mobiles. La première règle est 
de faire vos amas principaux sur vos derrières, et toujours dans 
une ville fortiGée. Nous avons eu , dans nos guerres de Silésie et 
de Bohême, notre grand magasin à Breslau, ce qui était pour la 
commodité de l'Oder, qui le rafraîchissait sans cesse. Quand on 
fait son principal magasin devant l'armée , on court risque de le 
perdre au premier échec, et Ton est sans ressource; au lieu que, 
les mettant par échelons, on ne fait pas la guerre en désespéré, 
et une petite disgrâce n'entraînera pas votre perte totale. Les 
magasins de l'Electorat doivent être à Spandow et Magdebourg; 
celui de Magdebourg devient, à cause de l'Elbe, offensif vers la 
Saxe, comme celui de Schweidnitz est offensif vers la Bohême. 

Il faut avoir une grande attention au choix des commis du 
commissariat. Si ce sont des fripons, l'Etat y fait des pertes trop 
considérables. C'est pourquoi il faut leur donner de fidèles sur- 
veillants. On assemble les magasins de deux façons : ou l'on fait 
livrer les grains par les paysans et les gentilshommes, et on le 
leur rabat de la contribution, selon la taxe de la chambre; ou, si 
le pays n'en a pas en assez grande abondance, on fait des con- 
trats avec des livranciers. Le commissaire des guerres doit signer 
et faire ses contrats lui-même, et nous avons des bateaux faits 
exprès pour transporter, par le moyen des canaux et des rivières, 
les farines et l'avoine. II ne faut avoir recours aux entrepreneurs 

• Voici comment Frédéric s'exprime dans V Histoire de mon temps (t. III, 
p. 76} : -On sait que qui veut bâtir l'édifice d'une année, doit prendre le ventre 
pour fondement.* Dans le Palladion (t. XI, p. 171), il dit, d'après Homère : 
•Le pain fait le soldat.* Voyez aussi t. VU, p. 16 et 78; t. X, p. 260; et ci- 
dessus, p. 9. 

XXVIII. a 



18 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

que dans le dernier besoin. Ce sont des arabes qui mettent le 
taux aux denrées, et les vendent à un prix exorbitant. Il faut, 
de plus, former ses magasins d'avance et de bonne heure, pour 
que tout soit fait lorsque l'armée quitte ses quartiers pour entrer 
en campagne ; car, si Ton tarde trop , ou les gelées empêchent les 
transports par eau, ou les chemins se trouvent si gâtés qu'on ne 
peut qu'avec de grandes incommodités rassembler les provisions 
nécessaires, ou les partis des ennemis dérangent toutes les me- 
sures que l'on avait prises. 

Outre les chariots qui conduisent pour cinq jours a de pain 
à la suite des régiments, le commissariat a ses caissons à part, et 
tout ce charroi pris ensemble peut conduire pour un mois de 
provisions pour l'armée. Cependant, s'il est possible, il faut se 
servir des rivières; elles seules peuvent maintenir l'abondance 
dans l'armée. Il faut que les caissons soient attelés par des 
chevaux. Nous nous sommes servis de bœufs, et nous nous en 
sommes mal trouvés. Il faut que des écuyers préposés à ces 
charrois et à ceux de l'artillerie en aient grand soin , et que le 
général y tienne la main; car la perte des bêtes diminue le 
nombre des caissons et par conséquent de vos vivres. De plus, 
quand les chevaux ne sont pas bien entretenus, leurs forces ne 
fournissent pas à la fatigue, et vous perdez dans les marches 
rudes vos chevaux, vos caissons et votre farine. Ces pertes réi- 
térées deviennent de conséquence ; elles tiennent aux grands pro- 
jets de la guerre. Ainsi le général doit avoir une attention parti- 
culière à des détails qui lui sont aussi importants. Nous avons 
l'Elbe pour nous contre la Saxe, et l'Oder pour défendre la Si- 
lésie. Il faudrait se servir de la mer en Prusse; en Bohême et en 
Moravie, l'on ne peut compter que sur les caissons. 

L'on forme quelquefois trois ou quatre dépôts de vivres sur 
une même ligne. Voilà comme nous fîmes en Bohême Tannée 
1742. Nous avions des magasins à Pardubitz, Nîmbourg, Podie- 
brad et Brandeis, pour être en état de côtoyer les ennemis, et de 
les suivre vers Prague, en cas qu'ils entreprissent d'y marcher. 
Dans la dernière campagne que nous avons faite en Bohême, 

» La traduction porte, p. 18 : auf acht Tage. 



DE LA GUERRE. 19 

Bresiau fournissait Schweidnitz, Schweidnitz fournissait Jaro- 
mircz, et Jaromircz nourrissait l'armée. Outre les caissons, l'ar- 
mée mène avec elle des fours de fer; leur nombre n'était pas 
suffisant, je l'ai fait augmenter, et il faut, au moindre jour de 
repos, faire cuire du pain d'avance. Dans toutes les expéditions 
qu'on entreprend, il faut avoir pour dix jours de pain et de 
biscuit avec soi. Le biscuit est admirable, mais nos soldats le 
mangent en soupes, et ne savent pas s'en servir. Quand on 
marche dans le pays ennemi , on dépose son amas de farine dans 
une ville voisine de l'armée, que Ton garnit de troupes. Nous 
avons eu notre farine, Tannée 17^1 en Bohême, à Neustadt, 
puis à Jaromircz, et, sur la lin de la campagne, à Trautenau. 
Si nous étions avancés davantage, nous n'aurions pu faire de dé- 
pôt solide qu'à Pardubitz. J'ai fait construire pour chaque com- 
pagnie un moulin de main qui sera d'un grand usage. On trouve 
du blé partout. Au moyen de ces moulins,* on le fera moudre 
par les soldats, qui livreront cette farine au commissariat, et re- 
cevront à sa place du pain tout fait. Cette farine, mêlée à por- 
tion égale avec la farine royale, ménagera les magasins, et nous 
fera subsister plus longtemps que nous, avons fait dans le même 
camp, et nous épargnera beaucoup de convois. 

Comme j'en suis aux convois, je vais ajouter tout ce qui re- 
garde cette matière. On fait les escortes plus ou moins nom- 
breuses, à proportion des ennemis que l'on a à craindre, et de la 
quantité de chariots qu'il faut escorter. On garnit les villes où le 
convoi passe d'infanterie, pour lui procurer des points d'appui; 
on fait souvent même, comme nous l'avons pratiqué en Bohême, 
de gros détachements pour couvrir ces convois. Dans tous les 
pays de chicanes, on fait consister la sûreté des convois dans l'in- 
fanterie; nous n'avons ajouté que peu de hussards, pour battre 
l'estrade et pour avertir l'infanterie des endroits où l'ennemi s'est 
embusqué. Je me suis aussi servi de l'infanterie dans les plaines 
préférablement à la cavalerie, parce que je m'en suis bien trouvé. 
Je renvoie, pour le détail de ces escortes, à mes Institutions mi- 

* Lorsque le Roi assiégeait Olmtitz, il fit venir de Neisse des moulins à 
bras, par un ordre daté du 1 4 juin 1758. Voyez Léopold von Orlich, Fûrst 
Morilz von Anhalt - Des s au, Berlin , i84*, p. ia5. 



ao I. LES PRINCIPES GENERAUX 

litaires;* j'ajoute seulement que le général ne saurait jamais 
prendre assez de précautions pour les assurer. h 



ARTICLE IV. 
DES VIVANDIERS, DE LA BIÈRE, DE L'EAU- DE -VIE. 

Lorsqu'on veut entreprendre une expédition, le commissariat 
fait brasser de l'eau -de -vie et de la bière à force sur cette fron- 
tière, pour qu'au moins l'armée soit bien pourvue pendant le 
premier temps. Dès que l'armée est dans le pays ennemi, on se 
saisit de toutes les brasseries qui se trouvent sous l'inspection du 
camp, et l'on fait brasser principalement de l'eau -de-vie, pour 
que le soldat, qui ne peut s'en passer, n'en manque pas. Quant 
aux vivandiers, on les protège, surtout dans les pays ennemis; 
si les paysans se sont enfuis et ont quitté leurs maisons, et que 
par conséquent on ne peut tirer aucun secours de la province où 
l'on se trouve, on est en droit de ne la plus ménager, et en con- 
séquence on envoie les vivandiers et femmes de soldats au four- 
rage, pour piller des légumes et des bestiaux. Ensuite de cela, 
on a l'œil à ce que les prix soient faits dans l'armée avec équité, 
de façon que le soldat ne soit point surfait, et que le vivandier 
puisse subsister également. Je dois ajouter que nos soldats re- 
çoivent deux livres de pain par jour, et deux livres de viande 
par semaine, gratis. On fait venir des hordes de bœufs, qui ar- 
rivent à l'armée avec les escortes des convois. Cette douceur est 
due à ces pauvres soldats, surtout en Bohême, où ils font la 
guerre comme dans un désert. 

« Voyez Règlement vor die Kônigl. Preussische Infanterie, p. 34o — 344 • 
Wie es bei den Escortes und bei Bedechung der Armée soll gehaltcn werden. 

b La traduction ajoute, p. a3 et a4 : Eine gâte Art deren mon sich bc- 
dienen kann um die Convois zu deeften, ist, dass mon zum voraus die Défiles 
occupirct, wo der Convoi passiren muss, und dass man die Truppen, so solchen 
decken sollen , bis an eine halbe Meile vorwàrls nach der Seite gegen den Feind zu 
posiiret; welches die Convois verdecket hait und au/ gewisse Art deren Marsch 
masquiret. 



DE LA GUERRE. ai 

ARTICLE V. 
DES FOURRAGES SECS ET VERTS. 

Les fourrages secs s'amassent dans les magasins; ils consistent 
en foin, eu paille hachée, en avoine, en orge, etc. Il faut que 
l'avoine ne soit pas brûlée, ou les chevaux jettent la gourme, et 
deviennent incapables de servir dès l'ouverture de la campagne. 
La paille hachée gonfle les chevaux sans les nourrir; cependant 
on s'en sert encore, parce que c'est l'usage. Les fourrages secs 
dont on forme des magasins sont à l'intention de prévenir l'en- 
nemi à l'ouverture de la campagne, ou bien pour faire des ex- 
péditions d'hiver. Cependant une armée sera clouée à son maga- 
sin, tant qu'elle ne vivra que du sec; car le charroi du fourrage 
attire un embarras d'un détail immense; souvent une province 
entière ne peut pas fournir tous les chevaux et les chariots qui 
y sont employés. Sans le secours des grandes rivières , les maga- 
sins du sec ne contribuent jamais à l'offensive. Je nourris toute 
ma cavalerie au sec pendant la campagne de 1741 » en Silésie; 
mais nous ne marchions que de Strehlen à Schweidnitz, où il y 
avait un magasin, et de Schweidnitz vers Grotlkau, où nous 
étions dans le voisinage de Brieg et de l'Oder. 

Lorsqu'on entreprend quelque expédition en hiver, on fait 
filer pour cinq jours de foin, que le cavalier charge sur son 
cheval. Lorsqu'on voudra porter la guerre en Bohême ou en 
Moravie, il faudra attendre que le vert soit venu, ou la cavalerie 
périra. 

Les fourrages verts et les blés se prennent dans les cam- 
pagnes, et, lorsque la moisson est faite, on fourrage les villages. 

Lorsqu'on arrive dans un camp où l'on a l'intention de sé- 
journer, on fait reconnaître les fourrages, et l'on en fait la ré- 
partition , en supputant le nombre de jours qu'ils pourront four- 
nir. Les grands fourrages se font toujours sous l'escorte d'un 
corps de cavalerie et d'infanterie proportionné au voisinage où 
Ton est de l'ennemi , et à ce que Ton peut avoir à craindre. On 
fait les fourrages ou de toute l'armée entière, ou par aile. Les 



2a I. LES PRINCIPES GENERAUX 

fourrageurs se rassemblent du côté du chemin qu'ils doivent 
suivre, ou aux ailes, ou devant le front, ou derrière l'armée. 
Les hussards marchent en avant; si le pays est de plaine, la ca- 
valerie les suit; si ce sont des défilés, l'infanterie marche la pre- 
mière, un quart des fourrageurs suit l'avant-garde , ensuite vient 
l'escorte, toujours mêlée de cavalerie et d'infanterie, les fourra- 
geurs, l'escorte, et ainsi du reste jusqu'à la clôture, que fait l'ar- 
rière -garde, suivie d'un gros de hussards. 

NB. L'infanterie mène son canon dans toutes les escortes, et 
les fourrageurs sont toujours armés de leur carabine et de leur 
épée. 

Lorsque l'on arrive à l'endroit qu'on veut fourrager, on forme 
la chaîne, postant les bataillons dans les villages, derrière des 
haies ou des chemins creux, mêlant les escadrons de cavalerie 
entre cette infanterie, et se ménageant une réserve que l'on met 
dans le centre pour accourir du côté où l'ennemi entreprendrait 
de percer ; les hussards escarmouchent avec l'ennemi , pour 
l'amuser et l'éloigner du fourrage. Lorsque toute cette dispo- 
sition est ainsi faite, on distribue le champ du fourrage par 
corps , et l'on défend aux fourrageurs de sortir de la chaîne. Le 
général qui commande au fourrage est attentif que les trousses 
soient grosses et bien faites; lorsque les chevaux sont chargés, 
on renvoie les fourrageurs par troupes au camp , sous de petites 
escortes, et le gros du corps se rassemble, quand tout est parti, 
et fait l'arrière - garde avec les hussards. 

On fourrage les villages à peu près de même, à la différence 
près que l'infanterie se poste autour du village, et la cavalerie 
à côté et sur les derrières, dans les terrains où elle peut agir. * 
C'est dans les pays montueux que les fourrages sont difficiles à 
faire ; les escortes sont presque toutes d'infanterie et de hussards 
dans de semblables cas. 

Lorsqu'on veut séjourner dans un camp proche de l'ennemi, 
on commence par enlever les fourrages qui sont entre les deux 
camps; ensuite on fourrage à une lieue à la ronde, prenant les 

* La traduction ajoute , p. 3 1 : Man fouragiret nichl mehr als ein Dorf auf 
cinmal, hernach ein anderes, damit diejenigen, so die Fouragirung decken, sich 
nicht aus cinander cparpiUiren. 



DE LA GUERRE. a3 

fourrages éloignés les premiers, vous réservant pour la fin ceux 
qui sont proche du camp. Si vous prenez un camp de marche 
ou de passage, vous fourragez dans le camp et le voisinage. a 



ARTICLE VI. 
DE LA CONNAISSANCE DU PAYS. 

11 y a deux façons de connaître un pays : la première, et par 
laquelle on doit commencer, c'est en étudiant la carte géogra- 
phique de la province où Ton doit faire la guerre. On retient les 
noms des grandes villes et des rivières, on s'imprime les contrées 
montagneuses, et après s'être fait une idée générale de tout le 
pays, il faut en venir aux connaissances locales. Celles-là de- 
mandent qu'on sache où passent tous les grands chemins, que 
l'on connaisse la situation des villes, si elles peuvent être défen- 
dues en les accommodant, ou si cela n'est pas praticable, de quel 
côté on pourrait les attaquer, en cas que l'ennemi s'en soit saisi , 
et quelle garnison elles exigent pour les défendre ; il faut avoir le 
plan des places fortes et avoir étudié leur force et leur faiblesse. 
On doit connaître le cours des rivières et leur différente profon- 
deur, jusqu'où elles sont navigables, et les endroits où on les 
peut passer à gué, savoir quels ruisseaux sont impraticables au 
printemps et desséchés en été ; ces connaissances doivent même 
s'étendre sur les marais principaux de la province. Dans le plat 
pays, il faut distinguer les contrées abondantes de celles qui ne 
le sont pas, observer les marches que l'ennemi peut faire ou 
qu'on ferait soi-même d'une grande ville à l'autre ou d'une ri- 
vière à l'autre, remarquer les meilleurs camps qui se trouvent 

» La traduction ajoute, p. 3a et 33 : JVenn mon grosse Fouragirungen von 
prëner Fourage thut, so bin ich der Mcinung, dass mon nicht ein gar zu weit- 
lâuf tiges Terrain ouf einmal fouragiren, sondern viebnehr solches auf zweimal 
uni gleieh nach einander thun musse: auf dièse Art wird eure Kette desto slâr- 
ker und setzei eure Fouragews ausser Gefahr insuit iret zu werden t wohergegen, 
wenn dos Terrain, so ihr nehmet, gar zu weiilâuftig vor die Escorte ist, so wird 
eure Kette ûberall schwach, und ist mithin exponiret, von dem Feinde forciret 
zu werden. 



24 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

sur ces chemins et se les noter. Les pays de plaines se connaissent 
bien vite ; il semble que ce soit une carte géographique que Ton 
a couchée devant soi; mais les pays de bois et de montagnes sont 
difficiles à connaître, parce que la vue y est toujours bornée. 
Pour acquérir cette connaissance si importante, il faut aller dans 
ces montagnes à cheval, la carte à la main, ayant avec soi des 
maires des villages voisins, des chasseurs, des pasteurs, et même 
des bouchers. * Quand il se trouve quelque montagne plus haute 
que les autres, il faut y monter pour se faire une idée du pays 
que l'on en peut découvrir. On doit s'informer de tous les 
chemins, tant pour savoir sur combien de colonnes Ton peut 
marcher que pour se faire d'avance des projets pour tourner par 
un tel chemin le camp ennemi, s'il se place à un tel endroit, ou 
pour se mettre sur son Qanc, s'il se place autre part. Il faut re- 
connaître avec soin des camps de défensive dont on pourrait 
avoir besoin, des champs de bataille, et les endroits que l'en- 
nemi pourrait occuper; il faut surtout s'imprimer profondément 
les postes les plus importants , les gorges de certains défilés et les 
positions principales de ces contrées, et réfléchir sur toutes les 
opérations de guerre qui pourraient se faire dans ces lieux , pour 
que ces idées se trouvent arrangées si nettement dans l'esprit, 
qu'on ne soit embarrassé de rien lorsque la guerre s'y fait. Ces 
méditations doivent être profondes et bien digérées, et il faut se 
donner tout le temps que des matières de cette importance de- 
mandent; lorsqu'on n'a pas bien vu la première fois, il faut re- 
tourner une seconde, revoir et examiner encore. J'ajoute pour 
règle générale que tous les camps que l'on choisit, soit offensifs, 
ou défeusifs, doivent avoir de l'eau et du bois dans leur voisi- 
nage, et quand même le front de ces camps est fort, il faut que 
le derrière en soit ouvert, pour qu'on en puisse sortir facilement. 
S'il est nécessaire d'acquérir la connaissance d'un pays voisin où 
la bienséance ne permet pas qu'on voyage de cette façon, il faut 
y envoyer des officiers habiles, sous divers prétextes, ou, s'il le 
faut même, on peut les envoyer déguisés. On les instruit des 

» .... Und nimmt zugleich einige alte Leutc aus den benachbarlen Dorf- 
schaften, oder auch Juger, Hirien und auch Schlà'chter mit sich. (Variante de la 
traduction, p. 35 et 3G.) 



DE LA GUERRE- a5 

choses qu'ils doivent remarquer, et on se note sur la carte les 
lieux ou les camps dont ils rendent compte. Cependant , toutes 
les fois que l'on peut voir par ses propres yeux, il le faut faire. 



ARTICLE VIL 

DU COUP D'ŒIL. 

Ce qu'on appelle le coup d'œil du général consiste en deux 
choses, dont Tune est le talent déjuger sur-le-champ le nombre 
de troupes que peut contenir un terrain. Celui-là s'acquiert par 
la pratique, et lorsque l'on a tracé soi-même quelques camps, 
l'œil s'y forme, et ne se trompe que très -peu sur les dimensions. 
L autre talent, qui lui est tout à fait supérieur, est celui déjuger 
dès le premier moment de tous les avantages que l'on peut 
tirer du terrain ; Ton peut acquérir ce talent et le perfectionner, 
pourvu que l'on soit né avec un génie heureux pour la guerre. 
Le fondement de cette espèce de coup d'œil est sans contredit la 
fortification. Il y a des règles de la première que Ton applique 
à la position des armées ; ainsi le général habile tire parti de la 
moindre hauteur, d'un chemin creux, d'un ravin, d'un marais; 
et comme dans le carré d'une lieue de terrain il y a peut-être 
deux cents posi Lions à prendre, son œil saisira à l'instant la meil- 
leure, et le général habile montera sur la moindre hauteur pour 
découvrir le terrain et pour choisir sa position, de même qu'il 
verra par les règles de la fortification le lieu faible de la bataille 
des ennemis. a 

Les avantages que nous apprenons par les règles de la forti- 
fication sont d'occuper soigneusement les hauteurs, et de les 
choisir de la sorte qu'elles ne soient pas dominées par d'autres , 
d'appuyer les ailes pour garder son flanc, d'occuper des lieux 
susceptibles de défense, et de n'en point prendre de ceux qu'un 

* La traduction ajoute à la fin de cet alinéa, p. 4<> et 4 l : Ich fiïge in- 
zwischen noch hinzu, wie es vor einen General important sein wird, dass, wenn 
er seine General- Position genommen hat, er sein Terrain von einem Ende bis 
zum andern selbst absekreite und messe, dafern er sonsten die Zeit dazu hat. 



a6 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

honnête homme ne saurait soutenir sans risquer sa réputation. 
On juge par la même règle des endroits faibles de l'ennemi, soit 
qu'ils le soient par un vice de la position locale, ou par la distri- 
bution défectueuse des troupes, ou par la faiblesse des défenses. 
Ceci m'amène au sujet de la façon dont il faut distribuer les 
troupes pour profiter du terrain. 



ARTICLE VIII. 
DE LA DISTRIBUTION DES TROUPES. 

La connaissance et le choix du terrain sont des parties essen- 
tielles; mais il faut en savoir profiter en distribuant les troupes 
dans des lieux qui leur sont convenables. Notre cavalerie, qu'on 
a dressée pour agir avec vigueur, demande des plaines; notre in- 
fanterie est également bien partout; elle a le feu pour défensive, 
et la baïonnette pour offensive. Mais comme on prend ses sûretés 
dans des camps qui sont proches de l'ennemi , et comme ce grand 
voisinage pourrait engager une affaire d'un moment à l'autre, on 
commence à pourvoir à sa défensive. La plupart des ordres de 
bataille modernes sont vicieux, en ce qu'ils suivent tous la même 
méthode , sans avoir égard au terrain , qui en rend l'application 
fausse et mauvaise. Il faut placer chaque arme dans le lieu qui 
lui est convenable ; on choisit la plaine pour la cavalerie, mais 
cela ne suffit pas; si cette plaine ne contient que mille pas, et 
qu'il y ait un bois qui la borne , on doit supposer que l'ennemi y 
placera de l'infanterie pour rallier la cavalerie sous son feu. En 
ce cas, il faut changer la disposition, mettre de l'infanterie sur 
l'extrémité de votre aile, pour qu'elle puisse protéger à son tour 
votre cavalerie. On place quelquefois tous les gens de cheval sur 
une aile, quelquefois en seconde ligne; en d'autres temps, on 
assure les deux ailes par une ou deux brigades d'infanterie. Les 
postes convenables à cette arme sont toutes les hauteurs, les 
cimetières, les chemins creux, les ravins; et, en disposant les 
troupes de cette façon, on ne doit jamais craindre d'être attaqué 
par l'ennemi. Mais si vous postez votre cavalerie derrière un 



DE LA GUERRE. a 7 

marais, vous n'en pouvez rien attendre; si vous la mettez proche 
d'an bois, l'ennemi peut y glisser des troupes, la fusiller de là 
et la mettre en confusion, sans qu'elle puisse se défendre. De 
même, si vous aventurez de l'infanterie dans une plaine sans as- 
surer ses flancs, l'ennemi profitera de votre faute, et l'attaquera 
du coté par lequel elle ne saurait se défendre. Il faut donc tou- 
jours avoir égard aux lieux où l'on se trouve. Dans les pays de 
montagnes et de postes, je mettrais ma cavalerie en seconde 
ligne, et je ne l'emploierais dans la première qu'aux endroits 
seuls où elle pourrait agir, ne fût-ce que quelques escadrons, 
pour tomber sur le flanc de l'infanterie qui voudrait risquer de 
m'attaquer. J'ajoute comme une règle générale que dans toutes 
les armées bien conduites il doit y avoir une réserve de cavalerie 
dans les plaines, et de l'infanterie, avec quelques dragons ou 
hussards, dans les pays de chicane. * 



ARTICLE IX. 

DES DIFFÉRENTS CAMPS. 

b Le général qui commande doit choisir son camp lui-même, 
à cause que du choix de ce lieu dépend le succès de son entre- 
prise. Il devient quelquefois son champ de bataille, et comme il 
y a beaucoup de choses à observer dans cette partie de l'art mili- 

* La traduction ajoute, p. 45 et 46 : Die grosse Kunst in Distribuirung der 
Trappen au/ einem Terrain isi, solche dergcstalt su placiren, dass siefrei agiren 
and dass sie durchgehends niitzlich sein konnen. Villeroi, dem vielleicht dièse 
Regel unbekannt war, beraubte sich selbst, als er sich in den Plainen von Ra- 
miUtes formirte, seines gansen linken Flugels, welchen er hinter einen Morast 
pladrte, wo er nicht agiren, noeh einmal von dur den rechien Fliïgel secundiren 
honnie. 

*> Cet alinéa est précédé du suivant dans la traduction , p. 46 : Um zu wis- 
sen, ob ihr euren Ort gui choisir et habt, wo ihr campiren wollet, so sehet su, 
09 ihr, wann ihr ein hleines Mouvement machet, den Feind zwingen kônnet, ein 
grosses Mouvement su machen, oder aber, ob, wenn der Feind einen Marsch 
thun mûssen, er dadurch obligiret sei noch mehrere und andere Màrsche su 
thun. Derjenige, welcher die wenigstcn Màrsche zu thun hat, ist am b est en 
campireL 



28 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

taire, je serai obligé d'entrer dans un assez grand détail. Je ren- 
voie la façon de camper les troupes à ce que j'en ai dit dans mes 
Institutions militaires; • je ne parle ici que des grandes parties de 
la guerre, et de ce qui regarde le général. 

Tous les camps que Ton prend se rapportent en gros à deux 
objets, dont l'un est la défensive, et l'autre l'offensive. 

i. CAMPS D'ASSEMBLÉE. 

Les camps d'assemblée sont de la première espèce, et Ton n'a 
en vue que la commodité des troupes; elles campent par corps, 
proche des magasins, et de façon cependant que l'armée puisse 
se former en rang de bannière k en peu de temps. Ces camps 
étant éloignes de l'ennemi, on n'a rien à appréhender. Le roi 
d'Angleterre campa très-imprudemment de cette façon aux bords 
du Necker, c vis-à-vis des Français, et il pensa être battu à Det- 
tingen. La règle générale que l'on observe dans tous les campe- 
ments, c'est de les choisir de façon que les troupes aient du bois et 
de l'eau à portée, et nous nous retranchons comme les Romains, 
pour éviter les entreprises que les troupes légères , que nos en- 
nemis ont en grand nombre, pourraient tenter pendant la nuit, 
et pour empêcher la désertion, car j'ai toujours trouvé que nous 
en avions moins lorsque nous avions joint les redans tout à l'en- 
tour du camp que lorsque nous avions négligé cette précaution. d 

2. LES CAMPS DE REPOS. 

Le6 camps de repos sont ceux où l'on attend ou sur le vert, 
ou sur l'ennemi; on veut qu'il se déclare, pour se régler sur ses 
manœuvres. Comme on y cherche la tranquillité, on les prend 
de façon, ou qu'ils soient couverts d'une rivière, ou de marais, 

» Voyez Règlement vor die Kônigl. Prcussischc Infanterie, p. a48 — a55 : 
Wie dos Loger aufgeschlagen werden soll. 

1> Ce terme est rendu dans la traduction, p. 4$> par ordre de bataille, ex- 
pression qui se trouve aussi dans notre texte original , un peu plus bas. 

« Le Roi veut dire du Main. Voyez t. III, p. la et suivantes. 

<* La traduction ajoute, p. 49 ' Dicscs scheinet liicherlich zu sein, ist aber 
dem ohnerachtet wafir. 



DE LA GUERRE. 29 

enfin de pianière que leur front soit inabordable. Le camp de 
Strehlen était de ce genre. Quand les ruisseaux sont petits, on 
y fait des digues, et Ton vient à son but par le moyen des inon- 
dations. 

Le général, bien loin d'être oisif dans un camp de cette espèce, 
d ayant pas de grands soucis du côté de l'ennemi, peut tourner 
son attention du côté de son armée, et ce repos est propre à re- 
mettre la discipline en vigueur, à examiner si le service se fait 
à la rigueur, selon que je l'ai prescrit dans mes Institutions mili- 
taires, si les officiers sont vigilants aux gardes, à observer s'ils 
savent tout ce qu'ils doivent faire à leur poste, a examiner si 
toutes les gardes, soit de cavalerie, ou d'infanterie, sont placées 
selon les règles que j'en ai prescrites. Il faut faire exercer l'infan- 
terie trois fois par semaine, les recrues tous les jours, et quelque- 
fois on fait manœuvrer des corps entiers ensemble. La cava- 
lerie exercera de même, si elle ne fourrage pas, et le général 
tiendra la main à ce que les jeunes chevaux et les nouveaux 
cavaliers soient bien dressés ; il examinera le complet de chaque 
corps; il verra les chevaux, et donnera des louanges aux officiers 
qui en ont soin, et des réprimandes sévères à ceux qui les né- 
gligent; car il ne faut pas croire qu'une grande armée s'anime 
délie -même; il y a des négligents, des paresseux partout en 
grand nombre, et c'est au général à les pousser sans cesse et 
à les tenir à leur devoir. Ainsi ces camps de repos, lorsqu'on les 
emploie comme je viens de l'indiquer, deviennent d'une utilité 
infinie, et l'ordre qu'on y renouvelle avec l'égalité des corps se 
conserve pendant toute la campagne. 

3. CAMPS DE FOURRAGE. 

Les camps de fourrage se prennent quelquefois proche, quel- 
quefois loin de l'ennemi. Je ne compte parler que des premiers. 
On les choisit dans les contrées les plus abondantes, et l'on prend 
un terrain fort par sa nature pour y camper, ou on le rend fort 
en remuant la terre. 11 faut que les camps de fourrage soient 
forts lorsqu'ils se trouvent dans le voisinage de l'ennemi, car il 
faut regarder un fourrage comme un détachement. Souvent la 



3o 1. LES PRINCIPES GENERAUX 

sixième partie et quelquefois la moitié de l'armée s'y tfouve , ce 
qui fournit une belle occasion à l'ennemi de vous attaquer à votre 
désavantage, si la force du poste ne l'en détourne pas. Cepen- 
dant, quand même votre poste est admirable, quand même il 
semble que vous n'ayez rien à craindre, il faut encore prendre 
d'autres précautions. On garde le secret sur les jours et les lieux 
que l'on veut fourrager, et on n'en donne la disposition au géné- 
ral qui doit commander ce corps que le soir, sur le tard; de plus, 
on met en campagne le plus de partis que Ton peut, pour être 
informé des mouvements que fait l'ennemi, et, s'il se peut, on 
tâche de faire ses fourrages les mêmes jours qu'il fait les siens, 
car alors on n'a rien du tout à risquer. a 

Le camp que le prince de Lorraine avait derrière Kënigin- 
gràtz b était par sa nature inattaquable et propre pour le four- 
rage, et celui que nous occupâmes auprès de Chlum c fut rendu 
tel par l'art, c'est-à-dire par l'abatis que je fis faire sur la droite, 
et par les redoutes que je fis élever pour couvrir le front de l'in- 
fanterie. 

4. CAMPS RETRANCHÉS. 

L'on se retranche dans son camp lorsqu'on fait le siège d'une 
ville, ou lorsqu'on veut défendre un passage difficile, où l'on aide 
la nature du terrain par des ouvrages de fortification, pour être 
à l'abri des insultes de l'ennemi. Voici les règles qu'il faut obser- 
ver dans tous les retranchements en général : en bien choisir la 
situation; mettre à profit tous les marais, ruisseaux, inonda- 
tions ou abatis qui en peuvent rétrécir l'étendue; les faire plutôt 
trop étroits que trop étendus, à cause que ce n'est pas le retran- 
chement qui arrête l'ennemi , mais les troupes que vous lui oppo- 
sez. Je ne voudrais donc jamais faire de retranchement, à moins 

* La traduction ajoute, p. 53 : Inzwischen mus s mon nicht darauf trauen , 
denn der Feind kann remarquiren, dass ihr eure Fouragirung su gleicher Zcit 
mit ihm machet, da er dann eine Fouragirung commandiren, solohe aber glcich 
wieder zuriïck kommen las s en, und euch alsdenn auf den Hais fallen kann. 

b Voyez t. III, p. 119 et suivantes, et les Œuvres de Frédéric II, publiées 
du vivant de V auteur y Berlin, 1789, t. III, p. 371, note. 

c Voyez t. UI, p. 123 et suivantes. 



DE LA GUERRE. 3i 

de le pouvoir border d'une ligne contiguë de bataillons, et con- 
server encore une réserve d'infanterie pour la porter où il en 
pourrait être besoin. Les abatis, de même, ne sont bons que 
tant qu'ils sont défendus par l'infanterie. Il faut surtout prendre 
bien garde que le retranchement soit bien appuyé à l'entour des 
villes qu'on assiège. Il aboutit, pour l'ordinaire, à quelque ri- 
vière. Le fossé du retranchement doit entrer dans cette rivière 
aussi loin qu'il ne trouve plus de fond, et qu'elle n'est plus 
guéable. Si Ton néglige cette précaution , on risque d'être tourné. 
Je dois ajouter qu'un soin principal qu'on doit prendre , c'est de 
se pourvoir de vivres d'avance lorsqu'on se retranche à l'entour 
d'une ville que l'on veut assiéger. Les retranchements doivent, 
de plus, être bien flanqués, pour qu'à chaque point d'attaque 
l'ennemi ait à essuyer quatre à cinq feux qui croisent sur lui; 
Les retranchements dans les gorges de montagnes exigent beau- 
coup de soin et de précaution , surtout pour qu'on garde bien ses 
flancs ; on fait pour cet effet sur les deux ailes des redoutes où 
on les appuie, et quelquefois le retranchement fait un recoude, 
pour que le corps qu'on y poste n'ait pas lieu de craindre qu'on 
puisse le tourner. Les habiles gens savent l'art d'obliger l'ennemi 
à des points d'attaque, et ceux-là, ils les fortifient du double, 
par exemple , en rendant les fossés plus profonds , en y mettant 
des palissades et des fraises aux bermes , en donnant aux parapets 
assez d'épaisseur pour qu'ils résistent au canon, et en faisant 
faire des trous de loup à l'entour de ces endroits qui sont les 
plus exposés. * 



a La traduction ajoute, p. 56 : Inzwischcn wùrde ich allemal lieber eine 
Observations - Armée haben, um die Belagerung zu decken, als ein retranchâtes 
Loger, und dièses darum, weil die Erfahrung gezeiget hat, dass die allé Mé- 
thode derer Retranchements gar nicht zuverlâssig ist. Der Prinz Condé sahe 
tein Retranchement vor Ârras durch Turcnnc forciret; Condé forcir te hergegen 
dasjenige, welches Turenne, wo ich mich nicht irre, um Valenciennes gemachet 
hotte; und von solcher Zeil an haben dièse beiden grossen Meister in der Kriegs- 
kanst Heine Retranchements weiter gemachet, sondern hat i en ihre Observations- 
Àrmeen, um die Belagerungen zu decken. 



32 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

5. DES CAMPS DÉFENSIFS. 

Je vais parler à présent de ces camps défensifs qui ne sont 
forts que par le terrain, et qui n'ont d'autre objet que d'empè- 
cher l'ennemi de vous attaquer. 

Lorsque ces situations doivent répondre parfaitement à l'usage 
que Ton en veut faire, il faut que le front et les deux côtés soient 
d'une force égale, et le derrière ouvert et libre. Ce sont des hau- 
teurs qui ont le front escarpé et les flancs couverts de marais, 
comme celui de Marschowitz, où se tint le prince de Lorraine, a 
ou bien couverts d'un ruisseau de marais par le front et d'étangs 
par les flancs, comme était celui de Konopischt, 1 * où nous cam- 
pâmes l'année ijâAl ou bien l'on se met sous la protection d'une 
place forte, comme M. de Neipperg, qui choisit, après la perte 
de la bataille de Mollwitz, un camp admirable auprès de Neisse. 
Il est vrai qu'un général qui choisit des camps forts est inatta- 
quable pendant qu'il s'y tient; mais lorsque l'ennemi fait des 
marches pour le tourner, il est obligé de quitter son poste. Ainsi 
un général qui veut faire la défensive en prenant des camps forts 
en doit avoir un choix tout fait, pour n'avoir besoin que de mar- 
cher dans un autre camp fort sur ses derrières , dès que l'ennemi 
le tourne. La Bohême est le pays des camps forts; on est obligé 
d'en prendre là par force, parce que la nature a fait de ce royaume 
un pays de chicane. Je le répète encore, qu'un général y prenne 
bien garde, et qu'il ne tombe pas dans une faute irréparable par 
le choix vicieux de ses postes, et qu'il ne se mette pas dans un 
cul - de - sac , dans un terrain où il ne peut entrer que par un dé- 
filé. Si l'ennemi est habile, il l'y renfermera, et, ne pouvant 
combattre faute de terrain, il essuiera la plus grande ignominie 
qui puisse arriver à un homme de guerre, c'est-à-dire, de mettre 
les armes bas sans pouvoir se défendre. 

» Voyez t. III, p. 04. 

I» L. c, p. G3 cl 04. 



DE LA GUERRE. 33 

6. DES CAMPS QUI COUVRENT LE PAYS. 

Les camps qui couvrent le pays regardent plus un certain 
lieu que la force du Heu même; c'est le point d'attaque par où 
l'ennemi peut percer que Ton occupe. Ce ne sont pas tous les 
chemins par lesquels il peut venir, mai? celui qui le mène à son 
plus grand dessein, et le lieu où, en se tenant, on a moins à 
craindre de l'ennemi, et d'où l'on peut lui donner le plus d'ap- 
préhensions; enfin un lieu qui oblige l'ennemi à beaucoup de cir- 
conspection et de marches, et qui me mette en état de parera 
tous ses desseins par de petits mouvements. Le camp de Neu- 
stadt défend toute la Basse - Silésie et une partie de la haute 
contre les entreprises que peut former une armée qui est en Mo- 
ravie. On prend devant soi la ville de Neustadt et la rivière de 
Hotzeplotz, et de là, si l'ennemi voulait pénétrer entre Ottma- 
ebau et Glatz, il n'y aurait qu'à se porter entre Neisse et Ziegen- 
hals, dans un camp très-fort, pour le couper de la Moravie. Par 
la même raison, il n'oserait marcher du côté de Cosel; car, en 
marchant alors entre Troppau et Jâgerndorf, vous lui coupez 
tous ses convois, et il y a des camps très -bons et très -forts à 
prendre. Il y a entre Liebau et Schonberg un camp de la même 
importance pour couvrir la Basse - Silésie contre la Bohême, 
comme je l'ai dit plus haut. On s'accommode dans ces lieux le 
mieux que l'on peut, selon les règles que j'en ai données. J'y 
ajoute deux choses : l'une, que les tentes ne doivent jamais être 
mises sur le lieu que vous choisissez pour votre champ de ba- 
taille; l'autre , que votre champ de bataille ne doit être qu'à une 
demi -portée de fusil quand vous avez une rivière devant vous. 

Le Brandebourg ne saurait être couvert par aucun camp, 
parce que le pays a trente lieues et plus de longueur, et qu'il est 
ouvert. Pour le défendre contre la Saxe , il faut prendre Witten- 
berg et s'y camper, ou bien imiter l'expédition de l'hiver de 1745. 
Du côté du pays de Hanovre, il y a le camp de Werben, a qui 
défend et couvre tout. 

» Voyez U I , p. 4o- 
XXVlïh 3 



34 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

7. DES CAMPS OFFENSIFS. 

Les camps offensifs sont ouverts par le devant et couverts sur 
les ailes, par cette raison qu'on ne peut rîen attendre des troupes, 
si Ton n'a pas prévu à garder leur flanc, qui est la partie faible 
de toutes les armées. Tel était notre camp de Czaslau avant la 
bataille, en 174?; tel était celui de Schweidnitz avant celle de 
Friedeberg, en 174-5 ; tel était celui deNeudorf, auprès de Neisse, 
en 1741. Je dois ajouter que nous garnissons toujours les villages 
qui se trouvent sur les ailes ou devant notre camp, mais que 
Tordre est d'en retirer les troupes, si c'en vient à une affaire, 
à cause que, dans notre voisinage, les villages sont de bois et 
mal bâtis, et que, les ennemis y mettant le feu, on perdrait les 
troupes qu'on y a postées. J'excepte de cette règle les cassines 
massives et les cimetières, pourvu qu'il ne se trouve aucune 
maison de bois dans le voisinage. Cependant, notre principe étant 
d'attaquer et non pas de nous défendre, il ne faut garnir de 
postes semblables que lorsqu'ils sont dans le front ou devant les 
ailes; ils protègent l'attaque de vos troupes, et ils incommodent 
fort les ennemis pendant la bataille. a 



ARTICLE X. 

DES SÛRETÉS QUE L'ON PREND DANS SON CAMP. 

Les piquets d'infanterie couvrent le front de la première ligne; 
lorsqu'il y a une rivière devant vous , on pousse les piquets jus- 
qu'à ses bords. Les piquets de la seconde ligne couvrent vos der- 

* La traduction ajoute, p. 63 et 64 : For allen Dingen muss ich diesem noch 
hinzufûgen, dass so o/t kleine Fiasse oder Morâste bei dem Lagcr sind, man 
solche sofort sondiren las s en muss, damit es sonsten nicht geschehe, dass man 
einen unrechten Point d'appui nehme, au/ den Fall, dass man den Fluss durch- 
waten kann oder der Morast practicable ist. Villars ward zum Theit deshalb bei 
Malplaquct geschlagen, weil er einen Morast, der zu seiner Linken war, vor in- 
practicable hielt, welchen man aber eine trockene Wiese zu sein f and, ùber welche 
unsere Truppen ihm au/ die Fianquen fielen. Man muss allés mit seinen Augen 
sehen, und nicht glauben , dass dergleichcn Atlenliones Kleinigkeiten sind. 



DE LA GUERRE. 35 

rières. Les piquets sont enfermés dans des redans qu'on joint les 
uns aux autres par de légers retranchements, • ce qui rend votre 
camp retranché selon l'usage des Romains. On garnit les villages 
qui sont sur les ailes et à un petit quart de mille devant le front 
de l'armée ; on occupe même des postes à un quart de mille à 
la droite ou à la gauche , s'ils défendent un défilé , un pont ou 
quelque passage. Les corps de garde de cavalerie se postent selon 
les règles que j'en ai données dans mes Institutions militaires^ 
Nous n'avons eu, sur quatre-vingts escadrons, que trois cents 
hommes de garde. J'en excepte les cas d'une grande proximité 
de l'ennemi, surtout lorsque rien ne sépare les deux armées. 
L'on pousse pour l'ordinaire une avant -garde du côté où est 
l'ennemi, par la droite, comme nous le fîmes avant la bataille de 
Friedeberg en marchant à Schweidnitz, en avant, comme nous 
le fîmes avant que d'entrer en Lusace et de marcher à Naum- 
bourg. Il faut que les armes soient mêlées dans les avant-gardes, 
par exemple, deux mille hussards, quinze cents dragons et deux 
mille grenadiers. Toutes les fois que vous poussez un corps sem- 
blable en avant, il faut que le général qui le commande soit ha- 
bile: et comme il ne va point en avant pour combattre, mais 
pour avertir, il doit prendre de bons camps derrière des défilés 
ou derrière des bois dont il est le maître, et il doit avoir con- 
tinuellement des batteurs d'estrade en campagne, pour être à 
chaque moment informé de ce qui se passe dans le camp des en- 
nemis. De plus, il faut que les hussards que vous avez dans 
votre camp fassent des patrouilles sur vos flancs et sur vos der- 
rières, pour que votre précaution ne laisse rien échapper de ce 
qui peut vous assurer contre les entreprises de l'ennemi. Si beau- 
coup de troupes légères se mettent entre votre avant -garde et 
vous , marchez à son secours ; c'est un signe que l'ennemi a formé 
un dessein sur elle. Pour achever tout ce qu'il y a à dire sur 
cette matière, j'ajoute que les généraux qui cantonnent ne doivent 
jamais prendre d'autres villages que ceux qui sont entre les deux 
lignes , ou ils courront risque d'être enlevés. 

* Règlement vor die Kônigl. Prcussische Infanterie, p. a56 et suivantes, 
b Règlement vor die Kônigl. Preussische Cavallcrie- Régi ment er, p. i49 et 
«tirantes. 

3- 



36 I. LES PRINCIPES GENERAUX 



ARTICLE XL 

QUAND ET POURQUOI IL FAUT FAIRE DES 
DÉTACHEMENTS. 

C'est une ancienne règle de guerre, et je ne fais que la répé- 
ter : si vous séparez vos forces, vous serez battu en détail; si 
vous voulez livrer bataille, rassemblez le plus de troupes que 
vous pourrez ; on ne saurait les employer plus utilement. Cette 
règle est si sûre, que tous les généraux qui s'en sont écartés ont 
presque tous eu lieu de s'en repentir. Le détachement d'Albe- 
marle, qui fut battu à Denain,* perdit toute la campagne du 
grand Eugène; Starhemberg, séparé des Anglais, perdit en Es- 
pagne la bataille de Villaviciosa ; b les détachements furent fu- 
nestes aux Autrichiens pendant les dernières campagnes qu'ils 
firent en Hongrie; Hildbourghausen fut battu à Banjaluka, c 
Wallis d reçut un échec aux bords du Timoc; et enfin les Saxons 
furent battus à Kesselsdorf , c à cause qu'ils n'avaient pas attiré 
à eux le prince de Lorraine, comme ils le pouvaient faire. J'au- 
rais mérité d'être battu à Soor, si l'habileté de mes généraux et 
la valeur des troupes ne m'eussent préservé de cette disgrâce. 
Mais, me dira-t-on, il ne faut donc point détacher? Je réponds 
qu'il le faut bien quelquefois, mais que c'est une manœuvre très- 
délicate , qu'il ne faut faire que pour des raisons valables , et en- 
core à propos, et lorsque les circonstances le permettent. Si 
vous agissez offensivement, ne détachez jamais; si c'est dans un 
pays ouvert, et que vous êtes maître de quelques places, ne dé- 
tachez que pour assurer vos convois. Toutes les fois que vous 
ferez la guerre en Bohême ou en Moravie, vous serez bien 
obligé de détacher pour la sûreté de vos vivres, car les chaînes de 

» Voyez t. I, p. i ai. 

b Le 10 décembre 1710. 

* Le i4 août 1737. Voyez t. I, p. 170. 

à C'est le maréchal comte de Khevenhiïller qui fut battu aux bords du Ti- 
moc, le 28 septembre 1737. Voyez t. I, p. 170. 

« Voyez les Œuvres de Frédéric, publiées du vivant de l'auteur, t. III, 
p. a8a, seconde note. 



DE LA GUERRE. 3 7 

montagnes que les convois ont à passer demandent qu'on couvre 
ces convois par des détachements, ou que vous y envoyiez des 
corps qui y campent et y restent jusqu'à ce qu'il vous soit venu 
assez de vivres pour subsister pendant quelques mois, et que 
vous soyez maître de quelque place dans le pays ennemi, où 
vous puissiez établir votre dépôt. Pendant que vous faites de ces 
sortes de détachements, il faut prendre des camps forts où vous 
puissiez attendre qu'ils vous aient rejoint. 

Je ne compte point les avant -gardes au nombre des détache- 
ments, à cause qu'elles sont à portée de l'armée, et qu'on ne les 
aventure jamais trop en avant. Lorsqu'on est sur la défensive, 
on est souvent obligé de détacher. Ces détachements que j'avais 
en Haute- SUésie, se trouvant à portée des forteresses, y étaient 
en sûreté, comme je l'ai dit plus haut. Les officiers qui corn- 
mandent des détachements doivent être fermes, hardis et pru- 
dents. Leur chef leur donne des instructions générales; mais il 
faut qu'ils sachent prendre conseil d'eux-mêmes, avancer sur l'en- 
nemi ou se retirer, selon que les circonstances le demandent. Ils 
doivent toujours se retirer devant des forces supérieures, et pro-» 
fiter du nombre quand il est de leur côté. Souvent ils se retirent 
de nuit à l'approche de l'ennemi, et quand celui-là les croit en 
fuite, ils reviennent brusquement, le chargent et le mettent en 
déroute. Pour les troupes légères , ils ne doivent que les mépri- 
ser. Un officier qui commande un détachement commence à pour- 
voir à sa sûreté, et, dès que cela est fait, il forme des desseins 
sur l'ennemi; car, s'il veut dormir en repos, il ne faut pas qu'il 
y laisse dormir l'autre. En formant toujours des projets et en en 
exécutant un ou deux avec bonheur, il met son ennemi sur la dé- 
fensive. Lorsque ces détachements sont voisins de l'armée, ils y 
tiennent par quelque ville ou quelque bois qui y communique. 

La guerre défensive invite et conduit naturellement aux dé- 
tachements. Les petits génies veulent tout conserver, les hommes 
sensés ne voient que l'objet principal ; ils parent les grands coups , 
et souffrent un petit mal pour en éviter un de plus grande con- 
séquence ; qui conserve tout ne conserve rien. a La partie essen- 
tielle où il faut s'attacher, c'est à l'armée de l'ennemi; il faut de- 

» Voyez ci -dessus, p. 16. 



38 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

viner son véritable dessein, et s'y opposer de toutes ses forces. 
Nous abandonnâmes la Haute -Silésie au pillage des Hongrois, 
Tannée 1 7^5 , pour nous opposer avec plus de force aux desseins 
du prince de Lorraine," et nous ne détachâmes qu'après l'avoir 
bien battu ; Nassau chassa ensuite en quinze jours les Hongrois 
de toute la Haute -Silésie. 

Il y a des généraux qui détachent avant que d'attaquer l'en* 
nemi , pour que ce corps arrive pendant l'affaire , et tombe sur 
les derrières de l'ennemi. Gela est dangereux, à cause que ces 
détachements sont sujets à s'égarer, à arriver trop tard ou trop 
tôt. Charles XII détacha la veille de la bataille de Poltawa; le 
détachement s'égara, et le Roi fut battu. Lorsque le prince Eu- 
gène voulut surprendre Crémone, il manqua son coup, à cause 
que le détachement du prince Vaudemont, qui devait attaquer 
la porte du Pô, arriva trop tard. 11 ne faut détacher dans les 
batailles que comme Turenne le fit à Colmar, 1 » où il présentait 
sa première ligne vis-à-vis du front de l'électeur Frédéric -Guil- 
laume, et où sa seconde ligne se glissa par des chemins creux sur 
le flanc de ce prince, qu'elle attaqua et qu'elle fit plier; ou comme 
fit M. de Luxembourg à la bataille de Landen, où, à la faveur 
du blé, qui était fort haut, il fit passer un corps d'infanterie sur 
le flanc du prince Guillaume d'Orange, et gagna la bataille par 
cette manœuvre. c 

On ne doit détacher qu'après des batailles, pour la sûreté des 
convois , ou bien il faut que les détachements ne se fassent tout 
au plus qu'à un demi-mille du camp. 

En finissant cet article, j'avertis que les détachements les plus 
dangereux et les plus condamnables sont ceux qui affaiblissent 
l'armée d'un tiers ou de la moitié. 

* Voyez t. III , p. i o i et suivantes. 

k Le 5 janvier 1675. Voyez t. I, p. 71 et 7a. 

c Ces quatre dernières lignes sont remplacées dans la traduction, p. 74 
et 75, par celles-ci : Oder auch voie es der Maréchal de Luxembourg in der Ba- 
taille von Fleurus machte, wo er unier Faveur des Getreides, welches sehr hoch 
stand, ein Corps Infanterie passiren und au/ die Flanquen des Fùrsten von Wal- 
deck fallen Hess, durch welches Manœuvre er die Bataille gewann. Dièses gc- 
schahe in der Campagne von 1690. 



DE LA GUERRE. 3g 

ARTICLE XII. 

DES TALENTS QU'IL FAUT A UN GÉNÉRAL.» 

Un parfait capitaine est un être de raison; c'est la république 
platonicienne, c'est le centre de gravité des philosophes, c'est l'or 
potable des chimistes. La perfection est incompatible en tout 
genre avec l'humanité; mais le sentiment de notre imperfection 
ne doit pas nous empêcher de tracer de parfaits modèles, pour 
que ces âmes généreuses, animées d'un principe d'honneur et 
d'émulation, en approchent en partie, si elles ne peuvent pas 
l'imiter en entier. 

Ce ne sont, après tout, que les grands exemples et les grands 
modèles qui forment les hommes ; et si des héros comme Eugène, 
Condé, Turenne ou César attirent notre admiration, combien 
plus ne doit- on point être ému par un tableau qui nous repré- 
sente leurs différentes perfections réunies ensemble ! Combien de 
vertus contradictoires n'entrent pas dans la composition d'un gé- 
néral ! 

Je suppose, devant toutes choses, qu'il soit honnête homme 
et bon citoyen, qualités sans lesquelles l'habileté et l'art de la 
guerre sont plus pernicieux qu'utiles. On demande, de plus, 
qu'A soit dissimulé, paraissant naturel, doux et sévère, sans 
eesse défiant et toujours tranquille, ménager par humanité et 
quelquefois prodigue du sang de ses soldats, travaillant de la 
tête, agissant de sa personne, discret, profond, instruit de tout, 
n'oubliant pas une chose pour en faire une autre, et ne négli- 
geant pas comme étant au-dessous de lui ces petits détails qui 
tiennent si fort aux grandes choses. 

Je recommande toutes ces qualités, à cause de leur impor- 
tance. En voici la raison. L'art de cacher sa pensée , ou la dis- 
simulation, est indispensable à tout homme qui a de grandes af- 
faires à conduire. Toute l'armée lit son sort sur son visage; elle 
examine les causes de sa bonne ou de sa méchante humeur, ses 

* Cel article est omis dans la traduction. 



4o I. LES PRINCIPES GÉNÉRAUX 

gestes; en un mot, rien n'échappe. a Quand il est pensif, les of- 
ficiers disent : Sans doute que notre général couve un grand des- 
sein. A-t-il l'air triste ou chagrin : Ah! dit -on, c'est que les 
affaires vont mal. Leur imagination, qui se donne à de vaines 
conjectures, croit pis que le mal réel. Ces bruits découragent, 
ils courent l'armée, et passent de votre camp dans celui de l'en- 
nemi. II faut donc que le général soit comme un comédien, qui 
monte son visage sur l'air qui convient au rôle qu'il veut jouer, 
et, s'il n'est pas maître de lui-même, qu'il affecte une maladie, 
ou qu'il invente quelque prétexte spécieux pour donner le change 
au public. Arrive -t- il quelque mauvaise nouvelle, on fait sem- 
blant de la mépriser devant le monde, on étale avec ostentation 
le nombre et la grandeur de ses ressources, on dédaigne l'ennemi 
en public, on le respecte en particulier. Si quelque parti essuie 
une disgrâce à la petite guerre, on en examine la raison; on 
trouve toujours que c'est la mauvaise conduite ou l'ignorance de 
l'officier qui l'a mené qui en est la cause; on dit ouvertement 
que ce n'est point faute de la bravoure des troupes qui ont eu 
à essuyer ce malheur; on examine les fautes de cet ofQcier, et on 
en fait une leçon aux autres. De cette façon vous instruisez les 
officiers, et vous notez point aux troupes la confiance qu'elles 
ont en leurs propres forces. 

La douceur et la sévérité s'exercent alternativement avec le 
soldat; il faut que le général soit populaire, qu'il parle aux sol- 
dats, soit lorsqu'il passe dans leurs tentes, ou lorsque c'est un 
jour de marche. On voit quelquefois si la marmite va bien , on 
entre dans leurs petits besoins et l'on fait ce que l'on peut pour 
les soulager, ou leur épargne des fatigues inutiles. Mais on fait 
tomber toute la rigueur de la loi sur le soldat mutin , sur le rai- 
sonneur, sur le pillard, et l'on fait, lorsqu'il est nécessaire , des 
punitions sévères aux déserteurs. En un mot, tout ce qui re- 
garde le service doit être regardé gravement; tout ce qui est 
hors de là souffre de l'indulgence. On loue les officiers des belles 
actions qu'ils ont faites, on leur fait des honnêtetés, on leur rend 
service; mais on ne les épargne pas dans toutes les choses qui 
regardent leur devoir, et on les oblige à le faire par force quand 

• Voyez t. VIII, p. 118. 



DE LA GUERRE. 4i 

ils le négligent. Le général ne fait pas mal de parler quelque-» 
fois guerre avec les généraux de son armée qui ont le plus de 
lumières; on les met sur des chapitres généraux, on entend leurs 
sentiments, et si, dans la liberté de la conversation, ils ouvrent 
un bon avis, il faut en profiter sans faire remarquer qu'on trouve 
la chose bonne; mais, lorsqu'elle est exécutée et qu'elle a réussi, 
il faut dire en présence de beaucoup d'officiers : C'est à monsieur 
un tel que je dois le succès de cette affaire. Vous flattez par ce 
moyen l'amour -propre des autres, vous les intéressez à l'avan- 
tage des affaires générales, et votre modestie, au lieu de vous 
attirer des envieux, vous gagne des amis. 

Les Normands donnent une règle à leurs enfants : Défie -toi. 
— De qui? — De tout le monde. Ici c'est le cas de se défier de 
ses ennemis ; il n'y a que des fous qui s'y confient. Mais quelque- 
fois la sûreté vous endort, et je demande qu'un général veille 
toujours sur le dessein de ses ennemis; il est la sentinelle de son 
armée, il doit voir, entendre, prévoir et prévenir pour elle tout 
le mal qui pourrait lui arriver* C'est après les plus grands avan- 
tages qu'il faut être le plus défiant. On croit l'ennemi découragé, 
et vous tombez en léthargie sur toutes ses entreprises. Souvent 
un ennemi habile vous amuse par de feintes propositions de paix; 
ne donnez pas légèrement dans ce piège, et songez que ses inten- 
tions ne sauraient être sincères. 

Il faut toujours raisonner sur la situation où l'on se trouve, 
et dire: Quel dessein formerais -je, si j'étais de l'ennemi? Après ' 
en avoir imaginé plusieurs, il faut penser aux moyens de les faire 
échouer, et surtout corriger sur-le-champ ce qu'il y a de défec- 
tueux ou dans votre position, ou dans votre campement, ou dans 
vos dépôts, ou dans' vos détachements. Ces corrections doivent 
être promptes : les heures décident de beaucoup à la guerre, et 
c'est là que Ton apprend à connaître le prix des moments. Que 
tout ceci ne vous rende pas timide, car la hardiesse veut être 
jointe à la circonspection ; et comme on ne peut jamais démon- 
trer la sûreté d'une entreprise, il suffît de la bien disposer. L'évé- 
nement doit se remettre à la fortune. Cela se réduit donc à pré- 
voir et à éviter tout le mal que l'ennemi pourrait nous faire, et 
à lui donner tant d'appréhensions pour lui-même, que ces in- 



4a I. LES PRINCIPES GÉNÉRAUX 

quiétudes et vos entreprises continuelles le réduisent à la dé- 
fensive. 

Si vous voulez gagner l'amitié du soldat, ne le fatiguez ni ne 
l'exposez sans qu'il voie que cela est nécessaire. Soyez leur père, 
et non pas leur bourreau. On ménage le soldat dans les sièges 
par les sapes, et dans les batailles en prenant les ennemis par 
leur faible, et en expédiant promptement. C'est pourquoi, plus 
les attaques sont vives, et moins elles coûtent; en abrégeant les 
batailles, vous ôtez au temps le moyen de vous emporter du 
monde, et le soldat ainsi conduit prend confiance au général, et 
s'expose gaiment aux dangers. 

Le principal ouvrage du général, c'est le travail du cabinet, 
faire des projets, combiner des idées, réfléchir sur les avantages, 
choisir ses positions principales, prévoir les desseins des ennemis, 
les prévenir et les inquiéter sans cesse. Mais cela ne suffit pas; il 
faut encore qu'il soit actif, qu'il ordonne et qu'il exécute, qu'il 
voie toujours par lui-même. Il faut donc qu'il prenne ses camps , 
qu'il pose ses gardes, et qu'il se promène souvent à l'entour du 
camp pour se rendre les situations familières; car, s'il lui arrivait 
d'être attaqué à l'improviste , rien ne lui sera nouveau. Les si- 
tuations se sont si bien imprimées dans son esprit, qu'il peut 
donner ses ordres de tous côtés, comme s'il était sur les lieux, et 
que rien ne peut arriver à quoi il n'ait pensé d'avance; ainsi ses 
dispositions seront toujours justes. H faut donc raisonner en soi- 
même sur les positions de détail d'un camp et les revoir souvent, 
car quelquefois les bonnes idées ne viennent qu'après avoir réflé- 
chi sur le même objet plusieurs fois. Soyez donc actif et infati- 
gable, et défaites-vous de toute paresse de corps et d'esprit, sans 
quoi vous n'égalerez jamais les grands capitaines qui nous servent 
d'exemple. 

Un ancien a dit que ce n'était pas être homme que de ne pas 
savoir se taire. L'indiscrétion, qui n'est qu'un défaut léger dans 
la société civile, devient un vice important dans un général, à 
cause que, s'il divulgue les plus beaux projets du monde qu'il a 
faits, l'ennemi les apprend, et les fait avorter avant leur nais- 
sance. La première précaution que l'on prend est de donner des 
chiffres à tous les généraux qui commandent des corps ou dans 



DE LA GUERRE. 43 

des forteresses, pour qu'une lettre interceptée ne renverse pas 
vos desseins. On cache même, à la guerre, ses véritables inten- 
tions, et comme telle entreprise demande beaucoup et divers pré- 
paratifs, on les fait sous d'autres prétextes, et Ton déroute ceux 
qui veulent en pénétrer le but. On ne donne souvent les ordres 
et les dispositions que sur le tard et la veille qu'on les veut exé- 
cuter. Il ne faut pas employer souvent la même ruse pour cacher 
ses desseins , mais les varier et en inventer souvent de nouvelles ; 
car un général est environné de cinquante raille curieux de son 
armée qui veulent le deviner, et d'ennemis qui ont un plus grand 
intérêt encore à approfondir ses vues. 

D faut que le général pëse tous ses desseins avec circonspec- 
tion, qu'il soit lent dans ses délibérations, mais qu'il prenne des 
résolutions courtes dans des jours de bataille et dans des cas ino- 
pinés, et qu'il sache qu'il vaut mieux prendre une mauvaise ré- 
solution et l'exécuter sur-le-champ que de n'en prendre aucune. 

Le général ne doit pas non plus exposer légèrement sa per- 
sonne; surtout il ne doit jamais risquer d'être fait prisonnier. * 



ARTICLE XIII. 

DES STRATAGÈMES ET DES RUSES DE GUERRE. 

On prend alternativement, à la guerre, la peau de lion et la 
peau de renard; la ruse réussit où la force échouerait. Il est 
donc absolument nécessaire de se servir de toutes les deux. C'est 
une corde de plus que l'on a sur son arc; et comme souvent la 
force résiste à la force, souvent aussi la force succombe sous la 
ruse. 

Les ruses sont immenses, et je ne prétends pas les rapporter 
toutes; leur but est le même, et consiste à faire faire à l'ennemi 
la démarche que l'on veut. Elles servent donc à cacher son 
propre dessein et à substituer dans sa place des illusions qui pa- 

» La traduction inédite de ce chapitre ajoute ici : Dieserwegen muss der- 
jcnige, so eine Armée commandiret , sich niemals à la tête von sciner Cavalleric 
sctzen, um den Fcind zu attaquircn. Voyez t. II, p. 68, 74 et 76; t. XVII, p. 90. 



44 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

raissent annoncer des vues toutes contraires. Quand les troupes 
sont à la veille de s'assembler, on leur fait quelquefois faire. des 
contre -marches pour alarmer l'ennemi, et pour lui cacher le lieu 
où Ion veut assembler les troupes et percer tout de suite. Quand 
on est dans un pays où il y a des villes fortes, on se campe dans 
un endroit qui menace deux ou trois places en même temps. Si 
l'ennemi jette des troupes dans toutes ensemble, il s'affaiblit; on 
profite de ce moment pour lui tomber sur le corps ; ou , si l'en- 
nemi se jette d'un côté, vous tournez vers la ville où il n'a point 
envoyé de secours, et en faites le siège. Si vous voulez vous em- 
parer de quelque passage important ou passer une rivière, vous 
vous éloignerez de ce passage ou de l'endroit où vous avez des- 
sein de passer, pour attirer l'ennemi de votre côté, et, ayant tout 
disposé d'avance et ménagé une marche sur lui , vous tournez a 
l'improviste vers cet endroit, et vous en saisissez. 

Si vous avez envie de vous battre, et que l'ennemi semble 
éviter un engagement, vous débitez que votre armée s'est af- 
faiblie, ou vous faites le timide, comme nous fûmes obligés de 
jouer ce rôle avant la bataille de Friedeberg. « J'avais fait faire 
des routes pour marcher sur quatre colonnes à Breslau, à l'ap- 
proche du prince de Lorraine. Son amour -propre conspira avec 
moi aie tromper; il descendit dans la plaine, et nous le battîmes. 
On rétrécit quelquefois son camp pour paraître plus faible, ou 
fait de petits détachements que l'on fait passer pour considérables , 
pour que l'ennemi, méprisant votre faiblesse, quitte ses avan- 
tages. Si j'avais eu intention de prendre Kônigingrâtz et Pardu- 
bitz , en 1 745 , je n'aurais eu qu'à faire deux marches, par le comté 
de Glatz , vers la Moravie ; le prince de Lorraine y serait accouru , 
parce que cette démonstration lui aurait fait craindre pour ce 
marquisat, d'où il tirait ses vivres, et la Bohême aurait été aban- 
donnée. Ainsi l'ennemi prend jalousie de ses places que l'on me- 
nace d'assiéger, des lieux par lesquels il communique à sa capi- 
tale, et des endroits où il a le dépôt de ses vivres. 

Lorsqu'on n'a point intention de se battre, on se débite plus 
fort que l'on n'est, et l'on fait une guerre de contenance. C'est le 
chef-d'œuvre des Autrichiens, c'est l'école où il faut l'apprendre. 

a Voyez t. UI , p. io4 et 1 10. 



DE LA GUERRE. 45 

Vous affectez par votre contenance l'envie d'en venir aux mains, 
vous affichez les desseins les plus téméraires , et souvent l'ennemi 
croit qu'il n'en aura pas bon jeu, et se tient également sur la dé- 
fensive de son côté. 

Cette guerre consiste en partie dans l'art de prendre des postes 
et de ne les abandonner qu'à la dernière extrémité; votre seconde 
ligne se retire la première , et la première la suit imperceptible- 
ment; et comme vous avez des défilés devant vous, l'ennemi n'a 
pas le moyen de profiter de votre retraite. Dans ces retraites 
même, vous choisissez des positions obliques qui donnent à pen- 
ser à l'ennemi, et ses inquiétudes le rendent timide et vous con- 
duisent indirectement à votre but. 

C'est aussi une ruse que de présenter à l'ennemi beaucoup de 
tètes. S'il prend la fausse attaque pour la véritable, il est perdu. 
C'est par la ruse encore qu'on l'oblige à détacher, et qu'on tombe 
sur lui lorsque ces détachements sont faits. Une des meilleures 
ruses de guerre , c'est d'endormir les ennemis lorsqu'il est temps 
de séparer les troupes pour les quartiers d'hiver. On recule alors 
pour mieux sauter, et l'on distribue ses troupes de façon que l'on 
peut les rejoindre promptement. En tombant alors sur les quar- 
tiers de l'ennemi, on peut réparer dans quinze jours les disgrâces 
de toute une campagne. Lisez les deux dernières campagnes de 
Turenne, et étudiez-les souvent; c'est le chef-d'œuvre des ruses 
modernes. 

Les ruses dont les anciens se servaient à la guerre sont deve- 
nues le partage des troupes légères. Celles-là font des embus- 
cades, celles-là attirent leurs ennemis, par une fuite simulée, 
dans des défilés, pour les tailler en pièces. Les généraux mo- 
dernes ne sont guère assez ignorants pour tomber dans ces sortes 
d'embuscades grossières.; cela arriva à Charles XII, auprès de 
Poltawa, par la trahison d'un prince des Tartares, a et à Pierre 1 er , 
au Pruth, par la trahison d'un prince de ce pays-là, b qui lui avait 
promis également des vivres, et ne put lui en procurer. 

Comme j'ai déduit avec un assez ample détail ce qui regarde 

* Mazeppa. Voyez t. VII, p. 78 et suivantes; ci -dessus, p. 8. 
b Dèmétrius Gantemir. Voyez les Œuvres de Voltaire, cdit. Beuchot, 
t. XXV, p. 220 et suivantes. 



46 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

le genre de guerre des partis ou des détachements dans mes 
Institutions militaires, • je renvoie ceux qui voudront s'en rafraî- 
chir la mémoire à ce livre même, n'y pouvant rien ajouter. b 



, ARTICLE XIV. 

DES ESPIONS, DE L'USAGE QU'ON EN PEUT FAIRE 

DANS TOUS LES CAS, ET COMMENT ON APPREND 

DES NOUVELLES DE L'ENNEMI. 

Si Ton savait toujours les desseins des ennemis d'avance, avec 
une armée inférieure on leur serait supérieur. Tous ceux qui 
commandent des armées travaillent à se procurer cet avantage ; 
mais ils n'y réussissent pas tous. Il y a quatre sortes d'espions : 
les petites gens qui se mêlent de ce métier, les doubles espions , 
les espions de conséquence , et ceux enfin qu'on oblige par vio- 
lence à ce malheureux emploi. 

Les petites gens, c'est-à-dire les bourgeois qu'on envoie dans 
le camp ennemi, les paysans, les prêtres, etc., ne peuvent être 
employés qu'à savoir l'endroit où l'ennemi campe. La plupart 
de leurs rapports sont si embrouillés et si confus, qu'ils rendent 
plus incertain qu'on ne le serait dans la plus profonde ignorance. 
La déposition des déserteurs n'est guère plus instructive; les sol- 
dats savent la nouvelle de leur régiment et pas davantage , et les 
hussards, étant toujours commandés sur les devants de l'armée, 
ne savent quelquefois pas même où elle campe. Cependant on 

* Voyei Règlement vor die Kônigl. Preussische Cavalleric - Regimenter, 
p. a58 — a6a : Was die Officiers , wann sie auf Parlcien ausgeschicket werden , 
zu observiren haben. 

*» La traduction ajoute , p. 83 : Was die Kunst anbetrifft den Feind zu obli- 
giren um Détachements zu machen, so kann mon nur, um sich eine ganz ncucr- 
liche Idée davon zu machen, die schone Campagne lesen, welche der Maréchal 
von Luxembourg gegen den Kônig von England in Flandern gethan, und welche 
sich mit der Bataille von Landen oder von JVeerwinde, i6g3, endigte. Frédéric 
parle probablement de Y Histoire militaire de Flandre, ou Campagnes du mare- 
chai de Luxembourg, depuis 1690 jusqu'en 16941 par M. de Beaurain (ou plutôt 
par le comte de Boisgelin). 



DE LA GUERRE. 4 7 

couche leur déposition par écrit; c'est l'unique moyen d'en tirer 
quelque parti. 

On se sert des espions doubles pour donner de fausses nou- 
velles aux ennemis. Il y avait un Italien , à Schmiedeberg , qui 
servait les Autrichiens en cette qualité. Nous lui fîmes si bien 
accroire que nous nous retirerions à Breslau à l'approche des en- 
nemis , qu'il en assura le prince de Lorraine , et qu'il fut trompé. 

Le prince Eugène eut pendant longtemps le maître de poste 
de Versailles à ses gages. Ce malheureux ouvrait les expéditions 
de la cour aux généraux , et les envoyait au prince Eugène , qui 
les recevait avant même ceux qui commandaient les armées fran- 
çaises. Luxembourg avait gagné un secrétaire du roi Guillaume , 
qui lui donnait avis de tout; le Roi le découvrit, et tira tout le 
parti qu'il était possible d'une affaire aussi délicate. Il obligea ce 
traître de marquer à Luxembourg que les alliés feraient le lende- 
main un grand fourrage, et les Français pensèrent être surpris 
à Steenkerke. a Sans des prodiges de valeur, leur armée aurait 
été totalement défaite. Il est difficile d'avoir de pareils espions, 
non pas que les Autrichiens ne soient corruptibles comme d'autres, 
mais à cause que leurs troupes légères, qui les entourent comme 
un nuage, ne laissent passer personne sans le visiter. Cela m'a 
fait naître l'idée de corrompre une couple de leurs officiers de 
hussards, par le moyen desquels la correspondance pourrait 
s'entretenir, et cela, lorsque les hussards escarmouchent; leur 
usage est alors de faire quelquefois la trêve et de se parler; alors 
facilement les lettres pourraient être rendues. 

Quand on veut faire donner de fausses nouvelles aux ennemis 
ou en avoir des siennes , on fait passer dans son camp un soldat 
comme transfuge, qui leur rapporte ce que Ton veut, ou qui y 
sème même des billets pour animer les troupes à la désertion , et 
qui par un détour revient à votre camp. 

Lorsque par aucun moyen on ne peut avoir dans le pays de 
l'ennemi de ses nouvelles , il reste un expédient auquel on peut 
avoir recours, quoiqu'il soit dur et cruel : c'est de prendre un 
gros bourgeois qui a femme , enfants et maison ; on lui donne un 
homme d'esprit qu'on déguise en valet (il faut qu'il sache la 

* Le 3 août 169a. 



48 I. LES PRINCIPES GÉNÉRAUX 

langue du pays). Le bourgeois est obligé de le prendre comme 
son cocher, et de se rendre au camp des ennemis sous prétexte de 
se plaindre des violences que vous lui faites souffrir; et, s'il ne 
ramène pas votre homme après avoir séjourné dans le camp en- 
nemi , vous le menacez de faire égorger sa femme et ses enfants 
et de faire brûler et piller sa maison. J'ai été obligé de me servir 
de ce moyen lorsque nous étions au camp de Chlum, « et cela me 
réussit. J'ajoute à ceci qu'il faut être d'une libéralité prodigue 
envers les espions. Un homme qui risque la corde pour votre 
service mérite bien d'être récompensé. 



ARTICLE XV. 

DES MARQUES CARACTÉRISTIQUES PAR LESQUELLES 
ON PEUT DEVINER LES INTENTIONS DES ENNEMIS. 

La chose qui découvre le plus sûrement le dessein de l'ennemi 
avant l'ouverture de la campagne est la forme qu'il donne aux 
dépôts de ses vivres : par exemple, lorsque les Autrichiens forment 
leurs magasins à Olmiïtz, on peut compter que leur dessein est 
d'attaquer la Haute-Silésiè; lorsqu'ils les forment à Kônigingrâtz , 
alors le côté de Schweidnitz est menacé. Lorsque les Saxons 
voulurent attaquer l'Electorat, leurs magasins indiquaient le che- 
min qu'ils voulaient tenir, car leurs dépôts étaient à Zittau, à 
Gorlitz , à Guben , ce qui tombait droit sur Crossen. C'est donc 
la première nouvelle qu'il faut apprendre : où l'ennemi forme-t-il 
ses magasins? Les Français, pour ôter encore cette connaissance 
aux alliés , ont de doubles amas de vivres , les uns sur la Meuse , 
et les autres sur l'Escaut. Quand les Autrichiens sont en cam- 
pagne, on peut deviner les jours qu'ils marcheront; car un usage 
dont ils ne s'écartent jamais , c'est de faire cuire le soldat tous les 
jours de marche. Ainsi donc, lorsqu'on voit dans leur camp 
beaucoup de fumée avant midi > à cinq ou huit heures du matin , 
on peut compter qu'ils feront un mouvement le même jour. 
Toutes les fois que les Autrichiens veulent se battre, ils retirent 

a Voyez ci -dessus, p. 3o. 



DE LA GUERRE. 49 

à eux tous les gros détachements de troupes légères, et lorsqu'on 
s'en aperçoit, il faut être sur ses gardes. Quand on attaque 
quelques postes de leurs Hongrois, et qu'ils font ferme, on peut 
en conclure sûrement que leur armée est à portée de les secourir 
et fort proche. Lorsque les troupes légères se mettent entre vous 
et un détachement que vous avez fait, vous en pouvez conclure 
que l'ennemi a quelque dessein sur ce détachement, et prendre 
vos mesures là -dessus. J'ajoute à ceci que si l'ennemi vous op- 
pose toujours le même général , vous pouvez apprendre sa ma- 
nière , et le deviner ensuite par ses usages et sa méthode. * 



ARTICLE XVI. 

DE NOTRE PAYS; DU PAYS NEUTRE; DE CELUI 

DES ENNEMIS; DE LA DIFFÉRENCE DES RELIGIONS; 

QUELLE CONDUITE TOUS CES CAS DIFFÉRENTS 

DEMANDENT. 

On fait la guerre dans trois sortes de pays : dans le sien, dans 
celui de la puissance neutre, et dans celui de son ennemi. Si je 
n'avais en vue que l'éclat de la réputation, je ne voudrais jamais 
faire la guerre que dans mon propre pays , à cause de tous les 
avantages qui s'y trouvent; car tout le monde sert d'espion, l'en- 
nemi ne saurait faire un pas sans être trahi. On peut envoyer 
hardiment de grands et de petits partis , on peut surprendre les 

a La traduction ajoute , p. 93 , l'alinéa suivant : Wenn man wohl rejîectiret 
îbtr dos Land so zum Theatro des Krieges dienet, ûber die Position der Armée, 
welche man commandiret , ûber die Sicherheit seiner Dépôts von Vivres, ûber die 
Stârke derer Kriegesplâtze und ûber die Mittel, welche der Feind hat oder nicht 
hatum letztere zu attaquiren, ûber den Schaden, welchen seine leichten Truppen 
euch thun kônnen, wenn der Feind solche ouf cure Flanquen oder ouf euren 
RSchen, oder sonsten placiret, oder wenn er sich der en bedienet, um eine Diver- 
sion zu machen, wenn, sage ich, man aile dièse Puncte consideriret und erwâget, 
ohne sich zu fiai tir en; so kann man darauf rechnen , dass ein habiter Feind pré- 
cisément dasjenige thun wird, so euch am meisten schaden kann, dass dièses seine 
Àbsicht ist, und dass man sich solcher so/ort, wie man kann, entgegensetzen mus s. 

xxvra. 4 



5o I. LES PRINCIPES GENERAUX 

agresseurs et mouvoir contre eux tous les ressorts de la guerre , 
des plus petits jusqu'aux plus grands, et, dans leur déroute, tout 
paysan devient soldat et sert contre eux. C'est ce dont l'électeur 
Frédéric -Guillaume fit l'expérience après la bataille de Fehrbel- 
lin, où les paysans tuèrent plus de Suédois qu'il n'en était péri 
dans la bataille même, et c'est ce que j'ai vu après la bataille de 
Friedeberg, où les montagnards de la Silésie prirent quantité de 
fuyards de l'armée autrichienne prisonniers de guerre. a 

Lorsque la guerre se fait dans un pays neutre, l'avantage pa- 
rait égal entre les deux partis; c'est à qui gagnera l'amitié et la 
confiance des habitants. On y tient une sévère discipline, on dé- 
fend le pillage et la maraude, que l'on punit sévèrement, on prête 
aux ennemis les plus sinistres intentions. Si le pays est protes- 
tant, comme la Saxe, on joue le rôle de défenseur de la religion 
luthérienne, et on souffle le fanatisme au cœur du vulgaire', dont 
la simplicité est facilement abusée. Si le pays est catholique, on 
ne parle que de tolérance, on prêche la modération, et Ton re- 
jette sur les prêtres l'aigreur qu'il y a entre les sectes chrétiennes, 
qui conviennent toutes des points essentiels des dogmes. 11 faut 
que l'on règle les partis que l'on met en campagne sur la protec- 
tion du pays : on peut tout hasarder chez soi; on va plus bride 
en main dans le pays neutre, à moins que l'on ne soit sûr du 
peuple, ou du moins du plus grand nombre. 

Dans des pays tout à fait ennemis, comme la Bohême ou la 
Moravie, il ne faut jouer qu'à jeu sûr, ne point aventurer de par- 
tis, par les raisons que j'ai alléguées ci -dessus, et faire la guerre 
la plus serrée que l'on peut. Les troupes légères servent alors 
pour la plupart à couvrir les convois. 11 ne faut point s'imaginer 
que l'on gagnera ces peuples; il n'y a que les hussites du cercle 
de Konigingratz dont on puisse tirer parti. Les seigneurs sont 
traîtres quand ils font les bien intentionnés pour nous; il en est 
de même des prêtres et des baillis, car leurs intérêts sont liés à 
ceux de la maison d'Autriche, et comme l'intérêt est presque uni- 
versellement le grand mobile des actions humaines, il ne faut ja- 
mais se fier aux hommes, si leurs intérêts ne sont pas les mêmes 

» Voyez t. III, p. nS et 119. 



DE LA GUERRE. 5i 

que les nôtres. Le fanatisme en tient lieu, et lorsqu'on peut ani- 
mer le peuple pour la liberté de sa conscience, qu'il est agité par 
des prêtres et des dévots, on peut entièrement compter sur lui; 
c'est intéresser à votre cause Dieu et les enfers. • 



ARTICLE XVII. 

DE TOUTES LES MARCHES QU'UNE ARMÉE 
PEUT FAIRE. 

Une armée marche pour faire des progrès dans le pays en- 
nemi, pour occuper un camp plus avantageux, pour joindre un 
secours, pour livrer bataille, ou pour se retirer devant l'ennemi. 

La règle générale est que, après avoir pourvu à la sûreté du 
camp, Ton fasse d'abord reconnaître tous les chemins qui en 
sortent et tous les environs, pour être en état de faire des dispo- 
sitions sur les différents événements qui peuvent arriver. On en- 
voie pour cet effet de gros détachements, sous différents autres 
prétextes, avec des ingénieurs et des quartiers-maîtres généraux, 
qui se rendent à tous les lieux où l'on pourrait marcher, qui en 
lèvent les situations, et reconnaissent en même temps sur com- 
bien de colonnes on pourrait marcher. On joint des chasseurs 
à ces détachements pour se noter ces chemins et pour y conduire 
les colonnes, en cas que le général y mène l'armée. Les officiers 
font le rapport du camp même, des chemins qui y conduisent, et 
de l'espèce de terrain, soit bois, montagnes, plaines ou rivières, 
que Ton y rencontre; et le général, instruit de toutes ces parti- 
cularités , fait ses dispositions en conséquence. 



» La traduction ajoute , p. 98 et 99 : Seit der Zeit, dass dièse Mémoires ge- 
fertiget worden siitd, hat die Kaiser in - Konigin von Ungarn die Last derer 1m- 
posien denen mahrischen und bohmischen Unierthanen viel schwerer gemachet. 
Man konnte viellcich't von diesem Umstande profil iren , um sich dièse Unterlhanen 
affeetionirt su machen, zumalen werui man sie fiattirete , dass man sic gelinder 
tractiren wiirdc, wann mon dièse Ldnder gewonnen haben werde. 

4* 



5a I. LES PRINCIPES GENERAUX 

i. DES MARCHES ORDINAIRES. « 

Si Ton n'est point dans un trop proche voisinage des enne- 
mis, voici à peu près la disposition que l'on fait. Je suppose 
qu'il y ait quatre chemins qui conduisent dans le nouveau camp. 
L'avant- garde se mettra en chemin ce soir à huit heures, sous 
les ordres de N. ; elle sera composée de six bataillons de grena- 
diers, d'un régiment d'infanterie, de deux régiments de dragons, 
chacun à cinq escadrons, et de deux régiments de hussards. 

Tous les fourriers de l'armée l'accompagneront. L'avanl- 
garde ne prendra que ses tentes avec; son gros bagage restera 
avec celui de l'armée. Elle avancera de deux milles pour s'em- 
parer de ce défilé, de cette rivière, de cette montagne, cette ville 
ou ce village, etc., où elle attendra l'approche de l'année; en- 
suite elle entrera dans le nouveau camp , qu'elle fera tracer. 

L'armée suivra demain à trois heures du matin , sur quatre 
colonnes; les gardes des villages rentreront dans les régiments 
lorsqu'ils seront en bataille. 

La cavalerie des deux lignes de la droite, défilant par la 
droite, formera la première colonne; l'infanterie des deux lignes 
de la droite, défilant par la droite, fera la seconde; l'infanterie 
de la gauche des deux lignes, défilant par la droite, formera la 
troisième, et toute la cavalerie de l'aile gauche, défilant parla 
droite, fera la quatrième colonne. 

Les régiments d'infanterie N. N. N. delà seconde ligne, les 
dragons N. N. de la seconde, et trois régiments de hussards, sous 
les ordres du général N., couvriront le bagage; le bagage mar- 
chera en suivant les deux colonnes d'infanterie. 

Quatre adjudants auront le soin des chariots, pour qu'ils se 
suivent avec ordre , et qu'ils se serrent d'aussi près qu'il est pos- 
sible. 

Le général qui commande cette arrière -garde fera avertir le 
chef de l'armée à temps , en cas qu'il ait besoin de quelque se- 
cours. 

* Nous ajoutons ce Litre, d'après la traduction , pour mettre cette subdivi- 
sion de l'article en harmonie avec les six autres. 



DE LA GUERRE. 53 

Les quatre colonnes seront conduites par les chasseurs qui ont 
reconnu les chemins. 

À la tête de chaque colonne marchera un détachement de 
charpentiers, et des chariots chargés de poutres, poutrelles, 
planches, etc., pour construire des ponts sur les ruisseaux. 

Les colonnes s'observeront dans leur marche, pour que la 
tête de l'une ne dépasse point celle des autres; les généraux 
prendront garde que leurs bataillons restent serrés et contigus 
les uns aux autres, et que les officiers qui commandent les pelo- 
tons tiennent bien leurs distances. 

S'il y a quelque défilé à passer, la tête marchera lentement, 
ou s'arrêtera, pour donner à la queue le temps de le passer et de 
regagner sa distance. 

Voilà à peu près comme se font communément les disposi- 
tions. Si vous avez des défilés, des bois ou des montagnes à pas- 
ser, tous partagez vos colonnes; la tête est toute pour l'infante- 
rie, et la queue pour la cavalerie. Si la plaine est dans le centre, 
vous la donnez à la cavalerie, et l'infanterie prend les colonnes 
de l'extrémité, qui traversent les bois. Cependant il ne faut pas 
que l'ennemi soit trop proche, car alors, pour ne pas détruire 
entièrement Tordre de bataille, on se contente de placer quelques 
bataillons de grenadiers à la tête de. la cavalerie. 

a. POUR JOINDRE UN SECOURS. 

Lorsqu'on veut qu'un secours joigne sûrement l'armée, le 
moyen le plus sûr est de marcher à sa rencontre par un terrain 
difficile, en se retirant devant l'ennemi pour éviter la bataille, et 
Ton regagne bientôt par la supériorité de cette jonction le terrain 
que l'on a, pour ainsi dire, prêté à l'ennemi. 

3. MARCHES PARALLÈLES. 

Lorsqu'on fait des marches parallèles à la position de l'en- 
nemi, cela se fait ou par la droite, ou par la gauche, sur deux 
lignes, dont chacune desquelles forme une colonne, et l'on fait 
précéder cette marche par une avant- garde, observant du reste 



54 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

les mêmes formalités que j'ai prescrites. Telles furent toutes les 
marches que nous fîmes depuis Frankenstciu jusqu'à Hohcnfriede- 
berg;* elles étaient par la droite. Je préférerais cette disposition 
à toutes les autres, à cause que, en faisant un demi-tour à gauche 
ou à droite, toute l'armée se trouve en bataille, et que c'est la 
façon la plus prompte de se former. Je m'en servirais toujours, 
si j'en avais le choix, pour attaquer l'ennemi, et j'en ai expéri- 
menté l'avantage à Friedeberg et à Soor. b 

4. DES MARCHES DE BATAILLE. 

Quand on marche à l'ennemi à l'intention d'engager une af- 
faire, on se débarrasse de tout son bagage, qu'on envoie sous 
une escorte à la ville la plus voisine. On forme ensuite une 
avant -garde, qui ne précède l'armée que d'un petit quart de 
mille. Si l'armée marche de front à l'ennemi, il faut que les co- 
lonnes non seulement ne se dépassent pas , mais que , en appro- 
chant du champ de bataille, elles s'étendent assez pour que les 
troupes n'aient ni plus ni moins de terrain qu'elles peuvent occu- 
per pour se former. Cela est fort difficile, et, pour la plupart 
du temps, quelques bataillons n'ont point de terrain, ou les gé- 
néraux en donnent trop. La «marche par lignes n'entraîne jamais 
de tels inconvénients; c'est pourquoi je la tiens la meilleure de 
toutes. Les marches que l'on fait pour se battre demandent 
beaucoup de précautions. 11 faut que le général aille bride en 
main, qu'il reconnaisse le terrain lui-même, sans s'exposer, de 
distance en distance, pour qu'il ait plusieurs positions, dans son 
esprit, toutes prêtes et dont il puisse se servir en cas que l'en- 
nemi vienne à sa rencontre. L'on tâche de découvrir le terrain 
ou de quelque clocher, ou de quelque hauteur. c 



a Du 28 mai au 4 juin 1 74^ Voyez t- HI, p. 110 et suivantes. 

1» La traduction ajoute, p. 10G : Man muss nur bei solchcr Art von Maracîi 
darauf Attention haben, dass meut dem Feinde nicht die Flanque bicte. 

c Und offnct sich den Weg dazu durch die leichten Truppea, welche man 
vor die Avanlgarde vorausgehen lasse t. (Traduction, p. 108.) 



DE LA GUERRE. 55 

5. DES RETRAITES A COLONNES RENVERSÉES. 

Les retraites ordinaires se font ainsi : Ton se débarrasse de 
son bagage, un ou deux jours avant que de marcher, que Ton 
fait partir sous bonne escorte; ensuite on règle ses colonnes sur 
le nombre des chemins que Ton peut tenir, et la marche des 
troupes sur la nature du pays. Si c'est un pays de plaine, la 
cavalerie fait l'arrière -garde; si c'est un pays fourré, c'est à l'in- 
fanterie que cette commission est due. Si c'est un pays de plaine, 
l'armée marchera sur quatre colonnes; l'infanterie de la droite 
de la seconde ligne, défilant par la droite et suivie de la seconde 
ligne de la cavalerie de la droite, fera la quatrième colonne; l'in- 
fanterie de la droite de la première ligne, défilant par la droite 
et suivie de même par la droite de la première ligne de la cava- 
lerie, formera la troisième colonne; celle de la gauche de la pre- 
mière ligne, suivie de la gauche de la première de cavalerie, fera 
la seconde; celle de la gauche de la seconde d'infanterie, suivie 
de la seconde de la gauche de cavalerie, fera la première. Ainsi 
votre cavalerie fait toute l'arrière -garde, et, pour plus de pré* 
caution , vous la soutenez de tous les hussards de l'armée. 

6. RETRAITES PAR DES DÉFILÉS, AYANT DES MONTAGNES 
DERRIÈRE VOUS, a 

Si vous avez des défilés à passer, il faut les faire occuper par 
de l'infanterie la veille de votre marche, et l'on poste cette infan- 
terie de façon qu'elle déborde les colonnes qui se retirent à tra- 
vers l'espace des chemins, qu'elle laisse vide dans son centre. 
Supposé que vous marchiez sur deux colonnes , la cavalerie de la 
droite, défilant par la gauche, la seconde ligne la première, fait 
la tête de la seconde colonne; l'infanterie de la seconde ligne de 
la droite, suivie de sa première, se joignent à cette cavalerie; la 
cavalerie de la gauche des deux lignes, défilant par sa gauche, la 
seconde la première , fait la tête de la première colonne ; à celle- 
là se joint l'infanterie de la gauche, défilant par la gauche, la se- 
conde ligne la première; ce qui forme vos deux colonnes. Six 

• La traduction ajoute à ce titre, p. 109 : Plan A. 



56 L LES PRINCIPES GENERAUX 

bataillons que Ton prend les derniers de la première ligne , sou- 
tenus de dix escadrons de hussards, feront l'arrière - garde. Ces 
troupes se mettront en. bataille devant le défilé, pendant que l'ar- 
mée le passe. On les poste sur deux lignes en échiquier. * Les 
troupes qui sont de l'autre côté du défilé doivent nécessairement 
les déborder, pour les protéger par leur feu. Lorsque toute l'ar- 
mée est passée, la première ligne de l'arrière - garde passe par les 
intervalles de la seconde, et se jette dans le défilé. Quand elle est 
partie, la seconde fait la même manœuvre sous la protection du 
feu de ceux qui sont postés de l'autre côté, et qui doivent suivre 
les derniers et faire l'arrière -garde à leur tour. 

7. DES RETRAITES EN PASSANT DES RIVIÈRES. 1> 

La manœuvre la plus difficile 'de toutes, c'est de passer une 
rivière en présence de l'ennemi, en se retirant. Je ne puis rien 
alléguer de mieux sur cette matière que la retraite que nous 
fîmes l'année i^hA, en repassant l'Elbe à Kolin. c Cependant, 
comme il n'y a pas toujours des villes à ces endroits , je suppose 
que l'on n'ait que deux ponts; dans ce cas, il faut faire travailler 
à un bon retranchement qui enveloppe les deux ponts , et faire 
même une coupure plus petite pour chaque pont en particulier. 
Cela fait, on envoie des troupes et beaucoup de canons à l'autre 
bord, que l'on choisit haut, mais pas trop âpre, pour dominer 
de là sur ce côté citérieur. Ensuite l'on garnit d'infanterie le 
grand retranchement. Cela fait, votre infanterie passe la pre- 
mière; la cavalerie fait l'arrière - garde , et se retire en échiquier 
par le retranchement qui couvre la première retraite. Lorsque 
tout est passé, on garnit d'infanterie les petites têtes de pont, et 
l'infanterie du retranchement l'abandonne et se retire. Si l'en- 
nemi veut la suivre , il essuie le feu des deux têtes de pont et des 
troupes placées à l'autre bord. Quand celles du retranchement 
ont passé, on lève les ponts. Les troupes des têtes de pont re- 
passent en bateau sous la protection de celles de l'autre bord, 

a Wit der Plan A anzeiget. (Traduction , p. 110.) 
i> La traduction ajoute à ce titre, p. 1 1 1 : Plan B. 
* Voyext. III, p. 68. 



DE LA GUERRE. S 7 

qui s'approchent alors pour les mieux défendre, et, dès que les 
pontons sont chargés sur les chariots, les dernières troupes se 
mettent aussi en marche. * 



ARTICLE XVm. 

QUELLES PRÉCAUTIONS ON DOIT PRENDRE, 

DANS LES RETRAITES, CONTRE LES HUSSARDS ET 

LES PANDOURS. 

Les hussards et les pandours ne sont redoutables qu'à ceux 
qui ne les connaissent point; ils ne sont valeureux que lorsque 
l'espérance du butin les anime, ou lorsqu'ils peuvent causer du 
dommage sans s'exposer eux-mêmes. Us exercent cette première 
espèce de bravoure contre les convois et contre les équipages , et 
l'autre contre des corps qui sont obligés de se retirer, et qu'ils 
harcèlent dans leur retraite. Nos troupes n'ont aucun affront à 
craindre de leur part; mais, comme leur façon de chicaner rend 
la marche des troupes plus lente, et qu'ils ne laissent pas que de 
tuer du monde que l'on perd très -mal à propos, je dois ajouter 
ici la méthode que je crois la meilleure pour se tirer d'affaire 
avec eux. 

Lorsqu'on se retire par les plaines, on chasse les hussards par 
quelques coups de canon , et les pandours par des hussards ou 
des dragons, qu'ils craignent beaucoup. Les retraites difficiles, 
où les pandours peuvent faire le plus de mal, ce sont celles où 
Ton a des bois, des défilés et des montagnes sur son chemin. II 
est presque inévitable de ne pas perdre du monde alors. Voici ce 
que Ton fait : l'arrière -garde occupe les hauteurs, et fait face 
à l'ennemi; on envoie des pelotons à côté de la marche, qui, en 
côtoyant l'armée, tiennent toujours les hauteurs ou les bois, et 
Ton a quelques escadrons de hussards à la main, que Ton fait 
agir, pour peu que le terrain le permette. Il ne faut point s'amu- 

* La traduction porte de pins, p. 1 13 : M an hann auch Fiat ter min en an den 
Angles des Retranchements machen, welche die letzteren Grenadiers , indem sie 
<fe* FUtss passiren, auffiiegen lassen. 



58 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

ser dans cette occasion, mais poursuivre sa marche tout de suite; 
s'arrêter, c'est sacrifier du monde mal à propos. Les pandours , 
de leur côté, se jettent à terre, et tirent des coups que Ton ne 
voit pas d'où ils partent, et, lorsque la marche de l'armée oblige 
l'arrière - garde et les pelotons détachés de la suivre et de quitter 
leurs hauteurs, les pandours s'en emparent, et, étant à couvert, 
ils tirent de là sur la marche de ceux qui se retirent; et, comme 
ils sont éparpillés et cachés derrière des hauteurs ou des arbres, 
ou bien couchés par terre, le feu de peloton ni le canon chargé 
de mitraille ne peut leur faire grand mal. J'ai fait deux retraites 
pareilles l'année 17^5, Tune par le fond de Liebenthal, pour mar- 
cher à Staudenz, l'autre de Trautenau à Schatzlar, a où, malgré 
toutes les précautions imaginables, nous eûmes dans la première 
soixante morts et blessés, et dans la seconde plus de deux cents. 
Lorsque les retraites se font par des chemins difficiles, il faut 
faire de petites marches, pour les expédier plus vite et avoir le 
temps de prendre d'autant mieux ses précautions. Un mille 
d'Allemagne doit être la plus longue marche. Alors, comme on 
n'est pas pressé , on peut quelquefois donner la chasse aux pan- 
dours, principalement lorsqu'ils ont l'imprudence de se fourrer 
dans des bouquets de bois que Ton peut tourner. 



ARTICLE XIX. 

GOMMENT IL CONVIENT AUX PRUSSIENS DE TRAITER 

LES TROUPES LÉGÈRES LORSQU'ON AGIT 

OFFENSIVEMENT CONTRE ELLES. 

Notre façon d'occuper un poste que les troupes légères tiennent 
est de les brusquer. Comme leur façon de combattre est de s'épar- 
piller, ils ne peuvent tenir contre des troupes réglées ; on ne les 
marchande pas du tout, on jette simplement quelques troupes 
sur les flancs du corps qui marche à eux, pour les couvrir, et, 
en ne les marchandant point, on les fait plier où l'on veut. Nos 
hussards et nos dragons les attaquent serrés et le sabre à la main. 

* Voyci t. 111, f. 1 33 et suivantes. 



DE LA GUERRE. Sg 

lis ne sauraient tenir contre cette attaque; aussi les a-t-on tou- 
jours battus, sans égard au nombre, qui était toujours de leur 
coté. 

ARTICLE XX. 

PAR QUELS MOUVEMENTS ON OBLIGE L'ENNEMI D'EN 
FAIRE NÉCESSAIREMENT DE SON COTÉ. 

Si Ton croit qu'il suffit de remuer son armée pour que l'en- 
nemi en fasse autant de son côté , Ton se trompe beaucoup. Ce 
n'est pas le mouvement qui décide, mais la façon de le faire. 
Tous les mouvements d'apparence ne dérouteront point un en- 
nemi habile ; il faut des positions solides qui lui donnent lieu à 
des réflexions sérieuses, pour le faire décamper. Pour cet effet, 
il faut bien connaître le pays , le général auquel on a affaire , les 
endroits où il a ses magasins , les villes qui lui importent le plus , 
et les lieux dont il tire son fourrage, combiner toutes ces choses, 
et faire là -dessus des projets après avoir bien médité la matière. 
Celui des deux généraux qui calculera le plus de eoups de suite 
gagnera à la longue tout l'avantage sur son rival. 

Au commencement de la campagne, celui qui rassemble le 
premier son armée, et qui marche le premier en avant pour at- 
taquer une ville ou pour prendre un poste, oblige l'autre à se 
régler sur ses mouvements, et le rejette sur la défensive. Lorsque 
c'est dans le cours d'une campagne , et que vous voulez obliger 
l'ennemi à changer de camp, il faut avoir une raison pour cela, 
ou que vous voulez prendre une ville auprès de laquelle il campe, 
ou que vous le voulez rejeter dans un pays stérile où il ne sub- 
sistera qu'avec peine, ou que vous espérez d'engager une affaire 
qui vous procure de plus grands avantages encore. Si vous avez 
une raison pareille, il faut travailler au projet de l'exécution; 
mais, en le faisant, il faut aussi examiner bien soigneusement 
si les marches que vous allez faire et les camps que vous allez 
prendre ne pourraient pas vous rejeter avec l'armée dans de plus 
grands embarras, comme sont ceux de vous éloigner d'une mau- 
vaise ville où vous avez vos vivres, et que les troupes légères 



6o I. LES PRINCIPES GENERAUX 

pourraient prendre d'emblée en votre absence, ou de vous mettre 
dans une position où l'ennemi, de son côté, pourrait, par un 
mouvement, vous couper de votre pays et de vos derrières, ou 
bien si le pays vers lequel vous voulez tirer ne manquerait pas 
de fourrages, et vous obligerait peut-être de l'abandonner bien- 
tôt. En examinant ces choses , on juge en même temps sur la 
possibilité des choses que l'ennemi peut entreprendre et sur celles 
qu'il n'a pas le moyen de tenter, et ensuite on fait son projet ou 
pour se camper sur le flanc de l'ennemi, ou pour tirer vers une 
province d'où il tire ses vivres, ou pour le couper de sa capitale, 
ou pour menacer ses magasins, ou pour prendre des positions 
qui lui rétrécissent ses fourrages. Pour en donner un exemple 
connu de tous mes officiers, je formerai le dessein que nous 
aurions pu arranger pour obliger le prince de Lorraine de nous 
abandonner Konigingratz etPardubitz, en l'jAo. Du camp deDi- 
vetz, a nous aurions dû marcher par la gauche, côtoyer le comté 
de Glatz, et tirer vers Hohenmauth. Comme le magasin des Au* 
trichiens était à Teutsch-Brod, et qu'ils tiraient la plupart de 
leurs vivres de Moravie , l'armée autrichienne aurait été obligée 
de marcher vers Landskron; Konigingratz et Pardubitz seraient 
tombés sous notre pouvoir, et les Saxons, qui par cette marche 
auraient été coupés de leur pays, se seraient séparés certainement 
du corps de l'armée pour couvrir leur pays. Ce qui m'empêcha 
alors de faire cette marche, c'était que, en prenant KônigingrMtz , 
je n'aurais rien gagné. Si les Saxons s'en étaient retournés chez 
eux , j'aurais toujours été obligé de détacher également pour for-* 
tifier le prince d'Anhalt, et surtout je n'avais pas assez de vivres 
à Glatz pour entreprendre de faire toute la campagne aux dépens 
de ce seul magasin. Les diversions que Ton fait par détachements 
obligent aussi l'ennemi à décamper. Toutes les choses que Ton 
fait, auxquelles l'ennemi n'est pas préparé, le rendent confus et 
le font décamper. De cette nature sont les passages de montagnes 
qu'il croit impraticables, et qui se passent presque toutes, et les 
passages de rivières qu'on lui dérobe. Qu'on lise la campagne du 
prince Eugène, l'année 1700,^ en Italie; son passage des Alpes 

* Voye» t. III, p. 119 et iao. 
b Ou plutôt 1701. 



DE LA GUERRE. 61 

dérangea tout à fait M. de Vendôme. • Nous avons tous vu la 
confusion qui se mit, Tannée 17M1 dans l'armée française, lorsque 
le prince de Lorraine surprit le passage du Rhin.b Je conclus 
donc que les mêmes causes sont toujours suivies des mêmes ef- 
fets, et que, toutes les fois qu'un général compassera bien ses 
mouvements et les fera pour des objets de conséquence, il jettera 
son ennemi sur la défensive, en l'obligeant à se régler sur lui. 



ARTICLE XXI. 

DES PASSAGES DE RIVIÈRES. 

Des que l'ennemi est à l'autre bord de la rivière que vous 
voulez passer, la force devient inutile, et il faut recourir à la 
rase. 11 faut imiter le passage du Rhône, de César, celui du 
Pô, du prince Eugène, et celui du Rhin, du prince de Lorraine, 
lorsque c'est une grande rivière qu'il faut passer. Ces capitaines 
ont fait quelques détachements pour tromper les ennemis et leur 
dérober l'endroit qu'ils avaient choisi pour leur passage. Ils ont 
fait des préparatifs pour des ponts dans des endroits sur lesquels 
ils n'avaient aucun dessein, et leur force principale a dérobé par 
une marche de nuit l'avance dont elle avait besoin pour passer 
avant que les défenseurs le lui pussent empêcher. On choisit des 
lieux 011 des îles facilitent le passage, et l'on aime à trouvera 
l'autre bord des bois ou des pays difficiles qui empêchent les en- 
nemis de vous attaquer avant que vous en sortiez. Il faut que les 
mesures soient extrêmement bien prises pour ces sortes d'entre- 
prises, pour que les radeaux, les pontons et les ustensiles se 
trouvent tous sur les lieux à l'heure marquée, que chacun des 
pontonniers ou bateliers soit instruit de ce qu'il doit faire, que 
l'on évite surtout la confusion qui se met si facilement dans ces 

* 11 faut lire le maréchal de Câlinât. La méprise qui se trouve dans noire 
leste est répétée dans la traduction, p. ia5. 

b Voyez t. 111 , p. 45 et suivantes. 

c Frédéric veut dire : le passage du Rhin. Voyez Jules César, De bello gal- 
lico, 1W. IV, chap. 16, 17 et 18. La traduction porte également, p. 126 : uber 
die Rhône. 



Ga I. LES PRINCIPES GENERAUX 

sortes d'expéditions nocturnes. Ensuite Ton envoie des troupes 
à l'autre bord, pour prendre poste, qui travaillent à se retrancher 
et à faire des abatis qui les couvrent jusqu'à ce que toute l'armée 
les ait jointes. A tous les passages de larges rivières, il faut re- 
trancher avec soin les deux tètes de pont, et les bien garnir de 
troupes. On fortifie aussi les îles qui sont à portée, pour soutenir 
ces retranchements, afin que, dans le temps que l'armée poursuit 
ses opérations contre l'ennemi, celui-là ne puisse point vous ôter 
vos ponts et les détruire. 

Lorsque les rivières sont étroites, on choisit pour les passer 
des lieux où elles font un coude, et où le rivage est haut et do- 
minant de votre coté. On y place le plus de canons que l'on 
peut, et de l'infanterie. On fait ses ponts sous cette protection, 
et l'on passe ensuite; et, comme le coude que la rivière forme 
rétrécit le terrain, les plus faibles corps sont d'abord appuyés, et 
l'on n'a qu'à avancer tant soit peu pour gagner toujours plus de 
terrain à mesure que les troupes passent, et qu'elles en peuvent 
occuper. S'il y a des gués, on les destine pour la cavalerie, et 
on les fait appareiller. 



ARTICLE XXII. 

DE LA DÉFENSE DES RIVIÈRES. 

Rien n'est aussi difficile, pour ne pas dire impossible, que de 
défendre le passage d'une rivière, principalement lorsque le front 
d'attaque est trop étendu. Je ne voudrais jamais me charger de 
cette commission, si mon front d'attaque surpassait huit milles 
d'Allemagne, et s'il n'y avait une ou deux forteresses sur cette 
rivière, dans cet espace, et, de plus, qu'il ne s'y trouvât aucun 
endroit guéable. Si toutes ces choses sont telles, il faut pourtant 
un certain temps pour se préparer aux entreprises de l'ennemi. 

Voici les dispositions qu'il faut faire. On fera enlever tous 
les bateaux qui sont sur la rivière, que l'on fera conduire aux 
deux forteresses, et cela, dans l'intention de priver l'ennemi de 
ce secours. Ensuite il faut reconnaître les deux bords de la ri- 



DE LA GUERRE. 63 

vière, pour observer tous les endroits qui favorisent le passage 
de l'ennemi. S'il se trouve dans ces endroits, à la rive citérieure, 
quelque cassîne ou quelque cimetière dont l'ennemi puisse profi- 
ter à son passage , on les fait aussitôt démolir. On note tous les 
lieux favorables aux passages, et Ton forme un projet d'attaque 
pour chacun en particulier, qu'il faut faire sur le terrain même. 
Ensuite Ton fait faire des chemins grands et larges pour plusieurs 
colonnes, tout du long du rivage de votre ligne de défense, pour 
marcher à l'ennemi commodément et sans embarras. Toutes ces 
précautions prises, on campe son armée au centre de la ligne, 
c'est- à -dire qu'elle n'ait que quatre milles à faire pour arriver 
à une extrémité ou à l'autre. L'on fera seize petits détachements 
commandés par les plus habiles et les plus vigilants officiers de 
l'armée, de hussards ou de dragons, dont huit se partageront le 
terrain de la droite, sous les ordres d'un général, et huit, sous 
les ordres d'un autre, partageront celui de la gauche. On les fait 
pour être averti des mouvements des ennemis et de l'endroit où 
ils passent. Ces détachements tiennent de jour des vedettes pour 
découvrir ce qui se passe, et la nuit ils patrouillent de quart 
d'heure en quart d'heure tout proche de la rivière, et il ne faut 
pas qu'ils se retirent, à moins que d'avoir vu clairement que l'en- 
nemi fait un pont et que sa tête a passé. Ces deux généraux et 
les deux commandants des places feront quatre fois par jour leur 
rapport au chef de l'armée, et l'on disposera des chevaux sur les 
chemins, pour que ces rapports arrivent vite. Si l'ennemi passe, 
on en reçoit d'abord la nouvelle. Le devoir du général est d'y 
marcher sur-le-champ. Pour cet effet, il se sera défait de son 
bagage, et il aura toujours le pied en l'air. Comme ses disposi- 
tions sont toutes faites, il les donne d'abord aux généraux, choi- 
sissant simplement celles du lieu. Il doit marcher en hâte, et 
prendre toute son infanterie en avant, à cause qu'il doit sup- 
poser que l'ennemi se sera retranché. 11 faut enauite attaquer 
vivement l'ennemi sans balancer, et se promettre les plus bril- 
lants succès. Les passages des petites rivières sont plus difficiles 
à disputer. Il faut rompre les gués par des arbres que l'on y 
jette. Si cependant la hauteur se trouve du côté de l'ennemi, 
c'est en vain qu'on tentera de lui résister. 



64 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

ARTICLE XXIII. 

DES SURPRISES DE VILLES. 

Les villes que Ton veut surprendre doivent être mal gardées 
et mal fortifiées. Si elles ont des fossés d'eau, la surprise ne peut 
avoir lieu qu'en hiver. On surprend des villes avec une armée 
entière, comme cela arriva à Prague en 1741* On les surprend 
lorsqu'on les a endormies par un long blocus, comme le fil le 
prince Léopold à Glogau. On les surprend par détachements, 
comme le prince Eugène le tenta à Crémone, et comme les Au- 
trichiens y réussirent à Cosel. La règle générale pour disposer 
des surprises est de bien connaître les ouvrages de la place et l'in- 
térieur de la ville, pour y régler les attaques sur les situations 
locales. La surprise de Glogau est un chef-d'œuvre que tous 
ceux qui veulent faire des surprises doivent étudier. Celle de 
Prague était moins extraordinaire, car, une faible garnison ayant 
une ville immense à défendre, il n'était pas extraordinaire de 
l'emporter en multipliant les attaques. Cosel et Crémone se 
prirent par intelligence, * la première par un officier de la garni- 
son qui, ayant déserté, avait découvert aux Autrichiens que l'ex- 
cavation du fossé n'était pas perfectionnée; ils entrèrent par cet 
endroit, et la prirent. On pétarde les portes des petites villes. 
Il faut cependant envoyer des détachements devant toutes les 
portes, pour que l'ennemi ne puisse pas se sauver, et si l'on veut 
employer du canon, il faut le placer de façon que les canonniers 
puissent charger à couvert des petites armes, ou bien on risque 
de perdre le canon. 



* Cosel fut pris le 27 mai 1745 (voyex t. III, p. 120); Crémone le i er fé- 
vrier 1702. C'est dans cette dernière ville que le maréchal de Villeroi fut fait 
prisonnier par le prince Eugène. 



DE LA GUERRE. 65 

ARTICLE XXIV. 

DE L'ATTAQUE ET DE LA DÉFENSE DES PLACES. ■ 

i. ATTAQUE. 

L'art de faire les sièges est devenu un métier comme celui de 
menuisier et d'horloger. De certaines règles infaillibles sont éta- 
blies: c'est une routine qui va toujours son train, appliquant 
toujours la même théorie aux mêmes cas, de sorte que tout le 
monde sait qu'on choisit un lieu couvert pour le dépôt de la 
queue de la tranchée, qu'on fait la première parallèle le plus 
proche que Ton peut du chemin couvert, que l'on emploie la 
sape pour ménager le monde lorsque l'on n'est pas pressé, que 
Ton fait des puits pour découvrir les mines, qu'on évente celles 
des ennemis, que, après avoir nivelé le terrain, on saigne les 
inondations, qu'on attaque par le lieu le plus faible, que les pre- 
mières batteries démontent le canon des défenses, qu'elles ap- 
prochent de la place à mesure que Ton fait de nouvelles paral- 
lèles, qu'à la seconde ou troisième parallèle on fait des batteries 
à ricochet pour enfiler les lignes de prolongation , que , lorsque 
Ton est sur le glacis, on donne l'assaut sur la contrescarpe, que 
Ton y établit des batteries pour faire la brèche, qu'on prend ces 
ouvrages par de nouveaux assauts, jusqu'à ce qu'on approche du 
corps de la place, où de nouvelles batteries, ayant fait de nou- 
velles brèches, permettent de faire la galerie pour donner le der- 
nier assaut. C'est alors que le commandant capitule et rend sa 
ville. Toutes ces choses sont assujetties à un calcul exact, et l'on 
peut supputer, étant même absent, à quel jour à peu près une 
ville se rendra, si des circonstances extraordinaires n'y apportent 
quelque empêchement, ou qu'un commandant d'un mérite dis- 
tingué n'arrête les assiégeants par l'opiniâtreté de ses chicanes. 

Je ne prétends point répéter ce que le prince d'Anhalt D et 

■ Cet article est omis dans la traduction. 

b L'ouvrage du prince Léopold d'Aohalt-Dessau auquel le Roi fait allusion 
est intitulé : DeutUchc und ausfûhrlichc Beschrcibung , wic eine Stadt soli bêla- 
jgcrl und naekher die Belagerung mit gutem Succès y bis zur Uebergabe ge/uhret 
werden, 1738. Voyez t. XVI, p. i46 et tij. Voyez aussi J.-D.-E. Preuss, Dit 
mlUârischc Richtung in Fricdrichs Jugendlebcn. Berlin, i856, p. a3 et 24. 

xxvm. 5 



66 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

Vauban ont dit; ce sont nos maîtres, et ce sont eux qui ont ré- 
duit en préceptes une science qui n'était connue autrefois que par 
très -peu de personnes. J'ajouterai seulement quelques idées qui 
me sont venues en réfléchissant sur ces matières, et dont je crois 
que Ton pourrait se servir, surtout si les places assiégées n'ont 
que des fossés secs, et que le général cache bien son dessein. J'ai 
cru que Ton pourrait former, par exemple, deux attaques devant 
une ville, et, après que celles-là seraient avancées assez près du 
chemin couvert pour donner l'assaut de la contrescarpe, faire 
avancer de nuit un gros détachement d'un autre côté de la ville, 
qu'on se serait réservé pour cet usage; que ce détachement y 
donne l'assaut une demi-heure avant le jour. En même temps, 
il faut faire tirer tout le canon des batteries de nos deux attaques, 
pour que l'ennemi , s'imagînant que vous voulez prendre la contres- 
carpe, porte toutes ses attentions à ces deux attaques déclarées, 
et qu'en ce temps l'assaut de la surprise réussisse sans opposition. 
Je suis persuadé que l'ennemi courrait ou à l'un ou à l'autre, 
qu'il négligerait une des trois attaques, et que les assiégeants en 
profiteraient et emporteraient la place de ce côté -là. 11 ne faut 
cependant hasarder de pareilles entreprises que lorsque le temps 
presse, et que l'on a des raisons importantes de finir le siège. 

2. DÉFENSE. 

Rien ne défend mieux les places que les mines ou les inonda- 
tions. Il faut de l'habileté pour en connaître tout l'avantage et 
pour s'en servir à propos. La science de défendre les places se 
réduit à retarder leur reddition. Les moyens que l'on emploie 
à cette intention ne sont pas les mêmes. Quelques officiers font 
trop grand cas des sorties ; il me paraît qu'un homme que perd 
la garnison est plus pour elle que douze pour les assiégeants. Les 
grandes sorties exposent à de grandes pertes, et il arrive même 
qu'elles ne mènent à rien. Si je commandais dans une place , je 
ne ferais de grandes sorties que lorsque l'armée s'approcherait 
pour me secourir, parce que ce serait sans grand hasard ; je ferais 
même mes plus grands efforts sur les tranchées dans le temps de 
la bataille, pour faire diversion à l'ennemi; mais dans un cas où 



DE LA GUERRE. 67 

je n'aurais aucun secours à attendre, et si je me voyais réduit 
à mes propres ressources, je mettrais toute mon application à 
gagner du temps. J'ai remarqué, dans tous les sièges que j'ai 
faits, qu'un coup de fusil met de la confusion parmi les travail- 
leurs, qu'ils s'enfuient, et qu'on ne les remet pas à l'ouvrage de 
toute la nuit. J'ai donc imaginé que, faisant toutes les nuits 
à différentes reprises des sorties de douze hommes sur les tra- 
vailleurs, on les disperserait, et l'on ferait perdre à l'ennemi une 
irait après l'autre. De cette façon, je fais beaucoup avec peu de 
risque, et je ménage ma garnison pour m'en servir dans les ou- 
vrages oit commence la véritable défense des places. Là je pré* 
parerais mes feux longtemps d'avance; lorsqu'il s'agirait, par 
exemple, de l'assaut du chemin couvert, je n'y laisserais que peu 
de monde, garnissant bien d'infanterie et de canon l'ouvrage qui 
est immédiatement derrière et les ouvrages collatéraux ; je pré- 
parerais deux sorties, avec lesquelles je leur tomberais sur les 
deux flancs lorsqu'ils commenceraient à travailler à leurs loge- 
ments, et je les chasserais ainsi. Cette même manœuvre peut 
être répétée autant de fois qu'il plaît au commandant, et elle 
sera très -meurtrière pour les ennemis, si elle est bien exécutée. 

3. DÉFENSE CONTRE LES SURPRISES. 

On défend les places contre les surprises en faisant souvent 
battre l'estrade aux environs, surtout avant la retraite et avant 
la dîane. Les jours de marché , on double les gardes , et l'on vi- 
site tous ceux qui entrent, pour voir s'ils sont armés. L'hiver, 
on fait ouvrir les glaces des fossés, et Ton arrose le rempart 
d'eau , ce qui le rend glissant par les gelées et inabordable. On 
met même de petits postes d'infanterie dans des maisons voisines 
de la place, dont le feu avertit de l'approche de l'ennemi. On 
distribue ses postes au rempart à la garnison, et l'on se ménage 
une réserve , pour s'en servir où le besoin l'exige. « 

* La traduction manuscrite ajoute : Man machet in dem verdechten Weg, in 
den Angles rentrants, Caponnièrcs, wo man swolf Mann placiret, w riches v or 
Surprise* decket und die Garnison nicht fatiguiret. 

5 # 



68 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

ARTICLE XXV. 

DES COMBATS ET DES BATAILLES. 

1. DE LA SURPRISE DES CAMPS. 

Il est fort difficile de surprendre les Autrichiens dans leur 
camp, à cause des troupes légères qui les environnent pour l'or- 
dinaire. Pour l'ordinaire, quand deux armées campent dans un 
voisinage fort proche, ou elles décident leurs affaires prompte- 
ment, ou Tune des deux occupe un poste inattaquable; cet évé- 
nement arrive rarement entre de grandes armées, mais il est 
commun entre les détachements. Pour surprendre son ennemi 
dans son camp, il faut qu'il ne pense point à pouvoir être sur- 
pris, et qu'il se fie ou à sa supériorité, ou sur son poste, ou sur 
ses avis , ou enfin qu'il se repose entièrement sur la vigilance de 
ses troupes légères. Dans tous les desseins que l'on forme, la pre- 
mière chose par laquelle il faut commencer, c'est de connaître le 
pays, ensuite la disposition locale des ennemis. Il faut connaître 
parfaitement tous les chemins qui vont à ce camp, et faire en- 
suite la disposition générale , fondée sur toutes ces connaissances 
de détail; l'on choisit ce qu'il y a de mieux et de plus instruit 
parmi les chasseurs pour conduire les colonnes, et Ton couvre 
toutes ces choses du voile du mystère et du secret, qui est l'âme 
de pareilles entreprises. On porte ses troupes légères en avant 
sous d'autres prétextes, mais en effet pour empêcher qu'un mau- 
dit déserteur ne vous trahisse; ces hussards empêchent les pa- 
trouilles de l'ennemi de s'aventurer et de s'apercevoir des mou- 
vements de l'armée. On donne des instructions aux officiers 
généraux pour tous les cas, de sorte qu'ils sont instruits de ce 
qu'ils doivent faire à tout événement. Si le camp de l'ennemi est 
dans une espèce de plaine, on peut faire une avant-garde de dra- 
gons qui, se joignant aux hussards, s'abandonnent à toute bride 
dans le camp des ennemis, y portent le désordre, et sabrent tout 
ce qu'ils trouvent. Il faut les soutenir de toute l'armée, prendre 
son infanterie en avant, et surtout opposer de l'infanterie aux 
ailes de cavalerie des ennemis. L'attaque de l'avant -garde doit 



DE LA GUERRE. 69 

commencer une demi -heure avant le jour, et l'armée ne doit en 
être éloignée que de huit cents pas. On observe un profond si- 
lence durant la marche; on défend aux soldats de fumer du ta- 
bac Dès que l'attaque commence, et que le jour parait, l'infan- 
terie, en formant quatre à cinq têtes, marche tout droit au camp, 
pour soutenir l'avant -garde. Elle ne tirera point avant la pointe 
du jour, car elle pourrait blesser ses propres gens ; mais lorsque 
l'on peut voir, on fait tirer vers les endroits où le ravage de 
l'avant -garde ne tombe pas, principalement sur les ailes de ca- 
valerie, dont les cavaliers, n'ayant ni le temps de seller et de 
brider, seront obligés de se retirer à pied et d'abandonner les 
chevaux. On poursuivra l'ennemi à l'autre côté du camp, et on 
lui lâchera toute la cavalerie, pour profiter de son désordre et de 
sa confusion. Si l'ennemi a abandonné ses armes, il faut laisser 
un gros détachement pour la garde de son camp, ne se point ar- 
rêter au pillage, mais le poursuivre avec toute la chaleur imagi- 
nable, d'autant plus qu'on ne saurait jamais en trouver d'occa- 
sion plus belle, qu'on détruira totalement cette armée , et que, 
le reste de la campagne, l'on fera tout ce que l'on voudra. La 
fortune m'avait donné une occasion semblable le jour de la ba- 
taille de Mollwitz, car nous arrivâmes sur M. de Neipperg avant 
qu'aucun ennemi parût; ses troupes cantonnaient en trois vil- 
lages, mais je n'eus ni l'esprit ni l'habileté d'en profiter. Voici ce 
qu'il aurait fallu faire : prendre le village de Mollwitz entre deux 
colonnes d'infanterie, l'envelopper et l'attaquer, • détacher en 
même temps vers les autres deux villages, où était la cavalerie 
autrichienne, des dragons pour les mettre en confusion, de l'in- 
fanterie pour les empêcher de monter à cheval ; je suis persuadé 
que toute leur armée aurait été perdue. 

2. PRÉCAUTIONS COiNTRE LES SURPRISES. 

J'ai déjà dit quelles précautions nous prenons dans nos cam- 
pements, et comme nous les gardons; mais en supposant que, 
malgré toutes ces précautions, l'ennemi peut approcher de l'ar- 
mée, voici ce que je conseillerais de faire. Les troupes se met- 

* Ici la traduction porte en marge, p. i4i • Plan C. 



7 o I. LES PRINCIPES GENERAUX 

tront promplement en bataille sur le terrain qui leur est assigné; 
la cavalerie attaquera brusquement ce qu'il y a vis-à-vis d'elle; 
l'infanterie restera sur son poste, et fera un feu de peloton le 
plus vif qu'elle pourra jusqu'à l'aube du jour, que les généraux 
verront où ils en sont, s'il convient d'avancer, si leur cavalerie 
est victorieuse ou battue, et ce qu'ils pourront entreprendre. 
Dans ces sortes d'occasions, il faut qu'un chacun prenne son 
parti et agisse de lui-même, sans attendre les ordres du général 
en chef. 

Pour moi, je n'attaquerais jamais au milieu de la nuit; parce 
que l'obscurité entraine le désordre, et que beaucoup de soldats 
ne font leur devoir que lorsqu'ils sont vus et qu'ils craignent la 
punition. Sur l'île de Rûgen, en 1715, Charles XII attaqua de 
nuit le prince d'Anhalt, qui ne venait que d'y débarquer. Le roi 
de Suède avait raison de le faire, car il voulait cacher sa fai- 
blesse, qui aurait été découverte de jour; il n'avait que quatre 
mille hommes, il en attaqua vingt mille, et fut battu. » 

3. ATTAQUES DE RETRANCHEMENTS. 

Si vous êtes obligé d'attaquer un ennemi retranché, faites -le 
d'abord , et ne lui donnez pas le temps de perfectionner son ou- 
vrage, car ce qui était bon le premier jour devient souvent mau- 
vais le second. Avant que d'attaquer, reconnaissez vous-même 
le poste de l'ennemi. Votre première disposition, qui roule sur le 
choix de l'attaque, facilite votre succès ou le rend difficile. La 
plupart des retranchements se prennent parce qu'ils ne sont pas 
assez bien appuyés ; celui de Turin se prit du côté de la Doire , 
où le prince d'Anhalt eut assez de terrain pour le tourner, et ce- 
lui de Malplaquet, par le bois qui était à la gauche de Villars, 
par lequel on le tourna. Si l'on s'était d'abord avisé de cette at- 
taque, cela aurait épargné la vie à à peu près quinze mille hommes 

* La traduction ajoute, p. 1 43 et 1 44 : ^<e grosse Hegel vom Kricge in aiiem 
was man Treffen, Bal aille n oder Action nennet, ist, dos s man seine Flanquen 
urid seinen Riïcken versichere and dass man dem Feind die Flanque abgewinne : 
dièses geschiehet durch verschiedentliche Mittel ; inzwischen laufl ailes au/eins 
hinaus. 



DE LA GUERRE. 71 

des alliés. Si le retranchement s'appuie à une rivière, et que son 
bord soit guéable, ii faut l'attaquer de ce côté- là. On prit celui 
des Suédois à Stralsund en le tournant par la mer, qui était 
gaéable à son bord, et Ton força les Suédois de l'abandonner. 
Lorsque les retranchements de l'ennemi sont trop étendus et trop 
vastes pour les troupes qu'il y a mises, on forme plusieurs at- 
taques, et on les emporte à coup sûr; mais on cache sa disposi- 
tion à l'ennemi , pour qu'il ne s'aperçoive pas d'avance de votre 
dessein, en y portant ses forces. Voici une disposition pour l'at- 
taque d'un retranchement, que le plan 1 er éclaircira. Je forme 
uoe ligne de trente bataillons; j'appuie ma gauche à la rivière N.; 
j'emploie douze bataillons à l'attaque de la gauche, par où je veux 
percer, et huit à la droite; les troupes qui attaquent sont sur deux 
lignes, avec des intervalles, en échiquier; mon infanterie fait la 
troisième, et ma cavalerie, quatre cents pas derrière l'infanterie, 
fait la quatrième ligne. De cette façon, ma ligne d'infanterie tient 
l'ennemi en respect, et elle est à portée de profiter du moindre 
mouvement faux que l'ennemi fera. Les attaques ont leurs dis- 
positions particulières; chacune mène avec elle un certain nombre 
de travailleurs, avec des pelles, qui portent des claies et des fas- 
cines pour combler le fossé et pour faire des ouvertures à la ca- 
valerie dès qu'on y est entré. L'infanterie qui attaque ne tirera 
point, et, dès qu'elle sera maîtresse du retranchement, elle se 
mettra en bataille sur le parapet et fera feu sur l'ennemi. La 
cavalerie entrera alors par les ouvertures que les travailleurs 
auront faites, se formera, et, quand elle sera assez nombreuse, 
elle attaquera l'ennemi; si elle est repoussée, elle se ralliera sous 
le feu de l'infanterie, jusqu'à ce qu'enfin toute l'armée ait péné- 
tré et ait entièrement chassé l'ennemi. 

