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Full text of "Vie de Henri Brulard [par] Stendhal. Publiée intégralement pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque de Grenoble par Henry Debraye"

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PARI S 

I.IHIUIRIE ANCIENNE IIONOIIÊ ET ÉDUUVUD CHAMPION 
5, QvKt Malaqlais. VI* 

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ŒUVRES COMPLÈTES 



DE 



STENDHAL 

PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION 

D'EDOUARD CHAMPION 



ŒUVRES COMPLÈTES 



DE 



STEXDHAL 



VIE DE HENRI BRULARD 



TOME SECOND 



fL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE : 

Dix exemplaires sur papier de Chine, numérotés de 1 à 10, 
contenant une double suite des planches horx texte tirées sur 
Japon Impérial. 

Vingt-cinq exemplaires sur papier des manufactures impé- 
riales du Japon, numérotés de lia 35, contenant une double 
suite des planches hors texte tirées sur Japon Impérial. 

Cent exemplaires sur papier de Hollande, numérotés de 
36_ à 135, contenant une double suite des planches hors texte 
tirées sur Japon Impérial. 

Onze cents exemplaires sur papier vélin pur fil des Pape- 
teries de Voiron, numérotés 136 à 1235. 



Exemplaire A" \.^ yf ^ é 



KEPRODUCTION INTERDITE 




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STKNDIIAI, 



VIE 



DE 



HENRI BRULA H 1) 

PLKLIËE INTÉGRALEMENT l'OLK LA l'KEMiÈltE FOIS 
D'aPKÈS les manuscrits de la BIBLIOTHÈQLE de GRENOBLE 



PAR 



HENRY DEBRAYE 

Ancien élève de l'École des chartes 
Archiviste de la ville de Grenoble 



TOME SECOND 

AVHC ANNEXES, APPENDICES, TABLES 
ET CINQ PLANCHES HORS TEXTE 





PARI S 

I.IISKAIIUK WCIENNi: IION0IU-: KT l'DOrvHI» CIIVMI'KiN 

5, Qlai Malaqlais, VI* 

1913 



MU 



CHAPITRE XXX* 



Je vois aujourd'hui qu'une qualité coininune à 
tous mes amis était le naturel ou l'absence de l'hypo- 
crisie. M'"^ \'ionon et ma tante Séraphic m'avaient 
donné, pour cette première des conditions de succès 
dans la société actuelle, une horreur qui m'a bien 
nui et qui va jusqu'au dégoût physique. La société 
prolongée avec un hypocrite me donne un commen- 
cement de mal dé cœur (comme, il y a un mois, 
l'italien du chevalier Xaytall oblige la comtesse 
Sandre à desserrer son corset). 

Ce n'était pas par le naturel que brillait le pauvre 
Grand-Dufay, garçon d'infiniment d'esprit ; aussi 
ne fut-il jamais que mon ami littéraire, c'est-à-dire 

DkL'I.AKI) II. i 



STENDHAL 



rempli de jalousie chez lui, et chez moi de défiance, 
et tous deux nous estimant beaucoup. 

Il remporta le premier prix de grammaire géné- 
rale la même année, ce me semble, que je rempor- 
tais le premier prix de belles-lettres. Mais quelle 
fut cette année ? Fut-ce 179G ou 1795* ? J'aurais 
grand besoin des archives de la Préfecture ; nos 
noms étaient imprimés en pancarte in-folio et alfi- 
chés. La sage loi de M. de Tracy environnait les 
examens de beaucoup de pompe. Ne s'agissait-il 
pas de l'espoir de la patrie ? C'était un enseigne- 
ment pour le membre de l'administration départe- 
mentale, produit moral du despotisme de M"^^ D^^ 
Barry, autant que pour l'élève. 

Qu'y avait-il à faire, en 1796, de tous les hommes 
qui avaient plus de vingt ans ? Sauver la Patrie du 
mal qu'ils étaient disposés à lui faire, et attendre 
tant bien que mal leur death *. 

Cela est aussi vrai que triste à dire. Quel allége- 
ment pour le vaisseau de l'Etat, en 1836, si tout 
ce qui a plus de cinquante ans passait tout d'un 
coup ad patres ! Excepté, bien entendu, le Roi, ma 
Femme et Moi. 

Dans une des nombreuses illuminations qui 
avaient lieu tous les mois, de 1789 à 1791, un bour- 
geois mit ce transparent : 



VIVE 
LE ROI 

MA lEMME ET MOI* 



VIK DE lîENni RRI'T.Aril) 



(■■Iraiid-Diifay, l'aîné de quatre ou liiiq frères, 
ri ail un pot il rire maigre et peu fourni do cliairs, 
avec une grosse tête, une figure fortement marquée 
<le jietite vérole et cependanl fort rouge*, des 
yo\ix hrillants, mais faux et ayant un peu la viva- 
cité in(piiétante du sanglier. Il était cauteleux et 
jamais imprudent dans ses propos, toujours occupé 
à louer mais avec les termes le plus mesurés pos- 
sible. (^11 aurait dit un membre de l'Institut. Du 
reste, do l'esprit le plus vif et saisissant admirable- 
ment les choses, mais dès cet âge si tendre dévoré 
d'ambition. 11 était le lils aîné et l'enfant ffâté 
{terme du pays) d'une mère du même caractère, 
et ce n'était pas sans raison : la famille était pauvre. 

Quel admirable P (c'est-à-dire avocat géné- 
ral vendu au pouvoir et sachant colorer les injustices 
les plus infâmes) Dufay n'eût-il pas fait * ? 

Mais il ne vécut pas et, à sa mort, à Paris, vers 
1803, j'aurai à m'accuser d'un des plus mauvais 
sentiments de ma vie, d'un de ceux qui m'ont fait 
le plus hésiter à continuer ces Mémoires. Je l'avais 
■oublié depuis 1803 ou 1804, époque de cette mort. 
Il est singulier de combien de choses je me souviens 
depuis que j'écris ces Confessions. Elles m'arrivent 
tont-à-coup, et il me semble ([uc je les juge avec 
impartialité. A chaque instant je vois le mieux que 
je n'ai pas fait. 

Mais qui diable aura la patience de les lire, ces 
choses ? 



STENDHAL 



Mes amis, quand je sors dans la rue avec un 
habit neuf et bien fait, donneraient un écu pour 
qu'on me jetât un verre d'eau sale. La phrase est 
mal faite, mais la chose est vraie (j'excepte, bien 
entendu, l'excellent comte de Barrai ; c'est le carac- 
tère de La Fontaine). 

Où se trouvera le lecteur qui, après quatre ou 
cinq volumes de je et de moi, ne désirera pas c[u'on 
me jette, non plus un verre d'eau sale, mais une 
bouteille d'encre ? Cependant, ô mon lecteur, tout 
le mal n'est c{ue dans ces sept* lettres : B,R,U,- 
L,A,R.D, qui forment mon nom, et qui intéressent 
mon amour-propre. Supposez que j'eusse écrit BER- 

« 

NARD, ce livre ne serait plus, comme le Vicaire de 
Wakefield (mon émule en innocence), qu'un roman ' 
écrit à la première personne. 

Il faudra tout au moins que la personne à laquelle 
j'ai légué cette œuvre posthume en fasse abréger 
tous les détails par quelque rédacteur à la dou- 
zaine, le M. Amédée Pichot ou le M. Courchamp de 
ce temps-là. On a dit c[ue l'on ne va jamais si loin 
en opéra d' incJiiostro* que quand on ne sait où 
l'on va ; s'il eu était toujours ainsi, les présents 
Mémoires, qui peignent un cœur cVIiomnie, comme 
disent MM. Victor Hugo, d'Arlincourt, Soulié, Ray- " 
mond, etc., etc., devraient être une bien belle chose. - 
Les je et les moi me bourrelaient hier soir (14 jan- 
vier 1836) pendant que j'écoutais le Moïse de Rps- 
sini. La bonne musique me fait songer avec plus 



VIF. DE IIKNRI BUrr.M! I) 



<l'intcnsité et de clarté à ce <nii m'occupe. Mais il 
faut pour cela que le temps du jugement soit passé ; 
il y a si longtemps que j'ai jugé le Moïse (en 182.'}) 
que j'ai oublié le prononcé du jugement, et je n'y 
pense plus ; je ne suis plus que V Esclave de V An- 
neau, comme disent les Nuits arabes*. 

Les souvenirs se multiplient sous ma plume. 
Voilà que je m'aperçois que j'ai oublié un de mes 
amis les plus intimes, Louis Crozet, maintenant 
ingénieur en chef, et très digne ingénieur en chef, 
à Grenoble, mais enseveli comme le Baron enterré 
i^is-à-i^is de sa femme * et par elle noyé dans 
l'égoïsme étroit d'une petite et jalouse bourgeoisie 
d'un bourg de la montagne de notre pays (La 
Mure, Corps ou le Bourg d'Oisans). 

Louis Crozet était fait pour être à Paris un des 
hommes les plus brillants ; il eût battu dans un 
salon Koreiï, Pariset, Lagarde, et moi après eux, 
s'il est permis de se nommer. Il eût été, la plume 
à la main, un esprit dans le genre de Duclos, l'auteur 
de V Essai sur les Mœurs (mais ce livre sera peut- 
être mort en 1880), l'homme qui, au dire de d'Aleni- 
bert, ai'ait le plus d'esprit dans un temps donné. 

C'est, je crois, au latin (comme nous disions), 
chez M. Durand, que je me liai avec Crozet, alors 
l'enfant le plus laid et le plus disgracieux de l'Ecole 
centrale ; il doit être né vers 1784*. 

Il avait une figure ronde et blafarde, fort marquée 
de petite vérole, et de petits yeux bleus fort vifs, 

Brllaud II. 1. 



6 STENDHAL 

mais avec des bords attaqués, érailiés par cette 
cruelle maladie. Tout cela était complété par un 
petit air pédant et de mauvaise humeur ; marchant 
mal et comme avec des jambes torses, toute sa 
vie l'antipode de l'élégance et par malheur cher- 
chant l'élégance, et avec cela 

Un esprit tout divin. (La Fontaine.) 

Sensible rarement, mais, quand il l'était, aimant 
la Patrie avec passion et, je pense, capable d'hé- 
roïsme s'il l'eût fallu. Il eût été un héros dans une 
assemblée délibérant sur Hampden, et pour moi 
c'est tout dire, (Voir la Vie de Hampden, par lord 
King ou Dacre, son arrière-petit-fils*.) 

Enhn, c'est, sans comparaison, celui des Dau- 
phinois auquel j'ai connu le plus d'esprit et de 
sagacité, et il avait cette audace mêlée de timidité 
nécessaire pour briller dans un salon de Paris ; 
comme le général Foy, il s'animait en parlant. 

Il me fut bien utile par cette dernière qualité 
(la sagacité) qui naturellement me manquait tout- 
à-fait et que, ce me semble, il est parvenu à m'ino- 
culer en partie. Je dis en partie, car il faut toujours 
que je m'y force. Et si je découvre quelque chose, 
je suis sujet à m'exagérer ma découverte et à ne 
plus voir qu'elle. 

J'excuse ce défaut de mon esprit en l'appelant : 
effet nécessaire et sine qua non d'une sensibilité 
extrême. 



VIK DF. Il EN ni lîin.L.VnD 7 

Quand une idée se saisit trop de moi au milieu 
de la rue, je iowhc. Exemple : rue de la Rochelle, 
près la rue des Filles-Saint-Thomas, unique chute 
pendant cinq ou six ans, causée, vers 1826, par ce 
problème : M. Debelleyme doit-il ou ne doil-il 
pas, dans l'intérêt de son ambition, se faire nommer 
député ? C'était le temps où M. Debelleyme, préfet 
de police (le seul magistrat populaire du temps des 
Bourbons de la branche aînée), clierchait mala- 
droitement à se faire député *. 

Quand les idées m'arrivent au milieu de la rue, 
je suis toujours sur le point de donner contre un 
passant, de tomber ou de me faire écraser par les 
voitures. Vers la rue d'Amboise, un jour, à Paris 
(un trait entre cent), je regardais le D'" Edwards 
sans le reconnaître. C'est-à-dire, il y avait deux 
actions ; l'une disait bien : Voilà le D'^ Edwards ; 
mais la seconde, occupée de la pensée, n'ajoutait 
pas : Il faut lui dire bonjour, et lui parler. Le 
docteur fut très étonné, mais pas fâché ; il ne 
prit pas cela pour la comédie du génie (comme 
l'eussent fait MM. Prunelle, ancien maire de Lyon, 
l'homme le plus laid de France, Jules-César Boissat, 
l'homme le plus fat, Félix Faure, et bien d'autres 
de mes connaissances et amis). 



J'ai eu le bonheur de retrouver souvent Louis 
Crozet, à Paris, en 1800; à Paris, de 180.3 à 1806; 



8 STENDHAL 

à Plancy, de 1810 à 1814, où je l'allais voir et où 
je mis mes chevaux en pension pendant je ne sais 
quelle mission de l'Empereur. Enfin, nous cou- 
châmes dans la même chambre (hôtel de Ham- 
bourg, rue de l'Université) le soir de la prise de 
Paris en 1814, De chagrin il eut une indigestion 
dans la nuit ; moi, qui perdais tout, je considérais 
davantage la chose comme un spectacle. Et d'ail- 
leurs, j'avais de l'humeur de la stupide correspon- 
dance du duc de Bassano avec moi, quand j'étais 
dans la 7^ division militaire avec ce vieillard rim- 
hamhito *, M. le comte de Saint- Vallier. 

J'avais encore de l'humeur, je l'avoue à la honte 
de mon esprit, de la conduite de l'Empereur avec 
la députation du Corps législatif, où se trouvait 
cet imbécile sensible et éloquent nommé Laisné (de 
Bordeaux), depuis vicomte et pair de France, mort 
en 1835, en même temps que cet homme sans cœur, 
absolument pur de toute sensibilité, nommé Rœ- 
derer. 

Avec Crozet, pour ne pas perdre notre temps en 
bavardage admiratif de La Fontaine, Corneille, ou 
Shakespeare, nous écrivions ce que nous appelions 
des Caractères (je A'oudrais bien en voir quelqu'un 
aujourd'hui). 

C'étaient six ou huit pages in-folio rendant 
compte (sous un nom supposé) du caractère de 
quelqu'un de notre connaissance à tous deux à un 
jury composé d'Helvétius, Tracy et Machiavel, ou 



vit; df. hf.nri brulard :> 

llolvétius, Montos([iiieii ot Sluilcrsponro. Tcllos 
élaient nos adiniiations d'alors. 

Nous lûmes ensemble Adam Smith el .T.-lî. Say, 
v\ nous abandonnâmes cette science comme y 
trouvant des iioiuts obscurs ou même contradic- 
toires. Nous étions de la première force en mathé- 
matiques, et après ses trois ans d'Ecole polytech- 
nique Crozet était si fort en chimie qu'on lui ollrit 
une place analogue à celle de M. Iliénard (aujour- 
d'hui pair de France mais, à nos yeux d'alors, 
homme sans génie ; nous n'adorions que Lagrange 
et Monge ; Laplace même n'était pres(pie, pour nous, 
qu'un esprit de lumière destiné à faire comprendre, 
mais non à inventer). Crozet et moi nous lûmes 
Montaigne, je ne sais combien de fois Shakespeare de 
Letourneur (quoique nous sussions fort bien l'anglais). 

Nous avions * des séances de travail de cinq 
ou six heures après avoir pris du café à l'hôtel de 
Hambourg, rue de l'Université, avec vue sur le 
Musée des Monuments français, charmante créa- 
tion, bien voisine de la perfection, anéantie par 
ces plats B ourb ons. 

11 y a orgueil peut-être dans la ([ualification 
d'excellent mathématicien à ludi attribuée ci- 
dessus. Je n'ai jamais su le calcul dilférentiel et 
intégral, mais dans un temps je passais ma vie à 
songer avec plaisir à l'art de mettre en ('(inatiun, 
à ce que j'appellerais, si je l'osais, la métaphysiipie 
des mathématiques. J'ai remporté le premier prix 



10 STENDHAL 

(et sans nulle faveur ; au contraire, ma hauteur 
avait indisposé) sur huit jeunes gens qui, un mois 
après, à la fin de 1799, ont tous été reçus élèves de 
l'Ecole polytechnique. 

J'ai bien eu avec Louis Crozet six à huit cents 
séances de travail improbus, de cinq à six heures 
chacune. Ce travail, sérieux et les sourcils froncés, 
nous l'appelions piocher, d'un mot en usage à 
l'Ecole polytechnique. Ces séances ont été ma véri- 
table éducation littéraire, c'était avec un extrême 
plaisir que nous allions ainsi à la découverte de la 
vérité, au grand scandale de Jean-Louis Basset 
(maintenant M. le baron de Richebourg, auditeur, 
ancien sous-préfet, ancien amant d'une Montmo- 
rency, riche et fat, sans nul esprit, mais sans méchan- 
ceté). Cet être, haut de quatre pieds trois pouces 
et au désespoir de s'appeler Basset, logeait avec 
Crozet à l'hôtel de Hambourg. Je ne lui connais 
pas d'autre mérite que d'avoir reçu un coup de 
baïonnette dans la poitrine. Les revers de son habit, 
un jour que du parterre nous prîmes d'assaut la 
scène du Théâtre Français en l'honneur de M^^^ Du- 
chesnois (mais, bon Dieu ! j'empiète), actrice excel- 
lente dans deux ou trois rôles, morte en 1835 *. 

Nous ne nous passions rien, Crozet et moi, en 
travaillant ensemble ; nous avions toujours peur 
de nous laisser égarer par la vanité, ne trouvant 
aucun de nos amis capable de raisonner avec nous 
sur ces matières. 



VIK DE HENRI niîUI.ARD 11 

Ces amis étaient les deux Basset, Louis de 
Banal (niuu auu iuUiiif, anu intime aussi de Louis 
Crozet), Plana (professeur à Turin, membre de 
toutes les Académies et de tous les ordres de ce 
pays). Crozet et Plana, tous deux mes amis, étaient, 
pour les mathématiques, d'un an en arrière sur 
moi ; ils apprenaient l'arithmétique tandis que 
j'étais à la trigonométrie et aux éléments d'algèbre. 



CHAPITRE XXXI* 



Mon grand-père n'aimait point M. Dubois-Fonta- 
nelle ; il était tout-à-fait homme de vanité cultivée 
et implacable, homme du grand monde à l'égard 
d'une infinité de personnes dont il parlait en bons 
termes, mais qu'il n'aimait point. 

Je pense ([u'il avait peur d'être méprisé, toul 
considéré, comme littérateur par ce pauvre M. Du- 
bois, qui avait fait une tragédie, la((uolIc avait eu 
'honneur (Kenvoyer sou libraire aux galères. Il 
s'agit <ï Ericie, ou la Vestale*. C'était évidemment 
Ericie, ou la Religieuse, ou la Mélanie de cet intri- 
gant (h^ Laharpe, dont le froid génie avait, je 
pense, volé ce sujet au pauvre M. Dubois-Fonta- 
nelle, toujours si pauvre qu'il avait pris une écri- 
ture horriblement fine pour moins user de papier. 



14 STENDHAL 

Le pauvre M. Dubois alla à Paris assez jeune 
avec Vainour du beau. Une pauvreté constante le 
força à chercher l'utile, il ne put jamais s'élever au 
rang des Jean Sucres de la première ligne, tels que 
Laharpe, Marmontel, etc. Le besoin le força à 
accepter la rédaction des articles politiques du 
Journal des Deux-Ponts, et, bien pis, là il épousa 
une grosse et grande Allemande, ex-maîtresse du 
roi de Bavière Maximilien-Joseph, alors prince 
Max et colonel français. 

Sa fille aînée, fille du roi, fut mariée à un AL Re- 
nauldon, personnage vaniteux, fait exprès pour 
être bon maire d'une grande ville de province. En 
effet, il fut bon maire de Grenoble de 1800 à 1814, 
je crois *, et de plus outrageusement cocufié par 
mon cousin Pelot, le roi des sots, lequel en fut 
déshonoré et obligé de sortir du pays avec une 
place dans les Droits réunis que lui donna le bien- 
faisant Français (de Nantes), financier puissant 
sous l'Empereur et qui donna une place à Parny. 
Je l'ai beaucoup connu comme littérateur sous le 
nom de M. Jérôme*, vers 1826. Tous ces gens 
d'esprit, malheureux dans l'ambition, prennent les 
lettres pour leur pis-aller. Par leur science d'in- 
trigue et leurs amis politiques ils obtiennent des 
semblants de succès et, dans le fait, accrochent des 
ridicules. Tel j'ai vu M. Rœderer, M. Français (de 
Nantes) et même M. le comte Daru *, quand par 
son poème de V Astronomie (publié après sa mort) 



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(/?i7>/. mun. Je Crenohlc: mx If jijij. t. II. fol. .^S.f 



\ I 1 1)1. M I .N Kl IIIU I. AHI) 15 

il se fit asïiocié lihrc di- l'Acatléniic dos Stiences. 
Ces trois huinines de beaucoup «.l'espril, de finesse 
et certaineuïcnL au prcMuier rau;^ des t(jnseillers 
d'i'^tat el des préfels, n'avaieiil jamais \n (itir 
|t(lilo ligure ili- jjjéoniétrif in\riiltc inir moi *, siinplt- 
auditeur, il y a un mois. 

Si, en arrivant à Paris, le pau\re .M. Dubois, qui 
se nomma Fontanelle*, avait trouvé une pension 
de cent louis à condition d'écrire (comme Beethoven 
vers 1805, à \'ienne), il eût cultivé le Beau, c'est- 
à-dire imité non la nature, mais \ oltaire. 

Au lieu de cela, il fut obligé de traduire les 
Métamorphoses d'Ovide * et, bien pis, des livres 
anglais. Cet excellent homme me donna l'idée 
d'apprendre l'anglais et me prêta le premier \olume 
de Gibl)on*, et je vis à cette occasion qu'il pronon- 
çait : Té istonj oj té jall. Il avait appris l'anglais 
sans maître, à cause de la pauvreté, et à coups de 
dictionnaire. 

Je n'ai apj)ris l'anglais que bien des années 
après, quand ]' nwentai dapijrcndre par cœur les 
quatre premières pages du Vicaire de Wakefiehl 
(Ouaikefilde). Ce fut, ce me send)le, vers JSOÔ. 
Quelqu'un a eu la même idée à Rome*, je crois, et 
j»-' iir l'ai su cpi'en 18iô, quand j'accrochai quelques 
Edinburg I{e\'ie\vs en Allemagne. 

M. Duhois-Fontanclle était prescjuc perclus de 
goutte, ses doigts n"a\aicul plus de forme, il était 



16 STENDHAL 

poli, obligeant, serviable, du reste son caractère 
avait été brisé par l'infortune constante. 

Le Journal des Deux-Ponts ayant été conquis 
par les armées de la Révolution, M. Dubois ne 
devint point aristocrate pour cela, mais, chose 
singulière, resta toujours citoyen français. Ceci 
paraîtra simple vers 1880, mais n'était rien moins 
qu'un miracle en 1796. 

Voyez mon père qui, à la Révolution, gagnait de 
prendre rang par ses talents, qui fut premier 
adjoint faisant fonctions de maire de Grenoble, 
chevalier de la Légion d'honneur, et qui abhorrait 
cette Révolution qui l'avait tiré de la crotte. 

Le pauvre et estimable ]\L Fontanelle, abandonné 
par son journal, arriva à Grenoble avec sa grosse 
femme allemande qui, malgré son premier métier, 
avait des manières basses et peu d'argent. 11 fut 
trop heureux d'être professeur, logé, et alla même 
occuper un appartement à l'angle sud-ouest de la 
cour du Collège, avant qu'il ne fût terminé*. 

En B était sa belle édition de Voltaire in-8°, de 
Kehl, le seul d« ses livres que cet excellent homme 
ne prêtât pas. Ses livres avaient des notes de son 
écriture, heureusement presque impossible à lire 
sans loupe. Il m'avait prêté Emile et fut fort inquiet 
parce que, à cette folle déclamation de J.-J. Rous- 
seau : « La mort de Socrate est d'un homme, celle 
de Jésus-Christ est d'un Dieu », il avait joint un 
papillon (bout de papier collé) fort raisonnable et 



\ 1 1 i)i: Il IN i; I iti; i i. \ i; it 17 

foil peu rlo(|iitiil, et <iiii lim^siill |);ii' la niaxitiir 
coiitrairo. 

Ce papillon lui eût beaucoup nui. même aux yeux 
(le mon jjrand-prre. Ou'eut-ce été si mon père l'eut 
\ Il ? \ ers ce temps, mon père n'acheta pas le 
hictionnairc de Bayle, à la vente de notre cousin 
Drier (homme de plaisir). [)oui- ne i>as compromettre 
ma religion, et il me le dit. 

M. Fontanelle était trc)p brisé par le malheur 
et par le caractère de sa diablesse de femme ])our 
être enthousiaste, il n'avait pas la moindre étincelle 
du feu de M. l'abbé Ducros ; aussi n'eut-il guère 
<rinfluence sur mon caractère. 

Il me semble que je suivis le cours avec ce petit 
jésuite* de Paul-KmileTeisseire,legros Marquis (bon 
et fat jeune homme riche de Rives ou de Moirans), 
Benoît, bon enfant r[ui se croyait sincèrement un 
Platon parce que le médecin Clapier lui avait ensei- 
gné l'amour (de l'évêque de Clogher). 

Cela ne nous faisait pas horreur parce que nos 
parents en auraient eu horreur, mais cela nous 
étonnait. Je vois aujourd'hui que ce que nous 
ambitionnions était la victoire sur cet animal 
terrible : une femme aimable, juge du mérite des 
hommes, et non pas le y)laisir. Xous trouvions le 
plaisir partout. \a- sombre HniDÎt ne lit autMin 
prosélyte. 

Bientôt le gros Marquis, un j»eu mon parent, ce 

Driiatii. 11. 2 



18 STENDHAL 

me semble, ne comprit plus rien au cours et nous 
laissa. Il me semble que nous avions aussi un 
Penet, un ou deux Gauthier, minus habens sans 
conséquence*. 

Il y eut à ce cours, comme à tous les autres, un 
examen au milieu de l'année. J'y eus un avantage 
marqué sur ce petit jésuite * de Paul-Emile, qui 
apprenait tout par cœur et qui, pour cette raison, 
me faisait grand peur ; car je n'ai aucune mémoire. 

Voilà un des grands défauts de ma tête : je 
rumine sans cesse sur ce qui m'intéresse ; à force 
de le regarder dans des positions d'âme différentes, 
je finis par y voir du nouveau, et je le fais changer 
d'aspect. 

Je tire les tuvaux de lunette dans tous les sens, 
ou je les fais rentrer, suivant l'image employée par 
M. de Tracy (voir la Logique). 

Ce petit jésuite de Paul-Emile, avec son ton 
doucereux et faux, me faisait grande peur pour cet 
examen. Heureusement, un M. Tortelebeau'*, de 
Vienne, membre de l'Administration départemen- 
tale, me poussa des questions. Je fus obligé d'in- 
venter des réponses et je l'emportai sur Paul-Emile^ 
c|ui seulement savait par cœur le sommaire des 
leçons du cours. 

Dans ma composition écrite, il y eut même une 
espèce d'idée à propos de J.-J. Rousseau et des 
louanges qu'il méritait *. 



\ 1 1: nr, ii r. n i; i n nt i \ i; d 



10 



Tout ce ((ur jiippri'iiiii^ aux Irç-ons i\t' M. 1)m- 
bois-FonfaiiflIc riail. à mes \ciix, coiniur uii<- 
science cxtriiciitc on laii'^sc. 

Je ine croyais du Génie, — où diable avais-jc pris 
celte idée ? — du génie pour le métier de Molière 
et de Rousseau. 

.le iué[)risais sincèrement et souverainement le 
talent de Voltaire : je le trouvais puéril. J'estimais 
sincèrement Pierre Corneille, l'Arioste, Shakes- 
peare, Cervantes et, en paroles, Molière. Ma peine 
était de les mettre d'accord. 

Mon idée sur le beau littéraire, au fond, est la 
même qu'en 1796, mais chaque six mois elle se 
perfectionne, ou, si l'on veut, elle change un peu. 

C'est le travail unique de toute ma i'ie. 

Tout le reste n'a été que gagne-pain, gagne- 
pain joint à un j)ou de vanité de le gagner aussi 
bien quuu autre; j'en excepte V Intendance à 
Brunswick après le départ de Martial. 11 y avait 
Vaitrait de la nom>eauté et le blâme exprimé par 
M. Daru à l'intendant de Magdebourg, M. Chaa- 
lons, ce me semble. 

Mon beau idéal littéraire a plutôt rapport à jouir 
des œuvres des autres et à les estimer, à ruminer 
sur leur mérite, qu'à écrire moi-même. 

Vers lli)^, j'attendais niaisement le moment du 
génie, à peu près comme la voix de I)n'ii parlant 
du buisson ardent à Moïse. Cette nigauderie m'a 
fait perdre l)icii du temps, mais pt-ul-rin- m'a 



20 STENDHAL 

empêché de me contenter du demi-plat, comme font 
tant d'écrivains de mérite (par exemple, M. Lois 
Weymar). 

Quand je me mets à écrire, je ne songe plus à 
mon beau idéal littéraire, je suis assiégé par des 
idées que j'ai besoin de noter. Je suppose que 
M. Yillemain est assiégé par des formes de phrases ; 
et ce qu'on appelle un poète, un Delille, un Racine, 
par des formes de vers. 

Corneille était agité par des formes de réplique : 

lié bien ! prends-cn ta part el me laisse la mienne... 

d'Emile à Cinna. 

Comme donc mon idée de perfection a changé 
tous les six mois, il m'est impossible de noter ce 
qu'elle était vers 1795 ou 1796, quand j'écrivais un 
drame dont j'ai oublié le nom. Le personnage prin- 
cipal s'appelait Picklar peut-être et était peut-être 
pris à Florian. 

La seule chose que je voie clairement, c'est que, 
depuis quarante-six * ans, mon idéal est de vivre à 
Paris, dans un quatrième étage, écrivant un drame 
ou un livre. 

Les bassesses infinies et l'esprit de conduite 
nécessaire pour faire jouer un drame m'ont empêché 
d'en faire, bien malgré moi ; il n'y a pas huit jours 
que j'en avais des remords abominables. J'en ai 
esquissé plus de vingt, toujours trop de détails, et 
trop profonds, trop peu intelligibles pour le public 



VIT 'nr. iirM;i rtiti i. vitu 21 

l)rlf foiiinic M. I Viiiaux. ilniil la jr\ c»liil ion de 178!> 
a pciipir If |>ailfii<' et les loges. 

Quand. i>ar' sou iininortcl pani()lilcl (Jii'fsi-ic 
((uc le Tiers.' y,o}is soninu's à fienoii.v. It'<.'i)ii.\-n<)iis, 
M. l'ai)!))'' Slnyès [itula W- lucinifr coup à l'arlslo- 
t ralie p()lili(|m'. il fonda sans le savoir l'aristocratie 
liKrraire. ((ici le idée nrest venue en novembre 1835, 
faisant une préface à de Brosses * qui a chorpic 
Colonil».) 



Diar.Aiii) II. 



CHAPITRE XXXII * 



J'avais donc un certain beau lillérairc dans la 
tète en 179G ou 1797, quand je suivais le cours de 
M. Dubois-Fontanelle ; ce beau était fort différent 
du sien. ].o trait le ])lus niarcjuant de cette diffé- 
rence était mon adoration pour la \"érilé tragique 
et simple de Shakespeare, contrastant avec la 
puérilité cnipJiatique de ^ oltairc. 

Je me souviens, entre autres, que M. r)ubois nous 
récitait avec enthousiasnu^ de certains vers de 
Voltaire ou de lui, où il y avait : dans la plaie... 
retournant le couteau. Ce mot couteau me choquait 
à fond, profondément, parce (pi'il appli([uait mal 
ma règle, mon amour pour la sinqjlicité. Je vois 
ce pourquoi aujourd'hui ; j ai >enti \ ivement toute 



24 STENDHAL 

ma vie, mais je ne vois le pourquoi que longtemps 
après. 

Hier seulement, 18 janvier 183(3, ÎC-ie de la cate- 
dra de Saint-Pierre, en sortant de Saint-Pierre à 
quatre heures, et, me retournant pour regarder le 
dôme, pour la première fois de ma i'ie je l'ai regardé 
comme on regarde un autre édifice: j'y ai vu le 
balcon de fer du tambour, je me suis dit : je vois 
ce qui est pour la première fois ; jusquici je l'ai 
regardé comme on regarde la femme qu'on aime. 
Tout m'en plaisait (je parle du tambour et de la 
coupole), comment aurais-je pu y trouver des 
défauts ? 

Voilà que par un autre chemin, un autre côté, 
je reviens à avoir la vue de ce défaut que j'ai noté 
plus haut dans ce mien véridique récit, le manque 
de sagacité. 

Mon Dieu ! comme je m'égare ! J'avais donc une 
doctrine intérieure quand je suivais le cours de 
M. Dubois, je n'apprenais tout ce qu'il me disait 
que comme une fausseté utile. Quand il blâmait 
Shakespeare surtout, je rougissais intérieurement. 

Mais j'apprenais d'autant mieux cette doctrine 
littéraire que je n'en étais pas enthousiaste. 

Un de mes malheurs a été de ne pas plaire aux 
gens dont j'étais enthousiaste (exemple M'"^ Pasta 
et M. de Tracy) ; aj^paremment, je les aimais à ma 
manière et non à la leur. 



\ 1 1: 1)1. Il 1 Mil uni I \ iti) "J.'» 

De IlH'Ilir. |«' lii:ill<|lir •^niiNiMll ICxpOsi I ii ti» diliKi 

«liM'triiu' i|iii' \ iiiliirc : un mr iiml rcdil . 1rs hirines 

lllf \irmicill ;ill\ \('ll\, rt |c ne |HI|s |i|ii> |i;i||(r. .1 • 

tlii-;ii^, SI je 1 usîiis : Ah ! \'<iii.s nu- jicii'fz le cœur! Je 
me soiiNifiis (Ir (l<ii\ cxciiiplcs hitn ii-a])ii(iiits pour 
moi : 

I" L(iii;inn«' (lu ( (irr'-fre à |)iii|ms i|r l 'nurhoii, 
parlant à Marfstc dans le Palals-Hoyal, et allant à 
un j)i(pM'-iii(|iic a\ ce MM. Diiverfricr dt- llaiiraiine, 
raimahic hillimr l'I !<■ \ilain C.avé. 

Le secoMil. parlani (lr> Mozart à MM. Ampère et 
Adrien de .iiissicn. en icx ciiaiit de Naples vers J832 
(un mois a])rès le Iremhlcmenl de terre (jiu a éeuiné 
Foligno). 

Littérairement parlaiil . le lours de M. Dultois * 
(imprimé depuis en tpialie \nliiines j)ar smi pelil- 
lils, ('.11. Renauldon) me fui uliir cniniiic me d<»n- 
nant une vue eomplèle du champ lilléraire et 
empêchant nn»ii imannuit inii d "en exafrérer les 
parties ineonnues, comme Sophocle, Ossian, etc. 

Ce cours fut très utile à ma \anité en ccMifirmant 
les autres dé finit i\cmciil dans rupiumn ipu ni'- 
plaçait dans les sept à iiml crarçons ilesjtril de 
ri'Lcnle. H nie senihle loiiler<ii- ipie (Îraud-Dufay 
'était |ilacé a\anl moi : j ai milihe le nom <|es 
autres. 

L'àf^e d'nr- de M. l'ont aiudle. h- lemjis dont il 
parlait a\cc at lendi i->eineiif , c'était son ari'ivéc à 
Paris vers 17.')<). Tout était plein alnis du nom do 



26 STENDHAL 

Voltaire et des ouvrages qu'il envoyait sans cesse 
de Ferney. (Etait-il déjà à Ferney ?) 

Tout cela manquait son effet sur moi, cj[ui abhor- 
rais la puérilité de Voltaire dans l'histoire et sa 
basse envie contre Corneille ; il me semble que dès 
cette époque j'avais remarqué le ton prêtre du 
Commentaire de Voltaire dans la belle édition de 
Corneille avec estampes, qui occupait un des hauts 
rayons de la bibliothèque fermée de glaces de mon 
père à Claix, bibliothèque dont je volais la clef et 
où j'avais découvert, ce me semble, la Nouvelle- 
Hélo'ise quelques années avant, et certaineinent 
depuis Grandisson*, que je lisais en fondant en 
larmes de tendresse dans un galetas du second étage 
de la maison de Claix, où je me croyais en sûreté. 

M. Jay, ce grand hâbleur, si nul comme peintre, 
avait un talent marqué * pour allumer l'émulation 
la plus violente dans nos cœurs et, à mes yeux 
maintenant, c'est là le premier talent d'un profes- 
seur. Combien je pensais différemment vers 1796 ! 
J'avais le culte du génie et du talent. 

Un fantasque faisant tout par à coup, comme en 
agit d'ordinaire un homme de génie, n'eût pas eu 
quatre cents ou trois cent cinquante élèves, comme 
M. Jay. 

Enfin, la rue Neuve était encombrée quand nous 
sortions de son cours, ce qui redoublait les airs 
importants et emphatiques du professeur*. 



\ii: ni- niMu niMi. \nn 27 

Jo fus ravi, cnnimc du |)lus (lillicilc cl du plus 
bel avancciiKMil |)ossil)l(', (|u;miiI. \ <i>^ Ir miliou d'iinn 
année, ce nif scinldc M. .lay niu iliL avec son air 
luajeslueux el palcrne : 

« Allons, monsieur I3|^eylej, prenez votre carfoii 
et allez, allez vous installer à la Bosse *. » 

Ce mot : monsieur, d'un usage si fréquent à Paris, 
était tout-à-fait insolite à (jrenoMe, en ])ailanl à un 
enfant, et m'étonnait toujours, à moi adressé. 

Je ne sais pas si je dus cet avancement à (|ui'l(|uc 
mot de mon «irand-père adressé à M. Jay ou à mou 
mérite à faire des hacliuios bien parallèles dans la 
classe des Académies, où depuis peu j'avais été 
admis. Le fait est qu'il surprit moi et les autres. 

Admis parmi les douze ou (juinze bosses, mes 
dessins aux crayons noirs et blancs, d'après les 
tètes de Niobé et de Démothènc (ainsi nominées 
par nous), surprirent M. Jay, qui a\ait l'air scanda- 
lisé de me tiouver autant de talent qu'aux autres. 
Le plus fort de cette classe était un M. Ennemond 
llt'Iie (depuis notaire en cour) ; c'était l'homme le 
phis fnijd, il a\ait été, disait-on, à l'armée. Ses 
ouvrages tendaient au genre de Philippe de Cham- 
paigne, mais c'était un homme et mui nu enfant 
comme nous autres, il y avait de l'injustice à le 
faire concourir avec nf)us. 

BicultU a la Bosse j'obtins un prix. Nous l'ob- 
tînmes à deux ou trois, on tira au sort et j'eus VEssai 



28 STENDHAL 

sur la Poésie et la Peinture, de l'abbé Dubos, que je 
lus avec le plus vif plaisir. Ce livre répondait aux 
sentiments de mon cœur, sentiments inconnus à 
moi-même. 

Moulezin, l'idéal du provincial timide, dépourvu 
de toute idée et fort soigneux, excellait à tirer des 
hachures bien parallèles avec un crayon de san- 
guine bien taillé. Un homme de talent, à la place de 
M. Jav, nous eût dit en nous montrant Moulezin : 
« Messieurs, voilà comment il ne faut pas faire. » Au 
lieu de cela, Moulezin était le rival d'Ennemond 
Hélie. 

Le spirituel Dufay faisait des dessins fort origi- 
naux, disait M. Jay, il se distingua surtout quand 
M. Jay eut l'excellente idée de nous faire tous 
poser tour à tour pour l'étude des têtes. Nous avions 
aussi le gros Hélie, surnommé le hedot (le bête, le 
lourd), et les deux Monval, que leur faveur aux 
mathématiques avait suivi à l'école de dessin. Nous 
travaillions avec une ardeur et une rivalité in- 
crovables deux ou trois heures de chaque après- 
midi. 

Un jour qu'il y avait deux modèles, le grand 
Odru, du latin, m'empêchait de voir : je lui donnai 
un soufflet de toutes mes forces en O *. Un instant 
après, moi rassis à ma place en H, il tira ma chaise 
par derrière et me fit tomber sur le derrrière. 
C'était un homme ; il avait un pied de plus que moi, 
mais il me haïssait fort. J'avais dessiné, dans l'esca- 



\ I r. 1)1". M IN lu nrti i \ kd 



29 



litT ilii latin, (le loiicrri a\fi- ( laiil liitr i-l ('rozft, l'O 
nie st'inltlf, iiiic carioalure énoniu; cominc lui, 
sous liKiUflif j"a\ais rciit : ( )(lriias Kanil)iii. Il 
roiitrissail (jiiaïul i»ri lapiidail ()(lriias, et disaiL 
Uatnhiii. au iirii (je : (|iiaii(l liirn. 



A l'inslaiil, il fut décidé que nous devions nous 
i)attre au pistolet. Nous descendîmes dans la cniir ; 
M. .lay voulant s'interposer, nous prîmes la fuite ; 
.M. Jay retourna à l'autre salle. Nous sortîmes, 
mais tout le collège nous suivit. Nous avions j)eul- 
ètre deux cents suivants. 

J'avais prié Diday. (jui s'était trouvé là, de me 
servir de témoin ; j'étais fort troublé, mais iileiii 
d'ardeur. Je ne sais comment il se fit (pie nous nous 
diriffeâmes vers la })urlc tic la (îraillc, fort incom- 
modés par notre cortège. 11 fallait avoir des |»is- 
tolets, ce n'était pas facile. Je finis par obtenir un 
pistolet de buit pouces de long. Je voyais i)d\\i 
marcher à vingt pas de moi, il m'accablait d in- 
jures. On ne nous laissait pas apjirochcr ; d'un coup 
de poing, il m'aurait tué. 

.]<• Mf réj)onilais [)as à ses injures, mais je trem- 
blais de colère. Je ne dis pas que j'eusse été exemj)t 
de peur si le duel ('Mt été arrangé comme à rmili- 
naire, quatre ou six i)ersonnes allant froidement 
ensemble, à six heures du matin, dans un fiacre, f» 
une grande lieue dune ville. 



30 STENDHAL 

La garde de la porte de la Graille fut sur le point 
de prendre les armes. 

Cette procession de polissons, ridicule et fort 
incommode pour nous, redoublait ses cris : Se 
battront-ils P ne se hattront-ils pas P dès que nous 
nous arrêtions pour faire quekjue chose. J'avais 
grand'peur d'être rossé par Odru, plus grand d'un 
pied que ses témoins et que les miens. Je me rap- 
pelle du seul Maurice Diday comme mon témoin 
(depuis plat ultra, maire de Domène, et écrivant 
dans les journaux des lettres ultra, sans ortho- 
graplie). Odru était furieux. 

Enfin, après une heure et demie de poursuite, 
comme la nuit approchait, les polissons nous lais- 
sèrent un peu de tranquillité entre les portes de 
Bonne et Très-Cloîtres. Nous descendîmes dans les 
fossés de la ville, tracés par Louis Rover, à un pied 
de profondeur, ou nous nous arrêtâmes sur le bord 
de ces fossés. 

Là, on chargea les pistolets, on mesura un 
nombre de pas effroyable, peut-être vingt, et je 
me dis : Voici le moment d'avoir du courage. Je ne 
sais comment, Odru dut tirer le premier, je regardai 
fixement un petit morceau de rocher en forme de 
trapèze * qui se trouvait au-dessus de lui, le même 
cjue l'on voyait de la fenêtre de ma tante Elisabeth, 
à côté du toit de l'église Saint-Louis. 

Je ne sais comment on ne fit pas feu. Probable- 



N ii: 1)1. H r N i;i luii i. \r, i> 



31 



nuMlt, los lriuoin>^ n";i\ .lient pas <li:ir'_n'' Ifs pistolr-N. 
Il me scMiblt' «jmc je n tii< pas à \is( r. La |iaix fut 
iléclarée, mais sans toucher de mains ni <'nroii; 
moins embrassade. (Idni, fort en eolère, m aurait 

rossé *. 

Dans la rue Très-Cloîtres, niardianf avec iii<ui 

tr-moin Diday *, je lui dis : 

« Pour ne j>as a\oir peur, tandis (piOdru mn 
visait, je refrardais le petit rocher au-dessus de 
Seyssins *. 

— Tu ne dois jamais dire ça, une telle parole ne 
<loit jamais sortir de ta bouche », me dit-il, en uw. 
L-^rondant ferme. 

.Te fus fort étonné et, en y réfléchissant, fort 
scandalisé de cette réprimande. 

Mais, dès le lendemain, je me trouvai un remords 
liorrible davnjr laissé arranfjer cette affaire. Cela 
Idessait toutes mes rêveries espa<;noles ; comment 
oser admirer le Cid aiirès ne s'être pas battu ? 
Comment penser aux héros de ÏAnosle.^ Comment 
admirer et critiquer les grands personnages de 
l'histoire romaine dont je relisais souvent les hauts 
faits dans le doucereux Rollin ? 

I''n écrivant ceci, j'éprouve la sensation île passer 
la main sur la cicatrice d'une blessure guérie. 

.le n'ai jtas jiensé deux fuis à ee duel depuis mon 
outre duel arrangé avec M. l'aindre (elief d'escatlion 
ou colonel d'artillerie légère, à \'ienne, en 18<>*J, 
pour Babet). 



32 STENDHAL 

Je vois qu'il a été le grand remords de tout le 
commencement de ma jeunesse, et la vraie raison 
de mon outrecuidance (presque insolence) dans le 
duel de Milan, où Cardon fut témoin. 

Dans l'alTaire Odru, j'étais étonné, troublé, me 
laissant faire, distrait par la peur d'être rossé par 
le colossal Odru, je me préparais de temps en 
temps à avoir peur. Pendant les deux heures que 
dura la procession des deux cents gamins, je me 
disais : Quand les pas seront mesurés, c'est alors 
qu'il y aura du danger. Ce qui me faisait horreur, 
c'était d'être rapporté à la maison sur une échelle, 
comme j'avais vu rapporter le pauvre Lambert. 
Mais je n'eus pas un instant l'idée la plus éloignée 
que l'affaire serait arrangée. 

Arrivé au grand moment, pendant qu'Odru me 
visait et, ce me semble, que son pistolet ratait 
plusieurs fois, j'étudiais les contours du petit 
rocher *. Le temps ne me sembla point long (comme 
il semblait long, à la Moskowa, au très brave et 
excellent officier Andréa Corner, mon ami). 

En un mot, je ne jouai point la comédie, je fus 
parfaitement naturel, point vantard, mais très 
brave. 

J'eus tort, il fallait blaguer ; avec ma vraie réso- 
lution de me battre, je me serais fait une réputation 
dans notre ville, où l'on se battait beaucoup, non 
pas comme les Napolitains de 1836, parmi lesquels 
les duels produisent très peu de cadavres, ou point, 



VIF. ni. iiiMM nntr xnn 33 

mais 011 braves fiens. I*ar iniiiraslr avcr mon ox- 
trôme jeunesse (ce «Irvail rti-e ru ITîMi, <loni; 
treize* ans, on |)eul-è(re IT'I*)) el mes liahitiides 
retirées et d'enfant imhle, si j'eusse en resprit «li- 
parler un peu je me faisais une ré|)utation admi- 
rable. 

M. Châtel. une de nos eonnaissanees et de nos 
voisins. Grande-rue, avait tué six hommes. De mon 
temi>s, c'est-à-dire de 1798 à 1805, deux de mes 
connaissances, le fds Bernard et Rover Gros-bec, 
ont été tués en duel, M. Rover à quarante-cinq pas, 
à la nuit tombante, dans les délaissés du Drac, près 
l'endroit uù fut établi, depuis, le jionf de lil de 
fer*. 

Ce fat de Bernard * [i\h dun autre fat, depuis 
juge à la Cour de Cassation, ce me semble, et ultra), 
oe fat de Bernard reçut au moulin de Canel * 
un petit coup d'épée de l'aimable MelTrey (M. de 
Meffrey, receveur général, mari de la dame d'hon- 
neur com()laisante de M"^*^ la duchesse de Berrv, 
et depuis heureu.x héritier «lu gros N'ourcy). Ber- 
nard tomba mort, M. de Melfrey s'enfuit à Lvon ; 
la (pierelle était i>res(pi • de caste, Mareste fut, ce me 
semble, témoin de MefTrey et m'a raconté la chose. 

Quoi rpi'il en soit, je gagnai un remords profoml : 

l'' A cause de mun es|)agnolisme. défaut existant 
encore en 1830, re <|ue Fi<ire a reconnu et qu'il 
iijipelle avec Thucydide : Nous tendez vos fdets 
trop haut. 

Hriiaru II. 3 



34 STENDHAL 

2^ Faute de blague. Dans les grands dangers, je 
suis naturel et simple. Cela fut de bon goût à 
Smolensk, aux yeux du duc de Frioul. M. Daru, 
qui ne m'aimait pas, écrivit la même chose à sa 
femme, de Vilna, je pense, après la retraite de 
Moscou. jNIais, aux yeux du vulgaire, je n'ai pas 
joué le rôle brillant auquel je n'avais qu'à étendre 
la main pour atteindre. 

Plus j'y réfléchis, plus il me semble que cette 
dispute est de 1795, bien antérieure à ma passion 
pour les mathématiques, à mon amitié pour Bigil- 
lion, à mon amitié tendre pour ^P^^ Yictorine. 

Je respectais infiniment ]\Iaunce Diday * : 

\P parce que mon excellent grand-père, ami peut- 
être intime de sa mère, le louait beaucoup : 

2° je l'avais vu plusieurs fois en uniforme de 
soldat d'artillerie et il était allé à son corps, plus 
loin que Montmélian ; 

3° enfin, et surtout, il avait l'honneur d'être 
amoureux de M^^^ Létourneau, peut-être la plus 
jolie fille de Grenoble et fille de l'homme certaine- 
ment le plus gai, le plus insouciant, le plus philo- 
sophe, le plus blâmé par mion père et mes parents. 
En effet, M. Létourneau leur ressemblait bien peu ; 
il s'était ruinoté et avait épousé une demoiselle 
Bore], je crois, une sœur de la mère de Yictorine 
Mounier, qui fut cause de mon abandon de l'état 
militaire et de ma fuite à Paris en 1803. 



^ Il m: iir mu itiii r. \iin 



35 



M"*-^ LétiniriKMU t'tMit une Itciiutr (l;iiis !•• i^curc 
lourd (rnnimc l<>s ligures de Tiîiiirii, Mml Je (lén- 
jHitrc et irAntoinc, ;ui nuis«''e du Lou\re). Diday 
l\''pous;i par la sullf mais eul liirnlôl la dnuloup 
de la perdre, après six ans d'amour; mi dit. (pTil 
«Ml fut lit''l)été et se retira à la canipa^rue, à i^o- 
luî'ne *. 



Après mon prix, au milieu tic l'année, à la Bosse, 
«pii scandalisa tous les courtisans plus avancés que 
moi à la cour de M. Jay, mais que personne n'osa 
<lire immérité, mon ranpj changea an dessin, comme 
nous disions. Je me serais mis au feu pour obtenir 
aussi un prix à la fin de Tannée ; il me semble que 
jr l'obtins, sinon je trouverais le souvenir* tlu 
chagrin de l'avoir manqué. 

J'eus le premier prix de belles-lettres avec accla- 
mation, j'eus un accessit ou un second prix aux 
mathématiques, et celui-là lut dur à enlever. 
-M. Dupuy avait une répngnance marquée pour ma 
inanie raisonnante. 

Il appelait tous les jours au tableau et en les 
tutoyant MM. de Monval — nu les Monvaux, 
comme nous les appelions, parce qu'ils étaient 
nobles, lui-même prétendait à la noblesse *, — Si- 
nard, Saint-Ferréol, nobles, le bon Ariberf , qu'il pro- 
tégeait, l'aimable Mante, etc., etc., et moi le plus 
rarement (pi'il pouvait, et (juand j'y étais, il no 



36 STENDHAL 

ni'écoutait pas, ce qui m'humiliait et me décon- 
certait beaucoup car, les autres, il ne les perdait 
pas de l'œil. Malgré cela, mon amour, qui commen- 
çait à être sérieux, pour les mathématiques, faisait 
({ue quand je trouvais une difficulté je la lui expo- 
sais, moi étant au tableau, H *, et M. Dupuy 
dans son immense fauteuil bleu de ciel en D ; mon 
indiscrétion l'obligeait à répondre, et c'était là le 
diable. Il me demandait sans cesse de lui exposer 
mes doutes en particulier, prétendant c{ue cela 
faisait perdre du temps à la classe. 

Il chargeait le bon Sinard de me lever mes doutes. 
Sinard, beaucoup plus fort mais de bonne foi, 
passait une heure ou deux à nier et s doutes, puis 
à les comprendre, et finissait par avouer qu'il ne 
savait que répondre. 

Il me semble que tous ces braves gens-là. Mante 
excepté, faisaient des mathématiques une simple 
affaire de mémoire. M. Dupuy eut l'air fort attrapé 
de mon premier prix, si triomphant, au cours de 
belles-lettres. Mon examen qui eut lieu, comme tous 
les autres, en présence des membres du Départe- 
ment, des membres du jury, de tous les professeurs 
et de deux ou trois cents élèves, fut amusant pour 
ces Messieurs. Je parlai bien, et les membres de 
l'administration départementale, étonnés de ne pas 
s'ennuyer, me firent compliment et, mon examen 
terminé, me dirent : 

« Monsieur B[eyle], vous avez le prix ; mais, pour 



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lltihl. mun. Je (ircnnhle: ms li jijtj. I. II. /ni. ^<ti> 



\ n; 1)1. Il iM!i luti 1 \ ICI) 37 

notre nlaisii', \<miiIIc/. hirn ir|inmlrc cinniT' ;'i (pii'I- 
«jues iiiicsl ions, » 

Ce tiioinplie précéda. jr> <'nii<. l'cxamcii <lo mallié- 
inali<|ues et me (loiiiiail un laii;^ cl une assurance 
«lui pour l'année suivante foreannt M. Dupuy à 
iu'ap{)eler sou^ t'iit au la])lcau. 

Si jamais je repasse par Grenol>le, il faut que je 
fasse faire des recherches dans les archives de la 
Préfecture pour les années de 1794 à 1799 inclusi- 
vement. Le procès-verl)al inij)rimé de la distribution 
des prix me donnerait la date de tous ces petits 
événenieiils dont, après tant d'années, le souvenir 
me revient avec plaisir, .l'étais à la montée de la 
vie, et avec quelle imagination de feu ne me fij2,u- 
rais-je pas les plaisirs à venir ?... Je suis à la des- 
cente *. 

Après ce mois d'août triomphant, mon ])ère n'osa 
plus s'opposer d'une façon aussi ferme à ma pas- 
sion pour la chasse. Il me laissa prendre de mau- 
vaise irrâce son fusil et même im fusil de calil)re d(! 
munition, plus solide, (jui avait été fait de commancNî 
pour fru M. Rey, notaire, son heau-frère. 

Ma laiitc |{t \ * était une jolie fennne cpie j allais 
voir dans son joli ap|iailcmcnl . dans la cour- du 
Palais. Mon père ne vniihiil |);is ([ui- jf nie liasse* 
avec Edouard Rey, son second fils, inirpie polisson 
lié avec la pire canaille. (C'est aujourd'hui le colonel 

liitLi.Aini II. 3. 



38 STENDHAL 

d'artillerie Rey, insigne Dauphinois, plus fin et 
plus trompeur à lui tout seul que quatre procureurs 
grenoblois, du reste archi-cocu, bien peu aimable, 
mais qui doit être un bon colonel dans cette arme 
qui a tant de détails. Il me semble qu'en 1831 il 
était employé à Alger. Il a été amant de M. P.*) 



CHAPITRE XXX ITI * 



Je fais (.le grandes clécouverLcs sur mon toniple 
en écrivant ces Mémoires. La dilliculté n'est plus 
de trouver et de dire la vérité, mais de trouver qui 
la lise. Peut-être le plaisir des découvertes et des 
jugements ou appréciations qui les suivent me 
iléterminera-t-il à continuer ; l'idée d'être lu s'éva- 
nouit de plus eu ])lus. Me voici à la page 501, et je 
ne suis pas encore sorti de Grenoble ! 

Ce tal)leau des révolutions d'un cœur ferait un 
gros volume in-S", avant d'arriver à Milan, (^ui 
lirait de telles fadaises ? Quel talent de peintre ne 
faudrait-il pas pour les bien peindre, et j'abliorrc 
presque également la (lescri])ti<)ii de Walter Scott 
et l'emphase île Kousseau. II nie faudrait pour 



/o 



STENDHAL 



lecteur une Madame Roland, et encore peut-être 
le manque dé description des charmants ombrages 
de notre vallée de l'Isère lui ferait jeter le livre. Que 
de choses à dire pour qui aurait la patience de 
décrire juste ! Quels beaux groupes d'arbres, quelle 
végétation vigoureuse et luxuriante dans la plaine, 
quels jolis bois de châtaigniers sur les coteaux, el 
îiu-dess .s quel grand caractère impriment à tout 
cela les neiges éternelles de Taillefer ! Quelle basse 
sublime à cette jolie * mélodie! 

Ce fut, je crois, cet automne-là que j'eus le déli- 
cieux plaisir de tuer un tourdre *, dans le sentier 
de la vigne au-dessus de la grande pièce, précisé- 
ment en face du sommet arrondi et blanc de la 
montagne de Taillefer *. Ce fut un des plus vifs 
bonheurs de ma vie *. Je venais de courir les vignes 
de Doyatières, j'entrais dans le sentier étroit entre 
deux haies hautes et touffues, de H en P, qviand 
tout-à-coup un gros tourdre s'élança avec un petit 
cri de la vigne en T' tout au haut de l'arbre T, un 
cerisier, je crois, fort élancé et peu chargé de 
feuillage. 

Je le vis, je tirai dans une position à peu près 
horizontale, car je n'étais pas encore descendu. Le 
tourdre tomba en donnant à la terre un coup que 
j'entends encore. Je descendis le sentier, ivre de 
joie. 

Je rentrai, j'allai dire à un vieux domestique 
grognon et un peu chasseur : 



\ 1 1; 1)1. M I m;i |!I! I I \ i; n 41 

« B;irl)i('r. noIic rlrvc <'s| (li(_>iic de \-niis ! n 

i.vl liitniliir fùl rl('> |ic;iil('i)ii|) [dus srnsililr ;ii| 

don (1 une [iircf de dmi/c soii-^. cl d'ailleurs ne coin- 

piil pas un mot à cv ([nr je lui disais. 

l)i's cjue ]r SUIS ému, je lomlic dans l'espa<'no- 

lisme conimuniqué par* ma tanir l'Jisahoth, cpii 

disait encore : IJcau comme le Cid. 

.le revais profondément eu |)areouranl. un fusil 
à la main, les vignes et les haulaies des environs 
de l^ironières. (!(unme mon père, soigneux de me 
contrarier, défendait la chasse, el lout au plus la 
It 'lirait à grand'peine par faiblesse, j'allais rare- 
ment et presque jamais à la chasse avec de vrais 
chasseurs, quehpiofois à la chasse au renard dans 
les précipices du rocher de Comboire avec Joseph 
Brun, le tailleur de iu>s haulaies*. Là, placé pour 
attendre un renard, je me ^^rondais de ma rè\-erie 
[irofonde, tle la(|uelle il eùl lallii * \nv réveiller si 
I animal eut paru. 11 paiiil un jour à quinze pas de 
jnoi, il \('nail à moi au peiji Irot. je tirai et ne vis 
rien ; je le mamniai lorl j»ien. Les danorers des 
précipices à |)lond) sur le Drac étaient si terribles 
pfiur moi fpie je pensais fort, ce jourdà. au péril 
du retour* : ou se glisse siii- des rtd)ords ciirume A 
el l> a\cc la |ierspecti\ (' du l)rae mugissant au 
|)ied du rocher. Les paysans avec les(|uels j'allais 
^.Josei)h Brun et son fils. Sébastien (Iharrière, etc.) 
avaient ganlé leurs tioupeau.x de mouhuis ilans 



42 STENDHAL 

ces pentes rapides dès l'âge de six ans et nus de 
pieds ; au besoin ils étaient leurs souliers. Pour 
moi, il n'était pas question d'ôter les miens, et 
j'allai deux ou trois fois au plus dans ces rochers. 



J'eus une peur complète le jour que je manquai 
le renard, bien plus grande que celle que j'eus, 
arrêté dans un chanvre, en Silésie (campagne de 
1813), et voyant venir vers moi, tout seul, dix-huit 
ou vingt cosaques. Le jour de Comboire, je regar- 
dais à ma montre, qui était d'or, comme je fais dans 
les grandes circonstances pour avoir un souvenir 
net au moins de l'heure, et comme fit M. de La 
Valette au moment de sa condamnation à mort 
(par les Bourbons). Il était huit heures, on m'avait 
fait lever avant jour, ce qui me brouille toujours 
toute la matinée. J'étais rêvant au beau paysage, 
à l'amour, et probablement aussi aux dangers du 
retour, quand le renard vint à moi au petit trot. 
Sa grosse queue me le fit reconnaître pour vm renard, 
car au premier moment je le pris pour un chien *. 
En S, le sentier pouvait avoir deux pieds, et en S' 
deux pouces, il fallait que le renard fît un saut 
pour passer de S' en H, sur mon coup de fusil il 
sauta sur des broussailles en B, à cinq ou six pieds 
au-dessous de nous. 

Les sentiers possibles, praticables même pour 
un renard, sont en petit nombre dans ce précipice ; 



vu: i)F. iir.Nnt mu r. m'.d -'i.T 

trois oti quatre chasseurs les occupent, nn autre 
lance les chiens, le reii.iid inonle. cl foit prohahle- 
nuMil il arrive sur (|uel(|ue i-hasseui-. 

l ne chasse dont ces chasseurs parlaient sans 
cesse est celle des chamois, au Pi-idl de Clair*. 
mais la (h'-fense de mon père élail précise, jamais 
aucun d'eux n'osa m'y mener. Ce lui en 170.'), ]<■ 
pense, que j'eus cette belle peur dans les rochers de 
Comboire. 

.le tuai bicnli'il mou second tourdre (tourdre : 
grive), mais plus pchi i|iii' le piemier, à la nuit 
tombée, le tlislitiuu^nil à pcinr. sur un noyer dans 
le champ de M. ^\^' La l'cyiouse. je crois, au-dessus 
de notre Pelissone (id est : de notre vigne Pelis- 
sonc). 

Je tuai le troisième et dernier stu- un petit noyer 
bordanl le chemin au nord de notre petit verger. 
Ce tourdre. fort petit, était presque verticalement 
sur moi et me tomba presque sur le nez. Il tomba 
sur le mur à pierres sèches, et avec lui île grosses 
gouttes de sang qiu' je vois encore. 

Ce sang était sigiu.' de victoire. Ce ne fut qu'à 
Brunswick, en 1808, que la j)itié me dégoûta de la 
chasse ; aujourd'hui, elle me semble un meurtre 
inhumain et dégoûtant, et je ue tuerais pas un 
cousin sans nécessité. La dernière caille que j'ai 
tuée à Cività-\ ecchia tic m'a pas fait [titié jiourtant. 
Les perdrix, cailles, lièvres, me semblent des poulets 
nés poui aller à la lu-ochc. 



44 STENDHAL 

Si on les consultait avant de les faire naître dans 
des fours à l'Egyptienne, au bout des Champs- 
Elysées, probablement ils ne refuseraient pas. 

Je me souviens de la sensation délicieuse, un 
matin, partant avant jour avec Barbier et trouvant 
une belle lune et un vent chaud. C'était le temps des 
vendanges, je ne l'ai jamais oublié. Ce jour-là, 
j'avais extorqué de mon père la permission de suivre 
Barbier, factotum pour la direction de l'agriculture 
du domaine, à une foire à Sassenage ou Les Balmes *. 
Sassenage est le berceau de ma famille. Ils v étaient 
juges ou b[eyles], et la branche aînée y était encore 
établie en 1795 avec quinze ou vingt mille francs 
de rente qui, sans une certaine loi du 13 germinal, 
ce me semble, me seraient tombés en entier. Mon 
patriotisme n'en fut point ébranlé ; il est vrai qu'à 
cet âge, ne sachant pas ce que c'était que manquer 
et travailler désagréablement pour gagner le néces- 
saire, l'argent n'était pour moi que satisfaction de 
fantaisies ; or, je n'avais pas de fantaisies, n'allant 
jamais en société et ne voyant aucune femme ; 
l'argent n'était donc rien à mes veux. 

J'étais alors comme un grand fleuve qui va se 
précipiter dans une cascade, comme le Rhin au- 
dessus de Schaffouse, dont le cours est encore tran- 
quille, mais qui va se précipiter dans une immense 
cascade. Ma cascade fut l'amour des mathéma- 
tiques qui d'abord, comme moyen de quitter Gre- 
noble, la personnification du genre bourgeois et de 



\ 1 1 1)1. Il IN iti iti; I I A i; I) f{îi 

la 7)«f/."f<r rxiulciiH'iil |i:iil;iiit , il iii><uilr par aiiKiiii- 
[ntiir fllr>^-mrinr^, a |i-^< iilicirnl Iniil. 

I .a cliasM". i|iii iiif |iorlail à lut' a\cc al tl'Il(l|•|>^o- 
inrnl la Maisiui rii.stiquc «'1 à laiic des «'xliails Ar 
Vllisloirc tir.s Aiiimau.i il»- HuIÏkii, dniil, l'emphase 
mr limipiail. ilès cet à<(e hinlir. comme cousin»' 
gennalin' df lliNpocrisir des p irtres^, de mon 
père, la ( iia^'-r lui le dcniirr si;_Mit' de vie de mon 
âme, a\ant les mathémali(iues. 

J'allais liicii il' plus siuni'iil ipir p' pnu\ais ilii'Z 
M"'- \ irli.iini' liiLrillion. mais ellr iil. ce me semble, 
de grands séjiuirs à la campagne ces années-la. 
Je voyais aussi beaucoup Bi(zilli'>i>, son frère aîné, 
La Bavette, Clalle, Barrai, Midioud, (lolonib, Mante, 
mais le cœur était aux mathématiques. 

Encore un récit, et puis je serai tout hérissé d'.c 

et d'//- 

C'est une tniispiratioii conlit' lailur ilf la l la- 
lernité. 

Je ne sais pounpioi je toii>|)iiai. ( .il arbre était un 
malheureux jeune chcnc très élancé, iiaut lii- tmili' 
pieds au moins, qu'on avait transplanté, à son <,Maiid 
re<Trf'.«'" niiliiu de la place Grenelli'. fini m ileçà de 
l'arlni- d<' la Liberté, ipii a\ail Inule ma lemlresse. 

L'arbre de la l'raleniilé. peut-être rival de 
l'autre, a\ail été planté immédiatenieTit contre la 
cabane des châtaignes, \i-^-à-\i> li'> fenèlri'N de feu 
M. Le Hov*. 



~t 



6 STENDHAL 



Je ne sais à quelle occasion on avait attaché à 
l'arbre de la Fraternité un écriteau blanc sur lequel 
M. Jay avait peint en jaune, et avec son talent 
ordinaire, une couronne, un sceptre, des chaînes, 
tout cela au bas d'une inscription et en attitude 
de choses vaincues. 

L'inscription avait plusieurs lignes * et je n'en ai 
aucune mémoire, quoique ce fût contre elle que je 
conspirai. 

Ceci est bien une preuve de ce principe : un peu 
de passion augmente l'esprit, beaucoup l'éteint. 
Contre quoi conspirâmes-nous ? Je l'ignore. Je ne 
me souviens encore vaguement que de cette maxime: 
il est de notre devoir de nuire à ce que nous haïssons 
autant qu'il est en nous. Et encore ceci est bien 
vague. Du reste, pas le moindre souvenir de ce que 
nous haïssions et des motifs de notre haine, seule- 
ment l'image du fait et voilà tout, mais celle-ci fut 
nette. 

Moi seul j'eus l'idée de la chose *, il fallut la 
communiquer aux autres, qui d'abord furent froids : 
le corps de garde est si près ! disaient -ils ; mais, 
enfin, ils furent aussi résolus que moi. Les conspi- 
rateurs furent Mante, Treillard, Colomb et moi, 
peut-être un ou deux de plus. 

Pourquoi ne tirai-je pas le coup de pistolet ? Je 
l'ignore. Il me semble que ce fut Treillard ou 
Mante *. 

Il fallut se procurer ce pistolet-là, il avait huit 



ME DE HENRI BULI.AnD 



47 



pouces <1<> Iciiu'. Nous le rliarjxcùnics juscpi'à la 
guculr. l/arhir dt- la l'rateinité pouvait avoir 
trente-six (ui (juaranli- [.icds (\r liaut, Frcriteau 
était attaché à dix ou douze pieds, il me seiul»!*- 
tpi'il y avait uuc barrière autour de l'arbre *. 

Le danger pouvait \enii- du corps de garde C 
dont les soldats se promenaient dans l'espace non 
pavé, de P en P'. 

Quelques passants provenant de la rue Montorge 
ou de la Grande-rue pouvaient nous arrêter. Les 
quatre ou cinq d'entre nous qui ne tirèrent pas 
observaient les soldats du corps de garde; poul- 
élre l'ùl-et' là mou poste, comme le plus dangereux, 
mais je n'en ai aucune souvenance. D'autres obser- 
vaient la rue Montorge et la Grande-rue. 

Vers les huit heures du soir, il faisait nuit noire, 
— et pas trop froid, nous étions en automne ou au 
printemps, — il y eut un moment de solitude sur 
la place, nous nous promenions nonchalamment, et 
donnâmes le mot à Mante ou à Treillard *. 

Le coup partit et fit un bruit ellroyable, le silence 
était profond, et le pistolet chargé à crever. Au 
même instant, les soldats du poste furent sur nous. 
Je pense que nous n'étions pas les seuls à haïr 
l'inscription et qu'on pensait f[u'elle pourrait être 
attaquée. 

Les soldats nous touchaient presque, nous nous 
sauvâmes dans la porte G de la maison de mon 
grand-père, mais on nous vit fort bien : tout le 



48 



STENDHAL 



monde était aux fenêtres, beaucoup rapprochaient 
les chandelles et illuminaient *. 

Cette porte G, sur la Grenette, communiquait 
par un passage étroit au second étage avec la 
porte G', sur la Grande-rue. Mais ce passage n'était 
ignoré de personne. 

Pour nous sauver nous suivîmes donc la lione 
FFF *. Quelques-uns de nous se sauvèrent aussi, 
ce me semble, par la grande porte des Jacobins, ce 
qui me porte à croire que nous étions plus nombreux 
c|ue je ne l'ai dit. Prié était peut-être des nôtres. 

jMoi et un autre, Colomb peut-être *, nous nous 
trouvâmes le plus vivement poursuivis. Ils sont 
entrés dans cette maison, entendions-nous crier tout 
près de nous. 

Nous ne continuâmes pas de monter jusqu'au 
passage au-dessus du second étage ; nous sonnâmes 
vivement au premier sur la place Grenette, à l'an- 
cien appartement de mon grand-père, loué actuelle- 
ment à M*'^^ Caudey, vieilles marchandes de modes 
fort dévotes. Heureusement elles ouvrirent, nous 
les trouvâmes fort effrayées du coup de pistolet et 
occupées à lire la Bible *. 

En deux mots nous leur disons : on nous poursuit, 
dites que nous avons passé ici la soirée. Nous nous 
asseyons, presque en même temps on sonne à 
arracher la sonnette ; pour nous, nous sommes 
assis à écouter la Bible, je crois même que l'un de 
nous prend le livre. 



vu: df; iif.nri Dnii.Ant» 49 

Los rommissairos nilrcul. (hù ih rtîiif'nt, j*o n'i'ii 
sais lii'M ; jo les rcfTarihiis fnrf |mii. .'i[»|)arfniiiniil . 

« (les citoyens oui -ils passé la soirée ici ? 

— Oui, int's>;ifiMs ; oui, citoyens. » tlirent en se 
iTj)ronant les pauvres dévotes effrayées. Je crois 
(juc leur frère. M. Caudey, vieux commis employé 
depuis (piarante-(in(| ans à l'hôpital, était, avec elles. 

Il fallait {juc ces commissaires ou citoyens zélés 
fussent bien peu clairvoyants ou bien disposés 
pour M. Gagnon, qui était vénéré de toute la ville, 
à partir de M. le baron des Adrets jusqu'à Poulet, 
le gargotier, carnotre trouble devait nous faire fair»- 
une étrange figure au milieu de ces pauvres dévotes 
liors d'elles-mêmes pai- la peur. Peut-être cette 
peur, qui était aussi grande que la nôtre, nous 
sauva, toute l'assemblée devait avoir la même mine 
elTarée. 

Les commissaires répétèrent deux ou trois fois 
leur question : « Les citoyens ont-ils passé ici toute 
la soirée ? Personne n'est-il entré depuis que vous 
avez entendu tirer le coup de pistolet ? » 

Le miraculeux, auquel nous songeâmes depuis, 
c'est que ces vieilles jansénistes aient voulu mentir. 
Je crois qu'elles se laissèrent aller à < e péché par 
vénération pour mon grand-père. 

Les commissaires prirent nos noms et enfin 
déguerpirent. 

Les compliments furent courts de nous à ces 
denïoiselles. Nous prêtâmes l'oreille ; quand nous 

Dri-lari) II. 4 



50 



STENDHAL 



n'entendîmes plus les commissaires, nous sortîmes, 
et continuâmes à monter vers le passage *. 

Mante et Treillard *, plus agiles que nous et qui 
étaient entrés dans la porte G * avant nous, nous 
contèrent le lendemain que quand ils parvinrent à la 
porte G', sur la Grande-rue, ils la trouvèrent occupée 
par deux gardes. Ces Messieurs se mirent à parler 
de l'amabilité des demoiselles avec qui ils avaient 
passé la soirée, les gardes ne leur firent aucune 
question et ils fdèrent. 

Leur récit m'a fait tellement l'impression de la 
réalité que je ne saurais dire si ce ne fut pas Colomb 
et moi qui sortîmes * en parlant de l'amabilité de 
ces demoiselles. 

Il me semblerait plus naturel que Colomb et 
moi entrâmes dans la maison, puis il s'en alla une 
demi-heure après. 

Le piquant fut les discussions auxquelles mon 
père et ma tante Elisabeth se livraient sur les 
auteurs présumés de la révolte. Il me semble que 
je contai tout à ma sœur Pauline, qui était mon 
amie. 

Le lendemain, à l'Ecole centrale, jSIonval (depuis 
colonel et méprisé), qui nem'aimait pas, me dit : 

« Hé bien ! toi et les tiens vous avez tiré un coup 
de pistolet sur l'arbre de la Fraternité ! )^ 

Le délicieux fut d'aller contempler l'état de 
l'écriteau : il était criblé. 



\ n. Di: m: MU liui i.aiu) 



51 



Les sceptres, couronnes cl ;iulr<'s allrilmls 
i'aincits étaient peints au midi, du cùté qui regardait 
l'arbre de la Liberté. Les couronnes, etc., étaient 
peintes eii jaune clair sur dn {)apier tendu sur un<' 
toile ou sur une toile préparée pour la peinture à 
l'huile. 

Je n'ai pas pensé à cette affaire depuis quinze 
ou vingt ans. J'avouerai que je la trouve fort belle. 
Je nie répétais souvent, avec enthousiasme, dans 
ce temps-là, et j'ai encore répété, il n'y a pas quatre 
jours, ce vers d'Horace : 

Albe vous a nommé, je ne vous connais plus ! 

Cette action était bien d'accord avec cetle admi- 
ration. 

Le singulier, c'est que je n'aie pas tiré moi-même 
le coup de pistolet ; mais je ne pense pas que c'ait 
été par prudence blâmable. Il me semble, mais je 
l'entrevis d'une façon douteuse et comme à travers 
un brouillard, que Treillard, qui arrivait de son 
village (Tullins, je pense*), voulut absolument tirer 
le coup de pistolet comme pour se donner le droit 
de bourgeoisie parmi nous *. 

En écrivant ceci, Tiniage de l'arbre de la Fra- 
ternité apparaît à mes yeux, ma n»émoire fait des 
découvertes. Je crois voir q;ir larbre de la Frater- 
nité était environné d'un mur de deux pieds de haut 
garni de pierre de taille et soutenant unr trrillt* de 
fer de cinq ou six pieds ijc haut *. 



52 STENDHAL 

Jomard * était un gueux de p[rêtre], comme plus 
tard Ming, qui se fit guillotiner pour avoir empoi- 
sonné son beau-père, un M. Martin, de Vienne, ce 
me semble, ancien membre du Département, comme 
on disait. Je vis juger ce coquin-là, et ensuite 
guillotiner. J'étais sur le trottoir, devant la phar- 
macie de M. Plana. 

Jomard avait laissé croître sa barbe, il avait les 
épaules drapées dans un drap rouge, comme par- 
ricide. 

J'étais si près qu'après l'exécution je voyais les 
gouttes de sang se former le long du couteau avant 
de tomber. Cela me fit horreur, et pendant je ne 
sais combien de jours je ne pus manger de bouilli 
(bœuf). 



CHAPITRE XXXIV* 



Je crois (|iif j';ii fxpt'dir li.iil (.(.' ilunt jf voulais 
parler avant (.reiilrtr dans le dernier récit que j'aurai 
à faire des choses de Grenoble, je veux dire de ma 
cascade dans les mathématiques. 

.\P'6 Kably était partie depuis longtemps et il ne 
m'en restait plus qu'un souvenir tondre ; M^'^ \'it - 
torine Birriliion ('t.iit hr-aucoup à la campagne ; 
mon seul pl;ii-ir tu In Mire était Shakespeare et les 
Mémoucs de >aint -Simon, alors en sept volumes, 
fpie j'achetai \A[k lard eu douze vrdumes, avec les 
(inactèrcs dr ...*, passion (pii a diiir comme celle 
dos épinards en physique v\ «pii est aussi forte pour 
II- luoins à cin«pianlc-trnis * »pi"à treize ans. 

J'aimais d'autant plus les mathématiques que je 
Dnt'LARD ir. 4. 



54 STENDHAL 

méprisais davantage mes maîtres, j\IM. Dupuy et 
Chabert. Malgré l'emphase et le bon ton, l'air de 
noblesse et de douceur, qu'avait M. Dupuy en adres- 
sant la parole à quelqu'un, j'eus assez de pénétra- 
tion pour deviner qu'il était infiniment plus ignare 
que M. Chabert. M. Chabert qui, dans la hiérarchie 
sociale des bourgeois de Grenoble, se vovait telle- 
ment au-dessous de M. Dupuy, quelquefois, le 
dimanche ouïe jeudi matin, prenait un volume d'Euler 
ou de... * et se battait ferme avec la difficulté. Il avait 
cependant toujours l'air d'un apothicaire c{ui sait 
de bonnes recettes, mais rien ne montrait comment 
ces recettes naissent les unes des autres, nulle logique, 
nulle philosophie dans cette tète ; par je ne sais 
quel mécanisme d'éducation ou de vanité, peut-être 
par religion, le bon M. Chabert haïssait jusqu'au 
nom de ces choses. 

Avec ina tète d'aujourd'hui, j'avais il y a deux 
minutes l'injustice de m'étonner comment je ne vis 
pas sur-le-champ le remède. Je n'avais aucun secours, 
par vanité mon grand-père répugnait aux mathéma- 
tiques, qui étaient la seule borne de sa science 
presque universelle. Cet homme, ou plutôt monsieur 
Gagnon na jamais rien oublié de ce qu il a lu, disait- 
on avec respect à Grenoble. Les mathématiques 
formaient la seule réponse de ses ennemis. Mon 
père abhorrait les mathématiques par religion, je 
crois, il ne leur pardonnait un peu que parce qu'elles 
apprennent à lever le plan des domaines. Je lui 



VIE DE HENRI BIU LAlîD 55 

faisais sans cesse des copies du plan de ses biens à 
Claix, à Echirolles, à Fontao;nier, au Chayla (vallée 
près ...*), où il venait de faire une bonne affaire. 

Je méprisais Bezout, autant que MM. Dupuy et 
Chabert. 

Il y avait bien cinq à six forts à l'Ecole centrale, 
qui furent reçus à l'Ecole polytechnique en 1797 
ou 98, mais ils ne daignaient pas répondre à mes 
difficultés*, peut-être exposées peu clairement, ou 
plutôt qui les embarrassaient. 

J'achetai ou je reçus en prix les œuvres de Vabhé 
Marie, un volume in-S^. Je lus ce volume avec 
l'avidité d'un roman. J'y trouvai les vérités expo- 
sées en d'autres termes, ce qui me fit beaucoup de 
plaisir et récompensa ma peine, mais du reste rien 
de nouveau. 

Je ne veux pas dire qu'il n'y ait pas réellement 
du nouveau, peut-être je ne le comprenais pas, je 
n'étais pas assez instruit pour le voir. 

Pour méditer plus tranquillement, je m'étais 
établi dans le salon meublé de douze beaux fauteuils 
brodés par ma pauvre mère et que l'on n'ouvrait 
qu'une ou deux fois l'an, pour ôter la poussière. Cette 
pièce m'inspirait le recueiffement, j'avais encore, 
dans ce temps-là, l'image des jolis soupers donnés 
par ma mère. On quittait ce salon étincelant de 
lumières pour passer, à dix heures sonnant, dans la 
belle salle-à-manger, où Ton trouvait un poisson 



o6 STENDHAL 

énorme. C'était le luxe de mon père ; il avait encore 
cet instinct dans l'état de dévotion et de spécula* 
tions d'agriculture où je l'ai vu abaissé. 

C'est sur la table T * que j'avais écrit* le premier 
acte ou les cinq actes de mon drame, que j'appelais 
comédie, en attendant le moment du génie, à peu 
près comme si un ange eût dû m'apparaître. 



Mon enthousiasme pour les mathématiques avait 
peut-être eu pour base principale mon horreur pour 
l'hypocrisie, l'hypocrisie, à mes yeux, c'était ma 
tante Séraphie, madame Vignon et leurs p[rêtres]. 

Suivant moi, l'hypocrisie était impossible en 
mathématiques et, dans ma simplicité juvénile, je 
pensais qu'il en était ainsi dans toutes les sciences 
où j'avais ouï dire qu'elles s'aiîpliquaient. Que 
devins-je quand je m'aperçus que personne ne 
pouvait m'expliquer comment il se faisait que : 
moins par moins donne plus ( — X — = +) ? 
(C'est une des bases fondamentales de la science 
qu'on appelle algèbre.) 

On faisait bien pis que ne pas m'expliquer cette 
difficulté (qui sans doute est explicable, car elle 
conduit à la vérité), on me l'expliquait par des 
raisons évideniment peu claires pour ceux qui me 
les présentaient *. 

M. Chabert, pressé par moi, s'embarrassait, 
répétait sa leçon, celle précisément contre kupiellc 



VIE DF. HENRI BRir.ARD 57 

je faisais des objections, et finissait par a\oir lair 
de nie dire : 

« Mais c'est l'usage, tout le monde admet cette 
ex})lication. Euler et Lagrange, <[iii apparemment 
valaient autant que vous, l'ont ])ien admise. Nous 
saxons ipie > ous avez beaucoup d'esprit (cela 
voulait dire : Nous savons que vous avez remporté un 
premier prix de belles-lettres et bien parlé à M. Tortcle- 
beau et aux autres membres du Département), vous 
voulez apparemment vous singulariser. » 

Quant à M. Dupuy, il traitait mes timides objec- 
tions (timides à cause de son ton d'emphase) avec 
un sourire de hauteur voisin de réioignement. 
Quoique beaucoup moins fort que M. Chabert, il 
était moins bourgeois, moins borné, et peut-être 
jugeait sainement de son savoir en mathématiques. 
Si aujourd'hui je voyais ces Messieurs huit jours, 
je saurais sur-le-champ à quoi m'en tenir. Mais il 
faut toujours en revenir à ce point. 

Elevé sous une cloche de verre par des parents 
dont le désespoir rendait encore l'esprit plus étroit, 
sans aucun contact avec les hommes, j'avais des 
sensations vives à quinze ans, mais j'étais bien plus 
incapable qu'un autre enfant de juger les hommes 
et de deviner leurs diverses comédies. Ainsi, je n'ai 
jias grande confiance, au fond, dans tous les juge- 
ments dont j'ai rempli* les 53<) pages ])récédentes. 
Jl n'y a de sûrement \rai (jue les sensations, seule- 
ment pour par\ enir à la vérité il faut mettre (piatre 



OO STENDHAL 

dièses à mes impressions. Je les rends avec la froi- 
deur et les sens amortis par l'expérience d'un 
homme de quarante ans*. 

Je me rappelle distinctement que, quand je 
parlais de ma difficulté de moitis par moins à un fort, 
il me riait au nez ; tous étaient plus ou moins comme 
Paul-Emile Teisseire et apprenaient par cœur. Je 
leur voyais dire souvent au tableau *, à la fin des 
démonstrations : 

« Il est donc évident que », etc. 

Rien n'est moins évident pour vous, pensais-je. 
Mais il s'agissait de choses évidentes pour moi, et 
desquelles, malgré la meilleure volonté, il était 
impossible de douter. 

Les mathématiques ne considèrent qu'un petit 
coin des objets (leur quantité), mais sur ce point 
elles ont l'agrément de ne dire que des choses sûres, 
que la vérité, et presque toute la vérité. 

Je me figurais à quatorze ans, en 1797, que les 
hautes mathématiques, celles que je n'ai jamais 
sues, comprenaient tous ou à peu près tous les côtés 
des objets, qu'ainsi, en avançant, je parviendrais à 
savoir des choses sûres, indubitables, et que je 
pourrais me prouver à volonté, sur toutes choses. 