4. DÉFENSE D'UN RETRANCHEMENT. 

Je l'ai dit et je le répète, je ne voudrais jamais retrancher 
mon armée, à moins que je ne fisse un siège; et encore vaudrait- 
il mieux aller au-devant de l'ennemi. a Mais supposons pour un 

1 Ce paitsaçe rappelle ce que le Roi dit du camp de Bunielwîts, t. V, p. lao 
et suiyantes. 



7» I. LES PRINCIPES GENERAUX 

moment qu'on voulût se retrancher; en ce cas, je propose la fa- 
çon la plus avantageuse de le faire. On occupe un petit terrain, 
pour qu'on puisse le garnir de bataillons contigus et se ménager 
encore deux ou trois grosses réserves d'infanterie, pour les porter 
dans la bataille, du côté où l'ennemi fait ses efforts; on borde le 
parapet de bataillons ; on place les réserves derrière et de sorte 
qu'elles sont également à portée de tous côtés. La cavalerie est 
derrière ces réserves, rangée sur une seule ligne. Il faut bien ap- 
puyer le retranchement. S'il l'est à une rivière , on continue le 
fossé du retranchement aussi loin que Ton peut dans la rivière, 
pour ne point être tourné; s'il Test à un bois, on fait de ce côté- 
là un recoude au retranchement et un abatis le plus épais que 
l'on peut en avant; on flanque les redans le mieux que l'on peut, 
on fait le fossé extrêmement large et profond, l'on perfectionne 
les ouvrages tous les jours, soit en fortifiant les parapets, en 
fraisant les bermes, en palissadant ou en faisant des trous de 
loup, ou en l'entourant de chevaux de frise. Votre plus grand 
avantage dépend du choix du lieu et de certaines règles de forti- 
fication qu'il faut observer: i° obliger l'ennemi à vous attaquer 
par un petit front; 2° et le réduire à des points d'attaque capi- 
taux. Pour mieux expliquer mon idée, voyez le plan II. Le de- 
vant du terrain est rétréci par F abatis et la rivière, et vous pré- 
sentez à l'attaquant un front qui le déborde. Il ne saurait atta- 
quer votre droite, à cause qu'il aurait la batterie de l'autre côté 
de la rivière en flanc et la redoute du centre à dos. Il n'a donc 
aucune autre attaque que celle de la redoute du centre, et il faut 
encore qu'il l'attaque du côté de l'abatis. Comme vous vous at- 
tendez à cette attaque, cette redoute est le mieux fortifié de tous 
les autres ouvrages, et, n'ayant qu'un objet à défendre, votre 
attention n'est distraite par rien d'autre. 

Le numéro III présente un autre plan de retranchement. Ce 
sont des redoutes saillantes et des redoutes retirées qui se 
flanquent, et qui sont jointes par un retranchement. Cette es- 
pèce de fortification rend les saillantes points d'attaque, et, 
comme il n'y en a (pie quelques - unes , on les peut perfectionner 
plus vite que s'il fallait fortifier également tout le front. 11 faut 
que le feu de mousqueterie des redoutes saillantes se croise; par 



DE LA GUERRE. 7 3 

conséquent elles ne doivent être éloignées que de six cents pas les 
unes des autres. Notre infanterie défend un retranchement par 
des décharges de bataillons entiers; il faut que chaque homme 
soit pourvu de cent coups. On mêle le plus de canons que Ton 
peut entre les bataillons et dans la pointe des redoutes. De loin 
ils tirent à boulets , et de quatre cents pas à mitraille. Supposé 
que, malgré la bonté du retranchement et notre feu prodigieux, 
l'ennemi perce quelque part, alors la réserve d'infanterie avance 
sur lui et le rechasse; et, supposé que celle-là plie, c'est alors 
à la cavalerie à faire ses derniers efforts pour repousser l'ennemi. 

5. POURQUOI LES RETRANCHEMENTS SOUVENT SONT 

FORCÉS. 

La plupart des retranchements sont forcés, parce qu'ils ne sont 
pas faits selon les règles, que celui qui se défend est borné, que 
les troupes sont timides , et que celui qui attaque a ses mouve- 
ments libres et plus d'audace. De plus , l'exemple a fait voir que , 
dès qu'un retranchement est forcé dans un endroit, toute l'armée, 
découragée, l'abandonne. Je crois cependant que nos troupes 
auraient plus de résolution, et qu'on rechasserait l'ennemi autant 
de fois qu'il aurait percé; mais à quoi serviraient ces succès? Ces 
retranchements mêmes vous empêcheraient d'en profiter. 

6. POURQUOI LES LIGNES NE VALENT RIEN. 

S'il se trouve autant d'inconvénients à se retrancher, il en 
résulte naturellement que les lignes sont plus mauvaises encore. 
Cette mode est venue dans nos guerres modernes par le prince 
Louis de Bade; il en fit à Brûhl, les Français en firent ensuite eu 
Flandre, durant la guerre de succession. Je dis qu'elles ne valent 
rien, à cause qu'elles occupent plus de terrain qu'on n'a de troupes 
pour les garder; que, en formant plusieurs attaques, on est sûr 
de les forcer, et que par conséquent elles ne couvrent point le 
pays, et qu'elles ne sont bonnes qu'à faire perdre la réputation 
aux troupes que Ton y place. 



74 I. LES PRINCIPES GENERAUX 



7. COMMENT ON PEUT BATTRE L'ENNEMI 
A FORCES INÉGALES. 

Lorsque le nombre des troupes prussiennes est inférieur aux 
ennemis, il ne faut pas désespérer de les vaincre; mais il faut 
alors que la disposition du général supplée au nombre. Les ar- 
mées faibles doivent chercher des pays fourrés et montagneux , 
à cause que les terrains y sont tous étroits, que le nombre des 
ennemis, dès qu'il ne saurait les déborder, leur devient inutile et 
quelquefois même à charge. J'ajoute encore qu'on y appuie bien 
mieux les ailes d'une armée dans un terrain montueux et coupé 
que dans des plaines. Nous n'aurions jamais gagné la bataille de 
Soor, si le terrain ne nous eût favorisés, car, quoique notre 
nombre n'allât qu'à la moitié de celui des Autrichiens, ils ne 
nous débordèrent pas; ainsi le terrain remit une sorte d'égalité 
entre les deux armées. Ainsi ma première règle tombe sur le choix 
du terrain, la seconde sur la disposition de la bataille même; c'est 
dans ces occasions que mon ordre de bataille oblique a peut être 
employé très-utilement. (Plan IV.) On refuse une aile à l'ennemi , 
et l'on fortifie celle qui doit attaquer. Avec celle-là vous faites 
tous vos efforts sur une aile de l'ennemi, que vous prenez en 
flanc. Une armée de cent mille hommes, prise en flanc, peut 
être battue par trente mille hommes, car l'affaire se décide alors 
bien vite. Voyez le plan numéro IV. C'est ma droite qui fait 
tout l'effort; un corps d'infanterie se coule dans le bois, pour 
donner sur le flanc de la cavalerie ennemie et pour protéger l'at- 
taque de notre cavalerie. Quelques régiments de hussards ont 
ordre de tomber sur le dos des ennemis; ensuite l'armée avance. 
Dès que la cavalerie ennemie est battue, l'infanterie du bois at- 
taque celle des ennemis par le flanc, tandis que votre infanterie 
la prend de front; et il ne faut faire approcher l'aile gauche que 
lorsque la gauche des ennemis est totalement défaite. Voici les 
avantages de cette disposition : 1 ° un petit nombre peut se me- 
surer à un corps supérieur; 2 une partie de votre armée attaque 
l'ennemi d'un cote décisif; 3° si vous êtes battu, ce n'est qu'une 
* Voyext. XXVU. m,p. a 7 4- 



DE LA GUERRE. 7 5 

partie de votre armée qui l'a été, et les trois quarts, de troupes 
fraîches, servent à faire la retraite. 



8. DES POSTES. (Plan V.) 

Lorsque Fennemi occupe un poste, on en observe bien le fort 
ou le faible avant que de faire les dispositions d'attaque, et Ton 
se détermine toujours pour l'endroit où il y a le moins de résis- 
tance à craindre. Les attaques de villages sont si meurtrières, 
que je me suis fait une loi de les éviter soigneusement, à moins 
de m'y voir obligé nécessairement , à cause qu'on peut y perdre 
la fleur de son infanterie, et que de vie d'homme on ne parvien- 
dra pas à en former une meilleure que la nôtre. Il y a des géné- 
raux qui soutiennent qu'on ne saurait, mieux attaquer un poste 
que par le centre. J'ai feint un poste semblable, supposant que 
l'ennemi a deux villes ou deux gros villages sur ses ailes. Il est 
sûr qu'en forçant le centre, les ailes sont perdues, et qu'une 
attaque pareille peut mener aux plus brillantes victoires. J'en 
donne ici le dessin, en ajoutant que, si vous êtes heureux, il faut 
grossir l'attaque et, si vous percez, replier une partie des enne- 
mis sur leur droite et les autres sur leur gauche. 

Dans les postes, rien n'est plus redoutable que les batteries 
de canons chargés de mitraille, qui font un ravage horrible dans 
les bataillons. J'ai vu attaquer des batteries à Soor et à Kessels- 
dorf, et, ayant remarqué dans les ennemis les mêmes fautes dans 
les mêmes actions, cela m'a fait naître une idée que j'expose ici 
à tout hasard. 

Je suppose qu'il faille emporter une batterie de quinze canons 
qui ne peut se tourner. J'ai vu que le feu des canons et de l'in- 
fanterie qui les soutient la rend inabordable. Nous n'avons em- 
porté les batteries des ennemis que par leur faute. Notre infan- 
terie assaillante, à moitié détruite, recula par deux reprises; 
l'infanterie ennemie voulut la poursuivre, et quitta son poste. 
Par ce mouvement, son canon lui devint inutile, et nos gens, les 
talonnant de près, arrivèrent en même temps que les ennemis 
à la batterie, qu'ils emportèrent. Ces deux expériences m'ont fait 
imaginer d'imiter ce que nos troupes ont fait alors, c'est-à-dire 



76 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

de former l'attaque sur deux lignes en échiquier, de mettre 
quelques escadrons de dragons derrière pour les soutenir, d'or- 
donner à la première ligne d'attaquer mollement et de se retirer 
dans les intervalles de la seconde, pour que l'ennemi, trompé par 
cette retraite simulée, coure à la poursuite, et abandonne son 
poste. Ce moment -là est comme le signal qu'il faut marcher en 
avant et attaquer vigoureusement, comme on en verra la dispo- 
sition dans le plan VI. 

9. DE LA DÉFENSE DES POSTES. 

Mon principe est de ne jamais mettre ma confiance dans un 
poste, à moins qu'il ne soit physiquement démontre qu'il est 
inattaquable. Toute la force de nos troupes est dans l'attaque ; 
nous serions des fous d'y renoncer gratuitement. On observe, 
dans les postes, d'occuper les hauteurs et de bien appuyer ses 
ailes. Pour tous les villages qui seraient devant ou sur les ailes 
de l'armée, je les ferais allumer, à moins que le vent ne portât 
la fumée dans notre propre camp. S'il y avait cependant quelque 
bonne cassine massive, mille pas devant le front de l'armée, j'y 
mettrais de l'infanterie, pour foudroyer les ennemis et les incom- 
moder pendant la bataille. Il faut bien prendre garde, dans les 
postes, de ne point placer des troupes dans des endroits où elles 
ne peuvent pas combattre. Notre camp de Grottkau, Tannée 
1741, ne valait rien, parce que le centre et la gauche étaient der- 
rière des marais impraticables. Il n'y avait qu'une partie de la 
droite qui pût agir. Villeroi fut battu à Ramillies pour s'être 
ainsi posté; sa gauche lui était inutile, l'ennemi porta toute sa 
force contre la droite des Français, que rien ne put y résister. Je 
crois que les Prussiens peuvent prendre des postes comme les 
autres, s'en servir pour un moment, afin de profiter des avan- 
tages de l'artillerie, mais abandonner le poste tout d'un coup' et 
attaquer fièrement l'ennemi, qui, d'assaillant devenant l'assailli , 
verra ses projets tout d'un coup détruits; de plus, toutes les 
choses que l'on fait, auxquelles l'ennemi ne s'attend pas, font un 
effet admirable. 



DE LA GUERRE. 77 

10. BATAILLES DANS DES PLAINES COUPÉES. 

Ces sortes de batailles sont absolument du genre des postes. 
On attaque par l'endroit le plus faible. Je ne voudrais jamais 
que mon infanterie tirât en de pareilles occasions, à cause que 
cela les arrête, que ce n'est pas les ennemis que l'on tue qui nous 
donnent la victoire, mais le terrain que l'on gagne. Ainsi, avan- 
cer fièrement et en bon ordre , et gagner en même temps du ter- 
rain, c'est gagner la bataille. J'ajoute à ceci comme une règle 
générale que, dans les terrains coupés et difficiles, on donne 
quinze pas pour les distances des escadrons; quand c'est une 
plaine, ils sont contigus. Pour la ligne d'infanterie, elle n'a 
d'autre intervalle à moins * celui qu'il faut pour le canon, et il 
n'y a qu'aux attaques de retranchements, aux attaques de batte- 
ries ou de villages, et dans les arrière - gardes de retraites, que 
je mets l'infanterie et la cavalerie en échiquier dans les attaques, 
pour que les corps puissent se replier sans confusion, ou pour 
fortifier tout d'un coup votre ligne par la seconde, qui entre 
dans les intervalles de la première, et dans les retraites, pour 
que les lignes puissent se retirer sans confusion et s'entre-sou tenir 
toujours. Ceci est une règle générale. 

11. DES BATAILLES EN RASE CAMPAGNE. (Plan VIL) 

Je trouve ici le lieu de donner quelques règles générales de ce 
qu'il faut observer en formant l'armée vis-à-vis de l'ennemi, 
dans quelque occasion que ce soit. La première est de prendre 
des points de vue pour les ailes; on fait dire par exemple : La 
droite s'alignera sur ce clocher, et la gauche sur ce moulin à vent. 
Ufaut, de plus, que le général retienne ses troupes, pour qu'elles 
ne prennent pas une fausse position. Il n'est pas toujours néces- 
saire d'attendre que toute l'armée soit formée pour attaquer, car 
cela va vite, et l'on pourrait perdre ses avantages mal à propos 
par ces longueurs; mais il faut cependant qu'un nombre consi- 
dérable soit formé, et l'on a toujours sa principale attention à la 
première ligne; ainsi, sans égard à l'ordre de bataille, si les ré- 

* Le sens exigerait ici que, au lieu de à moins. 



78 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

giments de la première ligne n'y sont pas tous, on les remplace 
par ceux de la seconde. On appuie ses deux ailes, du moins 
Tune, avec laquelle on veut faire son principal effort. Les ba- 
tailles en rase campagne doivent être générales, car l'ennemi, 
ayant tous ses mouvements libres, pourrait se servir d'un corps 
que vous lui laissez à sa disposition pour vous tailler de la be- 
sogne. Si une des ailes de cavalerie n'est point appuyée, c'est au 
général qui commande la seconde ligne de dragons de déborder 
la première sans même qu'on le lui dise, et les hussards, qui sont 
en troisième ligne, doivent déborder les dragons. Ceci est une 
règle générale, dont voici la raison. Si l'ennemi fait quelque 
manœuvre pour prendre les cuirassiers de la première ligne en 
flanc, vos dragons et vos hussards tombent sur le sien, et votre 
cavalerie n'a rien à craindre. Vous verrez de plus, par le plan VII, 
que je place trois bataillons dans les intervalles de la droite et de 
la gauche de mes lignes d'infanterie. C'est pour plus de sûreté; 
supposé que la cavalerie soit battue, votre infanterie peut se sou- 
tenir, comme cela arriva à Mollwitz. Le général qui commande 
la seconde ligne d'infanterie est à trois cents pas de la première. 
S'il voit quelque intervalle dans la première ligne, il doit aussi- 
tôt le boucher par quelques bataillons de la seconde, qu'il y fera 
entrer. Dans les plaines, il faut toujours avoir une réserve de 
cavalerie derrière le centre de la bataille. Il faut choisir un bon 
officier pour la commander. Celui-là agit par lui-même; s'il 
voit qu'une des ailes de cavalerie a besoin de secours, il y vole 
avec son monde, et si cette aile est battue, il tombe sur le flanc 
de l'ennemi qui poursuit, et donne à la cavalerie le temps de se 
rallier et de se reconnaître. La cavalerie attaque au plein galop ; 
elle engage l'affaire. L'infanterie marche à grands pas à l'ennemi. 
Les commandeurs des bataillons tâcheront d'enfoncer l'ennemi, 
sans tirer qu'il n'ait tourné le dos. Si les soldats commencent 
à tirer, ils doivent leur faire remettre le fusil sur l'épaule et avan- 
cer toujours , mais tirer par bataillons entiers dès que l'ennemi 
tourne le dos. Une bataille engagée de cette façon -là sera expé- 
diée bien vite. 

Je présente un ordre de bataille nouveau dans mon huitième 
plan. La différence qui s'y voit de l'autre est qu'il s'y trouve des 



DE LA GUERRE. 79 

corps d'infanterie aux extrémités de la cavalerie. En voici la rai- 
son: c'est pour soutenir la cavalerie; dans le commencement de 
Faction , la canonnade de ces corps et de ceux des ailes d'infante- 
rie doivent viser à la cavalerie ennemie, pour que la nôtre en ait 
meilleur jeu. Si une aile de cavalerie est poussée par l'ennemi , il 
ne saurait la poursuivre, car il se mettrait entre deux feux, et 
notre cavalerie a le temps de se rallier. Si notre cavalerie est 
victorieuse, comme il y a apparence, cette infanterie s'approche 
de celle de l'ennemi. Vos bataillons qui sont entre les deux lignes 
font un quart de conversion, et deviennent votre aile. Ceux-ci et 
ceux qui étaient sur l'aile chargent l'ennemi en flanc et en queue, 
de sorte que vous en aurez bon marché. Votre cavalerie victo- 
rieuse ne doit point laisser à celle de l'ennemi le temps de se ral- 
lier, mais la poursuivre sans cesse en bon ordre, et la couper le 
plus qu'elle peut de son infanterie. Si la confusion y est totale , 
le général de la cavalerie les fait poursuivre par les hussards, et 
les soutient par les cuirassiers , et il enverra les dragons sur la 
route que les fuyards de l'infanterie ennemie tiendront, pour les 
couper et faire nombre de prisonniers. 

Le plan VIII diffère encore des autres, en ce que des esca- 
drons de dragons sont mêlés parmi la seconde ligne d'infanterie. 
En voici la raison. J'ai remarqué, dans toutes les actions que 
j'ai eues avec les Autrichiens, que, lorsque le feu de la mousque- 
terie a duré un quart d'heure , leurs bataillons tourbillonnent à 
l'entour de leurs drapeaux. À Friedeberg, notre cavalerie donna 
dessus, et en fit grand nombre de prisonniers. Si donc ces dra- 
gons se trouvent d'abord à portée, il faut les lâcher alors sur 
cette infanterie, que vous détruirez à coup sûr. Mais on dira que 
je défends de tirer, et que cette disposition ne roule que sur le 
feu de mon infanterie. Je réponds à cela que de deux choses que 
je prévois il en arrivera une : ou que mon infanterie tirera mal- 
gré que cela lui est défendu, ou que, si elle exécute mes ordres, 
l'ennemi tournera également le dos. Dans l'un ou l'autre cas , il 
faut lâcher la cavalerie lorsqu'ils se mettent en confusion. Alors 
ces gens, pris en flanc, assaillis par devant, et coupés par der- 
rière par les secondes lignes de cavalerie, tomberont presque tous 
entre vos mains. Ce ne sera pas une bataille , mais la destruc- 



8o I. LES PRINCIPES GENERAUX 

lion totale de vos ennemis, surtout s'il ne se trouve pas un défile 
trop voisin qui protège leur Fuite. 

Plan IX. Je finis cet article par une seule réflexion. Si vous 
marchez par lignes à une bataille, soit par la droite, ou par la 
gauche, il faut que les pelotons observent bien leur distance, 
pour qu'ils ne soient ni trop pressés , ni trop éloignes. Si vous ' 
marchez de front (plan X), il faut que les pelotons et les ba- 
taillons soient tous serrés les uns sur les autres, pour que, 
lorsque vous commencez à vous déployer, vous vous formiez 
plus promptement. 



12. DE L'ARTILLERIE. 

Je distingue les gros canons de ceux qui sont attachés aux 
bataillons. On place les grosses pièces sur des hauteurs, au com- 
mencement de l'action, et les petites à cinquante pas devant le 
front. Il faut qu'ils visent et tirent juste. Quand on est à cinq 
cents pas de l'ennemi, les petits canons se tirent à bras d'hommes, 
et ils peuvent rester auprès des bataillons et tirer continuellement 
en avançant. Quand l'ennemi s'enfuit, les gros canons avancent, 
et lui donnent encore quelques décharges pour lui souhaiter bon 
voyage. Six canonniers sont auprès de chaque canon de la pre- 
mière ligne, et trois charpentiers des régiments. J'ai oublié de 
dire que les canons doivent tirer à mitraille à trois cent cin- 
quante pas. 

i3. DE CE QU'IL FAUT OBSERVER DANS LA POURSUITE. 

A quoi sert l'art de vaincre, si l'on ne sait pas profiter de «es 
avantages? Verser le sang des soldats à pure perte, c'est les con- 
duire inhumainement à la boucherie; et dans de certains cas, ne 
pas poursuivre l'ennemi pour augmenter sa peur ou faire plus 
de prisonniers, c'est en quelque façon remettre une chose en 
question, qui vient d'être décidée. Ce sont ou les vivres ou les 
fatigues qui empêchent une armée de poursuivre les vaincus. 
Quant aux vivres, c'est la faute du général. S'il donne bataille, 
il a un dessein, et s'il a un dessein, il doit préparer d'avance tout 



DE LA GUERRE. 81 

ce qu'il fkut pour l'exécuter. On tient donc du pain et du biscuit 
tout prêts pour huit ou dix jours. Quant aux fatigues, à moins 
qu'elles n'aient été excessives, il faut faire dans des jours extra- 
ordinaires des choses extraordinaires. Après avoir vaincu, je veux 
donc que Fou fasse un détachement des régiments qui ont le plus 
souffert, qui auront soin des blessés, et qui les feront emporter 
à l'hôpital qu'on leur a préparé, songeant premièrement aux 
vôtres, et ne manquant pas d'humanité pour ceux des ennemis. 
Quant à l'armée, elle poursuivra l'ennemi jusqu'au premier dé- 
filé , et dans ces premiers temps* il ne tiendra nulle part, pourvu 
qu'on ne lui laisse pas le temps de revenir à lui-même. Cepen- 
dant campez -vous toujours selon les règles, et ne vous endor- 
mez pas. Si la bataille a été bien complète, on peut détacher, ou 
pour couper la retraite à l'ennemi, ou pour s'emparer de ses ma- 
gasins, ou pour faire le siège de trois ou quatre villes à la fois. 
Je ne puis point donner de règle générale là -dessus; il faut se 
régler sur les événements. J'ajoute seulement qu'il ne faut ja- 
mais s'imaginer d'avoir tout fait, lorsqu'il reste encore quelque 
chose à faire, b ni s'imaginer que votre ennemi, s'il est habile, 
ne profitera pas de vos fautes, quoiqu'il soit vaincu. 

i4. DES AFFAIRES DE DÉTACHEMENT. 

Ce qui se pratique dans les armées les jours de bataille se fait 
de même en petit dans les combats de détachement. Lorsque les 
détachements peuvent se ménager un petit secours qui leur ar- 
rive pendant l'action, cela détermine ordinairement l'événement 
en leur faveur, car l'ennemi, voyant arriver ce renfort, se le re- 
présente le triple plus fort, et se décourage. Lorsque notre in- 
fanterie n'a affaire qu'à des hussards, on la range souvent sur 
deux files; elle en occupe un plus grand front, charge plus com- 
modément, et c'est faire assez d'honneur aux hussards que de 
leur présenter un corps sur deux files. 

* In der ersten Consternation. (Traduction , p. 1 7$. ) 
I» Voyex t. X , p. a4g, et t. XVIIT, p. 104. 

XXVIIL 6 



8a 1. LES PRINCIPES GENERAUX 



i5. RETRAITES DES CORPS BATTUS. 

Une bataille perdue est un moindre mal par la perte des 
troupes que par le découragement; car, en effet, sur une armée 
de cinquante mille hommes, qu'il y en ait quatre mille ou cinq 
mille de plus ou de moins, cet objet n'est pas assez considérable 
pour étouffer l'espérance. Un général battu doit travailler à gué- 
rir sa propre imagination et celle de ses officiers et soldats, et à 
ne point augmenter et amplifier soi-même ses pertes. Je fais des 
vœux au ciel pour que les Prussiens ne soient jamais battus, et 
j'ose dire que, tant qu'ils seront bien menés et disciplinés, ce 
malheur ne sera point à craindre. Mais, en cas d'accident, voilà 
comme il faudrait se remettre. Si vous voyez que votre affaire 
est sans ressource, c'est-à-dire, que vous ne pouvez plus em- 
pêcher ni résister aux mouvements que l'ennemi a faits, il faut 
prendre de l'infanterie de la seconde ligne et, si vous avez un dé- 
filé dans le voisinage, le garnir selon la disposition que j'ai don- 
née des retraites, et y mettre le plus de canons que vous pouvez; 
si vous n'avez point de défilé voisin, retirer votre première ligne 
par les intervalles de la seconde, et la reformer à trois cents pas 
de là; y joindre les débris de votre cavalerie, et, si vous le vou- 
lez, faire un carré pour protéger votre retraite. Deux carrés sont 
fameux dans l'histoire : celui de M. de Schulenbourg à la bataille 
de Fraustadt, où il se retira jusqu'à l'Oder, sans que Charles XII 
le pût forcer, et celui que fit le prince d'Anhalt lorsque Styrtim 
perdit la première bataille de Hôchstâdt. Le prince d'Anhalt tra- 
versa une plaine d'un mille de long, sans que la cavalerie fran- 
çaise pût l'entamer. J'ajoute à ceci que pour être battu, il ne 
faut pas se sauver à vingt milles du champ de bataille; il faut 
s'arrêter au premier bon poste que Ton trouve, faire bonne con- 
tenance, remettre l'armée, et calmer les esprits qui sont encore 
découragés de leur disgrâce. 



DE LA GUERRE. 83 

ARTICLE XXVI. 
POURQUOI ET COMMENT ON LIVRE BATAILLE. 

Les batailles décident du sort des Etats. Lorsqu'on fait la 
guerre, il faut bien en venir à des moments décisifs, ou pour se 
tirer d'embarras, ou pour y mettre votre ennemi, ou pour ter- 
miner des querelles qui ne finiraient jamais. Un homme raison- 
nable ne doit faire aucune démarche sans un bon motif, et un 
général d'armée ne doit à plus forte raison jamais livrer bataille 
sans un but important, et, s'il est forcé de se battre, c'est tou- 
jours parce qu'il a commis quelque faute qui l'a réduit à recevoir 
cette fiere loi de son ennemi. Vous voyez bien que je ne fais 
pas ici mon panégyrique, car, des cinq batailles que mes troupes 
ont livrées aux ennemis, il n'y en a eu que trois de prémédi- 
tées de ma part; j'ai été forcé aux deux autres : à celle de Moll- 
witz, parce que les Autrichiens s'étaient mis entre mon armée et 
Ohlau , où étaient mon artillerie et mes vivres ; à celle de Soor, 
parce que les Autrichiens me coupaient le chemin de Trautenau, 
et que je ne pouvais éviter, sans ma ruine certaine, d'entrer en 
action. Mais que l'on voie la différence qu'il y a entre ces ba- 
tailles forcées et les batailles prévues. Quels succès n'eurent pas 
celles de Friedeberg et de Kesselsdorf , et celle de Czaslau , qui 
nous procura la paix! Ainsi, en donnant des préceptes ici que je 
n'ai pas suivis moi-même, par imprudence , c'est pour que mes 
officiers profitent de mes fautes, et qu'ils sachent que je pense 
à m'en corriger. Quelquefois les deux armées sont également 
disposées à donner bataille; alors la besogne est promptement 
expédiée. Les meilleures batailles sont celles où l'on force l'en- 
nemi par nécessité à se battre ; car c'est une règle certaine qu'il 
faut toujours obliger l'ennemi à ce qui lui répugne, car, comme 
vos intérêts sont diamétralement contraires, il faut que vous 
vouliez tout ce qu'il ne veut pas. Voici les raisons pour lesquelles 
on livre bataille : pour faire lever le siège à l'ennemi d'une de vos 
places; pour le chasser d'une province qu'il envahit; pour péné- 
trer dans le sien, pour faire un siège, ou pour vaincre son obsti- 



84 I. LES PRINCIPES GÉNÉRAUX 

nation à ne pas vouloir la paix. a On oblige l'ennemi à se battre, 
en faisant une marche forcée qui vous porte à son dos, et qui le 
coupe de ses derrières, ou bien en menaçant une ville qu'il lui 
importe de conserver à tout prix. Mais qu'on y prenne bien 
garde : lorsqu'on fait faire de ces sortes de manœuvres aux ar- 
mées, il ne faut pas non plus s'y mettre dans un même inconvé- 
nient en se postant de façon que l'ennemi peut vous couper de 
vos magasins à son tour. Les actions où l'on risque le moins sont 
les affairas d'arrière-garde. On se campe proche de l'ennemi, et, 
s'il veut se retirer pour passer quelque défilé en votre présence, 
vous tombez sur la queue de son armée. L'on risque peu dans 
ces actions, et l'on gagne beaucoup. Le prince de Lorraine aurait 
pu engager une affaire de cette nature avec nous, si, au lieu de 
marcher à Soor, il avait attendu que nous eussions pris le camp 
de Trautenau, et qu'il se fut alors campé vis-à-vis de mon ar- 
mée. La marche de Schatzlar nous aurait bien autrement coûté, 
et je crois que ce prince y aurait trouvé ses avantages. b On se 
bat, de plus, pour empêcher la jonction des ennemis. Cette rai- 
son est valable; mais un ennemi habile trouvera bien l'art de 
vous échapper par une marche forcée , ou en occupant un poste 
de choix. Quelquefois on ne prémédite pas une action , mais on 
est invité de l'engager par des fautes de l'ennemi, dont il faut 
profiter pour l'en punir. 

J'ajoute à ces maximes que nos guerres doivent être courtes 
et vives. Il ne nous convient pas du tout de traîner les choses en 
longueur. Une guerre de durée détruirait insensiblement notre 
admirable discipline; elle dépeuplerait le pays, et épuiserait nos 
ressources. D faut donc que ceux qui commandent des armées 
prussiennes cherchent prudemment à décider les choses; il ne faut 
point qu'ils pensent comme le maréchal de Luxembourg, à qui 
son fils disait dans la guerre d'Italie : c «Il me semble, mon père, 
«que nous pourrions encore prendre une telle ville. — Tais -toi, 

* La traduction ajoute, p. 1S1 : Oder aber auch, um Mm wegen eines Fehlers 
mu strafen, welchen er begangen ha t. 

b Ce qui précède, à partir des mots: «Le prince de Lorraine,» est omis 
dans la traduction, p. 182. 

<■• Bei einem Kriegc in Ftandem. (Traduction, p. 183.; 



DE LA GUERRE. 85 

«petit sot, lui répondit le maréchal; veux -tu que nous retour- 
• nions planter des choux chez nous?» En un mot, pour ce qui 
regarde les batailles, il faut suivre la maxime du sanhédrin des 
Hébreux : * 11 vaut mieux qu'un homme meure que si tout le 
peuple périssait. *> 



ARTICLE XXVIL 

DES HASARDS ET DES CAS FORTUITS QUI ARRIVENT 
A LA GUERRE. * 

Les généraux sont plus à plaindre que Ton ne pense; tout le 
monde les juge sans les entendre. Les gazettes les sacrifient aux 
mauvais propos du public, et, de quelques milliers de personnes 
qui les condamnent, il n'y en a pas une peut-être qui en sait as- 
sez pour commander le moindre détachement d'une armée. Je ne 
prétends point faire l'apologie des généraux qui font des fautes., 
car ils méritent la critique; aussi je sacrifie volontiers ma cam- 
pagne de Tannée 17M» et j'avoue que, parmi beaucoup d'écoles, 
je n'y ai fait que quelques choses de bien, comme le siège de 
Prague, la retraite et la défense de Kolin, et enfin la retraite en 
Silésie. Je prétends parler ici de ces événements malheureux 
sur lesquels la prévoyance et le conseil n'ont aucun empire; et 
comme c'est pour mes officiers que j'écris, je ne leur alléguerai 
d'exemples que de choses qui me sont arrivées. Comme nous 

» ' Evangile selon saint Jean, chap. XI, v. 5o. 

k La traduction ajoute, p. i84 : Was endlich noch die Art betrifft, einen 
Feiad wegen seiner begangenen Faulen zu sira/en, da muss man die Rclationes 
nm der Bataille von Seneffe lescn, wo der Prinz von Condé eine A/faire von der 
Arrieregarde mit dem Prinzen von Oranien oder Fùrst Waldeck cngagirte, weil 
dicter negligirct hotte, an der Tête eines Défilé Truppen zu p os tir en, welches er 
passîren musste, um seine Arrieregarde an sich zu ziehen. Man lèse noch die Re- 
lation von der Bataille bei Leuze, so durch den Maréchal Luxembourg gewonnen 
ward; desgleichen die Relation von der Bataille bei Rocoux, etc. 

c Dans la traduction , p. 1 85 , cet article commence par le passage suivant : 
Dieser Articul wurde sehr long sein, wenn ich darin dos Capitul aller Accidents 
90 einem General un Kriege arriviren kônnen, abhandeln wollte; ich will mich 
aber mit kurz einschrànken , um zu seigen t dass sowohl Geschicklichkeit , als 
auch Gluck bei dem Kriege erfordert wird. 



86 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

étions au camp de Reichenbach, en 17^1 , j'avais dessein de ga- 
gner la rivière de la Neisse par une marche forcée, et de me 
mettre entre cette ville et l'armée de Neipperg, pour en couper 
les Autrichiens. Toute la disposition était faite. Il survint des 
pluies abondantes, qui gâtèrent tous les chemins. Notre avant- 
garde, qui conduisait les pontons avec elle, ne put point avancer. 
Le jour de la marche, il fit un brouillard si épais, que les gardes 
d'infanterie qui avaient été dans les villages s'égarèrent et ne 
purent pas même rejoindre leurs régiments. Cela alla si loin que, 
au lieu de marcher à quatre heures comme cela était résolu, 
nous ne pûmes marcher qu'à midi. Ainsi plus de marche forcée ; 
ainsi l'ennemi nous prévint, et un brouillard détruisit tout mon 
projet. 

Une mauvaise récolte dans un pays où Ton veut porter la 
guerre fera manquer toute la campagne; des maladies qui se 
mettent dans les troupes au milieu des opérations vous mettront 
sur la défensive, comme cela arriva l'an 44» en Bohême, par la 
mauvaise nourriture que les troupes avaient prise. * Je chargeai , 
pendant la bataille de Friedeberg, un de mes aides de camp de 
dire au prince Charles qu'il se mît à la tête de ma seconde ligne 
comme le plus ancien, parce que Kalckstein avait été détaché sur 
l'aile droite contre les Saxons. Cet aide de camp fit un quipro- 
quo, et dit au Margrave de former ma seconde ligne de la pre- 
mière. Je m'aperçus encore à temps de ce malentendu, et j'eus 
le temps d'y remédier. Mais que l'on soit bien sur ses gardes, 
et que l'on pense qu'une commission rendue de travers peut 
perdre toutes vos affaires. Si un général devient malade, ou 
qu'il ait le malheur d'être tué à la tête d'un détachement d'im- 
portance, voilà tout d'un coup bien des mesures dérangées, car 
il faut de bonnes têtes et des génies offensifs pour les détache- 
ments, et ces derniers sont rares; je n'en connais dans mon armée 
que trois ou quatre tout au plus. Si, malgré ■ toutes vos pré- 
cautions, l'ennemi vient à bout de vous enlever un convoi, toutes 
vos mesures sont dérangées et vos desseins suspendus. Si vous 
êtes obligé par des raisons de guerre de faire quelques mouve- 
ments en arrière, vous découragez vos troupes. J'ai été assez 

« Voyci t. 111, p. 76. 



DE LA GUERRE. 87 

heureux de n'eu point faire l'expérience avec mou armée entière; 
niais j ai vu, après la bataille de Mollwitz, combien de temps il 
faut pour rassurer un corps découragé; car ma cavalerie était 
au point qu'elle croyait que je l'envoyais à la boucherie lorsque 
je faisais quelque détachement pour l'aguerrir. C'est depuis la 
bataille de Friedeberg que Ton peut marquer l'époque de sa ré- 
génération. 

Que l'ennemi découvre un espion d'importance que vous avez 
dans son camp, voilà votre boussole perdue, et vous n'apprenez 
plus de ses manœuvres que celles que vous voyez. 

La négligence des officiers qui doivent battre l'estrade peut 
tous mettre dans les plus grands embarras. Neipperg fut sur- 
pris à Mollwitz de cette façon-là , car l'officier hussard qu'il avait 
chargé daller à la découverte négligea son devoir, et nous fûmes 
vis-à-vis de lui lorsqu'il s'y attendit le moins. Un officier de 
Zietcn fit mal la patrouille aux bords de l'Elbe; justement les 
ennemis firent, la nuit,* leur pont à Selmitz, et surprirent le 
passage. 

Apprenez donc à ne jamais confier la sûreté de toute l'armée 
à la vigilance d'un seul petit officier, et retenez bien ce que j'ai 
dit dans l'article de la défense des rivières en général. Les bat- 
teurs d'estrade ne doivent être regardés que comme une précau- 
tion superflue; il ne faut jamais entièrement se reposer là-dessus, 
mais prendre encore beaucoup d'autres précautions plus solides 
et plus certaines. 

Les trahisons sont le pire de tous les malheurs. En 1734» le 
prince Eugène fut trahi par le général Stein, qui était gagné par 
les Français. Je perdis Gosel par la trahison d'un officier de 
cette garnison qui déserta et y introduisit les ennemis. b 

Enfin, de tout ce que je viens de dire il en résulte que, 
quelque heureux que l'on soit, il ne faut jamais se confier à la 
fortune, ni se bouffir de ses succès, mais penser que notre peu 
de sagesse et de prudence devient souvent le jouet des hasards et 
de ces cas fortuits par lesquels je ne sais quel destin se plaît à 
humilier l'orgueil des présomptueux. 

* La nuit du 18 au 19 novembre 1744* Voyez t. III, p. 69 et 70. 
b Voyez ci -dessus, p. 64* 



88 I. LES PRINCIPES GENERAUX 



ARTICLE XXVI1L 

S'IL FAUT QU'UN GÉNÉRAL TIENNE DES CONSEILS 
DE GUERRE. 

Le prince Eugène disait qu'il n'y avait rien de tel que de te- 
nir un conseil de guerre toutes les fois qu'un général avait envie 
de ne rien entreprendre. Cela est si vrai , que la plupart des voix 
sont toujours pour la négative. Un général auquel le prince con- 
fie ses troupes doit agir par lui-même, et la confiance qu'il a dans 
le mérite de ce général l'autorise à le faire. De plus, le secret si 
nécessaire à la guerre n'est jamais observé dans les conseils de 
guerre. Je crois cependant qu'un général auquel un subalterne 
ouvre un bon avis doit en profiter. Un vrai citoyen, quand il 
s'agit du service de l'Etat, s'oublie soi-même. Il va au bien des 
affaires, sans s'embarrasser si ce qui y mène vient de lui ou d'un 
autre, pourvu qu'il obtienne son but. 



ARTICLE XXIX. 
DES NOUVELLES MANŒUVRES DÉ L'ARMÉE. 

Vous aurez vu, par toutes les maximes que j'ai établies, sur 
quoi se fonde la théorie des évolutions que j'ai introduites dans 
les troupes. Le dessein de ces manœuvres est de profiter et de 
gagner du temps dans toutes les occasions , soit pour sortir du 
camp, soit pour être formé plus vite que l'ennemi, soit pour se 
mettre promptement et sans confusion dans l'ordre de bataille 
ordinaire ou oblique, soit pour gagner promptement le terrain et 
décider une affaire plus vite que ce n'a été l'usage jusqu'à pré- 
sent, soit pour renverser l'ennemi par notre furieux choc de ca- 
valerie, dont l'impétuosité entraîne le poltron comme le brave 
homme. Tous servent également alors, et aucun cavalier ne de- 
vient inutile. Ce système est donc fondé sur la promptitude de 
tous les mouvements et sur la nécessité de l'attaque. Je me flatte 



DE LA GUERRE. 89 

que les généraux qui se convaincront de la nécessité et de l'utilité 
de cette discipline joindront leurs efforts aux miens pour la per- 
fectionner et la maintenir, soit en paix, ou en guerre. Je n'ou- 
blierai jamais ee que Végèee dit des Romains : «Et enfin, s'écrie 
«cet auteur dans une espèce d'enthousiasme, la discipline romaine 
«triompha de la haute taille des Germains, de la force des Gau- 
«lois, de la ruse des Grecs, du nombre des Barbares, et sub- 
jugua toute la terre connue.» « Tant la fortune des Etats tient 
à la discipline des armées! 



ARTICLE XXX. 
DES QUARTIERS D'HIVER. 

Lorsque la campagne est finie, l'on pense aux quartiers d'hi- 
ver, que l'on prend selon les circonstances où l'on se trouve. On 
règle premièrement la chaîne de troupes qui couvre les quartiers. 
Oo fait ces chaînes de trois façons : derrière une rivière, par des 
postes qui défendent des montagnes, ou par la protection de 
villes fortes. L'hiver de 4> & 4a* le corps de mes troupes qui 
hiverna en Bohême prit ses quartiers derrière l'Elbe. La chaîne 
qui le couvrait alors, de Brandeis, Nimbourg, Kolin, Podîebrad 
etPardubitz, se terminait à K5nigingrfitz. J'ajoute à ceci qu'il 
ne faut jamais se fier aux rivières , qu'on les passe toute part 
quand elles sont gelées, et qu'une précaution nécessaire est de 
placer des hussards dans tous ces postes pour être vigilants sur 
les mouvements de l'ennemi , et ces hussards font sans cesse des 
patrouilles en avant, pour savoir si l'ennemi est tranquille, ou 
s'il assemble ses troupes quelque part. b 

L'hiver de 44 à 45, nous fîmes la chaîne de nos quartiers le 
long des montagnes qui séparent la Bohême de la Silésie, obsef- 

a Végèee, De re militari, liv. 1, chap. i. Voyes aussi notre 1. 1, p. 195, 
et ci-deasoft, p. 3. 

t La traduction ajoute, p. 198 et 199 : Ucbcrdem miissen von Distances zu 
Distances hinter der Chaîne von der Infanterie noch Brigaden von Cav aller it and 
von Infanterie bereit sein , um gleich zum Suceurs zu riicken , wenn und wo sol- 
cher nôtkig sein dûrfle. 



90 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

vaut exactement les limites des frontières pour avoir du repos. 
Le lieutenant -général Truchsess avait la frontière depuis la Lu- 
sace jusqu'au pays de Glatz, c'est-à-dire, les postes de Schmiede- 
berg, de Friedland, qu'on avait fortifiés par deux redoutes, 
quelques petits postes fortifiés vers le chemin de Schatzlar, Lie- 
bau et Silberberg, Truchsess avait la réserve pour soutenir ce- 
lui de ces postes que l'ennemi voudrait insulter. Tous ces dé- 
tachements s'étaient fortifiés par des abatis; ils avaient rompu 
les chemins qui vont en Bohême, et chaque poste avait ses hus- 
sards pour battre l'estrade. Lehwaldt défendait le comté de 
Glatz avec un détachement pareil et les mêmes précautions. Ces 
deux généraux se prêtaient la main. Si les Autrichiens mar- 
chaient à Truchsess, Lehwaldt leur venait à dos par la Bohême, 
et vice versa. Les villes de Troppau et de Jagerndorf faisaient 
.nos têtes dans la Haute - Silésie ; elles communiquaient à Glatz 
pai;Ziegenhals et Patschkau, et à Neisse par Neustadu J'ajoute 
à ceci qu'il ne faut jamais mettre sa confiance aux montagnes, 
et se souvenir du proverbe qui dit: Le soldat passe où .passe la 
chèvre. 

Je renvoie aux quartiers d'hiver du comte de Saxe pour 
l'exemple de chaînes de quartiers soutenues par des forteresses. 
Ce sont les meilleures; mais tout le monde n'a pas le choix libre, 
et il faut faire ses chaînes sur le terrain que l'on occupe. J'ajoute 
à ceci pour maxime qu'il ne faut pas s'opiniâtrer pour une ville 
ou pour un poste dans des quartiers d'hiver, à moins que de ce 
poste l'ennemi ne puisse vous faire beaucoup de mal, parce que 
votre unique attention doit être de procurer du repos à vos 
troupes dans leurs quartiers. J'ajoute pour seconde maxime que 
la meilleure méthode est d'envoyer les régiments par brigades 
dans leurs quartiers, pour que les généraux les gardent sous leur 
inspection. Notre service demande aussi qu'on place, tant qu'on 
le peut, les régiments auprès des généraux qui en sont les chefs. 
Cette règle cependant est sujette à des exceptions, et c'est au gé- 
néral en chef à voir jusqu'où il peut y avoir égard. 

Voici la règle que je donne pour l'entretien des troupes. Si 
leurs quartiers sont dans mon pays, il faut que je donne une gra- 
tification aux capitaines et aux subalternes , que le soldat reçoive 



DE LA GUERRE. 91 

le p*ia gratis, et de la viande de même. Si c'est eu pays ennemi « 
le général principal aura quinze mille, * ceux d'infanterie et de 
cavalerie dix mille, les lieutenants-généraux sept mille, les gêné* 
raux- majors cinq mille, les capitaines de cavalerie deux mille, 
les capitaines d'infanterie dix -huit cents» les subalternes cent du- 
cats, le soldat pain, viande et bière gratis, que fournit le pays, 
mais point d'argent, car l'argent le fait déserter. Il faut que le 
général tienne la main que tout cela se fasse avec ordre. Point 
de pillage; mais il ne faut pas non plus qu'il chicane trop les of- 
ficiers sur quelques légers profits. Si l'armée est en pays ennemi , 
c'est au général à la recompléter. Il distribue, par exemple, les 
cercles : trois régiments sur celui-ci, quatre sur celui-là, etc. Il 
subdivise ces cercles, et les assigne comme des cantons. Si les 
états veulent livrer les recrues, tant mieux; sinon, on use de 
force. II faut les faire livrer de bonne heure, pour que les offi- 
ciers aient le temps de les exercer, qu'ils soient en état de servir 
le printemps suivant. Il faut, de plus, que les capitaines envoient 
en recrutement. Le général en chef doit se mêler de toute cette 
économie, ainsi que pour les chevaux d'artillerie et de munitions 
de guerre et de bouche, que le pays ennemi est aussi obligé de 
livrer, ou de les payer en argent. Le général a aussi l'œil pour 
que les contributions soient exactement payées à la caisse de 
guerre. C'est aux dépens du pays ennemi que l'on refait tous les 
équipages, les affûts, les chariots, et tout ce qui appartient k 
l'attirail d'une armée. Le général tiendra la main à ce que les of- 
ficiers de cavalerie réparent les selles, brides, étriers, bottes, etc., 
et que ceux d'infanterie fassent provision de souliers, bas, che- 
mises et guêtres pour la campagne prochaine; qu'ils fassent rac- 
commoder les couvertures des tentes et les tentes mêmes; qu'on 
fasse fourbir les lames de la cavalerie et raccommoder les armes 
des fantassins; que l'artillerie fasse nombre de cartouches pour 

» Comme les mots pays ennemi font allusion à l'Autriche , il est probable 
que les sommes indiquées ici doivent être énoncées en florins. Le mot florins, 
irai manque soit dans notre autographe, soit dans la traduction, se trouve dans 
le texte des Œuvres de Frédéric II, roi de Prusse, publiées du vivani de l'auteur. 
A Berlin, 1789, t. 111, p. 373. Le premier texte autographe de l'ouvrage de 
Frédéric, intitulé Instruction pour les généraux, ne renferme pas encore le pas- 
sage relatif aux gratifications. 



0> I. LES PRINCIPES GÉNÉRAUX 

la campagne prochaine, pour l'usage de l'infanterie, des hus- 
sards et du canon; que les troupes qui font la chaîne des quar- 
tiers soient abondamment pourvues de poudre et de balles, et, 
en général , qu'il ne manque de rien à l'armée. 

Si le général en a le temps, il fera bien de visiter lui-même 
quelques quartiers, pour voir après l'économie des troupes, et 
pour voir si les officiers exercent les troupes, ou s'ils se négligent: 
car il faut non seulement exercer les recrues, mais aussi les vieux 
soldats, pour les entretenir dans l'habitude. 

Vers le temps que l'ouverture de la campagne s'approche, on 
forme des quartiers de cantonnement selon l'ordre de bataille, la 
cavalerie sur les ailes, l'infanterie au centre. Ces cantonnements 
ont à peu près quatre à cinq milles de front, sur deux milles de 
profondeur. On les rétrécit pour l'ordinaire vers le temps que 
Ton compte de camper. J'ai trouvé qu'il était bon de diviser les 
troupes sous six commandements des premiers généraux dans 
les cantonnements; par exemple, l'un aura toute la cavalerie de 
la droite, l'autre toute la cavalerie de la gauche, un autre l'in- 
fanterie de la droite de la première ligne, un autre l'infanterie 
de la droite de la seconde ligne, un autre l'infanterie de la gauche 
de la première, un autre l'infanterie de la gauche de la seconde 
ligne. De cette façon, les ordres s'expédient d'autant plus vite, 
et vos troupes se mettent facilement en colonnes pour entrer dans 
le camp. 

J'avertis encore, à l'occasion des quartiers d'hiver, qu'il n'y 
faut jamais envoyer les troupes avant que d'être bien sûr que 
l'armée des ennemis est tout à fait séparée. * 



* La traduction ajoute, p. 2107 : Ich rccomniandtrc deshalb, dass matt sich 
jederzeit des s en crinnere, was dem Churfùrslen Friedrich Wilhelm don Grossen 
wider/uhr, als der Maréchal de Ture/me, ùber Thann and Bclforl, in des s en Win- 
lerquarUerc im Elsass cinjicl. Voycx t. I, p. 71. 



DE LA GUERRE. o3 

ARTICLE XXXI. 

DES CAMPAGNES D'HIVER. 

Les campagnes d'hiver ruinent les troupes par les maladies 
qu'elles causent, et parce que Faction continuelle dans laqueU* 
elles sont empêche de les recruter, de les habiller de neuf, et 
de rétablir tout l'attirail, tant des munitions de guerre que de 
bouche. Il est sur que la meilleure armée du monde n'y résistera 
pas longtemps, et que par cette raison il faut éviter les guêtres 
d'hiver, comme étant de toutes les expéditions de guerre les plus 
pernicieuses. > ■ . 

Il y a cependant des circonstances qui peuvent obliger le gé- 
néral à recourir à cet expédient. J'ai, je crois, fait plus de canv, 
pagnes d'hiver qu'aucun général de ce siècle* Il n'est pas hors de 
propos d'exposer à cette occasion les motifs qui m'y ont porté. 
L'année 4o, à la mort de l'empereur Charles VI, il n'y avait que 
deux régiments impériaux dans toute la Silésie. J'avais résolu 
de faire valoir mes droits sur ce duché, et j'étais par conséquent 
obligé d'agir en hiver pour profiter de tout ce qui pouvait m'êlre 
avantageux, de m'emparer de toute la province, et d'établir le 
théâtre de la guerre auprès de la rivière de la Neisse, au lieu 
que, en attendant le printemps, nous aurions eu la guerre entre 
Crossen et Glogau, et j'aurais peut-être obtenu après trois ou 
quatre campagnes obstinées ce que je gagnais tout d'un coup 
alors par une marche toute simple. » Cette raison était valable* 
à ce que je crois. 

L'année 4* * je fis une campagne d'hiver en Moravie, pour dé* 
gager par cette diversion la Bavière; et si je ne réussis pas, c'est 
que les Français étaient des lâches, et les Saxons des traîtres. 1 ' 

L'hiver de 44 à 45 se fit la troisième campagne d'hiver. Les 
Autrichiens entrèrent en Silésie, et je fus obligé de les en faire 
chasser. c 

» Voye* t. II , p. 5o et suivantes. 

t L. c, p. io3 et suivantes. 

« Voye» t. III , p. 78 et suivantes. 



94 I. LES PRINCIPES GENERAUX 

L'hiver de 45 k 46, les Autrichiens et Saxons voulurent pé- 
nétrer dans mes Etats héréditaires et y porter le fer et le feu. Je 
suivis mes principes , et je portai pendant les rigueurs de l'hiver 
la guerre chez eux. • 

Dans de pareilles circonstances, je ferai toujours la même 
chose, et j'approuverai la conduite de mes officiers, s'ils le font; 
mais je blâme en même temps tous ceux qui de gaité de cœur 
s'engagent dans de pareilles entreprises. 

Quant au détail de ces campagnes d'hiver, l'on fait marcher 
par des cantonnements extrêmement serrés quelquefois deux ou 
trois régiments, même d'infanterie, dans un village, s'il est grand. 
L'on fait même entrer toute l'infanterie dans une ville. C'est 
de cette façon que le prince d'Anhalt marcha en Saxe, prenant 
ses quartiers à Eilenbourg, Torgau, Meissen; il campa depuis. 
J'omets deux ou trois petites villes dont j'ai oublié le nom. 

Des qu'on approche de l'ennemi, on donne un rendez* vous 
aux troupes, et l'on marche par colonnes, selon que c'est l'usage ; 
et lorsque c'en vient aux moments décisifs de votre expédition, 
c'est-à-dire que vous allez tomber dans les quartiers de vos en- 
nemis, ou que vous allez marcher à eux pour leur livrer ba- 
taille, vous campez en ordre de bataille. Les troupes couchent 
à la belle étoile. Chaque compagnie se fait un grand feu , et y 
passe la nuit. Mais comme ces fatigues sont trop violentes, et 
que le corps humain n'est pas fait pour y résister à la longue, il 
faut mettre tant de vigueur et d'audace dans ces entreprises, 
qu'elles ne puissent pas durer longtemps, ne point balancer à la 
vue du danger, et prendre une résolution vive avec fermeté et la 
soutenir. J'observe qu'il ne faut jamais entreprendre des cam- 
pagnes d'hiver dans des pays où il y a beaucoup de places fortes ; 
car, comme la saison n'est pas propre aux sièges, et que les 
grandes forteresses ne se prennent pas par surprise, on doit être 
sûr d'avance qu'un pareil projet échouera, à cause qu'il est en- 
tièrement contre la possibilité. 

Toutes les fois donc qu'on a le choix libre, il faut donner du 
repos aux troupes pendant l'hiver le plus que l'on peut, et bien 

a Voyez t. III, p. 147 et suivantes. 



DE LA GUERRE. 9 5 

employer ce temps à rétablir l'armée, pour prévenir plus tôt 
l'ennemi en campagne le printemps d'après. 



Voilà à peu près les points principaux des grandes manœuvres 
de guerre, dont j'ai détaillé, autant que je l'ai pu, toutes mes 
maximes. Je me suis appliqué principalement à rendre les choses 
claires et intelligibles. Si cependant vous a avez des doutes sur 
quelques-uns de ces articles, vous me ferez plaisir de me les ex- 
poser, pour que je puisse vous déduire mes raisons plus ample- 
ment, ou pour me ranger de votre avis, si je suis tombé en dé- 
faut. J'ai appris par mon peu d'expérience à la guerre que cet 
art est intarissable, et que, en le recherchant, on découvre sans 
cesse de nouvelles choses; et je ne croirai point avoir perdu 
mon temps, si cet ouvrage donne lieu à mes officiers de faire 
des réflexions sur un métier qui leur ouvre la carrière la plus 
brillante pour se couvrir de gloire, et qui, dérobant leurs noms 
à la nuit des temps, leur assure l'immortalité pour prix de leurs 
travaux. Dixit 

Fbderic. 

(Potsdam) 2 avril 1748. 

* Voyex ci - dessus , p. 3. 



IL 

AVANT -PROPOS 

DE L'EXTRAIT 

TIRÉ DES COMMENTAIRES DU CHEVALIER 

FOLARD 
SUR L'HISTOIRE DE POLYBE. 



XXVIII. 



AVANT-PROPOS 

DE L'EXTRAIT 

TIRÉ DES COMMENTAIRES DU CHEVALIER FOLARD 
SUR L'HISTOIRE DE POLYBE. 



I ./ouvrage que nous vous donnons peut s'appeler Y Esprit de 
If de Folard. Parmi les visions et les extravagances de cet il- 
lustre militaire, il se trouve des trésors; il avait enfoui des dia- 
mants au milieu du fumier, nous les en avons retirés, et, au lieu 
de six gros volumes in-quarto, nous donnons aux amateurs le 
quart d'un de ces volumes. On a fait main basse sur le système 
des colonnes; on n'a conservé que les manœuvres de guerre dont 
il donne une description juste, la critique sage qu'il emploie sur 
la conduite de quelques généraux français, certaines règles de 
tactique, des exemples de défenses singulières et ingénieuses, et 
quelques projets qui fournissent matière à des réflexions plus 
utiles encore que ces projets mêmes. On ne doit pas réprouver 
le chevalier de Folard de ce qu'il s'est fait un système de guerre 
particulier; on doit plutôt applaudir à ce que son ouvrage a pu 
fournir à un extrait aussi utile que Test celui qu'on vient de faire. 
Dans le grand nombre de livres qui sont écrits, il y en a bien 
peu qui soient tout d'or; il y en a peu même dont on pourrait 
tirer autant de bonnes choses que du Commentaire de Polybe. 
H serait à souhaiter pour les progrès des connaissances humaines 

7* 



ioo IL AVANT -PROPOS DE L'EXTRAIT 

que, au lieu d'écrire, sans faire des livres nouveaux, on s'appli- 
quât plutôt à faire de bons extraits de ceux que nous avons déjà; 
on pourrait espérer alors de ne pas perdre inutilement son temps 
par ses lectures. Nous nous flattons que les militaires nous sau- 
ront gré de leur avoir épargné la lecture des six volumes, en leur 
en présentant la quintessence. L'art de la guerre, qui mérite 
certainement d'être étudié et approfondi autant qu'aucun des 
autres arts, manque encore de livres classiques. Nous en avons 
peu. César, dans ses Commentaires, ne nous apprend guère autre 
chose que ce que nous voyons dans la guerre des pandours; son 
expédition dans la Grande-Bretagne n'est autre chose; un géné- 
ral de nos jours ne pourrait se servir que de la disposition de sa 
cavalerie à la journée de Pharsale. Il n'y a rien à profiter de 
toutes les guerres qui se sont faites du temps du Bas -Empire. 
On voit renaître l'art militaire pendant les troubles de Flandre, 
et Turenne, élève du prince Maurice d'Orange, a y apprit cet 
art négligé pendant tant de siècles; ses Deux dernières cam- 
pagnes, écrites par lui-même, 1 » sont comptées parmi nos meil- 
leurs livres classiques. Après celui-là vient Feuquières, ce sé- 
vère censeur des généraux de son temps ; c on peut y ajouter 
Santa Cruz<* et Y Histoire militaire du règne de Louis XIF, C qui 

* Le vicomte de Turenne, né à Sedan le 1 1 septembre 161 1, se rendit en 
Hollande, vers le commencement de Tannée i6a5, pour se vouer au service 
militaire. Maurice de Nassau, son oncle, le reçut avec bonté et consentit à lui 
servir de guide; mais ce prince mourut à la Haye, le a3 avril de la même année. 
Le prince Frédéric -Henri, son frère, donna, en 1626, une compagnie d'infan- 
terie au jeune Turenne. 

h Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes , attribue à 
M. Deschamps les Mémoires des deux dernières campagnes de Monsieur de Tu- 
renne en Allemagne et de ce qui s'est passé depuis sa mort, sous le commande- 
ment du comte de Lorge. Paris, 1678, deux volumes in- 12. Voyez t. XVII, 
p. 289, et ci -dessus, p. 45. 

c Mémoires de M. le marquis de Feuquières , contenant ses maximes sur la 
guerre, et l'application fies exemples aux maximes, Amsterdam, iy3 1 . Voyez 
Die militârische Richtung in Friedrichs Jugendleben, eine Festrede von J, D. E. 
Preuss (Berlin, i856), p. 27 et 37 ; voyez aussi notre t. XVI , p. i58. 

d Réflexions militaires et politiques, traduites de l'espagnol de M. le mar- 
quis de Santa Cruz de Marzenado, par M. de Vergy, Paris, 1738, onze vo- 
lumes in - 8. 

« Par Charles Sevin , marquis de Qnincy, Paris, 1726, six volumes in -4. 
Voyez t. XXII, p. a8 9 . 



TIRE DES COMMENTAIRES DE FOLARD. 101 

devient importante pour l'étude des projets de campagne; non 
pas qu'on les propose comme des modèles, mais à cause qu'on 
voit par leur succès en quoi on avait manqué alors de prendre 
ses mesures, et que les fautes des autres nous font acquérir l'ex- 
périence à leurs dépens. A la suite de ces ouvrages, on pourra 
compter Folard, rédigé au point où nous l'avons réduit. Ceux 
qui ont eu soin de faire imprimer cet abrégé ne se sont pro- 
posé que la plus grande gloire du service, en tâchant de facili- 
ter aux officiers l'étude de leur art et d'un métier qui mène à 
l'immortalité. a 

» Voyez ci - dessus , p. 90. 



m. 

PENSÉES 

ET 

RÈGLES GÉNÉRALES 

POUR LA GUERRE. 



PENSÉES ET RÈGLES GÉNÉRALES 
POUR LA GUERRE. 



ASSEMBLÉE D'ARMEE. 

Assembler l'armée au point d'où Ton peut, comme d'un centre, 
diriger les opérations: pour la défensive, à l'endroit qui couvre 
le mieux le pays et ses magasins, qui couvre les places les plus 
exposées à l'insulte de l'ennemi; offensive, porter d'abord le 
camp à un endroit d'où les convois sont assurés par l'armée, et 
qui donne différentes jalousies à l'ennemi, ou qui facilite de 
grandes entreprises. NB. L'endroit où l'armée s'assemble doit 
toujours couvrir une ligne de défense, comme une première pa- 
rallèle , dans les guerres de campagne. Cette première parallèle 
est ou une rivière , ou une chaîne de montagnes dont on occupe 
les plus considérables passages, ou une chaîne de forteresses. 
Lorsqu'on avance dans le pays ennemi , pour procéder en règle , 
il faut, d'abord après les premières victoires et prises de villes, 
s'établir une seconde parallèle; ces parallèles sont principale- 
ment pour assurer ses derrières, ses convois, etc., et pour être 
en tout cas sûr de trouver une retraite en cas de malheur, en- 
core pour empêcher les troupes légères de gagner vos flancs et 
vos derrières. 

MARCHES. 

11 faut savoir pourquoi l'on marche, où l'on marche, et à 
quoi aboutira ce mouvement. On ne doit remuer une armée que 



io6 III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

par de bonnes raisons ; les marches forcées sont des témoins ta- 
cites de ce que le général s'est laissé leurrer par son antagoniste , 
sans quoi il ne serait pas obligé de courir pour regagner de vi- 
tesse le temps que l'autre lui a dérobé. Dans toutes les marches , 
il faut une bonne avant - garde qui éclaire la marche. Le 
nombre de colonnes se règle sur le nombre des chemins, qu'on 
a fait soigneusement reconnaître. La cavalerie ne doit point tra- 
verser des bois; c'est, en cas qu'elle en trouve sur son chemin, 
à quelques bataillons d'infanterie qu'on donne à cette colonne 
de l'escorter. Les hussards doivent être à l'avant- garde, sur les 
Qancs de l'armée, et à l'arrière -garde, si l'on est éloigné de l'en- 
nemi. Le bagage doit avoir la colonne du milieu de l'armée, 
couvert par une bonne arrière-garde. L'avant-garde ne doit pré- 
céder l'armée que d'un quart de mille; si l'on est près de l'en- 
nemi , de douze cents pas seulement. 



CAMPEMENTS. 

Les camps doivent être adaptés au but que l'on se propose 
de remplir. Un camp d'assemblée ne demande pas de grandes 
précautions; les autres sont offensifs ou défensifs. Les offensifs, 
qui sont dans un terrain où l'on attend un ennemi pour y livrer 
bataille, sont encore d'un genre très-différent entre eux. La règle 
générale est que les ailes soient bien appuyées. Si c'est un ter- 
rain où l'on sait que l'ennemi doit venir, et qu'on l'y attende, il 
faut, si l'on est en force égale, choisir une plaine où la cavalerie 
puisse agir librement, ce qui doit dépêcher bien vite la besogne. 
Si l'on est plus faible que l'ennemi , il faut choisir un terrain qui 
va en se rétrécissant devant le front, de sorte que la ligne de 
l'ennemi est toujours débordée par la vôtre, de sorte que son 
nombre lui devient inutile, et vous, quoique plus faible, vous 
lui pouvez tenir tête. Les camps défensifs sont ou ceux de four- 
rage , quand ils sont proches de l'ennemi , ou ceux que l'on ap- 
pelle postes. La force d'un camp défensif doit consister dans son 
front et dans ses ailes; quel qu'il soit, le derrière en doit être 
dégagé de défilés, pour que l'armée puisse en sortir sans embar- 
ras. On ne trouve presque jamais dans la nature un terrain 



POUR LA GUERRE. 107 

à souhait et tel qu'on le désire; il faut y suppléer par l'art, re- 
muer la terre, faire des redoutes avec des fougasses, et réduire 
l'ennemi à des points d'attaque. Les abatis sont bons quand on 
a le temps de les perfectionner; sans cela, ils ne valent rien. 
Quelque camp fort que Ton prenne, il faut supposer que l'en- 
nemi peut marcher par sa droite ou par sa gauche, et, en ces 
cas, il faut avoir choisi d'avance un ou deux camps où l'on peut 
marcher dans le besoin, sans quoi, par ses marches, l'ennemi 
tous forcera au combat quand il le voudra. 

DES DÉTACHEMENTS. 

Lorsqu'on a vis-à-vis de soi beaucoup de troupes légères, on 
est forcé à faire des détachements pour couvrir sa ligne de dé- 
fense, surtout pour protéger ses convois de vivres. Ces détache- 
ments doivent être forts; ceux qui sont à portée d'être soutenus 
de l'armée sont les meilleurs. On peut les hasarder davantage et 
les rendre plus forts lorsqu'on est éloigné de l'armée de l'ennemi ; 
on n'ose guère les éloigner quand l'ennemi , avec son grand corps , 
se trouve dans le voisinage. Ces détachements doivent toujours 
se poster derrière des défilés et dans des terrains étroits, pour 
avoir le temps de se retirer ou du moins, s'il faut combattre, 
ne point être accablé par le nombre. Pour peu qu'il se trouve 
de proportion entre les troupes légères des deux armées , et que 
les gens du pays ne soient pas totalement contre vous, il faut 
que les détachements masquent leur défensive par des entreprises 
conduites avec sagesse sur les détachements et vivres des en- 
nemis. En un mot, lorsqu'on se tient trop serré, l'ennemi forme 
sans soin des projets contre vous; lorsqu'on en forme contre lui, 
il pense à se précautionner contre vos entreprises, et cela le met 
sur la défensive. 



DES VIVRES ET DES PRECAUTIONS QU'ILS EXIGENT. 

Une armée est une multitude d'hommes qui veut être nourrie 
tous les jours;» cette nourriture consiste eu bon pain, bonne 
* Voyez ci -dessus , p. 9 et 17. 



io8 III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

viande, des légumes qu'on trouve aux environs du camp, de 
l'eau-de-vie, et, si Ton peut, de la bière. Il ne suffit pas d'avoir 
en abondance toutes ces denrées dans l'armée, il faut encore que 
tout soit à bon marché. Pour pourvoir à ces besoins, on fait des 
magasins sur la frontière d'où l'on veut commencer les opéra- 
tions. Si une rivière vous favorise , on y charge dessus des pro- 
visions pour plusieurs mois , selon que l'on juge en avoir besoin ; 
si l'on manque de rivière, on fait charrier avec soi pour un ou 
deux mois de farine , on en fait un dépôt général dans un endroit 
que l'on accommode ou avec des ouvrages de terre, des palis- 
sades , etc. , et on y met bonne garnison , qui sert ensuite d'es- 
corte pour les provisions journalières qui vont au camp. Nous 
avons des moulins à bras dont nous pouvons nous servir et pro- 
longer nos subsistances par ce moyen. Il y a une bonne manière 
d'assurer les convois, qui est de placer un gros corps entre l'en- 
nemi et le convoi, et d'y donner une escorte à part; l'ennemi 
craint alors de s'engager entre le détachement et l'escorte, et par 
ce moyen on le tient en respect. On doit aussi occuper d'avance 
les postes et défilés que le convoi doit passer, pour ôter à l'en- 
nemi le moyen de s'en servir, et il faut faire parquer les chariots 
toutes les fois qu'ils passent ces sortes d'endroits. La partie des 
vivres est la plus intéressante. Si l'ennemi veut faire une guerre 
défensive, il ne peut vous entamer que par vos subsistances; 
tous ses détachements n'ont d'autre but que celui-là, et toutes 
ses troupes légères sont en campagne à ce dessein , ce qui oblige 
à employer la plus grande prudence et jusqu'aux précautions su- 
perflues, pour assurer vos convois, car, si vous êtes vaincu par 
la misère, vous l'êtes plus fort que si vous perdiez une bataille. 



DES FOURRAGES. 

On fourrage lorsqu'on est loin de l'ennemi ; on fourrage aussi 
lorsque l'on est campé dans son voisinage. Quand on est loin de 
l'ennemi , on n'a qu'à donner un bon général et une bonne escorte 
aux fourrageurs pour les garantir des troupes légères, avec une 
disposition bien adaptée au terrain , et l'on n'a rien à craindre. 
Les fourrages qui se font près de l'armée ennemie exigent beau- 



POUR LA GUERRE. 109 

coup plus de précaution; si Ton peut, il faut fourrager le même 
jour que l'ennemi et observer, comme je l'ai dit en parlant des 
camps , de choisir un camp fort dans un terrain étroit , d'y faire 
de bonnes redoutes entourées de fougasses, car c'est un des mo- 
ments qu'un ennemi habile choisira de préférence pour vous at- 
taquer, vous sachant affaibli d'un quart de vos forces, qui sont 
au fourrage. Ces fourrages doivent se faire avec plus de pré- 
cautions encore que les autres; il faut avoir le plus de partis en 
campagne que l'on peut, pour savoir ce que fait l'ennemi, se 
servir de tous les espions que l'on peut trouver, car, comme je 
lai dit, l'ennemi pourrait vous attaquer pendant le fourrage, ou 
bien faire un détachement si considérable, que le général et les 
fourrageurs se verraient obligés de retourner les mains vides ou 
de combattre avec le plus grand désavantage. C'est alors que 
tous les fourrages qui se font au delà d'un mille de l'armée sont 
très - dangereux. 

COMBATS ET BATAILLES. 

Les combats sont des affaires qui s'engagent de petit corps 
à petit corps, ou bien lorsqu'il n'y a qu'une partie de l'armée 
qui attaque ou se défend ; les batailles sont des actions générales 
où tout s'engage également des deux parts. Dans toutes les oc- 
casions où il est question d'attaquer l'ennemi, la manière dont 
on doit combattre dépend du terrain et des avantages que l'en- 
nemi a l'habileté de se donner. Tout ce qui est attaque de poste 
est d'ordinaire combat. Un ennemi qui veut éviter le combat 
cherche ses avantages dans un terrain de difficile abord, coupé 
de ravins, de chemins creux, rétréci par des rivières ou par des 
bois; il se campe sur le sommet des montagnes ou des hauteurs, 
il garnit des villages, il fait des batteries, il fortifie son terrain 
par sa disposition, il place chaque arme dans le lieu qui leur est 
propre , il fortifie son infanterie du secours de sa cavalerie et sa 
cavalerie de celui de son infanterie, il se couvre de chevaux de 
frise, de redoutes, de retranchements. Tous ces cas différents, 
adaptés à d'autres terrains, exigent d'autres dispositions de celui 
qui attaque. Le terrain est le premier oracle que l'on doit con- 



no III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

sulter, après quoi on peut deviner la disposition de l'ennemi par 
la connaissance que Ton a des règles de la guerre, qui font juger 
de son ordonnance et des ruses et précautions qu'il a prises, 
pour prendre ses mesures en conséquence. Comme il est impos- 
sible que la parole fasse d'aussi fortes impressions sur l'esprit 
que le dessin, qui représente tout à coup à l'œil ce que l'on doit 
concevoir, et qui abrège en même temps un long et ennuyeux 
verbiage, je donne ci -joint le plan de différents postes, avec les 
façons différentes de les attaquer. Je suppose dans tout ceci mon 
armée forte de cinquante - cinq bataillons et de cent dix esca- 
drons; j'ajoute à ceci des règles générales que l'on doit toujours 
observer. 

i° Si l'on marche en colonnes serrées, les faire déployer à 
quinze cents pas de l'ennemi, jamais plus proche, crainte du ra- 
vage du canon. a° Si l'on forme l'ordre biais, déborder, avec 
l'aile qui attaque, un corps des troupes ennemies, sans quoi, 
lorsque vous marchez pour l'attaquer, au lieu de déborder l'en- 
nemi, l'espèce de quart de conversion que vous êtes obligé de 
faire en manœuvrant vers lui vous fait tomber sur le second ou 
troisième escadron avec la cavalerie, ou sur le second ou troi- 
sième bataillon avec l'infanterie, au lieu de le déborder ou au 
moins donner sur l'extrémité de sa ligne. 3° Toujours déborder 
l'ennemi avec vos attaques et l'extrémité de vos lignes, et ne ja- 
mais conduire les troupes au hasard et de sorte que vous puis- 
siez être débordé. 4° Mener l'infanterie toujours ensemble, et 
que, s'il s'y fait une ouverture, ce ne soit pas vers l'aile qui 
charge. 5° Si l'on est obligé de tirer, vers une droite ou une 
gauche, des régiments des flancs et de la seconde ligne, faire 
avertir l'autre aile d'en remettre autant en seconde ligne, pour 
que celle-là, regagnant à mesure l'aile qui attaque, puisse la cou- 
vrir et la fortifier. 6° Dans toutes les attaques où Ton fait sorlir 
un corps devant l'armée, soit pour attaquer un village, une bat- 
terie, etc., il faut que la ligne, en marchant, ne reste pas plus 
de cent pas en arrière du corps qui l'attaque, pour le soutenir et 
le protéger. 7 Si vous attaquez avec l'infanterie par échelons , 
conduire les brigades de sorte qu'elles se couvrent toujours mu- 
tuellement les flancs; la cavalerie de même. Les flancs, on ne 



POUR LA GUERRE. m 

saurait assez le répéter, sont le faible des troupes; il faut tou- 
jours les garder et les fortifier. 8° Tirer le moins que Ton peut 
avec l'infanterie dans les actions, mais charger avec la baïonnette. 
9° Ne jamais employer ma colonne quand l'ennemi a sa cavale- 
rie en bataille derrière son infanterie; ma colonne n'est bonne 
que lorsque le feu d'infanterie s'engage, malgré que Ton en a, 
dans uue ligne ; alors , et s'il ne se trouve point de cavalerie der- 
rière, on forme d'un bataillon de la seconde ligne une colonne 
fortifiée de quatre escadrons, et l'on perce. io° Quand on at- 
taque des villages, que le premier corps qui entre y prenne 
poste, et que ceux qui suivent nettoient entièrement le village. 
n° Avoir toujours, outre la réserve, de la cavalerie en seconde 
ligne; elle n'a pas besoin d'être trop près; on doit la tenir hors 
du feu jusqu'au moment où elle doit entrer en action. ia° Avoir 
toujours un peloton de la seconde ligne derrière les canons de la 
première. i3° Vos flancs, forts de trois bataillons, doivent avoir 
une réserve de deux compagnies de grenadiers. i4° Avoir tou- 
jours trois ou quatre escadrons en réserve derrière la ligne de 
cavalerie, à l'extrémité, pour déborder l'ennemi, si l'occasion s'en 
présente. i5° Quand on attaque un poste dont le terrain fait 
toute la force, ne point se précipiter, marcher avec l'avant-garde, 
reconnaître la position de l'ennemi , pour faire sa disposition en 
conséquence, et, si l'on peut, ne point attaquer le taureau par 
les cornes; au contraire, si l'ennemi s'ébranle, l'attaquer le plus 
brusquement que l'on peut, sans le marchander le moins du 
inonde. i6° Conduire toujours, lorsqu'on veut attaquer des 
troupes postées, les dix mortiers avec soi pour en faire deux 
batteries croisées derrière la ligne, pour bombarder les batteries 
ennemies dans le temps qu'on marche pour l'attaquer. 17 Ne 
point bombarder un village, si le vent vient vers nous, mais le 
bombarder et réduire en cendres, si le vent pousse vers l'armée 
de l'ennemi. 

Voilà quelques règles qu'il faut toujours avoir présentes à 
l'esprit, pour en faire usage lorsque l'occasion s'en présente. J'en 
viens à présent aux plans. 

Par la position de l'ennemi on voit (plan 1 er ) qu'il a rétréci son 
front, ce qui en rend l'attaque difficile, à cause que, en déboti- 



na III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

chant de cette trouée, il faut attaquer avec une tête toute une 
ligne formée; d'ailleurs, on doit supposer certainement que l'en- 
nemi aura farci le bois de troupes légères d'infanterie. La dispo- 
sition qu'il faut faire pour l'attaque de ce poste est de se former 
devant le bois, l'infanterie en première ligne, la cavalerie en se- 
conde; de tirer un corps de douze bataillons pour se rendre 
maître du bois; de faire des ponts à droite pour pouvoir faire 
passer la rivière à quelque infanterie avec du canon; après s'être 
rendu maître du bois, de faire marcher autant d'infanterie que 
l'on peut pour border le bois ; de former une grosse aile de ca- 
valerie entre la rivière et le bois; de refuser la droite et d'at- 
taquer avec la gauche la droite de l'ennemi, pour la prendre en 
flanc, etc. 

Ce terrain dans lequel je suppose que l'ennemi s'est mis 
(plan II) est très -fort par son assiette. Si Ton pouvait éviter de 
l'y attaquer, ce serait mon avis; mais s'il y a nécessité absolue 
de le faire, voici le moyen d'y parvenir. Il faut que ce soit la 
gauche sur laquelle roule tout le combat, à cause que la droite 
de l'ennemi est la moins fortifiée. C'est à la cavalerie à faire l'ef- 
fort de ce côté-là par une grande attaque, en s'appuyant au ma- 
rais; la droite doit rester hors de la portée du mousquet, pour 
ne point souffrir inutilement. Le chemin creux, étant très-pro- 
fond, sert de bornes aux deux armées. Si l'attaque de la cava- 
lerie réussit, on peut marcher avec l'infanterie par la gauche, 
tourner la droite de l'ennemi et la prendre en flanc. Si l'on atta- 
quait par la droite, on engagerait une affaire meurtrière, incer- 
taine, et où Ton pourrait perdre prodigieusement de monde. Ce- 
pendant je ferais faire une batterie de mortiers vis-à-vis de la 
batterie de la droite de l'ennemi qui flanque la cavalerie, pour 
la faire taire, comme l'on voit par le dessin ci -dessus; car je 
suppose que le chemin creux de l'ennemi se perd vers sa droite; 
j'ai même mis quelques bataillons à l'extrémité de ma gauche, 
avec une batterie qui tire sur la cavalerie ennemie, afin d'en pré- 
cipiter la fuite et la déroute. 

En voyant la position de l'ennemi (plan III), on voit que 
sa droite est derrière un abatis où il a une grosse batterie qui 
flanque le village; ensuite son infanterie occupe une hauteur; en- 



POUR LA GUERRE. n3 

suite rient le village, une petite plaine, un bois garni d'infante? 
rie, une petite plaine, et sa gauche s'appuie sur l'extrémité d'une 
colline. U faut attaquer ce terrain par la droite; alors on évite 
labatîs, la hauteur et le village, qui seraient très - meurtriers. 
Je formerais un ordre de bataille en biais; ma batterie de mor- 
tiers serait sur la droite, la cavalerie en seconde et troisième 
ligne, et tout l'effort doit se faire par la droite. Dès que mon 
infanterie a enfoncé la gauche de l' ennemi, quelques bataillons 
pénétreront pour se rendre maîtres du bois. Pour prendre le 
reste de l'armée en flanc, les cinq bataillons qui ont attaqué Tin- 
fanterie, après l'avoir culbutée, se mettront chacun en colonne, 
pour que la cavalerie puisse passer entre deux et attaquer la ca- 
valerie ennemie qui voudra protéger la retraite de son infanterie. 
11 faut faire passer par cette trouée le plus de cavalerie que Ton 
peut, pour qu'elle puisse soutenir l'effort du reste de la cavalerie 
ennemie , qui p ouïrait venir au secours de sa gauche mise en dé* 
route. En cas même que la cavalerie soit repoussée, elle peut 
toujours se rallier sous la protection du feu de mes cinq colonnes 
d'infanterie. (Plan IV.) 

Voici (plan V) une disposition d'autant plus trompeuse , qu'on 
ne s'aperçoit point du piège que l'ennemi vous tend. Sa première 
ligne couvre son véritable arrangement; sa cavalerie de la droite 
s'aligne avec sa seconde ligne, de sorte qu'elle est flanquée par 
le flanc de son- infanterie; la seconde ligne de cette cavalerie dé- 
borde la première, de sorte que tout est flanqué; il y a des ra- 
vins, chemins creux et étangs devant le front de la ligne; la ca- 
valerie de la gauche est fortifiée par un carré d'infanterie qui 
s'appuie à un marais. Je n'attaquerais point cette gauche , parce 
qu'elle est très-fortifiée, et que le ruisseau qui sort de l'étang ré- 
trécit mon front d'attaque; je me déterminerais donc pour la 
gauche. * Il faut que ma cavalerie attaque par échelons, comme 
on le voit par le plan ; la droite de ma cavalerie qui attaque se 
met escadron derrière escadron, pour éviter le feu d'infanterie 
qu'elle recevrait en flanc, et qui serait terrible. 11 faut que je me 
serve du ruisseau qui sort de l'étang pour y appuyer ma droite, 
et que l'infanterie attaque par la gauche, selon qu'on le voit dans 

* C'est- à -dire la gauche de Frédéric lui-même. 
XXVIIL 8 



h* III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

le plan. La difficulté commencera après qu'on aura culbuté la 
première ligne d'infanterie; alors on trouve un village garni d'in- 
fanterie derrière laquelle la ligne battue de l'ennemi peut se rallier. 
Pour l'empêcher, il faut que notre cavalerie victorieuse tourne 
d'abord après avoir chassé celle de l'ennemi, pour gagner les der- 
rières de ce village. Il faut, de plus, y attirer votre réserve, et, 
s'il faut de nécessité attaquer le village, prendre des troupes 
fraîches de la seconde ligne, qui n'ont point été dans le feu, pour 
l'exécuter. Dès que vous aurez emporté le village, la bataille est 
gagnée, et il ne s'agit que de poursuivre chaudement l'ennemi. 

Par cette disposition (plan VI), l'on voit que l'ennemi a garni 
le front de sa cavalerie de chevaux de frise, ainsi que les trois 
quarts de son armée , qu'à son centre il a une ou deux grosses 
batteries, qu'a sa gauche il a trente compagnies de grenadiers en 
première ligne, soutenues en seconde des Hongrois le sabre à la 
main et six hommes de hauteur, et qu'il a couvert sa cavalerie 
de la gauche de chevaux de frise. Je n'examine pas si cette dis- 
position est bonne ou vicieuse, mais on n'a qu'à voir ma dispo- 
sition, et l'on en jugera facilement. On voit que, jusqu'à six 
cents pas de l'ennemi, je masque mes colonnes d'infanterie der- 
rière la cavalerie; à six cents pas, elles entrent entre les régi- 
ments, et tirent le canon en avançant sur la cavalerie ennemie. 
Si celle-là tient , et laisse devant soi ses chevaux de frise , mon in- 
fanterie se déploie et l'abîme avec le feu du canon et des petites 
armes; si la cavalerie s'impatiente et retire ses chevaux de frise 
pour attaquer, la mienne fait la carrière, et doit la battre, ayant 
toujours derrière elle ces colonnes d'infanterie pour la soutenir. 
Si la cavalerie ennemie est battue, ces bataillons se déploient, et 
prennent l'infanterie ennemie dans le flanc. Quant à l'infanterie, 
si les grenadiers autrichiens laissent attaquer leurs Hongrois à la 
turque, je fais sortir par ma droite deux escadrons, et deux par 
la gauche du front d'attaque, pour les prendre en flanc, et j'ai 
encore deux escadrons en seconde ligne pour repousser ce qui 
pourrait pénétrer, sans compter que mon gros canon en fera un 
grand meurtre. Ensuite la cavalerie victorieuse n'a qu'à prendre 
à dos la seconde ligne de l'ennemi, et je suis sûr qu'il sera battu 
sans grande peine. 



POUR LA GUERRE. n5 

Cette disposition (plan VII) est plus raisonnée, plus masquée, 
et par conséquent plus forte que la précédente. Le front et le 
flanc de l'infanterie sont couverts de chevaux de frise; la cavalerie 
est placée devant des carrés d'infanterie entourés de chevaux de 
frise. Cette cavalerie doit se retirer, en cas que notre cavalerie 
fasse une attaque sur elle, pour que les attaquants, mis en con- 
fusion par ce feu d'infanterie, rebroussent chemin, et qu'alors 
ils puissent revenir sur ceux qui les ont attaqués. Mais comme 
il faut tout considérer et mettre à profit dans les dispositions de 
l'ennemi, leurs chevaux de frise nous sont d'un grand avantage, 
à cause que cette ligne doit avoir une peine infinie d'avancer. 
Voici ce que je propose pour attaquer cette armée. Je fais abs- 
traction du terrain; qu'on l'entame par la droite ou la gauche, 
c est égal , selon que le terrain parait le plus favorable. Ma dis- 
position est d'attaquer par la droite; mon infanterie, à six cents 
pas de l'ennemi, perce la cavalerie; je laisse une colonne de deux 
bataillons sur l'aile , avec quatre canons , les huit autres batail- 
lons, chacun déployé sur deux lignes, devant la cavalerie, farcis 
de canons. La cavalerie ennemie souffrira si fort du feu des ca- 
nons et petites armes de mon infanterie, qu'elle sera obligée de 
prendre un parti, savoir, celui d'attaquer mon infanterie ou de 
s'enfuir. Si elle attaque mon infanterie, je n'en suis pas em- 
barrassé; son feu la défendra d'un côté, et ma cavalerie est à 
portée de la soutenir de l'autre; j'ai dix bataillons dont celui de 
la gauche de la seconde ligne peut toujours couvrir le flanc, en 
cas que l'ennemi l'attaque. Mais il est plutôt à supposer que, 
comme la cavalerie a reçu l'ordre de se retirer derrière ses carrés 
d'infanterie, elle le fera; en ce cas, il faut attaquer la dernière 
redoute de l'ennemi la première, ensuite la seconde, et faire, en 
attendant, tirer tout le canon de ces détachements, tant sur les 
redoutes que sur la cavalerie qui est derrière. Après que l'on a 
emporté deux redoutes , la cavalerie , avec une quinzaine d'esca- 
drons, peut choquer, et il faut que toute l'aile la suive. Après la 
cavalerie ennemie renversée, notre seconde ligne de cavalerie doit 
tourner sur le corps de bataille de l'ennemi et le prendre à dos, 
et la droite de mon infanterie doit joindre le corps qui a forcé 
les carrés, pour tourner l'infanterie ennemie et lui donner en flanc. 

8 f 



ii6 III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

L'ennemi ne peut guère m'empécher de faire ces mouvements, 
vu qu'il est gène par ses chevaux de frise, et qu'il ne saurait faire 
dans un moment un quart de conversion avec une armée, sans 
compter que le terrain nous peut fournir des parties avantageuses 
dont on peut profiter pour gêner davantage l'ennemi et l'obliger 
de ne point bouger de sa situation. On doit avoir la plus grande 
attention à imprimer aux officiers qui attaquent cette redoute 
mouvante de ne se point abandonner à une ardeur démesurée, 
de rester serrés et en ordre , à cause de la cavalerie ennemie tou- 
jours prête à profiter du moindre faux mouvement qu'elle pour- 
rait faire. On doit surtout se garder de donner le flanc et de tirer 
-par bataillon; on ne doit employer que le feu de peloton, et, 
pour l'attaque de ces redoutes, ce doit être un coup de main, la 
baïonnette au bout du fusil , mais surtout ne point se débander 
après les avoir chassés, faire tirer beaucoup de canon sur la ca- 
valerie ennemie pour l'éloigner, et, quand on voit que cela réus- 
-sit> il faut que les bataillons de la seconde ligne forment les pre- 
miers la colonne, que, en attendant, la cavalerie approche de la 
première ligne, et celle-là ne doit former ses colonnes que lorsque 
la cavalerie est immédiatement derrière elle. C'est alors que la 
cavalerie doit attaquer avec furie, surtout que les régiments de 
la gauche doivent prendre garde de n'être point pris en flanc par 
les régiments ennemis qui se trouvent le plus près du corps de 
bataille. Voilà, je crois, ce que l'on peut imaginer de mieux. Ce- 
pendant je ne disconviens point que la besogne ne soit difficile ; 
mais je n'imagine rien de mieux ni de plus sûr que ce que je pro- 
pose, et je ne puis entamer une armée arrangée de cette manière 
qu'en attaquant une des extrémités de sa ligne, en employant 
mon infanterie toujours soutenue de cavalerie, et le plus d'artil- 
lerie que le terrain et les circonstances permettent d'y mettre en 
œuvre. Je ne disconviens pas que l'ennemi , voyant mon attaque 
décidée, ne fera des efforts pour allonger le flanc de sa bataille; 
cependant, pour l'empêcher que de l'aile de son corps de bataille 
il ne dirige son artillerie sur mon attaque, il faut y opposer une 
espèce de batterie qui la tienne en respect, ou du moins qui l'em- 
pêche de diriger son feu vers mon attaque. Selon moi, l'ait de 
la guerre est de déranger les dispositions de l'ennemi par des dî- 



POUR LA GUERRE. 117 

versions qui le forcent d'abandonner les projets qu'il avait for* 
mes; surtout si on peut l'obliger à changer sa disposition, ou 
peut compter que la bataille est à demi gagnée, parce que sa 
force consiste dans son assiette fixe, et si je l'oblige à remuer ses 
troupes, le moindre mouvement en rompt l'ensemble et détruit 
la force de sa disposition. 

On voit parle plan ci -joint (VIII) que le poste de l'ennemi 
est excessivement fort, et que le seul endroit par où il est atta- 
quable est celui où il a placé ses chevaux de frise. Supposons 
donc qu'il fallût absolument l'attaquer, cela ferait une affaire de 
poste purement et simplement. Voici mon projet : on voit que je 
forme ma première ligne d'infanterie, que, vis-à-vis de l'endroit 
que je veux attaquer, je forme au-devant deux lignes d'infante- 
rie, que je détache à chaque aile deux bataillons destinés pour 
attaquer ou masquer les deux redoutes des deux flancs de l'at- 
taque, que mes deux batteries à bombes doivent y jeter dessus 
sans discontinuation, pour favoriser l'assaut du corps qui attaque; 
F infanterie doit faire tirer beaucoup son canon en avançant vers 
la ligue ; elle doit marcher un bon pas et ne tirer que lorsqu'elle 
se trouve sur les chevaux de frise de l'ennemi , et si elle parvient 
à déposter l'infanterie ennemie, elle doit s'approprier ses chevaux 
de frise et s'y tenir jusqu'à ce que la cavalerie arrive ; alors elle 
se met en colonne, et la laisse déboucher pour charger l'ennemi. 
Une trouée comme celle-là, faite dans un poste, oblige l'ennemi 
à en abandonner tout le front; alors vous pouvez y entrer avec 
toute votre armée, et agir ensuite selon que les circonstances 
l'exigent. Mais mon avis est qu'on ne saurait mettre assez de vi- 
gueur et de vivacité dans des moments où un ennemi commence 
à se mettre en désordre, pour achever sa déroute. 

On voit, par toutes ces dispositions différentes de combats , 
combien les circonstances obligent à varier les dispositions, et 
qu'un tertre ou un marais bourbeux ne doivent pas être négligés, 
pour peu qu'on puisse s'en servir. Le point principal est de sou- 
tenir toujours une arme par l'autre , de fortifier la cavalerie par 
l'infanterie et le canon, et d'avoir toujours de la cavalerie à por- 
tée de soutenir l'infanterie. Je ne dois pas omettre que, dans 
toutes les occasions où les combats ne s'engagent qu'en un en- 



u8 III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

droit, il faut que la réserve se tienne de ce côté* là, soit à la 
droite, soit à la gauche, car, en cas d'accident, cette réserve peut 
réparer le combat et vous donner la victoire. On voit donc claire- 
ment que le grand art d'un général consiste à bien connaître le 
terrain , à profiter de tout ce qu'il a de favorable pour lui , à sa- 
voir faire sa disposition convenable pour chaque occasion, et c'est 
dans ces sortes d'affaires de poste où il faut, pour que votre dis- 
position soit bonne , qu'on se règle sur celle de l'ennemi et sur le 
terrain où l'on veut combattre. Je me flatte que ces petites es- 
quisses de terrain et d'armées qui s'y trouvent postées pourront 
du moins faire juger, en voyant une armée rangée en bataille, 
dont on examine le terrain autant que cela se peut dans ces mo- 
ments critiques, quel peut être Tordre de combat que l'ennemi a 
donné à ses troupes, ce qui sert de guide à l'attaquant pour ré- 
gler ses dispositions sur ces connaissances. 



BATAILLES. 

Les batailles sont des actions générales où toute l'armée s'en- 
gage avec celle de l'ennemi; c'est ce que j'appelle affaires de rase 
campagne, à cause qu'elles n'ont rarement lieu que dans des ter- 
rains ouverts. C'est dans ces occasions -là où il ne faut point 
marchander l'ennemi, se former promptement, marcher tout de 
suite à lui en ligne parallèle de son front. La cavalerie seule est 
en état de décider d'une journée pareille; la nôtre doit faire la 
grande attaque tout de suite, avoir une réserve de hussards 
qu'elle peut envoyer sur-le-champ, après avoir culbuté l'en- 
nemi, à dos de son infanterie. Dans une occasion semblable, je 
répondrais bien que l'affaire ne serait ni longue, ni meurtrière, 
et que l'infanterie ne serait que spectatrice du combat; sa be- 
sogne étant très- facilitée , elle ne pourrait servir tout au plus que 
pour achever de battre un corps d'infanterie déjà ébranlé, et que 
son feu achèverait de dissiper. (Plan IX.) 

Un avantage comme celui d'une plaine serait trop grand pour 
nous, et nous ne devons nous attendre qu'à des affaires de postes 
ou à de fortes dispositions de la part des ennemis ; c'est dans ces 
sortes d'affaires, ou pour faire finir un feu d'infanterie qui sou- 



POUR LA GUERRE. 119 

vent s'engage mal à propos, qu'on doit faire ma colonne, forti- 
fiée de deux ou quatre escadrons de cavalerie, qui sûrement 
achèvera de décider l'affaire. 

DES RETRAITES. 

Les retraites sont de toutes les manœuvres de guerre les plus 
difficiles. Il faut empêcher que Tannée se décourage, il faut évi- 
ter la confusion. Pour empêcher que l'armée se décourage, on 
dit qu'il faut reculer pour mieux sauter, on leur fait des contes 
borgnes, on débite des nouvelles avantageuses, etc. Quant à la 
retraite, il faut prévoir toutes les chicanes que l'ennemi vous 
jieut faire, occuper d'avance les postes ou les endroits dont il 
pourrait profiter pour vous inquiéter, et c'est dans ces marches 
où il faut être plus sévère qu'à l'ordinaire, pour empêcher les 
officiers de se négliger. Malgré tout cela, il est bien difficile 
d'empêcher qu'une arrière - garde ne souffre pas, si elle a des 
pandours à ses trousses, surtout si la marche traverse un pays 
fourré. 

DIFFICULTÉ DES SURPRISES DE CAMPS; DIFFICULTÉ 
D'ATTAQUER UNE ARMÉE EN MARCHE. 

Il est, pour ainsi dire, impossible de surprendre les Autri- 
chiens dans leurs camps; ils ont trop grand nombre de troupes 
légères, dont une partie couvre leur camp et l'autre est toujours 
occupée à vous entourer, vous observer et vous harceler. Le ha- 
sard cependant pourrait faire réussir un pareil dessein; mais il 
n'y a que les fous qui comptent sur le hasard. On dit de même 
dans beaucoup de livres de guerre que le moment favorable de 
prendre l'ennemi au dépourvu, c'est de l'attaquer dans sa marche; 
mais c'est beaucoup plus difficile que l'on ne pense; en voici les 
raisons. D'ordinaire on ne campe tout au plus près qu'à une 
demi -lieue de l'ennemi; si rien ne sépare les armées, on peut 
compter qu'elles se battent tout de suite; mais si elles ont des 
défilés entre elles, ou qu'il y ait un terrain difficile entre les deux 
armées, comment atteindre celle de l'ennemi? Ce ne pourrait être 



lao ffl. PENSEES ET REGLES GENERALES 

qu'avec la cavalerie; mais si le terrain par où marche l'ennemi 
ne convient qua l'infanterie, comment ma cavalerie pourra-t-elle 
agir? C'est donner trop au hasard que d'entamer ces sortes d'ex- 
péditions à la légère. Mais si les armées campent à deux ou trois 
milles les unes des autres, il est impossible de joindre celle de 
l'ennemi, si elle marche par sa droite ou par sa gauche, à moins 
que son mouvement ne tende qu'à s'approcher de vous. En ce 
cas -là, et si vous jugez convenable d'engager une action, vous 
pouvez marcher à la rencontre de l'ennemi; i° savoir si ce ter- 
rain où il veut camper vous est favorable; a° partir de nuit pour 
ne pas arriver trop tard ; 3° engager l'affaire sans délai et brus- 
quement. Mais en ce cas, et après cette marche de nuit que vous 
aurez faite, il vous sera très - difficile de poursuivre cet ennemi, 
si vous venez à bout de le battre, et la poursuite est plus néces- 
saire et plus utile que la bataille même. 



DE LA POURSLITE. 

11 y a trois sortes de poursuites : poursuites de détachements, 
poursuites d'ailes d'armée, poursuites d'armées entières. Celles 
de la première espèce doivent se faire avec prudence; surtout, 
plus le détachement est faible, et plus il doit appréhender des 
embuscades. Si c'est un corps détaché de l'armée qui poursuit 
un corps détaché de l'armée ennemie, il doit craindre, s'il le 
presse trop, qu'il sera secouru de son chef, et par conséquent 
craindre l'approche de ces secours, qui de victorieux pourraient 
le rendre vaincu. C'est donc à la prudence de l'officier qui com- 
mande ce détachement à prévoir ce qui peut arriver, à observer 
le terrain, s'il est propre à des embuscades, et à arrêter l'ardeur 
de ces troupes, s'il a lieu de craindre ou l'arrivée des secours en- 
nemis, ou quelque piège que le fuyard prendra lieu de lui tendre 
à la faveur d'un terrain propre à seconder ses vues. La poursuite 
d'une aile victorieuse engage à des considérations à peu près 
semblables. Il faut que les officiers de cavalerie sur lesquels roule 
cette besogne aient l'esprit présent, et qu'ils se gardent de pour- 
suivre trop chaudement la cavalerie ennemie, s'ils voient ou des 
haies, ou des villages garnis d'infanterie; dans tous les autres 



POUR LA GUERRE. tai 

cas où il y a des plaines et des hauteurs, et où Ton est sûr qu'il 
n'y a point d'infanterie, il faut, après avoir culbuté la cavalerie, 
la poursuivre chaudement jusqu'à ce qu'on voie que tous les dif- 
férents corps qui composent les fuyards se confondent. Alors 
quelques escadrons qui poursuivent à coups de pistolet ces gens 
en déroute suffisent pour en augmenter la terreur, pourvu qu'une 
grosse ligne de cavalerie bien serrée la soutienne au grand trot, 
et tâche de profiter d'un défilé pour faire nombre de prisonniers 
sur ces fuyards, que le nombre embarrasse dans ce moment, et 
que la confusion totale empêche d'agir et de s'opposer au moindre 
effort des victorieux. Dès qu'un général de cavalerie voit une 
confusion générale à l'aile qu'il a chargée et battue, il peut dé- 
tacher ses hussards et ses dragons pour tomber à dos de l'infan- 
terie ennemie, pour faciliter par là le succès de la bataille. Il 
peut encore détacher des corps vers les lieux où l'ennemi pro- 
bablement doit faire sa retraite, ce qui achèverait de le décon- 
certer; des troupes qui s'enfuient prennent toujours le chemin 
par lequel elles sont venues, parce que la multitude, qui décide 
dans une fuite, n'en connaît pas d'autre. Quant à l'armée en gé- 
néral, il est sûr que c'est l'ordre qui décide de la supériorité, et 
qu'une armée qui est battue n'est qu'un nombre d'hommes qui 
rompent l'arrangement dans lequel on les a mis et qui les rendait 
redoutables, et par conséquent se mettent hors d'état d'obéir au 
commandement de ceux qui pourraient les conduire. Autant res- 
pectable que se rend un général par son habileté avant que son 
armée soit mise en confusion, autant se réduit -il à rien, avec 
toute sa science , dès le moment que la confusion se met dans ses 
troupes; il peut aussi peu donner des preuves de son habileté 
qu'un violon peut jouer, quelque grand maître qu'il soit,. si ses 
quatre cordes se cassent sous son archet. « C'est donc ce moment 
de confusion où tout l'ordre se détruit, où tout commandement 
cesse, où l'habileté devient inutile, dont un bon général doit pro- 
fiter; car toute bataille qui ne se donne pas pour terminer la 
guerre devient une effusion de sang inutile à l'Etat. Si vous avez 
donc travaillé pendant toute une campagne à trouver le moment 
où vous pourrez mettre l'ennemi en confusion, il faut en profiter 

* Voyez t. XII f p. ao3 ; t. XIX , p. 276. 



123 III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

quand il est arrivé. Pour cela, i° il faut mener avec soi du pain 
pour quelques jours; a° il faut poursuivre l'ennemi quelques 
jours, surtout celui de la bataille; s'il ne peut trouver le moment 
de se recueillir, il fuira toujours plus loin; s'il fait même mine de 
s'arrêter quelque part, il faut le brusquer où il parait vouloir 
faire ferme, ne point épargner les troupes alors, soit par des 
fatigues ou des attaques nouvelles, puisqu'il s'agit, par ces fa- 
tigues-là, de leur procurer par la suite un long repos. Chaque 
jour de poursuite diminuera l'armée ennemie de quelques mil- 
liers d'hommes, et bientôt il ne lui restera plus de corps assem- 
blé, surtout si l'on fait tous les efforts possibles pour leur enlever 
le bagage. C'est par ces sortes d'actions que, dans peu de cam- 
pagnes , on fait plus de chemin que d'autres généraux dans beau- 
coup d'années; mais cela n'est pas facile, car beaucoup d'officiers 
se tiennent quittes pour avoir fait leur devoir à la rigueur; la 
plupart sont si aises que la bataille soit finie, qu'on a bien de la 
peine à leur inspirer cette nouvelle ardeur de poursuivre. Il faut 
surtout bien choisir les officiers détachés pour hâter la fuite des 
ennemis, et prendre les meilleurs de tous; au défaut de quoi ou 
réussirait aussi peu que le prince Eugène et Marlborough, qui, 
après la bataille de Malplaquet, détachèrent le général Bùlow, des 
Hanovriens, qui se garda bien d'approcher de l'arrière- garde 
française, et ne la suivit qu'à six mille pas. 



DES DISPOSITIONS DIFFERENTES D'ARMEE. 

Je ne parle point des dispositions différentes pour les passages 
de rivières, pour les retraites, pour les surprises d'armée, à cause 
que j'en ai parlé dans ma première partie ; mais je recommande 
à tous ceux qui sont chargés d'en faire de penser surtout à garder 
leurs flancs et à fortifier l'infanterie par la cavalerie, celle-là par 
l'infanterie, l'une et l'autre par le canon, à joindre les secours de 
la fortification et des mines à ceux-là, et d'employer le tout se- 
lon les circonstances dans lesquelles ils se trouvent et selon le ter- 
rain dans lequel ils sont placés. Je ne parle point d'attaques de 
retranchements, à cause que ce n'est point l'usage de nos voisins 



POUR LA GUERRE. ia3 

de se retrancher; mais s'il faut attaquer un retranchement, il 
but se résoudre le jour que l'ennemi commence à y travailler, 
ou n'y point penser du tout, à cause que chaque moment que 
vous perdez est autant de gagné pour lui, dont il profite pour se 
rendre plus redoutable. La principale attention dans ce qui con- 
cerne l'attaque même est de profiter du terrain, des ravins ou 
des fonds pour masquer à l'ennemi l'endroit par lequel on veut 
faire son plus considérable effort, pour qu'il ne puisse point y 
porter des troupes. 



DES GRANDES PARTIES DE LA GUERRE. 

PROJETS DE CAMPAGNE ET RÉSOLUTIONS A PRENDRE SUR 
DES MOUVEMENTS DE L'ENNEMI. POUR RECONNAITRE 

SES FAUSSES DÉMONSTRATIONS DES VÉRITABLES, 
POUR SE GARANTIR DE SES TROUPES LÉGÈRES, etc. 

PROJETS DE CAMPAGNE. 

Les projets de campagne se règlent sur les forces que Ton a, 
sur celles de l'ennemi , sur la situation des pays où Ton veut por- 
ter la guerre, et sur l'état actuel de la politique de l'Europe. Si 
l'on veut faire la guerre, il faut savoir si l'on est supérieur à son 
ennemi, soit en nombre, ou en valeur intrinsèque des troupes; 
si le pays que Ton veut attaquer est ouvert, ou couvert d'une ri- 
vière, ou montueux, ou rempli de places fortifiées; si vous avez 
des rivières pour faciliter le transport de vos vivres, ou s'il les 
faut faire conduire par chariots; si vous avez des places fortes 
vers cette frontière , ou en quoi consiste votre ligne de défense. 
U faut savoir, de plus, quels sont les alliés de ce prince, sur quoi 
roulent les traités qu'il a faits avec eux, à quel point montent 
leurs forces , s'ils donneront des auxiliaires , ou s'ils agiront par 
diversions. Toutes ces connaissances sont nécessaires pour pou- 
voir établir avec fondement l'état de la guerre ; mais ces points 
importants sont traités à la légère par les ministres, qui n'agissent 
pour la plupart qu'avec passion, qui entreprennent une guerre 
par un mouvement de vanité ou par un désir de cupidité aveugle, 
ou même par haine et par animosité. Quiconque lit l'histoire, je 



124 III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

ne dis pas des siècles reculés, seulement du dernier siècle, se con- 
vaincra de la vérité de ce que j'avance. Je crois qu'un homme 
raisonnable, dans le calme des passions, ne commence jamais 
une guerre où il est obligé dès le commencement d'agir défen- 
sivement; on a beau étaler de grands sentiments, toute guerre 
qui ne mène pas à des conquêtes affaiblit le victorieux et énerve 
l'Etat. Il ne faut donc jamais en venir à des hostilités, à moins 
que d'avoir les plus belles apparences à faire des conquêtes, ce 
qui d'abord détermine l'état de la guerre et la rend offensive. 
Mais comme dans toutes nos guerres l'Europe se divise en deux 
grandes factions, il en résulte un certain équilibre de forces qui 
fait que, après bien des succès, on n'est guère avancé lorsque la 
paix générale se fait; de plus, lorsqu'on est obligé de diviser ses 
forces pour faire front de tous les côtés où l'on a des ennemis , il 
n'y a guère de puissance en état de subvenir aux frais énormes 
qu'exigent trois ou plus d'armées qui doivent toutes agir offen- 
si veinent, ce qui fait que dans peu les efforts ne se fout que d'un 
coté, tandis que les autres armées coulent des campagnes infruc- 
tueuses et oisives. 

Si l'on veut se promettre de grands avantages, il ne faut s'at- 
tacher qu'à un ennemi, et faire tous ses efforts contre lui; alors 
on doit se promettre les plus grands succès. Mais les conjonctures 
ne permettent pas de faire tout ce que l'on voudrait, et souvent 
on se voit obligé à prendre des mesures que la nécessité vous im- 
pose. Les plus grands défauts des projets de campagne sont ceux 
qui vous obligent à faire des pointes; ■ j'appelle pointes des corps 
d'armée qu'on aventure trop loin de ses frontières, et qui ne sont 
soutenus par rien. Cette méthode est si mauvaise, que tous ceux 
qui l'ont suivie s'en sont mal trouvés. Il faut donc commencer 
par agir dans le grand comme on le fait dans le petit. Dans un 
siège, personne ne s'avise de commencer par la troisième paral- 
lèle, mais par la première; on marque le dépôt des vivres, et 
tous les travaux que l'on pousse en avant doivent être soutenus 
par ceux de derrière; de même, dans les batailles, les seules dis- 
positions bonnes sont celles qui se soutiennent mutuellement, où 

» Voyext. III, p. 58 et 88; t. VII, p. 8o; t. XVII, p. 3o 7 ; t. XIX, p. 7 3; 
ci - dessin , p. S. 



POUR LA GUERRE. ia5 

aucun corps n'est hasardé tout seul , mais sans cesse soutenu par 
d'autres. Il faut de même traiter la guerre en grand; si vous 
trouvez un pays où il y a des montagnes, faîtes de ces montagnes 
votre ligne de défense, occupez -en les principales gorges par des 
détachements, et mettez -vous du côté de l'ennemi pour soutenir 
cette ligne; car on ne défend rien en se mettant derrière rivière 
ni montagne, mais en restant de l'autre côté. Si vous trouvez un 
pays oit il y a nombre de places fortes, n'en laissez aucune. der- 
rière vous, mais prenez -les toutes; alors vous cheminez métho- 
diquement, et vous n'avez rien à craindre de vos derrières. Si 
vous prenez beaucoup de places, faites-en démolir la plus grande 
quantité pour épargner des garnisons, et ne conservez que celles 
dont vous avez besoin pour vos vivres et pour votre sûreté en 
cas de retraite. Après avoir supposé ce que vous voulez faire, 
raisonnez comme l'ennemi , supposez ce qu'il peut vous opposer, 
et rédigez votre projet sur les difficultés qu'il vous fera. Il faut 
que tout soit calculé d'avance, et que l'on ait compté sur tout ce 
que l'ennemi peut faire; car c'est la marque d'un homme super- 
ficiel ou ignorant dans le métier de la guerre , lorsqu'il est obligé 
de dire : Je ne l'aurais pas cru. « Prévoyez donc tout, et en ce cas- 
là vous aurez d'avance trouvé remède à tous les inconvénients, 
car ce que l'on pense à tête reposée vaut mieux cent fois que des 
résolutions prises sur-le-champ , qui ne sont ni digérées ni pesées ; 
les impromptu peuvent réussir, mais ils valent toujours mieux 
lorsqu'on les a faits d'avance. Il faut aussi bien distinguer les 
projets de campagne qui se font au commencement d'une guerre, 
ou après quelques campagnes. Ceux de la première espèce, s'ils 
sont bien faits, peuvent décider de toute la guerre, si l'on sait 
bien prendre tous les avantages sur l'ennemi que vous donnent 
ou vos forces, ou le temps, ou un poste dont vous vous rendez 
maître le premier. Ceux de la seconde espèce se règlent sur tant 
de circonstances, qu'il est impossible de prescrire des règles gé- 
nérales, sinon de garder sa ligne de défense et de ne point pous* 
ser de pointes. Surtout, dans tous ces projets, de quelque na- 
ture qu'ils soient, il faut que la première attention soit pour les 
vivres, non pour savoir si l'on en aura pour quinze jours, mais 
» Vov«*l.XXVr.p. 5 17. 



ia6 III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

pour toute la campagne. Pour faire de bons projets dans le cou* 
rant de la guerre, il faut avoir des espions dans le cabinet des 
princes ou dans les bureaux de guerre; dès que vous êtes informé 
des intentions de l'ennemi, il vous est facile de rompre ses me- 
sures , et vous pouvez toujours entreprendre hardiment ce qu'il 
appréhende le plus, car c'est une règle certaine qu'il faut faire le 
contraire de ce qu'il désire. Le beau d'un projet de guerre est 
que, en risquant peu, vous mettez l'ennemi en danger de perdre 
tout; exemples : surprise de Crémone, batailles de Luzara, de 
Cassano, passage de Thann et Belfort, Turenne, etc. Lorsque 
la ruse se joint à la force, alors le général est complet; c'est le 
grand art de tromper l'ennemi , et il faut que cela se fasse d'une 
manière plausible; exemples : Starhemberg au passage de l'Adda 
pour secourir le roi de Sardaigne; prince Eugène avant la ba- 
taille de Turin; Luxembourg à Landau, nota benè, chef-d'œuvre. 
Ce sont là les grands modèles qu'il faut étudier; mais la guerre 
de troupes légères que font les Autrichiens donne des entraves 
à un général; il est réduit lui-même à la défensive, et a bien de 
la peine à en imposer à ses ennemis. 

DE LA GUERRE DÉFENSIVE. 

Les projets de guerre défensive roulent sur les camps forts 
où l'on se campe avec l'armée dans des situations avantageuses, 
et sur des détachements que l'on fait à droite et à gauche de 
l'ennemi pour lui enlever ses vivres, pour battre ses fourrageurs, 
pour l'énerver et le ruiner petit à petit, mettre la misère dans ses 
troupes, faute de vivres, provoquer la désertion et, selon la rai- 
son de guerre, en profiter dans la suite. On ne doit jamais se 
restreindre si absolument dans une guerre défensive et se priver 
des moyens de profiter des fautes de l'ennemi, comme on rédui- 
sit l'armée de Catinat lorsqu'il devait couvrir la Provence, le 
Dauphiné et la Savoie, et qu'on lui laissa manquer de caissons et 
de mulets dans son armée, de sorte que, pour subsister, il était 
oblige de demeurer cloué dans son poste. Une défensive bien 
conduite doit avoir toutes les apparences d'une guerre offensive; 
elle ne doit en différer que par les camps forts et le ménagement 



POUR LA GUERRE. ia 7 

que Ton a de ne point hasarder de bataille, à moins que d'aller 
à jeu sûr. C'est principalement dans cette sorte de guerre qu'il 
faut surtout mettre en œuvre tout ce qui est chicane, finesse et 
ruse de guerre; un général bien habile dans cette partie changera 
bientôt la défensive en offensive audacieuse ; il ne faut que don- 
ner lieu à l'ennemi de ne faire que deux fautes dont il faut profi- 
ter d'abord et changer ainsi l'état de la guerre. Il nous est très- 
difficile, à nous autres Prussiens, de faire une guerre défensive 
dans ce genre contre les Autrichiens , à cause de leur grande su- 
périorité de troupes légères, tant cavalerie qu'infanterie. Notre 
infanterie ne peut se regarder que comme les légionnaires ro- 
mains; ils sont faits et dressés pour les batailles ; leur ensemble 
et leur solidité en fait la force. La manière de combattre des 
troupes légères est toute différente; nous n'en avons point d'in- 
fanterie, et nos hussards ne sont pas assez nombreux pour pou- 
voir se soutenir en partis contre ceux de la reine de Hongrie. Il 
est done certain que, pour mettre quelque égalité entre nos deux 
armées , il me faut au moins encore deux mille hussards et un 
corps de quatre mille hommes de troupes légères d'infanterie, 
divisées en compagnies franches ; mais c'est l'œuvre du temps et 
des finances de produire ces excellents arrangements , auxquels il 
en faudra venir pourtant tôt ou tard en cas de guerre. 



DES FAUSSES ET DES VERITABLES DEMONSTRA- 
TIONS DE L'ENNEMI. 

11 est très- difficile de distinguer à coup sûr les fausses des 
vraies démonstrations de l'ennemi; voici tout ce que Ton peut 
dire de plus plausible sur cette matière. La meilleure méthode, 
dont le prince Eugène s'est toujours bien trouvé, c'est d'avoir un 
bon espion à la cour du prince avec lequel l'on est en guerre, ou 
du moins d'avoir un espion d'importance dans l'armée ennemie, 
qui vous avertisse des desseins de son général. Si ces deux moyens 
vous manquent, il faut étudier la méthode du général qui com- 
mande l'armée que vous avez devant vous. La plupart des gé- 
néraux suivent à peu près le même train; lorsqu'on le connaît, 



ia8 III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

on peut juger, tant par leurs mouvements que par la manœuvre 
des troupes légères, quel peut être leur dessein, et, quant aux 
différents desseins qu'ils pourraient former, le plus sûr est de 
supposer qu'ils feront ce qui vous est le plus désavantageux ; si 
vous tâchez de les prévenir de ce côté - là , du moins , s'ils ont un 
autre dessein, le succès ne vous en sera- 1 -il pas aussi préjudi- 
ciable. Une bonne méthode , c'est de se camper proche de l'en- 
nemi; alors vous voyez ce qu'il fait, et vous êtes en état de vous 
opposer à ses desseins; mais s'il est* à quelques marches de 
votre armée, on vous fera à tout moment de faux rapports, et il 
pourra vous arriver de faire un mouvement à contre - temps , ce 
qui gâtera toutes vos affaires. Mais, si vous avez l'ennemi en 
vue , vous n'avez qu'à ouvrir les yeux pour savoir ce qu'il fait. 
De plus, les camps les plus voisins de l'ennemi sont les plus pai- 
sibles , toutes fois et quantes on y est en règle. Les principales 
choses qu'il faut couvrir dans nos guerres, ce sont les magasins, 
et c'est sur eux que doivent rouler la plupart des projets de l'en- 
nemi. S'il s'agit de gagner des défilés ou des passages dont le 
succès d'une campagne dépend, c'est un autre sujet de marche; 
et enfin, lorsque l'on a des corps détachés, on doit être très -at- 
tentif à pouvoir y porter du secours, au cas que l'ennemi, avec 
toute son armée, tente de détruire un de ces détachements. On 
peut soupçonner l'ennemi d'un pareil dessein dès le moment qu'un 
grand corps de troupes légères intercepte la communication de 
votre armée à ce corps , et sans balancer il faut faire pousser ces 
troupes légères pour porter du secours au corps détaché, qui, s'il 
n'est pas déjà engagé avec l'ennemi, le sera incessamment. 11 ré- 
sulte de toutes ces attentions et soins différents qu'un général 
d'armée doit être d'une vigilance infatigable, songer à tout, pré- 
voir tout, et observer jusqu'aux moindres démarches des enne- 
mis. S'il néglige le moins du monde de ces attentions pendant 
tout le cours de la campagne, il peut compter que l'ennemi ne 
tardera pas à l'en faire repentir. 

a Le mot est manque dans l'original. 



POUR LA GUERRE. lao 



DES RUSES DE GUERRE. 



11 est tant de différentes espaces de ruses, qu'il serait bien dif- 
ficile de les rapporter toutes; il en est pour les guerres de sièges, 
pour les guerres de campagne, pour les surprises, et encore pour 
les dispositions de combats. Les ruses de guerre s'emploient pour 
tromper l'ennemi et pour lui cacher vos desseins. Dans les guerres 
de sièges, ees ruses ont deux fins, l'une de détourner l'ennemi 
d'une place que l'on veut assiéger, l'autre d'affaiblir la garnison 
de cette place. Pour cet effet, on forme des magasins à deux dif- 
férents endroits. (NB. Cette ruse est trop coûteuse pour être 
pratiquée souvent et par tout le monde.) On assemble l'armée 
dans un endroit éloigné de la place que l'on veut véritablement 
assiéger; on fait mine d'en vouloir faire investir une autre, ce 
qui produit pour l'ordinaire que l'ennemi tire des troupes des 
places éloignées, pour renforcer la garnison de celle qui est me- 
nacée; alors, par des détachements et des contre -marches, on 
tourne brusquement vers la place qu'on avait résolu d'assiéger, 
dont la garnison se trouve affaiblie par le détachement qu'elle a 
fait. Les ruses que l'on emploie pour la guerre de campagne sont 
infinies; les unes sont en discours que l'on publie de desseins 
auxquels on ne pense pas, pour cacher ceux que l'on médite; les 
autres consistent dans des mouvements d'armée concertés, où 
Ton fait marcher un corps d'un côté et où l'on fait toutes les dis- 
positions pour le suivre, sur quoi on marche de l'autre, et cette 
fausse avant-garde devient ensuite votre arrière -garde. Dans 
une guerre absolument offensive, on fait mine de vouloir péné- 
trer par trois endroits différents dans le pays ennemi, pour ca- 
cher l'endroit par lequel on a dessein d'y entrer, afin d y trouver 
moins de résistance. Les passages de rivières exigent beaucoup 
de ces sortes de ruses, et le plus fin l'emporte; il s'agit alors de 
même de cacher à l'ennemi l'endroit où l'on a intention de passer 
cette rivière, pour trouver moins de résistance à ce passage et 
avoir le temps de le faire avec l'armée avant que l'ennemi en soit 
averti. Laisser une ligne dans son camp et marcher la nuit avec 
XXVIII. 9 



i3o III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

la seconde , c'est une ruse de guerre ; faire des feux dans un camp 
que Ton abandonne, et y laisser du inonde qui y fait du bruit, 
est une ruse de guerre dont on se sert pour cacher son décampe- 
ment à l'ennemi. Toutes les fausses attaques sont des ruses de 
guerre; par exemple, que l'on envoie un corps qui fait quelque 
démonstration comme s'il voulait attaquer l'armée ennemie, mais 
qui cependant ne s'engage pas, tandis que l'on attaque et défait 
un détachement de cette armée mal posté. Si l'ennemi vous res- 
pecte, et que vous trouviez à propos de vous battre, inspirez- 
lui de la sécurité, faites semblant de le craindre, préparez des 
chemins en arrière, et son amour-propre vous servira mieux que 
votre force. S'il est trop audacieux, affectez de vouloir en venir 
aux mains, tâchez de battre quelque petit détachement, tâchez 
de le harceler, et il deviendra plus traitable. S'il est plus fort et 
plus nombreux que vous, employez toutes vos ruses à lui faire 
faire des détachements, et, dès qu'il les a faits, profitez du mo- 
ment pour le battre. Il y a des ruses pour surprendre des places , 
exemple : prince Eugène, lorsqu'il surprit Crémone; des ruses 
pour que l'ennemi ne devine pas votre but; pendant l'hiver, par 
exemple, celui qui rassemble le premier ses troupes et tombe sur 
le quartier des ennemis a toujours gain de cause ; alors la ruse 
va à cacher l'assemblée de vos troupes ou à y donner d'autres 
motifs, comme de relever la Postirung, * ou de changer quelques 
régiments de quartiers. L'exacte disposition de la marche des 
troupes pour le moment de leur réunion décidera de votre entre- 
prise. Les retranchements peuvent aussi être comptés parmi les 
ruses de guerre quand on en tourne l'usage à cette fin; cela ne 
doit servir que pour rendre un ennemi plus hardi et l'induire à 
hasarder des manœuvres indiscrètes vis-à-vis de votre armée, 
comme de lui prêter le flanc, de faire des marches sans précau- 
tion, de passer une rivière dans votre voisinage. Alors il est 
temps de quitter ce retranchement pour punir l'ennemi de sa 

* Au lieu du mot Poslirung ( Wintcr - Postirung) , Frédéric a mis dans ses 
Règles de ce qu'on exige d'un bon commandeur de bataillon en temps de guerre : 
• la chaîne des quartiers d'hiver, • et dans son écrit Des marches d'armée : • le 
cordon qui doit couvrir les quartiers d'hhcr. • 



POUR LA GUERRE. i3i 

sottise. Afin donc de diriger toutes vos démarches vers le but où 
vous tendez, il faut faire nombre d'ouvertures à ce retranche- 
ment, pour que vous en puissiez sortir sans embarras. On fait 
de faux détachements, que Ton rappelle peu de temps après; on 
commande des fourrages pour induire l'ennemi d'y envoyer sa 
cavalerie , on les contremande , et ensuite on tombe sur cette ar- 
mée affaiblie par l'absence de ses fourrageurs. Dans ses marches, 
quand on est près de l'ennemi, on fait paraître de fausses têtes 
de colonnes pour lui donner le change. Enfin je ne finirais ja- 
mais, si je voulais, faire rémunération de toutes les inventions 
que l'occasion fournit, et dont on se sert à la guerre pour trom- 
per son ennemi. 

J'en viens aux ruses pour les dispositions. Notre marche par 
colonnes serrées qui font front à l'ennemi, et qui tout d'un coup 
se changent en ligne oblique, peuvent être comptées de ce nombre; 
nos colonnes que nous cachons derrière une aile de cavalerie jus- 
qu'au moment que nous voulons nous en servir sont également 
de ce nombre; les colonnes d'infanterie masquées par la cavale- 
rie, et qui paraissent à six cents pas, se déploient et font feu sur 
l'ennemi , sont également du même genre ; la disposition des Au- 
trichiens avec leurs carrés d'infanterie derrière la cavalerie peut 
s'y ranger tout de même; une cavalerie cachée par le terrain, et 
dont on se sert inopinément, soit pour gagner, derrière un terrain 
couvert, le flanc ou le dos de l'ennemi, est encore ruse de guerre; 
c'en est encore une que de cacher un corps dans des broussailles 
ou dans des fonds un jour de bataille, et qui parait tout à coup 
comme un secours, et qui décourage l'ennemi et donne une con- 
fiance nouvelle à vos troupes. Toutes les fausses attaques que 
Ton fait à une armée postée sont des ruses de guerre, car elles 
servent à diviser son attention et à l'éloigner du projet que vous 
avez formé et de l'endroit par lequel vous avez résolu de percer. 
Dans les attaques de retranchements, on se sert des fonds qui en 
sont proches pour y former les corps par l'effort desquels on 
veut y pénétrer; c'est de même, comme je l'ai dit, pour tromper 
1 ennemi. Souvent même il faut tromper et voire adversaire, et 
vos propres troupes, et cela arrive lorsque l'on est sur la défen- 

9* 



i32 III. PENSEES ET REGLES GENERALES 

sive; cela s'appelle faire la guerre de contenance. L'année 1673, 
lorsque M. de Tu renne défendait F Alsace contre l'armée supé- 
rieure du double que commandaient le Grand Electeur et M. de 
Boumonville, il recula jusqu'à Saverne, Bitche, et la Petite- 
Pierre. Dans ce dernier camp, qu'il avait intention de quitter 
pour se retirer en Lorraine, la veille de son départ, il fit travail- 
ler à un retranchement; cela trompa son armée et les ennemis 
également; le lendemain, il décampa, et se retira en Lorraine 
sans perte. Une armée doit donc toujours faire bonne contenance, 
et, lorsqu'elle est sur le point de se retirer, se présenter de si 
bonne grâce, que l'ennemi puisse croire plutôt que son intention 
est de combattre. Mais après avoir bien occupé les lieux difficiles 
de son passage, son décampement doit se faire avec toute la 
promptitude possible, sans cependant nuire à l'ordre. La dispo- 
sition de l'échiquier sur plusieurs lignes me semble la meilleure. 
Les dernières troupes se rompent par les extrémités ou les ailes, 
de sorte que ce qui reste de l'armée se trouve toujours appuyé 
par les troupes que l'on a postées d'avance au défilé. Cachez 
donc toujours vos desseins à l'ennemi, tâchez de pénétrer les 
siens, réfléchissez longtemps, agissez avec vivacité et prompti- 
tude, ne manquez jamais de vivres, et à la longue vous serez le 
maître de votre ennemi. Mais ne vous endormez jamais , surtout 
réveillez- vous après vos succès ; la bonne fortune est dangereuse , 
en ce qu'elle inspire la sécurité et le mépris de l'ennemi. Cela fut 
cause qu'un aussi grand homme que le prince Eugène se vit en- 
lever ses magasins de Marchienne après l'affaire de Denain. 



DE CE QUE L'ON PEUT OPPOSER AUX TROUPES 
LÉGÈRES DE LA REINE DE HONGRIE. 

Les troupes légères de la reine de Hongrie obligent d'abord à 
faire deux détachements, l'un sur la droite, l'autre sur la gauche 
de votre année, pour les empêcher de vous tourner. On peut 
opposer hussards à hussards, infanterie à infanterie; mais comme 
nous n'avons pas d'infanterie légère, il faudra penser sérieuse- 



POUR LA GUERRE. i33 

ment, avec le temps, de s'en former d'artificielle. On pourrait 
facilement former un ou deux régiments de déserteurs français, et 
trouver de vieux officiers qui ont été enveloppés dans la dernière 
réduction, pour les commander. Ces gens ne doivent faire que 
des partis, soit pour inquiéter des grand' gardes, des détache- 
ments, soit pour enlever de petits corps mal postés, en un mot, 
le service de compagnies franches. Mais voici le grand obstacle, 
et qui, dans les Etats de la Reine, donnera toujours la supério- 
rité à ses troupes légères sur les nôtres : c'est la faveur du pays, 
volontaire ou contrainte, ce qui fait que notre armée ne se trouve 
avertie de rien, et que les ennemis ont d'abord vent du moindre 
petit détachement qui sort de notre camp. Nous ne pouvons pas 
nous garantir contre les espions dans leur pays, à cause que l'ar- 
mée est obligée de vivre, et que, parmi le nombre de ceux qui 
nous vendent des denrées, il y a sûrement de ces sortes de gens; 
que les grand 9 gardes aient toute la vigilance possible, comment 
connaîtront - ils un espion, et comment le distinguer d'un autre 
paysan? Cela donc étant impossible, on se voit obligé de faire 
une guerre serrée, de n'envoyer que des détachements forts hors 
de l'armée, et de n'entreprendre qu'il coup sûr. Dans le cours 
d'une campagne, on n'a guère à appréhender de l'effort des 
troupes légères; le butin est leur objet, et, quoi que fassent 
leurs généraux, on ne leur fera jamais perdre l'inclination du 
pillage. Deux mois de campagne en rétabliront la routine sur le 
pied que cela était la dernière guerre. Il ne résulte donc d'avan- 
tage de ces troupes légères, pour la reine de Hongrie, que de 
fatiguer nos troupes par les escortes et les fourrages , ou nous 
sommes obligés d'employer le triple de troupes qu'eux; mais il 
en résulte un bien très -grand pour notre armée: c'est que ces 
escarmouches continuelles l'aguerrissent et lui font mépriser les 
dangers, que nos officiers se forment, tandis que nos ennemis, 
dans un camp tranquille, sont comme dans leur garnison, et 
sentent une impression bien plus vive à l'approche d'une bataille 
que nos troupes, que des escarmouches continuelles familiarisent 
avec le danger. Ces troupes légères peuvent donc être nuisibles 
seulement dans un cas, qui est celui des retraites, et encore faut-il 



i34 UL PENSEES ET REGLES GENERALES. 

que la marche conduise l'armée par un pays montueux, fourré 
et difficile; dans ces terrains, il est impossible de 9e retirer sans 
perte, quelque disposition et quelque précaution que Ton prenne, 
et c'est dans ces cas où il faut cacher ses de campements pour dé- 
rober sa marche à l'ennemi. Ainsi la ruse est bonne à tout, et il 
n'y a que certains cas où Ton peut employer la force. 

Voilà quelques courtes réflexions sur la guerre , que mou loi- 
sir m'a permis de faire, où j'ai eu plutôt dessein de rectifier mes 
propres idées et de répéter pour mon usage les principes de la 
guerre que de l'enseigner à d'autres. 



IV. 

INSTRUCTION 

POUR 

LE PRINCE HENRI, 

CHARGÉ DU COMMANDEMENT DE L'ARMÉE 

EN SAXE. 



INSTRUCTION 

POUR 

LE PRINCE HENRI, 

CHARGÉ DU COMMANDEMENT DE L'ARMÉE EN SAXE. 
AU PRINCE HENRI. 

(Breslau) ce n (mars 1758). 
Mon cher frère, 

Je vous envoie une grande Instruction pour l'armée que vous aurez 
â commander en Saxe. a Si tout ce qui est Français prend le chemin 
«lu Rhin, c'est-à-dire Soubisien et Clermontais , h vous pourriez peut- 
être, en retournant en Saxe, donner le réveil aux cercles et peut-être 
vous débarrasser d'eux avant le commencement de la campagne, ce 
qui serait un grand avantage. Je ne vous dis ceci que comme un 
concetti; vous n'avez qu'à examiner l'affaire, et vous la ferez, si 
vous la croyez faisable; sinon, vous ne l'entreprendrez pas. Je vous 
fais lever une compagnie de canonniers dont vous aurez besoin, et 
je joins à votre corps vingt gros canons de douze livres ; cela fait un 
prodigieux effet. Si vous avez quelques affaires avec l'ennemi , il faut 
mettre ces canons en batterie et les faire agir tous vers l'aile que vous 
voulez attaquer, et vous en éprouverez sûrement l'avantage. Cela est 
un peu difficile à traîner, mais en revanche cela tire à cinq mille 
quatre cents pas, et la mitraille à mille pas. Comme par l'heureuse 
fuite des Français, Magdebourg est hors d'insulte, vous pouvez tirer 

* Voyez t. XXVI, p. 171, n° 3a. 
*» Voyei t. IV, p. i84 et i85. 



i38 IV. INSTRUCTION 

de la tout ce que vous croirez nécessaire pour vos opérations. Je 
pars dans quelques jours pour couvrir le siège de Schweidnitz, que 
l'on pourra difficilement commencer avant le 20. Mais il faut le 
couvrir primo, secundo pousser un corps dans le comté de Glatz. 
Adieu, mon cher frère; je vous embrasse, étant avec une parfaite 
considération , 

Mon cher frère, 

Votre fidèle frère et serviteur, 
Federic. 



INSTRUCTION. 

luette Instruction embrasse deux objets : 1 ° le maintien de l'ordre , 
de la discipline, du complet et bon état des troupes; 2 et les opé- 
rations militaires. Quant à ce qui regarde le premier article, ma 
volonté expresse est que vous mainteniez la discipline, surtout la 
subordination, avec toute la rigueur imaginable, et que, en cas 
que quelqu'un y contrevînt grièvement, après avoir fait tenir 
conseil de guerre, vous pouvez le faire périr de mort, s'il le mé- 
rite; ainsi des déserteurs, lorsqu'il y en a trop, vous devez faire 
des exemples, pour contenir ceux qui pourraient vouloir les imi- 
ter. Vous aurez soin que le soldat ne manque ni de pain ni de 
viande, et, dans de grandes fatigues, vous lui ferez fournir des 
vivres gratis. Vous tacherez, par toutes sortes d'industries, de 
recruter votre corps; s'il fait des pertes, vous tacherez, autant 
que l'occasion et les moyens le permettent, de le tenir complet. 
Vous empêcherez le pillage autant que possible, et punirez sé- 
vèrement les officiers qui ne l'ont pas empêché, surtout ceux qui 
s'oublient au point de faire eux-mêmes de pareilles bassesses. 
Voilà en gros pour la règle à observer. 

Je passe à présent au second article, qui emporte un plus 
grand détail, et m'oblige par conséquent de vous exposer les pro- 



POUR LE PRINCE HENRI. 139 

jets des ennemis, ensuite les miens, et d'entrer alors dans la dis- 
cussion de ce qui regarde proprement les manœuvres de l'armée 
que je vous donne à commander. 

Le projet des Autrichiens est d'agir avec leurs plus grandes 
forces contre la Silésie, tandis que l'armée de Glermont, moyen- 
nant un nouveau traité que ces gens voulaient faire avec le roi 
d'AngJteterre, devait pénétrer dans le Magdebourg, ou marcher 
par Brème dans le Mecklenbourg et se joindre par ce pays aux 
Suédois. L'armée de Soubise devait faire à peu près la même 
manœuvre que vous lui avez vu faire l'année précédente, c'est- 
à-dire, pénétrer en Saxe du côté de la Thuringe pour gagner 
l'Elbe, pendant que les troupes des cercles et quelques mille Au- 
trichiens devaient entrer en Saxe par Freyberg; et un détache- 
ment de Hongrois était destiné d'ailleurs pour infester la Lusace 
et faire de là des courses dans le Brandebourg. Or, de ce projet, 
tout ce qui regarde l'armée de Clermont est entièrement rompu; 
si, comme on peut l'espérer, l'armée de Soubise fuit en même 
temps; et que tout cela aille vers le Rhin, la Saxe ni le pays de 
Brandebourg n'auront rien à craindre de sitôt de la part des 
Français. L'armée que vous commandez ne trouvera donc pro- 
bablement contre elle que les cercles, joints au corps de Mar- 
schall. 

De ce côté-ci, les Autrichiens espèrent de persuader les Russes 
qu'ils envoient le corps de Schuwaloff à leur secours ; ce corps a 
fait des magasins du côté de Grodno, et il ne peut arriver ici que 
vers la fin de juin. Cela m'oblige de frapper un grand coup sur 
les Autrichiens tandis que j'ai toutes mes forces ensemble, et 
avant ijue ce secours, s'il arrive, m'oblige de détacher. Voici 
Jonc mon projet de campagne : prendre Schweidnitz tranquille- 
ment, laisser un corps de quinze mille hommes pour couvrir les 
montagnes, ou, au cas que quelque corps voulût passer par la 
Lusace, mon détachement peut s'y opposer; ensuite porter la 
guerre en Moravie. Si je marche droit à Olmùtz, l'ennemi vien- 
dra pour le défendre; alors nous aurons une bataille dans un 
terrain dont il n'a pas le choix. Si je le bats, comme il le faut 
espérer, j'assiège Olmiitz ; alors l'ennemi , obligé de couvrir 



i4o IV. INSTRUCTION 

Vienne, attirera toutes ses forces de ce côté -là, et, Olmiïtz 
pris , votre armée sera destinée à prendre Prague et à tenir la 
Bohême en respect; après quoi, que les Russes ou qui que ce soit 
vienne, je serai en état de détacher tant qu'il le faudra. 

Quant à ce qui regarde votre armée, le commencement de la 
campagne doit être une défensive; vous pourrez rassembler votre 
armée du côté de Dresde, où vous le voulez. Vous connaissez 
tous les camps que j'ai fait reconnaîtra là-bas, dont vous pourrez, 
choisir celui qui vous conviendra le mieux. Comme il est néces- 
saire d'avoir de bonnes nouvelles, et qu'il ne faut rien épargner 
en espions, Borcke» a ordre de vous fournir tout l'argent dont 
vous aurez besoin. 

Je défends expressément tout conseil de guerre pour vos opé- 
rations; je vous donne plein pouvoir d'agir comme vous le trou- 
verez bon, de vous battre, de ne vous point battre, en un mot, 
de prendre en toutes les occasions le parti que vous croirez le 
plus avantageux et le plus conforme à l'honneur. La manière 
dont les Français viennent d'être chassés doit naturellement faire 
changer de mesure aux Autrichiens pour leur plan d'opérations. 
Comme il m'est impossible de le deviner à présent, je ne saurais 
vous rien dire, sinon que votre armée doit défendre la Saxe, 
empêcher l'ennemi d'y pénétrer avant, et se borner à cet objet 
jusqu'à ce que nous ayons pris Olmùtz, où vous trouverez toutes 
les facilités pour agir. Vous ne négligerez aucune occasion pour 
nuire à l'ennemi ; surtout il faut être attentif à rompre ses me- 
sures d'avance, et ne lui point laisser tranquillement exécuter ses 
projets. Si cette armée est obligée de se retirer pour se joindre 
aux Autrichiens, vous aurez de belles occasions pour engager 
des affaires d'arrière-garde, peut-être aussi des batailles où vous 
ne risquez rien, si l'ennemi est obligé de gagner la Moravie. Vous 
aurez les généraux Itzenplitz et Hùlsen dans l'infanterie, dont 
vous pouvez bien vous servir; dans la cavalerie, vous aurez 
Driesen, et j'en enverrai encore quelque bon, ensuite Kleist, de 

a Frédéric - Guillaume de Borcke, ministre d'Etat et, pendant la guerre de 
sept ans, chef du directoire général de la guerre {General -Feld- Krieges-Di- 
rectoriumj , n Torçau. Voyez t. "XXVI, p. a3i. 



POUR LE PRINCE HENRI. i4« 

Szekely, et Belling, qui a reçu vos hussards. Accoutumez les 
cavaliers à la guerre, et commandez toujours d'eux quelques dé- 
tachements pour soutenir les hussards, mais sous leurs ordres, 
et non sous celui des officiers de cavalerie. Quant à vos maga- 
sins, je les ai placés à Torgau et Dresde, ce qui vous donne la 
commodité de l'Elbe, et vous met en état de vous tourner égale* 
ment versBautzen ou Freyberg, selon l'exigence du cas. Je vous 
recommande surtout, quoique vous ne deviez que défendre la 
Saxe, d'agir toujours offensivement; et, si vous croyez que l'en- 
nemi peut vous forcer à vous battre, attaquez -le, mais ne vous 
laissez jamais attaquer par lui. S'il manque quelque chose d'ail- 
leurs à cette armée, soit médecins, ou autres officiers de brigade, 
vous n'avez qu'à le mander promptement, pour qu'on y remédie 
à temps. Je vous recommande sur toute chose le soin des pauvres 
blessés et malades, pour qu'on ait pour eux toute l'attention que 
méritent des gens qui se sacrifient pour leur patrie. 

Voilà à peu près tout ce que je puis vous dire; je ne saurais 
entrer dans le détail d'événements futurs. Vous savez en gros de 
quoi vous êtes chargé; pour le détail et l'exécution, je m'en re- 
mets entièrement à votre vigilance, sagesse, exactitude et atta- 
chement, étant, 

Mon 'cher frère, 

Votre fidèle frère et serviteur, 
Federic. 



NB. Vous pouvez tirer le général Finck* de Dresde, si vous 
le jugez à propos, et y nommer ad intérim un autre comman- 
dant. Vous pourrez aussi, en cas de besoin, nommer un officier 
pour Torgau ou pour quelque autre ville que ce soit que vous 
trouverez à propos de garnir de troupes. 

* Voyez t. IV, p. i36; I. XX Vil. m, p. xm, xxn, et ao3 — ao6. 



i*2 IV. INSTRUCTION POUR LE PRINCE HENRI. 
DESIGNATION DER GENERALITÂT, 

VVELCHE BEI DEM SACHSISCHEN CORPS D'ARMÉE STEHEN SOLL. 



General-Lieutenant von der Infanterie Prinz Heinrich von Preussen,» 
• » von Itzenplitz, 

■ ... von Hiilsen, 

» von der Cavallerie von Driesen, 

(îeneral-Major von der Infanterie von Asseburg, 
» » » » von Grabow, 

» » von Finck, 

• » » von Bredow, 

• » • » von Wielershcim , 
» » » » von Jungkenn, 

» - » » von Salmuth, 

von der Cavallerie Baron von Schonaich , 
» » » » von Meinike, 

» » von Zielen. 

» Voyez t. XX VF, p. xxn. 



V. 

DISPOSITION PRÉALABLE 

POUR 

LE MARÉCHAL KEITH, 

EN CAS 

QUE LES ENNEMIS VIENNENT ATTAQUER 
LE CAMP DU ROI. 



DISPOSITION PREALABLE 

POUR LE MARÉCHAL KEITH, 

EN CAS 
QUE LES ENNEMIS VIENNENT ATTAQUER LE CAMP DU ROI. 



(Camp de Prossnitx, près d'Olmiitz, 
3o juin 1758.) 

J^e maréchal enverra , dès qu'il recevra du Roi la nouvelle de la 
marche des Autrichiens, le lieutenant -général Retzow avec sept 
bataillons , le régiment de Wurtemberg dragons, les colonels Mill- 
ier* et Dieskau avec les artilleurs et, s'il se peut, six pièces de 
douze livres, par Holitschau , *> à l'armée, et, pour que les artil- 
leurs arrivent plus vite, on leur fournira des chevaux. 

Les deux colonels de l'artillerie recevront la Disposition ci- 
jointe, 6 que le maréchal leur donnera d'avance, pour qu'ils y 
soient préparés. 

Le Roi enverra tous ses gros bagages à l'armée du maréchal, 
«nii seront placés à l'endroit qu'il trouvera le plus convenable. 

Le jour de la bataille, dès la pointe du jour, le maréchal 
fera prendre les armes à toutes les troupes de son armée, pour 
quelles soient prêtes ou à repousser les sorties de la ville, ou 
pour défendre leurs retranchements. 

• Cet officier s'appelait Moller ou Môller, et non Millier. Il était colonel 
depuis le 11 mars iySy, et moins ancien que Dieskau, inspecteur général de 
1 artillerie. 

•» Olschan ou Ollschann. 

* 11 s'agit de la pièce suivante. 

XXVIII. 'o 



i46 V. DISPOSITION POUR LE MARECHAL KEITH. 

Le Roi ne pouvant pas, faute de troupes, couvrir le siège 
pendant la bataille, et paraissant probable que Loudon, Janus 
ou Buccow pourraient peut-être tenter quelque chose, soit de ce 
côté - ci ou de l'autre de la Morawa , le maréchal , pour plus de 
sûreté, fera détendre les tentes de ses troupes, qu'il peut mettre 
en masse avec le bagage de l'armée. 

Dès que la bataille sera gagnée, le Roi en fera non seulement 
avertir le maréchal , mais il renverra des troupes et artilleurs au 
siège, et le maréchal renverra le bagage de l'armée au lieu qu'on 
lui dira, avec tout ce qu'il pourra ramasser de chariots vides et 
de chirurgiens pour panser et transporter les blessés à Horka, 
ainsi que nos chariots de pain, pour que rien n'empêche la pour- 
suite de l'ennemi. 

Federic. 



VI. 

DISPOSITION 



POUR 



LES COLONELS D'ARTILLERIE 

DIESKAU ET MOLLER. 



IO # 



DISPOSITION 

POUR LES COLONELS D'ARTILLERIE 
D1ESKAU ET MOLLER. 



Lies colonels de Dieskau et Moller sont instruits par ceci de ce 
qu'ils auront à faire en cas de bataille. L'armée n'attaquera 
qu'avec une aile, comme près de Leuthen; dix bataillons auront 
l'attaque devant l'armée. Si c'est l'aile droite qui attaque, les 
deux principales batteries seront formées de cette façon : 

.j. .J. y .[. .[• *|. «|» «|« .1 .|. •(. .|. aaaaaaaaa .|. .|. .|. .|. .|. .|. .|. o 

4o canons, pièces de 9 bataillons. obusiers de 1 ba- 

batterie de 1a et a4 iWres. 10 livres et canons, taillon. 

Si c'est l'aile gauche qui attaque, on n'a qu'à placer à la 
gauche ce qu'il y a ici sur la droite, et la grande batterie sera 
toujours placée devant l'armée; sur l'aile qui n'attaque pas, on 
transportera les autres canons. 

NB. Les sept obusiers seront répartis dans les dix bataillons 
qui forment l'attaque; 

Il faut que les canons tirent toujours pour démonter les ca- 
nons de l'ennemi, et, lorsqu'ils auront éteint leur feu, il faut 
qu'ils tirent en écharpe, tant sur l'infanterie que sur la cavalerie 
qui sera attaquée. 

Les batteries seront toujours avancées comme à Leuthen , et 
pourra surtout celle de quarante pièces faire un grand effet, si 



i5o VI. DISPOSITION. 

les canonniers tirent bien, et qu'ils commencent à tirer à car- 
touche à huit cents pas. 

Les vingt canons qui sont sur l'aile qui n'attaque pas y pour- 
ront à la fin aussi être ajoutés , et faire un bon effet pour mettre 
l'ennemi en confusion et pour faciliter le choc à nos gens. 

II faudra faire cet arrangement que cette quantité de canons 
soit tenue ensemble, afin que MM. les colonels en puissent d'abord 
disposer. 

Ils prendront six pièces de douze livres avec eux, et viendront 
ici» avec les artilleurs ? pour arriver plus vite et pour pouvoir 
faire toutes les dispositions à temps; et ils donneront leurs ordres 
aux officiers et aux soldats d'avance , en conséquence de ceci. 

Ces messieurs ne partiront avec leurs gens que lorsque M. le 
maréchal le leur ordonnera. 

Camp près de Prossnitz, 3o juin 1758. 

Federic. 



* Le Roi semble avoir omis ici les mois à cheval. La traduction porte, 
dans de Malinowsky et de Bonin, Geschichte der brandenburgisch - preussischen 
Artillerie, t. III, p. 53 : Sechs zwolfpfûndige B aller iestucke nehmen sic mil, u/id 
werden mit den Arlillerislen heruber reilen, um deslo geschwinder zu kommen, etc. 



VIL 

RÉFLEXIONS 

SUR LA TACTIQUE 

ET 

SUR QUELQUES PARTIES DE LA GUERRE, 

ou 

RÉFLEXIONS 

SUR 

QUELQUES CHANGEMENTS 
DANS LA FAÇON DE FAIRE LA GUERRE. 



REFLEXIONS 

SIR LA TACTIQUE ET SUR QUELQUES PARTIES DE LA GUERRE, 

OU 

RÉFLEXIONS 

SUR QUELQUES CHANGEMENTS DANS LA FAÇON 
DE FAIRE LA GUERRE. 



'Qu'importe de vivre, si Ton ne fait que végéter?» Qu'importe 
de voir, si ce n'est que pour entasser des faits dans sa mémoire? 
Qu'importe, en un mot, l'expérience, si elle n'est digérée par la 
réflexion? 

Végèee dit que la guerre doit être une étude et la paix un 
exercice, b et il a raison. 

L'expérience mérite d'être approfondie; ce n'est qu'après 
l'examen réitéré qu'on en fait que les artistes parviennent aux 
connaissances des principes, et c'est aux moments de loisir, au 
temps de repos de préparer de nouvelles matières à l'expérience. 
Ces recherches sont les productions d'un esprit appliqué; mais 
que cette application est rare, et qu'il est, au contraire, commun 
de voir des hommes qui ont usé de tous leurs membres, sans 
avoir jamais de leur vie fait usage de l'esprit! La pensée, la fa- 
culté de combiner des idées est ce qui distingue l'homme d'une 
béte de somme. Un mulet, après avoir porté dix campagnes le 

• Voyez t. X, p. 71 ; t. XIV, p. 85; et t. XVII, p. *43. 
b Voye* ci - dessus , p. 3. 



i54 VII. REFLEXIONS 

bât sous le prince Eugène, n'en sera pas meilleur tacticien; et il 
faut confesser, à la honte de l'humanité, que beaucoup d'hommes 
vieillissent dans un métier respectable d'ailleurs, sans y faire 
d'autres progrès que ce mulet. 

Suivre la routine du service , s'occuper du soin de sa pâture 
et de son couvert, marcher quand on marche, se camper quand 
on campe, se battre quand tout le monde se bat, voilà, pour le 
grand nombre d'officiers , ce qui s'appelle avoir servi , avoir fait 
campagne, être blanchi sous le harnois. 

De là vient qu'on voit ce nombre de militaires attachés à de 
petits objets, rouilles dans une ignorance grossière, qui, au lieu 
de s'élever par un vol audacieux jusqu'aux nues , ne savent que 
ramper méthodiquement sur la fange de la terre, qui ne s'em- 
barrassent et ne connaîtront jamais les causes de leurs triomphes 
ou de leurs défaites. Ces causes sont cependant très -réelles. 

Ce sévère critique, le judicieux Feuquières,* nous a détaillé 
toutes les fautes que les généraux ont faites de son temps; il a, 
pour ainsi dire, fait l'anatomie des campagnes où il a assisté, en 
montrant quelles étaient les causes des succès et quelles étaient 
les raisons des infortunes. Il a indiqué la route qu'il faut suivre 
lorsqu'on veut s'éclairer, et par quelles recherches on découvre 
ces vérités primitives qui sont la base des arts. 

Depuis son siècle, la guerre s'est raffinée; des usages nouveaux 
et meurtriers l'ont rendue plus difficile. Il est juste de les détail- 
ler, afin que, ayant bien examiné le système de nos ennemis et 
les difficultés qu'ils nous présentent, nous choisissions des moyens 
propres pour les surmonter. 

Je ne vous entretiens point des projets de nos ennemis , fon- 
dés sur le nombre et le pouvoir de leurs alliés , dont la multitude 
et la puissance réunie était plus que superflue pour écraser, non 
la Prusse, mais les forces d'un des plus grands rois de l'Europe 
qui aurait voulu résister à l'impétuosité de ce torrent II n'est 
pas besoin de vous faire remarquer la maxime qu'ils ont adoptée 
généralement, d'attirer par diversion nos forces d'un côté, pour 
frapper un grand coup à l'endroit où ils sont sûrs de ne pas trou- 
ver de résistance; de se tenir sur la défensive vis-à-vis d'un corps 

* Voyez ci -dessus, p. 100. 



SUR LA TACTIQUE. i55 

assez fort pour leur tenir tête, et d'employer la vigueur contre 
celui que sa faiblesse oblige de céder. 

Je ne vous rappelle pas non plus la méthode dont je me suis 
servi pour me soutenir contre ce colosse, qui menaçait de m'ac- 
cabler. Cette méthode , qui ne s'est trouvée bonne que par les 
fautes de mes ennemis, par leur lenteur qui a secondé mon acti- 
vité, par leur indolence à ne jamais profiter de l'occasion, ne doit 
point se proposer pour modèle. 

La loi impérieuse de la nécessité m'a obligé à donner beau- 
coup au hasard. La conduite d'un pilote qui se livre aux caprices 
du vent plus qu'à la direction de sa boussole ne peut jamais ser- 
vir de règle. 

U est question de se faire une juste idée du système que les 
Autrichiens suivent dans cette guerre. Je m'attache à eux comme 
à ceux de nos ennemis qui ont mis le plus d'art et de perfection 
dans ce métier. Je passe sous silence les Français, quoiqu'ils 
soient avisés et entendus , parce que leur inconséquence et leur 
esprit de légèreté renverse d'un jour à l'autre ce que leur habileté 
leur pouvait procurer d'avantages. Pour les Russes, aussi féroces 
qu'ineptes, ils ne méritent pas qu'on les nomme. 

Les changements principaux que je remarque dans la con- 
duite des généraux autrichiens pendant cette guerre consistent 
dans leurs campements, dans leurs marches, et dans cette prodi- 
gieuse artillerie qui, exécutée seule, sans être soutenue de troupes, 
serait presque suffisante pour repousser, détruire et abîmer un 
corps qui se présenterait pour l'attaquer. Ne pensez pas que 
j'ignore les bons camps que les habiles généraux ont choisis et 
occupés autrefois. Ceux de Fribourg et de Nordlingue appar- 
tiennent à M. de Mercy. Le prince Eugène en prit un, non loin 
de Mantoue, qui lui servit à arrêter les progrès des Français 
durant toute cette campagne. Le prince de Bade rendit le camp 
de Heilbronn fameux. En Flandre, on connaît celui de Sierck et 
tant d'autres qu'il serait superflu de citer. 

En quoi les Autrichiens modernes se distinguent particulière- 
ment, c'est de choisir constamment des terrains avantageux pour 
l'assiette de leur position, et de profiter mieux que Ton ne faisait 
autrefois des difficultés des lieux, auxquelles ils assujettissent 



i56 VII. REFLEXIONS 

l'arrangement qu'ils donnent à leurs troupes. Que Ton examine 
si jamais généraux ont eu l'art de former des ordonnances aussi 
formidables que celles que nous avons vues dans les armées au- 
trichiennes. Quand a-t-on vu quatre cents canons rangés sur des 
hauteurs en amphithéâtre et distribués en différentes batteries , 
de sorte que, ayant la faculté d'atteindre de loin, ils ne perdent 
pas l'avantage principal et plus meurtrier du feu rasant? 

Si un camp autrichien vous présente un front redoutable, ce 
n'est cependant pas où se borne sa défense ; sa profondeur et ses 
lignes multipliées contiennent dans leur enfoncement de vraies 
embuscades, c'est-à-dire de nouvelles chicanes, des lieux propres 
à surprendre des troupes dérangées par les charges qu'elles ont 
été obligées de faire avant d'y parvenir. Ces lieux sont préparés 
d'avance, et occupés par les corps destinés à cet usage. 11 faut 
avouer que la grande supériorité de leurs armées permet aux gé- 
néraux qui les commandent de se mettre sur plusieurs lignes sans 
craindre d'être débordés, et que, ayant un monde superflu, cette 
multitude de troupes leur procure la faculté de remplir tous les 
terrains qu'ils jugent convenables pour rendre leur position plus 
formidable. 

Si nous descendons ensuite dans un plus grand détail, vous 
trouverez que les principes sur lesquels les généraux autrichiens 
font la guerre sont une suite d'une longue méditation, beaucoup 
d'art dans leur tactique, une circonspection extrême dans le choix 
de leurs camps, une grande connaissance du terrain, des disposi- 
tions soutenues, et une sagesse à ne rien entreprendre qu'avec 
une certitude aussi grande de réussir que la guerre permet de 
l'avoir. Ne jamais se laisser forcer à se battre malgré soi, voilà 
la première maxime de tout général, et dont leur système est 
une suite; de là la recherche des camps forts, des hauteurs, des 
montagnes. Les Autrichiens n'ont rien qui leur soit particulier 
dans le choix des postes , sinon qu'on ne les trouve presque ja- 
mais dans une mauvaise situation, et qu'ils ont une attention 
essentielle à se placer sans cesse dans des terrains inattaquables. 
Leurs flancs sont constamment appuyés à des ravins, des préci- 
pices, des marais, des rivières ou des villes. Mais où ils se dis- 
tinguent le plus des anciens, c'est dans l'ordonnance qu'ils donnent 



SUR LA TACTIQUE. 1S7 

à leurs troupes, comme je viens de le dire, pour tirer parti de 
tous les avantages du terrain. Us ont un soin extrême de placer 
chaque arme dans le lieu qui lui est propre; ils. ajoutent la ruse 
à tant d'art, et vous présentent souvent des corps de cavalerie, 
pour séduire le général qui leur est opposé à faire de fausses dis* 
positions. Je me suis cependant aperçu dans plus d'une occasion 
que, toutes les fois qu'ils rangent leur cavalerie en ligne contiguë, 
ce n'est pas leur intention de la faire combattre, et qu'ils ne s'en 
veulent servir effectivement que lorsqu'ils la forment en échi- 
quier. Remarquez encore, s'il vous plait, que si vous faites char- 
ger cette cavalerie au commencement de l'action, la vôtre, qui la 
battra sûrement, donnera, pour peu qu'elle la poursuive, dans 
une embuscade d'infanterie où elle sera détruite; et il s'ensuit 
que, en attaquant cet ennemi dans un poste, il faut refuser sa 
cavalerie du commencement, ne se point laisser séduire par de 
fausses apparences, ne point exposer les hommes de cheval, soit 
an feu des petites armes, soit à celui du canon, qui leur fait 
perdre leur première ardeur, et ménager cette troupe pour répa- 
rer le combat ou pour l'employer à la poursuite de l'ennemi , où 
Ton en tire le plus grand service. 

Nous avons vu pendant toute cette guerre l'armée autrichienne 
rangée sur trois lignes, entourée et soutenue de cette immense 
artillerie. Sa première ligne est formée au pied des collines, dans 
un terrain presque uni, mais qui conserve assez de hauteur pour 
descendre de là en douce pente, en forme de glacis, du côté d'où 
l'ennemi peut venir. Cette méthode est sage; c'est le fruit de 
l'expérience, qui montre qu'un feu rasant est plus formidable 
qu'un feu plongeant. De plus, le soldat, sur la crête du glacis, 
a tout l'avantage de la hauleur, sans en éprouver les inconvé- 
nients. L'assaillant, qui est à découvert, et qui avance de bas en 
haut, ne lui peut nuire par son feu, au lieu que celui qui est 
posté a l'avantage d'un feu rasant et préparé. S'il sait faire usage 
de ses armes, il détruira l'ennemi qui avance, avant qu'il puisse 
l'approcher; s'il repousse l'attaque, il peut poursuivre l'ennemi, 
secondé par le terrain, qui se prête à ses divers mouvements; au 
lieu qu'une première ligne postée sur une éminence ou sur une 
colline trop escarpée n'ose en descendre, de crainte de se rompre, 



i58 VH. REFLEXIONS 

que celui qui l'attaque se trouve, avec une marche vive, bientôt 
au-dessous de son feu, à couvert du canon même. 

Les Autrichiens ont bien examiné les avantages et les desa- 
vantages de ces différentes positions, de sorte qu'ils réservent et 
destinent dans leurs camps ces hauteurs qui s'élèvent en amphi- 
théâtre à leur seconde ligne, qu'ils munissent et fortifient de 
canons comme la première. Cette seconde ligne, qui renferme 
quelque corps de cavalerie, est destinée à soutenir la première. 
Si l'ennemi qui attaque plie, la cavalerie est à portée de le char- 
ger. Si sa première ligne plie, l'ennemi qui avance trouve, après 
un rude combat d'infanterie, un poste terrible qu'il faut attaquer 
de nouveau. Il est rompu par les charges précédentes, et obligé 
de marcher à des gens frais, bien en ordre, et secondés par la 
force du terrain. 

La troisième ligne, qui leur sert en même temps de réserve, 
est destinée à renforcer l'endroit de leur poste où l'assaillant se 
propose de percer ; leurs flancs sont garnis de canons comme une 
citadelle. Ils profitent de tous les petits saillants du terrain pour 
y mettre des pièces qui tirent en écharpe , afin d'avoir d'autant 
plus de feux croisés , de sorte que de donner l'assaut à une place 
dont les défenses ne sont pas minées , ou d'attaquer une armée 
qui s'est ainsi préparée dans son terrain, c'est la même chose. 

Non contents de tant de précautions, les Autrichiens tâchent 
encore de couvrir leur front par des marais, des chemins creux, 
profonds et impraticables, des ruisseaux, en un mot, des défilés; 
et, ne se fiant pas aux appuis qu'ils ont donnés à leurs flancs, ils 
ont de gros détachements sur leur droite et sur leur gauche, qu'ils 
font camper à deux mille pas de leurs ailes ou environ, dans des 
lieux inabordables. Ces détachements sont destinés à observer 
l'ennemi, afin que, s'il venait inconsidérément attaquer la grande 
armée, ces corps soient à portée de lui tomber à dos. II est facile 
de se représenter l'effet que cette diversion opérerait sur des 
troupes qui sont occupées à charger l'ennemi, et qui se trouve- 
raient inopinément prises en flanc et par leurs derrières. Le com- 
mencement du combat en serait la fin, et ce ne serait qu'une 
confusion, un désordre et une déroute. 

Gomment engager une affaire, dira -t- on, avec des gens si 



SUR LA TACTIQUE. i5o 

bien préparés? Serait-ce donc que ces troupes si souvent battues 
seraient devenues invincibles? Assurément non; c'est de quoi je 
ne conviendrai jamais. Mais je ne conseille à personne de prendre 
une résolution précipitée et d'aller insulter une armée qui s'est 
procuré de si grands avantages. 

Cependant il est impossible à la longue, pendant la durée 
d'une campagne, que tous les terrains se trouvent également 
avantageux, que ceux qui ont l'intendance de poster les troupes 
ne commettent quelques fautes. J'approuve fort que l'on profite 
de ces occasions sans avoir égard au nombre, pourvu qu'on ait 
un peu au delà de la moitié du monde de ce qu'a l'ennemi. 

Les fautes de l'ennemi .dont on peut profiter sont lorsqu'il 
laisse quelques hauteurs devant ou à côté de son camp; s'il place 
la cavalerie dans sa première ligne ; si son flanc ne se trouve pas 
bien appuyé , ou s'il détache un de ces corps qui veillent sur ses 
ailes, loin de son armée; si les hauteurs qu'il occupe ne sont 
çuere considérables, surtout si aucun défilé ne vous empêche de 
l'aborder . Ce sont là des cas dont je crois qu'un général entendu 
doit profiter. La première chose qu'il doit faire est de s'assurer 
des buttes de terre ou des hauteurs qui peuvent faire dominer 
son canon sur celui de l'ennemi, d'y placer autant de canons 
qu'elles peuvent contenir, et de foudroyer de là cette armée qu'il 
se propose d'attaquer, tandis qu'il forme ses lignes et ses attaques. 
J'ai vu dans plusieurs occasions le peu de fermeté que les troupes 
autrichiennes témoignent dans le feu du canon. Leur infanterie 
ni leur cavalerie n'y résistent point. Pour leur faire éprouver 
tout ce que l'artillerie a de terrible, il vous faut ou quelques hau- 
teurs , ou un terrain qui soit tout plaine. Les bouches à feu et 
les petites armes ne font aucun effet, comme je vous l'ai dit, du 
bas en haut. Attaquer l'ennemi sans s'être procuré l'avantage 
d'un feu supérieur ou du moins égal, c'est se vouloir battre 
contre une troupe armée avec des hommes qui n'ont que des bâ- 
tons blancs , et cela est impossible. 

J'en reviens à l'attaque dont nous parlions. Tout dépend du 
choix judicieux que vous ferez de l'endroit où l'ennemi est le plus 
faible, et où vous ne devez pas vous attendre à une aussi grande 
résistance qu'aux lieux où il s'est plus précautionné. Je crois que 



i6o VIL REFLEXIONS 

la sagesse exige que Ton prenne un point fixe de l'armée de l'en- 
nemi, savoir, la droite, la gauche, le flanc, etc., et qu'on se le 
propose pour faire faire un plus puissant effort de ce coté -là: 
que l'on forme plusieurs lignes pour se soutenir, étant probable 
que vos premières troupes seront repoussées. Je déconseille les 
attaques générales, parce qu'elles sont trop risqueuses, et que, 
en n'engageant qu'une aile ou une section de l'armée, en cas de 
malheur, vous gardez le gros pour couvrir votre retraite, et vous 
ne pouvez jamais être totalement battu. 

Considérez encore que, en ne vous attachant qu'à une partie 
de l'armée de l'ennemi, vous ne pouvez jamais perdre autant de 
inonde qu'en rendant l'affaire générale, et que si vous réussissez, 
vous pouvez détruire également votre ennemi, s'il ne se trouve 
pas avoir un défilé trop près du champ de bataille, où quelque 
corps de son armée puisse protéger sa retraite. 

Il me parait encore que vous pouvez employer la partie de 
vos troupes que vous refusez à l'ennemi à en faire ostentation , 
en la montrant sans cesse vis-à-vis de lui, dans un terrain qu'il 
n'osera quitter pour fortifier celui où vous faites votre effort; ce 
qui est lui rendre inutile pendant le combat cette partie de l'ar- 
mée que vous contenez en respect. 

Si vous avez des troupes suffisantes, il arrivera peut-être 
que l'ennemi s'affaiblira d'un côté pour accourir au secours d'un 
autre; voilà de quoi vous pourrez profiter encore, si vous vous 
apercevez à temps de ses mouvements. 

D'ailleurs, il faut imiter sans doute ce qu'on trouve de bon 
dans la méthode des ennemis. Les Romains, en s'appropiïant 
les armes avantageuses des nations contre lesquelles ils avaient 
combattu, rendirent leurs troupes invincibles. On doit certaine- 
ment adopter la façon de se camper des Autrichiens, se conten- 
ter en tout cas d'un front plus étroit pour gagner sur la pro- 
fondeur, et prendre un grand soin de bien placer et d'assurer 
ses ailes. 

11 faut se conformer au système des nombreuses artilleries, 
quelque embarrassant qu'il soit. J'ai fait augmenter considé- 
rablement la nôtre, qui pourra subvenir au défaut de notre in- 
fanterie, dont l'étoffe ne peut qu'empirer, à mesure que la guerre 



SUR LA TACTIQUE. 161 

tirera en longueur. Ainsi prendre des mesures avec plus de jus- 
tesse el d'attention qu'on ne Ta fait autrefois, c'est se conformer 
à cet ancien principe de l'art, de ne jamais être obligé de com- 
battre malgré soi. 

Tant de difficultés pour assaillir l'ennemi dans ses postes font 
naître l'idée de l'attaquer en marche, de profiter de ses décampe- 
ments, et d'engager des affaires d'arrière -garde, à l'exemple de 
celle de Leuze ou de celle de Senefle. Mais c'est à quoi les Au- 
trichiens ont également pourvu en ne faisant la guerre que dans 
des pays coupés ou fourrés , et en se préparant d'avance des che- 
mins , soit à travers des forêts , ou des terrains marécageux , en 
suivant derrière les montagnes les routes des vallées, ayant eu 
l'attention de faire garnir d'avance ces montagnes ou défilés par 
des détachements. Un nombre de troupes légères va se poster 
dans les bois, sur les cimes des monts, couvre leur marche, 
marque leurs mouvements et leur procure une entière sûreté, 
jusqu'à ce qu'ils aient atteint un autre camp fort où l'on ne peut 
les entamer sans être inconsidéré. 

Je dois vous faire remarquer à cette occasion les moyens dont 
les ennemis se servent pour choisir de bonnes positions. Ils ont 
des ingénieurs de campagne qu'ils envoient à la découverte du 
pays, qui reconnaissent les terrains et en lèvent des plans exacts; 
et ce n'est qu'après un examen réfléchi et une mure délibéra- 
tion que le camp est choisi, et qu'en même temps on en règle la 
défense. 

Les détachements des armées autrichiennes sont forts , et ils 
en font beaucoup. Les plus faibles ne sont pas au-dessous de 
trois mille hommes. Je leur en ai compté quelquefois cinq ou 
six qui se trouvaient en même temps en campagne. Le nombre 
de leurs troupes hongroises est assez considérable, qui, si elles 
se trouvaient rassemblées , pourraient former un gros corps d'ar- 
mée, de sorte que vous avez deux armées à combattre, la pe- 
sante et la légère. Les officiers qu'ils emploient pour leur confier 
ces détachements sont habiles, surtout dans la connaissance du 
terrain. Ils se campent souvent près de nos armées, cependant 
avec Futile circonspection de se mettre sur la cime des montagnes, 

xxvni. 1 1 



i62 VIL REFLEXIONS 

dans des forêts épaisses, ou derrière de doubles ou triples défilés. 
De cette espèce de repaire, ils envoient des partis qui agissent se- 
lon l'occasion, et le corps ne se montre pas, à moins que de pou- 
voir tenter quelque coup important. La force de ces corps leur 
permet d'approcher de près nos armées, de les entourer même, 
et il est très-fàcheux de manquer du nombre égal de celte espèce 
de troupes. Nos bataillons francs, formés de déserteurs, mal 
composés et faibles, n'osent souvent se montrer devant eux. Nos 
généraux n'osent pas les aventurer en avant sans risquer de les 
perdre, ce qui donne le moyen aux ennemis d'approcher de nos 
camps, de nous inquiéter et de nous alarmer de nuit et de jour. 
Nos officiers s'accoutument à la fin à ces échauffe urées; elles leur 
donnent lieu de les mépriser, et malheureusement ils en con- 
tractent l'habitude d'une sécurité qui nous est devenue funeste à 
Hoehkirch, où beaucoup prirent pour l'escarmouche de troupes 
irrégulières l'attaque qu'à notre droite les Autrichiens firent avec 
toute leur armée. Je crois cependant, pour ne vous rien cacher, 
que M. de Daun pourrait se servir mieux qu'il ne le fait de son 
armée hongroise. Elle ne nous cause pas le mal qu'elle pourrait. 
Pourquoi ces généraux détachés n'ont -ils rien tenté contre nos 
fourrages? Pourquoi n'ont «ils point essayé d'emporter de mau- 
vaises villes où nous avions nos dépôts de vivres? Pourquoi 
n'ont- ils pas dans toutes les occasions entrepris d'intercepter nos 
convois? Pourquoi, au lieu d'alarmer nos camps de nuit et par 
de faibles détachements, n'ont -ils pas essayé de les attaquer en 
force, et de prendre à dos notre seconde ligne, ce qui les aurait 
menés à des objets bien autrement importants et décisifs pour le 
succès de la guerre? Sans doute qu'ils manquent, comme nous, 
d'officiers entreprenants, gens si rares et si recherchés dans tous 
les pays, les seuls cependant qui, du nombre d'officiers dont 
beaucoup se dévouent aux armes sans vocation et sans talents, 
méritent le grade de généraux. 

Voilà en peu de mots l'idée des principes sur lesquels les Au- 
trichiens font la guerre présente. Ils l'ont beaucoup perfectionnée. 
Cela même n'empêche pas qu'on ne puisse reprendre sur eux une 
entière supériorité. L'art dont ils se servent avec habileté pour 
se défendre nous fournit des moyens pour les attaquer. 



SUR LA TACTIQUE. i63 

J'ai hasardé quelques idées sur la manière d'engager avec eux 
des combats. Je dois y ajouter deux choses que je crois avoir 
omises, dont l'une est d'avoir un grand soin de bien appuyer le 
corps que vous menez attaquer l'ennemi , de crainte qu'il ne lui 
arrive, en chargeant, d'être pris lui-même en flanc au lieu d'y 
prendre celui qu'il assaillit; et l'autre consiste d'imprimer dans 
l'esprit des chefs des bataillons que, lorsqu'ils les mènent au com- 
bat, ils aient une attention particulière à ne leur point permettre 
de se débander, surtout lorsque, dans l'ardeur du succès, ils 
poussent devant eux des corps ennemis, et cela, par la raison 
que l'infanterie n'a de force que tant qu'elle est tassée et en 
ordre, et que, lorsqu'elle est séparée et presque éparpillée, un 
faible corps de cavalerie qui tombe sur elle dans ce moment de 
dérangement suffirait pour la détruire. Quelques précautions 
que prenne un général, il reste toujours beaucoup de hasards 
à courir dans l'attaque des postes difficiles et dans toutes les 
batailles. 

La meilleure infanterie de l'univers peut être repoussée et 
mise en désordre dans les lieux où elle a à combattre le terrain, 
l'ennemi et le canon. La nôtre, énervée et même abâtardie, tant 
par ses pertes que par ses succès mêmes, demande d'être con- 
duite avec ménagement aux entreprises difficiles; il faut se régler 
sur sa valeur intrinsèque, proportionner ses efforts à ses facultés, 
et ne point l'exposer inconsidérément à des épreuves de valeur 
qui demandent dans les périls éminents une patience et une fer- 
meté inébranlables. 

Le sort des Etats dépend des actions décisives; un emplace- 
ment bien pris, une colline bien défendue peut soutenir ou ren- 
verser un royaume: un seul faux mouvement peut tout perdre. 
Un général qui entend un ordre de travers, ou qui l'exécute mal, 
met votre entreprise dans un risque éminent. Il faut surtout 
bien instruire ceux qui commandent les ailes de l'infanterie, pe- 
ser mûrement ce qu'il y a de mieux à faire; et autant qu'on est 
louable d'engager une affaire, si l'on y trouve ses avantages, au- 
tant faut -il l'éviter, si le risque que l'on y court surpasse le bien 
que l'on en espère. Il y a plus d'un chemin à suivre, qui mènent 



i64 VIL REFLEXIONS 

tous au même but. On doit s'appliquer, ce semble, à détruire 
l'ennemi en détail; qu'importe de quels moyens on se sert, pourvu 
que Ton gagne la supériorité? 

L'ennemi fait nombre de détachements. Les généraux qui les 
mènent ne sont ni également prudents, ni ne sont circonspects 
tous les jours. D faut se proposer de ruiner ces détachements 
l'un après l'autre. Il ne faut point traiter ces expéditions en ba- 
gatelles, mais y marcher en force, y donner de bons coups de 
collier, et soutenir ces petits combats aussi sérieusement que s'il 
s'y agissait d'affaires décisives. L'avantage que vous en retirez, 
si vous réussissez deux fois à écraser de ces corps séparés , sera 
de réduire l'ennemi sur la défensive; à force de circonspection , 
il se tiendra rassemblé, et vous fournira peut-être l'occasion de 
lui enlever des convois, ou même d'entreprendre avec succès sur 
sa grande armée. 

Il s'offre encore à l'esprit d'autres idées que celles-ci. J'ose à 
. peine les proposer dans les conjonctures présentes, où, accablés 
par le poids de toute l'Europe , contraints de courir la poste avec 
des armées, soit pour défendre une frontière, soit pour voler au 
secours d'une autre province, nous nous trouvons contraints à re- 
cevoir la loi de nos ennemis au lieu de la leur donner, et à régler 
nos opérations sur les leurs. 

Comme cependant les situations violentes ne sont pas de du- 
rée , et qu'un seul événement peut apporter un changement con- 
sidérable dans les affaires, je crois vous devoir découvrir ma 
pensée sur la façon d'établir le théâtre de la guerre. 

Tant que nous n'attirerons pas l'ennemi dans des plaines, 
nous ne devons pas nous flatter d'emporter sur lui de grands 
avantages; mais dès que nous pourrons le priver de ses mon- 
tagnes, de ses forêts et des terrains coupés dont il tire une si 
grande utilité, ses troupes ne pourront plus résister aux nôtres. 

Mais où trouver ces plaines? me direz-vous. Sera-ce en Mo- 
ravie, en Bohême, à Gôrlitz, à Zittau, à Freyberg? Je vous ré- 
ponds que non, mais que ces terrains se trouvent dans la Basse- 
Silésie, et que l'insatiable ardeur avec laquelle la cour de Vienne 
désire de reconquérir ce duché l'engagera tôt ou tard d'y en- 
voyer ses troupes. C'est alors que, obligés de quitter les postes, 



SUR LA TACTIQUE. i65 

la force de leur ordonnance et l'attirail imposant de leur canon 
se réduira à peu de chose. Si leur armée entre dans la plaine au 
commencement d'une campagne, leur témérité peut entraîner 
leur ruine totale, et dès lors toutes les opérations des armées 
prussiennes, soit en Bohême, soit en Moravie, réussiront sans 
peine. 

C'est un expédient fâcheux, me direz -vous, que celui d'at- 
tirer un ennemi dans son pays. J'en conviens; cependant c'est 
l'unique, parce qu'il n'a pas plu à la nature de faire des plaines 
en Bohème et en Moravie, mais de les charger de bois et de mon- 
tagnes. Il ne nous reste qu'à choisir ce terrain avantageux où il 
est , sans nous embarrasser d'autre chose. 

Si les Autrichiens méritent des éloges de l'art qu'ils ont mis 
dans leur tactique, je ne puis que les blâmer sur la conduite 
qu'ils ont tenue dans les grandes parties de la guerre. Ces forces 
si supérieures, ces peuples qui se précipitaient sur nous des 
quatre coins de la terre, qu'ont- ils opéré? Est -il permis, avec 
lant de moyens, tant de forces, tant de bras, de faire si peu de 
chose? N'est-il pas clair que si, au moyen d'un concert bien ar- 
rangé, toutes ces armées avaient agi en même temps, elles au- 
raient écrasé nos corps les uns après les autres , et qu'en pous- 
sant et pressant par les extrémités vers le centre, ils auraient pu 
forcer nos troupes à se réduire à la seule défense de la capitale? 
Mais leur puissance même leur a été nuisible; ils ont mis leur 
confiance les uns dans les autres, le général de l'Empire dans 
l'Autrichien, celui-là dans le Russe, celui-là dans le Suédois, et 
enfin celui-là dans le Français. De là cette indolence dans leurs 
mouvements et cette lenteur dans l'exécution de leurs projets. 
S'endormant aux flatteuses idées de leurs espérances et dans la 
sécurité de leurs succès futurs, ils ont regardé le temps comme 
à eux. Combien de moments favorables ont-ils laissés échapper ! 
que de bonnes occasions n'ont-ils pas manquées! en un mot, que 
de fautes énormes n'ont- ils pas faites, auxquelles nous devons 
notre salut! a 

» Le jugement que le Roi porte ici sur l'armée autrichienne est reconnu tout 
à fait juste par le colonel de Cogniazo dans son ouvrage ( anonyme ) , G es tond- 
fasse eûtes Oestreichischen Vétérans, Breslau, 1790, 1. 111, p. 65 et suivantes. 



i66 VII. REFLEXIONS SUR LA TACTIQUE. 

Voilà les spéculations que m'a fournies la campagne passée , 
seul fruit que j'en aie retiré. L'empreinte encore vive et récente 
de ces images m'est devenue une matière à réflexions. Tout n'est 
pas épuisé; il reste beaucoup de choses à dire, dont chacune mé- 
rite un examen particulier. Mais malheureux celui qui ne sait 
pas s'arrêter en écrivant! J'aime mieux ouvrir la carrière des 
méditations que de la remplir seul, et donner à ceux qui liront 
ceci lieu à penser des choses qui, s'ils y appliquent les facultés de 
leur esprit, vaudront mieux que ces idées tracées légèrement et 
à la hâte. 

Brcslau, 27 décembre 17S8. 



Vlll. 

INSTRUCTION 



POUR 



/ t 



LES GENERAUX-MAJORS 

DE CAVALERIE. 



INSTRUCTION 

POUR 

LES GÉNÉRAUX-MAJORS DE CAVALERIE. 



AU BARON DE LA MOTTE FOUQUE. 

Rohnstock, q4 mars 1759. 
Mon cher général d'infanterie de Fogqué, 

Ayant déjà répondu à vos deux lettres du 22 de ce mois, j'ajoute 
seulement que, selon les nouvelles que j'ai de la grande année autri- 
chienne, elle tournera ses opérations vers la Silésie, et que pour 
fêla toute l'armée s'assemblera auprès de Konigingratz. Je vous en- 
voie ci-joint un exemplaire de Y Instruction pour les généraux-majors 
de cavalerie, que vous devez remettre au général -major de Meier, a 
et la lui bien inculquer. Je suis votre bien affectionné Roi. 



INSTRUCTION. 



Q< 



uoique les généraux - majors de cavalerie soient déjà munis 
dune Instruction^ je trouve pourtant à propos d'y ajouter 

a Voycx.t. IV, p. 194. 

k Frédéric parle de son Instruction fur die General- Majors von der Caval- 
<W, Potsdam, den i4- August 1748, que l'on trouve t. XXX. parmi les ou- 
tnçei militaires écrits en allemand. 



i 7 o VIII. INSTRUCTION 

quelque chose, afin qu'ils se souviennent mieux de tout ce que 
je veux qu'ils fassent dans la campagne prochaine. Le devoir 
des généraux -majors de cavalerie, lorsqu'ils sont de jour, est de 
prendre soin de faire relever les grand' gardes à la pointe du 
jour, et de faire en sorte que les patrouilles passent en règle 
d'une garde avancée à l'autre, qu'on patrouille régulièrement le 
matin, et que les postes de jour empêchent les goujats d'aller 
paître les chevaux hors de la chaîne. Us visiteront de temps en 
temps leurs postes, et feront en sorte que tout soit Lien alerte; 
mais surtout ils doivent observer dans le camp que, pendant la 
nuit, tous les ordres donnés aux brigades soient bien exécutés ; 
qu'on ne permette pas aux cavaliers d'aller abreuver les chevaux 
sans quelque officier; qu'aucun officier n'aille à l'hôpital des ma- 
lades, à moins qu'il ne sente en effet quelque mal; qu'aucun ré- 
giment ne dresse des tentes entre les rues des compagnies, comme 
fit celui de Kyau auprès de Gorlitz; quand j'en trouverai, je ne 
m'en prendrai point aux officiers commandants des régiments, 
mais aux généraux -majors des brigades, qui m'en répondront. 
En fourrageant à portée de l'ennemi, ils auront grande attention 
à empêcher le pillage; les cavaliers doivent prendre du fourrage, 
et non pas des oies ou des canards pour les cacher dans leurs 
trousses; c'est pourquoi chaque officier doit toujours les faire 
délier en sa présence, et ceux qui auront pillé seront punis ri- 
goureusement. Eu marchant, ils doivent faire aller les chevaux 
à grands pas, et non pas lentement, comme * c'est la coutume 
des régiments; il faut serrer escadron contre escadron, régiment 
contre régiment, brigade contre brigade. S'il y a des défilés à 
passer, les généraux doivent faire en sorte que les brigades les 
passent bien vite, que les cavaliers ne se querellent pas, et que 
tout se fasse le plus tôt possible. Ils ne doivent point souffrir les 
traîneurs, et aucun soldat ne doit sortir de son rang, ni se laisser 
attraper dans les villages. Quand ils sont dans les avant-gardes, 
ils doivent soutenir les hussards. Dans ces occasions, il faut, 
ainsi que je l'ai souvent dit, prendre de grands intervalles et les 
soutenir, couvrir leurs flancs, se tenir, en cas de besoin, à trois 
cents pas derrière eux, et s'avancer avec un, deux ou plusieurs 

* Le mot comme manque dans l'original. 



POUR LES GENERAUX-MAJORS DE CAVALERIE. 171 

escadrons, en cas qu'une troupe de hussards soit repoussée, pour 
donner la chasse à l'ennemi; il faut surtout avoir grande atten- 
tion aux ailes, et les couvrir. Dans une arrière -garde, il faut 
faire les mêmes manœuvres, sans en venir trop souvent aux 
mains avec l'ennemi ; mais il faut tout faire en se repliant. Dans 
des occasions semblables, il est nécessaire que, en passant des 
défilés, cela se fasse avec la plus grande vitesse qu'il est possible, 
quand même ce serait en trottant; mais il faut d'abord former 
les rangs de l'autre côté, et tout cela en marchant; cela peut se 
faire également dans toutes les plaines. Il faut repousser l'ennemi 
trop entreprenant; cependant les généraux ne doivent pas enga- 
ger toute la masse ; ils doivent toujours tenir quelques escadrons 
en réserve, quand même ce n'en serait qu'un. Ils ne doivent pas 
trop s'approcher des bois, parce qu'ils peuvent être occupés par 
des pandours ou d'autres troupes ennemies; mais s'ils rencontrent 
de la cavalerie ennemie qui n'est pas soutenue par de l'infanterie, 
ils en viendront aisément à bout. Chacun doit faire marcher ser- 
rés les cavaliers, et empêcher qu'ils courent çà et là; dans la 
poursuite même, il faut toujours avoir quelque troupe qui les 
soutienne, et sur laquelle les autres puissent se replier. Quant 
aux batailles , il y a deux sortes d'affaires à observer, des affaires 
d'infanterie et des affaires de cavalerie. Les affaires d'infanterie 
sont les attaques des villages, des montagnes, des postes diffi- 
ciles; dans ces sortes de batailles, on ne saurait faire agir la ca- 
valerie par aile, mais bien par intervalles. C'est pourquoi la 
cavalerie est d'ordinaire rangée dans la troisième ligne, et ne 
peut agir que quand l'infanterie a déjà fait un trou dans telle ou 
telle partie; alors on peut employer un ou deux régiments de ca- 
valerie. Dans ce cas , le général de brigade doit vite se rendre 
au lieu où il faut enfoncer, et pénétrer en colonne par escadron , 
pour profiter de la confusion de l'ennemi , ainsi que les régiments 
gardes du corps, gendarmes et Seydlitz firent auprès de Ross- 
bach, ainsi que fit l'aile du général Seydlitz auprès de Zorndorf, 
de même que les gendarmes auprès de Hochkirch; et quand 
même ils laisseraient marcher les cavaliers en désordre dans cette 
occasion, il n'importe. Ils ont à observer ici qu'en cas que l'en- 
nemi ait posté de la cavalerie serrée derrière l'infanterie, ils ne 



i 7 2 VIII. INSTRUCTION. 

doivent pas trop s'éloigner de leur infanterie ; car, à mesure que 
notre infanterie pousse celle de l'ennemi, la poursuit et achève 
de la mettre en déroute, ils s'exposent, s'ils la poursuivent trop 
loin. Il y a mille choses à observer, savoir : s'ils trouvent à coté 
de l'infanterie qui est en déroute une infanterie formée, ils la 
peuvent attaquer sans hésiter, s'ils peuvent la prendre à dos ; ce 
sont toujours les attaques les plus sûres pour la cavalerie, et elle 
n'y court aucun risque. Il faut donc que ces choses se fassent 
avec la plus grande vitesse, afin que l'ennemi n'ait pas le temps 
de parer ces mouvements. Quand la bataille se livre dans la 
plaine, et que la cavalerie est postée, chaque général -major doit 
se tenir à la tête de sa brigade, excepté les lieutenants -géné- 
raux, à qui j'ai fait défense de se tenir en avant, parce qu'ils 
doivent redresser le désordre, et donner ordre que la seconde 
ligne soutienne les attaques partout où il sera nécessaire. Dans 
ces attaques, il faut principalement que les ailes soient bien ap- 
puyées , que la seconde ligne observe bien la première , que les 
régiments soient toujours bien serrés , que plus on approche de 
l'ennemi, plus la carrière soit rapide; de cette manière il n'y aura 
pas de confusion. Quand l'ennemi sera repoussé, ils doivent 
prendre garde à couvrir leurs flancs; il faut surtout que la se- 
conde ligne y soit attentive. Au reste, il faut que les généraux 
prennent soin de conserver les chevaux de leurs brigades , et d'ob- 
server un bon ordre parmi les officiers et en toute autre chose. 
Si quelqu'un fait une faute, il le faut faire arrêter et punir ri- 
goureusement. On ne doit point souffrir d'officier capable d'une 
lâcheté; et comme les régiments sont cette année en fort bon 
état, il faut qu'ils fassent tous leurs efforts pour acquérir dans 
cette campagne une aussi bonne réputation que dans celle de 
Tannée passée. 

Breslau, 16 mars 1759. 



APPENDICE. 



I. 

DER GENERAL VON WINTERFELDT AN DEN KÔNIG.» 

Potsdam , den n. November iy53. 

i/as von Ewr. Koniglichen Majestât allergnadigst zum Durchlesen 
mir Communicirte liefere ich hierbei, mit der lebhaftesten dévot en Er- 
kennllichkeit fur dièse mir dadurch erzeigte Gnade in aller Unlertha- 
nigkeit wieder zuriick. Und gleichwie ailes dièses in meinem Herzen 
v«rgraben bleiben wini, desto mehr habe ich dagegen die daraus ge- 
lernten incompara bien Regeln , in den vier und zwanzig Stunden , da es 
«ehabt, meinem Gedâchtniss zu imprimiren gesucht, damit £wr. Ma- 
jestat gnadige Bemiihungen , um mich zu instruiren und zu Dero Dienst 
seschickt zu machen, nicht vergebens angewendet, sondera ich sol- 
eher durch eine stricte Folge und Âusubung wiïrdig sein muge. 

Wer diesen Instructiones nur folgt, als welche auf der einen Seile 
anweisen, wie man von den Avantagen, so man sich dadurch ver- 
schaflen kann-, mehr als jemals in einem Kriege geschehen, profit i- 
ren, auf den difficilen Fall aber auch zeigen, wie man sich in denen 
schwersten Vo»rfâllen helfen soll, der kann in allen moglichen Gele- 
■enheiten seiner guten probablen Sache gewiss, als auch zugleich in 
fritischen Begebenhciten nicht embarrassii-t sein. 

Us ist dièse Beilage ein Praservativ uin sich glucklich zu erhal- 
len, und eine Universal - Medicin um aile Verlegenheiten zu curiren. 
Und diinke ich mich bei dieser unschâtzbaren Feldapolheke, als welche 
ich allezeit sinnlich bei mir fïihren werde, so sicher, dass mir auch 
<fcr starkste feindliche Gift nicht schaden kann. 

II. C. VON WlNTKRFELOT. 



* Il est parle de relie letlrc dans Y Avertissement , article III. Nous In le- 
nooide feu madame la comtesse Henriette d'ItzcnpIilz-Fricdland. 



. 7 6 APPENDICE. 

IL 

FRIEDRICH AN DEN PR1NZEN HEINRICH. * 

Breslau, den 17. Marx 1759. 
Ddrchladchtigkr FUrst, 
Frkundlich lieber Bruder, 

Ua Ich Ew. Liebden vorhin schon eine Instruction fur die Gênerai- 
Majors von der Infanterie zugesandt habe, damit Dieselben solche 
einem jeden dererselben abschriftlich communiciren sollen; so schicke 
Ich £w. Liebden nunmehro hierbei auch eine Instruction fîir die Ge- 
neral- Majors von der Cavalier ie und will, dass Dieselben gleichfalls 
jedem General von der Cavallerie bei Dero unterbabendem Corps eine 
Abschrift davon zustelien sollen. Ich hofle ûbrigens, dass ein jeder 
von denen Gênerais, so dergleichen Abschrift von Deroselben empfan- 
get, von der pflichtmâssigen Discrétion sein werde, davon keinen an- 
dern, als seinen alleinigen Gebraucb zu machen. Ich bin, u. s. w. 

a Nous avons mentionné cette lettre dans V Avertissement, article VIII, et 
nous la donnons d'après l'original conservé aux Archives de l'Etat (F. io5. Ee). 



TABLE DES MATIERES. 



PAGES 



Avertissement de l'Éditeur ix 

I. LES PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA GUERRE, appli- 
qués à la tactique et à la discipline des troupes prus- 
siennes 1 

Introduction 3 

Article 1 er . Des troupes prussiennes, de leurs défauts et de 

leurs avantages 4 

Article II. Des projets de campagne 8 

Article 111. Des subsistances et du commissariat 17 

Article IV. Des vivandiers, de la bière, de l'eau -de -vie. 20 

Article V. Des fourrages secs et verts 21 

Article VI. De la connaissance du pays 23 

Article VII. Du coup d'oeil 25 

Article VIII. De la distribution des troupes 26 

Article IX. Des différents camps 27 

Article X. Des sûretés que Ton prend dans son camp . . 34 
Article XI. Quand et pourquoi il faut faire des détache- 
ments 36 

Article XII. Des talents qu'il faut à un général 39 

Article XIII. Des stratagèmes el des ruses de guerre ... 43 
Article XIV. Des espions, de L'usage qu'on en peut faire 
dans tous les cas, et comment on apprend des nou- 
velles de l'ennemi 46 

XXVlil. ia 



178 TABLE 

PACE» 

Article XV. Des marques caractéristiques par lesquelles on 

peut deviner les intentions des ennemis 48 

Article XVI. De notre pays; du pays neutre; de celui des 
ennemis ; de la différence des religions ; quelle conduite 

tous ces cas différents demandent Ag 

Article XVII. De toutes les marches qu'une armée peut 

faire 5i 

Article XVIII. Quelles précautions on doit prendre, dans 

les retraites, contre les hussards et les pandours ... S7 
Article XIX. Comment il convient aux Prussiens de traiter 
les troupes légères lorsqu'on agit offensivement contre 

elles 58 

Article XX. Par quels mouvements on oblige l'ennemi d'en 

faire nécessairement de son côté % 

Article XXI. Des passages de rivières 61 

Article XXII. De la défense des rivières 6a 

Article XXIII. Des surprises de villes 64 

Article XXIV. De l'attaque et de la défense des places . 65 

Article XXV. Des combats et des batailles 68 

Article XXVI. Pourquoi et comment on livre bataille . . 83 
Article XXVII. Des hasards et des cas fortuits qui ar- 
rivent a la guerre 85 

Article XXVIII. S'il faut qu'un général tienne des con- 
seils de guerre 88 

Article XXIX. Des nouvelles manœuvres de l'armée ... 88 

Article XXX. Des quartiers d'hiver 89 

Article XXXI. Des campagnes d'hiver 93 

H. AVANT -PROPOS de l'Extrait tiré des Commentaires du 

chevalier Folard sur l'Histoire de Polybe 97 

lïï. PENSÉES ET RÈGLES GÉNÉRALES pour la guerre . . io3 

IV. INSTRUCTION pour le prince Henri , chargé du comman- 
dement de l'armée en Saxe i35 

V. DISPOSITION PRÉALABLE pour le maréchal Keith, en 

cas que les ennemis viennent attaquer le camp du Roi i43 



DES MATJERES. 179 

PAGBS 

VI. DISPOSITION pour les colonels d'artillerie Dieskau et 

Moller i47 

Vil. RÉFLEXIONS sur la tactique et sur quelques parties de 
la guerre, ou Réflexions sur quelques changements dans 

la façon de faire la guerre i5i 

VOL INSTRUCTION pour les généraux -majors de cavalerie. 167 

appendice 173 



IMPRIMERIE ROYALE 

(r. dkckkr) 




<IX 



ŒUVRES 



DE 



FREDERIC 

LE GRAND 



TOME XXIX. 



OEUVRES 



DE 



FRÉDÉRIC 



LE GRAND 



TOME XXIX. 




BERLIN •» MDCCCLVI 



CHEZ RODOLPHE DECKER 

IMPRIMEUR DU ROI 
SUCCESSEUR ET HERITIER DE DECKER PÈRE ET FILS 



ŒUVRES 

MILITAIRES 

DE 

FRÉDÉRIC II 

ROI DE PRUSSE 



TOME II. 



BERLIN 

CHEZ RODOLPHE DECKER IMPRIMEUR DU ROI 

SUCCESSEUR ET HERITIER DE DECKEK FKRK ET FII.S 
M DCCC LVI 



OEUVRES 

MILITAIRES 



TOME 11. 



AVERTISSEMENT 

DE 

L'ÉDITEUR. 



Frédéric parle avec satisfaction, dans ses Mémoires et dans ses lettres, a 
des travaux auxquels il se livra, des la paix de Hubertsbourg, dans 
le but de perfectionner l'instruction de son armée. Il commença par 
réunir autour de lui l'élite de ses officiers , soit afin de les initier aux 
secrets du plus difficile des arte,l> soit pour encourager et distinguer 
le mérite partout où il le trouvait, c Potsdam devint ainsi une véri- 
table académie militaire. Mais le Roi ne se borna pas à donner des 
directions pratiques a ceux qui servaient sous ses ordres; il écrivit 
pour eux jusqu'à la fin de sa vie, en mettant à profit l' expérience 
qu'il avait acquise dans ses campagnes. Les principaux fruits de ces 
travaux sont d'abord l'article, Des principes fondamentaux de la guerre 9 
inséré dans le Testament politique (inédit) du 7 novembre 1 768 , puis 
les huit ouvrages dont se compose ce volume , le second de la série 
militaire, et dont nous allons parler en détail. 



* Voye» t. VI, p. 95 et 96; t. XX, p. i3i. 
1» Voyez t. VI, p. 98. 

' Voye» t. XXIV, p. 363 et 364, et La Motte Fouqué, Ernst Friedrich WiU 
hbn PhiUpp von RSchel, Berlin, i8a8, t. I , p. 27 et suivantes. 



XXIX. 



AVERTISSEMENT 



I. ÉLÉMENTS DE CASTRAMETRIE ET DE TACTIQUE. 

Frédéric fit imprimer ce traité simultanément en français et en 
allemand; mais l'original est en français. Il est intitulé : Éléments 
de castramétrie et de tactique (sans lieu d'impression) , MDCCLXX1. 
C'est un grand in-quarto, portant au frontispice une vignette gravée 
par Schleuen; il se compose iï\m Avant -propos de six pages, d'une 
Table des matières de même étendue, que nous donnons telle que le 
Roi l'a faite,* et de quatre-vingt-six pages de texte, avec trente-sept 
plans qui tous présentent des notes explicatives , en partie très-dét&il- 
ïées. On lit a la fin de l'article XXXVIII et dernier : Sans -Souci, 
ce la novembre 1770, et plus bas la signature : Federic. La traduc- 
tion est intitulée : Grundsâtze der Loger- Kunst und Tactic (sans lieu 
d'impression), 1771, quatre-vingt-quatorze pages grand in-quarto, avec 
la vignette de Schleuen et trente-sept plans. L'ouvrage est daté : Sans- 
Souci, den 12. iïovember 1770, et signé Friderich. 

On s'est servi pour cette traduction des mêmes planches que pour 
l'original. Seulement on a enlevé les notes explicatives qui y étaient 
gravées en français, et, après les avoir traduites, en ayant soin que 
les caractères allemands tinssent* précisément la même place que le 
texte français, on a artistement collé le nouveau texte de chaque 
planche à l'endroit d'où l'on avait enlevé l'ancien. Le tout a été 
exécuté avec une rare habileté. 

L'édition française et l'édition allemande ont probablement été im- 
primées toutes deux au château, par G.-J. Decker, imprimeur du Roi. 

En envoyant la première a son frère Ferdinand , l'Auteur lui écri- 
yit, le 3 mars 1771 : «J'ai travaillé cet hiver a un Essai de tactique 
•et de castramétrie pour mes généraux. Cet ouvrage vient d'être 
«imprimé, et je vous prie, mon cher frère, d'en accepter un exem- 
« plaire. J'espère que vous prendrez toutes les précautions pour qu'on 
«n'en tire point de copie, et qu'il ne tombe en aucune main étran- 
gère, car cela est fait pour nos officiers, et non pas pour éclairer 
«nos ennemis.* Le Roi recommande de même le secret le plus in- 

■ L'indication des plans, dans la table, ne reproduit pac toujours exacte- 
ment les titres qui se trouvent sur les planches. Il y a entre autres une méprise 
complète dans le tilre du n° XXIV. 

b Voyait. XXVI, p. 564- 



DE L'EDITEUR, xi 

violante au lieutenant-général de Ramin, en lui adressant, le 3 mars 
1771, l'édition allemande, pour les généraux et les officiers d'état-ma- 
jor de la garnison de Berlin. * 

Le mot de castramétrie ne se trouve pas dans le Dictionnaire de 
l'Académie. Frédéric Ta employé dans le t. IX, p. ao3 : «Ce qui 
-restera éternellement stable dans Fart militaire, dit-il, c'est la castra- 
•métrie, ou Fart de tirer le plus grand parti possible d'un terrain 
«pour son avantage.» 11 l'explique ci -dessous, p. 5a, par le terme 
de l'art des campements. Cependant il s'est servi ailleurs (t. IX, 
p. 175) de l'expression plus exacte de castramétatùm. 

Les deux éditions des Eléments, distribuées à un petit nombre 
d'exemplaires, sont très - rares et très -peu connues. Notre texte re- 
produit l'original de 1771. Quant aux trente-sept pians que l'auguste 
auteur y a ajoutés, Sa Majesté le Roi a décidé, comme pour les 
Principes généraux de la guerre (t. XXV 111, p. xvii), que nous ti- 
rerions parti des planches originales conservées aux archives de l'état- 
major général de l'armée, sans y faire aucun changement. Nous en 
formons la seconde section de l'atlas qui accompagne les Œuvres 
militaires. 

H a paru, en 1801, une contrefaçon très -imparfaite des Grund- 
sâtte der Loger -Knnst, sous le titre de: Geheime strategische In- 
simctiaaen Friedrichs des Zweiten an seine General - Inspecteurs* 
Mit 3i iUummirten Plans. Leipzig, librairie Baumgartner (sans millé- 
sime), quarante-quatre pages grand iu-4. L'éditeur, omettant tout le 
traité proprement dit, n'a donné que les notes explicatives qui se 
trouvent sur les planches de l'original allemand. Une seconde édition 
de cette contrefaçon mutilée a paru en 181 5, trente et un plans et 
huit pages de texte. 

Dans son journal, Zeitschrift fur Kunst, Wissenschafl und Ge- 
schichie des Krieges, t. 78, M. L. Blesson a publié en i85o, comme 
inédits, les Grundsaite der Loger -Kunst und Tactic, sous le titre 
de: Instruction Konig Friedrichs des Zweiten an seine General 'In- 
specteurs. Les plans y manquent. 



* Voyez J.-D.-E. Preuss, Friedrich der Grosse, eine Lebensgeschichte, t. II, 
p. 464 et 465. 



xii AVERTISSEMENT 



IL AVANT -PROPOS. 

Nous devons cet Avant' propos inédit (du 5 octobre 1771) à feu 
madame la comtesse d'Itzenplitx-Friedland, qui en possédait l'auto- 
graphe. Frédéric y parle de Y Extrait que cet écrit devait précéder, 
mais il n'en indique ni Fauteur, ni le titre exact , de manière que nous 
ne savons quel est cet ouvrage. \1 Avant -propos renferme même un 
passage qui nous fait douter si l'original de Y Extrait est en français 
ou en allemand. Il est du reste possible que ce dernier n'ait pas 
été imprimé, car» malgré toutes nos recherches, il nous a été im- 
possible de le découvrir. 



III. REGLES DE CE QU'ON EXIGE D'UN BON 
COMMANDEUR DE BATAILLON EN TEMPS DE GUERRE. 

Cette pièce inédite provient de la collection de feu madame la 
comtesse d'Itzenplitz-Friedland. Le texte que nous suivons , copié par 
un secrétaire, a été revu par le Roi lui-même, qui a mis de m main , 
à la marge des pages 3, 8 et 20, trois nota benè pour attirer l'at- 
tention sur trois additions insérées par lui à la dernière page. La 
première de celles-ci (p. 58) commence par les mots «On sait*, et 
se termine par «ou tué auparavant;* la seconde (p. 60) va de «C'est 
une règle» à «dans votre troupe;* et la troisième (p. 65) de «Affaires 
de retraite» à «et l'arrêter.* Frédéric a écrit au revers de la der- 
nière feuille les mots : «Ayez la bonté de faire recopier ceci avec les 
additions. Fr. * 

Pour la date des Règles, nous la trouvons dans l'ordre de Cabi- 
net que voici : «Mein lieher Gencral-Licutenant von Ramin, Irh habe 
• Euch fderbeigehende 

*Regeln, nach welchen ein guter Commandeur eûtes Bataillons 
zur Zeit des Krieges handcln soU, » 

« in der sibsicht zuferfigen wollen , dass Ihr solche denen sâmmtiiclien 
« Bataillons - Commandeurs Eurer Inspection communiciren und zu- 
•gleich, dièse «Regeln* sich ganz eigentlich hekannt zu machen , dabei 



DE L'EDITEUR. xnt 

•aber Sussent geheim zu hait en, von Meinetwegen aufgeben 9 auck 
•se&ige Eurerseits gehorig secretiren sollet. Ich but, etc. Pofsdam, 
*ètn 3o. AprU 1773. Fridcrich.»* 

Nous croyons devoir ajouter a ce qui précède l'ordre suivant du 
gouverneur de Berlin, daté du k juillet 1780 : *Da Ikro Konigiiche 
•Maf estât dent Gouverneur die Bûcher von denen «Grundsifczen der 
•Lager-Kunst und Tactic,* die « General-Principia vom Kriege,* un* 
•gleicken die • Regein, nach tvelchen ein guter Commandeur eûtes 
•BataUhns zur Zeit des Krieges handeùt sol/,* wUder zugeschickt 
•haben, so konnen die Herrn Gênerais und Stabs- Officiers solche ge- 
•gm Quittung zum Durchicsen, aber nicht zum Abschreiben 9 abhoien 

M. le major Charles Zabeler, chef de bataillon au service d'An- 
halt-Dessau , a eu la bonté de nous donner une copie de la traduction 
allemande de l'ouvrage qui nous occupe, traduction citée dans les 
deux ordres de 1773 et de 1780. Ce texte allemand, transcrit sur 
une copie conservée parmi les papiers de feu M. le comte Victor- Amédée 
Henckel de Donnersmarck , est le seul que nous connaissions. L'ar- 
lide qui commence (p. 59) par les mots : «Comme dans les cam- 
pagnes,» et finit par «répéter sa leçon,» a été omis dans la traduc- 
tion, ainsi que le Résumé de ces règles , ajouté a la fin de l'original. 



IV. REFLEXIONS SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 

Feu madame la comtesse d'Itzenplitz - Friedland possédait deux 
manuscrits originaux de cet ouvrage : i° l'autographe de l'auteur, 
signé Federic, et portant plus bas, a gauche, les mots : «Scriptum 
in dolorc, I er décembre 1775;» a une copie faite par un secrétaire, 
et corrigée par le Roi. Notre texte reproduit l'autographe , mais nous 
tirons parti des corrections de la copie. 

D avait paru antérieurement une édition assez exacte de cet écrit, 
«hk le titre de : Réflexions sur les projets de campagne par Frédé* 
fie //, roi de Prusse. On y a joint un Mémoire raisonné du duc 

* Voyez J.-D.-E. Preus», Friedrich der Grosse als Schriflstetlcr, p. a43 
*t *44t û° 30. 

b Voyez Aus allen Parolebuchern der Berliner Garnison zur Zeit Friedrichs 
d« Grossen, von A. v. Witzleben, Berlin., 18S1, p. 84. 



xnr AVERTISSEMENT 

de Bruaswic touchant la campagne de 1792. A Tubingue, chez 
J.-G. Cotta, i8o8 9 soixante -onze pages in -8. On lit dans Y Avis au 
lecteur placé en tête de cette édition : «C'est la première fois que cet 
«ouvrage de Frédéric II, roi de Prusse f parait dans le public. Il ne 
•se trouve pas dans les Œuvres posthumes de «et illustre auteur. II 
•est vrai qu'il a été imprimé en 1775; mais le Roi ne Ta communi- 
•qué qu'à peu de personnes.» 

Nous regrettons de n'avoir jamais vu cette. édition de 1775. 

Les Réflexions sur les projets de campagne sont une amplifica- 
tion détaillée du sujet traité dans le second article des Principes gé- 
néraux de la guerre (t. XXVIII, p. 8—16), qui est intitulé: Des 
projets de campagne. Les Pensées et règles générales pour la guerre 
(I. c, p. 123—126) renferment aussi un article Projets de campagne. 



V. DES MARCHES D'ARMEE, 
ET DE CE QU'IL FAUT OBSERVER A CET ÉGARD. 

il existe deux manuscrits de cet ouvrage, qui appartenaient a feu 
madame la comtesse d'ItzenpIitz-Friedland : i° l'autographe de l'Auteur, 
de douze pages in-4, daté : Sans- Souci , 22 octobre 1777, et signé 
Federic; 2° une copie sans date, de trente -huit pages in-4« corrigée 
par le Roi lui -même, qui fit imprimer son ouvrage sous le titre: 
Des marches d'armée, et de ce qu'il faut observer à cet égard. 
A Berlin, chez G.-J. Decker, imprimeur du Roi, 1777» soixante-deux 
pages in -8. Nous ne connaissons que deux exemplaires de cette édi- 
tion, l'un appartenant a M. Rodolphe Decker, l'autre, •Ex bibliotheca 
Augustissimi Régis Friderici Wilhelmi III,* conservé à la Biblio- 
thèque royale de Berlin. 

Le 12 novembre 1777, Frédéric donna un exemplaire de ce livre 
au prince Frédéric de Bmnswic - Oels , et lui écrivit à cette occasion : 
«Mon cher neveu, je vous envoie un ouvrage sur les marches, que 
•mes quartiers -maîtres m'ont demandé.» 

Le texte imprimé dans les Œuvres de Frédéric II, roi de Prusse, 
publiées du vivant de l'auteur, A Berlin, 1789, t. III, p. 417— 452, 
a subi de nombreuses corrections de la part des éditeurs. Le nôtre 
reproduit l'édition originale de 1777. 



DE L'EDITEUR. xr 

L'article XVII des Principes généraux de la guerre (t. XXVIII, 
p. 5i — 57) est intitulé : De toutes les marches qu'une armée peut faire. 



VI. PROJET DE CAMPAGNE. 

Cette pièce, de la main de Frédéric* deux pages in -A t **ns date 
ai signature 9 se trouve dans sa correspondance avec son frère le 
prince Henri (Archives de l'Etat, F* 108. B) f parmi les lettres du 
mois d'avril 1778. L'Auteur en fait mention dans ses Mémoires de 
la guerre de 1778 (t. VI, p. i45 et i46), en ces termes : «Le projet 
■de campagne que le Roi avait formé était bien différent de celui 
■qu'il fallut exécuter, • etc. 

Le Projet de campagne est imprimé aux pages 38 et 39 de la 
Correspondance de Frédéric avec le prince Henri faisant, suite à 
l'ouvrage de M. de Schômng, Der Baycrsehc Erèfolgekrieg. Son 
texte offre quelques variantes. Le nôtre est l'exacte reproduction de 
Tautographe. 



VIL INSTRUCTION POUR LE PRINCE HEREDITAIRE 
DE BRUNSWIC. 

Le prince Henri, frère du Roi, ne pouvant plus supporter les fa- 
tigues d'une campagne, exprima, le 3 décembre 1778, le désir de 
déposer son commandement (t. XXVI, p. 467). Le i3 décembre, 
Frédéric nomma à sa place le prince héréditaire de Brunswic géné- 
ral en chef de son armée de Saxe; plus tard il lui donna cette In- 
struction 9 écrite de sa main et datée de Breslau, 16 janvier 1779. 
Notre texte est copié sur l'autographe conservé aux Archives du duché 
de Brunswic 

Quant au Prince héréditaire, voyez t. XXVII. 11, p. xm, note a, 
et ci -dessous, p. 87. 



xvt AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR. 



VIII. REFLEXIONS SUR LES MESURES A PRENDRE 

AU CAS DUNE GUERRE NOUVELLE AVEC 

LES AUTRICHIENS, 

EN SUPPOSANT QU' ILS SUIVENT LA MÊME METHODE D'UNE DÉFENSIVE 
RIGIDE COMME DANS LA DERNIERE CAMPAGNE DE I778. 

Frédéric ne croyait pas que la paix de Teschen fût durable; il 
avait même conçu cette opinion avant de la conclure (t. XXVI, 
p. 474)* Cette idée l'engagea a former des projets pour l'avenir, et 
lui inspira entre autres ces Réflexions. L'autographe de cette pièce 
inédite, composé de huit pages in-4, et daté du 28 septembre 1779, 
est conservé aux Archives de l'Etat (t. VI, p. îx), de la direction 
desquelles nous tenons notre texte. 

Berlin , 25 mars i856. 



J.-D.-E. Preuss, 

Historiographe de Brandebourg. 



I. 



f _ f 



ELEMENTS 

DE CASTRAMÉTRIE 



ET 



DE TACTIQUE. 



XXIX. 



t 9 



ELEMENTS 

DE 

CASTRAMÉTRIE ET DE TACTIQUE. 
AVANT-PROPOS. 

J'avais donné à mes officiers généraux, avant la dernière guerre, * 
une Instruction^ qui alors me paraissait suffisante; mais l'ennemi, 
qui a senti le désavantage qu'il a eu envers nous les premières 
campagnes, a depuis perfectionné sa castramétrie, sa tactique et 
son artillerie. La guerre en est devenue plus raffinée, plus diffi- 
cile et plus hasardeuse, parce que nous n'avons plus des hommes 
seuls à combattre, mais plutôt les précautions que la tactique en* 
seîgne, les postes forts et l'artillerie tout ensemble; cela seul nous 
doit obliger à étudier ces parties, pour conserver notre ancienne 
réputation et pour en acquérir une nouvelle. L'étude du terrain, 
en ce qu'il a d'avantageux et de défectueux pour s'en servir, est 
une des principales choses à laquelle un officier général doit s'ap- 
pliquer, parce que toutes ses manœuvres à la guerre roulent sur 
des postes qu'il doit occuper avec avantage, sur des postes qu'il 
doit attaquer avec le moins de perte, sur des terrains où il doit se 
battre, soit faisant l'avant ou l'arrière-garde, et sur cette science 
qui apprend à se servir des troupes à propos pour les situations 
et selon les règles que l'expérience nous a enseignées. 

* Voyez t. IV, p. xi , et t. XXVI , p. xxi. 
»» Voyez t. XXVIII, p. i- 9 5. 



4 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

Ceux qui se persuadent que la seule valeur suffît à l'officier 
général se trompent beaucoup; c'est une qualité essentielle, sans 
doute, mais il faut y joindre bien d'autres connaissances. Un gé- 
néral qui maintient l'ordre et la discipline dans sa troupe est cer- 
tainement louable, mais tout cela ne suffit pas à la guerre; il 
faut que le jugement agisse en tout, et comment agira-t-il, si 
les connaissances lui manquent? Qu'est-ce qu'un général qui ne 
connaît ni ce qu'un terrain a de favorable, ni de défectueux, et 
qui ne profite pas des aides que lui fournit le terrain? S'il n'a pas 
une bonne tactique en tête, ses dispositions d'avant- garde, d'ar- 
rière-garde, de marches, d'attaques et de défenses seront vi- 
cieuses, parce que son ignorance des choses sera cause qu'il y 
manquera des arrangements peut-être essentiels. Il y a des prin- 
cipes pour toutes ces choses; j'en indique les plus nécessaires, 
mais il faut se donner la peine d'y puiser soi-même, et il faut 
s'exercer, pour qu'elles deviennent habituelles et faciles. 

Nous devons étudier la cas tramétrie , la tactique, l'artillerie, 
et la manière de s'en servir la plus avantageuse. 

Les généraux d'infanterie doivent s'appliquer à la cavalerie, 
et ceux-ci à ce qui regarde l'infanterie, parce que, lorsqu'ils sont 
détachés , ils en ont sous leurs ordres. 

Je tâche de mettre l'armée dans le meilleur ordre qu'il m'est 
possible ; mais qu'on pense bien que ce ne sont que des instru- 
ments qu'on prépare, dont les généraux doivent se servir, et que 
ces instruments, quelque bons qu'ils soient, ne sont utiles qu'au- 
tant qu'on en sait faire un bon usage. 

Autant un général habile est excusable quand il a sous soi de 
mauvaises troupes, incapables d'exécuter ses dispositions, autant, 
j'ose le dire hardiment, nos généraux doivent perdre toute consi- 
dération, si , avec des troupes si bien dressées, ils font des sottises 
par leur ignorance. 

Il faut donc bien nous imprimer dans la mémoire que désor- 
mais nous n'aurons qu'une guerre d'artillerie à faire, et des postes 
à attaquer. Ceci exige une grande étude du terrain et l'art d'en 
tirer avec habileté tout l'avantage possible, tant pour l'attaque 
que pour la défense. 

Les terrains avantageux pour l'infanterie et l'artillerie sont 



ET DE TACTIQUE. 5 

les hauteurs, et surtout ces pentes douces qui forment une espèce 
de glacis naturel ; leur feu est le plus meurtrier. Souvent ces 
douces pentes se trouvent dans des plaines, et il ne faut pas les 
négliger. Les bois, fortifiés de bons abatis, sont encore très- 
utiles. En général, l'avantage du poste consiste à ce qu'il oblige 
l'ennemi de se rompre pour venir à vous; soit que vous soyez 
derrière un ruisseau, ou derrière un abatis, c'est la même chose. 

Les hauteurs, quand elles commandent à l'entour d'elles, ont 
un plus grand avantage, parce qu'elles privent l'ennemi de son 
canon, qui du bas en haut tire sans effet, parce qu'elles le privent 
de ses petites armes, dont il ne peut pas se servir s'il vous at- 
taque, et parce qu'elles le privent de sa cavalerie, dont il ne peut 
faire aucun usage, et enfin, parce qu'elles obligent l'ennemi de se 
rompre en gravissant la hauteur, et c'est ce moment même où 
votre feu doit l'abîmer et combler sa confusion et sa déroute. 

Celui qui assaillit doit faire, en revanche, attention à toutes 
les buttes de terre qui peuvent couvrir ses troupes qui attaquent 
contre le feu du poste; il ne doit négliger aucune hauteur sus- 
ceptible d'y placer du canon; il doit tâcher d'entourer de feux 
croisés le point de l'armée ennemie qu'il attaque, autant que le 
terrain et les dispositions du corps posté le lui permettent, pour 
se procurer, si cela est possible, la supériorité du feu, bien sou- 
tenir ses attaques par son armée, qui leur sert de base, et, s'il y 
a moyen de diriger une de ses attaques à dos de l'ennemi, il ne 
doit pas négliger cet avantage , qui peut devenir décisif pour la 
victoire. 

Comme cette matière demande un détail infini, on trouvera 
bon que, en exposant mon système, je le divise par articles, pour 
le traiter avec plus de méthode, quoique le plus brièvement que 
possible; et j'espère que mes généraux, s'étant bien imprimé 
ces principes, ne commettront désormais à la guerre aucune 
faute grossière. Ce serait la plus belle récompense de mon ou- 
vrage. 



6 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

ARTICLE r. 

DE LA CASTRAMETRIE. 

Un camp est un champ de bataille que vous prenez, parce 
qu'il le devient sitôt que l'ennemi vous attaque. Il faut donc ap- 
pliquer tous vos soins pour vous y bien poster, pour vous y bien 
accommoder, pour ne pas vous exposer à être battu par votre 
faute. Les vrais principes, les règles pour se camper, doivent se 
puiser dans l'art de la défense des places. 

Examinons ces règles. On choisit un emplacement avanta- 
geux, qui n'est commandé d'aucun côté, pour le fortifier. On 
prend un terrain qui domine, et non pas un bas -fond. On ap- 
puie cette forteresse ou sur une rivière, ou bien à un escarpe- 
ment, et, faute de cela, on la munit d'ouvrages tout à l'en tour. 
Ces ouvrages doivent se défendre mutuellement par des feux 
flanqués; ils doivent, de plus, être soutenus par des ouvrages 
qu'ils ont derrière eux, comme le chemin couvert par les contre- 
gardes, celles-là par les ra vélins, et ceux-ci par les bastions. Les 
ouvrages du chemin couvert doivent avoir des feux qui balayent 
tous les chemins creux qui se trouvent à l'en tour de la place et 
tous les bas -fonds, pour que l'ennemi ne se puisse glisser par 
aucun de ces endroits pour s'approcher à l'improviste des ou- 
vrages sans être vu. 

Un camp bien pris doit donc être occupé selon ces règles. 
Votre première ligne représente le chemin couvert, et votre se- 
conde ligne les ouvrages qui le défendent. Votre ligne de défense 
doit avoir des angles saillants, et le terrain vous les marquera. 
Vous établirez toutes vos batteries de la première ligne à vous 
procurer des feux croisés ou en écharpe, ce qui double votre 
force. Vous appuierez bien vos flancs, et vous tâcherez de les 
rendre inattaquables, soit par des marais, des inondations, des 
bois où vous ferez des abatis de cinq cents pas de profondeur, 
des rivières, ou, manque de tout cela, de bonnes redoutes atta- 
chées à un bon retranchement. 

En fortifiant les places, on tache, autant qu'on le peut, de ré- 



ET DE TACTIQUE. 7 

duirc l'ennemi à quelque point d'attaque; cela se fait par quelques 
angles saillants que vous poussez en avant, car jamais l'ennemi 
ne peut se fourrer dans des rentrants. Cette méthode est d'au- 
tant meilleure, que vous réduisez l'ennemi à venir, par nécessité, 
se fracasser la tète à l'endroit où vous avez préparé votre plus 
grande résistance et à l'endroit où vous pouvez concentrer toute 
votre attention. 

Les meilleures places sont celles qui rétrécissent le plus le 
front de l'attaque, comme par des marais, des digues étroites 
par où il faut passer; l'avantage qu'elles ont consiste en la supé- 
riorité du feu que cette situation leur donne. Les meilleurs camps 
sont donc ceux où vous embrassez un large terrain , et où on ne 
peut vous assaillir qu'en passant, sur des ponts, des rivières non 
«uéables, ou en traversant une chaussée, ou bien en passant une 
langue de terre qui ne donne à former que le front de peu de ba- 
taillons. Cela vous donne une supériorité de feu étonnante, et 
si l'ennemi est assez téméraire de venir à vous, il est à coup sûr 
abîmé et détruit avec tout ce qui passe le défilé. La seconde ligne 
est en toute occasion un bon soutien pour la première; cependant 
dans les plaines elle n'a pas la force que lui donnent les hauteurs 
et les montagnes, lorsqu'on lui fait occuper un terrain où elle 
domine la première ligne et oblige ainsi l'assaillant à remporter 
deux victoires avant de devenir maître du terrain. 



ARTICLE IL 
DES CAMPS DE COLLINES ET HAUTEURS. 

Après avoir établi ces règles générales, venons -en à une ap- 
plication plus précise. Si vous voulez occuper des collines qui 
versent dans des plaines sans être dominées de hauteurs quel- 
conques à la distance de trois mille pas, placez votre première 
ligne à mi-côte, sur le glacis de la montagne, et la seconde sur la 
crête de la hauteur. Si l'ennemi peut parvenir à culbuter cette 
première ligne, il trouve alors de la plus dure besogne devant 
soi, qui est de déposter la seconde; il a emporté le chemin cou- 



8 I. ELEMENTS DE CASTRAMETR1E 

vert, et il faut incontinent qu'il livre un assaut aux ouvrages. 
Vous appuierez soigneusement vos ailes à de grands ravins, en 
les recourbant par derrière et formant un grand flanc. Vous ob- 
serverez de placer votre première ligne de façon que chaque 
coup de fusil puisse porter jusqu'au pied du glacis, et que nulle 
part l'ennemi , en attaquant, ne puisse se couvrir derrière quelque 
pente roide, que tout soit vu, que le moindre chemin creux soit 
enfilé par les petites armes ou par le canon. Vous rangerez, pour 
cet effet, vos troupes, en les postant selon les sinuosités du ter- 
rain, et vous effacerez de votre mémoire toute ligne droite. Vous 
placerez votre cavalerie à l'abri du canon, derrière les deux lignes , 
de façon à pouvoir en faire avancer quelques escadrons et les em- 
ployer, au cas que l'attaque de l'ennemi, dérangée par le feu 
d'infanterie et les cartouches, commence à plier. Lâchez alors, 
selon ma méthode, quelques escadrons, et ils détruiront et feront 
prisonnier tout ce corps qui vous attaquait. Le moment le plus 
avantageux pour votre défense est celui où l'ennemi monte pour 
vous assaillir; c'est le triomphe des petites armes et des canons 
chargés à mitraille, surtout si votre infanterie est rangée de ma* 
nière que son feu plonge jusqu'au pied du glacis. Si votre poste 
a des angles, cela triple la défense, et si votre canon bat en 
écharpe, vous ne devez pas être embarrassé de repousser l'en- 
nemi. Mais que votre infanterie ne poursuive point, qu'elle de- 
meure ferme sur son terrain; s'il y a occasion de poursuivre, 
employez la cavalerie à cet usage. Votre avant- garde peut se 
placer sur la droite de l'armée pour couvrir ce flanc, l'arrière- 
garde à la gauche pour le même usage, et pour votre réserve, il 
faut la conserver soigneusement derrière le poste, comme une 
dernière ressource. H faut toujours en avoir dans chaque poste 
à proportion de l'armée, et dans un petit corps, n'eût- on qu'un 
bataillon de réserve, il faut l'avoir, car des troupes fraîches qui 
surviennent dans une action ont un ascendant incroyable sur des 
troupes fatiguées qui vous attaquent. Voyez le plan n I. 



ET. DE TACTIQUE. 9 

ARTICLE ffl. 

DES POSTES SUR LES HAUTES MONTAGNES. 

Les postes sur les hautes montagnes ont des règles différentes 
que ceux que l'on prend sur des collines. Les hautes montagnes 
ont des hauteurs voisines séparées d'elles par des vallées de quinze 
cents, de deux mille pas de large; celles-là, oit l'ennemi peut 
placer du canon, ne vous permettent pas d'occuper la mi-côte, 
parce que le canon foudroierait les troupes qu'on y place. 11 faut 
donc se borner à garnir la crête de la montagne, comme nous 
avons fait au camp de Bârsdorf et de Stein - Seiffersdorf. » Ces 
sortes de positions demandent qu'on redouble d'attention pour 
assurer ses flancs, et qu'on veille avec autant de vigilance sur ses 
derrières que sur son front. Il faut bien connaître tous les che- 
mins qui sont à dos de votre hauteur, tant pour pouvoir sortir 
de poste sans embarras que pour s'assurer surtout que l'ennemi 
ne tente de vous attaquer par derrière. S'il y a quelque hauteur 
dangereuse derrière vous, qui commande votre position ou vous 
en dispute la sortie, il faut l'occuper de nécessité, ne fût-ce 
qu'avec un bataillon dont on couronne la cime. Il faut, de plus, 
avoir des partis de cavalerie ou d'infanterie, selon la nature du 
terrain, pour battre nuit et jour toutes les routes par lesquelles 
l'ennemi pourrait venir sur vous. 

Quant au poste même, il faut suivre le principe général que 
j'ai donné, et placer constamment la première ligne d'infanterie 
de façon que son feu plonge dans le fond. Les batteries doivent 
être proche du bord du précipice, et, autant qu'il est possible, 
placées de façon que leur feu se croise; mais comme dans ces 
montagnes il est souvent impossible que le canon plonge dans les 
fonds, je voudrais, sur le front, former de distance en distance 
des amas de grenades royales toutes chargées, qui, placées sur 
les glacis les plus accessibles du poste , pourraient être allumées 
et roulées en bas , sur l'assaillant assez téméraire pour hasarder 

* Du 18 septembre au 7 octobre 17G0. Voyei t. V, p. 75—78. 



io I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

une telle entreprise. Quelque âpre que soit votre montagne, vous 
devez placer des troupes légères au fond ou à mi-côte , pour vous 
garantir de toute surprise, ainsi que sur vos derrières. 

Un poste tel que je le décris est inexpugnable à la force, et 
Ton n'a qu'à craindre les surprises, et surtout les entreprises noc- 
turnes. Ces troupes légères empêchent toute surprise, parce que 
l'ennemi ne saurait vous approcher qu'après les avoir délogées ; 
leur feu vous avertit de l'attaque, et vous donne le temps 
d'abattre vos tentes et de vous mettre sous les armes. Faites 
alors jeter des Leuchtkugeln * pour vous éclairer, faites rouler 
vos grenades royales à l'endroit où se fait l'attaque, et faites tirer 
votre infanterie dans ces fonds, parce que votre feu et les gre- 
nades royales augmenteront chez l'ennemi la confusion et la 
terreur inséparable de toute entreprise nocturne. 

Gomme à la guerre on ne saurait jamais pousser la pré- 
voyance assez loin , il serait bien bon de construire une capon- 
nière pour chacune de vos gardes , ou bien une redoute palissa- 
dée, ce qui achève de rendre impraticables toutes les entreprises 
de l'ennemi. Voyez le plan n° II. 



ARTICLE IV. 
DES CAMPS DE PLAINE ET DE TERRAINS COUPÉS. 

En choisissant un camp, votre première attention vous doit 
faire choisir un terrain qui domine, ou du moins qui n'est pas 
dominé; ensuite vous pensez aux appuis qu'il faut donner à vos 
flancs, bois, marais, ruisseaux ou rivières, précipices ou hau- 
teurs. Si vous avez un bois sur votre flanc, faites-y faire un bon 
abatis, non pas d'arbres coupés et jetés au hasard, mais d'arbres 
rangés les uns auprès des autres, le tronc de votre côté et la cou- 
ronne coupée du côté de l'ennemi. Devant ce véritable abatis, 
faites encore couper les arbres à cinq cents pas de profondeur, 
pour que tout soit clair sur votre flanc, et que l'ennemi n'ait pas 

* Balles à feu. 



ET DE TACTIQUE. n 

la liberté de se cacher dans cette forêt pour vous fusiller à deux 
ou trois cents pas. S'il se trouve un marais sur votre autre flanc, 
faites -le bien sonder, pour vous assurer qu'il est impraticable; 
alors vous pouvez vous y appuyer; mais ne vous fiez jamais 
aux apparences. Si votre appui est une hauteur, fortifiez -la de 
quelques redoutes jointes ensemble par un retranchement, mais 
bien fait, à fossé large et profond; placez -y de fortes batteries 
toujours dirigées en écharpe, et, si le terrain le permet, fortifiez 
ce poste d'une redoute que vous construirez derrière, et qui 
pourra le défendre, au cas que l'ennemi perce; c'est alors un 
ravelin qui défend le chemin couvert. Si vous avez un village 
devant votre iront, et si votre position exige que vous l'occupiez 
de nécessité, faites -en retrancher le front à quelque distance des 
maisons; mais s'il n'y a pas une raison bien valable de l'occuper, 
contentez -vous d'y jeter des bataillons francs, pour vous assurer 
contre les surprises. L'ennemi sera obligé de les en chasser et de 
tirer, ee qui est un grand avantage pour vous, car toute infante- 
rie qui a tiré ne vaut pas pour l'attaque celle qui est encore toute 
fraîche. Observez toujours les terrains qui vont en douce pente 
ou en glacis ; ce sont les plus avantageux pour le feu de l'infan- 
terie, et il faut qu'un général habile profite de tout. Observez 
toujours les règles de la fortification; que tous les chemins creux 
adjacents à votre poste soient découverts par votre feu. 

Lorsque vous avez tout distribué et arrangé dans votre camp, 
faites-en le tour extérieurement, et proposez-vous de l'attaquer; 
alors vous découvrirez les endroits faibles, et vous changerez ce 
qui mérite correction, vous les munirez de défenses, et votre 
poste n'en deviendra que meilleur. 

Dans tout ce qui est poste, la cavalerie doit être en troisième 
ligne, et, autant qu'il se peut, à l'abri du canon; cela ne vous 
empêche pas de vous en servir au besoin, en la faisant passer par 
les ouvertures d'infanterie vers l'endroit où vous la voulez faire 
agir. Voyez le plan n° III. 



i2 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

ARTICLE V. 

DES CAMPS EN EMBUSCADES. 

11 y a une façon de se poster où vous tendez une vraie em- 
buscade à votre ennemi. Je dois cependant ajouter que tous les 
terrains n'y sont pas propres. Il faut qu'il y ait des bois aux en- 
virons, et des terrains fourrés; cela se peut plus difficilement 
dans des terrains tout à fait ouverts. Les règles de ces sortes de 
camps consistent à placer les troupes selon tous les principes de 
la castramétrie, pour qu'elles soient aussi avantageusement pos- 
tées pour se défendre qu'il est possible. 

Vous devez réduire votre terrain à des points d'attaque le 
moins que vous pourrez, une ou deux fois tout au plus. Vous 
avez cependant vos troupes embusquées, et lorsque l'ennemi 
vient vous attaquer dans l'endroit que vous avez prévu, vous 
changez votre défensive en offensive, et vous l'attaquez à votre 
tour. Tout ce qui est inattendu produit un bon effet à la guerre, 
et cette surprise, si elle est bien exécutée, doit vous valoir une 
victoire complète. J'ajoute à ceci deux plans de même manœuvre, 
faits de façon, différente, pour qu'on s'en fasse une idée nette; 
ensuite, comme le terrain varie à l'infini, c'est à chacun de voir 
comment et en quelle occasion il convient de s'en servir; mais 
l'idée est bonne, et mérite d'être retenue. 

Mais, dans quelque espèce de terrain que l'on campe, il faut 
toujours observer comme une règle générale de se bien garder 
d'avoir proche de soi, à dos, des marais ou des rivières, parce 
que, si l'on est battu, la défaite en devient générale; les fuyards 
se pressent de passer le pont, ou ils se précipitent eux-mêmes 
dans la rivière, ou l'ennemi les fait tous prisonniers. Voyez les 
deux plans n Q * IV et V. 



ET DE TACTIQUE. i3 

ARTICLE VI. 
DES CAMPS DERRIÈRE DES RUISSEAUX OU RIVIÈRES. 

Si l'on se poste derrière un ruisseau ou une rivière, il faut en 
avoir fait reconnaître tous les endroits guéables, pour s'y pré- 
cautionner le plus. 

Si c'est un ruisseau, il n'y a qu'à y faire une digue, et il for- 
mera une espèce d'inondation. Vous borderez cette rivière d'in- 
fanterie légère, distribuée par petites troupes. Votre corps, qui 
est en arrière à quelques centaines de pas , doit occuper un terrain 
dominant et plus haut que la rive opposée, par laquelle l'ennemi 
peut venir. Vos batteries défendront la rivière, et vous ferez 
avancer quelques bataillons sous cette protection , pour repousser 
l'ennemi qui veut passer. Vous aurez, de plus, de bonnes re- 
doutes fermées et munies de canon, qui rendront vaines les ten- 
tatives de l'ennemi. 

Ces sortes de positions sont rarement attaquées de front, et 
pour l'ordinaire l'ennemi tâche de passer ces ruisseaux ou rivières 
à votre droite ou bien à votre gauche; c'est donc de ces deux cô- 
tés où vous devez porter vos attentions , soit pour l'attaquer à son 
passage, soit pour avoir reconnu d'avance des camps que vous 
pouvez prendre sur vos flancs et sur celui de l'ennemi. Il faut 
donc sans cesse des patrouilles et des batteurs d'estrade en che- 
min, pour vous avertir de tout, et qu'un général soit toujours 
méfiant, et qu'il prévoie tout le mal qui peut lui arriver, pour le 
prévenir et n'être jamais surpris. 



ARTICLE VII. 

DES CAMPS RÉDUITS EN UN OU DEUX POINTS 
D'ATTAQUE. 

Quelquefois le terrain favorable fournit des camps à point 
d'attaque, comme si l'art les avait construits exprès; celui de 



i4 I. ELEMENTS DÉ CASTRAMETRIE 

Schmottseiffen * est de cette espèce, où l'ennemi ne pouvait venir 
que par Dôringsvorwerk. b H y a des terrains qui s'y refusent 
totalement ; il y en a d'autres qui se laissent plier à la forme 
qu'on veut leur donner. Pour vous en faciliter l'intelligence, con- 
sultez le plan n° VI. 



ARTICLE VIII. 
DES CAMPS OU LE POINT D'ATTAQUE EST ÉTROIT. 

Les meilleurs camps sont ceux dont le point d'attaque est 
étroit. Supposez que vous ayez un marais devant vous, ou une 
vallée étroite qui n'a de terrain que pour contenir deux ou trois 
bataillons de front, que votre armée est placée sur une élévation 
en demi -cintre qui domine ce terrain. Vous comprenez que tout 
votre feu commande le corps avec lequel votre ennemi débouche 
sur vous, et cette supériorité de feu vous donnera certainement 
la victoire, parce que les assaillants doivent être ruinés et détruits 
avant de pouvoir vous aborder. Nous eûmes un camp pareil à 
Neustâdtel en Silésie, vis-à-vis des Russes, en 1759. c Voyez le 
plan n° VII. 



ARTICLE IX. 

DES RETRANCHEMENTS. 

Lorsque l'on construit des redoutes, il faut qu'elles soient fer- 
mées par derrière, parce qu'on ne les prend que par la gorge. 
Vos retranchements doivent avoir des fossés larges et pro- 

» Voyez t. IV, p. xvii et i4i ; t. V, p. 1 a et suivantes. Nous avons toujours 
imprimé Schmuckseiffen , d'après Biisching et quelques cartes géographiques; 
mais la véritable orthographe du nom de ce village t%tSchmoit$eiffcn, parce qu'il 
dérive, selon les renseignements fournis par M. J. Bûrgel, pasteur du lieu, de 
Si. Matthaci-Seiffen % et non de Si. Ncpomucks-Seiffen, comme d'autres l'ont cru. 

b Voyez t. V, p. ia et suivantes; t. XXIII, p. 55. 

« Voyez t. V, p. a4* 



ET DE TACTIQUE. i5 

fonds de dix pieds. On peut les entourer de chevaux de frise pi- 
lotés en terre, quand on ne peut pas se procurer des palissades. 
S'il y a du bois, les palissades sont préférables. 

Les bons parapets ont seize pieds d'épaisseur; il faut qu'ils 
aient du talus, afin que le soldat, en tirant, couche simplement 
son fusil dessus, pour que le coup porte où l'on peut l'attaquer. 
On ajoute des fougasses aux retranchements, formées en T 
comme les mines, pour faire sauter le même point trois fois. 
Leur usage est admirable ; rien ne fortifie si fort une position , et 
ne rebute davantage celui qui l'attaque. Voyez les plans VIII, 
IXetX. 

Mais quand on se propose de telles choses, il faut y faire tra- 
vailler avec diligence et y employer beaucoup de monde, pour 
être préparé à temps. 



ARTICLE X. 

DES CAMPS QUI COUVRENT LES PAYS. 

La guerre défensive demande souvent que l'on choisisse des 
postes qui couvrent beaucoup de pays. J'en dois du moins dire 
quelques mots. Ces sortes de terrains, c'est la nature toute seule 
qui les fait, l'art n'y peut rien; mais il faut les connaître, et ne 
les point négliger quand on en a besoin. 

J'en connais quelques- uns * que je puis indiquer : pour la 
Basse- Silésie celui de Landeshut, en occupant le Riegel, les Sie- 
ben Notbhelfer et les hauteurs de Reichenau, avec le poste que le 
général Seydlitz tenait, tel que nous l'occupâmes l'année 1 759. b 
Ce camp couvre toute la Basse - Silésie. Le camp de Schmott- 
seiffen couvre la Silésie du côté de Marklissa et de la Bohême, 
et, tant qu'on le tient, l'ennemi ne hasardera jamais avec toute 
son armée de passer le Bober. Le camp de Neustadt, en Haute- 
Silésie , est de la même espèce , car l'ennemi ne se hasardera ja- 
mais hors des montagnes, tant qu'on le tiendra et qu'il y aura 

* Voyez t. IV, p. xv — xvn. 

b Voyez t. V, p. 10 et suivantes. 



■ 6 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

un corps à Oppersdorf. • Celui de Schlettaub et Meissen couvre 
toute la Saxe. 

Les Autrichiens ont celui de Trautenau, celui de Kônigingrâtz 
et celui d'Olmûtz. 

La Lusace ne fournit aucun terrain semblable, ni le duché 
de Magdebourg non plus; et dès que vous quittez les bords de 
l'Oder, vous ne trouvez aucun terrain d'où vous puissiez défendre 
la capitale. 

Ces camps forts de la Silésie dont j'ai parlé ne sauraient être 
forcés; ils ont, de plus, l'avantage de faire craindre à l'ennemi, 
s'il les dépasse, qu'on lui coupera ses vivres. 



ARTICLE XL 
DES TERRAINS TROP ÉTENDUS. 

Rien n'induit plus facilement en tentation que les postes trop 
étendus; ils sont, en vérité, de leur nature excellents, mais ils 
demandent, pour les remplir et les défendre, quatre-vingt mille 
hommes, et vous n'en avez que quarante mille. Il faut, dans de 
pareils cas, se souvenir sans cesse et se rappeler qu'un terrain 
n'est rien de lui-même, et que ce sont les hommes qui le dé- 
fendent. Le parti le plus sage à prendre est, quand on le peut, 
de chercher à droite, à gauche, en arrière ou en avant, quelques 
positions plus convenables pour vos forces, et que vous puissiez 
soutenir; 1 car plus vous vous étendez, et plus vous vous affai- 
blissez réellement, et un seul effort de l'ennemi le rend victo- 
rieux. Si cependant ce grand terrain permet qu'on le coupe pour 
en défendre une partie où vos troupes sont bien resserrées, à la 
bonne heure ; mais alors il faut des retranchements , des redoutes , 
et il faut se résoudre à remuer la terre , et même à palissader les 
endroits qui en ont besoin. 

Les meilleurs camps sont ceux qui exigent, pour les remplir* 
moins de troupes que vous en avez; alors vous avez deux lignes 

a Voyez t. V, p. 1 1 et i »4- 
b L. c.,p. 45. 



ET DE TACTIQUE. i 7 

avec de bonnes réserves, et vous pouvez vous défendre en déses- 
pérés. 

De grands terrains peuvent cependant se défendre, princi- 
palement dans des montagnes ; vous n'occupez que leur crête et 
quelques arêtes avec peu de bataillons, et vous vous étendez au 
loin, surtout si l'accès de ces montagnes est âpre. Le poste de 
Freyberg* peut se défendre de même; la Mulde le couvre, son 
bord est de rocher, et on ne peut la passer que sur trois ponts de 
pierre qui la traversent. Comme vous avez les hauteurs, il n'y a 
cra'à retrancher trois bataillons derrière chaque pont, et porter 
le fort de l'armée au deçà de Freyberg, vers le Brand, s'y re- 
trancher, et appuyer la droite derrière la potence, vers Frey- 
bergsdorf , et vous soutiendrez votre communication jusqu'à 
Schlettau. 

L'année i75g, b j'ai défendu deux milles de terrain en Silésie 
avec trente mille hommes, de Kôben jusqu'à Herrnstadt; mais 
j'avais devant moi le ruisseau de la Bartsch, qui coule entre des 
marais, et j'avais garni les passages et défendu par des brigades, 
retranchées et postées avec un si grand avantage, que cent mille 
hommes ne pouvaient les forcer. L'année 1758, les Autrichiens 
défendirent de même les bords de l'Elbe, depuis Kônigingrâtz 
jusqu'à Arnau. Ces exemples peuvent instruire les officiers de la 
nécessité de bien juger de tout ce qu'on veut faire, et de penser 
avant que d'agir. 

11 ne faut donc jamais prendre une position sans en avoir bien 
connu le local, ce qu'elle a d'avantageux et de défectueux; il faut 
d'ailleurs, dans chaque camp que l'on prend, faire la disposition 
de sa défense et la communiquer aux officiers qui doivent l'exé- 
cuter, car ils ne peuvent pas deviner ce que leur général pense; 
mais quand ils en sont instruits, on peut les punir sévèrement, 
s'ils ne l'exécutent pas à la lettre. Voyez les plans XI et XIL 

* Voye* t.V, p. 3i. 
1» L. c, p. %$. 



XXIX. 



i8 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

ARTICLE XII. 

COMMENT ON RAISONNE SA POSITION. 

EXEMPLE. 

Pour faciliter l'intelligence des principes dont je parle, je joins 
ici le plan des hauteurs de Borne, sur lesquelles je vais faire mon 
raisonnement, examiner ce que j'y trouve de défectueux, leurs 
avantages, et la façon dont j'y dois placer les troupes. Cet échan- 
tillon peut servir pour faire d'autres raisonnements sur le même 
sujet. Voyez, le plan XIII, et vous trouverez sur ce. terrain -là 
tout ce qu'on en peut dire. Mais comme les terrains sont variés 
à l'infini, il m'est impossible de raisonner sur toutes les diffé- 
rentes combinaisons qu'ils présentent, et c'est à chacun à raison- 
ner ensuite sur celui que l'occasion lui fournit. Voyez les plans 
ji°* XIII et XIV. 

ARTICLE XIII. 

QUE CE N'EST PAS TOUT QUE DE BIEN SAVOIR 
LES RÈGLES D'UN CAMP. 

Les principes que je viens de donner sont sans doute bons ; 
ce sont les seuls auxquels il faut s'attacher. Mais on se trompe- 
rait beaucoup, si l'on se persuadait que celte théorie seule suffit 
pour être parfait dans cet art; on n'aperçoit les difficultés que 
lorsqu'on met ces principes en pratique. 

La nature seule ne vous fournit presque jamais des terrains 
comme vous le désirez; pour vous donner des postes parfaits, 
il faut sans cesse que l'art y supplée, et qu'il corrige et tâche 
d'aider à ce qu'il y a de défectueux dans le terrain. On se sert , 
par exemple, d'un ruisseau pour former une inondation, on fait 
des redoutes et des retranchements aux endroits défectueux, des 
abatis, comme je l'ai dit, dans des forets', et Ton joint l'art pour 



ET DE TACTIQUE. 19 

perfectionner la nature. On se poste à un quart de mille en ar- 
rière ou en avant; on retire une aile, on avance l'autre, ou Ton 
fait sortir le centre; enfin on se retourne de cent façons, pour 
obtenir d'un terrain donné tous les avantages qu'il peut procurer. 
Mais il faut de l'activité pour tout voir, et du génie pour profiter 
de tout ; cela demande nécessairement qu'un officier soit intelli- 
gent et laborieux. 

On trouve souvent des monticules proche d'un camp; ils 
tentent de les occuper. Mais c'est alors qu'il faut bien raisonner 
pour se déterminer si on les occupera ou non , comme je l'ai fait 
voir dans l'article précédent, en donnant un échantillon de la 
manière dont il faut juger d'un terrain. 



ARTICLE XIV. 

DE CE QU'IL FAUT OBSERVER DE PLUS, EN PRENANT 

UN CAMP, POUR LES CHEMINS ET LES POSTES 

DÉTACHÉS. 

Toutes ces règles que je viens de donner . ne suffisent pas 
encore; il faut surtout bien faire reconnaître les chemins qui 
viennent au camp, parce que c'est par ces endroits que l'ennemi 
doit s'avancer vers vous; c'est sur cette connaissance qu'on règle 
les gardes du camp et les patrouilles que l'on emploie pour battre 
l'estrade. 

Dans des camps de plaine, il faut nécessairement avoir un 
corps de troupes légères qu'on pousse en avant, que l'on met 
derrière quelque défilé, pour observer l'ennemi. Il est aussi de 
la prudence d'avoir des détachements moins nombreux sur ses 
flancs, pour ne point être surpris. Une armée doit être comme 
une araignée, qui tend ses filets de tous côtés, et qui, par leur 
ébranlement , est incessamment avertie de ce qui se passe. 

Mais, je le répète encore, ces connaissances théoriques ne 
servent de rien, si l'on n'y ajoute pas une certaine pratique. Il 
faut s'exercer à choisir des terrains, à faire des dispositions, il 
faut réfléchir sur cette matière, et alors la théorie, réduite en 



ao I. ÉLÉMENTS DE CASTRAMÉTRIE 

pratique, rend habile et facilite toutes ces sortes d'opérations, et 
vous apprend à juger, par l'inspection, du nombre de troupes 
qui peuvent tenir dans la place où vous voulez camper. Plan 
n° XV. 



ARTICLE XV. 

COMMENT ON APPUIE LES ATTAQUES ET L'ARMÉE. 

Il faut tâcher, autant qu'il se peut, d'appuyer l'aile avec la- 
quelle on attaque à un bois, à un marais, ou même à un simple 
fossé; quand c'est dans une plaine et rase campagne, cela de- 
vient quelquefois impossible. Si l'on trouve un bois sur sa droite, 
avec laquelle on se propose d'attaquer, et que ce bois aille à la 
gauche de l'ennemi, il faut préalablement envoyer un corps d'in- 
fanterie et le faire escorter dans la plaine par de la cavalerie, 
pour occuper ce bois et couvrir le flanc de l'armée qu'on veut y 
appuyer; il faut même ensuite que cette infanterie que vous avez 
dans ce bois protège votre attaque lorsqu'elle avance à l'ennemi, 
ou vous risquez, par votre faute, que votre attaque sera prise en 
flanc en pleine marche, et sera honteusement chassée. Si l'en- 
nemi a sur ses ailes un long village, comme il y en a tant en Si- 
lésie, il faut avant tout le nettoyer et l'occuper, pour pouvoir 
ensuite avancer vers l'ennemi. Je joins ici un plan d'un bois, qui 
est suffisant pour l'intelligence de cette importante précaution. 

Si l'ennemi est sur une hauteur, le terrain est souvent tel, 
qu'une attaque ne saurait trouver d'appui en avançant, et c'est 
alors que l'on emploie la méthode que j'indique dans l'attaque 
des hauteurs, de la soutenir par le plus de batteries que l'on 
peut et par l'armée qui lui sert de base. Mais dès qu'on est 
maître de la hauteur, alors cette position même devient votre 
appui; du moins vous avez une aile appuyée, et l'armée qui 
vous suit peut facilement soutenir l'autre par son canon. Voyez 
les plans n°* XVI et XVII. 



ET DE TACTIQUE. ai 

ARTICLE XVI. 

DES DIFFÉRENTES ATTAQUES. 

Nous devons puiser nos dispositions pour les batailles dans 
les règles d'assiéger les places. Comme de nos jours on ne brusque 
plus l'attaque des chemins couverts minés, parce qu'ils sont et 
trop hasardeux, et trop meurtriers, de même il faut renoncer 
aux engagements généraux, parce qu'on perdrait trop de monde 
par le feu de mitraille, que Ton serait perdu sans ressource, si 
Ton était battu. Puisqu'on peut avec un moindre hasard parve- 
nir à la même chose, il faut le moins risquer qu'on le peut, et ne 
laisser à la fortune que ce que l'habileté ne peut lui. dérober. 

Les ingénieurs vous recommandent de bien embrasser les ou- 
vrages qu'on attaque, afin d'avoir la supériorité du feu sur celui 
delà ville, d'établir vos ricochets de façon qu'ils enfilent les lignes 
de prolongation , de faire que votre première parallèle déborde 
de beaucoup les autres pour leur servir de base et d'appui, et de 
sortir de votre troisième parallèle par des boyaux, pour vous lo- 
ger sur le chemin couvert. Vos deux lignes sont donc vos parai-» 
lèles; du côté où vous voulez attaquer, vous établirez des batte- 
ries pour soutenir les troupes qui doivent attaquer, et qui sont 
comparables à ces boyaux de sape que l'on pousse sur les sail- 
lants des glacis. 

Dans le plan XVIII, je suppose une attaque dans la plaine, 
et vous verrez comme, selon mon système, ces attaques doivent 
se faire. J'ai mis la droite en mouvement, en refusant la gauche; 
vous pouvez faire également ce mouvement par la gauche vice 
versa. La cavalerie de l'aile que j'avance doit attaquer, si d'ail- 
leurs les dispositions de l'ennemi le permettent; faute de cela, 
elle peut attendre que son moment arrive. 

Tous les plans qui suivent sont calculés de soixante bataillons 
et de cent escadrons, sans y comprendre les bataillons francs. 
Voyez le plan n° XVHL 



aa I. ÉLÉMENTS DE CASTRAMETRIE 

ARTICLE XVIL 
AUTRE ATTAQUE DE PLAINE. 

Il arrive qu'avec une armée inférieure on se trouve dans un 
pays de plaine, comme entre Berlin et Francfort, entre Magde- 
bourg et Halberstadt, près de Leipzig, entre Ratibor et Trop- 
pau, etc. Comment appuyer ses ailes? Comment prendre une 
position lorsqu'il n'y en a point? J'y ai pensé souvent, parce 
qu'il se trouve des cas où, sans vouloir préjudiciel* au bien de la 
cause, il faut se soutenir dans de semblables terrains. Voici donc 
la seule idée qui m'est venue et qui peut s'exécuter. 

Je choisis, pour me camper, un terrain un peu bas où je suis 
à couvert vis-à-vis de l'ennemi ; je fais élever sur la hauteur, de- 
vant mon front, des redoutes, pour que l'ennemi prenne ce ter- 
rain pour celui que je veux défendre; et il faut qu'il y ait quelque 
village, qu'il faut fortifier. S'il se trouve du bois à une de vos 
ailes , c'est un avantage , parce que tout le projet roule à cacher 
à l'ennemi le mouvement qu'on veut faire. Dans cette position , 
les généraux qui viendront me reconnaître feront leur disposition 
sur mon village fortifié et mon front garni de redoutes. Voyez 
le plan de mon camp, XIX. Le plan XX est l'attaque de ma ca- 
valerie et la marche de mon armée pour se porter sur le flanc 
de l'ennemi; et XXI est le plan de l'attaque de mon infanterie, 
après que la cavalerie ennemie est battue. Votre cavalerie ne 
doit se mettre en mouvement que lorsque l'ennemi veut se for- 
mer, pour qu'il ne puisse pas changer sa disposition. 

Vous devez garnir les ouvrages du village de canon et la re- 
doute la plus proche de votre droite. Si l'ennemi veut changer 
son front, il aura nécessairement le feu de votre village en flanc, 
et s'il veut attaquer le village, toute votre armée l'attaque en 
flanc. Tout dépend donc du choc de la cavalerie; si celui-là 
réussit bien, l'armée ennemie est totalement battue, et voilà 
comme, avec des troupes faibles, on peut néanmoins se procurer 
la victoire. Voyez les plans n°* XIX, XX et XXI. 



ET DE TACTIQUE. a3 

ARTICLE XVIII. 

ATTAQUE DE VILLAGE. 

Je ne quitte point des yeux les principes et les méthodes des 
sièges. Pour attaquer donc un village devant l'armée ennemie, 
mes deux lignes d'infanterie seront la base de mes attaques. 
J établis mes batteries, et je forme trois ou quatre colonnes, se* 
Ion le besoin, pour se porter sur ce village, mais distantes les 
unes des autres, pour donner du jeu aux batteries, et pour 
quelles ne se brouillent pas les unes les autres, parce qu'elles 
cheminent à un centre commun. Ces colonnes ont chacune trois 
lignes distantes de cent cinquante pas, et le corps d'armée, qui 
se trouve derrière, doit rester à neuf cents pas du village, immo- 
bile, et n'avancer que lorsque le village est pris; la cavalerie est 
plus en arrière, et toujours, autant qu'il se peut, à l'abri du ca- 
non. Jetez un coup d'œil sur le plan n° XXII. 



ARTICLE XIX. 
DES ATTAQUES DES HAUTEURS. 

Les attaques des hauteurs sont tout ce qu'il y a de plus dif li- 
cite à la guerre, parce qu'uu ennemi habile occupe son terrain de 
façon à ne pouvoir être tourné d'aucune manière, et qu'il vous 
oblige à des points d'attaque hérissés de difficultés presque insur- 
montables. Mais s'il y a une force majeure qui oblige à hasarder 
une telle entreprise, que faut-il faire? i° Bien reconnaître la dis- 
position de l'ennemi; a° si cela se peut, l'attaquer à dos, tandis 
que de front on lui présente l'armée; si cela ne se peut, attaquez, 
3°, le lieu le plus élevé de son camp ; 4° placez vos batteries sur 
toutes les hauteurs qui peuvent produire un feu croisé, et for- 
mez vos attaques selon le plan XXIII. Observez surtout de tenir 
votre armée hors du feu de mitraille, et attaquez votre hau- 
teur vigoureusement. Si votre armée est forte, faites une fausse 



»4 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

attaque d*un autre côté, pour distraire l'ennemi et diviser son 
attention. 

Ce n'est pas sans raison que j'insiste pour qu'on attaque par 
préférence la plus grande hauteur du poste. Voici pourquoi. 
Si vous l'emportez, et que vous vous y établissiez, tout est dit, 
votre feu supérieur doit déblayer sans peine et nettoyer le reste 
du poste; mais si , au lieu de cela , vous attaquez une butte moins 
considérable et que vous l'emportiez , vous n'auriez rien gagné , 
et les obstacles croîtraient alors à proportion que vos troupes fa* 
tiguées en seraient rebutées. 

Que le lecteur se souvienne que tous mes plans sont forgés, 
et qu'il est impossible de dessiner tous les terrains où l'on pour- 
rait se battre. Un homme intelligent appliquera lui-même mes 
règles, selon les conjonctures des postes différents qu'il lui fau- 
dra attaquer. Je prie qu'on se souvienne que, dans toute at- 
taque de poste, il faut avoir soin de ne point exposer inutilement 
la cavalerie. 

Le plan XXIV donne une idée d'une attaque à dos, et d'un 
terrain qui peut favoriser une telle disposition. Voyez les plans 
n os XXIH et XXIV. 



ARTICLE XX. 

DES DISPOSITIONS OU TOUTE L'ARMÉE N'ATTAQUE 
QU'UN POINT. 