Je fus longtemps à me convaincre que mon objec- 
tion sur : moins par moins donne plus, ne pourrait 
pas absolument entrer dans la tcte de M. Chabert, 
que M. Dupuy n'y répondrait jamais que par un 



VIF. DR IIKNni BnULARD 



f)'.) 



souiiie de hauteur, et (,ue les /orfs auxquels je faisais 
des questions se moqueraient toujours de moi. 

J'en fus réduit à ee que je me dis encore aujour- 
d hui : il faut bien que moins par moins donne plus 
soit vrai, puisque évidemment, en employant à 
chaque instant cette règle dans le calcul, on arrive 
à des résultats ^rais et indubitables. 

-Mon trrand malheur était cette figure : 




— P 



Supposons que RP soit la ligne qui sépare le 
positif du négatif, tout ce qui est au-dessus est 
positif, comme négatif tout ce qui est au-dessous ; 
comment, en prenant le carré B autant de fois qu'il 
y a d'unités dans le carré A, puis-je parvenir à faire 
changer de coté au carré C ? 

^ Et, en suivant une comparaison gauche, que 
l'accent souverainement traînard et grenoblois de 
M. Chabert rendait encore plus gauche, supposons 
que les quantités négatives sont les dettes d'un 
homme, comment, en multiphant 10.000 francs de 
dette par 500 francs, cet homme aura-t-il et par- 
viendra-t-il à avoir une fortune de cinq milhons ? 

M. Dupuy et M. Chabert sonf-ils des hypocrites 
comme les prêtres] qui viennent dire la [messe] 



60 



STENDHAL 



chez mon grand-père, et mes chères mathématiques 
ne sont-elles qu'une tromperie ? Je ne savais com- 
ment arriver à la vérité. Ah ! qu'alors un mot sur la 
logique ou l'art de trouver la i'érité eût été avide- 
ment écouté par moi ! Quel moment pour m'ex- 
pliquer la Logique de M. de Tracy ! Peut-être j'eusse 
été un autre homme, j'aurais eu une bien meilleure 
tête *. 

Je conclus, avec mes pauvres petites forces, que 
M. Dupuy pouvait bien être un trompeur, mais que 
M. Chabert était un bourgeois vaniteux qui ne 
pouvait comprendre qu'il existât des objections 
non vues par lui. 

Mon père et mon grand-père avaient V Encyclo- 
pédie in-folio de Diderot et d'Alembert ; c'est, ou 
plutôt c'était, un ouvrage de sept à huit cents francs. 
Il faut une terrible influence pour engager un pro- 
vincial à mettre un tel capital en livres, d'où je 
conclus, aujourd'hui, qu'il fallait qu'avant ma nais- 
sance mon père et mon grand-père eussent été tout- 
à-fait du parti philosophi([ue *. 

Mon père ne me voyait feuilleter V Encijclopédie 
qu'avec chagrin. J'avais la plus entière confiance 
en ce livre-là, à cause de l'éloignement de mon père 
et de la haine décidée qu'il inspirait aux p[rêtres] 
qui fréquentaient la maison. Le grand vicaire et 
chanoine Rey, grande figure de papier mâché, haut 
de cinc| pieds dix pouces, faisait une singulière 
grimace en prononçant de travers les noms de Dide- 



VIE DE HENRI BItll.AHD 61 

rot et de tl'Alc'iuherl. Celle grimace inc donnait mir; 
jouissance intime et profonde, je suis oiieore fuit 
suscejitihle de ee ^(iircdr phiisir *. .le le ^^oùtai quel- 
quefois en 1815, en voyant les nobles refuser le 
courage à Nicolas Bonaparte, car alors tel était le 
nom de ce grand homme, et cependant dès 1807 
j'avais désiré passionnément qu'il ne conquît pas 
l'Angleterre ; où se réfugier alors ? 

Je cherchai donc à consulter les articles mathé- 
matiques de d'Alembert dans l'Encyclopédie ; 
leur ton de fatuité, l'absence de culte pour la vérité 
me choqua fort, et d'ailleurs j'y compris peu. De 
quelle ardeur j'adorais la vérité alors ! Avec quelle 
sincérité je la croyais la reine du monde, dans lequel 
j'allais entrer! Je ne lui voyais absolument d'autres 
ennemis que les p[rêtres]. 

Si moins par moins donne plus m'avait donné 
beaucoup de chagrin, on peut penser quel noir s'em- 
para de mon àme quand je commençai la Statique 
de Louis Monge, le frère de l'illustre Monge, et (jui 
allait venir faire les examens pour l'Ecole polytech- 
nique. 

Au commencement de la géométrie, ou dil : Un 
donne le nom de pauallèles à deux lignes qui, pro- 
longées à Vinfini, ne se rencontreraient jamais. El, 
dès le commencement de la Staticpie, cet insigne 
animal de Louis Monge a mis à peu près ceci : Deux 
lignes parallèles peuvent être considérées comme se 
rencontrant, si on les prolonge à V infini. 



62 STENDHAL 

Je crus lire un catéchisme *, et encore un des plus 
maladroits. Ce fut en vain que je demandai des 
explications à M. Chabert. 

« Mon petit, dil-il en prenant cet air paterne qui 
va si mal au renard dauphinois, l'air d'Edouard 
Mounier (pair de France en 183G), mon petit, vous 
saurez cela plus tard. » 

Et le monstre, s'approchant de son tableau en 
toile cirée et traçant deux lignes parallèles et très 
voisines, me dit : 

« Vous voyez bien qu'à l'infini on peut dire qu'elles 
se rencontrent. « 

Je faillis tout quitter. Un cafard, adroit et bon 
jésuite*, aurait pu me convertir à ce moment en 
commentant cette maxime : 

« Vous voyez que tout est erreur, ou plutôt qu'il 
n'y a rien de faux, rien de vrai, tout est de conven- 
tion, adoptez les conventions qui vous feront le 
mieux recevoir dans le monde. Or, la canaille est 
patriote et toujours salira ce côté de la question ; 
faites-vous donc aristocrate, comme vos parents, 
et nous trouverons moven de vous envover à Paris 
et de vous recommander à des dames influentes. » 



CHAPITRE XXXV* 



Cela, dit avec entraînement, je devenais un coquin 
et j'aurais une grande fortune aujourd'hui. 

Je me figurais le monde, à treize ans, uniquement 
d'après les Mémoires secrets de Duclos et les Mé- 
moires de Saint-Simon en sept volumes. Lr bon- 
heur suprême était de vivre à Paris, faisant des 
livres, avec cent louis de rente. Marion me dit que 
mon père me laisserait bien plus *. 

Il me semble que je me dis : \'raies ou fausses, 
les mathématiques me sortiront de Grenoble, de cette 
fange qui me fait mal au cœur. 

Mais je trouve ce raisonnement bien avancé pour 
mon âge. Je continuais à travailler, c'aurait été un 
trop grand chagrin d'interrompre, mais j'étais pro- 
fondément inquiet et attristé. 



C4 STENDHAL 

Enfin, le hasard voulut que je visse un grand 
homme et que je ne devinsse pas un coquin. Ici, 
pour la seconde fois le sujet surmonte le disant. Je 
tâcherai de n'être pas exagéré. 

Dans mon adoration pour les mathématiques, 
j'entendais parler depuis quelque temps d'un jeune 
homme, fameux Jacobin, grand et intrépide chas- 
seur, et qui savait les mathématiques bien mieux 
que MM. Dupuy et Chabert, mais cjui n'en faisait 
pas métier. Seulement, comme il était fort peu riche, 
il avait donné des leçons à cet esprit faux, Angles 
(depuis comte et préfet de police, enrichi par 
Louis XVIII à l'époque des emprunts). 

Mais j'étais timide, comment oser l'aborder ? 
Mais ensuite, ses leçons étant horriblement chères, 
douze sous par leçon, comment payer ? (Ce prix 
me paraît trop ridicule ; c'était peut-être vingt- 
quatre ou quarante sous.) 

Je contai tout cela avec plénitude de cœur à ma 
bonne tante Elisabeth, qui peut-être alors avait 
quatre-vingts ans, mais son excellent cœur et sa 
meilleure tête, s'il est possible, n'avaient que 
trente ans. Généreusement elle me donna beaucoup 
d'écus de six francs. Mais ce n'était pas l'argent qui 
devait coûter à cette âme* : remplie de l'orgueil le 
plus juste et le plus délicat, il f;illait que je prisse 
ces leçons en cachette de mon père ; et à quels re- 
proches légitimes ne s'exposait-elle pas ? 

Séraphie vivait-elle encore ? Je ne répondrais 



VI R DF. m. MU uni i.Min (>.) 

pas (1m coiil raii't'. Copendaiil , jf'-lais bien ciifanl à la 
mort de ma laiilc Séraphic, car, en a|»|)rciiaiil sa 
mort dans la cuisine, \ is-à-vis de l'ai moire de Marioii *, 
je me jetai à genoux pour remercier Dieu d'une si 
grande délivrance. 

Cet événement, les écus donnés si noblement par 
ma tante Elisabeth pour me faire prendre en secret 
des leçons de cet alîreux jacobin, m'a empêché à 
tout jamais d'être un co(puii. \ olr un homme sur h-, 
modèle des Grecs et des Romains, et vouloir mourir 
plutôt que de n'être pas comme lui, ne fut (piiru 
moment : piinto (Xon sia che un piinto (Alficri)*. 



Je ne sais comment moi, si timide, je me rap- 
prochai de M. Gros. (La fresque est tombée en cet 
endroit, et je ne serais qu'un plat romancier, comme 
Don Rugiero Caetani, si j'entreprenais <ly suj)plrt'r. 
Allusion aux fresques du Campo-Santo de I^ise et 
à leur état actuel.) 

Sans savoir comment j v suis ariixé, je me vois 
dans la petite chambre que Gros occupait à Saint- 
Laurent, le quartier le plus ancien et le plus pauvre 
de la ville. C'est une longue et étroite rue, serrée 
entre la montagne et la rivière. Je n'entrai pas seul 
dans (H'tte petite chandjre, mais (picl t'-tait mon 
compagnon d'étude ? lùait-ce l.hcmiuade ? Là- 
dessus, oubli le plus complet, toute ratlention de 
l'àme était apparemment pour (îros. (Ce grand 

BnULARD II. 5 



66 STENDHAL 

homme est mort depuis si longtemps que je crois 
pouvoir lui ôter le Monsieur *.) 

C'était un jeune homme d'un blond foncé, fort 
actif, mais fort gras, il pouvait avoir vingt-cinq ù 
vingt-six ans ; ses cheveux étaient extrêmement 
bouclés et assez longs, il était vêtu d'une redingote * 
et nous dit : 

« Citoyens*, par où commençons-nous ? Il faudrait 
savoir ce que vous savez déjà. 

— Mais nous savons les équations du second 
degré. » 

Et, en homme de sens, il se mit à nous montrer 
ces équations, c'est-à-dire la formation d'un carré 
de a -\- b, par exemple, qu'il nous fit élever à la 
seconde puissance : a^ -\- 2 ab -{- b^, la supposition 
que le premier membre de l'équation était un 
commencement de carré, le complément de ce 
carré, etc. 

C'étaient les cieux ouverts pour nous, ou du 
moins pour moi. Je voyais enfin le pourquoi des 
choses, ce n'était plus une recette d'apothicaire 
tombée du ciel pour résoudre les équations. 

J'avais un plaisir vif, analogue à celui de lire un 
roman entraînant. 11 faut avouer que tout ce que 
Gros nous dit sur les équations du second degré 
était à peu près dans l'ignoble Bezout, mais là 
notre œil ne daignait pas le voir. Cela était si plate- 
ment exposé que je ne me donnais la peine d'y 
faire attention. 



Ali: Di: ni:.M!i bul laud G7 

A la troisième ou quatrième leçon, nous passûmes 
aux équations du troisième degré, et là (iros fut 
entièrement neuf. Il me semble (|u"il nous transpor- 
tait d'emblée à la frontière de la science et vis-à-vis 
la dillioulté à vaincre, ou devant le voile qu'il 
s'agissait de soulever. Par exemple, il nous montrait 
l'une après l'autre les diverses manières de résoudre 
les équations du troisième degré, quels avaient été 
les premiers essais de Cardan*, peut-être ensuite 
les progrès, et enfin la méthode présente*. 

Nous fûmes fort étonnés qu'il ne nous fît pas démon- 
trer la même proposition l'un après l'autre. Dès qu'une 
chose était bien comprise, il passait à une autre. 

Sans que Gros fût le moins du monde charlatan, 
il avait l'effet de cette qualité si utile dans un pro- 
fesseur, comme dans un général en chef, il occupait 
toute mon âme. Je l'adorais et le respectais tant que 
peut-être je lui déplus. J'ai rencontré si souvent cet 
effet désagréable et surprenant que c'est peut-être 
par une erreur de mémoire que je l'attribue à la 
première de mes passions d'admiration. J'ai déplu 
à M. de Tracy et à Madame Pasta pour les admirer 
avec trop d'enthousiasme *. 

Un jour de grande nouvelle, nous parlâmes poli- 
tique toute la leçon et, à la fin, il ne voulut pas de 
notre argent. J'étais tellement accoutumé au genre 
sordide des professeurs dauphinois, .MM. Chabert, 
Durand, etc., que ce trait fort simple redoubhi 



G8 STENDHAL 

mon admiration et mon enthousiasme. Il me semble, 
à cette occasion, que nous étions trois, peut-être 
Cheminade, Félix Faure et moi, et il me semble 
aussi que nous mettions, sur la petite table A, 
chacun une pièce de douze sous. 

Je ne me souviens presque de rien pour les deux 
dernières années 1798 et 1799. La passion pour les 
mathématiques absorbait tellement mon temps que 
Félix Faure m'a dit que je portais alors mes che- 
veux trop longs, tant je plaignais la demi-heure 
qu'il faudrait perdre pour les faire couper *. 



Vers la fin de Tété 1799, mon cœur de citoyen 
était navré de nos défaites en Italie, Novi et les 
autres, qui causaient à mes parents une vive joie, 
mêlée cependant d'inquiétude. Mon grand-père, 
plus raisonnable, aurait voulu que les Russes et les 
Autrichiens n'arrivassent pas à Grenoble. Mais, à 
vrai dire, je ne puis presque parler de ces vœux de 
ma famille que par supposition, l'espoir de la quitter 
bientôt et l'amour vif et direct pour les mathéma- 
tiques m'absorbaient au point de ne plus donner que 
bien peu d'attention aux discours de mes parents. 
Je ne me disais pas distinctement peut-être, mais je 
sentais ceci : Au point où j'en suis, que me font ces 
radotatfes ! 

Bientôt, une crainte égoïste vint se mêler à mon 
chagrin tle citoyen. Je craignais qu'à cause de 



VIi: DE HENRI lUU r.ARD G9 

l'approche des Russes il n'y cùl |»;is d'examen à 
Grenoble, 

Bonaparte débarqua à Fn-jus. Je m'accuse 
d'avoir eu ce désir sincère : ce jeune Bonaparte, que 
je me figurais un l)eau jeune homme comme un 
colonel d'opéra-comique, devrait se faire roi de 
France. 

Ce mot ne réveillait en moi que des idées bril- 
lantes et généreuses. Cette plate erreur était le fruit 
de ma plus plate éducation. Mes parents étaient 
comme des domestiques à l'égard du Roi. Au seul nom 
de Roi et de Bourbon, les larmes leur venaient aux 
yeux. 

Je ne sais pas si, ce plat sentiment, je l'eus en 1707, 
en me délectant au récit des batailles de Lodi, 
d'Arcole, etc., etc., qui désolaient mes parents qui 
longtemps cherchèrent à ne pas y croire, ou si je 
l'eus en 1799, à la nouvelle du débarquement de 
Fréjus. Je penche pour 1797. 

Dans le fait, l'approche de l'ennemi fit que 
M. Louis Monge, examinateur de l'Ecole polytech- 
nique, ne vint pas à Grenoble. Il faudra que nous 
allions à Paris, dîmes-nous tous. Mais, pensais-je, 
comment obtenir un tel voyage de mes parents ? 
Aller dans la Babylone moderne, dans la ville de lu 
corruption, à seize ans et demi ! Je fus extrêmement 
agité, mais je n'ai aucun souvenir distinct. 

Les examens du cours de mathématiques de 
Brularu II. 5. 



70 STENDHAL 

M. Dupuy arrivèrent et ce fut un triomphe pour 

moi. 

Je remportai le premier prix sur huit ou neuf 
jeunes gens, la plupart plus âgés et plus protégés 
que moi, et qui tous, deux mois plus tard, furent 
reçus élèves de l'Ecole polytechnique. 

Je fus éloquent au tableau ; c'est que je parlais 
d'une chose à laquelle je réfléchissais passionnément 
depuis quinze mois au moins, et que j'étudiais 
depuis trois ans (à vérifier), depuis l'ouverture du 
cours de M. Dupuy dans la salle durez-de-chaussée 
de l'Ecole centrale. M. Dausse, homme obstiné et 
savant, voyant que je savais, me fit les questions 
les plus difficiles et les plus propres à m'embarrasser. 
C'était un homme d'un aspect terrible et jamais 
encourageant. (Il ressemblait à Domeniconi, un 
excellent acteur que j'admire à Valle en janvier 
1836.) 

M. Dausse, ingénieur en chef, ami de mon grand- 
père (qui était présent à mon examen et avec dé- 
lices), ajouta au premier prix un volume in-4o 
d'Euler. Peut-être ce don fut-il fait en 1798, année 
à la fin de laquelle je remportai aussi le premier prix 
do mathématiques. (Le cours de M. Dupuy se com- 
posait de deux années, ou même de trois.) 

Aussitôt après l'examen, le soir, ou plutôt le 
soir du jour que mon nom fut affiché avec tant de 
gloire (({ Mais à cause de la façon dont le citoyen 
« B[eyle] a répondu, de l'exactitude, de la facilité 



VIE DE IIF.NRI BnULAHD 71 

a brillante... »), c'est le dernier effort de la polilique 
de M. Dupuy ; sous prétexte de ne pas nuire à mes 
sept ou huit camarades, le plus fort avait été de 
leur faire obtenir le premier prix, sous prétexte de 
ne pas leur nuire pour l'admission à l'Ecole poly- 
technique ; mais M. Dausse, entêté en diable, fit 
mettre dans le procès-verbal, et par conséquent 
imprimer, une phrase comme la précédente. 

Je me vois passant dans le bois du Jardyi-de- 
Ville, entre la statue d'Hercule et la grille, avec 
Bigillion et deux ou trois autres, enivrés de mon 
triomphe, car tout le monde le trouva juste et on 
voyait bien que M. Dupuy ne m'aimait pas ; le 
bruit des leçons que j'étais allé prendre de ce jacobin 
de Gros, moi qui avais l'avantage de suivre son 
cours, de lui M. Dupuy, n'était pas pour me récon- 
cilier avec lui. 

Donc, passant par là, je disais à Bigillion, en 
philosophant comme notre habitude : 

« En ce moment, on pardonnerait à tous ses 
ennemis. 

— Au contraire, dit Bigillion, on s'approcherait 
d'eux pour les vaincre. » 

La joie m'enivrait un peu, il est vrai, et je faisais 
des raisonnements pour la cacher ; cependant, au 
fond, cette réponse marque la profonde bassesse de 
Bigillion, plus terre-à-terre que moi, et, en même 
temps, l'exaltation espagnole à laquelle* j'eus le 
malheur d'être sujet toute ma vie*. 



72 STENDHAL 

Je vois des circonstances : Bigillion, mes compa- 
gnons et moi, nous venions de lire l'afTiche avec la 
phrase sur moi. 

Sous la voûte du concert, le procès-verbal des 
examens, signé des membres de l'administration 
départementale, était affiché à la porte de la Salle 
des Concerts. 

Après cet examen triomphant, j'allai à Claix. 
Ma santé avait un besoin impérieux de repos *. Mais 
j'avais une inquiétude nouvelle, à laquelle je rêvais 
dans le petit bois de Doyatières et dans les brous- 
sailles des îlots le long du Drac et de la pente à 
45 degrés de Comboire* (je ne portais plus un fusil 
que pour la forme) : mon père me donnerait-il de 
l'argent pour aller m'engouffrer dans la nouvelle 
Babylone, dans ce centre d'immoralité, à seize ans 
et demi ? 

Ici encore, l'excès de la passion, de l'émotion a 
détruit tout souvenir. Je ne sais nullement com- 
ment mon départ s'arrangea. 

Il fut question d'un second examen par M. Dupuy, 
j'étais harassé, excédé de travail, réellement les 
forces étaient à bout. Repasser l'arithmétique, la 
géométrie, la trigonométrie, l'alo-èbre, les sections 
coniques, la statique, de façon à subir un nouvel 
examen, était une atroce corvée. Réellement, je 
n'en pouvais plus. Ce nouvel eiïort, auquel je m'at- 
tendais bien, mais en décembre, m'aurait fait 



VIE DF. HF.Nni BRi.r.vni) 73 

prcmlre en iHirrcui- mes chères nialliéniati(nies. 
I leiircusement, la paresse de M. Dupuy, occTipé de 
ses vendantes de Novarev, ni ni ;mi secours de la 
mienne. Il me ilit en nie tutoyant, ce qui était le 
grand signe de faveur, qu'il connaissait parfaite- 
ment ce que je savais, qu'un nou\el examen était 
inutile, et il me donna d'un air digne et sacerdotal 
un superbe certificat certifiant une fausseté, à 
savoir qu'il m'avait fait subir un nouvel examen 
pour mon admission à l'Ecole polytechnique et 
que je m'en étais tiré supérieurement. 

Mon oncle me donna deux ou quatre louis d'or 
que je refusai. Probablement, mon excellent grand- 
père et ma tante Elisabeth me firent des cadeaux, 
dont je n'ai aucune mémoire. 

Mon départ fut arrangé avec un M. Rosset, con- 
naissance de mon père, et qui retournait à Paris où 
il était établi. 

Ce que je vais dire n'est pas beau. Au moment 
précis du départ, attendant la voiture, mon père 
reçut mes adieux au Jardin-de- Ville, sous les fenêtres 
des maisons faisant face à la rue Montorge. 

Il pleuvait un peu. La seule impression que me 
firent ses larmes fut de le trouver bien laid. Si le 
lecteur me prend en horreur, qu'il daigne se souvenir 
des centaines de promenades forcées aux Granges 
avec ma tante Séraphie, des promenades où l'on 
me forçait, pour me faire plaifiir. C'est cette hy[)0- 



74 STENDHAL 



crisie qui m'irritait le plus et qui m'a fait prendre ce 
vice en exécration. 

L'émotion m'a ôté absolument tout souvenir de 
mon voyage avec M. Rosset, de Grenoble à Lyon, 
et de Lyon à Nemours. 

C'était dans les premiers jours de novembre 1799, 
car à Nemours, à vingt ou vingt-cinq lieues de 
Paris, nous apprîmes les événements du 18 brumaire 
(ou 9 novembre 1799), qui avaient eu lieu la 
veille. 

Nous les apprîmes le soir, je n'y comprenais pas 
grand'chose, et j'étais enchanté que le jeune général 
Bonaparte se fît roi de France. Mon grand-père 
parlait souvent et avec enthousiasme de Philippe- 
Auguste et de Bouvines, tout roi de France était, à 
mes yeux, un Philippe- Auguste, un Louis XIV ou 
un voluptueux Louis XV, comme je l'avais vu dans 
les Mémoires secrets de Duclos. 

La volupté ne gâtait rien à mon imagination. 
Mon idée fixe, en arrivant à Paris, l'idée à laquelle 
je revenais quatre ou cin([ fois le jour, en sortant, 
à la tombée de la nuit, à ce moment de rêverie, 
était qu'une jolie femme, une femme de Paris, bien 
autrement belle que M^^^ Kably ou ma pauvre 
Victorine, verserait en ma présence ou tomberait 
dans quelque grand danger duquel je la sauverais, 
et je devais partir de là pour être son amant. Ma 
raison était une raison de chasseur. 



VIE DE HENRI BRULARD 75 

Je raiinerais avec tant de transport que je devais 
la trouver ! 

Cette folie, jamais avouée à personne, a peut-être 
duré six ans. Je ne fus un peu guéri que par la séche- 
resse des dames de la cour de Brunswick, au milieu 
desquelles je débutai, en novembre 180C). 



CHAPITRE XXXVl* 



PARIS 



M. Rosset me déposa dans un hotcl à l'angle des 
rues de Bourgogne et Saint-Dominique ; on y 
entrait par la rue Saint-Dominique. On voulait me 
mettre près de l'I'^cole polytechnique, où l'on croyait 
que j'allais entrer. 

Je fus fort étonné du son des cloches qui sonnaient 
l'heure. Les environs de Paris m'avaient semblé 
horriblement laids ; il n'y avait point de mon- 
tagnes ! Ce dégoût augmenta rapidement les jours 
suivants. 

.Te (piittai l'hùtel et, par économie, pris une cham- 
bre sur le quinconce des Invalides. Je fus un i)eu 
recueilli et guidé par les mathémaliciens qui, Tannée 



78 STENDHAL 

précédente, étaient entrés à l'Ecole. Il fallut les 
aller voir. 

Il fallut aller voir aussi mon cousin Daru. 

C'était exactement la première visite que je 
faisais de ma vie. 

M. Daru, homme du monde, âgé de quelque 
soixante-cinq ans, dut être bien scandalisé de ma 
gaucherie et cette gaucherie dut être bien dépourvue 
de grâce. 

J'arrivais à Paris avec le projet arrêté d'être un 
séducteur de femmes, ce que j'appellerais aujour- 
d'hui un Don Juan (d'après l'opéra de Mozart). 

M. Daru avait été longtemps secrétaire général de 
M. de Saint-Priest, intendant du Languedoc, qui 
forme, ce me semble, sept départements aujour- 
d'hui. On peut avoir vu dans les histoires que le 
fameux Basville *, ce sombre tyran, avait été inten- 
dant ou plutôt roi du Languedoc de 1685 à 1710 
peut-être. C'était un pays d'Etat, ce vestige de 
discussion publique et de liberté exigeait un secré- 
taire général habile sous un intendant espèce de 
grand seigneur, comme M. de Saint-Pricst *, qui 
fut peut-être intendant de 1775 à 178G. 

M. Daru, sorti de Grenoble, fils d'un bourgeois 
prétendant à la noblesse, mais pauvre par orgueil, 
comme toute ma famille, était fils de ses œuvres, 
et sans voler avait peut-être réuni quatre ou cinq 
cent mille francs. Il avait traversé la Révolution 
avec adresse, et sans se laisser aveugler par l'amour 



VIE Di; IIE.NKI IMILI.AP.D 7'J 

OU la liainc qu'il pouvait avoir pour les préjugés, la 
noblesse et le clergé. C'était un homme sans pas- 
sion autre que Vudle de la vanité ou la vanité de 
l'utile, je Tai \ u trop d'en bas pour discerner lequel. 
Il avait acheté une maison rue de Lille, n" 505, au 
coin de la rue de Bellechasse, dont il n'occupait 
modestement que le petit appartement au-dessus 
de la porte cochère. 

Le premier au fond de la cour était loué à M"^^ Re- 
buiïel*, femme crun négociant du premier mérite, 
et homme à caractèi'e et à âme chaude, tout le 
contraire de M. Daru. M. Rebufîel, neveu de M. Daru. 
lequel s'accommodait, par son caractère pliant et 
tout à tous, de son oncle. 

AL Rebuffel venait, chaque jour, passer un quart 
d'heure avec sa femme et sa fille Adèle, et du reste 
vivait rue Saint-Denis, à sa maison de commission 
(commerce), avec M^*^ Barberen, son associée et 
sa maîtresse, fdle active, commune, de trente ou 
trente-cinq ans, qui m'avait fort la mine de faire 
des scènes et des cornes à son amant et de le désen- 
nuyer ferme. 

Je fus accueilli avec affection et ouverture de cœur 
par l'excellent M. Rebuffel, tandis ([uc M. Daru le 
père me reçut avec des phrases d'affection et de 
dévouement pour mon grand-père, qui me serraient 
le cœur et me rendaient muet. 

M. Daru était un grand et assez beau vieillanl 
avec un grand nez, chose assez rare en Dauphiné ; 



80 



STENDHAL 



il avait un œil un peu de travers et l'air assez faux. 
Il avait avec lui une petite vieille toute ratatinée, 
toute provinciale, qui était sa femme ; il l'avait 
épousée jadis, à cause de sa fortune, qui était consi- 
dérable, et du reste elle n'osait pas souffler devant 
lui. 

jVjme Daru était bonne au fond et fort polie, avec 
un petit air de dignité convenable à une sous- 
préfète de province. Du reste, je n'ai jamais ren- 
contré d'être qui fût plus complètement privé du 
feu céleste. Rien au monde n'aurait pu émouvoir 
cette âme pour quelque chose de noldc et de géné- 
reux. La prudence la plus égoïste, et dont on se 
glorifie, occupe chez ces sortes d'àmes la possibilité, 
la place de l'émotion colérique ou généreuse. 

Cette disposition prudente, sage, mais peu aima- 
ble, formait le caractère de son fils aîné, M. le comte 
Daru, ministre secrétaire d'Etat de Napoléon, qui 
a tant influé sur ma vie, de M^'^ Sophie, depuis 
^[mc (le Baure, sourde, de M™^ Le Brun, mainte- 
nant M"^® la marquise de Graves*. 

Son second fils, Martial Daru, n'avait ni tête, ni 
esprit, mais un bon cœur ; il lui était impossible 
de faire du mal à quelqu'un. 

Madame Cambon, lillc aînée de M. et de M"^<^ 
Daru, avait peut-être un caractère élevé, mais je ne 
lis que l'entrevoir : elle mourut quelques mois après 
mon arrivée à Paris. 

Est-il besoin d'avertir que j'esquisse le caractère 



VIE DE lIENni BRLI.VltD 81 

(le ces pcrsonnaiïcs tel qvie je l'ai vu depuis ? Le trait 
délinitif. nui nie semble le vrai, m'a fait oublier 
tous les traits antérieurs (terme de dessin). 

Je ne conserve que des images de ma première 
entrée dans le salon de M. Daru. 

Par exemple, je vois fort bien la petite robe d'in- 
dienne rouge que portait une aimable petite llllo 
de cin(j ans, la petite-fdle de M. Daru et de laquelle 
il s'amusait, comme le vieux et ennuyé Louis XIV 
de M'"*^ la duchesse de Bourgogne. Cette aimable 
petite fdle. sans laquelle un silence morne eut régné 
souvent dans le petit salon de la rue de Lille, était 
]\[iie Pulchérie Le Brun (maintenant M"^*' la mar- 
quise de Brossard, fort impérieuse, dit-on, avec la 
taille d'un tonneau*, et ({ui commande à la baguette 
à son mari, M, le général de Brossard, qui commande 
lui-même le département de la Drôme). 

M. de B est un panier percé qui se prétend 

de la plus haute noblesse, descendant de Louis le 
Gros, je crois, hâbleur, finasseur, peu délicat sur les 
moyens de restaurer ses finances toujours en dé- 
sarroi. Total : caractère de noble pauvre, c'est un 
vilain caractère et qui s'allie d'ordinaire à beaucoup 
de malheurs. (.J'appelle caractère d'un homme sa 
manière habituelle d'aller à la chasse du bonheur, 
en termes plus clairs, mais moins qualificatifs, Ven- 
senible de ses habitudes morales.) 

Mais je m'égare. J'étais bien loin de voir les 
choses, même physiques, aussi nettement en dé- 

Brclahu II. G 



82 STENDHAL 

cembre 1799. J'étais tout émotion, et cet excès 
d'émotion ne m'a laissé que quelques images fort 
nettes, mais sans explications des comment et des 
pourquoi. 

Ce que je vois aujourd'hui fort nettement, et 
qu'en 1799 je sentais fort confusément, c'est qu'à 
mon arrivée à Paris, deux grands objets de désirs 
constants et passionnés tombèrent à rien, tout-à- 
coup. J'avais adoré Paris et les mathématiques. 
Paris sans montagnes m'inspira un dégoût si pro- 
fond qu'il allait presque jusqu'à la nostalgie. Les 
mathématiques ne furent plus pour moi que comme 
l'échafaudage du feu de joie de la veille (chose vue 
à Turin, le lendemain de la Saint-Jean 1802). 

J'étais tourmenté par ces changements dont je ne 
voyais, bien entendu, à seize ans et demi, ni le 
pourquoi ni le comment. 

Dans le fait, je n'avais aimé Paris que par dégoût 
profond pour Grenoble. 

Quant aux mathématiques, elles n'avaient été 
qu'un moyen. Je les haïssais même un peu en 
novembre 1799, car je les craignais. J'étais résolu 
à ne pas me faire examiner à Paris, comme firent les 
sept ou huit élèves qui avaient remporté le pre- 
mier prix, après moi, à l'Ecole centrale, et qui tous 
furent reçus. Or, si mon père avait pris quelque soin, 
il m'eût forcé à cet examen, je serais entré à l'Ecole, 
et je ne pouvais plus t'iVre à Paris en faisant des 
comédies. 



VIF. DE HENRI BULLARD 83 

De toutes mes i)assions, c'était la seule <[ni me 
restât. 

Je ne conçois pas, et cette idée me vient pour la 
première fois trente-sept ans après les événements, 
en écrivant ceci, je ne conçois pas comment mon 
père ne me força pas à me faire examiner. Probable- 
ment, il se fiait à l'extrême passion qu'il m'avait vue 
pour les mathématiques. Mon père, d'ailleurs, n'était 
ému que de ce qui était près de lui. J'avais cepen- 
dant une peur du diable d'être forcé à entrer à 
l'Ecole, et j'attendais avec la dernière impatience 
l'annonce de l'ouverture des cours. En sciences 
exactes, il est impossible de prendre un cours à la 
troisième leçon. 

\enons aux images qui me restent. 

Je me vois prenant mon dîner, seul et délaissé, 
dans une chambre économique que j'avais louée sur 
le quinconce des Invalides, au bout, entre l'extré- 
mité (de ce côté du quinconce) des rues de l'Uni- 
versité et Saint-Dominique, à deux pas de cet hôtel 
de la liste civile de l'Empereur où je devais, quel- 
ques années plus tard, jouer un rôle si différent. 

Le profond désappointement de trouver Paris peu 
aimable m'avait embarrassé l'estomac. La boue de 
Paris, l'absence de montagnes, la vue de tant de 
gens occupés, passant rapidement dans de belles 
voitures à côté de moi, comme des personnes 
n'ayant rien à faire, me donnaient un chagrin pro- 
fond. 



84 STENDHAL 

Un médecin qui se fut donné la peine d'étudier 
mon état, assurément peu compliqué, m'eût donné 
de l'émétique et ordonné d'aller tous les trois jours 
à \ ersailles ou à Saint-Germain. 

Je tombai dans les mains d'un insigne charlatan 
et encore plus ignorant, c'était un chirurgien d'ar- 
mée, fort maigre, établi dans les environs des Inva- 
lides, quartier alors fort misérable, et dont l'ofiice 
était de soioner les blennorrhagies des élèves de 
l'Ecole polytechnique. Il me donna des médecines 
noires que je prenais seul et abandonné dans ma 
chambre, qui n'avait qu'une fenêtre à sept ou huit 
pieds d'élévation, comme une prison. Là, je me vois 
tristement assis à côté d'un petit poêle de fer, ma 
tisane posée par terre. 

Mais mon plus grand mal, en cet état, était cette 
idée qui revenait sans cesse : Grand Dieu ! quel 
mécompte ! mais que dois-je donc désirer ? 



CHAPITRE XXXVII* 



II faut convenir ([iio la dm te était grande, 
affreuse. Et c'était un jeune homme de seize ans et 
demi, une des âmes les moins raisonnables et les 
)>liis passionnées* que j'aie jamais rencontrées qui 
l'éprouxait ! 

Je n'avais confiance en personne. 

J'avais entendu les pirêlres] de Séraphie et de 
mon père se glorifier >\r hi facilité avec laquelle ils 
menaient, c'est-à-dire ils trompaient, telle personne 
ou telle réunion de personnes. 

La r[eIiorion] me semblait une niadiine noire et 
puissante, j'avais encore quelque croyance en 
l'cnrfer], mais aucune en ses p[rétres]. Les images 
de re[nferj (pic j'avais vues dans la B[ible] in-S» 

Brvlard II. (3^ 



86 STENDHAL 

reliée en parchemin vert, avec figures, et dans les 
éditions du Dante de ma pauvre mère me faisaient 
horreur ; mais pour les p^rêtres], néant. J'étais loin 
de voir ce qu'elle est en réalité, une corporation 
puissante et à laquelle il est si avantageux d'être 
afFdié, témoin mon contemporain et compatriote 
le jeune Genoude qui, sans bas, m'a souvent servi 
du café au café Genoude, au coin de la Grande-Rue 
et de la rue du Département*, et qui depuis vingt 
ans est à Paris M. de Genoude. 

Je n'avais pour appui que mon bon sens et ma 
croyance dans Vesprit (THehétius. Je dis croyance 
exprès : élevé sous une machine pneumatique, saisi 
d'ambition, à peine émancipé par mon envoi à 
l'Ecole centrale, Helvétius ne pouvait être pour moi 
que prédiction des choses que j'allais rencontrer. 
J'avais confiance dans cette vague prédiction parce 
que deux ou trois petites prédictions, aux yeux 
de ma si courte expérience, s'étaient vérifiées. 

Je n'étais point ficelle, fin, méfiant, sachant me 
tirer avec un excès d'adresse et de méfiance d'un 
marché de douze sous, comme la plupart de mes 
camarades, en comptant les morceaux de cotterets 
qui devaient former les falourdes fournies par l'hôte, 
comme les Monval, mes camarades, que je venais 
de retrouver à Paris et à V Ecole, où ils étaient depuis 
un an. J'étais, dans les rues de Paris, un rêveur 
passionné, regardant au ciel et toujours sur le point 
d'être écrasé par un cabriolet. 



VIE DE HENRI BltLI.Al! D 87 

En un mot, je n étais point habile aux choses de 
la i^ie, et par conséquent je ne pouvais être apprécié, 
comme dit ce matin je ne sais ([lul journal de 1836, 
en style de journal qui veut faire illusion sur la* 
pensée nulle ou puérile par l'insolite du style. 

Voir cette vérité sur mon compte eût été être 
habile aux choses de la vie. 

Les Monval me donnaient des avis fort sages, 
tendant à ne pas me laisser voler deux ou trois sous 
par jour, et leurs idées me faisaient horreur, ils 
devaient me trouver un imbécile sur le chemin des 
Petites-Maisons. Il est vrai que, par orgueil, j'ex- 
primais peu mes idées *. Il me semble que ce furent 
les Monvaux, ou d'autres élèves arrivés un an 
auparavant à l'Ecole, qui me procurèrent ma cham- 
bre et mon médecin à bon marché. 

Fut-ce Sinard ? Etait-il mort de la poitrine à 
Grenoble un an avant, ou n'y mourut-il qu'un an 
ou deux ans après ? 

Au milieu de ces amis, ou plutôt de ces enfants 
remplis de bon sens et disputant trois sous par jour 
à l'hôte qui sur chacun de nous, pauvres diables, 
gagnait peut-être légitimement huit sous par jour 
et en volait trois, total : onze sous, j'étais 
plongé dans des extases involontaires, dans des 
rêveries interminables, dans des inventions infinies 
(comme dit le journal avec importance*). 

J'avais ma liste des liens combattant les pas- 
sions, par exemple : prêtre et amour, père et amour 



88 STENDHAL 

de la Patrie, ou Brutus, qui me semblait la clef du 
sublime en littérature. Cela était tout-à-fait inventé 
par moi. Je l'ai oublié depuis vingt-six ans peut- 
être, il faut que j'y revienne. 

J'étais, constamment, profondément ému. Que 
dois-je donc aimer, si Paris ne me plaît pas ? Je me 
répondais : « Une charmante femme versant à dix 
pas de moi ; je la relèverai, et nous nous adorerons, 
elle connaîtra mon âme et verra combien je suis 
différent des Monvaux. » 

Mais cette réponse, étant du plus grand sérieux, 
je me la faisais deux ou trois fois le jour, et surtout 
à la tombée de la nuit, qui souvent pour moi est 
encore un moment d'émotion tendre, je suis disposé 
à embrasser ma maîtresse les larmes aux yeux 
(quand j'en ai). 

Mais j'étais un être constamment ému et ne son- 
geant jamais que dans de rares moments de colère 
à empêcher notre hôtesse de me voler trois sous sur 
les jalourdes. 

Oserai-je le dire ? Mais peut-être c'est faux, 
fêtais un poète. Non pas, il est vrai, comme cet 
aimable abbé Delille que je connus deux ou trois 
ans après par Cheminade (rue des Francs-Bourgeois, 
au Marais), mais comme le Tasse, comme un cen- 
tième du Tasse, excusez l'orgueil. Je n'avais pas 
cet orgueil en 1799, je ne savais pas faire un vers. 
Il n'y a pas quatre ans que je me dis qu'en 1799 
j'étais bien près d'être un poète. Il ne me manquait 



\ii: DK H EN m HHULAnn 80 

que l'audace d'écrire, qu'une cheminée par la(]uolle 
le génie put s'échapper. 

Après poêle voici le génie, excusez du peu. 

« Sa sensibilité est devenue trop vi^'e: ce qui ne fait 
qu effleurer les autres, le blesse jusquau sang. » Tel 
j'étais en 1799, tel je suis encore en 183G, mais j'ai 
appris à cacher tout cela sous l'ironie imperceptible 
au vulgaire, mais que Fiore a fort bien devinée. 

« Les affections et les tendresses de sa vie sont 
écrasantes et disproportionnées, ses enthousiasmes 
excessifs l'égarent, ses sympathies sont trop vraies *, 
ceux quil plaint souffrent moins que lui. » 

Ceci est à la lettre pour moi. (A l'emphase et à l'im- 
portance près (self i mporlance ) , ce journal a raison.) 

Ce qui fait marquer ma dilîérence avec les niais 
importants du journal, et qui portent leur tête comme 
un saint-sacrement, c'est que je n'ai jamais cru que 
la société me dût la moindre chose, Helvétius me 
sauva de cette énorme sottise. La société paie les 
services qu^elle voit. 

L'erreur et le malheur du Tasse fut de se dire : 
'< Comment! toute l'Italie, si riche, ne pourra pas 
faire une pension de deux cents sequins (2.300 francs) 
à son poète ! >> 

J'ai lu cela dans une de ses lettres. 

Le Tasse ne voyait pas, faute d' Helvétius, que les 
cent hommes qui, sur dix millions, comprennent le 
beau qui n'est pas imitation ou perfectionnement du 
beau déjà compris par le vulgaire, ont besoin de 



90 STENDHAL 

vingt OU trente ans pour persuader aux vingt mille 
âmes, les plus sensibles après les leurs, que ce nou- 
veau beau est réellement beau. 

J'observerai qu'il y a exception quand l'esprit 
de parti s'en mêle. M. de Lamartine a fait peut- 
être en sa vie deux cents beaux vers. Le parti ultra, 
vers 1818, étant accusé de bêtise (on les appelait 
M. de la Jobardière), sa vanité blessée vanta l'œuvre 
d'un noble avec la force de l'irruption d'un lac 
orageux qui renverse * sa digue *. 

Je n'ai donc jamais eu l'idée que les hommes 
fussent injustes envers moi. Je trouve souveraine- 
ment ridicule le malheur de tous nos soi-disant 
poètes, qui se nourrissent de cette idée et qui 
blâment les contemporains de Cervantes et du 
Tasse. 

Il me semble que mon père me donnait alors 
cent francs par mois, ou cent cinquante francs. 
C'était un trésor, je ne songeais nullement à man- 
quer d'argent, par conséquent, je ne songeais nulle- 
ment à l'argent. 

Ce qui me manquait, c'était un cœur aimant, 
c'était une femme. 

Les filles me faisaient horreur. Quoi de plus 
sini])le que de faire comme aujourd'hui, ])rendre une 
jolie fille pour un louis, rue des Moulins ? 

Les louis ne me manquaient pas. Sans doute 
mon grand-père et ma grand'tante Elisabeth m'en 
avaient donné, et je ne les avais certainement pas 



vn: DE niiMu iuîllahu 91 

ilépcnsés, ^^;lis le snmiro d'un ciriir ;iiiii;iiil ! mais 
le regard df M"*' Vielorino Hi<rillioii ! 

Tous les contes gais, exagcraiil la corruplion et 
ravidit»' des lillos, (]iic m.- faisaient les mathémati- 
ciens faisant fonctions d'amis autour de moi, me 
faisaient mal au cœur. 

Ils parlaient des pierreuses, des fdles à deux sous, 
sur les pierres de taille, à deux cents pas de la porte 
de notre chétive maison*. 

Ln cœur ami, voilà ce qui me manquait. M. Sorel * 
m'invitait à dîner quelquefois, M. Daru aussi, je 
suppose, mais je trouvais ces hommes si loin de mes 
extases sublimes, j'étais si timide par vanité, surtout 
avec les femmes, que je ne disais rien. 

Une femme ? une fille ? dit Chérubin. A la beauté 
près, j'étais Chérubin, j'avais des cheveux noirs 
très frisés et des yeux dont le feu faisait peur. 

Lliomme que j'aime, ou : Mon amant est laid, mais 
personne ne lui reproche sa laideur, il a tant d'esprit ! 
Voilà ce que disait, vers ce temps, M"c Victorine 
Bigillion à Félix Faure, qui ne sut que longues 
années après de qui il s'agissait. 

Il tourmentait un jour sa jolie voisine, M"^ Victo- 
rine Bigillion, sur son indifférence. Il me semble que 
Michel ou Frédéric Faure, ou lui Félix, voulait faire 
la cour à .M"e Victorine. 

(Félix Faure, pair de France, Premier Président 
de la Cour royale de Grenoble, être plat et physique 
usé. 



92 STENDHAL 

Frédéric Faure, Dauphinois fin, exempt de toute 
générosité, de l'esprit, mort capitaine d'artillerie 
à Valence. 

Michel, encore plus fin, encore plus Dauphinois, 
peut-être peu brave, capitaine de la garde impériale, 
connu par moi à Vienne en 1809, directeur du dépôt 
de mendicité à Saint-Robert, près Grenoble (dont 
j'ai fait M. Valenod dans le Rouge). 

Bigillion, excellent cœur, honnête homme, fort 
économe, greffier en chef du Tribunal de première 
instance, s'est tué vers 1827, ennuyé, je crois, d'être 
cocu, mais sans colère contre sa femme.) 

Je ne veux pas me peindre comme un amant 
malheureux à mon arrivée à Paris, en novem- 
bre 17'J9, ni même comme un amant. J'étais trop 
occupé du monde et de ce que j'allais faire dans ce 
monde si inconnu pour moi. 

Ce problème était ma maîtresse, de là mon idée 
que l'amour, avant un état et le début dans le monde, 
ne peut pas être dévoué et entier comme l'amour 
chez un être qui se figure savoir ce que c'est que le 
monde. 

Cependant, souvent je rêvais avec transport à 
nos montagnes du Dauphiné ; et M^^^ Victorine 
passait plusieurs mois, chaque année, à la Grande- 
Chartreuse, où ses ancêtres avaient reçu saint Bruno ' 
en 1100. La Grande-Chartreuse était la seule mon- 
tagne que je connusse. Il me semble que j'y étais 
déjà allé une ou deux fois avec Bigillion et Rémy. 



VIE DE HENRI BRUL.VnD !J.'] 

J'avais un souvenir tendre de .M""' ^'ict(^^inc, 
mais je ne doutais pas \\n instant qu'une jeune lille 
de Paris ne lui fût cent fois supérieure. Toutefois, 
le premier aspect de Paris me déplaisait souveraine- 
ment *. 

Ce déplaisir profond, ce désenchantement, réunis 
à un exécrable médecin, me rendirent, ce me 
semble, assez malade. Je ne pouvais plus manger. 

M. Daru me fit-il soigner dans cette première 
maladie ? 

Tout-à-coup, je me vois dans une chambre, au 
troisième étage, donnant sur la rue du Bac ; on 
entrait dans ce logement par le passage Sainte- 
Marie, aujourd'hui si embelli et si changé. Ma 
chambre était une mansarde et le dernier étage de 
l'escalier, indigne *. 

Il faut que je fusse bien malade, car M. Daru 
père m'amena le fameux docteur Portai, dont la 
ligure m'elTrava. Elle avait l'air de se résigner en 
voyant un cadavre. J'eus une garde, chose bien 
nouvelle pour moi. 

J'ai appris depuis que je fus menacé d'une hydro- 
pisie de poitrine. J'eus, je pense, du délire, et je fus 
bien trois semaines ou un mois au lit. 

Félix Faure venait me voir, ce me semble. Je 
crois qu'il m'a conté et, en y pensant, j'en suis sûr, 
(jue, dans le délire, je l'exhortais, bii qui faisait 
fort bien des armes, à retourner à Grenoble et appeler 
en duel ceux qui se moqueraient de nous parce que 



94 STENDHAL 

nous n'étions pas entrés à l'Ecole polytechnique. 
Si je reparle jamais à ce juge des prisonniers d'avril, 
lui faire des questions sur notre vie de 1799. Cette 
âme froide, timide et égoïste doit avoir des souvenirs 
exacts, d'ailleurs il doit être de deux ans plus âgé 
que moi et être né vers 1781*. 

Je vois deux ou trois images de la convalescence. 

Ma garde-malade me faisait le pot-au-feu, près 
de ma cheminée, ce qui me semblait bas, et l'on me 
recommandait fort de ne pas prendre froid ; comme 
j'étais souverainement ennuyé d'être au lit, je 
prenais garde aux recommandations. Les détails de 
vie physique de Paris me choquaient. 

Sans aucun intervalle, après la maladie, je me 
vois logé dans une chambre au second étage de la 
maison de M. Daru, rue de Lille (ou de Bourbon, 
quand il y a des Bourbons en France), n^ 505*. 
Cette chambre donnait sur quatre jardins, elle était 
assez vaste, un peu en mansarde ; le ... * entre les 
deux fenêtres était incliné à quarante-cinq degrés. 

Cette chambre me convenait fort. Je pris un 
cahier de papier pour écrire des comédies. 

Ce fut à cette époque, je crois, que j'osai aller 
chez M. Cailhava pour acheter un exemplaire de 
son Art de la comédie, que je ne trouvais chez aucun 
libraire. Je déterrai ce vieux garçon dans une cham- 
bre du Louvre, je crois. Il me dit que son livre était 
mal écrit, ce que je niai bravement. 11 dut me 
prendre poiu' un fou. 



vu: Di: iiKMu aiii LAuu 95 

Je n'ai jamais trouvé ([iiuno idf''o dans ce (lial)Ic 
do livre, et encore elle n'était pas de (lailliava, mais 
bien de Bacon. Mais n'est-ce rien ([uiine idée, dans 
un livre ? Il s'agit de la définition du rire. 

Ma cohabitation passionnée avec les mathéma- 
tiques m'a laissé un amour fou ])our les bonnes 
définitions, sans lesquelles il n'y a que des à peu 
près *. 



\ 



CHAPITRE XXXVITI* 



Mais une fois l'art de la comédie sur ma table*, 
j'agitai sérieusement cette grande question : devais- 
je me faire compositeur d'opéras, comme Grétry ? 
ou faiseur de comédies ? 

A peine je connaissais les notes (M. .Mention 
m'avait renvoyé comme indigne de jouer du violon), 
mais je me disais : les notes ne sont que l'art d'écrire 
les idées, l'essentiel est d'en avoir. Et je croyais en 
avoir. Ce (ju'il y a de plaisant, c'est que je le crois 
encore aujourd'hui, et je suis souvent fâché de 
n'être pas parti de Paris jiour être laquais de Pai- 
siello à Xaples. 

Je n'ai aucun goût pour la nmsiquc purement 
instrumentale, l;i musique même de la Chapelle 

Brûla nu II. 7 



98 STENDHAL 

Sixtine et du chœur du chapitre de Saint-Pierre 
ne me fait aucun plaisir (rejugé ainsi le . . janvier 
1836, jour de la Catedra de San-Pietro). 

La seule mélodie vocale me semble le produit du 
génie. Un sot a beau se faire savant, il ne peut, sui- 
vant moi, trouver un beau chant, par exemple : Se 
amor si gode in pace (premier acte et peut-être 
première scène du Matrimonio segreto). 

Quand un homme de génie se donne la peine 
d'étudier la mélodie, il arrive à la belle instrumenta- 
tion du quartetto de Bianca e Faliero (de Rossini) 
ou du duo à'Armide, du même. 

Dans les beaux temps de mon goût pour la musi- 
que, à Milan, de 1814 à 1821, quand le matin d'un 
opéra nouveau j'allais retirer mon libretto à la 
Scala, je ne pouvais m'empêcher eu le lisant d'en 
faire toute la musique, de chanter les airs et les duos. 
Et oserai-je le dire ? quelquefois, le soir, je trouvais 
ma mélodie plus noble et plus tendre que celle du 
maestro. 

Comme je n'avais et je n'ai absolument aucune 
science, aucune manière de fixer la mélodie sur un 
morceau de papier, pour pouvoir la corriger sans 
crainte d'oublier la cantilène primitive, cela était 
comme la première idée d'un livre qui me vient. 
Elle est cent fois plus intelligible qu'après l'avoir 
travaillée. 

Mais enfin cette première idée, c'est ce qui ne se 
trouve jamais dans les livres des écrivains médiocres. 



\\E Di: m: MU niui.vnD 



00 



Leurs phrases les plus fortes me semblent comme le 
trait (le Priam, sitie ictii. 

Par cxcini)!*', j'ai faif, «c iiio scm])l(', une char- 
mante mélodie (et j'ai vu raccompagnement) pour 
ces vers de La Fontaine (critiqués par M. Nodier 
comme peu pieux, mais vers 1820, sous les I3[our- 
bon]s) : 

L'n mort s'en allait tristement 
S'emparer de son dernier gîte, 
Un curé s'en allait gaiement 
Enterrer ce mort au plus vite. 

C'est pcut-cLrc la seule mélodie que j'aie faite 
sur des paroles françaises. J'ai horreur de l'obliga- 
tion de prononcer gi-teu, vi-teu. Le Français me 
semble avoir le métalent le plus marciué pour la 
musique. 

Comme l'Italien a le métalent le plus étonnant 
pour la danse. 

Quelquefois, disant des bêtises exprès avec moi- 
même, pour me faire rire, pour fournir des plaisan- 
teries au parti contraire (que souvent je sens par- 
faitement en moi), je me dis : Mais comment 
aurais-je du talent pour la musique à la Cimarosa, 
étant Français ? 

Je réponds : par ma mère, à laquelle je ressemble, 
je suis peut-être de sang italien. Le Gagnoni ([ui se 
sauve à Avignon après avoir assassiné im homme 
en Italie, s'y maria peut-être avec la (ille dun 
Italien attaché au vice-légat. 



100 STENDHAL 

Mon grand-père et ma tante Elisabeth avaient 
évidemment une figure italienne, le nez aquilin, 
etc. 

Et actuellement (jue cinq ans de séjour continu 
à RTomeJ m'ont fait pénétrer davantage dans la 
connaissance de la structure physique des Romains, 
je vois que mon grand-père avait exactement la 
taille, la tête, le nez romains. 

Bien plus, mon oncle Romain Gagnon avait une 
tête évidemment presque Romaine, au teint près*, 
qu'il avait fort beau. 

Je n'ai jamais vu un beau chant trouvé par un 
Français, les plus beaux ne s'élevant pas au-dessus 
du caractère grossier qui convient au chant popu- 
laire, c'est-à-dire qui doit plaire à tous ; tel est : 

Allons, enfants de la pairie... 

lie Rouget de Lisle, capitaine, chant trouvé en 
une nuit, à Strasbourg. 

Ce chant me semble extrêmement supérieur à 
tout ce qu'a jamais fait une tête française, mais, par 
son ironre, nécessairement inférieur à : 

Là, ci darem la niano, 
I.à, ml (lirai di .si... 

de Mozai I *. 

.I'a\ tjucrjii que je ne trouve parfaitement beaux 
(\ue les chants de ces deux seuls auteurs : (limarosa 
et Mozart, et l'on me pendrait plutôt que de me faire 
(hre a\<'c sincérité lequel je préfère à l'autre. 



VIF. on iiF.MU nmi.Mii) Idl 

QucTiul mon mauvais sort m'a fail ((iimaîtrc deux 
salons ciimiyeux, c'est tdiijoiirs «rliii irctù je sors 
qui me semble le plus pesant. 

(^kiaïui jt' \ irns d'entendre Mozail ou (limarosa, 
c'est toujours le deiiiier entendu (pu me semble 
peut-Otif un peu })référable à Tau lie. 

Paisiello me semble de la picjuette assez agréable 
et que l'on peut même rechercher et boire avec 
plaisir, dans les moments où l'on trouve le vin 
trop fort. 

J'en dirai autant de qvielques airs de quelques 
compositeurs inférieurs à Paisiello, par exemple : 
Senza spose non mi lasciate, signor governatore (je ne 
me souviens pas des vers) des Cantatrici Villane, 
de Fioravanti. 

Le mal de cette piquette, c'est qu'au bout d'un 
moment on la trouve plote. 11 n'en faut boire qu'un 



verre *. 



Presque tous les auteurs sont vendus à la [reli- 
gion] quand ils écrivent sur les races d'hommes. Le 
très petit nombre des gens de bonne foi confond les 
faits prouvés avec les suppositions. C'est (juand une 
science commence cpi nu homme (pii n'en est pas, 
comme moi, peut hasarder d'en parler. 

Je dis donc que c'est en vain i|u"(ui demanderait 
à un chien de chasse l'esprit iliin barbet, ou à un 
barbet de faire connaître que six heures auparavant 
un lièvre a passé par ici. 

11 peut y avoir des exceptions individuelles, mais 
BnuLAno II. 7. 



102 STENDHAL 

la vérité générale c'est que le barbet et le chien de 
chasse ont chacun leur talent. 

Il est probable qu'il en est de même des races 
d'hommes. 

Ce qui est certain, observé par moi et par Cons- 
tantin*, c'est que nous avons vu toute une société 
romaine (...*, vu en 1834, je crois) qui s'occupe 
exclusivement de musique et qui chante fort bien 
les finales de la Sémiramide de Rossini et la musique 
la plus dilficile, valser toute une soirée sur de la 
musique de contredanse, à la vérité mal jouée quant 
à la mesure. Le Romain, et même l'Italien en 
général, a le métalent le plus marqué pour la 
danse. 

J'ai mis la charrue devant les bœufs, exprès pour 
ne pas révolter les Français de 1880, quand j'oserai 
leur faire lire que rien n'était égal au métalent de 
leurs aïeux de 1830 pour juger de la musique chantée 
ou l'exécuter. 

Les Français sont devenus savants en ce genre 
depuis 1820, mais toujours barbares au fond, je 
n'en veux pour preuve que le succès de Robert le 
Diable, de Meverbeer. 

Le Français est moins insensible à la musique 
allemande, Mozart excepté. 

Ce que les Français goûtent dans Mozart, ce n'est 
pas la nouveauté terrible (hi chant par lequel Lepo- 
rello invite la statue du commandeur à souper, c'est 
plutôt l'accompagnement. D'ailleurs, on a dit à cet 



vil: dk hkmu iuîli.aho lO.'J 

ètr*', i'anitcu.r avnnl tdiil tl pai-dcssus tout, que ce 
iluo ou trio est sublime. 

I II iMoroeau tic rocher char<ié do fer, (\\ir l'dii 
aperçoit à la surface du terrain, f.ut |)enser qu'en 
«reusant un puits et des galeries profondes on par- 
viendra à trouver une quantité de métal satisfai- 
sante, peut-être aussi on ne trouvera rien. 

Tel j'étais pour la musique en 17ÎJ9. Le hasard a 
fait que j'ai cherché à noter les sons de mon âme 
par des pages im|»rimées. La paresse et le man(jue 
d'occasion d'apprendre le physique, le lȏte de la 
musique, à savoir jouer du piano et noter mes 
idées, ont beaucoup de part à cette détermination 
qui eût été tout autre, si j'eusse trouvé un oncle ou 
une maîtresse aimant la musique. Quant à la pas- 
sion, elle est restée entière. 

Je ferais dix lieues à pied par la crotte, la chose 
que je déteste le plus au monde, pour assistera une 
représentation de Don Juan bien joué. Si l'on 
prononce un mot italien de Don Juan, sur-le-champ 
le souvenir tendre de la nuisique me revient et s'em- 
pare de moi. 

Je n'ai rpi'une objection, mais peu intelligible : 
la musi(jue nie plaît-elle comme signe, comme sou- 
venir du bonheur de la jeunesse, ou par elle-même? 

Je suis pour ce dernier avis. Don Juan me char- 
mait avant d'entendre Bonoldi s'écrier (à la Scala, 
à Milan) par sa petite fenêtre : 



104 STENDHAL 



Falle passât avanti, 
Di elle ci fan onore ? 



Mais ce sujet est délicat, j'y reviendrai quand je 
m'ensouiïrerai dans les discussions sur les arts 
pendant mon séjour à Milan, si passionné et, je puis 
dire, au total, la fleur de ma vie de 1814 à 1821. 

L'air : « Tra quattro mûri », chanté par M^^^ Festa, 
me plaît-il comme signe, ou par son mérite intrin- 
sèque ? 

« Per te ogni mese un pajo », des Pretendenti delusi, 
ne me ravit-il pas comme signe ? 

Oui, j'avoue le signe pour ces deux derniers, aussi 
ne les vanté-je jamais comme des chefs-d'œuvre. 
Mais je ne crois pas du tout au signe pour le Matri- 
monio segreto, entendu soixante ou cent fois à 
rOdéon par M"^^ Barilli ; était-ce en 1803 ou 
1810*? 

Certainement, aucun opéra d'inchiostro, aucun 
ouvrage de littérature, ne me fait un plaisir aussi vif 
que Don Juan. 

La feuille quatorzième de la nouvelle édition de 
de Brosses, lue dernièrement, en janvier 1836, en a 
toutefois beaucoup approché. 

Une grande preuve de mon amour pour la musi- 
que, c'est que l'opéra-comique de Feydeau mai- 
grit. 

Maître (If l:i loge de ma cousine de Longuevillc*, 
je n'ai pu y subir qu'uar demi-représentation. Je 



\ii: Di: m: MU niit x.Ann 105 

vais à cf tliéàlre tous les deux ou (rois ans, vaincu 
par la curiosité, et j'en sors au second acte, conmu; 
le \ iconile. (Le Vicomte, indigné, sortait au second 
acte, aigri [lour toute la soirée.) 

L'opéra français m'a aigri encore plus puissam- 
ment jusqu'en 1830, et m'a encore complètement 
déplu en 1833, avec Moncrif et M"^*^ Damorcau. 

Je me suis étendu, puisqu'on est toujours mauvais 
juge des passions ou goûts qu'on a, surtout quand 
ces goûts sont de bonne compagnie. Il n'est pas de 
jeune homme affecté du faubourg Saint-Germain, 
comme M. de Blancmesnil, par exemple, qui ne se 
dise fou de la musique. Moi, j'abhorre tout ce qui 
est romance française. Le Panseron* me met en 
fureur, il me fait haïr ce que j'aime à la passion. 

La bonne musique me fait rêver av-ec délices à ce 
qui occupe mon cœur dans le moment. De là, les 
moments délicieux que j'ai trouvés à la Scala, de 
1814 à 1821. 



CHAPITRE XXXIX* 



Ce n'était rien que de loger chez M. Daru. il 
fallait y dîner, ce qui m'ennuyait mortellement. 

La cuisine de Paris me déplaisait presque autant 
que son manque de montagnes, et apparemment 
par la même raison. Je ne savais ce que c'était que 
manquer d'argent. Pour ces deux raisons, rien ne 
me déplaisait comme ces dîners dans l'appartement 
exigu de M. Daru, 

Comme je l'ai dil, il était situé sur la porte co- 
chère*. 

C'est dans ce salon et cette salle-à-mangcr que 
j'ai cruellement souiïert, en recevant cette éduca- 
tion des autres à laquelle mes parents m'avaient si 
judicieusement soustrait. 



108 STENDHAL 

Le genre poli, cérémonieux, accomplissant scrupu- 
leusement toutes les convenances, me manquant 
encore aujourd'hui, me glace et me réduit au silence. 
Pour peu cjue l'on y ajoute la nuance religieuse et 
la déclaination sur les grands principes de la morale, 
je suis mort. 

Que l'on juge de l'effet de ce venin en janvier 1800, 
quand il était appliqué sur des organes tout neufs 
et dont l'extrême attention n'en laissait pas perdre 
une goutte. 

J'arrivais dans le salon à cinq heures et demie ; là, 
je frémissais en songeant à la nécessité de donner la 
main à M^^^ Sophie ou à M™^ Cambon, ou à 
M™^ Le Brun, ou à M"^^ Daru elle-même, pour aller 
à table. 

(M"*^ Cambon succomba peu à peu à une maladie 
qui, dès lors, la rendait bien jaune. M'"*^ Le Brun 
est marquise en 1836 ; il en est de même de M^^^ So- 
phie, devenue M"^^ de Baùre. Nous avons perdu 
depuis longues années M'"'' Daru la mère et M. Daru 
le père. M'^® Pulchérie Le Brun est M"^^ la marquise 
de Brossard en 1836. MM. Pierre et Martial Daru 
sont morts, le premier vers 1829, le second deux ou 
trois ans plus tôt. M"^® Le Brun = M"^*^ la marquise 
de Graves, ancien ministre de la Guerre *.) 

A table, placé au point 11*, je ne mangeais pas 
un morceau qui me [plût] *. La cuisine parisienne 
me déplaisait souverainement, et me déplaît encore 
après tant d'années. Mais ce désagrément n'était 



vu: DE HENRI BRULARD 100 

rien à mon ûge, je l'éprouvais bien quand je pouvais 
aller chez un restaurateur. 

C'était la contrainte morale qui me tuait. 

Ce n'était pas le sentiment de l'injustice et de la 
haine contre ma tante Séraphie, comme à Gre- 
noble. 

Plût à Dieu que j'en eusse été quitte pour ce genre 
de malheur ! C'était bien pis : c'était le sentiment 
continu des choses que je voulais faire et auxquelles 
je ne pouvais atteindre. 

Qu'on juge de l'étendue de mon malheur ! Moi 
cjui me croyais à la fois un Saint-Preux et un Val- 
mont (des Liaisons Dangereuses, imitation de 
Clarisse, qui est devenu le bréviaire des provin- 
ciaux), moi qui, me croyant une disposition infinie 
à aimer et à être aimé, croyais que l'occasion seule 
me manquait, je me trouvais inférieur et gauche eu 
tout dans une société que je jugeais triste et maus- 
sade ; qn'aurait-ce été dans un salon aimable ! 

C'était donc là ce Paris que j'avais tant désiré î 

Je ne conçois pas aujourd'hui comment je ne 
devins pas fou du 10 novembre 1799 au 20 août 
[1800] à peu près, que je partis pour Genève. 

Je ne sais pas si, outre le dîner, je n'étais pas 
encore obligé d'assister au déjeuner. 

Mais comment faire concevoir ma folie ? Je me 
figurais la société uniquement et absolument par 
les Mémoires secrets de Duclos, les trois ou sept 



110 STENDHAL 

volumes de Saint-Simon alors publiés, et les ro- 
mans. 

Je n'avais vu le monde, et encore par le cou d'une 
bouteille, que chez madame de Montmort, l'original 
de la madame de Merteuil des Liaisons dangereuses. 
Elle était vieille maintenant, riche et boiteuse. 
Cela, j'en suis sûr; quant au moral, elle s'opposait 
à ce que l'on ne me donnât qu'une moitié de noix 
confite ; quand j'allais chez elle au Chevaïlon*, elle 
m'en faisait toujours donner une tout entière. « Cela 
fait tant de peine aux enfants ! » disait-elle. Voilà 
tout ce que j'ai vu de moral. M"^^ de Montmort 
avait loué ou acheté la maison des Dragon, jeunes 
gens de plaisir, intimes de mon oncle R. Gagnon, et 
qui s'étaient à peu près ruinés*. 

Le détail original de madame de Merteuil est 
peut-être déplacé ici, mais j'ai voulu faire voir par 
l'anecdote de la noix confite ce que je connaissais 
du monde. 

Ce n'est pas tout, il y a bien pis. Je m'imputais à 
honte, et presque à crime, le silence qui régnait trop 
souvent à la cour d'un vieux bourgeois despote et 
ennuyé tel qu'était M. Daru le père. 

C'était là mon principal chagrin. Un homme 
devait être, selon moi, amoureux passionné et, en 
môme temps, portant la joie et le mouvement dans 
toutes les sociétés où il se trouvait. 

Et encore cette joie universelle, cet art de plaire à 



VIE DE HENRI BRULARD 111 

tous, ne devaient pas être fondés sur l'art de flatter 
les goûts et les faiblesses de tous, je ne me doutais 
pas de tout ce côté de l'art de plaire qui m'eût pro- 
bablement révolté ; l'amabilité que je voulais était 
la joie pure de Shakespeare dans ses comédies, 
l'amabilité qui règne à la cour du duc exilé dans la 
foret des Ardennes. 

Cette amabilité pure et aérienne à la cour d'un 
vieux préfet libertin, et ennuyé, et dévot, je crois !!! 

L'absurde ne peut pas aller plus loin, mais mon 
malheur, quoique fondé sur Vabsurde, n'en était 
pas moins fort réel. 

Ces silences, quand j'étais dans le salon de 
M. Daru, me désolaient. 

Qu'étais-je dans ce salon ? Je n'y ouvrais pas la 
bouche, à ce que m'a dit depuis M™^ Lebrun, mar- 
quise de Graves*. M"^^ la comtesse d'Ornisse* m'a 
dit dernièrement que M"i^ Le Brun a de l'amitié pour 
moi; lui demander quelques éclaircissements sur la 
figure que je faisais dans le salon de M. Daru à cette 
première apparition, au commencement de 1800*. 

Je mourais de Contrainte, de désappointement, 
de mécontentement de moi-même. Qui m'eût dit 
que les plus grandes joies de ma vie devaient me 
tomber dessus cinq mois après ! 

Tomber est le mot propre, cela me tomba du ciel, 
mais toutefois cela venait de mon âme, elle était 
aussi ma seule ressource pendant les quatre ou cinq 



112 STENDHAL 

mois que j'habitai la chambre chez M. Daru le 
père. 

Toutes les douleurs du salon et de la salle-à-manger 
disparaissaient quand, seul dans ma chambre sur 
les jardins, je me disais : « Dois-je me faire composi- 
teur de musique, ou bien faire des comédies, comme 
Molière ? » Je sentais, bien vaguement il est vrai, 
que je ne connaissais assez ni le monde ni moi-même 
pour me décider*. 

J'étais distrait de ces hautes pensées par un autre 
problème beaucoup plus terrestre et bien autrement 
prenant. M. Daru, cet homme exact, ne comprenait 
pas pourquoi je n'entrais pas à l'Ecole polytech- 
nique ou, si cette année était perdue, pourquoi je 
ne continuais pas mes études pour me présenter 
aux examens de la saison suivante, septembre 1800. 

Ce vieillard sévère me faisait entendre avec beau- 
coup de politesse et de mesure qu'une explication 
entre nous à cet égard était nécessaire. C'étaient 
premièrement cette mesure et cette politesse si 
nouvelle pour moi, qui m'entendais appeler Monsieur 
par ce parent pour la première fois de ma vie, qui 
mettaient aux champs ma timidité et mon imagina- 
tion folles*. 

J'explique cela maintenant. Je voyais fort bien 
la question au fond, mais ces préparations polies 
et insolites me faisaient soupçonner des abîmes 
inconnus et eiïroyables dont je ne pourrais me tirer. 
Je me sentais terrifié par les façons diplomatiques 



VIE DE HENRI BRULARD 11 



o 



de l'habilo ox-préfet, auxquelles j'étais bien loin 
alors de pouvoir donner leurs noms propres. Tout 
cela me rendait incapable de soutenir mon opinion 
de vive voix. 

L'absence complète de collège faisait de moi un 
enfant cb' dix ans pour mes rapports avec le 
monde. Le seul aspect d'un personnage si imposant 
et qui faisait trembler tout le monde chez lui, à 
commencer par sa femme et son fils aîné, me par- 
lant tête-à-tt'te et la porte fermée, me mettait dans 
l'impossibilité de dire deux mots de suite. Je vois 
aujourd'hui que cette figure de M. Daru père, avec 
un œil un peu de travers, était exactement pour moi 

Lasciate ogni speranza, çoi cliintrate. 

Ne pas la voir était le plus grand bonheur qu'elle 
pût me donner. 

Le trouble extrême chez moi détruit la mémoire. 
Peut-être M. Daru le père m'avait-il dit quelque 
chose comme : « Mon cher cousin, il conviendrait 
de prendre un parti d'ici à huit jours. » 

Dans l'excès de ma timidité, de mon angoisse et 
de mon désarroi, comme on dit à Grenoble, et comme 
je disais alors, il me semble ([ue j'écrivis d'avance 
la conversation que je voulais avoir avec ^L Daru. 

Je ne me rappelle qu'un seul détail de cette ter- 
rible entrevue. Je dis, en termes moins clairs : 

« Mes parents me laissent à peu près le maître 
du parti à prendre. 

Brulakd h. 8 



114 STENDHAL 

— Je ne m'en aperçois que trop », répondit 
M. Daru, avec une intonation riche de sentiment et 
qui me frappa fort chez un homme si plein de mesure 
et d'habitudes périphrasantes et diplomatiques. 

Ce mot me frappa ; tout le reste est oublié. 

J'étais fort content de ma chambre sur les jar- 
dins, entre les rues de Lille et de l'Université, avec 
un peu de vue sur la rue de Bellechasse. 

La maison avait appartenu à Condorcet, dont la 
jolie veuve vivait alors avec M. Fauriel (aujourd'hui 
de l'Institut, un vrai savant, aimant la science pour 
elle-même, chose si rare dans ce corps). 

Condorcet, pour n'être pas harcelé par le monde, 
avait fait faire une échelle de meunier, en bois, au 
moyen de laquelle il grimpait au troisième (j'étais 
au second), dans une chambre au-dessus de la 
mienne. Combien cela m'eût frappé trois mois plus 
tôt ! Condorcet, l'auteur de cette Logique des 
Progrès futurs cjue j'avais lue avec enthousiasme 
deux ou trois fois ! 

Hélas ! mon cœur était changé. Dès que j'étais 
seul et tranquille, et débarrassé de ma timidité, ce 
sentiment profond revenait : 

« Paris, n'est-ce que çà ? )^ 

Cela voulait dire : Ce que j'ai tant désiré comme 
le souverain bien, la chose à laquelle j'ai sacrifié 
ma vie depuis trois ans, m'ennuie. Ce n'était pas le 
sacrifice de trois ans qui me touchait ; malgré la 
peur d'entrer à l'Ecole polytechnique l'année sui- 



VIE DE HENRI BRULARD 115 

vante, j'aimais les mathématiques, la question 
terrible que je n'avais pas assez d'esprit pour voir 
nettement était celle-ci : Où est donc le bonheur sur 
la terre ? Et quelquefois j'arrivais jusqu'à celle-ci : 
Y a-t-il un bonheur sur la terre ? 

N^ avoir pas de montagnes perdait absolument 
Paris à mes yeux. 

Ai^oir dans les jardins des arbres taillés l'achevait. 

Toutefois, ce cjui me fait plaisir à distinguer 
aujourd'hui (en 1836), je n'étais pas injuste pour le 
beau vert de ces arbres. 

Je sentais, bien plus cjue je ne me le disais nette- 
ment : leur forine est pitoyable, mais cfuelle verdure 
délicieuse et formant masse, avec de charmants 
labyrinthes où l'imagination se promène ! Ce der- 
nier détail est d'aujourd'hui. Je sentais alors, sans 
trop distinguer les causes. La sagacité, qui n'a 
jamais été mon fort, me manquait tout-à-fait, 
j'étais comme un cheval ombrageux qui ne voit pas 
ce qui est, mais des obstacles ou périls imaginaires. 
Le bon, c'est que mon cœur se montait, et je mar- 
chais fièrement aux plus grands périls. Je suis encore 
ainsi aujourd'hui. 

Plus je me promenais dans Paris, plus il me dé- 
plaisait. La famille Daru avait de grandes bontés 
pour moi, M'"^ Cambon me faisait compliment sur 
ma redingote à l'artiste, couleur olive, avec revers 
en velours. 

« Elle vous va fort bien », me disait-elle. 



116 STENDHAL 

M™6 Camboii voulut bien me conduire au Musée 
avec une partie de la famille et un M. Gorse ou 
Gosse, gros garçon commun, qui lui faisait un peu 
la cour. Elle, mourait de mélancolie pour avoir 
perdu, un an auparavant, une fdle unique de 
seize ans. 

On quitta le Musée, on m'offrit une place dans le 
fiacre ; je revins à pied dans la boue et, amadoué 
par la bonté de M"^^ Cambon, j'ai la riche idée 
d'entrer chez elle. Je la trouve en tête à tête avec 
M. Gorse. 

Je sentis cependant toute l'étendue ou une 
partie de l'étendue de ma sottise. 

« Mais pourquoi n'êtes-vous pas monté en voi- 
ture ? » me disait M'"<^ Cambon étonnée. 

Je disparus au bout d'une minute. M. Gorse en 
dut penser de belles sur mon compte. Je devais être 
un singulier problème dans la famille Daru ; la 
réponse devait varier entre : C^est un fou, et : C^est 
un imbécile. 



CHAPITRE XL* 



-Madame Le Brun, aujourd'hui marquise de 
[Graves]*, m'a dil, que tous les habitants de ce petit 
sahm étaient étonnés de mon silence complet. 

Je me taisais par instinct, je sentais que personne 
ne me comprendrait, quelles jîgures pour leur parler 
ilo ma tendre admiration pour Bradamante ! Ce 
silence, amené par le 'hasard, était de la meilleure 
politique, c'était le seul moyen de conserver un peu 
de dignité personnelle. 

Si jamais je revois cette femme d'espril, il faut 
que je la presse de questions pour ffnVlIr jne dise 
ce que j'étais alors. En vérité, je l'ignore. Je ne puis 
(pie noter le degré de bonheur senti par cette 
machine. Comme j'ai toujours creusé les mêmes 

Bkliaud II. o 



118 STENDHAL 

idées depuis, comment savoir où j'en étais alors ? 
Le puits avait dix pieds de profondeur, chaque 
année j'ai ajouté cinq pieds ; maintenant, à cent 
quatre-vingt-dix pieds, comment avoir l'image de 
ce qu'il était en février 1800, quand il n'avait que 
dix pieds ? 

On admirait mon cousin Marc (mon chef de bu- 
reau au Commerce), l'être prosaïque par excellence, 
parce que, rentrant le soir, vers dix heures, chez 
M. Daru, rue de Lille, n^ 505, il remontait à pied 
pour aller manger certains petits pâtés au carre- 
four Gaillon. 

Cette simplicité, cette naïveté de gourmandise, 
qui me feraient rire aujourd'hui dans un enfant de 
seize ans, me comblaient d'étonnement en 1800. 
Je ne sais pas même si, un soir, je ne ressortis pas, 
par cette abominable humidité de Paris, que j'exé- 
crais, pour aller manger de ces petits pâtés. Cette 
démarche était un peu pour le plaisir et beaucoup 
pour la gloire. Le plaisir fut pire cpie le mal, et la 
gloire aussi, apparemment ; si l'on s'en occupa, on 
dut y voir une plate imitation. J'étais bien loin de 
dire naïvement ce pourquoi de ma démarche, 
j'eusse été à mon tour original et naïf, et peut-être 
mon équipée de dix heures du soir eût donné un 
sourire à cette famille ennuyée. 

Il faut que la maladie, qui fit grimper le docteur 
Portai dans mon troisième étage du passage Sainte- 
Marie, eût été sérieuse, car je perdis tous mes che- 



vu: Di: iiiNia lusi i.aisd liO 

veux. Je ne manquai pas d'acheter iiik- perruque 
et mou ami l^duioud Cardon* ne manqua pas de la 
jeter sur la corniche d'une [)ortc, nu soir, tians le 
salon do sa mère. 



Cardon était très mince, très grand, très bien 
élevé, fort riche, dun ton parfait, une admirable 
poupée, fds de M™^ Cardon, femme de chambre de 
la reine Marie-Antoinette. 

Quel contraste entre Cardon et moi ! et pourtant 
nous nous liâmes. Nous avons été amis du temps de 
la bataille de Marenoo, il était alors aide-dc-camp 
du ministre de la guerre Carnot ; nous nous sommes 
écrit jusqu'en 1804 ou 1805. En 1815, cet être 
élégant, noble, charmant, se brûla la cervelle en 
voyant arrêter le maréchal Xey, son parent par 
alliance. Il n'était compromis en rien, ce fut exacte- 
ment folie éphémère, causée par l'extrême vanité 
de courtisan de s'être vu un maréchal et un prince 
pour cousin. Depuis 1803 ou 1804, il se faisait 
appeler Cardon de ^îontigny, il me présenta à sa 
femme, élégante et riche, bégayant un peu, qui me 
sembla avoir peur de l'énergie féroce de ce monta- 
gnard allobroore. Le fils de cet être bon et aimable 
s'appelle M. de Montigny et est conseiller ou atidi- 
teur à la cour royale de Paris. 

Ah ! qu'un bon conseil m'eût fait de bien alors ! 
Oue ce même conseil m'eût fait de bien en 1821 ! 



120 STENDHAL 

Mais du diable, jamais personne ne me l'a donné. 
Je l'ai vu vers 1826, mais il était à peu près trop 
tard, et d'ailleurs il contrariait trop mes habitudes. 
J'ai vu clairement depuis que c'est le sine qua non 
à Paris, mais aussi il y aurait eu moins de vérité et 
d'originalité dans mes pensées littéraires. 

Quelle différence si M. Daru ou M'"^ Cambon 
m'avait dit, en janvier 1800 : 

« Mon cher cousin, si vous voulez avoir quelque 
consistance dans la société, il faut que ^■ingt per- 
sonnes aient intérêt à dire du bien de vous. Par con- 
séquent, choisissez un salon, ne manquez pas d'y 
aller tous les mardis (si tel est le jour), faites-vous 
une affaire d'être aimable, ou du moins très poli, 
pour chacune des personnes qui vont dans ce salon. 
Vous serez quelque chose dans le monde, vous pour- 
rez espérer de plaire à une femme aimable quand 
vous serez porté par deux ou trois salons. Au bout 
de dix années de constance, ces salons, si vous les 
choisissez dans notre rang de la société, vous porte- 
ront à tout. L'essentiel est la constance et être un 
des fidèles tous les mardis. » 

Voilà ce qui m'a éternellement manqué. Voilà le 
sens de l'exclamation de M. Delécluze (des Débats, 
vers 1828) : « Si vous aviez \\n peu plus d'édu- 
cation ! » 

Il fallait que cet honnête homme fut bien plein de 
cette vérité, car il était furieusement jaloux de 
(juelques mots qui, à ma grande surprise, firent 



VIK 1)1. HENRI BIULARD J2l 

l>eaucoTip d'effet ; par exemple, chez lui : « Bossuet... 
c'est de la blague sérieuse. » 

En 1800, la famille Daru traversait la rue de Lille 
et montait au premier étage chez M'"^ Cardon, 
ancienne femme de chambre de Marie-Antoinette, 
laquelle était tout aise d'avoir la protection de deux 
commissaires des guerres aussi accrédités que 
MM. Daru, commissaire ordonnateur, et Martial 
Daru, simple commissaire. J'explique ainsi la 
liaison aujourd'hui et j'ai tort, faute d'expérience 
je ne pouvais juger de rien en 1800. Je prie donc le 
lecteur de ne pas s'arrêter à ces explications qui 
m'échappent en 183G ; c'est du roman plus ou moins 
probable, ce n'est plus de l'histoire. 

J'étais donc, ou plutôt il me semblait être très 
bien reçu dans le salon de M'"^ Cardon, en jan- 
vier 1800. 

On y jouait des charades avec déguisements, on 
y plaisantait sans cesse. La pauvre M'"^ Cambon n'y 
venait pas toujours ; cette folie offensait sa douleur, 
dont elle mourut quelques mois après. 

M. Daru (depuis ministre) venait de publier la 
Cléopédie, je crois, un petit poème dans le genre 
jésuitique, c'est-à-dire dans le genre des poèmes 
latins faits par des jésuites vers 1700. Cela me sem- 
bla plat et coulant ; il y a bien trente ans ({ue je ne 
l'ai lu. 

M. Daru qui au fond n'avait pas d'esprit (mais je 
devine cela, en grand secret, seulement en écrivant 



122 STENDHAL 

ceci), était trop fier d'être président à la fois de 
quatre Sociétés littéraires. Ce genre de niaiserie 
pullulait en 1800, et n'était pas si vide que cela 
nous semble aujourd'hui. La société renaissait après 
la Terreur de 93 et la demi-peur des années sui- 
vantes. Ce fut M. Daru le père qui m'apprit avec 
une douce joie cette gloire de son fils aîné. 

Comine il revenait d'une de ces sociétés litté- 
raires, Edmond, déguisé en fille, alla le raccrocher 
dans la rue à vingt pas de la maison. Cela n'était 
pas mal gai. M"^^ Cardon avait encore la gaieté 
de 1788, cela scandaliserait notre pruderie de 1836. 

M. Daru, en arrivant, se vit suivi dans l'escalier 
par la fille qui détachait ses jupons. 

« J'ai été très étonné, nous dit-il, de voir notre 
quartier infesté. » 

Quelque temps après, il me conduisit à une des 
séances d'une des Sociétés qvi'il présidait. Celle-ci 
se réunissait dans une rue qui a été démolie pour 
agrandir la place du Carrousel, vers la partie de la 
nouvelle galerie, au nord du Carrousel, qui avoisine 
Taxe de la rue Richelieu, à quarante pas plus au 
couchant. 

Il était sept heures et demie du soir, les salles 
étaient peu illuminées. La poésie me fit horreur : 
quelle différence avec l'Arioste et Voltaire ! Cela 
était bourgeois et plat (quelle bonne école j'avais 
déjà !), mais j'admirais fort et a^■ec envie la gorge 
de M"^^' Constance Pipelet, fini lut une pièce de vers. 



vu: Di: iiF.NRi nnuLARD J23 

Je le lui ai dit depuis ; elle était alors femnic criiii 
jjaiivre diable de chiru^ien herniaire, et je lui ai 
parlé ehcz M'»e ]a oonitosse Beugnot, quand elle 
était princesse de Sahu-Dyck, je crois. Je conterai 
son mariage, précédé par deux mois de séjour chez 
le prince de Salni, avec son amant, pour voir si le 
château ne lui déplairait point trop, et le prince 
nullement trompé, mais sachant tout et s'y sou- 
mettant : et il avait raison. 

J'allai au Louvre chez 7?enau/^, l'auteur de l'Edu- 
cation d'Achille, plat tableau, gravé par l'excellent 
Berwiek, et je fus élève de son Académie. Toutes les 
étrennes à donner pour cartables, droits de chaise, 
etc., m'étonnèrent fort, et j'ignorais parfaitement* 
tous ces usages parisiens et, à vrai dire, tous les 
usages possibles. Je dus paraître avare. 

Je promenais partout mon elTroyable désappoin- 
tement. 

Trouver plat et détestable ce Paris, que je in étais 
figuré le souverain bien ! Tout m'en déplaisait, 
jusqu'à la cuisine qui n'était pas celle de la maison 
paternelle, cette maison (pii m'avait* semblé la 
réunion de tout ce qui était mal. 

Pour m'achever, la peur d'être forcé de passer un 
examen pour l'Ecole me faisait haïr mes chères 
mathématiques. 

Il me semble que le terrible M. Daru le père me 
disait : « Puisque, d'après les certificats dont vous 



12'- 



4: STENDHAL 



êtes porteur, vous êtes tellement plus fort que vos 
sept camarades qui ont été reçus, vous pourriez, 
même aujourd'hui, si vous étiez reçu, les rattraper 
facilement dans les cours qu'ils suivent. » 

M. Daru me parlait en homme accoutumé à a^■oil• 
du crédit et obtenir des exceptions. 

Une chose dut, heureusement pour moi, ralentir 
les instances de M. Daru pour reprendre l'étude des 
mathématiques. Mes parents m'annonçaient sans 
doute comme un prodige en tout genre ; mon excel- 
lent grand-père m'adorait et d'ailleurs j'étais son 
ouvrage, au fond je n'avais eu de maître que lui, les 
mathématic[ues excepté. Il faisait avec moi mes 
thèmes de latin, il faisait presque seul mes vers latins 
sur une mouche qui trouve une mort noire dans du 
lait blanc. 

Tel était l'esprit du Père jésuite auteur du poème 
dont je refaisais les vers. Sans les auteurs lus en 
cachette, j'étais fait pour avoir cet esprit-là et pour 
admirer la Cléopédie* du comte Daru et l'esprit de 
l'Académie française. Aurait-ce été* un mal ? 
J'aurais eu des succès de 1815 à 1830, de la réputa- 
tion, de l'argent, mais mes ouvrages seraient bien 
plus plats cl bien mieux écrits qu'ils sont *. Je 
crois que l'afTectation, qu'on appelle bien écrire 
en 1825-183G, sera bien ridicule vers 1860, dès que 
la France, délivrée des révolutions politicpies tous 
les quinze ans, aura le temps de penser aux jouis- 
sances de l'esprit. Le gouvernement fort et violent 



VIE DE HENRI BRULARD 12^ 

de Napoléon (dont j'aimai tant la personne) n'a 
duré que (juinze ans, 1800-1815. Le gouvernement 
à faire vomir de ces Bourbons ind)éciles (voir la 
chanson de Béranger) a duré quinze ans aussi, 
de 1815 à 1830. Combien durera un troisième ? 
Aura-t-il plus... 

Mais je m'égare ; nos neveux devront pardonner 
ces écarts, nous tenons la plume d'une main et l'épéc 
de l'autre (en écrivant ceci j'attends la nouvelle 
de l'exécution de Fieschi et du nouveau ministère 
de mars 1836, et je viens, pour mon métier, de 
signer trois lettres, adressées à des ministres dont 
je ne sais pas le nom). 

Revenons à janvier ou février 1800. Réellement, 
j'avais l'expérience d'un enfant de neuf ans et 
probablement un orgueil du diable. J'avais été 
réellement l'élève le plus remarquable de l'Ecole 
centrale. De plus, ce qui valait bien mieux, j'avais 
des idées justes sur tout, j'avais énormément lu, 
j'adorais la lecture : un livre nouveau, à moi inconnu, 
me consolait de tout. 

Mais la famille Daru, malgré les succès de l'au- 
teur de la traduction d'Horace, n'était pas du tout 
littéraire, c'était une famille de courtisans de 
Louis XIV tels que les dépeint Saint-Simon. On 
n'aimait dans M. Daru fils aîné que le fait de son 
succès, toute discussion littéraire eût été un crime 
politique, comme tendant à mettre en doute la 
gloire de la maison. 



126 STENDHAL 

Un des malheurs de mon caractère est d'oublier 
le succès et de me rappeler profondément mes 
sottises. J'écrivis vers février 1800 à ma famille : 

« M°^^ Cambon exerce l'empire de l'esprit, et 
]\lme Rebufft?l celui des sens. >) 

Quinze jours après, j'eus une honte profonde de 
mon stvle et de la chose. 



C'était une fausseté, c'était bien pis encore, c'était 
une insrratitude. S'il v avait un lieu où ie fusse moins 
gêné et plus naturel, c'était le salon de cette excel- 
lente et jolie M'"^ Rebuflel. (pii habitait le premier 
étage de la maison, qui me donnait une chambre au 
second ; ma chambre était, ce me semble, au-dessus 
du salon de M"^^ RebulTel. Mon oncle Gagnon 
m'avait raconté comme quoi il l'avait émue à Lyon 
en admirant son jf)li j>ied et l'engageant à le placer 
sur une malle pour le mieux voir. Lne fois, sans 
M. Bartelon, M. Hebufl'el eût surpris mon oncle dans 
une position peu équivoque. 

lyime Rebuiïel, ma cousine, avait une fdle, Adèle, 
({ui annonçait beaucoup d'esprit ; il me semble 
qu'elle n'a j)as tenu parole. Après nous être un peu 
aimés (amours d'enfants), la haine et |»iiis runliUé- 
rence ont remplacé les enfantillages, et je l'ai entière- 
ment perdue de vue depuis 1804. Le journal de 1835 
m'a appris que son sot mari, M. le baron Auguste 
Pctiet*, le même qui m'a donné un coup de sabre 



\Ii: Di: JIE.MU BRULARD 127 

au pk'd <j:auchc, venait de la laisser veuve avec n?i 
fils à l'Ecole polytechnique. 

Etait-ce en 1800 que Al^e Kehuircl avait pour 
amant M. Cliieze, gentilhomme assez empesé Je 
Valence, en Dauphiné, ami de ma famille à Gre- 
noble, ou ne fut-ce qu'en 1803 ? Etait-ce en 1800 
ou 1803 ([ue l'excellent Rebulîel, homme de cœur 
et d'esprit, homme à jamais respectable à mes 
yeux, me donnait à dîner dans la rue Saint-Denis, 
au roulage qu'il tenait avec une demoiselle Bar- 
beren, son associée et sa maîtresse ? 

Quelle différence pour moi si mon grand-père 
Gagnon avait eu l'idée de me recommander à 
M. Rebuffel au lieu de M. Daru ! M. Rebuffel était 
neveu de M. Daru, quoique moins âgé seulement de 
sept à huit ans, et, à cause de sa dignité politique 
ou plutôt administrative, secrétaire général de 
tout le Languedoc (sept départements), M. Daru 
prétendait tyranniser M. Rebuffel, lequel, dans les 
dialogues qu'il me racontait, alhait divinement le 
respect à la fermeté. Je me souviens que je com- 
parais le ton qu'il prenait à celui de J.-J. Rousseau 
dans sa Lettre à Christophe de Beaumonl, archevêque 
de Paris. 

-M. Rebuffel eût tout fait de moi, j'aurais été plus 
sage si le hasard m'avait mis sous sa direction. Mais 
mon destin était de tout conquérir à la pointe de 
l'épée. Quel océan de sensations violentes j'ai eues 
en ma vie, et surtout à cette époque ! 



128 STENDHAL 

J'en eus beaucoup au sujet du petit événement 
que je vais conter, mais dans quel sens ? Que dési- 
rais-je avec passion ? Je ne m'en souviens plus. 

M. Daru fds aîné (je l'appellerai le comte Daru, 
malgré l'anachronisme : il ne fut comte que vers 
1809, je crois, mais j'ai l'habitude de l'appeler ainsi), 
le comte Daru donc, si l'on veut me permettre de 
l'appeler ainsi, était en 1809 secrétaire général du 
ministère de la Guerre. Il se tuait de travail, mais il 
faut avouer cju'il en parlait sans cesse et avait tou- 
jours de l'humeur en venant dîner. Quelquefois, il 
faisait attendre son père et toute la famille une heure 
ou deux. Il arrivait enfin avec la physionomie d'un 
bœuf, excédé de peine et des yeux rouges. Souvent 
il retournait le soir à son bureau ; dans le fait, tout 
était à réorganiser et l'on préparait en secret la 
campagne de Marengo. 

Je vais naître, comme dit Tristram Shandy ; et 
le lecteur va sortir des enfantillages. 

In beau jour, M. Daru le père me prit à part et 
me fit frémir ; il me dit : « Mon fils vous conduira 
travailler avec lui au bureau de la Guerre. » Pro- 
bablement, au lieu de remercier, je restai dans le 
silence farouche de l'extrême timidité. 

Le lendemain matin, je marchais à côté du comte 
Daru, que j'admirais mais qui me faisait frémir, et 
jamais je n'ai pu m'accoutumer à lui, ni, ce me 
semble, lui à moi. Je me vois marchant le long de 
la rue II Hier in- Berlin*, fort étroite alors. Mais où 



VIE DE HENRI BRULARD 12D 

était ce ministère de la Guerre, où nous allions 
ensemble * ? 

Je ne vois que nia place, à ma table, en II ou 
en H' ; à celui de ces deux bureaux que je n'occupais 
pas était M. Mazoyer, auteur de la tragédie de 
Thésée, pâle imitation de Racine. 



BnuLARD II. 



CHAPITRE XLI* 



Au bout du jardin étaient de malheureux til- 
leuls taillés de près, derrière lesquels nous allions 
pisser. Ce furent les premiers amis que j'eus à Paris, 
Leur sort me fit pitié : être ainsi taillés! Je les com- 
parais aux beaux tilleuls de Claix, qui avaient le 
bonheur de vivre au milieu des montagnes. 

Mais aurais-je voulu retourner dans ces mon- 
tagnes ? 

Oui, ce me semble, si j'avais dû n'y pas retrouver 
TTion père, et y vivre avec mon grand-père, à la 
bonne heure, mais libre. 

Voilà à quel point mon extrême passion pour 
Paris était tombée. Et il m'arrivait de dire que le 
véritable Paris était invisible à mes veux. 



132 



STENDHAL 



Les tilleuls du ministère de la guerre rougirent 
par le haut. M. Mazoyer. sans doute, me rappela 
le vers de A irgile : 

JS'iinc enisbescil i>er. 

Ce n'est pas cela, mais je me le rappelle en écri- 
vant pour la première fois depuis trente-six ans ; 
Virgile me faisait horreur au fond, comme protégé 
par les prêtres * qui venaient dire la messe et me 
parler de latin chez mes parents. Jamais, malgré 
tous les efforts de ma raison, Virgile ne s'est relevé 
pour moi des effets de cette mauvaise compagnie. 

Les tilleuls prirent des bourgeons. Enfin ils 
eurent des feuilles, je fus profondément attendri ; 
j'avais donc des amis à Paris ! 

Chaque fois que j'allais pisser derrière ces til- 
leuls, au bout du jardin, mon âme était rafraîchie 
par la vue de ces amis. Je les aime encore après 
trente-six ans de séparation. 

Mais ces bons amis existent-ils ? On a tant bal i 
dans ce quartier ! Peut-être le ministère où je pris 
la plume oflicielle pour la première fois est-il encore 
le ministère rue de l'Université, vis-à-vis la place 
dont j'ignore le nom ? 

Là, M. Daru m'établit à un bureau et me ait de 
copier une lettre. Je ne dirai rien de mon écriture 
en pieds de mouche, bien pire que la présente ; 
mais il découvrit que j'écrivais cela par deux 1 : 
ceîla. 



VIE DE HENRI BRU LARD 133 

C'était donc là oe littérateur, co l)rillaiit humaiiisfc 
(|iii discutait le mérite de Racine cl (|ui avait rem- 
porté tous les prix à Grenoble ! ! 

J'admire aujourd'hui, mais aujourd'hui seule- 
ment, la bonté de toute cette famille Daru. Que faire 
d'un animal si oro-ucilleux et si ignorant ? 

Et le fait est pourtant que j'attaquais très bien 
Racine dans mes conversations avec M. Mazover. 
Nous étions là quatre commis, et les deux autres, 
ce me semble, m'écoutaient, quand j'escarmouchais 
avec M. Mazover. 

J'avais une théorie intérieure que je voulais 
rédiger sous le titre de : Filosofia mwa, titre moitié 
italien, moitié latin. J'avais une admiration vraie, 
sentie, passionnée pour Shakespeare, tpie pourtant 
je n'avais vu (ju'à travers les phrases lourdes et 
emphatiques de M. Letourneur et de ses associés. 

L'Arioste avait aussi beaucoup de pouvoir sur 
mon cœur (mais l'Arioste de M. de Tressan, père de 
l'aimable capitaine jouant de la clarinette, qui avait 
contribué à me faire apprendre à lire, extrême plat 
ultra et maréchal de camp vers 1820). 

Je crois voir que ce qui me défendait du mauvais 
goût d'admirer la Cléopédie* du comte Daru et 
bientôt après l'abbé Delille, c'était cette doctrine 
intérieure fondée sur le vrai plaisir, plaisir profond, 
réfléchi, allant jusqu'au bonJieur, cpu^ m'avaient 
donné Cervantes, Shakespeare, Corneille, Arioste, 
et une haine pour le puérile de Voltaire et de son 
Brulahd II. 9. 



134 STENDHAL 

école. Là-dessus, quand j'osais parler, j'étais tran- 
chant jusqu'au fanatisme, car je ne faisais aucun 
doute* que tous les hommes bien portants et non 
gâtés par une mauvaise éducation littéraire ne pen- 
sassent comme moi. L'expérience m'a appris que la 
majorité laisse diriger la sensibilité aux arts, qu'elle 
peut avoir naturellement, par l'auteur à la mode ; 
c'était Voltaire en 1788, Walter Scott en 1828. Et 
qui est-ce aujourd'hui 1836 ? Heureusement, per- 
sonne. 

Cet amour pour Shakespeare, l'Arioste, et la 
Nouvelle-Héloïse au second rang, qui étaient les 
maîtres de mon cœur littéraire à mon arrivée à 
Paris à la fin de 1799, me préserva du mauvais goût 
(Delille, moins la gentillesse) qui régnait dans les 
salons Daru et Cardon, et qui était d'autant plus 
dangereux pour moi, d'autant plus contagieux, que 
le comte Daru était un auteur produisant actuelle- 
ment et que sous d'autres rapports tout le monde 
admirait et que j'admirais moi-même. Il venail 
d'être ordonnateur en chef, je crois, de cette armée 
d'iielvétie qui venait de sauver la France à Zurich 
sous Masséna. M. Daru le père nous répétait sans 
cesse que le général Masséna disait à tout le monde, 
en parlant de M. Daru : « Voilà un homme que je 
puis présenter à mes amis et à mes ennemis. » 

Pourtant Masséna, de moi bien connu, était 
voleur comme une pie, ce qui veut dire par instinct, 
on parle encore de lui à Rome (ostensoir de la famille 



VIE DE HENRI RHILAUd 135 

Doria, à Sainte- Agnès, place Navone, je crois), et 
M. Dam n'a jamais volé un oonlinio. 

Mais, grand Dieu, quel bavardage! Je ne puis 
arriver à parler de l'Arioste, dont les personnacres 
palefreniers et portefaix par la force, m'ennuient 
tellement aujourd'hui. De 1796 à 1804, l'Arioste 
ne me faisait pas sa sensation propre. Je prenais 
tout-à-fait au sérieux les passages tendres et roma- 
nesques. Ils frayèrent, à mon insu, le seul chemin 
par lequel l'émotion puisse arriver à mon âme. Je 
ne puis être touché jusqu'à l'attendrissement . 
qu'après un passage comique. 

De là mon amour presque exclusif pour Vopera 
buffa, de là l'abîme qui sépare mon âme de celle de 
M. le baron Poitou (voir à la fin du volume la pré- 
face de de Brosses qui a fâché Colomb) et de tout le 
vulgaire de 1830, qui ne voit le courage que sous la 
moustache. 

Là seulement, dans Vopera buffa, je puis être 
attendri jusqu'aux larmes. La prétention de tou- 
cher qu'a Vopera séria à l'instant fait cesser pour 
moi la possibilité de l'être. Même dans la vie réelle, 
un pauvre qui demande l'aumône avec des cris 
piteux, bien loin de me faire pitié, me fait songer, 
avec toute la sévérité philosophique possible, à 
l'utilité d'une maison pénitentiaire. 

Un pauvre qui ne m'adresse pas la parole, qui ne 
pousse pas des cris lamentables et tragiques, comme 
c'est l'usage à Rome, et mange une pomme en se 



136 STENDHAL 

traînant à terre, comme le cul-de-jatte d'il y a huit 
jours, me touche presque jusqu'aux larmes à l'instant. 

De là mon complet éloignement pour la tragédie, 
mon éloignement jusqu'à Vironie pour la tragédie 
en vers. 

Il y a une exception pour cet homme simple et 
grand, Pierre Corneille, suivant moi immensément 
supérieur à Racine, ce courtisan rempli d'adresse 
et de bien-dire. Les règles d'Aristote, ou prétendues 
telles, étaient un obstacle ainsi que les vers pour ce 
poète original. Racine n'est original, aux yeux des 
Allemands, Anglais, etc., que parce qu'ils n'ont pas 
eu encore une cour spirituelle, comme celle de 
Louis XIV, obligeant tous les gens riches et nobles 
d'un pays à passer tous les jours huit heures ensem- 
ble dans les salons de Versailles. 

La suite des temps portera les Anglais, Alle- 
mands, Américains et autres gens à argent ou 
revenu antilogique, à comprendre l'adresse courti- 
sane de Racine, même l'ingénue la plus innocente, 
Junie ou Aricie, et confite en adresse d'honnête 
catin ; Racine n'a jamais pu faire une M^'^ de La 
Vallière, mais toujours une fille extrêmement adroite 
et peut-être physiquement vertueuse, mais certes 
pas moralement. Vers 1900, peut-être que les Alle- 
mands, Américains, Anglais, arriveront à compren- 
dre tout l'esprit courtisanesquc de Racine. Un siècle 
peut-être après, ils arriveront à sentir qu'il n'a 
jamais pu faire une La Vallière. 



vu: DE HEMU nUULARD 137 

Mais rnrrmiont ces gens faibles pourront-ils 
apercevoir une étoile tellement rapprochée du 
soleil ? Latlniiration de ces rustres polis et avares 
pour la civilisation qui donnait un vernis charmant 
même au maréchal de Boutllers (mort vers 1712*), 
qui était un sot, les empêchera de sentir le manque 
total de simplicité et de naturel chez Racine, et à 
comprendre ce vers de Camille : 

Tout ce ([ue je voyais me semblait Curiace. 

Que j'écrive cela à cinquante-trois ans *, rien de plus 
simple, mais que je le sentisse en 1800, que j'eusse 
une sorte d'horreur pour \ oltaire et l'aftectation 
gracieuse d'Alzire, avec mon mépris si voisin de la 
haine pour lui et à si bon droit, voilà ce qui m'étonne, 
moi, élève de M. Gagnon, qui s'estimait pour avoir 
été trois jours l'hôte de Voltaire à Ferney, moi 
élevé au pied du petit buste de ce grand homme, 
monté sur nu pied d'ébène. 

Est-ce moi ou le grand homme qui suis sur le pied 
d'ébène ? 

Enlin, jaduiire ce que jetais littérairement en 
février 1800. quand j'écrivais : cella *, 

M. le comte Daru, si irninoiiséincut supérieur à 
moi et à tant d'autres (Mniuiif lioniiue de ti;i\ail. 
comme ai'ocat consultant, n axail pas l'esprit <iii"il 
fallait pour soupçnnnei- la \alt'iir dr ce fou or<juril- 
leux. 



138 STENDHAL 

M. Mazoyer, le commis mon voisin, qui apparem- 
ment s'ennuyait moins de ma folie mélangée d'or- 
gueil que de la stupidité des deux autres commis à 
2.500 francs, fit quelque cas de moi, et j'y fus indiffé- 
rent. Je regardais tout ce qui admirait cet adroit 
courtisan nommé Racine comme incapable de voir 
et de sentir le i^'ai beau qui, à mes yeux, était la 
naïveté d'Imogène s'écriant : 

a Salut, pauvre maison, qui te gardes toi-même ! » 

Les injures adressées à Shakespeare par M. Ma- 
zoyer, et avec quel mépris, en 1800, m'attendris- 
saient jusqu'aux larmes en faveur de ce grand poète. 
Dans la suite, rien ne m'a fait adorer madame Dem- 
bowski* comme les critiques que faisaient d'elle 
les prosaïques de Milan. Je puis nommer cette 
femme charmante, qui pense à elle aujourd'hui ? 
Ne suis-je pas le seul peut-être, après onze ans 
qu'elle a quitté la terre ? J'applique ce même rai- 
sonnement à la comtesse Alexandrine Petit. Ne 
suis-je pas aujourd'hui son meilleur ami, après vingt- 
deux ans ? Et quand ceci paraîtra (si jamais un 
libraire ne craint pas de perdre son temps et son 
papier !), quand ceci paraîtra après ma mort à moi, 
qui songera encore à Métilde et à Alexandrine ? Et 
malgré leur modestie de femme et cette horreur 
d'occuper le public que je leur ai vue, si elles voient 
public ce livre du lieu où elles sont, n'en seront-elles 
pas bien aises ? 



VIE DU HK.MU BIILLAUU ID'J 

For who to dumb forget fulness a prey* n'est pas 
bien aise, après tant d'années, de voir prononcer 
son nom par une bouche amie ? 

Mais où diable en étais-je ? — A mon bureau, 
où j'écrivais cela, cella*. 

Pour peu que le lecteur ait Fàme commune, il 
s'imaginera que cette digression a pour but de cacher 
ma honte d'avoir écrit cella. Il se trompe, je suis un 
autre homme. Les erreurs de celui de 1800 sont des 
découvertes que je fais, la plupart, en écrivant ceci. Je 
ne me souviens, après tant d'années et d'événements, 
que du sourire de la femme que j'aimais. L'autre jour, 
j'avais oublié la coLdeur d'un des uniformes que j'ai 
portés. Or, avez-vous éprouvé, ô lecteur bénévole, ce 
que c'est qu'un uniforme dans une armée victorieuse, 
et unique objet de l'attention de la nation, comme 
l'armée de Napoléon ? 

Aujourd'hui, grâce au ciel, la l'ribune a obscurci 
l'Armée. 

Décidément, je ne puis me rappeler la rue où 
était situé ce bureau dans lequel je saisis pour la 
première fois la plume administrative. C'était au 
bout de la rue Hillerin-Bertin, alors bordée de murs 
de jardin. Je me vois marchant sérieusement à côté 
du comte Daru, allant à son bureau après le sombre 
et froid déjeuner de la maison n° 505, au coin de la 
rue de Bellechasse et de celle do Lille, comme 
disaient les bons écrivains de 1800. 

Quelle dillerence pour moi, si .\I. Daru m'avait 



140 STENDHAL 

dit : u Quand vous avez une lettre à faire, réfléchissez 
bien à ce que vous voulez dire, et ensuite à la couleur 
de réprimande ou d'ordre que le ministre qui signera 
votre lettre voudrait y donner, \o1ro parti ]iris, 
écrivez hardiment. > 

Au lieu de cela, je tâchais dimitor la forme des 
lettres de M. Daru. il répétait trop souvent le mot 
en effet, et moi je farcissais mes lettres de en effet. 

Qu'il y a loin de là aux grandes lettres que j'in- 
ventais à Vienne, en 1809, ayant une vérole* 
horrible, le soin d'un hôpital de 4. 000 Idessés 
(l'oiseau vole), une maîtresse que j'enlilais et une 
maîtresse que j'adorais ! Tout ce changement s'est 
opéré par mes seules réflexions, M. Daru ne m'a 
jamais donné d'autre avis que sa colère quand il 
Ijilfait mes lettres, '^ " 

Le bon Martial Daru était touj(»urs a\<'c moi sm- 
le ton plaisant. 11 venait souvenl an lnireau de la 
Guerre ; c'était la Cour pour un commissaire des 
guerres. Il avait la j)i>lice de l'hôpital du \'al-de- 
Grâce, ce me semble, en 1800, et sans doute M. le 
comte Daru, la hkiIIchic této d«' ce ministère 
eu 1800 (ce n'est pas beaucoup duc), a\ait le scctcL 
de l'armée de réserve. Toutes les vanités du coips 
des commissaires des guerres étaient en ébullition 
pour la création du corps et, bien plus, pour la 
lixatifHi de runifonnc d«'s Inspecteurs aux iievues. 
Il nie scitihic que j«; vis alors le général Olivier, 
a\cc su jaiiihc de bois, rcifiiiinciit iioiiiiiic Inspec- 



vin DE IIKNRI niU I .VUD 141 

tenr en chef <iii.r licvues. Cette vanilr, |)ortée an 
comble jtar le chapeau hnxié cl riiahit rouge, était 
la base de la conversation dans les maisons Daru et 
Cardon. Edmond Cardon, poussé par iinf mère 
halùle* et qui flattait ouvertement le comte Daru. 
avait la ])romesse d'une place d'adjoint aux com- 
missaires des guerres. 

Le bon Martial me fit bientôt entrevoir la possi- 
bilité pour moi de ce charmant uniforme. 

Je crois découvrir en écrivant que Cardon le 
porta : habit bleu de roi, broderie d'or au collet et 
aux parements des manches. 

A cette distance, pour les choses de vanité (pas- 
sion secondaire chez moi), les choses imaginées et 
les choses vues se confondent. 

L'excellent Martial étant donc venu me voir à 
mon bureau trouva que j'avais envoyé* une lettre 
dans le bureau avec le mot, Renseignements. 

« Diable ! me dit-il eu riant, vous faites déjà 
courir les lettres ainsi ! « 

C'était, ce me semble, un peu le privilège au moins 
d'un sous-chef de bureau, moi dernier des surnu- 
méraires. 

Sur ce mot Renseignements, le bureau de la Solde, 
par exemple, donnait les renseignements relatifs à 
la solde, le bureau de VHahillement, ceux de ïliabille- 
ment. Supposons l'aiïaire d'un ofïicier d'habillement 
du 7"^^ léger devant restituer sur sa solde 107 francs, 
montant de la serge ([u"il a reçue indûment, il me 



142 STENDHAL 

fallait des renseisnemenls des deux bureaux sus- 
nommés pour pouvoir faire la lettre que M. Daru, 
secrétaire général, devait signer. 

Je suis persuadé que bien peu de mes lettres 
allaient jusqu'à M. Daru ; M. Barthomeuf, homme 
commun, mais bon commis, commençait alors sa 
carrière comme son secrétaire jiarticulier (c'est-à- 
dire commis payé par la Guerre), employé dans le 
bureau où écrivait M. Daru, et avait à souflVir ses 
étranges incartades et les excès de travail que cet 
homme terrible à soi et aux autres exigeait de tout 
ce qui l'approchait. J'eus bientôt pris la contagion 
de la terreur inspirée par M. Daru, et ce sentiment 
ne m'a jamais quitté à son égard. J'étais né excessi- 
vement sensible, et la dureté de ses paroles était 
sans bornes ni mesure. ^^ "~~~" 

De longtemps cependant je ne fus pas assez consi- 
dérable pour être malmené par lui. Et maintenant 
• pie j\- réfléchis sensément, je vois <[ue jamais je 
n'en ai été réellement maltraité. Je n'ai pas souIlCrt 
la centième partie de ce iju'a rnthiré M. de Baurc, 
ancien avocat général «hi Parlement de Pau. 
(V avait-il un tel Parlement* ? Je n'ai aucun livre 
à Cività-Vecchia pour le chercher, mais tant mieux, 
ce livre-ci, fait uniquement avec ma mémoire, ne 
sera pas fait avec d'autres livres.) 

J'aperçois fpi'entre M. Daru et moi il y a toujours 
eu comme un morceau (ralTùl i-mportr par le boulet 
ennemi ipii f;iit nutlclas sur le corps de la pièce f|uc 



VIE DE HENRI BULLARD i\d 



\iLMiL liapiicT ce houlet (comme au T^siii. en 1800). 

Mon matelas a élé Joinville (anjoiirdluii le Itaion 
Joinville, intendaiil militaire de la 1^^- di\isioii, 
Paris*), ensuite M. de liauie. J'arrive à cette idéf 
bien nouvelle jiour moi : M. Daru m'aurait -il 
ménagé ? Il est bien possible. Mais la terreur a 
toujours été telle que cette idée ne me vient qiren 
mars 183G. 

Tout le monde, à la Guerre, frémissait en abor- 
dant le bureau de M. Daru. Pour moi, j'avais peur 
rien qu'en en regardant la porte. Sans doute M. Daru 
père vit ce sentiment dans ma gène, et, avec le 
caractère que je lui vois maintenant (caractère 
timide, à qui la terreur inspirée faisait rempart), 
ma peur dut lui faire ma cour. 

Les êtres grossiers, comme me semblait M. Bai"- 
thomeuf, devaient sentir moins les paroles éti-anges 
dont ce bœuf furibond affublait tout ce qui l'appro- 
chait dans les moments oîi le travail l'accablait. 

Avec cette terreur il faisait marcher les sept à 
huit cents commis du bureau de la Guerre dont les 
chefs, quinze ou vingt importants, la plupart sans 
aucun talent, nommés chefs de bureau, étaient 
malmenés d'importance par M. Daru. Ces animaux, 
loin d'abréger et de simplifier les affaires, cherchaient 
souvent à les embrouiller, même pour M. Daru. Je 
conviens que cela est fait pour faire donner au diable 
un homme qui voit placées à gauche, sur son bureau, 
vingt ou trente lettres pressées à répondre. Et de 



144 STENDHAL 

ces lettres, demandant des ordres, j'en ai souvent vu 
un pied de haut sur le bureau de M. Daru ; et encore 
est-il peu de gens qui seraient charmés de pouvoir 
vous dire : « Je n'ai pas reçu à temps les ordres de 
Votre Excellence... w et avec la perspective d'un 
Napoléon se fâchant à Schœnbriinn et disant qu'il 
y a eu négligence, etc. 



CHAPITRE XLll* 



Mes relations avec M. Daru, commencées ainsi en 
février ou janvier 1800, n'ont 'fini qu'à sa mort, 
en 1829. Il a été mon bienfaiteur, en ce sens qu'il 
m'a employé de préférence à bien d'autres, mais j'ai 
passé bien des jours de pluie, avec mal à la tête pour 
un poêle trop chaulTé, à écrire do dix heures du 
matin à une heure après minuit, et cela sous les 
yeux d'un homme furieux et constamment en colère 
parce qu'il avait toujours peur. C'étaient les rico- 
chets de son ami Pitard : il avait une peur mortelle 
de Napoléon et j'avais une peur mortelle de lui. 

On verra à Erfurt, 1809, le nec plus ultra de notre 
travail. M. Daru et moi, nous avons fait toute l'in- 
tendance générale de l'armée pendant trois ou huit 

Brulaud il ■10 



146 



STENDHAL 



jours. Il n'y avait pas même un copiste. Emerveillé 
de ce qu'il faisait, M. Daru ne se fâcha peut-être que 
deux ou trois fois par jour ; ce fut une partie de 
plaisir. J'étais en colère contre moi d'être ému par 
ses paroles dures. Cela ne faisait ni chaud ni froid 
à mon avancement et, d'ailleurs, je n'ai jamais été 
fou pour l'avancement. Je le vois aujourd'hui, je 
cherchais le plus possible à être séparé de M. Daru, 
ne fût-ce que par une porte à demi fermée. Ses 
propos durs sur les présents et les absents m'étaient 
insupportables. 

Quand j'écrivais cela par deux 1, au bureau de la 
Guerre, au bout de la rue Hillerin-Bertin, j'étais 
bien loin de connaître encore toute la dureté de 
M. Daru, ce volcan d'injures. J'étais tout étonné, 
j'avais à peine l'expérience d'un enfant de neuf ans, 
et toutefois je venais d'en avoir dix-sept* au 23 jan- 
vier 1800. 

Ce qui me désolait, c'était la conversation inces- 
sante des commis, mes compagnons, qui m'empê- 
chait de travailler et de penser ! Pendant plus 
de six semaines, arrivé à quatre heures j'en étais 
hébété. 

Félix Faure, mon camarade assez intime à Gre- 
noble, n'avait nullement ma rêverie folle sur 
l'Amour et les Arts. C'est ce man(iue de folie qui a 
toujours coupé la })ointe à notre amitié, qui n'a été 



VIE DE HENRI BRULARD 147 

que compagnonnage de vie. Il est aujourd'liui pair 
de France, Premier Président, et condamne sans 
trop de remords, je pense, à vingt ans de prison les 
fous d'avril, trop punis par six mois de prison, vu le 
parjure o/ the k[ing\, et à mort ce second Bailly, le 
sage Morey, guillotiné le 19 mars 1836, coupable 
peut-être, mais sans preuve. Félix Faure résisterait 
à une injustice qu'on lui demanderait dans cinq 
minutes, mais si on donne vingt-quatre heures à sa 
vanité, la plus bourgeoise que je connaisse, si un 
r[oi] lui demande la tête d'un innocent, il trouvera 
des raisons pour l'accorder. L'égoïsme et une ab- 
sence complète de la plus petite étincelle de géné- 
rosité, réunis à un caractère triste, à l'anglaise, et à 
la peur de devenir fou comme sa mère et sa sœur, 
forment le caractère de ce mien camarade. C'est 
le plus plat de tous mes amis et celui qui a fait la 
plus grande fortune. 

Quelle différence de générosité avec Louis Crozet, 
Bigillion*! Mareste ferait les même choses, mais sans 
faire illusion, pour de l'avancement et à Vitalienne. 
Edmond Cardon eût fait les même choses en en 
gémissant et les recouvrant de toute la grâce pos- 
sible, d'Argout avec courage et en songeant au 
danger personnel et surmontant cette crainte. 
Louis Crozet (ingénieur en chef à Grenoble) aurait 
exposé sa vie avec héroïsme plutôt que de condam- 
ner à vingt ans de prison un fou généreux comme 
Kersanné (que je n'ai jamais vu), trop puni par 



lis STENDHAL 

six mois de prison. Colomb refuserait encore plus 
nettement que Louis Crozet, mais on pourrait le 
tromper. 

Ainsi, le plus plat à peu près de tous mes amis est 
Félix Faure (pair de France), avec lequel j'ai vécu 
intimement en janvier 1800, de 1803 à 1805, et de 
1810 à 1815 et 16. 

Louis Crozet m'a dit que ses talents atteignent à 
peine à la médiocrité, mais sa tristesse continue lui 
donnait de la dignité lorsque je le connus aux 
Mathématiques, ce me semble, vers 1797. Son père, 
né très pauvre, avait fait une jolie fortune dans 
l'administration des Finances et avait un beau 
domaine à Saint-Ismier (à deux lieues de Grenoble, 
route de Barraux et Chaml)cr\ ). 

Mais je réfléchis qu'on va prendre pour de Venvic 
ma sévérité envers ce plat pair de France. Me 
croira-t-on quand j'ajouterai que je dédaignerais 
jjien de changer de réputation avec lui ? Dix mille 
francs et être exempt de poursuivre jor my future 
writings serait mon bâton de maréchal, idéal, il 
est vrai. 

Félix Faure me présenta, à ma demande, à 
Fabien, maître d'armes rue Montpensier, je crois, 
rue des Cabriolets, près le Théâtre-Français, der- 
lière Corazza, près du passage vis-à-\ is ]a fontaine 
et la maison où .Nbjlièrc csl murt. Là, je fjiisiiis dt-s 
armes non pas avec, mais ihins la niènic salle tpjc 
plusieurs Grenf»blois. 



VIE DE HENRI BRULARD 



149 



Deux grands et sales coquins entre autres (je 
parle du fond, et non de l'apuarence, et de cocjuineri*; 
en affaires privées, non de l'Etat), MM. Casinur 

Périer, depuis ministre, et D , membre de la 

Chambre des Députés en 1836. Ce dernier non 
seulement volait au jeu dix francs, à Grenoble, 
vers 1820, mais y a été pris sur le fait. 

Casimir Périer était peut-être alors le plus beau 
des jeunes gens de Paris ; il était sombre, sauvage, 
ses beaux yeux montraient de la folie. 

Je dis folie dans le sens propre. M'*^*^ Savoye de 
Piollin, sa sœur, dévote célèbre et cependant pas 
méchante, avait été folle et pendant plusieurs mois 
avait tenu des propos dignes de l'Arétin, et en ter- 
mes les plus clairs, sans aucun voile. Cela est drôle, 
où une dévote de fort bonne compagnie peut-elle 
prendre une douzaine de mots que je n'ose écrire 
ici ? Ce qui explique un peu ce genre d'amabilité, 
c'est que M. Savoye de Rollin, homme d'infiniment 
d'esprit, libertin philosophe, etc., etc., ami de mon 
oncle, était devenu nul par abus un an ou deux 
avant son mariage avec la lille de Périer milord. 
C'est le nom que Grenoble donnait à un homme 
d'esprit, ami de ma famille, qui méprisait de tout 
son cœur la bonne compagnie et qui a laissé trois 
cent cinquante mille francs à chacun de ses dix ou 
douze enfants*, tous plus ou moins emphatiques, 
bétes et fous. Leur précepteur avait été le mien, ce 
profond et sec coquin, M. l'abbé Raillane. 

BnuLAUD II. 10. 



150 STENDHAL 

M, Péiier milord ne pensait jamais qu'à l'argent. 
Mon grand-père Gagnon, qui l'aimait, malgré sou 
protestantisme en bonne compagnie qui irritait 
beaucoup M. Gagnon, me racontait que M. Périer, 
en arri\ant dans un salon, ne pouvait se dispenser, 
au premier coup d'œil, de faire le compte fort exact 
de ce qu'avait coûté l'ameublement. Mon grand- 
père, comme tous les orthodoxes, prétait des aveux 
humiliants à M. Périer milord, qui fuyait la 
bonne compagnie de Grenoble comme la peste 
(vers 1780). 

Un soir, mon grand-père le trouva dans la rue : 

« Montez avec moi chez M'"^ de Quinsonnas. 

— Je vous avouerai une chose, mon cher Gagnon : 
lorsqu'on a été quelque temps de suite sans voir la 
bonne compagnie et qu'on a pris une certaine habi- 
tude de la mauvaise, on se trouve déplacé dans la 
bonne. » 

Je suppose que la bonne compagnie des Prési- 
dentes au parlement de Grenoble, mesdames de 
Sassenage, de Quinsonnas, de Bailly, contenait 
encore un degré d'alliage ou d'affectation trop fort 
pour un homme d'un génie vif comme M. Périer 
milord. Je pense que je me serais fort ennuyé dans 
la société où Montesquieu brillnit vers 1745, chez 
\Ime Geoffrin ou die/, M"'*^ de Mirepoix. .l';ii décitu- 
vert dernièrement <}ue l'esprit des vingt premières 
pages de La Bruyère (qui, en 1803, fit mon éduca- 
tion littéraire, d'après les éloges de Suiiit-Sliuon 



VIE DE HENRI BRLI.ARD 151 

dans les éditions en trois et en sept volumes) est 
une copie exacte de ce que Saint-Simon appelle 
avoir infiniment d'esprit. Or, en 1836, ces vingt pre- 
mières pages sont pviériles, vides, de très bon ton 
assurément, mais ne valent pas trop la peine d'être 
écrites. Le style en est admirable en ce qu'il ne gâte 
pas la pensée, qui a le malheur d'être sine ictii. Ces 
vingt pages ont eu de l'esprit peut-être jusqu'en 
1789. L'esprit, si délicieux pour qui le sent, ne dure 
pas. Comme une belle pêche passe en quelques jours, 
Vesprit passe en deux cents ans, et bien plus vite 
s'il y a révolution dans les rapports que les classes 
d'une société ont entre elles, dans la distribution du 
pouvoir dans une société. 

L'esprit doit être de cinq ou six degrés au-dessus 
des idées qui forment rintelligence d'un public. 

S'il est de huit degrés au-dessus, il fait mal à la 
tête à ce public (défaut de la conversation de Domi- 
nique, quand il est animé). 

Pour achever d'éclairer ma pensée, je dirai que 
La Bruyère était à cinq degrés au-dessus de l'intelli- 
gence commune des ducs de Saint-Simon, de Cha- 
rost, de Beauvilliers, de Chevreuse, de La Feuillade, 
de Yillars, de Montfort, de Foix, de Lesdiguières 
(le vieux Canaple), d'Harcourt, de La Rocheguyon, 
de La Rochefoucauld, d'Humières, de M*"^^ de 
Maintenon, de Caylus, de Berry, etc., etc., etc. 

La Bruyère a dû être au niveau des intelligences 
vers 1780, au temps du duc de Richelieu, Voltaire, 



152 STENDHAL 

M. de Vaiulrcuil, le duc de Nivernais (prétendu fils 
de Voltaire), quand ce plat Marmontel passait pour 
spirituel, du temps de Duclos, Collé, etc., etc. 

1-^a 183tJ, excepté pour les choses d'art littéraire 
ou {(lutôt de style, en en exceptant formellement 
les jugements sur Racine, Corneille, Bossuet, etc., 
La Bruyère reste au-dessous de l'intelligence d'une 
société qui se réunirait chez M™*^ Boni de Castellane 
et qui serait composée de MM. Mérimée, Mole, Koreiï, 
moi, Dupin aîné, Thiers, Béranger, duc de Fitz- 
.James, Sainte-Aulaire, Arago, Villemain. 

Ma foi, l'esprit manque, chacun réserve toutes ses 
forces pour un métier qui lui donne un rang dans le 
monde. L'esprit, argent comptanl. jiii[)révu même 
pour le parler, l'esprit de Dominique lait peur aux 
convenances. Si je ne me trompe, l'esprit va se 
réfufifier chez les dames de mœurs faciles, chez 
M"^*^ Ancelot (qui n'a pas plus d'amants que M"**^ de 
Talarii, la |)remiére ou la seconde) mais chez 
laquelle on ose plus. 

r)uelle terrible dio-ression m fiH'citr des lecteurs 
de 1880 ! Mais conq)rendront-ils l'allusion en fa^^eur? 
.J'en doute, les crieurs publics auront alors un autre 
mot pour faire acheter les discours du roi. Qu'est-ce 
f|u'une allusion expliquée ? De l'esprit à la Charles 
.Xodier, de l'esprit ennuyeux. 

.Je veux coller i<i un cxciuple du slyle de 1835. 
C'est M. (jo/.lari qui jiailf, (hiiis je '/ mips* . . . 



ME DE HENRI BRULARD 153 

Le plus doux, le plus vraiment jeune de tous ces 
sombres (jreiioblois ipii faisaient des armes chez 
J'éléganl Fabien, était sans doute M. César Pascal*, 
fils d'un père également aimable et auquel Casimir 
Périer donna la croix étant ministre, et la recette 
' générale d'Auxerre à son frère maternel, l'aimable 
Turquin, et une autre recette générale, celle de 
\alence, au neveu de Casimir, M. Camille Teis- 
seire. 

Mais, au milieu de sa demi-friponnerie comme 
négociant, M. Casimir Périer avait la qualité dau- 
phinoise : il savait vouloir. Le souffle de Paris, 
affaiblissant, corrodant la faculté de vouloir, n'avait 
pas encore pénétré dans* nos montagnes en 1800. 
J'en suis témoin fidèle pour mes camarades. Napo- 
léon, Fieschi avaient la faculté de vouloir qui 
manque à M. Villemain, à ^L Casimir Delavigne, 
à M. de Pastoret (Amédée), élevés à Paris. 

Chez l'élégant Fabien, je me convainquis de 
mon métalent pour les armes. Son prévôt, le sombre 
Renouvier, ([ui s'est tué, je pense, après avoir tué 
en duel d'un coup d'épée son dernier ami, me fit 
comprendre très honnêtement mon métalent. J'ai 
été bien heureux de me battre toujours au pistolet, 
je ne prévoyais pas ce bonheur en 1800, et, d'ennui 
de parer tierce et cjuarte toujours trop tard, je 
résolus, le cas échéant, de fondre à fond sur mou 
adversaire. Cela m'a gêné toutes les fois qu'à l'armée 



l-f. 



O^ STENDHAL 



je me suis vu l'épée au côté. A Brunswick, par 
exemple, ma maladresse eût jmi m'envoyer ad 
patres avec le grand chambellan de Munichhausen ; 
heureusement, il ne fut pas hrave ce jour-là, ou 
plutôt il ne voulut pas se compromettre. J'ai eu de 
même un mêlaient pour le violon, et au contraire un 
talent naturel et singulier pour lii-er les perdrix et 
les lièvres et, à Brunswick, un corbeau d'un coup de 
pistolet, à quarante pas, la voiture allant au grand 
trot, ce qui m'a valu le respect des aides-de-camp 
du général Rivant, cet homme si poli. (Rivant de 
La Rafinière. haï du prince de Neuchâtel (Berthier), 
depuis commandant à Rouen, et ultra vers 1825.) 

.J'ai eu le bonheur aussi d'atteindre un hanco- 
zeiteL à Vienne, au Prater, dans le duel arrangé avec 
M. Raindre, colonel ou chef d'escadron d'artillerie 
légère. Ce brave à trois poils ne le fut guère ! 

Enfin, j'ai porté l'épée toute ma vie ne sachant 
pas la manier. J'ai tc)uj(>urs été gros et facile à 
essouffler. .\bm projet a toiijouis élé : i< Y êtes- 
vous ? » et droit le coup de seconde. 

Dans le temps où je faisais des armes avec César 
Pascal, Féli.x Faure, Duchesne, (Casimir Périer et 
deux ou trois autres Dauphinois, j'allai voir Périer 
inilord [en Dauphiné, on supprime le .Monsicia- (piand 
il y a un surnom). Je le trou\ ai dans un appartement 
de ses belles maisons tles Feuillants (près la rue 
Castighnne d'aujunnl Imii : il (ji( ii|i;iil un des 
appartements «pTil ne jM>u\ail pas Imier. C!'étail 



VIK DE HENRI BRULARD 155 

l'avare le plus gai et Je la meilleure compagnie. Il 
sortit avec moi, il portait un hal)it bleu qui avait 
sur la basque une tache rousse de huit pouces de 
diamètre. 

Je ne comprenais pas comment cet homme d'une 
apparence si aimable (à peu près comme mon cousin 
Rebuffel) pouvait laisser mourir de faim ses fds 
Casimir et Scipion. 

La maison Périer prenait à 5 ^ /q les économies des 
servantes, des huissiers, des petits propriétaires, 
c'étaient des sommes de 500, 800, rarement 1.500 
francs. Quand vinrent les assignats, et que pour un 
louis d'or on avait cent francs, elle remboursa tous 
ces pauvres diables ; plusieurs se pendirent ou se 
noyèrent. 

Ma famille trouva ce procédé infâme. Il ne me 
surprend pas de marchands, mais pourquoi, une 
fois arrivé aux millions, n'avoir pas trouvé un pré- 
texte honnête de rembourser les servantes ? 

Ma famille était parfaite sur les choses d'argent, 
elle eut grand'peine à tolérer un de nos parents qui 
remboursa en assignats une somme de huit ou dix 
mille francs, prêtée à ses auteurs en billets de la 
banque de Law'(1718, je pense, à 1703). 



CHAPITRE XLIII* 



Je ferais du roman si je voulais noter ici l'im- 
pression que me firent les choses de Paris, impres- 
sion fort modifiée depuis. 

Je ne sais si j'ai dit* qu'à la demande de son père 
-M. Daru me mena à deux ou trois de ces sociétés 
littéraires dont la présidence faisait tant de plaisir 
à son père. J'y admirai la taille et surtout la gorge 
de madame Pipelet, femme d'un pauvre diable de 
chirurgien herniaire. Je l'ai un peu connue depuis, 
dans son état de princesse. 

M. Daru récitait ses vers avec mie bonhomie qui 
me sembla bien étrange sur cette figure sévère et 
allumée, je le regardais avec étonnement. Je me 
disais : il faut l'imiter ; mais je n'y sentais aucun 



goût. 



158 STENDHAL 

Je me rappelle le profond ennui clos dimanches, je 
me promenais au hasard ; c'était donc là ce Paris 
que j'avais tant désiré ! L'absence de montagnes et 
de bois me serrait le cœur. Les bois étaient intime- 
ment liés à mes rêveries d'amour tendre et dévoué, 
comme dans l'Arioste. Tous les hommes me sem- 
blaient prosaïques et plats dans les idées qu'ils 
avaient de l'amour et de la littérature. Je me gardais 
de faire confidence de mes objections contre Paris. 
Ainsi je ne m'aperçus pas que le centre de Paris est 
à une heure de distance d'une belle foret, séjour des 
cerfs sous les rois. Quel n'eût pas été mon ravisse- 
ment, en 1800, de voir la forêt de Fontainebleau, 
où il y a quelques petits rochers en miniature, les 
bois de Versailles, Saint-Cloud, etc. Probablement 
j'eusse trouvé que ces bois ressemblaient trop à un 
jardin. 

Il fut question de nommer des adjoints aux com- 
missaires des guerres. Je m'en aperçus au redouble- 
ment des prévenances de M™^ Cardon pour la 
famille Daru, et même pour moi. M. Daru passa un 
matin chez le ministre avec le rapport sur cet 
objet. 

Mon anxiété a fixé dans ma tête l'image du bureau 
où j'attendais le résultat ; j'en avais changé, ma 
table était située dans une fort grande pièce occupée 
par divers commis*. ^L Daru suivit la ligne DD' 
en revenant de ciiez h- ministre, ila\ ;iil f;iil nommer, 
ce me scndilf. Cardon cl Pjjirtlioinf'nl. .If ne liis |mitiL 



VIE DE HENRI BRULARD 159 

jaloux ilo Cardon, mais bien de M. Barthomeuf, 
pour lequel j'avais de l'éloignement. En attendant 
la décision, j'avais écrit sur mou appuie-main : 
MAUVAIS PARENT, eu lettres majuscules. 

Notez que M. Barthomeuf était un excellent 
commis, dont M. Daru signait toutes les lettres 
(c'est-à-dire M. Barthomeuf présentait vingt lettres, 
M. Daru en signait douze et signait en corrigeant 
six ou sept et en revoyait à refaire une ou deux). 

Des miennes il en signait à peine la moitié, et 
encore quelles lettres ! Mais M. Barthomeuf avait le 
génie et la figure d'un garçon épicier et, excepté les 
auteurs latins, qu'il savait comme il savait le Règle- 
ment pour la solde, il était incapable de dire un mot 
sur les rapports de la littérature avec la nature de 
l'homme, avec la manière dont il est affecté ; moi, 
je comprenais parfaitement la façon dont Helvétius 
explique Régulus, je faisais tout seul un grand 
nombre d'appHcations de ce genre, j'étais bien au 
delà de Cailhwa dans l'art de la comédie, etc., etc.^ 
et je partais de là pour me croire le supérieur ou, 
du moins, l'égal de M. Barthomeuf. 

M. D[aru] aurait dû me faire nommer et ensuite 
me faire travailler ferme. Mais le hasard m'a guidé 
par la main dans cinq ou six grandes circonstances 
de ma vie. Réellement, je dois une petite statue à la 
Fortune. Ce fut un extrême bonheur de n'être pas 
fait adjoint avec Cardon. Mais je ne pensais pas 
ainsi, je soupirais un peu en regardant son bel uni- 



160 



STENDHAL 



forme doré, son chapeau, son épée. Mais je n'eus 
pas le moindre sentiment de jalousie. Apparemment, 
je comprenais que je n'avais pas une mère comme 
M"^*^ Cardon. Je l'avais vue importuner M. Daru 
(Pierre) jusqu'à impatienter l'homme le plus flegma- 
tique. M. Daru ne se fâchait pas. mais ses yeux de 
sanglier étaient à peindre. Enfin, il hii ilil devant 
moi : « Madame, j'ai l'honneur de vous promettre 
que, s'il y a des adjoints, M. votre fils le sera. » 

La sœur de M'"^ Cardon était, ce me semble, 
^|me Augué des Portes, dont les filles se liaient 
intimement alors avec la citovenne Hortense 
Beauharnais. Ces demoiselles étaient élevées chez 
madame Campan, la camarade et probablement 
l'amie de M'"^ Cardon. 

Je riais et je déployais mon amabilité de 1800 
a\oc M^^^s Augiié, dont l'uiie éiiDusa 1 tient ùt après, 
ce me semble, le général Ney. 

Je les trouvais gaies et j'étais, je devais être, un 
étrange animal ; peut-être ces demoiselles avaient- 
elles assez d'esprit pour voir que j'étais étrange et 
non plat. Enfin, je ne sais p(>iir<iuoi, j'étais bien 
accueilli. Quel admirable salon à cultiver ! ^ oilà ce 
que M. Daru li- ])ère aurait du mr l.nic ((^uprendre. 
Cette vérité, fondanicnlale à Paris, jr ne l'ai entre- 
vue [loiii- l:i prf*rnière fois ([im.- vingt-sept ans plus 
tard, après la fameuse batailh- de Saii-Hcnio. La 
fortune, dont j'ai tant à u^^• hnifi', m a piniiieiié 
dans plusieurs salons tles plus influents. .J'ai refusé, 



VIE Di: IFKNHI Bni I.AHl) J (^^ 

en 1814, uiu" place A tnillions*, eu 1828, j'étais en 
société in lime avec MM. Thiers (ministre des Affaires 
étrangères, hier), Mignet, Aubernon, Déranger. 
•T'avais une grande considération dans ce salon. Je 
trouvai M. Aubernon ennuyeux, Mignet, sans esprit, 
Thiers, trop effronté, bavard ; Déranger seul me 
plut, mais pour n'avoir pas l'air de faire la cour au 
pouvoir, je ne l'allai pas voir eu jirison et je laissai 
M™e Aubernon me prendre en guignon comme 
homme immoral. 

Et Mme la comtesse Dertrand, en 1809 et 1810 ! 
Quelle absence d'ambition ou plutôt quelle paresse ! 
Je regrette peu l'occasion perdue. Au lieu de dix, 
j'aurais vingt mille*; au lieu de Y-hevalier, je serais 
officier de la Légion d'honneur, mais j'aurais passé 
trois ou quatre heures par jour à ces platitudes 
d'ambition qu'on décore du nom de politique, 
j'aurais fait beaucou]) de demi-bassesses, je serais 
préfet du Mans (en 1814, j'allais être nommé préfet 
"du Mans). 

La seule chose que je regrette, c'est le séjour de 
Paris, mais je serais las de Paris en 1836, comme je 
suis las de ma solitude parmi les sauvages de Cività- 
Vecchia. 

A tout prendre, je ne regrette rien que de ne pas 
avoir acheté de la rente avec les gratifications de 
Napoléon, vers 1808 et 1809. 

M. Daru le père n'en eut pas moins tort, dans ses 
idées, de ne pas me dire : 

Brulaiuj II. 



11 



162 STENDHAL 

« Vous devriez chercher à plaire à M'"*^ Cardon et 
à ses nièces, les deinpiselles Augué. Avec leur pro- 
tection, vous serez fait commissaire des guerres 
deux ans plus tôt. Ne soufïlez jamais mot, même à 
M. Daru, de ce que je viens de vous dire. Rappelez- 
vous que vous n'aurez d'avancement que par les 
salons. Travaillez bien le matin, et le soir cultivez 
les salons, mon aiîaire est de vous guider. Par 
exemple, donnez-vous le mérite de l'assiduité, 
commencez par celui-là. Ne manquez jamais un 
mardi de M°*^ Cardon*. » 

Il fallait tout ce bavardage pour être compris 
d'un fou qui songeait plus à liamlet et au Misan- 
thrope qu'à la vie réelle. Quand je m'ennuyais 
dans un salon. j"\ manquais la semaine d'après, et 
n'v reparaissais qu'au bout de quinze jours. Avec 
la franchise de mon regard et l'extrême malheur et 
prostration de forces que Venmd me donne, on voit 
combien je devais avancer mes affaires par ces 
absences. D'ailleurs, je disais toujours d'un sot : 
cest un sot. Cette manie m'a valu un monde d'enne- 
mis. Depuis que j'ai eu de l'esprit (en 1826), les 
épigrammes sont arrivés en foule et des mots quon 
ne peut plus oublier, me disait un jour cette bonne 
madame Mérimée. J'aurais dû être tué dix fois, et 
pourtant je n'ai que trois blessures, dont deux 
sont des nioles (à la inaiii et au pied gauches). 

Mes salons étaient. «If décembre [ITltO; à aviil 
ISOft : M"'^' Cardon. M'"^' llcbnllVI. M""' Daiii. 



vin DE HENRI BRL'LARD 



1G3 



.M. RohulTcl, M'"*^ Sorel (je crois), dont le mari 
m'avait servi de chaperon pendant le voyage*. 
C'étaient des gens aimables et utiles, serviables, (jui 
entraient dans le détail de mes affaires, qui me 
cultivaient même à cause du crédit déjà fort remar- 
quable de M. Daru (le comte). Ils m'ennuyaient, car 
ils n'étaient nullement romanesques et littéraires 
(eut there) ; je les lâchai en grand. 

Mes cousins Martial et Daru (le comte) avaient 
fait la guerre de la Vendée. Je n'ai jamais vu de gens 
plus purs de tout sentiment patriotique, cependant 
ils avaient couru la chance, à Rennes, à Nantes, 
et dans toute la Bretagne, d'être assassinés vingt 
fois ; ainsi ils n'adoraient point les Bourbons, ils en 
parlaient avec le respect que l'on doit au malheur, 
et M™^ Cardon nous disait à peu près la vérité sur 
Marie-Antoinette : bonne, bornée, pleine de hau- 
teur, fort galante, et se moquant fort de l'ouvrier 
serrurier nommé Louis XVI, si différent de l'ai- 
mable comte d'Artois. Du reste, Versailles — la 
cour du roi Pétaud, et personne, à l'exception 
peut-être de Louis XVI, et encore rarement, ne 
faisant une promesse ou un serment au peuple que 
dans l'intention de le violer. 

Je crois me rappeler qu'on lut chez M™® Cardon 
les Mémoires de sa camarade, M"^^ Campan, bien 
différents de l'homélie niaise que l'on a imprimée 
vers 1820*. Plusieurs fois, nous ne repassâmes la 
rue qu'à deux heures du matin, j'étais dans mon 



164 STENDHAL 

centre, moi. adorateur de Saint-Simon, et je parlais 
d'une façon qui jurait avec ma niaiserie et mon exal- 
tation habituelles. 

J'ai adoré Saint-Simon en 1800, comme en 183G. 
Les épinards et Saint-Simon ont été mes seuls goûts 
durables, après celui toutefois de vivre à Paris avec 
cent louis de rente, faisant des livres. Félix Faure 
m'a rappelé en 182Î* (jue je lui parlais ainsi en 1798. 

La famille Daru fut tout occupée d'abord du 
décret d'organisation du corps des inspecteurs aux 
revues, décret souvent corrigé, ce me semble, par 
M. Daru (le comte), et ensuite de la nomination du 
comte Daru et de Martial ; le premier lui inspecteur 
et le second sous-inspecteur aux revues, tous les 
deux avec le chapeau brodé et l'habit rouge. Ce bel 
uniforme choqua le militaire, bien moins vain toute- 
fois en 1800 que deux ou trois ans après, quand la 
vertu eut été tournée en ridiculr. 

Je crois avoir précisé mon premier séjour à Paris, 
de novembre 179'J à avril ou mai 1800, j'ai même 
trop bavardé, il y aura à effacer. Excepté le bel uni- 
forme de Cardon (collet brodé en or), la salle de 
Fabien et mes tilleuls au foTid du jardin, à l.'i Guerre, 
tout le reste ne paraît guère qu'à travers un nuage. 
Sans doute je voyais souvent Mante, mais nul 
souvenir. Fut-ce alors <pie Grand-Dufay mourut au 
café de l'Kurope, sur le boulexaiil du iriniilf. ou 
en 1803 ? Je ne puis le dire. 

A la Guerre, MM. Hailliiuiifiif cl Cardon riaiciil 



VIE DE IIEMU BULLAHD 165 

adjoints et moi très piqué et très lidicule, sans doute, 
aux yeux de M. Daiu. Car enfin, je n'étais pas en 
état de faire la moindre lettre. Martial, cet être 
excellent, était toujours avec moi sur le Ion plaisant 
et ne me fit jamais apercevoir que, comme commis, 
je n'avais pas le sens commun. Il était tout occupé 
de ses amours avec madame Lavalette, avec ma- 
dame Petiet, pour laquelle son raisonnable frère, 
le comte Daru, s'était donné bien des ridicules. Il 
prétendait attendrir cette méchante fée par des 
vers. Je sus tout cela quelques inois plus tard*. 

Toutes ces choses, si nouvelles pour moi, fai- 
saient une cruelle distraction à mes idées littéraires 
ou d'amour passionné et romanesque, c'était alors 
la niênfie chose. D'un autre côté, mon horreur pour 
Paris diminuait, mais j'étais absolument fou ; ce qui 
me semblait vrai en ce genre un jour me paraissait 
faux le lendemain. Ma tête était absolument le jouet 
de mon âme. Mais au moins je ne m'ouvris jamais 
à personne. 

Depuis trente ans au moins j'ai oublié cette 
époque si ridicule de mon premier voyage à Paris ; 
sachant en gros qu'il n'y avait qu'à sifïler, je n'y 
arrêtais pas ma pensée. II n'y a pas huit jours que 
j'y pense de nouveau, et, s'il y a une prévention 
dans ce (jue j'écris, elle est contre le Brulard de ce 
temps-là. 

Je ne sais si je fis les yeux doux* à madame 

Brulard II. 11. 



166 STENDHAL 

Rcbuffel et à sa fille pendant ce premier voyage, et 
?i nous eûmes la douleur de perdre madame Cambon 
moi étant à Paris. Je me souviens seulement que 
\|iie Adèle R[ebuffel] me contait des particularités 
sinsulières sur M^^*^ Cambon, dont elle avait été la 
compagne et l'amie. M^^*^ Cambon, ayant une dot 
de vingt-cinq ou trente mille francs de rente, ce qui 
était énormissime au sortir de la République, 
en 1800, éprouva le sort de toutes les positions trop 
belles, elle fut victime des idées les plus stupides. 
Je suppose qu'il fallait la marier à seize ans, ou du 
moins lui faire faire beaucoup d'exercice. 

Il ne me reste pas le moindre souvenir de mon 
départ pour Dijon et l'armée de réserve, l'excès de 
la joie a tout absorbé. MM. Daru (le comte), alors 
inspecteur aux revues, et Martial, sous-inspecteur, 
étaient partis avant moi. 

Cardon ne \inl point sitôt, son adroite mère lui 
voulait faire faire un autre pas. Il arriva bientôt 
à Milan, aide-de-camp du ministre de la Guerre, 
Carnot. Napoléon avait employé ce grand citoyen 
pour Vuser (id est : rendre impopulaire et ridicule, 
s'il If pouvait. Bientôt Carnot retomba dans une 
pauvreté noble dont Napoléon n'ont lionle que 
vers 1810, quand il n'eut plus peur de lui). 

Je n'ai ludlo idée de mon arrivée à Dijon, pas plus 
de mon arrivée à Genève. L'image de ces deux villes 
a été effacé»; par les images plus complètes que m'ont 



VIE DE HENRI BRULAR» 167 

laissées les voyages postérieurs. Sans doute j'étais 
fou de joie. J'avais avec moi une trentaine de 
volumes stéréotypés. L'idée de perfeclionnement de 
la nouvelle invention me faisait adorer ces volumes. 
Très susceptible pour les sensations d'odeur, je 
passais ma vie à me laver les mains quand j'avais 
lu un bouquin, et la mauvaise odeur m'avait donné 
un préjugé contre le Dante et les belles éditions de 
ce poète rassemblées par ma pauvre mère, idée tou- 
jours chère et sacrée pour moi et qui, vers 1800, 
était encore au premier plan. 

En arrivant à Genève (j'étais fou de la Nouvelle- 
Héloïsé), ma première course fut pour la vieille 
maison où est né J.-J, R.ousseau, en 1712, que j'ai 
trouvée, en 1833, changée en superbe maison, 
image de l'utilité et du commerce. 

A Genève, les diligences manquaient, je trouvai 
un commencement du désordre qui apparut régner 
à l'armée. J'étais recommandé à quelqu'un, appa- 
remment à un commissaire des guerres français, 
laissé pour les passages et les transports. Le comte 
Daru avait laissé un cheval malade ; j'attendis sa 
guérison. 

Là enfin recommencent mes souvenirs. Après 
plusieurs délais, un matin, vers les huit heures, on 
attache sur ce jeune cheval suisse et bai clair mon 
énorme portemanteau, et un peu en dehors de la 
porte de Lausanne, je monte à cheval. 

C'était pour la seconde ou troisième fois de ma 



168 STENDHAL 

vie. Sérapliie et mon père s'étaient constamment 
opposés à me voir monter à cheval, faire des 
armes, etc. 

Ce cheval, qui n'était pas sorti de l'écurie depuis 
un mois, au bout de vingt pas s'emporte, quitte la 
route et se jette, vers le lac, dans un champ planté 
de saules : je crois que le portemanteau le blessait. 



CHAPITRE XLIV* 



Je mourais de crainte, mais le sacrifice était fait ; 
les plus grands dangers n'étaient pas faits pour 
m'arrêter. Je regardais les épaules de mon cheval, 
et les trois pieds qui me séparaient de terre me sem- 
blaient un précipice sans fond. Pour comble de 
ridicule, je crois que j'avais des éperons. 

Mon jeune cheval fringant galopait donc au hasard, 
au milieu de ces saules, quand je m'entendis appeler : 
c'était le domestique, sage et prudent, du capitaine 
Burelviller qui, enfin, en me criant de retirer la 
bride et s'approchant, parvint à arrêter le cheval, 
après une galopade d'un quart d'heure, au moins, 
dans tous les sens. Il me semble (jii'au milieu de mes 
peurs sans nombre, j'avais celle d'être entraîné 
dans le lac. 



170 STENDHAL 

« Que me voulez-vous ? dis-je à ce domestique, 
quand enfin il eut pu calmer mon cheval, 

— Mon maître désire vous parler. > 

Aussitôt je pensai à mes pistolets ; c'est sans 
doute quelqu'un qui me veut arrêter. La route était 
couverte de passants, mais toute ma vie j'ai vu 
mon idée et non la réalité (comme un chenal ombra- 
geux, me dit, dix-sept ans plus tard, M. le comte de 
Tracy). 

Je revins fièrement au capitaine, que je trouvai 
obligeamment arrêté sur la grand'route. 

« Que me voulez-vous, monsieur ? » lui dis-je, 
m'attendant à faire le coup de pistolet. 

Le capitaine était un grand homme blond *, entre 
deux âges, maigre, et d'un aspect narquois et 
fripon, rien d'engageant, au contraire. Il m'ex- 
pliqua qu'en passant à la porte, M...* lui avait 
dit : 

« Il y a là un jeune homme qui s'en va à l'armée, 
sur ce cheval, qui monte pour la première fois à 
cheval et qui n'a jamais vu l'armée. Ayez la charité 
de le prendre avec vous pour les premières journées. » 

M'attendant toujours à me fâcher et pensant à 
mes pistolets, je considérais le sabre droit et immen- 
sément long du capitaine Burelviller qui, ce me 
semble, appartenait à l'arme de la grosse cavalerie : 
habit bleu, boutons et épaulettes d'argent. 

Je crois que, pour comble de ridicule, j'avais un 
sabre ; même, en y pensant, j'en suis sûr. 



^ VIE DE HENRI BRULARD 171 

Autant que je puis en juger, je plus à ce M. Burel- 
viller, qui avait l'air d'un grand sacripant, qui peut- 
être avait été chassé d'un régiment et cherchait à 
se raccrocher à un autre. Mais tout cela est conjec- 
ture, comme la physionomie des personnages que 
j'ai connus à Grenohle avant 1800. Comment 
aurais-je pu juger ? 

M. Burelviller répondait à mes questions et m'ap- 
prenait à monter à cheval. Nous faisions l'étape 
ensemble, allions prendre ensemble notre billet de 
logement, et cela dura jusqu'à la Casa d'Adda, 
Porta Nova, à Milan (à gauche, en allant vers la 
porte). 

J'étais absolument ivre, fou de bonheur et de 
joie. Ici commence une époque d'enthousiasme et 
de bonheur parfait. Ma joie, mon ravissement ne 
diminuèrent un peu que lorsque je devins dragon 
au 6e régiment, et encore ce ne fut qu'une éclipse. 

Je ne croyais pas être alors au comble du bonheur 
qu'un être humain puisse trouver ici bas. 

Mais telle est la vérité pourtant. Et cela, quatre 
mois après avoir été si malheureux à Paris, quand 
je m'aperçus ou crus m'apercevoir que Paris n'était 
pas, par soi, le comble du bonheur. 

Comment rendrai-je le ravissement de Rolle ? 

Il faudra peut-être relire et corriger ce iiassao-e 
contre mon dessein, de peur de mentir avec artifice 
comme Jean- Jacques Rousseau. 

Comme le sacrifice de ma vie à ma fortune était 



172 STENDHAL 

fait et parfait, jetais excessivement hardi à cheval, 
mais hardi en demandant toujours au capitaine 
Burelviller : « Est-ce que je vais me tuer ? » 

Heureusement, mon cheval était suisse, et paci- 
fique et raisonnahle comme un Suisse ; s'il eût été 
romain et traître, il m'eût tué cent fois. 

Apparemment je plus à M. Burelviller, et il s'aj)- 
piiqua à me former en tout ; et il fut pour moi, de 
Genève à Milan, penilant un voyage à (juatre ou 
cinq lieues par jour, ce (pi'un excellent oouverneur 
doit être pour un jeune prince. Notre \ ie était une 
conversation agréahle, mêlée d'événements singu- 
liers et non sans quelque petit péril ; par conséquent, 
impossibilité de l'apparence la j)lus éloignée de 
l'ennui. Je n'osais dire mes chimères ni parler 
littérature à ce roué de vingt-huit ou Uenle ans, qui 
paraissait le contraire de l'émotion. 

Dès que nous arrivions à l'étape, je le «piillais, je 
donnais bien rélrenne à son domestique pour 
soigner mon cheval ; y jxiuvais doue aller rêver en 
paix. 

A Piollr-, ce me semble, arrivé de bonne heure, 
ivre de jjonheui'. i|f la Irchiic de la .\ou\'('lU'-Hcloï.se 
et de l'idée d'aller i)ass<r a Ncncv, prenant peut-être 
RoIIf |ioiii- \ ('\c\ . j'iiitfiidis I mil -à-((iiip sonner 
en grande volée la «Idclic niajrsl iiniscî tj'une église* 
située dans la coIIIm»', à un (|iiaît de lieue au-dessus 
de Rollf Mil de Nyiiti ; j \ iiKuilai. .le \"oyais ce beau 
lac s'étendre sous mes yeux, le son de la cloche était 



VIE DF. IlEMU HHILAUD 173 

une ravissante musique fjui accompagnait mes 
idées, eu leur donnaul une i»hysiouomie sublime. 

Là, ce me semble, a été mon approche la plus 
voisine du bonheur parfait. 

Pour un tel moment, il vaut la peine d'avoir vécu. 

Dans la suite, je parlerai de moments semblables, 
où le fond, pour le bonheur, était peut-être réel, 
mais la sensation était-elle aussi vive, le transport 
du bonheur aussi parfait ? 

()ue dire d'un tel moment, sans mentir, sans 
tomber dans le roman ? 

A Rolle ou Nyon, je ne sais lequel (à vérifier, il 
est facile de voir cette église entourée de huit ou 
dix grands arbres), à Rolle exactement commença 
le temps heureux de ma vie ; ce pouvait être alors 
le 8 ou 10 de mai 1800. 

Le cœur me bat encore en écrivant ceci, trente- 
six ans après. Je quitte mon papier, j'erre dans ma 
chambre et je reviens écrire. J'aime mieux manquer 
quelque trait vrai que de tomber dans l'exécrable 
défaut de faire de la déclamation, comme c'est 
l'usage. 

A Lausanne, je crois, je plus à AL Burelviller. Un 
capitaine suisse retiré, jeune encore, était muni- 
cipal. C'était quelque ultra échappé d'Espagne ou 
de quelque autre Cour. En s'acquittant de la beso- 
gne désagréable de distribuer des billets tle loge- 
ment à ces sacripants de Français, il se prit de bec 
avec nous et alla jusqu'à dire, en parlant de ïhori- 



174 STENDHAL 

neur que nous avions de servir notre patrie : « S'il 
y a de l'honneur... » 

Mon souvenir sans doute exagère le mot. 

Je mis la main à mon sabre et voulus le tirer, ce 
qui me prouve que j'avais un sabre. 

M. Burelviller me retint. 

« Il est tard, la \iile est encombrée, il s'agit 
d'avoir un logement, » me dit-il peu après. 

Et nous quittâmes le municipal, ancien capitaine, 
après lui avoir bien dit son fait. 

Le lendemain, étant à cheval, sur la route de 
Villeneuve, M. Burelviller m'interrogea sur ma 
façon de faire des armes. 

Il fut stupéfait quand je lui avouai ma complète 
ignorance. 11 me fit mettre, ce me semble, en garde, 
à la première fois que nous nous arrêtâmes pour 
laisser pisser nos chevaux. 

« Et qu'auriez-vous donc fait, si ce cliien d'aristo- 
crate était sorti avec nous ? 

— J'aurais foncé sur lui. » 

Apparemment que ce mot fut dit comme je le 
pensais. 

Le capitaine Burelviller m'estima beaucoup 
depuis et nie le dit. 

11 fallait ({ue ma parfaite innocence et lotale 
absence du mensonge fût bien évidente pour donnei- 
de la valeur à ce (pii, dans tout inilic jiosilKtn, cùL 
été une blague tellement j'rossière. 



VIE DE HENRI BRULARD 17; 



Il se mit à nie donner quelques principes d'esto- 
cade, dans nos haltes, le soir. 

« Autrement vous vous feriez enfiler comme 



un... » 



J'ai oublié le terme de comparaison. 

Martigny, je crois, au pied du Grand-Saint-Ber- 
nard, m'a laissé un souvenir : le beau général Mar- 
mont, en habit de conseiller d'Etat, bleu de ciel 
brodant sur bleu de roi, s'occupant à faire filer un 
parc d'artillerie. Mais comment cet uniforme est-il 
possible ? Je l'ignore, mais je le vois encore. 

Peut-être vis-je le général Marmont en uniforme 
de général, et plus tard lui ai-je appliqué l'uniforme 
de conseiller d'Etat. (Il est à Rome, ici près, mars 
1836, le traître duc de Raguse, malgré le mensonge 
que le lieutenant-général Després m'a fait devant 
ma cheminée, au Heu où j'écris, il n'y a pas douze 
jours.) 

Le général Marmont était à gauche de la route, 
vers les sept heures du matin, au sortir de Martigny ; 
il pouvait être alors le 12 ou le 14 de mai 1800. 

J'étais gai et actif comme un jeune poulain, je me 
regardais comme Calderon faisant ses campagnes en 
Italie, je me regardais comme un curieux détaché à 
l'armée pour voir, mais destiné à faire des comédies 
comme Molière. Si j'avais un emploi par la suite, ce 
serait pour vivre, n'étant pas assez riche pour courir 
le monde à mes frais. Je ne demandais qu'à voir de 



17G STENDllAI. 

grandes choses. Ce fut ilonc avec plus de joie 
encore qu'à l'ordinaire que j'examinai Maimonl, ce 
jeune et beau favori du Premier Consul. 

Comme les Suisses, dans les maisons descjuels 
nous avions logé à Lausanne, Villeneuve, Sion, etc., 
nous avaient fait un tableau infâme du Grand-Saint- 
Bernard, j'étais |)lus gai (ju'à l'ordinaire, plus gai 
n'est pas le mot, c't'st plus heureux. Mnii plaisir 
était si vif, si intime, «pi'il m ('tait ]i<iisil. 

J'étais, sans m'en rendre raison, exlrèmoment 
sensible à la beauté des paysages. Comme mon père 
et Séraphie vantaient beaucoup les beautés de la 
nature en véritables hypocrites (pi'iis étaient, je 
croyais avoir la nature en Imireur. Si (pielqu'un 
m'eût parlé des beautés de la Suisse, il m'eut fait 
mal au cœur ; je sautais les phrases de ce genre dans 
les Confessions et Vlh'loïse de Rousseau, ou plutôt, 
pour être exact, je les lisais en courant. Mais ces 
phrases si belles me touchaient malgré moi. 

.le dus avoir un plaisir extrême en montant le 
Saint-Bernard, mais, ma foi, sans les précautions, 
(\m souvent me sendjlaieut extrêmes et prescpie 
riflicules, du capitaine Burelviller, je serais nioit 
peut-être dès ce premier pas. 

(^lie rmi \< iiilli' bien -«• liijipelcr de ma ndieulis- 
sime édiieiilion. l'uni- ih- me f:iire ((lurir iniciiu 
«langer, mon pèie et Séraphie m';i\;iieiit empêché 
<le monter à cheval et, îiuhmt «piils ;.\;iieiil pu, 
d'îiller à la e}iîis»je. 'l'fMif au plus j';illais nie promener 



VIE DE HENRI BRULARD 1/7 

avec lin fusil, mais jamais de partio do chasse véri- 
table, où Ton IfoiiNO la faim, la pluie, l'excès de la 
faliouc. 

l)e plus, la nature m'a donné les nerfs délicats 
et la peau sensible d'une femme. Je ne pouvais pas, 
(pielcjues mois après, tenir mon sabre deux heures 
sans avoir la main pleine d'ampoules. Au Saint- 
Bernard, j'étais pour le physique comme une jeune 
fille de quatorze ans ; j'avais dix-sept ans et trois 
mois, mais jamais fils gâté de grand seigneur n'a 
reçu une éducation plus molle. 

Le courage militaire, aux yeux de mes parents, 
était une qualité des Jacobins ; on ne prisait que le 
courage d'avant la Révolution, qui avait valu la 
croix de Saint-Louis au chef de la branche riche de 
la famille (M. le capitaine Beyle, de Sassenage). 

Excepté le moral, par moi puisé dans les livres 
prohibés par Séraphie, j'arrivai donc au Saint- 
Bernard poule mouillée complète. Que fussé-je 
devenu sans la rencontre de M. Burelviller et si 
j'eusse marché seul ? J'avais de l'argent et n'avais 
pas même songé à prendre un domestique. Etourdi 
par mes délicieuses rêveries, basées sur l'Arioste et 
la Noui'elle-Héloïse^ toutes les remarques prudentes 
glissaient sur moi ; je les trouvais bourgeoises, plates, 
odieuses. 

De là, mon dégoût, même en 1836, pour les faits 
comiques, où se trouve de toute nécessité * un 
Brllard II. 12 



1/8 STENDHAL 

personnage bas. Ils me font un dégoût qui va jusqu'à 
l'horreur. 

Drôle de disposition pour un successeur de Mo- 
lière ! 

Tous les sages avis des hôteliers suisses avaient 
donc glissé sur moi. 

A une certaine hauteur, le froid devint piquant, 
une brume pénétrante nous environna, la neige 
couvrait la route depuis longtemps. Cette route, 
petit sentier entre deux murs à pierres sèches, était 
remplie de huit à dix pouces de neige fondante et, 
au dessous, des cailloux roulants (comme ceux de 
Claix, polygones irréguliers dont les angles sont un 
peu émoussés). 

De temps en temps, un cheval mort faisait cabrer 
le mien ; bientôt, ce qui fut bien pis, il ne se cabra 
plus du tout. Au fond, c'était une rosse. 



CHAPITRE XLV* 



LE SAINT-BERNARD 



A chaque instant tout devenait pire. Je trouvai le 
danger pour la première fois ; ce danger n'était pas 
grand, il faut l'avouer, mais pour une jeune fille de 
quatorze ans qui n'avait pas été mouillée par la 
pluie dix fois en sa vie ! 

Le danger n'était donc pas grand, mais il était 
en moi-même : les circonstances diminuaient 
l'homme. 

Je n'aurai pas honte de me rendre justice, je fus 
constamment gai. Si je rêvais, c'était aux phrases 
par lesquelles J.-J. Rousseau pourrait décrire ces 
monts sourcilleux couverts de neige et s'élevant 
jusqu'aux nues avec leurs pointes sans cesse obscur- 
cies par de gros nuages gris courant rapidement. 



180 STENDHAL 

Mon cheval faisait mine de tomber, le capitaine 
jurait et était sombre, son prudent domestique, qui 
s'était fait mon ami, était fort pâle. 

J'étais transpercé d'humidité ; sans cesse nous 
étions gênés et même arrêtés par des groupes de 
quinze ou vingt soldats qui montaient. 

Au lieu des sentiments d'héroïque amitié que je 
leur supposais, d'après six ans de rêveries héroupies 
basées sur les caractères de Ferragus et de Rinaldo, 
j'entrevoyais des égoïstes aigris et méchants ; sou- 
vent ils juraient contre nous, de colère de nous voir 
à cheval et eux à pied. Lii peu plus ils nous volaient 
nos chevaux. 

Cette vue du caractère humain me contrariait, 
mais je l'écartais bien vite pour joiiii- de cette idée : 
je vois donc une chose dilllcile ! 

Je ne me rappelle pas tout cela, mais je me 
rappelle mieux les* dangers postérieurs, quand 
j'étais bien plus rapproché de 1800, par exemple à la 
Un (h- 1812, dans hi niarchc de Mciscoii à Ku-nigs- 
i)erg. 

Enfin, après um- <|n;irilité ('iiniiiir de zigzags, qui 
me paraissaient Inrim i- une distance inlinic, dans 
un foml. cnlic deux rochers puiuliis rt éiujrmes, 
j'aperçus, à gauclu-, une ni;iis(iu basse, presque cou- 
verte J)ar un nu;i;.M' qui |);is'«;iil. 

(l'est l'hospice ! < tu nous y (l(.iiii;i. couiuic à fnulc 
l'armée, uu di-iui-x <ric de \iri <|ui me |iarul glacé 
comme une Jécoclion ronge. 



VIE DE HENRI BRULAHU 181 

Je iTai (le mcMUoire que du ^•in ; sans doute on v 
joignit un morceau de pain et de fromage. 

Il me semble que nous entrâmes, ou bien les écrits 
de l'intérieur de l'Hospice qu'où me fit produisirent 
une image qui, depuis trente-six ans, a pris la place 
de la réalité. 

^ oilà un danger de mensonge que j'ai aperçu 
depuis trois mois que je pense à ce véridique journal. 

Par exemi)le, je me figure fort bien la descente. 
Mais je ne veux pas dissimuler que, cinq ou six ans 
après, je vis une gravure que je trouvai fort ressem- 
blante ; et mon souvenir tiest plus que la gravure. 

C'est là le danger d'acheter des gravures des beaux 
tableaux que l'on voit dans ses voyages. Bientôt la 
gravure forme tout le souvenir, et détruit le souvenir 
réel. 

C'est ce c[ui m'est arrivé pour la Madone de Saint- 
Sixte de Dresde. La belle gravure de Mûller l'a 
détruite pour moi, tandis que je me figure parfaite- 
ment les méchants pastels de Mengs, de la même 
galerie de Dresde, dont je n'ai vu la gravure nulle 
part. 

Je vois fort bien l'ennui de tenir mon cheval 
par la bride : le sentier était formé de roches immo- 
biles*. 

Le diable, c'est que les quatre pieds de mon cheval 
se réunissaient dans la ligne droite formée par la 
réunion des deux rochers qui formaient la route, et 
alors la rosse faisait mine de tomber ; à droite, il n'y 

BnULARU II. 12. 



182 STENDHAL 

avait pas grand mal, mais à gauche ! Que dirait 
M. Daru, si je lui perdais son cheval ? Et d'ailleurs 
tous mes effets étaient dans l'énorme portemanteau, 
et peut-être la plus grande partie de mon argent. 

Le capitaine jurait contre son domestique qui lui 
blessait son second cheval, il donnait des coups de 
canne sur la tête de son propre cheval, c'était un 
homme fort violent, et enfin il ne s'occupait pas de 
moi le moins du monde. 

Pour comble de misère un canon, ce me semble, 
vint à passer, il fallut faire sauter nos chevaux à 
droite de la route ; mais de cette circonstance je 
n'en voudrais pas jurer, elle est dans la gravure*. 

Je me souviens fort bien de cette longue descente 
circulaire autour de ce diable de lac glacé. 