Souvent une position n'est abordable que d'un côté; elle ne 
fournit alors qu'un seul point d'attaque, toute l'armée s'y porte, 
et ne fait que nourrir et rafraîchir les troupes qu'on mène à la 
charge. Cependant, si les difficultés sont trop grandes, on peut 
faire cesser les attaques et replier ses corps sur l'armée. Voyez 
le plan XXV. Tout le mouvement des lignes n'est qu'un à droite 
pour soutenir les assaillants. 



ET DE TACTIQUE. a5 

ARTICLE XXL 

DES ATTAQUES DE RETRANCHEMENTS. 

Ces attaques se doivent régler sur les mêmes principes que 
les précédentes; j'entends qu'il faut établir de bonnes batteries 
qui tirent en écharpe, faire bien tirer le canon avant d'attaquer, 
et distribuer les corps qui doivent assaillir à peu près de même 
qu'aux attaques des postes, tenir l'armée à une distance de ces 
retranchements, pour qu'elle n'essuie pas le feu de mitraille, et 
avoir des soldats commandés, avec des fascines, pour combler 
le fossé. Dès que vous en serez maître, il faut s'établir dessus et 
ne point pousser en avant avec l'infanterie, mais faire faire par 
vos travailleurs des ouvertures , pour que la cavalerie y puisse 
entrer et achever la victoire; car, si vous poursuiviez chaude- 
ment, il peut vous arriver que votre infanterie, en confusion 
pour avoir franchi ces retranchements, soit défaite ou repoussée 
tout à fait par la cavalerie de l'ennemi , qui l'attend en bon ordre» 



ARTICLE XXIL 

DE L'AVANTAGE DE MA MÉTHODE D'ATTAQUER 
SUR LES AUTRES. 

Vous aurez sans doute remarqué que le principe constant que 
je suis dans toutes mes attaques est de refuser une aile ou de 
n'engager qu'un détachement de l'armée avec l'ennemi ; mon ar- 
mée sert de base à ce qui attaque, et ne doit s'engager que suc- 
cessivement, selon le succès et les apparences que j'ai de réussir 
dans mon entreprise. Cette disposition me donne l'avantage de 
ne risquer qu'autant que je le trouve à propos, et que, si je re- 
marque quelque empêchement physique ou moral à mon entre- 
prise, je suis maître de l'abandonner, en repliant les colonnes de 
mon attaque sur mes lignes, et en retirant mon armée, la met- 
tant toujours sous la protection de mon canon, jusque hors de la 



a6 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

portée du feu de mon ennemi. L'aile qui a été le plus près de 
l'ennemi se replie ensuite derrière celle que j'ai refusée; ainsi cette 
aile refusée devient ma ressource, et me couvre lorsque je suis 
battu. Si donc je bats l'ennemi, ma victoire en devient plus bril- 
lante, et si je suis battu, ma perte en est bien moins considé- 
rable. Examinez le plan, il vous en donnera l'intelligence. Voyez 
le plan XXVI. 



ARTICLE XXIII. 

DE LA MEILLEURE MÉTHODE DE DÉFENDRE 
A L'ENNEMI LE PASSAGE D'UNE RIVIÈRE. 

Autant de fois qu'on se mettra derrière une rivière pour la 
défendre, on en sera la dupe, parce que l'ennemi, à force de 
finasser, trouve tôt on tard un moment convenable pour vous 
dérober son passage. Vous dépendez alors souvent de l'activité 
ou de l'intelligence d'un officier qui fait la patrouille. Si vous 
séparez vos troupes pour en garnir les endroits les plus dange- 
reux du fleuve, vous risquez d'être battu en détail. Si vous êtes 
ensemble, le moins qu'il puisse vous arriver est de vous retirer 
avec confusion pour vous choisir un autre poste, et vous avez 
perdu dans l'un et l'autre cas la gageure, car vous n'avez pas pu 
empêcher l'ennemi d'exécuter ce qu'il s'était proposé. 

Je rejette donc cette ancienne méthode d'empêcher le passage 
d'une rivière, que l'expérience condamne, et j'en propose une plus 
simple et plus sûre; quand elle est exécutée par un habile géné- 
ral, elle évite l'inconvénient d'être surpris par l'ennemi, d'être 
averti trop tard, et surtout celui de partager son attention, qui, 
selon moi, est le plus grand de tous. Un plan simple, que vous 
avez dans la tête, doit renverser tous les projets de l'ennemi. 

Voici donc ce que je propose : c'est que la seule façon de dé- 
fendre une rivière est de l'avoir derrière soi. 11 faut avoir une 
bonne communication établie de l'autre coté; il faut pour le 
moins avoir deux ponts dont les têtes sont retranchées, et se pos- 
ter en delà, un demi -mille, dans un camp qu'il faut bien faire 



ET DE TACTIQUE. a 7 

accommoder, pour que F ennemi soit certainement battu, s'il 
vient tous y attaquer. Je suppose même votre armée plus faible 
d'un tiers que la sienne. 

Je dis donc que, par un tel camp, vous empêchez l'ennemi 
de passer la rivière, parce que, s'il marche à droite ou bien à 
gauche pour la passer, il est obligé de vous abandonner ses vivres 
et ses magasins qu'il a derrière lui, ce que certainement il ne fera 
pas. Que lui reste- t-il donc à faire? II tâchera sans doute à faire 
passer la rivière à quelque détachement; mais ce détachement 
est obligé de décrire un demi- cercle pour passer, et vous, vous 
enverrez un détachement en ligne directe par votre pont, qui, se 
portant du côté où l'ennemi veut passer, pourra très -bien le 
battre en détail. Si cependant toute l'armée ennemie voulait pas-* 
ser à votre droite ou à votre gauche, par un mouvement simple, 
vous n'avez qu'à vous porter à leur dos , et profiter de l'affreuse 
confusion oit votre approche les mettra. Ce projet est simple, il 
vous délivre d'inquiétude, et concentre toutes vos idées sur le 
même point. Le plan ci-joint, n° XXVII , jettera plus de lumière 
sur ce sujet que tout ce que je pourrais encore y ajouter. 



ARTICLE XXIV. 
DES PASSAGES DE RIVIÈRES. 

Je ne toucherai que les points principaux de cet article. Si 
vous voulez passer une rivière, occupez des hauteurs qui com- 
mandent l'autre bord, établissez des batteries à cinq ou six cents 
pas à droite et à gauche de l'endroit où vous voulez construire 
votre pont. L'avant -garde, qui doit couvrir le pont, doit avoir 
des chevaux de frise avec elle, derrière lesquels elle se poste, 
parce qu'elle n'a pas le temps de faire un bon retranchement; 
que les troupes qui passent appuient toujours deux ailes à la ri- 
vière, jusqu'à ce que toute l'armée aura passé. On observe les 
mêmes règles lorsqu'on veut repasser une rivière. Au côté que 
vous voulez abandonner, vous faites un grand retranchement, et 
dans celui-là, vous faites des tètes de pont pour vous couvrir; 



28 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

vous choisissez des hauteurs du côté où vous voulez passer, oit 
vous établissez des batteries pour protéger votre passage; sous 
cette protection, vous abandonnez votre premier retranchement, 
vous vous retirez dans les tètes de pont, où vous avez pratiqué 
des fougasses pour les faire sauter, au cas que l'ennemi veuille 
inquiéter votre retraite. Le plan XXVIII contient la disposition 
du passage, et le plan XXIX, celui de la retraite. 



ARTICLE XXV. 

DE LA TACTIQUE DES MARCHES ET DE LEURS 
DISPOSITIONS. 

Il faut distinguer les marches qu'on fait à quelque distance de 
l'ennemi de celles que Ton fait proche de son armée. Les règles 
générales consistent à marcher sur le plus de colonnes que Ton 
peut; mais ce qui en doit déterminer le nombre, ce sont les che- 
mins qui aboutissent au camp que vous voulez prendre, car il 
ne vous sert de rien de vous mettre en marche avec dix colonnes, 
si vous êtes obligé de les réduire à quatre pour rentrer dans 
votre camp; alors le moyen le plus simple et le meilleur est de 
régler d'abord sa marche sur quatre colonnes. 

Dans les pays de plaine , la cavalerie doit composer la partie 
la plus nombreuse de votre avant -garde; dans les bois, vingt 
hussards, beaucoup d'infanterie légère, et de l'infanterie pesante 
pour la soutenir, suffisent; il en est de même dans les hautes 
montagnes. Si vous marchez par des plaines, il faut que vous 
ayez de la cavalerie des deux côtés de vos colonnes d'infanterie, 
pour fouiller le terrain, et pour que rien ne puisse fondre à l'im- 
proviste sur votre infanterie; si vous marchez par des terrains 
fourrés, vous couvrirez vos flancs d'infanterie détachée, et vous 
éviterez autant que vous le pourrez les villages, principalement 
pour la cavalerie, parce qu'elle n'y saurait agir. Quand l'armée 
est forte, on emploie le corps de réserve pour couvrir les flancs 
exposés du côté de l'ennemi. 



ET DE TACTIQUE. 29 

Si voire armée marche près de celle de l'ennemi, supposez 
toujours qu'il va vous attaquer en marche, pour vous préparer 
à toul événement; prenez la précaution d'occuper par votre 
avant -garde et réserve les hauteurs, leseollines et les bois der- 
rière lesquels vous faites marcher vos troupes, afin d'être en tout 
cas le maître du terrain le plus avantageux, où, si l'ennemi ten- 
tait de vous attaquer, vous pourriez incessamment former votre 
armée, et vous opposer avec avantage et fièrement à ses entre- 
prises. Si vous avez de grandes forets à traverser, il faut y faire 
passer la cavalerie sous la protection de l'infanterie. Cela se fait 
ainsi : on place l'infanterie et des troupes légères dans un bois, 
pour couvrir le chemin du côté de l'ennemi, et l'on fait passer ce 
chemin aux escadrons entremêlés de bataillons d'infanterie, de 
sorte qu'elle traverse le bois en sûreté sous cette protection. Il 
faut donc toujours étudier d'avance le terrain que l'on veut pas* 
ser, faire ses dispositions sur le papier, et avoir l'œil qu'elles 
soient bien exécutées. Voyez le plan n° XXX. 



ARTICLE XXVI. 
DES DIFFÉRENTES AVANT - GARDES. 

Dans tous les cas, il convient aux avant- gardes de marcher 
avec la plus grande précaution; les hussards doivent éclairer leur 
marche, et pousser à cet effet leurs premiers flanqueurs à un 
demi -mille en avant de leurs corps; il faut qu'ils fouillent tous 
bois, villages, fonds, passages, monticules, pour découvrir les 
pièges et les embuscades qui peuvent être tendus en chemin, 
pour découvrir l'ennemi, ses forces, sa position et ses mouve- 
ments, afin que le général, averti d'avance de ce qui se passe, 
puisse prendre ses précautions et changer de disposition selon 
l'occurrence. Quiconque néglige ces précautions peut donner en 
étourdi dans quelque embuscade, ou se trouver à l'improviste si 
proche d'un corps supérieur, qu'il en est écrasé avant de pouvoir 
se retirer. 

Si l'armée ne marche que d'un campement à un autre, il faut 



3o I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

que la cavalerie déblaye d'ennemis le eamp qu'on veut prendre, 
et qu'elle couvre les fourriers qui doivent le marquer; et l'infan- 
terie peut être postée derrière des haies, des ruisseaux, dans des 
villages, dans des bois, etc. Mais si vous êtes proche de l'ennemi, 
il faut que l'infanterie demeure assemblée, et si c'est sur des 
montagnes, cette infanterie doit en occuper les crêtes et les som- 
mets dominants. 

Si une avant -garde est envoyée pour se saisir d'un poste im- 
portant, elle doit s'y poster au plus vite, s'y fortifier à la hâte, 
autant que le temps le permet, avec des chevaux de frise ou de 
la terre remuée, et bien placer ses batteries. Si une avant- garde 
marche à un ennemi auquel on veut livrer bataille, elle ne doit 
devancer son armée que d'un petit quart de mille, chasser tout 
ce qu'elle trouve devant elle de cavalerie et <fc troupes légères, 
mais se bien garder d'engager l'affaire avant que son armée lait 
jointe. Voyez les plans n°* XXXI et XXXII. 



ARTICLE XXVII. 

COMMENT IL FAUT SE RETIRER D'UN CAMP 
LORSQU'IL EST PROCHE DE L'ENNEMI. 

Nous avons souvent campé dans une grande proximité de 
l'ennemi, et nous avons été obligés d'abandonner notre poste 
pour courir d'un autre côté, selon que le plus pressant besoin le 
demandait. Je crois donc qu'il n'est pas hors de propos de pres- 
crire les règles principales dont il ne faut point s'écarter dans de 
pareilles circonstances. 

Etes -vous campé dans les montagnes, et vos postes avancés 
se trouvent-ils sous les yeux de l'ennemi, il faut dès lors prendre 
les plus grandes précautions pour cacher votre dessein et même, 
s'il se peut, à votre armée, pour qu'un misérable déserteur ne vous 
trahisse pas. Si vous pouvez dérober vos mouvements, je veux 
dire , si l'ennemi ne peut observer le charriage qui se fait dans 
votre camp, faites partir à midi votre bagage sous des prétextes 
plausibles, comme si les chariots devaient aller chercher du four- 



ET DE TACTIQUE. 3i 

rage, ou comme si, par une suite d'une bonne police de camp, 
on ne voulait garder avec soi que le moins de bagage possible. 
Si l'ennemi peut voir ce qui se passe dans votre camp, faîtes 
partir, la nuit qui -précède votre décampement, tous ces chariots 
pour vous en débarrasser, et, le soir qui précède la nuit que vous 
voulez marcher, faites sur la brune partir tout votre gros canon, 
car, si vous le prenez avec vous , il peut s'en renverser dans les 
chemins creux, ce qui arrêterait vos colonnes, au lieu que, lui 
faisant prendre les devants, quand même il y aurait quelque ca- 
non renversé ou brisé , on a le temps de le tirer des ornières et 
de déblayer le chemin pour l'armée. Comme il s'agit d'accélérer 
votre marche , pour que l'ennemi ne profite pas du terrain avan- 
tageux que vous lui abandonnez pour vous attaquer, il faut des- 
cendre des hauteurs par autant de colonnes que vous trouvez de 
chemins, quitte à vous mettre ensuite dans la plaine, dans l'ordre 
de marche que vous vous êtes proposé de suivre. Toutes les 
gardes de camp de la cavalerie doivent rester à leur poste jus- 
qu'à ce que votre armée soit toute descendue dans la plaine; 
vous devez même commander des hussards pour entretenir les 
feux des gardes d'infanterie et crier le qui -vive, comme si les 
gardes y étaient encore; après quoi, à un signal dont on con- 
vient, les gardes de cavalerie se replient subitement au galop et 
suivent l'armée; l'ennemi, qui ne s'aperçoit qu'alors de votre 
mouvement, n'est pas en état dès lors de vous porter le moindre 
préjudice , et vous vous tirez habilement d'affaire. 

Dans des terrains de plaine , il est bien rare que les armées 
campent aussi proche les unes des autres; cependant, si cela ar- 
rive, il faut prendre les mêmes précautions de se débarrasser du 
bagage. S'il y a un défilé derrière vous, il faut y envoyer un 
corps d'avance pour l'occuper; mais je voudrais que dans la 
plaine on conduisit son canon avec l'armée, que l'on marche de 
nuit ou non, parce que vous avez tout prévu, tout réglé d'avance, 
et l'ennemi est bien embarrassé comment vous attaquer, ne sa- 
chant pas votre disposition. Si vous voulez éviter toute affaire 
d'arrière -garde, déblayez vite votre camp, marchez par tant de 
colonnes que vous pouvez, sauf à vous mettre sur moins de co- 
lonnes, si les chemins ne permettent pas que vous en ayez beau- 



32 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

coup. Il faut observer de même ce que j'ai dit dans ce qui re- 
garde les retraites des montagnes: c'est de laisser des hussards 
dans le camp pour crier le qui -vive et entretenir les feux, et qui 
se replient promptement et rejoignent l'armée, sans que l'ennemi 
puisse les entamer. Si le roi Guillaume avait quitté de nuit son 
camp de SenefTe, son arrière -garde n'aurait pas été battue par 
le prince de Condé. 

Une grande précaution à prendre est de faire bien reconnaître 
les chemins d'avance et même par les généraux qui doivent me- 
ner les colonnes, si cela se peut, pour prévenir, autant qu'il est 
possible, une espèce de confusion, compagne de la plupart des 
marches nocturnes. 



ARTICLE XXVIII. 
DES DIFFÉRENTES ARRIÈRE -GARDES. 

Il y a différentes sortes d'arrière -gardes : i° pour couvrir la 
queue d'une armée d'un camp à un autre; a° d'arrière -gardes 
qui couvrent ie bagage; 3° d'arrière -gardes qui couvrent des ar- 
mées battues, pour faciliter leur retraite. 

i° Les premières sont attaquées quand l'ennemi a intention 
d'appesantir votre marche, et qu'il veut se procurer l'avantage 
de gagner un poste avant vous. Ces affaires souvent sont assez 
vives, et ressemblent à de petites batailles. Il faut éviter les en- 
gagements autant qu'on le peut, car il n'y a rien à gagner, et 
toujours à perdre, pour se retirer avec sûreté; poster des troupes 
sur le chemin que Ton suit, pour pouvoir, sous leur protection, 
replier celles qui sont pressées par l'ennemi; on poste ces troupes 
sur des hauteurs, on leur fait garnir des villages, on en borde des 
bois, on les met derrière des défilés, et, à la faveur de leur pro- 
tection, celles qui sont les dernières se peuvent replier sur ces 
postes; vos batteries arrêtent l'ennemi, et vous donnent le moyen 
de poursuivre votre marche, quoique lentement. Si l'arrière- 
garde est trop pressée, elle en avertit l'armée, qui s'arrête pour 
lui porter du secours. J'ai quelquefois tendu des embuscades à 



ET DE TACTIQUE- 33 

l'ennemi qui me poursuivait avec ardeur, et je m'en suis bien 
trouvé. J'ai embusqué quelques bataillons avec de la cavalerie 
derrière des bois ; les hussards ennemis ont été bien battus , et de- 
puis ils sont devenus si circonspects, qu'ils craignaient d'appro- 
cher de chaque bouquet de bois. C'était l'année 1758, a lorsque 
nous quittâmes Kônigingrâtz pour marcher vers Wisoka. 

a* Les arrière -gardes qui couvrent le bagage sont les plus 
difficiles de toutes, parce que les troupes ont une grande file de 
chariots à défendre. Si vous distribuez vos bataillons en troupe 
le long de cette file , vous êtes faible partout ; si vous les gardez 
ensemble, vous ne couvrez rien. Que faut -il donc faire? Si l'on 
peut couvrir la marche des convois à un quart de mille du côté 
de l'ennemi, en ne laissant que de petites troupes pour l'avant* 
garde et l'arrière- garde et pour contenir les goujats, alors l'en- 
nemi y pensera plus d'une fois, et s'il fait mine de vous attaquer, 
faites aussitôt parquer vos chariots. Si vous avez un terrain 
coupé à parcourir, éclairez bien vos marches par vos patrouilles, 
et occupez tous les défilés, après quoi vos chariots pourront les 
traverser en sûreté, et faites parquer les premiers jusqu'à ce que 
les derniers aient passé. 

3° Si vous faites l'arrière -garde après une bataille perdue, il 
faut choisir les troupes les plus fraîches de cette armée, et les 
poster derrière le plus prochain défilé, hauteurs, bois, village, 
digue, pont, quoi que ce soit, et y faire de bonnes batteries, pro- 
téger l'infanterie en déroute, le plus qu'il se peut, par de la ca- 
valerie, et recueillir et rassembler ces troupes débandées derrière 
ce corps qui les doit protéger. C'est là qu'il faut faire bonne con- 
tenance, et que les bonnes dispositions de l'officier qui commande 
F arrière-garde peuvent sauver une bonne partie de vos débris, et 
par conséquent diminuer votre perte. Voyez les plans n" XXXIII 
et XXXIV. 

* Voyez t. IV, p. xvii , aoo et aoi. 



XXIX. 



34 I. ÉLÉMENTS DE CASTRAMETRIE 

ARTICLE XXIX. 

DES ARRIÈRE -GARDES QU'ON ATTAQUE. 

Règles générales. Observez bien le terrain; l'ennemi marche, 
et par conséquent en change. Choisissez donc, du chemin qu'il 
fait, l'endroit qui vous est le plus avantageux; c'est quand l'en- 
nemi se trouve dans un fond, dans des chemins étroits, dans des 
espèces de gorges, ou quand il passe des défilés. Vous devez l'en- 
tourer le plus que vous pouvez , embrasser son corps de tous les 
côtés, ne négliger aucun terrain où vous pouvez placer des batte- 
ries, les harceler continuellement avec votre cavalerie, pour ra- 
lentir sa marche et donner à votre infanterie le temps d'appro- 
cher. Alors, quand il se trouve dans un terrain à son désavantage, 
il faut l'attaquer avec vivacité, se mettre dans son avantage pour 
le terrain, et lui tomber avec impétuosité sur le corps partout où 
l'on peut. Voyez le plan ci -joint, n° XXXV. 

Si l'on attaque des convois, le moyen le plus sûr d'en profi- 
ter, c'est de laisser engager la tête du convoi dans un défilé, d'at- 
taquer la tète pour y causer de la confusion, et tomber avec force 
sur la queue. Il y aura sûrement beaucoup de chariots perdus; 
quand c'est de fourrage, on se contente de dételer les chevaux et 
de renverser les chariots; c'est autant de perdu pour l'ennemi, et 
les chevaux, on les emmène sûrement, au lieu que les chariots 
ne pourraient pas se conduire si vite. 

Si vous attaquez l'arrière - garde d'une armée battue, réglez- 
vous sur le terrain; si elle est bien postée, il faut la respecter; si 
elle est en marche, entourez -la de tous les côtés, et tombez des- 
sus avec impétuosité et violence. Si cette arrière -garde est bat- 
tue, vous ferez autant de prisonniers de cette armée battue que 
vous vous donnez la peine d'en vouloir recueillir. 



ET DE TACTIQUE. 35 

ARTICLE XXX. 
DES FOURRAGES VERTS ET DES FOURRAGES SECS. 

On ne peut pas, quand on s'éloigne tant soit peu de ses fron- 
tières, avoir à la suite de l'armée des fourrages emmagasinés; 
pour nourrir sa cavalerie, on fourrage le pays ennemi dans le* 
quel on se trouve. Le fourrage vert se prend dans les plaines; 
le sec, après les récoltes, se tire des villages. Comme l'ennemi 
s'oppose souvent à ces sortes d'entreprises, et qu'il s'y donne 
quelquefois des combats assez vifs, il est bon de prescrire aux 
généraux les règles essentielles dont ils ne doivent jamais s'écarter 
lorsqu'ils sont chargés de pareils commandements. 

L'année 44 et 45, souvent nous avons eu des escortes de dix 
mille hommes pour couvrir les fourrageurs. On va au fourrage, 
quand le terrain le permet et que l'escorte est forte, sur deux co- 
lonnes; une avant -garde de cavalerie et d'infanterie précède la 
marche, ensuite vient un corps de cavalerie et d'infanterie, en- 
suite les fourrageurs, qui doivent tous être armés, ensuite les 
chevaux d'artillerie, des vivres et de l'infanterie, ensuite l'arrière- 
garde de l'escorte, composée de cavalerie et d'infanterie. Sur les 
deux flancs de la marche, on distribue le long de la colonne des 
pelotons de cavalerie pour couvrir les flancs et faire les petites 
patrouilles de côté. Arrivé sur lé terrain que l'on veut fourrager, 
on fait sa disposition selon qu'il peut être le mieux défendu; on 
ménage les moissons le plus que l'on peut, pour qu'elles ne soient 
pas ruinées inutilement; on prend un seul chemin, pour ne point 
gâter les semailles; on fait une chaîne légère de cavalerie à la cir- 
conférence, soutenue par trois ou quatre grosses réserves, et le 
général s'en conserve encore la plus nombreuse, pour avoir de 
quoi accourir à l'endroit où l'ennemi voudrait faire son principal 
effort. On poste l'infanterie derrière des haies, des ruisseaux, 
autour des bois et des villages, et l'on se réserve une troupe d'in- 
fanterie pour une ressource contre tous les événements. Alors on 
distribue les champs aux différents corps qui doivent moisson- 
ner, et on lâche les fourrageurs. Quand tout est fait et chargé, 

3* 



36 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

les fourrageurs, avec une légère escorte, partent les premiers; on 
rassemble l'infanterie, ensuite la cavalerie, et tout ce corps joint 
fait l'arrière -garde des fourrageurs. Voyez le plan n° XXXVI. 

Les fourrages secs sont plus faciles à faire. La marche doit se 
faire dans le même ordre; ensuite on place des corps de cavalerie 
aux environs du village qu'on veut fourrager, ensuite l'infanterie 
dans les haies du village; alors vous partagez les granges aux dif- 
férents corps, et chacun fait ses trousses. Si un seul village ne 
suffît pas, vous devez, après avoir vidé le premier, faire la même 
manœuvre au village le plus voisin; mais n'en fourragez jamais 
deux en même temps, parce que vous vous affaiblissez en par* 
tageant les troupes , au lieu que vous êtes toujours en force en 
prenant les uns après les autres. II en est de même, pour le 
retour, de ce que j'ai dit des fourrages verts. Voyez le plan 
n° XXXVII. 



ARTICLE XXXI. 

DES CAMPS DE RÉSERVE QU'UN GÉNÉRAL DOIT 
AVOIR FAIT RECONNAITRE D'AVANCE. 

Dès qu'on campe proche de l'ennemi, ou que l'on est près de 
son poste, un général prudent aura pris la précaution d'avoir 
fait reconnaître, dans le voisinage, des positions pour avoir des 
camps en réserve, au cas que malheur lui arrive. S'il est battu, 
il sait d'abord où se retirer, et c'est un principe sur que moins 
votre retraite est longue, plus vous y gagnez, en rassemblant 
plus vite les troupes débandées, et ne perdant pas autant de pri- 
sonniers que l'ennemi en ferait sûrement, si votre retraite était 
longue, outre que cela vous procurera la facilité de sauver un 
nombre de vos blessés. La bonne contenance que vous témoignez 
par une si courte retraite en impose au victorieux; il voit que 
vous n'êtes pas découragé, ni sans ressource, et ce parti, le 
plus honorable et le plus glorieux, est aussi le plus sur, parce 
qu'un ennemi, tout victorieux qu'il est, n'aime pas à s'exposer 
si promptement après une bataille gagnée. J'ai souvent eu des 



ET DE TACTIQUE. 3j 

afantages sur mes ennemis, et j'ai toujours trouvé beaucoup de 
difficultés alors de ramener les troupes au feu ; elles en sont dé* 
goûtées et rebutées, et il faut au moins un intervalle de quelques 
jours pour les exposer à un nouveau péril, et ce temps vous suf- 
fit pour vous bien fortifier dans le poste que vous avez pris. 



ARTICLE XXXII. 

QUAND IL FAUT POURSUIVRE L'ENNEMI, ET QUAND 
ON LUI FAIT UN PONT D'OR. 

Si vous vous battez dans un pays de plaine, poursuivez l'en* 
nemi avec toute l'ardeur possible, ne vous reposez point que 
votre cavalerie n'ait entièrement dispersé la sienne, harcelez -le 
toujours, ne lui donnez point de relâche, et au bout de quelques 
jours vous aurez détruit la plus grande partie de son infanterie, 
à laquelle se joindra la perte de tout son bagage. Si le théâtre de 
la guerre s'est établi dans un pays de montagnes , où votre cava- 
lerie devient presque inutile , et si vous avez mis l'ennemi en 
faite, vous ne pourrez pas le poursuivre bien loin, car il court 
en désordre et vite, et vous devez le suivre en ordre et par con- 
séquent lentement, ce qui lui donne le temps d'occuper quelque 
défilé pour couvrir sa retraite. S'il se jette dans des gorgés de 
montagnes, gardez «vous bien de le suivre à la piste, car il ne 
faut jamais enfourner les défilés sans être maître des hauteurs 
aux deux côtés, ou l'on risque d'être entièrement défait dans 
quelque vallon dont l'ennemi aura su s'emparer des cimes. 



ARTICLE XXXIII. 

DU VÉRITABLE EMPLOI DES CUIRASSIERS 
ET DRAGONS. 

J'ai eu quelquefois occasion de remarquer avec peiue et dé- 
plaisir que nos généraux d'infanterie s'embarrassent si peu du 



38 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

service de la cavalerie, que, lorsqu'ils en ont sous leurs ordres, 
ils exigent quelquefois d'eux des choses impraticables, et sou- 
vent ne les emploient pas à ce qui est de leur compétence. Ceci 
m'oblige à leur donner une idée nette de la cavalerie, pour qu'ils 
en connaissent les principes et le génie de cette troupe, et pour 
qu'ils sachent bien comment il faut la faire agir. 

Les pays de plaine sont proprement faits pour la cavale- 
rie; tous ses mouvements doivent être rapides, son exécution 
prompte, et ses chocs décidés en un clin d'œil. La cavalerie doit 
donc composer la principale masse des avant et arrière -gardes; 
dans des terrains unis, elle doit faire la chaîne des grand' gardes 
du camp, qui doit être couverte par une chaîne de hussards; on 
tâche de cacher la grand' garde dans des fonds, derrière des bou- 
quets de bois, pour que l'ennemi ne puisse pas la compter et 
faire un projet pour l'enlever. 

Vous ne devez jamais donc faire agir la cavalerie dans des 
terrains marécageux, où elle s'embourberait sans pouvoir avan- 
cer; vous ne devez pas l'employer dans de grosses forêts, où elle 
ne pourrait pas agir; vous ne devez pas * la faire attaquer dans 
un terrain dont le fond est traversé par de profonds chemins 
creux; et il ne faut point qu'elle approche des bois, d'où l'infan- 
terie la fusillerait. Ne lui faites surtout jamais passer de défilés 
en présence de l'ennemi, où elle est sûrement battue, à moins 
qu'on ne seconde ce passage par l'infanterie et le feu du canon. 
La cavalerie ne peut point agir dans des rochers ou des hauteurs 
escarpées ; ses attaques sont des carrières , il faut donc que le 
terrain soit uni. 

Comme tout est devenu, dans ces guerres, affaires de poste 
et combats d'artillerie, il faut avoir grand soin de ne point ex- 
poser votre cavalerie mal à propos à ce feu terrible, qui la dé- 
truirait sans qu'elle eût seulement occasion de se défendre; il faut 
donc lui choisir des fonds qui lui servent d'abris contre le feu du 
canon, et la réserver toute fraîche pour le moment où son tour 

* On lit dans l'édition de 1771, p. 70 : «Vous ne devez que la faire atta- 
quer;* ce qui forme un contre-sens évident. Nous substituons le mot pas au mot 
que avec d'autant plus de raison, que la traduction officielle de 1771 porte, 
p. 78 : Ihr sollt sie eben so wenig in cincm Terrain agir en lassen, etc. 



ET DE TACTIQUE. 3g 

Tiendra d'être employée. Ce moment est celai où le canon de 
l'ennemi commence à se ralentir, où son infanterie a déjà tiré; 
alors, si votre infanterie n'a pas décidé l'affaire, et si la montée 
à l'ennemi n'est pas trop âpre, faites charger votre cavalerie en 
colonne sur cette infanterie, comme nous l'avons fait à Zorndorf 
et à Torgau, et vous obtiendrez la victoire. 

Si vous êtes dans une plaine, s'il se peut, ayez quelques ba- 
taillons à l'extrémité de votre cavalerie ; si même l'ennemi la re- 
pousse, votre feu de canon et de cette infanterie lui donne le 
temps de se remettre et de charger de nouveau l'ennemi. Si vous 
êtes dans un poste, garantissez également la cavalerie contre le 
canon de l'assaillant, servez -vous -en pour rafler les attaques de 
l'ennemi déjà à moitié détruit par votre feu de mitraille, et pour 
poursuivre l'ennemi , après que vous l'avez repoussé. Enfin , si 
le terrain le permet, la cavalerie doit toujours, le plus qu'il est 
possible, être sous la protection de votre canon; l'infanterie et 
la cavalerie doivent toujours se soutenir mutuellement, et, par 
de telles dispositions , si elles sont bien faites , ces deux corps de- 
viennent presque invincibles. 



ARTICLE XXXIV. 
DES HUSSARDS. 

Nous prétendons de nos hussards qu'ils rendent les mêmes 
services dans les batailles que les cuirassiers et les dragons. Ils 
peuvent être en seconde ligne, ou sur le flanc des lignes de ca- 
valerie, soit pour le couvrir, ou pour déborder l'ennemi dans 
l'attaque et lui tomber à dos. Si l'ennemi est battu , ils le pour- 
suivent, et la cavalerie pesante les soutient. Dès qu'il s'agit d'at- 
taquer l'infanterie, je préfère les cuirassiers aux autres, parce 
qu'ils se confient en leur cuirasse. 

Lorsqu'on détache les hussards, et qu'ils ont une grande traite 
à faire, il faut faire garnir quelque défilé par où ils sont obligés 
de retourner; on y envoie des dragons avec quelques petits ca- 
nons; c'est pour leur tenir le dos libre et pour ne pas les exposer 



4o I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

à être détruits au retour. Ces dragons peuvent mettre pied à 
terre et protéger la retraite par leur feu. 

On peut, avec des hussards, prendre des villes lorsqu'il n'y a 
pas de l'infanterie pesante qui les défend; c'est ainsi que nous 
primes Pégau. * Une chaussée va à la porte de la ville, où il y a 
une tour sur laquelle l'ennemi avait quelques gens pour la dé- 
fendre. On fit mettre pied à terre à cinquante hussards, avec des 
poutres, pour enfoncer la porte. Le régiment était à cheval, hors 
de la portée du fusil; dès que la porte fut brisée, il se mit en 
carrière, traversa la ville, et prit tout ce qu'il y avait dedans. 
La même année 1757, nous primes de même Neumarkt,*» gardé 
par deux bataillons de pandours; un régiment ° qui avait tourné 
la ville les atteignit lorsqu'ils se sauvaient par une autre porte., 
et les fit tous prisonniers, tandis que d'autres forcèrent, de même 
qu'à Pégau, la porte de Parchwitz. 

Un excellent usage des hussards est de les envoyer recueillir 
des nouvelles; il faut par eux être averti du moindre mouve- 
ment qui se fait dans l'armée ennemie. Il faut toujours avoir des 
partis en campagne; ils peuvent même tourner l'ennemi et vous 
rendre compte de ce qui se passe sur ses derrières. Par eux, dans 
un pays étranger, on acquiert en peu de temps la connaissance 
des chemins et du pays; ce sont vos oreilles et vos yeux. 



ARTICLE XXXV. 

DES BATAILLONS FRANCS. 

On peut tirer un parti admirable des troupes légères d'infan- 
terie, quoique celles que nous pourrons avoir ne seront pas ex- 
cellentes, comme de nouvelles levées, faites à la hâte, ne sau- 
raient l'être. Ces troupes, quelles qu'elles soient, deviennent utiles 

* Voyei t. IV, p. i4a. 

b L. c, p. 16a. 

c Le régiment de Zieteo. Voyez Lcbensbeschreibung lions Joachims von 
Zietcn, troisième édition, Berlin, i8o5, t. H, p. 84 et 85, et notre t. IV, p. 16a. 
Cette affaire eut lien le 4 décembre 1767. 



ET DE TACTIQUE. 4i 

quand on les emploie bien. Dans les attaques, donnez -leur la 
première ligne, comme vous trouverez que je l'ai marqué dans 
mes plans; il faut qu'ils aillent à tête baissée sur l'ennemi, pour 
attirer son feu et mettre quelque confusion parmi les troupes, ce 
qui facilite le chemin de la seconde attaque, qui, venant serrée 
et en bon ordre, en aura meilleur marché de l'ennemi. Toute* 
fois, et quand on veut faire attaquer des bataillons francs, il faut 
qu'ils aient de l'infanterie pesante et réglée derrière eux, et que 
la crainte de leurs baïonnettes les oblige d'attaquer vivement et 
avec ardeur. 

Dans des affaires de plaine, il faut jeter les bataillons francs 
à l'extrémité des ailes qu'on refuse, où ils peuvent couvrir le ba- 
gage; mais ils deviennent vraiment utiles dans des pays coupés, 
lorsque l'on en fait une chaîne devant le front et les flancs de 
l'année, soit dans des villages, derrière des ruisseaux, en garnis- 
sant des bois, et, tels qu'ils sont, ils vous garantissent de toute 
surprise, parce que l'ennemi ne saurait vous attaquer qu'après 
les avoir chassés, ce qui vous donne un temps suffisant pour 
tous ranger en bataille. Si vous campez dans des terrains four- 
rés ou montagnes difficiles, ils doivent faire des patrouilles, et, 
dans de pareils pays, vous pouvez vous en servir pour tout ce 
qui est surprise, comme les hussards l'exécutent dans les plaines. 
Cependant il ne faut jamais confier des postes importants, et qui 
doivent être stables, à cette espèce de troupes, parce qu'elle 
manque de solidité, et l'on serait bien loin de son calcul, si l'on 
était assez peu avisé de les employer à ce qu'ils n'entendent pas. 



ARTICLE XXXVI. 

DE L'ARTILLERIE DE CAMPAGNE. 

Depuis que l'artillerie est devenue un point si essentiel à nos 
guerres, je ne saurais me dispenser d'en dire un mot, pour que 
tout général qui se trouve en avoir sous ses ordres, surtout dans 
des détachements, connaisse tout le parti qu'on en peut tirer. La 
règle est chez nous que chaque bataillon de la première ligne est 



4a I. ELEMENTS DE CASTRAMÉTRIE 

muni de deux pièces de 6ix livres et d'un obusier de sept; la se- 
conde ligne n'a que deux canons de trois livres ; les brigades ont 
chacune une batterie de dix pièces de douze livres, et les plus 
gros canons, les véritables pièces de batterie, sont sur les ailes 
des deux lignes. Outre cette artillerie, on a destiné pour chaque 
armée quarante obusiers de dix livres. Ce plan général est cal- 
culé de sorte qu'au besoin on trouve sous sa main des canons de 
tel calibre qu'on juge à propos de s'en servir, et qu'on place 
comme le besoin le demande. Vous aurez vu, dans les plans 
précédents, comme on dispose ces batteries pour soutenir des 
attaques, soit dans la plaine, soit de villages, soit de hauteurs. 
Les officiers d'artillerie doivent s'imprimer, à cette occasion, qu'il 
ne suffit pas de tirer beaucoup et vite, mais de bien viser et de 
bien diriger leur feu, pour le concentrer du côté de l'attaque, et 
pour détruire, autant qu'ils peuvent, les batteries qui tirent sur 
nos gens ; car le fantassin ne peut pas tirer en marchant à l'en- 
nemi, et il serait détruit par son feu, si le secours de nos batte- 
ries ne le secondait pas. Si l'ennemi occupe une hauteur, il faut 
chercher des hauteurs pour y faire des batteries; s'il ne s'en 
trouve point, servez -vous des obusiers, qu'ils fassent un feu qui 
se croise sur l'endroit où est le point du poste ennemi que vous 
voulez attaquer; c'est l'unique moyen d'entreprendre une chose 
aussi difficile. Mais si vous ne pouvez employer ni canon, ni 
obusier, il faut renoncer à votre projet et raffiner sur un autre 
moyen pour débusquer votre ennemi de son poste. 

L'artillerie rend donc des services essentiels aux attaques de 
poste; elle en rend de plus importants encore quand il faut en 
défendre. Un poste bien avantageux doit priver l'assaillant de sa 
cavalerie, de son canon et, pour ainsi dire, de son infanterie 
même, car la cavalerie ne saurait soutenir une aussi impétueuse 
canonnade qu'elle aurait à essuyer, si elle vous approchait de 
trop près. Vos hauteurs empêchent que l'ennemi se serve de son 
canon, qui ne peut tirer du bas en haut; et son infanterie, qui 
n'ose point tirer en attaquant, marche à vous comme ayant un 
bâton blanc à la main. Pour obtenir tous ces avantages, il faut 
que vous lardiez de canon les principaux points d'attaque de 
votre poste , que vos batteries tirent en écharpe , que les canon- 



ET DE TACTIQUE. 43 

niers visent bien, qu'ils connaissent toutes les distancée et se 
servent à propos de mitraille, qu'on fasse ricocher les canons de 
six livres, et qu'on avertisse à temps les canonniers quand on 
veut lâcher de la cavalerie sur l'ennemi. 

S'il s'agit de se retirer, toutes les fois qu'on veut abandonner 
on poste, il faut que le gros canon parte le premier; si la des- 
cente de la hauteur est rapide, il faut également renvoyer les 
pièces de campagne, parce que, si elles versaient en descendant, 
elles risqueraient d'être perdues, ce qui est une honte pour la 
troupe. Si votre armée est battue, il faut d'abord songer à sau- 
ver le canon qui peut encore l'être; on doit en même temps 
s'empresser de conduire le plus vite que possible quelques bat- 
teries au corps qui couvre la retraite, et au premier poste où 
ion rassemble les troupes. Une grande attention que les officiers 
de l'artillerie doivent avoir outre cela, c'est, dans tous les postes, 
d'avoir de la munition de réserve, outre la munition ordinaire du 
canon; il faut qu'il y en ait auprès de chaque brigade, pour qu'on 
ne soit pas battu faute d'avoir de la poudre et des balles pour se 
défendre, ce qui peut arriver dans une occasion bien opiniâtre. 

Je ne dis rien de l'artillerie légère, parce que les officiers de 
ce corps savent l'usage qu'on en attend, et qu'ils sont pleinement 
en état d'exécuter toutes les choses praticables que l'on peut dé- 
sirer d'eux. 



ARTICLE XXXVII. 

CE QU'UN OFFICIER DOIT OBSERVER LORSQU'IL 
EST DÉTACHÉ. 

Un général qui conduit bien des détachements donne des 
marques évidentes de ses talents et de son habileté; c'est le che- 
min qui le conduit aux commandements des armées, parce qu'en 
petit il s'est rendu familiers les principes et les règles qui servent 
de fondement à la conduite des plus grandes armées. Il faut né- 
cessairement qu'il soit entreprenant avec réflexion, c'est-à-dire, 
qu'il tâche de faire le plus de mal qu'il peut à l'ennemi, après 



44 I. ÉLÉMENTS DE CASTRAMÉTRIE 

avoir bien médité son projet et l'avoir soutenu d'une bonne dis- 
position. Il doit connaître tous les avantages et désavantages des 
terrains, pour profiter des premiers et éviter les autres. Il doit 
d'ailleurs étudier le local du pays, les chemins, les postes dont il 
peut faire usage en cas de besoin, et connaître plus d'une route 
pour se retirer, si la supériorité de l'ennemi l'y oblige. Il doit 
avoir assez de routine pour bien savoir raisonner ses positions, 
comme celles de l'ennemi, pour savoir se défendre avec habileté, 
et attaquer en prenant ses plus grands avantages. II doit sans 
cesse penser à de nouveaux projets, car l'unique façon de faire 
que l'ennemi soit tranquille, c'est de lui donner le plus d'occupa- 
tion que l'on peut. Il doit envisager chaque camp qu'il prend 
comme un champ de bataille, parce qu'il peut y être attaqué 
d'un jour à l'autre, faire une sage disposition de défense, et sur- 
tout la communiquer et en bien expliquer l'idée et le sens aux 
officiers qui servent sous lui dans le même corps. Il faut, de 
plus, qu'à droite et à gauche, et derrière lui, il ait des lieux qu'il 
ait fait reconnaître pour y camper, s'il croit se voir obligé, par 
de bonnes raisons , de quitter son poste. Il doit s'être rendu la 
tactique assez familière pour régler toutes ses marches sur ses 
principes; surtout il faut qu'il pense à ses arrière -gardes, qui, 
dans ses mouvements, risquent continuellement d'être entamées. 
Il doit être dans une continuelle méfiance, se défier de tout ce 
que l'ennemi peut entreprendre, toujours supposer ce qui pour- 
rait lui arriver de plus nuisible, pour s'en garantir, tenir la main 
à la discipline la plus exacte, pour que ses ordres soient bien exé- 
cutés, et obliger les officiers à la plus grande exactitude dans le 
service et à une vigilance égale à la sienne. Il faut surtout qu'il 
se garde de surprise, et qu'il pourvoie, par ses bonnes disposi- 
tions, aux échauffourées qu'on pourrait lui donner à la faveur 
de la nuit et des ténèbres. 

C'est dans les détachements que les partis et les patrouilles 
sont le plus nécessaires; il les faut considérer comme les yeux et 
les oreilles du général qui les commande. Si ce détachement sort 
de l'armée pour prendre poste à quelque défilé que l'armée veut 
passer, il faut que le général s'y retranche et fasse ferme; si c'est 
pour observer l'ennemi, le lieu même n'est pas si important, 



ET DE TACTIQUE. 45 

pourvu qu'il puisse bien observer; s'il est détaché sur les flancs 
de l'ennemi pour lui donner des jalousies, il faut que le général 
soit alerte pour ne pas être accablé par le nombre; s'il est envoyé 
à dos de l'ennemi , à moins qu'il ne trouve un poste absolument 
inattaquable , il en doit changer souvent, ou , s'il séjourne , il court 
le risque d'être écrasé par de plus forts que lui et d'être pris à 
dos lui-même. Rien ne sert tant, dans ces commissions hasar- 
deuses, que l'intelligence du chemin; un homme habile sauve son 
corps et le soustrait à la poursuite de l'ennemi , en se jetant dans 
des pays fourrés, se couvrant de villages, de marais, de ruisseaux 
et de bois, et, quelque détour qu'il fasse, il se couvre de gloire 
par sa fermeté et l'art qu'il a mis dans sa retraite. Bien des corps 
de troupes ont été perdus par l'incertitude des commandants , qui 
ne savaient pas se résoudre et se déterminer eux-mêmes ; tout est 
perdu quand le commandant perd lui-même la tête. Voilà ce qui 
arriva au général Finck, à Maxen;* son irrésolution et sa mau- 
vaise disposition causèrent sa perte , car a-t-on jamais vu mettre 
des hussards sur une montagne pour la défendre? Mais, dira-t-on, 
que faut- il faire, si, étant détaché, on se trouve attaqué malgré 
toutes les mesures que l'on a prises pour ne point être surpris? 
Je réponds qu'il faut vendre sa vie le plus chèrement que l'on 
peut, faire perdre, par sa défense vigoureuse, à l'ennemi autant 
de monde que votre corps est fort; alors votre honneur est sauvé. 
Mais quiconque capitule à la tête d'un corps qu'il commande est 
on infâme; ou bien l'attachement à son misérable bagage l'a dé* 
terminé à cette lâcheté, ou bien une poltronnerie non moins 
exécrable. 

Je conseille à tous ceux qui ne préfèrent pas leur réputation 
et leur honneur à l'intérêt et à leur propre vie de ne jamais em- 
brasser le parti des armes, parce que tôt ou tard leurs vices per-* 
ceront et les rendront un objet de mépris et d'indignation. 

* Voyei t. V, p. a8 et suivantes. 



46 I. ELEMENTS DE CASTRAMETRIE 

ARTICLE XXXVIIL 

DE LA GUERRE DE CONTENANCE. 

Une grande qualité pour un officier, c'est d'être impénétrable 
à l'ennemi , et de lut savoir dérober tous les mouvements qu'on 
veut faire. Cela dépend du secret et de la façon dont on masque 
ses projets. Cette qualité devient essentielle pour tous ceux qui 
commandent à des corps plus faibles que ceux qui leur sont op- 
posés; on appelle cette espèce de défensive guerre de contenance. 
Elle consiste en effet à tenir bonne contenance, à en imposer à 
l'ennemi, et à savoir mettre en usage toutes sortes de ruses pour 
parvenir à ses fins, qui sont de s'opposer à lui sans être battu. 
Cela se fait dans les campements; ayant un bon défilé devant 
vous, vous campez vos troupes en perspective, de sorte qu'elles 
paraissent du double plus fortes qu'elles ne sont, soit en faisant 
paraître quelques tentes le long des bois, soit en occupant la cime 
dés monticules sans garnir les fonds, ce qui de loin vous donne 
l'apparence d'avoir bien plus de troupes que vous n'en avez ef- 
fectivement. Dans des marches, surtout par des terrains fourrés, 
pour désorienter l'ennemi, vous faites paraître des têtes de co- 
lonnes, comme si vous vouliez marcher d'un côté, tandis que 
vous tournez d'un autre, ce qui le trompe, et, séduit par des ap- 
parences, il vous attend à l'endroit où vous n'avez pas dessein 
d'aller. Dans les retraites, en faisant fortifier votre camp la veille 
de la nuit que vous vous proposez de l'abandonner. Dans les ar- 
rière-gardes, en faisant semblant de tenir ferme derrière un dé- 
filé que vous abandonnez subitement, après en avoir occupé un 
autre derrière vous. Enfin je ne finirais pas, si je voulais vous 
marquer en détail toutes les différentes ruses que la guerre de 
contenance fournit; il suffit d'en avoir rapporté quelques échan- 
tillons. Ceux qui voudront l'étudier en trouveront assez dans ce 
précis pour donner carrière à leur imagination, et cette étude est 
d'autant plus indispensable, que tout officier qui commande un 
détachement doit du moins en avoir une bonne idée, ne fut-ce 
que pour ne se pas tromper aux ostentations de l'ennemi. Il vaut 



ET DE TACTIQUE. 47 

encore mieux savoir exécuter ces choses , car souvent on en a be- 
soin. J'exhorte donc et je prie mes officiers de se rendre toutes 
ces idées familières; j'ai resserré la matière autant que je l'ai 
pu, pour rendre les principes plus faciles à retenir; mais il faut 
s'exercer sur les terrains, acquérir l'habitude d'en juger bien et 
facilement, se rappeler les règles de la tactique, faire soi-même 
des dispositions, et les examiner si elles sont bien solides, soit de 
marches, d'avant-gardes, d'arrière-gardes, de camps, d'attaques 
et de défenses, penser soi-même à la guerre de contenance, et 
ainsi se préparer, pendant la paix , à pouvoir se distinguer pen- 
dant la guerre. Ceux qui emploieront leur temps de cette façon 
en recueilleront des fruits excellents dès que les hostilités com- 
menceront, et se feront estimer de tout le monde, sans compter 
l'honneur et la gloire qui leur en reviendra. a 
Sans -Souci, 12 novembre 1770. 

Federic. 

a Voyei t. XXVIII, p. 9 5 et 101. 



II. 



AVANT -PROPOS. 



XXIX. 



AVANT-PROPOS. 



Le nombre de la noblesse qui se voue au métier des armes est 
considérable en tout pays; mais les motifs qui la portent à choi- 
sir un métier aussi illustre ne sont pas les mêmes. Les uns, dé- 
pourvus des biens de la fortune , regardent le service comme un 
pis aller qui leur procure tellement quellement un entretien hon- 
nête; leur indolence se confie sur le temps, qui les fera avancer 
à tour de rôle; ils croient que d'avoir servi longtemps ou d'avoir 
bien servi, c'est la même chose, et pourvu qu'on ne puisse pas 
leur reprocher quelque faute grossière contre leur devoir, ils sont 
satisfaits d'eux-mêmes. D'autres s'adonnent aux frivolités dont 
notre siècle abonde ; ils se livrent aux plaisirs , aux dissipa tions ; ils 
sont tout, hormis soldats, ce qui cependant est leur métier. En- 
fin, il s'en trouve, mais toujours en plus petit nombre, qui, pleins 
d'une noble ambition, ont envie de se pousser dans le monde par 
leur courage, par leur capacité, par leur sagesse, qui, avides de 
s'instruire, ne désirent que d'avoir des occasions de s'éclairer et 
d'augmenter la sphère de leurs connaissances. C'est précisément 
pour ceux-là qu'on a fait un extrait de sièges de villes attaquées 
et défendues vers la fin du dernier siècle et au commencement de 
celui-ci. On a eu soin de faire un choix de ce qu'il y a eu de 
plus célèbre dans ces temps, pour présenter aux curieux les res- 

4* 



53 II. ÀVÀNT-PROPOS. 

sources que l'art et le génie trouvent pour attaquer les places et 
pour les défendre. Quiconque veut passer pour un officier habile 
doit réunir une infinité de connaissances et de talents. H faut 
qu'il sache dresser sa troupe pour rendre le soldat susceptible 
d'exécuter les évolutions qu'il doit faire; il faut qu'un officier, 
pour peu qu'il pense à s'élever aux grades supérieurs, ait une 
connaissance parfaite de la tactique ou de l'art des manœuvres, 
attaques, défenses, retraites, marches, passages de rivières, con- 
vois, fourrages, et de toutes les dispositions qu'exige la guerre 
de campagne. Il faut qu'il ait une connaissance nette du pays 
dans lequel il doit faire la guerre, qu'il possède la cas tramé trie , 
ou l'art des campements, l'usage et l'avantage qu'on peut tirer 
du terrain, la façon d'y distribuer les troupes et de les faire com- 
battre avec supériorité. Mais, outre toutes ces connaissances, un 
officier d'infanterie ne saurait ignorer sans honte ce qui regarde 
l'attaque et la défense des places; ce service roule uniquement sur 
l'infanterie, et il se fait peu de campagnes où il n'y ait quelque 
ville assiégée ou défendue. Cela fournit des occasions pour se 
distinguer; un officier qui ignore l'art n'en saurait profiter, parce 
que son ignorance lui en interdit les moyens, au lieu qu'un offi- 
cier qui a consacré quelques-unes de ses heures de loisir à bien 
étudier cette partie trouve cent occasions pour faire connaître 
son mérite, ce qui doit nécessairement l'acheminer à sa fortune. 
C'est pour faciliter ces connaissances, c'est pour en inspirer le 
goût que ce livre a été traduit et mis au jour dans l'arrangement 
qu'il paraît; on espère que les vrais amateurs du métier seront 
bien aises de trouver un nouveau moyen de s'instruire, et le tra- 
ducteur sera très - satisfait de ses peines, si, par le moyen des 
connaissances répandues dans ce livre, il peut contribuer à la for- 
tune et à l'illustration de ceux qui le liront et sauront en profi- 
ter. Tout art a ses règles et ses maximes ; il faut les étudier, 
leur théorie facilite leur pratique. La vie d'un homme ne suffit 
pas pour acquérir une connaissance et une expérience consom- 
mée; la théorie y sert de supplément, elle donne à la jeunesse 
une expérience prématurée , et la rend habile par les fautes mêmes 
de ceux qui en ont fait. Dans le métier de la guerre, on ne trans- 



IL AVANT-PROPOS. 53 

gresse jamais les règles de l'art sans en être puni par l'ennemi, 
qui s'applaudit de nous trouver en défaut Un officier peut 
s'épargner bien des faux pas en s'instruisant; nous osons dire 
qu'il le doit, car les fautes qu'il commet par ignorance le couvrent 
de honte, et, en louant même son courage, on ne peut s'empê- 
cher de blâmer sa stupidité. Que de motifs pour s'appliquer! que 
de raisons pour traverser ce chemin épineux qui mène à la gloire ! 
et quelle récompense plus belle et plus noble que de parvenir par 
ses peines et par ses travaux à immortaliser son nom ! * 
Le 5 octobre 1771. 

» Voyet ci -dessus, p. 47» 



m. 
RÈGLES 

DE CE QU'ON EXIGE 

D'UN BON COMMANDEUR DE BATAILLON 
EN TEMPS DE GUERRE. 



REGLES 

DE CE QU'ON EXIGE D'UN BON COMMANDEUR DE 
BATAILLON EN TEMPS DE GUERRE. 



La bon commandeur de bataillon doit toujours avoir son corps 
en ordre, pour pouvoir se reposer sur lui, si la guerre se fait. H 
faut que la subordination commence par le major, et finisse par 
le moindre tambour du bataillon. 

Lorsque l'armée marche, cela se fait par cantonnements jus- 
qu'au lieu où on la rassemble. Dans ces cantonnements, il faut 
que dans chaque maison où Ton met des soldats, un bas officier 
ou du moins un appointé soit à la tête de la chambrée, et que le 
lendemain, quand le bataillon doit marcher, il amène en même 
temps toute la chambrée; cette précaution est bonne contre la 
désertion. En marche, le commandeur aura l'attention de n'aller 
ni trop vite ni trop lentement avec la tête, pour que le bataillon 
soit toujours ensemble et en bon ordre. S'il passe des défilés , il 
s'arrêtera toujours à ce passage jusqu'à ce que le bataillon en soit 
sorti, après quoi il regagnera la tête. Lorsque l'armée campe, il 
aura un soin continuel sur l'exactitude des gardes et des senti- 
nelles. C'est par ignorance que l'officier ne craint pas les sur- 
prises; il faut l'en avertir sans cesse et d'ailleurs avoir l'œil que, 
selon les ordres du général qui commande l'armée, on interroge 
sévèrement tout ce qui entre et sort du camp. 

Le commandeur aura d'ailleurs soin de la propreté du camp , 
de la cuisine du soldat, pour que rien n'y manque. Si la déser- 



58 III. REGLES DE CE QU'ON EXIGE 

tion se met dans son bataillon, il aura dans chaque compagnie 
un bas officier qui fera la ronde pour observer ceux qui , sous 
prétexte de besoins, sortent la nuit des tentes. 

Si l'armée marche, il ne doit jamais s'écarter de son corps. 
S'il fait des chaleurs excessives en chemin, on peut mêler un peu 
de vinaigre avec de l'eau et la donner au soldat, ce qui ne lui 
fera aucun mal tandis qu'il reste en marche; mais s'il boit lors- 
qu'il y a une halte, cela peut être mortel, et l'officier doit l'en 
empêcher rigoureusement. 

On sait par expérience que la valeur des troupes consiste 
uniquement dans celle des officiers : un brave colonel, un brave 
bataillon; et Ton a vu dans toutes nos guerres que lorsque le 
commandeur a été bien valeureux , le bataillon n'a jamais été 
repoussé, à moins que le commandeur ne fût blessé ou tué au- 
paravant. 

Si l'armée se trouve dans un poste, et que l'ennemi l'attaque, 
le commandeur doit défendre son poste et le maintenir par le 
feu. C'est là que les charges les plus vives sont les meilleures; et 
comme le soldat peut avoir épuisé sa munition bien vite, il faut, 
avant qu'il ait tiré la dernière cartouche, envoyer des bas offi- 
ciers de chaque peloton au tombereau de réserve y chercher des 
cartouches, et les faire distribuer à son monde le plus vite que 
possible, pour que son feu n'en soit pas trop ralenti. 

Si on attaque l'ennemi dans la plaine, et que le commandeur 
se trouve de l'aile et du corps qui attaque, il doit marcher en 
bon ordre à l'ennemi, commencer la charge à trois cents pas, et, 
à la moindre confusion qu'il voit dans ceux qu'il attaque, mar- 
cher avec la baïonnette dessus , pour achever leur défaite. 

Si l'on attaque l'ennemi dans un poste difficile, le comman- 
deur doit empêcher son monde de tirer tant qu'il peut, parce que 
tout feu qui se fait de bas en haut ne produit presque aucun ef- 
fet, que, pour gagner une bataille, il faut gagner du terrain, que 
le plus tôt qu'on peut se trouver sur le champ de bataille où l'en- 
nemi s'était rangé, plus on ménage son monde et moins l'affaire 
est -elle meurtrière. Mais aussi le commandeur ne doit point se 
laisser emporter à une poursuite trop vive, ou il faudrait qu'il 
ait perdu peu de monde à la première attaque, que tout le corps 



D'UN BON COMMANDEUR DE BATAILLON. 5g 

qui a été de l'attaque soit joint ensemble, et surtout que le gé- 
néral de brigade l'ordonne expressément. 

Toutefois, si Ton a emporté une hauteur que l'ennemi avait 
occupée, il faut se contenter de l'en chasser et de faire grand feu 
sur lui quand il en descend pour s'enfuir; mais il faut garder ce 
poste et ne point en descendre pour poursuivre les fuyards. C'est 
à la cavalerie à se charger de cette besogne; l'infanterie doit se 
contenter de maintenir le poste où elle a remporté la victoire. 

Comme dans les campagnes tous les jours ne sont pas des 
jours de bataille ni d'action, le commandeur profitera de ce temps 
de repos pour exercer son bataillon et surtout les recrues qui 
s'y peuvent trouver; car rien ne se perd plus vite que l'exacti- 
tude et l'adresse du soldat, si de temps en temps on ne lui fait 
répéter sa leçon. 

Si l'on est proche de l'ennemi , et qu'il se fasse des fourrages 
verts, sans doute que l'escorte qu'on y enverra aura de l'infan- 
terie avec elle. Si le commandeur se trouve de ce détachement, 
ou le postera, pour couvrir ce fourrage, ou dans un village, ou 
derrière des baies, ou dans un bois. Il aura soin alors de se pos- 
ter de façon à toujours bien garnir ses flancs , et il évitera de se 
mettre trop à découvert, parce qu'il n'est là que pour couvrir, 
et qu'il doit garantir son monde, autant que le local le permet, 
contre le feu de l'ennemi et les insultes des pandours. 

Si le commandeur doit escorter des munitions à l'armée, il 
aura des hussards avec , pour l'avertir. Si ceux-là lui rapportent 
que l'ennemi s'est embusqué sur son chemin, il fera d'abord par- 
quer son convoi, ou il laissera quelque monde pour le garder; 
avec le reste , il chassera l'ennemi de son embuscade , après quoi 
il lui sera libre de mener son convoi à l'armée. Il doit aussi di- 
riger sa marche, longer des bois et des rivières pour avoir un 
flanc couvert, éviter les villages et tous les défilés, à moins qu'il 
ne faille y passer de nécessité, et en ce cas il faut pourtant les 
faire reconnaître avant d'y entrer, faire occuper par l'infanterie 
les hauteurs à droite et à gauche , après quoi le convoi peut pas- 
ser en toute sûreté. S'il n'a que des plaines à traverser, il ne peut 
être attaqué que par de la cavalerie, et si l'ennemi est fort, il 
sera toujours obligé de faire parquer pour resserrer son monde 



6o III. REGLES DÉ CE QU'ON EXIGE 

et n'être pas trop faible partout; ensuite il se remet en marche, 
et la cavalerie, en partie, fera son arrière - garde. 

Si l'armée marche, et que le commandeur se trouve à l'ar- 
rière- garde, il doit se proposer pour règle générale de ne se point 
laisser amuser par l'ennemi ou s'engager mal à propos, car il n'y 
a rien à gagner à une arrière-garde, on ne peut qu'y perdre. Au 
contraire, celui qui l'attaque n'a qu'en vue de l'engager, pour le 
séparer le plus qu'il peut de son corps , et pour donner à sa ca- 
valerie le temps de l'entourer et de le couper tout à fait, II faut 
donc qu'il s'imprime bien dans la tête qu'il ne doit s'engager que 
dans le cas qu'il lui est absolument impossible de faire autrement. 

Si le régiment du commandeur se trouve en un corps qui at- 
taque l'arrière -garde de l'ennemi, il doit s'engager avec lui le 
plus tôt qu'il peut, pour l'arrêter, ralentir sa marche, et donner 
à la cavalerie le temps de l'entourer et de le couper. 

Les meilleures occasions pour l'attaquer sont celles où il des- 
cend dans un terrain bas, ou lorsqu'on peut lui tourner le flanc. 
Il faut toujours observer comme une règle sûre qu'il faut profi- 
ter du terrain , attaquer, pour peu qu'on ait de hauteur sur l'en- 
nemi, ou, si vous le trouvez sur une hauteur, y monter et don- 
ner dessus avec la baïonnette. 

C'est une règle générale que, dans toutes les affaires de re- 
traite ou d'arrière -garde, lorsqu'on se veut retirer d'un postée, 
d'une hauteur, d'un bois ou d'un village, il faut, si l'ennemi vous 
presse toujours, commencer par retirer votre canon, ou vous ris- 
quez de le perdre; et quand le bataillon se retire, il faut laisser 
quelques soldats en arrière, qui tirent à la débandade, pour ar- 
rêter l'ennemi et l'empêcher de vous suivre de si près, et surtout 
pour qu'il ne puisse pas mettre de la confusion dans votre troupe. 

Lorsque l'armée entre en quartiers d'hiver, la première chose 
où le commandeur doit penser est, si la campagne a duré jus- 
qu'à l'arrière -saison, de faire purger tout son corps successive- 
ment en rentrant dans les quartiers, et de le faire saigner en- 
suite, pas tout à la fois, mais par compagnies, et selon que le 
chirurgien général le trouve nécessaire pour la constitution de 
tout soldat. 

Le commandeur aura soin , les premiers jours <jue les corps 



D'UN BON COMMANDEUR DE BATAILLON. 61 

quittent les tentes et habitent sous les maisons, de faire ouvrir 
les fenêtres dans les quartiers, pour que la différence du grand 
air succède imperceptiblement à la chaleur des fourneaux, ce qui 
donne lieu, sans cette précaution, à des maladies inflammatoires, 
et Ton doit conserver le vieux fantassin le plus que l'on peut, 
parce que, dans l'infanterie, il faut trois ans aux soldats pour se 
former. 

Ceux qui font la chaîne des quartiers d'hiver doivent surtout 
se précautionner contre les surprises, parce que c'est ce qu'ils ont 
le plus à craindre. Si leurs bataillons sont dans les villages, il 
faut d'abord travailler à empalissader l'enceinte , et faire quelques 
flèches devant les entrées des villages. Voilà pourquoi le Roi re- 
commande tant aux officiers d'infanterie l'étude des fortiGcations , 
parce qu'ils ne peuvent s'en passer dans le cours d'une campagne. 

Sont-ce des montagnes qu'on occupe, on y construira de dis- 
tance en distance, selon le terrain dominant, des redoutes et in- 
térieurement des Blockhàuser. Ces redoutes doivent être entou- 
rées de palissades, les unes d'échalas entremêlés de pieux dans 
cette forme h ltl il i h , pour qu'il soit impossible à l'ennemi de 
les escalader; car un officier qui se trouve à la chaîne des quar- 
tiers d'hiver doit surtout prévoir toutes les espèces de surprises que 
r ennemi peut imaginer contre lui. Est- on derrière une rivière, 
il faut, en hiver, ouvrir les glaces pour empêcher les ennemis de 
passer. Je ne parle pas des patrouilles de cavalerie, qu'il faut 
avoir jour et nuit au champ pour avertir du moindre mouve- 
ment des ennemis, ni des espions, dont on doit avoir nombre , 
pour que, si l'un manque, l'autre puisse donner des nouvelles. 
Si la chaîne n'est pas trop inquiétée, et que le service n'y soit pas 
trop dur, il faut que le commandeur exerce son corps autant que 
les circonstances le lui permettent, parce que sa gloire est at- 
tachée à la bonté de sa troupe, et plus il la conserve dans son 
intégrité, plus il peut s'assurer de sa réputation. 

Pour les troupes qui entrent en quartiers d'hiver, on leur 
prescrit la même méthode pour veiller à la santé des soldats, et 
l'on regarde tout commandeur qui ne ramène pas sa troupe au 
camp avec la discipline introduite en temps de paix , comme un 
mauvais sujet et dont l'armée doit se défaire le plus tôt possible. 



6a III. REGLES DE CE QU'ON EXIGE 

L'infanterie n'est pas seulement employée à la guerre de cam- 
pagne, mais à la défense des places et aux sièges des forteresses 
d'un ennemi que l'on attaque. Un officier et principalement un 
commandeur de bataillon qui n'entend rien à l'attaque et à la dé- 
fense des places n'est qu'un demi -officier. S'il défend une forte- 
resse , il faut qu'il ait une idée de ce que c'est que le feu de che- 
min couvert, une espèce de Heckenfeuer, qu'on entretient surtout 
pendant la nuit; il faut qu'il sache pourquoi l'on fait une sortie, 
à savoir, pour ruiner les ouvrages de l'ennemi. La troupe qui 
sort doit agir avec vivacité pour faire ses opérations tout de 
suite, à savoir, nettoyer la parallèle, ruiner les sapes et enclouer 
le canon. Ceux qui doivent agir sont armés , ils sont destinés à 
chasser les assiégeants, pour donner aux manœuvres le temps de 
ruiner des ouvrages de l'ennemi ce qu'un court espace de temps 
leur permet de faire; après quoi la sortie doit se replier sur l'en- 
droit du chemin couvert, à droite ou à gauche de l'attaque, où 
le gouverneur leur a préparé par ses dispositions un feu supé- 
rieur qui leur assure leur retraite. 

Il ne faut point qu'un commandeur de bataillon soit intimidé 
de se trouver dans une place; c'est, pour un homme qui n'est ni 
paresseux ni lâche , mais qui se sent de l'ambition , une occasion 
de se distinguer et par conséquent de faire fortune; car un offi- 
cier acquiert autant de réputation par la défense opiniâtre d'une 
place où il a servi qu'à une bataille gagnée. Repousser l'assaut 
d'un ouvrage lui fait autant d'honneur que de se défendre dans 
un retranchement ou que de chasser l'ennemi d'un poste, et les 
vrais officiers, les hommes pleins d'ambition, doivent saisir égale- 
ment toutes les occasions pour se distinguer. Mais la longue paix 
dont nous jouissons rendra tous les commandeurs inexcusables, 
si, faute de se bien défendre, ils allèguent leur ignorance de la 
fortification. Le service dans la garnison les occupe au plus deux 
heures par jour; le reste du temps, ils en sont maîtres , et s'ils 
le perdent en fainéantise, je ne pense pas que, s'ils allèguent cette 
excuse, elle soit trouvée valable nulle part. 

Il en est de même pour l'attaque des places. L'ignorance peut 
donner lieu à bien des fautes qu'on peut éviter quand on s'est 
fait une idée du génie, et qu'on s'est donné la peine de lire les 



D'UN BON COMMANDEUR DE BATAILLON. 63 

relations d'anciens sièges qui se sont faits pendant la guerre de 
succession. L'ignorance, en un mot, ne peut servir d'excuse qu'à 
des enfants, mais jamais à des hommes faits qui ont embrassé 
une profession , et qui sont parvenus à des commandements. Il 
est donc nécessaire de recommander à tous les commandeurs de 
bataillon d'apprendre ce qu'ils ont négligé jusqu'ici. Le temps ni 
les moyens ne leur manquent pas de s'instruire, et Ton ne peut 
attribuer dorénavant leur ignorance qu'à leur paresse. 

Dans les attaques des places, s'il s'agit de garder les tranchées, 
et qu'un régiment se trouve à la seconde ou troisième parallèle, 
dont le commandant n'a pas d'idée de siège, il sera négligent, 
l'ennemi fera une sortie, et le chassera honteusement de son 
poste; au lieu qu'un officier plein d'honneur sera toujours pré- 
paré à tout événement, et, que de nuit ou de jour l'ennemi l'at- 
taque, il aura pris d'avance des mesures, et sera tout préparé 
pour repousser cette sortie. 

Les commandeurs de bataillon , s'ils sentent une noble ambi- 
tion, doivent aspirer plus haut. C'est de leur corps qu'on fait 
des généraux, et, à moins d'avoir démérité, ils doivent aspirer 
à parvenir à ce grade; mais cette même ambition doit les pous- 
ser à savoir d'avance remplir tous les devoirs d'un général. Il est 
honteux de faire l'école d'un poste auquel on est élevé; il est plus 
noble d'en être jugé digne avant de le remplir, et qu'on dise : Cet 
homme a les talents d'un bon général; c'est dommage qu'il ne 
Test pas encore. Ceux qui se sentent doivent donc nécessaire- 
ment proGler de leurs campagnes, s'informer: Pourquoi a-t-on 
hit cette marche? pourquoi s'est donnée cette bataille? quelle en 
était la disposition? pourquoi a-t-on refusé cette aile? pourquoi 
l'autre a -t- elle attaqué? examiner les camps, juger du terrain, 
et visiter les postes avancés pour se faire une idée nette du total 
delà disposition; s'exercer le jugement sur ces matières, et se 
rendre propre à commander des détachements, parce que c'est 
par ce chemin que l'on parvient à commander des armées. Des 
particuliers en ont eu chez nous sous leurs ordres, et l'armée 
n'oubliera jamais que le maréchal de Schwerin l'a commandée. 

Quant aux défenses des places ou bien aux sièges, c'est la 
même chose. Un officier de l'état -major qui s'est garni la mé- 



64 III. REGLES DE CE QU'ON EXIGE 

moire, pendant la paix, d'une bonne théorie servira plus utile* 
ment dans l'un et dans l'autre; un siège le formera plus avec sa 
théorie que dix sièges dont il serait obligé d'accumuler l'expé- 
rience. S'il devient invalide, il peut aspirer aux meilleurs gou- 
vernements, et s'il demeure en santé, une vaste carrière s'ouvre 
devant lui pour pousser sa fortune. Mais il faut se rendre habile 
dans toutes les choses qui sont du ressort d'un officier; et comme 
on a dit qu'il faut souvent garnir des villages dans des intentions 
différentes, faire des convois, des arrière -gardes, etc., des offi- 
ciers qui aiment véritablement leur métier doivent s'exercer à 
toutes ces dispositions en temps de paix. Ils le peuvent d'autant 
mieux, que, en se promenant, ils peuvent choisir des terrains 
pour des arrière-gardes, d'autres pour des convois ou des villages, 
faire leur disposition sur ce local, et la mettre par écrit. Un tel 
exercice leur servira infiniment, si la guerre se fait, et leur rendra 
la pratique des dispositions facile et familière. Ceux qui aiment 
leur métier s'en feront un plaisir; ceux qui ne l'aiment pas fe- 
raient mieux de le quitter et d'aller planter des choux chez eux. 



RESUME DE CES REGLES. 



i° Rester au défilé jusqu'à ce que le bataillon ait passé. 

a° Distribuer un cantonnement par Cameradschaften. * 

3° Au camp : officier, bonne garde, exactitude, cuisine du 
soldat, propreté, veiller à la désertion. 

4° Ne point laisser boire aux haltes, mais bien en marche, 
avec un peu de vinaigre. 

5° Dans un poste, tirer tant que le soldat peut charger. 

6° En plaine, tirer à trois cents pas, et ensuite donner dessus 
avec la baïonnette. 

• Chambrées. 



D'UN BON COMMANDEUR DE BATAILLON. 65 

7° Attaque de poste : ne point tirer qu'en y entrant, ne point 
poursuivre l'ennemi, ne point quitter la hauteur qu'on a prise, 
pour descendre dans la plaine. 

8° Dans des camps paisibles , exercer beaucoup. 

9° Des fourrages : savoir se bien poster, soit dans un village, 
une haie, un chemin creux, et garnir son flanc en toute occasion. 

io° Les escortes : diriger sa marche, tâcher de couvrir un 
flanc par un bois, marais ou rivière; ne point entrer dans un dé- 
filé sans l'avoir fait reconnaître. Si l'ennemi vient sur votre pas- 
sage, parquer le convoi, pour rassembler son monde; s'il s'est 
embusqué, parquer et le chasser avec une partie de sa troupe, 
après quoi l'on peut mener tranquillement le convoi à l'armée. 

il" Arrière -gardes : éviter tout engagement tant que l'on 
peut, parce qu'il n'y a là rien à gagner, mais à perdre, et, s'il se 
faut engager, se retirer le plus promptement possible. 

12° Affaires de retraite, hauteurs, bois ou villages : retirer le 
canon avant le bataillon, et laisser, quand le bataillon se retire, 
quelques soldats débandés pour tirer sur l'ennemi et l'arrêter. 

i3° Quand on attaque une arrière - garde , profiter du terrain 
et s'engager le plus promptement que l'on peut avec l'ennemi. 

i4° Quartiers de cantonnement ou d'hiver : ouvrir les pre- 
miers temps les fenêtres des maisons, faire purger successive- 
ment et saigner les soldats. 

i5° Chaîne de quartiers d'hiver: palissader les villages et y 
faire des redans; être toujours alerte pour n'être point surpris; 
patrouilles, espions, etc. Pour les redoutes sur les montagnes, 
les palissader alternativement de pieux et d'échalas. Est-on der- 
rière une rivière, ouvrir les glaces, faire semer des chausse-trapes 
aux gués, faire des patrouilles continuelles. S'il y a des mon- 
tagnes et des bois, il faut faire faire des patrouilles par l'infan- 
terie légère. 

i6* Nécessité d'un officier d'infanterie de connaître la forti- 
fication. 

Potsdam, 3o avril 1773. 



XXIX. 



IV. 



REFLEXIONS 



SUR 



LES PROJETS DE CAMPAGNE. 



! « 



REFLEXIONS 

SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 



V ous voulez que je vous indique les maximes qui doivent servir 
de base aux projets de campagne. Je dois me borner, pour vous 
satisfaire, à résumer quelques règles généralement applicables* 
Il en faut de différentes pour la guerre offensive, pour celle qui 
se fait entre puissances égales, et enfin pour la guerre défensive. 
On doit surtout faire attention à la nature du pays où l'on porte 
la guerre, s'il est arrosé de rivières ou s'il est chargé de bois, s'il 
est coupé ou s'il vous offre de grandes plaines, s'il est défendu 
par des forteresses ou dépourvu de places fortes , s'il est rempli 
de rochers et de montagnes , s'il est loin ou dans la proximité de 
la mer. Il faut donc, pour préalable, que celui qui veut former 
un projet de campagne ait une connaissance exacte des forces de 
sou ennemi, des secours qu'il peut tirer de ses alliés; il doit com- 
parer les forces ennemies avec les siennes et avec ce que ses amis 
lai peuvent fournir de troupes, pour juger par là de quel genre 
sera la guerre qu'il veut entreprendre. D y a des pays ouverts 
où, avec des forces égales, on peut se promettre de grands suc- 
cès; il y en a d'autres, pleins de défilés et de postes, qui de- 
mandent une grande supériorité de forces pour y faire une guerre 
offensive. Gardez -vous bien de vous contenter d'idées vagues 
sur ces objets, qui demandent surtout des idées nettes, claires et 
précises. Si vous connaissez mal l'échiquier, les pions et les of- 
ficiers, il y a bien de l'apparence que vous ne gagnerez pas de 



7 o IV. REFLEXIONS 

partie aux échecs. Or la guerre est d'une bien autre importance 
que ce jeu. Nous examinerons en général quelles règles doivent 
être suivies constamment dans les trois guerres, offensive, à puis- 
sances égales, et défensive. 

Commençons par F offensive. La première chose, comme je 
l'ai dit, est de comparer toutes les forces des ennemis, conjointe- 
ment avec celles de leurs alliés , aux vôtres et aux secours que 
vos alliés vous fourniront. II faut une connaissance parfaite des 
pays dans lesquels vous allez porter la guerre, pour en connaître 
les postes, les marches que vous pourrez y faire, et pour juger 
d'avance des camps que l'ennemi pourra prendre pour déranger 
vos projets. Il faut surtout penser à vos subsistances, car une 
armée est un corps dont le ventre est la base;* quelque beau 
dessein que vous ayez imaginé, vous ne pourrez pas le mettre 
en exécution, si vos soldats n'ont pas de quoi se nourrir. Vous 
devez donc y pourvoir d'avance, former vos magasins et arran- 
ger vos dépôts dans le pays où vous portez la guerre, afin que 
les magasins soient à portée des endroits où vous comptez d'agir. 
La première maxime pour une guerre offensive est de former de 
grands projets, pour que, s'ils réussissent, ils aient de grandes 
suites. Entamez l'ennemi dans le vif, et ne vous contentez pas 
de le harceler sur ses frontières; la guerre ne se fait que pour 
obliger le plus tôt possible l'ennemi à souscrire à une paix avan- 
tageuse; cette idée ne doit pas se perdre de vue. Quand votre 
projet est fait, et que vous avez des subsistances suffisantes pour 
l'exécuter, vous devez raffiner sur tous les moyens imaginables 
de le cacher à votre ennemi , pour que , à l'ouverture de la cam- 
pagne, vos mouvements lui donnent le change et lui fassent soup- 
çonner des desseins tout différents des vôtres; rien ne dérange 
davantage ses mesures, rien ne l'engagerait à commettre plus de 
faux pas, et c'est à vous d'en profiter dans la suite. Avant d'en- 
trer en action, il faut, sans se flatter et sans indulgence pour soi- 
même, examiner de sang -froid tout ce que l'ennemi pourrait 
entreprendre pour contrecarrer votre projet, et réfléchir dans 
tous les cas différents quels moyens vous restent pour remplir 
votre but malgré toutes ses oppositions. Plus vous vous repré- 
• Voyez t. XX VIII, p. 17. 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 71 

sentez de difficultés d'avance , et moins vous serez surpris de les 
rencontrer en exécutant De plus, vous avez déjà à tête reposée 
pensé à ces obstacles, et vous avez avisé de sang -froid aux 
moyens de les éluder, de sorte que rien ne pourra vous étonner. 
Telle à peu près était l'expédition de Louis XIV contre les Hol- 
landais, l'année 1672. L'entreprise aurait été glorieusement ter- 
minée, si les Français s'étaient d'abord rendus les maîtres des 
écluses de Naarden et de Muiden, ce qui les aurait rendus les 
maîtres d'Amsterdam, et si l'armée française ne s'était point af- 
faiblie par le nombre de garnisons qu'elle mit jusque dans les 
plus petites places. 

Les projets de campagne par lesquels on se propose d'atta- 
quer l'ennemi par deux, trois ou plus d'armées sont plus sujets 
à ne pas réussir que ceux où une armée seule agit; il est plus 
difficile de trouver trois bons généraux que d'en trouver un. De 
plus, si vous vous proposez de faire de grands efforts dans une 
province, l'ennemi, qui est libre, se propose d'en faire sur une 
autre de ses frontières; il arrive donc souvent qu'une de vos ar- 
mées battues vous oblige de lui envoyer des secours; vous êtes 
obligé d'affaiblir votre armée principale, et dès lors tout votre 
projet d'offensive se réduit à rien ; vous vous trouvez sur la dé- 
fensive à l'endroit où vous vouliez frapper les plus grands coups, 
et vous êtes nécessité de renforcer un général battu dans une 
province où votre intérêt n'exigeait point que vous fissiez des ef- 
forts. Il n'y a qu'à relire les projets de la cour de Versailles qui 
se trouvent à la tête de chaque campagne dans Y Histoire mUitaire 
de Louis XIV 9 par Quincy,* pour se convaincre de cette vérité: 
aucune des campagnes ne répond aux projets que les ministres 
et les généraux avaient formés. Mais d'où cela venait -il? car les 
fautes des autres nous doivent servir d'avertissement pour n'y 
point tomber. C'est de s'être trop flatté du succès, c'est pour 
n'avoir pas assez pensé aux moyens de l'ennemi , aux démarches 
qu'exigeait son intérêt, enfin aux entreprises les plus dangereuses 
contre les intérêts de la France que ces ennemis pouvaient exé- 
cuter. Voilà pourquoi je recommande si fort de ne point être 
superficiel , mais d'examiner et d'imaginer tout ce qu'il est pos- 

* Voy«*t.XXVllI,p. 100. 



7 a IV. REFLEXIONS 

sible que l'ennemi entreprenne contre vous. Otez au hasard tout 
ce que vous pouvez par votre pénétration et par votre prudence; 
il ne conservera encore que trop d'influence dans la guerre. Il ar- 
rive que des détachements sont battus, soit par la faute de l'offi- 
cier qui les commande, soit par la supériorité de l'ennemi qui les 
attaque; des places peuvent être surprises, des batailles peuvent 
être perdues, ou parce que des tètes se détraquent, ou par la 
blessure ou la mort d'un officier général instruit des dispositions 
de la bataille, ce que les autres généraux de cette aile ayant 
ignoré, ne suivent point par conséquent l'intention du général. 
C'est pourquoi il ne faut jamais chanter victoire avant d'avoir 
chassé l'ennemi du champ de bataille. Si vous aimez mieux les 
exemples que les règles, je m'en vais esquisser un projet de cam- 
pagne , en m'assujettissant aux maximes que je viens d'établir. 

Supposons que la Prusse, l'Autriche, l'Empire, l'Angleterre 
et la Hollande eussent formé une alliance offensive contre la 
France; voici comment il faudrait procéder pour concerter un 
projet de campagne solide et bien raisonné. Je sais que la France 
peut mettre en campagne cent quatre -vingt mille hommes, que 
sa milice, consistant en soixante mille combattants, peut servir 
à garnir les trois rangées de forteresses qui bordent ses frontières; 
je sais que le roi d'Espagne, son allié, peut lui fournir quarante 
mille hommes , le roi de Naples dix mille , et celui de Sardaigne 
quarante mille : somme totale, deux cent soixante -dix mille 
hommes, outre ce qui garde les forteresses; je ne compte que les 
combattants. A cela les alliés pourront opposer, la Prusse cent 
cinquante mille hommes, la maison d'Autriche cent soixante 
mille, les cercles de l'Empire quarante mille , l'Angleterre vingt 
mille, la Hollande autant, outre leurs flottes, qui doivent con- 
courir à faciliter les opérations des armées. Les alliés assemble- 
ront donc trois cent quatre-vingt-dix mille combattants, d'où il 
résulte que les alliés auront sur les Français une supériorité de 
cent trente mille hommes. Je sais encore que les finances de la 
France sont entièrement dérangées, et qu'à peine pourra -t -elle 
fournir aux dépenses de trois campagnes. L'Espagne, qui s'est 
épuisée par ses armements contre les Marocains et les Algériens 
ne pourra pas soutenir la guerre plus longtemps, et le roi de 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 7 3 

Sardaigne est perdu, si quelque puissance ne lui fournit des sub- 
sides considérables. Reste donc à délibérer comment on attaquera 
la France , et de quel coté on lui portera le coup le plus sensible. 
Je crois que ce sera par la Flandre , comme j'en exposerai dans 
peu les raisons. J'assigne donc cent mille hommes pour attaquer 
les Etats du roi de Sardaigne par le Milanais; cette armée trou- 
vera quatre-vingt-dix mille tant Sardois qu'Espagnols et Napo- 
litains à combattre. J'assigne une seconde armée de cent dix 
mille -soldats pour attaquer les Français dans l'Alsace ; ceux-là 
trouveront devant eux quatre -vingt mille Français. La plus 
grande armée, composée de cent quatre- vingt mille soldats, je la 
destine pour la Flandre, non pas pour livrer chaque année un 
combat et prendre une couple de places , ce qui emporterait sept 
ou huit campagnes, mais pour pénétrer dans le cœur du royaume, 
s avancer sur la Somme, et menacer en même temps la capitale. 

Voici le but de ce projet îles Français, attaqués dans leurs 
foyers, abandonneront bientôt la Flandre pour défendre Pans; 
les places ne seront garnies que de milices qu'il serait facile de 
subjuguer, et peut-être affaibliraient-ils considérablement l'armée 
d'Alsace pour mieux secourir Paris, ce qui fournirait de ce côté- 
là aux alliés les moyens d'avoir de grands succès, tandis qu'en 
Flandre, avec un corps de quarante mille hommes, on pour- 
rait prendre les principales forteresses qu'on a laissées sur ses 
derrières. 

En vous faisant le détail de ce projet, je dois vous prévenir 
que, n'ayant jamais vu la Flandre, je me dirige par des cartes 
qui peut-être ne sont pas exactes. Les magasins principaux de 
Tannée doivent être formés à Bruxelles, Nieuport et Veurne; 
l'armée s'assemblera près de Bruxelles, et se portera sur Tour- 
nai, pour donner aux Français des jalousies sur Lille et sur Va- 
lenciennes. Il faut chercher à combattre l'ennemi, pour gagner 
sur lui une supériorité décidée, ensuite former le siège de Saint- 
Vinox,* et après, celui de Dunkerque, dans lequel on pourrait 
être assisté par la flotte anglaise. Ce sont à peu près les opéra- 
tions qui rempliront toute la campagne, quoique, si cela était 
possible, il faudrait encore assiéger et prendre Gra vélines. 

* Bergues. Voyez t. XXII, p. 4»» ' 



7 4 IV. REFLEXIONS 

A présent examinons ce que les Français pourraient opposer 
à ces projets. Il paraît indubitable que les Français, se voyant 
au moment d'être attaqués en Flandre, se proposeront de préve- 
nir leurs ennemis; ils peuvent faire le siège de Tournai ou de 
Mons avant que les grandes forces des alliés soient rassemblées. 
Us peuvent se poster à Oudenarde, pour vous obliger de ne pas 
trop vous éloigner de Bruxelles, de crainte de perdre vos con- 
vois; ils pourraient encore prendre un camp sur l'Escaut, entre 
Condé et Saint -Guisla in; qui sait même s'ils n'essayeraient pas 
de s'emparer de Bruxelles avant l'arrivée des alliés? Dans toutes 
ces suppositions, les alliés doivent débuter par une bataille; ii 
est peu de postes que l'on ne puisse tourner, et c'est de la déci- 
sion de la bataille dont tout dépend. Si c'est une affaire déci- 
sive, Bruxelles même serait dans peu repris; pour Mons et pour 
Tournai, il faut les laisser aux Français et ne pas déranger son 
objet principal pour des bagatelles. En opérant du côté de Vinox 
et de Dunkerque avec cent vingt mille hommes, il vous en reste 
encore soixante mille qui peuvent couvrir Bruxelles et vos der- 
rières, et la flotte anglaise vous fournira vos vivres, tirés de vos 
magasins de Nieuport. La seconde campagne sera plus difficile 
que la première, parce que vous avez découvert vos desseins, et 
que l'ennemi, devinant vos vues, voudra s'y opposer. Sans doute 
qu'il choisira quelque camp fort pour vous arrêter en chemin; 
c'est alors à raffiner aux moyens de le déposter et de le com- 
battre, pour assiéger Gra vélines, ensuite Bourbourg, où la flotte 
anglaise, abordant dans le port de Gra vélines, vous fournirait 
les vivres. De là vous devez vous porter sur Montreuil, où la 
flotte anglaise, entrant dans l'embouchure de la Ganche, vous 
apporterait vos provisions. Si l'ennemi veut encore vous arrêter 
plus en avant, il faut le déposter, s'avancer sur Abbe ville, et la 
flotte anglaise à l'embouchure de la Somme, pour que vous ne 
manquiez point de magasins. Vous objecterez peut-être que je 
laisse trop de places fortes derrière moi ; mais il me reste encore 
soixante mille hommes, dont vingt mille occuperont mes der- 
rières aux endroits convenables, et quarante mille assiégeront 
des places défendues par des milices, comme Cassel, Aire, Saint- 
Omer. Comptez que toute l'armée française, dès la seconde cam- 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 7 5 

pagne, abandonnerait bien vite la Flandre pour couvrir Paris, 
et que, en agissant avec vigueur contre cette armée, le ministère 
français se bâterait à conclure la paix. Supposé que Ton prit Pa- 
ris, il faudrait bien se garder d'y faire entrer des troupes, parce 
qu'elles s'amolliraient et perdraient la discipline; il faudrait se 
contenter d'en tirer de grosses contributions. Pour que ce projet 
de campagne devint solide, on aurait la prévoyance d'envoyer 
de bons officiers ingénieurs et quartiers -maîtres qui, voyageant 
déguisés en marchands, parcourraient tous ces lieux pour recti- 
fier ce qu'il pourrait y avoir de défectueux dans le projet, tant 
pour le terrain que pour les places que l'on se propose de prendre, 
qu'également pour les ports, qui ne me sont point assez exacte- 
ment connus. 

Pour éviter les fautes où l'ignorance du pays m'a peut-être 
fait tomber, je vous esquisserai un projet de campagne pour un 
terrain qui m'est beaucoup mieux connu. Supposons qu'il s'éle- 
vât une guerre entre la Prusse et la maison d'Autriche. On sait 
que la maison d'Autriche peut mettre cent quatre -vingt mille 
hommes en campagne; supposons encore qu'elle se trouve dé- 
pourvue d'alliés et de secours étrangers. La Prusse peut former 
une armée de cent quatre -vingt mille hommes; la Russie y doit 
joindre trente mille hommes d'auxiliaires. Les régiments de gar- 
nison sont suffisants pour bien garnir les forteresses les plus ex- 
posées. D est évident par cette esquisse que les Prussiens seront 
supérieurs de trente mille hommes à leurs ennemis. Alors s'élève 
la question : quel sera l'objet de cette guerre, et, comme il s'agit 
d'affaiblir la maison d'Autriche, quelle province sera -t- il plus 
avantageux de démembrer de sa monarchie? Il saute aux yeux 
que ce ne saurait être la Moravie, qui se trouve enclavée entre 
la principauté de Teschen, la Hongrie, l'Autriche et la Bohême, 
dont il serait impossible de soutenir la possession. Il n'en est pas 
de même de la Bohême, qui, une fois détachée de l'Autriche, 
pourrait, en y faisant quelques châteaux dans les montagnes qui 
vont verser en Autriche et sur les frontières de la Bavière , offrir 
une défense considérable à ceux qui voudraient y pénétrer. La 
connaissance que j'ai de ce royaume m'apprend qu'on ne le pren- 
dra jamais en y portant la guerre ; en voici la raison. La Bohême 



7 6 IV. REFLEXIONS 

est ceinte d'une chaîne de montagnes qu'il faut nécessairement 
passer, si Ton y veut pénétrer; il ne dépend donc que de l'ennemi 
de faire occuper par un gros détachement les gorges où vous avez 
passé, pour vous couper de vos vivres et de vos derrières. Mais, 
en supposant que l'ennemi ne s'avise point de prendre ce parti, 
vous vous engagez dans un pays hérissé de montagnes et de dé- 
filés, où l'ennemi peut vous arrêter d'un mille à un autre, où il 
est presque impossible qu'il se donne des batailles décisives , vu 
les montagnes et les bois qui couvrent les vaincus. Supposé 
même que, favorisés par une suite de succès, vous vous rendis- 
siez maîtres de Prague , alors vous êtes dans l'embarras de vous 
affaiblir considérablement par la forte garnison que vous y lais- 
sez pour couvrir vos vivres, ou, y laissant peu de monde, d'ex- 
poser vos magasins à la merci de la première entreprise que fera 
l'ennemi pour surprendre cette capitale. Il faut donc recourir à 
d'autres moyens pour faciliter la conquête de ce royaume. Le 
plus sûr, quoique de difficile exécution, est de porter la guerre 
sur le Danube, afin d'obliger par là la cour de Vienne de retirer 
ses principales forces de la Bobême, et par là de donner la possi- 
bilité à l'armée qui doit y pénétrer d'exécuter le plan dont elle 
est chargée. C'est sur toutes ces réflexions que j'établis à présent 
mon projet de campagne. 

La distribution de l'armée se doit faire de telle sorte, que cent 
dix mille Prussiens et trente mille Russes s'assemblent en Haute- 
Silésie, dont dix mille seront destinés à défendre Silberberg, la 
principauté de Glatz, ou de se porter vers Landeshut, au cas 
que l'ennemi voulût tenter quelque entreprise de ce côté. Trente 
mille hommes seront destinés à pénétrer par des partis dans la 
principauté de Teschen, et surtout pour assurer les convois de 
l'armée, dont le magasin doit être à Cosel. La grande armée 
s'avancera sur Neustadt, pour que l'ennemi, trompé par cette 
démonstration, se prépare à défendre les routes des montagnes 
qui de Jâgerndorf et de Troppau vont en Moravie, ou de border 
la Mora, dont la rive escarpée est bordée de rochers. L'armée 
de Saxe, forte de soixante mille Prussiens, désarmera les Saxons, 
si cela est nécessaire, et établira son camp entre Gieshûbel, Pé- 
terswalde, etc., sur les montagnes; elle fera la guerre de partis 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 77 

en Bohême, et se contentera de donner de fréquentes jalousies à 
l'ennemi > comme si son dessein était de pénétrer dans ce royaume 
à la première occasion. Ses partis pourraient aller du côté de 
Dm, de Teplitz, et s'étendre dans le cercle de Saatz, et peut- 
être pousser jusqu'à l'Eger. La grande armée de Silésie, après 
que ses mesures seront toutes prises, ira se camper entre Trop- 
pau et Jâgerndorf , prenant sa position entre ces deux villes. Rien 
ne confirmera davantage l'ennemi dans l'opinion que les Prussiens 
passeront les montagnes pour s'avancer vers Olmutz; alors il 
faut qu'on se porte par Hultschin, Fulnek et Weisskirch; par ce 
détour, on évite et les défilés des montagnes, et les mauvais pas- 
sades de la Mora, et on entre par la plaine en Moravie. Alors les 
dépôts de vivres doivent s'établir à Fulnek, soit à Weisskirch, 
dans laquelle de ces deux villes il conviendrait le mieux, y faire 
des fortifications de campagne, en y ajoutant des fougasses, pour 
que les subsistances ne courussent aucun risque. L'armée doit se 
porter de là sur Prérau ou sur Cremsier. Il est apparent que 
l'ennemi, se voyant tourné par les Prussiens, abandonnera en 
hâte les montagnes et la Mora. II est difficile de deviner quel 
poste il choisira pour prendre une position; mais, selon toutes 
les apparences, il se déterminera à défendre la Morawa, qu'il 
mettra au-devant de son front. Cette rivière est difficile à pas- 
ser, à cause de ses bords marécageux, et il est probable que ce 
sera la première chicane de l'ennemi que d'en disputer le passage; 
mais enfin il y a moyen à tout, et, selon les apparences, dès que 
les Prussiens auront passé cette rivière, les deux armées en vien- 
dront aux mains. Si les succès favorisent les armes de la Prusse, 
il Jaut tirer de cette victoire tout le parti possible en poursuivant 
chaudement l'ennemi jusqu'aux premiers défilés considérables 
que l'on rencontrera. Cela fait, il faut détacher un corps pour 
enlever toutes les moissons, bestiaux et vivres autour d'Olmiïtz, 
à trois milles de distance de la ville , et faire briser tous les four- 
neaux des maisons , tant pour ôter ces subsistances à la place que 
pour empêcher la garnison, l'hiver d'après, à faire des sorties 
sur les troupes qui seront chargées de la bloquer. L'armée au- 
trichienne battue cherchera probablement un asile sous les canons 
de Brunn; il ne faut point la laisser tranquille > mais tâcher de 



7 8 IV. REFLEXIONS 

lui intervertir les vivres qu'elle tirera de l'Autriche par Znaim. 
On pourrait dès lors détacher de gros partis sur la Taya. qui 
pourraient même pénétrer jusqu'aux environs du Danube. Si la 
campagne commence au mois de juin, qu'on bloque bien étroite- 
ment la ville d'Olmiitz; au mois de mars de Tannée suivante, elle 
aura été dépourvue de tout secours pendant dix mois, et il se 
pourrait que la famine obligeât le commandant à se rendre, ou 
qu'il capitulât après une légère défense. Cette bataille perdue 
obligerait nécessairement la cour de Vienne de renforcer son ar- 
mée en Moravie; celle de Bohême lui enverrait de gros détache- 
ments, et ce moment servirait de signal pour l'armée de Saxe 
afin d'entrer en action. La campagne d'après, il faudrait tourner 
les ennemis dans leur poste, tâcher de leur enlever des corps ou 
de les battre, et pousser avec force la guerre vers la Taya et les 
bords du Danube. L'armée de Saxe pousserait devant elle l'en- 
nemi avec force, prendrait Prague, où l'on jetterait les dix mille 
hommes que l'on tirerait de Silberberg, et l'armée de Bohême 
en son entier pourrait pousser, par Budweis et Wittgenau, vers 
Linz sur le Danube. Cette position priverait l'armée autrichienne 
de tous les vivres qu'elle tire du haut Danube, et, les trente mille 
hommes de la grande armée qui servait à couvrir ses derrières 
n'y étant pas tous nécessaires, on pourrait, en cas que l'on eût 
eu de grands avantages, les détacher par Skalitz sur Presbourg. 
L'embarras des Autrichiens deviendrait extrême, et je crois que 
dans une telle position, où ils risqueraient de perdre Vienne, ils 
donneraient les mains à telle paix qu'on voudrait leur proposer. 
Je conviens que ce projet est hérissé de grandes difficultés, qu'il 
faut du bonheur pour le mener à une fin heureuse; mais, soit 
politique, soit guerre, soit toutes les opérations humaines fon- 
dées sur des contingents futurs et sur le calcul des probabilités, 
aucun ne réussit dans ses entreprises, à moins qu'il ne soit se- 
condé de la fortune. 

Peut-être que ces projets vous paraissent trop grands et trop 
vastes; ne croyez pas que je sois le seul qui en fait de pareils. 
Je n'ai qu'à vous rappeler quelques projets du prince Eugène, 
dont le grand génie ne se contentait pas de petits objets, mais 
qui tendait à frapper des coups décisifs et qui décidassent du 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 79 

destin des trônes et des nations. Vous pourrez lire dans l'histoire 
de ses campagnes ce que je me contente de vous indiquer ici en 
peu de mots. Ce héros voulut surprendre Crémone, qui était le 
quartier général des Français; il pénétra dans la ville, mais il ne 
put s'y soutenir, parce que des détachements qui devaient con- 
tribuer à cette surprise arrivèrent trop tard. Le coup manqua; 
mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Examinons quelle suite aurait 
eue la prise de Crémone, si le prince Eugène avait pu la conser- 
ver. Premièrement, il aurait fait toute la généralité française pri- 
sonnière; personne n'aurait été en état de donner des ordres aux 
troupes dispersées en cantonnements. Il serait fondu sur cette 
armée éparpillée, l'aurait détruite en détail, et le reste, fugitif, 
aurait été trop heureux de regagner les Alpes par bandes, pour 
se sauver en France. Ainsi un seul quartier de l'armée française 
enlevé purgeait toute la Lombardie de troupes françaises, et re- 
mettait le Mantouan, le Milanais et le Parmesan sous la domina- 
tion autrichienne. Il n'est encore point né d'homme dont tous les 
projets aient réussi; si vous n'en concevez que de petits, vous ne 
serez jamais qu'un homme médiocre, et si de dix grandes entre- 
prises où vous vous engagez il ne vous en réussit que deux, vous 
immortalisez votre nom. Mais si le prince Eugène manqua son 
coup sur Crémone, il s'en dédommagea bien dans la suite par 
cette belle et savante marche qu'il fit sur Turin, laissant derrière 
lai des détachements de l'armée française, pour forcer M. de La 
Feuillade dans ses retranchements de Turin et purger l'Italie par 
ce seul coup des Français, qui, au commencement de la guerre 
de 1701, en étaient les maîtres. Un projet à peu près semblable 
fut celui d'attaquer les Français et les Bavarois à Hôchstadt, où 
ils furent battus. La perte de cette bataille les força d'abandon- 
ner la Bavière et la Souabe, et ils ne se crurent en sûreté qu'après 
avoir repassé le Rhin. Je vous cite toujours le prince Eugène 
comme le plus grand guerrier de ce siècle. Suivez-le en Hongrie, 
voyez-le entreprendre le siège de Belgrad, voir son armée assiégée 
par les Turcs, attendre patiemment qu'ils eussent en partie passé 
un petit ruisseau qui les séparait de son armée, marcher alors à 
eux, et remporter une victoire décisive qui obligea le Grand Sei- 
gneur à faire la paix en cédant de belles provinces à l'Empereur. 



8o IV. REFLEXIONS 

Quiconque lit les campagnes du prince Eugène ne doit pas se 
borner à charger sa mémoire de faits militaires; il doit s'appli- 
quer surtout à bien approfondir ses grandes vues, et surtout à 
apprendre à penser de même. Il ne suffit pas d'avoir étudié dans 
la personne du prince Eugène le modèle des grands généraux; il 
ne sera pas moins utile d'examiner les fautes que ou les ministres 
des cours, ou les généraux ont faites par défaut de jugement 
et de connaissances, en concertant mal leurs entreprises. Ces 
exemples ne sont qu'en trop grand nombre; je ne fouillerai point 
dans l'antiquité pour vous rappeler les bévues des temps passés, 
je ne vous citerai que des sottises modernes dont le fond des évé- 
nements vous est plus familier et mieux connu. 

Charles XII se présente d'abord à ma mémoire, le général le 
plus brave et le moins conséquent que peut-être il y ait jamais 
eu. Vous savez qu'il battit les Russes à Narvva. Les raisons poli- 
tiques et militaires voulaient que dès l'arrivée du printemps il 
marchât dans l'Esthonie, qu'il en chassât le Czar, reprit Péters- 
bourg, forçât ce prince à faire la paix, en le resserrant dans ses 
anciennes limites. Vous voyez qu'il est évident que, après avoir 
vaincu son ennemi le plus dangereux, il était ensuite maître de 
disposer de la Pologne selon sa volonté, car personne ne voudrait 
lui résister. Mais que fait -il? Loin de suivre un dessein aussi 
raisonnable, il s'avise de guerroyer contre des palatins polonais 
et de chasser de côté et d'autre des poignées de Saxons, et laisse 
au Czar le temps de dresser ses troupes, d'attirer d'habiles géné- 
raux à son service, d'amener et d'arranger toutes les causes qui 
devaient préparer sa défaite totale à Poltawa. Et que dirons- 
nous de cette marche de Charles XII en Ukraine pour pénétrer 
de là à Moscou? Si jamais projet a été conçu contre la raison et 
le bon sens, c'est certainement celui-là. Son dessein était de dé- 
trôner le Czar; ce dessein était au delà de ses forces, à peine 
avait -il trente mille hommes pour l'exécuter; il fallait donc y 
renoncer, car, à la guerre comme dans toutes les actions de la 
vie, l'homme sage peut entreprendre des choses difficiles, mais il 
ne doit jamais s'engager dans des projets impraticables. Ce n'est 
pas tout. C'est une règle à la guerre qu'il ne faut jamais pousser 
de pointes, et que les guerres entreprises proche des frontières 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. Ai 

réussissent toujours plus heureusement que celles où les armées 
s'aventurent trop loin. On appelle pousser des pointes lorsque 
l'armée, en s'éloignant de ses magasins, s'aventure trop en avant 
dans le pays ennemi sans assurer ses derrières et sans avoir 
pourvu à leur sûreté. Or, qui jamais abusa plus grossièrement 
de la manie des pointes que Charles XII? En Ukraine, il était 
totalement coupé de la Suède, privé des secours de sa patrie, 
sans magasins et sans moyens d'en pouvoir amasser. Il y a de 
Poltawa à Moscou environ cent milles d'Allemagne; il lui fallait 
quarante - cinq jours de marche. Supposé même que l'ennemi ne 
l'eût point arrêté en chemin, on savait que le Czar avait résolu 
de dévaster tout sur son passage; les Suédois devaient donc, 
pour entreprendre une telle expédition, au moins conduire avec 
eux pour trois mois de vivres, des bestiaux à proportion, et 
beaucoup de munitions de guerre. 11 fallait au moins trois mille 
chariots qui, chacun attelé de quatre chevaux, font douze mille 
chevaux, pour transporter ces provisions. Comment aurait- on 
trouvé ce nombre dans l'Ukraine? Et supposé même qu'on eût 
pu le ramasser, n'en résulte- 1- il point que la moitié de l'armée 
suédoise aurait été obligée de servir d'escorte à ses provisions, 
dont la perte entraînait celle de toute l'armée? Si Charles XII 
avait voulu porter quelque coup sensible au Czar, c'était par 
l'Esthonie, où il pouvait être secouru par sa flotte de vivres et 
de munitions, et où même il pouvait recruter son armée par les 
milices finlandaises. Les malheurs qui lui sont arrivés, il se les 
est attirés lui - même pour s'être écarté de toutes les règles de la 
guerre , et pour n'avoir suivi que son caprice. a 

La guerre que les Autrichiens entreprirent l'année iy36 contre 
les Turcs ne prit une si mauvaise tournure pour eux que par les 
fausses combinaisons par lesquelles ils la dirigèrent. Le prince 
Eugène considérait le Danube comme la mère nourricière des ar- 
mées qui agissaient en Hongrie , et il s'éloignait de ce fleuve le 
moins qu'il était possible. La cour de Vienne, qui ne connaissait 
pas même la Hongrie, fit des projets qui éloignaient tout à fait 
ses troupes de ce fleuve. Elle changea les projets de campagne 
au beau milieu des opérations. Le premier venu, pour ainsi 

» Voye. t. XXVIII, p. 8, 38 ci 45. 
XXIX. G 



8a IV. REFLEXIONS 

dire, qui imaginait des chimères influait dans les ordres que 
l'empereur Charles VI donnait à ses armées, et cela ruina ton les 
ses affaires. Je ne dissimulerai pas cependant que la mauvaise 
conduite de ses généraux entra pour sa part dans les malheurs 
que' cette guerre fit ressentir à la maison impériale. 

Si nous examinons attentivement les causes qui ruinèrent les 
espérances que la France formait, Tannée 1741* d'abaisser la mai- 
son d'Autriche, nous les trouverons la plupart dans les fausses 
mesures qu'elle prit pour exécuter un aussi grand dessein. Les 
Français voulaient démembrer la monarchie autrichienne, et en 
séparer la Basse -Autriche, la Bohême, la Moravie, et la Silésie, 
dont les Prussiens venaient de s'emparer. Ils comptaient sur le 
secours de douze mille Bavarois, de vingt -cinq mille Saxons, 
sans compter l'armée prussienne, qui en était aux mains avec les 
forces principales de la maison d'Autriche. Plus les projets sont 
grands, plus les moyens qui concourent à les exécuter doivent y 
répondre. Il aurait convenu aux intérêts de la France qu'elle eût 
fait joindre l'électeur de Bavière par une armée de quatre -vin^t 
mille hommes, tant pour terminer celte guerre en une campagne 
que pour avoir, par ces nombreuses troupes, une prépondérance 
sur ses alliés. Bien loin de prendre d'aussi sages mesures, elle 
n'envoya que trente mille hommes pour attaquer la reine de 
Hongrie dans ses Etats et pour écraser la puissante maison d'Au- 
triche. Encore aurait- elle pu réussir, si, après la prise de Linz, 
les Français et les Bavarois étaient marchés droit à Vienne; cette 
capitale, presque sans défense, n'aurait pas résisté longtemps. 
Le roi de Prusse se serait certainement approché en hâte du Da- 
nube, et toutes les probabilités portent à croire que la France 
aurait dicté les lois de la paix. Ou les Français ne virent point 
ces avantages, ou ils raisonnèrent de travers, ce qui est très-pos- 
sible, car, après la prise de Linz, ils tournèrent sans raison va- 
lable vers la Bohême. Cette faute irréparable ruina leurs grandes 
espérances, et fut la cause de tous les malheurs qu'ils essuyèrent 
dans la suite. Qu'on apprenne par là combien une fausse dialec- 
tique est pernicieuse dans ce métier, et qu'on apprenne à raison- 
ner juste. Remarquons à cette occasion que les guerres qu'un 
prince entreprend loin de ses frontières réussissent rarement, 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 83 

parce que l'éloîgnement des lieux empêche les recrues, les re- 
montes, les munitions et autres renouvellements de Farinée d ar- 
river assez à temps, et que les communications quelquefois in- 
terceptées empêchent de lui faire passer les secours nécessaires. 
Dans les guerres du genre offensif, il faut ou fournir tout ce qui 
est nécessaire pour de grandes entreprises, ou, si Ton en manque, 
il faut renoncer à ces vastes desseins. 

La guerre qui se fait à forces égales est d'un genre tout diffé- 
rent de celle dont nous venons de parler. Il faut borner ses des- 
seins à ses forces et ne point se hasarder d'entreprendre ce qu'on 
n'a pas les moyens d'exécuter. La cour peut bien ordonner au 
général de faire ses efforts pour gagner une telle rivière ou 
prendre une telle ville; mais elle ne peut lui prescrire aucun dé- 
tail de ses opérations, parce que, n'ayant pas des troupes assez 
nombreuses pour obliger l'ennemi à régler ses mouvements sur 
ceux qu'il fera, il doit se procurer tous les avantages sur cet en- 
nemi par sa ruse et par son adresse. C'est dans cette guerre qu'on 
tire plus d'utilité de la peau de renard que de la peau de lion. 
Une méthode qu'on ne saurait assez recommander est d'entrer en 
campagne avant l'ennemi , parce qu'on gagne du terrain , et que 
souvent cela mène à des surprises, ou que cela donne lieu de 
battre quelque corps détaché de l'ennemi. Un général doit sans 
cesse avoir la ferme résolution de rendre de sa part la guerre of- 
fensive sitôt que l'occasion s'en présente. Il faut bien cacher, 
à l'ouverture de la campagne, ses desseins, donner le change à 
l'ennemi, connaître autant qu'on le peut le général qui vous est 
opposé, pour être au fait de sa méthode et de sa façon d'agir; 
plus on le pénètre, et mieux réussit- on à le tromper. On gagne 
la supériorité sur l'ennemi ou en tombant à l'improviste dans ses 
quartiers et en enlevant une partie , comme l'exécuta le maréchal 
de Turenne lorsque par Thann et Belfort il fondit en Alsace, en- 
leva les quartiers de M. de Bournonville, et obligea le Grand 
Electeur, qui était à Colmar, à repasser le Rhin ; soit en gagnant 
sur lui des batailles décisives, soit en lui enlevant ses magasins, 
enfin, soit en se mettant sur ses communications, en l'obligeant 
par là de reculer et de vous céder le terrain. On donne facile- 
ment des jalousies à son ennemi lorsqu'on est dans un pays 

6- 



84 IV. REFLEXIONS 

rempli de forteresses , et que, par les mouvements bien calculés 
quon exécute, on en menace plus d'une à la fois; mais dans 
l'Empire, par exemple, cette sorte de guerre ne saurait avoir 
lieu, et les jalousies que Ton peut donner aux ennemis se bornent 
à menacer ses dépôts de vivres ou bien à se mettre sur ses com- 
munications. Mais en menaçant les magasins et les communica- 
tions de l'ennemi , il ne faut pas oublier de mettre les siennes en 
sûreté. 

Pour ne vous point fatiguer par une suite de règles générales, 
je vais vous citer l'exemple d'un général habile qui changea la 
forme de la guerre qu'il faisait par sa sagacité et par son génie. 
Ce général, c'est M. de Luxembourg. Lisez sa campagne de Tan- 
née 1693 ; vous la trouverez dans Y Histoire militaire de Louis XIV. 
Le Roi avait résolu de faire la guerre offensive en Flandre; en- 
suite il changea de dessein, et détacha quarante mille hommes 
de ce corps qui, sous les ordres du grand Dauphin, devait mar- 
cher en Allemagne. Le prince d'Orange, qui commandait l'armée 
des alliés, était au camp de Parc, et paraissait fort embarrassé 
de soutenir à la fois Liège et Louvain, places que les Français 
menaçaient d'un siège. Incontinent après le départ de ces qua- 
rante mille hommes, M. de Luxembourg prit le camp de Melder, 
et, par cette position, il maintint le prince d'Orange dans ses in- 
quiétudes. Ce prince envoya aussitôt douze mille hommes pour 
occuper le camp retranché sous Liège; bientôt M. de Luxem- 
bourg fit préparer un train d'artillerie à Namur, qui était alors 
aux Français. Sur cette nouvelle, le prince d'Orange envoie un 
nouveau renfort de troupes au camp de Liège, et vient se cam- 
per auprès de la Gete, entre les villages de Landen et de Neer- 
winde. Ce n'en était pas assez pour M. de Luxembourg; il voulut 
que son ennemi s'affaiblit encore; il fit partir un gros détache- 
ment de son armée, sous prétexte de marcher vers les châtelle- 
nies de Courtrai; mais il avait donné des ordres secrets aux gé- 
néraux de la façon dont ils devaient diriger leur marche. Dès que 
le prince d'Orange eut vent de ce détachement, il envoya le duc 
de Wurtemberg avec un corps considérable pour s'opposer aux 
entreprises des Français; alors M. de Luxembourg se mit en 
marche: joint en chemin par son détachement, il battit le prince 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 85 

d'Orange à Neerwiode. Cette victoire, et la supériorité qu'elle 
lui donna sur les alliés, n'étaient dues qu'à son génie; affaibli 
par les troupes que le Roi envoyait en Allemagne, il était même 
inférieur en forces au prince d'Orange; son habileté le rendit 
supérieur à son ennemi, et il Gnit la campagne par le siège de 
Cbarleroi, qu'il prît. Cet exemple doit sans cesse être présent 
à l'esprit d'un général qui agit contre une armée aussi forte que 
la sienne, non pas qu'il se serve de la même ruse, mais qu'il en 
emploie de semblables, ou qu'il se serve de quelques-uns des 
moyens que j'aî proposés au commencement de cet article. S'il 
fallait augmenter ces sortes d'exemples, je citerais la campagne 
de M. de Khevenhûller, en Bavière, contre les Français et les 
troupes impériales, qu'il surprit et battit à Vilshofen et à Decken- 
dorf, obligea les Français de repasser le Lecb, et les troupes ba- 
varoises d'accepter une espèce de neutralité. Voilà des moyens 
pour se procurer une supériorité sur l'ennemi. Le lecteur con- 
cevra sans peine que quiconque n'a pas une imagination féconde 
en ressources et en expédients, et quiconque ne pense et n'étudie 
pas le métier de la guerre, ne réussira jamais à faire de pareilles 
choses. 

J'en viens à présent à la guerre défensive, qui demande encore 
plus d'art pour être bien conduite que les deux genres que nous 
venons de traiter. La guerre défensive a lieu par trois causes : 
Tune, que vos troupes ne sont pas assez nombreuses pour agir 
vigoureusement contre l'ennemi; l'autre, que vos troupes ont été 
découragées et affaiblies par quelque mauvais succès; et la troi- 
sième, que vous attendez des secours. Une règle générale pour 
ces sortes de guerres est de ne jamais se borner à une défensive 
trop restreinte, et surtout de ne point perdre de l'esprit l'idée de 
changer, à la première occasion, la défensive en offensive. Les 
officiers ignorants croient qu'ils font bien la guerre défensive 
quand ils reculent toujours devant leurs ennemis pour éviter tout 
engagement, et il leur arrive comme au duc de Cumberland , qui, 
ayant perdu par sa faute, et parce qu'il le voulait bien, la ba- 
taille de Hastenbeck, s'enfuit jusqu'à Stade, sur le bord de la 
mer, où il signa avec le maréchal de Richelieu une capitulation 
honteuse. Ce prince, s'il avait été général, n'aurait pas aban- 



86 IV. REFLEXIONS 

donné trente milles de pays aussi inconsidérément ; il aurait au 
moins dû disputer le terrain pied à pied, et n'abandonner que ce 
qu'il ne pouvait maintenir. Il pouvait, par là, tirer la guerre en 
longueur, et par conséquent il aurait indubitablement trouvé des 
occasions de se remettre en égalité avec les Français. 

Il faut qu'un projet de défensive soit profondément médité. 
Il se trouve des postes qui couvrent des provinces entières, et 
d'où même l'on peut donner jalousie aux provinces ennemies. 
Ces postes doivent se prendre, il faut les occuper selon toutes les 
règles de l'art; et comme on doit prévoir tout ce qu'un général 
habile pourrait méditer contre l'intérêt de l'Etat, on peut suppo- 
ser que par ses mouvements l'ennemi vous oblige à quitter votre 
point de défense; il faut d'avance avoir quelque autre camp, soit 
« droite, à gauche, ou bien en arrière, par lequel vous puissiez 
les tenir également en échec. Pensez toujours aux desseins les 
plus dangereux qu'on peut former contre vous, et tâchez d'avoir 
des moyens tout prêts pour éluder de telles entreprises. Si l'en- 
nemi les met en exécution, vous ne serez pas surpris, et vous lui 
opposerez de sang-froid ce que vous aviez médité d'avance. Qui- 
conque ne se flatte point et prévoit tout est rarement surpris, et 
trouve des ressources pour anéantir les coups les plus dangereux 
qu'on voulait lui porter. 

Ne fondez jamais votre défensive sur des rivières, à moins 
qu'elles ne coulent entre les rochers, et qu'elles n'aient les rives 
escarpées. On peut défendre une rivière qu'on laisse derrière 
soi ; mais on n'a pas encore réussi à défendre celles qui sont de- 
vant le front des armées. Un général chargé d'une guerre défen- 
sive doit veiller sur les moindres fautes de l'ennemi et, s'il peut, 
lui en faire commettre , pour profiter de ses moindres négligences. 
Tant que l'ennemi observe les règles de l'art, qu'il est vigilant, 
qu'il profite bien du terrain, qu'il se campe avantageusement, 
qu'il ne hasarde pas légèrement ses détachements, qu'il couvre 
ses marches, qu'il les fait en bon ordre, qu'il assure ses subsis- 
tances, qu'il fourrage avec précaution, il est presque impossible 
que le plus habile capitaine puisse l'entamer avec quelque espoir 
de succès. Maïs s'il se néglige, s'il fait des fautes, ce sont les oc- 
casions dont il faut profiter, soit pour l'attaquer lui-même, si 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 87 

son camp est mal pris, soit pour lui enlever quelque corps dé- 
taché qu'il ne saurait soutenir, soit pour engager une affaire 
d'arrière -garde, si sa mauvaise conduite y donne lieu, soit pour 
lui faire une guerre de subsistance en lui enlevant des convois, 
eu battant ses fourrageurs, ou bien en profitant de l'hiver pour 
tomber sur ses quartiers, s'il ne les a pas bien assurés. De petits 
succès multipliés font l'équivalent d'une bataille gagnée, et dé- 
cident à la longue de la supériorité. 

Je ne puis vous citer un plus bel exemple d'une guerre défen- 
sive bien conduite sur ces principes que celui de la guerre de 
l'année 1758, où le prince Ferdinand, à la tête des mêmes troupes 
avec lesquelles le duc de Gumberland avait si lâchement com- 
battu, tomba dans les quartiers de l'armée française, les chassa 
du pays de Brunswic et de Hanovre, et les fit repasser le Wéser, 
la Lippe et le Rhin en moins de deux mois d'opérations. Notez 
que dans toute cette armée il n'y avait de vrais généraux que le 
prince Ferdinand et le Prince héréditaire. Les campagnes qu'il fit 
dans la suite, quoique moins brillantes, sont du même genre, 
parce que les Français n'avaient pas moins de cent mille hommes 
en Allemagne, et que le prince Ferdinand ne leur en pouvait 
opposer que soixante mille. Cette infériorité, qui aurait dé- 
couragé tout autre, ne l'empêcha pas de couvrir toute la Basse- 
Saxe et une partie de la Westphalie contre les entreprises des 
Français, et de les battre quelquefois par deux reprises dans le 
cours d'une campagne. La façon dont le prince Ferdinand con- 
duisit cette guerre a rendu son nom célèbre. C'est à de telles 
marques que l'on distingue les véritables généraux de ceux qui 
n'en portent que le nom. Comparez sa conduite avec celle de 
tous ces maréchaux que la France lui a opposés, et vous verrez 
combien il leur était supérieur; lui seul valait quarante mille 
hommes à l'armée des alliés. Un autre exemple, mais moins 
brillant et d'un genre fort inférieur, que je pourrais vous citer 
d'une bonne défensive est celui de Charles -Emmanuel, roi de 
Sardaigne. 11 défendit bien le passage des Alpes Tannée 17^7, et, 
ayant occupé avec beaucoup d'art et de sagacité le col de l'As- 
siette, il anéantit, par cet obstacle qu'il leur présenta, les des- 
seins des Espagnols et des Français. Le chevalier de Belle -Isle, 



88 IV. REFLEXIONS 

qui commandait les alliés, attaqua trop à la légère ce poste im- 
portant; ses troupes furent partout repoussées, et il y perdit la 
vie. Les Français et les Espagnols repassèrent le Var, et le roi 
de Sardaigne eut la gloire d'avoir préservé, pour cette campagne, 
ses Etats des inondations des ennemis. Ces avantages n'étaient 
dus qu'au choix judicieux d'un poste inexpugnable et des bonnes 
mesures qu'il avait prises. 

Si une armée est réduite à la défensive par quelque échec ou 
par une bataille perdue, la règle et l'expérience demandent qu'on 
se retire, après une défaite, le moins que possible. Il est bien 
rare qu'il ne se rencontre pas quelque poste à une demi-Iieuc 
d'un champ de bataille; c'est là qu'il faut s'arrêter; en voici 
les raisons. Plus vous fuyez, plus vous augmentez vos pertes; 
des blessés qui se traînent avec peine une demi - lieue ne peuvent 
vous suivre deux lieues, et sont par conséquent pris par l'ennemi. 
Plus vous abrégez le chemin de votre retraite, moins vos soldats 
se débanderont. Observez encore que. en cédant peu de terrain 
à l'ennemi, vous diminuez de beaucoup sa victoire, car on ne 
fait la guerre que pour gagner du pays. Ajoutez surtout à ces 
réflexions que jamais armée n'est moins disposée à se battre 
qu'immédiatement après des victoires; tout le monde rit aux 
anges, chacun exagère ses hauts faits d'armes, la multitude est 
charmée d'être heureusement sortie des grands dangers auxquels 
elle a été exposée, et personne n'a l'envie de les affronter sur-le- 
champ. Aucun général ne ramènera le lendemain ses troupes 
victorieuses au feu; vous pouvez demeurer en toute sécurité 
dans votre camp, donner à vos troupes le temps de se recon- 
naître; les soldats se raccoutumeront à la vue de l'ennemi, et 
dans peu les esprits se remettront dans leur assiette naturelle. 

Si votre ennemi est fort de soixante mille hommes, et qu'il ne 
vous en reste que quarante -cinq mille, vous ne devez pas vous 
décourager du tout, parce que vous avez cent ressources pour 
vous revancher de l'affront que vous venez d'essuyer. Quarante- 
cinq mille hommes bien menés en valent plus que soixante raille 
sous un général médiocre. S'il ne vous reste que trente mille 
hommes contre soixante mille, dont nous supposons les forces de 
votre ennemi, votre cas devient plus embarrassant, et il vous 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. 89 

faut sans doute beaucoup plus d'art pour éviter quelque fâcheuse 
malencontre. Il est impossible qu'avec trente mille hommes vous 
paissiez rétablir une espèce d'égalité entre les deux armées; si 
vous détruisiez même un détachement de dix mille hommes à 
l'ennemi, vous lui demeureriez toujours inférieur d'un nombre 
trop considérable de troupes pour parvenir à lui donner la loi, 
à moins que le général qui vous est opposé ne soit le plus inepte 
et le plus imbécile des hommes. Il ne vous reste donc qu'à 
prendre des postes inexpugnables partout où il y en a, à vous 
conserver surtout les issues et les derrières libres, à faire la 
guerre d'un partisan plutôt que d'un général d'armée, à changer 
de poste au besoin et à la première mine que l'ennemi fait de vous 
attaquer, à faire une guerre d'ostentation plutôt qu'une guerre 
réelle, à vous procurer tous les petits avantages que vous pour-* 
rez, pour vous faire respecter et pour modérer la. fougue de l'en* 
nemi, enfin à tirer parti de tout ce que votre industrie, votre 
imagination et les ressources de votre e£prit vous fourniront de 
moyens et d'expédients pour vous soutenir. Les détachements 
que l'ennemi est en état de faire sont ce qu'il y a de plus fâcheux 
pour de petits corps; s'ils y opposent un détachement de leur 
petite armée, il ne pourra pas lui résister, et en même temps 
ils s'affaiblissent encore davantage. S'ils n'y opposent rien, ils 
risquent de se voir couper de leurs vivres ou de leurs communi- 
cations. Il vaudrait mieux, si le détachement de l'ennemi se 
trouvait à une bonne distance de sa grande armée, lui tomber 
sur le corps avec tout votre camp* afin de le battre et d'intimi- 
der par là votre adversaire. Toutefois il faut convenir que cette 
position est fâcheuse et désagréable pour un général qui s'y 
trouve, et qu'il doit redoubler d'activité, de vigilance, de pré- 
sence d'esprit et, s'il peut, d'industrie, pour s'en tirer à son hon- 
neur. Mais dans le premier cas que j'ai proposé, où il vous reste 
quarante-cinq mille hommes contre soixante mille, les difficultés 
ne sont point à beaucoup près aussi considérables, parce que, si 
vous n'avez pas assez pour attaquer les autres, il vous reste 
du moins assez pour vous défendre. Souvent l'ennemi, après 
quelques avantages qu'il vient d'avoir, devient présomptueux; 
il se croit sur de sa fortune, il méprise le vaincu, et il se néglige; 



go IV. REFLEXIONS 

il ne traite plus la guerre qu'en bagatelle, il ne se croit plus dans 
le cas de suivre rigidement les règles de l'art, il .se détermine 
sans réflexion, il agit à la légère, et il vous fournit lui-même les 
occasions que vous ne devez pas laisser échapper pour regagner 
sur lui l'ascendant qu'une joui née malheureuse vous a fait perdre. 
Si vous vous apercevez que la sécurité endort l'ennemi, c'est à 
vous de l'augmenter, car elle est le précurseur des désastres qui 
l'attendent. Enfin, tendez -lui des pièges de toutes les manières, 
pour que, s'il ne tombe pas dans les uns, il n'échappe pas aux 
autres ; feignez de vouloir vous retirer devant lui , tâchez de lui 
faire faire quelque faux mouvement, et profitez sans perte de 
temps de ses moindres négligences. Si vous êtes plus faible que 
l'ennemi, et que vous attendiez des secours, vous commettriez 
une imprudence impardonnable, si vous hasardiez la moindre 
entreprise avant que les secours vous eussent joint; car vous ris- 
quez de perdre par votre impatience les avantages que ces se- 
cours vous procureraient sûrement, si vous leur donniez le temps 
de vous joindre. Ce n'est donc que dans des cs^s pareils où le gé- 
néral doit se restreindre à la défensive selon la rigidité du terme. 
Résumons donc à présent les maximes générales que nous 
venons d'établir pour les différents genres de guerres dont nous 
venons de parler, afin d'avoir en raccourci des règles pour les 
projets de campagne, selon les situations où l'on se trouve. 
i° Quiconque veut entreprendre une guerre doit se procurer 
une connaissance exacte de la force de l'ennemi qu'il va 
combattre et des secours qu'il peut tirer de ses alliés, afin 
de comparer ses forces aux siennes et juger de quel coté se 
trouve la supériorité. 
2° Il faut connaître exactement la nature du pays où l'on veut 
porter la guerre, pour régler conformément sur ces con- 
naissances les détails de l'expédition que l'on veut entre- 
prendre. 
3° L'on aura la plus grande attention aux vivres dont on aura 
besoin pour cette campagne; on ne se bornera pas à les 
amasser, mais on pensera d'avance aux moyens de faciliter 
leur transport, parce que l'on n'exécute rien avec la plus 
florissante armée, si elle manque de nourriture. 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. gi 

Ces règles générales sont pour tous les genres de guerres pos- 
sibles; en voici de particulières pour la guerre offensive. 

i° Que vos desseins tendent à un grand but; n'entreprenez ce- 
pendant que des choses possibles, et rejetez les chimériques. 
Si vous n'êtes pas assez heureux de mener un grand projet 
à sa perfection , vous irez cependant beaucoup plus loin que 
les généraux qui, agissant sans dessein t font la guerre du 
jour à la journée. Ne donnez des batailles qu'autant que 
vous pourrez espérer que leur succès sera décisif, et ne 
livrez pas bataille pour vaincre l'ennemi seulement, mais 
pour exécuter les suites de votre projet, qui se serait trouvé 
arrêté à moins de cette décision. 

a° Ne vous flattez jamais, mais représentez -vous avec force 
toutes les oppositions que l'ennemi pourra mettre à vos 
desseins, afin que jamais rien ne vous surprenne, et que, 
ayant tout prévu d'avance, vous ayez déjà des remèdes 
préparés pour tous les cas. 