Enfin, vers Etrouble, ou avant Etrouble, vers un 
hameau nommé Saint...*, la nature commença à 
devenir moins austère. 

Ce fut pour moi une sensation délicieuse. 

Je dis au capitaine Burelviller : 

« Le Saint-Bernard, n'est-ce que ça ? » 

Il me semble qu'il se fâcha et crut que je mentais 
(en termes dont nous nous servions : que je lui 
làcliais une blague). 

Je crois entrevoir dans mes souvenirs ([u'il me 
traita de conscrit, ce qui me sembla une injure. 
■ A Etrouble, où nous couchâmes, ou à Saint-..., 
mon Ixinliriir fut extrême, mais ji; cnniniriiçais à 
conqueiidre «jue ce n'était que dans les moments 



VIE DE HENRI BRULARD 



183 



OÙ le capitaine était gai, que je pouvais hasarder 
mes remarques. 

Je me dis : je suis en Italie, c'est-à-dire dans le 
pays de la Zidietta que J.-J. Rousseau trouva à 
Venise, en Piémont, dans le pays de M"^^ Bazile. 

Je comprenais bien que ces idées étaient encore 
plus de contrebande pour le capitaine qui, ce me 
semble, une fois, avait traité Rousseau de polisson 
d'écrivain. 



Je serais obligé de faire du roman, et de chercher 
à me figurer ce que doit sentir un jeune homme de 
dix-sept ans, fou de bonheur en s'échappant du 
couvent, si je voulais parler de mes sentiments 
d'Etrouble au fort de Bard. 

J'ai oublié de dire cjue je rapportais mon innocence 
de Paris ; ce n'était qu'à JMilan cjue je devais me 
délivrer de ce trésor. Ce qu'il y a de drôle, c'est que 
je ne me souviens pas distinctement avec qui. 

La violence de la timidité et de la sensation a tué 
absolument le souvenir. 



Tout en faisant route, le capitaine me donnait des 
leçons d'équitation, et pour activer il donnait des 
coups de canne sur la tête de son cheval, qui s'em- 
portait fort. Le mien était une rosse molle et pru- 
dente ; je le réveillais à grands coups d'éperons. Par 
bonheur, il était très fort. 



1S4 



STENDHAL 



Mon imagination folle, n'osant pas dire ses secrets 
au capitaine, nie f;tisait au moins le pousser de 
questions sur léquitation. Je n'étais rien moins que 
discret. 

« Et quand un cheval recule et s'approche ainsi 
d'un fossé profond, que faut-il faire ? 

— Que diable ! à peine vous savez vous tenir, et 
vous me demandez des choses qui embarrassent les 
meilleurs cavaliers ! » 

Sans doute quelque bon jurement accompagna 
cette réponse, car elle est restée gravée dans ma 
mémoire. 

Je devais l'ennuyer ferme. Son sage domestique 
m'avertit qu'il faisait manger à ses chevaux la 
moitié au moins du son qu'il me faisait acheter 
I»our rafraîchir le mien. Ce sage domestique m'offrit 
de passer à mon service, il m'eût mené à sa volonté, 
au lieu que le terrible Burelviller le malmenait. 

Ce beau discours ne me lit aucune impression. Il 
me semble «juc je pensai (jue je devais une reconnais- 
sance infinie au capitaine. 

D'ailleurs, j'étais si heureux de conlenqjler les 
beaux paysages et l'arc de triomphe d'avril «jue je 
n'avais qu'un vœu à former : c'était (pie «et te vie 
durât toujours. 

Nous croyions l'armée à cpiarante lieues en avant 
«le nous. 

Tout-à-roup, nous la troiiNâmes arrêtée par le fort 
de Bard*. 



VIE DE IIENHI BRLLARD 185 

Je nie vois Ijivouafjuant à une clenii-lleuc du fort, 
à gauche de la grande route. 

Le lendemain, j'eus vingt-deux piqûres de cousin 
sur la figure et un œil tout à fait fermé. 

Ici, le récit se confond avec le souvenir. 

Il me semble que nous fûmes arrêtés deux ou trois 
jours sous Bard. 

Je redoutais les nuits à cause des piqûres de ces 
affreux cousins, j'eus le temps de guérir à moitié. 

Le Premier Consul était-il avec nous ? 

Fut-ce, comme il me semble, pendant que nous 
étions dans cette petite plaine, sous le fort, que le 
colonel Dufour essaya de l'emporter de vise force ? 
Et que deux sapeurs essayèrent de couper les chaînes 
du pont-levis ? Vis-je entourer de paille la roue des 
canons, ou bien est-ce le souvenir du récit que je 
trouve dans ma tête ? 

La canonnade épouvantable dans ces rochers si 
hauts, dans une vallée si étroite, me rendait fou 
d'émotion. 

Enfin, le capitaine me dit : « Nous allons passer sur 
une montagne à gauche : C'est le chemin *. » 

J'ai appris, depuis, que cette montagne se nomme 
Albaredo. 

Après une demi-lieue, j'entendis donner cet avis 
de bouche en bouche : « Ne tenez la bride de vos 
chevaux qu'avec deux doigts de la main droite afin 
que, s'ils tombent dans le précipice, ils ne vous 
entraînent pas. 



186 STENDHAL 

— Diable ! il y a donc danger ! » me dis-je *. 
On s'arrêta sur une petite plate-forme. 

« Ah ! voilà qu'ils nous visent, dit le capitaine. 

— Est-ce que nous sommes à portée ? dis-je au 
capitaine. 

— Ne voilà-t-il pas mon bougre qui a déjà peur ? » 
me ilit-il avec humeur. 11 > a\ ;iit là sept à huit per- 
sonnes. 

Ce mot fut comme le chant du ( oq pour Saint- 
Pierre, .le revois : je m'approchai du bord de la 
plate-forme pour être plus exposé, et quand il 
continua la route, je traînai quelques minutes, pour 
montrer mon courage. 

Voilà comment j»- vis le feu pour la première 
fois. 

C'était une espèce de pucelage qui me pesait 
autant que l'autre. 



CHAPITRE XLVI* 



Le soir, en y réfléchissant, je ne revenais pas de 
mon étonnement : Quoi ! nesl-ce que ça ? me 
disais-je. 

Cet étonnement un peu niais et cette exclamation 
m'ont suivi toute ma vie. Je crois que cela tient à 
l'imagination ; je fais cette découverte, ainsi que 
beaucoup d'autres, en 1836, en écrivant ceci. 

Parenthèse. — Souvent je me dis, mais sans 
regret : Que de belles occasions j'ai manquées! Je 
serais riche, du moins j'aurais de l'aisance ! Mais je 
vois, en 1836, que mon plus grand plaisir est de 
rêver ; mais rêver à quoi ? Souvent à des choses qui 
m'ennuient. L'activité des démarches nécessaires 
pour amasser 10.000 francs de rente est impossible 
pour moi. De plus, il faut flaUei^, ne déplaire à per- 



188 STENDHAL 

sonne, etc. Ce dernier est presque impossible pour 
moi. 

lié bien ! M. ]«• comte de Cauchaiu était lieute- 
nant ou sous-lieutenant au (1*^ de dragons en mémo 
temps que moi. il j)assait pour intriganl. lial>ile, 
ne perdant pas une occasion ])our plaire aux gens 
j)uissants, etc., ne faisant pas un pas qui n'eût son 
but, etc. Le général Cauchaiu. son oncle, avait 
pacifié la Vendée, je crois, et ne manquait pas de 
crédit. M. de Cauchaiu quitta le régiment pour 
entrer dans la carrière consulaire, il a eu probable- 
ment toutes les ([ualités <[ui me mantpient, il est 
consul à -Nice, comme moi à Cività-Vecchia. \ oilà 
qui doit me consoler de ii'ctre pas intrigant, ou du 
moins adroit, prudent, etc. J'ai eu le rare plaisir de 
faire toute ma vie à peu pré>< rc (|iii me plaisait, 
et je suis aussi avancé (piuii hoinmc liuid, adroit, 
etc. M. do Cauchain m'a fait politesse (piaud je 
passai à .\i(f <ii ilrccdiltre 18u.'!. Pcut-ctrc a-l-il de 
plus que moi davoir de la fortuin-, mais jjrobablc- 
meiit il l'a héritée de son oncle, et d'ailleurs il est 
chargé d'iiiH- \ieille femme. .!<• ne changerais pas, 
c'est-à-din- : je ne voudrais pas cpie mou àme eiitiàt 
dans son corps. 

Je ne dois donc pas me plaindre du destin. .F.n" eu 
un lot exécrable de sept à dix-sept [ans], mais, (Irpuis 
le i)assage du .Miuit-Sainl-liernard (à 'J.VH nntrcs 
au-dessus de l'océan*), je n'ai plus eu ;i me plaindre 
du destin ; j'ai, au contraire, à m'en louer. 



VIE DE HENRI BRULARD 189 

En 1804, je désirais cent louis et ma liberté ; 
en 1836, je désire avec passion six mille francs et 
ma liberté. Ce qui est au-delà ferait bien peu pour 
mon bonheur. Ce n'est pas à dire que je ne voulusse 
tàter de 25.000 francs et ma liberté pour avoir une 
lionne voiture à ressorts bien liants, mais les voleries 
du cocher me donneraient peut-être plus d'humeur 
que la voiture de plaisir. 

Mon bonheur est de n'avoir rien à administrer ; 
je serais fort malheureux si j'avais 100.000 francs 
de rente en terres et maisons. Je vendrais tout bien 
vite à perte, ou du moins les trois-quarts, pour 
acheter de la rente. Le bonheur, pour moi, c'est de 
ne commander à personne et de n'être pas com- 
mandé, je crois donc c{ue j'ai bien fait de ne pas 
épouser M^*^ Rietti ou M^^^ Diane. — Fin de la 
parenthèse*. 

■ Je me souviens que j'eus un extrême plaisir en 
entrant à Etrouble et à Aoste. Quoi ! le passage du 
Saint-Bernard, n est-ce que ça ? me disais-je sans 
cesse. J'avais même le tort de le dire haut quelque- 
fois, et enfin le capitaine Burelviller me malmena ; 
malgré mon innocence, il prit cela pour une blague 
{id est : bravade) . Fort souvent, mes naïvetés ont 
fait le môme effet. 

Un mot ridicule ou seulement exagéré a souvent 
sulîi pour gâter les plus belles choses ])our moi : par 
exemple, à Wagram, à côté de la pièce de canon, 



190 STENDHAL 

quand les herbes prenaient feu, ce colonel blagueur 
de mes amis qui dit : « C'est une bataille de géants ! » 
L'impression de grandeur fut irrémédiablement 
enlevée pour toute la journée. 

Mais, grand Dieu ! qui lira ceci ? Quel galimatias ! 
Pourrai-je enfin revenir à mon récit ? Le lecteur 
sait-il maintenant s'il eu est à 1800, au premier 
début d'un fou dans le monde, ou aux réflexions 
sages d'un homme de cinquante-trois* ans! 

Je remarquai, avant de quitter mon rocher, que la 
canonnade de Bard faisait un tapage effrayant : 
c'était le sublime, un peu trop voisin pourtant du 
danger. L'âme, au lieu de jouir purement, était 
encore un peu occupée à se tenir. 

J'avertis, une fois pf»ur toutes, le brave homme, 
unique peut-être, qui aura le courage de me lire, 
que toutes les belles réflexions de ce genre sont de 
1836. J'en eusse été bien étonné en 1800 ; peut-être, 
malgré ma solidité sur Helvélius et Shakespeare, ne 
les eussé-je pas comprises. 

Il m'est resté un souvenir net et fort sérieux du 
rempart qui faisait ce grand feu sur nous. Le com- 
mandant de ce fortin, situé providentiellement, 
comme diraient les bons écrivains de 1830, croyait 
arrêter le généml Bonaparte*. 

Je crois que h.' logement du soir fui cln/. un curé, 
déjà fort malmené parles vingl-ciinj mi litiilf iiiillr 



VIE DE HENRI BRULARD 191 

hommes qui avaient passé avant le capitaine Burel- 
viller et son élève. Le capitaine, égoïste et méchant, 
jurait ; il me semble que le curé me ht pitié, 'je lui 
parlai latin, pour diminuer sa peur. C'était un gros 
péché, c'est en petit le crime de ce vil coquin de 
Bourmont à Waterloo, Par bonheur, le capitaine ne 
m'entendit pas. 

Le curé, reconnaissant, m'apprit que : Donna vou- 
lait dire femme, cattwa, mauvaise, et qu'il fallait 
dire : quante sono niiglia di qua a Ivrea ? quand je 
voulais savoir combien il y avait de milles d'ici à 
Ivrée. 

Ce fut là le commencement de mon itahen. 

Je fus tellement frappé de la quantité de chevaux 
morts et d'autres débris d'armée que je trouvai de 
Bard à Ivrée, qu'il ne m'en est point resté de sou- 
venir distinct. C'était pour la première fois que je 
trouvais cette sensation, si renouvelée depuis : me 
trouver entre les colonnes d'une armée de Napoléon. 
La sensation présente absorbait tout, absolument 
comme le souvenir de la première soirée où Giul m'a 
traité en amant. Mon souvenir n'est qu'un roman 
fabriqué à cette occasion. 

Je vois encore le premier aspect d' Ivrée aperçue à 
trois quarts de heue, un peu sur la droite, et à 
gauche des montagnes à distance, peut-être le Mont 
Rose et les monts de Bielle, peut-être ce rezegon de 
Lehk (sic), que je devais tant adorer plus tard. 



102 STENDHAL 

Il devenait dinicile non pas d'avoir un billet de 
loj^ement des habitants terriliés. mais de défendre 
ce logement contre les partis de trois ou quatre 
soldats rôdant pour piller. J'ai ipielque idée du sabre 
mis à la main pour défendre une porte de notre 
maison, que des chasseurs à cheval voulaient enlever 
pour en faire un bivouac. 



Le soir, j'»'us une sensation fjue y n'oiililifrai 
jamais. J'allai au spectacle, malgré le capitaine qui, 
iuiîeant bien ilf num t'nfantilla<ce et de mon itrno- 
rance des armes, mon sabre étant trop pesant pour 
moi, avait peur, sans doute, que je ne me fisse tuer 
à (pielque coin dr rue. Je n'avais point d'uniforme, 
c'est ce «pi il y a de pis entre les colonnes d'une 
armée... 

Kniin, j'allai au spcelaele ; ou ilonnait le Malri- 
monio segrclu île Lnuarosa. lartiicc qui jouail 
Caroline a^■ait une dent de luoius sur le devant. 
\ oilà tout ce qui me reste d un biudieur divin. 

Je mentirais et ferais du roiuau si j'euhepieuais 
de le détailler. 

A l'instant, mes deu.\ grandes actions : 1" a\«»ir 
passé le Saïut-l'ernard. 1!^ avoir été au feu. (h>-|ia- 
rurent. Tout eeja me sembla ;_'ro«>siei- el ba-, .réjuou- 
\ai «pielrpie chose comme umn tul liou^iasmc «le 
I église au-dessus dr Hollf. mais lucii plus pur el 
liicn plus vif. I^e pédant i^me de .liilie d'iùangc me 



VIE DE HENRI BRULARD 193 

gênait dans Rousseau, au lieu (jue tout fui tliviu 
dans Cimarosa. 

Dans les intervalles du plaisir, je me disais : Et 
me voici jeté dans un métier grossier, au lieu de 
vouer ma vie à la musique ! ! 

La réponse était, sans nulle mauvaise humeur : 
Il faut vivre, je vais voir le monde, devenir un brave 
militaire, et après un an ou deux je reviens à la 
musique, mes uniques amours. Je me disais de ces 
paroles emphatiques. 

Ma vie fut renouvelée et tout mon désappointe- 
ment de Paris enterré à jamais. Je venais de voir 
distinctement où était le bonheur. 11 me semble 
aujourd'hui que mon grand malheur devait être : 
je n'ai pas trouvé le bonheur à Paris, où je l'ai cru 
pendant si longtemps, où est-il donc ? Ne serait-il 
point dans nos montagnes du Dauphiné ? Alors, 
mes parents auraient raison, et je ferais mieux d'y 
retourner. 

La soirée d'Ivrée détruisit à jamais le Dauphiné 
dans mon esprit. Sans les belles montagnes que 
j'avais vues le matin en arrivant, peut-être Berland, 
Saint- Ange et Taillefer* n'auraient-ils pas été 
battus pour toujours. 

Vivre en Italie et entendre de cette musique devint 
la base de tous mes raisonnements. 

Le lendemain matin, en cheminant auprès de nos 
chevaux avec le capitaine, qui avait six pieds, j'eus 
l'enfance de parler de mon bonheur, il me répondit 

Brulard II. 13 



194 STENDHAL 

par des plaisanteries grossières sur la facilité de 
mœurs des actrices. Ce mot était cher et sacré pour 
moi, à cause de M^'^ KabK . et de plus, ce matiu-h'i. 
j'étais amoureux de Caroline (du Matriinonio). Il 
me semble que nous eûmes un différend sérieux, avec 
quelque idée de duel de ma part. 

Je ne comprends rien à ma folie ; c'est connue ma 
provocation à l'excellent Joinville (maintenant M. le 
baron Joinville. intendant militaire à Paris), je ne 
pouvais pas soutenir mon sabre en li^rne horizontale. 

La paix faite avec le capitaine, nous fumes, ce me 
semble, occupés de la bataille du lessiii. où il me 
semble que nous fûmes mêlés, mais sans dangei-. .h^. 
n'en dis pas davantage, de peur de faire du roman; 
cette bataille, ou cond^at, me fui cniitée en grands 
détails peu de mois après par .M. Ciuywrdel, elief tie 
bataillon à la ij"^^ ou 0'"*^ légère, le régiment île cet 
excellent Maçon. ni«>rt à Leipzig vers 1809, ce me 
semble. Le récit de M. Guyardet fail, ce me semble, 
à Join^^lle, en ma présence, complète mes soijvenirs 
et j'ai ]>eur de prendre l'inipressinti ch- ce léeit pour 
un souvenir. 

Je ne me r;i|i|ielle pn'^ même m Ir eoml).'!! du 
Tessin comj)ta dans mon esj)rit pour la seconde \ ue 
du feu, dans tous les cas ce ne pul êlre* cpie le leu 
du caïuui ; peut-être eûmes-nous peui' d'èlic s;iltrés,, 
nous trouvant, avec (piehpie cavalerie, lamenés 
par l'ennemi. Je ne vois de clair <pie l;i himée du 
canon ou de la fusillade, loiit e-l cfudus. 



VIE DE HENRI BRULARD 195 

Excepté le bonheur le plus vif et le plus fou, je 
n'ai réellement rien à dire d'Ivrée à Milan. La vue 
du paysage me ravissait. Je ne le trouvais pas la 
réalisation du beau, mais quand, après le Tessin, 
jusqu'à Milan, la fréquence des arbres et la force de 
la végétation, et même les tiges du maïs, ce me 
semble, empêchaient de voir à cent pas, à droite et 
à gauche, je trouvais que celait là le beau. 

Tel a été pour moi Milan, et pendant vingt ans 
(1800 à 1820). A peine si cette image adorée com- 
mence à se séparer du beau. Ma raison me dit : Mais 
le vrai beau, c'est Naples et le Pausilippe, par 
exemple, ce sont les environs de Dresde, les murs 
abattus de Leipsick, l'Elbe à Altona, le lac de 
Genève, etc. C'est ma raison qui dit cela, mon 
cœur ne sent que Milan et la campagne luxuriante 
(|ui l'environne *. 



CHAPITRE XLVII* 



MILAN 



Un matin, en entrant à Milan, par une charmante 
matinée de printemps, et quel printemps ! et dans 
quel pays du monde ! je vis Martial à trois pas de 
moi, sur la gauche de mon cheval. Il me semble le 
voir* encore, c'était Corsia del Giardino, peu après 
la rue des Bigli, au commencement de la Corsia di 
Porta Nova. 

Il était en redingote bleue avec un chapeau bordé 
d'adjudant général. 

Il fut fort aise de me voir. 

« On vous croyait perdu, me dit-il. 

— Le cheval a été malade à Genève, répondis-je, 
je ne suis parti que le... * 

Brulard II. 13. 



108 STENDHAL 

— Je vais vous montrer la maison, ce n'est qu'à 
deux pas. « 

Je saluai le capitaine Bureh illcr ; je ne l'ai jamais 
revu. 

Martial revint sur ses pas et me conduisit à la Casa 
d'Adda *. 

La façade de la Casa d'Adda n'était point finie, la 
plus grande partie était alors en briques grossières, 
comme San Lorenzo, à Florence. J'entrai dans une 
cour magnifique. Je descendis de cheval fort étonné 
et admirant tout. Je montai par un escalier superbe. 
Les domestiques de Martial détachèrent mon porte- 
manteau et emmenèrent mon cheval. 

Je montai avec lui et bientôt me tiouvai dans un 
superbe salon donnant sur la Corsia. J'étais ravi, 
c'était pour la première fois que l'architecture pro- 
duisait son effet sur moi. Bientôt on apporta d'excel- 
lentes côtelettes pannées. Pendant plusieurs années 
ce plat m'a rappelé Milan. 

Cette ville devint pour moi le plus beau lieu de la 
terre. Je ne sens pas du tout le charrue de ma j)atrie ; 
j'ai, pour le lieu où je suis né, une réj)ugnuuce ([ui va 
jusqu'au dégoût physique (le mal de mer). Milan a 
été pour moi, de 1800 à 1821, le heu où j'ai constam- 
ment désiré habiter. 

J'y ai passé quehjues mois de 1800 ; ce fut le plus 
beau temps de ma vie. J'y revins tant que je pus en 
1801 et 1802, étant en rranuson à Hicscia et à Ber- 
game, et enfin, j'y ai iiabité par ciioi.x de 1815 à 1821. 



VIE DE HENRI BIIUI.AUD 109 

Ma raison seule me dit, même en 1836, que Paris 
vaut mieux. Vers 1803 ou 1804, j'évitais, dans le 
cabinet de Martial, de lever les yeux vers une es- 
tampe qui dans le lointain présentait le dôme de 
Milan, le souvenir était trop tendre et me faisait 
mal. 

Nous pouvions être à la fin de mai ou au commen- 
cement de juin, lorsque j'entrai dans la Casa d'Adda 
(ce mot est resté sacré pour moi). 

Martial fut parfait et réellement a toujours été 
parfait pour moi. Je suis fâché de n'avoir pas vu cela 
davantage de son vivant ; comme il avait étonnam- 
ment de petite vanité, je ménageais cette vanité. 

Mais ce que je lui disais alors par usage du monde, 
naissant chez moi, et aussi par amitié, j'aurais dû le 
lui dire par amitié passionnée et par reconnaissance. 

Il n'était pas romanesque, et moi je poussais cette 
faiblesse jusqu'à la folie; l'absence de cette folie le 
rendait plat à mes yeux. Le romanesque chez moi 
s'étendait à l'amour, à la bravoure, à tout. Je redou- 
tais le moment de donner l'étrenne à un portier, de 
peur de ne pas lui donner assez, et d'offenser sa déli- 
catesse. Il m'est arrivé souvent de ne pas oser donner 
l'étrenne à un homme trop bien vêtu, de peur de 
l'offenser, et j'ai dû passer pour avare. C'est le 
défaut contraire de la plupart des sous-lieutenants 
que j'ai connus : eux pensaient à escamoter une 
manda. 

\ oici un intervalle de bonheur fou et complet, je 



200 STENDHAL 

vais sans doute battre un peu la campagne en en 
parlant. Peut-être- vaudrall-il mieux m'en tenir à la 
ligne précédente. 

Depuis la fin de mai jusqu'au mois d'octobre ou 
de novembre (juc je fus reçu sous-lieutenant au 
(jme régiment de dragons à Rapallo ou Roncanago, 
entre Brescia et Crémone, je trouvai cinq ou six 
mois de bonheur céleste et comjjlet *. 

On ne peut pas apercevoir distinctement la partie 
du ciel trop voisine du soleil, par un eiïet semblalde 
j'aurais grand'peine à faire une narration raison- 
nable de mon amour pour Angela Pietragrua. Com- 
ment faire un récit un peu raisonnable de tant de 
folies? Par où commencer? Comment rendre cela 
un peu intelligible ? Voilà déjà que j'oublie l'ortho- 
graphe, comme il m'arrive dans les grands trans- 
ports de passion, et il s'agit puurtaut (.le choses 
passées il y a trente-six ans. 

Daignez jne pardonner, lecteui' béiitx oie ! Mais 
plutôt, si vous avez plus de trente ans ou si, avec 
trente ans, vous êtes du parti prosaïque, fermez le 
livre ! 

Le croira-t-on, mais tout send)lera absurde <l;ms 
mon récit de cette année 1800. Cet amoui- si (élcslc. 
si passionin'-. <|Ui ni'aNait entièrement cnlcNr à la 
terre pour nie transporter dans le pays des chimères, 
mais des chimères les plus célestes, les plus délicieuses, 
les [)Ius à Sdiili.iit, n*arn\a à {•*• ipiiui ;i|ipi'lic le 
bonheur <]u en scplendjre ISII. 



VIE DE HENRI BRUI.ARD 201 

Excusez du peu, onze ans, non pas de fidélité, 
mais d'une sorte de constance. 

La femme que j'aimais, et dont je me croyais en 
quelque sorte aimé, avait d'autres amants, mais elle 
me préférerait à rang égal, me disais-je ! J'avais 
d'autres maîtresses. (Je me suis promené un quart 
d'heure avant d'écrire.) Comment raconter rai- 
sonnablement ces temps-là ? J'aime mieux renvoyer 
à un autre jour. 

En me réduisant aux formes raisonnables, je 
ferais trop d'injustice à ce que je veux raconter. 

Je ne veux pas dire ce qu'étaient les choses, ce 
que je découvre pour la première fois à peu près 
en 1836, ce qu'elles étaient ; mais, d'un autre côté, 
je ne puis écrire ce qu'elles étaient pour moi en 1800 : 
le lecteur jetterait le livre. 

Quel parti prendre ? comment peindre le bonheur 
fou ? 

Le lecteur a-t-il jamais été amoureux fou ? A-t-il 
jamais eu la fortune de passer une nuit avec cette 
maîtresse qu'il a le plus aimée en sa vie ? 

Ma foi, je ne puis continuer, le sujet surpasse le 
disant. 

Je sens bien que je suis ridicule, ou plutôt in- 
croyable. Ma main ne peut écrire, je renvoie à 
demain. 

Peut-être il serait mieux de passer net ces six 
mois-là. 



202 STENDHAL 

Comment peindre rexcessil" bonheur que tout nie 
donnait ? C'est impossible pour moi. 

Il ne me reste qu'à tracer un sommaire, pour ne 
pas interrompre tout-à-fait le récit. 

Je suis comme un peintre qui n'a plus le courage 
de peindre un coin de son tableau. Pour ne pas 
gâter le reste, il ébauche à la moitié ce qu'il ne peut 
pas peindre. 

lecteur, excusez ma mémoire, ou plutôt sautez 
cinquante pages. 

Voici le sommaire de ce que, à trente-six ans d'in- 
tervalle, je ne puis raconter sans le gâter horrible- 
ment. 

Je passerais dans d'horribles douleurs les cinq, 
dix, vingt ou trente ans qui me restent à vivre 
qu'en ce moment je ne dirais pas : Je ne veux pas 
recommencer. 

D'abord, ce bonheur d'avoir pu faire ma vie. Un 
homme médiocre, au-dessous du médiocre, si vous 
voulez, mais bon et gai, ou plutôt heureux lui-même 
alors, avec lequel je vécus. 

Tout ceci, ce sont des découvertes que je fais en 
écrivant. Ne sachant comment peindre, je fais 
l'analyse de ce que je sentis alors. 

Je suis très froid aujourd'hui, le temps est gris, 
je souffre un peu. 

Rien ne peut empêcher la folie. 

En honnête homme qui abhorre d'cMbgérer, je ne 
sais comment faire. 



VIE DE HENRI BRULARD 203 

J'écris ceci et j'ai toujours tout écrit comme 
Rossini écrit la musique ; j'y pense, écrivant chaque 
matin ce qui se trouve devant moi dans le libre'tto. 

Je lis dans un livre que je reçois aujourd'hui : 

« Ce résultat n'est pas toujours sensible pour les 
contemporains, pour ceux qui l'opèrent et l'éprou- 
vent ; mais, à distance et au point de vue de l'his- 
toire, on peut remarquer à quelle époque un peuple 
perd l'originalité de son caractère, » etc. (M. Ville - 
main. Préface, page x.) 

On gâte des sentiments si tendres à les raconter 
en détail *. 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



FEUILLETS DE GARDE 

Le premier vdlmne du manuscrit (colé R '299; de la Vie 
de Henri Urulurd commence par un testament : 

« Je lènue et donne le présent vohmie à M. le che- 
valier Abraham Constantin (de Genève), peintre sur 
porcelaine. Si M. Constantin ne l'a pas fait imprimer 
dans les mille jours (pii suivront celui de mon décès, 
je lègue et donne ce volume, successivement, à 
MM. Alphonse Levavasseur, libraire, n*^ 10, place 
Vendôme, Philarète Chasles, homme de lettres. Henry 
Fournier, libraire, rue de Seine, Paulin, libraire, 
Delaunay, libraire ; et si aucun de ces Messieurs ne 
trouve son intérêt à faire imprimer dans les cinq ans 
qui suivront mon décès, je laisse ce Aolume au plus 
âgé des libraires habitant dans Londres et dont le 
nom commence, par un C. 

Cività-Vecchia, le 24 décembre 1835. « 

On lit encore, sur un feuillet intercalé en face du 
fol. 8, le fragment suivant : « ... de n'imprimer, si 
cela en vaut la peine, que quinze mois après mon 
décès. Rome, le 29 novembre 1835. IL Beyle. » 



206 NOTES ET ÉCI.AIRCISSEMENTS 



Sur un autre feuillet, on lit : 



« PETITS FAITS A PLACER 

1. Mauvaise odeur de gens qui assistaient aux 
vêpres, à la Charité (M. B[eyle], supérieur). 

2. L'abbé Rey me fait entrer dans le chœur, à Saint- 
André. D'ordinaire, je me tenais tout près de la 
grande grille du chœur. Sermons. 

Tout cela, avant la clôture des églises ; mais à 
quelle époque furent-elles fermées à Grenoble ? 

3. Enterrement, ou plutôt obsèques, à Notre-Dame, 
de l'évêque intrus, appelé l'abbé Pouchol avec dédain 
par ma famille, d 

Stendhal a pris soin de répéter le titre de son auto- 
biographie en tête de chacun des volumes de son 
manuscrit. Il y ajoute diverses indications destinées 
à dérouter les investigations possibles de la police, 
dont il avait une crainte maladive. Voici les diverses 
mentions placées sur les feuillets de garde des trois 
volumes : 

Tome 1" 

Vie de Henri Brulard. 

A Messieurs de la Police. Ceci est un roman imité 
du Vicaire de Wake/îeld. Le héros, Henri Rrulard, 
écrit sa vie, à cinquante-deux ans, après la mort de 
sa femme, la célèbre Charlotte Corday. 

Tome II 

Vie de Henri Brulard, écrite par lui-même. Roman 
imité du Vicuire de Walxefield, surtout pour la pureté 
des sentiments. 

A Messieurs de la Police. Rien de politique. Le 
héros de ce roman iinit par se faire prêtre, comme 
Jocelvn. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 207 

Tome III 

\ ie de Ileiiri Jirulard, écrite par lui-inènie. Rgman 
à détails, imité du Vicaire de \V akefîeld. 

A Messieurs de la Police. Rien de politicjue dans 
ce roman. Le plan est un exalté dans tous les genres 
qui, dégoûte et éclairé peu à peu. finit par se consa- 
crer au culte des hôtels (sic). 

Chapitre I 

Page 1. Le chapitre 1 comprend les feuillets 1 à 20. — 
Ecrit les 23 et 24 novembre 1835. — Le fol. i ne fait 
pas partie du ms, R 299 de la Bibl. mun. de Grenoble. 
Il a été relié avec le vol. R 5896. Le fol. 1 du ms. R 299 
porte : « Moi, Henri Brulard, j'écrivais ce qui suit, 
à Rome, de 1832 à 1836. » 

Page 2. En face de moi, je i'ois... — Variante : « T aper- 
çois. » 

Page 4. AF aimait- elle ? — Nous n'adoptons pas la 
leçon proposée par M. Bédier à M. Paul Arbelet et 
adoptée par Str\ ienski dans sa 2*^ édition de la Vie 
de Henri Brulard. Le manuscrit porte en efTet nette- 
ment un point entre les mots : peut-être et ))i aimait- 
elle. (Cf. Casimir Stryienski et Paul Arbelel, Soirées 
du Stendhcd-Club , 2^ série, p. 81 note.) 

Page 4. Et Menti... — Clémentine, que Stendhal 

• appelle plus souvent Menta (Sur M'"'' Clémentine C..., 
voir A. Chuquet, Stendlial-Beyle, p. 180-183. 

Page 5. AI. Daru.... — Ms. : « Ruda. » — Sur les habi- 
tudes anagrammatiques de Stendhal, voir l'Introduc- 
tion. 

Page 5. ...cet ancien secrétaire-général de Besançon. — 
Stendhal surnomme souvent Besançon son ami de 
Mareste, qui fut secrétaire-général de la préfecture du 
Doubs. 



208 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 6. J'étais en pantalon de... — Le nom est laissé 

en blanc dans le manuscrit. 
Pase 6. J. \'aisa voir la 5. — Entre cet alinéa et le sui- 
vant, Stendhal a laissé un assez grand espace dans 
lequel il a écrit le mot : « Chap. » 
Pai£e G. ... au talent près... — Variante : « Moins le 

talent. > 
Page 7. Je trouve quelquefois beaucoup de plaisir à 
écrire, voilà tout. ■ — Un feuillet intercalaire est ainsi 
conçu : « Au lieu de tant de bavardages, peut-être 
que ceci sulfit : 

Brulard Marie-Henry), né à Grenoble en 178() (sic), 
d'une famille de bonne bourgeoisie qui prétendait à 
la noblesse, il n'y eut pas de plus fiers aristocrates 
qu'on pût voir dès 1752. Il fut témoin de bonne 
heure de la méchanceté et de l'hypocrisie de certaines 
gens, de là sa haine d'instinct pour la gii^on]. Son en- 
fance fut heureuse jusqu'à la mort de sa mère. ([u"il 
perdit à sept ans, ensuite les p[rêtres] en firent un 
enfer. Pour en sortir, il étudia les mathématiques 
avec passion et en 1797 ou 98 remporta le premier 
prix, tandis que cinq élèves reçus le mois après à 
l'Ecole polytechnique n'avaient que le second. Il 
arriva à Paris le lendemain du 18 brumaire (9 no- 
vembre 1799), mais se garda bien de se présenter à 
l'examen pour l'Ecole polytechnique. Il partit avec 
l'armée de réserve en amateur et passa le Saint-Ber- 
nard deux jours après le Premier Consul. A son 
arrivée à Milan, M. Daru, son cousin, alors inspecteur 
aux revues de l'armée, le fit entrer comme maréchal 
des locis.et bientôt sous-lieutenant, dans le G*^ de l)ra- 
gons. dont M. Le Baron, son ami. était colonel. Dans 
son régiment B., qui avait 150 francs de pension jjar 
mois et qui se disait riche, il avait 17 ans, fut envié 
et pas trop bien reçu ; il eut cependant un beau cer- 
tificat du Conseil d'administration, l.'n an après, il fut 
aide-de-camp du biave lieutfMianl-giMiéral Micliaud, 



NOTES ET ÉCLAinCISSEMENTS 209 

fit la campagne du Mincio contre le général Belle- 
garde, jugea la sottise du général Brune et fit des 
garnisons charmantes à Brcscia et Bertrame. CHjlifjé 
de quitter le général Michaud, car il fallait être au 
moins lieutenant pour remplir les fonctions d'aide- 
de-camp, il rejoignit le 6*^ de Dragons à Alha et 
Savigliano, fièrement, fit ime maladie mortelle à 
Saluées... 

Ennuyé de ses camarades, culottes de peau, 
B. vint à Grenoble, devint amoureux de M^^^ Victo- 
rine M. : et, profitant de la petite paix, donna sa 
démission et alla à Paris, où il passa dix ans dans la 
solitude, croyant ne faire que s'amuser en lisant les 
Lettres Persanes, Montaigne, Cabanis, Tracy, et dans 
le fait finissant son. éducation. » 

Page 7. ... le Génie de Ch[ateaubriand] m'a semblé ridi- 
cule. ■ — - Le Génie du Christianisme parut en 1802. 

Page 8. ... qui pourrait devenir dévot... — ■ Ms. : « Votdé. « 

Page 9. ... les madame Roland, les Mélanie Guilbert, 
les... — La phrase est inachevée. 

Page 9. ... une machine que Michel- Ange... — Le prince 
Michel-Ange Caetani, frère de Don Philippe, ami de 
Stendhal. 

Page 10. ... le plus fripon des Kings et Tarlare hypo- 
crite... — Le premier est Louis-Philippe, le second 
le tsar de Russie, Alexandre I*^''. 

Page 10. ... les préjugés, la religion! — Ms. : « Gion- 
reli. » 

Page 10. ... tandis qu'on saute les feuillets de ce jésuite... 
— Ms. : « Tejessui. » 

Page 10. ... (jesuitico more)... — Ms. : « Ticojesui. » 

Page 12. ... vivre une année à Marseille avec une actrice 
charmante... — Mélanie Guilbert, que Stendhal 
a2)pelle ailleurs Louason. 



DltLLARL) II. 14 



210 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 



Chapitre II 

Page 15. Le chapitre II comprend les feuillets 20 à 42. 

Non date. 
Page 15. Je vins en Italie vivre comme dans la rue (TAngi- 

viller. — L'auteur était en 1819 à Grenoble, lors 

de l'élection de l'abbé Grégoire à la Chambre des 

Députés. (Note au crayon de R. Colomb.) 
Page 16. ... le 29 ou le 30... — C'est le 28. (Note au 

crayon de R. Colomb.) 
Page 16. ... M. Mole... — Ms. : « Lémo. » — Mole fut 

ministre des Affaires étrangères entre le 11 août et 

le 2 novembre 1830. 
Page 16. ... C[ivit^à-V\ecchi^a et Rome... — Ms. : 

(( Omar. » 
Page 16. ... étudiant de 1803 à 1806. — Négociant à 

Marseille, 1805. (Note au crayon de R. Colomb.) 
Page 16. ... tomber en avril 1814. — En avril 1814. 

(Note au crayon de R. Colomb.) — Le manuscrit 

porte : 1815. 
Page 16. ... faisant imprimer... — Les lettres sur Mozart, 

Haydn, etc. (Note au crayon de R. Colomb.) 
Page 17. ... enfermés par un petit mur rond. — En face, 

au verso du fol. 22, est une esquisse de cette scène : 

le « couvent », près duquel passe la « route tendant à 

Albano » ; à droite, un arbre entouré d'un mur bas ; 

à droite encore, au bord du « lac d'Albano », Stendhal 

assis. Devant lui, en capitales, les mots suivants : 

« ZADIG. ASTARTÉ. » 
Page 17. ... dont fai oublié le nom de baptême. — 

Mme Azur est M^^e Alberlhe de Rubempré. 
Page 21. ... à mon âge, cinquante-deux [«««]... — Les 

chiffres ont été intervertis par Stendhal. Il explique 

le 52 en mettant en surcharge : (7^ + 3). 
Page 22. Alors nos grandes misères avec le vicomte... — 

Le vicomte de Barrai. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 211 

Page 23. ...ce qui me gênait dans cette supposition... — 
Variante : « Idée. » 

Page 24. ... mon beau- frère... — Pauline, sœur de 
Beyie, avait épousé François-Daniel Péiier-Lagrange. 

Page 24. ... mon cousin Rehuffel... — Jean-Baptiste 
Rebufïet. Stendhal orthographie continuellement 
Rebufjel. Nous avons respecté cette orthographe. 

Page 27. ... loi du 3 prairial... — La loi instituant les 
Ecoles centrales est du 3 brumaire an IV. 

Page 27. ... Abraham Constantin... — Peintre sur por- 
celaine, originaire de Genève. 



Chapitre 111 



Page 31. Le chapitre III comprend les feuillets 43 à 59. 
— Ecrit à Rome, les 27 et 30 novembre 1835. 

Page 32. ... au sud de V église du collège. — ■ La porte 
de Bonne, en efl'et, a été démolie en 1832, lors de 
l'agrandissement de la partie sud-est de l'enceinte 
de Grenoble par le général Haxo, de 1832 à 1836. 

Page 32. Ma tante Séraphie... — Sœur cadette de la 
mère de Beyle. Sur les inembres de la famille Gagnon, 
voir plus loin, chapitre vu, et l'Annexe IV. 

Page 32. ... coupant ces joncs en morceaux... — Variante : 
« Bouts. » 

Page 33. ... M^'^ Elisabeth Gagnon. — ■ Elisabeth Ga- 
gnon, sœur d'Henri Gagnon, grand-père maternel 
de Beyle. 

Page 33. ... je pouvais avoir quatre ans. — - On lit, à ce 
sujet, sur un feuillet intercalé en face du fol. 8 : 
« M. Gagnon achète la maison voisine de madame de 
Marnais, on change d'appartement, j'écris partout 
sur le plâtre des happes : « Henri Beyle, 1789. » Je 
vois encore cette belle inscription qui émerveillait 
mon bon grand-père. 



212 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

« Donc, mon attentat à la vie de madame Chenavaz 
est antérieur à 1789. » 

Pajre 33. ... mon horreur pour la religion... — Ms. : 
« G ion. » 

Page 33. ... forcené dans ces temps-là, pour la... — Mol 
illisible. 

Page 33. Je n aidais pas plus de cinq ans. ■ — • Variante : 
'( Je pouvais ai'oir quatre ou cinq ans. » 

Paçre 34. ... une terrasse élégante ornée de fleurs. — - Il 
s'a^^it du cabinet d'été d'Henri Gagnon. Voir notre 
plan de l'appartement Gagnon. 

Page 35. ... un petit chapeau triangulaire à mettre sous 
le bras... — Dans la marge, Stendlial a fait un dessin 
grossier représentant le chapeau de son grand-père. 

Pa^e 3G. ... pour cent-vingt francs... — - Ce portrait est 
de Boilly. Il fait partie actuellement de la collection 
Lesbros. 

Page 36. ... lu hataille de /"Assiette... en 1742, je crois. 
— Cette bataille eut lieu jMMulanl la guerre de la Suc- 
cession d'Autriche. Le 19 juillet 1747, le chevalier de 
Belle- Isie, frère du maréchal, voulant envahir le Pié- 
mont, fut repoussé au col de l'Assiette, entre Exiles 
et Fénestrelles. 

Page 37. ... entre autres une gippe... — ■ Terme local, 
encore en usage à Grenoble. 

Page 38. Je ne soupçonnais ... — Variante : « Savais. » 

Page 38. ... un des deux ou trois peut-être... — Stendhal 
a d'abord écrit : « un de ceux p », puis il continue : 
M des deux ou trois peut-être ». Il semble que, dans ces 
conditions, la leçon " un île ceux p » doive être sup- 
primée, quoique n'ayant pas été rayée par l'auteur. 

Page 39. ... et enfin lisait... — La lecture de cette 
ligne et de la précédente est très incertaine. Cette 
partie du texte est fort mal écrite. Stendhal s'en 
excuse dans la marge en disant : « Ecrit de nuit à la 
liâte. » 

Pa^e 39. ... ce que fainuiis le plus au monde. — Entre 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 213 

cet alini'a ot le suivant, Stendhal a laissé un lar^e 
espace où il a «''crit le mot : « Chapitre. >' 

PajiC W. ... pour atteindre plus vite à son lit. — Entre 
cet alinéa et le siii\an(. nuii\('l espace assez large, 
niariiué d'une -\-. 

Page 40. Sa chambre est restée fermée di.r ans après sa 
mort. — ■ En marge de cet alinéa, Stendhal a fait un 
croquis représentant la chambre de sa mère, avec 
une notice explicative. 

Page 40. ... eu venant de la Grande-rue... — Aujourd'hui 
rue Jean-Jac(jues-Rousseau, n^ 14. — A oir l'Appen- 
dice II, la Maison natale de Steiulhal, par M. Samuel 
Chabert. 

Page 41. ... à peine à cent pas de la nôtre. — Dans la 
marge, Stendhal a dessiné un croquis donnant la 
situation respective de la maison de son père, de 
celle de son grand-père, et de la maison de Marnais. 
Un autre dessin plus grand est ajouté au manuscrit. 
Il représente la c partie de la ville de Grenoble en 1793 » 
comprise entre la rue Lafayette, la rue Saint-Jacques, 
la place Grenette (où sont hgurés 1' « arbre de la 
Liberté «, 1' « arbre de la l'raternité » et la « pompe 
ancienne »). la Grande-rue et la rue des Vieux-Jésuites 
(aujourd'hui rue Jean- Jacques-Rousseau). — • La 
maison occupée par Henri Gagnon porte actuellement 
le nO 20 de la Grande-rue et le n" 2 de la place Gre- 
nette. 

Au verso, nouveau testament, ainsi conçu : 

« Testament. 

Je lègue et donne la Vie de Henri Brulard. écrite 
par lui-même, à M. Alphonse Levavasseur, place Ven- 
dôme, et après lui à MM. Philarète Chasles, Henri 
Fournier, Amvctt, sous la condition de changer tous 
les noms de femme et aucun nom d'homme. 

Cività-Vecchia, le 1^'' décembre 1835. 

II. Beyle. » 

Brllard II. 14. 



214 notes et éclaircissements 

Chapitre 1\ 

Page 43. Le chapitre IV comprend les feuillets GO à 74. 

— Ecrit les l^'' et 2 décembre 1835. 

Page 43. ... les circonstances île la mort (Vune personne 
si chère. — En svircharge : «■ Je remplirais des volumes 
si f entreprenais de décrire tous les souvenirs enchan- 
teurs des choses que j'ai vues ou avec ma mère, ou de 
son temps. » Ni le premier texte, ni celui-ci, ne con- 
viennent absftlument. Nous conservons la première 
leçon de Slendiial. {|ui n"a pas été rayée par lui, et 
qui correspfuul mieux au contexte. — Henriette 
Gagnon, mère de Stentlhal, mourut le 23 novembre 
1790. 

Page 44. ... jusqu'à l'an 134i). — Une partie de la date 
est en blanc. — Le Dauphiné fut cédé au roi de 
Erance Philippe VI par le dauphin llumbert II. 

Page 44. ... pendant [seize] ans... — Egalement en blanc, 

— Louis XI gouverna le Dauphiné depuis 1440 jus- 
qu'à sa retraite auprès de Philippe le Htm. tluc de 
Bourgogne, en août 1456. 

Page 40. ... marqué de petite vérole... — Variante : 

« Creusé. » 
Page 47. ... et aimonçant le génie. — Dans la marge 

(bi fol. 68, on lit : « Ecrit de nuit, le 1*-'' déc. 35. » De 

fait, l'écriture de ce passage est particulièroment 

mauvaise. 
Page 47. ... peut-être l'opiniâtreté serait un signe. — 

Variante : " Peut-être l'opiniâtreté est-elle un signe. » 
Page 48. ... en laine noire... — Variante : « .\oir. » 
Page 48. — Ce... de droit avait... — Un nml illisible. La 

lecture des autres mots est incertaine. 
Page ''•8 \/"'^ de Vaulscrre et comte de... - Mut 

illisible. Ce titre de comte iwtus est totalenient inconnu 

dans Tune comme dans l'autre des familles de Hrenier 

et de \ aulserre. 



>OTKS ET ÉCLAlnniSSEMEMS 21 



D 



Pâtre 48. Depuis elle s^ était faite chanoinesse. — Angé- 
li»(iie-FraiH'oise-Marie-Louise-Elisaheth-Gabrlclle de 
Vaulserre, née le 4 mars 1754, épousa, le 10 jilillet 
1780, Jean-Anloine de Brenier. Elle iiiourut le 
11 février 1812. 

Page 48. Tous les parents et amis se réunirent dans le 
cabinet de mon père. — En haut du fol. 70 on lit la 
date : « 2 décembre 1835. » 

Presque toute la page est occupée par un plan 
intitulé: « Corps de logis où je fus placé avec mon pré- 
cepteur, M. Vahbé Raillane. » Stendhal y indi(jue, 
dans le cabinet de son père, la place de celui-ci, 
« dans un fauteuil » (Ij, et celles de .M. Picot (3) et de 
Romain Gagnon (4). 

Page 48. ... fêtais entre les genoux de mon père [en] 1. — 
Les numéros correspondent au plan ci-dessus : 
M. Beyie et Henri sont placés près de la cheminée, 
MM. Picot et Romain Gagnon contre le nuir opposé. 

Page 49. ... dit d'un air indifférent M. Picot... — Les 
mots : « d'un air indifférent )) sont en interlione, entre 
les mots « cérémonies, dit AI. » et : « choqua fort ; ce 
fut. )> 

Page 50. ... la cathédrale qui est attenante. — En mar^e 
est un plan grossier de l'église Saint-Hugues et de 
la cathédrale. Le même ])lan, plus précis, se trouve 
reproduit en face du fol. 73 (verso du fol. 72). 

Page 50. ... cimetière, qui était dans un bastion près de 
la rue des Mûriers... — Voir l'emplacement du cime- 
tière sur notre plan de Grenoble en 1793. — Le cime- 
tière de la rue des Mûriers a été désallecté en l'an VUE 

CUAPITP. r, V 

Page 51. Le chapitre \' ne fait jias partie des trois 
\olumes de la bijjliolhèque municipale de Grenoble 
cotés R 299. Il forme les feuillets 39 à 08 (numérotés 



21(j NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

en outre par Stendhal de 1 à 29) irim cahier cotij 
R 300, 11° 1. Sleiulhal a écrit dans la iiiai'<;e du fol. 39 : 
" A dicter et mettre à sa place pa>iO 75. Relier ce 
manuscrit à la lin du second. » Il indique encore, en 
marge du fol. 40 : « Petits soin>enirs. A placer à sou 
rang vers 1791. Copier à gauche à son rang. » Enfin, 
un feuillet intercalaire porte : « Petits souvenirs, à 
])lacer a/ter the revit i>j iny iiiother ileuth : Barthélémy 
d'Orbane. Départ pour Romans, grande neige. Départ 
])our Vizille. Haine de Séraphie pour les demoiselles 
Barnave. Décrire la campagne (maison de cam- 
pH'jne) ... (lin mut illisihle nous passons à Saiiit- 
iiitbert. )) 

D'autre part, Stendhal a éciil au verso du fol. 74 
(ms. R 299, t. I) : « A mon égard la plus noire méchan- 
ceté succède à la bonté et à la gaieté. 

Chapitre 4 bis : Sommai m: 

\ oici les souvenirs cpii après 23 X 2 ans me restent 
des jours heureux passés ilii tem]»s de ma mère : 
Salons. Soupers. Le Père Chérubin Beyle. L'abbé 
Chélan. Je nie ré%'orte ! Départ pour Romans. Barthé- 
lémy d'Orbane. M. B[arlhélcmyj m"ap|)rend les gri- 
maces. )) 

— l'.ii Imiii du fol. .59 (ms. R 300). on lit la date sui- 
vante : il-'l'l iléftunbre 1835, Omar. ;> On lit égale- 
ment au verso du fol. 38 : « 18 déc. 1835, de 2 à 
\ h. 1/2, 14 pages, .Je suis si absorbé par les souvenirs 
«pii se dévoilent à mes yeux que je puis à peine former 
mes lettres. » 
Page .51, -1 l'rpofjue aîi nous occupions le premier étage... 

— Variante : « Onaml nous mcupions... > 
Page 51. ... au coin de la jdace (irenelte et de la (irande- 
rue. — 17 déc. 183.5. .le sonlfre du froid, collé contre 
l:i cheminée. La cuisse gauche est gelée. (Note de 
Stendhal.; 



NOIES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 217 

Page 52. ... sinlc naturelle de hi dé/lance et de la harharle 
générales. — Style. Ordre des idées. Pn'-paior l'alten- 
tion par quol(|iies mots en parlant : 1'^ de Laïuhert ; 

— 2"^ sur mou oncle, dans les premiers chapitres. 
17 déc. 35. (Note de Stendhal.) — ■ Autre note de 
Stendhal : « Style. Rapport des mots aux idées : di- 
recteur à l'Académie, artiste, Sainl-Marc-Girardin, 
chevalier af Konig von Janfoutre, Débats. > 

Page 53. ... de s'opposer bien sérieusement à ma course 
au spectacle. — Il y a un blanc dans le manuscrit 
entre « course » et « au spectacle )>. 

Page 53. J^étais aux premières loges, la seconde à droite. 

— Ici Stendhal a dessiné un ])lan de la salle du 
Théâtre, avec cette légende : « Infâme salle de spec- 
tacle de Grenoble, laquelle m'inspirait la vcnéiation 
la plus tendre. J'en aimais même la mauvaise odeur. 
Vers 1794, 95 et 96, cet amour alla jusqu'à la fureur, 
du temps de M^^*^ Kably. » — En face, plan de la 
partie de la ville où est situé le théâtre, jusqu'à « la 
Bastille, fortifiée de 1826 à 1836 par le général llaxo 
(infatigable hâbleur) ». 

Page 53. Je m'en apercevais fort bien. — Variante : 
« De qum je ni apercevais. » 

Page 54. ... comme à V église de... — Le nom a ''■;•'• laissé 
en blanc. 

Page 55. ... je me rappelle encore le son des clercs... — - 
Ce mot est surmonté d'une croix, t^e signe levient 
plusieurs fois dans le manuscrit, à des passages incom- 
plets ou obscurs.. Il indique sans doute les endroits 
<pie Stendhal se proposait de corriger ulférieure- 
ment. 

Page 55. ... j articulai le nom de M. de Ravtx... — 
\ ariaute : « Je nommai. » 

Page 55. ... M"^^ de M , me semblait bien j<die et 

passait pour fort galante. — Tout cet alinéa est ime 
addition, cpii j)arail avoir été écrite le lendemain, 
d'après la comparaison des écritures. 



218 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 55. On lui doit la Biblintlièque. — Le nom de 
M. TIenri Ga<rnon fiirnre en elïet parmi ceux des 
fondateurs de la biblintlièque municipale. 

Page 5t). ... s il s en troiire jamais pour ces fadaises... — 
Variantes : « lariholes, puérilités. » 

Page 57. ...en écrivant ceci quarante-cinq ans après les 
éi'énements. — Suit un plan de l'appartement de 
M. GaL'non ayant ^•^e sur la Grande-rue et la jdace 
Grenette. Stendhal n'y intliipie pas les chandjres 
d'Elisabeth et de Soraphie Gagnon. Il dit à ce sujet : 
« Je ne vois pas où logeaient ma tiiiife Séraphie et 
ma grand'tante Elisahelh. .l'ai un souvenir vague 
d'ime chambre entre la salle-à-manger et la (irande- 
rue. » — En face, plan du <piarlier Saint-Laurent 
entre le pont de pierre (aujourtl'hui pcmt de l'IIôpilal) 
et les premières maisons de l^a Tronche. La Tronche 
était r « église de M. Dumolard. mon confesseur, cur»'- 
lie La Tronche et grand tejé ». Dans l'enceinte de Gre- 
noble, non loin de la Citadelle, Stendhal indiipie 
l'emplacement de la « maison d'éducation de M'i<^ de 
La Sagne, ma sœur, son amie .M''*^ Soj)hie Gauthier ». 
C'est l'ancien couvent des l rsulines, rue Sainte- 
l'rsule. aujourd'hui occupi- par les ljureau.\ de la 
direction du Génie. 

Page 57. ... le jour nà f avais un an, 23 janvier 1784... — 
Stendhal indique 1783 (1780 — 3). Cette erreur est 
volontaire, car elle est reproduite dans un plan de 
l'appartement de .M. Gagnon, dessiné au verso du 
fol. S. et portant : c Détail, J.? janvier 1788 — 5. >; 

Page 57. ... je ressemhlais au Père Brulard... -— Ché- 
rubin IJeyle, né le 17 septembre 17C)9, religieux du 
couvent de Saint-l'rançois de Grenoble, fils de Joseph 
l>r\|e et onfle de .lo'ieph-C.hérubin Heyie, père «lo 
Stendhal. ,Snr la famille paternelle de Steudlial, \oir 
Ed. .Maignien, La janiille île llei/le-Slendhal, Gre- 
noble, 188;>, broch. in-8.) 
Page 57. ■< LU peu plus il était mort >, disait mon grand- 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 219 

père. — En face, se trouve un croquis rcprcscnlant 
une « coupe de la Porte-de- France », avec le « lieu de 
la ruade du nndct ». 

Pape 58. ... le grand liis'er de 1789 à 17i)(>... — En sur- 
charge, au crayon, de la main de R. Colomb : « 1788 
à 1789». La session des Etals de Romans à laquelle 
Stendhal fait allusion a duré du 2 novembre 1788 
au l(j janvier 1789. 

Page 59. ... M. Barthélémy d'Orhane, ami intime de la 
famille, était en et moi en H... — En face, est un 
jdan d'une partie de l'appartement de M. Gagnon. 
Au coin à droite de la cheminée est Barthélémy 
d'Orbane et près de lui, devant le feu, le jeune 
Henri. 

Page 59. ... .1/. Lysi'^maque]... — Lysiinaque Taveruier, 
chancelier du consulat de France à Cività-Vecchia. 
— Sur ce personnage, voir C. Stryienski, Soirées du 
Stendhal-Club (1899), p. 236-242', et A. Chuqnet, 
Stendhal-Beyle (1904), p. 532-533. 

Page 59. ... il abaissait les cols démesurément lonss de 
sa chemise. — Dans la marge est un croquis donnant 
les places respectives de «l'Empereur », du « colérique 
abbé Louis (alors non voleur et fort estimé) », du 
« terrible comte Regnault », et des auditeurs au 
Conseil d'Etat, parmi lesquels Henri Beyle. 

Page 60. ... devant une assemblée choisie, par exemple 
à la Bibliothèque. — La bibliothèque municipale était 
alors située dans le passage dit aujourd'hui du Lycée, 
près de l'Ecole- centrale, plus tard lycée de garçons 
(voir notre plan de Grenoble en 1793). 

Page 61... ^1 Voccasion de Noël. — Variante : « Pour 
Noël. » 

Page 61. ... tenant à la main une cuillerée de fraises. — 
Dans l'interligne est cette addition, marquée de 
deux croix : « Comme il allait manger des fraises. » 

Page 62 M. de Broglie. — - Ms. : « Gliebro. » Sur les 



220 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMEMS 

hal)iî'.ules aiia<j:iaimiiatif|uf's de Stendhal, voir notre 
Introduction. 

Paf^c G2. ... M. rabbé Chi'lan dinait à ht maison... — 
Suit un plan d'une partie île lappartenient « au 
l^"" étage )'. avec la table dans la salle-à-nianger, la 
cuisine et une chanilire à coucher. i)n y voit éfrale- 
nien:, sur la place Grenette. remplacement où lut 
tué iiiuvrier chapelier (au pied des degrés ijui con- 
duiseni aujourd'hui au n° 4 de la place Grenette). 

Page 6'2. ... // // </ pcnt-tlre de cela quarante-trois ans. — 
La journée des Tuiles eut lieu le 7 juin 1788. (Voir 
à ce sujet A. Prudhomine. Histoire de Grenoble, p. o87- 
590.) 

Page G3. Journée des tuiles. — J'ai laissé à Grenoble 
une vue de cette révolte-émeute à l'arpuirelle, par 
M. Le Roy. (Note de Stendhal.) 

Pa<Te G."l. Je la i-is en /?. — Plan indirpiant la place de 
la vieille femme en R (Grande-rue) et « venant en R' 'f> 
(place Grenette), et la situation en (angle Nord de 
la place Grenette) de l'ouvrier blessé. 

Page 03. ... quand je fus distrait... — Variante : « Mais 
bientôt après je fus ilistrait... » — En face, au verso du 
fol. 1!>, on lit : « Cette queue savante fait-elle bien? 
22 décembre. » 

Page 04. ... 1(1 nidisnn I*érier. — Maison Pi riii-i>agrange, 
aujourd'hui place Grenette, n" 4. (Voir nulie plan 
de Greuiddi- en 1793.) 

Page 05. Il ntiiurut... — Nnël de .Idunla. comte île 
Vaux, maréchal de I-'rance et lieutenant «général du 
roi en hauphiné, mourut à Grenoble le i^ sep- 
tembre 1788. 

l'age 0(i. Je me vois au point II... — Deux crofpiis 
expliipient la position des personnages ; l'un est en 
coupe, l'autre en plan. In autre dessin (en coupe) 
se trouve également au verso du fol. 10. Sur le bord 
de la roule, du côté de l'Isère, est en II le « point 
d'où j'ai \u passer la \oilurc noire puit;iiil les restes 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 221 

du maréchal de Vaux, et, ce qui esl, bien pis, point 
d'où j'ai entendu la décharge à deux pieds de moi ». 

Pafïe 6G. ...le pont de pierre... — Aujourd'hui, pont de 
l'Hôpital. 

Page 67. ... mais fêtais aguerri. — Ici, nouveau plan 
indiquant la place de Stendhal, en H, à la première 
et aux seconde et troisième décharccs. 

Page 67. ... M. Mounier alla remplir les jonctions de 
préfet à Rennes. — Mounier fut nommé préfet de 
rille-et- Vilaine le 13 avril 1802 par Bonaparte, pre- 
mier consul. 

Page 68. ... M. Mounier en habit de préfet... est ressem- 
blant. — Un portrait de Mounier existe en elTet dans 
la galerie dauphinoise de la Bibliothèque munici- 
pale. 

Page 68. (Viazma sur Tripes... — ■ Viazma, chef-lieu de 
district du gouvernement de Smolensk, est situé sur 
deux rivières : la Viazma et la Bebréïa. 

Page 69. ... et la reporta froidement dans sa case. — 
Variante : « Remit. » 

Page 69. ... lui faisait protéger le jeune Barnave. — 
23 dée. 35. Fatigué du travail after 3 heures. (Note 
de Stendhal.) 

Page 70. ... la rue des Clercs. — Le feuillet se termine 
par un plan indiquant la « grand'route » de Grenoble 
à Lyon, avec Saint-Robert et la maison de Barnave, 
le Fontanil et Saint- Vincent, avec la « chaumière 
pittoresque de mon grand-père », dit Stendhal. 

Au verso de ce feuillet, on lit : « A placer : Secret 
de la fortune de MM. Rothschild, vu par Dom[ini]que 
le 23 décembre 1835. Ils vendent ce dont tout le 
monde a envie, des rentes, et de jdus s'en sont faits 
fabricants (id est en prenant les enqirunts). » 

Au-dessous : « Il faudrait acheter un plan de Gre- 
noble et le coller ici. Faire prendre les extraits mor- 
tuaires de mes ]>arents, ce qui me donnerait des 
dates, et l'extrait de naissance de my dearest motlter 



222 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

et de mon bon grand-père. Décembre 1835. — Qui 
pense à eux aujourd'hui que moi, et avec quelle 
tendresse, à ma mère, morte depuis quarante-six ans ? 
Je puis donc parler librement de leurs défauts. La 
même justification pour madame la baronne de Bar- 
ckofl, M"^6 Alex. Petit, M»^^ la baronne Dembowski 
(que de temps que je n'ai pas écrit ce nom !), Virginie, 
2 Victoriiies, Angela, Mélaiiie. Alexandrine, Méthilde, 
Clémentine, Julia, Alberllie de Rubempré (adorée 
pendant un mois seulement). 

Y. 2 Y. A. m', a. m. C. I. A. 
Un homme plus positif dirait : 

A. M. C. I. A. » 

On lit encore : « Droit que j"ai d'écrire ces mémoires : 
quel être n'aime pas qu'on se souvienne de lui ? » 

— Deux feuillets supplémentaires, numérotés 69 
et 70 du cahier, portent : (Fol. G9 recto) « 20 décem- 
bre 1835. Faits à placer en leur lieu, mis ci-derrière 
pour ne pas les oublier : nomination d inspecteur du 
mobilier, derrière la page 254 de la présente numé- 
ration. — - A sept ans commencé le latin, donc en 
1790. » 

(Fol. G9 versoj : « Faits placés ici pour ne pas les 
oublier, à mettre en leur lieu : Pourquoi Omar mi'est 
pesante. 

Cest que je n'ai pas une société le soir pour me 
distraire de mes idées du matin. Quand je faisais un 
ouvrage à Paris, je travaillais jusqu'à étourdisse- 
ments et impossibilité de marcher. Six heures son- 
nant, il fallait pourtant aller dîner, sous peine de 
déranger les garçons du restaurateur, pour un dîner 
de 3 fr. 50, ce cpii m'arrivait souvent, et j'en rougis- 
sais. .J'allais dans un salon ; là. à moins qu'il ne fût 
bien piètre, j'étais absolument distrait de mon travail 
du malin, au point d'en avoir oublié même le sujet 
en rentrant chez moi à une heure. » 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 223 

(Fol 70 verso) : « 20 décembre 1835. Fatigue du 
malin. 

Voilà ce qui nie manque à Omar : la société eSt si 
languissante (M""^ Sandre, the motlier of Marieta), la 
comtesse Rave..., la princesse de Da... ne valent pas 
la peine de monter en voiture. 

Tout cela ne peut me distraire des idées du matin, 
de façon que quand je reprends mon travail le len- 
demain, au lieu d'être frais et soulagé je suis absolu- 
ment éreinté. 

Et après quatre ou cinq jours de cette vie, je me 
dégoûte de mon travail, j'en ai réellement tué les 
idées en y pensant trop continuement. Je fais un 
voyage de quinze jours à Cività-Vecchia et à Ravenne 
(1835, octobre). Cet intervalle est trop long, j'ai 
oublié mon travail. Voilà pourquoi le Chasseur i>ert 
languit, voilà ce qui, avec le manque total de bonne 
musique, me déplaît dans Omar. » 



Chapitre VI 

Page 71. Le chapitre VI est le chapitre iv bis du manus- 
crit (R 299, fol. 75 à 81).— Ecrit à Rome, le 2 dé- 
cembre 1835. 

Page 71. Il ri aimait au monde que cette fdle et moi. — 
Et moi a été ajouté au crayon par Stendhal. 

Chapitre VII 

Page 77. Le chapitre VII est le chapitre v du manuscrit 
(fol. 81 à 99). — Ecrit à Rome, le 2 décembre, et à 
Cività-Vecchia, le 5 décembre 1835. — On lit au 
verso du fol. 92 : « Idée : Peut-être en ne corrigeant 
pas ce premier jet parviendrai-je à ne pas mentir 
par vanité. Omar, 3 décembre 1835. » 



224 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 78. J'ai appris... — • Variante : « Su. » 

Pape 78. Il avait donc, en 1790, quarante-trois o?is. — 
Chérubin-.Joseph Beyle était né le 29 mars 1747. Il 
épousa le 20 février 1781 Caroline-Adélaïde-Henriette 
Gagnon et mourut le 20 juin 1819. 

Page 79. ... la plus absurde dévotion. — Ms. : « Surdeah 
tiondévo. » 

Page 80. Cette saison, que tout le monde... — ■ Variante : 
« Cet âge, que l'avis de tout le monde... » 

Page 81. Je crois que cest par intérêt pour moi... — 
Variante : « Amitié. » 

Page 82. J'allais prendre ses leçons sur la petite place 
Notre-Dame... — A cette époque, la « voie centrale » 
(rue Président-Carnot) et l'avenue Maréchal-Randon 
n'étaient pas encore ouvertes. Voir notre plan de 
Grenoble en 1793. 

Page 83. ... Casimir et Augustin Périer et de leurs quatre 
ou six frères. — ■ Casimir et Augustin Périer étaient 
fils de Claude Périer. Claude Périer eut neuf fils et 
trois filles : Jacques-Prosper (mort enfant), Elisa- 
beth-Joséphine, Euphrosine-Marine (morte enfant), 
Augustin-Cliarles, Alexandre-Jacques, Antoine-Sci- 
pion, Casimir-Pierre, Adélaïde-Hélène, surnommée 
Marine, Camille-Joseph, Alphonse, Amédée-Auguste 
et André- Jean- Joseph. 

Page 83. Casimir a été un ministre très célèbre... — 
Casimir-Pierre Périer, le ministre, était né à Grenoble 
le 11 octobre 1777 ; il mourut à Paris le 16 mai 1832. 

Page 83. Augustin... est mort pair de France. — Augus- 
tin-Charles Périer était né à Grenoble le 22 mai 1773. 
Pair de France à la mort de son frère Casimir (10 mai 
1832), il mourut à Frémigny (Seine-et-Oise), le 
2 décembre 1833. 
Page 83. Scipion était mort... vers 1806. — Scipiou 
Périer est mort à Paris en 1821. (Note au crayon de 
li. Colomb.) — Il était né le 14 juin 1776. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 225 

Page 83. Camille a été un plat préfet... — Camille-Joseph 
Périer, né à Grenoble le 15 août 1781. Prcfel de la 
Corrèze ile|)iii.s le 12 février J810 jusqu'en 1815, et 
de la Meuse depuis le 10 février 1819 jusqu'en 1822. 
IMus tard député et pair de France, il est mort le 

14 septembre 1844. 

Page 83. ... et çient (T épouser en secondes noces une 
femme fort riche... — Erreur, M"« de Sahune n'a 
pas eu un sou de dot. (Note au crayon de R. Colomb.) 
— Camdle Périer épousa en premières noces Adèle 
Lecoulteux de Canteleux, et en secondes noces 
Amélie Pourcet de Sahune, cousine de Louise-Hen- 
riette de Berckeim, femme d'Augustin Périer. 

Page 83. Joseph, mari (Tune jolie femme... — André- 
Joseph- Jean Périer, né à Grenoble le 27 novembre 
1786, dirigea la banque Périer frères, à Paris. A 
l'époque où Stendhal écrivait la Vie de Henri Brulard, 
il^ était député de la Marne (Eperna\ ') depah le 

15 novembre 1832. Il épousa M^le Marie-Aglaé du 
Clavel de Kergonan et mourut à Paris le 18 dé- 
cembre 1868. 

Page 83. ... Amédée... a peut-être volé au jeu vers 1815... 

— Amédée-Auguste Périer, né à Grenoble le 14 mars 
1785, est mort à Paris en 1851. — L'histoire racontée 
par Stendhal nous est absolument inconnue et nous 
semble un produit de l'esprit caustique de notre 
auteur. 

Page 83. ... par instinct de prêtre... — Ms. : a Reprêt. » 

Page 83. M. Périer milord... — Sur ce surnom de milord 
donné k Claude Périer, voir t. II, p. 149. 

Page Si. ... a laissé trois cent cinquante mille francs à 
cliacun. — M. Périer a laissé dix enfants et 500.000 

francs à chacun. (Note au crayon de R. Colomb.) 

En réalité, Claude Périer eut douze enfants, dont 
deux moururent jeunes. 

Page 87. ... auraient palpité... — Variante : « Palpi- 
taient. » 

Brulard II. jg 



226 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 87. ... le portrait sérieux et rébarbatif de mon 
arrière- grand-père... — Le manuscrit porte : « Mon 
grand- père. » 

CHAPITRr. VTII 



Page 89. Le chapitre Vlll est le chajiitre vi rlu manus- 
crit (fol. 99 à 121). — Ecrit à Cività-Vecchia, les 
5 et 6 décembre 1835, 

Page 89. ... la magnifique allée des Marronniers, plantée... 
par Lesdiguières. — Il s'agit de la promenade de la 
Terrasse du Jardin-de-Ville. Les orangers de la Ville 
de Grenoble proviennent en eiïet de Lesdiguières. 
Lors de la vente de lliôtol de Lesdiguières aux 
Consuls de Grenoble pour en faire un Ilôtel-de-Ville, 
il y eut une longue discussion au sujet de la cession 
de l'orangerie et des orangers. Ceux-ci furent défini- 
tivement compris dans le contrat de vente du 5 août 
1719 (Arch. mun. de Grenoble, DD 101). — 11 importe 
toutefois de noter que la terrasse et l'orangerie ne 
furent pas l'œuvre de Lesdiguières lui-même. Elles 
datent en eiïet de 1675 environ. — Les orangers 
sont encore aujourd'hui, - mais non plus « en grande 
pompe », — placés dans le Jardin-de-Ville et sur la 
place Grenette. 

Pao-e 90. ... était venu se cacher à Avignon à la suite... 
— Après ces mots il y a dans le manuscrit im blanc 
d'une demi-ligne. 

Page 92. — cette jolie Li/onnaise, M'f^c... — Le nom a 
été laissé en blanc par Stendhal. 

Page 92. ... un parfait jésuite... — Ms. : « Tejé. » 

Page 92. ...la porte de la Graille... — Cette j)orte se 
trouvait sur l'actuel quai Créqui. Elle a été démolie 
en 1884, lors de l'agrandissement de l'enceinte. (Voir 
notre plan de Grenoble eu 1793.) 



NOTES ET KCT.AinCISSEMENTS 227 

Pape 92. ... au-delà du tra<^ers de Vile A... — Ici nu 
plan explicatif. — L'île a disparu aujourd'hui ; elle 
s'appelait l'île Sirand. 

Page 93. Une seule disgrâce manquait à ce jésuite... — 
Ms. : « Tejé. » 

Page 93. Mon grand-père n était jamais remonté dans 
la maison... — Suit un plan d'une partie de la « maison 
paternelle », rue des Vieux- Jésuites. 

Page 94. ... que j'ai reconnu plus tard appartenir aux 
jésuites. — Ms. : « Tejés. » 

Page 94. ... qui donnait une hrillante lumière à V esca- 
lier L... — Ainsi désigné par Stendhal dans son plan 
de la maison paternelle : « Escalier rejoignant celui 
de la maison. » 

Page 94. ... Reytiers... — Teisseire. (Note de Sten- 
dhal.) 

Page 95. ...la beauté du rocher de la Buisserate... — • La 
montagne du Néron, appelée aussi, improprement, le 
Casque de Néron, qui se termine au-dessus de la Buis- 
serate (hameau de Saint-Martin-le-Vinoux) par un 
rocher à pic de 300 mètres environ. 

Page 96. ... un ruisseau affluent nommé la Biole. — Mot 
patois signifiant petit ruisseau. Il s'agit sans doute 
d'un petit cours d'eau, dénommé aujourd'hui canal 
de la Scierie, et qui du temps de Stendhal servait au 
colmatage des terrains voisins. 

Page 97. M^^^ Marine Périer... — Adélaïde-Hélène, 
dite Marine Périer, a épousé Camille-Hyacinthe Teis- 
seire le 13 thermidor an II (31 juillet 1794). 

Page 97. ...la faveur dont il me vit jouir dans le salon... 

— Variante : « Oii il me vit établi dans... » 

Page 98. ... je haïssais encore plus la religion... — Ms. : 

« G ion. » 
Page 99. ... d'interminables promenades aux Granges... 

— Ce quartier sul)urbain, alors peuplé en grande 
partie de peigueurs de chanvre, est aujourd'hui à 
1 iiiléi'ieur de la ville. Il est situé aux alentours de 



228 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

réjrlisc Saint- Joseph. (Voir notre plan rie Grenoble 
en 1793.; 

Page 99. ... Mme Alexandre Mallein... — Marie- 
Zénaïde-Caroline Beyle.née le 10 octobre 1788, épousa 
le 30 mai 1815 Alexandre-Charles Mallein, contrôleur 
des Contributions directes. 

Page 99. Je couvrais les plâtres de la maison de carica- 
tures... — • Je me rappelle d'une fort plaisante. 
Z^éiiaïde était représentée dévidant du fd placé sur 
un tour ; elle y était dessinée en pied, assez grotes- 
quement, avec cette devise au bas : « Zénaïde, jcdousie 
rapportante, Caroline Beyle. » (Note au crayon de 
R. C.olomb.) 



Chapitrf. IX 

Page 103. Le chapitre IX est le chapitre vu du manus- 
crit (fol. 122 à 144j. — Ecrit à Cività-Vecchia, les 
G et 7 décembre 1835. 

Page 103. ... la passion d'administrer la Ville de Gre- 
noble au profit des Bourbons... — Chérubin Beyle, 
le père de Stendhal, nommé adjoint au maire de 
Grenoble le 29 septembre 1803, était encore en fonc- 
tions lors de l'avènement de Louis XVIII. Il fut 
remplacé en 1816 par le marquis de Pina, qui devint 
la même année maire de la ville. 

Page 104. ... sur le penchant de la montagne, au-delà du 
Drac. — Suit un plan des environs au midi de Gre- 
noble. En « A, pont en fil de fer établi vers 182G ; 

— B, pont de Claix, fort remarquable, à plein cintre ; 

— C, citadelle ; — G, place Grenette ; — D, rocher 
de Comboire, à pic sur le Drac, lequel est fort rapide, 
rocher et bois remplis de renards ; — H, maison de 
campagne qui joua le plus grand rôle dans mon 
enfance, que j'ai revue en 1828, vendue à un général n. 

— Le pont suspendu sur le Drac, dit pont de Susse- 



NOTES ET ÉCLAIRCISSK.MENTS 220 

nage, remplaça en 1826 le bac de Sei/ssins, dont Sten- 
dhal parle un peu plus loin. 

Page 105. ... mais bientôt je découvris... — - Variante : 
« Trouvai. » 

Page 105. Je trouvai moyen de voler des volumes de Vol- 
taire... — En surcharge : « Bientôt après, je volai des 
volumes. » 

Page 105. Nous passions toujours les fériés à Claix... — 
C'est-à-dire vacances. Nom latin francisé. 

Page 105. Rien ne m'était si odieux... — ■ Le reste de la 
ligne a été laissé en blanc et marqué d'une -|-. 

Page 107. ... Ginès de Panamone a enlevé Veine. — Suit 
un grossier croquis de Sancho Pança sur son âne. 

Page 108. ... petite salle de verdure... enceinte de murs. 
■ — Suit un plan de la propriété de Claix, avec la 
mention : « Ce clos a six journaux de 600 toises. » 

Pase 111. ... M. Dolle de la Porte- de- France... — - Jean- 
Baptiste Dolle le jeune, qui avait construit à grands 
frais, au-dessus du rocher de la Porte-de-France, un 
beau jardin d'agrément. (Voir J. ^'ellein, L'habitation 
de plaisance d'un grenoblois au X\ IIl*^ siècle. Les 
Jardins Dolle. Grenoble, 1896, br. in-8o.) Ces jardins 
sont aujourd'hui la propriété de la Ville de Grenoble; 
ils sont loués au Syndicat d'initiative de Grenoble, 
qui en a fait à nouveau une belle promenade publique. 

Page 114. ... me frappa... — Ce inot est marqué d'une 
croix. Il était certainement destiné à être corrigé. 

Page 114. ... me fissent horreur. — Ms. : « Fît)). — Le 
bas du fol. 138 est occupé par deux plans : 1° « Voici 
le plan de la table chez mon grand-père, où j'ai mangé 
de 7 ans à 16 et demi » ; — 2^ « Voici la salle-à- 
manger. » Celle-ci possède de nombreux dégage- 
ments : « D, porte sur le petit escalier tournant » ; 
« R, porte de la cuisine » ; « E, grand passage con- 
duisant dans l'autre inaison sur la place Grenette » ; 
« iS, entrée de la chambre de Lamljert » ; « T, grande 
porte sur le grand escalier », « très beau » ; « K, porte 

Brularo II. 15. 



230 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

df la chambrt* »lf mon gTaiiil-|>i'rc. i (\ oir iikIic plan 
de l'apparlenuMit Cja<;non. 

I*ape 11'». ... leur /tins jernit' tUhèe l'ttiil la iv/zt'""». — 
Ms. : don. 

Page 115. ... dfs fé3iiiles... — .Ms. : « Te je. » 

Pape 110, ... fa^-ais un orgueil insu p porta hle. - - \a' 
fol. l'il coMMuenro de la inaiiirn* suivante : « (^)iianil 
j'arrivai à llicole centrale en l'an \, je crois , dès 
l'année »ui\ante je remportai des premiers prix, 
peul-élrc y a-t-il mémoire de cela tlans les papiers 
du I)êpurtement (depuis, préfecture i. (Miand j'arrivai 
à riùnle centrale, j'y apportai tous ces vices alionti- 
nal)les, dont je fus j,'uéri à coups de poin^. )> .Stendhal 
a ajoulé dans la marge : « Itenvoyé à I article : Lcule 
centrale. •• 

Page llb. Et hors un gros Plutarque à mettre mes ralmt.s. 
— Stendhal a voulu dire : u les Femmes Sinuinles » 
(.\clc II, scène vil . 



CiiAPirm \ 

Page 11!», I.e chapitre X est le chapitre vm du maniis- 
crit (fol. 14») ter à 169; les feuillets 11'., j IG, KitJ his cl 
103 sont II mais laissés en Itlam . l'.ctit 

les U et K 1.S3.'). 

I'a;,'e llî». ... faire de moi un excellent jèsuilr... NN. : 
« I ffe. 

Page i'JO. ... toutes Us peines du monde à dissimuler... 
\ lia nie : « Cacher. 

i'aj;»: i»U. ... ejrtrêmement poli em'ers la religion... 
M s. : • Gionri. » 

Pat"* 1-1- --- r allais avoir cinquante ans... NN. 

l'agp l'l\. ... Hesan... Hc»ançon. c'c»l-à-dirc le Imnm 
de .Mail 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 231 

Page 121. ... Kolon... — Romain Colomb. 

Page 122. ... rien de moins jésuite... — • Ms. : « Te je. » 

Page 123. ...la tyrannie de ce jésuite... — Ms. : « Te je. » 

Page 123. ... dans une antichambre où Von ne passait 
presque jamais. — En face, plan explicatif. Le point Î\I 
est en face de la cheminée de la chambre de Henri 
Gagnon, laquelle était meublée du « magnifique lit 
de damas rouge de mon grand-père », de « son ar- 
moire », d'une « magnifique commode en marque- 
terie, surmontée d'une pendule : Mars offrant son 
bras à la France ; la France avait un manteau garni 
de fleurs de lis, ce qui plus tard donna de grandes 
inquiétudes ». Cette chambre était éclairée, sur la 
grande cour, par une « unique fenêtre en magnifiques 
verres de Bohême. L'un d'eux, en haut, à gauche, 
étant fendu, resta ainsi dix ans ». Le point M' est près 
d'une des fenêtres du « grand salon à l'italienne » ; le 
point M" est devant la fenêtre de l'antichambre du 
salon. (Voir notre plan de l'appartement Gagnon.) 

Page 124. ... située au troisième étage du collège... — 
La fortification passait alors derrière le collège, ou 
Ecole centrale (aujourd'hui lycée de filles), lequel se 
trouvait non loin de la porte de Bonne. (Voir notre 
plan de Grenoble en 1793.) 

Page 124. ... 0/2 réparait le reste. — Le fol. 153, numéroté 
par Stendhal, est resté en blanc. 

Page 124. ... presque en rang d'oignons... — Le seigneur 
d'Oignon. (Note de Stendhal.) 

Page 124. ... la petite table où moi, H, étais placé. — 
Suit un plan de la position des personnages dans la 
chambre de Henri Gagnon, voisine de la salle-à-man- 
ger. Ils sont en demi-cercle autour de la cheminée, 
la table d'Henri est juste en face de cette cheminée, 
et placée obliquement. 

Page 124. ... U Ancien Testament... — ■ Ms. : <( Ment- 
testa », selon la méthode anagrammatique chère à 
Stendhal. 



232 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 125. ... j'avais commencé le latin à sept ans... ■ — - 
Ms. : « 17 — 10. » 

Page 125. Lancette Laitue Rat. — « L'an VII les tuera ». 
Après le mot « rat », Stendhal a fait un croquis très 
grossier représentant cet animal. 

Page 125. ... l'assassinat de Roherjot à Rastadl. — 
28 avril 1799. 

Page 126. ... séparé de mon père par une fort grande 
table. — - Suit un plan indiquant les places respectives 
de Beyle et de son père. Celui-ci tournait le dos à 
son fds et était assis à son bureau, dans un angle de 
la pièce : « Mon père, placé à son bureau C et écri- 
vant. » 

Page 126. ... quoique à peine âgé de dix ans... ■ — Ms. : 
« 2 X 5. )) 

Page 127. ... tel j'étais à dix ans, tel je suis à cinquante- 
deux. — Ms. : « 5 X 2 ); et « 10 X 5 + 2 ». 

Page 129. ... madame la comtesse C.al.... — Le reste 
du nom est en blanc. 

Page 130. ... Cossey... — Hameau de Claix. 

Page 130. ... la sensation d'un enfant de dix ans. — 
Ms. : « 2 X 5. » 

Page 131. ... une appréciation des travaux de Court de 
Gehelin... — V.' Histoire naturelle de la parole, de 
Court de Gebelin, parut en 1776, en un volume in-8°, 
accompagné de deux gravures. 

Chapitre XI 

Page 133. Le chapitre XI est le chapitre ix du ms. de 
Stendhal (fol. 172 à 187). — Les fol. 170 et 17i oui 
été numérotés par Stendhal, mais laissés en blanc. — 
En haut du fol. 172, on lit : « 10 déc. 1835. » Et plus 
bas : « Chronologie : peut-être M. Durand ne vint-il 
dans la maison Gagnon qu'après Amar et Merlinot. » 
En face : « Voir la date dans les Fastes de Marrast. » 



NOTES ET ÉCLAinCISSEMENTS 233 

— Ce chapitre a été écrit en partie à Cività-Vecchia, 
le 10 décembre 1835 (fol. 172 et 173), et en partie 
à Rome, le 13 décembre. 

Page 133. ... deux représentants... arriérent à Gre- 
noble... — Amar et Merlinot arrivèrent à Grenoble 
le 21 avril 1793. 

Page 134. ... mon père était notoirement suspect et 
M. Henri Gagnon simplement suspect. — Cependant 
ni l'un ni l'autre n'ont été ni obligés de se cacher, 
ni emprisonnés. (Note au crayon de R. Colomb.) — ■ 
Les listes ont été publiées le 26 avril 1793 avec un 
arrêté d'Amar et de Merlinot. Parmi les « personnes 
notoirement suspectes » figurait « Beyle, homme de 
loi, rue des Vieux- Jésuites » ; mais le nom du docteur 
Gagnon n'est pas inscrit sur la liste des personnes 
« simplement suspectes ». Le 6 thermidor correspon- 
dant au 24 juillet 1794, c'est donc pendant quinze 
mois seulement que Chérubin Beyle fut considéré 
comme notoirement suspect. 

Page 134. Ce grand é^^énement remonterait donc au 
26 avril 1793. — La date est en blanc dans le manus- 
crit. 

Page 134. ... na passé en prison que trente-deux jours 
ou quarante-deux jours. ■ — Comme le dit plus haut 
R. Colomb, Chérubin Beyle ne fut jamais empri- 
sonné. 

Page 134. ... Amar... avocat, ce me semble. — • Amar (né 
à Grenoble le 11 mai 1755) était au moment de la 
Révolution trésorier de France au bureau des Fi- 
nances de Grenoble et avocat au Parlement de cette 
ville. 

Page 134. ... qui confirma mon caractère atroce. — On 
ht en tête du fol. 175 : « 13 décembre 1835. Omar. 
Repris le travail of Life. )> Et au verso du fol. 174 : 
« Ecrit de la page 93 à celle-ci à Cività-Vecchia du 3 
au 13 décembre 1835. » 

Page 135. Mon père... vint s'établir dans la chambre 0... 



234 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

— Au bas du fol. 176 est un plan de la partie de l'ap- 
partement Gagnon voisine de la maison Périer- 
Lagrange. On v voit, en 0, la « chambre de mon 
oncle » occupée par « mon père, Chérubin [Beyle], 
lisant Hume ». Cette chambre s'ouvrait sur la « ter- 
rasse avec vue admirable » donnant sur le « jardin 
Périer » et, par delà celui-ci, sur le « jardin public 
nommé Jardin-de- Ville )). Elle était voisine d'une 
« grande salle » où était un autel. (Voir notre plan de 
l'appartement Gagnon.) 

Page 136. Bientôt je me pis dans le trapèze à côté de la 
chambre de mon grand-père. — - Suit un plan de la 
chambre de M. Gagnon et de la chambre en trapèze. 
Cette forme était nécessitée par l'escalier voisin. Le 
« trapèze » donnait sur une « petite cour. Odeur de 
cuisine de M. Rayboz ». 

Page 138. Séraphie, assez jolie, faisait V amour... — 
Italianisme à ôter. (Note de Stendhal.) 

Page 140. Je me vois et je vois Séraphie au point S. — 
Suit un plan des lieux de la scène : « La ligne poin- 
tillée marque la ligne de bataille », à travers la 
chambre d'Elisabeth Gagnon, le passage, la salle-à- 
manger et la cuisine. Le point S est situé dans le 
passage. 

Page 142. ... quand j'eus vingt-deux ans. — Ms. : 
« 11 X 2. » 

Chapitre XII 

Page 143. Le chapitre XII est le chapitre x du manus- 
crit de Stendhal (fol. 188 à 210). — Ecrit à Rome, le 
14 décembre 1835. 

Page 143. ... qui puisse déraciner le jésuitisme... — 
Ms. : « Tisjésui. » 

Page 144. ... toad-eater... — Expression anglaise signi- 
fiant littéralement : mangeur de crapauds, et, au 
figuré : flagorneur, flatteur, parasite. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 235 

Page 144. M. Tourte... ■ — • Donnait des leçons d'écriture 
à Pauline ; je le vois encore, taillant des plumes, 
d'un air important, avec des lunettes dont les verres 
avaient l'épaisseur d'un fond de gobelet. (Note au 
crayon de R. Colomb.) 

Page 144 ... V entredeux des portes formant antichambre... 
au point A. ■ — Suit un plan de cette partie de l'ap- 
partement ; dans l'antichambre, en A, entre les deux 
fenêtres donnant sur la première cour, est la place 
où le jeune Beyle avait placé le billet Gardon. 

Page 145. ... formant vestibule sur notre magnifique ter- 
rasse. — ■ En face, est un plan de cette partie de 
l'appartement Gagnon. Au fond du grand salon à 
l'Italienne, en « A, autel où je servais la messe tous 
les dimanches » ; dans la pièce voisine, donnant accès 
sur la terrasse, était pendue la « carte du Dauphiné 
dressée par M. de Bourcet, père du Tartufe et grand- 
père de mon ami à Brunswick, le général Bourcet, 
aide-de-camp du maréchal Oudinot, maintenant cocu 
et, je crois, fou ». Dans le cabinet de M. Gagnon, éga- 
lement voisin du grand salon, se trouvait, dans un 
angle, un « tas de romans et autres mauvais livres 
ayant appartenu à mon oncle et sentant l'ambre ou le 
musc d'une lieue ». Enfin, depuis « la terrasse, mur 
sarrazin large de quinze pieds et haut de quarante », 
Stendhal indique une vue « magnifique vers les mon- 
tagnes en S (montagne de Seyssins et Sassenage), 
B (Bastille, que le général Haxo fortifie en 1835) 
et R (tour de Rabot) ». 

Page 145. ... une magnifique carte du Dauphiné... — 
La carte du Dauphiné par Bourcet est en effet très 
belle. Elle est composée de dix feuilles in-folio, portant 
ce titre : Carte géométrique du haut Dauphiné et de 
la frontière ultérieure, levée par ordre du Roi, sous la 
direction de M. de Bourcet, maréchal de camp, par 
MM. les ingénieurs géographes de Sa Majesté, pendant 
les années 1749 jusqu'en 1754. Dressé par le sieur Vil- 



236 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

laret, capitaine ingénieur géographe du Roi. — Sur 
la famille de Bourcet, voir : Edmond Maignien, 
L'ingénieur militaire Bourcet et sa janiille. Grenoble, 
1890, in-8o. 

Page 147. Aussi mon affection pour elle redouhla-t-elle. 
— On lit au verso du fol. 197 : « Ecrit de 188 à 197 
en une heure, grand froid et beau soleil, le 14 dé- 
cembre 1835. » 

Page 147. Sur quoi je ferai deux observations. — • « Je 
sens bien que tout ceci est trop long, mais je m'amuse 
à voir reparaître ces temps primitifs, quoique mal- 
heureux, et je prie M. Levavasseur d'abréger ferme, 
s'il imprime. H. Beyle. » 

Page 148. ... ma mémoire na pas daigné garder... — 
\ ariante : « lY'a pas gardé, m 

Page 148. FÂle sentait, éprouç>ait... — - \ne partie de la 
ligne a été laissée en blanc. 

Page 148. ... quand f avais la radie... — Affection du 
cuir chevelu chez les enfants, ((ue le patois dauphi- 
nois étend, mais à tort, à la croûte de lait. 

Page 149. ... la place de Grenoble que le général Haxo 
fortifie... — L'agrandissement de l'enceinte par le 
général Ilaxo fut elTeclué entre 1832 et 183(î. 

Pase 149. ... cousin Senterre... — Il était contrôleur 
de la poste à Grenoble ; en sa qualité de mon grand- 
oncle, il m'administrait force taloches ; et lorsque je 
]tlenrais trop haut, il me faisait avaler des verres de 
kirsch, pour obtenir du silence et son pardon. (Note 
au crayon de R. Colomb.) 

Page 150. ... le crochon de pain. — Terme dauphinois 
signifiant un morceau de pain, avec de la croûte. 

Page 151. ... la signature de ce Perlet... — A la suite 
du nom, Stendhal a tracé ime imitation de la signa- 
ture de Perlet. 

Page 153. ... felices pour annos. — On lit au verso du 
fol. 209 : « Le 14 décembre 1835, écrit 24 pages et 
fini la Vie de Costard, fou intéressant... » 



OT 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 237 



Chapitre XIII 

Page 155. Le chapitre XIII se trouve dans un cahier 
séparé, coté B 300 (Bibl. mun. de Grenoble), en 
même temps que les chapitres v et xv. Il va du 
feuillet 15 au feuillet 38, et porte une foliotation 
spéciale, de 1 à 24. En tête, Stendhal indique : 
« Dicter ceci et le faire écrire sur le papier blanc à la 
fin du l^i" volume. Relier ce chapitre à la fin du second 
volume. 18 décembre. « Il ajoute : « Placer [ce] mor- 
ceau vers 1792 à son rang, vers 1791. » Un feuillet 
intercalaire porte encore : « A placer à son époque, 
avant la conquête de la Savoie par le général >lontes- 
quiou, avant 1792. A faire copier sur le papier blanc. 
Placer à la lin du l^r volume. « — Le chapitre xiii 
a été écrit à Rome le 18 décembre 1835, par un 
« froid de chien ». 

Page 155. ... le crépi sur lequel la fresque était peinte 
est tombé... — On lit en tête du fol. 2 : « 18 décem- 
bre 1835. Omar. Froid de chien, avec nuages au 
ciel. » 

Page 157. ... triste façon de peindre le bonheur. — • 

Variante : (c Rendre, v 
Page 157. ... qui alors séparait la France de la Savoie. — 

On lit en tête du fol. 5 : « 18 déc. Froid de loup près 

du feu. » 

Page 157. ...le cher père... — Lecture incertaine. 

Page 157. ... du côte de Claix, au point A... — En face, 

dans la marge, est un dessin représentant une coupe 

du pont de Claix. Le point A est sur la route, au sud 

du pont, sur la rive gauche du Drac. 
Page 158. ... J.-J. Rousseau (Confessions)... — On 

ht en tête du fol. 7 : « 18 décembre 1835. Froid à 

deux pieds de mon feu. Omar. » 
Page 160. ... entre la cheminée et le petit cabinet. — • En 



238 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

face, est un plan de la chambre, avec la place du 
portrait, près de la cheminée. 

Page 160. Donc la Terreur avait commencé. . . — Variante : 
« Etait commencée. » 

Page 160. ... un beau jeune homme, M... — Le nom est 
en blanc. 

Page 161. La mère de ma tante Camille et de AI^^^... — 
Le nom est en blanc. Il s'agit sans doute de Marie 
Poncet, sœur de madame Romain Gagnon. 

Page 161. 5a maison, où je logeais... ■ — Plan des Echelles 
et de ses environs, avec la maison Poncet (M). « Aux 
points AA étaient les poteaux avec les armes de 
Savoie du côté de la rive droite. » 

Page 161 .... par la digue du Guiers. — Ici, un plan de 
la maison Poncet, avec le jardin traversé par la 
digue du Guiers. 

Page 161. Voici le lieu de la scène... — Suit un plan 
grossier de la scène : derrière une haie se trouve 
Beyle jetant des pierres aux dames, assises sur une 
« pente rapide en gazon ». C'est une « pente de huit 
ou dix pieds où toutes ces dames étaient assises, 
On riait, on buvait du ralafia de Teisseire (Grenoble), 
les verres manquant, dans des dessus de tabatière 
d'écaillé ». Plus haut est l'arbre M dans la fourche 
duquel fut placé Beyle, en ; tout près est un ruis- 
seau, le long duquel il s'enfuit. 

Page 162. ... rei>enant d'émigration à Turin. — En tête 
du fol. 17 on lit : (( 18 décembre 1835. Froid ; jamljc 
gauche gelée. » 

Page 162. Que dirai- je d'un i>oyage à la Grotte? — Au 
verso du fol. 17 est un plan des environs des Echelles. 
La grotte y est figurée, avec son entrée sur la « route 
de Chambéry », non loin des « roches énormes coupées 
par PhiHbert-Emmanuel » et de la « coupure dans le 
roc par Napoléon ». Y sont figurés 1' « ancienne route » 
des Echelles, la « nouvelle route que je n'ai jamais 
vue, faite vers 1810 », et le sentier conduisant au 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 239 

« pont Jean-Lioud, à 100 pieds ou 80 au-dessus du tor- 
rent ». — Au verso du fol, 18 est encore un plan du 
défilé de Chailles ; Stendhal y a indiqué la situation 
de « Corbaron, domaine de M. de Corbeau ». Dessous 
est un « détail des Portes de Chailles » ; « là sont quatre 
diocèses ». 

Le pont Jean-Lioud, que Stendhal orthographie 
.Janliou, est jeté sur le Guiers-Mort, lequel avait sou 
cours entièrement en France. C'est le Guiers-Vif qui 
servait de frontière entre la France et la Savoie, — 
Actuellement, le pont Jean-Lioud est une passerelle 
en bois, utilisée par le charmant chemin qui va 
d'Entre-deux-Guiers à Villette, près Saint-Laurent- 
du-Pont. 

Page 164, ... elle eût fait de mol un jésuite. — Ms. : 

« Tejé. » 
Page 164. ... les Pairs... ■ — • Ms. : « Sraip. » 
Page 164. ,., tous les généraux Pairs ... — Ms, : « Sairp. n 
Page 164, .,. M. d'Houdetot... — Ms. : if DetotJiou. •> 
Page 165. ,., la truite de trois-quarts de livre... — Suit 
une parenthèse comjirenant trois ou quatre mots 
illisibles. 
Page 165, Quelle joie pour moi ! — ■ Le chapitre est ina- 
chevé. On lit à la iin : « A 4 h. 50 m., manque de 
jour ; je m'arrête. » 

Chapitre XIV 

Page 167. Le chapitre. XIV est le chapitre xi du manu- 
scrit (Bibl. de Grenoble, R 299, fol. 211 à 225). — 
Ecrit à Rome, le 15 décembre 1835. 

Page 167. Je place ici... un dessin... — Ce dessin repré- 
sente un carrefour où aboutissent quatre voies^ Au 
centre, au point A, est le moment de la naissance ; à 
droite, horizontalement, la route de la jortune par le 
commerce ou les places • au milieu et perpendiculai- 



210 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



rement, la nnite île lu cunnKlirution : Itltx Faure est 
fait pair de Irtince : à ;;auche et ubli(]ueineiit. la 
route Je Part de se faire lire ; à gauche, hurizontale- 
I lient, la route de la folie. 

l'a^e ltJ9. ... Lambert, </ui devait faire ainsi... — Va- 
riante : '< Qui faisait ainsi. » 

Page 171. La chambre du juiuvre Lambert rtait situi'e... 
-— Mn face, est un plan d'une partie (le ra|ipurlenu'nt. 
( »n y voit la chambre de Lambert, voisine de la salle- 
à-manger, où se trouvait, dans un an^'Ic, l'iinnoirc 
aux liipieurs. tlette chambre a\ait une «< fenêtre 
•'•clairant mal. donnant sur l'escalier, nuiis fort grantle 
et fort belle ■ ; ••Ile contenait une h gratule armoire 
de noyer pour le linge de la fatnille. Le linge était 
regardé avec une sorte de respect ». (Voir notre plan 
de l'appartement Gagnon.) 

I*ai.'e I7'J. ... scierie bois au bûcher... l'iaii du bûcher 
indiquant sa position au «-ud de la grande cour, près 
du grand escalier. 

l'âge 17"i. ... séparé de la cour... — Plan (le la cour, 
avec le bûcher et la galerie. Stendhal y a joint des 
dessins rejirésentant un che\alet avec une liûche. la 
scie de Landicrt et les balustres du bûcher. 

Page 17'J. ... mes opinions parfaitement et foncièrement 
républicaines... — Ms. : « Kainesrépubli. » 

Page 173 \I. Croîtras, de Sarténe, je crois, en .S'i;/- 

ttaigne. Lrreur : Sarténe est en Corse. 

Paije 17.{. I^s ... i/iie je me dunnots... Deux mots illi- 
sibles. Sli-nilhal doit fain- allusion ici à «piebpie gri- 
mace d'enfant. I)ans un croquis du fol. Sll i\ indupu; 
le point II dans la galerie du second étage, qui Imi- 
geait la grande cour d(* la maison (iagnon : > II, 
moi. |)e là, je conlenq>lais les barreaux de bois du 
bûcher et je me donnais «1rs (les mêmes mots, tou- 
four» illisibles) i-u puitant !<■ sang à la tête et 
ouvrant lu boiirlir. <> 

Page 173. ... aiitivent deux heures de suite .^ Mu bt 



NOTES ET ÉCLAIP.CISSEMENTS 241 

au verso du fol. 225 : « Idée : Aller passer trois jours 
à Grenoble, et ne voir Crozet que le troisième xour. 
Aller seul incognito à Claix, à la Bastille, à La Tron- 
che. " 

Chapitre XV. 

Page 173. Chapitre XV. — Comme les chapitres v 
et XIII, le présent chapitre se trouve dans un cahier 
séparé coté R 300 à la bibliothèque municipale de 
Grenoble, fol. 1 à 14. Stendhal a indiqué en tête de 
ce chapitre, qu'il intitule « chapitre 13 « : « A placer 
after the death of poor Lambert. » — Ecrit à Rome, 
le 17 décembre 1835 ; corrigé, à partir du fol. 11. 
le 25 décembre. — On lit en tête du fol. 1 : « 17 déc. 35. 
Grand froid à la jambe gauche gelée. » 

Page 176. ... J\I. Le Roy demeurait dans la maison 
Teisseire, aidant le grand portail des Jacobins... — 
Aujourd'hui, place Grenette, n" 5, à l'angle de la 
rue de la République (autrefois rue de la Halle). La 
voûte qui séparait la rue de la Halle de la place Gre- 
nette a été démolie en 1908. 

Page 176. Mes tyrans... souffraient que f allasse seul 
de P en R... ■ — Au verso du fol. 2 est un plan des 
environs de la place Grenette. On y voit les « portes 
de la maison de M. Gagnon (il me semble jurer quand 
je dis : M. Gagnon). » 

Page 176. ... de ne me laisser sortir... — Variante : 
« De ne me lâcher. » 

Page 177. ... la boime... — Terme dauphinois, que 
Stendhal définit ainsi : « Boime à Grenoble veut dire 
hypocrite, doucereuse, jésuite-femelle. » (Voir plus 
loin, chapitre xvii.) 

Page 178. ... il allait souvent à Claix. — En face, au 
verso du fol. 5, est une carte grossière de la campagne 
située au midi de Grenoble, avec les chemins suivis 
Brli.ard II. IG 



242 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

pour aller à Claix et au hameau de Furonières, où 
se trouvait la propriété des Beyle. Stendhal ajoute 
en note : « Pour aller à Claix, c'est-à-dire à Furo- 
nières, nous prenions le chemin Meney par F, le 
Cours (appelé le Course) [cours de Saint-André], 
le pont [de Claix] et les chemins R et R', quelquefois 
le chemin E du Moulin-de-Canel et le bac de Seys- 
sins. Mon ami Crozet y a fait un pont en fil de fer 
vers 1826. » — Louis Crozet fut inspecteur division- 
naire des Ponts et Chaussées ; il exerça les fonctions 
de maire de Grenoble entre 1853 et 1858. 

Page 179. . . . sur le grand bureau. . . — Variante : a Table. » 

Page 179. ... cabinet de mon père... — Un plan des 
situations respectives des personnages accompagne 
le récit. 

Page 179. Ce maître me faisait faire... — Variante : 
« M. Le Roy me faisait faire... » 

Page 180. ... tous les deux à la fois. — Variante : « En 
même temps. » 

Page 180. ... des femmes mal mises en F, moi en H. — 
En face du fol. 8 (verso du fol. 7) est un plan de l'église 
Saint-André et de ses abords, et notamment, dans 
la Grande-rue, la « maison où habitaient M™*^^ Colomb 
et Romagnier ». 

Page 180. ... ces gens que f aurais voulu aimer. — On 
lit en haut du fol. 9 : « 17 décembre 1835. — Je 
souiî're du froid devant mon feu, à deux pieds et 
demi du foyer, grand froid for Omar. » 

Page 180. J'emprunterai pour un instant la langue de 
Cabanis. — On lit fol. 8 v" : « Style. Ces mots : pour 
un instant, je les eusse effacés en 1830, mais en 35 je 
regrette de ne pas en trouver de semblables dans le 
Rouge. 25 décembre 1835. » 

Page 182. Se baigner ainsi avec des femmes si aimables ! 
— On trouve en tête du fol. 13 un dessin schéma- 
tique du « Paysage de M. Le Roy », et au verso du 
fol. \'l un plan de l'atelier. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 24 



<~> 



Page 183. ...(dont il est parlé dans le certificat du général 
Michaud). — « ]\I. Colomb doit avoir ce certificat. » 
(Note de Stendhal.) « Oui, « a ajouté au crayon 
R. Colomb. 



Chapitre XVI 

Page 185. Le chapitre XVI est le chapitre xii du ma- 
nuscrit (R 299, fol. 226 à 248).— Ecrit à Rome, les 
15 et 16 décembre 1835. 

Page 185. Je travaillais sur une petite table au point P... 
— Un fol. 226 bis est rempli par un plan d'une 
partie de l'appartement Gagnon, avec le « grand 
salon à l'Italienne ». (Voir notre plan de l'apparte- 
ment Gagnon.) 

Page 185. ... ni apprit quon venait de guillotiner deux 
prêtres. — Variante : a Deux généraux de brigade. » 
Voir l'explication de ce terme donnée plus loin par 
l'abbé Dumolard au jeune Henri. 

Page 186. ... date de la mort de MM. Revenus et Guilla- 
bert. — Les abbés Revenas et Guillabert furent cfuil- 
lotmés le 26 juin 1794. (Voir A. Prudhomme, Histoire 
de Grenoble, p. 645.) 

Page 186. ... M. Dumolard, du Bourg-d'Oisans... — 
L'abbé Dumolard était curé de La Tronche, près 
Grenoble. 

Page 186. . . . depuis 1815, jésuite furieux... — Ms : « Tejé. » 

Page 187. ... cen était fait... — Ici une croix et un blanc 
d'une demi-ligne. 

Page 187. ... qui donnait sur la Grenette au point A. — 
Plan de la place Grenette, avec en A la chambre 
d'EHsabeth Gagnon, à l'extrémité Nord de l'appar- 
tement (voir notre plan). En B, à l'angle de la place 
et de la Grande-rue, « salle-à-manger du premier 
étage, occupé par mon grand-père avant notre pas- 
sage à la maison de Marnais ». 



244 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 188. ...le trapèze T de la montagne du Villard-dc- 
Lans. — Croquis indiquant le trapèze formé, en 
haut par la crête de la montagne, et sur les trois autres 
côtés par l'église Saint-Louis et les toits des maisons. 
La crête de la montagne, ainsi limitée, correspond à 
Farête des montagnes de Lans, entre le Moucherotte 
et le col de l'Arc. 

Page 188. ... mon imagination, dirigée... — Variante : 
« Formée. » 

Page 188. ... récriture ci-jointe de mon illustre compa- 
triote. — Avec le manuscrit est relié (après les fol. 99 
et 231) un fac-similé lithographique de l'écriture de 
Barnave. Ce fac-similé porte les légendes suivantes : 
« Extrait dun album de Barnave... L'original de 
cet écrit, tracé par Barnave en 1792, nous a été 
communiqué par MM'"^^ ses sœurs. » 

Page 188. ... M. Guettard. — Guettard (1715-1786), 
minéralogiste orenoblois. a laissé un ouvrage inti- 

Oc?- ~ 

tulé : Mémoires sur la minéralogie du Dauphiné 
(Paris, 1779, deux vol. in-4o). 

Page 188. ...le sein ou saint... — Le sing (de signum, 
signal) annonçait aux habitants de Grenoble la 
fermeture des portes de la ville ; cette coutume fut 
conservée jusqu'en 1877, quoique depuis 1864 on ne 
fermât plus les portes de l'enceinte. 

Page 189. Cette terrasse, formée par V épaisseur d'un 
mur nommé Sarrasin... ■ — - Ce mur, qui ])orte encore 
aujourd'hui le nom de mur sarrasin, est en réalité 
le mur de l'ancienne enceinte romaine de Grenoble. 
Il n'en reste plus qu'un vestige : la terrasse dont 
parle Stendhal, et qui se prolonge à travers toute la 
maison presque jusqu'à la Grande-rue. (Voir notre 
plan de l'appartement Gagnon.j 

Page 189. ... sur le [rocher] de Voreppe... — Stendhal 
a oublié un mot ; nous le rétablissons d'après le sens 
du contexte. 

Page 189. ... l'ancienne entrée de loi '^dle açant quon 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 245 

eût coupe le rocher de la Porte-de-France. — La roule 
qui passe au pied du rocher de Kabot date de la 
construction de la Porte-de-France par Lesdiguières 
en 1620. Avant cette date, on arrivait en efl'et à 
Grenoble par la tour de Rabot et la rue ou « montée » 
de Chalemont. et la « montée » du Rabot. 

En face du fol. 234, Stendhal a figuré la terrasse, 
avec l'emplacement du « cabinet en losanges de châ- 
taignier avec forme d'architecture de mauvais goût, 
à la Bernin ». Y est également figuré le cabinet d'été 
de M. Gaçinon ; dans le cabinet voisin, « où s'établit 
Poncet », est indiqué le « banc de menuisier à côté 
duquel je passais ma vie ». Dans le lointain est figurée 
la silhouette de la « montagne de Sassenage », avec 
la position du soleil à son coucher en juin et en 
décembre. 

Page 190. ...(les Lerminier, les Salvandij, les... — Le 
nom est en blanc dans le manuscrit. 

Page 190. ... dans le genre de M. Letronne, qui vient de 
détrôner Memnon... — Jean-Antoine Letronne, 
célèbre archéologue français (1787-1848), était en 
1835 directeur de la Bibliothèque royale. Il avait 
publié en 1833 un mémoire sur la Statue i'ocale de 
Memnon. 

Page 190. Pendant que mon grand-père lisait, assis dans 
un fauteuil en D... — Plan du cabinet de M. Gagnon. 
Le fauteuil du grand-père de Beyle était placé devant 
la cheminée, où se trouvait le buste de Voltaire ; 
derrière lui était la bibliothèque et dans un coin, 
en L, le tas des livres brochés laissés par Romain 
Gagnon. 

Page 192. Ces livres de mon oncle portaient Vadresse de 
M. Fcdcon... — Le libraire Falcon (1753-1830) prit 
une part très active au mouvement révolutionnaire. 
Il fut secrétaire, puis président (22 juillet-18 août 
1794) de la Société populaire, qui se réunissait dans 
l'église Saint-André. La boutique de Falcon servait 

Brulard II. 16. 



216 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

de lieu de réunion aux patriotes exaltés, si bien que 
le 24 thermidor an III (11 août 1795) le Conseil 
général de la commune de Grenoble prit une délibé- 
ration pour interdire à « ceux qui ont participé aux 
horreurs commises sous la tyrannie de se rendre dans 
la boutique de Falcon el le café Dumas et dans tout 
autre lieu public, à peine de huit jours de détention 
et même de plus grande peine, s'il y échoit... » Il 
était en outre enjoint à Falcon « de tenir sa boutique 
fermée à six heures du soir..., sous les mêmes peines ». 
(Archives municipales de Grenoble, LL 8, page 227.) 

Page 192. ... une autre dame de la rue Neuue, chez 
laquelle... — Ms. : « Lequel. » 

Page 193. C^est le plus bel échantillon... ■ — Variante : 
« Exemple. » 

Page 193. Fcdcon vint occuper la boutique A... — Plan 
de la place Saint-André, avec la situation, en A, de 
la première boutique de Falcon, à l'angle du passage 
du Palais, B, « avec têtes en relief, comme à Flo- 
rence » (ces têtes sont actuellement au Musée de Gre- 
noble, mais des copies ornent encore, à leur ancienne 
place, rentrée du Palais de Justice). En A', près de 
la « salle de spectacle », est l'emplacement de la 
seconde boutique de Falcon. 

Page 193. ...la Vie et les ai>entures de M^'^ de*** ... — 
Voici le titre : Vie, faiblesses et repentir d'une femme. 
J'en ai un exemplaire, mis en très mauvais état par 
l'humidité. (Note au crayon de Romain Colomb.) 

Page 194. Je la lus couché sur mon lit dans mon trapèze... 
— Voir notre plan de l'appartement de Henri Gagnon. 

Page 195. Sa conversion au jésuitisme... — Ms. : « Tisme- 
jésui. » 

Page 195. ... dans le temps que parut la Nouvelle Héloïse 
(ne.H-ce pas 1770 ?)... — La Nouvelle- Héloïse parut 
en 1761. 

Page 190. — On lit sur l'avant-dernior fr-nillet du 
})rernier volimie : « 27 décembre 1835. Lacenaire 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 247 

aussi écrit ses Mémoires. On en dit brûlé un volume 
dans l'incendie de la rue du Pont-de-Fer. » Le der- 
nier feuillet contient une table. Elle se termine ainsi : 
« Je laisse les chapitre xiii et xiv pour les augmen- 
tations à faire à ces premiers temps. J'ai 40 pages 
écrites à insérer. Le volume 2 commence par le cha- 
pitre XV. — Book commencé the Uyenttj third of no- 
vember 35, il y a 31 days. » 



Chapitre X\ II 

Page 197. Le chapitre XVII est le chapitre xv de 
Stendhal (fol. 249 à 258). — Ecrit à Rome, les 16, 
17 et 25 décembre 1835. — Avec ce chapitre commence 
le second volume du manuscrit. 

Page 197. ... la première boime de la i'ille. — On lit en 
tête du fol. 249 bis : « 16 déc. 1835. — Envoyé la 
fm du chapitre xii. — Laisser le n^ 249 à cette page 
et aller jusqu'à 1.000. — Faire suivre aussi les 
numéros des chapitres. » 

Page 198. J'étais tellement emporté par le diable... — 
Variante : « Par Vâge. » 

Page 198. Je me figurais lui plaisir délicieux à serrer... 
— Variante : « Tenir. » 

Page 198. ... son père lui refusait celle de cette porte. — 
En face, au verso du fol. 250, plan dune partie de 
l'appartement Gagnon. avec la « chambre de Séra- 
phie » et la porte sur l'escalier de la place Grenette. 
A côté, dans la « chambre de ma tante Elisabeth )>, 
« la famille au soleil ». A l'angle de la Grande-rue et 
de la place Grenette, en « 0, logement de mon oncle, 
au second étage, avant son mariage ». Sur ce plan 
sont également indiquées les rues voisines : rue des 
Clercs, « ici logeaient Mably et Condillac » ; rue du 
Département (aujourd'hui rue Diodore-Rahoult), au 
l^oint « G', là je m'élevai à 7 avec M'" Galice » ; place 



2'l8 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Saint- André, où sont indiquées les maisons de M'"^ Vi- 
gnon et de Falcon. (Voir nos plans de Tappartement 
Gagnon et de Grenoble en 1793.) 

Page 199. ... il habitait... — Variante : « Los.eait. » 

Page 199. ... les fresques du. Campo-Santo]... — Le 
nom a été laissé en blanc dans le manuscrit. 

Page 199. ... V effet quelle produisit sur moi. — On lit 
dans la marge : « Mettre un mot des promenades 
forcées aux Granges. » 

Page 200. ... a^^ec les chaj)le]>ans... — Ce mot signifie, 
en patois du Dauphiné, gâcheur de pain (de chapla, 
briser en petits morceaux, et pan. pain). 

Page 200. ... fairne cela dans un enfant. — On lit au 
verso du fol. 254 : « 20 décembre 1835, faits à placer 
en leur temps, mis ici pour ne pas l'oublier : inspec- 
teur du mobilier de la Couronne, comment, 1811. — - 
Après l'objection de l'Empereur, je devins inspecteur 
du mobilier au moyen de mon acte de naissance, 
2» du certificat Michaud, 3° de l'addition de nom. 
La faute est de ne pas avoir mis : lirulard de la 
Jomate (la .Jomate étant à nous). M. de Bor (Baure) 
était un magistrat parfaitement sage et poli de la 
lin du xviii^ siècle ; il aimait ce qui était honnête 
et droit, et n'aurait commis une mauvaise action 
qu'à la dernière nécessité et à son corps défendant. 
Du reste, de l'esprit, disert, bien disant, possédant 
une grande connaissance des auteurs, ami particulier 
de M. le colonel de Beaussac et de ^L de Villaret, 
évêque (de 1' (un mot illisible);, grand, maigre, 
dicTue, avec de i)etits veux malins et un nez infini ; 
il me fut un excellent et très digne archer. Il soufl'rait 
pour de l'argent ce que je n'aurais soull'eil j)Our rien, 
d'être vilipendé par M. le comte D[aru], dont il était 
le secrétaire général. Ce fut lui (\\ù, pour obliger 
M. Petit (car moi, avec mon étourderie et mes idées 
de haute et franche vertu, je devais le choquer vingt 
fois par jour), moyenna toute ma nomination après 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 249 

l'objection de l'Empereur. Mourut k Amsterdam 

le... septembre ou novembre 1811. » 
Page 201. ... Charrière, Mayousse, le vieux... — Le nom 

est en blanc dans le manuscrit. 
Page 202. ... cette manie, qui a sa source à la fois dans 

l'avarice, l'orgueil et la manie nobiliaire. — Variante : 

« Cette manie, qui tient à la fois à Vavarice, à l'argent 

et à la manie nobiliaire. )> 



Chapitre XVIII 

Page 203. Le chapitre XVIII est le chapitre xvi de 
Stendhal (fol. 260 à 266 ; le fol. 259 est blanc). — 
La leçon que je donne de ce chapitre ne suit pas 
d'une manière absolue l'ordre du manuscrit. Le pre- 
mier alinéa est suivi de cette observation de Sten- 
dhal : « Ici, ma première communion. » Conformé- 
ment à cette indication, j'ai inséré à cette place le 
récit de la première communion, lequel, dans le 
manuscrit, se trouve relié immédiatement avant, 
sans pagination. Le foho 260 bis a été écrit le 
25 décembre 1835, alors que « la première commu- 
nion » est du 10 décembre. Ce dernier texte commence 
ainsi : « Ce qui me console un peu de l'impertinence 
d'écrire tant de je et de moi, c'est que je suppose que 
beaucoup de gens fort ordinaires de ce xix<^ siècle 
font comme moi. On sera donc inondé de Mémoires 
vers 1880 et avec mes je et mes moi, je ne serai que 
comme tout le monde. M. de Talleyrand, M. Mole, 
écrivent leurs Mémoires, M. Delécluze aussi. » J'ai 
cru devoir alléger le récit de cet alinéa. 

En tête du récit de sa première communion, 
Stendhal avait écrit : « A placer après Amar et Mer- 
linot. 10 décembre 1835, corrigé le 3 janvier 1836. « 
Je n'ai pas suivi cette indication, qui déjà n'a pu 
être respectée exactement dans l'édition Stryienski, 



250 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

et je me suis conformé à la note de Stendhal indiquée 
ci-dessus, opinion justifiée encore par ce fait que 
le frao-ment : « La première communion ». est relié 
immédiatement avant le fol. 260, c'est-à-dire à peu 
près à sa place logique. 

Pafe 203. ... me procura beaucoup de bien-être i^ers 1794. 
— Le fol. 260 bis est daté : « 25 décembre 1835. » Il 
comprend le début du chapitre xviii et celui du cha- 
pitre suivant, que Stendhal a marqué dans la marge 
par cette note : « Chapitre commençant à : « Mon père 
fut rave. » Le lecteur pourra se rendre compte de la 
méthode que j'ai adoptée dans l'établissement du 
texte du commencement des chapitres xviii et xix, 
en se reportant à la planche reproduisant le fol. 
260 bis. 

Page 203. Mais avant d'aller plus loin... — Ainsi que 
le lecteur peut s'en rendre compte sur rillustration, 
cet alinéa ne fait pas immédiatement suite au précé- 
dent sur le manuscrit. Je l'ai cependant placé ici, à 
cause du contexte, et parce qu'il fait une transition 
voulue par Stendhal lui-même. 

Page 203. Ce fut un pr[être]... — Le feuillet 201 et tous 
ceux qui constituent désormais notre chapitre xvin 
n'ont pas été numérotés par Stendhal. Notre folio- 
tation (261 à 266) est factice. Cette numérotation ne 
nuit pas à la foliotation indiquée par Stendhal lui- 
même, car l'auteur a laissé en blanc les feuillets 
compris entre les chiffres 261 et 273. C'est ainsi que 
nous verrons le chapitre xix commencer au fol. 
260 bis pour continuer au fol. 274. 

Page 204. ... a fait peur, ici même, au jésuite. — Ms. : 
« Tejé. » 

Page 20'i. ... devenu un grand /('.suite... — Ms. : « Tejé. » 

Page 204. ... un des plus projo)uls jésuites... — Ms. : 
« Tejé. )> 

Page 20.'). ... un me faisait servir ces messes... — A cette 
époque, je servais une et (pielquefois deux messes 



^'OTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



251 



par jour, ce qui probabletnent m'a empêché de me 
rajDpeler que l'auteur faisait la même besogne. (Note 
au crayon de R. Colomb.) 

Page 206. Le pauvre diable cherchait à absorber... — 
Variantes : « Consommer^ essuyer. » 

Page 206. La sortie de notre messe faisait foule datis la 
Grande-rue. — Suit un plan du quartier où était 
située la maison Gagnon. On voit, sur la Grande-rue, 
en « A', porte par laquelle sortaient les soixante ou 
quatre-vingts dévotes, vers les onze heures et demie ». 
A la suite de ce chapitre est un fragment intitulé : 
« Encyclopédie du xix^ siècle. » Stendhal Fa accom- 
pagné de cette note : « A placer après ma first com- 
munion, » Ce fragment n'ayant rien de commun avec 
le récit, nous l'avons rejeté en annexe. 

Chapitre XIX 

Page 207. Le chapitre XIX est le chapitre xvi du 
manuscrit (fol. 260 bis et 274 à 279 ; les fol. 261 à 273 
sont blancs). — Ecrit à Rome, les 25 et 26 décembre 
1835. — Au sujet de l'étabUssement du texte du 
début de ce chapitre, voir les notes du début du 
chapitre xviii, et la reproduction du fol. 260 bis. 

Page 207. ... Furonières... — Hameau de la commune 
de Claix. 

Page 207. ... les i>illes d'Italie i>ers le viii^ siècle... ■ — - 
A vérifier sur la dissertation 55 de Muratori, lue il y 
a quinze jours et déjà oubliée quant à la date. (Note 
de Stendhal.) 

Page 207. ... où, depuis quatre ans, personne n'avait 
mis les pieds — En face, au verso du fol. 273, plan 
du quartier des maisons Gagnon et Beyle. On y voit, 
à l'angle de la Grande-rue et de la rue du Départe- 
ment, l'emplacement du '( café tenu par M. Genou, 
père de M. de Genoude, de la Gazette de France ». 



252 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

(Voir notre plan de Grenoble en 1793.) A ce sujet, on 
lit cette note au crayon de R. Colomb : « Le café 
Genou était sur la place Saint-André, dans la maison 
qu'habitait M'"^ Viirnon, je crois ; celui de la Grande- 
rue était tenu par Charréa. » 

Page 209. ... dès que je fus libre, en H... — En face, au 
verso du fol. 274, plan de l'appartement Beyle, rue 
des Vieux- Jésuites. On voit dans le salon, près de la 
fenêtre, en « II, table de travail » de Beyle. 

Page 209. ... l'amour des épinaux... — La lecture du 
dernier mot est incertaine. 

Page 210. Je reparlerai de la chasse, rei^enoiis aux 
médailles. — On lit au verso du fol. 279, avec la date 
du 26 décembre : « A placer : « Caractère of my jather 
Chérubin B[eyle]. — Il n'était point avare, mais 
bien passionné. Rien ne lui coûtait pour satisfaire 
la passion dominante : ainsi pour faire miner une 
tière, il ne m'envoyait pas à Paris les 150 francs par 
mois, sans lesquels je ne pouvais vivre. 

Il eut la passion pour l'agriculture et pour Claix, 
puis un an ou deux de passion pour bâtir (la maison 
de la rue de Boiuie, dont j'eus la sottise de faire le 
plan avec Mante). Il empruntait à huit on dix pour 
cent à lellet de terminer ime maison (pii un jour 
lui rendrait le six. Eimuyé de la maison, il se livra à 
la passion d'administrer pour les Bourbons, au point 
incroyable de passer dix-sept mois sans aller à Claix, 
à deux lieues de la ville. Il s'est ruiné de 1814 à 1819, 
je crois, époque de sa mort. Il aimait les femmes avec 
excès, mais timide connne un erifant de douze ans ; 
^Ime Abraham Mallein, née Pascal, se moquait ferme 
de lui à cet égard. » 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 253 



Chapitre XX 

Page 211. Le chapitre XX est le chapitre xvii du 

manuscrit (fol. 280 à 298). — Ecrit ù Rome, les 26 

27 et 29 décembre 1835. 
Page 211. ... un frai jésuite... — Ms. : « Tefé. » 
Page 212. ... fa^'ais pour les... — Suivent quelques 

mots anglais illisibles. 
Page 213. Peut-être s était-il fait dévot... — Ms. : « Votdé. » 
Page 213. ... plus tard rue du Département... — Plus 

tard encore, rue Saint-André, aujourd'hui rue Dio- 

dore-Rahoult. 

Page 213. ... intolérants et absurdes... — Ms. : « Sur- 
desab. » 

Page 213. ... que mon grand-père tramillât en présence 
de... ■ — Variante : « Devant. » 

Page 213. ... dans ce salon étaient cités par lui... — 
Variante : « Rappelés. » 

Page 214. ... mais il était apte... — Variante : c Facile. » 

Page 214. ... à F occasion de torts très minimes... — 
Variante : « Pour des torts très petits. » 

Page 214. ... chez M... et sa famille, ... M. Bois, le 
beau-frère, enrichi ... — Trois mots illisibles. 

Page 214. ... .1/. le grand vicaire... — Ms. : « Cairevi. » 

Page 214. ... en sa qualité de prince de Grenoble... — 
L'évêque de Grenoble avait le titre d'évêque-prince. 

Page 214. ... mon oncle in apprit par ses plaisanteries 
quil avait un ... — Un mot illisible. 

Page 215. ... forcer les amis à se retirer. — En face, au 
verso du fol. 285, on lit : a Réi)onse à un reproche : 
comment veut-on que j'écrive bien, forcé d'écrire 
aussi vite pour ne pas perdre mes idées ? 27 dé- 
cembre 1835. Réponse à MM. Colomb, etc. » 

Page 21G. Le Père Ducros écrivait dans le haut de la 



254 >'OTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

partie la plus élevée de ces cartons. — Au verso du 
fol. 287, Stendhal a dessiné le modèle de l'un de ces 
cadres, avec la légende suivante : « Cadre de médailles 
en plâtre blanc par le Père Ducros, bibliothécaire de 
la Ville de Grenoble (vers 1790), mort vers 1806 ou 
1818. » 

Page 216. ... mon cousin Allard du Plantier... — Allard 
du Plantier (1721-1801), avocat au Parlement de 
Grenoble, fut élu en 1788 député du Tiers-Etat du 
Dauphiné aux Etats-Généraux. Il se retira à Voiron 
en 1790. 

Page 218. Quand ce moule était bien froid... — Dessin 
du moule. Le papier huilé est plus haut (de A en B) 
que léjiaisseur du moule, de manière à pouvoir 
recevoir le plâtre coulé. 

Page 219. C'est en vain que Saint-... — Le reste du nom 
est en blanc. 

Page 219. (...en B, dans la cuisine). — Au verso du 
fol. 291 est im plan d'une partie de l'appartement 
Beyle. Dans la « chambre de ma mère », en « A, atelier 
de mon plâtre » ; dans la cuisine, en « B, fourneau 
où je faisais mes soufres ». On lit au-dessous : « Maison 
paternelle, vendue en 1804. En 1816, nous logions 
au coin de la rue de Bonne et de la place Grenette, 
où je fis l'amour à Sophie Vernier et à M^'^ Elise, 
en 1814 et 1816, mais pas assez, je me serais moins 
ennuyé. De là j'entendis guillotiner David, qui fait 
la crloire de M. le duc Decazes. » 

Page 220. ...F Encyclopédie méthodique. — On lit au 
verso du fol. 29.3 : « 27 décembre 1835. Fatigué 
après 13 pages. Froid aux jambes, surtout au mollet; 
nii peu de colic[ue ; envie de dormir. Le froid et le 
café du 24 décembre m'ont donné sur les nerfs. Il' 
faudrait un bain, mais comment, avec ce froid ? 
Comment suj)porterai-je le froid do i'aris ? » 

Page 220. ... f accueillais cette religion... — Ms. : 
« Gionreli. » 



NOTES ET KCI AinCISSEMENTS 2Ô5 

Pa"C 220. ... tne maintint m sunniissiot)... — \. niante : 

t< Ahjfctiun. » 
Page 221. ... fultais au Jardin... - Il s'iJo;il ilii .Ijinlirf- 

.Îc-Vill.'. 
Pa^e 221. ... à aller au spectacle (jiie je quittais... — 

^'aria^te : « Dont je sortais. » 
Paore 221. ... quaml j\'ntcnilais sonner le sing (ou saint). 

— Sur le sins. vii\ i-/. |»liis haut, notrs du ili;i|nrrf; xvi, 

p. 2Vi. 
Pa^e 22i. ... i'ers sur la mouche noyée clans une jatte Je 

lait... — Allusion à la pièce de vers latins déjà citée 

plus haut, chapitre xii. 
Page 222. Je faisais des lunettes pour voir le voisin en 

ayant l'air de regarder devant moi. — Suit un «grossier 

croquis représentant une lunette munie d'un miroir 

incliné. 



Chapitre XXl 



Page 223. Le chapitre XXI e:sl le chapitre xviii du 
manuscrit (fol. 299 à 311). — Ecrit à Rome, le 30 dé- 
cembre 1835. 

Page 223. ... hypocrisie doucereuse (ou jésuite). — 
Ms. : « Tejé. » 

Pa"e 224. ... mon bureau à la Tronchin ne m'a coûté 
que quatre écus et demi (ou 4 X 5.45 = 24 fr. 52). — 
Nous reproduisons sans le modilier, le calcul de 
Stendhal. 

Page 224. ... un père de [cinquante-et-un] ans... — Cm- 
quanle-et-un est en blanc dans le nianuscrit. 

Page 225. ... ces caractères mobiles perces dans une 
feuille de laiton grande comme une carte à jouer... — 
Suit une figure représentant nii l{ rn laiton. 

Page 225. ... verrai- je la vérité à soi.rante-cinq ans, si 
fy arrive. — fh\ lit en face, au verso du fol. ,302 : 



25G NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

« A placer. Touchant mon caractère. On me dira : 
Mais êtes-vous un prince ou un Emile pour que 
quelque Jean-Jacques Rousseau se donne la peine 
détudier et de guider votre caractère ? Je répon- 
drai : Toute ma famille se mêlait de mon éducation. 
Après la haute imprudence davoir tout quitté à la 
mort de ma mère, j'étais pour eux le seul remède à 
l'ennui, et ils me donnaient tout l'enruii ([ue je leur 
ôtais. Ne jamais parler à aucun autre enfant de mon 

A I 

âge . 

— Ecriture : les idées me galopent, si je ne les note 
pas vite, je les perds. Comment écrirais-je vite (sic)? 
Voilà, M. Colomb, comment je prends l'hahitude de 
mal écrire. Omar, tliirtijent december 1835, revenant 
de San Gregorio et du Foro boario. » 
Page 22(). ... ijni ne demande que six ... — Vn mot 

illisible. 
Page 228. ... à cinquante-deux ans... — Ms. : « 26 X 2. » 
Page 229. ... à cinquante ans. — Ms. : « 25 X 2. » 
Page 230. ... rue Go^ot-de-Mauroy, Paris. — Justifi- 
cation de ma mauvaise écriture : les idées me galopent 
et s'en vont si je ne les saisis pas. Souvent, mouve- 
ment nerveux de la main. (Note de Stendhal.) 

Au verso du fol. 311 est ce testament de Stendhal : 
« J'exige (sine qua non conditio) cpie tous les noms de 
femme soient changés avant l'impression. Je compte 
que cette précaution et la distance des temps empê- 
cheront tout scandale. Cività-\ ecchia, le 31 dé- 
cembre 1835. H. Beylf.. )' 



Chapitre XXII 

Page 231. Chapitre XXI l. — Ce chapitre, Udii nninéroté 
par Stendhal, \a du fol. .'îl I ter au fol. 315 his. — ■ 
Le chapitre commence ainsi : « Le fameu.x siège de 
Lyon (dont jdus tard j'ai tant connu le chef, M. de 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 257 

Précy, à Brunswick, 1806-1809, mon premier modèle 
d'homme de bonne compagnie, après M. de Tressan, 
dans ma première enfance). » 

— Le fol. 311 bis porte simplement ces deux men- 
tions : « Tome second », et : « Siège de Lyon, été de 
1793. » 
Page 231. Le siège de Lyon agitait... — Variante : 
« Agita. )) 

Paffe 231. ... dont le cousin ou neveu... — Les deux 
mots : cousin ou, ont été rayés au crayon par R. Co- 
lomb, 

Page 231. ...se battait dans Lyon... — 11 ne se battait 
pas ; sa condamnation à mort fut motivée sur une 
lettre écrite à une dame de ses amies et interceptée 
par Dubois de Crancé. (Note au crayon de R. Co- 
lomb.) 

Page 231. C'est au point H que fai peut-être éprouvé... — ■ 
En face, au verso du fol. 311 ter. se trouve un plan 
de la scène : dans le « cabinet d'histoire naturelle », 
garni sur ses deux plus grands murs d' « armoires 
fermées contenant minéraux, coquillages », est la 
« table de déjeuner avec café au lait excellent et 
fort bons petits pains très cuits, griches perfection- 
nées » ; autour de la table, en « S, M. Senterre avec 
son chapeau à larges bords, à cause de ses yeux 
faibles et bordés de rouge » ; en « H, moi, dévorant 
ses nouvelles ». La terrasse est voisine ; au bout se 
trouve en « J, mon jardin particulier, à côté de la 
pierre à eau ». 

Page 231. ...et les prêtres... — ■ Ms. : « Tresp. » 

Page 231. ^L Senterre, employé à la poste aux lettres... — 
Stendhal a déjà parlé de son cousin Senterre et de la 
scène des journaux. Voir plus haut, chapitre xii. 

Page 232. ... le seul livre que faie à Rome... — Ms. : 

« Mero. )) 
Page 232. ... à dix ans... — Ms. : « Ten. » 

Drulard 11. 17 



258 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 232. ... lu montagne de Méandre (prononcez 
Mioudre)... ■ — En face, au verso du fol. 312, est 
un dessin reprrsentant la silhouette des plateaux 
de Saint-Nizier (A) et de Sornin (B-) jusqu'à la vallt-e 
de l'Isère (V). « Méaudre ou Mioudre en M, dans la 
vallée entre les deux nx)ntagnes A et B » ; « V, vallée 
de Voreppe, adorée par moi connue étant le chemin 
de Paris >>. 

Page 232. , . . Méaudre. . . — Ms. : « Mioudre. » — Méaudre 
est uu village de 784 habitants situé à 1.012 m. 
d'altitude, dans la vallée de la Bourne. 

Pawe 233. ... ma tante Elisabeth. ai>ec sa fierté castillane, 
me dit ... — Le reste de la ]iage a été laisse en blanc 
par Stendhal. Cet alinéa et le suivant, accompagnés 
d'un grand blanc, étaient certainement destinés à 
être développés. 

Page 233. ... sur les fourgon.'!... — Variante : « Ses four- 
gons. » 

Page 234. ... fêtais dans la cuisine vers les sept heures 
du soir... — Suit un plan de la cuisine. Sur la « grande 
table » de milieu, en <f 0, boîte à poudre qui éclata ». 
En H, le jeune Ileini (levant l'armoire. (Voir notre 
plan de l'appartement Clagnon. 

Page 234. ... se trouva grandement snilagé... — \ n- 
rianle : « Délivré. » 

Page 234. ... un soir que je lisais sur la commode de ma 
tante Elisabeth... — En face, au verso du fol. 313 qua- 
ter, est un plan de la partie de rapparlement (iagnnn 
occu[)é par h-s rhandires d'Elisabeth et Sérajibie 
(lagnon. Dans la chambre d'ElisalMMli. en <( II. moi 
lisant la Henriade ou Iiéli.saire, dont mon grand-père 
admirait bf^aucouji le ipiiiizième chapitre on le cdiii- 
mcncement : Justinieii vieillissait... Quel tableau di 
la vieillesse fb- I.ouis X\', disait-il ! » - - Dans nii 
angle de la i>lace Grenette (*st figuré V « escalier et 
jierron de la maison Périer-Eagrange. l'rançois, le 
lils aîné, bon et bêle, grand honuue de cheval, 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 259 

épousa ma sœur Pauline pendant les campagnes 
d'Allemagne ». 

Page 235. Toute la famille était en rang cV oignons devant 
le feu au point D. — Plan de la chambre d'Elisabeth 
Gagnon en haut du fol. 314 ; autour de la cheminée, 
en D, la famille en rang d'oignons ; en face de la che- 
minée, le jeune Beyle lisant sur la commode. 

Page 235. ... rang d'oignons. — On lit en haut du fol. 
315 bis : « 30 décembre 1835. Omar. » — Le fol. 315 
porte simplement : « Chapitre xix. » Ce chapitre 
commence au miheu de la page 315 bis, suivant une 
indication de Stendhal lui-même. 

Page 235. ... sur les registres de l'état cii^il à Grenoble. — 
Séraphie Gagnon est morte le 9 janvier 1797, à 
dix heures du soir. 



Chapitre XXIII 

Page 237. Le chapitre XXIII est le chapitre xix du 
manuscrit (fol. 315 bis à 331 bis). — Ecrit à Rome, 
les 30 et 31 décembre 1835, et lei" janvier 1836. 

Page 237. ... la loi excellente des Ecoles centrcdes. — 
Stendhal avait d'abord écrit : « La loi excellente des 
Ecoles centrales avait été faite, ce me semble, par 
un comité doiit M. de Tracy était le chef avec 
6.000 francs d'appointements, lui qui avait commencé 
avec 200.000 hvres de rente ; mais ceci arrivera plus 
ta-rd. » — Sur l'enseignement donné dans les Ecoles 
centrales en général et dans celle de Grenoble, en 
particulier, ainsi que sur les camarades et amis 
d'Henri Beyle, voir l'ouvrage de M. A. Chuquet, 
Stendhal- Beijle (1904). 
Page 237. ... d'être le chef de l'Ecole centrale. — Peut- 
être aussi la crainte des patriotes entra-t-elle pour 
quelque chose dans l'acceptation de cette fonction. 
(Note au crayon de R. Colomb.) 



260 



NOTES ET ECI.AIRCISSEMENTS 



Page 23S. ... (htns lu première salle SS... - — - Plan de 
cette salle, à l'eiilrée de laquelle se trouvait le « bureau 
du bibliothécaire, le H. 1*. l)ucros ». — Au verso du 
fol. 314. Stendhal a lifxuré un jilaii d\i collr^xc (aujour- 
d'hui le Lycée de Idles . alors situé entre la « rue 
Neuve, le faubour<r Saint-Cjcrniain de Grenoble », et 
les « remparts de la ville en 1795 ». Un y voit au rez- 
de-chaussée la « première salle des mathématiques » 
et la « salle de la chimie, professée par M. le D"" Trous- 
set » ; au ]tremier éla^M'. la <^ seconde salle oii j'ai 
remporté le ]»remier prix, sur sept ou huit élèves 
admis un mois après à l'Ecole polytechnique » ; 
enfin la « salle de latin, au second ou troisième, vue 
délicieuse » sur les « monta<;nes dl-Lchirolles » et sur 
des sommets recouverts par des k nei<j;es éternelles 
ou de huit mois de Tannée au moins ". 
Page 238. ... la tragédie «/'Ericie... — .Ms. : « Aricie. » 
Page 23S. ... la Gazette des Deu.r-Punts... - La Gazette 
universelle de politique et de littérature des Deux-Punts, 
fondée en 1770. Duliois-Fontanellc n y collabora que 
jusqu'au l^*" juin J77<>. 

Page 240 M. Guizot... - .\Is. : «. Zutnui. » 

Page 240. ... pour amener... — Variante : » Porter. » 
Page 2'if». ... mais le général ... — Le mot est en lilanc 

dans le manuscrit. 
Page 241. Il i'a sans dire tpie les prêtres... - - ^Is. : 

« Très p. i> 
Page 241. Au sutl de Grenoble est sa brillante limite. — 
On lit en lète du fol. .'{24 : « 31 décembre 1830. 
(Jmar. » — Ce feudlet n"a qu'une seule ligne écrite ; 
le reste est blanc. 
Page 241. .\ommer les professeurs à l' Ecole centrale... — 
On lit fil haut du fol. '.\'l') : « 31 décembre 1835. 
Omar, (iommencé ce livre, dont \ oiei la trois cent 
vingt-cin«piiènnr page, et cent, me ferait i(ii;ilii' (•••iits 
le... lS.3.'j. )» — Le verso du même feuillet jiorle : 
u Hapidilé : le 3 décembre 1835, j'en étais ;'i 93, 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 261 

le 31 décembre à 325. 232 en 28 jours. Sur quoi il 
y a eu voyage à Cività-Vecchia. Aucun travail les 
jours de voyage et le soir d'arrivée ici, soit un' ou 
deux sans écrire. Donc, en 23 jours, 232, ou dix pages 
par jour, ordinairement dix-huit ou vingt pages par 
jour, et les jours de courrier quatre ou cinq ou pas 
du tout. Comment pourrais-je écrire bien physique- 
ment ? D'ailleurs, ma mauvaise écriture arrête les 
indiscrets, l^r janvier 1836. » 

— En interligne (aux mots : les professeurs de 
l'Ecole centrale), Stendhal a écrit : « MM. Gattel, 
Dubois-Fontanelle, Trousset, Villars (paysan des 
Hautes-Alpes), Jay, Durand, Dupuy, Chabert, les 
voilà à peu près par ordre d'utihté pour les enfants ; 
les trois premiers avaient du mérite. » — En face 
(fol. 324 verso) est encore un plan du a Collège ou 
Ecole centrale ». 

Page 241. ... sous nos yeux... — Variante : « Vis-à-çis 
de nous. » 

Page 242. ...le peuple de Milan... — Ms. : « Lanmi. » 

Page 243. ... lorsque, en 1810... — Ms. : « 1811. » 

Page 244. ... mais Suchet... ■ — Suit un blanc d'un quart 

de ligne. 
Page 244. ... quels plats bougres... — Ms. : « Ougresh. » 
Page 245. ... général Séhastiani ! — Ms. : « Bastiani- 

sehas. » 



Chapitre XXIV 

Page 247. Le chapitre XXIV est le chapitre xx du 
manuscrit (fol. 331 bis à 355). — Ecrit à Rome, le 
l^r janvier 1836. Stendhal note au fol. 335 : « Froid en 
écrivant. » 

Page 248. ... un autre village dans la vallée. — Du Ver- 
soud. (Note au crayon de R. Colomb.) 

Brulard II. I7_ 



262 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 248. ... la vallée s'étend jusquà ta denl tle Muirans, 
de cette sorte. — Suit imo carle-oscjulsso. d'ailleurs 
inexacte. Stendhal appclU' Ih-nt de Moinin.s le Bec 
de V Echaillon, situé sur la rive ilroite de l'Isère, au- 
dessus de Veurey. Kntre Moirans et ^'ore|.)J)e. il 
sicrnale des « campagnes comparables à celle de Lom- 
bardie et de Marmaiule, les plus belles du monde ». 

Page 250. Tout cela était distribaét' par bancs de sept ou 
huit... — Suit un plan de la classe de dessin : entre 
les deux rangées, « le grand Jay arpentant sa salle 
avec l'air de gémir et en tenant la tête renversée ». 
La place du jeune Reyle était en II. dans les bancs 
placés du côté de la rue Neuve. 

Page 251. Le banc des grandes têtes, vers H... — Cette 
référence se rapporte au plan décrit ci-dessus. 

Pa^e 251. ...la volonté de crever ou d'avancer. — Rapi- 
dite, raison de la mauvaise écriture, l^'" janvier 1836. 
Il n'est que tieux heures, j'ai déjà écrit seize pages, 
il fait froid, la plume \a mal ; au lieu de me mettre 
en colère, je vais en avant, écrivant connue je puis. 
(Note de Stendhal. > 

Page 252. M. Le Hoij vivait encore et peignait... — 
Variante : « Faisait. i< 

Pape 252. i\/. Le lioij avait fait une vue du pont de la 
\'ence, ... prise du point A... — Suit un croquis sché- 
matique du point de vue. Le point \ est au bas du 
ptuit. sur le bord lin lonrnr. et l'arche du |»<iiit en- 
cadre la UKJUtagne M. 

Page 25.1. ... mais ma découverte me resta ... - Stendiial 
a, par inadvertance, oublié un mot en ])assant d'un 
feuillet à nu autre. 

Page 254. ... Ui Liberté paraissait cachée jusqu'aux 
genoux. Le fol. .'J45 est aux triii>;-fpiarls blanc. 

Page 255. ...et jamais moi, ou une .seule fois.— lui face, 
au verso (lu fol. 34fi. est un plan de la partie du collège 
contenant la « salle de dessin » et la « salle des mathé- 
matiques ". Dans oelle-ci, près du tableau, en u IJ, 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 263 

M, Dupuy, homme de cinq pieds liiiit pouces, avec 
sa grande canne, dans son immense fauteuil ». Parmi 
les élèves, en « H, moi, mourant d'envie d'être appelé 
pour monter au tableau, et me cachant pour n'être 
pas appelé, mourant de peur et de timidité ». 
Page 255. ... avec Paul-Louis Courier dans sa prise... 
— Un mot illisible. La lecture du mot prise n'est 
pas certaine. 
Page 255. ... i'rai jésuite. — Ms. : « Tejé. » 
Page 256. ... A/?ne la comtesse Daru... — Ms. : « Ruda. » 
Page 257. Monté au tableau, on écrivait en 0. — Croquis 

représentant un élève au tableau. 
Page 257. ... comme nous disions à V Ecole centrale. — 
Suit une phrase que Stendhal n'a pas elîacée, mais 
que nous supprimons cependant, car il l'a accompa- 
gnée de cette mention : répétition. « Pour ne pas 
m'embrouiller dans une longue opération d'arithmé- 
tique, je me mis à ne regarder que le tableau. » 
Page 258. ...si V Ecole centrale a été ow'erte en 1796 ou 
seulement en 1797. — L'Ecole centrale de Grenoble, 
créée par le décret de la Convention du 7 ventôse 
an III, fut inaugurée le 11 frimaire an V (1^^ décem- 
bre 1796). Des prix furent décernés aux élèves le 
30 fructidor an V (16 septembre 1797), le 10 germi- 
nal an VI (30 mars 1798), jour de la fête de la Jeu- 
nesse, le 30 fructidor an VI (16 septembre 1798) et 
le 17 brumaire an VII (7 novembre 1798). 
Page 258. Je voyais les choses de près, alors. — Ecriture. 
Le l'^r janvier 1836, 26 pages. Toutes les plumes vont 
mal, il fait un froid de chien ; au lieu de chercher à 
bien former mes lettres et de m'impatienter, io tiro 
avanti. M. Colomb me reproche dans chaque lettre 
d'écrire mal. (Note de Stendhal.) 
Page 259. Ln Maupeou... — Ms. : « Maudpw. » 
Page 259. — ■ On lit à la fin du chapitre : « Le 1^"^ jan- 
vier 1836, 29 pages. Je cesse, faute de lumière au 
ciel, à quatre heures trois quarts. » 



2G4 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 



r.HAPITRr. XW 



Page 261. Le chapitre .Y.Yl' est le chapitre xxi ilu 
nianuscrit (fol. 35G à 370; le bas iln fol. 370 et le 
fol. 371, d'abord écrits par Stendhal, ont été barrés 
avec cette mention : « Longueur y^y — Ecrit à Rome, 
les 2 et 3 janvier 183G. 

Page 262. Mademoiselle Gugnoii n'avait (uniin goût... — 
Variante : « Pas de goût. » 

Page 263. ... ce 'fut l'épotjue... -- Mol ouIiIk' iiioon- 
sciemmenl par Stendhal, en passant dun feuillet à 
un autre. 

Page 264. ... rjue mou père et Séraphie me faisaient lire. 
— Style. Pas de style soutenu. (Note de Stendhal.) 

Page 265. ... un sentiment de haine et d'horreur... — 
Stendhal orthographie : « Orreur. » Et il ajoute en 
note : « \ oilà lortliographe de la passion : orreur )i. 

Page 265. ... elle dure encore à cinquante-deux ans... • — 
Ms. : « 26 X 2. » 

Page 265. ... hier soir, Rome. Wille. — Au théâtre della 
\'alle, à Rome. (Note an crayon de R. Colomb.) 

Page 266. ... chez madame ... — Nom en blanc. 

l'âge 266. Quelle parenthèse, grand Dieu ! — On lit en 
tête du fol. 363 : « 1836. corrigé 4 jinixin 1831). 
auprès de mon feu, me brûlant les jambes et mourant 
de froid au dos. » 

Page 266. ... la moitié de re manuscrit. - -- Stendhal a 
écrit à ce sujet, nu verso du fol. 362, la note sui\anle : 
« Non laisser cela tel (piel. Dorer riiisloirc Kably, peut- 
être ennuyeuse pour les l'ascpiier de .'')l ans. Ces gens 
sont c«'p«'rid'int l'élite des leflciirs. ■ 

Page 2<)7. ... (mais je vois de Hume, à embuante-deux 
ans)... M s. : <i 26 X 2. » 

Page 268. ... par quelque dicton... - \arianle : « Lien 
commun. » 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 265 

Page 208. Je faillis rue troiis'cr mal... — Varianle : 
« Tomber. » 

Page 268. ... elle était, je crois, en K\ — Suit un plan 
de la scène. En outre, au verso flu loi. 366, plan du 
Jardin-de-Ville et de ses abords. Stendhal se trouvait, 
sur la terrasse. Il note à ce sujet : « J'ai laissé à Gre- 
noble un petit tableau à l'huile de M. Le Roy, qui 
rend fort bien cette promenade-ci. » M^i*^ Kably se 
trouvait dans l'allée qui longeait la rue du Quai 
(aujourd'hui rue Hector-Berlioz). A cette époque, 
un mur séparait le jardin de la rue : « Mur en 1794, 
bêtement remplacé par une belle grille vers 1814. )> 
— Ce mur est appelé par Stendhal « mur de l'Inten- 
dance », parce que le rez-de-chaussée de l'Hôlel-de- 
Ville fut occupé, jusqu'à la Révolution, par les 
bureaux de l'intendant de la province. 

Page 269. ... un soir, à 7 heures, à ..., en Lusace... — 
Le nom est en blanc. 

Page 270. Je troui'e... — Variante : « J'a/. » 

Page 270. ... tues sensations du temps Je AP^^ Kahhj... 
— ■ Variante : « Mes sensations d' alors. » 

Page 271. ... péJants gagés et jésuites... — Ms. : « Tejé. » 

Page 271. ... cJiez AI. Peroult, corsia del Giardino. — 
Peut-être tout [le feuillet] 370 est-il mal placé, mais 
la fadeur de l'amour Kably doit être relevée par une 
pensée plus substantielle. (Note de Stendhal.) 



Chapitre XXVI 



Page 273. Le chapitre XXVI est le chapitre xxii du 
manuscrit (fol. 372 à 386). — Ecrit à Rome, les 3, 
4 et 6 janvier 1836. • — En face du feuillet commençant 
le chapitre, on lit : « Treize pages en une heure et 
demie. Froid du diable. 3 janvier 1836. » 

Page 274. ... à la porte des Jacobins... — La porte des 



2C6 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Jacobins ttait situi^c place Gronettc. à remplace- 
ment de ractuelle rue de la Képublique. 

Page 274, ... à lu voûte du Jardin... — Le Jardin-de- 
Ville. 

Page 274. ... à l'angle delà maison... — Stendhal ortho- 
graphie : « Engle. « Et il ajoute : « Enfrle. orthogra- 
phe de la passion, peinture des sons, et rien autre. » 
— Au verso du fol. 372 est un plan de la place Gre 
nette et de ses environs, avec les emplacements où 
étaient collées les afTiches théâtrales. 

Page 274. ... mieux que de plus beaux. — On lit en haut 
du fol. 373 : « 4 janvier 183(J. A trois heures, idée de 
goutte à la main droite, dessus, doideur dans un 
muscle de l'épaide droite. » Aussi Stendhal n'a-l-d 
écrit ce jour-là qu'une page et un tiers environ. 

Page 274. ... le nom de Kahly. — Les deux tiers du 

' fol. 373 ont été laissés en blanc. 

Page 276. ... fêtais leur ressource... — - Lu blanc diiii 
tiers de ligne. 

Page 277. ... recettes pour foire du cinaigre. — Le 
fol. 370. «|ui se termine ici, est aux trois-quarls 
blanc. On lit en tête du fol. 380, qui suit : « 6 jan- 
vier LS.'jG. Les Rois. Le froid est revenu et me doimc 
sur les nerfs, l'envie de dormir, » 

Page 278. U logeait rue Neuve... — Aujuurdhui luc du 
Lycée, Un plan du carrefour des rues Neuve, Saint- 
.lactjues et de lionne est dessiné au verso du fol. 380. 
On y voit rappartciiifiit de M. Chabort. ligure au 
troisième étage de rimmcuble portant actuellement 
le n** 15 de la rue du Lycée. A l'angle de la rue de 
Bonne et de la place Grenctte, « ici fut dix ans plus 
tard la maison bâtie sur mes plans et (jui a ruiné 
mon père », 

Page '2l'.K ... ceux qui ij parvenaient... — Varianli' : 
« .Montaient. « 

Page 280. ... *'// les comprenait le moins du monde. — 
I.a première moitié du f<il. 3S,'{ n été laissée en blanc. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 267 

Page 282. ... sur un cahier de papier et à un tableau de 
toile cirée. — Suit un plan de la salle tréludes. 

Page 282. ... un jour nous levâmes un champ à côté du 

chemin des Boiteuses. — Suit un plan explicatif. 

Le chemin des Boiteuses allait depuis la porte de 
Bonne jusqu'au cours de Saint-André. Il est remplacé 
aujourd'hui par les rues Lakanal et de Turenne. 
Stendhal y figure, non loin de la porte de Bonne, 
en « T, maison de ce fou de Camille Teisseire, jacobin 
qui, en 1811, veut brûler Rousseau et Voltaire « ; 
plus loin, en « A, hôtel de la Bonne Femme ; elle est 
représentée sans tête, cela me frappait beaucoup ». 
Cet établissement, dit de la Femme sans Tête, a 
subsisté longtemps rue Lakanal ; il a disparu il y a 
une huitaine d'années, en 1905. 

Page 283. ... parlé de la Profession de foi du vicaire 
savoyard... — ■ Ms. : « Confession. » 



Chapitre XXVIl 

Page 285. Le chapitre XXVII est le chapitre xxiii du 
manuscrit (fol. 387 à 398). — Ecrit à Rome, les 
6 et 10 janvier 1836. 

Page 285. Vers ce temps-là, je me liai... avec François 
Bigillion... — C'est par l'intermédiaire de R[omain] 
C[olomb], qui s'était hé avec les deux frères, pour les 
avoir rencontrés dans la maison Faure, lors de leur 
arrivée à Grenoble. (Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 286. Rabot et la Bastille sont... situés à des hau- 
teurs bien différentes... — Le fort Rabot est à l'alti- 
tude de 2/0 mètres environ, et la plate-forme de 
la Bastille à 470 mètres. 

Page 286. ... mais que Von rend bonne en 1836. — On 
lit en tête du fol. 389 : « 10 janvier 1836. Le métier 
m'a occupé depuis huit jours. Froid du diable, 
6 degrés le lundi. )) 



268 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Pagre 287. ... cet ouvrase considérable... -— Variante : 
« Grand. » 

Page 287. ... sur toutes choses... — \'ariante : « Sur tous 
Us objets. » 

Page 288. ... bien plus a\>ancé que V esprit... --■ Varianle : 
« Ma tête. » 

Page 288. ... louent aujourd'lun lu religion... — Ms. : 
« Gionreli. » 

Page 289. ... comme disait .U'"*^ ***. — Duclos. 

Page 289. Les Bigillion habitaient rue (henoise (je ne 
suis pas sûr du nom)... — ■ Il s'agit, en elTet, de la 
rue Chenoise. 

Page 289. ... l'oratoire où mon père avait été en prison... 
— Erreur ; son père a pu se cacher, mais n"a jamais 
été en prison, surtout à l'Oratoire, uù il n'y a\ait 
que des femmes et trois enfants : les deux Mon\al 
et moi. Le guichetier, dur et renfrogné, s'appelait 
Pilon. (Note au crayon de R. Colonih. i 

Page 289. ... avec M. Colomb... — M. (Colomb père a 
fait toute sa prison à la Conciergerie, place Sainl- 
André ; j'ai couché quelquefois avec lui, dans cette 
prison. (Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 289... Romain Colomb, le plus ancien de Jues 
amis. — Stendhal écrit ensuite : « \'oici cette rue, 
ilont le nom est à peu prés elTaeé. mais non l'as- 
pect. » Et il dessine au-dessous un plan de la jtartie 
de la ville où se trouvait la rue Chenoise. — La maison 
où logeaient les Rigilliou se trouvait entre la Montée 
du Pont de Bois (aujourd'hui nie de Lionnei et la nie 
du Ponl-Saint-.Iaiiiif. 

Page 290. ... c'était unr figure j)rojondément allobroge. 

- l'Aie était plutôt laide (pic jolie, mais ])i(]uaiite et 

bonne lille ; Victorine jouait avec n«)us, sans se douter 

«pie nfiiis a[)partenions à des se.xes ilill'érents. (Note 

au crayon <i<' R. Cnlduib.l 

Page 290. ...le petit- fils de M. C'a gnon... — Ms. : « Le 
fils, n 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 260 

Page 290. ... faire hluter leur farine pour avoir du pain 
blanc. — En face, an verso du fol. 393, est un plan 
des environs de la maison où lo<i;eaient les Bigillion, 
ainsi qu'un croquis représentant le Pont -de -Bois, 
situé au bout de la Montée du Pont-de-Bois. Stendhal 
note à ce sujet : « J'ai laissé à Grenoble une vue du 
pont de Bois, achetée par moi à la veuve de M. Le 
Roy. Elle est à l'huile et shiadita, doucereuse, à la 
Dorât, à la Florian, mais enfin c'est ressemblant 
quant aux lignes; les couleurs seules ?,ont adoucies et 
florianisées ». 

Page 291. Nous formions une société bien jeune... — 
Variante : « C'était un ménage bien jeune. » 

Page 291. ... en 1796 j'avais treize [ans'^. — ■ Ms. : 
« 10 + 3. » 

Page 292. ... qui lui revient à quatre sous... — Variante : 
« Qui lui coûte. « 

Page 292. ... qualités précieuses qui cdlaient... — Un 
blanc d'une demi-ligne. 

Page 293. Je suis sûr de ces trois fenêtres à croisillons, 
en B... — Cette référence se rapporte au plan cité 
plus haut. 

Chapitre XXVIII 

Page 295. Le chapitre XXVIII est le chapitre xxiii du 
n^anuscrit. Stendhal a mis par erreur le chiffre xxiii, 
au lieu de xxiv, et cette erreur se perpétue jusqu'à 
la fin de l'ovivrage. — Comprend les fol. 399 à 416. 

— Ecrit à Rome, les 10, 11 et 12 janvier 1836. 
Page 296. ... ni V insouciance ni le... du gamin de Paris... 

— Le mot est en blanc dans le manuscrit. 

Page 297. ... à partir de la tombée de la nuit ou sing... — 

Ms. : « Saint. » 
Page 298. Cette famille avait reçu saint Bruno à la 

Grande-Chartreuse en ... — La date est eu blanc. 



270 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 299. ... à cause de la réception de Saiiii-Bnoio, 
en 1080. — Date : Saint Bruno, mort en 1101 en 
Calabre. (Note de Stendhal.) — Cette date est exacte, 
mais c'est en 1084 seulement que saint Bruno vint 
à Grenoble et fonda la Grande-Chartreuse, dont 
l'éslise fut consacn'e en 1085. 

Page 299. ... scène plaisante racontée par Clara GazuL — 
Le Théâtre de Clara Gazul, de Mérimée, a paru en 
1825. — Mérimée est appelé, la plupart du temps, 
Clara par Stendhal. 

Page 299. ... j'y traçai une coutrmne de feuillage, et ati 
milieu un V majuscule. — Suit un croquis de cette 
lettre ornée. — En face, au verso du fol. 403, Stendhal 
écrit : « Mettre ceci ici, coupé trop net, le placer en 
son temps, à 1806 ou 10. A l'un de mes voyages 
(retours; à Grenoble, vers 1806, une personne bien 
informée me dit que M*^^ Victorine était amoureuse. 
J'enviai fort la personne. Je supposais (pie c'était 
Félix Faure. Plus tard, une autre personne me dit : 
« M**^ Victorine, me parlant de la personne qu'elle 
a aimé si longtemps, ma dit : 11 ncst peut-être pas 
beau, mais jamais on ne lui reproche sa laideur... 
C'est l'homme qui a eu le plus d'esprit et d'amabilité 
parmi les jeunes gens de mon temps. En un mot, 
ajouta cette personne, c'est vous. » — 10 janvier 1830. 
— Lu de Brosses. » 

Page 299. ... ce trait de hauteur mit \'ictorine... — 
.Nîs. : « Virginie. » — Ce mot est surmonté d'une 
croix. 

Page 300. MM. Galle, La Baijette... — Une ligne est 
restée en blanc après cps deux noms. 

Page 301. ...la noin'ellc jilacc du Départenwnt. — Près 
du Jardin-de-Ville. .Vujourd'hui place de Ciordes. 
Cette place a été créée en 1791. — .\u verso du fnl. 400 
est un plan d»- la place et de ses alentours. 

Page .301. ... La Jiayette joignait une grande noblesse 
de sentiments et de manières... — Nous faisions dans 



KOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 271 

sa chambre des pique-niques, à cinq ou six sous par 
lête. pour manger ensemble du Mont-d'Or, avec des 
griches, le tout arrosé dun petit vin blanc qui nous 
semblait délicieux. La Bayette avait un charmant 
caractère : il était aimant et avait beaucoup d'expan- 
sion. (Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 301. ... les Mémoires secrets de Duclos... — Les 
Mémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et de 
Louis XV furent publiés en 1791, dix-neuf ans après 
la mort de Duclos. 

Page 303. Vous êtes, lui dit-il, V existence et V essence, 
Simple... — On lit en tête du fol. 411 : « 12 janvier 
1836. Omar. Sirocco après trente ou quarante jours 
de froid infâme... » 

Page 303. Sa mère, fort grande dame, c'était une Grolée... 

— La famille de Grolée était l'une des familles les 
plus anciennes et les plus estimées du Dauphiné. 

Page 303. ... près de la statue d'Hercule, au Jardin... — 
Au Jardin-de-Ville. Au milieu du jardin se trouve 
une statue du connétable de Lesdiguières sous les 
traits d'Hercule, attribuée à Jacob Richier. Cette 
statue, primitivement érigée dans l'île de l'étang du 
château de Lesdiguières, à Vizille, a été acquise par 
la Ville de Grenoble en 1740. 

Page 303. ... Jeanne Dupéron, çeupe B[eyle]... — 
Jeanne Dupéron, fdle de Pierre, banquier à Grenoble, 
et de Dominique Bérard, épousa le 14 septembre 1734 
Pierre Beyle, procureur au Parlement. (Voir Ed. Mai- 
gnien, La famille de Beyle- Stendhal, notes génécdo- 
giques. Grenoble, 1889.) 

Page 304. ... les Cours impériales... — Ms. : « Royales. » 

— M. de Barrai fut Premier Président depuis 1804 
jusqu'en décembre 1815, 

Page 305. j\e pourrait-on pas réunir... — Variante : 

« Ai^oir. » 
Page 305. ... ex-maire de Grenoble, jésuite... — Ms. : 

« Tejé. )) — Jean-François-Cahxte, marquis de Pina, 



272 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 



remplaça comme adjoint au maire de Grenoble, en 
181G, Joseph-Chérubin Beyle. Il fut nommé maire 
la même année, resta en fonctions jus<ju'au 13 oc- 
tobre 181S. Puis il fut encore maire de Grenoble 
entre le 26 août 1824 et la révolution de 1830. 



CnAPiTun XXIX 

Page 307. Le chapitre XXIX est le chapitre xxiv du 
manuscrit (fol. 416 à 431). — Ecrit à Ronio, les 
12 et 13 janvier 1836. 

Paore 307. ... rlont V absence nia tant nui, à Rome... — 
Ms. : >< Omar. » 

Page 307. ... son oncle, M. de ... — Le nom a été laissé 
en blanc. 

Pape 308. ... M. d'Antlion... — Jean-.Iacques-(Kil)riel 
de \ idaud d'Anthon de La Tour, né le 28 mars 1745, 
avait été nommé conseiller au Parlement par lettres 
patentes du 2 juillet 1766. 

Page 308. ... quand il était Président au Parlement. — 
Le reste du feuillet est blanc, ainsi <|ue tout le fol. 410. 

Page 308. // faut coni'enir... — On lit en tête du fol, 
419 bis : « 12 janvier 36. Omar. — 13 janvier, sans 
feu après ce froid si long de 3 à 7 degrés. » 

Page 309. ... cette excellente fille... — \ ariante : «■ Xoblc. » 

Page .309. Je ne connais rien île généreu.r, de noble, de 
di/ficile. (jui fût au-dessus d elle et de son désintéresse- 
ment. - - \ariante : « Aucun sacrifice n'eût été au- 
dessus de sa fiénérostté et de son désintéressement, d 

Page .309. ... un mot peu jiréci.s ou prête ntt eux, éi r ins- 
tant... \ îiriaiite -."In mot jieu précis (at prétendant 
éi iejfet, sur-le-champ. » 

Page 311. ... au colléfie sous la \'oùte... Aujourd hui 

passage du Lycée, allant de la rue du Lycée à la 
place Jcan-Achard, celle-ci occupée à la lin du 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 273 

xviii^ su'cle par les remparts de \h ville. Stendhal 
donne un crocpiis des lieux. B est l'allre de tilleuls, 
sur les remparts. (Voir notre plan de Grenoble en 
1793.) 

Page 311. Je crois que cest en nous promenant au 
point P... — En face, au verso du fol. 425, est un 
plan des lieux. A l'extrémité de la rue des Mûriers, 
qui longeait le rempart et le derrière de l'Ecole cen- 
trale est. en « P, commencement de la promenade de 
vieux tilleuls écourtés (maimeJ) par la taille ; » entre 
la rue des Mûriers et la promenade, en « L, jardin en 
contrebas de M. de Plainville, commandant ou adju- 
dant de la place, père de Plainville, l'ami de Barrai ». 
(Voir notre plan de Grenoble en 1793.) 

Page 313. ... plus encore qu'à Rome. — Ms. : « Omar. » 

Page 313. L ne actrice qui a un bambin... — ■ Variante : 
« Bâtard. » 

Page 314. ... // faut en contenir, cristallisation... — 
Sorte de folie qui fait voir toutes les perfections et 
tout tourner à perfection dans l'objet qui fait effet 
sur la matrice. Il est pauvre, ah ! que je l'en aime 
mieux ! Il est riche, ah ! que je l'en aime mieux ! 
(Note de Stendhal.) 



BnULAIlD II. 18 



274 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 



Chapitre XXX 



Tome II, Page 1. Le chapitre XXX est le chapitre xxv 
du manuscrit (fol. 432 à 450). — Ecrit à Rome, les 
13, 14 et 15 janvier 1836. 

Page 2. Fut-ce 1796 ou 1795 ? — Le jeune Beyle ob- 
tint à la distribution des prix du 30 fructidor an V 
(16 septembre 1797). une nienlion honorable pour le 
dessin (classe des grandes têtes) et une mention 
honorable pour les mathématiques (arithmétique et 
géométrie, non compris la trigonométrie). Il remporta 
le premier prix de belles-lettres à la dislriitiition des 
prix du 30 fructidor an VI (16 septembre 1798), 
et reçut à cette occasion Les Œuvres cV Homère, tru' 
duites par Bitaubé. Le même joui', il obtenait un 
accessit de dessin (ronde bosse). — Le prix de gram- 
maire générale fut attribué cette année-là non à 
Grand-Dufay. mais à Perrier. C'est à la distribution 
des prix du 17 brumaire an VII (7 novembre 1798) 
que Grand-Dufay obtint le prix de grammaire géné- 
rale. 

A la même distribution des prix du 17 brumaire 
an Vil, Henri Beyle obtint le piemier prix de mathé- 
matiques (l*"^ division), en même temps que Marcellin 
Charvet, Jean- Jacques Bret. t.asimir Mathieu, Félix 
Faure, Jacques Miège, Frédéric Giély, Louis Crozet 
et Charles Cheminade. Le palmarès ajoute fp. 17) : 
« La précision que le citoyen JJeyIc a mise dans ses 
réponses et la facilité avec laquelle il a opéré ses 
calculs lui ont mérité l'ouvrage ci-après, sans tirer 
au sort : U introduction à l'analyse infinitésimale 
fédifion latine), donné par un citoyen. » (Arch. 
départ, de l'Isère, L 378 et 380, et Arch. mun. de 
Grenoble, LL 219 et 223). 

Page 2. ... leur dcath. — Leur mort. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 275 

Page 2. ... un bourgeois mit ce transparent. — Je me 
le rappelle très bien : mais dans quelle rue ? (Note 
au crayon de R. Colomb.) 