3* Connaissez le génie des généraux auxquels vous aurez af- 
faire, pour mieux deviner leurs actions, pour savoir leur 
en imposer, et de quels pièges il vous convient de vous ser- 
vir envers eux. 

4° Que l'ouverture de votre campagne soit comme une énigme 
pour l'ennemi, qui l'empêche de deviner de quel côté fon- 
dront vos forces et quel dessein vous méditez. 

5* Tachez en toute occasion de faire des mouvements et des 
entreprises auxquelles l'ennemi ne s'attend pas; c'est le plus 
sur moyen d'avoir des succès. 
Guerre entre puissances égales. 

i° Plus vous emploierez de stratagèmes et de ruses, plus vous 
aurez d'avantages sur l'ennemi ; il faut le tromper et l'in- 
duire en erreur, pour profiter de ses fautes. 

a° Ayez toujours pour maxime de changer, sitôt que l'occasion 
se présente, la guerre en offensive de votre part; c'est où 
doivent tendre toutes vos manœuvres. 

3" Pensez à tout le mal que l'ennemi vous peut faire, et pré- 
venez-le par votre sagesse. 

4" N'attaquez point l'ennemi quand il est en règle, mais profi- 



oa IV. REFLEXIONS 

tcz sans perte de temps de ses moindres fautes ; qui laisse 
échapper l'occasion n'était pas digne de la saisir. 

5° Profitez des batailles gagnées, poursuivez l'ennemi à ou- 
trance, et poussez vos avantages aussi loin que vous pou- 
vez les étendre, car ces événements heureux ne sont pas 
communs. 

6* Dérobez tout ce que vous pouvez à la fortune par voire 
prévoyance, et elle ne conservera encore que trop d'in- 
fluence dans les opérations militaires; il suffit que voire 
sagesse partage avec le hasard. 

7° Pour gagner des avantages sur l'ennemi , vous pouvez vous 
les procurer, tant par la guerre de parti qu'en lui battant ses 
escortes, en enlevant ses vivres, en surprenant ses maga- 
sins, en battant souvent ses partis, en détruisant quelques- 
uns de ses détachements, en battant son arrière -garde, en 
l'attaquant en marche, enfin, en engageant une affaire avec 
lui, s'il est mal posté, et encore en surprenant ses quartiers 
d'hiver et tombant sur ses postes , s'il n'a pas pourvu pour 
l'hiver à la sûreté de ses cantonnements. 
Pour la guerre défensive, voici en gros ce qu'il faut ob- 
server. 

i° Proposez -vous de mettre toutes vos ressources en œuvre 
pour changer la nature de cette guerre. 

2° Prévoyez tout ce que l'ennemi peut projeter de plus nuisible 
contre vous, et étudiez- vous à trouver des expédients pour 
éluder ses desseins. 

3° Choisissez des camps inexpugnables et qui puissent contenir 
l'ennemi par les jalousies qu'ils lui donnent sur ses derrières, 
au cas qu'il change de poste, et couvrez bien vos propres 
magasins. 

4° Accumulez beaucoup de petits avantages, qui, tous résu- 
més, équivalent aux grands; tâchez de vous faire respecter 
de l'ennemi, pour le contenir par la crainte de vos armes. 
5° Que tous vos mouvements soient bien calculés, et observez 
à ia rigueur les maximes et les règles de la tactique et de la 
castramétrie. 
G Si vous avez des avantages, tirez-en tout le profit possible, 



SUR LES PROJETS DE CAMPAGNE. q3 

et punissez l'ennemi de ses moindres fautes, comme si vous 
étiez son pédagogue. 
Si vous êtes sur la défensive après une bataille perdue : 

i° Que votre retraite soit courte; il faut raccoutumer vos 
troupes à voir l'ennemi en face, les enhardir peu à peu, et 
attendre le moment de venger votre affront. 

2° Usez de ruses, de stratagèmes, de fausses nouvelles que 
vous donnez à l'ennemi, pour amener l'heureux moment 
de lui rendre avec usure le mal qu'il vous a fait. 
Si vous êtes de moitié moins fort que l'ennemi : 

i° Faites la guerre en partisan; changez de poste quand la né* 
cessité l'exige. 

a° Ne détachez aucun corps de vos troupes, car vous vous fe- 
riez battre en détail ; n'agissez qu'avec toute votre masse. 

3° Si vous pouvez vous porter sur la communication de l'en- 
nemi sans hasarder vos magasins, faites -le. 

i° Que l'activité et la vigilance veillent jour et nuit k la porte 
de votre tente. 

5* Pensez plus à vos derrières qu'à ce que vous avez en avant, 
pour ne point être enveloppé. 

6" Raffinez sans cesse pour inventer de nouveaux moyens et 
des ressources pour vous soutenir; changez de méthode 
pour tromper l'ennemi; vous serez souvent obligé de faire 
la guerre d'ostentation. 

7* Battez et ruinez l'ennemi en détail, pour peu que cela soit 
possible, mais ne vous commettez pas à une bataille rangée, 
parce que votre faiblesse vous ferait succomber; gagnez du 
temps, c'est tout ce qu'on peut prétendre du plus habile 
général. 

8° Ne fuyez point vers des lieux où l'on peut vous enfermer, 

et souvenez -vous de Poltawa, sans oublier Stade. 
D'une armée sur la défensive qui attend des secours. 
Vous hasardez tout en vous engageant en quelque entre- 
prise avant la jonction de vos forces, qui vous rendront sûr 
de ce que vous voudrez entreprendre quand elles vous au- 
ront joint; ainsi il faut vous resserrer, dans l'intervalle de 
leur marche, dans la sphère de la plus rigide défensive. 



94 IV. RÉFLEXIONS. 

Vous voyez par cet exposé combien les connaissances d'un 
vrai général doivent être variées. Il faut qu'il ait des idées justes 
de la politiaue, pour être au fait de l'intention des princes , des 
forces des Etats, de leurs liaisons, pour savoir le nombre des 
troupes qu'eux et leurs alliés peuvent mettre en campagne, et 
pour juger de l'état des finances. La connaissance du pays où il 
doit porter la guerre sert de base à tous les projets qu'il veut 
former; il doit avoir la force de se représenter tous les obstacles 
que l'ennemi peut lui opposer, pour les prévenir d'avance. Il 
faut surtout qu'il accoutume son esprit à lui fournir une foule 
d'expédients, de moyens et de ressources en cas de besoin. Tout 
cela demande de l'étude et de l'exercice. Pour quiconque se des- 
tine au métier de la guerre, la paix doit être un temps de médi- 
tation, et la guerre l'époque où il met ses études en exécution.* 

Scriptwn in dolore, i er décembre 1775. 

Fëdehic. 

» Voyc* t VI, p. 9 3 et <)4ï *• XXVIII, p. 3 et i53. 



V. 



DES MARCHES D'ARMÉE, 



ET 



DE CE QU'IL FAUT OBSERVER 
A CET ÉGARD. 



DES MARCHES D'ARMEE, 

ET 

DE CE QU'IL FAUT OBSERVER A CET ÉGARD. 



DE CE QU'IL FAUT OBSERVER POUR LES MARCHES 
D'UNE ARMÉE. 

\T 

tous voulez savoir quels principes il faut suivre pour bien régler 

les marches des armées. Cette matière est très -étendue, et de- 
mande par conséquent une infinité de détails , à savoir : selon le 
but qu'on se propose en marchant, selon la nature du pays où 
l'on fait la guerre, selon l'éloignement ou la proximité de l'en- 
nemi, selon la saison où Ton fait ses opérations; il y a marche en 
cantonnements, il y a marche en colonnes, marches de nuit, 
marches de jour, mouvements d'armée, ou mouvements de corps 
détachés. Chacun de ces genres demande des attentions différentes. 
La chose essentielle pour bien régler ces marches , c'est d'avoir 
une connaissance aussi étendue et aussi exacte que possible du 
pays où Ton veut agir, parce que l'homme habile, le guerrier en- 
tendu fait ses dispositions selon le terrain; il faut qu'il les assu- 
jettisse au local , car jamais le terrain ne se pliera à des disposi- 
tions qui ne lui sont pas convenables. Cette connaissance est donc 
la base de tout ce que l'on peut entreprendre à la guerre ; sans 
e 'le, le hasard décide de tout. Pour traiter cette matière avec 
quelque ordre, je suivrai, dans cet essai, le train ordinaire des 
marches qui se font en campagne. 
XXIX. 7 



98 V. DES MARCHES 

Après la déclaration de guerre entre les puissances belligé- 
rantes, chacun rassemble ses troupes pour former des armées, et 
cette réunion se fait par marches de cantonnements. 



DES MARCHES EN CANTONNEMENT. 

1" hkglk. On ruine les troupes qui sortent d'un long repos, 
si on leur fait faire du commencement des marches trop fortes. 
Elles ne doivent faire tout au plus, les premiers jours, que trois 
milles d'Allemagne. 

II. On forme des colonnes des troupes de différentes pro- 
vinces, qui marchent en large autant que possible, pour que 
chaque bataillon ou chaque régiment puisse avoir son village 
ou sa petite ville pour pernocter. Il faut connaître la force des 
villages pour faire, selon leurs habitations, la distribution des 
troupes. Si ces marches se font au printemps ou avant la ré- 
colte, on se sert des granges pour y mettre les soldaU, et alors 
un village médiocre peut sans difficulté contenir un bataillon. 
Après trois jours de marche, il faut un jour de repos. 

III. Dès que Ton entre en pays ennemi, il faut que d'abord le 
général forme une avant -garde qui campe, et qu'il pousse en 
avant pour quelle précède d'une marche l'armée, pour lui don- 
ner des nouvelles de tout, et que, au cas que l'ennemi soit ras- 
semblé, il ait le temps de réunir ses troupes pour les former en 
corps d'armée. 

IV. Si Ton est éloigné de l'ennemi, l'on peut continuer de 
cantonner, mais en resserrant les troupes de plus près, en les 
cantonnant par lignes et en ordre de bataille. A trois marches de 
l'ennemi, il faut camper dans les règles et marcher dans l'ordre 
accoutumé. 

V. On risquerait trop en se séparant; l'ennemi profiterait de 
cette négligence, tomberait sur vos troupes, vous enlèverait des 
quartiers, et peut-être, s'il agissait avec vivacité, il pourrait 
vous battre en détail et, du commencement de la campagne, 



D'ARMEE. 99 

vous obliger à prendre honteusement la fuite, ce qui perdrait 
entièrement vos a (Ta ires. 



DE CE QU'ON DOIT OBSERVER DANS LES MARCHES 
QU'ON FAIT EN AVANT. 

l n règle. Le général doit avoir un projet arrêté de ses opé- 
rations; il aura donc désigné un endroit avantageux où il veut 
s'avancer pour prendre son camp. 11 faut alors qu'on fasse re- 
connaître tous les chemins pour régler les colonnes; mais on ne 
fera pas plus de colonnes que de chemins qui aboutissent dans le 
nouveau camp que l'on veut prendre , car ces chemins que Ton . 
est obligé de quitter pour que cette colonne aille serrer la queue 
d'une autre ne font point gagner de temps, et donnent lieu à la 
confusion. 

II. On évitera surtout de détourner les villages, pour qu'au- 
cune colonne n'y passe, à moins que des marais n'empêchent ab- 
solument de prendre d'autres chemins, ou que des ponts se trou- 
vassent dans ces villages qu'il faut nécessairement passer. Si c'est 
un pays de plaine , l'armée pourra marcher sur huit colonnes , 
deux de cavalerie aux ailes, et six d'infanterie au centre. 

III. L'armée doit toujours être précédée d'une bonne avant- 
garde, plus forte en cavalerie, si c'est un terrain uni, plus forte 
en infanterie, si c'est un terrain coupé. Cette avant -garde doit 
précéder l'armée d'un quart de mille, pour l'avertir de tout, et 
pour fouiller et nettoyer le terrain par où elle doit passer. 

IV. Le bagage doit être à la suite de l'armée, distribué en 
parties égales derrière les six colonnes d'infanterie, et l'arrière- 
garde doit le couvrir en suivant les colonnes de cavalerie et en 
laissant un corps qui suit les équipages. 

Ces règles sont les ordinaires, que l'on pratique généralement 
dans les grands mouvements des armées. 



7 # 



ioo V. DES MARCHES 

DES CAMPEMENTS VIS-A-VIS DE L'ENNEMI, OU L'ON 
MARCHE PAR SA DROITE OU PAR SA GAUCHE. 

Les marches qui se font proche de l'ennemi sont les plus dif- 
ficiles, et demandent le plus de précaution; car, en supposant 
qu'un ennemi actif voulut profiter du décampement, il faut tout 
prévoir, pour n'être pas battu en marche. Nous traiterons pre- 
mièrement des marches qui se font par la droite ou par la gauche. 

V règle. On doit, avant de les entreprendre, envoyer des 
officiers du quartier général reconnaître les lieux et les chemins 
avec de petites patrouilles, ainsi que le camp qu'on veut prendre, 
le nombre des colonnes dont on pourra faire usage, et surtout les 
postes qu'on pourra occuper en marche, supposé que l'ennemi 
vienne attaquer l'armée. C'est sur ces notions bien exactement 
détaillées que la disposition doit se faire. 

IL On renverra en arrière le gros bagage d'avance, à deux 
milles derrière le camp qu'on voudra prendre. Ce bagage doit 
marcher sur autant de colonnes que le terrain en pourra fournir. 
Supposons donc qu'on veuille prendre une position vers la gauche 
de l'ennemi. 

III. Dès lors on doit envoyer la veille de la marche, dès qu'il 
fait obscur, pour occuper les endroits les plus considérables, 
postes que l'on pourrait prendre en marche, en cas que l'on fut 
attaqué. Ces corps doivent s'y former selon les règles, et ne les 
abandonner que lorsque l'armée les a passés. Us seront donc tous 
mis sur la droite, entre l'ennemi et les colonnes dont ils font Car- 
rière-garde, si tout se passe tranquillement. 

IV. Quelque quantité de chemins qu'il y ait, l'armée ne mar- 
chera que sur deux lignes par la gauche; et tout ce qu'on pourra 
trouver de chemins, d'ailleurs, sur la gauche seront pour le menu 
bagage et les chevaux de bât. On met tous ces chevaux de côté 
en pareille occasion, pour se dégager de cet embarras, qui pour- 
rait donner lieu à la confusion , au cas que l'armée fût obligée de 
combattre. 

V. Si l'ennemi veut engager une affaire, la première ligne 



D'ARMEE. 101 

va d'abord occuper le poste où se tiennent les détachements qui 
la couvrent; la seconde ligne les suit; tout se forme. La cava- 
lerie se trouve sur les ailes, où Ton peut la laisser ou, selon les 
occurrences, en former une troisième ligne. Les corps détachés 
forment des réserves, ou sont placés sur les flancs de l'année ou 
derrière la seconde ligne, soit vers la droite, soit vers la gauche, 
à l'endroit où Ton juge qu'on en pourra avoir besoin. Dès lors 
on se trouve dans une situation à ne rien craindre de l'ennemi, 
et à pouvoir même remporter une victoire sur lui. Si rien n'in- 
terrompt la marche, ces corps détachés forment ensuite l'arrière- 
£arde, les troupes entrent dans leur camp, et l'on y fait venir le 
gros bagage avec sûreté. La même chose doit s'observer si l'on 
marche par sa droite. 



DUNE MARCHE EN ARRIERE, EN PRESENCE 
DE L'ENNEMI. 

P règle. Si l'on veut se retirer de devant l'ennemi , voici ce 
qu'il faut observer : se débarrasser d'avance de tout le gros ba- 
gage, que l'on envoie en arrière, dans le camp que l'on veut 
prendre. II faut que tout cela parte de bonne heure, pour dé- 
blayer le chemin des colonnes , afin que les troupes ne trouvent 
aucun empêchement dans leur marche. 

II. Si l'on craint que l'ennemi ne veuille engager une affaire 
«l'arrière -garde, il faut faire autant de colonnes que possible, 
pour que l'armée sorte en masse de son camp, et que par sa vi- 
tesse elle empêche l'ennemi de l'atteindre. Quand même alors, 
dans la suite de la marche , deux colonnes seraient obligées de se 
rejoindre en certain lieu, il ne faudrait y faire aucune attention, 
parce que la chose principale est de s'éloigner vite pour éviter 
tout engagement. 

III. L'armée formera une grosse arrière -garde, qui sera pla- 
cé* de façon qu'elle puisse couvrir la marche des colonnes. On 
peut même décamper avant jour, pour qu'à l'aube l'arrière-garde 
même soit déjà éloignée du camp. Il faut que quelques batail- 



10a V. DES MARCHES 

Ions et quelques escadrons des queues des colonnes soient desti- 
nés à se former, soit derrière des défilés, soit sur des hauteurs, 
soit auprès des forêts, pour protéger l'arrière-garde et assurer sa 
retraite. Ces précautions ralentissent bien la marche , mais elles 
en procurent la sûreté. Si le prince d'Orange avait suivi cette 
méthode lorsqu'il se retira de Seneffe, il n'aurait pas été battu 
par le prince de Condé. Cela nous apprend à ne nous jamais 
écarter des règles et à les suivre à la rigueur dans toutes les oc- 
casions, pour être sûrs de n'être pas pris au dépourvu. 

IV. Si l'ennemi attaque vivement l'arrière -garde, Farinée 
doit faire halte et, s'il est nécessaire même, prendre une posi- 
tion pour soutenir et retirer à soi cette arrière -garde, si elle se 
trouvait avoir besoin d'une telle assistance. Si rien ne l'inquiète, 
l'armée poursuit son chemin, et va se camper à l'endroit qui lui 
a été marqué. 



DES MARCHES POUR ATTAQUER UN ENNEMI. 

La première chose à laquelle il faut faire réflexion, c'est la 
position de l'ennemi. La disposition de l'attaque doit avoir été 
faite après avoir reconnu la situation de son camp et de sa dé- 
fense. L'ordre de la marche doit être réglé sur le projet qu'on a 
de former ses attaques , et sur l'aile avec laquelle on se propose 
d'agir, et sur celle qu'on veut refuser. Le gros bagage doit avoir 
été d'avance renvoyé en arrière pour se défaire de cet embarras, 
et le menu bagage doit suivre l'armée, couvert d'une légère 
escorte, si l'on ne peut le laisser dans le camp, ce qui vaudrait 
mieux. Si le camp de l'ennemi est situé de façon que pour l'at- 
taquer il faille marcher par la droite ou par la gauche, votre ar- 
mée ne doit former que trois colonnes, l'une de la première ligne, 
l'autre de la seconde ligne, et la troisième de la réserve; les che- 
vaux de bât feront la quatrième et la cinquième. S'il faut s'avan- 
cer tout droit contre l'endroit que vous voulez attaquer, vous 
aurez une forte avant -garde, qui ne précédera l'armée que d'un 
petit quart de mille. Vous vous formerez sur autant de colonnes 



D'ARMEE. io3 

que vous avez de routes qui arrivent sur les lieux où vous vou- 
drez vous former; les aides-majors, ayant marqué les distances, 
pourront se former selon la disposition que le général aura don- 
née pour l'attaque. Si vous battez l'ennemi , vous n'avez pas be- 
soin de chemins préparés pour la poursuite ; vous n'avez qu'à le 
suivre par les chemins que sa fuite vous indique. Si vous êtes 
repoussé, n'ayant attaqué qu'avec une aile, l'autre aile, qui est 
encore entière, doit couvrir la retraite et servir d'arrière -garde, 
et vous pouvez retourner à votre ancien camp par les mêmes 
routes qui vous ont mené à l'ennemi. 



DES MARCHES DE NUIT. 

Si la situation et les conjonctures oit vous vous trouvez exigent 
que vous fassiez une marche de nuit, voici les choses principales 
qu'il faut observer. 

l n RK6LK. Faire bien reconnaître les chemins d'avance par 
ceux qui doivent mener les colonnes, pour les empêcher de s'éga- 
rer dans l'obscurité, et surtout pour qu'il n'arrive pas que les 
colonnes se croisent, ce qui pourrait donner lieu à la plus grande 
confusion. 

II. Envoyer de temps en temps des aides de camp d'une co- 
lonne à l'autre, pour s'avertir réciproquement. 

III. Ensuite se placer dans la nouvelle position le mieux que 
Ton peut, en observant, autant que la nuit le permet, le terrain 
et les avantages qu'on en peut tirer. 

IV. Pour que l'ennemi ne s'aperçoive pas du décampement, 
on laisse dans le camp qu'on quitte les feux allumés, et quelques 
hussards qui crient, Qui vive? et qui se retirent tous à un signal 
convenu, qu'on leur donne lorsque l'armée est à l'abri de ire 
attaquée. 



k4 V. DES MARCHES 



DES MARCHES DE NUIT POUR DES SURPRISES. 

Il arrive quelquefois que, pour couvrir ses derrières, l'ennemi 
hasarde des détachements, soit sur sa droite, ou sur sa gauche, 
qu'il peut être important de détruire pour exécuter par ce début 
de plus grands projets. Si Ton veut surprendre ces corps, il faut 
sans doute y marcher de nuit, et voici ce qu il faut observer : 

De n'y pas marcher sur trop de colonnes, crainte de confu- 
sion. De n'avoir devant chaque colonne qu'une vingtaine de hus- 
sards, simplement pour avertir. D'observer le plus grand silence 
en chemin. Dès qu'on donne sur les troupes légères qui sont en 
avant, de tout brusquer, de hâter même le pas pour arriver 
promptement sur le corps principal qu'on s'est proposé de dé- 
faire. De ne connaître en ce moment que l'audace, parce que le 
succès dépend de la promptitude de l'exécution, et qu'il faut 
avoir achevé sa besogne avant que l'armée de l'ennemi puisse 
arriver pour secourir ce corps détaché. Si le coup manque, ii 
faut se retirer tout de suite ou vers un bois, ou par quelque 
terrain difficile , à l'abri duquel vous puissiez regagner le gros de 
votre armée. Dans une pareille échaufFourée, il faut tout dé- 
truire sur la place, mais se bien garder de la poursuite, parce 
que ce corps battu doit s'attendre à des secours de l'armée prin- 
cipale, et que Ton pourrait perdre, en poursuivant trop chaude- 
ment, ce qu'on a gagné par la surprise de ce corps. 



DES MARCHES DANS LES PAYS MONTUEUX. 

On trouve peu de chemins dans les pays chargés de mon- 
tagnes. On est heureux si pour chaque marche on en trouve 
trois , dont deux sont pour les colonnes , le troisième pour le ba- 
gage. S'il n'y en a que deux, le bagage partagé suit ces deux 
colonnes, couvert d'une bonne arrière-garde. En supposant donc 
qu'il n'y a que deux chemins, chaque colonne doit être précédée 



D'ARMEE. ioo 

de son avant* garde, qui doit être composée en grande partie 
d'infanterie, et de quelques centaines de hussards pour battre 
l'estrade. Si l'on n'est qu'à deux marches de l'ennemi, il faut 
que la marche se fasse sans la moindre négligence, et toujours 
ea règle, s'entend, l'avant -garde, si elle trouve des défilés, doit 
garnir les hauteurs des deux cotés jusqu'à l'arrivée de l'armée, 
et alors reprendre les devants pour couvrir par sa position les 
nouveaux défilés qui se trouvent sur les chemins, ou garnir les 
hauteurs d'oit l'ennemi, s'il s'en emparait le premier, pourrait 
incommoder la marche. L'infanterie doit avoir des patrouilles 
d'infanterie qui la convoient, et dont les petits détachements 
tiennent toujours la crête des hauteurs. Ces précautions assurent 
la marche, et si l'on ne se relâche pas là -dessus, elles mettent 
l'ennemi dans l'impossibilité de rien entreprendre. Si l'on peut, 
lavant-garde et l'arriëre-garde doivent se changer tous les jours, 
pour ne pas trop fatiguer les troupes. II faut de même, s'il y a 
des bois près des chemins où les colonnes passent, d'avance y 
poster de l'infanterie, pour prévenir l'ennemi et occuper avant 
lui tous les lieux avantageux d'où il pourrait inquiéter la marche 
des troupes. Si l'ennemi est plus éloigné, l'on marche, s'entend 
avec les avant -gardes et les arrière -gardes; mais l'on ne fatigue 
pas les troupes à occuper des postes où l'on est sûr que personne 
ne peut venir. 



DES RETRAITES DANS LES MONTAGNES. 

Les montagnes fournissent de grands secours à ceux qui sont 
obligés de se retirer, parce que partout on y trouve des postes; 
cela fait même que l'arrière -garde peut toujours se replier sur 
des troupes bien postées pour la soutenir. Dans ces occasions, 
il faut profiter du moindre monticule , afin que l'arrière-garde se 
retire toujours sur des corps qui la protègent, jusqu'autant que 
Ion gagne un bon défilé, qu'on occupe selon la méthode que j'en 
ai donnée, et qui, barrant l'ennemi, l'empêche de poursuivre 
plus loin. C'est la cavalerie qui dans ces cas embarrasse le plus ; 



io6 V. DES MARCHES 

on doit tâcher, dans de pareils terrains, à lui faire toujours passer 
les défilés avant l'infanterie , pour lui procurer de la sûreté dans 
un genre de pays où elle ne peut agir. Je ne répète point ce que 
j'ai déjà dit, que dans toutes les retraites le bagage doit avoir 
pris les devants. C'en est bien assez que l'armée se soutienne 
contre l'ennemi dans ces sortes de manœuvres, sans qu'elle ait 
encore l'embarras des chariots dans des chemins creux et dans 
des défilés, où elle doit pouvoir agir lestement et sans contrainte. 



DES MARCHES SUR DES DIGUES PAR DES PAYS 
MARÉCAGEUX. 

La Hollande et la Flandre qui avoisùie plus à l'Océan sont 
les pays qui fournissent le plus de ces sortes de digues. Nous en 
avons quelques-unes le long de l'Oder et de la Warthe; il y en 
a beaucoup en Lombardîe , et qui sont bordées ou coupées par 
des navilles. Dans les pays de cette espèce, une armée ne peut 
marcher que sur le nombre de digues qui aboutissent à l'endroit 
où elle veut se rendre. Le maréchal de Saxe,* lorsqu'il quitta 
les environs de Malines et d'Anvers pour diriger sa marche par 
Tongres sur Mastricht, fut obligé de se servir de la grande chaus- 
sée, où toute son armée marcha sur une colonne pour aller se 
battre avec les alliés à Laeffelt; mais le corps de M. d'Estrées 
était à Tongres, qui couvrait sa marche et tenait le débouché de 
la chaussée. Dans des cas semblables, il faut se contenter des 
chaussées que l'on trouve sous sa main. Le général doit avoir 
une petite avant-garde d'infanterie devant chaque colonne , pour 
être averti des mouvements de l'ennemi et de son approche. H 
faut qu'à la tète de chaque colonne il ait quelques ponts de co- 
lonne, pour pouvoir, en cas que l'ennemi approche, les jeter sur 
les navilles qui bordent la digue , et lui présenter un front capable 
de pouvoir repousser son attaque. Dans ces sortes de terrains, 
où la cavalerie est entièrement inutile, elle doit suivre les co- 
lonnes d'infanterie, parce qu'on ne peut l'employer que lorsque, 
• Voyez t. IV, p. 1 1 et ia. 



D'ARMEE. 107 

sorti de ces chaussées, on arrive dans un pays moins coupé. Si 
Ton peut prévoir que Ton aura de pareilles marches à faire, il 
faut de nécessité pousser un corps au delà de ces chaussées, eu 
avant, pour couvrir l'armée et l'empêcher d'être attaquée dans 
un terrain où difficilement elle pourrait combattre. S'il est pos- 
sible d'éviter de pareilles digues, fût-ce même en faisant un dé- 
tour de quelques milles, je conseillerais de prendre ce dernier 
parti; car, si l'ennemi est leste et entendu, et qu'il gagne la tête 
de ces chaussées, en y plaçant du canon, il peut enfiler vos co- 
lonnes et vous causer des pertes considérables, sans que dans ce 
terrain coupé vous puissiez vous revancher et rendre à cet ennemi 
le mal qu'il vous fait. 



DES MARCHES DANS LES SAISONS DU PRINTEMPS 

ET DE L'AUTOMNE, OU LES CHEMINS SONT 

LE PLUS GATES. 

Deux raisons obligent d'abréger les marches dans ces saisons : 
les mauvais chemins rompus et remplis de boue, et la courte du- 
rée des jours. Une armée ne peut faire que trois milles par jour. 
La peine de faire passer l'artillerie et le bagage par la fange ab- 
sorbe un temps considérable, et Ton fatiguerait trop d'hommes 
et de chevaux, si l'on voulait faire de plus fortes traites. Si l'on 
trouve de meilleurs chemins, mais un peu plus détournés que 
ceux qui sont directs, il faut les choisir par préférence, et parta- 
| tager l'artillerie derrière la colonne qui passe sur le terrain le 
1 plus ferme. Si ce sont des détachements que l'on envoie , pour 
quelque dessein, à quelque distance de l'armée, on aura la pré- 
voyance de ne leur point donner des pièces de douze livres; celles 
de six leur seront suffisantes; encore auront -ils bien de la peine 
à les traîner avec leur munition et tout l'attirail nécessaire. 



1 



io8 V. DES MARCHES 



DES MARCHES QUI CACHENT UN DESSEIN QUI NE 

SE MANIFESTE QUE PAR LA JONCTION DE 1/ ARMÉE, 

A L'OUVERTURE DE LA CAMPAGNE. 

Etudiez la marche que le maréchal de Saxe fit faire à son 
armée pour former, l'année 1746, l'investissement de Mastricht; 
repassez les manœuvres que le maréchal de Saxe fit faire à un 
corps de ses troupes pour assiéger Bruxelles ; relisez les disposi- 
tions du maréchal de Turenne pour rassembler en Lorraine son 
armée, avec laquelle il fondit ensuite par Thann et Belfort sur 
l'Alsace, et chassa les alliés de Colmar; » suivez le prince Eugène 
dans sa marche vers Turin, où il attaqua et força les retranche- 
ments des Français. Quelque chose de moins parfait, mais dans 
ce genre, ce fut la marche de nos troupes, l'année 1757, delà 
Saxe, de la Lusace et de la Silésie, pour se joindre à Prague. b 
Ces sortes de projets veulent être étudiés et si bien combinés, 
que tout joue comme les ressorts d'une montre, et que, par les 
différents mouvements des troupes, l'ennemi ne puisse pas de- 
viner quel est le véritable dessein du général qui agit. Pour for- 
mer et pour exécuter de semblables desseins, il faut bien con- 
naître le pays où l'on se propose d'opérer, combiner les marches 
des différents corps pour qu'aucun d'eux n'arrive ni trop tôt, 
ni trop tard, afin que ces mouvements si subits et si décisifs 
rendent l'ennemi confus et surpris, et lui fassent commettre des 
fautes. 11 faut avouer qu'il peut arriver, avec quelque soin que 
l'on ait calculé ces marches , qu'une de ces colonnes rencontre un 
corps de l'ennemi, et soit obligée de s'engager avec lui, ce qui 
doit naturellement la retarder; mais ces sortes de cas fortuits 
sont imprévoyables, et ne renverseront pourtant jamais le projet 
que l'on avait formé. Il est superflu de dire que ces sortes de 
marches, si c'est en été, doivent se faire en campant, et non en 
cantonnant. 

* Voyez t. I, p. 71 ; t. XXVIII, p. 9a; et ci -dessus, p. 83. 
b Voyez t. IV, p. m et suivantes. 



D'ARMEE. 109 



DES MARCHES DE CORPS QUI VONT DUNE ARMEE 
A L'AUTRE POUR Y PORTER DES SECOURS. 

Ces sortes de marches peuvent se faire en cantonnement, 
parce que l'armée que vous quittez vous couvre , parce que vous 
irez beaucoup plus vite en cantonnant qu'en marchant en co- 
lonne, parce que vous ménagerez vos subsistances. Des troupes 
qui marchent en colonne ne feront tout au plus que quatre milles 
par jour; celles qui vont par cantonnement en pourront faire 
cinq, et être moins fatiguées que les autres. Quand vous ap- 
prochez de l'armée que vous voulez joindre, marchez en colonne, 
et campez, pour plus de sûreté, les deux dernières marches; et, 
s'il se peut, dérobez votre jonction à l'ennemi, afin qu'il soit 
plus surpris en l'apprenant, et que cela vous facilite le moyen de 
lui porter quelque coup décisif. Voilà comme nous avons fait 
toutes ces marches de jonction durant la dernière guerre. 



DES MARCHES POUR ENTRER DANS LES QUARTIERS 

D'HIVER. 

Lorsque la saison assez avancée ne permet plus de tenir la 
campagne , il faut penser à donner du repos aux troupes dans des 
quartiers d'hiver. On commence par régler le cordon qui doit 
couvrir ces quartiers, où l'on place le nombre de troupes desti- 
nées à cet emploi. Le reste de l'armée entre en cantonnement 
resserré par lignes ; et à mesure que l'ennemi se retire en arrière., 
ou en fait autant de son côté, en élargissant les troupes à me* 
sure qu elles se retirent, et leur faisant, pour leur commodité, 
occuper plusieurs villages, jusqu'à ce qu'elles arrivent dans les 
quartiers qui leur sont destinés, où elles doivent être au large. 
U y a une autre façon de prendre des quartiers avec les troupes, 
qui est de leur donner pour lieu de ralliement le point central de 
leurs quartiers, où ceux qui ont occupé les extrémités arrivent 



no V. DES MARCHES 

tous en même temps au lieu où Ton s'est proposé de former l'ar- 
mée. Dans de telles dispositions, il faut que, en entrant dans les 
quartiers, chaque régiment ait la route qu'il doit tenir pour se 
joindre à sa brigade, et que chaque brigade, de même, ait sa 
route prescrite pour joindre l'armée par le plus court. 



DES MARCHES ET DES CAMPAGNES D'HIVER. 

Ces sortes d'expéditions demandent d'être exécutées avec 
beaucoup de prudence, ou l'on risque de voir abîmer son année 
presque sans combattre. On fait ces campagnes d'hiver, soit 
pour prendre possession d'un pays où l'ennemi n'a pas beaucoup 
de troupes, soit pour tomber sur ses quartiers. De la première 
espèce furent nos campagnes de Tannée 1740 et 1741* en Silésie 
et en Moravie. Nous marchâmes en Silésie en deux colonnes, 
l'une qui côtoyait les montagnes, l'autre qui longeait l'Oder pour 
nettoyer le pays, pour prendre ou, si on ne le pouvait, bloquer 
les forteresses; ce qui fut exécuté après qu'on eut réglé la marche 
de ces deux colonnes, qui, se trouvant toujours à même hauteur, 
pouvaient se donner des secours réciproquement. Les forteresses 
demeurèrent bloquées jusqu'au printemps; Glogau fut surpris; 
bientôt Breslau essuya le même sort; Brieg fut pris après la ba- 
taille de Mollwitz, et Neisse tomba à la fin de la campagne. 
Nous entrâmes, Tannée 1741* sur une colonne en Moravie, qui 
s'empara d'Olmîitz; on se contenta de bloquer Brûnn , que les 
Saxons devaient assiéger le printemps de 1742. Mais cette cam- 
pagne fut dérangée par la retraite des Saxons et par l'inaction 
des Français. Nous quittâmes la Moravie, après avoir poussé en 
Autriche jusqu'à Stockera u, a et après avoir enlevé en Hongrie 
un corps d'insurgents que la cour voulait employer sur nos der- 
rières. Ces sortes d'expéditions veulent qu'on emploie toute la 
vigilance possible pour ne point être surpris; par cette raison, 
nous eûmes constamment un corps devant le front des troupes, 
un autre sur la droite, un autre sur la gauche, dont les pal rouilles 

• Voyex l. Il, p. m. 



D'ARMEE. m 

nous avertissaient de tous les mouvements de l'ennemi. Avec 
cela, les cantonnements étaient resserrés; deux ou trois batail- 
lons étaient dans la nécessité de se contenter d'un seul village, et 
leur bagage était parqué en dehors , défendu par une redoute ; 
aussi ne nous arriva-t-il aucun accident. A la fin de l'année i j^S , 
le prince de Lorraine entreprit une pareille expédition; c'était au 
mois de décembre qu'il voulut pénétrer de la Bohème dans le 
Brandebourg, en traversant la Lusace. Voici les fautes qu'il fit. 
i° 11 marcha sans avant -garde et sans cavalerie qui côtoyât la 
Silésie pour lui donner des nouvelles des Prussiens. 2° Il se 
chargea de trop de bagage. 3° Ses cantonnements occupaient un 
Iront de trois milles de largeur et de trois milles de profondeur, 
parce que les troupes n'étaient pas assez resserrées, comme elles 
devaient l'être; il fallait plus penser à leur sûreté qu'à leur com- 
modité. 4° Etant près de nos frontières, il ne formait ni co- 
lonnes, ni ordre de marche. Mous en profitâmes comme de rai- 
son, et, en passant le Queis, a nous tombâmes sur ses quartiers 
à Catholisch-Hennersdorf , et lui enlevâmes quatre mille hommes. 
Notre armée campa sur les lieux, et le prince Charles, qui ris- 
quait d'être pris à dos, fut obligé de se retirer en Bohême d'un 
pas qui ressemblait plutôt à une fuite qu'à une retraite; il y per- 
dit son bagage et une vingtaine de canons. 

L'expédition du maréchal de Saxe sur Bruxelles se fit au mois 
de mars. 11 tomba sur les quartiers des alliés, les dispersa, et 
entreprit le siège de Bruxelles, qu'il prit. 11 fit camper la plupart 
de ses troupes , et il ne négligea pas d'avoir de gros détachements 
entre lui et l'ennemi , pour être averti à temps du moindre de ses 
mouvements. Tant il est vrai que tout général qui ne s'écarte 
pas des maximes de la prudence et de la prévoyance doit réussir 
presque toujours, et que des entreprises étourdies ne peuvent 
avoir de succès que par le plus grand des hasards, parce que 
d'ordinaire l'imprudent périt où le sage prospère. b 

A la fin de l'année 17M» c lorsque le prince d'Anhalt chassa 
les Autrichiens de la Haute -Silésie, le froid était excessif : mais 

* Voyei t. III, p. i54. 

fc Voyei t. X, p. 39 et 71 ; t. XII, p. 58. 

e En janvier i-jtf. Voyez t. NI. p. 78 et 79. 



na V. DES MARCHES 

cela ne l'empêcha pas qu'il ne rassemblât tous les matins Farinée 
en ordre de bataille, ne marchât en colonne pour combattre, et 
que par sa prudence et ses bonnes précautions il obligeât non 
seulement l'ennemi de vider la province, mais encore il ruinât 
une partie de leurs troupes, et établit ses quartiers d'hiver dans 
les lieux mêmes qu'ils avaient occupés. 



COMMENT CES DIFFERENTES MARCHES DOIVENT 
SE RÉGLER. 

Le plan de ce que le général veut entreprendre est la base sur 
laquelle les dispositions doivent être réglées. Quand on est dans 
son propre pays, on a tous les secours possibles, tant des cartes 
détaillées que des habitants, qui peuvent vous donner toutes les 
notions nécessaires; alors l'ouvrage devient facile. Vous avez 
votre ordre de bataille. Si l'on marche en cantonnements, vous 
suivez cet ordre, et vous placez chaque brigade le plus près qu'il 
se peut ensemble, chaque ligne dans les règles. Si l'on est loin de 
l'ennemi, chaque régiment doit avoir la route qu'il doit faire, et 
le général de brigade non seulement la route de ses régiments, 
mais encore la liste des villages où ils doivent cantonner. Dans 
le pays ennemi, cela devient plus difficile. On n'a pas tou- 
jours des cartes assez détaillées du pays ; on ne connaît qu'im- 
parfaitement la force des villages. Ainsi , pour rectifier ce qu'il 
y a de défectueux, il faut que l'avant -garde rassemble des gens 
des villes, des bourgs et des hameaux, pour les envoyer au quar- 
tier-maître général, afin qu'il rectifie par leur moyen le brouillon 
de disposition de marche qu'il a dressé sur la simple inspection 
de la carte. Si l'armée campe, il faut, aussitôt qu'on est entré 
dans le camp , faire reconnaître tous les chemins qui y aboutissent. 
Si l'on séjourne, il faut, à l'aide des patrouilles, envoyer des 
quartiers -maîtres et des dessinateurs pour croquer les chemins 
et les situations, afin qu'on n'agisse pas en aveugle, et qu'on se 
procure d'avance toutes les notions dont on a besoin. C'est ainsi 
qu'on peut de même faire reconnaître d'avance les camps où 



D'ARMEE. n3 

Ion pourrait avoir occasion de placer l'armée. On peut même, 
à l'aide de ces croquis, dessiner d avance la position que l'on 
veut prendre, quitte à la rectifier par l'inspection oculaire, comme 
je l'ai enseigné dans mon Traité de la guerre et de la tactique. * 
Il est vrai que lorsque les armées sont placées proche les unes 
des autres, ces reconnaissances deviennent plus difficiles, parce 
que l'ennemi a également des détachements et des troupes légères 
en campagne, qui empêchent de se porter sur les lieux qu'on 
veut reconnaître. Souvent l'on veut cacher son dessein, ce qui 
rend ces petites expéditions encore plus difficiles. Alors il ne reste 
de parti à prendre que de pousser l'ennemi à différents endroits 
à la fois, et de faire même dessiner des lieux où Ton n'a aucune 
envie d'aller, pour lui cacher son dessein ; et comme on le chasse 
de différents postes, les meilleurs quartiers -maîtres doivent être 
employés vers le lieu où l'on a sérieusement intention d'agir; car 
l'homme sage ne donnera jamais au hasard ce qu'il peut lui ravir 
avec la prudence. Surtout un général ne doit jamais mouvoir 
son armée sans être bien instruit du lieu où il la conduit, et com- 
ment il la fera arriver en sûreté sur le terrain où il veut exécuter 
son projet. 



DES PRECAUTIONS QU'IL FAUT PRENDRE EN PAYS 

ENNEMI POUR SE PROCURER ET S'ASSURER 

DES GUIDES. 

L'année 1760, en traversant la Lusace pour marcher en Si* 
lésie, nous eûmes besoin de guides. On en chercha dans des vil- 
lages vandales, 1> et lorsqu'on les amena, ils faisaient semblant de 
ne pas savoir l'allemand, ce qui nous embarrassait fort; on s'avisa 
de les frapper, et ils parlèrent allemand comme des perroquets. 
Il faut donc toujours être sur ses gardes à l'égard de ces guides 
qu'on prend en pays ennemi; bien loin de se fier à eux, il faut 

» Voyext. XXVHÏ, p. 54. 
fc Vénèdes. Voyn t. I. p. 4 ** 197. 
XXIX. S 



n4 V. DES MARCHES 

lier ceux qui conduisent les troupes, leur promettre une récom- 
pense s'ils vous mènent par le meilleur chemin et le plus court 
à l'endroit où Ton veut se rendre, mais aussi leur assurer qu'on 
les pendra sans pardon, s'il leur arrive de vous égarer. Ce n'est 
qu'avec sévérité et avec force qu'on peut obliger les Moraves et 
les Bohémiens à s'acquitter de ces sortes d'offices. On trouve, 
dans ces provinces, des habitants dans les villes; mais les villages 
sont déserts, parce que les paysans se sauvent, avec leur bélail 
et leurs meilleurs effets, dans les forêts ou dans le fond des mon- 
tagnes, et laissent leurs habitations vides. Leur désertion cause 
un très -grand embarras. D'où prendre les guides, si ce n'est 
d'un village à un autre? Il faut alors recourir aux villes, tâcher 
de trouver quelques postillons ou, à leur défaut, des bouchers 
qui rôdent les campagnes, et auxquels les chemins sont connus; 
il faut de plus obliger les bourgmestres de vous fournir des 
guides, sous peine de brûler Jes villes, s'ils ne s'en acquittent 
pas bien. On peut encore recourir aux chasseurs qui sont au ser- 
vice de la noblesse, et auxquels les environs sont connus. Mais, 
de quelque espèce que soit le genre des guides, il faut les conte- 
nir par la peur, et leur annoncer les traitements les plus rigou- 
reux, s'ils s'acquittent mal de leur commission. Il est encore un 
moyen plus sûr de se procurer la connaissance du pays : c'est 
d'engager, en temps de paix, quelques-uns de ses habitants qui 
en aient une intelligence entière; ceux-là sont sûrs, et par leur 
moyen l'on peut gagner, en entrant dans cette province, d'autres 
gens qui facilitent et vous allègent la besogne par le détail du 
local dont ils vous procurent les connaissances. Les cartes, pour 
l'ordinaire, sont assez exactes pour les terrains de plaines, quoi- 
qu'on y remarque souvent l'omission de quelque village on de 
quelque hameau; mais la connaissance qui importe le plus est 
celle des bois, des défilés, des montagnes, des ruisseaux guéables 
ou marécageux, des rivières guéablcs: et c'est cependant ce dont 
il faut nécessairement être le mieux au fait, ainsi que des ter- 
rains qui ne sont que prairies, et de ceux qui sont marécageux. 
Il faut encore distinguer en cela les saisons de l'année , qui 
changent par leur sécheresse ou par leur humidité la nature de 



D'ARMEE. u5 

ces terrains; car il est souvent capital de ne pas se tromper sur 
ces connaissances. Les quartiers -maîtres doivent encore se pré- 
munir contre la déposition des gens du commun; quelquefois 
même, étant de bonne foi, ils vous trompent par ignorance, 
parce qu'ils ne jugent des chemins et des lieux que par l'usage 
qu'ils en font, et que, manquant entièrement de connaissances 
militaires, ils ignorent l'emploi qu'un guerrier peut faire du ter* 
rain. En ij&5, lorsque après la bataille de Soor l'armée prus- 
sienne voulut se retirer en Silésie, je Cs venir des gens de Trau- 
tenau et de Schatzlar, pour les interroger sur les chemins où je 
voulais faire passer les colonnes. Us me dirent bonnement que 
ces chemins étaient admirables , et qu'ils y passaient à merveille 
avec leurs voitures , et que beaucoup de rouliers les passaient de 
même. Peu de jours après, l'armée fit cette marche. Je fus 
obligé de faire mes dispositions pour la retraite sur ces lieux. 
Notre arrière -garde fut vivement attaquée; mais, par les pré- 
cautions que je pris, nous ne perdîmes rien. Ces chemins, mili- 
tairement parlant, étaient très- mauvais; mais ceux auxquels je 
m en informai n'y entendaient rien, et ce qu'ils me dirent était 
de bonne foi et sans intention de me tromper. Il ne faut donc 
pas se fier au rapport des ignorants, mais, ayant la carte à la 
main, les consulter sur chaque forme de terrain, s'en faire des 
notes, et voir sur cela s'il y a moyen de croquer quelque chose, 
sur le papier, qui donne une idée plus exacte du chemin que celle 
que présente la carte. 



DES TALENTS QUE DOIT AVOIR UN QUARTIER- 
MAITRE, 

Le défaut par lequel les hommes pèchent le plus, c'est de se 
contenter d'idées vagues, et de ne point s'appliquer assez pour 
se former des idées nettes des choses auxquelles ils sont employés. 
Par exemple, plus on a une connaissance spéciale du terrain 
où Ton doit agir, mieux on choisit les lieux propres au campe- 

s* 



n6 V. DES MARCHES 

ment, et Ton arrange la marche des colonnes avec beaucoup plus 
d'exactitude que si l'on n'a que des idées confuses du terrain sur 
lequel on doit agir. Pour obvier à cet inconvénient, il faut se 
procurer les meilleures cartes que l'on puisse avoir des pays où 
l'on croit que se pourra faire la guerre. Si l'on peut faire des 
voyages sous d'autres prétextes, pour examiner les montagnes , 
les bois, les défilés et les passages difficiles, pour les bien obser- 
ver et s'en imprimer la situation, il faut les entreprendre. Il est 
nécessaire qu'un gentilhomme qui se dévoue à ce métier ait beau- 
coup d'activité naturelle, pour que le travail ne lui coûte pas. 
Dans chaque camp, il doit s'offrir lui-même à reconnaître les en- 
virons, par le moyen de petites patrouilles, aussi loin que l'en- 
nemi voudra le permettre , afin que si le général qui commande 
l'armée a résolu de faire un mouvement, les chemins et les con- 
trées lui soient connus autant que possible, qu'il ait observé les 
endroits propres à camper les troupes, et que, par son applica- 
tion k son métier, il facilite au général les grandes opérations 
qu'il a projetées, tant pour les marches que pour les campe- 
ments. Il doit s'appliquer à faire rassembler des gens du pays, 
pour en tirer les notions qui lui sont nécessaires; mais il doit re- 
marquer, comme je l'ai dit dans l'article précédent, qu'un paysan 
ou un boucher n'est pas soldat, et qu'autre est la description que 
fait d'un pays un économe, un voiturier, un chasseur, ou un sol- 
dat. 11 faut donc que, en interrogeant ces espèces de gens, il se 
souvienne sans cesse qu'ils ne sont pas militaires, et qu'il faut rec- 
tifier leurs dépositions en entrant avec eux dans une discussion 
détaillée des lieux pris sur la carte, et selon les chemins où l'ar- 
mée doit marcher. Je dois observer encore qu'il faut bien prendre 
garde, en arrangeant la marche des troupes, de ne donner jamais 
plus d'un quart de mille d'Allemagne de distance entre chaque 
colonne, principalement quand c'est dans le voisinage de l'en- 
nemi , afin que les troupes soient à portée de se prêter mutuelle- 
ment des secours. II faut surtout que, dans cette proximité des 
ennemis, les quartiers-maîtres redoublent de soins et d'exactitude, 
pour que, par leur travail, le général ait du moins un brouillon 
du terrain où il veut manœuvrer, soit pour faire ses dispositions 



D'ARMEE. 117 

d'avance pour la sûreté des marches, soit pour les camps qu'il 
veut prendre, soit pour attaquer l'ennemi. Des officiers qui se 
distinguent dans cette partie ne peuvent pas manquer de faire 
fortune, car ils acquièrent par la pratique toutes les connais- 
sances qu'un général doit avoir des différentes façons de faire de 
bonnes dispositions dans tous les cas qui peuvent se présenter. 
J'en excepte les plans de campagne, dont cependant ils voient 
l'exécution, et auxquels ils réussiront également, s'ils ont l'esprit 
intelligent, sage et juste, et qu'ils s'appliquent sans cesse à hien 
connaître par où Ton peut faire le mal le plus sensible et le plus 
décisif à la puissance contre laquelle on fait la guerre. 

Voilà à peu près tout ce que j'ai pu vous prescrire par rap- 
port aux marches. Mais je dois ajouter cependant que l'art de la 
guerre est si immensément vaste, qu'on ne l'épuisera jamais , et 
que l'expérience des temps à venir ajoutera encore sans cesse des 
connaissances nouvelles à celles qui nous ont été transmises et 
à celles que nous avons recueillies de nos jours. 



VI. 

PROJET DE CAMPAGNE. 



PROJET DE CAMPAGNE. 



iious aurons deux armées qui doivent agir contre les Autri- 
chiens. Nous savons que leurs dispositions sont telles, qu'ils as- 
semblent un corps de soixante -seize raille hommes entre Olmùtz 
etKônigingrâtz, qu'ils ont quinze mille Croates à Gabel, et un 
corps de trente -deux mille 7 hommes qui se forme du côté de 
Tcschen. Une de nos armées doit descendre en Bohème par la 
Saxe; il est d'une nécessité indispensable qu'elle oppose, du côté 
de Zitlau, un corps de quinze mille hommes, tant Prussiens que 
Saxons, pour garantir la Lusace d'incursions qui pourraient même 
être poussées jusqu'à Berlin, si l'on n'y pourvoit d'avance. Il est 
de même nécessaire qu'il reste quelques troupes mêlées de Saxons 
et de Prussiens vers Péterswalde et vers Dux, pour garantir les 
derrières et couvrir les magasins. Ces deux armées qui doivent 
agir ont à observer que celle qui trouve contre elle la grosse ar- 
mée autrichienne doit se tenir en quelque manière sur la défen- 
sive, pour que l'autre profite de cet intervalle pour pousser ses 
progrès aussi loin que les circonstances le penne tien t. L'armée 
de Saxe ne peut opérer avec succès qu'après avoir dépassé Leit- 
meritz, pour obliger les Croates d'abandonner Gabel; alors son 
opération la plus importante est de se porter sur Prague et d'en 
taire le siège, si la grosse armée autrichienne ne s'y oppose pas. 
L'armée de Haute- Silésie doit opérer par Hultschin sur Weiss- 
kirch et Prérau. Si elle y trouve toutes les forces autrichiennes, 



122 VI. PROJET DE CAMPAGNE. 

elle se contentera de les observer et de les amuser, pour donner 
au corps de Saxe la facilité de conquérir la Bohême. Si la grande 
armée autrichienne fait un gros détachement pour la Bohême, 
c'est le moment d'en profiter pour tacher d'engager une bataille, 
parce que ces troupes, vaincues si proche de Vienne, obligeront 
l'ennemi de rappeler incessamment le corps de la Bohême pour 
couvrir Vienne. Reste à savoir si Ton aura des secours des Russes. 
Ce cas changerait tout, et débarrasserait bien vite de l'armée de 
Teschen, qui serait obligée de se replier soit en Hongrie, soit en 
Lodomérie. Le plus grand embarras pour l'armée de la Bohème 
sera, lorsqu'elle aura pris Prague, de trouver assez de charrois 
pour s'approcher du Danube, soit parBudweis, ou mieux encore 
par Neuhaus et Wittgenau. Pour ce qui regarde les troupes de 
Moravie, si elles remportent une victoire sur l'ennemi, elles as- 
siégeront Brunn, et, l'endroit pris, elles pourront, si elles ont les 
Russes, faire un détachement d'une trentaine de mille hommes 
par Hradisch, qui se porteront sur Presbourg, et le reste de l'ar- 
mée doit alors, autant qu'elle le peut, s'avancer vers le Danube. 
Ces opérations sont toutes sujettes à de grandes difficultés; ce- 
pendant, avec un peu de fortune, il est possible de les mener 
à une fin heureuse. 



VII. 

INSTRUCTION 



POUR 



LE PRINCE HEREDITAIRE 
DE BRUNSWIG. 



INSTRUCTION 

POUR 

LE PRINCE HÉRÉDITAIRE DE BRUNSWIG. 



AU PRINCE HEREDITAIRE. 

(Breslau) i3 décembre 177 S. 
Mon cher neveu. 

Mon frère Henri m'écrit» que sa santé ne lui permet plus de sou- 
tenir les fatigues d'une campagne , et qu'il veut se retirer. Cela étant , 
je n'ai pu jeter la vue que sur vous, mon cher neveu, pour le rem- 
placer. Toutefois il faut que je diffère votre translation jusqu'au 
mois de mars , parce que je ne saurais laisser la Haute - Silésie sans 
quelque surveillant attentif et qui combine toute notre position dans 
cette province. En attendant, je vous prie de m' envoyer votre pro- 
jet pour faciliter la jonction avec les Russes, au cas que les Autri- 
chiens voulussent s'y opposer, et de me donner un mémoire raisonné 
pour tourner, par des chemins qui vous sont plus connus qu'à moi , h 
U position de Heydepiltschc . . . , 



1 De Dresde, 3 décembre 1778. La lettre du prince Henri et la réponse du 
Roi, datée de Breslau, 11 décembre, se trouvent dans notre t. XXVI , p. 466 
«468. 

b Le Prince héréditaire faisait alors dans la Haute- Silésie une guerre de 
postes qui accrut considérablement sa réputation. Voyei t. VI, p. i58 et sui- 
vantes; t. XXVI, p. 461. 

e Voyest VI, p. i45 et 146. 



i2f> VII. INSTRUCTION 



INSTRUCTION. 



.La campagne prochaine va décider probablement du destin de 
l'Allemagne. On ne peut donc employer trop de prudence à la 
bien combiner. Le Roi se propose d'agir offensivement avec le 
secours des Russes en Moravie, et de pousser la guerre, le plus 
qu'il sera praticable, vers le Danube. D'autre part, il doit lais- 
ser vingt bataillons, tant à Landeshut que dans la principauté de 
Glatz, pour couvrir ces frontières contre les incursions ou même 
contre les projets d'invasion que l'ennemi peut méditer. Peut- 
être faudra-t-il encore , outre ces détachements , laisser un corps 
dans le Teschen ou la principauté de Pless, pour couvrir ses der- 
rières contre les entreprises des Autrichiens, qui, de la Gallicie, 
pourraient ravager tout jusqu'à Ratibor et venir sur les derrières 
de l'armée qui opère en Moravie. L'armée de Saxe ne peut point 
seconder les opérations de ces troupes vers ces lieux éloignes; 
mais elle peut empêcher les diversions que l'armée autrichienne 
de l'Elbe pourrait faire en Silésie. 11 s'ensuit de là que cette ar- 
mée doit entrer en Bohême, la majeure partie par la Lusace, et 
l'autre par la Saxe. Le but de cette opération doit être de net- 
toyer le cours de l'Elbe jusqu'à Leitmeritz, pour s'assurer le pas- 
sage de ses vivres, si l'ennemi a quelque gros corps vers Konigin- 
gratz ou Jaromircz, de lui venir à dos, de lui ôter ses magasins 
et l'empêcher de porter l'offensive en Silésie t pour tourner en- 
suite toutes ses forces sur Prague. Si l'on peut se procurer 
quelque avantage, il faut, si cela est praticable, attaquer l'en- 
nemi. Après une victoire, Prague et Eger tombent sûrement, 
après quoi il est temps de penser à Kônigingrâtz. Si l'armée du 
Roi a remporté un succès bien marqué en Moravie , Hadik sera 
obligé de détacher incessamment pour l'Autriche , et l'armée prus- 
sienne pourra faire en Bohême telle entreprise qu'elle voudra, 
sans rien appréhender de l'ennemi, et dès lors, poussant de son 
côté ses opérations vers le Danube, nous mettons aux Autrichiens 
la corde au cou. Gomme les troupes saxonnes ne sont pas faites 
pour les grands coups de collier, il faut plutôt s'en servir comme 



POUR LE PRINCE HEREDITAIRE DE BRUNSWIC. 127 

d'une montre, comme d'un remplissage, que de les employer 
dans des actions sérieuses; en les employant sur les communi- 
cations, on en tire service sans rien risquer. 

De tout ce projet -ci, la grande difficulté consiste dans le 
transport des vivres, et je crois que l'armée ne trouvera des 
chevaux à sa disposition qu'au delà de l'Eger et de l'Iser. Si Ton 
trouve le moyen d'amasser suffisamment de chevaux , le reste de 
cette opération deviendra facile. Cet article méritera le plus de 
calcul et de prévoyance. Quant au temps qu'on pourra ouvrir 
la campagne , c'est de quoi il est encore impossible de décider 
maintenant; mais, à vue de pays, cela ne pourra avoir lieu qu'à 
la mi-mai, temps avant lequel on ne trouve point de fourrage. 

Breslau, 16 janvier 1779. 

Federic. 



VIII. 

RÉFLEXIONS 



SUR 



LES MESURES A PRENDRE AU CAS D'UNE GUERRE 
NOUVELLE AVEC LES AUTRICHIENS, 

EN SUPPOSANT 

QU'ILS SUIVENT LA MÊME MÉTHODE D'UNE DÉFENSIVE RIGIDE 
COMME DANS LA DERNIÈRE CAMPAGNE DE 1778. 



XXIX. 



REFLEXIONS 

SUR LES MESURES A PRENDRE AU CAS D UNE GUERRE NOUVELLE 
AVEC LES AUTRICHIENS, 

EN SUPPOSANT 

QU'ILS SUIVENT LA MÊME METHODE D'UNE DEFENSIVE RIGIDE 
COMME DANS LA DERNIÈRE CAMPAGNE DE I778. 



Il est bien difficile de faire des projets sur l'avenir, parce que la 
moindre circonstance qui change oblige de changer de même les 
dispositions. Cependant les limites et les frontières des Etats con- 
servent leur situation propre; elles ont des parties avantageuses, 
d'autres contraires, de sorte qu'un général se doit garantir des 
unes et profiter des autres. La Silésie, la Bohême, la Haute* 
Silésie et la Moravie sont des terrains dont nous avons une con- 
naissance détaillée; ce qui nous donne une avance sur les guerres 
qui peuvent établir le théâtre des opérations dans ces provinces. 
La politique doit devancer tous les projets de campagne, car c'est 
à elle à les imaginer, en les adaptant toujours sur la nature du 
pays et sur les moyens de procurer des subsistances aux troupes. 
Si la Prusse se trouvait engagée dans une guerre nouvelle avec 
l'Autriche, la première chose est de savoir quels seront les alliés 
des parties belligérantes; car, sans cette connaissance, tout projet 
de campagne serait fautif et mal calculé. L'ambition outrée que 
l'Empereur a voulu aflioher dans la dernière guerre avec tant 
d'imprudence lui a fait du tort dans toute l'Europe. On le consi- 

9 - 



i3a VIII. REFLEXIONS 

dèrc comme un prince dangereux , contre lequel il faut être sur 
ses gardes. Il est mal à la cour de Russie ; il est sur le point de 
se brouiller avec la France. Il ne peut avoir d'allié que l'Angle- 
terre, dont le fort épuisement de la guerre présente empêchera 
la nation pour longtemps de fournir des subsides à quelque puis- 
sance que ce soit. D'autre part, les Turcs ont proposé de faire 
une alliance avec la Prusse et la Russie, et si la France s y jouit, 
la prépondérance des forces est toute de ce côté-ci. Mais comme 
l'affaire n'est point terminée, il y aurait de la légèreté de compter 
sur une chose à faire comme sur une chose faite. Bornons -nous 
donc à examiner ce qu'il convient de faire dans le cas le plus dif- 
ficile, parce que moins d'obstacles on rencontre, plus faciles en 
deviennent les opérations. 

La première assemblée de l'armée autrichienne sera pro- 
bablement dans les mêmes emplacements qu'elle a tenus Tannée 
1778. Mais comme cette armée est augmentée de quatre -vingt 
mille hommes, et que l'Empereur se propose d'agir, dès la rup- 
ture, avec toutes ses forces, nous verrons préalablement la dis- 
tribution qu'il en fera. 

Il aura en Gallicie un corps de quarante mille combattants, 
à Bilitz quinze mille, sans doute vingt mille auprès de Heyde- 
piltsch ; en voilà soixante - quinze mille. Il n'aura pas moins de 
cent mille hommes dans son camp depuis Kônigingr&tz vers Ar- 
nau, quarante mille vers Neuschloss et sur les frontières de la 
Lusace, et vingt- cinq mille à Eger; total, deux cent quarante 
mille hommes, au nombre desquels on compte son armée. Les 
Prussiens peuvent mettre en campagne cent soixante -six mille 
hommes, les Saxons vingt mille, et les Russes en ajouteront bien 
autant, de sorte qu'on pourrait leur opposer deux cent six mille 
combattants. Us auraient donc la supériorité de trente -quatre 
mille combattants. Cela n'est pas une affaire qui doive intimider, 
parce que, ces corps étant séparés, on peut en défaire les uns, 
sans qu'on ait à les combattre tous à la fois. Reste à présent 
à considérer quels ménagements il faut garder à l'égard de la po- 
sition des Autrichiens, et quelles précautions elle nous oblige 
à prendre; car ce serait une étourdcrie de faire de belles choses 
d'un coté, tandis qu'on perd le double d'un autre. 



SUR LES MESURES A PRENDRE. i33 

Cent mille Autrichiens placés derrière l'Elbe obligent, mal 
gré bon gré qu'on en ait, de leur opposer des forées en front 
pour les contenir en respect, ou il arriverait que, trouvant les 
frontières de la Silésie et de la principauté de Glatz dégarnies, 
tant du côté de Landeshut que de Friedland et du pays de Glatz, 
incessamment cette armée s'établirait dans ces montagnes, où 
elle peut occuper des postes inexpugnables, à quoi un général 
sage ne doit pas s'exposer, parce qu'il perdrait la Silésie par 
incon&idération, pouvant la couvrir, s'il avait bien réfléchi à l'état 
des choses. D'ailleurs, il est encore nécessaire d'observer que si, 
dès le commencement de la guerre, un corps considérable de 
Prussiens ne s'oppose pas aux postes de l'Empereur derrière 
l'Elbe, au commencement de la campagne, il peut se rendre 
maître de Dresde, et par conséquent attirer le fort de la guerre 
en Saxe, pour soulager la Bohème. Il résulterait de là que nous 
serions obligés de ruiner le pays de nos alliés pour les seconder, 
ce qui est un triste service à leur rendre, et il est plus sage de 
prévenir de pareils inconvénients que d'être obligé d'y remédier. 

Les troupes de Silésie peuvent être en deux marches en Bo- 
hème, du côté de Nachod; les troupes de l'Electorat ne peuvent 
être qu'en huit jours, en faisant de fortes marches, du côté de 
Dresde. Il faut donc prendre ses mesures si à propos, que tous 
ces mouvements soient si exactement calculés, que l'armée de la 
Marche puisse arriver à peu près le même temps à Dresde qu'on 
cotre en Bohême. Selon que j'en puis juger, l'armée destinée 
pour la Saxe doit être de la même force dont elle a été la der- 
nière guerre. Elle faisait, avec les Saxons, quatre -vingt mille 
hommes. On verra bientôt la raison que j'en donnerai dans la 
suite de ces Réflexions* Pourvu que l'armée de Silésie soit de 
soixante mille hommes, cela est suffisant. Il en faut destiner né- 
cessairement vingt mille hommes pour la Haute -Silésie, pre- 
mièrement pour favoriser la jonction des Russes, qui, ayant' à 
passer auprès de Gracovie, trouveraient des obstacles insurmon- 
tables, s'ils n'étaient secondés de ce côté-ci; et supposons, vu la 
lenteur étonnante des Russes, qu'on ne parvînt pas à les mettre 
si vite en action , on ne pourrait pas avoir moins de vingt mille 
hommes dans la Haute -Silésie, ne fut-ce que pour agir sur la 



i34 VIII. REFLEXIONS 

défensive envers le corps de Heydepiltsch et le corps de Biliu. 
La position de ce corps, pour le commencement, pourrait être 
près du eôlé de Léobschùtz, et il pourrait tirer sa subsistance de 
Cosel. 

Quant à l'armée de Silésie destinée pour agir en Bohême, il 
faudrait donc, comme je l'ai dit, la faire agira peu près delà 
façon dont on Ta employée Tannée 1778. Peut-être, si Ton avait 
trop à craindre la supériorité de l'ennemi, pourrait-on prendre 
un camp à Chwalkowitz , les défilés devant soi, en faisant un 
flanc vers Nimmersatt; car il ne faut jamais se flatter de pouvoir 
attaquer le camp de l'Empereur derrière l'Elbe. Cela est dé- 
montré impossible, parce qu'il faut défiler devant un front infi- 
niment supérieur qui vous domine et déborde de tous les côtés , 
oit l'on serait battu selon toutes les règles de la guerre. Mais, me 
dira - 1 - on , que pourra - 1 - on donc entreprendre ? Voulez - vous 
qu'on reste toute une campagne les bras croisés, et qu'on aille en 
Bohême plutôt à la pâture qua la guerre ? Voici le moment où 
j'entre en explication des moyens dont on peut faire usage pour 
gagner une supériorité sur l'ennemi. 

L'armée qui entre eu Saxe doit marcher sans doute vers 
Dresde comme à l'objet principal; mais cela n'empêche pas 
qu'elle ne fasse d'abord un détachement de dix mille hommes 
par la Lusace et vers la Silésie, du côté de Greiffenberg. Toutes 
ces marches doivent être compassées et calculées au juste, pour 
que l'armée, arrivant à Dresde et y laissant un détachement de 
vingt mille hommes, doit passer l'Elbe pour pénétrer par la Lu- 
sace. C'est a cette armée à décider de la campagne. Les chemins 
de Schluckenau, de Rumbourg et de Gabel seront sans doute re- 
tranchés et garnis de troupes ennemies. On ne saurait brusquer 
ces postes de front; il faut donc les tourner, et cela, par la Silé- 
sie. Voilà pourquoi ce détachement dont j'ai parlé doit se porter 
à Greiffenberg en même temps que l'armée arrive dans les envi- 
rons de Zitlau. Il y a un chemin, de ce côté -là, qui traverse les 
montagnes; c'est une chose qu'il faut réparer, mais par laquelle 
on gagne les derrières de Gabel , ce qui fraye la route de la Bo- 
hème pour l'armée qui pénètre du côté de Zittau. Voilà donc 
l'armée prussienne en Bohême; il faut qu'elle joigne ce corps 1 



SUR LES MESURES A PRENDRE. i35 

et qu'alors tout de suite elle prenne à revers la lèle de pont 
de Leitmeritz, pour y transporter de Dresde ses farines. Voilà 
donc une boulangerie établie. Les vingt mille hommes demeurés 
à Dresde prennent alors le camp près de Leitmeritz. L'on n'a 
guère besoin de laisser beaucoup de troupes à Zittau; car il faut, 
s'il se peut, entamer le corps autrichien qui a défendu cette fron- 
tière, pour le mettre en combustion, et l'armée doit s'avancer, 
avec quelques magasins transportés par l'Elbe, du côté de Mcl- 
nik. Dès qu'on a du pain en avance, commencent les véritables 
opérations de guerre, qui doivent être dirigées du côté de Gît* 
scbîn. Ce mouvement suffit pour contraindre l'armée impériale 
à quitter son camp de l'Elbe; mais c'est aussi le moment où l'ar- 
mée de Silésie doit être la plus alerte pour suivre incessamment 
l'ennemi , passer l'Elbe promptement à sa suite et le talonner, de 
façon que, au lieu de marcher contre l'armée de Saxe, où il se 
trouverait entre deux grandes armées, cela l'oblige de prendre 
sa retraite vers Pardubitz, derrière les étangs de Bohdanetz. Dès 
lors, si on le juge à propos, Prague peut être pris par un coup 
de main, à moins que l'armée d'Eger ne se hâte pour nous pré- 
venir. Mais dès lors, en laissant trente mille hommes en Bo- 
hème, le reste de l'armée peut tourner vers la Haute -Silésie. Il 
y a deux marches à faire; il est impossible, quand on ne sait pas 
lelat actuel des choses, de choisir la plus convenable; l'une est 
par Patschkau et Neustadt, l'autre par Ilabelschwerdt, Leuto- 
mLschl, Schônhengst, vers Neustadt. Reste à savoir si, en pre- 
nant cette dernière route, le pain pourrait être fourni assez abon- 
damment de Glatz; de plus, en prenant cette marche, il faudrait 
de toute nécessité que le corps de Léobschûtz coopérât à faire 
réussir cette entreprise, et la grande difficulté serait de faciliter 
la jonction de ces corps. Il est probable que les Autrichiens de 
lleydepiltsch, se voyant pris à revers, se retireraient à Olmùtz; 
alors on aurait gain de jeu; mais au cas que cela n'arrivât point, 
il resterait toujours le passage d'Altstadt pour se joindre au corps 
de Léobschîitz. Reste à savoir alors ou sont les Russes, s'ils sont 
en marche, s'ils sont vers Cracovie, ou s'ils n'ont pas encore 
quitté leurs frontières; car ce sont des préalables qui doivent dé- 
cider des opérations ultérieures. 



i36 VIA. REFLEXIONS 

Supposons maintenant tous les cas différents. Si les Russes 
sont encore sur leurs frontières, il serait bon de voir par une ten- 
tative si Ton ne pourrait pas chasser les Autrichiens de Bilitz. Il 
parait qu'on pourrait les obliger, en y détachant un corps, de cé- 
der le terrain; car ils ont deux retraites, l'une vers la Jablunka, 
dans les hautes montagnes de la Hongrie, et l'autre dans la Po- 
logne, vers les monts Krapacks. Ainsi , à peine les aurait-on chas- 
sés, qu'on les y verrait revenir. Le seul avantage qu'on pourrait 
tirer de cette opération consisterait de parvenir à ruiner leur ma- 
gasin de Bilitz, qu'ils ne pourraient pas reformer si prompte- 
meirt. II serait nécessaire que, pendant cette expédition, le gros 
de l'armée de Moravie se tint entre Jâgcrndorf et Troppâu, dans 
un bon camp, pour contenir les Autrichiens dans leur camp de 
Hcydepiltsch. En second lieu, si nous supposons que le corps 
auxiliaire des Russes s'est déjà mis en marche, ce serait le même 
pfan auquel il faudrait se tenir; mais si leurs troupes s'appro- 
chaient de Cracovie, cela donnerait lieu à d'autres combinaisons. 
De quelque force que soit ce secours, l'usage des Russes n'est 
point de se hasarder. Us poussent les précautions à toute ou- 
trance, et l'on ne parviendra pas à leur faire passer la Vistule, 
k moins qu'une vingtaine de mille hommes ne leur en facilitent 
le passage. Il sera nécessaire de les envoyer au-devant d'eux, à 
moins de vouloir renoncer à leur jonction. Or ce projet ne sau- 
rait indiquer quel chemin il faudra prendre à leur rencontre, 
parce qu'il faudrait savoir préalablement quelle position prendra 
l'armée autrichienne en Lodomérie; 2° quelle sera sa force; 3° si 
elle agira sur la défensive, ou si elle voudra attaquer les Russes 
sur les frontières polonaises. Ce sont des détails dont on doit 
être instruit en temps et lieu, et sur lesquels se doivent régler 
les opérations conjointement avec les Russes. Autant que je con- 
nais cette nation, ses secours n'arriveront que sur la lin de la 
première campagne, car ils préfèrent les quartiers d'hiver aux 
travaux de la guerre. Cela étant ainsi , il parait apparent que ce 
que nous venons d'indiquer sera le résultat d'une première cam- 
pagne, supposé encore que tout y réussisse à souhait Voici alors 
les questions qui s'ensuivent, et qui sont difficiles à résoudre. 



SUR LES MESURES A PRENDRE. i3 7 

i° Prendra-t-on des quartiers d'hiver en Bohême? a° Comment 
les réglera - 1 - on ? Voici ma réponse. 

Si Ton a pu se rendre maître de Prague, Ton peut sans dif- 
ficulté prendre des quartiers d'hiver en Bohême, parce que, à 
Prague, on peut y mettre, en cas de nécessité, trente bataillons, 
ce qui fait une bonne tête, et que, dans les environs, on peut te* 
oir commodément sous sa main quarante à soixante escadrons. 
Le reste des troupes pourrait être distribué depuis Melnik jusqu'à 
Leitmeritz, pour demeurer maître de l'Elbe et de la Moldau. 
Mais si Ton n'est pas maître de Prague, la difficulté sera énorme, 
à cause que l'armée autrichienne qui se trouve auprès de Bohda- 
netz occupera l'Elbe, qu'elle a de l'autre côté quantité de villes 
où elle peut se resserrer, comme Chrudim, Czaslau, Kutten- 
berg, etc., au lieu que de ce côté- ci il n'y a que de mauvais vil- 
lages où les troupes éparpillées ne peuvent présenter aucune tête, 
et où les quartiers seraient inquiétés durant tout l'hiver, sans 
compter qu'il serait impossible d'éviter qu'il n'y eut des postes 
enlevés. Supposons même qu'on se fût emparé de KônigingrMtz, 
cela n'empêcherait pas l'impossibilité de tenir de ce côté -ci de 
l'Elbe, dans un pays fourragé et où il faudrait transporter de 
Silésie jusqu'à la moindre botte de paille. Où trouver tous les 
chevaux en Silésie pour ce transport? Et quelles sommes énormes 
cela ne coûterait- il pas, sans compter que les troupes inquiétées 
pendant tout l'hiver seraient ruinées au printemps suivant, à 
l'ouverture de la campagne ! 

Mais, dira -t -on, est -il honorable de se retirer après avoir 
soumis un terrain aussi étendu? J'avoue qu'il serait à désirer 
qu'il y eût moyen de s'y maintenir, et cela ne peut avoir lieu, à 
moins que, par une bataille bien décisive, l'armée ennemie n'ait 
souffert des pertes si considérables , qu'elle n'ose plus se remon- 
trer en campagne. Alors on a les bras libres,' et l'on peut s'éta- 
blir comme on le juge à propos, en faisant livrer le pays conquis 
et en profitant de tous ses avantages. 

Venons à la seconde campagne. A- 1- on pu se maintenir en 
Bohême? Ne l'a -t- on pas pu? Voilà sur quoi les opérations 
doivent se régler. Si l'on est demeuré maître de la Bohême, la 
grande armée doit s'assembler auprès de Prague. Si elle peut, 



i38 VIII. REFLEXIONS 

avant d'entrer en opérations, s'emparer d'Eger, ce serait un bon 
coup, non pour conserver cette forteresse, mais pour en ruiner 
les ouvrages. L'autre armée de Silésîe rassemblera quarante mille 
hommes vers Kônigingratz, sur la hauteur de Pless. 

Nous voici aux grandes opérations, qui ne peuvent avoir lieu 
qu'en Moravie. L'armée prussienne qui s'y trouve est forte de 
quarante à cinquante mille hommes; ou les Russes l'ont jointe, 
ou la jonction doit se faire. De quelque façon que cela soit, les 
mêmes embarras en résultent; car, supposé que les Russes soient 
du côté de Cracovie avec quinze mille Prussiens, ils tiennent en 
échec les troupes de la Lodomérie, et dès lors le corps d'armée 
de la Haute - Silésîe n'a point à craindre d'être pris à dos par ces 
Autrichiens, qui, venant de Wieliczka, ne trouveraient personne 
qui les empêchât de pénétrer droit par Tarnowitz en Haute -Si- 
lésie et de se porter sur Cosel, seul lieu, dans la Haute -Silésîe, 
où l'on puisse établir des magasins pour l'armée; et, supposant 
seulement que la ville fut bloquée, l'on manquerait incessam- 
ment de vivres et de toute ressource. Le corps d'Autrichiens de 
Heydepiltsch se porterait en avant, et, sans le gain d'une ba- 
taille, on ne parviendrait pas à conserver la Haute -Silésîe. Si 
l'on fait, de plus, réflexion que le corps d'Autrichiens de Bilitz 
ne manquerait pas de se mettre en action de son côté, et pénétre- 
rait du côté de Pless et de Ratibor, ce qui arriverait à coup sûr, 
si l'on ne prend les seules mesures convenables en pareil cas (elles 
consistent à profiter du seul avantage que l'ennemi nous donne, 
à savoir, de ce qu'il agit eu corps séparé), alors Tunique parti rai- 
sonnable est d'attaquer avec toute cette armée, forte de soixante- 
dix mille hommes, l'un des trois corps des ennemis, et de le 
battre totalement, à savoir, si le corps de Lodomérie suit les 
Russes, il faut que toute l'armée prussienne et russe lui tombe 
sur le corps, soit âur les frontières, soit sur le territoire polonais 
ou silésien, ou bien, si ce corps demeure à Wieliczka i il faut, 
tous réunis, marcher sur ceux qui occupent le poste de Heyde- 
piltsch, d'où l'on peut sûrement les déloger en marchant de 
Troppau vers Bautsch, et en faisant mine de les tourner. Ayant 
passé la Mora vers Hoff , les ennemis quitteront ce poste à coup 
sûr, et c'est de l'habileté du général de les charger vivement sur 



SUR LES MESURES A PRENDRE. i3g 

leur retraite et de les ruiner, pour peu que cela soit possible. 
Mais alors il faut être alerte d'un autre côté, et ne pas perdre en- 
tièrement de vue le corps de Wieliczka ; car à quoi servirait de 
faire des conquêtes en Moravie, si Ton perdait Cosel pendant ce 
temps, et que l'ennemi se rendit maître des derrières de l'armée? 
Pour obvier à d'aussi fâcheux inconvénients, il faudrait, après 
avoir ebassé les ennemis de Heydepiltsch , détacher incessamment 
au moins une vingtaine de mille hommes pour les opposer par 
une sage défensive aux Autrichiens, qui, soit par Wieliczka, soit 
par Bilitz , voudraient entamer les possessions prussiennes. ' 

Nous voici parvenus à un moment décisif, dont pourrait par* 
1er avec fondement celui-là seul qui connaît les contingents fu- 
turs. Pour donner des règles certaines de ce que l'on pourrait 
entreprendre, il faudrait savoir au juste les événements qui arri- 
veraient dans cette guerre que nous supposons devoir se faire. 
Je suis un ignorant qui n'ai pas le don de prophétiser, et qui sais 
encore moins si ces armées que je suppose agir auront du bon* 
heur, ou s'il leur arrivera d'essuyer quelque échec. Mais, pour 
plus de sûreté, supposons l'un et l'autre. Si les deux armées 
prussiennes en Bohême, celle de Prague et celle de Konigingrfttz 
au camp de Plcss, essuyaient quelque échec, celle de Prague 
trouve de bons camps auprès de cette capitale, où elle peut se 
soutenir longtemps, et celle de Kônigingrâtz trouve une retraite 
assurée au Ratschenberg, et encore même auprès de Wûnschel- 
bourg et de la Heuscheune, surtout si Ton fait sauter les che- 
mins qui de Politz et de la Bohême mènent à la Heuscheune. Si 
tout réussit en Bohême, et que se tiennent, a soit du coté de 
Chrudim, ou de Czaslau, le corps de Pless et Kônigingrâtz doit 
faire un détachement de vingt mille hommes pour renforcer l'ar- 
mée de la Haute -Silésie, afin que, en laissant vingt -cinq mille 
hommes pour couvrir la province et Cosel , on puisse agir avec 
une supériorité marquée sur cette armée qu'on a battue en se re- 

a Les moto que se tiennent (ce dernier presque illisible) sont remplacés par: 
qu'on n'ait rien à craindre, dans la copie des Réflexions conservée parmi la cor- 
respondance manuscrite de Frédéric avec son frère le prince Henri (Archives de 
l'Etat. F. 108. //, fol. 70). Nous imprimons exactement, d'après l'autographe, 
ce pasaagc inintelligible. 



i*o VIII. REFLEXIONS 

tirant de Heydepiltsch; car voici les difficultés toujours renais- 
santes qui se présentent. 

On sait que les Autrichiens ont un camp préparé près d'Ol- 
mûtz, où ils veulent appuyer leur droite, leur gauche vers Littau, 
et la Morawa coulant devant leur front. Si les vivres permettent 
aux Prussiens d'avancer, ils doivent se porter au couvent de Hra- 
disch, de ce côté -ci de la Morawa, où ils ont un poste très -fort 
et l'armée ennemie sous l'inspection de leurs yeux. Quant à ce 
camp des Autrichiens, voici l'intention pour laquelle ils l'ont pris. 
II est inattaquable de ce côté-ci de la Morawa, et ils comprennent 
bien que les Prussiens ne passeraient la Morawa que pour les y 
forcer. On ne peut passer cette rivière que du côté de Neustadt, 
où elle est faible, ou à gauche, du côté de Cremsier. Or, quelque 
part qu'on la passe, ils la repassent de l'autre côté, et vont alors 
se camper près du couvent de Hradisch, et coupent ainsi l'armée 
prussienne de ses dépôts et de ses vivres. II ne faut donc pas 
franchir cette rivière, à moins que d'avoir totalement défait l'ar- 
mée autrichienne entre Heydepiltsch et Olraûtz, ou bien Ton 
s'exposerait aux plus grands malheurs par sa propre faute. Que 
reste -t -il donc à faire? me dira -t- on. Je réponds : Beaucoup 
d'entreprises, mais qui toutes sont combinées avec de grandes 
difficultés; car il faut convenir que le genre de guerre des Autri- 
chiens, le nombre de leurs troupes et la force de leurs postes 
présentent de tous côtés des obstacles difficiles à surmonter. Mais 
rien ne doit décourager un brave homme, et, pourvu qu'il agisse 
avec sagesse, il trouvera des expédients qui lui donneront de la 
supériorité sur ses ennemis. 

Pour bien détailler la suite de mes idées, il faut commencer 
par vous exposer en général le plan que l'on doit se proposer de 
remplir. Dans toutes les guerres que l'on entreprend contre la 
maison d'Autriche, on doit avoir pour objet principal de trans- 
porter, autant que cela est possible, le théâtre des opérations sur 
les bords du Danube, par deux raisons, l'une, de priver l'armée 
de subsistances et de recrues, l'autre, d'alarmer la capitale, où 
tous les grands seigneurs se sont réfugiés, eux et leurs trésors. 
Quand Vienne crie, il faut que tout le monde accoure pour la 
secourir, et alors on a les bras libres , tant en Bohême qu'en Mo- 



SUR LES MESURES A PRENDRE. i*i 

ravie; les places tombent, et, maître du pays, on peut se procu- 
rer vivres, fourrages et tous les besoins de l'armée aux dépens 
de Fennemi , seule méthode pour soutenir la guerre et la pouvoir 
continuer avec avantage. 

Mais il ne suffit pas d'étaler cette idée générale ; il faut indi- 
quer les moyens de faire réussir un tel projet La première no- 
tion que l'armée prussienne de Moravie doit se procurer est d'ap- 
prendre ce que font les troupes de Wieliczka et de Bilitz; celles-là 
ne doivent jamais être perdues de vue, parce que leur position 
gênante peut empêcher toutes les entreprises que les circonstances 
d'ailleurs favorables pourraient permettre de hasarder. A en ju- 
ger, il n'est pas probable que ces troupes, n'ayant pas été bat- 
tues, se tiennent tranquilles dans leur position, surtout s'ils ne 
trouvent pas de corps devant eux, qui s'opposent à leurs mouve- 
ments. Ces vingt mille hommes qu'on a destinés pour couvrir 
les frontières contre eux ne sont guère suffisants pour les ar- 
rêter, surtout s'ils avaient des ordres de la cour d'agir, comme 
on doit supposer qu'on les leur donnerait. Il faudrait donc dé- 
tacher au moins vingt mille hommes pour les renforcer, afin qu'il 
y eût quelque proportion entre le corps et les forces de l'ennemi. 
Resteraient donc à peu près cinquante -cinq mille hommes pour 
les opérations de la Moravie. Le préalable serait, en pareil cas, 
de faire avancer ses magasins à Weisskirch , à Leibnik ou à Pré- 
rau, selon qu'on trouverait ces villes le mieux en état de se dé- 
fendre. Cela fait, et la boulangerie bien établie pour l'armée, il 
faudrait composer un détachement de Cosaques, de hussards et 
d'une dizaine de bataillons, avçc quelques dragons, suivis de 
vivres pour un mois, et de leur boulangerie qui longerait le long 
de la Morawa par Hradisch, Ungarisch-Brod, en suivant le che- 
min de Presbourg, lieu de leur destination, où ils arriveraient 
sans trouver d'ennemis, où ils travailleraient à s'assurer inconti- 
nent du passage du Danube, premièrement pour intervertir les 
transports des magasins de la Hongrie à Vienne, en second lieu 
pour faire des incursions avec les Cosaques et les hussards jus- 
qu'aux consignes de Vienne; et il est bien certain que, pour peu 
que le général qui commande un tel corps ait de l'intelligence, il 



i4a VIH. REFLEXIONS 

se procurera des vivres à foison, qu'il tirera de la partie la plus 
cultivée et la plus abondante de toute la Hongrie. 

Mais réfléchissons maintenant a quoi cette expédition engage 
les Autrichiens. Premièrement, il est plus que palpable que Far* 
mée de la Lodomérie et le corps de Bilitz se mettront en marche 
pour suivre ces Prussiens qui se sont emparés de Presbourg. Voilà 
le moment où les trente -cinq mille Prussiens qui couvraient la 
Haute-Silésie doivent se mettre également en marche. Ils trouvent 
les magasins de Weisskirch tout préparés; ils s'y pourvoient abon- 
damment et suivent les Autrichiens, qui, n'ayant pas fait d'ar- 
rangements d'avance, ne pourront marcher aussi vite qu'eux. Il 
résultera de là qu'il y aura certainement une bataille en Hongrie; 
mais ce sera une affaire de plaine, où il y a cent à parier contre 
un que l'avantage sera pour les Prussiens, si le général qui les 
commande est habile et bien déterminé. Mais cela ne suffira pas. 
Les clameurs de la capitale attireront, comme je l'ai dit, des dé- 
tachements de tous les côtés; on oubliera Olmùtz et la Bohême 
pour sauver Vienne, et c'est l'heure du berger, dont il faut pro- 
fiter pour pousser sa pointe plus en avant, passer alors la Mo- 
rawa, ruiner les environs d'Olmîitz, se porter sur Briïnn, en 
faire le siège, ce qui est une opération de huit jours. 

Voici quelles en seront les suites. Dès lors les armées de la 
Bohême pourront agir en s'approchant de l'Autriche, et si le des- 
tin leur procure une bataille heureuse, rien ne les empêchera de 
s'avancer vers le Danube. Alors, toutes les ressources manquant 
à la cour impériale, il est à présumer que, pour éviter d'être ac- 
cablée tout à fait, elle pliera et subira son sort, en se prêtant à 
une paix raisonnable. C'est là l'idée générale que j'ai voulu don- 
ner de ce qu'il y avait à entreprendre. 

11 est sûr qu'il se rencontre bien des difficultés dans l'exécu- 
tion. Mais, supposé même que seulement la moitié de ce plan 
ait été exécutée, les effets en seront néanmoins très -avantageux 
pour les Prussiens. On demandera sans doute comment on fera 
avancer l'armée de Prague. Je réponds que, dès qu'on est maître 
d'une province, # on peut faire usage de tous les chevaux qui s'y 
trouvent, et qu'il y a dix fois plus de chevaux qu'il n'en faut, en 
Bohême, pour charrier la farine nécessaire à la consommation 



SUR LES MESURES A PRENDRE. i43 

dune armée. Quant aux fourrages, on en trouve partout, ou 
bien à fourrager, ou bien recelés dans les granges, et de plus, en 
avançant vers le Danube, la Bavière serait en état de fournir 
tout ce qui manquerait à l'armée. Du côté de la Silésie, après 
la prise de Brunn , je serais d'avis d'y établir des magasins et de 
n'avancer, cette campagne, que jusque sur les bords de la Taya, 
à Znaim, Nikolsbourg et autres "endroits, où Ton pourrait op- 
poser à l'ennemi une tête de quartiers d'hiver. En ruinant les 
environs d'Olmiitz à quatre milles à la ronde, et en y laissant 
quelques troupes pour la bloquer de loin, on l'affamerait pen- 
dant l'hiver, et la réduirait, le printemps suivant, à se rendre 
sans grande résistance. Je dois ajouter à ceci, pour rendre hom- 
mage à la vérité, qu'il n'est pas apparent que toutes les expédi- 
tions que je propose ici réussissent aussi parfaitement que je le 
suppose; mais il reste toujours certain que, en adoptant de 
vastes projets, on va plus loin que si l'on se borne à des vues 
resserrées et peu étendues. 

J'ai fait l'esquisse de ce projet en supposant que nous n'avons 
d'alliés que les Russes et les Saxons, parce que je n'ai rien voulu 
supposer de plus que ce qui existe en réalité à présent. Mais 
joignons pour un moment les Turcs aux opérations que nous 
proposons; voilà au moins quarante mille Autrichiens employés 
contre eux, qui ne pourront pas combattre contre la Prusse. 
Joignons -y encore les Français en Flandre; il faudra au moins 
trente mille Autrichiens, joints avec les Hollandais et les Anglais, 
pour s'opposer aux efforts des Français. Ajoutons à ceci une di- 
version dans le Milanais, opérée par les troupes françaises et 
sardoises, où les Autrichiens seront obligés d'opposer au moins 
trente mille hommes. Résumons ces corps ensemble : contre les 
Turcs quarante mille, en Flandre trente mille, dans le Milanais 
trente mille, font cent mille hommes. Déduisez ce nombre de 
deux cent quarante mille dans lequel consiste leur armée, il n'en 
reste que cent quarante mille à opposer aux Prussiens, et ces der- 
niers, avec leurs alliés, mettent cent quatre- vingt mille hommes 
en campagne. 11 résulte donc de ce calcul que, en opposant aux 
troupes de l'Empereur des forces égales de tous les côtés, les 
Prussiens ont quarante mille hommes en sus, qu'ils peuvent cm- 



i44 VIII. REFLEXIONS. 

ployer comme bon leur semble , fût* ce même pour en former 
une armée qui agirait séparément, sans rencontrer d'ennemi qui 
pût s'opposer à ses entreprises. Voilà la plus grande supériorité 
qu'on peut se procurer contre un ennemi. Alors, avec un vaste 
plan comme celui que je viens de proposer, il faut réussir, à moins 
qu'une indolence et une coupable négligence n'empêchent que les 
généraux ne remplissent leur devoir dans toute sa rigueur, et que, 
peu soucieux de leur propre gloire, de l'honneur de la nation et 
du bien de la patrie, ils agissent plutôt en traîtres qu'en citoyens. 

Les Prussiens sont dans la nécessité de penser à la guerre, 
parce qu'ils ont un voisin inquiet et remuant, qui déploiera toute 
son ambition aussitôt que la mort de l'Impératrice sa mère le 
mettra en liberté de suivre son penchant. Il faut se préparer 
d'avance à un tel événement, qui est plus que probable, pour ne 
pas dire certain. Quiconque ne réfléchit pas maintenant à ce qu'il 
y a de mieux à faire n'aura pas le temps d'y penser mûrement 
lorsqu'il faut entrer en action. D'ailleurs, quand on a la tête 
tranquille, on médite avec suite, on envisage toutes les difficul- 
tés , on trouve des expédients pour lever les obstacles que l'on 
prévoit devoir s'opposer à ses opérations; au lieu que, en remet- 
tant à faire des projets le moment qu'il faut agir, il est impos- 
sible que les matières soient mûrement digérées, et que, faute 
de temps, on ne néglige à mettre en compte des objets considé- 
rables qui, n'ayant pas été prévus, peuvent être la cause que les 
projets de campagne réussissent mal, et tournent d'une manière 
désavantageuse à celui qui les exécute. C'est uniquement par 
amour pour la patrie que j'ai jeté ces idées sur le papier. Si elles 
peuvent se rectifier et se perfectionner par la connaissance des 
terrains dans lesquels on doit agir, on fera très -bien d'y changer 
ce qui est nécessaire pour le bien des choses. 

Le 28 septembre 177g. 

NB. J'ai oublié de parler du poste que, pour les premiers 
quartiers d'hiver, les Autrichiens établiront sûrement auprès de 
Zuckmantel. Il est nécessaire de savoir qu'on peut le tourner 
par Altstadt. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Avertissement de l'Éditeur 



PAGES 
IX 



L ELEMENTS DE CASTRAMETRIE ET DE TACTIQUE . . i 

Avant -propos 3 

Article I er . De la castrainétrie 6 

Article IL Des camps de collines et hauteurs 7 

N° L Plan d'une hauteur qui passe dans lest plaines. 
Article III. Des postes sur les hautes montagnes 9 

N° IL Plan des hauteurs égales. 
Article IV. Des camps de plaine et de terrains coupés . . 10 

N* III. Plan d'un camp dans la plaine. 
Article V. Des camps en embuscades 12 

N" IV. Plan d'un camp embusque, garnissant un bois. 

N* V. Plan d'une embuscade où on a tonte la cavalerie et la 
réserve à sa disposition. 
Article VI. Des camps derrière des ruisseaux ou rivières. i3 
Article Vil. Des camps réduits en un ou deux points 

d'attaque i3 

N° VI. Plan d'un camp à deux points d'attaque. 
Article VIII. Des camps où le point d'attaque est étroit . i4 

N" Vil. Plan d'un camp fort et inattaquable. 
Article IX. Des retranchements i4 

N* VIII. Plan d'une redoute avec son profil. 

N° IX. Plan d'une redoute palissadce d'une nouvelle manière. 

N° X. Plan d'un abatis avec son profil. 

Article X. Des camps qui couvrent les pays i5 

XXIX. 10 



i46 TABLE 

FACII 

Article XI. Des terrains trop étendus 16 

N° XI. Plan duo camp près de Freyberg. 

N* XII. Plan d'un camp près de Sophienthal. 
Article XII. Comment on raisonne sa position 18 

N° XIII. Plan des environs de Borne. 

N° XIV. Plan d'un camp près de Siegroth. 
Article XIII. Que ce n'est pas tout que de bien savoir les 

règles d'un camp iS 

Article XIV. De ce qu'il faut observer de plus, en pre- 
nant un camp y pour les chemins et les postes détachés. 19 

N° XV. Plan d'un mauvais camp pris près de Meissen. 
Article XV. Comment on appuie les attaques et l'armée . 20 

N* XVI. Plan d'un bois qu'on occupe pour appuyer l' armée. 

N* XVII. Second plan pour l'article des appuis. 
Article XVI. Des différentes attaques 21 

N° XVIII. Plan de l'attaque dans une plaine. 
Article XV IL Autre attaque de plaine 22 

N° XIX. Plan d'un camp caché dans un fond. 

N° XX. Marche de l'armée ennemie en colonne, attaquée par 
notre cavalerie. 

N° XXI. Marche et attaque de notre infanterie. 
Article XV III. Attaque de village 23 

N" XXII. Plan de l'attaque d'un village. 
Article XIX. Des attaques des hauteurs 23 

N° XX 111. Plan d'une véritable et d'une fausse attaque. 

N° XXIV. Plan d'une attaque repoussée, et sa retraite. 
Article XX. Des dispositions où toute Tannée n'attaque , 
qu'un point ai 

N° XXV. Plan d'une attaque sur le flanc gauche de l'ennemi. 

Article XXI. Des attaques de retranchements 25 

Article XXII. De l'avantage de ma méthode d'attaquer 
sur les autres 25 

N* XXVI. Plan d'une attaque repoussce, et sa retraite. 
Article XXIII. De la meilleure méthode de défendre à l'en- 
nemi le passage d'une rivière 26 

N° XXVII. Plan comment on peut disputer le passage d'une 
rivière. 
Article XXIV. Des passages de rivières 27 

N* XX V1I1. Plan pour le passage d'une rivière. 

N° XXIX. Plan pour repasser la rivière. 



DES MATIERES. 1*7 

PA6I8 

Article XXV. De la tactique des marches et de leurs dis- 
positions 28 

N* XXX. Plan d'une marche d'armée couverte. 

Article XXVI. Des différentes avant -gardes 29 

N° XXXI. Plan pour une avant -garde dans la plaine, qui 

couvre nn campement. 
N* XXXII. Plan d'un campement avec la même avant-garde, 
pour prendre un camp sur les montagnes. 
Article XXVII. Gomment il faut se retirer d'un camp lors- 
qu'il est proche de l'ennemi 3o 

Article XXVIII. Des différentes arrière -gardes 32 

N" XXXIU. Plan des environs de Konigingiâtx , où on se 

retire. 
N* XXXI V. Plan d'une marche de bagage, et la plus sûre 
façon de la couvrir. 

Article XXIX. Des arrière -gardes qu'on attaque 34 

N° XXXV. Second plan des environs de KdoigingrSU, où on 
attaque l'arrière - garde. 
Article XXX. Des fourrages verts et des fourrages secs . 35 
N° XXXVI. Plan des fourrages verts. 
N° XXXVII. Plan des fourrages secs. 
Article XXXI. Des camps de réserve qu'un général doit 

avoir fait reconnaître d'avance . . . . , 36 

Article XXXII. Quand il faut poursuivre l'ennemi, et quand 

on lui fait un pont d'or 37 

Article XXXIII. Du véritable emploi des cuirassiers et des 

dragons 37 

Article XXXIV. Des hussards 39 

Article XXXV. Des bataillons francs 4o 

Article XXXVI. De l'artillerie de campagne 4> 

Article XX XVII. Ce qu'un officier doit observer lorsqu'il 

est détaché » 43 

Article XXXVIII. De la guerre de contenance 46 

IL AVANT-PROPOS 49 

in. REGLES de ce qu'on exige d'un bon commandeur de ba- 
taillon en temps de guerre 55 

IV. REFLEXIONS sur les projets de campagne '67 



i4S TABLE DES MATIERES. 



PAGES 



V. DES MARCHES D'ARMEE, et de ce qu'il faut observer 

à cet égard 95 

VI. PROJET DE CAMPAGNE 119 

VII. KNSTRUCTION pour le prince héréditaire de Brunswic. 123 

VIII. REFLEXIONS sur les mesures à prendre au cas d'une 
guerre nouvelle avec les Autrichiens, en supposant qu'ils 
suivent la même méthode d'une défensive rigide comme 
dans la dernière campagne de 1778 129 



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ŒUVRES 



DE 



FREDERIC 

LE GRAND 



TOME XXX. 



ŒUVRES 



DE 



FRÉDÉRIC 



LE GRAND 



TOME XXX. 




BERLIN •» MDCCCLVI 

CHEZ RODOLPHE DECKER 

IMPRIMEUR DU ROI 
SUCCI88EUR ET HERITIER DE DECKER PÈRE ET F ILS 



ŒUVRES 

MILITAIRES 

DE 

FRÉDÉRIC II 

ROI DE PRUSSE 



TOME III. 



BERLIN 

CHEZ RODOLPHE DECKER IMPRIMEUR DU ROI 

SUCCESSEUR KT HERITIER DE DECKER PERE ET FILS 

MDCCCLVI 



ŒUVRES 
MILITAIRES 



TOME III. 



VORWORT 

DES 

HERAUSGEBERS. 



tïtht wir îiber die acht und dreissig militairischen Instructions , Dis- 
positionen, Règlements und Ordres dieser Abtheilung das Nôthige sa- 
gm, miïssen wir unsere Grande darlegen, weshalb wir einige der 
Sdiriften, welche man hier vielleicht suchen mochte , nicht aufgenom- 
men haben. Obenan gehort dahin die dem grossen Konige angeblich 
entwandte Geheime Instruction, enthaltend die geheimen Befehle an 
die Officier e seiner Armée , besonders an die von der Cavalier ie. 
Dièse Instruction ist ihm seit dem Jahre 1780, und zwar als eine 
deutsche Original - Schrift, beigelegt worden; Scharnhorst hat sie, 
1794, aus einer dem Fûrsten von Ligne zugeschriebenen franzosischen 
Uebersetzung in das Deutsche iïbersetzt; der Oberst von Schûtz und 
der Hauptmann Schulz haben die Scharnhorstsche Arbeit, 1819, wie- 
der abdrucken lassen, und die Franzosen geben immer noch neue 
Ansgaben der franzôsischen Uebersetzung; aber der sogenannte Ge- 
heime Unterricht ist eben so wenig jemals geheim gewesen, als er 
eine Arbeit des Konigs ist. 

Wir werden dem Léser am leîchtesten zur Einsicht in die Ge- 
sehichte dieser Schrift verhelfen, wenn wir erst die geheimnissvolle 
franzosische Uebersetzung und dann das ebrliche deutsche Original 
derselben nennen, welches aus seinem Entstehen nie ein Hehl ge- 
macht hat. 

Der franzosische Text also ist betitelt : Instruction secrette dé- 
robée à Sa Majesté le roi de Prusse, contenant les ordres secrets 
expédies aux officiers de son armée, particulièrement à ceux de la 
XXX. a 



x VORWORT 

cavalerie, pour se conduire dans la circonstance présente. Traduite 
de l'original allemand par le prince de Ligne. Première partie. 
Imprimée en ÎVestphalie, l'an de la guerre 1779, p. 1—60; Seconde 
partie. Imprimée en Westphalie, l'an de la guerre 1779, p. 63 
a i5i, in -8. Eine spà'tere Ausgabe derselben Schrift, welche aus 
sechzehn Capiteln besteht, fûhrt auf dem Titel, statt der Worte Im- 
primée en Westphalie, u. s. w. , das Aushangeschild : A Belœil, et se 
trouve à Bruxelles, chez F. Hayez, imprimeur -libraire, haute -rue, 
MDCCLXXXVII, vi und 125 Scîtcn in 12. Die Herrschaft Belœil, 
in der Grafschaft Hennegau , gehorte bekanntlich dem furstlichen Hause 
Ligne, welches auf dem Schlosse zu Belœil, bei Tournai, residirte. 
Wir glauben jedoch nicht , dass der Furst von Ligne an diesem Werke 
Antheil habe. Auch sind wir iïberzeugt, dass die Instruction secrette 
dérobée, u. s. w., trotz der Jahreszahl 1779, spateren Ursprungs sei, 
als die Regeln und Anmerkungen Jur Officiers ûberhaupt, und Hu- 
saren-OJficiers insbesondere , Ûber den Dienst un Felde, Frankfurt und 
Leipzig, 1780, hundert secbs und vierzig Seiten in 8. Hinter dem 
Titelblatte dieser Regeln und Anmerkungen folgt Inhalt, und zwar 
1. Vorerinnerung ; 2. Einleùung; 3. Erstes Capitel, Von den Feld- 
wachen, und so fort aile sechzehn Capitel, wie die franzosische Aus- 
gabe von 1779 sie auch hat. Natiïrlich aber findet sich in dieser 
deutschen (Original-) Ausgabe die Pré/ace du traducteur à ses cama- 
rades les officiers autrichiens nicht, welche die sogenannte Prinz 
Lignesche Ausgabe von 1779 hat; dagegen haben die Regeln und 
Anmerkungen die folgende Vorerinnerung, welche der franzosische 
Uebersetzer ausgelassen hat, obgleich sie die Geschichte des Buchs 
enthalt : 

«Vorerinnerung. 
«Jedermann ist von dem Nutzen der Husaren in den Armeen 
^uberzeuget, viele auch von der Nothwendigkeit, dass sie ungarisch 
«gekleidet sein miissen, ohngeacbtet sie an vielen Orten mit der Art 
«Truppen, davon sie eine Nachahmung sind, fast gar nichts gemein 
«haben. Ich kenne hingegen auch verschiedene, welche hehaupten 
«kônnen, dass die Nachahmung das Muster ubertreffe. Ich werde 
«mkh in keine genaue Beschreibung der Werbung und des Beritten- 
«machens der Husaren einlassen, obgleich mehr als zu gewiss ist, 
• dass eine Nachlassigkeit in Beobachtung dessen, was dazu geh&ret, 
«nothwendigerweise das Ganze in Gefahr setzt. Ich werde bloss nach 
«Massgebung dessen, was mich Fleiss und Erfahrung gelehret, mit 



DES HERAUSGEBERS. xi 

•Ihnen sprechen, den bekannten Tractât : Der Husar im Felde, zur 
«Anlrîtung nehmen, iiber jedes Capitel meine Gedanken eroffhen, 
«wobei Sie emige rafaltige Beobaehtungen und Erlauterungen nieder- 
«scfarobcn kônnen. Das waa Ihnen dunkel und unveratandlich vor- 
•konunen kôtmte, werde ich Ihnen auf dem Tische vormalen. 

«Ehe ich aber damit den Anfang machen will, werde kh Ihnen 
■emige Gedanken von den Offideren mittheilen. 

«Von den Offideren uberhaupt. 

•Es ist genugsam bekannt, dass viele Menschen sich zum Befehlen 
•fahig halten, und Andere zu regieren wûnschen, ehe sie die dazu 
•nothige Erfahrung besitzen , u. s. w. » 

Was der unbekannte Verfasser der deutschen Originalschrift hier 
unter dem Titel Von den Offideren Uberhaupt giebt, ist in dem franzô- 
sischen Texte, gldch nach der Préface du traducteur à ses camarades 
les officiers autrichiens , als Introduction gegeben. 

Der in der obigen Vorerinnerung genannte Tractât ist 

Der Husar im Felde , oder kurzgefasste Maxùnen des Husaren- 
Métier ■, durch F. J. v. P. (Platen), Leipzig und Berlin, 1762, hun- 
dert und neun Seiten in 8., mit einem Plane, dedicirt «Dem hochge- 
•bornen Grafen und Herrn, Herrn Hans Hinrich von Lieven, Seiner 
•Konigliehen Majestat zu Schweden und des Reiches Rath, General, 
•Ritter und Commandeur des Kb'niglichen Schwert-Ordens, u. s. w., 
•Semem gnadigen Herrn.» Es besteht dièse Schrift aus drei und 
zwanzig Gapiteln : Capitel I. Was ein Officier, der eine Feldwache 
commandirt, tu beobachten. Capitel IL Was ein Husar auf Schild- 
tcache ojifr Feldwache zu beobachten hat Capitel III. Wie ein Of- 
ficier oder Unter -Officier auf Patrull sich zu verhaiten. Capitel IV. 
Wie ein Husar auf der PatruUe und beim Flanquiren sich zu ver- 
haiten. Capitel V. Wie ein Officier auf einem veflorenen Commando 
sich zu verhaiten, u. s. w. Eine neue Àuflage dièses Bûches ist 

Der Husar im Felde. Von P. J. von Platen, Major und Com- 
mandeur des Schwedischen Husaren - Corps. Neue verbesserte Aus- 
gabe mit Ânmerkungen vermehrt vom G. M. S. v. d. O.* zum Ge- 
brauch der jungen Offidere seines Régiments. Breslau und Leipzig, 
bd Wilhelm Gottlieb Korn, i8o5, hundert acht und zwanzig Sdten 
in S., mit einem Plane. 

* General - Major Ludwig Schimmelfennig von der Oye, seit 1800 Chef des 
■echsten preoititehen Hasaren-RegtmenU in Gleiwits, gestorbeo, ausser Dienst , 
im Jthre 18 19. 



xii VORWORT 

Die franzflsische Uebersetzung der Platenschen Schrift erschien, 
ohne des Originals zu gedenken, unter dem Titcl: 

Le Husardy ou courtes maximes de la petite guerre, A Berlin, 
1 761 , sieben und siebzig Seiten in 8. , und drei Seiten Table des cita- 
pitres , welche aber nicht paginirt sind. Druckort und Jabreszahl 
diirften absichtlich falsch sein, so wie das Seite 3 nnd 4 befindliche 
Avant -propos eine Âbkurzung der Vorrede des deutschen OriginaLs 
vom Jahre 176a ist, wie aus folgendem wôrtlichen Abdrucke betdtr 
leîcht zu ersehen. 

« Avant -propos. 

•Je n'avais pas le dessein, en composant ce traite', de le donner 

• au public; Je le fautais seulement lire à des jeunes gens, pour leur 

• donner quelques instructions. J'ai continué de m/me à écrire ces 

• maximes, plus pour m'en amuser que pour en faire usage, ce qui 

• est cause que je ne les ai pas proposées dans l'ordre qu'il faut. 

• Mais ayant montré cet ouvrage à quelques amis, leur approbation 

• m'a déterminé à le rendre public. 

•Les apprentis du métier de husard pourront en tirer quelque 

• utilité, mais il ne contient rien de nouveau pour des officiers expé- 
•rimentés. Si pourtant je suis assez heureux pour gagner Vappro- 
•bation de ces messieurs, je continuerai ce traité et le rendrai quelque 
•jour plus parfait.» Darauf folgt, Seite 5, die Schrift Le Husard 
selbst, und zwar in den drei und zwanzig Capiteln des deutschen 
Werks , namlich : Chapitre I. De ce que doit observer un officier qui 
commande une garde avancée. Chapitre IL De ce que doit observer 
un husard étant de garde, ou faisant le guet. Chapitre III. Com- 
ment un officier ou bas-officier doit faire la patrouille. Chapitre IV. 
Comment un husard se doit conduire faisant la patrouille ou devant 

flanquer. Chapitre V. Conduite d'un officier commandant un dé- 
tachement perdu, u. s. w. 

Die deutsche Vorrede, von 1762, lautet also : «Da ich dièses auf- 
«zuzeichnen den Anfang machte, war nichts weniger meine Meinung, 
«aïs solches dem Druck zu uberlassen. Es geschahe bloss, um es 
«die jungen Leute lesen zu lassen, und solche einigermassen zu un- 
«terrichten, wie sie sich bei ein und andern Vorkommenheiten zu 
«verhalten hatten. 

«Ich bin in dieser Aufzeichnung fortgefahren , mehr um mich da- 
«durch zu vergnîigen, als um Gebrauch davon zu inachen, und die- 



DES HERAUSGEBERS. nu 

ses hat verursacht, dass ich nkht einmal eine gebuhrende Ordnung 
der Sachen, davon ich geschrieben, beobachtet habe. 

•Da ich aber dièse Arbeit verschiedenen meiner Freunde gezeigt, 
so hat mich deren Beifall bewogen, solche allgemeiner zu machen, 
bloss als ein Werk, woraus ein Anfanger im Husaren -Métier viel 
Nutzliches iernen kann, nicht aber als ein solches, worin versuchte 
und erfahrene Officiere etwas Neues fînden konnten, LeUtere wer* 
dcn es nur aus Neubegierde, erstere aber gewiss nicht ohne Nutzen 



•Ich habe also bis hieher auch nichts anderes darin abgehandelt, 
als fur solche zutraglich sein mëchte. Solite aber dièse Arbeit den 
Beifall und eine giïnstige Aufnahme der erfabrenen und wohlver- 
suchten Officiere finden, so werde ich diesen Anfang fortsetzen und 
dereinslen dièse Arbeit vollkommener ausfiïhren. Da wenige odcr 
fast gar keine Werke dieser Art in deutscher Sprache geschrieben 
sind, so hoffe ich denen, die der franzôsischen Sprache nicht kun* 
dig, einen Dienst zu erweisen. Diejenigen aber, welche dièse Arbeit 
zu (adeln belieben mochten , bitte ich gehorsamst , etwas Besseres 
zu liefern. Ich werde mit Vergniigen von ihnen Iernen.» 

Der deutsche Husar im Felde des schwedischen Majors von Pla- 
ten liegt also den deutschen Regein und Anmerkungen fiir Officiers 
iïbcrhaupt, und Husaren- Officiers insbesondere , uber den Dienst im 
Fdde, deren Verfasser durchaus unbekannt, gewiss aber nicht der 
Konig von Preussen, sondern offenbar ein aller Husar ist, zum 
Grunde, und die franzôsischen Uebersetzungen von beiden haben sich 
Tauscbungen erlaubt. Diesen Tauschungen ist es auch wohl zuzu- 
sehreiben, dass Gerhard Scharahorst die franzosische Uebersetzung 
der Regeln und Anmerkungen fur echt gehalten und dieselben , deutsch 
iibersetzt, in den Unterricht des Kônigs von Preussen an die Géné- 
rale seiner Armeen 9 Hannover, 1794, Seite 295—890, aufgenommen , a 
unter dem Titel : Sr. Maj estât des Kônigs von Preussen geheimer 
Unterricht y enthaltend die den Officiers Dero Armée, besonders de- 
nen von der Cavalierie, ertheilten geheimen Bcfchie, wie sic sich bei 
gegenwartigen Umstanden verhalten soi/en, aus dem Franzôsischen des 
Prinzen von Ligne iibersetzt. Scharnhorst hat den Geheimen Unter- 
richt so unbedingt fur echt gehalten, dass er, Seite v der Vorrede, 

* In der von dem Obcrsten von Schtitz und dem Hauptuiann Schulz, Leip- 
zig, 1819, besorgten Ausgabe des Scharnhorstechen Buchs steht der Geheime 
Unterricht Band Ii., S. 181—278. 



xiv VORWORT 

nur sagt : «Der Unterricht fiir lekhte Truppen in den ersten Aus~ 
«gaben ist weggefallen und durch den von ihm (dem K5nige) ûber 
•eben diesen Gegenstand vor dem Kriege von 1778 aufgeseUten Un- 
• terri tht, weleher weît vottstgndiger und praktiseher ist, ersetzt.» Un- 
ter dem • Unterricht fiir leichte Truppen in den ersten Ausgaben» ver- 
steht Scharnhorst die von Platensche Schrift : Der Husar im Felde f 
welche verschiedentlich, auch unter dem Titel : Courtes maximes pour 
la petite guerre, ou Instructions pour les troupes légères, ùbersetzt 
und den franzosischen Uebersetzungen der General -Principia vom 
Kriege, schon in den ersten Ausgaben vom Jafare 1761, angefaSngt 
wurde. Dièse Courtes maximes pour la petite guerre hat Scharnhorst 
also verschmïht, um den Geheimen Unterricht zu geben. 

In Frankreieh ist die Instruction secrette, als eine echte, sehr ver- 
breitet. Wir besitzen davon folgende Àusgabe, die eine reine Wie- 
derboiung der ersten, vom angebliehen Jabre 1779» ist : Instruction 
secrète dérobée à Frédéric II, roi de Prusse, contenant les ordres 
secrets expédiés aux. officiers de son armée, particulièrement à ceux 
de la cavalerie, pour se conduire dans la guerre. Traduite de l'ori- 
ginal allemand par le prince de Ligne. Nouvelle édition, A Paris, 
chez F.- G. Lcvrault, et à Strasbourg, i8a3, hundert und vier Oc- 
tavseiten. 

Es giebt aucb eine Instruction pour les troupes légères et les of- 
ficiers qui servent aux avant-postes, rédigée sur l'Instruction de Fré- 
déric II à ses officiers de cavalerie,* und davon wieder eine deutsche 
und eine holiandische Uebersetzung. Die deutsche heisst : Instruction 
fîir die leichten Truppen und die Officiere bei den Vorposten. Nach 
der Instruction Friedrichs IL fîir die CavallerU-Officierc. Ans dem 
Franzosischen Ubersetzt. Ziïliichau, bei Darnmann, 1801, hundert 
und siebzig Gross - Octavseiten. An der Spitze dièses Buchs steht die 
Instruction fur die leichten Truppen und Officiere auf Vorposten, 
S. 1 — 160, offenbar bearbeitet nach der Instruction secrette dérobée 
à Frédéric II, vom Jahre 1779, obgleieh die urepriïnglichen sech- 
zehn Capitel hier in zwanzig Gapitel vertheilt sind. Die drei andern 
kleinen Nummern der Zullichauer Ausgabe scheinen nicht der Zeit 
Friedrichs des Grossen anzugehoren; auch sind sie diescm Kônigc 
von dem Herausgeber nicht zugeschrieben. 

Die holiandische Arbeit heisst : Onderrigt voor de ligte troepen 

* A chte Ausgabe, Paris, 1 83 1. 



DES HERAUSGEBERS. xv 

en in den Voorposten-dienst volgens ket voorschrift van Freàerik 
den IL voor zyne officierai der kavaiïerij, uit ket Fransch met 
Aanmerkingen en bjrvoegteis, door C. A. Geùweit van der Netten, 
hatenant Koionei der KavaUery, etc. In 9 s Gravenkage en te Am- 
sterdam, i8*3. 

Nachdem wir so die mëgtichst vollst&ndige Dtteratv der Instruc- 
tion secretie und ihres Entstehens gegeben, blelbt uns nur noch iibrig 
ro sagen, dass wir nie ein deutsches oder franzôsisches Original-Ma* 
miscript oder eâne beglaubigte Copie derselben zu finden vermocht, 
dass ihrer in Friedrichs Schriften und Briefen nirgends, auch nur ge- 
legentnch, Erwahnung geschieht, und dass wir die Authenticit&t dieser 
Instruction auch aus innern Griinden bezweifein mussen. 

Schnessen wir dièse Schrift als absolut unecht aus, so gehoren 
einîge andere Abhandlungen eben so wenig hieher, die zwar, wir mô'cn- 
teo sagen, relativ echt und zum Theil durch des Kônigs Unterschrift 
und Siegel beglaubigt sind, welche aber nur in seinem Àuftrage von 
Spécial -Sachverstandigen verfasst worden, und deshalb seinen selbst- 
stindigen Arbeiten nicht zur Seîte gestellt werdcn diirfen. Allerdings 
blUxeo darin jene originellen, scbarf treffenden Kraflausdriïcke des 
Monarehen hie und da gleichsain meteorisch auf ; aber die technische 
Ausfuhrung bis in die kleinsten Einzelnheiten ist nicht als das Werk 
des grossen Konigs anzusehen. Wir rechnen dahin namentlich die 
Gencral-Obscrvationes eûtes Commendanten in Neisse (vom i3. Fe- 
bruar 1751). 
Das Exemplar dieser General-Observationes 9 welches sich in dem Ar- 
chive des Generalstabes der Armée (M. Nr. 10 b: Instructionen Fried- 
richs IL fur seine Générale, 17M9 48, 5 1 und 1759) beûndet, von 
Kanzelleihand geschrieben, acht und zwanzig Folioseiten und eine 
halbe Seite Nachschrift, scheint nur ein Entwurf zu sein; denn es 
ist hie und da mit Bleistift corrigirt und von dem Kônige nicht voll- 
zogeo. Die Nachschrift sagt : «Da Seine Kônigliche Maj estât in Preus- 
«sen, etc., Unser allergnadigster Herr, vorstehende Instructiones vor 
•emen Commendanten der Vestung Neisse in allen und jeden Stiïcken 
«alierhochst approbiret und solche deshalb mit Dero eigenhândiger 
«Unterschrift vollenzogen haben; so befehlen Sie dem jedesmaligen 
• Commendanten gedachter Vestung hierdurch, sich darnach allerun- 
«thanigst zu achten, und in vorkommenden Fallen pflichtmassigen 
«Gebrauch davon zu machen. Im ûbrigen muss dièse Instruction 
'jedesmal auf das allerausserste secretiret und zu dem Ende bei dem 



xvi VORWORT 

«dortigen Gouvernement wohl verwahrlich niedergeleget und asserviret 
«werden. Potsdam, den i3. Februarii 1751.» 

Der veratorbene General der Infanterie von Aster, welcher das von 
dem grossen Kônige vollzogene Original - Exeinplar der General- Oh- 
servationes im Festungs- Archive von Neisse eingesehen hatte, war 
auch der Meinung, dass die vielen Détails zur Behandlung des Platzes, 
z. B. der specielle Gebrauch von seehs und zwanzig Be- und Ent- 
wâsserungs-Schleusen der Festung, an einen Ingénieur von Profession 
als Verfasser denken lassen. 

Ëben so wenig gehôrt in unsere Sammlung 
Friedrich* des Grossen practische Instruction im Festungskriege 
im Jahre 1762, 
ein Aufeatz, der von Louis von Malinowsky «nach zuverlassigen Quel- 
len bearbeitet » und abgedruckt ist in dem Archiv fur die OJficiere 
der Koniglich Preussischen Artillerie- und Ingénieur- Corps, herausge- 
geben von Major From und Hauptmann Dr. Meyer, Berlin, i836, 
Zweiter Jahrgang, DritterBand, S. 2 34— a4a. Diesem Aufsatze, wel- 
cher, vom Oberst Tortel ins Franzosische iïbersetzt, im Spectateur 
militaire, Paris, i83g, BandXXVUI., S.4o8-4i8, unter demTitel: 
Instruction pratique donnée en 1752 par Frédéric le Grand sur la 
guerre de siège, par le lieutenant de Malinowsky I er , d'après des 
sources authentiques, erschienen ist, liegt folgender Anlass zum Grunde. 
Dm den Officieren einen klaren BegrifF von den verschiedenen, bei 
der formlichen Belagerung eines Platzes vorkommenden OperatioDen 
zu verschaffen, wurde, 1752, auf Befehl des Konigs, unter Leilung 
des Oberst -Lieutenants von Balbi, vom Ingénieur -Corps, auf dem 
Exercir-Platze bei Potsdam eine Angriff s Crante erbaut.* Am 24- Juii, 
Nachmittags drei Uhr, begab sich der Konig in die Nahe der zu eroff- 
nenden Tranchéen, woselbst aile in Potsdam anwesende OfBciere ver- 
sammelt waren, und hielt denselben zunachst eine zwar kurze, aber 
sehr deutliche Instruction, wie und auf welche Art eine Festung an- 
gegriffen und vertheidigt werden musse, und erwahnte zugleich, um 
sich durch Beispiele deutlich zu machen , mehrerer Fehler, -welche ver- 
scbiedene Gommandanten , die Plâtze gegen ihn vertheidigt hatteo, 
sich zu Schulden kommen lassen; zugleich wurde bestimmt, dass aile 
die Arbeiten, welche bei einer wirkJichen Belagerung nur des Nachts 
geschehen mûssten, hier am Tage ausgefiihrt werden sollten, damit 
ein jeder im Stande ware, ailes mit seinen Augen zu ubersehen und 

■ Siche Band XXII. , S. 390. 



DES HERADSGEBERS. xvu 

sich von dem Gange der Arbeiten einen deutlichen Begriff ru ver- 
schafTen, was sonst wegen der Dunkelheit nicht nrôglich sel. Von 
dem grossen Konige selbst ist bei dieser gewiss sehr lehrreichen und 
anziehenden Arbeit nichts schriftlich abgefasst oder dictirt worden; 
deshalb auch gehort die Practische Instruction im Festungskriege nicht 
in unseren Bereich. 
Dasselbe gik von 
Erkîârung und genaue Beschreibung der Manœuvres, weiche von 
dem Koniglich Preussischen Corps, dos zwîschen dem Amte 
Spandow und dem Dorfe Gatow campiret, vorgenommen wor- 
den, so voie sie sammtlich auf einem beigefugten grossen Plan 
marquiret sind. Mit Koniglicher Freineit. Berlin und Potsdam , 
bei Christian Friedrich Voss, 1763, zwei und zwanzig Quart- 
seiten. 
Dièse Schrift ist, nach des Konigs Ideen, von dem Oberst- lieute- 
nant von Balbi, theilweise als Parodie des beriïhmten Sachsischen 
Lustlagers vom Jahre 1780, verfasst worden, um die fremden Mili- 
taire von den wahren Ideen jener ersten grossen Manœuvres der preus- 
sischen Armée abzulenken. a 

Louis von Malinowsky und Robert von Bonin geben in ihrer Ge- 
tc/uchte der brandenburgiscJi-preussischen Artillerie , Band III., S. 49 
bis 5a, unter Nr. II., eine Instruction Friedriclis IL an seine Artil- 
lerie, ohne Datum, am Schlusse Friedrich unterzeicbnet; wir haben 
indess auch dièse Instruction nicht aufnehmen diïrfen, weil wir die 
erstc, grôssere Halfte derselben als Auszuge aus verschiedenen Artikebi 
der General- Principia vom Kriege, oder vielmehr aus dem ersten 
Nachdrucke derselben, vom Jahre 1761 (Band XXV11I., S. 75, 76, 
77, 78, 79, 80, 22, 27 Note a, und 64 unserer Ausgabe), erkannt 
haben; woher die and ère Halfte, von dem Satze : «Bei einem Lager, 
u.s. w.» (S. 5i, Zeile 11) an, stamme, ist uns nicht bekannt. 

Die Instruction fur die Schlesische Infanterie, vom Jahre 1781, 
weiche in G. Scharnhorsts Unterricht des Konigs von Preussen an 
aie Générale seiner Armeen, S. 289—292, steht, ist eine blosse Exer- 
ar-Vorschrift und gehort in die Sammlung der Règlements, nicht 
aber in unsere Ausgabe; weshalb die Herren von Schiitz und Schulz 
sie auch nicht in ihre neue Bearbeitung des Scharnhorstschen Buchs 

1 Siehc Friedrich Nicolai's Anckdolen von Kônig Friedrich IL , Heft V. , 
S. 3— ao. Wir erinnem bei dieser Gelegenheit an die crdichtetc Nachricht von 
einem Hagelwetter in Potsdam , weiche Band XV. , S. ao4 , zu finden ist. 



xvm VORWORT 

aufgenommen habcn; dagegen bat die Kriegskunst der Preussen un- 
ter Konig Friedrich dem Grossen f bearbeitet von J. Heilmann, Leip- 
zig und Meissen, i85a, Erste Abtheilung, S. 84—86, aie aufe neue 
mitgetheilk • 

Die Instruction fur den General- Lieutenant von Finck (Oetscher, 
den 12. August 1769), welche der Léser Band XXV1L 111, S. 2o5, 
findet , und die Instruction fur den Gênerai-Lieutenant von JVedeUj 
bei seiner Ernennung zum Dictator (Schmottseiflcn , den 20. Juli 1759), 
welche in dem Urkundenbuch tu der Lebensgeschichie Friedrichs des 
Grossen, von J. D. E. Preuss, Band II., S. 64 und 65, abgedruckt 
ist, baben uns zu der Aufnabme unter die miUtairischen Lehrschrif- 
ten nicht geeignet gesebienen. 

Nacbdem wir 80 von den Instructionen gesproeben, wekhe wir 
nicht aufgenommen baben, bringen wir das Nôthige ûber die in die- 
sem Bande abgedrackten echten miliUiriscben Instructionen, Disposi- 
tionen, Règlements und Ordres bei. 



I. INSTRUCTION FUR DEN OBERST- LIEUTENANT 
VOM CORPS CADETS DEN VON OELSNITZ. 

Das Original dieser Instruction, vom 3o. Juni 1740, von welchem 
wir, mit Vergunstigung des unlangst verstorbenen Herrn Obersten Cari 
Gustav Scbu]z,h unsern Text copirt haben, ist von Eichels Hand ge- 
schrieben und von dem Kônige unterzeichnet ; links neben dem Namen 
Friderich findet sich das kleine Kammerpetschaft in Trauersiegellack , 
auf den Enden der schwarzen Heftfaden abgedruckt. 

Die Abschrift der Cabinets - Ordre an den Oberst -Lieutenant von 
Oeisnitz, vom 28. Juni 1740, welche wir ais Anhang geben, verdan- 
ken wir dem Herrn Oberst- Lieutenant von Habnke, Vorsteber der 
Gebeimen Kriegskanzellei im Kriegsministerium. 



* Herr Heilmann hat in dem angcfiïhrten Boche acht Instructionen Fried- 
richs des Grossen , aile nach bekannten Texten , wieder abdrucken lassen. 
fc Siehe Band XXVIII. , S. xvi und xvn; oben S. un. 



DES HERAUSGEBERS. m 



IL INSTRUCTION, 

wornach sich des General -Feldmarschalls Fûrstea von Anhalt 

Liebden bei dem Deroselben aufgetragenen Commando ûber 

dasjenîge Corps d'armée, welches Seine Kônigliche MajesUlt 

besonders fonniren lassen werden, zu achten haben. 

Der Text dieser Instruction, vom 19. Februar 1741, wdcher von 
dem Kdnige selbst unterschrieben und mit dem Usinen Kammer- 
peUchaft besiegelt ist, wird in dem Herzoglichen Haus -Archive su 
Dessau aufbewahrt. Unsere Abschrift verdanken wir dem Herrn Ma* 
jor Zabder. 

Ueber den FOrsten von Anhalt siehe Band L, S. i33, 187, 188, 
189 und 199; Band IL, S. 58, 64 und n3; Band III. , S. 73, 78, 
79, i5o, i5i und i58 ff.; Band XVI., S. 85, i46, 147 und 335; 
Band XX., S. 110 und i3o; Band XXV, S. 55o; Band XXIX., 
S. 111 und 112. Siehe auch Die militairiscfie Ricktung in Fricdrichs 
Jngendleoen, von J. D. E. Preuss, S. 34 und 35. 



11L umd IV. INSTRUCTION FUR DIE REG1MENTER 
INFANTERIE 

UND 

INSTRUCTION FUR DIE REGIMENTER CAVALLERIE 
UND DRAGONER. 

Der Kônig sandte dièse beiden Instructionen , vom 26. Marz 1741, 
an dm Fiirsten von Anhalt, um dessen «Sentiment» dariiber zu ver- 
nehmen. Wir verdanken beide Nummern dem Herrn Major Zabeler, 
der sie im Herzoglichen Haus -Archive zu Dessau copirt hat. 

Die Instruction fur die CavaUerie ist in der Geschichte des Ré- 
giments Garde du Corps, von K. W. von Schôning, Berlin, i84o, 
in 4., S. 18 und 19, als Ordre an den Rittmeister von Blumenthal 
(Ottmachau, den 28. Marz 1741) abgedruckt. 



xx VORWORT 

V. ORDRE und D1SPOSITIONES, 

wornach sich der General -Lieutenant von Kalckstein 

bei Eroffnung der Tranehéen vor Brieg achten und ailes gehôriç 

disponiren, auch einen jeden, so dazucommandiret wird, 

wohl instruiren soll, was er zu thun bat. 

Das Herzogliche Haus-Archiv in Dessau besilxt von dieser Ordre 
und von den dazu gehorigen Dispositionen , aus dem Lager bei Moll- 
witz, den 26. Àpril 1741» nur eine Copie, gewiss aber eine Original- 
Copie, da sich bei derselben das Begleitschreiben an den Fûrsten von 
Anhalt befindet, in welchem der Konig sich dessen «Sentiments» uber 
die Dispositionen erbittet. Wir verdanken die Ordre und die Disposi- 
tionen sammt Begleitschreiben vom 27. April dein Herrn Major Zabeler. 



VI. INSTRUCTION FUR DIE CAVALLERIE 
fur den Fall einer Bataille. 

VIL INSTRUCTION 

FUR DIE OBERSTEN UND SÂMMTLÏCHE OFFICIERE 

VON DEN REGIMENTERN IIUSAREN. 

VIII. DISPOSITION 
FUR DIE SÂMMTLICHEN REGIMENTER INFANTERIE, 

wie solche sich bei dem vorfallenden Marsche gegen den Feind 
und bei der darauf folgenden Bataille zu vcrhalten haben. 

Von diesen drei Nummera (aile drei aus Selowitz, a den 17., den 
21. und den 25. Marx 1742 datirt) ist uns nie ein Original - Exem- 
plar vorgekommen , sondera nur Copien und franzosische Uebersetzuii- 
gen; doeh haben wir an ihrer Echtheit nicht den geringsten Zweifel. 

Die erwahnten deutschen Copien finden sich in dem Archive des 
Kôniglichen Generalstabes (E. IaJ, aus dem Manuscripten-Nachlasse 
des Herzogs Ferdinand von Braunschweig - Luneburg. Wir wieder- 

* SicheBaûdlL, S. inff. 



DES HERAUSGEBERS. xxi 

holen dièse drei Texte und berichtigen die hie und da ungenaue Ab- 
sehrift nach der etwas freien franzBsischen Uebersetzung, aus welcher 
aucfa die beiden Plane entlehnt sind, welche in den deutschen Ab- 
sffariften zwar genannt, denselben aber nicht beigefugt worden. 

In Betreff der franzôsiscben Uebersetzung diïrfte Folgendes zu 
merken sein. Die Konighche Bibliothek in Berlin (Ms. Diez. C. Fol. 5o) 
besitzt das Journal du voyage et de la campagne du Roi, depuis le 
18 janvier jusqu'au 12 juillet de l'année 1742. Par un officier prus- 
sien h un de ses amis à M***. Der siebzebnte Brief dieser Hand- 
scfarift fangt also an: • Monsieur, voici les Dispositions générales que 
•Sa Majesté fit communiquer aux chefs et commandeurs de ses ré' 
•gimcnts lorsque nous étions à Selowitz.» Darauf foîgt: 

/. Disposition générale pour l'infanterie , en cas d'une marche ou 
prochaine bataille. Du quartier général de Selowitz , le 25 mars 
1742, fiinf und eine halbe Seite, in neunzehn Artikeln, mit ei- 
nem kleinen Plane; 
//. Instruction pour la cavalerie, en cas d'une bataille. A Selo- 
witz, le 25 mars 1742, eine und eine balbe Seite, in neun 
Artikeln; 
III. Instruction générale pour les colonels et officiers d'hussards, 
sechs und eine balbe Seite , in fiinf und zwanzig Artikeln. Das 
Datum (A Selowitz, 25 mars 1742) fehlt und ist wahrschein- 
licb vom Copisten vergessen. 
Auf den Scbluss dieser dritten Instruction folgt der Scbluss der 
ganzen Schrift also : « Étant persuadé que ces Dispositions méritent 
•tout à fait l'attention des gens de notre métier, je crus que je ne 
•pourrais finir mon Journal plus dignement qu'en vous communiquant 
•ces pièces. J'espère au reste que j'aurai entièrement acquitté ma 
•dette et suis, etc. 

•De Berlin, ce 18 juillet 1742.» 

Aile drei Dispositionen diïrften, nach ihrer unmittelbaren Bestim- 
mung, in deutscher Sprache abgefasst und von dem unbekannten 
Verfasser des Journals in das Franzosiscbe iïbersetzt worden sein, 
welcbes auch keinesweges den Charakter von Friedrichs Ausdrucks- 
weise an sicb trâgt. 

Der Abdruck, welchen das Militair-JVochenblatt , 1S39, Nr. 27 
und 28, von der Disposition fur die sâmmtlichen Regimenter Infan- 
terie gîebt, ist Hauptquartier Chrudim, den 7. Mai 1742 datirt und 
wéicht auch sonst in Kleinigkeiten von unserm Texte ab. 



xxii VORWORT 

IX. INSTRUCTION 

FUR DES GENERAL - FELDMARSCHÀLLS FÙRSTEN 

VON ANHALT LIEBDEN, 

wegen des Deroselben aufgetragenen Commando's 
in Ober-Schlesien. 

Der Ktinig schreibt an den Fiirsten, Chrudim, den 24* Àprfl 1742 : 
■Ihre Durchlaucht werden das Commando in Ober-Schlesien kriegen,» 
«und weilen Ich Ihnen derentwegen sowohl nriindlicbe als schriftliche 
«Instructions zu geben habe, als werden Sîe belieben bei Mir derent- 
« wegen zu kommen und Dero Equipage nur immer den Weg nach 
«GUtz, welcbes nunmehro capituliret, zu schicken.»b Das Original 
dieser schriftliehen Instruction, vom a5. Àpril 1743, wird in dem 
Herzoglichen Haus-Archive zu Dessau aufbewahrt. Unsere Copie ver- 
danken wir Herrn Major Zabeler. 



X. REGLEMENT, 

was bei dem Campiren der Armée beobachtet 

werden soll. 

Wir haben dièses Règlement, welcbes Hauptquartier Chrudim, 
den 9. Mai 1742 datirt ist, aus dem Miliiair-Wochenblatt , i83g, 
Nr. 28 und 29, aufgenommen. 



XL REGLEMENT FUR DIE CAVALLERIE 

UND DRAGONER, 

was bei den Exercitien geândert wird. 

Das Herzoglicbe Haus-Àrcbiv in Dessau und das Arcbiv des Kô- 
niglichen Generalstabes der Armée (E. la) besitzen Copien dièses 
Règlements (Lager bei Kuttenberg, den 17. Juni 1742). Wir haben 

• SieheBandlL, S. 11 3. 

fc Siehe Geschichie der schlesischen Kriege, von L. t. Orlich , Bd. I. , S. 358. 



DES HERAUSGEBERS xziu 

beide Texte mit einander verglichen und den Dessauischen , welchen 
wir Herrn Major Zabeler verdanken, durch den Berhner in Kleinig- 
keiten verbessern kônnen. 



XH. INSTRUCTION FUR DBE INFANTERIE. 

Wir verdanken unsern Text dieser Instruction (Lager bei Kutten- 
berg, den 20. Juni 1 742) einer Copie im Archive des Kôniglichen Gc- 
ncralstabes der Armée (E. la). 



XIII. ORDRES 

fur die sammtlichen Générale von der Infanterie und Cavallerie, 

wie auch Husaren, desgleichen fur die Stabs-Officiere 

und Commandeurs der Bataillons. 

Von dieser Schrift, welche Berlin, den 23. Juli 1744 datirt und 
von dem Konige unterzeichnet ist, giebt es zwei gedruckte Texte: 

1. in der Geschichte des Koniglich Preussischen Ersten Cuirassier- 
Regùnents, von Dr. Wilhelm Fôrster, Breslau, i84i, gr. 8., 
S. 190—193; 

2. in dem MUitàrischen Nachlasse des Koniglich Preussischen Gê- 
nerai-Lieutenants Victor Amadeus Grqfen Henckel von Donners- 
marck, herausgegeben von Zabeler, Zerbst, 1847, Theilï., Ab- 
tbeilung I., S. 1— 5. 

Dièse beiden Texte folgen Original-Manusciipten und stimmen we- 
sentlich mit einander iiberein. Wir legen unserem Abdrucke den Za- 
bderschen Text zum Grunde. 



XIV. DISPOSITION, 

wie sich die Officiere von der Cavallerie, und zwar die Générale 

sowohl als die Commandeurs der Escadrons, in einem TrefFen 

gegen den Feind zu verhalten haben. 

Das bisher unbekannte (deutsche) Autograpb dieser Schrift befin- 
det sich im Kôniglichen Geheimen Staats- Archive (F. 94. BJ, zwôlf 



xxiv VORWORT 

Quartseiten, ohnc Ort und Datum, aber von dem Verfasser ({Çt<$) 
unterzeichnet. Auf dem Titelblatte stehen die Worte Disposition pour 
la cavalerie. Seite 3 beginnt der mit deutschen Buchstaben weitlauf- 
tig und sehr leserlich geschriebene Text, mit der Àufschrift : Dispo- 
sition, voie sich dit Officiers von der Cavallerie, sowohl Gênerais 
aïs Commandeurs der Escadrons, Un Treffen gegen den Feind zu 
verhalten haben. 

Ein Original -Exemplar der vollendeten und in Gebrauch gegebe» 
nen Disposition, geschrieben von Kanzelleihand, am Schlusse Berlin, 
den a5. Juli 1744 datirt und von dem Kônige (gdj) unterzeichnet, 
aber nicht untersiegelt , betindet sich in dem Archive des Generalstabes 
der Armée, in dem Manuscript- Bande, welcber auf der ersten Seite 
betitelt ist : Jnstructionen Friedrichs IL Jiir seine Générale, ijii, 
48, 5 1 und 175g; signirt Lût. M. Nr. 10 b. 

Dièse Disposition ist dem Publicum zuerst bekannt geworden durch 
(des damaligen Majors im Gênerais tabe Barons von Canitz und Dali- 
witz) Nachrichten und Betrachtungen uber die Tliaten und Schicksale 
der Reuterei in den Fddziigen Friedrichs IL und in denen neuerer 
Zeit 9 Berlin, bei Mittler, 1823, Band L, S. 337 — 344- Baron von 
Canitz, welcher als General-Lieutenant und Commandeur der fiinften 
Division, den 25. April i85o, in Berlin verstorben ist, a sagt, a. a. 0., 
S. 39, von dieser Instruction : «Der Kern davon wird, so lange es 
Reuterei giebt, seinen Werth behalten.» 

Dieselbe Schrift findet sich auch in dem Militiirischen Nachlasse 
des General- Lieutenants Grafen Henckel von Donnersmarck , Theil L, 
Abtheilung L, S. 6 — 10. 

Wir geben von dieser wichtigen Schrift zwei Abdriïcke, namlich 
eine Copie des ausgetheilten Original -Exemplars und eine Copie des 
bisher unbekannten Autographs. 



• Cari Wilhelm Ërnst Baron von Canitz und DallwiU, auch im diploma- 
tiichen Fâche ausgezeichnet, Ut an verachiedenen Hftfen- Gesandter gewesco. 
xuletxt in Wien, vom Jahre 1841 bis i845, in welchem Jahre er, den 39. No- 
vember, zum Ministcr der auswartigen Angelegenheiten crnannt wurde. N»ch 
der Mitte des Monato Marx 1848 schicd er aus diesem Amie aus. Den 3o. Marx 
i844 war er General-Lieutenant geworden. 



DES HERAUSGEBERS. xxv 



XV. DISPOSITION, 

welchergestalt sich die Artillerie bei einer Haupt-Action mit dem 
Feinde zu verhalten hat. 

Das Archiv des Generalstabes der Armée besitzt (F. Nr. I.) einen 
Manuscript-Band in Folio, welcher allerlei Aufsatze zur Geschichte 
der Artillerie enthalt und als Tagebuch des Obersten von Holtzmann 
aus dem ersten und zweiten Schlesischen Kriege bekannt ist. Auf 
der Kehrseite des hundert und vierten Blattes dieser Collectaneen fin- 
det sich die oben genannte Disposition, von der Hand des damaligen 
Hauptmanns von Holtzmann, mit folgendem Vermerke : «Den 3o. Juni 
«1745 communicirte mir der Oberst-Lieutenant von Merkatz eine Dis- 
position fur die Artillerie bei einem vor/allenden Treffen, von Sr. 
•KonigUchen Ma/estât in Preussen zu Berlin gegeben zu vorherge- 
•gangener Campagne in Bôhmen 17M im Augusto.» Diesen Holtz- 
maonschen Text, welchen schon die Herrn von Malinowsky und von 
Bonin in ibrer Geschichte der brandenburgisch-prcussischcn Artillerie, 
Band III. , Seite 47 — 49 , abgedruckt haben , baben auch wir aufge- 
Dommen. 

Johann Heinrich von Holtzmann , im Biirgerstande geboren , diente 
seiti72o in der Artillerie, ward 17^1 als Premier-Lieutenant geadelt, 
und starb den 28. September 1776, im siebzigsten Lebensjahre, zu 
Neisse, als Oberst und Commandeur der schlesischen Artillerie- Gar- 
nison - Compagnies. 



XVI. DISPOSITION, 

wie es bei vorgehender Bataille bei Seiner Kôniglichen Majestât 

in Preussen Armée unverânderlich soll gehalten werden, 

wornach sich auch sowohl die Generalitat, als andere 

commandirende Officiere stricte zu achten 

und solches zu observiren haben. 

Dièse Disposition, aus dem Lager bei Schweidnitz, den 1. Juni 
^45, ist zuerst durch die Preussische Wehrzeitung vom 27. Novem- 
br i853, Nr. 55 1, bekannt geworden. Da uns dieser Abdruck aber 
XXX. 6 



xxvi VORWORT 

nicht geniïgte , so haben wir uns die dabei benutzte Copie des Konig- 
lich Niederlândischen Premier-Lieutenants im Génie-Corps Herrn van 
Sypestein , im Haag , erbeten. a Ein anderer Text ist uns niemals vor- 
gekommen ; auch vvissen wir nur, dass der vierzehnte Artikel der Dis- 
position sonst schon gedruckt Lst, und zwar in einer bald nach der 
Scblacht bei Jena, anonym und ohne Drockort, erscbienenen kleinen 
Schrift, betitelt : Mondstein-Wiirfe , von Zebedacus Kukuk dem jûn- 
gern y b erschlagenen Feldhauptmann der gesMagenen Reiclisstadt Eu- 
ienhausen, im ersten JaJire des ewigcn Friedens, S. 101 und 102. 



XVII. und XVIII. INSTRUCTION 
FUR DIE GENERAL -MAJORS VON DER INFANTERIE 

UND 

INSTRUCTION 
FUR DIE GENERAL -MAJORS VON DER CAVALLERIE. 

Der Konig bat dièse beiden Instructionen eigenbândig , in deutscher 
Spracbe und mit deutscben Buchstaben, gescbrieben; aucb bat er die 
von Kanzelleihand besorgten Abschriften reichlicb am Rande durch 
Zusatze vermehrt. Von Eicbels Hànd Gnden sich in diesen Abschrif- 
ten allerlei Spraçhverbcsserungen. Beide Autographen und beide Ab- 
schriften sind von dem Verfasser unterzeicbnet; Datum und Siège! 
aber haben sie nicht. Die Instruction fur die Infanterie hat der Ko- 
nig vollstândig geschrieben; in der Instruction fur die Cavailerie c hat 
er Lucken gelassen fiir drei Slellen, welche der Abschreiber aus der 
Infanterie-Instruction wortlich aufnehmen sollte. Bei der ersten Liicke, 
gleich zu An fange, unter dem Titel, sagt der Verfasser, zur Nach- 
richt fur den Abschreiber : «Das Introitum ist dasselbe;» bei der 
zweiten, gegen Ende des Artikels Von den Détachements sagt er: 
«NB. Das Uebrige von diesem Artikel wird aus dem andern nachge- 
geschrieben;» bei der dritten endlich : *NB. Was von der Postirung 
in der Infanterie -Instruction gesagt ist, wird hier wiederhoiet. • 

• Siehe Nichtamtliche Beilage zu JVr. 11 des Militair -Wochenblaltcs pro 
i854, S. 1—4- 

b Der Verfasser der Mondstein- Wiirfc ist Friedrich Gastav Schilling, 
e Siehe Band XXVIII., S. 169. 



DES HERÀUSGEBERS. xxvii 

Am Schlusse des Autographs der Instruction fiir die Infanterie 
findcn sich noch, vor der Namens - Unterschrifk des Konigs, die in 
den Abschriften fehlenden Worte : «Dièse Instruction soll eisern bei 
«demjenigen General bleiben, der das Régiment bat, an den sie jetzo 
■geschicket wird.» In der abgescbriebenen Instruction fiir die Infan- 
terie hat der Verfasser unter seinem Namenszuge (3$) eigenhandig 
noch hinzugefiïgt : «Es muss dabei zugesetzet werden, dass denen 
«Gênerais auf ibren Eid verboten wird, zu niemand als zu Gênerais 
■von dieser Instruction zu reden, geschweige vielmebr mit Frem- 
«den. g(£.» 

Auf den Grund der von dem Konige eigenhandig verbesserten Ab- 
schriften sind endlicb diejenigen Exemplare ausgeferiigt worden , welche 
die Générale zu ihrer Belebrung bekommen haben. 

Die Autographen und die Abschriften beider Instructionen befinden 
sich in dem Koniglichen Gebeimen Staats-Archive (F. 94. B); dagegen 
werden mehrere Exemplare beider Lehrschriften , wie sie ausgegeben 
und nacb dem Tode der Empfanger wieder eingesandt worden, bei 
dem Generalstabe der Armée (M, Nr. 10 b) aufbewahrt. Dièse von 
Kanzelleihand geschriebenen Original - Exemplare , nach welcben wir 
uosern Text drucken, sind aile Potsdam, den i4. August 17^8 datirt 
und mit dem kleinen koniglichen Petschaft besiegelt, hinter welchem 
sich der eigenhâ'ndige Namenszug des Konigs (gcfy) befindet. 

Die Feidmarschalle, die Générale und die General -Lieutenants be- 
kamen beîde Instructionen auf einmal, ohne Rucksicht auf ibre spé- 
ciale Waffe; dagegen bekamen die General -Majors nur die Instruction 
fur diejenige Waffe, zu der sie gehorten, und erst wenn sie die Ge- 
neral -Lieutenants -Wiirde erreichten, auch die Instruction fur die an- 
dere Waffe. 

Zwar finden sich die b eid en Lehrschriften vom i4. August 1748 
in franzosischer Sprache im Gebeimen Staats-Archive (F. 94. E) y 
unter dem Briefwechsel des Konigs mit dem Feldmarschall Keith ; dièse 
franzosische Abfassung scheint aber nicht die urspriingliche des Ver- 
fasser s, sondern eine zur Bequemlichkeit des Feldmarschalls Keith 
gemachte Uebersetzung aus dem Deutschen zu sein. Fiir dièse Ver- 
mulhung spricht die ganze deutsche Haltung des Franzosischen in die- 
sem Keithschen Exemplare, noch mehr aber der Umstand, dass die 
Stellen, welche aus den General- Principia in die beiden Instructionen 
aufgenommen worden, in dem franzosischen Keithschen Exemplare 
dem Inhalte nach zwar genau mit unserin franzosischen Texte der Ge- 

6a 



xxviii VORWORT 

neral-Principia stimmen, in der Sprache aber davon in so weit ab- 
weichen, aïs eine franzosische Uebersetzung, nach der deutschen Ueber- 
setzung des Originals gemacht, von der Original-Fassung in den Ge- 
neral- Princ/pia abweichen musste. Die aus den General-Principia in 
die beiden Lehrschriften vom i4. August 1748 aufgenommenen Stellen 
sind die vierzehn Regeln , wie der Désertion vorzubeugen , Bd. XXVIII. , 
S. 5 und G unserer Ausgabe. 

Der im Jahre i838 verstorbene Gênerai-Lieutenant Georg von Pirch 
besass das Original -Exemplar der Instruction vom i4* August 1748, 
welches der Konig dem General -Major von der Infanterie Wilbelm 
von Saldern,* den 29. Juli 1766, sammt der Cabinets -Ordre vom 
i4. August 1748, iiber die Benutzung dieser Schrift, zugeschickt; ein 
Beweis, dass der Kônig ibr aucb nach dem Erscheinen der General- 
Principia (im Jabre iy53) noch einen eigenen Wertb beilegte. 

Der Baron de La Motte Fou que, welcher 1748, als General -Ma- 
jor, die Instruction fur die Infanterie bekommen hatte, bekam den 
27. December 1761, als General -Lieutenant, auch die Instruction fur 
die Cavallerie. Dièse beiden Exemplare fiel en, durch Fouqué's Ud- 
gliîck bei Landesbut, in osterreichische Hânde; aie sind es auch, 
welcbe in der Neuen MUitairischen Zeitschrift, Wien, 181 1, Band I., 
abgedruckt worden, und zwar S. 74 — 98 die Instruction fur die Ge- 
neral- Majors von der Cavallerie, und S. 99—106 die Instruction fur 
die General - Majors von der Infanterie. Durch diesen Abdruck sind 
die beiden Instructionen zuerst Gemeingut der Kriegswissenschaft ge- 
worden. In neuesten Zeiten hat Herr General von Gansauge von 
der Instruction fur die General -Majors von der Infanterie, in seinem 
Bûche Das brandenburgisch-preussische Kriegswesen um die Jahre 
i44o, i64o und 1740, Berlin, 1889, S. 252—262, einen Abdruck ge- 
geben, und zwar nach demjenigen Original -Exemplare, welches dem 
General -Lieutenant von Mîinchow, 1748, zugefertigt worden, und 
welches in dem Archive des ehemaligen General-Directoriums in Berlin 
aufbewahrt wird. 

In dem oben geoannten Mamiscript- Bande des Generalstabes der 
Armée (M. Nr. 10 6) beGnden sich zwei officielle Verzeichnisse iiber 
die Vertheilung der beiden Instnictionen vom i4* August 1748, aus 
welchen erhellet, dass der Konig dièse seine militairischen Lehrschriften 

• Dieser General fiel in der Nacht vom a5. sum 26. Juli 1758 in einer 
Affaire in der Vorstadt von Konigioçratz. Siehe Band IV., S. aoo unserer 
Ausgabe. 



DES HERAUSGEBERS. 



XXIX 



auch den General-Feldmarschallen gegeben. Das vollstandigere der ge- 
nannten beiden Verzeichnisse lautet also : 

Liste derer Gênerais, welche beide Instructiones erbalten haben : 

i. Der General -Feldmarscball Graf von Schwerin, 

2. Der General -Feldmarscball Herzog von Holstein, 

3. Der General -Feldmarscball Fiirst von Anhalt, 

4. Der General -Feldmarscball von Kalckstein, 

5. Der General -Feldmarschall von Jeetze, 

6. Der General -Feldmarscball Fiirst Dieterich von Anhalt, 

7. Der General -Feldmarscball von Keitb, 

8. Der General der Infanterie Markgraf Cari, 

9. Der General der Infanterie von Lebwaldt, 

10. Der General -Lieutenant Du Moulin, 

11. Der General -Lieutenant Prinz von Preussen, u. s. w. 

Dièse Mittheilungen an die genannten General -Feldmarscbâlle und 
Générale erfolgten unter dem ausdriicklichen Befehle, dass sie die 
Instructionen wohl und mit allem Bedacht durchlesen und sich deren 
Einhali auf das genaueste bekannt machen sollten, uni in Kricges- 
zeiten sowohl ah in Friedenszeiten den gehorigen GebraucJi davon 
machen zu kiïnnen. 



XIX. INSTRUCTION FUR DEN OBERSTEN 
LATTORFF, 

als Commandanten in Cosel. 

Der Konig hat dièse Instruction, zehn Quartseiten auf Goldschnitt- 
papier, obne aile Correcturen, mit deutschen Buchstaben geschrieben 
und (fÇ<t>) unterzeicbnet; Datum und Siège! sind nicbt beigefiïgt; aber 
auf dem Umschlage befîndet sich ein Vermerk von Eichels H and, aus 
welchem zu ersehen, dass das fiir den Obersten von Lattorff be- 
stimmte Exemplar in Potsdam den 9. December 1753 vollzogen wor- 
(ltn. Unser Text ist der Handschrifl des Konigs entnommen, welche 
m dem Geheimen Staats- Archive (F. 94. B) aufbewahrt wird. 

Christopb Friedrich von Lattorff, den 7. September 1696 in Gross- 
Salze geboren, ist den 10. December 1753 zum General -Major er- 
nannt worden. Fur die ers te Vertheidigung von Gosel wurde er, den 



xxx VORWORT 

24. December 1758, General-Lieutenant, und fur die andere, tm Jahre 
1760 (Band V., S. 94), gab der Konig ihm eine lebenslangbche Pen- 
sion. Er ist den 3. April 1762 in Cosel gestorhen. 



XX. INSTRUCTION FCR DES PRINZEN FERDINAND 
VON BRAUNSCHWEIG LIEBDEN, 

als Gouverneur der Fcstung Magdeburg. 

Von dieser Instruction bewahrt das Konigliche Staats - Archiv 
(F. 94. B) zwei Exemplare : das eine, von der Hand des Kônigs, 
vier Quartseiten auf Goldschnittpapier, mit deutschen Buchslaben ge- 
schrieben, ist betiteit : Instruction vor den Printz Ferdinand von Braun- 
schweig. Am Ende der Schrift stehen die Worte : «Diesses ordent- 
lich abzuschreiben vor den Printz Ferdinand,» worauf der Name des 
Kônigs (g$) folgt. Siegel und Datum sind nicbt beigefiïgt. Bei diesem 
Exemplare liegt eine von Eichel (Potsdam, den 1. November 1755) an- 
gefertigte Reinschrift, von welcher wir unsern Text genommen haben. 



XXI. INSTRUCTIONEN FIR DEN GENERAL-FELD- 
MARSCHALL VON LEHWALDT, 

als General en chef von den sammtlichen in Preussen stehenden 
Truppen, was derselbe, nach dem ihm gegebenen Plein- 
pouvoir, bei daselbst vorfallendem Kriege zu thun 
und zu beobachten hat. 

Die Militairiscbe Instruction (Potsdam, den 23. Juni 1786) ist 
von einer Oekonomischen Instruction, von dem namlichen Tage, fiir 
denselben commandirenden General, begleitet. Beide, von Kanzellei- 
hand gescbrieben, sind besiegelt und von dem Konige unterzeichnet, 
welcber zu der Militairischen Instruction secbs Randbemerkungen mit 
eigener Hand hinzugefiïgt hat. Die Oekonomiscbe Instruction bezieht 
sich auf die administrât! ven Verhâltnisse der ganzen Provinz und 
macht den Feldmarschall , ohne es ausdriicklich zu sagen, zum Gê- 
nerai-Gouverneur derselben. Dièse Instructionen erscheinen hier zum 
ersten Maie, abgedruckt nach den in dem Koniglichen Staats-Archive 



DES HERAUSGEBERS. xxxi 

(F.giP) aufbewahrten Originalen, Die Cabinets-Ordre an den Feld- 
marschall von Lehwaldt, vom 10. Jiili 1767, haben wir aus F. W. 
vod Mauvillon Militarischen Blâttern, Driiter Jahrgang, Essen und 
Duisburg, 1822, Band IL, S. 538, als eine Erganzung der Militairi- 
schen Instruction vom 23. Juni 1756, aufgenommen. 

Lehwaldt hatte sich im zweiten Schlesischen Kriege die voile An- 
erkennung des Konigs verdient (Band 111., S. i3i, i&n und 167); 
aueh bei der Vertheidigung von Berlin im Jahre 1760 zeichnete er 
sich aus (Band XIX., S. 196). In Bezug auf die Instructionen vom 
Jahre 1766 ist Band IV., S. 34, 35, 38, 110 und 170—174 einzu- 
sehen. 



XXII. INSTRUCTION DES KONIGS FUR SEINE 
QUARTIERMEISTER. 

APHORISMEN DES KÔiMGS 
iiber die Befestîgungs-, Lagcr- und Geiechtskiinst. 

Friedricb bat dièse Instruction dem Ingénieur -1 Jeu tenant Freund, 
nach der Schlacbt bei Kolin, wahrscbeinlicb in Leilmeritz, wo vom 
27. Juni bis 20. Juli 1757 das Hauptquartier war, in die Feder dic- 
tirt. Den i5. December 1793 bat der damalige Oberst Freund, aus 
Neisse, einem befreundeten , aber nicht genannten Générale einen Aus- 
zug derselben iibersandt, welcher, von einer ungeiibten Hand, 'kalli- 
graphisch und orthograpbisch scblecht ausgefuhrt, sainmt dem Ori- 
ginal -Begleitschreiben sich in dem Besitze des verstorbenen Gênerais 
der Infanterie von Reiche befand. Wir haben die dankenswerthe Ver- 
gunstigung bekommen, dièse Handschrift und den Biïef des Obersten 
Freund copiren zu diirfen. 

In dem Archfo jur die OJficiere der Koniglich Preussischen Ar- 
tillerie- und Ingénieur -Corps, herausgegeben von From und Meyer, 
Berlin, i83G, Zweiter Jahrgang, Band III., S. 243 — 25 1, Ondet sich 
ein Àuszug aus obiger Handschrift der Instruction fur die Quartier- 
raeister. Herr From vermutbet, dass der von ihm tbeilweise, von 
uns vollstandig benutzte Text dem General-Major Grafen d'Heinze sei 
geschenkt worden : das konnen wir aber nicht annehmen, weil der 



xxxii VORWORT 

Oberst Freund diesen in seinem Anschreiben nicht mit Hochwohlge- 
boren, sondern mit Hochgeboren angeredet haben wiïrde. 

Johann Anton Freund hat sich zwar unter seinem Briefe vom 
i5. December 1793 (nicht 1785, wie in dem Archiv steht) ganz deut- 
lich v. Freund unterschrieben 5 es ist aber nicht bekannt, dass er je 
geadelt worden; auch wird er in den gesammten Listen der Gehei- 
men Kriegskanzellei als Burgerlicher gefûhrt. Er ist 1750 Ingénieur- 
Lieutenant geworden, 1762 Capitain, 1777 Major, 1787 Oberst-Lieute- 
nant, 1791 Oberst, 1798 General-Major; den 8. October i8o4 ist er 
pensionirt worden. Gestorben ist er den 3. Juni 1809. 

Da der Oberst Freund dem unbekannten Générale, wie er in dem 
Begleitschreiben sagt, nur einen Auszug aus der Instruction mittheilt, 
und da wir diesen Auszug, den wir aber vollstandig geben, hie und 
da unlesérlich, ungenau und liickenhaft gefunden haben, so fiïgen 
wir unserm Abdrucke desselben die Aphorismen Friedrichs des Zwei- 
ten iiber die Befestigungs - , Loger- und Gejechtskunst hinzu, unter 
welchem Titel der Oberst Rogalla von Bieberstein eine andere Copie 
dieser Instruction in seiner anonymen Schrift : B étirage zur Taktik 
und Stratégie, von dem Verfasser des Versuchs einer Anweisung zur 
Logistik, Glogau, i8o3, Erste Abtheilung, S. 128— 163, bekannt ge- 
macht hat. Seite 128 und 129 sagt der Herausgeber, dass er den Stil 
des Aufsatzes, wo und so viel er gekonnt, verbessert, obne den Sinn 
des Kënigs auch nur im geringsten zu entstellen. 

Durch den Abdruck des Auszugs und der Aphorismen hofFen wir 
dem echten Texte einer wichtigen Lehrschrift des Konigs naher zu 
kommen. 

Der Text des Obersten von Bieberstein zâhJt sieben und acbtzig 
Aphorismen; der Auszug des Obersten Freund, welcher gegen das 
Ende die Aphorismen an Vollstandigkeit iïbertrifft, hat nur die neun 
ersten Satze numerirt; der iibrige Text folgt ohne Zahlung in klei- 
neren oder grosseren Absatzen , wie unser Druck sie giebt, auf 
einander. 

Der Oberst von Bieberstein sagt in seiner Vorrede zu den Beitragen, 
S. v und vi : «Die Aphorismen Friedrichs des Zweiien iiber die Be- 
•festigungs- , Loger- und Gefechtskunst waren ursprunglich zum Un- 
«terrichte der Quartiermeister - Lieutenants bestimmt,a und wurden 
«von dem grossen Konige mundlich mehr ausgefiihrt. Der Anfang 

« Sichc Bond VI. , S. 98, und Band XXIX. , S. xiv. 



DES HERAUSGEBERS. xxxin 

•derselben ist zwar schon in den, 1790, bei Christian Friedrich 
•Gutsch in Brieg und Breslau herausgekommenen MUitarischen Brie- 
•fm und Aufsâtzcn abgedruckt; da aber dièses Institut mit seiner 
•Entslehung zugleich auch sein Ende, folglich gar keine Tendenz er- 
•reichte, so habe ich es fiir zweckmassiger gehalten, statt nur die 
•Fortsetzung dieser Aphorismen, lieber. das Ganze derselben dem mi- 
•litairisehen Public© mitzutheilen. » 



XXffl. ORDRE AN DEN GENERAL- LIEUTENANT 
GRAFEN ZU DOHNA.« 

Das Original dieser Ordre, Opotschna, den 20. Juli 1758, wird 
in dem Archive des Generalstabes der Armée (Lit t. H. IV. Nr. 4) 
aufbewahrt. Ein Fragment derselben , sammt dem Facsimile des dazu 
gehorigen Schema's von der Hand des Kônigs, findet sich im Mili- 
toir-Wochenblati, i84a, Nr. 26, S. 2o4- Unser Text ist eine voll- 
standige Copie des Originals, welches von einem Cabinetsrathe ge- 
schrieben und zum Theil chifFrirt ist; die franzosische Nachschrift 
bat der Konig hinzugefugt. Unser Schéma ist eine Copie des Fac- 
simile des Militair-Wochenblaites. 



XXIV. INSTRUCTION, 

welche der Konig im Breslauer Winterquartier in seinem Zimmer 

den Feld- Ingénieurs dictirt hat. 

Die Hauptpuncte dieser Instruction (Breslau, den i3. December 
1708) finden sich in der National- Zeitschrift fiir Wissenschaft , Kunst 
und Gewcrbe in den PreussiscJien Staaten, Berlin, bei Braun, 1801, 
in 8., Band L, S. 523—526; vollstandig erschien sie in Ludwig Mul- 
ler's, Kooigl. Preuss. Ingénieur-Majors, Nachgelassenen militairisclien 
Schrifien, Berlin, bei Frolich, 1807, in 4-» Band 1. , S. 8— 15, er- 
lautert durch fûnf Figuren, welche der Konig, in Gegenwart der In- 
génieur -OfBciere, auf einen vor ihm ausgebreiteten Bogen Papier 

• SieheBd.XXVI.,S. 534. 



xxxiv VORWORT 

fliichtig mit der Feder hingeworfen. Diesen Abdruck nebst den Figuren 
geben wir mit den einleitenden und erklSrenden Worten des Majors 
Miiller genau wieder; auch ftigen wir desselben Officiers Bericht hinzu 
iiber den mùndlichen Unterricht des Kônigs bei Gelegenheit der Wahl 
des ersten Lagers, welches seine Armée bei Roth-Schonberg, dm 
Meilen unterhalb Dresden, den 6. September 1756, beziehen sollte. 
Nach dieser practischen Instruction, welche wir aus Mûller's Narh- 
gelassenen Schriffen, Band L, S. 6 — 8, aufnebmen, sollte den Re- 
gimentern kiînftighin das Lager gegeben werden. 

Ludwig Millier ist zu Gross-Brcese bei Perleberg, 1734, geboren 
und i8o4 in Berlin gestorben. 



XXV. INSTRUCTION FUR DIE GENERAL- MAJORS 
VON DER INFANTERIE. 

Der Manuscript-Band in dem Archive des Generalstabes der Armée 
(M. Nr. 106) enthâlt sieben Original -Exemplare dieser Instruction fur 
die Gênerai- Majors von der Infanterie , welcbe am Ende Breslau, 
den 12. Februar 1759 datirt und von des Konigs Hand (gcfo) unter- 
zeichnet, aber nicht besiegelt ist Die Instruction selbst ist von Kan- 
zelleihand gescbrieben, secbs und eine halbe Quartseite. 

Eine Copie dieser Instruction befindet sich in der, im Archive 
des Generalstabes der Armée in Berlin aufbewahrten Correspond enz 
Friedrichs II. mit dem Herzog Ferdinand von Braunschweig , Jahr- 
gang 1759, Nr. 334, S. 219—227, in Folio. Oben, S. 219, hat ilcr 
Herzog Ferdinand eigenhandig bemerkt : Prés, du Pr. Charles de He- 
vern, ce 3o mai 1759. Dièse Absehrift weicht in mehreren Stellen 
von dem Texte der ofHciellen Original -Exemplare ab. 

Unsere Copie ist von einem Original - Exemplare genommen, wel- 
ches , sieben Quartseiten , von dem Geheimen Cabinetsrathe Eichel ge- 
scbrieben, und von dem KSnige unterzeichnet ist. 

Wir haben in unserem Bûche Friedrich der Grosse ois Schrift- 
stelier, 1837, S. 24i — 24-3, zuerst auf dièse Instruction au&rierbani 
gemacht und den dritten Artikel daraus abdrucken lassen. Darauf hat 
Herr General von Gansauge in seinem Bûche Das hrandenbwgisch' 
preussische Kriegswesen , S. 263 — 268, die vollstandige Abhandlung 
gegeben. Ein Abdruck findet sich auch in dem Mià'tiirischen Narh- 



DES HERAUSGEBERS. xxxv 

lasse des General- Lieutenants Victor Amadeus Grafen Henckel von 
Donntrsmarck , herausgegeben von Karl Zabeler, Zerbst, i846, 
Theil IL, S. 108-112. 

Es scheint, aJs ob die Instruction voin 12. Februar 1759 eben so 
dis Gegenstiïck zu der Instruction pour les généraux- majors de ca- 
valerie, vom 16. Marz 1789, sei,« wie mehrere andere gleichzeitig 
fiir die verschiedenen Waffen gegebene Instructionen paarweise zu- 
sammengehoren. 



XXVI. INSTRUCTION FtÎR DIE COMMANDEURS 
DER CAVALLERIE-REGIMENTER, 

wie sich solcbc wcgen des kleinen Dienstes in den Garnisonen, 

der Mannszucht des gcmeinen Mannes, der scbarfen Disciplin, 

des Exercirens der Regimenter, guten Aufsicht und Zucht 

der Officiere und wegen der Oekonomie 

zu verhalten haben. 

Ein Original -Exemplar dieser Instruction, vom 11. Mai 1763, 
zwôlf Folioseiten , untersiegelt und vom Kônige unterzeichnet, befindel 
sich in dem Archive des Zweiten Cuirassier- Régiments (genannt Ko- 
nigin) zu Pasewalk und ist adressirt : «An den Commandeur des Dra- 
goner-Regiments von Baireuth.» Der i846 in Neisse verstorbene Gêne- 
rai-Lieutenant Ulrich von Barner hat uns Gelegenheit verschafft, eine 
Copie davon zu nehmen. In unserem Bûche Friedrich der Grosse als 
Schriftsteller, S. 234— 2^0, haben wir die Eintheilung der Instruction 
aogegeben und den ganzen vierten Artikel derselben mitgetheilt. Einen 
vollstandigen Abdruck hat Herr Rittmeister Heînrich Ravenstein in 
Miner Geschichte des Zweiten Cuirassier- Régiments (genannt Kô'ni- 
8^) y zweite Auflage, Minden, 18^2, in 8., S. 3oi— 317, gegeben. 
loserm neuen Abdrucke liegt die Copie zum Grunde, welche wir von 
dem genannten Original - Ex einplare genommen haben. 



» Siehe Band XXVIÏL, S. xxm, 167 — 17a, und 176. 



xxxvi VORWORT 



XXVH. INSTRUCTION FUR DIE COMMANDEURS 

DER INFANTERIE. REGIMENTER, 

wie sich solche wegen des kleinen Dienstes in den Gamisonen, 

wegen der Mannszucht des gemeinen Mannes, der scharfen 

Disciplin, des Exercirens der Regimenter, guten Aufsicht 

und Zucbt der Officiere und der Oekonomie 

zu verhalten haben. 

Wir verdanken dièse Instruction, vom n. Mai 1763, dem Herrn 
Major Zabeler, welcher sie in dem Nachlasse des Grafen Henckel von 
Donnersmarck gefunden hat, und geben sie ganz so, wie wir sie 
empfangen haben , also aucb obne die neben den Artikeln I. , II. und 
III. genannten Beilagen. Ohnehin ilnden dièse sich in dem Anhangc 
zu dem Règlement, gegeben 1779, als Artikel L, IL und EL 



XXVffl. INSTRUCTION FUR DIE ARTILLERIE. 

Dièse Instruction, vom 3. Mai 1768, ist durch die Geschichie der 
brandenburgisch- preussischen Artillerie von L. von Malinowsky und 
R. von Bonin, Band III., S. 53—76, zuerst bekannt geworden. Un- 
ser Text ist ein genauer Abdruck des Original-Exemplars, welches in 
der Geheimen Registratur der Artillerie -Abtheilung des Kôniglichen 
AUgemeinen Kriegs- Départements aufbewahrt wird. Dasselbe zahlt 
sechs und zwanzig Seiten in Folio, ist von Kanzelleihand geschrieben 
und von dem Konige (%âj) unterzeichnet. Neun colorirte Plane, von 
welchen wir treue Nachbildungen , ohne Farben, geben, sind als be- 
sondere BlStter eingeklebt. 



DES HERAUSGEBERS. xxxvn 



XXIX. INSTRUCTION FUR DIE COMMANDEURS 
DER REGIMENTER UND BATAILLONS. 

Dièse Instruction ist zuerst bekannt geworden durch (des Majors 
von SeidJ) Versuch einer militârischen Geschichte des Baierschen Erb- 
folgekrieges , Kônigsberg, 1781, Theil I., S. 79 — 84» wo sich, uriter 
dem ungenauen Titel : Instruction fur die Commandeurs und Batail- 
lons, die Zeitangabe findet : Erhalten den 12. April 1778. G. Scharn- 
horst hat dièse Instruction aus dem von Seidlschen Werke in den 
Unterricht des Konigs von Preussen an die Générale seiner Armeen, 
S. 277— 282 , aufgenommen; sie findet sich auch in der neuen Ausgabe 
dièses Buchs, besorgt «von einigen deutschen Officieren» (von Schiitz 
und Schulz), Leipzig, in der Baumgartnerschen Buchhandlung, 1819, 
Theil EL, S. 287 — 293. Das einzige uns bekannt e Original-Exemplar 
der Instruction fur die Commandeurs (Potsdam, den 5. Februar 1778 
daUrt) befindet sich in dem Nachlasse des Grafen Henckel von Don- 
nersinarck; Herr xMajor Zabeler hat uns davon eine genaue Abschrift 
gegeben, welche. unser Text wiederholet. 

Dlest Instruction erinnert an die Règles de ce qu'on exige d y un 
bon commandeur de bataillon en temps de guerre , Band XXIX., 
S. 55-65. 



XXX. INSTRUCTION FUR DIE COMMANDEURS 

DER CUIRASSIER-, DRAGONER- UND IIUSAREN- 

REGIMENTER. 

Dièse Instruction, -welche der Major von Seidl in der Geschichte 
des Baierschen Erhfolgekrieges , Theil I., S. 74 — 79, zuerst bekannt 
gemacht hat, und welche daraus in beide Ausgaben des Scharnhorst- 
schen Buchs iibergegangen ist,* findet sich auch in W. Forsters 
Geschichte des Koniglich Preussischen Ersfen Cuirassier - Régiments , 
Breslau, i84i> S. 3ig — 322. Beide Texte, der von Seidlsche und 

* Ausgabe von 1794» S. 271—376; Ausgabe von 181g, Theil IL, S. a8i 

ta 187. 



xxxvm VORWORT 

der Forstersche, stimmen bis auf unbedeutende sprachliche Verschie- 
denheiten, welche in Gorrecturen der Ausgabe von i84i ibren Grund 
zu haben scheinen , genau uberein. Unter dem Forsterscben Abdrucke 
steht der Name des Konigs; iiber der Instruction selbst ist bemerkt, 
dass sie den i4* April 1778, wahrend der Cantonnirungen, bei dem 
Regimente von Arnim, dem damalîgen vierten, jetzigen ersten Cui- 
rassier -Regimente, eingegangen. Unsere Ausgabe wiederholt den von 
Seidlschen Text. 



XXXI. INSTRUCTION FUR DEN GENERAL MAJOR 

VON BUDDENBROCK, 

was bei Schweidnitz zu thun ist. 

Wir verdanken dièse Instruction, vom 7. Mai 1778, sammt Zube- 
hor, dem verstorbenen General-Feldmarschall von Boy en, welcher uns 
dieselbe, den 6. Juni i846, in Abschrift geschenkt bat. Sechs Jahre 
spater bat uns der Herr General der Infanterie von Weyrach die Ori- 
ginale zur Vergleicbung gelieben. 

Die Instruction und die Cabinets -Ordres sind von Kanzelleihand 
gescbrieben und von dem Konige voilzogen. Der Instruction hat der- 
selbe einen mit eigener Hand gezeicbneten Plan der Festung Schweid- 
nitz beigelegt, von welchein wir ein Facsimile geben. 

Ludwig von Buddenbrock, geboren zu Gurnen in (Ost-) Preussen 
den 18. Februar 1720, diente in allen vier Kriegen des Kônigs, ward 
Anfangs Januar 1777 General -Major und Chef des Infanterie - Régi- 
ments Nr. 16, in Braunsberg, jetzt Nr. 5, in Danzig, welches er xum 
Baierschen Erbfolgekriege nacb Scblesien fiïhrte. Hier wurde er zum 
Commandanten der Festung Schweidnitz ernannt und mit der Instruc- 
tion vom 7. Mai 1778 versehen. Er slarb in Konigsberg, den 20. 
April 1782. 



DES HERAUSGEBERS. xxxix 

XXXIL INSTRUCTION FUR DIE INSPECTEURS 

DER CAVALLERIE, 

welche sie allen Commandeurs der Cavallerie communiciren 

sollen. 

Der Text dieser Instruction, vom 20. Juli 1779, mitgetheîlt von 
Herrn Major Zabeler, stammt aus dem Nachlasse des General-Lieute- 
nants Grafen Henckel von Donnersmarck. 

Die Instruction fur die Officier t von der Infanterie, absonderlich 
fur die Commandeurs der Régiment er und Bataillone, gegeben Pots- 
dam, den 16. Juli 1779, deren in dem lîrkundenbuch zu der Lebens- 
geschichte Friedrichs des Grossen, von J. D. E. Preuss, Band IV., 
S. 228, Nr. 47, çedacht wird, haben wir nicht aufgenommen. Sie 
findet sich in dein Anhang zu dem Règlement, welchen der Konig, 
Potsdam, den 1. October 1779, ausgegeben, S. 55 — 65, aïs Arti- 
oâ VI. und ist betitelt : Von dem Dienst im Felde. 



XXXIII. INSTRUCTION FUR DIE INSPECTEURS 
DER INFANTERIE. 

Dièse Instruction (Potsdam, den 25. Juli 1781) ist am friïhesten 
von G. Scharnhorst veroffentlicht worden, zuerst in seinem Neuen 
Militairischen Journal, Hannover, 1791, Neuntes Stiïck, S. 3i3— 319, 
dann, minder genau, in dem Unterricht des Konigs von Preussen 
an die Générale seirier Armeen , S. 282 — 288 , welcher Text in der 
Bearbeitung von Schûtz und Schulz, Band IL, S. 293— 3oo, wieder- 
holt ist. Aile drei Abdriicke setzen die Instruction jur die Inspecteurs 
far Infanterie in das Jahr 1781. Dagegen ist sie in der Zeitschrift 
fur Kunst , Wissenschaft und Geschichte des Krieges, berausgegeben 
von C. von Decker, F. von Ciriacy und L. Blesson, Berlin, 1826, 
Band VIL, Heft 5, S. 226—281, in das Jahr 1785 gesetzt. Dabei 
befinden beide Angaben sich in einem Widerspruche mit sich selber; 
denn die Scharnhorstschen Texte sagen, bald zu Anfange : «Bei einem 
langwierigen Frieden wie der jetzige, der schon langer als zwanzig 



xl VORWORT 

Jahre gedauert hat, u. s. w. ;» dagegen liest man in der Zeilschrift: 
•Bei einem langwierigen Frieden wie der jetzige, der beùiahe zwanzig 
Jahre gedauert» 

Die Bibtiothek des Generalstabes der Armée besitzt (F. Nr. 4) 
eine anscheinend sehr unzuverl&ssige Copie dieser Instruction; indess 
bemerken wir von derselhen, dass, ohne Angabe von Ort und Da- 
tum, oben bei dem Titel das Jahr 1781 als die Zeit der Abfassung 
angegeben ist, und dass der bei den oben genannten Ausgaben selt- 
sam unrichtige Satz hier so lautet : «. . . . der beinake zwanzig Jahre 
gedauert. » 

Wir haben, in Ermangelung der Original-Handschrift, den friïhe- 
sten Scharnhorstschen Text, aus dem Neuen Militairischen Journal, 
copirt und mit dem in der Zeilschrift gegebenen Abdrucke verglichen. 

Die Instruction fur die Inspecteurs der Infanterie ist gewiss das 
Gegenstiïck zu der folgenden Instruction fur die Inspecteurs der Ca- 
valerie, vom 5. August 1781. 



XXXIV. INSTRUCTION FUR DIE INSPECTEURS 
DER CAVALLERIE. 

Unser Text dieser Instruction (Potsdam, den 5. August 1781) ist, 
in Ermangelung eines Original-Exemplars , von W. Forsters Geschichie 
des Kôniglich Preussischen Ersten Cuirassier-Régiments, S. 334—339, 
entlehnt. 



XXXV. DISPOSITION FUR DEN GOUVERNEUR ODER 
COMMANDANTEN DER FESTUNG SCHWEIDNITZ, 

im Fall sie sollte attaquirt werden. 

Den i4- November 1781 hat der Konig den Militair-Befehlshabern 
von Breslau, Brieg, Neisse, Cosel, Glatz, Silberberg, SchweidniU 
und Glogau neue Dispositionen zur Vertheidigung ihrer Platze.gcge- 
ben. Dièse Schriften sind nach der Oertlichkeit der genannten FestuD- 



DES HERAUSGEBERS. xli 

gen verscbieden. Unsere Copie der Disposition fur Schweidnitz ver- 
danken wir dem Obersten im Ingénieur-Corps und Pionier-Inspecteur 
Herrn Lehmann. 

Dièse Disposition gewinnt noch an Interesse, wenn man sie mit 
der Instruction (XXXI) fur den General- Major von Buddenbrock, 
vas bei Schweidnitz tu thun ist, vom 7. Mai 1778, vergieicht. 



XXXVI. INSTRUCTION FUR MEINE ARTILLERIE, 
wie sie bei Gelegenheit ihr Feuer einrichten soll. 

Dièse Instruction, welcbe der Kônig mit Cabinets -Ordre vom 
10. Mai 1782 an den General -Major von Holtzendorff sandte, findet 
sich gedruckt in der Oestreichischen militârischen Zeitschrifi, Wien, 
1819, Band 111., S. 100—104» und in Louis von Malinowsky und 
Robert von Bonin Geschichte der brandenburgisch-preussischen Ar- 
tillerie, Band III., S. 77-80. 

Der Spectateur militaire , Paris, 1828, Band IV., S. 55— 60, giebt 
due franzôsische Uebersetzung von dieser Schrift unter dem Titel : 
Instruction du grand Frédéric pour l 7 artillerie de son armée , A 
Potsdam, le 10 mai 1782, adressée au général -major de Holtzen- 
dorff. 

Unser Text ist eine Wiederholung des Abdrucks in der Oestreichi- 
schen militârischen Zeitschrift. 

Georg Ernst von Holtzendorff, geboren 17 14 zu Calbe an der 
Saale, ein Sobn des General - Cbirurgus Holtzendorff, ward 1771 
Oberst, 1777, nacb des General-Lieutenants von Dieskau Tode, Chef 
und Général-Inspecteur der ganzen Artillerie, und 1779 General -Major. 
Er starb 1785. Den 21. Januar 1767 batte der Kônig ibm den 
Àdel verliehen. 



XXX. 



xlii VORWORT 

XXXVII. INSTRUCTION FUR DIE FREI-REGIMENTER 
ODER LEICHTEN INFANTERIE- REGIMENTER. 

Unser Text dieser Instruction, vom 5. December 1783, stammt 
aus dem Nachlasse des General- Lieutenants Grafen Henckel von Don- 
nersmarck; wir verdanken ihn dem Herm Major Zabeler. 

Die Bildung der drei leichten Infanterie-Regtmenter, fur welche die 
Instruction bestimmt war, ist erst im Todesjahre des grossen Konigs 
vollendet worden; es waren das die Regimenter von Ghaumontet, in 
Bunzlau und Lo'wenberg, Arnauld de la Perière, in Conitz, Fried- 
land und Tuchel, und das Schweizer Frei- Régiment von Miïller von 
Adolfingen, in Xanten und Goch. Bei dem Regimente des General- 
Majors von Ghaumontet, in Lowenberg, ist damais unser nachheriger 
Feldmarschall Graf von Gneisenau, als achter Premier- Lieutenant, 
mit Patent vom 11. Àugust 1786, eingetreten; er hatte zuvor unter 
den ansbachischen Truppen in Nord-Amerika gedient, wo sicb, seit 
1775, ausser der Volksbewaffnung , auch das zerstreute Gefecht, das 
Tirailleur-System, entwickelt hatte, bei welchem die leichte Infanterie 
zu besonderer Geltung kam. 



XXXVUI. INSTRUCTION FUR DIE SCHLESISCHE 

INFANTERIE -INSPECTION DES GENERAL -MAJORS 

VON GÔTZEN. 

Der Kônig hat dièse Instruction, vom 28. August 1785, sammt 
Zubehbr, dem General -Major Friedrich Wilhelm von Gtitzen gege- 
ben, als er denselben zum General -Inspecteur der Ober-Schlesisehen 
Infanterie -Regimenter ernannt hatte, Unser Text ist aus dem Ur- 
kundenbuch zu der Lebensgeschichie Fricdrichs des Grossen, von 
J. D. E. Preuss, Band IV., S. 243- 248, Nr. a5, 26, 27 und 28 
entnommen. 

Wir kônnen von diesem Schatze militairischer Lehrschriften des 
grossen Konigs uns nicht trennen , ohne seines schbtien militairi- 



DES HERAUSGEBERS. xun 

scheo Lehrgedichtes , L'Art de la guerre (Band X.), zu gedenken, 
welches er 1749, unmittelbar nach den Principes généraux de la 
guerre, verfasste, und in dessen sechs Gesangen er die gesammte 
Kunst der Helden mit der ergreifendsten Klarheit vor die Seele des 
Lesers stellt. 

Dem Inhalts-Verzeichnisse dièses Bandes folgt die Table générale 
des matières fïir die militairischen Werke. 

Vierzehn zu dîesem Bande gehorige Tafeln sind hinten angehangt. 

Berlin, den 5. November i856. 

J. D. E. Preuss, 

Doctor der Philosophie , Kôniglicher Professor 

der Geschichte und Historiograph voq Brandenburg, 

auch Ehrenmitglied der militairischen 

Gesellschaft. 



I. 
INSTRUCTION 

FUR DEN 
OBERST-LIEUTENANT VOM CORPS CADETS 

DEN VON OELSNITZ. 



XXX. 



INSTRUCTION 

FUR 

DEN OBERST- LIEUTENANT VOM CORPS CADETS 

DEN VON OELSNITZ. 



I. 

Uie erste und vornehmste Sache, worauf der Oberst- Lieute- 
nant von Oelsnitz und die bei dem Corps bestelleten Capitains 
arbeiten mûssen, soll sein, den Cadets eine verniïnftige Ambition 
beîzubringen ; demnâchst aber ihnen, gleichsam von der ersten 
Jugend an , eine gewisse Liebe und Hochachtung fur den prcussi- 
sdien Dienst einzupragen, dergestalt, dass die Idée, als ob kein 
besserer Dienst in der Welt sei wie der preussische, glcichsam 
mit ihnen aufwachse und ihnen fest imprimiret werde. 



Das Fuchteln der Cadets und die hisherîgen Arien von Stra- 
feu sollen hinfiiro gânzlich unterbleiben ; a hergegen diejenigen, 
so sich negiigiren oder etwas Unrechtes begehen, mit Arrest bei 
Wasser und Brod gestrafet werden. Wenn zum Exempel ein 
Cadet seine Stunde versaumet, so soll derselbe auf einen Tag 
oder was bei Wasser und Brod in das Stockbaus gesctzet, aber 

* Siche Band IX., Seite 83. 



4 I. INSTRUCTION FUR DEN OBERST-LIEUTENANT 

nicht mehr geschlossen werden. Fângt ein Cadet ungebùhrliche 
Hàndel an, oder passiren Kinderstreiche, dass etwa ein Cadet 
dem andern in die Haare fëllet, so muss ein solcher Cadet zwei- 
mal vier und zwanzig Stunden bei Wasser und Brod sitzen; je- 
doch muss zugleich auf das Alter und die Constitution des Cadets 
gesehen und die Strafe darnach proportionirt werden. Was Ba- 
gatelien sind, die sollen nicht anders aïs mit Reprimanden gestra- 
fet werden. 



Der Dienst muss den Cadets gelehret werden wie es Soldaten 
gehôret und gebuhret; der Oberst- Lieutenant von Oelsnitz aber 
muss dabei nie aus dem Sînne lassen , dass die Cadets keine Mus- 
ketiere von Profession sind, sondern dass solche Ofliciere werden 
sollen, und ob sie scbon den Dienst mit aller Exactitude eriernen 
und das Exerciren noch besser wie die andern Regimenter thun 
mùssen, so sollen sie doch dabei nicht stehen bleiben, sondern 
solches so eriernen, wie Leute, welche dereinsten commandiren 
sollen. 

4 

Aile Abend kurz vor dem Schlafengehen sollen zwei Unter- 
OfGciere von den Cadets aile Kammem zu visitiren gehen , die 
Cadets, so darin liegen , abrufen und zusehen ob noch ailes richtig 
ist, worauf sie an den Oberst -Lieutenant von Oelsnitz ordent- 
lich rapportiren miïssen. Des Morgens, eine halbe Stunde vor 
dem Aufstehen, soll das Visitiren von den beiden Unter-Ofli- 
cieren von den Cadets wieder geschehen und dem Oberst-Lieute- 
nant davon gehôriger Rapport gethan werden. 



Mit den kleinen Montirungs-Stùcken und was sonsten die Ca- 
dets, besonders die armen, zur Beihulfe bekommen, soll gute 
Ordnung gehalten werden , dergestalt, dass ein jeder Cadet sein 
eigenes Buch haben soll , in welches , so oft er etwas von kleinen 
Montirungs-Stûcken oder sonsten bekommet, solche jedesmal 



VOM CORPS CADETS DEN VON OELSNiTZ. 5 

eîngeschrieben werden sollen; dcr Capitain von der Compagnie 
aber soll ein Buch dagegen halten und d a rein richtig eintragen, 
was die Cadets bekommen, mit welchen Bûchera hiernâchst der* 
gleichen Ausgaben in der jâhrlichen Rechnung beleget werden 
sollen. Die Rechnung soll aile Jahre den i. oder 2. October durch 
cinen S tabs- Officier, welchen Seine Kônigliche Majestat dazu 
beordern wollen, abgenommen werden. 



6. 

Soll der Oberst- Lieutenant von Oelsnitz auf die Kûche mit 
Acht haben, dergestalt, dass er sorge, damit die Cadets jedesmal 
gut, reinlich und propre gespeiset werden miissen, zu welcbem 
Ende demi auch ein ordentlicher Kiïchehzettel gemachet und 
darin benennet werden soll, was fiir Essen an jedem Tage in der 
Woche den Cadets gegeben werden miissen. 



7- 

Wenn die Cadets essen, soll allemal wâhrender Mahlzeit in 
jedem Zimmer wo gespeiset wird, ein oder auch zwei Cadets 
nach einander ein Stûck oder Capitel, entweder aus der bran* 
denburgischen Historié,* oder auch aus des Feuquières Kriegs- 
kunst, in das Deutsche ûbersetzet,» laut und deutlich herlesen, 



* Wir wuseten ffir den angegebenen Zweck nur Johann Hiïbners Kurze 
Fragen aus der politiscken Historia, Band VI., sa nennen. Die Géographie des- 
telben Verf assers empfichlt der Konig, Band IX., Seite 80, zum Gebrauche in 
der Académie des nobles. Vielleicbt ware auch an Caspar Abels Preussische und 
Brandenburgischc Rcichs- und Slaats - Historié , oder an die Biographien der 
einxelnen Regenten von Gondling, Pofendorf (im Auszuge von Erdmann Uhse) 
ond an Fassmann, endlich auch an das Theatrum europaeum su denkcn, aus 
welcbem Friedrich selbst (Band XX VU. m, S. 8) seinen ersten Geschichtsun- 
terricht geschëpft hat. Die lateinischen Lebensbeschreibungen der Kurfiirsten 
▼on Joh* Cernitins und die franzosische Uebersetiung derselben von Antoine 
Teissier waren wohl nicht anwendbar. 

* Geheime und sonderbare Kriegsnachrichten des Marggra/en von Feuquières , 
KSnigL Frantôsischen General- Lieutenants , Leipzig, 1738, xwei Theile in 4-, 
mit Kopfern. Der sweite Theil ist betitelt Historische und Militairisçhe Aach- 
richlen. In BetrefF dièses Werks schreibt der Konig an den Prinxen Lcopold 



6 1. INSTRUCTION FLR DEN OBEKST-L1EUTENÀNT 

wâhrenden wclchen Lcsens die andern Cadets aile slillc sein 
und zuhôren nuïssên. Der Cadet, so lieset, bekommt nachhcr 
zu essen. 

8. 

M tisse n die Cadets vor allen Dingen bei jeder Compagnie in 
gewissc Classen eingetheilet werden, und zwar nach ihren Jab- 
ren und Begriffen, so dass die Kinder und Anfânger, welchc erst 
lesen und schreiben lernen, à part seien; diejenigen, so schon 
weiter sind, miïssen eine andere Classe machen und die Géogra- 
phie, Historié, das Franzosische, die Géométrie, das Tanzcn, 
Fechten, Voltigiren, u. s. w. lernen, und so ferner. 

Seine Kônigliche Majestat sind gewillet, dem Corps Cadets 
noch vier Leute zu halten, welebe den Cadets die Logique leh- 
ren sollen, und welche ihncn, sobald sie lesen und schreiben kon- 
nen, gelehret werden soll, damit sie von Jugend auf zum ver- 
minftigen und ordentliehen Denken und Beurtheilen angewohnct 
werden. * 



Insbesonderc muss der Oberst- Lieutenant von Oelsnitz auf 
die Génies der Cadets wohl Àcht geben, wozu sie etwa Lust ha- 
ben und was fiir besonders gute Kopfe unter ihnen sind, oder 
die zu dieser oder jener Science besondere Talents haben, an- 
merken, auch solche Seiner Koniglichen Majestat anzeigen. Er 
muss sich aber dabei wohl in Acht nehmen, dass hierunter keinc 
Uebereilung noch Passion vorgehe, denn Seine Kônigliche Ma- 
jestat selbst genau examiniren werden, ob die angezeigten Cadets 
auch von dem angegebenen Génie sind , oder aber, ob hergcgeu 
gute Kopfe und profonde Talents vergessen und zurtiek»elassen 

von Anhalt-Dessau, Breslau, den g. November 174» t *Ich habe dem Boeh- 

* ftihrer Korn bcfohlen , an Ew. Liebden fïïnf und xwanzig Excmplare von des 
«Feuquières Kriegsnachrichten zu senden. Ew. Liebden haben solche an die 
•unter Dcro Commando stchenden Regimentcr mi verlheilen, mit dem Bcdeu- 
•ten, wie es den Officiers nîitzlich sei und Mir zum gnâdigen Gefallen çereiche, 

• wcnn sie dièses Buch mit Fleiss und Nachdenken lesen.* Siehe Band XXV1H, 
S. 100 und i54> 

» Siebc Band XXVII. m. S. a53, *54, a55 und a5(i. 



VOM CORPS CADETS DES \ OiN OELSN1TZ. 7 

worden, auf welchen lctztereti Fall der Obviai -Lie 11 tenant von 
Oelsuitz sich sehr schlecht recommandiren wurde. 



Muss hinfiiro mehr auf die Reinlichkeit nnd Propreté gehal- 
ten werden, damit kiïnftig unter den Cadets keine Krâtze weiter 
sei, als die unter solchem Corps nicht sein muss. Weil auch ailes 
gegeben wird was zur Propreté gehëret, so wurde es des Oberst- 
Lieu tenants von Oeisnitz und der Capi tains Scbuld sein, wenu 
sie solches ailes nicht observiretcn. 



11. 

Von den Feldwebelu, welche bisDato bei deu Cadets slelien. 
sind Seine Konigliche Majestât nicht zufrieden, daher der Oberst- 
Lieutenant von Oeisnitz darauf denken und VorschlSge thun soll, 
nie solchc sonsten untemibringen. So lange aber die jetzigen 
Feldwebel noch bei dem Corps sein werden, soll der Oberst- 
Lieutenant von Oeisnitz dafiïr responsable sein, dass sie keine 
plumpe noch bâurische Manieren gegen die Cadets baben , die wie 
Edelleute und kiïnftige Ofliciere, nicht aber wie Bauerknechtc 
iractiret werden sollen. Mit den Capi tains vom Corps hat es zum 
Theil gleiehe Bewandniss, daher der Oberst-Lieu tenant von Oeis- 
nitz solche anhalten soll, mit den Cadets honnet und verniïuftig 
umzugehen, und diesen durch ihre eigene Conduite gute Exemples 
u\ geben. 

12. 

Uebrigens und da Seine Konigliche Majestât selbst ofters nach 
den Cadets sehen werden , » so soll dersclbe versichert sein , dass , 

* Der Konig hat da* Cadetleo-Corps a m 3o, Juni 174° » von welchem Tage 
die Instruction fur dasselbe datirt Ut» in Charlottenburg gemustert und in dem 
Orangerie- H a use speisen lasaen. Besucbt liât cr das Cadetten-Haus den a3. No- 
vemher 1741» den 39. Januar 1744 • den ao. December 176a t den il. April 
1763 und den 19. August 1764, wahrscheinlich auch nachhrr noch. Von dem 
Besuche im Jabre 1764 sagt.die Haudeftche Zcitung, Nr. 100: «Am Sonntage, 
'den 19. August, Vormitlags begaben nich Seine Majestât der Kiintg zu Pfcrdc 



8 I. INSTRUCTION FCR DEN VON OELSNITZ. 

wenn Hôchstdieselben jedesmal ailes in rccht guter Ordnung, 
Propreté und Accuratesse finden werden, so dass sie davon zu- 
frieden zu sein Ursache haben, solcbes Deroselben zu besonderem 
Gefallen gereichen und Sie es gegen mehrgedachten Oberst-Lieu- 
tenant gn&digst erkennen werden; dahergegen aber und wenn 
wider Verhoffen darunter manquiret werden sollte t er auch ge- 
wiss zu gewartigen hat, dass Seine Kônigliche MajesUtt sich des- 
halb scharf an ihn halten werden. 
Charlottenburg, den 3o. Juni 1740. 

(L. S.) Fridbbich. 

•nach dcm hiesigen Cadetten-Hof und hatten die Gnade, die in demselben be- 

• findlichen jungen Edelleuie im Voltigiren , Zeichnen , Reitcn and andern Kriegs- 
« wissenschaften AllerhSchst zu priifen, selbige Dero Kôniglichen Hnld ond Vor- 

* sorge zu versichern , u. s. w. • Mehrmals lies» der Kënig auch CadeUen auf das 
Berliner Schloss kommen, um den Bedarf fur die Regîmenter auszuwahlen. 

Etn grosser Schatz von (ungedruckten) Cabinets- Ordres seigt, dass Friedrich 
bis an scinen Tod in ununterbrochener Verbindung mit dem CadeUen - Corps 
geblieben , und dass er immer die Seele desselben gewesen. 

Band I. , S. i5i, spricht Friedrich, zum Lobe seines Vaters, flber das Ca- 
deUen- Corps, dessen Chef er selbst, von der Stiftung, 1717, an bis 1730, ge- 
wesen ist. Siehe Band XXVH. m, S. 3 ff.; auch J. D. E. Preuss, Die militai- 
rische Richtung in Fricdrichs Jugendlebcn, S. 7 und 8. 



A N H A N G. 



AN DEN OBERST- LIEUTENANT VOM CORPS CADETS 
DEN VON OELSNITZ. 

Charlottenburg , dcn a8. Juni 1 740. 
Mein lieber Oberst - Lieutenant von Oblsnitz , 

I/en mit Eurer Vorstellung vom 19. dièses eingesandten Verpflegungs- 
Etat vom Corps Cadets habe Ich erhalten , und , nachdem Ich dessen 
Einrichtung mit mehrenn ersehen, darauf resolviret, dass zuvorderst 
der bisherige Profoss abgeschaffet und dessen Tractament und Mon- 
tirangs-Gelder von nachstkiïnftigem Monat an gSnzlich cessiren sollen. 

Die fur die Speisung der Cadets ausgesetzte Summe im Etat be- 
triget jahrlich ûber zehn tausend Thaler; weil aber verlauten will, als 
ob die Cadets fur solcbes Geld nur schlecht gespeiset wiirden, so 
soliet Ibr auf Eure Pflicbt wobl iiberlegen, ob nicbt fur dièses so 
considérable Geld die Cadets besser gespeiset werden kënnen ; zu wel- 
chem Ende Ibr einen ordentlicben Tageszettel machen soliet , was fur 
Essen den Cadets an jedem Tage der Wocbe gegeben werden muss , 
und soliet Ibr Mir insbesondere dafiïr responsable sein, dass die Ca- 
dets jedesmal gut, aucb propre und reinlicb gespeiset werden, So 
muss aucb bei der Kiïche wobl auf die Propreté gesehen und das 
Zimmer reinlicb gehalten und ofters gescbeuert werden. 

Bei den Maîtres urtheile Ich, dass deren von der einen Art. zu 
viel, von andern aber zu wenig sind. Es ist nfimlich ohnmôglich, 
dass der eine Ingenieur-Major Frauendorff die Cadets hinlangltch mit 
Information verseben konne, dahero Ich dem Obersten von Walrave* 
bereits Ordre gegeben habe, noch zwei Conducteurs vorzuschlagen , 

• Siehe Bd. XXVL, S. 100. 



io ANHANG. 

welche un 1er dem Major Frauendorff mit informiren, jeder von ihnen 
aber das gewôhnliche Conducteur-Tract a ment, a acht Thaler nionat- 
lich, auf den Elat des Corps des Cadets bekommen soll. Hergegen 
sollet lhr wohl examiniren, ob nicht zu viel Schreib- imd Schulmei- 
ster a bisher gehalten worden, und fur das kiïnftige einige von ihnen 
retranchiret werden kônnen. Zu franzosischen Sprachmeistern miissen 
keine schlechte Lente und die man dadurch etwa nur zu versorgen 
gedenket, sondem recht tîichtige und fleissige Leute genommen wer- 
den, und muss bei jeder Compagnie ein Sprachmeister sein, damit 
die Cadets in dieser Sprache hinfïlro mehr profitiren, als bisher nicht 
geschehen. Zu der noch unbesetzten Tanzm eist ers l elle sollet lhr Mir 
nâchstens ein geschicktes Subjectum vorschlagen. Ueberhaupt desi- 
derire Ich bei der ganzen Information, dass solche mit den Cadets 
pêle-mêle geschehen und darunter kein genugsamer Unterschied ge- 
machet worden; daher denn M ein Wiiie ist, dass hinfûro jede Com- 
pagnie bei der Information in gewisse Classen eingetheilet werden 
soll, so wie solches in andern Schulen gebrauchlich ist, und miissen 
diejenigen, so in einer Wissenschaft schon was eriernet haben, oder 
welche ein besonderes Génie dazu bezeigen, in einer besondern Classe 
informiret werden, diejenigen aber so nur mittelmâssige Profectus ha- 
ben, in einer aparten Classe instruiret, und endlich die Anfânger 
wieder besonders in einer Classe angefiïhret werden, bis aie weiter 
kommen und in die folgende Classe gesetzet werden kônnen. 

Mit den kleinen Montirungs-Stiicken und demjenigen, so zur Un- 
terhaltung des Gewehres, imgleichen was den Pauvren zur Beihiïlfe 
gegeben worden, soll aucli von nun an mehrere Ordnung gehalten 
werden, dergestalt dass jeder Cadet sein eigenes Buch haben soll, in 
welches, so oft er etwas an kleinen Montirungs - Slucken oder sonst 
etwas bekommet, solches jedesmal sogleich eingeschrieben werden soll; 
der Capitain von der Compagnie aber soll ein Buch dagegen hait en 
und ailes richtig eintragen , mit welchen Biichern hiernachst dièse Aus- 
gaben in der jahrlichen Rechnung beleget werden sollen. Die Rech- 
nung aber soll aile Jahre den 1. oder 2. October durch einen Stabs- 
Officier abgenommen werden, welchen Ich dazu beordern will, und 
weswegen jedesmal zur rechten Zeit von Euch Erinnerung gesche- 
hen muss. 

Zur Réparation des Exerci tien - Hanses b sind im Etat bisher vier 

* Die Kalligraphen unterrichteten auch in wissenschaftlichen Gegenstan- 
den, z. B. in der Geschichte und Géographie; die drei Schulmcister hatten es 
nur mit den viel en Ànfângern eu thun , welche lesen und schreiben lernten. So 
ist es wesentlich bis 1765 gebliebcn. Siehe Bd. VI., S. 98 und 99. 

t» Damit ist das Cadelten - Haus gemeint. Im Jahre 1776 wurde das jcUigc 
Cadclten-Hnus, mit der Insclirifl Marlis Et Mincrvae Alumnis, erbaut. 



ANHANG. ii 

bundert drei und funfzig Thalcr aùsgesetzet worden; hinfiïro aber 
soll deshalb nicht mehr passiren als hundert drei und funfzig Thaier 
jahrlich, mît welcher Suinnie, ein Jahr in das andere gerechnet, ge- 
dachte Réparation bestritten werden muss. Endlich sollet Ihr auch 
die Disposition machen , damit auf jede Kammer der Cadets ein Ge- 
wisses an Puder und was son s t en zur Reinlichkcit und Propreté ge- 
horet gegeben werde, denn die Cadets in allen Stîicken propre sein 
inussen, damit die Eltern Lust bekommen, ihre Kinder unter das 
Corps zu schieken. Nur gedachte Ausgabe aber fur Puder und der- 
glfichen soll aus dem Bestande bezahlet werden, und die Cadets von 
ihrem Gelde nichts dazu geben. 

Uebrigens ist Meine Intention , dass die Cadets wobl und durch 
Ambition gezogen, nicht aber durch die Feldwebel auf brutale Art, 
wie bisher wohl geschehen sein mag, tracliret werden sollen, und 
wird zu deren guten Erziehung vieles beitragen, wenn die Feldwebel 
sich gegen selbige verniinftig conduisiren, die Capitains aber mit gu- 
ten Manieren und geschickler Aufliïhrung ihnen zum Exempel dienen. 

Ihr habt demnach ailes vorstehendennassen einzurichten , liber das- 
jenige aber, so zu vôlliger Regulirung des Etats annoch desideriret 
worden, zu seiner Zeit Euren Bericht einzuscbicken. Ich bin 

Euer wohlaflectionirler Konig , 
Friderich. 



II. 
INSTRUCTION, 



WORNACH SICH 



DES GENERAL-FELDMARSCHALLS 

FÛRSTEN VON ANHALT LIEBDEN 

BKl DEM 

DEROSELBEN AUFGETRAGENEN COMMANDO ÛBER 

DASJEN1CE CORPS D'ARMÉE, WELCHES SEINE KÔNIGL1CHE 

MAJESTÂT BESONDERS FORMIREN LASSEN WERDEN, 

ZU ÀCHTEN HABEN. 



INSTRUCTION, 



WORNACH 51CH 

GEXERAL-FELDMARSCHALLS FURSTEN 
VON ANHALT LIEBDEN 

BEI DEM DEROSELUEN AUFGKTRAGENEN COMMANDO (JBER 

DASJENIGE CORPS d'aRMKE, WELCHES SEINE KONIGLICHE MAJESTAT 

BKSONDERS FORMIREN LASSEN WERDKN, ZU ACIITEN HABKN. 



iNaehdem Seine Kônigliche Majestat in Preussen etc. bei den 
jetzigen Conjuncturen von der ohnumganglichen Nothwendigkeit 
gefunden , ein besonderes Corps von Dero Armée in den hiesigen 
Gegenden , oder woselbst es sonst die Umstânde erfordern moch- 
ten, im nachstkommenden Fruhjahr formiren zu lassen, ûber 
solches aber Dero General-Feldmarschall des Fiïrsten von Anhalt 
Liebden, aus besonderer in Deroselben gesetzten Confidence und 
fur Dieselben hegenden Estime, das Commando anvertrauet ha- 
ben;» aïs haben Seine Kônigliche Majestat gedachte Seine Lieb- 
den mit nachstehender Instruction versehen woilen, und 7,war : 



Haben Seine Kônigliche Majestat zu Seiner Liebden das gnâ- 
digste Vertrauen, es werden Dieselben sich die Wohlfahrt und 
Conservation dièses Corps d'armée bestens angelegcn sein lassen , 
und ailes, was zu dessen Wohlsein und Erhaltung dienlich ist, be- 

» Sielic Bil. H., S. G*, Si (T. und 1 13. 



16 IL INSTRUCTION 

sorgen und beitragen, dabei mit dahin sehen, dass die Regimen- 
ter allemal in gute m und complètent Stande erhalten werden. 



Haben Seine Lîebden wohl darauf zu sehen , damit bei sol- 
chem Corps die eingefiihrle gute Ordre best&ndig erhalten und 
den deshalb ergangenen Kônigltchen Règlements und Ordres 
exact nachgelebet werde, auch der Dienst in allen Stiicken der- 
gestalt geschehen und sich keiner von seinem Devoir relachiren 
musse; wie denn auch eine gute Kriegs-Disciplin und scharfe 
Ordre bestândig unterhalten werden soll. Insonderheit haben 
Seine Lîebden 

3. 

Darauf zu sehen und jedesmal in Zeiten zu veranstalten , da- 
mit es diesem Corps d'armée an der benothigten Subsistance 
nicht fehle und dass deshalb das erforderliche Brod, als auch die 
Fourage jedesmal hinlânglich herbeigeschaftet werde. 

4- 

Aus was fur Regimenteru dièses Corps bestehen und was fur 
Générale bei solchem dienen soll en, imglcîchen wie viel Ingé- 
nieurs und was fur cin Train von Artillerie so wohl, als von 
schweren Geschiïtzen dazu destiniret worden, ist Seiner Liebden 
bereits bekannt, allenfalls aber aus den hiebei liegenden Designa- 
tiones mit mehrerm zu ersehen, und werden Seine Kônigliche 
Majestât aile zu diesem Corps d'armée destinirte hohe und nie- 
dere Officiere, wie auch Gemeine an Seine Liebden, als an den 
von Seiner Kôniglichen MajestMt ihnen vorgesetzten commandi- 
renden General -Feldmarschall, zu allem schuldigen Respect und 
Gehorsam verweisen. 

S. 

Wclchergestalt das Corps verpfleget werden soll, solches wer- 
den Seine Liebden ans dem Deroselben hiernSchst zu communi- 
cirenden Fcld-Etat erschen, îiber welchen Etat in allen und jeden 
Stiicken gehalten werden muss. Es muss die Verpflegung aber 



FUR DEN Ft)RSTEN VON ANHALT. 17 

nur allein fur die effective Mannschaft geschehen, und davon je? 
desraal pflichtmSssige Lislen gefertiget und behôrigen Orts ein- 
gegeben werden. 



Da bci den zwischen Seiner Koniglichen Majest&t und dem 
Hause Oesterreich entstandenen DifFerenzien nicht zu zweifeln 
ist, dass dièses sich aile Bewegung geben werde, um wo mëglicb 
einige Seiner Koniglichen Majestat Nachbaren wider Dieselben 
aufzubringen, als baben Seine. Liebden auf solcbe Menées ein 
wachsames Auge zu baben und wohl Acht zu geben, ob von 
einer oder andern benachbarten Puissance, besonders aber von 
Chur-Sachsen oder Chur-Hanover, einige Truppen zusammen- 
gezogen oder einiges Corps formiret werde. 

Es haben Seine Kônigliche Majestat Dero Etats -Minister von 
Podewils zu dem Ende anbefohlen, an Seine Liebden aile die* 
jenigen Nachrichten, so deshalb bier einlaufen mochten, zu coin- 
muDÎciren; gedacbte Seine Liebden aber baben ailes grûndlich 
einzusehen und cher keine Démarche zu thun, bevor Sie nicht 
ganz zuversichtliche Nachricht haben und wegen der ubeln In- 
tention solcher Puissancen gegen Seine Kônigliche Majestat voll- 
kommenen Grund sehen kônnen. 

7- 
Solltcn die Sacbsen in Bôhmen marschiren, um den Oester- 
reichern gegen Seine Kônigliche Majestat zu assis tiren, oder aber 
wenn sich gewisse Apparence zeigt, dass die Sacbsen mit den 
hanôverisehen Truppen sich conjungiren wollen, so haben Seine 
Liebden alsdann allererst wider solche zu agiren, den schwâchern 
Theil. von ihnen zu attaquiren und dadurch zu verhûten, dass 
dièse Truppen sich nicht conjungiren kônnen. 

8. 

Wofern Seine Liebden zu den alsdann vorzunehmenden Ope- 

ralionen noch ein mehreres an Artillerie gebrauchen sollten, als 

bereits fur das unter Dero Commando stehende Corps, destiniret 

worden, so geben Seine Kônigliche Majestat Deroselben hier* 

XXX. a 



i8 II. INSTRUCTION 

durch freie Macht und Gewalt, annoch so viel an Artillerie nach- 
kommen zu lassen, als Sie nothig zu haben erachten. 

9- 
In allen Sachen, wo die Nothwendigkeit eine prompte Execu- 
tion erfordert und wobei pericukun in tnora wfire, auctorisiren 
Seine Konigliehe Majestiit mehrgedachte Seine Liebden, dass Sie 
bei dergleichen Urast&nden sofort pflichtmâssig agiren kënnen, 
ohne bei Hôchstderoselben deshalb Anfrage zu thun; jedennoch 
muss solcbes gleich darauf Seiner Kôniglichen Majestiit gemeldet 
werden. 

10. 

Wollen Seine Konigliehe Majestiit, dass Seine Liebden mit 
Deroselben eine best&ndige und genaue Correspondance unter- 
halten sollen, und haben Dieselben solche Dero Dépêches nach 
der Schtesie zu senden und daraus solche, durch die daselbst von 
Station zu Station vcrlegten Officiere, an Seine Konigliehe Ma- 
jestMt bringen zu lassen ; wie denn zwischen dem in der Schlesie 
unter Seiner Kôniglichen Majestiit Commando stehenden Corps 
d'armée und unter dem, so unter Seiner Liebden Commando 
stehet, eine beslàndige Correspondance unterhalten werden soll. 

ii. 

Ueber ailes und jedes, was bei diesem Corps passiret und 
vorgenommen wird, muss ein ordentliches Diarium gehalten 
und solches Seiner Kôniglichen Majestât posttaglich eingeschicket 
werden, wie denn Hôchstdieselben noch uberdem Seiner Lieb- 
den Rapports, so oft als môglich ist, erwarten, auch Dieselben 
darauf dem Befinden nach mit Resolution versehen wollen. 

12. 

Die Jurisdiction bei diesem Corps d'armée in Civil- und Cri- 
minal- Sachen baben Seine Liebden nach Inhalt der preussischen 
Kriegs-Àrtikel, Ordonnanzien und Edicté dergestalt exerciren 
zu lassen, dass niemand sich daruber mit Fug zu beschweren 
Ursache habe. 



fOr den fCrsten VON ANHALT. 19 

Wofern es in Criminal-Sachen gemeinc Soldatcn betiifft und 
bci der Sache summum pcriculum in mora ist, oder wenn andern 
zum Schrecken ein Exempel statuiret werden muss, so haben 
Seine Liebden durch ein Kriegs- oder Standrecht dariiber spre- 
chco, das Urtheil aber, sonder Seiner Kôniglichen Majestàt Con- 
firmation dariiber einzuholen, zur Execution bringen zu lassen 
iiod davon nachhero zu berichten. 

Wenn aber die Sache Ober- Officiere anbetriflt und das De- 
cisam davon das Leben, die Ehre oder Cassation angehen dûrfte, 
da muss solehe gehôrig untersuchet und, bevor wider solche et- 
was verhanget wird , davon an Seine Kônigliche Majestàt berich- 
tet werden. 

Was sonst in dieser Instruction nicht express angefûhret wor- 
den, zu Seiner Kôniglichen Majestàt Dienst und Interesse nôthig 
ist, solches uberlassen Hôchstdieselben mebrerwâhnter Seiner 
Liebden Prudence und bekannten Kriegserfahrenheit, und setzen 
in Deroselben das vollkommenste Vertrauen, Sie werden bei die- 
sem anvertrauten Commando ailes dasjenige bestens in Achtneh- 
men, was die Gloire Seiner Kôniglichen Majestàt Waflen und die 
Conservation Dero Armée erfordern wird; zweifeln auch îibri- 
gens nicht, es werden Seine Liebden nach Befinden ailes mit der 
bei Dero unterhabendem Corps d'armée befindlichen GeneralitKt 
fleissig concertiren , zugleich auch ailes dasjenige , so zu Unter- 
haltung guter Einigkeit zwischen ibnen dienenkann, gerne bei- 
tragen. 

Signatum Berlin, den 12. Februar 17^1. 

(L. S.) Frch. 



a* 



ao II. INSTRUCTION 



LISTE DER ARMEE, 

WKLCBE UNTKRM COMMANDO DBS fObSTEN VON ANHALT DURCBLAUCHT 

STKHKN SOLL. 

INFANTERIE. 

i Bataillon Grenadier -Garde. 
3 Bataillons Anhalt. 



2 




Roder. 


2 




Holstein. 


2 




Anhalt -Zerbst. 


2 ■ 




Marwitz. 


2 




Flanss. 


2 




Leps. 


2 « 




Jung-Borcke. 


2 




Lehwaldt. 


2 ' 


*\ 


Wedell. 


2 




Grtfhen. 


2 




Persode. 


2 




Ferdinand. 


28 Bataillons. 


CAVALLERIE. 


5 Escadrons Leib - Régiment 


5 


Katte. 


5 


Alt-VValdow. 


5 


Bredow. 


5 


Prinz Eugen. 



25 Escadrons. 

DRAGONER. 

10 Escadrons Plat en leichte Dragoner. 
5 - Sonsfeld; der General -Lieutenant von Sons- 

i5 Escadrons. ^ aDcr mars cliîret fîir seine Per- 

son nicht mit, sondern hleihel im 
Cleveschen. 
Hierzu 25 • Cavallerie. 

Noch 2 > Husaren. 



Summa 4a Escadrons. 



FUR DÈN FORSTEN VON ANHALT. 



ai 



LISTE 
VON DER GENERALITÂT DER ARMÉE, etc., etc., etc. 

General -Feldmarschall der Fiirst von Anhalt. 
General -Feldmarschall Graf von Katte. 

General -Lieutenants. 
i. General -lieutenant von der Infanterie Frinz von Anhalt -Zerbst. 

2. » » ■ Cavallerie Markgraf Friedrich. 

3. • ». » von Platen. 



4. 


i 


• 


• » Infanterie von Sydow. 




5. 


i 


» 


• • • von Flanss. 
General - Majors. 




i. 


General 


-Major von der Cavallerie von Bredow. 




a. 






» » Infanterie von Leps. 




3. 






» • von Borcke. 




i 






» • Cavallerie von Wreech. 




5. 






• » Infanterie von Einsiedel. 




ti. 






► » » von Lehwaldt. 




7- 






» » » von Wedell. 




8. 






• Cavallerie Prinz Eugen von 


Anhalt. 



LISTE DER INGENIEURS. 



1. 


Oberstwachtmeister Damnitz 


2. 


Capitain 


Fransecky. 


3. 


• 


Balbi. 


4. 


» 


Gedler. 


5. 


» 


Embers. 


6. 


» 


Klein. 


7- 


■ 


Hirsch. 


8. 


Lieutenant Guionneau. 


9- 


» 


Becker. 


ÎO. 


» 


Pétri. 


n. 


w 


Hohennauer. 



aa IL INSTRUCTION 



FELD- ARTILLERIE. 

iG — Gpfiindige Kanonen. 
iG — 3 • 

2 — 18 » Haubitzen. 

1 ~~ .1 " Vorraths-AfTule. 

i—3 » | 

î kleines Hehezeug. 

2 Petarden. 

17G0 — 6pfiiii(lige Cartouche -Ladungen mit 

Kugeln a 110 Schuss perKanone 48 Centner Pulver. 

i7Go-3pRlndige d° d° d° 24 

200 Haubitzgranaten G, * 

FOr die Infanterie tsu Cavallerie. 
487200 Flintenpatronen fur die Bataillons, à 
3o Schuss auf den Mann, jedes Ba- 
taillon 5oo Mann gerechnet. 
54oo Flintenpatronen fiir die Grenadier? . 
à 3o Schuss auf den Mann, jede 
Compagnie 100 Mann gerechnet. 

492600 Summa. Dièse Patronen fuhren die 

Regimenter selbst bei sich i54 • 

48oooo Flintenpatronen zur Reserve, welche die 
Artillerie in 32 Wagen nachfa'hret. 
als per Régiment 2 Wagen und fur 
die Grenadier-Compagnie n 4 Wagen 1 38 - • 

35q36 Flintensteine fur die Grenadiere und 
Musketiere , der Mann 2 Stîick , wie 
solches Ihro Majestat selbst ordini- 
ret haben, welche sie aber selbst 
bei sich fuhren miissen. 
i584o Carabiner- und Pistolensteine. 

120 Centner Pulver, 3 Centner fiir jede 
Escadron, haben Ihro Majestat der 

Cavallerie accordiret 1 20 « » 

1800 Uandgranaten fiir die Grenadiere , zum 
Retraite- Schiessen und anderen Zu- 
fallen i5 



5o5l Centner Pulver. 
Nebst allem dazu gehorigen Attirail. 



FUR DEN FÙRSTEN VON ANHALT. a 3 



SCHWERE ARTILLERIE. 

3o — a4 pfundige Kanonen à 1000 Schuss. 
2 — 75 • Mortiers k 2S0 Wurf. 
12 — 5o • Mortiers a 5oo • 
10 Kanonen -Sattelwagen, damit obige Kanonen in zweien Trans- 
ports konnen fortgebracht werden. 
i4 Mortier - Sa ttelwagen 

i5 Protzen \ nebst dem dazu geborigen Geschirr. 

4o Bomben- und Kugelwagen 
5 — 24 pfundige Vorraths - Affuten. 
2 — 24 » Vorrathsrâder. 
2 Vorraths-Mortierklotze, weil solcbe beiin weiten Werfcn dure h 

die starke Force o fiers zu nichte geben. 
4 Kanonen -Hebezeuge. 
2 • • zu Mortiers. 

8 Kanonenwinden. 
3oooo — 24 pfundige Kugeln, die gehorige La- 

dung ist 3200 Cetitner Pulvei. 

1000 — 75 pfundige Bomben zu fullen und 

laden 100 » • 

6000 — 5o pfundige Bomben zu fullen und 

laden 436 • • 

7000 Handmortier - Granaten zu fullen und 

laden 28 • » 

3ooo Handgranaten zu fullen G 

25o — So pfiindige Brandkugeln 7 » • 

Fur die Minen und alterhand Expeditionen 5oo 

Suinma 4277 Centner Pulver. 

179680 Flintensteine fur die Année, sammt dem ubrigen Attirail, 
so biezu gehôrel. INoch 20 Ponlons. 



ffl. UND IV. 

INSTRUCTION 

FUR DIE REGIMENTER INFANTERIE 

UND 

INSTRUCTION 

fCr die REGIMENTER CAVALLERIE 
UND DRAGONER. 



INSTRUCTION 

FUR DIE REGIMENTER INFANTERIE 

UND 

INSTRUCTION 

FUR DIE REGIMENTER CAVALLERIE 
UND DRAGONER. 



AN DEN FÛRSTEN LEOPOLD VON ANHALT-DESSAU. 

Ottmachau, dcn 28. Marx 1741* 
DCRCHLAUCHTIGSTER FfjRST , 
FrEUNDLICH GEL1EBTBK VeTTER , 

&W. Liebden habe hierbei in Àbschrift communiciren wollen, was 
fur Ordre Ich an die hiesigen Régiment er, sowohl Infanterie, als Ca- 
* aliène, verschiedener den Dienst angehender Sachen wegen gestellet, 
und werden Ew. Liebden Mir gewiss ein angenehmes Vergniîgen machen , 
wenn Dieselben Mir Dero Sentiment daruber und was etwa hierunter 
noch zu andern oder zuzusetzen nôthig sein dûrfte, ganz frei erëfT- 
oen wollen. Ich werde solcbes baldmftglichst erwarten und bleibe 
ubriçens 

Ew. Liebden 

freundwilliger V citer, 
Fridebich. 



a8 III. INSTRUCTION 



INSTRUCTION FUR DIE INFANTERIE. 

Ich habe fur nëthig gefunden, die Officiere von Meiner Infante- 
rie mit nachstehender Instruction zu versehen, damit selbige ge- 
nau wissen, wie sie sich bei Besetzung der Dôrfer, Escorten 
und anderen dergleicben Commando-Sachen zu verhalten haben, 
welcbe meine Instruction Ihr ihnen sSmmtlich publiciren, auch 
wohl bekannt machen, demn&chst aber darauf balten sollet, dass 
solcher in allen Stûcken auf das exacteste nachgelebet werden 
musse, und zwar: 



Wenn die Officiere von der Infanterie Dôrfer besetzen mus- 
sen, so sollen sie die Schildwachen ausserhalb des Dorfes setzen 
und zwar nicht weiter von der Wache, als hundert Schritt; 
wenn es nothig, mehrere Schildwachen vorwàrts zu setzen, wie- 
derum hundert Schritt, und so ferner von hundert zu hundert 
Schritt. Auf jeden Posten mûssen zwei Schildwachen gesetzet 
werden, aus der Ursacbe, dass, wenn sie etwas sehen oder hô- 
ren, einer davon die Wache avertiren, der andere aber den 
Posten besetzt halten kann. 



Wenn die Scbildwache des Nachts jemand, er sei wer cr 
wolle, zwei m al anrufet und selbiger antwortet nicht, so soi! die 
Schildvvachc nach dem zweiten Anruf gleich Feuer auf ihn ge- 
ben, und haben die. Officiere insonderheit ihre Schildwachen 
jedesmal sehr wohl zu instruiren, damit solche bestandig vigi- 
lant und alerte seien, und ist besonders von den Husaren und 
dcrgleichen fliichtigen Feindcn zu besorgen, damit solche sich 
nicht glupisch, ihrer Gewohnheit nach, heranschleichcn und die 
Schildwache massacriren, damit solche keinen Lârm machen 
kann. Die Rondcn und Patrouillcn sollen gleichfalls wohl in- 
struiret werden, dass solche den Schildwachen, wenn dièse zum 
ersten Maie anrufen, gleich antworten, wer sie sind und damit 
nicht warten, auf dass darunter kein Missverslândniss geschche, 



FUR -DIE INFANTERIE. 29 

wie denn einc Ronde oder Patrouille, so auf den ersten Anruf 
der Schildwache nicht antwortet, sich selbst beizumessen bat, 
wenn nach dem zweiten Anruf. Feuer auf sie gegeben wird, der 
Schildwache aber, so solches gethan, deshalb keine Verantwor* 
tung noch Schuld beizulegen ist. 

3. 

Wenn in den Dôrfern Unter- Officier -Postirungen von sieben 
oder acbt Mann sind und auf solche was feindliches kâme und 
sie attaquirte, so muss der Unter- Officier seine Leute hinter die 
Wagen, da der Weg mit zugemachet worden, treten lassen, 
seine Leute aber nicht auf einmal Feuer geben lassen, wodurth 
er sich verschiessen wûrde, sondern nur immer zwei und wieder 
zwei Mann feuern, dergestalt er vier Feuer hat und sich nicht 
verschiessen, sondern seinen Posten so lange main teniren kann, 
bis das Piquet zu Hûlfe kommt. 

4- 
Die Officier -Posten mùsscjn bei nâchtlichen Attaquen, und 
zwar auf Husaren, ordentlich Heckenfeuer machen; dahero der 
Officier des Abends zuvor seine Rotten recht eintheilen und seine 
Leute wohl zu instruiren hat, wie die Rotten nach einander 
schiessen mûssen. Der Officier commandirt die Halfte, der Un- 
1er- Officier aber die andere Hâlfte von diesem Heckenfeuer. 

5. 

Wenn. das Piquet heranriicket an den Ort wo der Lârm ist, 
muss solches in zwei Pelotons getheilt sein, und dergestalt lâsst 
der Officier solches heranrîicken und schiesst das Piquet mit 
Pelotons, doch so, dass allezeit ein Peloton das Gewehr auf der 
Schulter hat, und also ein bestândiges Feuer ist. Wenn dièses 
ailes mit guter Ordnung geschieht, so repondire ich dem Officier, 
dass der Feind alternai die Flucht nehmen wird. 

6. 

Bei jedem Dorfe sollen Feuer -Fauale gemacht werden, auf 
dass, wenn ein Dorf attaquirct oder Larm wird, durch An- 



3o IH. INSTRUCTION 

steckung der Feuer-Fanale die andern umliegenden Dôrfer so- 
gieich davon avertiret werdcn und zum Suceurs kommen kônnen. 
Auf die Kirduhunne in den Dôrfem sollen aUemal Schildwachen 
oder ein Un ter -Officier gestellet werden, auf dass solche, wenn 
was passiret, die Garnison des Dorfes sogleich davon avertirai, 
auch, wenn des Nachts in den umliegenden Gegenden ein Fanal 
brennt, sie solches sofort anzeigen und melden kônnen. 



Wenn ein Dorf sehr lang aus einander lieget und zwischen 
den Hftusern viele Wege durchgehen, so unmôglich aile besetzt 
werden kônnen, so miissen die Hauptetrassen, sonderlich die, so 
nach dem Feind gehen, besetzet werden, die Officiere aber sol- 
len sogleich nach ihrem Eînmarsch in das Dorf, zwischen den 
H&usern wo dergleichen Nebenwege gehen, von denBauern Grfi- 
ben verfertigen lassen; so dass bei nâchtlicher Weile keine Husa- 
ren oder dergleichen flûchtiges Gesindel passiren kann, sondera, 
wenn sie solches versuchen wollen, in die ihnen unbekannten 
Grâben fallen und auch dadurch Alarm machen und sich ver- 
rathen. In einem jeden Hause des Dorfes soll ûberdem des 
Nachts hindurch ein Licht brennen, damit, wenn etwas feind- 
liches sich nftherte, solches nicht anders urtheilen kann, als dass 
ailes wach sei. Weil auch die Quartierst&nde stark beleget sind, 
so sollen in jedem Quartier ein oder zwei Bursche allemal wach 
sein, die, bei dem geringsten vorfallenden Lârm, die andern Bur- 
sche avertiren und ermuntern mûssen, damit solche s&mmtlich 
ihr Gewehr ergreifen. Die Bursche, so in einem Hause zusara- 
men liegen, sollen allemal in zwei Pelotons und drei Glieder ge- 
theilet sein, auch jedes Glied und Peloton sein Gewehr dergesialt 
zusammenstellen, die Patron taschen und Seitengewehre daran 
hMngen, damit auf den ersten Lârm sie gleich fertig ihr Gewehr 
zu ergreifen und solchergestalt sogleich formiret aus dem Hause 
gehen; das ers te Glied muss seine Baïonnette schon auf dem Ge- 
wehr stecken haben, die andern beiden Glieder aber wie ge- 
wôhnlich. Von diesen beiden Pelotons commandiret das eine der 
Unter- Officier, das anderc aber ein guler Gefreiler. 



FUR DIE INFANTERIE. 3i 

8. 

In dergleichen langen Dôrfern sollen auch von Viertelslunde 
za Viertelstunde Patrouillen in dem ganzen Dorfe auf- und nie- 
dergeben, dass nicht das geringste geschehen kônne, wovon nîcht 
sogleich L&rm gemacht wird, dass also, wenn aile dièse Anstal- 
ten richtig und wohl observiret werden, es unmôglich ist, ein 
Dorf zu surpreniren. 

9- 

Wenn ein Officier in einer Scbanze oder Redoute commandi- 
ret ist, da er entweder mit funfzig oder mit hundert Mann darin 
lieget, so muss derselbe alerte und fleissig sein, seine Ronden und 
Patrouillen an die Oerter, so ihm dièse angewiesen werden, or- 
dentlich und oft beschicken, wenn er aber feindliche Truppen 
entweder auf ihn, oder auf die Posten, welche die Schauze oder 
Redoute bedecken sollen, exeropli gratia eine Brûcke, Ctrcum- 
vallations-Linie, u. s. w., zukommen siehet, so muss er, sobald 
die feindlichen Truppen auf ibn oder neben ihn kommen und er 
solche wirklich fur Feinde erkennt, anfangen auf sechs hundert 
Schritt zu feuern und damit continuiren so lange der Feind auf 
ihn avancirt; er muss alsdann auf Ehre und Réputation seinen 
Posten bis auf den letzten Blutstropfen defendiren, wo er nicht 
entweder von Mtr oder dem Officier, der ihn commandiret bat, 
Ordre bekommt, solchen Posten zu verlassen. Es kann ein der- 
gleichen Officier, wiefern er sich nicht ûberfallen lâsst, nichts zu 
befurchten haben, indem man ihn nie weiter setzet, als dass man 
im Stande ist, ihn bei dem ersten Lftrm zu secundiren. 



10. 

Wenn ein Officier von der Infanterie mit einem Détachement 
etwas zu escortiren commandiret wird, und zwar entweder Mu- 
nitions-Karren/Proviant, Btickereien, Korn, oder was es sonsten 
ist, so marschiret er mit der Halfle seines Commando*s vorn* 
mit der andern Halfle aber hinter dcmjenigen, so ihm zur Es- 
corte gegeben wird. 



3a III. INSTRUCTION 



ii. 



Wenn er sollte attaquiret werden, so soll cr sich mît seinem 
Commando gleich so setzen, dass er kann den Rûcken frci ha- 
ben, und muss er, so gut er- kann, die Wagen zusammenfahren 
lassen, um solchergestalt seinem Feinde mit guter Contenance 
tapfer und unverzagt zu begegnen, und weil dergleichen Anfalle 
ordina'r von den Husaren oder von Infanterie, die in die Bûsche 
geleget wird, geschehen, so muss dergleichen Officier allemal 
Avantgarde machen, so nach Proportion seines Commandons 
ohngefthr der zwôlfte Theil sein muss, und dièse Lente mit 
einem dabei seienden guten Un ter -Officier vorausschicken, um 
die Bûsche, Hecken, Zftune und Dôrfer zu visitiren, ob was 
feindliches darinnen sei; er mit seinem Commando muss aber 
nicht weiter als drei hundert bis vier hundert Schritt davon blei- 
ben. So wie der Unter-Officier was feindliches vermerket, aver- 
tirt er seinen Officier davon, welcher nach Gelegenheit der Um- 
stânde seine Défense danach einrichten muss. Als wenn er viele 
Wagen bei sich hat und er auf flachem Felde ist, auch keine 
Dôrfer, noch Hecken gewinnen kann , so muss er eine Wagen- 
burg oder eine Espèce von Carré machen, und hînter den Wa- 
gen best&ndig auf den Feind feuern; wenn es Husaren sind, das 
Heckenfeuer auf sie machen, sonsten aber pelotonsweise und mit 
einem bestMndigen Feuer fortfahren, bis er den Feind verjaget 
hat. Hat er hinter, oder neben, oder auch vor sich ein Dorf, 
Hecken, Grftben, holen Weg, dahinein die Zeit ihm erlaubet sich 
zu setzen, muss er vorerst die Wagen, so er zu escortiren hat, 
hineinfahren lassen , sich indessen mit seinem ganzen Commando 
davor setzen, um sie zu bedecken, nachgehends, wenn es ein 
Dorf ist, sich auf den Kirchhof des Dorfes, oder in die Hecken, 
hinter denZaun, so er zur Defension am bequemsten findet, sich 
setzen und vorgedachtermassen mit einem bestândigen Feuer auf 
den Feind continuiren, bis er solchen verjaget hat, alsdann er 
seinen Marsch nach dem Orte, so ihm der Escorte wegen ange- 
wiesen worden, weiter fortsetzen soll. Sollte er von Infanterie 
attaquiret werden, so soll er pelotonsweise schiessen lassen, doch 



FÎ)R DIE INFANTERIE. 33 

so, dass er sich nie verschiesst und immer die Haiflc davon das 
Gewehr auf der Schulter hat. 

Ich befehle demnach nochmalen, dass Ihr .ailes Vorstehende 
den sSmmttichen Officieren des Régiments wohl und grîindlich 
bekannt machen, auch bei jedem Commando ihnen solches wie- 
derholen sollt, und habe Ich das Vertrauen, ein jeder Officier 
werde in vorfallenden Gelegenheiten allem diesem mit rechtschaf- 
fener Bravour so nachkommen , wie es die Ehre der preussischen 
WafTen und seine eigene Réputation erfordert, auch dadurch zei- 
gen, was er als ein ehrliebender Officier zu thun vermôgend ist. 
Diejenigen Officiere nun , welche diesem gehôrig nachleben und 
sich, wie tapfern und ehrlichen Solda ten gebûhret, verhalten 
werden, verspreche Ich in allen Gelegenheiten zu distinguiren 
und fur ihr Gluck und Avantage zu sorgen; dahergegen, wenn 
wider ailes Vermuthen ein Officier sich vergessen und sein De- 
voir nicht thun oder gar eine Lâcheté begehen sol lie, so hat der- 
selbe nichts anderes zu gewartigen als den Verlust von Ehre und 
Réputation, und dass ein solcher dergeslalt von der Armée ge- 
schafft werde. Ich bin, u. s. w. 

Strehlen, den 26. Mârz 174.1. 



INSTRUCTION FUR DIE CAVALLERIE 
UND FUR DIE DRAGONER. 

Damit ein jeder Officier von der Cavallerie genau wisse, wie er 
sich zu verhalten hat, wenn er auf Feldwachen oder zur Avant- 
garde commandiret wird , auch was er bei Aussetzung der Feld- 
posten zu observiren hat, so habe Ich fiir nôthig gefunden nach- 
stehende Instruction deshalb zu ertheilen, und zwar : 
XXX. 3 



34 IV. INSTRUCTION 



Wenn cin Officier von der Cavallerie mît cincr Feldwache 
ausgesetzet wird, so muas sein erstes Studîum sein, das Land, 
wo derKrieg geftihret wird, wohl zukennen, damit er weisà, 
wo und an was fiir Orten der Feind stehet und welche We^c 
nach dem Feinde zu gehen; kurz, er muss die Gegenden und de- 
ren Avenues wohl kennen lernen und Kenntniss haben, wie der 
Feind stehet; und zu ihm konimen kann. 

a. 

Wenn eine Feldwache commandirct wird, so muss die erste 
Regel sein , solche nicht dicht bei einem Holze oder Gebûsche zu 
setzen , sondern auf eine F lâche oder einen Grund , da sein Poslen 
nicht so sehr gesehen werden kann, das Gesicht nach dem Orte 
zu, wo der Feind stehet. 

3. 

Muss er auf die Hôhen, so vor ihm sind, seine Posten und 
Vedetten aussetzen, allemal zwei und zwei zusammen, drei hun- 
dert und vier hundert Schritt voraus, auf einem hohen Orte so 
postiret, dass die Posten ailes sehen kônnen, was an sie kommt, 
und dass sie nicht durch Busche, Grâben, Hecken beschlichen 
werden kônnen, ohne es weit vorher zu sehen. 

4. 

Sobald sich das geringste sehen là'sst, mussen die Vedetten, 
und zwar einer von dem Posten , die Feldwache davon averliren, 
der andere aber inzwischen auf seinem Posten bleiben. Die Feld- 
wache muss alsdann das Commando oder den Officier, so sie aus- 
gesetzet hat, ohngesâumt davon averliren, ihren Posten aber 
durchaus nicht verlassen, sondern auf solchem bleiben, bis sic 
hiezu von dem commandirenden Officier, welcher die Feldwachen 
ausgesetzet, beordert wird. Die Feldwachen aber sollen nicht 
weiter ausgesetzet werden, als dass sie sogleich seeundiret wer- 
den kônnen; exempli gratia fur ein Dorf, darinnen Cavallerie 
stehet, muss die Feldwache bis sechs hundert Schritt ohngefà'hr 



FUR DIE CAVALLERIE. 35 

davon slehen; des Nachts ziehen die Feldwachen ihrc Postcn 
nâher heran, damit ailes dicht besetzt wird. 



Wenn Ofificiere commandirt werden Avantgardcn zu haben, 
so mùssen solche alsdann jedesmal Patrouillen ausschicken, und 
zwar sowohl vorwMrts, als rechler und linker Hand. und aile 
Bûsche, Hecken, Graben durchpalrouHliren lassen. Wenn Dôr- 
fer vorwârts liegen, mùssen sie solche durch Patrouillen von drei 
bis vier Mann geschwîude durchpatrouilliren lassen, uni zu se- 
hen, ob was vora Feinde darinnen ist, alsdann diesc Patrouillen 
sich wieder geschwinde zu dem Commando ralliiren mùssen « 
worauf er gleich wieder andere Patrouillen ausschicket, wie die 
vorigen, und so ferner. Wenn der Officier von der Avantgarde 
das geringste erfâhret, so muss er solches dem Officier, der ihn 
commandiret oder detachiret hat, ohne Zeitverltisl und sogleich 
melden lassen. 

Ihr sollel also dièses den sâmmtlicben Officieren der Regimcn- 
ter wohl bekannt machen und sie hiernach grûndlich instruirai, 
damit ein jeder von îhnen accurat wisse, was er in solchen F ail en 
thun muss, auch im Stande sei, seinen Dienst mit solcher Accu- 
ratesse und Vigilance zu thun, wie es von rechtschaffcnen , ehr- 
liebenden und braven Officieren erfordert wird. Ich bin, u. s. w. 

Strehlen, den 26. Mârz 1741- 



V. 

ORDRE und DISPOSITIONES, 



WOBNACH 81CU 



DER GENERAL- LIEUTENANT 
VON KALCKSTEIN 

BEI ERÔFFNUNG DER TRANCHÉEN VOR BRIEG 

ACHTEN 

UND ALLES GEHÔRIG DISPONIREN, AUCH E1NEN JEDEN, 

SO DAZU GOMflfANDlRET WIRD, WOHL 1NSTRU1REN SOLL, 

WAS ER ZU THUN HAT. 



ORDRE und DISPOSITIONS, 



WORNACH SICH 
DBB 

GENERAL- LIEUTENANT VON KALCKSTEIN 

BEI EROFFNUNG DER TRANCHEKN VOR BR1EG 

ACHTF.N 

UND ALLES GEHORIG D1SPON1HEN, AUCH K1NEN JKDEN, 80 DÀZU 

COMHANOIRET W1RD , WOHL 1NSTRUIREN SOLL , 

WA8 ER ZU THUN HAT. 



AN DEN FURSTEN LEOPOLD VON ANHALT-DESSAU. 

Lager bei MollwiU, den 37. April 1741* 

Ich habe nicht anstehen wollen, Ew. Liebden hierbei die Disposi- 
tions zuzusenden , welche Icb sowohl wegen Eroffnung der Tranchéen 
vor Brieg,* als aucb wegen verschiedener von dem Feinde alsdann 
zu vermutbender Mouvements gemacht habe. Ew. Liebden haben 
Mir bishero zu Meinem wahren Vergniigen Dero Sentiments auf eine 
so cordiale Art erofïhet, dass Ich nicht umhin kann, solche von 
Deroselben auch iiber dièse Meine Dispositions zu verlangen , als de- 
rai Ich Mich nâcbstens gewartige. Die Eroffnung der Tranchéen vor 
Brieg wiirde gestern ohnfehlbar geschehen sein , wofern nicht ein extra- 
ordinarer grosser und kalter Sturm , nebst einer sehr désavantageusen 
Witterung, solches behindert hatte, inzwischen solches doch nach- 
stens vor sich gehen wird. Ich bin, u. s. w. 



1 Siehe Band II. , S 78. 



4o V. ORDRE UND DISPOSITIONES 

ORDRE. 

I. 

Weil ailes zur Ouverture der Tranchée ferlig i$t, so soll sel- 
bîge diesen Àbend gcôffnet werden unter dem Commando des 
General -Majors von Jeetze. Das ersie Bataillon von Àlt-Borckc 
und das erste Bataillon von Grâvenitz kommen zur Bedeckung. 
Zur Arbeit werden die erforderlichen Leute aus der Armée ge- 
geben werden» und zwar ein Oberst, zwei Oberst- Lieutenants, 
zwôlf Capi tains, vier und zwanzig Subalterne!!, hundert achtzig 
Unter -Oflicierc und zwei tausend Gemeine. Zur Arbeit jenscits 
der Oder werden eommandiret zwei hundert Gemeine ncbst den 
dazu gehorigen Officieren und Unter-OCBcieren, welches der Bri- 
gade-Major von Stutterheim besorget. 

2. 

Die zwei tausend Arbeiter sollen in zwolf Theile getheilet 
werden, davon acht Theile die Parallèle verfertigen, drei Theile 
die Communications machen und der ùbrige Theil Faschinen 
trMget. 

Der Tranchée -Major muss die Arbeiter so eintheilen, dass 
bei jedem der zwolf Theile von einer jeden Compagnie gleich 
viel kommen. 

3. 

Die beiden Grenadier-Compagnien von Anhalt-Zerbst und die 
erste Grenadier-Compagnie von Mùnchow kommen beute Abend 
um sieben Uhr bei dem Dorfe Briesen zusammen, imgleichen die 
beiden Bataillons von Alt-Borcke und Grâvenitz. Die Grenadier- 
Compagnien und die Arbeiter werden jedes Corps in zwei Ziige 
gestellet. Die Arbeiter muss der Oberst, so solche eommandiret, 
so setzen, dass bei zwei Schippen eine Hacke eingetheilt sci, 
der Hauptmann aber, so bei dem letzten Corps die Faschinen 
tragen lasse t, muss sorgen, dass bei einer jeden Faschine die ge- 
horigen Pfahle sind. 



FUR DEN GENERAL VON KALCKSTE1N. 4i 

4. 
Sobald es anfânget dunkel zu werden, so soll der Oberst- 
Lieutenant von den Ingénieurs Foris den Oberst-Lieutenant Grfi- 
venitzschen Régiments Lehmann, welcher mit den drei Grena- 
dier-Compagnien komrat, hundert Schritt vor die erste Parallèle 
placiren, so dass die erste Grenadier- Compagnie von Anhalt- 
Zerbst vor der Redoute, so verferliget werden soll, zu stehen 
kommc, die zweite Grenadier- Compagnie hundert Schritt vor 
der Parallèle in der Mitte, und die Mûnchowsche Grenadier-Com- 
pagnie hundert Schritt linker Hand an der Oder vor der Paral- 
lèle; eine jede Compagnie muss so weitvon einander stehen, dass 
cio Bataillon zwischen einrûcken kann. Der General-Major Jeetze 
foiget mit den beiden Bataillons auf die drei Grenadier -Com- 
pagnieo und marschiret zwanzig Schritt vor der Tranchée auf, 
gerade auf die Intervallen von den Grenadier -Compagnien, so 
dass das erste Bataillon von Borcke achtzig Schritt hintcr der 
lutervalle von der zweiten Grenadier - Compagnie von Zerbst zu 
stehen kommet, und das erste Bataillon Gr&venitz achtzig Schritt 
von der Intervalle der zweiten Grenadier-Compagnie von Zerbst 
und der ersten Grenadier- Compagnie von Mûnchow, welchen 
allen der gehôrige Platz vom Obersten von Walrave angewieseA 
werden soll. 

5. 

Sobald die drei Grenadier -Compagnien anfangen aufzuinar- 
schiren, so soll der Oberst von Walrave mit den Leuten, so die 
Strohseîle tragen, die Tranchée zu traciren anfangen. 

6. 

Sobald die Grenadier - Compagnien aufmarschiret sind, so 
setzet jede Compagnie zwei Unter-Officiere, jeden mit sechs 
Mann, zwanzig Schritt vorwarts auf ihre Fliïgel, und mûssen 
selbige nicht eher schiessen, bevor nicht auf sie geschossen wird. 
Die Bataillons aber detachiren jedes einen Officier, zwei Unter- 
Officiere und zwôlf Mann in die Intervallen und in glcicher Linie 
wie die Grenadier- Compagnien slehen. Sowohl bei den BaUil- 



4a V. ORDRE UND DISPOSITIONS 

Ions, aJs auch bei den Grenadier-Compagnien soll kein Tambour 
mitgenommen werden, sondern solche zuriickbleiben. 

Die Bursche, OfBciere und Unter-Officiere sollen aile die 
Rôcke fest zuknopfen, die Àrbeiter desgleichen. Es soll bei sehr 
schwerer Strafe verboLen werden Taback zu rauchen oder îm 
geringsten zu plaudern, und mûssen die sâmmtlichen Leute die 
ganze Naeht ûber ungemein stille sein. 

7- 

Sobald eine jede Grenadier -Compagnie, aucb ein jedes von 
den Bataillons aufmarschiret ist, so soll selbiges sîch gleich ganz 
in der Stille mit dem Leibe auf die Erde nicderlegen; die Stabs- 
Officiere , Ober-Officierc , Unter-Officiere und ailes ùbrige muss 
in seinen Zûgen bleiben. 

Die Schildwachen setzen sich und haben ihr Gewehr auf der 
Kolbe stehend bestKndig bei sich. 

8. 

Sobald der Oberst Walrave mit dem Traciren fertig, so ge- 
bet er an den Ort, wo die Arbeiter sind , und lasset dem comman- 
direnden Obersten sagen, dass er fertig wïre und dass sie zur 
Arbeit folgen. Es mûssen die Leute alsdann von dem Obersten 
Walrave in der bcsten Ordnung angesetzet werden. Der Ingé- 
nieur, weicher die Grenadiere postiret bat, muss sogleich hin bei 
denLeuten, welche die Communications verfertigen, und lassen 
die Leute so fleissig, so viel es nur immer moglich ist, arbeiten, 
dass die Communications bald verfertiget werden. Es mûssen 
auch zwei Ingenieur-Offieicre commandiret werden, um die Ban- 
quettes zu verfertigen und ailes zu fasciniren was nothig ist. Die 
Arbeiter mûssen so hurtig und geschwinde dabei sein , dass sie in 
einer kleinen halben Stunde meist beendet sind. Die Arbeit muss 
acht Fuss breit und vier Fuss tief sein, die Erde vor sich auf- 
geworfen. 

»' 
Sobald die Arbeit an fange t perfectioniret zu sein, so mûssen 
die beiden Bataillons von Borcke und von Grâvenitz sich in die 



FUR DEN GENERAL VON KALCKSTEIN. 43 

Tranchéen poslîren und die zwei Grenadier - Compagnien von 
Zerbst in die Redoute, die Grenadier -Compagnie von Mûnchow 
aber auf den linken Flûgel der Parallèle. Die Vorposten der Ba- 
taillons und Grenadier -Compagnien ziehen sich bis auf dreissig 
Schritt vor die Parallèle zurùck, welche aber so lange da bleiben 
mûssen, bis es anfânget Tag zu werden, alsdann sie solcbe ganz 
einnehmen. 

10. 

Die Feldwache von deu Dragonern soll die Naeht weiter vor- 
riicken bis an die Queue der Tranchée, hinter dem Boulevard 
oder dem Damm, so daselbst ist, und bleibet die Feldwache die 
çanzeNacht zu Pferde halten, gegen Tage aber ziehet sie sich 
nach ihrem Posten zuriick. 



lu den Approchen hait jedes Peloton eine Schildwache, und 
muss die ganze Approche, wenn sie fertig ist, mit Sandsâcken 
beleget werden; die Oerter aber, wo die Schildwachen stehen, 
mùssen doppelt beleget werden. 

12. 

Morgeii friih, eine Stunde vor Tage, mùssen tausend frische 
Arbeiter commandiret sein, und nimmt ein jeder von ihnen seine 
Faschine mit sich. Sie marschiren in gehôriger Ordnung in die 
Parallèle, erweitern die Tranchée wo es nothig ist, erhohen und 
verstMrken sie, verfertigen die Banquettes, worauf der General 
du jour Acht zu geben hat. 

Die Officiere, Unter-Officiere und Gemeine, so in der Paral- 
lèle die Wache haben, mùssen jeder in ihren Zùgen bleiben und 
die Bursche das Gewehr nicht aus den Hânden lasseii, sondern 
sich auf die Banquettes setzen. 

i3. 

Die Feldscheere von den Bataillons undGrenadier-Compagnien 
mûssen in der Approche bleiben. Die Nacht ùber aber sollen sie 
à la queue der Tranchée, wo die Faschinen sind, bleiben. 



M V. ORDRE UND DISPOSITIONS 

Sobald die Tranchée geoflhet ist , sollen die sSmmtlichenBatail- 
Ions von der Belagerung zwischen Grîiningen undBrîesen campîren. 

i5. 

Drei hundert Dragoner werden von der Belagerung comman- 
diret, welche die grossen Faschinen und Pfthle an den Oertern, 
so ihnen der General Linger anweisen wird, anbringen sollen. 
Solche Dragoner reiten dabei ohne Sfittel. 

16. 

Zur Verfertîgung der Batlerien wird commandiret ein Oberst, 
zwei Oberst -Lieutenants, sechs Capi tains, zwôlf Subalternes 
sechzig Unter - Officiere und zwôlf hundert Mann, und muss 
dièses Corps in vier Theile eingetheilet werden, davon zwei 
Theile zuerst die halbe Nacht arbeiten und, wenn solches ge- 
schehen, sich ausruhen und die andern zwei Theile wieder ar- 
beiten. Dièse Arbeiter sollen gegen fûnf Uhr vor des Kônigs 
Quartier kommen. Was sie zur Arbeit benôthigt sind, empfan- 
gen sie von dem Parc d'artillerie. 

Der General-Lieutenant Linger muss seinen âussersten Fleiss 
anwenden, dass die Arbeit bei den Batterien so von Statten ge- 
het, damit die Batterien dièse Nacht in solchen Stand kommen, 
dass die Arbeiter dahinter sicher sind. Mit Einschneiden der 
Schiessscharten muss er sich wohl in Acht nehmen, dass er solche 
recht nach des Feindes Kanonen richtet und immer drei Kanonen 
von uns auf eine feindiichc Embrasure gerichtet seien. 

18. 

Wenn der Feind attaquiren sollte, mussen die Bataillons vor- 
wârts heraus aus der Tranchée springen und dem Feinde gerade 
auf den Hais marschîren und repoussiren. 

lm Lager bei Mollwitz, den 26. April ijAi- 



FI R DEN GENERAL VON KALCKSTE1N. 45 



ERSTE DISPOSITION, 

WORNACH DIE SAMMTLICHE GENERAL1TAT, OFFIC1ERE UND REGIMENTER 

SICH ZU ACHTEN HABEN, WOFERN DIE OSTERREICH1SCHE ARMEE ZUM 

SUCCURS DER STADT BRIEG KOMMEN UND VON DER 8EITE 

VON GROTTKAD E1NEN MARSCH AUF-UNS THUN SOLLTE. 

I. 

oollen zwischen Moilwitz und Hermsdorf acht grosse Onvertu- 
ren im Retranchement gemacht werden, eine jede so gross, dass 
fûnf and zwanzig Mann en front dadurch marschiren kônnen. 



Das Régiment von Gravenitz besetzet die Tranchéen, das 
zweite Bataillon von Alt-Borcke giebt einen Lieutenant und funf- 
zig Commandite in die Redoute bei der Ponton-Briïcke, das ers te 
Bataillon von Kalckstein giebt desgleichen funfzig Commandirte 
bei der Scbiffbrucke. Der General -Major von Jeetze bleibt bei 
den beiden Bataillons von Gravenitz, der General-Lieutenant von 
Kalckstein aber mit den (ibrigen Generalen von der Belagerung 
stossen zur Armée. 



Zur ersten Colonne gehoret das Régiment von Prinz Wil- 
helm* Prinz Friedrich, das Régiment Carabiniers, Posadowsky, 
Bissing und Rothenburg, nebst der Escadron Garde du Corps; 
dièse setzen sich mit dem rechten Fliïgel an Moilwitz. 

Die zweite Colonne bestehet aus einem Bataillon Bolstern, 
einem Bataillon Winterfeldt, zwèi Bataillons Schwerin, zwei 
Bataillons Sydow, einem Grenadier •Bataillon Wedell, zwei Ba- 
taillons Kleist. 