Page 3. ... u?ie grosse tête, une figure fortement marquée 
de petite vérole et cependant fort rouge... — Variante : 
« Une grosse tête, un teint animé, des traits marqués 
de petite vérole. » 

Page 3. ... et sachant colorer les injustices les plus infâmes) 
Dufaij n'eût-il pas fait? — • Variante : « Et sachant 
donner couleur aux plus grandes iniquités, coquineries, 
Dufay aurait fait. » 

Page 4. ... tout le mal nest que dans ces sept lettres... — 
Ms. : « Cinq. » — • Equivoque avec le nom de Tauteur. 
qui effectivement est composé de cinq lettres. 

Page 4. ... opéra d' inchiostro . . . — ■ Ouvrage littéraire. 

Mot-à-mot : travail d'encre. 
Page 5. ... les Nuits arabes. — La célèbre traduction 

des Mille et une Nuits, par Galland, parut entre 

1704 et 1717. 
Page 5. ...le Baron enterré vis-à-vis de sa femme... — 

Vers de V Homme du Jour : 

Ci-gît, sans avoir rendu l'âme, 
Le Baron enterré vis-à-vis de sa femme. 

(Note de Stendhal.) 

Page 5. ... Crozet... né vers 1784. — ■ Louis Crozet est 

effectivement né à Grenoble en 1784. 
Page 6. ... la Vie de Hampden, par lord King ou Dacre... 

— La vie de Hampden a été l'objet d'un ouvrage de 

lord Nugent, sous ce titre : Some Memoricds of John 

Hampden, his party and his time. 
Page 7. ... cherchait m cd adroitement ù se faire député. — 

On lit en tête du fol. 442 : « J'écris, sans y voir, le 

14 janvier, à cinq heures douze minutes. » 
Page 8. ... ce vieillard rimbambito... — Terme italien 

signifiant : tombé en enfance. 



270 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 9. Xoiis avions des séances de travail... ■ — Variante : 

« Faisions. » 
Pa^e 10 M^^^ Duchesnois... — Madeinoisolle Duchés- 

iiois, née en 1777, est morte, en elVet, m 1835. 



(.11 Al' Il Ri: X.\.\l 



Paf^e 13. Le chapitre XXXI est le chaiiilre xxvi ilu 
manuscrit (fol. 451 à 468). — Ecrit à Rome, les 
16 et 19 janvier 183H. On lit en liant du fol. 451 : 
« 16 janv. 1836. Le 15, excès de lecture, battements 
de cœur, ou plutôt cœur resserré. » 

Page 13. ... Ericie. ou la \'estale. — Ericie, ou la Ves- 
tale, présentée au Théâtre Français en 1767, fut 
considérée par la Censure comme attariuant les cou- 
vents. On en référa à larchevêquc tic Paris, qui sou- 
mit le cas à la Sorbonne. De là, grand bruit sur le 
nom de Dubois-Fonlanello ; tout le monde veut lire 
son drame, soit dans des copies manuscrites, soit 
dans des éditions clandestines. Trois colporteurs 
accusés, à Lyon, d'avoir vendu des exemplaires 
d^Ericie, furent condamnés aux galères (1768), — 
La Mélanie de Laharpe est de 1770. 

Page 14. ... Renaulilon. ... maire de Grenoble de 1800 ù 
1814... - ■ r^enauldon fut maire de Gren»»ble du 28 fruc- 
tidor an \ 111 (15 septembre 1800) jusqu'au 21 avril 
1815. 

l^aLre 14 M. Jérôme... — Sous ce nom, Français de 

Nantes a ])iiblié deux ouvrages : Le manuscrit de 
jeu M. Jérôme (1825; et Jiecueil de fadaises, par M. Jé- 
rôme (1826). 

Page \\ U. le comte Daru... - — Daru publia, en 

outre, divei*s ouvrages liistori(pies et littéraires qui 
lui ouviirent les portes de r.\cnfléiiiie française. Il 
fit jiaraîlre notamment une traduction en vers des 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 277 

Epttres d"JIorace (1798) ef une Histoire de la Répu- 
blique de Venise (1819). 

Page 15. ... cette petite figure de géométrie im>entée par 
moi... — Suit la figure géométrique annoneee. C'est 
un carrefour de six routes au milieu duquel se trouve 
l'homme, en « A, moment de la naissance ». A droite, 
en « R, route de l'argent : Rotschild » et en « P, route 
des bons préfets et conseillers d'Etat : MM. Daru, 
Koederer, Français, Beugnot » ; au milieu, une seule 
route est dénommée, la « route de la considération 
publique » : à gauche s'ouvrent en « L. roule de l'art 
de se faire lire : Le Tasse, J.-J. Rousseau, Mozart », 
et en « F, route de la folie ». Quatre d'entre elles 
(Argent, Bons Préfets et Conseillers d'Etat, Consi- 
dération publique et FoHe) sont dénommées : « B, 
routes prises à sept ans, souvent à notre insu. Il est 
souverainement absurde de vouloir, à cinquante ans, 
laisser la route R et la route P pour la route L. 
Frédéric II ne s'est guère fait hre. et dès vino-t ans 
il songeait à la route L. » (Voir notre reproduction 
du fol. 454 du manuscrit.) 

Page 15. ... Fontanelle. — Dubois-Fontanelle était 
nommé M. de Fontanelle dans le monde littéraire de 
son temps. (Voir, par exemple, les Mémoires secrets 
de Bachaumont.) 

Page 15. ... il fut obligé de traduire les Métamorphoses 
dOçide... — Dubois-Fontanelle donna sept éditions 
de sa traduction des Métamorphoses entre 1762 et 
1806. 

Page 15. ... le premier volume de Gibbon... — L'ouvrage 
de Gibbon, dont la première édition, en six volumes, 
parut entre 1776 et 1788, porte le titre suivant : The 
histori/ of tlie décline and the fall of the roman Empire. 

Page 15. Quelqu'un a eu la même idée à Rome... — 
Ms. : « Erom. » 

Page 16. ... à V angle sud-ouest de la cour du Collège... — 
Suit un plan sommaire indiquant l'appartement de 

Br.uiAni) II. 18. 



278 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Dubois-Fontanelle. Le point B. où se trouvait l'édi- 
tion de Voltaire, est situé dans son cabinet. Un autre 
plan, au verso du fol. 459, indique Tappartement de 
Dubois-Fontanelle et plusieurs salles du collège, 
notamment celle du cours de belles-lettres. 

Page 17. ... oi'ec ce petit jésuite... — Ms. : u Tejé. » 

Page 18. ... minus habens sans conséquence. — Au verso 
du fol. 4G1. on lit : « En une heure et demie, de 450 
à 461, onze pages. » 

Page 18. ...ce petit jésuite... — Ms. : « Tejé. » 

Page 18. ... M. Torteleheau... — Père de feu M'"^ la com- 
tesse Français de Nantes. (Note au crayon de R. Co- 
lomb.; 

Page 18. ... des louanges qu il méritait. — Suit un blanc 
de plusieurs lignes. 

I*age 20. ... depuis quarante-six ans... — Ms. : 
« 4 X 10+6. » 

Page 21. ... une préface à de Brosses... — Cette préface 
a paru en 183G dans la Revue de Paris, sous ce titre : 
La comédie est impossible en 1836. Elle se trouve dans 
l'édition Michel Lévy de 1855, à la fin dos Clironiques 
italiennes. 

Chai I rni: XXX i I 

Page 23. Le chapitre A'AA// est le chapitre xxvii du 

manuscrit (fol. 469 à 500j. — Ecrit à Home, les 

19 et 20 janvier 1836, 
I*age 25. ... le cours de M. Duhols (imprimé depuis en 

fjiintre volumes... — l)ubt)is-l()iitau('lle, Cours de 

Jielles-lettre.s. Paris. Diifour, 1813-1820, 4 volumes 

in-8". 
Page 26. ... drundisson... iHunaii épislolaire de 

iîichardson, publié en 175.3. 
Page 26. ...ce grand hâbleur, si nul comme peintre, avait 

un talent marqué... \arianlc : t( Ce grand, hâbleur, 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 270 

qui avait si peu de talent comme peintre, en avait un 
fort grand » 

Page 26. ... les airs importants et emphatiques du pro- 
fesseur. — Variante : « Maître. » 

Page 27. ... allez vous installer à la Bosse. — Au verso 
du fol. 460 est un plan de l'Ecole centrale. 

Page 28. ... je lui donnai un soufflet de toutes mes forces 
en 0. — Suit un croquis des places respectives des 
élèves autour des modèles. 

Page 30. ... un petit morceau de rocher en forme de 
trapèze... — Suit une silhouette du rocher. — A ce 
sujet, voir plus haut, t. I, chapitre xvi, p. 187-188. 

Page 31. Odru. fort en colère, jnaurait rossé. — Plan 
du lieu du duel et de la position des adversaires. 

Page 31. ... mon témoin Didaij... — Ms. : « Daudrij. » 

Page 31. ...le petit rocher au-dessus de Sei/ssins. — De 
nouveau une silhouette de ce rocher. 

Page 32. ... f étudiais les contours du petit rocher. — 
Pour la troisième fois, Stendhal figure la silhouette 
de ce rocher. 

Page 33. ...en 1796. donc treize ans... — Ms. : « 10 + 3. » 

Page 33. ...le pont de fil de fer. — Le pont suspendu, 
aujourd hui situé à l'extrémité du cours Berriat. 

Page 33. Ce fat de Bernard... — A ce duel iiguraient : 
MM. Didier, Madier de Montjeau, de Vourey et de 
Mareste. (Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 33. ... au moulin de Canel... — Voisin du cours 
de Saint-André. 

Page 34. ... Maurice Diday. — Ms. : « Baudry. » — 
Stendhal avait d'abord écrit : Diday, puis a remplacé 
ce nom par celui de Baudry. 

Page 35. ... et se retira à la campagne, à Domène. — 
Erreur. Il fut directeur des contributions indirectes 
et n'a quitté celte administration que pour prendre 
sa retraite, de 1830 à 1833, je crois. (Note au crayon 
de R. Colomb.) — ■ Pierre-Maurice Diday épousa, le 
20 octobre 1808, Marie-Caroline-Ernestine Létour- 



280 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

ncau. — Suit un croquis de la vallée du Graisivaudan, 
« vallée admirable » ; Stendhal y a figuré Grenoble, 
Saint-Ismier, Doinène et l'ort-Harraux, et, à Saint- 
Ismier, les maisons de MM. Bi<^ilIion et Faure. 

Page 35. ... je trouverais le souvenir... — Variante : 
« Je me souviendrais. » 

Page 35. ... lui-même prètemJait à la noblesse... — 
Dupuy ]ii)rtait le nom de Duj)uy de I3oidcs. 

Page 3U. ... niui étant au tableau, //... - Suit un croquis 
du jeune Beyie au tableau. (Voir notre planche.) 

Page 37. Je suis à la ilesiente. — Au-dessous, Stendhal 
a figuré la courbe de son existence. La période culmi- 
nante va de 1810, « ma nomination (rauditcui-, 
3 août 1810 », à 1821, « mon retour de Milan, en 
juin 1821 )). 

Page 37. Ma tante Hei/... — Sophic-Kléonore Beyle, 
née le 6 janvier 1752. uvait épousé M. Rey, notaire à 
Grenoble. 

Page 37. ... (fue je tue liasse... — \'ananîe : < Que je 
fisse amitié. » 

i^age 38. — A la lin du chapitre, au verso du lui. 500, 
Stendhal nulf : l^n sept quarts dheure, de 483 à 
50f), dix-sept pages. » 



(.UAI'IlItl. XWlll 

Page 39. Le chajtitre \.\.\ Il l est le chapitre xxviii du 
manuscrit (fol. 501 à 52(J>. — Ecrit à Rome, les 20, 
22 et 24 janvier. — < h\ lit en tète du fol. 501 : k 20 jan- 
vier 1830. Le 3 décendjie, j'en étais à 03. » 

Page 10. ... cette jolie mélodie ! — ^ ariante : '< Belle, n 

l'âge 40. ... tuer un tourdre... — .\ncien nom de la 
grive. 

Page 4<l. ... la montagne de Taillefer. — Le Taillcfer 
(2.801 ni. diilliliidej ferme I liuiizcin mms le sud-est, 



NOTES ET ÉCL.\ÎRC:SSEMENTS 281 

à 23 kilomètres environ à vol d'oiseau de Furonières, 
près Claix. 

Pao-e 40. Ce fut un des plus i^ifs bonheurs de ma i^ie. — 
Suit un croquis de la scène : en haut d'un'e pente 
assez forte, mais courte, le jeune Beyle en H ; au 
milieu de cette pente, en « T', vigne d'où se leva le 
tourdre en entendant le bruit de mon approche », 
et en T, le cerisier ; au bas, la grande pièce s'étend 
horizontalement. 

Page 41. ... l" espagnolisme communiqué par... — 
Variante • « U espagnolisme de. » 

Page 41. ... Joseph Brun, le tailleur de nos hautaies. — - 
En face, au verso du fol. 503, est une carte-es({uisse 
du rocher de Comboire et de la vallée du Drac depuis 
le pont de Claix jusqu'au pont suspendu de Grenoble. 
Au bord du rocher de Comboire (« précipices de deux 
ou trois cents pieds de haut )>), en « H, moi; j'avais 
une vue superbe sur les coteaux d'Echirolles et de 
Jarrie, et mon regard enfdait la vallée ». A propos du 
pont suspendu, Stendhal écrit : « Pont de fd de fer, 
dit de Seyssins, qui succéda au bac vers 1827, con- 
struit par mon ami Louis Crozet ; le plat colonel 
Monval, méprisé de tout le monde (et loué à sa mort 
dans la Quotidienne), était actionnaire de ce pont, 
et ne voulait pas que Crozet, ingénieur en chef, fit 
l'épreuve complète. Par ime lithographie les Périer 
(Casimir, Augustin, etc.) veulent ôter cette gloire à 
Crozet et la donner à un de leurs neveux. En tout les 
Périer trompeurs, finasseurs, de mauvaise foi, plats, 
bas. » 

Page 41. ... dé laquelle il eût fallu... — Variante : « Il 
fallait. » 

Page 41. ... fe pensais fort, ce four-là, au péril du retour... 
— Suit un prohl des précipices du rocher de Comboire, 
avec ressauts coupant la pente en A et en B. 

Page 42. ... fe le pris pour un chien. — Suit un croquis 
de la scène. En outre, au verso du fol. 508, Stendhal 



282 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

a figuré, en coupe, le profil de la ])ente du rocher de 
Comboire avec quatre sentiers liorizontaux A, B, 
C, D. Ces sentiers naturels sont fréquents dans les 
Alpes calcaires du Dauphiné, où ils portent le nom 
de « sangles ». 

Page 43. ... au Peuil de Claix... — Le Peiiil de Claix 
est un plateau étroit et long, assez marécageux, situé 
à Test et au nord-est de Claix, au pied des escarpe- 
ments calcaires des montagnes du Vercors sur la 
vallée du Drac, à 1.000 mètres environ d'altitude. 
Depuis longtemps les chamois ont déserté ce lieu, 
aujourd'hui assez fréquenté. — Au verso du fol. 508, 
Stendhal a figuré deux profils des pentes, depuis 
Claix jusqu'à la crête des montagnes. Il a noté au 
bas de l'un : « Toutes ces pentes sont exagérées ; » 
mais il dit de l'autre : « Ceci est plus correct. » 

Page 44. ... Les Haïmes. — Les lialmes, commune de 
Fontaine, entre Seyssins et Sasscnage. 

Page 45. ... i'is-à-i>is les fenêtres de feu M. Le Roy. — 
Suit un plan de la place Grenette. En « F était cet 
arbre, qui peut-être n'avait qu'un bouquet de feuilles 
au haut de la tige » ; en « P était la pnnqie » ; en « C, 
la porte de la maison de mon grand-père si souvent 
mentionnée, et dont le premier étage était occupé 
par les demoiselles Caudey, dévoles ». (Noir notre 
plan de Grenoble en 1793.) 

Page 4tj. L' inscription avait plusieurs lignes... — \ oici 
1 inscrij)tion, faite non par M. Jay, mais pai' un 
peintre vitrier : Mort à la lioijauté. Constitultnn de 
l'an III. Il n \ avait pas autre chose. (Note au cniynu 
de H. Colomb, i 

Page 4(j. Moi seul j'eus l idée de la chose... — C'est chez 
H[omain^ C^olondj] que le c«)nq)lot fut jutélé ; l'idée 
première appartient-elle à H. C. ou ;i 11. li. ? C'est 
ce que je ne saurais dire. .Mais lim des d(Mix eût fait 
la chose, quand même ils n'auraient eu aunin com- 
plice ; il pouvait y en avoir une douzaine en tout : 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 283 

Casimir Prié, les trois Faure, Robin. (Xolc au crayon 
de R. Colomb.) 

Page 46. ... ce fut Treillard ou Mante. — Ce dernier. 
(Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 47. ... il me semble quil y avait une barrière autour 
de Varbre. — Oui. (Note au crayon de R. Colomb.) 
Suit un plan de la scène La ligne PP' est l'espace 
compris entre l'arbre de la Liberté et celui de la 
Fraternité. 

Page 47. ... et donnâmes le mot à Mante ou à Treillard. 
■ — Le pistolet, appartenant à H. B., fut chargé 
juscpi'au bout chez R. C, sur son lit, et en partie 
avec ses munitions. La charge se composait de deux 
coups ordinaires de poudre, de chevrotines et de gros 
plombs de lièvre, en fer coulé. H. B. et R. C. étaient 
avec Mante, qui lâcha le coup et vint immédiatement 
se réunir aux deux premiers, dans l'allée de la maison 
Gagnon, sur la place Grenette. L'un de ces trois 
grands coupables, H. B., se réfugia chez mesdemoi- 
selles Caudey, marchande de modes, au premier 
étage, tandis que R. C. et Mante grimpaient dans les 
greniers pour se soustraire aux recherches que la 
police ne manquerait pas de faire. En montant l'esca- 
lier, Mante remit le pistolet à R. C, qui voyait tous 
les jours H. B. Arrivés dans une espèce de bûcher, 
R. C, enrhumé de la poitrine, se remplit la bouche 
de suc de réglisse, afin que sa toux n'attirât pas 
l'attention des explorateurs de la maison. Au milieu 
de cette situation assez critique, R. C. se rappela 
qu'il existait dans ces greniers un corridor, au moyen 
duquel on communiquait à un escalier de service 
donnant dans la Grande-rue. Ce souvenir sauva les 
deux amis qui, arrivés dans l'allée et voyant à la 
porte deux personnes qu'ils prirent pour des agents 
de police, se mirent à causer tranquillement, et 
comme des enfants, des jeux qui venaient de les 
occuper ; de là, ils regagnèrent paisiblement leur 



284 >OTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

logis, R. C. porteur du juslolet. (26 octobre 1838.) 
(Note au crayon de R. Colomb.) 

Pajre 48. ... beaucoup rapprochaient les chandelles et 
illuminaient. — Erreur. Tout ceci eut lieu quatre 
minutes après le coup : alors nous étions tous trois 
dans la maison, comme il est dit ci-devant. pa<ie 518. 
(Note au crayon de R. Colomb. 

Pa^e 48. ... nous suivîmes donc la li"ne 1 1 1 . - In 
plan de cette scène est fij^uré au verso du fol, 518, 
et \m autre au verso du fol. 514. La lirrne FFF va du 
point M (arbre de la l-Vateniitét au point M', porte 
de la maison Gapnon sur la Grande-rue. « sortie lu 
nuit du coup de pistolet », en passant par l'entrée 
de la maison sur la place Grenelte. 

Page 48. Moi et un autre. Colomb peut-être... — Mante, 
Beyle et Colomb. (Note au crayon de lî. Colomb.) 

Page 48. ... occupées à lire la liible. - - 11 n'y a que 
H. B. qui entra chez les demoiselles Caudey : R. C. 
et Mante filèrent par le passage dans les greniers et 
atteignirent ainsi la Grande-rue (voir page 518;. 
(Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 50. ...et continuâmes à monter vers le passage. — 
l^rreur. (Note au crayon de R. Cfdomb. 

Pa^e 50. Mante et Treillard... — Treillaid ni'lail pas 
avec nous trois ; voir page 518. (Note au crayon de 
R. Colomb.) 

Page 50. ... qui étaient entrés dans la porte C... — -G est 
la porte de la maison Gagnon sur la place Grenette 
et G' la porte de la même maison sur la Grande-rue. 

Page .50. ... ce m- jiil pas Colomb et moi ipn sortîmes... — 
C'était C. et .Mante, qui se quittèrent à quelques pas 
de la porte d'allée. (\. rentra cliez lui. pr'u rassuré 
sur les suites de l'a (fa ire et assez embarrassé de .sa 
contenance. Au souper, son père, qui se trouvait 
dans ime maison il<- l.i pliicf Grenelte, au niouM'iit rn'i 
le coup fut liri'. et se doutant (|u d l'iail (Miiir <|ii(|i|nt' 
chose dans cette alTaire, bu a(lt('>>;i une \titr i(|tii- 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



28: 



mande. M. C. et toute sa famille ayant été longtemps 
emprisonnés, la coopération de son fils pouvait lui 
être fatale. (Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 51. ... qui arrwait de son village (TulVms, /e 
pense)... — Bompertuis, à une lieue de \ oiron. 
(Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 51. ... pour se donner le droit de bourgeoisie parmi 
nous. — Ce fut Mante. (Note au crayon de R. Co- 
lomb.) 

Page 51. ... une grille de fer de cinq ou six pieds de haut. 
— • Non. (Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 52. Jomard... — En surcharge, de la main de 
R. Colomb : « Zomard. » 



Chapitre XXXIV 



Page 53. Le chapitre XXXIV est le chapitre xxix du 

manuscrit (fol. 528 à 550; il n'y a pas de fol. 527). 

— Ecrit à Rome, du 24 au 26 janvier 1836. 
Page 53. ... les Caractères de ... — -Un mot illisible. 
Page 53. ... à cinquante-trois quà treize ans. — Ms. : 

« 25 X T'^ + 3. » 
Pase 54. ... un volume d'Euler ou de ... — Le nom a 

été laissé en blanc. 
Page 55. ... au Chayla (vallée près ...)... — Le nom a 

été laissé en blanc. 
Page 55. ... répondre à mes difficultés... — Variante : 

« Questions. » 
Page 56. Cest sur la table T... — Suit un plan d'une 

partie de l'appartement Beyle, rue des Vieux -Jésuites. 

Dans le salon, en face de la fenêtre, en T, est la table 

où travaillait le jeune Henri ; dans la « chambre 

toujours fermée de ma mère » était un « tableau en 

toile cirée r. 



28G 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



Page 5G. ... que fai'ais écrit... — Variante : « Composé. » 

Page 56. ... pour ceux qui me les présentaient. — Un lit 
en face du fui. 535 (fol. 534 verso) : « Testament. — 
Je donne et lègue ce volume et tous les volumes de 
la Vie (le Henri Brulard à M. Abraham Constantin, 
chevalier de la Légion dhonneur, et après lui, s'il 
ne les imprime pas, à .MM. Levavasseur, libraire, 
place \ endùme, i'hilarète Chasles, homme de lettres, 
Amyot, Pourret, libraires. Rome, le 20 janvier 183G. 
II. Beyle. » 

Page 57. ... tous les jugements dont fui rempli... — 
Variante : « Que fai écrits dans... » 

Page 58. ... r expérience d'un homme de quarante ans. — 
Les trois quarts du feuillet sont blancs. 

Page 58. Je leur voyais dire somment au tableau... — 
Suit un croquis représentant un élève au tableau, 
et au pied de l'estrade « M. I)iiiiii\ dans son grand 
fauteuil ». 

Page GO. ... f aurais eu une bien meilleure tête. — En 
face, au verso du fol. 542, est un plan de l'apparte- 
ment Beyle, rue des Vieux-Jésuites ; dans le salon, 
près de la fenêtre, la table du jeune Henri « piocliant 
labbé Marie », accompagnée de cette inscription : 
« Bonheur solitaire. Là j'é-lais ù l'abri des vexution> 
de Séraphie. Misanthropie anticipée, à quatorze ans. » 

Page GO. ... ntun père et mon grand-père eussent été tout- 
ù-fait du parti philosophique. — Cette conséquence 
peut être fausse. Au moment où rEncyclupédie 
parut, tout le monde en rallula. I/abbé Hochas, mon 
petit-oncle, dont le revenu ne dépassait probablement 
pas douze fni quinze cents francs, eut snn l-lncyclo- 
pé<lie. dont les images ont commencé ù me flonner 
le goût des gravures, tableaux, etc. l')l il était fort 
bon prêtre, sincèrement attaché à llorne ! (Note au 
crayon de H. Colomb.) 

I^age GL ... je suis encore fort susceptililf de ce genre de 
plaisir. — ( Mii diable pourrait s intéresser aux simples 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 287 

mouvements d'un cœur, décrits sans rhétorique ? 

Omar, avril 1836. (Note de Stendhal.) 
Page 62. Je crus lire un catéchisme... — Ms. : « Chismek. » 
Page 62. ... adroit et bon jésuite... — j\Is. : « Te je. » 



Chapitre XXXV 

Page 63. Le chapitre XXXV est le chapitre xxx du 
manuscrit (fol. 550 à 579). — Ecrit à Rome, les 26, 
27, 29 et 30 janvier 1836. 

Page 63. ... mon père me laisserait lien plus. — Variante : 
« Davantage. « 

Page 64. Mais ce n'était pas Vargent qui dei'ait coûter 
à cette âme... — Variantes : « Ce n'était pas là ce qui 
devait lui sembler pénible, )> et : « Ce n était pas Vargent 
qui coûtait à cette âme. » 

Page 65. ... dans la cuisine, vis-à-vis de V armoire de 
Marion... — Suit un plan de la cuisine. 

Page 65. (Non sia che un punto (Alfieri). — La moitié 
de la page a été laissée en blanc. 

Page QQ. ... que je crois pouvoir lui ôter le Monsieur. — 
On lit, en face, au verso du fol. 555 : « A placer : 
courses à la Grande-Chartreuse et Sarcenas. » 

Page 66. ... il était vêtu d'une redingote... — Gros était 
plus que néghgé dans sa toilette ; je l'ai vu lors de 
mon examen au cours d'histoire ancienne, dans 
l'été (1797 ou 1798), avec un pantalon large en 
nankin et sans bas. Autant que je puis m'en souvenir, 
il faisait payer chaque leçon trois francs, somme 
énorme, si on considère la valeur de l'argent, à Gre- 
noble, à cette époque ! (Note au crayon de R. Co- 
lomb.) 

Page 66. « Citoyens, par où commençons-nous ? — Suit 
un plan de la salle d'études, dans l'apparleinent de 
Gros, rue Saint-Laurent. En « C, petit mauvais 



288 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



tableau, en toile cirée >\ A coté du plan, en « C, 
coupe de ce mauvais tableau ; H. rebord où il y avait 
de la mauvaise craie blanche ((ui s'écrasait sous le 
doigt en écrivant sur le tableau. Je nai jamais rien 
vu de si pitoyable. » 

Paco 67. ... Cardan... — .lérôme Cardan, malhéma- 
ticien italien (1501-1570). découvrit la formule, ou 
du moins la démonstration, de l'équation du troisième 
degré, qui a pris le nom de formule de Cardan. 

Page 67. ... enfin la méthode présente. — La moitié du 
fol. 559 est en blanc. 

Page 67, ... avec trop d'enthousiasme. — On lit en tcle 
du fol. 501 : « 29 janvier 1830. Pluie et temps froid, 
jiromenade à San Pietro in Monforio. où j'eus l'idée 
de ceci vers 1832. » 

Page 68. ... qu'il faudrait perdre pour les faire couper. — 
La moitié de ce fol. a été laissée en blanc. Les fol. 503 
et 564 sont blancs. 

Page 71. ... l'exaltation espagnole à laquelle... — Ms. : 
« Auquel. » 

Page 71. ... feus le malheur d'être sujet toute ma vie. — 
En face, au verso du fol. 571, est un plan du bois du 
.lardin-de-Ville. Le bois était entouré d'une grille, 
et au milieu se trouvait la statue d'Hercule. — Celte 
statue est placée aujourd'hui plus au nord, dans la 
partie du jardin dite Jardin Irançais. 

Page 72. Ma santé avait un besoin impérieux de repos. 
— • En face, au verso du fol. 57'J, on lit : « Home, 
28 janvier 1830. Testament : ,Je lègue et donne ce 
volume et les deu.T précédents de la l ie de Henri Hrulard 
à yi. Abraham Constantin, chevalier de la Légion 
d'honneur, peintre sur porcelaine, domicilié à Genève, 
et après lui, s'il n'imprime jias, à MM. Homain 
Colomb, rue Godot-de-Maiiroy, n" 35, à l'aris, Leva- 
vassfiir, libraire, Paulin, libraire, l'un après l'aulre, 
l'hiiarèle (Jiasles, honune de lettres. Le manuscrit 
ai>particndra à celui de ces Messieurs qui trouvera 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 289 

de son inléièL de rimpriaier. en abrégé ou en loLahlé, 
Rome, le 28 janvier 183G. H. Beyle. » 
Page 72. ... la pente à 45 degrés de Comboire... — Suit un 
croquis du rocher de Comboire. 

(.HAP1TIÎE XXXVI 

Page 77. Le chapitre XXXVI est le chapitre xxxr eu 
manuscrit (fol. 580 à 59G). Ecrit du 30 janvier an 
2 février 1836. — Ce chapitre commence le livre II 
de la Vie de Henri Brulard. L'ouvrage n'ayant pas 
été terminé, je n'ai pas cru devoir conserver la divi- 
sion primitivement adoptée par Stendhal. 

Page 78. ...le fameux Basville... — Nicolas de Lamoi- 
gnon, 2^ fds du président Guillaume de Lamoignon, 
prit à la mort de son père (1077) le titre de marquis 
de Basville, sous lequel il est connu. Il fut intendant 
«lu Languedoc depuis le 13 août 1685 jusqu'au mois 
de mai 1718. 

Page 78. ... 3/. de Saint-Priest... — ■ Marie- Joseph- 
Emmanuel de Guignard de Saint-Priest, né à Gre- 
noble en 1732, obtint la survivance de l'intendance 
du Languedoc en 1764. Il fut remplacé, en 1786, 
par Ballainvilliers. 

Page 79. ... J/'"^ Rehujjel... — Stendhal a écrit en 
surcharge : « Derud'el. )> 

Page 80. ... M»i''i la marquise de Graves. — Le nom est 
en blanc. 

Page 81. ... avec la taille d'un tonneau... — Variante : 
« Grosse commis un tonneau. » 

Chapitre XXXVII 

Page 85. Le chapitre XXXVII est le chapitre xxxii du 
manuscrit (fol. 597 à 618). Ecrit à Rome, les 2 et 

BnULARD II 19 



290 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

3 février 1836. Stendhal note, le 2 féviicr. une « pluie 
infâme )\ 

Paore 85. ... une des dmes les moins raisonnables et les 
plus passionnées... — \ aiiante : « Susceptibles 
d'émotion. » 

Page 8(-». ... la rue ilu Département... — Place Saint- 
André. (^Note au crayon de U. Colomb.) — Voir 
notre plan de Grenoble en 1793. 

Page 87. ... qui i'eut faire illusion sur la pensée... — 
Variante : « Qui t'eut remplacer la... » 

Page 87. ... j'exprimais peu mes idées. — Variante : 
« Je me communiquais peu. » 

Page 87. ... (comme dit le journal avec imiiortanccL — 
Chatterton de M. de ^ igny, p. U (Note de Stendhal.) 

Page 89. ... ses sympathies sont trop i>raies... — Variante : 
« Villes. » 

Page 90. ... r irruption dun lac nrageu.r qui rent'crse... 
— Variante : « /)"((/; torrent qui emporte... » 

Page 90. ... sa digue. — Vrai. Le pouvoir déclare f|u'il 
est étranger à l'intelligence, dont il a ombrage. (Note 
de Stendhal.) 

Page 91. ... à deu.r cents pas de la porte de notre chétive 
maison. — Kn face du texte est un plan du quartier 
habité par Stendhal, entre la me Saint-Dominirpic. 
l'esplanade des Invalides et la Seine. La maison quil 
haljitait était située sur l'esplanade, entre les mes 
Saint-Domini(pie et d»- Il niversité. Stendhal re- 
marque dans iiiH- iHitc : « Peut-être notre maison 
garnie était-elle entre la me Siiinl-Dnuiinique et la 
rue de (îrenellr. ■ 

Page 91. M. Sorel... Lu même <jiie Stendhal a u|)pclé 
Hosset et qui l'a accompagné dans son voyage de 
Grenrdile à Paris. 

Page 93. ... nie déplaisait souverainement. - lii tiers 
du feiiillfl ••L'! fn\ituii a été laissé «mi bl;inc par 
Stendiial. 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



291 



Pace 93. Ma chambre était une mansarde... ■ — En face 
de son texte, Stendhal a encore dessinf' un ]>lan du 
quartier où se trouvait la maison garnie habitée par 
lui, sur l'esplanade des Invalides, entre la fue de 
Grenelle et la rue Saint-Dominique. Stendhal note 
à ce sujet : « Mon premier logement. Les habitants 
étaient des élèves de l'Ecole polytechnique. » — 
Dans le texte même, Stendhal a figuré un plan de 
sa chambre chez les Daru. En « A, lit où je faillis 
mourir )> ; en « F, fenêtre en mansarde sur la rue du 
Bac )). — - Ce plan est à nouveau reproduit un peu 
plus loin. Il est accompagné d'un détail de l'entrée 
du logement sur le « passage Sainte-Marie, tel qu'il 
était en 1799 •>\ 

Page 94. ... il doit être de deux ans plus âgé que moi et 
être né i'ers 1781. — Félix Faure était né à Grenoble 
le 18 août 1780. 

Page 94. ... la maison de M. Daru, rue de Lille..., 
n° 505. — Ce 11° 505 ne me paraît pas possible dans 
une rue composée, en grande jiartie, dhotels. (Note 
au crayon de R. Colomb.) 

Page 94. ... le ... entre les deux fenêtres... — Le mot est 
en blanc dans le manuscrit. 

Page 95. ... il ny a que des à peu près. — Travail : le 
2 février 1836, pluie infâme ; de midi à 3 heures, 
écrit 26 pages et parcouru 50 pages de Chatterton. 
Diri et Sandre, pas pu finir Chatterton. 

Dieu ! Que Diri est bête ! Quel animal ! prenant 
tout en mal. 

3 février 1836. Ce soir, le Barbier à Valle, avec une 
comédie de Scribe par Bettini. (Notes de Stendhal.) 

Chapitre XXXYIII 

Page 97. Le chapitre XXXVI II est le chapitre xxxiii 
du manuscrit (fol. 619 à 635). Ecrit à Rome, du 3 



292 NOTES ET ÉCLAir.CISSEMENTS 

au 5 février 183G. Stendhal note le 3 février : « Pluie 
infâme et sirocco donnant mal à la tète » ; le 4 février. 
« pluie continue : le Tibre monte au tiers de lin- 
scription sous le pont Saint-Ange »; le 5 février.» vu 
le Tibre ». 

Page 97. Mais une fois Fort de la comédie sur ma table... 
■ — • Suit un plan de la chamlire de Stendhal. Sa table 
est près de lune des deux fenêtres. 

Page 100. ... au teint près... — Ms. : « Presque. » 

Paiie 100. ... Mozart. — Don Juan. 

Page 101. // n'en faut boire qu'un \erre. l ne partie 
du fol. 626 a été laissée en blanc. 

Page 1<I2. ... obseri'é par moi et par Constantin... — ■ 
Abraham Constantin, peintre sur porcelaine, ami de 
Steiulhal. aiupiel est légué, dans les divers testaments 
de l'auteur, le manuscrit de la \ ie de Henri lirulard. 

Paire 102. ... nous avons vi/ toute une société romaine ... 

— Trois noms abrégés et illisibles. 

Page 104. ... entendu soi.ranli' <>u cent fm.s à l Odéiai pur 
M»'^ Barilli... — M'"c Barillli chanlail à TUdéou 
en 18l(>. (Note au crayon de U. Colomb. 

Page 104. ... ma cousine de Lon guenille... — Ce nom a 
été rayé au crayon. 

Page 105. ... comme M. de lilancmesnil... Le Panseron... 

— Les mots lilancmesnil et Panseron ont été rayés 
au cravon. 



(.11 \ iM I iti X X X 1 X 



Page li>7. \a' chapitre X.WIX es! If chajiilrf wxiv du 
manuscrit i^fjl. •i3(i à (i.').'»). - - l'.crit b-s .'>. / cl "J!» fé- 
vrier 1836, à Rome, puis à Ci\ ilà-\ •■< rlnji. SIcihIImI 
indique lui-même au fol. 648 bis : « 7 février 1S3<». 
recopié 1.- -Jî» fé\ri.-r IS.'KI. Ma, le de (/.S à Sll du 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 293 

24 février au 19 mars 1836. » Le fol. SU esl le dernier 
du manuscrit de la Vie de Henri Brulard. 

Page 107. ... il était situé sur la porte cochère. — Suit 
un plan de la maison Daru, à l'angle de la rue de 
Lille et de la rue de Bellechasse. Sur la rue de Lille, 
en « A, porte cochère » menant à une tour carrée. A 
droite, en « B, perron, ou plutôt pas de perron, esca- 
lier tournant montant au premier. Tout le premier, 
A C D, appartement de ^L Daru, le même espace, 
au second, appartement de MM. Pierre et Martial 
Daru, ses fils. » Au fond de la cour, en « E, perron 
conduisant à l'escalier par lequel je montais à ma 
chambre ». — Au fol. 638, plan de 1' « appartement 
de M. Daru, au premier » ; Stendhal s'est figuré, 
dans le salon, au milieu de la fainille Daru. Un plan 
analogue se trouve encore un peu plus loin. 

Page 108. ... ancien ministre de la Guerre. — Stendhal 
explique cette longue parenthèse de la manière sui- 
vante : « Pour la clarté. )) 

Page 108. A table, placé au point H... — Suit un plan 
de la table, avec les places respectives de M., de 
]\lme ]3aru et de Stendhal. 

Page 108. ... je ne mangeais pas un morceau qui me 
\_plût'\. — Mot oublié par l'auteur en passant du 
fol. 640 au fol. 641. 

Page 110. ... f allais chez elle au Chevallon... — Hameau 
de Voreppe, sur la route de Lyon à Grenoble, non 
loin du Fontanil, où se trouvait la maison de cam- 
pagne des Gagnon. 

Page 110. ... qui s'étaient à peu près ruinés. — Suit un 
plan de la route du Fontanil au Chevallon, avec la 
situation respective de la « maison de M"^^ de Mont- 
mort )) et la « chaumière, adorée par moi, de mon 
grand-père ». 

Page 111. ... i\/'»e Lebrun, marquise de Graines. — Le 
nom a été laissé en blanc par Stendhal. Voir ci-dessus, 
t. II, p. 108. 

Brllard il 19. 



294 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Pacre 111. 3/'"f la comtesse d'Ornisse... — La lecture de 
ce nom est très incertaine. 

Pacre 111. ... ou commencement de 1800. — Folie de 
Dominique. Dates : 4 mars 1818. Commencement 
d'une grande phrase musicale. Piazza délie Galine. 
Cela n'a réellement fini que rue du Faubourg-Saint- 
Denis, mai 1824. Septembre 1826. San Remo. (Note 
de Stendhal.) — Dominique, c'est Stendhal lui- 
même. 

Page 112. ... je ne connaissais assez ni le monde ni moi' 
même pour me décider. — Sacrifice fait : Comtesse 
Sandre (8-17 février 1836). Voilà le beau de ce carac- 
tère, c'est que le sacrifice était fait au bal Alibert, 
du mardi 16 février, quand D[on] F[ilippo] me parla. 
La brouille avec moi durait depuis le bal Anglais, 
8 février 1836. Je ne connais ce caractère que depuis 

que je l'étudié la plume à la main à 25 X 2 + ] 9» 
Je suis tellement diilérent de ce que j'étais il y a 
vingt ans qu'il me semble faire des découvertes sur 
un autre. 

Du 7 au 17, rien fait, ce me semble. Romanelli et 
Carnaval (Carnaval et d'abord grande lettre de qua- 
torze pages serrées sur rofiice Romanellii. (Note de 
Stendhal.) 
Page 112. ... ma timidité et mon imagination folles. — 
On lit en haut du fol. 648 bis : « 7 février 1836, recopié 
le 29 février 1836. Made de 648 à 811 du 24 février 
au 19 mars 1836. » — Les feuillets 648 et 648 bis sont 
en effet la copie, légèrement retouchée, d'un premier 
feuillet 648 que Stendhal n'a pas détruit et qui se 
trouve incorporé au manuscrit. 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 29c 



Chapitre XL 



Page 117. Le chapitre XL est le chapitre xxxv du manu- 
scrit (fol. 655 à 674). Ecrit à Cività-Vecchia, les 29 fé- 
vrier et 1^1' mars 1836. 

Page 117. Madame Le Brun, aujourd'hui marquise de 
[Grai'es]... — Le nom a été laissé en blanc par 
Stendhal. 

Page 119. ... mon ami Edmond Cardon... — Sur Edmond 
Cardon, voir A. Chuquet, Stendhal- Beyle, p. 479-480. 

Page 123. ... f ignorais parfaitement... — Variante : 
« Profondément. » 

Page 123. ... qui m'avait semblé... — Ms. : « M'était. » 

Page 124. ...la Cléopédie... — Ms. : « Ciropédie. » 

Page 124. Aurait-ce été... — Variante : « Etait-ce. » 

Page 124. ... mieux écrits quils sont. — Ms. : « De ce 
qu'ils sont. » 

Page 126. ... M. le baron Auguste Petiet... — Fils de 
l'ancien ministre de la guerre, qui fut adjoint à 
Berthier pour adjuinistrer la Lombardie, en 1800. 
Il semble que l'observation de Stendhal soit inexacte : 
Augustin, dit Auguste Petiet (né en 1784) était en 
1836 général de brigade et ne mourut qu'en 1858. — 
Cf. A. Chuquet, Stendhal- Beyle, p. 48-49. 

Page 128. ... la rue Hillerin-Bertin... — Cette rue a 
perdu son nom. Elle est représentée aujourd'hui par 
la portion de la rue de Bellechasse située entre les 
rues de Grenelle et de Varenne. 

Page 129. Mais oii était ce ministère de la Guerre, où 
nous allions ensemble ? — ■ Suit un plan indiquant la 
place occupée par Stendhal dans un bureau du 
ministère de la guerre, en H ou en H', près d'une 
fenêtre donnant sur les tilleuls du jardin. 



296 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



.HAPITRE 



XLI 



Page 131. Le chapitre XLI est le chapitre xxxvi tlu 
manuscrit (fol. G75 à G96). Ecrit à Cività-\ ecchia 
les l^'", 3 et 4 mars 1836. Le 2 mars, « métier : quatre 
lettres au Ministère )'. 

Page 13.!. ... protégé par les prêtres... — Ms. : « Trepr. » 

Page 133. ... la Cléopédie... — Ms. : « Ciropédie. » 

Page 134. ... je ne faisais aucun doute... — Variante : 
(i Je ne doutais pas. » 

Page 137. ... maréchal de Boujjlers (mort vers 1712^... — 
Le maréchal de Bouiïlers est mort en 171L 

Page 137. Que [écrive cela à cinquante-trois ans... — 
Ms. : « 5 X 10 + ') "977 

Page 137. ... quand j'écrivais : cella. — Un tiers du fol. 
bSS a été laissé en blanc par Stendlial. 

Page 138. ... madame Demhowski... — Métilde. Voir 
contexte et aussi le chapitre i*^"". 

Page 139. For who to dunih forget fulness a prêt/... — 
\ ers de Gray (Elégies, i73<l, stance xxn), dont le 
sens est : Qui tombe en proie à l'oubli silencieux... 

Page 139. .1 mon bureau, où j'écrivais cela, cella. — 
Suit un plan du bureau du ministère de la guerre où 
travaillaient M. Mazover, Bevie et les doux autres 
conmiis. « J'étais au bureau H ou IL, les deux com- 
mis communs en A et B. » 

Page 140. ... (iijant une vérole Itorrible... — Ms. : « h'o- 
levé. » — La maladie de Stoiidlia! dut se di'clarrr 
dans le courant fie 1808. Dans les papiers conservés 
à la bibliothèque nuinicipale de (îrenoble se trouve 
(Fi .08ÎMJ, vmI. W, fol. J!)5j une ordonnance du doc- 
teur Hiclicrand, datée du 14 décend)rc 1808, contr- 
nanl de minutieuses prescri[)lions contre des manifes- 
tations syphilitiques chez son difut. L'ordonnance 



NOTES ET ECLAlnClSSEMENTS 



297 



se termine ainsi : « Ce traitement suivi avec exactitude 
durant six semaines détruira les excroissances et 
fera disparaître la fièvre lente qui revient chaque 
soir. 

Paris, le l'i dccenibie 1808. 

R I f : H E R A X D , 

Professeui- de l' Ecole spéciale de Médecine, etc. » 

Page 141. Edmond Cardon, poussé par une mère habile... 
— Sur M"i<5 Cardon et son fds Edmond, voir A. Chu- 
quet, Stendhal- Beyle, p. 40-42 et 479-480. 

Page 141. ... que f avais envoyé... — Variante : « Expé- 
dié. » 

Page 142. ... Parlement de Pau. — Le parlement de 
Pau, qui comprenait dans sa juridiction la Navarre 
et le Béarn, fut créé en 1620. 

Paee 143. ... le baron Joincille, intendant militaire de 
la i^^ dii'isioji... — Sur Joinville, voir A. Chuquet, 
Stendhal-Beyle, p. 48-50. 



Chapitre XLII 



Page 145. Le chapitre XLII est le chapitre xxxvii du 
manuscrit (fol. 697 à 716). Ecrit à Cività-Vecchia, 
les 5, G et 7 mars 1836. — Stendhal note, en tête du 
fol. 708 : « 6 mars 1836, Cività-Vecchia. Nouveau 
papier acheté à Cività-Vecchia. » 

Page 146. ... je venais d'en avoir dix-sept... — Ms. : 
« 4- + 1. y. 

Page 147. Quelle différence de générosité avec Louis Crozet, 
Bigillion ! — Suit un blanc d'une demi-ligne. 

Page 149. ... t?-ois cent cinquante mille francs à chacun 
de ses dix ou douze enfants... — Cinq cent mille francs 
à chacun des dix enfants. (Note au crayon de R. Co- 



29S NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

lomb.) — Voir plus haut, t. I, ch. vu, p, 83-84, et 

les notes correspondantes. 
Page 152, Je veux coller ici un exemple du style de 1835. 

Cest M. Gozlan qui parle, dans le Temps... — Stendhal 

n'a pas mis sa menace à exécution : le reste du feuillet 

est resté blanc. 
Page 153. ... M. César Pascal... — INIort à Bourgoin 

en mai 1838. (Note au crayon de R. Colomb.) 
Page 153. ... n'avait pas encore pénétré dans... — 

Variante : « Atteint. » 



Chapitre XLIII 



Page 157. Le chapitre XLIII est le chapitre xxxviii du 
manuscrit (fol. 717 à 738). Ecrit à Cività-Vecchia, 
les 7 et 8 mars 1836. 

Page 157. Je ne sais si j'ai dit... — Voir plus haut, 
t. II, p. 121-122. 

Page 158. ... ma table était située dans une fort grande 
pièce occupée par divers commis. — Suit un plan du 
bureau, dont les deux fenêtres donnaient sur un 
« jardin, le même que pour l'autre bureau » ; près 
des fenêtres et placées perpendiculairement à celles- 
ci, trois longues tables ; à l'opposé, deux portes se 
faisant face étaient percées dans les murs perpen- 
diculaires à celui des fenêtres. La ligne DD' va d'une 
porte à l'autre. 

Page 161. ... une place à millions... — Stendhal fait 
peut-être allusion ici au poste de directeur des sub- 
sistances de Paris, que lui ofi'rit le comte Bcugnot (cf. 
A. Chuquct, Stendhal- Beyle, p. 146), ou à celui de 
préfet de la Sarthe, dont lui-même parle dans la 
même page. 

Page 161. Au lieu de dix, f aurais vingt mille... — 
.Ms. : « I en » et '( tventij thousnnd ». 



rsOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 299 

Page 162. Ne manquez jamais un mardi de Afme Cardon. 

— Comparez avec la même réflexion déjà faite plus 

haut, chapitre xl, page 120. 
Page 163. ... M^e Sorel (je crois), dont le mari ni'amit 

servi de chaperon pendant le voyage. — Stendhal l'a 

appelé plus haut M. Rosset (voir chapitres xxxv et 

xxxvi). 

Page 163. ... les Mémoires de sa camarade, Mme Cam- 
pan... imprimés vers 1820. — Les Mémoires de 
Mme Campan furent pubhés en 1823. 

Page 165. Je sus tout cela quelques mois plus tard. — 
Une partie du feuillet 732 est en blanc. En marge, 
Stendhal a écrit : « Placer les portraits physiques. » 

Page 165. Je ne sais si je fis les yeux doux... — Variante : 
« Les yeux du désir. » 



Chapitre XLIV 



Page 169. Le chapitre XLIV est le chapitre xxxix du 
manuscrit (fol. 739 à 758). Ecrit à Cività-Vecchia, 
les 8 et 9 mars 1836. 

Page 170. Le capitaine était un grand homme hlond... — 
Au sujet du capitaine Burelviller, ou Burelvillers, 
voir A. Chuquet, Stendhal- Beyle, p. 45. 

Page 170. ... M... lui avait dit. — Le nom est en blanc 
dans le manuscrit. 

Page 172. ... la cloche majestueuse d'une église... — 
Cette éghse devait être un temple protestant, car 
il n'y a pas d'église cathoHque dans le canton de 
Vaud. (Note au crayon de R. Colomb.) 

Page 177. ... où se trouve, de toute nécessité... — 
Variante : « Nécessairement, » 



300 NOTES F.T ÉCLAIRCISSEMENTS 



Chapitri: XLV 

Page 179. Le chapitre ALI est le chapitre xi, du niann- 
scrit (fol. 759 à 778:. Ecrit à Cività-\ ecchia, le 9 mars 
1836. 

Page 180. ... je me rappelle mieux les dangers... — 
Ms. : « Des dangers. » 

Page 181. ...le sentier était formé de roches immobiles. — 
Suit une coupe du sentier et du précipice que les 
voyageurs voyaient à leur gauche. Le sentier était 
creux, les rochers qui le composaient formant un 
angle obtus de 60 degrés environ. Entre le sentier 
et le précipice, il pouvait y avoir trois ou quatre 
pieds. Au bas du j)récipice, dont la pente est indiquée 
par les lettres K P E, en « L, lac gelé sur lequel je 
voyais quinze ou vingt chevaux ou mulets tombés. 
De R en P le précipice me semblait presque vertical, 
de P en E il était fort rapide ». 

Page 182. ... elle est dans la gravure. ■ — - Suit \\n jilau 
indiquant la marche de flanc suivie depuis l'Hospice 
jusqu'à Etrouble, eu contournant le lac gelé. 

Page 182. ... i'ers un hameau nommé Saint... — Le 
reste du nom a été laissé en blanc. 

Page 184. ... le fort de Bard. — Suit un croquis de la 
vallée d'Aoste, avec au fond le fort de liard. 

l^age 185. C'est le chemin. — Suit un cinf|nis analogue 
à celui indifpié ci-dessus ; mais Stendhal y a ligure, 
en (\, le chemin escaladant la nionlagne d'Albaredo. 

Page 186. « Diable! il // a donc danger ! » me dis- je. — 
Suit un croquis explicatif : à droite, eu lî. les rem- 
parts du fort de Bard. A gauche, en (".. à hi hauteur 
des renqtarts, la petite plate-forme du cheiuin, bordée 
par un |)récipice I) allant jusrpi'au fond de la vallée. 
Au-dessous, cette légende : « Le ( Intinii. mi plutôt le 
sentier à peine tracé fraîchement avec des pioches, 



NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 301 

était comme C et le précipice comme D, le rempart 
corume K. » 



Chapitre XL\ I 



Page 187. Le chapitre XLVI est le chapitre xli du 
manuscrit (fol. 779 à 796). Ecrit le 15 mars, à Cività- 
Vecchia. — Stendhal indique au fol. 782 : « Cività- 
Vecchia du 24 février au 19 mars. » 

Page 188. ... le passage du M ont- Saint- Bernard (à 
2.491 mètres au dessus de r océan)... — L'altitude 
exacte du col du Grand-Saint-Bernard est 2.472 
mètres. 

Page 189. ParentJièse. — A placer ailleurs en recopiant. 
(Note de Stendhal.) 

Page 190. ... uji homme de cinquante-trois ans! — 
Ms. : « 5- X 2 + '|'^"97^ 

Page 190. ... croyait arrêter le général Bonaparte. — 
Suit un croquis du fort de Bard et du chemin suivi 
par Stendhal. Au-dessous est cette légende : « H, moi ; 
B, village de Bard ; C C C, canons tirant sur L L L ; 
XX, chevaux tombés du sentier L L L, à peine tracé 
au bord du précipice ; P, précipice à 95 ou 80 degrés, 
haut de 30 ou 40 pieds ; P', autres précipices de 70 
ou 60 degrés, et broussailles infinies. Je vois encore 
le bastion CGC, voilà tout ce qui me reste de ma 
peur. Quand J'étais en H, je ne vis ni cadavres, ni 
blessés, mais seulement des chevaux en X. Le mien 
qui sautait et dont je ne tenais la bride qu'avec deux 
doigts, suivant l'ordre, me gênait beaucoup. » 

Page 193. ... peut-être Berland, Saint- Ange et Taillejer... 
— Berland, près des Echelles ; le plateau Saint-Ange, 
au-dessus de Glaix ; le massif de Taillefer, qui domine 
la vallée de la Romanche, (Voir à ce sujet les cha- 
pitres précédents.) 



302 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

Page 194. ... dans tous les cas ce ne put être,.. — Va- 
riante : « Ce ne fut. » 

Page 195. — Avec le chapitre xlvi finit le troisième 
tome relié du manuscrit. On lit, à la fin de la table 
qui termine le volume : « Ce volume troisième finit 
à l'arrivée à Milan, 796 pages font bien, une fois 
augmentées par les corrections et gardes contre la 
critique, 400 pages in-8^. Qui lira 400 pages de mou- 
vements du cœur ? » Au feuillet suivant, on lit encore : 
'( 1836, 26 mars, annonce du congé pour Lutèce. 
L'imasination vole ailleurs. Ce travail en est inter- 
rompu. L'ennui engourdit l'esprit, trop éprouvé de 
1832 à 1836, Omar. Ce travail, interrompu sans cesse 
par le métier, se ressent sans doute de cet engourdis- 
sement. — Vu ce matin galerie Fech avec le prince, 
et loges de Raphaël. — Pédanlisme : rien n'est mal 
dans le Dante et Raphaël, idem à peu près pour Gol- 
doni. 8 avril 1836, Omar. » 



Chapitre XL\'II 



Page 197. Le chapitre XL\ II est le chapitre xlii du 
manuscrit (fol. 797 à 808). Ecrit à Cività-Vecchia, 
les 15 et 17 mars 1836 : corrigé à Rome les 22 et 
23 mars. — Stendhal note au verso du fol. 807 : 
« Travail à Cività-Vecchia : trois ou quatre heures 
seulement du 24 février au 19 mars 1836, le reste au 
métier (gagne-pain). » — Ce dernier chapitre est 
relié, avec divers autres fragments, dans le XII*^ tome 
de la collection des 28 volumes conservés ù la biblio- 
thèque municipale de Grenoble sous le n" R 5896. 

Pâtre 197. Il me semble le voir... — Variante : « Je le 
i>ois. » 

Page 197. ... je ne suis parti que le... — La date a été 
laissée en blann. 



NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS 



503 



Page 198. MuilUd rci'int sur ses pas et me conduisit à 
la Casa d'Adda. — Suit un plan ties lieux : la ren- 
contre de Martial Daru et d'Henri Beyle, au bout de 
la Corsia del Giardiuo, presque à l'angle du Monte 
Napoleone, et l'emplaceuient de la Casa d'Adda, 
sur la Corsia di Porta nova. 
Page 200. ... je trouvai cinq ou six mois de bonheur 
céleste et complet. — • Le 26 mars 1836, à dix heures et 
demie, lettre très polie pour congé. 

Depuis ce grand courant dans mes idées, je ne 
travaille plus. 1"' avril 1836. 

Prose du 31 mars : Stabat mater, vieux couplets 
barbares en latin rimé, mais du moins absence 
d'esprit à la Marmontel. (Notes de Stendhal.) 
Page 203. On gâte des sentiments si tendres à les raconter 
en détail. — - Avi verso du dernier feuillet (fol. 808), 
Stendhal a jeté rapidement les notes suivantes, rela- 
tives à son prochain voyage. 

« Voyage : le bateau à vapeur jusqu'à Marseille. 
Acheter six foulards à Livourne et vingt paires de 
gants jaunes chez Gagiati, à Rome. 

Suite, voyage : Absolument la malle-poste à Mar- 
seille, fût-ce celle de Toulouse et Bordeaux, pour 
éviter le dégoût de Valence et Lyon, Semur et 
Auxerre, de moi trop connus. Mauvais commence- 
ment. — Probablement, le détour de Florence, en 
arrivant à Livourne, ne me plaira pas. — Peut-être 
aller en Angleterre, du moins à Bruxelles, peut-être 
à Edimbourg. 

Plan : profiter de mon temps dans le voyage de 
Paris. Dire jamais Omar bien changé. 2°, régime, 
pour éviter les soupers. Voir beaucoup M. de La 
Touche, Balzac, si je puis, pour la littérature ; 
M. Chasles, im peu Levavasseur ; mesdames d'Anjou 
(assidûment), Tillaux, Tascher et Jules, Ancelot, 
Menti, Coste, Julie. C'est l'assiduité qu'il faut. — Si 
je restais à Paris, c'est dans les premiers deux mois 



304 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS 

que je puis foncier les salons du reste uj my life. — 
Je ne sens de transport que pour Giul. — In loge- 
ment au midi, rue Taitbout. Qu'est-ce, pour trois 
mois, que 200 francs de plus en logement ? » 

Stendhal quitta Cività-Vecchia après le 5 mai 1836 ; 
le 16 mai, il était à Marseille, et il arriva à Paris le 
25 mai. Il fit durer son congé trois ans, et ne rentra à 
Cività-Vecchia qu'en juin 1839. 



ANNEXES 



I 

PREMIER ESSAI D'AUTOBIOGRAPHIE i 

MÉMOIRES DE HENRI B. 
LIVRE I 

CHAPITRE I 

Quoique ma première enfance ait été empoi- 
sonnée par bien des amertumes, grâce au caractère 
espagnol et altier de mes parents, depuis deux ou 
trois ans je trouve une certaine douceur à m'en 
rappeler les détails. Il a fallu plus de quarante 
années d'expérience pour que je pusse pardonner 
à mes parents leurs injustices atroces. 



1. Ecrit à Rome, le 15 février 1833. — Ce fragment d'autobiographie 
se trouve à la Bibliothèque municipale de Grenoble, dans le carton 
coté R 300. 

BnuLABD II. 20 



306 ANNEXES 

Je suis né à Grenoble le 23 janvier 1783, au sein 
d'une famille qui aspirait à la noblesse, c'est-à-dire 
qu'on ne badinait pas avec les préjugés nécessaires 
à la conservation des ordres privilégiés. La religion 
catholique était vénérée dans la maison comme 
l'indispensable appui du trône. Quoique bourgeoise 
au fond, la famille dont je porte le nom avait deux 
branches. Le capitaine B[eyle], chef de la branche 
aînée, qui était fort riche, avait la croix de Saint- 
Louis et ne manqua pas d'émigrer, chose peu diffi- 
cile, car Grenoble n'est qu'à neuf lieues de Cham- 
béry, capitale de la Savoie. 

Cet excellent capitaine '"BeyleJ, le meilleur 
homme du monde, avec sa voix glapissante et ses 
éloges éternels de nos princes, ne s'était jamais 
marié, non plus que ses cinq ou six sœurs. Mon 
père, chef de la branche cadette, comptait bien 
hériter d'une trentaine de mille livres de rente, et 
comme mon père était un homme à imagination, 
il m'admit de bonne heure à la création des châ- 
teaux en Espagne qu'il élevait sur cette fortune à 
venir, dont plus tard une loi de la Terreur nous 
priva presque entièrement. N'était-ce pas celle du 
17 germinal an III ? Ce nom a retenti dans toute 
mon enfance, mais voici trente-trois ans que je n'y 
pense plus du tout. Grâce à la manie exagérante 
et noblifiante de la famille, peut-être que, même 
sans la loi de germinal sur les successions, cette 
fortune de trente mille francs de rente se serait 



PREMIER ESSAI d'aUTOBIOGRAPHIE 307 

réduite à douze ou quinze. Cela était encore fort 
considérable pour la province vers 1789. 

Ma mère était une femme de beaucoup d'esprit, 
elle était adorée de son père. Henriette Gagnon 
avait un caractère généreux et décidé ; j'ai compris 
cela plus tard. J'eus le malheur de la perdre lorsque 
j'avais sept ans, et elle trente-trois. J'en étais 
amoureux fou, je ne sais si elle s'en apercevait ; 
elle mourut en couches en prononçant mon nom 
et me recommandant à sa sœur cadette, Séraphie, 
la plus méchante des dévotes. Tout le bonheur 
dont j'aurais pu jouir disparut avec ma mère. La 
tristesse la plus sombre et la plus plate s'empara 
de la famille. Mon père, qui adorait d'autant plus 
sa femme que celle-ci ne l'aimait point, fut hébété 
par la douleur. Cet état dura cinq ou six ans, il 
s'en tira un peu en étudiant la Chimie de Maquart, 
puis celle de Fourcroy. Ensuite, il prit une grande 
passion pour l'agriculture et gagna deux ou trois 
cent mille francs à acheter des domaines (ou 
terres) ; puis vint la passion de bâtir des maisons, 
où il dérangea sa fortune, enfin sa passion pour 
les Bourbons qui le firent adjoint du maire de Gre- 
noble et chevalier de la Légion d'honneur. Mon 
père négligea tellement ses affaires pour celles de 
l'Etat qu'il passa une fois dix-huit mois sans aller 
à son domaine (ou terre) de Claix, qu'il faisait 
cultiver par des domestiques, et où avant les hon- 



308 



ANNEXES 



neurs Bourboniens il allait deux ou trois fois la 
semaine. Dans les derniers temps, mon père était 
fort jaloux de moi ; comme j'avais fait la campagne 
de Moscou avec une petite place à la cour de Napo- 
léon, que j'adorais, j'étais en quelque sorte à la 
tête du parti bonapartiste (181G). Mais je m'égare. 
Mon père avait assuré en 1814 à mon ami, M. Félix 
Faure, aujourd'hui pair de France (né à Grenoble 
vers 1782), qu'il me laisserait dix mille francs de 
rente. Félix grava cette somme sur ma montre. 
Sans cette assurance, j'aurais pris un état en 1814 : 
filateur de coton à Plancy, en Champagne, ou 
avocat à Paris. En 1814, j'allai m'amuser en Italie, 
où j'ai passé Sept ans ; mon père, à sa mort, m'a 
laissé un capital de 3.900 francs. J'étais alors amou- 
reux fou de M""^ D. Pendant le premier mois qui 
suivit cette nouvelle, je n'y pensai pas trois fois. 
Cinq ou six ans plus tard, j'ai cherché en vain à 
m'en affliger. 

Le lecteur me trouvera mauvais fils, il aura 
raison. Je n'ai connu mon jjcre, de sept ans à 
quinze, que par les injustices abominables qu'il 
exécutait sur moi, à la demande de ma tante Séra- 
phie, dont, à force d'ennui intérieur, il était peut- 
être un peu devenu amoureux. J'entrevois à peine 
cela aujourd'hui en y réfléchissant. Dans l'éduca- 
tion sévère dts familles suivant les mœurs de 
l'ancien régime, où par-dessus tout les parents 
songeaient ;"i se faire respecter cl craindre, les 



PREMIER ESSAI D AUTOBIOGRAPHIE 309 

enfants étaient comme collés tout près de la base 
de statues de quatre-vingts pieds de haut. Dans 
une si mauvaise position, leur œil ne pouvait que 
porter les jugements les plus faux sur les propor- 
tions de ces statues. 

Je ne me rappelle plus l'origine du sentiment du 
juste, qui est fort vif en moi. C'était non pas 
comme à moi désagréables, mais comme injustes, 
cfue les arrêts de ma tante Séraphie, appuyés par 
l'autorité de mon père, me faisaient verser des 
larmes de rage. Deux ou trois fois la semaine, je 
passais une heure à me répéter à voix bnsse : 
« Monstres ! Monstres ! ^îonstres ! » 

Pourquoi diable ma tante m'avait-elle pris en 
grippe ? Je ne puis le deviner. Peut-être ma mère, 
mourant en couches avec le plus grand courage et 
toute sa tête, avait-elle fait jurer à son mari, au 
nom de son fds aîné, de ne jamais se remarier. 
Quand j'avais trente ans, des témoins oculaires, 
entre autres l'excellente M"'*^ Romagnier, amie que 
nous venons de perdre il y a deux ou trois ans, me 
parlaient encore de la haine passionnée et folle que 
j'avais inspirée à ma dévote de tante. 

J'étais républicain forcené, rien de plus simple : 
mes parents étaient ultra et dévots au dernier 
degré ; on appelait cela en 1793 être aristocrate. 

Comme marquant par ses propos pleins d'ima- 
gination et de force, mon père fut mis en prison 

Brllard II. 20. 



310 



ANNEXES 



pendant, vingt-deux mois par le représentant du 
peuple Amar. On juge de l'horreur que mon répu- 
blicanisme inspirait dans la famille. J'avais fait 
encore un petit drapeau tricolore que je promenais 
seul en triomphe dans les pièces non habitées de 
notre grand appartement, les jours de victoires 
républicaines. Ce devaient être alors celles du traître 
Pichegru. On me guettait, on me surprenait, on 
m'accablait des mots de monstre, mes parents pleu- 
raient de rage et moi d'enthousiasme. « Il est beau, 
il est doux, m'écriai-je une fois, de souffrir pour la 
Patrie! » Je crois qu'on me battit, ce qui, du reste, 
était fort rare, on me déchira mon drapeau. Je me 
crus un martyr de la patrie, j'aimai la liberté avec 
fureur. J'appelais ainsi, ce me semble, l'ensemble 
des cérémonies que je voyais souvent exécuter dans 
les rues, elles étaient touchantes et imposantes, il 
faut l'avouer. J'avais deux ou trois maximes que 
j'écrivais partout et que je suis fâché d'avoir si 
complètement oubliées. Elles me faisaient verser 
des larmes d'attendrissement, en voici une qui me 
revient : 

Vivre libre ou mourir, que je préférais de beau- 
coup, comme éloquence, à : la liberté ou la mort, 
qu'on voulait lui substituer. J'adorais l'éloquence ; 
dès l'âge de six ans, je crois, mon père m'avait 
inoculé son enthousiasme pour J.-J. Rousseau, que 
plus tard il exécra comme anti-roi... 



II 

UNE PAGE DE CRITIQUE LITTÉRAIRE 
DE STENDHAL 



Ce fragment a été écrit en même temps que la 
Vie de Henri Brulard, le 16 décembre 1833, et 
inséré par Stendhal dans le second volume de son 
manuscrit, après le récit de sa première communion 
(chapitre xviii de la présente édition). 

Je l'ai rejeté parmi les annexes, parce qu'il n'a 
rien de commun avec le texte des mémoires d'Henri 
Beyle, 

Encyclopédie du XIX^ siècle. 

Ce livre, ou plutôt son annonce qui remplit tous 
les journaux, m'a bien fait rire ce matin. Rien ne 
m'amuse comme les efforts que fait la société ultra 
(c'est-à-dire les nobles et les [prêtres]) pour tâcher 
de tromper l'opinion, pour faire des livres qui 
rendent le peuple imbécile et pour tâcher de se 
persuader ensuite que ces livres sont lus. 

Hé, messieurs, faites pendre les écrivains, ruinez 
les imprimeurs et les libraires, empêchez la poste 



312 ANNEXES 

de transporter los livres, voilà ce qui est raison- 
nable ! 

J'ai bien ri ee matin et toute la journée j'ai été 
rempli de joie quand je venais à songer à V Encyclo- 
pédie du XIX^ siî'cîe, dont l'annonce remplit plus 
d'un pied carré dans le Journal des Débats du 5 dé- 
cembre 1835. 

Le comité de direction oiïrc d'abord les noms de 
M. Ampère et de M. le comte Beugnot, de l'Institut, 
un savant de premier ordre, mais aussi bas, aussi 
plat que Laplace ou M. Cu\ier, et un homme d'es- 
prit, mais des plus communs, incapable d'écrire 
dix pages qui se fassent lire et qui a acheté tous 
ses livres à ce Blier si sale et à ce M. SainL-Marlin, 
si vendu et si plat, dont le choléra a délivré la 
science. 

Tous les savants vendus, tous les nobles qui ont 
fait des livres dont dix ou douze exemplaires se 
sont vendus, tous les prè[tresl à plats sermons 
font partie de la liste des auteurs. 

Ces Messieurs disent dans leur prospectus que 
les autres encyclopédies ne peui'ent rju engendrer le 
doute et perpétuer r indifférence. Voilà qui est 
adroit î Ces Messieurs veulent cliarger le cler^gél 
de maintenir les peuples dans la soumission et 
l'abjection morale. 

MM. Mennechet, Michaud, Charles .Wtdier, Bal- 
tut, ce voleur de Champollion-Figeac, ce bon 
fripon Banni IU)chelte, ce ((kiuiii de Trouvé, cet 



UNE PAGE DE CRITIQUE LITTÉRAIRE 313 

archiniais de \ illeneuve-Bargemont, ce charlatan 
d'Ekstein, cette archibete de Ch. Artaud, cet in- 
croyable païen, M. l'académicien Pouqueville, le 
chevalier Drake, bibliothécaire de la papauté à 
Rome ^, enfin des inconnus ou des Jean-fesse, 
tous chevaliers de Kœnig von Jeanfoutre. Les seuls 
noms décorés sont MM. Arago et Frédéric Cuvier. 

Tous, en général, écrivains que personne ne lit. 
Ces plats intrigants sont accolés à une foule de 
nobles littérateurs qui voudraient bien pouvoir 
écrire deux pages, mais le pouvoir leur manque, 
volentl et conanti. Ces nobles riches, comme MM. de 
Lamartine, de Villeneuve, de Pastoret, Beugnot, 
fourniront chacun vingt pages et vingt-cinq louis. 
Le livre sera supérieurement imprimé, porté aux 
nues dans tous les journaux, sans doute acheté par 
le ministre pour les bibliothèques, et si la Révo- 
lution, second volume de celle de Juillet, arrive un 
peu plus tôt, il ne sera pas acheté et pour rire j'en 
achèterai sur les quais quelque volume, à vingt 
sous. 

Chacun des souscripteurs recevra son exemplaire, 
tous les journaux retentiront de l'immense succès ; 
s'il se trouve, contre toute apparence et prudence, 
quelque homme d'esprit hardi, il fera sur cette 
rapsodie un pamphlet comme le Noiweau Complot 
contre les industriels ^, s'il m'est permis de citer 

1. ]\Is. : « Omar. » 

2. Pamphlet du Bcj-le, publié en 182Ô. 



314 ANNEXES 

cette brochure. S'il n'y a pas de brochure critique, 
je suis prêt à parier que V Encyclopédie du XIX^ siè- 
cle aura moins de lecteurs qu'elle n'étale de colla- 
borateurs dans l'annonce des Débats de ce matin. 
La moitié de ces souscripteurs prévoit sagement 
une influence comme celle de Y Encyclopédie de 
Diderot et d'Alembert. 



Le plus grand service que le duc de Modène put 
rendre à la cause libérale était d'imprimer la Voce 
délia Verita, qui provoqua des discussions à la 
Tolfa et à Castel-Bolognesc. 

Jetez les écrivains dans une prison perpétuelle, 
dites vos Heures en public, comme le roi de B. le 
vient de faire envers M. Bher, et en partant pour 
la Grèce ruinez les libraires et les imprimeurs, mais 
n'ouvrez jamais la bouche, et surtout gardez-vous 
d'écrire. 

MM. Ampère, comte Beugnot, Fortia d'Urban, 
Hennequin, Laurentie, Pariset, abbé Receveur et 
baron Walkenaer, en sont les directeurs. 

Après cette âme noble et généreuse de M. Ampère 
qui, vers 1827, entreprit de me prouver la... ^ 
au milieu du salon de ^L Cuvier, le plus savant est 
M. Fortia d'Urban qui, à pro[)Os du système de 
^^ olf sur Homère, disait d'un air triomphant : 

1. Un mol illii^iblc. 



UNE PAGE DE CRITIQUE LITTERAIRE 



315 



« Ils (Veulent nier Vexislence d'Homère, et fai son 
buste clans mon cabinet ! » 

Séparé de Paris depuis cinq ans, je n'ai pour rire 
que les annonces de ce genre et les anecdotes 
comme M. rarch[evêque] de Paris emportant dans 
sa voiture les deux cuvettes de M™^ la princesse 
de Tallevrand mourante. 



III 

DELX NOTICES I3I0GRAPI1IQL ES 
D'HENRI BEYLE . 

ÉCRITES !• A n H 1 - M ic M E 

Ces deux notices sont conservées à la Bihliotlièque 
municipale de Grenoble, dans le carton coté R 300, 
où se trouve également un cahier de la \ie de Henri 
Dnilard. Toutes deux ont été publiées par MM. (Casi- 
mir Stryienski et François de Nion en appendice 
de leur édition du Journal de Stendhal (Paris, 
1888), p. 4G7-4G9 et 470-475. 

I 

Notice sur M. Beyle, par lui-même. 

Henri Beyle, né à Grenoble en 1783, ^icnt de 
mourir à... (le... octobre 1820 ^). Après a^•oir 



1. .Slondhal avait d'abord écrit 1822 ; puis il a surchargé et corrij;é 
en 1820. Aucune de ce» deux dates ne doit être exacte, et c'est de 1821, 
après le retour de .Milan, ()u'il faut très {irobublenient dater ce frag- 
ment. Stendhal dit lui-même dans sa sccondu notice biographique, 
publiée également ci-après : « Ueyie, malheureux de toutes façons, 
revint à l'aris en juillet 1821, il sonjjeait sérieusement ;i en finir... « 
— De même dans le chai)itre II de la Vie de Henri lirulurd (t. 1, 
p. 15):* En 1821, je quittai Milan, et songeant beaucoup à me brûler 
la cer>-clle. > 



DEUX NOTICES BIOGRAPHIQUES 317 

étudié les mathématiques, il fut qiiel({ue temps 
olFicier dans le 6*^ régiment de dragons (1800, 1801, 
1802). Il y eut une courte paix, il suivit à Paris une 
femme qu'il aimait et donna sa démission, ce qui 
irrita beaucoup ses protecteurs. Après avoir suivi 
à Marseille une actrice qui y allait remplir les pre- 
miers rôles tragiques, il rentra dans les affaires, 
en 1806, comme adjoint aux commissaires des 
Guerres. Il vit l'Allemagne en cette qualité, il 
assista à l'entrée triomphale de Napoléon à Berlin, 
qui le frappa beaucoup. Etant parent de M. Daru, 
ministre de l'armée et la troisième personne après 
Napoléon et le prince de Neuchâtel, M. B[eyle] vit 
de près plusieurs rouages de cette grande machine. 
Il fut employé à Brunswick en 1806, 1807 et 1808 
et s'y distingua. Il étudia dans cette ville la langue 
et la philosophie allemandes et conçut assez de 
mépris pour Kant, Fichte, ces hommes supérieurs 
qui n'ont fait que de savants châteaux de cartes. 

M, B[eyle] revint à Paris en 1809 et fit la cam- 
pagne de Vienne en 1809 et 1810. Au retour, il fut 
nommé auditeur au Conseil d'Etat et inspecteur 
général du mobilier de la Couronne. Il fut chargé 
en outre du bureau de la Hollande à l'administra- 
tion de la liste civile de l'Empereur. Il connut le 
duc de Frioul en 1811, il fit un court voyage en 
Italie, pays qu'il aimait toujours depuis les trois 
ans qu'il y avait passé dans sa jeunesse. En 1812, 
il obtint, après beaucoup de difficultés de la part 



318 ANNEXES 

de M. Champagny. duc de Cadore, intendant de la 
Maison de 1" Empereur, de faire la campaujne de 
Russie. Il rejoijrnit le quartier général près d'Orcha, 
le 14 août 1812. Il entra à Moscou le 14 se])tembre 
avec Napoléon et en partit le 16 octobre avec une 
mission : il devait procurer quelque subsistance à 
l'armée, et c'est lui qui a ilonné à l'armée, au retour, 
entre Orcha et Bober, le seul morceau de pain 
quelle ait reçu. M. Daru reconnut ce service, au 
nom de l'Empereur, à Bober. M. Bfeyle] ne crut 
jamais, dans cette retraite, qu'il y eût de quoi 
pleurer. Près de Kœnigsberg, comme il se sauvait 
des Cosaques en passant le FrischafT sur la glace, 
la glace se rompit sous son traîneau. Il était avec 
M. le cbevalier Marchand, commissaire des Guerres 
(rue du Doyenné, n^ 5). Comme on n'avouait pas 
même qu'on fut en retraite à cette armée impériale, 
il s'arrêta à Slangard, jiuis à Berlin, qu'il vit se 
<létacher de la France. A mesure qu'il s'éloignait 
du danger, il en prit horreur et il arriva à Paris 
navré de douleur. Le physique avait beaucoup de 
part à cet état. Un mois de bonne nourriture, ou 
plutôt de nourriture suirisante, le remit. Son pro- 
tecteur le força à faire la campagne de ISl'J. Il 
fut intendant à Sagan avec le plus honnête cl le 
plus borné des généraux, M. le marquis, alors 
comte V. de Eat(jur-Maubourg. Il y tomba malade 
d'une es[)éce de liévn' pernicieuse. I'",ii Iniil jours, 
il fut fédiiif à une faiblesse extrême, cl il fallut cela 



DEUX NOTICES BIOGRAPHIQUES 319 

pour qu'on lui permît de revenir en Fiance. 11 
quitta sur-le-champ Paris et trouva la santé sur 
le lac de Corne. A peine de retour, l'Empereur 
l'envoya en mission dans la 7^ division militaire 
avec un sénateur absolument sans énergie. Il y 
trouva le brave général Dessaix, digne du grand 
homme dont il portait presque le nom et aussi 
libéral que lui. Mais le talent et l'ardent patriotisme 
du général Dessaix furent paralysés par l'égoïsme 
et la médiocrité incurable du général Marchand, 
qu'il fallut employer, comme grand-cordon de la 
Légion d'honneur et étant du pays. On ne tira pas 
parti des admirables dispositions de Vizille et de 
beaucoup d'autres villages du Dauphiné. 

M. Beyle demanda à aller voir les avant-postes, 
à Genève. Il se convainquit de ce dont il se doutait, 
qu'il n'y avait rien de si facile que de prendre 
Genève. Voyant qu'on repoussait cette idée et 
craignant la trahison, il obtint la permission de 
revenir à Paris. Il trouva les Cosaques à Orléans. 
Ce fut là qu'il désespéra de la patrie ou, pour parler 
exactement, qu'il vit que l'Empire avait éclipsé la 
Patrie. On était las de l'insolence des préfets et 
autres agents de Napoléon. Il arriva à Paris pour 
être témoin de la bataille de Montmartre et de 
l'imbécillité des ministres de Napoléon. 

Il vit l'entrée du roi. Certains traits de M. de 
Blacas, qu'il sut bientôt, le firent penser aux 
Stuarts. Il refusa une place superbe que M. Beugnot 



320 ANNEXES 

avait la boulé de lui oiïrir. Il se retira en Italie, Il 
y mena une vie heureuse jusqu'en 1821 que l'arres- 
tation des carbonari par une police imbécile l'obligea 
à quitter le pays, quoiqu'il ne fût pas carbonaro, 
La méchanceté et la méfiance des Italiens lui avaient 
fait repousser la participation aux secrets, disant 
ù ses amis : « Comptez sur moi dans l'occasion, » 

En 1814, lorsijiril jugea les Bourbons, il eut deux 
ou trois jours de noir. Pour le faire passer, il prit 
un copiste et lui dicta une traduction corrigée de 
la Vie de Haydn, Mozart et Métastase, d'après un 
ouvrage italien, un volume in-8", 1814, 

En 1817. il imprima deux volumes de VIJistoire 
de la Peinture en Italie, et un petit voyage de trois 
cents pages en Italie. 

La Peinture n'ayant pas de succès, il enferma 
dans une caisse les trois derniers volumes et s'ar- 
rangea pour qu'ils ne paraissent qu'après sa mort. 

En juillet 1819, passant par Bologne, il apprit la 
mort de son père. Il vint à Grenoble, où il donna sa 
voix au plus honnête homme de France, au seul 
qui pût encore sauver la religion, à M, Henri Gré- 
goire, Cela le mit encore plus mal avec la j)olicc de 
Milan, Son père devait, suivant la voix commune, 
lui laisser cinq ou six mille francs de renie. Il ne 
lui en laissa pas la moitié. Dès lors, M, Hcylc chercha 
à diminuer ses besoins et y réussit. II lit plusieurs 
ouvrages, entre autres 500 pages sur l'Aumur qujl 
n'imprima pas. En 1821, s'cnnuyant njortellement 



DEUX NOTICES BIOGRAPHIQUES 321 

de la comédie des manières françaises, il alla passer 
six semaines en Angleterre. L'amour a fait le bon- 
heur et le malheur de sa vie. Mélanie, Thérèse, 
Gina et Léonore sont les noms qui l'ont occupé. 
Quoiqu'il ne fût rien moins que beau, il fut aimé 
quelquefois. Gina l'empêcha de revenir au retour 
de Napoléon, qu'il sut le 6 mars. L'acte addi- 
tionnel lui ôta tous ses regrets. Souvent triste à 
cause de ses passions du moment qui allaient mal, 
il adorait la gaieté. Il n'eut qu'un ennemi, ce fut 
M. Tr. ; il pouvait s'en venger d'une manière 
atroce, il résista, pour ne pas fâcher Léonore. La 
campagne de Russie lui laissa de violents maux de 
nerfs. Il adorait Shakespeare et avait une répu- 
gnance insurmontable pour Voltaire et M™^ de 
Staël. Les lieux qu'il aimait le mieux sur la terre 
étaient le lac de Côme et Naples. Il adora la musique 
et fit une petite notice sur Rossini, pleine de senti- 
ments vrais, mais peut-être ridicules. II aima tendre- 
ment sa sœur Pauline et abhorra Grenoble, sa patrie, 
où il avait été élevé d'une manière atroce. Il n'aima 
aucun de ses parents. Il était amoureux de sa mère, 
qu'il perdit à sept ans ^. 

1. Celte nolice porte l'adresse suivante : 
Monsieur 
^lonsieur le clievalier Louis Crozet, 
ingénieur des Ponts et Chaussées, 

à Grenoble (Isère), 
or ij demi lo (ou, sil est mort), à M. de .Mareste, 
liôtel de I5ruxelles, n° 41, rue Richelieu, 
Paris. f^^'/e of Dominique.) 

Urulard II. 21 



322 ANNEXES 

II 

Dimanche, 30 ai>ril 1837, Paris, hôtel Favart. 

Il pleut à verse. 

Je me souviens que Jules Janin me disait : « Ah 1 
quel bel article nous ferions sur vous si vous étiez 
mort ! » 

Afin d'échapper aux phrasiers, j'ai la fantaisie 
de faire moi-même cet article. 

Ne lisez ceci qu'après la mort de Beyle (Henri), 
né à Grenoble le 23 janvier 1783, mort à... le... 

Ses parents avaient de l'aisance et appartenaient 
à la haute bourgeoisie. Son père, avocat au Parle- 
ment de Dauphiné, prenait le titre de noble dans 
les actes i, son grand-père était un médecin, 
homme d'esprit, ami ou du moins adorateur de 
Voltaire. M. Gamion — c'était son nom — était le 
plus galant homme (hi monde, fort considéré à 
Grenoble, et à la tête de tous les projets d'amélio- 
ration. Le jeune Beyle vit couler le premier sang 
versé dans la llévolution française ; lors de la 
fameuse journée des Tuiles (17[88j), le peuple se 
révoltait contre le Gouvernement, et du haut des 



1. Voir notnmnierit dans l'aniirxp f|ui suit l'aflo <lo naissaiici" <]e 
Henri Jleyie, où Jobcph-Cliérubiu et Jt-an-Buiitisti- Ucylc sont qualifiés 
nuble*. 



DEUX NOTICES BIOGRAPHIQUES 323 

toits lançait des tuiles sur les soldats. Les parents 
du jeune B[eyle] étaient dévots et devinrent des 
aristocrates ardents, et lui patriote exagéré. Sa 
mère, femme d'esprit qui lisait le Dante, mourut 
fort jeune ; ]M. Gagnon, inconsolable de la perte de 
cette fille chérie, se chargea de l'éducation de son 
seul fils. La famille avait des sentiments d'honneur 
et de fierté exagérés, elle communiqua cette façon 
de sentir au jeune homme. Parler d^argent, nommer 
même ce métal passait pour une bassesse chez 
M. Gagnon, qui pouvait avoir huit à neuf mille 
livres de rente, ce qui constituait un homme riche, 
à Grenoble, en 1789. 

Le jeune Beyle prit cette ville dans une horreur 
qui dura jusqu'à sa mort, c'est là qu'il a appris à 
connaître les hommes et leurs bassesses. Il désirait 
passionnément aller à Paris et y vivre en faisant 
des livres et des comédies. Son père lui déclara 
qu'il ne voulait pas la perte de ses mœurs et qu'il 
ne verrait Paris qu'à trente ans. 