Die dritte Colonne bestehet aus den beiden Bataillons La 
Motte, zwei Bataillons Jeetze, zwei Bataillons Truchsess, zwei 
Bataillons Prinz Dieterich und zwei Bataillons Prinz Heinrich. 

Die vierte Colonne bestehet aus der Feld -Artillerie. 

Die fiinftc Colonne aus zwei Bataillons Konigs- Régiment, 



46 V. ORDRE UND DISPOSITIONS 

zwei Prinz Cari, zwei Glasenapp, zwei Bredow und zwei Alt- 
Borcke. 

Die secbste Colonne aus einem Bataillon Kalckstein, auch 
dem zweiten , wofern solches beî der Armée angekommen sein 
wird, zwei Bataillons Leopold, einem Grenadier -Bataillon Dû- 
ring, einem Bataillon Puttkammer, einem Bataillon Buddenbrock, 
einem Bataillon Reibitz, einem Bataillon Saldern, zwei Batail- 
lons Derschau, einem Grenadier-Bataillon Wylich und einem Ba- 
taillon Grenadiere Kleist. 

Die siebente Colonne bestehet aus den Regimentern Cavalle- 
rie von Gessler, von Buddenbrock und von Bredow. 

Die achte Colonne aus dem Regimente Gensd'armes und dem 
Regimente von Baîreutb. 

4- 

Das erste Treffen bestehet also ans dem einen Bataillon von 
Bolstern, einem Bataillon Winterfeldt, zwei Bataillons Scbwe- 
rin, zwei Bataillons Sydow, zwei La Motte, zwei Jeetze, zwei 
Kônigs-Regiment, zwei Prinz Cari, zwei Glasenapp, einem oder 
zwei Bataillons von Kalckstein, zwei Prinz Leopold, einem Gre- 
nadier-Bataillon Dûring. 

Im ersten Treffen auf der rechten Flanke : ein Bataillon Putt- 
kammer, â ein Bataillon Buddenbrock und ein Bataillon Wedell. 

Im ersten Treffen auf der linken Flanke : ein Bataillon Putt- 
kammer, ein Grenadier-Bataillon Kleist und ein Bataillon Saldern. 

Das zweite Treffen bestehet au$ zwei Bataillons Kleist, zwei 
Bataillons Truchsess, zwei Bataillons Prinz Dieterich, zwei Ba- 
taillons Prinz Heinrich , zwei Bataillons Bredow, zwei Alt-Borcke, 
zwei Derschau und einem Bataillon Wylich. 

Die Cavallerie bleibet bei der hierbei liegenden Disposition 
der Ordre de bataille; der General-Lieutenant von Waldow aber 
commandirt die Cavallerie. 

Der General-Major von Bredow Infanterie bekommt die Bri- 
gade zwischen La Motte und Jeetze, der General-Major von 
Riedesel und der General-Major Prinz Heinrich kommen in das 

» Rcibitx. 



FIÎR DEN GENERAL VON KALCKSTEIN. 4 7 

zweite Treffen; und bleîbet ea iïbrigens bei der Disposition der 
Ordre de bataille. 



Sobald die Regimenter aus dem Retranchement sind , so soll 
der Oberst Du Moulin die sâmmtlichen Kanonen und Haubitzen 
hurlig vor der Fronte auffûhren lassen, und zwar ohngefâhr 
funfzig Schritt vor der ersten Linie, und auf tausend Scbrilt ein 
Schusser zwtilf auf den Feind thun lassen , so geschwinde wie es 
môglicb sein wird. Indessen marschiren die Flùgel auf und aligni- 
ren sich so viel nur moglich ist von Mollwitz nach Schûsseldorf. 

6. 

An welchem Flùgel es wird befohlen werdea, es sei solches 
der rechte oder der linke, davon sollen die zwanzig Escadrons 
aus dem ersten Treffen mit einem starken Trabe auf die feind- 
liche Cavallerie atlaquiren; je naher sie an solche kommen, je 
stârker sie traben, und mûssen sie suchen die feindliche Cavalle- 
rie zu iiberfliigeln, Die Dragoner- Escadrons aus dem zweiten 
Treffen mûssen zugleich suchen in guter Ordnung noch starker 
7,u traben als die Cavallerie, damit in wahrender Zeit, dass die 
feindliche Cavallerie von der unsrigen von vorne angegriffen wird, 
sie der feindlichen in die Flanke kommen und solche also iibern 
Haufen schmeissen; da sich denn unsere Cavallerie alsdann wie- 
der fprmiren und die feindliche Infanterie mit der grôssten Con- 
tenance, Bravour und Tapferkeit altaquiren und einhauen muss. 

Es soll und muss unsere Cavallerie sich mit nichts anderm 
als mit dem Degen einlassen. 

7- 
Der Infanterie muss wohl imprimiret werden, dass sie nicht 
zu friih, noch ihr Pulver umsonst verschiessen , wohl anschlagen 
und gut fassen. Die General-Majors mûssen deswegen ein wach- 
sames Auge auf ihre Brigaden haben, und wenn ja wider Ver- 
hoïïen das Feuer von unserer Infanterie mit einiger Confusion 
angehen sollte, selbige nach gerade arretiren, sie scharf schultern 
Wsen und solche wieder aligniren. Die, sammtlichen Ofiiciere, 



48 V. ORDRE UND DISPOSITIONS 

so hinler den Bataillons stehen, auch die Adjulanten mussen sehr 
wohl Acht haben und die Zûge, so viel immer mëglich ist, wie- 
der formiren, absonderlich aber darauf seben und arbeiten, class 
die Leute nîcht hoher als drei Mann hocb zu stehen kommen. 

8. 

Sobald als wie die feindliche Infanterie vcrjaget ist und in 
Confusion kommt, so soll unsere Cavallerie von beiden Fliïgeln 
das Aeusserste anwenden, um den flûchtigen Feind zu verfolgen; 
absonderlich aber sollen die Ofliciere von der Cavallerie von bei- 
den Flûgein sîch darnach bestreben , dass sie die feindliche Caval- 
lerie platt von der feindlichen Infanterie separiren. 

Und hoffen ûbrigens Seine Konigliche Majestat, haben auch 
zu den sttmmtlichen Officieren von der Cavallerie das allergros- 
seste und feste Vertrauen, dass diesélben ihren untergebenen 
Leuten in solcher Gelegenheit wohl und recht zusprechen, îhnen 
mit guten Exempeln vorgehen und selbige als ehrliebende und 
brave Officiere, die ihre Ehre und Réputation nicht auf die Seite 
setzen, anfûhren werden; dagegen sie sich Seiner Kôniglichen 
Majestttt Gnade, Estime und Belohnung versichern kônnen. 

Es sind Seine Konigliche MajestSt ûbrigens auch ganz und 
gar versichert, dass die sMmmtlichen Officiere von der Infanterie 
ihr Devoir, so wie bishero von ihnen geschehen, also noch fer- 
nerhin rechtschaffen thun und den Ruhm und die Renommée, 
welche sie sich erworben haben, nicht verlieren, sondern zu con- 
serviren sich bestreben werden. 



ZWEITE DISPOSITION. 

Wofcm die feindliche Armée sich der Brûckcn zu Lôwen, 
Schurgast und Michelau bemachtigen soiltc, um uns von darauf 
die linke Flanke zu fallen,.so bleibct die vorige Disposition in 
allen Stiickcn, jedoch niir mit dem Unterschiede, dass links ab- 



FI R DEN GENERAL VON KALCKSTEIN. 49 

marschiret wird 9 und dass alsdann die Armée mit dem rechten 
Flûgel an Schîisseldorf und mit dem linken Fliigel an Paulau, 
oder jenseits Paulau sich an die Oder setzet, in der Ordnung, 
ak wie es den Regimentern angewiesen werden wird , und lassen 
die Regimenter das dortige Retranchement hinter sich. Uebrigens 
ist nichts weiter zu observiren, als was schon in der ersten Dis- 
position pesage t worden. 



DRITTE DISPOSITION. 

Wofern der Feind bei Oppeln ùber die Oder gehen sollte und 
man die Gewissheit haben wird, dass derselbe mit seiner volli- 
gen Macht ùber die Oder passiret, so soll : 



Das Grenadier -Bataillon, so bei der Ponton -Briicke stehet, 
sich hier herîiber ziehen, die Ponton-Briicke aber soll gleich hier 
neben der Schiffbriicke aufgeschlagen werden. Die Kanonen an 
der Batterie bei der Ziegelhûtte mûssen alsofort aufgeprotzet 
und auf diesseils der Oder herîiber gebracht werden. 

2. 

Alsdann soll die Artillerie in zwei Colonnen ùber die Oder 
gehen, die Colonne Cavallerie rechter Hand ùber die Ponton-, 
und die Colonne Infanterie linker Hand ùber die Schiffbriicke 
mit der sâmmtlichen Feld- Artillerie, wovon die Hfilfte zwischen 
der Colonne marschiret. 

3. 

Uebcr die beiden Bataillons von Gràvenitz bleibct das ersle 
Bataillon von Kalckstein und das zweite Bataillon von Alt-Borcke 
bei der Belageritng. 
XXX. 4 



5o V. ORDRE UND DISPOSITIONES 

4. 

Auf jenseits der Oder wird die Ordre de bataille auf gleicbe 
Weîse forrairet, wie es in der ersten Disposition befohlen , und 
wird in der Art zu aitaquiren nichts geà'ndert. 

Das Champ de bataille wird angewiesen werden. 



VIERTE DISPOSITION. 

Wofern der Feind Miene macben wollte , von Neisse aus ûber 
Streblen gerade nach Breslau zu marschiren , sodann sollen : 

i. 

Die zwei Bataillons von GrttveniU, das erste Bataillon von 
Kalckstein und das zweite Bataillon von Alt-Borcke in der Be- 
lagerung bleiben. 



Die Armée marschiret in fiinf Colonnen rechts. ab. Die erste 
Colonne macben die sechs Regimenter Cavallerie vora rechten 
Fliigel, n&mlich Prinz Wilhelm, Prinz Friedrich, die Carabiniers, 
Posadowsky, Bissing und Rothenburg, auch Garde du Corps. 

Die zweite Colonne bestehet aus einem Bataillon Bolstern, 
einem Bataillon Winterfeldt, zwei Bataillons Schwerin, zwei 
Bataillons Sydow, zwei Bataillons La Motte, zwei Bataillons 
Jeetze, dem Grenadier -Bataillon von Buddenbrock, dem von 
Reibitz, dem von Wedell, zwei Bataillons Kleist, zwei Batail- 
lons Truchsess, zwei Bataillons Prinz Dieterich, zwei Bataillons 
Prinz Heinrich. 

Die dritte Colonne ist die Feld - Artillerie. 

Die vierte Colonne bestehet aus zwei Bataillons Kônigs- Ré- 
giment, zwei Bataillons Prinz Cari, zwei Bataillons Glasenapp, 



FUR DEN GENERAL VON KÀLCKSTEIN. 5i 

zwei Bataillons Leopold, einem Grenadier-Bataillon Dûring, zwei 
Bataillons Bredow, dem ersten Bataillon von Alt-Borcke, dem 
xweiten Bataillon Kalekstein, wenn solches bei der Armée sein 
wird, zwei Bataillons Dersehau, den Grenadier- Bataillons Wy- 
lich, Kleist, Saldern und Puttkammer. 

Die fïinfte Colonne bestehet aus den Regiroentern Gavallerie 
von Gessler, von Buddenbrock, von Bredow, Gensd'arnies und 
Raireutb. 

3. 

Aus der Disposition von der Ordre de bataille kënnen die 
Générale sehen, wo sich die Golonncn und Linien brechen, und 
muss also der General der Infanterie Herzog von Holstein mit 
den General-Majors vor den Bataillons vonReibitz und von Bud- 
denbrock, der General -Lieutenant von Kalekstein aber vor dem 
ersten Bataillon von Bredow marschiren, woselbst sich die Li- 
nien brechen. 

Die este und zweite Linie mûssen auf drei hundert Schritt 
«nd weiter nicht von einander sein. 



5a V. ORDRE UNO DÏSPOSITIONES. 



ORDRE DE BATAILLE. 

DER KÔNIG. 
Général dkr Infanterie Prinz Lkopold. 

Grneral-Lieutenant 
von Waloow. 
Gen.-M. Gm.-M. Gen.-M. Gin. -M. Gkn.-Ma.iok Gkm.-M. 

GttSLIB. DekSCHAU. P»*. CaKL. BmDOW, PlL DlETEKICH. B*EDOW. 




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General der Infanterie Hrrzog von Holstein. 

Grneral-Lieutenant von Kalckstein. 

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VI. 

INSTRUCTION 

fCr die cavallerie 

FUR 

DEN FALL EINER BATAILLE. 



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INSTRUCTION FUR DIE CAVALLERIE 

FUR DEN FALL EINER BATAILLE. 



SelowiU, deo 17. Mars 174a* 
Mein ueber etc. 

ich habe Euch hierdurch nachstehende Instruction ertheîlen wol- 
len, wie Euer unterhabendes Régiment sich bei einer etwa vor- 
stehenden Bataille verhalten soll, und zwar: 



Wenn der Feind angegriffen wird, so wird ein Flùgel von 
der Armée den Angriff thun: wenn solcber nun geschiehet, so 
soll es etwas schr&ge gescheben, dergestalt, dass dasjenige Régi* 
ment, so auf dem Flùgel slehet, in etwas eher attaquiret als das 
neben ibm stehende Régiment, und so ferner die andern, so nach- 
stehen; jedoch muss solches fast ohnverraerkt sein und so, dass 
die Regimenter sehr kurz auf einander attaquiren. • 



Sobald befohlen wird, dass die Cavallerie avanciren soll, so 
muss sie gleich in Trab fallen; wenn sie aber ohngefftbr hundert 
Schritt von den feindlichen Escadrons sind, alsdann sollen sie, 
gut geschlossen , die Pferde ans vollem Halse hereinjagen und so 
einhauen. 

• SifheBaod XXVlil.,S. 7 4- 



56 VI. INSTRUCTION FUR DIE CAVALLERIE 

3. 

Die Commandeurs der Escadrons und die RitUneister mùssen 
vor allenDingen wohl Acht haben, dass, wenn sie die feindlichen 
Escadrons poussiret haben, sie sich gleich wieder formiren und 
schliessen, welches sie auch den Gemeinen, sowohl Reitern ais 
Dragonern, vorher wohl einprflgen mûssen, und alsdann aller- 
erst mûssen sie das zweite TrefTen vom Feinde attaquiren, wie 
denn den Reitern und Dragonern sehr wohl împrimîret werden 
muss, dass sie nicht einzeln den Feind verfolgen sollen. 

4. 
Wenn es etwa geschâhe, dass eine Escadrou aus dem ersten 
TrefTen poussiret wûrde, so erfordert es die Schuldigkeit der ge- 
saromten Ofliciere, dass sie suchen solche Escadron hinterdem 
zweiten TrefTen zu ralliiren und, nachdem die Escadron hinter 
dem zweiten TrefTen formiret ist, solche wieder an den Feind 
heran zu bringen. 



Diejenigen Escadrons, so zum n&cbsten an der feindlichen In- 
fanterie attaquiren, mûssen, sofern sie die Cavallerie von der In- 
fanterie separiret und weggeschlagen haben, nachher suchen die 
feindliche Infanterie in die Flanke zu bekommen und in solche 
einzuhauen. 

ti. 

Das zweite Trefteii muss sehr wohl auf die Lucken von dem 
ersten gerichtet stehen, und mûssen die Ofliciere vom zweiten 
TrefTen, wofern Escadrons vom ersten TrefTen poussiret wer- 
den, die feindlichen Escadrons, so durcbgedrungen sind, atta- 
quiren, sich mit solcheu wohl meliren und sie so wieder zuriick- 
schlagen. Ueberhaupt soll die ganze Aufmerksamkett und Atten- 
tion der Ofliciere dahin gehen, dass sie mit einer grossen GewaJt 
den Feind attaquiren und dass, wenn sie attaquiret haben, sie 
allemal ihre Leute wohl wieder zusammenschliessen. 



FUR DEN FALL E1NER BATAILLE. 5; 

7- 
Der Commandeur des Régiments soll allen seinen Officieren 
einc Abschrift von dieser General -Disposition geben, wie denn 
auch ailes dièses den Gemeinen, Reitern sowohi als Dragonern, 
wohl împrimiret werden muss. 



Die Commandeurs der Escadrons solleu dafïir responsable 
sein, dass kein Reiter oder Dragoner w&hrender Bataille weder 
dcn Carabiner noch die Pistolen gebrauchet, sondern dass solche 
uur allein mit dem Degen in der Faust agiren , weshalb den Réi- 
téra und Dragonern wohl imprimiret und beigebracht werden 
muss, dass, so lange sie die Carabiner und Pistolen noch geladen 
haben , solche îhnen noch immer zu gute bleiben. 

9- 
Uebrigens, wenn "sich die Armée vor dem Feinde formireu 
rauss, so ist allen Commandeurs . von den Escadrons bekannt, 
wie ailes darauf ankommt, dass sie sich geschwinde formiren; 
aUo sollen die Commandeurs und Officiere dahin sehen, dass die 
Ziige der Escadrons, dicht und zusammen, hurtig auf dem Orte, 
der ihnen angewiesen werden wird, aufmarschiren. Wenn die 
wirkliche Disposition der Bataille gemacht werden wird, so wird 
alsdann zugleich befohlen werden, wie viel Schritt Distance zwi- 
schen den Escadrons sein sollen ; alsdann die Générale bei ihren 
Brigaden, die Commandeurs der Regimenter jeder bei seinem 
Regimente und die Rittmeister bei ihren Escadrons wohl darauf 
seben sollen, dass solche Distances so geschwinde und hurtig, 
auch so exact als es in solchen Gelegenheiten nur immer sein 
kann, genommen werden. 

Ihr sollet ailes Vorstehende den OfEcieren des Régiments sehr 
wohl imprimiren, damit ein jeder wisse, was cr zu thun hat, 
und sie sâmmtlich ihr Devoir, wie rechtschaffene und ehrliebende 
Officiere, gebîihrend thun miissen. Ich bin, etc. 



r 



vu. 
INSTRUCTION 

Fi)R DIE 
OBKRSTEN UND SÂMMTUCHE OFFICIERE 

VON DEN 

REG1MENTERN HUSAREN. 



r 



INSTRUCTION 

FUR DIE OBERSTEN UND SAMMTLICHE OFFICIERE 
VON DEN REG1MENTERN HUSAREN. 



i/ie Obersten und Commandeurs der Regimenter Husaren, auch 
sSmmtlîche Stabs-Officiere sollen sich aile Miïhe geben, ihr Ré- 
giment in der besten Ordnung zu erhalten, auf dass ihre Leute 
gut reiteu lernen, geschwinde und hurtig satteln und gut mit 
dem Sâbel umgehen. 

2. 

Die Ofliciere des Régiments sollen die Leute von ihrera Regi- 
mente so gut dressiren, als wie die Dragoner- Regimenter, auch 
ihre Leute allemal dazu anhalten. dass sie die mehreste Zeit 
wohl gescfalossen und mit dem Sfibel in der Faust attaquiren. 

3. 

Bei allen Husaren -Regimentern muss den Officieren schaiT 
imprimiret werden, dass, wenn sie commandiret sind, sie bei 
Cassation keine Lente von ihren Commandons weglassen, son- 
dera solcfae aile ziisammenhalten. 

4- 
Wenn das Régiment auf feindliche Husaren stosset, kônnen 
sie per Escadron hochstens einen Zuç schwarmen lassen; die- 



6a VII. INSTRUCTION FÎJR DIE OFFICIERE 

weil aber ûberhaupt aus allem dcm Husaren -Schiessen nichls 
wird, go mtissen dièse Regimenter den Feind, wofern er schwi- 
cher ist wie aie, wohl geschlossen, mit dem SSbel in der Faust 
attaquiren und vor sich wegjagen. 

5. 

Wenn ein Oberst von den Husaren commandiret wird auf des 
Feindes Mouvement Acht zu geben, so muss er den Ort, wo- 
hin er commandiret wird, sehr wohl observiren und sieh, so viel 
môglich, jedesmal solchergestalt setzen, dass er ein gules Défilé 
vor sich habe, wornBchst er von jeder Seite seines Postens eînen 
Officier mit dreissig, funfzig oder auch hundert Mann, nachdem 
n&mlich die Umstltnde sind, commandiret; vor dem Défilé muss 
er gleichfalls einen Posten haben. Von solchen drei Posten aber 
muss er vorwttrts gegen den Feind zu eine Feldwache halten las- 
sen, so wie der beikommende Riss ohngefithr zeiget. • In die 
nMehsten Dôrfer, da man an den Feind heran kann, muss Mor- 
gens und Abends patrouilliret werden, um Nachricht einzuziehen. 

Wenn Patrouillen bei Tage gehen, so mûssen die dabei com- 
raandirten Officiere suchen allemal , so viel es sich thun IfisseU 
durch Wâlder oder Grîinde ihren Marsch so zu masquiren, dass 
der Feind die Patrouillen nicht gewahr werden kann. In wâh- 
rendem Marschiren mîissen sie einen oder zwei der geschicktesten 
Husaren, so sie bei sich haben, auf die nSchsten Hôhen reiten 
lassen , oder auch kleine Patrouillen seitwftrts schicken , auf dass 
sie von weiten sehen kônncn, was an sie kommt, auf dass die 
Patrouillen auf solche Art sicher und ungehindert nach dem Orte 
reiten kônnen, wohin sie commandiret worden. 

6. 

Es muss ein Officier von den Husaren vor allen Dingen nicht 
nur das Land , worin er ist, sehr wohl kennen, sondern auch im- 
mer zwei à drei Wege wissen, die an den Ort hinbringen, dahin 
er commandiret wird. Wenn ein solcher Officier enge Défilés pas- 
siren muss, so soll er, wenn er Ciber solche Défilés wieder zurûck 
muss. an solchem Orïe ein Commando zunicklassen, damit er 

» Sicht H en zu H font r Instruction gehërigfn Plan. 






VON DEN REGIMENTERN HUSAREN. 63 

auf seinem Rûckmarsche solche sicher passirenkônne, oder auch, 
weon derselbe von dem Feinde poussiret wiïrde, er seine Re- 
traite daselbst gewiss babe. 

7- 
Wenn ein Officier recognosciren reitet, so ist der Zweck, uni 
eigentlich zu erfahren, was der Feind vorhat, oder aueh von ge- 
wissen Umsllinden Nachricbten einzuziehen , welche der comman- 
dirende General von der Armée grûndlich zu wissen benôthigt 
Ut; also muss derjenîge Officier von den Husaren, welcher des- 
wegen, oder um zu patrouilliren ausgeschicket wird, sich nie- 
malen mit dem Feinde einlassen, es sei denn dass der Feind vîel 
schwftcher wMre wie er, und dass er gewiss ist, gute Reute oder 
Gefangene zu kriegen. Es ist demnaeh eine schleehte Bravour, 
wenn ein Officier in dergleichen Gelegenheiten sich schlagen will; 
vielmehr erfordert sein Dienst, dass ein Officier von den Husaren 
in solcben Gelegenheiten vorsicbtig und bedacht sein muss, dass, 
wofern ihm der Feind nahe auf dem Halse ist, er seine Retraite 
durch den n&chstgelegenen Wald oder durch andere ihm sonst 
bekannte Wege nehme, um sich zu seinem Haupt- Corps hinzu- 
ziehen. 

8. 

Wenn ein Officier von den Husaren auf Partie commandiret 
wird, oder aber ihm eine Expédition aufgetragen wird um den 
Feind an einem Orte zu ùberfallen , so muss er zuvdrderst sich 
die Gegend des Orts , wohin er seine Partie thun soll , sebr wohl 
bekannt machen, zu welchem Ende er sich bemûhen wird, Schtt- 
fer, oder aucb, wo es môglich, jMger mit sicb zu nehmen, wel- 
chen solche Oerter und Gegenden bekannt sind, um sich desto 
besser dadurch zu helfen; hiernàchst muss er suchen sehr gute 
und gewisse Nachrichten einzuziehen von der SULrke des Fein- 
de* , weichen er zu attaquiren hat, ob er alerte auf seinem Posten 
sei, wie er seinen Posten ausgesetzet hat. ob Oerter sind. da 
man solchen coupiren kann, wie slark die feindlichen detachir- 
ten Posten sind, und iiberhatipt ailes dasjenige, was hiermit eini- 
^en Rapport haben kann. 



64 VII. INSTRUCTION FUR DIE OFFICIERE 

9- 
Hierauf muss der Officier, so die Partie commandiret, seine 
Disposition wohl machen, dass er zuvôrderst und vornehmlich 
auf die Sicherheit seines Marsches bedacfat sei und durch Àus- 
setzung einiger Posten an Défilés, so er zu passiren hat, seinen 
Rûckmarsch versicfaere; so muss ein solcher Officier wohl judi- 
ciren, von was fur einem Orte der Feind, den er ùberfallen 
will, Suceurs bekommen kënnte, auf dass er solchen abschnei- 
den kann. 

10. 

Ein Officier, der solche Entreprise vorhat, muss sehr ver- 
schwiegen damit sein, damit der Feind keine Nachricht davon 
bekommen kann, und weil das Geheimniss hierbei hôchst nothig 
ist, so mûssen dergleichen Expéditions auf solche Art angefangen 
werden, dass das Commando, das dazu gebraucht werden soll, 
des Àbends nach dem Sonnenuntergange zusammenkommen, aïs- 
dann der Marsch in aller Stille fortgesetzt werden muss, ohne 
dass den Burschen erlaubet sei Taback zu rauchen. Wenn dem 
Commando dann auf dem Marsche Leute begegnen, so mûssen 
solche ohne Unterschied arretiret werden , damit der Feind nicht 
avertiret werden konne. 

11. 

Weil sich auch ofters trifït, dass zu dergleichen Expéditions 
Commandons von zwei oder drei Oertern zugleich ausgehen, um 
den Feind zu umzingeln, so mûssen die Officiere, so dazu ge- 
braucht werden, ihre Uhren auf einerlei Glocke gestellet haben 
und sehr wohl die Stunde observiren, um sich zu solcher Zeit 
an dem bestimraten Orte einzufinden. Wofern der Marsch weit 
ist, so kônnen die Officiere die Pferde eine Viertelstunde abfut- 
tern lassen, dabei aber doch wohl zu merken ist, dass dadurch 
an der Hauptsache nîchts verabsaumt werden muss. 

12. 
Wenn die Commando's gegen den Ort, der ùberfallen wer- 



VON DEN REGIMENTERN HUSAREN. 65 

dcn soll, kommen, so mûssen gleich einige Escadrons gegen die 
Oerter marschiren, da der Suceurs herkommen kônnte, und sich 
tinter cin Défilé postiren, so dass der Suceurs dadurch abge- 
sehnitten werde. 

i3. 

Die besle Zeit den Angriff zu thun ist eine Viertelstunde vor 
der Dâmmerung; jedoch muss allemal etwas von dem Corps 
xuruckbleiben, so den Rûckhalt machet, wenn wider ailes Ver- 
muthen diejenigen, so attaquiret, repoussiret wûrden. 

a. 

Von dergleichen Husaren- Commandons mûssen die Officiere 
allemal einige Leute auswàhlen, welche in der Zeit, da die an- 
dern attaquiren, nicbts weiter zu thun haben, aïs dass sie die 
gemacbteBeute, so viel immer môglich, zu sich nehmen und da- 
mit weiter voraus nach dem Quartier zu eilen. Dergleichen Ue- 
berfall muss allemal in der Geschwindigkeit geschehen, auf dass 
der feindlicbe Suceurs nicht Zeit habe, den gefassten Anschlag 
zu vernichten. 

i5. 

Wenn alsdann auch der Coup geschehen ist, so muss der OF? 
licier, wenn er zuvor aile seine Commando'» wieder zusammen- 
gezogen, seinen Weg eilend, sonder Anstand, zuriicknehmen. 

16. 

Wenn die Bagage vom Feinde oder sonst einige Convois atta- 
quiret werden sollten, so muss derjenige Officier, der dazu com- 
mandiret ist, grûndliche Nachricht einziehen, von wo die Con- 
vois herkommen und welchen Weg sie nehmen mûssen. Wenn 
solcbes nun Oerter sind, wo Défilés zu passiren, so muss das 
Commando allemal die Nacht vorhero, ehe die Convois ankom- 
men, sich nâchst dem Défilé in einem Walde oder Dorfe enibus- 
quiren und verdecken, sich auch so stille wie moglich halten, 
damit der Feind nichts davon erfahre, alsdann die Convois an- 
XXX. 5 



66 VII. INSTRUCTION FI R DIE OFFICIERE 

fânglich frîedlich durchzulassen sind, so dass ohngefahr die Halfle 
davon durchpassire; inzwischen der Officier die Disposition vor- 
hin dergestalt gemacht haben muss, dass ein Theil seines Com- 
mando^ geschlossen , mit dera Sabel in der Faust, zum Rûekhalte 
diene , der andere Theil des Commandons aber, mît dem Sâbel , 
Pistolen oder Carabiner, wie sie wollen, die Bedeckung, so der 
Feind dem Convoi gegeben, attaquire, der dritte Theil aber 
nichts anders zu thun habe, als die Wagen, Pulverkarren, 
Pferde, oder was da ist, wegzufahren und damtt den Weg 
voraus nacb Hause zu nehmen. Wofern es nieht wohl angehet, 
dass sie ganze Wagen wegfuhren kônnen, so raiissen sie die 
Strânge von den Pferden abschneiden, die Pferde fortfûhren, 
die Wagen aber zerbrechen oder entzwei schlagen, um sie dem 
Feinde unbrauehbar zu raachen, aber auch alsdann die, so atta- 
quiret haben, sich zuriickziehen und in ihrera Rûekmarsche die- 
jenigen bedeeken mîissen, welche die Beute gemacht haben. 

«7- 
Es muss kein Officier von den Husaren jemalen den Feind zu 
weit verfolgen, indem man allemal gewiss glauben muss, dass 
der Feind allemal einen Riïckhalt hat, wodurch er starker wer- 
den kann aïs wie diejenigen, so ihn verfolgen; sodann werden 
auch durch ein hitziges Verfolgen des Feindes die Pferde miïde 
und aus dem Athem gejagt und kônnen also leicht von des Fein- 
des seinem Riickhalte, welcher frische Pferde hat, eingeholet und 
die Leute sodann zu nichte gehauen werden. 

18. 

Ans Vorstehendem allem kann ein Oberst oder ein Officier von 
den Husaren ersehen, wie bôchst nothig es ist, dass sie sich das 
Land, worin der Krieg gefûhret wird, môglichstermassen be- 
kannt machen , wozu sie leicht gelangen kônnen , wenn sie sich 
gute Landkarten anschafîen, fleissigkundschaften, auchSchlàch- 
ter, Verwalter, Schulzen, Jâger, Schâfer, etc., welche die Wege 
kennen, zu bekommen suchen, auch oft und fleissig von a lien 
Seiten und um sich herum patrouilliren. 

Ueberdem kônnen die Oflieiere von den Husaren hieraus be- 



r 



VON DEN REGIMENTERN HUSAREN. 67 

greifen, dass esl>ei ihnen nicht alternai auf eine unbesonnene Bra- 
vour ankommt, sondera vielmals eine gute Ueberlegung nothig 
ist t und dass sie eine gute Disposition machen, wobei es auf Ac- 
curatesse hauptsachlich und Wachsamkeit in ihren Feldwachen, 
Patrouillen und Ronden und sonsten im Dienste ankommt, des- 
gleichen auf eine bestëndige Vorsîchtigkeit ihren Rûcken frei zii 
haben, indera, ob sie gleich attaquiren sollen, sie dennoch aile* 
mal auf die Sicherheit ihres Rûckweges zii denken haben. 

'9- . 
Ueber dièses werden die Officiere von, den Husaren sehen, 
wie viel dem Dienste daran gelegen, dass die Husarenpferde in 
gatem Sunde sind, damit, es komme zum Attaquiren oder zura 
Ausreissen, sie von ihren Pferden gute Dienste haben konnen; 
derowegen die Officiere weit mehrere und bessere Obacht als 
bisher geschehen, auf die Conservation der Pferde baben mus* 
sen, wie sie denn auch die gemeînen Husaren von dem heAigen 
Brandweinsaufen abhalten und dagegen zu besserer Wartung 
ihrer Pferde anhalten sollen. 

20. 

Diejenigen Officiere von den Husaren, welcbe dann am mei» 
sien Ambition haben, mûssen dahin bedacht sein dem Feinde allen 
Tort, so sie nur konnen, anzulhun. Wofern nun Officiere sind, 
welche dergleichen Projecte gemacht haben , so sollen sie solche 
Seiner Kôniglichen Majestàt melden, welche, wenn sie thun- 
lich solche finden, ihnen alsdann die Execution davon auftragen 
werden. 

21. 
Sonsten ist eine General-Regel, dass, wenn die Husaren Feld- 
wachen halten, alsdann die Wachen oder Corps de garde alternai 
in Grûnden, oder, so viel môglich ist, an einem bedeckten Orte 
stehen mûssen, die Posten auf Anhôhen oder Bergen, oder auf 
den Landstrassen und an solchen Oertern , da sie weit um sich 
sehen konnen. 

Wenn Husaren in Dorfern stehen, so mûssen sie niemals 

5« 



68 VIL INSTRUCTION FI R DIE OFFICIRRE 

negligiren eine Schildwache auf den Thiirm zu*setzen, um vor 
allem Ueberfalle sicher zu sein. 

22. 

Ein Corps Husaren, das auf Commando stehet, muss allcmal 
in drei Theile eingetheilet werden, nSmlich der eine Theil zur 
Feldwache, der zweite Theil zum Piquet und der drille Thcii 
muss sich ausruhen. Derjenige Theil, so sich ausruhct, kann die 
Pferde absatteln, jedoch wenn sie vom Feîndc was zu besorgen 
haben, so miissen solche Pferde desNaehts allemal gesattelt sein. 

a3. 

Von dieser Instruction soll der Oberst des Régiments allen Of- 
ficieren seines Régiments eine Abschrift geben , auf dass ein jeder 
wisse was er zu thun hat, und dass sich keiner von ihnen mit 
der Unwissenheit entschuldigen kônne. Ueberdies aber sollen 
die Commandeurs und Stabs-Officiere des Régiments, sa oft 
ein Commando oder Patrouille coramandiret wird, die Officiere 
wohl instruiren, was sic dabei zu thun haben, und ihnen ailes 
zum schkrfsten imprimiren. 

Da auch Seine Konigliche Majestgt schon im vorigen Jahi'e 
den Husaren -Regimentern eine Instruction gegeben haben, wie 
sie sich gegen den Feind verhalten sollen, * so wird solche hier- 
durch in allen Stûcken wiederholet, und soll der Commandeur 

• Siehe (Frau von Blumenthal ) Lebensbeschreibung ffans Joachims von Zie- 
len. Berlin, i8o5. D rit te Auflage, Theil I., S. 74 und 75. Et hat an*, auch 
darch einen Anfruf in der hiesigen MUitair- IM teratur - Zcitung , nicht geliogen 
wollen, xu naherer Kenntnis* dieser Instruction fur den Husarendienst, vom 
Jahre 174»» zu gelangen. Dagegen verdanken wir dem verstorbenen Herrn Gra- 
fen von Zieten auf Wuatrau eine, in dem Hauptquartier Selowitx, den ai. Marx 
174^» von dem KiSnige unterzeichnete Disposition, voie ein Husaren- Régiment 
und Escadron formiret werden soll, fïinf weitlauftig gesohriebenc Folio -Seiten. 
Dièse bisher unbekannte Disposition, aus dem Nachlasse des bcriihniten Husaren- 
fuhrers, îst aber nur ein ganx gcwohnlichcs Règlement der clementarsten Art. 
und hat mit unserer Instruction fur die Husaren- Officiere von demselben Ta£t 
fceine VerwandUcbafl. 

Ware die Instruction vom a6. Marx i74i# welche vrir oben f Seite 33 — 35, 
gegeben haben, nicht so bestimint Instruction fur die Cavallerie und fur die Dra- 
goner bctitelt, so wiïrde ihr Inhalt uns vcranlasscn, sie fur die im Texte er- 
wSlinte Schrift xu halten. 



VON DEN REG1MENTERN HUSÀREN. Go 

des Régiments selbige allen OEGcieren von neuem publicîreu und 
wohl bekannt machen. 

24. 

Im ûbrigen, so befehlen Seine Majestât, dass ein jeder Oberst 
I eines Régiments Husaren sich drei oder vier Espions halten soll, 
welche Seine Kônîgliche Majestât ihm vergùten lassen wollen. 
Es soll aber der Oberst sich auf alie Wege bemiïhen, zu solchen 
Espions verschlagene und raffinirte Kopfe zu kriegen , welche im 
Lande bekannt sind , allerhand Sprachen konnen , und die allcr- 
handFormen und Verstellungen annehmen konnen, die sich aber 
uater einander nicht kennen, noch eincr von dem andem wîssen 
muss. Solche Espions muss er haben , um sie nach des Feindes 
Lacer, oder nach deu Orten, davon er Nachricht haben will, zu 
schicken. 

25. 

Worauf demi der Oberst Seiuer Koniglicheu Majcstat von 
den erhaltenen Nachrichten jedesmal Rapport thun soll. 
Hauptquartier Selowitz, den 21. Marz 174^. 

Fkiderich. 



VIII. 

DISPOSITION 

FUR 

DIE SÂMMTUCHEN REGIMENTER 
INFANTERIE, 

WIE SOLCHE SICH BEI DEM VORFALLENDEN MARSCUE GEGEN 
DKN FEIND UND BEI DER DARAUF FOLGENDEN BATAILLE 
ZU VERHALTEN HABEN. 



DISPOSITION 

FUR DIE SÂMMTLICHEN REGIMËNTER INFANTERIE, 

WIB fOLCHB 8ICH 

BEI DEM VORFALLENDEN MARSCHE GEGEN DKN FE1ND UND BEI DER 
DARAUF FOLGENDEN BATAILLE ZU VERHALTEN BABBN. 



i/ie Regiraenter komraen zusammen bei Selowitz, Nuslau und 
Raygern, und werden alsdann die Ordre de bataille empfangen, 
welchergestalt sie kunftig raarschiren sollen. 

2. 

Wofern es nicht express befohlen wird, konnen die Régi* 
menter und Bataillons aile ibre Zelte und sehwere Equipage in 
Olmûtz und Wischau zuriicklassen, die Brodwagen aber sollen 
sie mitnehmen. Es ist auch einem jeden Stabs- Officier erlaubt 
noch einen Wageu fur sich mitzunehmen. Die Regimenter sollen 
auch auf vierzehn Tage Lôbnung bei sich baben, mebr aber 
nicht, und soll das ûbrige Geld bei der schweren Equipage 
bleiben. 

3. 

Von obbemeldeten dreien Oerteru koinmt die Armée bei 
Pohrlilz, jenseits der Iglawa, zusammen. 



^^ VIII. DISPOSITION FtlR DIE SÂMMTLICHEN 

i 

Die OfBciere der Regimenter und Bataillons sollen den Tag 
vor der Bataille die Gewehre ausziehen und sehr wohl rein ma- 
chen lassen, frisch laden und gute Steine aufschrauben , auch 
iiberhaupt ailes, so viel wie môglich, in besten Stand bringen 
lassen. 

Die Bursche solleu den Tag vor déni Marschiren jeder sechzig 
scharfe Patronen bel sich haben. 

Die Tornister und Brodsacke sollen den Tag vor der Action 
aile ordentlich zusammen in eins gebunden und compagnieweise 
auf eines jeden Capitains Proviantwagen gelegt werden. 



An dem Tage der Action raussen die Commandeurs der Regi- 
menter und Bataillons die Stunden und die Augenblicke, wo sie 
bestellet sind, sehr accurat observiren, auf dass in keiner Sache, 
so befohlen ist, einiger Aufschub noch Hait gemacht werde, als 
welches sonst in dergleichen Sache von grosser Importance sein 
kann. 

6. 

Wcnn die Armée alsdann nach der zu machenden Disposition 
wird ausmarschiret sein und man sodann alsbald au den Feind 
heran ist, so wird befohlen werden mit halben Bataillons aufzu- 
marschiren. Die Commandeurs der BHgaden und Bataillons sol- 
len sehr wohl Acht haben , dass zwischen den Zûgen enge Dis- 
tancen gehalten werden und dass die Bataillons gut an eînander 
hângen. 

7- 
Wenn befohlen wird aufzu marschiren , so muss dasjenige 
Régiment, so auf dem Fliïgel an der Cavallerie stehet, dreissig 
Schritt von der Escadron abbleiben. Die Bataillons mùssen sich 
geschlosseu formireu ; die Générale und Commandeurs der Regi- 
menter aber sollen wohl Acht haben, dass die Bataillons sich 
auch aligniren. In wkhrendem Aufmarschiren mùssen die Kano- 



REGIMENTER INFANTERIE. 7 5 

nen, so bei den Bataillons gefùhrt werden, vorriïcken, um den 
Feind zu chargiren. Sobald die Regimenter aile aufmarschirel 
sind, so rîicken iramer zwischen jedes Bataillon zwei Kanonen, 
und mûssen die Bataillons sonst ganz geschlossen stehen, nur 
allein dass die zwei Kanonen zwischen ihnen Platz haben. 

8. 

Es muss den Burschen wohl imprimiret werden, dass sie 
nicht eber schiessen, als ihnen befohlen wird. Derjenige Flûgel, 
wclcher attaquiren soll, muss in guter Ordnung und wohl ge- 
schlossen an den Feind marschiren. Sollte sich noch etwas von 
der feindlichen Cavallerie finden, welche die unsrîge nieht ver- 
jagt hat, so ist es als eine General -Regel wohl zu merken, dass 
man sich gegen die Cavallerie nicht ganz verscbiessen muss, son- 
dera es muss nur allein dasjenige Peloton, wo die feindliche Ca- 
vallerie ara nâchsten herankommt, auf vierzig, hôchstens funfzig 
Scbritt eine Salve geben. Die Regimenter mûssen indessen im- 
mer im Avanciren bleiben , und mûssen die Commandeurs Sorge 
tragen, dass man nicht stille stehe, noch sich zurûckziehe; jeden- 
noch mûssen die Regimenter allezeit an dem Regimente oder Ba- 
taillon, so neben ihnen avanciret, geschlossen bleiben und keine 
Liïcken machen. 

9- 

Haben wir mit nichts als mit der feindlichen infanterie zu 
thun, und dass seine Cavallerie schon in Désordre ist, so muss 
in wâhrendem Heranmarschiren stark auf den Feind kanoniret 
werden, und kônnen diejenigen Bataillons, so an dem Flûgel 
sind, wo attaquiret wird, auf zwei hundert Schritt das Peloton- 
Feuer machen; jedennoch mûssen die Chefs und Commandeurs 
der Regimenter so vîel als moglich dahin sehen , dass solches Pe- 
loton -Feuer nicht unordentlich geschiehet. 

Wenn die Bataillons auf zwei hundert Schritt gegen den 
Feind kommen, so konnen die Kanonen nach gerade mit Kar- 
tatschen geladen werden. 

MB. Da Seine Kôniglichc Majestât der gewissen Meinung sind, 
dass man den Feind nicht so sehr mit dem Chargiren wegschla- 



7 6 VIII. DISPOSITION FOR DIE SÂMMTL1CHEN 

get, als dass man ihn vielmehr, so zu sagen, wegdràngen muss, 
als recommandiren Seine Kônigliche Majestat den Commandeurs 
der Regimcnter, welcfae auf dem Flûgel sind, wo attaquiret wird, 
vor allea Dingen, dass selbe, so viel sie kônnen, îmmer in guter 
Ordnung in w&hrendem Chargiren auf den Feind zudrftngen. 
Wofern auch der Feind gegen ailes raenschliche Vermuthen ei- 
nige Standhaftigkeit zeigen niôchte , so mîissen die Bataillons so 
attaquiren, wenn sie bis auf zwanzig Schritt, oder auch wohl 
bis auf zelin Schritt (nachdem es die Commandeurs judiciren 
werden) vom Feinde sind, ihm eine starke Salve iu die Nase gc- 
ben und darauf sofort demselben mit den Baïonnetten in die 
Rippen sitzen, dem Feinde auch immer gleich zuschreien, das 
Gewehr wegzuschmeissen und sich gefangen zu geben. 

NB. Nach aller menschlichen Apparence wird es den Oester- 
reichern nicht in den Sinn kommen, sich mit uns auf die Baïon- 
nette einzulassen, sondern es ist wohl eher zu vermuthen, dass, 
wenn sie ihre Cavallerie geschlagen sehen, der Ueberrest bald 
durchgehen wird. 

10. 

Das zweite Treffen , welches drei hundert Schritt hinter dem 
ersten aufmarschiren muss, soll seine Distance in wahrendem 
Aufmarschiren wohl observiren. Wofern feindliche Husaren oder 
dergleichen Gesindel sich hinter beide Treffen herumschleichen 
sollten, so mîissen die Commandeurs rechtsumkehrt machen, 
und hier und dar, wie es der Commandeur gut findet, ein und 
anderes Peloton darauf feuern lassen. 



11. 

Bei dem zweiten TrefTen wird per Régiment oder zu zwei 
Bataillons eine Kanone gegeben; dièse mîissen mit nichts audenn 
als Cartouchen geladen sein, auf dass, wenn man genotluget 
wâre, auf Husaren und dergleichen mit Kanonen zu feueni, sol- 
ches der Equipage , welche hinter beiden Treffen eine Wagen- 
burg gemacht haben wird , keinen Schaden t{mn kônnc. 



REG1MENTER INFANTERIE. 77 

ia. 

Die Majors und Adjutanten der Regimenter Sollen wahrender 
Bataille oder Chargiren hinter den Bataillons bleiben, weil sie 
vora den Bataillons verhinderlieh sind; die Majors aber sowohl, 
als- die Adjutanten mussen von hinten die Liicken im Bataillon , 
so viel wie môglich, zumachen und den Leuten wieder zu recht 
helfen, auch wohl auf das Alignement Acht nehmen und den 
Leuten bei allen Gelegenheiten zusprechen. 

i3. 

Die Hautbois, Tambours und Pfeifer sollen, sobald das Tref- 
fcn angehet, die blessirten Ofliciere, Unter-Ofliciere und Gemei- 
nen nach der Wagenburg zu bringen ; den Burschen allen aber 
muss gesaget werden , dass , wenn einer oder der andere von ih- 
nen blessiret wurde und er sich bis zur Wagenburg schleppen 
kônnte, er aile Sicherbeit daselbst haben und ordentlich verbun- 
den werden wurde. Dass dièses den Burschen gesagt werde , ist 
nothig, damit sie sich nicht sonst verlaufen. 

a. 

Es soll per Bataillon ein Feldscheer mit ins Treflen genom- 
men werden , die andern aber sollen mit dem Régiments - Feld- 
scheer in der Wagenburg bleiben, auf dass sie daselbst die Bles- 
sirten ordentlich und desto besser verbinden konnen. 

i5. 

Derjenige Officier, welcher zur Bedeckung der Wagen und 
Bagage commandiret werden wird, muss die Proviant-, auch 
Officier- und andere Wagen in der bestcn Ordnung auffahren 
lassen und eine Wagenburg machen, dergestalt, dass er zuvôr- 
derst durch ein Wasser, Morast oder Graben den Rîicken frei 
bekomme, an welchen er alsdann eine Reihe Wagen solcherge- 
stalt auffahren lassen muss, dass die Pferde mit den Kopfen 
Fronte nach der Armée machen, alsdann er auf jeder Flanke, 
rechter und linker Hand, zwei Reihen Wagen also auffahren 
lassen muss, dass die Pferde von jeder Reihe gegen die an- 



7 8 VIII. DISPOSITION FUR DIE SAMMTLICHEN 

dere Reihe mit den Kôpfen gegen einander slehen und dass die 
Knechte also nicht ausreissen kônnen. In der vordersten Reihe 
gegen die Armée zu mûssen wieder zwei Reihen Wagen solcher- 
geslalt auflahren, dass die Pferde von der einen Reihe gegen die 
Kôpfe der Pferde von der zweiten Reihe aile einw&rts zu stehen 
koramen. Die Pferde, so mit den Kôpfen gegen einander stehen , 
sollen aile ordentlich zusammengekoppelt werden, damit, wenn 
auch der Feind heran kâme, weder die Pferde, noch die Knechte 
ausreissen , noch von der Stelle kommen kônnen. Vorn soll als- 
dann derjenige Officier, so die Bedeckung der Bagage comman- 
diret, vier, sechs oder acht Pelotons, nachdem das Commando 
stark ist, postiren, von der Fronte nach der Armée zu. Vor 
einem jeden Peloton mûssen die zu diesem Behufe gegebenen 
spanischen Reiter placiret sein; in den Ecken der Wagenburg 
aber muss er seine Kanonen postiret haben, damit er solchenach 
den Flanken, oder vor sich, wie es die Umst&nde erfordern wer- 
den, abfeuern lassen kônne. Auf die Flanken vor der Wagen- 
burg soll er auch einige Pelotons placiren. Ailes dièses, wie so- 
wphl die Wagenburg formiret, aïs auch die Pelotons und Kano- 
nen placiret werden sollen, desto ordentlicher zu zeigen, lassen 
Ihro Majestat hierbei einen Riss zufertigen, * um desto begreif- 
licher zu machen, wie ailes ohngefahr disponiret und eingerichtet 
werden soll. Wenn zwischen der Armée und Wagenburg sich 
feindliche Husaren einschleichen sollten, alsdann kann der die 
Bagage commandirende Officier mit Kanonen auf sie schiessen 
lassen, jedoch nicht anders, als mit Kartâtschen, durchaus aber 
nicht mit Kanonenkugeln, weil er dadurch unsern eigenen Leu- 
teu im zweiten Treffen schaden kônnte. Mit Pelotons kann er 
ganz dreist auf den etwa auf ihn zukommenden Feind chargiren 
lassen; jedoch muss er in Acht nehmen, dass die Pelotons nicht 
auf einmal schiessen , sondern dass bestSndig welche geschultert 
seien. 

16. 

Derjenige Officier, welcher bei der Bagage commandiret wird, 
muss den blessirten Officierai und Burschen so schleunig als es 

* Siehe den zu dieser Disposition gehttrigen Plan. 



REGIMENTER INFANTERIE. 79 

sicb thun lâsst nach der Wagenburg zu helfen suchen. Wenn er 
siehet, dass der Feînd von uns geschlagen wird, so rauss er als- 
dann einige Pack- und Proviant-Wagen, auch einige Officier- 
Wagen (welche indiffèrent sein mûssen) abpacken lassen, um 
die Blessirten daraaf zu legen, welchen er eine Escorte von ein 
paar hundert Mann mitgeben und sie nach dem nâchsten Dorfe 
bringen lassen soll. Der Officier, welcher mit solcher Escorte 
commandîret wird, soll dann auch dafiïr sorgen, dass die Bles- 
sirten gut untergebracht werden und dass Feldscheere, und ailes 
was sonst nôthig ist, dabei sei. Wenn dann die Bataille voll- 
konunen gewonnen ist, so muss der bei der Bagage commandi- 
rende Officier alsdann aile ûbrige Kranke unter guter Aufsicht 
von Officieren und Unter- Officier en nach den ùbrigen nâchsten 
Dôrfern bringen lassen, und sodann Ordre erwarten, was weiter 
befohlen werden wird. 

'7- 
Seine Kônigliche Majestàt haben ûbrigens zu den sâmmtlichen 
Officieren von Dero Armée das gewisse und sichere Vertrauen , 
dass dieselben , da sie bishero jederzeit mit besonderem Ruhme 
und Distinction gedienet, sich auch bei diesen und andern Vor- 
fallenheiten ferner distinguiren, die ihnen gegebenen Ordres wohl 
observiren und sich in allem auf eine solche Art betragen wer- 
den, darait Seine Kônigliche Majestàt Ursache haben, fur ihre 
Fortune und Verbesserung auf aile Wcise zu denken. 



18. 

Es wird auch den Commandeurs der Regimenter und Batail- 
lons auf Ehre und Réputation hierdurch anbefohlen, dass sie auf 
diejenigen Officiere, welche sich bei der Action distinguiren wer- 
den, wohl Acht haben und solche sogleich nach der Action Seincr 
Kôniglichen Majestàt pQichtmassig anzeigen sollen, damit Diesel- 
ben dergleichen Officiere aile wissen, um ihnen demn&chst wirk- 
liche Proben von Dero Gnade und Erkenntlichkeit geben zu 
konnen. 



8o VIII. DISPOSITION FOR DIE INFANTERIE. 

«9- 

Die Commandeurs der Regimenter und Bataillons sollen 
schliesslich sich dièse Disposition sehr wohl imprimiren, auch 
îhren unterhabenden Officieren ailes dasjenige, so sie angehet. 
auf das genaueste und eigentlichste bekannt raachen, damit eiii 
jeder wisse, was er zu thun habe, und sein Devoir mit aller Ac- 
curatesse und exact verrichten musse. 

Gegeben Hauptquartier Selowitz, den a5. Mttrz 174a. 

Fridbrich. 



IX. 

INSTRUCTION 



FUR 

DES GENERAL-FELDMARSCHALLS 

FÛRSTEN von anhalt liebden, 

WKGKN DES 

DEROSELBEN AUFGETRAGENEN COMMANDOS 
IN OBER-SCHLESIEN. 



XXX. 



INSTRUCTION 

FUR DES 

GENERAL-FELDMARSCHALLS FÛRSTEN 
VON ANHALT LIEBDEN, 

WEGEN 

DES DEfiOSKLBKN AUFGETRAGENEN COMMANDO's IN OBER - SCHLES1EN. 



Jitrtheilen Seine Konigliche Majestat des General-Feldmarschalls 
Fûrsten von Anhalt Liebden hierdurch Vollmacht und Plein- 
pouvoir, mit den Truppen, welche Dieselben in Ober - Schlesien 
unter Dero Commando bekommen, aile Mouvements zu thun, 
und zwar sonder bei Seiner Koniglichcn Majestât deshalb vor- 
hero anzufragen, wie Sie solches am erspriesslichsten finden, ura 
den Feind zu verhindern, dass solcher weder in Ober -Schlesien, 
am allerwenigsten aber in Nieder- Schlesien eindringen kônne. 



Von den Truppen, welche des Fûrsten Liebden in Ober- 
Schlesien zu commandiren bekommen , stehen 
in Ratibor, die zwei Bataillons Du Moulin, 
in Jâgerndorf, die zwei Bataillons Selchow, 
in Troppau , die zwei Bataillons Mûnchow, 
in Oppeln , die zwei Grenadier - Compagnien , 
in Krappitz, die zwei Grenadier- Compagnien, 



84 IX. INSTRUCTION 

in Neustadt, ein Bataillon vom Kleistschen Régiment, 
in Ityedelberg ■ aber, weil solcher Posten eîne gute Situation 
hat, eîu Commando. 





3. 


Ueber dièses bekommen des Fûrsten Liebden tinter Dero Com- 


ndo : 

2 Bataillons 


von Glasenapp , 


2 » 


» Truchsess, 


2 » 


» Voigt, 


2 » 


» Prinz Moritz, 


2 * 


» Hautcharmoy. 



10 Bataillons. 
Hierzu das Grenadier -Bataillon von Kleist, 

das Grenadier «Bataillon, so der Oberst Fouqué bis- 
her commandiret hat, welcher aber durch einen 
andern Officier abgelôst werden wird. 

An Cavallkrib. 

5 Escadrons Carabiniers, 
5 » Prinz Friedrich, 

An Dragonkrn. 

io Escadrons MôUendorff, 
5 » Kannenberg. 



25 Escadrons. 

An Husarkn. 

io Escadrons Zieten, 

io » Malachowski. 



* 20 Escadrons. 
Wofem es des Fiirsten Liebden nôthig finden werden, so sol- 
len Selbige annoch die zehn Escadrons Ulanenb dazu bekommen. 

* Gewiss ist die mXhrische Enclave Maidclberg, sâdwestlich von Hotieo- 
ploti, gemeint. 

b Georg Christoph von Natimer warb 1741, als Oberst-Lieutenant, auf des 
Kttnigt Befehl in Prenssen ein Ulanen-Regiment an , welchea im Joni tchon mit 



FUR DEN FCRSTEN VON ANHALT. 85 

4. 
In Nieder-Schlesien soll der General Lieutenant von Marwitz 
das Commando haben, und stehet in 
Neisse, ein Bataillon Kleist, 
Michelau, ein Bataillon Prinz Heinrich, 
Lôwen, ein Commando von Prinz Heinrich, 
Ottmachau, zwei Grenadier- Compagnien Kleist, 

i zwei Bataillons Sydow, 
Wartha 1 J 

Glatz, zwei Bataillons Prinz Cari. 

. Das Régiment von Persode hat Ordre bekommen , nach Schle- 

sien zu marschiren und jenseits der Oder den Posten von Nams- 

lau zu besetzen, wohin denn auch acbt Escadrons von dem 

schwarzen Husaren-Regimente marschiren und sich da herum 

verlegen sollen, um die Grânze auf jenseits der Oder rein zu 

halten. 



Es wird gesaget, dass sich bei Teschen ein Corps ungarischer 
Miliz zusammenziehen soll; Seine Kônigliche Majestat aber sind 
persuadiret, dass des Fûrsten Liebden mit Dero unterhabendem 
Corps stark genug sein werden, wider ailes défensive zu agiren. 



Die einzigen drei Passagen, so aus Mâhren nach Schlesien 
gehen, sind die von Troppau, von Jftgerndorf Und von Zuck- 
mantel. 

Es ist nicht zu befûrchten, dass der Feind ûber Zuckmantel 
gehen dûrfte, indem er dorten lauter besetzte Festungen findet, 
welche ihn an Ausfûhrung einigeij Desseins behindern; ûberdem 
wiirde auch der Feind dadurch zwischen Neisse und des Fûrsten 

Wnsend Pferden in Berlin ankam und alsobald ins Feld ruckte, aber nach eiaem 
grotèen Unfall, 174a, in ein Husaren-Regiment, Nr. 4 der Rangliste von 1806; 
amgewandelt wurde. Natxmer starb, 1751, als General-Major in Breslau. Die 
Ulanen werden in dem Briefwecbsel des Konigs mil dem Fûrsten von Dessau 
genanni. Siebe L. von Orlich, Gesehichle der schlesischen Kriegc, Band I. , 
S. 368,3 7 i, 3 7 3 und42j. 



86 IX. INSTRUCTION 

Liebden zu stehen kommen, mithin sich in eine tibele Situation 
setzen. Was aber den Feind am meîsten von dergleichen Dé- 
marches abhalten muss, ist, dass Seine Kënigliche Majestât mit 
Dero Armée gegen die mahrischen GrXnzen stehen, und also 
der Feind befiïrchten muss, dass, wenn er zu weit vorriickte, 
Seine Kënigliche MajestUt ihn von Briinn coupiren wûrden; wes- 
halb demi vielmehr zu glauben stehet, dass der Feind ùber das 
Teschensche einige Desseins au F Troppau auszuftihren suchen 
werde. Des Fîirsten Liebden haben demnach ihre Praecautiones, 
so viel aïs môglich ist, dieserwegen wohl zunehmen, auch die 
Stadt Troppau mit Ammunition und Proviant zu versehen und 
durch Anlegung kleiner Demi -lunes dièse Stadt in solchen Stand 
zu setzen, dass sie sich so lange wehren kann. bis des Fiirsten 
Liebden mit der Armée dazu kommen konnen. 

7- 
Bei dièse m defensiven Kriege mûssen auch des Fùrsten Lieb- 
den sich durch avantageuse LMger und Posten, dergleichen es in 
Schlesien hundertweise giebt, allemal so zu setzen suchen, dass 
aueh ein superieurer Feind Ihnen nichts anhaben kann. 

Des Fùrsten Liebden niiïsscn dabei am meisteu darauf be- 
dacht sein, sich durch klcine Avantages ùber feindliche Partien. 
es môgeu nun Husaren oder Tolpatschen sein, einige Vortheile 
zu verschaffen, folglich durch viele kleine Vortheile Dero Armée 
in Respect zu halten suchen ♦ wic denn aus vieien kleinen Avan- 
tages zuletzt grosse Vortheile erwachsen. 

9- 
Was die Husaren- Par tieu und dergleichen augehet, welche 
des Fiirsten Liebden ordonniren werden, da konnen Dieselben 
sich des General -Lieutenants Prinzen Dieterich mit gebrauchen. 
Es mùssen aber niemals Husaren -Partien ausgeschicket werden* 
wo nicht cin starker Rùckhall dahinter bleibet, es sei von Dra- 
gonern oder Infanterie. 



FLR DEN FLRSTEN VON ANHALT. 87 

10. 

Wenn die feindlichen Truppen ctwa durch falsche Manœuvras 
von ihrer Generalitfit des Fûrsten Liebden einîge Gelegenheit ge- 
ben sollten etwas mit Avantage ûber sie zu entrepreniren, es sei 
solches gegen die Arrieregarde, gegen Détachements, oder gegen 
was es sonsten wolle, so haben des Fûrsten Liebden in diesen 
Stûcken freie Hiinde und Plein -pouvoir, ohne bei Seiner Kônig- 
licben Majestât zuvor anzufragen, ailes dasjenîge zu thun, was 
Sie darunter fur diensam finden werden. 

11. 

Weil des Fûrsten Liebden mit vielen feindlichen légëren Trup- 
pen zu thun hàben, welche nichts mehr suchen, àls eine Armée 
ui incommodiren und zu beunruhigen, so mûssen des Fûrsten 
Liebden entweder jedesmal um die Armée rings herum ein klei- 
nes Retranchement aufwerfen lassen, oder sich an ein Wasser 
und solche sichere und avantageuse Oerter setzen, woselbst die 
Armée sicher stehen kann, ohne Gefahr zu laufen, dass der 
Feind des Nachts in solche hereinprallen kônne. 

Die Fahnenwachen und die Piquets vom ersten Treflen von 
der Infanterie kënnen deshalb vorwârts an das Retranchement 
oder Fluss gesetzet werden, und die Fahnenwachen und Piquets 
von der Infanterie vom zwetten Treffen hinterwârts. 

12. 

Die Dorfwacheii mûssen aparté gegeben und in den Dôrfern 
so pos tiret werden, dass, wenn der Feind etwa ein solches Dorf 
anstecken sollte, die Wachen sich dennoch souteniren kônnen, es 
sei durch eine Redoute, so bei dem Dorfe aufzuwerfen, oder auf 
einem mit Mauern umgebenen Kirchhofe, bei welchem letztern 
jedoch die Précaution genommen werden muss, dass die zu- 
nâchst gelegenen HMuser abgebrochen werden; wie denn ûber- 
haupt die Posten von Infanterie allemal so .gesetzet werden mûs- 
sen, dass der Feind solche nicht durch Feuer oder Ansteckung 
der Hftuser incommodiren konne. Die Posten von Cavallerie 
mûssen allemal so gesetzet werden, dass sie unter Protection 



88 IX. INSTRUCTION 

von der Infanterie stehen, und dass der Feind solche mit seiner 
grossen Menge Husaren nicht enleviren kann. 

i3. 

Wenn des Fûnten Liebden nôthig finden, Eseorten von der 
Année ihtin zu lassen, so muas solches mehrestens mit Infante- 
rie, niemalen aber allein mit Gavallerie oder Husaren geschehen, 
und wird es von gutem Effect sein, wenn solcher Infanterie als- 
dann einige kleine Kanonen mitgegeben werden. 

i4. 
Fût die Conservation der Cavallerie mûssen des Fursten Lieb- 
den, so viei môglich ist, -sorgen und derowegen die Reiter- und 
Dragonerpferde, wenn es sieh thun lassen will, dann und wann 
in den Dôrfern, so in der Armée gelegen, cantonniren lassen. 
Die Fourage wird sonsten durch Bauerpferde angesehleppet -wer- 
den miissen, um die Officier- und Reiterpferde zu menagiren. 

i5. 

Von der Verpflegung der in Ober-Schlesien stehenden Regi- 
menter hat der General -Lieutenant Prinz Dieterich den Etat; 
imgleichen ist derselbe von allen ûbrigen Umsttnden, auch we- 
gfcn der Magazine vollkommen instruiret, wie denn demselben 
gleichfalls bereits bekannt ist, welchergestalt die oberschlesiscben 
S tan de kleine Magasins hie und da fourniren und dass, wenn 
solcbe nicht zureichen, alsdann aus Nieder-Scblesien zugefabren 
werden solL Gedachter General -Lieutenant Prinz Dieterich ist 
ûberdem bereits weitlMufig informiret, wie es wegen der Cassen- 
gelder, und woher solche einkommen, gehalten werden' muss. 
Weswegen denn Seine Këntgliche MajestAt sich hier derKûrze 
wegen auf solchen béziehen. 

j6. 

Gleichwie Seine Kônigliche MajesUt des Fursten Liebden 

ùberhaupt die Conservation der Truppen auf das moglichste 

recommandiren , so haben Dieselben wegen des Lazarethes solche 

Véranstaliungen zu machen, damit dasselbe an bequemen Or* 



FUR DÉN FURSTEN VON ANHALT. 8g 

tcn, wo die Kranken sicheï und inRuhe sein kënnen, ahgeleget 
werde; die dazu erfocderiichen Anstalten , Utensilien und dérgki- 
chen mûssen von dcn oberschlesischen Landeri fourniret werden. 
Seine Konigliche Majestât ûberlasseri ailes Vorstehende ùnd 
was sonsten zu Dero Dienste, zum Besten Dero Armée undaiir 
Gloire der Waffen bei diesen Umstânden gereichen kann, ledig- 
lich zur Disposition des Fûrsten Liebden, indem eiries Theils die 
Zeit und die Umstânde es nicht allemal leiden diirften, bei Seiner 
Kôniglichen Majestât vorhero dariiber anzufragen und Dero Re- 
solutiones abzuwarten, andern Tbeils aber, weil wegen der sehr 
grossen MengeHusaren, deren sich der Feind bedienen kann, auf 
die Sicherbeit der Correspondance nicht viel Staat zu macben 
sein wird, so dass Seine Konigliche Majestât sich nicht viel um 
des Fûrsten Liebden und Dièse um Seiner Kôniglichen Majestât 
Corps d'armée zu bekûmmern haben werden. Wenn inzwischen 
Hauptsachen oder besondere Événements vorfallen, so haben 
des Fûrsten Liebden alsdann, so viel mit Sicherbeit geschehen 
kann, Seine Konigliche Majestât davon umstândlich zu avertirai. 
* Ueberhaupt dienet des Fûrsten Liebden zur Nachricht, dass* Seine 
Konigliche Majestât mit der bei sich habenden Armée ohngef&hr 
in der Gegend von Hohenmauth zu stehen kommen werden, und 
wenn Dieselben alsdann nôthig finden sollten zu operiren , als- 
dann sich Dero Operationes ûber Teutsch-Brod , Teltsch, u. s, w. 
nach Nieder-Oesterreich dirigiren diirften. 

*7- 
Sollte der Prinz Cari von Lothringen durch die kûnftigen 
Umstânde obligiret werden , mit seinem Corps d'armée ganz und 
gar aus Mâhren wieder heraus zu gehen, so wollen Seine Konig- 
liche Majestât alsdann zu des Fûrsten Liebden Gutfinden aus- 
stellen, ob Dieselben alsdann Olmûtz wieder occupiren wollen, 
massen es von einem guten Effect sein wûrde, wenn die Trup- 
pen sodann daselbst wiederum sichern Fuss fassen kônnten. 

Uebrigens reposiren Seine Konigliche Majestât sich in allen 
und jeden Stûcken auf die Dextérité, Wissenschaft und vieljâh- 
rige Kriegserfahrenheit des Fûrsten Liebden , und haben zu Dero- 



9* 



IX. INSTRUCTION. 



selben das. vollkommeoe Vertrauen, Sie werden, nach Dero je- 
derzeit riihmlichst bezeîgtem Etfer fiir dcn Dienst des Kôniglichen 
Hauses und fur die Gloire der preussischen Waffen, ailes das- 
jenige thun, was von einem ehrliebenden, vernûnftigen und er- 
fahrenen General und Officier erfordert wird; wohergegen Sie 
des Fiirsten Liebden aile Marquen Dero Hochachtung und Af- 
fection zu geben nie ermangeln werden. 

Hauptquartier Ghrudim , den a5. April 1 742. 



(L. S.) 



Fridbrich. 



X. 

REGLEMENT, 

WAS 

BEI DEM CAMPIREN DER ARMEE 

BEOBACHTET WERDEN SOLL. 



REGLEMENT, 



WAS BEI DEM CAMPIREN DER ARMEE BEOBAGHTET 
WERDEN SOLL. 



Wic die Dôrfer besetzt werden, dariiber habeit Seine Kftnig* 
liche MajesLMt bereits ein Règlement ausgegeben. • 



Wenn campirt wird, werden die Zelte nach dem Schéma, so 
Seine Kônigliche Majestât sowohl in der Armée aïs in dem Bran- 
denburgischen Lager b gegeben, aufgeschlagen. 



Die Lager- und Dorfwachen ziehen des Morgens um netin 
Uhr auf; bei denen vom rechten Flugel ist der General-Major du 
jour, bei denen vom linken Flugel der Oberst. Der General-Major 
du jour visitirt die Posten bei Tage vor der vordern Linie und 
der Oberst hinter der hintern Linie; der General-Major thut die 
Haupt-Ronde in der vordern Linie und der Oberst in der hintern 
Linie, der Oberst -Lieutenant du jour die Visitîr- Ronde in der 
vordern Linie und der Major du jour die Visitir-Ronde in der hin- 
tern Linie; auch mussen die General -Majors bei ihren Brigadeh 

* Siehe oben , S. 18 — 3 1 . 

* A. a. O..S. i5ff. 



9* X. REGLEMENT, WAS BEI DEM CAMPIREN 

sein, wenn die Waehen aufziehen. Der General -Major du jour 
von der Cavallerie visitirt aile Cavallerie-Posten, damit der Dîenst 
ordentlich geschieht. Die Lager waehen nehmen die Tornister 
nieht mit, wohl aber die Brods&cke. Die Piquets nehmen drei 
Gezelte per Bataillon in die Redans, und wenn ein Lager lange 
steht, werden die Hùtten gebaut. 

4- 

Mit allen Commando's und Lagerwachen geht «in Adjutanl 
per Régiment mit bis auf den Sammelplatz, um zu notiren, wo- 
hin die Lente von dem Regimente auf die Waehen oder Com- 
mandons gehen. 



Aile Posten, wenn sie hinter einem Walle, einer Mauer oder 
Hecke stehen, werden zweî Mann hoch gestellt und die Offi- 
ciere treten in das erste Glied ein; die Posten aber, so hinter 
einem* Elusse, Graben oder spanisehen Reitern stehen, stehen 
drei Mann hoch. 



Die Générale und Obersten du jour miïssen die Officiere wohl 
informiren« was Seine Kônigliche Majest&t ihnen zu thun befeh- 
len werden , und dass sie darnach die Schildwachen auch gehô- 
rigermassen instruiren. Die Schildwachen, so wie sie einmal von 
Selner Kôniglichen Majestât ausgesetzt oder approbirt sind , mûs- 
sen nicht verandert werden, weswegen ein jeder Officier solche 
dem andern wohl zu ûberliefern hat , und die Générale und Stabs- 
Officiere du jour sollen dafûr repondiren , dass solche nicht ver- 
andert werden; und ist dièses auch von den Feld waehen der Ca- 
vallerie zu verstehen. 

7- 
Die Piquets der Infanterie ruckén eineStunde vor dem Zapfen- 
streiche aus, und besteht selbiges per Bataillon aus einem Offi- 
cier, zwei Unter-Officieren, einem Tambour und vier und zwan- 
zigMann, und von vier Bataillons wird einCapitain gegeben: die 



DER ARMEE HEOBACHTET WERDEN SOLL. g5 

voq der vordern Linie vorwarts mit den F&hnleinwachen in einer 
Unie, die von der hintern Linie hundert Schritt hioier den Se* 
creten. Vor solchen Piquets und den FKhnleinwachen werden 
gleich Redans, sobald in ein Lager eingeruckt wird, aufgeworfen 
oder spanische Reiter hingesetzt, und wenn ein Lager langer 
steht, werden solche Redans an einander gehMngt, und werden 
vor jedem Piquet drei doppelte Schildwachen ausgesetzt. Die 
Schildwachen von solchen Piquets rufen des Nachts aile Viertel- 
stunden an, die Aussenposten fordern das Feldgeschrei ah, die 
Schildwachen in den Regimentern aber nieht. 

8. 
Die FJthnlein- und Brandwachen hahen immer Front nach 
dem Bataillon; die Schildwachen, so von den Fâhnleinwachen 
auf der Place d'armes stehen, stehn alleroal ausw&rts der Feld* 
flaggen; aber die F&hnleinwachen, wenn sie nebst den Piquets 
in einer Linie besser vomicken, alsdann roachen sie Front nach 
dem Feinde. 

9- 
Ura elf Uhr wird die Parole bei Seiner Kôniglichen Majestlil 
Zelle ausgegeben, um fiinf Uhr Abends aber erst bei den Regi- 
mentern. 

10. 

Sobald in ein Lager gerùckt wird , werden die Communica* 
tiones alsofort gemacht. 

ii« 
Wenn nach Wasser, Stroh, Holz, u. s. w. geschickt wird, 
sollen allezeit Officiere mitgehen und selbige dafûr répondirent 
dass sie aile die Leute wieder mit ins Lager bringen; sonst aber 
muss kein Soldat weder vorwârts aus der Chaîne der Piquets « 
noch hinterwërts aus der Ghaine der Piquets der hintern Linie ge~ 
lassen werden. Falls auch ausser dieser Chaîne Bursche waschen 
gehen wollen, mûssen allezeit Officiere mit dahin commandirt 
werden; auch soll niemals ein Soldat ohne Urlaub von seinem 



g6 X. REGLEMENT, WAS BEI DEM CAMPIREN 

Obersten in cin anderes Régiment gehen , sondern alternai in sei- 
nem Regimente bleiben. 

12. 

Aile Commando's, Aussenposten der Infanterie, aueh Feld- 
wachen der Cavallerie werden nicht die Regimeater unter einan- 
der melirt, sondera auf einer jeglichen Post, wo mehr als von 
einem Regimente steht, stehen allezeit die von dera ftltesten Re- 
gimente auf dem rechten Fliigcl, und so weiter, wie die Régi- 
inenter in der AnciennetMt folgen. 

i3. 

Den Commando'*, so aus dem Lager gehen, wird allezeit be- 
fohlen werden, auf wie lange Zeit sie mit Brod und GeM ver- 
séhen werden sollen. 

14. 

Wenn die Regimenter nach Brod und Fourage schicken, soll 
niemals nichts mehr mitgehen als wie die Fouriers und Knechte, 
und niemalen keine Bursehe noch weniger einzelne Leute mit 
Gewehr. 

i5. 

Des Morgens nach der Wach- Parade und des Abends uni 
sechs Uhr wird Betstunde gehalten, die Leute aber ziehen sich 
nieht die Stiefeletten an. 

16. 
Bei der Reveille, Vergatterung, a Abtruppen, Kirchen-Para- 
den, General -M&rschen wird bei des Këntgs Régiment angefan- 
gen zu loeken , und folgends locken aile Regimenter nach dem 
rechten Flûgel hinauf und nach déni linken hinunter, und so in 
der hintern Linie herum , damit darauf die Schlfige zuglcich ge- 
schehen , wornach sich dann die Cavallerie g)eichma°ssig richtet; 
anstatt der Retraite blasen die Trompeter Fanfare. 

» SieheBandXXVIÏ.ii, S. i3». 



I)ER ARMEE BEOBACHTET WERDEN SOLL. 97 

'7- 
Die Majors und Adjutanten sollen sich alternai , wenn Seine 
Konigliche Majestât oder ein General die Linie passirt, vor den 
Fahnen oder Standarten finden lassen. 

18. 

AlIeStabs-Officiere, die aus dem Lager commandirt werden , 
sollen sich bei Seiner Kôniglichen Maj estât melden, die aber in 
dem Lager bleiben , nicht. 

Es soll kein Gewehr iin Lager losgeschossen, sondern wenn 
es nôihig, allemal ausgezogen werden; die Tambours sollen auch 
in keiner andern Stunde exercirt werden als des Nachmittags 
zwischen zwei und vier Uhr. 

20. 

Wenn es gutes Wetter ist, sollen die Fahnen und Feldflaggen 
fliegen und die Gewehrmantel ausgebreitet werden. 

ai- 
In den Dôrfern, so besetzt werden, soll nicht zugegeben wer- 
den, dass die auswendigen Zàune eingerissen, viel weniger ver- 
brannt werden. 

22. 

Die Fâhnriche und Cornets thun Ordonnances und Fâhnlein- 
wache , die Lieutenants aber Commando's und Aussenposten. 

23. 

Wie stark die Cavallerie die Feldwachen und Piquets von 
beiden Flûgeln geben, befehlen Seine Konigliche Majestât alle- 
mal wenn in ein neues Lager gerûckt wird, und mûssen, wie bei 
der Infanterie gesagt, so wie Seine Konigliche Majestât die Posten 
selbst ausgesetzt oder approbirt haben, riiemalen nicht veran- 
XXX. 7 



9 8 X. REGLEMENT, WAS BEI DEfo CAMPIREN 

dert wcrden. Die Feldwachen mîissen sehr hurtig, wenn Seine 
Konigliche Majestitt oder cin General kommt die Posten zu visi- 
tiren, zu Pferde sein, bei Tage immcr ein Glied nach dem andcrn 
fûttern, das andere aber aufgezMiimt haben, und eine Stunde vor 
dem Abend abgefîittert; alsdann nicht mehr die Pferde mîissen 
abgezaumt werden, und die ganze Nacht hindurch muss ein Glied 
um das andere aufgcsesscn sein. Aile Feldwachen haltcn nur in 
zwei Gliedern. 

Wenn die Pferde nach Wasscr reiten, soll nicht das ganze 
Régiment auf einmal, sondern eine Compagnie nach der andern, 
und von jeder Compagnie muss ein Officier mitreiten, damît sol- 
ches ordentlich geschieht nnd keiner nicht mit den Pferden jagt; 
wie denn ailes Rennen, sowohl von OfTicieren als Knechlen, in 
der Année verboten wird. 

25. 

Wenn nach Fourage geschickt wird, empfângt selbige der 
Régiments -Quartiermeister oder in dessen Abwesenheit ein Of- 
ficier, und wird, wie oben gesagt, kein Reitcr, viel wenîger einer 
mit dem Gewehre dahin commandirt. 

26. 

Sobald ein bestandiges Lager, werden Stalle fur die Pferde 
gebaut. 

27. 

Wenn marschirt wird, wird befohlen werden, in wie viel 
Colonnen die Bagage marschirt und wie die Equipage der Ré- 
gi men ter auf einander folgen soll, als worauf die Auditeurs und 
Capitaines d'armes wohl Acht haben mîissen, dass die Wagen 
nicht anders als in solcher Ordnung fahren und sich auf einander 
folgen , widrigens sie von dem , so solche Colonne Equipage fiïhrt, 
sehr hart werden gestraft werden , und wird noch einmal repe- 
tirt, dass nur ein Stabswagen per Régiment und per Com- 



DER ARMEE BEOBACHTET WERDEN SOLL. 99 

pagaie ein Pack- und Brodwagen gut gethan wird. Oie Be- 
deckung, so zu der Bagage gegeben'wird, soll niemalen in kleine 
Pelotons eingetheilt sein, sondern wenigstens aus ganzen Divi- 
sions bestehen. 

28. 

Dass kein Officier der Infanterie, sobald er das Esponton în 
(1er Hand bat, vor keinem Menschen den Hut abnimmt, es sci 
denn, wenn er salvirt oder auf einem Posten sleht und das Ge- 
wehr prâsentiren lâsst , ist ofters schon befohien worden. 

a 9- 
Die Regimenter, wenn sie gleich ibre Assignationes der mo- 
natlichen Verpflegungsgeldcr cmpfangen, mûssen nicht ehcr das 
Geld abholen lassen , aïs bis es Seine Konigliche Majestat befeh- 
Ien, dass es auf einmal von der ganzen Armée geschieht. 

3o. 

Kein Officier soll sich nicht unterstehen, eineu Reiter oder 
Musketier zu seinem Dienste, es mag auch Namen haben wozu 
es wolie , zu gebrauchen. 



Wenn Kranke aus der Armée geschickt werden, werden sel- 
bige jedesmal zusammen abgesendet und, so es nothig, Escorte 
dabei gegebcn ; in einem Standlager aber werden den Regimen- 
tera in den Dorfern Hâuser angewiesen, wo die Kranken hinge- 
bracht werden und woselbst sie wohl mùssen verpflegt werden. 

32. 

Das Pfund Fleisch, so Seine Konigliche Majestat allergnadigst 
per Mann wochentlich, sowohl fur Gesunde aïs Kranke geben, 
dafiïr mûssen die Commandeurs der Regimenter rcpondiren, dass 
solches die Leute richtig empfangen, und zwar in zwei unter- 
schiedlichen Tagen, nâmlich jeglichen Tag ein halbes Pfund. 
Auch sollen solche Commandeurs dahin sehen, dass die Leutc 



ioo X. REGLEMENT. 

aile Tage kochen, und so sie nichts anderes haben, so raiissen 
sie Mehl - oder jeder nur Brodsuppen kochen. Die Kochlôcher 
werden dergestalt gemacht, wie vorm Jahre befohlen und in 
dem Schéma des Lagers vorgezeichnet ist, wie denn insonderheit 
die Gavallerie nicht in den Brandgassen kochen soll, vîel weniger 
vor der Fronte. 

33. 

Muss kein Musketier noch Knecht von der Armée ausser den 
Posten fouragiren, noch waschen, indem ihn die feindlichen Par- 
tien enleviren kônnen. 

Hauptquartier Chrudim, den 9. Mai 17^. 

Fh. 



XI. 

REGLEMENT 

FtÎR DIE 

CAVALLERIE UND DRAGONER, 

WAS 

BEI DEN EXERCITIEN GEÂNDERT WIRD. 



r 



REGLEMENT 

FUR DIE CAVALLERIE UND DRAGONER, 

WA8 

BEI DEN EXERCITIEN GEANDERT WIRD. 



-ILrstlich mûssen die Officiera dahin sehen, dass die Leute ihre 
Pferde gut in Acht nehmen und gut fiïttern, auch sebr hurtig 
satteln und aufzàumen lernen, imgleichen dass Sattel und Zeug 
allemal in gutem Stande gehalten werden. 



Die Biïgel sollen aile so kurz geschnallt werden, dass ein Rei- 
ter sich so hoch im Sattel heben kann, dass eine Hand breit Raum 
zwischen dera Sattel und des Reiters Leibe îst. 

3. 
Die OfGciere mûssen dieReiter sehr oft reiten lassen, auf dass 
ein jeder sein Pferd einzeln tummeln konne, wie er will, und 
vollkoramen Meister seî von seinem Pferde, es zu wenden. 

4. 

Wenn dieReiter sehr oft allein geritten haben, so mûssen die 
Escadrons formiret werden. 



i<4 XI. REGLEMENT 

5. 

Im Anfang muss wohl Achtung gegeben werden, dass dcr 
Reiter lernet Vordermânner nebmen; nachgehends, dass im Rei- 
ten die Glieder dicht auf einander folgen, auch die Zûge dicht 
auf einander bleiben. 

6. 

Aile vier Zuge werden von Officieren gefûhret und mûssen 
die Ofliciere immer dazu gehalten werden, dass sie hurlig durch 
die Défilés raarschiren und sich formiren, auch durch Traben 
ihre Distance gewinnen, wenn sie solche verloren haben. 

7- 
Mit vicren rechtsumkebrt schwenken muss beibehalten wer- 
den, weil es dasjenige Mouvement ist, wo durch die Regimenter 
ins Lager rùcken; im ûbrigen mûssen die Escadrons wohl exer- 
ciret werden, dass ihnen gleich viel ist, mit Zûgen rechts oder 
links abzumarschiren. 

8. 

Wenn soll attaquât werden, so wird commandirt : Zwei hin- 
terste Glieder vorwârts schliesst euch, Marsch! Der Fahnenjun- 
ker rùckt ins zweite Glied ein, der Commandeur der Escadron 
nebst drei Officieren bleibet in der Mitte, ein Lieutenant vor dem 
ersten Zuge und ein Lieutenant vor dem vierten Zuge. 

9- 
Sowie alsdaun Marsch! commandiret wird, mûssen die Reiter 
den Pferden die Spornen aile auf einmal geben, damit sie zu- 
gleich vom Flecke kommen; nachgehends im starken Trabe at- 
taquiren. Wenn sie auf solche Distance kommen, dass sieein- 
brechen wollen, mûssen die Bursche die Degen auf einmal in die 
Hôhe nehmen und in der Zeit, dass sie den Hieb thun wollen, 
sich im Sattel in die Hôhe heben und, sowie der Hieb gesche- 
heu, sich wieder niedersetzen. 



FUR DIE CAVALLERIE UND DRAGONER. io5 

10. 

Weil durcfa das Einbrechen der Gavallerie und hitziges Nach- 
hauen die Escadrons raehrentheils aus einander kommen, so sol- 
len die Ofliciere alsdann die Bursche. aus einander schw&rmen 
lassen, und nur die Fahnenjunker und Trompeter bei sieh be- 
faalten; sowie aber Appell geblasen wird, muss jeder Kerl sich 
wieder zur Estandarte einfinden, so geschwinde wie môglich, 
und muss jedem Kerl nur eingeprâget werden, sich in sein Glied 
zu rangiren; Zûge aber dûrfen nicht eingetheilet sein, und scha- 
det es nicht, dass die Leute durch einander sind, wenn sie sich 
nur geschwinde rangiren und drei Mann hoch stehen. 

IX. 

So als sie wieder geschlossen sind , muss der Rittmeister in 
einem guten Trabe, wohlgeschlossen, mit îhnen attaquiren und 
weil es zu vermuthen, dass der Feind in solcher Attaque aus- 
reisst, so lassen sie die Oegen am Riemen an der Hand hangen; 
das erste Glied nimmt in wâhrendem Reiten die Carabiner hoch 
und feuert damit dem flûchtigen Feinde in den Rûcken. Sowie 
das geschehen, lassen sie die Carabiner pur fallen im Haken (de- 
rentwegen sie solche nicht abhaken sollen) und nehmen die De- 
gen, so sie an der Hand hangen haben, wieder in die Hôhe, und 
commandirt der Rittmeister Hait! Richtet euch! und schliessen 
sich beide Flugel nach der Mitte zu. Es ist aber wohl zu notiren, 
dass allemal, wenn das Hait! Richtet Euch! commandirt wird , 
sich die beiden Flugel nach der Mitte zu schliessen mûssen. 

12. 

Wenn ein Régiment Cavallerie die Revue passiret, so maeht 
es ailes dièses, was hier vorgeschrieben ist; alsdann sie rechts- 
umkehrt schwenkt euch! machen und mit allen Escadrons wie- 
der auf den Platz marschiren, wo sie gestanden haben, und sich 
da wieder formiren. 

i3. 
Wenn solches geschehen, so wird abgescssen, und marschiret 



io6 XL REGLEMENT 

das Régiment escadronsweise vor; die Leute mûssen doppelte 
Distance haben ; die Estandarten bleiben bei den Escadrons. Als- 
dann commandiret der Major : Das dritte Glied vorwSrts dou- 
blât eure Glieder! Marsch! Die Estandarts treten in die Mittc 
vor den Escadrons , die Rittmeister auf die Fliigel , die andern 
Ofïiciere aber hinten; ein jeder Rittmeister commandirt seine 
Compagnie und der Major commandiret : Mit halben Escadrons 
auf der Stelle chargiret! Der rechte Fliigel ftngt an, dann char- 
giren sie dreimal compagnieweise und wird abgefeuert von dem 
rechten Fliigel nach dem linken gerade durch. 

Weil sie nur zwei Mann hoch stehen, so fâllt das erste Glied 
nicht nieder. Die Officiere aber mûssen dahin sehen, dass die 
Bursche gut laden kônnen und mit dem Gewehre gut umzugehen 
wissen; dann so commandiret der Major weiter : Vorwârts ôffnet 
euch! Marsch! Das dritte Glied rechtsum kehrt euch! Marsch! 
Front! Das ganze Régiment rechtsum kehrt euch! Alsdann mar- 
schiren sie nach den Pferden und setzen sich auf. 

i5. 

Das Auf- und Absitzen soll nicht mehr mit Tempo's gesche- 
hen, wie bisher gebrâuchlich gewesen, sondern je geschwinder, 
je besser; desgleichen das Auf- und Abkoppeln. 

16. 

Dièses Exerciren wird den Cuirassier- Reitern darum gewie- 
sen, dass, wenn sie des Winters auf Postirung stehen und die 
DoiTer besetzen mûssen f sie sich in solchen Dôrfern wehren kôn- 
nen und dass sie ihr Gewehr zu laden wissen. 

*7- 
Die Dragoner aber sollen ordentlich zu Fuss exerciren, wic 
die Infanterie exerciret, mit allen drei Gliedern, die Baïonnette 
aufgesteckt, und miissen sie zu Fuss so gut exerciren als ein Ré- 
giment Infanterie. 



FUR DIE CAVALLERIE UND DRAGONER. 107 

18. 

Allé Reiter und Dragoner sollen bei Cassation nicht abge- 
schafft werden , sondern es miïssen die Générale solche mit allem 
Fleisse bei den Regimentern conserviren. 

»9- 
Die Obersten der Regiraenter sollen dahin sehen, dass sie die 
Regimenter allemal in compléterai Stande halten, den Abgang mit 
£uten und tiïchtigen Leuten ersetzen, von sechs, sieben, acht und 
neun Zoll, aber keine Kinder, sondern, so viel es thunlich, bâr- 
ligeKerle, entwederBauerknechte, Fleiseherknechte, J&ger oder 
die dergleichen Professiones haben, welche am besten mit Pfer- 
den umzugehen wissen , annehmen. 

20. 

Eiû jedes Régiment Cavallerie, was von fûnf Escadrons ist, 
wirbt jâhrlich drei Mann fur Seiner Koniglichen Majestât Régi- 
ment an, welche Sie ihnen verguten; Mass, Grosse, Ansehen und 
Aller wird den Regimentern vorgeschrîeben werden. 

ai. 

Ein Dragoner- Régiment von zehn Escadrons wirbt jâhrlich 
sechs Manu fur Seiner Koniglichen MajestMt Régiment an. 

22. 

Da Seine Konigliche Majestat nicht gern sehen, dass junge 
Cornets bei den Regimentern sind, so mûssen sich die Chefs der 
Regîmenter nach hûbschen Fahnenjunkern befleissigen, darunter 
allemal Leute von vîer und zwanzig bis fïinf und zwanzig Jah- 
ren sein mûssen, die sie zu Cornets vorschlagen kônnen. 

23. 

lu allen Garnisonen, da Cavallerie drin liegt, soll des Mor- 
gens beim Thoraufschluss allemal eine Patrouille, nach Stârke 
der Garnison, commandiret werden , welche eine Viertelmeile von 
der Stadt vor den Thoren reitet, wie bei Kriegszeiten , und ehe 



io8 XI. REGLEMENT 

solche Patrouille wieder eingekommeu und berichtct, dass sie 
nichts gesehen habe, werden die Thore nicht geôffnet. 



ai 

In den Orten auch, da starke Garnison Cavallerie liège t, soll 
in der Exercir-Zeit, da das Régiment vollig zusammengezogen 
ist, jedes Thor der Stadt rail nicht mehr als einem Gefreiten und 
drei Mann besetzet, hingegen vor jedem Thore starke Wachen 
mit ihren Vedetten ausgesetzet werden, die von der Reveille an 
bis zum Zapfenstreich auf ihrem Platze bleiben, nach Sonnen- 
untergang aber in die Stadt einrûcken. 

25. 

Die Ofliciere sollen wohl dahin sehen, dass dieReiter allemal 
ihre Hiite gut in die Augen sitzen haben, und mûssen sie ohne zu 
extravagiren propre sein. 

a6. 

Dièse vorgeschriebenen Mouvements mûssen von den Ober- 
sten allemal gemacht werden; ûberdem aber kônnen dieselben, 
um ihre Regimenter desto besser in Ordnung zu haben und ihre 
Rittmeister und Ofliciere gewitzigter zu machen allerhand Dispo- 
sitiones zu executiren, annoch andere Mouvements mehr machen 
lassen, wie sie nur wollen; nur mûssen sie dabei jederzeit auf 
eine accurate, prompte Execution und grosse Geschwindigkeit 
halten und dass insonderheit die Scbwenkungen so geschwinde 
gemacht werden, wie es nur zu verlangen ist. Ueberhaupt aber 
mûssen die Ofliciere von der Cavallerie sich nicht einbilden, dass 
Seine Kônigliche Maj estât bei einer Revue von der Cavallerie 
dem alten Schlenter folgen werden, sondern Sie werden die Re- 
gimenter ein und andere Mouvements machen lassen, wie solche 
Hôchstderoselben einfallen. v Von dem Regimente, welches solche 
am besten machen wird, kann man gewiss schliessen, dass esam 
besten in Ordnung sei, und wird solches auch den meisten Dank 
davon haben. 



FUR DIE CAVALLERIE UND DRAGONER. 109 

2 7- 
LeUtlich befehlen Seine Kônigliche Majestât ailes Ernstcs, 
dass bel jeder Compagnie Cavallerie von sechs und sechzig Mann 
allemal absolut dreissig bis vierzig Auslânder, und beî jeder Esca- 
dron Dragoner von hundert zwei und dreissig Mann, achtzig bis 
neunzig Auslânder sein sollen, und wenn einer davon abgehet, 
so soll der Chef oder Commandeur des Régiments dahin sehen , 
dass in der S telle schlechterdings ein anderer Auslânder wieder 
angeworben werde, so dass bei einer Compagnie von der Caval- 
lerie nicht mehr als zwanzig bis fùnf und zwanzig Landeskinder, 
und bei der Escadron Dragoner vierzig bis funfzig Landeskinder 
stehen sollen, wofûr der Chef oder Commandeur des Régiments 
responsable sein soll. 

Im Lager bei Kuttenberg, den 17. Juni 17^2. 

Friderich. 



r 



XII. 

INSTRUCTION 

FÎ)R die infanterie 



INSTRUCTION FUR DIE INFANTERIE. 



I. 

£js ist beim Exerciren bei der Armée nichts weiter verândert, 
als dass die Regimenter jederzeit drei Mann hoch stehen bleiben, 
dass die Chargirung aile mal mit aufgesteckten Baïonnetlen ge- 
macht wird, dass das Herausrucken abgeschaffet ist und dass 
hingegen die Bataillons nach dem Pelotons- und Divisions-Feuer 
auf der Stelle rechtsumkehrt machen und, Front hinterwiirts 
heraus, mit Pelotons und Divisions chargiren. 

2. 

Nachdem die Pelotons und Divisions chargiret haben, so sol- 
len allemal die Grenadiere in Pelotons zweimal hinterher charge 
ren, sowohl auf der Stelle, als im Avanciren und Retiriren, und 
solches mit Divisions desgleichen. 

3. 
Bei den Carrés solien die Grenadiere nichts zu thun haben. 

4. 
Das Heckenfeuer soll auf der Stelle gemacht werden ; nach- 
dem sich das ganze Régiment rechts umkehrt hat und Front hin- 
terwMrts gemacht, wird es gleichfalls gemacht. Ueberdem muss 
vornehmlich immer dahin gesehen werden , dass die Officiere ihre 
Zûge hûbsch ordentlich halten und mit den Ziigen nicht weit aus 
einander marschiren. 
XXX. 8 



n4 XII. INSTRUCTION 



Was die Oekonomic der Regimenter anbelanget, so sollen 
selbigc, sobald sic wieder in ihre a lien Standquartierc kommen. 
bcurlauben nnd sofort auch auf Werbung schîcken. 



Die Rcgimcnter mûssen sich mit tiichtigen und gulen Lcutfii 
completiren, und mûssen die Stabs-Officiere un ter den alten Rc- 
gimentern keine Leutc unter sechs Zoll dulden. 



Die Officielle, so auf Werbung gehen, mûssen sich dahin be- 
fleissigen, acht-, neun- und zehnzollige Kerle zu kriegen; es wird 
îhnen aber bei schwerster Ungnade verboten, sich mit dem Preise 
der Leute einander nicht zu ûberbieten. 



8. 

Jegliches Bataillon liefert jâhrlich zwei Mann fur Seiner Ko- 
niglichen Majestât Régiment ab, welches wohlgebildete Leute sein 
mûssen, von neun Zoll bis sechs Fuss und darûbcr, von achtzehn 
bis sechs und zwanzig Jahren , welche den Regimentcrn vergiitet 
werden; es wird aber nochmals dabei erinnert, dass die Régi- 
menter sich in den Preisen nicht ûberbieten sollen, sondern in 
der Werbung sich eher einander helfen, als schaden mûssen. 



Die Chefs der Regimenter sollen dahin sehen, dass von jeder 
Compagnie zwei Drittel Auslander und nur cin Drittel Landes- 
kinder sind, dahero sie ihre Cantons als einen Recours, der ihnen 
immer sicher ist, schonen mûssen. 



FUR DIE INFANTERIE. n5 



IO. 



Allé Plackereien und ailes Geldnehmen, sowohl in den 
Sta'dten, als aiifdem platten Lande, wird bei sehwerster Strafe 
verboten. 



Die Stabs-Ofïiciere miïssen eine sonderbare Attention auf die 
Conservation der alten Soldaten haben, aueh auf die Zueht der 
neuenOber- und Unter-Officiere, und solche mit der grëssten 
Schà'rfe zu ersinnlichster Accuratesse im Dienste anhalten. 



12. 

Von den alten Grenadieren , so die beiden Campagnen mitge- 
than haben, soll keiner ohne Seiner Koniglichen MajestMt Vor- 
wissen verabschiedet werden. 



i3. 

Was Leute un ter selbigen sind, so glatt invalide sind, die 
sollen allemal gegen den 20. Februar nach Berlin geschicket wer- 
den, dass Seine Konigliche Majestat solche allda besehcn und, 
wofern sie zum Dienste untiichlig, fur deren Unterkommen sor- 
gen konnen. 

14. 

Dafern sich aber darunter wclche fin den, so noch zu gebrau- 
chen, so sollen solche auf des Commandeurs Unkosten wieder 
nach dem Regimente geschicket werden. 

i5. 

Auf sonderbare Accuratesse în Paraden und Wachen muss 
scharf gehalten werden , 11m so viel mehr, da sich der Nutzen da- 
von gezeiget hat. 

8* 



nG XII. INSTRUCTION FLR DIE INFANTERIE. 



16. 

Und weil man auch nicht weniger gesehen, wie sehr den In- 
fanteristen das geschwinde Laden und das ordentliche Chargiren 
zu Passe kommt, so haben Seine Konigliche Majestat das gna- 
digste Vertrauen zu saromtlichen Commandeurs der Regimenter, 
dass immer einer dera andern darunter wîrd was voraus zu ihun 
suchen, und dass Hôchstdieselben allemal bei den Revuen Ur- 
sache haben von ihnen zufrieden zu sein. 

Im Lager bei Kuttenberg, den 20. Juni 174a- 

Fridkrich. 

JP. S. Aile junge Ofticiere sollen mit aller ersinnlichen Accu- 
ratesse zum Dienste und zur Subordination angehalten werden, 
damit auf die Art wieder dergleichen Leute gezogen werden, aïs 
unter den Capitains und Stabs-Oflicieren sind. 



XIII. 

ORDRES 

FUR DIE SÀMMTLICHEN GENERALE 

VON 

DER INFANTERIE UND CAVALLER1E, 
W1E AUCH HUSAREN, 



DESGLE1CHKN 



KIJR DIE STABS-OFF1CIERE UND COMMANDEURS 
DER BATAILLONS. 



r 



ORDRES 



FUR 

DIE SÏMMTLICHEN GENERALE VON DER INFANTERIE 
UNO CAVALLERIE, W1E AUCH HUSAREN, 

DESGLEICHËN 

FUR DIE STABS-OFFICIERE UND COMMANDEURS 
DER BATAILLONS. 



Uer Soldatendienst besteht in zwei Stiicken, namlich in der 
Conservation der Truppen und in der Ordnung. Eines ist von 
dem andern inséparable. Was hilft eiu complètes Corps ohne 
Ordre, und was hilft ein durch Abgang geschwàchtes und ge- 
scbmolzenes Corps, wenn auch Ordre darin ist? 

Zur Conservation der Solda ten, wie auch der Pferde, gehôren 
zwei Sachen. Die erste namlich, dass raan die Leute gut nâbret, 
auf ihre Wirthschaft Acht giebt und sie vor Désertion hùtet; die 
zweite, dass man, so viel es sich thun làsst, den Abgang, wo 
nicbt mit recht guten, jedoch passablen Leuten ersetzet. Was 
die Conservation der Leute angeht, so miïssen die Officiere, 
wenn sie in Cantonnirungs - Quartiere marschiren, zu sagen in 
Feindes Lande, jederzeit darauf halten, dass die Bursche auf drei 
Tage Brod tragen und die Compagnie-Proviantwagen gut damit 
angefûllct seien, dass, wenn keine Bauern in den Dorfern sind, 
«las Vieh ordentlich genommen und nicht mehr davon behalten 
werde, als zum Einschlachten fiir das Corps auf zwei Tage 



i2o XIII. ORDRES FUR DIE GENERALE 

nothig ist, dass die Bursche davon kochen; ferner, dass ihnen 
immer Bier, oder doch Brandwein angeschafft werde, dass die 
Générale und Officiere nîcht die meisten Hâuser eines Dorfes fur 
sich nehmen, sondera sich auch dicht zusammenlegen, damit der 
gemeioe Mann in den Hâusern nicht ùberhâuft auf einander zu 
liegen komme. Uebrigens mùssen die Commandeurs der Corps 
jederzeit dafiir stehen, dass, wenn die Regimenter in die Armée 
einrûcken, sie auf fiïnf bis sechs Tage Brod mitbringen und auf 
vierzehn Tage Vieh zum Schlachten haben. 

Was die Désertion anbelanget, so mùssen die Dôrfer so be- 
setzt werden, als wie es in dem Règlement befohlen ist; die un- 
sichern Leute mùssen bei guten Unter-Officieren einquartieret 
und die Quartiere ordentlich visitiret werden , auch nicht erlaubt 
sein, dass ein Bursche einen Fuss ausser der Kette der Schild- 
wachen setzet, imgleichen dass die Posten ordentlich visitiret 
werden; endlich, dass wenn ein Bursche desertiret ist, beim Ré- 
giment kein Lârmen davon gemacht, sondern so verschwiegen 
gehalten werde , dass auch die Bursche von derselben Compagnie 
es kaum erfahren , sonsten es andere mehr verfïihret. Was die 
Recrutirung anbetriflt, so kann solche in den Winterquartieren 
zum besten prosequiret werden; jedennoch wenn ein Officier einc 
Gelegenheit findet sich zu completiren, so muss er solche jeder- 
zeit ergreifen und sich es angelegen sein lassen. 

NB. Die vacanten Gelder von dem Abgange sollen von Lôh- 
nung zu Lohnung in der Régiments «Casse aufgehoben bleiben 
und dem Kônige bei der monatlichen Liste gemeldet werden. 

Was die Ordnung anbelanget, so mùssen bei allen Mârschen 
in Feindes Lande jederzeit die vorgeschriebenen Précautions ge- 
nommen werden. Zur Bedeckung der Bagage sollen keine ein- 
zelne Leute genommen werden, sondern geschlossene Pelotons, 
je starker je besser, immer in zwei Zùge getheilet, damit sich die 
Leute niemalen verschiessen kônnen. 

Bei Marschen mùssen ordentliche Avantgarden gemacht wer- 
den, die Dorfer abcr, wohin man marschiret, mùssen ordent- 
lich visitiret und, bevor man in solche einmarschiret, mît der 
Wache besetzt werden, alsdann man erst hinein marschiret und 
die Soldaten nicht cher aus einander gehen lassen muss, bis man 



VON DER INFANTERIE UND CAVALLERIE. 121 

gewiss, dass sich kein Feind in der Nachbarschaft der Dôrfer 
auf halte. 

Wenn die Regimenter in die Armée eioriicken, so sollen die 
Générale aile Attention darauf haben, dass, wie vorhero gesaget 
worden ist, immer auf gewisse Zeit von sechs, oder acht Tagen 
ooch besser, Subsistance mitgebracht werde, denn ofters grosse 
Expéditions in Ermangelung des dazu erforderlichen Proviants 
fehl gesehlagen sind. 

Wenn die Regimenter in die Armée in die Linie eingeriickt 
sind, so mûssen die Générale gleich darauf sehen, dass ailes bei 
Wachen, Campiren und Wirthschaft so observiret werde, wie 
es im Règlement, auch sonsten durch des Konigs Ordre befoh- 
leo ist 

Nacbdem mûssen die Générale, absonderlich von der Caval- 
lerie, wenn sie ausser Dienste sind, das Terrain rings 11m das 
Lager herum recognosciren und aile Bagatelles dabei bemerken, 
damit, wenn etwa ein unvermutheter Anfall vom Feinde ge- 
scheben mochte, sie die Gegenden, auch wo Gr&ben, Défilés, 
Morast und dergleichen Situations sind , wohl kennen und ihre 
Dispositions und Manœuvres danach einzurichten wissen. 

Wenn die Armée mit Untergang der Sonne in ein Lager ein- 
riicket und die Nacht darûber einfâllt, so mûssen aile Générale 
bei dem Anbruche des folgenden Tages schon herumreiten, auf 
dass sie das Terrain durch ihr Recognosciren wohl in die Kôpfe 
kriegen. 

Wenn Générale von der Infanterie gegen den Feind zu mit ' 
vier, sechs oder mehr Bataillons commandiret sind, so mûssen 
sie jederzeit darauf bedacht sein, ein solches Lager zu nehmen, 
wo sie Défilés, starke Moraste oder tiefe Wâsser vpr sich haben 
und wo ihre Flanken sicher stehen, und mûssen sie sich nicht an 
schlechte Dôrfer appuyiren, es sei denn, dass ein starker ge- 
mauerter Kirchhof dabei wâre , welcher alsdànn besetzt werden 
rauss ; die Hauser rings herum aber mûssen niedergerissen wer- 
(leu, damit der Feind kein Feuer hereinbringen kônne. Wenn 
sie Wald auf der Flanke haben, so muss ein guter Verhack, vier 
hundert Schrîtt tief , gemacht werden, damit nichts in die Flanke 
kommen kann. Wenn nun auf dièse Art fur die Sicherheit des 



lia XIII. ORDRES FUR DIE GENERALE 

Corps gesorgt ist, so ist ein Officier dadurch im Stande, seinen 
Posten gegen eine viel grossere Macht, wîe die seinige ist, mit 
Honneur zu defendiren. 

Wenn Officiere von der Cavallerie commandiret werden, so 
mûssen sie sich sogleich wohl hinter ein Défilé setzen und suchen 
einen Wald nahe am Rùcken zu haben, wodurch aie sich iramer 
zu ihrer Armée retiriren kônnen. Von ibrem Posten mûssen sie 
alternai einen schrifUichen Rapport an die Armée schicken, da- 
mit der Kônig tâglich informiret sei , was dort bei ibnen passiret. 
Ueberdem mûssen sie rings um sich herum Feldwachen selzen, 
damit ihnen nichts von hinten oder von der Seite und unver- 
muthet auf den Hais kommen kann. Vor solchen Feldwachen 
mûssen noch vorwârts heraus wieder Feldwachen von Husaren 
halten und dièse mûssen wieder Feldwachen vorwârts detachi- 
ren, bis auf eine halbe Meile vom Corps, so auscommandiret ist 

Bei einer Bataille kommt es bei der Infanterie auf zwei Sachen 
an : erstlicb, dass sich die Linie geschwinde formiret, welches 
dadurch geschiehet, wenn in den Colonnen die Bataillons und 
Zûge mit engen Distancen an einander hangen, imgleichen dass 
die Générale das Alignement und die zwei Puncte, wo der rechte 
und linke Flûgel soll zu stehen kommen, wohl observiren. Wenn 
das Formiren geschwinde und ordentlich geschehen ist, so kommt 
es noch auf den zweiten Punct an, nâmlich die Infanterie, welche 
mit dem Feinde im Feuer ist, immer avanciren zu machen, um 
auf den Feind immer mehr Terrain zu gewinnen, denn in sol- 
cher Gelegenheit es nicht sowohl auf die Zahl der Todten, als 
auf den Platz ankommt; folglich mûssen die Leute wâhrend des 
Feuerns immer vorwârts getrieben werden, womit man den 
Feind forciret zurûck zu gehen, worauf die Confusion bei ihm 
unausbleiblich erfolget. 

Wenn die Année in die Winterquartiere rûcket, so gehet die 
Arbeit wieder an, uin die Leute propre zu machen und zu exer- 
ciren, damit man ihnen die Adresse, die sie im Felde verloren 
haben , wieder beibringe ; daher denn der Konig auf das schârfste 
anbeiiehlt, dass die Générale sich das Exerciren vor allen Dingeo 
angelegen sein lassen sollen. 

Nachdem werden in den Winterquartieren die Recruten gc- 



VON DER INFANTERIE UND CAVALLERIE. i a 3 

scbafft; daher denn die Générale, so am meisten Ambition ha- 
ben, immer darauf dringen werden, dass ihnen solehe auf das 
baldigste vom Lande geliefert werden, damit man bald im Stande 
sei solcbe zu Solda ten zu machen. Es miissen ferner die Géné- 
rale auch darauf sehen , dass die Capitains dasjenige Geld , so 
ihnen in den Winterquartîeren zur Werbung ausgemacht wird, 
auch wirklich dazu anwenden, und soll wâbrend des Krieges 
nicht ein Mann aus des Kônigs Landen genommen werden. 

Uebrigens soll keinem Générale erlaubt sein, kostbare Equi- 
page mitzunehmen , und sollen keine silberne Services in der Ar- 
mée statuiret werden. » 

Betreffend die Equipage der Subalternen, so wird die des- 
halb bereits ergangene Ordre hierbei wiederholet, b wornach sich 
denn die Générale stricte richten mùssen. 

Berlin, den 23. Juli 17 A&. 

Friderich. 



a In der Ordre vom i5. Âugust 1706 sagt der Kftnig : «Ferner will Ich, 
«dass iiberhaapt und durchgehends verboten sein soll, dass niemand von den 
•Officieren , er habe Namen wie er wolle, sclbst die Générale davon nicht aus- 
■genommen, das geringste an Silberzeug, auch nicht einmal einen silbernen 
* Lôffel , mit in die Campagne nehmen soll. • Siehe Denkwûrdigkeiten fur die 
Kriegskunsl und Kriegsgeschichte , Berlin, 1819. Viertes Heft, S. 91. 

b Das Règlement vor die Kônigl. Preussische Infanterie, vom 1. Juni 174^» 
ugt im Titel XXIV., Theil VM., Wie viel Equipage die Officiers mit zu Felde 
nehmen sollen, Àrtikel IX., S. 36o : • Es soll kein Subaltern-Officicr einen Wa- 
^en haben, nnd es wird ihm nur ein Packpferd und ein Reitpferd gut gethan. • 



XIV. 

DISPOSITION, 

WIE SICH DIE 

OFFICIERE VON DER CAVALLERIE, 

UN» ZWAB 

DIE GENERALE SOWOHL ALS DIE COMMANDEURS 
DER ESCADRONS, 

IN EINEM TREFFEN GEGEN DEN FEIND 
ZU VERHALTEN HABEN. 



DISPOSITION, 

WIE SICH DIE OFFICIERE VON DER CAVALLERIE, 

VMD ZWAR 

DIE GENERALE SOWOHL ALS DIE COMMANDEURS 
DER ESCADRONS, 

IN EINEM TREFFEN GEGEN DEN FEIND ZU VERHALTEN HABEN. 



Wenn es mit dem Feinde zu einer Haupt -Action kommen soli, 
so mûssen die Colonnen Cavallerie, wenn sie bald an den Ort 
hinkommen, wo sie aufmarschiren sollen, und keine zu passi- 
rende Défilés vor sich haben, mit ganzen Escadrons marschiren. 

Wenn befohlen wird aufzumarschiren , so muss mit dem 
rechten Flûgel gleich an den Ort hinmarschiret werden, wo die 
Armée sich daran appuyiren soll. Die Leib- Escadrons von den 
Regimentern, so in dem ersten Treffen zu stehen kommen, zie- 
heo sich aile linker Hand hervor, nehmen wohl auf ihre Distance 
zwischen den Regimentern Acht, observiren das Alignement gut 
und formiren sich also so geschwinde, als es môglichist, nach 
dicscm UDgefahrlichen Schéma. * 

Die Tête von der Colonne marschiret langsam bei dem Auf- 
marschiren; die Leib -Escadrons aber von den hintersten Regi- 
mentern mûssen mit einem starken Trabe vorreiten und sich 
formiren. 

a Siehe Figur i. 



ia8 XIV. (A.) DISPOSITION 

NB. Bei dem Formiren muss wohl observiret werden, dass 
der linke Flûgel von den Escadrons nicht zu weit vorstehe, wor- 
nach sehr wohl zu sehen, und deswegen das Alignement immer 
sehr nothwendig beobachtet werden muss. 

Sollte es sich ereignen, dass vor dem Orte, wo die Cavallerie 
aufmarschiret, sich eine Anhohe fonde, so muss solche Anhôhe 
nothwendig von dem Flûgel Cavallerie occupiret werden, denn 
es der grôsste Vortheil fur die Cavallerie ist > wenn sie von der 
Hôhe herunter attaquiren kann. 

Zwischen den Escadrons des ersten Treffens soll nicht mehr 
als zehn Schritt Intervalle gegeben werden. 

Das zweite Treffen bleibet drei hundert Schritt zurûck und 
hfilt Intervallen von sechzig Schritt. 

Die Ordre de bataille muss so formiret sein : 

Das Régiment Husaren von Zieten in Colonne auf dem rech- 
ten Flûgel, zwei Escadrons in Front und fûnf hinter einander. 
Das erste Treffen nimmt sehr enge Intervallen, das zweite Tref- 
fen drei hundert Schritt vom erstern mit weiten Intervallen. 
Diejenigen Escadrons vom zweiten Treffen aber, welche die 
n&chsten bei der Infanterie sind, sollen hundert funfzig Schritt 
vorwftrts hinter das erste Treffen rûcken, auf dass, wenn ihnen 
der Feind daselbst in die Flanke kommen wollte, sie sogleichdas 
erste Treffen secundiren und dem Feinde in die Flanke gehen 
kônnen. Die Position ist wie nachfolgendes Schéma. « 

Drei hundert Schritt hinter dem zweiten Treffen Dragoner 
formiren sich die Husaren von Natzmer hinter dem linken Flû- 
gel und die vom Obersten Ruesch hinter dem rechtei* Flûgel. 
Die Husaren auf den Flanken bedecken die Cuirassiere; die Hu- 
saren hinter dem zweiten Treffen decken ihnen den Rûcken und 
geben also der Cavallerie die Sicherheit, dass sie mît nichts an- 
derm, als mit dem Feinde, der vor ihr stehet, zu thun hat. 
Sollte es sich zutragen, dass bei einem Flûgel mehr Platz ubrig 
wftre, um sich zu appuyiren, so soll der General, der solchen 
Flûgel Cavallerie commandiret, befugt sein, aus dem zweiten 
Treffen so viele Escadrons, aïs er nothig findet, vorzuziehen, um 
die Intervallen zu fûllen. Wâre hingegen der Platz zu enge, so 

• Siehe Figur a. 



FUR DIE CAVALLERIE. u 9 

kann er, statt zwei TrefTen Gavallerie, drei Linien formiren las- 
sen; nur allein muss er immer observiren, dass das ers te TrefTen 
zehn Schritt Distance und lieber noch weniger hat, und die zwei 
andern TrefTen sehr weite Distances haben. Wenn die Flûgel 
Gavallerie dergestalt formiret sind und der Feind keine Mouve- 
ments mâche t, so sollen die Générale den Kônig fragen lassen, 
ob sie attaquiren sollen. Sollte aber der Feind in der Zeit die 
geringsten Bewegungen machen, oder die Générale absehen, dass 
sie den Feind mit Vortheil attaquiren kônnen, so sind sie hier- 
mit vom Kônige auctorisiret, solches ohne Anstand zu thun. 

Es verbietet der Kônig bierdurch allen OfEcieren von der Ca- 
▼allerie bei infamer Cassation, sich ihr Tage in keiner Action vom 
Feinde attaquiren zu lassen, sondera die Preussen sollen allemal 
den Feind attaquiren. 

Wenn der General befiehlt zu attaquiren, so ebranlirt sich 
die Linie im Schritt, fiUlt in Trab und wenn sie zwei hundert 
Schritt vom Feinde ist, soll sie den Pferden die Ziïgel vôllig 
abandonniren und hineinjagen. Der Einbruch muss mit ganzer 
Gewalt und Geschrei geschehen, dabei aber die Ordre de bataille 
in ihrer Ordnung unverftnderlich conserviret werden, dass die 
drei TrefTen jederzeit drei hundert Schritt aus einander bleiben 
und die Husaren auf den Flanken. 

Es ist nicht zu vermuthen, dass der Feind solche Attaque 
ausdauern wird, sondera eher zu prïsumiren, dass derselbe sich 
auf sein zweites TrefTen culbutiren werde. Es muss also die 
Attaque auT das zweite TrefTen sonder Anhalten continuiren. 

Wenn beide TrefTen des Feindes vôllig ûber den Haufen ge- 
worfen sind, so soll das erste Glied vom ersten TrefTen ausfal- 
len und nachhauen, imgleichen die Husaren von den Flanken, 
welche nebst den Cuirassieren den flûchtigen Feind verfolgen 
sollen, so dass die Escadrons nicht ûber zwei hundert Schritt 
hinter ihren ausgefallenen Leuten geschlossen und in guter Ord- 
nung bleiben. 

NB. Bei dem Verfolgen des Feindes mûssen die Guirassiere 
sowohl als die Husaren dem Feinde nicht die Zeit geben wieder 
zusammen zu kommen, sondera ihn so weit verfolgen, als wo 
XXX. 9 



i3o XIV. (A.) DISPOSITION 

ein Défile oder dunkler Wald, oder dergleîchen ist, da denn der 
Feind eînen enormen Schaden dabei haben muss. 

Wenn der Feind aus einander kommt, so mussen diejenigen, 
so ihn verfolgen, immer suchen die vordersten einzuholen, in- 
dem die letztern doch allemal ihre bleiben, und wenn sie die Tête 
vom fliïchtigen Feinde gewinnen , 30 sind die andem so ihre. So 
viel wie moglich ist, sollen sie wâhrender Action vom Feinde so 
viel als es sich nur thun lassen will niederhauen oder nieder- 
schiessen, und allererst Gefangene macben, wenn bald ailes vor- 
bei ist. 

Das zweite Treffen, wenn es sieht, dass beide Linîen vom 
Feinde geschlagen sind, so soll es sich mit einigen von den nSch- 
sten Escadrons auf die Infanterie des Fcindes schwenken und 
beide Linien der feindlichen Infanterie zugleich in der Flanke al- 
taquiren und einbrechen. 

Der Kônig befiehlt auch hierdurch an aile Commandeurs der 
Escadrons, dass ein jeder von ihnen nach der ersten Attaque fur 
sich agiren soll, zu sagen, sobald sie m der Mêlée gewesen sind, 
so muss derjenige, so sein Corps zuerst geschlossen hat, ohne 
seinen Camerad abzuwarten, dera Feinde auf den Hais gehea, 
indem es geschehen kann , dass Générale in den Attaquen blei- 
ben, oder deren Pferde todt geschossen werden, und es alsdann 
die Schuldigkeit der Stabs-Officiere ist, sofort fur sich zu agiren 
und sich nicht, weder nach dem rechten Fliigel, noch nach dem 
linken Flugel zu richten; nur sollen sie aile mit einander die Ge- 
neral -Regel observiren, dass sie niemalen das erste Glied ausfel- 
len lassen sollen, bis dass die zwei Treffen des Feindes culbutiret 
sind , derowegen demi der gemeine Mann hiernach wohl instruirt 
werden muss. Seine Kônigliche Majestat erinnern hierbei noch, 
dass die Commandeurs der Escadrons wàhrender Action Hochst- 
deroselben Ordres wohl observiren und sich niemalen, es sei 
nach dem ersten oder nach dem zweiten Choc, von dem hier 
oder da ralliirten Feinde attaquiren lassen sollen, sondern in der 
Action nach der erstern Attaque soll ein jeder Commandeur von 
den Regimentern oder Escadrons auctorisiret sein, dem Feinde, 
wo er sieht, dass er sich versammeln will, auf den Halszugc- 



PUR DIE CAVALLERIE. i3i 

hen, nm ihn zu verhindern, sich wiedcr ordeiitlich zu setzen und 
zu formiren. 

Die Générale, so bei dem zweiten Treffen eingetheilet sind, 
mûssen grosse Attention auf unser erstes Treffen haben, auf 
dass, wenn wîder ailes Vermuthea hier oder da eine Escadron 
des ereten Treffens vom Feinde repoussiret werden sollte, das 
zweite Treffen intimer im Stande sei, solche Escadrons zu soute- 
niren und den Feind wieder zurùckzujagen. 

Wenn die beiden Treffen des Feindes geschlagen sind, so 
mûssen die Générale vom zweiten Treffen sich in ihrer Attention 
nicht negligiren, îndem der Feind noch seine Reserve zur Dispo- 
sition behâlt, mit welcher er dem Flûgel, so zum nachsLen an 
der Infanterie ist, leicht in die Flanke kommen kônnte. Um nun 
solches zu verhindern, so sind die drei oder vier Escadrons Dra- 
goner bis hundert funfzig Schritt gegen das erste Treffen zu vor- 
geriickt, so dass sie es debordiren. Dièse Dragoner sind allemal 
im Stande die Reserve des Feindes, wenn solche dem ersten 
Treffen in die Flanke fallen wollte, wieder wegzujagen und zu 
repoussiren, und kann der General des zweiten Treffens der 
feindlichen Reserve alsdann selbst in die Flanke kommen. 

Wenn die Infanterie des Feindes geschlagen ist und aus ein- 
ander lâuft, so mûssen die Dragoner und Husaren, welche sie 
verfolgen, eben so wie oben bei der Cavallerie gedacht worden, 
die Tète von dem flûchtigen Feinde gewinnen und vorerst so viel 
als in ihren Kraften ist niederhauen oder niederschiessen , nach- 
dem aber ihnen zurufen, das Gewehr niederzuwerfen, und als- 
dann Gefangene machen, inmittelst den Feind immer verfolgen, 
so viel wie sie nur kônnen, bis die Armée nachkommt. 

Die Husaren mûssen den Feind noch die Nacht nach der 
Action immer alarmiren, wodurch sie demselben, absonderlich 
wenn er an Bûsfchen stehet, eben so viel Schaden als bei der Ac- 
tion thun kônnen, und wenn bei solchen Umstanden die ganze 
preussisebe Armée nachmarschiret, so muss der Feind seine Flucht 
weiter fortsetzen und einen unendlichen Verlust dabei haben. 

Nach allem Verfolgen und wenn die Armée wiederum ste- 
hen bleibet, so muss die Hauptbemiihung der Rittmeister sein, 



i3a XIV. (À.) DISPOSITION FUR DIE CAVALLERIE. 

ihre Pferde wieder zusammen zu bringen und wiederum Leute 
herbei zu schaflen, um sich, so viel als es sich nur thon Iassen 
will, wieder complet zu machen. 

NB. Vor der Action muss den Reitern gesagt werden , dass 
unsere Husaren ihnen die Flanken und den Rûcken bedecken, da- 
mit, wenn etwa hinter ihnen ein Geschiesse sein sollte, sie sich 
nicht daran kehren sollen; auch mùssen sie wissen, dass wenn 
sie blessiret werden, oder ihnen die Pferde stûrzen, sie nur nach 
der Infanterie gehen und sich bei solcher anschliessen, auch mit- 
feuem kônnen, wo sie sicher sind. 

Berlin, den 25. Juli 1744* 

Friderich. 



B. 
DISPOSITION POUR LA CAVALERIE. 



DISPOSITION, 

WIB SICH DIB 

OFFÏCIERE VON DER CAVALLERIE, 

SOWOHL GENERALE ALS COMMANDEURS DER ESCADRONS, 

IM TREFFEN GEGEN DEN FE1ND ZU VKRHALTEN HABEN. 



Wena die Armée bald an den Ort kommt, wor sie aufinar- 
schiren soll, so mûssen die Golonnen Cavallerie mit ganzen Esca- 
drons marschiren. 

Wenn befohlen wird aufzumarschireu , so muss das Aligne- 
ment wohl observiret werden, und wofern es sich treffen soll te, 
es wâre eine Hôhe dicht vor dem Flûgel, so muss solche noth- 
wendig occupiret werden. Bei dem Aufmarschiren muss der Ge- 
neral, der den Flûgel fûhret, und die Générale von den Brigaden 
aile menschmôgliche Miihe anwenden, um sich hurtig und ge- 
schwinde zu formiren und das Alignement gut zu observiren. 

Es soll nicht mehr als zehn Schritt Distance zwischen jeder 
Escadron gegeben werden. Das zweite Treffen formiret sich drei 
hundert Schritt hinter dem ersten und nimmt vierzig bis sechzig 
Schritt Distance zwischen den Escadrons. Auf dem rechten Flû- 
gel von der Année und dem linken Flûgel sollen ûber den Cui- 



i34 XIV. (B.) DISPOSITION 

rassieren vora ersten Treffen Husaren halten, imd zwar zwei Es- 
cadrons en front und fiinf Escadrons hinter einander, also 
R. FI. Caval. Husaren in solcher Disposition, dass sie die Flaolce 

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der Cavallerie und die Iutervallen der beidcn Treffen bedecket 
Hinter dem zweiten Treffen Dragoner soll ein Husaren-Regiment 
drei hundert Schritt in dritter Linie sieh formiren, um in der 
Attaque der Cavallerie den Rucken frei zu halten. Wofern die 
Cavallerie, um sich den Flugel zu appuyiren, nicht mit dem er- 
sten Treffen auskâme, so kann der commandirende General aus 
dem zweiten Treffen so viele Escadrons vorziehen, wie er ge- 
braucht, und nur die ersten die besten dazu nehmen, um dass er 
eher als der Feind formiret sei. 

Wenn ailes also formiret ist und der Feind kein Mouvement 
mâche t, so lâsset der General den Kônig fragen, ob er attaqulrcn 
soll. Sollte aber der Feind zwischen der Zeit die geringste Be- 
wegung machen, so soll, ohne weitere Ordre zu haben, der Ge- 
neral sogleich attaquiren, und verbietet der Kônig bei infamer 
Cassation den Officieren von seiner Cavallerie, sich ihr Tage in 
keiner Action vom Feinde attaquiren zu lassen, sondern die 
Preussen sollen allemal den Feind attaquiren. 

Sobald die Attaque geschiehet, avanciren die Husaren mit 
dem ersten Treffen in gleicher Linie; das zweite Treffen folget 
dem ersten in gleicher Distance und hinter dem zweiten die ûbri- 
gen Husaren gleichfalls mit drei hundert Schritt Distance. So- 
bald die Linie zwei hundert Schritt vom Feinde ist, soll sie die 
Spornen stark geben , den Zîigel schiessen lassen und mit ganzer 
Gewalt und Geschrei den Einbruch thun. Es ist nicht zu ver- 
mu then, dass der Feind solchem widerstehen kann, sondern ge- 
wiss zu glauben , dass er sich auf sein zweites Treffen culbutiren 
werde; also muss die Attaque fortdauern bis die Officiere sehen, 
dass die beiden Treffen des Feindes vollig tibern Haufen sind. 
Alsdann mûssen zwanzig oder dreissig Mann von jeder Escadron 
nachgeschicket werden, welche nachschiessen und nachbauen 



FUR DIE CAVALLER1E. i35 

mûssen, und alsdann sollen aile Husaren, so auf dem Fltigel 
sind, den flûchligen Feind verfolgen, so dass man îhra nicht die 
Zeit giebet sich wieder zu setzen. Die Cavallerie muss den Hu- 
saren in starkera Trabe folgen und das zweite TrefTen muss auf 
die Infanterie einbrechen. 

Bei dem Verfolgen, wenn der Feind aus eiaander kommt, so 
mûssen diejenigen, so verfolgen, suchen die Tête der Flûchtigen 
zu gewinnen, alsdann die andern, welchen sie vorjagen, ohne- 
dem ihre bleiben. Es mûssen so viei es sich thun Igsset von den 
Feinden niedergehauen werden und nicht eher Gefangene ge- 
machet werden, bis man siehet, dass keine geschlossene Corps 
mehr da sind und der flûchlige Feind ganz und gar ausser Staude 
ist, wieder zusammen zu kommen. 

Sobald die ers te Attaque geschehen ist, muss ein jeder Gene- 
ral oder Oberst vom Régiment von selber agiren, nicht abwarten 
was auf dem Flûgel geschiehet, sondern seines Orts und nach 
den Umstânden, wo er sich findet, agiren, denn es geschehen 
kann, dass Générale im Treffen bleiben und alsdann die Ober- 
sten oder Stabs-Officiere fîir sich selber agiren mûssen, und be- 
fiehlet der Konig stricte, dass in solchen Gelegenheiten die Offi- 
ciere immer attaquiren sollen und sich niemalen attaquiren lassen. 
Die Générale vom zweiten Treffen mussen sehr attent in 
wâhrender Action sein, sehr wohl observiren, was bei dem er- 
sten Treffen passiret, auf dass, wenn wider Vermuthen hier 
oder da eine Escadron sollte poussiret werden, sie solche gleich 
secundîren konnten. Sobald die Attaque angehet und der Feind 
im Laufen ist, mûssen die Générale des zweiten Treffens die 
feindlichen Mouvements wohl observiren, im Fall sie mit ihrcr 
Reserve dem ersten Treffen in die Flanke kommen wollten, auf 
dass sie in sojchem Falle ein Mouvement dagegen machen kon- 
ncn, um der Reserve selbst in die Flanke zu kommen und auf 
die Art das erste Treffen zu secundiren. Die Infanterie dûrfen 
sie nur mit fûnf oder sechs Escadrons attaquiren, und zwar die 
beiden Linien auf einmal, und wird solches bei der Infanterie gut 
observiret werden, auf dass nicht auf sie wâhrender Attaque ge- 
schossen wird. 

Die Husaren, welche das dritte Treffen machen, mûssen in 



i36 XIV. (B.) DISPOSITION FUR DIE CAVALLERIE. 

wâhrender Attaque der Cavalleric denRûcken frci halten; sobald 
aber die vollige Confusion bei dem Feinde ist, so sollen sechs 
Escadrons mit nacbhauen helfen, vier aber mûssen bestffndig den 
Rûcken der Cavallerie decken. In wKhrendem Verfolgen und 
wenn die Action gewonnen ist, muss das zweite Treffen Caval- 
lerie suchen der Infanterie ihre Retraite abzuschneiden, wozu 
die vier ûbrigen Escadrons Husaren gleichfalls mit mûssen ge- 
braucht werden, und muss bei allem Verfolgen des Feindes, so 
viel môgtich, die Tète gewonnen werden; so ist man von den 
letzten immer Meister. 

Die Reserve soll in wâhrender Action drei hundert Schritt 
hinter dem zweiten Treffen Infanterie, gegen die Mitte, halten 
und der Infanterie in selbiger Distance folgen. Sollte es gegen 
ailes Vermut(ien geschehen, dass etwa ein Fltigel Cavallerie re- 
poussiret wûrde, so wird die Reserve Ordre kriegen, den ver- 
folgenden Feind mit den Husaren von allen Seiten zu attaquiren, 
um unserer Cavallerie die Zeit zu geben, sich wieder zu formi- 
ren. Im Fall aber die beiden Fltigel von unserer Cavallerie gleich 
glûcklich sind, so sollen alsdann die Reserven nicht anders ge- 
braucht werden, als in die flûchtige Infanterie des Feindes einzu- 
hauen, sie mit ihren frischen Pferden zu coupiren und Gefangene 
zu machen. Die ûbrige Cavallerie muss ûberdem den fluchtigeo 
Feind bis an die Défilés verfolgen und ihm, nachdem die Um- 
stânde sich ereignen, tapfer nachsetzen; die Husaren mûssen ihn 
begleiten bis an den Ort, wo er sich setzen will, ihn dieganzc 
Nacht in Alarm halten, bis die Armée nachkommt, welche ihn 
zwinget seine Flucht weiter fortzusetzeti. 

Frcb. 



XV. 

DISPOSITION, 

WELCHERGESTALT SICH 

DIE ARTILLERIE BEI EINER HAUPT-ACTION 
MIT DEM FEINDE 

ZU VERHALTEN HAT. 



DISPOSITION, 

WKL€HERGKSTALT SICH 

DIE ARTILLERIE BEI EINER HAUPT-ACTION 
MIT DEM FEINDE ZU VERHALTEN HAT. 



£js soDen vier Haubitzen auf dem rechten Flûgel nnd vier auf 
dem linkcn Flûgel, und vier in der Mitte des ersten Treffens auf- 
gef iihrt werden. 

Zwanzig zwolfpfïindige Kanonen vora General von Linger 
solleo desgleichen, laut Ordre de bataille, eingetheilt werden, so 
dass auf dem rechten Flûgel das Grenadier-Bataillon von Wedell 
dicHaubitzen bedecket und auf dem linken Flûgel die Grenadier© 
Tom Oberst- Lieutenant von Kahlbutz solchen zur Bedeckung 
dienen. Zu jeder Haubitze werden sechs Mann von den Pionniers 
commandiret und zu jeder zwolfpfûndigen Kanone vier Mann ; 
ihut in Somma bundert zwei und funfzig Mann. 

Bei den Kanonen und Haubitzen vom rechten Flûgel soll ein 
Capitain von der Artillerie, desgleichen bei denen von der Mitte 
einCapitain von der Artillerie , wie auch einer auf dem linken 
Flûgel commandiret werden. 

Bei den vier und zwanzigpfûndigen Kanonen, so auf den 
Flanken steben, wird auf jede Flanke ein vernûnftiger Lieute- 
nant von der Artillerie commandiret, imgleichen bei den zwolf 
vier und zwanzigpfûndigen vier Pionniers per Kanone, welches 
acht und vierzig Mann ausmachet. 



i*o XV. DISPOSITION FUR DIE ARTILLERIE 

Es muss auch in dem ersten TrefTen per Brigade ein Lieute- 
nant commandiret werden. Bei den Kanonen, so in dem zwei- 
ien TrefTen stehen, werden nur Unter-OIBciere abgetheilet, und 
kônnen dièse Kanonen so lange mit ihrem Gespanne gezogen 
werden, bis es sieh ereignen mochte, dass man sie gebrauchen 
mûsste. 

Zwisehen die zwei TrefTen werden auf dem rechten Flûgel 
ein Lieutenant mit dreissig Mann , in der Mitte ein Lieutenant mit 
dreissig Mann und auf dem linken Flûgel ein Lieutenant mit 
dreissig Mann zur Reserve commandiret werden. Dièse aile sol- 
len immer dicht an dem zweiten TrefTen bleiben, auf dass sie 
nicbt sonder Noth und ehe man sie nftthig hat todt geschossen 
werden konnen; wenn man sie aber fordert, so treten sie in die 
S telle derjenigen ein, so etwa blessiret worden. 

Im Anfang der Bataille sollen die Kanonen, so auf den Flû- 
geln stehen, stets auf die feindliche Cavallerie feuern, insonder- 
beit mit den Kart&tschen.von neun Kugeln; sobald aber unsere 
Cavallerie die feindliche attaquiret, so muss ailes Geschûtz auf 
die Infanterie des Feindes gerichtet und unabl&ssig darauf ge- 
feuert werden. Wenn sie auf sechs hundert Schritt kommen, so 
muss ailes schwere Geschûtz mit den sechslothigen Kartâtscheu 
feuern. Die dreipfundigen mussen auf drei hundert Schritt eben 
so wohl mit Kartâtschen feuern, um dem Feinde allen moglich- 
sten Schaden zu thun. 

NB. Die OfBciere von den Fliigeln mussen sehr wohl in Acht 
nehmen, dass, wenn unsere Cavallerie die feindliche Infanterie 
in der Flanke attaquiret, sie nicht auf unsere eigenen Leute 
feuern, sondera immer ein Bataillon weiter, wo unsere Cavalle- 
rie noch nicht heran ist, um dass die feindliche Infanterie vorerst 
durch die Kartâtschen in Confusion gebracht werden und unsere 
Cavallerie dadurch leichteres Spiel bekommen môge. 

Sollte es sich wider ailes Vermuthen zutragen, dass des Fein- 
des Cavallerie einen unserer Flûgel in Désordre brSchte und Um 
verfolgen wollte, so mussen die Artillerie-Officiere, die das Com- 
mando in den Flanken haben, sofort auf die feindliche Cavalle- 
rie, so die unsrigen verfolgen wollte, mit den vier und zwanzig- 
pfundigen KartSLtschen mit neun Kugeln heftig darauf feuern» 



BEI EINER HAUPT-ÀCTION MIT DEM FEINDE. i*i 

imgleichen sechsfôthige Kartâtschen, wenn sie den Feind darait 
abreichen kônnen , ohne Unterlass darauf feuern , wie imgleichen 
auch die Kanonen der Bataillons in einem weg mit Kugeln stark 
auf den Feind schîessen mûssen, um den Feind durch das heftige 
Feuern vom Verfolgen abzubalten. 

Bei dem ersten Treflen werden beî jeder Kanone drei Mann 
gegeben, bei dem zweiten Treflen aber nur bei jeder Kanone 
iwei Mann. 

Wornach sich der Commandeur der Artillerie sowohl, als die 
Subalternen stricte zu achten und demjenigen, so hierînnen be- 
fohlen worden , genau nachzuleben baben. 

Berlin, im Àugust 1744* 

FfilDKfilCH. 



XVI. 

DISPOSITION, 

W1E ES BEI VORGEHENDER BATAILLE 

BEI. SEINER KÔNIGLICHEN MAJESTÂT 
IN PREUSSEN ARMEE 

UNVERÀNDERLICH SOLL GEHALTEN WERDEN, 

WORNACH SICH AUCH SOWOHL DIE GENERALITÂT, 

ALS ANDERE COMMANDIRENDE OFFICIERE STRICTE ZU ACHTEN 

UND SOLCHES ZU OBSERVIREN HABEN. 



DISPOSITION, 



BEI VORGEHENDER BATAILLE BEI SE1NER KOMGL1CHEN 
MAJESTÂT IN PREUSSEN ARMEE 

UXVERXnDERLICH 30LL GEHALTEN WERDEN, WOBNACH SICH AUCH 

SOWOBL DIE CENBRALITAT, AL8 ANDERE COMMANDIRENDE OFFICIERE 

STRICTE ZU ACHTEN UND 80LCHE8 ZU OB8ERVIREN BABEN. 



JJie Avantgarde soll nicht weiter aïs eine halbe Meile der Armée 
vorgehen und aile raôgliche Précaution gebrauchen, des Feîndes 
Anstalten zu recognosciren. 

a. 

Die Armée, so in Colonnen, soll eine Meile vom Feinde Hait 
machen und sieb in Ordre de bataille stellen. 



Wenn die Armée bis so weit avanciret, werden die Regimen- 
ter so, wie es Ibro Kônigliche Majestfit befehlen, rangiret. 

4. 

Das letzte TrefTen marschiret, laut Règlement, drei Mann 
hoch auf, und muss wohl observiret werden, dass ailes geschlos- 
sen und in gradcr Linie stchct. 
XXX. 10 



i4« XVI. DISPOSITION, WIE ES BEI VORGEHENDER 

5. 

Die Herrn Brigadiers reiten ihre Brigaden auf und ab und en- 
couragiren ihre Leute zu ihrem Devoir. 

6. 
Solches miissen die Commandeurs der Régi men ter, Haupt- 
leute und andere Subalternes, so Pelotons commandiren, eben- 
falls thun und es den Soldaten so leicht als moglich machen. 

7- 
Die Unter-Ofliciere, so zwei Schritt weit hinter dem Batail- 
lon stehen, miissen die Lente nicht confus machen, auch nicht 
unnothig plaudern, sondern wohl auf dieselben Âcht haben. 

8. 

Wenn ein Soldat sich wahrendes Treffens naeh der Flucht 
umsehen sol! te, und zwar einen Fuss breit aus der Linie sich be- 
giebet, soll der hinter selbem stehende Unter- Officier selben mit 
dem Kurzgewehre auf der Stelle durchstechen und massacriren. 

9- 
Weil Seine Kônigliche MajestMt bei der letzten Bataille bei 
Chotusitz* observiret, dass die besten Soldaten bei der Bagage 
gewesen, als wird solches aufs schltrfstc verboten, und sollen die 
Officiere bei Ehrc und Réputation, auch bei Leib und Leben da- 
fiir stehen. 

io. 

Da ohnedem die Bagage von melirlen Lcuten der Reginienler 
bedeckt wird, als sollen zur Bewachung der Officier -Equipage 
mehr nicht demi drei Capitaines d'armes von jedem Régi mente, 
nebst den Maroden und Kranken (so nicht mitagiren konnen) coin- 
mandiret werden. 

■f Der Name Chotusitz Ut in der von uns btnoliten Copie amgtlaMtn. 



BATAILLE SOLL GEHALTEN WERDEN. i4 7 

ii. 

Die Régiments -Stùcke nebst anderer Artillerie, so lhro Ma- 
jeslat mitfûhren lassen, sollen ohngefKhr zwei hundert Schritt 
vor der Linie ersten Treffens aufgefuhrt werden. 

12. 

Die Grenadiere sollen hinter dera ersten Treffen, auf dem 
rechten und linken Flûgel und in der Mitte pos tiret werden. 

i3. 

Drei Brigaden Grenadiere, jede zu vier hundert Mann, sou- 
teniren die Cavallerie des rechten Flûgels, drei des linken Flvi- 
gels ; die ùbrigen bleiben in der Mitte ersten Treffens stehen und 
werden eroployiret, wo Seine Majestat oder der commandirendc 
General es à propos befindet. 

a. 

Wenn die Cavallerie, so zum Einbrechen ausriïcket, sich, 
wie bei Mollwitz, vom Feinde repoussiren lassen sollte und ihr 
Devoir nicht rechtschaffen thut, sollen die Grenadiere auf selbe 
Feuer geben, sollten sie auch aile herunter geschossen werden. 

i5. 

Die Majors und Adjutanten haben fleissig darauf zu sehen, 
dass die Soldaten keine Oeffnung machen, und miissen die Li- 
nien des Bataillons bestiindig auf- und abreiten, allen Unordnun- 
gen in Zeiten vôrzubeugen. 

16. 

Das Corps de réserve soll aus aehtzehn Escadrons Cavallerie 
und sechs Bataillons Infanterie bestehen und sollen zwanzig 
Schritt hinter der Linic ersten Treffens , auf dem rechten und 
linken Flùgel, wie auch in der Mitte postiret werden, nur Ordre 
erwartend, wo man ihrer benothigt ist. 



10' 



i48 XVI. DISPOSITION, WIE ES BEI VORGEHENDER 

«7- 
Die Husaren defilircn auf den Flugeln der Armée und obser- 
viren die feindlichen Àttaquen, agiren wo es nôthig und fiir gut 
befunden wird. 

18. 

Wenn das Treflen hitzig und vîele Soldaten bleiben sol lien, 
riïcket ein Régiment vom rechien und eines vom linken Flûgel 
zweiten TrefTens hinter das erste und erganzcn die erste Linie, 
wo es die commandirenden Générale und Brigadiers fur nôthig 
befinden werden. 

*9- 
Das zweite Treflen rangiret sich hinter dem ersten und blei- 
bet wkhrendes TrefTens, mit scharf gescliultertem Gewehr, a dit 
hundert Schritt weit darhinter stehen, und sollen die Ofliciere 
bei in fa mer Cassation darauf halten, dass kein Soldat ausser der 
Linie des zweiten TrefTens austrete. 

20. 

Jeder Officier, so ein Peloton commandirct, soll das Gewehr 
seiner Soldaten visîtiren, ob etwa das Pulver von derPfanne ab- 
gefallen und ailes in gutem Stande ist, sonst es geschwinde zu 
redressiren ist. 

21. 

Den Soldaten muss angesaget werden, dass sie beim Chargi- 
ren recht ins Feuer sehen und gut auf halben Mann anschlagen, 
damit nicht Pulver und Blei mal à propos verschossen wird* 
weshalb anch die commandirenden Officiere den Mann im An- 
schlag gut und fest, damit er recht fest zielen kann, liegen lassen 
mtissen. 

22. 

Nach diesem werden Seine Kônigliehe Majesta't, oder der 



BATAILLE SOLL GEHALTEN WERDEN. i49 

commandirende General -Feldzeugmeistcr* oder General - Feld- 
marschall aus der Mitte das General-Signal durch drei Kanonen- 
schûsse geben lassen, da denn die sàmratliche Artillerie mit Ge- 
schwindscbiïsseu den Feind in Confusion zu bringen so lange con- 
tinuiret, bis es Seine Konigliche Majestat durch Dero General- 
Adjutanten inhibiren lâsset. 

a3. 

Die Artillerie -Hauptleute und Lieutenants mûssen die Ka- 
nonen selbst richten uud sich nicht auf die gemeinen Kanoniere 
verlassen. 

Wenn zu kanoniren aufgehôret, wird ebenfalls das Signal 
lu m AngrifT aus drei Kanonen gegeben werden. 

25. 

Wenn die Armée, gut gesehlossen, ohngefâhr zwei hundert 
SchriU an den Feind avanciret ist, soll, die Leute zu confundiren 
und ins Feuer zu bringen , pelotonsweîse und ordentlich gcfeuert 
werden. 

26. 
Das erste Treïïen riïcket in vollem Avanciren und continuir- 
lichem Chargiren an und niuss wohl darauf gesehen werden, dass 
kein Régiment vor- und das andere zuriïckbleibe. 

27. 
Die Ofiiciere musse 11 beim Avanciren laut conimandiren und 
einen Schritt vor dem Peloton stehen, dass die Leute das Com- 
mando gut horen und nicht mit unegalen Schùssen einer den an- 
dern blessiren. 

* Der kaiserliche Feldmarschall Samuel Graf von Schmettau wurde von 
Friedrich den 12. Juni 1 j4< 2um Grand maître de l'artillerie ernannt. Siehe 
Militait -Wochenblatt, i836, Nr. 4, S. i4— 16. Es ist uns aber nicht bckannt, 
ob derselbe im zweiten Schlesischen Kricge bei der Ârmcc erschienen. 



i5o XVI. DISPOSITION. 

28. 

Wenn die feindliche Cavallerie oder Husaren das erste Treflen 
durchbrechen sollten, muss das Régiment, wo durchgebrochen 
ist, sich rechts umkehren uod gegen den Feind chargîren. 

*9- 
Wenn die Victorie auf Sciner Kôniglichen Majert&t Seitc fâl- 
let und der Feind zum Retiriren gezwungen wird, soll dennoch 
im Avanciren, mit continuirlicbem Feuer, angehalten werden. 

3o. 

Den Feind zu verfolgeu wird die Cavallerie und Husarcn von 
beiden Treflen ausrùcken , was aber von Infanterie folgen soll , 
werden Seine Konigliche Majestat oder der commandirende Ge- 
neral -Feldmarschall selbst anbefehlen. 

3i. 

Wenn der Feind in der Flucht, soll sich keîn Soldat bei Le- 
bensstrafe unterstchen aus der Linie zu laufen, um Beutc zu ho 
len und Todte zu plùndern, wofîir die Officiere responsable sein 
sollen. 

3a. 

Das Uebrige der Armée, so auch aufmarschiret auf dem Platze 
de bataille, stehet, und zwar mit scharf geschultertem Gewehr, 
bis der commandirende General befiehlet, dass das Gewehr beim 
Fuss soll genommen werden; doch muss ailes im Gliede still ste- 
hen bleiben. 

Seine Konigliche Majestat wollen , dass dieser Disposition bei 
vorfallendcr Occasion unverandcrlich in allem nachgelebet werde. 

Im Lagcr bei Schweidnitz, den 1. Juni 1 7^5. 



XVII. 

INSTRUCTION 

FUR 

DIE GENERAL-MAJORS 
VON DER INFANTERIE. 



INSTRUCTION 

FUR DIE 

GENERAL- MAJORS VON DER INFANTERIE. 



VYeil Ich bishero zu Meinem besonderen Missvergniigen gesehen 
habe, dass die Générale nicht allemal dasjenige prâstiret, was Ich 
von ihnen erwartet habe, so bin Ich dadurch endJich vollkommen 
uberzeuget worden, dass die Schuld an Mir gelegen, weil es 
ihoen an Meiner Instruction gefchlet bat und es ohnmôglich ist, 
dass ein Mensch des andern Gedanken errathen kann, wenn sie 
ihm nicht expliciret werden. a Dièses nun hat Mich bewogen, 
gegenwârtige Instruction fur sie aufzusetzen, von welcber Ich 
Mir sowohl in Kriegs- aïs in Friedenszeiten viel Gutes verspreche. 

Das Wort General bedeutet einen Officier, der raebr wie die 
Subalternen, auch mehr wie die Obersten zu befehlen hat, der 
in das Grosse vom Kriege entriret, dem mehr wie anderen an- 
vertrauet wird und der sich also în allen Sachen, so zum Dienst 
gehoren, diejenige Auctoritât geben muss, die ihm bei seinem 
Character anstandig ist. 

Bei Friedenszeiten und in Garnîsonen ist der General eigent- 
lich nur Oberst; es werden Mir jedoch allemal diejenigen zum 
angesehensten sein, welche sich auf aile kleine Détails befleissi- 
?cn, îndem es besser ist, dass ein Officier bei seinem Handwerke 

a SieheBandXXIX.,S. 17. 



i54 XVII. INSTRUCTION FUR DIE GENERAL-MAJORS 

bleibet; denn lâsset er solches aus den Augen, so verlernet er es 
ganz und gar, und kann er nicht eine Compagnie oder ein Ba- 
taillon exerciren und abmarschiren lassen , wie will er mit einer 
Brigade oder mit einem Corps zu reeht kommen? lu Stadteo 
aber, wo grosse Gamisonen liegen, oder aber wo Corps d'armée 
zusammenkommen, da muss der Oberst bei Seite gesctzet und 
nur an den General gedacht werden. 

Weil aber dièses ailes in den Felddienst cinschlâget , so werde 
Ich es unter eîne Rubrik setzen. 



I. VON DEM DIENSTE 1M FELDE. 

Wenn die Armée im Felde stehet, so bekommt ein jeder Ge- 
neral seine Brigade, sie sei nun von vier, sechs oder mehreren 
Bataillons. Ein jeder General nun, der solche Brigade bekommt, 
muss sich vorstellen, dass er fur solche eben so responsable ist, 
aïs wie er es fïir sein eigenes Régiment sein muss, denn der Kô- 
nig oder der Chef von der Armée hâlt sich deshalb an îhn, so 
wie sich ein Oberst an seine Capitains hait, und muss sich der 
General die Conservation seiner Brigade auf das âussersle ange- 
legen sein lassen; weswegen denn auch ein jeder General bei sei- 
ner Brigade campiren und auf ailes nachstehende mit vieler At- 
tention Acht haben muss, nâmlich auf die Ordnung ira Exerciren, 
und zwar sowohl der alten Leute als der Recruten, imgleichen 
dass auf den Wachen ailes alerte und vigilant ist, dass die Ofli- 
ciere nicht spielen , nicht sonder Urlaub aus ihren Brigaden ge- 
hen, auch dass die Bursche nicht ausser den Bataillons, noch 
ausser den Regimentern laufen, als wodurch nichts wie Unord- 
nung entstehet. 

Es ist ein essentielles Devoir von einem jeden General, wel- 
cher ein separirtes Corps oder Détachement çommandiret, dass 
er der Désertion vorbeuge. Dièses geschiehet nun, wcnn man 
i . evitiret nahe an einem Walde oder grossen Holze zu campi- 
ren, wofern man sonst nicht wegen der Kriegs-Raison dazu obli- 
giret ist; a. wenn man die Bursche ofters in ihren Zelten visitiren 



VON DER INFANTERIE. i55 

lâsset; 3. dass man Husaren-Patrouillen rund um das Lager ge- 
hen lâsset; 4* wenn man des Nachts Jâger in das Getreide posti- 
ret und gegen den Abend die Feldposten von der Cavallerie dou- 
bliren lâsset, damit die Chaîne von solchen um so viel dichter 
zusammenkomme; 5. wenn man nicht lèidet, dass der Soldat 
sich debandiret, sondern dass man die Officiere obligiret, wenn 
Stroh oder Wasser gebolet wird , ihre Leute allemal in Reîhen 
und Gliedern zu fûhren ; 6. wenn das Marodiren sehr ernstlich be- 
strafet wird, als welches die Quelle von den grôssesten Désordres 
ist; 7. wenn an den Marschtagen die Wachen in den Dorfern 
nicht eher zuriickgezogen werden, bis das Corps sich schon vôl- 
lig formiret hat; 8. wenn man des Nachts nicht marschiret, es 
sei denn, dass eine importante Ursache solches erfordert; 9. wenn 
rigoureux verboten wird, dass bei Marschtagen kein Soldat sein 
Peloton verlassen darf ; 10. dass man seitwMrts Husaren-Patrouil- 
len gehen lâsset, wenn die Infanterie durch ein Holz passiret; 
11. dass, wenn Défilés zu passiren sind, man alsdann am Ein* 
and Ausgang der Défilés Officiere placiret, welche die Truppen 
gleich wieder formiren mûssen; 12. dass, wenn man sich obligi- 
ret siehet mit den Truppen ein Mouvement riickwârts zu machen , 
man ihnen solches sorgfaltig cachiret, oder es doch mit einem 
solchen Prâtexte bekleidet, welcher den Soldaten Plaisir machet; 
i3. wenn man jederzeit aufmerksam ist, damit es den Truppen 
an keinem Nothigen fehle, es sei an Brod, Fleisch, Brandwein, 
Stroh oder dergleichen mehr; i4» dass man sogleîch die Ursachen 
examiniret, wenn -die Désertion bei einem Regimente oder bei 
einer Compagnie einreissen will, um zu wissen, ob der Soldat 
seine Lëhnnng und andere ihm ausgemachte Douceurs richtig be- 
kommt, oder ob sein Capitain Malversationes darunter begehet.» 
Auf dem Marsche muss der General das Auge darauf haben, 
dass die Officiere, Regimenter und Bataillons, so ihm untergeben 
sind, ordentliche Distances halten, derowegen er seine Attention 
auf ailes richten, insonderheit aber, wenn durch Défilés und 

* Das sind dicsclben vierzehn Regcln, welche sich auch in des Konigs 
Schrift : Die General- Principia rom Kricgc. IJ53, S. 7 — 9, finden. Siehe 
BandXXVIH.,S. 5 und 6. 



i56 XVII. INSTRUCTION FUR DIE GENERAL-MAJORS 

Wâlder marschiret wird, aile ersinnliche Précaution wcgcn der 
Désertion haben muss. 

Wenn in das Lager geriickt wird, so muss er exact darauf 
halten, dass allen Ordres wegen Stroh- und Wasserholen und 
wegen Verhutung des Plùndems genau und stricte nachgelebet 
werde. Ist es noch Tag, so muss er sogleich das Terrain um das 
Lager besehen und herumreiten, damit er wisse, was er fur ein 
Terrain bekommet, wenn es mit dem Feinde was zu thun ge- 
ben sollte. 

Was der General, so du jour ist, zu thun hat, stehet im 
Règlement. * 

Wenn eine Armée gegen den Feind marschiret um sîch zu 
formiren, so wird der Commandeur der Armée befehlen, wie 
die Flùgel stehen sollen und wie die Position genoramen werden 
muss. Dièses ist alsdann eine der vornehmsten Schuldigkeiten 
des Gênerais, solche zu formiren wie es sich gebûhret, auch alerte 
dabei zu sein. 

NB. Hierauf mussen sich die Générale bei den General -Re- 
vues ûben. 

Es ist bis Dato ein Fehler bei der Armée gewesen, dass zwar 
die Regimenter bei dem Formiren gut nach dem rechten Flùgel 
gesehen , aber nicht dieselbige Attention auf den linken Flùgel ge- 
habt haben. Da Ich nun besonders darauf arbei te, ailes bei der 
Armée einzufûhren, was vor dem Feinde nôthig ist, und dass 
solches accurat und geschwinde executiret werde, so wird es Mir 
zu besonders gnadigem Gefallen gereichen, wenn sich die Géné- 
rale auf das Formiren wohl ûben werden; denn es kommtbei 
einer Bataille viel darauf an , dass man zum geschwindesten for- 
miret sei, und wenn der Chef von der Armée was Rechtes dabei 
thun soll, so muss sich die Armée so formiren, wie er es den 
Umstanden nach zum vortheilhaftesten findet, es sei nun, dass 
er mit der ganzen Linie auf einmal attaquiren wolle, oder nur 
mit dem rechten oder dem linken Flùgel und den andern Flù- 
gel refusiren wolle. Es kommt deswegen bei einer Bataille viel 

a Règlement vor die Koniglich Preussisohe Infanterie, 1743, S. «98 ff. 



VON DER INFANTERIE. i5 7 

darauf an, wie die Armée formiret wird, wcil dièses der Zu- 
schnitt davon ist. » 

Eine Armée formiret sich auf dreierlei Art. Sie marschiret 
linienweise reehts ab; sodann mûssen die Pelotons ordentliche 
Distancen halten und nicht zu nahe und nicht zu weit aus einan- 
der sein, worauf ein jeder General beî seiner Brigade halten muss. 
Wenn es dann an das Aufmarschiren gehet, so wird von dem 
Chef der Armée das Alignement gegeben ; dièses muss in wà*h- 
rendem Marsehiren genommen werden, damit, wenn die Armée 
aufmarschiret, kein Bataillon mehr nôthig hat vorzurûcken. 

Wenn der rechte Flûgel zuerst attaquiren soll , so muss ein 
jeder Zug drei bis vier Rotten den Un ter -Officier vom Vorder- 
zug ûberflûgeln ; so kommt der linke Flûgel von der Linie gewiss 
zurûck, wobei zu erinnern ist, wie es besser ist, dass derselbe 
zu weit zurûck stehe, als zu weit vor, denn man kann ihn mit 
einem Worte avanciren machen, aber vor dem Feinde sich zu- 
rûck zu ziehen gehet nicht wohl an. Dièses ist eben dasselbige, 
wenn eine Armée linienweise links aufmarschiret. Soll alsdann 
der rechte Flûgel zurûck sein, so muss ein jeder Zug vier Rotten 
links îiber dem andern marsehiren. 

Die dritte Art eine Armée zu formiren ist mit ganzen Colon- 
nen vorwàrts; alsdann halten die Zùge ganz enge Distancen, die 
Bataillons marsehiren dicht auf einander und bleiben in der Ord- 
nung bis dass der Chef der Armée deployiren will. Die Gène- 
raie, so die Colonnen fûhren, mûssen wohl Acht haben, dass die 
Colonnen nach der Zahl der Bataillons und Escadrons, so sie in 
sich halten, aus einander bleiben, zu sagen, dass, wenn dreissig 
Escadrons Cavallerie in der Colonne Cavallerie sind, die in das 
erste Treffen gehôret, so muss die erste Colonne Infanterie, wenn 
sie bald an den Platz kommet, wo sie sich deployiren soll, so 
marsehiren, dass sie die Distance von dreissig Escadrons aufzu- 
marsehiren , zwischen ihrer Tête und der von der Cavallerie frei 
laisse t. Die zweite Colonne Infanterie lasse t desgleichen so viel 
Distance zwischen der ersten von der Infanterie und zwischen 
ihr, als wie Bataillons davon in das erste Treffen hereinkommen, 
und dergestalt auch die andern. 



i58 XVII. INSTRUCTION FÎR DIE GENERAL-MAJORS 

Wenn mit Divisions aufmarschiret wird, so ziehen sieh aile 
Bataillons der Colonnen, so zum ersten TrefTen gehôren, links, 
bis auf die Tête, welche gerade aus marschiret. Dabei muss 
wohl observiret werden, dass die linken Flûgel der Divisions 
nicht vorlaufen, und muss der Officier, so bricht, auf den linken 
Flûgel seines Pelotons wohl Acht haben, damit solches nicbt vor- 
laufe. Die Générale mûssen insonderheit Acht haben, dass die 
Armée dergestalt ordentlich aufmarschire. 

Alsdann wird commandiret mit halben Bataillons aufzumar- 
schiren; sodann ziehen sich die Bataillons immer mehr links, da 
dann wieder bei allen den Sections der Bataillons observiret wer- 
den muss, dass der linke Flûgel zurûckbleibe. Dann wird mit 
ganzen Bataillons aufmarschiret, und die Armée formiret sich 
en bataille. So lange als mit Divisions und mit halben Bataillons 
marschiret wird, bleiben die Divisions fûnf Rotten hinter dem 
linken Flûgel der Division, so ihr vor ist, damit sie nicht cher 
aufmarschiren, als man es nôthig findet. Die halben Bataillons 
bleiben imgleichen sechs Rotten hinter dem linken Flûgel des 
Bataillons, welches ihnen vor ist. Endlich muss bei dem Auf- 
marsche das Aligniren sehr wohl observiret werden, auch dass 
die Bursche den rechten Arm vor haben und nicht so gedr&ngt 
stehen, dass sie wcder ordentlich avanciren, noch mit dem Ge- 
wehre umgehen konnen. 

Wenn die Bataille wirklich angehet, so werden sich diejeni- 
gen Générale am meisten recommandiren , die den Feind mit ge- 
schultertem Gewehre attaquiren, und die, wenn auch die Leule 
zu schiessen anfangen, sie wieder s tille kriegen, dagegen mit dem 
Baïonnette auf den Feind gehen und nicht eher schiessen lassen, 
bis dass der Feind ihnen den Rùcken zukehret. 

Wenn sich etwa Dorfer oder Hauser auf dem Wahlpiatze 
finden, so mûssen die Hauser niemalen besetzet werden, sondera 
es mûssen die Bataillons sich aus warts herum ziehen , dergestalt, 
dass sie die Hauser im Rûcken haben , und sowie die Linie heran- 
kommt, so marschiren die Bataillons mit der Linie vorwârts. 

Wenn die feindliche Cavallerie von einem Flûgel des Feindes 
weggeschlagen worden, so konnen die Bataillons, so zwischen 



VON DER INFANTERIE. i5 9 

beiden Treffen die Flanke decken, oder auch einige aus dem 
zweiten Treffen vorgenommen werden, um dem Feinde damit 
in die Flanken zu kommen. 

Wenn in dem ersten Treffen Lûcken werden sollten, so mûs- 
sen die Générale aus dem zweiten Treffen, ohne einmal Ordre 
dazu zu erwarten, in das erste Treffen einriicken lassen. 

In Summa, darum heissen sie Générale, damit, wenn sie eine 
Sache gut ûberleget haben, sie solche auf ihre Hôrner nehmen, 
denn der Chef kann nicht ùberall gegenwârtig sein und von den 
andern Generalen kônnen welche todt geschossen sein. 

Findet es sich, dass die feindliche Armée schon postiret ste- 
het, so miissen Berge bestiegen und durch Verhacke oder durch 
Wâlder marschiret werden, um an denFeînd heran zu kommen. 
Weil solches nun nicht anders als mit Confusion geschehen kann, 
so miissen die Générale, wenn ihre Brigade den Berg herauf, 
oder durch den Wald passiret ist, solche erst wieder formiren 
und alsdann mit der ganzen Brigade in Ordnung auf den Feind 
avanciren. 

Wenn die Bataille vorbei ist, so miissen die Générale sowohl 
fur die Kranken und Blessirten von ihren Brigaden, als auch fur 
die veriornen Montirungs-Stûcke sorgen. 



IL VON DETACHEMENTS. 

Es werden bei gewissen Gelegenheiten den General -Majors 
Détachements anvertrauet. Weil nun dergleichen Corps von Ca- 
vallerie , von Infanterie , oder auch von Husaren componiret sind, 
so erhellet daraus, wie ohnumgânglich nôthig es der Person eines 
Gênerais ist, den Dienst und die VerpQegung, auch die Conser- 
vation von den differenten Truppen zu verstehen; dahero denn 
diejenigen sich bei Mir am besten recommandiren, welche sich 
gleichCalls auf den Dienst der Cavallerie appliciren werden. Bei 
solchem Commando wird mehrentheils dem Chef die VerpQegung 
seines Corps aufgetragen, weshalb er denn in allen Proviant- 
Sachen, die zur Conservation solches Corps gchoren, laufig sein 



160 XVII. INSTRUCTION Ffl R DIE GENERAL-MAJORS 

muss. Je besser er mm den Burschen zu leben schaffen wird und 
je besser seine unterhabenden Pferde ausgefuttert sein werden, 
je mehr wird er sich bei Mir recommandiren. 

Bei Détachements ist vornehmlich auf vortheilhafte Lager zu 
sehen, und eine solche avantageuse Position zu nehmen, damit 
man von einem starken Feinde, weder von der Fronte, noch in 
den Flanken etwas zu besorgen hat; desgleichen muss auch ge- 
gen Husaren und Panduren der Rûckeu gedecket sein, jedoch so, 
dass man allemal aus dem Lager frei und sicher zur Haupt- Ar- 
mée oder auch zu der festen Stadt, aus welcher man detachiret 
ist, kommen kann. 

Feste L&ger sind diejenigen, wenn man nâmlich starke Dé- 
filés vor sich hat, oder dass man auf steilen Bergen campiret, 
oder hinter Fiûssen stehet, wo derFeind sonder Briicken nîcht 
herûber kommen kann. Wenn man nur BKche oder kleine Wasser 
vor sich hat, so muss man solche oberwàrts» stauen lassen, da- 
mit selbige anlaufen und eine Art von Inondation machen. Wo 
Gués oder Oerter sind , da man durchreiten kann , da schmeisset 
man grosse Bfiume mit ihren Aesten hinein, um das Durchkom- 
men zu verhindern. Wenn man die Flanken mit nichts decken 
kann, so l&sset man Redouten aufwerfen, und zwar nach der 
StSrke des Corps auf zwei oder mehrere Grenadier-Compagnien. 
Bleibet man in dem Lager stehen, so pallisadiret man die Re- 
douten und lâsset en quinconce Wolfsgruben vor dem Graben 
machen. 

NB. Das Lager, welches man nimmt, muss jederzeit zwei 
hundert Schritt, auch wohl mehr, hinter dem Posten sein, wo 
man sich vorgenommen hat sich zu steilen , wenn der Feind ohn- 
vermuthet kommen sollte. 

Uebrigens muss ein General , der ein solches Corps comman- 
diret, sich drei oder vier starke Lâger ausgesehen haben, damit, 
wenn er etwa das eine verlassen mtisste, er jederzeit schon zum 
voraus andre wisse, wohin er seine Retraite nehmen kann. 

Die Détachements geschehen : 

i. Um Convois zu decken. Bei dergleichen Détachement 

* Soll wahrscheinlich abwaris heisscn. 



VON DER INFANTERIE. 161 

muss man dem Convoi, wenn solches ankommen will, entgegen 
schickea, insonderheit aber muss man durch die Husaren fleissig 
patrouilliren lassen, um Nacbricht zu bekomraen, ob der Feind 
etwas darauf întendiren mochte. Wo Plaine ist, da scbîcket man 
den Convois viele Cavallerie entgegen; sind aber Défilés, so muss 
man keine Cavallerie, sondern vielmehr Infanterie schicken. Be- 
komrat ein detaehirtes Corps Nacbricht, dass sich ein feindliches 
Corps zu sehr nâbert, so muss man es recognosciren lassen, 
darauf des Nachts marscbiren und solches bei Anbruch des Tages 
ûberfallen ; denn es ist allemal eine Hauptregel, dass, wenn man 
dem Feinde nichts zu thun mâche t, so mâche t er einem gewiss 
aile Hânde voll zu thun, wird er aber oft beunruhigt, so denket 
er an sich, verfâllt auf die Défensive und lasse t also den andern 
zufrïeden. Es ist hierbeî aber nothig, dass man zuvor wohl in- 
formiret sei , mit wie viel Leuten man zu thun haben wird, auch, 
ob der Feind nicht noch eine Reserve hat, die ihm zura Suceurs 
kommen kann; denn dergleichen Expeditiones wohl ûberleget 
werden mûssen. 

a. Detachirt man seitwârts der feindlichen Armée, um selbi- 
ger in ihre Convoi» zu fallen, oder auch ihr das FouragLren schwer 
zu macben. Bei solcher Commission muss man fast gar keine Ba- 
gage mit sich nehmen; dabei mûssen die Husaren gut patrouilli- 
ren, um Nacbricht vom Feinde zu bringen, und wenn ein Coup 
zu machen ist, so muss das Défilé, durch welches das Corps Hu- 
saren oder Cavallerie den Feind attaquiren soll, bestàndig mit 
Infanterie besetzet sein, damit selbiges sicher wieder zurûckkom- 
raen konne. 

Dasjenige Corps, welches von dem Détachement detachiret 
wird , muss jederzeit zwei Wege haben , um wieder zurùckkom- 
men zu kônnen. Es ist auch nôthîg, dass, wenn man dergleichen 
Project hat, solches auf das âusserste verschwiegen gehalten 
werde, damit der Feind nichts davon zu erfahren bekommen 
konne. Die Partien, welche was Gutes ausrichten wollen, mûs- 
sen des Nachts ausgehen und fruhe gegen den Tag ihren Coup 
machen, auch sodann wiederum zurûckeilen. 

Ist man gewiss, dass ein starkes feindliches Corps auf das De- 
XXX. n 



i6a XVII. INSTRUCTION FtiR DIE GENERAL-MAJORS 

tachement zukommet, welches dasselbe von dem grossen Corps 
d'armée, oder aber von der Festung, woher es gekommen ist, 
abschneidcn kann, so muss das Détachement des Nachts zuruck- 
marschiren. Es mûssen deshalb die Générale sich aile Wege und 
Situationes wohl bekannt machen, damit sie ûberall durchzu- 
komraen wissen. Demjenigen Officier, welcher nicht das Terrain 
kennet, noch von einer Anhohe, vonholen Wegen, vonMorasten 
und von Wfildern zn profitiren weiss, demselbcn kann niemals 
ein detachirtes Corps anvertrauet werden. Ueberhaupt, da das 
detachirte Corps eben so wie des Gênerais sein eigenes Régiment 
anzusehen ist, so muss derselbe auch auf selbige Art dafur sorgen. 

3. Von Détachements anf Postirungen. Die Postirungen wer- 
den des Winters gegen den Feind gemachet und der General, so 
dazu commandiret, muss immer mit einem Corps, welches auch 
zugleich zur Reserve dienet, etwas hinter seinem avancirten 
Posten liegen, damit er ûberall im Stande sei, sowohl seine Or- 
dres zu geben, als auch, auf den Fall dass sein Posten attaqui- 
ret wird , solchen sogleich mit seiner Reserve secundiren zu kon- 
nen. Die Husaren muss er dabei zu accuratem Patrouilliren an- 
halten und die OIBciere, so sich darunter né£ligiren, nach der 
grossten Rigueur bestrafen. Er muss ferner in seiner Brigade 
bestandig darauf sehen , dass den gegebenen Ordres stricte nach- 
gelebet werden musse. 

Bei den Husaren - Pa trou i lien ist zu observiren, dass wo 
guéable Wâsser sind, alsdann die Husaren dicht an dem Ufer oft 
und von Viertelstunde zu Viertelstunde patrouilliren mûssen. 
Dièse Patrouillen dùrfen nicht stark sein, indem sie nur patrouil- 
liren um den Feind zu observiren , und gar nicht um sich zu 
schlagen. 

AlleBerichte, so von einem Générale an denKônig oder an 
den Chef der Armée gehen, mûssen mit Fundament und mit Vor- 
sichtigkeit abgefasst sein, damit ein General nicht solche ohnzu- 
verlâssige Rapporte erstatte, als zum ôftern die Husaren thun. 
Ailes was passiret und was sie gehôret und in Erfahrung gebracht 
haben, konnen sic als Zeitungen Schreiben , jedennoch aber mûs- 
sen sie am Ende des Berichtes ihr Raisonnement und ihre Mei- 



VON DER INFANTERIE. i63 

nung darûber beifûgen , was ihnen nâmlich da von wahrschein- 
lich vorkommet, oder aber was ihnen îhre Spione liïgcnhaftes 
berichtet haben mochten; insbesondere mûssen sic attent sein zu 
erfahren , wo die grossen Magasins des Feindes errichtet werden , 
iadem nian daraus am ftiglichsten seine Desseins crrathen kann. 
Wenn die Armée im Frûhjahr in das Feld riïcket, so werden 
sich diejenigen Générale sehr bei dem Kônige recommandiren, 
die ihre Brigaden oder Détachements in gutem Stande iind Ord- 
nung demselben vorfiïhren, und die alleu gegebcncn Ordres am 
besten werden nachgelebet haben. 

Polsdam, den i4- August 1748. 

(L. S.) Fc:n. 



XVIII. 

INSTRUCTION 

FUR 

DIE GENERAL- MAJORS 

VON DER CAVALLERIE. 



INSTRUCTION 

FUR DIE 

GENERAL-MAJORS VON DER CAVALLERIE. 



iiachdem Ich bisher zu Meinem besondern Missvergnûgen ge- 
fuoden, dass die Générale nicht alternai dasjenige prâstiret, was 
Ich von îhnen erwartet habe, so bin Ich endlich vollkommen 
ûberzeuget worden, dass die Schuld in gewisser Masse an Mir 
gelegen, weil es ihnen an Meiner Instruction gefehlet hat, es aber 
ohnmôglich ist, dass ein Mensch des andern Gedanken errathen 
kann, wenn sie ihm nicht expliciret werden. So hat Mich dièses 
bewogen, gegenwârtige Instruction fur sie aufzusetzen, von wel- 
cher Ich Mir, sowohl in Kriegs- als Friedenszeiten , viel Gutes 
verspreche. 

Das Wort General bedeutet einen Officier, der mehr wie die 
Subalternen, auch mehr wie die Obersten zu befehlen hat, der 
in das Grosse vom Kriege entrirct, dem mehr wie andern anver- 
trauet wird, und der sich also in allen Sachen, so zum Dienst 
gehôren, diejenige Auctoritat geben muss, die ihm bei seinem 
Character anstandig ist. 

Bei Friedenszeiten und in Garnisonen thun die General-Majors 
von der Cavallerie eigentlich nur Obersten -Dienste; jedennoch 
haben sie auch in Friedenszeiten Gelegenheit sich zu distinguiren , 
wenn sie namlich ihre Regimenter in sehr guter Ordnung halten, 
wenn sie dafiïr sorgen, dass das Régiment mit keinen andern als 



i68 XVIII. INSTRUCTION FLR DIE GENERAL-MAJORS 

recht tûchtigen und guten Pferdcn remontiret werde, wenn sie 
das Auge darauf haben, dass die Pferde vom Régiment bestândig 
in dienstbarem Stande erhalten werden mûssen und von KrSften 
und Vigueur sind, doch aber, dass solche gut ausgefîittert und 
dabei in Athern sind und nicht pusten wenn die Attaque ge- 
machet ist. Es distinguiret sich ferner ein Régiment durch die 
Munterkeit seiner Ofliciere, wenn dieselben alerte sind, ihre Zûge 
wohl fùhren, wohl commandiren, und wenn sie einen hurtigen 
und leichten Begriff von den Manœuvres haben, welche man 
ihnen zu machen auFgiebet und welche gegen den Feind vorkom- 
men kônnen. 

Wenn Campements zu Revues formiret werden, so mûssen 
die General -Majors ihre Dienste wie Générale verrichten und 
koramt ihnen alsdann zu, die Feldwachen auszusetzen, wobei 
denn zu observiren ist, dass, wenn das Campement vor der Ernte 
zusammengezogen wird, alsdann bei Setzung der Feldwachen 
das noch im Felde stehende Getreide allerdings raenagiret wer- 
den muss; ist aber das Campement nach der Ernte, so mûssen 
die Feldwachen nach allen Regeln des Krieges dergestalt, wie es 
im Règlement vorgeschrieben ist, ausgesetzet werden, zu sagen, 
dass vor allen Dingen das Lager gut besetzet werde, auch dass 
die Posten verdeckt stehen, die Vedettes aber auf den Hôhen. 
In Formirung der Linie bei den General - Revues mûssen die Gé- 
nérale eben dasselbige observiren, als wenn wirklich gegen den 
Feind aufmarschiret wûrde , so wie Ich es gleich mit mehrenn 
expliciren werde. 



WAS DIE GENERAL -MAJORS VON DER CAVALLER1E 
IM FELDE ZU TIIUN HABEN. 

Sobald als wie die Armée zusammengezogen wird und en 
rang de bannière * campiret, so werden die Regimenter inBri- 
gaden eingetheilet. Ein jeder General -Major, welchem eine Bri- 
gade ûbergebcn wird , muss solche so als wie sein eigenes Régi- 
ment anseheh, und da ein Rittmeîster seinem ihm vorgesetzten 

• Siehe Band XX VIII. , S. q8. 



VON DER CAVALLERIE. 169 

Obersten wegen seincr Compagnie allemal responsable sein muss, 
so bleibet ebenm&ssig der General -Major wegen seiner Brigade 
dem Kënige responsable, dergestalt, dass er bei sothaner Bri- 
gade auf die Ordnung in den Regimentern derselben, auf die 
Subordination der Officiere und Gemeinen, auf den guten Zu- 
stand der Pferde, auf die Observirung der Ordres in allen und 
jeden Stûcken Acht haben muss, exempli gratia, dass die Leute 
unter Aufsicbt gewisser dazu commandirter Officiere ordentlicb 
nach dem Wasser reiten mûssen, dass keiner fïir seinen Kopf 
fouragiren reiten darf, dass die Wachen ordentlich aufziehen, in 
Summa, der General - Major von der Brigade muss auf aile und 
jcde Stûcke, so der Dienst erfordert, ein sebr wachsaraes Auge 
haben und dafîir repondiren, dass ailes mit Exactitude geschehe. 
Es ist ein essentielles Devoir fîir einen jeden General, wel- 
chem eine Brigade, ein separirtes Corps, oder ein Détachement 
zu commandîren anvertrauet wird, dass er der Désertion vor- 
beuge; dièses geschiehet nun : 1. wenn man evi tiret nahe an eincm 
Walde oder grossen Holze zu campîren, wofern man sonsten 
nicht wegen der Kriegs- Raison dazu obligiret ist; a. wenn man 
die Bursche ôfters in ihren Zelten visitiren lasse t; 3. dass man 
Husaren - Patrouillen rund um das Lager gehcn lâsset ; 4* wenn 
man des Nachts Jâger in das Getreide postiret, auch gegen den 
Abend die Feldposten von der Cavallerie doubliren lâsset, damit 
die Chaine von solchen um so viel dichter zusammenkomme; 
5. wenn man nicht leidet, dass der Soldat sich debandiret, son* 
dem die Officiere obligiret, dass sie, wenn Stroh oder Wasser 
geholet wird, ihre Leute allemal in Reihen und Gliedern fûhren 
mûssen; 6. wenn das Marodiren sehr ernstlich bestrafet wird, 
als welches die Quelle von den grôssesten Désordres ist; 7. wenn 
an den Marschtagen die Wachen in den Dôrfern nicht eher zu- 
nickgezogen werden, bis das Corps sich schon vôllig formiret 
hat; 8. wenn man des Nachts nicht marschiret, es seî denn, dass 
eine importante Ursache solches erfordere; 9. wenn rigoureux 
verboten wird, dass bei Marschtagen kein Soldat sein Peloton 
verlassen darf; 10. dass man Husaren -Patrouillen seitwarts ge- 
hen lâsset, wenn die Infanterie durch ein Holz passiret; 11. dass, 
wenn Défilés zu passircn sind, man am Ein- und Ausgang der 



i 7 o XVHI. INSTRUCTION FOR DIE GENERAL-MAJORS 

Défilés Officiere placiret, wclchc die Truppen, sowie sic nur aus 
dem Défilé heraus sind, gleich wicder formiren mCissen; ia. dass, 
wenn man sich obligiret siehet mit den Truppen ein Mouvement 
ruckwârts zu machen, man ihnen solches entweder sorgfaltig 
cachiret, oder es doch mit einem solchen Prétexte bekleidet, weJ- 
cher den Soldaten Plaisir mâche t; i3. wenn man jederzeit auf- 
merksam ist, damit es den Truppen an keinem Nôthigen fehle, 
es sei an Brod, Fleisch, Brandwein, Stroh oder dergleiehen 
mehr; i&. dass, wenn bei einem Regimente oder bei einer Com- 
pagnie die Désertion besonders einreissen will, man sogleich die 
Ursachen davon examiniret, um zu wissen, ob der Soldat seine 
Lôhnung und andere ihm ausgemachte Douceurs richtig bekom- 
met, oder ob etwa sein Capitain darunter Malversationes be- 
gehet. 

Auf M&rschen muss der General seine unterhabenden OfBciere 
wohl anhalten, dass dieselben bei Passirung von holen Wegen, 
Défilés, absonderlich wenn durch Wfilder marschiret wird, kei- 
nen Kerl aus den Zûgen und Gliedern abstreifen lassen, auch dass 
die Escadrons und die Regimenter ordentlich und wie eine Kette 
an einander zusammenhangen. Erlaubet es das Terrain, dass 
die Regimenter und Escadrons mit Zûgen marschiren kônnen, so 
mûssen jederzeit die Zûge ihre Distances so balten, damit sie 
sich allemal schwenken kônnen; die Unter-OfBciere mûssen nach 
den Officieren, welche die Zûge fûhren, sehen, damit solche 
nicht zu weit zurûck, aber auch nicht zu dicht auf selbige zu- 
reiten; ferner, dass von den Rittmeistern oder Commandeurs der 
Escadrons einer gegen die Mitte reite, hergegen, dass die Com- 
mandeurs der Regimenter sich allerwegen, wo sie nôthig sind, 
finden lassen, die Générale aber an solchen Orten, von dar sie 
ihreBrigaden ûbersehen kônnen. Wenn Défilés zu passiren sind, 
so bleiben die Obersten und die Commandeurs der Escadrons bei 
dem Défilé halten, und zwar die Commandeurs der Escadrons, 
bis ihre Escadron das Défilé durchpassiret ist, die Obersten aber, 
bis ihr Régiment das Défilé passiret hat, und die Générale, bis 
ihre Brigade durch ist; sollte die Tête zu geschwinde oder zu 
langsam marschiren, so muss der General dahin schicken und da- 
von avertîren lassen. 



VON DER CAVALLERIE. 171 

Wenn die Année in das Lager rûckt, so setzet der General- 
Major du jour die Feldwachen aus. Bei den Feldwachen ist zu 
observiren, dass man des Tages wenig Vedettes aussetzet, solche 
aber gnt postiret, denn den Tag liber konnen wenig Leute so 
gut wie viele avertiren, wenn sie sonst nur gut postiret sind; des 
Naehts aber mûssen mehr Posten ausgesetzet werden, um die 
Désertion um so mehr zu verhiïten, oder auch zu pr&caviren, 
dass sieh kein Spion in das Lager scbleichen kann. Was die an- 
dern Générale betrifft, so mûssen selbige, dafern es nur noch 
etwas Tag ist, sogleich vor- und seitwàrts des Lagers reiten, 
um sieh sogleich das Terrain bekannt zu machen, so weit als 
es nur des Feindes leichte Tmppen zulassen werden; denn die 
Kenntniss des Terrains ist eines der Hauptstûcke, welche von ei- 
nem Générale erfordert werden, und die ôfters am Tage einer 
Action die Bataille decidiret. 

Wenn die Armée marschiret in der Intention mit dem Feinde 
zu schlagen, alsdann geschiehet der Marsch bestândig mitZûgen, 
und muss allestdabei sehr genau observiret werden, was deshalb 
vorhin erinnert worden ist. 

Man formîret sieh auf dreierlei Art gegen den Feind, nàmlich 
man marschiret 

1. linienweise rechts ab, oder 

2. linienweise links ab, oder 

3. mît Colonnen en front. 

Wenn linienweise rechts abmarschiret wird, da wird von 
dem Chef der Armée die Position gegeben , wornach sieh ein je- 
der Flûgel zu aligniren hat, alsdann die Générale, so die Briga- 
den commandiren , wohl Acht zu geben haben , dass ailes exact 
geschehe. Ich setze den Fall, es sei ein Dorf mit Infanterie be- 
setzet, an welchem der eine Flûgel zu stehen kommt, so ist es 
besser, die Cavallerie lMsset das Dorf auf dem rechten Flûgel 
funfzig Schritt vor sieh, bis sie sieh formîret hat, alsdann sie vor- 
riïcket. Ist eine Hôhe vor dem Orte, wo der rechte Flûgel ist, 
so muss der General, der den Flûgel Cavallerie commandiret, 
solche Hôhe gewinnen und den Feind zu ûberflùgeln suchen. Ist 
das ers te Treffen nicht stark genug, so nimmt nur gedachter Ge- 
neral aus dem zweiten Treffen so viel vor, als wie er nothig hat. 



i 7 a XVIII. INSTRUCTION FUR DIE GENERAL-MAJORS 

Kann der Flûgel Cavallerie sich nicht appuyiren und sind weder 
Teiche, MoriLste, Wfisser oder dergleichen, so ihn decken, oder 
finden sich sonst cinige Schwierigkeiten im Terrain, so muss der 
General -Major vom zweiten Treffen sofort das erste mit zwei 
oder drei Escadrons ûberflûgeln, die Husaren aber, so im dritten 
Treffen sLehen, miissen dergestalt binwiederum das zwei te Tref- 
fen ûberflûgeln. 

NB. Dièses muss bei allen Aufmftrschen gegen den Feind mît 
vieler Exactitude beobachtet werden. 

Marschiret die Armée linienweise links ab, so ist eben das- 
selbe dabei zu observiren. Ich setze nur noch hinzu, dass von 
eincr jeden Escadron ein Officier vorjagen muss, um das Terrain 
zu recognosciren, ob Gr&ben, Locher, Brûcher, Teiche oder der- 
gleichen vor ihrer Fronte sind, auf dass ein jeder Officier bei 
Zeiten wisse was er fur ein Terrain zur Attaque hat, und dass 
er seine Leute von allem avertiren kônne. 

Wenn mit Colonnen gerade gegen den Feind marschiret wird, 
so miissen i. die General -Majors auf ihre Distances wohl Acht 
haben, und die Têten der Colonnen mûssen in gerader Linie sein. 
Wenn mit Escadrons marschiret wird, so ziehet sich die Tète 
rechts, und aile andere Escadrons, so in das erste Treffen kom- 
men, links, desgleicben die Tête vom zweiten Treffen rechts, 
die andern Escadrons aber ebenmftssig links. Die linken Flûgel 
von einer jeden Escadron mûssen wohl zurûckgehalten werden, 
damit sie nicht vor dem rechten Flûgel vorbeugen; die Escadrons 
bleiben eine jede sechs Rotten hinter der Escadron, die îhnen vor 
ist, damit sie nicht zu zeitig aufmarschiren. Die Générale miis- 
sen sowohl nach der Position des rechten als des linken Flûgels 
sehen, damit die Armée kein falsches Alignement bekoramc. 
Wenn in einer Plaine aufmarschiret wird, so mûssen die Esca- 
drons, desgleichen die Regimenter des ersten Treffens , ganz cage 
Distances haben, die aber im zweiten Treffen stehen, geben 
weito Intervallen. Die Escadrons des zweiten Treffens, welche 
das erste Treffen ûberflûgeln, kônnen, wenn etwas zu besorgeu 
stehet, auf der Flanke hundert funfzig Schritt von dem ersten 
Treffen gezogen werden; das zweite Treffen bleibet nicht w ci- 
ter als drei hundert Schritt von dem ersten zurûck; die Husaren 



VON DER CAVALLERIE. i 7 3 

im dritten TrefTen bleiben zwei hundert Schritt von dem zwciten 
zurûck und geben ebenmâssig grosse Intervallen. Was vorher 
wegen des Terrains ist erwàhnet worden, muss hier gleicherge- 
stalt observiret werden, damit sich die Cavallerie aller der Vor- 
theile bediene, welcher dieselbe sich gegen den Feind gebrauchen 
kann. Bei allen diesen Manœuvres mûssen die Générale alerte 
und agissant sein. In Friedenszeiten werden dieselben Gelegen- 
heit haben, sich bei den General -Revues darin zu ûben, und 
wird der Konig an denjenigen ein besonderes Wohlgefallen fln- 
den , welche sich aile dièse Sachen am meisten werden angelegen 
sein lassen. 



WAS BEI DEN BATAILLEN ZU OBSERVIREN. 

So viele différente Terrains sich finden, so viele sind auch 
différente Bataillen; es ist also ohnmôglich voraus zu sagen, was 
bei einer jeden Bataille vorkommen kann. Ich attachire Mich 
demnach hierunter nur an die General -Regeln, um solche nebst 
Meinen Ordres den Generalen zu imprimiren; bei difFerenten 
Vorfallenheiten kommt es auf die Habileté und Présence d'esprit 
eines jeden Gênerais an. 

Bei allen Bataillen im freien Felde muss die Cavallerie gleich 
auf den Feind losgehen und ihn attaquiren; dièses ist eine Haupt- 
regel und Mein ernstlîchster Befehl. Dieserwegen wird eben auf 
das geschwinde Formiren der Armée so sehr gehalten, damit 
man immer eher fertig sei wie der Feind und dass man von sol* 
chem nicht surpreniret werden kônne. Ist unsere Cavallerie for- 
rairet und die feindliche sodann noch mit Aufmarschiren beschëf- 
tiget, so haben unsere Leute nur halbe Arbeit, wenn sie in sol- 
cher Bewegung attaquiren. 

Die Attaque von der Cavallerie geschiehet zuerst im Trabe, 
darnach im Galopp und dann in voiler Carrière. Hierbei muss 
wohl und als eine Sache, die sehr wichtig bei der Attaque ist, 
observiret werden, dass die ganze Linie mit gesammter Macht 
dem Feinde auf einmal auf den Hais falle, und nicht truppweisc 
oder ein Régiment nach dem andern. Um solches zu bewerkstel* 



i 7 4 XVIII. INSTRUCTION FlîR DIE GENERAL-MAJORS 

ligen, so miïssen die Commandeurs der Escadrons zugleich an- 
traben, zugleich in Galopp fallen, auch die ganze Linie zugleich 
an den Feind heranjagen. Wenn dergestalt die grosse Mauer ge- 
schlossen und mit Impetuositttt auf einmal an den Feind heran- 
kommet, so kann ihr ohnmoglich etwas Widerstand Lhun. Sollle 
etwa im ersten Treffen eine Escadron, es sei wegen eines Gra- 
bens oder dergleichen, in Confusion gekommen sein, so muss so- 
fort die nachste Escadron vom zweiten Treffen hereinriicken; 
sollte es auch etwa an einem oder anderem Orte des ersten Tref- 
fens schwer halten, so muss das zweite Treffen, sonder Befehl 
noch Ordre dazu zu erwarten , sogleich secundiren. Wenn die 
erste Attaque vorbei ist , so muss ein jeder General mit seiner 
Brigade, auch wohl ein jeder Rittmeîster mit seiner Escadron 
das, was von dem Feinde noch vor ihm hait, attaquiren und 
wegjagen; die Escadrons sowohl als die Regimenter raûssen sich 
einander getreulichst beistehen und secundiren, bis sie den Feind 
vôllig in die Flucht haben. 

Wenn die feindliche Cavallerie bis ûber das nachste Défilé ge- 
trieben worden ist, alsdann gebûhret der Cavallerie zwei Sachcn 
zu thun, n&mlich, dass etwas von ihr detachiret werden muss, 
damit die feindliche Cavallerie nicht wieder zuriickkommen darf , 
und dass das Uebrige sodann sich der feindlichen Infanterie in den 
RUcken setze, um ihr die Retraite abzuschneiden. Will man 
auch des Feindes Infanterie in die Flanke und in das zweite Tref- 
fen fallen, so ist solches sebr gut; nur muss alsdann ein Officier 
nach unserer Infanterie geschicket werden, damit solche davon 
avertiret werde und nicht auf die Infanterie vom Feinde schiesse, 
wenn unsere Cavallerie solche attaquiren will , als wodurch un- 
sere Cavallerie sonst leicht in Confusion gebracht werden konnte. 

Wenn man eine Bataille in bergigen und difficilen Gegenden 
hat , so ist es nicht môglich , dass die grosse Attaque zugleich ge- 
schehen kann, sondern es muss alsdann ein jeder General das 
Beste bei seiner Brigade thun , denn das Terrain ist an solchen 
Orten sehr unterschiedlich, und wenn da nicht ein jeder General 
sein Terrain zu judiciren und von der geringstcn Gelegenheit, 
welche sich iiussert, zu profitiren weiss, so kann es nicht gut ge- 
hen. Wo Graben sind, da schrciet der Commandeur der Esca- 



VON DER CAVALLERIE. 175 

dron : Graben ! Alsdann setzet das erste Glied heriiber, das zweîte 
und dritte Glied ôffnen sich und setzen geôffhet heriiber, schlies- 
sen aber sodann gleich wieder auf das erste Glied; alsdann die 
Attaque prosequiret wird. 

Bei dergleichen Aflfairen mûssen die Générale sowohl vor- als 
seitwârts sehen, um ihre Nachbaren bei Zeiten zn secundiren, 
jedoch mûssen sie den Feind so scharf und so frisch attaquiren, 
als es nur imraer môglich ist. Attaquiren sie stark und geschlos- 
sen, so kônnen sich die Escadrons nicht meliren und ist also 
zu vermuthen, dass der Feind sonder grossen Widerstand zum 
Weichen gezwungen werden wird; attaquiren sie aber nicht 
recht geschlossen, so kônnen sich die Escadrons meliren, und 
alsdann decidiret der gemeine Mann die Sache. Weil dièses aber 
journalier ist, so mûssen die Escadrons so geschlossen attaqui- 
ren, als es sich nur immer thun lâsset, weshalb das erste Treffen 
fast ohne Intervallen bleiben muss, damit der Feind von keiner 
Flanke einer Escadron profitiren môge. 

Wenn die ganze feindliche Cavallerie dergestalt weggespren- 
get ist, alsdann kann an die feindliche Infanterie gedacht wer- 
den , auf die Art, wie schon vorhîn erwàhnet worden ist. Ich 
erinnere nur dièses noch dabei, dass die Attaque auf die Flanke 
der beiden feindlichen Treffen die sicherste und kûrzeste ist, in- 
dem sodann die Linien wie ein Kartenhaus ûbern Haufen gehen. 
Bei gewissen Gelegenheiten , wenn Posten oder retranchirte 
Oerter attaquiret werden mûssen, so kommt die Cavallerie in 
das zweite oder dritte Treffen; alsdann kann sie nicht eher ge- 
brauchet werden, bis die Infanterie den Posten gewonnen hat. 
Ist die feindliche Infanterie gescblagen , so pfleget alsdann in sol- 
chen Gelegenheiten die feindliche Cavallerie erstere gern bedecken 
zu wollen, wo wieder unsererseits sodann die Cavallerie durch 
die Lùcken der Infanterie gezogen werden muss. Wenn nun 
feindliche Cavallerie gegen sie stehet, so mûssen sich die Briga- 
den erst ordentlich formiren, bevor sie darauf losgehen; wâre 
es aber, wie es auch ofters in Bataillen zu arriviren pfleget, dass 
die feindliche Infanterie allein da wâre, so kann die Cavalle- 
rie selbige ohne aile Complimente attaquiren, so wie das Bai- 
rcuthsche Régiment bei Hohenfriedeberg davon ein Exempel ge- 



176 XVIII. INSTRUCTION FUR DIE GENERAL-MAJORS 

geben hat. « Die Attaquen von der Cavallerie sînd bei derglei- 
chen Gelegenheiten ganz si cher; wenn die feindliche Infanterie zu 
kr&useln anfiingt, alsdann darf die Cavallerie nur gerade darauf 
zu jageu, sich so viel wie môglich ausbreiten und die Tète der 
Flûchtlinge gewinnen, wodurch sodann ailes, was zwischen un- 
serer Infanterie und Cavallerie sich befindet, gewiss unser ist. 

Die Cavallerie muss niemals zu nahe an grosse Wâlder ver- 
folgen, auch nicht ûber Déniés gehen, wohl aber bis ganz dicht 
an das Défilé poussiren. 



VOM FOURAGIREN. 

Die Fouragirungen geschehen entweder um grune oder um 
trockene Fourage zu bekommen. Bei den Fouragirungen von 
griiner Fourage miïssen Escortes von Cavallerie und von Infan- 
terie gegeben werden. Geschiehet solches in der Plaine, so mar- 
schiret die Cavallerie zuerst, alsdann ein Theil von der Infante- 
rie, darauf die Fourageurs und dann die Arrieregarde; geschiehet 
die Fouragirung aber wo Berge, Wfilder und Défilés zu passiren 
sind, so muss die Infanterie die Tête von der Bedeckung der Fou- 
rageurs machen und die Cavallerie bei der Arrieregarde sein. 

Wenn das Feld ausgesehen ist, wo fouragirt werden soll, so 
werden die Posten rings herum ausgestellet, und mûsscn zwi- 
schen zwei oder drei Escadrons von allen Seiten herum Batail- 
lons po s tiret werden, wo etwas von dem Feinde zu besorgen ist; 
die Escadrons mûssen jedoch ein solches Terrain haben, damit 
sie den Feind attaquiren kônnen und woselbst keine Grâben vor 
ihnen sind. Wenn es die Gelegenheit zulSsset, so kann man die 
Infanterie entweder in hole Wege legen, oder hinter Zàune ver- 
decken; îiberdem muss jederzeit ein Bataillon und etwas Cavalle- 
rie zur Reserve in der Mit te der Fourage bleiben, weiche Re- 
serve man an denjenigen Orten gebrauchen kann, wo etwa der 
Feind am starksten angreifen môchtc. Wenn auf so viel Tage 
Fourage gebunden ist, als fouragiret werden soll, so gehen die 

» Sichc Band III. , S n5. 



VON DER CAVALLERIE. t 77 

Fourageurs nach dem Lager und die Escorte bedeckt solche, wie 
oben schon gesaget worden. 

Wenn trockene Fourage aus den Dôrfern fouragiret werden 
soll, so ist alsdann die Cavallerie-Escorte nur dazu, um die Fou- 
rageurs auf dem Wege zu bedecken. Dasjenige Dorf, so foura- 
giret werden soll , muss mît Infanterie besetzet werden , die Hu- 
saren aber mûssen rings um die Gegend patrouilliren. Wo etwa 
eine Ànhôhe oder ein Ort ist, der solehes Dorf decket, n&mlich 
auf beiden Fliigeln und gegen die Seite, woselbst sich der Feind 
sehen lasse t, da setzet man die Cavallerie hin; wobei jedennoch 
eine Reserve Cavallerie und Infanterie gemachet werden muss, 
um den Feind, der etwa an einem oder dem andern Orte scharf 
attaquiren môchte, damit abzuweîsen. Nahe an Waldern muss 
keine Cavallerie postîret werden , denn sonsten die feindliche In- 
fanterie sich in solche Wâlder zieben und aus solehen auf die Ca- 
vallerie schiessen kann, ohne dass dièse sich zu wehren im Stande 
ist. Sind es aber belle Wâlder, so darf sich die Cavallerie davor 
nicht scheuen, denn sie kann durch solche, obschon etwas geôfT- 
net, attaquiren. Sind mehrcre Dorfer zu fouragiren, so obser- 
viret man dasselbe, und bei dem Rûckmarscbe decidiret das Ter- 
rain, wie schon vorhin gesaget worden ist. ob Cavallerie oder 
Infanterie die Retraite schliessen muss. Bei Fouragirungen kann 
die Cavallerie dann und wann rottenwcise gegen die Husaren 
ausfallen und feuern lassen. 



VON DEN DETACHEMENTS. 

Ein General von der Cavallerie, der ein Détachement com- 
mandiren will, muss nicht allein den Dienst der Cavallerie, son- 
dera auch den von der Infanterie verstehen , und vice versa. 

Es werden dannenhero diejenigen Générale sich bei Mir am 
meisten recommandiren, welche sich auf den einen Dienst so- 
wohl, als auf den andern appliciren. Es werden besondere Qua- 
litaten von demjenigen erfordert, welcher das Commando ûber 
ein Détachement fûhren will ; ein solcher General muss 

1. sich aller Nahrungssorgen wegen seines unterhabenden De- 
XXX. i 9 



i 7 8 XVIII. INSTRUCTION FÏR DIE GENERAL-MAJORS 

tachements annehmen, sîe mogen Namen haben wîe sie wollen, 
und seine Ans talten so gut machen, das9 seinem Corps nichts, 
was nur môglicb ist, abgehe, Das Corps, es mag nun Infanterie 
oder Cavallerie sein, ist dera Générale so aufgetragen, als wie 
sein eigenes Régiment, folglich ist er fur dessen Conservation, 
guten Stand, Ordnung und Nachlebung der Ordres schlechter- 
dings eben so responsable, als wie er solches fur sein eigenes Ré- 
giment sein muss; derowegen er sich gegen die Officiere die 
Auctorit&t, so ihm zukommt, geben und dahin sehen muss, dass 
ailes was die gute Ordnung erfordert, mit der gussersten Accu- 
ratesse beobachtet werden musse, dass die Pferde von der Ca- 
vallerie in gutem Stande seien und dass die Infanterie nicht ver- 
loddern musse, dass das Corps gut gentthret werde, dass keine 
Désertion einreisse und in Summa, dass ailes und jedes obser- 
viret werde, was das Règlement und des Kônigs Ordres mît sich 
bringen. 

Die Connaissance vom Lande ist der zweite Artikel , welchen 
ein solcher General wohl inné haben muss , und ist dieser Artikel 
ihm eben so important als die vorgemeldeten Qualit&ten, demi 
die mehresten Détachements geschehen entweder um Convois zu 
decken, oder aber dem Feinde in seinen Mouvements, Convois 
und Fouragirungen hinderlich zu sein. Die vornehmsten Regeln 
bei Détachements sind , sich mit avantageusen Lâgern zu verse- 
hen, damit, wenn auch etwas Starkes vom Feinde auf das Dé- 
tachement kàme, solches davon nichts zu befiirchten habe. Es 
ist demnach bei Détachements vornehmlich auf vortheilhafte La- 
ger zu sehen und eine solche avantageuse Position zu nehmen, 
auf dass man von einem starken Feinde weder von der Fronte, 
noch in den Flanken etwas zu besorgen habe. Imgleichen muss 
auch gegen Husaren und Panduren der Rûcken gedeckt sein, je- 
doch so, dass man alternai aus dem Lager frei und sicher zur 
Haupt- Armée, oder auch zu der festen Stadt, aus welcher man 
detachiret ist, kommen kônne. Feste L&ger sind diejenigen, wenn 
man nâmlich starke Défilés vor sich hat, oder dass man auf stei- 
len Bergen campiret, oder hinter Flûssen stehet, wo der Feind 
sonder Brùckea nicht herûber kommen kann. Wenn man nur 
kleine Bâche oder kleine Wasser vor sich hat, so muss man solche 



VON DER CAVALLERIE. i 79 

oberwârts* stauen lassen, damit selbigë anlaufen und eine Art 
von Inondation machen. Wo Gués oder Oerter sind, da man 
durchreiten kahn, da schmeisset man grosse Baume mit ihren 
Aesten hinein, um das Durchkommen zu verhindern. Wenn 
man die Flanken mît nichts decken kann , so lâsset man Redou- 
ten aufwerfen , und zwar auf zwei oder mehrere Grenadier-Com- 
pagnien , nacbdem nâmlich das Corps stark ist. Bleibet man in 
dem Lager stehen, so pallisadiret man die Redouten und lasse t 
en quinconce Wolfsgruben vor den GrMben machen. 

NB. Das Lager, welches man nimmt, muss jederzeit zwei 
hundert Scbritt, auch wohl mehr, hinter dem Posten sein , wo 
man sich vorgenommen hat sich zu stellen, wenn der Feind obn- 
vermuthet kommen sollte. 

Uebrigens muss ein General , der ein solches Corps comman- 
diret, sich drei oder vier starke Lâger ausgesehen haben, damit, 
wenn er etwa das eine verlassen mùsste, er jederzeit schon zum 
voraus andere wisse, wohin er seine Retraite nehmen kann. 

Die Détachements geschehen : 

i. Um Convois zu decken. Bei dergleichen Détachements 
muss man dem Convoi, wenn solches ankommen will, entgegen 
schicken, insonderheit aber muss man durch die Husaren fleissig 
patrouilliren lassen, um Nachricht zu bekommen, ob der Feind 
etwas darauf intendiren môchte. Wo Plaine ist, da schicket man 
den Convois vîele Cavallerie entgegen; sind aber Défilés, so muss 
man keine Cavallerie, sondern vieimehr Infanterie schicken. Be- 
kommt ein detachirtes Corps Nachricht, dass sich ein feindliches 
Corps zu sehr n&hert, so muss man es recognosciren lassen, 
darauf des Nachts marschiren und solches bei Anbruch des Ta* 
ges ûberfallen; denn es ist allemal eine Hauptregel, dass, wenn 
man dem Feînde nichts zu thun machet, so machet er einem ge- 
wiss aile Hânde voll zu thun, wird er aber oft beunruhiget, so 
denket er an sich, verfallt auf die Défensive und lâsset also den 
andern zufrieden. Es ist hierbei aber nothig, dass man zuvor 
wohl informiret sei, mit wie viel Leuten man zu thun haben 
werde, auch, ob der Feind nicht noch eine Reserve hat> die ihm 

* Abwarts. 



i8o XVIII. INSTRUCTION FUR DIE GENERAL-MAJORS 

zum Suceurs kommen kann ; dass also dergleichen Expeditiones 
wohl iiherleget werden mûssen. 

a. Detachiret man seitwàrts der feindlichen Armée, um sel- 
biger in ihre Convois zu fallen , oder auch um ihr das Fouragiren 
schwer zu machen. Bei solcber Commission muss man fast gar 
keine Bagage mit sich nehmen; dabei mûssen die Husaren gut 
patrouilliren, um Nachrioht vom Feinde zu bringen. Wenn nun 
ein Coup zu machen ist, so muss das Défilé, durch welches das 
Corps Husaren oder Cavallerie den Feind altaquiren soll, be- 
st&ndig mit Infanterie besetzet sein, damit ersteres sicher wîeder 
zuruckkommen konne. 

Dasjenige Corps, welches von dem Détachement detachiret 
wird, muss jederzeit zwei Wcge haben, um wieder zuruckkom- 
men zu konnen. Es ist auch nothig, dass, wenn man dergleichen 
Project hat, solches auf das àusserste verschwiegen gehalten 
werde, damit der Feind nichts davon zu erfahren bekommen 
konne. Die Partien , welchc was Gutes atisrichten wollen , mûs- 
sen des Nachts ausgehen und frûhe gegen den Tag ihren Coup 
machen, auch sodann gleich wiederum zurûckeilen. 

Ist man gewiss, dass ein starkes feîndliches Corps auf das Dé- 
tachement zukommet, welches dasselbe von dem grossen Corps 
d'armée, oder aber von der Fcstung, woher es gekommen ist, 
abschneiden kann , so muss das Détachement des Nachts zurûck- 
marschiren. Es mûssen deshalb die Générale sich aile Wege und 
Situationes wohl bekannt machen, damit sie ûberall durchzu- 
kommen wissen. Demjenigen Officier, welcher nicht das Terrain 
kennet , noch von einer Anhôhe , von holen Wegen , von Morfisten 
und von Wâidern zu profitiren weiss, demselben kann niemals 
ein detachirtes Corps anvertrauet werden. Ueberhaupt, da das 
detachirte Corps eben so wie des Gênerais sein eigenes Régiment 
anzusehen ist, so muss derselbe auch auf selbige Art dafur sorgen. 

Bei allen dergleichen Expeditionen und ùberhaupt bei allem 
was die Kriegs - Opéra tiones angehet, wird das Secret und die 
Verschwiegenheit auf das allerâusserste recommandiret , denn 
wenn der Feind von demjenigen Nachricht bekommen soll te, was 
man auf ihn intendiret, so muss der Coup ganz gewiss fehlschla- 
gen; ùberhaupt aber ware es schr schlecht und vcrachtlich, wenn 



VON DER CAVALLERIE. 181 

es unter Meinen Generalen dergleichen Personen geben sollte, die 
nicht mehr als Weiber schweigen kônnten. 

Uebrigens recommandire Ich den Generalen vor allenDingen, 
dass sie jederzeit die Infanterie sowobl als die Cavallerie so ge- 
brauchen sollen, wie es ihr Dienst ist gebrauchet zu werden; 
ferner, dass, wenn Marches geschehen, Àrrieregarden gemachefc, 
Escorten und Partien geschîcket werden, sie alsdann die Caval- 
lerie allemal so stellen sollen, dass dieselbe Terrain bat, ibre At- 
taques zu machen ; die Infanterie hergegen kann gebrauchet wer- 
den wie man will , nur verbiete Ich auf das allerernstlichste , dass 
solche niemals in Hâuser gesteckt werde, als woraus nichts an- 
ders wie Unglûck erfolgen kann. Dieselbe hinter Zâune zu legen , 
solches gehet an; doch muss man alsdann solche Wege machen, 
damit es hinten offen sei und dass manihrleicht Suceurs schicken 
konne. Im Ucbrigen ist das Génie von unsern Soldaten zu atta- 
quiren, es ist solches auch schon ganz recht; sollte es aber nicht 
moglich sein zu attaquiren und hâtte man von einer grossern 
Uebermacht des Feindes was zu besorgen, so ist es besser, dass 
man sich bei Zeiten ab- und zuriïckziehe. 

3. Von Détachements auf Postirungen. Die Postirungen wer- 
den des Winters gegen den Feind gemachet, und der General, so 
dazu commandiret, muss iminer mit einem Corps, welches zu- 
gleich zur Reserve dienet, etwas hinter seinem avancirten Posten 
liegen, damit er ûberall im Stande sei sowohl seine Ordres zu 
geben, als auch auf den Fall, dass einer seiner Vorposten atta- 
quiret wird, solchen sogleich mit seiner Reserve secundiren zu 
kônnen. Die Husaren muss er zu accuratem Patrouilliren anhal- 
ten und die Officiere, so sich darunter negligiren, nach der 
grôssesten Rigueur bestrafen. Er muss ferner in seiner Brigade 
bestandig darauf sehen, dass den gegebenen Ordres stricte nach- 
gelebet werden musse. 

Bei den Husaren - Patrouillen ist zu observiren, dass wo 
guéable Wâsser sind, alsdann die Husaren dicht an dem Ufer oft 
und von Viertelstunde zu Viertelstunde patrouilliren mûssen. 
Dièse Patrouillen dîirfen nicht stark sein, in dem sie nur patrouil- 
liren um den Feind zu observiren und gar nicht um sich zu 
schlagen. 



i8a XVIII. INSTRUCTION FUR DIE CAVALLERIE. 

Die Générale mussen im Felde sowohl, als bei allen andern 
Gelegenheiten darauf halten und ein wachsames Auge haben, 
dass nicht so viele Montirungs-Stiicke liederlicherweise verquisteL 
werden und verloren gehen. Nach der Erfahrung, so Ich von den 
vorigen Zeiten gehabt habe, ist es schftndlich gewesen zu sehen, 
was fïir eîne Menge von S&tteln, Halftern, Pistolen und Scha- 
bracken verloren gegangen sind. Wenn Meine Générale von der 
Cavallerie darauf nur einîge Altention gehabt h&tten, so wûrdeii 
sie selbst gefunden haben, dass es eine wahre Unmôglichkeit, so 
viel von dergleichen Sachen wiederum anzuschaffen, als davon 
mehrentheils leichtsinnigerweise verloren gegangen ist; dahero 
Ich ihnen mehrere Attention darauf zu haben, als bisher gesche- 
hen ist, bestens recommandire. 

Uebrigens ist Meinc Méthode, den Cuirassieren , so viel nur 
immer môglich ist, des Winters Ruhe zu geben, weil alsdann 
die Pferde gut ausgefïittert, die jungen Leute und Recruten aber, 
wie auch die jungen Pferde, gut dressiret werden mussen. 

Aile Bericbte, so von einem Générale an den Kônig oder an 
den Chef der Armée gehen , mussen mit Fundament und mit Vor- 
sichtigkeit abgefasset sein, damit ein General nicht solche ohn- 
zuverfôssige Rapporte erstatte, als zum ôftera die Husaren thun. 
Ailes was passiret und was sie gehoret und in Erfahrung ge- 
bracht haben, konnen sie als Zeilungen schreiben, jedennoch aber 
mussen sie a m Ende des Beriehtes ihr Raisonnement und ihre 
Meinung darùber beifiigen , was ihnen nâmlich davon wahrschein- 
lich vorkommet, oder aber was ihnen ihre Spione lûgenhaftes 
berichtet haben mochten ; insbesondere mussen sie attent sein zu 
erfahren, wo die grossen Magasins des Feindes errichtet werden, 
indem man daraus am fuglichsten dessen Desseins errathen kann. 

Wenn die Armée im Frûhjahr in das Feld riicket, so werden 
sich diejenigen Générale sehr bei Mir recommandiren , die ihre 
Brigaden oder Détachements in gutem Stande und Ordnung vor- 
fùhren und die allen gegebenen Ordres am besten werden nach- 
gelebet haben. 

Polsdain, den i4- August 17^- 

(L. S.) Fch. 



XIX. 

INSTRUCTION 

FUR DEN 

OBERSTEN LATTORFF, 

ALS COMMANDANTEN IN COSËI.. 



INSTRUCTION 
FUR DEN OBERSTEN LATTORFF, 

ALS COMMANDANTEN IN COSEL. 



Uiese Instruction beriihrt zwei Hauplpuncte : erstlich was der 
Commandant zu observiren hat bei einem feindlichen Anfalle in 
Schlesien, und zweitens bei einer wirklichen Belagerung. 

Wenn es Krîeg wird, so bestehet die ordentliche Garnison 
von der Stadt in dem Bossescben Regimente, die nach den Um- 
standen mit einem Grenadier - Bataillon kann verstârket werden. 
In Zeiteh vom Krieg muss etwas Husaren in die Festung ge- 
schmissen werden. Sind die Umstânde so, dass die Armée nicht 
Ober-Schlesien decken kann und dass sich also die Festung allein 
halten muss, so muss der Commandant sogleich aile Lebensmit- 
tel von den nâchsten Dorfern beitreiben lassen, als Vieb, Speck, 
Malz, Getreide, Hafer, wofîir er denBauern Quittungen giebt, 
die statt Contribution von den Kammern sollen angenommen 
werden. Den Bûrgern wird imgleichen angesagt, dass sic sich 
fur sechs Monate verprovidiren sollen. Er muss ausrechnen, wie 
viel Menschen und Soldaten in der Stadt sind, um dass er fur 
solche aile seinen Vorrath auf sechs Monate kriegt, und muss 
lieber auf lângere als wenigerc Zeit rechnen. Das Salz kann er 
aus dem nâchstbelegenen Salz -Magazine kriegen. 

Wenn er die Stadt dermassen mit allem behôrigen Vorrathe 
besorget hat, so musscn aile Anstalten vorgekehret werden, dass 



i86 XIX. INSTRUCTION 

er gegen eine Surprise sichcr ist; die besteheu in folgenden Punc- 
ten : i. mussen die Wacheri aile alerte sein und die Ronden und 
Patrouillen ordenllich und ohne Négligence verrichtet werden; 
a. mussen niemalen die Thore geôffnet werden, bevor nicht eine 
Patrouille zu Pferde vor allen Tboren und um die Festung herum 
recognosciret bat, sowohl diesseits, als jenseits der Oder. Die 
Redoute muss mit einem Lieutenant und sechzig Mann besetzet 
sein; in jeder Caponnière muss ein Unter- Officier und zwolf 
Mann Wache halten; die Kanonen mussen hauptsMchlich aufdeu 
Werken der Ober- und Unter-Oder aufgefahren werden; die 
Pallisaden um den* bedeckten Weg an der Ober- und Unter-Oder 
und Tête de pont gesetzt werden; es mussen Prahme geroacht 
werden, um die Wachen nach dem bedeckten Wege ûberzuschif- 
fen. Wenn Markttage sind, so mussen die Wachen an den Tho- 
ren und Hauptwache verdoppelt werden , die Wagen und Markt- 
leute mussen einzeln einpassiren und vorhero an den Tboren 
wobl examiniret werden, um dass keine Leute mit Gewehr, noeb 
verkleidete Soldaten sich in die Stadt einschleichen, und mussen 
vor nàchtlicher Weile die Marktleute aile wieder aus der Stadt 
geschalTt werden. Auf die Einwohner, sonderlich Pfaflen, muss 
der Commandant ein wachsames Auge haben, dass sie nicht 
spionîren und mit dem Feinde correspondirent und derowegen 
aile Leute, die aus den Thoren gehen, genau examiniren lassen, 
um dass keine Boten mit Briefen herauskommen môgen. Wo- 
fern sich leichte Truppen vom Feinde nahe bei der Festung sehen 
lassen, so muss er sich in Respect setzen und sie, wenn derer 
wenige sind, von seinen Husaren wegjageu lassen. Kann er durch 
die Schulzen aus der Nachbarschaft erfahren, dass etwa kleine 
Commando's vom Feinde sich in der Nachbarschaft halten, so 
inuss er solche nàchtlicher Weile ùberfallen lassen , die Husaren 
mit etwas Infanterie souteniren, um ihuen bei Défilés den Rûcken 
frei zu halten, und den Commando's, so er ausschicket, immer 
zwei Wege anzeigen, um den einen hin, den andern zuriick zu 
kommen, und um dièses desto besser ins Werk zu richten, so 
muss er eine Meile und mehr in die Runde sich die Gegenden 
wohl bekannt machen, auch Officiere vom Régiment mitneh- 
men , dass sie sich aile Wcgc und Stege wohl notiren. 



FUR DÉN OBERSTEN LÀTTORFF. 187 

Dièses sind ohngeffthr dieHauptpuncte, wekhe wegen eines 
vorkommenden Krieges zu observiren sind; imgleichen dem com- 
mandirenden Générale, so viel es sieh thun iMsset, von des Fein* 
des Mouvements und von dem Zustande der Festung aile acht 
Tage seînen Bericht abzustatten; damit aber der Bericht dem' 
Feinde nicht nûtzen konnte wenn er in dessen Hfinde kttme,- so 
muss solehes in Chiffre gesehehen, welchen er gleich fordern 
muss und den Ich ihm schicken werde. 

Bei einer Blockade ist weiteres auch nichts zu observiren, als 
dass er einen Officier ùber die Lebensmittel setzen muss, solche 
zu repartiren, und sich aile Tage einen Zettel davon muss gebeo 
lassen und wohl Acht haben, dass sie gut menagiret werden. 
Kanonen mûssen nicht nach einzelnen Leuten schiessen, sondern 
kleines Gewehr und Wall-Musketen sind dazu gut genug; es 
muss nur nicht gelitten werden, dass keiner vom Feinde der 
Festung zu nahe komme, um solche zu recognosciren. Siehet der 
Commandant nichts als Husaren und Panduren, so kann er ge- 
wiss sein, dass er nicht in Form wird attaquiret werden;. siehet 
er aber Infanterie und Grenadiere, so ist es auf den Ernst ange- 
sehen. Wegen der Belagerung, so ist die ers te Disposition , die 
das Inneriiche der Festung angehet; dar muss die Garnison in 
drei Theile eingetheilet werden, um dass eines auf der Wache 
ist, das zweite ruhet aus, das dritte ist des Nachts auf dem Pi- 
quet oder hilft die Kanonen auf die Werke bringen und die 
Werke, so beschttdiget sind, repariren. Ailes was Schmiede 
sind mûssen angehalten werden Affuten zu repariren, Waffen- 
schmiede die Gewehre zu repariren; die Bûrger mûssen mithel- 
fen Faschinen machen , Schanzkorbe machen und den bedeckten 
Weg mit Schanzkôrben zu besetzen; Faschinen mûssen in der 
Menge und kleine Schanzkorbe in Vorrath gemacht werden. Bûr- 
gerweiber mûssen Charpie machen und Bandagen um die Bles- 
strten zu verbinden; auch konnen sie mit die Blessirten warten. 
Aile Arbeit , so nicht unter dem Feuer vom Feinde gemacht wird , 
mûssen die Bûrger mitthun; damit schonet der Commandant 
seine Garnison. Er muss imgleichen die Bûrger gebrauchen um 
Feuer zu loschen, wenn solehes durch Bomben in der Stadt aus- 
kâme; er muss im bedeckten Wege von Gegend zu Gegend kleine 



i88 XIX. INSTRUCTION 

Pulvcr- Magazine in der Erde raachen lassen, um das Pulver bei 
der Hand zu haben, aber nicht stMrker ein jedes aïs zwanzig 
Centner. DieBursche, die von der Wache kommeo, konnen ihrc 
Betten in den Casematten haben, wo sie geruhig schlafen kon- 
nen und nichts zu besorgen haben; in den Casernen wMren sie 
vor Bomben nicht sicher. 

Was nun die Defension der Werke angehet, so ist das ersle 
zu observiren, wo der Feind die Tranchée oflhen wird. Dièses 
kann nicht anders als nach dem Ratiborer Thore oder auf der 
Seite sein, wo der General Nassau die Stadt belagert haL « Um 
dass der Commandant sich nicht die Ouverturen der Tranchée 
surpreniren lasse t, muss er des Nachts vor jeder Seite einen Of- 
ficier und dreissig Mann ohngefâhr hundert Schritt vor dem be- 
deckten Wege heraushaben und kleine Patrouillen Cavallerie von 
drei Mann zwei hundert Schritt weiter vorschicken; sowie die 
Larm horen, mûssen die Husaren heranreiten und schiessen, da 
wird der Feind bald antworten f so ist er entdecket. Alsdann zic- 
het der Commandant seine Détachements zuriïck, und muss er 
auf der Seite, wo der Feind die Tranchée ôfihet, welches ohn- 
gefëhr acht hundert Schritt von dem bedeckten Wege zu sein 
pfleget, in dem bedeckten Wege drei- oder sechspfundige Kano- 
nen auCTahren lassen und aus solchen mit Kugeln auf den Feind 
feuern, auch aus Doppelhaken nach ihm schiessen lassen, im- 
gleichen Pechkr&nze weit von dem Glacis werfen lassen, um dass 
er sehen kann , wo der Feind ist und dass man desto mehr und 
besser auf ihn schiessen kann. Wenn sich der Feind also decla- 
riret hat, so muss er seine Defension auf der Seite darnach ein- 
richten, dergestalt, dass er das Polygon, so attaquiret wird, mit 
Kanonen besetzet und den bedeckten Weg eitien Mann hoch be- 
setzet. Das Kanonenfeuer muss des Tages pur auf den Ort ge- 
richtet sein , wo der Feind seine Batterien machet, um dass die 
ruiniret werden ehe er sie fertig kriegt und die Arbeit von neuem 
wieder muss angefangen werden. NB. Zu den eiserncn Kanonen 
mûssen die Cartouchen von Parchemin gemachet werden. Die 
Nacht darauf muss wieder mit Doppelhaken und kleinen Kano- 
nen nach des Feindes Arbeitern gefeuert werden, und cinige Ka- 

* Siehe Baud 111., S. 139. 



FUR DEN OBERSTEN LATTORFF. 189 

nonen mûssen des Tagcs so gerichtet werden nach des Feindes 
Batterie, dass sie des Nachts noch darnach schiessen konnen. 
Wenn der Feind, so nahe ist, dass er an die zweite Parallèle 
kommt, welches ohngefMhr fûnf hundert Schritt von dernbe- 
deckten Wege zu sein pfleget, so rauss der Commandant kleine 
Ausfâlle thun, von einem Fahnrich nnd zwanzig Mann, und las- 
sen soîche zu unterschîedenen Malen des Nachts ausfallen und auf 
des Feindes Ârbeiter ein paarmal zufeuern und sich dann gleich 
wieder in die Festung hereinziehen. Wenn er das des Nachts zu 
unterschîedenen Malen thut, so wird er damit des Feindes Âr- 
beiter dermassen stôren, dass nichts die Nacht geschehen wird, 
und er muss auf nichts bedacht sein , als Zei t zu gewinnen. Wenn 
solche Ausfalle geschehen, muss der bedeckte Weg wohl beselzet 
sein; die den Àusfall thun, werden avertiret an welchem Orte 
sie wieder in den bedeckten Weg herein sollen , und gelùstete es 
den Feind sie zu verfolgen, so muss ihm ein starkes Feuer von 
kleinem Gewehr und von Kanonen, mit Kartiitschen geladen, 
entgegen gegeben werden. Mit kleinen Sortien gewinnt der Com- 
mandant mehr als mit grossen, er storet den Feind und kann 
nicht viel dabei verlieren; wenn er aber grosse Ausfalle thun 
wollte und solche misslingen, so wûrde er so schwach werden, 
dass er seine Festung nicht bis zuletzt wiirde vertheidigen kon- 
nen. Mit dergleichen kleinen Ausfallen und bestândigem Feuern 
der groben Kanonen nach den Batterien muss continuiret wer- 
den , bis der Feind seine dritte Parallèle gemacht hat. Alsdann 
vermuthlich wird der Feind die Tête de pont attaquiren, um 
dass er nachdem eine Batterie jenseits der Oder machen kann , 
um das attaquirte Polygon von da mit zu beschiessen. Alsdann 
muss die Tête de pont auf gleiche Art wie die grosse Attaque 
defendiret werden, nur mit wenigeren Kanonen und Leuten. 
NB. Wenn die dritte Parallèle gemachet ist, so muss er des Ta- 
ges und Nachts mit den Dreipfûndern aus dem kleinen Chemin 
couvert nach der Parallèle, und nach den Sappen mit Kartat- 
schen feuern lassen und mit kleinem Gewehr desgleichen, bis die 
Sappen gegen den Chemin couvert kommen, alsdann kann er 
seine Minen gebrauchen , und muss er sehen, wen» ohngefâhr 
der Feind mit seincr Arbcit darauf kommt, dass er sic alsdann 



!9<> XIX. INSTRUCTION 

springcn liisset. NB. Den n&chsten Ort vom bedeckten Wege an 
der Mine ziehet man seine Leute zuriiek, wenn die Mine soll gc- 
sprenget werden, und làsset sie den bedeckten Weg beseUen, 
sowie sie ihren Efiect gethan bat. Wenn endlich der Feind so 
weit kommt, dass er den Chemin couvert couronniret und Ca- 
valiers auf die Capitalen anfttngt zu bauen, so raûssen Soldat 
und Kanonen aus dem bedeckten Wege gezogen werden. Als- 
dann muss er ein pr&parirtes Feuer machen; doch kônnen die 
Lunetten und Caponnièren noch besetzet bleiben. Das prfiparirte 
Feuer bestehet hierin, dass er das Ravelin stark mit Infanterie 
besetzet, zwei Mann hoch, und wie sich der Feind Meister machet 
vom bedeckten Wege, dass er daraus stark auf ihn feuern làsset, 
die Kanonen des Hauptwalles g)eichm£ssig, und dann kriegt er 
dazu das Feuer aus der Caponniëre und Lunette in die Flanke. 
welches ihn sehr incommodiren muss. Ausfàile kann er nicht 
thun um den bedeckten Weg wieder einzunehmen, wegen des 
Wassergrabens. Dann muss bei Nacht die Caponniëre gera'umet 
werden, wenn man siehet, dass sie nicht weiter haltbar ist; mit 
Stein-Mortieren wird aus der Stadt nach dem bedeckten Wege 
die Nacht geworfen, und der Feind arbeitet, um die Batterie 
nach dem Ravelin und den beiden Hauptfacen des Corps de la 
place zu machen; da miïssen die Kanoniere vom Hauptwalle und 
das kleine Gewehr aus dem Ravelin ailes anwenden um die Ar- 
beit ihm schwer zu machen. Wenn die Batterien des Feindes 
anfangen zu gehen, so wird vîel Geschûtz in der Stadt ruinirel 
werden, und muss der Commandant brav arbeiten lassen, dass 
er wieder Aiïuten machen lfisset und des Nachts wieder Kanonen 
auf den Wall aufbringet und frische Schiessscharten eînschneidet 
Dann wird der Feind anfangen seine Gallerie iiber den Haupt- 
graben zu machen ; die kann der Commandant mit best&ndigem 
Feuer aus den Collatéral -Werken aufhalten, auch des Nachts 
Prahme , die blindiret sind aufs Feindes Seite , mit Mannschaft auf 
die Gallerie schicken, die auf die Arbeiter feuern, und mitHaken 
und andern Instrumenten die Gallerie verderben, auch Pech und 
combustible Mateiien darauf schmeissen, um die Faschinen datait 
zu verbrennen, auf dass der Feind gezwungen wird die Arbeit 
von vorn anzufangen. Wenn die Gallerie auf dem Ravelin fertig 



FÎÎR DEN OBERSTEN LATTORFF. 191 

ist, so muss der Commandant sein prâparirtes Feuer im Ab- 
scbnitt vora Ravelin fertig hahen, die Leute aus dem Werke, 
das da wird gestûrmet werden, zurûckziehen und aus dem Ab- 
scbnitte und vom Wall stark auf die Stiirmer feuern lassen. Ist 
seine Garnison noch stark, so kann er aus dem Abschnitte eine 
Sortie von beiden Seiten thun und schmeissen den Feind aus dem 
Werke heraus; er muss sich aber nicht zu sehr opiniatriren das 
Vordertheil des Ravelins zu behaupten. Wenn das der Feind 
eingenommen bat und etabliret sich darauf , so bauet er seine 
Batterien, um auf den Abschnitt zu feuern. Die wâhren» conti- 
nuiret der Commandant, wie vorhero ist gesaget worden, bis er 
siehet, dass die Bresche beinahe fertig ist; dann ziehct er des 
Nachts seine Leute aus dem Wege zuriïck und retiriret sie in 
den Wall, lasse t nur einzelne Leute, die auf den Feind Granaten 
werfen, auf dem Corps de la place. Macht er dann von neuem 
sein prâparirtes Feuer nach dem Ravelin zu und, sowie es der 
Feind stûrmet, so lasse t er mit kleinem Gewehr, mitKanonen, 
mit Kartâtschen geladen, darnach schiessen und mit Bomben 
darnach werfen. Wenn dann der Feind sich endlich hierauf eta- 
bliret hat und seine Gallerie nach dem Hauptwalle beinahe fer- 
tig hat, so muss der Commandant seine ganze Garnison in den 
innern Abschnitt ziehen und den stark ipit Kanonen- und Infan- 
terie -Feuer besetzen, auf dass, wenn der Feind den Wall stûr- 
met, er ihm noch ein prâparirtes Feuer aus dem Abschnitte ge- 
ben kann. Wenn der Sturm vorbei ist und der Commandant 
hat keine Hoffnung zum Suceurs , so muss er sich ergeben und 
die beste Capitulation mit Honneurs vom Feinde zu bekommen 
suchen ; dabei , nicht zu vergessen , muss er stipuliren den Abzug 
und den nâchsten Weg nach Brieg oder Neîsse zu marschiren. 
Hat er aber Suceurs zu hoffen, so muss er aile Extremitâten er- 
warten, und sowie er siehet, dass das Hulfs- Corps mit dem 
Feinde an einander ist, so muss er mit dem Meisten seiner Gar- 
nison einen starken Ausfall auf die feindlichen Tranchéen thun,* 
11m dass der Feind von allen Seiten die Hânde voll zu thun hat. 
Weil auch die Garnison, wor sie eine gute Gegenwehr thut, 
pfleget geschwâchet zu werden , so muss der Commandant doch 

« Wahre nd der Zcit. 



i 9 * XIX. INSTRUCTION. 

dafîir sorgen. dass doch immer ein Theil der Garnison zehn 
Stunden Ruhe bat, sonst werden die Leute von der Mûdigkeit so 
unbrauchbar, dass er nichts mit ihnen anfangen kann. 

NB. Sowie La'rm wird und dass der Commandant vermuthen 
kann', dass er belagert wird, so muss ihm die Breslauer Kriegs- 
casse drei Monate Tractament fur die Garnison vorschiessen. Die 
Bursche kriegen das Brod umsonst, und wenn sie sich gut hal- 
ten, so ist auch der Commandant auctorisiret, ihnen nach Gut- 
finden einige Douceurs widerfahren zu lassen. 

Feu. 



XX. 

INSTRUCTION 

FUR DES PRINZEN 

FERDINAND VON BRAUNSCHWEIG 
LIEBDEN, 

ALS 

GOUVERNEUR DER FESTUNG MAGDEBURG. 



XXX. i3 



INSTRUCTION 

FUR DES PR1NZEN 

FERDINAND VON BRAUNSCHWEIG LIEBDEN, 
ALS GOUVERNEUR DER FESTUNG MAGDEBURG. 



Was die Ordnung der Garnison, die gute Disciplin untcr dcn 
Officierai und die Conservation der Bûrgerschaft angehet, da 
tibergehe Ich solches, weil dièses ailes sich von selbst verstehet. 



Wegen der Festung haben des Prinzen Ferdinand Lîebden 
absonderlich dahin zu sehen, dass die Werke und die Brucken 
aile în gutem Stande erbalten werden, însonderheit aber dass 
die Elbe (die ôfters und fasl aile Winler von Bette ândert) be- 
standig durch Kôpfe oder andere Webren und Dàmme dahin ge- 
halten werde, dass sie ihren voruehmstcn Latif zwischen der Ci- 
tadelle und der Festung behalte, und zwar solches vom Fort 
Berge bis auf das letzte Bastion nach Lilliput hin zu. 

3. 

Weil in Magdeburg verschiedene Staatsgefangene sind, so 
mûssen des Prinzen Lîebden darauf haltcn, dass solche sorgfaltig 
bewahret bleiben und dass sonderlich der Trenck nicbt von der 
Kette kommet. Weil auch die Oesterreichcr durch Abgeschicklc 

i3- 



i 9 6 XX. INSTRUCTION FUR DEN PR1NZEN 

schon einmal tentiret haben, den Walrave * zu salviren, so ist 
es nôthig, dass auf suspecte Leute, so nach Magdeburg komnien, 
ein wachsames Auge gehalten wird, besonders aber, dass die 
Wache sich niemals in der Vigilance bei denselben relachire. 

4. 

Werden des Prinzen Liebden dahin sehen, dass der Platz, 
wo die Regimenter carapiren sollen, im Herbste nicht besaet 
werden miisse; ferner, wenn es zum Campement gehet, dass es 
alsdann an keiner Art Victualîen fehlet, dass die Regimenter sich 
Marketender anschalîen und dass keine Verkaufer aus fremden 
Landen geduldet werden mûssen. 

5. 

Mûssen des Prinzen Liebden wissen was fiir différente Schiffc 
von allen Grôssen auf der Elbe, und zwar von Havelberg bis 
Magdeburg, zu haben sind, auf dass man bei einem vorfallenden 
Kriege wissen und sicher rechnen kann , wie viel man deren ge- 
wiss zusammenbringen konne. 

Aile Màrsche von Magdeburg aus nach allen Grànzen muss 
Er sich bekannt machen, damit auf solchen F ail die Regimenter 
nicht genôthiget werden die Poststrassen zu halten, sondern dass 
sie sich kônnen in die Richte marschiren. 



WEGEN KRIEGSZEITEN. 

Es ist ausser aller Apparence, dass Magdeburg anjetzo kônnte 
belagert werden, weil keine Nachbaren m&chtig genug sind , solche 
Entreprise zu ùbernehmen; weil aber viele Sachen in der Welt 
geschehen konnen, die einige Jahre vorher nicht wahrscheinlich 
sind, so kann eine Belagerung von Magdeburg nicht unter die 
ohnmoglichen Dinge gerechnet werden. Da wûrde alsdann zu- 
vorderstzuobservircn sein, alieLebensmitte), Vieh, Korn, Stroh, 
Heu, u. s. w., so weit man reichen kann, von den umliegenden 

« Siehe Band XXVI. , S. 100, und oben, S. 9. 



FERDINAND VON BRÀUNSCHWEIG. 197 

Dorfern beizulreiben, uni 1. die Stadt reichlich zu versehen, und 
2. dem Feinde die Lebensmittel zu benehmen. 

Zur Circonvallation brauchet der Feiad acbtzig tausend Mann, 
weil er solche von den zwei Seiten der Elbe berennen muss. Um 
zu wissen, wo der Feind die Circonvallation machen wird, dûr- 
fen des Prinzen Liebden nur ein Viertel Weg von der Stadt ab 
eînen Kreis herum bereiten, welches des Feindes Lager sein muss. 
Dana kann Er Leute haben, die Ihn von differenten Oertern aile 
Nàchte durch abgeredete Signale von des Feindes Unternehmen 
avertiren kônnen. Durch Leute, die schwimmen kônnen, im- 
gleichen durch Signale kann Er auch dem Landesherrn Nachricht 
bringen lassen, was von Tag zu Tage geschiehet. Der Platz ist 
leicbt zu entsetzen , weil die Circonvallation so weitlâuftig und 
von der Elbe separiret ist. 

Die Fehler der Festung sind, dass keine sichere Communica- 
tion nach dem Fort Berge zu gehet. Das Kl os ter, so davor lieget, 
kônnte Anfangs der Belagerung mit Nutzen gebrauchet werden; 
vvcnn der Feind da attaquiren wollte, so mûsste man, nach einer 
vigoureusen Défense , es sprengen. Vor dem Ulrichs - Thore bei 
der Windmùhle ist ein Grund, wo der Feind anschleichen kann; 
um das zu verhindern, mûsste man aus der Capitale des ver- 
deckten Weges mit einer Communication herausgehen , eine 
Flèche gegen den Grund legen und solche miniren lassen. Im- 
gleichen mûsste das Polygon, von welchem man sâhe, dass es 
der Feind attaquiren wollte, mit Rameaux gespicket werden, 
nicht allein aufder Capitale des bedeckten Weges, sondern auch 
auf den Faces, der bedeckte Weg mit Dreipfûndern defendiret 
und das Uebrige der Défense nach den Regeln prosequiret werden. 

Potsdam, den 1. November 1755. 






XXI. 

INSTRUCTIONEN 

FUR 

DEN GENERAL-FELDMARSCHALL 
VON LEHWALDT, 

ALS GENERAL EN CHEF VON DEN SÂMMTLICHEN 
IN PREUSSEN STEHENDEN TRUPPEN, 

WA8 DKRSELBE, 

NACH DEM IHM GEGEBENEN PLEIN -POU VOIR, 

BEI DASELBST VORFALLENDEM KRIEGE ZU THUN UND ZU 

BEOBACHTEN HAT. 



MILITAIRISCHE INSTRUCTION 

FUR 
DEN GENERAL - FELDM ARSCHALL VON LEHWALDT,* 

ALS 

GENERAL EN CHEK VON DEN SÀMMTLICHEN 
IN PREUSSEN STEHENDEN TRUPPEN. 

WAS DERSELBE, NAGH DEM 1RH UEGEBENEN PLEIN -PO VOIE, BEI OASELBST 
VORFALLENDEM KRIEGE ZU THON UND EU BEOBACHTEN HAT. 



liachdem die jetzigen Zeitl&ufte in Europa sich dergestalt ver- 
ândert haben, dass durch einige zwischen verschiedenen Puis- 
sances getroffene neue Alliances das ganze vorige Systema sich 
xum hochsten alteriret bat, so finde Ich fur nôthig, Euch zuvor- 
derst kùrzlich au fait zu setzen, wie die Sachen zeither gegangen 
sind und warum Ihr dièse Ordres eigentlich bekommet. * 

Es ist Eucb schon bekannt, welchergestalt Icb Mich mit Eng- 
land alliiret habe und dass darauf der ôsterreichische Hof , aus 
Hass gegen Meine mit England getroffene Convention, die Partie 
genommen sicb mit Frankreicb zu alliîren. Es hat zwar Russ* 
land mit der Krone England einen Subsidien - Tractât geschlos- 
sen, Icb habe aber aile Ursache zu glauben, wie solcher Tractât 
von Russland wieder gebrochen worden, und dass selbiges viel- 
mehr sich zur ôsterreichischen Partie geschlagen und mit solcher 
gefâhrliche Concerts genommen hat. Dièses ailes aber wurde 

» Siehc Band IV., S. 34, 35, 38, no und 170—173. 



202 XXL (I.) MILITAIRISCHE INSTRUCTION 

Mich noch nicht in Bewegung gebracht haben, wenn Ich nicht 
durch viele gute Canâle und auch selbst durch den Anmarsch der 
russischen und der osterreichischen Truppen merkete, dass die 
Absicht darunter auf Mich zielete, indem die Russen ein grosses 
Corps Truppen zusammenziehen , so theils bei Riga, theils bei 
Mi tau ihre Là'ger nehmen sollen. 

Ich bin bis Dato nicht im Stande, Euch eine exacte Liste von 
der Starke dièses Corps zu communiciren ; das Spargement aber 
davon ist, dass es aus regulâren und irregul&ren Truppen beste- 
hen soll. Wie Ihr aber wohl wisset , dass die Sachen von weiten 
sehr viel grosser ausgeschrîen werden aïs sie sind, ûberdem au 
der completen Zahl der Regimenter vieles und eine grosse Anzahl 
fehlet, so ist wohl zu prâsumiren, dass von der angegebenen sehr 
grossen Anzahl gar viel abzurechnen sein wird. 

Ich glaube inzwischen, dass, da unter den in Preussen ste- 
henden Regimentern sehr viele Kurlà*nder sind, Ihr, wenn Ihr 
einige davon unter dem Prétexte eines Urlaubes nach Kurland 
schicken, oder aber, welches Ich noch fur besser halte, verkleidet 
dahin gehen lassen werdet, es sodann leicht moglich sein wird, 
dass Ihr die wahre Disposition und die wahre Force von diesen 
Leuten werdet erfahren kônnen. 

Aus diesen Ursachen nun halte Ich fur ohnumgânglich nôthig, 
dass zuvôrderst Ihr, wie Ich Euch schon geschrieben, das Kal- 
ueinsche Régiment zu Kônigsberg behaltet, weil es am weitesten 
zu marschiren hat, und dass deranàchst Ihr keinen von den etwa 
Beurlaubten der Regimenter ûber die Russe gehen lasset 

Das Régiment Land- Milice oder Hulsensche Garnison -Régi- 
ment sollet Ihr den i5. Juli zusammenkommen lassen, unter dem 
Prétexte, weil es lange nicht exerciret worden w£re, auf einen 
Monat exerciret zu werden, und sollet Ihr solches in der Gegend 
von Tilsit compagnieweise in die Dôrfer verlegen, allvvo sie exer- 
ciret werden. Im F ail Ihr nun noch nâhere Ordre von Mir be- 
kommen werdet, so kônnet Ihr dièses ganze Régiment in Meniel 
werfen, um das Lucksche Garnison -Régiment dadurch abzu- 
lôsen, von welchem Ihr ein Bataillon in Pillau, das andere aber 
in Kônigsberg legen konnet. Wenn aber vorgedachtes Hulsensche 
Milice -Régiment in Memel geleget wird, so mûsset Ihr darauf 



f 



FUR DEN FELDMARSCHALL VON LEHWALDT. 2o3 

besorgen, dass aile fur selbiges bencithigte Vivres, als Getreide, 
Mehl, Malz, Bier, Brandwein, Speck, Oel uad dergleichen mehr, 
zur Constitution auf ein Jahr, vom Lande daherein nach Memel 
gebracht werden mûssen, damit solches von allem dergleichen 
fourniret seî. a 

Weil der Oberst von Luck nicht Kopf mehr bat, so ûberlasse 
Ich Euch, was fur einen Officier lhr statt dessen nach Memel 
schicken wollet, um allda die Stelle von Commandanten zu fiih- 
ren, welches aber ein Mann sein muss, der Kopf und Vernunft 
hat, der aber nicht gesund genug mehr ist, um in der Armée die- 
nen zu konnen. b 

Was die Leute anbetrifft, welche die Regimenter, nach der 
Euch gegebenen Oekonomischen Instruction, aus den Cantons 
mit einziehen sollen , da kônnet lhr solche mit nach Kônigsberg 
zu dem einen Bataillon von Luck Iegen, die bei solchem mitexer- 
ciret werden konnen , und zu welchem lhr suchen sollet einige 
alte abgedankte Officiere zu bekommen, wenn es auch nur zwei 
per Compagnie sind, die solche Leute exerciren und nur einiger- 
massen zu recht bringen. Damit es ihnen auch an dem Benothig- 
ten nicht fehle, so habe Ich dem Major und Flûgel-Adjutanten 
von Krusemarck aufgegeben, dass derselbe Euch fur vier Batail- 
lons Gewehr, Patrontaschen und Zubehôr schicken soli. 

Angehend die doppelten Ueber-Completen der Regimenter, 
da konnet lhr solche bei den Regimentern mit einstellen und ihnen 
Gewehr und Taschen geben, so doch einîgermassen mitbilft, um 
die Regimenter starker zu machen. 

Wegen der Dragoner-Regiipenter glaubelch, dass solche ihre 
zehn neuen Ueber-Completen auch noch wohl von den Pferden 
im Tilsitschen District beritten machen konnen. Wenn sclbige 

• Zu dieser Stelle hat der Konig mit eigener H and Folgendes an den Kand 
çeschrieben : • Und weil bei der Stadt Memel an theil» Orten der Wall was 
•ebouliret ist, so muss solches in der Geschwindigkeit mit Pallisaden und so 
•gut es die Zeit zulasset befestiget werden. • 

b Der Konig hat tu dieser Stelle Folgendes ara Rande hinzugefugl : «Es ist 
'dorten der vom Ganitiischen Régiment verabschiedete Major von Rummel, so 
■ein ttichtiger Officier ist, und aile Qualitat zu solchem Posten hat, dem Ich 

• den ChAracter von Oberst- Lieutenant conferiren will und den lhr zu dièse m 

* Posten werdet sehr wohl gebrauchen konnen. • 



M XXI. (I.) MILITAIRISCHE INSTRUCTION 

auch nicht Carabiner und Pistolen haben, so ist genug, wcnn sie 
nur Degen bekoinmen, die ihnen von den alten Degen, so die 
Regimenter abgegebeu haben, vorerst gegeben werden kônnen. 

Ihr empfanget hierbei die Liste von den Regimentem, so Ich 
zu Euch nach Preussen marschiren lassen werde; nach solcber 
werdet Ihr neun und zwanzig Bataillons und dreissig Escadrons 
Dragoner und dreissig Escadrons Husaren haben. Ich habe auch 
befohlen, dass Euch noch fôrdersamst tausend Centner Pulver 
von Berlin aus geschicket werden sollen. tt Ueberdem habet Ihr 
noch einiges altes Gewehr dorten vorrâthig, wovon Ihr tausend 
Stûck oder mehr unter die litthauischen Bauern austheilen las- 
sen konnet , so wie Ihr es darunter zu disponiren fur gut finden 
werdet. 

Die Garnison -Regimenter von Sydow und von ManteufFel 
mûsset Ihr bei Eurem Corps d'armée mit in das zweite Treffen 
einstellen, aïs weshalb selbige ihre Zelte und Feld- Equipages 
schon bekommen haben; die Pferde dazu, und was deshalb nô- 
ihig ist, mûssen vom Lande genommen werden. 

Was die wirklichen Kriegs- Opérations betrifft, so gebe Ich 
Euch hierdurch und kraft dièses Plein- pouvoir, ailes zu thun 
und zu lassen, was Ihr bei dieser Gelegenheit fur Meinen Dienst 
zu thun gut finden werdet, indem Ich Mein vollkommenes Ver- 
trauen in Eure Mir bekannte Habileté und redliche Gesinnung 
gesetzet habe. 

Ihr mûsset Euch vorstellen, dass es Euch ohnmôglich wer- 
den wird, bei Mir um etwas anzufragen, und dass mithin Ihr 
ailes, wie man sagt, auf Eure Hôrner nehmen mûsset. Es kann 
nicht fehlen, dass wenn der Krieg dort ausbricht, es mit solchem 
auch gewiss hiesiger Orten, in Schlesien und Bôhmen gescheheii 
musse, und Ich meinerseits mit den Feinden werde vollauf zu 
thun haben, auch es Euch wegen der Entfernung ohnmôglich 
sein wird, ûber ailes, was zu thun ist, schreiben und anfragen 
zu kônnen. 

Hierbei muss Ich Euch benachrichtigen , dass dieRussen nicht 
nur eine starke Armée zu Lande, sondera auch iïberdem ihre 

* Raûdbemerkung des Kônjgs : • Die Cartouchen- und Patronhûlsen fur Ka- 
noncn , Infanterie uud Husaren miissen ohngesaumt gefiiJlct werden. • 



FUR DEN FELDMARSCHALL VON LEHWALDT. 206 

Flotte und vierzig Galeeren ausgcriïstct haben, in der Intention, 
auf den preussischen Kûsten Descentes zu thun. Ich zweifle, 
dass sie in das Kurische Haff kommen werden , wenn sie nicht 
zuvor Memel nehmen; desgleichen zweifle Ich, dass sie in das 
Frische HafT kommen werden, weil die Garnison inPillau, wenn 
selbige sonst vigilant ist, sie davon abhalten kann. 

Es sind aber dorten Oerler, aïs exe m pli gratia St. Lorcnz, 
Falkenstein und die Gegend von Fischhausen, die Mir zwar nicht 
bekannt sind , wo Ich aber glaube , dass Descentes unternommen 
werden konnen, welches Ihr jedoch am besten erfahren kônnet, 
ob Galeeren dort aulanden konnen oder nicht. Auch konnen die 
Russen Débarquements in Polnisch-Preussen bei OU va machen, 
um entweder einen Einfall in das Lauenburgische und Bûtowsche 
zu thun, oder vielleicht Euch von der Seite von Marienwerder 
in den Rûcken zu kommen. 

Ich supponire hier die schlimmsten Cas, so geschehen kon- 
nen, obwohl bekannt ist, dass dergleicben Transports und Lan* 
dungen sehr misslich und die Kûsten dazu nicht favorable sind. 

Was die wirklichen Opérations angehet, so kommt es darauf 
an , was die Russen fur eine Partie nehmen werden. So viel kann 
Ich Euch voraus sagen, dass sie die schlechtesten Générale ha- 
ben, und dass der zum Commando benannte General Apraxin 
so schlecht wie moglich ist, so dass Ihr daher nicht viel zu be- 
fiirchten haben werdet. Wenn die Leute méthodiquement agi- 
ren wollen , so sind zwei Sachen : 

i. Memel zu belagern und zu nehmen, um ihre Galeeren und 
Lebensmittel lângs der Kûste an sich zu ziehen und lângs dem 
Strande ihre Lebensmittel bei sich zu haben, um zu sehen ïiber 
die Russe zu gehen. Wofern solches ihr Project ist, so ûberlasse 
Ich zwar ailes Eurer Disposition , zu agiren wie Ihr es gut finden 
werdet; aber Meine Idée wâre dièse, dass Ihr mit der Armée 
hinter die Russe marschiret und einen Larm aussprenget, dass 
Ihr Euch bei Anmarsch des Feiudes zurûck nacli Kônigsberg zie- 
hen wiirdet, um allda, weil Ihr zu schwach wâret, Suceurs zu 
erwarten, als welches Ihr dem Fcinde dureli abgeschickte Spione 
beibringen lassen îniisset. Euer wahres Dessein aber muss sein, 
sowie der Feind ûber die Russe gehet, dcnselben auzugreifen. 



ao6 XXI. (I.) MIL1TAIRISCHE INSTRUCTION 

Euer Corps ist zwar schwach, wenn lhr sie aber nur auf eincm 
Fltigel attaquiret und den andern zuruckhaltet,* so mâche Ich 
Mîr die Hoflhung, dass Ibr mit ihnen schon fertig werden sollet. 
absonderlich , wenn Eure Cavallerie Gelegenheit bat, die feind- 
liohe gleich ùber den Haufen zu werfen und , wie solche weggc- 
jagt ist, aich sofort auf das zweite Treffen von der russischen 
Infanterie zu repliiren. Ich sage mit Bedacht auf das zweite 
Treffen, indem die Russen ordinttr pflegen in der Flanke spa- 
nische Reiter zu haben. 

Dièses aber sind lauter Sachen, da Ibr sehen m fisse t, was da- 
bei zu thun ist und wie lhr Eure Disposition zu macben habet, 
indem Ich nicht vorher sagen kann , ob sie gegenw&rtig spanischc 
Reiter haben oder nicht, da es sonsten ihre Gewohnheît gewe- 
sen ist. 

Sollle solche Action , wie Ich nicht daran zweifele , glûcklich 
von Statten gehen, so werdet Ibr sie bald nach Kur- undLief- 
land zurûckjagen kônnen und die Menge der Gefangenen wird 
gross sein. Ich sollte glauben, dass, wenn Eure Cavallerie das 
ihrige thut, sodano die russische Armée miïsste geschlagen wer- 
den, ehe unsere Infanterie noch nicht recht zum Feuern kommt. 

Sollte der Feind auch Memel genommen haben, so wurde sol- 
ches bald wieder hîeher fallen, indem der Feind nicht die Zeit 
gehabt, die Brèches in Ordnung zu bringen. 

Dafern aber die Action nicht den guten Success haben sollte, 
wie Ich es doch wûnsche und glaube, so ist das Litthauiscbe^ 
ein so coupirtes Land , dass lhr Euch allemal hinter neuen Dé- 
filés wieder setzen und die Leute wenigstens werdet sehr aufhal- 
ten kônnen. c 

Der Punct aber, welchen lhr am hôchsten in Acbt nehraen 
mùsset, ist der, nicht auf grossen weiten Plainen, da der Feind 
Eure beiden Flûgel attaquiren kann, mit ihm zu schlagen, son- 

* Siehe Band XX VU. m, Scite a 7 4; Band XX VIII. , Scite 7 4, und obeo. 
Seite 55. 

b Zusatz am Rande : • Und ganz Preussen. • 

<• Am Rande steht von des Konigs Hand : • Der Marsch nach Marienwerdrr 
und Elbing giebt %\\ vielen Chicanen Gelegenheit. • 



FUR DEN FELDMARSCHALL VON LEHWALDT. 207 

dem an Orten, da das Feld serré ist, dass er sich nicht breiler 
prifcsentiren kann, wie Ihr.* 

Wenn aber die Action einen guten Success haben soHte und 
Ihr den Feind iiber die Granzen getrieben, so ist zu verrou then, 
dass der russische General Euch einen Trompeter schicken wird , 
uin sich nach Leuten zu erkundigen, davon er nicht wciss, ob 
sîe todt oder gefangen sind. Da konnet lhr denn bei solcher Ge- 
legenheit dem russischen Générale zuruckschreiben , wie lhr be- 
klagtet, dass die gute Harmonie, so zu Peters I. Zeiten zwischen 
Preussen und Russland gewesen, durch die Intriguen ûbel inten- 
tionirter Hofe wâre gestoret worden, dergestalt, dass es zwîsclien 
beiden Reichen zum Kriege gekommen sei , dass beide eigentlich 
nichts mit einander zu theilen noch zu streiten hatten und lhr 
also glaubtet, dass, wenn man von Seiten Russlands sich nicht 
mehr von (alschen Freunden blenden lasscn wollte, es sodann 
leicht zum Friedensschluss und zur Wiedejrherstellung der vori- 
gen guten Harmonie gelangen kônnte. Wie lhr denn gedachtem 
russischen Générale wohl so viel zu wissen thun konntet, dass 
lhr mit aller Vollmacht versehen waret, um zu einem solchen, 
lïir beide Reiche heilsamen Werke schreiten zu kônnen. 

Das zwette Project des Feindes kann sein, dass er mit sei- 
nen regularen Truppen auf der Grânze slehen bleiben, von allen 
Seiten aber irregulâre Truppen und Tartaren in Preussen ein- 
schicken wollte, um zu ravagiren und zu brennen. In solchem 
Falle mûsset lhr mit der Armée an dem Orte, wo lhr es am 
convenablesten finden werdet, stehen bleiben und die Husaren 
allein agiren lassen, um die armirten Bauern zu unterstiitzen. Ihr 
musset aber dem ohnerachtet die Husaren nicht weiter von Euch 
lassen , als dass Ihr solche jedesmal wieder zu Euch ziehen kën- 
net, wofern indess die russische Armée weiter einbrâche. 

Wenn Ihr an Mich was zu schreiben habet, so mûsset Ihr sol- 
ches en chiffre thun und schicken selbiges mit eincm Feldjager 
durch Polen iiber Glogau an Mich ; zu dem Ende Ich Euch ein 

* Zanati des Konigs «m Rande : • Wor cr nicht uberfliigeln kann , alsdann 
• hilft ihm seine Mengc nicht. Eine grosse Fronte ist fiir ans gefahrlich; aber 
•vicie Linien hrîngen den Feind in noch grossere Confusion, «ils wenn er auf 
•iwei Treffen stiinde. » 



208 XXI. (L) MILITAIRISCHE INSTRUCTION. 

Détachement von preussischen Jiigern, die aile polniseh kônnen* 
zusenden lassen werde, davon Ihr denn auch nôthigen Falls und 
wenn es die UmsUtnde erfbrdern, einen oder andem verkleidet 
durch Polen schicken konnet. 

Uebrigens dient Euch noch zur Nachricht, wie Ich mit Eng- 
land in Négociation stehe, damit selbiges Mir von seiner See- 
macht eine Escadre in die Ostsee schicke. Ob nun solches ge- 
schehen werde oder nicht, davon bin Ich noch ungewiss, werde 
Euch aber davon weiter benachrichtigen. 

Wenn es wirklich zum Kriege kommen sollte , so habt Ihr 
dièse Instruction den General - Lieutenants , so unter Euch com- 
mandiren, vorzulescn, auf dass sie wisscn, wie Ich Mein gëm- 
liches Vertrauen auf Euch gesetzet und Euch die Autorité gege- 
ben habe, welche Ich haben wiïrde, wenn Ich selbst gegenwârtig 
dort w&re, und dass ferner sie en gros Meine Idées wisseii und 
begreifen môchten, wie nothwendig es sei, dass jeder sein Àeus- 
serstes daran setzete, damit die Armée keine Schande lit te und 
das Land von dem sonst ohnausbleiblichen Ruine errettet werde. 

Gegeben Potsdam. den a3. Juni ij5G. 

(L. S.) FftIDERICH. 



II. 

ÔKONOMISCHE INSTRUCTION 

FUR 

DEN GENERAL - FELDM ARSCHALL VON LEHWALDT, 

WAS