De 1796 à 1799, le jeune Beyle ne s'occupa que 
de mathématiques, il espérait entrer à l'Ecole 
polytechnique et voir Paris. En 1799, il remporta 
le premier prix de mathématiques à l'Ecole cen- 
trale (M. Dupuy, professeur), les huit élèves qui 
remportèrent le second prix furent admis à l'Ecole 
polytechnique deux mois après. Le parti aristo- 
crate attendait les Russes à Grenoble, ils s'écriaient : 

Rus, quaiido ego te adspiciam ! 



324 ANNEXES 

L'examinateur Louis Mouçic ne vint pas cette 
année, tout allait à la diable à Paris. 

Tous ces jeunes gens partirent pour Paris afin 
de subir leur examen à l'école même. Beyle arriva 
à Paris le 10 novembre 1799, le lendemain du 
18 brumaire ; Napoléon venait de s'emparer du 
pouvoir. Beyle était recommandé à ^L Daru, 
ancien secrétaire général de l'Intendance de Lan- 
guedoc, homme grave et très ferme. Beyle lui 
déclara avec une force de caractère singulière pour 
son âge qu'il ne voulait pas entrer à l'Ecole poly- 
technique. 

On fit l'expédition de Marengo ; Beyle y fut, et 
M. Daru (depuis ministre de l'Empereur) le fit 
nommer sous-lieutenant au 6^ régiment de dragons 
en mai 1800. Il servit quelque temps comme simple 
dragon. Il devint amoureux de madame A. (Angela 
Pietragrua). 

Il passait son temps à Milan. Ce fut le plus beau 
temps de sa vie, il adorait la musique, la gloire 
littéraire et estimait fort l'art de donner un bon 
couj) de sabre. 11 fut blessé au pied (ruu coup de 
pointe dans un «iiul. 11 fui aide-de-canij) (hi lieu- 
tenant-général Mi( liiiml, il se distingua : il a un 
beau certificat de ce général (entre les mains de 
M. Colomb, ami intime dudit). Il était le plus heu- 
reux et prol)ablemoiil !•• jtlus fou des hommes, 
lorsque, à la paix, le ministre de la Guerre ordonna 
que tous les aides-de-camp sous-lieutenants rentre- 



DEUX NOTICES BIOGRAPHIQUES 325 

raient à leurs corps. Beyle rejoignit le 6^ régiment 
à Savigliano, en Piémont. Il fut malade d'ennui, 
puis, blessé, obtint un congé, vint à Grenoble, fut 
amoureux et, sans rien dire au ministre; suivit à 
Paris AP^^ Y., qu'il aimait. I.e ministère se fâcha, 
B[eyle] donna sa démission, ce qui le brouilla avec 
M. Daru. Son père voulut le prendre par la famine. 
B[eyle], plus fou que jamais, se mit à étudier 
pour devenir un grand homme. Il voyait tous les 
quinze jours Madame A. ; le reste du temps, il 
vivait seul. Sa vie se passa ainsi de 1803 à 1806, ne 
faisant confidence à personne de ses projets et 
détestant la tyrannie de l'Empereur qui volait la 
liberté à la France. M. Mante, ancien élève de 
l'Ecole polytechnique, ami de Beyle, l'engagea dans 
une sorte de conspiration en faveur de Moreau 
(1804). Beyle travaillait douze heures par jour, il 
lisait Montaigne, Shakespeare, Montesquieu, et 
écrivait le jugement qu'il en portait. Je ne sais 
pourquoi il détestait et méprisait les littérateurs 
célèbres, en 1804, qu'il entrevoyait chez M. Daru. 
Beyle fut présenté à M. l'abbé Delille. Beyle mépri- 
sait Voltaire, qu'il trouvait puéril, madame de 
Staël, qui lui semblait emphatique, Bossuet, qui 
lui semblait de la blague sérieuse. Il adorait les 
Fables de La Fontaine, Corneille et Montesquieu. 

En 1804, Beyle devint amoureux de M^^*^ Mélanie 
Guilbert (M"^^ de Barckoiï) et la suivit à Marseille, 
après s'être brouillé avec M"^'^..., qu'il a tant aimée 

Brulard II. 21. 



326 ANNEXES 

depuis. Ce fut une vraie passion ; M^^^ [Mélanie 
Guilberl] ayant quitté le théâtre de Marseille, Beyle 
revint à Paris ; son père commençait à se ruiner 
et lui envoyait fort peu d'argent. Martial Daru, 
sous-inspecteur aux Revues, engagea Beyle à le 
suivre à l'armée, Beyle fut extrêmement contrarié 
de quitter ses études. 

Le 14 ou 15 octobre 1806, Beyle vit la bataille 
d'Iéna, le 26 il vit Napoléon entrer à Berlin. Beyle 
alla à Brunswick en qualité d'élève commissaire 
des Guerres. Là, en 1808, il commença au petit 
palais de Richemont (à dix minutes de Brunswick), 
qu'il habitait en sa quahté d'intendant, une histoire 
de la guerre de la succession en Espagne. En 1809, 
il fit la campagne de Vienne, toujours comme 
élèi^e commissaire des Guerres, il y eut une maladie 
complète et y devint fort amoureux d'une femme 
aimable et bonne, ou plutôt excellente, avec laquelle 
il avait eu des relations autrefois. 

B[eyle] fut nommé auditeur au Conseil d'Etat et 
inspecteur du mobilier de la Couronne, par la 
faveur du comte Daru. 

Il fit la campagne de Russie et se distingua par 
son sang-froid, il apprit à son retour que cette re- 
traite avait été quelque chose de terrible. Cinq cent 
cinquante mille hommes passèrent le Niémen, 
cinquante mille, peut-être vingt-cinci mille le repas- 
sèrent. 

B[eyle] lit la campagne de Lutzen et fut intendant 



DEUX NOTICES BIOGRAPHIQUES 327 

à Sagan, en Silésie, sur la Bober. L'excès de la 
fatigue lui donna une fièvre qui faillit finir le drame, 
et que Galle guérit très bien à Paris. En 1813, 
B[eyle] fut envoyé dans la 7^ division militaire 
avec un sénateur imbécile. Napoléon expliqua lon- 
guement à B[eyle] ce qu'il fallait faire. 

Le jour où les Bourbons rentrèrent à Paris, 
B[eyle] eut l'esprit de comprendre qu'il n'y avait 
plus en France que de l'humiliation pour qui avait 
été à Moscou. M"^^ Beugnot lui offrit la place de 
directeur de l'approvisionnement de Paris, il refusa 
par dégoût des B[ourbons], alla s'établir à Milan ; 
l'horreur qu'il avait pour le B[ourbon] l'emporta 
sur l'amour. Il crut entrevoir de la hauteur à son 
égard dans M'"^ A. Il serait ridicule de raconter 
toutes les péripéties, comme disent les Italiens, 
qu'il dut à cette passion. Il fit imprimer la Vie de 
Haydn, Rome, Naples et Florence, en 1817, enfin, 
VHistoire de la Peinture. En 1817 il revint à Paris 
qui lui fit horreur, il alla voir Londres et revint à 
Milan. En 1821, il perdit son père ^, qui avait 
négligé ses affaires (à Claix) pour faire celles des 
Bourbons (en qualité d'adjoint au maire de Gre- 
noble) et s'était entièrement ruiné. En 1815, 
M. B[eyle] avait fait dire à son fils (par M. Félix 
Faure) qu'il lui laisserait dix mille francs de rente, 
il lui laissa trois mille francs de capital. Par bon- 

1. Chérubin-Joseph Bcyle mourut à Grenoble le 20 juin 1819. 



328 



ANNEXES 



heur, B[cyle] avait 1.600 francs de rente provenant 
de la dot de sa mère (M''<^ ITenriette Gagnon, morte 
à Grenoble vers 1790 et qu'il a toujours adorée et 
respectée). A Milan, B[eyle] avait écrit au crayon 
V Amour. 

B|^eyle], malheureux de toutes façons, revint à 
Paris en juillet 1821. il songeait sérieusement à eu 
finir, lorsqu'il crut voir que M"^*^ la C. avait du 
goût pour lui. Il ne voulait pas s'embarquer sur 
cette mer orageuse, il se jeta à corps perdu dans la 
querelle des romantiques, fit imprimer Racine el 
Shakespeare, la Vie de Rossini, les Promenades dans 
Rome, etc. Il fit deux voyages en Italie, alla un 
peu en Espagne jusqu'à Barcelone. Le c[limat] 
d'Espagne ne permettait pas de passer plus loin. 

Pendant qu'il était en Angleterre (en septembre 
1820), il fut abandonné de cette dernière maîtresse, 
C. : elle aimait pendant six mois, elle l'avait aimé 
pendant deux ans. Il fut fort malheureux et retourna 
en Italie. 

En 1829, il aima G., et passa la nuit chez elle, 
pour la garder, le 29 juillet. Il vit la Révolution 
de 1830 de dessous les colonnes du Théâtre-Fran- 
çais. Les Suisses étaient au-dessous du chapelier 
Moizart. En septembre 1830, il lui. nommé consul 
à Trieste, M. de .Metternich était en colère à cause de 
Rome, Naples et Florence, il refusa Vexéquatur. 
B[eyle] fut nommé consul à Ci\ ità-Vecchia. Il 
passait la moitié de l'année à lionic. Il y perdait 



DEUX NOTICES BIOGRAPHIQUES 



329 



son temps, littérairement parlant ; il y fit le 
Chasseur vert et rassembla des nouvelles telles que 
Vittorio Accoramboni, Beatrix Cenci, et huit ou dix 
volumes in-folio. En mai 1836, il revint à Paris' par 
un congé de M. Thiers, qui imite les boutades de 
Napoléon... B[eyle] arrangea la Vie de Napïoléon] 
du 9 novembre 183G à juin 1837... 

(.Je n'ai pas relu les six pages qui pré- 
cèdent, écrites de 4 à 6 le dimanche 
30 avril, pluie abominable, à l'hôtel 
Favart, place des Italiens, à Paris.) 

B[eyle] a fait son épitaphe en 1821 : 







Qui giace 




Arrigo Beyle, Milanese 




^ 


issE, Scrisse, 


Amô 


s 


E 


n'andiede di 

iSEL 18... 


anm... 



Il aima Cimarosa, Shakespeare, Mozart, le Cor- 
rège. Il aima passionnément V., M., A., Ange., M., 
C, et, quoiqu'il ne fût rien moins que beau, il fut 
aimé beaucoup de quatre ou cinq de ces lettres 
initiales. 

Il respecta un seul homme : ISapoléon. 



330 ANNEXES 

Fin de cette notice, non relue afin de ne pas 
mentir ^. 



1. Cette notice porte, au dos, les Jeux titres suivants : n Xotice 
biographique sur Henri Beyle, » et : « Notice sur Henri Beyle, à lire 
après sa mort, non avant. » — Casimir Stryienski a ajouté dans ses 
notes des réflexions de Beyle lui-même, et les dates de 1832. Ce sont 
tout simplement des extraits de la Vie de Henri Brulard, écrite à la 
fin de 1835 et au commencement de 1836. 



IV 

L'ÉTAT CIVIL 
DE STENDHAL ET DE SES PARENTS 

A plusieurs reprises, Stendhal manifeste l'inten- 
tion, dans sa Vie de Henri Brulard, de prendre les 
extraits d'état civil de ses plus proches parents. 
Nous satisfaisons au pieux désir de notre auteur 
en reproduisant ici les actes de naissance, de 
mariage et de décès de ses grands-parents, de ses 
parents et de ses sœurs. 

La famille paternelle d'Henri Beyle a été l'objet 
d'une excellente brochure de M. Edmond Maignien, 
l'érudit conservateur de la Bibliothèque municipale 
de Grenoble ; sous ce titre : La Famille de Beyle- 
Stendhal, il a donné en 1889 une généalogie des 
Beyle ; mais il n'a publié qu'un seul acte d'état 
civil, celui de la naissance de Stendhal. Nous y 
avons ajouté ceux du grand-père d'Henri Beyle, 
Pierre ; de son père, Chérubin- Joseph ; de ses 
sœurs, Pauline-Eléonore et Marie-Caroline-Zénaïde. 
Nous n'avons pas cru devoir étendre nos recherches 
à la nombreuse postérité de Pierre Beyle. Chré- 
rubin- Joseph Beyle eut, en effet, deux frères et dix 



332 ANNEXES 

sœurs, dont voici la liste dans l'ordre chronolo- 
gique ^ : Marie-Dominique, née le 7 août 1735, 
mariée le 18 septembre 1769 à Benoît Charvet, 
morte le G juillet 1809 ; — Pierre- Joseph, né le 
13 décembre 173G; — Marie-Eléonore, née le 26 dé- 
cembre 1737, rengieuse de Sainte-Claire, à Gre- 
noble, morte le 20 novembre 1808 ; — Marie- 
Victoire, religieuse ursuline à Vif ; — Marie-Rose, 
née le 22 avril 1739, mariée le 20 janvier 1767 à 
Jean Martin, entrepreneur, architecte de la Ville 
de Grenoble ; — Marie-Euphrosine, née le 14 mai 
1740, mariée à Pierre Clément, procureur au Parle- 
ment du Dauphiné ; — Antoine- Laurent, né le 
9 août 1741 ; — Marie-Françoise-Eulalie, née vers 
1743, religieuse de Sainte-Cécile, à Grenoble, morte 
le 23 janvier 1812 ; — Marie-Catherine, née le 
ler mai 1744, morte le l<^r ^^^{ \^y1 ; — Marie- 
Rosalie, née le 8 septembre 1748, religieuse de 
Sainte-Cécile, à Grenoble ; — Sophie, née le 22 oc- 
tobre 1749 ; — Sophie-Eléonore, née le G janvier 1752, 
mariée à M. Rey, notaire à Grenoble. 

Quant aux Gagnon, ils n'ont été l'objet <|ue de 
recherches fragmentaires, exposées soit dans une 
note de la brochure de M. Maignien, soit dans les 
annexes de l'ouvrage de M. Arthur Chuquet, 
Stendhal-Beyle, soit dans lune des nond^reuses 
études consacrées à Stendhal. Aucun acte d'état 



1. Celle lisle est exlraite de la généalogie de M. Maignien. 



ÉTAT-CIVIL 333 

civil n'a été publié. Nous avons réuni les actes 
d'état civil des membres de la famille Gaarnon, 
depuis le grand-père et la grand'tante d'Henri 
Beyle jusqu'aux dix enfants de Romain Gagnon 
— ceux de la génération de Stendhal. Mais — 
puisqu'aussi bien il faut se borner — nous ne don- 
nons que les actes de naissance des cousins-ger- 
mains de Beyle, nous contentant de publier seule- 
ment l'acte de décès d'Oronce Gagnon, le seul dont 
il soit fait mention dans la Vie de Henri Briilard. 

FAMILLE BEYLE 
Le grand-père : Pierre Beyle. 

Né à Grenoble, le 18 février 1699 ; — marié à Jeanne Dupéron le 
14 septembre 1734 ; — décédé à Claix, le 14 novembre 1764. 

1699, 19 février. Grenoble. 

Baptême de Pierre Beyle. 

Le dix-neuvième février 1699, j'ai baptisé Pierre, 
né hier, fds de m^ Joseph Beyle, procureur au Parle- 
ment de cette province, et de demoiselle Eléonor 
Coffe. mariés. Le parrain a été s^" Pierre Beyle, oncle 
de l'enfant, la marraine d^^^ Honorade Juliani, femme 
de m^ François Coffe, aussi procureur au Parlement. 
Fait en présence des soussignés avec les parties. 

Beyle; Beyle; Julliani; J. Beyle; J. Oba- 
nel; Coffe. C. Jacqvinot, prêtre, pour 
M. le curé. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Hugues. Archives muni- 
cipales de Grenoble, GG 98, fol. 69 v°.) 



334 ANNEXES 

1734, 14 septembre. Grenoble 

Mariage de Pierre Beyle et de Jeanne Dupéron. 

Le quatorze septembre mil sept cent trente-quatre, 
après ime proclamation faite clans cette paroisse sans 
avoir découvert aucuns empêchements canoniques ou 
civils, vu la dispense des deux autres proclamations 
accordées par monsieur Chalvet de Maubec, vicaire 
général de ce diocèse, datée du onze de ce mois, insinuée 
le même jour et an, du consentement du père de l'époux 
et en présence du père de l'épouse, j'ai donné la béné- 
diction nuptiale à m® Pierre Beyle, procureur au par- 
lement, aides et finances de Dauphiné, fils de m® Joseph 
Beyle, ancien procureur audit Parlement, et de d^*^ Eléo- 
nor Coiïe, mariés, d'une part, et à d^*^ Jeanne Dupéron, 
fille de s'" Pierre Dupéron, bourgeois de Grenoble, et de 
d^^® Dominique Bérard, mariés, d'autre, en présence 
de M'" m^ Jean-Baptiste Beyle, conseiller du roi, juge 
royal et épiscopal de cette ville, de M"^ m® Joseph 
Beyle-Despérouses, avocat en la Cour, de noble Antoine 
Drier, conseiller du roi, secrétaire en sa Chambre des 
comptes, de m® Yve Bonnefoy, procureur au bailliage, 
et des autres parents, en présence des soussignés avec 
les parties. 

Jeanne Dupéron ; Beyle ; Dupéron ; 
Beyle ; D. Bérard-Dupéron ; Beyle ; 
Beyle-Despérouses ; Bonnefoy ; Drier. 
Durand, prêtre, curé de Saint-Hugues. 

(Extrait des rcfjistrcs de la paroisse Saint-Hugues. Arch. niun. do 
Grenoble, GG 105, fol. 153.) 

17C4, IC novembre. Claix. 

Enterrement de Pierre Beyle. 

Le seiziènie novembre 17U4, j'ai enterré dans féglisc 
M'" Pierre Beyle, procureur au parlement de Dauj)hiné, 



ÉTAT-CIVIL 335 

âgé d'environ soixante-cinq années, mort le quator- 
sième du même mois, en présence de Claude Bert et 
Louis Dussert, qui n'ont signé pour ne savoir, de ce 
enquis et requis. 

Allemand, curé. 

(Extrait des registres paroissiaux de la commune de Claix.) 



Le père : Chérubin- Joseph Beyle. 

Né à Grenoble, le 29 mars 1747 ; — marié à Caroline-Adélaïde-Henriette 
Gagnon le 20 février 1781 ; — décédé à Grenoble, le 20 juin 1819. 



1747, 30 mars. Grenoble. 

Baptême de Chérubin- José pJi Beyle. 

Le même jour et an [30 mars 1747], le Père Chérubin- 
Joseph Beyle, prieur et religieux de Saint-François de 
la Madeleine a baptisé en notre présence et de notre 
consentement Chérubin- Joseph, né hier, fils de m*^ Pierre 
Beyle, procureur au parlement, et de demoiselle Jeanne 
Dupéron, mariés. Le parrain, s^' Joseph Beyle, son 
fils ; la marraine, demoiselle Catherine Beyle, épouse 
de M^ m^ Antoine Allard-Duplantier, avocat au Par- 
lement, en présence de M'" m® Joseph Beyle, avocat 
audit parlement, et de m^ Yves Bonnefoy, procureur 
au bailliage. 

Beyle ; Beyle-Duplantier ; Bonnefoy ; 
Beyle-Despérouses ; Duchon ; Fran- 
çoise Bonnefoy ; Beyle-Bonnefoy ; 
J. Beyle, cordelier ; Dupéron-Drier. 
Durand, curé de Saint-Hugues. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Hugues. Arcli. mun. de 
Grenoble, GG 107, fol. 102.) 



336 ANNEXES 

1781, 20 février. Grenoble. 

Mariage de Chérubin-Joseph Beijle et de Caroline- Adé- 
laïde-Henriette Gagnon. 

Le vingtième février mil sept cent quatre-vingt-un, 
après une proclamation faite dans cette ])aroisse et 
dans celle de Saint-Hugues, les parties ayant obtenu 
dispense des deux autres publications de Monseigneur 
l'évêque et prince de Grenoble sous la signature de 
M'" Pison, vicaire général, sans avoir découvert aucun 
empêchement canonique ou civil, ainsi qu'il conste 
par la remise du s"" Hélie, curé de Saint-Hugues, j'ai 
imparti la jjénédiction nuptiale à M^ m^ (".hérubin- 
Joseph Beyle, avocat au parlement, fils légitime de 
feu m^ Pierre Beyle. jirocureur au ])arlemenl. et de 
dame Jeanne Dupéron, ici présente et consentante, 
habitant de la paroisse de Saint-Hugues, dune part, 
et à demoiselle Caroline-Adélaïde-Henriette Gagnon, 
fille légitime de M"" m® Henri Gagnon, docteur en méde- 
cine, ici présent et consentant, et de défunte dame Thé- 
rèse-Félise Rey, habitante de cette paroisse, d'autre 
part, en présence de noble Pierre Beyle, ancien capi- 
taine des grenadiers au régiment de Soissonnais, de 
noble Charles Drier, avocat du roi au bailliage de Graisi- 
vaudan, de noble Alexis Pison, avocat consistorial en 
ce j)arlement, et de m'^ Claude-Isaac Mallein-Larivoirc, 
procureur audit bailliage, tous témoins reijuis et signés 
avec les parties. 

Bkvle ; Henriette Gag.non ; Gagnon ; Du- 
PTHON-Bi-Vi-K ; Bf.vi.i-: ; Diukm ; IMsoN 
lils ; .Mai.i.kin-Lauivoihk ; Hiv. Sauin, 
curé. 



(Extrait ili-s rcgiotrr.'» (1<- hi (lariiisse Saint-Luui». Anli. niuii. de 
Gn.noblp, (j(j 187, fol. 257 v".) 



ÉTAT-CIVIL 337 

181'.», 21 juin. Grcnoblo. 

Acte de décès de Chérubin-Joseph Beyle. 

Le vingt-un juin mil huit cent dix-neuf, pardevant 
nous, maire susdit, acte de décès de M. Chérubin- 
Joseph Beyle, chevalier de l'ordre royal de la Légion 
d'honneur, ancien avocat, veuf de d^ Marie-Henriette- 
Adélaïde Gagnon, décédé hier, à onze heures du soir, 
dans son domicile, rue Neuve, Agé d'environ soixante 
et douze ans, natif de Grenoble, fds de feu M. Pierre 
Beyle et de défunte à^ Jeanne Dupéron, mariés. Après 
nous être assuré dudit décès et le présent acte étant 
dressé, nous en avons fait lecture aux déclarants ci- 
après : ^L Joseph-Marie Apprin, négociant, et M. An- 
toine-Jules Mallein, avocat, majeurs et domiciliés à 
Grenoble, qui ont signé avec nous. 

J. Malleix ; Apprin. Rover-Deloche. 

(Extrait des registres d'état-civil de la Ville de Grenoble.) 

Les enfants : L ^L\rie-Henri Beyle (Stendhal). 

Né à Grenoble, le 23 janvier 1783 ; — décédé à Paris, le 23 mars 1842. 
1783, 24 janvier. Grenoble. 

Baptême de Marie-Henri Beyle. 

Le 24 janvier mil sept cent quatre-vingt-trois, j'ai 
baptisé Marie-Henri, né hier, fds légitime de noble 
Chérubin- Joseph Beyle, avocat au Parlement, et de 
dame Caroline-Adélaïde-Henriette Gagnon. A été par- 
rain : Monsieur Henri Gagnon, médecin en cette ville, 
aïeul paternel de l'enfant ; marraine : dame Marie 
Piabit, veuve de noble Jean-Baptiste Beyle, vivant 

Brul.^rd II. 22 



338 



ANNEXES 



juge royal de cette ville, lesquels ont signé avec le père 
et les témoins. 

Beylh ; Gagno.n ; Rabv-Beyle ; Bcyle ; 
Gautier ; Drier ; Mallein Louis ; Ro- 
main Mallei.n. Peyrin, premier vicaire 
de Saint-Hugues. 

(Extrait dos rejnstres de la paroisse de Sainl-IIugues. Arch. mun. de 
Grenoble, GG 11:2, fol. 380 v».j 



1842, 23 mars. Paris. 

Décès de Marie-Henri Beyle. 

PRÉFECTURE DV DÉPARTEMENT DE L.V SEINE 

V1LM-: DE TARIS 

(Extrait du rej;islre dos actes de décès de l'année 1842, i'''' arron- 
dissement.) 

Du vingt-trois mars mil huit cent quarante-deux, à 
dix heures du matin. 

Acte de décès de sieur Henri-Marie Beyle, consul de 
France à Civita-N'eccia ^, âgé de cinquante-neuf ans, 
chevalier de la Légion d'honneur, célibataire, né à 
Grenoble (Isère) et décédé à Paris, en son domicile, rue 
Neuve des Petits Champs, n° 78, cejourd'hui, à deux 
heures du matin. 

Constaté par nous, maire, ollicier de létat civil du 
premier arrondissement de Paris, sur la déclaration des 
sieurs .Joseph- Romain Colomb, propriétaire, âgé de 
cirujuante-scpt ans, demeurant rue Notre-Dame de 
Grâce, n" 3, Durand Cayrol, concierge, âgé de vingt- 
quatre ans, demeurant rue Neuve des Petits Champs, 
n° 78, lesquels ont signé avec nous après lecture faite. 

(Signé :) R. Colo.mu, Cayrol et Marbeau. 

1. Sic. 



ÉTAT-CIVIL 339 

Pour copie conforme : 

Paris, le 29 mars 1842. 

Le Maire : 

(Signé :) Marbeau. ' 

Expédié et collationné • 

Signé : Poletnich. 

Admis par la Commiss'on (loi du 12 février 1872). Le membre de 
la Commission (signé :) E. Lorget. 

Vu pour collation. 

L'Archiviste de la Seine, 

M... 

Copie d'un extrait authentique déposé chez un notaire (Etude 
autorisée Poletnich, aujourd'hui Kastler). 

» 

2. Pauline-Eléonore Beyle, 

Née à Grenoble, le 21 mars 1786 ; — mariée à François-Daniel Périer 
le 25 mai 1808 ; — décédée à Grenoble, le 7 juin 1857. 

1786 22 mars. Grenoble. 

Baptême de Pauline- EU onore Beyle. 

Le même jour [22 mars 1786] j'ai baptisé Pauline- 
Eléonore Beyle, née hier, fille légitime de noble Ché- 
rubin-Joseph Beyle, avocat au parlement, et de dame 
Caroline-Adélaïde-Henriette Gagnon. A été parrain : 
noble Félix-Romain Gagnon, aussi avocat audit par- 
lement ; marraine : dame Marie-Dominique Beyle, 
veuve Charvet, oncle et tante de l'enfant, lesquels ont 
signé avec le père et les témoins. 

Beyle ; Gagnon : Drier ; Gagnon ; Beyle- 
Ch.\rvet ; RoMAGNiER. Peyrin, premier 
vicaire de Saint-Hugues. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Hugues. Arcli. mun. de 
Grenoble, GG 113, loi. 179.) 



o4 



ANNEXES 



"1808, 2ô mai. Grenoblo. 

Mariage fie Pauluie-Elvonore Beijle 
et Je François-Daniel Pcrier. 

Le vingt-cinq mai mil huit cent huit, pardevant le 
maire susdit, sont comparus en la Mairie pour con- 
tracter mariage M. François-Daniel Périer, proprié- 
taire, né à Grenoble le vingt-trois février mil sept cent 
soixante-et-seize, y domicilié, place Grenette, lils 
majeur de feu M. François Périer, ancien négociant, 
habitant en cette ville, et de vivante d^ Marie-Louise 
Lagier, mariés, d'une part ; et d^^^ Pauline-Eléonore 
Beyle, née à Grenoble le vingt-un mars mil sept cent 
quatre-vingt-six, y domiciliée, même place, fille majeure 
de M. Chérubin- Joseph Beyle, ancien jurisconsulte, 
habitant en cette ville, et de défunte d"^ Caroline-Adé- 
laïde-IIenriette Gagnon. mariés, d'autre part. L'époux 
futur nous a remis l'extrait de son acte tle naissance, 
celui de décès de M. son père, et agit du consentement 
de Madame sa mère, ici présente. L'épouse future 
nous a de même remis l'extrait de son acte de naissance 
et procède aussi du consentement de M. son père, 
également ici présent. Lecture faite desdites pièces, 
ainsi que du présent acte, du chapitre six, titre cinq, du 
Code Napoléon, et des publications de leur promesse 
de mariage, des quinze et vingt-deux du courant, 
publiées et aflichées, conforniéinent à la loi, sans (piil 
y ait eu opposition ni empêchement, lesdits époux 
futurs ont déclaré à haute voix se prendre en mariage. 
D'après cette déclaration, nous. Maire susdit, avons 
Itronoucé, au nom de la loi. (jue lesdits M. 1-rançois- 
Daniel Périer et d'''-' Paulinc-I'^léonore Beyle sont unis 
en mariage, en présence de MM. Félix-Romain Gagnon, 
maire de la commune des Echelles, oncle de l'épouse, 
I-iOuis-Ilenri Tivolier, résidant à Voiron, ,Jean-.Joafhini- 
Alexandre Bolut, inspecteur de la Loterie inqxiialc, 
beau-frère de l'époux, et François-Alexis Pison-Duga- 



ÉTAT-CIVIL 341 

land, proprif'Iaire, ces deux derniers domicilies à Gre- 
nolde, t us majeurs. Les époux, la mère de l'époux, le 
père de l'épouse et les témoins ont signé avec nous. 

F. Périer ; Pauline Beyi.e ; Lagier, veuve 
Périer ; Bevle ; Gagnon ; Gagnox ; 

L^ H' TiVOLLIER ; PiSOX-DvGALAXD ; 

Beyle-Charvet ; Botut : Botut, née 
Périer ; Pascal Malleix ; Poulet-Ga- 
GNON ; Antoinette Périer ; Périer, veuve 
Charvet ; TiVOLLIER ; Allard-Duplax- 
tier ; Mallein ; Alphonse Périer ; Hé- 
bert ; Barthélémy ; Savoye. Rexaul- 

DOX. 

(Extrait des registres de l'élat-civil de la Ville de Grenoble.) 



1857, 8 juin. Grenoble. 

Acte de décès de Pauline-Eléonorc Beyle. 

Le huit juin mil huit cent cinquante-sept, à deux 
heures du soir, pardevant nous, Louis-Pierre-Antoine 
Reynaud, adjoint au maire de Grenoble, remplissant 
les fonctions d'ofhcier de l'état-civil, sont comparus 
MM. Alexandre Mallein, ancien directeur des Contri- 
butions directes, âgé de soixante-seize ans, et Alexis 
Chambon, ébéniste, âgé de quarante-quatre ans, domi- 
ciliés à Grenoble, lesquels nous ont déclaré que dame 
Pauline-EIéonore Beyle, rentière, âgée de soixante- 
onze ans, veuve de monsieur François-Daniel Périer, 
native de Grenoble, y domiciliée, rue Neuve-des-Péni- 
tents, 18, fille de feu Chérubin-Joseph Beyle et de 
défunte dame Caroline- Adélaïde- Henriette Gagnon, 
mariés, est décédée hier, à onze heures du matin, dans 
son domicile. Nous étant assure du décès, nous avons 

BUULARD n. 22. 



342 ANNEXES 

rédigé le présent acte, que les déclarants ont signé 
avec nous après lecture faite. 

MaLLKIN ; ClIAMBON. Reynaid. 
(Extrait des registres de rétat-civil du la Ville de Grenoble.) 

3. Marie-Zénaïde-Caroline Beyle, 

Née à Grenoble, le 10 octobre 1788 ; — mariée à Alexandre-Charles 
JlalJein, le 30 mai 1815 ; — décédée à Grenoble, le 28 septembre 1866. 

1788, 10 octobre. Grenoble. 

Baptême de Marle-Zénaïde-Carolme Beyle. 

Le même jour [10 octobre 1788] j'ai baptisé Marie- 
Zénaïde-Caroline, née cejourd'hui, fdle légitime de 
noble Chérubin-Joseph Beyle. avocat au Parlement, 
et de dame Maiic-l lenriette-Adéiaïde Gagnon. A été 
parrain : s^ Marie-Henri Beyle, frère de l'enfant ; 
marraine : d'^*^ Elisabeth Gagnon, grand'tante aussi 
de l'enfant, lesquels ont signé avec le père et les témoins 
requis. 

Beylk ; Henri Beyle ; Elisabeth Gagnon ; 
Gagnon ; Félix Gagnon. Peyrin, pre- 
mier vicaire de Saint-Hugues. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-IIugucs. Arch. niun. de 
Grenoble, GG 113, fol. 3C9 v".) 

1815, 30 mai. Gn'iioble. 

Mariage de Marie-Zt'naïde-Crirotine Beyle 
el de Ale.ranilre-Charles Malleiu. 

I,c Irenfe mai mil huit cent (piinze, jiiirdevant nous 
maire susdit, sont comparus en la nutirie pour con- 
tracter mariage M. Alexandre-(>haries .\hillcin. contrô- 
leur des (Contributions, né à (jren«ible le dix-neuf no- 



ÉTAT-CIVIL 343 

vcmbre mil sept cent quatre-vingt, y domicilia, fils 
majeur de M. .Jean-Baptiste-Abraham Mallein, con- 
seiller en la Cour impériale de Grenoble, chevalier de 
la Légion d'honneur, et de d*^ Marie-Louise-Jvdie 
Pascal, mariés, d'une part ; et d^^^ Marie-Zénaïde-Caro- 
line Beyle, née à Grenoble le dix octobre mil sept cent 
quatre-vingt-huit, y domiciliée, place Grenette, fille 
majeure de M. Chérubin-Joseph Beyle, propriétaire, 
habitant en cette ville, et de défunte Marie-Henriette- 
Adélaïde Gagnon, mariés, d'autre part. L'époux futur 
nous a remis l'extrait de son acte de naissance et agit 
du consentement de ses père et mère, ici présents. 
L'épouse fviture nous a de même remis l'extrait de son 
acte de naissance et procède du consentement de son 
père, également ici présent. Lecture faite desdites 
pièces, ainsi que du présent acte, du chapitre six titre 
cinq du Code civil et de la publication de leur promesse 
de mariage, du vingt-un du courant, publiée et affichée, 
conformément à la loi, sans qu'il y ait eu opposition 
ni empêchement, dispense de la seconde ayant été 
accordée par M le procureur impérial près le Tribunal 
civil de l'arrondissement de Grenoble, lesdits époux 
futurs ont déclaré à haute voix se prendre en mariage. 
D'après cette déclaration, nous, maire susdit, avons 
prononcé au nom de la loi que lesdits M. Alexandre- 
Charles Mallein et d^^^ Marie-Zénaïde- Caroline Beyle 
sont unis en mariage, en présence de MM. Romain 
Mallein, procureur impérial près le Tribunal civil, 
oncle de l'époux, Alphonse Périer, banquier, cousin de 
l'époux, Jules Mallein, avocat à la Cour impériale, 
cousin de l'époux, et Melchior Mallein, capitaine de la 
garde nationale mobile du département de l'Isère, 
frère de l'époux, tous majeurs et domiciliés à Grenoble. 
Les époux, les père et mère de l'époux, le père de l'épouse 
et les témoins ont signé avec nous. 

Mallein ; Zénaïde Beyle ; Mallein, con- 
seiller ; Mallein, née Pascal ; Beyle ; 



314 ANNEXES 

Romain Mallein ; Alphonse Périer ; 
M^"" Mallein ; J. Mallein ; Mallein ; 
l'anline Périer-Lagrange. Giroud. 

(Extrait des registres d'élat-i-ivil de la Ville de Grenoble.) 



ISOG, 2S septembre. Grenoble. 

Décès de Marie-Zénaîde-Caroline Beijle. 

Le vingt-huit septembre mil huit cent soixante-six, 
à une heure du soir, pardevant nous, Joseph Juvin, 
adjoint au maire de Grenoble, déléffué pour rempHr 
les fonctions d'officier de l'état-civil, sont comparus 
MM. Casimir Hi^nllioti. conseiller à la Cour impériale, 
chevalier de la Lt-i^iun d'honneur, âgé de soixante ans, 
et Jules-Casimir Mallein. avocat, âgé de trente ans, 
domiciliés à (jrenoble, lesquels nous ont déclaré que 
dame Marie-Zénaïde-Caroline Beyle, rentière, âgée 
d'environ soixante-dix-huit ans, veuve de M. Alexandre- 
(Jiarles Mallein, nati\e de Grenoble, y domiciliée, rue 
Saint-Vincent-de-Paul, G, fdle de feu Chérubin-Joseph 
et de défunte dame Marie-IIenrielte-Adélaïde Gagnon, 
mariés, est décédée ce matin, à onze heures, dans son 
domicile. Nous étant assuré de ce décès, nous avons 
rédigé le présent acte, que les déclarants, le premier 
gendre et le second cousin par alliance de la défunte, 
ont signé avec nous après lecture faite. 

BiGiLLiON, C. ; J. Mallein. .1. Juvin. 

(Extrait des registres de l'état-civil de la \'ille de Crrnoble.) 



ÉTAT-CIVIL 345 



FAMILLE GAGNON 
La grand'tante : Elisabeth Gagnox. 

Née à GionoLlc, le 30 octobre 1721 ; — décédéc à Grenoble, 

le G avril 1808. 

1721, 30 octobre. Grenoble. 

Boptême d' Elisabeth Gagnon. 

Le trente octobre mil sept cent vingl-et-un, a été 
baptisée Elisabeth, fille du sieur Antoine Gagnon, 
chirurgien juré, et de demoiselle Elisabeth Senterre, 
sa femme, ses père et mère, née du même jour. Le par- 
rain : sieur Joseph Senterre, marchand ; la marraine : 
-Marie-Thérèse Senterre, femme du sieur Pouquier (sic), 
marchand, qui ont signé avec les soussignés. 

Gagnon ; Senterre ; Senterre-Bourquy ; 
G. Gagnon ; Elisabeth Molard. Pegault, 
vicaire. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Louis. Arcli. niuii. de 
Grenoble, GG 180, fol. 289.) 

1808, 7 avril. Grenoble. 

Acte de décès d' Elisabeth Gagnon. 

Le sept avril mil huit cent huit, pardevant le maire 
susdit, acte de décès de demoiselle Elisabeth Gagnon, 
célibataire, décédée hier, à deux heures du soir, dans 
son domicile, Grande-rue, âgée d'environ quatre-vingt- 
sept ans. native de Grenoble, fdle de feu ^L Antoine 
Gagnon et de défunte dame Elisabeth Senterre, 
mariés. Après nous être assuré dudit décès et dressé 



346 ANNEXES 

le présent acte, nous en avons fait lecture aux décla- 
rants ci-après : MM. Félix Gagnon. maire de la commune 
des Echelles, neveu de la défunte, et Chérubin-Joseph 
Beyle. avocat, domiciliés à Grenoble, majeurs, qui ont 
signé avec nous. 

Gagnon ; Bf.yle. Renavldon. 

(Extrait des registres de l'état-civil de la Vilie de Grenoble.) 

Le grand-père : Henri Gagnon. 

Ké à Grenoble, le 6 octobre 1728 ; — marié à Tliérèse-Félise Rcy, le 
9 décembre 1756 ; — décédé à Grenoble, le 20 septembre 1813. 

1728, i'j octobre. Grenoble. 

Baptême de Henri Gagnon. 

Le sixième octobre mil sept cent vingt -huit, a été 
baptisé Henri, né le même jour, fils naturel et légitime 
de s"^ Antoine Gagnon, chirurgien-major de l'arsenal de 
Grenoble, et demoiselle Elisabeth Senterre. Le parrain 
a été m^ Henri Lemaistre. procureur au parlement de 
cette province, la marraine demoiselle Elisabeth Cha- 
boud. épouse de s"^ Antoine Robert, marchand de cette 
ville, en présence des soussignés. 

Gagno.n ; Lemaistre : Tarpant ; Chadoud- 
RoBERT ; .L Gagnon: Robert. Depeti- 
ciiET, vicaire. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Louis. Ardi. inun. de 
Grenoble, GG 181. fol. 228.J 

1750, 9 décembre. Grenoble» 

Mariage de Henri Gagnon vt de TJiérèse-F élise Reij. 

Ce neu\ième décembn- mil sept cent ciurpianle-six, 
après une [)roclamati(jn faite dans cette paroisse sans 



ETAT-CIVIL 



347 



avoir découvert aucun empêchement canoni(jue ni 
civil, les parties ayant obtenu dispense des deux autres 
proclamations et du temps prohibé de Monseigneur 
l'évêque et prince de Grenoble en date du septième, du 
courant, dûment insinuée et contrôlée, aussi du se]>- 
tième du courant, signée Romain Couppier, j'ai imparti 
la bénédiction nuptiale à s"" Henri Gagnon, docteur en 
médecine et agrégé au collège de Grenoble, fils à feu 
s^ Antoine Gagnon, vivant m^ chirurgien juré en cette 
ville, et à défunte demoiselle Elisabeth Senterre, 
mariés, d'une part; et à demoiselle Thérèse-Félise Rey, 
fdle à feu s^ Ennemond Rey, bourgeois à Montbonnot, 
et à demoiselle Françoise Pupin, mariés, présente et 
consentante, autorisée de M^ Claude Borel, procureur 
en la Cour, son curateur, présent et consentant, d'autre, 
en présence de s^'^ Alexandre et Charles Pupin, oncles 
de l'épouse, de m^ Henri Lemaistre, procureur au 
parlement de Grenoble, de M^" m^ Joseph- Antoine 
Lemaistre, avocat consistorial au même parlement, 
de m^ Jean Mallein, procureur au bailliage, beau-père 
de l'épouse, témoins requis et signés avec les parties. 

Gagxox ; Rey ; Pupix-Malleix ; Mal- 
LEix ; Pupix ; Lemaistre ; Borel ; Le- 
maistre fils ; ^L\LLEIX fils. Beylié, curé. 

(Extrait des rogisU'es de la paroisse Salnl-Louis. Arcli. inun. do 
Grenoble, GG 184^ fol. 422.) 



1813, 21 septembre. Grenoble. 

Acte de décès de Henri Gagnon. 

Le vingt-un septembre mil huit cent treize, pardevant 
nous, maire susdit, acte de décès de M. Henri Gagnon, 
docteur en médecine, doyen du collège de médecine de 
Grenoble, veuf de d® Thérèse-Félise Rey, décédé hier, 
à quatre heures du soir, dans son domicile. Grande-rue, 



34 



8 ANNEXES 



âgé d'environ quatre-vingt-cinq ans, natif de Gre- 
noble, fils de feu M"^ xVntoine Gagnon et de défunte 
d^ Elisabeth Senterre, mariés. Après nous être assuré 
dudit décès et le présent acte étant dressé, nous en 
avons fait lecture aux déclarants ci-après : s^ Alexis- 
François-^ incent Fagot, secrétaire en chef de cette 
mairie, et s^" Jean-Antoine Bron, commis, majeurs et 
domiciliés à Grenoble, qui ont signé avec nous. 

Fagot ; Bron. Renauldo.n. 

(Extrait des registres de l'état-civil dp la ^"il!(■ de Grenoble.) 



La mère : IIenriette-Adélaïde-Ciiarlotte Gagno.n. 

Née à Grenoble, le 2 octobre 1757 ; — mariée à Josepli-Chérubin Beyli-, 
le 20 février 1781 ; — dccédéc à Grenoble, le 23 no\eiubie 1790. 

1737, 2 octobn-. Grenoble. 

Baptême de llenriette-Adélaïde-Charlotte Gagnon. 

Ce deuxième octobre mil sept cent cinquante-sept, 
j'ai baptisé llenriette-Adélaïde-Charlotte, née cejour- 
dhiii. liile légitime à M"" m^ Henri Gagnon. docteur en 
médecine, auréfjé au collège de Grenoble, et à dame 
Thérèse- Félise Key, mariés. Le parrain a été s'" Charles 
Pupin, bourgeois ; la marraine a été demoiselle Elisa- 
beth Gagnon, tante de l'enfant, en présence des soussi- 
gnés avec les parties. 

Gagno.n ; Pupin ; Elisabeth Gagnon ; Gas- 
TiNEL ; Belluard ; Pupin ; Disdier ; 
Lemaistre ; Bei.i.uard ; Bartei.lon le 
cadet. Bevlié, curé. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Louis. Arcli. iiiiiii. de 
Grenoble, GG 185, fol. 'iC.) 



ÉTAT-CIVIL 349 

1790, 24 novembre. Grenoble. 

Enterrement de Henriette Gagnon. 

Le vingt-quatrième novembre 1790, j'ai donné Aa 
sépulture à Caroline-Adélaïde-Charlotte Gagnon, épouse 
de M'^ Chérubin- Joseph Beyie, avocat, laquelle décédée 
hier, âsfée d'environ trente-deux ans. Témoins : Claude 
Charavel et Claude Pariou, domestiques de l'église et 
illettrés. 

Pevrin, premier vicaire de Saint-Hugues. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Hugues. Arch. mun. de 
Grenoble, GG 114, fol. 153 v».) 

L'oncle : Félix-Romain Gagxox. 

Né à Grenoble, le 17 décembre 1758 ; — marié à Camille-Cécile Poncet, 
le 4 janvier 1790 ; — décédé à Grenoble, le 29 janvier 1830. 

1758, 17 décembre. Grenoble. 

Baptême de Félix-Romain Gagnon. 

Ce dix-septième décembre mil sept cent cinquante- 
huit, j'ai baptisé Félix-Romain, né cejourd'hui, fds 
légitime à s^' Henri Gagnon, docteur en médecine, 
agrégé au collège de médecine de Grenoble, et à dame 
Thérèse- Félise Rey, mariés. Le parrain a été s'^ Romain 
Senterre, négociant à Lyon ; la marraine a été demoi- 
selle Françoise Pupin, épouse de m® Jean Mallein, 
procureur au bailliage de Graisivaudan, en présence 
des soussignés. 

Gagnon ; Senterre ; Pupin-Mallein ; Gi- 
roud-Lemaistre ; Elisabeth Gagnon ; 
DuBOYS ; Lemaistre ; Mallein. Beylié, 
curé. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Louis. Arch. mun. de 
Grenoble, GG 185, fol. 115.) 



350 ANNEXES 

1790, 4 janvier. Les Eclicllcs (Savoie). 



Mariage de Félix-Romain Gagnon et de Cécile-Camille 

Poncel. 

Le quatre janvier mil sept cent qiiatre-vinpt-dix. 
ensuite d'une jtroclaniation faite en dues formes, dans 
cette église et dans l'église paroissiale de Saint-LouLs 
de la ville de Grenoble, comme il en conste par le certi- 
ficat de révérend Sadin, curé, en date du deux du cou- 
rant, dûment légalisé ledit jour à l'évêché de Grenoble, 
signé Courtois-Minut, plus bas par monseigneur : Gigard. 
vu les dispenses de deux bans, du temps prohibé, de 
l'heure et de l'interstice accordées par monseigneur 
l'évêque de Grenoble, signé Brochier, vicaire général, 
de mandata Gigard, en date du trente-un décembre 
dernier, dûment contnjlé dudit jour par monseigneur 
Michel Conseil, premier évêque de Chambéry, en date 
du second du courant, signées par Sa Grandeur, n'ayant 
découvert aucun em])èchenient et du consentement des 
parents, ont reçu la bénédiction nuptiale des mains de 
monsieur Bonne, vicaire général du diocèse de Saint- 
Flour, en ma présence et de mon consentement, noble 
Félix-Romain Gagnon, avocat au parlement de Dau- 
phiné, fils légitime de noble Henri Gagnon, docteur en 
médecine, agrégé au collège de Grenoble, et de défunte 
(.lame Thérèse-Félise Rey, mariés, natif et habitant de 
la ville de Grenoble, d une part, et demoiselle Cécile- 
Camille Poncel, fille légitime de noble Claude Poncet, 
avocat au ])arlement de Paris, et de dame Foy l^oime, 
mariés, native et habitante de cette paroisse, d'autre 
part. (Jnt été présents noble Henri Gagnon. père de 
l'époux, dame Boime, mère de l'épouse, imlilc Jean- 
Baptiste Malltiti. avocat consisturial au parlement de 
Daupliiné. noble Chérubin-. losepli Beyle, avocat consis- 
torial audit jtarlenifnl de Grenoble, y résidants, sieurs 



ÉTAT-CIVIL 351 

André et Antoine Bonne, oncles de l'ûpouse, habitants 
de cette paroisse, et autres témoins soussignés. 

Laurens, curé. 

(Extrait dos registres paroissiaux des Echelles, 1790, 11° 1.) 

1830, 30 janvier. Grenoble. 

Acte de décès de Félix-Romain Gagiwn. 

Le trente janvier mil huit cent trente, à dix heures 
du matin, pardevant nous, adjoint susdit, acte de décès 
de M. Félix-Romain Gagnon, propriétaire, marié à 
d^ Camille-Cécile Poncet, décédé hier, à cinq heures 
du soir, dans son domicile, place Grenette, âgé d'environ 
soixante-onze ans, natif de Grenoble, fils de feu M. Henri 
Gagnon, docteur en médecine, et de défunte d^ Félise 
Rey. Après nous être assuré dudit décès, et le présent 
acte étant rédigé, nous en avons fait lecture aux décla- 
rants ci-après : MM. Joseph-Adolphe Blanchet, avocat, 
âgé de trente ans, et Félix- Albert Blanchet, négociant, 
âgé de vingt-un ans, domiciliés à Grenoble, qui ont 
signé avec nous. 

Ad. Blanchet ; Albert Blanchet. A. Mou- 

LEZIN. 

(Extrait des registres de l'état-tivil de la Ville de Grenoble.) 

La tante : Marie-Françoise-Séraphie Gagnon. 

Née à Grenoble, le 21 septembre 1760 ; — décédée à Grenoble le 

9 janvier 1797. 

17r)0, 22 septembre. Grenoble. 

Baptême de Marie-Françoise-Séraphie Gagnon. 

Le vingt-deuxième septembre mil sept cent soixante, 
j'ai baptisé Marie-Françoise-Séraphie. née le jour pré- 



352 ANNEXES 

cèdent, fille légitime do sieur Henri Gagnon, docteur 
en médecine, et de dame Thérèse-Félise Rey, mariés. 
Le parrain a été sieur Antoine Barlellon, bourgeois, 
et la marraine demoiselle Marie Didier, bourgeoise à 
Saint-Laurent de cette ville, présents les soussignés 
avec le parrain et la marraine, le père absent. 

Bartellon le cadet ; Disdier ; Lkmaistre ; 
Gagnon ; Bartellon ; Rlbichon. Mo- 
rand, vicaire. 

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Louis. Arch. mun. de 
Grenoble, GG tS5, fol. 240.) 



1797, 10 janvier. Grenoble. 

Acte de décès de Marie-Françoise-Séraphie Gagnon. 

Le même jour [21 nivôse an l\], pardevant nous, 
odicier public susdit, sont comparus en la maison com- 
mune Jean Colomb et Louis Romagnicr, tous deux 
majeurs et anciens négociants, domiciliés à Grenoble, 
Grande-rue. lesquels nous ont déclaré que Marie-Fran- 
çoise-Séraphie Gagnon, fille du citoyen Gagnon, 
médecin, est décédée hier, à dix heures du soir, dans le 
domicile de son père, Grande-rue, âgée d'environ trente- 
six ans, de laquelle déclaration et décès, après nous eu 
être assuré, nous avons dressé le présent acte, que les 
déclarants ont signé avec nous. 

('oLOMB : IloM VGNir.n. r.HiMiNAnr., ollicier 
public. 

(E.xtrait des registres de l'état-cisil de la \'ille de Cirenoblc.) 



ÉTAT-CIVIL 353 

Les cousins et cousines : 1. Henriette G.vgnon. 

Née aux Echelles (Savoie), le 6 juillet 1790. 

1790, G juillet. Lrs Echelles. 

Baptême de Henriette Gagnon. 

Le six juillet mil sept cent quatre-vingt et dix, à 
deux heures du matin, est née et aussitôt a été baptisée 
jeiie Henriette Gagnon, fille de Félix-Romain Gagnon, 
avocat au parlement de Grenoble, et de demoiselle 
Cécile-Camille Poncet, mariés, de cette paroisse. Le 
parrain a été s'^ Henri Gagnon, grand-père de l'enfant, 
médecin et secrétaire perpétuel de l'Académie des 
Sciences et de Belles-lettres de Grenoble et représenté 
par Joseph Pellet, clerc de ladite paroisse. La marraine 
a été d^i^s Thérèse Maistre. 

Laroche, vicaire. 

(Extrait des registres paroissiaux des Echelles, 1790, n"^ ôO.) 

2, Marie-Félise Gagnon. 

Née aux Echelles (Savoie), le 13 juin 1791. 

1791, IG juin. Les Echelles. 

Baptême de Marie-Félise Gagnon. 

Le seize juin mil sept cent quatre-vingt-onze, à dix 
heures et demie du soir, ont été suppléées les cérémonies 
de baptême à d^He Marie-Félise Gagnon, fdle de noble 
Félix-Romain Gagnon, avocat au parlement de Gre- 
noble, et de dame Cécile-Camille Poncet, mariés, de 
cette paroisse, par messire Bonne, vicaire générai du 
diocèse de Saint-Flour, oncle de l'enfant, née le treize 
de ce mois, à trois heures et demie, et que je soussigné, 
curé, ai baptisée à quatre heures dudit jour treize. Le 
Brulard II. 23 



354 ANNEXES 

parrain a ("It' noble Henri Ga^rnon. tlocleur en médecine, 
açrrénré an coUèse de Grenoble, aïeul de l'enfant, et 
dame Foy Bonne, son aïeule, a t'ii- la marraine. 

Laurens, curé. 

(Extrait dos registres paroissiaux des Eeliclles, 1701, n" 32.) 

3. ANDRÉ-Fl':i.IX-IIl.NRI-GAt:TAN GaGNON. 
Né aux Lclielles (.""avoie;, le 10 janvier 1793. 

171.3, 11 février. Les Echelles. 

Baptême de Andri:-lélix-Henri- Gaétan Cagnon. 

Le onze février mil sept cent quatre-vingl-lreize, à 
midi, j'ai suppléé les cérémonies après le baptême à 
André-Félix-lIenri-Gaëtan, iils de sieur Félix-Romain 
Gagnon, docteur ès-droits, et de dame Cécile-Camille 
Poncet. mariés, de ce bourg, lequel enfant est né le 
dix-neuf janvier dernier, à huit heures du matin, et a 
été baptisé le même jour, entre une heure et midi. Le 
parrain a été s"" André Bonne, oncle de l'enfant, et 
jeiie Elisabeth Gagnon, sa tante, a été la marraine. 

Lalrens, curé, 

Extr.-iit ili,-- re-i-tn-. |>.iruissiaiix des Echelles, 1793, n" lô.) 

4. A.mélie-Lvcie-Françoise Gagnon. 

Née aux Echelles (Savoie), le 24 novembre 1794. 

17 '., 2'» novembre — 179C, 30 septembre. Les Echelles. 

Puissance et baptême de Amélie- Lucie-Françoise Gagnon. 

Le vingt-quatre novembre mil sept cent quatre- 
vingt-quatorze, entre sept et huit heures iIn matin, 
est née .\iiiélie-I.ucic-Iranf;oisc Gagnon. lillc df M. lé- 



ÉTAT-CIVIL 355 

lix-Roniaiu Ga^non. docteur ès-droils, et de dame 
C(!'cile-Ca mille Ponce I, mariés. 

(Cette note est suU'ie 6?'?//?. renvoi au 30 septembre 1796, 
où se trouve l'acte suivant :) 

Le trente septembre mil sept cent qnatre-vingt et 
seize, après la célébration de la messe, dans notre cha- 
pelle domestique, érigée dans le bourg des Echelles 
pour l'exercice du culte catholique à défaut d'église 
paroissiale, je soussigné ai suppléé les cérémonies dn 
baptême à Amélie-Lucie Gagnon. fille de M. maître 
Félix-Romain Gagnon et de dame Camille-Cécile 
Poncet, mariés, dudit bourg des Echelles, laquelle 
enfant est née le vingt-c{uatre novembre mil sept cent 
quatre-vingt-quatorze, entre sept et huit heures du 
matin, ondoyée validement le surlendemain, à sept 
heures du soir, par s'^ François Chavasse-Bélissard, 
dont la capacité et les bonnes mœurs sont connues et 
attestées. Le parrain a été s^ Joseph Blanchet, repré- 
senté par s^ Antoine Bonne, et d^^^^ Marie Poncet, 
représentée par dame Marie-Lucie Giroud, a été la 
marraine. 

Laurexs, curé. 

(Exilait des registres paroissiaux des Eclielles.) 

5. Joseph-Oronce Gagxon. 

Né aux Eclielles (Savoie), le 24 novembre 179C ; — décédé à Grenoble, 
le 24 avril 1883. 

1796, 24 novembre. Les Eclicll<3S. 

Baptême de J oseph-Oronce Gagnon. 

Le vingt-quatre novembre mil sept cent quatre-vingt 
et seize, à une heure du matin, est né et le même jour, 
à six heures du soir, dans une chapelle domestique 
érigée dans le bourg des Echelles, en Savoie, pour 



356 



ANNEXES 



l'exercice du culte catholique à défaut de l'église 
paroissiale, je soussigné ai administré le baptême avec 
les cérémonies qui le précèdent jusqu'au Saint-Chresme, 
exclusivement, à Joseph-Oronce Gagnon. fds de M. maî- 
tre Félix-Romain Gagnon, docteur ès-droits, et de 
dame Cécile-Camille Puncet, mariés, dudit bours des 
Echelles, en Savoie, et le trois janvier suivant, à six 
heures et demie du soir, j'ai sup[)léé les cérémonies 
subsé([uentes au baptême dudit enfant, entre les mains 
de s"" Josej.h Bonne et de à.^^"^^ ^'irginie-Félicité Giroud. 

Laurens, curé. 
(Extrait des rejristrcs paroissiaux des Ecliclles). 

1883, 2't avril. Grenoble. 

Acte de décès de JosepJi-Oronce Gagnon. 



Le vingt-quatre avril mil liuiL cent quatre-vingt- 
trois, à onze heures du matin, pardevant nous, Auguste 
Germain, adjoint au maire de Grenoble, délégué pour 
remplir les fonctions dollicier de rétal-ci\il. sont com- 
parus MM. ILrnest Bourjat. âgé de ((uaiantc-sept ans, 
et .Iules Aman, âgé de quarante-cinq ans, rentiers, 
domiciliés à Ciren<jble. les(iuels nous ont déclaré que 
M. .loseph-Uronce Gagnon, général de division en n'- 
t rai te, grand-ollicier de la Légion d'honneur, âgé do 
f(uatrc-\ ingt-six ans. marié à d*^ .loséphine-Marie- 
.Icannc-Hosalie .Jacquinot, natif des Echelles (Savoie), 
domicilié à Grenoble, rue ^'aucanson, 4, fils de feu 
l'élix-Homain Gagnon et dr (li'fimtc Cécile-Camille 
Poncet, mariés, est décédé ce matin, à neuf heures, 
dans son flomicile. Nous étant assuré de ce tiécès, nous 
avons rédigé le présent acte, que les déclarants ont 
signé avec nous, a[)rès lecture faite. 

L. BoLHJ.VI ; .1. Ama.N. (il.H.MAI.N. 
(Kxlrail <!••» rr>;,'i»trc» de l'état-iix il île la N'illc de ( in-iiolilc.) 



ÉTAT-CIVIL 357 

G. Chèrubin-Jules Gagnon, 

Xé aux Kchelles (Savoie), le 2'J avril 1799. 

1800, 9 juillet. Les Echelles. 

Baptême de Chérubin- Jules Gagnon. 

Le vingt-neuf avril mil sept cent quatre-vingt-dix- 
neuf est né, à quatre heures du soir, Chérubin- Jules 
Gagnon, fils de M. maître Félix- Romain Gagnon, 
docteur ès-droits, et de dame Camille Poncet, mariés, 
du bourg des Echelles, en Savoie, lequel enfant, ondoyé 
le trois mars suivant, avec toutes les cérémonies qui 
précèdent le baptême, a reçu les cérémonies subsé- 
quentes par moi soussigné le neuf juillet, dans une 
chapelle domestique érigée audit bourg des Echelles, 
en Savoie, pour l'exercice du culte catholique, à défaut 
d'église paroissiale, entre les mains de M. maître Ché- 
rubin-Joseph Beyle, aussi docteur ès-droits, et de dame 
Foy Bonne, veuve Poncet, aïeule de l'enfant. 

Laurens, curé. 

(Extrait des registres paroissiaux des Echelles.) 

7. Henriette Gagnon. 

Née à Grenoble, le II octobre 1800. 
1800, 11 octobre. Grenoble. 

Acte de naissance de Henriette Gagnon. 

Du dix-neuvième jour du mois de vendémiaire, l'an 
neuf de la République française. 

Acte de naissance de Henriette Gagnon, née le dix- 
neuf vendémiaire, à une heure du matin, fdle de Félix- 
Romain Gagnon, propriétaire, habitant aux Echelles, 

Brulard II. 23. 



358 ANNEXES 

département du Monl-Blanc. et de Cécile-Camille 
Poncet. mariés. Le sexe de l'enfant a été reconnu être 
féminin. 

Premier témoin : Joseph Félix, commis en cette 
mairie. 

Second témoin : Antoine Termier, ausï^i commis en 
cette mairie, tous deux majeurs. 

Sur la réquisition à nous faite par M. Henri Gagnon. 
aïeul paternel de l'enfant ; et ont signé. 

Constaté, suivant la loi, par moi soussigné, maire 
de la Ville de Grenoble, faisant les fonctions dolllcier 
public de l'état-civil. 

G.\GNOx ; Tkrmiku ; J. Fiii.ix. Renauldo.n, 
maire. 

(Extrait des rc^'islrcs <lc l'état-oivil df la ^'il!^! de Grenoble.) 



1800, 10 spplenihie (.sir). Les Echelles. 

Baptême de Ilenrietle Gagnon. 

Le neuf septembre mil huit cent est née, à onze heures 
du soif. Ilonrielte Gagnon, fille de M. maître Félix- 
Romain (Jagnon. et de d^'^'*^ Cécile-Camille Poucet, 
mariés, du bourg des Echelles, en Savoie, et le lendemain 
de sa naissance ladite enfant, née à Grenoble, a été 
Ijaptisée, dans une des paroisses de ladite ville, ])af 
révérend Gaillard, ci-devant vicaire de Saint-Laurenl- 
du-Pont, missionnaire de Grenoble. M. maître Henri 
Gagnon, docteur en médecine, aïeul de I enfanl, a été 
son parrain, et (]•"'" i'aiiline Heyle a été la marraine. 



L.wnENS, curé 
(E.xtrail des rcginlres paruissiaux deb Echulles.) 



ETAT-CIVIL 



359 



8. Charles-Félix Gagnox. 

?sé aux Echelles (Savoie), le 2G octobre )S01. 

1801, 29 octobre. Les Echelles. 

Baptême de Charles-Félix Gagnon. 

Le vingt-six octobre rail huit cent un est né, à sept 
heures et demie du matin, Charles-Féhx Gagnon, fils 
de M. maître FéHx-Romain Gagnon, docteur ès-droits, 
et de dame Cécile-Camille Poncet, mariés, du bourg des 
Echelles, en Savoie, et le vingt-neuf dudit, audit bourg 
des Echelles, ledit enfant a été baptisé par révérend 
Charles-Marie Bonne, son oncle et parrain, vicaire 
général du diocèse de Saint-Flour, dans une chapelle 
domestique érigée pour l'exercice du culte catholique, 
à défaut d'église paroissiale. Le nouveau-né, baptisé 
à six heures du soir, a eu pour marraine à'^^^^ Félise 
Gagnon, sa sœur. 

Laurens, archiprêtre-curé, chef de mission 
des Echelles. 

(Extrait des registres paroissiaux des Echelles.) 

9. Henri-Chérubin Gagnon. 

Né à Grenoble, le 22 mars 1S03. 

1803, 24 mars. Grenoble. 

Acte de naissance de Henri-Chéruhin Gagnon. 

Du troisième jour du mois de germinal l'an onze de 
la Répviblique française. 

Acte de naissance de Henri-Chérubin Gagnon, né 
le premier du courant, à onze heures du soir, hls de 
Félix- Romain Gagnon, propriétaire, domicilié place 



360 ANNEXES 

Grenette, et de dame Cécile-Camille Poncet, maries. 
Le sexe de Tcnfanl a été reconnu être masculin. 

Premier témoin : Henri Gagnon, médecin, aïeul 
paternel de l'enfant. 

Second témoin : Chérubin-Joseph Beyle, homme de 
loi, domicilié rue des Vieux-Jésuites. 

Sur la réquisition à nous faite par le père de l'enfant ; 
et ont signé le père et les témoins susdits. 

Constaté, suivant la loi, par moi, Charles Renauldon, 
maire de la Ville de Grenoble, faisant les fondions dolli- 
cier public de l'état-civil. 

Gagnon ; Gagnon ; Beyle. Renauldon, 

maire. 

(Extrait des registres de l'état-ei\il de la Ville de Grenoble.) 



10. Henri-Alfred Gagnon. 

Né à Grenoble, le 26 janvier 181 "J. 
1812, 27 janvier. Grenoble. 

Acte de naissance de Henri-Alfred Gagnon. 

Le vingt-sept janvier mil huit cent douze, pardevant 
nous, adjoint susdit, acte de naissance de Henri-Alfred 
Gagnon, né hier, à sept heures du matin, fds de M. Félix- 
Romain Gagnon, maire de la commune des Echelles, 
et de d^ Cécile-Camille Poncet, mariés. Le sexe de 
l'enfant, qui nous a été présenté, a été reconnu masculin. 
Lecture du présent acte ayant été faite en présence du 
père, de M. Joseph-Chérubin Beyle, avocat, et de 
M. Hugues-Antoine Pison-Duverney, contrôleur priii- 
cipal des Droits réunis, majeurs et domiciliés à Gre- 
noble, ils ont signé avec nous, 

Gacno.n ; PisoN-Di vi:i<.m:v ; Bevli:, La 
Valette. 

(Extrait des registres de l'état-civil de la Ville de Grenoble.) 



APPENDICES 



I. LA VILLE NATALE DE STENDHAL 
Grenoble vEns 1793 

Le Grenoble que connut Stendhal dans son en- 
fance ressemble autant au Grenoble actuel que 
l'Auteuil parisien ressemble à la Croix-des-Sablons 
du xviii^ siècle, décrite par Anatole France. Depuis 
la Révolution, de successifs empiétements sur les 
communes de Seyssins, Fontaine et Saint-Martin- 
le-Vinoux et un double agrandissement de l'en- 
ceinte fortifiée a plus que quintuplé l'aggloméra- 
tion urbaine. 

Voulant donner aux lecteurs de la Vie de Henri. 
Brulard le moven de goûter ce livre dans toute sa 
saveur, j'entreprendrai une courte excursion à 
travers le Grenoble de 1793, dans ces rues tor- 



362 APPENDICES 

tueuses où le petit Henri Beyle, pour échapper à 
l'œil inquisiteur et à la tyrannie de sa tante Séra- 
phie, se cachait dans les dédales de la llalle-aux- 
Blés, ou fdait le long de la baraque aux châtaignes 
de la place Grenette pour aller retrouver, dans le 
bois du Jardin-de-^'ille, quelques « polissons » de 
son âge. 

Triste et noire cité, Grenoble s'étendait le long 
d'un coude de l'Isère, formé par le dernier contre- 
fort des montagnes de la Chartreuse. Cité essen- 
tiellement militaire, elle avait été bâtie en cet 
endroit par les vieux Allobroges pour commander 
la route de Lvon : et les Romains, trouvant cette 
situation merveilleuse, v avaient établi une forte 
colonie. Les Dauphins du moyen âge, puis Les- 
diguières et ses successeurs, l'agrandirent progres- 
sivement ; mais le Grenoble de Louis XVI n'est 
pas très sensiblement difï'érent du Grenoble de 
Henri IV. 

La plus vieille partie de la ville, que de bons 
auteurs considèrent comme le berceau de la cité, 
s'étend sur la rive droite de l'Isère ; ime étroite 
bande de terrain, comprise entre la rivière et le 
rocher, laisse tout juste la place à deux rues en 
enfdade, longues et étriquées (la rue Saint-Laurent 
et la rue Perrière) ; ces rues, de la porte Saint- 
Laurent à 'a jiortc de France, Inut communiqjier, 
la haute et la basse vallée de l'Isère, la S;ivoi(i et 
la France. 



SA VILLE NATALE 363 

Deux ponts, liiu de bois, l'autre de pierre, 
unissent le vieux Cularo allobroge à la Ville propre- 
ment dite ; et c'est entre les deux ponts, près des 
berges de l'Isère, alors entièrement couvertes de 
maisons, suivant la mode du temps, que bat le 
cœur de la cité. Le palais de justice, ancien Parle- 
ment, l'Hôtel-de-Yille-Préfecture, la place Grenette, 
c'est là que vivent le Grenoble judiciaire et procé- 
durier, le Grenoble administratif, le Grenoble 
commerçant. C'est là aussi, à l'angle de la place 
Grenette et de la Grande-rue, que s'écoula l'en- 
fance morose et opprimée de Stendhal. 

Autour de ce centre : place Grenette, Grande-rue, 
place Saint-André, courent les plus importantes 
voies de la ville, étroites et tortueuses. Les agran- 
dissements successifs de l'enceinte, depuis les 
Romains jusqu'aux successeurs de Lesdiguières, ont 
forcé les principales rues à suivre la direction des 
remparts ; toutes ces artères s'arrondissent en demi- 
cercle, de l'Isère à l'Isère : un premier arc est 
constitué par la rue Saint-André, la rue des Clercs 
et la rue Pérollerie, jusqu'à la place Notre-Dame 
et la Citadelle ; un deuxième suit la rue Montorge, 
la rue des Vieux- Jésuites et la rue des Prêtres ; 
un troisième, plus grand, moins nettement dessiné, 
sinue à travers les rues Saint-François et Créqui, 
la rue Neuve du Collège, la rue Neuve des Péni- 
tents, la rue Neuve des Capucins et la rue Très- 
Cloîtres ; enfin, la rue des Mûriers constitue, pour 



364 APPENDICES 

l'époque, le dernier stade de l'évolution : elle n'est, 
à vrai dire, que le chemin de ronde des remparts. 

Ces rues sont bordées de maisons hautes et 
noires, et presque toujours tristes, avec des allées 
étroites où court un petit ruisseau dans lequel les 
habitants se soulagent en passant. De temps à 
autre, la fde monotone est coupée par de beaux 
hôtels, demeures de l'aristocratie et des magistrats 
opulents : l'hôtel des Adrets, rue Neuve du Collège ; 
l'hôtel de Franquières, rue de France, près du pont 
de pierre ; l'hôtel de Bressieux, rue du Verbe- 
Incarné ; l'hôtel de Montai, rue du Pont-Saint- 
Jaime. De nombreux monastères étendent leurs 
cloîtres et leurs jardins : les Augustins, près du 
Jardin-de- Ville ; les Frères prêcheurs, dont l'église 
servit de llalle-aux-Blés ; les Cordeliers, qu'un 
oncle de Henri Beyle dirigea ; les Jésuites, rue 
Neuve, dont le collège devint l'Ecole centrale, 
la Bibliothèque publique et le Musée ; les Orato- 
riens, voisins de la cathédrale. Les couvents de 
femmes abondent aussi : religieuses de la Propa- 
gation, au bout de la rue Saint- Jacques, chez les- 
quelles le jeune Beyle allait servir la messe, Cla- 
risses, l'rsulines, Visitaiidines, d'autres encore. 
Enfin, (juatre églises se jiartagent les fidèles : la 
plus ancienne, Saint-Laurent, dont la chapelle 
basse date du vi^ siècle, dessert la rive droite; 
pur la rive gauche, Notre-Dame et Saint-Hugues, 
deux églises jumelles, accolées l'une à l'autre et 



SA VILLE NATALE 365 

communiquant par une vaste baie, sont l'une la 
cathédrale, l'autre une paroisse ; Saint-André, non 
loin du palais de justice, est la vieille collégiale des 
Dauphins et abrite les cendres de Bayard, en 
attendant de servir de salle de réunion à la société 
jacobine de Grenoble ; Saint-Louis enfin, la der- 
nière en date, la plus laide aussi, produit informe 
du XVII® siècle à son déclin, sert de paroisse à la 
pieuse famille maternelle de notre Stendhal. 

Et, tout autour, s'étend le domaine militaire ; 
les remparts protègent la cité, mais l'étoufîent 
aussi dans leurs bastions de terre et de briques, à 
la manière de Vauban. A l'ouest, l'arsenal, des 
magasins à poudre et les casernes de Bonne ont 
cependant permis aux Hospices de s'installer ; 
au midi, s'élève l'hôtel du Commandement, qu'habite 
le gouverneur de la province ; non loin de là, on 
a laissé dans un bastion s'ouvrir provisoirement le 
cimetière de la paroisse Saint- Hugues, où fut 
inhumée la mère de Stendhal ; à l'est, s'élèvent 
de nouveaux magasins à poudre, et la citadelle 
forme, à elle seule, une ville forte en miniature ; 
enfin, au nord de Grenoble, sur la rive droite, le 
fort de Rabot domine la plaine et la vallée du 
Drac. 

Cinq portes étroites font communiquer la ville avec 
le monde extérieur : à droite de l'Isère, les portes 
Saint-Laurent et de France ; de l'autre côté de la 
rivière, la porte de la Graille, située à l'est de 



366 APPENDICES 

Grenoble, au bord de Teau, conduit au cours de 
Saint-André, large et longue avenue qu'un parle- 
ment munificent fit })lanter au xvii^ siècle, sous la 
direction de son président, Nicolas Prunier de 
Saint-André ; au midi, les portes de Bonne et Très- 
Cloîtres ouvrent les chemins qui vont au Pont-de- 
Claix, à Echirolles, à Gières, à Eybens et à Vizille, 
vers le Trièves, l'Oisans et la vallée du Graisi- 
vaudau. 

Les environs immédiats de Grenoble, du reste, 
sont peu engageants. La splendeur du cadre formé 
par les montagnes de la Chartreuse, du Vercors, 
du Taillefer et de Belledonne, et la magnificence 
de la vallée du Graisivaudan, toute voisine, rendent 
plus triste encore la banalité de la plaine greno- 
bloise. Située au confluent de la capricieuse et 
puissante Isère et du terrible Drac, elle a été long- 
temps couverte par les eaux. Le sol est demeuré 
liumide et caillouteux, de nombreux ruisseaux 
courent vers le nord, et cette eau que l'on sent 
partout à fleur de terre, que l'on voit sourdre de 
tous côtés, dit le long combat qu'a mené à travers 
les siècles la vaillante ville contre ses ennemis de 
toujours : l'Isère et le Drac, le Serpent et le Dragon 
qui, prédisait un ancien dicton, devaient »< mettre 
Grenoble en savon ». 

Stendhal connut surluiil la partie sud-ouest dti 
cette plninf ^.aonobloise. 11 nccoinpagna son père 
et sa t;iiil<' Sérapliie dans les prunicruidcs ^tiili- 



SA VILLE NATALE 367 

mentales qu'ils firent à travers le faubourg pauvre 
et malodorant des Granges, quartier des peigneurs 
de chanvre, qui se pressait autour de l'église Saint- 
Joseph, plus pauvre encore. Surtout, il suivit 
le chemin de Claix, lorsqu'il allait avec son père 
séjourner à la maison familiale du hameau de 
Furonières. On sortait par la porte de Bonne, on 
tournait tout de suite à droite pour prendre le 
chemin horriblement fangeux des Boiteuses, où 
s'élevait la solitaire auberge de la Femme-sans-tête ; 
puis, passé le cours de Saint-André, le chemin de 
Seyssins conduisait au bac ; on traversait le torrent 
du Drac et sur la rive gauche, par Seyssins et les 
hameaux de Doyatières, Cossey et Malivert, on 
atteignait enfin le « domaine » des Beyle, où le vieux 
Pierre était mort. Ou bien encore, sortant toujours 
par la porte de Bonne, on continuait tout droit, le 
long du chemin Meney, pour atteindre le cours de 
Saint-André et le vieux pont de Claix, bâti par le 
connétable de Lesdiguières, l'une des « merveilles » 
du Dauphiné. 

Tel est ce Grenoble que Stendhal détesta, non 
pour l'avoir trop connu, mais pour l'avoir presque 
ignoré, car il y vécut un peu en prisonnier. Il avoue 
en un endroit de sa Vie de Henri Brulard n'avoir 
su qu'objecter à un jeune officier qui faisait l'éloge 
de sa ville natale, et il dit plus loin qu'à son arrivée 
à Paris, une terrible nostalgie faillit le renvoyer à 
ses chères montagnes. Le mépris de Stendhal pour 



368 APPENDICES 

Grenoble est seulement une rancune d'enfant, que 
l'âge mûr n'a pu complètement effacer. Grenoble 
en a longtemps voulu à son détracteur occasionnel ; 
aujourd'hui, le temps a tout renouvelé : Grenoble 
est devenue la plus belle cité des Alpes françaises, 
et elle a rendu en admiration à Stendhal ce que 
son fils ingrat lui avait donné de dédains. 



GRENOBLE EN 1793 

D'oprès un iilan appartenant à M. Edmond Maigmiîn 



LÉGENDE 
1. Rues, places et passages. 

1. Place Grenette. 

2. Jardin-de- Ville. 

3. Grande-rue. 

4. Rue des Vieux- Jésuites (aujourd'hui, rue Jean- 
Jacques- Rousseau). 

5. Jardin Lamouroux, derrière la maison natale de 
Stendhal (aujourd'hui, cour du n" 4 de la rue Lafayette). 

G. Place Saint-André. 

7. Rue du Palais. 

8. Passage du Palais. 

9. Rue du Quai (aujourd'hui, rue Hector-Berlioz). 

10. Rue Montorge. 

11. Rue du Département (ensuite, rue Saint-André ; 
aujourd'hui, rue Diodore-Rahoult). 

12. Place Neuve du Département (ensuite, place aux 
Œufs ; aujourd'hui, place de Gordes). 

13. Rue des Clercs. 

14. Rue Pérollerie (aujourd'hui, rue Alphand). 

15. Rue Dauphin (aujourd'hui, rue Lafayette). 

16. Rue Neuve du Collège (aujourd'hui, rue du 
Lycée). 

17. Place de la Halle (aujourd'hui supprimée, située 
sur l'emplacement des actuelles rues de la République 
et Philis-de-La-Charce). 

Brulard II. 24 



o — 



70 APPENDICES 

18. Rue Saint-Jacques. 

19. Rue de Bonne. 

20. Rue Saint-Louis (aujourd'hui, avec un aligne- 
ment modifié, rue Félix- Poulat). 

21. Place Claveyson. 

22. Place aux Herbes. 

23. Rue Marchande (aujourd'hui, rue Renauldon). 

24. Montée du pont de bois (aujourd'hui, rue de 
Lionne). 

25. Pont de bois (aujourd'hui, pont suspendu). 

26. Rue du Bœuf (aujourd'hui, rue Abel-Servien), 

27. Rue Chenoise. 

28. Rue du Pont-Saint- Jainie. 

29. Rue Brocherie. 

30. Place Notre-Dame. 

31. Place des Tilleuls. 

32. Rue Bavard. 

33. Rue des Mûriers (aujourd'hui, rue Abbé-dc-la- 
Salle). 

34. Cimetière de Saint-Hugues, rue des .Mûriers. 

35. Rue du Comniaudenient (aujourd'hui, rue Géné- 
ral-Marchand . 

36. Promenade des Remparts (aujourd'hui, à peu 
près, rue Condillac). 

37. Rue Saint-Laurent. 

38. Rue Perrière (aujoTiid hui, quai Peirièrel. 

39. Pont de pierre (aujounlhui, pont de 1" Hôpital). 

40. Montée dr C.haleuu>nt. 

41. Route de Lyon. 

42. Le Mail (aujourd'hui. l'Esplanade d<' la Porlo- 
dc-France). 

43. Cours de Saint-.\ndré. 

44. Chemin des Boiteuses (aujourd'hui, après recti- 
fications, rue et place Lakanal et rue Turenne). 

45. Chemin Mency. 

46. Chemin de Sassenage (aujourd'hui, ajtproxiuui- 
tivement, cours Berriatj. 



GRENOBLE EN 1793 371 

47. Point de départ de la route d'Eybens (aujour- 
d'hui situé vers l'angle des rues de Strasbourg et Bec- 
caria). 

48. Route de La Tronche. 



2. Bâtiments publics et portes de la ville. 

A. Eglise Saint-André. 
.E. Eglise Saint-Louis. 

B. Cathédrale Notre-Dame. 
B'. Eglise Saint-Hugues. 

C. Eglise Saint- Joseph (hors des portes). 

D. Eglise Saint-Laurent. 

E. Préfecture et Hôtel-de-Villc (aujourd'hui, Hôtel- 
de-Ville). 

F. Palais de justice et prison. 

G. Théâtre. 

H. Collège des Jésuites, puis Ecole centrale (ensuite 
collège, puis lycée de garçons, aujourd'hui lycée de 
filles)'. 

J. Bibliothèque (aujourd'hui, administration du lycée 
de filles). 

K. Musée (ancienne chapelle des Jésuites, aujour- 
d'hui grand amphithéâtre de l'Université). 

L. Citadelle (aujourd'hui caserne, conseil de guerre 
et prison militaire). 

M. Couvent des Jacobins (n'existe plus). 

N. Halle aux blés (ancienne éghse des Jacobins, 
n'existe plus). 

0. Corps de garde, place Grenette. 

P. Couvent des Augustins (depuis. Manutention 
militaire, aujourd'hui démolie). 

Q. Porte de France. 

R. Porte de Bonne (démolie vers 1832, située à 
l'extrémité de la rue de Bonne, place Victor-Hugo). 

S. Porte Très-Cloîtres (démolie vers 1832, située à 



372 APPENDICES 

l'inlerscction des actuelles rues Très-Cloîtres et Joseph- 
Chanrion\ 

T. Porte de la Graille, ou porte Créqui (démolie en 
1889, située sur le quai Créqui actuel). 

V. Sainte-Marie-d*en-haut (couvent de la Visitation, 
aujourd'hui inoccupé et appartenant à la Ville de Gre- 
noble). 

X. Tour de Rabot. 

Y. Direction du fort de la Bastille. 



3. Maisons, boutiques, lieux di^'ers. 

a. Maison Beyle, rue des Vieux-Jésuites (aujourd'hui, 
rue Jean- Jacques-Rousseau, n" 14). 

a'. Nouvelle maison Beyle, à l'angle de la rue de 
Bonne et de la place Grenette (aujourd'hui, place Gre- 
nette, n^ 24). 

b. Maison Gagnon, place Grenette, n^ 2, et Grande- 
rue, no 20. 

c. Maison Périer-Lagrange, place Grenette, n° 4. 

d. Maison de madame Vignon, place Saint-André, 
n° 5 ou 7. 

f. Maison de Le Roy, professeur de peinture, place 
Grenette (ancien n" 11, démoli lors de l'ouverture de 
la rue de la République, en 1907). 

g. Maison Teisseire, entre l'ancienne rue de la Halle 
et la rue des Vieux-Jésuites. 

h. Maison de Chabert, professeur de mathématiques, 
rue Neuve du Collège (aujourd'hui du Lycée, n° 15). 

i. Hôtel des Adrets, rue Neuve du Collège (aujourd'hui 
du Lycée, n^ 9). 

1. llùtel du Commandement, rue du Commandement 
(aujourd'hui Général-Marchand, n° 1). 

m, m'. Maisons successivement haliitées p;ir' les 
Bigillion. rue Brocherie et montée du l'onl-de-bois 
(aujunrrrinii rue do Lionne). 



GRENOBLE EN 1793 373 

n. Maison Didier, près de l'église Saint-Laurent. 

o. Maison de Gros, géomètre et professeur de mathé- 
matiques, rue Saint-Laurent. 

p. Hôtel de Franquières, entre l'actuelle rue Moidieu 
et le quai Créqui, près du Pont de pierre. 

q, q'. Boutiques successivement occupées par Falcon, 
libraire, la première passage du Palais (aujourd'hui 
supprimé), la seconde rue du Quai (aujourd'hui Hector- 
Berlioz, no 4). 

r, r'. Café Genou, situé Grande-rue, n^ 14, d'après 
Stendhal, ou, d'après Romain Colomb, place Saint- 
André, no 7. 

s. Boutique de Bourbon, près de la Halle-aux-blés, 
probablement démolie lors de l'élargissement, en 1907, 
de la rue Philis-de-la-Charce. 

t. Auberge de la Bonne-Femme, ou de la Femme- 
sans-tête, chemin des Boiteuses (aujourd'hui, rue 
Lakanal). 

V, v'. Pompes, sur la place Grenette et à l'entrée 
de la rue Neuve du Collège (aujourd'hui du Lycée). 

X. Baraque des châtaignes, place Grenette. 

TT. Arbre de la Liberté. 

77'. Arbre de la Fraternité. 

R'. Lieu présumé du duel de Henri Beyle et de son 
camarade Odru, sur les remparts, entre les portes de 
Bonne et Très-Cloîtres, non loin de l'hôtel du Comman- 
dement. 



Brulard II. 24. 



IL LA MAISON NATALE DE STENDHAL 

l'ar M. Samuel Chabert, 
professeur à l'Université de Grenoble. 



iM. l'aul Arbelet, éditeur du Journal d'Italie, 
affirmait récemment que la maison natale de 
Stendhal à Grenoble était le n° 14 actuel de la 
rue J.-.I. -Rousseau (2® étage), et revendiquait 
pour lui-même la propriété de cette découverte, 
sans toutefois publier encore une indication de 
sources ou d'arguments positifs^. Une illustration 
représentant l'immeuble désigné était insérée dans 
le texte, soulignant ainsi la contradiction de sa 
croyance avec celle de divers Grenoblois, recueillie 
par M. Pierre Brun dans son Henrij Beijle- Stendhal -, 
et favorable au n*^ 12 (1*^"^ étage) de la iiirint' rue 
J.-J. -Rousseau. 

Les amis de l'écrivain, et aussi le grand public, 
ne peuvent que remercier M. I'. Arbelet de sa com- 
munication ; le pbis mince atome de vérité acquise 
a son prix. Pour ma part, je nie féliciterais plutôt 

1. IjtH Aiituitei du j fé\ri<T lîUt. 

2. V. 'J ((irtiiobir-, Gralitr, l'JUOj. 



SA MAISON NATALE 375 

de le voir garder par devers lui ses raisons, puisque 
ce silence précisément m'a conduit à faire de mon 
côté différentes recherches, toujours intéressantes 
quand il s'agit d'un pareil auteur ; et, bien que 
ma conclusion soit absolument identique à la sienne 
et que son assertion ait contribué à m'y conduire, 
peut-être ne sera-t-il pas indifférent d'exposer 
ici, très sommairement, les procédés que j'ai 
suivis. 



* 



Deux voies principales d'investigation semblent 
dès l'abord s'ouvrir au chercheur, abstraction faite 
des « jours » offerts çà et là dans l'œuvre entière de 
Stendhal : 

lo Détails et plans fournis par le manuscrit de 
la Vie de Henri Brulard (Bibl. munie, de Grenoble, 
R 299, 3 vol.). 

Ces détails sont nombreux, répétés, d'apparence 
très précise, et nous y reviendrons. Constatons tout 
d'abord qu'il y manque le seul renseignement 
décisif, à savoir le numéro de la maison natale. 
A cette époque, où les immeubles de Grenoble 
étaient numérotés par quartiers, non par rues, 
chaque maison était habituellement désignée par 
le nom de son propriétaire joint à celui de la rue ; 
or, l'extrême notoriété du père de Stendhal rendait 
particulièrement superflu tout surcroît de précision. 



37 



G APPENDICES 



D'autre part, si précieux que soient les documents 
de la \'ic de Henri BruIariL ils sont souvent fort 
sujets à caution, on le sait, qu'il s'agisse de senti- 
ments, d'idées, d'histoire ou même de géographie ; 
l'auteur lui-même, trop catégorique dans l'exposé 
de ses impressions d'enfance, multiplie les réserves 
par ailleurs : il touche à la cinquantaine, et tant 
d'aventures se sont succédé dans son existence 
depuis la dixième année ! Aussi n'avons-nous pas 
cru que le témoignage propre de Stendhal dût 
nous être un point de départ : il sera pour nous 
un contrôle, entre autres, de la certitude une fois 
conquise, après avoir servi de présomption pour la 
certitude à conquérir, rien de moins, rien davan- 
tage. 

2'' Puisque Chérubin Beyle, père de Stendhal, 
était par héritage le propriétaire do la maison ^ et, 
par conséquent, de l'appartement où naquit son 
fils le 23 janvier 1783, et que la partie de la rue 
.T. -J. -Rousseau à laquelle se limitent les recherches 
n'a subi depuis lors aucune modification impor- 
tante dans ses immeubles, — on peut vérifier, 
dans les actes publics, les titres des propriétaires 
actuels de ces immeubles durant 125 ans environ : 
moyen terre à terre, on ne peut moins littéraire, 
mais on ne peut plus sûr, d'aboutir de jdano à 



1. E. Maiçnicn, /.a Famillede Beyle-Sleritllial, C.rcti»h\>-,\^i<'^, Dn-vil. 
Voir, pp. 12-13, l'extrait de naissance de Maric-Ilennj Unjlr, puhlio 
in c.ctetuto, et reproduit ù nouveau ci-dessus, p. yj7. 



SA MAISON NATALE 377 



un indiscutable résultat. C'est, à notre avis, le 
premier à suivre. On nous excusera donc en raison 
du but poursuivi d'avoir agi, pour le profit d'Henri 
Beyle, comme aurait fait son père « homme de loi », 
et d'avoir employé une méthode qui l'aurait 
indigné peut-être, mais qu'après tout il ne tenait 
qu'à lui de nous épargner en précisant davantage. 
Du reste, nous nous abstiendrons, dans le court 
exposé qui va suivre, de tout renvoi ou citation 
n'intéressant pas directement la solution du pro- 
blème. 



* 
* * 



1^^ pièce. L'extrait de naissance, depuis long- 
temps publié, nous apprend simplement que la 
maison natale du futur Stendhal faisait partie de 
la paroisse de Saint-Hugues, autrement dit appar- 
tenait au côté nord de la rue, numéros pairs actuels. 

2^ pièce. Le registre de capitation de la ville de 
Grenoble pour 1789, obligeamment communiqué 
par M. Prudhomme, archiviste départemental, 
place la maison du sieur Beyle dans la rue des 
Vieux- Jésuites (depuis rue J.-J. -Rousseau), entre 
la maison du sieur Verdier, pourvue de 2 boutiques 
et de 2 locations, et la maison du sieur Romand, 
beaucoup plus importante, avec 7 locations en 
plus de ses 2 boutiques. La maison Beyle, mi- 



378 APPENDICES 

toyenne et moyenne entre les deux, a 2 boutiques, 
plus 3 locataires habitants d'étages, savoir : 

n° 1305, le sieur Boyer, avocat, taxé à 24 livres ; 

n° 1306, le sieur Beyle, avocat, taxé à 18 livres ; 

n° 1307, la veuve Rigoudo, passementière, taxée 
à 1 livre. 

S'il est trop tôt pour conclure que les maisons 
Verdier, Beyle et Romand sont les n°^ 12, 14 et 16 
actuels de la rue J.-J. -Rousseau, nous retiendrons 
tout au moins la présomption en faveur du second 
étage, non du premier, comme occupé par Chérubin 
Beyle et par le jeune Henri lui-même, âgé alors 
de 6 ans. 

.7® pièce. Acte de vente du 2^ étage ^ de sa maison 
par Chérubin Beyle à l'avoué Jos. -François Bonnard, 
le 7 ventôse an XII (27 févr. 1804), aux minutes 
de M® Nallet, notaire à Grenoble, successeur éloigné 
de M® André Blanc, notaire à Grenoble de 1782 à 
1824, qui rédigea l'acte en question. Nous avons 
eu entre les mains l'expédition authentique, pos- 
sédée actuellement par M. Edmond Maignien, qui 
a bien voulu nous la communiquer. 

Le vendeur, qui va désormais habiter jusqu'à 
sa mort sa nouvelle maison de la place Grenette 
(n° 24 actuel), ne spécifie pas (piil ait habité ou 
habite encore ce 2® étage ; toutefois, la chose peut 



1. On sait qu'à Grenoble la propriété bâtie est extrêmement divisée, 
et que très souvent un immeuble appartient, par étages ou portions 
d'étages, à plusieurs propriétaires distincts. 



SA MAISON NATALE 379 

se présumer du fait que nulle mention de locataire 
occupant ne figure dans l'acte, — dont voici les 
éléments essentiels : 

Chérubin- J. Bayle (sic), homme de loi, vend à 
Jos.-Fr. Bonnard, avoué près le tribunal d'appel 
de Grenoble, le second étage entier, cave, galetas et 
dépendances, de la maison possédée par le vendeur 
rue des Vieux-Jésuites, n° 60 : 3 pièces sur la rue, 
3 pièces sur la cour, 2 pièces dans le bâtiment au 
nord et une galerie servant de communication du 
grand au petit bâtiment. La cave a son entrée en 
face de l'escalier et est éclairée par une petite 
fenêtre grillée ouverte au nord sur la cour... Le 
galetas, au 4^ étage, est situé au-dessus des pièces 
qui forment, aux étages inférieurs, le salon d'as- 
semblée..., il confine au couchant une chambre à 
cheminée vendue à Pierre Mayet. 

Prix : 3.000 francs. 

Latrines intérieures au second étage. 

Enregistré à Grenoble le 12 ventôse an XII 
(3 mars 1804). 

Transcrit au bureau des hypothèques, à Gre- 
noble, le 3 germinal an XII (24 mars 1804), vol. 19, 
nO 489. 

Notons que le n^ 60 indiqué au début est un 
numéro de quartier. En 1827, ce sera un numéro 
de rue, le n^ 8, parce que le point de départ est 
alors la Grand'Rue ; la rue J.-J. -Rousseau comp- 
tait désormais ses n'^^ pairs de 2 à 22, le n" 2 faisant 



380 APPENDICES 

l'angle de la Grand'Rue. Bientôt, Vun de ces 
n^^ pairs, le 14, fut démoli pour la percée de la rue 
Lafayette, ce f[ui réduisit à dix immeubles ce côté 
de la rue ; voilà comment, lorsque plus tard l'ori- 
gine des numéros fut reportée place Sainte-Claire, 
l'ex-maison Beyle, toujours la 4® en venant de la 
Grand'Rue, fut numérotée 14 et non pas 16, le 
n° pair le plus élevé étant désormais 20 et non 
plus 22. 

4"^ pièce (communiquée également par M. Edm. 
Maignien). C'est un exploit d'huissier, daté du 
24 novembre 1827, enregistré le 2G novembre. Le 
propriétaire, Bonnard (Julien), avocat, fds et héri- 
tier de Jos.-P'r. Bonnard, ainsi que l'atteste à 
l'état-civil de Grenoble son acte de décès en date 
du 26 avril 1876, a maille à partir avec un de ses 
voisins du même immeuble. Julien Bonnard, depuis 
conseiller à la Cour de Grenoble, du 15 mai 1850 
à sa retraite prise le 17 janvier 1865, a son portrait 
par Hébert au Musée de Grenoble (n° 323 du nou- 
veau catalogue). Notons que le peintre Hébert 
était fds de M^ J.-C.-A. Hébert, notaire à Grenoble 
de 1813 à 1832 (minutes chez M^ Besserve), dont 
Chérubin Beyle était le client. 

.~j^ pièce. Le 18 nov. 1852, par devant M® Gui- 
gonnet, notaire à Grenoble (minutes chez M^ Ray- 
mond), le conseiller Bonnard vendait son immeuble 
au I)"" J.-B. -Albin Créjiu. 

0^ pièce. Par testament du 8 juillet 1857, le 



SA MAISON NATALE 381 

D'" Crépu (mort à Grenoble, le 17 février 1859) le 
lègue à une dame Zoé Ravix, ex-marchande de 
nouveautés au Fontanil. 

7® pièce. Le 12 avril 1871, par devant M^ Gui- 
gonnet, déjà nommé, M™^ Ravix le vend au 
D^ Pierre-Adolphe-Adrien Doyon, dont le Musée 
de Grenoble possède aussi le portrait, œuvre du 
peintre Bonnat (n° 184 du nouveau catalogue). 

8^ pièce. Le D^ Doyon étant décédé à Uriage, 
le 21 sept. 1907, le partage de ses biens, fait à Lyon 
le 11 janvier 1908 en l'étude de M^ Rodet, notaire, 
a attribué son immeuble de la rue J.-J. -Rousseau 
à sa fdle, JM™^ Henriette-Sophie Dagallier, actuelle- 
ment domiciliée à Paris et qui en demeure proprié- 
taire ^ • 

La généalogie de l'appartement étant ainsi 
reconstituée sans discussion ni lacune, et la pro- 
priété de M"^® Dagallier rue J.-J. -Rousseau (ci- 
devant des Vieux-Jésuites) étant bien au n*' 14, 
le doute sur l'identification de la maison natale de 
Stendhal est définitivement dissipé. Pour ce qui 
est de l'étage, nos présomptions, déjà très fortes, 
seront changées en certitude en faveur du second, 
puisque c'est justement celui que possède M'"^ Da- 
gallier, par les éclaircissements que fournissent les 
plans dont nous parlerons tout à l'heure. 

1. Ces documents nous ont été fournis en grande partie par!M. Gérar- 
din, receveur de l'enregistrement à Sassenage, d'après les archives de 
la mairie de Grenoble, du greffe du tribunal civil, de l'enregistrement 
et de l'étude de M"^ Raymond, notaire à Grenoble. 



382 



APPENDICES 



* * 



Il est aisé maintenant de revenir à la ]'iede Henri 
Brûlant et de constater que la concordance entre 
les deux sources est absolue. Les nombreux plans 
relatifs à la question qui nous intéresse, et mal- 
heureusement inédits pour la plupart, peuvent se 
grouper sous deux rubriques : 

a) Situation de Vimmeuble : « rue des ^'icux- 
Jésuites, 5® ou G^ maison à gauche en venant de la 
Grand'Rue, vis-à-vis la maison de M"^^ Teyssère 
(sic) )), écrit Stendhal, p. 59 du ms., 40 du tome I'^'" 
de la présente édition. En fait, c'est le 4^ numéro, 
mais le n° 16 actuel en vaut bien deux, si tant est 
que Stendhal, en 1832, eût la mémoire exacte des 
chiffres. Cette imprécision est sans conséquence, 
à la condition, encore une fois, de n'accepter les 
données de la Vie de Henri Brulard que sous bénéhce 
d'inventaire. — Nous avons relevé sur ce point 
5 plans : p. ."39 du ms. ; autre plan plus détaillé et 
j)lus significatif collé sur la jucme p. 59 ; p. 232 
(fac-similé, p. K36 de la nouvelle éd. Stryienski, 
1912) ; puis, dans le 2^ vol.. p. '» (numérotation en 
bas de page), et face à la ]). 273 bis. 

h) Disposition de V appartement, étage. Le ms. pré- 
sente 3 plans de la j)artie de l'apjjartemcnt située 
entre cjuir cl rue, savoir p. 70 (l. I «lu ms. et p. 48 
du tome l^'' de la (irésenle édition), face à la p. 275 



SA MAISON NATALE 383 

(t. II), et face à la p. 292 (t. II). Ces plans con- 
cordent pour la disposition des pièces, et notam- 
ment en ce qui touche le nombre des six fenêtres 
de façade, ainsi disposées quand on vient de la 
Grand'Rue : 

a. fenêtre étroite ) i m - ^ • -d a 

cabinet de Lherubm beyle, 
0. fenêtre normale \ 

c. fenêtre normale : salon. 

ch. à coucher de M^^^^ Beyle. 



d. fenêtre étroite ) 



c. fenêtre normale ^ 

/. fenêtre étroite et basse : cabinet de toilette, 
pris sur la demi-profondeur de la chambre à cou- 
cher, et qui, dans l'acte de vente de l'an XII, n'est 
pas compté pour une pièce. 

Le reste de la profondeur de la chambre à cou- 
cher, derrière le cabinet de toilette, forme alcôve 
pour le lit ; c'est là, comme le dit M. Arbelet, suivant 
toute vraisemblance, que dut naître Stendhal en 
1783, là aussi que mourut probablement M"^^ Beyle 
en 1790. — Ce qui est capital ici, c'est le nombre 
des fenêtres qui, au l^r et au 3*^ étage, est de 4, 
et qui, au 2^ étage, est porté à 6 par l'addition de la 
fenêtre étroite cl et de l'ouverture /, destinée celle-ci 
à éclairer le cabinet de toilette : l'étage est donc 
le second, à Vexclusion de tout autre. 

La partie de l'appartement située entre la cour 
et le jardin Lamouroux (cour du n" 4 actuel de la 
rue Lafayette), avec le petit escalier L qui peut le 
rendre indépendant et le jour de souffrance qui 



384 APPENDICES 

réclaire en permettant d'apercevoir un tilleul ilii 
jardin, est figurée p. 107 du nis., correspondant à 
la p. 93 (t. I*^^) de la présente édition. 

Enfin, p. 157 du ms., correspondant à la }). 126 
(t. I^'") de l'éd. imprimée, Stendhal a dessiné le plan 
spécial du cabinet de son père, contigu à l'im- 
meuble n** 16 et éclairé par nos deux fenêtres 
inégales a et b. 

L'examen de ces 10 plans divers, à titre de 
contre-épreuve, permet de clore ici la discussion. 






On comprendra, si l'on pénètre aujourd'hui dans 
l'étroite allée, dans la cour obscure et rétrécie par 
la construction du fond, — et dès l'entrée dans la 
rue tortueuse, privée de toute perspective un peu 
large et souvent de lumière, — que successivement 
tous les propriétaires aient éprouvé le besoin d'en 
sortir, si riche et confortable qu'en pût être l'amé- 
nagement intérieur ; que Chérubin Beyle, dans sa 
liâte de déménager, n'ait pas attendu l'achèvement 
de sa maison neuve pour se défaire de ce qui lui 
restait de l'ancienne ; tpie le futur Slendh.il onllii 
réservf ;ni logis de son grand-jière, si aduiirablo- 
nient placé entre la vie intense de la place drenette 
et la reposante verdure du .lardin de \'ille, ses 
prédilections d'enfant, naturellement avide de 
<5aieté, de grand jour et de liberté. 



SA MAISON NATALE 385 

Conclurons-nous donc en disant que, si nous 
connaissons désormais la maison natale de Stejidhal, 
nous n'avons saisi qu'une vaine ombre, et que ses 
Feuillantines, son Milhj, ses Enfances en un mot 
doivent être placées ailleurs ? Dirons-nous une fois 
de plus que l'éducation est indépendante des 
hasards de la naissance, et que le lieu fortuit de 
celle-ci ne mérite pas qu'on le prenne à ce point 
au sérieux ? que les plaques commémoratives, 
pour être à certains égards d'une scientifique 
précision, se trompent d'adresse le plus souvent ? 
Non certes : nous savons assez que rien ne vient 
du néant, que notre être est conditionné, plus 
qu'on ne l'a cru et à notre insu même, par ses ori- 
gines, par la race, par le milieu, par les impressions 
demi-conscientes, inconscientes même, des toutes 
premières années, pour ne pas condamner cette 
religion traditionnelle du souvenir. 

Stendhal naquit donc et vécut quelque dix ans 
dans la demeure où depuis si longtemps se succé- 
daient ses ascendants paternels, au 2^ étage du 
n^ 14 actuel de la rue J.-J. -Rousseau ; c'est dans 
le petit logement ayant vue sur la cour qu'il fut 
installé et logé avec ses précepteurs successifs, 
c'est dans cet horizon si restreint que se forma, 
que s'altéra, si l'on veut, et s'aigrit prématurément 
son caractère. Que plus tard il ait fait du chemin, 
que son odyssée l'ait peu à peu détourné de la maison 
paternelle et du pays natal jusqu'à paraître sup- 

Brulard II. 25 



386 APPENDICES 

primer parfois tout contact, on ne le sait que trop 
à Grenoble et on l'exagère trop volontiers. Il n'est 
pas revenu, soit ; mais peut-être s'est-il moins 
éloigné qu'il ne le pensait lui-même et, quoi qu'il 
en soit et de quelque façon qu'on le juge, c'est bien 
de là qu'il est parti. 



ÎII. L'APPARTEMENT DE HENRI GAGNON 
La Treille de Stemdhal 



Stendhal ne dit presque rien de la maison de son 
père et du triste appartement où il naquit et où 
mourut sa mère ; c'est qu'il vécut surtout dans la 
maison gaie et vivante de son grand-père. Le doc- 
teur Henri Gagnon occupa successivement deux 
appartements dans le même immeuble. De l'un, 
situé au n° 2 de la place Grenette, au premier étage, 
Stendhal parle à peine dans sa Vie de Henri Bru- 
lard ; il fut d'ailleurs abandonné dès 1789 et occupé 
ensuite par les demoiselles Caudey, marchandes 
de modes. Mais le second a laissé à notre auteur 
<ie nombreux souvenirs, à la fois amers et attendris. 

Le deuxième appartement du docteur Gagnon — 
où il mourut, en 1813 — occupait, au second étage, 
•deux chambres correspondant à l'ancien logement 
-du premier, 2, place Grenette. Il comprenait égale- 
ment une partie d'immeuble acquise de Madame de 
Marnais, et dont l'entrée donnait sur la Grande-rue, 



388 APPENDICES 

11° 2U. On accédait à rapparlciiitiiL par trois esca- 
lier» : le premier, place Grenettc, a été avanta- 
geusement remplacé. Il conduisait directement 
aux chambres de Séraphie et d'Elisabeth Gagnon. 
Les deux autres sont restés intacts : l'un insère sa 
vis minuscule dans l'angle nord d'une cour étroite 
Cl mal éclairée, qui n'a guère été modifiée depuis 
le xv^ siècle et garde, entre ses murs noirâtres, 
l'indicible attrait du passé. Quelques pas encore, 
et tout de suite à gauche, dans une grande cour 
oblonguc, monte un nouvel escalier, large et droit 
celui-ci, et que Stendhal, avec raison, qualifie de 
magnifique pour l'époque. 

Montons l'étroit et raide escalier en vis de la 
première cour. Au deuxième étage, un bref corridor 
— celui-là même où fut déposé, près de la fenêtre, 
par le jeune Beyle, le « billet Gardon » — s'ouvre 
sur la salle à manger, mal éclairée par unt' fenêtre 
d'angle, et sur la cuisine. Une troisième porte mène 
à la chambre de Henri Gagnon. Stendhal en a 
conservé un souvenir grandiose : une lirllc coiii- 
iiKjde l'ornait, et une fenêtre en verres de Bohême 
rendait la pièce agréable et gaie. Des boiseries la 
garnissent encore aujourd'iuii, et leius moulures 
sobres, aux ors ternis, rajtjiellenl J!i\ iiu ibiement 
l'esprit iianuonieux et mesuré du médecin à la 
mode vers 1780. 

Dans un angle, un étroit roriidni- ol pus (l;ins 
l'épaisseur de la tourelle de l'escalier ; nous \ oici 



l'appartement de HENRI GAGNON 389 

dans un réduit étroit, aux murs biscornus. C'est 
la petite chambre où Beyle avait son lit de fer, 
c'est son « trapèze ». Fuyons ce lieu, désormais 
profané : on a fait sauter une cloison, vers l'appar- 
tement donnant sur la Grande-rue, et maintenant 
des lingères travaillent et jacassent à l'endroit 
même où Stendhal dormait son sommeil d'enfant. 



Au second étage de l'escalier de la grande cour, 
une large porte ouvre sur une vaste antichambre ; 
puis, c'est le « grand salon à l'italienne », aujourd'hui 
partagé en deux par une cloison. Là s'élevait, sous 
la Révolution, le modeste autel où un prêtre inser- 
menté disait la messe, servie par le petit Henri 
Beyle, le dimanche, en présence d'une centaine 
de fidèles. 

Tout près, la chambre de Romain Gagnon, pre- 
nant vue sur la grande cour, asile retiré ciu'occupa 
Joseph-Chérubin Beyle aux heures troubles de la 
Terreur. Tout près encore, ouvrant aussi sur le 
<Trand salon, voici le domaine intellectuel du doc- 
teur Gaonon : d'abord, son cabinet d'histoire 
naturelle, où le menuisier Poncet construisit une 
immense armoire pour les collections minéralo- 
giques ; en face, la grande et belle carte du Dau- 
phiné, par Bourcet, que le jeune Beyle sillonna 
si malencontreusement d'une longue traînée rouge, 
le jour où fut découvert le subterfuge de la lettre 

Brulard II. 2o. 



390 



APPENDICES 



Gardon. A côté, c'est le cabinet d'été du « bon 
grand-père ». Il est maintenant nu et abandonné, 
comme la pièce voisine ; mais notre âme do pieux 
pèlerins y rétablit sans peine, au fond, la o;rande 
bibliothèque où Voltaire voisine avec V Encyclopédie, 
tandis qu'à côté, dédaigneusement mis en tas, 
s'avachissent de mauvais romans, achetés par 
l'oncle Romain, et qui gardent encore le jiarfuni de 
leur premier acquéreur : musc ou ambre. En face, 
sur un pied peu élevé, un petit buste de Voltaire, 
gros comme le poing ; un bofi fauteuil s'arrondit 
devant, où le docteur s'isolait junif jrflt''r]iir et 
travailler, loin des importuns. 

Dans la chambre de Romain Gagnon et dans le 
cabinet d'histoire naturelle s'ouvrent deux portes- 
fenCtres. Poussons-les : nous voici sur une longue 
et belle terrasse ; d'immenses caisses de pierre la 
bordent, d'où sortent des plantes variées et de 
puissants ceps de vigne. Des montants de bois 
artistement assemblés en arcades laissent entrer 
l'air et le soleil, et supportent la verdure et les fleurs ; 
la vigne fait au-dessus de nous un j)laf()nd délicat, 
et c'est un lieu charmant. Noici Niiiiiiicnt lo seul 
souvenir de Stendhal demeuré presque intact. 
Quelques pieds de vigne sont riKiiH. mais les siii- 
vivants sont ceux que planta Henri (iagnoii <'t cpie 
vit grandir lltiiii H<\lf. loties fidèles du Maître 
peuvent encore, laulomne venu, cueillir une grappe 
de raisin à la « Treille de Stendhal ». 



l'appartement de HENRI GAGNON 391 

Le reste de l'appartement a été profondément 
modifié ; le hasard des ventes l'a morcelé, et trois 
locataires différents l'occupent. Pas un d'eux, 
certainement, n'évoque le drame de l'enfance de 
Stendhal, nul ne songe même à se rappeler celui 
qui forma là son âme inquiète et passionnée. 



1\. LE< l'OUTRAITS DE STENDHAL JEUNE 



Les portraits de Iltiiii lîeyle. cxcciilés dans sa 
jeunesse, sont extrêmement rares. VA, «n Icdiu»- 
grajdiie cuniiuf en toutes choses, il faut se garder 
des attriljuliuns faites à la légère et des hypothèses 
plus <»u moins séduisantes, mais mal fondées. 

.If connais, pour ma jiart, trois |m.i traits de 
Stendhal jeune, mais, de ces trois, un seul me paraît 
authcnti<jue. 

Le premier a été reproduit en 1905 i)ar M. Emile 
lioux, dans uni- puhlicatiiui éphémère : 1". !//><', 
revue dalpinifinw poindain-. au cours d une hrève 
étude sur Stendiud H la Montayitw. Loi i^rinal e^t 
im petit portrait à l'huile, sur t<jilr, il Une facture 
très gauche : il appartient à M"^*^ veuve Mereeron- 
Vicat, à Gre.iohlr. Il u été aeipiis, il y a fort lun^- 
temps. par M. Me^ceron-^'ieat, ingéiueur des l'onl> 
cl (!hau>sées, à un anli<piaii-e ainliulaiit (pu donna 
le tahleau — sau'^ aueiiiie picn\e. dadicuis — 



SES PORTRAITS 393 

comme un portrait de Henri Beyle, à l'âge de seize 
ans environ. Rien n'est moins sûr, et la figure peinte 
est plutôt celle de Champollion-le- Jeune que celle 
de Stendhal. 

Un second portrait, celui-ci fort joli, est une 
petite aquarelle, signée Passot. Il représente le 
buste d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, 
un peu plus peut-être, vu de face ; le personnage 
est vêtu d'une lourde redingote ornée à la bouton- 
nière d'un ruban bleu ; un gilet largement ouvert 
laisse voir une chemise blanche, sans jabot, à deux 
boutons carrés ; le col est entouré d'une cravate 
blanche à deux tours, terminée en un nœud de 
petite dimension. Cette aquarelle a été acquise 
d'un brocanteur, avec divers objets, par M. Bellin, 
artiste peintre, à Fontaine (Isère). M. Emile Roux, 
en le reproduisant en tête de sa brochure : Un peu 
de tout sur Beyle- Stendhal (Grenoble, Falque et 
Perrin, 1903), annonce un portrait inédit de Henri 
Beyle. Hypothèse invraisemblable : outre que le 
costume est nettement celui d'un jeune élégant 
de 1825 à 1830, l'âge du peintre et celui du modèle 
présumé excluent toute identification. Henri Beyle 
est né à Grenoble, le 23 janvier 1783, et Passot en 
1797, à Nevers. Le portrait nous montre un jeune 
homme de vingt ans, vingt-cinq ans au maximum ; 
en admettant l'hypothèse de M. Roux, il aurait 
été peint vers 1803, au plus tard vers 1808. Passot 
aurait eu de six à onze ans. Ce simple rapproche- 



394 APPENDICES 

ment de dates suflit pour ruiner l'hypothèse de 
l'auteur de Un peu de tout sur Beyle-Stendlial. 

Le troisième portrait, que nous pubHons, est 
d'une authenticité indiscutable, car nous suivons 
son histoire depuis l'origine. 11 fut la propriété de 
M. Casimir Bifrilhon, conseiller à la Cour de Gre- 
noble, qui a\ait épousé une lille d'Alexandre- 
Charles Mallein et de Marie-Zénaïde-Caroline, sœur 
de Henri Beyle. Il fut ensuite donné par M. Bigillion 
à son cousin, M. Adolphe-Etienne Pellat, ancien 
vice-président du Conseil de Préfecture de l'Isère. 
M. Pellat est décédé à Grenoble, le 6 février 1912, 
laissant le portrait à sa fdle, épouse de M. Maurice 
Chabannes, agent commercial, à Grenoble, de la 
Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à 
la -Méditerranée. 

M. Chabannes nous a, très aiiuableincut, autorisés 
à reproduire le portrait qu'il possède. Ce portrait, 
au crayon noir rehaussé de fusain, a été fait, selon 
M. Paul Guillemin (Imagerie de Stendhal entre-baillée. 
Grenoble, 1895), entre 1800 et 1805, et cette approxi- 
mation nous semble probable. II a été reproduit 
pour la première fois par M. Pierre Brun en tète 
de son ouvrage : Henry Beyle- Stendhal (Grenoble, 
Gratier et O^, 1900). C'est le seul dos ])ortraits de 
Henri Beyle jeune actuellement connus. Le plus 
ancien des j)ortraits de Stendhal est, après lui, 
celui de Boilly (collection Lesbrosj, (jui date de 1807. 

Notre re{)roduction, si cllr- n'a pas h; niéiite de 



SES PORTRAITS 395 

l'inédit, a du moins celle de l'authenticité. C'est, à 
nos yeux, un mérite capital, le seul dont nous de- 
mandons compte à nos lecteurs, aussi bien pour nos 
illustrations que pour notre édition tout entière. 



TABLE ALPHABÉTIQUE ' 



Adrets (le baron des), I, 
28, 55, 111, 195, 297 ; II, 
45. 

Adrets (M"^^ des), femme 
du précédent, I, 55. 

Alembert (d'), I, 48, 215 ; 
II, 60, 61. 

Alexandre, I, 113. 

Alexandrine. Voyez : Pe- 
tit (la comtesse Alexan- 
drine). 

Alfieri, I, 12 ; II, 65. 

Allard (Guy), généalogiste 
grenoblois, I, 216. 

Allard du Plaistier, cou- 
sin de Stendhal, I, 216. 

Allier, libraire à Grenoble, 
I, 199. 

Amalia, I, 17, 21. , 

Amar. représentant du peu- 
ple, I. 133, 134, 137, 141. 

Ampère, I, 313. 

AxcELOT (Mme), II, 152. 



Angela. Voyez : Pietra- 
GRUA (Angola). 

Angles (le comte), cama- 
rade de Stendhal, plus 
tard préfet de police, 
I, 255, 256, 302 ; II, 64. 

Angles (M™^), femme du 
précédent, I, 256. 

Anthon (d), conseiller au 
parlement de Grenoble, 

I, 308. 
Arago, II. 152. 

Argens (le marquis d'), I, 
194. 

Argout (le comte d'), I, 19, 
245, 299 ; II, 147. 

Aribert, camarade de Sten- 
dhal, II, 35. 

Arioste (1'), I, 109, 153, 
163, 188, 209, 229, 288 ; 

II, 19, 122, 133, 134, 135, 
158, 177. 

Aristote, II, 136. 
Arlincourt (d'), II, 4. 
Artaud, traducteur de Dan- 
te, I, 90. 



1. La table alphabéliqun que nous donnons ici est très succincle 
et indique simplement les noms de personnes, sans aucun détail 
biographique. Une table alphabétique plus détaillée formera le 
dernier volume des Œm>res complètes de Slendltul, 



39S 



TABLE ALPHABETIQUE 



Alber.non, II, llil. 
AcBEHNON (M"'*^), fi-mnio du 

précédent, II, IGl. 
AlGUÉ DES PonTES (M"'^ et 

\|iiesj^ sœur et nièces de 

M'oe Cardon, II, IGO, 1G2. 
Azur (M'^^}. Voyez : Ru- 

BBMPRÉ (AlbiTthc de). 



Babet, maîtresse de Sten- 
dhal, I, 27U; II, 31. 

Uaco.n, I, 259 ; II, 95. 

Bailly (M'*^), marchandes 
de modes à Grenoble, I, 
111. 

Bailly (M'^c de^, I, 111 ; II, 
150. 

Balzac (Giiez de), I, 7. 

Barberen (M*'*), associée et 
maîtresse de RebuJIet, II, 
79. 

Barbehim, I, 17. 

Barbier, fermier des Beylc 
àCIaix, H, VI, 'l'i. 

Barilli, acteur de l'Odéon 
de Paris, I, 2'*. 

Barilli (.M™^), actrice de 
rOdéon de Paris, femme 
du iirécf'dcnt, I, 2.'1 ; II, 

lu'.. 

lÎARNAVE, I, fi9. 

BaRR AL-.Mo.VTFER RAT (le 

nuir(|uis de], président au 
parlenn-nt de Grenoble, 
puis I'r<ini«r Président de 
la c<jur d'appel de (jre- 
noblr, I, m'J, 30'., 305, 
307, 308 



B.vuual (le comte Paul de), 
lils du précédent, I, 227 ; 
II, 'i. 

Barral (le vicomte Louis 
de), bis et frère des précé- 
dents, ami de Stendiial, 

I, 22, 23, ;î02, 303, 3U7, 
311, 312 ; 11, 11, ^5. 

Bartelo.n, 11, 126. 

B.KRTHÉLEMY (M"'"^), COrdoil- 

nière à Grenoble, 1, 111, 
112, 275. 

B A R T n K l E .M Y I) ' O n H A N U, 

avocat eonsistorial au par- 
liinent de Grenoble, 1, 59, 
(iO, 65, 305. 

Barthélémy (le chanoine), 
frère du précédent, I, 65. 

Bartiidmelk, commis au 
ministère de la Guerre, 
II,l'i2, 143. 158, 159, 16'i. 

Bassano (le duc de), II, 8. 

Basset (Jean-Louis), baron 
de Richebourg, camarade 
de St.ndhal, H, 10, 11. 

Basville, intendant du Lan- 
guedoc, II, 78. 

Baure (M. de), gendre tic 
Noël Daru, I, 11 ; II, \\2, 
1 'i3. 

Baure (.M™"2 de), fenmie du 
jirécédrnt. Voyez : Uaru 
[>o\>Uir). 

Bayle (Pierre), 11, 17. 

BiAi, I, 22. 

BtALiiARNAis (Ilorlense de), 

II, 160. 

BEAU.MONT (Elic de), I, 1S8. 
Beauviiiiers (le duc di-), 

II, 151. 
Beethoven, II, 15. 
Bellier, I, 84. 



TABLE ALPHABETIQUE 



399 



Bellile (Pépin de). Voyez : 
Pépin de Bellile. 

Belloc (Mme), I, 118. 

Belot (le président), traduc- 
teur de Hume, I, 137. 

Benoît, camarade de Sten- 
dhal à l'Ecole centrale, I, 
281 ; II, 17. 

Benvenuto Cellini, I, 8, 
10. 

Benzoni (Mme)^ l^ 40. 

Béranger, II, 125, 152, 161. 

Bérenger (Raymond de), 
camarade de Stendhal, I, 
25, 26. 

Bereyter (Angelina), ac- 
trice, maîtresse de Sten- 
dhal, I, 17, 21, 24. 

Bernadotte, roi de Suède, 
I, 63. 

Bernard, II, 33. 

Bernonde (Mme), J, 128. 

Berry (la duchesse de), II, 
33, 151. 

Bertiiier, prince de Neu- 
châtcl, II, 154. 

Bertrand (M™® la com- 
tesse), II, 161. 

Berwick, graveur, II, 123. 

Besançon. Voyez : Mareste 
(le baron de). 

Beugnot (le comte), I, 92. 

Beugnot (la comtesse), fem- 
mie du précédent, II, 123. 

Beyle (Pierre), grand-père 
de Stendhal, I, 80. 

Beyle (le capitaine), grand- 
oncle de Stendhal, II, 177. 

Beyle (Joseph- Chérubin) , 
père de Stendhal, I, 16, 77, 
78-81, 93, 103, 134, 135, 
147, 163, 168, 178, 187, 



198-202, 209, 223, 234, 
262; II, 16, 41, 56, 73, 85, 
108, 176. 

Beyle (Pauline), sœur de 
Stendhal, depuis M^e Pé- 
rier-Lagrange, I, 45, 77, 
99, 139, 141, 178, 198, 
222 ; II, 50. 

Beyle (Zénaïde - Caroline), 
sœur de Stendhal, depuis 
Mme Mallein, I, 77, 99, 
139, 141, 222. 

Bezout, auteur d'un manuel 
de mathématiques, I, 249, 
250, 277, 282, 299 ; II, 55, 
66. 

Bigillion, I, 297, 298. 

Bigillion (François), fils du 
précédent, ami de Sten- 
dhal, I, 23, 285-287, 291, 
295 ; II, 34, 45, 71, 72, 92, 
147. 

Bigillion (Rémy), frère du 
précédent, 1,286, 291,292, 
295, 296, 301, 311 ; II, 92. 

Bigillion (Victorine), fille 
et sœur des précédents, 

I, 159, 289-293, 295-299 ; 

II, 34, 45, 53, 74, 91, 92, 
93. 

Bignon (du). Voyez : Du 

Bignon. 
Biot, I, 249. 
Blacons (M"e de), I, 74. 
Blanc, I, 198. 
Blanchet (Mi'e), puis M^e 

Romagnier. Voyez : Roma- 

GNiER (Mme)^ cousine de 

Stendhal. 
Blancmesnil (del, II, 105. 
Boccace, I, 61. 
Bois, I, 214. 



400 



TABLE ALPHABETIQUE 



BoissAT (Julos-César), II, 7. 

Bonaparte. Voyez : Napo- 
léon. 

Bond (Jean), traducteur 
dlloraco, I, 35, 122. 

BoNNARD (de), I, 220. 

Bonne (MM.), oncles de 
^{rae Romain Gagnon, I, 
1Ô9-16U, IGl. 

Bonne (M"e), depuis M^e 
Poncet, mère de M""^ Ro- 
main Gajrnon, I, 161. 

BoNOLDi, clianteur italien, 
II, 1U3. 

BuREL (M'"^), bolle-mèrc de 
Mounicr, I, G9. 

BoREL (M"^), fille de la pré- 
cédente, depuis M"**^ Lé- 
tourneau. II, ^'i. 

BoRGHÈsE (prince ¥.), I, 1. 

BossuET, II, 121, 152. 

Bouchage (du). Voyez : Du 
Bouchage. 

BouFFLERS (le maréchal de), 
II, 137. 

Bouhdaloue, I, 103, 137. 

Bourgogne (la duchesse de), 
II, 81. 

BouHMONT (le maréchal de), 
II, 191. 

BouRNON (le maréchal), I, 
244. 

Bouvier, I, C5. 

Brémont (.M""*:), depuis M*"^ 
de Barral-Montferrat, I, 
304. 

Brk.mont, fils de la précé- 
dente, I, 304. 

Brenier (de), I, 48. 

Brenikr (.M"'« de), femme 
du [irécédent. Voy<z 
Vaulserre (M"c de). 



Bhichaud. I, 3. 

Brizon (M"'e de), I, 192. 

Broglie (le duc de), I, G2, 

120. 
BuossARD (le général de), II, 

81. 
Brossard (M""^ de), femme 

• lu i^récédent. N'oyez : Le 

Brun (MU*^ Pulchérie). 
Brosses (le président de), 

I, 138, 167 ; II. 21, 135. 
Bruce, I, 101, 282. 

Brun (Joseph), paysan de 

Claix, II, 41. 
Bruno (saint), fondateur de 

la Grande-Chartreuse, I, 

297, 299. 
BuFFON, I, 209 ; II, 45. 
BuRELVTi.i,ER (le Capitaine), 

II, 109, 171, 172, 173, 174, 
176, 182, 183, 184, 193, 
198. 



Cabams, I, 12, 17, 28, 137, 
180, 269. 

Cachoud, ptintro et gra- 
veur, I, 250. 

Caetani (les princes), amis 
de Stendhal, I, 9. 

Caetani (Michel-Ange), I, 9, 
19. 

Caktani (don Philippe), frère 
du précédent, I, 313. 

Caetani (don Rugiero), II, 
65. 

Caffe, I, 221. 

(^AII.HAVA, II, 94, 95. 

Calderon, II, 175. 



TABLE ALPHABETIQUE 



401 



Caletta, I, 244. 

Cambon (M'"6), fille aîriéo de 
Noël Dam, II, 80, 108, 
115, 116, 120, 121, 12G. 

Cambon (M"e), fille de la 
précédente, II, 166. 

Campan (Mme), IL 160, 163. 

Cardan, mathématicien ita- 
lien, II, 67. 

Cardon (Mme), n, ng, 121, 
122, 141, 158, 160, 162, 
163. 

Cardon (Edmond), fils de la 
précédente, ami de Sten- 
dhal, II, 32, 119, 122, 141, 
147, 158, 159, 164. 

Cardon de Montignv, fils 
du précédent, II, 119. 

Caknot, II, 119, 166. 

Cartaud (le général), I, 233. 

Castellane (M™p Boni de), 
II, 152. 

Caton d'Utique, I, 222. 

Cauchain (le comte de), II, 
188. 

Cauchain (le général de), 
oncle du précédent, II, 
188. 

Caudey (M^'^s), marchandes 
de modes à Grenoble, II, 
48, 49. 

Caudev, leur frère, II, 49. 

Cave, II, 25. 

Caylus (Mme de), II. 151. 

Cervantes, I, 107, 129, 
288 ; II, 19, 90, 133. 

Ch,\alons, II, 19. 

Chabert, professeur de Sten- 
dhal, I, 277, 278-280, 281. 
282, 283 : II, 54, 55, 56, 
57, 58, 59, 60, 62, 64, 67. 

Chaléon (M. de), I, 54. 

Brulard II. 



Chalvet, professeur à l'E- 
cole centrale de Grenoble, 
I, 238, 302, 311. 

Champel, I, 72. 

Charbonot, charpentier à 
Claix, I, 130. 

Charost (le duc de), II, 151. 

Charrière (Sébastien), I, 
201 ; II, 41. 

Chateaubriand, I, 6, 7, 
242, 269, 310. 

Chatel, II, 33. 

Chavand (M'ie), maîtresse 
d'écriture à Grenoble, I, 
312. 

Chazel, camarade de Sten- 
dhal, I, 94, 95. 

Chélan (l'abbé), curé de 
Risset, I, 61, 62, 305. 

Cheminade, camarade de 
Stendhal, II, 65, 68, 88. 

Chenavaz (Mme), I, 32, 33, 
141. 

Chenavaz (Candide), fils de 
la précédente, I, 33. 

Chevreuse (le duc de), II, 
151. 

Chieze, II, 127. 

Choderlos de Laclos. 
Vovez : Laclos (Choderlos 
de)". 

Cimarosa, II, 99, 101, 192, 
193. 

Clairaut, auteur d'un ma- 
nuel de mathématiques, 

I, 249, 282. 

Clapier (le docteur), I, 281 ; 

II, 17. 

Clara, Clara Gazul. Voyez: 

Mérimée (Prosper). 
Clarke (Mi'e), I, 117. 
Clémentine. Voyez : Menti. 

26 



i02 



TABLE ALPHABETIQUE 



Clermont-Tonnehre (de), 

gouverneur du Dauphiné, 

i, 62. 
Clerichetti (Antonio), I, 

123. 
Clet. cousin de Stendhal, I, 

309. 
Cochet (M»^), I, IGO, 1G2. 
Coissi, I, 20'i. 
Collé, II, 152. 
Colomb, cousin de Stendhal, 

I, 289. 

Colomb (M'"*^), l'emnio du 
précédent, 1, 138, 139, 178, 
181, 261, 262. 

Colomb (Romain), lils des 
précédents, ami de Sten- 
dhal, I, 22, 8'i, 121, 167, 
168, 193. 227. 23U. 289 ; 

II, 21, 45, 46, 48, 50. 135. 
Co.NDiLLAC, I, 239, 249. 
Condor cet, II, 114. 
CoNDoncET (.M""^|, femme 

du précédent. Voyez : 

Ghol'chy (Sophie). 
Constantin ( .\ hrahani) , 

peintre, I, 27 ; II, 1U2. 
Corbeau (de), I, 161, 162, 

165. 
CoRDAY (Charlotte), I, 222. 
Corneille, II, 8, 19, 26, 

133, 136, 152. 
Cornélius Nepos, I, 122. 
Corner (André), II, 32. 
CoRRÈCE, II, 25. 
COURCIIAMP, ]\, 'l. 

Courier (l'ai;!-Lotn"s), I, 

255. 
Court cIe Gebelin, I, I3l. 
Couturier, I, 250. 
Chobhas (l'ahlié), I. 173. 
Crozet (Louif>), ami de 



Stendhal, 11.5-11,29,147, 
148. 
Cuvier (Georges, baron), I, 
136, 258, 259. 

D 

Damoreau (Mn»e), H^ 105. 

Dante, I, 39, 90, 91, 194 ; 
II, 86, 167. 

Dari- (Norli. I, 5, 8, 11, 
218; II, 19. 78, 79, 81, 
91, 93, 94, 107, 110, 111. 
112, 113, 114, 120, 122, 
123, 124, 127, 128. 13'i, 
135, 139, 160, 161. 

Daru (M™*), femme du pré- 
cédent, II, 80, 108, 162. 

Daru (le comte Pierre), fils 
<les précédents, I, 11, 12, 
2'i4 ; II, l'i. 80, 108, 121, 
122, 12i, 125, 128, 132, 
133, 137, 139, 14U, 141, 
ri2, 143, 144, 145, 146, 
157, 158, 159, 160, 162, 
163, 16',. 165, 166, 167, 
182. 

Daru (M""^ la comtesse), 
femme du précédent, I, 
97, 256. 

Daku (.Martial), frère du 
eoMile l'ierre Daru. II, 19, 
SU, 1U8, 118. 121. 140, 141, 
163. 164, 166, 197, 198, 
199. 

D.Mir (.M"<^ Sophie), depuis 
M""' de Haure, I, 11 ; 
II. SO. 108. 

Daru (M"^-'*). Voyez : Cam- 
R..N (.M">«') ; Le Uru.n 



TABLE ALPHABETIQUE 



403 



Dausse, I, 254, 257 ; II. 70, 
71. 

Debelleyme, préfet de po- 
lice, II, 7. 

Delavigne (Casimir), II, 
153. 

Delécluze, I, 91 ; II, 120. 

Delille, II, 20, 88, 133. 

Del Monte (Mme), I, 59. 

Dembowski (Mathilde). a]>- 
pelée Métilde par Sten- 
dhal, I, 4, 15, 17, 18, 20, 
173 ; II, 138. 

Denis d'IIalicarnasse, I, 
220. 

Des Adrets (le baron). 
Voyez : Adrets (le baron 
des). 

Desfontaines (l'abbé), tra- 
ducteur de Virgile, I, 98. 

Destouches, I, 108. 

Destutt de Tracy. Voyez : 
Tracy (Destutt de). 

Diane (M^ie), n^ 189. 

DiDAY (Maurice), camarade 
de Stendhal, II, 29, 30, 
31, 34, 35. 

Diderot, I, 48, 215 ; II, 
60. 

Didier (M™*=), cousine de 
Stendhal, I, 56. 

Di FiORE, ami de Stendhal, 

I, 4, 6. 60, 148, 244 ; II, 
33, 89. 

Dijon, I, 164. 
DipnoRTz (Mme de), I, 4. 

DiTTMER, II, 25. 

DoLLE LE Jeune, I, 111. 
DoMENicoNi, acteur italien, 

II, 70. 
DoMiNiQuiN (le), I, 1, 250. 

DONIZETTI, I, 265. 



DoRAT, I, 119. 220. 

DOYAT, I, 160. 

Drevon, I, 111 ; II, 110. 

Drier, cousin de Stendhal, 
II, 17. 

Du Barry (Mme), I, 113; 
II, 2. 

Du BiGNON, I, 289. 

Dubois -Fontanelle, pro- 
fesseur à l'Ecole centrale 
de Grenoble, I, 125, 238 ; 
II, 13-17, 19, 23, 24, 25. 

DuBos (l'abbé), II, 28. 

Du Bouchage, I, 305. 

DUCHESNE, II, 154. 

DucHESNOis (M"e), actrice 
de la Comédie française, 
II, 10. 

DucLos, I, 301 ; II, 5, 63, 
74, 109. 152. 

DucRos (le Père), bibliothé- 
caire do la ville de Gre- 
noble, I, 25, 23, 61, 190, 
214-219, 305 ; II, 17. 

Dufay. Voyez : Grand- 

DUFAY. 

DuFouR (le colonel), II, 185. 
DuGAzoN, actrice, I, 310. 
DuLAURON (M'ne). Voyez : 

M E N A N D - D U L A U R O N 

(Mme). 

DuMOLARD (l'abbé), curé de 
La Tronche, I, 204-205. 

DupÉRON (Jeanne), grand'- 
mcrc paternelle de Sten- 
dhal, I, 303. 

DupiN aîné, II, 152. 

DupuY, professeur à l'Ecole 
centrale de Grenoble, I, 
238-239, 248-250, 255, 257, 
277, 279, 280, 281, 283 ; 
II, 35, 36, 37, 54, 55, 57, 



'i04 



TABLE ALPHABETIQl. E 



â8, Ô9, GO, G'i, TU, 71. 72, 
73. 

Durand, précoptour dr Sten- 
dhal, |)roffsstnir à l'Ecolo 
iintiali- do Cironoblo, I, 
119, 121-125, 152-154, ir,3, 
238, 2'.1, 243; II, 5, G7. 

DvROc, duc do Frioul, I, 13 ; 
II, 34. 

DUVERCIER DE HaVRANNE, 

II, 25. 



Edwards (Io dootour), I, 
259, 290 ; II, 7. 

ESMÉNARD, I, 8. 

EuLER, I, 279 ; II, 57. 
Euripide, I, 119. 
ICxEi.MANS (le mari'c-hal), I, 



F 



Fabien, maître d'arnirs à 
Paris, II, 148, 153. K,',. 

Fai.con. lilirairo à (ii' iiolil'-. 
I, 192-193. 

Fanciion, servante de Ro- 
main (Jafrnon aux EcIhI- 
les, I, 158. 

Faure (Félix), i)air de 
France, ami de Stendhal, 
I, G8, 129, IG'., 275, 312; 
M. 7, G8, 91, 92, 93, 146, 
r.7. r.8, 15'i, IG'i. 

Ialke ( Frodi'-ric), iVito du 
précédont. II. 91, 92. 

Faure (Michel), fron- do« i 
précédent», II, 91, 92. 



Faure. père do? précédents, 

I, 299. 

Fauriel, I, 91. 117 : 11. 11'.. 

Fauriei. (Mn'f). leuimo du 
précédent. Voyez : Grou- 
CHY (Sophie). 

Festa (M™^), actrice ita- 
lienne, I, 24 ; II, 104. 

Feydeau, II. lO'l. 

FlELDING, I, 1 19. 

FiEscni, II, 125, 153. 
FioRE (di). Voyez : Di 

FlORE. 

Fiohavanti, II, 101. 

FiTZ-JaMES (le duo de), II, 

152. 
Fleury (l'abbé), I, 120. 
Fi.oKiAN. I, 195-19G, 2G'i ; 

II, 20. 

Foix (le duc de), II, 151, 
Fo.NTANEi.LE. Voyoz : Du- 
uois-Fontanei.i.e. 

loNTENEI-LE, I, 58, GO, 71, 

8G. 
FonissE, I, 120. 
FouKCuov, I, 199. 
FoY (le général), 1,289: II. G. 
Fha.nçais DE Mantes. Il, l'i, 
l'iiANçoisE, sorvaiili- dos 

li.ylo, I, 5G. 
I'hioui, (duc tic). Voyez : 

DUHOC, <\\U' i\r Vnt)\t\. 



(', 



Gagnon (Elisabeth), grand - 
tante de Stendhal, F, .{3, 
:!7. 'l'i. 77. 7H, 85-«7, 89, 
108, 112, 1:{S, l'.O, 147, 
l'iS, 150, l.M, K.'i, 17H, 



TABLE ALPHABETIQUE 



405 



180, 181, 186, 187, 102, 
213, 218, 223, 227, 233, 
234, 261, 262, 308, 309 ; 
II, 30, 41, 50, 64, 65, 73, 
100. 
Gagnon (le docteur Henri), 
grand-père de Stendhal, 
I, 29, 33, 34-38, 54-62, 
72, 74, 77, 86, 100, 134, 

140, 144, 148, 168, 177, 
187, 191, 198, 213, 217, 
237, 241, 248, 254, 262, 

298, 305 ; II, 13, 49, 54, 
90, 100, 131, 137, 150. 

Gagnon (Henriette), mère 
de Stendhal, I, 38-40, 57, 
120 ; IJ, 99. 

Gagnon (Séraphie), tante de 
Stendhal, I, 32, 33, 37, 
39, 49, 71, 77, 78, 81, 99, 
107, 112, 120, 124, 127, 
130, 134, 138, 139, 140, 

141, 145, 147, 148, 150, 
157, 164, 168, 170, 171, 
175, 176, 177, 178, 180, 
185, 187, 190, 192, 195, 
197, 198, 208, 209, 215, 
222, 234, 235, 237, 238, 
242, 248, 262, 264, 276, 

299, 301, 310 ; II, 1, 56, 
6'i,65,73, 85, 90, 109, 168, 
170. 

Gagnon (Romain), oncle de 
Stendhal, I, 35, 48-49, 51- 
52, 72-73, 77, 87, 135, 
155-156, 162, 163, 191, 
308; II, 100, 110, 126. 

Gagnon (Oronce), lils du 
précédent, I, 35. 

Galle, camarade de Sten- 
dhal, I, 300, 301, 311 ; II, 
45. 



Galle (M"^^)^ mère du pré- 
cédent, I, 300. 

Gardon (l'ahbé), I, 54,, 141, 
143-147. 

Gattel (l'abbé), professeur 
à l'Ecole centrale de Gre- 
noble, I, 238, 239, 310. 

Gauthier (les frères), cama- 
rades de Stendhal, I, 2i8 ; 
II, 18, 29. 

Gave AU, I, 183, 265. 

Geneviève, servante des 
Beyle, I, 56. 

Genoude, ou de Gcnoude, 
II, 86. 

Geoffrin (Mme), n, 150. 

Gérard (le baron), I, 259. 

Gibbon, II, 15. 

GiBORY, chef d'escadron, I, 
269. 

GiRAUD (M^e), tante de 
]Vlme Romain Gagnon, I, 
161. 

GiROUD, libraire à Grenoble, 
I, 38. 

GiROUD, camarades de Sten- 
dhal, I, 277, 302. 

Giulia, Giul, I, 17, 22 ; II, 
191. . 

Goethe, I, 242. 

GonsE ou Gosse, II, 116. 

Gouvion-Saint-Cyr (le ma- 
réchal), I, 244. 

GOZLAN, II, 152, 

Grand-Dufay, camarade de 

Stendhal, II, 1-3, 25, 28, 

164. 
Graves (la marquise de). 

Voyez : Le Brun (M^e). 
Grétry, I, 3. 267: II, 97. 
GnisiiEiM (M"e Mina de), 

I, 3, 4, 17, 21. 



406 



TABLE ALPHABETIQUE 



Gros, fri'omi-lro «ircnolilois. 

Iirofos>(ur tl<' Slindhal, 

I. :::. : II. 65-68, 71. 
Gros, pcinlre, I, 7. 
Grouchy (Sophie), depuis 

M™*^ de Condorcet, puis 

Mme Fauricl, I, 117 ; II, 

ll'i. 
Grvbillon fils, I, 160. 
Guettard, minéralogiste 

grenoblois, I, 188. 
GuiLBERT (Mélanie), actrice, 

niaîtressf de Stendhal, I, 

9, 17, 20. 28, 142. 
Giii i.ABERT (l'altbé), I, 186. 
Glise (le duc de), I, 221. 
GuiTRi (Umberl), I, 54. 
GuizoT, I, 240. 
Gltin, marchand de draps 

dauphinois, I, 201. 

GUVARDET, II, l'J'l. 



Il 



IIampden, II, G. 

Harcocrt (le duc d'), II, 
151. 

IIaxo (le général), 1, 149, 
189. 

Hélie (l'abbé), curé de 
Saint-lliigues de Greno- 
ble, l. 2i:i. 

Hélie (Enncniond), cama- 
rade d<- Stendlial, 11, 27. 
28. 

Helvktius, II, 8, 9, 86,89, 
159, 190. 

IIerraki), I, 27. 

Iliei'ociiATK, l, 1 1;{. 

lIoFK.MANN, professeur de 



clarinette à Grenoble, I, 

27'.. 
IIolleville, professeur de 

violon à Grenoble, I, 274, 

275. 
Homère, I, 229. 
Horace, I, 113, 119, 122, 

187 ; II, 125. 
Hovdetot (d'), I, 164. 
Hugo (Victor), II, 4. 
HvME, I, 1.37. 
Himil:res (le duc d), II, 

151. 



I.NGRES, I, 7. 



Jacqvemont (Victor), I, 18. 

Jay, peintre, professeur à 
l'Kcole centrale de Gre- 
noble, I, 238, 250, 254, 
283; II, 26-29, 35, 46. 

Jeki (le Père), I, 12. 

JoiNviLLE (le baron), II, 
143, 194. 

JfiMARD, II, 52. 

Ji>tuKi(T, précepteur de 
Stendlial. I, 38, 82, 163. 

Jlssieu (A<Irien de), I, 26, 
182. 259, 313. 

.IissiEU (.\ntoine de), I. 290. 



Kahi V (Virginie), acirico, 
I, 4, 17, 95, 263-271, 273- 



TABLE ALPHABETIQUE 



407 



274, 276, 292, 296, 299, 
301 ; II, 53, 74, 194. 

Kellermann, I, 231. 

Kératry (de), I, 10. 

Kersanné, II, 147. 

KOREFF, II, 5, 152. 



La Bavette (de), camarade 
de Stendhal, I, 300, 301, 
307, 311 ; II, 45. 

La Bruyère, I, 11 ; II, 150, 
151, 152. 

Laclos (Choderlos de), I, 74. 

Lacoste (de), I, 55. 

Lacroix, géographe, I, 101. 

La Feuillade (le duc d(>), 
II, 151. 

La Fontaine, I, 288 ; II, 8, 
99, 253. 

Lagarde, II, 5. 

Lagrange, II, 9, 57, 259. 

Laharpe, II, 13, 14. 

Laisné (le vicomte), II, 8. 

Lamartine, I, 19 ; II, 90. 

Lambert, valet de chambre 
d'Henri Gagnon, I, 66, 
113, 114, 139, 140, 167- 
173, 177, 303 ; II, 32. 

Lamoignon, I, 04. 

Lannes (le maréchal), I, 240. 

La Passe (le vicomte de), 

I, 313. 

La Peyrouse (de), II, 43. 
Laplace (de), I, 258, 259 ; 

II, 9. 

La Rive, acteur, I, 310. 
La Rochefoucauld (le duc 
de), II, 151. 



La Rociieguvon (le duc de), 
11,151. 

Lasalle (le général), I, 244. 

La Valette (de), II, 42. 

La VALETTE (Mme), u, 1G5. 

Lavalette (Mlle de), I, 28. 

La ValliÈre (M'ie de), II, 
136. 

Le Brun (M^e)^ flUc de 
Noël Daru, depuis mar- 
quise de Graves, I, 11 ; 
II, 80, 81, 108, 111, 117. 

Le Brun (M"'-- Pulchérie), 
fille de la précédente, de- 
pviis marquise de Bros- 
sard, II, 81, 108. 

Lefèvre, perruquier à Gre- 
noble, I, 62, 104. 

Legendre, I, 259. 

Léger, lailleur à Paris, I, 
22. 

Léopold de Syracuse, 
prince de Naples, I, 313. 

Lerminier, I, 190. 

Le Roy, professeur de pein- 
ture de Stendhal à Gre- 
noble, I, 175, 176, 177, 
178, 179, 182, 183, 209, 
250, 251, 266; II, 45. 

Le Roy (M^e), femme du 
précédent, I, 176, 253. 

Lesdiguières (le connéLablc 
de), I, 67,89. 

Lesdiguières (le duc de), 
II, 151. 

Létourneau, II, 34. 

Létourneau (Mme), femme 
du précédent. Voyez : 
BoREL (Mlle). 

Létourneau (MUe), depuis 
Mme Maurice Diday, II, 
34, 35. 



408 



TABLE ALPHABETIQUE 



Letoluneur, traduitcur de 

Shakespeare, I, 287 ; II, 9. 

133. 
Letronne. I, 190. 
Linné, I, 19U. 
LoRR.\iN (Claude), I, G2. 
Louis i.e Gros. II. SI. 
Louis XI. I. Vi. 
Louis XIV, I, 216, 288; 

II, 7'., 81, 125, 136. 
Louis XV, I. 11:]. 128. 187 : 

II, 7'i. 
Louis XVI. I. 113, 125, 126, 

129 : II. \i]r.. 
Louis XVIII, II, 6i. 

LoUIS-PlIILlITE I^"" I, 165. 
Luther (Martin), I, 3'». 

U 

Maulv, I, 7(1. 
Machi.vvei., II, 8. 
Maçon, II, 19'i. 
Maintenon (M'»'e de), II, 

151. 
Maistre (M""^ Thérésine de), 

I, 162. 
Maistke (If coriile Xavi<r 

de), frère de la précédente, 

I, 162. 

Mali-ein (.Mir.iliam), Ijeau- 
père de Zénaïde Ueyic, I, 
267. 

Mallein (.Mexandre). fils 
du précédi'iit, ln'au-frèr<' 
de Stendhal, I, 299. 

Manelli, paysan italien, I, 
226. 

Mante, ami d<- Stendhal, 

II. 35, 3G, 15, 46, 47, 50, 
16'i. 



Marcieu (de), I. 298. 

Marcieu (le chevalier de), 
1. 111. 

.Marcieu (.M">« de), I, 7;!. 

Mareste (le baron Adolphe 
de), surnommé par Sten- 
dhal lîesaneon, I. 5, 22, 
121, 208 ; II, 33, r.7. 

Maria (dona), reine de Por- 
tugal, 1,128. 

Makii: (rahhé). nialhéma- 
lieien, I, 282 ; II, 55. 

Marie-Antoinette, II, 119, 
121, 163. 

Mahion, servante des Ga- 
irnoii. Voyez : Tiiomasset 
(.Marie). 

Marmont (le maréchal), duc 
<!<• Kai^usc, II. 175. 

.Maiimontel, 1, 10, 119 ; 11, 
l'i, 152. 

Marnais (Mnx-s de), I, 37. 

Marot (Clément), I, 215. 

Marquis, camarade de Sten- 
dhal. II. 17. 

.Mauiin, 11, 52. 

Martin (Joséphine), cousine 
de Sten.ll.al. I. 207. 

Martin (M'"^|, 1. 269. 

.Masséna (le maréchal), II, 
13'i. 

MASS1I.I.ON, I, 103, 137. 

.Matmis (le colonel), I, 121, 
2Vi. 

.Maupeou (de), I, 259. 

.MAXiMii.iEN-.Josri'ii. roi de 
Haviér.', H, l'i. 

Mayousse, paysan ili (llaix, 
I. 201. 

Mazovkr, ('oiiiiiii.> au minis- 
tère (!•• la (luerre, II, 129, 
132, 133, 138. 



TABLE ALPHABETIQUE 



400 



Meffiœv (le comte do), I, 
25G ; II, 33. 

Menaivd-Dulauron (M'»e), 

I, 73, 111. 
Mengs, II, 181. 
Menti, Me.nta (Clémentine), 

1,4,5,17,20,21,289. 
Mention, professeur de vio- 
lon à Grenoble, I, 274 ; II, 

97. 
Mérimée (Prosper), appelé 

par Stendhal Clara ou 

Clara Gazul, I, 299 ; II, 

152. 
Mérimée (M"ie)^ femme du 

précédent, II, 162. 
Merlinot, représentant du 

peuple, I, 133, 137. 
Merteuil (M"»e (Jej_ Voyez : 

MoNTMORT (Mi»« de). 
Métilde. Voyez : Dem- 

BowsKi (Mathilde), 
Meyerbeer, II, 102. 
MiCHAUD (le général), I, 183, 



244. 



Micuel-Ange, I, 9, 79, 250. 

Michel, tailleur à Paris, I, 
22. 

MicHouD, camarade de Sten- 
dhal, I, 311, 312; II, 45. 

Mignet, I, 129; II, 161. 

MiLAi (Bianca), I, 228. 

MiRABAVD, traducteur de 
l'Arioste, I, 163. 

Milne-Edwards, I, 259. 

MiNG, II, 52. 

Mirepoix (Mme Je)^ n ^59, 

MoLÉ, ministre des Affaires 
étrangères en 1830, I, 16 ; 
II, 152. 

Molière, I, 11, 108, 109, 

Brllard II. 



192, 227: II, 19, 112, l'i8, 

175, 178. 
MoNCEY (le maréchal),' duc 

de Conegliano, I, 110, 244. 
MONCRIF, II, 105. 
MONGE, II, 9. 
MoNGE (Louis), frère du pré- 
cédent, II, 61. 69. 
Montaigne, I, 12. 
Montesquieu, I, 7, 20, 70, 

167, 212, 220; II, 9, 150. 
M0NTESQU10U (le général), 

I, 157, 160. 
MoNTFORT (le duc de), II, 

151. 

MoNTMORT (Mnit Duchamps 

de), 1,74,75,111 ; 11,110. 

Mon val (les frères de), 

camarades de Stendhal, 
I, 26, 255, 257, 279; II, 

28, 35, 50, 86, 87. 
MooRE (Thomas), I, 8. 
MoRARD DE Galles (l'ami- 
ral), I, 301. 
MoREAu LE Jeune, I, 250. 
MoREv, II, 147. 
Morgan (lady), I, 18. 
MoRLON (le Père), I, 287. 
MouLEziN, camarade de 

Stendhal, I, 251 ; II> 28. 
MouNiER, marchand de drap 

à Grenoble, I, 68, 69. 
MouNiER, fils du précédent, 

conventionnel, préfet de 

Rennes, I, 67, 68. 
MouNiER (Edouard), fils du 

précédent, I, 67, 68 ; II, 

62. 
MouNiER (Victorine), sœur 

du précédent, I, 67 ; II, 

34. 

27 



dO 



TABLE ALPHABETIQUE 



Mozart, I. 171 : II. 100, KU, 

lui. 

^MvLLER, graveur, II, 181. 
MuMCnnAtsEN (le grand 

cliambellan de), II, 154. 
Mlrat, roi de Napiis, I, G3. 



N 



Napoléon I", I, 10, 13, 15, 
28,164,243,244,258,269, 
304 ; II, 61, 69, 74, 125, 
139, 144, 145, 153, 161, 
166, 190, l'Jl. 

Navizet, entrepreneur de 
chamoiserie à Crtncblc, 
1, 218. 

Naytall (le chevalier), II, 1. 

Nelson (l'amirali, I, 244. 

Nev (le maréchal], 11, 160. 

Nicolas (l'empereur), I, 1 15. 

Nivernais (le duc de). II, 
152. 

Nodier (Charles), II, 99, 152. 

NU.MA POMPILILS, I, 113. 



O 



Odru, camarade de Sten- 
dhal, I, 2'i8, 276 ; II, 28- 
32. 

Olivier (le général), II, i'iO. 

Orrane (Harlh<''lcmy d"). 
Voyez : H a rt ii i. r. i: m v 
d'Oruane. 

Ormsse (? la comtesse), II, 
111. 

OUSIAN, II, 25. 

OviuE, I, 124, 185 ; 11, 15. 



Paisiello, II, 97, 101. 
Pajou, I, 250. 
Panseron, II, 105. 
Pauiset, I, 271 ; II, 5. 
Parny, II, 14. 
Pascal (César), II, 153, 154. 
Passe (le vicomte de la). 

Voyez : La Passe (le 

vicomte de). 
Pasta (Mme), actrice, II, 24, 

67. 
Pastohet (de), II, 153. 
Penet, camarade de Stcn- 

.lh;il, II. 18. 

PÉIMN PE l^EI-LIIE, I. 92. 

Péiueh (Claude), dit inilord, 
I, 83, 292 : II. 150, 154. 

Périeu (Amédée), iils du 
j)récédent, I, 83. 

Périer (Augustin), frère du 
précédent, I, 83. 

Pkrier (Camille), frère des 
précédeiils, I, 83. 

Périer (Joseph), frère des 
précédents, I, 83. 

Périer (Casimir), ministre, 
frère des précédents, I, 68, 
83, 292 ; II, l'.'J, 153, 154, 
155. 

Périer (Scipion), frère des 
précédents, I, 83 ; II, 155. 

Périer (lilisalxth-.Iosi'phi- 
uc], (lr-|tuiK .M""' Savoyc do 
Holliii, 8«pur des précé- 
dents, H, 149. 

Pékifii (.M"*' Marine), depuis 
,M"'^' 'l'eiaseire, scuur des 
précédents, I, 97. 



TABLE ALPHABETIQUE 



411 



Périer -Lagrangf , voisin 
des Gagnon, I, 189. 

PÉrier-Lagrange (Mme). 
i'cmmc du prccédcat, I, 
106. 

Périer-L.vgrange, fils des 
précédents, bcaii-frère de 
Stendhal, I, 2'i. 

Perlet, publiciste à Paris, 
I, 151. 

Perrot d'Ablancourt, I, 
194. 

Peroult, I, 271. 

Petiet (M'ue), II, 165. 

Petiet (le baron Auguste), 
fils de la précédente, II, 
126. 

Petiet (M""'"), femme du 
précédent. Voyez : Re- 
buffet (Adèle). 

Petit (la comtesse Alexan- 
drine), I, 16, 17, 20, 21, 
23, 36, 43, 148, 173 ; II, 
138. 

Philippe-Auguste, II, 74. 

Piat-Desvials (Mme), I, 111. 

Picard, II, 145. 

Piciiegru (le général), I, 
151. 

PiciioT (Amédée), II, 4. 

Picot le père, I, 48. 

PiETRAGRUA ( Angcla) , maî- 
tresse de Stendhal, I, 17, 
22 ; II, 200. 

Pin A (de), camarade de 
Stendhal, maire de Gre- 
noble, I, 255, 257, 305. 

PiNTO (le commandeur), 1, 16. 

Pipelet (Constance), depuis 
princesse de Salm-Dvck, 
II, 122-123, 157. 

PiSON-DuGALLAND (M^^), 



cousine de Stendhal, I, 31, 
141. 

Plana, ami de Stendhal, II, 
11. 

Plana, pharmacien à Gre- 
noble, II, 52. 

Pline, I, 190. 

Poitou (le baron), II, 135. 

POLTROT DE MÉRK, I, 221. 

Poncet (M^e)^ mère de 
Mme Romain Gagnon. 
Voyez : Bonne (M"e]. . 

Poncet (Camille), femme do 
Romain Gagnon, I, 157, 

160, 162. 

Poncet (M"e)^ sœur de 
Mme Romain Gagnon, I, 

161, 162. 

Poncet, menuisier à Gre- 
noble, I, 189. 

Pope, I, 117. 

Portal (le docteur), II, 93, 
118. 

Poulet, gargotier à Gre- 
noble, II, 49. 

Poussi, I, 264. 

Pozzi (Mme), I, 226. 

Précy, I, 231. 

Prévost (l'abbé), I, 126. 

Prié, camarade de Stendhal, 
II, 48. 

Prunelle, médecin, maire 
de Lyon, I, 24 ; II, 7. 

Ptulémée, I, 100. 

Pyrrhus, I, 63. 



Quinsonnas (de), L 73. 
QuiNSONNAS (Mme tle), fem- 
me du précédent, II, 150. 
Quinte-Curce, I, 82. 



412 



TABLE ALPHABETIQUE 



R 

Racine, I, 153, 287, 288 ; 
II, 20, 129, 133, 13G, 137, 
138, 152. 

Raillane (l'abbc), précep- 
teur de Stendhal, I, 82-8'i, 
91, 92, 93-101, 108, 120, 
123, 203, 205 ; II, 149. 

Raimonet, I, 249. 

Rai.ndre, II, 31, 154. 

Rambault (l'abbé), I, 287. 

Raphaël, I, 2, 253. 

Raymond, II, 4. 

Ravix (M. de), I, 55. 

Rebuffet ou Rebuffel 
(Jean-Baptiste), neveu de 
Noël Daiu, I, 24 ; II, 79, 
126, 127, 155, 163. 

Rebuffet (M""^), femme du 
précédent, II, 126, 127, 
162, 166. 

Rebuffet (M'^® Adèle), 
fille des précédents, depuis 
.M'"*-" Auguste Petiel, I, 
17 ; II, 79, 126, 166. 

Regnault de Saint-Jean- 
d'Angély (le comte), I, 
59. 

Renauldon, maire de Gre- 
noble, «rendre de Dubois- 
lonlanelle. H, 14. 

Renauldo.n (Ch.), fds du 
précédent, II, 25. 

Renault, peintre, directeur 
d'une académie à Paris, 
II, 123. 

Renneville (de), I, 256. 

Renneville (de), fils du 
précédent, camarade de 



Stendhal, I, 255, 256, 279. 

Re.nouvieh, prévôt d'armes 
à Paris, II, 153. 

Revenas (l'abbé), I, 186. 

Rey, I, 215. 

Rey (l'abbé), grand-vicaire 
de Grenoble, I, 46, 47, 60. 

Rey (le clianoine), I, 213. 

Rey (M"<^), sœur du précé- 
dent, I, 213. 

Rey, notaire, oncle de Sten- 
dhal, II, 37. 

Rey (M'"''), femme du pré- 
cédent, II, 37. 

Rey (Edouard), fils des pré- 
cédents, II, 37-38. 

Reybaud ou Rey'boz, épi- 
cier à Grenoble, I, 137. 

Rentiers, camarade de 
Stendhal, I, 94, 95, 98, 
101, 205-206. 

RlCHAUDSON, I, 33. 

RicuEBOunc (le baron de). 

Voyez, : Basset (Jean- 

l.Duis). 
KiLiiEMEU (le duc de), II, 

151. 
Rietti (M»e), II, 189. 
HiVAUT (le général), II, 154, 
HiviFRE (M'i-^s), I, 111. 

HultERJOT, I, 125. 

Romert, I, 248. 
B(iin;spii:HRK, I, 152. 
R(ji:uEUER, II, 8, 14. 
Roland (Alplionse), I, 96. 
Roland (M">e), I, 9 ; II, 40. 
Rolmn, I, 212, 222 ; II, 31. 
R()ma(;mer (M.), cousin de 

Slct..lli;.l, I. 2:t2. 
B<)MA(;mi:r (M""^), fi-nimo 

du |)réeéd<-nt. I, 138, 139, 

178, 261, 262. 



TABLE ALPHABETIQUE 



413 



ROMULUS, I, 113. 

RossET, appelé aussi Sorol 
par Stendhal, II, 73, 7i, 
77, 91. 

RossET (Mme), femme du 
précédent, II, 163. 

RossiM, II, 4, 98, 102, 203. 

Rouget de Lisle, II, 100. 

Rousseau (Jean-Jacques), 
I, 12, 79, 97, 158, 159, 
283, 288 ; II, 16, 18, 19, 
39, 127, 167, 171, 176, 
179, 183, 193. 

Roy (Mme)^ j, 183. 

ROYAUMONT, I, 220. 
RoYER (Louis), II, 30. 
RoYER gros-bec, II. 33. 
RuBEMPRÉ (Alberthe de), 

maîtresse de Stendhal, I, 

17, 20, 22, 38. 
RUBICHON, I, 214. 



S.\CY (Silvcstrc de), I, 137. 

S AD IN (l'abbé), curé de 
Saint-Louis de Grenoble, 
I, 213. 

Saint-Ferréol (de), cama- 
rade de Stendhal, I, 25, 
29, 67, 248, 305 ; II, 35. 

Saint-Germaiin (M^e)^ sœur 
de Barnave, I, 69. 

Saint-Marc Girardin, I, 
271. 

Saint-Priest (de), inten- 
dant du Languedoc, II, 78. 

Saint-Simon, I, 212 ; II, 53, 
63, 110, 125, 151, 164. 

Saint-Vallier (de), I, 305. 



Saint-Vallier (le sénateur, 

comte de), I, 74. 
Saint-Vallier (M"e Banne 
de), I, 28, 305. 

Sainte-Aulaire, II, 152. 

Salluste, I, 243. 

Salm-Dyck (prince de), II, 
123. 

Salm-Dvck (princesse de), 
femme du précédent. 
Voyez : Pipelet (Cons- 
tance). 

Sauvandy (de), I, 8, 190, 
242, 310. 

Sandre (la comtesse), 11,1. 

Santé UTL, I, 220. 

Sassenage (Mme de), I, 73, 
298 ; II, 150. 

Savoye de PiOLLiN (Ic ba- 
ron), II, 149. 

Savoye de Rollin (M^^^), 
femme du précédent. 
Voyez : Périer (Elisa- 
beth-Joséphine). 

Say (Jean-Baptiste), I, 12; 
11,9. 

Schiller. I, 242. 

Scott (Walter), 1,20 ; 11,39, 
134. 

Sébastiani (le général), I, 
64, 245. 

Senterre, cousin de Sten- 
dhal, I, 114, 149-152, 231. 

Shakespeare, I, 287, 288, 
289 ; II, 8, 9, 19, 23, 24, 
53,111,133,134,138,190. 

Sharpe (Sutton). Voyez : 
Sutton Sharpe. 

SiEYÈs (l'abbé), II, 21. 

Simon (Miie), I, 112. 

Sinard (de), camarade de 



414 



TABLE ALPHABETIQUE 



Stendhal. I, 25, 26, 29, 
67, 2ô6, 305 ; II, 35, 36, 87. 

Sixte IV, pape, I, 9. 

Smith (Adam), II, 9. 

Smith, physicien, I, 222. 

.Smolett, I, 137. 

Sophocle, I, 119 ; II, 25. 

SoREL (M. et M^e). Voyez : 

ROSSET. 
SOULIÉ, II, 4. 

SouLT (le maréchal), I, 240. 
SucHET (le maréchal), I, 244. 
SLtTO>E, I, 220. 
SuTTON Sharpe, ami de 
Stendhal, I, 258. 



Tachinardi, I, 24. 

Tacite, I, 276. 

Talaru (M'ne de), II, 152. 

Talleyrand (le prince de), 
I, 49. 

Tasse (le), I, 229 : 11. 88, 
89, 90. 

Ta ver MER (Lysimaque), 
chancelier du consulat de 
France à Civilà-Vccchia, 
1, 59. 

Teisseire, I, 40. 

Teisseire (Camille), I, 97. 

Teisseire (M^e Camille), 
femme du précédent. 
Voyez : Pkrier (Marine). 

Teisseire (M"""), I, 34. 

Teisseire (Paul-Emile), ca- 
marade de Stendhal, 1, 
280-281 ; II, 17, 18, 58. 

Ternaux, h, 21. 

Tekrasso.n (l'ahbé), I, 190. 



Thknard, II, 9. 

Thierry (Augustin), 1, 117. 

Thiers, I, 164 ; II, 152, 161. 

Thomas, I, 164. 

TiiOMASSET (Marif), dite Ma- 
riun, servante des Gagnon, 
1,45,46,50, 113, 139, l'iO, 
149, 177. 178, 234 ; II, 63, 
65. 

Thucydide, I, 148 ; II, 33. 

TiARIM, II, 35. 

Tite-Live, I, 2, 146, 220. 

ToLDi (Mme)_ actrice, I, 313. 

Torrigiant (le marquis), I, 
226. 

ToRTELEBE.Vr, II, 18, 57. 

TouRNus, I, 72, 111. 
Tourte, maître d'écriture 

de Pauline Beyle, I, 72, 

144-145, 146-147, 152. 
Tourte (l'ahbé), frère du 

précédent, 1, 152. 
Trac Y (D.sliilt de), I, 12, 

27, 106, 131, 237, 239,303, 

304; II, 2, 8, 18, 24, 60, 

67, 170. 
Treili.ard, camarade do 

Stendhal, II, 46, 47, 50, 

51. 
Tiiessan (de), Ir.ulucteur de 

l'Arioste, I, 109, 153, 188 ; 

II, 133. 
Thousset, professeur à 

l'Ecole centrale de Gre- 

nol.le, I, 238. 
TuRENNE (de), I, 11. 

TURQUIN, II, 153. 



u 



Urbain \1II, pajx', 1^ 17. 



TABLE ALPHABETIQUE 



41 



D 



Vasari, I, 61. 
Vaucansox, I, 55. 
Vaudreuil (de), II, 152. 
Vaulserre (de), I, 256. 
Vaulserre (M'"6 de), femme 

du précédent, I, 28, 55, 

305. 
Vaulserre (M"® Je), depuis 

Mme de Brenier, I, 48. 
Vaux (le maréchal de), I, 

65-67. 
Vial (Jean), jardinier des 

Beylc à Claix, I, 201. 
ViGANO, I, 213. 
ViGNON (M'ne), amie de 

Séraphie Gaojnon, I, 138, 

177, l'J7, 198 ; II, 56. 



VicNON (M"c), fille de la 
précédente, I, 198. 

ViLLARS (le duc de), 11, ItJl. 

ViLLÈLE (de), I, 33. 

ViLLEMAiN, I, 269 ; II, 20, 
152, 153, 203. 

ViLLONNE, professeur de des- 
sin à Grenoble, I, 250, 253. 

Virgile, I, 97, 98, 122, 229 ; 
II, 132. 

Voltaire, I, 34, 97, 105, 
113, 187, 190, 213, 215, 
227, .304 ; II, 15, 16, 19, 
23, 26, 33, 122, 133, 134, 
137, 151, 152. 

W 

Weymar (Lois), I, 233 ; II, 
20. 



TABLE DES GRAVURES 



DU TOME SECOND 



La Treille de Stendhal frontispice. 

Rei^roduclion du P 454 du manuscrit. . . 14-15 

Reproduction du f° 496 du manuscrit. . . 36-37 

Plan de Grenoble en 1793 368-369 

Plan de l'appartement Gagnon 386-387 



TABLE DU ÏOMK SECOND 



Chapitre XXX a 

Chapitre XXXI 1^3 

Chapitre XXXII -J 

Chapitre XXXIII 39 

Chapitre XXXIV -^3 

Chapitre XXXV ''3 

Chapitre XXXVI. — Paris 77 

Chapitre XXXVII -^5 

Chapitre XXXVIIt -'7 

Chapitre XXXIX 1 1>7 

Chapitre XL ^ i 7 

Chapitre XLI J31 

Chapitre XLîI 1 '-^ 

Chapitre XLIII î"'7 

Chapitre XLIV 1 ''^J 

Chapitre XLV. — Le Saint-Bernard 179 

Chapitre XLVI 1 '^7 

Chapitre XLVII. — Milan ! 97 

Notes et éclaircissements. — • FcuiUcIs de garde. 205 

— Tome I" ■-'■>! 

_ Tunie II 27 i 

Annexes. — l. Premier essai d'autobiographie : Mé- 
moires de Henri D., livre I, chap. II o05 

IL Une page de critique littéraire de Stendhal : 

Encyclopédie du A'/V^ siècle •".Il 



420 



TABLE DU TOME H 



III. Deux notices hioiiraphiques d'Henri Beyle, 

écrites par lui-même : 1. « .\otice sur 

M. Beyle, par lui-même {vers 1821) ,']10 

2. « Dimanche, 00 avril 18u7. Paris, hôtel 

Favarl » ;;-22 

IV. L'état-civil de Stendhal cl de ses parents. . Lîol 

1. Famille Beyle 3Xi 

2. Famille Catinon 3'i5 

Appendices. — I. La ville natale de Stendhal : 

1. Grenoble vers 1793, par /Icnry Débraye. . 3GI 

2. Légende du plan de Grenoble en 1793. . 369 
II. La maison natale de Stendhal, par M. Samuel 

Chabert 374 

III. L'appartement de Henri Gagnon ; la treille 

de Stendhal, par Henry Débraye 387 

IV. Les portraits de Stendhal jeune, par llcnni 

Débraye 392 

Tarif alphabétique des noms de personnes.... 397 



\l)l)CVil|r. IlliprillILTic V . I'MII Mil. 



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riques et anecdotiques avec une indication précise des sources, 
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au XVII' siècle. Bussy-Rabutin. Sa vie, ses œuvres et ses amies. 
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Hevesy (André de). Petites amies de Beethoven. 1910, in-n, 
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Jea>rot (.\.), professeur à l'Université de Paris. Giosué Carducci, 
l'homme et le poète. 191 1, in-8% xvi-289 p. 5 fr. 

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lexles et piihliéps [tar Léonce de Mrotonne. i()o3, -a vol. in-S". 

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Villon, les cinq ballades en jarpron et des poésies du cercle de 
Villon, etc. Reproduction fac-similé du manuscrit de Stockholm 
avec une introduction de Marcel Sch«o|j, i .Vj payes de fac-similé 
i.'iXao, sur papier vergé, dans un élégant cartonnage de par- 
chemin étui. II a été tiré quelques exemplaires seulement en 
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une introduction biobibliographiqne, un index des noms propres 
et un glossaire. 19' ', in i ! de xvi-is.'i p. 2 fr. 



ABBEVILLE. — IMPIUMriUr l'. P*tl.I.\RT. 




PQ 
2/V36 
A2V4. 
1913 
t. 2 



Beyle, l'iarie Henri 

Vie de Henri Brulard 



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